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-The Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de Bertrand de
-Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième
- Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575
-
-Author: Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon
-
-Release Date: September 6, 2012 [EBook #40695]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDENCE, BERTRAND DE SALIGNAC, TOME 4 ***
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-
-Produced by Robert Connal, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
-http://gallica.bnf.fr)
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-Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
-et n'a pas été harmonisée.
-
-L'abréviation {lt} signifie livre tournois.
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-
-
-
- CORRESPONDANCE
-
- DIPLOMATIQUE
-
- DE
-
- BERTRAND DE SALIGNAC
-
- DE LA MOTHE FÉNÉLON,
-
- AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
-
- DE 1568 A 1575.
-
-
- PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS
- Sur les manuscrits conservés aux Archives du Royaume.
-
-
- TOME QUATRIÈME.
- ANNÉES 1571 ET 1572.
-
-
- PARIS ET LONDRES.
- 1840.
-
-
-
-
- DÉPÊCHES, RAPPORTS,
-
- INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
-
- DES AMBASSADEURS DE FRANCE
-
- EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
-
- PENDANT LE XVIe SIÈCLE.
-
-
-
-
- RECUEIL
-
- DES
-
- DÉPÊCHES, RAPPORTS,
-
- INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
-
- Des Ambassadeurs de France
-
- _EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE_
-
- PENDANT LE XVIe SIÈCLE,
-
-
- Conservés aux Archives du Royaume,
- A la Bibliothèque du Roi,
- etc., etc.
-
-
- ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS
- _Sous la Direction_
- DE M. CHARLES PURTON COOPER.
-
-
- PARIS ET LONDRES.
-
- 1840.
-
-
-
-
- LA MOTHE FÉNÉLON.
-
-
-
-
- Imprimé par BÉTHUNE et PLON, à Paris.
-
-
-
-
- AU TRÈS-HONORABLE
-
- SIR ROBERT PEEL
-
- BARONNET.
-
- CE VOLUME LUI EST OFFERT
-
- COMME
-
- UN TÉMOIGNAGE DE RESPECT.
-
- PAR
-
- SON TRÈS-DÉVOUÉ ET TRÈS-OBÉISSANT SERVITEUR
-
- CHARLES PURTON COOPER.
-
-
-
-
-DÉPÊCHES
-
-DE
-
-LA MOTHE FÉNÉLON.
-
-
-
-
-CLXIIe DÉPESCHE
-
---du premier jour de mars 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._)
-
- Projets des Espagnols sur l'Écosse et l'Irlande.--Commissaires
- désignés pour traiter de l'accord sur la restitution de Marie
- Stuart.--Tentative de l'ambassadeur pour ramener le comte de
- Morton à l'obéissance de la reine d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il est venu à la Royne d'Angleterre ung adviz, de dellà la mer,
-comme maistre Prestal, l'un des fuytifz de son royaulme, ayant résidé
-deux ans aulx Pays Bas, a esté, au mois de novembre dernier, dépesché
-par le duc d'Alve en Escoce. Je croy, Sire, que c'est celluy
-troisiesme que je vous ay mandé, qui y avoit esté envoyé, et que
-icelluy Prestal, ayant heu privée conférance avec le duc de
-Chastellerault, et avec les comtes d'Arguil, d'Atil et aultres
-seigneurs de leur party, et permission d'eulx de voir et visiter les
-descentes et advenues du pays, il a raporté charge et instruction, de
-leur part, escripte de la main du secrétaire Ledinthon au dict duc,
-par laquelle il l'a fort instantment sollicité de leur envoyer
-promptement du secours; et que, oultre qu'il s'en ensuyvroit le
-restablissement de l'authorité de la Royne d'Escoce, il luy a baillé
-pour chose fort facille, de restituer la religion catholique au dict
-pays, et d'y establyr, ensemble en Yrlande, les choses à la dévotion
-du Roy son Maistre, et encores de pouvoir passer à d'aultres si grandz
-exploictz en Angleterre, qu'il luy seroit aysé d'avoir la rayson des
-prinses et d'aultres bien advantaigeuses condicions des Anglois, s'il
-les vouloit poursuyvre; chose qu'on a mandé à la dicte Dame que le
-dict duc avoit fort vollontiers escoutée, mais qu'il ne faisoit
-semblant de la vouloir encores entreprendre. Néantmoins cella est
-cause, Sire, dont elle haste les provisions du dict pays d'Yrlande, et
-que, possible, elle inclinera davantaige à passer oultre au tretté de
-la Royne d'Escoce. Icelluy Prestal a d'aultres fois tenu quelque lieu
-en ceste court, et meintenant il est entretenu par le dict duc, lequel
-aussi, à ce que j'entendz, donne entretennement aulx aultres
-principaulx fuytifz qui sont en Flandres. Au moins sçay je que le
-comte de Vuesmerland et la comtesse de Northomberland ont receu
-chacun, despuys naguières, deux mil escuz de luy. Les depputez, qu'il
-devoit envoyer par deçà, s'attandent icy, d'heure en heure, et semble
-qu'il prétend plus de tirer par leur moyen ce qu'il pourra des prinses
-que d'en cuyder avoir la rayson du tout ny la réparation des injures,
-mais qu'il le diffère à ung aultre temps, ne voulant, possible, que
-cella retarde meintenant son retour; lequel l'ambassadeur d'Espaigne
-dit l'accellérer bien fort, et qu'avant la my avril il partyra de
-Flandres pour se trouver en Itallye, au temps qu'on dellibèrera de la
-guerre de ceste année contre le Turq. Tant y a que ceulx cy monstrent
-de se vouloir bien esclarcyr de son intention, premier que de rien
-lascher.
-
-Le comte de Morthon a esté receu et ouy avecques faveur de la Royne
-d'Angleterre, laquelle luy a, d'abondant, faict avoir fort privée
-communication avec les seigneurs de son conseil sur les inconvéniantz
-qu'il a allégué, si la Royne d'Escoce estoit restituée. A quoy
-toutesfoys se monstrant la dicte Dame toute résolue, et voulant
-néantmoins que ledict de Morthon et ceulx de son party ne s'en
-puissent pleindre, elle a ordonné six commissaires pour moyenner,
-entre luy et les depputez de la Royne d'Escoce, les condicions de
-l'accord; et à l'ocasion de quelque sienne souspeçon, elle a changé
-aulcuns de ceulx, qu'elle avoit premièrement nommez, mettant au lieu
-du marquis de Norampthon et du comte de Lestre, le milord Chamberlan
-et Quenolles, avec le Quiper, le comte de Sussex, Cecille et Milmay;
-de quoy ne nous trouvans, l'évesque de Roz ny moy, guières contantz,
-nous avons procuré que le dict de Lestre y ait esté remiz, lequel
-faict à ceste heure le VIIe.
-
-Icelluy de Sussex m'a mandé que, puysqu'à vostre pourchaz, Sire, ceste
-restitution se debvoit faire, qu'il estoit raysonnable que Vostre
-Majesté respondît de l'observance du tretté par la Royne d'Escoce, et
-de prandre, au cas qu'elle n'y obéyst, le party de la Royne
-d'Angleterre pour l'y contraindre et vous déclairer en cella son
-ennemy. Je luy ay respondu que Vostre Majesté avoit desjà offert de
-respondre pour elle sur l'observance de toutes les honnestes et
-honorables condicions qu'on la restitueroit, et n'ay passé plus avant.
-
-J'ay fait secrectement exorter, par le cappitaine Coberon, le susdict
-comte de Morthon de se vouloir réunyr avec les aultres seigneurs du
-pays, et de ne consentyr la délivrance du petit Prince aulx Angloix,
-et de se remettre à l'obéyssance de sa Mestresse, l'asseurant qu'elle
-luy tiendra droictement tout ce qu'elle luy promettra; et que Vostre
-Majesté luy en sera garant. A quoy il m'a faict respondre que, de se
-réunyr avec les aultres seigneurs, il ne s'en monstrera jamais
-esloigné, pourveu qu'ilz veuillent estre raysonnables de leur costé;
-que, de livrer leur petit Prince aulx Angloix, il est fermement résolu
-entre ceulx de son party de ne le consentyr jamais; au regard de
-recognoistre la Royne d'Escoce, qu'il failloit bien qu'il regardast de
-près à ce poinct, pour la seureté de ceulx qui l'avoient envoyé, et
-pour la sienne, qui, à la vérité, ne leur pourroit venir plus grande
-ny meilleure, ny d'où ilz se peussent toutz mieulx fier, que de la
-parolle et promesse de Vostre Majesté, et que pourtant il regarderoit
-comme il s'y debvroit conduyre. Néantmoins, Sire, il crainct tant la
-restitution de la dicte Dame, parce qu'il l'a fort offancée, qu'il
-s'esforcera, en tout ce qu'il luy sera possible, d'interrompre le
-tretté, au moins le mettre le plus à la longue qu'il pourra. Sur ce,
-etc. Ce 1er jour de mars 1571.
-
-
-
-
-CLXIIIe DÉPESCHE
-
---du VIe jour de mars 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par Joz._)
-
- Négociation du traité concernant l'Écosse.--Articles relatifs à
- la remise du prince d'Écosse aux Anglais et à l'alliance entre
- l'Angleterre et l'Écosse.--Tentatives faites par le comte
- Bodouel en Danemarck.--Affaires d'Irlande.--_Lettre secrète à
- la reine-mère_ sur la négociation du mariage du duc
- d'Anjou.--Invitation faite au duc de passer en Angleterre;
- demande de son portrait--_Autre lettre secrète_ sur la
- renonciation du duc d'Anjou au mariage, et la proposition du
- mariage du duc d'Alençon avec Élisabeth.--_Mémoire._ Détails de
- la négociation du traité concernant l'Écosse.--Discussions
- entre les députés.--Prorogation de la surséance
- d'armes.--Négociations avec l'ambassadeur d'Espagne au sujet
- des nouvelles prises faites en mer par les protestans.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay esté requiz par les seigneurs de ce conseil et par les
-depputez de la Royne d'Escoce, et encores par le comte de Morthon,
-d'envoyer en dilligence ce pourteur devers Vostre Majesté pour la
-supplier très humblement d'avoir agréable que l'abstinence de guerre,
-laquelle, en commenceant ce tretté, a esté de nouveau prorogée pour
-tout ce moys de mars, ayt lieu en vostre royaulme, affin que les
-merchans escoussoys, qui ont leurs navyres toutz prestz à y faire
-voyle, chargés de grains, de poyssons sallez et aultres marchandises,
-y puyssent estre bien receuz, sans qu'il leur y soit donné nul arrest
-ny empeschement; nous promettans iceulx du dict conseil que, dans le
-premier jour d'avril, les affaires de la Royne d'Escoce seront si
-advancez que nous pourrons clairement cognoistre ce qui en aura à
-succéder; laquelle surcéance, Sire, ayant esté ainsy envoyée par
-hommes exprès en Escoce, si, d'avanture, Vostre Majesté la trouve
-bonne, il luy plairra me le mander promptement, parce que le temps
-court aus dicts merchans, lesquelz aultrement adviseroient où ilz
-pourroient aller ailleurs transporter leurs merchandises.
-
-La Royne d'Escoce a comprins par ung discours, qu'elle a trouvé ez
-lettres de Mr de Glasco, que Voz Majestez Très Chrestiennes n'estoient
-bien contantes de ce qu'elle avoit passé trop avant à accorder
-plusieurs choses à la Royne d'Angleterre, qui luy estoient si
-avantaigeuses qu'elle n'avoit garde de les reffuzer, et que pourtant
-il falloit à ceste heure attandre que deviendroit le tretté premier
-que de parler de nul secours, inférant par là que Voz Majestez
-n'avoient grande envye de luy en bailler. Sur quoy elle a dépesché en
-dilligence devers monsieur l'évesque de Roz pour me venir remonstrer
-qu'elle porte ung extrême ennuy de cestuy vostre malcontantement, et
-qu'elle me requiert de vous tesmoigner si elle n'a pas cerché de
-procéder toutjour, et en toutes choses, despuys que je suys en ce
-royaulme, sellon vostre intention, sans aller aulcunement au
-contraire, quoiqu'il luy en deust advenir; et qu'elle supplie bien
-humblement la Royne de se souvenir du conseil, qu'elle mesmes luy a
-escript de sa main, de ne reffuzer aulcunes condicions à la Royne
-d'Angleterre, pourveu qu'elle puysse avoir sa liberté et se tirer hors
-de ses mains; et que je vous face entendre à toutz deux l'extrême
-dangier où elle a esté, et où elle est encores, non seulement de
-perdre son estat et ses subjectz, mais sa propre personne et sa vie,
-s'il n'y est remédié ou par le tretté, ou par le secours de Vostre
-Majesté; que, touchant le tretté, il n'y a que deux poinctz, de toutz
-ceulx qu'on luy a proposez, qui vous puissent venir à desplaysir, l'un
-est de la ligue: et quant à celluy là, elle vous supplie de croyre,
-Sire, qu'elle souffrira plustost toutes extrémités que de consentyr
-qu'il en soit faicte pas une qui ne vous soit agréable, et d'où vous
-puyssiez estre en rien offancé, et que de ce mesmes desir sont
-pareillement toutz les seigneurs escouçoys qui sont de son party;
-l'aultre poinct est de bailler le Prince, son filz, à la Royne
-d'Angleterre, et, quant à cella, il est trop certain qu'il n'estoit
-possible d'entrer aulcunement en tretté, mais encores qu'elle l'ayt
-desjà consenty, ce n'est toutesfoys qu'avec condicion que les
-seigneurs d'Escoce l'aprouvent, dont se pourra encores trouver moyen
-de le reffuzer; et, à ceste cause, elle tourne suplier Vostre Majesté
-que, considéré l'extrémité où elle est, et d'où elle ne peult sortyr
-sinon par le secours de voz armes, ou par le tretté, qu'il vous playse
-ou luy conseiller d'accorder son filz, duquel aussi la disposition
-n'est en ses mains, si aultrement le tretté ne peult succéder, ou bien
-luy envoyer ung prompt secours, et elle s'esforcera de le rompre.
-
-Sur quoy, Sire, après avoir, par beaucoup de vrays et bien clairs
-argumens, fait cognoistre au Sr de Roz que l'intention de Voz Majestez
-estoit fermement au secours et assistance de la Royne, sa Mestresse,
-et qu'elle et luy en avoient veu et en voyeroient encores de si
-certaines démonstrations que rien ne les en debvoit faire doubter, ny
-je ne serois si mal advisé de prendre la matière à cueur si je ne
-sentois que vous l'eussiez aultant en affection comme je sçavois
-qu'elle touchoit à l'honneur de vostre couronne, sans toutesfois luy
-dissimuler que le poinct de la ligue, si elle vous préjudicioit, vous
-seroit incomportable, et celluy du Prince ne vous pourroit guière
-playre, je luy ay promiz de vous escripre le tout, et luy mesmes en
-escript à la Royne. Dont vous plairra, Sire, me remander en
-dilligence vostre bon commandement là dessus, affin que j'essaye de
-faire toutjour incliner la résolution des affaires, le plus qu'il me
-sera possible, à vostre desir, et que ne monstrions, de nostre part,
-retarder le tretté.
-
-Ceulx cy avoient heu adviz que le roy de Dannemarc estoit après à
-accommoder le comte Boudouel de quelque nombre d'hommes et de
-vaysseaulx, pour faire une descente en Escoce, et que le dict Boudouel
-luy promettoit de luy mettre entre mains les Orcades, mais cella n'a
-pas continué, dont ceulx cy n'en sont plus en payne; mais ilz envoyent
-présentement à milord Sideney trente cinq mil escuz et deux grandz
-navyres de guerres, pleins de monitions, pour pourvoir aulx choses
-d'Yrlande; lesquelles choses toutesfois leur semblent plus asseurées,
-despuys ceste dernière bonne et honneste déclaration, que Vostre
-Majesté leur en a faicte, et despuys avoir entendu que le Roy
-d'Espaigne n'est si adélivré de la guerre des Mores ny de celle du
-Turcq, qu'il puysse entreprendre ailleurs; mesmes qu'ilz ont
-nouvelles, que le Turc, oultre une très grande armée de mer, en
-prépare une bien grande par terré, avec quelque apparance qu'il se
-veuille saysir de la Transilvanye pour donner à toute la Chrestienté
-assés de quoy n'avoir à entreprendre aultre chose que de toutz
-ensemble fermement luy résister. Sur ce, etc.
-
- Ce VIe jour de mars 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, despuys que j'ay eu remonstré à Mr le comte de Lestre que le
-propos de la petite lettre me sembloit estre trop divulgué par decà,
-l'on l'a mené bien fort secrectement, et ne s'en parle plus, ny à la
-court, ny à la ville, sinon en termes fort réservez et retenuz, mesmes
-qu'ung bruict sourd, qui a couru, l'a assez restrainct, qu'on a dict
-que le peuple murmuroit de ne se vouloir laysser tromper de ce nouvel
-artiffice, ainsy comme l'on l'avoit desjà mené par ung aultre,
-l'espace de douze ans; et que, quant bien la résolution de leur Royne
-seroit, à ceste heure, de prendre party, qu'ilz vouloient qu'elle
-déclairast son successeur à ceste couronne premier que d'y introduyre
-ung prince si puyssant comme celluy dont on parloit, affin qu'il n'y
-peust prétandre ny droict ny possession, au cas qu'elle vînt à
-décéder, premier qu'ilz eussent des enfans. Néantmoins deux du conseil
-de la dicte Dame ont dict, despuys trois jours, qu'ilz sçavoient très
-bien que, si l'archiduc eust attandu jusques à ceste heure de se
-maryer, que indubitablement elle l'eust accepté, et que, si Monsieur
-la faisoit requérir, qu'il en auroit bonne responce. Et, à ce propos,
-Madame, le comte de Lestre m'a mandé qu'elle a fort curieusement
-examiné le Sr de Norrys, à son retour de France, touchant Mon dict
-Seigneur, et que luy, tant pour la vérité que par instruction du dict
-comte, et pour sa propre affection, l'a miz jusques au ciel,
-racomptant qu'avec les excitantes vertuz de son esprit, il habondoit
-d'aultres si belles qualitez de taille, de vigueur, maintien, bonne
-grâce et beaulté, qu'il se monstroit très accomply en toutes
-perfections d'ung prince de trente ans; chose que le dict comte
-m'asseuroit qui avoit miz la dicte Dame en ung très grand desir de le
-voir, dont me pryoit de luy mander s'il y auroit moyen, qu'allant
-elle, cest esté, en son progrès vers la coste de France, Mon dict
-Seigneur, soubz colleur de visiter la frontière, vollût s'aprocher de
-celle d'Angleterre, et par une marée du matin se laysser veoir de decà
-pour s'en retourner, puys après, si ainsy luy playsoit, à la marée du
-soir, sans que nulz autres que ceulx qu'il vouldroit le peussent
-sçavoir; et que j'entendois bien que les dames vouloient estre
-requises, et veoir qu'on fît des dilligences et des démonstrations de
-les aymer; et qu'il se trouvoit en ce royaulme beaucoup de
-contradisans à ce propos, mais qu'il sçavoit qu'ilz travailloient en
-vain, et que une seule présence de Mon dict Seigneur veincroit
-ayséement toutes leurs difficultez.
-
-Je ne me suys advancé de rien respondre sinon touchant les dictes
-difficultez, que Mon dict Seigneur estoit tel qu'en tout et par tout
-il estoit très desirable, et n'y avoit rien en luy qui peult estre
-subject à contradiction; et que, touchant passer deçà devant la
-parfaicte conclusion des choses, que je n'estimois pas qu'il le vollût
-faire, ny que Voz Majestez le luy peussent conseiller, et que je le
-supplioys de considérer si, attandu les choses du passé et les
-difficultez présentes, que luy mesmes alléguoit, Mon dict Seigneur ne
-debvoit aller bien retenu en cest affaire. Le dict comte ne m'a
-encores répliqué sinon qu'il desire meintenant une peincture de
-Monseigneur fort naïfve, et qui soit de son grand. Sur ce, etc. Ce VIe
-jour de mars 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Aultre petite lettre à part pour luy estre mize en ses propres
- mains._)
-
-Madame, en lisant la petite lettre qu'il a pleu à Vostre Majesté
-m'escripre, de sa main, par le Sr de Sabran, il m'a prins ung grand
-regrect de voir que les choses ne succédoient, sellon que les aviez
-proposées, et sellon que vous les desiriez, pour la grandeur du Roy et
-de Monseigneur, voz enfans[1]; à quoy, de ma part, je commançoys de
-travailler aultant qu'il m'estoit possible, de nettoier les
-empeschemens, et pénétrer ez difficultez qui s'y pouvoient trouver de
-ce costé, pour faire que Vostre Majesté y vît bientost et bien à clair
-ce qu'elle en auroit à espérer. Mais, Madame, je vous suppplie très
-humblement qu'entre plusieurs exellantz actes de la vertu de Mon dict
-Seigneur, vous luy veuillez infinyement agréer cestuy cy, comme très
-exellant et comme péculier à sa magnanimité et à la générosité de son
-cueur, qu'il a plus grand que n'est la mesmes royalle grandeur, parce
-qu'il la mesprise si elle n'est accomplye de ses aultres perfections
-et ornemens, dont je l'en honnore et révère de tout mon cueur; et
-m'asseure que Dieu le comblera de quelque aultre honneur et grandeur,
-qui ne sera moins à propos et à vostre contantement que ceste cy. L'on
-a peu diversement escripre et parler de ceste princesse sur l'oyr dire
-des gens, qui quelquefoys ne pardonnent à ceulx mesmes qui sont les
-meilleurs, mais, de tant qu'en sa court l'on ne voyt que ung bon
-ordre, et elle y estre bien fort honnorée et ententive en ses
-affaires, et que les plus grandz de son royaulme et toutz ses subjectz
-la craignent et révèrent, et elle ordonne d'eulx et sur eulx avec
-pleyne authorité, j'ay estimé que cella ne pouvoit procéder de
-personne mal famée, et où il n'y eust de la vertu; et néantmoins ce
-que je sçavois que vous en aviez ouy dire, et l'opinion qu'on a
-qu'elle n'aura point d'enfans, les dures conditions qui se peuvent
-proposer en telz contractz, les artiffices dont l'on a usé ez aultres
-partys, et les contradictions qui se descouvrent desjà en cestuy cy,
-me faisoient toutjours vous suplier très humblement qu'il vous pleust
-y aller fort retenue.
-
- [1] _Lettre du 2 mars 1571, escritte de la main de la Royne à
- Monsieur de La Mothe Fénélon._ Voir _le Supplément à la
- Correspondance Diplomatique de La Mothe Fénélon_, contenant les
- lettres qui lui étalent écrites de la cour.
-
-Et ayant despuys faict observer le secrétaire Cecille sur ce qu'il
-diroit de cest affaire, il m'a esté rapporté, qu'encores qu'il n'en
-ayt que fort honorablement parlé, qu'il a néantmoins monstré qu'il ne
-le vouloit point, et que mesmes il ne l'espère: car a dict que Mr le
-cardinal de Chatillon et le vydame de Chartres en ont bien tenuz de
-grandz propos à sa Mestresse, et qu'elle les a escoutez, mais que
-c'est à elle meintenant d'y respondre, et qu'il ne voit pas que cella
-se puysse bientost accorder, ny estre encores de longtemps accomply;
-et que, oultre le poinct de la religion et celluy de la jalouzie des
-aultres princes, et encores d'aultres bien grandes difficultez, qui
-s'y monstroient, celle là luy semble très grande, que Monsieur est
-trop prochain successeur de la couronne de France, et que, le cas
-advenant, l'Angleterre cesseroit d'estre royaulme, et viendroit estre
-province des Françoys, comme est la Bretaigne, l'exemple de laquelle
-les doibt admonester d'y prendre bien garde, et qu'ilz ont besoing
-d'ung prince qui veuille renoncer à toutes aultres prétencions, fors à
-estre Roy d'Angleterre, ainsy que l'archiduc Charles s'y estoit bien
-condescendu; par ainsy, il leur en fauldroit ung qui fût plus esloigné
-d'une telle et si grande succession comme celle de France, laquelle
-enfin viendroit entièrement absorber la leur.
-
-Qui est ung poinct, Madame, qui ne quadre que bien en Monseigneur
-d'Alançon, mais il n'est temps, en façon du monde, d'en parler, car
-ayant esté trouvé que mesmes l'eage de Monseigneur ne correspondoit
-assés bien, si sa taille et aulcunes aultres siennes qualitez
-n'eussent suply, lesquelles seront (si Dieu playt) bientost en Mon
-dict Seigneur d'Alençon, il y auroit dangier, si l'on le proposoit,
-premier qu'il ne soit ung peu plus grand, qu'elle estimât qu'on se
-mouquast d'elle; et s'esfoceroit, possible, de tourner la derrision
-sur nous, et de nous nuyre là où elle en auroit le moyen. Mais la
-nécessité de se maryer luy croyt, et luy croistra toutjours, de plus
-en plus, et, devant deux ans, Mon dict Seigneur d'Alençon sera venu en
-disposition de l'estre de son costé, et elle ne l'aura encores trop
-passée du sien. Par ainsy, s'il vous semble bon, Madame, de ne rompre
-trop court le propos de Mon dict Seigneur, et le laysser encores
-courre, ainsy qu'il est commancé, non toutesfoys qu'entre peu de
-personnes et fort secrectement, affin qu'il ne nous suscite des
-deffiances ny des jalouzies d'ailleurs, ny donne moyen à ceulx cy de
-trop s'en prévaloir, l'on le pourra, possible, conduyre peu à peu
-jusques au dict poinct de la trop prochaine succession de la couronne
-de France, qui est une difficulté, laquelle n'estant que bien
-honnorable pour Mon dict Seigneur et aussi pour la dicte Dame, l'on
-pourra lors transférer le propos sur Mon dict Seigneur d'Alençon, qui
-en est ung degré plus loing; car, sellon le présent estat de la
-Chrestienté, si elle demeure en sa résolution de n'espouser sinon ung
-prince de qualité royalle, comme elle est, il fault par force que ce
-soit ung de Noz Seigneurs, voz enfans, et non aultre, ou qu'elle s'en
-passe du tout.
-
-Mais, quant à l'aultre poinct, que Vostre Majesté m'escript, que la
-dicte Dame veuille adoupter quelcune de ses parantes, elle n'en a
-nulle du costé paternel; et quant au maternel, il n'est en sa
-puyssance d'en advancer aulcune jusques là, joinct que ce propos
-seroit fort mal prins, pendant qu'elle mesmes monstre de se vouloir
-maryer. Tant y a que j'estime que le parlement qu'elle a convoqué ne
-se passera sans qu'on la presse ou de prendre party à bon esciant, ou
-de déclairer son successeur, car elle s'est desjà obligée, par
-l'aultre précédent parlement, de faire l'ung ou l'aultre, dont je
-mettray peyne d'en entendre ce qui s'en trettera. Sur ce, etc.
-
- Ce VIe jour de mars 1571.
-
-
-INSTRUCTION DE CE QUE JOZ AURA A FÈRE ENTENDRE à leurs Majestez,
-oultre ce dessus:
-
- Qu'après que le comte de Morthon a heu parlé à la Royne
- d'Angleterre et aulx siens, elle a faict, en sa présence, dez le
- XXIIIe du passé, mettre la matière en dellibération de son
- conseil, où l'ung d'entre eulx, voyant qu'elle inclinoit à la
- restitution de la Royne d'Escoce, luy a osé, avec grande
- véhémence, remonstrer qu'elle ne le debvoit faire en façon du
- monde, si elle ne se vouloit exposer à ung trop manifeste dangier
- de perdre toute la seurté, où elle vit meintenant, et la faire
- perdre à son royaulme, allégant que nul d'entre les princes
- chrestiens, ny toutz ensemble, ne seront jamais conseillez de luy
- mouvoir guerre en son pays pour leur particulier intérest, parce
- qu'ilz jugeront bien que la conquête leur en seroit très
- difficile, et encores plus impossible de la conserver; mais que
- ce seroit la Royne d'Escoce qui, par ses prétencions à cestuy cy,
- mettroit incontinent toutes choses en trouble, et attireroit les
- armes estrangières en l'isle, et qu'il supplioit très humblement
- la dicte Dame, et ceulx qui la conseilloient, de croyre que,
- s'ilz commettent à ceste heure une si grand erreur que de la
- restituer, qu'ilz luy verront, devant trois mois, allumer ung feu
- si chauld en Escoce, qu'il ne sera en leur puyssance de
- l'estaindre que l'Angleterre n'en soit embrasée, et leur présente
- religion, possible, fort oppressée, et les deux royaulmes
- réduictz soubz l'ancienne obéyssance, qu'il a appellée _tirannye
- du Pape_.
-
- A quoy nul de la présence, pour ne tumber en souspeçon de la
- religion, ou pour n'estre veu partial à la Royne d'Escoce, n'a
- ozé rien contradire; et la Royne seule, bien qu'avec visaige
- troublé, luy a respondu que les inconvéniantz, qu'il alléguoit,
- estoient fort à craindre, mais qu'il y en avoit d'aultres non
- moins, ains beaulcoup plus à doubter que ceulx cy, qui l'avoient
- desjà faicte résouldre à la restitution de la Royne d'Escoce; et
- que pourtant, elle les prioyt toutz de cesser désormais à
- débattre si elle la debvoit restituer ou non, et seulement qu'ilz
- regardassent de bien prez à quelles bonnes seuretez et conditions
- elle la restitueroit.
-
- Sur laquelle résolution ayant la dicte Dame depputé six
- commissaires, pour procéder au tretté, le comte de Morthon a
- desjà comparu deus foys par devant eulx, auquel ilz ont remonstré
- que la Royne, leur Mestresse, estoit bien fort pressée par la
- Royne d'Escoce et par les princes de son alliance, et encores par
- les seigneurs escouçoys, qui tiennent son party, de la restituer;
- et qu'y estant aussi elle mesmes par plusieurs considérations de
- son propre intérest, et du repos de son royaulme, disposée, elle
- avoit bien vollu, premier que de passer oultre, le faire
- appeller, affin qu'il regardât qu'est ce qu'il desiroit obtenir
- pour la seureté du petit Prince d'Escoce, pour la sienne, et de
- tous ceulx qui ont suivy son party, car elle mettroit peyne d'y
- pourvoir.
-
- A quoy le dict de Morthon a respondu que la dicte Royne d'Escoce
- estoit à juste titre depposée de son estat, et le Prince, son
- filz, légitimement établi en icelluy, tant par la cession d'elle
- mesmes, que par aprobation des Estatz, et qu'il estoit desjà en
- actuelle possession d'estre Roy, par ainsy qu'il ne failloit
- toucher à ce poinct; mais que, s'il grevoit à la Royne, leur
- Mestresse, de tenir davantaige la dicte Dame en son royaulme,
- qu'ilz la renvoyassent en Escoce, en quelque lieu où elle peult
- s'entretenir, sans toutesfois oster l'authorité à son filz; et
- que desjà la Royne d'Angleterre avoit bien esprouvé combien il
- luy estoit utille à son royaulme que le gouvernement ne fût point
- changé, lequel se pouvoit ayséement meintenir avec son ayde,
- pourveu qu'elle leur continuast l'entretennement de trois mil
- hommes, comme elle avoit faict jusques icy.
-
- Il luy a esté répliqué que la Royne, leur Mestresse, n'avoit
- forny à l'entretènement des gens de guerre en Escoce, ny n'avoit
- tenu si longtemps son armée en la frontière, que à cause de ses
- rebelles, qui s'étoient retirez par dellà, laquelle occasion
- cessant à ceste heure, il y auroit trop de dangier que de quel
- aultre mouvement d'armes qui s'y recommençât, les estrangiers
- n'y fussent attirez; considérant mesmement que les quatre
- principaulx seigneurs du pays, et toute la noblesse et le peuple,
- estoient du party de la dicte Royne d'Escoce, laquelle,
- d'abondant, offroit, de son costé, pour sa restitution, de bien
- honnorables condicions à leur Mestresse, et pourtant elle estoit
- toute résolue de passer oultre au dict tretté.
-
- Icelluy de Morthon leur ayant remémoré là dessus plusieurs grandz
- inconvéniens, si elle la restituoit, leur a, de rechef, proposé
- le premier expédient, de la remettre en quelque lieu en Escoce,
- où elle se puysse entretenir, sans changer rien du présent estat
- du gouvernement, et si, d'avanture, elle ne se veult passer d'y
- vivre en privée, qu'on luy baille quelque petit lieu où elle soit
- mestresse; et a requiz, au reste, que, pour conduyre les choses à
- bonne fin, ilz veuillent faire proroger l'abstinence de guerre
- encores pour deux mois, affin de mettre leur pays en quelque
- repos, et que pareillement leurs merchandz, qui ont desjà leurs
- navyres chargés de bledz, d'aranc, de saulmon sallé, et aultres
- denrées, et toutz prestz à faire voille, ne soient poinct
- arrestez en France.
-
- Sur laquelle dernière proposition ayant l'évesque de Roz esté
- appellé, et estant premièrement venu consulter de l'affaire
- avecques moy, il a, en leur présence et moy, par sollicitation
- fort vifvement incisté que nulle aultre prorogation debvoit estre
- faicte que de passer oultre, tout présentement, au dict tretté,
- attandu que, dans vingt quatre heures, toutes difficultez
- pouvoient estre vuydées, et les affaires demeurer entièrement
- bien accommodez. Mais parce qu'ilz luy ont remonstré qu'encor y
- courroit il toutjour quelque temps, il s'est enfin condescendu de
- leur accorder le dict renouvellement d'abstinence, encores pour
- tout ce mois, soubz promesse toutesfois qu'ilz luy ont faicte
- que, dans le premier jour d'apvril, les choses seront si
- advancées qu'on ne doubtera plus du succez qu'elles debvront
- avoir. Et semble, à la vérité, qu'aulcuns des commissaires
- procèdent droictement et en bonne sorte à l'expédition de cest
- affaire, mais les aultres s'esforcent bien fort de le traverser.
-
- Le lundy de caresme prenant, estant l'ambassadeur d'Espaigne, qui
- est icy, venu prandre son disner en mon logis, il m'a dict que,
- le jour précédent, le cappitaine Orsay, gouverneur de l'isle
- d'Ouyc, luy estoit venu dire, de la part de la Royne
- d'Angleterre, touchant plusieurs ourques fort riches, qu'on a
- nouvellement prinses sur les subjectz de son Maistre, qu'elle
- estoit contante de jetter aulcuns de ses grandz navyres dehors
- pour chastier les pirates, et mesmement ceulx qui s'advouhent au
- prince d'Orange, si les merchans luy vouloient accorder quelque
- petite contribution pour les frais de l'armement, parce qu'il
- n'estoit raysonnable qu'elle le fit à ses despens; et qu'avec la
- colleur de ce propos le dict Oursay luy avoit aussi demandé s'il
- vouloit point parler à la Royne, sa Mestresse, s'asseurant
- qu'elle l'oirroit fort vollontiers.
-
- A quoy le dict sieur ambassadeur luy avoit respondu qu'il luy
- sembloit que les merchans ne vouldroient jamais consentyr à nul
- nouveau subcide, et luy aussi ne le leur vouldroit conseiller,
- pour la conséquence qui s'en pourroit ensuyvre, laquelle il
- pensoit bien que le Roy, son Maistre, ne vouldroit oncques
- aprouver, joinct qu'il avoit toutjour estimé estre du desir et
- intention, et encores du proffict de la Royne d'Angleterre, que
- la mer fût nette; et elle la pouvoit nettoyer par une seulle
- parolle, parce que les pirates n'armoient, ny s'équipoient, ny
- avoient leur retrette qu'en son royaulme; mais, si luy, qui avoit
- charge en l'isle d'Ouyc, et les aultres cappitaines de la dicte
- Dame se vouloient employer de bonne sorte contre les dicts
- pirates, il procureroit que les merchans leur en fissent une bien
- honneste recognoissance;
-
- Et, au regard de parler à la dicte Dame, que, toutes les foys
- qu'elle luy feroit entendre d'avoir agréable qu'il exerceât son
- office vers elle, comme il faisoit auparavant les prinses, qu'il
- le feroit très vollontiers, et luy demanderoit audience, et luy
- yroit toutjour faire entendre les bonnes intentions et vollontez
- du Roy, son Maistre. Et a opinion, le dict sieur ambassadeur, que
- la dicte Dame l'avoit plus envoyé pour ce dernier poinct, affin
- d'atacher une nouvelle pratique de s'accommoder avec le dict Roy,
- son Maistre, sur les choses passées, que non pour ces nouvelles
- prinses des pirates.
-
- Cependant le dict ambassadeur et moy avons esté advertys que,
- dans ceste rivière de Londres, et en la coste d'Ouest, aulcuns
- particulliers équippent huict ou dix fort bons navyres de guerre
- avec semblant qu'ilz veulent aller aulx Indes, mais le dict
- ambassadeur publie et faict publier tout haut que Pero Melendes
- les attand au passaige.
-
-
-
-
-CLXIVe DÉPESCHE
-
---du XIIe jour de mars 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Discussion du traité concernant l'Écosse.--Refus du comte de
- Morton d'adhérer aux articles proposés.--Menace faite contre
- lui par Élisabeth.--Avis donné par Walsingham que le mariage du
- duc d'Anjou avec Marie Stuart est résolu en France.--Changement
- produit par cette nouvelle sur les résolutions de la
- reine.--Insistance de l'ambassadeur pour empêcher l'évêque de
- Ross de consentir à aucune discussion qui puisse retarder le
- traité.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Communications toute
- confidentielles faites par Leicester sur le projet de mariage
- du duc d'Anjou avec Élisabeth.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, après que l'abstinence de guerre a esté accordée, encores pour
-tout ce mois de mars, entre les depputez d'Escoce de l'ung et de
-l'aultre party, et que la déclaration a esté faicte au comte de
-Morthon comme la Royne d'Angleterre vouloit résoluement passer oultre
-au tretté, les commissaires de la dicte Dame luy ont proposé qu'il
-debvoit adviser à deux poinctz: l'un, de se rétracter de la procédure,
-que luy et ceulx de son dict party avoient faicte pour depposer la
-Royne d'Escoce, parce qu'ilz n'avoient nulles raysons, tant apparantes
-fussent elles, que les princes souverains les vollussent jamais
-approuver, ausquelz toutesfoys, comme à ceulx qui estoient constituez
-de Dieu pour suprêmes juges et exécuteurs des derniers jugemens en
-terre, ceste cause debvoit enfin parvenir; le segond, que ne voulant
-plus la Royne, leur Mestresse, meintenir la dicte cause de sa part, il
-regardât qu'est ce qu'il desiroit luy estre pourveu par le tretté pour
-la seureté sienne, et de ceulx qui l'avoient envoyé.
-
-Ausquelles deux choses, comme il s'efforçoit d'y vouloir respondre
-assés promptement et sans ordre, aulcuns des dicts commissaires l'ont
-prié, et croy que artifficieusement, affin de luy dresser cependant sa
-responce, qu'il ne se vollust haster de la bailler jusques à ce qu'il
-en eust bien à loysir conféré avec ses collègues, parce que leur
-Mestresse s'attandoit d'estre ceste foys résolue de son intention,
-affin de se résouldre elle mesmes des moyens qu'elle auroit, puys
-après, à tenir sur tout le reste du tretté. Dont, à deux jours de là,
-le dict de Morthon est retourné devers les dicts commissaires, et leur
-a respondu que les occasions, pour lesquelles la Royne d'Escoce estoit
-deschassée de son estat, avoient piéçà esté nottiffiées à la Royne
-d'Angleterre et aulx seigneurs de son conseil avec tant de preuve et
-de vérité qu'il ne vouloit à présent y dire, ny desduyre, sinon cella
-mesmes qui desjà avoit esté dict et miz par escript, et qu'il tournoit
-le produyre de rechef devers eulx; dont leur a exibé incontinent la
-procédure faicte à Yorc: et, quant au segond poinct, il les prioyt de
-considérer qu'aussitost que la juste privation et puis la dimission
-vollontaire de la dicte Dame avoient esté déclairées, le Prince son
-filz avoit légitimement esté subrogé en l'estat, et desjà couronné Roy
-d'Escoce; auquel luy et les bons subjectz du pays avoient presté la
-foy et sèrement, duquel ilz ne vouloient, ny pouvoient avec leur
-honneur, meintennant se despartyr; et pourtant, il suplyoit la Royne
-d'Angleterre de les vouloir toutjours favoriser et soubstenir en
-cestuy leur juste et honneste debvoir, attandu mesmement que les
-choses en Escoce s'estoient, jusques icy, conduictes, et se
-conduysoient encores fort bien et par bon ordre, soubz l'auctorité du
-jeune Roy; et que, quant bien elle le vouldroit habandonner, qu'ilz
-n'auroient pourtant ny faulte de moyens ny de forces pour le
-soubtenir, et pour contraindre le reste du royaulme de luy obéyr.
-
-Laquelle responce estant par quatre des dicts commissaires raportée à
-la Royne d'Angleterre, elle a dict qu'elle sentoit l'arrogance et la
-dureté d'un cueur bien obstiné, et qu'elle sçavoit que le dict Morthon
-ne l'avoit apportée telle de son pays, ains l'avoit aprinse icy
-d'aulcuns de ceulx mesmes du conseil, lesquelz elle vouloit bien dire
-qu'ilz estoient dignes d'estre penduz à la porte du chasteau, avec un
-rollet de leur adviz au coul; et que sa vollonté estoit que le dict
-Morthon ne bougeât ou de Londres, ou de la suyte de sa court, jusques
-à ce que quelque bon expédiant eust esté miz en cest affaire.
-
-Ceste démonstration de la dicte Dame nous a donné quelque argument de
-bien espérer de son intention; mais l'artifice des adversaires l'a
-bientost destournée, car, oultre leurs trames de court, et celles
-qu'ilz pratiquent encores en Escoce, voycy, Sire, ce que a escript le
-Sr de Valsingan à la dicte Dame du costé de France: qu'il a descouvert
-ung propos, qui se mène bien chauldement pour maryer Monsieur, frère
-de Vostre Majesté, avec la Royne d'Escoce, et que le Pape luy promect
-la dispence et beaucoup d'avantaiges au monde en faveur du dict
-mariage, et que les choses en sont si avant que Mon dict Seigneur
-promect d'y entendre, aussitost que, par ce tretté, la dicte Dame sera
-restituée en son estat; et que, ores que le tretté ne succède, qu'il y
-a entreprinse dressée pour la venir tirer par force hors d'Angleterre.
-A ceste cause, il suplye sa Mestresse de vouloir bien considérer
-lequel des deux inconvénians elle ayme mieulx évitter; et que, quant
-à luy, il ne luy peult dire sinon qu'elle sera très mal conseillée, si
-elle se dessaysyt jamais de la Royne d'Escoce.
-
-Cest adviz a renouvellé une si extrême jalouzie dans le cueur de ceste
-princesse, que je tiens le tretté non seulement pour beaucoup
-traversé, mais toutz les affaires et la personne mesmes de la dicte
-Royne d'Escoce en assés grand dangier. Et desjà ayant commancé la
-dicte Royne d'Angleterre de procéder plus estroictement avec le dict
-de Morthon, elle a faict dire à l'évesque de Roz qu'il veuille bailler
-une responce par escript aulx choses que icelluy de Morthon a dictes,
-et produictes de rechef, contre sa Mestresse; et qu'encores qu'elle,
-de sa part, n'en demeure que bien satisfaicte, que néantmoins cella
-servyra beaucoup de donner aucthorité au tretté: qui est ung poinct,
-Sire, pour non seulement acrocher la matière, mais pour attribuer, peu
-à peu, de l'authorité et jurisdiction à ceste couronne sur celle
-d'Escoce. Dont m'a semblé de conseiller à l'évesque de Roz de n'en
-faire rien, et de n'entrer, en façon du monde, à contester icy les
-droictz et tiltres de sa Mestresse, comme n'estant, à présent,
-question de cella, ny d'aulcune aultre chose que de tretter
-amyablement, entre les deux Roynes, de la restitution de celle qui est
-hors de son estat; et que le dict Morthon n'avoit que faire au dict
-tretté, sinon pour y requérir, si bon luy sembloit, sa seurté et celle
-des siens; à quoy pouvoit estre pourveu par ung seul article, après
-que les aultres seroient accordez; et qu'à cette occasion il requist
-d'estre procédé promptement avecques luy, et avec les aultres depputez
-de la Royne, sa Mestresse, sur les articles desjà proposez, ou bien
-leur donner congé de s'en retourner. Et ay tant faict qu'il s'est
-fermement arresté d'en user ainsy; dont espère qu'en brief nous aurons
-ou la conclusion, ou la ropture du dict tretté, et que je vous pourray
-informer des particullaritez que m'avez escriptes par vos dernières du
-XIXe du passé, touchant vostre vertueuse et prudente résolution en
-cest endroict[2], laquelle je mettray peyne qu'elle puysse réuscyr
-bien utille, et qu'elle soit aydée et favorisée d'icy, ou aulmoins non
-oprimée par les forces de ce royaulme; vous suppliant très humblement,
-Sire, de différer, jusques à mes prochaines, l'expédition du frère du
-cappitaine Granges, qui arrivera bientost devers Vostre Majesté, parce
-que c'est sur luy qu'il semble estre bon de faire fondement, estant
-homme solvable et de bonne intention. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIe jour de mars 1571.
-
- [2] Cette lettre annonce la résolution formelle du roi d'envoyer
- en Écosse, pendant six mois, à partir du premier mars, le secours
- de quatre mille écus par mois, sollicité par les députés de Marie
- Stuart. Voir le _Supplément à la Correspondance Diplomatique de
- La Mothe Fénélon_.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, par ung commung amy, que Mr le comte de Lestre et moy avons
-accoustumé de nous communiquer l'ung et l'aultre, lequel il envoya
-hyer quéryr, il m'a mandé qu'il a toutjour esté du party de France, et
-qu'il luy importe, de toute sa fortune et mesmes de la vie, qu'il se
-meintiegne tel, et qu'il puysse relever toutjour le dict party en
-Angleterre, aultant que faire se pourra; dont s'estant opposé jusques
-icy à ceulx, qui y soubstiennent la part d'Espaigne, et au mariage de
-l'archiduc, il a attandu l'oportunité de voir qu'à bon esciant la
-Royne, sa Mestresse, se vollût maryer, et que la nécessité la
-contraignît de l'estre, et lors il luy a persuadé, puysqu'elle ne
-vouloit avoir sinon ung prince de sa qualité, qu'elle deust en toutes
-sortes prandre Monseigneur, vostre filz; et que, quant ung ange du
-ciel m'annonceroit, à ceste heure, aultrement, parce qu'il sçavoit
-que, en France et en ce royaulme, l'on en faict divers discours, je ne
-vollusse croyre que la dicte Dame ne fût toute résolue de prandre
-party, et très bien disposée à celluy de Mon dict Seigneur, et avec
-telle affection qu'il se trouvoit en terme d'estre ruyné et perdu, si
-le propos ne se continuoit, comme il l'a commencé; car ceulx mesmes,
-qui y estoient les plus contraires, qui sont ses ennemys, impryment à
-la dicte Dame que la froydeur, dont l'on y va en France, et celle du
-cardinal de Chastillon icy, et ce que je n'en parle point, procède du
-dict comte mesmes, qui veult meintenant faire tumber la résolution et
-la nécessité, où la dicte Dame en est, à l'espouser à luy; et soubz
-main ayantz fort estroictement conféré de l'affaire avec l'ambassadeur
-d'Espaigne, ilz mettent, à ceste heure, en avant à la dicte Dame
-d'espouser le filz ayné de l'Empereur, l'eage duquel ilz asseurent n'y
-avoir à dire d'icelluy de Monseigneur que de demy an, et qu'il est de
-plus belle taille que l'archiduc; lequel l'Empereur a finement maryé
-ailleurs pour réserver ce party à son filz; et qu'il est très certain
-que la dicte Dame, si elle ne trouve correspondance en France, qu'elle
-fera des résolutions ailleurs, qui, possible, nous seront
-dommageables; qu'il ne pense pas que Voz Majestez Très Chrestiennes ne
-cognoissent assés que ceste princesse et son royaulme sont à desirer,
-et que Mon dict Seigneur ne peult avoir que honneur de desirer l'ung
-et l'aultre, et de s'advancer de les demander toutz deux; mesmes
-qu'il n'est pas fille, pour debvoir craindre que ung reffuz luy puysse
-faire perdre un aultre party; et que, s'il veut qu'on y aille
-secrectement, qu'encores le veult on plus de ce costé, mais au moins
-que Voz Majestez fissent dire ou escripre quelque chose, en la plus
-convenable façon qu'elles adviseroient, pour faire voir qu'elles
-recognoissent la bonne intention de ceste princesse; qu'elles la
-veulent entretenir, et qu'il ayt moyen de luy parler librement de
-l'affaire, de respondre aux difficultez qu'on y vouldra opposer, et le
-conclurre premier qu'il soit publié; qu'il failloit qu'il fût bientost
-résolu de cecy, parce qu'il ne vouloit, ny n'estoit besoing pour nous,
-qu'il demeurast hors du nombre de ceulx qui tretteront party à la
-dicte Dame, ains, d'où qu'elle en preigne, qu'il soit toutjour ung des
-premiers qui s'en mesle; et par ainsy que, si le singulier desir,
-qu'il a vers la France, ne luy réuscit, qu'il advisera, le mieulx
-qu'il pourra, de s'accommoder vers l'Espaigne.
-
-Je luy ay respondu que Mr le cardinal de Chastillon avoit ouvert ce
-propos, et que j'estimois qu'il avoit le soing de le conduyre, et que
-Voz Majestez ne m'en avoient encores rien mandé en particulier;
-seulement je cognoissois, par toutes voz lettres, qu'il y avoit, de
-vostre part, une très grande affection de confirmer davantaige
-l'amytié, bonne intelligence et alliance, avecques la Royne, sa
-Mestresse, et qu'il ne tiendroit qu'à elle que cella se perpétuât
-jamais; que je ne faisois doubte que le bruict du dict mariage n'eust
-faict descouvrir en France, et icy, qu'il y en a infinys qui seroient
-très marrys qu'il succédât, et qui s'esforceroient d'y mettre toutz
-les obstacles, qu'il leur est possible, jusques à s'ayder de faulces
-inventions, comme est celle qu'il m'avoit mandée qu'on trettoit de
-maryer Mon dict Seigneur avec la Royne d'Escoce, et que luy et Mr le
-cardinal de Lorrayne et Mr le Nunce en heussent tenu de bien estroictz
-conseilz ensemble, chose qui n'avoit nulle apparance de vérité; mais
-il estoit bien certain qu'on avoit dict et escript tant de difficultez
-de deçà, qu'il ne debvoit trouver estrange que Voz Majestez en
-demeurassent en quelque suspens; que je vous escriprois dilligentement
-le tout par le menu, et vous représanterois fort expressément sa bonne
-intention, et celle qu'il m'asseuroit telle de sa Mestresse, que les
-anges mesmes ne m'en debvoient faire rien croyre au contraire, affin
-de luy en randre response le plus tost que faire se pourroit. Et par
-ce, Madame, que j'ay devant les yeulx les trois considérations, que
-m'avez mandées par le Sr de Sabran, sur lesquelles je vous ay despuys
-faict entendre ce qui m'en semble, je vous supplie très humblement me
-commander, à ceste heure, quel ordre, quel langaige et quel moyen
-j'auray à y tenir; et sur ce, etc. Ce XIIe jour de mars 1571.
-
-
-
-
-CLXVe DÉPESCHE
-
---du XVIIe jour de mars 1571.--
-
-(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)
-
- Irrésolution des Anglais sur le parti qu'ils doivent prendre à
- l'égard de Marie Stuart.--Vive insistance de l'ambassadeur pour
- qu'il soit procédé au traité.--Discussion des articles
- proposés.--Négociation des Pays-Bas; plaintes et menaces
- d'Élisabeth contre le roi d'Espagne.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la Royne d'Angleterre a esté si vifvement persuadée par une
-partie des siens, et non moins dissuadée par l'aultre, de restituer
-la Royne d'Escoce, qu'elle s'est enfin trouvée de ne sçavoir bonnement
-ausquelz incliner; et eulx mesmes, par les raysons les ungs des
-aultres, ont esté si irrésoluz et ont tant crainct que les
-inconvénientz qui pourroient advenir, si ceste princesse estoit
-restituée, et ceulx aussi qui certainement adviendroient, si elle ne
-l'estoit pas, leur fussent par après redemandées, qu'ilz avoient une
-foys délayssé, de toutz costez, de plus en parler; seulement ilz
-s'aydoient d'artiffices et de bruictz, et d'inventions, pour mouvoir
-la dicte Dame chacun à son opinion, comme si elle s'y résolvoit d'elle
-mesmes; et pressoient l'évesque de Ross de respondre aulx accusations,
-que le comte de Morthon avoit, de rechef, produictes contre sa
-Mestresse. Mais s'estant le sieur évesque fermement résolu à ce que
-nous avons arresté, qu'il n'entreroit en aulcune contestation de
-droict, ny de tiltre, ny de la personne de la Royne, sa Mestresse; et
-n'ayant, ny luy ny moy, pour cella cessé de presser noz amys sur
-l'advancement du tretté, ny, de ma part, obmiz de solliciter par
-offres, par prières, et encores par menaces, le comte de Morthon; l'on
-est, despuys trois jours, retourné à continuer le dict tretté, lequel
-semble que les commissaires, pour l'honneur et pour la seureté de la
-Royne, leur Mestresse, le veulent meintenant restreindre à quatre
-poinctz:
-
-Le premier est d'asseurer si bien ceulx du contraire party, qu'ilz
-n'ayent à se doubter à jamais ny de leurs personnes, ny de leurs
-biens, ny de leurs estatz; et que, pour ceste occasion, il soit
-réservé lieu et auctorité en Escoce aulx comtes de Lenoz et de
-Morthon, par où ilz n'ayent occasion de craindre le contraire, et que
-la capitulation, qui s'en fera, soit en forme ung peu plus expresse
-qu'on n'a accoustumé d'user aulx aultres rébellions, parce qu'ilz ont
-estably et couronné ung Roy contre la Royne d'Escoce. Le segond poinct
-est d'avoir le Prince d'Escoce, d'où deppend toute la conclusion de
-l'affaire; et, de tant que le dict Prince est en la garde du comte de
-Mar, lequel n'obéyst à la Royne d'Escoce, qu'elle monstre par raysons
-probables comme elle le pourra faire venir ez mains de la Royne
-d'Angleterre. Le troisiesme est de bailler des ostaiges, et iceulx si
-principaulx qu'on ne puysse sans leur vollonté, ou contre icelle,
-dresser rien en Escoce au préjudice de ce royaulme. Et le quatriesme
-poinct est de consigner aulcunes des meilleures places du pays à la
-dicte Royne, leur Mestresse, ou accorder qu'elle en y puysse faire
-fortiffier quelques unes.
-
-Auxquels quatre poinctz iceulx depputez de la Royne d'Escoce ont desjà
-baillé des responces, fort aprochantes de l'accord, sinon au dernier,
-lequel ilz ont du tout reffuzé, allégans que je leur avois desjà
-signiffié, s'ilz accordoient nulles places aulx Anglois, qu'il
-failloit qu'ilz en accordassent aultant à Vostre Majesté; et est
-l'évesque de Ross en ceste opinion qu'on n'incistera par trop à cest
-article. Néantmoins il me semble qu'on procède sur icelluy et sur les
-aultres par grandes difficultez, et que la matière n'est encores
-preste à conclure; dont attendons la responce de la Royne d'Escoce sur
-les particullaritez, que luy avons desjà escriptes, affin de la mander
-incontinent à Vostre Majesté.
-
-Les depputez de Flandres sont arrivez, lesquelz seront ouys après
-demain, et cependant huict des principaulx seigneurs de ce conseil,
-qui estoient lundy dernier en ceste ville, ont faict venir vers eulx
-l'ambassadeur d'Espaigne, auquel ayant faict honneur et bonne
-réception, ilz luy ont assés sommairement parlé du faict des prinses,
-mais ilz se sont asprement pleintz à luy de ce qu'on avoit miz en
-pryson ung anglois en Espaigne, parce qu'il avoit adverty la Royne, sa
-Mestresse, des mauvaises pratiques que Stuqueley meine par dellà
-contre elle, et des aprestz, qui se font en Espaigne, pour faire une
-entreprinse en Yrlande; sur quoy ilz luy vouloient bien dire que le
-dict Anglois estoit injustement dettenu, par ainsy qu'il advisât de le
-faire mettre en liberté; et que la Royne, leur Mestresse, n'avoit
-donné aulcune occasion au Roy, son Maistre, d'attempter rien par armes
-contre elle, ny contre ses pays; et, quant il le vouldroit faire,
-qu'elle sçayt comme y résister, et comme encores prendre assés de
-revenche, pour luy donner occasion de s'en repentyr, ensemble à ceulx
-qui le luy auront conseillé. Sur quoy le dict sieur ambassadeur a
-respondu que rien de semblable n'estoit encores venu jusques à sa
-cognoissance, et qu'il en escriproit en dilligence au Roy, son
-Maistre; néantmoins qu'il ozoit prandre sur le périlh de sa vie que ce
-qu'ilz luy disoient, de l'entreprinse d'Yrlande, estoit une chose
-faulce et supposée, et qu'il n'entendoit, à présent, aultre chose de
-l'intention du Roy, son Maistre, sinon qu'il l'avoit fort bonne, de
-persévérer en bonne paix et en l'ancienne confédération qu'il a avec
-la Royne, leur Mestresse, et avec son royaulme. Dont, de là en avant,
-leurs propos se sont continuez avec plus de gracieuseté, de sorte
-qu'ilz se sont despartys bien contantz les ungs des aultres. Despuys
-j'ay sceu qu'on prépare d'envoyer pour cest effect le jeune Coban
-devers le Roy Catholique, et qu'on dresse ung armement de huict grandz
-navyres, soubz la conduicte de Milord Grey, pour cependant garder la
-coste d'Yrlande, et qu'on envoye nouvelles provisions et argent à
-milord Sideney, affin de pourvoir à la deffance du pays, et qu'on a
-faict cryer icy que ung chacun ayt armes, chevaulx et équipage, prestz
-pour marcher, quant la Royne le commandera. A la vérité ceulx cy
-monstrent de parolle qu'ilz veulent accorder des différans des
-prinses, mais ilz continuent encores par effect d'arrester toutjours
-les navyres et merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne; et,
-despuys peu en çà, ilz ont faict descharger huict grandes ourques bien
-fort riches en divers portz de ce royaulme; et si, avoient desjà donné
-congé à aulcuns particulliers, qui avoient armé, d'aller aux Indes,
-mais, despuys six jours, on a mandé d'arrester toutz navyres, affin de
-servyr à la deffance d'Yrlande, si l'on voit qu'il en soit besoing.
-Sur ce, etc.
-
- Ce XVIIe jour de mars 1571.
-
-
-
-
-CLXVIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIe jour de mars 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais à la conduite du Sr Rydolfi._)
-
- Audience.--Réception faite à lord Buchard à Paris.--Satisfaction
- de la reine sur la réponse du roi au sujet de
- l'Irlande.--Plainte contre les entreprises que le roi d'Espagne
- projette sur ce pays.--État de la négociation concernant
- l'Écosse.--Mort du cardinal de Chatillon.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estant allé, jeudi dernier, affin de satisfaire aulx depputez de
-la Royne d'Escoce, trouver la Royne d'Angleterre à Grenvich, j'y suys
-arrivé sur le poinct que ceulx de son conseil venoient de débattre,
-devant elle, les poinctz du tretté avec tant de contention entre
-eulx, qu'elle avoit esté contraincte de dire à l'ung de la compaignie
-qu'il estoit un fol et ung téméraire, luy deffandant de plus se
-trouver en sa présence au dict conseil; dont n'est venu que bien à
-propos que j'aye heu à parler à la dicte Dame d'une aultre matière
-plus gracieuse, premier que de luy toucher de celle là. Et ainsy luy
-ay dict qu'il y avoit assez longtemps que je n'avois receu des
-nouvelles de France, et que je venois exprès ceste foys pour voir et
-sçavoir des siennes, affin d'en faire part à Voz Très Chrestiennes
-Majestez, qui ne pourriez recevoir plus grand playsir que d'entendre
-de la belle et bonne disposition, en quoy, grâces à Dieu, je la
-voyois; et que Vous, Sire, par voz dernières du XIXe du passé,
-monstriez desirer qu'elle fût demeurée bien satisfaicte de la
-responce, que luy aviez faicte sur les choses d'Yrlande, et me
-commandiez la luy représanter de rechef, et que vostre dellibération
-estoit de conserver inviollablement la bonne amytié, que vous aviez
-avec elle.
-
-La dicte Dame, avec grand playsir, m'a respondu que, puysque je ne luy
-comptois point des nouvelles de France, elle me vouloit dire que
-l'entrée de Vostre Majesté estoit desjà faicte, dez le premier mardy
-de mars, de laquelle milord de Boucart luy avoit mandé plusieurs
-choses honnorables et bien fort magniffiques, et luy avoit aussi
-escript du combat de la barrière, et de voz aultres exercisses, bien
-fort à la louange de Vostre Majesté, et de Monseigneur vostre frère,
-et de vostre court; et qu'ung sien escuyer, qu'elle avoit envoyé avec
-le dict de Boucard, lequel estoit desjà de retour, affermoit que, sans
-faire comparaison de roys, parce qu'il n'en avoit jamais veu nul
-aultre que Vostre Majesté, il n'estoit possible que prince, ny
-seigneur, ny gentilhomme, peult aller plus gaillardement, ny avec
-plus d'adresse, à toutes sortes de combat de pied et de cheval, qu'il
-vous y avoit veu aller; et luy en avoit racompté aulcunes
-particullaritez, qu'elle avoit prins si grand playsir de les ouyr,
-qu'elle les luy avoit faictes redire plusieurs foys, non sans bien
-fort souhayter qu'elle eust peu estre une tierce royne, présente à les
-voir; et qu'à la vérité, elle eust trop vollontiers réservé pour elle
-la commission de s'aller conjouyr avec Voz Très Chrestiennes Majestez
-de voz présentes prospéritez, que de l'avoir donnée à milord de
-Boucard, si ainsy se fût peu faire; ès quelles prospéritez elle
-comptoit celle là pour bien grande, que la Royne Très Chrestienne se
-trouvoit relevée de tout son mal, sinon de celluy de la groysse,
-duquel elle accoucheroit, avec l'ayde de Dieu, bien heureusement dans
-neuf mois prochains, me priant là dessus l'excuser, si, pour jouyr du
-portraict de la dicte Dame, parce que c'est ung seul contantement
-entre les princes, qui aultrement ne se voyent jamais, elle aprouvoit
-le larrecin qu'on en avoit faict en France, et l'a tiré incontinent de
-sa pochette pour me le monstrer, me demandant si elle estoit ainsy en
-bon poinct, et le teint si beau, comme la peinture le remonstroit; et
-qu'au reste elle ne vouloit faillir de vous randre le plus exprès
-grand mercys, qu'il luy estoit possible, pour la tant favorable
-réception, que vous aviez faicte non seulement à milord de Boucard,
-car celle là estoit convenable pour ung qui eust esté plus grand que
-luy, bien qu'il soit son parant, mais encores à toutz ses aultres
-gentishommes, qu'elle avoit envoyez en sa compaignie, qui s'en
-louoient infinyement: de quoy elle vous avoit une bien fort grande
-obligation, et réputoit trop plus que bien employé l'honneur qu'elle
-avoit desiré vous faire par ceste visite; qu'elle auroit grande
-occasion de se douloir de moy, si je ne vous avois desjà faict
-entendre le contantement et grande satisfaction qu'elle avoit receu de
-vostre bonne responce sur les choses d'Yrlande; et que si, du temps
-que voz affères n'alloient guières bien, elle avoit monstré par euvre
-sa ferme persévérance en vostre amytié, vous debviez bien croyre,
-Sire, que meintenant, en vostre prospérité, elle ne seroit pour s'en
-despartyr, et que vous ne doubtiez, quoy que puysse advenir, que, de
-son costé, il y ayt jamais faulte; que la pleinte d'Yrlande se
-transféroit meintenant sur le Roy d'Espaigne, lequel, s'il persévéroit
-en ce qu'elle en avoit desjà entendu, il monstreroit que non seulement
-il aymoit les trahysons, desquelles quelquefoys les princes se sçavent
-ayder, mais encores les traystres, que nulz vrays princes n'ont jamais
-vollu regarder de bon oeil; et qu'elle s'esbahyssoit bien fort comme,
-estant si catholique, il ne mettoit fin à la guerre du Turc, premier
-que d'en commancer une aultre à une princesse chrestienne; et qu'elle
-espéroit, en tout évennement, que Vostre Majesté ne trouveroit mauvais
-qu'elle entreprînt de très bien se deffandre.
-
-Je luy ay respondu, Sire, à ung chacun poinct de ses honnestes propos,
-le plus gracieusement qu'il m'a esté possible, conforme aulx motz bien
-exprès et fort propres, qu'il vous a pleu souvent m'en mander en voz
-lettres, et me semble qu'elle en est demeurée bien fort contante; et,
-quant à l'entreprinse d'Yrlande, que j'estimois, Sire, que vous auriez
-grand regrect de voir sourdre aulcune occasion de guerre entre deux si
-prochains vos alliez, comme sont le Roy d'Espaigne et elle, et s'il
-estoit en vostre puyssance d'y obvier que vous y employeriez très
-vollontiers; et de la deffance, dont elle m'avoit parlé, si,
-d'avanture, il en failloit venir là, je ne faisois doubte que Vostre
-Majesté ne la réputât de droict naturel et estre loysible à ung chacun
-de légitimement s'en ayder. Sur la fin, Sire, je luy ay dict que vous
-me commandiez de vous donner compte en quoy l'on estoit meintenant du
-tretté de la Royne d'Escoce, et que vous ayant, elle, faict dire par
-ses ambassadeurs, et escripre par moy, que la dicte Dame luy avoit
-faict des offres, lesquelles elle avoit trouvés bien honnorables, vous
-réputiez desjà l'accord comme conclud entre elles, et ainsy le
-respondiez à ceulx qui vous incistoient en ceste affaire, tant princes
-que aultres; par ainsy, qu'il luy pleust me dire ce que j'aurois
-meintenant à vous en mander.
-
-La dicte Dame m'a respondu, en façon, à la vérité, peu contante,
-qu'elle se doubtoit bien que je ne passerois ceste audience sans luy
-parler de la Royne d'Escoce, laquelle elle desiroit estre moins en
-vostre souvenance, et encores moins en la mienne; néantmoins que je
-vous pouvois escripre qu'il n'estoit possible d'user de plus grande
-dilligence que celle qu'on mettoit à parfaire le tretté, et qu'elle
-laissoit à Mr de Roz de me dire particullièrement en quoy l'on en
-estoit meintenant. Et soubdain s'est mise à discourir aulcunes
-particullaritez, qu'on luy a rapportées, que Mr le cardinal de
-Lorrayne avoit dictes et faictes contre elle; lesquelles j'ay miz
-peyne de luy dissuader, et s'est l'audience terminée bien fort
-gracieusement.
-
-Le jour d'après, le comte de Morthon a esté appellé et a esté bien
-fort pressé de consentyr au restablissement de la Royne d'Escoce, et à
-bailler le Prince d'Escoce ostage pour elle par deçà, ou qu'aultrement
-il seroit habandonné de la Royne d'Angleterre, laquelle mesmes s'yroit
-joindre à l'aultre party; et la comtesse de Lenoz a monstré qu'elle
-inclinoit à ce poinct. Le dict de Morthon s'est trouvé fort perplex,
-et a demandé temps d'y penser; il demeure encores bien ferme, et
-prétend d'obtenir quelque relasche, par prétexte d'aller rassembler
-les Estatz d'Escoce, premier que de pouvoir bailler ung assés vallable
-consentement en chose de si grande importance. Despuys, le Sr de
-Vassal est arrivé, avec les lettres de Vostre Majesté, du VIIe et Xe
-du présent, sur lesquelles j'yray encores revoyr la Royne
-d'Angleterre, ung jour de ceste sepmaine. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour
-de mars 1571.
-
- Ainsy que je signois la présente, l'on m'est venu advertyr que,
- hyer au soir, monsieur le cardinal de Chastillon avoit perdu la
- parolle et estoit hors de toute espérance; et ung aultre me vient
- de dire qu'il est desjà trespassé.
-
-
-
-
-CLXVIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour de mars 1571.--
-
-(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)
-
- Audience.--Retour de lord Buchard à Londres.--Remercîment de la
- reine pour l'accueil qu'il a reçu en France.--Nouveaux pouvoirs
- demandés par le comte de Morton aux états d'Écosse.--Nouvelles
- de Flandre et d'Irlande.--Mission de sir Henri Coban en
- Espagne.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je suys allé, de rechef, trouver la Royne d'Angleterre à
-Grenvich, pour le mercyment que Vostre Majesté, par ses lettres du Xe
-du présent, me commandoit de luy faire; laquelle a esté de tant plus
-curieuse d'entendre ce que je luy en ay vollu dire, que milord de
-Boucard n'estoit encores arrivé, et a monstré d'avoir ung extrême
-playsir que Voz Majestez ayent vollu prandre à honneur ceste sienne
-visite et son présent d'hacquenées; et que je l'aye asseurée que vous
-n'estimez que cella soit tant procédé de l'ordinaire observance
-d'entre les princes, comme d'une habondance d'affection et de
-bienveuillance qu'elle vous porte, et que vous l'avez receu pour ung
-très asseuré gaige, qu'elle veult fermement persévérer en vostre
-amytié; et que ceste sienne publique démonstration de vous honnorer
-vous a esté de grande satisfaction, non seulement pour Voz Majestez
-Très Chrétiennes et pour vostre court, mais encores pour les princes
-et estatz estrangiers qui avoient là leurs ambassadeurs; adjouxtant
-quelque mot de l'ellection, qu'elle avoit vollu faire de ce milord,
-son parant, pour le vous envoyer, qui s'estoit fort dignement acquitté
-de sa charge; dont me commandiez l'asseurer que l'obligation, que vous
-lui aviez de toutes ces choses, ne seroit colloquée en ung prince
-ingrat ny mescognoissant, ains en ung prince très disposé de
-l'honnorer, et de luy randre avec pareilles démonstrations les vrayes
-oeuvres de sa bonne intention envers elle; et que, pour revanche des
-hacquenées, si elle avoit envye d'aulcune chose, qui se peult
-recouvrer entre toutes les commoditez de vostre royaulme, que vous
-auriez très grand playsir de l'en gratiffier.
-
-La dicte Dame m'a respondu qu'en nulle chose de ce monde, il ne luy
-estoit advenu d'obtenir si bien tout l'effect de son desir, fors en
-ung poinct seulement, qu'en ceste cy; qui n'avoit prétandu par icelle
-que d'en satisfaire à son debvoir, vous donner contantement, et
-monstrer au monde qu'elle vous veult de tout son pouvoir honnorer, ce
-que vous aviez vollu luy agréer si grandement, et vous en contanter,
-et le recepvoir encores avec une si publique démonstration d'honneur,
-qu'elle remercyoit Dieu de luy avoir miz au cueur de le faire; et
-qu'en cella seul se trouvoit intéressée qu'ayant estimé vous obliger
-par ce moyen vers elle, elle s'en trouvoit en très grande obligation
-vers vous, me priant de luy ayder, par mes lettres, à vous en randre
-ung très grand mercys, et vous donner aultant d'asseurance de son
-affection et dévotion envers Voz Très Chrestiennes Majestez, en tout
-ce qui concerne vostre grandeur, et la félicité de vostre mariage, la
-paix de vostre royaulme, l'establissement de voz affaires,
-l'inviolable observance de son amytié et intelligence avec la France,
-comme il est en sa foy et parolle, devant Dieu et le monde, de le vous
-pouvoir jurer et promettre. Et ne s'est diverty pour lors le propos à
-nulz aultres termes qu'à continuer ceulx cy, et semblables, avec
-grande affection et avec beaucoup de contentement de la dicte Dame.
-
-Despuys, mon secrétaire est arrivé avec la dépesche de Vostre Majesté
-du XIIIe de ce mois, et bientôt après, milord de Boucard, lequel la
-dicte Dame a receu et toute sa compaignye avec grande démonstration de
-faveur; mais je ne sçay encores des particularitez de son raport,
-sinon qu'on m'a asseuré qu'il l'a faict fort bon. Et, au regard du
-tretté de la Royne d'Escoce, le comte de Morthon a esté si pressé
-d'accorder la restitution d'elle, et de bailler le Prince d'Escoce par
-deçà, qu'il n'a trouvé aultre remède que de jurer, avec sèrement
-solemnel, qu'il n'avoit nul pouvoir suffisant de le faire; mais qu'il
-yroit vollontiers assembler les Estatz pour le se faire donner. Dont a
-esté advisé de leur donner quelque temps pour y pourvoir, à la charge
-que, s'il ne revient au jour préfix, et qu'il n'apporte consentement
-d'accorder à toutes les choses, qui seront trouvées honnestes pour
-parachever le tretté, que la Royne d'Angleterre procèdera sans luy,
-et habandonnera entièrement son party; dont a esté dépesché ung
-corrier en dilligence devers la Royne d'Escoce pour avoir son
-consentement à ce que le dict de Morthon et ses collègues, et
-pareillement deux des depputez de la dicte Dame, s'en puyssent
-retourner; et que, par mesmes moyen, une aultre prorogation
-d'abstinance de guerre soit prinse; et que cependant l'on procèdera
-avec l'évesque de Roz à l'accord des aultres poincts d'entre les deux
-roynes.
-
-Les depputez de Flandres ont esté amyablement receuz de la Royne
-d'Angleterre, laquelle leur a promiz, en général, une bonne expédition
-de leurs affaires; et despuys ilz ont esté ouys des seigneurs de son
-conseil, avec lesquelz, quant ilz sont venuz aulx particullaritez, il
-s'y est trouvé encores plusieurs difficultez, qu'on est après à les
-démesler. Les provisions pour Yrlande se continuent toutjours, parce
-qu'il semble que trois vaysseaulx espaignolz ayent compareu en la
-coste du dict pays, et qu'il a couru bruict que Estuqueley se venoit
-remettre en une sienne terre, que la Royne d'Angleterre a donnée à ser
-Peter Carho. Et est certain que la dicte Dame crainct assez d'avoir
-quelque guerre de ce costé, dont, pour s'en esclarcyr, elle prépare le
-voyage du jeune Coban en Espaigne; duquel j'entendz que la commission
-portera quatre chefz: l'ung, de faire entendre au Roy Catholique
-l'occasion pourquoy elle a faict, l'année passée, arrester les biens
-et navyres de ses subjectz; le segond, pourquoy son ambassadeur fut
-quelque temps resserré; le troisiesme, qu'elle se plainct qu'il ayt
-receu et qu'il meintienne ses rebelles, comme est Estuqueley, lequel
-elle demande luy estre renvoyé, ou, au moins, qu'il soit chassé hors
-de ses pays; et le quatriesme, qu'elle luy envoyera ung ambassadeur
-pour résider prez de luy, s'il le veult ainsy recepvoir comme il
-appartient. Sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de mars 1571.
-
-
-
-
-CLXVIIIe DÉPESCHE
-
---du premier jour d'apvril 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Sabran._)
-
- Sursis aux affaires d'Écosse et d'Irlande.--Soupçon répandu à
- Londres que le cardinal de Chatillon est mort par le
- poison.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Détails sur la
- négociation du mariage du duc d'Anjou.--Conversation
- confidentielle entre Leicester et l'ambassadeur.--Nécessité de
- faire une proposition officielle du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il ne m'est beaucoup resté, après celles que vous ay escriptes
-du XXVIIIe du passé, que adjouxter meintenant icy des nouvelles de
-deçà, si n'est de vous confirmer, Sire, que le rapport de milord de
-Boucard a esté si bon et si honnorable, et tant plein de louanges de
-Vostre Majesté, et de la Royne, et de la Royne vostre mère, et de
-Messeigneurs voz frères, et de toute vostre court, et encores, de
-l'esplendeur d'icelle, et des bonnes chères qu'il y a receues, et des
-présents que Vostre Majesté luy a faictz, et des magnifficences de
-vostre entrée, et des aultres choses qu'il a ouyes et cognues par
-dellà concerner l'amytié que voulez garder à la Royne, sa Mestresse,
-et à son royaulme, qu'il en a rendu la dicte Dame la plus contante et
-satisfaicte qu'il est possible, ce qui seroit trop long à vous réciter
-en particullier; mais il semble bien, Sire, tout à ung mot, que ce qui
-a esté faict en l'endroict du dict Boucard se monstre estre bien et
-utillement employé.
-
-Il y a trois jours qu'on n'a rien touché au tretté de la Royne
-d'Escoce, attendant la responce que la dicte Dame fera sur le congé
-que le comte de Morthon demande, lequel je ne voys pas qu'il se puysse
-bonnement empescher, bien qu'il semble que la dicte Royne d'´Escoce le
-reffuzera du tout; mais l'on essayera au moins d'obliger le dict de
-Morthon à de si expresses conditions, de son brief retour, et
-d'aporter le pouvoir d'accorder à la restitution de la dicte Dame,
-que, s'il y fault, le tretté ne layssera pourtant de passer oultre
-sans luy. Et j'ay bien opinion, Sire, que nul des deux partys des
-´Escouçoys, qui sont meintenant icy, ne se trouve guières contant de
-la procédure des Anglois: ce que j'espère qui les fera devenir plus
-saiges entre eulx. J'ay escript, ces jours passez, au Sr de Vérac, et
-luy ay envoyé par chiffre l'extret de l'article de voz dernières qui
-le concernoit, et luy ay donné toute l'instruction, que j'ay peu, des
-choses qui peuvent importer vostre service par dellà.
-
-Les provisions d'Yrlande vont, despuys trois jours, ung peu plus
-froydes pour avoir milord Sideney escript qu'il a aprins, par aulcuns
-partisans d'Estuqueley, et des sauvaiges du pays, que le Roy
-d'Espaigne n'estoit encores bien prest d'y entreprendre; à quoy les
-bonnes lettres, que le duc d'Alve a naguières escriptes à la Royne
-d'Angleterre par le depputé de Flandres, et les bonnes parolles, que
-l'ambassadeur d'Espaigne luy a faictes dire, l'ont aulcunement
-confirmée, de sorte qu'elle espère que le voyage du jeune Coban sera
-de grand proffict; sur les desportemens duquel sera bon, pour beaucoup
-de respectz, Sire, qu'on y preigne ung peu garde par dellà. L'on
-attand une responce du duc d'Alve touchant aulcunes difficultez qui se
-sont offertes en l'entrée de cest accord, sur la forme d'y procéder;
-et, après qu'elle sera venue, l'on pourra mieulx juger de ce qui s'en
-debvra espérer; cependant ung chacun estime que le faict des prinses
-s'accommodera.
-
-Mademoyselle de Lore m'a envoyé dire comme, ayant esté trouvé que feu
-Mr le cardinal de Chastillon estoit mort de poyson, et qu'en estant la
-Royne d'Angleterre et toute sa court merveilleusement escandalizez,
-qui en vouloient, comment que soit, advérer le faict, ils avoient
-envoyé mestre en arrest toute la famille, et resserrer en basse fosse
-les deux qui servoient en sa chambre, et faict saysir et sceller les
-coffres, meubles et papiers du deffunct; mais que, d'advanture, elle
-avoit retiré les trois derniers pacquetz, que Dupin luy avoit envoyez,
-lesquelz n'estoient encores ouvertz; et que, sellon l'adviz que je luy
-avois donné, elle les avoit brullez sans les ouvrir, me priant de
-vouloir faire entendre à Vostre Majesté le piteux estat de toute ceste
-famille, et qu'il luy playse avoir pitié d'eulx toutz, et qu'au reste
-je la veuille conseiller de ce qu'elle et eulx auront à faire. Je luy
-ay mandé les meilleures parolles de consollation, qu'il m'a esté
-possible, avec asseurance que j'en escriprois en bonne sorte à Vostre
-Majesté, et qu'au reste elle m'excusât, si je ne m'osois mesler plus
-avant de son affaire, jusques à ce que j'en eusse receu vostre
-commandement; attendant lequel, Sire, je supplie très humblement
-Vostre Majesté n'avoir mal agréable que, vous envoyant exprès le Sr de
-Sabran, pour l'ocasion que je luy ay donné charge vous dire de bouche,
-je vous face par luy une très humble requeste de ma part à ce que, en
-la distribution de tant de biens, qui vous est advenue par ceste
-vaccance, il vous plaise avoir recordation de la bénéficence que j'ay
-toutjours très justement espérée de Vostre Majesté, pour le service
-que, avec grande affection et fidellité, j'ay miz, toute ma vie, grand
-peyne de vous faire; et je suplieray le Créateur, etc. Ce Ier jour
-d'apvril 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, par les deux dernières lettres, que j'ay receues, escriptes de
-vostre main, et par le fidelle récit, que le Sr de Vassal m'a faict,
-des choses que luy avez commandé me dire, j'ay veu l'advancement que
-Vostre Majesté a sceu très saigement donner à ce qui se debvoit faire
-par dellà, et ay comprins ce qu'elle desire qui se conduyse à présent
-icy. Dont, sans remémorer le propos du comte de Lestre, lequel je vous
-ay naguières mandé par une petite lettre, dans le pacquet du Roy,
-avant que m'eussiez deffandu de rien plus y commettre de ce faict, je
-vous diray à présent, Madame, que, despuys le dict propos, j'ay esté
-deux fois devers la Royne d'Angleterre avant le retour de milord
-Boucard; laquelle a monstré qu'elle estoit très marrye de ne pouvoir
-cognoistre, par aulcune chose que le dict Boucard ny le Sr de
-Valsingan luy escripvissent de dellà, ny par le récit d'aulcun qui en
-vînt, qu'il y eust que toute froydeur de vostre costé, jusques à me
-dire, avec regrect, que ce avoit esté ung bruict et puys rien, et
-qu'elle voyoit bien que vous adjouxtiez plus de foy aulx persuasions
-que à la vérité, et que, de son costé, elle prioyt Dieu de ne luy
-donner à vivre une heure après qu'elle auroit pensé d'user de
-moquerie.
-
-Je n'ay esté marry de la veoir en ceste opinion, ains luy ay confirmé
-que plusieurs, à la vérité, s'efforçoient par leurs artiffices de
-traverser la bonne intention, que Voz Majestez pouvoient avoir en cest
-endroict, et que pourtant il la vous failloit ayder.--«Je ne sçaurois,
-m'a elle assés soubdain respondu, comme leur donner ayde, si eulx
-mêmes ne se veulent ayder.»--Je luy ay aussitost répliqué que «si,
-pourroit fort bien faire en ce qui ne seroit que bien honnorable pour
-elle.» Et sommes entrez en des propoz fort honnestes, ès quelz m'a
-semblé qu'elle n'y apportoit rien de simulation.
-
-Despuys, milord de Boucard est arrivé, qui luy a faict ung rapport
-bien fort honnorable, et en façon pour luy faire trouver fort bon ce
-qu'il a veu en son voyage; et ay aprins par les deux plus inthimes
-personnes de la dicte Dame, desquelles j'en ay accointé nouvellement
-une, qu'elle s'est confirmée davantaige en son premier propos vers
-Monseigneur votre fils, et à desirer plus que jamais l'alliance de
-France; ayant néantmoins mesuré, par la prudence des propos, que
-Vostre Majesté a tenuz au dict Boucard, qu'il estoit besoing d'y aller
-fort secrectement, dont ne s'en parle plus qu'entre bien fort peu en
-ceste court.
-
-Le lundy après le décez de Mr le cardinal de Chastillon, le comte de
-Lestre m'ayant assigné de nous trouver, comme par rencontre, aulx
-champs, m'a, de rechef, pressé de haster les affaires, affin de ne
-nous trouver prévenuz, par ce qu'on menoit, ainsy qu'il dict, pour
-l'aultre party bien chauldement la matière, et que néantmoins, encor
-que le pourtraict du prince Rodolphe fût desjà arrivé, il me prioyt
-que, si je l'estimois chevalier d'honneur et homme de bien, je
-vollusse donner foy à ce qu'il me juroit, devant Dieu, que la Royne,
-sa Mestresse, estoit résolue de se maryer, et qu'elle estoit mieulx
-disposée envers Mon dict Seigneur, vostre fils, que à nul aultre party
-du monde; et que desjà elle s'estoit tant déclairée en cella, et luy
-m'en avoit parlé si ouvertement qu'elle ny pourroit rien adjouxter
-davantaige, jusques à ce que Voz Majestez en eussent faict dire
-quelque chose de leur part.
-
-Sur quoy, Madame, ayant sondé ce propos jusques au fondz en d'aultres
-lieux, d'où s'en pouvoit tirer notice, j'ay trouvé qu'il y a
-conformité; et croy qu'avec vingt mil escuz l'on n'en pourroit à
-présent descouvrir davantaige; tant y a que j'ay respondu au dict
-sieur comte que Vostre Majesté avoit desjà de longtemps manifesté sa
-bonne intention envers la Royne, sa Mestresse, à desirer, mesmes pour
-le Roy, son alliance, et je croyois que milord Boucard avoit bien
-cogneu que ceste mesmes vollonté vous continuoit encores vers elle
-pour Monseigneur; et, combien que la voix, qui en avoit sorty en
-France et icy, sans fondement, heust miz en commotion bonne partie de
-la Chrestienté, vous ne vous en estiez aucunement estonnée, car
-estimiez que, venant la grandeur de ces deux royaulmes à se fortiffier
-ainsy l'une par l'aultre, l'on n'auroit guières à craindre le reste du
-monde; cella seulement vous descourageoit qu'on vous avoit asseurée
-que l'intention de la dicte Dame estoit de ne se maryer jamais, mais
-que, pour la nécessité et accommodement de ses affaires, elle en
-feroit de très grandes démonstrations jusques à en donner de bonnes
-parolles, en passer articles, et mesmes d'en bailler sa promesse en ce
-que les conditions se peussent accorder; et que, puys après, quant
-elle se seroit bien servye du propos, les dictes condicions se
-demanderoient si dures et si difficiles, sur le faict de la religion,
-ou sur la restitution de quelques places, ou sur d'aultres
-contrainctes demandées par deçà, (et enfin, quant l'on ne pourroit
-mieulx, l'on y feroit opposer les seigneurs de ce conseil ou les
-Estatz du royaulme), que le tout se viendroit à rompre au mespriz et
-moquerie de celluy qui y auroit prétandu; et que Vostre Majesté
-estimoit trop meilleur de s'en tayre que d'en tumber en cest
-inconvénient; car en lieu de paix et d'amytié, il en sortyroit une
-hayne, et, possible, une bien cruelle guerre, et que luy, et nous
-toutz qui nous en serions meslez, en reporterions ung très grand
-blasme et un déshonneur à jamais; néantmoins que, sur sa parolle, je
-vous en escriprois promptement avec toute affection, et que bientost
-j'en aurois la responce.
-
-Il m'a répliqué tant de bonnes parolles, et l'on m'en a dict tant
-d'aultres bonnes d'ailleurs, et mesmes l'on m'a tant asseuré que
-Cecille y est, à ceste heure, fort affectionné, que je ne vous
-sçaurois dire, Madame, sinon que je ne voy que la matière soit
-aultrement que très bien disposée; dont adviserez maintenant comme il
-fauldra procéder, sans attendre l'adviz d'icy, car fault que procède
-du seul conseil de Voz Majestez. Tant y a que, s'il vous playt que
-j'aye bientost une lettre, par laquelle je puysse prier la dicte Dame
-de trouver bon que Voz Majestez luy trettent Monseigneur vostre filz
-en mariage, et qu'elle ayt agréable que vous le luy offriez, je
-mettray peyne d'en tirer bientost sa déterminée responce; et, si elle
-me la faict telle comme je l'espère, je procureray incontinent de
-sçavoir les condicions, et de procéder aulx articles, si bien que
-l'affaire ne traynera nullement; et si, sera tenu fort secrect, ainsy
-que ceulx cy monstrent de le desirer; qui ont entendu que le vydame
-debvoit repasser par deçà, mais ilz ne trouvent bon que luy, ny pas
-ung aultre, y viegne jusques à ce que le tout soit conclud. Et sera
-bon, Madame, affin d'obvier à longueur, de considérer, de bonne heure,
-s'il sera expédiant que les dictes condicions se trettent et débattent
-en France, ce que j'estimerois meilleur, ou bien icy; et si,
-d'avanture, il fault que ce soit icy, il vous playra me
-particullariser comme Vostre Majesté desireroit qu'elles fussent.
-
-J'estime que le Sr Cavalcanty, qui est fort secrect, et a de la
-suffizance, ne sera que bien propre ministre pour estre employé en
-cest affaire, puisque Cecille y est, à ceste heure, bien disposé; dont
-vous en pourrez servyr entre Vostre Majesté et le Sr de Valsingan,
-lequel s'y monstre aussi meintenant bien fort affectionné, ou bien,
-s'il vient par deçà, je m'en ayderay. Sur ce, etc.
-
- Ce Ier jour d'apvril 1571.
-
-
-
-
-CLXIXe DÉPESCHE
-
---du VIe jour d'apvril 1571.--
-
-(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)
-
- Ouverture du parlement.--Demande faite par la reine d'un
- subside.--Affaires d'Écosse.--État de la négociation des
- Pays-Bas.--Nouvelles de troubles en France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, lundy dernier, deuxiesme de ce mois, la Royne d'Angleterre a
-assisté en personne à la première proposition de son parlement, où se
-sont trouvez unze comtes, dix sept évesques, vingt sept barons, et le
-nombre accoustumé des aultres depputez des provinces et villes de ce
-royaulme; elle n'a vollu que le duc de Norfolc, ny le comte de Herfort
-y soyent comparuz, lesquelz, soubz l'ordonnance de la dicte Dame,
-demeurent encores, l'ung en sa mayson de ceste ville, et l'aultre hors
-de court, assés mal contantz. La susdicte proposition à ce que
-j'entendz, a été de remonstrer la bénédiction de paix, dont ce
-royaulme a jouy, il y a desjà douze ans, soubz le règne de ceste
-princesse, pendant qu'on a veu les aultres estatz voysins se dissiper
-en guerres et divisions entre eulx; et que cella est advenu pour le
-grand bénéfice de Dieu envers elle, qui luy a mis au cueur de le
-recognoistre, et il l'a pourveue de vertu et de prudence pour sçavoir
-meintenir, sans sang ny opression, les bons ordres de son royaulme à
-la très grande utillité de ses subjectz plus qu'à la sienne, et à
-obvier à la division, où les ministres du Pape (tel a esté le parler
-du garde des sceaulx) les ont vollu assez souvant inciter, ainsy qu'on
-en avoit veu de très dangereux commancemens; lesquelz toutefoys, par
-la bonne pourvoyance de la dicte Dame, avoient esté bientost
-esteinctz; ce qu'ilz debvoient recognoistre de Dieu et en remercyer
-beaucoup leur princesse, laquelle desiroit meintenant que, par ceste
-assemblée, il fût miz ordre que rien de semblable ne peust jamais plus
-advenir; et que les évesques regardassent aulx loix qu'il fauldroit
-faire de nouveau, et à celles qu'il fauldroit abroger, des desjà
-faictes, pour l'entretennement de la vraye religion; et que les
-aultres estatz fissent de mesmes, en ce qui seroit pour
-l'entretennement de la pollice publique, avec de bien sévères peynes
-contre les biens et personnes de ceulx qui non seulement ozeroient,
-en résidant dans le royaulme, attempter rien au contraire, mais qui
-se vouldroient absenter pour l'aller pratiquer ailleurs; et qu'ilz
-considérassent que, comme il ne s'estoit peu jusques icy, aussi ne se
-pourroit à l'advenir remédier à telz affaires sans grandz frais; qui
-pourtant estoient maintenant priez de la dicte Dame, qu'affin de la
-rembourcer en quelque partie du passé, et luy pourvoir de quelque
-somme contante pour les accidans qui pourront cy après survenir, comme
-il s'en manifeste desjà quelcun du costé d'Yrlande, ilz la vollussent
-secourir d'une leur bien prompte et bien libéralle contribution. Et
-n'ay point sceu, Sire, qu'on ayt, pour ceste première foys, rien
-proposé davantaige, mais bientost se verra si l'on viendra toucher
-nulz aultres poinctz.
-
-La Royne d'Escoce a envoyé une responce ferme et résolue, de ne
-vouloir aulcunement consentyr à la prorogation du tretté ny à nulle
-abstinance de guerre, si le comte Morthon s'en retourne, mais que,
-s'il veut renvoyer l'ung de ses deux collègues pour aller quérir leur
-pouvoir, demeurant luy icy, elle est contante de proroger l'un et
-l'autre. Je ne sçay ce que la Royne d'Angleterre en vouldra ordonner,
-mais ce que le cappitaine Granges a faict, d'avoir miz les principaulx
-habitans de Lislebourg dans le chasteau; de s'estre saysy de la ville;
-la tenir ouverte aulx partisans de la Royne, sa Mestresse, et fermée
-aulx aultres; d'avoir miz garnyson dans Sainct André; avoir mandé les
-principaulx du royaulme, au XVe de ce mois, pour y proclamer
-publiquement l'authorité de la Royne, sa Mestresse; faict que le dict
-Morthon presse grandement son retour, et que la dicte Dame ne le luy
-veult empescher. Dont je me confirme, Sire, en ce que je vous ay
-naguières mandé par le Sr de Sabran touchant la dépesche, que pouviez
-faire maintenant en Escosse.
-
-Il est naguières arrivé ung gentilhomme flamant, venant de la
-Rochelle, dépesché par le comte Ludovic de Nassau, lequel, ayant
-trouvé le cardinal de Chastillon décédé, il va temporisant sa
-négociation par ce, possible, que, sur ung tel accidant, il attand
-nouvelle commission.
-
-La principalle difficulté, qui s'est monstrée sur le commancement de
-l'accord des Pays Bas, est que le duc d'Alve ayant promiz de bailler
-cautions, pour les merchandises des Anglois, de la somme de cent
-cinquante mil escuz, à estre payez contant, ung mois après que les
-merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, seront randues, n'en
-trouvent maintenant nulles qui puissent assés contanter ceulx cy; car
-ne veulent accepter de Flamans ny Espaignolz, ny nulz subjectz du Roy
-Catholique, ny encores nulz Allemans, ny Italliens, qui soyent
-intéressez avecques luy; et semblent qu'ilz veuillent incister que la
-dicte somme soit mise en dépost ou fornye contante, ny ne veulent
-permettre qu'elle soit prinse en rabays des deniers qui sont arrestez
-par deçà; car estant les dicts deniers des Gènevoys, ilz en veulent
-convenir avec eulx; ny les dicts Gènevoys n'y contradisent guières,
-qui ont plus à gré de s'en accorder icy que d'adjouxter ceste partie
-aulx aultres, que le Roy d'Espaigne leur doibt, avec lequel ilz sont
-si enfoncez qu'ilz disent en estre advenu, despuys ung an, des
-deffaillimens et banqueroutes de très grandes sommes. Néantmoins l'on
-estime qu'il se trouvera quelque moyen d'accommoder le faict des
-prinses, et que le reste, puys après, se poursuyvra, sellon que le
-jeune Coban raportera d'Espaigne. Cependant ceulx cy chargent leur
-flotte de draps, ainsy qu'ilz ont faict les deux années précédantes
-pour aller en Hembourg.
-
-L'on publie icy, Sire, pour bien fort grandz les deux excez naguières
-advenuz à Roan et à Oranges[3], et en tient on la paix de vostre
-royaulme pour fort esbranlée, non sans y fère desjà des desseings,
-mais j'espère que ces accidans ne seront tant cause de la ropture de
-vostre éedict, comme ilz vous donront moyen, en les remédiant, de
-l'establyr davantaige. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'apvril 1571.
-
- [3] Le 4 mars 1571, les protestans, au moment où ils sortaient de
- Rouen pour aller faire leurs prières, avaient été insultés, et le
- soir, à leur retour, ils furent attaqués de vive force. Cinq
- d'entre eux restèrent morts sur la place; un plus grand nombre
- fut blessé, et le reste dut prendre la fuite. Le maréchal
- François de Montmorency fut chargé par le roi de punir cette
- infraction à l'édit de pacification. Une commission, prise dans
- le sein du parlement de Paris, fut réunie sous la présidence de
- Bernard Prevot, sieur de Morsan. Quelques-uns des coupables
- furent punis de mort, d'autres du bannissement; trois cents qui
- s'étaient sauvés furent condamnés à mort par contumace.--Au mois
- de février précédent, la populace d'Orange, en Provence, excitée
- par Mignoni et Michel de La Baume, s'était jetée sur les
- protestans dont plusieurs avaient été tués. L'émeute, qui dura
- trois jours, ne fut arrêtée que par l'intervention de Momméjan,
- commandant du château, qui donna asile aux protestans dans la
- citadelle. Berchon, nommé bientôt après gouverneur de la ville, à
- la sollicitation de Louis de Nassau, fit punir les coupables de
- la mort ou de l'exil.
-
-
-
-
-CLXXe DÉPESCHE
-
---du XIe jour d'apvril 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Demande de la chambre des communes que la religion protestante
- soit seule tolérée en Angleterre.--Autorisation donnée par
- Élisabeth au comte de Morton de se rendre en Écosse pour en
- rapporter de nouveaux pouvoirs.--Opinion de l'ambassadeur que
- le traité d'Écosse peut être considéré comme rompu, et que le
- roi doit pourvoir à la défense de Marie Stuart.--Retour de lord
- Sidney, venant d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Surprise
- de Dunbarton par les partisans du comte de Lennox.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, après la proposition du garde des sceaux, qui a esté telle que
-je vous ay mandé par mes précédantes, du VIe de ce mois, ceulx de la
-segonde chambre de ce parlement ont vollu commancer leurs affaires par
-tretter de la religion; et ont requiz d'estre establye loy aulx
-subjectz de ce royaulme, sans exeption ny excuse d'aulcun, qu'ilz
-ayent toutz à se ranger à la forme de religion protestante, et
-assister aulx presches et prières, et faire, une foys l'an pour le
-moins, la coene à leur mode, sur peyne de pryson et de confiscation de
-leurs biens meubles et immeubles pour toute leur vie, sinon qu'ilz
-retournent vollontairement à la dicte religion avec aprobation des
-évesques; auquel cas ilz recouvreront leurs immeubles, mais les
-meubles demeureront perpétuellement confisquez. Laquelle loy les
-seigneurs de la première chambre n'ont ozée ouvertement contradire,
-mais, parce qu'ilz ont allégué qu'elle restraindroit la liberté, qui
-leur estoit réservée par les précédans parlemens, et que pourtant ilz
-ne s'y vouloient légièrement soubzmettre, elle n'a encores passé.
-
-Le reffuz que la Royne d'Escoce a mandé, de ne vouloir consentyr le
-retour du comte de Morthon, a miz la Royne d'Angleterre à ne sçavoir
-bonnement commant en debvoir user; car n'a vollu malcontanter le dict
-de Morthon, ny le retenir oultre son gré, cependant que ceulx de
-l'aultre party vont establyssant leurs affaires par dellà, mesmes
-qu'elle espère pouvoir amyablement obtenir de luy le Prince d'Escoce;
-et d'aultre part, elle a fait conscience d'offancer ouvertement la
-Royne d'Escoce, qui tant libérallement luy offre son filz, et toutes
-les condicions qu'elle luy veult demander. Enfin elle a choisy cest
-expédiant, de faire par ceulx de son conseil déclairer séparéement
-aulx depputez des deux partiz que, de tant que le dict comte de
-Morthon asseure avec sèrement qu'il n'a pouvoir suffizant pour
-accorder à la restitution de la Royne d'Escoce, qu'elle trouve bon
-qu'il s'en puysse retourner présantement pour aller tenir là dessus
-une assemblée, au premier jour de may prochain, affin d'obtenir le
-dict pouvoir, à condicion que, s'il ne revient incontinent après, et
-ne l'apporte, qu'elle procèdera sans luy au tretté encommancé pour la
-restitution de la dicte Royne d'Escoce, et habandonnera icelluy de
-Morthon et les siens; déclairant qu'elle persévère toutjour en sa
-dellibération de la restituer, laquelle déclaration n'a contanté les
-dicts du party de la dicte Royne d'Escoce, qui ont allégué plusieurs
-inconvénians au contraire, mais ilz n'ont peu rien advancer. Le dict
-de Morthon n'en est aussi demeuré guières contant, voyant que ceulx cy
-s'aheurtent tant à vouloir avoir le Prince, et croy qu'il ne
-retournera plus; dont je tiens ce tretté pour non seulement fort
-différé mais pour du tout interrompu, et qu'il est temps, Sire, de
-pourvoir à ceulx qui soubstiennent la cause de la dicte Royne
-d'Escoce, qui veulent entièrement dépendre de Vostre Majesté et qui
-ont faict déclairer icy qu'ilz ne veulent, pour chose quelconque qui
-leur puysse advenir, se despartyr à jamais de l'alliance de France, et
-desirent qu'on sache que, sur ce poinct principallement, ilz reffuzent
-de tretter avecques les Anglois. J'espère que, à la fin, les aultres
-se unyront avec eulx.
-
-Celluy qui avoist esté envoyé pour advertyr milord Sideney de ne
-bouger de sa charge, n'a trouvé le passaige à propos, de sorte que le
-dict Sideney a esté descendu en Angleterre, premier qu'il ayt veu la
-dépesche, et a vollu venir bayser la main à sa Mestresse, vers
-laquelle il pourchasse meintenant que ung aultre soit envoyé en
-Yrlande, et semble que milord Grey se prépare pour y aller. Le
-depputé, qui est icy de Flandres, n'espère guières mieulx de l'yssue
-de sa commission, qu'ont faict ceulx qui y ont esté devant luy. Il y a
-desjà ung mois qu'il est arrivé et n'a encores rien advancé, mesmes
-l'on ne cesse, pour sa présence, de vendre toutjour à vil prix les
-mesmes merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, qui doibvent
-estre randues; et si, ne trouve qu'on luy donne aulcun bon compte de
-ce qui a esté prins ez dernières huict ourques arrestées par deçà.
-J'ay présentement receu la dépesche de Vostre Majesté du premier de ce
-mois, sur laquelle j'yray veoir demain ceste princesse; sur ce, etc.
-
- Ce XIe jour d'apvril 1571.
-
-
- Despuys la présente escripte et signée, je viens d'estre adverty
- qu'un avis est arrivé ce matin au comte de Morthon, qui porte
- nouvelles comme ceulx du party du Prince d'Escoce ont surprins
- Dombertrand, ayans trouvez endormiz ceulx qui estoient dedans, se
- sont faicts maistres de la place, et ont admené prisonniers
- milord de Flemy, Mr de St André et le Sr de Vérac. Je ne larray
- pourtant de demeurer en bons termes, si je puys, avec le dict de
- Morthon et de vériffier mieulx ceste nouvelle, laquelle je tiens
- assés pour suspecte et pour supposée.
-
-
-
-
-CLXXIe DÉPESCHE
-
---du XVIe jour d'apvril 1571.--
-
-(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)
-
- Audience.--Compte rendu par l'ambassadeur du sacre de la reine de
- France, et de son entrée à Paris.--Explications données par
- Élisabeth sur le départ du comte de Morton.--Injonction faite à
- l'évêque de Ross de quitter Londres.--Accord d'une nouvelle
- suspension d'armes en Écosse.--Confirmation de la prise de
- Dunbarton.--Négociation des Pays-Bas.--Proposition faite dans
- le parlement de déclarer criminel de lèze-majesté quiconque se
- porterait ou se serait porté héritier de la couronne
- d'Angleterre, du vivant d'Élisabeth.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, mercredy dernier, avant la solemnité de ces festes, j'ay esté
-trouver la Royne d'Angleterre à Ouestmestre, à laquelle, après luy
-avoir parlé de la magnifficence, en quoy la sepmaine précédante je
-l'avoys veue aller à l'ouverture de son parlement; avec ung très
-honorable ordre des principaulx de la noblesse de son royaulme, je luy
-ay dict que, despuys le partement de milord de Boucard jusques alors,
-Vostre Majesté avoit demeuré de m'escripre affin que je n'entreprinse
-d'aller compter à la dicte Dame rien de ce que le dict milord luy
-pouvoit rendre bon compte, et que je desirois qu'il luy eust donné par
-son rapport toute satisfaction de Voz Très Chrestiennes Majestez,
-comme je la pouvois asseurer que voz intentions estoient très bonnes
-et parfaictes envers elle; et que bientost après estre party, s'estant
-la Royne trouvée plus sayne et en meilleure disposition, et toutes
-choses plus prestes qu'on n'avoit pensé, vous aviez advisé, Sire, de
-la faire sacrer et couronner à St Deniz le XXVe du passé, et faire son
-entrée à Paris le vingt neufiesme, avec ung si grand concours et
-aclamation de peuple, que Vous, Sire, en estimiez vostre mariage de
-tant plus agréable à Dieu qu'il estoit publiquement aprouvé des
-hommes; et que, si la Royne, de son costé, avoit prins grand playsir
-de se veoir ainsy honnorée, Vous, et la Royne vostre mère, en aviez
-receu double contantement pour l'amour d'elle et pour la singulière
-dévotion et bienveuillance, dont ce grand peuple continuoit de vous
-révérer toutz trois; qui au reste me mandiez, Sire, que les choses y
-avoient passé prou d'ordre sellon la grande multitude qui y estoit, et
-que l'entrée avoit esté assés belle, dont m'en feriez cy après envoyer
-les particullaritez pour les luy faire veoir; et cependant me
-commandiez qu'au nom de Voz Trois Majestez, je me conjouysse de cest
-acte avec elle, comme avec celle que vous asseuriez estre toutjour
-bien fort contante de vostre contantement; et encor que, peu de jours
-auparavant, ceulx de Roan eussent excité quelque tragédie contre ceulx
-de la nouvelle religion, ilz n'avoient toutesfoys peu troubler la
-feste, et s'apercevoient bien desjà qu'ils avoient offancé Vostre
-Majesté, qui me commandiez d'asseurer la dicte Dame que le chastiement
-s'en ensuyvroit; et que, tant s'en failloit que vous pensissiez
-debvoir sortir de cest accidant aulcune occasion d'esbranler vostre
-éedict de paciffication, que, au contraire, vous espériez de l'en
-confirmer et establyr davantaige.
-
-La dicte Dame, avec démonstration d'ung grand contantement, m'a
-respondu qu'elle eust à bon esciant prins à mal que Vostre Majesté ne
-luy eust faict part de tant de belles et rares choses, qui avoient
-passé au sacre, couronnement et entrée de la Royne lesquelles elle
-entendoit avoir esté très magniffiques, et playnes d'une fort grande
-et fort royalle esplandeur, et qu'elle réputoit à ceste heure ung
-grand payement de la parfaicte amytié qu'elle vous porte, et de la
-vraye affection qu'elle a aulx choses de vostre grandeur et
-contantement, qu'il vous ayt pleu luy en faire ainsy bonne part; dont
-elle vous en remercye de tout son cueur, et vous prie de croyre qu'il
-n'y a nul, en tout le rolle de voz alliez, qui tant perfaictement se
-resjouysse, comme elle faict, de ce que la division et guerre, où
-naguières vostre royaulme se trouvoit, soit meintenant convertye en
-une doulce aclamation et généralle obéyssance, que toutz voz subjectz
-d'ung bon accord vous randent, qui remercyoient Dieu d'avoir miz en
-vostre cueur la généreuse résolution, que monstriez, de vouloir garder
-vostre parolle et la fermeté de voz éedictz, et qu'elle espéroit, à la
-vérité, que les moyens qu'on s'estoit, possible, choysiz pour les
-rompre, seroient ceulx là qui plus les confirmeroient; se continuant
-le propos en plusieurs honnestes deviz des cérémonyes honnorables et
-magniffiques qu'on avoit de tout temps usé en France, lesquelles l'on
-avoit toutjour sceu bien imiter en Angleterre, et du bien qui
-reviendroit à Vostre Majesté non sans grande réputation de vostre
-vertu, si Dieu vous donnoit à faire observer bien exactement vostre
-éedict.
-
-Après, j'ay suyvy à luy dire que, de tant qu'elle m'avoit déclairé
-qu'elle ne prenoit playsir, ains se sentoit comme offancée, quant
-Vostre Majesté lui faisoit parler de la Royne d'Escoce, que je me
-trouvois en grand perplexité comment en user, et mesmes que sa
-déclaration estoit venue sur le poinct que plus vous attendiez, Sire,
-qu'ilz fussent accommodez, sellon ses précédentes promesses; dont
-voyant maintenant que le comte de Morthon s'en estoit retourné, et que
-deux des depputez de la Royne d'Escoce s'estoient aussi retirez, comme
-toutz descheuz de leur espérance, je ne sçavois ny n'osois luy
-demander qu'est ce que je vous en debvois escripre; et que je la
-suplioys, en attandant que le comte de Morthon revînt pour accomplir
-ce qu'il avoit promiz, qu'elle vollust au moins procurer une aultre
-prorogation d'abstinance de guerre en Escoce, et ne commander à
-l'évesque de Roz de s'en aller, comme j'avois entendu qu'elle estoit
-après de le faire, ains luy permettre de résider icy comme ambassadeur
-de sa Mestresse; laquelle aultrement viendroit à ung grand désespoir,
-et que c'estoient deux choses qui ne pouvoient estre à elle que bien
-fort honnorables.
-
-La dicte Dame s'est arrestée à me discourir longtemps de l'ocasion,
-pour laquelle le comte de Morthon s'en estoit retourné, et de l'estat
-du tretté, et comme elle avoit mandé à son ambassadeur en France de
-vous en donner compte, monstrant, à la vérité, qu'elle a quelque
-nouvelle offance contre la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle regarde
-seullement à ne vous irriter; et m'a néantmoins fort vollontiers
-accordé la dicte surcéance, mais assez fermement incisté que le dict
-évesque de Roz ne demeure point icy, durant ce parlement, pour les
-pratiques qu'elle crainct qu'il y face, sans toutesfoys me le
-reffuser.
-
-Sur lesquelz deux poinctz, Sire, je suplie très humblement Vostre
-Majesté d'en faire faire quelque instance au sieur de Valsingan, parce
-que l'ung et l'aultre semblent convenir beaucoup à vostre service.
-
-Il est venu, despuys yer, la confirmation de la prinse de Dombertrand
-par ceulx du comte de Lenoz, le premier jour d'avril, s'estant milord
-de Flemy saulvé, luy septiesme, et toutz les aultres prins, qui est
-ung accidant, lequel traversera et retardera beaucoup les affaires de
-la dicte Royne d'Escoce. Le depputé de Flandres a esté, ces jours
-passez, en fort privée et estroicte conférance avec le comte de Lestre
-et milord de Burlay, mais il semble qu'il n'obtiendra aulcune
-résolution de ses affaires, jusques au retour du jeune Coban. Ceulx de
-ce parlement ont proposé qu'il ne soit loysible à nul en ce royaulme
-d'alléguer que leur Royne soit hérétique, sismatique, ny séparée de
-l'esglize, ni mettre en avant aulcune sorte de prétencion à la
-succession de ceste couronne, tant qu'elle vivra, sur peyne de lèze
-majesté contre ceulx qui le feront, et contre ceulx encores qui ont
-desjà présumé de le faire. A laquelle proposition ayant ung de
-l'assemblée monstré d'y cercher quelque modération, il l'a si
-vifvement contradicte qu'elle demeure encores en suspens. Sur ce, etc.
-
- Ce XVIe jour d'apvril 1571.
-
- Si Vostre Majesté avoit proposé d'envoyer des rafréchissemens et
- provisions à Dombertran, il les fauldra adresser meintenant à
- Lislebourg.
-
-
-
-
-CLXXIIe DÉPESCHE
-
---du XIXe jour d'apvril 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Cavalcanti._)
-
- Audience.--Proposition officielle du mariage du duc d'Anjou avec
- Élisabeth.--Consentement donné par la reine.--Discussion des
- articles du contrat.--_Mémoire Général._ Détails de cette
- négociation.--Termes dans lesquels la proposition a été
- faite.--Réponse d'Élisabeth.--Discussion des articles entre
- lord Burleigh (Cécil), Leicester et l'ambassadeur.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, avant de recevoir vostre lettre du IIIe du présent, par le Sr
-Cavalcanty, j'avois desjà respondu par le Sr de Sabran aulx deux
-précédantes, que Vostre Majesté m'avoit escriptes de sa main; et a le
-dict Cavalcanty trouvé, quant il a esté icy, que les choses estoient
-en la mesmes disposition que je vous avois mandé, dont il vous
-comptera meintenant, Madame, comme, en venant, il fut arresté à
-Douvre, et conduit, soubz la garde d'ung guyde, jusques en la mayson
-de mylord de Burlay; ce qui ne peult estre si secrectement que
-quelques ungs ne l'entendissent, et, le soir mesmes, la Royne
-d'Angleterre parla à luy; de laquelle les responses et démonstrations
-vous seront par luy mesmes racomptées; et après, il vint conférer avec
-moy sur la dépesche qu'il m'avoit apportée.
-
-Dont j'allay, le lendemain, trouver la dicte Dame, laquelle se retira
-en une gallerye à part, où, après luy avoir parlé d'aulcunes aultres
-particullaritez, je lui tins le propos que Vostre Majesté trouvera icy
-adjouxté, duquel je vous puys asseurer, Madame, qu'elle monstra
-recepvoir ung très grand et très acomply contantement, et m'y
-respondit en si bonne et modeste façon, et avec parolles tant pleynes
-d'honneur et d'honneste desir, que je n'y peuz rien cognoistre qui ne
-me semblât fort esloigné de simulation, et de feyntize, si toutes
-choses despuys eussent suyvy de mesmes, et me pria d'en conférer avec
-Mr le comte de Lestre et milord de Burlay, qui estoient les deux seulz
-ausquelz elle disoit avoir confyé le propos. Je leur tins, incontinent
-après, le mesmes langaige, que j'avois faict à la dicte Dame, avec les
-offres en l'endroict de chacun à part, que me commandiez de leur
-faire; qui les receurent avec très grand respect; et despuys, ilz
-m'ont monstré d'aporter une très abondante affection à la conclusion
-de ce faict, sur lequel toutesfoys nous n'avons, en trois conférances,
-peu raporter aultre chose d'eulx que ce que Vostre Majesté verra par
-les responces qu'ilz ont données à noz articles. Lesquelz responces
-ilz se sont fort esforcez de les dresser en termes qui ne puyssent,
-quant à la religion, estre cy après interprétez contre la leur, et,
-quant au reste, qui portent réservation des mesmes choses pour la
-dicte Dame, que le Roy Catholique accorda à la feu Royne Marie; et ont
-allégué qu'ilz ne pouvoient, parce qu'ilz n'estoient que deux, faire
-rien davantaige, sinon qu'ilz assemblassent le reste du conseil, et
-qu'ilz croyoient fermement que Vostre Majesté s'en contanteroit.
