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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième - Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 - -Author: Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon - -Release Date: September 6, 2012 [EBook #40695] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDENCE, BERTRAND DE SALIGNAC, TOME 4 *** - - - - -Produced by Robert Connal, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - -Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée -et n'a pas été harmonisée. - -L'abréviation {lt} signifie livre tournois. - - - - - CORRESPONDANCE - - DIPLOMATIQUE - - DE - - BERTRAND DE SALIGNAC - - DE LA MOTHE FÉNÉLON, - - AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE - - DE 1568 A 1575. - - - PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS - Sur les manuscrits conservés aux Archives du Royaume. - - - TOME QUATRIÈME. - ANNÉES 1571 ET 1572. - - - PARIS ET LONDRES. - 1840. - - - - - DÉPÊCHES, RAPPORTS, - - INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES - - DES AMBASSADEURS DE FRANCE - - EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE - - PENDANT LE XVIe SIÈCLE. - - - - - RECUEIL - - DES - - DÉPÊCHES, RAPPORTS, - - INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES - - Des Ambassadeurs de France - - _EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE_ - - PENDANT LE XVIe SIÈCLE, - - - Conservés aux Archives du Royaume, - A la Bibliothèque du Roi, - etc., etc. - - - ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS - _Sous la Direction_ - DE M. CHARLES PURTON COOPER. - - - PARIS ET LONDRES. - - 1840. - - - - - LA MOTHE FÉNÉLON. - - - - - Imprimé par BÉTHUNE et PLON, à Paris. - - - - - AU TRÈS-HONORABLE - - SIR ROBERT PEEL - - BARONNET. - - CE VOLUME LUI EST OFFERT - - COMME - - UN TÉMOIGNAGE DE RESPECT. - - PAR - - SON TRÈS-DÉVOUÉ ET TRÈS-OBÉISSANT SERVITEUR - - CHARLES PURTON COOPER. - - - - -DÉPÊCHES - -DE - -LA MOTHE FÉNÉLON. - - - - -CLXIIe DÉPESCHE - ---du premier jour de mars 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._) - - Projets des Espagnols sur l'Écosse et l'Irlande.--Commissaires - désignés pour traiter de l'accord sur la restitution de Marie - Stuart.--Tentative de l'ambassadeur pour ramener le comte de - Morton à l'obéissance de la reine d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, il est venu à la Royne d'Angleterre ung adviz, de dellà la mer, -comme maistre Prestal, l'un des fuytifz de son royaulme, ayant résidé -deux ans aulx Pays Bas, a esté, au mois de novembre dernier, dépesché -par le duc d'Alve en Escoce. Je croy, Sire, que c'est celluy -troisiesme que je vous ay mandé, qui y avoit esté envoyé, et que -icelluy Prestal, ayant heu privée conférance avec le duc de -Chastellerault, et avec les comtes d'Arguil, d'Atil et aultres -seigneurs de leur party, et permission d'eulx de voir et visiter les -descentes et advenues du pays, il a raporté charge et instruction, de -leur part, escripte de la main du secrétaire Ledinthon au dict duc, -par laquelle il l'a fort instantment sollicité de leur envoyer -promptement du secours; et que, oultre qu'il s'en ensuyvroit le -restablissement de l'authorité de la Royne d'Escoce, il luy a baillé -pour chose fort facille, de restituer la religion catholique au dict -pays, et d'y establyr, ensemble en Yrlande, les choses à la dévotion -du Roy son Maistre, et encores de pouvoir passer à d'aultres si grandz -exploictz en Angleterre, qu'il luy seroit aysé d'avoir la rayson des -prinses et d'aultres bien advantaigeuses condicions des Anglois, s'il -les vouloit poursuyvre; chose qu'on a mandé à la dicte Dame que le -dict duc avoit fort vollontiers escoutée, mais qu'il ne faisoit -semblant de la vouloir encores entreprendre. Néantmoins cella est -cause, Sire, dont elle haste les provisions du dict pays d'Yrlande, et -que, possible, elle inclinera davantaige à passer oultre au tretté de -la Royne d'Escoce. Icelluy Prestal a d'aultres fois tenu quelque lieu -en ceste court, et meintenant il est entretenu par le dict duc, lequel -aussi, à ce que j'entendz, donne entretennement aulx aultres -principaulx fuytifz qui sont en Flandres. Au moins sçay je que le -comte de Vuesmerland et la comtesse de Northomberland ont receu -chacun, despuys naguières, deux mil escuz de luy. Les depputez, qu'il -devoit envoyer par deçà, s'attandent icy, d'heure en heure, et semble -qu'il prétend plus de tirer par leur moyen ce qu'il pourra des prinses -que d'en cuyder avoir la rayson du tout ny la réparation des injures, -mais qu'il le diffère à ung aultre temps, ne voulant, possible, que -cella retarde meintenant son retour; lequel l'ambassadeur d'Espaigne -dit l'accellérer bien fort, et qu'avant la my avril il partyra de -Flandres pour se trouver en Itallye, au temps qu'on dellibèrera de la -guerre de ceste année contre le Turq. Tant y a que ceulx cy monstrent -de se vouloir bien esclarcyr de son intention, premier que de rien -lascher. - -Le comte de Morthon a esté receu et ouy avecques faveur de la Royne -d'Angleterre, laquelle luy a, d'abondant, faict avoir fort privée -communication avec les seigneurs de son conseil sur les inconvéniantz -qu'il a allégué, si la Royne d'Escoce estoit restituée. A quoy -toutesfoys se monstrant la dicte Dame toute résolue, et voulant -néantmoins que ledict de Morthon et ceulx de son party ne s'en -puissent pleindre, elle a ordonné six commissaires pour moyenner, -entre luy et les depputez de la Royne d'Escoce, les condicions de -l'accord; et à l'ocasion de quelque sienne souspeçon, elle a changé -aulcuns de ceulx, qu'elle avoit premièrement nommez, mettant au lieu -du marquis de Norampthon et du comte de Lestre, le milord Chamberlan -et Quenolles, avec le Quiper, le comte de Sussex, Cecille et Milmay; -de quoy ne nous trouvans, l'évesque de Roz ny moy, guières contantz, -nous avons procuré que le dict de Lestre y ait esté remiz, lequel -faict à ceste heure le VIIe. - -Icelluy de Sussex m'a mandé que, puysqu'à vostre pourchaz, Sire, ceste -restitution se debvoit faire, qu'il estoit raysonnable que Vostre -Majesté respondît de l'observance du tretté par la Royne d'Escoce, et -de prandre, au cas qu'elle n'y obéyst, le party de la Royne -d'Angleterre pour l'y contraindre et vous déclairer en cella son -ennemy. Je luy ay respondu que Vostre Majesté avoit desjà offert de -respondre pour elle sur l'observance de toutes les honnestes et -honorables condicions qu'on la restitueroit, et n'ay passé plus avant. - -J'ay fait secrectement exorter, par le cappitaine Coberon, le susdict -comte de Morthon de se vouloir réunyr avec les aultres seigneurs du -pays, et de ne consentyr la délivrance du petit Prince aulx Angloix, -et de se remettre à l'obéyssance de sa Mestresse, l'asseurant qu'elle -luy tiendra droictement tout ce qu'elle luy promettra; et que Vostre -Majesté luy en sera garant. A quoy il m'a faict respondre que, de se -réunyr avec les aultres seigneurs, il ne s'en monstrera jamais -esloigné, pourveu qu'ilz veuillent estre raysonnables de leur costé; -que, de livrer leur petit Prince aulx Angloix, il est fermement résolu -entre ceulx de son party de ne le consentyr jamais; au regard de -recognoistre la Royne d'Escoce, qu'il failloit bien qu'il regardast de -près à ce poinct, pour la seureté de ceulx qui l'avoient envoyé, et -pour la sienne, qui, à la vérité, ne leur pourroit venir plus grande -ny meilleure, ny d'où ilz se peussent toutz mieulx fier, que de la -parolle et promesse de Vostre Majesté, et que pourtant il regarderoit -comme il s'y debvroit conduyre. Néantmoins, Sire, il crainct tant la -restitution de la dicte Dame, parce qu'il l'a fort offancée, qu'il -s'esforcera, en tout ce qu'il luy sera possible, d'interrompre le -tretté, au moins le mettre le plus à la longue qu'il pourra. Sur ce, -etc. Ce 1er jour de mars 1571. - - - - -CLXIIIe DÉPESCHE - ---du VIe jour de mars 1571.-- - -(_Envoyée jusques à la court par Joz._) - - Négociation du traité concernant l'Écosse.--Articles relatifs à - la remise du prince d'Écosse aux Anglais et à l'alliance entre - l'Angleterre et l'Écosse.--Tentatives faites par le comte - Bodouel en Danemarck.--Affaires d'Irlande.--_Lettre secrète à - la reine-mère_ sur la négociation du mariage du duc - d'Anjou.--Invitation faite au duc de passer en Angleterre; - demande de son portrait--_Autre lettre secrète_ sur la - renonciation du duc d'Anjou au mariage, et la proposition du - mariage du duc d'Alençon avec Élisabeth.--_Mémoire._ Détails de - la négociation du traité concernant l'Écosse.--Discussions - entre les députés.--Prorogation de la surséance - d'armes.--Négociations avec l'ambassadeur d'Espagne au sujet - des nouvelles prises faites en mer par les protestans. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté requiz par les seigneurs de ce conseil et par les -depputez de la Royne d'Escoce, et encores par le comte de Morthon, -d'envoyer en dilligence ce pourteur devers Vostre Majesté pour la -supplier très humblement d'avoir agréable que l'abstinence de guerre, -laquelle, en commenceant ce tretté, a esté de nouveau prorogée pour -tout ce moys de mars, ayt lieu en vostre royaulme, affin que les -merchans escoussoys, qui ont leurs navyres toutz prestz à y faire -voyle, chargés de grains, de poyssons sallez et aultres marchandises, -y puyssent estre bien receuz, sans qu'il leur y soit donné nul arrest -ny empeschement; nous promettans iceulx du dict conseil que, dans le -premier jour d'avril, les affaires de la Royne d'Escoce seront si -advancez que nous pourrons clairement cognoistre ce qui en aura à -succéder; laquelle surcéance, Sire, ayant esté ainsy envoyée par -hommes exprès en Escoce, si, d'avanture, Vostre Majesté la trouve -bonne, il luy plairra me le mander promptement, parce que le temps -court aus dicts merchans, lesquelz aultrement adviseroient où ilz -pourroient aller ailleurs transporter leurs merchandises. - -La Royne d'Escoce a comprins par ung discours, qu'elle a trouvé ez -lettres de Mr de Glasco, que Voz Majestez Très Chrestiennes n'estoient -bien contantes de ce qu'elle avoit passé trop avant à accorder -plusieurs choses à la Royne d'Angleterre, qui luy estoient si -avantaigeuses qu'elle n'avoit garde de les reffuzer, et que pourtant -il falloit à ceste heure attandre que deviendroit le tretté premier -que de parler de nul secours, inférant par là que Voz Majestez -n'avoient grande envye de luy en bailler. Sur quoy elle a dépesché en -dilligence devers monsieur l'évesque de Roz pour me venir remonstrer -qu'elle porte ung extrême ennuy de cestuy vostre malcontantement, et -qu'elle me requiert de vous tesmoigner si elle n'a pas cerché de -procéder toutjour, et en toutes choses, despuys que je suys en ce -royaulme, sellon vostre intention, sans aller aulcunement au -contraire, quoiqu'il luy en deust advenir; et qu'elle supplie bien -humblement la Royne de se souvenir du conseil, qu'elle mesmes luy a -escript de sa main, de ne reffuzer aulcunes condicions à la Royne -d'Angleterre, pourveu qu'elle puysse avoir sa liberté et se tirer hors -de ses mains; et que je vous face entendre à toutz deux l'extrême -dangier où elle a esté, et où elle est encores, non seulement de -perdre son estat et ses subjectz, mais sa propre personne et sa vie, -s'il n'y est remédié ou par le tretté, ou par le secours de Vostre -Majesté; que, touchant le tretté, il n'y a que deux poinctz, de toutz -ceulx qu'on luy a proposez, qui vous puissent venir à desplaysir, l'un -est de la ligue: et quant à celluy là, elle vous supplie de croyre, -Sire, qu'elle souffrira plustost toutes extrémités que de consentyr -qu'il en soit faicte pas une qui ne vous soit agréable, et d'où vous -puyssiez estre en rien offancé, et que de ce mesmes desir sont -pareillement toutz les seigneurs escouçoys qui sont de son party; -l'aultre poinct est de bailler le Prince, son filz, à la Royne -d'Angleterre, et, quant à cella, il est trop certain qu'il n'estoit -possible d'entrer aulcunement en tretté, mais encores qu'elle l'ayt -desjà consenty, ce n'est toutesfoys qu'avec condicion que les -seigneurs d'Escoce l'aprouvent, dont se pourra encores trouver moyen -de le reffuzer; et, à ceste cause, elle tourne suplier Vostre Majesté -que, considéré l'extrémité où elle est, et d'où elle ne peult sortyr -sinon par le secours de voz armes, ou par le tretté, qu'il vous playse -ou luy conseiller d'accorder son filz, duquel aussi la disposition -n'est en ses mains, si aultrement le tretté ne peult succéder, ou bien -luy envoyer ung prompt secours, et elle s'esforcera de le rompre. - -Sur quoy, Sire, après avoir, par beaucoup de vrays et bien clairs -argumens, fait cognoistre au Sr de Roz que l'intention de Voz Majestez -estoit fermement au secours et assistance de la Royne, sa Mestresse, -et qu'elle et luy en avoient veu et en voyeroient encores de si -certaines démonstrations que rien ne les en debvoit faire doubter, ny -je ne serois si mal advisé de prendre la matière à cueur si je ne -sentois que vous l'eussiez aultant en affection comme je sçavois -qu'elle touchoit à l'honneur de vostre couronne, sans toutesfois luy -dissimuler que le poinct de la ligue, si elle vous préjudicioit, vous -seroit incomportable, et celluy du Prince ne vous pourroit guière -playre, je luy ay promiz de vous escripre le tout, et luy mesmes en -escript à la Royne. Dont vous plairra, Sire, me remander en -dilligence vostre bon commandement là dessus, affin que j'essaye de -faire toutjour incliner la résolution des affaires, le plus qu'il me -sera possible, à vostre desir, et que ne monstrions, de nostre part, -retarder le tretté. - -Ceulx cy avoient heu adviz que le roy de Dannemarc estoit après à -accommoder le comte Boudouel de quelque nombre d'hommes et de -vaysseaulx, pour faire une descente en Escoce, et que le dict Boudouel -luy promettoit de luy mettre entre mains les Orcades, mais cella n'a -pas continué, dont ceulx cy n'en sont plus en payne; mais ilz envoyent -présentement à milord Sideney trente cinq mil escuz et deux grandz -navyres de guerres, pleins de monitions, pour pourvoir aulx choses -d'Yrlande; lesquelles choses toutesfois leur semblent plus asseurées, -despuys ceste dernière bonne et honneste déclaration, que Vostre -Majesté leur en a faicte, et despuys avoir entendu que le Roy -d'Espaigne n'est si adélivré de la guerre des Mores ny de celle du -Turcq, qu'il puysse entreprendre ailleurs; mesmes qu'ilz ont -nouvelles, que le Turc, oultre une très grande armée de mer, en -prépare une bien grande par terré, avec quelque apparance qu'il se -veuille saysir de la Transilvanye pour donner à toute la Chrestienté -assés de quoy n'avoir à entreprendre aultre chose que de toutz -ensemble fermement luy résister. Sur ce, etc. - - Ce VIe jour de mars 1571. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, despuys que j'ay eu remonstré à Mr le comte de Lestre que le -propos de la petite lettre me sembloit estre trop divulgué par decà, -l'on l'a mené bien fort secrectement, et ne s'en parle plus, ny à la -court, ny à la ville, sinon en termes fort réservez et retenuz, mesmes -qu'ung bruict sourd, qui a couru, l'a assez restrainct, qu'on a dict -que le peuple murmuroit de ne se vouloir laysser tromper de ce nouvel -artiffice, ainsy comme l'on l'avoit desjà mené par ung aultre, -l'espace de douze ans; et que, quant bien la résolution de leur Royne -seroit, à ceste heure, de prendre party, qu'ilz vouloient qu'elle -déclairast son successeur à ceste couronne premier que d'y introduyre -ung prince si puyssant comme celluy dont on parloit, affin qu'il n'y -peust prétandre ny droict ny possession, au cas qu'elle vînt à -décéder, premier qu'ilz eussent des enfans. Néantmoins deux du conseil -de la dicte Dame ont dict, despuys trois jours, qu'ilz sçavoient très -bien que, si l'archiduc eust attandu jusques à ceste heure de se -maryer, que indubitablement elle l'eust accepté, et que, si Monsieur -la faisoit requérir, qu'il en auroit bonne responce. Et, à ce propos, -Madame, le comte de Lestre m'a mandé qu'elle a fort curieusement -examiné le Sr de Norrys, à son retour de France, touchant Mon dict -Seigneur, et que luy, tant pour la vérité que par instruction du dict -comte, et pour sa propre affection, l'a miz jusques au ciel, -racomptant qu'avec les excitantes vertuz de son esprit, il habondoit -d'aultres si belles qualitez de taille, de vigueur, maintien, bonne -grâce et beaulté, qu'il se monstroit très accomply en toutes -perfections d'ung prince de trente ans; chose que le dict comte -m'asseuroit qui avoit miz la dicte Dame en ung très grand desir de le -voir, dont me pryoit de luy mander s'il y auroit moyen, qu'allant -elle, cest esté, en son progrès vers la coste de France, Mon dict -Seigneur, soubz colleur de visiter la frontière, vollût s'aprocher de -celle d'Angleterre, et par une marée du matin se laysser veoir de decà -pour s'en retourner, puys après, si ainsy luy playsoit, à la marée du -soir, sans que nulz autres que ceulx qu'il vouldroit le peussent -sçavoir; et que j'entendois bien que les dames vouloient estre -requises, et veoir qu'on fît des dilligences et des démonstrations de -les aymer; et qu'il se trouvoit en ce royaulme beaucoup de -contradisans à ce propos, mais qu'il sçavoit qu'ilz travailloient en -vain, et que une seule présence de Mon dict Seigneur veincroit -ayséement toutes leurs difficultez. - -Je ne me suys advancé de rien respondre sinon touchant les dictes -difficultez, que Mon dict Seigneur estoit tel qu'en tout et par tout -il estoit très desirable, et n'y avoit rien en luy qui peult estre -subject à contradiction; et que, touchant passer deçà devant la -parfaicte conclusion des choses, que je n'estimois pas qu'il le vollût -faire, ny que Voz Majestez le luy peussent conseiller, et que je le -supplioys de considérer si, attandu les choses du passé et les -difficultez présentes, que luy mesmes alléguoit, Mon dict Seigneur ne -debvoit aller bien retenu en cest affaire. Le dict comte ne m'a -encores répliqué sinon qu'il desire meintenant une peincture de -Monseigneur fort naïfve, et qui soit de son grand. Sur ce, etc. Ce VIe -jour de mars 1571. - - - A LA ROYNE. - - (_Aultre petite lettre à part pour luy estre mize en ses propres - mains._) - -Madame, en lisant la petite lettre qu'il a pleu à Vostre Majesté -m'escripre, de sa main, par le Sr de Sabran, il m'a prins ung grand -regrect de voir que les choses ne succédoient, sellon que les aviez -proposées, et sellon que vous les desiriez, pour la grandeur du Roy et -de Monseigneur, voz enfans[1]; à quoy, de ma part, je commançoys de -travailler aultant qu'il m'estoit possible, de nettoier les -empeschemens, et pénétrer ez difficultez qui s'y pouvoient trouver de -ce costé, pour faire que Vostre Majesté y vît bientost et bien à clair -ce qu'elle en auroit à espérer. Mais, Madame, je vous suppplie très -humblement qu'entre plusieurs exellantz actes de la vertu de Mon dict -Seigneur, vous luy veuillez infinyement agréer cestuy cy, comme très -exellant et comme péculier à sa magnanimité et à la générosité de son -cueur, qu'il a plus grand que n'est la mesmes royalle grandeur, parce -qu'il la mesprise si elle n'est accomplye de ses aultres perfections -et ornemens, dont je l'en honnore et révère de tout mon cueur; et -m'asseure que Dieu le comblera de quelque aultre honneur et grandeur, -qui ne sera moins à propos et à vostre contantement que ceste cy. L'on -a peu diversement escripre et parler de ceste princesse sur l'oyr dire -des gens, qui quelquefoys ne pardonnent à ceulx mesmes qui sont les -meilleurs, mais, de tant qu'en sa court l'on ne voyt que ung bon -ordre, et elle y estre bien fort honnorée et ententive en ses -affaires, et que les plus grandz de son royaulme et toutz ses subjectz -la craignent et révèrent, et elle ordonne d'eulx et sur eulx avec -pleyne authorité, j'ay estimé que cella ne pouvoit procéder de -personne mal famée, et où il n'y eust de la vertu; et néantmoins ce -que je sçavois que vous en aviez ouy dire, et l'opinion qu'on a -qu'elle n'aura point d'enfans, les dures conditions qui se peuvent -proposer en telz contractz, les artiffices dont l'on a usé ez aultres -partys, et les contradictions qui se descouvrent desjà en cestuy cy, -me faisoient toutjours vous suplier très humblement qu'il vous pleust -y aller fort retenue. - - [1] _Lettre du 2 mars 1571, escritte de la main de la Royne à - Monsieur de La Mothe Fénélon._ Voir _le Supplément à la - Correspondance Diplomatique de La Mothe Fénélon_, contenant les - lettres qui lui étalent écrites de la cour. - -Et ayant despuys faict observer le secrétaire Cecille sur ce qu'il -diroit de cest affaire, il m'a esté rapporté, qu'encores qu'il n'en -ayt que fort honorablement parlé, qu'il a néantmoins monstré qu'il ne -le vouloit point, et que mesmes il ne l'espère: car a dict que Mr le -cardinal de Chatillon et le vydame de Chartres en ont bien tenuz de -grandz propos à sa Mestresse, et qu'elle les a escoutez, mais que -c'est à elle meintenant d'y respondre, et qu'il ne voit pas que cella -se puysse bientost accorder, ny estre encores de longtemps accomply; -et que, oultre le poinct de la religion et celluy de la jalouzie des -aultres princes, et encores d'aultres bien grandes difficultez, qui -s'y monstroient, celle là luy semble très grande, que Monsieur est -trop prochain successeur de la couronne de France, et que, le cas -advenant, l'Angleterre cesseroit d'estre royaulme, et viendroit estre -province des Françoys, comme est la Bretaigne, l'exemple de laquelle -les doibt admonester d'y prendre bien garde, et qu'ilz ont besoing -d'ung prince qui veuille renoncer à toutes aultres prétencions, fors à -estre Roy d'Angleterre, ainsy que l'archiduc Charles s'y estoit bien -condescendu; par ainsy, il leur en fauldroit ung qui fût plus esloigné -d'une telle et si grande succession comme celle de France, laquelle -enfin viendroit entièrement absorber la leur. - -Qui est ung poinct, Madame, qui ne quadre que bien en Monseigneur -d'Alançon, mais il n'est temps, en façon du monde, d'en parler, car -ayant esté trouvé que mesmes l'eage de Monseigneur ne correspondoit -assés bien, si sa taille et aulcunes aultres siennes qualitez -n'eussent suply, lesquelles seront (si Dieu playt) bientost en Mon -dict Seigneur d'Alençon, il y auroit dangier, si l'on le proposoit, -premier qu'il ne soit ung peu plus grand, qu'elle estimât qu'on se -mouquast d'elle; et s'esfoceroit, possible, de tourner la derrision -sur nous, et de nous nuyre là où elle en auroit le moyen. Mais la -nécessité de se maryer luy croyt, et luy croistra toutjours, de plus -en plus, et, devant deux ans, Mon dict Seigneur d'Alençon sera venu en -disposition de l'estre de son costé, et elle ne l'aura encores trop -passée du sien. Par ainsy, s'il vous semble bon, Madame, de ne rompre -trop court le propos de Mon dict Seigneur, et le laysser encores -courre, ainsy qu'il est commancé, non toutesfoys qu'entre peu de -personnes et fort secrectement, affin qu'il ne nous suscite des -deffiances ny des jalouzies d'ailleurs, ny donne moyen à ceulx cy de -trop s'en prévaloir, l'on le pourra, possible, conduyre peu à peu -jusques au dict poinct de la trop prochaine succession de la couronne -de France, qui est une difficulté, laquelle n'estant que bien -honnorable pour Mon dict Seigneur et aussi pour la dicte Dame, l'on -pourra lors transférer le propos sur Mon dict Seigneur d'Alençon, qui -en est ung degré plus loing; car, sellon le présent estat de la -Chrestienté, si elle demeure en sa résolution de n'espouser sinon ung -prince de qualité royalle, comme elle est, il fault par force que ce -soit ung de Noz Seigneurs, voz enfans, et non aultre, ou qu'elle s'en -passe du tout. - -Mais, quant à l'aultre poinct, que Vostre Majesté m'escript, que la -dicte Dame veuille adoupter quelcune de ses parantes, elle n'en a -nulle du costé paternel; et quant au maternel, il n'est en sa -puyssance d'en advancer aulcune jusques là, joinct que ce propos -seroit fort mal prins, pendant qu'elle mesmes monstre de se vouloir -maryer. Tant y a que j'estime que le parlement qu'elle a convoqué ne -se passera sans qu'on la presse ou de prendre party à bon esciant, ou -de déclairer son successeur, car elle s'est desjà obligée, par -l'aultre précédent parlement, de faire l'ung ou l'aultre, dont je -mettray peyne d'en entendre ce qui s'en trettera. Sur ce, etc. - - Ce VIe jour de mars 1571. - - -INSTRUCTION DE CE QUE JOZ AURA A FÈRE ENTENDRE à leurs Majestez, -oultre ce dessus: - - Qu'après que le comte de Morthon a heu parlé à la Royne - d'Angleterre et aulx siens, elle a faict, en sa présence, dez le - XXIIIe du passé, mettre la matière en dellibération de son - conseil, où l'ung d'entre eulx, voyant qu'elle inclinoit à la - restitution de la Royne d'Escoce, luy a osé, avec grande - véhémence, remonstrer qu'elle ne le debvoit faire en façon du - monde, si elle ne se vouloit exposer à ung trop manifeste dangier - de perdre toute la seurté, où elle vit meintenant, et la faire - perdre à son royaulme, allégant que nul d'entre les princes - chrestiens, ny toutz ensemble, ne seront jamais conseillez de luy - mouvoir guerre en son pays pour leur particulier intérest, parce - qu'ilz jugeront bien que la conquête leur en seroit très - difficile, et encores plus impossible de la conserver; mais que - ce seroit la Royne d'Escoce qui, par ses prétencions à cestuy cy, - mettroit incontinent toutes choses en trouble, et attireroit les - armes estrangières en l'isle, et qu'il supplioit très humblement - la dicte Dame, et ceulx qui la conseilloient, de croyre que, - s'ilz commettent à ceste heure une si grand erreur que de la - restituer, qu'ilz luy verront, devant trois mois, allumer ung feu - si chauld en Escoce, qu'il ne sera en leur puyssance de - l'estaindre que l'Angleterre n'en soit embrasée, et leur présente - religion, possible, fort oppressée, et les deux royaulmes - réduictz soubz l'ancienne obéyssance, qu'il a appellée _tirannye - du Pape_. - - A quoy nul de la présence, pour ne tumber en souspeçon de la - religion, ou pour n'estre veu partial à la Royne d'Escoce, n'a - ozé rien contradire; et la Royne seule, bien qu'avec visaige - troublé, luy a respondu que les inconvéniantz, qu'il alléguoit, - estoient fort à craindre, mais qu'il y en avoit d'aultres non - moins, ains beaulcoup plus à doubter que ceulx cy, qui l'avoient - desjà faicte résouldre à la restitution de la Royne d'Escoce; et - que pourtant, elle les prioyt toutz de cesser désormais à - débattre si elle la debvoit restituer ou non, et seulement qu'ilz - regardassent de bien prez à quelles bonnes seuretez et conditions - elle la restitueroit. - - Sur laquelle résolution ayant la dicte Dame depputé six - commissaires, pour procéder au tretté, le comte de Morthon a - desjà comparu deus foys par devant eulx, auquel ilz ont remonstré - que la Royne, leur Mestresse, estoit bien fort pressée par la - Royne d'Escoce et par les princes de son alliance, et encores par - les seigneurs escouçoys, qui tiennent son party, de la restituer; - et qu'y estant aussi elle mesmes par plusieurs considérations de - son propre intérest, et du repos de son royaulme, disposée, elle - avoit bien vollu, premier que de passer oultre, le faire - appeller, affin qu'il regardât qu'est ce qu'il desiroit obtenir - pour la seureté du petit Prince d'Escoce, pour la sienne, et de - tous ceulx qui ont suivy son party, car elle mettroit peyne d'y - pourvoir. - - A quoy le dict de Morthon a respondu que la dicte Royne d'Escoce - estoit à juste titre depposée de son estat, et le Prince, son - filz, légitimement établi en icelluy, tant par la cession d'elle - mesmes, que par aprobation des Estatz, et qu'il estoit desjà en - actuelle possession d'estre Roy, par ainsy qu'il ne failloit - toucher à ce poinct; mais que, s'il grevoit à la Royne, leur - Mestresse, de tenir davantaige la dicte Dame en son royaulme, - qu'ilz la renvoyassent en Escoce, en quelque lieu où elle peult - s'entretenir, sans toutesfois oster l'authorité à son filz; et - que desjà la Royne d'Angleterre avoit bien esprouvé combien il - luy estoit utille à son royaulme que le gouvernement ne fût point - changé, lequel se pouvoit ayséement meintenir avec son ayde, - pourveu qu'elle leur continuast l'entretennement de trois mil - hommes, comme elle avoit faict jusques icy. - - Il luy a esté répliqué que la Royne, leur Mestresse, n'avoit - forny à l'entretènement des gens de guerre en Escoce, ny n'avoit - tenu si longtemps son armée en la frontière, que à cause de ses - rebelles, qui s'étoient retirez par dellà, laquelle occasion - cessant à ceste heure, il y auroit trop de dangier que de quel - aultre mouvement d'armes qui s'y recommençât, les estrangiers - n'y fussent attirez; considérant mesmement que les quatre - principaulx seigneurs du pays, et toute la noblesse et le peuple, - estoient du party de la dicte Royne d'Escoce, laquelle, - d'abondant, offroit, de son costé, pour sa restitution, de bien - honnorables condicions à leur Mestresse, et pourtant elle estoit - toute résolue de passer oultre au dict tretté. - - Icelluy de Morthon leur ayant remémoré là dessus plusieurs grandz - inconvéniens, si elle la restituoit, leur a, de rechef, proposé - le premier expédient, de la remettre en quelque lieu en Escoce, - où elle se puysse entretenir, sans changer rien du présent estat - du gouvernement, et si, d'avanture, elle ne se veult passer d'y - vivre en privée, qu'on luy baille quelque petit lieu où elle soit - mestresse; et a requiz, au reste, que, pour conduyre les choses à - bonne fin, ilz veuillent faire proroger l'abstinence de guerre - encores pour deux mois, affin de mettre leur pays en quelque - repos, et que pareillement leurs merchandz, qui ont desjà leurs - navyres chargés de bledz, d'aranc, de saulmon sallé, et aultres - denrées, et toutz prestz à faire voille, ne soient poinct - arrestez en France. - - Sur laquelle dernière proposition ayant l'évesque de Roz esté - appellé, et estant premièrement venu consulter de l'affaire - avecques moy, il a, en leur présence et moy, par sollicitation - fort vifvement incisté que nulle aultre prorogation debvoit estre - faicte que de passer oultre, tout présentement, au dict tretté, - attandu que, dans vingt quatre heures, toutes difficultez - pouvoient estre vuydées, et les affaires demeurer entièrement - bien accommodez. Mais parce qu'ilz luy ont remonstré qu'encor y - courroit il toutjour quelque temps, il s'est enfin condescendu de - leur accorder le dict renouvellement d'abstinence, encores pour - tout ce mois, soubz promesse toutesfois qu'ilz luy ont faicte - que, dans le premier jour d'apvril, les choses seront si - advancées qu'on ne doubtera plus du succez qu'elles debvront - avoir. Et semble, à la vérité, qu'aulcuns des commissaires - procèdent droictement et en bonne sorte à l'expédition de cest - affaire, mais les aultres s'esforcent bien fort de le traverser. - - Le lundy de caresme prenant, estant l'ambassadeur d'Espaigne, qui - est icy, venu prandre son disner en mon logis, il m'a dict que, - le jour précédent, le cappitaine Orsay, gouverneur de l'isle - d'Ouyc, luy estoit venu dire, de la part de la Royne - d'Angleterre, touchant plusieurs ourques fort riches, qu'on a - nouvellement prinses sur les subjectz de son Maistre, qu'elle - estoit contante de jetter aulcuns de ses grandz navyres dehors - pour chastier les pirates, et mesmement ceulx qui s'advouhent au - prince d'Orange, si les merchans luy vouloient accorder quelque - petite contribution pour les frais de l'armement, parce qu'il - n'estoit raysonnable qu'elle le fit à ses despens; et qu'avec la - colleur de ce propos le dict Oursay luy avoit aussi demandé s'il - vouloit point parler à la Royne, sa Mestresse, s'asseurant - qu'elle l'oirroit fort vollontiers. - - A quoy le dict sieur ambassadeur luy avoit respondu qu'il luy - sembloit que les merchans ne vouldroient jamais consentyr à nul - nouveau subcide, et luy aussi ne le leur vouldroit conseiller, - pour la conséquence qui s'en pourroit ensuyvre, laquelle il - pensoit bien que le Roy, son Maistre, ne vouldroit oncques - aprouver, joinct qu'il avoit toutjour estimé estre du desir et - intention, et encores du proffict de la Royne d'Angleterre, que - la mer fût nette; et elle la pouvoit nettoyer par une seulle - parolle, parce que les pirates n'armoient, ny s'équipoient, ny - avoient leur retrette qu'en son royaulme; mais, si luy, qui avoit - charge en l'isle d'Ouyc, et les aultres cappitaines de la dicte - Dame se vouloient employer de bonne sorte contre les dicts - pirates, il procureroit que les merchans leur en fissent une bien - honneste recognoissance; - - Et, au regard de parler à la dicte Dame, que, toutes les foys - qu'elle luy feroit entendre d'avoir agréable qu'il exerceât son - office vers elle, comme il faisoit auparavant les prinses, qu'il - le feroit très vollontiers, et luy demanderoit audience, et luy - yroit toutjour faire entendre les bonnes intentions et vollontez - du Roy, son Maistre. Et a opinion, le dict sieur ambassadeur, que - la dicte Dame l'avoit plus envoyé pour ce dernier poinct, affin - d'atacher une nouvelle pratique de s'accommoder avec le dict Roy, - son Maistre, sur les choses passées, que non pour ces nouvelles - prinses des pirates. - - Cependant le dict ambassadeur et moy avons esté advertys que, - dans ceste rivière de Londres, et en la coste d'Ouest, aulcuns - particulliers équippent huict ou dix fort bons navyres de guerre - avec semblant qu'ilz veulent aller aulx Indes, mais le dict - ambassadeur publie et faict publier tout haut que Pero Melendes - les attand au passaige. - - - - -CLXIVe DÉPESCHE - ---du XIIe jour de mars 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Discussion du traité concernant l'Écosse.--Refus du comte de - Morton d'adhérer aux articles proposés.--Menace faite contre - lui par Élisabeth.--Avis donné par Walsingham que le mariage du - duc d'Anjou avec Marie Stuart est résolu en France.--Changement - produit par cette nouvelle sur les résolutions de la - reine.--Insistance de l'ambassadeur pour empêcher l'évêque de - Ross de consentir à aucune discussion qui puisse retarder le - traité.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Communications toute - confidentielles faites par Leicester sur le projet de mariage - du duc d'Anjou avec Élisabeth. - - - AU ROY. - -Sire, après que l'abstinence de guerre a esté accordée, encores pour -tout ce mois de mars, entre les depputez d'Escoce de l'ung et de -l'aultre party, et que la déclaration a esté faicte au comte de -Morthon comme la Royne d'Angleterre vouloit résoluement passer oultre -au tretté, les commissaires de la dicte Dame luy ont proposé qu'il -debvoit adviser à deux poinctz: l'un, de se rétracter de la procédure, -que luy et ceulx de son dict party avoient faicte pour depposer la -Royne d'Escoce, parce qu'ilz n'avoient nulles raysons, tant apparantes -fussent elles, que les princes souverains les vollussent jamais -approuver, ausquelz toutesfoys, comme à ceulx qui estoient constituez -de Dieu pour suprêmes juges et exécuteurs des derniers jugemens en -terre, ceste cause debvoit enfin parvenir; le segond, que ne voulant -plus la Royne, leur Mestresse, meintenir la dicte cause de sa part, il -regardât qu'est ce qu'il desiroit luy estre pourveu par le tretté pour -la seureté sienne, et de ceulx qui l'avoient envoyé. - -Ausquelles deux choses, comme il s'efforçoit d'y vouloir respondre -assés promptement et sans ordre, aulcuns des dicts commissaires l'ont -prié, et croy que artifficieusement, affin de luy dresser cependant sa -responce, qu'il ne se vollust haster de la bailler jusques à ce qu'il -en eust bien à loysir conféré avec ses collègues, parce que leur -Mestresse s'attandoit d'estre ceste foys résolue de son intention, -affin de se résouldre elle mesmes des moyens qu'elle auroit, puys -après, à tenir sur tout le reste du tretté. Dont, à deux jours de là, -le dict de Morthon est retourné devers les dicts commissaires, et leur -a respondu que les occasions, pour lesquelles la Royne d'Escoce estoit -deschassée de son estat, avoient piéçà esté nottiffiées à la Royne -d'Angleterre et aulx seigneurs de son conseil avec tant de preuve et -de vérité qu'il ne vouloit à présent y dire, ny desduyre, sinon cella -mesmes qui desjà avoit esté dict et miz par escript, et qu'il tournoit -le produyre de rechef devers eulx; dont leur a exibé incontinent la -procédure faicte à Yorc: et, quant au segond poinct, il les prioyt de -considérer qu'aussitost que la juste privation et puis la dimission -vollontaire de la dicte Dame avoient esté déclairées, le Prince son -filz avoit légitimement esté subrogé en l'estat, et desjà couronné Roy -d'Escoce; auquel luy et les bons subjectz du pays avoient presté la -foy et sèrement, duquel ilz ne vouloient, ny pouvoient avec leur -honneur, meintennant se despartyr; et pourtant, il suplyoit la Royne -d'Angleterre de les vouloir toutjours favoriser et soubstenir en -cestuy leur juste et honneste debvoir, attandu mesmement que les -choses en Escoce s'estoient, jusques icy, conduictes, et se -conduysoient encores fort bien et par bon ordre, soubz l'auctorité du -jeune Roy; et que, quant bien elle le vouldroit habandonner, qu'ilz -n'auroient pourtant ny faulte de moyens ny de forces pour le -soubtenir, et pour contraindre le reste du royaulme de luy obéyr. - -Laquelle responce estant par quatre des dicts commissaires raportée à -la Royne d'Angleterre, elle a dict qu'elle sentoit l'arrogance et la -dureté d'un cueur bien obstiné, et qu'elle sçavoit que le dict Morthon -ne l'avoit apportée telle de son pays, ains l'avoit aprinse icy -d'aulcuns de ceulx mesmes du conseil, lesquelz elle vouloit bien dire -qu'ilz estoient dignes d'estre penduz à la porte du chasteau, avec un -rollet de leur adviz au coul; et que sa vollonté estoit que le dict -Morthon ne bougeât ou de Londres, ou de la suyte de sa court, jusques -à ce que quelque bon expédiant eust esté miz en cest affaire. - -Ceste démonstration de la dicte Dame nous a donné quelque argument de -bien espérer de son intention; mais l'artifice des adversaires l'a -bientost destournée, car, oultre leurs trames de court, et celles -qu'ilz pratiquent encores en Escoce, voycy, Sire, ce que a escript le -Sr de Valsingan à la dicte Dame du costé de France: qu'il a descouvert -ung propos, qui se mène bien chauldement pour maryer Monsieur, frère -de Vostre Majesté, avec la Royne d'Escoce, et que le Pape luy promect -la dispence et beaucoup d'avantaiges au monde en faveur du dict -mariage, et que les choses en sont si avant que Mon dict Seigneur -promect d'y entendre, aussitost que, par ce tretté, la dicte Dame sera -restituée en son estat; et que, ores que le tretté ne succède, qu'il y -a entreprinse dressée pour la venir tirer par force hors d'Angleterre. -A ceste cause, il suplye sa Mestresse de vouloir bien considérer -lequel des deux inconvénians elle ayme mieulx évitter; et que, quant -à luy, il ne luy peult dire sinon qu'elle sera très mal conseillée, si -elle se dessaysyt jamais de la Royne d'Escoce. - -Cest adviz a renouvellé une si extrême jalouzie dans le cueur de ceste -princesse, que je tiens le tretté non seulement pour beaucoup -traversé, mais toutz les affaires et la personne mesmes de la dicte -Royne d'Escoce en assés grand dangier. Et desjà ayant commancé la -dicte Royne d'Angleterre de procéder plus estroictement avec le dict -de Morthon, elle a faict dire à l'évesque de Roz qu'il veuille bailler -une responce par escript aulx choses que icelluy de Morthon a dictes, -et produictes de rechef, contre sa Mestresse; et qu'encores qu'elle, -de sa part, n'en demeure que bien satisfaicte, que néantmoins cella -servyra beaucoup de donner aucthorité au tretté: qui est ung poinct, -Sire, pour non seulement acrocher la matière, mais pour attribuer, peu -à peu, de l'authorité et jurisdiction à ceste couronne sur celle -d'Escoce. Dont m'a semblé de conseiller à l'évesque de Roz de n'en -faire rien, et de n'entrer, en façon du monde, à contester icy les -droictz et tiltres de sa Mestresse, comme n'estant, à présent, -question de cella, ny d'aulcune aultre chose que de tretter -amyablement, entre les deux Roynes, de la restitution de celle qui est -hors de son estat; et que le dict Morthon n'avoit que faire au dict -tretté, sinon pour y requérir, si bon luy sembloit, sa seurté et celle -des siens; à quoy pouvoit estre pourveu par ung seul article, après -que les aultres seroient accordez; et qu'à cette occasion il requist -d'estre procédé promptement avecques luy, et avec les aultres depputez -de la Royne, sa Mestresse, sur les articles desjà proposez, ou bien -leur donner congé de s'en retourner. Et ay tant faict qu'il s'est -fermement arresté d'en user ainsy; dont espère qu'en brief nous aurons -ou la conclusion, ou la ropture du dict tretté, et que je vous pourray -informer des particullaritez que m'avez escriptes par vos dernières du -XIXe du passé, touchant vostre vertueuse et prudente résolution en -cest endroict[2], laquelle je mettray peyne qu'elle puysse réuscyr -bien utille, et qu'elle soit aydée et favorisée d'icy, ou aulmoins non -oprimée par les forces de ce royaulme; vous suppliant très humblement, -Sire, de différer, jusques à mes prochaines, l'expédition du frère du -cappitaine Granges, qui arrivera bientost devers Vostre Majesté, parce -que c'est sur luy qu'il semble estre bon de faire fondement, estant -homme solvable et de bonne intention. Sur ce, etc. - - Ce XIIe jour de mars 1571. - - [2] Cette lettre annonce la résolution formelle du roi d'envoyer - en Écosse, pendant six mois, à partir du premier mars, le secours - de quatre mille écus par mois, sollicité par les députés de Marie - Stuart. Voir le _Supplément à la Correspondance Diplomatique de - La Mothe Fénélon_. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, par ung commung amy, que Mr le comte de Lestre et moy avons -accoustumé de nous communiquer l'ung et l'aultre, lequel il envoya -hyer quéryr, il m'a mandé qu'il a toutjour esté du party de France, et -qu'il luy importe, de toute sa fortune et mesmes de la vie, qu'il se -meintiegne tel, et qu'il puysse relever toutjour le dict party en -Angleterre, aultant que faire se pourra; dont s'estant opposé jusques -icy à ceulx, qui y soubstiennent la part d'Espaigne, et au mariage de -l'archiduc, il a attandu l'oportunité de voir qu'à bon esciant la -Royne, sa Mestresse, se vollût maryer, et que la nécessité la -contraignît de l'estre, et lors il luy a persuadé, puysqu'elle ne -vouloit avoir sinon ung prince de sa qualité, qu'elle deust en toutes -sortes prandre Monseigneur, vostre filz; et que, quant ung ange du -ciel m'annonceroit, à ceste heure, aultrement, parce qu'il sçavoit -que, en France et en ce royaulme, l'on en faict divers discours, je ne -vollusse croyre que la dicte Dame ne fût toute résolue de prandre -party, et très bien disposée à celluy de Mon dict Seigneur, et avec -telle affection qu'il se trouvoit en terme d'estre ruyné et perdu, si -le propos ne se continuoit, comme il l'a commencé; car ceulx mesmes, -qui y estoient les plus contraires, qui sont ses ennemys, impryment à -la dicte Dame que la froydeur, dont l'on y va en France, et celle du -cardinal de Chastillon icy, et ce que je n'en parle point, procède du -dict comte mesmes, qui veult meintenant faire tumber la résolution et -la nécessité, où la dicte Dame en est, à l'espouser à luy; et soubz -main ayantz fort estroictement conféré de l'affaire avec l'ambassadeur -d'Espaigne, ilz mettent, à ceste heure, en avant à la dicte Dame -d'espouser le filz ayné de l'Empereur, l'eage duquel ilz asseurent n'y -avoir à dire d'icelluy de Monseigneur que de demy an, et qu'il est de -plus belle taille que l'archiduc; lequel l'Empereur a finement maryé -ailleurs pour réserver ce party à son filz; et qu'il est très certain -que la dicte Dame, si elle ne trouve correspondance en France, qu'elle -fera des résolutions ailleurs, qui, possible, nous seront -dommageables; qu'il ne pense pas que Voz Majestez Très Chrestiennes ne -cognoissent assés que ceste princesse et son royaulme sont à desirer, -et que Mon dict Seigneur ne peult avoir que honneur de desirer l'ung -et l'aultre, et de s'advancer de les demander toutz deux; mesmes -qu'il n'est pas fille, pour debvoir craindre que ung reffuz luy puysse -faire perdre un aultre party; et que, s'il veut qu'on y aille -secrectement, qu'encores le veult on plus de ce costé, mais au moins -que Voz Majestez fissent dire ou escripre quelque chose, en la plus -convenable façon qu'elles adviseroient, pour faire voir qu'elles -recognoissent la bonne intention de ceste princesse; qu'elles la -veulent entretenir, et qu'il ayt moyen de luy parler librement de -l'affaire, de respondre aux difficultez qu'on y vouldra opposer, et le -conclurre premier qu'il soit publié; qu'il failloit qu'il fût bientost -résolu de cecy, parce qu'il ne vouloit, ny n'estoit besoing pour nous, -qu'il demeurast hors du nombre de ceulx qui tretteront party à la -dicte Dame, ains, d'où qu'elle en preigne, qu'il soit toutjour ung des -premiers qui s'en mesle; et par ainsy que, si le singulier desir, -qu'il a vers la France, ne luy réuscit, qu'il advisera, le mieulx -qu'il pourra, de s'accommoder vers l'Espaigne. - -Je luy ay respondu que Mr le cardinal de Chastillon avoit ouvert ce -propos, et que j'estimois qu'il avoit le soing de le conduyre, et que -Voz Majestez ne m'en avoient encores rien mandé en particulier; -seulement je cognoissois, par toutes voz lettres, qu'il y avoit, de -vostre part, une très grande affection de confirmer davantaige -l'amytié, bonne intelligence et alliance, avecques la Royne, sa -Mestresse, et qu'il ne tiendroit qu'à elle que cella se perpétuât -jamais; que je ne faisois doubte que le bruict du dict mariage n'eust -faict descouvrir en France, et icy, qu'il y en a infinys qui seroient -très marrys qu'il succédât, et qui s'esforceroient d'y mettre toutz -les obstacles, qu'il leur est possible, jusques à s'ayder de faulces -inventions, comme est celle qu'il m'avoit mandée qu'on trettoit de -maryer Mon dict Seigneur avec la Royne d'Escoce, et que luy et Mr le -cardinal de Lorrayne et Mr le Nunce en heussent tenu de bien estroictz -conseilz ensemble, chose qui n'avoit nulle apparance de vérité; mais -il estoit bien certain qu'on avoit dict et escript tant de difficultez -de deçà, qu'il ne debvoit trouver estrange que Voz Majestez en -demeurassent en quelque suspens; que je vous escriprois dilligentement -le tout par le menu, et vous représanterois fort expressément sa bonne -intention, et celle qu'il m'asseuroit telle de sa Mestresse, que les -anges mesmes ne m'en debvoient faire rien croyre au contraire, affin -de luy en randre response le plus tost que faire se pourroit. Et par -ce, Madame, que j'ay devant les yeulx les trois considérations, que -m'avez mandées par le Sr de Sabran, sur lesquelles je vous ay despuys -faict entendre ce qui m'en semble, je vous supplie très humblement me -commander, à ceste heure, quel ordre, quel langaige et quel moyen -j'auray à y tenir; et sur ce, etc. Ce XIIe jour de mars 1571. - - - - -CLXVe DÉPESCHE - ---du XVIIe jour de mars 1571.-- - -(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._) - - Irrésolution des Anglais sur le parti qu'ils doivent prendre à - l'égard de Marie Stuart.--Vive insistance de l'ambassadeur pour - qu'il soit procédé au traité.--Discussion des articles - proposés.--Négociation des Pays-Bas; plaintes et menaces - d'Élisabeth contre le roi d'Espagne. - - - AU ROY. - -Sire, la Royne d'Angleterre a esté si vifvement persuadée par une -partie des siens, et non moins dissuadée par l'aultre, de restituer -la Royne d'Escoce, qu'elle s'est enfin trouvée de ne sçavoir bonnement -ausquelz incliner; et eulx mesmes, par les raysons les ungs des -aultres, ont esté si irrésoluz et ont tant crainct que les -inconvénientz qui pourroient advenir, si ceste princesse estoit -restituée, et ceulx aussi qui certainement adviendroient, si elle ne -l'estoit pas, leur fussent par après redemandées, qu'ilz avoient une -foys délayssé, de toutz costez, de plus en parler; seulement ilz -s'aydoient d'artiffices et de bruictz, et d'inventions, pour mouvoir -la dicte Dame chacun à son opinion, comme si elle s'y résolvoit d'elle -mesmes; et pressoient l'évesque de Ross de respondre aulx accusations, -que le comte de Morthon avoit, de rechef, produictes contre sa -Mestresse. Mais s'estant le sieur évesque fermement résolu à ce que -nous avons arresté, qu'il n'entreroit en aulcune contestation de -droict, ny de tiltre, ny de la personne de la Royne, sa Mestresse; et -n'ayant, ny luy ny moy, pour cella cessé de presser noz amys sur -l'advancement du tretté, ny, de ma part, obmiz de solliciter par -offres, par prières, et encores par menaces, le comte de Morthon; l'on -est, despuys trois jours, retourné à continuer le dict tretté, lequel -semble que les commissaires, pour l'honneur et pour la seureté de la -Royne, leur Mestresse, le veulent meintenant restreindre à quatre -poinctz: - -Le premier est d'asseurer si bien ceulx du contraire party, qu'ilz -n'ayent à se doubter à jamais ny de leurs personnes, ny de leurs -biens, ny de leurs estatz; et que, pour ceste occasion, il soit -réservé lieu et auctorité en Escoce aulx comtes de Lenoz et de -Morthon, par où ilz n'ayent occasion de craindre le contraire, et que -la capitulation, qui s'en fera, soit en forme ung peu plus expresse -qu'on n'a accoustumé d'user aulx aultres rébellions, parce qu'ilz ont -estably et couronné ung Roy contre la Royne d'Escoce. Le segond poinct -est d'avoir le Prince d'Escoce, d'où deppend toute la conclusion de -l'affaire; et, de tant que le dict Prince est en la garde du comte de -Mar, lequel n'obéyst à la Royne d'Escoce, qu'elle monstre par raysons -probables comme elle le pourra faire venir ez mains de la Royne -d'Angleterre. Le troisiesme est de bailler des ostaiges, et iceulx si -principaulx qu'on ne puysse sans leur vollonté, ou contre icelle, -dresser rien en Escoce au préjudice de ce royaulme. Et le quatriesme -poinct est de consigner aulcunes des meilleures places du pays à la -dicte Royne, leur Mestresse, ou accorder qu'elle en y puysse faire -fortiffier quelques unes. - -Auxquels quatre poinctz iceulx depputez de la Royne d'Escoce ont desjà -baillé des responces, fort aprochantes de l'accord, sinon au dernier, -lequel ilz ont du tout reffuzé, allégans que je leur avois desjà -signiffié, s'ilz accordoient nulles places aulx Anglois, qu'il -failloit qu'ilz en accordassent aultant à Vostre Majesté; et est -l'évesque de Ross en ceste opinion qu'on n'incistera par trop à cest -article. Néantmoins il me semble qu'on procède sur icelluy et sur les -aultres par grandes difficultez, et que la matière n'est encores -preste à conclure; dont attendons la responce de la Royne d'Escoce sur -les particullaritez, que luy avons desjà escriptes, affin de la mander -incontinent à Vostre Majesté. - -Les depputez de Flandres sont arrivez, lesquelz seront ouys après -demain, et cependant huict des principaulx seigneurs de ce conseil, -qui estoient lundy dernier en ceste ville, ont faict venir vers eulx -l'ambassadeur d'Espaigne, auquel ayant faict honneur et bonne -réception, ilz luy ont assés sommairement parlé du faict des prinses, -mais ilz se sont asprement pleintz à luy de ce qu'on avoit miz en -pryson ung anglois en Espaigne, parce qu'il avoit adverty la Royne, sa -Mestresse, des mauvaises pratiques que Stuqueley meine par dellà -contre elle, et des aprestz, qui se font en Espaigne, pour faire une -entreprinse en Yrlande; sur quoy ilz luy vouloient bien dire que le -dict Anglois estoit injustement dettenu, par ainsy qu'il advisât de le -faire mettre en liberté; et que la Royne, leur Mestresse, n'avoit -donné aulcune occasion au Roy, son Maistre, d'attempter rien par armes -contre elle, ny contre ses pays; et, quant il le vouldroit faire, -qu'elle sçayt comme y résister, et comme encores prendre assés de -revenche, pour luy donner occasion de s'en repentyr, ensemble à ceulx -qui le luy auront conseillé. Sur quoy le dict sieur ambassadeur a -respondu que rien de semblable n'estoit encores venu jusques à sa -cognoissance, et qu'il en escriproit en dilligence au Roy, son -Maistre; néantmoins qu'il ozoit prandre sur le périlh de sa vie que ce -qu'ilz luy disoient, de l'entreprinse d'Yrlande, estoit une chose -faulce et supposée, et qu'il n'entendoit, à présent, aultre chose de -l'intention du Roy, son Maistre, sinon qu'il l'avoit fort bonne, de -persévérer en bonne paix et en l'ancienne confédération qu'il a avec -la Royne, leur Mestresse, et avec son royaulme. Dont, de là en avant, -leurs propos se sont continuez avec plus de gracieuseté, de sorte -qu'ilz se sont despartys bien contantz les ungs des aultres. Despuys -j'ay sceu qu'on prépare d'envoyer pour cest effect le jeune Coban -devers le Roy Catholique, et qu'on dresse ung armement de huict grandz -navyres, soubz la conduicte de Milord Grey, pour cependant garder la -coste d'Yrlande, et qu'on envoye nouvelles provisions et argent à -milord Sideney, affin de pourvoir à la deffance du pays, et qu'on a -faict cryer icy que ung chacun ayt armes, chevaulx et équipage, prestz -pour marcher, quant la Royne le commandera. A la vérité ceulx cy -monstrent de parolle qu'ilz veulent accorder des différans des -prinses, mais ilz continuent encores par effect d'arrester toutjours -les navyres et merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne; et, -despuys peu en çà, ilz ont faict descharger huict grandes ourques bien -fort riches en divers portz de ce royaulme; et si, avoient desjà donné -congé à aulcuns particulliers, qui avoient armé, d'aller aux Indes, -mais, despuys six jours, on a mandé d'arrester toutz navyres, affin de -servyr à la deffance d'Yrlande, si l'on voit qu'il en soit besoing. -Sur ce, etc. - - Ce XVIIe jour de mars 1571. - - - - -CLXVIe DÉPESCHE - ---du XXIIIe jour de mars 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais à la conduite du Sr Rydolfi._) - - Audience.--Réception faite à lord Buchard à Paris.--Satisfaction - de la reine sur la réponse du roi au sujet de - l'Irlande.--Plainte contre les entreprises que le roi d'Espagne - projette sur ce pays.--État de la négociation concernant - l'Écosse.--Mort du cardinal de Chatillon. - - - AU ROY. - -Sire, estant allé, jeudi dernier, affin de satisfaire aulx depputez de -la Royne d'Escoce, trouver la Royne d'Angleterre à Grenvich, j'y suys -arrivé sur le poinct que ceulx de son conseil venoient de débattre, -devant elle, les poinctz du tretté avec tant de contention entre -eulx, qu'elle avoit esté contraincte de dire à l'ung de la compaignie -qu'il estoit un fol et ung téméraire, luy deffandant de plus se -trouver en sa présence au dict conseil; dont n'est venu que bien à -propos que j'aye heu à parler à la dicte Dame d'une aultre matière -plus gracieuse, premier que de luy toucher de celle là. Et ainsy luy -ay dict qu'il y avoit assez longtemps que je n'avois receu des -nouvelles de France, et que je venois exprès ceste foys pour voir et -sçavoir des siennes, affin d'en faire part à Voz Très Chrestiennes -Majestez, qui ne pourriez recevoir plus grand playsir que d'entendre -de la belle et bonne disposition, en quoy, grâces à Dieu, je la -voyois; et que Vous, Sire, par voz dernières du XIXe du passé, -monstriez desirer qu'elle fût demeurée bien satisfaicte de la -responce, que luy aviez faicte sur les choses d'Yrlande, et me -commandiez la luy représanter de rechef, et que vostre dellibération -estoit de conserver inviollablement la bonne amytié, que vous aviez -avec elle. - -La dicte Dame, avec grand playsir, m'a respondu que, puysque je ne luy -comptois point des nouvelles de France, elle me vouloit dire que -l'entrée de Vostre Majesté estoit desjà faicte, dez le premier mardy -de mars, de laquelle milord de Boucart luy avoit mandé plusieurs -choses honnorables et bien fort magniffiques, et luy avoit aussi -escript du combat de la barrière, et de voz aultres exercisses, bien -fort à la louange de Vostre Majesté, et de Monseigneur vostre frère, -et de vostre court; et qu'ung sien escuyer, qu'elle avoit envoyé avec -le dict de Boucard, lequel estoit desjà de retour, affermoit que, sans -faire comparaison de roys, parce qu'il n'en avoit jamais veu nul -aultre que Vostre Majesté, il n'estoit possible que prince, ny -seigneur, ny gentilhomme, peult aller plus gaillardement, ny avec -plus d'adresse, à toutes sortes de combat de pied et de cheval, qu'il -vous y avoit veu aller; et luy en avoit racompté aulcunes -particullaritez, qu'elle avoit prins si grand playsir de les ouyr, -qu'elle les luy avoit faictes redire plusieurs foys, non sans bien -fort souhayter qu'elle eust peu estre une tierce royne, présente à les -voir; et qu'à la vérité, elle eust trop vollontiers réservé pour elle -la commission de s'aller conjouyr avec Voz Très Chrestiennes Majestez -de voz présentes prospéritez, que de l'avoir donnée à milord de -Boucard, si ainsy se fût peu faire; ès quelles prospéritez elle -comptoit celle là pour bien grande, que la Royne Très Chrestienne se -trouvoit relevée de tout son mal, sinon de celluy de la groysse, -duquel elle accoucheroit, avec l'ayde de Dieu, bien heureusement dans -neuf mois prochains, me priant là dessus l'excuser, si, pour jouyr du -portraict de la dicte Dame, parce que c'est ung seul contantement -entre les princes, qui aultrement ne se voyent jamais, elle aprouvoit -le larrecin qu'on en avoit faict en France, et l'a tiré incontinent de -sa pochette pour me le monstrer, me demandant si elle estoit ainsy en -bon poinct, et le teint si beau, comme la peinture le remonstroit; et -qu'au reste elle ne vouloit faillir de vous randre le plus exprès -grand mercys, qu'il luy estoit possible, pour la tant favorable -réception, que vous aviez faicte non seulement à milord de Boucard, -car celle là estoit convenable pour ung qui eust esté plus grand que -luy, bien qu'il soit son parant, mais encores à toutz ses aultres -gentishommes, qu'elle avoit envoyez en sa compaignie, qui s'en -louoient infinyement: de quoy elle vous avoit une bien fort grande -obligation, et réputoit trop plus que bien employé l'honneur qu'elle -avoit desiré vous faire par ceste visite; qu'elle auroit grande -occasion de se douloir de moy, si je ne vous avois desjà faict -entendre le contantement et grande satisfaction qu'elle avoit receu de -vostre bonne responce sur les choses d'Yrlande; et que si, du temps -que voz affères n'alloient guières bien, elle avoit monstré par euvre -sa ferme persévérance en vostre amytié, vous debviez bien croyre, -Sire, que meintenant, en vostre prospérité, elle ne seroit pour s'en -despartyr, et que vous ne doubtiez, quoy que puysse advenir, que, de -son costé, il y ayt jamais faulte; que la pleinte d'Yrlande se -transféroit meintenant sur le Roy d'Espaigne, lequel, s'il persévéroit -en ce qu'elle en avoit desjà entendu, il monstreroit que non seulement -il aymoit les trahysons, desquelles quelquefoys les princes se sçavent -ayder, mais encores les traystres, que nulz vrays princes n'ont jamais -vollu regarder de bon oeil; et qu'elle s'esbahyssoit bien fort comme, -estant si catholique, il ne mettoit fin à la guerre du Turc, premier -que d'en commancer une aultre à une princesse chrestienne; et qu'elle -espéroit, en tout évennement, que Vostre Majesté ne trouveroit mauvais -qu'elle entreprînt de très bien se deffandre. - -Je luy ay respondu, Sire, à ung chacun poinct de ses honnestes propos, -le plus gracieusement qu'il m'a esté possible, conforme aulx motz bien -exprès et fort propres, qu'il vous a pleu souvent m'en mander en voz -lettres, et me semble qu'elle en est demeurée bien fort contante; et, -quant à l'entreprinse d'Yrlande, que j'estimois, Sire, que vous auriez -grand regrect de voir sourdre aulcune occasion de guerre entre deux si -prochains vos alliez, comme sont le Roy d'Espaigne et elle, et s'il -estoit en vostre puyssance d'y obvier que vous y employeriez très -vollontiers; et de la deffance, dont elle m'avoit parlé, si, -d'avanture, il en failloit venir là, je ne faisois doubte que Vostre -Majesté ne la réputât de droict naturel et estre loysible à ung chacun -de légitimement s'en ayder. Sur la fin, Sire, je luy ay dict que vous -me commandiez de vous donner compte en quoy l'on estoit meintenant du -tretté de la Royne d'Escoce, et que vous ayant, elle, faict dire par -ses ambassadeurs, et escripre par moy, que la dicte Dame luy avoit -faict des offres, lesquelles elle avoit trouvés bien honnorables, vous -réputiez desjà l'accord comme conclud entre elles, et ainsy le -respondiez à ceulx qui vous incistoient en ceste affaire, tant princes -que aultres; par ainsy, qu'il luy pleust me dire ce que j'aurois -meintenant à vous en mander. - -La dicte Dame m'a respondu, en façon, à la vérité, peu contante, -qu'elle se doubtoit bien que je ne passerois ceste audience sans luy -parler de la Royne d'Escoce, laquelle elle desiroit estre moins en -vostre souvenance, et encores moins en la mienne; néantmoins que je -vous pouvois escripre qu'il n'estoit possible d'user de plus grande -dilligence que celle qu'on mettoit à parfaire le tretté, et qu'elle -laissoit à Mr de Roz de me dire particullièrement en quoy l'on en -estoit meintenant. Et soubdain s'est mise à discourir aulcunes -particullaritez, qu'on luy a rapportées, que Mr le cardinal de -Lorrayne avoit dictes et faictes contre elle; lesquelles j'ay miz -peyne de luy dissuader, et s'est l'audience terminée bien fort -gracieusement. - -Le jour d'après, le comte de Morthon a esté appellé et a esté bien -fort pressé de consentyr au restablissement de la Royne d'Escoce, et à -bailler le Prince d'Escoce ostage pour elle par deçà, ou qu'aultrement -il seroit habandonné de la Royne d'Angleterre, laquelle mesmes s'yroit -joindre à l'aultre party; et la comtesse de Lenoz a monstré qu'elle -inclinoit à ce poinct. Le dict de Morthon s'est trouvé fort perplex, -et a demandé temps d'y penser; il demeure encores bien ferme, et -prétend d'obtenir quelque relasche, par prétexte d'aller rassembler -les Estatz d'Escoce, premier que de pouvoir bailler ung assés vallable -consentement en chose de si grande importance. Despuys, le Sr de -Vassal est arrivé, avec les lettres de Vostre Majesté, du VIIe et Xe -du présent, sur lesquelles j'yray encores revoyr la Royne -d'Angleterre, ung jour de ceste sepmaine. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour -de mars 1571. - - Ainsy que je signois la présente, l'on m'est venu advertyr que, - hyer au soir, monsieur le cardinal de Chastillon avoit perdu la - parolle et estoit hors de toute espérance; et ung aultre me vient - de dire qu'il est desjà trespassé. - - - - -CLXVIIe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour de mars 1571.-- - -(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._) - - Audience.--Retour de lord Buchard à Londres.--Remercîment de la - reine pour l'accueil qu'il a reçu en France.--Nouveaux pouvoirs - demandés par le comte de Morton aux états d'Écosse.--Nouvelles - de Flandre et d'Irlande.--Mission de sir Henri Coban en - Espagne. - - - AU ROY. - -Sire, je suys allé, de rechef, trouver la Royne d'Angleterre à -Grenvich, pour le mercyment que Vostre Majesté, par ses lettres du Xe -du présent, me commandoit de luy faire; laquelle a esté de tant plus -curieuse d'entendre ce que je luy en ay vollu dire, que milord de -Boucard n'estoit encores arrivé, et a monstré d'avoir ung extrême -playsir que Voz Majestez ayent vollu prandre à honneur ceste sienne -visite et son présent d'hacquenées; et que je l'aye asseurée que vous -n'estimez que cella soit tant procédé de l'ordinaire observance -d'entre les princes, comme d'une habondance d'affection et de -bienveuillance qu'elle vous porte, et que vous l'avez receu pour ung -très asseuré gaige, qu'elle veult fermement persévérer en vostre -amytié; et que ceste sienne publique démonstration de vous honnorer -vous a esté de grande satisfaction, non seulement pour Voz Majestez -Très Chrétiennes et pour vostre court, mais encores pour les princes -et estatz estrangiers qui avoient là leurs ambassadeurs; adjouxtant -quelque mot de l'ellection, qu'elle avoit vollu faire de ce milord, -son parant, pour le vous envoyer, qui s'estoit fort dignement acquitté -de sa charge; dont me commandiez l'asseurer que l'obligation, que vous -lui aviez de toutes ces choses, ne seroit colloquée en ung prince -ingrat ny mescognoissant, ains en ung prince très disposé de -l'honnorer, et de luy randre avec pareilles démonstrations les vrayes -oeuvres de sa bonne intention envers elle; et que, pour revanche des -hacquenées, si elle avoit envye d'aulcune chose, qui se peult -recouvrer entre toutes les commoditez de vostre royaulme, que vous -auriez très grand playsir de l'en gratiffier. - -La dicte Dame m'a respondu qu'en nulle chose de ce monde, il ne luy -estoit advenu d'obtenir si bien tout l'effect de son desir, fors en -ung poinct seulement, qu'en ceste cy; qui n'avoit prétandu par icelle -que d'en satisfaire à son debvoir, vous donner contantement, et -monstrer au monde qu'elle vous veult de tout son pouvoir honnorer, ce -que vous aviez vollu luy agréer si grandement, et vous en contanter, -et le recepvoir encores avec une si publique démonstration d'honneur, -qu'elle remercyoit Dieu de luy avoir miz au cueur de le faire; et -qu'en cella seul se trouvoit intéressée qu'ayant estimé vous obliger -par ce moyen vers elle, elle s'en trouvoit en très grande obligation -vers vous, me priant de luy ayder, par mes lettres, à vous en randre -ung très grand mercys, et vous donner aultant d'asseurance de son -affection et dévotion envers Voz Très Chrestiennes Majestez, en tout -ce qui concerne vostre grandeur, et la félicité de vostre mariage, la -paix de vostre royaulme, l'establissement de voz affaires, -l'inviolable observance de son amytié et intelligence avec la France, -comme il est en sa foy et parolle, devant Dieu et le monde, de le vous -pouvoir jurer et promettre. Et ne s'est diverty pour lors le propos à -nulz aultres termes qu'à continuer ceulx cy, et semblables, avec -grande affection et avec beaucoup de contentement de la dicte Dame. - -Despuys, mon secrétaire est arrivé avec la dépesche de Vostre Majesté -du XIIIe de ce mois, et bientôt après, milord de Boucard, lequel la -dicte Dame a receu et toute sa compaignye avec grande démonstration de -faveur; mais je ne sçay encores des particularitez de son raport, -sinon qu'on m'a asseuré qu'il l'a faict fort bon. Et, au regard du -tretté de la Royne d'Escoce, le comte de Morthon a esté si pressé -d'accorder la restitution d'elle, et de bailler le Prince d'Escoce par -deçà, qu'il n'a trouvé aultre remède que de jurer, avec sèrement -solemnel, qu'il n'avoit nul pouvoir suffisant de le faire; mais qu'il -yroit vollontiers assembler les Estatz pour le se faire donner. Dont a -esté advisé de leur donner quelque temps pour y pourvoir, à la charge -que, s'il ne revient au jour préfix, et qu'il n'apporte consentement -d'accorder à toutes les choses, qui seront trouvées honnestes pour -parachever le tretté, que la Royne d'Angleterre procèdera sans luy, -et habandonnera entièrement son party; dont a esté dépesché ung -corrier en dilligence devers la Royne d'Escoce pour avoir son -consentement à ce que le dict de Morthon et ses collègues, et -pareillement deux des depputez de la dicte Dame, s'en puyssent -retourner; et que, par mesmes moyen, une aultre prorogation -d'abstinance de guerre soit prinse; et que cependant l'on procèdera -avec l'évesque de Roz à l'accord des aultres poincts d'entre les deux -roynes. - -Les depputez de Flandres ont esté amyablement receuz de la Royne -d'Angleterre, laquelle leur a promiz, en général, une bonne expédition -de leurs affaires; et despuys ilz ont esté ouys des seigneurs de son -conseil, avec lesquelz, quant ilz sont venuz aulx particullaritez, il -s'y est trouvé encores plusieurs difficultez, qu'on est après à les -démesler. Les provisions pour Yrlande se continuent toutjours, parce -qu'il semble que trois vaysseaulx espaignolz ayent compareu en la -coste du dict pays, et qu'il a couru bruict que Estuqueley se venoit -remettre en une sienne terre, que la Royne d'Angleterre a donnée à ser -Peter Carho. Et est certain que la dicte Dame crainct assez d'avoir -quelque guerre de ce costé, dont, pour s'en esclarcyr, elle prépare le -voyage du jeune Coban en Espaigne; duquel j'entendz que la commission -portera quatre chefz: l'ung, de faire entendre au Roy Catholique -l'occasion pourquoy elle a faict, l'année passée, arrester les biens -et navyres de ses subjectz; le segond, pourquoy son ambassadeur fut -quelque temps resserré; le troisiesme, qu'elle se plainct qu'il ayt -receu et qu'il meintienne ses rebelles, comme est Estuqueley, lequel -elle demande luy estre renvoyé, ou, au moins, qu'il soit chassé hors -de ses pays; et le quatriesme, qu'elle luy envoyera ung ambassadeur -pour résider prez de luy, s'il le veult ainsy recepvoir comme il -appartient. Sur ce, etc. Ce XXVIIIe jour de mars 1571. - - - - -CLXVIIIe DÉPESCHE - ---du premier jour d'apvril 1571.-- - -(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Sabran._) - - Sursis aux affaires d'Écosse et d'Irlande.--Soupçon répandu à - Londres que le cardinal de Chatillon est mort par le - poison.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Détails sur la - négociation du mariage du duc d'Anjou.--Conversation - confidentielle entre Leicester et l'ambassadeur.--Nécessité de - faire une proposition officielle du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, il ne m'est beaucoup resté, après celles que vous ay escriptes -du XXVIIIe du passé, que adjouxter meintenant icy des nouvelles de -deçà, si n'est de vous confirmer, Sire, que le rapport de milord de -Boucard a esté si bon et si honnorable, et tant plein de louanges de -Vostre Majesté, et de la Royne, et de la Royne vostre mère, et de -Messeigneurs voz frères, et de toute vostre court, et encores, de -l'esplendeur d'icelle, et des bonnes chères qu'il y a receues, et des -présents que Vostre Majesté luy a faictz, et des magnifficences de -vostre entrée, et des aultres choses qu'il a ouyes et cognues par -dellà concerner l'amytié que voulez garder à la Royne, sa Mestresse, -et à son royaulme, qu'il en a rendu la dicte Dame la plus contante et -satisfaicte qu'il est possible, ce qui seroit trop long à vous réciter -en particullier; mais il semble bien, Sire, tout à ung mot, que ce qui -a esté faict en l'endroict du dict Boucard se monstre estre bien et -utillement employé. - -Il y a trois jours qu'on n'a rien touché au tretté de la Royne -d'Escoce, attendant la responce que la dicte Dame fera sur le congé -que le comte de Morthon demande, lequel je ne voys pas qu'il se puysse -bonnement empescher, bien qu'il semble que la dicte Royne d'´Escoce le -reffuzera du tout; mais l'on essayera au moins d'obliger le dict de -Morthon à de si expresses conditions, de son brief retour, et -d'aporter le pouvoir d'accorder à la restitution de la dicte Dame, -que, s'il y fault, le tretté ne layssera pourtant de passer oultre -sans luy. Et j'ay bien opinion, Sire, que nul des deux partys des -´Escouçoys, qui sont meintenant icy, ne se trouve guières contant de -la procédure des Anglois: ce que j'espère qui les fera devenir plus -saiges entre eulx. J'ay escript, ces jours passez, au Sr de Vérac, et -luy ay envoyé par chiffre l'extret de l'article de voz dernières qui -le concernoit, et luy ay donné toute l'instruction, que j'ay peu, des -choses qui peuvent importer vostre service par dellà. - -Les provisions d'Yrlande vont, despuys trois jours, ung peu plus -froydes pour avoir milord Sideney escript qu'il a aprins, par aulcuns -partisans d'Estuqueley, et des sauvaiges du pays, que le Roy -d'Espaigne n'estoit encores bien prest d'y entreprendre; à quoy les -bonnes lettres, que le duc d'Alve a naguières escriptes à la Royne -d'Angleterre par le depputé de Flandres, et les bonnes parolles, que -l'ambassadeur d'Espaigne luy a faictes dire, l'ont aulcunement -confirmée, de sorte qu'elle espère que le voyage du jeune Coban sera -de grand proffict; sur les desportemens duquel sera bon, pour beaucoup -de respectz, Sire, qu'on y preigne ung peu garde par dellà. L'on -attand une responce du duc d'Alve touchant aulcunes difficultez qui se -sont offertes en l'entrée de cest accord, sur la forme d'y procéder; -et, après qu'elle sera venue, l'on pourra mieulx juger de ce qui s'en -debvra espérer; cependant ung chacun estime que le faict des prinses -s'accommodera. - -Mademoyselle de Lore m'a envoyé dire comme, ayant esté trouvé que feu -Mr le cardinal de Chastillon estoit mort de poyson, et qu'en estant la -Royne d'Angleterre et toute sa court merveilleusement escandalizez, -qui en vouloient, comment que soit, advérer le faict, ils avoient -envoyé mestre en arrest toute la famille, et resserrer en basse fosse -les deux qui servoient en sa chambre, et faict saysir et sceller les -coffres, meubles et papiers du deffunct; mais que, d'advanture, elle -avoit retiré les trois derniers pacquetz, que Dupin luy avoit envoyez, -lesquelz n'estoient encores ouvertz; et que, sellon l'adviz que je luy -avois donné, elle les avoit brullez sans les ouvrir, me priant de -vouloir faire entendre à Vostre Majesté le piteux estat de toute ceste -famille, et qu'il luy playse avoir pitié d'eulx toutz, et qu'au reste -je la veuille conseiller de ce qu'elle et eulx auront à faire. Je luy -ay mandé les meilleures parolles de consollation, qu'il m'a esté -possible, avec asseurance que j'en escriprois en bonne sorte à Vostre -Majesté, et qu'au reste elle m'excusât, si je ne m'osois mesler plus -avant de son affaire, jusques à ce que j'en eusse receu vostre -commandement; attendant lequel, Sire, je supplie très humblement -Vostre Majesté n'avoir mal agréable que, vous envoyant exprès le Sr de -Sabran, pour l'ocasion que je luy ay donné charge vous dire de bouche, -je vous face par luy une très humble requeste de ma part à ce que, en -la distribution de tant de biens, qui vous est advenue par ceste -vaccance, il vous plaise avoir recordation de la bénéficence que j'ay -toutjours très justement espérée de Vostre Majesté, pour le service -que, avec grande affection et fidellité, j'ay miz, toute ma vie, grand -peyne de vous faire; et je suplieray le Créateur, etc. Ce Ier jour -d'apvril 1571. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, par les deux dernières lettres, que j'ay receues, escriptes de -vostre main, et par le fidelle récit, que le Sr de Vassal m'a faict, -des choses que luy avez commandé me dire, j'ay veu l'advancement que -Vostre Majesté a sceu très saigement donner à ce qui se debvoit faire -par dellà, et ay comprins ce qu'elle desire qui se conduyse à présent -icy. Dont, sans remémorer le propos du comte de Lestre, lequel je vous -ay naguières mandé par une petite lettre, dans le pacquet du Roy, -avant que m'eussiez deffandu de rien plus y commettre de ce faict, je -vous diray à présent, Madame, que, despuys le dict propos, j'ay esté -deux fois devers la Royne d'Angleterre avant le retour de milord -Boucard; laquelle a monstré qu'elle estoit très marrye de ne pouvoir -cognoistre, par aulcune chose que le dict Boucard ny le Sr de -Valsingan luy escripvissent de dellà, ny par le récit d'aulcun qui en -vînt, qu'il y eust que toute froydeur de vostre costé, jusques à me -dire, avec regrect, que ce avoit esté ung bruict et puys rien, et -qu'elle voyoit bien que vous adjouxtiez plus de foy aulx persuasions -que à la vérité, et que, de son costé, elle prioyt Dieu de ne luy -donner à vivre une heure après qu'elle auroit pensé d'user de -moquerie. - -Je n'ay esté marry de la veoir en ceste opinion, ains luy ay confirmé -que plusieurs, à la vérité, s'efforçoient par leurs artiffices de -traverser la bonne intention, que Voz Majestez pouvoient avoir en cest -endroict, et que pourtant il la vous failloit ayder.--«Je ne sçaurois, -m'a elle assés soubdain respondu, comme leur donner ayde, si eulx -mêmes ne se veulent ayder.»--Je luy ay aussitost répliqué que «si, -pourroit fort bien faire en ce qui ne seroit que bien honnorable pour -elle.» Et sommes entrez en des propoz fort honnestes, ès quelz m'a -semblé qu'elle n'y apportoit rien de simulation. - -Despuys, milord de Boucard est arrivé, qui luy a faict ung rapport -bien fort honnorable, et en façon pour luy faire trouver fort bon ce -qu'il a veu en son voyage; et ay aprins par les deux plus inthimes -personnes de la dicte Dame, desquelles j'en ay accointé nouvellement -une, qu'elle s'est confirmée davantaige en son premier propos vers -Monseigneur votre fils, et à desirer plus que jamais l'alliance de -France; ayant néantmoins mesuré, par la prudence des propos, que -Vostre Majesté a tenuz au dict Boucard, qu'il estoit besoing d'y aller -fort secrectement, dont ne s'en parle plus qu'entre bien fort peu en -ceste court. - -Le lundy après le décez de Mr le cardinal de Chastillon, le comte de -Lestre m'ayant assigné de nous trouver, comme par rencontre, aulx -champs, m'a, de rechef, pressé de haster les affaires, affin de ne -nous trouver prévenuz, par ce qu'on menoit, ainsy qu'il dict, pour -l'aultre party bien chauldement la matière, et que néantmoins, encor -que le pourtraict du prince Rodolphe fût desjà arrivé, il me prioyt -que, si je l'estimois chevalier d'honneur et homme de bien, je -vollusse donner foy à ce qu'il me juroit, devant Dieu, que la Royne, -sa Mestresse, estoit résolue de se maryer, et qu'elle estoit mieulx -disposée envers Mon dict Seigneur, vostre fils, que à nul aultre party -du monde; et que desjà elle s'estoit tant déclairée en cella, et luy -m'en avoit parlé si ouvertement qu'elle ny pourroit rien adjouxter -davantaige, jusques à ce que Voz Majestez en eussent faict dire -quelque chose de leur part. - -Sur quoy, Madame, ayant sondé ce propos jusques au fondz en d'aultres -lieux, d'où s'en pouvoit tirer notice, j'ay trouvé qu'il y a -conformité; et croy qu'avec vingt mil escuz l'on n'en pourroit à -présent descouvrir davantaige; tant y a que j'ay respondu au dict -sieur comte que Vostre Majesté avoit desjà de longtemps manifesté sa -bonne intention envers la Royne, sa Mestresse, à desirer, mesmes pour -le Roy, son alliance, et je croyois que milord Boucard avoit bien -cogneu que ceste mesmes vollonté vous continuoit encores vers elle -pour Monseigneur; et, combien que la voix, qui en avoit sorty en -France et icy, sans fondement, heust miz en commotion bonne partie de -la Chrestienté, vous ne vous en estiez aucunement estonnée, car -estimiez que, venant la grandeur de ces deux royaulmes à se fortiffier -ainsy l'une par l'aultre, l'on n'auroit guières à craindre le reste du -monde; cella seulement vous descourageoit qu'on vous avoit asseurée -que l'intention de la dicte Dame estoit de ne se maryer jamais, mais -que, pour la nécessité et accommodement de ses affaires, elle en -feroit de très grandes démonstrations jusques à en donner de bonnes -parolles, en passer articles, et mesmes d'en bailler sa promesse en ce -que les conditions se peussent accorder; et que, puys après, quant -elle se seroit bien servye du propos, les dictes condicions se -demanderoient si dures et si difficiles, sur le faict de la religion, -ou sur la restitution de quelques places, ou sur d'aultres -contrainctes demandées par deçà, (et enfin, quant l'on ne pourroit -mieulx, l'on y feroit opposer les seigneurs de ce conseil ou les -Estatz du royaulme), que le tout se viendroit à rompre au mespriz et -moquerie de celluy qui y auroit prétandu; et que Vostre Majesté -estimoit trop meilleur de s'en tayre que d'en tumber en cest -inconvénient; car en lieu de paix et d'amytié, il en sortyroit une -hayne, et, possible, une bien cruelle guerre, et que luy, et nous -toutz qui nous en serions meslez, en reporterions ung très grand -blasme et un déshonneur à jamais; néantmoins que, sur sa parolle, je -vous en escriprois promptement avec toute affection, et que bientost -j'en aurois la responce. - -Il m'a répliqué tant de bonnes parolles, et l'on m'en a dict tant -d'aultres bonnes d'ailleurs, et mesmes l'on m'a tant asseuré que -Cecille y est, à ceste heure, fort affectionné, que je ne vous -sçaurois dire, Madame, sinon que je ne voy que la matière soit -aultrement que très bien disposée; dont adviserez maintenant comme il -fauldra procéder, sans attendre l'adviz d'icy, car fault que procède -du seul conseil de Voz Majestez. Tant y a que, s'il vous playt que -j'aye bientost une lettre, par laquelle je puysse prier la dicte Dame -de trouver bon que Voz Majestez luy trettent Monseigneur vostre filz -en mariage, et qu'elle ayt agréable que vous le luy offriez, je -mettray peyne d'en tirer bientost sa déterminée responce; et, si elle -me la faict telle comme je l'espère, je procureray incontinent de -sçavoir les condicions, et de procéder aulx articles, si bien que -l'affaire ne traynera nullement; et si, sera tenu fort secrect, ainsy -que ceulx cy monstrent de le desirer; qui ont entendu que le vydame -debvoit repasser par deçà, mais ilz ne trouvent bon que luy, ny pas -ung aultre, y viegne jusques à ce que le tout soit conclud. Et sera -bon, Madame, affin d'obvier à longueur, de considérer, de bonne heure, -s'il sera expédiant que les dictes condicions se trettent et débattent -en France, ce que j'estimerois meilleur, ou bien icy; et si, -d'avanture, il fault que ce soit icy, il vous playra me -particullariser comme Vostre Majesté desireroit qu'elles fussent. - -J'estime que le Sr Cavalcanty, qui est fort secrect, et a de la -suffizance, ne sera que bien propre ministre pour estre employé en -cest affaire, puisque Cecille y est, à ceste heure, bien disposé; dont -vous en pourrez servyr entre Vostre Majesté et le Sr de Valsingan, -lequel s'y monstre aussi meintenant bien fort affectionné, ou bien, -s'il vient par deçà, je m'en ayderay. Sur ce, etc. - - Ce Ier jour d'apvril 1571. - - - - -CLXIXe DÉPESCHE - ---du VIe jour d'apvril 1571.-- - -(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._) - - Ouverture du parlement.--Demande faite par la reine d'un - subside.--Affaires d'Écosse.--État de la négociation des - Pays-Bas.--Nouvelles de troubles en France. - - - AU ROY. - -Sire, lundy dernier, deuxiesme de ce mois, la Royne d'Angleterre a -assisté en personne à la première proposition de son parlement, où se -sont trouvez unze comtes, dix sept évesques, vingt sept barons, et le -nombre accoustumé des aultres depputez des provinces et villes de ce -royaulme; elle n'a vollu que le duc de Norfolc, ny le comte de Herfort -y soyent comparuz, lesquelz, soubz l'ordonnance de la dicte Dame, -demeurent encores, l'ung en sa mayson de ceste ville, et l'aultre hors -de court, assés mal contantz. La susdicte proposition à ce que -j'entendz, a été de remonstrer la bénédiction de paix, dont ce -royaulme a jouy, il y a desjà douze ans, soubz le règne de ceste -princesse, pendant qu'on a veu les aultres estatz voysins se dissiper -en guerres et divisions entre eulx; et que cella est advenu pour le -grand bénéfice de Dieu envers elle, qui luy a mis au cueur de le -recognoistre, et il l'a pourveue de vertu et de prudence pour sçavoir -meintenir, sans sang ny opression, les bons ordres de son royaulme à -la très grande utillité de ses subjectz plus qu'à la sienne, et à -obvier à la division, où les ministres du Pape (tel a esté le parler -du garde des sceaulx) les ont vollu assez souvant inciter, ainsy qu'on -en avoit veu de très dangereux commancemens; lesquelz toutefoys, par -la bonne pourvoyance de la dicte Dame, avoient esté bientost -esteinctz; ce qu'ilz debvoient recognoistre de Dieu et en remercyer -beaucoup leur princesse, laquelle desiroit meintenant que, par ceste -assemblée, il fût miz ordre que rien de semblable ne peust jamais plus -advenir; et que les évesques regardassent aulx loix qu'il fauldroit -faire de nouveau, et à celles qu'il fauldroit abroger, des desjà -faictes, pour l'entretennement de la vraye religion; et que les -aultres estatz fissent de mesmes, en ce qui seroit pour -l'entretennement de la pollice publique, avec de bien sévères peynes -contre les biens et personnes de ceulx qui non seulement ozeroient, -en résidant dans le royaulme, attempter rien au contraire, mais qui -se vouldroient absenter pour l'aller pratiquer ailleurs; et qu'ilz -considérassent que, comme il ne s'estoit peu jusques icy, aussi ne se -pourroit à l'advenir remédier à telz affaires sans grandz frais; qui -pourtant estoient maintenant priez de la dicte Dame, qu'affin de la -rembourcer en quelque partie du passé, et luy pourvoir de quelque -somme contante pour les accidans qui pourront cy après survenir, comme -il s'en manifeste desjà quelcun du costé d'Yrlande, ilz la vollussent -secourir d'une leur bien prompte et bien libéralle contribution. Et -n'ay point sceu, Sire, qu'on ayt, pour ceste première foys, rien -proposé davantaige, mais bientost se verra si l'on viendra toucher -nulz aultres poinctz. - -La Royne d'Escoce a envoyé une responce ferme et résolue, de ne -vouloir aulcunement consentyr à la prorogation du tretté ny à nulle -abstinance de guerre, si le comte Morthon s'en retourne, mais que, -s'il veut renvoyer l'ung de ses deux collègues pour aller quérir leur -pouvoir, demeurant luy icy, elle est contante de proroger l'un et -l'autre. Je ne sçay ce que la Royne d'Angleterre en vouldra ordonner, -mais ce que le cappitaine Granges a faict, d'avoir miz les principaulx -habitans de Lislebourg dans le chasteau; de s'estre saysy de la ville; -la tenir ouverte aulx partisans de la Royne, sa Mestresse, et fermée -aulx aultres; d'avoir miz garnyson dans Sainct André; avoir mandé les -principaulx du royaulme, au XVe de ce mois, pour y proclamer -publiquement l'authorité de la Royne, sa Mestresse; faict que le dict -Morthon presse grandement son retour, et que la dicte Dame ne le luy -veult empescher. Dont je me confirme, Sire, en ce que je vous ay -naguières mandé par le Sr de Sabran touchant la dépesche, que pouviez -faire maintenant en Escosse. - -Il est naguières arrivé ung gentilhomme flamant, venant de la -Rochelle, dépesché par le comte Ludovic de Nassau, lequel, ayant -trouvé le cardinal de Chastillon décédé, il va temporisant sa -négociation par ce, possible, que, sur ung tel accidant, il attand -nouvelle commission. - -La principalle difficulté, qui s'est monstrée sur le commancement de -l'accord des Pays Bas, est que le duc d'Alve ayant promiz de bailler -cautions, pour les merchandises des Anglois, de la somme de cent -cinquante mil escuz, à estre payez contant, ung mois après que les -merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, seront randues, n'en -trouvent maintenant nulles qui puissent assés contanter ceulx cy; car -ne veulent accepter de Flamans ny Espaignolz, ny nulz subjectz du Roy -Catholique, ny encores nulz Allemans, ny Italliens, qui soyent -intéressez avecques luy; et semblent qu'ilz veuillent incister que la -dicte somme soit mise en dépost ou fornye contante, ny ne veulent -permettre qu'elle soit prinse en rabays des deniers qui sont arrestez -par deçà; car estant les dicts deniers des Gènevoys, ilz en veulent -convenir avec eulx; ny les dicts Gènevoys n'y contradisent guières, -qui ont plus à gré de s'en accorder icy que d'adjouxter ceste partie -aulx aultres, que le Roy d'Espaigne leur doibt, avec lequel ilz sont -si enfoncez qu'ilz disent en estre advenu, despuys ung an, des -deffaillimens et banqueroutes de très grandes sommes. Néantmoins l'on -estime qu'il se trouvera quelque moyen d'accommoder le faict des -prinses, et que le reste, puys après, se poursuyvra, sellon que le -jeune Coban raportera d'Espaigne. Cependant ceulx cy chargent leur -flotte de draps, ainsy qu'ilz ont faict les deux années précédantes -pour aller en Hembourg. - -L'on publie icy, Sire, pour bien fort grandz les deux excez naguières -advenuz à Roan et à Oranges[3], et en tient on la paix de vostre -royaulme pour fort esbranlée, non sans y fère desjà des desseings, -mais j'espère que ces accidans ne seront tant cause de la ropture de -vostre éedict, comme ilz vous donront moyen, en les remédiant, de -l'establyr davantaige. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'apvril 1571. - - [3] Le 4 mars 1571, les protestans, au moment où ils sortaient de - Rouen pour aller faire leurs prières, avaient été insultés, et le - soir, à leur retour, ils furent attaqués de vive force. Cinq - d'entre eux restèrent morts sur la place; un plus grand nombre - fut blessé, et le reste dut prendre la fuite. Le maréchal - François de Montmorency fut chargé par le roi de punir cette - infraction à l'édit de pacification. Une commission, prise dans - le sein du parlement de Paris, fut réunie sous la présidence de - Bernard Prevot, sieur de Morsan. Quelques-uns des coupables - furent punis de mort, d'autres du bannissement; trois cents qui - s'étaient sauvés furent condamnés à mort par contumace.--Au mois - de février précédent, la populace d'Orange, en Provence, excitée - par Mignoni et Michel de La Baume, s'était jetée sur les - protestans dont plusieurs avaient été tués. L'émeute, qui dura - trois jours, ne fut arrêtée que par l'intervention de Momméjan, - commandant du château, qui donna asile aux protestans dans la - citadelle. Berchon, nommé bientôt après gouverneur de la ville, à - la sollicitation de Louis de Nassau, fit punir les coupables de - la mort ou de l'exil. - - - - -CLXXe DÉPESCHE - ---du XIe jour d'apvril 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Demande de la chambre des communes que la religion protestante - soit seule tolérée en Angleterre.--Autorisation donnée par - Élisabeth au comte de Morton de se rendre en Écosse pour en - rapporter de nouveaux pouvoirs.--Opinion de l'ambassadeur que - le traité d'Écosse peut être considéré comme rompu, et que le - roi doit pourvoir à la défense de Marie Stuart.--Retour de lord - Sidney, venant d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Surprise - de Dunbarton par les partisans du comte de Lennox. - - - AU ROY. - -Sire, après la proposition du garde des sceaux, qui a esté telle que -je vous ay mandé par mes précédantes, du VIe de ce mois, ceulx de la -segonde chambre de ce parlement ont vollu commancer leurs affaires par -tretter de la religion; et ont requiz d'estre establye loy aulx -subjectz de ce royaulme, sans exeption ny excuse d'aulcun, qu'ilz -ayent toutz à se ranger à la forme de religion protestante, et -assister aulx presches et prières, et faire, une foys l'an pour le -moins, la coene à leur mode, sur peyne de pryson et de confiscation de -leurs biens meubles et immeubles pour toute leur vie, sinon qu'ilz -retournent vollontairement à la dicte religion avec aprobation des -évesques; auquel cas ilz recouvreront leurs immeubles, mais les -meubles demeureront perpétuellement confisquez. Laquelle loy les -seigneurs de la première chambre n'ont ozée ouvertement contradire, -mais, parce qu'ilz ont allégué qu'elle restraindroit la liberté, qui -leur estoit réservée par les précédans parlemens, et que pourtant ilz -ne s'y vouloient légièrement soubzmettre, elle n'a encores passé. - -Le reffuz que la Royne d'Escoce a mandé, de ne vouloir consentyr le -retour du comte de Morthon, a miz la Royne d'Angleterre à ne sçavoir -bonnement commant en debvoir user; car n'a vollu malcontanter le dict -de Morthon, ny le retenir oultre son gré, cependant que ceulx de -l'aultre party vont establyssant leurs affaires par dellà, mesmes -qu'elle espère pouvoir amyablement obtenir de luy le Prince d'Escoce; -et d'aultre part, elle a fait conscience d'offancer ouvertement la -Royne d'Escoce, qui tant libérallement luy offre son filz, et toutes -les condicions qu'elle luy veult demander. Enfin elle a choisy cest -expédiant, de faire par ceulx de son conseil déclairer séparéement -aulx depputez des deux partiz que, de tant que le dict comte de -Morthon asseure avec sèrement qu'il n'a pouvoir suffizant pour -accorder à la restitution de la Royne d'Escoce, qu'elle trouve bon -qu'il s'en puysse retourner présantement pour aller tenir là dessus -une assemblée, au premier jour de may prochain, affin d'obtenir le -dict pouvoir, à condicion que, s'il ne revient incontinent après, et -ne l'apporte, qu'elle procèdera sans luy au tretté encommancé pour la -restitution de la dicte Royne d'Escoce, et habandonnera icelluy de -Morthon et les siens; déclairant qu'elle persévère toutjour en sa -dellibération de la restituer, laquelle déclaration n'a contanté les -dicts du party de la dicte Royne d'Escoce, qui ont allégué plusieurs -inconvénians au contraire, mais ilz n'ont peu rien advancer. Le dict -de Morthon n'en est aussi demeuré guières contant, voyant que ceulx cy -s'aheurtent tant à vouloir avoir le Prince, et croy qu'il ne -retournera plus; dont je tiens ce tretté pour non seulement fort -différé mais pour du tout interrompu, et qu'il est temps, Sire, de -pourvoir à ceulx qui soubstiennent la cause de la dicte Royne -d'Escoce, qui veulent entièrement dépendre de Vostre Majesté et qui -ont faict déclairer icy qu'ilz ne veulent, pour chose quelconque qui -leur puysse advenir, se despartyr à jamais de l'alliance de France, et -desirent qu'on sache que, sur ce poinct principallement, ilz reffuzent -de tretter avecques les Anglois. J'espère que, à la fin, les aultres -se unyront avec eulx. - -Celluy qui avoist esté envoyé pour advertyr milord Sideney de ne -bouger de sa charge, n'a trouvé le passaige à propos, de sorte que le -dict Sideney a esté descendu en Angleterre, premier qu'il ayt veu la -dépesche, et a vollu venir bayser la main à sa Mestresse, vers -laquelle il pourchasse meintenant que ung aultre soit envoyé en -Yrlande, et semble que milord Grey se prépare pour y aller. Le -depputé, qui est icy de Flandres, n'espère guières mieulx de l'yssue -de sa commission, qu'ont faict ceulx qui y ont esté devant luy. Il y a -desjà ung mois qu'il est arrivé et n'a encores rien advancé, mesmes -l'on ne cesse, pour sa présence, de vendre toutjour à vil prix les -mesmes merchandises des subjectz du Roy, son Maistre, qui doibvent -estre randues; et si, ne trouve qu'on luy donne aulcun bon compte de -ce qui a esté prins ez dernières huict ourques arrestées par deçà. -J'ay présentement receu la dépesche de Vostre Majesté du premier de ce -mois, sur laquelle j'yray veoir demain ceste princesse; sur ce, etc. - - Ce XIe jour d'apvril 1571. - - - Despuys la présente escripte et signée, je viens d'estre adverty - qu'un avis est arrivé ce matin au comte de Morthon, qui porte - nouvelles comme ceulx du party du Prince d'Escoce ont surprins - Dombertrand, ayans trouvez endormiz ceulx qui estoient dedans, se - sont faicts maistres de la place, et ont admené prisonniers - milord de Flemy, Mr de St André et le Sr de Vérac. Je ne larray - pourtant de demeurer en bons termes, si je puys, avec le dict de - Morthon et de vériffier mieulx ceste nouvelle, laquelle je tiens - assés pour suspecte et pour supposée. - - - - -CLXXIe DÉPESCHE - ---du XVIe jour d'apvril 1571.-- - -(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._) - - Audience.--Compte rendu par l'ambassadeur du sacre de la reine de - France, et de son entrée à Paris.--Explications données par - Élisabeth sur le départ du comte de Morton.--Injonction faite à - l'évêque de Ross de quitter Londres.--Accord d'une nouvelle - suspension d'armes en Écosse.--Confirmation de la prise de - Dunbarton.--Négociation des Pays-Bas.--Proposition faite dans - le parlement de déclarer criminel de lèze-majesté quiconque se - porterait ou se serait porté héritier de la couronne - d'Angleterre, du vivant d'Élisabeth. - - - AU ROY. - -Sire, mercredy dernier, avant la solemnité de ces festes, j'ay esté -trouver la Royne d'Angleterre à Ouestmestre, à laquelle, après luy -avoir parlé de la magnifficence, en quoy la sepmaine précédante je -l'avoys veue aller à l'ouverture de son parlement; avec ung très -honorable ordre des principaulx de la noblesse de son royaulme, je luy -ay dict que, despuys le partement de milord de Boucard jusques alors, -Vostre Majesté avoit demeuré de m'escripre affin que je n'entreprinse -d'aller compter à la dicte Dame rien de ce que le dict milord luy -pouvoit rendre bon compte, et que je desirois qu'il luy eust donné par -son rapport toute satisfaction de Voz Très Chrestiennes Majestez, -comme je la pouvois asseurer que voz intentions estoient très bonnes -et parfaictes envers elle; et que bientost après estre party, s'estant -la Royne trouvée plus sayne et en meilleure disposition, et toutes -choses plus prestes qu'on n'avoit pensé, vous aviez advisé, Sire, de -la faire sacrer et couronner à St Deniz le XXVe du passé, et faire son -entrée à Paris le vingt neufiesme, avec ung si grand concours et -aclamation de peuple, que Vous, Sire, en estimiez vostre mariage de -tant plus agréable à Dieu qu'il estoit publiquement aprouvé des -hommes; et que, si la Royne, de son costé, avoit prins grand playsir -de se veoir ainsy honnorée, Vous, et la Royne vostre mère, en aviez -receu double contantement pour l'amour d'elle et pour la singulière -dévotion et bienveuillance, dont ce grand peuple continuoit de vous -révérer toutz trois; qui au reste me mandiez, Sire, que les choses y -avoient passé prou d'ordre sellon la grande multitude qui y estoit, et -que l'entrée avoit esté assés belle, dont m'en feriez cy après envoyer -les particullaritez pour les luy faire veoir; et cependant me -commandiez qu'au nom de Voz Trois Majestez, je me conjouysse de cest -acte avec elle, comme avec celle que vous asseuriez estre toutjour -bien fort contante de vostre contantement; et encor que, peu de jours -auparavant, ceulx de Roan eussent excité quelque tragédie contre ceulx -de la nouvelle religion, ilz n'avoient toutesfoys peu troubler la -feste, et s'apercevoient bien desjà qu'ils avoient offancé Vostre -Majesté, qui me commandiez d'asseurer la dicte Dame que le chastiement -s'en ensuyvroit; et que, tant s'en failloit que vous pensissiez -debvoir sortir de cest accidant aulcune occasion d'esbranler vostre -éedict de paciffication, que, au contraire, vous espériez de l'en -confirmer et establyr davantaige. - -La dicte Dame, avec démonstration d'ung grand contantement, m'a -respondu qu'elle eust à bon esciant prins à mal que Vostre Majesté ne -luy eust faict part de tant de belles et rares choses, qui avoient -passé au sacre, couronnement et entrée de la Royne lesquelles elle -entendoit avoir esté très magniffiques, et playnes d'une fort grande -et fort royalle esplandeur, et qu'elle réputoit à ceste heure ung -grand payement de la parfaicte amytié qu'elle vous porte, et de la -vraye affection qu'elle a aulx choses de vostre grandeur et -contantement, qu'il vous ayt pleu luy en faire ainsy bonne part; dont -elle vous en remercye de tout son cueur, et vous prie de croyre qu'il -n'y a nul, en tout le rolle de voz alliez, qui tant perfaictement se -resjouysse, comme elle faict, de ce que la division et guerre, où -naguières vostre royaulme se trouvoit, soit meintenant convertye en -une doulce aclamation et généralle obéyssance, que toutz voz subjectz -d'ung bon accord vous randent, qui remercyoient Dieu d'avoir miz en -vostre cueur la généreuse résolution, que monstriez, de vouloir garder -vostre parolle et la fermeté de voz éedictz, et qu'elle espéroit, à la -vérité, que les moyens qu'on s'estoit, possible, choysiz pour les -rompre, seroient ceulx là qui plus les confirmeroient; se continuant -le propos en plusieurs honnestes deviz des cérémonyes honnorables et -magniffiques qu'on avoit de tout temps usé en France, lesquelles l'on -avoit toutjour sceu bien imiter en Angleterre, et du bien qui -reviendroit à Vostre Majesté non sans grande réputation de vostre -vertu, si Dieu vous donnoit à faire observer bien exactement vostre -éedict. - -Après, j'ay suyvy à luy dire que, de tant qu'elle m'avoit déclairé -qu'elle ne prenoit playsir, ains se sentoit comme offancée, quant -Vostre Majesté lui faisoit parler de la Royne d'Escoce, que je me -trouvois en grand perplexité comment en user, et mesmes que sa -déclaration estoit venue sur le poinct que plus vous attendiez, Sire, -qu'ilz fussent accommodez, sellon ses précédentes promesses; dont -voyant maintenant que le comte de Morthon s'en estoit retourné, et que -deux des depputez de la Royne d'Escoce s'estoient aussi retirez, comme -toutz descheuz de leur espérance, je ne sçavois ny n'osois luy -demander qu'est ce que je vous en debvois escripre; et que je la -suplioys, en attandant que le comte de Morthon revînt pour accomplir -ce qu'il avoit promiz, qu'elle vollust au moins procurer une aultre -prorogation d'abstinance de guerre en Escoce, et ne commander à -l'évesque de Roz de s'en aller, comme j'avois entendu qu'elle estoit -après de le faire, ains luy permettre de résider icy comme ambassadeur -de sa Mestresse; laquelle aultrement viendroit à ung grand désespoir, -et que c'estoient deux choses qui ne pouvoient estre à elle que bien -fort honnorables. - -La dicte Dame s'est arrestée à me discourir longtemps de l'ocasion, -pour laquelle le comte de Morthon s'en estoit retourné, et de l'estat -du tretté, et comme elle avoit mandé à son ambassadeur en France de -vous en donner compte, monstrant, à la vérité, qu'elle a quelque -nouvelle offance contre la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle regarde -seullement à ne vous irriter; et m'a néantmoins fort vollontiers -accordé la dicte surcéance, mais assez fermement incisté que le dict -évesque de Roz ne demeure point icy, durant ce parlement, pour les -pratiques qu'elle crainct qu'il y face, sans toutesfoys me le -reffuser. - -Sur lesquelz deux poinctz, Sire, je suplie très humblement Vostre -Majesté d'en faire faire quelque instance au sieur de Valsingan, parce -que l'ung et l'aultre semblent convenir beaucoup à vostre service. - -Il est venu, despuys yer, la confirmation de la prinse de Dombertrand -par ceulx du comte de Lenoz, le premier jour d'avril, s'estant milord -de Flemy saulvé, luy septiesme, et toutz les aultres prins, qui est -ung accidant, lequel traversera et retardera beaucoup les affaires de -la dicte Royne d'Escoce. Le depputé de Flandres a esté, ces jours -passez, en fort privée et estroicte conférance avec le comte de Lestre -et milord de Burlay, mais il semble qu'il n'obtiendra aulcune -résolution de ses affaires, jusques au retour du jeune Coban. Ceulx de -ce parlement ont proposé qu'il ne soit loysible à nul en ce royaulme -d'alléguer que leur Royne soit hérétique, sismatique, ny séparée de -l'esglize, ni mettre en avant aulcune sorte de prétencion à la -succession de ceste couronne, tant qu'elle vivra, sur peyne de lèze -majesté contre ceulx qui le feront, et contre ceulx encores qui ont -desjà présumé de le faire. A laquelle proposition ayant ung de -l'assemblée monstré d'y cercher quelque modération, il l'a si -vifvement contradicte qu'elle demeure encores en suspens. Sur ce, etc. - - Ce XVIe jour d'apvril 1571. - - Si Vostre Majesté avoit proposé d'envoyer des rafréchissemens et - provisions à Dombertran, il les fauldra adresser meintenant à - Lislebourg. - - - - -CLXXIIe DÉPESCHE - ---du XIXe jour d'apvril 1571.-- - -(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Cavalcanti._) - - Audience.--Proposition officielle du mariage du duc d'Anjou avec - Élisabeth.--Consentement donné par la reine.--Discussion des - articles du contrat.--_Mémoire Général._ Détails de cette - négociation.--Termes dans lesquels la proposition a été - faite.--Réponse d'Élisabeth.--Discussion des articles entre - lord Burleigh (Cécil), Leicester et l'ambassadeur. - - - A LA ROYNE. - -Madame, avant de recevoir vostre lettre du IIIe du présent, par le Sr -Cavalcanty, j'avois desjà respondu par le Sr de Sabran aulx deux -précédantes, que Vostre Majesté m'avoit escriptes de sa main; et a le -dict Cavalcanty trouvé, quant il a esté icy, que les choses estoient -en la mesmes disposition que je vous avois mandé, dont il vous -comptera meintenant, Madame, comme, en venant, il fut arresté à -Douvre, et conduit, soubz la garde d'ung guyde, jusques en la mayson -de mylord de Burlay; ce qui ne peult estre si secrectement que -quelques ungs ne l'entendissent, et, le soir mesmes, la Royne -d'Angleterre parla à luy; de laquelle les responses et démonstrations -vous seront par luy mesmes racomptées; et après, il vint conférer avec -moy sur la dépesche qu'il m'avoit apportée. - -Dont j'allay, le lendemain, trouver la dicte Dame, laquelle se retira -en une gallerye à part, où, après luy avoir parlé d'aulcunes aultres -particullaritez, je lui tins le propos que Vostre Majesté trouvera icy -adjouxté, duquel je vous puys asseurer, Madame, qu'elle monstra -recepvoir ung très grand et très acomply contantement, et m'y -respondit en si bonne et modeste façon, et avec parolles tant pleynes -d'honneur et d'honneste desir, que je n'y peuz rien cognoistre qui ne -me semblât fort esloigné de simulation, et de feyntize, si toutes -choses despuys eussent suyvy de mesmes, et me pria d'en conférer avec -Mr le comte de Lestre et milord de Burlay, qui estoient les deux seulz -ausquelz elle disoit avoir confyé le propos. Je leur tins, incontinent -après, le mesmes langaige, que j'avois faict à la dicte Dame, avec les -offres en l'endroict de chacun à part, que me commandiez de leur -faire; qui les receurent avec très grand respect; et despuys, ilz -m'ont monstré d'aporter une très abondante affection à la conclusion -de ce faict, sur lequel toutesfoys nous n'avons, en trois conférances, -peu raporter aultre chose d'eulx que ce que Vostre Majesté verra par -les responces qu'ilz ont données à noz articles. Lesquelz responces -ilz se sont fort esforcez de les dresser en termes qui ne puyssent, -quant à la religion, estre cy après interprétez contre la leur, et, -quant au reste, qui portent réservation des mesmes choses pour la -dicte Dame, que le Roy Catholique accorda à la feu Royne Marie; et ont -allégué qu'ilz ne pouvoient, parce qu'ilz n'estoient que deux, faire -rien davantaige, sinon qu'ilz assemblassent le reste du conseil, et -qu'ilz croyoient fermement que Vostre Majesté s'en contanteroit. - -Je ne suys, à la vérité, Madame, demeuré si satisfaict que je desiroys -de leurs responces, quant à la substance d'icelles, bien que les -parolles, les promesses et les interprétations, qu'ilz y ont -adjouxtées, ayent esté assés pleynes de contantement, et que, -plusieurs foys, ilz m'ayent déclairé que toutes les conditions, que la -Royne leur Mestresse vouloit demander oultre la religion, estoient -contenues au contract de la Royne Marie, une seule exceptée, qui -estoit de la succession de la couronne de France; auquel cas ilz -vouloient pourvoir que la couronne d'Angleterre eust toutjours son Roy -à part, qui seroit le puyné; mais il m'a semblé, Madame, qu'ilz -prenoient ung circuyt pour gaigner, avec le temps, des avantaiges, ou -bien pour, avec le mesmes temps, réfroydir la disposition de cest -affaire, auquel nul n'oze, à présent, sinon y segonder bien fort tout -ce que la dicte Dame en monstre desirer. Et m'a semblé aussi que le Sr -de Valsingan leur avoit faict ainsy espérer de vostre affection en -cest endroict, comme si Vostre Majesté estoit pour leur accorder tout -ce qu'ilz vouldroient; mais je leur ay monstré qu'ilz vous -trouveroient très fermement résolue à toutes les choses qui seroient -de l'honneur, dignité et réputation de Monsieur, vostre filz, sans en -vouloir quicter une seule. Dont, Madame, il sera bon, pour abréger la -matière, et pour voir bien clair dans icelle, que, la première foys -qu'on en confèrera avec le Sr de Valsingan, il luy soit demandé, -(premier que de luy débattre rien des responces qu'on nous a faictes -icy, ny monstrer en façon du monde qu'on les trouve mauvaises), qu'il -baille toutes les condicions entièrement que la Royne sa Mestresse -veult proposer de sa part; et puys sur les deux, après qu'on en aura -rabillé les durtez, l'estreindre à passer les articles, lesquelz me -pourront puys après estre envoyez, signez de Voz Majestez, pour les -délivrer icy, en m'en baillant aultant signez de la main de la dicte -Dame et non aultrement; et puys, Vostre Majesté pourra envoyer ung du -privé conseil, ainsy, qu'elle a sagement advisé de le faire, pour en -passer le contract; car je craindrois, si avant cella vous y faysiez -venir quelcun, qu'il ne fût, possible, contrainct de s'en retourner -sans aucune conclusion, avec peu de réputation des affaires de Voz -Majestez et de Monseigneur, ainsy que j'ay prié le Sr Cavalcanty de le -vous dire plus en particullier. Sur ce, etc. Ce XIXe jour d'apvril -1571. - - - Je vous envoye ung petit pourtraict que Mr le comte de Lestre m'a - donné. Il faict icy beaucoup de bons offices pour mériter - grandement de la bonne grâce de Voz Majestez. Je croy qu'il ne - sera que bon que le Sr de Valsingan ayt souspeçon que Monseigneur - soit recerché du costé d'Espaigne pour la Princesse de Portugal - avec ung très grand douaire; car c'est ce qu'on crainct icy - assés, et en hastera l'on davantaige la besoigne. - -MÉMOIRE. - - Suyvant la lettre de la Royne, mère du Roy, du IIIe avril 1571, - le Sr de La Mothe Fénélon a dict à la Royne d'Angleterre, le XIIe - du dict mois: - - Que le bon desir de Leurs Majestez Très Chrestiennes s'estoit - desjà manifesté de longtemps envers elle, en ce que la Royne Très - Chrestienne luy avoit vollu pourchasser le Roy, son filz, en - mariage, en quoy la mère, et le filz, et toute la France, luy - avoient faict veoir en quel grand compte d'honneur et de respect - ilz tenoient son amytié et le party de son mariage; - - Et, bien qu'il leur eust fallu délaysser ce propos par des - difficultez qui avoient esté faictes de son costé à cause de - l'eage, l'affection pourtant n'avoit diminué du leur, ains - aussitost qu'elle avoit monstré quelque résolution de se vouloir - maryer, la Royne Mère estoit tournée à sa première dellibération - de pourchasser pour Monseigneur, son filz, frère du Roy, le - mesmes party qu'elle avoit desiré pour le Roy, avec, possible, - plus de commodité et de correspondance de toutes choses, en ce - segond propos, qu'il n'y en eust heu au premier, et en avoit - desjà parlé au Roy en si bonne sorte qu'elle le luy avoit faict - vouloir et bien fort desirer; mais elle n'avoit heu grand peyne - de le persuader à Monsieur, parce que ses perfections et - vollontez estoient desjà de longtemps dédyées et consacrées à - l'honneur et service de la dicte Dame; - - Et encor que, pour estre sorty voix de cella en France et en - Angleterre, premier quasi qu'on eust commancé d'en parler, il se - fût descouvert que les aultres princes seroient pour en prendre - une très grande jalouzie, et qu'ilz s'esforceroient d'y mettre - de grandz obtacles et empeschemens, jusques à s'esforcer d'y - employer les deffances et interdictz de l'esglize, et aultant - d'aultres escandalles qu'ilz y pourroient inventer; - - Et que les subjectz des deux royaulmes seroient aussi pratiquez - de ne le vouloir point, et mesmes d'entreprendre d'y former, - comme d'eulx mesmes, des opositions, et que le Roy se fût desjà - aperceu que, sur ce prétexte, l'on avoit vollu traverser ses - affaires dedans et dehors son royaulme; - - La Royne Mère pourtant ne s'en estoit descoragée, car avoit - estimé que, venant par ce moyen la grandeur des deux royaulmes à - se fortiffier l'une l'autre, les aultres dangiers seroient bien - aysez à évitter, mais elle s'estoit quelque temps arrestée sur - deux poinctz: l'ung estoit qu'il luy sembloit estre besoing - d'avoir l'asseurée cognoissance si la dicte Royne d'Angleterre, - estant si grande princesse et accomplye en tant de perfections - comme elle est, auroit agréable qu'ung tel propos luy fût miz en - avant, premier que d'entreprendre de luy en parler; - - Le segond qu'elle vouloit bien obvier en ce pourchaz, d'amytié et - d'alliance, de ne rencontrer tout le contraire parce qu'on luy - persuadoit fermement que l'intention de la dicte Dame n'estoit, - en façon du monde, de se maryer, et que le semblant, qu'elle en - fezoit, n'estoit que pour servyr à ses affaires, et puys se - moquer de celluy qui y auroit prétandu; et advertissoit on le Roy - et elle de regarder à l'exemple des aultres, dont craignoient - grandement Leurs Majestez qu'ilz n'en demeurassent bien fort - offancez, et Monseigneur griefvement attristé et fort ulcéré en - son cueur; - - Mais leur ayant semblé, à ceste heure, qu'ilz estoient bien - esclarcys de ces doubtes par la ferme persuasion, qu'ilz se sont - donnez avec très grand fondement de rayson, qu'il n'y avoit que - toute sincérité et candeur ez présentes démonstrations de la - dicte Dame, et qu'ilz ont estimé que leur bonne affection en cest - endroit, et celle de Monsieur ne pourroient estre que bien - prinses d'elle, ny que bien agréables à Dieu et très honnorables - devant la face de toutz les humains, ils s'estoient résoluz de la - luy faire entendre avec l'honneste respect qui estoit deu à sa - grandeur. - - Et ainsy avoient dépesché le Sr C.....