-
-Je ne suys, à la vérité, Madame, demeuré si satisfaict que je desiroys
-de leurs responces, quant à la substance d'icelles, bien que les
-parolles, les promesses et les interprétations, qu'ilz y ont
-adjouxtées, ayent esté assés pleynes de contantement, et que,
-plusieurs foys, ilz m'ayent déclairé que toutes les conditions, que la
-Royne leur Mestresse vouloit demander oultre la religion, estoient
-contenues au contract de la Royne Marie, une seule exceptée, qui
-estoit de la succession de la couronne de France; auquel cas ilz
-vouloient pourvoir que la couronne d'Angleterre eust toutjours son Roy
-à part, qui seroit le puyné; mais il m'a semblé, Madame, qu'ilz
-prenoient ung circuyt pour gaigner, avec le temps, des avantaiges, ou
-bien pour, avec le mesmes temps, réfroydir la disposition de cest
-affaire, auquel nul n'oze, à présent, sinon y segonder bien fort tout
-ce que la dicte Dame en monstre desirer. Et m'a semblé aussi que le Sr
-de Valsingan leur avoit faict ainsy espérer de vostre affection en
-cest endroict, comme si Vostre Majesté estoit pour leur accorder tout
-ce qu'ilz vouldroient; mais je leur ay monstré qu'ilz vous
-trouveroient très fermement résolue à toutes les choses qui seroient
-de l'honneur, dignité et réputation de Monsieur, vostre filz, sans en
-vouloir quicter une seule. Dont, Madame, il sera bon, pour abréger la
-matière, et pour voir bien clair dans icelle, que, la première foys
-qu'on en confèrera avec le Sr de Valsingan, il luy soit demandé,
-(premier que de luy débattre rien des responces qu'on nous a faictes
-icy, ny monstrer en façon du monde qu'on les trouve mauvaises), qu'il
-baille toutes les condicions entièrement que la Royne sa Mestresse
-veult proposer de sa part; et puys sur les deux, après qu'on en aura
-rabillé les durtez, l'estreindre à passer les articles, lesquelz me
-pourront puys après estre envoyez, signez de Voz Majestez, pour les
-délivrer icy, en m'en baillant aultant signez de la main de la dicte
-Dame et non aultrement; et puys, Vostre Majesté pourra envoyer ung du
-privé conseil, ainsy, qu'elle a sagement advisé de le faire, pour en
-passer le contract; car je craindrois, si avant cella vous y faysiez
-venir quelcun, qu'il ne fût, possible, contrainct de s'en retourner
-sans aucune conclusion, avec peu de réputation des affaires de Voz
-Majestez et de Monseigneur, ainsy que j'ay prié le Sr Cavalcanty de le
-vous dire plus en particullier. Sur ce, etc. Ce XIXe jour d'apvril
-1571.
-
-
- Je vous envoye ung petit pourtraict que Mr le comte de Lestre m'a
- donné. Il faict icy beaucoup de bons offices pour mériter
- grandement de la bonne grâce de Voz Majestez. Je croy qu'il ne
- sera que bon que le Sr de Valsingan ayt souspeçon que Monseigneur
- soit recerché du costé d'Espaigne pour la Princesse de Portugal
- avec ung très grand douaire; car c'est ce qu'on crainct icy
- assés, et en hastera l'on davantaige la besoigne.
-
-MÉMOIRE.
-
- Suyvant la lettre de la Royne, mère du Roy, du IIIe avril 1571,
- le Sr de La Mothe Fénélon a dict à la Royne d'Angleterre, le XIIe
- du dict mois:
-
- Que le bon desir de Leurs Majestez Très Chrestiennes s'estoit
- desjà manifesté de longtemps envers elle, en ce que la Royne Très
- Chrestienne luy avoit vollu pourchasser le Roy, son filz, en
- mariage, en quoy la mère, et le filz, et toute la France, luy
- avoient faict veoir en quel grand compte d'honneur et de respect
- ilz tenoient son amytié et le party de son mariage;
-
- Et, bien qu'il leur eust fallu délaysser ce propos par des
- difficultez qui avoient esté faictes de son costé à cause de
- l'eage, l'affection pourtant n'avoit diminué du leur, ains
- aussitost qu'elle avoit monstré quelque résolution de se vouloir
- maryer, la Royne Mère estoit tournée à sa première dellibération
- de pourchasser pour Monseigneur, son filz, frère du Roy, le
- mesmes party qu'elle avoit desiré pour le Roy, avec, possible,
- plus de commodité et de correspondance de toutes choses, en ce
- segond propos, qu'il n'y en eust heu au premier, et en avoit
- desjà parlé au Roy en si bonne sorte qu'elle le luy avoit faict
- vouloir et bien fort desirer; mais elle n'avoit heu grand peyne
- de le persuader à Monsieur, parce que ses perfections et
- vollontez estoient desjà de longtemps dédyées et consacrées à
- l'honneur et service de la dicte Dame;
-
- Et encor que, pour estre sorty voix de cella en France et en
- Angleterre, premier quasi qu'on eust commancé d'en parler, il se
- fût descouvert que les aultres princes seroient pour en prendre
- une très grande jalouzie, et qu'ilz s'esforceroient d'y mettre
- de grandz obtacles et empeschemens, jusques à s'esforcer d'y
- employer les deffances et interdictz de l'esglize, et aultant
- d'aultres escandalles qu'ilz y pourroient inventer;
-
- Et que les subjectz des deux royaulmes seroient aussi pratiquez
- de ne le vouloir point, et mesmes d'entreprendre d'y former,
- comme d'eulx mesmes, des opositions, et que le Roy se fût desjà
- aperceu que, sur ce prétexte, l'on avoit vollu traverser ses
- affaires dedans et dehors son royaulme;
-
- La Royne Mère pourtant ne s'en estoit descoragée, car avoit
- estimé que, venant par ce moyen la grandeur des deux royaulmes à
- se fortiffier l'une l'autre, les aultres dangiers seroient bien
- aysez à évitter, mais elle s'estoit quelque temps arrestée sur
- deux poinctz: l'ung estoit qu'il luy sembloit estre besoing
- d'avoir l'asseurée cognoissance si la dicte Royne d'Angleterre,
- estant si grande princesse et accomplye en tant de perfections
- comme elle est, auroit agréable qu'ung tel propos luy fût miz en
- avant, premier que d'entreprendre de luy en parler;
-
- Le segond qu'elle vouloit bien obvier en ce pourchaz, d'amytié et
- d'alliance, de ne rencontrer tout le contraire parce qu'on luy
- persuadoit fermement que l'intention de la dicte Dame n'estoit,
- en façon du monde, de se maryer, et que le semblant, qu'elle en
- fezoit, n'estoit que pour servyr à ses affaires, et puys se
- moquer de celluy qui y auroit prétandu; et advertissoit on le Roy
- et elle de regarder à l'exemple des aultres, dont craignoient
- grandement Leurs Majestez qu'ilz n'en demeurassent bien fort
- offancez, et Monseigneur griefvement attristé et fort ulcéré en
- son cueur;
-
- Mais leur ayant semblé, à ceste heure, qu'ilz estoient bien
- esclarcys de ces doubtes par la ferme persuasion, qu'ilz se sont
- donnez avec très grand fondement de rayson, qu'il n'y avoit que
- toute sincérité et candeur ez présentes démonstrations de la
- dicte Dame, et qu'ilz ont estimé que leur bonne affection en cest
- endroit, et celle de Monsieur ne pourroient estre que bien
- prinses d'elle, ny que bien agréables à Dieu et très honnorables
- devant la face de toutz les humains, ils s'estoient résoluz de la
- luy faire entendre avec l'honneste respect qui estoit deu à sa
- grandeur.
-
- Et ainsy avoient dépesché le Sr C.....[4] avec lettres de créance
- à la dicte Dame pour la supplier de trouver bon qu'ilz luy
- peussent tretter Monsieur, leur filz et frère, en mariage; et
- qu'elle eust agréable qu'ilz le luy offrissent, comme, dès à
- présent, ilz le luy offroient, avec toute habondance d'amytié et
- de bonne affection, et avec toutz les moyens, forces et
- commoditez, qui pourront jamais estre en la couronne de France,
- pour en orner, honnorer et establyr la grandeur de la sienne,
- sellon les conditions qu'ilz luy avoient envoyées;
-
- Qu'ilz ne vouloient user, en l'endroict d'une tant vertueuse et
- tant accomplye princesse, d'aultres raysons ny persuasions de ce
- party, sinon de la prier qu'elle le vollût mesurer pour tel,
- comme sa prudence sçavoit bien juger qu'il estoit, et que, comme
- au regard d'elle ilz l'estimoient très grand et très honnorable
- pour Monsieur, ainsy s'esforceoient ilz, du costé de Monsieur, le
- luy randre à elle le plus heureux et le plus accomply qu'il leur
- seroit possible.
-
- [4] Cavalcanti.
-
- Cella desiroient ilz, à ceste heure, qu'ayantz parlé clairement
- de leur part, elle leur vollût aussi randre sa responce bien
- claire, et si, d'avanture, elle la leur fezoit conforme à leur
- honneste desir, que tout ainsy qu'ilz se résolvoient de ne
- cercher en rien à jamais que l'advancement de la grandeur, de
- l'honneur et réputation de la dicte Dame, sa commodité et
- contantement, ainsy la prioyent ilz d'avoir pareil esgard à la
- conservation de leur honneur et réputation, de celle de Monsieur;
- et que pour obvier à la malice de ceulx, qui vouldroient apporter
- de l'empeschement, et, possible, de l'escandalle en ce propos,
- qu'il luy pleust le conduyre secrectement et sans longueur, de
- son costé, comme ilz le tiendroient secrect et le presseroient,
- aultant qu'il leur seroit possible, du leur, pour le randre
- plustost conclud que divulgué; et puys ilz y adjouxteroient toutz
- les honneurs, respectz et aultres dignes observances, qu'ilz
- cognoistroient bien estre deues à la grandeur de la dicte Dame.
-
-
-LE PROPOS A ESTÉ OUY, AVEC GRAND DESIR ET ATTENTION,
-
- De la dicte Dame auquel le dict Sr de La Mothe a estimé estre
- besoing de n'obmettre rien des susdictes particullaritez; et
- elle, d'une fort bonne et fort modeste façon, luy a respondu:
-
- Qu'elle vouloit bien employer, en l'endroict du Roy et de la
- Royne Très Chrestienne, toutes les sortes de grandz mercys, que
- le bonheur et le grand honneur, qu'ilz luy pourchassoient, par
- l'offre d'une chose si excellente et pleyne de toutes
- perfections, et tant conjoincte à Leurs Majestez, comme estoit
- Monsieur, leur filz et frère, l'avoient desjà obligée de leur
- randre, et remercyoit Dieu qu'il eust miz de toutes partz une
- bonne correspondance de vollontez, et le prioyt d'y adjouxter
- aussi sa bénédiction et sa saincte faveur;
-
- Que, quand feu monsieur le cardinal de Chatillon luy avoit ouvert
- ce propos avec de grandes raysons et de bien honnestes
- persuasions, lesquelles elle a récitées par le menu, mais
- seroient longues à mettre icy, où toutesfois elle n'avoit veu
- aultre fondement que de la bonne affection de ce seigneur et
- d'une lettre de Telligny, elle ne s'estoit guières advancée; et,
- encor que despuys il luy eust faict veoir aulcuns signes de la
- bonne intention de la Royne Mère, et que le Sr de La Mothe luy en
- eust aussi commancé de toucher quelque mot, non toutesfois que en
- simples termes de bon desir qu'il y avoit, elle, pour son
- honneur, n'avoit peust user de plus grande expression que de
- donner entendre qu'elle estoit conseillée de se maryer, et
- résolue que ce ne seroit jamais qu'avec un prince de sa qualité;
- et puys, sur le rapport, que milord de Boucard luy avoit fait des
- honnorables propos que la Royne Mère luy avoit tenuz, elle avoit
- respondu un peu plus ouvertement à Sa Majesté par le Sr de
- Valsingan.
-
- A ceste heure, que le dict Sr de La Mothe luy avoit clairement
- exposé la vollonté de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et de Mon
- dict Seigneur, conforme à ce que le Sr Cavalcanty, sur les
- lettres de créance, luy en avoit dict, elle ne luy temporiseroit
- guières la sienne, en laquelle elle prioyt Leurs dictes Majestez
- de croyre que toute vérité et sincérité s'y trouveroit, comme
- elle l'espéroit aussi trouver en la leur;
-
- Et qu'on ne pouvoit dire qu'en l'endroict de nul prince, qui
- l'eust faicte requérir, elle eust uzé de simulation; car au Roy
- d'Espaigne, qui premier luy en avoit faict parler, elle s'estoit
- incontinent excusée par l'escrupulle de sa consience, qui ne luy
- permettoit d'espouser celluy qui avoit esté mary de sa soeur, et
- aulx princes de Suède et de Dannemarc elle leur avoit, dans huict
- jours, si expressément faict respondre qu'elle ne se vouloit
- encores maryer, qu'ilz n'avoient heu, après cella, nulle occasion
- de plus s'y attandre. Le propos du Roy estoit venu lorsqu'il
- estoit encores bien jeune, et elle luy avoit tout aussitost faict
- entendre sa rayson et response. Au regard de l'archiduc Charles,
- elle confessoit qu'il luy avoit esté usé de longueur, à cause des
- troubles et empeschemens qui estoient survenus au monde, mais il
- s'apercevoit meintenant qu'il n'y avoit point heu de feintize;
-
- Et s'estoit bien aperceue la dicte Dame que l'excuse, dont elle
- avoit usé envers le Roy d'Espaigne, n'avoit esté prinse de bonne
- part, car jamais despuys il ne l'avoit aymée; dont, au propos,
- qui se offroit meintenant, elle se vouloit bien garder de
- n'altérer en rien la bonne amytié qu'elle avoit avec Leurs
- Majestez Très Chrestiennes,
-
- Les priant de considérer, en ce qui concernoit les choses
- d'Escoce, que, si Monsieur, leur filz et frère, avoit à estre son
- seigneur et mary, le bien et l'utillité de l'Angleterre luy
- seroient commiz, et que les dangiers, qui y pourroient advenir
- par le moyen de la Royne d'Escoce, seroient plus facilles de
- remédier pendant qu'elle seroit entre ses mains que si elle en
- estoit dehors;
-
- Qu'au reste elle n'avoit moindre soin qu'avoient Leurs Majestez
- Très Chrestiennes de tenir l'affaire secrect, et pouvoit jurer de
- ne l'avoir encores communiqué que au comte de Lestre et à milord
- de Burlay, ausquelz elle avoit monstré les articles, que le dict
- Cavalcanty luy avoit baillez; ès quelz la plus grande
- [difficulté] se monstroit aulx deux premiers, parce qu'il
- n'estoit expédiant qu'aulcune de toutes les cérémonies requises à
- une nopce d'un roy et d'une royne héréditayre de ce royaulme y
- fussent obmises;
-
- Et, quant à ottroyer l'exercice de la religion catholique à
- Monsieur et à ses domestiques, c'estoit ce où l'on avoit toutjour
- le plus contradict à l'archiduc Charles, et qu'elle desiroit que
- cella s'accommodât en quelque bonne sorte, priant le dict Sr de
- La Mothe de ne s'y vouloir monstrer plus difficile que, possible,
- Monsieur mesmes ne le vouldroit estre.
-
-
-A CES DEUX DERNIERS POINCTZ le dict Sr de La Mothe a respondu:
-
- Que le Roy et la Royne seroient très marrys qu'aulcune des
- cérémonies accoustumées deffaillys en la cellébration de ce
- mariage, lequel ilz desiroient veoir orné de toutes ses plus
- dignes solennitez, pourveu que la religion et la conscience de
- Monsieur n'y fussent offancées; mais, comme desjà plusieurs
- aultres mariages avoient esté faictz en la Chrestienté entre
- personnes de diverse religion, et le couronnement aussi de
- l'Empereur avoit esté cellébré avec l'assistance des princes
- ellecteurs, qui sont de l'une et de l'aultre, ainsy se pourroit
- solemniser cestuy cy sans contraindre la conscience des espousez;
- et qu'au reste le dict Sr de La Mothe croyoit qu'elle ne
- vouldroit si mal tretter ce prince que de le priver de l'exercice
- de sa religion, ny luy vivre un seul jour sans l'avoir, ains au
- contraire qu'elle l'auroit en mauvaise estime, si, pour chose du
- monde, il en vouloit rien quicter.
-
-
-LA DICTE DAME A RÉPLIQUÉ:
-
- Qu'elle avoit esté couronnée et sacrée sellon les cérémonies de
- l'esglize catholique, et par évesques catholiques, sans toutefois
- assister à la messe, et qu'elle seroit marrye de croyre que
- Monsieur vollût quicter sa religion: car, s'il avoit le cueur de
- délaysser Dieu, il l'auroit bien aussi de la laysser à elle, mais
- me prioyt de conférer de toutes ces choses avec les dicts comte
- de Lestre et milord de Burlay.
-
-
-AU PARTIR DE LA DICTE DAME,
-
- estant icelluy de La Mothe entré en conférance des dictes choses,
- aulx mesmes termes que dessus, avec les dicts de Lestre et
- Burlay, icelluy de Burlay, pour les deux, lui a respondu:
-
-Que la grandeur de cest affaire se monstroit en ce qu'il estoit
-question de joindre deux royalles personnes ensemble, et faire par ce
-moyen la conjonction de deux grandz royaulmes, en quoy, puysque la
-Royne, leur Mestresse, parmy la fidellité de tous ses aultres
-conseillers, avoit choisy la leur, pour à eulx seulz commettre le
-propos, ilz se sentoient très obligez de cercher ce qui seroit pour
-son honneur, pour son proffict et encores pour sa conscience;
-
-Qu'ilz confessoient qu'ilz luy avoient conseillé de se maryer, et,
-quant ilz avoient veu que sa vollonté y estoit disposée, ilz l'y
-avoient confortée davantaige comme à chose très honnorable pour elle,
-et très nécessaire pour son royaulme, et encores utille à eulx deux,
-et pleyne de louange à ses conseillers, et générallement desirée de
-toutz ses subjectz; et en ce que le party se offroit avec Monsieur le
-duc d'Anjou, prince fleurissant en beaulté, en jeunesse et en toutes
-sortes de vertu, yssu d'un très illustre sang, et d'une des plus
-royalles maysons de toute la terre, qui avoit ung très puyssant roy de
-frère, et une très saige et très vertueuse royne de Mère, et luy
-mesmes estoit très acomply en toutes sortes de perfection, ne failloit
-doubter qu'ilz ne l'aprouvassent, qu'ilz ne le desirassent, et qu'ilz
-ne remercyassent Dieu d'avoir réservé ung si grand heur à leur
-Mestresse, laquelle, en tout le circuyt du monde, n'eut peu rencontrer
-ung plus honnorable, ny plus convenable party que cestuy cy;
-
-Et pourtant, sur la correspondance qui s'y voyoit desjà des deux
-costez, et que, de celluy de la dicte Dame, ne failloit plus doubter
-que la disposition n'y fût très bonne, comme fondée en honneur, en
-utillité et possible en nécessité, et Mon dict seigneur d'Anjou cogneu
-très desirable, (duquel ilz vouloient encores dire ce mot, qu'on
-n'avoit jamais ouy une seule nouvelle de luy en ce royaulme, qui ne
-fût à sa très grande louange), ilz jugeoient que le propos estoit pour
-venir bientost à ung bien heureux acomplissement, si d'avanture la
-durté d'aulcunes condicions, que le Sr Cavalcanty avoit apportées, n'y
-donnoit empeschement.
-
-Sur lesquelles ilz considéroient que la Royne, leur Mestresse, quant à
-celles qui concernoient la religion, n'en pouvoit ny devoit ottroyer
-pas une, qui peult offancer sa conscience ou troubler l'ordre de son
-royaume, ny apporter escandalle à ses subjectz; et, quant aulx
-aultres, qu'il importoit bien fort à sa réputation qu'on ne luy en
-diminuât aulcune, de toutes celles qui avoient esté réservées à la feu
-Royne Marie, sa soeur, par son contract de mariage avec le Roy
-d'Espaigne.
-
-
-A CELLA LE DICT DE LA MOTHE,
-
- après leur avoir bien fort gratiffié leurs bonnes paroles, leur a
- respondu:
-
- Qu'ilz sçavoient bien que Monseigneur estoit catholique, prince
- duquel l'honneur et la réputation de sa vertu ne pouvoit
- comporter qu'il obmist rien des choses qui apartenoient à sa
- religion, et que Dieu luy avoit formé la conscience dans un cueur
- si ferme, si généreux et tant plein de magnanimité, qu'il
- choysiroit plustost la mort que d'y avoir souffert nulle offance;
- mesmes que la Royne, leur Mestresse, luy venoit de signifier
- assés expressément qu'elle l'auroit en très mauvaise estime s'il
- habandonnoit son Dieu, car craindroit qu'il l'abandonnast
- bientost après à elle. Toutesfois Mon dict Seigneur ne requéroit
- qu'on luy ottroyast aultre chose en cella, sinon de ne priver luy
- et ses domestiques du libre exercice de leur religion, ce que si
- on luy mettoit en difficulté, il auroit occasion de doubter assés
- de tout le reste.
-
- Et au surplus, encor que le Roy d'Espaigne, quant il espousa la
- Royne Marie, fût aparant héritier de plus de royaulmes et
- d'estatz que Monseigneur, il ne le passoit toutesfoys en nulle de
- toutes les autres excellentes qualitez d'ung très grand et d'ung
- très royal prince, et, possible, les avoit il, à ceste heure,
- plus convenables à ce royaulme que n'avoit heu lors le dict Roy
- d'Espaigne, qui n'estoit passé icy pour estre aulcunement
- anglois, ains pour faire l'Angleterre sienne; et ilz voyoient
- bien que Monseigneur se venoit tout donner à la Royne, leur
- Mestresse, et à eulx, pour n'estre jamais aultre que tout à elle
- et entièrement leur, par ainsy qu'il le failloit bien tretter,
- luy donner ung bon et grand entretennement, et luy faire les
- advantaiges que sa grande qualité et sa bonne intention
- méritoient.
-
-
-APRÈS CELLA,
-
- par l'ordre que les dicts de Lestre et Burlay ont donné de
- pouvoir secrectement, et quelquefoys de nuict, convenir
- ensemble, en la mayson du jardin de Ouestmestre, l'on a tiré
- d'eulx, non sans beaucoup de difficulté, les responces que le
- dict Cavalcanty a emporté.
-
- Sur lesquelles, ayant despuys esté faict par le dict de La Mothe
- plusieurs vifves remonstrances à la dicte Dame, et pareillement à
- iceulx de Lestre et de Burlay, pour y avoir de la modération,
- elle et eulx se sont d'un costé si fermement persuadez que Leurs
- Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur s'en contanteroient,
- (et de l'aultre ilz n'ont ozé, parce qu'ilz n'estoient que deux
- du conseil à tretter l'affaire, s'eslargir davantaige), qu'il n'a
- esté possible d'y rien plus obtenir pour ce coup; et a heu prou à
- faire à icelluy de La Mothe, de persuader à la dicte Dame qu'elle
- deust respondre à la lettre de Monseigneur, car disoit que la
- plume luy tumberoit de la main, et ne sçauroit avec quel estille
- luy parler, et que, par la lettre qu'elle escriproit à la Royne,
- elle la prieroit de satisfaire pour elle vers luy, n'ayant
- encores jamais escript à nul des aultres princes, qui avoient
- prétendu de l'espouser, sinon une seulle foys à l'archiduc
- Charles, en termes fort esloignez de mariage. Et néantmoins,
- ayant enfin donné lieu à sa bonne vollonté, et à l'instance du
- dict Sr de La Mothe, elle a faict responce à Mon dict Seigneur.
-
- Et icelluy de La Mothe a adverty le dict Cavalcanty d'aulcunes
- considérations, par lesquelles luy semble que la durté des
- responces de ceulx cy se pourra modérer à l'honneur et
- satisfaction de Mon dict Seigneur; dont sera bon d'essayer si le
- Sr de Valsingan s'y vouldra condescendre, et se tenir ung peu
- ferme en cella; mais, quant l'on ne pourra obtenir mieux, il
- fauldra veoir de quoy l'on se pourra passer, et ne laysser pour
- cella de conclurre, car, estant estably par deçà, il obtiendra de
- ceste princesse et des siens encores plus que ce qu'il demande,
- mais fault estre adverty que la froideur de dellà réchauffe ceulx
- cy, et quant l'on y veoit de la challeur, ilz monstrent de se
- refroydir: et semble aussi qu'il sera bon de ne les laysser
- entrer en extraordinaires demandes, car ce ne seroit qu'une
- longueur de négociation, si l'on leur en escoutoit une seulle, et
- en admèneroient toujours d'aultres, qui enfin conduyroient
- l'affaire en ropture.
-
-
-
-
-CLXXIIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIe jour d'apvril 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais soubz la couverte du Sr Acerbo._)
-
- Mauvais état des affaires de Marie Stuart.--Exécution en Écosse
- de l'archevêque de Saint-André.--Nouvelles d'Irlande et des
- Pays-Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay miz peyne de donner, par le contenu de vostre dépesche du
-XIe du présent, le plus de consolation, qu'il m'a esté possible, à la
-Royne d'Escoce, laquelle ne fault doubter que n'en heust fort grand
-besoing pour l'ennuy qu'elle a prins de l'interruption de son tretté,
-et de la surprinse de Dombertran, qui sont deux accidans qui
-esloignent bien fort les affaires de sa restitution; et croy, Sire,
-que nulle aultre chose luy pouvoit venir meintenant à plus de
-sollagement que ceste persévérance qu'elle voit de la constante
-affection et bonne vollonté de Vostre Majesté envers elle, ce qui
-contante aussi grandement ceulx qui luy veulent bien par deçà. Encores
-présentement, Sire, l'on me vient d'advertyr que le comte de Lenoz a
-faict exécuter l'archevesque de St André[5], frère du duc de
-Chastellerault, qui sera une aultre griefve offance à la dicte Dame,
-et semble que d'icy l'on ayt aussi envoyé essayer le dict de Lenoz
-s'il vouldra mettre Dombertran ez mains des Anglois; à quoy je metz et
-mettray bien toutz les obstacles qu'il me sera possible: Le Sr de
-Vérac a esté conduict à Esterlin, auquel, à ce que j'entendz, l'on a
-heu du respect pour estre serviteur de Vostre Majesté.
-
- [5] L'archevêque de Saint-André, qui s'était trouvé parmi les
- prisonniers faits dans le château de Dunbarton, fut mis à mort le
- 6 avril 1571. Il périt par la potence. Sa mort fut vengée
- quelques mois après par Huntley, Claude Hamilton et Scot de
- Buccleugh, qui parurent à l'improviste avec quatre cents chevaux
- aux portes de Stirling, le 3 septembre 1571, jour où le parlement
- y était convoqué: _Souviens-toi de l'archevêque!_ était le mot
- d'ordre donné aux soldats. Le comte de Lennox fut tué d'un coup
- de pistolet au milieu du tumulte; tous les autres seigneurs, au
- nombre desquels se trouvait le comte de Morton, furent faits
- prisonniers.
-
-La tenue de ce parlement a esté délayssée le lundy aoré[6], et l'a
-l'on recommancée le jeudy de Pasques. Il semble qu'elle ne s'achèvera
-sans quelque nouveaulté. Milord Sideney pourchasse instantment d'estre
-deschargé de sa commission d'Yrlande, et dict on qu'ayant assés
-heureusement conduict, jusques à ceste heure, les choses de dellà, il
-y crainct une mutation de fortune, car il y veoit le peuple fort
-alliéné de l'affection des Anglois et tout adonné à la religion
-catholique, et qui n'attand rien en plus grande dévotion que la venue
-d'Estuqueley, et de Fitz Maurice; mais je n'entendz point qu'on y
-envoye encores que milord Grey pour commander, en absence du dict
-Sideney, lequel cependant aspire à estre grand maistre d'Angleterre.
-
- [6] Le lundi saint.
-
-La troupe des vaysseaulx du prince d'Orange se grossit toutjour en
-ceste mer estroicte, et m'a l'on mandé, de la coste de dellà, qu'ilz
-pillent aussi bien les François que les Flamans, mais ne m'en estant
-encores venue nulle expécialle plainte, je n'en ay faict aussi encores
-pas une à ceulx cy. Le depputé de Flandres poursuyt toutjour la
-conclusion de l'accord des prinses, mais il cognoist bien que sa
-négociation est, de jour en jour, prolongée, pour attandre le retour
-du jeune Coban. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIIIe jour d'apvril 1571.
-
-
-
-
-CLXXIVe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour d'apvril 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Dièpe._)
-
- Propositions agitées dans le parlement.--Affaires
- d'Écosse.--Sollicitation faite par Marie Stuart d'un prompt
- secours.--Armemens à Londres et dans les Pays-Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il n'a esté encore guières rien proposé d'importance en ce
-parlement, que les deux poinctz que je vous ay desjà mandez, contre
-ceulx qui ne vouldroient faire expresse profession de la religion
-protestante, et contre ceulx qui oseroient appeler ceste princesse
-sismatique ou séparée de l'esglize, ou qui présumeroient, tant qu'elle
-vivra, et qui mesmes auroient desjà présumé de s'atribuer tiltre à
-ceste couronne, pour punir les premiers de prison perpétuelle et de
-confiscation de leurs biens, et les segondz déclairez eulx et leurs
-descendans à jamais attainctz de lèze majesté, et ont adjouxté ung
-tiers article contre les fuytifz du North, pour confisquer leurs biens
-et personnes; mais de tant que ces choses ont esté proposées trop
-véhémentes, l'on a commiz certains depputez à les modérer, pour, puys
-après, les fayre sortyr en loy. Et m'a l'on dict, Sire, que la dicte
-Dame, en ce qu'elle a peu cognoistre qu'on vouloit toucher au droict
-de la Royne d'Escoce pour la priver de la succession de ce royaulme,
-n'y a vollu consentyr, et en a faict rompre les billetz. Meintenant
-se commence à parler du subcide, lequel pourra monter à six centz mil
-escuz, et affin d'avoir bientost la conclusion d'icelluy, la dicte
-Dame presse bien fort tout le reste, de sorte qu'on espère que le dict
-parlement sera tantost finy, ou qu'il sera prorogé à ung aultre temps.
-
-Les choses d'Escoce, nonobstant la prinse de Dombertran et l'exécution
-de l'archevesque de St André, ne monstrent succéder tant au gré de
-ceulx cy comme ilz espéroient, car la part de la Royne d'Escoce,
-despuys que l'armée d'Angleterre a esté retirée, est toutjour demeurée
-plus forte et plus authorisée que l'aultre, et ne voyent les Anglois
-qu'il soit bien facille d'avoir Dombertrand entre leurs mains, parce
-que ceulx qui l'ont en garde sont toutz escouçoys; et j'ay desjà faict
-prandre ung escrupulle à la comtesse de Lenoz que cella tendroit à
-déshériter son petit filz, et que son mary perdroit toutz ses amys en
-Escoce, et seroit honteusement déchassé du pays, s'il se layssoit
-contraindre à bailler cette place. La Royne d'Escoce vous escript
-amplement, et m'apelle à tesmoing comme elle s'est toutjour
-sincèrement conformée à l'intention de Vostre Majesté, et que, sans
-cella, elle ne se fust attandue au tretté, duquel voyant à ceste heure
-l'interruption, et que la surprinse de Dombertrand est advenue pendant
-que l'on estoit en conférance, elle estime que l'injure touche en
-aussi grand part à Vostre Majesté comme à elle mesmes; et pourtant
-vous requiert, Sire, qu'il vous playse pourvoir meintenant à la
-seureté de Lislebourg, qui est place trop plus importante que n'estoit
-Dombertrand, ensemble à la conservation de ceulx de son party,
-lesquelz avec la dicte place sont pour se randre facilement maistres
-du pays, si une trop grande force d'Angleterre ne s'y oppose; et
-pourtant demande qu'il soit consigné à Chesolme, contrerolleur des
-monitions du chasteau de Lislebourg, douze miliers de pouldre, dix de
-grosse et deux de grenée, deux aultres miliers de salpètre rafiné,
-quarante harquebouzes à crocq de fonte, deux centz bouletz de
-collouvrine, aultant de bastarde et six cens de moyenne, cent
-corseletz completz, et deux foys aultant de morrions, deux cents
-piques avec leurs fers, deux centz harquebouzes à main avec leurs
-fornymens, et cent hallebardes, trente tonneaulx de vin, deux
-tonneaulx en vinaigre et douze poinçons de lard; mais surtout elle
-vouldroit qu'il y eust dedans quelques soldats françoys bien
-expérimentez à la garde et deffance d'une place. Et de tant, Sire,
-qu'il a esté desjà miz ordre à une partie de cella, le reste se pourra
-faire à peu de coust. Aussi mande la dicte Dame que vingt navyres de
-ses rebelles sont prestz à partyr pour France, lesquelz elle vous
-suplie, Sire, de faire arrester tant biens, vaysseaulx que personnes,
-car a opinion que cella servyra grandement à son affaire.
-
-Et parce que j'ay entendu que le Sr de Vérac s'est desjà embarqué pour
-aller trouver Vostre Majesté, il vous pourra randre plus particullier
-compte de l'estat des choses de dellà pour y pouvoir plus seurement
-dellibérer; seulement j'adjouxteray icy, Sire, qu'il me semble ne
-pouvoir revenir qu'à l'honneur et réputation de voz affaires, et
-nullement au préjudice d'iceulx, que Vostre Majesté s'employe, sans
-offance des Anglois, à conserver l'Escoce, sellon que les alliances et
-confédérations anciennes vous y obligent; mêmes qu'en ceste court se
-parle d'y faire encores une expédition avec grande espérance qu'on
-pourra emporter le chasteau de Lislebourg, et s'impatronyr d'une
-partie du royaulme.
-
-Il se faict icy une grande provision d'armes par les particulliers, et
-remonte l'on à neuf en la Tour de Londres soixante canons ou
-collouvrines, partie à rouage de navyres, partie pour batterie, et ne
-se descouvre encores pour quelle entreprinse c'est, qui me faict avoir
-toutjour craincte de l'Escoce. Il est vray qu'ilz disent que le duc
-d'Alve arme trente six navyres en Olande; et que le duc de Medina
-Celi, lequel, sellon les adviz qu'ilz ont, vient par terre, envoye une
-armée par mer avec trois mil Espaignolz; et, nonobstant qu'on leur ayt
-asseuré que Estuqueley estoit prest à partir, le XXVIIIe du passé,
-pour suyvre dom Joan d'Austria en Itallie, affin d'aller parler au
-Pape, ilz ne layssent pour cella de monstrer qu'ilz se craignent du
-costé d'Yrlande.
-
-Cependant le Sr de Lumbres est party de Plemmue, le VIe de ce mois,
-avec cinq bons navyres fort bien armez et artillez, pour aller à la
-Rochelle, et m'a l'on asseuré qu'il a emporté soixante dix mil escuz
-en or et une aultre assés bonne somme en argent monoyé, ou billon. Le
-bastard de Briderode est demeuré en ceste mer estroicte avec douze ou
-quinze aultres vaysseaulx, dont y en a quelques ungs d'assés bons.
-Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et le depputé de Flandres s'en
-pleignent assés, mais ilz font estat, à ce qu'ilz m'ont dict, de
-n'espérer aulcune bonne expédition en cella, ny en l'affaire des
-prinses, jusques à ce que le jeune Coban soit de retour. Sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIIe jour d'apvril 1571.
-
-
-
-
-CLXXVe DÉPESCHE
-
---du IIe jour de may 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Sabran._)
-
- Audience.--Discussion des affaires d'Écosse.--Nécessité d'une
- nouvelle déclaration du roi que son intention est d'envoyer des
- troupes en Écosse.--Subside demandé au parlement.--Négociation
- des Pays-Bas.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Détails
- confidentiels sur la négociation du mariage avec Leicester,
- lord Burleigh, le duc de Norfolk, et lord de Lumley.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay tenu à la Royne d'Angleterre les honnestes propos, que
-Vostre Majesté me commandoit par sa dépesche du XIIe du passé,
-touchant le playsir que ce vous estoit qu'elle eust prins à bon gré
-les faveurs qu'aviez faictes à ceulx des siens, qu'elle vous avoit
-naguières envoyez, et luy ay touché ung mot de la bonne provision
-qu'aviez donnée à réprimer les désordres advenuz à Roan contre ceulx
-de la nouvelle religion, et comme vostre intention, et celle de la
-Royne et de Monseigneur, demeuroient très fermes en l'entretennement
-de vostre éedict, de sorte que vous la pouviez asseurer qu'il seroit
-inviolablement observé.
-
-La dicte Dame, après m'avoir répété plusieurs choses honnorables, que
-les siens luy récitoient encores toutz les jours de leur voyage de
-France, m'a dict qu'elle vous cuydoit avoir beaucoup honnoré et obligé
-en vous envoyant son ambassadeur, mais qu'elle se trouvoit trop plus
-honnorée et obligée de Vostre Majesté pour l'avoir trop favorablement
-receu; et a suyvy qu'elle louoit infinyement vostre vertueuse
-dellibération de vouloir meintenir la paix en vostre royaulme, et que
-desjà vous avez faict concepvoir au monde que vostre parolle seroit
-vrayment royalle, et toute pleyne de certitude, et de vérité; dont ne
-failloit doubter qu'elle ne rendît aussi la réputation de Vostre
-Majesté et celle de voz affaires toute comble d'honneur et d'infinité
-de proffictz.
-
-J'ay continué, (touchant ce que son ambassadeur avoit racompté à la
-Royne, vostre mère, des difficultez qui s'estoient trouvées au tretté
-de la Royne d'Escoce, et de l'opinion qu'il avoit que les instances,
-que me commandiez assés souvent de faire en cella à la dicte Dame, luy
-estoient ennuyeuses), que je layssois bien à son dict ambassadeur de
-luy avoir faict entendre combien il avoit cogneu estre à vous mesmes,
-Sire, et à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur, très ennuyeux que
-les choses n'eussent prins le bon chemin d'accord qu'elle vous avoit
-promiz, et faict plusieurs fois espérer; et que néantmoins elle vous
-feroit grand tort si ne croyoit fermement qu'en ce que vous aviez cy
-devant cerché, et que vous cercheriez cy après d'acquitter en cest
-endroict le deu de vostre honneur et de vostre obligation, que vous
-n'eussiez aussi regardé, et que vous ne regardissiez encores que
-l'honneur pareillement, et la réputation de la dicte Dame, sa seureté
-et celle de ses affaires, et tout son contantement y fussent
-dilligentment observez.
-
-Elle m'a respondu bénignement qu'elle estoit bien marrye de ne vous
-avoir peu lors mander de meilleures nouvelles du tretté, mais il n'y
-avoit heu ordre, à cause des contradictions qui s'y estoient
-monstrées; mais il sembloit que despuys les choses se fussent ung peu
-modérées, et qu'elles pourroient encor réuscyr à la bonne fin que
-Vous, Sire, et elle desiriez.
-
-Je n'ay rien répliqué à cella; mais de tant, Sire, que bientost se
-doibt faire une monstre généralle en ce royaulme, et que le comte de
-Sussex inciste toujours luy estre permiz qu'il puysse retourner
-encores une foys avecques une armée en Escoce, Vostre Majesté advisera
-s'il sera bon que je remonstre à la dicte Dame et à ceulx de son
-conseil comme les seigneurs escouçoys, qui tiennent le party de leur
-Royne, voyant que, par l'opiniastreté des aultres, le tretté n'a peu
-succéder, et que, pendant la conférance, le comte de Lenoz a surprins
-Dombertran, qu'ilz vous requièrent très instantment de leur assister
-jouxte vostre promesse, et sellon l'alliance qu'ilz ont avec vostre
-couronne; et que vous voulez bien prier la dicte Dame de ne prandre
-aulcune souspeçon ny deffiance si vous vous acquietez en quelque
-partie de ce à quoy vostre honneur et debvoir vous obligent vers eulx;
-car luy promettez et jurez que ce ne sera pour aporter aulcun dommaige
-ou incommodité à elle, ny à ses pays et estatz; par où, Sire, nous
-pourrons obtenir ou que la dicte Dame accordera ouvertement que
-puyssiez donner support à iceulx seigneurs qui le vous demandent, sans
-qu'elle en soit offancée, ou qu'il soit layssé aux Escouçoys mesmes de
-débattre entre eulx leurs diférandz, sans que vous, ni elle, vous en
-mesliez; en quoy semble que le party de la Royne d'Escoce prévauldra
-toutjour contre l'aultre.
-
-J'ay faict mencion à la dicte Dame de la bonne et prompte expédition
-qu'avez faicte donner à trois requestes de ses subjectz, que son dict
-ambassadeur vous avoit présentées, ce qu'elle a heu très agréable, et
-m'a prié de vous en remercyer grandement, et que, quant son dict
-ambassadeur le luy aura mandé, elle vous en fera encores par luy
-mesmes remercyer davantaige. Le parlement se continue toutjours, et le
-subcide est desjà comme tout accordé, à quatre solz pour livre, sur
-les héritaiges, et deux solz et demy sur l'aultre sorte de revenu. Les
-seigneurs de ce conseil sont si vigilans, ez actions qui s'y font,
-qu'il semble enfin qu'ilz y feront passer toutes choses sellon
-l'intention de leur Mestresse. Il a esté faict une nouvelle et bien
-estroicte ordonnance sur les courriers de Flandres de sorte qu'il a
-plusieurs jours que nul, ny ordinaire, ny aultre, n'y est allé ny
-venu. Le depputé du duc d'Alve n'advance guière sur l'accord des
-prinses, car chacun jour l'on luy met nouvelles difficultez en avant,
-et luy demande l'on à ceste heure, que le dict duc ayt à payer les
-draps, qu'il a prins des Anglois, au pris qu'il les a baillez aulx
-soldats, qui monte un tiers davantaige qu'ilz ne valent; et incistent
-les dicts Anglois ou qu'il leur fornisse argent contant, ou bien qu'il
-donne cautions qui les contantent. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may
-1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, parce que la dépesche, que milord de Burlay a baillée au Sr
-Cavalcanty, et la façon de le dépescher, ne m'ont assés bien
-satisfaict, et m'ont faict monter plusieurs doubtes en l'entendement,
-j'ay miz peyne, le plus que j'ay peu, de m'en esclarcyr; et voycy,
-Madame, ce que j'ay aprins depuys son parlement, vous supliant très
-humblement prendre la peyne de le lyre, encor qu'il soit un peu long:
-
-C'est que le comte de Lestre m'a mandé que, du costé de deçà, l'on
-n'a que peur que nous nous réfroydissions, et que, tout à ung mot, il
-ne tiendra plus qu'à nous que les choses ne viennent à bon effect;
-qu'il estoit bien vray que je me suys tenu ung peu trop ferme sur la
-religion, et que Cavalcanty aussi, quant il avoit esté ouy à part, s'y
-estoit monstré ung peu bien froid, et que je pouvois avoir cogneu que
-la Royne, sa Mestresse, quant à elle, n'estoit que très bien disposée
-au propos.
-
-Sur quoy il m'est ressouvenu, touchant les articles des responces, qui
-m'ont esté baillez, que la dicte Dame me dict avoir commandé de
-modérer celluy des cérémonyes des nopces, parce qu'elle estoit fort
-escrupuleuse aulx présages, qui y pouvoient advenir, et qu'elle
-réputeroit à grand malheur, si Monsieur, à cause de quelcune des
-dictes cérémonyes, la délayssoit au millieu de l'acte, ou bien si
-l'anneau nuptial tumboit en terre, et choses semblables; que, touchant
-le poinct de la religion, elle ne vouloit que Monsieur layssât la
-catholique, ny fût forcé en sa conscience, et qu'elle le prioyt aussi
-de se contanter de ce qu'elle pouvoit ordonner pour luy en cella, sans
-offancer la sienne, et sans troubler l'ordre de son pays; qu'elle
-desiroit bien estre quelquefoys accompaignée de luy, quant elle yroit
-à ses prières, affin que ny d'elle ny des siens il ne fût veu détester
-par trop leur religion, mais n'avoit trouvé bon qu'on heust miz en
-l'article qu'il y demeureroit, en l'attandant jusques à son retour;
-que Monsieur ne debvoit doubter qu'elle ne lui pourveust bien
-honnorablement, au cas qu'il la survesquit, et que, durant sa vie,
-tout ce qu'elle auroit luy seroit commun.
-
-Puys avoit ajouxté qu'elle se trouvoit encores estonnée ez louanges de
-Monsieur, et qu'elle craignoit, y en ayant de si grandes, qu'il
-n'eust que faire d'elle; et s'estoit mise à racompter celles qu'elle
-avoit ouy dire de son bon sens, de sa prudence, de sa bonne grâce, de
-sa magnanimité et de sa valleur aulx armes, de la beaulté et
-disposition de sa personne, sans oublier de parler de sa main, comme
-d'une des plus rares beaultez qu'on eust veu en France; et avoit, puys
-après, suyvy, en ryant, qu'elle me feroit dire aussi ung jour par Mon
-dict Seigneur, si les choses venoient à bonne fin, que je debvois
-avoir plustost soubstenu son party comme plus honorable, que celluy de
-la Royne d'Escoce.
-
-Par lesquelz propos, qui étoient assés conformes aux articles des
-responces qui avoient esté arrestez avecques moy, je conceuz une fort
-bonne espérance du tout; dont fuz fort esbahy et bien fort offancé,
-quant j'entendiz despuys qu'on avoit dépesché en aultre sorte le dict
-Cavalcanty, et n'ay peu descouvrir que cella soit procédé d'ailleurs
-que de ce que la dicte Dame, avant le dépescher, communiqua, comme
-j'entendz, le propos à trois autres de ses conseillers, au Quiper, au
-marquis de Norampton et au comte de Sussex; et néantmoins l'on m'a
-despuys asseuré, de trois et quatre bons endroictz, que la dicte Dame
-n'a rien tant en affection que de parachever ce mariage, et que jamais
-n'a si longuement persévéré en nul aultre propos, comme elle faict en
-cestuy cy, et ne peult comporter qu'on luy dye qu'il y puisse avoir
-des difficultez pour l'interrompre, ny veoir de bon oeil homme en sa
-court qui tant soit peu monstre de ne l'aprouver.
-
-J'ay commancé quelque intelligence avec la comtesse de Lenoz, par
-prétexte de luy promettre beaucoup de la part de Voz Majestez pour son
-petit filz, si elle et le comte, son mary, se vouloient accorder avec
-la Royne d'Escoce, et luy ay faict cognoistre que le propos de
-Monsieur ne luy pourroit estre que très oportun, s'il venoit à bonne
-fin, car si la Royne d'Angleterre debvoit jamais avoir enfans, la
-dicte dame de Lenoz debvroit desirer qu'ilz fussent Françoys pour la
-parfaicte unyon qui seroit toutjour entre eulx et son dict petit filz;
-si elle n'en avoit poinct, ce seroit Monsieur qui, se trouvant icy,
-advanceroit le droict de son dict filz à ceste couronne contre toutz
-les aultres qui y prétendent; et elle m'a mandé qu'elle supplioit Voz
-Majestez de prandre son dict petit filz en vostre protection, et
-croyre que son mary estoit très dévot et affectionné serviteur de la
-couronne de France, comme ont esté ses prédécesseurs; qu'elle, de sa
-part, vouloit et desiroit le mariage de Monsieur avec sa Mestresse
-plus que chose du monde, et que, tennant le lieu plus prez d'elle que
-nulle aultre de ce royaulme, elle le luy avoit desjà conseillé et le
-luy persuaderoit toutjour avec toute affection, et me donroit là
-dessus toutz les advis qu'elle pourroit; que, pour ceste heure, elle
-ne me pouvoit dire sinon que, par toutes les apparances et conjectures
-qui se voyoient en la dicte Dame, elle monstroit d'estre non seulement
-bien disposée, mais très affectionnée au party de Mon dict Seigneur,
-et ne parloit ordinairement que de ses vertuz et perfections,
-s'abilloit mieux, se resjouyssoit, et se monstroit plus belle et plus
-gaye, en mémoire de luy; qu'il estoit bien vray qu'elle ne
-communiquoit plus ce propos aulx femmes, et sembloit qu'elle l'eust
-entièrement réservé entre elle et le comte de Lestre et milord Burlay;
-dont m'estoit besoing, pour en avoir plus de lumyère, d'en accointer
-l'ung des deux.
-
-Et, sur ce qu'il y a desjà quelques jours que j'avois prié les dicts
-de Lestre et Burlay de sonder la vollonté de la noblesse de ce
-royaulme en ce propos, icelluy Burlay me respondit, dez lors, que je
-ne doubtasse qu'elle n'y fût bien disposée; et icelluy de Lestre m'a
-despuys mandé qu'il avoit travaillé là dessus avec le duc de Norfolc
-pour le luy faire trouver bon, qui estoit celluy qui tiroit plus de la
-dicte noblesse, après luy, que tout le reste du royaulme; et qu'il me
-pouvoit asseurer qu'ayant le Roy honnoré l'ung et l'aultre de son
-ordre, il les trouveroit toutz deux très unys à sa dévotion et très
-fermes au service de Monsieur, son frère.
-
-Le dict duc, de sa part, parce que je luy avois desjà faict quelque
-communication de ce propos, avec asseurance de la vollonté de Voz
-Majestez vers luy et la Royne d'Escoce, m'a envoyé dire qu'il m'en
-remercyoit, et qu'il se sentoit très obligé à Voz Majestez de la
-considération qu'il vous playsoit avoir d'eulx deux en cest affaire,
-auquel il m'avoit desjà faict déclaration, de son cueur, qu'il se
-dellibéroit avec toutz ses amys de s'y employer droictement, car se
-réputoit tout oultre vostre serviteur, et que Monsieur, vostre filz,
-ne doubtast plus qu'il ne fût obéy, révéré, et aymé en ce royaulme,
-s'il y venoit, dont me prioyt d'en conclurre bientost les choses, ès
-quelles il ne pouvoit cognoistre à présent qu'il y fît sinon bon; mais
-ce luy seroit ung argument, quant l'on y cercheroit de la longueur, de
-croyre qu'il y eust de la simulation, et qu'aussitost qu'il la
-cognoistroit, il me la feroit entendre: et a escript à l'évesque de
-Roz qu'il me vollût ayder de toutz ses moyens et intelligences en
-ceste cause, car il cognoissoit qu'il estoit besoing d'avancer icy la
-réputation de la France, pour bien faire les affaires de la Royne
-d'Escoce, lesquels affaires il croyoit fermement que Monsieur, estant
-venu, ne les vouldroit laysser sans quelque accommodement, puysqu'ilz
-touchent bien fort l'honneur du Roy, son frère, et le sien; et si,
-d'avanture, il luy estoit faict quelque obstacle de n'y venir point,
-il ne seroit que davantaige enflammé de les remédier; par ainsy qu'il
-voyoit bien que l'amour ou la hayne de Mon dict Seigneur envers la
-Royne d'Angleterre ne pouvoient estre que très utilles à la Royne
-d'Escoce et à luy; qu'il estimoit que de déclairer trop tost sa
-vollonté en ce faict ne serviroit de rien, car la perplexité où la
-Royne, sa Mestresse, se trouvoit encores quelque peu pour doubte de
-luy, le luy feroit tant plus tost conclurre, et que mesmes je prinse
-garde de ne m'ouvrir tant au comte de Lestre qu'il peût cognoistre
-qu'il y eust nulle intelligence entre icelluy duc et moy; néantmoins
-qu'il demeureroit ferme en ce propos jusques à la mort.
-
-Milord de Lomeley, pour gaiges de la vollonté du comte d'Arondel, son
-beau père, du comte d'Ocestre et de luy en cest endroict, m'a envoyé
-une bague, et m'a mandé que, si je le trouvois bon, ilz
-s'employeroient de bon cueur et y procèderoient par effectz, en lieu
-qu'ilz craignent que les aultres n'y vont que de parolle; et qu'il ne
-se pouvoit persuader encores qu'il n'y eust de la tromperie.
-
-Le capitaine Franchot, qui a quelque peu de pratique avec aulcuns de
-ce royaulme, m'est venu dire, sur le bruict qui court de ce propos,
-que la Royne d'Angleterre en effet ne pouvoit, ny vouloit, ny debvoit
-espouser Monsieur, et que l'intention d'elle estoit seulement
-d'endormir Voz Majestez sur les choses d'Escoce, affin de s'en
-impatronir, et pour faire aussi que le Roy d'Espaigne condescende à
-meilleures condicions vers elle, et pour contanter pareillement ses
-subjectz, et authoriser enfin ses affaires dedans et dehors son
-royaulme; mais, quand bien le contrat seroit faict et estipullé, que
-le mariage pourtant ne s'effectueroit jamais, et qu'en tout évènement
-il y avoit desjà des ligues faictes pour se fortiffier en ce royaulme
-contre les dangiers qui pourront advenir du dict mariage. Sur quoy,
-voulant aprofondir davantaige comme il sçavoit ces choses, il m'a
-respondu qu'il s'en alloit en France, et en parleroit plus librement
-de dellà, comme bon serviteur de Voz Majestez et de Monseigneur, s'il
-en estoit interrogé.
-
-J'ay esté despuy trouver la dicte Dame pour voir en quoy elle
-continuoit; laquelle s'est layssée ayséement conduyre en ce propos, et
-m'a dict que, s'il luy estoit jamais imputé de s'y estre trop advancée
-pour avoir escript de sa main à Mon dict Seigneur, premier que les
-choses fussent bien conclues, qu'elle en rejetteroit toute la coulpe
-sur moy; qu'il falloit bien, touchant les responces qui avoient esté
-baillées à Cavalcanty, que vous l'excusissiez, si elle n'avoit peu
-mieulx faire, car estoit contraincte de contanter les siens, qui
-l'estimeroient peu affectionnée à leur religion, si elle condescendoit
-ouvertement à tout ce que Monsieur demandoit pour la sienne, lequel au
-reste elle n'entendoit qu'il fût en rien contrainct contre sa
-conscience; qu'elle se vouloit pleindre à moy de ce qu'ung homme, qui
-tenoit assés grand lieu, avoit dict que Monsieur feroit bien de venir
-espouser ceste vielle, laquelle avoit heu, l'année passée, tant de mal
-à une jambe qu'elle n'en estoit encores bien guérye, ny possible en
-guériroit jamais, et que, soubz le prétexte de cella, l'on luy
-pourroit bailler ung brevage de France pour s'en deffaire, de sorte
-qu'il se trouveroit veuf dans six ou sept mois, pour, puys après,
-espouser, à son ayse, la Royne d'Escoce, et demeurer roy paysible de
-ceste isle; et que ce propos ne l'avoit tant offancée pour le regard
-d'elle, comme pour le regard de Monsieur, et de l'honneur de la
-couronne d'où il estoit yssu.
-
-A quoi j'ay respondu, avec détestation du propos, et de celluy qui
-l'avoit tenu, que je la suplyois me dire d'où il procédoit, affin que
-Voz Majestez et Mon dict Seigneur vous en rescentissiez.
-
-Elle a suyvy, en grand collère, qu'il n'estoit encores temps de le
-nommer, mais que je m'asseurasse qu'il estoit vray, et que bientost
-elle m'en feroit bien entendre davantaige; et n'ay rien cogneu que
-continuation d'affection en tout le parler de la dicte Dame, lequel a
-esté beaucoup plus ample que je ne le puys mettre icy.
-
-Au partir d'elle, le comte de Lestre m'est venu dire qu'il estoit
-besoing que non seulement je fusse modéré sur l'article de la
-religion, mais que je fisse en sorte que Voz Majestez le vollussent
-laysser, ainsy couché qu'il est, affin que Monseigneur, vennant par
-deçà, soit mieulx veu, et embrassé avec plus d'affection de ceulx en
-qui la Royne, sa Mestresse, a fiance, et qu'ilz n'ayent occasion
-d'inventer rien qui puysse traverser ce propos; et que je vous
-asseure, sur sa vie, qu'il aura pour luy et ses domestiques
-l'exercisse de sa religion en privé, et obtiendra du reste beaucoup
-plus qu'il ne voudra demander, quant il sera par deçà; et que desjà
-luy mesmes avoit déclairé à la dicte Dame que, puysqu'elle prenoit
-Monsieur pour son seigneur et mary, qu'il luy porteroit égalle
-fidellité, obéyssance et service, comme à elle; ce qu'elle avoit
-trouvé fort bon, et m'asseuroit que, de jour en jour, elle se
-confirmoit davantaige en ce bon propos, qui pourtant estoit besoing de
-le haster aultant qu'il seroit possible.
-
-Je trouve, Madame, que le dict comte va toutjour droictement et d'une
-très bonne sorte en cest affaire; et milord de Burlay monstre le
-semblable; mais, de tant que je sçay l'extrême affection que icelluy
-Burlay porte à ceulx de Herfort, et à traverser tout ce qui les
-pourroit empescher de parvenir à ceste couronne, je crains que sa
-présente démonstration ne soit que pour ne s'ozer opposer à la
-vollonté de sa Mestresse, et qu'en effect il ne se faille fyer en luy
-que bien à poinct; car j'ay desjà cogneu que sa façon de négocier tend
-à mettre la matière en longueur. Par ainsy, je persévère en ce que
-j'ay desjà mandé à Vostre Majesté par le Sr Cavalcanty, qu'il fault
-presser de passer les articles, sans s'amuser à débattre les responces
-qu'on nous a baillées, affin de demeurer promptement résoluz ou de la
-conclusion ou de la ropture du propos; et me pardonne Vostre Majesté
-si je luy escriptz tant de choses différantes; car c'est ung affaire
-où il ne fault rien obmettre. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may 1571.
-
-
-
-
-CLXXVIE DÉPESCHE
-
---DU VIe jour de may 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Walsingan._)
-
- Refroidissement apporté dans la négociation du mariage par les
- rapports de Walsingham.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, ce peu de motz ne sont pour entièrement respondre à la lettre
-de Vostre Majesté, ny à celle bien ample que, par vostre commandement,
-Mr de Foix, m'a escripte; seulement, Madame, je vous signiffieray icy
-la réception des deux, et comme la Royne d'Angleterre, avant que je
-les aye veues, avoit desjà leu celles que le Sr de Valsingan et le Sr
-Cavalcanty luy avoient escriptes[7]; ès quelles elle a monstré n'y
-avoir trouvé de satisfaction, ains plustost de l'offance. Et, sans que
-je luy ay franchement communiqué voz honorables et vertueuses
-responces, et les sages remonstrances du dict Sr de Foix, qui sont les
-unes et les aultres contenues en sa lettre, tout estoit gasté. Et ne
-sçay encores, Madame, que juger de l'affaire, car la dicte Dame m'a
-semblé estre plus restraincte au poinct de la religion, que ce que Mr
-le comte de Lestre m'avoit prié dernièrement vous en escripre; mais je
-doibz conférer encores aujourd'huy avecques elle, et avec le dict
-sieur comte, et avec milord Burlay; desquelz je mettray peyne, sans
-trop débattre les choses, de sentyr leur dernière résolution.
-Cependant, parce que ce porteur est renvoyé présentement avec quelque
-response, je adjouxteray seulement icy que le dict sieur comte de
-Lestre m'a dict que le contenu des lettres des dicts Valsingan et
-Cavalcanty estoit fort différand de ce que Mr de Foix mandoit. Je
-mettray peine de le sçavoir et prieray à tant nostre Seigneur, etc.
-
- Ce VIe jour de may 1571.
-
- [7] Voir la _lettre de Walsingham à milord de Burleigh_ des 8 et
- 9 avril 1571, et _la conférence entre Mr de Foix et
- lui_.--_Négociations de Walsingham_, lettre LXXI, p. 98.
-
-
-
-
-CLXXVIIe DÉPESCHE
-
---du VIIIe jour de may 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Tournoi à Londres.--Opposition de la chambre des lords aux
- projets de la chambre des communes.--Nouvelle crainte des
- Anglais d'une entreprise sur l'Irlande.--Leurs plaintes contre
- les armemens faits en Bretagne.--Offre de lord Burleigh de
- reprendre la négociation du traité d'Écosse.--Emportement
- d'Élisabeth contre Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse, de la
- Rochelle et de Flandre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je commanceray ceste cy par dire à Vostre Majesté qu'après le
-partement du Sr de Sabran, lequel luy aura peu compter ce qu'il a veu
-des jouxtes de la première journée du tournoy, entreprins en ceste
-court au commancement de may, j'ay esté prié d'assister encores aulx
-deux suyvantes, ès quelles a esté, à la segonde, combattu à l'espée, à
-cheval, et à la troisiesme à la pique et à l'espée, à la barrière; et
-a vollu la Royne d'Angleterre que je l'aye accompaignée à toutes
-trois, non sans faire plusieurs honnorables mencions de semblables
-exercisses de Vostre Majesté et des triomphes de vostre royaulme, ny
-sans qu'elle ayt monstré de prandre ung singulier playsir à cest essay
-des siens, lesquelz toutesfoys elle n'a que modestement louez: qu'ilz
-faisoient assés bien pour Angleterre, et qu'ilz aprenoient icy comme
-ilz pourroient comparoir ailleurs parmy les aultres. Je luy ay loué
-leur bien faire et que c'estoit de prou d'endroictz d'ailleurs qu'on
-pouvoit venir icy pour aprandre, comme, à la vérité, il y a heu en ces
-combats de la magnifficence et un fort bon ordre et assés d'adresse de
-ceulx qui s'esprouvoient. Le comte d'Oxford avoit dressé la partie,
-lequel, avec sire Charles Havart, sire Henry Lay, et Me Haton, ont
-esté les quatre tenans contre aultres vingt sept gentishommes, de
-bonne mayson, assaillans; et les juges du tournoy ont esté les comtes
-d'Ocester et de Suxès, l'admiral, et milord Sidney, et n'y est advenu
-nul inconvénient. Il a esté mandé à l'ambassadeur d'Espaigne, s'il
-avoit desir de veoir ces triomphes, qu'on luy prépareroit une fenêtre;
-mais il a respondu qu'à ung ambassadeur d'ung si grand roy apartenoit,
-devant qu'il allast en nulle part, de sçavoir quel lieu il y devoit
-tenir, et ne s'y est point trouvé.
-
-Le parlement s'est toutjour continué, aulx heures déterminées; auquel,
-encores que ceulx de la basse Chambre ayent fermement incisté en leurs
-premières propositions, ceulx néantmoins de la première ne leur ont
-encores rien layssé passer, et disent que les loix de leur religion
-sont assés estroictes pour ne se vouloir lyer davantaige, ny se
-laysser ainsy soubmettre à plus de dangiers de lèze majesté qu'il n'y
-en a par les anciennes loix du royaulme; et ont esté commis aulcuns
-principaulx personnaiges de l'assemblée pour modérer les dictes
-propositions, et n'y a pour encore rien de résolu.
-
-Il semble que ceulx cy sont rentrez en perplexité pour
-l'advertissement qu'ilz ont que Estuqueley est allé à Rome afin
-d'acorder de l'entreprinse d'Yrlande entre le Pape et le Roy
-d'Espaigne, et que les deux promettent de fornyr pour icelle cent mil
-escuz chacun, et le dict Roy d'Espaigne quelques gens et vaysseaulx
-davantaige, et qu'il est nouvelles que le comte de Bossu arme aussi
-des navyres en Flandres.
-
-Milord de Burlay m'a dict que leurs mariniers leur ont raporté qu'on
-armoit aussi en Bretaigne, et qu'il vouloit bien croyre que ce
-n'estoit contre l'Angleterre, car l'on monstroit, des deux costez, de
-desirer et pourchasser chose fort dissemblable. A quoy j'ay respondu
-que je n'avois rien entendu du dict armement, et que je ne cognoissois
-qu'il y eust, de vostre costé, Sire, que toute continuation de paix
-avec la Royne sa Mestresse.
-
-Il m'a, de luy mesmes, parlé là dessus du desir que la dicte Dame
-avoit de parachever le tretté de la Royne d'Escoce, mais qu'il
-sembloit qu'elle mesmes et les siens y donnassent de l'empeschement,
-m'alléguant que Mr de Roz avoit naguières faict venir des livres,
-qu'il avoit faict imprimer à Louvain, fort désagréables à la Royne
-d'Angleterre, et receu des lettres de ses rebelles qui sont en
-Flandres, et que les seigneurs du party de la dicte Royne d'Escoce
-s'opposoient que les comtes de Lenoz et de Morthon ne peussent aller
-tenir leur parlement à Lislebourg pour envoyer icy le pouvoir sur les
-choses du dict tretté, et par ainsy, que le retardement ne procédoit
-de sa Mestresse.
-
-Je luy ay respondu que, en quelque sorte qu'il vollût juger de la
-procédure de ce faict, l'on voyoit clairement que la Royne d'Escoce
-s'estoit mise à tant de rayson et de debvoir, qu'on ne pouvoit plus
-nyer qu'il ne luy fût faict beaucoup d'injure et de viollance, et que
-le tretté luy avoit quasi plus apporté de mal que n'avoit fait la
-guerre.
-
-Et despuys, Sire, j'ay faict veoir à la Royne d'Angleterre une lettre
-de la dicte Royne d'Escoce, et l'ay fort conjurée de vouloir pourvoir
-à ce que ceste pouvre princesse y requéroit. Et elle m'a respondu
-qu'on avoit trouvé des mémoires qui expéciffioient les moyens que la
-dicte Royne d'Escoce avoit de s'en aller, fort désadvantageux à elle
-et à son royaulme, par ainsy qu'on ne s'esbahyst si le comte de
-Cherosbery la fezoit ung peu plus observer que de coustume; mais que
-j'assurasse Vostre Majesté qu'elle avoit toutjour esté, et seroit
-aussi honnorablement trettée en Angleterre, tant qu'elle y seroit,
-comme si elle estoit en son propre royaulme. J'entendz, Sire, que ce
-sont des mémoires, qui ont esté trouvés à Dombertrand, qui
-véritablement font mencion de cella.
-
-L'évesque de Roz est encore bien fort mallade. Le comte de Lenoz a
-mandé assembler toutes ses forces au IXe de ce mois à Litcho, pour
-aller en armes à Lillebourg, mais je croy qu'il y trouvera de la
-résistance; et desjà se dict qu'il y a heu une grosse escarmouche près
-du dict Lillebourg, où le comte de Huntelay et milord de Humes se sont
-trouvez du party de leur Royne, et qu'ilz ont battu et chassé les
-aultres. Il semble que celluy qu'on a miz pour cappitaine dans
-Dombertrand, voyant la cruaulté du comte de Lenoz, reffuze meintenant
-de luy obéyr, et dict qu'il réservera la place au jeune Prince jusques
-à la mort; de sorte que les Anglois deffient assés de la pouvoir
-avoir.
-
-L'on parle icy du mariage de la petite princesse de Navarre avec le
-comte Ludovic de Nassau, et que, parmy le marché, il se projette une
-entreprinse en Hollande. Celluy dont, en aulcunes de mes précédentes,
-je vous avois mandé, Sire, qui estoit venu de la Rochelle devers feu
-Monsieur le cardinal de Chastillon, estoit principallement dépesché
-pour faire passer dellà le Sr de Lumbres avec les vaysseaulx et armes,
-et aultres provisions qu'il a recouvert icy; qui y a desjà faict
-voille, dez le VIe du passé.
-
-Le depputé de Flandres a faict proroger encores pour huict jours son
-affaire, attendant une responce du duc d'Alve, laquelle il pensoit
-avoir icy le IIIe de ce moys, mais il y a heu quelque retardement.
-J'ay au reste bien dilligentment et à part considéré le chiffre de
-Vostre Majesté, du XXIIIe du passé, lequel je mettray peyne
-d'ensuyvre; et vous supplie très humblement, Sire, de croyre que les
-choses n'eussent prins le tret qu'elles ont, si je n'en eusse desjà
-usé ainsy, et qu'il seroit bien malaysé d'outrepasser les termes que
-je y ay tenu, sans se descouvrir, possible, plus que Vostre Majesté ne
-le trouveroit, puys après, guières bon. Sur ce, etc.
-
- Ce VIIIe jour de may 1571.
-
-
- J'entendz que la comtesse de Northomberland et milord Dacres ont
- naguières dépesché ung nommé Hervé en Espaigne, pour moyenner le
- mariage de la Royne d'Escoce avec don Joan d'Austria, de quoy ne
- fault doubter que le duc de Norfolc ne soit pour en prandre
- jalouzie.
-
-
-
-
-CLXXVIIIe DÉPESCHE
-
---du Xe jour de may 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par ung corrier d'Angleterre._)
-
- État de la négociation du mariage.--Conférences avec le lord
- garde des sceaux (_the keeper_), le comte Leicester et lord
- Burleigh.--Entrevues de l'ambassadeur avec Élisabeth pour
- renouer cette négociation.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, il n'est rien advenu en ce propos de mariage, que je ne le
-vous aye escript par ordre, jusques au deuxiesme de ce mois que je
-vous ay dépesché le Sr de Sabran; et despuys m'estant trouvé en
-conversation avec les seigneurs de ceste cour, j'ay essayé, en parlant
-à milord Quiper, de descouvrir ce qu'il en avoit en opinion, lequel
-s'est facillement conduict à discourir des vertuz et perfections de
-sa Mestresse, et, de luy mesmes, enfin, m'est venu dire que cella seul
-luy deffailloit qu'elle n'avoit point de mary, et qu'elle ne monstroit
-à ses subjectz nulle lignée pour pouvoir, après elle, succéder en ce
-royaulme. Je luy ay respondu que, à la vérité, elle remplissoit pour
-son temps aultant dignement le siège de ceste couronne que nul grand
-roy le sçauroit faire, et que, pour le regard de ce deffault qu'il y
-allégoit, je desirois à la dicte Dame le party d'ung prince que je
-cognoissois, lequel je m'asseurois qu'augmenteroit grandement la
-félicité de ce royaulme; et seroit pour y establyr une des plus belles
-et plus illustres lignées de la terre. Il m'a répliqué qu'il vouldroit
-que cella fût desjà bien accomply et qu'il n'y eust nulle difficulté
-aulx condicions; et, encor qu'il s'y en trouvât quelcune, bienqu'ung
-peu dure, encores la fauldroit il passer plustost que sa Mestresse
-demeurast sans mary.
-
-Le comte de Lestre et milord de Burlay m'ayans, après cella, conduit
-en la chambre privée, m'ont entretenu des bons propos que leur
-ambassadeur escripvoit de Monsieur, et comme, encor qu'il le cognust
-affectionné à la religion catholique, il le voyoit néantmoins estre de
-soy si bon, si vertueulx et si bien condicionné, qu'il ne failloit
-doubter qu'il excitât par mallice, ny par fraulde, rien de mal ny de
-trouble en ce royaulme; qu'ilz regrettoient bien Mr de Carnevallet
-comme ung personnaige vertueulx qui estoit bien séant près de luy, et
-lequel ilz n'estimoient estre que bien affectionné à ce propos; et
-m'ont demandé quelz personnaiges estoient Mrs de Villecler, de
-Lignerolles, de Chiverny et les deux secrétères Sarced et Gérard. J'ay
-honnoré la mémoire du deffunct, et donné la plus honneste louange,
-que j'ay peu, aulx aultres. Puys ilz ont suyvy à me dire qu'il falloit
-que ceulx, que Voz Majestez vouldroient envoyer icy, pour m'estre
-adjoinctz en ce négoce, comme ilz s'asseuroient que ce seroient grandz
-personnaiges, qu'ilz fussent aussi non turbulans, ny mal affectionnez
-au propos. Je leur ay respondu qu'aussitost que Voz Majestez y
-verroient quelque bon fondement, elles ne fauldroient d'envoyer
-quelque prince du sang, ou aultre grand seigneur, et, possible, Mr de
-Foix, pour passer le contract, et pour honnorer, en tout ce qu'il vous
-seroit possible, la grandeur de la dicte Dame. Ilz m'ont répliqué
-qu'ilz sçavoient qu'il y avoit de fort grandz princes et seigneurs en
-France, mais que toutz n'estoient propres en ce propos; qu'ilz
-acceptoient de bon cueur Mr de Foix, duquel l'honnesteté leur estoit
-bien cogneue; et, s'il playsoit à Voz Majestez envoyer aussi Mr de
-Montmorency qu'ilz en seront bien joyeulx, car l'estimoient
-personnaige de grande vertu et intégrité, et fort desireux de la paix
-et unyon de ces deux royaulmes.
-
-Sur cella estant la Royne arrivée, après qu'elle m'a heu dict
-plusieurs bien honnestes choses en aultre matière, elle m'a touché,
-quant à ceste cy, que, nonobstant le mauvais raport qu'on avoit faict
-de sa jambe, elle n'avoit layssé de baller le dimanche précédant aulx
-nopces du marquis de Norampton, et qu'elle espéroit que Monsieur ne se
-trouveroit si trompé que d'avoir espousé une boyteuse au lieu d'une
-droicte, avec d'aultres bien gracieux deviz, qui monstroient la
-persévérance de sa vollonté en cest endroict. Et, au partir, m'a randu
-ung fort exprès et fort grand mercys de ce que j'avois toutjour
-escript fort honnorablement d'elle, et que j'avois esté soigneux
-d'entretenir paix et bonne amytié entre Voz Majestez.
-
-Le jour ensuyvant, m'ayant aussi faict convyer à voir la segonde
-journée du tournois, elle m'a dict, d'arrivée, qu'elle avoit receu des
-lettres de France, et que je sçavois bien qu'elle n'avoit jamais vollu
-priver Monsieur de sa religion, ny le forcer en sa conscience, et que,
-sur la difficulté que son ambassadeur vous avoit faicte touchant ce
-poinct, Vostre Majesté luy avoit respondu qu'il falloit que la dicte
-Dame regardât à conserver l'honneur et réputation de Monsieur comme la
-sienne propre; et que pourtant il vous en fît avoir responce dans dix
-jours, affin que, sellon icelle, vous peussiez reigler le voyage
-qu'avez à faire en Bretaigne; qu'elle ne sçavoit commant prendre
-cella, ny quelques aultres choses qu'elle avoit trouvées en la
-dépesche, et qu'elle vouloit bien que Vostre Majesté eust telle estime
-d'elle qu'elle n'estoit indigne de Monsieur, vostre filz.
-
-Je luy ay respondu que, par les choses que j'avois escriptes en
-France, je n'avois point augmenté la difficulté, mais celles,
-possible, que son ambassadeur vous avoit dictes, ou que vous aviez
-trouvées ès responces de la dicte Dame, vous avoient semblé bien
-esloignées de vostre intention; que je ne sçavois pourtant qu'elles
-fussent en nulz mauvais termes du costé de Voz Majestez Très
-Chrestiennes, mais, si on luy en avoit faict mauvaise interprétation
-de quelcune, que je mettois peyne de l'en satisfaire, et qu'il ne
-falloit sinon qu'ainsy qu'elle procédoit avec grand esgard de son
-honneur et dignité en ce propos, qu'elle vollût que celle de Mon dict
-Seigneur ne fût foulée ny obscurcye.
-
-Elle m'a répliqué qu'elle n'avoit encores achevé de voir toute la
-dépesche, mesmement ung discours que le Sr Cavalcanty luy avoit
-escript; mais qu'après cella, elle me feroit appeller pour m'en
-communiquer.
-
-Le soir mesmes, je fuz adverty qu'après que la dicte dépesche fût
-achevée de lyre, la dicte Dame, en collère, avoit dict que, puisque le
-propos s'alloit rompre, au moins luy restoit ceste consolation que ce
-n'estoit par sa faulte, ny de son costé; et incontinent avoit miz en
-dellibération qu'il falloit envoyer milord de Sideney, oncle de la
-duchesse de Férie, devers le Roy d'Espaigne pour accommoder les
-différans qu'elle avoit avecques luy.
-
-Le lendemain, bon matin, j'envoyay devers le comte de Lestre pour
-sçavoir d'où procédoit ceste altération, et que je ne voyois, en ce
-qu'on m'avoit escript de France, qu'il y eust rien de quoy la Royne sa
-Mestresse deubt recepvoir que contantement. Il me manda que Vostre
-Majesté avoit résoluement demandé l'exercice libre et public de la
-religion catholique pour Monsieur, et que leur ambassadeur et
-Cavalcanty avoient escript fort durement là dessus, et que vous leur
-aviez demandé responce dans dix jours, ou bien vous vous achemineriez
-en Bretaigne, comme si l'affaire ne méritoit bien qu'on attandît
-quelques jours davantaige, et que, si mes lettres parloient plus
-gracieusement, que je ferois bien d'en venir conférer avec la dicte
-Dame, et les luy communiquer.
-
-L'aprèsdinée, je l'allay trouver, laquelle, avec un visage triste,
-commancea se plaindre qu'elle estoit maltrettée en ce propos, se
-ressouvenant que, lorsque le cardinal de Chastillon luy en avoit parlé
-plus chauldement, c'estoit lorsqu'on l'avoit plus pressée des choses
-d'Escoce, et que despuis, encor qu'elle eust envoyé milord de Boucart
-en France, l'on y avoit procédé si froydement qu'on ne luy en avoit
-touché ung seul mot jusques à ce qu'il avoit esté prest à partyr, que
-Vostre Majesté luy en avoit parlé à cachettes, comme si heussiez heu
-honte du propos; et meintenant elle se trouvoit trop plus rudoyée en
-la responce, qu'aviez faicte à son ambassadeur, qu'elle n'avoit espéré
-que sa bonne intention le deust jamais mériter.
-
-Je luy ay respondu que je luy pouvois donner, à ceste heure, meilleur
-compte de cella que le jour précédant, parce que j'avois despuys receu
-le pacquet de Vostre Majesté, et par icelluy je ne pouvois comprendre
-qu'il y eust rien d'où l'on luy eust peu former une seule apparance de
-malcontantement, et qu'il falloit bien qu'il fût procédé d'ailleurs
-que des parolles ny démonstrations de Voz Majestez Très Chrestiennes,
-ny de Monseigneur; car de dire qu'il falloit que Vostre Majesté pensât
-qu'elle s'estimoit digne de Monsieur vostre filz, c'estoit Voz
-Majestez et Monsieur qui luy aviez monstré le desir que vous avez
-qu'elle l'estimât digne de le recepvoir en sa bonne grâce, et que de
-cella elle en avoit les lettres de toutz les trois, qui les luy aviez
-escriptes incontinent après avoir aucunement comprins son intention
-par milord de Boucart, car auparavant, encores que l'affection eust
-esté de longtemps en Monsieur, Voz Majestez n'avoient estimé, veu les
-choses passées, qu'il y eust lieu de la manifester; et qu'elle
-considérât que, du costé de France, l'on ne luy pourroit jamais donner
-nul plus grand tesmoignage de l'estime en quoy l'on avoit sa personne,
-sa vertu et sa grandeur, que de l'avoir premièrement desirée pour le
-Roy, et quant cella n'avoit succédé, de luy offrir meintenant
-Monsieur, et que, si quelcun vouloit inventer là dessus de la
-calompnie, que la vérité et sincérité vous en dellivreroit; et affin
-qu'elle en demeurast plus esclarcye, je ne craindrois de luy monstrer
-l'original de ce que Vostre Majesté avoit commandé à Mr de Foix de
-m'en escripre. Et ainsy luy leuz la lettre jusques envyron la fin, où
-est dict: _j'ay aprins des parolles de la Royne_; qui ne fut sans
-estre fort attentive à ouyr et à me faire répéter, une et deux fois,
-les principalles clauses.
-
-Puys me dict qu'à la vérité elle ne trouvoit, en tout ce que je luy
-avois dict, ny au contenu de la sage lettre de Mr de Foix, rien qui ne
-fût honnorable, et dont elle n'eust occasion de remercyer Vostre
-Majesté, et que c'estoit véritablement ce seul poinct de la religion
-qui donnoit le plus d'empeschement à cest affaire, tant pour le
-respect de sa conscience que de ce qu'elle perdroit ceulx qui sont son
-principal appuy et sa fiance, si elle accordoit tout ce que Monsieur
-demandoit en cella; et que l'archiduc Charles s'estoit bien vollu
-contanter à moins, comme elle me le tesmoigneroit par ses lettres, si
-je les voulois voir; et que ce que je luy allégois de son feu frère,
-qu'il avoit bien accordé aultant à sa soeur aynée, et que les
-ambassadeurs en avoient encores davantaige, n'estoit semblable, car
-Monsieur devoit estre la moictié d'elle mesmes, et que en l'unyon
-d'eulx deux consisteroit la seurté du royaulme; et que, si elle avoit
-à aller en l'estat de Mon dict Seigneur, et que l'exercice de sa
-religion y deust aporter du trouble, qu'elle s'en passeroit, et
-qu'elle le prioyt de se contanter aussi de ce qu'avec sa conscience et
-sa seurté elle luy pouvoit ottroyer par deçà, me priant d'en conférer
-avec le comte de Lestre et milord de Burlay, et leur parler aussi des
-articles des responces, comme est ce qu'on les avoit envoyez en
-aultre forme que n'avoient esté arrestez avecques moy.
-
-Je retournay le lendemain en conférer avec eulx, ausquelz ayant tenu
-le mesmes langaige que j'avois faict à la dicte Dame, ilz ne purent
-rien alléguer contre l'honneste et vertueuse responce de vostre
-Majesté, seulement me prièrent ne trouver estrange si, ayant la Royne,
-leur Mestresse, le plus bel estat de la Chrestienté après la France,
-et estant elle de très excellantes qualitez, s'ilz l'estimoient digne
-que Monsieur luy deust beaucoup defférer; et que, pour estre dame, je
-pouvois penser qu'elle vouloit estre requise et cognoistre d'estre
-aymée, et que néantmoins Monsieur n'en avoit encores monstré nul
-semblant, ny mesmes n'avoit demandé à leur ambassadeur, qui estoit ung
-gentilhomme bien affectionné à ce propos, commant elle se portoit, là
-où elle ne reffuzoit me parler ouvertement de luy, et mesmes me
-tesmoigner quelquefoys de son affection; et, quant au poinct de la
-religion, qu'il failloit, pour la seurté d'elle, que Monsieur vollust
-laysser l'article en termes qui ne l'obligeassent aulx loix de ce
-royaulme, et qu'il peult obtenir par tollérance ce qu'avec expression
-elle ne luy pouvoit accorder.
-
-Je leur ay respondu, quant au premier, qu'on ne pouvoit defférer
-davantaige à leur Mestresse que de requérir son alliance; et, quant
-aulx démonstrations de Monsieur, qu'il estoit de tant plus louable et
-prudent qu'il ne s'advançoit de rien en ce propos qu'ainsy que le Roy,
-son frère, et Vostre Majesté le trouvoient bon, et qu'il se sentoit
-aussi observé de telz, ausquelz, possible, n'estoit expédiant qu'il en
-vînt nul cognoissance; et que la dicte Dame pouvoit estre très
-asseurée que, s'il n'y eust heu de l'affection et de l'amour, l'on ne
-se fût advancé de luy en escripre, ny de luy en parler; au regard de
-la religion, que je sçavois bien qu'ilz sçauroient dresser l'article
-en façon, que l'honneur et la seurté d'elle, pareillement la
-réputation et la conscience de luy, y seroient gardez.
-
-Milord de Burlay, me tirant à part, m'a dict que la faulte, que je
-trouvois ez responces que Cavalcanty avoit apportées, estoit procédée
-de celluy qui les avoit transcriptes, et que cella seroit rabillé.
-
-Après, je fuz trouver la dicte Dame, laquelle, après plusieurs fort
-bonnes parolles et fort bonnes démonstrations, me pria de croyre
-qu'elle n'avoit jamais souffert une si grande contraincte, non pas
-quant elle fut mise dans la Tour, comme elle la s'estoit donnée quant
-elle s'estoit forcée et veincue elle mesmes à se résouldre de se
-maryer; et que pourtant je ne doubtasse qu'elle ne fît tout ce qu'elle
-pourroit pour l'advantaige de ce party, et qu'elle tretteroit avec le
-comte de Lestre et milord de Burlay sur ce que nous avions devisé, et
-puys feroit coucher l'article par escript avec le plus de liberté pour
-Monsieur qu'il luy seroit possible, et me le feroit communiquer; et,
-si Voz Majestez et luy vous en pouviez contanter, son ambassadeur
-auroit les aultres condicions toutes prestes pour en pouvoir tretter
-incontinent, affin de n'entretenir les choses en aulcune
-longueur;--«Car possible, dict elle en ryant, aviez vous en main le
-party de quelcune aultre pour la faire vostre belle fille.» Et avec
-plusieurs aultres gracieuses parolles qu'elle me dict, et que je luy
-respondiz, je me licenciay d'elle.
-
-Néantmoins l'on a dépesché deux foys en France sans me rien
-communiquer, et n'a layssé le bruict d'aller cependant en ceste court
-que tout estoit rompu, et que milord Sideney ou sire Jammes Scrof
-estoient desjà ordonnés pour passer en Espaigne, comme de faict la
-pluspart des secrectz adviz, que j'ay heu toutz ces jours, concourent
-à ce qu'il a esté résoluement dict et déclairé à la dicte Dame qu'elle
-ne peult entendre à ce party sans la ruyne d'elle ny de son royaulme.
-Et ayant attendu trois jours si l'on m'en communiqueroit quelque
-chose, j'ay enfin mandé que j'estois pressé de dépescher sur ce qu'on
-m'en avoit desjà dict; qui a esté cause que, hier au soir, milord de
-Burlay m'envoya prier de l'aller trouver en son logis, où la goutte
-l'avoit arresté, car aultrement il fût venu devers moy: lequel m'a
-dict que la Royne, sa Mestresse, supplioyt Voz Majestez Très
-Chrestiennes et Monsieur de prendre de bonne part la responce qu'elle
-mandoit à son ambassadeur de vous faire, en laquelle elle avoit
-considéré ce qui convenoit à la personne de Monsieur et à la sienne, à
-la seureté des deux et à leurs consciences, et qu'ayans à vivre
-conjoinctement roys en ce royaulme, où n'estoit besoing que les siens
-estimassent qu'elle eust peu d'affection à sa religion ny fût peu
-ferme à meintenir les loix establyes en icelle, ny que Mon dict
-Seigneur y fût trop adversayre, affin que nulle division ne se
-sussitât parmy les subjectz, qu'elle ne pouvoit directement, ny
-indirectement, luy promettre plus que l'article de sa responce
-portoit, comme son dict ambassadeur vous en dira plus au long ses
-raysons, et qu'elle vous prioyt de vous en contanter; car, au reste,
-elle mettroit peyne de vous satisfaire, et que ce que j'avois trouvé
-de deffault ez responces seroit amendé, et que, aussitost que ce
-premier poinct seroit accordé, son ambassadeur vous feroit entendre le
-reste des condicions, lesquelles elle espéroit que trouveriez
-raysonnables, et que présentement elle les luy envoyeroit ou les luy
-feroit tenir incontinent après.
-
-J'ay respondu que je n'avois à proposer nul argument nouveau en cella,
-car la matière avoit desjà esté assés débatue, sinon que je le prioys
-me déclairer tout franchement si la dicte Dame entendoit de priver
-Monsieur de sa religion, et qu'il demeurast séparé, quand il seroit
-par deçà, de l'unyon de l'esglize catholique, en laquelle il avoit
-vescu jusques à présent. Il me dict que la dicte Dame n'avoit usé
-d'aulcun mot qui portast prohibition ou interdiction, et que, si je
-cognoissois bien la doulceur et débonaireté d'elle, je ne debvois
-penser qu'elle s'opposât à l'intention et contantement de Monsieur,
-quand il seroit icy, ny qu'il ne peult, se trouvant Roy et modérateur
-d'un si grand royaulme, user avec discrétion de ce qu'il luy
-plairroit; et que luy mesmes Burlay, en son particullier, vouldroit
-avoir donné la moictié de son bien, et que le mariage fût desjà bien
-conclud. S'il vous playsoit, Madame, monstrer d'estre contante de
-ceste responce, sans trop la débattre à l'ambassadeur, et passer
-oultre aulx aultres condicions, il se cognoistroit facillement s'ilz y
-cheminent de bon pied, car l'affaire va si restrainct icy entre les
-trois qu'on n'en peult avoir de nul aultre endroict nulle claire
-lumyère, vous supliant très humblement excuser si j'ay esté long,
-parce que je crains d'obmettre quelque chose; et sur ce, etc.
-
- Ce Xe jour de may 1571.
-
-
-
-
-CLXXIXe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de may 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bordillon._)
-
- Débats dans le parlement.--Nouvelles d'Écosse.--État de la
- négociation des Pays-Bas.--Munitions envoyées par les Anglais à
- la Rochelle.--Grand nombre de vaisseaux mis en mer par les
- protestans d'Allemagne et de Flandre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ce en quoy, despuys mes précédantes du VIIIe de ce mois, ceste
-cour m'a semblé la plus occupée a esté ez déllibérations du parlement,
-parce qu'elles n'ont peu passer en la première chambre, où sont les
-milordz, ainsy qu'elles avoient esté proposées en la segonde, ains ont
-esté fermement contradictes au poinct de la religion, et en celluy de
-ne parler du tiltre du royaulme sur peyne de lèze majesté; en quoy
-milord de Burlay, par une longue harangue, a remonstré à l'assemblée
-qu'on ne debvoit reffuzer aulcune ordonnance qui peult servyr à la
-paciffication du royaulme et à la seureté de leur Royne, argumentant
-de la connexité, qu'il y a aujourduy si grande, entre les affaires de
-la religion et ceulx de la pollice, qu'il n'est possible de bien
-establyr les ungs sans les aultres. Et semble que, tout à propoz, ayt
-esté supposé ung incogneu à venir en grand haste demander de parler à
-la Royne pour l'advertyr de chose importante à sa vie, mais tout le
-reste du propos demeure secrect devers le dict de Burlay; comme aussi
-luy a esté mené ung aultre incogneu qui, en mesmes temps, s'est trouvé
-avec des pistollés soubz son manteau au logis de la Royne, mais l'on
-ne le renvoye point à justice. Et néantmoins par ces apparances
-l'instance est plus vifve à pourchasser que les susdictes
-dellibérations passent, et que les oppositions y sont moins fortes, et
-qu'on estime que le dict de Burlay parle entièrement par la bouche de
-la dicte Royne; dont l'on commance à voir que peu ou rien, à la fin, y
-sera contradict. Toutesfoys l'on vaque encores toutz les jours à
-débattre des matières, et, après qu'elles seront résolues, je les
-pourray mander plus certaines à Vostre Majesté, qui sera en bref,
-sellon qu'on dict que le dict parlement se terminera bientost.
-
-J'ay obtenu de la Royne d'Angleterre qu'elle escripra au comte de
-Cherosbery de modérer l'ordre qu'il avoit prins pour la Royne
-d'Escoce, à ce qu'elle ayt plus de liberté et qu'il luy laysse les
-femmes qu'elle luy demandoit par sa lettre. L'on m'a recerché de la
-continuation du tretté, mais je ne respondz rien, et l'évesque de Roz
-est encores si mallade qu'il ne peut négocier. Je croy aussi que
-d'Escosse l'on luy a mandé qu'il n'acorde plus nulle surcéance. Il se
-continue de dire qu'il y a heu rencontre près de Lislebourg, mais l'on
-n'en sçayt encores bien le succez, seulement l'on dict qu'il a esté
-trouvé des escuz et de la monoye d'Angleterre sur aulcuns, qui ont
-esté tuez du party de la Royne d'Escosse, ce qui a fait soupçonner à
-la Royne d'Angleterre qu'encores sont ilz aydés de son royaulme.
-Milord de Burlay m'a dict qu'on a mandé à Barvyc de bailler passeport
-au Sr de Vérac, s'il veult venir par terre, mais qu'il a entendu qu'il
-s'aprestoit de s'en retourner par mer; qu'est cause, Sire, que je
-garde encores la lettre que Vostre Majesté luy escript, attandant
-quelque seure commodité; et néantmoins je luy ay mandé de ne bouger de
-là jusques à ce qu'il ayt de voz nouvelles. Le comte de Sussex
-pourchasse toutjour de faire marcher quelques forces vers la
-frontière du dict pays d'Escoce, mais il ne l'a encores optenu, et
-néantmoins il ne seroit temps de secourir les Escouçoys quand ceulx cy
-s'achemineront, car ilz sont trop prez; dont fault, Sire, peu à peu
-les avoir pourveuz de bonne heure.
-
-Il semble que le faict de ces différans de Flandres empire toutz les
-jours, et que, s'il ne vient bientost quelque meilleure responce du
-duc d'Alve ou d'Espaigne, l'on procèdera à vendre les merchandises; et
-cependant ceste princesse est sur le poinct d'envoyer le Sr de
-Quillegrey en Allemaigne pour confirmer les pencions qu'elle y donne,
-et y apporter quelque payement du passé, et y faire d'aultres
-pratiques qui sont encores bien secrectes. J'entendz aussi que, dans
-ceste sepmaine, ung allemant et ung anglois partent de ceste rivière
-avec deux vaysseaulx pour conduyre à la Rochelle quelque peu
-d'artillerie et ung nombre de pouldres et bouletz, et aultres
-provisions de guerre, qu'on a tiré de la Tour. Ceste mer est desjà
-fort occupée des Flamans, qui s'advouhent au prince d'Orange, et
-disent qu'ilz attandent encores de bref ung si bon renfort qu'on
-extime qu'ilz seront plus de quatre vingtz ou cent vaysseaulx de
-guerre ensemble; et par ce, Sire, qu'ilz sont fornys et entretenuz par
-les Anglois, et ont leur retrette et descharge par deçà, il vous
-plairra mander en vostre frontière qu'on les ayt pour suspectz et
-qu'on se tienne sur ses gardes. Ilz ont freschement prins neuf
-vaysseaulx d'une flotte de trente qui venoient d'Espaigne, en dangier
-que tout le reste tumbe entre leur mains. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIIe jour de may 1571.
-
-
-
-
-CLXXXe DÉPESCHE
-
---du XVIIIe jour de may 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Débats du parlement sur le fait de la religion et la succession
- du royaume.--Affaires d'Écosse.--Projets de l'Espagne de former
- une ligue, soit avec l'Écosse, soit avec
- l'Angleterre.--Arrestation de l'évêque de Ross; procédure
- criminelle dirigée contre lui.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ceulx de la première chambre de ce parlement, lesquelz sont les
-comtes et barons du pays, et aulcuns d'eulx présumez catholiques,
-encores que les évesques soyent parmy eulx, ne layssent de résister à
-la contraincte où l'on les veult soubsmettre de faire, deux foys l'an,
-la cène à leur mode, et ont remonstré qu'il leur semble fort
-intollérable que les dicts évesques et ministres qui se sont
-introduictz au commancement en façon d'hommes non cerchans que d'aller
-en craincte et humilité annoncer tout à pied la parolle de Dieu,
-soyent devenuz, à ceste heure, si arrogans qu'ilz ne se contantent
-d'estre les plus hault montez du royaume et d'avoir asubjecty le
-peuple, s'ilz ne plient aussi la noblesse soubz leur authorité; et que
-au moins s'ilz monstroient clairement, et par ung asseuré consentz de
-toutz eulx, qu'est ce qu'ilz baillent en leur cène, ainsy que
-l'esglize catholique l'a toutjour faict, l'on s'y pourroit ranger;
-mais chacune paroisse annonce ce poinct, et encores d'aultres de leur
-dicte religion avec tant de diversité qu'ilz veulent bien regarder ce
-qu'ilz y auront à faire pour leur salut, et pour ne se laysser oster
-les privillièges qui ont esté réservez à la liberté de leurs
-consciences; dont sont encores à dellibérer là dessus.
-
-Et touchant déclairer privez de la succession de ce royaulme, pour
-eulx et leurs descendans, ceulx qui auroient présumé de s'en attribuer
-le tiltre, ou qui le présumeroient de faire cy après, ny qui
-parleroient de leurs droictz à icelle, et d'avoir encoureu eulx et
-leurs adhérans crime de lèze majesté, qu'ilz trouvoient bon que, sans
-parler du passé, il fût faicte loy qui obligeât dorsenavant à
-privation de droict quiconques s'atribueroit le dict tiltre, durant la
-vie de leur Royne, et que celluy et ceulx qui luy adhèreroient fussent
-notez de lèze majesté, mais rien davantaige. Et ayant ainsy rabillé le
-billet, ilz l'ont renvoyé à ceulx de la basse chambre, auxquelz parce
-qu'il ne satisfaict, la chose demeure en suspens; et mesmes le subcide
-n'est du tout conclud, bien que l'on estime que toutz ces poinctz
-viendront enfin à telle résolution que ceulx, qui gouvernent,
-vouldront qu'ilz ayent.
-
-Sire Jehan Fauster, gardien des frontières du Nord, est arrivé despuys
-trois jours avec ung adviz des choses d'Escoce, par lequel il asseure
-que ceulx, qui tiennent le party de leur Royne au dict pays, ne voyant
-venir aulcun secours de France, se sont résoluz, sans plus s'y
-attandre, de cercher l'alliance du Roy d'Espaigne et de conclure une
-bonne ligue avecques luy; dont l'on presse bien fort icy d'envoyer
-bientost cinq ou six mil hommes de pied et deux mil chevaulx au comte
-de Lenoz, affin de randre promptement toute l'Escoce à l'obéyssance du
-petit Prince soubz son gouvernement, et mettre quelques garnysons dans
-le pays; et en est la matière en dellibération avec grand espérance,
-de ceulx qui sont icy pour le dict de Lenoz, qu'elle pourra estre
-accordée. Néantmoins je n'entendz qu'il y ayt encores rien d'ordonné
-en cella, ny nulle aultre chose, sinon aulx officiers de la marine de
-se tenir prestz à mettre en tout appareil de guerre dix des grandz
-navyres, aussitost qu'il leur sera commandé, affin de se randre
-maistres de la mer pour garder que nul secours puysse venir aus dicts
-Escouçoys, et aussi pour se trouver préparés contre les aprestz du duc
-d'Alve, lesquelz ilz monstrent assés de craindre. Et semble aussi
-qu'on leur ayt faict prandre quelque nouvelle deffiance de Vostre
-Majesté, de sorte que milord de Burlay, entre ses doubtes, a faict
-recercher l'ambassadeur d'Espaigne de vouloir que eulx deux
-renouvellent l'intelligence d'entre leurs Maistre et Mestresse; et
-que, si son dict Maistre ne se vouloit pourter si adversayre qu'il
-faict contre leur religion, il pourroit tirer plus de commoditez de ce
-royaulme que n'ont jamais faict ses prédécesseurs. Dont j'entendz que
-les différantz des Pays Bas commancent de retourner à quelque
-modération, et que le Sr Fiesque s'attand icy du premier jour, avec
-meilleur responce du duc d'Alve, pour ayder à conclurre l'accord; et
-que cependant ceste Royne tient en suspens sa dépesche pour
-Allemaigne, craignant d'employer assés en vain ses deniers, et que les
-grandes pencions, que le Roy d'Espaigne donne aulx princes protestans,
-joinct l'auctorité de l'Empereur, empescheront que nulle levée se
-puysse faire contre les Pays Bas.
-
-La dicte Dame m'a envoyé le cappitaine Leton et l'aysné Norrys pour me
-dire que si, d'advanture, j'entendois qu'elle fît procéder un peu plus
-rigoureusement contre l'évesque de Roz que ne requéroit la personne
-d'ung ambassadeur, que je n'estimasse que ce fût pour injurier ny
-offancer son office, ny pour chose qu'il eust négociée pour le service
-de sa Mestresse, car en cella elle l'avoit toutjour bénignement ouy,
-et seroit preste d'entendre toutjour à ce qu'il luy seroit proposé
-pour le bien et les affaires d'elle; mais qu'il s'estoit tant oublyé
-et tant esloigné de son debvoir qu'il avoit mené de très mauvaises
-pratiques contre la personne et l'estat de la dicte Dame avec ses
-rebelles; de quoy elle m'avoit bien vollu advertyr, comme celluy de
-qui elle avoit toute bonne opinion, affin que je ne prinse ny
-escrivisse les choses en aultre façon qu'elles sont.
-
-J'ay respondu que je remercyois bien humblement la dicte Dame de son
-advertissement, et que je la cognoissois si vertueuse et si sage, et
-si bien conseillée, qu'elle ne procèderoit envers le dict évesque
-qu'avecques honneur et modération; et qu'il ne se pouvoit faire que je
-ne me dollusse du mauvais trettement qu'on feroit aulx ambassadeurs,
-desquelz l'office et les personnes avoient esté, de tout temps,
-réputées sacrées et inviollables, mais puysqu'elle parloit d'avoir
-attampté à sa personne et à son estat, je ne voulois dire sinon que sa
-Mestresse ne seroit pas contante de luy, et qu'elle mesmes, à qui
-touchoit de l'en chastier, en procureroit la punition; mais que
-j'estimois que, tant plus l'on examineroit de près son faict, plus
-l'on le trouveroit clair et exempt de telle faulte, et que je n'avois
-veu en luy nul plus grand desir que de unyr par grand amytié et
-intelligence sa Mestresse avec la dicte Dame, et mettre en paix et
-repoz leurs deux royaulmes; et que je la suplioys ne trouver mauvais
-si j'en escripvois à Vostre Majesté, et que mesmes il luy pleust me
-permettre de le mander à la dicte Dame, Royne d'Escoce, affin qu'elle
-peult envoyer icy ung aultre ambassadeur.
-
-Le comte de Sussex, milord de Burlay, maistre Mildmay et Raf Sadeler,
-ont esté en son logis pour l'examiner, et puys luy ont baillé gardes,
-et, nonobstant qu'il soit bien mallade en son lict, ilz l'ont faict
-transporter en la mayson d'ung évesque; dont je mettray peyne
-d'entendre bientost son examen pour en advertyr Vostre Majesté. Mais
-cependant, parce qu'on le menace de procéder contre luy comme contre
-ung privé, sans le tenir plus pour ambassadeur, et qu'il crainct qu'on
-le mette dans la Tour, et qu'on luy baille la question, estant entre
-les mains de ceulx qui ne l'ordonneroient que plus vollontiers, parce
-qu'ilz le cognoissent évesque catholique, il supplie très humblement
-Vostre Majesté, Sire, de vouloir escripre une lettre expresse à ceste
-Royne pour sa liberté et bon trettement, ce qui ne vous sera que bien
-décent, à cause de l'alliance que sa Mestresse a avec vostre couronne,
-sur l'instance que son ambassadeur, qui est par dellà, vous en pourra
-faire; et il mérite, Sire, pour la bonne affection qu'il a à vostre
-service et à celluy de sa Mestresse, et qu'il a le moyen et la
-capacité de vous en faire à toutz deux, que ne luy reffusiez ceste
-grâce et faveur. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIIIe jour de may 1571.
-
-
-
-
-CLXXXIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIe jour de may 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais, par Jehan Volet._)
-
- Débats du parlement; adoption du subside.--Nouvelles d'un combat
- livré en Écosse.--Réduction de Lislebourg à l'obéissance de
- Marie Stuart.--Procédure contre l'évêque de Ross.--Négociation
- des Pays-Bas.--Rapprochement entre l'Angleterre et l'Espagne.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la contention d'entre les principaulx de la noblesse et des
-évesques sur l'article de la religion, en la première chambre de ce
-parlement, et celle de la dicte chambre contre ceulx de la segonde sur
-le poinct de lèze majesté, ne sont du tout vuydées, et en est
-l'affaire encores devers certains depputez, à qui a esté commiz de
-modérer les billetz; seulement l'article du subcide est passé, en
-ayant esté rabattu ung sixiesme, dont ne montera plus que envyron cinq
-centz mil escuz, payables, la moictié au mois d'octobre prochain, et
-l'aultre moictié d'icy à ung an. Cependant le souspeçon qu'on a prins
-de la dépesche, qui venoit de Flandres à l'évesque de Roz, dont les
-chiffres sont encores devers milord de Burlay, s'est fort augmenté par
-les contradictions ung peu plus hardyes, qu'on ne les espéroit voir au
-dict parlement, de sorte que le dict de Roz en est tenu plus resserré;
-et a esté miz gardes, en plusieurs lieux de ceste ville, pour obvier à
-sédicion, et mandé en la contrée de retenir toutz corriers et
-voyageurs qui n'auront passeport, et serré de toutz costez les
-passaiges.
-
-Ceulx d'Escoce des deux partys se préparent à ung faict d'armes; dez
-le Xe de ce moys, près de Lillebourg, (ayant le comte de Lenoz
-instantment demandé d'estre secouru de cinq centz chevaulx et quinze
-centz hommes de pied anglois, avec lesquelz il promect de couryr
-l'Escoce, et de ranger promptement tout le pays à son obéyssance),
-j'entendz que cependant l'on est venu aulx mains, et que du
-commancement le combat a esté doubteux, mais qu'enfin le dict de Lenoz
-s'est retiré, et les Amilthons sont entrez à Lillebourg, où, tout
-incontinent, le nom et l'authorité de la Royne d'Escoce ont été
-proclamez. J'espère que, si sur cella le frère du cappitaine Granges
-leur est arrivé, et qu'il playse à Vostre Majesté leur faire continuer
-le secours de quatre mil escuz par moys, et le leur envoyer pour deux
-ou trois moys à la foys, que leurs affaires se pourront establyr, au
-moins si les Angloys ne s'y opposent trop ouvertement et avec armée,
-comme l'on continue de m'advertyr que la dellibération en est desjà
-fort avant; auquel cas j'escripray ordinairement à Vostre Majesté ce
-qui en viendra à ma notice. Les particularitez du dict combat ne se
-sçavent encores, ny je n'ay adviz d'icelluy que par lettres de
-particuliers, dont j'en attandz d'heure en heure plus grande
-confirmation; cependant il plaira à Vostre Majesté entendre des
-nouvelles de la Royne d'Escoce par une lettre, qu'elle mesmes m'a
-escripte de sa main, du XIIIe et XIIIIe de ce moys, en laquelle le
-poinct qu'elle remect au Sr Douglas, qui me l'a apportée, est touchant
-la continuation du secours, ainsy que je le mande cy dessus; et verrez
-au reste, Sire, comme elle desire qu'il soit vostre bon playsir de
-remettre au dict Douglas la condempnation qu'il a encourue, par la
-coulpe de son homme, d'estre bany pour trois ans de vostre court, à ce
-qu'il puysse continuer, comme auparavant, son service près de Vostre
-Majesté, et qu'il vous playse le faire payer de ses gaiges de la
-chambre.
-
-J'ay adjouxté, Sire, à ce pacquet ce que j'ay aprins de l'examen de
-l'évesque de Roz, qui monstre en quelque chefz que ceulx cy se
-deffient d'aulcuns d'entre eulx mesmes, et que néantmoins les
-accusations ne sont si grandes contre luy qu'on le deust tretter ainsy
-rudement comme l'on faict; dont il continue, Sire, d'avoir recours à
-la faveur de Vostre Majesté; et cependant je luy assiste, au nom
-d'icelle, de tout ce qu'il m'est possible. Le Sr Thomas Fiesque est
-arrivé en la compaignie du gentilhomme anglois qui l'estoit allé
-quérir, et semble que l'aultre depputé, qui de longtemps estoit icy,
-et luy ne s'en retourneront ceste foys sans avoir accommodé le faict
-des merchandises, ny sans avoir par mesmes moyen miz aussi en quelque
-bonne voye d'accommodement le reste de l'entrecours d'entre les deux
-pays; et espère l'on que le jeune Coban raportera fort bonne responce
-d'Espaigne, ayant esté si bien et favorablement receu par dellà qu'on
-en a desjà remercyé icy l'ambassadeur. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de
-may 1571.
-
-
-
-
-CLXXXIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour de may 1571.--
-
-(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._)
-
- Audience.--Déclaration de l'ambassadeur que si la négociation du
- traité concernant Marie Stuart n'est pas reprise, le roi est
- décidé à envoyer ses forces en Écosse.--Emportement d'Élisabeth
- contre Marie Stuart.--Délai demandé par la reine pour reprendre
- la discussion du traité.--Négociation des Pays-Bas.--Nouvelles
- d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ayant heu à parler à la Royne d'Angleterre du faict de la Royne
-d'Escoce et des Escouçoys, jouxte le contenu de la dépesche de Vostre
-Majesté du VIIIe de ce mois, j'ay considéré que, de tant qu'elle et
-les siens ont toutjour heu fort à cueur ceste matière, et qu'ilz sont
-sur le poinct de tretter aussi de celle des Pays Bas, qu'il seroit bon
-de ne la presser si fort qu'elle se peult altérer vers vous, pour
-d'aultant se randre plus facille de l'aultre costé; et pourtant, Sire,
-sans rien obmettre de ce que vouliez luy estre notiffié, je luy ay
-gracieusement remonstré qu'estant naguières le Sr de Vérac repassé
-d'Escoce en France, et vous ayant randu compte de la surprinse de
-Dombertran, et des propos que le comte de Lenoz luy avoit tenuz, et du
-retour du comte de Morthon, et de tout l'estat du pays, il vous avoit
-aussi apporté plusieurs lettres et requestes des seigneurs qui
-tiennent le party de la Royne d'Escoce, pour avoir vostre secours et
-assistance; et que l'archevesque de Glasco vous en estoit venu sommer
-en vertu des trettez et des anciennes alliances, et encores plus en
-vertu des nouvelles promesses que Vostre Majesté leur en avoit
-faictes, au cas que le tretté ne réuscyst; et que néanmoins Vostre
-Majesté, premier que d'y rien dellibérer ny respondre, avoit bien
-vollu sçavoir l'intention de la dicte Dame sur ce que vous la
-suppliez, de la meilleure affection qu'il vous estoit possible, que ne
-retournant le dict de Morthon avec les pouvoirs qu'il avoit promiz
-d'apporter, qu'elle vollust passer oultre sans luy à la conclusion du
-tretté et à restituer la Royne d'Escoce, ou bien la remettre ez mains
-de ceulx qui tiennent son dict party, comme elle vous avoit promiz de
-le faire; et au regard de l'instance des seigneurs de son dict party,
-qui vous sommoient de vostre honneur et debvoir, et de vostre
-promesse, en l'observance des choses que les trettez vous obligeoient
-vers eulx, encor que vous y peussiez procéder de vous mesmes, vous
-estiez néantmoins contant que Vostre Majesté et la sienne
-conjoinctement, affin d'évitter souspeçon, pourveussiez à faire cesser
-toutes violances, port d'armes, guerres civilles et divisions dans le
-pays, et à remettre le royaume en ung plus tranquille estat qu'il
-n'est; et, quant à ce qu'ilz requéroient vostre protection contre les
-injures, que les Anglois leur avoient desjà faictes, et qu'ilz
-menaçoient encores de leur faire, qu'elle prînt de bonne part la
-responce que leur aviez faicte, que vous vous employeriez de toute
-vostre affection à la suplier que, directement ou indirectement, ilz
-ne fussent plus molestez du costé d'Angleterre; et qu'au cas qu'ilz le
-fussent, ilz avoient obtenu de Vostre Majesté que votre assistance et
-celle de vostre royaulme ne leur deffauldroit aucunement; et qu'elle
-voyoit bien qu'en ces choses, encor qu'il y courust assés de vostre
-propre réputation, vous vouliez néantmoins évitter, aultant qu'il vous
-étoit possible, d'avoir différand avec elle; et que pourtant elle vous
-y vollust faire une responce qui fût conforme à la bonne et sincère
-amytié que vous lui portiez.
-
-Le propos n'a peu estre dict si doulcement qu'elle n'y ayt trouvé de
-l'amer; et sa responce a suyvy de mesmes, en party doulce, à vous
-remercyer des considérations que vouliez avoir de ne l'offancer, et en
-partie aigre, d'estre fort marrye que vous postposissiez toutjour son
-amytié à celle de la Royne d'Escoce; et est entrée à commémorer, en
-collère, ung grand nombre d'offances, qu'elle dict avoir receu de la
-dicte Dame, avant qu'elle soit entrée en ce royaulme, et encores de
-plus grandes, despuys qu'elle y est; et qu'elle a mené à son préjudice
-de fort mauvaises pratiques à Rome, en France, en Flandres, et
-freschement avec la duchesse de Férie, en Espaigne; et qu'elle a les
-vériffications et preuves de tout si claires en sa main qu'elle ne la
-peust plus compter que pour sa grande ennemye.
-
-De sorte, Sire, que je n'ay peu tirer nulle meilleure parolle de la
-dicte Dame, pour la restitution de sa cousine, que de me dire qu'elle
-s'estoit trop hastée de vous en faire la promesse; et, quant aux
-seigneurs d'Escoce, que, puysqu'elle avoit miz en sa main d'accommoder
-leur affaire, et avoit donné ordre que ung parlement se tînt entre
-eulx pour envoyer les pouvoirs nécessaires, qu'elle ne pouvoit estre
-sinon malcontante de ceulx qui l'empeschoient, lesquelz elle entendoit
-estre ceulx du party de la Royne d'Escoce; mais qu'elle avoit envoyé
-ung gentilhomme, tout exprès sur le lieu, pour le sçavoir, et
-dellibéroit d'estre contraire à ceulx qui se trouveroient avoir le
-tort: dont vous supplioyt cependant, Sire, de vouloir, pour son
-regard, poyser cest affaire à la balance de frère entier et non demy
-frère, comme elle vous estoit et vouloit estre très parfaicte et
-accomplye bonne soeur.
-
-Je luy ay répété les mesmes choses que dessus, et qu'il ne m'estoit
-loysible d'y rien adjouster, cognoissant mesmement que Vostre Majesté
-me les avoit fort considérément escriptes, et y aviez gardé le plus de
-respect que vous aviez peu vers elle, jusques au poinct que ne pouviez
-nullement obmettre de vostre honneur, non plus que celluy de la vie,
-mais que si, d'avanture, elle y voyoit nul aultre meilleur expédiant
-qui, sans l'offance de vostre réputation, la peult mieulx contanter,
-que vous seriez prest de le suyvre pour le desir qu'aviez de luy
-complayre; et de tant qu'elle ne pouvoit, sans entrer toutjour en
-collère, ouyr parler de ce faict, que je la supplioys de m'en laysser
-tretter avec les comtes de Lestre, de Sussex et avec milord de Burlay.
-
-Elle enfin m'a respondu gracieusement qu'au retour de celluy qu'elle
-avoit envoyé en Escoce, elle m'en parleroit à moy mesmes plus
-amplement; et ne seroit besoing que j'en traittasse avec nul aultre.
-
-Néantmoins, Sire, avant vous mander ceste sienne responce, j'ay cerché
-d'en pouvoir conférer avec le comte de Lestre et avec milord de
-Burlay, lesquelz, à cause de l'indisposition du dict de Lestre, m'ont
-prié d'attandre jusques après demain; et j'essayeray avec eulx de
-réduyre l'affaire au meilleur poinct que je cognoistray pouvoir
-convenir à l'honneur de vostre couronne et commodité de voz affaires.
-
-Cependant, Sire, ceulx cy trettent fort estroictement avec les
-depputez de Flandres pour accorder de leurs différandz, et m'a l'on
-dict qu'ilz veulent en toutes sortes essayer d'en sortyr, affin de
-mieulx entendre aulx entreprinses d'Escoce et y avoir le Roy
-d'Espaigne favorable, se continuant le propos que milord Sideney sera
-envoyé ambassadeur devers luy. Il pourra possible intervenir encores
-quelque difficulté sur les merchandises à cause du grand deschet,
-diminution et perte qui s'y trouve; mais quant à l'argent, les Srs
-Thomas Fiesque et Espinola qui sont gènevoys, et Acerbo Velutelly
-lucoys, ont pouvoir d'en accorder comme d'affaire de particulliers, où
-le Roy d'Espaigne n'a plus nul intérest. Et si, ay quelque secrect
-adviz qu'il a esté mandé à l'ambassadeur d'Espaigne de prester
-l'oreille à tout ce qui luy sera proposé du reste de l'entrecours, et
-de remettre le traffic comme auparavant; car le duc d'Alve desire de
-ne laysser après luy aulcune sorte de différand entre ces deux pays.
-J'ay recuilly, des propos de la Royne d'Angleterre et d'aulcuns
-aultres adviz qu'on m'a donnez d'ailleurs, que le retour du frère de
-Granges, qui est arrivé à saulvetté à Lillebourg, a grandement
-conforté ceulx du party de la Royne d'Escoce, ausquelz si Vostre
-Majesté continue de leur assister, ainsy quelques mois, comme elle a
-commancé, l'on estime qu'ilz se randront facillement maistres du pays;
-ce que craignant la Royne d'Angleterre, elle dépesche présentement
-milord de Housdon à Barvich, avec commission d'assister au comte de
-Lenoz de tout le plus grand nombre de soldatz qu'il pourra
-souldainement amasser en la dicte frontière; et toutz les capitaines
-de Barvich et de ce quartier du North vont avec luy: dont semble,
-Sire, estre fort requiz d'ayder promptement, et en la meilleure sorte
-que pourrez, les affaires de la dicte Royne d'Escoce. Sur ce, etc. Ce
-XXVIIIe jour de may 1571.
-
-
-
-
-CLXXXIIIe DÉPESCHE
-
---du segond jour de juing 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Nicolas Lescot._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh et Leicester sur la
- nouvelle déclaration du roi.--Affaires d'Écosse.--_Lettre
- secrète à la reine-mère._ Audience; négociation du mariage du
- duc d'Anjou.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ma précédante dépesche est du XXVIIIe du passé, et j'ay esté, le
-jour d'après, conférer avec le comte de Lestre et milord de Burlay des
-mesmes propos que j'avois tenuz à la Royne, leur Mestresse, qui m'y
-ont respondu que la dicte Dame s'esbahyssoit grandement comme Voz
-Majestez Très Chrestiennes, pendant les pourchaz de faire une bien
-estroicte intelligence avec elle, la faisiez presser de chose qui
-touchoit infinyement à son honneur et à sa seureté, et que, si vouliez
-tant soit peu avoir esgard à son amytié, vous cognoistriez que la
-Royne d'Escoce estoit celle qui se procuroit à elle mesmes son mal, et
-qui donnoit retardement à ses propres affaires, car oultre les vielles
-querelles de s'estre attribuée le tiltre de ce royaulme, et d'avoir
-inpugné la condition de leur dicte Mestresse, et avoir excité la
-rébellion du North; et faict retirer et bien tretter les rebelles de
-ce royaulme en Escoce, choses très urgentes, mais qui estoient desjà
-oblyées, elle avoit freschement, par Ridolply, escript au Pape et au
-Roy d'Espaigne de se vouloir entremettre de ses affaires, combien
-qu'elle eust promiz de n'y employer jamais que leur Mestresse; et par
-le mesmes Ridolply avoit mené de très mauvaises pratiques avec le duc
-d'Alve et avec les rebelles Anglois, qui sont en Flandres, pour
-exciter une nouvelle rébellion dans ce royaulme: de quoy leur dicte
-Mestresse avoit les preuves et vériffications devers elle, et avoit,
-pour ceste occasion, faict resserrer l'évesque de Roz comme celluy qui
-principallement en avoit ordy la besoigne; que la Royne d'Escoce avoit
-tretté, par la duchesse de Férie, d'induyre le Roy d'Espaigne à faire
-beaucoup de dommaige à leur dicte Mestresse et beaucoup de mal en ces
-pays; qu'encor qu'elle et l'évesque de Roz et ses aultres depputez,
-qui estoient naguières icy, eussent accordé qu'au comte de Lenoz et à
-ceulx de son party seroit loysible d'aller en toute seureté à
-Lislebourg pour y tenir ung parlement, affin d'envoyer les pouvoirs
-nécessaires pour parfaire le tretté, elle néantmoins avoit incontinent
-mandé qu'on l'en empeschât, de sorte qu'elle monstroit ne procéder
-d'aulcune sincérité, ny d'avoir recognoissance de la bonne intention
-de la Royne sa cousine, qui luy avoit saulvé la vie, qui tâchoit de la
-restituer, et l'avoit retirée, et la faisoit bien tretter en son
-royaulme; en somme, qu'encores qu'en général les vollontez, les
-parolles et les promesses tendissent à monstrer beaucoup d'avantaige,
-beaucoup de seureté, et beaucoup de contantement pour leur dicte
-Mestresse en la restitution de sa dicte cousine, quant l'on en venoit
-aulx particullaritez, il ne s'y voyoit que toutz dangiers et
-difficultez et rien de bien clair ny de bien asseuré; néantmoins me
-prioyent de leur bailler par escript les chefz de ce que je leur avois
-proposé, affin d'en pouvoir mieulx conférer avec leur dicte Mestresse
-et m'y faire avoir meilleure responce.
-
-Je leur ay répliqué, en brief, que c'estoit Vostre Majesté qui
-trouvoit bien estrange, qu'en tant de bonnes parolles et
-démonstrations d'amytié, dont leur dicte Mestresse vous usoit, elle ne
-vouloit toutesfois évitter d'avoir différant avec vous en ung affaire,
-qu'elle sçavoit bien que l'honneur, le debvoir et les trettez vous
-obligent de ne le laysser sans remède; que le roolle des deux Roynes
-se jouoyt sur ung si éminent théâtre que, de toutes les parts de la
-Chrestienté, l'on voyoit bien laquelle faisoit le tort, et laquelle le
-souffroit, et n'y avoit si habille négociation qui en peult rien
-couvrir, ny qui peult arguer Vostre Majesté de n'avoir dilligentment
-gardé toutz les respectz deuz à l'amytié de leur dicte Mestresse: qui
-pourtant les prioys de me faire avoir quelque bonne responce d'elle
-qui vous peult contanter. Et leur ay baillé par escript les chefz
-qu'ilz demandoient, sur lesquelz j'entendz, Sire, qu'il y a heu de
-l'altération dans le conseil; et néantmoins ilz ne m'y ont mandé
-aultre chose, pour le présent, sinon que la Royne, leur Mestresse, me
-prioyt d'attendre que son mareschal de Barvyc, lequel elle avoit
-envoyé devers les deux partys en Escoce, fût de retour affin de
-pouvoir, puys après, mieulx satisfaire à Vostre Majesté.
-
-Or, Sire, j'ay adviz que le dict mareschal est passé de vray en Escoce
-avec commission de parler au comte de Lenoz; et sçavoir qui l'a meu
-d'habandonner le faulxbourg de Lillebourg pour se retirer à Esterlin,
-sans qu'il se soit saisy du Petit Lith, et en quelle sorte et pour
-combien de temps il se pourra meintenir; et, au cas qu'il ayt besoing
-de secours, luy résouldre du nombre d'hommes, et du moyen qu'on
-tiendra pour les luy envoyer; et faire en toutes sortes que la part du
-dict de Lenoz demeure supérieure; et marchander cependant avec luy
-qu'il veuille remettre Dombertran ez mains de la dicte Dame, chose
-qu'ilz ne peuvent aulcunement obtenir du comte de Morthon. Mais
-cependant est arrivée une soubdaine nouvelle de dellà, de laquelle
-ceulx cy monstrent estre fort troublez, et présume l'on que c'est que
-le comte de Morthon est prins, ayant esté assiégé en ung sien
-chasteau, nommé Dathquier, à quatre mil de Lillebourg, et que le
-susdict de Lenoz est pareillement prins ou bien déchassé. Lequel bon
-commancement, Sire, seroit pour vous facilliter davantaige les moyens
-de remédier les affaires du dict pays, si continuez de les assister.
-Dont suys très expressément prié par les amys de la Royne d'Escoce de
-faire trois offices en cella: l'ung, de remercyer très humblement
-Vostre Majesté de leur part pour ce bon succez, lequel ilz attribuent
-tout à vostre grandeur et bonne fortune; l'aultre, de vous supplier
-que veuillez à bon esciant relever le faict de la dicte Dame,
-s'asseurans que l'entreprinse vous en réuscyra heureuse et honnorable;
-et le troisiesme, que je veuille, pendant la détention de Mr de Roz,
-prendre en moy la charge des affaires d'elle, en quoy, Sire, je feray
-tout ce qu'il me sera possible, sellon que je voys que telle est
-vostre intention, et que vostre service ainsy le requiert. Sur ce,
-etc.
-
- Ce IIe jour de juing 1571.
-
-
- (_Par postille à la lettre précédente._)
-
- Ce qu'on ymaginoit de mauvaises nouvelles icy, que le comte de
- Morthon fût prins, est que luy et le comte de Lenoz sont entrez
- en quelque différand et maulvaise intelligence entre eulx.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, je n'avois jamais trouvé la Royne d'Angleterre si irritée
-contre la Royne d'Escoce comme j'ay faict ceste foys pour
-l'impression, qu'on luy a donné, que, naguières, par Ridolphy en
-Flandres et par la duchesse de Férie en Espaigne, la dicte Dame luy
-ayt pratiqué une nouvelle rébellion de ses subjectz, et une très
-dangereuse guerre contre son estat; dont n'a peu bien prandre les
-propos que j'ay heu à luy tenir pour la dicte Dame, encores que je les
-luy aye dict en la plus gracieuse façon qu'il m'a esté possible, et
-telle que les siens mesmes ont confessé que Voz Majestez ne se
-pouvoient ranger à plus honneste party entre elles deux qu'à celluy
-que luy offriez. Tant y a qu'il est advenu que, (encor que sur une
-lettre du comte de Lenoz du XXe du passé, par laquelle il mandoit ne
-pouvoir sans argent tenir plus longuement ensemble les forces qu'il
-n'avoit joinctes qu'à certains jours, et demandoit pour ceste occasion
-renfort de deniers ou d'hommes, il eust esté ordonné que milord de
-Housdon yroit tout sur l'heure à Barvyc, pour mettre aulx champs
-aultant de gens qu'il en pourroit soubdainement tirer des garnysons du
-North, et, si cella ne suffizoit, d'en lever davantaige au dedans du
-pays, pour incontinent les envoyer au dict de Lenoz), que la dicte
-Dame, après m'avoir ouy, a retardé sa dellibération, retenant encores
-icy le dict de Housdon; et ayant cependant envoyé le mareschal de
-Barvyc en Escoce soubz umbre de paix, mais en effect pour les
-pratiques que je mande en la lettre du Roy. Dont, Madame, l'ocasion,
-qui semble se présenter bonne au dict pays, requiert d'estre
-promptement aydée, ainsy qu'avez commancé de le faire, affin de ne la
-laysser perdre ny passer, car ceulx cy ne veillent à rien tant qu'à
-priver, s'ilz peuvent, le Roy, vostre filz, de l'alliance et auctorité
-qu'il a en Escoce; et ne fays doubte qu'au retour du dict mareschal de
-Barvyc, ilz ne poursuivent leur dellibération d'entreprendre quelque
-chose par dellà.
-
-L'évesque de Roz demeure toutjour resserré, mais j'entendz que la
-Royne d'Angleterre commance de se modérer vers luy, et qu'elle
-confesse qu'il n'a rien faict que comme bon serviteur de sa Mestresse.
-Au regard de Ridolphy, l'on m'a mandé que, à la vérité, sa négligence
-et la seurté, où il s'est trouvé dellà la mer, ont ruyné une très
-honneste cause qu'il avoit en main, et qu'il fera bien de prandre
-garde à luy, et ne molester plus ceulx qui sont de deçà, et que tout
-ce qu'il a en Angleterre sera confisqué; et il y a d'assez bonnes
-sommes de deniers, qui luy debvoient estre payées à temps. Sur ce,
-etc. Ce IIe jour de juing 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, sur les bonnes responces que Voz Majestez ont données au Sr de
-Valsingan à Galion, et sur les honnorables propos que Monseigneur
-vostre filz luy a tenuz, il a faict une dépesche par deçà, laquelle,
-avec les lettres que le Sr Cavalcanty y a adjoustées, ont fort
-grandement contanté la Royne d'Angleterre, de sorte que, quant je luy
-suys allé présenter vostre lettre, elle ne m'a peu assés monstrer
-combien elle demeuroit bien satisfaicte de la sincérité de Voz
-Majestez et de la bonne et honneste affection de Mon dict Seigneur
-vers elle, sellon qu'elle m'a asseuré que son ambassadeur le luy avoit
-fort expressément signiffié par ung très ample discours; et luy en
-avoit escript, ensemble le comte de Rotheland, comme s'ilz fussent
-proprement françoys, avec tant grande recommendation de Mon dict
-Seigneur, et avec si grand desir de l'accomplissement de ce mariage,
-qu'elle confessoit y veoir meintenant beaucoup d'avantaiges qu'elle
-n'y avoit jamais considérez, et trop plus grandz qu'en nul aultre
-party dont l'on luy eust jamais parlé.
-
-Je luy ay respondu que, à la vérité, s'il y avoit de la sincérité en
-son ambassadeur, comme sans icelle il ne pourroit bien juger de celle
-qui estoit en aultruy, il avoit cogneu que Mon dict Seigneur avoit le
-desir, l'affection et la vollonté perfaictement pleynes et combles
-d'ung vray et sincère amour vers elle; et faisoit encores que Voz
-Majestez l'y avoient de mesmes, de sorte qu'elle auroit à en espouser
-trois à la foys, et qu'avec la personne, de l'ung elle possèderoit les
-aultres deulx, et tout ce qui estoit en leur grandeur; mais le poinct
-estoit que, ainsy que Monseigneur luy avoit faict ung pur don de soy,
-si je le pourroys asseurer qu'elle l'eust accepté, et luy fît quelque
-part en elle et en ses bonnes grâces, me voulant bien persuader que
-si, entre les perfections que Dieu avoit largement mises en elle, elle
-dellibéroit d'y recepvoir jamais et donner lieu à nul d'entre les
-mortelz, qu'elle en feroit digne Monsieur, car, comme je confessoys
-qu'elle estoit, à la vérité, la première princesse de la Chrestienté
-en grandeur d'estat et en plusieurs rares qualitez, qu'ainsy se
-pourroit elle asseurer d'avoir ung mary qui ne seroit second en
-honneur, en dignité, en extraction ny en valleur, à nul de toutz les
-princes chrestiens; avec plusieurs aultres parolles qui servoient à
-mon propoz; ès quelz j'ay heu soing de notter bien curieusement comme
-elle les prandroit. Et parce que l'intérieur des personnes ne peult
-que de Dieu seul estre parfaictement cogneu, je n'en veulx faire nul
-certain jugement.
-
-Tant y a que la dicte Dame, en récitant elle mesmes les commoditez de
-ce party, et la seureté où elle mettroit son estat et ses affaires par
-une si ferme et si forte alliance, et commémorant les honnorables
-qualitez de Monsieur, et les dignes propos qu'il avoit tenuz d'elle,
-et de la bonne amytié esloignée d'ambition et d'avarice qu'il luy
-pourtoit, elle m'a dict et juré, non sans changement de colleur, qui
-luy est montée bien vermeille au visage, qu'elle n'avoit, à ceste
-heure, nul plus grand doubte que de ne se trouver, avec tout son
-royaulme et toute sa couronne, assés digne pour ung si excellent
-prince; et que néantmoins, sur ce que son ambassadeur luy mandoit
-d'envoyer les aultres articles, premier que d'avoir accordé de celluy
-de la religion, qu'elle ne sçavoit comme, avec son honneur, elle le
-pourroit faire; et, si c'estoit Monsieur qui seul les heust de mandez,
-qu'elle s'efforceroit de s'en excuser, mais puysque le Roy les vouloit
-avoir, elle regarderoit comment l'en pouvoir contanter, et m'y feroit
-responce avant le troisiesme jour de Pentecoste.
-
-J'ay suyvy à luy dire que je la suplyois que, comme Voz Majestez et
-Mon dict Seigneur lui faisiez veoir une claire et nette procédure de
-vostre cueur en cest endroict, avec ung ferme propos d'acomplyr tout
-ce que lui prométriez, que de mesmes elle y vollust procéder
-franchement de son costé, sans longueur ny remises, et sans ambiguité,
-et vous envoyer à cest effect, suyvant la promesse de son
-ambassadeur, le reste des condicions qu'elle vouloit estre apposées au
-contract, et que icelles fussent raysonnables, comme elle et ses deux
-conseilliers m'avoient toutjour promiz qu'elles le seroient, et
-qu'elle ne desiroit sinon les semblables, qui avoient esté réservées à
-la feue Royne sa soeur.
-
-Elle m'a répliqué que, à la vérité, ce seroient celles mesmes, sinon
-qu'elle ne demandoit que Monsieur fît son douaire si grand comme le
-Roy d'Espaigne avoit faict celluy de sa soeur, parce qu'il n'estoit si
-riche; et que les difficultés seroient fort petites en toute aultre
-chose, fors en l'article de la religion, mais qu'en icelluy tout ce
-que Voz Majestez mettroient en considération, pour l'honneur et
-conscience de Monsieur, l'admonestoit à elle de son honneur et
-conscience; et qu'elle voyoit bien que, de toute la Chrestienté, l'on
-auroit l'oeil merveilleusement ouvert sur cest acte, duquel elle avoit
-desjà surprins des lettres, qu'on en escripvoit à Rome, à Naples et en
-Espaigne, où l'on affermoit qu'il cousteroit ung million d'or au Roy
-d'Espaigne ou il l'interromproit, ce qu'elle ne pensoit pas qu'il le
-peult faire, au moins du costé de deçà, car toutz les subjectz d'elle
-y avoient grande affection, et mesmes une fort grande espérance, sans
-laquelle, avant clorre leur parlement, ilz luy en eussent faict la
-mesme instance qu'ilz avoient faicte d'aultrefoys, et elle en avoit eu
-bien grand peur.
-
-Et, sur cella, après avoir dilligentement escouté ce que je luy en ay
-respondu à chacun poinct, qui seroit long à mettre icy, et voyant que
-je me pleignoys qu'elle n'avoit envoyé à son ambassadeur les responces
-des premiers articles, ainsy qu'elles avoient esté arrestées en ma
-présence, elle a appelé milord de Burlay et luy en a demandé quelque
-rayson assés asprement, mais il s'est excusé qu'il avoit atandu que je
-luy envoyasse les poinctz qu'il failloit réformer; et, au reste, il a
-confirmé à la dicte Dame qu'elle deust envoyer au Roy le reste de ses
-demandes.
-
-Mr le comte de Lestre et luy m'ont pryé de randre très humbles mercys
-à Voz Majestez et à Mon dict Seigneur, de ce qu'il vous playt avoir
-agréable leur dilligence et bonne affection en cest endroict, qui
-promettent qu'elle ne manquera point, et m'ont infinyement mercyé du
-bon tesmoignage que je vous en ay randu; qui vous veulx de rechef
-confirmer, Madame, que le dict de Lestre me semble y marcher de bon
-pied, mais il a heu quelque souspeçon de milord de Burlay, de ce
-mesmes que je vous ay desjà mandé, et en ont heu parolles ensemble. Je
-doibz conférer demain secrectement avec le dict de Lestre en sa
-mayson, et puis avec le dict de Burlay, et de tant que icelluy de
-Lestre monstre desirer aussi, lui, de se pouvoir maryer en France, et
-qu'il a ouy parler de madame de Nevers de Montpensier, et sçay qu'il
-desire infinyement d'avoir son pourtraict, et qu'on luy a aussi, à ce
-que j'entendz, parlé de madame la princesse de Condé ou de
-mademoyselle la marquise d'Île de Nevers, Vostre Majesté me mandera
-comme j'en debvray user; car ne fault doubter que la Royne, sa
-Mestresse, ne le face duc, et bien fort riche en faveur de quelque
-honneste party, et il s'attand bien et mérite aussi d'estre gratiffié
-de Voz Majestez, vous suppliant très humblement de commander que le
-pourtrait de ma dicte dame de Nevers me soit envoyé pour l'en
-contanter.
-
-Quant aulx secretz adviz que j'ay de cest affaire, il m'en est venu
-deux ou trois du costé des dames, qui concourent à ce que le propos
-est bien réchauffé et qu'on y veult procéder sans aulcune simulation;
-mais ung aultre bien principal personnaige m'a mandé qu'il crainct
-fort que toute la démonstration qui s'en faict ne tende qu'à réfroydir
-Voz Majestez sur les choses d'Escoce et gaigner temps, et que je m'en
-apercevray d'icy à bien peu de jours. Ung aultre m'a faict dire que la
-Royne et ses deux conseilliers se sont merveilleusement resjouys de
-ceste dernière dépesche de Valsingan, et qu'ilz disent que l'affaire
-s'en va comme conclud, avec démonstration d'en estre fort contantz;
-néantmoins qu'il me veult bien dire, tout librement, qu'il ne peult
-changer encores d'opinion que ce ne soit artiffice, parce qu'il
-cognoist les deux conseilliers estre eulx mesmes artifficieulx. Après
-que j'auray parlé à eulx et heu la responce du reste des condicions,
-j'escripray de rechef à Vostre Majesté et luy manderay, s'il m'est
-possible, une résolution, la supliant très humblement de m'excuser si
-je ne luy puys, pour ceste heure, donner plus de lumière et de
-satisfaction de ce faict, car estant ainsy restrainct qu'il est entre
-trois personnes, il est très difficile, et voyre impossible, que j'en
-puysse descouvrir plus avant. Sur ce, etc.
-
- Ce IIe jour de juing 1571.
-
- Il sera bon cependant de gratiffier au Sr de Valsingan, et
- encores au Sr Cavalcanty, la bonne façon dont ilz ont
- dernièrement escript par deçà, et parler à toutz deux toutjour
- fort honnorablement de la Royne d'Angleterre et aussi de ses deux
- conseilliers, nomméement de milord de Burlay, avec promesse de le
- récompenser largement.
-
-
-
-
-CLXXXIVe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour de juing 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
-
- Négociation du mariage du duc d'Anjou.--Débat de l'article
- relatif à l'exercice de la religion.--Envoi des autres
- articles.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, despuys celle que je vous ay escripte du IIe de ce mois, j'ay
-tretté avec le comte de Lestre et avec milord de Burlay, séparéement
-avec chacun, et puys conjoinctement avec toutz deux, de celluy tant de
-foys débattu article de la religion, et de la difficulté qu'on faisoit
-de nouveau de ne vouloir envoyer le reste des condicions, premier que
-celle là fût accordée; en quoy je me suys esforcé de leur admener
-aultant de raysons, que j'en ay sceu alléguer, lesquelles, avec la
-confiance, que j'ay monstré que Voz Majestez Très Chrestiennes, et
-Monsieur, aviez en eulx deux, avec ferme propos de leur recognoistre à
-très grande mesure leurs bons offices, et que je leur ay franchement
-dict que de ce coup avoit à résulter ou la conclusion de l'affaire à
-quelque vostre honneste contantement, ou bien la ropture d'icelluy à
-vostre très grand regrect, et avec opinion de rester moquez et quasi
-affrontez; et leur ayant remémoré les parolles, que leur Mestresse, et
-eulx, m'avoit dictes et faictes escripre, lesquelles ilz ne m'ont
-point dényées, ilz se sont exortez l'ung l'aultre d'entreprendre à bon
-esciant d'effectuer meintenant ce propos; et m'ont prié de vous en
-donner toute bonne espérance, me tesmoignantz, l'ung à l'envy de
-l'aultre, une leur tant bonne et droicte intention en cest endroict,
-que je ne la vous sçaurois représenter meilleure de moy mesmes qui
-suys asseuré, Madame, que vous la sçavez estre très parfaictement
-bonne. Et sur ce, ayant, chacun à part, faict office avec leur
-Mestresse, j'ay enfin obtenu que les dictes condicions seroient
-présentement dressées, et m'en seroit faicte communication pour en
-envoyer, eulx de leur part une coppie à leur ambassadeur, et moy une
-aultre à Vostre Majesté, en ce toutesfoys qu'il aparoistroit que
-c'estoit pour satisfaire au desir du Roy qu'elles avoient esté
-baillées.
-
-Je confesse, Madame, que je n'ay rien débattu sur icelles, parce que
-je le laysse faire à voz Majestez par dellà, si n'est d'avoir incisté
-bien fort qu'on les fît raysonnables, et qu'on ne parlât aulcunement
-de Calais, ainsy que vous pourrez voir que j'ay gaigné ce poinct; et
-tout le reste est prins du mesmes contract du Roy Philippe avec la
-Royne Marie, sinon en l'endroict où est faicte mencion des filles, et
-de la succession à la couronne de France, au cas que Monsieur ou les
-siens y parvinssent, et aussi que, là où est laysse en blanc la somme
-du douayre, ilz me l'ont expéciffiée à quarante ou cinquante mil
-escuz: qui me semble, Madame, avec les premières responces, lesquelles
-je fays envoyer aussi refformées, qu'on pourra facillement parvenir en
-ung bon accord.
-
-Les dicts Srs Comte et Burlay m'ont conseillé de parler despuys en la
-mesmes sorte à leur dicte Mestresse comme j'avois parlé à eulx, du
-poinct de la religion; ce que j'ay faict, sans y rien obmettre, et en
-façon que je l'ay veue fort esbranlée, mesmes que, oultre les aultres
-raysons et les occasions que je luy ay alléguées d'estre impossible
-que Monsieur demeurast sans exercisse de sa religion, j'ay fermement
-soubstenu que le feu Roy Edouart, son frère, l'avoit bien accordée
-pour la feue Royne d'Espaigne, vostre fille, quant on trettoit de les
-maryer, ce que je croy estre ainsy; et je vous supplie très
-humblement, Madame, de meintenir à l'ambassadeur Valsingan que, quoy
-qu'il ne se trouve par escript, que néantmoins il est vray.
-
-Tant y a que la dicte Dame, après m'avoir allégué les raysons qu'elle
-avoit de craindre beaucoup de choses en cella, et qu'elle vouldroit
-bien ou que Monsieur heust aultant de l'exercice de la religion
-catholique, sinon seulement la messe comme il vouldroit, ou bien qu'il
-attandît d'avoir encores celluy là par l'ottroy d'elle, après qu'ilz
-seroient ensemble, elle m'a enfin respondu qu'après que le Roy aura
-veu ses aultres demandes, et qu'il luy aura faict une ou aultre
-responce sur celle de la religion, elle le résouldra incontinent après
-de tout ce qu'elle pourra faire, sans aulcun dilay; et bien que je
-l'aye conjurée de me permettre que je vous en peusse donner cependant
-quelque bonne espérance, ou bien qu'elle mesmes vous la donnast par la
-lettre qu'elle vous escriproit, elle n'a vollu passer oultre; et m'a
-dict que j'excédois ma commission, car n'avois charge que de demander
-le reste des articles.
-
-Je ne vous sçaurois assés bien exprimer, Madame, les bonnes parolles
-et les démonstrations qu'au surplus elle a usé pour tesmoigner sa
-bonne intention et encores son affection en cest endroict, et à
-monstrer combien elle porte de vray amour et observance à Vostre
-Majesté, et combien elle prise le Roy, vostre filz, et combien elle a
-en grande extime les qualitez et grâces de Monsieur, m'ayant juré que,
-oultre le tesmoignage universel que le monde vous rend à toutz trois,
-que son ambassadeur et le comte de Rotheland luy en avoient
-dernièrement escript en une si digne façon que jamais en sa vie elle
-n'avoit leu ny ouy parler plus honnorablement de nulz princes de la
-terre; et a vollu aussi randre ung très grand mercys à moy mesmes,
-disant m'estre aultant obligée, comme elle le pouvoit estre à nul
-gentilhomme du monde, pour avoir ainsy honnorablement escript d'elle à
-Voz Majestez; de quoy elle feroit que Monsieur m'en remercyeroit
-quelque jour, et que toutz deux en auroient recognoissance, et que,
-sur ce que je luy offrois de l'esclarcyr de toutz les doubtes et
-escrupules qu'on luy pouvoit avoir imprimé du costé de luy, qu'elle
-n'en avoit nul sinon celluy qu'elle m'avoit dict de ne s'estimer assés
-digne d'un si excellant prince, et que, possible, d'icy à sept ans,
-quant il sera encores plus parfaict, qu'il la trouvera lors vielle,
-car pour ceste heure espéroit elle bien de ne luy estre trop
-désagréable. Et a adjouxté, en riant, que, possible, auroit il ouy
-parler de son pied, mais qu'on luy avoit bien aussi vollu parler de
-son braz, de quoy elle s'estoit mouquée, et d'aulcunes aultres choses
-qu'elle n'avoit point creu, et qu'elle l'estimoit en tout et partout
-très desirable.--«Très desirables, luy ay je respondu, qu'ilz estoient
-véritablement toutz deux, et qu'il ne s'y voyoit nulle aultre
-deffault, sinon qu'ilz ne se randoient assez tost possesseurs des
-perfections l'ung de l'aultre.»
-
-Et, au partir de la dicte Dame, m'ayantz les dicts de Lestre et de
-Burlay reconvoyé jusques hors du logis, je me suys pleinct à eulx de
-n'avoir peu rapporter rien de certain sur le point de la religion; en
-quoy ilz m'ont prié de vous escripre que les choses en estoient en
-bons termes, et, qu'après vostre responce sur le dict article et sur
-ceulx de présent, elle vous en résouldroit incontinent. Je les ay
-priez de faire eslargir un peu à Mr de Valsingan la commission de
-pouvoir amplement tretter de toutes ces difficultez par dellà, auquel
-je vous suplie, de rechef, Madame, luy vouloir beaucoup gratiffier sa
-dernière dépesche qu'il a faicte icy, et la luy fère gratiffier par le
-Roy, et par Monsieur; car, à la vérité, elle a fort relevé le propos
-avec la comprobation que le comte de Rotheland et le Sr Cavalcanty y
-ont donné par leurs lettres, mais encor plus luy fault grandement
-gratiffier les honnorables propos que la Royne, sa Mestresse, m'a
-tenuz de Voz Majestez et de Monseigneur, et pareillement la bonne
-affection de ses deux conseillers avec large promesse de la bien
-récompancer; qui ne puys obmettre, Madame, de vous tesmoigner de
-rechef l'extrême affection que le dict de Lestre monstre avoir en cest
-affaire, et les dilligens offices qu'il faict veoir à chacun qu'il y
-faict, qui commancent aussi ne paroistre à ceste heure moindres du
-costé du dict de Burlay. Mais, pour ne consommer temps en négociation,
-il semble, Madame, qu'aussitost qu'aurez conféré avec le dict Sr de
-Valsingam, et que l'aurez faict aulcunement condescendre aulx
-honnestes advantaiges qui seront cogneuz raysonnables pour Monsieur,
-qu'il sera bon que Voz Majestez luy dyent que les condicions vous
-semblent si prochaines d'accord de l'ung costé et de l'aultre, que
-vous serez prestz du vostre d'en faire former et signer les articles,
-aussitost que la Royne, sa Mestresse, aura déclairé qu'est ce qu'elle
-veult faire pour Monsieur pour ne le priver de l'exercice de sa
-religion, et qu'il ne peult faire, ny Voz Majestez ne peuvent vouloir,
-qu'il soit du tout sans en avoir, et que, sur ce, il face une
-soubdaine dépesche par deçà; et que pareillement cestuy des miens me
-soit renvoyé, vous voulant bien dire, Madame, qu'ayant la matière esté
-cy devant proposée à neuf de ce conseil, j'ay descouvert que toutz
-unanimement ont respondu à leur Royne qu'elle debvoit entendre au
-party de Mon dict Seigneur, et luy permettre l'exercice privé de sa
-religion, et luy ottroyer toutes raysonnables condicions; qui me faict
-esbahyr d'où vient à ceste heure ceste difficulté, car je voys bien
-qu'elle mesmes et toute la Chrestienté n'auroient bonne estime de Mon
-dict Seigneur, s'il quictoit ce point. Or, après que les présentes
-condicions ont esté dressées, mais avant que j'aye heu l'aultre
-responce de la dicte Dame, le Sr Dupin est arrivé avec les lettres de
-Voz Majestez et de Monseigneur, et de monsieur de Montmorency,
-lesquelles ont grandement confirmé l'opinion et l'affection des deux
-conseillers, qui les ont aussitost communiquées à leur Mestresse; et
-par le dict mesmes Dupin Vostre Majesté entendra l'advancement
-qu'elles et sa venue ont apporté à la négociation. Le Sr de Vassal,
-présent pourteur, vous racomptera d'aultres privez propos que les
-dicts de Lestre et Burlay m'ont tenuz par lesquelz, sinon qu'ilz
-soient du tout sans Dieu et sans foy, ilz monstrent que l'affaire est
-pour réuscyr à bonne fin. Et néantmoins, pendant qu'ilz ont ainsy
-ardentment négocié avecques moy, il m'est venu ung adviz, de fort bon
-lieu, qui m'admoneste de ne leur donner foy ny créance, et qu'ilz ne
-vont en tout que par simulation; et d'ailleurs, l'on m'a mandé qu'ilz
-n'entretiennent ainsy ce propos que pour attandre le retour de Coban,
-mais l'on n'en demeurera longtemps en erreur. Sur ce, etc.
-
- Ce VIIe jour de juing 1571.
-
-
-PAR POSTILLE.
-
- Despuys la présente escripte, Mr le comte de Lestre, sur une
- négociation, que par ung nostre commun amy nous menons ensemble,
- m'a mandé avoir infinyement exorté la Royne, sa Mestresse, de ne
- se vouloir retarder à elle mesmes le bien, l'honneur, la seureté
- et le contantement qui luy vient de ce mariage, et qu'il luy
- avoit admené quatre de ses principaux conseillers pour l'en
- suplyer, et pour la persuader de ne contradire plus à ce point de
- la religion. En quoy, encor qu'elle ne leur eust rien vollu
- accorder en présence, néantmoins à luy, à part, elle avoit dict
- qu'ilz ne la debvoient juger telle qu'elle vollût son mary estre
- sans l'exercice de sa religion, ny le presser d'assister, à
- regrect, à une aultre forme de religion contre sa conscience,
- néantmoins qu'elle estoit contraincte de tenir le plus ferme
- qu'elle pourroit en cella pour le respect de eulx mesmes; et
- pourtant que le dict sieur comte me prioyt de conseiller à
- Monsieur qu'il vollût tant defférer à la dicte Dame de dire à son
- ambassadeur, ou bien luy escripre à elle, ou à moy pour le luy
- dire à elle, que, pour la singulière amytié et bonne affection
- qu'il luy porte, il ne crainct de luy remettre entièrement ce
- point pour, en honneur et conscience, luy en ottroyer aultant
- comme elle cognoistra que, sans son honneur et sans sa
- conscience, il ne se pourroit passer d'en avoir, et qu'il espère
- tant de sa bonté et vertu que eulx deux en demeureront bien
- d'accord; et cependant que le dict sieur comte estoit d'adviz
- que, sur ce qui en est couché aux premières responces, l'on passe
- oultre à conclurre le reste des articles et des condicions, et
- qu'il a obtenu desjà qu'il aura la charge d'aller quérir Mon dict
- Seigneur: dont, si cella pouvoit estre pendant le progrez de la
- dicte Dame, laquelle va vers Coventry, et que les nopces se
- peussent cellébrer en une sienne mayson, qu'il a en ce quartier
- là, laquelle s'appelle Quilingourt, il s'estimeroit très heureux.
-
-
-
-
-CLXXXVe DÉPESCHE
-
---du IXe jour de juing 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Lucas Fach.)_
-
- Clôture du parlement.--Exécution de Storey.--Nouvelles
- d'Écosse.--Résolution prise par Élisabeth d'envoyer des troupes
- au comte de Lennox.--Accusation portée contre le duc de Norfolk
- d'avoir adressé de l'argent en Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le IIe de ce moys, vigille de la Pentecoste, la Royne
-d'Angleterre est allé elle mesmes clorre son parlement, et ceux qui
-estoient présens m'ont asseuré que ce a esté par ung parler si digne
-et honnorable, et encores si grave et elloquent, que la pluspart de
-l'assemblée en a esté esmerveillée; et toutz en sont restez fort
-contantz. Elle a rejetté par bonnes raysons les nouvelles loix et les
-contrainctes qu'on requéroit estre imposées sur l'observance de leur
-religion, ayant layssé les choses comme elles estoient, et a confirmé
-en quelque partie la loy de lèze majesté pour la seurté d'elle et de
-son estat o[8] protestation que le tiltre d'aulcun qui prétande droict
-à la succession de ce royaulme, n'en puysse estre intéressé; elle a
-remercyé l'assemblée de l'ottroy du subcide, et a confirmé, au reste,
-la pluspart de leurs aultres demandes. Il semble que le parlement n'a
-esté du tout finy, ains qu'on y a miz POINCT, ainsy qu'ilz disent,
-pour le pouvoir continuer, quant les affaires de la Royne et du
-royaulme le requerront.
-
- [8] Avec protestation.
-
-Le docteur Estory[9] a esté enfin exécuté à mort, en l'eage de 80 ans,
-nonobstant la remonstrance de l'ambassadeur d'Espaigne, et nonobstant
-qu'il se soit toutjour opiniastrément meintenu estre subject du Roy
-Catholique; mais ceste Royne a respondu:--«Que le dict Roy auroit bien
-la teste, s'il la vouloit, mais que le corps demeureroit en
-Angleterre.» Plusieurs des seigneurs de court et du conseil ont
-assisté à l'exécution, espérant tirer de luy, à sa fin, ce qu'il
-pouvoit avoir entendu de l'entreprinse du duc d'Alve et des fuytifz
-Anglois, qui sont en Flandres, contre ce royaulme, et pareillement
-quelque déclaration s'il ne recognoissoit pas la Royne d'Angleterre
-pour sa vraye et légitime princesse, avec toute authorité temporelle
-et ecclésiastique en ce pays; mais ilz n'en ont rien raporté qui les
-ayt contentez.
-
- [9] Storey, zélé catholique, qui avait joué un rôle important
- sous les règnes d'Edouard et de Marie, s'était réfugié en Flandre
- auprès du duc d'Albe pour échapper à la vengeance d'Élisabeth. En
- 1569, on était parvenu à l'attirer par surprise dans un vaisseau
- anglais, qui le conduisit à Londres. Il fut condamné à mort comme
- convaincu de trahison et de magie.
-
-Le comte de Lenoz, se trouvant à l'estroit, a envoyé en dilligence
-solliciter icy du secours, et ont les lettres du mareschal de Barvyc,
-qui a desjà conféré avecques luy, joinct la bonne estime du Sr
-Briquonel, le plus renommé cappitaine d'Angleterre, qui les a
-apportées, esté de grand moment pour faire mettre la cause en
-dellibération; en laquelle, après avoir cogneu, par le jugement mesmes
-du dict Bricquonel, que l'entreprinse d'assiéger le chasteau de
-Lislebourg seroit très difficile et de grand despence, il a esté
-advisé de n'envoyer point pour encores d'armée par dellà. Mais voycy,
-Sire, ce qui a esté ordonné, et à quoy il a esté, quant et quant,
-pourveu: que le dict Bricquonel yra promptement trouver le dict de
-Lenoz à Esterlin, avec deux centz harquebuziers, pour demeurer là à la
-garde du petit Prince, et que icelluy de Lenoz, avec cinq centz
-soldatz escouçoys, entretenuz aulx dépens de la Royne d'Angleterre,
-pourra aller courre sur ceulx de l'aultre party, et se saysir du Petit
-Lict, s'il luy est possible; que le mareschal de Barvyc s'entremettra
-cependant de mettre en quelque accord les ungs et les aultres à la
-confirmation de l'authorité du petit Prince, aultant qu'il le pourra
-faire, menaçant ceulx du party de la Royne à toute extrémité. Qui est
-tout ce que, pour le présent, je puys descouvrir au vray avoir esté
-résolu en ce faict, bien qu'on ayt renvoyé le Sr de Cuniguem avec
-beaucoup d'aultres grandes promesses devers le dict de Lenoz. Cella
-crains je, Sire, que, de tant que icelluy cappitaine Briquonel, lequel
-part tout à ceste heure, doibt, à ce que j'entendz, embarquer les dict
-deux centz hommes, que ce ne soit pour aller enlever le Prince
-d'Escoce et le transporter de deçà, ou bien pour mettre ceste garnyson
-dans Dombertran au lieu de la conduyre à Esterlin; vray est qu'on m'a
-asseuré que le comte de Morthon s'est vivement opposé qu'on n'y mette
-point d'Anglois, et en est pour cella en assés mauvais prédicament en
-ceste court, encor qu'il se soit rabillé avec le dict de Lenoz, lequel
-luy a cédé les terres, d'où le différant estoit nay entre eulx. La
-comtesse de Lenoz s'est fort escryée que les adversayres de son mary
-et de son filz estoient secouruz d'argent de France, de Flandres et
-encores de quelque endroict d'Angleterre, dont l'on en a chargé le duc
-de Norfolc, et en est la Royne d'Angleterre entrée en telle
-indignation contre luy qu'elle a curieusement cerché, avec des gens de
-loix et de justice, s'il y auroit nulle juste prinse sur luy pour le
-pouvoir bien chastier, mais il se trouve de plus en plus net et
-deschargé de tout crime. J'attandz responce de Vostre Majesté sur la
-continuation de l'instance que j'auray à faire à la Royne d'Angleterre
-pour les choses d'Escoce, sellon que j'ay commancé de les luy
-proposer, et aussi ce que j'auray à luy dire de vostre part sur la
-détention de l'évesque de Roz son ambassadeur, qui attand tout son
-remède de l'assistance qu'il vous plairra luy faire. Sur ce, etc. Ce
-IXe jour de juing 1571.
-
-
- J'entends que le deuxiesme de ce mois ceulx de Lillebourg se
- devoient mettre en campaigne pour aller exécuter quelque brave
- entreprinse. Je ne sçay encores ce qui en aura succédé.
-
-
-
-
-CLXXXVIe DÉPESCHE
-
---du XIIIIe jour de juing 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Petit Bron._)
-
- Avantages remportés en Écosse par les partisans de Marie
- Stuart.--Nouveaux secours envoyés d'Angleterre au comte de
- Lennox.--Négociations des Anglais avec l'Espagne.--Nouvelle de
- la blessure reçue par le roi.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, l'entreprinse, que ceulx de Lillebourg ont faicte, de sortyr en
-campaigne le IIe de ce mois, ainsy que je le vous ay mandé par
-postille en mes précédantes, a esté pour surprendre le comte de
-Morthon en sa mayson de Datquier; lequel, en estant adverty, s'est miz
-aulx champs pour les combattre, estant luy mesmes avecques ses gens de
-pied, et ung sien parant conduysoit ses gens de cheval, ce
-qu'entendans les aultres ont faict arrester deux pièces d'artillerye
-qu'ilz menoient, et ont renvoyé une partie de leurs chevaulx pour
-attaquer le combat à pied, qui a esté assés aspre en ung lieu
-estroict, d'où le dict de Morthon, ayant faict aprocher ses gens de
-cheval, a miz peyne de se retirer à saulvetté: et y a heu de morts ou
-prins, de chacun costé, envyron trente hommes. (Il est survenu ung
-mauvais accidant à ceulx de Lislebourg, que le cappitaine Melain
-voulant distribuer de la pouldre aulx soldatz, le feu s'y est miz qui
-l'a tout brullé, et envyron douze à quinze des siens.) De cest
-exploict d'iceulx de Lillebourg ont les dicts de Morthon et le comte
-de Lenoz prins ocasion de presser davantaige la Royne d'Angleterre de
-leur envoyer secours, mais elle n'en a ordonné d'aultre que je sache,
-pour encores, que de ces deux centz harquebuziers (que je vous ay
-desjà escript, qui sont envoyez, ainsy que ceulx cy disent, à
-Esterlin pour la garde du petit Prince, de peur que ceulx de l'aultre
-party, lesquelz sont à présent les supérieurs, le veuillent enlever
-par force), et dix mil escuz, que j'entendz qu'on prépare d'envoyer au
-mareschal de Barvyc pour les employer à relever et fortiffier la part
-du dict de Lenoz.
-
-L'on m'a dict aussi qu'on lève des gens vers le North et que les
-principaulx cappitaines et gens de guerre d'icy s'y acheminent,
-s'aprochans de la frontière d'Escoce par prétexte que icelluy Morthon
-a mandé que le layr de Fernihnost et les deux frères de Clarmes ont
-entreprins de reprandre le chasteau de Humes, et que le mareschal de
-Barvyc a escript que milord de Humes luy a juré qu'il se revanchera
-des Anglois qui luy ont prins sa mayson et brullé ses villages, et
-qui, avec quelque couleur de religion, vont faisant la guerre à ceulx
-qui sont meilleurs protestants que eulx. De quoy la Royne d'Angleterre
-est entrée en grande indignation; et néantmoins je n'ay nul certain
-adviz qu'elle ayt rien ordonné davantaige que les dicts deux centz
-hommes et les deniers, lesquelz ne sont encores envoyez. Sur quoy,
-Sire, je n'ay vollu faillir de faire une opposition, au nom de Vostre
-Majesté, et protester de l'infraction des trettez; et, encores qu'on
-me veuille donner entendre que la dicte Dame a envoyé de bonne foy le
-susdict mareschal de Barvyc devers les deux partys, pour les exorter à
-ung bon accord ou néantmoins à vouloir faire quelque abstinance
-d'armes, pendant qu'ilz renvoyeront leurs depputez par deçà pour
-parachever le tretté, et qu'elle ne se veult entremettre de leur
-guerre sinon avec le consens de Vostre Majesté, néantmoins je voys que
-l'intention de ceulx de son conseil va toutjour à entretenir la
-division dans le royaulme, et faire que la part du comte de Lenoz
-reste la plus forte, et que la Royne d'Escoce demeure sans authorité,
-et qu'ils puyssent gaigner temps, pour y exécuter puys après d'aultres
-plus grandes choses, quand ilz verront leur point. Et cependant, Sire,
-ilz vont en beaucoup de sortes pourchassant de racointer le Roy
-d'Espaigne, ayant de nouveau faict plusieurs fort estroictes et
-rigoureuses ordonnances contre ceulx qui s'entretiennent en ceste mer
-au nom du prince d'Orange, qui font la guerre aux Espaignols et
-Flamans, pour les chasser, eulx et leurs vaysseaulx, de touz les portz
-et de la retrette de deçà; et hyer milord Sideney envoya prier
-l'ambassadeur d'Espaigne, de luy faire venyr ung passeport du duc
-d'Alve pour pouvoir aller aulx bains de Liège, et que ce ne sera sans
-qu'il aille bayser la main à Bruxelles et luy faire entendre des
-choses qui le contanteroient: à quoy le dict ambassadeur a fort
-vollontiers presté l'oreille; et s'attendent, d'ung costé et d'aultre,
-que le jeune Coban raportera de fort bonnes responces du Roy
-Catholique. J'estime, Sire, que ceulx de ce dict conseil ne veulent
-sinon entretenir de bien habilles négociations sans en conduyre pas
-une à fin, parce que cella leur sert grandement à pouvoir manyer à
-leur proffict toute l'authorité et les revenuz de ce royaulme. Sur ce,
-etc.
-
- Ce XIVe jour de juing 1571.
-
-
- Tout présentement milord de Burlay me vient d'envoyer ung de ses
- gens pour me communiquer une lettre qu'il a receue de France, en
- laquelle l'on luy faict mencion de la blessure de Vostre Majesté;
- de quoy j'ay esté merveilleusement marry. Néantmoins j'ay loué et
- remercyé Dieu que, par la mesmes lettre, j'ay veu que c'estoit
- sans péril et hors de tout dangier de vostre personne. Il vous
- plairra, Sire, commander que, par la première dépesche, il me
- soit faicte mencion du dict accidant affin d'en satisfaire la
- Royne d'Angleterre.
-
-
-
-
-CLXXXVIIe DÉPESCHE
-
---du XXe jour de juing 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Détails sur la blessure du roi.--Assurance donnée par
- Élisabeth qu'elle ne veut envoyer aucun secours en
- Écosse.--Sollicitation faite, au nom du roi, pour obtenir la
- liberté de l'évêque de Ross.--Gravité des accusations portées
- par la reine contre l'évêque.--Craintes inspirées en France par
- les projets des Espagnols en Italie.--Efforts du comte de
- Lennox pour rappeler Bothwel en Écosse.--_Lettre secrète à la
- reine-mère._ Négociation du mariage du duc
- d'Anjou.--Proposition du mariage d'Élisabeth avec le fils ainé
- de l'empereur.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la blessure de Vostre Majesté a esté publiée si grande et si
-dangereuse en ceste court, que j'en ay esté en une merveilleuse peyne,
-et l'eusse esté en beaucoup plus grande sans ce que monsieur Pinart,
-en la dépesche du propre jour de l'accidant, me manda de luy mesmes
-qu'il n'y avoit nul dangier, dont j'en rendz grâces à Nostre Seigneur;
-et, parce que la Royne d'Angleterre a monstré qu'elle en estoit
-extrêmement marrye, j'ay bien vollu sur telle asseurance luy aller
-dire que Vostre Majesté m'avoit commandé de luy compter ceste vostre
-advanture, comme à celle qui estiez très asseuré que ne vous en
-desiroit pas une que bonne, et qui seroit marrye qu'il vous en advînt
-de mauvaise, luy particularisant comme cella estoit advenu, le mardy
-matin cinquiesme du présent, en courant le cerf, et qu'encores qu'il
-n'avoit peu estre que le coup ne fût rude, hurtant à une branche
-d'arbre de toute la force du cheval, néantmoins ce avoit esté en tel
-endroict de la teste qu'il n'y avoit nul périlh, et que Dieu, lequel
-vous n'aviez failli d'invoquer le matin avant partir, sellon vostre
-chrestienne coustume, et qui avoit aussi ouy la prière de tant de
-miliers de personnes, à qui la vie de Vostre Majesté est très
-précieuse, avoit miz la main au devant; dont espérois de pouvoir
-asseurer, par les premières nouvelles de France, la dicte Dame que
-vous ne vous en sentyriez plus nullement.
-
-Elle, joignant les mains, et remercyant Dieu avec grande démonstration
-d'ayse, m'a respondu que mal ayséement vouldra l'on croyre, et elle
-mesmes ne l'eust pensé, que ung tel accident luy eust touché tant au
-cueur comme il avoit faict, mais qu'elle vous pryoit, Sire, ne doubter
-qu'après les deux Roynes Très Chrestiennes, et Nosseigneurs voz
-frères, et Mesdames voz soeurs, nul entre les mortels n'eust esté plus
-marrye qu'elle de la perte de Vostre Majesté; laquelle elle prise et
-ayme singulièrement pour les excellantes valleurs et vertuz que Dieu y
-a mises, et aussi pour cognoistre qu'aujourduy, Sire, vous estes le
-plus nécessaire prince de la Chrestienté; dont me remercyoit de la
-tant bonne nouvelle que je luy en avois apportée, et que, pour en
-estre plus asseurée, de tant que ce que je luy en disois estoit devant
-le segond et troisiesme apareil, elle ne layrroit de dépescher le
-jeune Housdon devers Vostre Majesté, comme elle avoit desjà proposé de
-le faire, pour luy en raporter toute certitude; et qu'elle vous
-suplioyt, Sire, de penser que par ce peu de mal Dieu vous avoit vollu
-préserver d'ung plus grand inconvéniant à l'advenir, et vous advertyr
-que veuillez doresenavant tenir vostre personne plus chère, comme
-estant d'ung inestimable prix au monde. Et puys a passé à me dire
-qu'elle avoit prins de bonne part ce que j'avois escript au comte de
-Lestre des choses d'Escoce, et que, dez le jour précédant, elle avoit
-donné charge à milord de Burlay de m'y faire responce, mais parce
-qu'il avoit esté occupé, elle mesmes m'y respondroit à ceste heure,
-c'est qu'elle n'avoit envoyé ny envoyeroit nulles forces, non pas
-d'ung seul homme, en Escoce, et qu'elle avoit mandé à son mareschal de
-Barvyc d'exorter les deux partys à ung bon accord, ou au moins à
-prendre encores une bonne abstinance de guerre entre eulx, jusques à
-ce qu'on auroit trouvé moyen de les paciffier du tout; qu'il les
-pressât de renvoyer, de toutz les deux costez, leurs depputez pour
-parachever le tretté, et qu'au reste il advertyst bien ceulx de
-Lillebourg que, s'ilz s'esforçoient de vouloir saysir par force le
-petit Prince, qu'elle envoyeroit des gens à Esterlin pour les en
-garder.
-
-Je l'ay remercyé de sa bonne responce, et que, pour ne la fâcher plus
-de ces affaires, je ne luy dirois sinon que je l'escriprois ainsy à
-Vostre Majesté, et qu'encores me grevoit il assés que j'eusse à luy
-parler de monsieur l'évesque de Roz, pour lequel vous ayant Mr de
-Glasco fort expressément prié, et, possible, à l'instance des aultres
-ambassadeurs qui sont prez de Vostre Majesté, de vouloir escripre en
-sa recommandation à la dicte Dame, que vous luy en aviez faict une
-lettre, laquelle je la prioys vouloir prandre de bonne part, et luy
-ottroyer, pour l'amour de vous, sa liberté.
-
-La dicte Dame a leu la lettre, et puys m'a respondu assés soubdain
-qu'elle ne pouvoit prandre de bonne part que Vostre Majesté luy en
-escripvît en ceste façon; car, veu ce que le dict évesque avoit
-entreprins contre elle, elle ne le trettoit que trop gracieusement,
-l'ayant faict mettre en ung lieu honneste et sain, bien qu'avec
-quelque garde, et que nul n'avoit à s'esbahyr si elle vouloit
-aprofondir le faict de ceste grande entreprinse, qu'il avoit dressée,
-de faire descendre des estrangiers en certains portz de ce royaulme,
-et faire ellever aulcuns des naturels de ce pays pour s'y joindre, et
-faire édiffier ung fort non guières loing de Londres pour y faire la
-première masse, et commancer d'y relever l'authorité de sa Mestresse
-comme légitime Royne, contre elle qu'il disoit estre illégitime; et
-qu'elle vouloit sçavoir à qui il avoit baillé les deux lettres
-merquées de 40 et de 30, puysque la Royne d'Escoce et l'ambassadeur
-d'Espaigne affermoient que ce n'avoit pas esté à eulx; et qu'au reste
-le dict évesque n'estoit plus lors réputé ambassadeur, quant il fut
-resserré, car avoit excédé son office, et sa Mestresse l'a despuys
-désadvouhé, ainsy que desjà elle le luy avoit escript de sa main, et
-désadvouhe pareillement toutes les pratiques que luy et Ridolphy ont
-eu ensemble. Lesquelles la dicte Royne d'Angleterre asseuroit ne luy
-estre plus incogneues, ny celles que icelluy Ridolphy avoit menées en
-Flandres avec le duc d'Alve, ny celles qu'il avoit despuys faictes à
-Rome et par les chemins; et qu'elle s'esbahyssoit par trop comme,
-parmy le propos qui se trettoit d'une plus estroicte alliance, Vostre
-Majesté y mesloit ceste matière qui luy estoit tant à contre cueur; et
-qu'il sembloit que, de vostre costé, Sire, vous vollussiez faire vray
-le dire du Machiavel, «que l'amytié des princes ne va qu'avec leur
-commodité», et que si le susdict propos ne venoit à bonne fin, qu'il
-ne fauldroit pas qu'elle fît grand estat de la vostre.
-
-Je luy ay coupé assés court ce propos, la pryant seulement de prendre
-argument tout contraire de ce qu'elle vous voyoit tant constamment
-persévérer vers la Royne d'Escoce et ses affaires, car cella vous
-randoit tesmoignage que vous sçaviez estandre vostre amytié oultre
-vostre commodité, et que vous n'estiez pour deffaillyr en nul temps à
-ceulx de vostre alliance, ce qui luy debvoit à elle mesmes faire venir
-plus d'envye de la desirer; et suys passé à luy dire qu'aprez l'estat
-de vostre personne, vous me commandiez de luy faire entendre de celluy
-de voz affaires, comme les gouverneurs de voz places, qu'avez en
-Piedmond et Salusses, avoient prins souspeçon d'aulcunes forces que le
-Roy d'Espaigne y avoit faictes aprocher pour se saysir du marquisat de
-Final, mais qu'après avoir exécuté leur entreprinse, ils s'en estoient
-retournez sans toucher à rien où vous eussiez intérest, et que le Roy
-d'Espaigne vous en avoit donné si bonne satisfaction que vous
-demeuriez en plus ferme et estroicte intelligence ensemble que jamais.
-
-Elle m'a respondu qu'elle estoit bien fort ayse de veoir persévérer
-deux telz grandz princes, ses allyez, en mutuelle amytié, car de là
-dépendoit le repoz de la Chrestienté, et qu'elle ne s'esbahyssoit pas
-si les gouverneurs de voz places avoient heu deffiance des Espaignolz,
-car elle avoit adviz de Rome qu'au sortyr de conclurre la ligue, ung
-cardinal avoit dict qu'à ceste heure ne failloit plus que nul
-s'advouhât François en toute l'Ytallie, et qu'on les renvoyeroit
-bientost trestoutz par deçà les montz, ce qu'elle avoit desiré me dire
-il y avoit plus de huict jours.
-
-Je luy ay respondu, qu'ayant la ligue esté dressée dans Rome, il
-estoit à croyre qu'on y avoit parlé des choses que ceulx du
-concistoire avoient à cueur, comme de la forme de la religion
-d'Angleterre et de la paciffication de France, et que Vostre Majesté
-et la dicte Dame feriez bien de prandre garde à ce qui se pourroit
-dresser, quelle part que ce fût, contre le repoz de voz estatz, pour
-mutuellement vous en advertyr.
-
-A quoy elle m'a soubdain respondu, et avec affection, que s'il
-playsoit à Vostre Majesté d'en user ainsy, qu'elle y satisferoit fort
-fidellement de son costé.
-
-Je laysse plusieurs aultres propos d'entre la dicte Dame et moy, qui
-seroient, possible, trop longs icy, pour, au reste, vous dire, Sire,
-que, par ordonnance de ceulx de ce conseil, le comte de Lenoz a envoyé
-en Dannemarc pour consentyr à la restitution du comte de Boudouel,
-comme très oportune pour luy et pour ses affaires, et promettre au roy
-de Dannemarc que cella ne tournera jamais à rien de son dommaige, et
-que la mesmes courtoysie de sa royalle protection, dont il a usé
-envers le dict Boudouel, ne luy sera dényée à luy mesmes et aulx siens
-par la Royne d'Angleterre et par le jeune Roy d'Escoce, en leurs
-royaulmes, quant l'ocasion s'y offrira: ce que le dict de Lenoz mande
-que le dict roy de Dannemarc a accordé, en luy baillant la susdicte
-promesse par escript, signée et scellée en bonne forme, et donne
-entendre que le Sr d'Anze, vostre ambassadeur par dellà, le consent
-ainsy, et que les parties de toutz costez ont promiz de l'accomplyr
-dans le jour de Sr Berthèlemy, qui est le XXIIIIe d'aoust prochain.
-Dont les amys de la Royne d'Escoce supplient très humblement Vostre
-Majesté de ne vouloir permettre telle chose, ains de la remédier, le
-plus promptement que faire se pourra, de tant que le retour du dict
-Boudouel viendroit traverser tout le bon ordre qu'avez commancé de
-donner aulx choses du dict royaulme, et luy mesmes seroit conduict
-icy pour achever de ruyner les affaires et la réputation de ceste
-pouvre princesse. Sur ce, etc. Ce XXe jour de juing 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, ce que j'escriptz au Roy, par le pacquet ordinaire, vous fera
-veoir qu'il n'est possible que je use de nul si grand respect vers la
-Royne d'Angleterre ez choses d'Escoce, qu'elle n'y trouve toutjour de
-l'offance, mais je la vays rabillant le mieulx que je puys, et cognois
-que la réputation du Roy et celle de ses affaires vont chacun jour
-gaignant quelque chose de plus en ceste isle par le maintien de ceste
-cause, ce qui faict que je ne vous puys conseiller de l'abandonner; et
-le propos du mariage ne laysse pour cella de se bien porter, ayant
-trouvé, par le parler et par toutes les contennances et démonstrations
-de la Royne d'Angleterre, qu'elle persévère en sa bonne vollonté et
-qu'elle a de tant plus dévottement prié Dieu pour la convalescence du
-Roy qu'elle a crainct, s'il mésadvenoit de luy, qu'elle ne peult avoir
-Monsieur, son frère, et ne me l'a point dissimulé. Le comte de Lestre
-m'a adverty qu'aussitost que le Sr Thomas Fiesque a esté par deçà, il
-luy est venu dire que plusieurs considérations avoient meu le duc
-d'Alve de ne se pouvoir persuader que le mariage de la Royne, sa
-Mestresse, avec Monsieur deubt jamais sortyr effect, tant pour
-l'ancienne inimitié des nations, et pour les injures et dommaiges
-receuz des Françoys, et pour les désadvantaiges qu'elle et son
-royaulme y auroient, que pour le peu de seure amytié qu'elle pourroit
-jamais establyr avecques le Roy, ny recouvrer de luy Calais; mais, si
-elle, à bon esciant, se vouloit maryer, il luy sçavoit ung party qui
-estoit le plus honnorable et advantaigeux de toute la Chrestienté. A
-quoy le comte avoit respondu que indubitablement la dicte Dame se
-vouloit maryer avec ung prince de sa qualité; et que lors icelluy
-Fiesque avoit suyvy à luy dire qu'il avoit donques charge de luy
-nommer le party que le duc d'Alve vouloit dire, lequel estoit du filz
-ayné de l'Empereur, prince de grand honneur et de grand vertu, fort
-beau, de belle taille et disposition, d'eaige aprochant de celluy de
-Monsieur, et qui plus que luy pouvoit faire toutes conditions grandes,
-advantaigeuses et honnorables à la dicte Dame, et l'alliance s'en
-continueroit plus agréable à tout ce royaulme que ne pouvoit estre
-celle de France; et que, tout sur l'heure, il dépescheroit ung poste
-pour en advertyr le duc, lequel ne fauldroit, avant quinze jours, d'en
-mander une si bonne et si certaine promesse de l'Empereur que la dicte
-Dame en demeureroit très contante, et icelluy sieur comte fort
-grandement gratiffié des bons offices qu'il y feroit; et qu'à bout de
-quinze jours n'estant encore la dicte responce venue, mais seulement
-une petite lettre du dict duc, icelluy Fiesque estoit retourné
-supplier fort instantment le dict sieur comte qu'il vollût faire
-supercéder, encores pour six jours, la conclusion du propos de
-Monsieur, et que, dans le septiesme, la responce de l'Empereur, telle
-que la Royne la pourroit desirer, seroit sans aulcun doubte arrivée. A
-quoy le dict comte luy avoit respondu qu'il estoit venu tard, et qu'il
-ne le vouloit entretenir en espérance, l'advertissant que les choses
-estoient desjà conclues avecques Monsieur; de quoy le dict Fiesque
-estoit demeuré triste et estonné à merveilles, lequel n'avoit, despuys
-son arrivée, cessé de solliciter par promesses et par présens
-plusieurs de ceste court à l'affection du dict party.
-
-J'ay remercyé le dict sieur comte de son bon office et de
-l'advertissement qu'il m'en donnoit, et l'ay asseuré que j'avois
-escript à bon esciant en fort bonne sorte à Vostre Majesté pour faire
-venir bientost le propos à bonne conclusion, et que je n'avois obmiz
-rien de ce qui le concernoit à luy en son particullier, ayant envoyé
-son pourtraict et procuré de luy faire avoir celluy d'une très belle
-et vertueuse princesse, en quoy, Madame, je vous suplie très
-humblement qu'il luy soit donné le plus de satisfaction que faire se
-pourra; car l'on s'esforce fort de le destorner du bon chemin qu'il a
-tenu jusques icy au propos de Mon dict Seigneur. Et m'a l'on révellé,
-de bon lieu et grand, que, quant je demanday naguières le reste des
-condicions, et qu'il fut miz en dellibération si la restitution de
-Callais y seroit apposée, que le dict sieur comte avoit, ne sçay à
-quelle occasion, oppiné qu'on l'y debvoit mettre, mais que la dicte
-Dame, en demeurant en quelque doubte à cause de ce que je luy en avois
-auparavant dict, fut par le comte de Sussex et millord de Burlay
-résolue de ne le debvoir faire. Et ung de ceulx, que je réputte des
-plus certains et plus importantz amys qui sont par deçà de ceste
-cause, craignant le changement des vollontez, m'a mandé, de sa main,
-ces propres motz:--«Nous desirons que Monsieur ne soit difficile aulx
-conditions, car, s'il vient, il aura ce qu'il vouldra, et, par sa
-venue, il se fera icy une grande mutation pour les bons, et ne
-manqueront amys qui pour ceste heure ne se monstrent; par ainsi,
-faictes bonne euvre en cest endroict comme faictes ez aultres.» Lequel
-conseil, Madame, je vous ay bien vollu mander avec les aultres choses
-de cy dessus; et qu'on m'a asseuré, encores d'ailleurs, qu'on tient
-icy toutes dellibérations et affaires en suspens, attandant la
-responce que Voz Majestez feront sur la conclusion du dict mariage.
-Sur ce, etc.
-
- Ce XXe jour de juing 1571.
-
-
-
-
-CLXXXVIIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIe jour de juing 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne le postillon._)
-
- Meilleur traitement fait à l'évêque de Ross.--Nouvelles
- d'Écosse.--Insistance de l'ambassadeur, au nom de Marie Stuart,
- pour que le roi s'oppose à la mise en liberté de
- Bothwel.--Accord d'Élisabeth avec les princes protestans pour
- faire des levées d'hommes en Allemagne.--Mise en liberté du
- comte de Hertford.--Négociation des Pays-Bas.--Prise de Leith
- par le comte de Morton.--_Lettre secrète à la reine-mère._
- Négociation du mariage.--Discussion des articles.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il vous aura esté aysé de cognoistre, par mes précédantes
-lettres du XXe du présent, comme, à la contradiction que la Royne
-d'Angleterre m'a faicte sur l'instance de la liberté de Mr de Roz et
-des aultres choses d'Escoce, je n'ay vollu contentieusement emporter
-le dernier mot sur elle, ains, pour ne l'aigrir davantaige, je me suys
-contanté d'aulcunes gracieuses répliques; lesquelles enfin, après
-qu'elle les a heues bien considérées, ont produict meilleur effect que
-je n'espérois, car, le jour d'après, elle a faict procéder à l'examen
-du dict évesque sur les mesmes choses, ou peu dissemblables, que la
-première foys, et en beaucoup plus gracieuse façon, de sorte qu'il
-rend les très humbles grâces à Vostre Majesté du sollaigement qu'il a
-desjà commancé de sentyr par la protection en quoy il vous a pleu le
-prendre; qui pourtant vous demeure très obligé et dévot serviteur, et
-plus encoragé que jamais à souffrir toutes extrémitez pour la Royne,
-sa Mestresse. Et la Royne d'Angleterre, aussi de son costé, a commancé
-de penser plus modéréement ès dictes choses d'Escoce, délayssant celle
-tant précipitée dellibération qu'elle avoit faicte d'y envoyer des
-gens, pour retourner à la poursuitte du tretté; et entendz, Sire,
-qu'elle procure de faire venir, entre aultres depputez de dellà, le Sr
-de Ledinthon, de quoy je serois bien ayse pour la confiance que la
-Royne d'Escoce a meintenant en luy, et qu'il est homme pour bien se
-démesler des difficultez qu'on luy pourroit faire; mais cella m'est
-suspect que sa venue est pourchassée de ceulx cy, dont la fauldra de
-tant plus observer: je ne sçay s'il se vouldra hazarder de faire le
-voyage.
-
-J'entendz que le cappitaine Melvin est mort de ceste bruslure de
-poudre, et que ceulx de Lillebourg ont abattu tout le faulxbourg de
-Queneguet, où le comte de Lenoz avoit tenu son parlement, et qu'ilz
-ont retiré grand nombre de vivres dedans le chasteau de Lillebourg. Je
-suys de rechef fort instantment sollicité de suplier Vostre Majesté
-d'empescher en toutes sortes le retour du comte de Boudouel, car l'on
-estime que nul plus grand escandalle à la réputation de ceste pauvre
-princesse, ny nul plus grand destorbier à ses affaires et à ceulx de
-vostre service par deçà, ne sçauroit venir de nulle aultre chose qu'on
-peult pratiquer au monde. Et, au reste, Sire, affin que Vostre Majesté
-voye de quelle grandeur de cueur et patience la Royne d'Escoce
-dellibère d'attandre l'yssue de ses affaires, je vous envoye
-l'extraict d'une lettre qu'elle m'a escripte, du XIIe de ce mois[10],
-sur laquelle je vous diray seulement que je ne puys vériffier en façon
-du monde que les trois centz Anglois, dont elle faict mencion, soyent
-coulez en Escoce; ains m'asseure l'on par divers aduiz qu'il n'en y
-est encores entré pas ung en armes, dont je travailleray de le sçavoir
-encores plus au vray, affin de vous en advertyr.
-
- [10] Cette lettre n'a pas été transcrite sur les registres, mais
- elle fait partie de la _Collection complète des lettres de Marie
- Stuart_ publiée par Mr le prince de Labanoff de Rostof, où sont
- également insérées toutes celles que nous avons pu retrouver dans
- les papiers de l'ambassadeur.
-
-Et quant aulx choses que le docteur Dumont a négociées icy, elles ont
-esté pour la pluspart en confirmation de celles que, l'année
-précédente, le Sr de Quillegray avoit trettées pour la Royne
-d'Angleterre avec les princes protestantz, affin d'estraindre
-davantaige l'intelligence qu'ilz ont ensemble, et a proposé qu'il se
-fît fondz de cinq centz mil escuz à Estrabourg pour un soubdain
-besoing à la deffance de leur religion, et que la dicte dame en
-fornyst cent mil, et les trèze princes et dix huit villes de la
-confédération les aultres quatre centz mil, pour pouvoir avec cella
-toutjour arrer les principaulz capitaines et les meilleures levées
-d'Allemaigne, avec obligation toutesfoys de la dicte somme et des
-intérestz, par les dicts princes vers la dicte Dame, qu'il n'y sera
-touché que pour la dicte cause, ny sinon après que l'on en aura
-toutjour heu son congé et commandement; et desiroit le dict Dumont en
-emporter présentement la lettre de crédit pour avoir le payement en
-Hembourg à la my aoust prochain, ce que je ne puys encores bien
-descouvrir qu'il l'ayt obtenu, et croy qu'il est seulement encores en
-promesse; mais je sçay bien qu'il a esté fort gracieusement expédié,
-et qu'il s'en est retourné joyeux et contant.
-
-Le comte de Herfort, qui avoit fort longtemps esté en arrest et
-demeuré interdict pour le mariage de Madame Catherine[11], a esté, le
-XVe de ce moys, restitué à son entière liberté et à la court; et
-espéroit l'on que le mesmes se feroit du duc de Norfolc, mais les
-offances qui procèdent de la Royne d'Escoce sont plus rescentes et
-vifves que celles de la dicte Madame Catherine, qui est desjà morte;
-par ainsy ne se peuvent si tost résoulder.
-
- [11] Catherine, soeur puînée de Jeanne Gray. Voir _note_, t. III,
- p. 359.
-
-Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz aillent lentement et
-froydement, ilz se poursuyvent néantmoins toutjour avec fort grande
-espérance qu'ilz s'accommoderont: l'on y attand, d'heure en heure, une
-responce du duc d'Alve, et le retour du jeune Coban, pour y mettre à
-bon esciant la main. L'ambassadeur d'Espaigne a heu fort à playsir le
-bon ordre, que je l'ay asseuré que Vostre Majesté avoit donné de faire
-bien recepvoir les vaysseaulx d'Espagne et de Flandres en toutz les
-portz de vostre royaulme. Et de tant que ce dessus satisfaict à la
-pluspart du contenu en la dépesche de Vostre Majesté du XIe du
-présent, laquelle je viens, tout à ceste heure, de recepvoir, je
-n'adjouxteray rien plus icy. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIIIe jour de juing 1571.
-
-
- Tout à ceste heure, le capitaine Briquonel est arrivé en poste,
- qui asseuré que le comte de Morthon s'est saysy du Petit Lict, et
- qu'estant milord de Humes le XVIe du présent sorty de Lillebourg,
- pour l'empescher, il luy est allé au devant avec toutes ses
- forces, et y a heu ung aspre rencontre, où le dict de Humes et
- son fils bastard, et le capitaine Coulain sont demeurez
- prisonniers, Quelouin tué, et envyron douze soldatz et deux
- pièces de campaigne perdues. Il fauldra, Sire, donner aultre
- adresse à ceulx que Vostre Majesté envoyera dorsenavant en Escoce
- que non pas du Petit Lith.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, à ces deux poinctz que Vostre Majesté a briefvement adjouxté
-de sa main en la lettre du XIe du présent, dont l'ung est que je
-m'esclarcysse s'il y a de la tromperie, et l'aultre que les condicions
-ne vous semblent assés correspondre au contenu de ma lettre, je vous
-diray, Madame, quant au premier, que je n'ay cessé auparavant et
-despuys que le propos a esté descouvert, d'y cercher, par toutz moyens
-et de toutz endroictz, le plus de clarté et de vériffication qu'il m'a
-esté possible; et en ay parlé moy mesmes le plus dextrement et en la
-meilleure sorte que j'ay peu, bien souvent à la Royne d'Angleterre et
-à ses deux conseillers, et leur en ay faict parler par d'aultres; et
-encores ay fort curieusement faict enquérir les amys, et pareillement
-les ennemys, qu'est ce qu'ilz en entendroient. Mais le tout, à
-présent, se raporte à ce que ceste princesse procède sans feyntize à
-desirer le party de Monsieur, et qu'elle y est plus encline et bien
-affectionnée que jamais; et ceulx qui plus souspeçonnoient la
-tromperie, du commancement, m'en parlent, à ceste heure, de ceste
-façon, et que l'artiffice d'elle et des siens va seulement à gaigner
-les advantaiges et respectz qu'ilz pourront. Encores despuys une
-heure, le comte de Lestre me vient de mander que la dicte Dame se
-rend, de jour en jour, mieulx disposée en cest endroict, et que, au
-soir, estant allée en son parc de Vuesmestre veoir une salve et une
-reveue d'aulcuns harquebuziers que le comte de Oxfort et les
-capitaines Orsey et Leyton y avoient menez, elle luy dict qu'il
-failloit pourveoir de bonne heure à donner des semblables playsirs à
-Monsieur, mais qu'elle s'esbahyssoit comme son ambassadeur tardoit
-tant à luy mander quelque responce. Et les dames m'ont faict entendre
-d'aultres petites particularitez conformes à cella, et surtout le
-sieur comte m'asseure que milord de Burlay est, à ceste heure, très
-affectionné à la matière: qui est ce que, à présent, j'ay pour vous
-dire sur l'esclarcissement de la tromperie.
-
-Et quant aulx condicions, Vostre Majesté me pardonra si je luy diz
-librement que celles qu'on m'a dernièrement baillées pour vous
-envoyer, si elles sont bien prinses, ne sont sinon raysonnables, en
-ayant aultant esté accordé par le Roy Phelipe à la feu Royne Marie, et
-puys c'est la demande qu'ils font de leur costé, dont c'est à nous de
-faire, à ceste heure, la nostre, et que l'une soit modérée par
-l'aultre; et encores que j'eusse proposé de n'en rien débattre jusques
-après avoir entendu de voz nouvelles, si, en ay je touché ung mot au
-comte de Lestre, et ay tiré de luy qu'ung honneste entretennement
-durant la vie, et une fort honnorable provision, en cas de survivance,
-seront sans doubte assignez à Mon dict Seigneur, et que le pénultiesme
-article, qui semble limiter par trop l'authorité de Mon dict Seigneur,
-n'est que pour ne restraindre celle de la Royne, et non qu'il ne l'ayt
-conjoincte avecques elle, ny qu'elle ne le puysse advantaiger, et que
-les durtez et ambiguytez, qu'en tout évènement se trouveront ès dicts
-articles, pourront estre amandées; ayant en oultre considéré la dicte
-Dame qu'il ne seroit pas raysonnable qu'après elle Mon dict Seigneur
-demeure sans tiltre de Roy, et pourtant, si elle n'estoit si heureuse
-de le luy faire porter de Roy Père, qu'il l'auroit au moins de Roy
-Douarier d'Angleterre.
-
-J'ay vollu passer oultre au poinct de la religion, et luy dire ce que
-j'avoys dict aussi à elle, que je ne voulois tant mal présumer du
-parfaict jugement de la dicte Dame qu'elle vollust randre privé et
-interdict Monsieur, en demeurant sien, de ce que nul aultre prince
-souverain de toute la terre habitable ny entre les chrestiens, ny
-entre les infidelles, n'estoit qu'il ne l'eust, qui est l'exercisse de
-sa religion; ce qu'elle a confessé estre vray, et m'a dict qu'elle
-espéroit que Dieu y pourvoirroit; et le dict comte, en riant, m'en a
-dict aultant. Mais ny l'ung ny l'aultre n'ont passé oultre, et veulent
-attandre la responce de leur ambassadeur, avec lequel je vous supplie,
-Madame, de faire dresser une forme de contract, où les unes et les
-aultres condicions soyent mises avec réservation que les articles
-qu'il n'osera, ou ne pourra accorder, soyent renvoyez, pour estre
-changez, augmentez ou diminuez par deçà, affin qu'il ne pense qu'on le
-veuille surprendre, et puys me les envoyer; et je mettray peyne de
-vous en faire avoir tout incontinent la résolution, et arresteray, au
-cas que les choses doibvent aller en avant, du temps, du lieu et des
-personnes qui se debvront assembler pour les estipuler et conclurre,
-et qu'il vous playse, Madame, m'envoyer vostre bonne instruction sur
-l'affaire, auquel je apporteray du mien aultant et plus de soing, de
-dilligence et de fidelle affection, que si c'estoit pour saulver ma
-vie. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIIIe jour de juing 1571.
-
-
-
-
-CLXXXIXe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour de juing 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Bouloigne par ung homme du Sr Acerbo._)
-
- Détails du combat livré en Écosse près de Lislebourg.--Charge
- donnée à l'ambassadeur par Marie Stuart d'être son représentant
- pendant la détention de l'évêque de Ross.--Communication faite
- par lord Burleigh de tous les détails qui établissent la
- conspiration de l'évêque de Ross et de Ridolfi.--Assurance
- qu'Élisabeth veut procéder au traité avec Marie
- Stuart.--Nouveaux mouvemens en Irlande.--Concessions faites par
- le duc d'Albe aux Anglais sur la restitution des
- prises.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du
- mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, après que j'ay heu escript à Vostre Majesté, au pied de ma
-dépesche du XXIIIe du présent, ce que, à la haste, j'avois peu
-aprandre du rencontre que le capitaine Briquonel disoit estre advenu
-le XVIe auparavant en Escoce, milord de Burlay, le jour d'après feste
-de St Jehan, m'a envoyé mestre Vuynbenc, l'ung des clercs de ce
-conseil, pour m'en faire l'entier récit, jouxte ce qu'il m'a asseuré
-que le mareschal de Barvyc en escripvoit. Lequel a mandé qu'estant
-arrivé par dellà il avoit trouvé les seigneurs du pays fort anymez les
-ungs contre les aultres, et que néantmoins, par la dilligence qu'il
-avoit uzé d'aller devers ceulx du party de la Royne d'Escoce à
-Lillebourg, et puys devers les aultres du Petit Lith, il avoit tant
-faict qu'il les avoit ramenez à vouloir entendre ung bon accord,
-auquel la Royne, sa Mestresse, les exortoit, et les avoit, deux jours
-durant, engardez de combattre; et nonobstant que le troisiesme ilz
-fussent sortys en campaigne par l'opiniastreté de milord de Humes,
-encor les avoit il retardez, aultant qu'il avoit peu, qu'ilz ne
-vinsent aulx mains, et le différant n'avoit resté qu'au poinct de la
-réputation à qui premier se retireroit; dont il s'estoit miz entre les
-deux troupes pour, au signal de son chappeau, quant il le lanceroit,
-l'on commanceât égallement de chacun costé de s'en aller; mais, quant
-l'on en est venu là, le dict de Humes, se sentant piqué de quelque
-chose, avoit attaqué le combat où il estoit demeuré prins, l'abbé de
-Quelouin avec sèze aultres tuez, et deux petites pièces de campaigne
-perdues, et que, nonobstant cella, le dict Drury mandoit qu'ilz
-estoient encores de toutz costez en bonne disposition d'apointer: ce
-que la Royne, sa Mestresse, me vouloit bien faire entendre au vray, et
-qu'au reste il m'envoyoit une lettre que la Royne d'Escoce m'avoit
-escripte.
-
-J'ay leu incontinent la dicte lettre, et parce que par icelle elle me
-prioit de prendre le soing de ses affaires, et de solliciter la
-liberté de son ambassadeur, et d'incister au parachèvement du tretté,
-j'ay envoyé la dicte lettre à icelluy de Burlay pour la veoir, et pour
-le prier que, sur l'ocasion d'icelle et des nouvelles que le mareschal
-de Barvyc avoit mandées, il luy pleût me faire meintenant avoir la
-responce de la Royne, sa Mestresse, touchant les bons expédiantz que
-naguières Vostre Majesté m'avoit faict luy offrir. Sur quoy il m'est
-despuys venu trouver en mon logis pour me confirmer les mesmes choses,
-qu'il m'avoit mandées d'Escoce, et m'a dict, au reste, qu'il n'y avoit
-rien que la Royne, sa Mestresse, heust en plus grand desir que de
-prendre expédiant ez affaires de la Royne d'Escoce et de son royaulme;
-et puysque Drury espéroit de pouvoir conduyre les seigneurs du pays en
-accord, ainsy qu'ilz l'avoient, des deux costez, priez de demeurer
-encores pour le moyenner, la dicte Dame me prioit aussi d'attandre
-jusques à ce qu'elle eust heu de ses nouvelles, et puys j'en yrois
-conférer avec elle; et que cependant elle me vouloit bien faire veoir
-que la matière n'avoit esté acrochée à des difficultez qui ne fussent
-fort grandes et fort considérables, lesquelles il s'est mises à
-racompter par ordre. Mais parce que je les ay la pluspart desjà
-récitées en mes précédantes dépesches, je ne toucheray icy sinon celle
-qu'il a dict avoir plus irrité la dicte Dame; c'est qu'elle avoit
-vériffié que la Royne d'Escoce et l'évesque de Roz avoient pratiqué de
-nouveau à luy susciter une grande rébellion de ses subjectz, laquelle
-avoit esté si preste à exécuter que Ridolfy, à la fin de mars,
-l'estoit allée proposer au duc d'Alve, luy demandant ung bien petit
-nombre de harquebuziers pour les faire descendre en ung port de ce
-royaulme, à ce mois de juillet; et que incontinent ceulx de la
-conjuration, lesquelz debvoient avoir toutes choses bien prestes, et
-qui estoient en grand nombre et des principaulx de la noblesse, s'y
-joindroient et marcheroient droict à Londres, où, avec la faveur des
-deux causes qu'il disoit y estre fort desirées, sçavoir, la religion
-catholique et l'advancement du tiltre de la Royne d'Escoce, ils se
-randroient facillement maistres de la ville, et de la Tour, et de tout
-le royaulme: ce que le dict duc avoit receu avec grand affection, et
-avoit promiz en la main du dict Ridolfy le secours qu'on luy
-demandoit, seulement l'avoit chargé d'escripre par deçà, qu'on tînt
-toutes choses prestes et en estat, sans rien mouvoir, jusques à ce que
-icelluy mesmes Ridolfy heust faict ung voyage en grand dilligence à
-Rome et en Espaigne, pour avoir l'ordre et le consentement du Pape et
-du Roy Catholique là dessus; dont, avant prendre la poste, il avoit
-escript les choses dessus dictes en chiffre à l'évesque de Roz, et luy
-avoit envoyé deux aultres lettres, marquées de 30 et de 40, que
-celluy qui les a chiffrées afferme que s'adressoient à deux seigneurs
-de ce royaume, et qu'elles contenoient la promesse du duc d'Alve, avec
-advertissement de n'en rien communiquer à l'ambassadeur de France,
-parce qu'il en advertiroit Leurs Majestez Très Chrestiennes,
-lesquelles, pour l'ocasion de l'alliance qui se pourchassoit,
-pourroient descouvrir toute l'entreprinse à la Royne d'Angleterre; et
-que le dict évesque de Roz confessoit avoir receu les dictes lettres
-ainsy merquées, mais que l'une s'adressoit à sa Mestresse, et l'aultre
-à l'ambassadeur d'Espaigne qu'il luy avoit desjà délivrée, ce que le
-dict ambassadeur dényoit; dont se cognoissoit assés qu'on avoit heu
-grand occasion de resserrer le dict évesque; et que la Royne, sa
-Mestresse, me prioit de peser bien ces choses, qui estoient pour la
-justiffication de tout ce qu'elle avoit usé vers la Royne d'Escoce et
-son ministre.
-
-J'ay remercyé très humblement la Royne de ceste communication qu'elle
-me faisoit faire; et ay loué sa prudence, et celle de ses sages
-conseillers, d'avoir sceu si sagement pourvoir à ung dangier si
-imminant; et que néantmoins, considéré les mesmes choses qu'elle me
-venoit de mander, et d'aultres qui, possible, n'estoient encores
-descouvertes, et que le bien et la seurté d'elle et l'honneur et
-l'obligation de Vostre Majesté concouroient à l'accommodement des
-affaires de la Royne d'Escoce et de ses subjectz, je ne pouvois cesser
-de la supplier qu'elle y vollust entendre par ce mesmement que, à
-ceste heure plus que jamais, vous seriez pressé d'assister à ceulx de
-Lillebourg; et qu'au reste, de tant que les ambassadeurs n'avoient à
-randre compte de leurs actions qu'à leurs Maistres, que je la
-supplioys de ne faire préjudice à cestuy leur inviolable droict,
-lequel elle mesmes avoit intérest de bien conserver. A quoy il m'a
-respondu que la dicte Dame m'asseuroit que, nonobstant ses offances,
-elle ne lairroit de prandre ung si honnorable expédiant avec la Royne
-d'Escoce que Vostre Majesté s'en contanteroit, et encores avecques son
-ministre; et qu'il espéroit que bientost elle feroit procéder à sa
-liberté.
-
-J'attandray, Sire, ces segondes nouvelles d'Escoce, et cependant je
-tiendray toutjour fort ferme qu'on n'y doibve envoyer d'icy nulles
-forces, et verray ce que je pourray gaigner par négociation avecques
-ceulx cy, qui toutesfoys sont trop artifficieulx, et, quant
-l'artiffice leur deffault, ilz se desdisent tout ouvertement.
-
-Les choses d'Yrlande, à ce que j'entendz, se broillent, et desjà il y
-a de la rébellion en deux endroictz du pays; dont se parle que milord
-de Sidenay y sera renvoyé en dilligence, et qu'il layssera son voyage
-des beings de Liège, pour lequel voyage toutesfoys l'ambassadeur
-d'Espaigne luy a desjà faict tenir le passeport du duc d'Alve en la
-plus favorable forme qu'il est possible de le faire, avec deux lettres
-du dict duc, l'une à la Royne, et l'aultre à luy. Et cependant ung
-sire Jehan Hubande, personnage assés principal, et fort inthime du
-comte de Lestre, est passé dellà pour aller aus dicts beings, et a
-prins lettres de banque en Envers pour assés bonne somme de deniers,
-dont je souspeçonne que ce n'est sans qu'il ayt quelque commission
-vers le dict duc. L'accord des prinses se poursuyt toutjour, et encor
-que ce que le duc d'Alve a faict publier (que nulz, sinon les seulz
-commissaires, puyssent faire aulcun party là dessus avec les Anglois),
-ayt offancé plusieurs, si en demeurent iceulx commissaires plus
-authorisez; et desjà le Sr Thomas Fiesque a trouvé moyen de faire
-consigner ez mains de Spinola une partie des merchandises qui
-apartennoient aulx Gènevoys, avec grand espérance qu'à l'arrivée du
-jeune Coban, tout le différand s'accommodera. Et pour parler librement
-de ce que j'en sentz, le duc d'Alve condescend et s'abaysse tant à
-tout ce que ceulx cy veulent qu'ilz ne sçauroient reffuzer l'accord:
-dont, de ma part, je le tiens pour tout faict. Sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de juing 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, j'ay prins pour bon signe ceste communication dont je faiz
-mencion en la lettre du Roy, que la Royne d'Angleterre m'a envoyé
-faire par milord de Burlay, lequel, avec le discours des choses
-d'Escoce, n'a oblyé de me parler de la bonne intention, en quoy la
-Royne, sa Mestresse, persévère toutjour au propos de Monsieur, et
-qu'elle estoit attandant, à ceste heure, ce que son ambassadeur luy
-manderoit que Voz Majestez auroient advisé sur les conditions qu'elle
-leur avoit envoyées. Sur quoy nous nous sommes prins à débattre
-d'aulcuns poinctz qui y estoient contenuz, desquelz il m'a donné assés
-de satisfaction; et puys, sommes passez à ce particullier que la dicte
-Dame et moy avions tretté en ma dernière audience, que Voz Majestez et
-elle prinsiez garde de toutz costez aulx pratiques qui se mèneroient
-pour troubler le repoz de voz estatz, affin de mutuellement vous en
-advertyr, et que, si de vostre part vous le luy vouliez promettre,
-elle y satisferoit fort droictement de son costé. Je luy en ay donné
-fort bonne espérance. Et estant venu cependant le Sr de Sabran avec
-les lettres de Voz Majestez, du XVIIIe du présent, je metz peyne, à
-ceste heure, en tout ce qu'il m'est possible, que Mr de Larchant et le
-Sr Cavalcanty, qui suyvent après, trouvent les choses, à leur arrivée,
-bien préparées. Lesquelles je ne puys encores cognoistre, Madame, qui
-n'aillent bien, et je loue infinyment le soing que Vostre Majesté a de
-la conscience, et de l'honneur, et de la vie de Monseigneur, vostre
-filz, qui sont trois choses ès quelles je souffriray plustost la mort
-que de ne réveller franchement à Voz Majestez, et à luy, tout ce que
-je cognoistray y pouvoir faire préjudice; et espérez, s'il vous playt,
-tant de ma fidellité et de mon service que je ne m'endorz, ny ne suys
-pour m'endormyr nullement en cest endroict; et que desjà vous voyez
-les choses conduictes si avant que, s'il s'y trouve cy après de la
-tromperie, il pourroit bien estre qu'ung fort fin, mais non qu'ung
-homme de bien, l'eust peu plus avant descouvrir, et que je vous ay
-clairement mandé tout ce qui s'en cognoissoit, et qui s'en entendoit
-par deçà; dont je prie Dieu de bien conduyre le demeurant. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de juing 1571.
-
-
- Comme je fermoys la présente, l'on m'a aporté une petite police
- de telle substance:--«Valsingan a escript en fort bonne sorte à
- la Royne et à ses conseillers, remonstrant importer grandement à
- elle de ne varier à ceste heure nullement en ceste cause. Elle
- demeure pensive, et est à craindre qu'on luy commance
- d'administrer excuses, mais vous sçaurez tout.»--Et ne contient
- la dicte police rien plus. Je ne lairray pour cella, quant Mr de
- Larchant et le Sr Cavalcanty seront arrivez, de continuer le
- propos comme portera leur instruction.
-
-
-
-
-CXCe DÉPESCHE
-
---du IXe jour de juillet 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Groignet._)
-
- Négociation du mariage.--Mission de Mr de Larchant en
- Angleterre.--Confidences faites par Élisabeth; son
- irrésolution.--Avis que l'ambassade de MMrs de Montmorenci, de
- Foix et de Chiverny recevra un bon accueil de la reine.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, plusieurs occasions ont faict que, jusques à ceste heure, nous
-n'avons peu rien escripre à Vostre Majesté du faict des petites
-lettres, y voyant intervenir à toute heure, et quasi à tout moment,
-tant de dellibérations différantes et tant de contrariétez par la
-menée, de ceulx qui n'espargnent ny dons, ny promesses, ny escuz
-contantz pour l'interrompre, que nous ne sçavions que vous en mander;
-et enfin, s'estant l'affaire acheminée en sorte que, si la Royne
-d'Angleterre n'est plus recherchée du poinct de la religion, duquel ne
-luy semble que, pour ceste heure, elle puysse rien capituller, ny
-promettre, contre les loix de son royaulme, il se peult, quant à tout
-le reste, espérer ung bon succez. Nous avons advisé de faire courir ce
-mot devant, par ce porteur exprès, affin de vous advertyr, Sire, que,
-s'il vous playt, à telle condicion, faire acheminer deçà monsieur de
-Montmorency et messieurs de Foix et de Chiverny, que Vostre Majesté
-les peult faire tenir prestz, sellon que, par le récit de moy,
-Larchant, et du Sr Cavalcanty, qui partirons demain, et par les
-lettres, que moy, La Mothe, vous escripray par eulx, il vous sera
-plus amplement desduict. Sur ce, etc.
-
- Ce IXe jour de juillet 1571.
- _Signé_ LA MOTHE et LARCHANT.
-
-
- Comme ce porteur a esté prest de partyr, le Sr de Vassal est
- arrivé avec la dépesche de Voz Majestez, du IIe du présent, par
- l'ocasion de laquelle et des pourtraictz, qu'il a fort bien
- conduictz, moy, La Mothe, mettray peine de tenir toutjours les
- choses en la meilleure disposition qu'il me sera possible.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, l'adviz adjouxté de ma main en ma précédante lettre, du
-XXVIIIe du passé, qui me fut donné sur l'heure, a esté cause que
-despuys j'ay envoyé à diverses foys solliciter les dames et les
-seigneurs, qui sont icy de mon intelligence, de confirmer la Royne,
-leur Mestresse, en sa bonne dellibération; et est advenu que l'une des
-dames, ayant cerché de se trouver seule avecques elle, l'a sceu si
-bien mener d'une parolle en aultre qu'elle l'a faicte commancer d'elle
-mesmes de luy parler de Monsieur; et luy a dict:--«Que c'estoit à
-ceste heure qu'elle avoit à se résouldre de son party, et qu'elle
-espéroit tant de la vertu et valleur, et louables condicions, et
-bonnes grâces, qui estoient en luy, et de ce qu'il estoit réputé sage,
-hardy et libéral, et bien fort humain, sellon la coustume de ceulx de
-la mayson de France, et au demeurant beau et modeste, et nullement
-arrogant, qu'il se comporteroit si bien avec ses subjectz que toutz
-l'auroient bien agréable, et que eulx deux vivroient bien heureusement
-ensemble, bien que aulcuns de la noblesse de ce royaulme, qui estoient
-intéressés ailleurs, y donnoient toutes les traverses qu'ilz
-pouvoient; et qu'elle confessoit qu'elle avoit esté, et estoit
-encores, combatue de beaucoup de doubtes, car se voyoit ung peu d'eage
-pour luy, et craignoit qu'il la mesprisât bientost, et mesmement, si
-elle ne pouvoit point avoir d'enfans, mais qu'elle espéroit que Dieu
-luy en feroit la grâce, et qu'au moins mettroit elle toute son
-affection à le bien aymer et à l'honnorer comme son Seigneur et mary.»
-A quoy celle, qui estoit avecques elle, a miz peyne de la confirmer
-bien fort par les meilleures parolles et plus accommodées de la
-félicité de ces nopces qu'elle a peu user.
-
-Et le jour d'après, allant ce propos plus au large, quelques aultres
-se sont esforcés de getter de telz escrupulles au cueur de ceste
-princesse par des dangiers qu'ilz luy ont allegué, et par des
-repentailles qu'ilz ont pronostiqué à la dicte Dame qu'elle auroit de
-ces nopces, qu'elle a commancé de dire:--«Que, à la vérité, elle
-craignoit fort que ce jeune prince la mesprisât, et qu'elle ne se
-trouvoit assés sayne ny disposée pour ung mary, et qu'elle vouloit
-remettre le propos jusques à ce qu'elle se trouvât en meilleure
-disposition.» Ce qui m'estant raporté le soir mesmes, j'ay envoyé
-incontinent exorter par parolles et par promesses, au nom de Voz
-Majestez, les deux conseillers de ne laysser gaster cest affaire.
-Lesquelz s'y sont fort bien employez, et l'ung d'eulx, par ses
-gracieuses remonstrances, a persuadée la dicte Dame de ne debvoir
-espérer que tout bien et ung très parfaict contantement de ce très
-acomply prince, et l'aultre, prenant les choses plus hault, luy a
-admené de très urgentz argumentz:--«Qu'il n'estoit aulcunement
-loysible à elle d'user meintenant d'excuse ny tergiverser en cest
-endroict, ainsy qu'il avoit esté faict au roy de Suède, au duc
-d'Olstein et à l'archiduc, car c'estoient princes loingtains qui
-d'eulx mesmes ne pouvoient guières nuyre, mais Monsieur estoit le
-frère bien aymé d'ung très puyssant roy, duc et capitaine d'une très
-belliqueuse nation, si voysin d'icy que, en dix heures, il pouvoit
-aborder, et faire sentyr ses armes en ce royaulme; qui n'estoit pour
-souffrir, en façon du monde, d'estre repoussé, ainsy qu'avoient esté
-les susdicts princes, et que pourtant elle jugeât ainsy de ce party
-comme de chose qui luy estoit et honnorable et utille, et quasi
-nécessaire de l'accepter, et que de la rejetter, elle luy pourroit
-réussyr très dommageable.»
-
-De quoy, encore que les dicts deux conseillers ne m'ayent rien mandé
-de cecy, ny sinon force parolles généralles et de bonne espérance là
-dessus, j'ay néantmoins aprins, de lieu fort certain, que leurs
-remonstrances ont esté telles; et que la dicte Dame dez lors a incliné
-de vouloir promettre beaucoup de choses par Mr de Larchant, de qui la
-dépesche s'entendoit desjà par deçà. Lequel estant peu après arrivé,
-il s'est descouvert incontinent que les empeschemens, les simultez,
-les artiffices et les malices estoient encores plus vifves que ne les
-avions pensées, de ceulx qui aspirent tout oultre à ruyner ce propos,
-en façon qu'il a esté très asprement débattu en ce conseil; et j'ay
-esté en grand incertitude du passaige de monsieur de Montmorency et de
-messieurs de Foix et de Chiverny par deçà. Mais enfin l'affaire a esté
-ramené à ce que les depputez de Voz Majestez seront les bien venuz, et
-que nous avons promesse que, pourveu qu'il ne soit plus touché au
-point de la religion, ilz ne s'en retourneront, quant à tout le reste,
-sans une honneste conclusion. Sur ce, etc.
-
- Ce IXe jour de juillet 1571.
-
-
-
-
-CXCIe DÉPESCHE
-
---du XIe jour de juillet 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Mr de Larchant._)
-
- Réponse faite par Élisabeth à Mr de Larchant.--État de la
- négociation.--Explications données sur l'article concernant la
- religion.--Nouvelles d'Écosse; succès remporté par les
- partisans de Marie Stuart.--_Lettre secrète à la reine-mère._
- Détails sur le véritable état de la négociation du
- mariage.--Avis sur la conduite que l'on doit tenir en France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, n'ayant Mr de Larchant trouvé le passaige de la mer bien à
-propos, il n'a peu arriver icy jusques au dernier du mois passé, sur
-le point que la Royne d'Angleterre, la nuict auparavant, en se
-déshabillant pour aller au lict, s'estoit donnée une entorse, au costé
-droict, avec tant de dolleur qu'elle en avoit pasmé plus de deux
-heures, non sans beaucoup d'estonnement de ceulx de sa court; et se
-sentoit encores si mal que, jusques au lundy ensuyvant, elle n'a peu
-donner lieu au dict Sr de Larchant, ny à moy, de la veoir, mais elle
-s'est esforcée, ce jour là, de se lever, et l'a honnorablement et fort
-favorablement receu, luy donnant bénigne audience sur tout ce que fort
-dignement et de bonne façon il luy a faict entendre de la part de Voz
-Majestez et de Monseigneur. En quoy, de tant que la dicte Dame, d'elle
-mesmes et hors de nostre propos, et contre nostre desir, a remiz sur
-la difficulté de la religion pour en vouloir estre satisfaicte,
-premier que nulz depputez peussent estre envoyez, la responce a esté
-différée jusques au vendredy ensuyvant que ceulx de son conseil, après
-l'avoir longuement digérée, ont advisé qu'elle la nous feroit en
-substance comme s'en suyt:
-
-«Qu'elle remercye Voz Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur de la
-visite, qu'il vous a pleu envoyer luy faire par ung si notable
-gentilhomme des vostres, comme est monsieur de Larchant, et des bonnes
-parolles que toutz luy avez mandées par luy; qu'elle a bien fort
-agréable l'ellection qu'avez faicte de monsieur de Montmorency, de
-monsieur de Foix et de monsieur de Chiverny pour venir par deçà
-conclurre ce propos, rendant plusieurs grandz et dignes tesmoignages
-des deux premiers, comme les cognoissantz très bien, et du troisiesme
-comme ayant ouy bien parler de luy, et qu'ilz seront très bien venuz;
-qu'elle vous supplie, Sire, premier qu'ilz passent, et affin qu'il ne
-vous viegne puys après aulcun malcontantement, s'ilz s'en retournoient
-sans rien faire, sellon qu'elle desire de persévérer en bonne paix et
-amytié avecques vous jusques à la mort, de leur donner ample pouvoir
-d'accorder de ce point de la religion, parce qu'elle n'est encore bien
-résolue comme en user, et qu'elle pense ne pouvoir en façon du monde
-consentyr que Mon dict Seigneur ayt l'exercice de la sienne par deçà;
-que, au reste, elle ne voyt qu'il y puysse, en toutes les aultres
-condicions et demandes, rien intervenir qui donne empeschement à la
-conclusion de leur mariage.»
-
-Et a adjouxté, Sire, plusieurs aultres parolles et démonstrations de
-sa bonne et droicte intention, voyre affection vers Mon dict Seigneur,
-lesquelles je laysse à Mr de Larchant et au Sr Cavalcanty de les vous
-représanter, ensemble les répliques que nous luy avons faictes,
-desquelles, et des dilligences que nous y avons usé, ilz vous auront à
-dire que la dicte Dame et les siens, ayantz comprins que nous ne
-demeurions bien contantz de sa dicte responce, en ce mesmement
-qu'elle requéroit estre donné charge à voz depputez de la satisfaire
-du point de la religion, comme pour tirer d'eulx une déclaration et
-promesse, par où aparust que Monsieur heust à quicter l'exercice de sa
-religion, et estre obligé de demeurer sans icelluy, et que
-malayséement, sur une si dure condicion, nous auserions vous
-conseiller d'envoyer voz depputez, ilz ont advisé, Sire, de la
-modérer. Et, le jour après, nous ayant le comte de Lestre conviez avec
-toutz les principaulx du conseil en son logis, luy et milord Burlay
-nous ont dict qu'elle n'entendoit les choses ainsy comme nous les
-prenions, (qu'il fallût que voz depputez eussent à luy faire la
-déclaration que nous disions), mais bien que, pour ceste heure, elle
-ne pensoit, si eulx, estant icy, continuoient luy demander pour
-Monsieur l'exercice de sa religion, qu'elle le leur peust accorder; et
-que eulx deux, ses conseillers, jugeoient estre bon qu'on en layssât
-l'article aux termes qu'il estoit ez premières responces, sans
-capituler d'un costé ni d'aultre rien plus en cela, parce que la dicte
-Dame n'en sçauroit si peu accorder davantaige que les Protestans ne
-criassent que c'estoit trop, ny nous en obtenir si largement que les
-Catholiques peussent jamais estimer que ce fût assés.
-
-Sur quoy estant le Sr Cavalcanty retourné despuys en court pour
-prandre congé de la dicte Dame, elle luy a confirmé que, pourveu
-qu'elle ne soit recerchée de ce poinct de la religion, sur lequel
-estime ne luy estre aulcunement loysible de faire, à présent, nulle
-déclaration ny ottroy contre les loix de son royaulme, elle ne voyt,
-quant à tout le reste, qu'il y puisse avoir nulle aultre difficulté.
-Voylà, Sire, en quoy reste l'affaire auquel Vostre Majesté donra à
-ceste heure l'acheminement qu'il jugera estre honnorable, ayantz, à
-toutes advantures, demandé le passeport pour les dicts sieurs voz
-depputez, qui est desjà envoyé au Sr de Valsingam, affin que ce ne
-soit ung aultre dilay de l'attandre, si, d'avanture, Vostre Majesté se
-résoult de les envoyer.
-
-Au surplus, Sire, le capitaine Caje, lieutenant de Barvic, est
-freschement arrivé d'Escoce, qui raporte que, le jour de Saint Jehan,
-il y a heu ung aultre rencontre prez de Lillebourg, auquel ceulx du
-party de la Royne ont heu du meilleur, et ont prins le lair de
-Dronlanric et plusieurs aultres, qui compensent bien la perte de
-milord de Humes et la route qu'ilz avoient receue auparavant. Il a
-apporté aussi le cartel de deffy que ung sire Alexandre Stuart, en
-soubstien du comte de Lenoz, a mandé au capitaine Granges, et la
-responce du dict Granges, et pareillement les articles de l'abstinance
-d'armes, que la Royne d'Angleterre monstre de procurer entre eulx,
-desquels ceulx que le duc de Chastellerault et comte d'Honteley ont
-offert semblent fort raysonnables, et ceulx des dicts de Lenoz et
-Morthon hors de toute rayson; lesquelz sont toujours conseillez et
-estimulez d'icy de continuer le trouble et de haster la fortiffication
-du Petit Lith, pour enfin emporter, s'ilz peuvent, la ville et
-chasteau de Lillebourg: tennans cependant la Royne d'Escoce aussi
-estroictement, et son ambassadeur aussi resserré que jamais. Dont
-Vostre Majesté me commandera, par les premières, ce qui luy plairra
-que je y face, et ce que j'auray à remonstrer touchant la
-fortiffication du Petit Lith, car j'entendz que c'est contre les
-trettez. Sur ce, etc.
-
- Ce XIe jour de juillet 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, estant le propos des petites lettres parvenu au poinct que
-Vostre Majesté verra par celle, que j'escriptz présentement au Roy,
-non sans avoir miz tout le plus loyal et dilligent service, qu'il m'a
-esté possible, pour faire qu'il allât mieulx sellon vostre intention,
-j'ose bien à ceste heure, Madame, vous descouvrir librement aulcunes
-choses que je puys desirer en cella, et vous suplier très humblement
-d'avoir agréable que j'obtienne celles que je laysse bien à Vostre
-Majesté de les juger si elles seront raysonnables:
-
-C'est que Voz Majestez et Monseigneur veuillez ainsy estimer de cest
-affaire comme de celluy qui a esté bien fort et est encores assés
-plein de grandes difficultez, lesquelles on s'esforce de les tenir
-toutjour en vigueur, et qu'il y a plusieurs ennemys, les ungs aparantz
-et les aultres couvertz, personnaiges principaulx de ce royaulme, qui
-l'ont contradict, et plusieurs de dehors qui l'ont traversé et le
-traversent encores par pratiques, par promesses et par deniers
-contantz; que pourtant il vous playse excuser si je n'ay peu et si ne
-puys faire quadrer justement le tout au poinct que desireriez, mesmes
-que je n'ay osé, ny ose encores; y faire courir de l'argent, affin que
-ceste princesse n'en entre en souspeçon, et ay gaigné les
-intelligences des dames et seigneurs sans aultre coust que de quelques
-escuz à d'aultres moindres, que je leur ay donné comme de moy mesmes;
-que vous jugiez néantmoins, Madame, qu'encores n'a esté peu de
-conduyre les choses à ce que les condicions ne sont extraordinaires,
-que Monsieur n'est recerché d'estre aultre que catholique, que Calais
-n'est demandé, que la conférance est accordée avec voz depputez, non
-sans parolle donnée qu'ilz ne s'en retourneront, pourveu qu'on ne
-touche à la dicte religion, sinon avec une honneste conclusion de tout
-le reste; que j'estime avoir pratiqué tant d'amys et serviteurs à
-Monseigneur vostre filz, qu'il pourra venir en toute seurté par decà;
-que desjà la valleur, la vertu, les grâces et les belles qualitez, qui
-sont véritablement en luy, y sont si bien représantées qu'il y est
-avec amour et affection desiré de l'univers du royaulme; que pourtant
-il se veuille résouldre, avec le bon playsir de Voz Majestez, et avec
-dispence, si besoing est du Pape, mais si secrecte qu'il ne s'en
-puysse rien entendre de deçà, s'il dellibère donner meintenant
-perfection à ce propos, lequel se monstre de tant plus honnorable et
-grand pour luy et profitable pour la France, que ses ennemys et
-envyeulx s'esforcent de l'empescher;
-
-Que si, d'avanture, il s'y résoult, il playse à Vos Majestez envoyer
-promptement voz depputez, pendant que le fer est chauld, et quelque
-présent, si ainsy vous semble bon, par monsieur de Montmorency à ceste
-princesse, et pareillement l'aultre pourtrect, car l'on commençoyt de
-prandre à mal que, en ayant esté envoyé deux d'icy, l'on n'en avoit
-peu encores recouvrer nul de dellà, (et celluy du créon a esté
-merveilleusement bien veu et trouvé fort beau); qu'il vous playse
-faire tout ce qu'il vous sera possible pour contanter le comte de
-Lestre du mariage qu'il desire, ou de quelque aultre qui soit
-honnorable, et avec huict ou dix mille escuz de rante pour le moins;
-qu'il luy soit envoyé et à milord de Burlay une lettre à chacun
-d'eulx, de la main de Mon dict Seigneur, et une aultre de sa mesme
-main, s'il luy playt, à ung aultre seigneur, dont le nom soit layssé
-en blanc, affin de les bien confirmer, et une aultre lettre à moy
-pour en confirmer d'aultres, sans expéciffication de pas ung, sinon,
-en général, de ceulx dont il présupposera que je luy auray escript;
-qu'il vous playse pareillement m'envoyer des bagues ou monstres
-exquises, pour faire présent à aulcunes dames et seigneurs de ceste
-court; que donniez charge à monsieur de Montmorency de gratiffier de
-parolle, et avec promesses, ceulx qu'il entendra par deçà estre bien
-affectionnez à ce propos; qu'il ayt charge de recommander en bonne
-sorte la Royne d'Escoce et ses affaires, et la liberté de son
-ambassadeur; et, pour la fin, en ce qui me peult concerner, si
-d'avanture je m'ose ramentevoir, que, suyvant ce que Vostre Majesté
-m'a mandé que je seroys nommé en la procuration avec voz depputez,
-qu'il vous playse, Madame, si d'avanture ilz viennent, m'y faire
-comprandre, ainsy qu'il convient à ung ambassadeur de Voz Majestez, et
-que, sur ceste très honnorable occasion, laquelle sera aussi pleyne de
-despence, Vostre Majesté n'ayt mal agréable de me faire sentyr la
-faveur, l'honneur et bienfaict que j'ay toutjour espéré de sa grâce;
-et je suplieray le Créateur, etc.
-
- Ce XIe jour de juillet 1571.
-
-
-PAR POSTILLE.
-
- Ce que j'ay dict cy dessus, d'avoir le consens du Pape, seroit
- pour dispenser Monsieur sur le mariage de ceste princesse et sur
- la forme des nopces, et pour la pouvoir accompaigner quelquefoys
- à son oratoyre, et pouvoir aussi estre quelques jours sans ouyr
- la messe, si la nécessité ainsy le requéroit, entrant en son
- royaulme, se chargeant Mon dict Seigneur, le jour qu'il
- l'ouyroit, d'un plus grand service de prières catholiques; car,
- au reste, nul ne faict difficulté qu'estant icy il n'obtienne
- assés en cella, sellon que la Royne d'Angleterre mesmes et toutz
- ceulx de son conseil sçavent et permettent que plusieurs
- seigneurs de ce royaulme puyssent avoir la messe en leurs
- maisons, et elle mesmes les en dispence, et, au pis aller,
- l'ambassadeur du Roy, qui sera icy, accommodera toutjours Mon
- dict Seigneur et les siens du dict exercice de sa religion, et ne
- sera inconvéniant, s'il le trouve bon, qu'aulx grandes festes, il
- passe à Bolloigne pour y faire la solempnité; qui n'est pas plus
- loing que là où le Roy d'Espaigne se retire souvant en telz jours
- pour sa dévotion, car, pourveu qu'il se conserve et se monstre
- catholique, et qu'en quelque sorte il ayt l'exercice de sa
- religion, et qu'il ne soit obligé à la protestante, il ne luy
- peult, quant au reste, estre rien imputé en cest endroict ny
- envers Dieu, ny envers les hommes: et pourtant, Madame, il ne
- fauldra toucher ung seul mot au sieur de Valsingan du dict faict
- de la religion, ny l'admettre luy qu'il vous en parle.
-
-
-
-
-CXCIIe DÉPESCHE
-
---du XIIIIe jour de juillet 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Deslandes._)
-
- Affaires d'Écosse: nouvelle suspension d'armes.--Retour de sir
- Henri Coban; réponse qu'il rapporte du roi
- d'Espagne.--Négociation des Pays-Bas.--Destruction de la flotte
- des protestans par la flotte du duc d'Albe.--_Avis secret_ sur
- la négociation du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je m'en vays aujourduy trouver la Royne d'Angleterre à
-Hamptoncourt pour luy faire l'honneste mercyement que me mandez, par
-la vostre du IIe du présent, et verray en quoy elle persévère sur la
-négociation que Mr de Larchant et moy avons heu avecques elle, qui
-n'ay, pour ceste heure, rien que vous mander de plus, ny de moins, en
-cella despuys qu'il est party. Mais je vous diray d'ailleurs, Sire,
-que le Xe de ce moys, la Royne d'Angleterre a escript, par le
-capitaine Caje, au mareschal de Barvyc en Escoce, qu'elle desire estre
-bien informée de l'estat du pays, comme les partz s'y meintiennent, et
-quelle opinion il en a, et à quoy il juge que pourront devenir les
-choses, et pourtant qu'il pénètre bien ez affaires de dellà affin
-qu'elle ne s'y trouve trompée; et qu'il dye aulx comtes de Lenoz et de
-Morthon que, pour ceste heure, elle ne les peult contanter de ce
-qu'ilz desirent, parce que toutz ceulx de son conseil luy remonstrent
-que cella enfraindroit les bons trettez qu'elle a avec ses alliez,
-lesquelz ont l'oeil si ouvert en cest endroict qu'il n'est possible
-d'y aller si couvertement qu'ilz ne le descouvrent; et qu'il leur dye
-aussi qu'elle ne trouve bon qu'ilz reffuzent la suspencion de guerre
-pour demeurer ainsy obstinez qu'ilz sont, les armes à la main; ce qui
-ne peult estre qu'avec grandz fraiz, et qu'il seroit trop meilleur
-qu'ilz se missent, pour ung temps, en quelque neultralité, mais, s'ilz
-demeurent résoluz de non, qu'ilz advisent d'employer en leurs affaires
-les deniers qu'ilz ont tiré en grande somme des confisquations et
-forfaictures du pays, ausquelz n'a esté encores rien touché, premier
-que de presser par trop leurs amys, lesquelz ilz trouveront toutjour
-prestz de leur ayder, quant il en sera besoing; qui est tout le
-subject de la lettre, laquelle elle luy mande de la communiquer aus
-dicts de Lenoz et Morthon, et qu'après il se retire à Barvyc. Despuys
-laquelle dépesche, j'entendz, Sire, que la dicte Dame a receu des
-nouvelles du dict mareschal, du IIIIe du présent, qui luy mande que,
-oultre le navyre, chargé d'armes et de monitions qui venoit de
-Flandres, où y avoit douze mil escuz en réalles et jocondales, lequel
-Morthon a naguières arresté, il estoit tout freschement arrivé ung
-aultre petit vaysseau de France, chargé d'armes et pouldres, envoyé à
-ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui, ne sachant le Petit Lith
-estre ez mains du susdict de Lenoz, y estoit allé aborder tout droict;
-et que le comte de Morthon l'avoit incontinent saysy, et faict mettre
-les monitions au magasin du jeune Prince, et l'escouçoys qui les
-conduysoit en estroicte pryson, et qu'après beaucoup de grandes
-difficultez, icelluy mareschal enfin avoit heu parolle et promesse des
-deux partiz pour la suspencion d'armes; mais je n'ay encores entendu,
-Sire, pour combien de temps. C'est dont mettray peine de vériffier
-encores mieulx, s'il m'est possible, toutes ces choses, et adviseray
-d'en toucher ung mot à ceste princesse, ensemble de la continuation du
-tretté, et de la liberté de l'évesque de Roz, pour, puys après, vous
-en mander plus grand certitude.