[4] avec lettres de créance - à la dicte Dame pour la supplier de trouver bon qu'ilz luy - peussent tretter Monsieur, leur filz et frère, en mariage; et - qu'elle eust agréable qu'ilz le luy offrissent, comme, dès à - présent, ilz le luy offroient, avec toute habondance d'amytié et - de bonne affection, et avec toutz les moyens, forces et - commoditez, qui pourront jamais estre en la couronne de France, - pour en orner, honnorer et establyr la grandeur de la sienne, - sellon les conditions qu'ilz luy avoient envoyées; - - Qu'ilz ne vouloient user, en l'endroict d'une tant vertueuse et - tant accomplye princesse, d'aultres raysons ny persuasions de ce - party, sinon de la prier qu'elle le vollût mesurer pour tel, - comme sa prudence sçavoit bien juger qu'il estoit, et que, comme - au regard d'elle ilz l'estimoient très grand et très honnorable - pour Monsieur, ainsy s'esforceoient ilz, du costé de Monsieur, le - luy randre à elle le plus heureux et le plus accomply qu'il leur - seroit possible. - - [4] Cavalcanti. - - Cella desiroient ilz, à ceste heure, qu'ayantz parlé clairement - de leur part, elle leur vollût aussi randre sa responce bien - claire, et si, d'avanture, elle la leur fezoit conforme à leur - honneste desir, que tout ainsy qu'ilz se résolvoient de ne - cercher en rien à jamais que l'advancement de la grandeur, de - l'honneur et réputation de la dicte Dame, sa commodité et - contantement, ainsy la prioyent ilz d'avoir pareil esgard à la - conservation de leur honneur et réputation, de celle de Monsieur; - et que pour obvier à la malice de ceulx, qui vouldroient apporter - de l'empeschement, et, possible, de l'escandalle en ce propos, - qu'il luy pleust le conduyre secrectement et sans longueur, de - son costé, comme ilz le tiendroient secrect et le presseroient, - aultant qu'il leur seroit possible, du leur, pour le randre - plustost conclud que divulgué; et puys ilz y adjouxteroient toutz - les honneurs, respectz et aultres dignes observances, qu'ilz - cognoistroient bien estre deues à la grandeur de la dicte Dame. - - -LE PROPOS A ESTÉ OUY, AVEC GRAND DESIR ET ATTENTION, - - De la dicte Dame auquel le dict Sr de La Mothe a estimé estre - besoing de n'obmettre rien des susdictes particullaritez; et - elle, d'une fort bonne et fort modeste façon, luy a respondu: - - Qu'elle vouloit bien employer, en l'endroict du Roy et de la - Royne Très Chrestienne, toutes les sortes de grandz mercys, que - le bonheur et le grand honneur, qu'ilz luy pourchassoient, par - l'offre d'une chose si excellente et pleyne de toutes - perfections, et tant conjoincte à Leurs Majestez, comme estoit - Monsieur, leur filz et frère, l'avoient desjà obligée de leur - randre, et remercyoit Dieu qu'il eust miz de toutes partz une - bonne correspondance de vollontez, et le prioyt d'y adjouxter - aussi sa bénédiction et sa saincte faveur; - - Que, quand feu monsieur le cardinal de Chatillon luy avoit ouvert - ce propos avec de grandes raysons et de bien honnestes - persuasions, lesquelles elle a récitées par le menu, mais - seroient longues à mettre icy, où toutesfois elle n'avoit veu - aultre fondement que de la bonne affection de ce seigneur et - d'une lettre de Telligny, elle ne s'estoit guières advancée; et, - encor que despuys il luy eust faict veoir aulcuns signes de la - bonne intention de la Royne Mère, et que le Sr de La Mothe luy en - eust aussi commancé de toucher quelque mot, non toutesfois que en - simples termes de bon desir qu'il y avoit, elle, pour son - honneur, n'avoit peust user de plus grande expression que de - donner entendre qu'elle estoit conseillée de se maryer, et - résolue que ce ne seroit jamais qu'avec un prince de sa qualité; - et puys, sur le rapport, que milord de Boucard luy avoit fait des - honnorables propos que la Royne Mère luy avoit tenuz, elle avoit - respondu un peu plus ouvertement à Sa Majesté par le Sr de - Valsingan. - - A ceste heure, que le dict Sr de La Mothe luy avoit clairement - exposé la vollonté de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et de Mon - dict Seigneur, conforme à ce que le Sr Cavalcanty, sur les - lettres de créance, luy en avoit dict, elle ne luy temporiseroit - guières la sienne, en laquelle elle prioyt Leurs dictes Majestez - de croyre que toute vérité et sincérité s'y trouveroit, comme - elle l'espéroit aussi trouver en la leur; - - Et qu'on ne pouvoit dire qu'en l'endroict de nul prince, qui - l'eust faicte requérir, elle eust uzé de simulation; car au Roy - d'Espaigne, qui premier luy en avoit faict parler, elle s'estoit - incontinent excusée par l'escrupulle de sa consience, qui ne luy - permettoit d'espouser celluy qui avoit esté mary de sa soeur, et - aulx princes de Suède et de Dannemarc elle leur avoit, dans huict - jours, si expressément faict respondre qu'elle ne se vouloit - encores maryer, qu'ilz n'avoient heu, après cella, nulle occasion - de plus s'y attandre. Le propos du Roy estoit venu lorsqu'il - estoit encores bien jeune, et elle luy avoit tout aussitost faict - entendre sa rayson et response. Au regard de l'archiduc Charles, - elle confessoit qu'il luy avoit esté usé de longueur, à cause des - troubles et empeschemens qui estoient survenus au monde, mais il - s'apercevoit meintenant qu'il n'y avoit point heu de feintize; - - Et s'estoit bien aperceue la dicte Dame que l'excuse, dont elle - avoit usé envers le Roy d'Espaigne, n'avoit esté prinse de bonne - part, car jamais despuys il ne l'avoit aymée; dont, au propos, - qui se offroit meintenant, elle se vouloit bien garder de - n'altérer en rien la bonne amytié qu'elle avoit avec Leurs - Majestez Très Chrestiennes, - - Les priant de considérer, en ce qui concernoit les choses - d'Escoce, que, si Monsieur, leur filz et frère, avoit à estre son - seigneur et mary, le bien et l'utillité de l'Angleterre luy - seroient commiz, et que les dangiers, qui y pourroient advenir - par le moyen de la Royne d'Escoce, seroient plus facilles de - remédier pendant qu'elle seroit entre ses mains que si elle en - estoit dehors; - - Qu'au reste elle n'avoit moindre soin qu'avoient Leurs Majestez - Très Chrestiennes de tenir l'affaire secrect, et pouvoit jurer de - ne l'avoir encores communiqué que au comte de Lestre et à milord - de Burlay, ausquelz elle avoit monstré les articles, que le dict - Cavalcanty luy avoit baillez; ès quelz la plus grande - [difficulté] se monstroit aulx deux premiers, parce qu'il - n'estoit expédiant qu'aulcune de toutes les cérémonies requises à - une nopce d'un roy et d'une royne héréditayre de ce royaulme y - fussent obmises; - - Et, quant à ottroyer l'exercice de la religion catholique à - Monsieur et à ses domestiques, c'estoit ce où l'on avoit toutjour - le plus contradict à l'archiduc Charles, et qu'elle desiroit que - cella s'accommodât en quelque bonne sorte, priant le dict Sr de - La Mothe de ne s'y vouloir monstrer plus difficile que, possible, - Monsieur mesmes ne le vouldroit estre. - - -A CES DEUX DERNIERS POINCTZ le dict Sr de La Mothe a respondu: - - Que le Roy et la Royne seroient très marrys qu'aulcune des - cérémonies accoustumées deffaillys en la cellébration de ce - mariage, lequel ilz desiroient veoir orné de toutes ses plus - dignes solennitez, pourveu que la religion et la conscience de - Monsieur n'y fussent offancées; mais, comme desjà plusieurs - aultres mariages avoient esté faictz en la Chrestienté entre - personnes de diverse religion, et le couronnement aussi de - l'Empereur avoit esté cellébré avec l'assistance des princes - ellecteurs, qui sont de l'une et de l'aultre, ainsy se pourroit - solemniser cestuy cy sans contraindre la conscience des espousez; - et qu'au reste le dict Sr de La Mothe croyoit qu'elle ne - vouldroit si mal tretter ce prince que de le priver de l'exercice - de sa religion, ny luy vivre un seul jour sans l'avoir, ains au - contraire qu'elle l'auroit en mauvaise estime, si, pour chose du - monde, il en vouloit rien quicter. - - -LA DICTE DAME A RÉPLIQUÉ: - - Qu'elle avoit esté couronnée et sacrée sellon les cérémonies de - l'esglize catholique, et par évesques catholiques, sans toutefois - assister à la messe, et qu'elle seroit marrye de croyre que - Monsieur vollût quicter sa religion: car, s'il avoit le cueur de - délaysser Dieu, il l'auroit bien aussi de la laysser à elle, mais - me prioyt de conférer de toutes ces choses avec les dicts comte - de Lestre et milord de Burlay. - - -AU PARTIR DE LA DICTE DAME, - - estant icelluy de La Mothe entré en conférance des dictes choses, - aulx mesmes termes que dessus, avec les dicts de Lestre et - Burlay, icelluy de Burlay, pour les deux, lui a respondu: - -Que la grandeur de cest affaire se monstroit en ce qu'il estoit -question de joindre deux royalles personnes ensemble, et faire par ce -moyen la conjonction de deux grandz royaulmes, en quoy, puysque la -Royne, leur Mestresse, parmy la fidellité de tous ses aultres -conseillers, avoit choisy la leur, pour à eulx seulz commettre le -propos, ilz se sentoient très obligez de cercher ce qui seroit pour -son honneur, pour son proffict et encores pour sa conscience; - -Qu'ilz confessoient qu'ilz luy avoient conseillé de se maryer, et, -quant ilz avoient veu que sa vollonté y estoit disposée, ilz l'y -avoient confortée davantaige comme à chose très honnorable pour elle, -et très nécessaire pour son royaulme, et encores utille à eulx deux, -et pleyne de louange à ses conseillers, et générallement desirée de -toutz ses subjectz; et en ce que le party se offroit avec Monsieur le -duc d'Anjou, prince fleurissant en beaulté, en jeunesse et en toutes -sortes de vertu, yssu d'un très illustre sang, et d'une des plus -royalles maysons de toute la terre, qui avoit ung très puyssant roy de -frère, et une très saige et très vertueuse royne de Mère, et luy -mesmes estoit très acomply en toutes sortes de perfection, ne failloit -doubter qu'ilz ne l'aprouvassent, qu'ilz ne le desirassent, et qu'ilz -ne remercyassent Dieu d'avoir réservé ung si grand heur à leur -Mestresse, laquelle, en tout le circuyt du monde, n'eut peu rencontrer -ung plus honnorable, ny plus convenable party que cestuy cy; - -Et pourtant, sur la correspondance qui s'y voyoit desjà des deux -costez, et que, de celluy de la dicte Dame, ne failloit plus doubter -que la disposition n'y fût très bonne, comme fondée en honneur, en -utillité et possible en nécessité, et Mon dict seigneur d'Anjou cogneu -très desirable, (duquel ilz vouloient encores dire ce mot, qu'on -n'avoit jamais ouy une seule nouvelle de luy en ce royaulme, qui ne -fût à sa très grande louange), ilz jugeoient que le propos estoit pour -venir bientost à ung bien heureux acomplissement, si d'avanture la -durté d'aulcunes condicions, que le Sr Cavalcanty avoit apportées, n'y -donnoit empeschement. - -Sur lesquelles ilz considéroient que la Royne, leur Mestresse, quant à -celles qui concernoient la religion, n'en pouvoit ny devoit ottroyer -pas une, qui peult offancer sa conscience ou troubler l'ordre de son -royaume, ny apporter escandalle à ses subjectz; et, quant aulx -aultres, qu'il importoit bien fort à sa réputation qu'on ne luy en -diminuât aulcune, de toutes celles qui avoient esté réservées à la feu -Royne Marie, sa soeur, par son contract de mariage avec le Roy -d'Espaigne. - - -A CELLA LE DICT DE LA MOTHE, - - après leur avoir bien fort gratiffié leurs bonnes paroles, leur a - respondu: - - Qu'ilz sçavoient bien que Monseigneur estoit catholique, prince - duquel l'honneur et la réputation de sa vertu ne pouvoit - comporter qu'il obmist rien des choses qui apartenoient à sa - religion, et que Dieu luy avoit formé la conscience dans un cueur - si ferme, si généreux et tant plein de magnanimité, qu'il - choysiroit plustost la mort que d'y avoir souffert nulle offance; - mesmes que la Royne, leur Mestresse, luy venoit de signifier - assés expressément qu'elle l'auroit en très mauvaise estime s'il - habandonnoit son Dieu, car craindroit qu'il l'abandonnast - bientost après à elle. Toutesfois Mon dict Seigneur ne requéroit - qu'on luy ottroyast aultre chose en cella, sinon de ne priver luy - et ses domestiques du libre exercice de leur religion, ce que si - on luy mettoit en difficulté, il auroit occasion de doubter assés - de tout le reste. - - Et au surplus, encor que le Roy d'Espaigne, quant il espousa la - Royne Marie, fût aparant héritier de plus de royaulmes et - d'estatz que Monseigneur, il ne le passoit toutesfoys en nulle de - toutes les autres excellentes qualitez d'ung très grand et d'ung - très royal prince, et, possible, les avoit il, à ceste heure, - plus convenables à ce royaulme que n'avoit heu lors le dict Roy - d'Espaigne, qui n'estoit passé icy pour estre aulcunement - anglois, ains pour faire l'Angleterre sienne; et ilz voyoient - bien que Monseigneur se venoit tout donner à la Royne, leur - Mestresse, et à eulx, pour n'estre jamais aultre que tout à elle - et entièrement leur, par ainsy qu'il le failloit bien tretter, - luy donner ung bon et grand entretennement, et luy faire les - advantaiges que sa grande qualité et sa bonne intention - méritoient. - - -APRÈS CELLA, - - par l'ordre que les dicts de Lestre et Burlay ont donné de - pouvoir secrectement, et quelquefoys de nuict, convenir - ensemble, en la mayson du jardin de Ouestmestre, l'on a tiré - d'eulx, non sans beaucoup de difficulté, les responces que le - dict Cavalcanty a emporté. - - Sur lesquelles, ayant despuys esté faict par le dict de La Mothe - plusieurs vifves remonstrances à la dicte Dame, et pareillement à - iceulx de Lestre et de Burlay, pour y avoir de la modération, - elle et eulx se sont d'un costé si fermement persuadez que Leurs - Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur s'en contanteroient, - (et de l'aultre ilz n'ont ozé, parce qu'ilz n'estoient que deux - du conseil à tretter l'affaire, s'eslargir davantaige), qu'il n'a - esté possible d'y rien plus obtenir pour ce coup; et a heu prou à - faire à icelluy de La Mothe, de persuader à la dicte Dame qu'elle - deust respondre à la lettre de Monseigneur, car disoit que la - plume luy tumberoit de la main, et ne sçauroit avec quel estille - luy parler, et que, par la lettre qu'elle escriproit à la Royne, - elle la prieroit de satisfaire pour elle vers luy, n'ayant - encores jamais escript à nul des aultres princes, qui avoient - prétendu de l'espouser, sinon une seulle foys à l'archiduc - Charles, en termes fort esloignez de mariage. Et néantmoins, - ayant enfin donné lieu à sa bonne vollonté, et à l'instance du - dict Sr de La Mothe, elle a faict responce à Mon dict Seigneur. - - Et icelluy de La Mothe a adverty le dict Cavalcanty d'aulcunes - considérations, par lesquelles luy semble que la durté des - responces de ceulx cy se pourra modérer à l'honneur et - satisfaction de Mon dict Seigneur; dont sera bon d'essayer si le - Sr de Valsingan s'y vouldra condescendre, et se tenir ung peu - ferme en cella; mais, quant l'on ne pourra obtenir mieux, il - fauldra veoir de quoy l'on se pourra passer, et ne laysser pour - cella de conclurre, car, estant estably par deçà, il obtiendra de - ceste princesse et des siens encores plus que ce qu'il demande, - mais fault estre adverty que la froideur de dellà réchauffe ceulx - cy, et quant l'on y veoit de la challeur, ilz monstrent de se - refroydir: et semble aussi qu'il sera bon de ne les laysser - entrer en extraordinaires demandes, car ce ne seroit qu'une - longueur de négociation, si l'on leur en escoutoit une seulle, et - en admèneroient toujours d'aultres, qui enfin conduyroient - l'affaire en ropture. - - - - -CLXXIIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIe jour d'apvril 1571.-- - -(_Envoyée jusques à Calais soubz la couverte du Sr Acerbo._) - - Mauvais état des affaires de Marie Stuart.--Exécution en Écosse - de l'archevêque de Saint-André.--Nouvelles d'Irlande et des - Pays-Bas. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay miz peyne de donner, par le contenu de vostre dépesche du -XIe du présent, le plus de consolation, qu'il m'a esté possible, à la -Royne d'Escoce, laquelle ne fault doubter que n'en heust fort grand -besoing pour l'ennuy qu'elle a prins de l'interruption de son tretté, -et de la surprinse de Dombertran, qui sont deux accidans qui -esloignent bien fort les affaires de sa restitution; et croy, Sire, -que nulle aultre chose luy pouvoit venir meintenant à plus de -sollagement que ceste persévérance qu'elle voit de la constante -affection et bonne vollonté de Vostre Majesté envers elle, ce qui -contante aussi grandement ceulx qui luy veulent bien par deçà. Encores -présentement, Sire, l'on me vient d'advertyr que le comte de Lenoz a -faict exécuter l'archevesque de St André[5], frère du duc de -Chastellerault, qui sera une aultre griefve offance à la dicte Dame, -et semble que d'icy l'on ayt aussi envoyé essayer le dict de Lenoz -s'il vouldra mettre Dombertran ez mains des Anglois; à quoy je metz et -mettray bien toutz les obstacles qu'il me sera possible: Le Sr de -Vérac a esté conduict à Esterlin, auquel, à ce que j'entendz, l'on a -heu du respect pour estre serviteur de Vostre Majesté. - - [5] L'archevêque de Saint-André, qui s'était trouvé parmi les - prisonniers faits dans le château de Dunbarton, fut mis à mort le - 6 avril 1571. Il périt par la potence. Sa mort fut vengée - quelques mois après par Huntley, Claude Hamilton et Scot de - Buccleugh, qui parurent à l'improviste avec quatre cents chevaux - aux portes de Stirling, le 3 septembre 1571, jour où le parlement - y était convoqué: _Souviens-toi de l'archevêque!_ était le mot - d'ordre donné aux soldats. Le comte de Lennox fut tué d'un coup - de pistolet au milieu du tumulte; tous les autres seigneurs, au - nombre desquels se trouvait le comte de Morton, furent faits - prisonniers. - -La tenue de ce parlement a esté délayssée le lundy aoré[6], et l'a -l'on recommancée le jeudy de Pasques. Il semble qu'elle ne s'achèvera -sans quelque nouveaulté. Milord Sideney pourchasse instantment d'estre -deschargé de sa commission d'Yrlande, et dict on qu'ayant assés -heureusement conduict, jusques à ceste heure, les choses de dellà, il -y crainct une mutation de fortune, car il y veoit le peuple fort -alliéné de l'affection des Anglois et tout adonné à la religion -catholique, et qui n'attand rien en plus grande dévotion que la venue -d'Estuqueley, et de Fitz Maurice; mais je n'entendz point qu'on y -envoye encores que milord Grey pour commander, en absence du dict -Sideney, lequel cependant aspire à estre grand maistre d'Angleterre. - - [6] Le lundi saint. - -La troupe des vaysseaulx du prince d'Orange se grossit toutjour en -ceste mer estroicte, et m'a l'on mandé, de la coste de dellà, qu'ilz -pillent aussi bien les François que les Flamans, mais ne m'en estant -encores venue nulle expécialle plainte, je n'en ay faict aussi encores -pas une à ceulx cy. Le depputé de Flandres poursuyt toutjour la -conclusion de l'accord des prinses, mais il cognoist bien que sa -négociation est, de jour en jour, prolongée, pour attandre le retour -du jeune Coban. Sur ce, etc. - - Ce XXIIIe jour d'apvril 1571. - - - - -CLXXIVe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour d'apvril 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Dièpe._) - - Propositions agitées dans le parlement.--Affaires - d'Écosse.--Sollicitation faite par Marie Stuart d'un prompt - secours.--Armemens à Londres et dans les Pays-Bas. - - - AU ROY. - -Sire, il n'a esté encore guières rien proposé d'importance en ce -parlement, que les deux poinctz que je vous ay desjà mandez, contre -ceulx qui ne vouldroient faire expresse profession de la religion -protestante, et contre ceulx qui oseroient appeler ceste princesse -sismatique ou séparée de l'esglize, ou qui présumeroient, tant qu'elle -vivra, et qui mesmes auroient desjà présumé de s'atribuer tiltre à -ceste couronne, pour punir les premiers de prison perpétuelle et de -confiscation de leurs biens, et les segondz déclairez eulx et leurs -descendans à jamais attainctz de lèze majesté, et ont adjouxté ung -tiers article contre les fuytifz du North, pour confisquer leurs biens -et personnes; mais de tant que ces choses ont esté proposées trop -véhémentes, l'on a commiz certains depputez à les modérer, pour, puys -après, les fayre sortyr en loy. Et m'a l'on dict, Sire, que la dicte -Dame, en ce qu'elle a peu cognoistre qu'on vouloit toucher au droict -de la Royne d'Escoce pour la priver de la succession de ce royaulme, -n'y a vollu consentyr, et en a faict rompre les billetz. Meintenant -se commence à parler du subcide, lequel pourra monter à six centz mil -escuz, et affin d'avoir bientost la conclusion d'icelluy, la dicte -Dame presse bien fort tout le reste, de sorte qu'on espère que le dict -parlement sera tantost finy, ou qu'il sera prorogé à ung aultre temps. - -Les choses d'Escoce, nonobstant la prinse de Dombertran et l'exécution -de l'archevesque de St André, ne monstrent succéder tant au gré de -ceulx cy comme ilz espéroient, car la part de la Royne d'Escoce, -despuys que l'armée d'Angleterre a esté retirée, est toutjour demeurée -plus forte et plus authorisée que l'aultre, et ne voyent les Anglois -qu'il soit bien facille d'avoir Dombertrand entre leurs mains, parce -que ceulx qui l'ont en garde sont toutz escouçoys; et j'ay desjà faict -prandre ung escrupulle à la comtesse de Lenoz que cella tendroit à -déshériter son petit filz, et que son mary perdroit toutz ses amys en -Escoce, et seroit honteusement déchassé du pays, s'il se layssoit -contraindre à bailler cette place. La Royne d'Escoce vous escript -amplement, et m'apelle à tesmoing comme elle s'est toutjour -sincèrement conformée à l'intention de Vostre Majesté, et que, sans -cella, elle ne se fust attandue au tretté, duquel voyant à ceste heure -l'interruption, et que la surprinse de Dombertrand est advenue pendant -que l'on estoit en conférance, elle estime que l'injure touche en -aussi grand part à Vostre Majesté comme à elle mesmes; et pourtant -vous requiert, Sire, qu'il vous playse pourvoir meintenant à la -seureté de Lislebourg, qui est place trop plus importante que n'estoit -Dombertrand, ensemble à la conservation de ceulx de son party, -lesquelz avec la dicte place sont pour se randre facilement maistres -du pays, si une trop grande force d'Angleterre ne s'y oppose; et -pourtant demande qu'il soit consigné à Chesolme, contrerolleur des -monitions du chasteau de Lislebourg, douze miliers de pouldre, dix de -grosse et deux de grenée, deux aultres miliers de salpètre rafiné, -quarante harquebouzes à crocq de fonte, deux centz bouletz de -collouvrine, aultant de bastarde et six cens de moyenne, cent -corseletz completz, et deux foys aultant de morrions, deux cents -piques avec leurs fers, deux centz harquebouzes à main avec leurs -fornymens, et cent hallebardes, trente tonneaulx de vin, deux -tonneaulx en vinaigre et douze poinçons de lard; mais surtout elle -vouldroit qu'il y eust dedans quelques soldats françoys bien -expérimentez à la garde et deffance d'une place. Et de tant, Sire, -qu'il a esté desjà miz ordre à une partie de cella, le reste se pourra -faire à peu de coust. Aussi mande la dicte Dame que vingt navyres de -ses rebelles sont prestz à partyr pour France, lesquelz elle vous -suplie, Sire, de faire arrester tant biens, vaysseaulx que personnes, -car a opinion que cella servyra grandement à son affaire. - -Et parce que j'ay entendu que le Sr de Vérac s'est desjà embarqué pour -aller trouver Vostre Majesté, il vous pourra randre plus particullier -compte de l'estat des choses de dellà pour y pouvoir plus seurement -dellibérer; seulement j'adjouxteray icy, Sire, qu'il me semble ne -pouvoir revenir qu'à l'honneur et réputation de voz affaires, et -nullement au préjudice d'iceulx, que Vostre Majesté s'employe, sans -offance des Anglois, à conserver l'Escoce, sellon que les alliances et -confédérations anciennes vous y obligent; mêmes qu'en ceste court se -parle d'y faire encores une expédition avec grande espérance qu'on -pourra emporter le chasteau de Lislebourg, et s'impatronyr d'une -partie du royaulme. - -Il se faict icy une grande provision d'armes par les particulliers, et -remonte l'on à neuf en la Tour de Londres soixante canons ou -collouvrines, partie à rouage de navyres, partie pour batterie, et ne -se descouvre encores pour quelle entreprinse c'est, qui me faict avoir -toutjour craincte de l'Escoce. Il est vray qu'ilz disent que le duc -d'Alve arme trente six navyres en Olande; et que le duc de Medina -Celi, lequel, sellon les adviz qu'ilz ont, vient par terre, envoye une -armée par mer avec trois mil Espaignolz; et, nonobstant qu'on leur ayt -asseuré que Estuqueley estoit prest à partir, le XXVIIIe du passé, -pour suyvre dom Joan d'Austria en Itallie, affin d'aller parler au -Pape, ilz ne layssent pour cella de monstrer qu'ilz se craignent du -costé d'Yrlande. - -Cependant le Sr de Lumbres est party de Plemmue, le VIe de ce mois, -avec cinq bons navyres fort bien armez et artillez, pour aller à la -Rochelle, et m'a l'on asseuré qu'il a emporté soixante dix mil escuz -en or et une aultre assés bonne somme en argent monoyé, ou billon. Le -bastard de Briderode est demeuré en ceste mer estroicte avec douze ou -quinze aultres vaysseaulx, dont y en a quelques ungs d'assés bons. -Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et le depputé de Flandres s'en -pleignent assés, mais ilz font estat, à ce qu'ilz m'ont dict, de -n'espérer aulcune bonne expédition en cella, ny en l'affaire des -prinses, jusques à ce que le jeune Coban soit de retour. Sur ce, etc. - - Ce XXVIIIe jour d'apvril 1571. - - - - -CLXXVe DÉPESCHE - ---du IIe jour de may 1571.-- - -(_Envoyée jusques à la court par le Sr de Sabran._) - - Audience.--Discussion des affaires d'Écosse.--Nécessité d'une - nouvelle déclaration du roi que son intention est d'envoyer des - troupes en Écosse.--Subside demandé au parlement.--Négociation - des Pays-Bas.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Détails - confidentiels sur la négociation du mariage avec Leicester, - lord Burleigh, le duc de Norfolk, et lord de Lumley. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay tenu à la Royne d'Angleterre les honnestes propos, que -Vostre Majesté me commandoit par sa dépesche du XIIe du passé, -touchant le playsir que ce vous estoit qu'elle eust prins à bon gré -les faveurs qu'aviez faictes à ceulx des siens, qu'elle vous avoit -naguières envoyez, et luy ay touché ung mot de la bonne provision -qu'aviez donnée à réprimer les désordres advenuz à Roan contre ceulx -de la nouvelle religion, et comme vostre intention, et celle de la -Royne et de Monseigneur, demeuroient très fermes en l'entretennement -de vostre éedict, de sorte que vous la pouviez asseurer qu'il seroit -inviolablement observé. - -La dicte Dame, après m'avoir répété plusieurs choses honnorables, que -les siens luy récitoient encores toutz les jours de leur voyage de -France, m'a dict qu'elle vous cuydoit avoir beaucoup honnoré et obligé -en vous envoyant son ambassadeur, mais qu'elle se trouvoit trop plus -honnorée et obligée de Vostre Majesté pour l'avoir trop favorablement -receu; et a suyvy qu'elle louoit infinyement vostre vertueuse -dellibération de vouloir meintenir la paix en vostre royaulme, et que -desjà vous avez faict concepvoir au monde que vostre parolle seroit -vrayment royalle, et toute pleyne de certitude, et de vérité; dont ne -failloit doubter qu'elle ne rendît aussi la réputation de Vostre -Majesté et celle de voz affaires toute comble d'honneur et d'infinité -de proffictz. - -J'ay continué, (touchant ce que son ambassadeur avoit racompté à la -Royne, vostre mère, des difficultez qui s'estoient trouvées au tretté -de la Royne d'Escoce, et de l'opinion qu'il avoit que les instances, -que me commandiez assés souvent de faire en cella à la dicte Dame, luy -estoient ennuyeuses), que je layssois bien à son dict ambassadeur de -luy avoir faict entendre combien il avoit cogneu estre à vous mesmes, -Sire, et à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur, très ennuyeux que -les choses n'eussent prins le bon chemin d'accord qu'elle vous avoit -promiz, et faict plusieurs fois espérer; et que néantmoins elle vous -feroit grand tort si ne croyoit fermement qu'en ce que vous aviez cy -devant cerché, et que vous cercheriez cy après d'acquitter en cest -endroict le deu de vostre honneur et de vostre obligation, que vous -n'eussiez aussi regardé, et que vous ne regardissiez encores que -l'honneur pareillement, et la réputation de la dicte Dame, sa seureté -et celle de ses affaires, et tout son contantement y fussent -dilligentment observez. - -Elle m'a respondu bénignement qu'elle estoit bien marrye de ne vous -avoir peu lors mander de meilleures nouvelles du tretté, mais il n'y -avoit heu ordre, à cause des contradictions qui s'y estoient -monstrées; mais il sembloit que despuys les choses se fussent ung peu -modérées, et qu'elles pourroient encor réuscyr à la bonne fin que -Vous, Sire, et elle desiriez. - -Je n'ay rien répliqué à cella; mais de tant, Sire, que bientost se -doibt faire une monstre généralle en ce royaulme, et que le comte de -Sussex inciste toujours luy estre permiz qu'il puysse retourner -encores une foys avecques une armée en Escoce, Vostre Majesté advisera -s'il sera bon que je remonstre à la dicte Dame et à ceulx de son -conseil comme les seigneurs escouçoys, qui tiennent le party de leur -Royne, voyant que, par l'opiniastreté des aultres, le tretté n'a peu -succéder, et que, pendant la conférance, le comte de Lenoz a surprins -Dombertran, qu'ilz vous requièrent très instantment de leur assister -jouxte vostre promesse, et sellon l'alliance qu'ilz ont avec vostre -couronne; et que vous voulez bien prier la dicte Dame de ne prandre -aulcune souspeçon ny deffiance si vous vous acquietez en quelque -partie de ce à quoy vostre honneur et debvoir vous obligent vers eulx; -car luy promettez et jurez que ce ne sera pour aporter aulcun dommaige -ou incommodité à elle, ny à ses pays et estatz; par où, Sire, nous -pourrons obtenir ou que la dicte Dame accordera ouvertement que -puyssiez donner support à iceulx seigneurs qui le vous demandent, sans -qu'elle en soit offancée, ou qu'il soit layssé aux Escouçoys mesmes de -débattre entre eulx leurs diférandz, sans que vous, ni elle, vous en -mesliez; en quoy semble que le party de la Royne d'Escoce prévauldra -toutjour contre l'aultre. - -J'ay faict mencion à la dicte Dame de la bonne et prompte expédition -qu'avez faicte donner à trois requestes de ses subjectz, que son dict -ambassadeur vous avoit présentées, ce qu'elle a heu très agréable, et -m'a prié de vous en remercyer grandement, et que, quant son dict -ambassadeur le luy aura mandé, elle vous en fera encores par luy -mesmes remercyer davantaige. Le parlement se continue toutjours, et le -subcide est desjà comme tout accordé, à quatre solz pour livre, sur -les héritaiges, et deux solz et demy sur l'aultre sorte de revenu. Les -seigneurs de ce conseil sont si vigilans, ez actions qui s'y font, -qu'il semble enfin qu'ilz y feront passer toutes choses sellon -l'intention de leur Mestresse. Il a esté faict une nouvelle et bien -estroicte ordonnance sur les courriers de Flandres de sorte qu'il a -plusieurs jours que nul, ny ordinaire, ny aultre, n'y est allé ny -venu. Le depputé du duc d'Alve n'advance guière sur l'accord des -prinses, car chacun jour l'on luy met nouvelles difficultez en avant, -et luy demande l'on à ceste heure, que le dict duc ayt à payer les -draps, qu'il a prins des Anglois, au pris qu'il les a baillez aulx -soldats, qui monte un tiers davantaige qu'ilz ne valent; et incistent -les dicts Anglois ou qu'il leur fornisse argent contant, ou bien qu'il -donne cautions qui les contantent. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may -1571. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, parce que la dépesche, que milord de Burlay a baillée au Sr -Cavalcanty, et la façon de le dépescher, ne m'ont assés bien -satisfaict, et m'ont faict monter plusieurs doubtes en l'entendement, -j'ay miz peyne, le plus que j'ay peu, de m'en esclarcyr; et voycy, -Madame, ce que j'ay aprins depuys son parlement, vous supliant très -humblement prendre la peyne de le lyre, encor qu'il soit un peu long: - -C'est que le comte de Lestre m'a mandé que, du costé de deçà, l'on -n'a que peur que nous nous réfroydissions, et que, tout à ung mot, il -ne tiendra plus qu'à nous que les choses ne viennent à bon effect; -qu'il estoit bien vray que je me suys tenu ung peu trop ferme sur la -religion, et que Cavalcanty aussi, quant il avoit esté ouy à part, s'y -estoit monstré ung peu bien froid, et que je pouvois avoir cogneu que -la Royne, sa Mestresse, quant à elle, n'estoit que très bien disposée -au propos. - -Sur quoy il m'est ressouvenu, touchant les articles des responces, qui -m'ont esté baillez, que la dicte Dame me dict avoir commandé de -modérer celluy des cérémonyes des nopces, parce qu'elle estoit fort -escrupuleuse aulx présages, qui y pouvoient advenir, et qu'elle -réputeroit à grand malheur, si Monsieur, à cause de quelcune des -dictes cérémonyes, la délayssoit au millieu de l'acte, ou bien si -l'anneau nuptial tumboit en terre, et choses semblables; que, touchant -le poinct de la religion, elle ne vouloit que Monsieur layssât la -catholique, ny fût forcé en sa conscience, et qu'elle le prioyt aussi -de se contanter de ce qu'elle pouvoit ordonner pour luy en cella, sans -offancer la sienne, et sans troubler l'ordre de son pays; qu'elle -desiroit bien estre quelquefoys accompaignée de luy, quant elle yroit -à ses prières, affin que ny d'elle ny des siens il ne fût veu détester -par trop leur religion, mais n'avoit trouvé bon qu'on heust miz en -l'article qu'il y demeureroit, en l'attandant jusques à son retour; -que Monsieur ne debvoit doubter qu'elle ne lui pourveust bien -honnorablement, au cas qu'il la survesquit, et que, durant sa vie, -tout ce qu'elle auroit luy seroit commun. - -Puys avoit ajouxté qu'elle se trouvoit encores estonnée ez louanges de -Monsieur, et qu'elle craignoit, y en ayant de si grandes, qu'il -n'eust que faire d'elle; et s'estoit mise à racompter celles qu'elle -avoit ouy dire de son bon sens, de sa prudence, de sa bonne grâce, de -sa magnanimité et de sa valleur aulx armes, de la beaulté et -disposition de sa personne, sans oublier de parler de sa main, comme -d'une des plus rares beaultez qu'on eust veu en France; et avoit, puys -après, suyvy, en ryant, qu'elle me feroit dire aussi ung jour par Mon -dict Seigneur, si les choses venoient à bonne fin, que je debvois -avoir plustost soubstenu son party comme plus honorable, que celluy de -la Royne d'Escoce. - -Par lesquelz propos, qui étoient assés conformes aux articles des -responces qui avoient esté arrestez avecques moy, je conceuz une fort -bonne espérance du tout; dont fuz fort esbahy et bien fort offancé, -quant j'entendiz despuys qu'on avoit dépesché en aultre sorte le dict -Cavalcanty, et n'ay peu descouvrir que cella soit procédé d'ailleurs -que de ce que la dicte Dame, avant le dépescher, communiqua, comme -j'entendz, le propos à trois autres de ses conseillers, au Quiper, au -marquis de Norampton et au comte de Sussex; et néantmoins l'on m'a -despuys asseuré, de trois et quatre bons endroictz, que la dicte Dame -n'a rien tant en affection que de parachever ce mariage, et que jamais -n'a si longuement persévéré en nul aultre propos, comme elle faict en -cestuy cy, et ne peult comporter qu'on luy dye qu'il y puisse avoir -des difficultez pour l'interrompre, ny veoir de bon oeil homme en sa -court qui tant soit peu monstre de ne l'aprouver. - -J'ay commancé quelque intelligence avec la comtesse de Lenoz, par -prétexte de luy promettre beaucoup de la part de Voz Majestez pour son -petit filz, si elle et le comte, son mary, se vouloient accorder avec -la Royne d'Escoce, et luy ay faict cognoistre que le propos de -Monsieur ne luy pourroit estre que très oportun, s'il venoit à bonne -fin, car si la Royne d'Angleterre debvoit jamais avoir enfans, la -dicte dame de Lenoz debvroit desirer qu'ilz fussent Françoys pour la -parfaicte unyon qui seroit toutjour entre eulx et son dict petit filz; -si elle n'en avoit poinct, ce seroit Monsieur qui, se trouvant icy, -advanceroit le droict de son dict filz à ceste couronne contre toutz -les aultres qui y prétendent; et elle m'a mandé qu'elle supplioit Voz -Majestez de prandre son dict petit filz en vostre protection, et -croyre que son mary estoit très dévot et affectionné serviteur de la -couronne de France, comme ont esté ses prédécesseurs; qu'elle, de sa -part, vouloit et desiroit le mariage de Monsieur avec sa Mestresse -plus que chose du monde, et que, tennant le lieu plus prez d'elle que -nulle aultre de ce royaulme, elle le luy avoit desjà conseillé et le -luy persuaderoit toutjour avec toute affection, et me donroit là -dessus toutz les advis qu'elle pourroit; que, pour ceste heure, elle -ne me pouvoit dire sinon que, par toutes les apparances et conjectures -qui se voyoient en la dicte Dame, elle monstroit d'estre non seulement -bien disposée, mais très affectionnée au party de Mon dict Seigneur, -et ne parloit ordinairement que de ses vertuz et perfections, -s'abilloit mieux, se resjouyssoit, et se monstroit plus belle et plus -gaye, en mémoire de luy; qu'il estoit bien vray qu'elle ne -communiquoit plus ce propos aulx femmes, et sembloit qu'elle l'eust -entièrement réservé entre elle et le comte de Lestre et milord Burlay; -dont m'estoit besoing, pour en avoir plus de lumyère, d'en accointer -l'ung des deux. - -Et, sur ce qu'il y a desjà quelques jours que j'avois prié les dicts -de Lestre et Burlay de sonder la vollonté de la noblesse de ce -royaulme en ce propos, icelluy Burlay me respondit, dez lors, que je -ne doubtasse qu'elle n'y fût bien disposée; et icelluy de Lestre m'a -despuys mandé qu'il avoit travaillé là dessus avec le duc de Norfolc -pour le luy faire trouver bon, qui estoit celluy qui tiroit plus de la -dicte noblesse, après luy, que tout le reste du royaulme; et qu'il me -pouvoit asseurer qu'ayant le Roy honnoré l'ung et l'aultre de son -ordre, il les trouveroit toutz deux très unys à sa dévotion et très -fermes au service de Monsieur, son frère. - -Le dict duc, de sa part, parce que je luy avois desjà faict quelque -communication de ce propos, avec asseurance de la vollonté de Voz -Majestez vers luy et la Royne d'Escoce, m'a envoyé dire qu'il m'en -remercyoit, et qu'il se sentoit très obligé à Voz Majestez de la -considération qu'il vous playsoit avoir d'eulx deux en cest affaire, -auquel il m'avoit desjà faict déclaration, de son cueur, qu'il se -dellibéroit avec toutz ses amys de s'y employer droictement, car se -réputoit tout oultre vostre serviteur, et que Monsieur, vostre filz, -ne doubtast plus qu'il ne fût obéy, révéré, et aymé en ce royaulme, -s'il y venoit, dont me prioyt d'en conclurre bientost les choses, ès -quelles il ne pouvoit cognoistre à présent qu'il y fît sinon bon; mais -ce luy seroit ung argument, quant l'on y cercheroit de la longueur, de -croyre qu'il y eust de la simulation, et qu'aussitost qu'il la -cognoistroit, il me la feroit entendre: et a escript à l'évesque de -Roz qu'il me vollût ayder de toutz ses moyens et intelligences en -ceste cause, car il cognoissoit qu'il estoit besoing d'avancer icy la -réputation de la France, pour bien faire les affaires de la Royne -d'Escoce, lesquels affaires il croyoit fermement que Monsieur, estant -venu, ne les vouldroit laysser sans quelque accommodement, puysqu'ilz -touchent bien fort l'honneur du Roy, son frère, et le sien; et si, -d'avanture, il luy estoit faict quelque obstacle de n'y venir point, -il ne seroit que davantaige enflammé de les remédier; par ainsy qu'il -voyoit bien que l'amour ou la hayne de Mon dict Seigneur envers la -Royne d'Angleterre ne pouvoient estre que très utilles à la Royne -d'Escoce et à luy; qu'il estimoit que de déclairer trop tost sa -vollonté en ce faict ne serviroit de rien, car la perplexité où la -Royne, sa Mestresse, se trouvoit encores quelque peu pour doubte de -luy, le luy feroit tant plus tost conclurre, et que mesmes je prinse -garde de ne m'ouvrir tant au comte de Lestre qu'il peût cognoistre -qu'il y eust nulle intelligence entre icelluy duc et moy; néantmoins -qu'il demeureroit ferme en ce propos jusques à la mort. - -Milord de Lomeley, pour gaiges de la vollonté du comte d'Arondel, son -beau père, du comte d'Ocestre et de luy en cest endroict, m'a envoyé -une bague, et m'a mandé que, si je le trouvois bon, ilz -s'employeroient de bon cueur et y procèderoient par effectz, en lieu -qu'ilz craignent que les aultres n'y vont que de parolle; et qu'il ne -se pouvoit persuader encores qu'il n'y eust de la tromperie. - -Le capitaine Franchot, qui a quelque peu de pratique avec aulcuns de -ce royaulme, m'est venu dire, sur le bruict qui court de ce propos, -que la Royne d'Angleterre en effet ne pouvoit, ny vouloit, ny debvoit -espouser Monsieur, et que l'intention d'elle estoit seulement -d'endormir Voz Majestez sur les choses d'Escoce, affin de s'en -impatronir, et pour faire aussi que le Roy d'Espaigne condescende à -meilleures condicions vers elle, et pour contanter pareillement ses -subjectz, et authoriser enfin ses affaires dedans et dehors son -royaulme; mais, quand bien le contrat seroit faict et estipullé, que -le mariage pourtant ne s'effectueroit jamais, et qu'en tout évènement -il y avoit desjà des ligues faictes pour se fortiffier en ce royaulme -contre les dangiers qui pourront advenir du dict mariage. Sur quoy, -voulant aprofondir davantaige comme il sçavoit ces choses, il m'a -respondu qu'il s'en alloit en France, et en parleroit plus librement -de dellà, comme bon serviteur de Voz Majestez et de Monseigneur, s'il -en estoit interrogé. - -J'ay esté despuy trouver la dicte Dame pour voir en quoy elle -continuoit; laquelle s'est layssée ayséement conduyre en ce propos, et -m'a dict que, s'il luy estoit jamais imputé de s'y estre trop advancée -pour avoir escript de sa main à Mon dict Seigneur, premier que les -choses fussent bien conclues, qu'elle en rejetteroit toute la coulpe -sur moy; qu'il falloit bien, touchant les responces qui avoient esté -baillées à Cavalcanty, que vous l'excusissiez, si elle n'avoit peu -mieulx faire, car estoit contraincte de contanter les siens, qui -l'estimeroient peu affectionnée à leur religion, si elle condescendoit -ouvertement à tout ce que Monsieur demandoit pour la sienne, lequel au -reste elle n'entendoit qu'il fût en rien contrainct contre sa -conscience; qu'elle se vouloit pleindre à moy de ce qu'ung homme, qui -tenoit assés grand lieu, avoit dict que Monsieur feroit bien de venir -espouser ceste vielle, laquelle avoit heu, l'année passée, tant de mal -à une jambe qu'elle n'en estoit encores bien guérye, ny possible en -guériroit jamais, et que, soubz le prétexte de cella, l'on luy -pourroit bailler ung brevage de France pour s'en deffaire, de sorte -qu'il se trouveroit veuf dans six ou sept mois, pour, puys après, -espouser, à son ayse, la Royne d'Escoce, et demeurer roy paysible de -ceste isle; et que ce propos ne l'avoit tant offancée pour le regard -d'elle, comme pour le regard de Monsieur, et de l'honneur de la -couronne d'où il estoit yssu. - -A quoi j'ay respondu, avec détestation du propos, et de celluy qui -l'avoit tenu, que je la suplyois me dire d'où il procédoit, affin que -Voz Majestez et Mon dict Seigneur vous en rescentissiez. - -Elle a suyvy, en grand collère, qu'il n'estoit encores temps de le -nommer, mais que je m'asseurasse qu'il estoit vray, et que bientost -elle m'en feroit bien entendre davantaige; et n'ay rien cogneu que -continuation d'affection en tout le parler de la dicte Dame, lequel a -esté beaucoup plus ample que je ne le puys mettre icy. - -Au partir d'elle, le comte de Lestre m'est venu dire qu'il estoit -besoing que non seulement je fusse modéré sur l'article de la -religion, mais que je fisse en sorte que Voz Majestez le vollussent -laysser, ainsy couché qu'il est, affin que Monseigneur, vennant par -deçà, soit mieulx veu, et embrassé avec plus d'affection de ceulx en -qui la Royne, sa Mestresse, a fiance, et qu'ilz n'ayent occasion -d'inventer rien qui puysse traverser ce propos; et que je vous -asseure, sur sa vie, qu'il aura pour luy et ses domestiques -l'exercisse de sa religion en privé, et obtiendra du reste beaucoup -plus qu'il ne voudra demander, quant il sera par deçà; et que desjà -luy mesmes avoit déclairé à la dicte Dame que, puysqu'elle prenoit -Monsieur pour son seigneur et mary, qu'il luy porteroit égalle -fidellité, obéyssance et service, comme à elle; ce qu'elle avoit -trouvé fort bon, et m'asseuroit que, de jour en jour, elle se -confirmoit davantaige en ce bon propos, qui pourtant estoit besoing de -le haster aultant qu'il seroit possible. - -Je trouve, Madame, que le dict comte va toutjour droictement et d'une -très bonne sorte en cest affaire; et milord de Burlay monstre le -semblable; mais, de tant que je sçay l'extrême affection que icelluy -Burlay porte à ceulx de Herfort, et à traverser tout ce qui les -pourroit empescher de parvenir à ceste couronne, je crains que sa -présente démonstration ne soit que pour ne s'ozer opposer à la -vollonté de sa Mestresse, et qu'en effect il ne se faille fyer en luy -que bien à poinct; car j'ay desjà cogneu que sa façon de négocier tend -à mettre la matière en longueur. Par ainsy, je persévère en ce que -j'ay desjà mandé à Vostre Majesté par le Sr Cavalcanty, qu'il fault -presser de passer les articles, sans s'amuser à débattre les responces -qu'on nous a baillées, affin de demeurer promptement résoluz ou de la -conclusion ou de la ropture du propos; et me pardonne Vostre Majesté -si je luy escriptz tant de choses différantes; car c'est ung affaire -où il ne fault rien obmettre. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may 1571. - - - - -CLXXVIE DÉPESCHE - ---DU VIe jour de may 1571.-- - -(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Walsingan._) - - Refroidissement apporté dans la négociation du mariage par les - rapports de Walsingham. - - - A LA ROYNE. - -Madame, ce peu de motz ne sont pour entièrement respondre à la lettre -de Vostre Majesté, ny à celle bien ample que, par vostre commandement, -Mr de Foix, m'a escripte; seulement, Madame, je vous signiffieray icy -la réception des deux, et comme la Royne d'Angleterre, avant que je -les aye veues, avoit desjà leu celles que le Sr de Valsingan et le Sr -Cavalcanty luy avoient escriptes[7]; ès quelles elle a monstré n'y -avoir trouvé de satisfaction, ains plustost de l'offance. Et, sans que -je luy ay franchement communiqué voz honorables et vertueuses -responces, et les sages remonstrances du dict Sr de Foix, qui sont les -unes et les aultres contenues en sa lettre, tout estoit gasté. Et ne -sçay encores, Madame, que juger de l'affaire, car la dicte Dame m'a -semblé estre plus restraincte au poinct de la religion, que ce que Mr -le comte de Lestre m'avoit prié dernièrement vous en escripre; mais je -doibz conférer encores aujourd'huy avecques elle, et avec le dict -sieur comte, et avec milord Burlay; desquelz je mettray peyne, sans -trop débattre les choses, de sentyr leur dernière résolution. -Cependant, parce que ce porteur est renvoyé présentement avec quelque -response, je adjouxteray seulement icy que le dict sieur comte de -Lestre m'a dict que le contenu des lettres des dicts Valsingan et -Cavalcanty estoit fort différand de ce que Mr de Foix mandoit. Je -mettray peine de le sçavoir et prieray à tant nostre Seigneur, etc. - - Ce VIe jour de may 1571. - - [7] Voir la _lettre de Walsingham à milord de Burleigh_ des 8 et - 9 avril 1571, et _la conférence entre Mr de Foix et - lui_.--_Négociations de Walsingham_, lettre LXXI, p. 98. - - - - -CLXXVIIe DÉPESCHE - ---du VIIIe jour de may 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Tournoi à Londres.--Opposition de la chambre des lords aux - projets de la chambre des communes.--Nouvelle crainte des - Anglais d'une entreprise sur l'Irlande.--Leurs plaintes contre - les armemens faits en Bretagne.--Offre de lord Burleigh de - reprendre la négociation du traité d'Écosse.--Emportement - d'Élisabeth contre Marie Stuart.--Nouvelles d'Écosse, de la - Rochelle et de Flandre. - - - AU ROY. - -Sire, je commanceray ceste cy par dire à Vostre Majesté qu'après le -partement du Sr de Sabran, lequel luy aura peu compter ce qu'il a veu -des jouxtes de la première journée du tournoy, entreprins en ceste -court au commancement de may, j'ay esté prié d'assister encores aulx -deux suyvantes, ès quelles a esté, à la segonde, combattu à l'espée, à -cheval, et à la troisiesme à la pique et à l'espée, à la barrière; et -a vollu la Royne d'Angleterre que je l'aye accompaignée à toutes -trois, non sans faire plusieurs honnorables mencions de semblables -exercisses de Vostre Majesté et des triomphes de vostre royaulme, ny -sans qu'elle ayt monstré de prandre ung singulier playsir à cest essay -des siens, lesquelz toutesfoys elle n'a que modestement louez: qu'ilz -faisoient assés bien pour Angleterre, et qu'ilz aprenoient icy comme -ilz pourroient comparoir ailleurs parmy les aultres. Je luy ay loué -leur bien faire et que c'estoit de prou d'endroictz d'ailleurs qu'on -pouvoit venir icy pour aprandre, comme, à la vérité, il y a heu en ces -combats de la magnifficence et un fort bon ordre et assés d'adresse de -ceulx qui s'esprouvoient. Le comte d'Oxford avoit dressé la partie, -lequel, avec sire Charles Havart, sire Henry Lay, et Me Haton, ont -esté les quatre tenans contre aultres vingt sept gentishommes, de -bonne mayson, assaillans; et les juges du tournoy ont esté les comtes -d'Ocester et de Suxès, l'admiral, et milord Sidney, et n'y est advenu -nul inconvénient. Il a esté mandé à l'ambassadeur d'Espaigne, s'il -avoit desir de veoir ces triomphes, qu'on luy prépareroit une fenêtre; -mais il a respondu qu'à ung ambassadeur d'ung si grand roy apartenoit, -devant qu'il allast en nulle part, de sçavoir quel lieu il y devoit -tenir, et ne s'y est point trouvé. - -Le parlement s'est toutjour continué, aulx heures déterminées; auquel, -encores que ceulx de la basse Chambre ayent fermement incisté en leurs -premières propositions, ceulx néantmoins de la première ne leur ont -encores rien layssé passer, et disent que les loix de leur religion -sont assés estroictes pour ne se vouloir lyer davantaige, ny se -laysser ainsy soubmettre à plus de dangiers de lèze majesté qu'il n'y -en a par les anciennes loix du royaulme; et ont esté commis aulcuns -principaulx personnaiges de l'assemblée pour modérer les dictes -propositions, et n'y a pour encore rien de résolu. - -Il semble que ceulx cy sont rentrez en perplexité pour -l'advertissement qu'ilz ont que Estuqueley est allé à Rome afin -d'acorder de l'entreprinse d'Yrlande entre le Pape et le Roy -d'Espaigne, et que les deux promettent de fornyr pour icelle cent mil -escuz chacun, et le dict Roy d'Espaigne quelques gens et vaysseaulx -davantaige, et qu'il est nouvelles que le comte de Bossu arme aussi -des navyres en Flandres. - -Milord de Burlay m'a dict que leurs mariniers leur ont raporté qu'on -armoit aussi en Bretaigne, et qu'il vouloit bien croyre que ce -n'estoit contre l'Angleterre, car l'on monstroit, des deux costez, de -desirer et pourchasser chose fort dissemblable. A quoy j'ay respondu -que je n'avois rien entendu du dict armement, et que je ne cognoissois -qu'il y eust, de vostre costé, Sire, que toute continuation de paix -avec la Royne sa Mestresse. - -Il m'a, de luy mesmes, parlé là dessus du desir que la dicte Dame -avoit de parachever le tretté de la Royne d'Escoce, mais qu'il -sembloit qu'elle mesmes et les siens y donnassent de l'empeschement, -m'alléguant que Mr de Roz avoit naguières faict venir des livres, -qu'il avoit faict imprimer à Louvain, fort désagréables à la Royne -d'Angleterre, et receu des lettres de ses rebelles qui sont en -Flandres, et que les seigneurs du party de la dicte Royne d'Escoce -s'opposoient que les comtes de Lenoz et de Morthon ne peussent aller -tenir leur parlement à Lislebourg pour envoyer icy le pouvoir sur les -choses du dict tretté, et par ainsy, que le retardement ne procédoit -de sa Mestresse. - -Je luy ay respondu que, en quelque sorte qu'il vollût juger de la -procédure de ce faict, l'on voyoit clairement que la Royne d'Escoce -s'estoit mise à tant de rayson et de debvoir, qu'on ne pouvoit plus -nyer qu'il ne luy fût faict beaucoup d'injure et de viollance, et que -le tretté luy avoit quasi plus apporté de mal que n'avoit fait la -guerre. - -Et despuys, Sire, j'ay faict veoir à la Royne d'Angleterre une lettre -de la dicte Royne d'Escoce, et l'ay fort conjurée de vouloir pourvoir -à ce que ceste pouvre princesse y requéroit. Et elle m'a respondu -qu'on avoit trouvé des mémoires qui expéciffioient les moyens que la -dicte Royne d'Escoce avoit de s'en aller, fort désadvantageux à elle -et à son royaulme, par ainsy qu'on ne s'esbahyst si le comte de -Cherosbery la fezoit ung peu plus observer que de coustume; mais que -j'assurasse Vostre Majesté qu'elle avoit toutjour esté, et seroit -aussi honnorablement trettée en Angleterre, tant qu'elle y seroit, -comme si elle estoit en son propre royaulme. J'entendz, Sire, que ce -sont des mémoires, qui ont esté trouvés à Dombertrand, qui -véritablement font mencion de cella. - -L'évesque de Roz est encore bien fort mallade. Le comte de Lenoz a -mandé assembler toutes ses forces au IXe de ce mois à Litcho, pour -aller en armes à Lillebourg, mais je croy qu'il y trouvera de la -résistance; et desjà se dict qu'il y a heu une grosse escarmouche près -du dict Lillebourg, où le comte de Huntelay et milord de Humes se sont -trouvez du party de leur Royne, et qu'ilz ont battu et chassé les -aultres. Il semble que celluy qu'on a miz pour cappitaine dans -Dombertrand, voyant la cruaulté du comte de Lenoz, reffuze meintenant -de luy obéyr, et dict qu'il réservera la place au jeune Prince jusques -à la mort; de sorte que les Anglois deffient assés de la pouvoir -avoir. - -L'on parle icy du mariage de la petite princesse de Navarre avec le -comte Ludovic de Nassau, et que, parmy le marché, il se projette une -entreprinse en Hollande. Celluy dont, en aulcunes de mes précédentes, -je vous avois mandé, Sire, qui estoit venu de la Rochelle devers feu -Monsieur le cardinal de Chastillon, estoit principallement dépesché -pour faire passer dellà le Sr de Lumbres avec les vaysseaulx et armes, -et aultres provisions qu'il a recouvert icy; qui y a desjà faict -voille, dez le VIe du passé. - -Le depputé de Flandres a faict proroger encores pour huict jours son -affaire, attendant une responce du duc d'Alve, laquelle il pensoit -avoir icy le IIIe de ce moys, mais il y a heu quelque retardement. -J'ay au reste bien dilligentment et à part considéré le chiffre de -Vostre Majesté, du XXIIIe du passé, lequel je mettray peyne -d'ensuyvre; et vous supplie très humblement, Sire, de croyre que les -choses n'eussent prins le tret qu'elles ont, si je n'en eusse desjà -usé ainsy, et qu'il seroit bien malaysé d'outrepasser les termes que -je y ay tenu, sans se descouvrir, possible, plus que Vostre Majesté ne -le trouveroit, puys après, guières bon. Sur ce, etc. - - Ce VIIIe jour de may 1571. - - - J'entendz que la comtesse de Northomberland et milord Dacres ont - naguières dépesché ung nommé Hervé en Espaigne, pour moyenner le - mariage de la Royne d'Escoce avec don Joan d'Austria, de quoy ne - fault doubter que le duc de Norfolc ne soit pour en prandre - jalouzie. - - - - -CLXXVIIIe DÉPESCHE - ---du Xe jour de may 1571.-- - -(_Envoyée jusques à la court par ung corrier d'Angleterre._) - - État de la négociation du mariage.--Conférences avec le lord - garde des sceaux (_the keeper_), le comte Leicester et lord - Burleigh.--Entrevues de l'ambassadeur avec Élisabeth pour - renouer cette négociation. - - - A LA ROYNE. - -Madame, il n'est rien advenu en ce propos de mariage, que je ne le -vous aye escript par ordre, jusques au deuxiesme de ce mois que je -vous ay dépesché le Sr de Sabran; et despuys m'estant trouvé en -conversation avec les seigneurs de ceste cour, j'ay essayé, en parlant -à milord Quiper, de descouvrir ce qu'il en avoit en opinion, lequel -s'est facillement conduict à discourir des vertuz et perfections de -sa Mestresse, et, de luy mesmes, enfin, m'est venu dire que cella seul -luy deffailloit qu'elle n'avoit point de mary, et qu'elle ne monstroit -à ses subjectz nulle lignée pour pouvoir, après elle, succéder en ce -royaulme. Je luy ay respondu que, à la vérité, elle remplissoit pour -son temps aultant dignement le siège de ceste couronne que nul grand -roy le sçauroit faire, et que, pour le regard de ce deffault qu'il y -allégoit, je desirois à la dicte Dame le party d'ung prince que je -cognoissois, lequel je m'asseurois qu'augmenteroit grandement la -félicité de ce royaulme; et seroit pour y establyr une des plus belles -et plus illustres lignées de la terre. Il m'a répliqué qu'il vouldroit -que cella fût desjà bien accomply et qu'il n'y eust nulle difficulté -aulx condicions; et, encor qu'il s'y en trouvât quelcune, bienqu'ung -peu dure, encores la fauldroit il passer plustost que sa Mestresse -demeurast sans mary. - -Le comte de Lestre et milord de Burlay m'ayans, après cella, conduit -en la chambre privée, m'ont entretenu des bons propos que leur -ambassadeur escripvoit de Monsieur, et comme, encor qu'il le cognust -affectionné à la religion catholique, il le voyoit néantmoins estre de -soy si bon, si vertueulx et si bien condicionné, qu'il ne failloit -doubter qu'il excitât par mallice, ny par fraulde, rien de mal ny de -trouble en ce royaulme; qu'ilz regrettoient bien Mr de Carnevallet -comme ung personnaige vertueulx qui estoit bien séant près de luy, et -lequel ilz n'estimoient estre que bien affectionné à ce propos; et -m'ont demandé quelz personnaiges estoient Mrs de Villecler, de -Lignerolles, de Chiverny et les deux secrétères Sarced et Gérard. J'ay -honnoré la mémoire du deffunct, et donné la plus honneste louange, -que j'ay peu, aulx aultres. Puys ilz ont suyvy à me dire qu'il falloit -que ceulx, que Voz Majestez vouldroient envoyer icy, pour m'estre -adjoinctz en ce négoce, comme ilz s'asseuroient que ce seroient grandz -personnaiges, qu'ilz fussent aussi non turbulans, ny mal affectionnez -au propos. Je leur ay respondu qu'aussitost que Voz Majestez y -verroient quelque bon fondement, elles ne fauldroient d'envoyer -quelque prince du sang, ou aultre grand seigneur, et, possible, Mr de -Foix, pour passer le contract, et pour honnorer, en tout ce qu'il vous -seroit possible, la grandeur de la dicte Dame. Ilz m'ont répliqué -qu'ilz sçavoient qu'il y avoit de fort grandz princes et seigneurs en -France, mais que toutz n'estoient propres en ce propos; qu'ilz -acceptoient de bon cueur Mr de Foix, duquel l'honnesteté leur estoit -bien cogneue; et, s'il playsoit à Voz Majestez envoyer aussi Mr de -Montmorency qu'ilz en seront bien joyeulx, car l'estimoient -personnaige de grande vertu et intégrité, et fort desireux de la paix -et unyon de ces deux royaulmes. - -Sur cella estant la Royne arrivée, après qu'elle m'a heu dict -plusieurs bien honnestes choses en aultre matière, elle m'a touché, -quant à ceste cy, que, nonobstant le mauvais raport qu'on avoit faict -de sa jambe, elle n'avoit layssé de baller le dimanche précédant aulx -nopces du marquis de Norampton, et qu'elle espéroit que Monsieur ne se -trouveroit si trompé que d'avoir espousé une boyteuse au lieu d'une -droicte, avec d'aultres bien gracieux deviz, qui monstroient la -persévérance de sa vollonté en cest endroict. Et, au partir, m'a randu -ung fort exprès et fort grand mercys de ce que j'avois toutjour -escript fort honnorablement d'elle, et que j'avois esté soigneux -d'entretenir paix et bonne amytié entre Voz Majestez. - -Le jour ensuyvant, m'ayant aussi faict convyer à voir la segonde -journée du tournois, elle m'a dict, d'arrivée, qu'elle avoit receu des -lettres de France, et que je sçavois bien qu'elle n'avoit jamais vollu -priver Monsieur de sa religion, ny le forcer en sa conscience, et que, -sur la difficulté que son ambassadeur vous avoit faicte touchant ce -poinct, Vostre Majesté luy avoit respondu qu'il falloit que la dicte -Dame regardât à conserver l'honneur et réputation de Monsieur comme la -sienne propre; et que pourtant il vous en fît avoir responce dans dix -jours, affin que, sellon icelle, vous peussiez reigler le voyage -qu'avez à faire en Bretaigne; qu'elle ne sçavoit commant prendre -cella, ny quelques aultres choses qu'elle avoit trouvées en la -dépesche, et qu'elle vouloit bien que Vostre Majesté eust telle estime -d'elle qu'elle n'estoit indigne de Monsieur, vostre filz. - -Je luy ay respondu que, par les choses que j'avois escriptes en -France, je n'avois point augmenté la difficulté, mais celles, -possible, que son ambassadeur vous avoit dictes, ou que vous aviez -trouvées ès responces de la dicte Dame, vous avoient semblé bien -esloignées de vostre intention; que je ne sçavois pourtant qu'elles -fussent en nulz mauvais termes du costé de Voz Majestez Très -Chrestiennes, mais, si on luy en avoit faict mauvaise interprétation -de quelcune, que je mettois peyne de l'en satisfaire, et qu'il ne -falloit sinon qu'ainsy qu'elle procédoit avec grand esgard de son -honneur et dignité en ce propos, qu'elle vollût que celle de Mon dict -Seigneur ne fût foulée ny obscurcye. - -Elle m'a répliqué qu'elle n'avoit encores achevé de voir toute la -dépesche, mesmement ung discours que le Sr Cavalcanty luy avoit -escript; mais qu'après cella, elle me feroit appeller pour m'en -communiquer. - -Le soir mesmes, je fuz adverty qu'après que la dicte dépesche fût -achevée de lyre, la dicte Dame, en collère, avoit dict que, puisque le -propos s'alloit rompre, au moins luy restoit ceste consolation que ce -n'estoit par sa faulte, ny de son costé; et incontinent avoit miz en -dellibération qu'il falloit envoyer milord de Sideney, oncle de la -duchesse de Férie, devers le Roy d'Espaigne pour accommoder les -différans qu'elle avoit avecques luy. - -Le lendemain, bon matin, j'envoyay devers le comte de Lestre pour -sçavoir d'où procédoit ceste altération, et que je ne voyois, en ce -qu'on m'avoit escript de France, qu'il y eust rien de quoy la Royne sa -Mestresse deubt recepvoir que contantement. Il me manda que Vostre -Majesté avoit résoluement demandé l'exercice libre et public de la -religion catholique pour Monsieur, et que leur ambassadeur et -Cavalcanty avoient escript fort durement là dessus, et que vous leur -aviez demandé responce dans dix jours, ou bien vous vous achemineriez -en Bretaigne, comme si l'affaire ne méritoit bien qu'on attandît -quelques jours davantaige, et que, si mes lettres parloient plus -gracieusement, que je ferois bien d'en venir conférer avec la dicte -Dame, et les luy communiquer. - -L'aprèsdinée, je l'allay trouver, laquelle, avec un visage triste, -commancea se plaindre qu'elle estoit maltrettée en ce propos, se -ressouvenant que, lorsque le cardinal de Chastillon luy en avoit parlé -plus chauldement, c'estoit lorsqu'on l'avoit plus pressée des choses -d'Escoce, et que despuis, encor qu'elle eust envoyé milord de Boucart -en France, l'on y avoit procédé si froydement qu'on ne luy en avoit -touché ung seul mot jusques à ce qu'il avoit esté prest à partyr, que -Vostre Majesté luy en avoit parlé à cachettes, comme si heussiez heu -honte du propos; et meintenant elle se trouvoit trop plus rudoyée en -la responce, qu'aviez faicte à son ambassadeur, qu'elle n'avoit espéré -que sa bonne intention le deust jamais mériter. - -Je luy ay respondu que je luy pouvois donner, à ceste heure, meilleur -compte de cella que le jour précédant, parce que j'avois despuys receu -le pacquet de Vostre Majesté, et par icelluy je ne pouvois comprendre -qu'il y eust rien d'où l'on luy eust peu former une seule apparance de -malcontantement, et qu'il falloit bien qu'il fût procédé d'ailleurs -que des parolles ny démonstrations de Voz Majestez Très Chrestiennes, -ny de Monseigneur; car de dire qu'il falloit que Vostre Majesté pensât -qu'elle s'estimoit digne de Monsieur vostre filz, c'estoit Voz -Majestez et Monsieur qui luy aviez monstré le desir que vous avez -qu'elle l'estimât digne de le recepvoir en sa bonne grâce, et que de -cella elle en avoit les lettres de toutz les trois, qui les luy aviez -escriptes incontinent après avoir aucunement comprins son intention -par milord de Boucart, car auparavant, encores que l'affection eust -esté de longtemps en Monsieur, Voz Majestez n'avoient estimé, veu les -choses passées, qu'il y eust lieu de la manifester; et qu'elle -considérât que, du costé de France, l'on ne luy pourroit jamais donner -nul plus grand tesmoignage de l'estime en quoy l'on avoit sa personne, -sa vertu et sa grandeur, que de l'avoir premièrement desirée pour le -Roy, et quant cella n'avoit succédé, de luy offrir meintenant -Monsieur, et que, si quelcun vouloit inventer là dessus de la -calompnie, que la vérité et sincérité vous en dellivreroit; et affin -qu'elle en demeurast plus esclarcye, je ne craindrois de luy monstrer -l'original de ce que Vostre Majesté avoit commandé à Mr de Foix de -m'en escripre. Et ainsy luy leuz la lettre jusques envyron la fin, où -est dict: _j'ay aprins des parolles de la Royne_; qui ne fut sans -estre fort attentive à ouyr et à me faire répéter, une et deux fois, -les principalles clauses. - -Puys me dict qu'à la vérité elle ne trouvoit, en tout ce que je luy -avois dict, ny au contenu de la sage lettre de Mr de Foix, rien qui ne -fût honnorable, et dont elle n'eust occasion de remercyer Vostre -Majesté, et que c'estoit véritablement ce seul poinct de la religion -qui donnoit le plus d'empeschement à cest affaire, tant pour le -respect de sa conscience que de ce qu'elle perdroit ceulx qui sont son -principal appuy et sa fiance, si elle accordoit tout ce que Monsieur -demandoit en cella; et que l'archiduc Charles s'estoit bien vollu -contanter à moins, comme elle me le tesmoigneroit par ses lettres, si -je les voulois voir; et que ce que je luy allégois de son feu frère, -qu'il avoit bien accordé aultant à sa soeur aynée, et que les -ambassadeurs en avoient encores davantaige, n'estoit semblable, car -Monsieur devoit estre la moictié d'elle mesmes, et que en l'unyon -d'eulx deux consisteroit la seurté du royaulme; et que, si elle avoit -à aller en l'estat de Mon dict Seigneur, et que l'exercice de sa -religion y deust aporter du trouble, qu'elle s'en passeroit, et -qu'elle le prioyt de se contanter aussi de ce qu'avec sa conscience et -sa seurté elle luy pouvoit ottroyer par deçà, me priant d'en conférer -avec le comte de Lestre et milord de Burlay, et leur parler aussi des -articles des responces, comme est ce qu'on les avoit envoyez en -aultre forme que n'avoient esté arrestez avecques moy. - -Je retournay le lendemain en conférer avec eulx, ausquelz ayant tenu -le mesmes langaige que j'avois faict à la dicte Dame, ilz ne purent -rien alléguer contre l'honneste et vertueuse responce de vostre -Majesté, seulement me prièrent ne trouver estrange si, ayant la Royne, -leur Mestresse, le plus bel estat de la Chrestienté après la France, -et estant elle de très excellantes qualitez, s'ilz l'estimoient digne -que Monsieur luy deust beaucoup defférer; et que, pour estre dame, je -pouvois penser qu'elle vouloit estre requise et cognoistre d'estre -aymée, et que néantmoins Monsieur n'en avoit encores monstré nul -semblant, ny mesmes n'avoit demandé à leur ambassadeur, qui estoit ung -gentilhomme bien affectionné à ce propos, commant elle se portoit, là -où elle ne reffuzoit me parler ouvertement de luy, et mesmes me -tesmoigner quelquefoys de son affection; et, quant au poinct de la -religion, qu'il failloit, pour la seurté d'elle, que Monsieur vollust -laysser l'article en termes qui ne l'obligeassent aulx loix de ce -royaulme, et qu'il peult obtenir par tollérance ce qu'avec expression -elle ne luy pouvoit accorder. - -Je leur ay respondu, quant au premier, qu'on ne pouvoit defférer -davantaige à leur Mestresse que de requérir son alliance; et, quant -aulx démonstrations de Monsieur, qu'il estoit de tant plus louable et -prudent qu'il ne s'advançoit de rien en ce propos qu'ainsy que le Roy, -son frère, et Vostre Majesté le trouvoient bon, et qu'il se sentoit -aussi observé de telz, ausquelz, possible, n'estoit expédiant qu'il en -vînt nul cognoissance; et que la dicte Dame pouvoit estre très -asseurée que, s'il n'y eust heu de l'affection et de l'amour, l'on ne -se fût advancé de luy en escripre, ny de luy en parler; au regard de -la religion, que je sçavois bien qu'ilz sçauroient dresser l'article -en façon, que l'honneur et la seurté d'elle, pareillement la -réputation et la conscience de luy, y seroient gardez. - -Milord de Burlay, me tirant à part, m'a dict que la faulte, que je -trouvois ez responces que Cavalcanty avoit apportées, estoit procédée -de celluy qui les avoit transcriptes, et que cella seroit rabillé. - -Après, je fuz trouver la dicte Dame, laquelle, après plusieurs fort -bonnes parolles et fort bonnes démonstrations, me pria de croyre -qu'elle n'avoit jamais souffert une si grande contraincte, non pas -quant elle fut mise dans la Tour, comme elle la s'estoit donnée quant -elle s'estoit forcée et veincue elle mesmes à se résouldre de se -maryer; et que pourtant je ne doubtasse qu'elle ne fît tout ce qu'elle -pourroit pour l'advantaige de ce party, et qu'elle tretteroit avec le -comte de Lestre et milord de Burlay sur ce que nous avions devisé, et -puys feroit coucher l'article par escript avec le plus de liberté pour -Monsieur qu'il luy seroit possible, et me le feroit communiquer; et, -si Voz Majestez et luy vous en pouviez contanter, son ambassadeur -auroit les aultres condicions toutes prestes pour en pouvoir tretter -incontinent, affin de n'entretenir les choses en aulcune -longueur;--«Car possible, dict elle en ryant, aviez vous en main le -party de quelcune aultre pour la faire vostre belle fille.» Et avec -plusieurs aultres gracieuses parolles qu'elle me dict, et que je luy -respondiz, je me licenciay d'elle. - -Néantmoins l'on a dépesché deux foys en France sans me rien -communiquer, et n'a layssé le bruict d'aller cependant en ceste court -que tout estoit rompu, et que milord Sideney ou sire Jammes Scrof -estoient desjà ordonnés pour passer en Espaigne, comme de faict la -pluspart des secrectz adviz, que j'ay heu toutz ces jours, concourent -à ce qu'il a esté résoluement dict et déclairé à la dicte Dame qu'elle -ne peult entendre à ce party sans la ruyne d'elle ny de son royaulme. -Et ayant attendu trois jours si l'on m'en communiqueroit quelque -chose, j'ay enfin mandé que j'estois pressé de dépescher sur ce qu'on -m'en avoit desjà dict; qui a esté cause que, hier au soir, milord de -Burlay m'envoya prier de l'aller trouver en son logis, où la goutte -l'avoit arresté, car aultrement il fût venu devers moy: lequel m'a -dict que la Royne, sa Mestresse, supplioyt Voz Majestez Très -Chrestiennes et Monsieur de prendre de bonne part la responce qu'elle -mandoit à son ambassadeur de vous faire, en laquelle elle avoit -considéré ce qui convenoit à la personne de Monsieur et à la sienne, à -la seureté des deux et à leurs consciences, et qu'ayans à vivre -conjoinctement roys en ce royaulme, où n'estoit besoing que les siens -estimassent qu'elle eust peu d'affection à sa religion ny fût peu -ferme à meintenir les loix establyes en icelle, ny que Mon dict -Seigneur y fût trop adversayre, affin que nulle division ne se -sussitât parmy les subjectz, qu'elle ne pouvoit directement, ny -indirectement, luy promettre plus que l'article de sa responce -portoit, comme son dict ambassadeur vous en dira plus au long ses -raysons, et qu'elle vous prioyt de vous en contanter; car, au reste, -elle mettroit peyne de vous satisfaire, et que ce que j'avois trouvé -de deffault ez responces seroit amendé, et que, aussitost que ce -premier poinct seroit accordé, son ambassadeur vous feroit entendre le -reste des condicions, lesquelles elle espéroit que trouveriez -raysonnables, et que présentement elle les luy envoyeroit ou les luy -feroit tenir incontinent après. - -J'ay respondu que je n'avois à proposer nul argument nouveau en cella, -car la matière avoit desjà esté assés débatue, sinon que je le prioys -me déclairer tout franchement si la dicte Dame entendoit de priver -Monsieur de sa religion, et qu'il demeurast séparé, quand il seroit -par deçà, de l'unyon de l'esglize catholique, en laquelle il avoit -vescu jusques à présent. Il me dict que la dicte Dame n'avoit usé -d'aulcun mot qui portast prohibition ou interdiction, et que, si je -cognoissois bien la doulceur et débonaireté d'elle, je ne debvois -penser qu'elle s'opposât à l'intention et contantement de Monsieur, -quand il seroit icy, ny qu'il ne peult, se trouvant Roy et modérateur -d'un si grand royaulme, user avec discrétion de ce qu'il luy -plairroit; et que luy mesmes Burlay, en son particullier, vouldroit -avoir donné la moictié de son bien, et que le mariage fût desjà bien -conclud. S'il vous playsoit, Madame, monstrer d'estre contante de -ceste responce, sans trop la débattre à l'ambassadeur, et passer -oultre aulx aultres condicions, il se cognoistroit facillement s'ilz y -cheminent de bon pied, car l'affaire va si restrainct icy entre les -trois qu'on n'en peult avoir de nul aultre endroict nulle claire -lumyère, vous supliant très humblement excuser si j'ay esté long, -parce que je crains d'obmettre quelque chose; et sur ce, etc. - - Ce Xe jour de may 1571. - - - - -CLXXIXe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de may 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Bordillon._) - - Débats dans le parlement.