-
-Le jeune Coban a remercyé l'ambassadeur d'Espaigne du bon recueil
-qu'on luy a faict, et de la seurté qu'il a trouvé en Espaigne, soubz
-la faveur de ses lettres, et ne luy a rien plus touché de la
-négociation qu'il a faicte par dellà, mais j'ay sceu d'ailleurs que la
-lettre qu'il a apportée du Roy d'Espaigne à la Royne, sa Mestresse,
-laquelle est en latin, contient en substance:--«Qu'il ne desire rien
-tant que de demeurer en bonne amytié et intelligence avecques elle, et
-que les différans des prinses et de la suspencion du commerce d'entre
-leurs pays, soyent accommodez avec une bonne réconcilliation entre
-leurs communs subjectz, et qu'il sera prest d'aprouver et ratiffier
-tout ce que ses depputez en accorderont, ne s'estant jamais persuadé
-qu'elle n'ayt toutjour desiré d'entretenir la bonne amytié et
-alliance, qui a duré plusieurs siècles entre la mayson d'Autriche et
-la couronne d'Angleterre si inséparablement, qu'à toutes occasions et
-à toutz momentz elles ont esté toutjour prestes de prendre les armes
-pour la deffance l'une de l'aultre, et qu'estant son desir de
-persévérer en cella bien fort fermement de son costé, il espère
-qu'elle et toute la noblesse de son royaulme n'y seront moins disposez
-du leur, pour estre chose utille et très nécessaire à toutz deux.»
-
-Je ne sçay encores ce qu'il a raporté davantaige en secrect; tant y a
-que le dict accord des prinses ne monstre, pour son arrivée, de
-prandre plus grand advancement, bien qu'il semble que le Sr Thomas
-Fiesque s'esforce de le conduyre, sans le sceu ny de l'ambassadeur ny
-du Sr de Sueveguem, qui est l'aultre depputé des Pays Bas; et
-néantmoins le Sr Quillegrey a esté encores freschement envoyé pour
-ouvrir et visiter aulcunes balles des dictes prinses affin de veoir
-s'il y a de l'argent dedans, ce qui n'est prins pour bon signe. Je
-metz peyne de m'y comporter ainsy que m'ayez cy devant mandé en
-chiffre. Icelluy Coban se loue d'avoir esté fort bien tretté et
-caressé par dellà, et que le Roy d'Espaigne l'a paysiblement ouy et
-bénignement respondu, et que le prince d'Evoly luy a donné plusieurs
-bonnes parolles, mais qu'il s'en est retourné sans qu'on luy ayt faict
-de présent. Les vaysseaulx flamans, qui se souloient tenir en ceste
-estroicte mer, ont esté escartez par l'admyral de Flandres qui en a
-prins ou miz à fondz quatorze, et jetté en la mer ou bien exécuté six
-centz hommes qui estoient dessus, et le reste s'est retiré à la
-Rochelle. Fitz Maurice a combattu en Yrlande, et dict on qu'il a tué
-cent cinquante hommes de la garnison de la Royne d'Angleterre, qui est
-beaucoup, veu le petit nombre de gens de guerre qu'elle y entretient.
-Il s'entend icy que le cardinal Alexandrin vient trouver Vostre
-Majesté; sur quoy l'on faict de bien diverses interprétations. Sur ce,
-etc. Ce XIVe jour de juillet 1571.
-
-
- J'adjouxteray à ce pacquet un adviz qui me vient d'arriver tout à
- ceste heure, lequel j'ay extraict, mot à mot, de son original, et
- vous supplie très humblement me le renvoyer, ou commander qu'il
- soit miz au feu, et que Mr de Valsingam n'en entende en façon du
- monde rien.
-
-
-ADVIZ DONNÉ AU Sr DE LA MOTHE.
-
- «Toutes choses aujourd'huy se mènent avec art et finesse et la
- vostre mesmement; car, pendant que vous et l'aultre gentilhomme
- la trettiez icy, eulx ont dépesché, à cachettes, ung messagier
- avec instruction privée à Valsingam de faire tout ce qu'il luy
- sera possible pour pénétrer secrectement et dextrement ez
- intentions d'icelle court, et que, soubdain à l'arrivée du dict
- gentilhomme, et sans attandre ce qu'on pourroit colliger de son
- rapport, il signiffiât par le mesmes messagier la disposition en
- quoi il auroit cogneu qu'on y continuoit vers cest affaire,
- voulans, puys après, requérir plus ou moins sellon qu'il leur
- semblera de besoing. Les amis de la cause desirent qu'on leur
- admette, _pro formâ tantùm_, ce qu'ilz ymaginent estre expédiant
- de faire au poinct de la religion, affin de les veincre, car les
- ennemys n'ont aultre excuse quelconque que celle de la dicte
- religion, et commancent fort à doubter, et les amys à mieulx
- espérer. La responce d'Espaigne après avoir esté bien considérée
- n'est sinon neutre et incertaine. Dieu vous conserve.»--15.--
-
-
-
-
-CXCIIIe DÉPESCHE
-
---du XXe jour de juillet 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Nouvelles instances en faveur de Marie
- Stuart.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle veut procéder au
- traité, et que la liberté sera bientôt rendue à l'évêque de
- Ross.--Secours sollicité en Angleterre par le comte de Lennox,
- qui a remporté quelques avantages en Écosse.--État de la
- négociation du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay vollu monstrer à la Royne d'Angleterre que la meilleure
-occasion, qui me menoit ceste foys devers elle, estoit pour luy bayser
-les mains, et pour veoir et entendre de sa bonne disposition, affin de
-vous en pouvoir escripre plus souvant, sellon que je l'ay asseurée
-que Vostre Majesté me commandoit de le faire, et pour la remercyer
-aussi de la faveur, qu'elle avoit usé au Sr de Larchant, de l'avoir
-humainement receu et bénignement ouy, et de luy avoir signiffié en
-plusieurs sortes la bonne amytié qu'elle porte à Voz Majestez Très
-Chrestiennes, et encores une honneste et vertueuse affection à
-Monsieur; et de l'avoir faict honnorablement entretenir et
-accompaigner par ses gentishommes à la chasse, et partout où il avoit
-vollu aller, et encores de ce que luy et moy avions esté très
-somptueusement bien trettez en la mayson de Mr le comte de Lestre, et
-qu'au partyr elle l'avoit envoyé honnorer d'ung honneste présent: qui
-estoient choses que je la pouvois asseurer de les avoir toutes mandées
-en France, affin qu'elles y fussent recogneues, et que le semblable
-fût usé aux siens, quant elle les y envoyeroit; que luy s'en estoit
-party avec une si parfaictement bonne estime de tout ce qu'il avoit
-veu et ouy d'elle et de sa court, qu'il s'asseuroit d'en pouvoir
-donner une très grande satisfaction à ceulx qui l'avoient envoyé;
-seulement la responce, qu'elle nous avoit faicte, luy avoit semblé ung
-peu dure, et toutz deux l'avions encores prinse plus durement, de
-sorte que je desiroys qu'elle me vollust, à ceste heure, dire quelque
-mot, par où je vous y peusse mander une plus gracieuse interprétation.
-
-La dicte Dame a heu très agréable le propos, et a remercyé infinyement
-Voz Majestez Très Chrestiennes du soing qu'aviez de sa santé, me
-priant que, en vous escripvant comme elle en estoit à ceste heure,
-grâces à Dieu, fort bien, je vous supplyasse de luy faire toutjour
-part des bonnes nouvelles de la vostre, et que je debvois, au reste,
-bien excuser si Mr de Larchant n'avoit esté ainsy bien caressé comme,
-pour l'honneur de ceulx qui l'envoyent, elle l'eust bien desiré, et
-comme luy mesmes le méritoit, mais il estoit icy pour une matière où
-il failloit qu'elle monstrât d'y faire plus par acquit que par
-affection; et quant à sa responce que, tant plus elle la considéroit,
-plus elle la trouvoit raysonnable et mesmes bien fort doulce, de sorte
-qu'elle avoit miz l'affaire ez mains de Voz Majestez Très
-Chrestiennes, auxquelles estoit meintenant d'y donner la bonne
-conclusion qu'il vous playrroit. Et s'est continué le propos en
-plusieurs bien fort gracieuses et honnestes particullaritez, qui ont
-monstré qu'elle persévéroit toutjour en son bon propos vers Mon dict
-Seigneur.
-
-Et puys j'ay adjouxté, Sire, que le reste, que j'avois à luy dire,
-estoit du contenu en une lettre que Vostre Majesté m'avoit escripte,
-du IIe du présent, de laquelle je m'asseuroys que une partie luy
-playrroit bien, et encores me sembloit que le tout luy debvoit playre;
-car vous n'y cerchiez sinon son parfaict contantement, et que je luy
-en avois apporté le propre extrait, affin qu'elle y comprînt mieulx
-vostre bonne intention. Dont la luy ay leue, en la forme que je
-l'envoye à Vostre Majesté, qui a esté tout exprès, Sire, pour luy
-faire couler, parmy les gracieulx propos qui y sont, les aultres
-choses que j'avois à luy toucher du faict de la Royne d'Escoce.
-
-Et est advenu que la dicte Dame m'a asseuré, avec beaucoup
-d'expression, qu'elle n'avoit jamais veu une plus cordialle, ny plus
-courtoyse, ny plus fraternelle lettre que celle là, et me l'a faicte
-relyre par une segonde foys, non sans me remercyer bien fort de ce que
-je vous avois représanté son regrect ainsy grand, touchant vostre
-blesseure, comme j'avois bien cogneu qu'elle l'avoit; et quant au
-mercys qu'il vous playsoit luy en randre, elle vous en debvoit de
-retour ung beaucoup plus grand pour icelluy, que n'estoit celluy
-qu'elle en avoit mérité, me priant de luy ayder à excuser la faulte,
-qui estoit advenue, de ne vous avoir sur ceste occasion envoyé le
-jeune Housdon, comme elle m'avoit dict qu'elle feroit, car il estoit
-devenu mallade, et, oultre cella, il s'estoit tant adonné à servyr une
-jeune veufve, laquelle il vouloit espouser, qu'on n'avoit peu finer de
-luy, bien qu'il se fût faict attandre, d'heure en heure, jusques à ce
-qu'on avoit heu nouvelles bien certaynes que vous estiez parfaictement
-guéry, de façon qu'il eust plus paru, à ceste heure là, une simulation
-que non pas ung vray office, de l'envoyer; et quant aulx aultres
-poinctz de la lettre qu'elle vouloit, premier que d'y respondre, me
-commémorer ce que, une aultre foys, elle m'avoit dict de la rébellion
-qu'on avoit naguières pratiquée en ce royaulme, et encores une
-entreprinse d'auparavant qui s'estoit freschement descouverte, où le
-filz du comte Dherby se trouvoit meslé, et confessoit qu'on, avoit
-projetté de la commancer en la ville de Conventry par donner entendre
-que leur Royne estoit morte, affin de proclamer incontinent Royne la
-Royne d'Escoce, laquelle, à ce prétexte, devoit estre tirée des mains
-du comte de Cherosbery par force, ce qui estoit punissable de mort
-contre les autheurs et complices; et qu'au reste elle ne sçavoit
-comment prendre ce que Vostre Majesté avoit, despuys vingt jours,
-envoyé de l'argent, qui estoit les nerfz de la guerre, et des
-monitions en Escoce pour ceulx de Lillebourg, et qu'il luy debvoit
-estre aussi bien loysible à elle d'y envoyer des forces contre eulx,
-car c'estoient ses ennemys.
-
-A quoy ayant respondu quant à ce dernier, que je n'en sçavois rien,
-mais que je sçavois bien, Sire, que vous estiez tenu et aviez droict
-et estiez en très longue possession d'y en pouvoir envoyer comme à voz
-alliez et confédérez, là où elle n'avoit confédération ny alliance
-aulx aultres, et n'y en pouvoit raysonnablement avoir, sinon avec
-vostre bonne intelligence, parce que eulx mesmes estoient ou debvoient
-estre de celle de vostre couronne; et qu'elle ne debvoit compter pour
-ses ennemys ceulx de Lillebourg, parce qu'ilz s'estoient monstrez plus
-prestz de satisfaire à ses honnorables intentions que non pas les
-aultres; et encores, quant elle les avoit envoyé chastier à cause de
-ses fuytifz, que vous ne vous en estiez aulcunement esmeu jusques à ce
-qu'on vous avoit raporté qu'elle passoit oultre en pays, et se
-saysissoit des places, comme elle en tenoit encores quelques unes, et
-encores allors avoit elle bien veu comme vous vous y estiez
-gracieusement comporté.
-
-Enfin la dicte Dame m'a faict une bien honneste et bien fort royalle
-responce; c'est qu'elle vouloit trop plus de bien à son propre
-honneur, qu'elle ne pourtoit d'ayne à la Royne d'Escoce, et qu'elle ne
-se vouloit préjudicier à soy mesmes pour se vanger d'elle, ainsy
-qu'elle en avoit desjà monstré de vrays signes; qui, au lieu de luy
-nuyre, luy avoit saulvé l'honneur et la vie, et pourtant que je vous
-advertisse, Sire, qu'elle procèderoit très honnorablement aulx
-affaires de ceste princesse, et n'attandoit plus, pour y mettre bien
-la main, que la responce du comte de Lenoz; car desjà ceulx de
-Lillebourg luy avoient mandé qu'ilz luy envoyeroient ses depputez,
-dont Ledingthon en seroit l'ung, et que tout par un moyen il seroit
-lors pourveu à elle et à ses subjectz, et à la démolition du Petit
-Lith; et quant à l'évesque de Roz que, dans ung jour ou deux, elle le
-feroit ouyr et examiner une aultre foys, et puys le renvoyeroit à sa
-Mestresse, et de là hors du royaulme, car ne vouloit qu'il habitât
-plus en Angleterre.
-
-Je ne luy ay rien répliqué là dessus, ains suys retourné au premier
-propos; mais, le jour d'après, j'ay envoyé sa responce par escript
-aulx seigneurs de son conseil, affin de la conférer encores avec la
-dicte Dame et me confirmer ce que j'aurois à vous en escripre, les
-priant que ce fût avec bon effect, correspondant aulx bonnes parolles
-de leur Mestresse, et que je n'y advanceroys, ny diminueroys ung seul
-mot: dont suys attandant ce qu'ilz me manderont.
-
-Mais cependant, Sire, j'ay à dire à Vostre Majesté que, despuys cella,
-est arrivé ung corrier d'Escoce par lequel les susdicts de Lenoz et
-Morthon, estantz encouraigez de leurs bons succez, et des prinses des
-deux navyres que je vous ay mandez l'ung de France et l'aultre de
-Flandres, et encores comme j'entendz de la personne du Sr de Vérac,
-ont mandé à la dicte Dame qu'à ceste heure estoit il temps qu'elle
-envoyât des forces pour assiéger la ville et chasteau de Lillebourg,
-et, si elle ne vouloit envoyer gens, qu'elle leur envoyât tant
-d'argent qu'ilz peussent faire l'entreprinse de eulx mêmes, ce qui
-n'est encores résolu; mais je crains fort qu'enfin elle leur envoyera
-de l'argent. Et affin, Sire, que Vostre Majesté compreigne mieulx le
-desir et intention de la Royne d'Escoce là dessus et les adviz
-qu'elle a sur ses affaires, je vous envoye l'extraict des deux
-derniers chiffres qu'elle m'a envoyés, desquels cognoistrez que je luy
-ay aultant communiqué du contenu en voz précédantes dépesches, comme
-j'ai estimé qu'il estoit besoing de le faire pour la consoler, et pour
-la tenyr advertye des choses que mettez peyne de faire pour elle. Sur
-ce, etc. Ce XXe jour de juillet 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, en discourant avec la Royne d'Angleterre des choses que je
-mande en la lettre du Roy, nous sommes, de propos en propos, venuz à
-parler du pourtraict de Monseigneur vostre filz, et elle m'a dict
-qu'encor que ce ne soit que le créon, et que son teint n'y soit que
-quasi tout chafouré de charbon, si ne layssoit ce visaige de monstrer
-beaucoup de beaulté et beaucoup de merques de dignité et de prudence;
-et qu'elle avoit esté bien ayse de le veoyr ainsy meur comme d'ung
-homme parfaict, car me vouloit dire tout librement que mal
-vollontiers, estant de l'eage qu'elle est, eust elle vollu estre
-conduicte à l'esglise pour estre maryée avec ung qui se fût monstré
-aussi jeune comme le comte d'Oxfort, et que cella n'eust peu estre
-sans en avoir quelque honte, et encores du regrect; mais ung chacun,
-qui verroit la présence et les modestes façons de Monsieur, ne
-pourroit dire sinon qu'il y alloit d'ung sage et fort bon jugement,
-car il monstroit bien avoir sept ans plus qu'il n'a, ce qu'elle
-desireroit en bon esciant qu'il eust, ou qu'elle les eust moins, et
-plustost desireroit ce plus à luy qu'à elle, non pour le préférer à la
-couronne de son frère, car vouoyt à Dieu qu'elle ne le desiroit
-nullement, et que je sçavois bien qu'elle avoit esté davantaige en
-peyne de la blesseure du Roy, de peur que Monsieur ne devînt si grand
-qu'il n'eust plus à faire de la grandeur qu'elle luy pouvoit donner,
-mais c'estoit affin qu'il ne se trouvât de grande inéqualité entre
-eulx, car confessoit avoir trente cinq ans, encor que son visaige ny
-sa disposition ne monstrassent qu'elle en eust tant.
-
-Je luy ai respondu que Dieu avoit si bien pourveu à ce que son eage à
-elle ne luy emportât rien de ses beaultez et perfections, et que les
-ans de Monsieur luy anticipassent à luy les siennes, qu'il a monstré
-estre son infalible vouloir qu'ilz soyent maryez ensemble; et par
-ainsy qu'elle ne doubte de ne trouver aussi en Mon dict Seigneur la
-correspondance de toutes les aultres choses que, pour son honneur, sa
-grandeur, sa seureté et le repoz de son estat, et pour tout ce qui
-concerne son entier et parfaict contantement, elle pourroit desirer.
-Ce que la dicte Dame a monstré de recepvoir avec affection. Et le
-comte de Lestre m'a continué déclairer une semblable vollonté là
-dessus comme toutjour, et mylord de Burgley, encor qu'il n'ait esté
-lors présent, m'a faict néantmoins signifier qu'il y persévéroit
-toutjours.
-
-Par ainsy, Madame, je n'ay rien, à présent, qui ne soit pour la
-confirmation du propos et pour vous asseurer que je ne voys point
-qu'on n'y procède icy de fort bon pied, sellon que Vostre Majesté me
-mande, par la sienne du VIIIe de ce moys, que le Sr de Valsingam luy
-en est aussi venu faire une fort expresse déclaration; et je suys bien
-ayse, Madame, qu'il vous ayt pleu me la faire sçavoir, car je m'en
-serviray icy bien à propos, mais, quant à vous mander une plus grande
-résolution des condicions et demandes, qui ont esté desjà proposées en
-cella, vous sçavez, Madame, que par l'instruction du Sr de Larchant
-vous m'avez commandé de n'en entrer en nulle dispute ny contestation
-affin de réserver cella à la venue de voz depputez, ce que j'estime
-aussi estre le meilleur. Par ainsy, tout ce que je vous en diray pour
-ceste heure de plus est que j'auray, à leur venue, aultant préparé les
-choses comme cependant j'en pourray esclarcyr les difficultez. Sur ce,
-etc. Ce XXe jour de juillet 1571.
-
-
-
-
-CXCIVe DÉPESCHE
-
---du XXIIe jour de juillet 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par Joz, mon secréthaire._)
-
- Affaires d'Écosse.--Nécessité d'envoyer sans retard le secours
- d'argent qui a été promis.--Négociation du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ce qui me faict vous dépescher, à ceste heure, mon secrétaire
-est principallement pour l'ocasion que trouverez en la lettre que
-j'escriptz à la Royne, et j'en adjouxteray icy une seconde qui est,
-Sire, pour vous dire que les adviz que nous avons d'Escoce se
-raportent à ce que les choses y commançoyent desjà d'aller si relevées
-à vostre dévotion et au proffict de la Royne d'Escoce que, si le
-malheur ne fût arrivé au capitaine Melvin de se bruller ainsy qu'il a
-faict, en voulant distribuer sur l'heure du combat de la poudre aulx
-soldatz, la guerre estoit finye ce jour là, et le comte de Morthon
-demeuroit prins, et le comte de Lenoz chassé du pays; et encores
-despuys, si Chesoin eust peu conduyre jusques à ceulx de Lillebourg ce
-que Vostre Majesté leur envoyoit, les aultres habandonnoient leur
-entreprinse pour ne trouver que la Royne d'Angleterre fût fort preste
-de leur bailler hommes, ny de leur fournyr argent; et encores
-aujourduy, ilz sont réduictz à ce, qu'ilz pressent infinyement la
-dicte Dame de les secourir, ou bien qu'ilz ne pourront en façon du
-monde, après ce moys, entretenir leurs gens de guerre. A quoy elle ne
-veult entendre, car je l'ay fort adjurée, au nom de Voz Majestez, de
-ne se laysser tant aller à la malice et opiniastreté des Escouçoys
-qu'elle en viegne altérer la bonne amytié qui est entre vous; ains
-qu'elle advise de se prévaloir plustost des commoditez et advantaiges
-qu'on luy offre; en façon, Sire, qu'il semble qu'elle se résoult d'y
-vouloir prendre ung aultre expédiant que celluy que les dicts de
-Morthon et Lenoz desirent. Dont les amys de la Royne d'Escoce vous
-suplient très humblement, Sire, d'assister à ceste heure plus que
-jamais sa cause, et qu'il vous playse faire mettre en mes mains le
-secours par moys qu'avez ordonné pour la dicte Dame, et que, d'icy en
-hors, avec l'acquit d'elle, l'on trouvera moyen de faire seurement
-conduyre les deniers à ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer
-est interdicte, mais que ce soit si secrectement, par les moyens que
-ce mien secrétaire vous dira, qu'on n'en puysse avoir nul sentyment
-icy; et que le premier moys soit fourny le plus promptement que la
-commodité de voz affaires le pourra permettre, car le besoing le
-requiert. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIIe jour de juillet 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, il n'y a nul soubz le ciel qui desire plus de grandeur à
-Monseigneur vostre filz, ny qui plus ayt d'affection de luy veoir
-advenir celle, dont se trette meintenant, que moy, qui cognois de plus
-en plus qu'elle est très honnorable pour luy et de grand moment pour
-Voz Majestez et pour vostre couronne; mais ce n'est sans que je desire
-aussi d'y voyr conjoincte la provision qui est requise pour sa
-conscience, pour sa réputation et pour la seurté de sa personne; qui
-sont trois choses que, dez le commancement, j'ay toutjour incisté
-qu'il y fût très soigneusement pourveu, et y ay encores plus
-escrupuleusement regardé despuys que Vostre Majesté m'a signiffié la
-peyne où elle en estoit, de façon que, auparavant et despuys, je n'ay
-cessé de pénétrer, le plus qu'il m'a esté possible, ez choses que j'ay
-estimé vous pouvoir mettre hors de ce doubte, et qui estoient pour
-vous y aporter du repoz. Dont, oultre ce qu'en avez veu par mes
-précédantes dépesches, voycy, Madame, ce que, despuys le partement de
-Mr de Larchant et du Sr Cavalcanty, j'y ay peu advancer:
-
-C'est qu'après avoir, en la meilleure sorte et le plus modestement
-qu'il m'a esté possible, par bonnes promesses, par parolles, par
-adjuremens et par diverses offres et plusieurs bien estroictes
-négociations, sollicité les principalles personnes d'auprès de ceste
-princesse sur ce propos, mesmement le comte de Lestre et milord de
-Burgley, icelluy de Burgley qui, mieulx que tout le reste, sçayt et
-veoyt où l'affaire en doibt tumber, et à l'opinion duquel toutz les
-aultres se raportent, après tout et pour finalle résolution, m'a
-envoyé déclarer par milord Boucart qui me l'est venu dire en mon
-logis, que la Royne, sa Mestresse, et eulx toutz procèdent très
-droictement en cest affaire et ne desirent rien tant que de le veoyr
-bientost et bien heureusement accomply; par ainsy qu'il ne tiendra
-plus à elle ny à eulx, et ne voyant qu'il y puysse intervenir nulle
-difficulté d'où ne se donne mutuelle satisfaction les ungs aulx
-aultres, et que Monsieur n'en demeure bien contant, et mesmes, quant
-au poinct tant dificile, et qui a esté tant débattu de la religion,
-sinon que Mon dict Seigneur y veuille estre trop disraysonnable, et
-qu'il y veuille cercher, au grand dangier de cest estat, quelque
-aultre chose que ce qui peult satisfaire à son honneur, à sa
-conscience et à sa seureté; car, quant à son honneur, là où ce seroit
-à eulx de capituler qu'il ne se fît pour sa venue aulcune innovation
-en la religion, et que luy mesmes n'en eust à user d'aultre que de la
-leur, il n'en sera nullement parlé, d'un costé ny d'aultre, sinon pour
-le déclarer luy, ainsy qu'on a desjà faict, non subject à celle
-d'Angleterre: par ainsy, toute la Chrestienté verra qu'il aura gaigné
-l'advantaige de ce poinct. Quant à sa conscience, s'il est ainsy qu'il
-ne se veuille passer de messe, qu'il la face dire de luy mesmes
-privéement, et sans recercher de l'avoir par capitulation de la dicte
-Dame ny des siens, car ilz ne la luy pourroient faire, sinon à
-l'advantaige de leur religion, et nullement au préjudice d'icelle,
-sans assembler le parlement, ce qui mettroit en combustion tout le
-royaulme, premier qu'on s'en peult accorder. Et quant à la seurté, que
-icelluy de Burgley, et aultant que je vouldray de seigneurs et
-gentishommes de ce royaulme, sommettront leurs vyes que si Monsieur
-vient en Angleterre, il ne luy sera dict ni contradict en rien, que
-honnestement il veuille desirer, ains qu'il y sera obéy et révéré
-comme roy très puissant et absolu. Ce qu'il me faisoit entendre, non
-par ordonnance de la Royne, ny du conseil, mais comme particullier,
-qui cognoissoit bien l'estat du pays, et qui desiroit que Vostre
-Majesté en demeurast ainsy persuadée, et que, si vous vouliez que la
-perfection du mariage s'ensuyvît, que vous ne retardissiez plus la
-conclusion d'icelluy; car, à ceste heure, se justiffieroit qui avoit
-procédé plus sincèrement, ou eulx ou nous.
-
-Je ne voys pas, Madame, quant j'auray bien faict plusieurs aultres
-dilligentes et bien curieuses recerches, que je vous puysse mander
-rien de plus clair ny de plus exprès que cecy, si, d'avanture, ilz ne
-changent; par ainsy, encor que je vous aye escript, de vendredy
-dernier, par l'ordinaire, je ne vous ay vollu dyférer d'une seule
-heure cest advertisement, affin que le temps ne réfroydisse et
-n'emporte l'ocasion qui se présente; sur laquelle ce sera à vostre
-prudence meintenant d'y faire une résolue et honnorable détermination.
-Je vous envoye le pourtraict de la dicte Dame, lequel elle mesmes m'a
-accordé fort vollontiers; et Mr le comte de Lestre me l'a faict
-recouvrer, qui demande fort celluy de Monsieur, en grand volume avec
-les colleurs, et pareillement celluy de la dame que sçavez; de quoy je
-vous suplie le faire contanter. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXIIe jour de juillet 1571.
-
-
-
-
-CXCVe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour de juillet 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Poterne._)
-
- Affaires d'Écosse.--Déclaration faite par l'ambassadeur à
- Burleigh qu'il exige satisfaction du comte de Lennox, à raison
- de l'arrestation récemment faite de Mr de Vérac.--Négociation
- du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ayant escript aulx seigneurs de ce conseil ce qui s'estoit passé
-entre la Royne, leur Mestresse, et moy touchant les choses d'Escoce,
-affin qu'ilz me vollussent davantaige confirmer comme résoluement
-j'auroys à vous en escripre, ilz m'ont mandé qu'ilz avoient communiqué
-ma lettre à la dicte Dame, laquelle y avoit recogneu ses responces mot
-à mot, et quasi aulx mesmes termes et par le mesmes ordre qu'elle me
-les avoit dictes; et par ainsy que je ne sçaurois mieulx faire que
-d'en escripre aultant, sans plus ny moins, à Vostre Majesté: dont je
-m'en raporte, Sire, à ce qu'en avez desjà veu en ma dépesche du XXe du
-présent. Et, despuys cella, iceulx du conseil m'ont envoyé dire que
-les deux partys en Escoce se monstroient fort difficiles de prandre
-aulcune abstinence de guerre, qui estoit cause que la dicte Dame avoit
-renvoyé en dilligence devers eulx pour les y persuader et les y
-exorter de sa part, et qu'elle avoit dellibéré, s'ilz s'y randent
-opiniastres, de dépescher aulcuns de son conseil sur les lieux, ou
-jusques à Barvyc, pour essayer de les accommoder ensemble; et que le
-comte de Lenoz s'étoit fort escandalizé du retour de Vérac, qui estoit
-tumbé de rechef en ses mains, lequel ilz ne sçavoient encores s'il le
-renvoyeroit par terre, ou s'il le feroit réembarquer pour le renvoyer
-par mer.
-
-Sur quoy je leur ay respondu, Sire, que la Royne, leur Mestresse, et
-eulx doibvent admonester le comte de Lenoz de se déporter plus
-modéréement qu'il ne faict vers Vostre Majesté, et de vous avoir tant
-de respect qu'il ne veuille prandre ny arrester voz messagiers, que
-vous envoyez en Escoce; et qu'il laysse au Sr de Vérac accomplyr la
-charge que luy avez commise par dellà, laquelle je leur ose bien
-asseurer n'estre aultre que de procurer, conjoinctement avec l'agent
-de la Royne, leur Mestresse, la paciffication du pays, si, d'avanture,
-il y veult entendre; et que, s'il y va quelques ungs du conseil
-d'Angleterre, qu'il luy veuille permettre de s'entremettre avec eulx
-de l'accommodement des affaires pour le bien de la Royne d'Escoce,
-vostre belle soeur, pour la seureté du Prince, son filz, vostre
-parant, et pour la tranquilité des subjectz du royaulme, qui sont,
-elle et luy, et eulx toutz, de l'alliance de vostre couronne; et que,
-si le dict de Lenoz, après avoir faict murtryr plusieurs bons subjectz
-du dict royaulme, et avoir expolié la pluspart de la noblesse
-d'icelluy de leur biens, et estably une authorité viollante au pays,
-et relevé contre les trettez le fort du Petit Lith, se veult encores
-attaquer de plus prez à Vostre Majesté de vous prandre voz propres
-messagiers et violler voz pacquetz, qu'on ne s'esbahysse si la
-jalouzie de vostre honneur et debvoir en cella, et la juste dolleur du
-sang et opression de voz alliez vous pressent enfin de vous en
-rescentyr et d'en cercher le chastiement; et de tant que l'occasion
-leur en pourroit estre suspecte, que je les prie d'ayder au très
-affectueulx desir qu'ilz voient que vous avez de l'éviter, sellon
-qu'ilz sçavent que vous demeurez très justiffié envers Dieu et la
-Royne, leur Mestresse, et envers eulx mesmes et toute la Chrestienté,
-que vous avez faict tout ce qu'il vous a esté possible pour réduyre
-les choses à de bien équitables condicions, voyre les faire
-advantaigeuses pour la Royne, leur Mestresse, et pour leur royaulme,
-et que pourtant rien de mal, qui en pourra cy après survenir, ne vous
-en debvra estre imputé. Dont vous feray incontinent après, Sire,
-entendre tout ce qu'ilz m'y auront respondu.
-
-Il semble qu'ilz ne se fyent guières au comte de Morthon, lequel,
-hormiz le seul nom de régent, qu'il laysse au dict de Lenoz, il
-s'atribue, quant au reste, toute l'authorité, tout le proffict et
-toute la conduicte de l'entreprinse, et presse infinyement ceulx cy
-de luy envoyer gens et argent dans la fin de ce mois, ou qu'il
-s'accordera avec l'aultre partie; et c'est l'ocasion pourquoy ilz
-veulent envoyer quelques ungs de ce conseil par dellà pour le
-contenir, et pour gaigner, s'ilz peuvent, Granges et Ledingthon, car
-ilz n'y vont jamais que pour faire dommaige à la Royne d'Escoce et
-pour entretenir la division dans son pays, et croy qu'ilz ne
-vouldroient que le dict de Morthon vînt absoluement à boult de ses
-affaires. Vostre Majesté me commandera toutjour ce que j'y auray à
-faire, et me donra s'il luy playt de quoy pouvoir fortiffier et ayder,
-d'icy en hors, ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer leur est
-empeschée.
-
-Je n'ay rien que changer, quant au propos de mariage, de ce que vous
-en ay mandé, le XXIIe de ce moys, par mon secrétaire, et les adviz ne
-me signiffient aultre chose de nouveau en cella que ce que verrez en
-la lettre de la Royne. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juillet 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, despuys ce que je vous ay escript, du XXIIe de ce moys, par
-mon secrétaire, touchant le propos du mariage, j'ay esté adverty que
-le Sr Vualsingam a faict une dépesche par deçà sur les propos,
-qu'auparavant le retour du Sr de Larchant il avoit heu avec Voz
-Majestez, de la sincérité dont la Royne, sa Mestresse, et les siens
-procédoient en cest affaire, ce qu'il mande vous avoir si bien
-persuadé que, nonobstant les lettres que Mr le cardinal de Lorrayne, à
-ce qu'il dict, vous a escriptes au contraire, vous demeuriez
-néantmoins résolue d'ambrasser avec toute affection la conclusion du
-dict mariage, et le Roy a déclaré qu'il tiendra pour ennemys ceulx qui
-le vouldront traverser. Et mande davantaige qu'ayant quelque
-vertueuse dame admonesté Monsieur, s'il passe en Angleterre, de n'y
-user comme les princes françoys, qui vont toutjour faisant l'amour
-aulx autres dames, ains qu'il se contante d'aymer bien fort et
-uniquement la Royne, affin d'éviter les maulx et dangiers qui ont
-accoustumé de venir aulx mauvais marys; qu'il a bénignement receu ce
-conseil, et avoit fort remercyé celle qui le luy avoit donné, et
-promiz qu'il le suyvroit: qui sont deux trêtz qui ont aporté beaucoup
-de contantement à ceste princesse, car elle a jugé qu'elle estoit
-aymée et desirée. L'on attend en dévotion l'aultre dépesche du dict de
-Valsingam, d'après le rapport du dict Sr de Larchant et du Sr
-Cavalcanty, dont je mettray peyne d'entendre ce qu'il en mandera,
-affin d'incontinent vous en advertyr. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de
-juillet 1571.
-
-
-
-
-CXCVIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour de juillet 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Réponse de Burleigh sur la satisfaction demandée pour Mr de
- Vérac.--Affaires d'Écosse.--Danger de Marie Stuart tant qu'elle
- sera en Angleterre.--Nouveau complot dont elle est
- accusée.--Arrestation de sir Thomas Stanley, l'un des fils du
- comte Derby.--Nécessité de traiter avec le comte de Morton, en
- reconnaissant Jacques Ier roi d'Écosse conjointement avec Marie
- Stuart.--Nouvelles d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas;
- conclusion de l'accord sur la restitution des
- prises.--Négociation du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, sur la responce que par mes précédantes, du vingt sixiesme du
-présent, je vous ay mandé avoir faicte aulx seigneurs de ce conseil
-touchant les choses d'Escoce, qui a esté par une lettre que j'ay
-escripte à milord de Burgley, il m'a respondu que les comtes de
-Lestre, de Sussex et luy, ont, par ensemble, leu ma dicte lettre, et
-que l'ayantz despuys monstrée à la Royne, leur Mestresse, elle n'y a
-trouvé rien qui ne luy ayt semblé raysonnable; et pourtant qu'elle a
-ordonné d'estre incontinent faicte une dépesche au comte de Lenoz pour
-l'admonester de se desporter modéréement, et avec respect, vers les
-subjectz et messagiers de Vostre Majesté, et de ne contraindre en rien
-le Sr de Vérac qu'il ne puysse user la charge que luy avez commise par
-dellà; et que la dicte Dame et eulx toutz sont attandans quelque
-responce des deux partys, qui sont en Escoce, pour sçavoir s'ilz
-veulent condescendre à une abstinance de guerre, et, s'ilz le font,
-qu'on procèdera incontinent au tretté, ou sinon qu'elle envoyera
-aulcuns de son conseil sur les lieux pour essayer de les accorder;
-avec lesquelz le dict Sr de Vérac pourra intervenir, pour y faire, au
-nom de Vostre Majesté, les bons offices qu'il verra convenir au bien
-et repos de ce pouvre royaulme; et quant à une plus grande
-dellibération que celle là sur le faict de la Royne d'Escoce, et sur
-la liberté de son ambassadeur, que la dicte Dame n'avoit pensé, pour
-ceste heure, d'y rien toucher jusques aux dictes nouvelles d'Escoce:
-ce néantmoins, puysque je desiroys que ce fût plus tost, ilz luy en
-parleroient, affin qu'elle y prînt expédiant, et ne m'a rien plus
-mandé.
-
-Or, Sire, j'entendz que le dict de Lenoz a mandé icy le contenu des
-lettres et de l'instruction et mémoires que le dict Sr de Vérac
-pourtoit, et que, quant il en a esté faict le récit à ceste princesse,
-elle n'y a rien trouvé qui luy ayt semblé estre directement contre
-elle, ce qui l'a assés satisfaicte; et les amys de la Royne d'Escoce
-ne cognoissent qu'il y ayt heu plus grand dangier que si elle n'y a
-veu une aussi ferme résolution de Vostre Majesté au restablissement de
-la dicte Royne d'Escoce, comme ilz le desireroient. Tant y a
-qu'encores hyer, sur la négociation que j'ay envoyé faire à iceulx de
-ce dict conseil, j'entendz que quelques ungs d'eulx ont fermement
-soubstenu que la Royne d'Angleterre ny son royaulme ne peuvent estre
-aulcunement bien asseurez, si la Royne d'Escoce ou si l'évesque de Roz
-sont remiz, l'ung ny l'aultre, ny deçà ny delà la mer, en pleyne
-liberté, fortiffians ceste leur opinion par nouveaulx argumens de la
-pratique, qui a esté nouvellement descouverte du Sr Thomas Stanley,
-second filz du comte Dherby, lequel ilz ont miz despuys huict jours
-avec plusieurs aultres dans la Tour, et de ce qu'ilz ont entendu que
-le Sr Roberto Ridolphy est passé de Rome en Espaigne, lesquelz deux
-ilz estiment estre de l'intelligence de la dicte Dame et de son dict
-ambassadeur, ce qui me faict juger que malayséement pourrons nous de
-longtemps, par parolles ny par négociations, tirer de ceulx cy rien de
-bien en cest endroict; et pourtant qu'il sera bon, Sire, sans laysser
-les instances accoustumées, si d'advanture il s'y peult toutjour
-gaigner quelque chose, que Vostre Majesté se résolve d'elle mesmes d'y
-faire ce que l'honneur de sa couronne et le bien de son service
-monstreront de le requérir, sans nulle manifeste offance de ceste
-princesse. Et croy, Sire, que vous obtiendriez ès dictes choses
-d'Escoce le meilleur effect de vostre intention, si le pays pouvoit
-estre remiz en paix, et il le pourroit estre si le comte de Morthon le
-vouloit, et le dict de Morthon ne seroit trop difficile à gaigner, si
-la Royne d'Escoce pouvoit estre persuadée de se contanter que le
-petit Prince, son filz, demeurast conjoinctement Roy avec elle; car,
-parce que le dict de Morthon est celluy qui principallement l'a
-proclamé et érigé pour roy, il n'estime qu'il y puysse avoir nulle
-sorte de bonne seurté pour luy, s'il est déposé; mais je ne sçay si ce
-préjudice seroit aultant dommageable à ceste pouvre princesse, comme
-celluy où elle se trouve meintenant. Vostre Majesté le considèrera, et
-je prendray garde si cependant ceulx cy préparent nulle entreprinse de
-ce costé.
-
-Fitz Maurice prospère en Hirlande, et dict on qu'il a nouvellement
-prins ung fort sur les Anglois, ce qui les ennuye beaucoup. L'on
-essaye icy de gaigner sire Jehan, frère du comte d'Esmont, pour
-l'envoyer par dellà au lieu du dict comte, de qui ilz ne se fyent
-guières, tant pour contenir le pays que pour y diminuer l'affection
-qu'on a mise vers le dict Fitz Maurice, qui n'est si prochain seigneur
-de la comté d'Esmont comme cestuy cy; et desjà milord debitis
-d'Yrlande le se rand familier et domestique pour le passer de dellà
-avecques luy.
-
-Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz ayent monstré d'aller
-lentement, ilz se sont néantmoins poursuyviz sans intermission par les
-depputez des deux costez, de sorte qu'ilz sont desjà tout accordez
-quant aulx merchandises; reste à accorder le poinct de l'argent et de
-l'entrecours, et me vient on de dire que le duc d'Alve a dépesché
-secrectement ung gentilhomme qui doibt arriver bientost icy; par
-lequel il mande à ceste princesse que le Roy, son Maistre, sera prest,
-pourveu que ses subjectz se treuvent aulcunement satisfaictz des
-prinses, de renouveller l'entrecours et l'alliance avec elle en la
-meilleure forme qu'elle ayt jamais esté entre ceste couronne et la
-mayson de Bourgoigne.
-
-Le propos du mariage demeure en ung merveilleux silence en ceste cour,
-attandant des nouvelles de Voz Majestez et quelque dépesche de leur
-ambassadeur; bien m'asseure l'on toutjour que les choses y sont fort
-bien disposées. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de juillet 1571.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Despuys la présente escripte, j'ay receu ung chiffre de la Royne
- d'Escoce, du XVIIIe de ce mois, duquel je vous envoye l'extraict,
- affin que Vostre Majesté compreigne mieulx l'urgente nécessité de
- ses affaires pour y remédier: et cependant nous y donrons d'icy
- tout le sollagement qu'il nous sera possible.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, mardy dernier, le Sr Barnabé, que bien vous cognoissez, m'est
-venu présenter les recommendations de Mr le comte de Lestre, de qui il
-est secrétaire, et me dire que le dict sieur comte avoit aussi charge
-de me mander les recommendations de la Royne, sa Mestresse, et ung des
-paniers de son cabinet, où elle tient les petites besoignes de ses
-ouvrages, qu'il m'a incontinent baillé, lequel elle m'envoyoit plein
-de fort beaulx abricotz, pour me faire veoir que l'Angleterre est ung
-assés bon pays pour produyre de bons fruictz; et qu'au reste, si
-j'avois nulles nouvelles de France, que je luy en fisse part affin
-d'en satisfaire la dicte Dame, laquelle il m'asseuroit que jamais ne
-s'estoit trouvée plus sayne ny en meilleure disposition que
-meintenant, et qu'elle n'alloit plus en coche, ains sur ung beau grand
-cheval, à la chasse.
-
-Je luy ay respondu que je remercyoys infinyment Mr le comte de la
-continuation de sa bonne vollonté vers moy, et que je le supplyois de
-bayser en mon nom très humblement les mains de Sa Majesté, et m'ayder
-d'ainsy dignement la remercyer de son salut et de son beau présent,
-comme une si excellante faveur le méritoit; laquelle je recepvoys avec
-l'honneur et respect qui estoient deuz à sa grandeur, et que ses beaux
-abricotz monstroient bien qu'il y avoit de belles et bonnes plantes en
-son royaulme, où je souhaytois des greffes de France pour encores y
-produyre le fruict plus parfaict; et, quant à sa bonne disposition,
-que c'estoit la plus agréable nouvelle dont je pouvois resjouyr ny
-contanter Voz Majestez Très Chrestiennes, et que je supplyois Nostre
-Seigneur l'y meintenir; au reste que je n'avois, pour ceste heure, que
-luy mander de France sinon la déclaration que le Sr de Valsingam
-estoit allé faire à Voz Majestez Très Chrestiennes comme l'on
-procédoit très sincèrement de ce costé au propos du mariage, de quoy
-vous aviez receu une fort grande satisfaction, et l'aviez asseuré
-qu'il y estoit de mesmes parfaictement bien correspondu de vostre
-part; et que j'attandoys, d'heure en heure, quelque dépesche sur la
-responce que Mr de Larchant vous auroit apportée, dont ne fauldrois,
-incontinent après, d'aller trouver la dicte Dame.
-
-Et, le jour ensuyvant, j'ay envoyé ung gentilhomme exprès devers le
-dict sieur comte affin de le remercyer davantaige, et aussi pour
-entendre du bon portement de la dicte Dame et de la disposition du
-propos; lequel m'a confirmé que l'ung et l'aultre se portent fort bien
-et que ainsy j'en asseure Voz Majestez. Je sentz bien qu'ilz sont en
-peyne du retardement des nouvelles de France; et cependant ilz ont
-passé oultre à l'accord d'un des trois différans des Pays Bas, tant à
-leur advantaige qu'ilz ne l'ont peu reffuzer, et avec opinion
-d'acommoder bientost les aultres deux, si le duc d'Alve continue de
-plyer ainsy à tout ce qu'ilz veulent. Sur ce, etc.
-
- Ce XXXIe jour de juillet 1571.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Tout présentement me vient d'arriver celle qu'il vous a pleu
- m'escripre du XXVe du présent, laquelle me servyra de bonne
- instruction en moy mesmes, et je la feray encores servyr envers
- d'aultres qui, possible, seroient mal informez, oultre que je
- suys admonesté, à toute heure, de croyre qu'on va de
- dissimulation sur cest affaire et sur celluy d'Escoce.
-
-
-
-
-CXCVIIe DÉPESCHE
-
---du Ve jour d'aoust 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Giles le Thor._)
-
- Inquiétude causée en Angleterre par le silence gardé en France
- sur les articles communiqués.--Crainte d'une rupture avec le
- roi.--Démarche de l'ambassadeur pour rassurer la reine sur le
- retard apporté aux réponses que l'on attend de France.--Vives
- instances en faveur de la reine d'Écosse.--Nouvelle irritation
- d'Élisabeth contre Marie Stuart.--Négociation du mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ceulx cy sont entrez en une non légière souspeçon du retardement
-des nouvelles de France, estimans que Vostre Majesté, pour n'avoir
-receu la satisfaction que, possible, elle espéroit par le retour du Sr
-de Larchant, pourroit avoir miz en son cueur de s'en rescentyr et de
-prandre pour cest effect le prétexte des choses d'Escoce; dont se sont
-ymaginez, Sire, que desjà vous aviez faict serrer les passaiges parce
-qu'ilz ne voyoient venir nul pacquet ny messagier du Sr de Valsingam.
-Et à cella s'est adjouxté que aulcuns de leurs merchans, revenants de
-Bretaigne, leur ont asseuré que voz gallères estoient arrivées à
-Brest, comme pour passer des soldatz en Escoce. Sur quoy ayant miz la
-matière en dellibération, les opinions ont esté diverses, mais
-j'entendz que celle là a esté la plus suyvye qui a tandu à remonstrer
-que la Royne d'Angleterre n'avoit à se fyer ny de la France ny de
-l'Espaigne, et pourtant qu'elle se debvoit fortiffier en elle mesmes
-dedans ceste grande isle, et pourvoir à trois poinctz qui l'y
-pourroient randre très asseurée contre tout le monde:--Le premier,
-qu'elle fît une ferme résolution de ne laysser jamais aller la Royne
-d'Escoce, laquelle Dieu luy avoit mise en sa puyssance, et chacun jour
-se descouvroyt davantaige combien il y auroit de très grand dangier
-pour elle et pour ce royaulme, si elle s'en dessaysissoit;--Le segond,
-qu'elle ne dissimulât de s'emparer de son royaulme qui estoit prest à
-tumber en ses mains, et desjà toutes choses commançoient à n'y
-dépendre plus que de son authorité;--Et le troisiesme, qu'elle taillât
-par dellà la mer à Vostre Majesté et au Roy d'Espaigne le plus de
-besoigne qu'elle pourroit, et vous fît attaquer l'un à l'aultre, s'il
-luy estoit possible;--Et cependant, si Vostre Majesté, ne s'attandant
-plus au mariage, monstroit néantmoins, pour dissimuler les choses,
-qu'il en vollût encores entretenir par bonnes parolles le propos,
-qu'elle vous en debvoit donner encores de meilleures pour passer cest
-esté, dedans lequel ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui ne
-pouvoient plus estre aydez des deniers de France, sellon la preuve
-qu'ilz en avoient par la perte de Chesoin, seroient indubitablement
-ruynez, et lors l'entreprinse du pays luy seroit très facille; et
-pourroit disposer de la personne de la Royne d'Escoce, et pareillement
-de celle de son filz et de tout leur estat à son playsir. Sur
-laquelle opinion, encor qu'on ayt différé d'y rien résouldre jusques à
-ce qu'on ayt plus grande notice à quoy tend l'intention de Vostre
-Majesté, l'on l'a toutesfoys plus aprouvée que rejectée.
-
-Et cependant la Royne d'Angleterre, en m'envoyant visiter avec ung
-présent d'un grand cerf, qu'elle mesmes a tué à l'arbaleste, m'a faict
-enquérir si j'avois nulles nouvelles de Vostre Majesté, et
-pareillement le comte de Lestre et milord de Burgley ont envoyé
-sçavoir le mesmes, et si je viendrois bientost à la court. J'ay
-remercyé, en la meilleure façon que j'ay peu, la dicte Dame de son
-présent, et que j'attandoys, d'heure en heure, de voz nouvelles par le
-retour d'ung de mes secrétaires, qui ne pouvoit guières plus tarder;
-dont ne fauldroys de luy aller incontinent randre bon compte de toutes
-celles qu'il m'auroit apportées. Et, le lendemain, encor que j'aye
-estimé que la dicte Dame et ceulx de son conseil se trouveroient
-occupez avec les depputez de Flandres et avec les principaulx merchans
-de Londres, qui estoient appellez pour le faict de leur accord, je
-n'ay layssé d'y envoyer et d'y escripre, affin de remercyer davantaige
-la dicte Dame de ses présans, et donner à elle et à ceulx de son
-conseil toute bonne espérance de nostre costé, et négocier au reste
-les choses pour la Royne d'Escoce.
-
-A quoy les dicts de Lestre et Burgley m'ont respondu qu'ilz avoient
-jugé ma lettre fort digne d'estre monstrée à la Royne, leur Mestresse,
-laquelle l'avoit heu très agréable et vouloit de bon cueur, quant au
-premier poinct, croyre le mesmes que moy, que Voz Majestez Très
-Chrestiennes ne retardoient leur responce, sinon pour la faire
-meilleure; et, quant au segond, que mon mercyement surpassoit de
-beaucoup son bienfaict; au regard du troisiesme, qu'ilz me vouloient
-dire tout librement qu'elle reffuzoit toutes les demandes de la Royne
-d'Escoce, sinon la liberté de l'évesque de Roz, à laquelle elle estoit
-delliberée d'y procéder, et ont dict cella en façon qu'ilz ont monstré
-qu'ilz le veulent chasser d'icy; adjouxtant le dict de Lestre que
-ceste menée, qui s'estoit descouverte du segond filz du comte Dherby,
-apportoit une très grande traverse aulx affaires de la Royne d'Escoce,
-car l'entreprinse ne tendoit seulement à la vouloir mettre en liberté,
-mais à l'ériger pour Royne d'Angleterre en tout le quartier du North
-par une rébellion, formée soubz le prétexte de la bulle, et qu'il
-estoit bien marry que milord Dudeley, son parant, se trouvoit meslé en
-cella, et craignoit assés que la dicte Dame en fût dorsenavant plus
-observée et tenue plus estroict: dont fauldroit que je le tinse pour
-excusé, s'il n'entreprenoit plus de solliciter la Royne, sa Mestresse,
-d'escripre au comte de Cherosbery pour la plus ample liberté et bon
-trettement d'elle, car, lorsqu'il l'avoit faict, il se vériffioit que
-la susdicte menée en avoit esté plus librement conduicte, et il en
-estoit tumbé en quelque souspeçon à cause de l'ancienne et privée
-amytié qu'il avoit toutjour heue avec le duc de Norfolc; toutesfoys
-qu'il ne seroit jamais que amy et bienveuillant de la cause de la
-dicte Dame.
-
-Je n'ay encores rien répliqué à cella, mais Vostre Majesté peut
-conjecturer de ce dessus combien l'inimitié et jalouzie s'ayguysent de
-plus en plus entre ces deux princesses, et combien sont à présent
-vifves et aspres les dellibérations de ceulx cy sur celle d'Escoce et
-sur son royaulme. Ilz sont attandans des nouvelles des seigneurs du
-dict pays, desquelles je vous manderay incontinent ce que j'en auray
-aprins; et ne vous répèteray rien, Sire, de la provision que la dicte
-Dame vous requiert pour ceulx de son party, sinon pour sçavoir s'il
-vous playrra que je inciste, en vostre nom, à ce que les comtes de
-Lenoz et de Morthon ayent à randre les monitions et argent, que Vostre
-Majesté envoyoit par Chesoin au chasteau de Lillebourg. Sur ce, etc.
-Ce Ve jour d'aoust 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, par le gentilhomme qui m'est venu présenter le cerf, dont je
-fais mencion en la lettre du Roy, le comte de Lestre m'a mandé que la
-Royne, sa Mestresse, estant à la chasse à Othelant, ayant veu ce grand
-cerf, souhaita aussitost de le pouvoir tuer pour me l'envoyer, affin
-qu'avec les fruictz de ses jardrins j'eusse aussi de la venayson de
-ses forestz, pour mieulx juger de la bonté de la terre; dont avoit
-incontinent demandé l'arbaleste, et, d'ung coup de trêt, elle mesmes
-luy avoit si bien rompu la jambe qu'il n'y avoit falleu que le vieulx
-milord Chamberland pour l'achever de tuer; et qu'il m'asseuroit que la
-dicte Dame persévéroit de plus en plus en son bon propos vers
-Monsieur, et parloit souvant des honnestes playsirs et exercisses
-qu'ilz prandroient ensemble à la chasse et à visiter les beaulx
-endroictz de ce royaulme; bien souspeçonnoit elle que le retardement
-de la responce de Voz Majestez, et ce qu'elle n'avoit encores peu
-avoir le pourtraict de Monsieur en grand, avec les couleurs, procédoit
-de quelque mauvais office qu'on eust faict par dellà, et que, si je
-sçavois rien du monde qui concernât cest affaire, fût bien ou mal, que
-je luy en vollusse faire part; ce qui a esté cause, Madame, que je luy
-ay escript une lettre, laquelle il m'a mandé qu'estoit venue le plus
-à propos du monde, et que cella, avec ung adviz qui estoit, quasi en
-mesmes temps, arrivé comme les gallères ne s'arrestoient en Bretaigne,
-ains venoient en Normandie, comme pour passer les depputez de deçà,
-leur faisoit prandre toute bonne espérance, et qu'à quelle heure qu'il
-surviendroit nulle aultre nouvelle de ce propos, que je la luy
-mandasse; car vouloit estre le premier qui la porteroit à la dicte
-Dame.
-
-Et despuys, le dict sieur comte a parlé assés ouvertement de son
-particullier à ung nostre commung amy touchant madame de Nevers,
-monstrant y avoir grand affection, mais doubtoit assés de n'estre
-accepté, et a desiré bien fort son pourtrêt; et icelluy amy, sellon
-que je l'avois instruict, l'a interrogé, comme de soy mesmes, de
-l'estat de l'affaire principal, et si despuys il avoit rien gaigné
-envers la Royne sur le poinct de la religion. A quoy il a respondu que
-l'affaire procédoit toutjour de bien en mieulx de leur costé, bien
-qu'il ne vouloit dire qu'il eust rien gaigné quant au dict poinct de
-la religion. Tant y a que la dicte Dame faisoit préparer un logis pour
-les depputez; et le dict comte prioit icelluy nostre amy de faire
-venir les draps et toilles d'or et d'argent, parce qu'il en a le
-moyen; et que si, d'avanture, l'on se tenoit en quelque suspens
-doubteux en France, qu'il le prioyt luy mesmes d'y faire ung voyage
-pour sçavoir où la matière seroit acrochée, affin de la pouvoir
-remédier. Plusieurs choses se disent et escripvent de plusieurs
-endroictz là dessus, qui seroient longues à mettre icy, mais ceulx cy
-suffiront s'il vous playt, Madame, pour toutjour vous représanter
-commant les choses en vont.
-
-Je vous supplie très humblement d'agréer, par quelque bonne parolle de
-mercyement, au Sr de Valsingam les honnestes présens, que sa
-Mestresse a faictz à vostre ambassadeur, et commander qu'il soit
-quelquefoys gratiffié de mesmes. Sur ce, etc. Ce Ve jour d'aoust 1571.
-
-
-
-
-CXCVIIIe DÉPESCHE
-
---du VIe jour d'aoust 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Crespin Chaulmot._)
-
- Négociation du mariage.--Avis divers donnés à l'ambassadeur sur
- la réponse faite aux articles par le roi, et sur les divisions
- qui auraient éclaté à la cour de France.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, ainsy que je fermoys ma lettre du jour de yer à Vostre
-Majesté, l'on vint me dire que l'ung des gens de Mr de Vualsingam
-passoit par ceste ville qui s'en alloit trouver la Royne d'Angleterre
-à Amptoncourt, et, avant qu'il fût nuict, il me fut mandé du dict lieu
-que la dépesche estoit tenue si secrecte qu'on n'en publioit ung seul
-mot, et seulement le comte de Lestre avoit dict à ung sien amy privé
-qu'il restoit fort peu de différant aulx articles, et qu'ilz
-s'accommoderoient, et qu'on avoit commancé ung honnorable propos pour
-luy avec une dame de France, lequel il espéroit qu'auroit bon effect.
-Peu d'heures après, me vint ung aultre adviz comme la dicte dépesche
-asseuroit que toutz les articles de la Royne d'Angleterre avoient esté
-acceptez par Voz Majestez Très Chrestiennes et mesmes celluy de la
-religion, et que plusieurs en ceste court s'en trouvoient estonnez; et
-la dicte Dame estoit après à consulter comme elle auroit meintenant à
-y procéder pour satisfaire à l'humeur d'ung chacun, chose que celluy,
-qui m'escripvoit, l'estimoit estre fort difficille, et qu'on
-souspeçonnoit que le messagier et pacquet, qui m'avoient esté
-dépeschez là dessus, estoient artifficieusement retardez en chemin,
-affin que la dicte Dame se peult préparer de la responce qu'elle
-m'auroit à faire, quand je viendrois à luy en parler; et que pourtant
-j'eusse bon pied et bon oeil.
-
-A ce matin, m'est venu ung tiers adviz trop pire que les deux
-premiers, c'est que par la mesme dépesche avoit esté mandé que
-Monsieur, vostre filz, avoit accepté une secrecte commission du Pape
-pour oster la religion nouvelle, et restituer la catholique par toute
-la France, sans que le Roy son frère en sceût rien, et qu'il en avoit
-donné la principalle conduicte à deux seigneurs de la court; de quoy
-estant enfin le Roy adverty, il en avoit esté fort offancé, et avoit
-chassé ces deux de la court, au regrect de Mon dict Seigneur, dont
-restoit beaucoup de malcontantement et beaucoup de mauvaise
-intelligence entre les deux frères, qui estoit ung accident qu'on me
-vouloit bien dire qui seroit pour aporter beaucoup de traverse à ce
-propos. Je suys demeuré merveilleusement estonné de ceste tant
-mauvaise, et comme je m'asseure, très faulce nouvelle, et en fusse en
-plus grand peyne sans qu'il m'est souvenu qu'il vous avoit pleu
-m'escripre, du XXVe du passé, de n'adjouxter foy à rien qui me peult
-estre dict ou mandé, si je ne le voyois signé de la main de Voz
-Majestez. Et ainsy, Madame, je demeure en ceste résolution de ne le
-croyre, et de faire encores, aultant que je pourray, que les aultres
-ne le croyent; et néantmoins je ne veulx différer de le vous escripre,
-affin que Vostre Majesté pourvoye aulx inconvéniantz qui pourroient
-advenir d'une si meschante et mallicieuse invention, laquelle, de tant
-qu'on la tient fort secrecte icy, je vous supplie, Madame, que le
-susdict de Valsingam ne puysse sentyr que je vous en aye donné adviz.
-Sur ce, etc. Ce VIe jour d'aoust 1571.
-
-
- Voycy encores, Madame, tout à ceste heure ung quatrième adviz qui
- contient ces motz:--«Plusieurs lettres, de diverses dates, sont
- venues par ceste mesmes dépesche, et meintenant s'entend que pour
- la religion l'affaire est retardé, s'esmerveillantz Leurs Très
- Chrestiennes Majestez que de deçà ne consentent à une si
- raysonnable requeste, qui ne fut jamais dényée à nul prince, et
- sur ce différand viendra Mr de Foix, ou ung aultre gentilhomme de
- crédict, bientost.»--Et n'y a rien plus.
-
-
-
-
-CXCIXe DÉPESCHE
-
---du IXe jour d'aoust 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par l'homme du Sr Bon St Jehan._)
-
- Négociation du mariage.--Résolution prise en France d'envoyer Mr
- de Foix en Angleterre.--État des partis d'Écosse.--Négociation
- des Pays-Bas.--Communication faite par Leicester.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estantz quasi en une mesmes heure arrivez deux corriers de
-France et d'Escoce en ceste court, le IIIe de ce moys, j'ay à dire
-meintenant à Vostre Majesté, quant à celluy de France, qu'on a trouvé
-que sa dépesche estoit composée de plusieurs pacquetz de diverses
-dattes, qui ont parlé diversement du propos d'entre Monseigneur et la
-Royne d'Angleterre, de sorte que, sellon le contenu des unes lettres,
-les choses sembloient n'aller guières bien, mais par celles du XXXe du
-passé, qui sont les plus fresches, Mr de Valsingam a si bien escript
-et si bien rabillé le tout que le comte de Lestre s'en est envoyé
-conjouyr avecques moy, et me remercyer des bons offices qu'il cognoist
-que, par Mr de Larchant et par les lettres que j'ay escriptes par luy
-à Voz Majestez, j'ay procuré d'estre faictz en cest endroict, et qu'il
-les répute offices vrayement honnestes, et qui se monstrent de tant
-plus louables et vertueulx qu'il n'a manqué qui se soyent esforcez au
-contraire d'en faire de très mauvais pour rompre le tout; de quoy il
-me vouloit bien asseurer que la Royne, sa Mestresse, et les siens en
-raportoient une très grande et bien fort espécialle obligation à
-Vostre Majesté, et une aultre très grande à la prudence de la Royne,
-vostre mère, et encores une aultre non moindre à la vertu et constance
-de Monsieur; et qu'encor que Mr de Montmorency ne vînt pour ceste
-foys, à quoy il avoit bien grand regrect, que Mr de Foix ne lairroit
-pourtant d'estre aultant bien veu et bien receu que nul gentilhomme
-qui peult, de quelle part qui soit au monde, arriver en ceste court,
-espérant que toutes choses yroient bien.
-
-Et le corrier d'Escoce a raporté qu'on avoit opposé tant de
-difficultez à l'abstinance de guerre qu'il n'avoit esté possible de la
-conclurre, et que ceulx de Lillebourg, nonobstant les six mil escuz
-que Chesoin leur avoit perduz, publioient qu'ilz en avoient receu
-douze mille par des moyens que, maugré leurs adversayres, ilz en
-recepvroient chacun moys aultant qu'on leur en vouldroit adresser de
-France, et qu'ilz avoient souldoyé deux centz chevaulx davantaige, et
-tenoient mille hommes en garnyson dedans la ville; que ceulx de
-l'aultre party requéroient instamment la Royne d'Angleterre de leur
-envoyer ung entier secours, sans lequel ilz luy déclairoient qu'ilz ne
-pouvoient plus temporiser; que le comte de Lenoz se trouvoit las de la
-peyne et de la despence qu'il luy convenoit soubstenir au Petit Lith;
-que les comtes de Morthon, de Mar et aultres de leur faction, se
-plaignoient de luy, et ne vouloient plus recognoistre sa régence, ains
-prioyent la dicte Dame de leur vouloir assister à eulx, ainsy qu'elle
-avoit promiz de le faire, et ilz suyvroient son intelligence,
-aultrement qu'ilz sçavoient commant faire leur paix; que les comtes de
-Casselz et d'Eglinthon avoient esté miz en liberté soubz obligation de
-ne porter les armes contre le tiltre du jeune Prince; que aulcuns de
-la partie neutre monstroient de se vouloir joindre avec le dict de
-Morthon et avoient assigné jour et lieu pour en conférer ensemble.
-Toutes lesquelles choses, Sire, ceulx cy ont mises en dellibération,
-mais je ne sçay encores quelle résolution ilz y ont prinse, sinon
-qu'il semble qu'ilz proposent d'envoyer aulcuns de ce conseil sur les
-lieux pour monstrer d'accommoder les choses; mais ce n'est, à mon
-adviz, pour aulcun bien de la Royne d'Escosse, ni pour la paix de son
-royaume, et y a grand danger, s'ilz font tumber toute l'authorité du
-pays ez mains du dict de Morthon, qu'il ne s'en ensuyve ung grand
-préjudice à la personne de la dicte Royne d'Escoce, et une trop
-estroicte intelligence de luy avec la Royne d'Angleterre. Par ainsy
-sera bon, Sire, de fortiffier toutjour de plus en plus l'honneste
-party qui deppend de vous; j'estime, Sire, que le plus pressé est de
-faire mettre ez mains de Mr de Glasco les deniers que Vostre Majesté a
-ordonné d'estre employez par moys en cest affaire, et que cependant le
-Sr de Glasco, en vous faisant condoléance de la détention et mauvais
-trettement du dict Sr de Vérac et de la vollerie de voz pacquetz, il
-vous inciste aussi fort fermement qu'il ne soit dorsenavant rien
-tretté des affaires de la Royne, sa Mestresse, par les Anglois sans
-que l'exprès mandement d'elle, ou la présence de ses expéciaulx
-ambassadeurs et encores de vos propres depputez y interviennent, et
-qu'il le vous baille hardyement par escript affin que Vostre Majesté
-ayt tant plus d'argument d'en parler à l'ambassadeur d'Angleterre, et
-de me commander d'en parler vifvement par deçà. Les depputez de
-Flandres ont remiz entièrement le différand des merchandises à ce que
-le comte de Lestre et milord de Burgley en ordonneront; qui pouvez
-voyr, Sire, combien la chose va passer à l'advantaige des Angloys, et
-néantmoins il y reste encores quelque accrochement. Ce IXe jour
-d'aoust 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, à peyne a esté party le corrier avec ma dépesche, du VIe de ce
-moys, que Mr le comte de Lestre m'a envoyé dire ce que je mande en la
-lettre du Roy du contenu de celles de Mr de Valsingam, et davantaige
-qu'il donnoit une grande louange à Voz Majestez Très Chrestiennes et à
-Monseigneur de la tant vertueuse et royalle façon, dont toutz trois
-procédiez vers la Royne, sa Mestresse; qui rejettiez toutjour toutes
-les persuasions qu'on vous pouvoit donner contre le bon propos
-encommancé, et ne vouliez admettre les pratiques, lesquelles le dict
-de Valsingam mande que Mr le cardinal de Lorrayne, ou quelques aultres
-pour luy, menoient secrectement, de proposer le party de la Royne
-d'Escoce, sa niepce, ou encores plus expressément celluy de la
-Princesse de Portugal, à Mon dict Seigneur, et qu'il feroit qu'en
-faveur de l'ung ou de l'aultre mariage, ou au moins pour faire cesser
-celluy de la Royne, sa Mestresse, le clergé de France luy donroit
-quatre centz mil escuz par an. A quoy le Roy avoit respondu:--«Qu'il
-estoit bien ayse de cognoistre que son clergé fût assés riche pour
-pouvoir faire de telles offres, par où il espéroit qu'il en pourroit
-tirer de grandes subventions pour payer ses debtes, mais qu'il ne
-trouvoit bon qu'il se meslât de telz affaires; car tout ce qu'il avoit
-estoit bien à son frère.» Néantmoins que le dict sieur comte
-s'esbahyssoit comme il me tardoit tant à arriver quelque dépesche de
-cella, et si je pensoys qu'il y eust encores rien de changé. Je l'ay
-remercyé infinyement de la privée communication, dont il continuoit
-user vers moy, et que je ne fauldrois toujour de luy bien
-correspondre, mais qu'à présent je ne luy sçauroys dire sinon que
-j'estoys plus esbahy que luy que je n'avoys ny lettre, ny nouvelle
-quelconque de Voz Majestez. Et, bien peu après, est arrivé mon
-secrétaire avec la certitude du partement de Mr de Foix pour s'en
-venir; dont j'ay incontinent dépesché homme exprès pour en aller
-advertyr le dict sieur comte. Sur ce, etc. Ce IXe jour d'aoust 1571.
-
-
-
-
-CCe DÉPESCHE
-
---du XIIe jour d'aoust 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais soubz la couverte du Sr Acerbo._)
-
- Mission de Mr Foix pour conclure la négociation du mariage, ou
- former un traité d'alliance.--Nouvelles d'Écosse.--Succès des
- révoltés en Irlande.--Confirmation de l'accord fait avec
- l'Espagne sur les prises.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ceulx qui veulent bien et qui portent beaucoup d'affection au
-mariage de Monsieur sont bien marrys que Vostre Majesté n'ayt, tout
-d'un train, envoyé Mr de Monmorency pour en conclurre le propos, car
-leur semble que la matière y est à présent bien disposée, et craignent
-que tant de remises, à la fin, n'y aportent de l'empeschement,
-néantmoins se resjouyssent grandement de la venue de Mr de Foix, comme
-de celluy qu'ilz ont en la meilleure opinion du monde, et dont nul
-aultre n'eust sceu venir à qui ilz adjouxtent plus de foy, ny qui leur
-soit plus agréable que luy; et j'espère, Sire, que, trouvant les
-choses au bon estat que, grâces à Dieu, elles sont, il ne s'en
-retournera sans les vous raporter ou conclues, ou fort aprochées de
-leur conclusion. Car encores despuys ma dépesche du XXIIe du passé,
-j'ay miz peyne de leur donner beaucoup de pied et de fondement en ce,
-mesmement, que vous ay lors mandé par mon secrétaire touchant
-satisfaire à l'honneur, à la conscience et à la seureté de Monseigneur
-au poinct de la religion; mais je sentz bien, Sire, que, si l'on
-change de propos, et mesmes, si Mr de Foix use de alternative, à
-sçavoir ou du mariage ou de confédération, comme il semble que Mr de
-Valsingam en a escript quelque mot, que ceulx cy tiendront l'ung et
-l'aultre pour rompuz.
-
-L'on a envoyé le jeune Coban pour le recepvoir à Douvre et le conduyre
-jusques icy, et milord de Boucaust et sire Charles Havart sont
-ordonnez pour l'accompaigner en ceste ville, et puys pour nous mener
-là où sera la dicte Dame, laquelle est desjà en son progrez.
-
-L'on a dépesché coup sur coup deux gentishommes en Escoce, avec mille
-marcz chacun, au comte de Lenoz, qui est en tout quatre mil escuz,
-affin qu'il ayt de quoy meintenir son authorité; laquelle ilz
-craignent que le comte Morthon la luy veuille du tout emporter, et
-mesmes souspeçonnent que le Sr de Vérac, qu'ilz disent estre
-meintenant en liberté, ayt quelque pratique avecques luy. Tant y a que
-la Royne d'Escoce, de ce peu qu'elle pouvoit avoir en ses coffres, a
-faict mettre deux mil trois centz quatre vingtz douze escuz en mes
-mains pour envoyer à ceulx de Lillebourg, ce que j'espère, Sire, les
-leur faire tenir le plus tost et le plus seurement qu'il me sera
-possible, mais les pouvres officiers et serviteurs de la dicte Dame
-demeurent cependant fort mal pourveuz. L'on a ordonné, despuys deux
-jours, que son ambassadeur sera transporté à Ely, qui est cinquante
-mille loing d'icy; à quoy je me suys opposé, et ne sçay encores si
-l'on y aura de l'esgard. L'on luy a dict que, le XXVIIIe du présent,
-doibt estre tenu un parlement en Escoce pour ordonner aulcuns depputez
-affin de les envoyer par deçà, et que lors sera procédé tout ensemble
-et à sa liberté et à la résolution des affaires de sa Mestresse; mais
-il semble que sa dicte Mestresse, avec rayson, ne veult plus confyer
-l'accommodement de ses affaires ny la conclusion du tretté à la Royne
-d'Angleterre ny à ses ministres, si elle mesmes ou ses expéciaulx
-depputez ne sont présens.
-
-Fitz Maurice prospère en Yrlande, il a deffaict trois centz Anglois
-des garnysons de dellà, et surprins quelque lieu d'importance. Ceulx
-cy ont tiré, despuys huict jours, vingt cinq chariotz chargés d'armes
-de la Tour, pour y envoyer. Milord Sideney faict si grande difficulté
-d'y retourner qu'il semble que milord Grey enfin y passera. J'entendz
-que le faict de Flandres, quant aulx merchandises, est accordé, ainsy
-que l'ambassadeur d'Espaigne mesme me l'a confirmé, mais il semble que
-l'exécution de l'accord conciste en beaucoup de particullaritez qui
-pourront encores avoir quelque trêt. Après l'arrivée de Mr de Foix,
-nous vous escriprons toutz deux plus amplement. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIe jour d'aoust 1571.
-
-
-
-
-CCIe DÉPESCHE
-
---du XIXe jour d'aoust 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Arrivée de Mr de Foix à Londres.--Audience.--Insistance de Mr de
- Foix pour que l'on s'accorde avant tout sur l'article de la
- religion.--Intrigues de l'Espagne afin d'empêcher le
- mariage.--Détails particuliers sur la négociation.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la favorable réception que le jeune Coban a heu charge de faire
-à Mr de Foix à Douvre, et puys milord de Boucaust et sire Charles
-Havard à Londres, et celle que finalement la Royne d'Angleterre et les
-principaulx de sa court luy ont faicte, quant il est arrivé vers elle
-à Hatfeild, ont montré que sa venue estoit bien fort agréable par
-deçà, et que l'occasion, pour laquelle l'on a estimé qu'il y passoit,
-estoit très desirée de l'universel de ce royaulme; ce que luy mesmes a
-encore mieulx cogneu par les honnestes propos de ceste princesse, et
-le luy a esté davantaige confirmé par l'expression des parolles et de
-l'indubitable démonstration de ceulx de son conseil, de sorte qu'il a
-trouvé que l'affaire estoit en très bons termes.
-
-Dont pour le conduyre au poinct que Voz Majestez et Monseigneur
-desiroient, et affin de l'y acheminer par la voye que luy avez baillé
-en son instruction, après qu'avec beaucoup de dignité et d'une fort
-bonne façon, il a heu satisfaict aulx premiers offices de salutation
-et présentation de voz lettres, lesquelles ont esté fort gracieusement
-receues de la dicte Dame, il luy a vifvement incisté qu'elle debvoit
-ottroyer à Monseigneur, venant par deçà, l'exercice de sa religion, et
-que, sans l'offance de sa conscience et grand intérest de son honneur,
-ny mesmes sans quelque note d'infamye, il ne s'en pouvoit aulcunement
-départyr, ny Voz Majestez; et les saiges seigneurs de vostre conseil,
-après avoir dilligemment examiné ce qu'elle avoit naguières respondu,
-(qu'elle craignoit de ne pouvoir meintenir à Mon dict Seigneur son
-exercice, s'il le s'attribuoyt), ne vous voyent y avoir rien de plus
-expédiant que de faire que la tollérance d'icelluy, pour plus de
-seurté, luy fût ottroyée par chapitre exprès, comme les aultres
-articles du contract: ce qu'il luy a comprouvé avec plusieurs graves
-et fort prudentes considérations, et avec toute la vive action qui a
-esté nécessaire pour luy faire clairement cognoistre qu'il n'estoit ny
-honneste, ny utille, ny aulcunement possible, qu'il se fît aultrement.
-
-A quoy la dicte Dame, après avoir beaucoup aprouvé la saincte
-intention de Mon dict Seigneur, et avoir, par ung bel ordre de
-beaucoup de bonnes parolles, infinyement loué ce qu'il vouloit avoir
-considération de Dieu, de sa conscience et de la conservation de son
-honneur sur toutes choses, elle a allégué les raysons qui, de son
-costé, luy sembloient estre pareillement considérables pour sa
-conscience, pour son estimation et pour la paix de son royaulme; et
-qu'elle estoit très contante que nous deux, avec trois ou quatre des
-principaulx de son conseil, advisissions de quelques honnestes moyens
-pour mutuellement satisfaire et à elle et à Mon dict Seigneur, et
-s'est arrestée principallement sur deux poinctz: l'ung, à rejecter le
-doubte du dangier de Mon dict Seigneur, comme chose qu'on ne pouvoit
-avoir nullement comprinse, ny d'aulcuns propos qu'elle eust jamais
-tenuz (ains avoit esté tout au contraire), ny pareillement de l'estat
-présent de ce royaulme, car ne falloit doubter que Monsieur n'y fût
-crainct, aymé et aultant révéré de ses subjectz que nul souverain
-prince et absolu le pourroit estre en nul aultre estat de toute la
-terre habitable. Et l'aultre poinct a esté de craindre que, d'icy à
-six ou sept ans, elle fût mesprisée de Monsieur, qui ne sera lors
-qu'en fleur de jeunesse et elle ung peu plus advancée en l'eage, ce
-qui luy seroit ung trop certain racourcissement de ses jours, ou qu'au
-moins elle passeroit, de là en avant, ceulx qui luy resteroient comme
-dans un sépulchre de larmes.
-
-A quoy luy ayantz toutz deux fort satisfaict par l'asseurance qu'elle
-debvoit prandre des excellantes vertuz et perfections qui sont en Mon
-dict Seigneur, et encores plus par l'estime de celles qu'il trouvera,
-de jour en jour, plus grandes et plus aymables en elle, le propos
-s'est adonné à la recordation d'aulcunes choses qui avoient passé,
-durant le temps de Mr de Foix par deçà[12]; et ainsy l'audience s'est
-gracieusement achevée.
-
- [12] Paul de Foix, archevêque de Toulouse, avait été lui-même
- ambassadeur en Angleterre de 1561 à 1565, époque à laquelle il
- avait été remplacé par Mr Bochetel de La Forest.
-
-Et, le lendemain, nous ayantz la dicte Dame envoyé quatre principaulx
-seigneurs de son conseil, il leur a esté par Mr de Foix encores plus
-vifvement et plus copieusement déduict, qu'il n'avoit faict à elle, ce
-qui mouvoit Voz Majestez Très Chrestiennes, et Monsieur, et tout
-vostre conseil, à ceste ferme résolution de la religion, et comme il
-estoit impossible, s'il n'estoit pourveu à Mon dict Seigneur de
-l'exercice de la sienne, vennant par deçà, qu'on passât plus oultre,
-et que pourtant ilz advisassent de quelques si bons et si seurs
-expédiantz en cest endroict que les deux parties en peussent avoir
-contantement. Ilz ont faict des responces sur le champ qui ont, à la
-vérité, tesmoigné le singulier desir de tout ce royaulme envers Mon
-dict Seigneur, mais une très grand difficulté à l'accommodement de ce
-poinct pour le préjudice de leur religion et pour la trop grande
-confiance que les Catholiques en prandroient; et néantmoins qu'ilz en
-confèreroient avec leur Mestresse pour plus résoluement nous y
-respondre. Dont nous estantz, le jour d'après, rassemblez au logis de
-la dicte Dame, ilz nous ont respondu, qu'elle ne pouvoit, sa
-conscience, son estimation et son estat sauvés, nous accorder nostre
-demande en la façon et aulx termes qu'elle estoit, et qu'elle ne
-pouvoit ny vouloit penser qu'en eschange d'une si grande sincérité et
-candeur, qu'elle et toutz les siens avoient usé en cest endroict, trop
-plus que à nul aultre party qui se fût encores présenté, Voz Majestez
-et Mon dict Seigneur luy vollussiez proposer des condicions qui luy
-fussent ou dommageables, ou impossibles, et que pourtant elle avoit
-mandé le reste de son conseil, affin d'adviser de quelques honnestes
-moyens qui fussent pour satisfaire à elle et contanter Mon dict
-Seigneur.
-
-Cependant n'est pas à croyre, Sire, combien les ministres du Roy
-d'Espaigne, qui sont icy, s'esforcent par inventions, en partie
-artifficieuses et en partie vrayes, de donner empeschement à ce
-propos; car, encores que la Royne d'Angleterre tienne au Roy, leur
-Maistre, et à ses subjectz, quatre centz mil escuz de clair dans sa
-Tour de Londres, et plusieurs navyres, et très grand nombre de
-merchandises par deçà, et qu'ils soyent les oultraigez et intéressez,
-néantmoins ilz accordent, pour se racointer à elle, de rembourcer
-encores de nouveau les Anglois d'aultres quatre centz mil escuz, et
-laysser à la dicte Dame de convenir de ceulx que desjà elle tient avec
-les Gènevoys, comme elle pourra, et que les subjectz du Roy d'Espaigne
-se contanteront de reprendre les merchandises en tel estat qu'elles
-sont; et que pour retacher davantaige son amytié et son alliance avec
-la mayson d'Austriche, si elle se résoult fermement de prendre party,
-que le Prince Rodolphe s'y offre, dez à présent, et, si elle veult
-demeurer en sa première liberté, comme elle a faict les trèze ans de
-son règne, qu'ilz s'esforceront de luy mettre le Prince d'Escoce en
-ses mains pour le pouvoir désigner à ses subjectz, quand elle vouldra,
-et non plus tost, son successeur après elle; et luy feront cependant
-fiancer une des filles d'Espaigne, et feront en oultre qu'elle ne
-sentyra de sa vie aulcun moleste du costé de la Royne d'Escoce, ce
-qu'ilz sont après à le persuader à la comtesse de Lenoz. Et vont aussi
-par dons, par promesses et par grandes offres, pratiquans ceulx de ce
-conseil et encores quelques dames, pour traverser le propos de
-Monsieur; et estiment que la conclusion en est plus prochaine qu'elle
-n'est; laquelle ilz ont de tant plus suspecte qu'ilz entendent que la
-noblesse de ce royaulme et les Flamans, qui sont icy, ne parlent de
-rien plus ouvertement que de se vouloir toutz employer à la conqueste
-des Pays Bas pour luy. Sur ce, etc.
-
- Ce XIXe jour d'aoust 1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, il semble que la Royne d'Angleterre ayt prins pour grand
-offance qu'on ayt vollu inférer de son dire, qu'il y avoit du péril et
-du dangier pour Monseigneur vostre filz s'il vouloit user de la
-religion catholique par deçà, chose qu'elle asseure n'avoir touchée ny
-prez, ny loing, ains plustost le contraire: c'est qu'elle voyoit les
-occasions de trouble, qui avoient aparu à la venue du Roy d'Espaigne,
-cesser toutes en l'endroict de Mon dict Seigneur parce qu'il ne
-passeroit icy sur ung changement de religion, comme avoit esté allors,
-ny sur ung nouveau règne comme celluy de sa soeur, qui estoit assés
-contredict de plusieurs, ains viendroit continuer avec elle, avec tout
-heur et playsir, un règne très paysible et bien estably, qui avoit
-desjà duré trèze ans en la personne d'elle seule. Mais ceulx de la
-noblesse de sa court se sont davantaige irritez du dict propos, ayantz
-plusieurs des principaulx dict tout librement que en France, en
-Espaigne et en quel estat qui soit aujourduy au monde, l'on ne sauroit
-plus honnorablement, ny loyaulment, ny avec plus de fidellité et
-d'obéyssance, accompaigner leur prince qu'ilz accompaigneront
-Monsieur, s'ilz ont cest heur que de l'avoir pour roy, ou quelque
-aultre prince qui sera mary de leur Royne, et qu'ilz sçauront aussi
-bien et vaillamment mouryr à ses pieds que nation qui soit soubz le
-ciel; par ainsy, que les ennemys de ce propos aillent trouver quelque
-aultre invention, car la preuve et la vertu de leurs prédécesseurs
-convaincront toutjour ceste cy de grand mensonge; et ne pouvoient
-penser que Voz Majestez et Mon dict Seigneur leur vollussiez faire
-tant de tont que d'avoir une si mauvaise opinion d'eulx, ny qu'il se
-trouvast ung si arrogant homme en Angleterre qui osât contradire ou
-s'opposer en rien à son prince.
-
-A quoy Mr de Foix et moy, pour modérer ceste impression, avons
-premièrement respondu à la dicte Dame que Voz Majestez et Mon dict
-Seigneur auroient très agréable ceste sienne déclaration, et avons
-signifié à quelques ungs des siens que Voz dictes Majestez avoient
-aultant bonne estime d'eulx que de noblesse qui soit au monde, et que
-vous prandrez encores de fort bonne part ceste leur abondante
-affection vers Mon dict Seigneur. De quoy ilz sont demeurez assés
-satisfaictz; mais ilz ont opinion que une partie de ceste objection
-soit procédé artifficieusement d'aulcuns de deçà, qui sont
-souspeçonnez, à cause du Roy d'Espaigne, de ne vouloir l'advancement
-de ce propos, lesquelz on menace assés ouvertement, et avec
-démonstration en universel, qu'on ne desire rien tant que de recouvrer
-ung tel chef, de qui la vertu et la valleur sont infinyment prisées et
-louées par deçà. Sur ce, etc.
-
- Ce XIXe jour d'aoust 1571.
-
-
-
-
-CCIIe DÉPESCHE
-
---du IIIe jour de septembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Monsieur de Foix._)
-
- Retour de Mr de Foix en France.--Négociation sur les articles
- touchant l'exercice de la religion, l'administration du
- royaume, et le couronnement.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, la ferme résolution que Mr de Foix a déclairé à la Royne
-d'Angleterre et aulx siens: que Voz Majestez Très Chrestiennes, et
-Monseigneur, et les saiges seigneurs de vostre conseil, avoient prinse
-de ne se pouvoir faire, en façon du monde, que Mon dict Seigneur,
-venant par deçà, n'eust l'exercice de sa religion pour luy et ses
-domestiques; et ce que, d'abondant, il a proposé que l'administration
-du royaulme luy fût ottroyée conjoinctement avec la dicte Dame,
-ensemble le couronnement, ont esté trois poinctz, qu'encor qu'ilz
-ayent semblé dangereux et suspectz, il les leur a néantmoins si bien
-justiffiez, et monstré, par beaucoup de graves et bien fort aparantes
-raysons, qu'ilz estoient très justes et esloignez de toute simulté et
-d'offance, qu'enfin l'affaire a esté dextrement conduict aulx termes
-que luy mesmes vous dira[13]; qui m'asseure, Sire, que les trouverez
-très honnorables pour Vostre Majesté. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de
-septembre 1571.
-
- [13] Le récit de cette négociation, qui n'a pas été transcrit sur
- les registres, ne s'est pas retrouvé dans les papiers de
- l'ambassadeur, où l'on voit seulement le compte qui a été rendu
- de la négociation dont Mr de Foix a été chargé l'année suivante
- (juin 1572) avec MMrs de Montmorenci et de La Mothe Fénélon au
- sujet du mariage du duc d'Alençon.
-
-
-
-
-CCIIIe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour de septembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Explication sur l'avis donné au roi que l'on songeait à renouer
- la proposition du mariage entre Élisabeth et le prince de
- Navarre.--Efforts tentés en Angleterre pour rompre le mariage
- du duc d'Anjou.--Saisie de l'argent envoyé en Écosse par
- l'ambassadeur.--Accusation portée contre le duc de Norfolk à ce
- sujet.--Demande de l'ambassadeur, afin que l'argent lui soit
- rendu.--Arrivée de don Juan en Italie pour conclurre la guerre
- contre les Turcs.--Nouvelles des Pays-Bas.--Le duc de Norfolk
- conduit à la Tour; prière de l'ambassadeur afin que le roi
- intercède en sa faveur.--Accord du comte d'Arguil avec le comte
- de Morton.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il me souvient que quant le jeune Coban, n'estant encores
-conclue la paix en vostre royaulme, fut envoyé devers l'Empereur pour
-renouveller le propos de l'archiduc Charles, l'on me donna adviz qu'en
-mesmes temps Mr le cardinal de Chatillon, pour le traverser, avoit
-faict mettre en avant, par le Sr de Trokmorthon, le party de Monsieur
-le Prince de Navarre avec la Royne d'Angleterre, remonstrant que les
-princes protestans d'Allemaigne en seroient plus contantz que de cest
-aultre, et qu'il n'y avoit nul plus grand subject ny de meilleure
-extraction que le dict Prince en toute la Chrestienté; et que, oultre
-les estatz de la Royne de Navarre, sa mère, qui estoient grandz, et,
-oultre les biens de Vendosme qui estoient honnorables, et dont de
-ceulx qui sont en Flandres les ungs estoient assis sur la mer en lieu
-non guières moins commode que Callais, le dict Sieur Prince avoit
-obtenu de nouveau ung jugement en la chambre impérialle contre le Roy
-d'Espaigne de plusieurs aultres biens et sommes, qu'il disoit monter à
-plus de deux millions d'or. Néantmoins le propos, à cause de l'eage et
-de la taille, n'avoit esté auculnement suyvy, et n'ay point sceu,
-Sire, que, despuys la paix conclue, et despuys le propos de
-Monseigneur, frère de Vostre Majesté, il ayt esté faict aucune mencion
-du dict Sieur Prince ny pour la Royne d'Angleterre, ni pour aulcune de
-ses parantes. Et quand Mr de Foix a parlé icy que Vostre Majesté
-vouloit donner Madame en mariage au dict Sieur Prince, et que despuys
-j'ay asseuré que cella estoit comme conclud, je n'ay cogneu, en signe
-ny en parolle, qu'on ayt faict aultre démonstration que de l'aprouver
-bien fort, et de louer infinyement le moyen qu'aviez trouvé par là
-d'assurer si bien ceulx de la nouvelle religion qu'ilz n'auront jamais
-occasion de rien mouvoir dans vostre royaulme.
-
-Tant y a, Sire, que je prendray garde si l'adviz qu'on vous a donné là
-dessus a aulcun fondement, bien me semble que le conseil de deçà n'est
-si peu judicieulx qu'il veuille faire délaysser à ceste Royne l'ung ou
-l'aultre de deux grandz apuys qui luy sont proposés, pour suivre ce
-troisième bien foible, qui ne luy pourroit guières ayder, et qui
-seroit pour faire unyr les aultres deux contre elle. Dont ne fault
-doubter qu'elle ne cerche de s'accommoder en quelque bonne sorte avec
-Vostre Majesté, et, si elle ne le peult faire, qu'elle vouldra
-retourner, commant que soit, à l'intelligence du Roy d'Espaigne; mais,
-pour le présent, sa principalle entente, et des siens, est de
-parachever le propos de Mon dict Seigneur. Et encor que, de l'autre
-part, l'on offre à la dicte Dame de luy faire de grandz advantaiges,
-et à plus tollérables condicions que les nostres, ou au moins de
-mettre les choses d'Escoce en sa main, et que beaucoup de dons et de
-présens ayent desjà couru en cella avec encores de plus grandes
-promesses pour l'advenyr, et que soubz main, l'on ayt admonesté les
-Protestans de penser ainsy de ceste grandeur de Monsieur comme d'une
-authorité qui se va dresser contre eulx et contre leur religion, ces
-mauvais offices néantmoins n'ont peu encore avoir lieu, et ceulx qui
-les ont faictz, bien que ne leur en ayons opposez de semblables, n'ont
-sceu dissimuler leur dolleur qu'ilz n'ayent monstré avec larmes qu'ilz
-ne sçavent où ilz en sont. Ce que je laysse, Sire, à Mr de Foix de le
-vous discourre plus au long par le récit de plusieurs particullaritez
-qui sont advenues pendant qu'il a esté par deçà. Lequel aussi vous
-racomptera l'accidant des deux mil escuz que j'envoyois en Escoce,
-pour l'occasion desquelz l'on a despuys resserré davantaige le duc de
-Norfolc, comme s'il en estoit coulpable, et miz en la Tour ses deux
-secrétaires. Et parce que j'ay esté allégué, il y a heu deux seigneurs
-de ce conseil qui m'en sont venuz parler; ausquelz j'ay dict tout
-librement que Vostre Majesté, ayant entendu la perte des dix huict mil
-escuz et des monitions que Chesoin admenoit en Escoce, et la vollerie
-qu'on avoit faicte au Sr de Vérac, vostre agent, arrivant par dellà,
-d'avoir prins ses pacquectz, ses coffres, son argent et l'avoir
-arresté luy prisonnier; et ne sachant que les deux tiers de l'argent
-fût entré dans Lillebourg, comme on l'avoit entendu despuys, vous
-m'aviez commandé, Sire, de faire tenir au dict Vérac, ou à quelcun
-pour luy, le plus dextrement que je pourrois, mil escuz, ensemble une
-aultre petite partie que Mr de Glasco envoyoit par dellà; et de tant
-que c'estoit une chose qui concernoit vostre service, laquelle ne
-debvoit estre désagréable à la Royne, vostre bonne soeur, non plus
-qu'elle ne luy pouvoit estre en façon du monde dommageable, je prioys
-iceulx du conseil de faire envers elle que les dicts deux mil escuz
-fussent, par l'ordre mesmes de la dicte Dame, apportez au dict de
-Vérac, ou qu'elle me vollust donner saufconduict pour les luy envoyer,
-ou au moins me les faire randre; et, quoy que soit, qu'elle me mandât
-ce que j'auroys à en escripre à Vostre Majesté; dont, Sire, j'en
-attandz, d'icy à deux jours, la responce. Et parce que Mr de Foix est
-bien instruict de tout ce faict, je vous suplieray seulement, Sire,
-d'en parler, ou d'en respondre, à l'ambassadeur d'Angleterre, quant il
-vous en parlera, conforme à ce dessus, et me commander comme il vous
-playrra que j'en use; se continuant, au reste, toutes aultres choses
-icy, comme Mr de Foix les a layssées: que le Sr de Quillegrey partira
-bientost pour aller sollaiger Mr de Valsingam, et que milord de
-Burgley suyvra, si quelque accidant ne survient.
-
-L'ambassadeur d'Espaigne a publié l'arrivée de don Joan d'Austria en
-Itallye, avec grand expectation de toute la Chrestienté qu'il
-exploictera encores cest esté plusieurs notables faictz d'armes sur le
-Turc. Ung allemant qui se faict appeller le comte de Lumey est arrivé,
-despuys huict jours, lequel est eschappé, à ce qu'on dict, par grand
-fortune, des mains des Espaignolz qui cerchoient de le prandre, parce
-qu'il favorisoit les partz du prince d'Orange. Je verray ce qu'il
-négociera par deçà; et sur ce, etc.
-
- Ce VIIe jour de septembre 1571.
-
-
-PAR POSTILLE.
-
- Despuys la présente escripte, l'on a mené le duc de Norfolc à la
- Tour; et de tant, Sire, qu'il semble qu'on le travaille, et qu'on
- le veult recercher de sa vie, à cause que son secrétaire m'a
- vollu moyenner la conduicte de ces deux mil escuz au Sr de Vérac,
- vostre agent en Escoce, de quoy je ne sache qu'il soit en rien
- consent ny sçavant, je supplie très humblement Vostre Majesté
- d'employer, en quelque bonne sorte, sa faveur envers la Royne
- d'Angleterre, à ce que le dict duc et ses hommes ne souffrent
- aucun mal pour cella. Et, au surplus, Sire, j'entendz que
- l'accord, que milord de Burgley nous disoit estre faict en
- Escoce, est entre le comte de Morthon et le comte d'Arguil,
- lequel il a tiré de sa part, au préjudice toutjour de la cause de
- la Royne d'Escoce.
-
-
-
-
-CCIVe DÉPESCHE
-
---du XIIe jour de septembre 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par Clearc, archier de la garde
-escoçoyse._)
-
- Procédure contre le duc de Norfolk.--Danger de Marie
- Stuart.--Nouvelles d'Écosse; avantages remportés par les
- partisans de la reine.--Conclusion de l'accord sur les prises
- entre les Anglais et les Espagnols.--Entreprise des partisans
- de la reine d'Écosse sur Stirling.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, quant Mr de Foix est party d'icy, la Royne d'Angleterre a
-monstré qu'elle estoit en dellibération d'envoyer devers Vostre
-Majesté ung des seigneurs de son conseil pour vous aller justiffier
-les responces qu'elle nous a faictes, et les conduyre, s'il estoit
-possible, à quelque bonne conclusion du propos du mariage, ou au moins
-confirmer par là l'amytié qu'elle cerche de faire avec vostre
-couronne; mais despuys il semble qu'elle ayt remiz ceste despêche
-jusques à ce que le Sr de Valsingam luy ayt mandé comme aura esté
-prins le rapport de Mr de Foix. Cependant elle et ceulx de son conseil
-font une extrême dilligence d'enquérir contre le duc de Norfolc s'il a
-point continué ses intelligences avec la Royne d'Escoce, despuys qu'il
-luy a esté deffandu, et s'il en a heu quelque une avecques moy, mais
-il semble que beaucoup plus l'on le recerche s'il a poinct mené nulle
-pratique avec le duc d'Alve, et néantmoins ung chacun estime que tant
-plus l'on l'esclayrera, plus il sera cogneu loyal subject de sa
-Mestresse; et s'est on esforcé de prouver que les deux mil escuz, qui
-alloient en Escoce, venoient de luy, mais la vérité se manifeste de
-plus en plus qu'ilz sont procédez de moy, comme je n'ay différé de les
-advouher, et d'asseurer que Vostre Majesté m'avoit commandé de les
-faire tenir au Sr de Vérac pour son entretennement par dellà; ce qui
-justiffie, quant à ce poinct, fort grandement le dict duc, bien que je
-ne fays doubte qu'on ne resserre davantaige la Royne d'Escoce, et
-qu'on ne preigne quelque colleur de cecy, ainsy qu'assez souvant l'on
-l'a bien prinse d'aultres bien légières choses, pour retarder ses
-affaires; mesmes que milord de Burgley m'a mandé que la Royne, sa
-Mestresse, estoit dellibérée de ne souffrir qu'aulcun demeurast icy
-pour la Royne d'Escoce, ny qu'il se trouvast homme en Angleterre qui
-ozât parler pour elle. Dont, sur la première occasion, que Vostre
-Majesté me commandera d'en porter quelque parolle, je mettray peyne de
-m'en résouldre en une ou aultre façon.
-
-J'entendz que le jeudy, vingt huictiesme du passé, il y a heu une
-grosse escarmouche entre ceulx de Lillebourg et du Petit Lith, où la
-deffaicte a esté grande de chacun costé, mais l'advantaige est demeuré
-à ceulx de Lillebourg, qui ont prins le coronnel des gens de pied du
-comte de Lenoz; et le dict de Lenoz s'est retiré à Esterling, ayant
-layssé chef dans la place le milord Lendsey. L'on dict que milord de
-Humes avoit aussi esté prins de rechef, et blessé en la dicte
-escarmouche, mais qu'il est eschappé. J'entendz que ceulx du dict
-Lillebourg sont allez courre jusques à St André, où le Sr de Vérac
-estoit dettenu et qu'ilz l'ont admené avec eulx. Les comtes d'Arguil,
-de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid ont faict leur convention avec
-le comte de Morthon, soubz colleur de laquelle l'on nous a vollu
-donner entendre que la paciffication estoit establye en tout le pays;
-mais je voys bien, Sire, qu'à ceste heure, plus que jamais, vostre
-assistance et vostre authorité sont requises au dict pays.
-
-Si, d'avanture, le Sr de Valsingam prend espérance des propos que
-Vostre Majesté luy tiendra, il y a grand apparance qu'après ses
-premières lettres à ceulx cy, milord de Burgley passera incontinent en
-France, avec lequel j'estime, Sire, que, mieulx qu'avec nul aultre de
-ce royaulme, Vostre Majesté pourra conclurre les choses qu'elle a à
-démesler avec ceste princesse. Le différand des Pays Bas, en ce qui
-concerne les merchandises, est accordé tout ainsy que je l'ay dict à
-Mr de Foix; ne reste plus que ung peu de cérémonie, à qui sera couché
-par le contract qui debvra rendre le premier, car en effect les
-Anglois demeurent saysis et satisfaictz de tout ce qu'ilz ont vollu,
-et le Sr Fiesque s'en va en dilligence trouver le duc d'Alve pour le
-luy faire ratiffier, avec lequel l'on a heu une bien estroicte et bien
-privée communication en ceste court premier qu'il soit party. Sur ce,
-etc.
-
- Ce XIIe jour de septembre 1571.
-
-
- Despuys la dicte escarmouche, est venu nouvelle que ceulx de
- Lillebourg, en nombre de quinze centz hommes, sont allez essayer
- une fort hazardeuse entreprinse sur ceulx qui estoient logez dans
- la ville d'Esterlin, qui leur a réuscy si bien qu'ilz ont faict
- une grande exécution, et entre autres choses on dict qu'ilz ont
- donné ung coup de pistollé au comte de Lenoz dans son lict,
- lequel à peyne en eschappera.
-
-
-
-
-CCVe DÉPESCHE
-
---du XVIe jour de septembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Gosselin._)
-
- Confirmation de l'entreprise sur Stirling.--Communication faite
- par Burleigh.--Mort du comte de Lennox.--Le comte de Mar nommé
- régent.--Rigueurs exercées contre Marie Stuart.--Assurances
- d'amitié données par Burleigh au nom d'Élisabeth.--Explications
- de l'ambassadeur.--Effet produit à Londres par l'arrestation du
- duc de Norfolk.--Hésitation des Anglais à l'égard de
- l'Écosse.--Nécessité pour le roi d'envoyer dans ce pays
- d'importans secours.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ce que je vous avois mandé de l'hazardeuse entreprinse, que
-ceulx de Lillebourg avoient faicte pour surprendre dedans Esterling
-plus de soixante seigneurs comtes, lordz, évesques, abbés ou aultres
-principaulx de la noblesse, qui estoient là assemblez pour tenir ung
-parlement contre leur Royne, est très véritable, et n'a l'on ouy de
-longtemps rien de plus mémorable que cella, si l'yssue eust
-correspondu à son commancement; mais la chose enfin est devenue aulx
-termes que Vostre Majesté verra par les deux adviz cy encloz[14].
-
- [14] Cette entreprinse sur Stirling, qui avait eu un si heureux
- commencement (v. _note_ p. 69), fut sans aucun résultat pour la
- cause de Marie Stuart; le comte de Mar étant bientôt arrivé,
- délivra les seigneurs prisonniers; il fut proclamé régent, et fit
- périr, par les supplices, plusieurs des auteurs de l'entreprise.
- Les deux avis dont il est ici mention n'ont pas été transcrits
- sur les registres.
-
-Tant y a que milord de Burgley m'a envoyé dire par le Sr de
-Quillegrey, son beau frère, que asseuréement le comte de Lenoz y a
-esté tué, et qu'aussitost le comte de Mar a esté créé régent, mais
-qu'on ne sçayt encore s'il aura accepté la charge; m'a mandé
-davantaige que, à cause de quelques pratiques qu'on a découvertes du
-duc de Norfolc, la Royne d'Angleterre a dellibéré de faire observer de
-plus près que jamais la Royne d'Escoce, et ne permettre que, de
-quelques jours, elle ayt aulcune intelligence par messaiges, ny par
-lettres, avec personne du monde, et par ainsy qu'elle me faisoit
-renvoyer ung pacquet, que naguières j'avois escript à la dicte Royne
-d'Escoce, bien que je le luy heusse dépesché par saufconduict; et,
-quant aulx choses d'Escoce, qu'elle avoit mandé à son ambassadeur
-qu'après le retour de Mr de Foix il en allast tretter avec Vostre
-Majesté, à quoy pensoit qu'il ne feroit faulte; au regard de ce qui
-estoit advenu des deniers que j'envoyoys en Escoce, qu'elle en avoit
-prins ung peu de souspeçon, mais qu'elle s'asseuroit tant de la
-parfaicte amytié de Vostre Majesté qu'elle en demeuroit hors de toute
-deffiance, et s'asseuroit aussi que ne prendriez sinon de bonne part
-la dilligence que, pour la conservation de son estat, elle mettoit de
-vériffier les pratiques que Ridolphy avoit menées contre elle, où il
-avoit toutjour, dez le commancement, vollu pourvoir que ne fussent
-communiquées à moy, vostre ambassadeur, ès quelles la dicte Royne
-d'Escoce et le dict duc se trouvoient à ceste heure meslez. Et
-adjouxtoit de soy, le dict de Burgley, qu'il ne voyoit pas pour cella
-qu'il deubt venir rien de réfroydissement au bon propos, et que l'ung
-de quatre seigneurs: savoir, du comte de Betfort, de milord de
-Boucost, de mestre Smith ou de luy; avoient esté proposez pour aller
-devers Vostre Majesté sur la correspondance du voyage de Mr de Foix,
-après qu'on auroit receu responce du Sr de Valsingam, bien que la
-Royne, sa Mestresse, ne vouldroit estre veue aller recercher ce dont
-l'advantaige, réservée aulx dames, requiert qu'elle soit recerchée.
-
-J'ay respondu, Sire, à chacun poinct sellon que j'ay estimé convenir à
-la grandeur de Vostre Majesté, et à l'entretennement de vostre commune
-amytié avec ceste princesse, et au desplaysir que vous aurez si la
-Royne d'Escoce est maltrettée, ensemble au regrect qui vous touche de
-ces désordres qui continuent entre les Escossoys, avec un desir infiny
-d'y remédier, ce que je n'estendz icy aultrement pour éviter longueur;
-et que je percistoys, quant aulx deux mil escuz, de les demander et
-d'estre prest d'aller satisfaire la dicte Dame comme je les ay
-baillez, et de n'avoir jamais heu pratique avec le duc de Norfolc ny
-avec nul des siens; que, touchant le propos du mariage, Mr de Foix
-avoit emporté les responces, ès quelles il n'avoit garde d'y rien
-empyrer, mais bien luy avoit semblé expédiant que quelcun des
-seigneurs de ce conseil deust aller remonstrer à Vostre Majesté
-combien toutz eulx les estiment raysonnables.
-
-Or espérè je, Sire, de veoir bientost la dicte Dame et vous mander ce
-que là dessus elle m'aura vollu plus ayant discourir; cependant, pour
-vous mieulx tesmoigner des durs déportemens qu'on use envers la Royne
-d'Escoce et des profondz souspirs qu'elle en adresse à Vostre Majesté,
-et pour vous faire veoir aussi quel est l'estat présent de son
-royaulme et comme l'on continue de le vouloir toutjour broiller, qui
-néantmoins monstre d'attandre sa ressource de la faveur de Vostre
-Majesté, et que icelle luy viendra à ceste heure plus opportune et
-plus utille que jamais, je vous envoye l'extrêt de la dernière lettre,
-du VIIIe du présent[15], que j'ay receue de la dicte Royne d'Escoce;
-avec une aultre lettre qu'elle m'a secrectement escripte, le mesmes
-jour, de sa mein, et deux lettres du Sr de Vérac du vingtiesme et
-trentiesme du passé, avec celle que, du dict mesmes XXXe, le Sr de
-Ledinthon a escript à Mr de Roz. Sur toutes lesquelles, après les
-avoir bien considérées et consultées, et les avoir communiquées à Mr
-de Glasco, comme la Royne, sa Mestresse, le desire, je vous supplie
-très humblement, Sire, y vouloir prendre une bonne et bien honnorable
-résolution, et faire appeller l'ambassadeur d'Angleterre affin de luy
-en faire aultant entendre comme Vostre Majesté jugera qu'il en sera
-expédiant pour n'altérer l'amytié de sa Mestresse, et justiffier les
-honnestes debvoirs dont vous avez toutjours usé vers elle en cest
-endroict. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIe jour de septembre 1571.
-
- [15] Voir la _Collection complète des lettres de Marie Stuart_,
- publiée par Mr le prince de Labanoff de Rostof.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, il semble que l'accidant du duc de Norfolc et celluy du comte
-de Lenoz facent desirer davantaige à ceste princesse, et aulx siens,
-la conclusion du propos encommancé, affin de mieulx asseurer l'estat
-de ce royaulme: car, ainsy qu'on a ramené le dict duc à la Tour, le
-peuple de Londres, lequel on a toutjour estimé luy estre le moins
-affectionné du royaulme, a néantmoins accouru de toutes partz pour le
-veoir et le saluer, et pour dire tout hault qu'il estoit plus homme de
-bien et plus loyal subject de leur Royne que ceulx qui l'accusoient,
-et qu'ilz prioient Dieu de conserver son ignocence et de confondre
-ceulx qui cerchoient sa mort. D'ailleurs, ilz voyent que les choses
-d'Escoce ne leur succèdent ainsy qu'ilz desireroient, et qu'il leur
-est besoing, s'ilz y veulent rien establyr à leur dévotion, d'y aller
-à plus grandes et ouvertes forces, et à plus de fraiz qu'ilz n'y
-employent; dont semble qu'ilz s'en trouvent assez perplex. Je croy
-bien qu'ilz feront, à ceste heure, des nouvelles dellibérations ès
-dictes choses d'Escoce, et qu'ilz envoyeront pratiquer le comte de
-Mar, et, possible, dépescheront quelques gens de guerre de dellà, par
-prétexte de venger la mort du dict de Lenoz; mais les lettres du Sr de
-Vérac monstrent que si, de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes,
-arrivoit, sur ceste conjonction de temps, quelque personnaige
-d'authorité et de grande qualité vers les Escossoys, avec quelques
-moyens de vostre faveur, que les ungs et les aultres se réduyroient
-facillement à l'intelligence de France, et viendroient à paciffication
-entre eulx, au grand honneur de Voz Majestez et grande réputation des
-affaires du Roy, non seulement en ceste isle, mais par toute la
-Chrestienté. Je ne vous diz rien, Madame, de l'extrémité en laquelle
-la Royne d'Escoce, vostre belle fille, s'estime estre réduicte, car
-ses propres lettres vous en parleront assés; seulement vous supplie
-très humblement me commander l'office qu'il vous playt que je y face,
-conforme à ce que vous sçavez commant la Royne d'Angleterre le
-prendra. Et sur ce, etc.
-
- Ce XVIe jour de septembre 1571.
-
-
-
-
-CCVIe DÉPESCHE
-
---du XXIe jour de septembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Mauvais état des affaires de Marie Stuart en Écosse.--Nécessité
- pour Élisabeth de se maintenir en paix avec la
- France.--Demandes faites par l'ambassadeur.--Efforts de
- l'amiral Coligni pour rompre le mariage du duc d'Anjou et
- marier le prince de Navarre en Angleterre.--Conférence de
- l'ambassadeur avec l'ambassadeur d'Espagne.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, en l'absence de Mr de Foix, qui est desjà devers Vostre Majesté,
-j'ay receu seul la dépesche qu'il vous a pleu adresser à nous deux, du
-Xe du présent, à laquelle, quant au poinct des choses d'Escoce,
-j'estime, Sire, que, par les miennes dernières, lesquelles sont du
-séziesme de ce dict mois, et par l'extraict de plusieurs aultres
-lettres et adviz, que avec icelles je vous ay envoyé, Vostre Majesté
-aura veu comme le Sr de Vérac a parlé au comte de Morthon, et que,
-quelques jours après, il a esté conduict sauvéement à Lislebourg;
-comme le duc de Chastellerault, le comte de Humteley, milord de Humes
-et les sieurs de Granges et Ledinthon, qui sont ceulx qui ouvertement
-maintiennent la cause de leur Royne, et ouvertement s'advouhent à
-vostre protection, se trouvent en plusieurs grandes nécessitez et
-difficultez de pouvoir plus soubstenir ceste guerre; comme les comtes
-d'Arguil, de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid se sont disjoinctz
-d'avec eulx pour s'accorder avec le comte de Morthon; comme milord de
-Lindsey est demeuré avec forces dans le Petit Lith; comme, nonobstant
-tout cella, ceulx de Lillebourg ont faict l'entreprinse de Esterling,
-en laquelle le comte de Lenoz et celluy qui avoit mandé des cartelz de
-combat au Sr de Granges, avec plusieurs aultres, ont esté tuez; et
-finalement comme, incontinent après le décez du dict de Lenoz, la
-régence a esté offerte au comte de Mar. Vous avez veu aussi, Sire,
-comme l'on a donné icy ordre de resserrer la Royne d'Escoce, et de luy
-oster la pluspart de ses serviteurs, avec le prétexte de l'occasion
-qu'on a heu de ce faire, et de ne vouloir qu'on parle plus icy
-aulcunement pour elle. Sur toutz lesquelz accidentz, Sire,
-j'attandray, encores quelques jours, ce qu'il vous playrra me
-commander; car, parce qu'ilz sont nouveaulx, Vostre Majesté advisera,
-possible, d'y faire une nouvelle dellibération et de changer quelque
-chose en celle que, naguières, elle m'a mandé.
-
-Quelques ungs estiment, Sire, qu'encores que vous vous acquictiez
-droictement vers l'obligation que vous avez à la paciffication des
-Escossoys, voz confédérez, et que vous y alliez avec moyens
-convenables à vostre grandeur, pourveu qu'aultrement ilz ne soient à
-l'injure de la Royne d'Angleterre, ni contre les trettez, qu'elle ne
-s'en pourra avec rayson altérer, ains se confirmera possible
-davantaige en vostre amytié, et se hastera de tant plus tost conclurre
-l'intelligence qu'elle cerche de faire avec Vostre Majesté. Laquelle
-je vous oze bien prédire, Sire, que, si elle est remise à quelque
-longueur de négociation, et que ceulx, qui nous y sont contraires,
-voyent qu'on se puysse aultrement prévaloir des choses d'Escoce, et
-que vous demeuriez en tant soit peu de suspens de la reddition de la
-Rochelle, qu'il leur sera facille de l'interrompre du tout; joinct que
-ceulx cy cerchent desjà bien fort de se racoincter avec le Roy
-d'Espaigne. Il est vray que, de tant que les offances qu'ilz luy ont
-faictes sont grandes et notoires, et que les fugitifz de ce royaume
-sont retirez devers luy, et qu'il a ouy Estuqueley sur les choses
-d'Yrlande, aussi qu'on sçayt bien que le Pape ne permétra jamais qu'il
-entende à rien contre la Royne d'Escoce, et qu'en nul de ses pays la
-forme de la religion de ceulx cy n'a tollérance, joinct que les
-propres subjectz de ce royaulme ne sont en bonne unyon, et les
-principaulx d'entre eulx sont assés mal contantz, ung chacun juge que,
-par nécessité, ceste princesse aura de persévérer aulx traictez de
-paix avec la France, et se unyr davantaige à l'intelligence de Vostre
-Majesté.
-
-Or, Sire, j'yray bientost trouver la dicte Dame pour luy toucher
-aulcuns poinctz de vostre susdicte dépesche, et pour avoir responce de
-trois particullaritez que j'ay desjà proposées à ceulx de son conseil:
-sçavoir, de n'innover rien au traictement de la Royne d'Escoce; de
-vouloir entendre à quelque expédiant sur la paciffication des
-Escossoys; et d'avoir satisfaction des deux mil escuz qu'ilz m'ont
-arrestez. Dont vous manderay incontinent ce qu'elle m'y aura respondu;
-et n'adjouxteray rien plus, pour ceste heure, icy, de ce propos, sinon
-que la Royne d'Angleterre, despuys l'entreprinse d'Esterlin, a mandé
-aulx gardiens de sa frontière de faire les monstres, et que, dans le
-moys d'octobre, elle leur envoyera de l'argent.
-
-Quant à l'aultre poinct, Sire, concernant le Prince de Navarre,
-j'estime aussi que, par la responce que je vous y ay faicte, du VIIe
-de ce mois, Vostre Majesté aura cogneu que c'est ung propos vieulx,
-qu'on n'a pas beaucoup suyvy, et que, despuys celluy de Monsieur il a
-esté délayssé, sans qu'il se puysse, à présent, cognoistre qu'il soit
-remiz en termes. Et monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, de luy mesmes,
-sans que j'aye faict semblant d'en rien sçavoir, m'a dict, despuys
-deux jours, que don Francès luy a escript bien chauldement de France
-comme s'estant Mr l'Admiral aperceu que les deux mariages de Monsieur
-avec la Royne d'Angleterre et de Madame avec le Prince de Navarre
-pourroient avec le temps réuscyr fort préjudiciables à sa religion,
-qu'il s'esforceoit meintenant de les interrompre, et d'en moyenner ung
-nouveau pour le dict Prince par deçà, dont il estoit après d'en
-aproffondir la vérité; néantmoins, quant à la Royne d'Angleterre, il
-demeuroit fort fermement persuadé que, si elle ne se maryoit avec
-Monsieur, qu'elle n'en espouseroit point d'aultre; et qu'encores ses
-adviz concouroient toutz, despuys le partement de Mr de Foix, qu'elle
-estoit retournée à sa première dellibération de ne se marier jamais,
-et que, de ce que le dict dom Francès luy a allégué une fille, ou
-soeur, ou niepce, de feu Madame Catherine, pour le dict Prince de
-Navarre, qu'il estoit après à s'en enquérir, et m'advertiroit de ce
-qu'il en pourroit aprendre. Ce que je luy ay gratiffié grandement, et
-l'ay beaucoup remercyé de sa bonne vollonté, luy disant, quant au
-Prince de Navarre, que j'entendois que le mariage de Madame avec luy
-estoit desjà tout conclud; et, quant à celluy de Monsieur, qu'on nous
-avoit fort avant satisfaictz sur toutes condicions, en aussi ample
-forme comme le contract de la feue Royne Marie avec le Roy, son
-Maistre, le portoit, et encores plus largement quant à la coronation
-et gouvernement du royaume, mais, quant à la religion, l'on ne nous y
-avoit aussi bien respondu comme nous demandions; bien nous y avoit
-l'on baillé une forme de responce, laquelle ceulx cy estimoient qui
-pourroit satisfaire à l'honneur et à la conscience de Monsieur, dont
-j'étois, à ceste heure, attendant comme Vostre Majesté l'auroit
-prinse, et que je le pouvois asseurer qu'en ce qui avoit esté traicté
-jusques icy du dict mariage; il y avoit toutjour esté, de chacun
-costé, faict une fort expresse mencion de meintenir droictement la
-paix avec le Roy, son Maistre, de quoy il a monstré d'estre bien fort
-contant. Or, Sire, ce qu'on parle d'une parante ou niepce de la Royne
-d'Angleterre, laquelle elle pourroit advantaiger en faveur du dict
-Prince de Navarre, il y a longtemps que je cerche, pour aultre
-respect, de sçavoir si elle en a pas une, mais l'on n'en sçait nommer
-une seule du costé paternel; et vous puys asseurer, Sire, que milord
-de Burgley, s'il ne peult esteindre le tiltre que la Royne d'Escoce et
-son filz prétendent à la succession de ceste couronne, qu'il ne
-tiendra pas la main que celluy d'un tiers soit advancé au préjudice
-des filz de Herfort; par ainsy, je suys toutjour après à sonder si
-cest advertissement, touchant le Prince de Navarre, a nul fondement.
-Sur ce, etc.
-
- Ce XXIe jour de septembre 1571.
-
-
-
-
-CCVIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour de septembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Claude._)
-
- Refus d'audience.--Explications données par Burleigh à
- l'ambassadeur sur les affaires d'Écosse.--Acceptation de la
- régence par le comte de Mar.--Assemblée de
- Stirling.--Accusations portées contre le duc de Norfolk et
- contre Marie Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ayant envoyé demander audience à la Royne d'Angleterre sur
-l'ocasion des choses que, le Xe de ce moys, Vostre Majesté m'a mandé
-de tretter avec elle concernans la Royne d'Escoce et son royaulme, et
-ayant, par mesmes moyen, escript à milord de Burgley, icelluy de
-Burgley, de soy, m'a respondu plusieurs choses assez gracieusement, et
-a curieusement leu l'extraict d'une aultre lettre que la Royne
-d'Escoce m'avoit escripte; lequel j'ay desiré qu'il le vît bien au
-long, parce que les raysons et justiffications de tout ce qu'on impute
-à ceste pouvre princesse y sont fort bien et fort sagement déduictes,
-et a communiqué, à mon instance, le dict extrêt à sa Mestresse, et luy
-a aussi monstré ma lettre avec les poinctz raysonnables que je y
-requiers.
-
-Laquelle a esté longtemps à dellibérer sur le tout avecques luy, et
-puys m'a faict mander par luy mesmes qu'elle se trouvoit de longtemps
-si offancée de la Royne d'Escoce, et les récentes injures, qu'elle
-vériffioit à ceste heure contre elle, luy renouvelloient si fort la
-playe, qu'elle en avoit au cueur, qu'elle ne pouvoit plus comporter
-qu'on luy parlât, en façon que ce fût, ny d'elle ny de ses affaires,
-et s'esbahyssoit assez comme je les voulois mesler avec ceulx de
-Vostre Majesté; et de tant qu'elle jugeoit bien que le pacquet, que
-vous m'aviez dépesché du Xe de ce mois, ne pouvoit estre d'aulcune
-chose, qui eust esté négociée pendant que Mr de Foix estoit icy, parce
-qu'il estoit encores en chemin, affin de n'en ouyr point parler
-d'aultre, elle me prioit de temporiser mon audience jusques à ce que
-j'eusse encores receu ung aultre pacquet, et qu'elle avoit mandé à son
-ambassadeur vous dire, Sire, qu'elle n'avoit rien faict en l'endroict
-de la Royne d'Escoce, ny des siens, qui ne fût avecques honneur, avec
-debvoir et avec rayson, et qu'après que vous l'auriez ouy là dessus,
-elle espéroit que vous demeureriez bien contant: me voulant bien dire
-icelluy de Burgley, comme de luy mesmes, que de rien, que je sceusse
-proposer à ceste heure pour la dicte Royne d'Escoce ny pour les
-Escouçoys, je n'en raporterois aulcune meilleure responce que celle
-là; et qu'au regard des dicts Escouçoys, toutz les principaulx d'entre
-eulx se trouvoient desjà si unys à recognoistre l'authorité de leur
-jeune Roy que ce seroit troubler leur estat, si l'on s'y opposoit, et
-que, si Vostre Majesté vouloit, à ceste heure, soubstenir le duc de
-Chastellerault et le comte d'Honteley, qui seuls meintennoient le
-party de la Royne d'Escoce, vous vous monstreriez ennemy du repoz
-public du pays.
-
-Il ne me deffault, Sire, que leur pouvoir bien répliquer à toutes ces
-responces; mais, parce que je ne serois ouy bien à ceste heure, encor
-que je parlasse en vostre nom, je ne veulx tant préjudicier à la
-grandeur et dignité d'icelluy que de l'employer en vain, et pourtant
-je ne m'advanceray de plus en parler, jusques à ce que Vostre Majesté,
-après avoir ouy le Sr de Valsingam, m'ayt commandé sa plus ample
-vollonté là dessus.
-
-Cependant, Sire, j'entendz que le comte de Mar, par le confort de
-ceste princesse, a accepté la régence du pays, et qu'il a esté
-confirmé à icelle par l'assemblée du parlement qui estoit lors à
-Esterlin, dont, incontinent après, il a faict exécuter à mort deux de
-ceulx qui se sont trouvez coulpables de l'entreprinse du dict
-Esterlin; lesquelz ayant confessé qu'ilz avoient esté à ce induictz
-par les Amilthons pour faire mourir le comte de Lenoz, en revenche de
-l'archevesque de St André, icelle assemblée, tout d'ung consentz, a
-renouvellé leur sèrement de vanger, contre les Amilthons et contre le
-comte d'Honteley, la mort du feu Roy d'Escoce et des deux derniers
-régentz. Et suys adverty, Sire, que la Royne d'Angleterre a envoyé
-faire de fort grandes offres au dict de Mar, jusques à luy promettre
-armée pour assiéger Lillebourg, et que cependant elle luy fornyra la
-soulde de cinq cens hommes, et que mesmes il semble qu'elle fera
-couler iceulx cinq centz hommes de Barvyc à Esterlin à la file, affin
-qu'elle employe son argent à la soulde des siens, et que ce luy soit
-aultant de pied en l'Escoce, ne faisant doubte que ceulx de
-Lillebourg, s'ilz ne sentent bientost quelque rafreschissement, qu'ilz
-ne se trouvent en une fort grande extrémité. Et de tant que, par la
-déposition du filz du comte Dherby et de ceulx qui sont prisonniers
-avecques luy, il semble qu'on tire quelque indice de certaine
-dellibération qui avoit esté faicte d'enlever la Royne d'Escoce hors
-des mains du comte de Cherosbery, et de la conduyre en Galles pour la
-proclamer Royne d'Angleterre, et qu'à cella le duc de Norfolc ayt esté
-consentant, il n'est pas à croyre combien la Royne d'Angleterre
-s'esforce de le faire meintennant bien sentyr à toutz deux; mais l'ung
-et l'aultre, à ce qu'on dict, s'en justiffient fort bien, et croy qu'à
-ceste heure ce qui nuict le plus au dict duc est la privaulté qu'on se
-souvient que Ridolfy a heue en sa mayson et en celle du comte
-d'Arondel, pendant qu'il a esté par deçà; duquel Ridolfy l'on a fort
-suspect son voyage de Rome à Madry, et le séjour qu'il faict, de
-présent, en la cour d'Espaigne. Sur ce, etc.
-
- Ce XXVIe jour de septembre 1571.
-
-
-
-
-CCVIIIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour de septembre 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par ung gentilhomme escouçoys._)
-
- Dépêche de Walsingham.--Réception faite par le roi à l'amiral
- Coligni.--Mission de Quillegrey en France et en
- Allemagne.--Négociation des Pays-Bas.--Combat devant Douvres
- entre la flotte du duc d'Albe et celle du Prince
- d'Orange.--Nouvelles d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, arrivant la Royne d'Angleterre, le XXVIe de ce moys; à
-Richemont, elle y a achevé son progrez de ceste année, et y est
-encores, et dict on qu'elle y fera assés long séjour, non sans qu'elle
-ayt desjà assés souvant souhayté de sçavoir si Mr de Foix estoit
-arrivé devers Voz Majestez Très Chrestiennes, et si elles demeuroient
-bien satisfaictes des responces qu'elle a faictes à luy et à moy, mais
-son ambassadeur luy a escript, du XVe du présent, qu'il n'estoit
-poinct nouvelles de son retour, et mesmes luy a l'on asseuré qu'il
-estoit encores le XVIIIe à Paris, de quoy elle a monstré n'estre trop
-contante. Icelluy sieur ambassadeur, à ce que j'entendz, luy a fort
-curieusement mandé, du dict quinziesme, la réception de monsieur
-l'Admyral jusques à luy expéciffier que vous lui avez dict, Sire,
-qu'il fût aultant bien venu que gentilhomme qui soit arrivé en vostre
-court despuys vingt ans; et que la Royne, vostre mère, luy avoit faict
-l'honneur de le bayser; et que vous l'aviez mené en la chambre de
-Monseigneur vostre frère, qui se trouvoit ung peu mal disposé, où le
-mariage de Madame avec Monsieur le Prince de Navarre avoit esté
-conclud, et la paciffication de vostre royaulme de plus en plus
-confirmée; et que, incontinent après, vous aviez dépesché Mr de Biron
-devers la Royne de Navarre, laquelle, avec le dict Prince, son filz,
-estoient allez aulx beins de son pays de Béarn. Choses que les aulcuns
-d'icy ont heu assés agréables, mais il y en a plusieurs qui n'en ont
-monstré aulcun semblant de plésir, et ont dict tout hault qu'il estoit
-à craindre que l'accommodement des affaires de la France et le trop
-bien asseuré repoz d'icelle ne fût le travail et le trouble
-d'Angleterre.
-
-A mandé davantaige le dict sieur ambassadeur que le propos du mariage
-de la Royne, sa Mestresse, avecques Monsieur estoit aussi bien subject
-à mutation par dellà comme icy, non sans qu'il l'eust assés de
-longtemps préveu, et qu'il n'eust descouvert d'où procédoit
-l'altération; néantmoins que Voz Majestez Très Chrestiennes, et Mon
-dict Seigneur, demeurez en la meilleure disposition du monde pour
-establyr une bien estroicte amytié et intelligence avec la Royne, sa
-Mestresse; et que, mesmes le dernier escript, qui avoit esté envoyé
-d'icy, vous avoit assés contantez, et qu'à cest effect il desiroit que
-quelcun de ce costé, personnaige bien choysy, fût bientost envoyé
-devers Vostre Majesté.
-
-Et semble, Sire, que la dépesche, que la dicte Dame a despuys faicte à
-son dict ambassadeur, du XXe de ce moys, tende à estre esclarcye
-qu'est ce qui aura résulté du dict escript et du rapport de Mr de
-Foix, et comme sera receu quelcun des siens, si elle l'envoye par
-dellà, et aussi pour vous toucher aulcunes choses du faict de la Royne
-d'Escoce et du duc de Norfolc; mais, quant à ces deux derniers
-poinctz, j'espère, Sire, que vous aurez esté assés préparé d'en
-respondre au dict ambassadeur, s'il vous en est venu parler, sellon le
-discours que je vous en ay faict en mes deux précédantes dépesches,
-sans qu'il soit besoing de vous en faire icy plus de mencion;
-seulement je adjouxteray à ce pacquet l'original d'une lettre et
-l'extrêt de deux chiffres, que j'ay receu de la Royne d'Escoce,
-despuys qu'elle est resserrée, par où Vostre Majesté verra ce qu'elle
-pense estre très nécessaire de faire promptement pour elle et pour les
-affaires de son royaulme.
-
-J'entendz que le Sr de Quilegrey s'apreste pour aller sollager le Sr
-de Valsingam, qui a mandé se vouloir faire curer de certaine
-difficulté d'uryne qui le travaille fort, où il dict avoir besoing
-d'ung séjour de trois moys; et semble qu'avec l'ocasion de ce voyage
-l'on en dresse ung aultre, pour le dict Sr de Quillegrey, d'aller, au
-partir de France, devers les princes protestans en Allemaigne, dont ne
-sera que bon de l'observer ung peu sur ce qu'il négociera, pendant
-qu'il sera en vostre court. Il est venu responce de Bruxelles comme le
-Sr Thomas Fiesque estoit arrivé devers le duc d'Alve le XVe de
-septembre, et qu'on espéroit qu'il seroit bientost remandé par deçà
-avec ample pouvoir et ratiffication sur tout ce qui a esté tretté de
-l'accord des merchandises; dont sera besoing, Sire, qu'à ceste heure
-vous soyez adverty du dict Bruxelles de ce que pourrez desirer
-entendre de plus en ceste affaire. L'admyral de Flandres, avec bon
-nombre de navyres de guerre, est venu combattre et chasser, par deux
-foys, les vaysseaulx du prince d'Orange jusques à la bouche du port de
-Douvre, et, sans l'artillerye du chasteau et du balouvart du dict
-Douvre, qui a tiré contre luy, il les eust poursuyviz jusques dans le
-mesmes port. L'on me vient de dire tout présentement que ceulx
-d'Esterlin en Escoce ont mandé, de toutes partz, à ceulx de leur party
-qu'ilz les viennent trouver, ce premier jour d'octobre, avec leurs
-armes et vivres pour quarante jours, affin d'aller assiéger
-Lillebourg. Sur ce, etc.
-
- Ce XXXe jour de septembre 1571.
-
-
-
-
-CCIXe DÉPESCHE
-
---du VIe jour d'octobre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr Bernardo Gary._)
-
- Procédure contre le duc de Norfolk.--Arrestation du comte
- d'Arondel.--Lord de Lumley mis à la Tour.--Nouvelles
- d'Écosse.--Nécessité d'envoyer des secours dans ce pays.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il n'y a rien en quoy la Royne d'Angleterre et les seigneurs de
-son conseil facent, à ceste heure, plus grande dilligence que de
-s'esclarcyr des souspeçons qu'ilz ont conceues contre le duc de
-Norfolc et contre d'aultres seigneurs de ce royaulme, et, pour cest
-effect, ilz en ont faict appeller aulcuns des principaulx en ceste
-court, où ayantz desjà le comte d'Arondel et milord de Lomeley, son
-beau filz, compareu des premiers, l'arrest a esté commandé au dict
-comte avec gardes en sa mayson, et l'on a miz son beau filz dedans la
-Tour. Il se présume qu'il en prendra de mesmes à ceulx qui s'atandent
-icy bientost, car la dicte Dame est fort animée contre eulx, et milord
-de Burgley s'y monstre bien ardent; mais le comte de Lestre a trouvé
-moyen, sur ceste première fureur, de s'absanter en sa mayson de
-Quilingourt, où il est encores de présent, et n'y a chose qui se
-monstre plus aparantment à ceste heure en ce royaulme que la division
-pleyne de peur et de dangier. La dicte Dame faict haster la cuillette
-des deniers qui luy ont esté ottroyez par son parlement, et, oultre
-cella, elle faict, despuys huict jours, travailler secrectement à la
-monoye pour convertyr les réalles d'Espaigne, qui sont dans la Tour,
-en monoye d'Angleterre. Elle persévère toutjour en ung apparant desir
-de conclurre, par ung ou aultre moyen, une bien estroicte intelligence
-avec Vostre Majesté; et quant, sur la première vostre dépesche que je
-recepvray, je l'yray trouver, je vous manderay incontinent, Sire, ce
-que j'en auray plus expressément cogneu. Cependant le Sr de Quillegrey
-s'apreste pour aller sollager le Sr de Valsingam, et l'adviz, qu'on
-m'avoit desjà donné, qu'il passeroit puys après en Allemaigne m'a esté
-de rechef confirmé, et qu'il a charge de pratiquer en l'ung et
-l'aultre pays des intelligences, et qu'il porte procuration en forme
-pour conclurre la ligue avec le comte Pallatin, le marquis de
-Brandebourg, le Lansgrave et aultres princes protestans: en quoy sera
-bon, Sire, que Vostre Majesté face prendre garde comme les choses
-passeront.
-
-Au surplus, Sire, les choses d'Escoce sont aulx termes que je vous ay
-escript du dernier du passé, que ceulx d'Esterlin ont mandé toutz
-ceulx de leur party pour aller assiéger, au premier du présent, ceulx
-de Lillebourg, lesquelz ilz ont desjà envoyé sommer. L'on est après
-icy à faire une dépesche aus dicts d'Esterling, et y a aparance qu'il
-leur sera promptement envoyé de l'argent, et encores ay je quelque
-adviz, de fort bon lieu, qu'on prépare d'y envoyer des forces par
-prétexte de revencher la mort du comte de Lenoz: à quoy semble, Sire,
-qu'il est temps d'y remédier. La Royne d'Angleterre, au commancement
-de septembre, avoit escript au comte de Lenoz de faire en sorte que
-ceulx de son party vollussent adresser une remonstrance à elle,
-signée de leurs mains, par laquelle ilz luy signifiassent que les
-grandz troubles et divisions, qui continuoient en leur pays, et ceulx
-qui aparoissoient en Angleterre, procédoient de l'opinion en quoy elle
-entretenoit le monde de vouloir restituer la Royne d'Escoce, et que,
-tant qu'elle la tiendroit en son royaulme, la dicte opinion ne
-cesseroit, et en demeureroient ceulx qui s'esforcent de relever son
-authorité toutjour en quelque espérance, chose qui estoit de très
-grand préjudice aulx deux royaulmes; et, de tant qu'il y avoit desjà
-ung Roy légitimement estably en la place d'elle, par la propre
-dimission qu'elle en avoit faict, qu'ilz la vollussent suplier de
-remettre la personne de la Royne d'Escoce en leurs mains pour ordonner
-d'elle, et de son entretennement, sellon que les Estatz du pays
-estimeroient se debvoir faire, soubz bonne seurté qu'ilz donroient
-ordre qu'elle ne peult mouvoir aulcune chose, en l'ung ny l'aultre
-royaulme, au préjudice du repos public. Lesquelles lettres estant
-arrivées à Esterling après la mort du comte de Lenoz, elles ont esté
-leues en l'assemblée des aultres seigneurs qui s'y sont trouvez, et
-leur responce est meintenant arrivée; mais je ne sçay encores ce
-qu'elle contient. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'octobre 1571.
-
-
-
-
-CCXe DÉPESCHE
-
---du Xe jour d'octobre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Proposition faite dans le conseil de rompre la
- négociation avec la France pour rechercher l'alliance
- d'Espagne, ou former une ligue avec les protestans
- d'Allemagne.--Efforts de l'ambassadeur pour ramener la reine à
- l'alliance de France.--Secours qu'elle se propose d'envoyer en
- Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, parce que la Royne d'Angleterre n'avoit peu assés bien
-comprendre, par les dernières lettres de son ambassadeur, si le succez
-de la négociation de Mr de Foix avoit bien ou mal satisfaict Voz
-Majestez Très Chrestiennes, et craignant que plustost il vous en
-restât de l'offance que du contantement, et que d'ailleurs les choses
-du dedans de son royaulme la tenoient en suspens, et celles d'Escoce
-la pressoient d'y faire quelque résolution, elle a différé de me
-donner audience trois jours entiers; et, à chacun des dicts jours,
-elle a tenu conseil sur le party qu'entre ces difficultez luy seroit
-plus expédiant de prendre pour mettre elle, son estat et ses affaires,
-en seurté, inclinant la dellibération des siens tantost à se munyr
-d'une bonne ligue avec Vostre Majesté, tantost de retourner à celle
-desjà faicte de tout temps avec le Roy d'Espaigne, en ostant seulement
-ce peu d'espines et de différans qui y sont survenuz de peu de jours
-en çà, tantost à conclurre celle dont elle est recerchée des princes
-protestans. Et est certain, Sire, que, quoy que la segonde luy fût
-suspecte et la troisiesme pleyne de grandz frays, néantmoins,
-craignant que les difficultez de ces responces sur l'accord de
-l'exercice de la religion pour Monsieur et les choses d'Escoce, ne
-luy fissent empeschement de parvenir à la première avec Vostre
-Majesté, ou que desjà vous fussiez bien irrité contre elle, elle a
-esté sur le poinct de se résouldre à la conclusion de l'une des
-aultres deux, et, possible, à toutes les deux ensemble; mais elle a
-trouvé bon que premièrement je soys allé parler à elle.
-
-Qui a esté cause, Sire, qu'ayant heu sentiment de cella, et
-cognoissant le desir de Voz Majestez en cest endroict, j'ay employé
-les mercyementz et les honnestes propos des lettres de Voz Majestez et
-de celle de Monseigneur, du XXVIIe du passé, à disposer ceste
-princesse, le mieulx que j'ay peu, pour la faire bien espérer de vous
-trois et de toute la France, vous suppliant très humblement, Sire, me
-pardonner, si je me suys dispencé d'accommoder ung peu les dicts
-propos à ce que j'ay estimé pouvoir plus contanter la dicte Dame et
-les siens, sans toutesfoys que je me soys advancé de rien promettre,
-et seulement par l'expression dont je luy ay usé, le plus vifvement
-qu'il m'a esté possible, de vostre droicte intention vers elle, et
-comme, pour la diverse interprétation que pouvoient recepvoir ses
-articles, vous n'aviez encores vollu asseoir aulcun certain jugement
-sur iceulx, ains vous entreteniez en vostre première bonne espérance,
-attandant celluy des siens, que Mr de Foix vous avoit asseuré qu'elle
-vous dépescheroit; lequel vous me mandiez qui seroit le bien venu et
-seroit receu avec aultant de faveur que de nulle aultre part qui vous
-en peult estre envoyé de la Chrestienté; et que, non seulement vous
-luy presteriez l'audience, mais le cueur et l'affection, en tout ce
-qu'il vous vouldroit proposer de la part d'elle pour vous esclarcyr
-de ce présent propos, et pour impétrer toutes aultres choses que
-honnorablement elle vouldroit desirer de vostre amytié.
-
-Il est advenu, Sire, que la dicte Dame, goustant cella, a pour ce coup
-interrompu l'instante conclusion des aultres intelligences, et les a
-mises en suspens, attandant si elle se pourra accorder à la vostre,
-et, dans deux ou trois jours, que Mr le comte de Lestre et milord de
-Burgley viendront en ceste ville, elle me fera plus amplement entendre
-de son intention, et de la résolution qu'elle aura prinse si elle
-envoyera quelcun des seigneurs de son conseil, ou non, devers Vostre
-Majesté; en quoy je feray, Sire, tout ce qu'il me sera possible que ce
-soit milord de Burgley, et cependant j'entendz que le Sr de Quillegrey
-s'acheminera pour aller sollager Mr de Valsingam, ne voulant obmettre,
-Sire, de vous dire que j'ay trouvé la dicte Dame fort résolue
-d'oprimer, aultant qu'elle pourra, l'authorité de la Royne d'Escoce et
-de ceulx qui tiennent son party; et croy que, si mes propos ne l'ont
-ung peu destournée, qu'elle a desjà faict estat d'envoyer secours à
-ceulx d'Esterling et mesmes de faire entrer des forces en Escoce, par
-prétexte que les Escouçoys de la frontière, avec quelques fuytifz de
-ce royaulme, sont, à ce qu'elle m'a dict, despuys quinze jours venuz
-courir et piller sa frontière. Sur ce, etc. Ce Xe jour d'octobre 1571.
-
-
-
-
-CCXIe DÉPESCHE
-
---du XVe jour d'octobre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne._)
-
- Affaires d'Écosse.--Nouvelles instances en faveur de Marie
- Stuart.--Déclaration de l'ambassadeur que Lislebourg est placée
- sous la protection du roi.--Résolution prise par Élisabeth
- d'envoyer un message en France.--Justification de l'ambassadeur
- au sujet des plaintes faites contre lui par
- Walsingham.--Négociation du mariage du duc d'Anjou.--Danger
- qu'il y aurait à faire la proposition du mariage pour le duc
- d'Alençon.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je n'ay jamais porté moins de respect à la Royne d'Angleterre ez
-propos que j'ay heu à luy tenir, despuys que je suys en ceste charge,
-que si ce eust esté à Vostre mesmes Majesté, laquelle, après celle de
-Dieu, je suys tenu et la veulx honnorer et révérer plus que nulle de
-ce monde; et pourtant ne craignez, Sire, que la façon et les termes,
-dont je luy useray sur le faict de la Royne d'Escoce et des Escouçoys,
-la puyssent offancer, mais c'est qu'elle veult bien fort que vous ayés
-ceste matière, laquelle luy est infinyement à cueur, pour tousjour
-délayssée, et faict semblant de trouver mauvais que vous luy en faciez
-parler, bien que, en effect, elle et les siens m'advouhent souvant que
-voz instances là dessus ne sont que très raysonnables, et qu'il n'est
-possible d'y aller plus modestement, ny avec plus d'observance de
-l'amytié de la Royne d'Angleterre, que vous faictes; et est à
-craindre, Sire, veu l'estat où est la Royne d'Escoce et celluy de son
-royaulme, qu'on y souspeçonne plustost du deffault que de l'excez.
-Vray est que je sçay bien que ceste vostre persévérance, qu'avez
-monstrée par moy vers vostre alliée et vers voz alliez, faict que la
-Royne d'Angleterre desire plus ardentment vostre alliance, et de
-contracter une bonne intelligence avec Vostre Majesté. Je vous ay
-desjà, Sire, assés au long exprimé par mes précédantes lettres comme,
-sur les trois poinctz que j'ay requiz à ceulx de ce conseil, (de
-n'estre rien innové au trettement de la Royne d'Escoce, de me donner
-satisfaction des deux mil escuz, et de vouloir entendre à quelque bon
-expédiant pour la paciffication des Escouçoys), ilz m'avoient
-respondu, tout à ung mot, que, pour ceste heure, la Royne, leur
-Mestresse, ne vouloit entendre à rien de tout cella, et qu'elle en
-feroit satisfaire Vostre Majesté par son ambassadeur.
-
-Despuys, j'ay esté adverty qu'elle a despesché en dilligence le
-capitaine Caje au mareschal de Barvyc pour le faire aller devers ceulx
-de Lillebourg, affin de les exorter à se réunyr à l'obéissance de leur
-jeune Roy avec ceulx d'Esterlin, ou elle leur déclairoit que, sans
-respect de qui que ce fût au monde, elle envoyeroit ses forces par
-dellà pour les y renger; et, sur ce, avoit esté desjà faict icy une
-création de capitaines et ung despartement de charges sur les forces
-de terre, et préparé vivres pour avitailler deux grandz navyres, et
-douze centz hommes pour trois moys par mer, et, d'abondant, qu'on
-faisoit préparer le chasteau de Herfort pour y remuer la Royne
-d'Escoce et bailler la garde d'elle à ser Raf Sadeler, qui n'est du
-nombre des comtes, ny des barons du royaulme, avec très grand
-souspeçon de mauvais trettement à la personne, et, possible, à la vie
-de ceste princesse. Dont j'ay estimé, Sire, qu'il convenoit à vostre
-réputation et au bien de vostre service que je disse aulx seigneurs de
-ce conseil que la bonne foy ne comportoit que la Royne, leur
-Mestresse, d'un costé, monstrât de desirer vostre amytié, et que, de
-l'aultre, elle vous fît injure, car elle sçavoit que la Royne d'Escoce
-estoit vostre belle soeur; et que je leur déclaroys tout ouvertement
-que vous aviez receu Lillebourg et ceulx qui sont dedans à vostre
-protection, par ainsy, je les prioys que, en l'endroict d'elle et
-pareillement d'eulx, il fût uzé de quelque respect pour l'amour de
-vous.
-
-A quoy, pour le regard de la dicte Royne d'Escoce, ilz ne m'ont donné
-meilleure satisfaction que de m'alléguer plusieurs occasions d'offance
-que la Royne d'Angleterre prétend contre elle, et qu'on vous fera une
-telle déclaration de ce qu'elle avoit projetté de faire, pour se
-soustraire de vostre alliance, que vous n'aurez plus ocasion d'avoir
-soing, ny souvenance d'elle; et, au regard des Escouçoys, ilz m'ont
-respondu qu'ilz feront en sorte que la Royne, leur Mestresse, y
-procèdera, le plus qu'il sera possible, sellon vostre desir et
-intention; et sur le reste de la négociation que j'ay continué avec
-eulx, despuys ma dernière audience, ilz m'ont résoluement asseuré que
-la dicte Dame envoyera bientost ung principal seigneur de ce conseil
-devers Vostre Majesté. Et je pense avoir desjà tant faict, Sire, que
-ce sera milord de Burgley, mais quant j'en seray encores plus certain,
-et que je sçauray le temps de son partement, j'en advertiray en
-dilligence Vostre Majesté, ayant opinion que de son voyage et de ceste
-sienne commission a de résulter tout l'effect de ce que pouvez espérer
-de ceste princesse et de ce royaulme. Sur ce, etc.
-
- Ce XVe jour d'octobre 1571.
-
-
- A la lettre, que Vostre Majesté a escripte à la Royne
- d'Angleterre pour le passeport de Mr de Glasco, il m'a esté
- respondu qu'en façon du monde elle ne veult qu'il viegne en
- Angleterre.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, j'ay fort curieusement considéré les propos qui ont esté
-tenuz, entre Vostre Majesté et l'ambassadeur d'Angleterre, sellon
-qu'ilz sont fort bien et fort dilligentement recueilliz, en la lettre
-qu'il vous a pleu m'escripre du XXVIIIe du passé. Et, pour le regard
-de ce qu'il a commancé de vous faire quelque pleinte de moy, je sçay,
-Madame, que je vous ay ordinairement randu ung si véritable et si
-particullier compte, de tout ce que j'ay dict et négocié par deçà,
-qu'il ne vous a peu dire rien de nouveau, aussi ne veulx je faillyr de
-remercyer très humblement Vostre Majesté pour la favorable responce
-que luy avez faicte de la bonne opinion, en quoy il playt au Roy et à
-vous me tenir, laquelle me suffit pour l'entière justiffication de mes
-actions, qui ne sont vouez qu'au seul service de Voz Majestez; et
-j'espère, Madame, que, dans peu de jours, vous l'ouyrez parler en
-aultre façon de moy, sellon que la Royne, sa Mestresse, et ses deux
-principaulx conseillers m'ont dict, touchant l'inquisition qu'ilz
-avoient faicte de moy à cause de ces deux mil escuz, qu'il n'a esté
-trouvé que j'aye jamais faict ny dict chose, en ceste charge, qui ne
-soit bonne et honneste. Il est vray, Madame, que j'eusse bien vollu
-qu'il vous fût souvenu de luy parler du dict argent en la façon que
-auparavant j'en avois escript, mais cella se pourra rabiller la
-première foys que luy donrez audience, et suys très ayse que luy ayez
-ainsy sagement et vertueusement respondu, comme avez faict, touchant
-la Royne d'Escoce, affin qu'en la manière de procéder, dont l'on use
-icy contre elle et contre les Escouçoys, l'on y aille plus réservé. Et
-quant au propos du mariage, si j'eusse heu vostre lettre avant aller
-à l'audience, j'eusse suyvy exactement les termes d'icelle, tant y a
-que je n'ay point outrepassé ceulx de la précédante dépesche du
-XXVIIe: et est à considérer, Madame, qu'en telles matières, il se
-trouve toutjour d'honnestes excuses et interruptions jusques à la
-porte de l'esglize. Je crains seulement que ceste expression: «_de
-vouloir avoir l'exercice public et libre de la religion_,» si le Sr de
-Valsingam en escript par deçà, ne réfroydisse ou ceste Royne d'envoyer
-devers Voz Majestez, ou milord de Burgley de faire le voyage; tant y a
-que j'en mèneray la pratique ainsy soubdain et chauldement comme je
-l'ay commancée. Et, au regard d'introduyre le segond propos de
-mariage, il semble, Madame, qu'il sera beaucoup meilleur d'atandre à
-le toucher sur quelque occasion des choses que milord de Burgley
-pourra dire ou proposer par dellà, car je voys bien qu'il n'est
-encores temps d'en parler icy; tant y a que, en ceste et aultres
-particullaritez de vostre lettre, je métray peyne d'y observer le
-temps et l'ocasion pour m'y conduyre tout ainsy qu'il vous playt me le
-commander. Sur ce, etc. Ce XVe jour d'octobre 1571.
-
-
-
-
-CCXIIe DÉPESCHE
-
---du XXe jour d'octobre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer.)_
-
- Affaires d'Écosse.--Assurance donnée par Burleigh qu'Élisabeth a
- renoncé à user de rigueur contre Marie Stuart, et que tout
- envoi de secours en Écosse est suspendu.--Procédure contre le
- duc de Norfolk.--Arrestation de lord Coban.--Fuite du comte
- Derby.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, d'avoir ainsy remonstré aulx seigneurs de ce conseil ce que je
-vous ay mandé par mes précédantes, qu'il ne pourroit convenir à la
-bonne foy de la Royne d'Angleterre qu'elle monstrât, d'ung costé, de
-chercher vostre amytié, et que, de l'aultre, elle vous fît injure à
-maltretter la Royne d'Escoce, qui est vostre belle seur, ou à faire
-quelque entreprinse contre ceulx de Lillebourg, qui sont en vostre
-protection, il est advenu qu'on ne parle plus de remuer la dicte Royne
-d'Escoce au chasteau de Herfort, en la garde de ser Raf Sadeller, ny
-de haster les préparatifz de guerre, bien qu'on les tient en suspendz,
-contre ceulx de Lillebourg; lesquelz cependant, sellon les dernières
-lettres de Barvyc, se meintiennent et dans leur place, et en la
-campaigne, assés vigoreusement contre ceulx d'Esterlin, et font courir
-le bruict que leurs gens de guerre sont payez pour huict moys. Et
-parce que Vostre Majesté est très bien informée de l'estat de leurs
-affaires par plusieurs de mes précédantes, et par la coppie de celles
-que la Royne d'Escoce, et eulx mesmes et le Sr de Vérac m'ont
-escriptes, je ne vous en ennuyeray icy de plus long propos; et
-viendray à vous dire, Sire, sur la vostre du VIIe du présent, que je
-ne puys que grandement louer la bonne résolution qu'avez prinse ez
-choses que Mrs de Glasco et de Flemy vous ont remonstrées, lesquelles
-j'ay aussi miz peyne, ces trois ans passez, lorsque je les ay veues
-bien prez de leur ruyne, de les tenir toutjour les plus relevées que
-j'ay peu, par la seule réputation de Vostre Majesté, et honneur de
-vostre couronne, sans permettre qu'elles vous ayent mené à la
-nécessité d'envoyer des forces par deçà la mer.
-
-Et à ceste heure, Sire, il semble que, quant aulx deux milordz de
-Flemy et de Leviston, et George de Douglas, que Vostre Majesté fera
-fort bien de les renvoyer toutz trois gracieusement expédiez par
-dellà, et encores quelque nombre de ces Escouçoys qui sont en France
-avecques eulx, qui soient cogneuz affectionnez à vostre service, avec
-des lettres aulx aultres seigneurs escouçoys, tant de l'ung que de
-l'aultre party, pour les exorter à ung bon accord entre eulx, et leur
-prescripre quelque forme sellon vostre intention, à la conservation
-non seulement de eulx toutz, mais nomméement du petit Prince et du
-repos public, et tuition de tout le pays soubz vostre protection, avec
-quelques deniers cependant, et quelques armes et monitions aus dicts
-de Lillebourg, lesquelz font ouverte profession de suyvre vostre
-party; et asseurer iceulx de Flemy et Leviston que la Royne
-d'Angleterre n'envoyera aulcunes forces en Escoce, sellon que vous y
-avez desjà pourveu, et que, au cas qu'elle entrepreigne de le faire,
-que vous vous y opposerez, et ne leur deffauldrez de vostre opportun
-et suffizant secours pour bien luy résister; vous suppliant très
-humblement, Sire, ne leur déclairer, ny à nulz aultres, rien plus
-avant de vostre intention en cest endroict, affin que, ne perdans
-espérance, ilz ne layssent aller les choses à la dévotion des Anglois,
-ou n'appellent une garnyson d'Espaignolz à Lillebourg; qui tourneroit,
-et l'ung et l'aultre, à la diminution de vostre réputation en toute
-ceste isle, et, possible, à ung grand regrect, quelque matin, à Vostre
-Majesté, veu l'estat des choses de deçà, de n'y avoir aultrement
-pourveu; joinct que ceulx cy m'ont desjà donné parolle, qu'en toutz
-ces affaires des Escouçoys, il y sera procédé sellon vostre desir et
-intention.
-
-Aulcuns estiment, Sire, que si vous faictes meintenant passer ung
-personnaige de qualité en vostre nom par dellà, qu'il y pourra réduyre
-grandement les choses à vostre dévotion, et ne voyent pas que pour
-cella, la Royne d'Angleterre vous doibve moins recercher d'amytié,
-ains possible beaucoup davantaige; et, en tout évènement, vous avez
-tant d'obligation et de droict d'en user ainsy qu'elle ne pourra,
-sinon à tort, se pleindre de vous, si vous le faictes, et luy en
-respondrez toutjour avec satisfaction.
-
-Le Sr de Quillegrey est, d'heure en heure, prest à prendre la poste;
-et la résolution aussi d'envoyer un seigneur de ce conseil, mais non
-encores lequel, continue: dont le retardement des deux dépesches vient
-de l'ordinaire ocupation où ceulx du dict conseil sont, despuys le
-matin jusques au soir, à vaquer contre le duc de Norfolc et contre
-ceulx qu'ils prétendent avoir esté de la conjuration d'introduyre le
-duc d'Alve et les Espaignolz en ce royaulme; et pourrez, Sire, juger
-par l'escript que j'ay adjouxté icy, (lequel a esté curieusement
-escript et dilligentment inprimé, et non seulement exposé en vante,
-mais ont esté ordonnez personnaiges de qualité pour l'aller lyre et
-notiffier ez lieux publiques de ceste ville, et par tout le pays), en
-quelle perplexité est cest estat; car encores qu'il ne s'y parle que
-du dict duc, affin de le jetter hors de la faveur du peuple qui l'ayme
-et regrette infinyement, les souspeçons ne layssent pourtant d'estre
-fort véhémentes au cueur de ceste princesse et de ceulx de son conseil
-contre plusieurs aultres grandz de ce royaulme; et desjà millord Coban
-est miz en arrest, comme ayant esté de l'intelligence, et ayant
-offert, à ce qu'on dict, quelcun des cinq portz dont il est gardien,
-pour servyr à la descente des dicts Espaignolz; et sa femme est hors
-de court, et ung de ses frères miz à la Tour. L'on dict que le comte
-Dherby a respondu que la Royne se debvoit contanter d'avoir deux de
-ses filz en ses prisons, sans y vouloir encores mettre le père,
-vieulx et caduc, et que pourtant elle l'excuse, si, en lieu de la
-venir trouver, il se retire en son isle de Man. Le comte de
-Cherosbery, ayant senty qu'on vouloit tirer la Royne d'Escoce hors de
-ses meins, est en son cueur fort malcontant. Les seigneurs catholiques
-sont observez en leurs maysons, et est l'on après à changer les
-officiers et gardes des portz. L'on renforce les guetz, de jour et de
-nuict, par ceste ville, et par les aultres principaulx lieux du
-royaulme, et sur les chemins, de sorte qu'il ne se voyt que frayeur et
-espouvantement de toutz costez, et ceulx qui font les procédures ne
-monstrent avoir moins de peur que ceulx contre lesquelz on les faict.
-
-Il y a dangier que, soubz colleur des choses d'Escoce, ceste princesse
-ne face dresser une armée vers le North pour mieulx contenir son pays
-par les forces qu'elle aura ensemble, et affin aussi de pouvoir mieulx
-exécuter ses dellibérations contre ces seigneurs prisonniers, car l'on
-dict qu'encor qu'il n'y ayt aulcune vériffication contre le dict duc,
-et sinon quelques chiffres qui ne font probation, et qu'on luy ayt
-vollu persuader de se soubmettre à la mercy de la Royne, et qu'il ayt
-respondu qu'hormiz de trayson et d'avoir jamais rien attempté contre
-sa princesse, ny contre cest estat, ny contre les loix du royaulme,
-ausquelz cas il ne reffuze aulcun rigoureux jugement, qu'il est, quant
-au reste, très contant de se soumettre vollontiers à la mercy et bonne
-grâce de la dicte Dame, que, néantmoins, aulcuns de ses conseillers
-sont si anymez contre luy qu'il est en ung très manifeste dangier de
-sa personne, de sa vie et de ses biens. Sur ce, etc.
-
- Ce XXe jour d'octobre 1571.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Tout présentement, je viens d'estre adverty qu'on a faict
- prisonnier et mené à la Tour le frère du comte de Rothes, lequel
- j'avois faict demeurer en ceste ville pour meintenir ung peu la
- négociation de la Royne d'Escoce; et, de tant qu'il allègue qu'il
- est à vostre service, gentilhomme de vostre chambre, et qu'il
- attandoit icy responce de Vostre Majesté touchant une sienne
- pention pour son entretennement, il vous playrra me commander si
- j'auray à faire instance pour sa liberté. Encores plus
- freschement, l'on me vient d'advertyr qu'on a ramené l'évesque de
- Roz en ceste ville pour le mettre dans la Tour, et luy a l'on
- desjà osté ses serviteurs.
-
-
-
-
-CCXIIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour d'octobre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
-
- Départ de Quillegrey pour suppléer Walsingham en France.--Objet
- particulier de sa mission.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, enfin le Sr de Quillegrey a esté dépesché ce matin pour aller
-résider quelque temps prez de Vostre Majesté pour les affaires de la
-Royne d'Angleterre, pendant que le Sr de Valsingam, son ambassadeur,
-se fera guéryr de son indisposition d'uryne à Paris; et parce que de
-la première négociation, que le dict Sr de Quillegrey fera avec Voz
-Majestez, a de résulter le meilleur et le principal effect des choses
-qu'aviez à espérer de ce costé, tant de la dépesche du seigneur de ce
-conseil qui le doibt bientost suyvre, et des conjectures, que estuy cy
-pourra prendre de voz propos, si le voyage de l'aultre sera de quelque
-effect, que pour descouvrir vostre intention sur les choses d'Escoce,
-et veoir s'il vous en pourra tant dégouster qu'il les vous face avoir
-pour délayssées, et aussi pour mesurer s'il y aura plus de seureté et
-de proffict, pour sa dicte Mestresse, de s'appuyer sur vostre amytié
-et intelligence que de retourner à celle d'Espaigne, ou à commancer
-une nouvelle ligue avec les princes protestans, j'ay estimé, Sire,
-estre nécessaire de vous dépescher en dilligence ung des miens affin
-de vous faire entendre là dessus aulcunes choses qui semblent importer
-beaucoup que vous les sachiez, premier que de parler au dict Sr de
-Quillegrey. Duquel, au reste, Sire, pour l'asseurance qu'il me donne
-de ses bons offices en ceste sienne commission, j'ay à vous randre ce
-tesmoignage de luy, lequel Mr de Foix vous confirmera, qu'il faict
-ouverte profession, après son naturel debvoir envers sa princesse et
-son pays, de n'avoir nulle plus grande affection que de unyr elle et
-icelluy à l'intelligence de Vostre Majesté et de vostre royaulme: qui
-pourtant vous supplie très humblement, Sire, de le vouloir bien
-recevoir. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour d'octobre 1571.
-
-
-
-
-CCXIVe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour d'octobre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Lesley._)
-
- L'évêque de Ross mis à la Tour.--Ordre donné à tous les Écossais
- de quitter l'Angleterre.--Recommandation de l'ambassadeur en
- faveur du sieur de Lesley, écossais, qui a été mis en liberté,
- et retourne en France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il n'a esté trouvé cause contre le Sr de Lesley, frère du comte
-de Rothes, pour quoy l'on le deubt détenir en pryson, et pourtant,
-après l'avoir interrogé d'aulcuns faictz de la Royne, sa Mestresse, et
-du duc de Norfolc, il a esté miz en liberté; mais, deux jours après,
-Mr l'évesque de Roz a esté examiné par les seigneurs de ce conseil,
-qui l'ont fort pressé de confesser aulcunes choses qu'ilz luy ont
-asseuré avoir esté desjà advouhées par le dict duc, lesquelles il leur
-a fermement dényées: dont, sans avoir esgard à son privillège
-d'ambassadeur, ny à son saufconduict, qui sont deux immunitez qu'il
-leur a expressément alléguées, ilz l'ont envoyé à la Tour, avec
-menaces de procéder contre luy comme contre ung particullier, et
-d'estre miz à la torture; et que desjà la Royne, leur Mestresse, avoit
-faict donner satisfaction à moy, vostre ambassadeur, sur les
-remonstrances que je luy avois faictes pour sa liberté, et qu'elle en
-envoyeroit satisfaire davantaige Vostre Majesté. Puys ont faict
-commandement que toutz Escouçoys, sur peyne de pryson, heussent à
-vuyder le royaulme dans quatre foys vingt quatre heures. A cause de
-quoy, Sire, le dict Sr de Lesley va présentement trouver Vostre
-Majesté pour vous remonstrer ces extrêmes rigueurs qu'on use à sa
-Mestresse, à son ambassadeur et aulx Escouçoys, et en quel dangier
-sont les affaires de son pays. Dont, de tant qu'il a esté toutjour
-très loyal et fidelle subject à sa princesse, et qu'en particullier il
-a l'affection fort bonne et droicte à vostre service, j'ay bien vollu,
-Sire, par ce peu de motz très humblement le vous recommander, et vous
-tesmoigner qu'il a, en plusieurs sortes, miz toute la peyne qu'il a
-peu, tant qu'il a esté icy, de bien mériter de vostre service, et que
-le bien et faveur que luy ferez y seront fort dignement employez. Il
-vous veult supplier, Sire, que d'une pencion de douze centz {lt} que
-Vostre Majesté luy a ordonné, il vous playse, tant pour les années du
-passé et pour toutes celles à l'avenir, luy en faire délivrer mil
-escuz, et il promect d'employer encores ceulx là à vous en faire
-quelque notable service en son pays. Je luy ay advancé, pour le
-pouvoir tirer hors d'icy, cinquante cinq escuz, comme encores je n'ay
-peu, pour la réputation de Vostre Majesté, veoir passer aulcuns
-aultres serviteurs de la dicte Dame, sans leur donner quelque moyen de
-se conduyre. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour d'octobre 1571.
-
-
- Le dict Sr de Lesley a meintenu la négociation de la Royne
- d'Escoce, tant qu'il a esté par deçà, et, s'il luy estoit permiz,
- à ceste heure qu'il n'y a point d'aultre ambassadeur, d'y pouvoir
- résider, j'estime qu'il y seroit utille; et je pourroys, par son
- moyen, éviter la jalouzie, que la Royne d'Angleterre prend, de me
- veoir parler pour la dicte Dame: dont, s'il vous playt, Sire,
- qu'il y retourne, il l'entreprendra vollontiers soubz le
- commandement de Vostre Majesté.
-
-
-
-
-CCXVe DÉPESCHE
-
---du dernier jour d'octobre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de Lunes._)
-
- Procédure contre le duc de Norfolk, l'évêque de Ross, et les
- autres seigneurs détenus.--Siège de Lislebourg entrepris par
- les comtes de Morton et de Mar.--Affaires
- d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Avis donné par
- l'ambassadeur d'Espagne qu'Élisabeth cherche à former une ligue
- avec les protestans d'Allemagne et de France.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, despuys que le Sr de Quillegrey est party d'icy, les seigneurs
-de ce conseil ont esté ordinairement à vacquer, plusieurs heures,
-toutz les jours, à la Tour, contre le duc de Norfolc, et contre
-l'évesque de Roz, et contre beaucoup d'aultres de la noblesse qui y
-sont prisonniers, de sorte qu'ilz n'ont entendu en nul aultre négoce,
-toutz ces jours passez, et n'est l'ellection de celluy d'entre eulx,
-qui doit estre envoyé devers Vostre Majesté, encores faicte; ains
-semble, Sire, qu'ilz la vont prolongeant pour attandre que succèdera
-du siège de Lillebourg, car, si une foys l'Escoce vient à estre rangée
-au poinct qu'ilz desirent, ilz espèrent pouvoir beaucoup plus à leur
-advantaige par après négocier toutes choses avec Vostre Majesté, ou
-bien s'en passer du tout, et se porter lors plus froydement à
-recercher vostre amytié. J'avoys desjà bien senty, mais je l'ay, à
-ceste heure, plus clèrement descouvert, que ce a esté en grand partie
-par le pourchaz et instance de la Royne d'Angleterre que les comtes de
-Morthon et de Mar ont mené leurs forces au Petit Lith pour assiéger
-Lillebourg, ainsy que cet aultre escript, que je vous envoye, Sire,
-avec la présente vous en fera foy. Sur lequel je veux seulement dire
-que ne layssant la Royne d'Angleterre de faire, commant que soit,
-toutjours ses affaires, avec quelque apparance d'observer et respecter
-vostre amytié, qu'ainsy pouvez vous justement advancer les vostres, en
-n'offanceant point la sienne.
-
-Ceulx qui tiennent Lillebourg assiégé sont, à ce que j'entendz, en
-nombre de quatre mil hommes, dont les neuf centz sont harquebouziers,
-et ont sept pièces d'artillerie; sçavoir: deux collouvrines, deux
-moyennes et deux pièces de fer de fonte, et ung faulconneau, mal
-pourveuz, au reste, de oustilz et de gabions pour faire aproches. Les
-assiégez font courir le bruict qu'ilz ont assez de vivres pour ung an
-pour les hommes, et encores pour six mois pour leurs chevaulx, et que
-leurs gens de guerre sont bien payez. Ilz ont quatre centz chevaulx,
-qui font assés souvant des saillies, et les deux filz du duc de
-Chastellerault sont en campaigne, qui assemblent gens; et le lair de
-Fernyrsth en lève aussi quelques ungs en la frontière pour donner le
-plus d'ennuy qu'ilz pourront à ceulx de dehors. Mercredy dernier,
-milord de Housdon a esté envoyé en dilligence à Barvyc, et publie l'on
-qu'il y va pour pourvoir que nul dangier n'advienne à ceste place par
-la querelle de ceulx de la garnyson et des habitans, qui s'est
-naguières suscitée entre eulx; mais, en effect, j'entendz que sa plus
-expresse commission est d'avoir l'oeil sur le siège de Lillebourg, et
-de pourvoir aulx choses que les assaillantz pourront avoir faulte, et
-mesmes leur faire couler secrectement quelques soldatz de Barvyc,
-s'ilz en ont besoing. Ce que je vous suplie très humblement, Sire,
-vouloir bien considérer.
-
-Il se parle en ceste court de faire une brave entreprinse pour achever
-l'entière conqueste d'Yrlande, et plusieurs jeunes gentilzhommes et
-particulliers de ce royaulme s'y aprestent, leur ayant esté promiz que
-ce qu'ilz subjugueront de pays sera à eulx, réservé seulement la
-souveraineté et ung denier pour acre de terre à la Royne, leur
-Mestresse; et semble que milord Sideney qui auparavant se monstroit
-fort dégousté de la charge d'Yrlande, soit, à ceste heure, pour ceste
-occasion, assés desireux d'y retourner.
-
-Le Sr de Lumey faict toute la dilligence qu'il peult de recouvrer icy
-équipaige pour se mettre en mer, et inciste fort que les vaysseaulx du
-prince d'Orange puyssent avoir leur retrette, et recouvrer vivres, et
-descharger leurs prinses par deçà, et qu'il sera baillé caution
-d'indempnité en Allemaigne de tout le dommaige qui en pourra advenir à
-ce royaulme. Le Sr Thomas Fiesque s'attend, d'heure en heure, en ceste
-court, avec le pouvoir du duc d'Alve pour ratiffier l'accord de la
-restitution des merchandises, et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est
-icy, lequel m'a convyé, despuys quatre jours en çà, en son logis, m'a
-dict qu'il n'y restoit plus aulcune difficulté du costé du Roy, son
-Maistre; et m'a dict davantaige estre bien adverty que la Royne
-d'Angleterre persévère de vouloir conclurre sa ligue avec les princes
-protestantz, tant d'Allemaigne que de France, et que ceulx cy
-asseurent tout ouvertement que Vostre Majesté en sera bien contant. A
-quoy je luy ay respondu que la dicte Dame la pourra bien conclurre
-avec les Allemans, mais que Vostre Majesté gardera bien comme voz
-subjectz n'en conclurront point avec elle, ny avec nul prince
-estrangier, et que vous n'avez garde de laysser rien aller en cest
-endroict, pourveu que vous le puyssiez empescher, qui puysse estre au
-préjudice de la religion catholique, ny au dommaige de voz alliez et
-confédérez; et que seulement vous desirez de bien conserver la paix de
-vostre royaulme, et de soigneusement pourvoir qu'on ne la vous puysse
-altérer. Sur ce, etc.
-
- Ce XXXIe jour d'octobre 1571.
-
-
-
-
-CCXVIe DÉPESCHE
-
---du Ve jour de novembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- État de la négociation des Pays-Bas.--Conférence de l'ambassadeur
- et de Leicester.--Levée du siége de Lislebourg.--Explication
- que l'on doit donner en France sur l'argent destiné pour
- l'Écosse qui a été saisi.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay esté convyé, comme de coustume, le XXIXe du moys passé, au
-festin du maire de Londres de ceste année, et l'ambassadeur d'Espaigne
-n'y a poinct esté, mais ouy bien le Sr de Suavenguem, depputé des
-Pays Bas, auquel les seigneurs de ce conseil, qui s'y sont trouvez en
-bon nombre, luy ont donné lieu fort honnorable devant eulx,
-incontinent après moy, et luy ont faict fort grande caresse. J'ay
-aprins, tant de luy que d'eulx, qu'ilz espèrent bientost l'entier
-accord de leurs différans par l'arrivée du Sr Fiesque, lequel ilz
-attendent, d'heure en heure, et ne sçavent que penser à quoy il tient,
-despuys qu'ilz ont heu adviz que le duc d'Alve luy avoit délivré la
-ratiffication des articles, qu'il ne soit desjà icy; et pensent
-quelques ungs que le retardement vient de ce que le dict duc se sent
-offancé de la publication des placartz, qu'on a naguières imprimez en
-ceste ville, qui font expresse mention qu'il a aspiré à la rébellion
-de ce royaulme; mais je ne pense pas que pour cella le dict accord
-s'interrompe.
-
-Le comte de Lestre m'a dict, en ryant, que la Royne, sa Mestresse,
-délibéroit de me faire trois querelles, aussitost qu'elle me verroit:
-la première, sur les deux mil escuz que je redemandois comme envoyez
-par vostre commandement au Sr de Vérac, vostre agent en Escoce, là où
-Voz Majestez Très Chrestiennes avoient respondu au Sr de Valsingam
-qu'ilz estoient provenuz de l'arsevesque de Glasco, et ne
-s'adressoient nullement à vostre agent; la segonde, que j'avoys retiré
-le secrétaire de l'évesque de Roz en mon logis; et la troisiesme, qui
-seroit la plus aspre, que j'avois trop plus instantment poursuyvy les
-affaires de la Royne d'Escoce que je n'avois heu commandement de le
-faire, et avoys toutjours trop plus parlé la part d'elle, que non paz
-la sienne envers Voz Majestez.
-
-A quoy j'ay respondu que la Royne, sa Mestresse, quant elle auroit
-bien entendu comme le tout a passé, non seulement cesseroit me
-quereller, mais me jugeroit avoir toutjour bien mérité de sa bonne
-grâce, et que Voz Majestez la pouvoient encores satisfaire de la
-première et de la dernière de ses dictes querelles, sachant
-certainement que la responce, que vous aviez faicte à son ambassadeur,
-ne contravenoit en rien, pour le regard de l'argent, à ce que, du
-commancement, je leur en avois, à la vérité, racompté, et, s'il
-playsoit à la dicte Dame vous en faire encores parler et faire
-recercher de messieurs voz secrétaires des commandemens l'ordonnance
-que j'en avois heue par voz précédantes dépesches, elle trouveroit n'y
-avoir ny plus ny moins en cella que je luy en avois desjà dict; et,
-quant au soing des affaires de la Royne d'Escoce, je craignois que le
-Sr de Valsingam eust plus cogneu de courroux, en Voz Très Chrestiennes
-Majestez, de ce que j'y avois esté froid et remiz, que non pour y
-avoir excédé voz commandemens; que j'avoys toutjour procuré à la
-Royne, sa Mestresse, plus qu'à nul prince, ny princesse de la terre,
-l'amytié et bonne intelligence de Voz Majestez; bien estoit vray que
-j'avois toutjours desiré que ce fût sans intéresser vostre grandeur,
-ny diminuer rien de vostre réputation; et que, touchant le secrétaire
-de Mr de Roz, que, à la vérité, il avoit esté en mon logis, comme les
-aultres serviteurs de la Royne d'Escoce, mais toutz s'en estoient
-despuys allez; et je ne sçavois, à présent, ou il estoit, dont s'ilz
-le m'eussent demandé, quant il estoit icy, je n'eusse failly de le
-leur exiber, pourveu qu'ilz m'eussent promiz de ne luy faire point de
-mal; que je prenoys tant de confiance ez propres déportemens, dont
-j'avois usé en ce royaulme, que j'oserois toute ma vie me présanter
-fort franchement à la Royne sa Mestresse, et espérer toutjour sa
-faveur et bon visaige; ce que si je ne pouvois obtenir, au moins ne
-laysseroys je de l'avoyr par bons offices aultant bien mérité que
-gentilhomme qui ayt jamais esté ambassadeur auprès d'elle.
-
-Il m'a prié là dessus d'aller trouver la dicte Dame aussitost que
-j'aurois nouvelles de Vostre Majesté, et que, ce pendant, elle auroit
-faict l'ellection de celluy qu'elle vous veult dépescher, dont
-desireroit que ce peult estre luy mesmes ou milord de Burlay, mais les
-présens affaires de ce royaulme les empeschoient toutz deux;
-néantmoins que, quel que se fût, j'en serois adverty incontinent, et
-qu'il viendroit, puys après, et aulcuns du conseil faire ung jour de
-bonne chère en mon logis.
-
-Cependant, Sire, milord de Housdon a continué son voyage à Barvyc, et
-j'entendz qu'il a esté mandé aulx recepveurs des quatre comtez plus
-prochaines du dict lieu, d'y aporter les deniers du quartier
-d'octobre, où nous sommes, ce qui me faict souspeçonner quelque levée
-de gens et quelque entreprinse contre les Escouçoys; et desjà se parle
-icy de l'arrivée de milord Dacres avec milord de Sethon en Escoce, ce
-que je n'ay encores sceu de lieu assés bon pour le vous ozer asseurer.
-Tant y a que, s'il est ainsy, ce sera une grande colleur aulx Anglois
-d'envoyer forces de dellà contre ceulx qu'ilz tiennent pour rebelles;
-et se parle aussi, Sire, que ceulx d'Esterlin ont levé le siège de
-devant Lillebourg, et qu'ilz ont retiré leur artillerie de nuict, et
-ont faict leur retrette au Petit Lith, non sans y estre poursuyviz
-jusques dans leur rempartz; ce que je mettray peyne de vériffier
-davantaige. Et sur ce, etc.
-
- Ce Ve jour de novembre 1571.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Comme je fermoys la présente, m'est arrivé, d'ung costé, la
- dépesche de Vostre Majesté, du XXe du passé, et, de l'aultre, la
- confirmation du susdict dernier article, de la retrette honteuse
- de ceulx d'Esterlin de devant Lillebourg, sans avoir ozé donner
- l'assault, combien qu'il y eust bresche raysonnable; et j'ay
- receu l'advis que maistre Pierre Caro est desjà désigné pour
- aller devers Vostre Majesté, et qu'il sera faict vischamberlan et
- du conseil. Il est personnaige de bonne mayson, riche et bien
- estimé par deçà, assés bien affectionné à la France et fort
- intime de milord de Burgley.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, sellon les propos que le comte de Lestre m'a naguières tenuz,
-lesquelz je récite en la lettre du Roy, le Sr de Valsingam semble
-n'avoir bien comprins la responce que Vostre Majesté luy a faicte,
-touchant les deux mil escuz qui alloient en Escoce, bien qu'il l'a au
-moins escripte en façon que la Royne d'Angleterre ne doubte plus que
-je ne les aye baillez, mais dict que Vostre Majesté n'advouhe pas
-qu'ilz soient provenuz du Roy ny qu'ilz fussent envoyez au Sr de
-Vérac, son agent en Escoce. A quoy, Madame, je vous suplie très
-humblement que, la première foys que le dict Sr de Valsingam viendra à
-l'audience, il vous playse luy dire qu'après vous estre mieulx
-informée du faict des dicts deniers, vous avez trouvé que la moictié
-d'iceulx provenoit du Roy, et l'aultre moictié d'une partie que Mr de
-Glasco m'avoit adressée; mais que le tout estoit envoyé par vostre
-commandement au Sr de Vérac, et que pourtant vostre vouloir est qu'ilz
-soient remiz en mes mains: car, Madame, cella emporte grandement à la
-réputation de voz affaires, et au bien de vostre service par deçà. Et
-encores semble que le dict Sr de Valsingam n'ayt bien remonstré à la
-Royne, sa Mestresse, que Voz Majestez ayent à cueur le faict de la
-Royne d'Escoce et de son royaulme. Néantmoins j'espère aller trouver
-bientost la dicte Royne, sa Mestresse, pour continuer toutjours la
-gracieuse négociation d'amytié et de bonne intelligence, qui est
-commancée entre Voz Majestez et elle, et réduyre le tout aulx
-meilleurs termes qu'il me sera possible. Et sur ce, etc.
-
- Ce Ve jour de novembre 1571.
-
-
-
-
-CCXVIIe DÉPESCHE
-
---du Xe jour de novembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Affaires d'Écosse.--Audience.--Assurances réciproques
- d'amitié.--Mise en jugement des seigneurs qui sont détenus à la
- Tour.--Déclaration de l'ambassadeur que le roi est sommé de
- secourir les Écossais.--Réponse d'Élisabeth qu'elle consent à
- charger le nouvel ambassadeur envoyé en France d'entrer en
- négociation à ce sujet.--Victoire de Lépante.--Inquiétude que
- cette nouvelle cause en Angleterre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le segond jour que Lillebourg a esté assiégé, ceulx de la ville
-ont miz ung soldat, serviteur de la Royne d'Escoce, dehors, qui a
-prins le hasard de me venir trouver, lequel m'a apporté, en douze
-petites pièces de papier, cachées sur luy, douze petitz chiffres du Sr
-de Vérac, desquelz je vous envoye l'extrêt: par où vous verrez, Sire,
-en premier lieu, la nécessité de ceulx qui suyvent le party de Vostre
-Majesté par dellà; secondement, ce que le Sr de Vérac juge estre
-besoing de faire, non seulement pour les fortiffier, mais pour les
-emparer de vostre protection par lettres expresses de Vostre Majesté;
-et tiercement, les dilligences que la Royne d'Angleterre faict pour
-supprimer du tout l'authorité de la Royne d'Escoce et relever celle du
-petit Prince son filz, espérant que, par la protection qu'elle se
-veult attribuer du dict Prince, et de l'establissement qu'elle veult
-donner à ceux qui deppendent d'elle, par dessus ceulx qui dépendent de
-Vostre Majesté, de tirer enfin toute l'Escoce à sa dévotion. Sur quoy,
-Sire, j'ay renvoyé en dilligence le mesmes soldat avec pareil nombre
-de petitz chiffres, au dict Sr de Vérac, affin de confirmer et
-conforter les seigneurs du bon party.
-
-Et incontinent après, je suys allé trouver la Royne d'Angleterre pour
-continuer la gracieuse négociation d'amytié, qui est commancée entre
-Voz Majestez, et l'ay asseurée fermement de vostre bonne et droicte
-intention vers elle, et qu'elle ne doibt faire aulcun doubte que
-celluy des seigneurs de son conseil, qu'elle vous envoyera, ne luy
-raporte tout ce qu'elle vouldra honnorablement desirer de vostre
-amytié, et que tant plus vous entendrez qu'il sera inthime et
-confident d'elle, plus Voz Majestez Très Chrestiennes s'eslargiront à
-parler ouvertement et franchement avecques luy; que vous estes bien
-marry de l'ennuy et fâcherie qu'elle a de ces entreprinses, qu'elle a
-descouvert qu'on vouloit faire contre elle et contre son estat; et
-qu'il n'est rien en quoy elle vous veuille employer, pour les remédier
-et pour meintenir sa grandeur et le repoz de ses subjectz, que vous
-n'y soyez aussi disposé comme pour vostre propre bien; que Monseigneur
-vostre frère s'y offre, avec tout le moyen qu'il a, et d'y employer
-aultant vollontiers sa propre personne, qu'en entreprinse où Dieu
-l'ayt jamais conduict; que tout ainsy que vous desirez la prospérité
-de ses affaires, ainsy luy voulez vous faire part du bon progrez des
-vostres; et comme, par une conférance des seigneurs de vostre conseil
-avec monsieur l'Admyral et ceulx de la nouvelle religion, vous avez
-miz une résolution à toutes les difficultez qui pourroient survenir
-sur l'entretennement de vostre éedict de pacciffication, de sorte
-qu'il ne reste rien qui puysse jamais plus ralumer le feu en vostre
-royaulme; de quoy vous avez bien vollu vous conjouyr avec elle comme
-très asseuré qu'elle en est véritablement bien ayse.
-
-Lesquelz propoz, Sire, je vous puys asseurer qu'elle a monstré de les
-recevoir toutz à ung très singulier playsir, et, après avoir usé de
-plusieurs sortes de très honnestes mercyemens, sur la continuation de
-la bonne vollonté et bienveuillance, dont Voz Majestez et Monseigneur
-voulez persévérer vers elle, et de voz honnorables offres au meintien
-de son estat, qui est chose qu'elle met en très grand compte, et ayant
-commémoré plusieurs choses à vostre grande louange, et de la Royne
-vostre mère, et de Monseigneur, et nomméement de l'intégrité,
-droicture, vérité et plusieurs sortes de grande valleur qu'elle sçayt
-qui resplendissent en Vostre Majesté, elle m'a dict qu'elle se veult
-perfectement confirmer en vostre amytié et bonne intelligence; et qu'à
-cest effect elle vous dépeschera sans doubte ung personnaige
-d'honneur, aussitost que ces affaires criminelz, qui tant la
-tourmentent, luy en auront layssé prendre le loysir, et que cependant
-elle vous fera par son ambassadeur entendre la juste occasion du
-retardement. Puys, en lieu de la querelle, que le comte de Lestre
-m'avoit adverty qu'elle me feroit, qui n'a esté que du secrétaire de
-Mr de Roz, lequel elle m'a dict que j'avois retiré en mon logis, à
-quoy je luy ay fort bien satisfaict, elle m'a remercyé au reste des
-bons déportemens qu'elle s'aperçoyt et descouvre, de jour en jour, que
-je use et que j'ay toutjour usé en ceste mienne charge par deçà; ce
-qui luy faict prendre plus grande confiance de Vostre Majesté, qui
-estes mon Mestre; et s'est prinse là dessus à me compter fort
-privéement d'aulcuns poinctz, qu'elle dict qui se vériffient contre
-ceulx qui sont dans la Tour, et que leur cause s'en va desjà toute
-instruicte pour la mettre du premier jour en jugement; et a faict son
-discours là dessus assés long.
-
-Puys, j'ay reprins le propos pour luy dire qu'en la dernière partie de
-la lettre, que j'avois receue de Vostre Majesté, du XXe du passé,
-estoit contenu que Mr de Glasco, milord de Flemy et milord de
-Levinston vous estoient venuz remonstrer le misérable estat de la
-Royne, leur Mestresse, jusques à vous parler du dangier qu'ilz
-craignoient de sa vie, et qu'elle n'estoit plus tenue comme libre, ny
-comme princesse souveraine, et qu'on n'avoit esgard à sa qualité
-royalle, ny à celle de son ambassadeur, non plus qu'à personnes
-privées; et davantaige vous avoient remonstré la désolation de leur
-pays, dont vous avoient instantment requiz de leur déclairer trois
-choses: la première, si, après avoir longuement espéré en Vostre
-Majesté et avoir attandu, avec grand pacience et avec la grand ruyne
-de leur estat, que vous eussiez miz fin aulx guerres et troubles du
-vostre, vous vouliez poinct, à ceste heure, faire une ouverte
-démonstration, pleyne d'effect, d'entretenir l'alliance qu'ilz ont de
-tout temps avec vostre couronne, sellon que les trettez vous y
-obligeoient, et mettre quelque prompt remède en leurs affaires; la
-segonde, si vous vouliez pas meintenir en vostre protection la Royne
-d'Escoce et le Prince son filz, et son royaulme, et les bons subjectz
-du pays, ainsy que vos prédécesseurs l'avoient toutjours faict, ou
-s'il leur conviendroit d'avoir meintenant leurs recours ailleurs; et
-la tierce, si vous vouliez pas incister aulx promesses que la dicte
-Royne d'Angleterre vous avoit faictes pour le bon trettement, et la
-liberté, et restitution de la Royne d'Escoce. A quoy Vostre Majesté,
-meu d'une magnanimité et générosité naturelle de ne vouloir deffaillir
-à voz amys et alliez, leur aviez respondu qu'ilz eussent à bien
-espérer de vous en tout ce que les trettez de l'alliance vous
-pouvoient obliger vers eulx, et que vous vouliez prendre temps d'en
-dellibérer avec vostre conseil pour mieulx leur satisfaire, qui estoit
-ung dilay que vous aviez prins pour en conférer avec le Sr de
-Valsingam, lequel vous aviez prié de remonstrer à la dicte Dame
-qu'encor qu'à vous eust touché, plus qu'à nul prince du monde, de vous
-entremettre des affaires de la Royne d'Escoce et des Escouçoys,
-néantmoins, pour le respect que vous aviez heu à son amytié, vous n'y
-aviez, ces quatre ans passez, vollu faire aulcune démonstration qui
-excédât la forme d'une bien honneste prière, que vous luy aviez
-toutjour continuée, d'y vouloir procéder par voye de tretté et de
-quelque bon accord, non tant à condicions égalles que advantaigeuses
-pour elle, et que vous vous y estiez plus porté en amy commun, et
-encores partial pour la dicte Royne d'Angleterre, que non comme allié
-et confédéré des Escouçoys; et que meintenant, que vous estiez
-contrainct ou de faire une ouverte démonstration en leur secours, ou
-une honteuse déclaration de les habandonner, au perpétuel préjudice de
-vostre réputation, et intérestz de vostre grandeur, que vous desirez
-infinyement vous esclarcyr avec elle comme vous pourriez, tout
-ensemble, satisfaire à vostre debvoir vers eulx, et à l'amytié que
-vous voulez conserver inviolable avec elle.
-
-Sur quoy elle m'a paysiblement respondu, qu'elle n'avoit garde de
-cercher condicions, en l'amytié qu'elle vouloit faire avec Vostre
-Majesté, qui peussent rien diminuer de vostre honneur ny de vostre
-grandeur, car elle l'estimeroit de nulle durée; tant y a que c'estoit
-sellon son droict qu'elle se mesloit des choses d'Escoce, car, oultre
-les occasions qu'elle en avoit de présent, qui estoient notoires,
-toutes les foys que, par le passé, estoit survenu différand de l'estat
-entre les Escouçoys, les Roys d'Angleterre en avoient décidé et en
-avoient esté les arbitres, et qu'à ceste heure il ne restoit plus que
-le duc de Chastellerault et le comte d'Honteley, et les Srs de Granges
-et de Ledinthon, que toutz ne fussent rengez à l'obéyssance du jeune
-Prince; et que ceulx là mesmes, pourveu qu'ilz peussent capituler de
-leurs biens et de la seurté de leurs personnes, estoient prestz de s'y
-soubzmettre, ainsy qu'ilz le luy avoient desjà escript, et mandé qu'à
-cest effect ilz envoyeroient Robert Melvyn devers elle; duquel, et de
-ce que milord de Housdon pourroit avoir commancé de négocier par
-dellà, elle en attandoit, d'heure en heure, des nouvelles, et croyoit
-que vous trouveriez ses déportemens en cella justes et raysonnables;
-mesmement qu'elle ne cerchoit de se faire plus grande du costé
-d'Escoce, ny empescher que les Escouçoys ne pussent suyvre leurs
-anciennes confédérations et alliances avec Vostre Majesté, et qu'ainsy
-le pourtoit l'instruction qu'elle en avoit envoyé par dellà.
-
-Sur quoy, Sire, luy ayant seulement répliqué qu'il failloit que vous
-demeurissiez arbitre de ce qui pourroit toucher à vostre honneur et à
-vostre intérest en cella, elle m'a dict qu'elle estoit très contante
-de s'en esclarcyr avecques vous, et que celluy qu'elle vous envoyeroit
-en auroit bien ample commission. Puys sommes passez à parler de ceste
-tant grande victoire[16] que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a
-publiée de l'armée de mer du Roy, son Maistre, sur celle du Turcq, de
-quoy la dicte Dame a mandé en ceste ville d'en rendre grâces à Dieu;
-auquel je prie, etc.
-
- Ce Xe jour de novembre 1571.
-
- [16] La victoire de Lépante, ou des Cursolaires, remportée, le 7
- octobre 1571, par la flotte combinée des chrétiens sous les
- ordres de don Juan.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, j'escriptz en la lettre du Roy ung peu au long ce que les
-seigneurs d'Escoce, qui suyvent vostre party, m'ont mandé et ce que je
-leur ay respondu, affin que Voz Majestez puyssent plus clairement
-juger des choses de dellà, et me commander comme j'auray à me conduyre
-icy sur icelles. Je mande aussi ce qui s'est passé en ceste dernière
-audience avec la Royne d'Angleterre, et comme elle persévère de
-desirer l'amytié et bonne intelligence de Voz Majestez Très
-Chrestiennes, et néantmoins ne laysse de persévérer toutjours en ses
-dellibérations sur l'Escoce. Or ay je cogneu, Madame, qu'elle s'est
-donnée quelque souspeçon de ceste tant absolue victoire, que
-l'ambassadeur d'Espaigne luy a mandée par escript que le Roy, son
-Maistre, avoit gaignée sur le Turc, comme s'il heust desjà tant
-achevée ceste guerre, qu'il ne restât plus aulcun vaysseau au Turc
-pour s'oser plus monstrer en mer; et que le dict Roy Catholique fût
-pour torner, à ceste heure, ses entreprinses de mer, du costé de deçà,
-sur l'Yrlande, ou à venger ces injures des prinses. Et luy en est creu
-le doubte, parce que le Sr Thomas Fiesque met beaulcoup à apporter la
-conclusion de l'accord des dictes prinses; néantmoins il a escript
-qu'il espère partir dedans huict jours, et que le retardement n'est
-que la difficulté qu'aulcuns merchans ont faicte de soubsigner les
-articles, lesquelz ilz estiment estre trop à leur perte, néantmoins
-qu'il les a enfin persuadez de s'en contanter, et les leur a faict
-signer; mais la goutte cependant a prins si fort à la main du duc
-d'Alve, qu'il n'a peu ny signer iceulx articles, ny la dépesche du
-dict Fiesque; qui pourtant est encores arresté pour bien peu de jours,
-mais que le tout estoit en fort bons termes, et qu'il partyroit sans
-doubte aussitost que le dict duc se trouveroit ung peu mieulx. Et sur
-ce, etc.
-
- Ce Xe jour de novembre 1571.
-
-
- Ceste nuict passée, par commandement de la Royne d'Angleterre, a
- esté faict ung grand nombre de feux par les rues, et sonné les
- clocles, et est l'on allé aux esglizes rendre grâces à Dieu, et
- se resjouyr par toute la ville de la victoire contre le Turcq.
- L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, en a faict les feux et
- festins de joye, où j'ay esté des premiers convyé.
-
-
-
-
-CCXVIIIe DÉPESCHE
-
---du XVe jour de novembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec Leicester et
- Burleigh.--Déclaration faite par Leicester qu'Élisabeth a pris
- la résolution de ne jamais rendre la liberté à Marie
- Stuart.--Lord Buchard désigné pour passer en France.--Affaires
- d'Écosse.--Confirmation de la victoire de Lépante.--Négociation
- touchant l'alliance de la France et de l'Angleterre.--Espoir
- qu'Élisabeth ne persistera pas dans sa résolution à l'égard de
- Marie Stuart.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le unziesme de ce moys, feste de St Matin, le comte de Lestre,
-et l'admyral d'Angleterre, et milord de Burgley, maistre Smith, milord
-de Boucaust, et aulcuns aultres seigneurs de ce conseil et de ceste
-court, ont vollu venir prendre leur diner en mon logis, lesquelz, pour
-l'heure, se sont monstrez bien disposez vers la France, et avoir toutz
-une bonne affection à la grandeur et prospérité de Vostre Majesté.
-
-Et le comte, à part, m'a dict qu'il voyoit la Royne, sa Mestresse, si
-fermement résolue de persévérer en vostre amytié qu'elle estoit pour
-ne s'en despartyr de toute sa vie, si le deffault ne venoit de vostre
-costé; à quoy il la vouloit confirmer davantaige par toutz les moyens
-et plus instantes persuasions qu'il luy seroit possible, comme à chose
-où sa vie et son honneur estoient conjoinctz, et que je ne fisse
-aulcun doubte qu'elle ne passât oultre à contracter ou l'alliance
-encommancée, ou bien une fort estroicte confédération avec Vostre
-Majesté, et qu'elle n'accommodât, pour vostre respect, les choses
-d'Escoce, pourveu que ne la fissiez presser de se despartyr de la
-déterminée résolution, et nullement muable, qu'elle avoit naguières
-faicte, de ne se désemparer jamais de la personne de la Royne
-d'Escoce.--«Car avoit opinion, dict il, que, à cause des pratiques que
-la dicte Royne d'Escoce continueroit avec le Pape, ou avec le Roy
-d'Espaigne, et avec ses parantz et aultres estrangiers, ou bien avec
-les propres subjectz de ce royaulme, la dicte Royne, sa Mestresse, ne
-sçauroit vivre, une seule heure, bien asseurée en son estat, aussitost
-que celle d'Escoce seroit remise au sien.» Et pourtant me prioyt que
-dorsenavant je vollusse dresser les affaires, dont j'avois à tretter
-de cecy avec Vostre Majesté, et pareillement avec la dicte Dame, à ung
-tel cours qu'ilz peussent prendre le chemyn qu'il me disoit; et qu'il
-me vouloit asseurer que ceulx d'Esterling n'avoient entreprins
-d'assiéger Lillebourg que par l'espérance d'avoir secours de la Royne,
-sa Mestresse, mais qu'elle s'estoit excusée de le leur bailler pour
-n'offancer Vostre Majesté, dont ilz s'estoient incontinent levez; par
-ainsy, qu'il failloit que Vostre Majesté, et elle conjoinctement,
-missiez ce pays là en quelque meilleur ordre qu'il n'est, et
-establissiez une bonne unyon entre les trois royaulmes, et qu'il ne
-fût pour un temps parlé en nulle façon de la personne de la Royne
-d'Escoce.
-
-Je luy ay infinyement gratiffié ces premiers bons propos d'amytié, et
-n'ay rien obmis de ce qui luy pouvoit confirmer et luy accroistre
-l'occasion de confirmer la Royne sa Mestresse; et quant à ceulx cy de
-la Royne d'Escosse, que je suplioys la Royne, sa Mestresse, de se
-laysser persuader qu'il estoit très nécessaire que Vous, Sire,
-demeurissiez vostre propre arbitre de ce qui pouvoit concerner vostre
-honneur et vostre intérest en cest endroict; mais qu'elle creust
-fermement que vous observeriez toutes les considérations et respectz,
-deubz à l'honneur, et à la seurté, et aulx advantaiges de la dicte
-Dame, pour les luy randre bien entiers, tout ainsy comme si c'estoit
-pour vostre propre grandeur.
-
-Milord de Burgley, de soy mesmes, est retourné aulx premiers propos de
-l'alliance, et qu'il estoit besoing de la parachever ou bien de faire
-une si estroicte confédération qu'on ne l'estimât moings que ung
-mariage, et a monstré que la Royne, sa Mestresse, y estoit bien
-disposée et luy très affectionné, et qu'en jour de sa vie il n'avoit
-heu nul plus grand regrect que de ne pouvoir meintenant accomplyr ce
-voyage devers Vostre Majesté; néantmoins qu'aussitost que l'examen de
-l'évesque de Roz seroit paraschevé, la dicte Dame vous dépescheroit
-sans doubte ung personnaige d'honneur, et il pensoit que ce seroit
-milord de Boucaust.
-
-Despuys, icelluy de Boucaust m'en est venu parler en une façon si
-bonne et si pleyne d'honneste desir, que je ne m'en puys que
-infinyement bien louer, et m'a dict que la Royne, sa Mestresse, luy en
-avoit fort privéement tenu propos; mais qu'il luy avoit respondu que,
-de tant qu'il avoit une foys engaigé son honneur, et encores plus
-expéciallement l'honneur de la parolle d'elle, à Voz Majestez, qu'il
-aymoit mieulx qu'elle le fist, à ceste heure, mettre dans la Tour que
-de le renvoyer en vostre présence, sans vous aporter l'expresse et
-bien asseurée conclusion des choses qui s'attendoient entre vous. Sur
-quoy elle luy avoit asseuré qu'il emporteroit un bien ample pouvoir
-avec luy, qui seroit expédié soubz son grand sceau, et encores plus
-expressément scellé du desir de son affection.
-
-Je continueray, Sire, de réduyre ces propos, le plus qu'il me sera
-possible, au poinct que m'avez faict comprendre de vostre intention,
-et descouvriray cependant ce que je pourray de la leur; qui supplie
-Vostre Majesté de considérer combien ceste résolution qu'ilz ont
-faicte, de vouloir détenir toutjours la Royne d'Escoce en leurs mains,
-et oprimer son authorité, les fera précipiter d'envoyer vollontiers
-leur secours contre ceulx qui sont pour elle en Escoce, et cella me
-mect en peyne que j'ay desjà adviz, mais non encores assés certain,
-que la commission est expédiée à Milord de Housdon de capituler avec
-ceulx d'Esterlin, et de leur accorder jusques à quatre mil hommes,
-s'ilz les demandent, et aultant qu'il leur sera besoing d'artillerye,
-de munitions, d'armes et d'argent, pour parachever l'entreprinse de
-Lillebourg. Néantmoins, Sire, je me conduyray toutjours, entre ces
-deux divers propos d'amytié et de querelle, sellon l'instruction de
-voz précédantes dépesches, et sellon celles que je recepvray, d'heure
-à aultre, de Vostre Majesté.
-
-L'ambassadeur d'Espaigne et le bailly de Flandres, qui sont icy, sont
-venuz, despuys deux jours, continuer la conjoyssance de la victoyre
-contre le Turcq, à disner en mon logis, lesquelz m'ont asseuré de la
-confirmation d'icelle, bien qu'en ceste court l'on feist grande
-difficulté de la croyre, au moins de la croyre si grande; et puis
-m'ont dict qu'ils estoient bien marrys du retardement du Sr Fiesque,
-parce que les Anglois pressoient de faire la vante des merchandises,
-et ne vouloient croyre que icelluy Fiesque demeurast à cause que le
-duc d'Alve ne peult signer sa dépesche, ny sa commission et articles;
-néantmoins qu'il estoit vray qu'il n'y avoit nul aultre empeschement
-que celluy là, et qu'il ne pouvoit guières plus tarder. Et le dict
-sieur ambassadeur a monstré d'estre en quelque espérance qu'après la
-conclusion de cest affaire, le Roy, son Maistre, l'envoyera résider
-prez de Vostre Majesté, ce qu'il desire grandement; et j'ay si bonne
-opinion de sa vertu et modération, et de sa bonne conscience, qu'il ne
-fera sinon bons offices de paix et d'entretennement d'amytié, si ceste
-légation luy est commise. Et sur ce, etc. Ce XVe jour de novembre
-1571.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, en ces propoz que les seigneurs de ce conseil m'ont tenuz,
-desquelz je fais mencion en la lettre du Roy, je considère que, comme
-ilz n'ont esté vuydes d'affection, aussi ne me semble il qu'ilz les
-ayent dictz sans quelque artiffice, pour les accommoder au temps et au
-besoing de leurs affaires: j'estime, Madame, qu'il sera bon que Voz
-Majestez se servent aussi et du temps, et des accidantz qui les
-pressent, pour les aproprier à l'utillité des vostres. Je n'ay rien
-changé, quant au propos de l'alliance, de ma première responce: c'est
-que Voz Majestez n'avoient vollu assoir nul certain jugement sur les
-articles que Mr de Foix vous avoit apportez; ains aviez réservé cella
-à la venue de celluy d'entre eulx que la Royne, leur Mestresse, vous
-dépescheroit: et, quant à faire une bien estroicte alliance avec elle,
-je leur ay bien donné non seulement espérance mais asseurance qu'ilz
-l'obtiendroient; et, quant aulx affaires d'Escoce, qui sont ceulx dont
-ilz débattent le plus, que indubitablement ilz les accommoderoient à
-leur advantaige avecques Voz Majestez, pourveu qu'ilz y gardassent le
-respect de vostre réputation et de l'honneur de vostre couronne.
-
-Or, ay je, Madame, procuré l'ellection du milord de Boucaust comme le
-plus à propos, à deffault du comte de Lestre et de milord de Burgley,
-que de nul aultre seigneur de ceste court; mais je crois bien,
-qu'avant qu'il parte d'icy, qu'on vouldra sonder s'il pourra raporter
-nulz bons effectz de son voyage; dont ne fays doubte que par le Sr de
-Valsingam, ou par le Sr de Quillegrey à son arrivée, il n'en soit
-touché quelque mot à Voz Majestez, et encores à moy, icy. Dont vous
-suplie très humblement, Madame, me prescripre, par voz premières, si
-j'auray à continuer en cella le mesmes langaige que j'ay tenu jusques
-icy, ou bien y changer quelque chose; affin que je ne négocie rien qui
-soit pour aparoyr, peu ny prou, dissemblable, non d'une parolle
-seulement, de voz responces et moins d'une seule minute de voz
-intentions.
-
-Je ne sçay si ceste princesse et son conseil se vouldront opiniastrer
-en la dure résolution, qu'ilz ont faicte, de la détention de la Royne
-d'Escoce, car ce seroit quasi vous couper broche, par ce préjudice, de
-ne tretter rien plus avecques eulx de tout le faict des Escouçoys,
-mais ilz muent si souvant d'adviz qu'il ne fault moins espérer de leur
-changement que de leur résolution; et je croy qu'il sera bon, Madame,
-que ceste icy soit seulement cogneue de Voz Majestez et de
-Monseigneur, sans encores monstrer que vous la sachiez, affin qu'on ne
-trouve estrange que vous veuillez, nonobstant icelle, entrer en
-intelligence et confédération avec la Royne d'Angleterre; et j'espère
-qu'il s'y trouvera des moyens honnorables et non trop mal aysez pour
-toutes Voz Majestez et pour le repos des trois royaulmes. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce XVe jour de novembre 1571.
-
-
-
-
-CCXIXe DÉPESCHE
-
---du XXe jour de novembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Laurent de Mar._)
-
- Procédure contre les seigneurs détenus à la Tour.--Nouvelles
- d'Écosse et d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Plaintes des
- Anglais contre les mesures prises à leur égard à Rouen.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, je vous ay escript, le Xe de ce moys, les propos que, deux jours
-auparavant, la Royne d'Angleterre et moy avons heu ensemble, et, le
-XVe, je vous ay mandé ce que, sur iceulx, les seigneurs de ce conseil
-ont heu despuys à me remonstrer, avec quelques aultres particullaritez
-de ceste court; et meintenant, Sire, j'ay à dire à Vostre Majesté que
-la dellibération de vous envoyer un seigneur de ceste court continue
-toutjour, ayant seulement esté changée de milord de Boucaust à maistre
-Smith et au docteur Vuilson; et que néantmoins ceste dernière
-dellibération se prolonge encores jusques après avoir sceu quel
-jugement pourra réuscyr contre ceulx qui sont dans la Tour; ce qui est
-aussi ung peu retardé par la malladie de milord de Burgley, lequel, à
-cause de la goutte, n'a peu, il y a plus de huict jours, bouger en
-façon du monde de son lict. Et cependant les amys de ces seigneurs
-détenus ne s'endorment sur les moyens de les justiffier, et de
-renverser, s'ilz peuvent, les conseilz de ceulx qui les veulent
-oprimer; en quoy se voyent beaucoup de simultez en ceste court,
-lesquelles ne sont du tout incogneues à ceste princesse, qui pourtant
-s'en donne beaucoup de peyne, et souvant en entre en grand collère,
-avec grosses parolles, contre ceulx d'auprès d'elle qui sont
-souspeçonnez de les favoriser ou de leur donner des adviz. L'on dict
-qu'après demain, au plus tard, leur cause sera mise devant les juges,
-dont se saura, incontinent après, ce qui en debvra résulter.
-
-L'évesque de Roz est toujours renfermé avec eulx, et m'a la dicte Dame
-reffuzé que je puysse envoyer sçavoir comme il se porte au capitaine
-de la Tour, ny luy faire demander s'il a besoing de quelque chose de
-moy, m'ayant prié de vouloir surçoyer cest office, encores pour
-quelques jours, et que cependant rien ne luy manquera. Et m'a la dicte
-Dame mandé que la Royne d'Escoce se porte fort bien de sa santé.
-
-Au surplus, Sire, millord de Housdon a escript à Barvyc qu'il a heu
-adviz comme ung vaysseau de Flandres est arrivé en Argil, en Escoce,
-au commancement de ce moys, avec des munitions et de l'argent pour
-ceulx de Lillebourg, mais qu'il ne peult encores bien mander toutes
-les aultres particullaritez; possible, Sire, que ce sera milord de
-Flemy qui sera arrivé par dellà. Il mande aussi que, le quinziesme du
-présent, il seroit prest avec le mareschal Drury et le capitaine Caje
-et le capitaine Bricquonel, et aulcuns aultres, pour aller accomplyr
-la commission que la Royne, sa Mestresse, luy avoit commandée en
-Escoce, qui est, Sire, comme j'entendz, pour presser infinyement ceulx
-de Lillebourg de délaysser le party de leur Royne; et, s'ilz y font
-reffuz, qu'il leur face de rigoureuses menasses et beaucoup d'offres
-aulx aultres tant de forces que d'aultres grandz moyens pour les y
-contraindre. Dont je vouldrois, de bon cueur, que Mr Du Croc fût desjà
-porté sur le lieu pour les confirmer, et pour faire incliner une
-partie des affaires à vostre dévotion; et me semble, Sire, que
-l'ellection, qu'avez faicte de luy, est fort bonne, car il a
-l'intelligence du pays, et croy qu'il sera esgallement accepté et aura
-authorité envers les deux partys.
-
-Les choses d'Yrlande semblent donner encores ung peu de travailh en
-ceste court; car, oultre que Fitz Maurice poursuyt toutjour son
-entreprinse, et qu'il ne reffuze plus de venir aulx mains avec ceulx
-de la garnyson de la Royne, les ayant desjà battuz par deux foys en la
-campaigne, là où auparavant il ne les y osoit aulcunement attandre,
-l'on a, d'abondant, prins quelque deffiance du comte d'Ormont, parce
-que ses frères demeurent toujour de l'aultre costé, et que luy s'est
-de nouveau réconsilié avec le comte de Quilhdar, qui alloient eulx
-deux contre-poysant le crédit l'ung de l'aultre dans le pays, de quoy
-les Angloys se servoient, là où, à présent, leur amytié leur vient
-estre fort suspecte. Néantmoins icelluy d'Ormont monstre de vouloir
-venir icy remonstrer à la dicte Dame le dangier du pays, affin qu'elle
-advise d'y pourvoir.
-
-Et, quant aulx différans des Pays Bas, il semble, Sire, que la
-victoyre contre le Turcq soit cause que ceulx cy attendent avec plus
-de pacience les longueurs du duc d'Alve; car, sans cella, il est sans
-doubte qu'ilz eussent desjà vandu les merchandises qui sont icy en
-arrest, mais ilz temporiseront encores jusques à lundy prochain, sur
-l'asseurance que les depputez de Flandres leur donnent que, le
-trésiesme de ce moys, le Sr Fiesque a esté dépesché pour apporter la
-ratiffication des articles.
-
-Les merchantz de Londres se pleignent infinyement d'aulcunes visites,
-impositions, coustumes et contrainctes, qu'on a de nouveau exigées sur
-eulx à Roan, et de ce qu'on va icelles exécutant, à ce qu'ilz disent,
-avec grand rigueur, et avec beaucoup d'arrogance et de viollance,
-contre leurs facteurs et contre leurs merchandises; de quoy tout ce
-royaulme commance fort à se dégouster du traffic de la France, et
-avoir ung fort grand regrect à celluy d'Envers; et la pluspart des
-merchans, ayans délayssé la dicte ville de Roan, essayent pour ung
-temps de s'accommoder à Dieppe, et y envoyent descharger leurs
-navyres, attandant que l'accord des Pays Bas se puysse conclurre, qui
-sera de tant plus vollontiers accepté. Ceulx de Roan aussi se
-pleignent bien fort des gravesses qu'on leur faict par deçà, dont,
-s'il vous playsoit, Sire, qu'il y eust quelque modération entre les
-deux villes, je procureroys que ceste icy ordonnast des depputez pour
-en convenir avec ceulx que la ville de Roan y vouldroit ordonner. Qui
-est tout ce que, pour ceste heure, j'ay à adjouster à la présente,
-laquelle encores, s'il vous playt, Sire, servyra de responce à celle
-qu'il vous a pleu m'escripre du IIe du présent. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXe jour de novembre 1571.
-
-
-
-
-CCXXe DÉPESCHE
-
---du XXVIe jour de novembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par le maréchal de Vitré._)
-
- Procédure contre le duc de Norfolk.--Gravité que prend
- l'accusation.--Lettre écrite par le duc à Élisabeth pour
- accuser Leicester.--Irritation de Leicester.--Plaintes de la
- reine d'Écosse.
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- AU ROY.
-
-Sire, sellon que la Royne d'Angleterre a desiré d'estre advertye de
-l'estat des choses d'Escoce et du faict des Pays Bas, premier que de
-résouldre le partement de celluy qu'elle dellibère d'envoyer devers
-Vostre Majesté, il est advenu que, d'un costé, milord de Housdon luy a
-escript que les seigneurs escouçoys des deux partys sont en très bons
-termes de s'accorder ensemble, et qu'il ne reste guières à présent
-chose entre eulx qui ne se puysse facillement accommoder, mais ne
-mande les particullaritez; et, de l'aultre costé, elle a sceu que le
-Sr Fiesque est desjà deçà la mer avec tout pouvoir et ample
-ratiffication des articles. Je ne sçay si, sur le poinct que la
-restitution se debvra faire, il aparoistra encore quelque chose de
-nouveau.
-
-Le faict seulement de ceulx qui sont dans la Tour retient ung peu les
-choses en suspens, néantmoins il se poursuyt avec grand dilligence,
-despuys que milord de Burgley est relevé de sa goutte; et dict on que,
-de la confession de eulx, et mesmement de celle de l'évesque de Roz,
-résulte desjà assés qui suffit pour faire voir à Vostre Majesté, et à
-toute la Chrestienté, que ceste princesse a heu grande occasion de
-procéder ainsy rigoureusement qu'elle a faict contre eulx; dont je
-m'en raporte bien à ce qui en est. J'espère que, dans bien peu de
-jours, le voyage de mestre Smith se résouldra, et que je sçauray le
-jour que luy, ou bien quelque aultre, si, d'avanture, l'on change
-encores une foys d'ambassadeur, debvra partyr.
-
-J'entendz que le duc de Norfolc a escript une lettre de son faict à la
-Royne d'Angleterre, en laquelle il allègue le comte de Lestre, qui en
-reste si offancé que, là où auparavant il monstroit de luy estre amy,
-il semble, à ceste heure, qu'il luy veuille estre bien fort
-adversayre; ce qui luy pourra beaucoup nuire.
-
-La Royne d'Escoce m'a faict, à grand difficulté, entendre de ses
-nouvelles, et me mande qu'elle a beaucoup à faire à se meintenir en
-santé, pour les grandz ennuys qu'elle sent, et par faulte d'exercice,
-et aussi qu'on ne cesse, toutz les jours, d'excogiter nouvelles
-rudesses contre elle; ce qui lui faict, après Dieu, invoquer à toute
-heure la faveur et protection de Vostre Majesté, et vous adresser
-toutes ses larmes comme à son seul reffuge, affin qu'il vous playse
-avoir compassion de ses misères et de celles de ses bons subjectz; et
-qu'au reste elle trouvera moyen de m'escripre encores plus amplement
-par aultre voye. J'entendz qu'elle a envoyé une lettre à ceste Royne,
-et qu'on a dépesché, sur l'audition de l'évesque de Roz, un secrétaire
-devers elle, pour avoir la vériffication de quelque faict.
-
-L'on dict que le comte de Montgomery est arrivé à Plemue, ou qu'il y
-doibt bientost descendre, et qu'on l'attand en la mayson de sir Arthus
-Chambernant, visadmyral du Ouest, de quoy se fait divers discours en
-ceste court; tant y a que j'entendz que c'est pour faire quelque
-mutuel parantaige entre ses enfans et ceulx du dict Chambernant. Sur
-ce, etc. Ce XXVIe jour de novembre 1571.
-
-
-
-
-CCXXIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour de novembre 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par Richard Jary de Beaumont._)
-
- Déclaration qu'il y a lieu de poursuivre le duc de Norfolk comme
- criminel de lèze-majesté.--Appareil dressé pour son exécution,
- avant même qu'il ait pu être jugé.--Crainte que l'évêque de
- Ross ne coure également péril de la vie.--Nouvelles
- d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas.--Arrivée à Londres du
- comte de Montgommery.--Nécessité de faire quelque démonstration
- en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, voyant que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil
-estoient merveilleusement occupez à faire parachever, sur la fin de ce
-terme, le procès contre les seigneurs qui sont dans la Tour, je me
-suys, pour sept ou huict jours, fort vollontiers déporté d'aller rien
-négocier avec elle ny avec eulx, mesmes que je n'ay heu guières grand
-argument pour le faire, et qu'il m'a semblé qu'ilz vouloient voyr le
-fondz de ce faict, premier que d'en entamer ung nouveau; et aussi que
-j'ay bien vollu, Sire, vous réserver l'advantaige de ne les aller
-requérir de ce dont j'estime qu'ilz doibvent venir recercher Vostre
-Majesté, qui est de vostre amytié et de vostre intelligence. Et
-cependant j'ay sceu que, voulantz par trop aproffondir le dict affaire
-d'iceulx seigneurs, ilz ont faict que les partz, qui aspirent à la
-succession de ceste couronne, se sont ressucitées plus vifves que
-jamais, et que les principaulx s'esforcent en ceste court, par toutz
-les moyens qu'ilz peuvent et sans y espargner aulcune sorte
-d'artiffice, d'y faire incliner les choses, chacun sellon qu'il estime
-pouvoir servyr à fortiffier et advancer sa prétention; en quoy ilz
-meslent encores et la France et l'Espaigne, et tiennent ceste
-princesse si irrésolue entre les deux, sans toutesfoys le luy donner à
-cognoistre, qu'elle ne sçayt auquel se debvoir bonnement résouldre,
-d'où vient qu'elle va ainsy, dilayant de jour en jour, et changeant
-souvant d'ellection de celluy qu'elle veult envoyer; et croy encores
-que quelquefoys ilz la rendent incertaine si elle vous en doibt
-envoyer pas ung: tant y a que le mieulx que je pourray, sans
-indignité, luy recorder sa promesse, j'essayeray de la conduyre à
-l'acomplir.
-
-Mècredy dernier, l'examen des dicts seigneurs prisonniers a esté miz,
-suyvant l'ordre du pays, devers quatre chevalliers, quatre escuyers et
-quatre bourgeois, lesquelz, à ce que j'entendz, ont arbitré qu'en
-celluy du duc se trouvent aulcuns articles qui doibvent estre proposez
-comme cas de lèze majesté à ceulx qui les jugeront, et qu'il n'appert
-encores assés clairement qu'il soit ainsy en nul des aultres. Le lundy
-ensuyvant, l'on a commancé, avant jour, avec les flambeaux, de
-travailler à dresser ung eschaffault et une potance à la place devant
-la Tour, et court ung bruict sourd par la ville que c'est pour y
-exécuter le dict duc le premier; et y en a qui disent qu'on en fera
-aultant de l'évesque de Roz, comme estant le principal autheur de la
-rébellion. J'ay desjà, au nom de Vostre Majesté, incisté à la
-dellivrance de ce segond, et sçay que sur cella il a esté une foys
-arresté en ce conseil qu'encor qu'on eust de quoy procéder
-criminellement contre luy, que néantmoins l'on s'en déporteroit; mais
-ilz sont si muables et sont tant anymez en cest affaire, et ont si peu
-de respect aulx qualitez du Sr de Roz, qui est ambassadeur et évesque
-catholique, que je ne suys sans peyne et sans quelque doubte de luy.
-
-Milord de Housdon a de rechef escript que les seigneurs des deux
-partys en Escoce continuent de faire plusieurs assemblées et
-conférances pour parvenir à ung bon accord, et qu'il y a grand
-espérance qu'ilz se paciffieront. J'entendz qu'il a esté mandé aulx
-capitaines de Barvyc, et de la frontière du North, de faire la reveue
-de leurs gens, et que, si quelques ungs avoient coulé en Escoce,
-qu'ilz les révoquent. Et aulx recepveurs des quatre provinces, plus
-voysines de la dicte frontière, qui debvoient porter les deniers de ce
-quartier à Barvyc, a esté contremandé qu'ilz en envoyent la moytié
-icy, et que, de l'aultre moictié, laquelle monte à vingt six mil escuz
-ou envyron, ilz advisent d'en contanter la garnyson de la dicte
-frontière.
-
-Le Sr Fiesque est attandant le passaige à Callais, il y a plus de dix
-jours, ou au moins faict l'on semblant qu'il y soit, et que la
-tempeste et le vent contraire l'empeschent de passer. Cela est cause
-qu'on n'a touché à la vante des merchandises, et se monstre icy ung
-fort grand et général desir que ces différans avec les Pays Bas se
-puyssent accorder. Sur ce, etc.
-
- Ce XXXe jour de novembre 1571.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Despuys la présente escripte, j'ay adviz que milord de Housdon a
- escript comme les depputez de ceulx d'Esterlin sont arrivez à
- Barvyc, pour tretter de leurs affaires avecques luy, qui monstre
- qu'ilz ne tendent à s'accorder avec ceulx de Lillebourg, et qu'il
- est allé quelques monitions du dict Barvyc au Petit Lith, et que
- de Lillebourg on a dépesché quelque personnaige de qualité devers
- Vostre Majesté. Le comte de Montgomery est arrivé, despuys au
- soir bien tard, en ceste ville.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, encor qu'entre plusieurs propos, dont j'ay heu à tretter avec
-la Royne d'Angleterre du faict de l'Escoce et des Escoussoys, je luy
-aye nomméement, et en termes bien exprès, de la part de Voz Très
-Chrestiennes Majestez, vifvement incisté de vouloir ordonner ung bon
-et honneste trettement à la Royne d'Escoce, et mettre l'évesque de
-Roz, son ambassadeur, en liberté, je crains néantmoins, Madame, que,
-de tant qu'on voyt la pouvre princesse estre toutjour fort
-estroictement tenue, et l'évesque en dangier de sa vie, qu'aulcuns
-vouldront estimer que n'avez assez fermement employé vostre authorité
-et crédict envers ceste princesse pour y remédier, mesmement si l'on
-procède contre la personne du dict évesque. En quoy, Madame, si voz
-Majestez estiment qu'il s'y doibve faire par elles mesmes quelque plus
-vif office par dellà envers l'ambassadeur d'Angleterre, ne fault
-doubter qu'il ne serve grandement; ou bien, si me commandez de le
-faire icy, je mettray peyne d'y suyvre entièrement vostre intention,
-et me garder, le mieulx que je pourray, de n'altérer rien en celle de
-la Royne d'Angleterre; me trouvant aussi en peyne comme user pour le
-duc de Norfolc, au cas qu'il soit jugé à mourir, car il a l'ordre du
-Roy, et n'est en ce dangier, où il se trouve, que pour avoir vollu
-ayder les affaires de la Royne d'Escoce: dont vous playrra, Madame, me
-commander, tout à temps, ce que jugerez estre bon là dessus, car l'on
-luy faict la poursuyte si vifve et si secrecte que je crains qu'on
-verra plus tost son exécution qu'on n'entendra qu'il ayt esté
-condempné. Et sur ce, etc.
-
- Ce XXXe jour de novembre 1571.
-
-
-
-
-CCXXIIe DÉPESCHE
-
---du Ve jour de décembre 1571.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par le sire Guillem Quincayt, escoussois._)
-
- Accueil fait par Élisabeth à Mr de Montgommery.--Nouvelles
- d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas.--Bruit répandu à Londres
- que l'on se prépare en France à envahir la Flandre.--Départ de
- Me Smith désigné pour passer en France.--Libelle publié à
- Londres contre la reine d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il a faict ung si contraire temps, l'espace de dix jours, à
-passer par deçà, que, jusques au premier de ce moys, le Sr de Vassal
-n'a peu arriver icy, lequel m'a rendu les lettres du XVe du passé, et
-avec icelles m'a informé d'aulcunes choses, que Voz Majestez luy
-avoient donné charge de me dire; sur lesquelles j'envoye présentement
-devers la Royne d'Angleterre pour luy demander audience, et,
-incontinent après que j'auray parlé à elle, je ne fauldray, Sire, de
-vous mander tout ce qu'elle m'aura respondu. Cependant je diray à
-Vostre Majesté qu'elle a faict une fort bonne et fort favorable
-réception à Mr le comte de Mongomery, et a heu de longs et privez
-propos avecques luy, et l'a faict fort caresser et bien tretter en sa
-court, et veult, à ce que j'entendz, avoir sa fille avec elle, et que
-le filz de sir Arthur Chambernant, qui l'a espousée, aille résider
-quelque temps en France pour aprendre la langue et les honnestes meurs
-du pays. Le dict sieur comte est venu conférer avecques moy, premier
-que d'aller trouver la dicte Dame, avec grande démonstration de bonne
-affection au service de Vostre Majesté, et m'a prié de luy monstrer en
-quoy il se pourroit employer icy pour vous en faire; qui ay esté bien
-ayse, Sire, qu'il en ayt usé ainsy, affin que ceulx cy cognoissent que
-toutz voz subjectz se vont de plus en plus réunissant, et se rangent à
-l'affection et obéyssance de Vostre Majesté; et n'ay poinct reffuzé de
-luy monstrer comme il pourroit mieulx dresser ses propos pour les
-faire servyr au bien de voz affaires. Lequel, au retour de Grenvich,
-m'est venu racompter aulcunes particullaritez que la dicte Dame et
-ceulx de son conseil luy ont dictes, qui tendent à faire une fort
-estroicte amytié avecques Vostre Majesté, nonobstant qu'ilz soient, à
-ce qu'ilz disent, meintenant recerchez, aultant qu'il est possible, du
-costé d'Espaigne; mais c'est o[17] condition que ne les pressiez de se
-dessaysir jamais de la personne de la Royne d'Escoce, car ne
-pourroient espérer qu'il y eût une seulle heure de repos en ce
-royaulme, aussitost qu'elle seroit restituée au sien, et qu'ilz
-craignent qu'en ce poinct je leur soys fort contraire. Le dict Sr de
-Mongomery s'en retourne aujourd'huy, et va repasser à Dièpe, dont je
-mettray peyne, cy après, d'entendre s'il aura rien plus négocié par
-deçà.
-
- [17] Avec condition.
-
-La dellibération continue bien toutjour d'envoyer maistre Smith en
-France, mais cella n'est encores ni bien conclud ny bien arresté. J'en
-tretteray avec la dicte Dame, pour vous en pouvoir, par mes premières,
-mander quelque certitude, avec ses aultres responces qu'elle me fera.
-
-Il se dict icy plusieurs choses d'Escoce, néantmoins je n'adjouxteray
-rien à ce que Vostre Majesté en pourra veoir par l'extrêt d'une lettre
-que le Sr de Vérac m'a escripte, du XIIe du passé, sur laquelle je
-diray seulement deux choses à Vostre Majesté: l'une est que je n'ay
-point forny les deux mil deux centz escuz à l'homme qu'il me mandoit,
-parce que je n'en ay ny le moyen ny vostre commandement de le faire,
-mais je l'ay renvoyé le mieulx satisfaict de parolle que j'ay peu vers
-Mr de Glasco et de Puiguillen; qui a monstré d'en estre contant, et
-est personnaige de considération, qui semble entendre assés bien
-l'estat du pays, et asseure que, si quelcun de grande qualité y passe,
-lequel veuille bien tretter en vostre nom la paciffication entre les
-seigneurs des deux partys, qu'ilz s'y rangeront; la segonde est que la
-principalle importance de tout le faict de vostre service par dellà
-semble estre à bien conserver le capitaine Granges, qui a le chasteau
-et la ville de Lillebourg entre mains; et pourtant je desire, Sire,
-que renvoyez son frère le mieulx expédié et le plus contant que Vostre
-Majesté le pourra faire.
-
-Le Sr Fiesque est arrivé, lequel donne toute espérance de l'accord, et
-encores des aultres accommodemens qui doibvent suyvre le dict accord;
-l'on verra dans peu de jours ce qui en réuscyra. Il semble que le Sr
-de Valsingam ayt escript que Vostre Majesté envoye des gens de guerre
-en Picardie, et que l'ambassadeur d'Espaigne s'est retiré en Flandres
-sans avoir prins congé, ce que ceulx cy présument estre ung argument
-de guerre; tant y a qu'on ne m'en a point encores parlé. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce Ve jour de décembre 1571.
-
-
- Ainsy que je fermois la présente, la Royne d'Angleterre m'a mandé
- que celluy qui doibt aller en France, est desjà dépesché, mais
- que, pour quelques occasions, il n'en fault faire bruict.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, j'espère aller trouver la Royne d'Angleterre, demain après
-diner, et ne fauldray de luy incister vifvement, et néantmoins le plus
-gracieusement qu'il me sera possible, au nom de Voz Très Chrestiennes
-Majestez, qu'elle veuille faire suprimer le livre, qui a esté imprimé
-en ceste ville contre l'honneur de la Royne d'Escoce[18], lequel livre
-a esté réimprimé de nouveau en anglois, avec l'adjonction de quelques
-rithmes françoises, qu'on impute à la dicte Dame qu'elle les a
-composées, qui sont pires que tout le demeurant du livre. Dont
-requerray, Madame, que la censure des deux se face tout à la foys, et
-n'obmettray les aultres particullaritez qui concernent la Royne
-d'Escoce et les Escoçoys, ny de sonder, s'il m'est possible, à quoy
-réuscyroit l'office, que Mr de Glasco desire que Voz Majestez facent,
-d'envoyer icy ung gentilhomme tout exprès pour les affaires de la
-dicte Royne, sa Mestresse, ny s'il seroit honnorable pour Voz
-Majestez, et utille pour elle, de le faire; car, quant à estre
-agréable, j'ose desjà bien asseurer, Madame, qu'il ne le sera
-nullement à la Royne d'Angleterre. Tant y a que je réserve de m'en
-esclarcyr mieulx sur les propos que j'entendray d'elle mesmes, et d'en
-esclarcyr après Voz Majestez par les premières que je leur feray. Et
-sur ce, etc.
-
- Ce Ve jour de décembre 1571.
-
- [18] Il s'agit ici du libelle composé par Buchanan, vers 1568,
- sur l'ordre du compte de Murray, et qui fut alors publié pour la
- première fois (1571), sous le titre de _Detectio Mariæ Reginæ
- Scotorum_.--Voyez le _Recueil de Jebb_, 1, 237.
-
-
-
-
-CCXXIIIe DÉPESCHE
-
---du Xe jour de décembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._)
-
- Audience.--Vives assurances d'amitié données à Élisabeth qui
- l'ont déterminée à envoyer Me Smith en France.--Discussion des
- affaires d'Écosse entre la reine et l'ambassadeur.--Refus
- d'Élisabeth d'ordonner la suppression du libelle publié contre
- Marie Stuart.--Objet de la mission de Me Smith.--_Mémoire
- général._ Instructions données à Me Smith pour renouer la
- négociation du mariage, ou former un traité
- d'alliance.--Conduite que l'on doit tenir en France à son
- égard.--Conditions sous lesquelles on peut espérer de traiter
- pour la reine d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, quant le Sr de Fiesque et le mareschal Drury ont esté arrivez,
-l'ung, d'un costé, de Flandre, et l'aultre d'Escoce, ceulx, qui
-jusques icy avoient retardé le voyage de maistre Smith pour France,
-n'ont heu sur quoy davantaige le prolonger, mais j'ay esté de fort
-bonne part adverty qu'ilz se sont esforcez de me faire plusieurs
-traverses en ceste court pour divertyr la Royne d'Angleterre d'entrer
-en aulcune intelligence avec Vostre Majesté; et ont essayé avec
-deniers contantz, et par présens et grandes promesses, de gaigner, et,
-possible, avoient desjà gaigné aulcuns des principaulx d'auprès
-d'elle, qui sont non seulement cogneuz parciaulx de la mayson de
-Bourgogne, mais encores plus expressément ce peu qu'il y en a qui ont
-affection à la France, pour tenir la main qu'elle condescendît à
-l'accord des Pays Bas sellon les articles du duc d'Alve, et luy
-imprimer des scrupules de Vostre Majesté, de ce que j'avois envoyé des
-lestres et des messagiers jusques à Lillebourg durant le siège, pour
-faire que ceulx de dedans s'opiniastrassent à le bien soubstenir, et
-despuys pour les destorner de la pratique que milord de Housdon,
-milord Escrup et le dict mareschal menoient pour les ranger au party
-qu'elle prétend establyr par dellà; de quoy, à la vérité, elle a esté
-bien marrye.