--Nouvelles d'Écosse.--État de la - négociation des Pays-Bas.--Munitions envoyées par les Anglais à - la Rochelle.--Grand nombre de vaisseaux mis en mer par les - protestans d'Allemagne et de Flandre. - - - AU ROY. - -Sire, ce en quoy, despuys mes précédantes du VIIIe de ce mois, ceste -cour m'a semblé la plus occupée a esté ez déllibérations du parlement, -parce qu'elles n'ont peu passer en la première chambre, où sont les -milordz, ainsy qu'elles avoient esté proposées en la segonde, ains ont -esté fermement contradictes au poinct de la religion, et en celluy de -ne parler du tiltre du royaulme sur peyne de lèze majesté; en quoy -milord de Burlay, par une longue harangue, a remonstré à l'assemblée -qu'on ne debvoit reffuzer aulcune ordonnance qui peult servyr à la -paciffication du royaulme et à la seureté de leur Royne, argumentant -de la connexité, qu'il y a aujourduy si grande, entre les affaires de -la religion et ceulx de la pollice, qu'il n'est possible de bien -establyr les ungs sans les aultres. Et semble que, tout à propoz, ayt -esté supposé ung incogneu à venir en grand haste demander de parler à -la Royne pour l'advertyr de chose importante à sa vie, mais tout le -reste du propos demeure secrect devers le dict de Burlay; comme aussi -luy a esté mené ung aultre incogneu qui, en mesmes temps, s'est trouvé -avec des pistollés soubz son manteau au logis de la Royne, mais l'on -ne le renvoye point à justice. Et néantmoins par ces apparances -l'instance est plus vifve à pourchasser que les susdictes -dellibérations passent, et que les oppositions y sont moins fortes, et -qu'on estime que le dict de Burlay parle entièrement par la bouche de -la dicte Royne; dont l'on commance à voir que peu ou rien, à la fin, y -sera contradict. Toutesfoys l'on vaque encores toutz les jours à -débattre des matières, et, après qu'elles seront résolues, je les -pourray mander plus certaines à Vostre Majesté, qui sera en bref, -sellon qu'on dict que le dict parlement se terminera bientost. - -J'ay obtenu de la Royne d'Angleterre qu'elle escripra au comte de -Cherosbery de modérer l'ordre qu'il avoit prins pour la Royne -d'Escoce, à ce qu'elle ayt plus de liberté et qu'il luy laysse les -femmes qu'elle luy demandoit par sa lettre. L'on m'a recerché de la -continuation du tretté, mais je ne respondz rien, et l'évesque de Roz -est encores si mallade qu'il ne peut négocier. Je croy aussi que -d'Escosse l'on luy a mandé qu'il n'acorde plus nulle surcéance. Il se -continue de dire qu'il y a heu rencontre près de Lislebourg, mais l'on -n'en sçayt encores bien le succez, seulement l'on dict qu'il a esté -trouvé des escuz et de la monoye d'Angleterre sur aulcuns, qui ont -esté tuez du party de la Royne d'Escosse, ce qui a fait soupçonner à -la Royne d'Angleterre qu'encores sont ilz aydés de son royaulme. -Milord de Burlay m'a dict qu'on a mandé à Barvyc de bailler passeport -au Sr de Vérac, s'il veult venir par terre, mais qu'il a entendu qu'il -s'aprestoit de s'en retourner par mer; qu'est cause, Sire, que je -garde encores la lettre que Vostre Majesté luy escript, attandant -quelque seure commodité; et néantmoins je luy ay mandé de ne bouger de -là jusques à ce qu'il ayt de voz nouvelles. Le comte de Sussex -pourchasse toutjour de faire marcher quelques forces vers la -frontière du dict pays d'Escoce, mais il ne l'a encores optenu, et -néantmoins il ne seroit temps de secourir les Escouçoys quand ceulx cy -s'achemineront, car ilz sont trop prez; dont fault, Sire, peu à peu -les avoir pourveuz de bonne heure. - -Il semble que le faict de ces différans de Flandres empire toutz les -jours, et que, s'il ne vient bientost quelque meilleure responce du -duc d'Alve ou d'Espaigne, l'on procèdera à vendre les merchandises; et -cependant ceste princesse est sur le poinct d'envoyer le Sr de -Quillegrey en Allemaigne pour confirmer les pencions qu'elle y donne, -et y apporter quelque payement du passé, et y faire d'aultres -pratiques qui sont encores bien secrectes. J'entendz aussi que, dans -ceste sepmaine, ung allemant et ung anglois partent de ceste rivière -avec deux vaysseaulx pour conduyre à la Rochelle quelque peu -d'artillerie et ung nombre de pouldres et bouletz, et aultres -provisions de guerre, qu'on a tiré de la Tour. Ceste mer est desjà -fort occupée des Flamans, qui s'advouhent au prince d'Orange, et -disent qu'ilz attandent encores de bref ung si bon renfort qu'on -extime qu'ilz seront plus de quatre vingtz ou cent vaysseaulx de -guerre ensemble; et par ce, Sire, qu'ilz sont fornys et entretenuz par -les Anglois, et ont leur retrette et descharge par deçà, il vous -plairra mander en vostre frontière qu'on les ayt pour suspectz et -qu'on se tienne sur ses gardes. Ilz ont freschement prins neuf -vaysseaulx d'une flotte de trente qui venoient d'Espaigne, en dangier -que tout le reste tumbe entre leur mains. Sur ce, etc. - - Ce XIIIe jour de may 1571. - - - - -CLXXXe DÉPESCHE - ---du XVIIIe jour de may 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Débats du parlement sur le fait de la religion et la succession - du royaume.--Affaires d'Écosse.--Projets de l'Espagne de former - une ligue, soit avec l'Écosse, soit avec - l'Angleterre.--Arrestation de l'évêque de Ross; procédure - criminelle dirigée contre lui. - - - AU ROY. - -Sire, ceulx de la première chambre de ce parlement, lesquelz sont les -comtes et barons du pays, et aulcuns d'eulx présumez catholiques, -encores que les évesques soyent parmy eulx, ne layssent de résister à -la contraincte où l'on les veult soubsmettre de faire, deux foys l'an, -la cène à leur mode, et ont remonstré qu'il leur semble fort -intollérable que les dicts évesques et ministres qui se sont -introduictz au commancement en façon d'hommes non cerchans que d'aller -en craincte et humilité annoncer tout à pied la parolle de Dieu, -soyent devenuz, à ceste heure, si arrogans qu'ilz ne se contantent -d'estre les plus hault montez du royaume et d'avoir asubjecty le -peuple, s'ilz ne plient aussi la noblesse soubz leur authorité; et que -au moins s'ilz monstroient clairement, et par ung asseuré consentz de -toutz eulx, qu'est ce qu'ilz baillent en leur cène, ainsy que -l'esglize catholique l'a toutjour faict, l'on s'y pourroit ranger; -mais chacune paroisse annonce ce poinct, et encores d'aultres de leur -dicte religion avec tant de diversité qu'ilz veulent bien regarder ce -qu'ilz y auront à faire pour leur salut, et pour ne se laysser oster -les privillièges qui ont esté réservez à la liberté de leurs -consciences; dont sont encores à dellibérer là dessus. - -Et touchant déclairer privez de la succession de ce royaulme, pour -eulx et leurs descendans, ceulx qui auroient présumé de s'en attribuer -le tiltre, ou qui le présumeroient de faire cy après, ny qui -parleroient de leurs droictz à icelle, et d'avoir encoureu eulx et -leurs adhérans crime de lèze majesté, qu'ilz trouvoient bon que, sans -parler du passé, il fût faicte loy qui obligeât dorsenavant à -privation de droict quiconques s'atribueroit le dict tiltre, durant la -vie de leur Royne, et que celluy et ceulx qui luy adhèreroient fussent -notez de lèze majesté, mais rien davantaige. Et ayant ainsy rabillé le -billet, ilz l'ont renvoyé à ceulx de la basse chambre, auxquelz parce -qu'il ne satisfaict, la chose demeure en suspens; et mesmes le subcide -n'est du tout conclud, bien que l'on estime que toutz ces poinctz -viendront enfin à telle résolution que ceulx, qui gouvernent, -vouldront qu'ilz ayent. - -Sire Jehan Fauster, gardien des frontières du Nord, est arrivé despuys -trois jours avec ung adviz des choses d'Escoce, par lequel il asseure -que ceulx, qui tiennent le party de leur Royne au dict pays, ne voyant -venir aulcun secours de France, se sont résoluz, sans plus s'y -attandre, de cercher l'alliance du Roy d'Espaigne et de conclure une -bonne ligue avecques luy; dont l'on presse bien fort icy d'envoyer -bientost cinq ou six mil hommes de pied et deux mil chevaulx au comte -de Lenoz, affin de randre promptement toute l'Escoce à l'obéyssance du -petit Prince soubz son gouvernement, et mettre quelques garnysons dans -le pays; et en est la matière en dellibération avec grand espérance, -de ceulx qui sont icy pour le dict de Lenoz, qu'elle pourra estre -accordée. Néantmoins je n'entendz qu'il y ayt encores rien d'ordonné -en cella, ny nulle aultre chose, sinon aulx officiers de la marine de -se tenir prestz à mettre en tout appareil de guerre dix des grandz -navyres, aussitost qu'il leur sera commandé, affin de se randre -maistres de la mer pour garder que nul secours puysse venir aus dicts -Escouçoys, et aussi pour se trouver préparés contre les aprestz du duc -d'Alve, lesquelz ilz monstrent assés de craindre. Et semble aussi -qu'on leur ayt faict prandre quelque nouvelle deffiance de Vostre -Majesté, de sorte que milord de Burlay, entre ses doubtes, a faict -recercher l'ambassadeur d'Espaigne de vouloir que eulx deux -renouvellent l'intelligence d'entre leurs Maistre et Mestresse; et -que, si son dict Maistre ne se vouloit pourter si adversayre qu'il -faict contre leur religion, il pourroit tirer plus de commoditez de ce -royaulme que n'ont jamais faict ses prédécesseurs. Dont j'entendz que -les différantz des Pays Bas commancent de retourner à quelque -modération, et que le Sr Fiesque s'attand icy du premier jour, avec -meilleur responce du duc d'Alve, pour ayder à conclurre l'accord; et -que cependant ceste Royne tient en suspens sa dépesche pour -Allemaigne, craignant d'employer assés en vain ses deniers, et que les -grandes pencions, que le Roy d'Espaigne donne aulx princes protestans, -joinct l'auctorité de l'Empereur, empescheront que nulle levée se -puysse faire contre les Pays Bas. - -La dicte Dame m'a envoyé le cappitaine Leton et l'aysné Norrys pour me -dire que si, d'advanture, j'entendois qu'elle fît procéder un peu plus -rigoureusement contre l'évesque de Roz que ne requéroit la personne -d'ung ambassadeur, que je n'estimasse que ce fût pour injurier ny -offancer son office, ny pour chose qu'il eust négociée pour le service -de sa Mestresse, car en cella elle l'avoit toutjour bénignement ouy, -et seroit preste d'entendre toutjour à ce qu'il luy seroit proposé -pour le bien et les affaires d'elle; mais qu'il s'estoit tant oublyé -et tant esloigné de son debvoir qu'il avoit mené de très mauvaises -pratiques contre la personne et l'estat de la dicte Dame avec ses -rebelles; de quoy elle m'avoit bien vollu advertyr, comme celluy de -qui elle avoit toute bonne opinion, affin que je ne prinse ny -escrivisse les choses en aultre façon qu'elles sont. - -J'ay respondu que je remercyois bien humblement la dicte Dame de son -advertissement, et que je la cognoissois si vertueuse et si sage, et -si bien conseillée, qu'elle ne procèderoit envers le dict évesque -qu'avecques honneur et modération; et qu'il ne se pouvoit faire que je -ne me dollusse du mauvais trettement qu'on feroit aulx ambassadeurs, -desquelz l'office et les personnes avoient esté, de tout temps, -réputées sacrées et inviollables, mais puysqu'elle parloit d'avoir -attampté à sa personne et à son estat, je ne voulois dire sinon que sa -Mestresse ne seroit pas contante de luy, et qu'elle mesmes, à qui -touchoit de l'en chastier, en procureroit la punition; mais que -j'estimois que, tant plus l'on examineroit de près son faict, plus -l'on le trouveroit clair et exempt de telle faulte, et que je n'avois -veu en luy nul plus grand desir que de unyr par grand amytié et -intelligence sa Mestresse avec la dicte Dame, et mettre en paix et -repoz leurs deux royaulmes; et que je la suplioys ne trouver mauvais -si j'en escripvois à Vostre Majesté, et que mesmes il luy pleust me -permettre de le mander à la dicte Dame, Royne d'Escoce, affin qu'elle -peult envoyer icy ung aultre ambassadeur. - -Le comte de Sussex, milord de Burlay, maistre Mildmay et Raf Sadeler, -ont esté en son logis pour l'examiner, et puys luy ont baillé gardes, -et, nonobstant qu'il soit bien mallade en son lict, ilz l'ont faict -transporter en la mayson d'ung évesque; dont je mettray peyne -d'entendre bientost son examen pour en advertyr Vostre Majesté. Mais -cependant, parce qu'on le menace de procéder contre luy comme contre -ung privé, sans le tenir plus pour ambassadeur, et qu'il crainct qu'on -le mette dans la Tour, et qu'on luy baille la question, estant entre -les mains de ceulx qui ne l'ordonneroient que plus vollontiers, parce -qu'ilz le cognoissent évesque catholique, il supplie très humblement -Vostre Majesté, Sire, de vouloir escripre une lettre expresse à ceste -Royne pour sa liberté et bon trettement, ce qui ne vous sera que bien -décent, à cause de l'alliance que sa Mestresse a avec vostre couronne, -sur l'instance que son ambassadeur, qui est par dellà, vous en pourra -faire; et il mérite, Sire, pour la bonne affection qu'il a à vostre -service et à celluy de sa Mestresse, et qu'il a le moyen et la -capacité de vous en faire à toutz deux, que ne luy reffusiez ceste -grâce et faveur. Et sur ce, etc. - - Ce XVIIIe jour de may 1571. - - - - -CLXXXIe DÉPESCHE - ---du XXIIIe jour de may 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais, par Jehan Volet._) - - Débats du parlement; adoption du subside.--Nouvelles d'un combat - livré en Écosse.--Réduction de Lislebourg à l'obéissance de - Marie Stuart.--Procédure contre l'évêque de Ross.--Négociation - des Pays-Bas.--Rapprochement entre l'Angleterre et l'Espagne. - - - AU ROY. - -Sire, la contention d'entre les principaulx de la noblesse et des -évesques sur l'article de la religion, en la première chambre de ce -parlement, et celle de la dicte chambre contre ceulx de la segonde sur -le poinct de lèze majesté, ne sont du tout vuydées, et en est -l'affaire encores devers certains depputez, à qui a esté commiz de -modérer les billetz; seulement l'article du subcide est passé, en -ayant esté rabattu ung sixiesme, dont ne montera plus que envyron cinq -centz mil escuz, payables, la moictié au mois d'octobre prochain, et -l'aultre moictié d'icy à ung an. Cependant le souspeçon qu'on a prins -de la dépesche, qui venoit de Flandres à l'évesque de Roz, dont les -chiffres sont encores devers milord de Burlay, s'est fort augmenté par -les contradictions ung peu plus hardyes, qu'on ne les espéroit voir au -dict parlement, de sorte que le dict de Roz en est tenu plus resserré; -et a esté miz gardes, en plusieurs lieux de ceste ville, pour obvier à -sédicion, et mandé en la contrée de retenir toutz corriers et -voyageurs qui n'auront passeport, et serré de toutz costez les -passaiges. - -Ceulx d'Escoce des deux partys se préparent à ung faict d'armes; dez -le Xe de ce moys, près de Lillebourg, (ayant le comte de Lenoz -instantment demandé d'estre secouru de cinq centz chevaulx et quinze -centz hommes de pied anglois, avec lesquelz il promect de couryr -l'Escoce, et de ranger promptement tout le pays à son obéyssance), -j'entendz que cependant l'on est venu aulx mains, et que du -commancement le combat a esté doubteux, mais qu'enfin le dict de Lenoz -s'est retiré, et les Amilthons sont entrez à Lillebourg, où, tout -incontinent, le nom et l'authorité de la Royne d'Escoce ont été -proclamez. J'espère que, si sur cella le frère du cappitaine Granges -leur est arrivé, et qu'il playse à Vostre Majesté leur faire continuer -le secours de quatre mil escuz par moys, et le leur envoyer pour deux -ou trois moys à la foys, que leurs affaires se pourront establyr, au -moins si les Angloys ne s'y opposent trop ouvertement et avec armée, -comme l'on continue de m'advertyr que la dellibération en est desjà -fort avant; auquel cas j'escripray ordinairement à Vostre Majesté ce -qui en viendra à ma notice. Les particularitez du dict combat ne se -sçavent encores, ny je n'ay adviz d'icelluy que par lettres de -particuliers, dont j'en attandz d'heure en heure plus grande -confirmation; cependant il plaira à Vostre Majesté entendre des -nouvelles de la Royne d'Escoce par une lettre, qu'elle mesmes m'a -escripte de sa main, du XIIIe et XIIIIe de ce moys, en laquelle le -poinct qu'elle remect au Sr Douglas, qui me l'a apportée, est touchant -la continuation du secours, ainsy que je le mande cy dessus; et verrez -au reste, Sire, comme elle desire qu'il soit vostre bon playsir de -remettre au dict Douglas la condempnation qu'il a encourue, par la -coulpe de son homme, d'estre bany pour trois ans de vostre court, à ce -qu'il puysse continuer, comme auparavant, son service près de Vostre -Majesté, et qu'il vous playse le faire payer de ses gaiges de la -chambre. - -J'ay adjouxté, Sire, à ce pacquet ce que j'ay aprins de l'examen de -l'évesque de Roz, qui monstre en quelque chefz que ceulx cy se -deffient d'aulcuns d'entre eulx mesmes, et que néantmoins les -accusations ne sont si grandes contre luy qu'on le deust tretter ainsy -rudement comme l'on faict; dont il continue, Sire, d'avoir recours à -la faveur de Vostre Majesté; et cependant je luy assiste, au nom -d'icelle, de tout ce qu'il m'est possible. Le Sr Thomas Fiesque est -arrivé en la compaignie du gentilhomme anglois qui l'estoit allé -quérir, et semble que l'aultre depputé, qui de longtemps estoit icy, -et luy ne s'en retourneront ceste foys sans avoir accommodé le faict -des merchandises, ny sans avoir par mesmes moyen miz aussi en quelque -bonne voye d'accommodement le reste de l'entrecours d'entre les deux -pays; et espère l'on que le jeune Coban raportera fort bonne responce -d'Espaigne, ayant esté si bien et favorablement receu par dellà qu'on -en a desjà remercyé icy l'ambassadeur. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de -may 1571. - - - - -CLXXXIIe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour de may 1571.-- - -(_Envoyée par homme exprès jusques à Calais._) - - Audience.--Déclaration de l'ambassadeur que si la négociation du - traité concernant Marie Stuart n'est pas reprise, le roi est - décidé à envoyer ses forces en Écosse.--Emportement d'Élisabeth - contre Marie Stuart.--Délai demandé par la reine pour reprendre - la discussion du traité.--Négociation des Pays-Bas.--Nouvelles - d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, ayant heu à parler à la Royne d'Angleterre du faict de la Royne -d'Escoce et des Escouçoys, jouxte le contenu de la dépesche de Vostre -Majesté du VIIIe de ce mois, j'ay considéré que, de tant qu'elle et -les siens ont toutjour heu fort à cueur ceste matière, et qu'ilz sont -sur le poinct de tretter aussi de celle des Pays Bas, qu'il seroit bon -de ne la presser si fort qu'elle se peult altérer vers vous, pour -d'aultant se randre plus facille de l'aultre costé; et pourtant, Sire, -sans rien obmettre de ce que vouliez luy estre notiffié, je luy ay -gracieusement remonstré qu'estant naguières le Sr de Vérac repassé -d'Escoce en France, et vous ayant randu compte de la surprinse de -Dombertran, et des propos que le comte de Lenoz luy avoit tenuz, et du -retour du comte de Morthon, et de tout l'estat du pays, il vous avoit -aussi apporté plusieurs lettres et requestes des seigneurs qui -tiennent le party de la Royne d'Escoce, pour avoir vostre secours et -assistance; et que l'archevesque de Glasco vous en estoit venu sommer -en vertu des trettez et des anciennes alliances, et encores plus en -vertu des nouvelles promesses que Vostre Majesté leur en avoit -faictes, au cas que le tretté ne réuscyst; et que néanmoins Vostre -Majesté, premier que d'y rien dellibérer ny respondre, avoit bien -vollu sçavoir l'intention de la dicte Dame sur ce que vous la -suppliez, de la meilleure affection qu'il vous estoit possible, que ne -retournant le dict de Morthon avec les pouvoirs qu'il avoit promiz -d'apporter, qu'elle vollust passer oultre sans luy à la conclusion du -tretté et à restituer la Royne d'Escoce, ou bien la remettre ez mains -de ceulx qui tiennent son dict party, comme elle vous avoit promiz de -le faire; et au regard de l'instance des seigneurs de son dict party, -qui vous sommoient de vostre honneur et debvoir, et de vostre -promesse, en l'observance des choses que les trettez vous obligeoient -vers eulx, encor que vous y peussiez procéder de vous mesmes, vous -estiez néantmoins contant que Vostre Majesté et la sienne -conjoinctement, affin d'évitter souspeçon, pourveussiez à faire cesser -toutes violances, port d'armes, guerres civilles et divisions dans le -pays, et à remettre le royaume en ung plus tranquille estat qu'il -n'est; et, quant à ce qu'ilz requéroient vostre protection contre les -injures, que les Anglois leur avoient desjà faictes, et qu'ilz -menaçoient encores de leur faire, qu'elle prînt de bonne part la -responce que leur aviez faicte, que vous vous employeriez de toute -vostre affection à la suplier que, directement ou indirectement, ilz -ne fussent plus molestez du costé d'Angleterre; et qu'au cas qu'ilz le -fussent, ilz avoient obtenu de Vostre Majesté que votre assistance et -celle de vostre royaulme ne leur deffauldroit aucunement; et qu'elle -voyoit bien qu'en ces choses, encor qu'il y courust assés de vostre -propre réputation, vous vouliez néantmoins évitter, aultant qu'il vous -étoit possible, d'avoir différand avec elle; et que pourtant elle vous -y vollust faire une responce qui fût conforme à la bonne et sincère -amytié que vous lui portiez. - -Le propos n'a peu estre dict si doulcement qu'elle n'y ayt trouvé de -l'amer; et sa responce a suyvy de mesmes, en party doulce, à vous -remercyer des considérations que vouliez avoir de ne l'offancer, et en -partie aigre, d'estre fort marrye que vous postposissiez toutjour son -amytié à celle de la Royne d'Escoce; et est entrée à commémorer, en -collère, ung grand nombre d'offances, qu'elle dict avoir receu de la -dicte Dame, avant qu'elle soit entrée en ce royaulme, et encores de -plus grandes, despuys qu'elle y est; et qu'elle a mené à son préjudice -de fort mauvaises pratiques à Rome, en France, en Flandres, et -freschement avec la duchesse de Férie, en Espaigne; et qu'elle a les -vériffications et preuves de tout si claires en sa main qu'elle ne la -peust plus compter que pour sa grande ennemye. - -De sorte, Sire, que je n'ay peu tirer nulle meilleure parolle de la -dicte Dame, pour la restitution de sa cousine, que de me dire qu'elle -s'estoit trop hastée de vous en faire la promesse; et, quant aux -seigneurs d'Escoce, que, puysqu'elle avoit miz en sa main d'accommoder -leur affaire, et avoit donné ordre que ung parlement se tînt entre -eulx pour envoyer les pouvoirs nécessaires, qu'elle ne pouvoit estre -sinon malcontante de ceulx qui l'empeschoient, lesquelz elle entendoit -estre ceulx du party de la Royne d'Escoce; mais qu'elle avoit envoyé -ung gentilhomme, tout exprès sur le lieu, pour le sçavoir, et -dellibéroit d'estre contraire à ceulx qui se trouveroient avoir le -tort: dont vous supplioyt cependant, Sire, de vouloir, pour son -regard, poyser cest affaire à la balance de frère entier et non demy -frère, comme elle vous estoit et vouloit estre très parfaicte et -accomplye bonne soeur. - -Je luy ay répété les mesmes choses que dessus, et qu'il ne m'estoit -loysible d'y rien adjouster, cognoissant mesmement que Vostre Majesté -me les avoit fort considérément escriptes, et y aviez gardé le plus de -respect que vous aviez peu vers elle, jusques au poinct que ne pouviez -nullement obmettre de vostre honneur, non plus que celluy de la vie, -mais que si, d'avanture, elle y voyoit nul aultre meilleur expédiant -qui, sans l'offance de vostre réputation, la peult mieulx contanter, -que vous seriez prest de le suyvre pour le desir qu'aviez de luy -complayre; et de tant qu'elle ne pouvoit, sans entrer toutjour en -collère, ouyr parler de ce faict, que je la supplioys de m'en laysser -tretter avec les comtes de Lestre, de Sussex et avec milord de Burlay. - -Elle enfin m'a respondu gracieusement qu'au retour de celluy qu'elle -avoit envoyé en Escoce, elle m'en parleroit à moy mesmes plus -amplement; et ne seroit besoing que j'en traittasse avec nul aultre. - -Néantmoins, Sire, avant vous mander ceste sienne responce, j'ay cerché -d'en pouvoir conférer avec le comte de Lestre et avec milord de -Burlay, lesquelz, à cause de l'indisposition du dict de Lestre, m'ont -prié d'attandre jusques après demain; et j'essayeray avec eulx de -réduyre l'affaire au meilleur poinct que je cognoistray pouvoir -convenir à l'honneur de vostre couronne et commodité de voz affaires. - -Cependant, Sire, ceulx cy trettent fort estroictement avec les -depputez de Flandres pour accorder de leurs différandz, et m'a l'on -dict qu'ilz veulent en toutes sortes essayer d'en sortyr, affin de -mieulx entendre aulx entreprinses d'Escoce et y avoir le Roy -d'Espaigne favorable, se continuant le propos que milord Sideney sera -envoyé ambassadeur devers luy. Il pourra possible intervenir encores -quelque difficulté sur les merchandises à cause du grand deschet, -diminution et perte qui s'y trouve; mais quant à l'argent, les Srs -Thomas Fiesque et Espinola qui sont gènevoys, et Acerbo Velutelly -lucoys, ont pouvoir d'en accorder comme d'affaire de particulliers, où -le Roy d'Espaigne n'a plus nul intérest. Et si, ay quelque secrect -adviz qu'il a esté mandé à l'ambassadeur d'Espaigne de prester -l'oreille à tout ce qui luy sera proposé du reste de l'entrecours, et -de remettre le traffic comme auparavant; car le duc d'Alve desire de -ne laysser après luy aulcune sorte de différand entre ces deux pays. -J'ay recuilly, des propos de la Royne d'Angleterre et d'aulcuns -aultres adviz qu'on m'a donnez d'ailleurs, que le retour du frère de -Granges, qui est arrivé à saulvetté à Lillebourg, a grandement -conforté ceulx du party de la Royne d'Escoce, ausquelz si Vostre -Majesté continue de leur assister, ainsy quelques mois, comme elle a -commancé, l'on estime qu'ilz se randront facillement maistres du pays; -ce que craignant la Royne d'Angleterre, elle dépesche présentement -milord de Housdon à Barvich, avec commission d'assister au comte de -Lenoz de tout le plus grand nombre de soldatz qu'il pourra -souldainement amasser en la dicte frontière; et toutz les capitaines -de Barvich et de ce quartier du North vont avec luy: dont semble, -Sire, estre fort requiz d'ayder promptement, et en la meilleure sorte -que pourrez, les affaires de la dicte Royne d'Escoce. Sur ce, etc. Ce -XXVIIIe jour de may 1571. - - - - -CLXXXIIIe DÉPESCHE - ---du segond jour de juing 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Nicolas Lescot._) - - Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh et Leicester sur la - nouvelle déclaration du roi.--Affaires d'Écosse.--_Lettre - secrète à la reine-mère._ Audience; négociation du mariage du - duc d'Anjou. - - - AU ROY. - -Sire, ma précédante dépesche est du XXVIIIe du passé, et j'ay esté, le -jour d'après, conférer avec le comte de Lestre et milord de Burlay des -mesmes propos que j'avois tenuz à la Royne, leur Mestresse, qui m'y -ont respondu que la dicte Dame s'esbahyssoit grandement comme Voz -Majestez Très Chrestiennes, pendant les pourchaz de faire une bien -estroicte intelligence avec elle, la faisiez presser de chose qui -touchoit infinyement à son honneur et à sa seureté, et que, si vouliez -tant soit peu avoir esgard à son amytié, vous cognoistriez que la -Royne d'Escoce estoit celle qui se procuroit à elle mesmes son mal, et -qui donnoit retardement à ses propres affaires, car oultre les vielles -querelles de s'estre attribuée le tiltre de ce royaulme, et d'avoir -inpugné la condition de leur dicte Mestresse, et avoir excité la -rébellion du North; et faict retirer et bien tretter les rebelles de -ce royaulme en Escoce, choses très urgentes, mais qui estoient desjà -oblyées, elle avoit freschement, par Ridolply, escript au Pape et au -Roy d'Espaigne de se vouloir entremettre de ses affaires, combien -qu'elle eust promiz de n'y employer jamais que leur Mestresse; et par -le mesmes Ridolply avoit mené de très mauvaises pratiques avec le duc -d'Alve et avec les rebelles Anglois, qui sont en Flandres, pour -exciter une nouvelle rébellion dans ce royaulme: de quoy leur dicte -Mestresse avoit les preuves et vériffications devers elle, et avoit, -pour ceste occasion, faict resserrer l'évesque de Roz comme celluy qui -principallement en avoit ordy la besoigne; que la Royne d'Escoce avoit -tretté, par la duchesse de Férie, d'induyre le Roy d'Espaigne à faire -beaucoup de dommaige à leur dicte Mestresse et beaucoup de mal en ces -pays; qu'encor qu'elle et l'évesque de Roz et ses aultres depputez, -qui estoient naguières icy, eussent accordé qu'au comte de Lenoz et à -ceulx de son party seroit loysible d'aller en toute seureté à -Lislebourg pour y tenir ung parlement, affin d'envoyer les pouvoirs -nécessaires pour parfaire le tretté, elle néantmoins avoit incontinent -mandé qu'on l'en empeschât, de sorte qu'elle monstroit ne procéder -d'aulcune sincérité, ny d'avoir recognoissance de la bonne intention -de la Royne sa cousine, qui luy avoit saulvé la vie, qui tâchoit de la -restituer, et l'avoit retirée, et la faisoit bien tretter en son -royaulme; en somme, qu'encores qu'en général les vollontez, les -parolles et les promesses tendissent à monstrer beaucoup d'avantaige, -beaucoup de seureté, et beaucoup de contantement pour leur dicte -Mestresse en la restitution de sa dicte cousine, quant l'on en venoit -aulx particullaritez, il ne s'y voyoit que toutz dangiers et -difficultez et rien de bien clair ny de bien asseuré; néantmoins me -prioyent de leur bailler par escript les chefz de ce que je leur avois -proposé, affin d'en pouvoir mieulx conférer avec leur dicte Mestresse -et m'y faire avoir meilleure responce. - -Je leur ay répliqué, en brief, que c'estoit Vostre Majesté qui -trouvoit bien estrange, qu'en tant de bonnes parolles et -démonstrations d'amytié, dont leur dicte Mestresse vous usoit, elle ne -vouloit toutesfois évitter d'avoir différant avec vous en ung affaire, -qu'elle sçavoit bien que l'honneur, le debvoir et les trettez vous -obligent de ne le laysser sans remède; que le roolle des deux Roynes -se jouoyt sur ung si éminent théâtre que, de toutes les parts de la -Chrestienté, l'on voyoit bien laquelle faisoit le tort, et laquelle le -souffroit, et n'y avoit si habille négociation qui en peult rien -couvrir, ny qui peult arguer Vostre Majesté de n'avoir dilligentment -gardé toutz les respectz deuz à l'amytié de leur dicte Mestresse: qui -pourtant les prioys de me faire avoir quelque bonne responce d'elle -qui vous peult contanter. Et leur ay baillé par escript les chefz -qu'ilz demandoient, sur lesquelz j'entendz, Sire, qu'il y a heu de -l'altération dans le conseil; et néantmoins ilz ne m'y ont mandé -aultre chose, pour le présent, sinon que la Royne, leur Mestresse, me -prioyt d'attendre que son mareschal de Barvyc, lequel elle avoit -envoyé devers les deux partys en Escoce, fût de retour affin de -pouvoir, puys après, mieulx satisfaire à Vostre Majesté. - -Or, Sire, j'ay adviz que le dict mareschal est passé de vray en Escoce -avec commission de parler au comte de Lenoz; et sçavoir qui l'a meu -d'habandonner le faulxbourg de Lillebourg pour se retirer à Esterlin, -sans qu'il se soit saisy du Petit Lith, et en quelle sorte et pour -combien de temps il se pourra meintenir; et, au cas qu'il ayt besoing -de secours, luy résouldre du nombre d'hommes, et du moyen qu'on -tiendra pour les luy envoyer; et faire en toutes sortes que la part du -dict de Lenoz demeure supérieure; et marchander cependant avec luy -qu'il veuille remettre Dombertran ez mains de la dicte Dame, chose -qu'ilz ne peuvent aulcunement obtenir du comte de Morthon. Mais -cependant est arrivée une soubdaine nouvelle de dellà, de laquelle -ceulx cy monstrent estre fort troublez, et présume l'on que c'est que -le comte de Morthon est prins, ayant esté assiégé en ung sien -chasteau, nommé Dathquier, à quatre mil de Lillebourg, et que le -susdict de Lenoz est pareillement prins ou bien déchassé. Lequel bon -commancement, Sire, seroit pour vous facilliter davantaige les moyens -de remédier les affaires du dict pays, si continuez de les assister. -Dont suys très expressément prié par les amys de la Royne d'Escoce de -faire trois offices en cella: l'ung, de remercyer très humblement -Vostre Majesté de leur part pour ce bon succez, lequel ilz attribuent -tout à vostre grandeur et bonne fortune; l'aultre, de vous supplier -que veuillez à bon esciant relever le faict de la dicte Dame, -s'asseurans que l'entreprinse vous en réuscyra heureuse et honnorable; -et le troisiesme, que je veuille, pendant la détention de Mr de Roz, -prendre en moy la charge des affaires d'elle, en quoy, Sire, je feray -tout ce qu'il me sera possible, sellon que je voys que telle est -vostre intention, et que vostre service ainsy le requiert. Sur ce, -etc. - - Ce IIe jour de juing 1571. - - - (_Par postille à la lettre précédente._) - - Ce qu'on ymaginoit de mauvaises nouvelles icy, que le comte de - Morthon fût prins, est que luy et le comte de Lenoz sont entrez - en quelque différand et maulvaise intelligence entre eulx. - - - A LA ROYNE. - -Madame, je n'avois jamais trouvé la Royne d'Angleterre si irritée -contre la Royne d'Escoce comme j'ay faict ceste foys pour -l'impression, qu'on luy a donné, que, naguières, par Ridolphy en -Flandres et par la duchesse de Férie en Espaigne, la dicte Dame luy -ayt pratiqué une nouvelle rébellion de ses subjectz, et une très -dangereuse guerre contre son estat; dont n'a peu bien prandre les -propos que j'ay heu à luy tenir pour la dicte Dame, encores que je les -luy aye dict en la plus gracieuse façon qu'il m'a esté possible, et -telle que les siens mesmes ont confessé que Voz Majestez ne se -pouvoient ranger à plus honneste party entre elles deux qu'à celluy -que luy offriez. Tant y a qu'il est advenu que, (encor que sur une -lettre du comte de Lenoz du XXe du passé, par laquelle il mandoit ne -pouvoir sans argent tenir plus longuement ensemble les forces qu'il -n'avoit joinctes qu'à certains jours, et demandoit pour ceste occasion -renfort de deniers ou d'hommes, il eust esté ordonné que milord de -Housdon yroit tout sur l'heure à Barvyc, pour mettre aulx champs -aultant de gens qu'il en pourroit soubdainement tirer des garnysons du -North, et, si cella ne suffizoit, d'en lever davantaige au dedans du -pays, pour incontinent les envoyer au dict de Lenoz), que la dicte -Dame, après m'avoir ouy, a retardé sa dellibération, retenant encores -icy le dict de Housdon; et ayant cependant envoyé le mareschal de -Barvyc en Escoce soubz umbre de paix, mais en effect pour les -pratiques que je mande en la lettre du Roy. Dont, Madame, l'ocasion, -qui semble se présenter bonne au dict pays, requiert d'estre -promptement aydée, ainsy qu'avez commancé de le faire, affin de ne la -laysser perdre ny passer, car ceulx cy ne veillent à rien tant qu'à -priver, s'ilz peuvent, le Roy, vostre filz, de l'alliance et auctorité -qu'il a en Escoce; et ne fays doubte qu'au retour du dict mareschal de -Barvyc, ilz ne poursuivent leur dellibération d'entreprendre quelque -chose par dellà. - -L'évesque de Roz demeure toutjour resserré, mais j'entendz que la -Royne d'Angleterre commance de se modérer vers luy, et qu'elle -confesse qu'il n'a rien faict que comme bon serviteur de sa Mestresse. -Au regard de Ridolphy, l'on m'a mandé que, à la vérité, sa négligence -et la seurté, où il s'est trouvé dellà la mer, ont ruyné une très -honneste cause qu'il avoit en main, et qu'il fera bien de prandre -garde à luy, et ne molester plus ceulx qui sont de deçà, et que tout -ce qu'il a en Angleterre sera confisqué; et il y a d'assez bonnes -sommes de deniers, qui luy debvoient estre payées à temps. Sur ce, -etc. Ce IIe jour de juing 1571. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, sur les bonnes responces que Voz Majestez ont données au Sr de -Valsingan à Galion, et sur les honnorables propos que Monseigneur -vostre filz luy a tenuz, il a faict une dépesche par deçà, laquelle, -avec les lettres que le Sr Cavalcanty y a adjoustées, ont fort -grandement contanté la Royne d'Angleterre, de sorte que, quant je luy -suys allé présenter vostre lettre, elle ne m'a peu assés monstrer -combien elle demeuroit bien satisfaicte de la sincérité de Voz -Majestez et de la bonne et honneste affection de Mon dict Seigneur -vers elle, sellon qu'elle m'a asseuré que son ambassadeur le luy avoit -fort expressément signiffié par ung très ample discours; et luy en -avoit escript, ensemble le comte de Rotheland, comme s'ilz fussent -proprement françoys, avec tant grande recommendation de Mon dict -Seigneur, et avec si grand desir de l'accomplissement de ce mariage, -qu'elle confessoit y veoir meintenant beaucoup d'avantaiges qu'elle -n'y avoit jamais considérez, et trop plus grandz qu'en nul aultre -party dont l'on luy eust jamais parlé. - -Je luy ay respondu que, à la vérité, s'il y avoit de la sincérité en -son ambassadeur, comme sans icelle il ne pourroit bien juger de celle -qui estoit en aultruy, il avoit cogneu que Mon dict Seigneur avoit le -desir, l'affection et la vollonté perfaictement pleynes et combles -d'ung vray et sincère amour vers elle; et faisoit encores que Voz -Majestez l'y avoient de mesmes, de sorte qu'elle auroit à en espouser -trois à la foys, et qu'avec la personne, de l'ung elle possèderoit les -aultres deulx, et tout ce qui estoit en leur grandeur; mais le poinct -estoit que, ainsy que Monseigneur luy avoit faict ung pur don de soy, -si je le pourroys asseurer qu'elle l'eust accepté, et luy fît quelque -part en elle et en ses bonnes grâces, me voulant bien persuader que -si, entre les perfections que Dieu avoit largement mises en elle, elle -dellibéroit d'y recepvoir jamais et donner lieu à nul d'entre les -mortelz, qu'elle en feroit digne Monsieur, car, comme je confessoys -qu'elle estoit, à la vérité, la première princesse de la Chrestienté -en grandeur d'estat et en plusieurs rares qualitez, qu'ainsy se -pourroit elle asseurer d'avoir ung mary qui ne seroit second en -honneur, en dignité, en extraction ny en valleur, à nul de toutz les -princes chrestiens; avec plusieurs aultres parolles qui servoient à -mon propoz; ès quelz j'ay heu soing de notter bien curieusement comme -elle les prandroit. Et parce que l'intérieur des personnes ne peult -que de Dieu seul estre parfaictement cogneu, je n'en veulx faire nul -certain jugement. - -Tant y a que la dicte Dame, en récitant elle mesmes les commoditez de -ce party, et la seureté où elle mettroit son estat et ses affaires par -une si ferme et si forte alliance, et commémorant les honnorables -qualitez de Monsieur, et les dignes propos qu'il avoit tenuz d'elle, -et de la bonne amytié esloignée d'ambition et d'avarice qu'il luy -pourtoit, elle m'a dict et juré, non sans changement de colleur, qui -luy est montée bien vermeille au visage, qu'elle n'avoit, à ceste -heure, nul plus grand doubte que de ne se trouver, avec tout son -royaulme et toute sa couronne, assés digne pour ung si excellent -prince; et que néantmoins, sur ce que son ambassadeur luy mandoit -d'envoyer les aultres articles, premier que d'avoir accordé de celluy -de la religion, qu'elle ne sçavoit comme, avec son honneur, elle le -pourroit faire; et, si c'estoit Monsieur qui seul les heust de mandez, -qu'elle s'efforceroit de s'en excuser, mais puysque le Roy les vouloit -avoir, elle regarderoit comment l'en pouvoir contanter, et m'y feroit -responce avant le troisiesme jour de Pentecoste. - -J'ay suyvy à luy dire que je la suplyois que, comme Voz Majestez et -Mon dict Seigneur lui faisiez veoir une claire et nette procédure de -vostre cueur en cest endroict, avec ung ferme propos d'acomplyr tout -ce que lui prométriez, que de mesmes elle y vollust procéder -franchement de son costé, sans longueur ny remises, et sans ambiguité, -et vous envoyer à cest effect, suyvant la promesse de son -ambassadeur, le reste des condicions qu'elle vouloit estre apposées au -contract, et que icelles fussent raysonnables, comme elle et ses deux -conseilliers m'avoient toutjour promiz qu'elles le seroient, et -qu'elle ne desiroit sinon les semblables, qui avoient esté réservées à -la feue Royne sa soeur. - -Elle m'a répliqué que, à la vérité, ce seroient celles mesmes, sinon -qu'elle ne demandoit que Monsieur fît son douaire si grand comme le -Roy d'Espaigne avoit faict celluy de sa soeur, parce qu'il n'estoit si -riche; et que les difficultés seroient fort petites en toute aultre -chose, fors en l'article de la religion, mais qu'en icelluy tout ce -que Voz Majestez mettroient en considération, pour l'honneur et -conscience de Monsieur, l'admonestoit à elle de son honneur et -conscience; et qu'elle voyoit bien que, de toute la Chrestienté, l'on -auroit l'oeil merveilleusement ouvert sur cest acte, duquel elle avoit -desjà surprins des lettres, qu'on en escripvoit à Rome, à Naples et en -Espaigne, où l'on affermoit qu'il cousteroit ung million d'or au Roy -d'Espaigne ou il l'interromproit, ce qu'elle ne pensoit pas qu'il le -peult faire, au moins du costé de deçà, car toutz les subjectz d'elle -y avoient grande affection, et mesmes une fort grande espérance, sans -laquelle, avant clorre leur parlement, ilz luy en eussent faict la -mesme instance qu'ilz avoient faicte d'aultrefoys, et elle en avoit eu -bien grand peur. - -Et, sur cella, après avoir dilligentement escouté ce que je luy en ay -respondu à chacun poinct, qui seroit long à mettre icy, et voyant que -je me pleignoys qu'elle n'avoit envoyé à son ambassadeur les responces -des premiers articles, ainsy qu'elles avoient esté arrestées en ma -présence, elle a appelé milord de Burlay et luy en a demandé quelque -rayson assés asprement, mais il s'est excusé qu'il avoit atandu que je -luy envoyasse les poinctz qu'il failloit réformer; et, au reste, il a -confirmé à la dicte Dame qu'elle deust envoyer au Roy le reste de ses -demandes. - -Mr le comte de Lestre et luy m'ont pryé de randre très humbles mercys -à Voz Majestez et à Mon dict Seigneur, de ce qu'il vous playt avoir -agréable leur dilligence et bonne affection en cest endroict, qui -promettent qu'elle ne manquera point, et m'ont infinyement mercyé du -bon tesmoignage que je vous en ay randu; qui vous veulx de rechef -confirmer, Madame, que le dict de Lestre me semble y marcher de bon -pied, mais il a heu quelque souspeçon de milord de Burlay, de ce -mesmes que je vous ay desjà mandé, et en ont heu parolles ensemble. Je -doibz conférer demain secrectement avec le dict de Lestre en sa -mayson, et puis avec le dict de Burlay, et de tant que icelluy de -Lestre monstre desirer aussi, lui, de se pouvoir maryer en France, et -qu'il a ouy parler de madame de Nevers de Montpensier, et sçay qu'il -desire infinyement d'avoir son pourtraict, et qu'on luy a aussi, à ce -que j'entendz, parlé de madame la princesse de Condé ou de -mademoyselle la marquise d'Île de Nevers, Vostre Majesté me mandera -comme j'en debvray user; car ne fault doubter que la Royne, sa -Mestresse, ne le face duc, et bien fort riche en faveur de quelque -honneste party, et il s'attand bien et mérite aussi d'estre gratiffié -de Voz Majestez, vous suppliant très humblement de commander que le -pourtrait de ma dicte dame de Nevers me soit envoyé pour l'en -contanter. - -Quant aulx secretz adviz que j'ay de cest affaire, il m'en est venu -deux ou trois du costé des dames, qui concourent à ce que le propos -est bien réchauffé et qu'on y veult procéder sans aulcune simulation; -mais ung aultre bien principal personnaige m'a mandé qu'il crainct -fort que toute la démonstration qui s'en faict ne tende qu'à réfroydir -Voz Majestez sur les choses d'Escoce et gaigner temps, et que je m'en -apercevray d'icy à bien peu de jours. Ung aultre m'a faict dire que la -Royne et ses deux conseilliers se sont merveilleusement resjouys de -ceste dernière dépesche de Valsingan, et qu'ilz disent que l'affaire -s'en va comme conclud, avec démonstration d'en estre fort contantz; -néantmoins qu'il me veult bien dire, tout librement, qu'il ne peult -changer encores d'opinion que ce ne soit artiffice, parce qu'il -cognoist les deux conseilliers estre eulx mesmes artifficieulx. Après -que j'auray parlé à eulx et heu la responce du reste des condicions, -j'escripray de rechef à Vostre Majesté et luy manderay, s'il m'est -possible, une résolution, la supliant très humblement de m'excuser si -je ne luy puys, pour ceste heure, donner plus de lumière et de -satisfaction de ce faict, car estant ainsy restrainct qu'il est entre -trois personnes, il est très difficile, et voyre impossible, que j'en -puysse descouvrir plus avant. Sur ce, etc. - - Ce IIe jour de juing 1571. - - Il sera bon cependant de gratiffier au Sr de Valsingan, et - encores au Sr Cavalcanty, la bonne façon dont ilz ont - dernièrement escript par deçà, et parler à toutz deux toutjour - fort honnorablement de la Royne d'Angleterre et aussi de ses deux - conseilliers, nomméement de milord de Burlay, avec promesse de le - récompenser largement. - - - - -CLXXXIVe DÉPESCHE - ---du VIIe jour de juing 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) - - Négociation du mariage du duc d'Anjou.--Débat de l'article - relatif à l'exercice de la religion.--Envoi des autres - articles. - - - A LA ROYNE. - -Madame, despuys celle que je vous ay escripte du IIe de ce mois, j'ay -tretté avec le comte de Lestre et avec milord de Burlay, séparéement -avec chacun, et puys conjoinctement avec toutz deux, de celluy tant de -foys débattu article de la religion, et de la difficulté qu'on faisoit -de nouveau de ne vouloir envoyer le reste des condicions, premier que -celle là fût accordée; en quoy je me suys esforcé de leur admener -aultant de raysons, que j'en ay sceu alléguer, lesquelles, avec la -confiance, que j'ay monstré que Voz Majestez Très Chrestiennes, et -Monsieur, aviez en eulx deux, avec ferme propos de leur recognoistre à -très grande mesure leurs bons offices, et que je leur ay franchement -dict que de ce coup avoit à résulter ou la conclusion de l'affaire à -quelque vostre honneste contantement, ou bien la ropture d'icelluy à -vostre très grand regrect, et avec opinion de rester moquez et quasi -affrontez; et leur ayant remémoré les parolles, que leur Mestresse, et -eulx, m'avoit dictes et faictes escripre, lesquelles ilz ne m'ont -point dényées, ilz se sont exortez l'ung l'aultre d'entreprendre à bon -esciant d'effectuer meintenant ce propos; et m'ont prié de vous en -donner toute bonne espérance, me tesmoignantz, l'ung à l'envy de -l'aultre, une leur tant bonne et droicte intention en cest endroict, -que je ne la vous sçaurois représenter meilleure de moy mesmes qui -suys asseuré, Madame, que vous la sçavez estre très parfaictement -bonne. Et sur ce, ayant, chacun à part, faict office avec leur -Mestresse, j'ay enfin obtenu que les dictes condicions seroient -présentement dressées, et m'en seroit faicte communication pour en -envoyer, eulx de leur part une coppie à leur ambassadeur, et moy une -aultre à Vostre Majesté, en ce toutesfoys qu'il aparoistroit que -c'estoit pour satisfaire au desir du Roy qu'elles avoient esté -baillées. - -Je confesse, Madame, que je n'ay rien débattu sur icelles, parce que -je le laysse faire à voz Majestez par dellà, si n'est d'avoir incisté -bien fort qu'on les fît raysonnables, et qu'on ne parlât aulcunement -de Calais, ainsy que vous pourrez voir que j'ay gaigné ce poinct; et -tout le reste est prins du mesmes contract du Roy Philippe avec la -Royne Marie, sinon en l'endroict où est faicte mencion des filles, et -de la succession à la couronne de France, au cas que Monsieur ou les -siens y parvinssent, et aussi que, là où est laysse en blanc la somme -du douayre, ilz me l'ont expéciffiée à quarante ou cinquante mil -escuz: qui me semble, Madame, avec les premières responces, lesquelles -je fays envoyer aussi refformées, qu'on pourra facillement parvenir en -ung bon accord. - -Les dicts Srs Comte et Burlay m'ont conseillé de parler despuys en la -mesmes sorte à leur dicte Mestresse comme j'avois parlé à eulx, du -poinct de la religion; ce que j'ay faict, sans y rien obmettre, et en -façon que je l'ay veue fort esbranlée, mesmes que, oultre les aultres -raysons et les occasions que je luy ay alléguées d'estre impossible -que Monsieur demeurast sans exercisse de sa religion, j'ay fermement -soubstenu que le feu Roy Edouart, son frère, l'avoit bien accordée -pour la feue Royne d'Espaigne, vostre fille, quant on trettoit de les -maryer, ce que je croy estre ainsy; et je vous supplie très -humblement, Madame, de meintenir à l'ambassadeur Valsingan que, quoy -qu'il ne se trouve par escript, que néantmoins il est vray. - -Tant y a que la dicte Dame, après m'avoir allégué les raysons qu'elle -avoit de craindre beaucoup de choses en cella, et qu'elle vouldroit -bien ou que Monsieur heust aultant de l'exercice de la religion -catholique, sinon seulement la messe comme il vouldroit, ou bien qu'il -attandît d'avoir encores celluy là par l'ottroy d'elle, après qu'ilz -seroient ensemble, elle m'a enfin respondu qu'après que le Roy aura -veu ses aultres demandes, et qu'il luy aura faict une ou aultre -responce sur celle de la religion, elle le résouldra incontinent après -de tout ce qu'elle pourra faire, sans aulcun dilay; et bien que je -l'aye conjurée de me permettre que je vous en peusse donner cependant -quelque bonne espérance, ou bien qu'elle mesmes vous la donnast par la -lettre qu'elle vous escriproit, elle n'a vollu passer oultre; et m'a -dict que j'excédois ma commission, car n'avois charge que de demander -le reste des articles. - -Je ne vous sçaurois assés bien exprimer, Madame, les bonnes parolles -et les démonstrations qu'au surplus elle a usé pour tesmoigner sa -bonne intention et encores son affection en cest endroict, et à -monstrer combien elle porte de vray amour et observance à Vostre -Majesté, et combien elle prise le Roy, vostre filz, et combien elle a -en grande extime les qualitez et grâces de Monsieur, m'ayant juré que, -oultre le tesmoignage universel que le monde vous rend à toutz trois, -que son ambassadeur et le comte de Rotheland luy en avoient -dernièrement escript en une si digne façon que jamais en sa vie elle -n'avoit leu ny ouy parler plus honnorablement de nulz princes de la -terre; et a vollu aussi randre ung très grand mercys à moy mesmes, -disant m'estre aultant obligée, comme elle le pouvoit estre à nul -gentilhomme du monde, pour avoir ainsy honnorablement escript d'elle à -Voz Majestez; de quoy elle feroit que Monsieur m'en remercyeroit -quelque jour, et que toutz deux en auroient recognoissance, et que, -sur ce que je luy offrois de l'esclarcyr de toutz les doubtes et -escrupules qu'on luy pouvoit avoir imprimé du costé de luy, qu'elle -n'en avoit nul sinon celluy qu'elle m'avoit dict de ne s'estimer assés -digne d'un si excellant prince, et que, possible, d'icy à sept ans, -quant il sera encores plus parfaict, qu'il la trouvera lors vielle, -car pour ceste heure espéroit elle bien de ne luy estre trop -désagréable. Et a adjouxté, en riant, que, possible, auroit il ouy -parler de son pied, mais qu'on luy avoit bien aussi vollu parler de -son braz, de quoy elle s'estoit mouquée, et d'aulcunes aultres choses -qu'elle n'avoit point creu, et qu'elle l'estimoit en tout et partout -très desirable.