-
-Et ayant heu encores à parler meintenant à la dicte Dame de ces
-particullaritez de la Royne d'Escoce, et nomméement de la suppression
-de ces livres qui ont esté imprimez contre elle, jouxte vostre
-dépesche du XVe du passé, j'ay estimé, Sire, qu'il m'estoit besoing de
-luy mesler quelques aultres gracieulx propos qui fussent pour la
-retenir et la faire bien persévérer vers vostre Majesté; et pourtant
-je me suys servy de ce qu'elle mesmes, en la dernière audience,
-m'avoit dict bien fort à la louange de Vostre Majesté et de la Royne,
-vostre mère, et de Monseigneur; et l'ay asseurée que toutz trois aviés
-prins de fort bonne part les honnorables propos qu'elle avoit
-particullièrement tenuz d'ung chacun; et que la Royne, pour son
-regard, me commandoit de luy dire qu'il ne se pouvoit rien ymaginer
-d'office de bonne soeur, ny de bonne cousine, ny encores de vrayement
-bonne mère, que la dicte Dame ne les deubt toutz attandre et espérer
-d'elle, avec habondance d'amour et avec le respect, et honneur,
-qu'elle sçavoit bien qui estoient deubz à sa grandeur et aux
-excellentes qualitez que Dieu avoit mises en elle, et que Monseigneur
-mettoit au plus hault compte de sa félicité, l'estime qu'elle avoit de
-luy; qui pourtant desiroit de pouvoir employer ainsy sa personne pour
-son service qu'il peult mériter ceste grande faveur: et Vous, Sire,
-sur ce qu'elle m'avoit dict qu'il y avoit beaucoup de valleur et de
-vertu en vous, et que nomméement vous abondiez d'intégrité, de
-droicture et de vérité, aultant qu'il convenoit à un prince d'honneur
-d'en avoir, que vous me commandiez de la remercyer infinyement de ce
-tant favorable et advantaigeux jugement qu'elle faisoit de Vostre
-Majesté, qui vous augmentoit le desir d'estre et devenir tel comme
-elle vous estimoit, si d'avanture vous n'y estiez desjà parvenu, et
-que vous ne la pouviez plus grandement récompenser de ceste sienne
-bonne opinion que par l'avoir toute semblable d'elle et en telle
-perfection de vertu et d'honneur, comme il se pouvoit ymaginer d'une
-des plus accomplyes princesses du monde; et que c'estoit sur ce très
-solide fondement de la mutuelle bonne estime de la vertu l'ung de
-l'aultre, que vous desiriez voir principallement establye vostre
-mutuelle amytié et que pourtant vous acceptez de très bon cueur celle
-qu'elle vous offriroit de sa part, et lui promettez de mesmes la
-vostre très parfaicte, et de demeurer fermement résolu en icelle, tant
-que vous vivriez, et de la luy rendre encores perdurable à vostre
-couronne et entre voz deux royaulmes, en toutes les meilleures sortes
-qu'il seroit en vous de le pouvoir faire.
-
-Duquel propos, Sire, la dicte Dame a monstré qu'elle restoit fort
-consolée et merveilleusement contante, et me l'a faict redire une
-seconde foys; puys m'a demandé si elle trouveroit celle correspondance
-en Vostre Majesté, dont je l'asseuroys. A quoy ayant adjouxté toute la
-confirmation qu'il m'a esté possible, elle m'a dict qu'elle ne
-vouloit, pour ceste heure, rendre qu'un simple grand mercys pour ce
-message, encor qu'il fût le plus grand, le meilleur et le plus desiré,
-qui luy eust sceu advenir, mais que sur icelluy, qui qu'en deust
-parler, elle dépescheroit le lendemain, sans plus de dilay ny remises,
-maistre Smith devers Vostre Majesté, lequel auroit charge de vous en
-remercyer davantaige, et de vous dire aulcunes aultres choses de sa
-part, desquelles s'asseuroit que Voz Majestez Très Chrestiennes en
-demeureroient très contantes.
-
-Et après, nous sommes miz à débattre bien paysiblement les
-particullaritez qui concernoient la Royne d'Escoce, et nomméement la
-supression des livres qui ont esté imprimez au préjudice de son
-honneur; en quoy la dicte Dame m'a asseuré qu'iceulx livres venoient
-de l'impression d'Escoce et d'Allemaigne, et non de Londres, et m'a
-allégué des occasions pourquoy elle ne debvoit commander qu'ilz
-fussent suprimez, et que maistre Smith vous en satisferoit davantaige.
-Puis m'a reproché les lettres et messages que j'avois mandé à
-Lillebourg, et si je voulois entreprendre de luy estre ainsy
-contraire.
-
-Je luy ay respondu que je n'avois de rien plus esloignée mon intention
-que de norrir division et contrariété entre Vostre Majesté et elle,
-mais que je luy voulois tout librement confesser que, si j'avois peu
-quelque chose en faveur de ceulx qui maintiennent vostre party en
-Escoce, que indubitablement je l'avois faict; et que je ne vouldrois
-en cella espargner ma vie, non que luy dényer que je n'y vollusse
-employer quelque office de mon debvoir; mais qu'elle se moquoit de
-moy: car elle donnoit bon ordre qu'il ne pouvoit aller, ny venir,
-aulcunes lettres ny messages, de vostre part, par dellà.
-
-Et ainsy m'estant licencié gracieusement de la dicte Dame, maistre
-Smith est venu, le jour après, me trouver, desjà tout expédié d'elle
-et des seigneurs de ce conseil; qui m'a asseuré qu'il emportoit de
-quoy pouvoir conclure, ou par alliance, ou par ligue, une bonne et
-bien estroicte amytié avec Vostre Majesté et avecques la France, s'il
-vous playsoit, Sire, y procéder, ceste foys, à bon esciant. Je luy ay
-respondu qu'il trouveroit une parfaictement bonne disposition en Voz
-Majestez Très Chrestiennes, qui vous attandiez, à ce coup, de voir
-réuscyr quelque effect de tant de bonnes parolles du passé, et que son
-voyage, s'il ne tenoit à luy, seroit indubitablement très utille à ces
-deux royaulmes; et luy ay offert ung des miens pour l'accompaigner, et
-pour le faire bien recepvoir par dellà, qui a monstré qu'il le
-desiroit infinyement; dont luy ay baillé le Sr de Sabran, lequel,
-sellon le loysir que j'ay heu de le pouvoir instruyre, vous informera,
-Sire, d'aulcunes choses qui s'entendent, et qui estoient en termes en
-ceste court, sur la dépesche du dict Sr Smith, et aussi de ce qui
-résulte, jusques à ceste heure, de la négociation que milord de
-Housdon a faicte avec les Escouçoys, pareillement de l'estat de la
-Royne d'Escoce, et comme se retrouvent à présent ceulx de Lillebourg,
-avec aulcunes aultres particullaritez bien expécialles, qui me
-semblent importer assés que Vostre Majesté les sache, premier que de
-tretter avec le dict Sr Smith. Sur ce, etc.
-
- Ce Xe jour de décembre 1571.
-
-
- INSTRUCTION AU Sr DE SABRAN.
-
- Je prie Leurs Majestez d'entendre ces aultres particularitez, que
- j'ay baillées sommairement, et en haste, au Sr de Sabran, pour
- leur dire:
-
- Que ce n'est sans besoing que la Royne d'Angleterre cerche
- meintenant l'amytié du Roy, mais, quant elle verra se pouvoir
- mointenir sans icelle, ny elle s'y vouldra davantaige obliger, ny
- quicter celle du Roy d'Espaigne, ains demeurer, ainsy qu'elle
- est, sans rien innover entre les deux; dont, pendant qu'elle est
- en doubte de l'austre costé, il est expédiant que, de celluy du
- Roy, elle soit pressée de passer oultre avecques luy.
-
- Maistre Smith, à ce que j'entendz, poursuyvra les propos du
- mariage, et toutes les intelligences, que j'ay icy, concourent à
- ce que ceste princesse y est à présent bien disposée, et le comte
- de Lestre, et milord de Burgley, qui s'y monstrent affectionnez,
- disent qu'on s'eslargira sur le poinct de la religion, mais ne se
- layssent entendre commant; et semble que le dict Sr Smith le
- débattra fort. Dont, sellon les termes où l'on en est de présent,
- sera bon de monstrer que, pour n'espérer jamais fin en celle
- dispute de la religion, qu'on n'ose plus en parler, et par ainsy,
- gardant chacun son advantaige de ce qu'il en a dict, mesmes qu'on
- ne vouldroit sans nouvelle instance en offrir jamais rien
- davantaige de ce costé, sera bien faict qu'on passe incontinent à
- l'aultre poinct, qui est de la ligue.
-
- Lequel nous est icy assés contradict de plusieurs qui ont
- authorité, et qui, avec l'affection qu'ilz ont au contraire,
- allèguent beaucoup de raysons qui sont pour les anciennes
- alliances, et pour ne les debvoir quicter pour des nouvelles; en
- quoy intervient encores des présens, des promesses et des
- persuasions grandes, du costé d'Espaigne.
-
- Mais la bonne opinion qu'on a de la vertu et intégrité du Roy,
- l'estime de Monseigneur, la grande espérance de Mr le duc,
- l'observance de l'éedict de paciffication, les choses d'Escoce,
- les mutuelles offances d'entre le Roy d'Espaigne et ceulx cy, (et
- qu'ilz jugent que, s'il meurt, toutz ses estats, par faulte
- d'hoyr, qui soit en aage pour les régir, seront incontinent en
- trouble), font que plusieurs conseillent ouvertement à ceste
- princesse la ligue avecques la France.
-
- Et à cella ayde beaucoup que, tant plus l'on va aprofondissant
- les souspeçons contre ces seigneurs qui sont dans la Tour, plus
- l'on trouve que l'affaire s'estand bien loing, que presque toutz
- les principaulx catholiques de ce royaulme sont aulcunement de
- l'intelligence, mais bien peu de protestans meslez; que le tout
- s'est dressé par les fuytifz qui sont en Flandres, et que
- l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, y a tenu la main; dont
- semble que, pour ces occasions, ilz soyent pour conclurre à bon
- esciant la ligue avecques le Roy.
-
- Le dict Sr Smith a charge de renvoyer incontinent ung des siens
- par deçà, aussitost qu'il aura cogneu de quelle vollonté sont à
- présent Leurs Majestez, ou vers l'alliance, ou vers la ligue; et
- semble qu'on entretiendra le Sr Fiesque en diverses négociations,
- et qu'on temporisera la résolution des choses d'Escoce jusques
- allors; mesmes ne deffault qui m'a donné adviz que le voyage du
- dict Smith n'est à aultres fins que pour faire plyer le duc
- d'Alve à plus doulces condicions, et pour amuser le Roy qu'il ne
- pourvoye au faict de l'Escoce; tant y a que de donner au dict Sr
- Smith, aussitost qu'il arrivera, bonne espérance des choses qu'il
- desirera, cella pourra traverser beaucoup toutes aultres
- contraires négociations, et faire bien acheminer celle que le Roy
- desire faire avecques ceste Royne.
-
- Il y en a icy qui considèrent beaucoup de grandes utillitez à
- faire ceste ligue, et les mesurent par les grandz dommaiges et
- empeschemens qui, pour le passé, sont advenuz à la France, quant
- l'Angleterre luy a esté ennemye, et que ce sera ung non petit
- accez à la grandeur d'eulx, de se fortiffier meintenant de ceste
- alliance, tant par mer que par terre, et la soubstraire au Roy
- d'Espaigne; mesmes qu'il est dangier que la ligue d'Itallie ne
- tourne à la fin au préjudice de Sa Majesté Très Chrestienne, et,
- si elle va prospérant, que bientost l'on ne chasse toutz ses
- partisans hors d'Itallie, là où, si ceste ligue avec la Royne
- d'Angleterre se conclud, l'on le craindra et respectera aultant
- et plus qu'on a faict jamais nul de ses prédécesseurs.
-
- Mais il semble qu'il n'y a nul plus honneste fondement, sur
- lequel se puysse dresser ceste ligue, ny plus esloigné de
- jalouzie et de souspeçon aulx aultres princes, ny plus aprouvé de
- toutz les Catholiques, tant de ce royaulme que de toute la
- Chrestienté, que sur les accommodemens des affaires de la Royne
- d'Escoce et de son royaulme; à quoy semble bien que ceux de ce
- conseil prétendent, et qu'ilz entendent de faire une
- confédération entre les trois royaulmes;
-
- Mais c'est en confirmant l'authorité du jeune Roy en Escoce, et
- suprimant du tout celle de la Royne, sa mère, et voulant retenir
- perpétuellement la dicte Dame en leurs mains, qui seroient
- condicions peu honnorables pour le Roy, et ausquelles se
- trouveroit de grandes difficultez et beaucoup de contradisans.
-
- Et semble bien que, pour le moins, l'authorité de la dicte Dame,
- avec l'association de son filz à la couronne, doibt estre
- restablye, et que une forme de gouvernement soit dressé des
- seigneurs de la noblesse, aultant de l'ung party que de l'aultre,
- pour régir le pays, attandant le retour de leur Royne et la
- majorité du jeune Roy, et qu'il soit faict un compromiz entre les
- deux Roynes d'Angleterre et d'Escoce, pour déterminer leurs
- différans par ung bon tretté: et cependant soit pourveu à ce que
- la Royne d'Escoce ayt ung honnorable trettement, et soit tenue
- en quelque honneste liberté, ses serviteurs remiz auprès d'elle,
- son ambassadeur eslargy et admiz à continuer sa charge, o[19]
- condition toutesfoys que la dicte Royne d'Escoce, ny ses
- ministres, ne mèneront aulcune pratique, ny dehors ny dedans ce
- royaulme, au préjudice de la Royne d'Angleterre; et que mesmes
- elle baillera ostages de ne s'en aller cependant hors d'icy, sans
- le congé de la dicte Royne d'Angleterre.
-
- [19] Avec condition.
-
- Il est vray que, quant à capituler des dictes condicions, qui
- concernent la dicte Royne d'Escoce et les Escouçoys, eulx
- mesmes vouldroient estre ouys, et leur intention se pourra
- comprendre par deux lettres que le Sr de Sabran emporte, l'une
- de la dicte Dame, du VIIe novembre, et l'aultre du Sr de Vérac
- du XXIIIe du dict moys, dont celle de la dicte Dame monstre
- qu'elle ne veult aulcunement associer son filz; mais je luy ay
- mandé qu'elle se donne paix, et se veuille reposer de cella sur
- l'amytié que le Roy luy porte, qui ne conclurra rien qui ne
- soit à l'advantaige d'elle, et sans que ses proches parans et
- son ambassadeur soyent appellez.
-
- Quant à toutes aultres condicions, Leurs Majestez Très
- Chrestiennes les entendent mieulx que je ne les sçauroys
- considérer; tant y a que, pour tenir ceux cy bien obligez à la
- ligue, et garder que légèrement ilz ne s'en départent, il n'y a
- rien meilleur que de transporter le traffic de ce royaulme, qui
- se faict à ceste heure à Hembourg, en quelque bonne ville de
- France, et leur ottroyer là de bons privillèges.
-
- Le comte de Lestre et milord de Burgley se monstrent desirer
- infinyement la conclusion de ceste amytié pour la seurté de
- leur Royne et pour l'establissement du présent estat du
- royaulme, et ceulx là, sans aultres, mèneront les choses à
- perfection, si elles y doibvent jamais venir; dont ceulx, qui
- entendent les humeurs de ceste court, disent que, quel que ce
- soit, des deux, sçait très bien que le Roy d'Espagne donne
- entretennement à ses partisans qu'il a en ceste court, et qu'il
- est sans doubte qu'ilz s'attendent d'estre gratiffiez du Roy,
- mesmes qu'ilz sont sollicitez par grandz présens de l'autre
- costé, mais qu'ilz se contanteront à beaucoup moins de cestuy
- cy: quoy que soit, il semble estre nécessaire de leur donner
- quelque chose, et mesmes, à ceste heure, affin de passer
- oultre. Leurs Majestez entendront là dessus, s'il leur playt,
- le Sr de Sabran, et jugeront que leur présente libérallité en
- cest endroict, de mil escuz, sera pour leur espargner, ou pour
- les choses de France, ou pour celles d'Escoce, la despence
- possible de cent mil.
-
- Les articles que le Sr Fiesque a raportez de Flandres ont
- semblé durs aulx Anglois; et la Royne a monstré qu'elle
- n'estoit pour les accorder en la sorte qu'ilz sont. Tant y a
- que les depputez des Pays Bas y donnent de si bonnes
- interprétations qu'il semble qu'à la fin ilz s'accorderont,
- mais ce sera au grand advantaige de la dicte Dame si elle
- trouvoit quelque bonne correspondance en France, aultrement je
- croy bien qu'elle fera une partie de ce qu'on vouldra.
-
- Elle m'a curieusement demandé si l'ambassadeur d'Espaigne s'en
- estoit allé d'auprès du Roy sans congé, comme le Sr de
- Valsingam le luy avoit escript, et si le Roy avoit retiré le
- sien d'Espaigne. A quoy luy ayant respondu que je croyois que
- non; et que, si l'ung ou l'aultre s'estoient remuez de leur
- place, que c'estoit affin de changer d'air pour leur santé,
- elle m'a dict, en ryant:--«Qu'elle vouloit renvoyer celluy, qui
- est icy, du Roy d'Espaigne, parce que, encores despuys cinq
- jours, il avoit faict de mauvaises pratiques contre elle.» Et
- présume la dicte Dame et la pluspart des siens qu'il y doibve
- avoir guerre entre le Roy et le Roy d'Espaigne; de quoy ilz
- monstrent estre fort ayses.
-
- De ce que milord Housdon a négocié avec les Escouçoys, la
- lettre du Sr de Vérac en déclairera une partie; tant y a que
- j'entendz que, quant le comte de Morthon et l'abbé de
- Domfermelin ont esté à Barvyc, et ont entendu qu'on ne leur
- parloit que de faire quelque accord avec ceulx de l'autre
- party, qu'ilz ont remonstré qu'ilz ne pensoient estre là
- appellez pour cest effect, ains pour recepvoir les deniers, les
- monitions, les armes et les gens, que la Royne d'Angleterre
- leur avoit promiz pour forcer la ville et le chasteau de
- Lillebourg. Sur quoy milord de Housdon leur a respondu que la
- dicte Dame estoit en la mesme vollonté, qu'elle leur avoit
- dict, d'establyr, comment que ce fût, l'authorité du jeune Roy
- et de son régent en Escoce, et que, si cella se pouvoit
- conduyre sans envoyer armée dans le pays, affin de n'irriter le
- Roy Très Chrestien, et ne foller les subjectz, que cella seroit
- le meilleur; mais qu'ilz s'asseurassent que, si l'on n'y
- pouvoit parvenir par ce moyen, que dans le commancement de
- mars, elle leur bailleroit de quoy pouvoir, en une sorte ou
- aultre, achever leur entreprinse; et que cependant ilz
- fortifiassent le Petit Lith pour y recepvoir le secours qu'elle
- leur envoyeroit. De laquelle promesse iceulx de Morthon et
- Domfermelin se sont contantez, et le mareschal Drury sur
- icelle est venu poursuyvre en ceste court ce qui faict besoing
- pour l'accomplyr.
-
- Il y a icy ung ambassadeur secrect, de la part du comte
- Palatin, qui propose le mariage du comte Christofle, troisiesme
- filz de son Maistre, eagé de XXII ans, avec la dicte Royne
- d'Angleterre. Je ne sçay encores comme il est escouté, mais le
- comte de Montgomery m'a confessé qu'il estoit venu parler à
- luy, et que le dict comte luy avoit respondu que, quant il
- pourroit quelque chose en cest endroict, qu'il l'employeroit
- tout pour Monsieur, qui estoit frère de son Roy.
-
- Il importe assés avec qui maistre Smith aura à négocier, et luy
- mesmes m'en a parlé, et a regrecté feu messieurs de Laubespine
- et de Bourdin. Je luy ay respondu qu'il négocieroit
- principallement avec Leurs Majestez et avec Monseigneur, car
- c'estoit ceulx là qui entendoient eux mesmes meintenant à leurs
- affaires; de quoy il a esté fort ayse. Puys luy ay nommé les
- seigneurs du conseil du Roy, et il a desiré de pouvoir tretter
- avec messieurs de Morvilliers, de Limoges et de Foix; et m'a
- demandé si monsieur de Montmorency y seroit, et encores si
- monsieur l'Admyral s'aprochoit pas, à ceste heure, aulx
- affaires de Sa Majesté.
-
- La procédure contre ces seigneurs, qui sont dans la Tour, se
- pourra comprendre par l'extraict d'une lettre que j'ay miz
- peyne de recouvrer, laquelle ceux de ce conseil ont tirée de
- l'évesque de Roz, adressante à la Royne d'Escoce; et cependant
- je sçay qu'on a envoyé en Allemaigne pour consulter avec
- aulcuns princes si, s'estant la Royne d'Escoce venue à refuge
- en ce royaulme, et se trouvant à ceste heure qu'elle a pratiqué
- une rébellion et sédition contre la Royne d'Angleterre, la
- dicte Royne d'Angleterre la peult justement retenir; et
- plusieurs gens de lettres de ce royaulme sont après à escripre
- sur cet article.
-
- Quant à la supression des livres, qui ont esté imprimez contre
- l'honneur de la Royne d'Escoce, je l'ay proposée à ceste Royne
- et à ceulx de son conseil en la plus grande expression qu'il
- m'a esté possible, au nom de Leurs Majestez Très Chrestiennes;
- dont le Sr de Sabran leur comptera les longs discours et
- déductions qu'ilz m'ont faictes, avec mes répliques, et leur
- récitera les propos que le comte de Lestre m'a tenuz touchant
- la dicte Royne d'Escoce.
-
- La bonne affection de ceulx de la noblesse de ce royaulme
- envers le Roy se cognoistra par une lettre qu'ung d'entre eulx,
- nommé le Sr Lane, m'a escripte en itallien, du contenu de
- laquelle et des aultres propos que le dict Sr Lane m'a mandez,
- le Sr de Sabran en donra compte au Roy, et luy dira ce que le
- comte d'Oxfort a naguières proposé en une compaignie où il
- estoit, et ce qui s'en ensuyvit.
-
-
-
-
-CCXXIVe DÉPESCHE
-
---du XVIe jour de décembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Cavalcanti._)
-
- Mission de Me Smith.--Nouvelles d'Écosse.--Résolution d'Élisabeth
- de faire attaquer Lislebourg.--Nécessité de secourir cette
- place.--Injonction faite à l'ambassadeur d'Espagne de quitter
- l'Angleterre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, sur le partement de Mr Smith, je vous ay mandé le plus de
-particullaritez de sa dépesche que, de divers endroictz, il m'a esté
-possible d'en apprendre, et suys bien marry que je n'ay heu le moyen
-d'en donner davantaige lumière à Vostre Majesté; mais c'est parce que
-milord de Burgley seul l'a dressée, à part soy, sur la secrecte
-conférance d'entre la Royne sa Mestresse, le comte de Lestre et luy,
-sans qu'il ayt permiz d'en rien passer par nulle aultre main.
-Néantmoins je l'ay despuys faict observer, et sçay qu'il a dict, en
-général, que le dict Sr Smith emportoit les plus amples instructions
-qui, de ce costé, eussent, longtemps y a, esté envoyées en France, et
-qu'il espéroit qu'il en réuscyroit ung très bon effect entre ces deux
-royaulmes.
-
-Cependant, Sire, l'on a procédé à l'accommodement des différans des
-Pays Bas, et tant sont allez et venuz les commiz, depputez et
-commissaires devers les seigneurs de ce conseil, et a l'on tant faict
-d'assemblées et de conférances là dessus, que nous tenons, à présent,
-le faict de la restitution des merchandises pour tout accordé, ou
-qu'au moins il y reste si peu de difficultez qu'elles ne sont
-considérables, et qu'on est meintenant à regarder sur le payement des
-deniers, et comme, et à quelz termes ils pourront estre renduz.
-Encores dict on qu'on a passé oultre à parler du restablissement du
-commerce, jusques avoir articullé que, si les privillèges, dont les
-Anglois jouyssoient devant ceste dernière suspencion, leur estoient
-randuz, et qu'ilz ne fussent subjectz au dixiesme que le duc d'Alve a
-nouvellement imposé, qu'ilz pourroient retourner, du premier jour,
-traffiquer en Envers. Tant y a que, pour ceste heure, il semble que
-cest article ne se trettera pas.
-
-Le Sr de Cuniguem est, despuys trois jours, arrivé du Petit Lith sur
-le poinct que ceulx cy estoient à dellibérer des choses d'Escoce; qui
-raporte la nouvelle de la deffaicte que le Sr Adam Gourdon a faicte
-près d'Abredin sur milord Forbons, et sur les gens que le comte de Mar
-luy avoit baillez, de quoy icelluy de Mar et le comte de Morthon ont
-prins occasion de presser meintenant bien fort, par le dict Cuniguem,
-ceste princesse de leur envoyer le secours qu'elle leur a promiz.
-Dont, après avoir esté longuement consulté là dessus, j'entendz, Sire,
-qu'il a esté ordonné que le maréchal Drury partyra, devant Noël, pour
-aller mettre ensemble quatre mil hommes de pied et quatre centz
-chevaulx, de ceulx de la frontière du North, cinq pièces d'artillerye,
-et ung nombre de pouldres, pour marcher incontinent droict à
-Lillebourg affin de l'assiéger de rechef, après toutesfoys qu'on aura
-encores une foys sommé ceulx de dedans de se soumettre, eulx et la
-place, à l'obéyssance du jeune Roy; et que ceste princesse est résolue
-de ne rien espargner pour forcer la ville et le chasteau. J'essayeray,
-Sire, de m'y opposer en vostre nom le plus expressément qu'il me sera
-possible, aussitost que je verray passer les choses plus avant; mais
-je supplie Vostre Majesté de faire cependant presser milord de Flamy,
-si d'avanture il est encores par dellà, qu'il ayt incontinent à
-partyr; car, de son arrivée à temps, et de la bonne dépesche, que le
-frère du capitaine Granges, et de celluy marchant que j'ay naguières
-adressé à Mr de Glasco, emporteront, aura de dépendre le principal
-évènement de toute l'entreprinse.
-
-Je viens tout présentement de recepvoir par ung mesmes pacquet deux
-dépesches de Vostre Majesté, du dernier du passé et du premier d'estuy
-cy. Je verray bientost ceste princesse sur le contenu d'icelles,
-lesquelles me semblent très convenables à ce qui est besoing de
-négocier meintenant avec elle, et que Voz Majestez et Monseigneur avez
-très prudemment et vertueusement usé en tout ce qu'avez dict et faict
-en l'endroict du Sr de Quillegrey. Sur ce, etc. Ce XVIe jour de
-décembre 1571.
-
-
- La présente estoit desjà dattée et signée, quant milord de
- Burgley m'a envoyé le Sr Cavalcanty pour me saluer de sa part, et
- me dire que la Royne, sa Mestresse, et les seigneurs de son
- conseil s'estoient enfin résoluz de ce qu'ilz avoient à faire en
- l'endroict de l'ambassadeur d'Espaigne, et que, ceste après
- dinée, l'on l'avoit mandé dans le conseil, où, après plusieurs
- choses débattues, il luy avoit esté enjoinct de vuyder
- d'Angleterre dans lundy prochain par tout le jour. Qui est une
- résolution, Sire, que ceste princesse a prinse sur la ferme
- asseurance, qu'il vous a pleu que je luy aye donné de vostre
- bonne et parfaicte et perdurable amytié. J'estime que, pour
- cella, l'on ne layssera de passer oultre à l'exécution des
- accordz touchant la restitution des merchandises.
-
-
-
-
-CCXXVe DÉPESCHE
-
---du XXIIe jour de décembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Confidences faites par Élisabeth à l'ambassadeur de ses plaintes
- contre le roi d'Espagne.--Affaires d'Écosse.--Sursis accordé à
- l'ambassadeur d'Espagne, à qui ont été donnés des
- gardes.--Résultat de la mission de Mr de Montgommery en
- Angleterre.--Nouveaux détails sur divers mariages faits à
- Londres et sur les affaires d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay esté, mardy dernier, devers la Royne d'Angleterre, et, le
-mècredy, elle m'a faict convyer à diner avec elle chez milord de
-Burgley, qui luy a faict le festin des nopces de sa fille avec le
-comte d'Oxfort; et le Sr de Sueneguem, depputé de Flandres, y a esté
-toutes les deux foys.
-
-J'ai heu assés d'argumentz, prins des lettres de Vostre Majesté, du
-dernier du passé et premier d'estuy cy, pour entretenir ceste
-princesse, laquelle a monstré de demeurer merveilleusement contante de
-ce que je l'ay fort asseurée que vous persévériez, de plus en plus,
-Sire, au ferme propos d'establyr une bonne et perdurable amytié avec
-elle; et que c'estoit sur la mutuelle bonne estime, que toutz deux
-avez de la vertu l'ung de l'aultre, que vous entendiez la fonder
-principallement de vostre costé, sellon que vous aviez en beaucoup
-d'honneur ses vertuz, ainsy qu'elle louoit souvent celles qui sont en
-Vostre Majesté; et que vous espériez que d'une si saincte
-confédération, comme ceste cy, qui seroit toute posée en vertu, vous
-parviendriez à toutz les aultres bons, et utilles, et desirables
-effectz qu'auriez à desirer l'ung de l'aultre, ou pour voz personnes
-ou pour voz estatz, ou pour voz subjectz. Et luy a semblé que
-c'estoit desjà ung commancement de procéder, bien ouvert et franc de
-vostre costé, Sire, que de luy faire entendre ce qui estoit advenu de
-dom Francès d'Alava[20], et luy toucher aussi de l'entreprinse, que Mr
-de Mondocet vous a escript, qui estoit entendue à Bruxelles sur ce
-royaulme, laquelle avoit esté interrompue; de quoy vous estiez bien
-fort ayse: et pareillement que vous n'estimiez la guerre de Levant si
-achevée que le Roy d'Espaigne fût pour entreprendre encores rien en la
-mer de deçà, avec les aultres particullaritez de la première audience
-qu'avez donnée au Sr de Quillegrey. Qui ont esté toutz propos ès quelz
-j'ay bien vollu, Sire, y aller assés réservé, affin qu'en cerchant de
-satisfaire à la dicte Dame, je peusse comprendre de ses propos comme
-elle y estoit disposée.
-
- [20] Don Francès d'Alava avait succédé, comme ambassadeur du roi
- d'Espagne en France, à _Chamoné_, en 1566. Il fut forcé de
- quitter l'ambassade par suite de divers mécontentemens qu'il
- avait donnés au roi, auprès duquel il fut remplacé, en décembre
- 1571, par _Aguilon_. (_Archives de Symancas._)
-
-Laquelle m'a respondu, quant au premier, qu'elle se réputoit fort
-heureuse que son règne se raportât en temps qu'elle peust contracter
-alliance et intelligence avec ung roy si vertueulz, si entier et si
-généreux, comme est Vostre Majesté, adjouxtant, par parolles fort
-expresses et confirmées par sèrement, que vous estiez aujourduy prince
-de ce monde, de qui elle prisoit et desiroit plus l'amytié, et à qui
-elle en vouloit plus randre; et, quand à dom Francès, qu'elle sçavoit
-qu'il vous avoit esté très pernicieulx ministre, l'espace de huict
-ans, et qu'il estoit malaysé que ne vous en fussiez aperceu, dont
-vostre bonté estoit de tant plus grande que vous l'aviez longuement
-souffert; et qu'enfin elle, de sa part, s'estoit résolue de renvoyer
-l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, pour semblables mauvais
-offices, qu'elle avoit vériffiez contre luy, d'avoir sollicité les mal
-contantz, et encores plusieurs des bien contantz de ce royaulme, à
-rébellion, de quoy elle s'estoit pleinte au Roy d'Espaigne par
-diverses foys; et mesmes l'avoit envoyé prier, par ung gentilhomme
-exprès, qu'il le vollust retirer, et que, s'il en vouloit envoyer ung
-aultre, paysible, et qui n'excédât poinct sa charge, qu'elle le
-recepvroit de bon cueur, et en envoyeroit encores ung résider prez de
-luy, s'il le vouloit de mesmes bien tretter, et qu'elle estoit encores
-en ceste vollonté; que ce luy estoit grand plésir que vostre agent de
-Flandres vous eust faict veoir que, non sans cause, elle avoit prins
-souspeçon des entreprinses de dellà, et qu'elle espéroit bien que
-Dieu, qui luy avoit baillé le moyen de descouvrir les secrectes, luy
-donroit le loysir de remédier à celles qu'on vouldroit entreprendre
-ouvertement, premier qu'on fût prest de les exécuter. Et puys, tout
-bas, m'a adjouxté qu'elle avoit toutjour faict conscience de troubler
-les estatz de ses voysins, mais puysque le Roy d'Espaigne travailloit
-beaucoup à soublever et altérer le sien, ainsy qu'elle en avoit la
-vériffication en sa main par ses propres lettres, et par plusieurs de
-celles de ses ministres, qui ont esté surprinses, et encores par des
-marques et enseignes de ses bagues, qui debvoient servyr à conduyre
-l'entreprinse, qu'elle ne se tenoit plus obligée aulx respectz qu'elle
-luy avoit toutjours gardé jusques icy vers ses Pays Bas, et qu'elle en
-lairroyt courir la fortune.
-
-Au regard des choses d'Escoce, elle a donné des interprétations assés
-coulorées à la négociation de milord d'Housdon, parce que je l'ay
-asseurée que Vostre Majesté, l'ayant sceue par la voye de la mer, y
-avoit trouvé des trêtz, qui vous sembloient bien esloignez de la bonne
-intelligence qui se recerche entre vous. Dont, (après ung long
-discours de l'ingratitude qu'elle reproche à la Royne d'Escoce, qui
-sans elle estoit venue à tel désespoir de ses affaires que
-vollontairement elle desiroit renoncer à sa couronne en faveur de son
-filz, de quoy elle se repentoit bien de l'en avoir engardée), m'a
-remiz d'en conférer avec ceulx de son conseil, m'asseurant qu'elle ne
-cerchoit rien en cest endroict qui fût à l'intérest de vostre
-couronne. Et n'y a heu nul de ces propos, qu'elle m'a dict à part, ny
-de ceulx qu'elle a parlé hault, ny aulcune sienne démonstration, que
-tout n'ayt tendu à monstrer une bonne inclination vers Vostre Majesté.
-
-L'ambassadeur d'Espaigne a obtenu d'elle de pouvoir advertyr le duc
-d'Alve de son congé, premier que d'estre contrainct de sortyr de ce
-royaulme, mais cependant l'on luy a commiz ung gentilhomme à sa garde.
-Ceulx cy ont quelque adviz que le duc de Medina Coeli est embarqué
-avec six mil hommes, et jugent que le Roy d'Espaigne, soubz colleur de
-la conduicte de ce gouverneur qu'il envoye en Flandres, vient fornyr
-le pays de plus grand nombre d'Espaignolz, craignant y avoir la
-guerre, ou bien que c'est pour faire quelque descente en Escoce ou en
-Yrlande; dont se parle de getter de grandz navyres en mer, lesquelz je
-crains qu'aillent, puys après, au dommaige de l'Escoce. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIIe jour de décembre 1571.
-
-
- _Par postille à la lettre précédente._
-
- Le comte de Mongomery, vollant passer à Dieppe, a esté rejetté
- deçà par tormante avec grand dangier. J'ai adviz, touchant sa
- négociation avec la Royne d'Angleterre, qu'il luy a dict que
- monsieur l'Admyral avoit faict tout ce qu'il avoit peu pour vous
- persuader la guerre contre le Roy d'Espaigne, mais ne vous y
- avoit peu encores admener, toutesfoys n'en estoit hors
- d'espérance; qu'elle avoit soigneusement adverty le dict
- Mongomery estre expédiant, pour la seurté de ceulx de la
- religion, de ne se dessaysir de la Rochelle et aultres places
- qu'ilz tiennent; que, despuys qu'il est party, il a esté faict
- ung département de deniers dans la Tour, et ont esté miz à part
- cent mil escuz, lesquelz le trézorier a dict estre pour France,
- et juge l'on que c'est plus pour accommoder ceulx de la religion
- que pour nul aultre effect.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, il a esté faict, ceste sepmaine, quatre nopces en ceste court,
-dont celles de la seur du comte de Hontingthon avec le filz du comte
-d'Ocester, et de la fille aynée de milord Chamberland avec milord
-Dudeley, ont esté conduictes pour l'accommodement d'aulcuns seigneurs
-qui estoient ung peu broillez ez affaires du duc de Norfolc, et croy
-que ce a esté pour s'asseurer d'eulx. Les aultres de la fille de
-milord Burgley avec le comte d'Oxfort, et d'une jeune et riche veufve
-avec milord Paget, encores qu'elles ayent esté célébrées avec tout
-plésir et contantement, il s'y est veu néantmoins de la parciallité de
-court. Et, ayant esté convyé au festin de celles du dict comte
-d'Oxfort, la Royne d'Angleterre m'a bien vollu dire que, de tant de
-mariages à la foys, ung chacun luy présageoit le sien debvoir estre
-bientost, et qu'il ne tenoit au Sr de Quillegrey qu'elle n'en
-demeurast en fort grande persuasion et en une fort bonne espérance; et
-a continué plusieurs honnestes et modestes propos de ce faict,
-lesquelz j'ay suyviz de semblables, rejettant la cause des difficultez
-sur les trop escrupuleux, qui se trouveroient ung jour grandement
-coulpables, envers Dieu et les hommes, d'avoir empesché ce grand et ce
-tant desiré bien à la meilleure part de la Chrestienté. Le comte de
-Lestre m'en a parlé en termes qui monstrent avoir quelque opinion que
-Monsieur en soit dégousté, ce que je luy ay asseuré ne sçavoir, et
-n'en avoir rien entendu; et, toutz deux, nous sommes résoluz de ce que
-le pis ne pouvoit estre que très bon: scavoir est, une très ferme
-amytié et bonne intelligence entre Voz Majestez et ces deux royaulmes.
-
-Je n'ay, à la vérité, touché, en tout le jour du festin, ung seul mot
-d'affaires à la dicte Dame, mais, le jour de l'audience, je ne luy ay
-obmiz ung seul poinct du contenu ez deux lettres de Voz Majestez, du
-dernier du passé, et premier d'estuy cy, et mesmement du faict de la
-Royne d'Escoce et des Escouçoys; en quoy je l'ay trouvée bien peu
-modérée de l'affection et animosité qu'elle y a toutjour procédé, ce
-qui me rend assés suspecte toute la négociation qu'elle a envoyé faire
-en France; et me vient on encores de dire que, sur les nouvelles
-qu'elle a heu de quelque combat qui est advenu entre ceulx de
-Lillebourg et du Petit Lith, duquel je ne sçay encores les
-particularitez, elle dépeschera demain le mareschal Drury en Escoce,
-avec une commission fort rigoureuse contre ceulx du bon party. Au
-regard de vériffier icy, avecques moy, les choses qu'on impose à la
-Royne d'Escoce, je crains, Madame, que la Royne d'Angleterre penseroit
-avoir si grandement justiffié par là tout ce qu'elle propose de faire
-contre ceste pouvre princesse et contre son estat, qu'elle passeroit
-oultre à ce qui peut en cella mesmes toucher la réputation et grandeur
-de vostre couronne; et si le Roy y vouloit, puys après, contradire de
-parolle, ou s'y opposer d'effect, qu'elle estimeroit avoir grande
-occasion de se pleindre de luy; et quant aulx moyens, qui se
-pourroient trouver pour vous accommoder avec elle sur les présens
-troubles et différands des Escouçoys, j'en ay mandé quelque adviz par
-le Sr de Sabran; et, après que j'auray conféré avec les seigneurs de
-ce conseil, je vous pourray de ces deux faitz ensemble escripre plus
-au long. Et adjouxteray icy, Madame, qu'il a esté résolu de mettre en
-jugement le duc de Norfolc, le segond jour du prochain terme de
-janvier, et que le comte de Cherosbery sera mandé pour présider en la
-cause, avec les douze pairs, et que, pendant qu'il sera icy, sir Raf
-Sadeller yra en la mayson du dict comte estre gardien de la Royne
-d'Escoce; de quoy elle se donra beaucoup de peur, et je fays tout ce
-que je puys pour l'empescher. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIIe jour de décembre 1571.
-
-
-
-
-CCXXVIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIe jour de décembre 1571.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Pigon._)
-
- Conférence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh sur les
- affaires d'Écosse.--Desir des Anglois de conclure avec la
- France le traité de l'alliance.--Leur froideur à l'égard de
- l'Espagne.--Opinion de l'ambassadeur sur la conclusion que
- doivent avoir les affaires d'Écosse.--Utilité d'un traité de
- commerce avec l'Angleterre.--Nouvelle donnée par Walsingham
- d'une sédition survenue à Paris.--Vives instances pour que le
- roi écrive à la reine d'Angleterre en faveur du duc de Norfolk.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'ay esté, de rechef, convyé, le dimenche devant Noël, au festin
-que le comte de Hontingthon a faict des nopces de sa soeur avec le
-filz du comte d'Ochestre, où la Royne d'Angleterre, et les seigneurs,
-et dames de sa court qui s'y sont trouvées en grand nombre, m'ont
-continué les mesmes démonstrations de bonne affection qu'ilz disent
-porter à Vostre Majesté et à toute la France. Et m'estant, l'après
-dinée, retiré avec le comte de Lestre et milord de Burgley en une
-chambre à part, pour leur compter les mesmes choses, que j'avois
-naguières dictes à la Royne, leur Mestresse; et, après que je leur ay
-heu particullarisé les responces que Vostre Majesté et la Royne,
-vostre mère, et Monseigneur aviez faictes, pleynes de toute
-bienveillance envers leur Mestresse, sur les honnestes propos d'amytié
-qu'elle vous avoit faict tenir par le Sr de Quillegrey; je leur ay
-dict que, pour monstrer comme vous cheminiez desjà vers elle sellon
-ceste bonne intelligence, vous aviez trouvé bon, Sire, de luy faire
-communiquer par moy ce qui estoit advenu de don Francès d'Alava, ce
-que le Sr de Mondoucet vous avoit mandé de Flandres, et ce que vous
-jugiez des entreprinses du Roy d'Espaigne en la mer de deçà; qui ont
-esté propos qu'ilz ont merveilleusement gousté, et les ont fort bien
-receuz. Et, à la suyte d'iceulx, je leur ay touché ceulx d'Escoce,
-sans toutefoys les leur guières presser ny les laysser aussi trop
-lasches, mais que, (de tant que ces affaires là avoient tant de
-malheur que, quant vous en faisiez parler à leur Mestresse, elle
-estimoit que vous offanciez son amytié, et Vous, d'aultre costé, Sire,
-jugiez qu'elle mesprisoit la vostre, quant elle s'en entremettoit trop
-avant sans vous en parler), je les adjurois bien fort qu'ilz ne les
-vollussent plus laysser en ce suspens; et leur ay desduict, par chefs,
-toutz les dicts affaires comme pour entendre d'eulx en quelle façon
-j'aurois à vous en escripre, tendant principallement à les divertyr
-d'envoyer gens contre ceulx de Lillebourg, et leur faire comprendre
-que vous ne pourriez avec honneur intervenir en nul tretté, où l'on
-capitulât de priver la Royne d'Escoce de sa couronne pour y establyr
-son filz, ny de ruyner l'ung des partys; qui entendiez les conserver
-toutz deux.
-
-Sur lesquelz chefz, quant au premier, qui estoit des choses qu'on
-imputoit à la Royne d'Escoce, ilz m'ont faict ung long discours de la
-deffiance qu'elle s'estoit donnée de Voz Majestez Très Chrestiennes,
-de la jalouzie qu'elle avoit prinse du propos de Monsieur, des
-pratiques qu'elle avoit menées avec le Roy d'Espaigne et avec le duc
-d'Alve par le moyen de Ridolphi, des rébellions qu'elle avoit
-suscitées en ce royaulme, et comme elles eussent esté indubitablement
-exécutées en aoust dernier, si le dict Roy d'Espaigne n'eust esté
-empesché du costé du Levant; et m'ont offert de me monstrer le tout
-par lettres; et que Me Smith avoit charge de le vériffier bien
-amplement à Vostre Majesté.
-
-Quant au segond, des moyens qui se pourroient trouver pour paciffier
-l'Escoce, encores que la difficulté y parust grande, parce que vous
-vouliez soubstenir l'authorité de la Royne d'Escoce, et eulx la
-vouloient du tout opugner, que vous favorisiez ceulx de son party, et
-eulx le party contraire;--Et aussi quant au troisiesme chef, qui
-estoit de la négociation que vous aviez entendu, Sire, que milord
-d'Housdon avoit menée avec les Escouçoys, où il n'avoit vollu qu'il
-fût faicte aulcune mention de vous ny de la France, ny que rien en
-vînt à la cognoissance de vostre agent par dellà, et qu'il avoit
-menassé de mener une armée devant Lillebourg pour forcer la ville et
-le chasteau, si ceulx de dedans ne se soubzmettoient au comte de Mar,
-qu'il avoit dict qu'il vouloit avoir les chasteaulx de Lillebourg et
-de Dombertrand entre ses mains, qu'il avoit tretté de livrer l'évesque
-de Roz au dict de Mar en eschange du duc de Northumberland, qui
-estoient trêtz, que vous trouviez bien esloignez de l'intelligence que
-leur Mestresse monstroit de vouloir faire avecques vous, et qui vous
-faisoient desirer de sçavoir résolument si elle entendoit de procéder
-ainsy, sans vous et par la force, en cest endroict;--Ilz m'ont
-respondu que la Royne, leur Mestresse, avoit donné charge à Mr Smith
-de proposer à Vostre Majesté l'accommodement des choses d'Escoce en
-une si bonne façon, que vous cognoistriez qu'elle n'y cerchoit rien
-qui fût contre vostre réputation ny contre l'honneur et l'alliance de
-vostre couronne, car les trettez ne vous obligeoient à nulle certaine
-personne du pays, ains à l'estat, et à l'ordre et authorité, qui pour
-le temps s'y trouveroit; et que leur Mestresse estoit après à tretter
-avec les deux partys, et trouvoit, pour ceste heure, que ceulx de
-Lillebourg estoient plus raysonnables que les aultres, mais nulz
-desirans la restitution de leur Royne, ce qui estoit aussi
-universellement contradict par toutz les Estatz d'Angleterre, par
-ainsy qu'elle espéroit, s'ilz se réunissoient toutz à l'obéyssance du
-jeune Roy, comme ilz en estoient bien prêts, que vous ne reffuseriez,
-Sire, de les continuer en vostre alliance, ainsy qu'elle vouloit de
-bon cueur qu'ilz y persévérassent aussi de leur costé, et qu'il se fît
-une bonne confédération entre les trois royaulmes;--Que milord
-d'Housdon avoit bien menacé de forcer ceulx de Lillebourg, s'ilz
-empeschoient la paix du pays, mais que, de vouloir avoir les deux
-chasteaux en ses mains, ce n'estoit le desir de leur Mestresse, ains
-de les laysser aux Escouçoys, bien que, possible, à d'aultres que
-ceulx qui les tiennent, et mesmes de leur randre Humes aussitost
-qu'ilz seront d'accord; qu'elle n'avoit encores faict rien
-entreprendre par la force à milord d'Housdon, et que la grande
-asseurance, que j'avois donnée à la dicte Dame de vostre amytié, avoit
-esté et seroit cause dont elle ne précipiteroit rien par les armes en
-cest endroict:
-
-Quant au chef des deux mil escuz, qu'ilz me vouloient asseurer que le
-duc de Norfolc et l'évesque de Roz, et le secrétaire, à qui je les
-avois baillez, avoient confessé qu'ilz estoient de la Royne d'Escoce,
-et qu'à cest effect ilz m'en feroient veoir leur déposition, dont si,
-puys après, Vostre Majesté persistoit qu'ilz me fussent randuz, qu'on
-adviseroit de vous en contanter. Et seroit trop long, Sire, à vous
-desduyre icy les répliques qui ont esté, de leur part et de la mienne,
-usées sur les susdicts propos, lesquelz, pour aulcuns respectz, je les
-leur ay bien volluz terminer par une très grande espérance, que je
-leur ay donné, qu'ilz pourront conclurre une bien ferme confédération
-avec Vostre Majesté.
-
-De quoy est advenu, Sire, que, le jour ensuyvant, ilz se sont tenuz
-bien fermes et voyre si estroictz sur les accordz des Pays Bas que les
-Srs de Suevenguem et Fiesque ne sçavent où ilz en sont, et sont prestz
-de laysser les choses bien descousues, et qu'on m'a desjà parlé de
-transporter le traffic de ce royaulme, qui estoit en Envers, en
-quelque ville de vostre obéyssance, et qu'on escripra à Mr Smith de le
-proposer; et pareillement qu'on a pressé l'ambassadeur d'Espaigne de
-partyr de Londres, la veille de Noël, et de vuyder le royaulme dedans
-dix jours.
-
-Sur toutes lesquelles choses j'ay à dire à Vostre Majesté qu'il
-semble, en premier lieu, que la Royne d'Angleterre condescendra que
-les Escouçoys viennent en accord, et qu'ilz puyssent dresser une forme
-de gouvernement entre eulx, d'aulcuns de la noblesse des deux partys,
-qui ne soyent establis ny soubz l'authorité de la Royne d'Escoce ny
-soubz celle du Prince son filz, mais qui, attandant le retour d'elle
-ou la majorité de luy, ayent la puyssance d'administrer le royaulme,
-et qu'avec ceulx là se conclue la ligue, et vostre alliance soit
-renouvellée, et permettra qu'à cest effect voz depputez puyssent aller
-avec les siens par dellà; qu'elle, à mon adviz, ne reffuzera le
-compromiz avec la Royne d'Escoce pour voyr si elles se pourront
-accorder, ny de luy amplier sa liberté et de la faire tretter moins
-rigoreusement, pourveu qu'elle baille ostaiges de ne rien mouvoir dans
-le royaulme ny de s'en partyr sans licence; qu'elle vous satisfera sur
-les deux mil escuz de les faire remettre en mes mains, bien qu'elle
-monstre n'avoir rien, qui tant luy serve contre le duc de Norfolc que
-cella, pourveu, Sire, que vous en faciez continuer l'instance à ses
-ambassadeurs, sellon que l'avez desjà commancé au Sr de Quillegrey,
-laquelle j'ay fermement comprouvée et soubztenue contre tout leur
-dire; qu'il sera bon, Sire, que vous ottroyez libérallement à Mr Smith
-une ou deux villes en vostre royaulme pour le commerce des Anglois,
-avec aultant de privillèges qu'ilz en avoient en Envers, et de faire
-modérer ces nouvelles coustumes de Roan; et finablement que pressiez
-la conclusion de quelque bonne confédération avec ceste princesse,
-pendant qu'elle et les siens monstrent d'y estre, à présent,
-merveilleusement bien disposés. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour de
-décembre 1571.
-
-
-PAR POSTILLE.
-
- J'obmettois de dire à Vostre Majesté que l'aparance de ceste
- sédition que le Sr de Valsingam a mandé estre advenue, le VIIIe
- de ce moys, à Paris[21], a cuydé mettre ceulx cy en quelque
- suspens de vouloir attandre qu'est ce qui s'en ensuyvroit,
- premier que de passer à nulle négociation plus avant; et de vous
- mander, Sire, que le duc de Norfolc sera miz en jugement le IXe
- de janvier, et que le faict des deux mil escuz luy pourra
- grandement nuyre, si Vostre Majesté ne le remédie en faisant
- continuer la mesmes instance d'iceulx aulx ambassadeurs de la
- dicte Dame, aulx propres termes que Vostre Majesté la leur a
- desjà faicte, sans y rien changer, encor qu'ilz vous allèguent
- que la Royne d'Escoce m'avoit envoyé les aultres mil escuz par
- Douglas: car ilz furent employez en aultres siens affaires; et
- qu'il vous playse, Sire, escripre une lettre à ceste princesse
- que, si le dict duc ne se trouve chargé que de l'accommodement,
- que son secrétaire a vollu donner aulx deniers que vous envoyez à
- vostre agent, encor qu'il l'ait bien sceu, que vous la priez de
- ne luy imputer à faulte, attendu qu'elle n'avoit la guerre en
- Escoce, et que l'argent n'estoit envoyé à nul de ses ennemys, et
- qu'il est de vostre ordre. En quoy sera besoing que vostre
- lettre, Sire, soit icy le Xe ou XIIe de janvier, laquelle
- j'estime que sera dignement employée pour cause juste et
- honneste, et qui peult revenir grandement au service de Vostre
- Majesté.
-
- [21] Cette émeute fut causée par le transport de la croix de
- Gastines au cimetière St-Innocent. Ce monument avait été érigé,
- en 1569, durant la guerre civile, en exécution d'un arrêt rendu
- par le parlement de Paris contre trois marchands huguenots,
- Nicolas Croquet, Philippe et Richard de Gastines, qui avaient été
- tous trois condamnés au gibet. Après la pacification, Coligni
- avait demandé que cette croix fût détruite. On profita de la nuit
- pour la déplacer; mais le lendemain les catholiques irrités se
- jetèrent sur les maisons des protestans, qu'ils livrèrent au
- pillage. Le maréchal de Montmorenci et Claude Marcel, prévôt des
- marchands, parvinrent à apaiser la sédition, mais non sans
- effusion de sang.
-
-
-
-
-CCXXVIIe DÉPESCHE
-
---du IIIe jour de janvier 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Plaintes d'Élisabeth au sujet de l'expédition préparée
- en France pour l'Écosse par lord Flaming.--Conférence entre
- l'ambassadeur et Leicester sur les affaires
- d'Écosse.--Déclaration que Me Smith sera chargé de traiter avec
- le roi sur ce point.--Nécessité de hâter le départ de
- l'expédition.--Nouvelles d'Écosse.--Marie Stuart commise à la
- garde de sir Raf Sadler.--Départ de l'ambassadeur d'Espagne.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, sans aultre occasion que pour donner les bonnes festes à la
-Royne d'Angleterre, je la suys allé trouver le lendemain des Innocens,
-laquelle a heu très agréable ce mien office, pour luy estre une
-signiffication de vostre bonne volonté vers elle, et ung tesmoignage à
-ung chacun comme vous vivez en une fort bonne intelligence l'ung
-avecques l'aultre; de quoy elle m'a remercyé beaucoup de foys: et m'a
-dict plusieurs bonnes parolles de la ferme dellibération, en laquelle
-elle se confirmoit, de plus en plus, de se vouloir perpétuer en vostre
-amytié. Et bientost après, Sire, j'ay receu vostre dépesche du XIXe du
-passé, que m'avez envoyée par Nicollas le chevaucheur; sur laquelle je
-suis retourné, le premier de ce moys, donner le bon an à ceste
-princesse, et luy ay racoumpté tout ce que me mandiez de la paix de
-vostre royaulme, qui a grandement servy à luy oster deux escrupulles,
-qu'on luy avoit desjà imprimés du contrayre, l'ung pour l'émotion de
-Paris, et l'aultre de ce qu'on luy avoit faict acroyre que monsieur de
-Guyse et monsieur l'Admyral avoient commencé de s'accompagner; de quoy
-je l'ay bien fort aultrement persuadée, sellon que j'en ay trouvé les
-propos très bien et très sagement desduictz ez lettres de Vostre
-Majesté; et que vostre royaulme estoit, grâces à Dieu, si paysible que
-vous luy pouviez fort franchement offrir les moyens, les forces et les
-commodités qui y estoient, comme chose que Dieu avoit tout entièrement
-remise en vostre mein et en vostre puyssance.
-
-De quoy la dicte Dame, s'estant adressée à Dieu, a monstré de le louer
-et remercyer, de bon cueur, de ceste tant bonne nouvelle, et m'a prié
-de ne vous en représenter moins grande la conjouyssance qu'elle vous
-en faisoit, que si ce fût pour la propre tranquillité de son estat; et
-que c'estoit ung des fruictz qui vous seroit desjà de la grande
-réputation, qui court au monde, de la fermeté de vostre parolle et
-vérité de voz promesses, et que de meilleurs et de plus grandz vous en
-proviendroient encores; dont vous vouloit prédire, Sire, que le
-dernier jour de l'année passée auroit miz fin à tous les troubles de
-vostre royaulme et à toutes les souspeçons d'iceulx, et que vous ne
-verriés, du premier de ce nouvel an en là, sinon toute obéyssance et
-confience de voz subjectz; et m'a allégué aucuns signes pour quoy
-Vostre Majesté debvoit croyre qu'elle vous seroit heureuse prophète en
-cest endroict; que elle acceptoit, au reste, l'offre, que luy faysiez,
-des commodictés de vostre royaulme, tout ainsy qu'elle vous offroit de
-bon cueur toutes celles du sien, et croyoit que de la bonne
-correspondence, que Mr Smith trouveroit maintenant en Voz Majestez,
-l'on verroit réuscyr bientost la conclusion des choses qui
-s'espéroient, et se desiroient entre vous. Et, avant finyr ce propos,
-estans à regarder le bal, elle en a introduict ung aultre, bien
-gracieux et modeste, des playsirs et honnestes passe temps qu'on se
-mettroit en debvoir par tout ce royaulme de donner à Monsieur, s'il
-venoit par deçà; ez quelz elle ne fauldroit de l'acompagner toutjour,
-affin que les ans, qu'elle avoit plus que luy, luy semblassent moins
-ennuyeulx: et n'a obmiz d'adjouxter à cella aulcuns motz bien exprès
-et aulcunes démonstrations propres pour signiffier qu'elle le disoit
-avec une bonne et bien honneste affection vers luy; et néantmoins n'a
-layssé de me toucher, en passant, comme ung Escouçoy la venoit
-d'advertyr que milord de Flemy embarquoit des Françoys pour passer en
-Escoce, ce qu'elle ne sçavoit comment le debvoir prendre, et que, s'il
-en advenoit rien contre ce que je luy avois toutjour faict espérer de
-vostre amytié, qu'elle s'en prendroit bien asprement à moy.
-
-A cella, Sire, parce que j'estois adverty qu'aussitost qu'elle avoit
-heu ceste nouvelle de Mr Flemy, elle avoit commandé qu'on rénovât, si
-faire se pouvoit, l'accord avec les depputés du Roy d'Espaigne pour
-d'aultant se réfroydir de vostre costé, je luy ay respondu qu'elle ne
-debvoit demeurer en aulcun doubte qu'elle n'obtînt par maistre Smith
-tout ce qu'elle vouldroit honnorablement desirer de vostre amytié et
-de toute la France; et, quand à l'embarquement de milord de Flemy, que
-je n'en avois rien entendu; bien me souvenoit il que Vous, Sire,
-l'aviez fort souvent faicte prier de se vouloyr esclarcyr avecques
-vous comme vous porriés, tout ensemble, satisfaire à vostre honneur et
-debvoir vers la Royne d'Escoce et vers les Escouçois, et luy complayre
-à elle en cest endroict; et que je luy respondois de ma vye que Vostre
-Majesté estoit encores en ceste mesmes volonté, et qu'il ne tiendroit
-sinon à elle que le tout ne se rabillât fort bien et bientost.
-
-Et pour la confirmation de cella, je luy ay monstré l'offre, que
-Vostre Majesté luy faysoit, d'accomoder le traffic de ses subjectz en
-vostre royaulme: ce qu'elle n'a peu dissimuler que n'en ayt receu ung
-très grand plésir, et m'a prié d'en bailler l'article de vostre lettre
-au comte de Lestre affin de le communicquer à ses merchandz.
-
-Et là dessus, avec démonstration de grand contentement, elle s'est
-retirée pour aller à ses prières, et m'a aussitost envoyé le dict
-comte de Lestre; lequel, après m'avoir faict ung long discours comme
-ilz avoient nouvelles que milord de Flemy avoit recouvert quinze mil
-escus du douaire de sa Maistresse, et dix mil escus de Vostre Majesté,
-avec des armes et monitions, et congé d'embarquer troys cens
-arquebouziers, il m'a infiniement conjuré de vous supplyer très
-humblement, Sire, que vueillés faire différer l'embarquement, sellon
-que j'avois bien peu comprendre, par la dernière conférance d'entre
-luy, milord de Burgley et moy, que sa Mestresse n'avoit intention de
-procéder par armes en Escoce, et qu'il luy eust esté bien aysé d'y
-envoyer deux et troys mil hommes si elle l'eut voulu faire, mais s'en
-estoit engardée pour l'amour de vous; et que, si ceulx de Lislebourg,
-qui depuis naguyères avoient gaigné l'advantage sur les aultres en
-quelques rencontres, venoient à estre renforcés de ce secours, il est
-indubitable qu'ilz essayeroient d'entreprendre plus avant, et sa
-Mestresse s'y vouldroit oposer, dont pourroit naistre quelque accident
-qui romproit le bon propoz d'entre Voz Majestez et voz deux royaulmes;
-à quoy il auroit ung infiny regret pour estre celluy qui avoit promeu
-et advancé la part de Vostre Majesté en ce royaulme, et avoit reculé
-d'aultant celle d'Espagne, non sans qu'on guétât une occasion sur luy,
-comme pourroit bien estre ceste cy, pour luy en faire ung très grand
-reproche.
-
-Je luy ay commémoré, Sire, les grandz et honnestes debvoirs, ès quelz
-Vostre Majesté s'estoit toutjour mise et avoit faict mettre la Royne
-d'Escoce et les Escoçoys vers la Royne, sa Mestresse, sur l'accord de
-ces affaires, si bien que vous en demeuriez très justiffié envers Dieu
-et les hommes, et luy mesmes cognoissoit très bien qu'en toutes sortes
-c'estoit à vous de vous pleindre, et à moy de me douloyr infiniement
-de l'honte et confusion, en quoy ilz m'avoient miz vers Vostre
-Majesté, sur la négociation de ce faict; néantmoins que la chose
-estoit encores si entière, et Vous, Sire, si parfaictement bien
-disposé vers la Royne, sa Mestresse, et vers ce royaulme, et encores
-tant bien incliné vers le dict sieur comte que, si luy et milord de
-Burgley vouloient regarder à quelque bon expédient là dessus entre Voz
-Majestez, que j'espérois que vous le suyvriés et le feriés suyvre à
-milord de Flemy, encore que j'osois bien asseurer que ces trois cens
-arquebouziers n'estoient ung secours qui procédât de vous, car le luy
-heussiés baillé aultrement grand et mieulx forny; bien les priois
-d'avoir esgard à vostre réputation, car non seulement vers eux, vers
-lesquelz vous la voudriés mesurer, aultant qu'il vous seroit possible,
-sellon leur contantement, mais vous aviez besoing de la conserver
-entière vers tous les aultres plus grandz et plus éminentz estatz de
-la terre, et desiriés surtout qu'elle y parvînt clère et non entachée
-d'avoir jamais fally à voz alliés. Et ay dict cella, et d'aultres
-choses appartenant à ce propos, si franchement au dict comte que luy
-mesmes enfin m'a confessé leur propre tort, et qu'il me promettoit
-d'en aller incontinent communiquer à milord de Burgley en son lict, où
-il estoit malade, et que bientost il m'en manderoit une response qui
-me contanteroit. Laquelle a esté, Sire, que Mr Smith aura commission
-de tretter avec Vostre Majesté de ce particullier, et de tout le faict
-de l'Escoce, en telle sorte que vous cognoistrez que, de ce costé,
-l'on n'y veult procéder qu'avec vostre bonne intelligence, et que
-cependant il ne sera envoyé nulles forces d'icy à ceulx du Petit Lith.
-
-Le jour d'après, les depputez de Flandres sont retournés en cour au
-mandement qu'on leur en avoit faict, avec espérence de meilleure
-responce, mais il leur a esté percisté en celle mesmes de devant, et
-leur a esté davantage offert des passeports, sans qu'ilz les ayent
-demandés, affin de se retirer; mais ilz ne les ont acceptés, et
-attendent ung exprès commandement là dessus de ceste princesse, ou ung
-congé du duc d'Alve. Sur ce, etc.
-
- Ce IIIe jour de janvier 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, ce peu de motz en chiffre, que j'ay trouvés ez lettres de Voz
-Majestez, du XIXe du passé, me feront estre si sogneux du propos,
-qu'ilz contiennent, que j'espère qu'il ne s'en remettra rien en termes
-que n'en soyez tout promptement et bien advertys; et Vostre Majesté
-pourra, quand à l'aultre, de Monseigneur le Duc, se conduyre sellon
-que desjà elle cognoit bien, par la négociation de Mr Smith, qu'il
-sera expédient de le faire; dont si, puis après, il vous plait m'en
-mander quelque chose, je mettray toute la peyne qu'il me sera possible
-d'entièrement l'accomplir. Je vous donne compte, Madame, par la
-lettre du Roy des aultres choses que j'ay trettées avec la Royne
-d'Angleterre et avec les seigneurs de son conseil; sur lesquelles je
-n'oze conseiller qu'on retarde aulcunement milord de Flemy, car il
-semble que de sa prompte arrivée en Escoce dépende assés la ressource
-des affères de sa Mestresse et de ceulx de son party, et encores la
-conservation de vostre allience, et, possible, une plus prompte
-conclusion de la confédération qui s'espère avec la Royne
-d'Angleterre. Bien estimè je qu'il sera bon de n'advouer les trois
-cens arquebouziers qu'il mène, et remonstrer que ce sont Escouçoys,
-car aussy ce n'est ung secours digne de la grandeur de Voz Majestez;
-mais que vous n'estimiés, attandu le présent estat de l'Escoce, et ce
-qui s'est passé jusques à présent par dellà, qu'il puisse estre de
-vostre honneur, ny de vostre debvoir, d'aulcunement empescher ny
-retarder le dict Flemy; et néantmoins que vous donrez bien ordre qu'il
-ne face rien au dommage de la Royne d'Angleterre ny de son royaulme,
-et que mesmes, s'il plait à la dicte Dame d'entendre ensemblement avec
-Voz Majestez à la paciffication du dict pays, que vous ferez révoquer
-tout ce qui y sera passé de gens de guerre; et vous supplye très
-humblement, Madame, d'uzer ainsy en toutes sortes, vers le dict Sr
-Smith, qu'il cognoisse une droicte intention et une bonne inclination
-de Voz Majestez vers sa Mestresse, et qu'il ayt occasion de luy en
-escripre en fort bonne façon, car toutes choses icy pendent, à ceste
-heure, bien fort des bonnes responces qu'il mandera que Voz dictes
-Majestez luy auront faictes.
-
-Néantmoins je vous veulx bien advertyr, Madame, que, le XXVIIIe du
-passé, le capitaine Cage a esté envoyé de Barvic vers ceulx de
-Lillebourg pour les presser par promesses, par offres, par présans, et
-enfin par grandz menaces, de se soubzmettre à l'obéyssance du régent,
-ou qu'aultrement la Royne d'Angleterre leur fera renverser le chasteau
-sur leurs testes; et leur a apporté des articles, de la part du dict
-régent, comme pour parvenir à ung accord, mais, en effect, c'est pour
-retirer, si faire se peult, le chasteau hors des meins du capitaine
-Granges; de quoy j'espère qu'il se sçaura bien garder. Et cependant
-ceulx cy ont envoyé une commission aux gouverneurs des portz de Houl
-et de Neufcastel qu'ilz ayent à mettre, dans le XIIe de ce moys, cinq
-navyres de guerre dehors, avitaillés pour deux moys, pour quatre cens
-cinquante hommes, affin de se tenir sur la coste d'Escoce pour
-empescher, à ce qu'ilz disent, la descente de milord de Sethon et de
-milord Dacres, mais je crains que ce soit au dommaige de milord de
-Flemy, s'il n'est plus tost arrivé par dellà.
-
-Sir Raf Sadeller est party, le XXVIIIe du passé, pour aller garder la
-Royne d'Escoce, pendant que le comte de Cherosbery vient présider en
-la cause du duc de Norfolc avec les douze pairs. Il me semble, Madame,
-que les depportemens de ceulx cy vous admonestent bien fort de presser
-ce qu'avez à faire avec eulx, et tirer, le plus tost que pourrez, une
-conclusion de la négociation de Mr Smith, sans en remettre rien au
-temps; car ilz se veulent trop servyr d'icelluy pour leurs commoditez,
-et n'ont nulle considération aulx vostres: et puys leurs évènementz
-sont si incertains et muables qu'il les fault prendre, pendant qu'on
-les trouve en une si bonne disposition comme à présent ilz sont, ou
-bien le tout reviendra despuys à rien.
-
-J'entendz que dom Francès d'Alava, voulant par trop précipiter son
-retour en Espaigne, s'est embarqué, avec plusieurs aultres, par ung si
-maulvès temps, en Zélande, que leur vaysseau et tous ceulx qui
-estoient dedans se sont perduz. L'ambassadeur d'Espaigne, qui estoit
-icy, est encore attandant à Gravesines le mandement du duc d'Alve, et
-luy a l'on préparé deux navyres de conserve pour le passer dellà. Sur
-ce, etc. Ce IIIe jour de janvier 1572.
-
-
-
-
-CCXXVIIIe DÉPESCHE
-
---du IXe jour de janvier 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jean Monyer._)
-
- Raffermissement de la paix en France.--Nouvelles
- d'Écosse.--Combat dans les faubourgs de Lislebourg.--Nouvelles
- de Marie Stuart.--Affaires d'Espagne.--Efforts des députés des
- Pays-Bas pour renouer la négociation du traité sur les prises.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, par ma dépesche de devant ceste cy, laquelle est du IIIe de ce
-moys, il a esté satisfaict à celle que j'ay despuys reçue de Vostre
-Majesté, du XXIIIIe du passé, en ce qui concerne les choses advenues à
-Paris, desquelles et des aultres bruictz, qui ont couru de monsieur de
-Guyse et de monsieur l'Admyral, j'en avois desjà si bien informé la
-Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, sur voz
-précédentes du XIXe, qu'il n'a esté besoing de leur en donner plus
-grand esclarcissement. Et me semble, Sire, qu'ilz sont demeurés très
-bien persuadés de la paix de vostre royaulme, sinon que le Sr de
-Quillegrey, par ses dernyères, leur en ayt faict penser aultrement;
-lequel a escript que la Royne de Navarre avoit refuzé de venir, parce
-que Mr de La Valète, avec sa compagnie, estoit dedans Leytoure, et
-qu'elle disoit ne pouvoir vivre sans beaucoup de souspeçon, tant
-qu'elle sentiroit ceste garnison si près d'elle. Je n'ay, à présent,
-nul plus grand soing que de faire comprendre à ceulx cy que Vostre
-Majesté a, en sa main, son royaulme très paysible et très puissant,
-pour meintenir très bien et apuyer le leur, quant il en sera besoing,
-et qu'ilz le doibvent ainsy espérer et s'en assurer parfaictement,
-aussitost que Vostre Majesté leur en aura donné sa parolle. Et ay bien
-tant faict, Sire, que, despuis six jours, ilz ont envoyé amplyer la
-commission de Mr Smith, et luy ont mandé d'estreindre les choses le
-plus tost que faire se pourra, et qu'il offre ardiment, de la part de
-sa Mestresse, d'accomoder, par commune intelligence avec Vostre
-Majesté, les choses d'Escoce, sans y envoyer des forces; et que mesmes
-elle retirera celles qui s'y pourroient trouver de sa part, car ne me
-veulent dissimuler que la dicte Dame ne soit preste d'y en envoyer,
-aussitost qu'elle entendra que des estrangers y seroient descendus.
-Tant y a que je ne puis pour cella changer de l'opinyon, que j'ay
-desjà mandée, touchant le passage de milord de Flemy et de Mr Du Croc
-par dellà, veu que ceulx cy ne cessent d'instemment presser et
-solliciter ceulx de Lillebourg, desquelz ilz attandent leur responce
-en brief, par le capitaine Caje, qui est encores devers eulx, et
-lequel je sçay qu'a escript que l'espérance des choses, que les dicts
-de Lillebourg attendent, d'heure en heure, du costé de France par
-milord de Flemy et par le frère du capitaine Granges, les faict tenir
-fort fermes.
-
-Il y a heu du combat assés rude dans les faulxbourgs du dict
-Lillebourg, de quoy, et des aultres choses que le dict capitaine Caje
-rapportera de dellà, j'espère, Sire, de vous en escripre bien au long
-aussytost qu'il sera arrivé. Je n'avois failly, dès le IIe du passé,
-par une dépesche que j'avois faicte au Sr de Vérac, de l'assurer,
-touchant ces mauvais et pernicieux bruietz, qu'on faisoit courir par
-dellà, qu'ilz estoient faulx et malheureusement controuvés; et je le
-luy confirmeray encores par la première commodité que j'auray de luy
-escripre.
-
-J'ay obtenu de pouvoir envoyer aulcunes besoingnes à la Royne d'Escoce
-pour sa santé, mais avec condition que le messager doibve estre muet.
-Je le luy ay desjà dépesché, et luy ay mandé toute la consolation, de
-la part de Vostre Majesté, qu'il m'a esté possible. Sir Raf Sadeller
-est desjà auprès d'elle, et me creins assés que, pendant que le comte
-de Cherosbery sera icy, l'on la vueille remuer au chasteau de Herfort:
-car j'entendz qu'on y a faict quelques provisions, et qu'on y envoyé
-de la tapisserie, et ne voy point que, pour le bon propos où ceulx cy
-sont avec Vostre Majesté, ilz monstrent nul signe de modération vers
-ceste princesse, ny vers son ambassadeur, qui est fort estroictement
-tenu, et bien fort mal tretté; et néantmoins la cause d'elle, et celle
-du duc de Norfolc, n'ont faulte de leur support qui se manifeste en
-plusieurs sortes dans ceste court, et ceulx de ce conseil en ont, à
-toute heure, des adviz secretz; et voyent souvant des placartz et des
-libelles diffamatoires qui s'en publient contre eulx, dont ilz vivent
-en grande souspeçon et deffience les ungs des aultres.
-
-Cependant l'on ne laysse de presser le partement de l'ambassadeur
-d'Espagne, et, parce que la responce du duc d'Alve a semblé tarder
-beaucoup, l'on l'a faict acheminer à Douvres, et luy a l'on offert
-d'avancer ce qu'il debvoit icy d'argent, ou bien de luy faire donner
-terme, et qu'il ayt à promptement se retirer; dont Hacquens luy a
-desjà mené au dict Douvres le navyre de conserve, qui est ordonné pour
-son passage. Les depputés de Flandres attandent aussi la responce du
-duc d'Alve. Mais il est émerveillable combien ilz offrent de grandz
-partys pour retourner aux termes de l'accord, et combien il se faict
-de dilligences, par ceulx du party de Bourgoigne, pour les faire
-accepter; en quoy je me conduys toutjour, le plus que je puys, sellon
-qu'il vous a pleu, longtemps y a, me le mander par chiffre. Et sur ce,
-etc. Ce IXe jour de janvier 1572.
-
-
-
-
-CCXXIXe DÉPESCHE
-
---du XIIIIe jour de janvier 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du sieur Acerbo._)
-
- Soulèvement de l'Irlande.--Préparatifs pour le jugement du duc de
- Norfolk.--Négociation des Pays-Bas.--Proposition d'un traité de
- commerce entre la France et l'Angleterre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, j'avois espéré de vous pouvoir mander par ceste dépesche
-beaucoup de nouvelles d'Escoce, mais le capitaine Caje n'est encores
-de retour, ny je ne sçay point qu'aulcun corrier, despuis mes
-précédentes, soit arrivé de ce costé là; dont vous parleray, Sire,
-d'une aultre nouveaulté, laquelle, à ce que j'entendz, a commancé
-d'aparoistre d'ung aultre endroict: c'est qu'ayant couru ung bruict,
-en Irlande, comme les Anglois se préparoient d'y passer bientost en
-armes pour achever la conqueste des quartiers, qui n'ont encores rendu
-obéyssance à ceste couronne, et que la Royne d'Angleterre avoit déjà
-distribué les terres à ceulx qui les subjugeroient, les habitans du
-pays ont tenu là dessus une assemblée, en laquel l'O'Nel Tornoleur,
-nepveu de l'aultre grand O'Nel, qui a heu la teste trenchée en ce
-royaulme, a esté, d'ung commun accord de tous, créé capitaine et
-conducteur général pour résister à l'entreprinse; de quoy il a
-incontinent adverty Mac O'Nel, son parant et allié, en Escoce, qui luy
-a tout aussytost dépesché troys mille Escouçoys sauvages, et encores
-il luy a, de rechef, envoyé sa femme, laquelle est fille ou seur du
-dict Mac O'Nel, affin qu'elle en admène plus grand nombre; et,
-d'aultre part, le sir Jacmes Fitz Maurice, qui est à présent le plus
-renommé capitaine de l'isle, s'est joinct à luy, avec toute sa troupe,
-et le comte d'Ormont a levé de son costé quelques gens, et, sans qu'on
-en sache bien l'occasion, est allé courir les terres de sir Barnabé,
-au quartier de l'Est, qui est pays fertile, et habité des meilleurs
-subjectz que la Royne d'Angleterre ayt par dellà, et si, a retiré le
-filz du doyen de Casselz avec luy, lequel est naguyères revenu
-d'Espaigne.
-
-Qui sont toutes choses qui donnent grande souspeçon à ceste princesse
-d'une générale révolte de tout le pays, et d'une intelligence avec les
-estrangers, mesmes qu'elle voyt le dict d'Ormont et le comte de
-Queldrar persévérer en leur réconcillié amityé, et nul des grandz de
-dellà prendre bien à cueur le meintien de sa cause, ny s'oposer à ce
-qui s'y entreprend tous les jours contre elle. Dont j'estime, Sire,
-que la dicte Dame, avec l'advis des principaulx de ce royaulme,
-lesquelz elle a maintenant convoqués icy pour ung aultre affaire,
-advisera de pourvoir à cestuy cy.
-
-Ceste convocation, à ce que j'entendz, Sire, n'a esté projectée pour
-aultre effect, sinon affin que, par la présence de ce grand nombre de
-la noblesse, il semble que la procédure contre le duc ayt à aparoir
-plus juridique et les loys du pays mieulx observées. Mais l'on voyt la
-poursuyte en estre si artifficieuse et violente qu'un chacun s'en
-esbahyt, dont plusieurs placartz s'en publient contre milord de
-Burgley pour le cuyder intimider, mais il ne s'arreste pour cella, ny
-je ne croy pas qu'on oze attempter rien davantage contre luy.
-
-Le comte de Sussex a monstré, à ce qu'on dict, de porter ouvertement
-la cause du dict duc, et qu'il en est devenu assés suspect en la
-court, mais il a toutjour sagement excepté le crime de lèze majesté,
-au cas qu'il s'en trouvast atteint, car il seroit allors le plus
-mortel de tous ses adversaires, mais aultrement qu'il se déclaroit
-estre tout oultre son amy; et c'est à demein, Sire, qu'on estime que
-le dict duc sera mené en jugement, dont bientost s'entendra la
-résolution de son faict.
-
-Les depputés de Flandres, en attendant la responce du duc d'Alve, ont,
-par l'adviz de ceulx qui favorisent icy l'alliance de Bourgoigne,
-présenté à ceulx de ce conseil de nouveaulx articles pour leur offrir
-de satisfaire à toutz les poinctz, sur lesquelz ilz monstroient fonder
-les principalles occasions de se départir de l'accord; mais, encores
-hier, ilz n'avoient impétré rien de mieulx que de pouvoir, quant aux
-merchandises d'Espaigne, retenir celles qui seroient de bonne vente en
-ce royaulme pour estre débitées par eux mesmes en ce que les deniers
-seroient mis ez mains des Angloys; et, quant à celles qui ne seroient
-propres pour icy, qu'ilz les peussent transporter ailleurs, après
-estre apréciées, en bayllant caution d'eu rapporter, dans quatre
-moys, le payement; et, quant aux deniers qui estoient en espèces,
-qu'ilz n'en parlassent ung seul mot au nom du Roy d'Espaigne, parce
-qu'on avoit résolu d'en convenir avec les seulz Gènevois à qui ilz
-apartenoient. Aujourdhuy les dicts depputés vont présenter à ceste
-princesse une lettre du duc d'Alve, laquelle l'homme, que monsieur
-l'ambassadeur d'Espaigne luy avoit dépesché, a aportée, et en a aporté
-une aultre au dict ambassadeur pour se pouvoir retirer: nous verrons
-ce qui succèdera.
-
-Les marchandz de Londres sont après à dellibérer sur l'offre que
-Vostre Majesté leur faict d'accommoder leur traffic en France, et
-bientost ilz m'en doibvent donner responce. Il y a aulcuns notables
-personnages qui trectent icy d'acorder le faict de Portugal et de
-Venise, pour retourner à l'accoustumée commerce que ce royaulme avoit
-avec l'ung et l'aultre pays, ainsy qu'on faysoit auparavant, et semble
-que cella succèdera. Sur ce, etc.
-
- Ce XIVe jour de janvier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXe DÉPESCHE
-
---du XVIIIe jour de janvier 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Audience.--Bon accueil fait en France à Me Smith.--Affaires
- d'Écosse.--Négociation du mariage.--Condamnation du duc de
- Norfolk.--Communication importante faite sous serment, à la
- reine d'Angleterre, au nom du duc d'Anjou.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, vostre dépesche, du troysiesme de ce moys, m'est arrivé le
-XIIIIe, et, le jour après, je suis allé saluer la Royne d'Angleterre
-de voz meilleures et plus cordialles recommandations, et luy prier le
-nouvel an bon et bien heureulx de la part de Voz Majestez; puis luy ay
-compté l'arrivée de Mr Smith à Amboyse, et l'ordre qu'aviez donné,
-Sire, de l'envoyer rencontrer bien loing par Mr de Mauvissière, et
-encores de le faire recepvoir près de la cour, et le conduyre en son
-logis, par Mr de Rostein, avec commission, à ung de voz maistres
-d'hostel et voz officiers, de le bien tretter, tant qu'il y sera; de
-sorte que je la pouvois assurer que son ambassadeur avoit esté le bien
-venu, et avoit esté receu avec toute faveur; et que, dans ung jour ou
-deux, vous espériés, Sire, de l'ouyr avec dellibération de vous
-monstrer très correspondant à tout ce que pourriés comprendre, par son
-dire, qui seroit du desir et bonne intention de la dicte Dame.
-
-Elle a prins en merveilleusement bonne part ce propos, qui a esté
-meilleur qu'elle ne l'espéroit, car, sur une lettre qu'ung des siens,
-qui est par dellà, luy avoit naguyères escripte, l'on luy interprétoit
-que ceste légation ne seroit ny bien receue ny bien respondue; dont
-m'a pryé de croyre qu'elle ne doubtoit plus qu'elle n'eust cest an
-bien bon, puisque Voz Majestez le luy envoyoient donner, et que, de
-par elles, elle l'acceptoit pour tel de fort bon cueur, et prioit Dieu
-que en semblable il le vous voulût donner, et plusieurs aultres après,
-très-bons et bien combles de toute félicité, et qu'elle vous rendoit
-toutes les grâces, qu'elle pouvoit, de l'honneur et bonne chère que
-faisiés à son ambassadeur, duquel elle s'assuroit que n'entendriés
-chose aulcune qui ne fût pour vous contanter.
-
-J'ay suivy à luy dire, Sire, que, sur l'arrivée de son ambassadeur,
-celluy d'Escoce et les Escoçoys vous estoient venus faire une
-recharge, comme de coustume, pour l'accomodement de leurz affères, et
-que Vostre Majesté les avoit priés d'avoir encores ung peu de patience
-jusques à ce qu'on vît que pourroit réuscyr de la conclusion de ce
-tretté; et que vous desireriés bien fort que, cependant, pour aulcunes
-occasions bien considérables, la dicte Dame voulût ordonner quelque
-relasche à la Royne d'Escoce du resserrement et rigueur qu'elle luy
-faysoit tenir, et pareillement à son ambassadeur: et qu'elle voulût
-aussy qu'il se moyennast une suspencion d'armes entre les Escoçoys,
-pour laquelle, s'il luy playsoit qu'il se fît une dépesche en commun à
-ceulx des deux partys, je serois prest, à toute heure, de leur
-escripre au nom de Vostre Majesté.
-
-A ces propos elle m'a soubdain respondu qu'après que vous auriez ouy
-Mr Smith, elle vouloit bien laysser à Voz Majestez de juger quel
-trettement la Royne d'Escoce avoit mérité d'elle, et si l'évesque de
-Roz n'avoit pas déservy le gibet, duquel elle me vouloit dire, tout
-franchement, qu'il n'en estoit nullement hors de danger; et, quant aux
-Escouçoys, que milord d'Housdon luy avoit escript qu'ilz estoient en
-termes de prendre entre eulx une suspencion pour six sepmaines, et que
-ceulx de Lillebourg persistoient toutjour à requérir ung raysonnable
-accord: dont elle avoit commandé à deux de ses conseillers de réduyre
-par chapitres leurs demandes, affin de les mettre en dellibération, et
-que, puis après, elle feroit tout ce qu'il luy seroit possible pour
-les leur faire accorder, sans toucher à rien qui peût préjudicier à
-vostre alliance; mais, Sire, ny elle, ny ceulx de son conseil ne m'ont
-voulu rien respondre, touchant y faire une dépesche en commun.
-
-J'entendz que l'ung et l'aultre party vont temporisant, et qu'ilz
-mènent assez doulcement la guerre, et qu'il semble qu'on ayt icy
-opinyon que le Sr de Vérac a maintenant plus d'intelligence avec ceulx
-d'Esterlin qu'avec ceulx de Lillebourg. Je suys après à luy faire
-tenir, en ung chiffre qui est commun entre nous, le contenu de voz
-lettres que luy adressés, et ce que, d'abondant, m'avez commandé de
-luy escripre.
-
-Après ce dessus, j'ay faict entendre, mot à mot, à la dicte Dame, en
-la façon que je mande en la lettre de la Royne, l'advertissement de
-Monseigneur, duquel n'est pas à croyre combien ceste princesse a
-monstré qu'elle luy en sçavoit ung merveilleusement bon gré, et
-qu'elle en sçavoit encore ung bien fort grand à Voz Majestez; et a
-rapporté tout ce qu'elle a peu de ses meilleures parolles et de ses
-contenances ensemble pour me faire veoyr qu'elle s'en tenoit
-infiniement redevable à luy et bien fort obligée à toutz troys, et que
-c'estoit une obligation de laquelle elle ne perdroit jamais la
-mémoyre; bien vous suplioit, Sire, puisqu'aviez commancé d'avoir ung
-si grand soing de son bien, qu'il vous pleût de le continuer, et de
-croyre qu'elle, de sa part, feroit pour vous, en toutes partz qu'elle
-pourroit du monde, ung très bon guet sur tout ce qui seroit du salut
-de vostre personne et de la conservation de vostre grandeur; et que,
-ne pouvant exprimer la consolation et contantement qu'elle sentoit en
-son cueur de la concurrence de Voz Majestez avecques Monseigneur sur
-ung si grand et si charitable office qu'il avoit uzé vers elle, et
-attandant qu'elle vous en peult monstrer une meilleure recognoissance,
-elle vous supplioit d'accepter celle d'ung mercys, que cependant elle
-vous en rend le meilleur et le plus grand qu'il luy est possible de le
-dyre ny penser.
-
-Je vous puys assurer, Sire, que, quelz moyens que la dicte Dame
-tiegne de pourvoir maintenant là dessus, qui ne sont petits, elle
-faict en sorte qu'on ne peut ny souspeçonner ny sentir d'où cella est
-venu; qui verrés, Sire, ce que j'en mande davantaige par la dicte
-lettre de la Royne, vostre mère, et par celle de Mon dict Seigneur,
-ausquelles me remettant; je adjouxteray au surplus, icy, comme le duc
-de Norfolc a esté, dès hier, mené en jugement devant les payrs, non
-sans grande creinte de sédition par la ville, quand on l'a conduict à
-Ouestmester, mais l'on avoit mis beaucoup de gens en armes par toutes
-les rues, et redoublé les gardes au logis de la Royne, et encores,
-pour plus de seurté, il a esté mené par eau. J'espère que bientost
-s'entendra toute la résolution de son faict, qui, je croy, sera de sa
-ruyne. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de janvier 1572.
-
- Tout à ceste heure, l'on me vient de mander que le dict duc est
- condampné à mourir.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, l'ordre, que j'ay tenu en l'avertissement que Monseigneur m'a
-commandé de donner, à la Royne d'Angleterre, a esté que, sans monstrer
-de luy avoir à dyre rien de plus espécial que de coustume, après
-quelques discours d'aulcunes aultres choses ordinayres, je luy ay dict
-que je voulois parler plus bas sur tout ce qui me restoit à luy
-remonstrer, affin qu'il ne fût entendu que d'elle seule; dont elle a
-commandé incontinant d'aporter ung tabouret, et m'ayant mené assoyer
-près d'elle en un coing de sa chambre privée, j'ay suivy mon propos en
-ces propres termes:
-
-Que Monseigneur avoit, ces jours passés, pryé Voz Majestez Très
-Chrestiennes de luy permettre qu'il peût donner à la dicte Dame ung
-advertissement, qu'il avoit naguyères heu de bon lieu, d'ung certein
-faict qui touchoit grandement la personne d'elle; et qu'il se sentoit
-avoyr tant d'obligation à la bonne opinyon qu'elle avoit heu de luy,
-pour l'honneur qu'elle luy avoit faict de le vouloyr espouser, qu'il
-ne seroit jour de sa vye qu'il ne se mict en tous les debvoirs qu'il
-pourroit pour le recognoistre, encores qu'il y courust l'empeschement
-de sa fortune et le dangier de sa propre vye, et qu'ilz ne le
-verroient jamais estre bien à son ayse qu'il n'eust accomply ce bon
-office vers elle.
-
-Sur quoy Voz Majestez, ayant considéré que la requeste de ce prince,
-vostre filz et frère, procédoit de la générosité de son cueur, et
-d'une honneste affection de se vouloir monstrer non ingrat des
-obligations qu'il avoit à une si grande et si vertueuse princesse,
-après en avoir entendu la particullarité, non seulement aviez trouvé
-bon de luy permettre d'en uzer comme il l'auroit en desir, mais
-l'aviez conforté et conseillé de le faire; en quoy elle pouvoit
-comprendre combien vous concouriés tous troys, voyre le quatriesme qui
-n'en estoit nullement séparé, à vouloir sa conservation et son bien;
-et seulement Voz Majestez avoient prescript et enjoinct à Mon dict
-Seigneur que nul aultre, sinon elle seule, peût sçavoir que
-l'advertissement vînt de luy, ny que le Roy et Vous, Madame, luy
-eussiés conseillé de le luy mander, et que Voz Majestez me
-conjuroient, en la foy et obéyssance de loyal subject et serviteur, et
-sur ma vye, de le luy dire à elle seule tant en secrect, et de faire
-qu'il fust tenu si secrect à tous aultres, que je la supplioys très
-humblement ne trouver mauvais que je prinse sa parolle et sa promesse,
-et mesmes son sèrement, en foy de princesse royalle, chrestienne,
-pleyne d'honneur et de vérité, qu'elle ne diroit jamais à nulle
-personne du monde qu'elle eust heu les advis de Mon dict Seigneur, ny
-par ordre de Voz Majestez, ny que moy, vostre ambassadeur, luy en
-eusse parlé; car cella ne luy serviroit de rien, et pourroit, en
-plusieurs sortes, nuyre et estre de grand préjudice aulx deulx frères,
-et encores à vous, qui estes la mère.
-
-La dicte Dame, avec une merveilleuse attention et avec ung incroyable
-desir de sçavoir que c'estoit, m'a incontinant promis qu'elle ne le
-révelleroit à créature vivante, ny n'en communicqueroit rien, ny près
-ny loing, à nulz de ses plus inthimes conseillers; et me l'ayant
-ainsy, avec les deux mains ellevées, et puis, avec la droicte sur
-l'estomac, confirmé par serment, j'ay suivy à luy dire que je luy
-monstrerois la propre lettre de Mon dict Seigneur, affin qu'elle
-mesmes vît tout ce qu'il m'en mandoit, et aynsy je la luy ay leue fort
-distinctement; qui n'a esté sans qu'en son visage n'ayt aparu de
-l'émotion et du changement, non tant pour l'indignation du mal qu'elle
-oyoit estre préparé contre elle, que pour le contantement et plésir
-qu'elle sentoit en son cueur de ce bon office de Mon dict Seigneur, et
-de ce que Voz Majestez le luy aprovoient. Et sur cella, Madame, vous
-verrez en la lettre du Roy, et encore en celle de Mon dict Seigneur,
-les honnestes responces qu'elle m'a faictes, et que c'est, à ce coup,
-que vous l'avez tenue et réputée à bon esciant pour propre fille, et
-qu'elle vous a expérimentée pour sa très bonne mère, et que pour telle
-vous recognoistra elle et vous honnorera à jamais, et aura sa vye en
-plus d'estime pour la sentyr chérye et bien voulue de telz princes.
-
-Il semble, Madame, que cest office, lequel ne peust estre jugé que
-très honneste, et royal, et bien fort humein, aura proprement
-produict l'effect que desirez, principallement pour Mon dict Seigneur,
-et puys pour Voz Majestez, et pour le bien de voz affères; car ayant
-la dicte Dame desiré de voyr une segonde foys la dicte lettre, et la
-luy ayant baillée à lyre, elle a monstré, par toutes ses contenances
-et par toutes ses parolles, d'en avoyr ung si grand contentement que
-je ne puys dire, Madame, sinon qu'elle se tient la plus redevable
-princesse de la terre à luy et très obligée à tous troys: seulement
-elle s'est ung peu arrestée au premier article de la dicte lettre, et
-m'a dict qu'il sembloit que Mon dict Seigneur n'espérât plus au
-mariage, et qu'il le tînt pour tout rompu.
-
-Je luy ay dict qu'elle sçavoit bien auquel il avoit tenu, mais que
-tant plus debvoit elle réputer, à ceste heure, l'affection de Mon dict
-Seigneur avoir esté toutjour très honnorable et très honneste, et
-vuyde de toute aultre sorte d'ambition que celle de ses bonnes grâces.
-Elle m'a, de rechef, demandé si, à la dathe de mes lettres, Mr Smith
-avoit desjà esté ouy, et luy ayant respondu que j'estimois que non,
-elle n'a plus suyvy le propos. Sur lequel il me reste, Madame, de
-supplyer très humblement Vostre Majesté de croyre, et de demeurer très
-fermement persuadée que, depuis le partement de Mr de Foix, je ne me
-suis advancé de parler icy ung tout seul mot en ceste matière, sinon
-ainsy que le Roy, ou Vous, ou Mon dict Seigneur, me l'avez escript,
-qui est en substance qu'ayant Voz Majestez veu les articles elles
-n'avoient voulu assoyer aulcun certein jugement sur iceulx, attandant
-le personnage d'honneur de ce conseil que la dicte Dame vous voudroit
-envoyer, et rien davantage; qui est bien loin de ce qu'on vous a
-rapporté, et encores plus esloigné de la présomption que j'aurois
-uzée trop grande, si j'avois passé plus avant, qui espère n'en uzeray
-jamais de semblable. Sur ce, etc.
-
- Ce XVIIIe jour de janvier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXIe DÉPESCHE
-
---du XXVe jour de janvier 1572.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par Jacques, le chevaulcheur._)
-
- Détails circonstanciés sur la condamnation du duc de
- Norfolk.--Déclaration faite par le duc après la lecture de la
- sentence.--État de la négociation avec
- l'Espagne.--Audience.--Réponse du roi sur l'article de la
- religion, concernant le mariage du duc d'Anjou; rupture de
- cette négociation.--Communication secrète faite à Burleigh de
- la proposition du mariage du duc d'Alençon avec Élisabeth.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ainsy que je vous ay mandé, par mes précédentes du XVIIIe du
-présent, le duc de Norfolc a esté condempné à mourir, ayant néantmoins
-si bien respondu à tout ce qu'on luy imputoit, d'entre la Royne
-d'Escoce et luy, que l'accusation en a esté trouvée assez légère, ny
-l'on ne luy a touché ung seul mot des deux mil escuz, que j'avois
-baillé à son secrettaire; mais il ne s'est peu bien desmeler des
-pratiques qu'on luy a allégué que Ridolfy avoit menées, entre le duc
-d'Alve et luy, pour impétrer de l'argent du Pape, et des forces du Roy
-d'Espaigne, affin de faire une descente en Norfolc en faveur de la
-susdicte Royne d'Escoce. Il est vray qu'il a fermement soubstenu qu'il
-n'en avoit jamais rien sceu, et que les lettres du Pape et du duc
-d'Alve, lesquelles l'on luy a produittes, ne l'en pouvoient
-aulcunement arguer. Tant y a que, sur la déposition de ses deux
-secrettaires et de l'évesque de Roz, le jugement de rigueur s'en est
-ensuyvy, lequel, après luy avoir esté prononcé par le comte de
-Cherosbery, avec l'estonnement d'un chacun, et avec le regret infiny
-des meilleurs, et généralement de tout le peuple, il a, d'ung visage
-bien serein et constant, respondu tout haut:--«Que, devant Dieu et en
-sa conscience, il demeuroit très justiffié de tout ce qu'on luy
-mettoit sus, et qu'il estoit très fidelle et aultant loyal subject de
-la Royne, sa Mestresse, et de sa couronne, que nul gentilhomme du
-monde le pouvoit estre; mais, puisque les hommes l'opinoient
-autrement, et le jetoient hors de leur compagnie, qu'il n'y avoit plus
-de regret, s'asseurant que Dieu le recepvroit en la sienne pour y
-estre à repos; seulement pryoit les juges, ses payrs, d'intercéder
-vers la Royne pour ses enfans, et pour la récompense de ceulx qui
-l'avoient servy, et pour le payement de ses debtes.» Et ainsy a esté
-ramené en la Tour, où l'on parle que l'exécution s'en fera vendredy
-prochein. Et, quant à ses biens, j'entendz que les meubles sont
-confisqués, et que les immeubles restent au comte de Seurey, son filz,
-qui demeure encores le plus riche seigneur d'Angleterre.
-
-L'on est attandant comme l'on procèdera contre les aultres, qui sont
-aussy prisonniers, desquelz, parce que je creins bien fort qu'on aille
-à toute extrémité contre l'évesque de Ross, je vous supplye, très
-humblement, Sire, de remonstrer, ou faire remonstrer, à Mr Smith que
-vous desirez que son privilège invyolable d'ambassadeur luy soit
-gardé, affin qu'il le mande ainsy à sa Mestresse, ou, s'il vous plaist
-d'en escripre promptement une lettre expresse à elle mesmes, je
-mettray peine de l'employer pour sa conservation, avec le plus
-d'efficace qu'il me sera possible.
-
-Sur la condempnation du dict duc, les souspeçons et deffiences ont
-tant augmenté, qu'on a envoyé faire une vysite générale pour voyr
-quelz étrangers il y avoit en ceste ville; depuis quand ilz y estoient
-venuz? quelz armes ilz avoient? de quelle nation et de quelle religion
-ilz estoient, et à quelle église ilz alloient? et l'on a prins deux
-italiens qui, depuis quinze jours, estoient passez de Flandres icy, et
-aussy des angloys souspeçonnés d'avoir conjuré la mort de milord de
-Burgley.
-
-Au surplus, Sire, je comprins l'aultre jour, par un propos de la Royne
-d'Angleterre, que le Sr de Sueneguen, principal depputé de Flandres,
-luy estoit venu, de la part du duc d'Alve, dire la nouvelle des
-couches de la Royne d'Espaigne, et comme le Roy, son Maistre, avoit
-soubdein dépesché ung courrier pour en advertyr l'Empereur et n'avoit
-heu loysir d'en rien escripre à elle, ny de luy faire la conjouyssance
-du filz que Dieu luy avoit donné, mais qu'il avoit mandé au dict duc
-de faire, en son nom, l'ung et l'aultre office, à quoy il n'avoit
-voulu fayllir; et que la dicte Dame avoit respondu qu'elle se
-resjouyssoit de ceste prospérité du Roy d'Espaigne, mais non de la
-façon qu'il la luy faysoit sçavoir, et que, puisqu'il avoit dépesché
-si loing ung courrier exprès pour cella, il le pouvoit avoyr retardé,
-ung moment d'heure, pour luy en escripre aultant que le dict duc luy
-en mandoit. J'entendz que le dict depputé l'a pryée de vouloir
-permettre à l'ambassadeur d'Espaigne et à luy, qu'ilz puissent
-séjourner icy, jusques à ce qu'ilz ayent receu nouvelles du Roy, leur
-Maistre, à quoy elle a respondu que, dans quatre jours, elle leur en
-feroit sçavoir son intention, mais l'on me vient dire que, de nouveau,
-elle a faict commander au dict sieur ambassadeur de partyr, lequel
-estoit à Canturbery avec vingt hommes de garde à ses despens, et
-qu'elle a faict ramener icy son mestre d'ostel prisonnier, comme
-coupable de la conjuration contre milord de Burgley. Il semble que la
-dicte Dame ayt advis que, en Hespaigne, l'on a de nouveau faict arrest
-sur les Angloys et sur leurs marchandises, et que mesmes l'on y a
-arresté des françois et des flammans qui les leur couvroient et leur
-prestoient le nom; tant y a que la vente des marchandises d'Espaigne,
-qui estoient icy en arrest, a esté publiée en termes, à la vérité,
-assez gracieulx, mais dont l'exécution ne peult sembler que rude et
-odieuse à ceulx à qui elles appartiennent. Le dict Sr de Sueneguen
-m'est venu visiter, despuis deux jours, qui m'a dict qu'il espère
-demeurer icy agent, et, possible, y estre continué ambassadeur pour le
-Roy Catholique.
-
-J'ay receu, en mesme temps, par l'homme de Me Smith et par Jacques le
-chevaulcheur, troys lettres de Vostre Majesté, l'une du VIIe et IXe du
-présent, et les deux aultres des Xe et XIe; sur lesquelles ayant esté
-vysiter cette princesse, elle m'a bien voulu monstrer qu'elle avoit
-receu ung singulier plésir d'entendre, par la dépesche de Me Smith, ce
-qui s'estoit faict et qui se faysoit pour la réception et bon
-trettement de son ambassadeur; ensemble ce qui s'estoit passé en ses
-premières audiences; de quoy elle s'estimoit avoyr une très grande et
-perpétuelle obligation à Voz Majestez, mais s'esbahyssoit par trop de
-la déclaration que Voz dictes Majestez luy avoient faicte bayller sur
-le faict de la religion, en termes si peu accordables qu'elle ne
-l'heût jamais ainsy pensé, ny espéré, et que c'estoit une manifeste
-ropture, sur laquelle elle avoit à se douloyr non de Voz Majestez, car
-le dict Sr Smith luy avoit mandé le regret que vous y aviez, ny de
-Monseigneur, car ne le vouloit réputer inconstant, mais de ceulx qui
-de longtemps avoient préparé leurz conseils et artiffices contre ce
-propos, me demandant si j'avois veue la dicte déclaration. A quoy luy
-ayant faict semblant que non, elle me l'a faicte apporter par milord
-de Burgley, et lors je luy ay ramantu ce qui s'estoit passé jusques à
-la responce qu'elle avoit faicte au Sr de Larchant; sur laquelle ceulx
-du conseil de Vostre Majesté, d'une voix, avoient lors faicte la dicte
-déclaration, ainsy que Mr de Foix la luy estoit despuis venue
-apporter, et l'avoit déclarée à ceulx de son conseil.
-
-Sur quoy la dicte Dame a uzé de beaucoup de réplicques de diverses
-sortes, mais la principalle a esté qu'on luy avoit toujour faict
-accroyre que Monsieur, si elle temporisoit, condescendroit enfin à se
-passer de l'exercice de sa religion. Et me suis licencié en la
-meilleure sorte que j'ay peu d'elle, non sans qu'elle ayt monstré du
-regret beaucoup que les choses en fussent venues à ce point, mais
-qu'elle estoit néantmoins fort disposée à passer oultre à contracter
-une bien estroicte intelligence avec Vostre Majesté. Nous avons devisé
-de l'accident de dom Francès d'Alava, lequel elle croyt estre noyé, et
-que néantmoins, s'il estoit saulvé du naufrage, et retiré en quelque
-endroict de ce royaulme, qu'elle m'en feroit incontinant sçavoir des
-nouvelles. Sur ce, etc. Ce XXVe jour de janvier 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, après avoyr, mardy dernyer, esté ung long temps avec la Royne
-d'Angleterre et ung bon espace avec le comte de Lestre, milord de
-Burgley et moy nous sommes retirez seulz en une chambre, à part, où,
-après d'aultres devis, je luy ay touché celluy du propos qui vous a
-esté ouvert de Monseigneur le Duc, votre filz, pour la Royne, sa
-Mestresse; et que Vostre Majesté me commandoit de le communiquer à luy
-seul et à nul aultre de ce royaulme, et de me conduyre en icelluy
-sellon qu'il me le donroit par advis et conseil: dont je le pryois me
-dire en quoy, et comment, et par où, il luy sembleroit advis que je
-debvrois commancer.
-
-Il m'a incontinant demandé si j'en avois touché quelque mot à la
-Royne, sa Mestresse. Je luy ay respondu que non.--«Il faut donc, ce
-m'a il dict, que nous jurions, l'ung à l'aultre, qu'il n'en viendra
-rien à la cognoissance d'homme du monde, jusques à ce que nous nous
-serons accordés du moyen comme il le fauldra réveller.» A quoy luy
-ayant dict que j'en avois assés exprès commandement de Vostre Majesté
-pour ne debvoir différer d'y adjouxter mon serment, il a suyvy à dire
-que Me Smith luy en avoit escript en fort bonne sorte, et que, suyvant
-cella, n'y avoit pas vingt quatre heures que, devisant devant sa
-Mestresse de la déclaration de Monsieur touchant la religion, il
-s'estoit advancé de faire mencion de Monsieur le Duc, par forme de
-demander quel aage il avoit, à quoy quelcun avoit soubdein respondu
-que cella ressembleroit plustost une mère qui gouverne son filz, que
-non pas ung mary auprès de sa femme, et qu'il n'avoit ozé lors rien
-réplicquer; dont, pour mettre quelque fondement en ce propos, encor
-qu'on luy eust bien dict que Monsieur le Duc n'avoit qu'ung an et demy
-moins que Monsieur, il luy sembloit néantmoins que je feroys bien de
-recouvrer la date du jour et heure de sa nayssance, la merque de sa
-haulteur, et que luy, de son costé, travailleroit à deux choses:
-l'une, de s'informer des meurs et condicions de Mon dict Seigneur le
-Duc, affin d'en parler avecques vérité à celle qu'il ne vouloit ny
-devoit aulcunement tromper; l'aultre, de regarder les moyens comme
-pouvoir transférer en luy le propos de Monseigneur, avec l'honneur et
-réputation, et mesmes avec quelque apparante occasion que cella seroit
-advenu pour l'advantage et commodicté de sa Mestresse et de son
-royaulme; car me vouloyt bien dire qu'elle avoit uzé de violence
-contre elle mesmes en la résolution de se maryer, pour la seule
-réputation de l'estime, valeur et perfections de Monsieur, dont
-n'estoit sans grande difficulté comme luy debvoir proposer maintenant
-ung aultre party.
-
-Je luy ay respondu que ses considérations me sembloient fort louables
-et pleynes de rayson, néantmoins que ce nouveau propos estoit si
-semblable et germein du premier qu'il n'y avoit aultre différance,
-sinon qu'en Monseigneur le Duc commançoit de reluyre les vertus,
-desquelles Monsieur, qui est son ayné, avoit desjà monstré
-l'esplandeur par toute la Chrestienté; et qu'affin qu'il vît en quoy
-pouvoit mieulx, que sur ma simple parolle, appuyer ce qu'il feroit en
-cest affaire, je luy vouloys monstrer le propre escript de vostre
-mein, lequel, Madame, il a incontinant leu avec le surplus de la
-lettre, et a fort curieusement considéré toutes les particullarités
-qui y estoient; puys, s'estant levé, a fort humblement, le bonnet à la
-main, remercyé Vostre Majesté de la confiance que monstriez prendre de
-luy, et que Dieu sçavoit l'affection qu'il avoit heu au propos de
-Monseigneur, et comme il avoit esté, toute la nuict, quand la
-déclaration par escript estoit arrivée, sans pouvoir dormir, et qu'il
-en veilleroit plusieurs aultres pour servir maintenant à cestuy cy;
-et qu'il manderoit à Me Smith tout ce de quoy, avant le retour de son
-homme, il cognoistroit estre besoing de luy faire sçavoir.
-
-Qui est, Madame, toute la substance de ce que je vous en puis, pour ce
-coup, escripre, car seroit long de vous racompter les aultres
-argumentz et persuasions, dont je luy ay uzé; qui n'ay obmis rien de
-tout ce qui pouvoit servir pour luy faire prendre toutes les bonnes
-espérances du monde de Monseigneur le Duc, pour monstrer l'advantaige
-et seureté qui viendroit à ceste princesse de l'épouser, et la
-récompense que luy et les siens s'en pouvoient promettre, s'il
-conduysoit le propos à sa perfection. Seulement je adjouxteray icy,
-Madame, que le Sr de Quillegrey, encor qu'il soit beau frère du dict
-milord de Burgley, il est néantmoins tant obligé et dévot serviteur du
-comte de Lestre, que je ne pense pas qu'il luy ayt cellé ou qu'il luy
-celle longtemps l'ouverture de ce propos, dont je creins qu'il se
-tiendra offancé de ce que ne le luy aurés faict communiquer, car faict
-profession de se monstrer parcial pour la France: tant y a que Vostre
-Majesté en uzera, sellon qu'elle verra estre le plus expédient. Bien
-vous suplye, Madame, de faire ordonner quelque chose pour honnorer et
-gratiffier luy et milord de Burgley de quelque présent de Voz
-Majestez. Et sur ce, etc. Ce XXVe jour de janvier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXIIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour de janvier 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._)
-
- Desir d'Élisabeth de continuer la négociation du traité
- d'alliance avec le roi.--Sursis à l'exécution du duc de
- Norfolk.--Pacification de l'Irlande.--Nouvelles
- d'Écosse.--Départ de l'ambassadeur d'Espagne, qui a quitté
- l'Angleterre.--Sollicitations des députés des Pays-Bas pour
- renouer les négociations.--Explications données par le duc
- d'Albe, au nom du roi d'Espagne, qui consent à rappeler son
- ambassadeur.--Négociation avec le Portugal au sujet des prises.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ayantz les principaulx de ce conseil esté, deux et trois jours,
-aux champs à se récréer de la peyne et extrême sollicitude qu'il leur
-avoit convenu prendre pour mener le duc de Norfolc en jugement, et
-après qu'ilz ont esté de retour, ilz ont desiré encores quelque loysir
-pour penser sur la dernière dépesche qui estoit arrivée de France,
-affin d'en pouvoir mieulx dellibérer; ce qui a faict que l'homme de Me
-Smith a esté d'aultant retardé, mais enfin ilz l'ont dépesché mardy au
-soyr: et m'a l'on asseuré, Sire, qu'ilz ont mandé au dict Sr Smith de
-continuer le tretté, et que ceste princesse et eulx se sont de nouveau
-résolus de conclure, s'il leur est possible, une bien estroicte
-confédération avec Vostre Majesté. J'espère que la dicte Dame n'aura
-obmis d'adresser au dict Sr Smith des lettres, qu'elle m'a dict
-qu'elle vous vouloit escripre de sa main, affin de remercyer
-Monseigneur de son advertissement et pareillement Voz Majestez, et
-vous suplier tous troys de prendre une semblable confience d'elle
-qu'elle avoit trouvé en vous, et de vous asseurer, pour jamais, de sa
-bonne et droicte intention en tout ce qui vous touchera, et à tous
-ceulx de vostre couronne. Il se pourra comprendre, Sire, par les
-dictes lettres en quelle disposition elle est maintenant, car j'ay
-clèrement cognu, ceste dernyère foys que j'ay parlé à elle, que ses
-propos ne m'ont esté si francs, ains beaucoup plus réservés que de
-coustume, bien qu'elle n'a layssé de me continuer les mesmes termes,
-de se vouloyr perpétuer en vostre amityé; et je croy que les besoings
-de ses affères, l'y contreindront, et la feront passer oultre au
-tretté, si, d'avanture, il est bien poursuivy, et si l'on presse de le
-mener bientost à quelque conclusion.
-
-La mère du duc de Norfolc et milord Thomas Havart sont venuz icy
-supplyer pour la vye de leur filz et nepveu, mais ilz n'ont encores
-rien impétré; il est vray que l'exécution demeure en suspens. Et
-cependant ceste princesse faict toute la faveur qu'elle peut au comte
-de Cherosbery pour le cuyder retenir en sa cour, ce qui ne viendroit
-bien à propos pour la Royne d'Escoce, car l'on la commettroit en
-garde, à quelque autre qui, possible, ne seroit tant homme d'honneur
-comme luy.
-
-Les choses d'Yrlande se sont ramandées despuys l'aultre jour, car les
-saulvages monstrent de ne vouloyr rien remuer cest yver, et maistre
-Fuiguillen, lieutenant de ceste Royne, a renforcé les garnisons de
-toutz les fortz de la palyssade, et a accommodé le différent d'entre
-le comte d'Ormont et le ser Bernabey; et asseure fort que, si la dicte
-Dame luy envoye les deniers, et les hommes, et les monitions qu'elle
-luy a promis, qu'il luy rendra le pays paysible et bien assuré;
-néantmoins elle y sent beaucoup plus de difficulté que l'aultre n'en y
-voyd.
-
-J'entendz que ceulx d'Esterling ont mandé à la dicte Dame que le
-service de leur jeune Prince ne peut requérir qu'ilz octroyent aulcune
-suspencion de guerre à ceulx de Lillebourg, et que pourtant ilz la
-prient de leur envoyer l'argent et forces qu'elle leur a promis. A
-quoy l'on m'a assuré qu'elle leur a desjà respondu qu'elle est
-dellibérée de n'entendre en rien de leurz affères, ny pour l'ung ny
-pour l'aultre party, qu'elle ne les voye en quelque abstinence
-d'armes; tant y a que je sçay qu'elle prépare d'y dépescher, du
-premier jour, le maréchal Drury; et je mettray peyne de sçavoyr quelle
-commission il emportera.
-
-Il y a ung moys qu'on n'a heu icy aulcunes nouvelles de Bruxelles,
-mais l'on n'a layssé, pour cella, de faire embarquer l'ambassadeur
-d'Espaigne et le repasser de dellà, lequel j'entendz qu'il a abordé à
-Callays, et l'on a retenu icy son maistre d'ostel prisonnier. Les
-depputés de Flandres poursuyvent toutjour l'accord, et mettent
-plusieurs nouveaulx expédientz en avant, tant sur le faict des
-marchandises que sur les deniers; en quoy ilz ne sont si bien
-respondus qu'ilz desireroient, ny comme aulcuns de ce conseil le leur
-avoient faict espérer, bien qu'ilz ayent voulu faire ung grand
-fondement sur ce que le duc d'Alve, par sa dernière lettre qu'il a
-escripte à ceste princesse, luy a mandé que l'occasion, pour laquelle
-le Roy, son Mestre, avoit différé de luy respondre sur la révocation
-du dict ambassadeur, estoit pansant qu'il se fût si bien purgé des
-choses qu'elle se pleignoit de luy, qu'il en fût demeuré bien rabillé
-vers elle, ou bien qu'ayant cessé de n'en plus uzer vers elle, elle
-eust modéré son courroux en son endroict, mais puysqu'elle vouloit en
-toutes sortes qu'il partît de son royaulme, qu'il luy mandoit de s'en
-venir, la priant de permettre au Sr de Sueneguen qu'il peût cepandant
-tenir son lieu jusques à ce que le Roy, son Mestre, y heût pourveu
-d'un aultre ambassadeur; car l'assuroit qu'il la vouloit honnorer et
-aymer, et luy complayre entièrement, sans se départir jamais de
-l'ancienne confédération et bons trettés d'entre les maysons
-d'Angleterre et de Bourgoigne. Sur quoy, à la vérité, la dicte Dame et
-ceulx de son conseil ont faict de si béningnes responces, que les
-dicts depputés ont esté quelques jours en fort bonne opinyon de leurs
-affères, et ont cuydé qu'on dépescheroit incontinant ung milord devers
-le Roy d'Espaigne, mais il ne s'en parle plus. Et, depuis huict jours,
-mestre Huinter est revenu de la mer, qui a admené troys navyres
-d'Espaigne bien riches, tous chargés de leynes, qu'il dict avoyr
-recous des pirates, lesquelz, en lieu de les rendre, l'admiral
-d'Angleterre a obtenu qu'il les puisse, avec quelque argent, retyrer
-du dict Huynter, et qu'il en accordera, puis après, avec les dicts
-subjectz du Roy d'Espaigne, qui est ung acte qui offence griefvement
-les dicts depputés.