--«Très desirables, luy ay je respondu, qu'ilz estoient -véritablement toutz deux, et qu'il ne s'y voyoit nulle aultre -deffault, sinon qu'ilz ne se randoient assez tost possesseurs des -perfections l'ung de l'aultre.» - -Et, au partir de la dicte Dame, m'ayantz les dicts de Lestre et de -Burlay reconvoyé jusques hors du logis, je me suys pleinct à eulx de -n'avoir peu rapporter rien de certain sur le point de la religion; en -quoy ilz m'ont prié de vous escripre que les choses en estoient en -bons termes, et, qu'après vostre responce sur le dict article et sur -ceulx de présent, elle vous en résouldroit incontinent. Je les ay -priez de faire eslargir un peu à Mr de Valsingan la commission de -pouvoir amplement tretter de toutes ces difficultez par dellà, auquel -je vous suplie, de rechef, Madame, luy vouloir beaucoup gratiffier sa -dernière dépesche qu'il a faicte icy, et la luy fère gratiffier par le -Roy, et par Monsieur; car, à la vérité, elle a fort relevé le propos -avec la comprobation que le comte de Rotheland et le Sr Cavalcanty y -ont donné par leurs lettres, mais encor plus luy fault grandement -gratiffier les honnorables propos que la Royne, sa Mestresse, m'a -tenuz de Voz Majestez et de Monseigneur, et pareillement la bonne -affection de ses deux conseillers avec large promesse de la bien -récompancer; qui ne puys obmettre, Madame, de vous tesmoigner de -rechef l'extrême affection que le dict de Lestre monstre avoir en cest -affaire, et les dilligens offices qu'il faict veoir à chacun qu'il y -faict, qui commancent aussi ne paroistre à ceste heure moindres du -costé du dict de Burlay. Mais, pour ne consommer temps en négociation, -il semble, Madame, qu'aussitost qu'aurez conféré avec le dict Sr de -Valsingam, et que l'aurez faict aulcunement condescendre aulx -honnestes advantaiges qui seront cogneuz raysonnables pour Monsieur, -qu'il sera bon que Voz Majestez luy dyent que les condicions vous -semblent si prochaines d'accord de l'ung costé et de l'aultre, que -vous serez prestz du vostre d'en faire former et signer les articles, -aussitost que la Royne, sa Mestresse, aura déclairé qu'est ce qu'elle -veult faire pour Monsieur pour ne le priver de l'exercice de sa -religion, et qu'il ne peult faire, ny Voz Majestez ne peuvent vouloir, -qu'il soit du tout sans en avoir, et que, sur ce, il face une -soubdaine dépesche par deçà; et que pareillement cestuy des miens me -soit renvoyé, vous voulant bien dire, Madame, qu'ayant la matière esté -cy devant proposée à neuf de ce conseil, j'ay descouvert que toutz -unanimement ont respondu à leur Royne qu'elle debvoit entendre au -party de Mon dict Seigneur, et luy permettre l'exercice privé de sa -religion, et luy ottroyer toutes raysonnables condicions; qui me faict -esbahyr d'où vient à ceste heure ceste difficulté, car je voys bien -qu'elle mesmes et toute la Chrestienté n'auroient bonne estime de Mon -dict Seigneur, s'il quictoit ce point. Or, après que les présentes -condicions ont esté dressées, mais avant que j'aye heu l'aultre -responce de la dicte Dame, le Sr Dupin est arrivé avec les lettres de -Voz Majestez et de Monseigneur, et de monsieur de Montmorency, -lesquelles ont grandement confirmé l'opinion et l'affection des deux -conseillers, qui les ont aussitost communiquées à leur Mestresse; et -par le dict mesmes Dupin Vostre Majesté entendra l'advancement -qu'elles et sa venue ont apporté à la négociation. Le Sr de Vassal, -présent pourteur, vous racomptera d'aultres privez propos que les -dicts de Lestre et Burlay m'ont tenuz par lesquelz, sinon qu'ilz -soient du tout sans Dieu et sans foy, ilz monstrent que l'affaire est -pour réuscyr à bonne fin. Et néantmoins, pendant qu'ilz ont ainsy -ardentment négocié avecques moy, il m'est venu ung adviz, de fort bon -lieu, qui m'admoneste de ne leur donner foy ny créance, et qu'ilz ne -vont en tout que par simulation; et d'ailleurs, l'on m'a mandé qu'ilz -n'entretiennent ainsy ce propos que pour attandre le retour de Coban, -mais l'on n'en demeurera longtemps en erreur. Sur ce, etc. - - Ce VIIe jour de juing 1571. - - -PAR POSTILLE. - - Despuys la présente escripte, Mr le comte de Lestre, sur une - négociation, que par ung nostre commun amy nous menons ensemble, - m'a mandé avoir infinyement exorté la Royne, sa Mestresse, de ne - se vouloir retarder à elle mesmes le bien, l'honneur, la seureté - et le contantement qui luy vient de ce mariage, et qu'il luy - avoit admené quatre de ses principaux conseillers pour l'en - suplyer, et pour la persuader de ne contradire plus à ce point de - la religion. En quoy, encor qu'elle ne leur eust rien vollu - accorder en présence, néantmoins à luy, à part, elle avoit dict - qu'ilz ne la debvoient juger telle qu'elle vollût son mary estre - sans l'exercice de sa religion, ny le presser d'assister, à - regrect, à une aultre forme de religion contre sa conscience, - néantmoins qu'elle estoit contraincte de tenir le plus ferme - qu'elle pourroit en cella pour le respect de eulx mesmes; et - pourtant que le dict sieur comte me prioyt de conseiller à - Monsieur qu'il vollût tant defférer à la dicte Dame de dire à son - ambassadeur, ou bien luy escripre à elle, ou à moy pour le luy - dire à elle, que, pour la singulière amytié et bonne affection - qu'il luy porte, il ne crainct de luy remettre entièrement ce - point pour, en honneur et conscience, luy en ottroyer aultant - comme elle cognoistra que, sans son honneur et sans sa - conscience, il ne se pourroit passer d'en avoir, et qu'il espère - tant de sa bonté et vertu que eulx deux en demeureront bien - d'accord; et cependant que le dict sieur comte estoit d'adviz - que, sur ce qui en est couché aux premières responces, l'on passe - oultre à conclurre le reste des articles et des condicions, et - qu'il a obtenu desjà qu'il aura la charge d'aller quérir Mon dict - Seigneur: dont, si cella pouvoit estre pendant le progrez de la - dicte Dame, laquelle va vers Coventry, et que les nopces se - peussent cellébrer en une sienne mayson, qu'il a en ce quartier - là, laquelle s'appelle Quilingourt, il s'estimeroit très heureux. - - - - -CLXXXVe DÉPESCHE - ---du IXe jour de juing 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Lucas Fach.)_ - - Clôture du parlement.--Exécution de Storey.--Nouvelles - d'Écosse.--Résolution prise par Élisabeth d'envoyer des troupes - au comte de Lennox.--Accusation portée contre le duc de Norfolk - d'avoir adressé de l'argent en Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, le IIe de ce moys, vigille de la Pentecoste, la Royne -d'Angleterre est allé elle mesmes clorre son parlement, et ceux qui -estoient présens m'ont asseuré que ce a esté par ung parler si digne -et honnorable, et encores si grave et elloquent, que la pluspart de -l'assemblée en a esté esmerveillée; et toutz en sont restez fort -contantz. Elle a rejetté par bonnes raysons les nouvelles loix et les -contrainctes qu'on requéroit estre imposées sur l'observance de leur -religion, ayant layssé les choses comme elles estoient, et a confirmé -en quelque partie la loy de lèze majesté pour la seurté d'elle et de -son estat o[8] protestation que le tiltre d'aulcun qui prétande droict -à la succession de ce royaulme, n'en puysse estre intéressé; elle a -remercyé l'assemblée de l'ottroy du subcide, et a confirmé, au reste, -la pluspart de leurs aultres demandes. Il semble que le parlement n'a -esté du tout finy, ains qu'on y a miz POINCT, ainsy qu'ilz disent, -pour le pouvoir continuer, quant les affaires de la Royne et du -royaulme le requerront. - - [8] Avec protestation. - -Le docteur Estory[9] a esté enfin exécuté à mort, en l'eage de 80 ans, -nonobstant la remonstrance de l'ambassadeur d'Espaigne, et nonobstant -qu'il se soit toutjour opiniastrément meintenu estre subject du Roy -Catholique; mais ceste Royne a respondu:--«Que le dict Roy auroit bien -la teste, s'il la vouloit, mais que le corps demeureroit en -Angleterre.» Plusieurs des seigneurs de court et du conseil ont -assisté à l'exécution, espérant tirer de luy, à sa fin, ce qu'il -pouvoit avoir entendu de l'entreprinse du duc d'Alve et des fuytifz -Anglois, qui sont en Flandres, contre ce royaulme, et pareillement -quelque déclaration s'il ne recognoissoit pas la Royne d'Angleterre -pour sa vraye et légitime princesse, avec toute authorité temporelle -et ecclésiastique en ce pays; mais ilz n'en ont rien raporté qui les -ayt contentez. - - [9] Storey, zélé catholique, qui avait joué un rôle important - sous les règnes d'Edouard et de Marie, s'était réfugié en Flandre - auprès du duc d'Albe pour échapper à la vengeance d'Élisabeth. En - 1569, on était parvenu à l'attirer par surprise dans un vaisseau - anglais, qui le conduisit à Londres. Il fut condamné à mort comme - convaincu de trahison et de magie. - -Le comte de Lenoz, se trouvant à l'estroit, a envoyé en dilligence -solliciter icy du secours, et ont les lettres du mareschal de Barvyc, -qui a desjà conféré avecques luy, joinct la bonne estime du Sr -Briquonel, le plus renommé cappitaine d'Angleterre, qui les a -apportées, esté de grand moment pour faire mettre la cause en -dellibération; en laquelle, après avoir cogneu, par le jugement mesmes -du dict Bricquonel, que l'entreprinse d'assiéger le chasteau de -Lislebourg seroit très difficile et de grand despence, il a esté -advisé de n'envoyer point pour encores d'armée par dellà. Mais voycy, -Sire, ce qui a esté ordonné, et à quoy il a esté, quant et quant, -pourveu: que le dict Bricquonel yra promptement trouver le dict de -Lenoz à Esterlin, avec deux centz harquebuziers, pour demeurer là à la -garde du petit Prince, et que icelluy de Lenoz, avec cinq centz -soldatz escouçoys, entretenuz aulx dépens de la Royne d'Angleterre, -pourra aller courre sur ceulx de l'aultre party, et se saysir du Petit -Lict, s'il luy est possible; que le mareschal de Barvyc s'entremettra -cependant de mettre en quelque accord les ungs et les aultres à la -confirmation de l'authorité du petit Prince, aultant qu'il le pourra -faire, menaçant ceulx du party de la Royne à toute extrémité. Qui est -tout ce que, pour le présent, je puys descouvrir au vray avoir esté -résolu en ce faict, bien qu'on ayt renvoyé le Sr de Cuniguem avec -beaucoup d'aultres grandes promesses devers le dict de Lenoz. Cella -crains je, Sire, que, de tant que icelluy cappitaine Briquonel, lequel -part tout à ceste heure, doibt, à ce que j'entendz, embarquer les dict -deux centz hommes, que ce ne soit pour aller enlever le Prince -d'Escoce et le transporter de deçà, ou bien pour mettre ceste garnyson -dans Dombertran au lieu de la conduyre à Esterlin; vray est qu'on m'a -asseuré que le comte de Morthon s'est vivement opposé qu'on n'y mette -point d'Anglois, et en est pour cella en assés mauvais prédicament en -ceste court, encor qu'il se soit rabillé avec le dict de Lenoz, lequel -luy a cédé les terres, d'où le différant estoit nay entre eulx. La -comtesse de Lenoz s'est fort escryée que les adversayres de son mary -et de son filz estoient secouruz d'argent de France, de Flandres et -encores de quelque endroict d'Angleterre, dont l'on en a chargé le duc -de Norfolc, et en est la Royne d'Angleterre entrée en telle -indignation contre luy qu'elle a curieusement cerché, avec des gens de -loix et de justice, s'il y auroit nulle juste prinse sur luy pour le -pouvoir bien chastier, mais il se trouve de plus en plus net et -deschargé de tout crime. J'attandz responce de Vostre Majesté sur la -continuation de l'instance que j'auray à faire à la Royne d'Angleterre -pour les choses d'Escoce, sellon que j'ay commancé de les luy -proposer, et aussi ce que j'auray à luy dire de vostre part sur la -détention de l'évesque de Roz son ambassadeur, qui attand tout son -remède de l'assistance qu'il vous plairra luy faire. Sur ce, etc. Ce -IXe jour de juing 1571. - - - J'entends que le deuxiesme de ce mois ceulx de Lillebourg se - devoient mettre en campaigne pour aller exécuter quelque brave - entreprinse. Je ne sçay encores ce qui en aura succédé. - - - - -CLXXXVIe DÉPESCHE - ---du XIIIIe jour de juing 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Dièpe par Petit Bron._) - - Avantages remportés en Écosse par les partisans de Marie - Stuart.--Nouveaux secours envoyés d'Angleterre au comte de - Lennox.--Négociations des Anglais avec l'Espagne.--Nouvelle de - la blessure reçue par le roi. - - - AU ROY. - -Sire, l'entreprinse, que ceulx de Lillebourg ont faicte, de sortyr en -campaigne le IIe de ce mois, ainsy que je le vous ay mandé par -postille en mes précédantes, a esté pour surprendre le comte de -Morthon en sa mayson de Datquier; lequel, en estant adverty, s'est miz -aulx champs pour les combattre, estant luy mesmes avecques ses gens de -pied, et ung sien parant conduysoit ses gens de cheval, ce -qu'entendans les aultres ont faict arrester deux pièces d'artillerye -qu'ilz menoient, et ont renvoyé une partie de leurs chevaulx pour -attaquer le combat à pied, qui a esté assés aspre en ung lieu -estroict, d'où le dict de Morthon, ayant faict aprocher ses gens de -cheval, a miz peyne de se retirer à saulvetté: et y a heu de morts ou -prins, de chacun costé, envyron trente hommes. (Il est survenu ung -mauvais accidant à ceulx de Lislebourg, que le cappitaine Melain -voulant distribuer de la pouldre aulx soldatz, le feu s'y est miz qui -l'a tout brullé, et envyron douze à quinze des siens.) De cest -exploict d'iceulx de Lillebourg ont les dicts de Morthon et le comte -de Lenoz prins ocasion de presser davantaige la Royne d'Angleterre de -leur envoyer secours, mais elle n'en a ordonné d'aultre que je sache, -pour encores, que de ces deux centz harquebuziers (que je vous ay -desjà escript, qui sont envoyez, ainsy que ceulx cy disent, à -Esterlin pour la garde du petit Prince, de peur que ceulx de l'aultre -party, lesquelz sont à présent les supérieurs, le veuillent enlever -par force), et dix mil escuz, que j'entendz qu'on prépare d'envoyer au -mareschal de Barvyc pour les employer à relever et fortiffier la part -du dict de Lenoz. - -L'on m'a dict aussi qu'on lève des gens vers le North et que les -principaulx cappitaines et gens de guerre d'icy s'y acheminent, -s'aprochans de la frontière d'Escoce par prétexte que icelluy Morthon -a mandé que le layr de Fernihnost et les deux frères de Clarmes ont -entreprins de reprandre le chasteau de Humes, et que le mareschal de -Barvyc a escript que milord de Humes luy a juré qu'il se revanchera -des Anglois qui luy ont prins sa mayson et brullé ses villages, et -qui, avec quelque couleur de religion, vont faisant la guerre à ceulx -qui sont meilleurs protestants que eulx. De quoy la Royne d'Angleterre -est entrée en grande indignation; et néantmoins je n'ay nul certain -adviz qu'elle ayt rien ordonné davantaige que les dicts deux centz -hommes et les deniers, lesquelz ne sont encores envoyez. Sur quoy, -Sire, je n'ay vollu faillir de faire une opposition, au nom de Vostre -Majesté, et protester de l'infraction des trettez; et, encores qu'on -me veuille donner entendre que la dicte Dame a envoyé de bonne foy le -susdict mareschal de Barvyc devers les deux partys, pour les exorter à -ung bon accord ou néantmoins à vouloir faire quelque abstinance -d'armes, pendant qu'ilz renvoyeront leurs depputez par deçà pour -parachever le tretté, et qu'elle ne se veult entremettre de leur -guerre sinon avec le consens de Vostre Majesté, néantmoins je voys que -l'intention de ceulx de son conseil va toutjour à entretenir la -division dans le royaulme, et faire que la part du comte de Lenoz -reste la plus forte, et que la Royne d'Escoce demeure sans authorité, -et qu'ils puyssent gaigner temps, pour y exécuter puys après d'aultres -plus grandes choses, quand ilz verront leur point. Et cependant, Sire, -ilz vont en beaucoup de sortes pourchassant de racointer le Roy -d'Espaigne, ayant de nouveau faict plusieurs fort estroictes et -rigoureuses ordonnances contre ceulx qui s'entretiennent en ceste mer -au nom du prince d'Orange, qui font la guerre aux Espaignols et -Flamans, pour les chasser, eulx et leurs vaysseaulx, de touz les portz -et de la retrette de deçà; et hyer milord Sideney envoya prier -l'ambassadeur d'Espaigne, de luy faire venyr ung passeport du duc -d'Alve pour pouvoir aller aulx bains de Liège, et que ce ne sera sans -qu'il aille bayser la main à Bruxelles et luy faire entendre des -choses qui le contanteroient: à quoy le dict ambassadeur a fort -vollontiers presté l'oreille; et s'attendent, d'ung costé et d'aultre, -que le jeune Coban raportera de fort bonnes responces du Roy -Catholique. J'estime, Sire, que ceulx de ce dict conseil ne veulent -sinon entretenir de bien habilles négociations sans en conduyre pas -une à fin, parce que cella leur sert grandement à pouvoir manyer à -leur proffict toute l'authorité et les revenuz de ce royaulme. Sur ce, -etc. - - Ce XIVe jour de juing 1571. - - - Tout présentement milord de Burlay me vient d'envoyer ung de ses - gens pour me communiquer une lettre qu'il a receue de France, en - laquelle l'on luy faict mencion de la blessure de Vostre Majesté; - de quoy j'ay esté merveilleusement marry. Néantmoins j'ay loué et - remercyé Dieu que, par la mesmes lettre, j'ay veu que c'estoit - sans péril et hors de tout dangier de vostre personne. Il vous - plairra, Sire, commander que, par la première dépesche, il me - soit faicte mencion du dict accidant affin d'en satisfaire la - Royne d'Angleterre. - - - - -CLXXXVIIe DÉPESCHE - ---du XXe jour de juing 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Détails sur la blessure du roi.--Assurance donnée par - Élisabeth qu'elle ne veut envoyer aucun secours en - Écosse.--Sollicitation faite, au nom du roi, pour obtenir la - liberté de l'évêque de Ross.--Gravité des accusations portées - par la reine contre l'évêque.--Craintes inspirées en France par - les projets des Espagnols en Italie.--Efforts du comte de - Lennox pour rappeler Bothwel en Écosse.--_Lettre secrète à la - reine-mère._ Négociation du mariage du duc - d'Anjou.--Proposition du mariage d'Élisabeth avec le fils ainé - de l'empereur. - - - AU ROY. - -Sire, la blessure de Vostre Majesté a esté publiée si grande et si -dangereuse en ceste court, que j'en ay esté en une merveilleuse peyne, -et l'eusse esté en beaucoup plus grande sans ce que monsieur Pinart, -en la dépesche du propre jour de l'accidant, me manda de luy mesmes -qu'il n'y avoit nul dangier, dont j'en rendz grâces à Nostre Seigneur; -et, parce que la Royne d'Angleterre a monstré qu'elle en estoit -extrêmement marrye, j'ay bien vollu sur telle asseurance luy aller -dire que Vostre Majesté m'avoit commandé de luy compter ceste vostre -advanture, comme à celle qui estiez très asseuré que ne vous en -desiroit pas une que bonne, et qui seroit marrye qu'il vous en advînt -de mauvaise, luy particularisant comme cella estoit advenu, le mardy -matin cinquiesme du présent, en courant le cerf, et qu'encores qu'il -n'avoit peu estre que le coup ne fût rude, hurtant à une branche -d'arbre de toute la force du cheval, néantmoins ce avoit esté en tel -endroict de la teste qu'il n'y avoit nul périlh, et que Dieu, lequel -vous n'aviez failli d'invoquer le matin avant partir, sellon vostre -chrestienne coustume, et qui avoit aussi ouy la prière de tant de -miliers de personnes, à qui la vie de Vostre Majesté est très -précieuse, avoit miz la main au devant; dont espérois de pouvoir -asseurer, par les premières nouvelles de France, la dicte Dame que -vous ne vous en sentyriez plus nullement. - -Elle, joignant les mains, et remercyant Dieu avec grande démonstration -d'ayse, m'a respondu que mal ayséement vouldra l'on croyre, et elle -mesmes ne l'eust pensé, que ung tel accident luy eust touché tant au -cueur comme il avoit faict, mais qu'elle vous pryoit, Sire, ne doubter -qu'après les deux Roynes Très Chrestiennes, et Nosseigneurs voz -frères, et Mesdames voz soeurs, nul entre les mortels n'eust esté plus -marrye qu'elle de la perte de Vostre Majesté; laquelle elle prise et -ayme singulièrement pour les excellantes valleurs et vertuz que Dieu y -a mises, et aussi pour cognoistre qu'aujourduy, Sire, vous estes le -plus nécessaire prince de la Chrestienté; dont me remercyoit de la -tant bonne nouvelle que je luy en avois apportée, et que, pour en -estre plus asseurée, de tant que ce que je luy en disois estoit devant -le segond et troisiesme apareil, elle ne layrroit de dépescher le -jeune Housdon devers Vostre Majesté, comme elle avoit desjà proposé de -le faire, pour luy en raporter toute certitude; et qu'elle vous -suplioyt, Sire, de penser que par ce peu de mal Dieu vous avoit vollu -préserver d'ung plus grand inconvéniant à l'advenir, et vous advertyr -que veuillez doresenavant tenir vostre personne plus chère, comme -estant d'ung inestimable prix au monde. Et puys a passé à me dire -qu'elle avoit prins de bonne part ce que j'avois escript au comte de -Lestre des choses d'Escoce, et que, dez le jour précédant, elle avoit -donné charge à milord de Burlay de m'y faire responce, mais parce -qu'il avoit esté occupé, elle mesmes m'y respondroit à ceste heure, -c'est qu'elle n'avoit envoyé ny envoyeroit nulles forces, non pas -d'ung seul homme, en Escoce, et qu'elle avoit mandé à son mareschal de -Barvyc d'exorter les deux partys à ung bon accord, ou au moins à -prendre encores une bonne abstinance de guerre entre eulx, jusques à -ce qu'on auroit trouvé moyen de les paciffier du tout; qu'il les -pressât de renvoyer, de toutz les deux costez, leurs depputez pour -parachever le tretté, et qu'au reste il advertyst bien ceulx de -Lillebourg que, s'ilz s'esforçoient de vouloir saysir par force le -petit Prince, qu'elle envoyeroit des gens à Esterlin pour les en -garder. - -Je l'ay remercyé de sa bonne responce, et que, pour ne la fâcher plus -de ces affaires, je ne luy dirois sinon que je l'escriprois ainsy à -Vostre Majesté, et qu'encores me grevoit il assés que j'eusse à luy -parler de monsieur l'évesque de Roz, pour lequel vous ayant Mr de -Glasco fort expressément prié, et, possible, à l'instance des aultres -ambassadeurs qui sont prez de Vostre Majesté, de vouloir escripre en -sa recommandation à la dicte Dame, que vous luy en aviez faict une -lettre, laquelle je la prioys vouloir prandre de bonne part, et luy -ottroyer, pour l'amour de vous, sa liberté. - -La dicte Dame a leu la lettre, et puys m'a respondu assés soubdain -qu'elle ne pouvoit prandre de bonne part que Vostre Majesté luy en -escripvît en ceste façon; car, veu ce que le dict évesque avoit -entreprins contre elle, elle ne le trettoit que trop gracieusement, -l'ayant faict mettre en ung lieu honneste et sain, bien qu'avec -quelque garde, et que nul n'avoit à s'esbahyr si elle vouloit -aprofondir le faict de ceste grande entreprinse, qu'il avoit dressée, -de faire descendre des estrangiers en certains portz de ce royaulme, -et faire ellever aulcuns des naturels de ce pays pour s'y joindre, et -faire édiffier ung fort non guières loing de Londres pour y faire la -première masse, et commancer d'y relever l'authorité de sa Mestresse -comme légitime Royne, contre elle qu'il disoit estre illégitime; et -qu'elle vouloit sçavoir à qui il avoit baillé les deux lettres -merquées de 40 et de 30, puysque la Royne d'Escoce et l'ambassadeur -d'Espaigne affermoient que ce n'avoit pas esté à eulx; et qu'au reste -le dict évesque n'estoit plus lors réputé ambassadeur, quant il fut -resserré, car avoit excédé son office, et sa Mestresse l'a despuys -désadvouhé, ainsy que desjà elle le luy avoit escript de sa main, et -désadvouhe pareillement toutes les pratiques que luy et Ridolphy ont -eu ensemble. Lesquelles la dicte Royne d'Angleterre asseuroit ne luy -estre plus incogneues, ny celles que icelluy Ridolphy avoit menées en -Flandres avec le duc d'Alve, ny celles qu'il avoit despuys faictes à -Rome et par les chemins; et qu'elle s'esbahyssoit par trop comme, -parmy le propos qui se trettoit d'une plus estroicte alliance, Vostre -Majesté y mesloit ceste matière qui luy estoit tant à contre cueur; et -qu'il sembloit que, de vostre costé, Sire, vous vollussiez faire vray -le dire du Machiavel, «que l'amytié des princes ne va qu'avec leur -commodité», et que si le susdict propos ne venoit à bonne fin, qu'il -ne fauldroit pas qu'elle fît grand estat de la vostre. - -Je luy ay coupé assés court ce propos, la pryant seulement de prendre -argument tout contraire de ce qu'elle vous voyoit tant constamment -persévérer vers la Royne d'Escoce et ses affaires, car cella vous -randoit tesmoignage que vous sçaviez estandre vostre amytié oultre -vostre commodité, et que vous n'estiez pour deffaillyr en nul temps à -ceulx de vostre alliance, ce qui luy debvoit à elle mesmes faire venir -plus d'envye de la desirer; et suys passé à luy dire qu'aprez l'estat -de vostre personne, vous me commandiez de luy faire entendre de celluy -de voz affaires, comme les gouverneurs de voz places, qu'avez en -Piedmond et Salusses, avoient prins souspeçon d'aulcunes forces que le -Roy d'Espaigne y avoit faictes aprocher pour se saysir du marquisat de -Final, mais qu'après avoir exécuté leur entreprinse, ils s'en estoient -retournez sans toucher à rien où vous eussiez intérest, et que le Roy -d'Espaigne vous en avoit donné si bonne satisfaction que vous -demeuriez en plus ferme et estroicte intelligence ensemble que jamais. - -Elle m'a respondu qu'elle estoit bien fort ayse de veoir persévérer -deux telz grandz princes, ses allyez, en mutuelle amytié, car de là -dépendoit le repoz de la Chrestienté, et qu'elle ne s'esbahyssoit pas -si les gouverneurs de voz places avoient heu deffiance des Espaignolz, -car elle avoit adviz de Rome qu'au sortyr de conclurre la ligue, ung -cardinal avoit dict qu'à ceste heure ne failloit plus que nul -s'advouhât François en toute l'Ytallie, et qu'on les renvoyeroit -bientost trestoutz par deçà les montz, ce qu'elle avoit desiré me dire -il y avoit plus de huict jours. - -Je luy ay respondu, qu'ayant la ligue esté dressée dans Rome, il -estoit à croyre qu'on y avoit parlé des choses que ceulx du -concistoire avoient à cueur, comme de la forme de la religion -d'Angleterre et de la paciffication de France, et que Vostre Majesté -et la dicte Dame feriez bien de prandre garde à ce qui se pourroit -dresser, quelle part que ce fût, contre le repoz de voz estatz, pour -mutuellement vous en advertyr. - -A quoy elle m'a soubdain respondu, et avec affection, que s'il -playsoit à Vostre Majesté d'en user ainsy, qu'elle y satisferoit fort -fidellement de son costé. - -Je laysse plusieurs aultres propos d'entre la dicte Dame et moy, qui -seroient, possible, trop longs icy, pour, au reste, vous dire, Sire, -que, par ordonnance de ceulx de ce conseil, le comte de Lenoz a envoyé -en Dannemarc pour consentyr à la restitution du comte de Boudouel, -comme très oportune pour luy et pour ses affaires, et promettre au roy -de Dannemarc que cella ne tournera jamais à rien de son dommaige, et -que la mesmes courtoysie de sa royalle protection, dont il a usé -envers le dict Boudouel, ne luy sera dényée à luy mesmes et aulx siens -par la Royne d'Angleterre et par le jeune Roy d'Escoce, en leurs -royaulmes, quant l'ocasion s'y offrira: ce que le dict de Lenoz mande -que le dict roy de Dannemarc a accordé, en luy baillant la susdicte -promesse par escript, signée et scellée en bonne forme, et donne -entendre que le Sr d'Anze, vostre ambassadeur par dellà, le consent -ainsy, et que les parties de toutz costez ont promiz de l'accomplyr -dans le jour de Sr Berthèlemy, qui est le XXIIIIe d'aoust prochain. -Dont les amys de la Royne d'Escoce supplient très humblement Vostre -Majesté de ne vouloir permettre telle chose, ains de la remédier, le -plus promptement que faire se pourra, de tant que le retour du dict -Boudouel viendroit traverser tout le bon ordre qu'avez commancé de -donner aulx choses du dict royaulme, et luy mesmes seroit conduict -icy pour achever de ruyner les affaires et la réputation de ceste -pouvre princesse. Sur ce, etc. Ce XXe jour de juing 1571. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, ce que j'escriptz au Roy, par le pacquet ordinaire, vous fera -veoir qu'il n'est possible que je use de nul si grand respect vers la -Royne d'Angleterre ez choses d'Escoce, qu'elle n'y trouve toutjour de -l'offance, mais je la vays rabillant le mieulx que je puys, et cognois -que la réputation du Roy et celle de ses affaires vont chacun jour -gaignant quelque chose de plus en ceste isle par le maintien de ceste -cause, ce qui faict que je ne vous puys conseiller de l'abandonner; et -le propos du mariage ne laysse pour cella de se bien porter, ayant -trouvé, par le parler et par toutes les contennances et démonstrations -de la Royne d'Angleterre, qu'elle persévère en sa bonne vollonté et -qu'elle a de tant plus dévottement prié Dieu pour la convalescence du -Roy qu'elle a crainct, s'il mésadvenoit de luy, qu'elle ne peult avoir -Monsieur, son frère, et ne me l'a point dissimulé. Le comte de Lestre -m'a adverty qu'aussitost que le Sr Thomas Fiesque a esté par deçà, il -luy est venu dire que plusieurs considérations avoient meu le duc -d'Alve de ne se pouvoir persuader que le mariage de la Royne, sa -Mestresse, avec Monsieur deubt jamais sortyr effect, tant pour -l'ancienne inimitié des nations, et pour les injures et dommaiges -receuz des Françoys, et pour les désadvantaiges qu'elle et son -royaulme y auroient, que pour le peu de seure amytié qu'elle pourroit -jamais establyr avecques le Roy, ny recouvrer de luy Calais; mais, si -elle, à bon esciant, se vouloit maryer, il luy sçavoit ung party qui -estoit le plus honnorable et advantaigeux de toute la Chrestienté. A -quoy le comte avoit respondu que indubitablement la dicte Dame se -vouloit maryer avec ung prince de sa qualité; et que lors icelluy -Fiesque avoit suyvy à luy dire qu'il avoit donques charge de luy -nommer le party que le duc d'Alve vouloit dire, lequel estoit du filz -ayné de l'Empereur, prince de grand honneur et de grand vertu, fort -beau, de belle taille et disposition, d'eaige aprochant de celluy de -Monsieur, et qui plus que luy pouvoit faire toutes conditions grandes, -advantaigeuses et honnorables à la dicte Dame, et l'alliance s'en -continueroit plus agréable à tout ce royaulme que ne pouvoit estre -celle de France; et que, tout sur l'heure, il dépescheroit ung poste -pour en advertyr le duc, lequel ne fauldroit, avant quinze jours, d'en -mander une si bonne et si certaine promesse de l'Empereur que la dicte -Dame en demeureroit très contante, et icelluy sieur comte fort -grandement gratiffié des bons offices qu'il y feroit; et qu'à bout de -quinze jours n'estant encore la dicte responce venue, mais seulement -une petite lettre du dict duc, icelluy Fiesque estoit retourné -supplier fort instantment le dict sieur comte qu'il vollût faire -supercéder, encores pour six jours, la conclusion du propos de -Monsieur, et que, dans le septiesme, la responce de l'Empereur, telle -que la Royne la pourroit desirer, seroit sans aulcun doubte arrivée. A -quoy le dict comte luy avoit respondu qu'il estoit venu tard, et qu'il -ne le vouloit entretenir en espérance, l'advertissant que les choses -estoient desjà conclues avecques Monsieur; de quoy le dict Fiesque -estoit demeuré triste et estonné à merveilles, lequel n'avoit, despuys -son arrivée, cessé de solliciter par promesses et par présens -plusieurs de ceste court à l'affection du dict party. - -J'ay remercyé le dict sieur comte de son bon office et de -l'advertissement qu'il m'en donnoit, et l'ay asseuré que j'avois -escript à bon esciant en fort bonne sorte à Vostre Majesté pour faire -venir bientost le propos à bonne conclusion, et que je n'avois obmiz -rien de ce qui le concernoit à luy en son particullier, ayant envoyé -son pourtraict et procuré de luy faire avoir celluy d'une très belle -et vertueuse princesse, en quoy, Madame, je vous suplie très -humblement qu'il luy soit donné le plus de satisfaction que faire se -pourra; car l'on s'esforce fort de le destorner du bon chemin qu'il a -tenu jusques icy au propos de Mon dict Seigneur. Et m'a l'on révellé, -de bon lieu et grand, que, quant je demanday naguières le reste des -condicions, et qu'il fut miz en dellibération si la restitution de -Callais y seroit apposée, que le dict sieur comte avoit, ne sçay à -quelle occasion, oppiné qu'on l'y debvoit mettre, mais que la dicte -Dame, en demeurant en quelque doubte à cause de ce que je luy en avois -auparavant dict, fut par le comte de Sussex et millord de Burlay -résolue de ne le debvoir faire. Et ung de ceulx, que je réputte des -plus certains et plus importantz amys qui sont par deçà de ceste -cause, craignant le changement des vollontez, m'a mandé, de sa main, -ces propres motz:--«Nous desirons que Monsieur ne soit difficile aulx -conditions, car, s'il vient, il aura ce qu'il vouldra, et, par sa -venue, il se fera icy une grande mutation pour les bons, et ne -manqueront amys qui pour ceste heure ne se monstrent; par ainsi, -faictes bonne euvre en cest endroict comme faictes ez aultres.» Lequel -conseil, Madame, je vous ay bien vollu mander avec les aultres choses -de cy dessus; et qu'on m'a asseuré, encores d'ailleurs, qu'on tient -icy toutes dellibérations et affaires en suspens, attandant la -responce que Voz Majestez feront sur la conclusion du dict mariage. -Sur ce, etc. - - Ce XXe jour de juing 1571. - - - - -CLXXXVIIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIe jour de juing 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne le postillon._) - - Meilleur traitement fait à l'évêque de Ross.--Nouvelles - d'Écosse.--Insistance de l'ambassadeur, au nom de Marie Stuart, - pour que le roi s'oppose à la mise en liberté de - Bothwel.--Accord d'Élisabeth avec les princes protestans pour - faire des levées d'hommes en Allemagne.--Mise en liberté du - comte de Hertford.--Négociation des Pays-Bas.--Prise de Leith - par le comte de Morton.--_Lettre secrète à la reine-mère._ - Négociation du mariage.--Discussion des articles. - - - AU ROY. - -Sire, il vous aura esté aysé de cognoistre, par mes précédantes -lettres du XXe du présent, comme, à la contradiction que la Royne -d'Angleterre m'a faicte sur l'instance de la liberté de Mr de Roz et -des aultres choses d'Escoce, je n'ay vollu contentieusement emporter -le dernier mot sur elle, ains, pour ne l'aigrir davantaige, je me suys -contanté d'aulcunes gracieuses répliques; lesquelles enfin, après -qu'elle les a heues bien considérées, ont produict meilleur effect que -je n'espérois, car, le jour d'après, elle a faict procéder à l'examen -du dict évesque sur les mesmes choses, ou peu dissemblables, que la -première foys, et en beaucoup plus gracieuse façon, de sorte qu'il -rend les très humbles grâces à Vostre Majesté du sollaigement qu'il a -desjà commancé de sentyr par la protection en quoy il vous a pleu le -prendre; qui pourtant vous demeure très obligé et dévot serviteur, et -plus encoragé que jamais à souffrir toutes extrémitez pour la Royne, -sa Mestresse. Et la Royne d'Angleterre, aussi de son costé, a commancé -de penser plus modéréement ès dictes choses d'Escoce, délayssant celle -tant précipitée dellibération qu'elle avoit faicte d'y envoyer des -gens, pour retourner à la poursuitte du tretté; et entendz, Sire, -qu'elle procure de faire venir, entre aultres depputez de dellà, le Sr -de Ledinthon, de quoy je serois bien ayse pour la confiance que la -Royne d'Escoce a meintenant en luy, et qu'il est homme pour bien se -démesler des difficultez qu'on luy pourroit faire; mais cella m'est -suspect que sa venue est pourchassée de ceulx cy, dont la fauldra de -tant plus observer: je ne sçay s'il se vouldra hazarder de faire le -voyage. - -J'entendz que le cappitaine Melvin est mort de ceste bruslure de -poudre, et que ceulx de Lillebourg ont abattu tout le faulxbourg de -Queneguet, où le comte de Lenoz avoit tenu son parlement, et qu'ilz -ont retiré grand nombre de vivres dedans le chasteau de Lillebourg. Je -suys de rechef fort instantment sollicité de suplier Vostre Majesté -d'empescher en toutes sortes le retour du comte de Boudouel, car l'on -estime que nul plus grand escandalle à la réputation de ceste pauvre -princesse, ny nul plus grand destorbier à ses affaires et à ceulx de -vostre service par deçà, ne sçauroit venir de nulle aultre chose qu'on -peult pratiquer au monde. Et, au reste, Sire, affin que Vostre Majesté -voye de quelle grandeur de cueur et patience la Royne d'Escoce -dellibère d'attandre l'yssue de ses affaires, je vous envoye -l'extraict d'une lettre qu'elle m'a escripte, du XIIe de ce mois[10], -sur laquelle je vous diray seulement que je ne puys vériffier en façon -du monde que les trois centz Anglois, dont elle faict mencion, soyent -coulez en Escoce; ains m'asseure l'on par divers aduiz qu'il n'en y -est encores entré pas ung en armes, dont je travailleray de le sçavoir -encores plus au vray, affin de vous en advertyr. - - [10] Cette lettre n'a pas été transcrite sur les registres, mais - elle fait partie de la _Collection complète des lettres de Marie - Stuart_ publiée par Mr le prince de Labanoff de Rostof, où sont - également insérées toutes celles que nous avons pu retrouver dans - les papiers de l'ambassadeur. - -Et quant aulx choses que le docteur Dumont a négociées icy, elles ont -esté pour la pluspart en confirmation de celles que, l'année -précédente, le Sr de Quillegray avoit trettées pour la Royne -d'Angleterre avec les princes protestantz, affin d'estraindre -davantaige l'intelligence qu'ilz ont ensemble, et a proposé qu'il se -fît fondz de cinq centz mil escuz à Estrabourg pour un soubdain -besoing à la deffance de leur religion, et que la dicte dame en -fornyst cent mil, et les trèze princes et dix huit villes de la -confédération les aultres quatre centz mil, pour pouvoir avec cella -toutjour arrer les principaulz capitaines et les meilleures levées -d'Allemaigne, avec obligation toutesfoys de la dicte somme et des -intérestz, par les dicts princes vers la dicte Dame, qu'il n'y sera -touché que pour la dicte cause, ny sinon après que l'on en aura -toutjour heu son congé et commandement; et desiroit le dict Dumont en -emporter présentement la lettre de crédit pour avoir le payement en -Hembourg à la my aoust prochain, ce que je ne puys encores bien -descouvrir qu'il l'ayt obtenu, et croy qu'il est seulement encores en -promesse; mais je sçay bien qu'il a esté fort gracieusement expédié, -et qu'il s'en est retourné joyeux et contant. - -Le comte de Herfort, qui avoit fort longtemps esté en arrest et -demeuré interdict pour le mariage de Madame Catherine[11], a esté, le -XVe de ce moys, restitué à son entière liberté et à la court; et -espéroit l'on que le mesmes se feroit du duc de Norfolc, mais les -offances qui procèdent de la Royne d'Escoce sont plus rescentes et -vifves que celles de la dicte Madame Catherine, qui est desjà morte; -par ainsy ne se peuvent si tost résoulder. - - [11] Catherine, soeur puînée de Jeanne Gray. Voir _note_, t. III, - p. 359. - -Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz aillent lentement et -froydement, ilz se poursuyvent néantmoins toutjour avec fort grande -espérance qu'ilz s'accommoderont: l'on y attand, d'heure en heure, une -responce du duc d'Alve, et le retour du jeune Coban, pour y mettre à -bon esciant la main. L'ambassadeur d'Espaigne a heu fort à playsir le -bon ordre, que je l'ay asseuré que Vostre Majesté avoit donné de faire -bien recepvoir les vaysseaulx d'Espagne et de Flandres en toutz les -portz de vostre royaulme. Et de tant que ce dessus satisfaict à la -pluspart du contenu en la dépesche de Vostre Majesté du XIe du -présent, laquelle je viens, tout à ceste heure, de recepvoir, je -n'adjouxteray rien plus icy. Sur ce, etc. - - Ce XXIIIe jour de juing 1571. - - - Tout à ceste heure, le capitaine Briquonel est arrivé en poste, - qui asseuré que le comte de Morthon s'est saysy du Petit Lict, et - qu'estant milord de Humes le XVIe du présent sorty de Lillebourg, - pour l'empescher, il luy est allé au devant avec toutes ses - forces, et y a heu ung aspre rencontre, où le dict de Humes et - son fils bastard, et le capitaine Coulain sont demeurez - prisonniers, Quelouin tué, et envyron douze soldatz et deux - pièces de campaigne perdues. Il fauldra, Sire, donner aultre - adresse à ceulx que Vostre Majesté envoyera dorsenavant en Escoce - que non pas du Petit Lith. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, à ces deux poinctz que Vostre Majesté a briefvement adjouxté -de sa main en la lettre du XIe du présent, dont l'ung est que je -m'esclarcysse s'il y a de la tromperie, et l'aultre que les condicions -ne vous semblent assés correspondre au contenu de ma lettre, je vous -diray, Madame, quant au premier, que je n'ay cessé auparavant et -despuys que le propos a esté descouvert, d'y cercher, par toutz moyens -et de toutz endroictz, le plus de clarté et de vériffication qu'il m'a -esté possible; et en ay parlé moy mesmes le plus dextrement et en la -meilleure sorte que j'ay peu, bien souvent à la Royne d'Angleterre et -à ses deux conseillers, et leur en ay faict parler par d'aultres; et -encores ay fort curieusement faict enquérir les amys, et pareillement -les ennemys, qu'est ce qu'ilz en entendroient. Mais le tout, à -présent, se raporte à ce que ceste princesse procède sans feyntize à -desirer le party de Monsieur, et qu'elle y est plus encline et bien -affectionnée que jamais; et ceulx qui plus souspeçonnoient la -tromperie, du commancement, m'en parlent, à ceste heure, de ceste -façon, et que l'artiffice d'elle et des siens va seulement à gaigner -les advantaiges et respectz qu'ilz pourront. Encores despuys une -heure, le comte de Lestre me vient de mander que la dicte Dame se -rend, de jour en jour, mieulx disposée en cest endroict, et que, au -soir, estant allée en son parc de Vuesmestre veoir une salve et une -reveue d'aulcuns harquebuziers que le comte de Oxfort et les -capitaines Orsey et Leyton y avoient menez, elle luy dict qu'il -failloit pourveoir de bonne heure à donner des semblables playsirs à -Monsieur, mais qu'elle s'esbahyssoit comme son ambassadeur tardoit -tant à luy mander quelque responce. Et les dames m'ont faict entendre -d'aultres petites particularitez conformes à cella, et surtout le -sieur comte m'asseure que milord de Burlay est, à ceste heure, très -affectionné à la matière: qui est ce que, à présent, j'ay pour vous -dire sur l'esclarcissement de la tromperie. - -Et quant aulx condicions, Vostre Majesté me pardonra si je luy diz -librement que celles qu'on m'a dernièrement baillées pour vous -envoyer, si elles sont bien prinses, ne sont sinon raysonnables, en -ayant aultant esté accordé par le Roy Phelipe à la feu Royne Marie, et -puys c'est la demande qu'ils font de leur costé, dont c'est à nous de -faire, à ceste heure, la nostre, et que l'une soit modérée par -l'aultre; et encores que j'eusse proposé de n'en rien débattre jusques -après avoir entendu de voz nouvelles, si, en ay je touché ung mot au -comte de Lestre, et ay tiré de luy qu'ung honneste entretennement -durant la vie, et une fort honnorable provision, en cas de survivance, -seront sans doubte assignez à Mon dict Seigneur, et que le pénultiesme -article, qui semble limiter par trop l'authorité de Mon dict Seigneur, -n'est que pour ne restraindre celle de la Royne, et non qu'il ne l'ayt -conjoincte avecques elle, ny qu'elle ne le puysse advantaiger, et que -les durtez et ambiguytez, qu'en tout évènement se trouveront ès dicts -articles, pourront estre amandées; ayant en oultre considéré la dicte -Dame qu'il ne seroit pas raysonnable qu'après elle Mon dict Seigneur -demeure sans tiltre de Roy, et pourtant, si elle n'estoit si heureuse -de le luy faire porter de Roy Père, qu'il l'auroit au moins de Roy -Douarier d'Angleterre. - -J'ay vollu passer oultre au poinct de la religion, et luy dire ce que -j'avoys dict aussi à elle, que je ne voulois tant mal présumer du -parfaict jugement de la dicte Dame qu'elle vollust randre privé et -interdict Monsieur, en demeurant sien, de ce que nul aultre prince -souverain de toute la terre habitable ny entre les chrestiens, ny -entre les infidelles, n'estoit qu'il ne l'eust, qui est l'exercisse de -sa religion; ce qu'elle a confessé estre vray, et m'a dict qu'elle -espéroit que Dieu y pourvoirroit; et le dict comte, en riant, m'en a -dict aultant. Mais ny l'ung ny l'aultre n'ont passé oultre, et veulent -attandre la responce de leur ambassadeur, avec lequel je vous supplie, -Madame, de faire dresser une forme de contract, où les unes et les -aultres condicions soyent mises avec réservation que les articles -qu'il n'osera, ou ne pourra accorder, soyent renvoyez, pour estre -changez, augmentez ou diminuez par deçà, affin qu'il ne pense qu'on le -veuille surprendre, et puys me les envoyer; et je mettray peyne de -vous en faire avoir tout incontinent la résolution, et arresteray, au -cas que les choses doibvent aller en avant, du temps, du lieu et des -personnes qui se debvront assembler pour les estipuler et conclurre, -et qu'il vous playse, Madame, m'envoyer vostre bonne instruction sur -l'affaire, auquel je apporteray du mien aultant et plus de soing, de -dilligence et de fidelle affection, que si c'estoit pour saulver ma -vie. Sur ce, etc. - - Ce XXIIIe jour de juing 1571. - - - - -CLXXXIXe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour de juing 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Bouloigne par ung homme du Sr Acerbo._) - - Détails du combat livré en Écosse près de Lislebourg.--Charge - donnée à l'ambassadeur par Marie Stuart d'être son représentant - pendant la détention de l'évêque de Ross.--Communication faite - par lord Burleigh de tous les détails qui établissent la - conspiration de l'évêque de Ross et de Ridolfi.--Assurance - qu'Élisabeth veut procéder au traité avec Marie - Stuart.--Nouveaux mouvemens en Irlande.--Concessions faites par - le duc d'Albe aux Anglais sur la restitution des - prises.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du - mariage. - - - AU ROY. - -Sire, après que j'ay heu escript à Vostre Majesté, au pied de ma -dépesche du XXIIIe du présent, ce que, à la haste, j'avois peu -aprandre du rencontre que le capitaine Briquonel disoit estre advenu -le XVIe auparavant en Escoce, milord de Burlay, le jour d'après feste -de St Jehan, m'a envoyé mestre Vuynbenc, l'ung des clercs de ce -conseil, pour m'en faire l'entier récit, jouxte ce qu'il m'a asseuré -que le mareschal de Barvyc en escripvoit. Lequel a mandé qu'estant -arrivé par dellà il avoit trouvé les seigneurs du pays fort anymez les -ungs contre les aultres, et que néantmoins, par la dilligence qu'il -avoit uzé d'aller devers ceulx du party de la Royne d'Escoce à -Lillebourg, et puys devers les aultres du Petit Lith, il avoit tant -faict qu'il les avoit ramenez à vouloir entendre ung bon accord, -auquel la Royne, sa Mestresse, les exortoit, et les avoit, deux jours -durant, engardez de combattre; et nonobstant que le troisiesme ilz -fussent sortys en campaigne par l'opiniastreté de milord de Humes, -encor les avoit il retardez, aultant qu'il avoit peu, qu'ilz ne -vinsent aulx mains, et le différant n'avoit resté qu'au poinct de la -réputation à qui premier se retireroit; dont il s'estoit miz entre les -deux troupes pour, au signal de son chappeau, quant il le lanceroit, -l'on commanceât égallement de chacun costé de s'en aller; mais, quant -l'on en est venu là, le dict de Humes, se sentant piqué de quelque -chose, avoit attaqué le combat où il estoit demeuré prins, l'abbé de -Quelouin avec sèze aultres tuez, et deux petites pièces de campaigne -perdues, et que, nonobstant cella, le dict Drury mandoit qu'ilz -estoient encores de toutz costez en bonne disposition d'apointer: ce -que la Royne, sa Mestresse, me vouloit bien faire entendre au vray, et -qu'au reste il m'envoyoit une lettre que la Royne d'Escoce m'avoit -escripte. - -J'ay leu incontinent la dicte lettre, et parce que par icelle elle me -prioit de prendre le soing de ses affaires, et de solliciter la -liberté de son ambassadeur, et d'incister au parachèvement du tretté, -j'ay envoyé la dicte lettre à icelluy de Burlay pour la veoir, et pour -le prier que, sur l'ocasion d'icelle et des nouvelles que le mareschal -de Barvyc avoit mandées, il luy pleût me faire meintenant avoir la -responce de la Royne, sa Mestresse, touchant les bons expédiantz que -naguières Vostre Majesté m'avoit faict luy offrir. Sur quoy il m'est -despuys venu trouver en mon logis pour me confirmer les mesmes choses, -qu'il m'avoit mandées d'Escoce, et m'a dict, au reste, qu'il n'y avoit -rien que la Royne, sa Mestresse, heust en plus grand desir que de -prendre expédiant ez affaires de la Royne d'Escoce et de son royaulme; -et puysque Drury espéroit de pouvoir conduyre les seigneurs du pays en -accord, ainsy qu'ilz l'avoient, des deux costez, priez de demeurer -encores pour le moyenner, la dicte Dame me prioit aussi d'attandre -jusques à ce qu'elle eust heu de ses nouvelles, et puys j'en yrois -conférer avec elle; et que cependant elle me vouloit bien faire veoir -que la matière n'avoit esté acrochée à des difficultez qui ne fussent -fort grandes et fort considérables, lesquelles il s'est mises à -racompter par ordre. Mais parce que je les ay la pluspart desjà -récitées en mes précédantes dépesches, je ne toucheray icy sinon celle -qu'il a dict avoir plus irrité la dicte Dame; c'est qu'elle avoit -vériffié que la Royne d'Escoce et l'évesque de Roz avoient pratiqué de -nouveau à luy susciter une grande rébellion de ses subjectz, laquelle -avoit esté si preste à exécuter que Ridolfy, à la fin de mars, -l'estoit allée proposer au duc d'Alve, luy demandant ung bien petit -nombre de harquebuziers pour les faire descendre en ung port de ce -royaulme, à ce mois de juillet; et que incontinent ceulx de la -conjuration, lesquelz debvoient avoir toutes choses bien prestes, et -qui estoient en grand nombre et des principaulx de la noblesse, s'y -joindroient et marcheroient droict à Londres, où, avec la faveur des -deux causes qu'il disoit y estre fort desirées, sçavoir, la religion -catholique et l'advancement du tiltre de la Royne d'Escoce, ils se -randroient facillement maistres de la ville, et de la Tour, et de tout -le royaulme: ce que le dict duc avoit receu avec grand affection, et -avoit promiz en la main du dict Ridolfy le secours qu'on luy -demandoit, seulement l'avoit chargé d'escripre par deçà, qu'on tînt -toutes choses prestes et en estat, sans rien mouvoir, jusques à ce que -icelluy mesmes Ridolfy heust faict ung voyage en grand dilligence à -Rome et en Espaigne, pour avoir l'ordre et le consentement du Pape et -du Roy Catholique là dessus; dont, avant prendre la poste, il avoit -escript les choses dessus dictes en chiffre à l'évesque de Roz, et luy -avoit envoyé deux aultres lettres, marquées de 30 et de 40, que -celluy qui les a chiffrées afferme que s'adressoient à deux seigneurs -de ce royaume, et qu'elles contenoient la promesse du duc d'Alve, avec -advertissement de n'en rien communiquer à l'ambassadeur de France, -parce qu'il en advertiroit Leurs Majestez Très Chrestiennes, -lesquelles, pour l'ocasion de l'alliance qui se pourchassoit, -pourroient descouvrir toute l'entreprinse à la Royne d'Angleterre; et -que le dict évesque de Roz confessoit avoir receu les dictes lettres -ainsy merquées, mais que l'une s'adressoit à sa Mestresse, et l'aultre -à l'ambassadeur d'Espaigne qu'il luy avoit desjà délivrée, ce que le -dict ambassadeur dényoit; dont se cognoissoit assés qu'on avoit heu -grand occasion de resserrer le dict évesque; et que la Royne, sa -Mestresse, me prioit de peser bien ces choses, qui estoient pour la -justiffication de tout ce qu'elle avoit usé vers la Royne d'Escoce et -son ministre. - -J'ay remercyé très humblement la Royne de ceste communication qu'elle -me faisoit faire; et ay loué sa prudence, et celle de ses sages -conseillers, d'avoir sceu si sagement pourvoir à ung dangier si -imminant; et que néantmoins, considéré les mesmes choses qu'elle me -venoit de mander, et d'aultres qui, possible, n'estoient encores -descouvertes, et que le bien et la seurté d'elle et l'honneur et -l'obligation de Vostre Majesté concouroient à l'accommodement des -affaires de la Royne d'Escoce et de ses subjectz, je ne pouvois cesser -de la supplier qu'elle y vollust entendre par ce mesmement que, à -ceste heure plus que jamais, vous seriez pressé d'assister à ceulx de -Lillebourg; et qu'au reste, de tant que les ambassadeurs n'avoient à -randre compte de leurs actions qu'à leurs Maistres, que je la -supplioys de ne faire préjudice à cestuy leur inviolable droict, -lequel elle mesmes avoit intérest de bien conserver. A quoy il m'a -respondu que la dicte Dame m'asseuroit que, nonobstant ses offances, -elle ne lairroit de prandre ung si honnorable expédiant avec la Royne -d'Escoce que Vostre Majesté s'en contanteroit, et encores avecques son -ministre; et qu'il espéroit que bientost elle feroit procéder à sa -liberté. - -J'attandray, Sire, ces segondes nouvelles d'Escoce, et cependant je -tiendray toutjour fort ferme qu'on n'y doibve envoyer d'icy nulles -forces, et verray ce que je pourray gaigner par négociation avecques -ceulx cy, qui toutesfoys sont trop artifficieulx, et, quant -l'artiffice leur deffault, ilz se desdisent tout ouvertement. - -Les choses d'Yrlande, à ce que j'entendz, se broillent, et desjà il y -a de la rébellion en deux endroictz du pays; dont se parle que milord -de Sidenay y sera renvoyé en dilligence, et qu'il layssera son voyage -des beings de Liège, pour lequel voyage toutesfoys l'ambassadeur -d'Espaigne luy a desjà faict tenir le passeport du duc d'Alve en la -plus favorable forme qu'il est possible de le faire, avec deux lettres -du dict duc, l'une à la Royne, et l'aultre à luy. Et cependant ung -sire Jehan Hubande, personnage assés principal, et fort inthime du -comte de Lestre, est passé dellà pour aller aus dicts beings, et a -prins lettres de banque en Envers pour assés bonne somme de deniers, -dont je souspeçonne que ce n'est sans qu'il ayt quelque commission -vers le dict duc. L'accord des prinses se poursuyt toutjour, et encor -que ce que le duc d'Alve a faict publier (que nulz, sinon les seulz -commissaires, puyssent faire aulcun party là dessus avec les Anglois), -ayt offancé plusieurs, si en demeurent iceulx commissaires plus -authorisez; et desjà le Sr Thomas Fiesque a trouvé moyen de faire -consigner ez mains de Spinola une partie des merchandises qui -apartennoient aulx Gènevoys, avec grand espérance qu'à l'arrivée du -jeune Coban, tout le différand s'accommodera. Et pour parler librement -de ce que j'en sentz, le duc d'Alve condescend et s'abaysse tant à -tout ce que ceulx cy veulent qu'ilz ne sçauroient reffuzer l'accord: -dont, de ma part, je le tiens pour tout faict. Sur ce, etc. - - Ce XXVIIIe jour de juing 1571. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, j'ay prins pour bon signe ceste communication dont je faiz -mencion en la lettre du Roy, que la Royne d'Angleterre m'a envoyé -faire par milord de Burlay, lequel, avec le discours des choses -d'Escoce, n'a oblyé de me parler de la bonne intention, en quoy la -Royne, sa Mestresse, persévère toutjour au propos de Monsieur, et -qu'elle estoit attandant, à ceste heure, ce que son ambassadeur luy -manderoit que Voz Majestez auroient advisé sur les conditions qu'elle -leur avoit envoyées. Sur quoy nous nous sommes prins à débattre -d'aulcuns poinctz qui y estoient contenuz, desquelz il m'a donné assés -de satisfaction; et puys, sommes passez à ce particullier que la dicte -Dame et moy avions tretté en ma dernière audience, que Voz Majestez et -elle prinsiez garde de toutz costez aulx pratiques qui se mèneroient -pour troubler le repoz de voz estatz, affin de mutuellement vous en -advertyr, et que, si de vostre part vous le luy vouliez promettre, -elle y satisferoit fort droictement de son costé. Je luy en ay donné -fort bonne espérance. Et estant venu cependant le Sr de Sabran avec -les lettres de Voz Majestez, du XVIIIe du présent, je metz peyne, à -ceste heure, en tout ce qu'il m'est possible, que Mr de Larchant et le -Sr Cavalcanty, qui suyvent après, trouvent les choses, à leur arrivée, -bien préparées. Lesquelles je ne puys encores cognoistre, Madame, qui -n'aillent bien, et je loue infinyment le soing que Vostre Majesté a de -la conscience, et de l'honneur, et de la vie de Monseigneur, vostre -filz, qui sont trois choses ès quelles je souffriray plustost la mort -que de ne réveller franchement à Voz Majestez, et à luy, tout ce que -je cognoistray y pouvoir faire préjudice; et espérez, s'il vous playt, -tant de ma fidellité et de mon service que je ne m'endorz, ny ne suys -pour m'endormyr nullement en cest endroict; et que desjà vous voyez -les choses conduictes si avant que, s'il s'y trouve cy après de la -tromperie, il pourroit bien estre qu'ung fort fin, mais non qu'ung -homme de bien, l'eust peu plus avant descouvrir, et que je vous ay -clairement mandé tout ce qui s'en cognoissoit, et qui s'en entendoit -par deçà; dont je prie Dieu de bien conduyre le demeurant. Et sur ce, -etc. - - Ce XXVIIIe jour de juing 1571. - - - Comme je fermoys la présente, l'on m'a aporté une petite police - de telle substance:--«Valsingan a escript en fort bonne sorte à - la Royne et à ses conseillers, remonstrant importer grandement à - elle de ne varier à ceste heure nullement en ceste cause. Elle - demeure pensive, et est à craindre qu'on luy commance - d'administrer excuses, mais vous sçaurez tout.»--Et ne contient - la dicte police rien plus. Je ne lairray pour cella, quant Mr de - Larchant et le Sr Cavalcanty seront arrivez, de continuer le - propos comme portera leur instruction. - - - - -CXCe DÉPESCHE - ---du IXe jour de juillet 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Groignet._) - - Négociation du mariage.--Mission de Mr de Larchant en - Angleterre.--Confidences faites par Élisabeth; son - irrésolution.--Avis que l'ambassade de MMrs de Montmorenci, de - Foix et de Chiverny recevra un bon accueil de la reine. - - - AU ROY. - -Sire, plusieurs occasions ont faict que, jusques à ceste heure, nous -n'avons peu rien escripre à Vostre Majesté du faict des petites -lettres, y voyant intervenir à toute heure, et quasi à tout moment, -tant de dellibérations différantes et tant de contrariétez par la -menée, de ceulx qui n'espargnent ny dons, ny promesses, ny escuz -contantz pour l'interrompre, que nous ne sçavions que vous en mander; -et enfin, s'estant l'affaire acheminée en sorte que, si la Royne -d'Angleterre n'est plus recherchée du poinct de la religion, duquel ne -luy semble que, pour ceste heure, elle puysse rien capituller, ny -promettre, contre les loix de son royaulme, il se peult, quant à tout -le reste, espérer ung bon succez. Nous avons advisé de faire courir ce -mot devant, par ce porteur exprès, affin de vous advertyr, Sire, que, -s'il vous playt, à telle condicion, faire acheminer deçà monsieur de -Montmorency et messieurs de Foix et de Chiverny, que Vostre Majesté -les peult faire tenir prestz, sellon que, par le récit de moy, -Larchant, et du Sr Cavalcanty, qui partirons demain, et par les -lettres, que moy, La Mothe, vous escripray par eulx, il vous sera -plus amplement desduict. Sur ce, etc. - - Ce IXe jour de juillet 1571. - _Signé_ LA MOTHE et LARCHANT. - - - Comme ce porteur a esté prest de partyr, le Sr de Vassal est - arrivé avec la dépesche de Voz Majestez, du IIe du présent, par - l'ocasion de laquelle et des pourtraictz, qu'il a fort bien - conduictz, moy, La Mothe, mettray peine de tenir toutjours les - choses en la meilleure disposition qu'il me sera possible. - - - A LA ROYNE. - -Madame, l'adviz adjouxté de ma main en ma précédante lettre, du -XXVIIIe du passé, qui me fut donné sur l'heure, a esté cause que -despuys j'ay envoyé à diverses foys solliciter les dames et les -seigneurs, qui sont icy de mon intelligence, de confirmer la Royne, -leur Mestresse, en sa bonne dellibération; et est advenu que l'une des -dames, ayant cerché de se trouver seule avecques elle, l'a sceu si -bien mener d'une parolle en aultre qu'elle l'a faicte commancer d'elle -mesmes de luy parler de Monsieur; et luy a dict:--«Que c'estoit à -ceste heure qu'elle avoit à se résouldre de son party, et qu'elle -espéroit tant de la vertu et valleur, et louables condicions, et -bonnes grâces, qui estoient en luy, et de ce qu'il estoit réputé sage, -hardy et libéral, et bien fort humain, sellon la coustume de ceulx de -la mayson de France, et au demeurant beau et modeste, et nullement -arrogant, qu'il se comporteroit si bien avec ses subjectz que toutz -l'auroient bien agréable, et que eulx deux vivroient bien heureusement -ensemble, bien que aulcuns de la noblesse de ce royaulme, qui estoient -intéressés ailleurs, y donnoient toutes les traverses qu'ilz -pouvoient; et qu'elle confessoit qu'elle avoit esté, et estoit -encores, combatue de beaucoup de doubtes, car se voyoit ung peu d'eage -pour luy, et craignoit qu'il la mesprisât bientost, et mesmement, si -elle ne pouvoit point avoir d'enfans, mais qu'elle espéroit que Dieu -luy en feroit la grâce, et qu'au moins mettroit elle toute son -affection à le bien aymer et à l'honnorer comme son Seigneur et mary.» -A quoy celle, qui estoit avecques elle, a miz peyne de la confirmer -bien fort par les meilleures parolles et plus accommodées de la -félicité de ces nopces qu'elle a peu user. - -Et le jour d'après, allant ce propos plus au large, quelques aultres -se sont esforcés de getter de telz escrupulles au cueur de ceste -princesse par des dangiers qu'ilz luy ont allegué, et par des -repentailles qu'ilz ont pronostiqué à la dicte Dame qu'elle auroit de -ces nopces, qu'elle a commancé de dire:--«Que, à la vérité, elle -craignoit fort que ce jeune prince la mesprisât, et qu'elle ne se -trouvoit assés sayne ny disposée pour ung mary, et qu'elle vouloit -remettre le propos jusques à ce qu'elle se trouvât en meilleure -disposition.» Ce qui m'estant raporté le soir mesmes, j'ay envoyé -incontinent exorter par parolles et par promesses, au nom de Voz -Majestez, les deux conseillers de ne laysser gaster cest affaire. -Lesquelz s'y sont fort bien employez, et l'ung d'eulx, par ses -gracieuses remonstrances, a persuadée la dicte Dame de ne debvoir -espérer que tout bien et ung très parfaict contantement de ce très -acomply prince, et l'aultre, prenant les choses plus hault, luy a -admené de très urgentz argumentz:--«Qu'il n'estoit aulcunement -loysible à elle d'user meintenant d'excuse ny tergiverser en cest -endroict, ainsy qu'il avoit esté faict au roy de Suède, au duc -d'Olstein et à l'archiduc, car c'estoient princes loingtains qui -d'eulx mesmes ne pouvoient guières nuyre, mais Monsieur estoit le -frère bien aymé d'ung très puyssant roy, duc et capitaine d'une très -belliqueuse nation, si voysin d'icy que, en dix heures, il pouvoit -aborder, et faire sentyr ses armes en ce royaulme; qui n'estoit pour -souffrir, en façon du monde, d'estre repoussé, ainsy qu'avoient esté -les susdicts princes, et que pourtant elle jugeât ainsy de ce party -comme de chose qui luy estoit et honnorable et utille, et quasi -nécessaire de l'accepter, et que de la rejetter, elle luy pourroit -réussyr très dommageable.» - -De quoy, encore que les dicts deux conseillers ne m'ayent rien mandé -de cecy, ny sinon force parolles généralles et de bonne espérance là -dessus, j'ay néantmoins aprins, de lieu fort certain, que leurs -remonstrances ont esté telles; et que la dicte Dame dez lors a incliné -de vouloir promettre beaucoup de choses par Mr de Larchant, de qui la -dépesche s'entendoit desjà par deçà. Lequel estant peu après arrivé, -il s'est descouvert incontinent que les empeschemens, les simultez, -les artiffices et les malices estoient encores plus vifves que ne les -avions pensées, de ceulx qui aspirent tout oultre à ruyner ce propos, -en façon qu'il a esté très asprement débattu en ce conseil; et j'ay -esté en grand incertitude du passaige de monsieur de Montmorency et de -messieurs de Foix et de Chiverny par deçà. Mais enfin l'affaire a esté -ramené à ce que les depputez de Voz Majestez seront les bien venuz, et -que nous avons promesse que, pourveu qu'il ne soit plus touché au -point de la religion, ilz ne s'en retourneront, quant à tout le reste, -sans une honneste conclusion. Sur ce, etc. - - Ce IXe jour de juillet 1571. - - - - -CXCIe DÉPESCHE - ---du XIe jour de juillet 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Mr de Larchant._) - - Réponse faite par Élisabeth à Mr de Larchant.