-
-Cepandant le cavailier Geraldy poursuit d'accommoder le faict de
-Portugal, et desjà la pluspart des articles en sont accordés, qui
-n'est sans avoyr bien estréné aulcuns de ceulx qui gouvernent; et par
-là ceulx cy estiment qu'ilz se pourront passer du commerce d'Espagne.
-Sur ce, etc.
-
- Ce XXXIe jour de janvier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXIIIe DÉPESCHE
-
---du Ve jour de febvrier 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Poterne._)
-
- Affaires d'Écosse.--Marie Stuart conservée sous la garde du comte
- de Shrewsbery.--Déclaration du conseil que l'évêque de Ross
- sera remis en liberté.--Incertitude sur le sort réservé au duc
- de Norfolk.--Négociation des Pays Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, après que ceulx cy ont heu pensé et pourveu à la dépesche qu'ilz
-avoient à faire en France par l'homme de Me Smith, ilz ont tenu
-conseil sur les choses d'Escoce, ès quelles ilz ont advisé d'y
-pourvoir sellon l'occurance du temps, car, en premier lieu, ilz ont
-renvoyé le Sr de Cuninguen devers ceulx d'Esterlin, les persuader à
-l'abstinence de guerre pour deux moys, attandant l'yssue du tretté qui
-est encommancé avec Vostre Majesté, leur promettant que, par la
-conclusion d'icelluy, l'authorité du jeune Roy demeurera confirmée, ou
-bien que la Royne d'Angleterre ne leur manquera de secours et de
-forces pour la luy establyr par les armes. Après, ilz préparent de
-faire partyr, dès demain, mestre Randol devers ceulx de Lislebourg
-pour les exorter de se ranger à l'obéyssance du dict jeune Prince; et
-que, par ce moyen, ilz se vueillent mettre d'accord avec les aultres,
-avec promesses qu'ils seront restitués en leurs biens, maysons,
-charges et honneurs, et qu'ilz seront associés à l'administration et
-gouvernement, et tenus pour conseillers de l'estat, sellon leurs rengs
-et qualités, comme auparavant: et puis le maréchal Drury le doibt
-suyvre dans troys jours, pour aller, luy et milord Housdon, estre
-arbitres du dict accord, et estipulateurs des promesses qui se feront
-des deux costés, et pour confirmer aussy celles qui se feront à l'ung
-party ou à l'aultre de la part de ceste princesse. En quoy j'entendz
-qu'il emporte deux secrettes commissions; l'une, de dresser quelques
-forces en faveur de ceulx d'Esterlin, au cas que le dict accord ou
-l'abstinence ne succèdent; l'aultre, de convenir avec eulx d'avoir le
-comte de Nortomberland entre ses meins, ce que je creins estre au
-dommaige de l'évesque de Roz: dont je desire bien, Sire, que le Sr de
-Vérac puisse avoir receu vostre dépesche en ce qu'avec icelle je luy
-ay escript, du XXVIe de l'aultre moys, premier que toutz ces dèmenés
-se facent. Mais ce, en quoy la contrariété s'est monstré plus grande
-en ce conseil, a esté de la personne de la Royne d'Escoce, à qui en
-demeureroit la garde, car ceulx, de qui l'opinyon est plus
-ordinayrement suivye, crioyent toutz, d'une voix, qu'elle debvoit
-estre menée plus en çà vers Londres, et estre commise à sir Raf
-Sadeller. A quoy le comte de Cherosbery, n'ozant ouvertement
-contredire, a seulement monstré que ce seroit un argument ou de n'y
-avoir bien faict son debvoir jusques icy, ou qu'on se deffieroit de
-luy pour l'advenir; et a l'on heu tant de respect à luy que, jeudy
-dernier, la Royne d'Angleterre, avec plusieurs parolles de confience,
-luy a confirmé la garde de la dicte Dame: dont incontinant il a
-préparé son congé, et, de peur qu'on changeât l'ordonnance, il est
-party, le lendemain de grand matin, pour s'en retourner en sa mayson,
-avec commission de renvoyer sir Raf Sadeller par deçà; qui n'est peu
-de bien ny petite consolation à ceste pouvre princesse en ung temps de
-si grand dangier.
-
-J'ay entendu que l'évesque de Ross a esté escript au rolle de ceulx
-qu'on appelle icy _indictes_, qui doibvent estre menés en jugement,
-avec les deux secrettères du duc de Norfolc, en grand danger de
-condempnation de mort; mais j'ay envoyé, au nom de Vostre Majesté,
-faire ung office bien exprès pour luy envers ceulx de ce conseil, qui
-enfin m'ont respondu que la Royne, leur Mestresse, ne lui fera que
-tout honnorable trettement.
-
-Mècredy dernier, et encores vendredy, l'on a, de toutes les partz de
-ceste ville, accouru à la Tour comme pour voyr l'exécution du dict duc
-de Norfolc, ce qu'on a estimé avoir esté faict à poste, pour essayer
-le cueur de ce peuple. Quelques ungs estiment que la dicte Dame se
-soyt ung peu modérée en son endroict, et ses amys font, soubz mein, ce
-qu'ilz peuvent, mais il a des ennemys qui procèdent tout à descouvert
-et bien redde contre luy. Dieu le vueille préserver.
-
-Les depputés de Flandres sont attandantz les trente jours portés par
-la proclamation de la vente des marchandises, et avoir responce du duc
-d'Alve là dessus, après qu'il aura ouy l'ambassadeur d'Espaigne, qui
-doibt estre desjà arrivé devers luy. Il y a bien cinq semaines qu'il
-n'est venu aulcune dépesche du dict duc, et le dict ambassadeur a fait
-détenir à Gravellines, et sur le chemin, tous les pacquetz et postes
-qu'il a trouvés, et encores a faict arrester quelques angloys, à cause
-de son mestre d'ostel, qui a esté retenu prisonnier par deçà. J'ay
-sceu, à la vérité, que ceste grande flote de Flandres, sur laquelle
-don Francès d'Alava s'estoit embarqué, a esté contreincte par temps
-contrayre de venir relascher vers Dertemue, et que le dict don Francès
-n'a jamès voulu que le vaysseau, où il estoit, ayt abordé en nulle
-part de ce royaulme; dont les mariniers jugent, veu la grande
-tourmente qui a continué despuis, qu'il est allé périr ez costes de
-Bretaigne. Sur ce, etc. Ce Ve jour de febvrier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXIVe DÉPESCHE
-
---du Xe jour de febvrier 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de St Auban._)
-
- Audience.--Communication de l'état de la négociation de Me Smith
- en France.--Discussion des affaires d'Écosse.--_Lettre secrète
- à la reine-mère._ Négociation du mariage du duc
- d'Alençon.--Nécessité de conclure le traité d'alliance avant de
- faire une proposition plus formelle.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ma dépesche, du Ve du présent, n'estoit guyères que dellivrée au
-courrier, quand celle de Vostre Majesté, du XIXe du passé, m'est
-arrivée avec l'ample discours de tout ce que jusques alors a passé
-entre messieurs voz depputez et les ambassadeurs de ceste princesse,
-et avec les actes, par ordre, d'une chacune foys qu'ilz se sont
-trouvés ensemble. Sur quoy je suys allé me conjouyr avec la dicte Dame
-que le tretté me sembloit desjà fort advancé, de tant que le premier,
-et principal, et plus important de tous les poinctz, qui y estoient
-requis, estoit tout accordé, qui estoit le bon vouloyr des
-contractans: car Vostre Majesté trouvoit, par la procédure de Me
-Smith, que la volonté de la dicte Dame correspondoit si parfaictement
-à la vostre, et toutes les deux estoient si conformes à desirer ung
-ferme establissement d'amityé et une bonne confédération entre Voz
-Majestez et voz deux royaulmes, que vous ne vous déffiyés, à ceste
-heure, non plus de la sienne que vous vous assuriés et la priez
-d'estre très asseurée de la vostre; que desjà la forme du dict tretté
-estoit commancée par aucuns articles, ausquelz ne se trouvoit aucun
-différend quand à la substance, mais l'on n'avoit encores bien peu
-convenir des parolles; en quoy vous luy déclariez, Sire, que vostre
-vouloir et intention estoit qu'on s'abstînt de toute chose au dict
-tretté qui, en parolle ou en substance, peût tant soyt peu offancer la
-dignité de la dicte Dame et le repos de son estat, et qui peût mal
-sonner pour elle vers les aultres princes, ses voysins, ou vers ses
-propres subjectz; et qu'en semblable vous la priez d'avoir le mesmes
-vouloir vers vous; que, pour procéder plus honnorablement au dict
-tretté, vous aviez commandé à Mr de Montmorency d'y assister, par où
-elle pouvoit juger combien vous dellibériez d'aller franc et droict à
-la conclusion de cest affère; que, à la vérité, vous estiez assez
-esbahy que Me Smith n'avoit encore faict apparoir de son pouvoir, bien
-que voz depputez luy en eussent parlé, et ne feissent difficulté de
-luy monstrer le leur, qui seroit ung vouloir obliger Vostre Majesté,
-et qu'elle demeurast hors d'obligation, bien que vous ne pouviez
-penser qu'elle eust dépesché si loing un tel personnage pour commancer
-ung tel affaire, sans luy avoir donné commission et pouvoir par
-escript; que, des poinctz qui avoient esté debbatus ez premières
-conférences, je m'en remettois à ce que Me Smith luy en escripvoit,
-seulement je la supplyois d'avoir le réciproque respect que je luy
-disois ez choses de vostre réputation au dict treité, comme vous le
-vouliés avoir à la sienne, et de n'y faire apparoir les difficultés,
-impossibilité, ny uzer de longueur; car celle des partyes, qui en
-voudroit uzer ainsy, monstreroit de n'avoir jamais heu bon vouloir,
-et que ce n'auroit esté que mocquerie, derrision et fraude qu'elle
-auroit voulu uzer à l'aultre; ce que vous ne pouviez, Sire, ny voulyez
-penser de la dicte Dame; que le propos qu'elle m'avoit tenu de milord
-Flemy avoit produict l'effect qu'elle desiroit, car Vostre Majesté
-avoit mandé, par toutz ses portz, de ne laysser sortyr aulcuns gens de
-guerre pour Escoce, de quoy s'estant l'évesque de Glasco et les
-aultres seigneurs escoçoys infiniement pleinctz, vous leur aviez
-promis que, par l'yssue du trecté, leurz affères seroient accommodés
-et la paix de leur pays establie, et que cepandant vous vouliez
-dépescher ung gentilhomme de bonne qualité par dellà pour aller
-moyenner une abstinence d'armes entre les deux partys; dont, de tant
-que le dict gentilhomme ne tarderoit guyères à estre icy, je la
-supplioys de faire préparer celluy des siens qu'elle luy vouloit
-bailler adjoinct, car desiriez y procéder par une bonne et commune
-intelligence avec elle.
-
-La dicte Dame, ayant recueilhy tout ce mien propos, lequel, en
-substance, n'a contenu rien davantaige que quelques parolles
-d'honesteté, m'y a respondu par le mesme ordre que je luy ay dict:
-c'est qu'elle tenoit, à la vérité, celluy premier poinct, de la bonne
-volonté, pour tant accordé que vous ne vous debviés rien moins
-promètre meintenant de la siène que de la vostre propre, comme elle ne
-se resjouyssoit aussy, en nulle chose de ce monde, tant qu'en
-l'assurance de celle que vous luy portiez; et que une de ses plus
-grandes envyes estoit qu'il se peult faire qu'elle veît Voz Majestez
-Très Chrestiennes affin de vous tesmoigner par la parolle ce qu'elle
-avoit en son affection; que sellon la jalousie qu'elle portoit aux
-choses de sa réputation, elle vouloit avoir tout esgard à la vostre,
-et ne se porter si inconsidéréement vers vous, qu'on la peût
-souspeçonner d'estre inconsidérée vers elle mesmes, qui sçavoit bien
-qu'elle ne pourroit éviter la tache de laquelle elle auroit recherché
-de vous entacher; qu'elle demeuroit fort contante que Mr de
-Montmorency fût en la commission du trecté, et s'en promettoit
-davantaige la bonne fin qu'elle en avoit tousjours espéré, car le
-sçavoit estre fort homme d'honneur, et bien fort affectionné à la paix
-de ces deux royaulmes; que Me Smith n'avoit point parlé sans
-commission, car avoit porté lettre d'elle à Vostre Majesté, et estoit
-fort excusable s'il n'avoit voulu monstrer son aultre pouvoir, mais,
-en temps et lieu, il ne se trouveroit en estre deffaillant. Au regard
-des difficultés qui se pourroient trouver en l'affaire, elle ne les
-feroit grandes de son costé, et vouloit, de bon cueur, touchant celles
-qui avoient apparu desjà que, si la généralité des parolles pouvoit
-suffire, sans exprimer le particullier, qu'on en uzât ainsy qu'il vous
-plairoit, bien qu'elle vous supplioit de considérer que l'expression
-de ce mot de _religion_, ainsy que ses ambassadeurs le requéroient,
-luy conservoit les aultres alliences, et que, sans icelluy, c'estoit
-bien, à la vérité, se joindre et unir à Vostre Majesté, mais se
-séparer de tous ses aultres confédérez; néantmoins que, de cella et
-des aultrez poinctz de la dépesche du dict Sr Smith, elle avoit donné
-charge à quelques ungs de son conseil d'en conférer avecques moy, et
-qu'elle me prioit que ce fût au plus tost, affin de satisfaire au
-dernier point de la longueur que je luy avois remonstré; car l'exemple
-du passé et ce qu'elle prévoioit bien encores de l'advenir,
-l'admonestoient de ne guères temporiser; finallement qu'elle vous
-remercyoit d'avoir arresté l'expédition de milord de Flemy, et qu'elle
-avoit envoyé, de rechef, en Escoce devers les deux partys pour les
-exorter à ung accord, sellon qu'ilz luy avoient desjà, des deux
-costés, donné promesse, par leurs lettres, qu'ilz l'accepteroient tel
-qu'elle vouldroit; dont ne voyoient que le gentilhomme, que y vouliés
-dépescher, y peût de beaucoup servir, néantmoins, puisqu'ainsy vous
-plaisoit, elle en estoit contante.
-
-Il seroit long, Sire, à vous racompter le surplus qui a esté entre la
-dicte Dame et moy, dont suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, de
-ce dessus. Et vous adjouxteray seulement icy qu'ayant, incontinant
-après, parlé à milord de Burgley, je l'ay trouvé en assés bonne
-disposition vers les choses du tretté, et mesmes d'envoyer ung segond
-pouvoir à Me Smith, puysque, pour quelques considérations, il n'avoit
-ozé monstrer le premier; mais, quant aux difficultés où l'on s'estoit
-arresté jusques icy, qu'elles luy sembloient de plus grande
-considération qu'on ne les faysoit; dont m'en parleroit plus au long
-en nostre conférence. Et sur ce, etc. Ce Xe jour de febvrier 1572.
-
- J'ay remonstré à ceulx de ce conseil que Vostre Majesté avoit
- prié et faict prier Me Smith d'escripre par deçà que les deux mil
- escus me fussent rendus; mais milord de Burgley m'a asseuré qu'il
- n'en avoit encores rien escript, et a appellé à tesmoings en
- cella ceulx du dict conseil qui avoient veu ses lettres, mais
- quand il le manderoit, l'on mettroit peyne de satisfaire à vostre
- intention aultant qu'il seroit possible: dont vous supplie très
- humblement, Sire, d'en faire une recharge au dict Sr Smith.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, le propos de Monseigneur le Duc, votre filz, n'a esté
-seulement communiqué à milord de Burgley, ains milord de Bocaust,
-m'estant venu visiter, m'a compté que MMrs Smith et Quillegrey en
-avoient fort affectueusement escript, et le Sr de Vualsingam avoit
-mandé que la chose estoit bien fort faysable; mais le dict Boucaust,
-de sa part, me vouloit dire, ainsy qu'il m'avoit toutjour franchement
-parlé, qu'il le desiroit beaucoup plus qu'il ne voyoit aucun moyen de
-le pouvoir espérer, et m'a allégué des difficultés, de l'aage et de la
-taille, si grandes qu'avec l'infiny regret, qu'il m'a juré qu'il y
-avoit de son costé, il m'a quasy tout descouragé de n'en ozer plus
-parler du mien. Néantmoins en ayant refreschy le propos à milord de
-Burgley, avec l'assurance des mesmes advantaiges qu'il se pouvoit
-estre promis de Monseigneur, lequel, avec Voz Majestez, concorriés
-aultant grandement tous troys au bien de sa Mestresse et de ce
-royaulme, et encores au sien particullier, comme si le mariage se fust
-effectué en Mon dict Seigneur mesmes; il m'a respondu qu'il s'estoit
-advanturé d'en parler à la dicte Dame et qu'elle luy avoit dict
-soubdain--«Qu'encor que toutes aultres choses fussent bien
-convenables, que néantmoins la proportion des ans et de la taille
-estoit par trop inégale entre eux:» luy demandant combien il pouvoit
-estre grand: à quoy il avoit respondu qu'il pouvoit estre de sa
-haulteur;--«Mais de celle de vostre petit filz, dict elle, ainsy qu'on
-me l'a assuré.» A quoy il n'avoit ozé rien réplicquer, et attandoit le
-dict de Burgley que je luy fisse recouvrer l'eage et la mesure de Mon
-dict Seigneur le Duc, pour en pouvoir parler plus à certes, car il
-considéroit deux qualitez qui estoient plus propres en luy pour
-l'Angleterre que en Monseigneur: l'une, qu'il estoit plus esloigné que
-luy d'un degré de la couronne de France; et l'autre, qu'on disoit
-qu'il s'accommoderoit à la religion du pays. A quoy je luy ay
-respondu que la dathe de l'eage et la mesure de sa hauteur viendroient
-bientost, et que ce degré plus esloigné de la couronne estoit bien
-convenable à ce qu'ilz desiroient; mais, quant à la religion, je
-n'avois point entendu qu'il voulust changer la sienne, et croyois que
-la Royne, sa Mestresse, ne l'en vouldroit presser, bien que, possible,
-il se trouveroit ung peu moins scrupuleulx que Mon dict Seigneur, son
-frère.
-
-Vostre Majesté pourra tirer des propos de Me Smith quelques aultres
-plus grandes conjectures de ce qu'on luy en aura respondu, car voyla,
-Madame, tout ce que je vous en puys mander pour le présent. Et me
-semble que le plus expédient est de faire que ceste princesse se
-sépare encores tant du Roy d'Espaigne qu'elle conclue la ligue
-avecques le Roy, car s'estant jectée ainsy ez bras de Voz Majestez,
-elle condescendra, puis après, beaucoup plus facillement à tout ce que
-vous desirerez, de peur et que ne l'abandonniés, et qu'il ne luy soit
-lors trop malaysé et trop dangereulx de retourner à la foy du Roy
-d'Espaigne; par ainsy, sera bon de supercéder ce propos, et presser
-celluy de la dicte ligue, laquelle s'en conclurra beaucoup plus
-advantageuse pour vostre costé. Le comte de Lestre m'a pryé de mettre
-en avant à sa Mestresse qu'il ayt commission d'aller conclure la dicte
-ligue, et la voyr jurer au Roy, sellon qu'il est plus françoys que nul
-aultre de ce royaulme; en quoy ne faut doubter, Madame, s'il y va, que
-vous n'effectués par luy le propos, si jamais il doibt recepvoir
-effect; et je sçay qu'il ne cerche rien tant au monde que la faveur et
-protection de Voz Majestez, et se pouvoir assurer d'icelle pour les
-accidentz qu'il creint luy advenir. Sur ce, etc.
-
- Ce Xe jour de febvrier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXVe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de febvrier 1572.--
-
-(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Me Smith._)
-
- Discussion du traité pour une ligue défensive.--Articles
- concernant les guerres pour cause de religion, les frais de
- secours, le commerce et l'Écosse.--Desir de Leicester de passer
- en France pour conclure le traité.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, m'ayant la Royne d'Angleterre faict appeller, par deux foys, en
-sa mayson de Ouestmenster, pour conférer avec sept seigneurs de son
-conseil, (sçavoir: le chancellier d'Angleterre, le comte de Bedford,
-le comte de Lestre, l'admiral Clinton, milord Chamberland, milord de
-Burgley et mestre Mildmay), sur les difficultés qui se sont offertes
-au trecté encommencé près de Vostre Majesté, après qu'ilz ont heu,
-avec grand atencion, ouy cella mesmes que j'avois desjà dict à leur
-Mestresse, ilz m'ont remonstré comme Me Smith leur avoit assés au long
-desduict, par sa dernière dépesche, les dictes difficultés, et leur
-avoit mandé que Vostre Majesté m'envoyoit les actes de toutes les
-conférences afin d'en tretter avec la Royne, leur Mestresse, laquelle
-ilz m'assuroient qu'estoit demeurée grandement satisfaicte de ce que
-je luy en avois dict en ma dernière audience, et leur avoit ordonné
-d'en trecter davantage avecques moy, affin de mieulx acheminer les
-affères; qui pourtant avoient à me dire que la ligue, ainsy
-deffencive, avec Vostre Majesté estoit très agréable à leur dicte
-Mestresse, à eulx et à tout ce royaulme, et que, de vostre bonne
-intention en cella, ilz avoient beaucoup plus à vous en remercyer qu'à
-y rien desirer;
-
-Mais qu'ilz trouvoient qu'il y auroit peu de seureté pour ceste
-couronne, si la cause de la religion n'y estoit nomméement désignée,
-car, advenant qu'il se dressât une entreprinse par les aultres
-princes, ou par les propres subjectz, pour réduyre ce pays à la
-religion catholique, vous vous pourriez, Sire, excuser avec rayson de
-n'avoir jamais entendu vous oposer à cella; et alléguer que ce
-n'estoit faire injure à la personne ny à l'estat de la dicte Dame, que
-de vouloir réduyre les deux à une forme que Vous mesmes, Sire, qui
-estes catholicque, réputiés estre la meilleure, et que, si elle
-vouloit venir à la dicte réduction, elle n'auroit plus de guerre; qui
-seroit fruster la dicte Dame de tout l'effect, pour lequel ilz me
-disoient librement qu'elle et eux aspiroient principallement à la
-dicte ligue;
-
-Que, de la forme du secours, ilz ne pouvoient conseiller la dicte Dame
-qu'il se fist austrement que aux despens de celluy qui le demanderoit,
-parce qu'en toutes leurz précédentes ligues deffencives ilz n'avoient
-nul exemple du contraire, ny guères aulx offancives que ung seul, du
-temps de Henry VIII, Roy d'Angleterre, avec l'Empereur Charles Ve
-contre le grand Roy Françoys Premier[22], ayeul de Vostre Majesté, qui
-encores avoit esté rétractée, l'année ensuyvante; et qu'ilz estimoient
-ne pouvoir guères advenir d'occasion à eulx de requérir vostre
-secours, pour le peu de querelles qu'il y avoit contre ce royaulme, si
-n'estoit pour la cause de la religion, en laquelle ilz faysoient
-encores estat d'y aller fort retenus, et ne le vous demander, ny pour
-légière souspeçon, ny fort grand, là où ilz sçavoient que les
-querelles de vostre couronne, tant en demandant que en deffandant,
-estoient fort grandes du costé de Flandres, de Bourgoigne, de Navarre,
-de Savoye et de l'Empire, et aultres, qui pourroient mettre leur Royne
-souvant en peyne de vous envoyer du secours; ce qu'elle seroit
-toutjour fort preste de faire, pourveu que ce ne fust à ses despens.
-
- [22] Traité du 11 février 1543. Du Mont. _Corps Diplomatique_, t.
- IV, 2e partie, p. 252.
-
-Au regard du traffic, après le deu remercyement, que leur Mestresse et
-eulx rendoient à Vostre Majesté pour les favorables offres que leur
-fesiés en cella, il leur sembloit estre expédient d'en communicquer à
-leurz marchandz, mais ne laysser cependant d'en capituler le commerce,
-en général, bon et libre entre les deux royaulmes, avec promesse du
-bon trettement aulx mutuels subjectz d'un costé et d'aultre;
-
-Et quand aux choses d'Escoce, qu'ilz sçavoient que leur Mestresse
-estoit avec raison si irritée contre la Royne du dict pays, qu'elle ne
-pourroit comporter qu'elle fût en ung mesme trecté avec elle; mais,
-quand à l'estat et couronne du pays, elle desiroit qu'ilz fussent
-comprins en la ligue, en quelque forme que le gouvernement se trovât,
-fût soubz l'aucthorité de la mère ou du filz, car ne prétandoit aultre
-chose par dellà que la paix des Escouçoys, et qu'icelle n'admenât
-point de trouble aux Anglois, et que la ligue de France y soit
-conservée, dont estoient bien ayses que Mr Du Croc vînt pour y aller
-procurer la dicte payx, et qu'ilz avoient desjà pourveu d'ung
-personnaige de qualité pour l'y accompaigner; affermans tous sept,
-d'une voix, que Vostre Majesté trouveroit plus de correspondance en
-leur Mestresse, en eulx et en tout ce royaulme, qu'en nul aultre
-endroict où vous sceussiés establir amityé, en tout le circuit de la
-terre.
-
-Je n'ay manqué de semblables honnestetés vers eulx, aultant qu'il m'a
-semblé convenir à vostre grandeur, et, oultre les prudentes
-considérations de Vostre Majesté, lesquelles je leur ay alléguées aux
-propres termes qu'elles sont en vostre lettre, je leur ay remonstré
-qu'il répugnoit tant à vostre réputation d'expéciffier le mot de
-_religion_ en ce premier chapitre du trecté, que vous estiés pour
-jamais ne le passer, non plus que la Royne, leur Mestresse, s'il se
-déclaroit une guerre pour la tollérance de la religion nouvelle en
-France, ne vouldroit nomméement capituler de s'y oposer, bien que je
-réputois voz desirs si mutuels à vous entresecourir en tout cas, que
-je croyois fermement que ne feriés difficulté, de vostre costé, Sire,
-mais qu'elle en fît aultant du sien, de vous obliger au dict mutuel
-secours sur quelque occasion qu'on peût mouvoir la guerre, pourveu que
-l'assailly signiffiât que c'estoit _contre son gré_, qui seroit la
-seule condicion apposée au trecté, sur laquelle ne seroit loysible, à
-l'ung ny à l'aultre, d'aucunement s'en excuser. Et les ayantz veuz si
-fermes et entiers sur ce qu'ilz m'avoient dict des frays du secours,
-qu'ilz estoient pour en prendre des souspeçons, si je leur heusse trop
-contredict, je m'en suis déporté, estant bien adverty que leur
-résolution estoit de ne capituler rien qui peût mettre leur Mestresse
-en despence; mais je leur ay dict, quant à la Royne d'Escoce, qu'ilz
-jugeassent s'il pouvoit convenir à vostre honneur que vous oblyssiez
-celle qui avoit esté femme du feu Roy, vostre frère ayné, sacrée et
-couronnée Royne de France; qui pourtant estoit vostre belle seur et
-belle fille de la Royne, vostre mère, vostre parante et la première et
-principalle allyée de vostre couronne, et qu'il n'y avoit rien qui
-peût apporter tant d'honneste couleur au trecté, ny le justiffier de
-tant de droicture envers les aultres princes, et envers toute la
-Chrestienté, que de le monstrer estre principallement faict pour
-l'accommodement des affaires de ceste pouvre princesse, et pour
-remédier aux désordres de son pays, les priant d'admonester Me Smith
-de ne se monstrer ny trop difficille, ny trop opposant, aux honnestes
-expédientz qui luy en seront proposez; et qu'au reste ilz luy
-vollussent envoyer ung ample pouvoir pour conclure bientost les
-affayres, sellon qu'il estoit à creindre que la longueur, si elle y
-intervenoit, admèneroit le tout à ropture.
-
-Les dicts seigneurs, ayantz là dessus conféré assez longtemps à part,
-m'ont enfin respondu que, sans aucun doubte, il seroit envoyé ung
-ample pouvoir à Me Smith, et à luy adjoinctz MMrs de Walsingam et
-Quillegrey, par lesquelz ilz espéroient obtenir plus de Vostre Majesté
-par dellà que je ne leur en accordois icy, bien qu'ilz avoient
-beaucoup gousté ce mot, _contre son gré_; et qu'ilz espéroient que, si
-ce mot de _religion_ vous estoit grief à estre expéciffié au publicque
-contract de la ligue, que, possible, offririés vous, Sire, de
-l'accorder par vostre secrette promesse, dans une lettre, à part, à
-leur Mestresse; et qu'au reste il seroit faict une si bonne dépesche
-au dict Sr Smith qu'il auroit de quoy beaucoup vous contanter. Sur ce,
-etc. Ce XIIIe jour de febvrier 1572.
-
- Le comte de Lestre desire que faciez dire à Me Smith que Voz
- Majestez vouldroient bien que ung personnage, fort confidant de
- ceste princesse, fût envoyé vers vous, pour conclure la ligue et
- la voyr jurer au Roy, et nommer ardiment le dict comte, affin
- qu'icelluy Sr Smith l'escripve par deçà; et qu'il vous promect de
- vous apporter toute la satisfaction que pourriez desirer de ceste
- princesse et de son royaulme.
-
-
-
-
-CCXXXVIe DÉPESCHE
-
---du XIXe jour de febvrier 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Négociation du traité d'alliance.--Promesse de donner
- satisfaction sur les plaintes des habitans de Rouen.--Affaires
- d'Écosse.--Ordre donné par Élisabeth d'exécuter le duc de
- Norfolk.--Révocation de cet ordre.--Justification de
- l'ambassadeur sur les reproches qui lui ont été faits d'avoir
- participé aux projets du duc de Norfolk.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, beaucoup de choses m'ont esté dittes et alléguées par la Royne
-d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, et je leur en ay
-représenté plusieurs aultres ez troys conférences, que j'ay heu avec
-elle et avec eulx, sur la négociation de Me Smith, que je ne les vous
-ay pas voulu, Sire, toutes desduyre, par le menu, en mes deux
-dépesches, du Xe et XIIIe de ce moys, affin de ne vous estre ny
-ennuyeulx, ny long; mais je vous ay représanté celles, desquelles la
-substance et les parolles m'ont semblé importer beaucoup, et faire
-grandement besoing à la continuation et à la conclusion du tretté. Et,
-pour ceste heure, j'ay à très humblement supplyer Vostre Majesté
-qu'affin que j'aye moïen de mieulx advérer les advis qu'on m'a donné
-sur ce qu'on a escript, du dict XIIIe, au dict Sr Smith, et pour
-recognoistre la vérité ou la simulation des propos que la dicte Dame
-et les siens m'en ont tenus, conforme à ce que je vous en ay desjà
-mandé par mes deux dernières dépesches, il vous playse, Sire, me faire
-advertyr si messieurs voz depputés ont trouvé que le dict Sr Smith y
-ayt despuis correspondu; car, sellon qu'il en aura uzé, je
-travailleray de cognoistre clèrement de ceulx cy quelle ilz
-prétendent debvoir estre leur dernière et déterminée résolution au
-dict tretté. Leurs démonstrations, à la vérité, continuent jusques à
-maintenant d'estre fort bonnes, et leurz marchandz, lesquelz sont
-venus conférer avecques moy sur l'ancien commerce de Roan, m'ont dict
-qu'il sera pourveu aux désordres, dont ceulx du dict Roan se pleignent
-qu'on leur uze en ceste ville de Londres, touchant le poix et la
-mesure, et touchant l'escavage, le pilotage, le charriage, l'embalage,
-les banques routes, et aultres semblables griefz et impostz, desquelz
-l'on ostera les abus, si ceulx de Roan veulent aussy modérer les
-leurs, affin que le traffic soit dorsenavant mieulx et plus librement
-continué.
-
-Et, quand aux choses d'Escoce, j'entendz, Sire, que la commission du
-maréchal Drury et de mestre Randol, qui sont desjà partys, est de
-moyenner à bon escient, par delà, un accord entre les deux partys, et
-faire qu'ilz conviennent d'une forme de gouvernement de certains de la
-noblesse, tant d'ung costé que d'aultre, jusques au nombre de seize,
-pour régir l'estat, soubz l'authorité du jeune Roy, remettant ung
-chacun en ses biens, honneurs et offices, et que mesmes le tiltre de
-régent demeure au duc de Chastellerault, layssant néantmoins
-l'administration de la personne du Prince toutjour au comte de Mar;
-qui est ung moyen aparant par lequel ceulx cy tendent de substrère le
-dict duc et les siens de l'obéyssance de la Royne d'Escoce, affin de
-la ruyner, et de oprimer du tout, s'ilz peuvent, le nom et l'authorité
-d'elle. Qui me faict desirer, Sire, qu'il vous playse haster
-davantaige le voyage de Mr Du Croc, car il pourra obvier à cestuy et
-aultres préjudices qui, possible, y adviendront encores plus grandz,
-si quelcun, de la part de Vostre Majesté, ne s'y présente bientost;
-bien que milord de Burgley m'a dict qu'il a esté donné en mandement,
-par article exprès, au dict Drury, de déclarer aux Escoçoys que la
-Royne d'Angleterre n'entend qu'ilz se départent de l'alliance de nul
-des aultres princes, leurs confédérés, nomméement de Vostre Majesté,
-pourveu qu'aulcuns estrangers ne soient introduictz dans leur pays,
-qui puissent troubler leur repoz, ny mouvoir guerre, ou donner
-souspeçon d'icelle à l'Angleterre. Et m'ont davantaige le comte de
-Lestre, et le dict milord de Burgley assuré que, sur l'instance que
-j'avoys faicte pour le bon trectement de la Royne d'Escoce, au nom de
-Vostre Majesté, la Royne, leur Mestresse, a donné charge au comte de
-Cherosbery de luy amplier sa liberté et la mener aux champs et à la
-chasse, affin de mieux entretenir sa santé. Et m'a l'on aussi permis
-d'envoier m'enquérir des nouvelles de l'évesque de Roz, et luy offrir
-ce qu'il pourra avoir besoing de moy, avec promesse de sa procheyne
-liberté. Qui sont signes de modération, Sire, assez sufisans pour me
-confirmer que ceulx cy, jusques à maintenant, procèdent assez cler et
-droict ez chosez qu'ilz font négocier avec Vostre Majesté.
-
-Il est vray qu'ilz viennent de recepvoir, tout présentement, une
-dépesche de Me Smith, qui est d'assez vieille dathe, car a séjourné, à
-cause du passage, huict ou dix jours à Callays, laquelle je ne sçay
-s'il leur fera rien changer. Elle est, à mon advis, du mesme jour que
-le mesmes messager m'en a rendu une aultre de Vostre Majesté, du
-dernier de janvier, sur laquelle j'espère que vous trouverés, Sire,
-que je vous y ay desjà respondu, et en grand partye satisfaict, par
-les miennes deux précédentes, du Xe et XIIIe du présent; de sorte
-que, avant y adjouxter rien davantaige, j'estime estre bon que je voye
-ceste princesse et les siens, affin que, par ung mesme moyen, je
-puisse cognoistre comme ilz demeurent édiffiés des dictes dernières
-lettres, et si celles, qui leur sont venues en mesmes temps de
-Flandres, ont admené nulle mutation, et qu'est ce que, sur les unes et
-les aultres, je vous pourray escripre de leur intention.
-
-Ceste princesse avoit dépesché, vendredy heut huict jours, un
-mandement aux maire et chérifz de Londres pour faire exécuter le
-lendemein matin le duc de Norfolc; mais, meue de repentance, sur les
-unze heures de nuict elle leur contremanda qu'ilz supercédassent la
-dicte exécution jusques à ce qu'ilz heussent aultre mandement d'elle.
-Quelques ungs arguent ceste sienne clémence vers le dict duc, et y
-aura bien affaire qu'elle n'en soit destournée, sinon que, possible,
-quelque peu de faveur, que les docteurs, qu'on luy a envoyés, luy ont
-acquise, le saulvent; qui ont assuré qu'on l'avoit à tort souspeçonné
-d'estre feinct en sa religion, et qu'il est très ferme protestant. Sur
-ce, etc.
-
- Ce XIXe jour de febvrier 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, premier que d'adjouxter rien à ce que je vous ay desjà escript
-des principaulx poinctz qui se trettent, en France et icy, entre Voz
-Majestez et ceste princesse, tant de l'allience que de la
-confédération, j'estime estre besoing que je voye, de rechef, la dicte
-Dame et ses deux conseillers, de sorte que, pour ceste foys, je vous
-supplieray très humblement, Madame, estre contante de ce peu que je
-mande présentement en la lettre du Roy. Et adjouxteray seulement,
-icy, touchant ce que les Srs Smith et Quillegrey ont dict: que la
-Royne, leur Mestresse, sçavoit bien que j'avoys esté meslé ez brigues
-et menées du duc de Norfolc, mais qu'elle le vouloit ignorer; que je
-ne puis estre marry qu'elle ayt faict une diligente recherche sur moy,
-car, encor qu'elle ayt cogneu que je n'ay pas esté toutjour endormy à
-descouvrir les choses d'importance, qui ont peu tourner à quelque
-conséquence de vostre service en ce royaulme, si a elle trouvé que je
-ne me suis jamais entremis de pas une qui ne soit honneste et digne de
-ceste charge, et qui puisse, peu ny prou, estre interprétée contre
-l'amityé et les trectés qu'elle a avec Vostre Majesté. Et, encor que
-l'évesque de Roz et les secrettères du dict duc puissent avoyr dict
-que j'ay sceu l'entreprinse, que les filz du comte Dherby et ceulx de
-Lanclastre vouloient faire pour mettre la Royne d'Escoce en liberté,
-il n'a peu toutesfoys, quand il eut esté ainsy, estre décent ny
-convenable à mon debvoir de le réveller, car ce eust esté procéder
-maladroictement, d'incister, d'un costé, à la restitution et liberté
-de la dicte Dame, sellon que Voz Majestez me le commandoient, et de la
-vouloir empescher, de l'aultre. Aussy la Royne d'Angleterre mesmes et
-ses conseillers justiffient en telle sorte mes déportemens, qu'elle et
-eulx m'ont remercyé de n'avoir heu intelligence avec Ridolfy sur les
-praticques de la rébellion, ayant luy mesmes escript qu'on me les tînt
-secrettes, affin que je ne les mandasse en France; qui a esté cause de
-faire prendre à ceste princesse la confiance que l'on voyt qu'elle a
-aujourd'huy de Voz Majestez. Et est très certein, Madame, que je n'ay
-jamais rien sceu icy que je ne le vous aye incontinant mandé, ny ne y
-ay rien faict que Voz Majestez ne me l'ayent commandé, ny rien
-atempté qui ayt peu gaster vostre service ou réfroidir ceste princesse
-de vostre amityé, ainsy que les choses du passé, et celles du présent
-en font assez de foy; vous remercyant très humblement, Madame, de
-l'honneur que Voz Majestez me font de croyre que je n'ay jamais excédé
-les choses qu'elles m'ont escriptes: en quoy, à la vérité, je y ay
-esté si scrupuleux que j'ay toutjour mieulx aymé demeurer dans les
-termes d'icelles que de les outrepasser d'ung seul mot, bien que, par
-voz lettres du IIIe du passé, il semble, Madame, qu'on vous en ayt
-voulu parler aultrement, sur quelque propos que Me Smith avoit tenus.
-Et sur ce, etc.
-
- Ce XIXe jour de febvrier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXVIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour de febvrier 1572.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par Marc Brouard._)
-
- Audience.--Négociation du traité d'alliance.--Affaires
- d'Irlande.--Demande adressée par l'ambassadeur à la reine d'une
- explication sur les reproches qui lui sont faits au sujet du
- duc de Norfolk.--Négociation des Pays-Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, à ces premiers jours de caresme, j'ay esté visiter la Royne
-d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, pour voyr en quoy, après
-la dépesche que Me Smith leur avoit faicte, du XXXe de janvier, ilz
-continuent d'estre vers les choses du trecté; et ay trouvé, Sire, que
-ce que le dict Sr Smith leur a ceste foys escript, qui est, ainsy que
-je l'ay peu comprendre de eulx mesmes, fort conforme aux mémoires que
-Vostre Majesté m'a envoyés, ne leur fera rien changer en leurs
-précédentes responces.
-
-Et m'a la dicte Dame assez donné entendre que tout ce que, attandant
-icelles, le dict Sr Smith avoit mis en avant à messieurs voz depputés
-n'avoit esté que pour remplir le temps, affin que Vostre Majesté ne
-pensât qu'il y eût réfroydissement du costé d'elle, et qu'elle
-n'aprouvoit pas beaucoup qu'il heût tant débatu, comme il a, le faict
-des marchandz, car luy sembloit matière non assez digne pour estre
-insérée dans le trecté, sinon en article général, pour accorder le
-commerce bon et libre entre les deux royaulmes avec promesse de
-favorable trettement aux mutuelz subjectz, et que les aultres
-condicions fussent réservées pour ung aultre escript, à part; me
-confirmant, comme aussy les seigneurs de son conseil me l'ont
-confirmé, qu'elle a envoié ung expécial pouvoir au dict Sr Smith pour
-contracter, et une bien ample instruction pour accorder premièrement à
-la ligue deffencive, avec expéciffication du mot de _religion_, si
-faire se peut, ou sinon d'avoyr au moins promesse de vostre mein,
-Sire, que vous n'entendés que la cause ny le prétexte d'icelle en
-soyent exclus; segondement, que le secours soit aux frays de celluy
-qui le demandera, et en la forme qui, d'autres foys, a esté convenu
-entre les feux Roys, vostre ayeul et le père d'elle, ou le plus sellon
-cella qui se pourra faire; que l'Escoce et les Escoçoys soient
-comprins au dict tretté avec la confirmation de l'ancienne alliance de
-vostre couronne; en quoy sera bon, Sire, se souvenir que ceste
-princesse soit tenue de retirer la garnison qu'elle a ès deux
-chasteaux de Humes et de Fascastel, qui sont dans la frontière du dict
-pays; et que Vostre Majesté s'esforce de gaigner le plus de
-soulagement qu'il luy sera possible ez affères de la Royne d'Escoce;
-finalement que le commerce, comme est dict cy dessus, soit
-mutuellement promis. Qui sont quatre articles, sur lesquelz, sans rien
-plus attandre du costé de deçà, le dict trecté se pourra fort bien et
-fort honnorablement conclurre.
-
-La dicte Dame a monstré qu'elle craignoit beaucoup que le cardinal
-Alexandrin, à son arrivée, troublât tout cest affaire, et non
-seulement cestuy cy, mais la paix de vostre royaulme, et, possible,
-toute celle de la Chrestienté; car sçait, à ce qu'elle dict, qu'il
-s'est vanté d'avoir en France où pouvoir bien fonder l'effect de ses
-intentions, et qu'elle prioit Dieu que ce fust sur ung fondement de
-sable.
-
-Je luy ay respondu que malayséement vouldra le dict sieur cardinal
-troubler, à ceste heure, ce qui se trouve de paix en la Chrestienté,
-pour ne faire trop beau jeu au Turc, ains plustost exorter tous les
-princes de l'Europe de s'unyr contre le commun ennemy du nom
-chrestien; et qu'au regard d'elle, vous estiez si déterminé
-d'embrasser, pour tout le temps de vostre règne, l'amytié qu'elle vous
-offroit, et luy rendre la vostre très assurée, et la plus utile, et
-pleyne de proufit qu'il vous seroit possible, qu'il n'y avoit rien qui
-vous en peust destourner que le seul manquement de correspondance, si,
-d'avanture, vous en trouviés en elle.
-
-A quoy elle m'a soubdein respondu qu'elle persévèrera indubitablement
-en vostre amytié, aultant qu'elle sera en vye, si le deffault ne vient
-de vostre costé: bien avoit à vous faire maintenant entendre
-l'audition d'ung gentilhomme irlandais, que les comtes d'Ormont et de
-Guildas avoient naguières prins, et l'avoient fort dilligemment
-examiné; lequel parloit fort bon françoys, et avoit servy longtemps
-le capitaine La Roche de Bretaigne, qui l'avoit quelquesfoys dépesché
-devers Mr le cardinal de Lorrayne, et encores envoyé jusques à Rome;
-qui avoit conduict la pluspart des entreprinses de Fitz Maurice; et
-déposoit plusieurs choses qu'elle mandoit au dict Sr Smith pour les
-vous déclarer.
-
-Je luy ay respondu, tout à ung mot, que c'estoit ung affaire, sur
-lequel Vostre Majesté luy avoit desjà une foys satisfaict, et que je
-m'assurois que luy satisferiez encores plus amplement.
-
-Elle a suivy à dire que le dict capitaine La Roche avoit néantmoins
-encores, de présent, de ses soldatz françoys dedans ung fort
-d'Yrlande; mais ne s'est guières arrestée à cella, ains a passé à me
-toucher des entreprinses qu'il sembloit que le Roy d'Espaigne heût sur
-le dict pays: en quoy, avec une expression non feinte, ains pleyne
-d'ung apparant regret, elle m'a dict que l'ambassadeur d'Espaigne, qui
-estoit icy, avoit ung malheureux tort de l'avoir mal meslée avec le
-Roy, son Mestre, car vouhoit à Dieu qu'elle n'avoit jamais prétendu de
-luy retenir son argent, ains de le luy conserver entièrement, comme
-elle n'y avoit encores nullement touché. Et m'a semblé, Sire, que je
-luy ay cogneu un grand desir de s'accomoder avec le dict Roy
-d'Espaigne, m'ayant la dicte Dame rendu ung fort expécial grand mercys
-de ce que j'avois toutjour bien entretenu l'amityé d'entre Vostre
-Majesté et elle, et qu'elle me prioit de continuer.
-
-Je luy ay respondu que mon office n'avoit pas beaucoup esté requis en
-cella, parce que la disposition y avoit toutjour esté très bonne, de
-vostre propre volonté, néantmoins que je la remercyois très
-humblement du bon jugement qu'elle en faisoit, qui sembloit que ses
-ambassadeurs en France ne le fissent semblable, car disoient qu'elle
-sçavoit, mais monstroit d'ignorer, que j'avois esté meslé ez brigues
-du duc de Norfolc; à quoy je m'estois desjà, par plusieurs foys,
-offert et me offrois, de rechef, à elle pour luy en donner toute
-satisfaction, et luy faire voyr que je n'avois jamais uzé d'aulcung
-déportement en son royaulme, qui ne fût honneste et juste, ny Vostre
-Majesté n'avoit procédé de si maulvaise foy vers elle que m'eussiez
-commandé de luy annoncer paix et amityé de parolle, et luy procurer
-mal et la rébellion de ses subjectz par effect.
-
-Elle, s'estant prinse à rire, m'a dict que les lettres de la Royne
-d'Escoce et celles de Ridolfy me justiffioient assez touchant la
-rébellion; bien estoit vray que ceulx, qui estoient en prison,
-m'alléguoient en quelques aultres choses par leurs dépositions, qui
-n'estoient tant importantes, dont m'en parleroit une aultre foys. Et,
-après avoir continué plusieurs aultres propos de diverses matières, et
-bien agréables, je me suis gracieusement licencié d'elle.
-
-Je viens d'entendre que les depputez de Flandres, sur une nouvelle
-dépesche du duc d'Alve, ont présenté, dès lundy dernier, nouveaulx
-articles à la dicte Dame, et que, sur iceulx, le conseil s'est desjà
-assemblé par trois foys; et, nonobstant que les trente jours de la
-publication de la vente des marchandises soient expirés, l'on
-supercède encores de les vendre. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour de febvrier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXVIIIe DÉPESCHE
-
---du dernier jour de febvrier 1572.--
-
-(_Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Détails circonstanciés sur la négociation des Pays-Bas.--Vives
- remontrances adressées par Fiesque à la reine d'Angleterre au
- nom du roi d'Espagne.--Réponse d'Élisabeth aux
- remontrances.--Rapport fait à son retour par sir Raf Sadler,
- commis à la garde de Marie Stuart pendant le procès.--Nouvel
- ordre donné pour l'exécution du duc de Norfolk, et nouvelle
- révocation de cet ordre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, il n'a guyères tardé, après que messieurs les ambassadeurs
-d'Angleterre ont heu accusé de négligence le Sr de Sabran, qu'ilz
-n'ayent heu occasion de se louer de sa dilligence, car, sur l'heure
-qu'ilz estoient à se plaindre à Vostre Majesté du retardement de leurs
-pacquectz, ilz ont trouvé que c'estoit lors proprement qu'on leur
-avoit desjà dépesché d'icy la responce, laquelle a esté si prompte et
-si entière qu'il ne se fault prendre que à eulx et, possible, au
-temporisement qu'on leur peut secrettement avoir mandé de ceste court,
-si maintenant ilz n'ont du tout conclud le trecté; assurant, icelluy
-de Sabran, qu'il n'a, à son retour, séjourné qu'ung seul jour, et
-quelques peu d'heures d'ung aultre, à Paris, pour attandre une partie
-de mille escuz qu'on a envoyé à la Royne d'Escoce, qui faysoit tant de
-besoing à ceste pouvre princesse, que vous l'ayant, le dict Sr de
-Sabran, dict à son partement, Voz Majestez luy ont commandé de s'en
-charger. Et, quand il a esté à Callays, je sçay que nul, devant luy,
-n'a passé deçà, de sorte qu'il n'y a point de faulte de son costé; qui
-vous promectz bien, Sire, que je ne l'en vouldrois nullement excuser.
-Mays les dicts ambassadeurs sont aussi excusables, si, sur l'arrivée
-de monsieur le légat, ilz vous ont vollu monstrer qu'il y avoit une si
-bonne disposition, de leur costé, vers la conclusion du dict tretté,
-qu'il n'y manquoit que la dilligence des courriers.
-
-Or, pendant que la Royne, leur Mestresse, est à attandre ce qu'ilz
-auront négocié sur les deux dépesches qu'elle leur a, là dessus,
-dernièrement faictes, et de sçavoir aussy qu'est ce que, d'aultre
-costé, auront advancé ses agentz qu'elle a envoyé devers les Escoçoys,
-elle a occupé le temps à tretter des différendz des Pays Bas.
-
-Sur lesquelz, de tant que les depputés de Flandres ont veu que la
-publication de la vente des marchandises alloit en avant, sans qu'on
-heût esgard à leurs remonstrances; et que, touchant les deniers, l'on
-ne vouloit recepvoir ce qu'ilz en proposoient au nom du Roy
-d'Espaigne, ny ouyr le Sr Fiesque, quand il en vouloit parler au nom
-des Gènevois, parce qu'on luy objectoit qu'il estoit trop faict de la
-mein du duc d'Alve et trop bien instruict de l'ambassadeur d'Espaigne,
-qui résidoit icy, pour vouloir avoir rien à faire avecques luy,
-icelluy Fiesque a trouvé moyen de faire remonstrer vifvement aux
-seigneurs de ce conseil qu'il ne s'estoit cy devant entremis des dicts
-différendz que à la requeste des Angloys, et qu'avant qu'ung aultre
-heût recouvert les pouvoirs de tous ceulx qui y estoient intéressés,
-lesquelz il avoit desjà devers luy, il se passeroit encores plus de
-deux ans de terme; en quoy nul ne pouvoit ignorer que les marchandises
-ne fussent des subjectz du Roy d'Espaigne, ny nul ne debvoit doubter
-que les deniers n'eussent été envoyés, de son expresse commission,
-pour ses propres affères: dont failloit, à la fin, ou qu'il en fît la
-maille bonne, ou que la Royne d'Angleterre les rendît; et ce, qu'il en
-avoit dissimulé jusques icy, estoit parce qu'il estoit bien ayse de la
-démonstration, qu'elle avoit faicte, de ne l'avoir voulu tant offancer
-que de luy retenir ses deniers, si elle eût véritablement sceu qu'ilz
-eussent esté à luy; aussy qu'il avoit grand plésir que les
-particulliers se contentassent de l'obligation d'elle pour en demeurer
-d'aultant deschargé, mais à ceste heure que, ny en son nom, ny au nom
-des particulliers, l'on n'en pouvoit avoyr aulcune rayson, il ne
-vouloit croire qu'ung si grand Roy peût plus longuement comporter une
-si grande injure comme estoit celle là.
-
-Et, pendant que ceulx de ce conseil ont esté à digérer ceste
-remonstrance, le Sr de Sueneguem a heu de quoy en adjouxter une aultre
-à la dicte Dame sur une lettre qu'il luy a présentée, de la part du
-duc d'Alve, en laquelle le dict duc la prie de croyre que le Roy, son
-Mestre, est merveilleusement marry qu'elle se soyt layssée conduyre
-par faulx rapport à de maulvayses persuasions de leur commune amytié,
-là où il met peyne de la conserver, de son costé, toutjour pure et
-parfaicte vers elle, avec très grand desir que tous ces nouveaulx
-différendz se puissent accorder par une mutuelle et amyable
-restitution; et que le commerce soit continué entre leurz pays et
-subjectz comme auparavant; ensemble, que leur ancienne allience et
-leurz trettés soyent renouvellés pour estre plus estroictement
-observés entre eulx qu'ilz ne l'ont jamais esté du temps de leurs
-prédécesseurs, la priant de vouloir correspondre à ceste bonne
-intention du dict Roy Catholique. Et icelluy de Sueneguen a adjouxté
-qu'il espéroit qu'elle n'auroit mal agréable que luy, qui estoit icy
-pour procurer le dict accord, la suppliast très humblement de vouloir
-bien peser ceste bonne volonté d'ung si grand Roy, son bon frère et
-ancien allié, et de ne l'avoir à mespris; et qu'il confessoit bien
-que, par parolle et par plusieurs démonstrations d'ordonnances et
-d'édictz, elle luy avoit toutjour très bien gardé la paix, mais en
-effet l'on ne pouvoit interpretter que la retrecte, que les rebelles
-de Flandres avoient par deçà, et ce, qu'ilz sortoient de ses portz
-pour aller piller sur mer les subjectz de son dict Mestre, et mesmes
-faire des descentes en armes en ses pays, puis transporter le pillage
-par deçà, ne fût une guerre tout déclarée et ouverte contre luy.
-
-A quoy la dicte Dame, à ce que j'entendz, a respondu qu'elle n'avoit
-jamais, sur simples parolles ny sur rapportz, receu aulcune male
-impression du Roy, son Mestre, jusques à ce qu'elle en avoit senty les
-effectz par le favorable recueilh qu'il avoit faict avoir en Flandres
-à ses rebelles, et le crédict qu'il avoit donné à Estuqueley; et que,
-nonobstant cella, elle avoit toujour persévéré en sa bonne intention
-vers luy, et avoit faict, et feroit encores, son debvoir contre les
-pirates, de les chasser de ses portz; et mesmes, l'ayant le prince
-d'Orange faicte requérir de déclarer que les prinses, que les siens
-feroient en mer sur les subjectz du Roy d'Espaigne, fussent tenues
-pour bonnes en ce royaulme, comme de prince aussy souverain ez terres
-qu'il a en Allemaigne, comme le Roy d'Espaigne l'est ez Pays Bas, elle
-ne l'avoit voulu faire, dont ne se trouveroit qu'elle heût de rien
-manqué, ny qu'elle fût pour manquer du debvoir d'amityé vers le dict
-Roy, son Mestre, s'il ne tenoit à luy; et, quand aux particullarités
-de la lettre du duc d'Alve, et certains aultres articles qu'il luy
-présentoit de nouveau, qu'elle feroit voyr le tout à ceulx de son
-conseil pour luy en faire avoir, du premier jour, la responce.
-
-Là dessus, Sire, la dicte Dame a faict mettre en liberté le mestre
-d'ostel de l'ambassadeur, lequel s'attend de porter la dicte responce
-au dict duc d'Alve; et a envoyé à Douvre intimer nouvelles deffences
-aux gens du prince d'Orange. Néantmoins l'on commancera, dans deux ou
-troys jours, à vendre les marchandises, et desjà sont arrivés aulcuns
-Hespagnols et Flammans pour les retenir pour le pris, nonobstant la
-deffence, que le duc d'Alve a faicte en général à tous les subjectz du
-Roy, son Mestre, de n'y employer nulz deniers; mais l'on estime que
-ceulx cy ne sont venus sans secrette permission du dict duc.
-
-Avec le dict affaire des prinses ceste princesse en a heu à proposer
-ung aultre, à ceulx de son conseil, du rapport que sir Raf Sadeller
-luy a faict de la Royne d'Escoce, à son retour de la garder; qui, à ce
-que j'entendz, a parlé assez honnorablement de sa constance, de sa
-pacience et de ses aultres vertus; de sorte que la dicte Dame a dict
-que cella estoit de divin, en la parolle et en la présance de la dicte
-Royne d'Escoce, que l'ung et l'aultre contreignoit ses propres ennemys
-de dire bien d'elle. Mais il a parlé aussy de la grandeur de cueur
-qu'il a cognu en elle, et de la ferme espérance, en quoy elle
-persévère toutjour, de la succession de ceste couronne, au cas que la
-Royne sa cousine n'ayt point d'enfans, nonobstant les troubles qu'on
-luy faict: de quoy ceulx qui luy sont adversayres ont esté bien fort
-esmeus, et cella a cuydé advancer les jours au duc de Norfolc affin
-d'afoyblir d'aultant son party, ayant la dicte Dame expédié ung
-nouveau mandement, mardy dernier, pour le faire exécuter le mècredy
-matin; mais meue, encore ceste foys, de repentance, elle a
-contremandé, sur les deux heures devant jour, qu'on supercédât. Et sur
-ce, etc.
-
- Ce XXIXe jour de febvrier 1572.
-
-
-
-
-CCXXXIXe DÉPESCHE
-
---du VIIIe jour de mars 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Beauvergier._)
-
- Arrivée de Mr Du Croc à Londres.--Audience.--Refus d'Élisabeth de
- permettre à la reine d'Écosse de se réfugier en France, et à Mr
- Du Croc de se rendre auprès d'elle.--Communication d'une lettre
- écrite par Marie Stuart au duc d'Albe, et qui a été
- interceptée.--Irritation de la reine d'Angleterre contre Marie
- Stuart.--Espoir de l'ambassadeur qu'il sera permis à Mr Du Croc
- de passer en Écosse.--_Lettre secrète à la reine-mère_.
- Négociation du mariage du duc d'Alençon.--Éloignement
- d'Élisabeth pour ce mariage.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le premier jour de mars, Mr Du Croc est arrivé en ce lieu, et le
-lendemain, nous avons envoyé demander audience, laquelle nous a esté
-octroyée pour le quatriesme ensuyyant, et despuis a esté prolongée au
-Ve; auquel il a, avec les lettres de Voz Majestez et de Monseigneur,
-présenté les recommandations de tous troys, et encores celles de la
-Royne Très Chrestienne et de Monseigneur le Duc, à la Royne
-d'Angleterre, et luy a, par ung bon ordre, et en très bonne façon,
-faict sagement entendre l'occasion de sa dépesche, avec toutes les
-particullarités que luy avez commandé de luy dire, sellon qu'il les a
-par son instruction.
-
-Sur quoy, ayant la dicte Dame, ainsy que de coustume, fort bien receu,
-et avec son grand contantement, la salutation des cinq, et s'estant
-soigneusement enquise du bon portement d'ung chacun d'eux, elle a,
-quand au contenu des lettres et de la créance d'icelles, respondu
-qu'encor qu'elle n'eût heu aultre indice de ce voyage, que seulement
-sçavoir que Mr Du Croc estoit dépesché, elle heût toutjour jugé que
-c'estoit pour les affères de la Royne d'Escoce, desquelz elle oyoit
-fort mal volontier parler, et néantmoins avoit plésir que luy,
-plustost qu'ung aultre, fust employé en cest endroict, pour les bons
-déportemens dont, estant d'aultresfoys vostre ambassadeur en
-Escoce[23], bien qu'il fust assez de la mayson de Guyse, il avoit
-toutjour uzé près de la dicte Dame, à luy faire plusieurs sages et
-bien vertueuses admonitions, qu'elle se trouveroit maintenant bien
-heureuse de les avoyr ensuyvies, et qu'elle ne pouvoit espérer que les
-semblables bons et bien louables offices de luy, quand il seroit
-maintenant devers les Escouçoys; ausquelz elle avoit desjà envoyé le
-maréchal de Barvick, sellon que eulx mesmes l'en avoient requise, et
-attandoit, dans deux jours, nouvelles de luy, sans lesquelles elle ne
-nous pouvoit rien signiffier de son intention; par ainsy nous prioit
-d'avoir, pour ce regard, ung peu de pacience; et quand à permettre au
-dict Sr Du Croc de passer devers la dicte Dame, ou octroyer à Vostre
-Majesté qu'elle se peût retirer en France, qu'il luy estoit encores
-tombé entre les meins ung nouveau advertissement, lequel elle nous
-communicqueroit, par où elle se trouvoit admonestée de ne le debvoir
-aulcunement consentyr.
-
- [23] Mr du Croc avait résidé, comme ambassadeur en Écosse, auprès
- de Marie Stuart en 1567, et avait fait tous les efforts pour
- empêcher son mariage avec Bothwel.
-
-Et sur ce, ayant tiré un papier de sa pochète, nous a monstré que
-c'estoit un chiffre, lequel nous avons recognu estre véritablement
-signé de la main de la Royne d'Escoce, et après, elle nous a leu une
-partie du déchifrement, qui s'adressoit au duc d'Alve, par lequel elle
-l'exortoit se haster de conduyre des navires en Escoce pour se saysir
-du Prince son filz, comme chose qui luy seroit aysée; et avec lequel
-elle se commettoit au Roy d'Espaigne; puis luy faysoit quelque
-discours de la bonne part qu'elle avoit en ce royaulme et des
-seigneurs qui y favorisoient son party; desquelz, encor que aulcuns
-fussent prisonniers, la Royne d'Angleterre toutesfois n'ozoit toucher
-à leur vye; et donnoit espérance à icelluy duc que, par ce moyen,
-toute ceste isle viendroit estre quelquefoys réduyte à la religion
-catholique.
-
-Sur lequel déchifrement la dicte Dame s'est prinse à nous faire de
-bien aygres discours, non du tout semblables à ceulx que Me Smith a cy
-devant tenus à Voz Majestez touchant la dicte Royne d'Escoce, mais non
-aussy trop dissemblables d'iceulx, avec une commémoration des
-entreprinses qu'elle a voulu faire pour priver la dicte Royne
-d'Angleterre et de vye et d'estat; et qu'elle s'assuroit que, quand
-vous auriez, Sire, aultant d'expérience des dangers du monde, comme
-les ans, qu'elle avoit plus que vous, luy en avoient apprins, que vous
-ne la vouldriés requérir de mettre en aultruy mein le seul remède, que
-Dieu luy avoit envoyé aux siennes, de sa propre seurté; et qu'elle
-croyoit ou que vous n'aviez pas leu la lettre que luy aviez escripte,
-quand vous l'aviez signée, ou qu'il ne vous souvenoit plus de ce que,
-cy devant, Vostre Majesté mesmes luy avoit escript.
-
-Le dict Sr Du Croc et moy avons réplicqué toutes les choses qu'avons
-estimé pouvoir estre bonnes à obtenir l'effect de vostre intention, y
-meslant le respect que Vostre Majesté veult toutjour garder à
-l'amityé de la dicte Royne d'Angleterre; et enfin, nous sommes fort
-gracieusement licenciés d'elle, avec peu d'espérance, à la vérité,
-qu'il puisse voyr, pour ceste foys, la dicte Royne d'Escoce, ny
-qu'elle soyt renvoyée en France, mais bien qu'il puisse continuer son
-voyage vers les Escouçoys, aussitost que les lettres du maréchal Drury
-seront arrivées; et que l'accord des dicts Escouçoys est pour
-succéder, avec confirmation de l'allience qu'ilz ont avec Vostre
-Majesté. Et sur ce, etc.
-
- Ce VIIIe jour de mars 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, ayant, mècredy dernier, prins la commodité, en la chambre de
-la Royne d'Angleterre, de tirer à part milord de Burgley pour luy
-parler du propos de Monseigneur le Duc, il m'a dict que, sur ce que la
-dicte Royne, sa Mestresse, avoit naguyères voulu lyre elle mesmes les
-dernières lettres qui sont venues de Me Smith, lesquelles en faisoient
-mencion, il avoit heu assez ample argument d'en tretter en termes bien
-exprès avec elle. Laquelle luy avoit respondu en diverses sortes bien
-différentes, qui néantmoins estoient toutes fort honnorables pour le
-propos, et encores plus pleynes d'honneur pour celluy de qui on le
-tenoit, mais elles renouvelloient les mesmes difficultés de l'eage;
-qui avoient esté très grandes en l'endroict mesmes de Monseigneur;
-lesquelles avoient esté surmontées par la haulteur de la taille de
-luy, et par l'espreuve qu'il avoit monstrée de son bon sens, mais
-elles se présentoient encores trop apparantes en Monseigneur le Duc,
-et avec tant de disproporcion des ans, entre elle et luy, qu'il me
-vouloit bien dire tout franchement que, sur ce que jusques icy il en
-avoit de luy mesmes mis en avant à la dicte Dame, et sur ce qu'il luy
-en avoit faict voyr par les lettres de Me Smith, il ne l'avoit jamais
-trouvée en disposition aulcune qu'il m'en voulût faire rien espérer,
-mais aussy ne m'en vouloit il oster l'espérance; car Mr de Quillegrey
-pourroit aporter telle chose qui seroit pour faire bien acheminer le
-tout. Je n'ay rien obmis, Madame, de ce qui a peu rendre très
-desirable pour la Royne, sa Mestresse, pour ce royaulme, et pour le
-mesmes milord de Burgley, le party de Mon dict Seigneur le Duc,
-aultant que de prince du monde, et y ay adjouxté, comme de moy mesmes,
-les grandes et advantageuses offres que le cardinal Alexandrin vous a
-faictes pour Monseigneur et pour luy, et les inconvénientz qui
-pourroient advenir, si ce propos n'estoit bien tost et bien receu;
-mais il m'a respondu qu'il n'y voyoit, pour ceste heure, aultre remède
-que d'attandre ce que Mr de Quillegrey porteroit, si, d'avanture, je
-voulois avoir pacience de ne vous rien escripre de ce faict jusques à
-ce qu'il fût arrivé. Mais, Madame, j'ay estimé qu'il ne pouvoit nuyre
-que vous fussiés promptement advertye du tout, car nul n'en sçaura
-uzer plus discrettement, ny avec moyens plus prudentz, que fera Vostre
-Majesté. Sur ce, etc.
-
- Ce VIIIe jour de mars 1572.
-
-
-
-
-CCXLe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de mars 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Refroidissement de la reine d'Angleterre à l'égard de la
- France.--Sa colère contre Marie Stuart.--Promesse faite par
- Burleigh à Mr Du Croc qu'il lui sera permis de passer en
- Écosse.--Défaite des révoltés en Irlande.--Négociation des
- Pays-Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le chiffre, que la Royne d'Angleterre a monstré à Mr Du Croc et
-à moy, semble véritablement estre signé de la mein de la Royne
-d'Escoce, et ne veulx trop doubter qu'elle ne l'ayt escript au duc
-d'Alve; mais que le déchiffrement soit tel qu'elle le nous a leu, ou
-bien qu'il soyt suposé, de tant que c'est chose que je ne puis
-bonnement vériffier, il m'en fault passer par là où ceulx, qui manyent
-icy les affères, le veulent. Et cependant je fay le mieulx que je puis
-pour remédyer à deux inconvéniantz qui sont provenus de là: le premier
-est que, pour la ferme impression qu'on en a donné à la dicte Royne
-d'Angleterre, laquelle est facille de prendre toutjour au pis tout ce
-qui vient de sa cousine, elle m'a renouvellé en son cueur une si
-grande hayne et une si grande indignation contre ceste pouvre
-princesse, qu'il est aysé à voyr que ses pensées et ses dellibérations
-sont devenues plus extrêmes en son endroict, qu'elles n'ont encores
-jamais esté; le segond, lequel n'est pas moindre, est que, pour ceste
-occasion, elle a interprété en très mauvaise part l'instance que luy
-avez faicte, par voz lettres, de remettre la dicte Royne d'Escoce ez
-meins de Vostre Majesté, de sorte que, joinct ce qu'on luy a dict
-que, contre la promesse que luy aviez faicte de ne permettre que
-milord de Flemy passât des gens de guerre en Escoce, il en embarquoit,
-ce néantmoins, bon nombre à St Malo, elle a commancé se deffier
-beaucoup de la conclusion du tretté, et doubter grandement de vostre
-bonne intention vers elle; dont a proposé à ceulx de son conseil que,
-de tant qu'elle vous avoit faict donner compte, par ses ambassadeurs,
-du grand nombre d'offances qu'elle a à se douloyr de la Royne
-d'Escoce, par où elle espéroit que vous vous déporteriés d'intercéder
-plus pour elle, et que néantmoins vous luy en aviez ceste foys
-escript, et faict parler par Mr Du Croc, en termes plus exprès que,
-six moys a, vous ne l'aviez faict, chose qui ne pouvoit compatyr avec
-la sincérité des propos qui se trectoyent entre vous, qu'ilz
-voulussent adviser comme pourvoir si seurement à ses affères qu'elle
-n'en peût tomber en danger.
-
-Sur quoy je ne sçay encores, Sire, ce qu'ilz luy auront conseillé de
-faire, mais j'ay mis peyne, et envers elle, et envers eulx, de modérer
-ceste sienne tant soubdeine apréhension, affin qu'elle ne passe trop
-avant contre la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle demeure du tout
-estaincte en l'endroict des aultres choses qui se trettent entre Voz
-Majestez et voz deux royaulmes. En quoy je n'ay rien obmis de ce que,
-pour la seureté de vostre parolle, et vérité de voz promesses, je leur
-ay peu offrir, jusques à leur engager ma vye, qu'ilz n'y trouveront
-jamais que toute sincérité et parfaicte confience, et que ce que
-Vostre Majesté leur avoit proposé maintenant, de la Royne d'Escoce,
-estoit par la contreincte d'ung honneste debvoir que eulx mesmes
-sçavoient bien que vous aviez vers elle, et duquel vous estiez
-infinyement pressé par ses parans et par ses bons subjectz, et
-encores par d'aultres princes et estatz; dont c'estoit à la Royne
-d'Angleterre de monstrer, à ceste heure, si elle vouloit avoyr aultant
-d'esgard à ce qui est de vostre réputation en cest endroict, comme
-vous proposiez de maintenir doresenavant ce qui seroit à jamais de
-l'honneur et dignité d'elle en toutes les partz de la Chrestienté. Et
-Mr Du Croc a envoyé faire semblables bons offices, de sa part, vers
-milord de Burgley, lequel nous a mandé beaucoup de diverses choses du
-malcontantement de sa Mestresse, mais enfin il nous a asseuré
-qu'aussytost que les nouvelles que, d'heure à aultre, ilz attandoient
-d'Escoce, seroient arrivées, et que les seigneurs de ce conseil
-auroient advisé avec le dict Sr Du Croc de la manyère qu'il fault
-procéder par dellà, que la dicte Dame luy bailleroit son passeport
-pour s'acheminer.
-
-J'entendz, Sire, que, en Irlande, les saulvages ont heu du pire, et
-que les Angloys les ont batus en ung rencontre, où la principalle
-deffaicte est tumbée sur les Escouçoys qui les estoient venus
-secourir. Au regard des différendz des Pays Bas, les Srs de Sueneguen
-et de Fiesque estantz, dimenche dernier, venus ouyr la messe et
-prendre leur diner, en mon logis, m'ont dict que l'on estoit
-maintenant à regarder sur le faict des deniers, mais qu'ilz n'avoient
-poinct d'espérance qu'on en peût sortir que _à l'angloyse_; et n'ont
-pas passé plus avant. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIIe jour de mars 1572.
-
-
-
-
-CCXLIe DÉPESCHE
-
---du XVIIIe jour de mars 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par mon secrettaire Joz._)
-
- Rupture du traité préparé en Écosse par Élisabeth.--Plaintes
- contre les secours arrivés de France en Écosse.--Saisie des
- papiers de lord Seton.--Mission de Mr Du Croc.--Discussion
- entre les seigneurs du conseil Mr Du Croc et
- l'ambassadeur.--Déclaration du conseil que le passeport pour
- l'Écosse ne peut pas être accordé à Mr Du Croc, et que la reine
- préfère avoir la guerre avec la France et l'Espagne que de
- rendre la liberté à Marie Stuart.--Retour de
- Quillegrey.--Changement que produit son rapport dans les
- délibérations du conseil.--_Lettre secrète à la reine-mère_.
- Négociation du mariage du duc d'Alençon entre l'ambassadeur,
- Quillegrey, Burleigh et Leicester.--_Mémoire général_, Affaires
- d'Écosse.--Nécessité de procéder sur-le-champ en France à un
- traité avec l'Angleterre pour la pacification de
- l'Écosse.--Conditions sur lesquelles ce traité doit être
- établi.--Négociation des Pays-Bas.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, ainsy que Mr Du Croc et moy nous attendions qu'il deût avoir son
-passeport, selon que la Royne d'Angleterre nous avoit faict espérer
-qu'aussytost qu'elle auroit receu des nouvelles d'Escoce elle le luy
-bailleroit, et milord de Burgley le nous avoit ainsy confirmé et
-promis, elle nous a faict appeller, samedy dernier, en son conseil,
-où, par les comte de Sussex, l'admiral Clinthon, milord Chamberland et
-le dict de Burgley, elle nous a faict dire que le mareschal Drury et
-mestre Randol, au lieu de luy escripre des nouvelles de dellà, ilz
-estoient eulx mesmes venus luy signiffier comme, par leur dilligence,
-ayant les Escoçoys esté conduictz bien avant en ung bon accord, et les
-condicions menées si près de la conclusion qu'il n'y restoit plus que
-d'en passer et signer les articles, sellon que ceulx des deux partys
-en avoient souvant donné la parolle et leur promesse par escript à la
-dicte Dame, milord de Sethon estoit lors arrivé, lequel avoit
-incontinent faict changer de volonté à ceulx de Lislebourg, et leur
-avoit tant faict rehaulser leurs demandes que les dicts Drury et
-Randol avoient esté contreinctz de les laysser là en leur trouble, et
-de s'en retourner; dont aussytost qu'ilz avoient esté icy, la dicte
-Dame avoit faict mettre la matière en dellibération de conseil devant
-elle, auquel ayant esté considéré qu'il n'y avoit pas longtemps que le
-dict de Sethon estoit party de France, et que luy, du costé de
-Flandres, avec l'assistance du duc d'Alve, et milord de Flemy, du
-costé de Bretaigne, avec l'assistance, non de Vostre Majesté, car
-s'assuroient de la parolle que leur aviez donnée, mais avec celle de
-quelques aultres qui ont beaucoup d'authorité en vostre royaulme,
-passoient en ung mesmes temps en Escoce, et le dict Flemy y menoit,
-contre vostre deffence, ung bon nombre de soldatz en habits de
-mariniers, ainsy que leurs marchandz qui venoient de Bretaigne les en
-assuroient; considéré aussy que, par des lettres et des alfabetz,
-chiffres, mémoires, et encores par d'aultres choses d'importance, qui
-avoient esté surprinses dans le vaysseau du dict de Sethon, lequel,
-par temps contraire, avoit abordé en Suffolc, et luy s'estoit
-conduict, en marchand, jusques à Lislebourg, il se découvroit des
-menées qui monstroient clèrement que l'entreprinse n'alloit plus à
-remettre la Royne d'Escoce en sa couronne, mais à l'establir royne en
-ces deux royaulmes, et priver leur vraye royne et de vye et d'estat;
-sellon que le dict duc avoit desjà advancé dix mil escus contantz au
-dict de Sethon, et aultres dix mille à leurs rebelles, et avoit avec
-eulx, tant sur les lettres de la dicte Royne d'Escoce que avec icelluy
-de Sethon, comme ambassadeur d'elle, capitulé de l'exécution de la
-dicte entreprinse et de réduire toute ceste isle à la religion
-catholicque, ensemble d'avoir le Prince d'Escoce entre ses mains, et
-de soubmettre ces deux couronnes à la protection de celle d'Espaigne,
-en quoy l'armée qui est ordonnée pour le passage du duc de Medina
-Celli y debvoit estre employée; la dicte Dame avoit résolu, en son
-dict conseil, de ne passer plus oultre en rien qui fût de l'Escoce
-qu'elle ne vous heût informé, Sire, de tout ce dessus, et encores de
-quelque aultre particullarité qui espéciallement concernoit Vostre
-Majesté, tout ainsy que naguyères vous l'en aviez faict advertyr d'ung
-aultre, qui concernoit sa propre personne, de sorte qu'elle espéroit
-que vous demeureriés très bien satisfaict d'elle; et qu'elle layssoit
-au choys de Mr Du Croc ou de vous aller cependant retrouver, ou bien
-d'attendre icy vostre responce, et qu'ilz ne vouloient dissimuler que
-ce, que le dict Sr Du Croc avoit demandé, de voyr en passant la Royne
-d'Escoce, et l'instance, qu'ilz voyoient que Vostre Majesté faysoit,
-de la mettre en liberté, ne leur heût engendré quelque souspeçon; dont
-nous prioient ne trouver mauvais si, en ung cas si important comme
-cestuy cy, où il alloit de la vye de leur princesse, de la
-conservation de l'estat, et de garder la subversion de leur pays, ilz
-vouloient, estant conseillers, y procéder avec grande caution.
-
-Mr Du Croc, ainsy prudemment comme est sa coustume, et avec une
-protestation, qu'il a confirmée par sèrement, de la sincérité de
-vostre bonne intention sur toutes les particullarités de sa
-commission, et qu'il n'y avoit rien de plus que ce qu'il avoit dict à
-la Royne, leur Mestresse, leur a remonstré qu'ilz ne debvoient prendre
-aulcune deffiance de son voyage, et moins le retarder; et qu'il les
-prioit, suivant ce qui en avoit esté convenu avec leurs ambassadeurs,
-qu'ilz le luy voulussent laysser acomplir. De ma part aussy, je ne
-pense avoir rien obmis, Sire, de ce qui a peu assurer iceulx seigneurs
-de tous les doubtes qu'ilz ont en leur esprit, et de leur monstrer par
-les mesmes accidens, qu'ilz nous allèguent, que ce voyage est non
-seulement fort expédiant pour l'Escoce, mais encores très nécessaire
-pour la France et pour l'Angleterre.
-
-Tant y a qu'après qu'ilz nous ont heu, de rechef, amplement remonstré
-les grandz dangers et les périls qui leur estoient trop imminentz par
-le pourchas de la Royne d'Escoce, et que, lorsqu'ilz avoient pensé
-qu'elle s'en deût abstenir, c'estoit lorsqu'elle les en pressoit
-davantaige, ilz ne pouvoient conseiller nullement leur Mestresse
-qu'elle changeât, pour ceste fois, d'opinion; et nous vouloient bien
-dire librement qu'encor qu'ilz eussent toutjour loué à la dicte Dame
-de maintenir la paix avec tous les aultres princes, ses voysins, ilz
-luy conseilloient néantmoins de prendre plustost la guerre avec Vostre
-Majesté et avec le Roy d'Espaigne, tout ensemble, que de mettre la
-Royne d'Escoce en liberté.
-
-Sur laquelle, leur tant opiniastre dellibération, Mr Du Croc et moy
-avons advisé de vous dépescher en dilligence ce mien secrettaire,
-affin que sçachés encores mieulx par luy les particullarités de ce
-dessus, et encores d'aultres que je luy ay données en charge, et que,
-par semblable dilligence, de luy mesmes, il vous playse nous faire
-entendre promptement vostre intention. Sur ce, etc.
-
- Ce XVIIIe jour de mars 1572.
-
-
-_Par postille à la lettre précédente._
-
- Comme je voulois fermer la présente, milord de Burgley m'a mandé
- que sa Mestresse et ceulx de son conseil avoient mieulx considéré
- noz raysons, et qu'après que vous auriés entendues les leurs, la
- dicte Dame dellibéroit de se remettre de cest affaire d'Escoce,
- en tout et par tout, à ce que vous vouldriés; et, là dessus, le
- Sr de Quillegrey est arrivé, lequel, à ce que j'entendz, a faict
- ung fort honnorable rapport, en toutes choses, de Vostre Majesté,
- de la Royne, vostre mère, et de tout ce qui est de vostre
- couronne, et a grandement loué la sincérité de voz intentions, et
- celle de voz actions, vers sa Mestresse et vers son royaulme,
- ensemble vostre libéralité vers luy, et vostre faveur et bon
- trectement vers les aultres ambassadeurs d'elle. Et luy mesmes
- nous est venu visiter, nous monstrer le présent, et nous donner
- espérance que Mr Du Croc obtiendroit sa permission de passer. Sur
- laquelle aparance de modération le dict Sr Du Croc a demandé à
- parler aux seigneurs de ce conseil, auxquelz il n'a rien obmis de
- ce qui les pouvoit induyre pour luy laysser continuer son voyage,
- mais enfin ilz luy ont dict que, s'il ne monstroit que par son
- pouvoir fût expressément porté de procurer l'accord des Escoçoys
- à la conservation de la Royne d'Angleterre et repos de son
- royaulme, chose qu'ilz estimoient ne pouvoir estre, sinon que
- tout le pays fût réduict à l'obéyssance du jeune Roy, qu'ilz
- persévéroient de vouloir faire entendre leurs raysons à Vostre
- Majesté, premier que de luy octroyer son passeport. Et m'a,
- d'abondant, le dict de Burgley mandé que sa dicte Mestresse
- estoit preste de respondre à ses ambassadeurs sur ce peu qui
- restoit encores de différand au trecté, sans m'expéciffier que
- c'estoit, et qu'elle seroit bien ayse de sçavoir si j'avois à luy
- en faire entendre quelque chose. Je luy ay respondu que
- j'atandois, d'heure en heure, quelque dépesche de Vostre Majesté,
- et qu'incontinent que je l'aurois receue, je l'yrois
- trouver.--Escript le XXe de mars 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, aux précédents inconvénients, qui sont survenus à la Royne
-d'Escoce, cestuy cy, à ceste heure, ne luy est succédé petit, que
-milord de Sethon, voulant repasser de Flandres en Escoce, ayt esté
-jetté par tourmante en la coste de Suffolc, où, ayant prins le hazard
-de descendre et de se conduyre par terre en habit déguysé jusques à
-Lislebourg, il a pensé que son vaysseau, au premier bon vent, pourroit
-bien faire voyle, et se conduyre aussi à Abredin, ou en quelque aultre
-port de dellà; dont a layssé dedans ung sien page, avec ses papiers et
-chiffres, qui, bientost après, ont esté saysis par les officiers du
-lieu, qui sont allés recognoistre le dict vaysseau; lesquelz ont aussy
-arresté les hommes, les monitions, les armes et aultres provisions,
-qui y estoient, et ont apporté les dicts papiers en ceste cour, par
-lesquelz semble que les affères de ceste pouvre princesse et sa
-personne soient réduictz en plus grand danger que jamais. Dont, sur ce
-que la Royne d'Angleterre escript maintenant à ses ambassadeurs de
-remonstrer à Voz Majestez Très Chrestiennes, il est bien besoing,
-Madame, qu'il vous playse leur y faire des responces si mesurées que,
-n'aprouvant rien de ces menées de Flandres et mesmes de n'en estre
-moins offancés que la Royne d'Angleterre, vous ne monstriés pourtant
-de pouvoir trouver bon qu'on se preigne icy à la personne de la dicte
-Royne d'Escoce, ny qu'on dresse armée pour courre sus à ceulx de
-Lislebourg; et incister que le Roy, comme allyé principal de ceste
-princesse et des siens, doibve toujour estre appellé en tout ce qui
-s'entreprandra de ce costé là; et remonstrer que le voyage de Mr Du
-Croc, avec ung aultre depputé de la Royne d'Angleterre, est plus
-nécessaire que jamais, par dellà, tant pour interrompre ces praticques
-de Flandres que pour establir ung bon accord entre les Escouçoys;
-lesquelz ne fauldront d'y condescendre, de tous les deux partys, s'ilz
-voyent que le Roy y concourre. Le dict Sr Du Croc attendra icy ce
-qu'il plerra à Voz Majestez luy en mander par ce mien secrettère, qui
-s'en retournera en dilligence; et si, d'avanture, Madame, il faut
-qu'il repasse dellà pour prendre le chemin de la mer, il estime qu'il
-sera très oportun qu'il face une course devers Voz Majestez pour
-prendre nouvelles et plus certaines instructions sur tout ce qu'il
-aura à faire pour ces nouveaulx cas survenus; en quoy n'interviendra
-guyères que le retardement d'ung quinze jours. Sur ce, etc. Ce XVIIIe
-jour de mars 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, depuis bien peu d'heures, le Sr de Quillegrey m'est venu
-trouver; lequel m'a dict que la Royne, sa Mestresse, reste
-merveilleusement bien satisfaicte et infiniement contante dans son
-cueur des honnorables propos qu'il a heu à luy tenir de la part de Voz
-Majestez Très Chrestiennes; et qu'encor qu'à ce premier coup, il ne
-luy ayt ouvertement, ny en termes exprès parlé du faict de Monseigneur
-le Duc, il pense néantmoins avoir si bien disposé la matière, qu'il
-ozera bien, la segonde foys qu'il parlera à elle, la luy proposer fort
-franchement; et s'esforcera de vous bien servir en cest endroict avec
-la sincérité qu'il vous a promise, et de me raporter, jour par jour,
-tout ce qui y succèdera à la vraye vérité, affin que je la vous puisse
-ordinairement mander; se sentant si abstreinct à ce debvoir, non
-seulement par l'obligation des faveurs et libéralités qu'il a receues
-bien grandes de Voz Majestez, mais encores pour le bien de la Royne,
-sa Mestresse, et de cest aultre encores pour une particullière
-affection qu'il a à la France, qu'il n'espargnera sa propre vye pour
-l'advancement du propos, et s'oposera, aultant qu'il luy sera
-possible, à ceulx qui sont cognus et remarqués icy pour Hespagnols,
-qui se préparent desjà de l'interrompre.
-
-Je luy ay très grandement gratiffié ceste sienne bonne et vertueuse
-volonté, avec assurance qu'elle luy sera très abondantment recognue,
-et l'ay prié de se vouloir monstrer si dilligent et discret à l'effect
-que la chose ne puisse aller ny en longueur ny à la cognoissance de
-beaucoup de gens, jusques à ce qu'elle soit plus advancée. Despuis,
-j'ay envoyé devers milord de Burgley luy demander si, sur la venue de
-son beau frère, j'avois à faire entendre quelque chose à Vostre
-Majesté touchant ce qui estoit entre luy et moy; à quoi il m'a mandé
-qu'il failloit tirer ceste responce d'ung grand oracle, dont estoit
-besoing d'en parler au mesmes Apollo, et qu'il y falloit ung peu de
-temps. Le comte de Lestre, à qui le dict Sr de Quillegrey a communiqué
-le tout, et luy en avoit auparavant escript de Bloys, en hors, m'a
-envoyé signiffier aulcunes choses en général de sa singullière et très
-dévote affection vers Vos Très Chrestiennes Majestez et comme il est
-tout résolu de faire le voyage vers elles, me priant que j'en vueille
-continuer le propos à la Royne, sa Mestresse, la première foys que je
-l'yray trouver, en la bonne sorte que je l'ay desjà commancé.
-
-J'espère, Madame, que, par mes premières, je vous pourray mander
-quelque chose de plus de fondement en cecy, sellon que je mettray
-aultant de dilligence, qu'il me sera possible, que n'en demeuriés
-longtemps en suspendz. Et sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de mars 1572.
-
-
-OULTRE LE CONTENU DES LETTRES, Joz aura à dire à Leurs Majestez:
-
- Que considéré les véhémentz propos, que ceulx de ce conseil ont
- tenu sur les lettres, mémoires et chiffres, qui ont nouvellement
- esté surprinses dans le navyre de milord de Sethon, et le regrect
- qu'on voit qu'ilz ont de n'avoir peu composer à leur mode les
- choses d'Escoce, il est très aparant qu'ilz se vuellent résouldre
- de favoriser et fortiffier ceulx du Petit Lith, et opprimer,
- autant qu'ilz pourront, ceulx de Lislebourg; lesquelz estantz à
- la protection du Roy, il ne peut estre à l'honneur de Sa Majesté
- de les habandonner, dont est danger qu'il ne s'en ensuive troys
- inconvéniantz tout à la foys: l'ung, de la continuation des
- troubles en Escoce, plus que jamais; l'aultre, d'une malle
- intelligence entre la France et l'Angleterre; et le tiers, d'ung
- grand péril pour la personne de la Royne d'Escoce; et, possible,
- un quatriesme, de s'embrouiller avecques le Roy d'Espaigne.
-
- Pour à quoy obvier semble qu'il sera bon que le Roy, incontinant
- qu'il aura receu les présentes, face tretter à plein fons avec
- les ambassadeurs d'Angleterre de tout le faict d'Escoce, et leur
- incister que Mr Du Croc puisse parachever son voyage au dict
- pays, continuant son chemin par ce royaulme, sans faire ce tort
- au Roy de le contreindre de s'en retourner, et d'aller prendre
- son passage par ailleurs;
-
- Et que mesmes, entre messieurs les depputez du Roy et les dicts
- ambassadeurs, soit convenu de la forme d'accord qu'ilz estimeront
- estre meilleur entre les Escoçoys; dont semble que celle là
- grèvera moins à iceulx Escoçoys et sera moins contradicte des
- Anglois, en laquelle sera ordonné, tant d'ung costé que d'aultre,
- ung certein nombre esgal de la noblesse au gouvernement du pays
- pour administrer toutes choses de l'estat, attandant le retour de
- leur Royne ou la majorité de son filz, sans faire mencion que ce
- fût ny soubz l'authorité d'elle, ny soubz l'authorité de luy, et
- mesmes ne nommer ny l'ung ny l'aultre, s'il est besoing; et
- qu'ung chacun soit remis en ses biens, honneurs et estatz, et les
- armes posées partout; et que, par ung commun consentement du Roy
- et de la Royne d'Angleterre, le dict Sr Du Croc, avec ung aultre,
- de la part d'elle, soyent envoyés sur les lieux pour notiffier le
- dict accord aux deux partys, et les contreindre de l'accepter,
- comprenant, par ce moyen, les ungs et les aultres avecques
- l'estat dans le trecté, avec expécialle confirmation aussi de
- l'allience de France.
-
- Et par mesme moyen soit capitulé, avec les dicts ambassadeurs
- d'Angleterre, qu'attandant que les deux Roynes se puissent
- accorder de leurs différendz, il soit pourveu à celle d'Escoce de
- quelque plus gracieux trectement et plus ample liberté qu'elle
- n'a de présent, et de luy rendre ses serviteurs, et luy permettre
- ung ambassadeur en ceste cour pour solliciter ses affères, le
- tout à ses despens; en ce toutesfois qu'elle promettra de ne s'en
- aller de ce royaulme sans congé, ny d'innover rien en icelluy au
- préjudice de sa cousine, et de bailler, s'il est besoing,
- ostaiges et bonnes cautions de cella; et que ces choses soient
- accordées hors du traicté, si ne peuvent estre comprinses dans le
- traicté.
-
- Je suis bien seurement adverty que, à l'occasion des papiers
- qu'on a surprins au Sr de Sethon, et de ce qu'on a raporté icy
- que milord de Flemy embarque des soldatz à St Malo, en habits de
- mariniers, et aussi entandant l'apprest de Mr de La Garde, l'on a
- ordonné en ce conseil d'armer promptement ung bon nombre de
- navires; et que, du premier jour, l'on en mettra troys des plus
- grandz dehors: en quoy, j'ay desjà envoyé sur les lieux
- recognoistre tout ce qui s'y fera, et, jour par jour, j'en donray
- adviz à Leurs Majestez.
-
- Et cepandant, ayant soubz mein donné entendre, que l'apprest de
- Mr de La Garde n'estoit aulcunement contre chose qui appartînt à
- ce royaulme, ains plustost pour aller faire une descouverte en
- terres neufves; ung gentilhomme de bonne qualité, anglois, m'est
- venu remonstrer que, s'estant desjà proposé, avec le congé de sa
- Mestresse, de servir, à ses despens, le Roy en la première guerre
- qu'il aura contre quelque aultre prince que ce soyt, avec trente
- navyres, desquelz les vingt seront bons pour le combat, et les
- dix aultres fort propres pour courre la mer, avec moyen de mettre
- en terre deux mille hommes de guerre qu'il mènera, oultre le
- nombre ordinayre qu'il fault à la garde et conduicte de ses
- navyres, qu'il desireroit bien, à ceste heure, attandant le
- temps, d'accompaigner avec ung bon équipage de mer le dict Sr de
- La Garde et suyvre et obéyr à l'admiral de la flote, soubz les
- enseignes de France, en luy faisant part des gains de la mer
- comme à ung des aultres qui le suyvront; me priant fort
- instamment d'en vouloyr escripre au Roy, et luy en faire avoir
- promptement la responce.
-
- Encor que, d'ung costé, la Royne d'Angleterre monstre d'estre
- fort offancée contre le duc d'Alve, elle ne laysse pourtant
- d'entendre, d'aultre part, aulx partis et expédians qu'il luy
- faict offrir pour accommoder les différendz des deniers, après
- celluy des marchandises; et, de faict, le Sr Acerbo Velutelly,
- en lieu du Sr Fiesque, lequel n'est plus agréable icy, en mène
- maintenant la praticque, et y a desjà procédé par plusieurs jours
- avec le comte de Lestre et milord de Burgley, au nom seulement
- des particulliers; mais je sçay que ce n'est sans en avoir charge
- et lettre expresse du dict duc d'Alve; et croy qu'on n'est, à
- présent, guyères loing d'accord; mais j'estime que c'est en
- layssant encores, pour quelque temps, les dicts deniers ez meins
- de ceste princesse, avec assurance du payement du principal, et
- encores de quelques petitz intérestz, au cas qu'elle les retienne
- plus longtemps qu'il ne sera convenu; ce que je mettray peyne
- d'entendre plus en particullier. Et cepandant, quant aus dictes
- marchandises, l'on procède toutjour de les vendre, ainsy que
- porte la proclamation, et a l'on pensé d'uzer encores de plus
- grande rigueur vers les subjectz du Roy d'Espaigne, si ceste
- vente ne suffit pour rembourcer les Angloys.
-
- Le marquis de Vuinchester, grand trézorier d'Angleterre, est
- décédé despuys six jours, et le comte de Sussex et milord de
- Burgley sont, à ceste heure, les deux compéditeurs qui aspirent à
- l'estat.
-
- Discourra à Leurs Majestez ce qui a succédé des affères du duc de
- Norfolc; la clémence dont la Royne d'Angleterre a uzé, par deux
- foys, sur le mandement de son exécution; les différendz qui se
- sont sussités en cour entre les principaulx seigneurs et entre
- les dames à cause de cella; comme l'on a apposté des prescheurs
- pour inciter la Royne et le conseil contre luy; et en quoy en
- sont à présent les choses.
-
- De trois petites particullarités, du dict duc, de Morguen et de
- Maden.
-
-
-
-
-CCXLIIe DÉPESCHE
-
---du XXVe jour de mars 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voie du Sr Acerbo._)
-
- Maladie subite et rétablissement de la reine d'Angleterre.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, sur l'heure que j'ay receu vostre dépesche du IIIIe, VIIIe et Xe
-de ce moys, par Nicolas le chevaulcheur, la mienne, que j'ay envoyée
-à Vostre Majesté par mon secrettère, estoit desjà si achevée, et luy
-si prest de partir, que j'ay estimé ne debvoir retarder l'une pour
-l'arrivée de l'aultre, espérant que, le jour ensuyvant, j'aurois
-audience, et que bientost je vous pourrois encores renvoyer le dict
-Nicollas; mais, la nuict d'après, il a prins ung si grand mal et une
-si grande torcion d'estomac à la Royne d'Angleterre, à cause, comme on
-dict, qu'elle avoit mangé du poisson, qu'il m'a fallu avoir pacience,
-et a esté la douleur si griefve et si véhémente que toute ceste cour
-s'en est trouvé en grand estonnement; et le dict comte de Lestre et
-milord de Burgley ont veillé, troys nuictz entières, près de son lict,
-mais, à ceste heure, ilz me viennent de mander que, grâces à Dieu, le
-mal luy est beaucoup dimynué, et qu'ilz espèrent que, dans peu de
-jours, elle se portera mieulx, et qu'ilz me manderont quand je pourray
-parler à elle. Cella sera cause, Sire, que je n'auray le moyen, si
-tost que le desiriez, de vous mander la responce des poinctz qui sont
-contenuz en vostre et dernière dépesche. Néantmoins je incisteray de
-l'avoir, et qu'il ne m'y soit uzé de remise, lorsque je verray que,
-honnestement et avec rayson, j'en pourray presser la dicte Dame. Et
-sur ce, etc.
-
- Ce XXVe jour de mars 1572.
-
-
- Encores tout maintenant, un des clercs de ce conseil me vient de
- dire, de la part de milord de Burgley, que la Royne, sa
- Mestresse, desire que je la voye demein; mais que ce soit sans
- toucher aulcune négociation d'affères.
-
-
-
-
-CCXLIIIe DÉPESCHE
-
---du XXXe jour de mars 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Françoys Biscop._)
-
- Détails donnés par Élisabeth à l'ambassadeur sur sa
- maladie.--Discussion du traité d'alliance entre l'ambassadeur
- et une commission prise dans le conseil.--Projet du duc d'Albe
- d'envoyer des troupes en Écosse--Négociation des Anglais avec
- les Espagnols.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, aussytost que la Royne d'Angleterre, avec le congé de ses
-mèdecins, a peu sortir jusques en sa chambre privée, elle m'a permis,
-premier qu'à nulz seigneurs ny dames de sa court, sinon à ceulx qui la
-servoient en son mesmes lict, de la pouvoir voyr; et m'a compté la
-douleur extrême, laquelle, l'espace de cinq jours, luy avoit si fort
-serré l'allayne, et luy avoit tenu le cueur si pressé, qu'elle en
-avoit bien pensé mourir, et que desjà aulcuns jugeoient qu'il en fût
-autant faict; mais que Dieu ne l'avoit trouvée en assez bon estat pour
-la réputer digne d'aller encores à luy; et qu'elle croyoit que ceste
-douleur ne luy estoit provenue d'avoyr mangé du poisson, ainsy
-qu'aulcuns disoient, car elle en mangeoit assez souvant, mais plustost
-pour s'estre, despuis troys ou quatre ans, trouvée si bien qu'elle
-avoit mesprisé tout l'ordre, que ses mèdecins avoient auparavant
-accoustumé d'uzer vers elle, de la purger et luy tirer ung peu de
-sang, de temps en temps; néantmoins que ce mal, grâces à Dieu, estoit
-maintenant tout passé, et ne luy restoit plus qu'ung peu d'altération
-et ung bien peu de chaleur; me remercyant infiniement du soing que
-j'avois heu de sa santé, qui luy estoit une signiffication que Vostre
-Majesté luy vouloit beaucoup de bien et qu'elle vous pouvoit avoyr
-toute confience.
-
-Je luy ay rendu ung des plus grandz mercys que j'ay peu pour ceste
-singullière faveur, qu'elle m'avoit faicte de la pouvoir si tost voyr,
-après sa maladye; et l'ay assurée, Sire, que vous prendriés pour ung
-très évident signe de sa bonne et inthime amityé vers vous, qu'elle
-m'eust donné ce privé moyen de pouvoir, par certaine science et de
-veue, vous tesmoigner sa parfaicte guarison. Et, après l'avoir ung peu
-entretenue là dessus, et luy avoir faict, de vostre part, la
-conjouyssance de la groysse de la Royne, de quoy elle s'est
-merveilleusement resjouye, et en a rendu de bon cueur grâces à Dieu,
-elle m'a faict quelques excuses du retardement de la conférance que
-nous avions à faire ensemble sur les choses du traicté, mais, parce
-qu'elle n'estoit encores assez forte pour travailler en négociation
-d'affères, elle avoit appoincté cinq de son conseil pour s'en
-assembler avecques moy.
-
-Dont, tout sur l'heure, Sire, au partyr d'elle, je suys entré en
-communicquation avec eulx sur les deux poinctz que m'avez mandé:
-premièrement, du mot de _religion_, que, parce qu'il ne pouvoit estre
-exprimé dans l'article de la ligue, Vostre Majesté mettoit en avant
-d'y estre satisfaict par lettres particullières, escriptes et signées
-de voz meins; secondement; du faict de la Royne et royaulme d'Escoce,
-que, ne pouvant estre obmis, avec vostre dignité, qu'il n'en fût
-faicte mencion dans le traicté, vous desiriés y en estre inséré ung
-article, en la forme que je le leur exibois par escript.
-
-Eulx, de leur part, Sire, ont desduict troys aultres poinctz, dont
-l'ung est touchant ce que messieurs voz depputés avoient retranché le
-trente quatriesme article dans leur minute du traicté, et ilz desirent
-qu'il y demeure; le segond que, excédant Vostre Majesté de force et de
-moyens la Royne, leur Mestresse, il estoit raysonnable que vous
-l'excédissiés aussy à luy offrir ung secours, qui fût plus grand que
-celluy que vous requériés d'elle; et le troysiesme, qu'il vous pleût
-faire émologuer par voz parlemens les choses qui seroient accordées
-pour le commerce.
-
-Mais, après que je leur ay heu admené, sur les deux premiers poinctz,
-toutes les bonnes et vifves raysons qui sont contenues dans voz
-lettres, et respondu gracieusement à leurs aultres troys ce que j'ay
-estimé estre bien à propos, toute la difficulté est restée sur le
-faict d'Escoce; lequel leur vient toutjour fort à contre cueur: et
-mesmes qu'ilz ont assuré que, sellon les rapportz que, despuys bien
-peu de jours, ilz avoient receu d'Escoce, et aultres, le jour
-précédant, du costé de Flandres, il estoit tout certein que milord de
-Sethon et deux aultres Escouçoys, au nom et comme ambassadeurs de leur
-Mestresse, avoient capitulé avec le duc d'Alve de la descente des
-Hespaignols et Bourgignons en Escoce, et de leur livrer deux fortz et
-places qu'ilz fortiffieroient pour leur retraicte, ensemble de leur
-fournir vivres et chevaulx de charroy, et bagaige, quand ilz
-marcheroient, et de faire tout ce qu'ilz pourroient pour mettre le
-Prince entre les mains du dict duc; ce qu'ilz vous feroient aparoir
-encores plus clèrement par leur ambassadeur.
-
-Ce nonobstant, Sire, j'ay incisté, par la mesme occasion qu'ilz
-disoient, estre expédiant qu'ung article bien exprès en fût mis dans
-le traicté, et que le voyage de Mr Du Croc, avec ung de leurs
-depputés, en fût d'aultant accéléré. Sur quoy ilz ont prins terme
-d'en conférer avec leur Mestresse, et que, puis après, ilz m'y
-respondroient; et croy, Sire, que je ne pourray pas beaucoup obtenir
-pour ce regard, tant y a que je y incisteray bien fort. Mais cepandant
-milord de Burgley, sans lequel toutes choses demeurent accrochées, est
-tombé si malade de la goute qu'il n'est possible qu'il puisse vacquer
-à rien; dont, affin que Vostre Majesté n'en soyt en peyne, j'ay
-anticipé ceste dépesche, et j'espère que, dans ung jour ou deux, je
-vous en envoyeray une plus complète par le chevaulcheur.
-
-Cependant il se prépare icy plus grand nombre de navires qu'on n'avoit
-ordonné du commencement, et quelque nombre de gens de guerre; et se
-continue la praticque de l'accord touchant les deniers d'Espaigne, et
-encores touchant la vente des laynes, avec les depputés, que je vous
-ay cy devant mandé, lesquelz ne s'en meslent sans expresse commission
-du dict duc d'Alve. Et ont encores aulcuns de ce conseil, despuys six
-jours, faict venir ung Hespagnol devers eulx, lequel leur estoit
-auparavant très odieux, et ilz luy ont maintenant, coup sur coup,
-baillé deux passeportz pour envoyer homme exprès devers le duc d'Alve.
-Je prendray garde que c'est. Et sur ce, etc. Ce XXXe jour de mars
-1572.
-
-
-
-
-CCXLIVe DÉPESCHE
-
---du IIIe jour d'apvril 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par Nicolas le chevaulcheur._)
-
- Conférence sur la négociation du traité.--Discussion des articles
- concernant la religion, l'alliance d'Écosse, le subside et le
- commerce.--Incertitude sur la désignation de l'ambassadeur qui
- doit être choisi pour la ratification de l'alliance.--Armemens
- faits en Angleterre afin d'empêcher les Espagnols de débarquer
- en Écosse.--Crainte que ces armemens ne soient eux-mêmes
- dirigés contre l'Écosse.--Espoir que Leicester sera désigné
- pour passer en France.--Persistance d'Élisabeth dans l'alliance
- avec le roi.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, en la segonde et troysiesme conférance, que j'ay heues, avec les
-Seigneurs de ce conseil, sur les poinctz du traicté, les choses ont
-esté, de rechef, fort débatues; et, encor que ce ayt esté, du
-commencement, avecques doulceur, il y est, peu à peu, intervenu de la
-véhémence, et puis de la contention, car les partisans contraires
-n'ont sceu colorer de si bonne aparance de rayson leurs opositions,
-qu'ilz n'ayent monstré qu'ilz les faysoient en intention de tout
-rompre; et je n'ay voulu laysser aller ung seul de tous les poinctz de
-vostre réputation aux simulés argumentz qu'ilz ont allégué de la
-seureté de leur Mestresse, si bien qu'ilz ont esté constreinctz de
-retourner enfin à quelque modération.
-
-Dont voycy, Sire, en quoy ce conseil persiste maintenant: que,
-touchant le premier des deux poinctz que m'avez mandés, si Vostre
-Majesté demeure ferme de ne vouloir que celluy de la religion soit
-aulcunement inséré dans le traicté, il vous playse trouver bon d'en
-faire expédier ung acte, à part, par lettres de vostre grand sceau,
-aux propres termes de l'escript que leur en avez desjà faict
-communicquer, et que la Royne, leur Mestresse, fera le semblable,
-atandu que, toutes les foys qu'il a esté question de l'interprétation
-d'ung traicté, l'on en a toutjour faict ung segond, aussy solennel que
-le premier, et y a l'on aposé les grandz sceaulx des princes; et si,
-en ceste cy, qui leur est très importante, ilz ne pouvoient avoyr ung
-nouveau traicté, qu'à tout le moins ilz ayent vostre sceau, et vous
-celluy de ce royaulme, affin que toutes les solennités n'y
-deffaillent, non pour en uzer sinon privéement entre Voz Majestez, ce
-qu'ilz estiment que se pourra faire aussy secrettement que par lettres
-de voz meins, atandu que Mr le présidant de Birague, duquel ilz ont
-heu fort bonne relacion par leurz ambassadeurs, et qui est ung de voz
-depputés, en pourra luy mesmes fayre la dépesche.
-
-Quand au segond poinct, il ne se peut faire que la Royne, leur
-Mestresse, par aulcunes raysons puisse estre persuadée, ny eux le luy
-vueillent conseiller, que la Royne d'Escoce soit insérée en ung mesme
-traicté avec elle, ny qu'elle soit, en façon du monde, nommée en
-cestuy cy; et encores, touchant la couronne et estat du pays, ilz
-desireroient qu'on se déportât d'en parler, toutesfois si Vostre
-Majesté ne veult que cella passe soubz silence, que aulmoins le
-premier des articles, que je leur ay baillés pour remplir le blanc,
-soit rejetté, et que le segond, le troysiesme et quatriesme y soient
-insérés, seulement pour vous complayre, en la manière que milord de
-Burgley les a réformés, ou aultrement leur résolution est qu'ilz
-demeurent du tout ostés; que d'aultant que le XXXIIIIe article est
-général, et concerne aultant voz alliés que ceulx de leur Mestresse,
-et peut oster beaucoup de souspeçon aulx aultres princes, ilz
-heussent desiré qu'il fût demeuré inséré dans le traicté; et mesmes
-ont artificieusement proposé que, puisque vous aviez tant à cueur d'y
-mencionner l'Escoce et les Escouçoys, qu'il estoit rayson qu'ilz y
-mencionassent le Roy d'Espaigne et ses pays.
-
-A quoy je leur ay respondu qu'il y avoit très grand raison, et pour
-nous et pour eulx, de nommer l'Escoce en particullier, et laysser les
-aultres en général; toutesfoys je ne voyois pas qu'il y heût grand
-inconvéniant que chacun peût nommer ses alliés, dont Vostre Majesté
-nommeroit le Pape, l'Empereur, le mesme Roy d'Espaigne, les Suisses et
-aultres, s'ilz le trouvoient bon, et qu'ilz nommassent ceulx qu'ilz
-voudroient; qui a esté cause qu'ilz ont remis cella à l'arbitre de
-Vostre Majesté, quand ilz ont ouy nommer le Pape.
-
-Au regard de ce qu'ilz m'avoient dict, que Vostre Majesté debvoit
-offrir plus grand secours à leur Mestresse que celluy qu'avez à
-espérer d'elle, ilz n'y ont incisté; mais ouy bien à la forme du
-payement du dict secours, qu'ilz desirent que chacun des deux princes
-le face sellon le rolle et payes de ses propres gens de guerre, de
-façon que Vostre Majesté payeroit les Angloys ainsy que françoys, et
-leur Mestresse les François ainsi que angloys; ce que je leur ay
-remonstré estre impertinant. Et enfin se sont accordés que leurs
-ambassadeurs le proposeront à Vostre Majesté, mais se contenteront que
-cella soyt réduit à proportion si esgalle, qu'il n'y ayt plus
-davantaige pour l'ung que pour l'autre.
-
-Touchant l'émologation, qu'ilz demandent en voz parlemens, des
-articles du commerce, je leur ay dict que j'estime que Vostre Majesté
-ne le refuzera, et ay baillé une coppie du pouvoir que m'avez envoyé,
-concernant le dict commerce, à milord de Burgley qui me l'a demandé;
-et j'entendz qu'il en envoye ung semblable au Sr de Vualsingam, et m'a
-dict qu'incontinant après Pasques nous pourrons procéder au faict de
-ceste commission.
-
-Quant à procurer que le comte de Lestre, ou, à son deffault, milord de
-Burgley passent en France, je n'ay obmis une seule de toutes les
-considérations qui se peuvent alléguer sur l'utilité de ce voyage, que
-je ne l'aye desduite à ceste princesse, laquelle a esté fort près de
-me le concéder, de l'ung ou de l'aultre, non sans vous rendre, Sire,
-ung singulier grand mercys pour ceste vostre élection, qui luy fait
-prendre une très grande confiance des choses qu'avez à traiter
-ensemble; et enfin néantmoins, m'a pryé de vous escripre que, à cause
-des temps suspectz, et de ce que, présentement, ces deux siens
-conseillers sont très nécessayres en ung parlement qu'elle veut tenir
-après ces festes, et aussy pour ung progrès qu'elle est contreinte
-d'entreprandre vers le North, incontinant après la Pantecouste, et que
-le dict sieur comte admèneroit avecques luy cinq ou six centz des plus
-confidantz gentilshommes d'auprès d'elle, elle vous supplye, Sire,
-trouver bon qu'elle vous puisse envoyer ung aultre des siens, me
-nommant son admiral, comme l'ung des plus dévotz et bien affectionnés
-seigneurs qui soyent en ce royaulme, vers Vostre Majesté et vers la
-France; et que néantmoins, si Vostre Majesté ne demeuroit bien
-satisfaicte que l'ung des aultres deux n'y allât, qu'elle retarderoit
-ses propres affères pour l'y envoyer. Sur quoy, Sire, sachant combien
-toutz deux envyent ceste commission, je fay tout ce que je puis
-qu'elle soyt bientost résolue, mais si, d'avanture, la difficulté se
-trouve si grande, comme à la vérité je l'y voy, qu'il ne se puisse
-faire, il se faudra contanter du dict sieur admiral, lequel, après les
-deux, est bien le plus à propos que nul aultre qu'on sceût choysir en
-ceste cour.
-
-Cepandant, Sire, pour les souspeçons que ceulx cy prennent de la venue
-du duc de Medina Celi, ilz arment beaucoup de navires, et lèvent des
-gens de guerre, et disent assés ouvertement que c'est pour envoyer
-vers l'Escoce, affin de garder qu'il n'y descende d'Hespagnols; dont
-Vostre Majesté me commandera comment je debvray uzer en cella, ne
-pouvant convenir à vostre réputation ny qu'ilz y aillent, car ilz
-s'esforceront incontinent d'opprimer ceulx de Lillebourg, ny de voyr
-que eulx et les Hespaignols se débatent, sans vous, de l'entreprinse
-de ce pays là, qui est tout entièrement de vostre alliance. Sur ce,
-etc.
-
- Ce IIIe jour d'apvril 1572.
-
-
- Tout maintenant, l'on me vient de mander, de ceste cour, que
- certein propos que je tins, hier, à ceste princesse, a heu tant
- d'efficace qu'elle dellibère maintenant d'envoyer le comte de
- Lestre en France, à quoy je mettray peyne de la conforter; et Voz
- Majestez pourront aussy beaucoup ayder de dellà avec ses
- ambassadeurs, si leur monstrés que ne demeureriez assez bien
- satisfaictes, si le dict comte ou milord de Burgley n'y
- passoient. Je n'ay esté, despuys que je suis en Angleterre, si
- grandement traversé d'inventions caultes et malicieuses, sur les
- affaires de vostre service, comme, ceste foys, sur la conclusion
- de ce traicté; mais, grâces à Dieu, la Royne d'Angleterre vous
- demeure plus confirmée d'amytié et de confédération que jamais,
- et, le traicté conclud, Dieu, par sa grâce, acheminera, s'il lui
- playst, le reste.
-
-
-
-
-CCXLVe DÉPESCHE
-
---du VIIe jour d'apvril 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Affaires d'Écosse.--Bruit d'une nouvelle convocation du parlement
- qui aurait pour objet de déclarer Marie Stuart déchue de tout
- droit à la succession du trône d'Angleterre.--Négociation des
- Pays-Bas.--Nécessité de faire de nouvelles instances en France
- pour obtenir la restitution de l'argent saisi, déjà réclamé par
- l'ambassadeur.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estant le courrier de Vostre Majesté et ung aultre de la Royne
-d'Angleterre partys d'icy, le jeudy sainct, avec l'entière responce
-des poinctz qui concernent la conclusion du traicté; le jour
-ensuyvant, est venu advertissement à la dicte Dame comme milord de
-Flemy continue de faire son apprest en Bretaigne, pour passer, du
-premier jour, avec de l'argent, des monitions et des gens de guerre,
-en Escoce; de quoy elle et ceulx de son conseil se sont assez esmeus.