--État de la - négociation.--Explications données sur l'article concernant la - religion.--Nouvelles d'Écosse; succès remporté par les - partisans de Marie Stuart.--_Lettre secrète à la reine-mère._ - Détails sur le véritable état de la négociation du - mariage.--Avis sur la conduite que l'on doit tenir en France. - - - AU ROY. - -Sire, n'ayant Mr de Larchant trouvé le passaige de la mer bien à -propos, il n'a peu arriver icy jusques au dernier du mois passé, sur -le point que la Royne d'Angleterre, la nuict auparavant, en se -déshabillant pour aller au lict, s'estoit donnée une entorse, au costé -droict, avec tant de dolleur qu'elle en avoit pasmé plus de deux -heures, non sans beaucoup d'estonnement de ceulx de sa court; et se -sentoit encores si mal que, jusques au lundy ensuyvant, elle n'a peu -donner lieu au dict Sr de Larchant, ny à moy, de la veoir, mais elle -s'est esforcée, ce jour là, de se lever, et l'a honnorablement et fort -favorablement receu, luy donnant bénigne audience sur tout ce que fort -dignement et de bonne façon il luy a faict entendre de la part de Voz -Majestez et de Monseigneur. En quoy, de tant que la dicte Dame, d'elle -mesmes et hors de nostre propos, et contre nostre desir, a remiz sur -la difficulté de la religion pour en vouloir estre satisfaicte, -premier que nulz depputez peussent estre envoyez, la responce a esté -différée jusques au vendredy ensuyvant que ceulx de son conseil, après -l'avoir longuement digérée, ont advisé qu'elle la nous feroit en -substance comme s'en suyt: - -«Qu'elle remercye Voz Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur de la -visite, qu'il vous a pleu envoyer luy faire par ung si notable -gentilhomme des vostres, comme est monsieur de Larchant, et des bonnes -parolles que toutz luy avez mandées par luy; qu'elle a bien fort -agréable l'ellection qu'avez faicte de monsieur de Montmorency, de -monsieur de Foix et de monsieur de Chiverny pour venir par deçà -conclurre ce propos, rendant plusieurs grandz et dignes tesmoignages -des deux premiers, comme les cognoissantz très bien, et du troisiesme -comme ayant ouy bien parler de luy, et qu'ilz seront très bien venuz; -qu'elle vous supplie, Sire, premier qu'ilz passent, et affin qu'il ne -vous viegne puys après aulcun malcontantement, s'ilz s'en retournoient -sans rien faire, sellon qu'elle desire de persévérer en bonne paix et -amytié avecques vous jusques à la mort, de leur donner ample pouvoir -d'accorder de ce point de la religion, parce qu'elle n'est encore bien -résolue comme en user, et qu'elle pense ne pouvoir en façon du monde -consentyr que Mon dict Seigneur ayt l'exercice de la sienne par deçà; -que, au reste, elle ne voyt qu'il y puysse, en toutes les aultres -condicions et demandes, rien intervenir qui donne empeschement à la -conclusion de leur mariage.» - -Et a adjouxté, Sire, plusieurs aultres parolles et démonstrations de -sa bonne et droicte intention, voyre affection vers Mon dict Seigneur, -lesquelles je laysse à Mr de Larchant et au Sr Cavalcanty de les vous -représanter, ensemble les répliques que nous luy avons faictes, -desquelles, et des dilligences que nous y avons usé, ilz vous auront à -dire que la dicte Dame et les siens, ayantz comprins que nous ne -demeurions bien contantz de sa dicte responce, en ce mesmement -qu'elle requéroit estre donné charge à voz depputez de la satisfaire -du point de la religion, comme pour tirer d'eulx une déclaration et -promesse, par où aparust que Monsieur heust à quicter l'exercice de sa -religion, et estre obligé de demeurer sans icelluy, et que -malayséement, sur une si dure condicion, nous auserions vous -conseiller d'envoyer voz depputez, ilz ont advisé, Sire, de la -modérer. Et, le jour après, nous ayant le comte de Lestre conviez avec -toutz les principaulx du conseil en son logis, luy et milord Burlay -nous ont dict qu'elle n'entendoit les choses ainsy comme nous les -prenions, (qu'il fallût que voz depputez eussent à luy faire la -déclaration que nous disions), mais bien que, pour ceste heure, elle -ne pensoit, si eulx, estant icy, continuoient luy demander pour -Monsieur l'exercice de sa religion, qu'elle le leur peust accorder; et -que eulx deux, ses conseillers, jugeoient estre bon qu'on en layssât -l'article aux termes qu'il estoit ez premières responces, sans -capituler d'un costé ni d'aultre rien plus en cela, parce que la dicte -Dame n'en sçauroit si peu accorder davantaige que les Protestans ne -criassent que c'estoit trop, ny nous en obtenir si largement que les -Catholiques peussent jamais estimer que ce fût assés. - -Sur quoy estant le Sr Cavalcanty retourné despuys en court pour -prandre congé de la dicte Dame, elle luy a confirmé que, pourveu -qu'elle ne soit recerchée de ce poinct de la religion, sur lequel -estime ne luy estre aulcunement loysible de faire, à présent, nulle -déclaration ny ottroy contre les loix de son royaulme, elle ne voyt, -quant à tout le reste, qu'il y puisse avoir nulle aultre difficulté. -Voylà, Sire, en quoy reste l'affaire auquel Vostre Majesté donra à -ceste heure l'acheminement qu'il jugera estre honnorable, ayantz, à -toutes advantures, demandé le passeport pour les dicts sieurs voz -depputez, qui est desjà envoyé au Sr de Valsingam, affin que ce ne -soit ung aultre dilay de l'attandre, si, d'avanture, Vostre Majesté se -résoult de les envoyer. - -Au surplus, Sire, le capitaine Caje, lieutenant de Barvic, est -freschement arrivé d'Escoce, qui raporte que, le jour de Saint Jehan, -il y a heu ung aultre rencontre prez de Lillebourg, auquel ceulx du -party de la Royne ont heu du meilleur, et ont prins le lair de -Dronlanric et plusieurs aultres, qui compensent bien la perte de -milord de Humes et la route qu'ilz avoient receue auparavant. Il a -apporté aussi le cartel de deffy que ung sire Alexandre Stuart, en -soubstien du comte de Lenoz, a mandé au capitaine Granges, et la -responce du dict Granges, et pareillement les articles de l'abstinance -d'armes, que la Royne d'Angleterre monstre de procurer entre eulx, -desquels ceulx que le duc de Chastellerault et comte d'Honteley ont -offert semblent fort raysonnables, et ceulx des dicts de Lenoz et -Morthon hors de toute rayson; lesquelz sont toujours conseillez et -estimulez d'icy de continuer le trouble et de haster la fortiffication -du Petit Lith, pour enfin emporter, s'ilz peuvent, la ville et -chasteau de Lillebourg: tennans cependant la Royne d'Escoce aussi -estroictement, et son ambassadeur aussi resserré que jamais. Dont -Vostre Majesté me commandera, par les premières, ce qui luy plairra -que je y face, et ce que j'auray à remonstrer touchant la -fortiffication du Petit Lith, car j'entendz que c'est contre les -trettez. Sur ce, etc. - - Ce XIe jour de juillet 1571. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, estant le propos des petites lettres parvenu au poinct que -Vostre Majesté verra par celle, que j'escriptz présentement au Roy, -non sans avoir miz tout le plus loyal et dilligent service, qu'il m'a -esté possible, pour faire qu'il allât mieulx sellon vostre intention, -j'ose bien à ceste heure, Madame, vous descouvrir librement aulcunes -choses que je puys desirer en cella, et vous suplier très humblement -d'avoir agréable que j'obtienne celles que je laysse bien à Vostre -Majesté de les juger si elles seront raysonnables: - -C'est que Voz Majestez et Monseigneur veuillez ainsy estimer de cest -affaire comme de celluy qui a esté bien fort et est encores assés -plein de grandes difficultez, lesquelles on s'esforce de les tenir -toutjour en vigueur, et qu'il y a plusieurs ennemys, les ungs aparantz -et les aultres couvertz, personnaiges principaulx de ce royaulme, qui -l'ont contradict, et plusieurs de dehors qui l'ont traversé et le -traversent encores par pratiques, par promesses et par deniers -contantz; que pourtant il vous playse excuser si je n'ay peu et si ne -puys faire quadrer justement le tout au poinct que desireriez, mesmes -que je n'ay osé, ny ose encores; y faire courir de l'argent, affin que -ceste princesse n'en entre en souspeçon, et ay gaigné les -intelligences des dames et seigneurs sans aultre coust que de quelques -escuz à d'aultres moindres, que je leur ay donné comme de moy mesmes; -que vous jugiez néantmoins, Madame, qu'encores n'a esté peu de -conduyre les choses à ce que les condicions ne sont extraordinaires, -que Monsieur n'est recerché d'estre aultre que catholique, que Calais -n'est demandé, que la conférance est accordée avec voz depputez, non -sans parolle donnée qu'ilz ne s'en retourneront, pourveu qu'on ne -touche à la dicte religion, sinon avec une honneste conclusion de tout -le reste; que j'estime avoir pratiqué tant d'amys et serviteurs à -Monseigneur vostre filz, qu'il pourra venir en toute seurté par decà; -que desjà la valleur, la vertu, les grâces et les belles qualitez, qui -sont véritablement en luy, y sont si bien représantées qu'il y est -avec amour et affection desiré de l'univers du royaulme; que pourtant -il se veuille résouldre, avec le bon playsir de Voz Majestez, et avec -dispence, si besoing est du Pape, mais si secrecte qu'il ne s'en -puysse rien entendre de deçà, s'il dellibère donner meintenant -perfection à ce propos, lequel se monstre de tant plus honnorable et -grand pour luy et profitable pour la France, que ses ennemys et -envyeulx s'esforcent de l'empescher; - -Que si, d'avanture, il s'y résoult, il playse à Vos Majestez envoyer -promptement voz depputez, pendant que le fer est chauld, et quelque -présent, si ainsy vous semble bon, par monsieur de Montmorency à ceste -princesse, et pareillement l'aultre pourtrect, car l'on commençoyt de -prandre à mal que, en ayant esté envoyé deux d'icy, l'on n'en avoit -peu encores recouvrer nul de dellà, (et celluy du créon a esté -merveilleusement bien veu et trouvé fort beau); qu'il vous playse -faire tout ce qu'il vous sera possible pour contanter le comte de -Lestre du mariage qu'il desire, ou de quelque aultre qui soit -honnorable, et avec huict ou dix mille escuz de rante pour le moins; -qu'il luy soit envoyé et à milord de Burlay une lettre à chacun -d'eulx, de la main de Mon dict Seigneur, et une aultre de sa mesme -main, s'il luy playt, à ung aultre seigneur, dont le nom soit layssé -en blanc, affin de les bien confirmer, et une aultre lettre à moy -pour en confirmer d'aultres, sans expéciffication de pas ung, sinon, -en général, de ceulx dont il présupposera que je luy auray escript; -qu'il vous playse pareillement m'envoyer des bagues ou monstres -exquises, pour faire présent à aulcunes dames et seigneurs de ceste -court; que donniez charge à monsieur de Montmorency de gratiffier de -parolle, et avec promesses, ceulx qu'il entendra par deçà estre bien -affectionnez à ce propos; qu'il ayt charge de recommander en bonne -sorte la Royne d'Escoce et ses affaires, et la liberté de son -ambassadeur; et, pour la fin, en ce qui me peult concerner, si -d'avanture je m'ose ramentevoir, que, suyvant ce que Vostre Majesté -m'a mandé que je seroys nommé en la procuration avec voz depputez, -qu'il vous playse, Madame, si d'avanture ilz viennent, m'y faire -comprandre, ainsy qu'il convient à ung ambassadeur de Voz Majestez, et -que, sur ceste très honnorable occasion, laquelle sera aussi pleyne de -despence, Vostre Majesté n'ayt mal agréable de me faire sentyr la -faveur, l'honneur et bienfaict que j'ay toutjour espéré de sa grâce; -et je suplieray le Créateur, etc. - - Ce XIe jour de juillet 1571. - - -PAR POSTILLE. - - Ce que j'ay dict cy dessus, d'avoir le consens du Pape, seroit - pour dispenser Monsieur sur le mariage de ceste princesse et sur - la forme des nopces, et pour la pouvoir accompaigner quelquefoys - à son oratoyre, et pouvoir aussi estre quelques jours sans ouyr - la messe, si la nécessité ainsy le requéroit, entrant en son - royaulme, se chargeant Mon dict Seigneur, le jour qu'il - l'ouyroit, d'un plus grand service de prières catholiques; car, - au reste, nul ne faict difficulté qu'estant icy il n'obtienne - assés en cella, sellon que la Royne d'Angleterre mesmes et toutz - ceulx de son conseil sçavent et permettent que plusieurs - seigneurs de ce royaulme puyssent avoir la messe en leurs - maisons, et elle mesmes les en dispence, et, au pis aller, - l'ambassadeur du Roy, qui sera icy, accommodera toutjours Mon - dict Seigneur et les siens du dict exercice de sa religion, et ne - sera inconvéniant, s'il le trouve bon, qu'aulx grandes festes, il - passe à Bolloigne pour y faire la solempnité; qui n'est pas plus - loing que là où le Roy d'Espaigne se retire souvant en telz jours - pour sa dévotion, car, pourveu qu'il se conserve et se monstre - catholique, et qu'en quelque sorte il ayt l'exercice de sa - religion, et qu'il ne soit obligé à la protestante, il ne luy - peult, quant au reste, estre rien imputé en cest endroict ny - envers Dieu, ny envers les hommes: et pourtant, Madame, il ne - fauldra toucher ung seul mot au sieur de Valsingan du dict faict - de la religion, ny l'admettre luy qu'il vous en parle. - - - - -CXCIIe DÉPESCHE - ---du XIIIIe jour de juillet 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Deslandes._) - - Affaires d'Écosse: nouvelle suspension d'armes.--Retour de sir - Henri Coban; réponse qu'il rapporte du roi - d'Espagne.--Négociation des Pays-Bas.--Destruction de la flotte - des protestans par la flotte du duc d'Albe.--_Avis secret_ sur - la négociation du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, je m'en vays aujourduy trouver la Royne d'Angleterre à -Hamptoncourt pour luy faire l'honneste mercyement que me mandez, par -la vostre du IIe du présent, et verray en quoy elle persévère sur la -négociation que Mr de Larchant et moy avons heu avecques elle, qui -n'ay, pour ceste heure, rien que vous mander de plus, ny de moins, en -cella despuys qu'il est party. Mais je vous diray d'ailleurs, Sire, -que le Xe de ce moys, la Royne d'Angleterre a escript, par le -capitaine Caje, au mareschal de Barvyc en Escoce, qu'elle desire estre -bien informée de l'estat du pays, comme les partz s'y meintiennent, et -quelle opinion il en a, et à quoy il juge que pourront devenir les -choses, et pourtant qu'il pénètre bien ez affaires de dellà affin -qu'elle ne s'y trouve trompée; et qu'il dye aulx comtes de Lenoz et de -Morthon que, pour ceste heure, elle ne les peult contanter de ce -qu'ilz desirent, parce que toutz ceulx de son conseil luy remonstrent -que cella enfraindroit les bons trettez qu'elle a avec ses alliez, -lesquelz ont l'oeil si ouvert en cest endroict qu'il n'est possible -d'y aller si couvertement qu'ilz ne le descouvrent; et qu'il leur dye -aussi qu'elle ne trouve bon qu'ilz reffuzent la suspencion de guerre -pour demeurer ainsy obstinez qu'ilz sont, les armes à la main; ce qui -ne peult estre qu'avec grandz fraiz, et qu'il seroit trop meilleur -qu'ilz se missent, pour ung temps, en quelque neultralité, mais, s'ilz -demeurent résoluz de non, qu'ilz advisent d'employer en leurs affaires -les deniers qu'ilz ont tiré en grande somme des confisquations et -forfaictures du pays, ausquelz n'a esté encores rien touché, premier -que de presser par trop leurs amys, lesquelz ilz trouveront toutjour -prestz de leur ayder, quant il en sera besoing; qui est tout le -subject de la lettre, laquelle elle luy mande de la communiquer aus -dicts de Lenoz et Morthon, et qu'après il se retire à Barvyc. Despuys -laquelle dépesche, j'entendz, Sire, que la dicte Dame a receu des -nouvelles du dict mareschal, du IIIIe du présent, qui luy mande que, -oultre le navyre, chargé d'armes et de monitions qui venoit de -Flandres, où y avoit douze mil escuz en réalles et jocondales, lequel -Morthon a naguières arresté, il estoit tout freschement arrivé ung -aultre petit vaysseau de France, chargé d'armes et pouldres, envoyé à -ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui, ne sachant le Petit Lith -estre ez mains du susdict de Lenoz, y estoit allé aborder tout droict; -et que le comte de Morthon l'avoit incontinent saysy, et faict mettre -les monitions au magasin du jeune Prince, et l'escouçoys qui les -conduysoit en estroicte pryson, et qu'après beaucoup de grandes -difficultez, icelluy mareschal enfin avoit heu parolle et promesse des -deux partiz pour la suspencion d'armes; mais je n'ay encores entendu, -Sire, pour combien de temps. C'est dont mettray peine de vériffier -encores mieulx, s'il m'est possible, toutes ces choses, et adviseray -d'en toucher ung mot à ceste princesse, ensemble de la continuation du -tretté, et de la liberté de l'évesque de Roz, pour, puys après, vous -en mander plus grand certitude. - -Le jeune Coban a remercyé l'ambassadeur d'Espaigne du bon recueil -qu'on luy a faict, et de la seurté qu'il a trouvé en Espaigne, soubz -la faveur de ses lettres, et ne luy a rien plus touché de la -négociation qu'il a faicte par dellà, mais j'ay sceu d'ailleurs que la -lettre qu'il a apportée du Roy d'Espaigne à la Royne, sa Mestresse, -laquelle est en latin, contient en substance:--«Qu'il ne desire rien -tant que de demeurer en bonne amytié et intelligence avecques elle, et -que les différans des prinses et de la suspencion du commerce d'entre -leurs pays, soyent accommodez avec une bonne réconcilliation entre -leurs communs subjectz, et qu'il sera prest d'aprouver et ratiffier -tout ce que ses depputez en accorderont, ne s'estant jamais persuadé -qu'elle n'ayt toutjour desiré d'entretenir la bonne amytié et -alliance, qui a duré plusieurs siècles entre la mayson d'Autriche et -la couronne d'Angleterre si inséparablement, qu'à toutes occasions et -à toutz momentz elles ont esté toutjour prestes de prendre les armes -pour la deffance l'une de l'aultre, et qu'estant son desir de -persévérer en cella bien fort fermement de son costé, il espère -qu'elle et toute la noblesse de son royaulme n'y seront moins disposez -du leur, pour estre chose utille et très nécessaire à toutz deux.» - -Je ne sçay encores ce qu'il a raporté davantaige en secrect; tant y a -que le dict accord des prinses ne monstre, pour son arrivée, de -prandre plus grand advancement, bien qu'il semble que le Sr Thomas -Fiesque s'esforce de le conduyre, sans le sceu ny de l'ambassadeur ny -du Sr de Sueveguem, qui est l'aultre depputé des Pays Bas; et -néantmoins le Sr Quillegrey a esté encores freschement envoyé pour -ouvrir et visiter aulcunes balles des dictes prinses affin de veoir -s'il y a de l'argent dedans, ce qui n'est prins pour bon signe. Je -metz peyne de m'y comporter ainsy que m'ayez cy devant mandé en -chiffre. Icelluy Coban se loue d'avoir esté fort bien tretté et -caressé par dellà, et que le Roy d'Espaigne l'a paysiblement ouy et -bénignement respondu, et que le prince d'Evoly luy a donné plusieurs -bonnes parolles, mais qu'il s'en est retourné sans qu'on luy ayt faict -de présent. Les vaysseaulx flamans, qui se souloient tenir en ceste -estroicte mer, ont esté escartez par l'admyral de Flandres qui en a -prins ou miz à fondz quatorze, et jetté en la mer ou bien exécuté six -centz hommes qui estoient dessus, et le reste s'est retiré à la -Rochelle. Fitz Maurice a combattu en Yrlande, et dict on qu'il a tué -cent cinquante hommes de la garnison de la Royne d'Angleterre, qui est -beaucoup, veu le petit nombre de gens de guerre qu'elle y entretient. -Il s'entend icy que le cardinal Alexandrin vient trouver Vostre -Majesté; sur quoy l'on faict de bien diverses interprétations. Sur ce, -etc. Ce XIVe jour de juillet 1571. - - - J'adjouxteray à ce pacquet un adviz qui me vient d'arriver tout à - ceste heure, lequel j'ay extraict, mot à mot, de son original, et - vous supplie très humblement me le renvoyer, ou commander qu'il - soit miz au feu, et que Mr de Valsingam n'en entende en façon du - monde rien. - - -ADVIZ DONNÉ AU Sr DE LA MOTHE. - - «Toutes choses aujourd'huy se mènent avec art et finesse et la - vostre mesmement; car, pendant que vous et l'aultre gentilhomme - la trettiez icy, eulx ont dépesché, à cachettes, ung messagier - avec instruction privée à Valsingam de faire tout ce qu'il luy - sera possible pour pénétrer secrectement et dextrement ez - intentions d'icelle court, et que, soubdain à l'arrivée du dict - gentilhomme, et sans attandre ce qu'on pourroit colliger de son - rapport, il signiffiât par le mesmes messagier la disposition en - quoi il auroit cogneu qu'on y continuoit vers cest affaire, - voulans, puys après, requérir plus ou moins sellon qu'il leur - semblera de besoing. Les amis de la cause desirent qu'on leur - admette, _pro formâ tantùm_, ce qu'ilz ymaginent estre expédiant - de faire au poinct de la religion, affin de les veincre, car les - ennemys n'ont aultre excuse quelconque que celle de la dicte - religion, et commancent fort à doubter, et les amys à mieulx - espérer. La responce d'Espaigne après avoir esté bien considérée - n'est sinon neutre et incertaine. Dieu vous conserve.»--15.-- - - - - -CXCIIIe DÉPESCHE - ---du XXe jour de juillet 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Nouvelles instances en faveur de Marie - Stuart.--Déclaration d'Élisabeth qu'elle veut procéder au - traité, et que la liberté sera bientôt rendue à l'évêque de - Ross.--Secours sollicité en Angleterre par le comte de Lennox, - qui a remporté quelques avantages en Écosse.--État de la - négociation du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay vollu monstrer à la Royne d'Angleterre que la meilleure -occasion, qui me menoit ceste foys devers elle, estoit pour luy bayser -les mains, et pour veoir et entendre de sa bonne disposition, affin de -vous en pouvoir escripre plus souvant, sellon que je l'ay asseurée -que Vostre Majesté me commandoit de le faire, et pour la remercyer -aussi de la faveur, qu'elle avoit usé au Sr de Larchant, de l'avoir -humainement receu et bénignement ouy, et de luy avoir signiffié en -plusieurs sortes la bonne amytié qu'elle porte à Voz Majestez Très -Chrestiennes, et encores une honneste et vertueuse affection à -Monsieur; et de l'avoir faict honnorablement entretenir et -accompaigner par ses gentishommes à la chasse, et partout où il avoit -vollu aller, et encores de ce que luy et moy avions esté très -somptueusement bien trettez en la mayson de Mr le comte de Lestre, et -qu'au partyr elle l'avoit envoyé honnorer d'ung honneste présent: qui -estoient choses que je la pouvois asseurer de les avoir toutes mandées -en France, affin qu'elles y fussent recogneues, et que le semblable -fût usé aux siens, quant elle les y envoyeroit; que luy s'en estoit -party avec une si parfaictement bonne estime de tout ce qu'il avoit -veu et ouy d'elle et de sa court, qu'il s'asseuroit d'en pouvoir -donner une très grande satisfaction à ceulx qui l'avoient envoyé; -seulement la responce, qu'elle nous avoit faicte, luy avoit semblé ung -peu dure, et toutz deux l'avions encores prinse plus durement, de -sorte que je desiroys qu'elle me vollust, à ceste heure, dire quelque -mot, par où je vous y peusse mander une plus gracieuse interprétation. - -La dicte Dame a heu très agréable le propos, et a remercyé infinyement -Voz Majestez Très Chrestiennes du soing qu'aviez de sa santé, me -priant que, en vous escripvant comme elle en estoit à ceste heure, -grâces à Dieu, fort bien, je vous supplyasse de luy faire toutjour -part des bonnes nouvelles de la vostre, et que je debvois, au reste, -bien excuser si Mr de Larchant n'avoit esté ainsy bien caressé comme, -pour l'honneur de ceulx qui l'envoyent, elle l'eust bien desiré, et -comme luy mesmes le méritoit, mais il estoit icy pour une matière où -il failloit qu'elle monstrât d'y faire plus par acquit que par -affection; et quant à sa responce que, tant plus elle la considéroit, -plus elle la trouvoit raysonnable et mesmes bien fort doulce, de sorte -qu'elle avoit miz l'affaire ez mains de Voz Majestez Très -Chrestiennes, auxquelles estoit meintenant d'y donner la bonne -conclusion qu'il vous playrroit. Et s'est continué le propos en -plusieurs bien fort gracieuses et honnestes particullaritez, qui ont -monstré qu'elle persévéroit toutjour en son bon propos vers Mon dict -Seigneur. - -Et puys j'ay adjouxté, Sire, que le reste, que j'avois à luy dire, -estoit du contenu en une lettre que Vostre Majesté m'avoit escripte, -du IIe du présent, de laquelle je m'asseuroys que une partie luy -playrroit bien, et encores me sembloit que le tout luy debvoit playre; -car vous n'y cerchiez sinon son parfaict contantement, et que je luy -en avois apporté le propre extrait, affin qu'elle y comprînt mieulx -vostre bonne intention. Dont la luy ay leue, en la forme que je -l'envoye à Vostre Majesté, qui a esté tout exprès, Sire, pour luy -faire couler, parmy les gracieulx propos qui y sont, les aultres -choses que j'avois à luy toucher du faict de la Royne d'Escoce. - -Et est advenu que la dicte Dame m'a asseuré, avec beaucoup -d'expression, qu'elle n'avoit jamais veu une plus cordialle, ny plus -courtoyse, ny plus fraternelle lettre que celle là, et me l'a faicte -relyre par une segonde foys, non sans me remercyer bien fort de ce que -je vous avois représanté son regrect ainsy grand, touchant vostre -blesseure, comme j'avois bien cogneu qu'elle l'avoit; et quant au -mercys qu'il vous playsoit luy en randre, elle vous en debvoit de -retour ung beaucoup plus grand pour icelluy, que n'estoit celluy -qu'elle en avoit mérité, me priant de luy ayder à excuser la faulte, -qui estoit advenue, de ne vous avoir sur ceste occasion envoyé le -jeune Housdon, comme elle m'avoit dict qu'elle feroit, car il estoit -devenu mallade, et, oultre cella, il s'estoit tant adonné à servyr une -jeune veufve, laquelle il vouloit espouser, qu'on n'avoit peu finer de -luy, bien qu'il se fût faict attandre, d'heure en heure, jusques à ce -qu'on avoit heu nouvelles bien certaynes que vous estiez parfaictement -guéry, de façon qu'il eust plus paru, à ceste heure là, une simulation -que non pas ung vray office, de l'envoyer; et quant aulx aultres -poinctz de la lettre qu'elle vouloit, premier que d'y respondre, me -commémorer ce que, une aultre foys, elle m'avoit dict de la rébellion -qu'on avoit naguières pratiquée en ce royaulme, et encores une -entreprinse d'auparavant qui s'estoit freschement descouverte, où le -filz du comte Dherby se trouvoit meslé, et confessoit qu'on, avoit -projetté de la commancer en la ville de Conventry par donner entendre -que leur Royne estoit morte, affin de proclamer incontinent Royne la -Royne d'Escoce, laquelle, à ce prétexte, devoit estre tirée des mains -du comte de Cherosbery par force, ce qui estoit punissable de mort -contre les autheurs et complices; et qu'au reste elle ne sçavoit -comment prendre ce que Vostre Majesté avoit, despuys vingt jours, -envoyé de l'argent, qui estoit les nerfz de la guerre, et des -monitions en Escoce pour ceulx de Lillebourg, et qu'il luy debvoit -estre aussi bien loysible à elle d'y envoyer des forces contre eulx, -car c'estoient ses ennemys. - -A quoy ayant respondu quant à ce dernier, que je n'en sçavois rien, -mais que je sçavois bien, Sire, que vous estiez tenu et aviez droict -et estiez en très longue possession d'y en pouvoir envoyer comme à voz -alliez et confédérez, là où elle n'avoit confédération ny alliance -aulx aultres, et n'y en pouvoit raysonnablement avoir, sinon avec -vostre bonne intelligence, parce que eulx mesmes estoient ou debvoient -estre de celle de vostre couronne; et qu'elle ne debvoit compter pour -ses ennemys ceulx de Lillebourg, parce qu'ilz s'estoient monstrez plus -prestz de satisfaire à ses honnorables intentions que non pas les -aultres; et encores, quant elle les avoit envoyé chastier à cause de -ses fuytifz, que vous ne vous en estiez aulcunement esmeu jusques à ce -qu'on vous avoit raporté qu'elle passoit oultre en pays, et se -saysissoit des places, comme elle en tenoit encores quelques unes, et -encores allors avoit elle bien veu comme vous vous y estiez -gracieusement comporté. - -Enfin la dicte Dame m'a faict une bien honneste et bien fort royalle -responce; c'est qu'elle vouloit trop plus de bien à son propre -honneur, qu'elle ne pourtoit d'ayne à la Royne d'Escoce, et qu'elle ne -se vouloit préjudicier à soy mesmes pour se vanger d'elle, ainsy -qu'elle en avoit desjà monstré de vrays signes; qui, au lieu de luy -nuyre, luy avoit saulvé l'honneur et la vie, et pourtant que je vous -advertisse, Sire, qu'elle procèderoit très honnorablement aulx -affaires de ceste princesse, et n'attandoit plus, pour y mettre bien -la main, que la responce du comte de Lenoz; car desjà ceulx de -Lillebourg luy avoient mandé qu'ilz luy envoyeroient ses depputez, -dont Ledingthon en seroit l'ung, et que tout par un moyen il seroit -lors pourveu à elle et à ses subjectz, et à la démolition du Petit -Lith; et quant à l'évesque de Roz que, dans ung jour ou deux, elle le -feroit ouyr et examiner une aultre foys, et puys le renvoyeroit à sa -Mestresse, et de là hors du royaulme, car ne vouloit qu'il habitât -plus en Angleterre. - -Je ne luy ay rien répliqué là dessus, ains suys retourné au premier -propos; mais, le jour d'après, j'ay envoyé sa responce par escript -aulx seigneurs de son conseil, affin de la conférer encores avec la -dicte Dame et me confirmer ce que j'aurois à vous en escripre, les -priant que ce fût avec bon effect, correspondant aulx bonnes parolles -de leur Mestresse, et que je n'y advanceroys, ny diminueroys ung seul -mot: dont suys attandant ce qu'ilz me manderont. - -Mais cependant, Sire, j'ay à dire à Vostre Majesté que, despuys cella, -est arrivé ung corrier d'Escoce par lequel les susdicts de Lenoz et -Morthon, estantz encouraigez de leurs bons succez, et des prinses des -deux navyres que je vous ay mandez l'ung de France et l'aultre de -Flandres, et encores comme j'entendz de la personne du Sr de Vérac, -ont mandé à la dicte Dame qu'à ceste heure estoit il temps qu'elle -envoyât des forces pour assiéger la ville et chasteau de Lillebourg, -et, si elle ne vouloit envoyer gens, qu'elle leur envoyât tant -d'argent qu'ilz peussent faire l'entreprinse de eulx mêmes, ce qui -n'est encores résolu; mais je crains fort qu'enfin elle leur envoyera -de l'argent. Et affin, Sire, que Vostre Majesté compreigne mieulx le -desir et intention de la Royne d'Escoce là dessus et les adviz -qu'elle a sur ses affaires, je vous envoye l'extraict des deux -derniers chiffres qu'elle m'a envoyés, desquels cognoistrez que je luy -ay aultant communiqué du contenu en voz précédantes dépesches, comme -j'ai estimé qu'il estoit besoing de le faire pour la consoler, et pour -la tenyr advertye des choses que mettez peyne de faire pour elle. Sur -ce, etc. Ce XXe jour de juillet 1571. - - - A LA ROYNE. - -Madame, en discourant avec la Royne d'Angleterre des choses que je -mande en la lettre du Roy, nous sommes, de propos en propos, venuz à -parler du pourtraict de Monseigneur vostre filz, et elle m'a dict -qu'encor que ce ne soit que le créon, et que son teint n'y soit que -quasi tout chafouré de charbon, si ne layssoit ce visaige de monstrer -beaucoup de beaulté et beaucoup de merques de dignité et de prudence; -et qu'elle avoit esté bien ayse de le veoyr ainsy meur comme d'ung -homme parfaict, car me vouloit dire tout librement que mal -vollontiers, estant de l'eage qu'elle est, eust elle vollu estre -conduicte à l'esglise pour estre maryée avec ung qui se fût monstré -aussi jeune comme le comte d'Oxfort, et que cella n'eust peu estre -sans en avoir quelque honte, et encores du regrect; mais ung chacun, -qui verroit la présence et les modestes façons de Monsieur, ne -pourroit dire sinon qu'il y alloit d'ung sage et fort bon jugement, -car il monstroit bien avoir sept ans plus qu'il n'a, ce qu'elle -desireroit en bon esciant qu'il eust, ou qu'elle les eust moins, et -plustost desireroit ce plus à luy qu'à elle, non pour le préférer à la -couronne de son frère, car vouoyt à Dieu qu'elle ne le desiroit -nullement, et que je sçavois bien qu'elle avoit esté davantaige en -peyne de la blesseure du Roy, de peur que Monsieur ne devînt si grand -qu'il n'eust plus à faire de la grandeur qu'elle luy pouvoit donner, -mais c'estoit affin qu'il ne se trouvât de grande inéqualité entre -eulx, car confessoit avoir trente cinq ans, encor que son visaige ny -sa disposition ne monstrassent qu'elle en eust tant. - -Je luy ai respondu que Dieu avoit si bien pourveu à ce que son eage à -elle ne luy emportât rien de ses beaultez et perfections, et que les -ans de Monsieur luy anticipassent à luy les siennes, qu'il a monstré -estre son infalible vouloir qu'ilz soyent maryez ensemble; et par -ainsy qu'elle ne doubte de ne trouver aussi en Mon dict Seigneur la -correspondance de toutes les aultres choses que, pour son honneur, sa -grandeur, sa seureté et le repoz de son estat, et pour tout ce qui -concerne son entier et parfaict contantement, elle pourroit desirer. -Ce que la dicte Dame a monstré de recepvoir avec affection. Et le -comte de Lestre m'a continué déclairer une semblable vollonté là -dessus comme toutjour, et mylord de Burgley, encor qu'il n'ait esté -lors présent, m'a faict néantmoins signifier qu'il y persévéroit -toutjours. - -Par ainsy, Madame, je n'ay rien, à présent, qui ne soit pour la -confirmation du propos et pour vous asseurer que je ne voys point -qu'on n'y procède icy de fort bon pied, sellon que Vostre Majesté me -mande, par la sienne du VIIIe de ce moys, que le Sr de Valsingam luy -en est aussi venu faire une fort expresse déclaration; et je suys bien -ayse, Madame, qu'il vous ayt pleu me la faire sçavoir, car je m'en -serviray icy bien à propos, mais, quant à vous mander une plus grande -résolution des condicions et demandes, qui ont esté desjà proposées en -cella, vous sçavez, Madame, que par l'instruction du Sr de Larchant -vous m'avez commandé de n'en entrer en nulle dispute ny contestation -affin de réserver cella à la venue de voz depputez, ce que j'estime -aussi estre le meilleur. Par ainsy, tout ce que je vous en diray pour -ceste heure de plus est que j'auray, à leur venue, aultant préparé les -choses comme cependant j'en pourray esclarcyr les difficultez. Sur ce, -etc. Ce XXe jour de juillet 1571. - - - - -CXCIVe DÉPESCHE - ---du XXIIe jour de juillet 1571.-- - -(_Envoyée jusques à la court par Joz, mon secréthaire._) - - Affaires d'Écosse.--Nécessité d'envoyer sans retard le secours - d'argent qui a été promis.--Négociation du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, ce qui me faict vous dépescher, à ceste heure, mon secrétaire -est principallement pour l'ocasion que trouverez en la lettre que -j'escriptz à la Royne, et j'en adjouxteray icy une seconde qui est, -Sire, pour vous dire que les adviz que nous avons d'Escoce se -raportent à ce que les choses y commançoyent desjà d'aller si relevées -à vostre dévotion et au proffict de la Royne d'Escoce que, si le -malheur ne fût arrivé au capitaine Melvin de se bruller ainsy qu'il a -faict, en voulant distribuer sur l'heure du combat de la poudre aulx -soldatz, la guerre estoit finye ce jour là, et le comte de Morthon -demeuroit prins, et le comte de Lenoz chassé du pays; et encores -despuys, si Chesoin eust peu conduyre jusques à ceulx de Lillebourg ce -que Vostre Majesté leur envoyoit, les aultres habandonnoient leur -entreprinse pour ne trouver que la Royne d'Angleterre fût fort preste -de leur bailler hommes, ny de leur fournyr argent; et encores -aujourduy, ilz sont réduictz à ce, qu'ilz pressent infinyement la -dicte Dame de les secourir, ou bien qu'ilz ne pourront en façon du -monde, après ce moys, entretenir leurs gens de guerre. A quoy elle ne -veult entendre, car je l'ay fort adjurée, au nom de Voz Majestez, de -ne se laysser tant aller à la malice et opiniastreté des Escouçoys -qu'elle en viegne altérer la bonne amytié qui est entre vous; ains -qu'elle advise de se prévaloir plustost des commoditez et advantaiges -qu'on luy offre; en façon, Sire, qu'il semble qu'elle se résoult d'y -vouloir prendre ung aultre expédiant que celluy que les dicts de -Morthon et Lenoz desirent. Dont les amys de la Royne d'Escoce vous -suplient très humblement, Sire, d'assister à ceste heure plus que -jamais sa cause, et qu'il vous playse faire mettre en mes mains le -secours par moys qu'avez ordonné pour la dicte Dame, et que, d'icy en -hors, avec l'acquit d'elle, l'on trouvera moyen de faire seurement -conduyre les deniers à ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer -est interdicte, mais que ce soit si secrectement, par les moyens que -ce mien secrétaire vous dira, qu'on n'en puysse avoir nul sentyment -icy; et que le premier moys soit fourny le plus promptement que la -commodité de voz affaires le pourra permettre, car le besoing le -requiert. Sur ce, etc. - - Ce XXIIe jour de juillet 1571. - - - A LA ROYNE. - -Madame, il n'y a nul soubz le ciel qui desire plus de grandeur à -Monseigneur vostre filz, ny qui plus ayt d'affection de luy veoir -advenir celle, dont se trette meintenant, que moy, qui cognois de plus -en plus qu'elle est très honnorable pour luy et de grand moment pour -Voz Majestez et pour vostre couronne; mais ce n'est sans que je desire -aussi d'y voyr conjoincte la provision qui est requise pour sa -conscience, pour sa réputation et pour la seurté de sa personne; qui -sont trois choses que, dez le commancement, j'ay toutjour incisté -qu'il y fût très soigneusement pourveu, et y ay encores plus -escrupuleusement regardé despuys que Vostre Majesté m'a signiffié la -peyne où elle en estoit, de façon que, auparavant et despuys, je n'ay -cessé de pénétrer, le plus qu'il m'a esté possible, ez choses que j'ay -estimé vous pouvoir mettre hors de ce doubte, et qui estoient pour -vous y aporter du repoz. Dont, oultre ce qu'en avez veu par mes -précédantes dépesches, voycy, Madame, ce que, despuys le partement de -Mr de Larchant et du Sr Cavalcanty, j'y ay peu advancer: - -C'est qu'après avoir, en la meilleure sorte et le plus modestement -qu'il m'a esté possible, par bonnes promesses, par parolles, par -adjuremens et par diverses offres et plusieurs bien estroictes -négociations, sollicité les principalles personnes d'auprès de ceste -princesse sur ce propos, mesmement le comte de Lestre et milord de -Burgley, icelluy de Burgley qui, mieulx que tout le reste, sçayt et -veoyt où l'affaire en doibt tumber, et à l'opinion duquel toutz les -aultres se raportent, après tout et pour finalle résolution, m'a -envoyé déclarer par milord Boucart qui me l'est venu dire en mon -logis, que la Royne, sa Mestresse, et eulx toutz procèdent très -droictement en cest affaire et ne desirent rien tant que de le veoyr -bientost et bien heureusement accomply; par ainsy qu'il ne tiendra -plus à elle ny à eulx, et ne voyant qu'il y puysse intervenir nulle -difficulté d'où ne se donne mutuelle satisfaction les ungs aulx -aultres, et que Monsieur n'en demeure bien contant, et mesmes, quant -au poinct tant dificile, et qui a esté tant débattu de la religion, -sinon que Mon dict Seigneur y veuille estre trop disraysonnable, et -qu'il y veuille cercher, au grand dangier de cest estat, quelque -aultre chose que ce qui peult satisfaire à son honneur, à sa -conscience et à sa seureté; car, quant à son honneur, là où ce seroit -à eulx de capituler qu'il ne se fît pour sa venue aulcune innovation -en la religion, et que luy mesmes n'en eust à user d'aultre que de la -leur, il n'en sera nullement parlé, d'un costé ny d'aultre, sinon pour -le déclarer luy, ainsy qu'on a desjà faict, non subject à celle -d'Angleterre: par ainsy, toute la Chrestienté verra qu'il aura gaigné -l'advantaige de ce poinct. Quant à sa conscience, s'il est ainsy qu'il -ne se veuille passer de messe, qu'il la face dire de luy mesmes -privéement, et sans recercher de l'avoir par capitulation de la dicte -Dame ny des siens, car ilz ne la luy pourroient faire, sinon à -l'advantaige de leur religion, et nullement au préjudice d'icelle, -sans assembler le parlement, ce qui mettroit en combustion tout le -royaulme, premier qu'on s'en peult accorder. Et quant à la seurté, que -icelluy de Burgley, et aultant que je vouldray de seigneurs et -gentishommes de ce royaulme, sommettront leurs vyes que si Monsieur -vient en Angleterre, il ne luy sera dict ni contradict en rien, que -honnestement il veuille desirer, ains qu'il y sera obéy et révéré -comme roy très puissant et absolu. Ce qu'il me faisoit entendre, non -par ordonnance de la Royne, ny du conseil, mais comme particullier, -qui cognoissoit bien l'estat du pays, et qui desiroit que Vostre -Majesté en demeurast ainsy persuadée, et que, si vous vouliez que la -perfection du mariage s'ensuyvît, que vous ne retardissiez plus la -conclusion d'icelluy; car, à ceste heure, se justiffieroit qui avoit -procédé plus sincèrement, ou eulx ou nous. - -Je ne voys pas, Madame, quant j'auray bien faict plusieurs aultres -dilligentes et bien curieuses recerches, que je vous puysse mander -rien de plus clair ny de plus exprès que cecy, si, d'avanture, ilz ne -changent; par ainsy, encor que je vous aye escript, de vendredy -dernier, par l'ordinaire, je ne vous ay vollu dyférer d'une seule -heure cest advertisement, affin que le temps ne réfroydisse et -n'emporte l'ocasion qui se présente; sur laquelle ce sera à vostre -prudence meintenant d'y faire une résolue et honnorable détermination. -Je vous envoye le pourtraict de la dicte Dame, lequel elle mesmes m'a -accordé fort vollontiers; et Mr le comte de Lestre me l'a faict -recouvrer, qui demande fort celluy de Monsieur, en grand volume avec -les colleurs, et pareillement celluy de la dame que sçavez; de quoy je -vous suplie le faire contanter. Et sur ce, etc. - - Ce XXIIe jour de juillet 1571. - - - - -CXCVe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour de juillet 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Poterne._) - - Affaires d'Écosse.--Déclaration faite par l'ambassadeur à - Burleigh qu'il exige satisfaction du comte de Lennox, à raison - de l'arrestation récemment faite de Mr de Vérac.--Négociation - du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, ayant escript aulx seigneurs de ce conseil ce qui s'estoit passé -entre la Royne, leur Mestresse, et moy touchant les choses d'Escoce, -affin qu'ilz me vollussent davantaige confirmer comme résoluement -j'auroys à vous en escripre, ilz m'ont mandé qu'ilz avoient communiqué -ma lettre à la dicte Dame, laquelle y avoit recogneu ses responces mot -à mot, et quasi aulx mesmes termes et par le mesmes ordre qu'elle me -les avoit dictes; et par ainsy que je ne sçaurois mieulx faire que -d'en escripre aultant, sans plus ny moins, à Vostre Majesté: dont je -m'en raporte, Sire, à ce qu'en avez desjà veu en ma dépesche du XXe du -présent. Et, despuys cella, iceulx du conseil m'ont envoyé dire que -les deux partys en Escoce se monstroient fort difficiles de prandre -aulcune abstinence de guerre, qui estoit cause que la dicte Dame avoit -renvoyé en dilligence devers eulx pour les y persuader et les y -exorter de sa part, et qu'elle avoit dellibéré, s'ilz s'y randent -opiniastres, de dépescher aulcuns de son conseil sur les lieux, ou -jusques à Barvyc, pour essayer de les accommoder ensemble; et que le -comte de Lenoz s'étoit fort escandalizé du retour de Vérac, qui estoit -tumbé de rechef en ses mains, lequel ilz ne sçavoient encores s'il le -renvoyeroit par terre, ou s'il le feroit réembarquer pour le renvoyer -par mer. - -Sur quoy je leur ay respondu, Sire, que la Royne, leur Mestresse, et -eulx doibvent admonester le comte de Lenoz de se déporter plus -modéréement qu'il ne faict vers Vostre Majesté, et de vous avoir tant -de respect qu'il ne veuille prandre ny arrester voz messagiers, que -vous envoyez en Escoce; et qu'il laysse au Sr de Vérac accomplyr la -charge que luy avez commise par dellà, laquelle je leur ose bien -asseurer n'estre aultre que de procurer, conjoinctement avec l'agent -de la Royne, leur Mestresse, la paciffication du pays, si, d'avanture, -il y veult entendre; et que, s'il y va quelques ungs du conseil -d'Angleterre, qu'il luy veuille permettre de s'entremettre avec eulx -de l'accommodement des affaires pour le bien de la Royne d'Escoce, -vostre belle soeur, pour la seureté du Prince, son filz, vostre -parant, et pour la tranquilité des subjectz du royaulme, qui sont, -elle et luy, et eulx toutz, de l'alliance de vostre couronne; et que, -si le dict de Lenoz, après avoir faict murtryr plusieurs bons subjectz -du dict royaulme, et avoir expolié la pluspart de la noblesse -d'icelluy de leur biens, et estably une authorité viollante au pays, -et relevé contre les trettez le fort du Petit Lith, se veult encores -attaquer de plus prez à Vostre Majesté de vous prandre voz propres -messagiers et violler voz pacquetz, qu'on ne s'esbahysse si la -jalouzie de vostre honneur et debvoir en cella, et la juste dolleur du -sang et opression de voz alliez vous pressent enfin de vous en -rescentyr et d'en cercher le chastiement; et de tant que l'occasion -leur en pourroit estre suspecte, que je les prie d'ayder au très -affectueulx desir qu'ilz voient que vous avez de l'éviter, sellon -qu'ilz sçavent que vous demeurez très justiffié envers Dieu et la -Royne, leur Mestresse, et envers eulx mesmes et toute la Chrestienté, -que vous avez faict tout ce qu'il vous a esté possible pour réduyre -les choses à de bien équitables condicions, voyre les faire -advantaigeuses pour la Royne, leur Mestresse, et pour leur royaulme, -et que pourtant rien de mal, qui en pourra cy après survenir, ne vous -en debvra estre imputé. Dont vous feray incontinent après, Sire, -entendre tout ce qu'ilz m'y auront respondu. - -Il semble qu'ilz ne se fyent guières au comte de Morthon, lequel, -hormiz le seul nom de régent, qu'il laysse au dict de Lenoz, il -s'atribue, quant au reste, toute l'authorité, tout le proffict et -toute la conduicte de l'entreprinse, et presse infinyement ceulx cy -de luy envoyer gens et argent dans la fin de ce mois, ou qu'il -s'accordera avec l'aultre partie; et c'est l'ocasion pourquoy ilz -veulent envoyer quelques ungs de ce conseil par dellà pour le -contenir, et pour gaigner, s'ilz peuvent, Granges et Ledingthon, car -ilz n'y vont jamais que pour faire dommaige à la Royne d'Escoce et -pour entretenir la division dans son pays, et croy qu'ilz ne -vouldroient que le dict de Morthon vînt absoluement à boult de ses -affaires. Vostre Majesté me commandera toutjour ce que j'y auray à -faire, et me donra s'il luy playt de quoy pouvoir fortiffier et ayder, -d'icy en hors, ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer leur est -empeschée. - -Je n'ay rien que changer, quant au propos de mariage, de ce que vous -en ay mandé, le XXIIe de ce moys, par mon secrétaire, et les adviz ne -me signiffient aultre chose de nouveau en cella que ce que verrez en -la lettre de la Royne. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juillet 1571. - - - A LA ROYNE. - -Madame, despuys ce que je vous ay escript, du XXIIe de ce moys, par -mon secrétaire, touchant le propos du mariage, j'ay esté adverty que -le Sr Vualsingam a faict une dépesche par deçà sur les propos, -qu'auparavant le retour du Sr de Larchant il avoit heu avec Voz -Majestez, de la sincérité dont la Royne, sa Mestresse, et les siens -procédoient en cest affaire, ce qu'il mande vous avoir si bien -persuadé que, nonobstant les lettres que Mr le cardinal de Lorrayne, à -ce qu'il dict, vous a escriptes au contraire, vous demeuriez -néantmoins résolue d'ambrasser avec toute affection la conclusion du -dict mariage, et le Roy a déclaré qu'il tiendra pour ennemys ceulx qui -le vouldront traverser. Et mande davantaige qu'ayant quelque -vertueuse dame admonesté Monsieur, s'il passe en Angleterre, de n'y -user comme les princes françoys, qui vont toutjour faisant l'amour -aulx autres dames, ains qu'il se contante d'aymer bien fort et -uniquement la Royne, affin d'éviter les maulx et dangiers qui ont -accoustumé de venir aulx mauvais marys; qu'il a bénignement receu ce -conseil, et avoit fort remercyé celle qui le luy avoit donné, et -promiz qu'il le suyvroit: qui sont deux trêtz qui ont aporté beaucoup -de contantement à ceste princesse, car elle a jugé qu'elle estoit -aymée et desirée. L'on attend en dévotion l'aultre dépesche du dict de -Valsingam, d'après le rapport du dict Sr de Larchant et du Sr -Cavalcanty, dont je mettray peyne d'entendre ce qu'il en mandera, -affin d'incontinent vous en advertyr. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de -juillet 1571. - - - - -CXCVIe DÉPESCHE - ---du dernier jour de juillet 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Réponse de Burleigh sur la satisfaction demandée pour Mr de - Vérac.--Affaires d'Écosse.--Danger de Marie Stuart tant qu'elle - sera en Angleterre.--Nouveau complot dont elle est - accusée.--Arrestation de sir Thomas Stanley, l'un des fils du - comte Derby.--Nécessité de traiter avec le comte de Morton, en - reconnaissant Jacques Ier roi d'Écosse conjointement avec Marie - Stuart.--Nouvelles d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas; - conclusion de l'accord sur la restitution des - prises.--Négociation du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, sur la responce que par mes précédantes, du vingt sixiesme du -présent, je vous ay mandé avoir faicte aulx seigneurs de ce conseil -touchant les choses d'Escoce, qui a esté par une lettre que j'ay -escripte à milord de Burgley, il m'a respondu que les comtes de -Lestre, de Sussex et luy, ont, par ensemble, leu ma dicte lettre, et -que l'ayantz despuys monstrée à la Royne, leur Mestresse, elle n'y a -trouvé rien qui ne luy ayt semblé raysonnable; et pourtant qu'elle a -ordonné d'estre incontinent faicte une dépesche au comte de Lenoz pour -l'admonester de se desporter modéréement, et avec respect, vers les -subjectz et messagiers de Vostre Majesté, et de ne contraindre en rien -le Sr de Vérac qu'il ne puysse user la charge que luy avez commise par -dellà; et que la dicte Dame et eulx toutz sont attandans quelque -responce des deux partys, qui sont en Escoce, pour sçavoir s'ilz -veulent condescendre à une abstinance de guerre, et, s'ilz le font, -qu'on procèdera incontinent au tretté, ou sinon qu'elle envoyera -aulcuns de son conseil sur les lieux pour essayer de les accorder; -avec lesquelz le dict Sr de Vérac pourra intervenir, pour y faire, au -nom de Vostre Majesté, les bons offices qu'il verra convenir au bien -et repos de ce pouvre royaulme; et quant à une plus grande -dellibération que celle là sur le faict de la Royne d'Escoce, et sur -la liberté de son ambassadeur, que la dicte Dame n'avoit pensé, pour -ceste heure, d'y rien toucher jusques aux dictes nouvelles d'Escoce: -ce néantmoins, puysque je desiroys que ce fût plus tost, ilz luy en -parleroient, affin qu'elle y prînt expédiant, et ne m'a rien plus -mandé. - -Or, Sire, j'entendz que le dict de Lenoz a mandé icy le contenu des -lettres et de l'instruction et mémoires que le dict Sr de Vérac -pourtoit, et que, quant il en a esté faict le récit à ceste princesse, -elle n'y a rien trouvé qui luy ayt semblé estre directement contre -elle, ce qui l'a assés satisfaicte; et les amys de la Royne d'Escoce -ne cognoissent qu'il y ayt heu plus grand dangier que si elle n'y a -veu une aussi ferme résolution de Vostre Majesté au restablissement de -la dicte Royne d'Escoce, comme ilz le desireroient. Tant y a -qu'encores hyer, sur la négociation que j'ay envoyé faire à iceulx de -ce dict conseil, j'entendz que quelques ungs d'eulx ont fermement -soubstenu que la Royne d'Angleterre ny son royaulme ne peuvent estre -aulcunement bien asseurez, si la Royne d'Escoce ou si l'évesque de Roz -sont remiz, l'ung ny l'aultre, ny deçà ny delà la mer, en pleyne -liberté, fortiffians ceste leur opinion par nouveaulx argumens de la -pratique, qui a esté nouvellement descouverte du Sr Thomas Stanley, -second filz du comte Dherby, lequel ilz ont miz despuys huict jours -avec plusieurs aultres dans la Tour, et de ce qu'ilz ont entendu que -le Sr Roberto Ridolphy est passé de Rome en Espaigne, lesquelz deux -ilz estiment estre de l'intelligence de la dicte Dame et de son dict -ambassadeur, ce qui me faict juger que malayséement pourrons nous de -longtemps, par parolles ny par négociations, tirer de ceulx cy rien de -bien en cest endroict; et pourtant qu'il sera bon, Sire, sans laysser -les instances accoustumées, si d'advanture il s'y peult toutjour -gaigner quelque chose, que Vostre Majesté se résolve d'elle mesmes d'y -faire ce que l'honneur de sa couronne et le bien de son service -monstreront de le requérir, sans nulle manifeste offance de ceste -princesse. Et croy, Sire, que vous obtiendriez ès dictes choses -d'Escoce le meilleur effect de vostre intention, si le pays pouvoit -estre remiz en paix, et il le pourroit estre si le comte de Morthon le -vouloit, et le dict de Morthon ne seroit trop difficile à gaigner, si -la Royne d'Escoce pouvoit estre persuadée de se contanter que le -petit Prince, son filz, demeurast conjoinctement Roy avec elle; car, -parce que le dict de Morthon est celluy qui principallement l'a -proclamé et érigé pour roy, il n'estime qu'il y puysse avoir nulle -sorte de bonne seurté pour luy, s'il est déposé; mais je ne sçay si ce -préjudice seroit aultant dommageable à ceste pouvre princesse, comme -celluy où elle se trouve meintenant. Vostre Majesté le considèrera, et -je prendray garde si cependant ceulx cy préparent nulle entreprinse de -ce costé. - -Fitz Maurice prospère en Hirlande, et dict on qu'il a nouvellement -prins ung fort sur les Anglois, ce qui les ennuye beaucoup. L'on -essaye icy de gaigner sire Jehan, frère du comte d'Esmont, pour -l'envoyer par dellà au lieu du dict comte, de qui ilz ne se fyent -guières, tant pour contenir le pays que pour y diminuer l'affection -qu'on a mise vers le dict Fitz Maurice, qui n'est si prochain seigneur -de la comté d'Esmont comme cestuy cy; et desjà milord debitis -d'Yrlande le se rand familier et domestique pour le passer de dellà -avecques luy. - -Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz ayent monstré d'aller -lentement, ilz se sont néantmoins poursuyviz sans intermission par les -depputez des deux costez, de sorte qu'ilz sont desjà tout accordez -quant aulx merchandises; reste à accorder le poinct de l'argent et de -l'entrecours, et me vient on de dire que le duc d'Alve a dépesché -secrectement ung gentilhomme qui doibt arriver bientost icy; par -lequel il mande à ceste princesse que le Roy, son Maistre, sera prest, -pourveu que ses subjectz se treuvent aulcunement satisfaictz des -prinses, de renouveller l'entrecours et l'alliance avec elle en la -meilleure forme qu'elle ayt jamais esté entre ceste couronne et la -mayson de Bourgoigne. - -Le propos du mariage demeure en ung merveilleux silence en ceste cour, -attandant des nouvelles de Voz Majestez et quelque dépesche de leur -ambassadeur; bien m'asseure l'on toutjour que les choses y sont fort -bien disposées. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de juillet 1571. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Despuys la présente escripte, j'ay receu ung chiffre de la Royne - d'Escoce, du XVIIIe de ce mois, duquel je vous envoye l'extraict, - affin que Vostre Majesté compreigne mieulx l'urgente nécessité de - ses affaires pour y remédier: et cependant nous y donrons d'icy - tout le sollagement qu'il nous sera possible. - - - A LA ROYNE. - -Madame, mardy dernier, le Sr Barnabé, que bien vous cognoissez, m'est -venu présenter les recommendations de Mr le comte de Lestre, de qui il -est secrétaire, et me dire que le dict sieur comte avoit aussi charge -de me mander les recommendations de la Royne, sa Mestresse, et ung des -paniers de son cabinet, où elle tient les petites besoignes de ses -ouvrages, qu'il m'a incontinent baillé, lequel elle m'envoyoit plein -de fort beaulx abricotz, pour me faire veoir que l'Angleterre est ung -assés bon pays pour produyre de bons fruictz; et qu'au reste, si -j'avois nulles nouvelles de France, que je luy en fisse part affin -d'en satisfaire la dicte Dame, laquelle il m'asseuroit que jamais ne -s'estoit trouvée plus sayne ny en meilleure disposition que -meintenant, et qu'elle n'alloit plus en coche, ains sur ung beau grand -cheval, à la chasse. - -Je luy ay respondu que je remercyoys infinyment Mr le comte de la -continuation de sa bonne vollonté vers moy, et que je le supplyois de -bayser en mon nom très humblement les mains de Sa Majesté, et m'ayder -d'ainsy dignement la remercyer de son salut et de son beau présent, -comme une si excellante faveur le méritoit; laquelle je recepvoys avec -l'honneur et respect qui estoient deuz à sa grandeur, et que ses beaux -abricotz monstroient bien qu'il y avoit de belles et bonnes plantes en -son royaulme, où je souhaytois des greffes de France pour encores y -produyre le fruict plus parfaict; et, quant à sa bonne disposition, -que c'estoit la plus agréable nouvelle dont je pouvois resjouyr ny -contanter Voz Majestez Très Chrestiennes, et que je supplyois Nostre -Seigneur l'y meintenir; au reste que je n'avois, pour ceste heure, que -luy mander de France sinon la déclaration que le Sr de Valsingam -estoit allé faire à Voz Majestez Très Chrestiennes comme l'on -procédoit très sincèrement de ce costé au propos du mariage, de quoy -vous aviez receu une fort grande satisfaction, et l'aviez asseuré -qu'il y estoit de mesmes parfaictement bien correspondu de vostre -part; et que j'attandoys, d'heure en heure, quelque dépesche sur la -responce que Mr de Larchant vous auroit apportée, dont ne fauldrois, -incontinent après, d'aller trouver la dicte Dame. - -Et, le jour ensuyvant, j'ay envoyé ung gentilhomme exprès devers le -dict sieur comte affin de le remercyer davantaige, et aussi pour -entendre du bon portement de la dicte Dame et de la disposition du -propos; lequel m'a confirmé que l'ung et l'aultre se portent fort bien -et que ainsy j'en asseure Voz Majestez. Je sentz bien qu'ilz sont en -peyne du retardement des nouvelles de France; et cependant ilz ont -passé oultre à l'accord d'un des trois différans des Pays Bas, tant à -leur advantaige qu'ilz ne l'ont peu reffuzer, et avec opinion -d'acommoder bientost les aultres deux, si le duc d'Alve continue de -plyer ainsy à tout ce qu'ilz veulent. Sur ce, etc. - - Ce XXXIe jour de juillet 1571. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Tout présentement me vient d'arriver celle qu'il vous a pleu - m'escripre du XXVe du présent, laquelle me servyra de bonne - instruction en moy mesmes, et je la feray encores servyr envers - d'aultres qui, possible, seroient mal informez, oultre que je - suys admonesté, à toute heure, de croyre qu'on va de - dissimulation sur cest affaire et sur celluy d'Escoce. - - - - -CXCVIIe DÉPESCHE - ---du Ve jour d'aoust 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Giles le Thor._) - - Inquiétude causée en Angleterre par le silence gardé en France - sur les articles communiqués.--Crainte d'une rupture avec le - roi.--Démarche de l'ambassadeur pour rassurer la reine sur le - retard apporté aux réponses que l'on attend de France.--Vives - instances en faveur de la reine d'Écosse.--Nouvelle irritation - d'Élisabeth contre Marie Stuart.--Négociation du mariage. - - - AU ROY. - -Sire, ceulx cy sont entrez en une non légière souspeçon du retardement -des nouvelles de France, estimans que Vostre Majesté, pour n'avoir -receu la satisfaction que, possible, elle espéroit par le retour du Sr -de Larchant, pourroit avoir miz en son cueur de s'en rescentyr et de -prandre pour cest effect le prétexte des choses d'Escoce; dont se sont -ymaginez, Sire, que desjà vous aviez faict serrer les passaiges parce -qu'ilz ne voyoient venir nul pacquet ny messagier du Sr de Valsingam. -Et à cella s'est adjouxté que aulcuns de leurs merchans, revenants de -Bretaigne, leur ont asseuré que voz gallères estoient arrivées à -Brest, comme pour passer des soldatz en Escoce. Sur quoy ayant miz la -matière en dellibération, les opinions ont esté diverses, mais -j'entendz que celle là a esté la plus suyvye qui a tandu à remonstrer -que la Royne d'Angleterre n'avoit à se fyer ny de la France ny de -l'Espaigne, et pourtant qu'elle se debvoit fortiffier en elle mesmes -dedans ceste grande isle, et pourvoir à trois poinctz qui l'y -pourroient randre très asseurée contre tout le monde:--Le premier, -qu'elle fît une ferme résolution de ne laysser jamais aller la Royne -d'Escoce, laquelle Dieu luy avoit mise en sa puyssance, et chacun jour -se descouvroyt davantaige combien il y auroit de très grand dangier -pour elle et pour ce royaulme, si elle s'en dessaysissoit;--Le segond, -qu'elle ne dissimulât de s'emparer de son royaulme qui estoit prest à -tumber en ses mains, et desjà toutes choses commançoient à n'y -dépendre plus que de son authorité;--Et le troisiesme, qu'elle taillât -par dellà la mer à Vostre Majesté et au Roy d'Espaigne le plus de -besoigne qu'elle pourroit, et vous fît attaquer l'un à l'aultre, s'il -luy estoit possible;--Et cependant, si Vostre Majesté, ne s'attandant -plus au mariage, monstroit néantmoins, pour dissimuler les choses, -qu'il en vollût encores entretenir par bonnes parolles le propos, -qu'elle vous en debvoit donner encores de meilleures pour passer cest -esté, dedans lequel ceulx du party de la Royne d'Escoce, qui ne -pouvoient plus estre aydez des deniers de France, sellon la preuve -qu'ilz en avoient par la perte de Chesoin, seroient indubitablement -ruynez, et lors l'entreprinse du pays luy seroit très facille; et -pourroit disposer de la personne de la Royne d'Escoce, et pareillement -de celle de son filz et de tout leur estat à son playsir. Sur -laquelle opinion, encor qu'on ayt différé d'y rien résouldre jusques à -ce qu'on ayt plus grande notice à quoy tend l'intention de Vostre -Majesté, l'on l'a toutesfoys plus aprouvée que rejectée. - -Et cependant la Royne d'Angleterre, en m'envoyant visiter avec ung -présent d'un grand cerf, qu'elle mesmes a tué à l'arbaleste, m'a faict -enquérir si j'avois nulles nouvelles de Vostre Majesté, et -pareillement le comte de Lestre et milord de Burgley ont envoyé -sçavoir le mesmes, et si je viendrois bientost à la court. J'ay -remercyé, en la meilleure façon que j'ay peu, la dicte Dame de son -présent, et que j'attandoys, d'heure en heure, de voz nouvelles par le -retour d'ung de mes secrétaires, qui ne pouvoit guières plus tarder; -dont ne fauldroys de luy aller incontinent randre bon compte de toutes -celles qu'il m'auroit apportées. Et, le lendemain, encor que j'aye -estimé que la dicte Dame et ceulx de son conseil se trouveroient -occupez avec les depputez de Flandres et avec les principaulx merchans -de Londres, qui estoient appellez pour le faict de leur accord, je -n'ay layssé d'y envoyer et d'y escripre, affin de remercyer davantaige -la dicte Dame de ses présans, et donner à elle et à ceulx de son -conseil toute bonne espérance de nostre costé, et négocier au reste -les choses pour la Royne d'Escoce. - -A quoy les dicts de Lestre et Burgley m'ont respondu qu'ilz avoient -jugé ma lettre fort digne d'estre monstrée à la Royne, leur Mestresse, -laquelle l'avoit heu très agréable et vouloit de bon cueur, quant au -premier poinct, croyre le mesmes que moy, que Voz Majestez Très -Chrestiennes ne retardoient leur responce, sinon pour la faire -meilleure; et, quant au segond, que mon mercyement surpassoit de -beaucoup son bienfaict; au regard du troisiesme, qu'ilz me vouloient -dire tout librement qu'elle reffuzoit toutes les demandes de la Royne -d'Escoce, sinon la liberté de l'évesque de Roz, à laquelle elle estoit -delliberée d'y procéder, et ont dict cella en façon qu'ilz ont monstré -qu'ilz le veulent chasser d'icy; adjouxtant le dict de Lestre que -ceste menée, qui s'estoit descouverte du segond filz du comte Dherby, -apportoit une très grande traverse aulx affaires de la Royne d'Escoce, -car l'entreprinse ne tendoit seulement à la vouloir mettre en liberté, -mais à l'ériger pour Royne d'Angleterre en tout le quartier du North -par une rébellion, formée soubz le prétexte de la bulle, et qu'il -estoit bien marry que milord Dudeley, son parant, se trouvoit meslé en -cella, et craignoit assés que la dicte Dame en fût dorsenavant plus -observée et tenue plus estroict: dont fauldroit que je le tinse pour -excusé, s'il n'entreprenoit plus de solliciter la Royne, sa Mestresse, -d'escripre au comte de Cherosbery pour la plus ample liberté et bon -trettement d'elle, car, lorsqu'il l'avoit faict, il se vériffioit que -la susdicte menée en avoit esté plus librement conduicte, et il en -estoit tumbé en quelque souspeçon à cause de l'ancienne et privée -amytié qu'il avoit toutjour heue avec le duc de Norfolc; toutesfoys -qu'il ne seroit jamais que amy et bienveuillant de la cause de la -dicte Dame. - -Je n'ay encores rien répliqué à cella, mais Vostre Majesté peut -conjecturer de ce dessus combien l'inimitié et jalouzie s'ayguysent de -plus en plus entre ces deux princesses, et combien sont à présent -vifves et aspres les dellibérations de ceulx cy sur celle d'Escoce et -sur son royaulme. Ilz sont attandans des nouvelles des seigneurs du -dict pays, desquelles je vous manderay incontinent ce que j'en auray -aprins; et ne vous répèteray rien, Sire, de la provision que la dicte -Dame vous requiert pour ceulx de son party, sinon pour sçavoir s'il -vous playrra que je inciste, en vostre nom, à ce que les comtes de -Lenoz et de Morthon ayent à randre les monitions et argent, que Vostre -Majesté envoyoit par Chesoin au chasteau de Lillebourg. Sur ce, etc. -Ce Ve jour d'aoust 1571. - - - A LA ROYNE. - -Madame, par le gentilhomme qui m'est venu présenter le cerf, dont je -fais mencion en la lettre du Roy, le comte de Lestre m'a mandé que la -Royne, sa Mestresse, estant à la chasse à Othelant, ayant veu ce grand -cerf, souhaita aussitost de le pouvoir tuer pour me l'envoyer, affin -qu'avec les fruictz de ses jardrins j'eusse aussi de la venayson de -ses forestz, pour mieulx juger de la bonté de la terre; dont avoit -incontinent demandé l'arbaleste, et, d'ung coup de trêt, elle mesmes -luy avoit si bien rompu la jambe qu'il n'y avoit falleu que le vieulx -milord Chamberland pour l'achever de tuer; et qu'il m'asseuroit que la -dicte Dame persévéroit de plus en plus en son bon propos vers -Monsieur, et parloit souvant des honnestes playsirs et exercisses -qu'ilz prandroient ensemble à la chasse et à visiter les beaulx -endroictz de ce royaulme; bien souspeçonnoit elle que le retardement -de la responce de Voz Majestez, et ce qu'elle n'avoit encores peu -avoir le pourtraict de Monsieur en grand, avec les couleurs, procédoit -de quelque mauvais office qu'on eust faict par dellà, et que, si je -sçavois rien du monde qui concernât cest affaire, fût bien ou mal, que -je luy en vollusse faire part; ce qui a esté cause, Madame, que je luy -ay escript une lettre, laquelle il m'a mandé qu'estoit venue le plus -à propos du monde, et que cella, avec ung adviz qui estoit, quasi en -mesmes temps, arrivé comme les gallères ne s'arrestoient en Bretaigne, -ains venoient en Normandie, comme pour passer les depputez de deçà, -leur faisoit prandre toute bonne espérance, et qu'à quelle heure qu'il -surviendroit nulle aultre nouvelle de ce propos, que je la luy -mandasse; car vouloit estre le premier qui la porteroit à la dicte -Dame. - -Et despuys, le dict sieur comte a parlé assés ouvertement de son -particullier à ung nostre commung amy touchant madame de Nevers, -monstrant y avoir grand affection, mais doubtoit assés de n'estre -accepté, et a desiré bien fort son pourtrêt; et icelluy amy, sellon -que je l'avois instruict, l'a interrogé, comme de soy mesmes, de -l'estat de l'affaire principal, et si despuys il avoit rien gaigné -envers la Royne sur le poinct de la religion. A quoy il a respondu que -l'affaire procédoit toutjour de bien en mieulx de leur costé, bien -qu'il ne vouloit dire qu'il eust rien gaigné quant au dict poinct de -la religion. Tant y a que la dicte Dame faisoit préparer un logis pour -les depputez; et le dict comte prioit icelluy nostre amy de faire -venir les draps et toilles d'or et d'argent, parce qu'il en a le -moyen; et que si, d'avanture, l'on se tenoit en quelque suspens -doubteux en France, qu'il le prioyt luy mesmes d'y faire ung voyage -pour sçavoir où la matière seroit acrochée, affin de la pouvoir -remédier. Plusieurs choses se disent et escripvent de plusieurs -endroictz là dessus, qui seroient longues à mettre icy, mais ceulx cy -suffiront s'il vous playt, Madame, pour toutjour vous représanter -commant les choses en vont. - -Je vous supplie très humblement d'agréer, par quelque bonne parolle de -mercyement, au Sr de Valsingam les honnestes présens, que sa -Mestresse a faictz à vostre ambassadeur, et commander qu'il soit -quelquefoys gratiffié de mesmes. Sur ce, etc. Ce Ve jour d'aoust 1571. - - - - -CXCVIIIe DÉPESCHE - ---du VIe jour d'aoust 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Crespin Chaulmot._) - - Négociation du mariage.--Avis divers donnés à l'ambassadeur sur - la réponse faite aux articles par le roi, et sur les divisions - qui auraient éclaté à la cour de France. - - - A LA ROYNE. - -Madame, ainsy que je fermoys ma lettre du jour de yer à Vostre -Majesté, l'on vint me dire que l'ung des gens de Mr de Vualsingam -passoit par ceste ville qui s'en alloit trouver la Royne d'Angleterre -à Amptoncourt, et, avant qu'il fût nuict, il me fut mandé du dict lieu -que la dépesche estoit tenue si secrecte qu'on n'en publioit ung seul -mot, et seulement le comte de Lestre avoit dict à ung sien amy privé -qu'il restoit fort peu de différant aulx articles, et qu'ilz -s'accommoderoient, et qu'on avoit commancé ung honnorable propos pour -luy avec une dame de France, lequel il espéroit qu'auroit bon effect. -Peu d'heures après, me vint ung aultre adviz comme la dicte dépesche -asseuroit que toutz les articles de la Royne d'Angleterre avoient esté -acceptez par Voz Majestez Très Chrestiennes et mesmes celluy de la -religion, et que plusieurs en ceste court s'en trouvoient estonnez; et -la dicte Dame estoit après à consulter comme elle auroit meintenant à -y procéder pour satisfaire à l'humeur d'ung chacun, chose que celluy, -qui m'escripvoit, l'estimoit estre fort difficille, et qu'on -souspeçonnoit que le messagier et pacquet, qui m'avoient esté -dépeschez là dessus, estoient artifficieusement retardez en chemin, -affin que la dicte Dame se peult préparer de la responce qu'elle -m'auroit à faire, quand je viendrois à luy en parler; et que pourtant -j'eusse bon pied et bon oeil. - -A ce matin, m'est venu ung tiers adviz trop pire que les deux -premiers, c'est que par la mesme dépesche avoit esté mandé que -Monsieur, vostre filz, avoit accepté une secrecte commission du Pape -pour oster la religion nouvelle, et restituer la catholique par toute -la France, sans que le Roy son frère en sceût rien, et qu'il en avoit -donné la principalle conduicte à deux seigneurs de la court; de quoy -estant enfin le Roy adverty, il en avoit esté fort offancé, et avoit -chassé ces deux de la court, au regrect de Mon dict Seigneur, dont -restoit beaucoup de malcontantement et beaucoup de mauvaise -intelligence entre les deux frères, qui estoit ung accident qu'on me -vouloit bien dire qui seroit pour aporter beaucoup de traverse à ce -propos. Je suys demeuré merveilleusement estonné de ceste tant -mauvaise, et comme je m'asseure, très faulce nouvelle, et en fusse en -plus grand peyne sans qu'il m'est souvenu qu'il vous avoit pleu -m'escripre, du XXVe du passé, de n'adjouxter foy à rien qui me peult -estre dict ou mandé, si je ne le voyois signé de la main de Voz -Majestez. Et ainsy, Madame, je demeure en ceste résolution de ne le -croyre, et de faire encores, aultant que je pourray, que les aultres -ne le croyent; et néantmoins je ne veulx différer de le vous escripre, -affin que Vostre Majesté pourvoye aulx inconvéniantz qui pourroient -advenir d'une si meschante et mallicieuse invention, laquelle, de tant -qu'on la tient fort secrecte icy, je vous supplie, Madame, que le -susdict de Valsingam ne puysse sentyr que je vous en aye donné adviz. -Sur ce, etc. Ce VIe jour d'aoust 1571. - - - Voycy encores, Madame, tout à ceste heure ung quatrième adviz qui - contient ces motz:--«Plusieurs lettres, de diverses dates, sont - venues par ceste mesmes dépesche, et meintenant s'entend que pour - la religion l'affaire est retardé, s'esmerveillantz Leurs Très - Chrestiennes Majestez que de deçà ne consentent à une si - raysonnable requeste, qui ne fut jamais dényée à nul prince, et - sur ce différand viendra Mr de Foix, ou ung aultre gentilhomme de - crédict, bientost.»--Et n'y a rien plus. - - - - -CXCIXe DÉPESCHE - ---du IXe jour d'aoust 1571.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par l'homme du Sr Bon St Jehan._) - - Négociation du mariage.--Résolution prise en France d'envoyer Mr - de Foix en Angleterre.--État des partis d'Écosse.--Négociation - des Pays-Bas.--Communication faite par Leicester. - - - AU ROY. - -Sire, estantz quasi en une mesmes heure arrivez deux corriers de -France et d'Escoce en ceste court, le IIIe de ce moys, j'ay à dire -meintenant à Vostre Majesté, quant à celluy de France, qu'on a trouvé -que sa dépesche estoit composée de plusieurs pacquetz de diverses -dattes, qui ont parlé diversement du propos d'entre Monseigneur et la -Royne d'Angleterre, de sorte que, sellon le contenu des unes lettres, -les choses sembloient n'aller guières bien, mais par celles du XXXe du -passé, qui sont les plus fresches, Mr de Valsingam a si bien escript -et si bien rabillé le tout que le comte de Lestre s'en est envoyé -conjouyr avecques moy, et me remercyer des bons offices qu'il cognoist -que, par Mr de Larchant et par les lettres que j'ay escriptes par luy -à Voz Majestez, j'ay procuré d'estre faictz en cest endroict, et qu'il -les répute offices vrayement honnestes, et qui se monstrent de tant -plus louables et vertueulx qu'il n'a manqué qui se soyent esforcez au -contraire d'en faire de très mauvais pour rompre le tout; de quoy il -me vouloit bien asseurer que la Royne, sa Mestresse, et les siens en -raportoient une très grande et bien fort espécialle obligation à -Vostre Majesté, et une aultre très grande à la prudence de la Royne, -vostre mère, et encores une aultre non moindre à la vertu et constance -de Monsieur; et qu'encor que Mr de Montmorency ne vînt pour ceste -foys, à quoy il avoit bien grand regrect, que Mr de Foix ne lairroit -pourtant d'estre aultant bien veu et bien receu que nul gentilhomme -qui peult, de quelle part qui soit au monde, arriver en ceste court, -espérant que toutes choses yroient bien. - -Et le corrier d'Escoce a raporté qu'on avoit opposé tant de -difficultez à l'abstinance de guerre qu'il n'avoit esté possible de la -conclurre, et que ceulx de Lillebourg, nonobstant les six mil escuz -que Chesoin leur avoit perduz, publioient qu'ilz en avoient receu -douze mille par des moyens que, maugré leurs adversayres, ilz en -recepvroient chacun moys aultant qu'on leur en vouldroit adresser de -France, et qu'ilz avoient souldoyé deux centz chevaulx davantaige, et -tenoient mille hommes en garnyson dedans la ville; que ceulx de -l'aultre party requéroient instamment la Royne d'Angleterre de leur -envoyer ung entier secours, sans lequel ilz luy déclairoient qu'ilz ne -pouvoient plus temporiser; que le comte de Lenoz se trouvoit las de la -peyne et de la despence qu'il luy convenoit soubstenir au Petit Lith; -que les comtes de Morthon, de Mar et aultres de leur faction, se -plaignoient de luy, et ne vouloient plus recognoistre sa régence, ains -prioyent la dicte Dame de leur vouloir assister à eulx, ainsy qu'elle -avoit promiz de le faire, et ilz suyvroient son intelligence, -aultrement qu'ilz sçavoient commant faire leur paix; que les comtes de -Casselz et d'Eglinthon avoient esté miz en liberté soubz obligation de -ne porter les armes contre le tiltre du jeune Prince; que aulcuns de -la partie neutre monstroient de se vouloir joindre avec le dict de -Morthon et avoient assigné jour et lieu pour en conférer ensemble. -Toutes lesquelles choses, Sire, ceulx cy ont mises en dellibération, -mais je ne sçay encores quelle résolution ilz y ont prinse, sinon -qu'il semble qu'ilz proposent d'envoyer aulcuns de ce conseil sur les -lieux pour monstrer d'accommoder les choses; mais ce n'est, à mon -adviz, pour aulcun bien de la Royne d'Escosse, ni pour la paix de son -royaume, et y a grand danger, s'ilz font tumber toute l'authorité du -pays ez mains du dict de Morthon, qu'il ne s'en ensuyve ung grand -préjudice à la personne de la dicte Royne d'Escoce, et une trop -estroicte intelligence de luy avec la Royne d'Angleterre. Par ainsy -sera bon, Sire, de fortiffier toutjour de plus en plus l'honneste -party qui deppend de vous; j'estime, Sire, que le plus pressé est de -faire mettre ez mains de Mr de Glasco les deniers que Vostre Majesté a -ordonné d'estre employez par moys en cest affaire, et que cependant le -Sr de Glasco, en vous faisant condoléance de la détention et mauvais -trettement du dict Sr de Vérac et de la vollerie de voz pacquetz, il -vous inciste aussi fort fermement qu'il ne soit dorsenavant rien -tretté des affaires de la Royne, sa Mestresse, par les Anglois sans -que l'exprès mandement d'elle, ou la présence de ses expéciaulx -ambassadeurs et encores de vos propres depputez y interviennent, et -qu'il le vous baille hardyement par escript affin que Vostre Majesté -ayt tant plus d'argument d'en parler à l'ambassadeur d'Angleterre, et -de me commander d'en parler vifvement par deçà. Les depputez de -Flandres ont remiz entièrement le différand des merchandises à ce que -le comte de Lestre et milord de Burgley en ordonneront; qui pouvez -voyr, Sire, combien la chose va passer à l'advantaige des Angloys, et -néantmoins il y reste encores quelque accrochement. Ce IXe jour -d'aoust 1571. - - - A LA ROYNE. - -Madame, à peyne a esté party le corrier avec ma dépesche, du VIe de ce -moys, que Mr le comte de Lestre m'a envoyé dire ce que je mande en la -lettre du Roy du contenu de celles de Mr de Valsingam, et davantaige -qu'il donnoit une grande louange à Voz Majestez Très Chrestiennes et à -Monseigneur de la tant vertueuse et royalle façon, dont toutz trois -procédiez vers la Royne, sa Mestresse; qui rejettiez toutjour toutes -les persuasions qu'on vous pouvoit donner contre le bon propos -encommancé, et ne vouliez admettre les pratiques, lesquelles le dict -de Valsingam mande que Mr le cardinal de Lorrayne, ou quelques aultres -pour luy, menoient secrectement, de proposer le party de la Royne -d'Escoce, sa niepce, ou encores plus expressément celluy de la -Princesse de Portugal, à Mon dict Seigneur, et qu'il feroit qu'en -faveur de l'ung ou de l'aultre mariage, ou au moins pour faire cesser -celluy de la Royne, sa Mestresse, le clergé de France luy donroit -quatre centz mil escuz par an. A quoy le Roy avoit respondu:--«Qu'il -estoit bien ayse de cognoistre que son clergé fût assés riche pour -pouvoir faire de telles offres, par où il espéroit qu'il en pourroit -tirer de grandes subventions pour payer ses debtes, mais qu'il ne -trouvoit bon qu'il se meslât de telz affaires; car tout ce qu'il avoit -estoit bien à son frère.» Néantmoins que le dict sieur comte -s'esbahyssoit comme il me tardoit tant à arriver quelque dépesche de -cella, et si je pensoys qu'il y eust encores rien de changé. Je l'ay -remercyé infinyement de la privée communication, dont il continuoit -user vers moy, et que je ne fauldrois toujour de luy bien -correspondre, mais qu'à présent je ne luy sçauroys dire sinon que -j'estoys plus esbahy que luy que je n'avoys ny lettre, ny nouvelle -quelconque de Voz Majestez. Et, bien peu après, est arrivé mon -secrétaire avec la certitude du partement de Mr de Foix pour s'en -venir; dont j'ay incontinent dépesché homme exprès pour en aller -advertyr le dict sieur comte. Sur ce, etc. Ce IXe jour d'aoust 1571. - - - - -CCe DÉPESCHE - ---du XIIe jour d'aoust 1571.-- - -(_Envoyée jusques à Calais soubz la couverte du Sr Acerbo._) - - Mission de Mr Foix pour conclure la négociation du mariage, ou - former un traité d'alliance.--Nouvelles d'Écosse.--Succès des - révoltés en Irlande.--Confirmation de l'accord fait avec - l'Espagne sur les prises. - - - AU ROY. - -Sire, ceulx qui veulent bien et qui portent beaucoup d'affection au -mariage de Monsieur sont bien marrys que Vostre Majesté n'ayt, tout -d'un train, envoyé Mr de Monmorency pour en conclurre le propos, car -leur semble que la matière y est à présent bien disposée, et craignent -que tant de remises, à la fin, n'y aportent de l'empeschement, -néantmoins se resjouyssent grandement de la venue de Mr de Foix, comme -de celluy qu'ilz ont en la meilleure opinion du monde, et dont nul -aultre n'eust sceu venir à qui ilz adjouxtent plus de foy, ny qui leur -soit plus agréable que luy; et j'espère, Sire, que, trouvant les -choses au bon estat que, grâces à Dieu, elles sont, il ne s'en -retournera sans les vous raporter ou conclues, ou fort aprochées de -leur conclusion. Car encores despuys ma dépesche du XXIIe du passé, -j'ay miz peyne de leur donner beaucoup de pied et de fondement en ce, -mesmement, que vous ay lors mandé par mon secrétaire touchant -satisfaire à l'honneur, à la conscience et à la seureté de Monseigneur -au poinct de la religion; mais je sentz bien, Sire, que, si l'on -change de propos, et mesmes, si Mr de Foix use de alternative, à -sçavoir ou du mariage ou de confédération, comme il semble que Mr de -Valsingam en a escript quelque mot, que ceulx cy tiendront l'ung et -l'aultre pour rompuz. - -L'on a envoyé le jeune Coban pour le recepvoir à Douvre et le conduyre -jusques icy, et milord de Boucaust et sire Charles Havart sont -ordonnez pour l'accompaigner en ceste ville, et puys pour nous mener -là où sera la dicte Dame, laquelle est desjà en son progrez. - -L'on a dépesché coup sur coup deux gentishommes en Escoce, avec mille -marcz chacun, au comte de Lenoz, qui est en tout quatre mil escuz, -affin qu'il ayt de quoy meintenir son authorité; laquelle ilz -craignent que le comte Morthon la luy veuille du tout emporter, et -mesmes souspeçonnent que le Sr de Vérac, qu'ilz disent estre -meintenant en liberté, ayt quelque pratique avecques luy. Tant y a que -la Royne d'Escoce, de ce peu qu'elle pouvoit avoir en ses coffres, a -faict mettre deux mil trois centz quatre vingtz douze escuz en mes -mains pour envoyer à ceulx de Lillebourg, ce que j'espère, Sire, les -leur faire tenir le plus tost et le plus seurement qu'il me sera -possible, mais les pouvres officiers et serviteurs de la dicte Dame -demeurent cependant fort mal pourveuz. L'on a ordonné, despuys deux -jours, que son ambassadeur sera transporté à Ely, qui est cinquante -mille loing d'icy; à quoy je me suys opposé, et ne sçay encores si -l'on y aura de l'esgard. L'on luy a dict que, le XXVIIIe du présent, -doibt estre tenu un parlement en Escoce pour ordonner aulcuns depputez -affin de les envoyer par deçà, et que lors sera procédé tout ensemble -et à sa liberté et à la résolution des affaires de sa Mestresse; mais -il semble que sa dicte Mestresse, avec rayson, ne veult plus confyer -l'accommodement de ses affaires ny la conclusion du tretté à la Royne -d'Angleterre ny à ses ministres, si elle mesmes ou ses expéciaulx -depputez ne sont présens. - -Fitz Maurice prospère en Yrlande, il a deffaict trois centz Anglois -des garnysons de dellà, et surprins quelque lieu d'importance. Ceulx -cy ont tiré, despuys huict jours, vingt cinq chariotz chargés d'armes -de la Tour, pour y envoyer. Milord Sideney faict si grande difficulté -d'y retourner qu'il semble que milord Grey enfin y passera. J'entendz -que le faict de Flandres, quant aulx merchandises, est accordé, ainsy -que l'ambassadeur d'Espaigne mesme me l'a confirmé, mais il semble que -l'exécution de l'accord conciste en beaucoup de particullaritez qui -pourront encores avoir quelque trêt. Après l'arrivée de Mr de Foix, -nous vous escriprons toutz deux plus amplement. Sur ce, etc. - - Ce XIIe jour d'aoust 1571. - - - - -CCIe DÉPESCHE - ---du XIXe jour d'aoust 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Arrivée de Mr de Foix à Londres.--Audience.--Insistance de Mr de - Foix pour que l'on s'accorde avant tout sur l'article de la - religion.--Intrigues de l'Espagne afin d'empêcher le - mariage.--Détails particuliers sur la négociation. - - - AU ROY. - -Sire, la favorable réception que le jeune Coban a heu charge de faire -à Mr de Foix à Douvre, et puys milord de Boucaust et sire Charles -Havard à Londres, et celle que finalement la Royne d'Angleterre et les -principaulx de sa court luy ont faicte, quant il est arrivé vers elle -à Hatfeild, ont montré que sa venue estoit bien fort agréable par -deçà, et que l'occasion, pour laquelle l'on a estimé qu'il y passoit, -estoit très desirée de l'universel de ce royaulme; ce que luy mesmes a -encore mieulx cogneu par les honnestes propos de ceste princesse, et -le luy a esté davantaige confirmé par l'expression des parolles et de -l'indubitable démonstration de ceulx de son conseil, de sorte qu'il a -trouvé que l'affaire estoit en très bons termes. - -Dont pour le conduyre au poinct que Voz Majestez et Monseigneur -desiroient, et affin de l'y acheminer par la voye que luy avez baillé -en son instruction, après qu'avec beaucoup de dignité et d'une fort -bonne façon, il a heu satisfaict aulx premiers offices de salutation -et présentation de voz lettres, lesquelles ont esté fort gracieusement -receues de la dicte Dame, il luy a vifvement incisté qu'elle debvoit -ottroyer à Monseigneur, venant par deçà, l'exercice de sa religion, et -que, sans l'offance de sa conscience et grand intérest de son honneur, -ny mesmes sans quelque note d'infamye, il ne s'en pouvoit aulcunement -départyr, ny Voz Majestez; et les saiges seigneurs de vostre conseil, -après avoir dilligemment examiné ce qu'elle avoit naguières respondu, -(qu'elle craignoit de ne pouvoir meintenir à Mon dict Seigneur son -exercice, s'il le s'attribuoyt), ne vous voyent y avoir rien de plus -expédiant que de faire que la tollérance d'icelluy, pour plus de -seurté, luy fût ottroyée par chapitre exprès, comme les aultres -articles du contract: ce qu'il luy a comprouvé avec plusieurs graves -et fort prudentes considérations, et avec toute la vive action qui a -esté nécessaire pour luy faire clairement cognoistre qu'il n'estoit ny -honneste, ny utille, ny aulcunement possible, qu'il se fît aultrement. - -A quoy la dicte Dame, après avoir beaucoup aprouvé la saincte -intention de Mon dict Seigneur, et avoir, par ung bel ordre de -beaucoup de bonnes parolles, infinyement loué ce qu'il vouloit avoir -considération de Dieu, de sa conscience et de la conservation de son -honneur sur toutes choses, elle a allégué les raysons qui, de son -costé, luy sembloient estre pareillement considérables pour sa -conscience, pour son estimation et pour la paix de son royaulme; et -qu'elle estoit très contante que nous deux, avec trois ou quatre des -principaulx de son conseil, advisissions de quelques honnestes moyens -pour mutuellement satisfaire et à elle et à Mon dict Seigneur, et -s'est arrestée principallement sur deux poinctz: l'ung, à rejecter le -doubte du dangier de Mon dict Seigneur, comme chose qu'on ne pouvoit -avoir nullement comprinse, ny d'aulcuns propos qu'elle eust jamais -tenuz (ains avoit esté tout au contraire), ny pareillement de l'estat -présent de ce royaulme, car ne falloit doubter que Monsieur n'y fût -crainct, aymé et aultant révéré de ses subjectz que nul souverain -prince et absolu le pourroit estre en nul aultre estat de toute la -terre habitable. Et l'aultre poinct a esté de craindre que, d'icy à -six ou sept ans, elle fût mesprisée de Monsieur, qui ne sera lors -qu'en fleur de jeunesse et elle ung peu plus advancée en l'eage, ce -qui luy seroit ung trop certain racourcissement de ses jours, ou qu'au -moins elle passeroit, de là en avant, ceulx qui luy resteroient comme -dans un sépulchre de larmes. - -A quoy luy ayantz toutz deux fort satisfaict par l'asseurance qu'elle -debvoit prandre des excellantes vertuz et perfections qui sont en Mon -dict Seigneur, et encores plus par l'estime de celles qu'il trouvera, -de jour en jour, plus grandes et plus aymables en elle, le propos -s'est adonné à la recordation d'aulcunes choses qui avoient passé, -durant le temps de Mr de Foix par deçà[12]; et ainsy l'audience s'est -gracieusement achevée. - - [12] Paul de Foix, archevêque de Toulouse, avait été lui-même - ambassadeur en Angleterre de 1561 à 1565, époque à laquelle il - avait été remplacé par Mr Bochetel de La Forest. - -Et, le lendemain, nous ayantz la dicte Dame envoyé quatre principaulx -seigneurs de son conseil, il leur a esté par Mr de Foix encores plus -vifvement et plus copieusement déduict, qu'il n'avoit faict à elle, ce -qui mouvoit Voz Majestez Très Chrestiennes, et Monsieur, et tout -vostre conseil, à ceste ferme résolution de la religion, et comme il -estoit impossible, s'il n'estoit pourveu à Mon dict Seigneur de -l'exercice de la sienne, vennant par deçà, qu'on passât plus oultre, -et que pourtant ilz advisassent de quelques si bons et si seurs -expédiantz en cest endroict que les deux parties en peussent avoir -contantement. Ilz ont faict des responces sur le champ qui ont, à la -vérité, tesmoigné le singulier desir de tout ce royaulme envers Mon -dict Seigneur, mais une très grand difficulté à l'accommodement de ce -poinct pour le préjudice de leur religion et pour la trop grande -confiance que les Catholiques en prandroient; et néantmoins qu'ilz en -confèreroient avec leur Mestresse pour plus résoluement nous y -respondre. Dont nous estantz, le jour d'après, rassemblez au logis de -la dicte Dame, ilz nous ont respondu, qu'elle ne pouvoit, sa -conscience, son estimation et son estat sauvés, nous accorder nostre -demande en la façon et aulx termes qu'elle estoit, et qu'elle ne -pouvoit ny vouloit penser qu'en eschange d'une si grande sincérité et -candeur, qu'elle et toutz les siens avoient usé en cest endroict, trop -plus que à nul aultre party qui se fût encores présenté, Voz Majestez -et Mon dict Seigneur luy vollussiez proposer des condicions qui luy -fussent ou dommageables, ou impossibles, et que pourtant elle avoit -mandé le reste de son conseil, affin d'adviser de quelques honnestes -moyens qui fussent pour satisfaire à elle et contanter Mon dict -Seigneur. - -Cependant n'est pas à croyre, Sire, combien les ministres du Roy -d'Espaigne, qui sont icy, s'esforcent par inventions, en partie -artifficieuses et en partie vrayes, de donner empeschement à ce -propos; car, encores que la Royne d'Angleterre tienne au Roy, leur -Maistre, et à ses subjectz, quatre centz mil escuz de clair dans sa -Tour de Londres, et plusieurs navyres, et très grand nombre de -merchandises par deçà, et qu'ils soyent les oultraigez et intéressez, -néantmoins ilz accordent, pour se racointer à elle, de rembourcer -encores de nouveau les Anglois d'aultres quatre centz mil escuz, et -laysser à la dicte Dame de convenir de ceulx que desjà elle tient avec -les Gènevoys, comme elle pourra, et que les subjectz du Roy d'Espaigne -se contanteront de reprendre les merchandises en tel estat qu'elles -sont; et que pour retacher davantaige son amytié et son alliance avec -la mayson d'Austriche, si elle se résoult fermement de prendre party, -que le Prince Rodolphe s'y offre, dez à présent, et, si elle veult -demeurer en sa première liberté, comme elle a faict les trèze ans de -son règne, qu'ilz s'esforceront de luy mettre le Prince d'Escoce en -ses mains pour le pouvoir désigner à ses subjectz, quand elle vouldra, -et non plus tost, son successeur après elle; et luy feront cependant -fiancer une des filles d'Espaigne, et feront en oultre qu'elle ne -sentyra de sa vie aulcun moleste du costé de la Royne d'Escoce, ce -qu'ilz sont après à le persuader à la comtesse de Lenoz. Et vont aussi -par dons, par promesses et par grandes offres, pratiquans ceulx de ce -conseil et encores quelques dames, pour traverser le propos de -Monsieur; et estiment que la conclusion en est plus prochaine qu'elle -n'est; laquelle ilz ont de tant plus suspecte qu'ilz entendent que la -noblesse de ce royaulme et les Flamans, qui sont icy, ne parlent de -rien plus ouvertement que de se vouloir toutz employer à la conqueste -des Pays Bas pour luy. Sur ce, etc. - - Ce XIXe jour d'aoust 1571. - - - A LA ROYNE. - -Madame, il semble que la Royne d'Angleterre ayt prins pour grand -offance qu'on ayt vollu inférer de son dire, qu'il y avoit du péril et -du dangier pour Monseigneur vostre filz s'il vouloit user de la -religion catholique par deçà, chose qu'elle asseure n'avoir touchée ny -prez, ny loing, ains plustost le contraire: c'est qu'elle voyoit les -occasions de trouble, qui avoient aparu à la venue du Roy d'Espaigne, -cesser toutes en l'endroict de Mon dict Seigneur parce qu'il ne -passeroit icy sur ung changement de religion, comme avoit esté allors, -ny sur ung nouveau règne comme celluy de sa soeur, qui estoit assés -contredict de plusieurs, ains viendroit continuer avec elle, avec tout -heur et playsir, un règne très paysible et bien estably, qui avoit -desjà duré trèze ans en la personne d'elle seule. Mais ceulx de la -noblesse de sa court se sont davantaige irritez du dict propos, ayantz -plusieurs des principaulx dict tout librement que en France, en -Espaigne et en quel estat qui soit aujourduy au monde, l'on ne sauroit -plus honnorablement, ny loyaulment, ny avec plus de fidellité et -d'obéyssance, accompaigner leur prince qu'ilz accompaigneront -Monsieur, s'ilz ont cest heur que de l'avoir pour roy, ou quelque -aultre prince qui sera mary de leur Royne, et qu'ilz sçauront aussi -bien et vaillamment mouryr à ses pieds que nation qui soit soubz le -ciel; par ainsy, que les ennemys de ce propos aillent trouver quelque -aultre invention, car la preuve et la vertu de leurs prédécesseurs -convaincront toutjour ceste cy de grand mensonge; et ne pouvoient -penser que Voz Majestez et Mon dict Seigneur leur vollussiez faire -tant de tont que d'avoir une si mauvaise opinion d'eulx, ny qu'il se -trouvast ung si arrogant homme en Angleterre qui osât contradire ou -s'opposer en rien à son prince. - -A quoy Mr de Foix et moy, pour modérer ceste impression, avons -premièrement respondu à la dicte Dame que Voz Majestez et Mon dict -Seigneur auroient très agréable ceste sienne déclaration, et avons -signifié à quelques ungs des siens que Voz dictes Majestez avoient -aultant bonne estime d'eulx que de noblesse qui soit au monde, et que -vous prandrez encores de fort bonne part ceste leur abondante -affection vers Mon dict Seigneur. De quoy ilz sont demeurez assés -satisfaictz; mais ilz ont opinion que une partie de ceste objection -soit procédé artifficieusement d'aulcuns de deçà, qui sont -souspeçonnez, à cause du Roy d'Espaigne, de ne vouloir l'advancement -de ce propos, lesquelz on menace assés ouvertement, et avec -démonstration en universel, qu'on ne desire rien tant que de recouvrer -ung tel chef, de qui la vertu et la valleur sont infinyment prisées et -louées par deçà. Sur ce, etc. - - Ce XIXe jour d'aoust 1571. - - - - -CCIIe DÉPESCHE - ---du IIIe jour de septembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Monsieur de Foix._) - - Retour de Mr de Foix en France.--Négociation sur les articles - touchant l'exercice de la religion, l'administration du - royaume, et le couronnement. - - - AU ROY. - -Sire, la ferme résolution que Mr de Foix a déclairé à la Royne -d'Angleterre et aulx siens: que Voz Majestez Très Chrestiennes, et -Monseigneur, et les saiges seigneurs de vostre conseil, avoient prinse -de ne se pouvoir faire, en façon du monde, que Mon dict Seigneur, -venant par deçà, n'eust l'exercice de sa religion pour luy et ses -domestiques; et ce que, d'abondant, il a proposé que l'administration -du royaulme luy fût ottroyée conjoinctement avec la dicte Dame, -ensemble le couronnement, ont esté trois poinctz, qu'encor qu'ilz -ayent semblé dangereux et suspectz, il les leur a néantmoins si bien -justiffiez, et monstré, par beaucoup de graves et bien fort aparantes -raysons, qu'ilz estoient très justes et esloignez de toute simulté et -d'offance, qu'enfin l'affaire a esté dextrement conduict aulx termes -que luy mesmes vous dira[13]; qui m'asseure, Sire, que les trouverez -très honnorables pour Vostre Majesté. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de -septembre 1571. - - [13] Le récit de cette négociation, qui n'a pas été transcrit sur - les registres, ne s'est pas retrouvé dans les papiers de - l'ambassadeur, où l'on voit seulement le compte qui a été rendu - de la négociation dont Mr de Foix a été chargé l'année suivante - (juin 1572) avec MMrs de Montmorenci et de La Mothe Fénélon au - sujet du mariage du duc d'Alençon. - - - - -CCIIIe DÉPESCHE - ---du VIIe jour de septembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Explication sur l'avis donné au roi que l'on songeait à renouer - la proposition du mariage entre Élisabeth et le prince de - Navarre.--Efforts tentés en Angleterre pour rompre le mariage - du duc d'Anjou.--Saisie de l'argent envoyé en Écosse par - l'ambassadeur.--Accusation portée contre le duc de Norfolk à ce - sujet.--Demande de l'ambassadeur, afin que l'argent lui soit - rendu.--Arrivée de don Juan en Italie pour conclurre la guerre - contre les Turcs.--Nouvelles des Pays-Bas.--Le duc de Norfolk - conduit à la Tour; prière de l'ambassadeur afin que le roi - intercède en sa faveur.--Accord du comte d'Arguil avec le comte - de Morton. - - - AU ROY. - -Sire, il me souvient que quant le jeune Coban, n'estant encores -conclue la paix en vostre royaulme, fut envoyé devers l'Empereur pour -renouveller le propos de l'archiduc Charles, l'on me donna adviz qu'en -mesmes temps Mr le cardinal de Chatillon, pour le traverser, avoit -faict mettre en avant, par le Sr de Trokmorthon, le party de Monsieur -le Prince de Navarre avec la Royne d'Angleterre, remonstrant que les -princes protestans d'Allemaigne en seroient plus contantz que de cest -aultre, et qu'il n'y avoit nul plus grand subject ny de meilleure -extraction que le dict Prince en toute la Chrestienté; et que, oultre -les estatz de la Royne de Navarre, sa mère, qui estoient grandz, et, -oultre les biens de Vendosme qui estoient honnorables, et dont de -ceulx qui sont en Flandres les ungs estoient assis sur la mer en lieu -non guières moins commode que Callais, le dict Sieur Prince avoit -obtenu de nouveau ung jugement en la chambre impérialle contre le Roy -d'Espaigne de plusieurs aultres biens et sommes, qu'il disoit monter à -plus de deux millions d'or. Néantmoins le propos, à cause de l'eage et -de la taille, n'avoit esté auculnement suyvy, et n'ay point sceu, -Sire, que, despuys la paix conclue, et despuys le propos de -Monseigneur, frère de Vostre Majesté, il ayt esté faict aucune mencion -du dict Sieur Prince ny pour la Royne d'Angleterre, ni pour aulcune de -ses parantes. Et quand Mr de Foix a parlé icy que Vostre Majesté -vouloit donner Madame en mariage au dict Sieur Prince, et que despuys -j'ay asseuré que cella estoit comme conclud, je n'ay cogneu, en signe -ny en parolle, qu'on ayt faict aultre démonstration que de l'aprouver -bien fort, et de louer infinyement le moyen qu'aviez trouvé par là -d'assurer si bien ceulx de la nouvelle religion qu'ilz n'auront jamais -occasion de rien mouvoir dans vostre royaulme. - -Tant y a, Sire, que je prendray garde si l'adviz qu'on vous a donné là -dessus a aulcun fondement, bien me semble que le conseil de deçà n'est -si peu judicieulx qu'il veuille faire délaysser à ceste Royne l'ung ou -l'aultre de deux grandz apuys qui luy sont proposés, pour suivre ce -troisième bien foible, qui ne luy pourroit guières ayder, et qui -seroit pour faire unyr les aultres deux contre elle. Dont ne fault -doubter qu'elle ne cerche de s'accommoder en quelque bonne sorte avec -Vostre Majesté, et, si elle ne le peult faire, qu'elle vouldra -retourner, commant que soit, à l'intelligence du Roy d'Espaigne; mais, -pour le présent, sa principalle entente, et des siens, est de -parachever le propos de Mon dict Seigneur. Et encor que, de l'autre -part, l'on offre à la dicte Dame de luy faire de grandz advantaiges, -et à plus tollérables condicions que les nostres, ou au moins de -mettre les choses d'Escoce en sa main, et que beaucoup de dons et de -présens ayent desjà couru en cella avec encores de plus grandes -promesses pour l'advenyr, et que soubz main, l'on ayt admonesté les -Protestans de penser ainsy de ceste grandeur de Monsieur comme d'une -authorité qui se va dresser contre eulx et contre leur religion, ces -mauvais offices néantmoins n'ont peu encore avoir lieu, et ceulx qui -les ont faictz, bien que ne leur en ayons opposez de semblables, n'ont -sceu dissimuler leur dolleur qu'ilz n'ayent monstré avec larmes qu'ilz -ne sçavent où ilz en sont. Ce que je laysse, Sire, à Mr de Foix de le -vous discourre plus au long par le récit de plusieurs particullaritez -qui sont advenues pendant qu'il a esté par deçà. Lequel aussi vous -racomptera l'accidant des deux mil escuz que j'envoyois en Escoce, -pour l'occasion desquelz l'on a despuys resserré davantaige le duc de -Norfolc, comme s'il en estoit coulpable, et miz en la Tour ses deux -secrétaires. Et parce que j'ay esté allégué, il y a heu deux seigneurs -de ce conseil qui m'en sont venuz parler; ausquelz j'ay dict tout -librement que Vostre Majesté, ayant entendu la perte des dix huict mil -escuz et des monitions que Chesoin admenoit en Escoce, et la vollerie -qu'on avoit faicte au Sr de Vérac, vostre agent, arrivant par dellà, -d'avoir prins ses pacquectz, ses coffres, son argent et l'avoir -arresté luy prisonnier; et ne sachant que les deux tiers de l'argent -fût entré dans Lillebourg, comme on l'avoit entendu despuys, vous -m'aviez commandé, Sire, de faire tenir au dict Vérac, ou à quelcun -pour luy, le plus dextrement que je pourrois, mil escuz, ensemble une -aultre petite partie que Mr de Glasco envoyoit par dellà; et de tant -que c'estoit une chose qui concernoit vostre service, laquelle ne -debvoit estre désagréable à la Royne, vostre bonne soeur, non plus -qu'elle ne luy pouvoit estre en façon du monde dommageable, je prioys -iceulx du conseil de faire envers elle que les dicts deux mil escuz -fussent, par l'ordre mesmes de la dicte Dame, apportez au dict de -Vérac, ou qu'elle me vollust donner saufconduict pour les luy envoyer, -ou au moins me les faire randre; et, quoy que soit, qu'elle me mandât -ce que j'auroys à en escripre à Vostre Majesté; dont, Sire, j'en -attandz, d'icy à deux jours, la responce. Et parce que Mr de Foix est -bien instruict de tout ce faict, je vous suplieray seulement, Sire, -d'en parler, ou d'en respondre, à l'ambassadeur d'Angleterre, quant il -vous en parlera, conforme à ce dessus, et me commander comme il vous -playrra que j'en use; se continuant, au reste, toutes aultres choses -icy, comme Mr de Foix les a layssées: que le Sr de Quillegrey partira -bientost pour aller sollaiger Mr de Valsingam, et que milord de -Burgley suyvra, si quelque accidant ne survient. - -L'ambassadeur d'Espaigne a publié l'arrivée de don Joan d'Austria en -Itallye, avec grand expectation de toute la Chrestienté qu'il -exploictera encores cest esté plusieurs notables faictz d'armes sur le -Turc. Ung allemant qui se faict appeller le comte de Lumey est arrivé, -despuys huict jours, lequel est eschappé, à ce qu'on dict, par grand -fortune, des mains des Espaignolz qui cerchoient de le prandre, parce -qu'il favorisoit les partz du prince d'Orange. Je verray ce qu'il -négociera par deçà; et sur ce, etc. - - Ce VIIe jour de septembre 1571. - - -PAR POSTILLE. - - Despuys la présente escripte, l'on a mené le duc de Norfolc à la - Tour; et de tant, Sire, qu'il semble qu'on le travaille, et qu'on - le veult recercher de sa vie, à cause que son secrétaire m'a - vollu moyenner la conduicte de ces deux mil escuz au Sr de Vérac, - vostre agent en Escoce, de quoy je ne sache qu'il soit en rien - consent ny sçavant, je supplie très humblement Vostre Majesté - d'employer, en quelque bonne sorte, sa faveur envers la Royne - d'Angleterre, à ce que le dict duc et ses hommes ne souffrent - aucun mal pour cella. Et, au surplus, Sire, j'entendz que - l'accord, que milord de Burgley nous disoit estre faict en - Escoce, est entre le comte de Morthon et le comte d'Arguil, - lequel il a tiré de sa part, au préjudice toutjour de la cause de - la Royne d'Escoce. - - - - -CCIVe DÉPESCHE - ---du XIIe jour de septembre 1571.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par Clearc, archier de la garde -escoçoyse._) - - Procédure contre le duc de Norfolk.--Danger de Marie - Stuart.--Nouvelles d'Écosse; avantages remportés par les - partisans de la reine.--Conclusion de l'accord sur les prises - entre les Anglais et les Espagnols.--Entreprise des partisans - de la reine d'Écosse sur Stirling. - - - AU ROY. - -Sire, quant Mr de Foix est party d'icy, la Royne d'Angleterre a -monstré qu'elle estoit en dellibération d'envoyer devers Vostre -Majesté ung des seigneurs de son conseil pour vous aller justiffier -les responces qu'elle nous a faictes, et les conduyre, s'il estoit -possible, à quelque bonne conclusion du propos du mariage, ou au moins -confirmer par là l'amytié qu'elle cerche de faire avec vostre -couronne; mais despuys il semble qu'elle ayt remiz ceste despêche -jusques à ce que le Sr de Valsingam luy ayt mandé comme aura esté -prins le rapport de Mr de Foix. Cependant elle et ceulx de son conseil -font une extrême dilligence d'enquérir contre le duc de Norfolc s'il a -point continué ses intelligences avec la Royne d'Escoce, despuys qu'il -luy a esté deffandu, et s'il en a heu quelque une avecques moy, mais -il semble que beaucoup plus l'on le recerche s'il a poinct mené nulle -pratique avec le duc d'Alve, et néantmoins ung chacun estime que tant -plus l'on l'esclayrera, plus il sera cogneu loyal subject de sa -Mestresse; et s'est on esforcé de prouver que les deux mil escuz, qui -alloient en Escoce, venoient de luy, mais la vérité se manifeste de -plus en plus qu'ilz sont procédez de moy, comme je n'ay différé de les -advouher, et d'asseurer que Vostre Majesté m'avoit commandé de les -faire tenir au Sr de Vérac pour son entretennement par dellà; ce qui -justiffie, quant à ce poinct, fort grandement le dict duc, bien que je -ne fays doubte qu'on ne resserre davantaige la Royne d'Escoce, et -qu'on ne preigne quelque colleur de cecy, ainsy qu'assez souvant l'on -l'a bien prinse d'aultres bien légières choses, pour retarder ses -affaires; mesmes que milord de Burgley m'a mandé que la Royne, sa -Mestresse, estoit dellibérée de ne souffrir qu'aulcun demeurast icy -pour la Royne d'Escoce, ny qu'il se trouvast homme en Angleterre qui -ozât parler pour elle. Dont, sur la première occasion, que Vostre -Majesté me commandera d'en porter quelque parolle, je mettray peyne de -m'en résouldre en une ou aultre façon. - -J'entendz que le jeudy, vingt huictiesme du passé, il y a heu une -grosse escarmouche entre ceulx de Lillebourg et du Petit Lith, où la -deffaicte a esté grande de chacun costé, mais l'advantaige est demeuré -à ceulx de Lillebourg, qui ont prins le coronnel des gens de pied du -comte de Lenoz; et le dict de Lenoz s'est retiré à Esterling, ayant -layssé chef dans la place le milord Lendsey. L'on dict que milord de -Humes avoit aussi esté prins de rechef, et blessé en la dicte -escarmouche, mais qu'il est eschappé. J'entendz que ceulx du dict -Lillebourg sont allez courre jusques à St André, où le Sr de Vérac -estoit dettenu et qu'ilz l'ont admené avec eulx. Les comtes d'Arguil, -de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid ont faict leur convention avec -le comte de Morthon, soubz colleur de laquelle l'on nous a vollu -donner entendre que la paciffication estoit establye en tout le pays; -mais je voys bien, Sire, qu'à ceste heure, plus que jamais, vostre -assistance et vostre authorité sont requises au dict pays. - -Si, d'avanture, le Sr de Valsingam prend espérance des propos que -Vostre Majesté luy tiendra, il y a grand apparance qu'après ses -premières lettres à ceulx cy, milord de Burgley passera incontinent en -France, avec lequel j'estime, Sire, que, mieulx qu'avec nul aultre de -ce royaulme, Vostre Majesté pourra conclurre les choses qu'elle a à -démesler avec ceste princesse. Le différand des Pays Bas, en ce qui -concerne les merchandises, est accordé tout ainsy que je l'ay dict à -Mr de Foix; ne reste plus que ung peu de cérémonie, à qui sera couché -par le contract qui debvra rendre le premier, car en effect les -Anglois demeurent saysis et satisfaictz de tout ce qu'ilz ont vollu, -et le Sr Fiesque s'en va en dilligence trouver le duc d'Alve pour le -luy faire ratiffier, avec lequel l'on a heu une bien estroicte et bien -privée communication en ceste court premier qu'il soit party. Sur ce, -etc. - - Ce XIIe jour de septembre 1571. - - - Despuys la dicte escarmouche, est venu nouvelle que ceulx de - Lillebourg, en nombre de quinze centz hommes, sont allez essayer - une fort hazardeuse entreprinse sur ceulx qui estoient logez dans - la ville d'Esterlin, qui leur a réuscy si bien qu'ilz ont faict - une grande exécution, et entre autres choses on dict qu'ilz ont - donné ung coup de pistollé au comte de Lenoz dans son lict, - lequel à peyne en eschappera. - - - - -CCVe DÉPESCHE - ---du XVIe jour de septembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Gosselin._) - - Confirmation de l'entreprise sur Stirling.--Communication faite - par Burleigh.--Mort du comte de Lennox.--Le comte de Mar nommé - régent.--Rigueurs exercées contre Marie Stuart.--Assurances - d'amitié données par Burleigh au nom d'Élisabeth.--Explications - de l'ambassadeur.--Effet produit à Londres par l'arrestation du - duc de Norfolk.--Hésitation des Anglais à l'égard de - l'Écosse.--Nécessité pour le roi d'envoyer dans ce pays - d'importans secours. - - - AU ROY. - -Sire, ce que je vous avois mandé de l'hazardeuse entreprinse, que -ceulx de Lillebourg avoient faicte pour surprendre dedans Esterling -plus de soixante seigneurs comtes, lordz, évesques, abbés ou aultres -principaulx de la noblesse, qui estoient là assemblez pour tenir ung -parlement contre leur Royne, est très véritable, et n'a l'on ouy de -longtemps rien de plus mémorable que cella, si l'yssue eust -correspondu à son commancement; mais la chose enfin est devenue aulx -termes que Vostre Majesté verra par les deux adviz cy encloz[14]. - - [14] Cette entreprinse sur Stirling, qui avait eu un si heureux - commencement (v. _note_ p. 69), fut sans aucun résultat pour la - cause de Marie Stuart; le comte de Mar étant bientôt arrivé, - délivra les seigneurs prisonniers; il fut proclamé régent, et fit - périr, par les supplices, plusieurs des auteurs de l'entreprise. - Les deux avis dont il est ici mention n'ont pas été transcrits - sur les registres. - -Tant y a que milord de Burgley m'a envoyé dire par le Sr de -Quillegrey, son beau frère, que asseuréement le comte de Lenoz y a -esté tué, et qu'aussitost le comte de Mar a esté créé régent, mais -qu'on ne sçayt encore s'il aura accepté la charge; m'a mandé -davantaige que, à cause de quelques pratiques qu'on a découvertes du -duc de Norfolc, la Royne d'Angleterre a dellibéré de faire observer de -plus près que jamais la Royne d'Escoce, et ne permettre que, de -quelques jours, elle ayt aulcune intelligence par messaiges, ny par -lettres, avec personne du monde, et par ainsy qu'elle me faisoit -renvoyer ung pacquet, que naguières j'avois escript à la dicte Royne -d'Escoce, bien que je le luy heusse dépesché par saufconduict; et, -quant aulx choses d'Escoce, qu'elle avoit mandé à son ambassadeur -qu'après le retour de Mr de Foix il en allast tretter avec Vostre -Majesté, à quoy pensoit qu'il ne feroit faulte; au regard de ce qui -estoit advenu des deniers que j'envoyoys en Escoce, qu'elle en avoit -prins ung peu de souspeçon, mais qu'elle s'asseuroit tant de la -parfaicte amytié de Vostre Majesté qu'elle en demeuroit hors de toute -deffiance, et s'asseuroit aussi que ne prendriez sinon de bonne part -la dilligence que, pour la conservation de son estat, elle mettoit de -vériffier les pratiques que Ridolphy avoit menées contre elle, où il -avoit toutjour, dez le commancement, vollu pourvoir que ne fussent -communiquées à moy, vostre ambassadeur, ès quelles la dicte Royne -d'Escoce et le dict duc se trouvoient à ceste heure meslez. Et -adjouxtoit de soy, le dict de Burgley, qu'il ne voyoit pas pour cella -qu'il deubt venir rien de réfroydissement au bon propos, et que l'ung -de quatre seigneurs: savoir, du comte de Betfort, de milord de -Boucost, de mestre Smith ou de luy; avoient esté proposez pour aller -devers Vostre Majesté sur la correspondance du voyage de Mr de Foix, -après qu'on auroit receu responce du Sr de Valsingam, bien que la -Royne, sa Mestresse, ne vouldroit estre veue aller recercher ce dont -l'advantaige, réservée aulx dames, requiert qu'elle soit recerchée. - -J'ay respondu, Sire, à chacun poinct sellon que j'ay estimé convenir à -la grandeur de Vostre Majesté, et à l'entretennement de vostre commune -amytié avec ceste princesse, et au desplaysir que vous aurez si la -Royne d'Escoce est maltrettée, ensemble au regrect qui vous touche de -ces désordres qui continuent entre les Escossoys, avec un desir infiny -d'y remédier, ce que je n'estendz icy aultrement pour éviter longueur; -et que je percistoys, quant aulx deux mil escuz, de les demander et -d'estre prest d'aller satisfaire la dicte Dame comme je les ay -baillez, et de n'avoir jamais heu pratique avec le duc de Norfolc ny -avec nul des siens; que, touchant le propos du mariage, Mr de Foix -avoit emporté les responces, ès quelles il n'avoit garde d'y rien -empyrer, mais bien luy avoit semblé expédiant que quelcun des -seigneurs de ce conseil deust aller remonstrer à Vostre Majesté -combien toutz eulx les estiment raysonnables. - -Or espérè je, Sire, de veoir bientost la dicte Dame et vous mander ce -que là dessus elle m'aura vollu plus ayant discourir; cependant, pour -vous mieulx tesmoigner des durs déportemens qu'on use envers la Royne -d'Escoce et des profondz souspirs qu'elle en adresse à Vostre Majesté, -et pour vous faire veoir aussi quel est l'estat présent de son -royaulme et comme l'on continue de le vouloir toutjour broiller, qui -néantmoins monstre d'attandre sa ressource de la faveur de Vostre -Majesté, et que icelle luy viendra à ceste heure plus opportune et -plus utille que jamais, je vous envoye l'extrêt de la dernière lettre, -du VIIIe du présent[15], que j'ay receue de la dicte Royne d'Escoce; -avec une aultre lettre qu'elle m'a secrectement escripte, le mesmes -jour, de sa mein, et deux lettres du Sr de Vérac du vingtiesme et -trentiesme du passé, avec celle que, du dict mesmes XXXe, le Sr de -Ledinthon a escript à Mr de Roz. Sur toutes lesquelles, après les -avoir bien considérées et consultées, et les avoir communiquées à Mr -de Glasco, comme la Royne, sa Mestresse, le desire, je vous supplie -très humblement, Sire, y vouloir prendre une bonne et bien honnorable -résolution, et faire appeller l'ambassadeur d'Angleterre affin de luy -en faire aultant entendre comme Vostre Majesté jugera qu'il en sera -expédiant pour n'altérer l'amytié de sa Mestresse, et justiffier les -honnestes debvoirs dont vous avez toutjours usé vers elle en cest -endroict. Et sur ce, etc. - - Ce XVIe jour de septembre 1571. - - [15] Voir la _Collection complète des lettres de Marie Stuart_, - publiée par Mr le prince de Labanoff de Rostof. - - - A LA ROYNE. - -Madame, il semble que l'accidant du duc de Norfolc et celluy du comte -de Lenoz facent desirer davantaige à ceste princesse, et aulx siens, -la conclusion du propos encommancé, affin de mieulx asseurer l'estat -de ce royaulme: car, ainsy qu'on a ramené le dict duc à la Tour, le -peuple de Londres, lequel on a toutjour estimé luy estre le moins -affectionné du royaulme, a néantmoins accouru de toutes partz pour le -veoir et le saluer, et pour dire tout hault qu'il estoit plus homme de -bien et plus loyal subject de leur Royne que ceulx qui l'accusoient, -et qu'ilz prioient Dieu de conserver son ignocence et de confondre -ceulx qui cerchoient sa mort. D'ailleurs, ilz voyent que les choses -d'Escoce ne leur succèdent ainsy qu'ilz desireroient, et qu'il leur -est besoing, s'ilz y veulent rien establyr à leur dévotion, d'y aller -à plus grandes et ouvertes forces, et à plus de fraiz qu'ilz n'y -employent; dont semble qu'ilz s'en trouvent assez perplex. Je croy -bien qu'ilz feront, à ceste heure, des nouvelles dellibérations ès -dictes choses d'Escoce, et qu'ilz envoyeront pratiquer le comte de -Mar, et, possible, dépescheront quelques gens de guerre de dellà, par -prétexte de venger la mort du dict de Lenoz; mais les lettres du Sr de -Vérac monstrent que si, de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes, -arrivoit, sur ceste conjonction de temps, quelque personnaige -d'authorité et de grande qualité vers les Escossoys, avec quelques -moyens de vostre faveur, que les ungs et les aultres se réduyroient -facillement à l'intelligence de France, et viendroient à paciffication -entre eulx, au grand honneur de Voz Majestez et grande réputation des -affaires du Roy, non seulement en ceste isle, mais par toute la -Chrestienté. Je ne vous diz rien, Madame, de l'extrémité en laquelle -la Royne d'Escoce, vostre belle fille, s'estime estre réduicte, car -ses propres lettres vous en parleront assés; seulement vous supplie -très humblement me commander l'office qu'il vous playt que je y face, -conforme à ce que vous sçavez commant la Royne d'Angleterre le -prendra. Et sur ce, etc. - - Ce XVIe jour de septembre 1571. - - - - -CCVIe DÉPESCHE - ---du XXIe jour de septembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Mauvais état des affaires de Marie Stuart en Écosse.--Nécessité - pour Élisabeth de se maintenir en paix avec la - France.--Demandes faites par l'ambassadeur.--Efforts de - l'amiral Coligni pour rompre le mariage du duc d'Anjou et - marier le prince de Navarre en Angleterre.