-Et ont les dicts du conseil envoyé incontinent ung des clercs de leur
-compagnie devers moy, pour me prier de faire une prompte dépesche là
-dessus à Vostre Majesté, affin que cella ne puisse retarder le
-traicté; et m'ont faict bailler l'extrêt du dict advis, lequel, parce
-qu'il désigne les lieux et les jours, et encores d'aultres
-particullarités, il monstre avoyr du vraysemblable. Néantmoins je leur
-ay respondu qu'il fault adjouxter plus de foy à vostre parolle que à
-leur advis, et qu'en tout évènement, s'il se trouve qu'il y ayt des
-françoys ou des angloys en Escoce, le traicté règlera Voz Majestez de
-les debvoir mutuellement retirer dedans quarante jours. Ilz ont cecy
-fort à cueur, et disent que ceulx de Lislebourg, pour la venue de
-milord de Sethon, du costé de Flandres, et sur l'attante de milord de
-Flemy, de France, sont devenus si insolans qu'ilz rejettent, à ceste
-heure, toutes les condicions de paix et de trefves, qu'ilz trouvoient
-auparavant très bonnes; de quoy ilz infèrent de plus grandes
-conséquences et de plus grandz dangers, que ne sont pas les troubles
-des Escouçoys. Et c'est à moy matière propre pour les arguer du
-retardement de Mr Du Croc, et que, s'ilz le layssoient aller, avec
-l'adjoinct qu'ilz luy bailleroient d'icy, que les deux remédieroient
-par ensemble fort facillement à toutz ces inconvénientz; mais ilz sont
-résolus d'atandre ce que leurs ambassadeurs leur manderont, et que
-Vostre Majesté leur en aura respondu; avec lesquelz je desire bien,
-Sire, qu'ayés prins une vertueuse résolution de faire continuer au
-dict Sr Du Croc son dict voyage: car se voyt, de plus en plus, qu'il
-est très nécessayre à l'Escoce; et ceulx cy n'ont nulle occasion de ne
-le vouloir, ny nulle bonne rayson de le contredire. Pareillement, si
-Vostre Majesté condescend de gratiffier ceste princesse, sur le
-passage de milord de Flemy, à le retarder quelque temps, ou bien à ne
-le laysser passer guières accompaigné, que par mesme moyen soit prins
-seureté d'elle qu'il ne sera, en façon du monde, rien atempté, de sa
-part, au dict pays d'Escoce, sans vostre exprès consentement.
-
-Elle et ceulx de son conseil monstrent de persévérer en très bonne
-disposition vers Vostre Majesté et vers vostre royaulme, et semble que
-le comte de Lestre passera dellà, si continués, Sire, de monstrer que
-vous le désirés; dont sera bon que, de rechef, il soit donné entendre
-assez expressément à leurs ambassadeurs que ce vous sera chose très
-agréable qu'il face le voyage. J'ay devisé avec milord de Burgley
-que, si le dict comte n'y pouvoit aller, qu'il falloit que ce fût luy
-et son beau filz, le comte de Oxford, lequel, à présent, est le
-premier comte et grand chamberland d'Angleterre, qui heussent ceste
-commission; ce qu'il n'a nullement rejetté. Tant y a que, quand la
-résolution sera prinse, de l'ung ou de l'aultre, ou bien d'un tiers,
-je mettray peyne de sçavoir comme ilz se voudront conduyre en allant
-dellà, affin que messieurs voz depputés preignent mieulx leur advis
-comme venir icy.
-
-Il se parle fort que ceste princesse, incontinent après Pasques, fera
-publier ung parlement, où je creins que c'est pour débouter
-perpétuellement la Royne d'Escoce de la succession de ceste couronne,
-chose qui, semble, conviendroit bien à Vostre Majesté que ne se fît
-jamais, et au moins que ne se fît pas si près, comme l'on est, de la
-conclusion du traicté: car, possible, vouldra l'on penser que ce soyt
-du mesmes marché; ou bien que le dict parlement est convoqué pour
-authoriser davantaige la condempnation et confiscation du duc de
-Norfolc. J'espère que bientost s'en entendra l'occasion.
-
-Les choses de Flandres se mènent assez lentement; néantmoins elles se
-poursuyvent en une façon que, peu à peu, il s'en accomode toutjour
-quelque poinct; dont je pense que, sur le faict des deniers, et sur
-celluy des laynes, qui sont les deux plus importantz, les
-particulliers, qui y sont intéressés, en seront aucunement
-satisfaictz. L'apprest des grandz navires de ceste princesse se
-continue, ensemble la description des gens de guerre et des marinyers,
-vray est qu'on y va encores à petitz frays, attandant les procheynes
-nouvelles qui viendront et d'Escoce et de dellà la mer. Ceulx cy font
-semblant de n'avoir entendu, ou de ne se souvenir des instances, que
-Vostre Majesté leur a faictes faire pour les deux mil escus qui
-alloient en Escoce; il vous plerra le leur faire renouveller. Et sur
-ce, etc.
-
- Ce VIIe jour d'apvril 1572.
-
-
- L'on me vient de dire que milord de Burgley ayant, vendredy
- dernier, prins une mèdecine, il se trouve extrèmement mal, ce qui
- retardera, et, possible, changera beaucoup l'ordre de noz
- affayres.
-
-
-
-
-CCXLVIe DÉPESCHE
-
---du XIIIIe jour d'apvril 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Affaires d'Écosse.--Convocation d'un nouveau
- parlement.--Conjectures diverses sur les objets qui y seront
- traités.--Bruit d'un arrêt général fait en Espagne sur les
- Anglais et leurs marchandises.--Nouvel ordre donné pour
- l'exécution du duc de Norfolk et nouvelle révocation de cet
- ordre.--Prise faite sur les Espagnols par la flotte du prince
- d'Orange.
-
-
- AU ROY,
-
-Sire, estant l'homme de Me Smith arrivé mècredy au soyr, il est venu,
-le jeudy matin, m'aporter la dépesche que Vostre Majesté a escripte à
-Mr Du Croc et à moy, du dernier du moys passé; sur laquelle nous
-n'avons pas volu, le mesmes jour, ny jusques au lendemain, demander
-audience, à cause que ceste princesse partoit de OExmestre pour s'en
-aller tenir à Grenvich tout le reste de ce moys, mais j'espère que
-nous la verrons demain et que nous obtiendrons d'elle, sur la nouvelle
-instruction qu'avez envoyée au dict Sr Du Croc, laquelle ne peut que
-beaucoup contanter la dicte Dame, qu'il puisse passer en Escoce; ne
-voulant toutesfoys obmettre de vous dire, Sire, que, pendant qu'elle
-l'a détenu icy, elle a essayé, plus instamment que jamais, s'il
-seroit possible que les Escouçoys voulussent entendre à ung accord,
-venant de son moyen, sans que le vostre y fût employé, ny que le dict
-Sr Du Croc s'en meslât. Mais, sellon les derniers advis que j'ay de
-dellà, ilz n'y ont voulu condescendre, bien qu'ilz parlementent; et
-continuent toutjour la guerre: et ceulx de Lislebourg, lesquelz sont
-ung peu renforcés depuis ung moys en ça, sont allés brusler quelques
-greins et monitions en la mayson du comte de Morthon. Tant y a que la
-dicte Dame s'attand, dans deux ou troys jours, d'avoyr toute certitude
-de leur intention, et je mettray peyne d'en entendre quelque chose.
-
-Le parlement dont, en mes précédentes, je vous ay faict mencion, est
-assigné au VIIIe de may prochain, et tient on si secretz les poinctz
-qu'on y veult proposer, qu'à peyne en oze l'on parler; tant y a que
-quelques ungs par discours présument que c'est, en premier lieu, pour
-remonstrer la vyolence, dont a esté uzé en Hespaigne, le XIIe de
-febvrier, d'y avoyr arresté et mis en prison les angloys qui s'y sont
-trouvés, et avoyr saysy leurs navyres et marchandises, avec
-prohibition de tout commerce dorsenavant avec l'Angleterre, ce que le
-Sr de Sueneguen, qui est icy, n'advoue estre vray; segondement pour
-pourvoir aux choses d'Irlande, de tant que le debitis, qui est par
-dellà, demande bon nombre de gens de guerre et de monitions, pour y
-maintenir l'authorité de ceste couronne contre les saulvaiges et
-contre les estrangers; tiercement, pour adjuger les biens des rebelles
-à leur souverayne, principallement ceulx du duc de Norfolc, et
-rétracter, à cest effect, une loy de ce royaulme, laquelle semble
-empescher qu'on ne puisse procéder à la confisquation d'iceulx,
-d'aultant qu'il se trouve que luy et la pluspart des fuytifz se sont
-démis de leurs biens à leurs enfans ou à leurs plus procheins parans,
-et les en ont saysis, premier qu'on ne les aye prévenus; ou bien
-estime l'on que ceste convocation est pour authoriser le traicté qui
-se faict avec Vostre Majesté, affin de pouvoir mieulx transférer en
-vostre couronne les intelligences et les entrecours, capitulations et
-commerces, que ce royaulme souloit avoyr avec celle d'Espagne, et y
-comprendre les choses d'Escoce; mais, le plus commun présume que c'est
-pour ordonner du faict de la succession de ceste couronne, parce
-qu'ayant aparu plusieurs mouvementz en ceste court, et en tout ce
-pays, quand la Royne d'Angleterre a esté dernièrement malade, et que
-sa mort y heût sans doubte apporté une très grande confusion de toutes
-choses, l'on luy a persuadé de ne debvoir plus laysser cest article en
-l'incertitude qu'il est. Dont s'estime qu'elle s'esforcera d'obtenir
-qu'il luy soyt loysible d'eslire son successeur, et que celluy soyt le
-vray Roy, lequel elle nommera par son testament, ou bien de faire
-desjà déclarer segonde personne le Prince d'Escoce, qui est si jeune
-que, de longtemps, ne luy pourra faire aulcune compétence, ou bien le
-jeune comte de Lenoz, frère du feu Roy d'Escoce; ou bien les enfans de
-Herfort, ou bien le comte de Houtinthon: mais en quelle sorte que ce
-soit, toutjour la Royne d'Escoce y sera intéressée; et semble que son
-intérest et celluy de son royaulme y seront de tant plus grandz, que
-plus l'on monstrera de vouloir appeller le Prince, son filz, à ceste
-succession. Et ne deffaillent qui disent aussy que, de tant que le
-comte de Lestre a uzé de tous les honnestes et honnorables debvoirs
-d'un bon et loyal et très fidelle subject, conseiller et serviteur
-vers la dicte Dame, en la dernière maladye qu'elle a heue, qui l'a
-confirmée de mettre plus de confiance en luy qu'en nul aultre de ce
-royaulme, qu'il se trectera de son mariage avecques elle, puisque la
-religion a empesché celui de Monsieur.
-
-Qui sont les devis d'aulcuns de ceste court, et mesmes de ceulx qui
-pensent bien entendre les affayres; tant y a que, jour par jour, il se
-pourra avoyr plus de lumière de ces choses, lesquelles donnent tant
-plus à penser aux gens que, jeudy au soyr, la dicte Dame fut conduycte
-à expédier ung nouveau mandement pour faire exécuter, le vendredy
-matin, le duc de Norfolc, mais luy estant, la nuict, revenu le mesmes
-regret qu'elle a toutjour heu à sa mort, elle en a, pour la quatriesme
-foys, révoqué le mandement. Et se cognoit assez que les ennemys du
-dict duc ne pourront jamais obtenir ce dernyer poinct d'elle, sans
-qu'elle en sente une grande violence dans son cueur.
-
-Mr de Sueneguen fut hyer traicter avec la dicte Dame sur des lettres
-du Roy d'Espaigne, et sur une dépesche du duc d'Alve. Je n'ay encores
-aprins que c'est. La flote de Flandres, qui revenoit d'Espaigne, est
-passé, le XXVIIIe de mars, dans l'estroict de Callays, et les
-vaysseaulx du prince d'Orange ont donné sur la queue; qui ont prins
-deux ourques bien riches, dont l'une s'estime valloir plus de soixante
-mille escus, et ont jetté la pluspart de ceulx, qui estoient dedans,
-hors bort, dans l'eau. Le comte de Lumey, à ce qu'on dict, a esté
-receu en ung lieu de quelque petite isle, près d'Ollande, qui se nomme
-Brille, où les habitans n'ont voulu aquiescer au dixiesme, mais l'on
-pense que le duc d'Alve l'en chassera bientost. Milord de Burgley a
-esté à l'extrémité, et ne cuydoit on, le jour de Pasques, qu'il deust
-réchaper, mais, à présent, il commance à se ravoir; tant y a que son
-indisposition retarde toutjour les affères. Sur ce, etc.
-
- Ce XIVe jour d'apvril 1572.
-
-
-
-
-CCXLVIIe DÉPESCHE
-
---du XXIe jour d'apvril 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Audience donnée par Élisabeth, en son conseil, à l'ambassadeur et
- à Mr Du Croc.--Discussion des affaires d'Écosse.--Refus du
- conseil d'admettre un article des nouvelles instructions
- données par le roi.--Rupture de la négociation; demande faite
- par Mr Du Croc de son passeport pour retourner en
- France.--Nouvelles assurances d'amitié données par
- Élisabeth.--Désignation de Mr de Montmorenci en France, et de
- l'amiral Clinton en Angleterre, pour échanger les ratifications
- du traité d'alliance.--Déclaration du conseil que la reine
- consent à admettre les explications proposées sur l'article en
- contestation, qui a entraîné la rupture de la négociation de Mr
- Du Croc.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, en sa mesmes présence, la Royne d'Angleterre a voulu que son
-conseil se soit assemblé avecques Mr Du Croc et avecques moy, pour
-traicter, devant elle, de la continuation du voyage du Sr Du Croc en
-Escoce, et, après que je luy ay heu dict l'intention de Vostre Majesté
-là dessus, sellon le contenu de voz dernières lettres, sans en rien
-obmettre, et que Mr Du Croc luy a exibé le propre original de la
-segonde instruction que luy avez envoyée, elle a prins le propos, et
-l'a continué assez longtemps en termes bien honnorables, qui
-monstroient de vous vouloir beaucoup contanter; puys s'est prinse à
-lyre, tout hault, la dicte instruction, despuis le commancement
-jusques à la fin, et l'interpréter en angloys à ceulx des siens qui
-n'entendoient bien le françoys, avec beaucoup de sa satisfaction de
-tous les articles d'icelle, sinon du cinquiesme, lequel porte
-d'exorter les Escouçoys que, pendant qu'il plaist à Dieu que leur
-Royne soit absente, ilz vueillent recognoistre son filz comme leur
-Prince naturel, et plus prochain hérytier de leur royaulme; car a
-semblé à la dicte Dame et à son dict conseil que cella, en parolles et
-en substance, répugnoit bien fort à leur intention et desir,
-interprétans que c'estoit aultant comme déclarer la mère Royne et le
-filz seulement Prince et segonde personne; lequel néantmoins se
-trouvoit estre maintenant la première, et estre roy juré et
-entièrement estably par les Estats; nous affermant la dicte Dame que,
-par les dernyères nouvelles qu'elle avoit d'Escoce, ceulx de
-Lillebourg luy avoient offert, et elle en avoit leurs lettres en ses
-meins, de recognoistre à roy le dict Prince, et se soubsmettre à son
-authorité et à celle de son régent, en ce qu'il leur fût donné bonne
-seureté de leurz biens, personnes, dignités et charges, et de lever
-toutes les forfaicteures qui pourroient avoyr esté décrétées contre
-eulx, despuis les troubles encommencées; dont elle n'attandoit plus
-qu'une responce de ceulx d'Esterling là dessus, pour achever
-entièrement leur accord; lequel viendroit, possible, à se retarder ou
-s'interrompre du tout, si le dict Sr Du Croc leur apportoit une telle
-exortation, comme Vostre Majesté la leur mandoit.
-
-Je luy ay répliqué qu'il n'estoit, à présent, question du tiltre de la
-couronne d'Escoce, ny de l'adjuger à la mère ou au filz, car, aussy
-bien, n'en estiés vous les juges, mais seulement de unyr et mettre en
-paix, les Escoçoys, et que Vostre Majesté convenoit avec elle que
-toutz se sousmissent a l'obéyssance du filz, lequel vous appelliés
-_Prince_ et elle l'appelloit _Roy_; ce qui ne debvoit empescher
-l'accord, ny tenir plus longtemps le voyage du dict Sr Du Croc en
-suspens.
-
-Elle s'est mise là dessus à deviser assez longuement avec les siens en
-son langage, et puis, nous a dict que la responce de ceulx d'Esterling
-ne pouvoit tarder que ung jour ou deux, pendant lesquelz elle feroit
-mieulx considérer la teneur de la dicte instruction, laquelle elle
-nous prioit de la luy laysser, et, après, elle résouldroit le dict Sr
-Du Croc de ce qu'elle auroit advisé de son dict voyage.
-
-Au bout des deux jours, la responce, qu'elle attandoit d'Escoce, luy
-est arrivée, sur laquelle ne s'estant la dicte Dame, ny ceulx de son
-conseil, de rien modérés davantaige, ilz nous ont envoyé, par le Sr de
-Quillegrey, ung escript, lequel altère du tout l'article dont est
-question. Dont, après que Mr Du Croc et moy y avons heu longuement
-pensé, il est allé trouver iceulx du conseil pour leur remonstrer que
-nous ne pouvions tant dispenser sur une instruction, qui estoit signée
-de la mein de Vostre Majesté, que de l'ozer changer en ses parolles,
-ny en sa substance; et néanmoins que, pour satisfaire à leur
-Mestresse, puisque tout le reste de la dicte instruction luy plaisoit,
-sinon que ce seul article, qu'il mettroit icelluy, quand il seroit en
-Escoce, du tout en suspens, sans en parler nullement, ou bien en
-parleroit en façon qu'il ne contreviendroit, peu ny prou, à
-l'intention de la dicte Dame, jusques à ce qu'il heult aultre
-mandement de Vostre Majesté; et de ce leur a esté baillé les
-expédiantz par escript, avec offre de les leur signer de la mein de
-nous deux. Mais, Sire, ilz sont demeurez en leur premier propos, sans
-en vouloir rien rabatre, alléguant les raysons que Mr Du Croc vous
-escript, lesquelles ne monstrent sinon qu'ayantz gaigné plusieurs
-advantages en cest affère, à vous faire quicter l'honneste poursuyte
-de la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, et faict retarder
-vostre secours à ceulx qui vivent soubz vostre protection en ce païs
-là, qui sont desjà réduictz à toute extrémité, ilz ne se contantent
-pas, si encores ilz ne vous font passer oultre à vous déclarer contre
-elle et contre eulx, pour establir le party que dépend d'eux, affin
-que la ruyne de l'ancienne alliance, que vous avez avec les Escouçoys,
-soit procurée par vostre mesmes pourchas, avec l'intérest de vostre
-réputation. Et ne cessent cependant de solliciter icy, par toutes les
-persuasions, artiffices et menées, qu'ilz peulvent, la dicte Royne
-d'Escoce, et pareillement les Escouçoys de son party à Lillebourg,
-ausquelles font encores de grandes promesses, qu'elle et eulx se
-veuillent du tout commettre à la foy de la dicte Royne d'Angleterre.
-
-Dont nous sommes gracieusement excusés que ne pouvions faire ce dont
-ilz nous requéroient par faulte de pouvoir; mais, puisque la première,
-ny la segonde instruction, que Vostre Majesté avoit dépeschées au dict
-Sr Du Croc, par l'advis et consens de leurs ambassadeurs, ne leur
-sembloient bonnes, qu'il estoit expédiant que luy mesmes vous allât
-compter à quoy il tenoit, affin que, les difficultés ostées, vous luy
-en peussiés bailler une troysiesme qui les contentât. Et avons faict
-semblant de demander son congé et passeport, affin de les y faire
-penser. Néantmoins, Sire, encores qu'ilz le luy octroient, je
-trouveray moyen, qui sera honneste et de fondement, pour le retenir
-icy jusques à ce qu'ayons aultres nouvelles de Vostre Majesté.
-
-Or, Sire, nonobstant ceste contention, la dicte Dame n'a layssé de
-traicter bien fort privéement avecques moy d'aulcuns aultres gracieulx
-propos, et m'a parlé de la dicte que Vostre Majesté avoit parachevée
-jusques au vingt jours completz; de quoy elle estoit merveilleusement
-bien ayse, car s'assuroit que, tout cest esté, vous en auriés la
-disposition beaucoup meilleure; de laquelle elle estoit aussy
-soigneuse que de la sienne propre. Sur quoy je n'ay obmis de luy dire,
-Sire, que vous m'aviez aussy escript que j'avoys bien faict de vous
-mander tout ensemble la guérison avec la maladye qu'elle avoit heue,
-car aultrement je vous heusse layssé en grand peyne; qui aviez loué
-Dieu, de bon cueur, de quoy elle s'estoit si promptement relevé de
-l'extrême et douloureux mal qui luy avoit ainsy pressé le cueur; et
-que Voz Majestez Très Chrestiennes, et tous ceulx de vostre couronne,
-vous en estiés resjouys comme de vostre mesmes bon portement. De quoy
-la dicte Dame a monstré recepvoir ung singullier plésir, et, avec ung
-très grand mercys, m'a respondu que vous tous aviez occasion de
-desirer qu'elle vesquît, car juroit que n'aviez aulcun, de tous les
-princes de votre allience, qui vous voulût tant de bien, ny qui vous
-aymât et honnorât tant qu'elle faysoit; et que non tant pour vous voyr
-roy de France, que parce que la France avoit un si vertueux roy, elle
-se vouloyt conféder avecques vous.
-
-Je luy ay infinyement gratiffié ses parolles et démonstrations, comme
-très honnestes et pleynes de grand vertu; et ay suyvy à luy dire que
-j'estimois que le traicté estoit desjà tout conclud et signé, et que
-bientost Vostre Majesté s'approcheroit ez environs de Paris, en
-intention d'y voyr de bon oielh et d'y bien recepvoir Mr le comte de
-Lestre, ainsy comme vous faysiés tenir prest Mr de Montmorency pour
-passer par deçà. Elle m'a dit qu'elle feroit voyr à Mr de Montmorency
-combien elle estimoit ung tel vostre ambassadeur, et en quel compte
-elle auroit toute sa légation, et qu'elle faysoit préparer monsieur
-l'admiral Clynton pour passer en France, comme celluy par qui elle
-vous pouvoit mieulx notiffier ses intentions, et comprendre, puis
-après, mieulx les vostres, à son retour, que par nul des seigneurs de
-sa court, n'ayant esprouvé de nul aultre, despuis qu'elle estoit
-Royne, plus de fidélité que de luy, et de madame l'amirale sa femme,
-et qu'aussy il avoit esté toutjour le moins impérial d'Angleterre; et
-que, pour la correspondance de Mr de Montmorency, elle vous vouldroit
-très volontiers envoyer ung sien propre frère, si elle l'avoit, aussy
-bien que le dict sieur admiral. Dont vous supplioit qu'en ce temps,
-qui luy estoit plein de grandes souspeçons, et encores plus plein de
-très grandz affères, Vostre Majesté ne voulût que le comte de Lestre
-et milord de Burgley s'absantassent; et mesmes que, sans eulx, elle se
-trouveroit bien empeschée comme bien recepvoir Mr de Montmorency, de
-tant que les principaulx seigneurs qui souloient estre en sa court,
-estoient à présent ou mortz, ou fuytifz, ou en prison, et que ces deux
-seroient encores plus utilles, icy, en la négociation d'entre elle et
-Mr de Montmorency, que si l'ung ou l'aultre estoient allés par dellà.
-Sur ce, etc.
-
- Ce XXIe jour d'apvril 1572.
-
-
- Ainsy que je fermois ce pacquet, les seigneurs de ce conseil,
- ayant veu que nous demandions le congé de Mr Du Croc, m'ont
- envoyé dire, par Mr de Quillegreu, qu'ilz avoient faict entendre
- à leur Mestresse toutes noz offres; et que d'icelle dernière, que
- leur avions mandée de parolle, si nous la voulions ung peu mieulx
- exprimer par escript, et la signer de noz meins, elle s'en
- contenteroit, et bailleroit promptement son adjoint au dict Sr Du
- Croc pour aller, tous deux ensemble, en Escoce. Sur quoy, Sire,
- nous yrons demein traicter avec la dicte Dame, ou avec ceulx de
- son conseil, et ferons tout ce qu'il nous sera possible pour
- advancer le voyage du dict Sr Du Croc, qui, de plus en plus, se
- monstre estre bien fort nécessaire, et, si nous nous pouvons
- accorder, il passera oultre; mais ne retarderés pour cella, Sire,
- s'il vous plaist, de nous mander promptement vostre intention et
- volonté.
-
-
-
-
-CCXLVIIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIe jour d'apvril 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Affaires d'Écosse.--Discussion dans le conseil de la clause
- contestée.--Consentement d'Élisabeth au voyage de Mr Du Croc en
- Écosse.--Ordre de la Jarretière donné à Mr de
- Montmorenci.--Confiance que montrent les Anglais dans
- l'alliance de France.--Négociation des Pays-Bas.--Nouvelles de
- Flandre.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du
- mariage du duc d'Alençon.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, affin que, sur l'empeschement que la Royne d'Angleterre faisoit
-au voyage de Mr Du Croc, elle ne se trouvât conveincue de maulvayse
-foy par les honnestes offres que nous luy faysions, ceulx de son
-conseil ont faict venir le Sr de Quillegreu devers nous pour mieulx
-comprendre quelles estoient noz offres; auquel nous les avons, de
-rechef, récitées, telles que, par ma dernière dépesche, je les ay
-mandées à Vostre Majesté. Et il leur a raporté la dernyère des quatre,
-et mesmes la leur a baillé par escript, en anglois, ung peu en aultre
-sens que nous ne la luy avions dicte, mais en si bonne sorte,
-néantmoins, que, joinct les aultres dilligences que nous avons mises
-d'ailleurs en cest endroict, les dicts du conseil ont desiré que nous
-la leur envoyssions par ung aultre escript, en françoys, aux propres
-termes que nous l'entendions; et que, puis après, Mr Du Croc et moy
-en pourrions venir traicter avec eulx, quand il nous playroit. Dont
-nous sommes assemblés, sept de leur conseil et nous deux, jeudy
-dernier, à Grenvich où ilz nous ont, de rechef, sommairement remonstré
-les difficultés qu'ilz trouvoient en l'instruction que Vostre Majesté
-nous avoit envoyée; et que, néantmoins, nous y satisfaysions beaucoup
-par la première et dernière de nos dictes offres, et que, si nous
-pouvions encores leur lever ung scrupulle qui leur restoit sur la
-dernyère des dictes offres, ilz estimoient que leur Mestresse s'en
-pourroit contanter: c'est, Sire, que, là où nous promettions que Mr Du
-Croc n'yroit ny dyroit rien au contrayre de leur escript, attandant
-aultre commandement de Vostre Majesté, ilz nous prioyent leur déclarer
-si nous prétandions que vous luy deussiez mander, ou bien luy heussiez
-desjà donné en mandement, à part, quelque chose qui fût contre ce
-qu'ilz nous avoient signiffié de leur intention; car, en ce cas, ilz
-réputeroient son voyage estre du tout inutille.
-
-Nous leur avons respondu que le dict Sr Du Croc n'avoit charge ny
-instruction quelconque, que celle qui leur avoit esté monstrée, de
-laquelle nous ne pensions qu'il nous peust estre loysible d'y rien
-innover, ou d'en rien obmettre de nous mesmes, sinon attandant aultre
-commandement de Vostre Majesté; et que nous ne pouvions limyter, ny
-encores sçavoir que ce seroit: seulement les priyons de réserver
-entièrement cella à vostre disposition, car se pouvoient souvenir que,
-par le général traicté, il se debvoit conclure ung article de ce
-faict, et nous leur promections bien que Vostre Majesté l'observeroit
-fort droictement de sa part.
-
-Sur cella le comte de Sussex et milord de Burgley, par l'ordonnance
-des aultres, sont allés conférer avec leur dicte Mestresse, et,
-bientost après, sont revenus nous dire que, sur la confiance qu'elle
-avoit en vostre amityé, et s'assurant de la parolle que nous luy
-donnions, elle estoit contante que le dict Sr Du Croc passât. Dont la
-sommes incontinent allez trouver en sa chambre; et elle nous a
-confirmé que, pour vous complayre, Sire, et ne faire préjudice au
-traicté, ny donner à penser au monde qu'elle heût maulvayse
-intelligence avecques vous, elle vouloit, de bon cueur, que Mr Du Croc
-continuât son voyage en Escoce, ayant desjà révoqué ses ambassadeurs
-qu'elle avoit par dellà, et qu'il trouveroit son adjoinct à Barvick,
-ou par les chemins. Et, avec plusieurs aultres bonnes parolles et
-beaucoup de faveur, elle l'a incontinent fort gracieusement licencié.
-
-Nous avons estimé, Sire, que vostre intention seroit mieulx suyvie et
-vostre service mieulx accomply, et seroit encores mieulx pourveu au
-besoing des Escouçoys en ceste sorte, que si nous n'eussions vaincu
-ceste leur difficulté; sur laquelle ce sera maintenant à Vous, Sire,
-de mander au dict Sr Du Croc, par la voye d'icy, ou bien par celle de
-la mer, comme il vous playrra qu'il se comporte par dellà.
-
-Après ce propos, la dicte Dame nous a dict que, le jour de St George,
-Mr de Montmorency avoit esté esleu chevalier de son ordre de la
-Jarretière, et ce en considération que Vostre Majesté le tenoit pour
-ung fort fidelle et inthime serviteur, et qu'il s'estoit toutjour
-porté entier et loyal en toutz voz affères, sans feinte ny
-dissimulation aulcune, despuis que vous estes venu à la couronne; et
-qu'est tant la place de feu monsieur le connestable au dict ordre
-vacante, elle avoit trouvé, par l'advis de ses confrères et
-compagnons, qu'on ne la pourroit plus dignement remplir que de
-l'élection de son filz, qui encores vous pourroit accompaigner
-quelquefoys à la cellébration du dict ordre en France, si, d'avanture,
-il vous playsoit qu'il fît tant d'honneur au dict ordre, et s'il luy
-playsoit à luy de l'accepter.
-
-J'ay baysé les meins à la dicte Dame pour une tant singullière
-signiffication, qu'elle vous faysoit, de sa bonne volonté et de son
-inclination à la France; et luy ay dict que Vostre Majesté luy en
-sçauroyt ung grand gré, et que les vertus et bonnes qualités de Mr de
-Montmorency se trouveroient dignes de ceste sienne faveur; l'assurant
-que je ne fauldroys de vous en faire ung article, à part, par ma
-première dépesche. Elle s'attand résoluement que ce sera luy qui
-viendra par deçà, et a faict différer de bailler l'ordre à deux
-aultres seigneurs de ce royaulme qui ont esté esleus, affin qu'ilz le
-puissent prendre en solennité avecques luy à Vuindesore, quand il sera
-icy; et Mr le comte de Lestre luy faict préparer sa mayson en ceste
-ville, pour l'y loger; continuant monsieur l'amiral Clinton de
-s'apprester, et desjà quatre milords ont esté commandés de se mettre
-en poinct pour l'accompaigner, ensemble force aultres gentilshommes.
-J'entendz que le comte de Lestre sera faict grand maystre, ayant
-refuzé d'estre grand trésorier, qui est encores ung plus grand estat,
-mais, parce qu'il y fault des lettres et du sçavoyr pour l'exercer,
-l'office est réservé à milord de Burgley, lequel, à ceste cause, a
-esté aussy esleu de l'ordre. Et dict on que le comte de Sussex sera
-faict privé scel, et que Me Smith aura en seul la charge de secrettère
-d'estat, et sera chancellier du dict ordre d'Angleterre.
-
-Il semble, Sire, que, peu à peu, la dicte Dame et ceux de son dict
-conseil se layssent conduyre à prendre la confience qu'ilz doibvent de
-Vostre Majesté; et me griefve seulement qu'ilz se préparent, à ce
-prochein parlement, de faire quelque préjudice à la Royne d'Escoce; ce
-qui ne peut bien sonner pour Vostre Majesté, ny bien convenir à la
-conclusion du traicté.
-
-Au surplus, le Sr de Sueneguen, qui estoit encores icy de la part du
-duc d'Alve pour le Roy d'Espagne, a heu son congé, et doibt partyr
-bientost pour se retirer, si, d'avanture, les choses ne changent,
-layssant les affères du commerce et de l'entrecours fort décousus;
-mais j'estime que le faict des deniers et des laynes s'accomodera avec
-les particuliers, car desjà les conventions en sont quasy faictes.
-J'entendz qu'il s'est embarqué, au port d'Arvich, en Norfolc, envyron
-mille wuallons bien armés, pour aller trouver le comte de La Marque à
-la Brille; et a l'on mis en dellibération, en ce conseil, comme l'on
-auroit à se comporter avec ceulx de Flexingues. Sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIe jour d'apvril 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, ayant sondé les deux conseillers de ceste princesse sur la
-volonté qu'elle peut avoyr au propos de Monseigneur le Duc, l'ung et
-l'aultre m'ont assez donné entendre qu'elle s'attand bien que Mr de
-Montmorency luy en parlera, mais qu'elle ne veult cependant qu'on
-cognoisse rien de son intention, ny qu'on sçache quelles auront à
-estre ses responces, jusques à ce qu'il soit icy; et qu'encores lors
-elle yra si retenue que l'affayre sera bien advancé, premier qu'elle
-en vueille donner une seule bonne parolle. Et m'a dict Mr le comte de
-Lestre que si, d'avanture, le dict affère avoit d'aller en avant,
-qu'il le faudroit conduyre par moyens les plus destornés et les plus
-éloignés de la conjecture des hommes, que fère se pourroit; et milord
-de Burgley m'a assuré que la dicte Dame commançoit d'en ouyr plus
-volontiers parler qu'elle ne souloit, et que, de sa part, il desiroit
-de l'advancer aultant qu'il luy seroit possible.
-
-Mr de Quillegreu, lequel y est infinyement bien affectionné, m'est
-venu compter les bons offices qu'il y a desjà faictz, et la dilligence
-qu'il y a mise, tant envers la dicte Dame que envers ses conseillers;
-et que, néantmoins, il n'avoit peu encores tirer une bonne parolle
-d'elle, ny aulcung indice d'eulx, par où il vous vueille faire
-prendre, ny aussy vous en vouloir faire perdre l'espérance; bien luy
-sembloit que ceulx, qui estoient le plus près d'elle, avoient opinyon
-qu'ayant fally ceste foys au party de Monseigneur, si, d'avanture, une
-nouvelle peur de sa vye ou de perdre son estat ne la contreignoient,
-elle ne se maryeroit jamais; et de cella elle pensoit s'en esclarcyr à
-ce prochein parlement, sellon les instances que les siens luy
-fairoient, ou de leur désigner ung successeur, ou de prendre ung mary;
-et que, de deux choses estoit le dict de Quillegreu bien assuré,
-l'une, que nul aultre prince y estoit maintenant en termes, et
-l'aultre, que la dicte Dame vouloit et avoit grand plésir d'estre
-recherchée. Et a adjouxté, ce qui m'a esté aussy d'ailleurs confirmé,
-qu'elle, despuys sa dernière maladye, faisoit prendre meilleure
-espérance au comte de Lestre que, six ans auparavant, elle ne luy en
-avoit donné; et néantmoins il monstre, de son costé, qu'il ne s'y
-attand, et qu'il ne cognoit aulcune bonne seureté pour luy en ce
-royaulme, et qu'il cerche infinyement l'apuy et refuge de Voz
-Majestez. Il répute l'admiral Clinton son grand et expécial amy,
-lequel est aussy tenu, et pareillement madame l'admiralle sa femme,
-pour bien fort inthimes de la Royne, leur Mestresse. Et semble qu'elle
-faict aller mestre Milmor, qui sert en sa chambre privée, accompaigner
-le dict sieur admiral en France, affin qu'il luy rapporte mieulx au
-vray ce dont elle desire estre informée, de dellà, de toutes les
-circonstances qui peulvent apartenir au propos de Mon dict Seigneur le
-Duc. Sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIe jour d'apvril 1572.
-
-
-
-
-CCXLIXe DÉPESCHE
-
---du IIIIe jour de may 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Départ de Mr Du Croc pour l'Écosse.--Nouvelle rupture de la
- négociation des Pays-Bas.--Détails sur la négociation tentée en
- Écosse par les Anglais.--Conclusion du traité
- d'alliance.--Réjouissances faites à Londres.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, en ung mesmes temps sont partys d'icy le Sr de Sueneguen et Mr
-Du Croc, l'ung pour se retirer en Flandres, et l'aultre pour continuer
-son voyage en Escoce, qui n'a esté sans que aulcuns ayent assez
-ouvertement faict leur effort pour changer cet ordre, à ce que le
-flamment demeurât et que le françoys fût envoyé prendre son chemin par
-ailleurs; mais enfin, grâces à Dieu, j'ay obtenu ce qui concernoit
-Vostre Majesté, en cédant ung peu à l'opinyon de ceste princesse.
-
-Et voycy comme est advenu au dict Sr de Sueneguen qu'ayant baillé
-troys articles par escript à la dicte Dame: l'ung, de chasser à bon
-escient les pirates, affin de faire cesser les désordres de la mer;
-l'aultre, de vouloir bien recepvoir les navyres et marchandises des
-subjectz du Roy, son Mestre, ez portz d'Angleterre, et les y laysser
-entrer et sortyr librement, sans leur y mettre nul arrest, offrant le
-semblable pour les navyres et marchandyses des Angloys en Hespagne et
-Flandres; et le troysiesme, de remettre le commerce entre leurs pays
-et subjectz, avec la continuation de l'entrecours, ainsy qu'il estoit
-auparavant; et a adjouxté qu'il pleût à la dicte Dame de dire
-ouvertement _ouy_ ou _non_ sur ce dessus:--Elle luy a faict respondre
-qu'elle avoit pourveu en si bonne sorte à déchasser les pirates, et
-faire qu'ilz n'eussent aulcune retraicte ny support en ce royaulme,
-que c'estoit maintenant à son dict Maistre de les poursuyvre ailleurs,
-si bon luy sembloit, pour assurer la navigation de ses subjectz;
-qu'elle étoit contente que, pour deux mois, ses ports fussent libres à
-iceulx subjectz, en accordant par luy une semblable liberté de ses
-portz aux Angloys, et que, ce pendant, ambassadeurs pourroyent estre
-mutuellement envoyés, de l'ung à l'aultre prince, pour vuyder leurz
-différendz; que, touchant l'entrecours, il seroit lors advisé comme le
-continuer, sellon qu'elle le vouloit de bon cueur, et n'avoit jamais
-donné occasion de l'interrompre.--Sur lesquelles responces ayant
-icelluy de Sueneguen demandé à parler à la dicte Dame, elle a faict
-semblant de n'avoir trouvé bon qu'il l'eût ainsy sommée de dire _ouy_
-ou _non_; et comme si en cella il n'eust assez révéremment uzé en son
-endroict, elle s'est une foys excusée de ne le vouloir plus admettre
-en sa présence, mais enfin elle l'y a admis. Et il luy a remonstré que
-c'estoit bien peu que de deux moys de surcéance, qu'elle luy
-accordoit, et que n'ayant charge de les accepter, il l'yroit rapporter
-au duc d'Alve avec les aultres bonnes responces qu'elle luy avoit
-faictes, si elle trouvoit bon qu'il l'allât retrouver. Et ne luy en
-ayant la dicte Dame refuzé le congé, il est incontinent party.
-
-Au regard de Mr Du Croc, je confesse qu'il y a heu encores de la
-difficulté, car, sur le poinct qu'on nous debvoit dellivrer son
-passeport, la dicte Dame nous a mandé que les Srs Drury et Randol luy
-avoient escript, en grand haste, que ceulx de Lillebourg estoient
-prestz d'accorder aux articles qu'ilz leur avoient proposez, et ne
-contredisoient guyères plus à chose qui fût de la vraye substance
-d'iceulx, restant toute la difficulté sur la forme de l'assurance,
-dont desiroit que son chancellier et milord de Burgley et le ser Raf
-Sadeller en devisassent aveques nous, premier que passer oultre. Ce
-qui, à la vérité, nous a faict doubter de quelque changement; mays,
-après les avoir paciemment escoutez sur la comprobation des dicts
-articles, sans que nous leur y ayons voulu guyères contredire, ny
-aussi les aprouver, nous en avons seulement demandé l'extrêt, avec le
-sommayre de l'intention de leur Mestresse là dessus, pour le vous
-envoyer; et avons continué de demander le passeport de Mr Du Croc.
-Dont ayant obtenu l'ung et l'aultre, le dict Sr Du Croc s'est desjà
-acheminé, et je vous envoye maintenant icelluy extrêt, sur lequel j'ay
-bien comprins, Sire, par le dire de ceulx cy, qu'il reste encores
-beaucoup de différend au segond article, en ce que ceulx du Petit Lith
-prétandent l'authorité du régent debvoir estre absolue, sans aulcune
-limytation; pareillement sur le quatriesme et cinquiesme, qu'ilz
-disent que, non seulement ceulx de Lillebourg, qui sont adversayres,
-mais ceulx aussy qui se sont portés neutres, doibvent venir demander
-rémission, ainsy qu'ont faict desjà les comtes d'Arguil, de Cassels et
-aultres; et elle leur sera concédée, sans que leur cas passe soubz une
-simple oblivion; aussy, sur le sixiesme et huictiesme articles,
-touchant la forme du conseil, que ceulx de Lillebourg requièrent que
-le nombre y soit mis égal des deux partys, et chacun remis en la place
-et reng qu'il y tenoit, quand la Royne sortit de Loclevin; à quoy
-ceulx du Petit Lith contredisent, voulans que cella soit layssé à la
-disposition du régent; mais, plus que tout, sur le deuxiesme et
-troisiesme articles, car le capitaine Granges offre bien de tenir le
-chasteau de Lillebourg pour le jeune Roy, si l'accord succède, mais
-non que la charge luy en doibve estre ostée. Et Mr Du Croc et moy
-avons arresté, suyvant les précédentes lettres et instructions de
-Vostre Majesté, qu'il procurera, devant toutes choses, que
-l'abstinence d'armes soit prinse, et que l'accord soit différé jusques
-à tant qu'il vous ayt informé du tout; et qu'en tout évènement il
-donra ordre, aultant qu'il luy sera possible, ès dicts articles
-contencieux, et encores au premier et segond, qu'ilz soient conceus et
-couchés, le plus sellon vostre intention et sellon la réputation de
-vostre couronne que faire se pourra.
-
-Il semble que les principaulx seigneurs du royaulme inclinent assez à
-la paix, mais que les petitz, et mesmement les soldatz, ne la veulent
-pas, et qu'ils ont failly à tuer les dicts Drury et Randol, parce
-qu'ilz la sollicitoient instamment; et que le capitaine Granges a heu
-grand différend avec milord de Sethon, jusques avoyr faict courir et
-bruller les terres l'ung de l'aultre, parce qu'il le pressoit de
-vouloir recepvoir guarnison d'Espaignolz dans Lillebourg. J'espère
-que l'arrivée de Mr Du Croc par dellà y ramandera beaucoup les choses.
-
-Cepandant, Sire, la desirée nouvelle de la conclusion du traicté[24]
-est arrivée en ceste court, le XXVIIIe du passé, avec très grande
-satisfaction de ceste princesse et des siens, qui m'en ont faict une
-fort expresse conjouyssance, le premier jour de may, que j'ay esté
-convié d'aller voyr ung bel essay d'armes, qui s'est faict devant elle
-à Grenvich; et m'a dict que les lettres, que ses ambassadeurs luy
-avoient escriptes du dict traicté, l'avoient engardée de regarder
-dedans, parce qu'elles luy faysoient si clèrement voyr dedans la bonne
-volonté et intention de Vostre Majesté, qu'elle n'en desiroit plus
-grande obligation ny promesse par escript; et, puisque Dieu l'avoit
-rendue si heureuse que d'avoir raporté son règne à celluy d'ung si
-grand et si vertueux roy, et plein de tant de certitude et de vérité,
-comme est Vostre Majesté, qu'elle vous demeureroit, toute sa vye, très
-estroictement confédérée, et vous rendroit ses successeurs après elle,
-si elle pouvoit, et son royaulme, de mesmes confédérés. Elle m'a
-continué le desir qu'elle avoit de la venue de Mr de Montmorency, et
-qu'elle faysoit apprester en dilligence monsieur son admiral, pour
-vous aller trouver, et feroit que ses navyres, qui l'iroient passer,
-atandroient en la rade de dellà Mr de Montmorency pour le porter en ce
-royaulme. Dont sera bon, Sire, qu'il se prévaille de ceste commodicté,
-et que, par le premier, il vous playse me mander quand, et comment, il
-vous plait que ce soit, car je mettray peyne qu'on y corresponde
-entièrement de ce costé. Sur ce, etc.
-
- Ce IVe jour de may 1572.
-
- [24] Traité du 22 avril 1572. Voyez DU MONT, _Corps
- Diplomatique_, t. v, part. 1.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, il semble qu'on avoit préparé ung triomfe à Grenvich, le
-premier jour de may, tout exprès pour y solenniser la nouvelle de la
-conclusion du traicté, comme si ceste princesse et les siens vouloient
-monstrer qu'ilz ont, par ceste confédération, trouvé le propre repos
-et seureté qu'ilz cerchoient en leurs affères. Il s'est présenté, le
-dict jour, troys mille soldatz, dont les deux mille estoient
-corselletz et les mille arquebuziers, en fort bon équipage, et
-beaucoup de la jeunesse de la court dedans le parc du dict Grenvich,
-en une campagne raze, au pied d'une mothe, où la troupe s'estant
-séparée en deux, avec six pièces de campagnes, de chacun costé, il a
-esté ataché une fort brave escarmouche par les harquebuziers, qui a
-duré fort longtemps; et puis les deux bataillons sont venus jusques à
-donner furieusement l'ung dans l'aultre, faisantz cependant les
-arquebusiers et l'artillerie si grande dilligence de tirer, qu'il n'a
-esté rien obmis de ce qui se peut représanter en une journée et en ung
-faict d'armes, et le tout fort bien conduict par aulcuns capitaines
-qui sont en bonne estime par deçà.
-
-Et sur la fin, milord de Burgley s'est approché là où la Royne, sa
-Mestresse, estoit et, en s'adressant à moy qui estois auprès d'elle,
-m'a dict, tout hault, que de l'acquest que j'avoys faict des forces de
-ce royaulme à Voz Majestez Très Chrestiennes par le traicté de la
-ligue, je pouvois voyr quel en estoit l'eschantillon. A quoy la dicte
-Dame a adjouxté que Dieu avoit donné de si bonnes forces à ceste
-couronne que, si elles n'estoient pour faire peur à ses voysins,
-qu'elles estoient aulmoins pour se garder d'en avoyr d'eux, et que
-toutes estoient au service de Voz Majestez; et n'y avoit nul homme de
-bien en son royaulme qu'elle ne désadvouât, s'il ne se monstroit
-dorsenavant très dévot et fort affectionné à vostre grandeur.
-
-Je n'ay obmis aulcune bonne parolle, dont je me soys peu adviser pour
-luy gratiffier les siennes bonnes, que je ne la luy aye dicte; mais,
-parce que cella seroit long, je me déporteray d'en toucher rien icy,
-seulement je adjouxteray qu'il me semble que la dicte Dame se
-confirme, de jour en jour, davantaige en vostre amityé, et que je fay
-tout ce que je puis pour l'y entretenir.
-
-Le comte de Lestre et milord de Burgley cellèbrent en plusieurs bonnes
-sortes ceste confédération, et monstrent qu'il en procèdera de grandes
-utilités en général; et, quand au particullier, ilz diffèrent de m'en
-vouloir parler, jusques à la venue de Mr de Montmorency; auquel le
-dict sieur comte a fort magniffiquement faict préparer sa mayson de
-ceste ville pour l'y loger, et pour y loger Mr de Foix; et dict que
-n'ayant, ceste foix, peu obtenir le congé d'aller devers Voz Majestez,
-qu'il espère, en toutes sortes, de l'impétrer, quand la Royne, vostre
-belle fille, sera accouchée; et qu'il ne veult, tout le reste de sa
-vye, travailler en aultre chose que d'entretenir, en tout ce qu'il
-pourra, la Royne, sa Mestresse, et ce royaulme, en parfaicte amityé et
-intelligence avec Voz Majestez et la France. Sur ce, etc.
-
- Ce IVe jour de may 1572.
-
-
-
-
-CCLe DÉPESCHE
-
---du XIIIe jour de may 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._)
-
- Réception du treité.--Audience.--_Lettre secrète à la
- reine-mère_. Négociation du mariage du duc
- d'Alençon.--_Mémoire_. Détails de l'audience.--Remise du traité
- à la reine.--Discussion sur l'un des articles concernant
- l'Écosse.--Insistance de l'ambassadeur pour que Leicester soit
- envoyé en France.--Excuse donnée par la reine.--Bon accueil
- réservé à Mr de Montmorenci.--Avis donné par l'ambassadeur, au
- nom du roi, des projets du roi d'Espagne contre
- l'Angleterre.--Confidences d'Élisabeth à ce sujet.--Nouvelles
- d'Écosse.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estant le Sr Cavalcanty arrivé à Grenvich le quatriesme de ce
-moys, il y a séjourné, tout ce jour et le lendemein, pour avoir moyen
-de bayser la mein à la Royne d'Angleterre, vers laquelle il m'a assuré
-qu'il avoit faict de très bons offices; et ne luy avoit semblé, parmy
-les propos qu'il luy avoit tenus, qu'il luy deût tayre le pourtraict:
-dont en a depuis uzé comme il a cogneu estre expédiant. Et mon
-secrettère est arrivé le mesme jour, avec la coppie du traicté et avec
-les lettres et mémoyres, qu'il vous a pleu m'escripre du XIXe, XXe et
-XXIIe du passé, sur lesquelles j'ay incontinent envoyé demander
-audience; mays, parce que ce a esté sur le poinct que la dicte Dame
-vouloit partyr de Grenvich pour venir en ceste ville commancer son
-parlement, elle m'a pryé de vouloir avoir ung peu de pacience pour ung
-jour ou deux. Et ainsy je n'ay esté jusques à mècredy dernier parler à
-elle: qui l'ay trouvée en sa mayson de St Jammes au bout du parc de
-Ouestmenster; où, après luy avoyr faict, de la part de Voz Majestez,
-et de tous ceulx de vostre couronne la conjouyssance de la conclusion
-du traicté; et que je luy ay heu présenté la lettre que Vostre Majesté
-luy avoit envoyée, escripte et signée de vostre propre mein, toute
-ouverte; et débatu fort amplement le poinct du XXXVIe article du dict
-traicté; et puis percisté, aultant qu'il m'a esté possible, qu'elle
-vous voulût envoyer Mr le comte de Lestre; je suis venu à luy parler
-de l'advis que, par l'aultre dépesche, du XXVe du dict moys, Vostre
-Majesté me commandoit de luy dire.
-
-Qui ont esté tous propos, desquelz elle a prins une singullière
-satisfaction en elle mesmes, et qui luy ont faict estimer (voyant les
-choses procéder à tant de vrays signes de vostre droicte intention
-vers elle) qu'elle avoit proprement trouvé le port de seureté et le
-vray refuge qu'elle cerchoit en ses affères. Et de tant, Sire, que des
-propos que je luy ay tenus, et de ceulx qu'elle m'a respondus, et de
-la résolution que j'ay prins avec elle et avec les seigneurs de son
-conseil, tant sur ce que dessus que sur le voyage des seigneurs que
-Voz Majestez proposent d'envoyer mutuellement l'ung vers l'aultre,
-ensemble de toutes aultres nouvelles d'icy, j'en ay baillé ample
-instruction au Sr de Vassal, présent pourteur, je vous supplieray très
-humblement, Sire, de le vouloir ouyr, et de trouver bon que je
-descharge d'aultant la présente. Sur ce, etc.
-
- Ce XIIIe jour de may 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, par plusieurs et divers moyens j'ay essayé comme je pourrois
-tirer du comte de Lestre et de milord de Burgley quelque notice de
-l'intention que ceste princesse peut avoyr au mariage de Monseigneur
-le Duc, et ilz m'ont assez signiffié qu'ilz y ont, de leur part, une
-fort singullière affection; et m'ont encores touché aulcunes
-particullarités, semblables à celles que les ambassadeurs vous ont
-dictes de dellà, pour me monstrer que la dicte Dame ne le rejette pas,
-et que ny elle ny eulx ne veulent qu'on en délaysse le propos, mays
-ilz ne s'advancent pour cella d'ung seul mot qui ayt de quoy y fonder
-une bonne espérance. Dont, pour les faire eslargir davantaige, je leur
-ay dict que je me trouvois en grande perplexité comme vous debvoir
-maintenant escripre de ce faict sur la venue de Mr de Montmorency, et
-si je persuaderois Voz Majestez, ou bien les dissuaderois, de luy
-donner charge d'en parler à la dicte Dame; car ne me sembloit estre de
-la dignité d'elle qu'on luy ouvrît ung tel propos, si elle ne l'avoit
-agréable, et encores moins de l'honneur du Roy de le luy faire
-proposer, s'il en debvoit raporter une maulvaise responce. Dont les
-supplioys de me donner advis comme m'y gouverner, sellon que Voz
-Majestez m'avoient commandé d'y procéder tousjours, ainsy qu'ilz me le
-conseilleroient; ce que je leur ay dict, à part l'ung de l'aultre. Et
-tous deux m'ont rendu une mesmes responce: c'est que nul, soubz le
-ciel, estoit plus propre que Mr de Montmorency pour bien acheminer ce
-propos, et qu'en toutes sortes Voz Majestez Très Chrestiennes luy
-debvoient donner charge qu'il en parlât à la dicte Dame, s'il trouvoit
-que les choses y fussent bien disposées, en quoy ilz s'exhiberoient
-ministres très oportuns premièrement vers elle, pour la persuader de
-le bien recepvoir, et puis vers luy, pour l'advertyr en quel temps et
-lieu, et par quelz argumentz il debvroit procéder; et que tout ce fait
-debvoit estre entièrement remis jusques à sa venue. Dont j'estime,
-Madame, qu'il est expédiant de cheminer en cella par les addresses
-qu'ilz nous monstrent, et que mon dict sieur de Montmorency, sur ce
-qui en a esté desjà pourparlé, et sur l'advancement que la présence du
-pourtraict y aura peu adjouxter, y mette non seulement ung bon
-fondement, mais qu'il en raporte à Vostre Majesté, quant il s'en
-retournera, toute la conclusion de ce qui s'en doibt espérer. Sur ce,
-etc.
-
- Ce XIIIe jour de may 1572.
-
-
-INSTRUCTION DES CHOSES
-
- Dont le Sr de Vassal, suyvant la présente dépesche, aura à
- informer Leurs Majestez:
-
- Que, le VIIIe de ce moys, je suys allé trouver la Royne
- d'Angleterre à St Jemmes, et luy ay dict que le Roy avoit voulu
- donner lieu à ses ambassadeurs de luy pouvoir mander la première
- nouvelle de la conclusion du traicté, avant me commander de luy
- en rien dire; et que j'avoys bien cognu qu'ilz avoient
- honnorablement faict leur debvoir de luy représanter combien
- Leurs Majestez Très Chrestiennes y avoient procédé sincèrement,
- et nettement, et avec abondance d'amytié et de bienveillance vers
- elle;
-
- Que maintenant j'avoys à luy dire, de la part de Leurs dictes
- Majestez, et de toutz ceulx de leur couronne, qu'ilz se
- conjouyssoient infinyement avec elle de la dicte conclusion du
- traicté, et que le Roy la prioit de croyre qu'il le luy
- confirmoit et le luy ratiffioit de cueur et de vraye affection,
- trop plus que nulle aultre obligation ne le sçauroit porter par
- escript, pour luy demeurer, de toutz ses moyens et forces, à
- jamais bon allié et perpétuel confédéré, comme avec celle de qui
- il honnoroit et révéroit plus la grandeur, et de laquelle il
- prisoit aultant les excellantes qualités que de nulle aultre
- princesse qui fût en tout le monde; et qu'il la prioit de faire
- estat de luy, et de pouvoir dorsenavant jouyr de tout ce qui
- estoit en sa puissance, et de toutes les commodités de son
- royaulme, comme de chose qui estoit en sa disposition; et qu'en
- somme elle estimât, par ceste confédération, d'avoir accreu sa
- grandeur d'aultant que celle du Roy, et de sa couronne, et de
- toute la France, y pouvoient adjouxter;
-
- Que la dicte Dame, avec ung incroyable plésir, m'avoit respondu
- que son obligation estoit aujourdhuy si grande envers Leurs
- dictes Majestez, que, pour ne leur pouvoir par parolle rendre ung
- seul des infinys mercyementz qu'elle leur en debvoit, qu'elle les
- réservoit tous dans son cueur, pour, en lieu de ce, leur offrir,
- avec effect, son moyen et sa puissance, et tout ce qui dépendoit
- de sa couronne pour les en servir, sans excuse quelconque, toutes
- les foys qu'il leur pléroit le commander; et qu'elle supplioit le
- Roy de croyre que, puisqu'il luy avoit pleu de la prendre en sa
- confédération, qu'elle y persévèreroit à jamais, et ne s'en
- déporteroit pour péril qui peût advenir à sa propre vye, ny à son
- estat, comme celle qui s'estimoit estre confédérée avec le plus
- entier et plus droict, et le plus homme de bien, ainsy l'a elle
- dict, qui soit entre tous les princes qui règnent sur la terre.
-
- Et luy ayant présenté toute ouverte la lettre que le Roy luy
- envoyoit touchant la cause de la religion, elle l'a lue
- incontinent avec affection, et m'a dict qu'elle cognoissoit très
- bien que le Roy, son bon frère, l'avoit escripte et signée de sa
- mein, et qu'elle satisfaysoit, trop plus que sufisemment, à la
- déclaration de son intention en cest endroict; dont m'en
- bailleroit une semblable de sa mein, en la forme que je la luy
- demandois, affin de l'envoyer à Sa Majesté Très Chrestienne.
-
- Mais, touchant l'aultre lettre, que je luy ay demandée sur
- l'interprétation du XXXVIe article du traicté, après qu'elle a
- heu, mot à mot, leu le mémoyre en françoys, et la substance de la
- lettre en latin, qui m'en avoient esté mandés, elle a fort
- aygrement débatu l'affayre, jugeant que par là l'on la vouloit
- contreindre de s'adresser à la Royne d'Escoce pour la poursuyte
- des angloys rebelles qui se retireroient en Escoce; et est
- retournée aux mesmes raysons qui m'avoient auparavant esté
- alléguées, car je leur avoys fort débatu et contredict le dict
- article; et enfin m'a dict qu'elle n'entendoit procéder en cest
- endroict, sinon jouxte la teneur des traictés d'entre
- l'Angleterre et l'Escoce, qui ne portoient qu'elle deût adresser
- ses sommations et réquisitions aux particulliers, ains au prince
- du pays, ou à celluy qui exerceroit l'authorité en son nom; et
- que, de donner advertissement au Roy de son entreprinse, premier
- que d'aller poursuyvre par armes ses rebelles, qui se
- retireroient par dellà, qu'elle espéroit bien de le faire
- aulcunement, durant leur bonne confédération, mais de s'y obliger
- par lettre ny promesse, qu'elle ne le pouvoit ny debvoit faire.
- Ce que ayant, au partir de la dicte Dame, débatu encores plus
- amplement avec sept des seigneurs de son conseil, j'ay enfin
- obtenu qu'il me sera baillé l'extrêt de l'article, d'entre
- l'Angleterre et l'Escoce, qui concerne ce faict, affin de
- l'envoyer au Roy pour voyr s'il le contantera; et que si, après,
- il y reste quelque difficulté, qu'elle sera vuydée à la venue de
- messieurs les depputés du Roy. Et semble bien que, de tant que
- l'article du nouveau traicté se réfère à debvoir procéder en
- cecy, sellon les anciens traictés d'entre les deux royaulmes,
- qu'on n'accordera jamais qu'il en soit rien changé; et les
- Escouçoys mesmes, quand l'on l'auroit bien advisé aultrement, ne
- le vouldroient consentyr.
-
- Après ce dessus, j'ay dict à la dicte Dame que ce, où je me
- trouvois le plus empesché, de toute la dépesche que j'avois
- dernièrement reçue de France, estoit la persévérance en quoy je
- voyois que le Roy continuoit de la pryer qu'elle luy voulût
- envoyer Mr le comte de Lestre; et qu'il monstroit bien qu'il
- demeuroit en suspens de beaucoup de choses d'entre Leurs deux
- Majestez, et non si bien édiffié de plusieurs aultres comme il
- espéroit de l'estre par le dict sieur comte, mieulx que par nul
- aultre, si elle trouvoit bon qu'il l'allât trouver; et que je ne
- luy pouvois dire, de ce que le Roy m'en escripvoit, sinon qu'il
- s'attandoit de le voyr, et de l'honnorer, et bien traicter, pour
- l'amour d'elle, et de luy signiffier par luy quel il aura à estre
- et tous ceulx de sa couronne, toute leur vye, vers la dicte Dame,
- et comprendre aussi de luy quelle ilz la trouveront debvoir estre
- vers eulx; qu'elle m'avoit bien dict plusieurs occasions et
- plusieurs légytimes excuses là dessus, pour les mander au Roy, ce
- que j'avoys fort fidellement faict, mais aussy me luy avoit elle
- faict escripre que, s'il ne se pouvoit contanter sinon que le
- dict sieur comte fît le voyage, qu'elle l'en satisferoit; et de
- tant qu'il y percistoit, et s'aprochoit vers Paris, affin que le
- dict voyage fût tant plus court, qui ne seroit que de vingt ou de
- XXV jours, au plus long, que je la suppliois de vouloir donner
- congé au dict sieur comte de le faire.
-
- La dicte Dame soubdein m'a respondu qu'elle ne pouvoit sinon
- avoyr une fort grande obligation au Roy pour ce sien bon desir,
- lequel elle voyoit bien que tendoit du tout à vouloir establir
- une très ferme et mutuelle confience entre eulx, mais le
- supplioit très affectueusement qu'il se voulût contanter que
- cella se fît ceste foys, pour le costé d'elle, par monsieur son
- amiral, lequel ayant esté faict comte de Lincoln estoit, à ceste
- heure, le premier homme de son royaulme, et tant bien affectionné
- à la confédération d'entre ces deux couronnes, et encores si bien
- informé des plus privées intentions qu'elle heût en son cueur,
- que le comte de Lestre ne sçauroit estre plus propre à ceste
- charge que luy, qui, d'abondant, avoit desjà tant advancé son
- apprest et s'estoit mis en telle despence qu'on luy feroit grand
- tort de révoquer sa commission; et que le comte de Lestre et
- milord de Burgley luy faysoient infinyement besoing pour ce
- parlement qui debvoit commancer le lendemein; et aussy, qu'estant
- icy Mr de Montmorency, lequel elle attandoit en grande dévotion,
- c'estoient ces deux là qui avoient à la conseiller de toutes les
- choses dont elle auroit à luy satisfaire; et que le Roy, encor
- que Mr de Montmorency fût absent, ne se trouveroit despourveu de
- bon conseil à l'arrivée de son dict amiral, ayant toutjour la
- Royne, sa mère, et Monsieur, et plusieurs aultres fort expéciaux
- conseillers près de luy.
-
- Et sur toutes mes réplicques, qui n'ont esté petites, elle m'a
- toutjour si fermement oposé le besoing qu'elle avoit de ses dicts
- deux conseillers pour ses présens affayres, que je n'ay peu rien
- gaigner. Et, pour n'estre pas trop contredisant, après luy avoir
- dict que je mettrois peyne de faire prendre au Roy en bonne part
- ses excuses, la dicte Dame et les seigneurs de son dict conseil
- ont arresté que le dict sieur admiral partira d'icy le lendemein
- de la Pantecouste, pour passer le dernier de ce moys, avec toute
- sa compagnye, à Callays ou à Boulogne; et que, s'il playst au Roy
- que Mr de Montmorency se trouve lors au dict lieu, il se pourra
- servir de la commodicté des mesmes navyres angloys qui l'auront
- porté de dellà, desirantz que je les puysse promptement advertyr
- de l'intention du Roy là dessus, affin que, sellon icelle, ilz
- puissent régler le dict voyage et pourvoir à la réception qu'ilz
- dellibèrent faire fort grande et honnorable à Mr de Montmorency.
-
- Sur la fin de l'audience, j'ay pryé la dicte Dame qu'elle me
- voulût, comme aultrefoys, donner parolle de ne réveller d'où luy
- seroit venu ung advis, lequel le Roy m'avoit mandé qu'aussytost
- que j'aurois veu sa lettre je ne fallisse de l'aller porter à la
- dicte Dame. A quoy elle m'a dict qu'elle me donnoit parolle et
- promettoit au Roy d'uzer de tous ses advertissementz ainsy qu'il
- l'ordonneroit, sans en rien oultrepasser; dont luy ayant leu fort
- distinctement la lettre, laquelle est du XXVe du passé, elle m'a
- soubdein respondu qu'elle esprouvoit maintenant, par la
- conjecture d'aultres advis qui luy estoient venus d'ailleurs,
- lesquelz se raportoient à cestuy cy, que le Roy avoit
- véritablement soing d'elle et de ses affères, et qu'il n'y avoit
- rien de feinct ny de simulé en ce qu'il luy en mandoit; car, deux
- moys a, elle avoit surprins ung pacquet que la comtesse de
- Northombelland envoyoit au comte son mary, qui est prisonnier en
- Escoce, par lequel elle l'assuroit que bientost se dresseroit une
- si brave entreprinse en Angleterre pour sa liberté, et pour la
- restitution de ceulx qui en estoient fuytifz, et pour le
- restablissement de la religion catholicque, qu'elle espéroit que
- luy et elle se reverroient en brief en leur estat trop plus
- grandz et plus heureux qu'ilz n'y avoient jamais esté, et que
- cella s'accompliroit dans le moys de may, à la venue du duc de
- Medina Celi; dont le duc d'Alve avoit desjà dellivré aulx angloys
- de ceste entreprinse, qui estoient à Malignes, vingt mille escus,
- et qu'il réservoit de bailler argent aulx aultres qui estoient à
- Lovein et aultres villes des Pays Bas, quand l'embarquement se
- feroit; et que, despuys huict jours, il avoit esté surprins ung
- aultre pacquet qui confirmoit ce dessus, et dans icelluy avoit
- esté trouvé l'extrêt des propres lettres du Roy d'Espaigne et de
- celles du dict duc, ensemble aulcunes dellibérations du conseil
- d'Espaigne là dessus; et que, grâces à Dieu, elle y avoit si bien
- pourveu qu'elle n'en estoit plus en peyne, et qu'en lieu de la
- liberté que le comte de Northombelland se promettoit, il debvoit,
- sur l'heure mesmes que nous en parlions, estre dellivré à milord
- d'Housdon à Barvic, et qu'il ne tenoit qu'à elle que ce double
- duc d'Alve, ainsy l'a elle nommé, ne fût racourcy au petit pied,
- et que beaucoup de dommage ne vînt à son Maistre à cause de luy,
- si elle le vouloit; mais que Dieu luy estoit tesmoing qu'elle ne
- procuroit ny avoit jamais procuré de nuyre à ses voysins, et
- qu'encores, ce qu'elle avoit faict au Hâvre de Grâce, elle le
- pouvoit en bonne conscience justiffier de ne l'avoir jamais
- entreprins que pour une maulvayse response qu'on luy avoit faicte
- de Callays; et que, puisqu'on la recerchoit maintenant si fort,
- elle laysseroit aller beaucoup de choses qui, possible, n'eussent
- passé, bien qu'elle me vouloit dire que le duc d'Alve, voyant
- l'estat de ses affaires, avoit, despuis huict jours, mandé en
- Hespaigne qu'on se départît de toutes les entreprinses qu'on
- avoit projectées sur l'Angleterre et l'Yrlande, et avoit faict
- dyre à elle qu'il estoit prest d'entendre à toutes les honnestes
- condicions qu'elle mesmes jugeroit estre expédiantes pour
- confirmer les bons traictés et anciennes confédérations qu'elle
- avoit avec le Roy, son Maistre; me priant de faire entendre tout
- ce dessus au Roy, avec ung mercyement qu'elle luy faisoit bien
- fort humble, si ainsy se debvoit dyre, et très cordial pour ceste
- tant singullière signification de bienvueillance qu'il luy avoit
- maintenant monstrée; et qu'elle se dellibéroit de luy en rendre
- toutes pareilles en tout ce que, pour sa grandeur et repos, elle
- le pourroit jamais faire.
-
- Et, sur ce propos, j'ay bien sceu qu'il a esté proposé en ce
- conseil s'il seroit bon d'ayder ouvertement et porter faveur à
- ceulx de Fleximgues, attendu les maulvès déportemens du dict duc
- d'Alve contre ce royaulme, et aussy que c'est une ville très
- commode pour y establir ung commerce, beaucoup plus que n'est
- Embourg; mays il a esté conclud qu'on n'atemptera, pour encores,
- chose quelconque à Fleximgues, ny ailleurs au Pays Bas, qui ait
- apparence d'estre contre le Roy d'Espaigne, et seulement on
- permettra aux wuallons, qui sont icy, qu'ilz puissent retourner
- en leur pays, avec tel équipage qu'ilz le pourront recouvrer en
- ce royaulme, pour leur argent. Vray est que, s'il descend nul
- soldat hespagnol ou aultre subject du Roy d'Espaigne, en armes,
- en Yrlande ou en Escoce, ou en ce royaulme, que la Royne
- d'Angleterre prendra ouvertement en sa protection ceulx de
- Fleximgues.
-
- Il semble que les choses d'Escoce sont en pires termes d'accord
- qu'elles n'ont encores esté, ayant naguyères ceulx des deux
- partys faict des entreprinses les ungs sur les aultres, dont y a
- heu des prisonniers qui ont esté incontinent pendus de chacun
- costé; et le comte de Mar a faict mettre en prison un de ses plus
- expéciaulx amys, nommé Archibal Douglas, à cause de souspeçon, et
- dict on qu'il l'a trouvé saysy d'aulcunes lettres de ceulx de
- Lillebourg et d'aucunes coppies d'aultres lettres du duc d'Alve:
- dont ne fault doubter que Mr Du Croc ne trouve de quoy bien
- s'employer par dellà. Mais, de tant que j'entendz que ceulx de
- Lillebourg sont bien à l'estroict, et ont nécessité de beaucoup
- de choses, il seroit bon que Mr de Flemy y passât, avec l'argent
- qui luy a esté baillé, sans aultres forces que les XXV ou XXX
- siens serviteurs, que j'ay dict à la Royne d'Angleterre qu'il
- pourroit mener avecques luy; mesmes que j'ay advis que milord
- Herys et milord de Maxouel se sont rengez du costé de ceulx du
- Petit Lith.
-
- * * * * *
-
- Despuis ce dessus, le vieux capitaine Cauberon est arrivé
- d'Escoce, lequel confirme le contenu du précédant article, et
- bientôt il en yra compter des nouvelles au Roy.
-
- * * * * *
-
- Encores despuis, je viens d'entendre qu'il est venu
- advertissement à ceulx cy que neuf grandz navyres de guerre,
- hespagnolz, chargés de soldatz et de monitions de guerre, ont
- comparu en la coste d'Yrlande et d'Escoce, de quoy l'allarme
- n'est petite en ceste court.
-
- Quand il a esté question de me bailler la lettre, qui doibt estre
- envoyée au Roy, escripte et signée de la mein de ceste princesse,
- voyant qu'on y avoit changé quelque chose en la narrative, j'en
- ay seulement voulu retenir une copie, laquelle j'envoye
- présentement au Roy pour voyr s'il s'en contantera, et ay retiré
- celle de Sa Majesté jusques à ce que celle de la dicte Dame me
- sera dellivrée.
-
-
-
-
-CCLIe DÉPESCHE
-
---du XIXe jour de may 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._)
-
- Ouverture du parlement.--Commission désignée pour décider du sort
- du duc de Norfolk et de Marie Stuart.--La guerre civile
- rallumée en Écosse.--Négociation des Pays-Bas; accord sur les
- deniers et marchandises.--Sursis à la négociation du traité de
- commerce entre la France et l'Angleterre.--Maladie du comte de
- Lincoln.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, à la pluspart de la dépesche de Vostre Majesté du IIe de ce
-moys, laquelle j'ay receue le XIIIIe, j'espère qu'il y sera desjà
-assez satisfaict par la mienne du XIIIe, que je vous ay envoyée par le
-Sr de Vassal; et, s'il y reste quelque chose, je y respondray plus
-amplement, après que j'auray parlé à la Royne d'Angleterre; laquelle
-est maintenant si occupée, ensemble tous ceulx de son conseil, en tout
-leur parlement, qu'elle est bien ayse qu'on ne la divertisse à nul
-aultre affaire jusques à ce que celluy là soit achevé, sellon qu'elle
-en sollicite très instemment l'expédition, et presse, le plus qu'il
-luy est possible, d'en voyr bientost la fin. J'entendz qu'il a esté
-député vingt et ung principaulx personnages de la première chambre du
-dict parlement, (sçavoir: sept évesques, sept comtes, et sept barons),
-et quarante deux de la segonde, (quatorze chevaliers, quatorze
-escuyers et quatorze bourgoys) pour déterminer de toutes les choses
-qui s'i proposeront; et qu'à ceulx là a esté desjà mis entre meins le
-faict du duc de Norfolc et de la Royne d'Escoce.
-
-J'ay mis peyne, aultant qu'il m'a esté possible, au nom de Vostre
-Majesté, d'aller au devant vers ceulx qui y ont quelque authorité pour
-les persuader de ne debvoir estre faict aulcung acte contre la
-personne ny contre la réputation de la Royne d'Escoce, ny contre le
-tiltre qu'elle prétend à la succession de ceste couronne; dont je ne
-sçay encores ce qui en adviendra, mais je creins assez qu'on face tout
-le pis qu'on pourra contre elle.
-
-L'on s'est de rechef batu en Escoce, et y sont les deux partys plus
-aulx armes que jamais, et la ville de Lillebourg fort pressée de
-vivres. L'on dict que le duc de Chastelleraut est après à capituler de
-sa retraicte en France. J'espère que l'arrivée de Mr Du Croc par dellà
-y réduyra les choses à quelque modération, et je mettray peyne de luy
-faire tenir vostre pacquet le plus tost qu'il me sera possible, affin
-qu'il y puysse mieulx suyvre vostre intention et commandement.
-
-Au regard du différent que ceulx cy ont avec les Pays Bas, il est
-desjà accordé touchant les deniers, en la façon qui s'ensuit: que,
-d'envyron troys centz mille escus qui appartiennent aulx Gènevoys et
-Lucoys, ilz en feront encores prest pour ung an, et sans aulcung
-intérest, à la Royne d'Angleterre, et elle leur fera obliger la
-chambre de Londres de les leur payer au bout du terme, de quoy ilz
-sont si contantz qu'ilz gratiffient de cinquante mille escus ceulx qui
-leur ont moyenné ce bon accord; et le reste des dicts deniers, qui
-sont envyron cent cinquante mille escus, de tant qu'ilz appartiennent
-aulx subjectz du Roy d'Espaigne, ilz demeureront icy pour en
-rembourcer les Angloys du pris de leurs marchandises qui ont esté
-arrestées et vendues en Flandres et en Hespagne, au cas que celles des
-dicts subjectz du Roy d'Espagne n'y puissent satisfaire; lesquelles on
-continue de les vendre encore tous les jours au plus offrant, sinon
-seulement les laynes qui sont réservées à estre dellivrées aulx
-propriétayres pour ung pris qu'ilz fourniront promptement, mais ilz y
-saulvent ung tiers et quasy la moittié de ce qu'elles vallent, qui
-n'est sans qu'ilz gratiffient aussy de quelque bonne somme ceulx qui
-s'en sont meslés. Et croy que, sans les troubles de Flandres, les
-dictes laynes fussent desjà dellivrées aulx marchandz hespagnolz qui
-sont à Bruges, mais je prévoy qu'il faudra qu'elles aillent toutes en
-France.
-
-J'ay pressé milord de Burgley de vouloir donner quelque commancement à
-la commission que Vostre Majesté m'a envoyée pour l'establissement du
-commerce, mais il m'a pryé d'avoyr patience jusques après le
-parlement; car, durant icelluy, il n'y sçauroit entendre. Et cepandant
-les marchandz dressent leurs remonstrances, et les articles qu'ilz
-dellibèrent proposer pour ce faict, lequel ne sera long, quand une
-foys l'on aura commancé d'y vacquer.
-
-Monsieur l'admiral d'Angleterre a heu quelques accès de fiebvre, en
-façon que la Royne, sa Mestresse, doubtant de sa santé, avoit une foys
-mis en dellibération de faire hastivement préparer ung aultre milord
-pour aller devers Vostre Majesté, affin qu'il n'y heût manquement de
-son costé; mais le dict sieur amiral m'a mandé qu'il avoit si grand
-desir de parachever ce voyage, et de faire quelque notable service
-entre Voz Majestez Très Chrestiennes et la Majesté de la Royne, sa
-Mestresse, que pour nul empeschement, s'il n'estoit bien extrême, il
-ne demeureroit; et ainsy il persévère de vouloir partir d'icy le
-lendemein de la Pantecoste, ou plus tost, et de passer la mer le
-dernier de ce moys, sinon que me mandiez que je le retarde.
-
-Ceste princesse n'a ozé loger à Ouesmenster à cause de quelque
-souspeçon de peste; dont s'en retournera, dans cinq ou six jours, à
-Grenvich, y attandre Mr de Montmorency, estant la mayson de Sr Jemmes,
-où elle est à présent, trop petite pour l'y recepvoir; et j'entendz
-qu'elle le fera loger dans le chasteau. Sur ce, etc.
-
- Ce XIXe jour de mai 1572.
-
-
-
-
-CCLIIe DÉPESCHE
-
---du XXIIIIe jour de may 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._)
-
- Apprêts de départ du comte de Lincoln.--Préparatifs faits pour
- recevoir Mr de Montmorenci.--Crainte que le parlement ne
- veuille priver Marie Stuart de ses droits à la succession
- d'Angleterre.--Affaires d'Écosse.--Nouvelles de France;
- confiance des protestans.--Résolution de plusieurs anglais de
- passer à Flessingue pour combattre le duc d'Albe.--_Lettre
- secrète à la reine-mère_. Négociation du mariage du duc
- d'Alençon.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, le trein de Mr le comte de Lincoln a commancé, dez jeudy
-dernier, XXIIe de ce moys, de s'acheminer à Douvre, pour passer dellà,
-et luy partira après demein, XXVIe, en dellibération de descendre à
-Boulogne, le dernier du moys, sans fallyr; sa troupe est ung peu plus
-grande qu'il ne cuydoit, et pourra estre d'environ deux centz
-chevaulx. Il semble que la Royne d'Angleterre laysse sa première
-opinyon de retourner à Grenvich, et qu'elle yra à Hamptoncourt pour
-plus honnorablement recepvoir Mr de Montmorency et messieurs voz
-depputés. Elle ne veult permettre que Mr le comte de Lestre soit leur
-hoste en ceste ville, ains elle leur a faict dresser une de ses
-maysons, nommée de _Sommerset Place_, qui est fort belle et ample, et
-l'a faicte garnyr de ses meubles; mais le dict sieur comte ne laysse,
-pour cella, de faire préparer la sienne pour y festoyer la compagnie;
-et monstre, toute ceste court, d'estre fort disposée de bien recepvoir
-et caresser les françoys.
-
-Toutes les dellibérations du parlement, qui se tient maintenant icy,
-sont encores en suspens; et, parce que je creins qu'on y veuille faire
-des décretz contre la Royne d'Escoce, j'ay desjà remonstré à des
-principaulx de l'assemblée que cella ne pourroit bien sonner pour la
-réputation de Vostre Majesté, et dissouldroit plustost que
-n'estreindroit quelcun des neudz de la bonne amityé qui est
-encommancée; et qu'il estoit trop meilleur et plus honnorable pour la
-Royne d'Angleterre qu'elle obtînt par ses Estats la faculté d'eslire
-ung successeur, que non pas de faire priver maintenant la Royne
-d'Escoce du tiltre de la succession, ny ordonner rien de mal contre
-elle. Sur quoy m'a esté despuis respondu que la dicte Royne
-d'Angleterre vous vouloit porter tant de respect que, si elle sçavoit,
-à bon esciant, que vous deussiez estre offancé pour quelque chose de
-la Royne d'Escoce, qu'elle n'auroit garde de permettre qu'on y
-touchât. Je ne sçay encores ce qui en sera.
-
-J'ay receu une lettre de Mr Du Croc, du XVIe du présent, et avec
-icelle ung pacquet pour Vostre Majesté, par lequel je m'assure qu'il
-vous donne bon compte des choses d'Escoce; dont je ne vous en feray
-icy aultre mencion, sinon de vous dire, Sire, que ceste princesse,
-voyant la confirmation que m'aviez escripte, le IIIIe de ce moys, de
-l'advis que, le XXVe du passé, vous m'aviez mandé luy dire touchant
-les dictes choses d'Escoce, n'a longuement différé de me laysser
-donner conduicte à vostre pacquet vers le dict Sr Du Croc, qui à mon
-advis, l'a desjà en ses meins. Et, quant aulx aultres particullarités
-que j'ay dictes à la dicte Dame, (de l'accord de messieurs de Guyse
-avec monsieur l'Admiral, et de la volontayre démission que ceulx de la
-religion ont faicte en voz meins, des places que leur aviez layssées
-pour leur seureté, et de la prochaine consommation des nopces de
-Madame avec Monsieur le Prince de Navarre, aussytost qu'il sera guéry)
-elle en a faict une semblable conjouyssance, comme si ce fussent
-particullières prospérités pour elle et pour son estat. Ayant rendu
-grâces à Dieu de l'heur et du bon succès qu'elle voyoit maintenant en
-toutz voz affères, elle a loué grandement la prudence et la vertu de
-Voz Majestez, qui les y sçaviez très bien disposer. Et n'entendz, à
-ceste heure, Sire, rien plus ordinayrement des propos de la dicte
-Dame, sinon qu'elle est fermement résolue de persévérer en vostre
-amityé et bonne intelligence, tant que Dieu la layssera en ce monde.
-
-Il semble que aulcuns angloys se veulent dispenser, de eulx mesmes,
-d'aller accompaigner les wuallons, qui sont icy, pour aller ayder
-ceulx de Fleximgues, et estime l'on que le nombre pourra estre de
-quatre à cinq mille. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour de may 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
- (_Lettre à part._)
-
-Madame, après que le Sr Cavalcanty a heu dellivré le pourtraict à Mr
-le comte de Lestre, la Royne d'Angleterre l'a faict aporter en son
-cabinet privé, où elle l'a veu fort oportunément, et m'a le dict
-sieur comte despuis mandé que ce que le dict pourtraict avoit
-représanté de la taille et de la disposition de la personne, encore
-que ce ne fût tout aultant comme de Monseigneur, si n'avoit il semblé
-que fort bien à la dicte Dame, et si, avoit jugé que l'accidant du
-visage s'en yroit avec le temps. Vray est que, quand elle estoit venue
-à lyre l'inscription de l'aage, elle avait dict qu'il n'arrivoit à la
-moictié du sien, de dix huict à trente huict; et que les choses,
-qu'elle avoit crainct, pour ce regard, de son ayné, estoient encores
-plus à creindre de luy: qui est tout ce, Madame, que le dict sieur
-comte m'en a mandé; et que, à l'arrivée de Mr de Montmorency, le
-propos s'en aprofondiroit davantaige; vers lequel il me promettoit de
-uzer, en cest endroict, aultant ouvertement et clèrement, et en
-fidelle amy, comme il le pourroit desirer, et de s'y emploier de tout
-son pouvoir; et qu'il s'assuroit que milord de Burgley, après s'estre
-desmélé des affères de ce parlement, et de ses gouttes qui l'avoient
-travaillé tous ces jours, en feroit de mesmes.
-
-J'ay sceu d'ailleurs, Madame, que, discourant ceste princesse de cest
-affaire, elle avoit monstré que la disproportion de l'aage seroit ung
-très grand obstacle en ce propos, parce qu'elle ne vouloit, en façon
-du monde, qu'on jugât qu'elle se fût maryée par nécessité plustost que
-par ellection, veu sa grandeur et ses aultres qualités, et que cella
-la faysoit bien fort incliner à ne se marier jamais; bien disoit que,
-de cent ans, n'avoit esté contractée une plus loyalle amytié entre
-princes, que celle qu'elle espéroit avoir conclue avec Voz Très
-Chrestiennes Majestez, et qu'elle y persévèreroit jusques à la mort.
-Dont, Madame, de tant qu'il semble qu'on débatra fort ce point de
-l'aage, Vostre Majesté pourra, sur cella, uzer vers Mr le comte de
-Lincoln par dellà, et Mr de Montmorency, icy, des meilleures et plus
-convenables persuasions qui vous sembleront bonnes pour en dissouldre
-la difficulté; et je mettray peyne d'y disposer cependant la matière
-et les personnes, le mieulx qu'il me sera possible. Sur ce, etc.
-
- Ce XXIVe jour de may 1572.
-
-
-
-
-CCLIIIe DÉPESCHE
-
---du XXVIIIe jour de may 1572.--
-
-(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer_).
-
- Soupçon de peste qui empêche l'ambassadeur de demander
- audience.--Communication par lettres.--Réponse faicte par
- Burleigh au nom de la reine.--Danger que court la reine
- d'Écosse depuis la réunion du parlement.--Conférence du comte
- de Lincoln avec l'ambassadeur.
-
-
- AU ROY.
-
-Sire, estantz deux de mes valletz devenus malades en mon estable, le
-Xe de ce moys, avec quelque souspeçon de peste, encor que ce soit
-assez loing hors de mon logis, et que, les ayant faict transporter
-encores plus loing, ilz soient depuis fort bien guéris, j'ay voulu
-néantmoins m'abstenir de demander la présence de la Royne
-d'Angleterre, jusques après avoir prins l'aer des champs; mais
-cependant j'ay extrêt les principalles particullarités qui m'ont
-semblé nécessayres de communicquer, des dictes deux dépesches, à la
-dicte Dame et les luy ay mandées par escript.
-
-Lesquelles elle a heu si agréables que milord de Burgley, le jour
-ensuyvant, m'a envoyé un clerc de ce conseil pour me dire qu'il avoit
-charge, de la part d'elle, de m'assurer que, depuis qu'elle estoit
-royne, nulle chose luy avoit succédé, de quoy elle se trouvât plus
-contante que de la confédération qu'elle avoit faicte avecques Votre
-Majesté, voyant, tous les jours, sortir nouveaulx et assurez
-tesmoignages, dont ceulx des dictes deux dépesches n'estoient petitz,
-de la confirmation de vostre amityé vers elle; et que, de sa part,
-elle se dellibéroit d'en rendre de si clers et de si manifestes au
-monde par euvres, par parolles et par toutes aultres démonstrations
-qu'elle pourroit, que toute la Chrestienté ne doubteroit nullement de
-sa ferme persévérance vers la vostre; et qu'elle avoit regret de ne
-pouvoir assez monstrer combien Mr de Montmorency et messieurs voz
-aultres depputez seroient, pour l'honneur de Vostre Majesté, bien veuz
-et bien receus en Angleterre, et que, si elle heût sceu qu'ilz
-heussent esté si pretz, il y a plus de dix jours que Mr le comte de
-Lincoln fût party; qu'elle prenoit en fort bonne part ce que m'aviez
-escript de la Royne d'Escoce, de laquelle néantmoins elle me vouloit
-bien dire que ceulx, qui estoient assemblés icy en son parlement, la
-pressoient infinyement qu'elle fît procéder par la justice et par les
-loix du pays contre elle, affin de pourvoir, par ce moyen, à sa propre
-seureté, et mettre sa personne et son royaulme hors de danger, et que
-plusieurs considérations diverses, qui contrarioient bien fort les
-unes aux aultres de le faire ou de ne le faire pas, la mettoient à ne
-sçavoir comment en uzer; tant y a que tous les gens de ses Estatz,
-toutz, d'une voix, crioient infinyement contre la dicte Royne
-d'Escoce; que, au reste, elle n'avoit nulles nouvelles du pays
-d'Escoce, depuis que Mr Du Croc y estoit arrivé, mais, aussytost
-qu'elle en auroit, elle m'en feroit part; et qu'elle avoit entendu que
-six vaysseaulx du prince d'Orenge et ung nombre de françoys estoient
-descendus à Fleximgues.
-
-Sur lesquelles particullarités, Sire, j'ay respondu au dict de Burgley
-que je rendois, en premier lieu, grâces à Nostre Seigneur de
-l'establissement que prenoit plus grand et plus solide, toutz les
-jours, l'amityé qui estoit entre Voz Majestez et voz deux royaulmes,
-et que je ne faudrois de vous escripre ce qu'il me fesoit entendre de
-la part de la Royne, sa Mestresse; que, pour le regard de la Royne
-d'Escoce, elle m'estoit infinyement recommandée de vostre part, et me
-commandiés d'incister toujours pour elle et pour ses affères, aultant
-que vostre honneur vous y rendoit obligé, et en sorte que je me
-gardasse bien d'offancer la dicte Royne d'Angleterre, ny qu'elle en
-peût rien prendre de maulvayse part; comme aussy vous aviez tant de
-confience d'elle, qu'elle ne voudroit, en ce qui touchoit la Royne
-d'Escoce, ny en nulle aultre occasion, offancer la vraye amityé qui
-est entre vous. Qui estoit tout l'ordre que m'aviez commandé
-d'observer en cest endroict, sur lequel je suppliois la Royne, sa
-Mestresse, et les seigneurs de son conseil et de son parlement, qu'ilz
-volussent conformer leurs dellibérations à cest honneste desir de
-Vostre Majesté, qui estoit très honneste et bien fort raysonnable; que
-je remercyois bien humblement la dicte Dame de la communicquation,
-qu'elle promettoit de me faire, des nouvelles qui luy viendroient
-d'Escoce, qui estoit chose que Vostre Majesté auroit bien fort
-agréable; et, quand aux six vaysseaulx du prince d'Orenge, que je n'en
-avois aulcung advis, et qu'il pouvoit bien estre que ceulx de
-Fleximgues, pour faire croistre la réputation de leur entreprinse, se
-vantoient de plus de choses qu'ilz n'avoient.
-
-Or, Sire, je vous puis bien assurer, quand à la Royne d'Escoce, qu'on
-a esté fort près de faire deux forts préjudiciables jugementz contre
-elle, l'ung de la vye, et l'aultre du tiltre qu'elle prétend à la
-succession de ce royaulme. Dont, du premier, elle doibt rendre grâces
-à Dieu, et à Vostre Majesté, de l'avoir, pour ceste foys, évité; car,
-sur les grandes instances que j'ay faictes, et sur les raysons que
-j'ay alléguées pour cuyder empescher l'ung et l'aultre, les
-principaulx du conseil m'ont respondu que, pour le seul respect de
-Vostre Majesté, et affin de ne vous offancer, la dicte Royne
-d'Angleterre avoit bien voulu faire cesser l'instance de la vye de la
-dicte Dame pour maintenant; mays, quand à celle de la succession, elle
-leur en layroit faire. Je ne sçay encores ce qui en adviendra.
-
-A deux jours de là, Mr le comte de Lincoln m'est venu trouver en mon
-logis, et m'a dict qu'il s'en alloit devers Vostre Majesté avec la
-plus ample commission d'amityé et les plus honnorables offres qui
-jamais heussent esté mandées, de ce costé, à nul aultre prince de la
-Chrestienté; et qu'il se réputoit très heureulx d'intervenir ministre
-en ung tel acte, qui estoit très agréable à Dieu, très utile à ces
-deux royaulmes, et très honnorable devant la face de toutz les
-humains; et qu'il y apportoit de soy une affection si bonne que nulle
-meilleure ny plus parfaicte s'en pourroit trouver, au monde. Et ainsy,
-Sire, il est party, fort honnorablement accompaigné, le XXVIe jour de
-ce moys, en dellibération de passer à Boulogne, le dernier, et
-accommoder de ses vaysseaulx Mr de Montmorency et messieurs voz
-depputés, et toute leur troupe, pour les trajecter deçà, le premier de
-juing; estant desjà le comte de Pembroth, avec quatre milordz, et
-aultre bon nombre de gentilshommes, ordonnés pour les aller recueillir
-à Douvre, et sept personnages, de chacun office de la mayson de ceste
-princesse, pour commancer de les traicter, dès le désembarquement. Et
-est mandé à la noblesse et officiers de la contrée, par où ilz
-passeront, de les accompaigner, et au comte d'Ochester, ou bien à
-celluy de Hontinthon, qui sont parans de la couronne, de leur aller au
-devant, avec ung aultre nombre de noblesse, à Gravesines, pour les
-conduyre, contremont la Tamise, jusques en ceste ville, où les comtes
-de Lestre et de Oxfort se trouveront, à leur descendre, à Somerset
-Place, qui est une mayson de la Royne; et leur feront sçavoir le jour
-qu'ilz pourront aller trouver la dicte Dame. Laquelle s'en va
-cependant à Hamptoncourt pour plus favorablement les recepvoir; vous
-pouvant assurer, Sire, que ceulx, qui vivent aujourdhuy, assurent
-n'avoir veu préparer, de leur temps, une si honnorable réception pour
-nulz aultres seigneurs qui soient passez en ce royaulme, comme
-maintenant l'on la prépare pour vos depputez. Dont j'espère bien,
-Sire, que ferez uzer de quelque correspondance, par dellà, à bien
-recepvoir le dict comte de Lincoln.
-
-A ce matin, milord de Burgley m'a renvoyé, de rechef, le susdict clerc
-du conseil pour me dire que, en telles légations, comme sont ces deux,
-il n'estoit accoustumé d'uzer de saufconduictz, parce qu'on estoit en
-bonne paix; dont le comte de Lincoln n'en demandoit poinct pour son
-regard, et que, si j'en voulois pour voz depputés, que sa Mestresse
-m'en bailleroit. Je luy ay respondu, Sire, que messieurs voz depputés,
-à mon advis, ne vouldroient monstrer moins de confience, venantz en
-Angleterre, que les leurs en monstroient, allans en France, et par
-ainsy que je ne demandois point de saufconduict pour eulx. Et sur ce,
-etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de may 1572.
-
-
- A LA ROYNE.
-
-Madame, je donne compte, en la lettre du Roy, des responces qui m'ont
-été faictes sur les deux dernières dépesches de Voz Majestez, et y
-mande la substance du propos que Mr le comte de Lincoln m'est venu
-tenir, quant il est party pour vous aller trouver; ayant à vous dire
-davantage, Madame, que le dict sieur comte monstre d'avoir une bonne
-affection au propos de Monseigneur le Duc, et une fort grande
-affection à Voz Majestez Très Chrestiennes et à la France, et qu'il
-m'a touché assez de choses en général de cella; mais que, pour le
-faire venir à quelque particulier, je luy ay bien voulu dire que,
-oultre la bonne disposition, en quoy il trouveroit Voz dictes
-Majestez, de persévérer à jamais en une parfaicte confédération avec
-la Royne, sa Mestresse, et ce royaulme, qu'il vous verroit encores
-très affectionnés à la vouloir perpétuer par ung indissoluble lien de
-mariage, et d'une très honnorable allience; en quoy je desirois qu'il
-heût charge de vous y bien respondre, si, d'avanture, Vostre Majesté
-venoit à luy en parler, et que, si je pensois que la dicte Royne, sa
-Mestresse, fût en cella que de ne trouver bon qu'on entrât en ce
-propos, ou bien qu'elle luy heût donné commandement de ne l'escouter,
-je mettrois peyne d'advertyr Vostre Majesté de le différer à une
-aultre foys.
-
-Sur quoy il m'a respondu que son instruction ne luy estoit encore
-dellivrée, mais qu'il jugeoit bien, parce que, de bouche, sa dicte
-Mestresse luy avoit dict, qu'elle se trouvoit aujourdhuy si contante
-de Voz Très Chrestiennes Majestez qu'il ne failloit doubter, quand
-elle auroit ung peu plus gousté le fruict de vostre amityé, qu'elle ne
-se disposât, le plus qu'il luy seroit possible, de satisfaire à Voz
-Majestez Très Chrestiennes, aultant qu'avec son honneur et dignité
-elle le pourroit faire; et qu'il s'assuroit bien qu'elle ne pourroit
-prendre que de fort bonne part tout ce que Voz Majestez vouldroient
-proposer maintenant à luy, qui ne desiroit rien tant en ce monde que
-de pouvoir bien servir à l'effect de ce propos, le cognoissant très
-honnorable pour sa Mestresse, et très desirable pour toutz les
-subjects de son royaulme, et n'a poinct passé oultre. Dont m'ayant
-semblé ne le debvoir presser davantage, je me déporteray aussy,
-attendant l'arrivée de Mr de Montmorency et de Mr de Foyx, d'en dire
-plus avant à Vostre Majesté. Sur ce, etc.
-
- Ce XXVIIIe jour de may 1572.
-
-
-FIN DU QUATRIÈME VOLUME.
-
-
-
-
-TABLE
-
-DES MATIÈRES DU QUATRIÈME VOLUME.
-
-
- ANNÉE 1571.--SECONDE PARTIE.
-
- 162e _Dépêche_.--1er mars.--
-
- AU ROI. 1
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Négociation pour Marie Stuart. 2
-
- 163e _Dépêche_.--6 mars.--
-
- AU ROI. 5
- Négociation du traité pour l'Ecosse. _Ib._
- Tentatives de Bothwel. 8
-
- A LA REINE. (_lettre secrète_). _Ib._
- Sur le mariage du duc d'Anjou. _Ib._
- _Autre lettre secrète._ 10
- Renonciation du duc d'Anjou;--Proposition
- du mariage pour le duc d'Alençon. 11
- _Mémoire général_ sur les affaires
- d'Ecosse;--Négociation
- avec l'Espagne. 14
-
- 164e _Dépêche_.--12 mars.--
-
- AU ROI. 18
- Du traité pour l'Ecosse. _Ib._
- Avis de Walsingham. 20
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 22
- Négociation du mariage du duc d'Anjou. _Ib._
-
- 165e _Dépêche_.--17 mars.--
-
- AU ROI. 25
- Du traité pour l'Ecosse. 26
- Négociation des Pays-Bas. 27
-
- 166e _Dépêche_.--23 mars.--
-
- AU ROI 29
- Audience. 30
- Affaires d'Ecosse. 33
- Mort du cardinal de Chatillon. 34
-
- 167e _Dépêche_.--28 mars.--
-
- AU ROI. 34
- Audience. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 36
- Nouvelles de Flandre et d'Irlande. 37
-
- 168e _Dépêche_.--1er avril.--
-
- AU ROI. 38
- Sursis à la négociation pour l'Ecosse. 39
- Détails sur Chatillon. 40
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 41
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 169e _Dépêche_.--6 avril.--
-
- AU ROI. 45
- Ouverture du parlement. _Ib._
- Affaires d'Ecosse et des Pays-Bas. 47
-
- 170e _Dépêche_.--11 avril.--
-
- AU ROI. 50
- Débats du parlement. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 51
- Prise de Dunbarton. 52
-
- 171e _Dépêche_.--16 avril.--
-
- AU ROI. 53
- Audience. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 55
-
- 172e _Dépêche_.--19 avril.--
-
- AU ROI. 58
- Audience. _Ib._
- Proposition du mariage. 59
- _Mémoire_. Discussion du contrat de mariage entre le
- duc d'Anjou et Elisabeth. 61
-
- 173e _Dépêche_.--23 avril.--
-
- AU ROI. 69
- Supplice de l'archevêque de Saint-André. _Ib._
- Nouvelles d'Irlande et de Flandre. 70
-
- 174e _Dépêche_.--28 avril--
-
- AU ROI. 71
- Débats du parlement. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 72
- Armemens à Londres. 74
-
- 175e _Dépêche_.--2 mai.--
-
- AU ROI. 75
- Audience. _Ib._
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 78
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 176e _Dépêche_.--6 mai.--
-
- A LA REINE. 86
- Refroidissement d'Elisabeth. _Ib._
-
- 177e _Dépêche_.--8 mai.--
-
- AU ROI. 88
- Tournoi à Londres. _Ib._
- Crainte pour L'Irlande. 89
- Affaires d'Ecosse. 90
-
- 178e _Dépêche_.--10 mai.--
-
- A LA REINE. 92
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 179e _Dépêche_.--13 mai.--
-
- AU ROI. 103
- Débats du parlement. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse et de Flandre. 104
-
- 180e _Dépêche_.--18 mai.--
-
- AU ROI. 106
- Débats du parlement. _Ib._
- Projets de l'Espagne. 107
- Arrestation de l'évêque de Ross. 109
-
- 181e _Dépêche_.--23 mai.--
-
- AU ROI. 110
- Débats du parlement. 111
- Combat près Lislebourg. _Ib._
- Négociation des Pays-Bas. 112
-
- 182e _Dépêche_.--28 mai.--
-
- AU ROI. 113
- Audience. _Ib._
- Déclaration du roi touchant l'Ecosse. 114
- Négociation des Pays-Bas. 117
-
- 183e _Dépêche_.--2 juin.--
-
- AU ROI. 118
- Conférence sur l'Ecosse. _Ib._
-
- A LA REINE. 122
- Irritation d'Elisabeth contre Marie Stuart. _Ib._
-
- _Lettre secrète_ sur le mariage. 123
-
- 184e _Dépêche_.--7 juin.--
-
- A LA REINE. 129
- Articles du contrat de mariage. _Ib._
-
- 185e _Dépêche_.--9 juin.--
-
- AU ROI. 135
- Clôture du parlement. 136
- Exécution de Storey. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 137
- Nouvelle accusation contre le duc de Norfolk. 138
-
- 186e _Dépêche_.--14 juin.--
-
- AU ROI. 139
- Succès des partisans de Marie Stuart. _Ib._
- Négociation avec l'Espagne. 141
- Blessure du roi. _Ib._
-
- 187e _Dépêche_.--20 juin.--
-
- AU ROI. 142
- Audience. _Ib._
- Détails sur la blessure du roi. _Ib._
- Accusation contre l'évêque de Ross 145
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 148
- Négociation du mariage.
- Proposition du fils de l'empereur pour mari d'Elisabeth. 149
-
- 188e _Dépêche_.--23 juin.--
-
- AU ROI. 151
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Opposition a la mise en liberté de Bothwel. 152
- Nouvelles d'Allemagne. 153
- Liberté du comte de Hertford. 154
- Prise de Leith. _Ib._
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 155
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 189e _Dépêche_.--28 juin.--
-
- AU ROI. 158
- Combat en Ecosse. _Ib._
- Conspiration de Ridolfi. 159
- Troubles en Irlande. 162
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 163
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 190e _Dépêche_.--9 juillet.--
-
- AU ROI. 165
- Mission de Mr de Larchant pour le mariage. _Ib._
-
- A LA REINE. 166
- Confidences d'Elisabeth. _Ib._
-
- 191e _Dépêche_.--11 juillet.--
-
- AU ROI. 169
- Négociation de Mr de Larchant. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 172
-
- A LA REINE. (_lettre secrète_). 175
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 192e _Dépêche_.--14 juillet.--
-
- AU ROI. 176
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Retour de sir Henri Coban. 178
- Négociation des Pays-Bas. 179
- _Avis_ sur le mariage. 180
-
- 193e _Dépêche_.--20 juillet.--
-
- AU ROI. _Ib._
- Audience. 181
- Affaires d'Ecosse. 185
-
- A LA REINE. 186
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 194e _Dépêche_.--22 juillet.--
-
- AU ROI. 188
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
-
- A LA REINE. 189
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 195e _Dépêche_.--26 juillet.--
-
- AU ROI. 192
- Affaires d'Ecosse. 193
-
- A LA REINE. 195
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 196e _Dépêche_.--31 juillet.--
-
- AU ROI. 196
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Nouveau complot reproché à Marie Stuart. 198
- Arrestation de Stanley. _Ib._
- Nouvelles d'Irlande. 199
- Accord sur les prises des Pays Bas. _Ib._
-
- A LA REINE. 200
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 197e _Dépêche_.--5 août.--
-
- AU ROI. 202
- Inquiétude d'Elisabeth. _Ib._
- Instances pour Marie Stuart. 205
-
- A LA REINE. 206
- Présent fait à l'ambassadeur. _Ib._
-
- 198e _Dépêche_.--6 août.--
-
- A LA REINE. 208
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 199e _Dépêche_.--9 août.--
-
- AU ROI. 210
- Négociation du mariage. _Ib._
- État des partis en Ecosse. 211
-
- A LA REINE. 213
- Communication de Leicester. _Ib._
-
- 200e _Dépêche_.--12 août.--
-
- AU ROI. 214
- Mission de Mr de Foix. 215
- Nouvelles d'Ecosse et d'Irlande. _Ib._
-
- 201e _Dépêche_.--19 août.--
-
- AU ROI. 217
- Audience donnée à Mr de Foix. _Ib._
- Détails de sa négociation. _Ib._
-
- A LA REINE. 221
- Protestations de dévouement de la noblesse
- d'Angleterre. 222
-
- 202e _Dépêche_.--3 septembre.--
-
- AU ROI. 223
- Départ de Mr de Foix. _Ib._
-
- 203e _Dépêche_.--7 septemb.--
-
- AU ROI. 224
- Négociation du mariage. _Ib._
- Saisie d'argent envoyé en Ecosse. 226
- Accusation contre le duc de Norfolk. _Ib._
- Il est mis à la Tour. 228
-
- 204e _Dépêche_.--12 septemb.--
-
- AU ROI. 229
- Procédure contre Norfolk. _Ib._
- Danger de Marie Stuart. 230
- Entreprise sur Stirling. 231
-
- 205e _Dépêche_.--16 septemb.--
-
- AU ROI. 232
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Mort du comte de Lennox;--Le comte de Mar, régent. _Ib._
-
- A LA REINE. 235
- Nécessité d'envoyer des secours en Ecosse _Ib._
-
- 206e _Dépêche_.--21 septemb.--
-
- AU ROI. 237
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Négociation du mariage. 239
-
- 207e _Dépêche_.--26 septemb.--
-
- AU ROI. 241
- Affaires d'Ecosse. 242
- Assemblée de Stirling. 243
- Accusations contre le duc de Norfolk et
- Marie Stuart. 244
-
- 208e _Dépêche_.--30 septemb.--
-
- AU ROI. 245
- Accueil fait à Coligni par le roi. _Ib._
- Mission de Quillegrey. 247
- Nouvelles des Pays-Bas et d'Ecosse. _Ib._
-
- 209e _Dépêche_.--6 octobre.--
-
- AU ROI. 248
- Procès du duc de Norfolk. _Ib._
- Arrestation du comte d'Arundel et de lord
- de Lumley. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 249
-
- 210e _Dépêche_.--10 octobre.--
-
- AU ROI. 251
- Audience. _Ib._
-
- 211e _Dépêche_.--15 octobre.--
-
- AU ROI. 254
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
-
- A la Reine. 257
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 212e _Dépêche_.--20 octobre.--
-
- AU ROI. 258
- Affaires d'Ecosse. 259
- Procès du duc de Norfolk. 261
- Arrestation de lord Coban, et fuite du comte
- de Derby. _Ib._
-
- 213e _Dépêche_.--24 octobre.--
-
- AU ROI. 263
- Départ de Quillegrey. _Ib._
-
- 214e _Dépêche_.--26 octobre.--
-
- AU ROI. 264
- L'évêque de Ross à la Tour. 265
- Les Ecossais chassés d'Angleterre. _Ib._
-
- 215e _Dépêche_.--31 octobre.--
-
- AU ROI. 266
- Procès du duc de Norfolk. _Ib._
- Siège de Lislebourg. 267
- Affaires d'Irlande et des Pays-Bas. 268
-
- 216e _Dépêche_.--5 novembre.--
-
- AU ROI. 269
- Négociation des Pays-Bas. 270
- Levée du siège de Lislebourg. 272
-
- A LA REINE. 273
- Explications sur l'argent saisi. _Ib._
-
- 217e _Dépêche_.--10 novemb.--
-
- AU ROI. 274
- Nouvelles d'Ecosse. _Ib._
- Audience. 275
- Victoire de Lépante. 280
-
- A LA REINE. _Ib._
- Inquiétude des Anglais. _Ib._
-
- 218e _Dépêche_.--13 novemb.--
-
- AU ROI. 282
- Résolution d'Elisabeth de retenir Marie Stuart toute
- sa vie prisonnière. 283
- Affaires d'Ecosse. 285
-
- A LA REINE. 286
- Négociation d'un traité d'alliance entre la France
- et l'Angleterre. _Ib._
-
- 219e _Dépêche_.--20 novemb.--
-
- AU ROI. 288
- Procès du duc de Norfolk. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse, d'Irlande et des Pays-Bas. 289
-
- 220e _Dépêche_.--26 novemb.--
-
- AU ROI. 291
- Procès du duc de Norfolk. 292
- Irritation de Leicester contre le duc. _Ib._
-
- 221e _Dépêche_.--30 novemb.--
-
- AU ROI. 294
- Accusation de lèze-majesté contre le duc de Norfolk. 295
- Péril de l'évêque de Ross. 295
- Nouvelles d'Ecosse. 296
-
- A LA REINE. 297
- Sollicitations pour le duc de Norfolk et
- Marie Stuart. _Ib._
-
- 222e _Dépêche_.--5 décembre.--
-
- AU ROI. 298
- Montgommery à Londres. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 299
-
- A LA REINE. 301
- Libelle contre Marie Stuart. _Ib._
-
- 223e _Dépêche_.--10 décemb.--
-
- AU ROI. 302
- Audience. _Ib._
- Mission de Me Smith en France pour y conclure le
- mariage ou un traité d'alliance. 305
- _Mémoire général_ concernant la mission de Me Smith
- et la négociation sur l'Ecosse. 306
-
- 224e _Dépêche_.--16 décemb.--
-
- AU ROI. 312
- Nouvelles d'Ecosse. 313
- L'ambassadeur d'Espagne renvoyé d'Angleterre. 314
-
- 225e _Dépêche_.--22 décemb.--
-
- AU ROI. 315
- Confidences d'Elisabeth. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 317
- Négociation de Montgommery. 319
-
- A LA REINE. _Ib._
- Divers mariages à Londres. _Ib._
-
- 226e _Dépêche_.--27 décemb.--
-
- AU ROI. 321
- Affaires d'Ecosse. 322
- Utilité d'un traité de commerce avec l'Angleterre. 326
- Sédition à Paris. 327
-
-
- ANNÉE 1572.--PREMIÈRE PARTIE.
-
- 227e _Dépêche_.--3 janvier.
-
- AU ROI. 328
- Audience. _Ib._
- Conférence avec Leicester. 331
-
- A LA REINE. 333
- Nouvelles d'Ecosse. 334
-
- 228e _Dépêche_.--9 janvier.--
-
- AU ROI. 336
- Combat dans Lislebourg. 337
- Nouvelles de Marie Stuart. 338
- Affaires d'Espagne. _Ib._
-
- 229e _Dépêche_.--14 janvier.--
-
- AU ROI. 339
- Soulèvement de l'Irlande. 340
- Négociation des Pays-Bas. 341
-
- 230e _Dépêche_.--18 janvier.--
-
- AU ROI. 342
- Audience. 343
- Condamnation du duc de Norfolk. 346
-
- A LA REINE. _Ib._
- Communication secrète faite à
- Elisabeth au nom du duc d'Anjou. _Ib._
-
- 231e _Dépêche_.--25 janvier.--
-
- AU ROI. 330
- Détails sur la condamnation du duc de Norfolk _Ib._
- Sa déclaration. 351
- Rupture de la négociation avec l'Espagne. 352
- Audience. 353
- Rupture de la négociation du mariage du duc d'Anjou. 354
-
- A LA REINE (_lettre secrète_).
- Proposition du mariage du duc d'Alençon. 355
-
- 232e _Dépêche_.--31 janvier.--
-
- AU ROI. 358
- Désir d'Elisabeth de continuer la négociation de
- l'alliance. _Ib._
- Sollicitations pour Norfolk. 359
- Pacification de l'Irlande. _Ib._
- Départ de l'ambassadeur d'Espagne. 360
- Négociation avec le Portugal. 361
-
- 233e _Dépêche_.--5 février.--
-
- AU ROI. 362
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Négociation des Pays-Bas. 364
-
- 234e _Dépêche_.--10 février.--
-
- AU ROI. 365
- Audience. _Ib._
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 369
- Négociation du mariage. 370
-
- 235e _Dépêche_.--13 février.--
-
- AU ROI. 372
- Discussion du traité d'alliance. _Ib._
-
- 236e _Dépêche_.--19 février.--
-
- AU ROI. 377
- Négociation de l'alliance. _Ib._
- Affaires d'Ecosse. 378
-
- A LA REINE. 380
- Justification de l'ambassadeur. 381
-
- 237e _Dépêche_.--24 février.--
-
- AU ROI. 382
- Audience. 383
- Négociation des Pays-Bas. 386
-
- 238e _Dépêche_.--29 février.--
-
- AU ROI. 387
- Négociation des Pays-Bas. _Ib._
- Remontrances de Fiesque. 388
- Nouvelles de Marie Stuart. 391
-
- 239e _Dépêche_.--8 mars.--
-
- AU ROI. 392
- Arrivée de Mr Du Croc. _Ib._
- Audience. _Ib._
- Lettre de Marie Stuart au duc d'Albe. 393
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 395
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 240e _Dépêche_.--13 mars.--
-
- AU ROI. 397
- Irritation d'Elisabeth contre Marie Stuart. _Ib._
- Négociation de Mr du Croc. _Ib._
- Défaite des Irlandais. 399
-
- 241e _Dépêche_.--18 mars.--
-
- AU ROI. 400
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Négociation de Mr Du Croc. _Ib._
- Retour de Quillegrey. 404
-
- A LA REINE. _Ib._
- Saisie des papiers de lord Seton. 405
- (_Lettre secrète._) Négociation du mariage. 406
- _Mémoire général_. Affaires d'Ecosse. 408
- Négociation des Pays-Bas. 409
-
- 242e _Dépêche_.--25 mars.--
-
- AU ROI. 410
- Maladie d'Elisabeth. 411
-
- 243e _Dépêche_.--30 mars.--
-
- AU ROI. 412
- Maladie d'Elisabeth. _Ib._
- Négociation de l'alliance. 413
- Projet du duc d'Albe sur l'Ecosse. 414
-
- 244e _Dépêche_.--3 avril.--
-
- AU ROI. 416
- Négociation de l'alliance. _Ib._
- Armemens à Londres. 420
-
- 245e _Dépêche_.--7 avril.--
-
- AU ROI. 421
- Affaires d'Ecosse. _Ib._
- Négociation des Pays-Bas. 423
-
- 246e _Dépêche_.--14 avril.--
-
- AU ROI. 424
- Convocation du parlement. 425
- Prises faites par la flotte du prince d'Orange. 427
-
- 247e _Dépêche_.--21 avril.--
-
- AU ROI. 428
- Audience en conseil. _Ib._
- Rupture et reprise de la négociation de Mr Du Croc. 431
-
- 248e _Dépêche_.--27 avril.--
-
- AU ROI. 434
- Succès de la négociation de Mr Du Croc. _Ib._
- Ordre de la Jarretière donné à Mr de Montmorenci. 436
-
- A LA REINE. (_lettre secrète_). 438
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 249e _Dépêche_.--4 mai.--
-
- AU ROI. 440
- Mr Du Croc en Ecosse. _Ib._
- Rupture de la négociation des Pays-Bas. 441
- Affaires d'Ecosse. 442
- Conclusion du traité d'alliance. 444
-
- A LA REINE. 445
- Réjouissances à Londres. _Ib._
-
- 250e _Dépêche_.--13 mai.--
-
- AU ROI. 447
- Audience. 448
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). _Ib._
- Négociation du mariage. _Ib._
- Mémoire. Détails de l'audience. 450
-
- 251e _Dépêche_.--19 mai.--
-
- AU ROI. 456
- Ouverture du parlement. _Ib._
- Nouvelles d'Ecosse. 457
- Négociation des Pays-Bas. _Ib._
-
- 252e _Dépêche_.--24 mai.--
-
- AU ROI. 459
- Danger de Marie Stuart. 460
- Nouvelles d'Ecosse. _Ib._
-
- A LA REINE (_lettre secrète_). 461
- Négociation du mariage. _Ib._
-
- 253e _Dépêche_.--28 mai.--
-
- AU ROI. 463
- Soupçon de peste. _Ib._
- Communication par lettre. _Ib._
- Danger de Marie Stuart. 465
- Conférence avec le comte de Lincoln 466
-
- A LA REINE. 468
- Bonnes dispositions du comte de Lincoln. _Ib._
-
-
-FIN DE LA TABLE DU QUATRIÈME VOLUME.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de
-Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon
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-
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
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-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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-contact links and up to date contact information can be found at the
-Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
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-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
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-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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