--Conférence de - l'ambassadeur avec l'ambassadeur d'Espagne. - - - AU ROY. - -Sire, en l'absence de Mr de Foix, qui est desjà devers Vostre Majesté, -j'ay receu seul la dépesche qu'il vous a pleu adresser à nous deux, du -Xe du présent, à laquelle, quant au poinct des choses d'Escoce, -j'estime, Sire, que, par les miennes dernières, lesquelles sont du -séziesme de ce dict mois, et par l'extraict de plusieurs aultres -lettres et adviz, que avec icelles je vous ay envoyé, Vostre Majesté -aura veu comme le Sr de Vérac a parlé au comte de Morthon, et que, -quelques jours après, il a esté conduict sauvéement à Lislebourg; -comme le duc de Chastellerault, le comte de Humteley, milord de Humes -et les sieurs de Granges et Ledinthon, qui sont ceulx qui ouvertement -maintiennent la cause de leur Royne, et ouvertement s'advouhent à -vostre protection, se trouvent en plusieurs grandes nécessitez et -difficultez de pouvoir plus soubstenir ceste guerre; comme les comtes -d'Arguil, de Casselz, d'Eglinthon et milord Boid se sont disjoinctz -d'avec eulx pour s'accorder avec le comte de Morthon; comme milord de -Lindsey est demeuré avec forces dans le Petit Lith; comme, nonobstant -tout cella, ceulx de Lillebourg ont faict l'entreprinse de Esterling, -en laquelle le comte de Lenoz et celluy qui avoit mandé des cartelz de -combat au Sr de Granges, avec plusieurs aultres, ont esté tuez; et -finalement comme, incontinent après le décez du dict de Lenoz, la -régence a esté offerte au comte de Mar. Vous avez veu aussi, Sire, -comme l'on a donné icy ordre de resserrer la Royne d'Escoce, et de luy -oster la pluspart de ses serviteurs, avec le prétexte de l'occasion -qu'on a heu de ce faire, et de ne vouloir qu'on parle plus icy -aulcunement pour elle. Sur toutz lesquelz accidentz, Sire, -j'attandray, encores quelques jours, ce qu'il vous playrra me -commander; car, parce qu'ilz sont nouveaulx, Vostre Majesté advisera, -possible, d'y faire une nouvelle dellibération et de changer quelque -chose en celle que, naguières, elle m'a mandé. - -Quelques ungs estiment, Sire, qu'encores que vous vous acquictiez -droictement vers l'obligation que vous avez à la paciffication des -Escossoys, voz confédérez, et que vous y alliez avec moyens -convenables à vostre grandeur, pourveu qu'aultrement ilz ne soient à -l'injure de la Royne d'Angleterre, ni contre les trettez, qu'elle ne -s'en pourra avec rayson altérer, ains se confirmera possible -davantaige en vostre amytié, et se hastera de tant plus tost conclurre -l'intelligence qu'elle cerche de faire avec Vostre Majesté. Laquelle -je vous oze bien prédire, Sire, que, si elle est remise à quelque -longueur de négociation, et que ceulx, qui nous y sont contraires, -voyent qu'on se puysse aultrement prévaloir des choses d'Escoce, et -que vous demeuriez en tant soit peu de suspens de la reddition de la -Rochelle, qu'il leur sera facille de l'interrompre du tout; joinct que -ceulx cy cerchent desjà bien fort de se racoincter avec le Roy -d'Espaigne. Il est vray que, de tant que les offances qu'ilz luy ont -faictes sont grandes et notoires, et que les fugitifz de ce royaume -sont retirez devers luy, et qu'il a ouy Estuqueley sur les choses -d'Yrlande, aussi qu'on sçayt bien que le Pape ne permétra jamais qu'il -entende à rien contre la Royne d'Escoce, et qu'en nul de ses pays la -forme de la religion de ceulx cy n'a tollérance, joinct que les -propres subjectz de ce royaulme ne sont en bonne unyon, et les -principaulx d'entre eulx sont assés mal contantz, ung chacun juge que, -par nécessité, ceste princesse aura de persévérer aulx traictez de -paix avec la France, et se unyr davantaige à l'intelligence de Vostre -Majesté. - -Or, Sire, j'yray bientost trouver la dicte Dame pour luy toucher -aulcuns poinctz de vostre susdicte dépesche, et pour avoir responce de -trois particullaritez que j'ay desjà proposées à ceulx de son conseil: -sçavoir, de n'innover rien au traictement de la Royne d'Escoce; de -vouloir entendre à quelque expédiant sur la paciffication des -Escossoys; et d'avoir satisfaction des deux mil escuz qu'ilz m'ont -arrestez. Dont vous manderay incontinent ce qu'elle m'y aura respondu; -et n'adjouxteray rien plus, pour ceste heure, icy, de ce propos, sinon -que la Royne d'Angleterre, despuys l'entreprinse d'Esterlin, a mandé -aulx gardiens de sa frontière de faire les monstres, et que, dans le -moys d'octobre, elle leur envoyera de l'argent. - -Quant à l'aultre poinct, Sire, concernant le Prince de Navarre, -j'estime aussi que, par la responce que je vous y ay faicte, du VIIe -de ce mois, Vostre Majesté aura cogneu que c'est ung propos vieulx, -qu'on n'a pas beaucoup suyvy, et que, despuys celluy de Monsieur il a -esté délayssé, sans qu'il se puysse, à présent, cognoistre qu'il soit -remiz en termes. Et monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, de luy mesmes, -sans que j'aye faict semblant d'en rien sçavoir, m'a dict, despuys -deux jours, que don Francès luy a escript bien chauldement de France -comme s'estant Mr l'Admiral aperceu que les deux mariages de Monsieur -avec la Royne d'Angleterre et de Madame avec le Prince de Navarre -pourroient avec le temps réuscyr fort préjudiciables à sa religion, -qu'il s'esforceoit meintenant de les interrompre, et d'en moyenner ung -nouveau pour le dict Prince par deçà, dont il estoit après d'en -aproffondir la vérité; néantmoins, quant à la Royne d'Angleterre, il -demeuroit fort fermement persuadé que, si elle ne se maryoit avec -Monsieur, qu'elle n'en espouseroit point d'aultre; et qu'encores ses -adviz concouroient toutz, despuys le partement de Mr de Foix, qu'elle -estoit retournée à sa première dellibération de ne se marier jamais, -et que, de ce que le dict dom Francès luy a allégué une fille, ou -soeur, ou niepce, de feu Madame Catherine, pour le dict Prince de -Navarre, qu'il estoit après à s'en enquérir, et m'advertiroit de ce -qu'il en pourroit aprendre. Ce que je luy ay gratiffié grandement, et -l'ay beaucoup remercyé de sa bonne vollonté, luy disant, quant au -Prince de Navarre, que j'entendois que le mariage de Madame avec luy -estoit desjà tout conclud; et, quant à celluy de Monsieur, qu'on nous -avoit fort avant satisfaictz sur toutes condicions, en aussi ample -forme comme le contract de la feue Royne Marie avec le Roy, son -Maistre, le portoit, et encores plus largement quant à la coronation -et gouvernement du royaume, mais, quant à la religion, l'on ne nous y -avoit aussi bien respondu comme nous demandions; bien nous y avoit -l'on baillé une forme de responce, laquelle ceulx cy estimoient qui -pourroit satisfaire à l'honneur et à la conscience de Monsieur, dont -j'étois, à ceste heure, attendant comme Vostre Majesté l'auroit -prinse, et que je le pouvois asseurer qu'en ce qui avoit esté traicté -jusques icy du dict mariage; il y avoit toutjour esté, de chacun -costé, faict une fort expresse mencion de meintenir droictement la -paix avec le Roy, son Maistre, de quoy il a monstré d'estre bien fort -contant. Or, Sire, ce qu'on parle d'une parante ou niepce de la Royne -d'Angleterre, laquelle elle pourroit advantaiger en faveur du dict -Prince de Navarre, il y a longtemps que je cerche, pour aultre -respect, de sçavoir si elle en a pas une, mais l'on n'en sçait nommer -une seule du costé paternel; et vous puys asseurer, Sire, que milord -de Burgley, s'il ne peult esteindre le tiltre que la Royne d'Escoce et -son filz prétendent à la succession de ceste couronne, qu'il ne -tiendra pas la main que celluy d'un tiers soit advancé au préjudice -des filz de Herfort; par ainsy, je suys toutjour après à sonder si -cest advertissement, touchant le Prince de Navarre, a nul fondement. -Sur ce, etc. - - Ce XXIe jour de septembre 1571. - - - - -CCVIIe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour de septembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Claude._) - - Refus d'audience.--Explications données par Burleigh à - l'ambassadeur sur les affaires d'Écosse.--Acceptation de la - régence par le comte de Mar.--Assemblée de - Stirling.--Accusations portées contre le duc de Norfolk et - contre Marie Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, ayant envoyé demander audience à la Royne d'Angleterre sur -l'ocasion des choses que, le Xe de ce moys, Vostre Majesté m'a mandé -de tretter avec elle concernans la Royne d'Escoce et son royaulme, et -ayant, par mesmes moyen, escript à milord de Burgley, icelluy de -Burgley, de soy, m'a respondu plusieurs choses assez gracieusement, et -a curieusement leu l'extraict d'une aultre lettre que la Royne -d'Escoce m'avoit escripte; lequel j'ay desiré qu'il le vît bien au -long, parce que les raysons et justiffications de tout ce qu'on impute -à ceste pouvre princesse y sont fort bien et fort sagement déduictes, -et a communiqué, à mon instance, le dict extrêt à sa Mestresse, et luy -a aussi monstré ma lettre avec les poinctz raysonnables que je y -requiers. - -Laquelle a esté longtemps à dellibérer sur le tout avecques luy, et -puys m'a faict mander par luy mesmes qu'elle se trouvoit de longtemps -si offancée de la Royne d'Escoce, et les récentes injures, qu'elle -vériffioit à ceste heure contre elle, luy renouvelloient si fort la -playe, qu'elle en avoit au cueur, qu'elle ne pouvoit plus comporter -qu'on luy parlât, en façon que ce fût, ny d'elle ny de ses affaires, -et s'esbahyssoit assez comme je les voulois mesler avec ceulx de -Vostre Majesté; et de tant qu'elle jugeoit bien que le pacquet, que -vous m'aviez dépesché du Xe de ce mois, ne pouvoit estre d'aulcune -chose, qui eust esté négociée pendant que Mr de Foix estoit icy, parce -qu'il estoit encores en chemin, affin de n'en ouyr point parler -d'aultre, elle me prioit de temporiser mon audience jusques à ce que -j'eusse encores receu ung aultre pacquet, et qu'elle avoit mandé à son -ambassadeur vous dire, Sire, qu'elle n'avoit rien faict en l'endroict -de la Royne d'Escoce, ny des siens, qui ne fût avecques honneur, avec -debvoir et avec rayson, et qu'après que vous l'auriez ouy là dessus, -elle espéroit que vous demeureriez bien contant: me voulant bien dire -icelluy de Burgley, comme de luy mesmes, que de rien, que je sceusse -proposer à ceste heure pour la dicte Royne d'Escoce ny pour les -Escouçoys, je n'en raporterois aulcune meilleure responce que celle -là; et qu'au regard des dicts Escouçoys, toutz les principaulx d'entre -eulx se trouvoient desjà si unys à recognoistre l'authorité de leur -jeune Roy que ce seroit troubler leur estat, si l'on s'y opposoit, et -que, si Vostre Majesté vouloit, à ceste heure, soubstenir le duc de -Chastellerault et le comte d'Honteley, qui seuls meintennoient le -party de la Royne d'Escoce, vous vous monstreriez ennemy du repoz -public du pays. - -Il ne me deffault, Sire, que leur pouvoir bien répliquer à toutes ces -responces; mais, parce que je ne serois ouy bien à ceste heure, encor -que je parlasse en vostre nom, je ne veulx tant préjudicier à la -grandeur et dignité d'icelluy que de l'employer en vain, et pourtant -je ne m'advanceray de plus en parler, jusques à ce que Vostre Majesté, -après avoir ouy le Sr de Valsingam, m'ayt commandé sa plus ample -vollonté là dessus. - -Cependant, Sire, j'entendz que le comte de Mar, par le confort de -ceste princesse, a accepté la régence du pays, et qu'il a esté -confirmé à icelle par l'assemblée du parlement qui estoit lors à -Esterlin, dont, incontinent après, il a faict exécuter à mort deux de -ceulx qui se sont trouvez coulpables de l'entreprinse du dict -Esterlin; lesquelz ayant confessé qu'ilz avoient esté à ce induictz -par les Amilthons pour faire mourir le comte de Lenoz, en revenche de -l'archevesque de St André, icelle assemblée, tout d'ung consentz, a -renouvellé leur sèrement de vanger, contre les Amilthons et contre le -comte d'Honteley, la mort du feu Roy d'Escoce et des deux derniers -régentz. Et suys adverty, Sire, que la Royne d'Angleterre a envoyé -faire de fort grandes offres au dict de Mar, jusques à luy promettre -armée pour assiéger Lillebourg, et que cependant elle luy fornyra la -soulde de cinq cens hommes, et que mesmes il semble qu'elle fera -couler iceulx cinq centz hommes de Barvyc à Esterlin à la file, affin -qu'elle employe son argent à la soulde des siens, et que ce luy soit -aultant de pied en l'Escoce, ne faisant doubte que ceulx de -Lillebourg, s'ilz ne sentent bientost quelque rafreschissement, qu'ilz -ne se trouvent en une fort grande extrémité. Et de tant que, par la -déposition du filz du comte Dherby et de ceulx qui sont prisonniers -avecques luy, il semble qu'on tire quelque indice de certaine -dellibération qui avoit esté faicte d'enlever la Royne d'Escoce hors -des mains du comte de Cherosbery, et de la conduyre en Galles pour la -proclamer Royne d'Angleterre, et qu'à cella le duc de Norfolc ayt esté -consentant, il n'est pas à croyre combien la Royne d'Angleterre -s'esforce de le faire meintennant bien sentyr à toutz deux; mais l'ung -et l'aultre, à ce qu'on dict, s'en justiffient fort bien, et croy qu'à -ceste heure ce qui nuict le plus au dict duc est la privaulté qu'on se -souvient que Ridolfy a heue en sa mayson et en celle du comte -d'Arondel, pendant qu'il a esté par deçà; duquel Ridolfy l'on a fort -suspect son voyage de Rome à Madry, et le séjour qu'il faict, de -présent, en la cour d'Espaigne. Sur ce, etc. - - Ce XXVIe jour de septembre 1571. - - - - -CCVIIIe DÉPESCHE - ---du dernier jour de septembre 1571.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par ung gentilhomme escouçoys._) - - Dépêche de Walsingham.--Réception faite par le roi à l'amiral - Coligni.--Mission de Quillegrey en France et en - Allemagne.--Négociation des Pays-Bas.--Combat devant Douvres - entre la flotte du duc d'Albe et celle du Prince - d'Orange.--Nouvelles d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, arrivant la Royne d'Angleterre, le XXVIe de ce moys; à -Richemont, elle y a achevé son progrez de ceste année, et y est -encores, et dict on qu'elle y fera assés long séjour, non sans qu'elle -ayt desjà assés souvant souhayté de sçavoir si Mr de Foix estoit -arrivé devers Voz Majestez Très Chrestiennes, et si elles demeuroient -bien satisfaictes des responces qu'elle a faictes à luy et à moy, mais -son ambassadeur luy a escript, du XVe du présent, qu'il n'estoit -poinct nouvelles de son retour, et mesmes luy a l'on asseuré qu'il -estoit encores le XVIIIe à Paris, de quoy elle a monstré n'estre trop -contante. Icelluy sieur ambassadeur, à ce que j'entendz, luy a fort -curieusement mandé, du dict quinziesme, la réception de monsieur -l'Admyral jusques à luy expéciffier que vous lui avez dict, Sire, -qu'il fût aultant bien venu que gentilhomme qui soit arrivé en vostre -court despuys vingt ans; et que la Royne, vostre mère, luy avoit faict -l'honneur de le bayser; et que vous l'aviez mené en la chambre de -Monseigneur vostre frère, qui se trouvoit ung peu mal disposé, où le -mariage de Madame avec Monsieur le Prince de Navarre avoit esté -conclud, et la paciffication de vostre royaulme de plus en plus -confirmée; et que, incontinent après, vous aviez dépesché Mr de Biron -devers la Royne de Navarre, laquelle, avec le dict Prince, son filz, -estoient allez aulx beins de son pays de Béarn. Choses que les aulcuns -d'icy ont heu assés agréables, mais il y en a plusieurs qui n'en ont -monstré aulcun semblant de plésir, et ont dict tout hault qu'il estoit -à craindre que l'accommodement des affaires de la France et le trop -bien asseuré repoz d'icelle ne fût le travail et le trouble -d'Angleterre. - -A mandé davantaige le dict sieur ambassadeur que le propos du mariage -de la Royne, sa Mestresse, avecques Monsieur estoit aussi bien subject -à mutation par dellà comme icy, non sans qu'il l'eust assés de -longtemps préveu, et qu'il n'eust descouvert d'où procédoit -l'altération; néantmoins que Voz Majestez Très Chrestiennes, et Mon -dict Seigneur, demeurez en la meilleure disposition du monde pour -establyr une bien estroicte amytié et intelligence avec la Royne, sa -Mestresse; et que, mesmes le dernier escript, qui avoit esté envoyé -d'icy, vous avoit assés contantez, et qu'à cest effect il desiroit que -quelcun de ce costé, personnaige bien choysy, fût bientost envoyé -devers Vostre Majesté. - -Et semble, Sire, que la dépesche, que la dicte Dame a despuys faicte à -son dict ambassadeur, du XXe de ce moys, tende à estre esclarcye -qu'est ce qui aura résulté du dict escript et du rapport de Mr de -Foix, et comme sera receu quelcun des siens, si elle l'envoye par -dellà, et aussi pour vous toucher aulcunes choses du faict de la Royne -d'Escoce et du duc de Norfolc; mais, quant à ces deux derniers -poinctz, j'espère, Sire, que vous aurez esté assés préparé d'en -respondre au dict ambassadeur, s'il vous en est venu parler, sellon le -discours que je vous en ay faict en mes deux précédantes dépesches, -sans qu'il soit besoing de vous en faire icy plus de mencion; -seulement je adjouxteray à ce pacquet l'original d'une lettre et -l'extrêt de deux chiffres, que j'ay receu de la Royne d'Escoce, -despuys qu'elle est resserrée, par où Vostre Majesté verra ce qu'elle -pense estre très nécessaire de faire promptement pour elle et pour les -affaires de son royaulme. - -J'entendz que le Sr de Quilegrey s'apreste pour aller sollager le Sr -de Valsingam, qui a mandé se vouloir faire curer de certaine -difficulté d'uryne qui le travaille fort, où il dict avoir besoing -d'ung séjour de trois moys; et semble qu'avec l'ocasion de ce voyage -l'on en dresse ung aultre, pour le dict Sr de Quillegrey, d'aller, au -partir de France, devers les princes protestans en Allemaigne, dont ne -sera que bon de l'observer ung peu sur ce qu'il négociera, pendant -qu'il sera en vostre court. Il est venu responce de Bruxelles comme le -Sr Thomas Fiesque estoit arrivé devers le duc d'Alve le XVe de -septembre, et qu'on espéroit qu'il seroit bientost remandé par deçà -avec ample pouvoir et ratiffication sur tout ce qui a esté tretté de -l'accord des merchandises; dont sera besoing, Sire, qu'à ceste heure -vous soyez adverty du dict Bruxelles de ce que pourrez desirer -entendre de plus en ceste affaire. L'admyral de Flandres, avec bon -nombre de navyres de guerre, est venu combattre et chasser, par deux -foys, les vaysseaulx du prince d'Orange jusques à la bouche du port de -Douvre, et, sans l'artillerye du chasteau et du balouvart du dict -Douvre, qui a tiré contre luy, il les eust poursuyviz jusques dans le -mesmes port. L'on me vient de dire tout présentement que ceulx -d'Esterlin en Escoce ont mandé, de toutes partz, à ceulx de leur party -qu'ilz les viennent trouver, ce premier jour d'octobre, avec leurs -armes et vivres pour quarante jours, affin d'aller assiéger -Lillebourg. Sur ce, etc. - - Ce XXXe jour de septembre 1571. - - - - -CCIXe DÉPESCHE - ---du VIe jour d'octobre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr Bernardo Gary._) - - Procédure contre le duc de Norfolk.--Arrestation du comte - d'Arondel.--Lord de Lumley mis à la Tour.--Nouvelles - d'Écosse.--Nécessité d'envoyer des secours dans ce pays. - - - AU ROY. - -Sire, il n'y a rien en quoy la Royne d'Angleterre et les seigneurs de -son conseil facent, à ceste heure, plus grande dilligence que de -s'esclarcyr des souspeçons qu'ilz ont conceues contre le duc de -Norfolc et contre d'aultres seigneurs de ce royaulme, et, pour cest -effect, ilz en ont faict appeller aulcuns des principaulx en ceste -court, où ayantz desjà le comte d'Arondel et milord de Lomeley, son -beau filz, compareu des premiers, l'arrest a esté commandé au dict -comte avec gardes en sa mayson, et l'on a miz son beau filz dedans la -Tour. Il se présume qu'il en prendra de mesmes à ceulx qui s'atandent -icy bientost, car la dicte Dame est fort animée contre eulx, et milord -de Burgley s'y monstre bien ardent; mais le comte de Lestre a trouvé -moyen, sur ceste première fureur, de s'absanter en sa mayson de -Quilingourt, où il est encores de présent, et n'y a chose qui se -monstre plus aparantment à ceste heure en ce royaulme que la division -pleyne de peur et de dangier. La dicte Dame faict haster la cuillette -des deniers qui luy ont esté ottroyez par son parlement, et, oultre -cella, elle faict, despuys huict jours, travailler secrectement à la -monoye pour convertyr les réalles d'Espaigne, qui sont dans la Tour, -en monoye d'Angleterre. Elle persévère toutjour en ung apparant desir -de conclurre, par ung ou aultre moyen, une bien estroicte intelligence -avec Vostre Majesté; et quant, sur la première vostre dépesche que je -recepvray, je l'yray trouver, je vous manderay incontinent, Sire, ce -que j'en auray plus expressément cogneu. Cependant le Sr de Quillegrey -s'apreste pour aller sollager le Sr de Valsingam, et l'adviz, qu'on -m'avoit desjà donné, qu'il passeroit puys après en Allemaigne m'a esté -de rechef confirmé, et qu'il a charge de pratiquer en l'ung et -l'aultre pays des intelligences, et qu'il porte procuration en forme -pour conclurre la ligue avec le comte Pallatin, le marquis de -Brandebourg, le Lansgrave et aultres princes protestans: en quoy sera -bon, Sire, que Vostre Majesté face prendre garde comme les choses -passeront. - -Au surplus, Sire, les choses d'Escoce sont aulx termes que je vous ay -escript du dernier du passé, que ceulx d'Esterlin ont mandé toutz -ceulx de leur party pour aller assiéger, au premier du présent, ceulx -de Lillebourg, lesquelz ilz ont desjà envoyé sommer. L'on est après -icy à faire une dépesche aus dicts d'Esterling, et y a aparance qu'il -leur sera promptement envoyé de l'argent, et encores ay je quelque -adviz, de fort bon lieu, qu'on prépare d'y envoyer des forces par -prétexte de revencher la mort du comte de Lenoz: à quoy semble, Sire, -qu'il est temps d'y remédier. La Royne d'Angleterre, au commancement -de septembre, avoit escript au comte de Lenoz de faire en sorte que -ceulx de son party vollussent adresser une remonstrance à elle, -signée de leurs mains, par laquelle ilz luy signifiassent que les -grandz troubles et divisions, qui continuoient en leur pays, et ceulx -qui aparoissoient en Angleterre, procédoient de l'opinion en quoy elle -entretenoit le monde de vouloir restituer la Royne d'Escoce, et que, -tant qu'elle la tiendroit en son royaulme, la dicte opinion ne -cesseroit, et en demeureroient ceulx qui s'esforcent de relever son -authorité toutjour en quelque espérance, chose qui estoit de très -grand préjudice aulx deux royaulmes; et, de tant qu'il y avoit desjà -ung Roy légitimement estably en la place d'elle, par la propre -dimission qu'elle en avoit faict, qu'ilz la vollussent suplier de -remettre la personne de la Royne d'Escoce en leurs mains pour ordonner -d'elle, et de son entretennement, sellon que les Estatz du pays -estimeroient se debvoir faire, soubz bonne seurté qu'ilz donroient -ordre qu'elle ne peult mouvoir aulcune chose, en l'ung ny l'aultre -royaulme, au préjudice du repos public. Lesquelles lettres estant -arrivées à Esterling après la mort du comte de Lenoz, elles ont esté -leues en l'assemblée des aultres seigneurs qui s'y sont trouvez, et -leur responce est meintenant arrivée; mais je ne sçay encores ce -qu'elle contient. Sur ce, etc. Ce VIe jour d'octobre 1571. - - - - -CCXe DÉPESCHE - ---du Xe jour d'octobre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Proposition faite dans le conseil de rompre la - négociation avec la France pour rechercher l'alliance - d'Espagne, ou former une ligue avec les protestans - d'Allemagne.--Efforts de l'ambassadeur pour ramener la reine à - l'alliance de France.--Secours qu'elle se propose d'envoyer en - Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, parce que la Royne d'Angleterre n'avoit peu assés bien -comprendre, par les dernières lettres de son ambassadeur, si le succez -de la négociation de Mr de Foix avoit bien ou mal satisfaict Voz -Majestez Très Chrestiennes, et craignant que plustost il vous en -restât de l'offance que du contantement, et que d'ailleurs les choses -du dedans de son royaulme la tenoient en suspens, et celles d'Escoce -la pressoient d'y faire quelque résolution, elle a différé de me -donner audience trois jours entiers; et, à chacun des dicts jours, -elle a tenu conseil sur le party qu'entre ces difficultez luy seroit -plus expédiant de prendre pour mettre elle, son estat et ses affaires, -en seurté, inclinant la dellibération des siens tantost à se munyr -d'une bonne ligue avec Vostre Majesté, tantost de retourner à celle -desjà faicte de tout temps avec le Roy d'Espaigne, en ostant seulement -ce peu d'espines et de différans qui y sont survenuz de peu de jours -en çà, tantost à conclurre celle dont elle est recerchée des princes -protestans. Et est certain, Sire, que, quoy que la segonde luy fût -suspecte et la troisiesme pleyne de grandz frays, néantmoins, -craignant que les difficultez de ces responces sur l'accord de -l'exercice de la religion pour Monsieur et les choses d'Escoce, ne -luy fissent empeschement de parvenir à la première avec Vostre -Majesté, ou que desjà vous fussiez bien irrité contre elle, elle a -esté sur le poinct de se résouldre à la conclusion de l'une des -aultres deux, et, possible, à toutes les deux ensemble; mais elle a -trouvé bon que premièrement je soys allé parler à elle. - -Qui a esté cause, Sire, qu'ayant heu sentiment de cella, et -cognoissant le desir de Voz Majestez en cest endroict, j'ay employé -les mercyementz et les honnestes propos des lettres de Voz Majestez et -de celle de Monseigneur, du XXVIIe du passé, à disposer ceste -princesse, le mieulx que j'ay peu, pour la faire bien espérer de vous -trois et de toute la France, vous suppliant très humblement, Sire, me -pardonner, si je me suys dispencé d'accommoder ung peu les dicts -propos à ce que j'ay estimé pouvoir plus contanter la dicte Dame et -les siens, sans toutesfoys que je me soys advancé de rien promettre, -et seulement par l'expression dont je luy ay usé, le plus vifvement -qu'il m'a esté possible, de vostre droicte intention vers elle, et -comme, pour la diverse interprétation que pouvoient recepvoir ses -articles, vous n'aviez encores vollu asseoir aulcun certain jugement -sur iceulx, ains vous entreteniez en vostre première bonne espérance, -attandant celluy des siens, que Mr de Foix vous avoit asseuré qu'elle -vous dépescheroit; lequel vous me mandiez qui seroit le bien venu et -seroit receu avec aultant de faveur que de nulle aultre part qui vous -en peult estre envoyé de la Chrestienté; et que, non seulement vous -luy presteriez l'audience, mais le cueur et l'affection, en tout ce -qu'il vous vouldroit proposer de la part d'elle pour vous esclarcyr -de ce présent propos, et pour impétrer toutes aultres choses que -honnorablement elle vouldroit desirer de vostre amytié. - -Il est advenu, Sire, que la dicte Dame, goustant cella, a pour ce coup -interrompu l'instante conclusion des aultres intelligences, et les a -mises en suspens, attandant si elle se pourra accorder à la vostre, -et, dans deux ou trois jours, que Mr le comte de Lestre et milord de -Burgley viendront en ceste ville, elle me fera plus amplement entendre -de son intention, et de la résolution qu'elle aura prinse si elle -envoyera quelcun des seigneurs de son conseil, ou non, devers Vostre -Majesté; en quoy je feray, Sire, tout ce qu'il me sera possible que ce -soit milord de Burgley, et cependant j'entendz que le Sr de Quillegrey -s'acheminera pour aller sollager Mr de Valsingam, ne voulant obmettre, -Sire, de vous dire que j'ay trouvé la dicte Dame fort résolue -d'oprimer, aultant qu'elle pourra, l'authorité de la Royne d'Escoce et -de ceulx qui tiennent son party; et croy que, si mes propos ne l'ont -ung peu destournée, qu'elle a desjà faict estat d'envoyer secours à -ceulx d'Esterling et mesmes de faire entrer des forces en Escoce, par -prétexte que les Escouçoys de la frontière, avec quelques fuytifz de -ce royaulme, sont, à ce qu'elle m'a dict, despuys quinze jours venuz -courir et piller sa frontière. Sur ce, etc. Ce Xe jour d'octobre 1571. - - - - -CCXIe DÉPESCHE - ---du XVe jour d'octobre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne._) - - Affaires d'Écosse.--Nouvelles instances en faveur de Marie - Stuart.--Déclaration de l'ambassadeur que Lislebourg est placée - sous la protection du roi.--Résolution prise par Élisabeth - d'envoyer un message en France.--Justification de l'ambassadeur - au sujet des plaintes faites contre lui par - Walsingham.--Négociation du mariage du duc d'Anjou.--Danger - qu'il y aurait à faire la proposition du mariage pour le duc - d'Alençon. - - - AU ROY. - -Sire, je n'ay jamais porté moins de respect à la Royne d'Angleterre ez -propos que j'ay heu à luy tenir, despuys que je suys en ceste charge, -que si ce eust esté à Vostre mesmes Majesté, laquelle, après celle de -Dieu, je suys tenu et la veulx honnorer et révérer plus que nulle de -ce monde; et pourtant ne craignez, Sire, que la façon et les termes, -dont je luy useray sur le faict de la Royne d'Escoce et des Escouçoys, -la puyssent offancer, mais c'est qu'elle veult bien fort que vous ayés -ceste matière, laquelle luy est infinyement à cueur, pour tousjour -délayssée, et faict semblant de trouver mauvais que vous luy en faciez -parler, bien que, en effect, elle et les siens m'advouhent souvant que -voz instances là dessus ne sont que très raysonnables, et qu'il n'est -possible d'y aller plus modestement, ny avec plus d'observance de -l'amytié de la Royne d'Angleterre, que vous faictes; et est à -craindre, Sire, veu l'estat où est la Royne d'Escoce et celluy de son -royaulme, qu'on y souspeçonne plustost du deffault que de l'excez. -Vray est que je sçay bien que ceste vostre persévérance, qu'avez -monstrée par moy vers vostre alliée et vers voz alliez, faict que la -Royne d'Angleterre desire plus ardentment vostre alliance, et de -contracter une bonne intelligence avec Vostre Majesté. Je vous ay -desjà, Sire, assés au long exprimé par mes précédantes lettres comme, -sur les trois poinctz que j'ay requiz à ceulx de ce conseil, (de -n'estre rien innové au trettement de la Royne d'Escoce, de me donner -satisfaction des deux mil escuz, et de vouloir entendre à quelque bon -expédiant pour la paciffication des Escouçoys), ilz m'avoient -respondu, tout à ung mot, que, pour ceste heure, la Royne, leur -Mestresse, ne vouloit entendre à rien de tout cella, et qu'elle en -feroit satisfaire Vostre Majesté par son ambassadeur. - -Despuys, j'ay esté adverty qu'elle a despesché en dilligence le -capitaine Caje au mareschal de Barvyc pour le faire aller devers ceulx -de Lillebourg, affin de les exorter à se réunyr à l'obéissance de leur -jeune Roy avec ceulx d'Esterlin, ou elle leur déclairoit que, sans -respect de qui que ce fût au monde, elle envoyeroit ses forces par -dellà pour les y renger; et, sur ce, avoit esté desjà faict icy une -création de capitaines et ung despartement de charges sur les forces -de terre, et préparé vivres pour avitailler deux grandz navyres, et -douze centz hommes pour trois moys par mer, et, d'abondant, qu'on -faisoit préparer le chasteau de Herfort pour y remuer la Royne -d'Escoce et bailler la garde d'elle à ser Raf Sadeler, qui n'est du -nombre des comtes, ny des barons du royaulme, avec très grand -souspeçon de mauvais trettement à la personne, et, possible, à la vie -de ceste princesse. Dont j'ay estimé, Sire, qu'il convenoit à vostre -réputation et au bien de vostre service que je disse aulx seigneurs de -ce conseil que la bonne foy ne comportoit que la Royne, leur -Mestresse, d'un costé, monstrât de desirer vostre amytié, et que, de -l'aultre, elle vous fît injure, car elle sçavoit que la Royne d'Escoce -estoit vostre belle soeur; et que je leur déclaroys tout ouvertement -que vous aviez receu Lillebourg et ceulx qui sont dedans à vostre -protection, par ainsy, je les prioys que, en l'endroict d'elle et -pareillement d'eulx, il fût uzé de quelque respect pour l'amour de -vous. - -A quoy, pour le regard de la dicte Royne d'Escoce, ilz ne m'ont donné -meilleure satisfaction que de m'alléguer plusieurs occasions d'offance -que la Royne d'Angleterre prétend contre elle, et qu'on vous fera une -telle déclaration de ce qu'elle avoit projetté de faire, pour se -soustraire de vostre alliance, que vous n'aurez plus ocasion d'avoir -soing, ny souvenance d'elle; et, au regard des Escouçoys, ilz m'ont -respondu qu'ilz feront en sorte que la Royne, leur Mestresse, y -procèdera, le plus qu'il sera possible, sellon vostre desir et -intention; et sur le reste de la négociation que j'ay continué avec -eulx, despuys ma dernière audience, ilz m'ont résoluement asseuré que -la dicte Dame envoyera bientost ung principal seigneur de ce conseil -devers Vostre Majesté. Et je pense avoir desjà tant faict, Sire, que -ce sera milord de Burgley, mais quant j'en seray encores plus certain, -et que je sçauray le temps de son partement, j'en advertiray en -dilligence Vostre Majesté, ayant opinion que de son voyage et de ceste -sienne commission a de résulter tout l'effect de ce que pouvez espérer -de ceste princesse et de ce royaulme. Sur ce, etc. - - Ce XVe jour d'octobre 1571. - - - A la lettre, que Vostre Majesté a escripte à la Royne - d'Angleterre pour le passeport de Mr de Glasco, il m'a esté - respondu qu'en façon du monde elle ne veult qu'il viegne en - Angleterre. - - - A LA ROYNE. - -Madame, j'ay fort curieusement considéré les propos qui ont esté -tenuz, entre Vostre Majesté et l'ambassadeur d'Angleterre, sellon -qu'ilz sont fort bien et fort dilligentement recueilliz, en la lettre -qu'il vous a pleu m'escripre du XXVIIIe du passé. Et, pour le regard -de ce qu'il a commancé de vous faire quelque pleinte de moy, je sçay, -Madame, que je vous ay ordinairement randu ung si véritable et si -particullier compte, de tout ce que j'ay dict et négocié par deçà, -qu'il ne vous a peu dire rien de nouveau, aussi ne veulx je faillyr de -remercyer très humblement Vostre Majesté pour la favorable responce -que luy avez faicte de la bonne opinion, en quoy il playt au Roy et à -vous me tenir, laquelle me suffit pour l'entière justiffication de mes -actions, qui ne sont vouez qu'au seul service de Voz Majestez; et -j'espère, Madame, que, dans peu de jours, vous l'ouyrez parler en -aultre façon de moy, sellon que la Royne, sa Mestresse, et ses deux -principaulx conseillers m'ont dict, touchant l'inquisition qu'ilz -avoient faicte de moy à cause de ces deux mil escuz, qu'il n'a esté -trouvé que j'aye jamais faict ny dict chose, en ceste charge, qui ne -soit bonne et honneste. Il est vray, Madame, que j'eusse bien vollu -qu'il vous fût souvenu de luy parler du dict argent en la façon que -auparavant j'en avois escript, mais cella se pourra rabiller la -première foys que luy donrez audience, et suys très ayse que luy ayez -ainsy sagement et vertueusement respondu, comme avez faict, touchant -la Royne d'Escoce, affin qu'en la manière de procéder, dont l'on use -icy contre elle et contre les Escouçoys, l'on y aille plus réservé. Et -quant au propos du mariage, si j'eusse heu vostre lettre avant aller -à l'audience, j'eusse suyvy exactement les termes d'icelle, tant y a -que je n'ay point outrepassé ceulx de la précédante dépesche du -XXVIIe: et est à considérer, Madame, qu'en telles matières, il se -trouve toutjour d'honnestes excuses et interruptions jusques à la -porte de l'esglize. Je crains seulement que ceste expression: «_de -vouloir avoir l'exercice public et libre de la religion_,» si le Sr de -Valsingam en escript par deçà, ne réfroydisse ou ceste Royne d'envoyer -devers Voz Majestez, ou milord de Burgley de faire le voyage; tant y a -que j'en mèneray la pratique ainsy soubdain et chauldement comme je -l'ay commancée. Et, au regard d'introduyre le segond propos de -mariage, il semble, Madame, qu'il sera beaucoup meilleur d'atandre à -le toucher sur quelque occasion des choses que milord de Burgley -pourra dire ou proposer par dellà, car je voys bien qu'il n'est -encores temps d'en parler icy; tant y a que, en ceste et aultres -particullaritez de vostre lettre, je métray peyne d'y observer le -temps et l'ocasion pour m'y conduyre tout ainsy qu'il vous playt me le -commander. Sur ce, etc. Ce XVe jour d'octobre 1571. - - - - -CCXIIe DÉPESCHE - ---du XXe jour d'octobre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer.)_ - - Affaires d'Écosse.--Assurance donnée par Burleigh qu'Élisabeth a - renoncé à user de rigueur contre Marie Stuart, et que tout - envoi de secours en Écosse est suspendu.--Procédure contre le - duc de Norfolk.--Arrestation de lord Coban.--Fuite du comte - Derby. - - - AU ROY. - -Sire, d'avoir ainsy remonstré aulx seigneurs de ce conseil ce que je -vous ay mandé par mes précédantes, qu'il ne pourroit convenir à la -bonne foy de la Royne d'Angleterre qu'elle monstrât, d'ung costé, de -chercher vostre amytié, et que, de l'aultre, elle vous fît injure à -maltretter la Royne d'Escoce, qui est vostre belle seur, ou à faire -quelque entreprinse contre ceulx de Lillebourg, qui sont en vostre -protection, il est advenu qu'on ne parle plus de remuer la dicte Royne -d'Escoce au chasteau de Herfort, en la garde de ser Raf Sadeller, ny -de haster les préparatifz de guerre, bien qu'on les tient en suspendz, -contre ceulx de Lillebourg; lesquelz cependant, sellon les dernières -lettres de Barvyc, se meintiennent et dans leur place, et en la -campaigne, assés vigoreusement contre ceulx d'Esterlin, et font courir -le bruict que leurs gens de guerre sont payez pour huict moys. Et -parce que Vostre Majesté est très bien informée de l'estat de leurs -affaires par plusieurs de mes précédantes, et par la coppie de celles -que la Royne d'Escoce, et eulx mesmes et le Sr de Vérac m'ont -escriptes, je ne vous en ennuyeray icy de plus long propos; et -viendray à vous dire, Sire, sur la vostre du VIIe du présent, que je -ne puys que grandement louer la bonne résolution qu'avez prinse ez -choses que Mrs de Glasco et de Flemy vous ont remonstrées, lesquelles -j'ay aussi miz peyne, ces trois ans passez, lorsque je les ay veues -bien prez de leur ruyne, de les tenir toutjour les plus relevées que -j'ay peu, par la seule réputation de Vostre Majesté, et honneur de -vostre couronne, sans permettre qu'elles vous ayent mené à la -nécessité d'envoyer des forces par deçà la mer. - -Et à ceste heure, Sire, il semble que, quant aulx deux milordz de -Flemy et de Leviston, et George de Douglas, que Vostre Majesté fera -fort bien de les renvoyer toutz trois gracieusement expédiez par -dellà, et encores quelque nombre de ces Escouçoys qui sont en France -avecques eulx, qui soient cogneuz affectionnez à vostre service, avec -des lettres aulx aultres seigneurs escouçoys, tant de l'ung que de -l'aultre party, pour les exorter à ung bon accord entre eulx, et leur -prescripre quelque forme sellon vostre intention, à la conservation -non seulement de eulx toutz, mais nomméement du petit Prince et du -repos public, et tuition de tout le pays soubz vostre protection, avec -quelques deniers cependant, et quelques armes et monitions aus dicts -de Lillebourg, lesquelz font ouverte profession de suyvre vostre -party; et asseurer iceulx de Flemy et Leviston que la Royne -d'Angleterre n'envoyera aulcunes forces en Escoce, sellon que vous y -avez desjà pourveu, et que, au cas qu'elle entrepreigne de le faire, -que vous vous y opposerez, et ne leur deffauldrez de vostre opportun -et suffizant secours pour bien luy résister; vous suppliant très -humblement, Sire, ne leur déclairer, ny à nulz aultres, rien plus -avant de vostre intention en cest endroict, affin que, ne perdans -espérance, ilz ne layssent aller les choses à la dévotion des Anglois, -ou n'appellent une garnyson d'Espaignolz à Lillebourg; qui tourneroit, -et l'ung et l'aultre, à la diminution de vostre réputation en toute -ceste isle, et, possible, à ung grand regrect, quelque matin, à Vostre -Majesté, veu l'estat des choses de deçà, de n'y avoir aultrement -pourveu; joinct que ceulx cy m'ont desjà donné parolle, qu'en toutz -ces affaires des Escouçoys, il y sera procédé sellon vostre desir et -intention. - -Aulcuns estiment, Sire, que si vous faictes meintenant passer ung -personnaige de qualité en vostre nom par dellà, qu'il y pourra réduyre -grandement les choses à vostre dévotion, et ne voyent pas que pour -cella, la Royne d'Angleterre vous doibve moins recercher d'amytié, -ains possible beaucoup davantaige; et, en tout évènement, vous avez -tant d'obligation et de droict d'en user ainsy qu'elle ne pourra, -sinon à tort, se pleindre de vous, si vous le faictes, et luy en -respondrez toutjour avec satisfaction. - -Le Sr de Quillegrey est, d'heure en heure, prest à prendre la poste; -et la résolution aussi d'envoyer un seigneur de ce conseil, mais non -encores lequel, continue: dont le retardement des deux dépesches vient -de l'ordinaire ocupation où ceulx du dict conseil sont, despuys le -matin jusques au soir, à vaquer contre le duc de Norfolc et contre -ceulx qu'ils prétendent avoir esté de la conjuration d'introduyre le -duc d'Alve et les Espaignolz en ce royaulme; et pourrez, Sire, juger -par l'escript que j'ay adjouxté icy, (lequel a esté curieusement -escript et dilligentment inprimé, et non seulement exposé en vante, -mais ont esté ordonnez personnaiges de qualité pour l'aller lyre et -notiffier ez lieux publiques de ceste ville, et par tout le pays), en -quelle perplexité est cest estat; car encores qu'il ne s'y parle que -du dict duc, affin de le jetter hors de la faveur du peuple qui l'ayme -et regrette infinyement, les souspeçons ne layssent pourtant d'estre -fort véhémentes au cueur de ceste princesse et de ceulx de son conseil -contre plusieurs aultres grandz de ce royaulme; et desjà millord Coban -est miz en arrest, comme ayant esté de l'intelligence, et ayant -offert, à ce qu'on dict, quelcun des cinq portz dont il est gardien, -pour servyr à la descente des dicts Espaignolz; et sa femme est hors -de court, et ung de ses frères miz à la Tour. L'on dict que le comte -Dherby a respondu que la Royne se debvoit contanter d'avoir deux de -ses filz en ses prisons, sans y vouloir encores mettre le père, -vieulx et caduc, et que pourtant elle l'excuse, si, en lieu de la -venir trouver, il se retire en son isle de Man. Le comte de -Cherosbery, ayant senty qu'on vouloit tirer la Royne d'Escoce hors de -ses meins, est en son cueur fort malcontant. Les seigneurs catholiques -sont observez en leurs maysons, et est l'on après à changer les -officiers et gardes des portz. L'on renforce les guetz, de jour et de -nuict, par ceste ville, et par les aultres principaulx lieux du -royaulme, et sur les chemins, de sorte qu'il ne se voyt que frayeur et -espouvantement de toutz costez, et ceulx qui font les procédures ne -monstrent avoir moins de peur que ceulx contre lesquelz on les faict. - -Il y a dangier que, soubz colleur des choses d'Escoce, ceste princesse -ne face dresser une armée vers le North pour mieulx contenir son pays -par les forces qu'elle aura ensemble, et affin aussi de pouvoir mieulx -exécuter ses dellibérations contre ces seigneurs prisonniers, car l'on -dict qu'encor qu'il n'y ayt aulcune vériffication contre le dict duc, -et sinon quelques chiffres qui ne font probation, et qu'on luy ayt -vollu persuader de se soubmettre à la mercy de la Royne, et qu'il ayt -respondu qu'hormiz de trayson et d'avoir jamais rien attempté contre -sa princesse, ny contre cest estat, ny contre les loix du royaulme, -ausquelz cas il ne reffuze aulcun rigoureux jugement, qu'il est, quant -au reste, très contant de se soumettre vollontiers à la mercy et bonne -grâce de la dicte Dame, que, néantmoins, aulcuns de ses conseillers -sont si anymez contre luy qu'il est en ung très manifeste dangier de -sa personne, de sa vie et de ses biens. Sur ce, etc. - - Ce XXe jour d'octobre 1571. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Tout présentement, je viens d'estre adverty qu'on a faict - prisonnier et mené à la Tour le frère du comte de Rothes, lequel - j'avois faict demeurer en ceste ville pour meintenir ung peu la - négociation de la Royne d'Escoce; et, de tant qu'il allègue qu'il - est à vostre service, gentilhomme de vostre chambre, et qu'il - attandoit icy responce de Vostre Majesté touchant une sienne - pention pour son entretennement, il vous playrra me commander si - j'auray à faire instance pour sa liberté. Encores plus - freschement, l'on me vient d'advertyr qu'on a ramené l'évesque de - Roz en ceste ville pour le mettre dans la Tour, et luy a l'on - desjà osté ses serviteurs. - - - - -CCXIIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour d'octobre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) - - Départ de Quillegrey pour suppléer Walsingham en France.--Objet - particulier de sa mission. - - - AU ROY. - -Sire, enfin le Sr de Quillegrey a esté dépesché ce matin pour aller -résider quelque temps prez de Vostre Majesté pour les affaires de la -Royne d'Angleterre, pendant que le Sr de Valsingam, son ambassadeur, -se fera guéryr de son indisposition d'uryne à Paris; et parce que de -la première négociation, que le dict Sr de Quillegrey fera avec Voz -Majestez, a de résulter le meilleur et le principal effect des choses -qu'aviez à espérer de ce costé, tant de la dépesche du seigneur de ce -conseil qui le doibt bientost suyvre, et des conjectures, que estuy cy -pourra prendre de voz propos, si le voyage de l'aultre sera de quelque -effect, que pour descouvrir vostre intention sur les choses d'Escoce, -et veoir s'il vous en pourra tant dégouster qu'il les vous face avoir -pour délayssées, et aussi pour mesurer s'il y aura plus de seureté et -de proffict, pour sa dicte Mestresse, de s'appuyer sur vostre amytié -et intelligence que de retourner à celle d'Espaigne, ou à commancer -une nouvelle ligue avec les princes protestans, j'ay estimé, Sire, -estre nécessaire de vous dépescher en dilligence ung des miens affin -de vous faire entendre là dessus aulcunes choses qui semblent importer -beaucoup que vous les sachiez, premier que de parler au dict Sr de -Quillegrey. Duquel, au reste, Sire, pour l'asseurance qu'il me donne -de ses bons offices en ceste sienne commission, j'ay à vous randre ce -tesmoignage de luy, lequel Mr de Foix vous confirmera, qu'il faict -ouverte profession, après son naturel debvoir envers sa princesse et -son pays, de n'avoir nulle plus grande affection que de unyr elle et -icelluy à l'intelligence de Vostre Majesté et de vostre royaulme: qui -pourtant vous supplie très humblement, Sire, de le vouloir bien -recevoir. Et sur ce, etc. Ce XXIVe jour d'octobre 1571. - - - - -CCXIVe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour d'octobre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Lesley._) - - L'évêque de Ross mis à la Tour.--Ordre donné à tous les Écossais - de quitter l'Angleterre.--Recommandation de l'ambassadeur en - faveur du sieur de Lesley, écossais, qui a été mis en liberté, - et retourne en France. - - - AU ROY. - -Sire, il n'a esté trouvé cause contre le Sr de Lesley, frère du comte -de Rothes, pour quoy l'on le deubt détenir en pryson, et pourtant, -après l'avoir interrogé d'aulcuns faictz de la Royne, sa Mestresse, et -du duc de Norfolc, il a esté miz en liberté; mais, deux jours après, -Mr l'évesque de Roz a esté examiné par les seigneurs de ce conseil, -qui l'ont fort pressé de confesser aulcunes choses qu'ilz luy ont -asseuré avoir esté desjà advouhées par le dict duc, lesquelles il leur -a fermement dényées: dont, sans avoir esgard à son privillège -d'ambassadeur, ny à son saufconduict, qui sont deux immunitez qu'il -leur a expressément alléguées, ilz l'ont envoyé à la Tour, avec -menaces de procéder contre luy comme contre ung particullier, et -d'estre miz à la torture; et que desjà la Royne, leur Mestresse, avoit -faict donner satisfaction à moy, vostre ambassadeur, sur les -remonstrances que je luy avois faictes pour sa liberté, et qu'elle en -envoyeroit satisfaire davantaige Vostre Majesté. Puys ont faict -commandement que toutz Escouçoys, sur peyne de pryson, heussent à -vuyder le royaulme dans quatre foys vingt quatre heures. A cause de -quoy, Sire, le dict Sr de Lesley va présentement trouver Vostre -Majesté pour vous remonstrer ces extrêmes rigueurs qu'on use à sa -Mestresse, à son ambassadeur et aulx Escouçoys, et en quel dangier -sont les affaires de son pays. Dont, de tant qu'il a esté toutjour -très loyal et fidelle subject à sa princesse, et qu'en particullier il -a l'affection fort bonne et droicte à vostre service, j'ay bien vollu, -Sire, par ce peu de motz très humblement le vous recommander, et vous -tesmoigner qu'il a, en plusieurs sortes, miz toute la peyne qu'il a -peu, tant qu'il a esté icy, de bien mériter de vostre service, et que -le bien et faveur que luy ferez y seront fort dignement employez. Il -vous veult supplier, Sire, que d'une pencion de douze centz {lt} que -Vostre Majesté luy a ordonné, il vous playse, tant pour les années du -passé et pour toutes celles à l'avenir, luy en faire délivrer mil -escuz, et il promect d'employer encores ceulx là à vous en faire -quelque notable service en son pays. Je luy ay advancé, pour le -pouvoir tirer hors d'icy, cinquante cinq escuz, comme encores je n'ay -peu, pour la réputation de Vostre Majesté, veoir passer aulcuns -aultres serviteurs de la dicte Dame, sans leur donner quelque moyen de -se conduyre. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour d'octobre 1571. - - - Le dict Sr de Lesley a meintenu la négociation de la Royne - d'Escoce, tant qu'il a esté par deçà, et, s'il luy estoit permiz, - à ceste heure qu'il n'y a point d'aultre ambassadeur, d'y pouvoir - résider, j'estime qu'il y seroit utille; et je pourroys, par son - moyen, éviter la jalouzie, que la Royne d'Angleterre prend, de me - veoir parler pour la dicte Dame: dont, s'il vous playt, Sire, - qu'il y retourne, il l'entreprendra vollontiers soubz le - commandement de Vostre Majesté. - - - - -CCXVe DÉPESCHE - ---du dernier jour d'octobre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de Lunes._) - - Procédure contre le duc de Norfolk, l'évêque de Ross, et les - autres seigneurs détenus.--Siège de Lislebourg entrepris par - les comtes de Morton et de Mar.--Affaires - d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Avis donné par - l'ambassadeur d'Espagne qu'Élisabeth cherche à former une ligue - avec les protestans d'Allemagne et de France. - - - AU ROY. - -Sire, despuys que le Sr de Quillegrey est party d'icy, les seigneurs -de ce conseil ont esté ordinairement à vacquer, plusieurs heures, -toutz les jours, à la Tour, contre le duc de Norfolc, et contre -l'évesque de Roz, et contre beaucoup d'aultres de la noblesse qui y -sont prisonniers, de sorte qu'ilz n'ont entendu en nul aultre négoce, -toutz ces jours passez, et n'est l'ellection de celluy d'entre eulx, -qui doit estre envoyé devers Vostre Majesté, encores faicte; ains -semble, Sire, qu'ilz la vont prolongeant pour attandre que succèdera -du siège de Lillebourg, car, si une foys l'Escoce vient à estre rangée -au poinct qu'ilz desirent, ilz espèrent pouvoir beaucoup plus à leur -advantaige par après négocier toutes choses avec Vostre Majesté, ou -bien s'en passer du tout, et se porter lors plus froydement à -recercher vostre amytié. J'avoys desjà bien senty, mais je l'ay, à -ceste heure, plus clèrement descouvert, que ce a esté en grand partie -par le pourchaz et instance de la Royne d'Angleterre que les comtes de -Morthon et de Mar ont mené leurs forces au Petit Lith pour assiéger -Lillebourg, ainsy que cet aultre escript, que je vous envoye, Sire, -avec la présente vous en fera foy. Sur lequel je veux seulement dire -que ne layssant la Royne d'Angleterre de faire, commant que soit, -toutjours ses affaires, avec quelque apparance d'observer et respecter -vostre amytié, qu'ainsy pouvez vous justement advancer les vostres, en -n'offanceant point la sienne. - -Ceulx qui tiennent Lillebourg assiégé sont, à ce que j'entendz, en -nombre de quatre mil hommes, dont les neuf centz sont harquebouziers, -et ont sept pièces d'artillerie; sçavoir: deux collouvrines, deux -moyennes et deux pièces de fer de fonte, et ung faulconneau, mal -pourveuz, au reste, de oustilz et de gabions pour faire aproches. Les -assiégez font courir le bruict qu'ilz ont assez de vivres pour ung an -pour les hommes, et encores pour six mois pour leurs chevaulx, et que -leurs gens de guerre sont bien payez. Ilz ont quatre centz chevaulx, -qui font assés souvant des saillies, et les deux filz du duc de -Chastellerault sont en campaigne, qui assemblent gens; et le lair de -Fernyrsth en lève aussi quelques ungs en la frontière pour donner le -plus d'ennuy qu'ilz pourront à ceulx de dehors. Mercredy dernier, -milord de Housdon a esté envoyé en dilligence à Barvyc, et publie l'on -qu'il y va pour pourvoir que nul dangier n'advienne à ceste place par -la querelle de ceulx de la garnyson et des habitans, qui s'est -naguières suscitée entre eulx; mais, en effect, j'entendz que sa plus -expresse commission est d'avoir l'oeil sur le siège de Lillebourg, et -de pourvoir aulx choses que les assaillantz pourront avoir faulte, et -mesmes leur faire couler secrectement quelques soldatz de Barvyc, -s'ilz en ont besoing. Ce que je vous suplie très humblement, Sire, -vouloir bien considérer. - -Il se parle en ceste court de faire une brave entreprinse pour achever -l'entière conqueste d'Yrlande, et plusieurs jeunes gentilzhommes et -particulliers de ce royaulme s'y aprestent, leur ayant esté promiz que -ce qu'ilz subjugueront de pays sera à eulx, réservé seulement la -souveraineté et ung denier pour acre de terre à la Royne, leur -Mestresse; et semble que milord Sideney qui auparavant se monstroit -fort dégousté de la charge d'Yrlande, soit, à ceste heure, pour ceste -occasion, assés desireux d'y retourner. - -Le Sr de Lumey faict toute la dilligence qu'il peult de recouvrer icy -équipaige pour se mettre en mer, et inciste fort que les vaysseaulx du -prince d'Orange puyssent avoir leur retrette, et recouvrer vivres, et -descharger leurs prinses par deçà, et qu'il sera baillé caution -d'indempnité en Allemaigne de tout le dommaige qui en pourra advenir à -ce royaulme. Le Sr Thomas Fiesque s'attend, d'heure en heure, en ceste -court, avec le pouvoir du duc d'Alve pour ratiffier l'accord de la -restitution des merchandises, et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est -icy, lequel m'a convyé, despuys quatre jours en çà, en son logis, m'a -dict qu'il n'y restoit plus aulcune difficulté du costé du Roy, son -Maistre; et m'a dict davantaige estre bien adverty que la Royne -d'Angleterre persévère de vouloir conclurre sa ligue avec les princes -protestantz, tant d'Allemaigne que de France, et que ceulx cy -asseurent tout ouvertement que Vostre Majesté en sera bien contant. A -quoy je luy ay respondu que la dicte Dame la pourra bien conclurre -avec les Allemans, mais que Vostre Majesté gardera bien comme voz -subjectz n'en conclurront point avec elle, ny avec nul prince -estrangier, et que vous n'avez garde de laysser rien aller en cest -endroict, pourveu que vous le puyssiez empescher, qui puysse estre au -préjudice de la religion catholique, ny au dommaige de voz alliez et -confédérez; et que seulement vous desirez de bien conserver la paix de -vostre royaulme, et de soigneusement pourvoir qu'on ne la vous puysse -altérer. Sur ce, etc. - - Ce XXXIe jour d'octobre 1571. - - - - -CCXVIe DÉPESCHE - ---du Ve jour de novembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - État de la négociation des Pays-Bas.--Conférence de l'ambassadeur - et de Leicester.--Levée du siége de Lislebourg.--Explication - que l'on doit donner en France sur l'argent destiné pour - l'Écosse qui a été saisi. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté convyé, comme de coustume, le XXIXe du moys passé, au -festin du maire de Londres de ceste année, et l'ambassadeur d'Espaigne -n'y a poinct esté, mais ouy bien le Sr de Suavenguem, depputé des -Pays Bas, auquel les seigneurs de ce conseil, qui s'y sont trouvez en -bon nombre, luy ont donné lieu fort honnorable devant eulx, -incontinent après moy, et luy ont faict fort grande caresse. J'ay -aprins, tant de luy que d'eulx, qu'ilz espèrent bientost l'entier -accord de leurs différans par l'arrivée du Sr Fiesque, lequel ilz -attendent, d'heure en heure, et ne sçavent que penser à quoy il tient, -despuys qu'ilz ont heu adviz que le duc d'Alve luy avoit délivré la -ratiffication des articles, qu'il ne soit desjà icy; et pensent -quelques ungs que le retardement vient de ce que le dict duc se sent -offancé de la publication des placartz, qu'on a naguières imprimez en -ceste ville, qui font expresse mention qu'il a aspiré à la rébellion -de ce royaulme; mais je ne pense pas que pour cella le dict accord -s'interrompe. - -Le comte de Lestre m'a dict, en ryant, que la Royne, sa Mestresse, -délibéroit de me faire trois querelles, aussitost qu'elle me verroit: -la première, sur les deux mil escuz que je redemandois comme envoyez -par vostre commandement au Sr de Vérac, vostre agent en Escoce, là où -Voz Majestez Très Chrestiennes avoient respondu au Sr de Valsingam -qu'ilz estoient provenuz de l'arsevesque de Glasco, et ne -s'adressoient nullement à vostre agent; la segonde, que j'avoys retiré -le secrétaire de l'évesque de Roz en mon logis; et la troisiesme, qui -seroit la plus aspre, que j'avois trop plus instantment poursuyvy les -affaires de la Royne d'Escoce que je n'avois heu commandement de le -faire, et avoys toutjours trop plus parlé la part d'elle, que non paz -la sienne envers Voz Majestez. - -A quoy j'ay respondu que la Royne, sa Mestresse, quant elle auroit -bien entendu comme le tout a passé, non seulement cesseroit me -quereller, mais me jugeroit avoir toutjour bien mérité de sa bonne -grâce, et que Voz Majestez la pouvoient encores satisfaire de la -première et de la dernière de ses dictes querelles, sachant -certainement que la responce, que vous aviez faicte à son ambassadeur, -ne contravenoit en rien, pour le regard de l'argent, à ce que, du -commancement, je leur en avois, à la vérité, racompté, et, s'il -playsoit à la dicte Dame vous en faire encores parler et faire -recercher de messieurs voz secrétaires des commandemens l'ordonnance -que j'en avois heue par voz précédantes dépesches, elle trouveroit n'y -avoir ny plus ny moins en cella que je luy en avois desjà dict; et, -quant au soing des affaires de la Royne d'Escoce, je craignois que le -Sr de Valsingam eust plus cogneu de courroux, en Voz Très Chrestiennes -Majestez, de ce que j'y avois esté froid et remiz, que non pour y -avoir excédé voz commandemens; que j'avoys toutjour procuré à la -Royne, sa Mestresse, plus qu'à nul prince, ny princesse de la terre, -l'amytié et bonne intelligence de Voz Majestez; bien estoit vray que -j'avois toutjours desiré que ce fût sans intéresser vostre grandeur, -ny diminuer rien de vostre réputation; et que, touchant le secrétaire -de Mr de Roz, que, à la vérité, il avoit esté en mon logis, comme les -aultres serviteurs de la Royne d'Escoce, mais toutz s'en estoient -despuys allez; et je ne sçavois, à présent, ou il estoit, dont s'ilz -le m'eussent demandé, quant il estoit icy, je n'eusse failly de le -leur exiber, pourveu qu'ilz m'eussent promiz de ne luy faire point de -mal; que je prenoys tant de confiance ez propres déportemens, dont -j'avois usé en ce royaulme, que j'oserois toute ma vie me présanter -fort franchement à la Royne sa Mestresse, et espérer toutjour sa -faveur et bon visaige; ce que si je ne pouvois obtenir, au moins ne -laysseroys je de l'avoyr par bons offices aultant bien mérité que -gentilhomme qui ayt jamais esté ambassadeur auprès d'elle. - -Il m'a prié là dessus d'aller trouver la dicte Dame aussitost que -j'aurois nouvelles de Vostre Majesté, et que, ce pendant, elle auroit -faict l'ellection de celluy qu'elle vous veult dépescher, dont -desireroit que ce peult estre luy mesmes ou milord de Burlay, mais les -présens affaires de ce royaulme les empeschoient toutz deux; -néantmoins que, quel que se fût, j'en serois adverty incontinent, et -qu'il viendroit, puys après, et aulcuns du conseil faire ung jour de -bonne chère en mon logis. - -Cependant, Sire, milord de Housdon a continué son voyage à Barvyc, et -j'entendz qu'il a esté mandé aulx recepveurs des quatre comtez plus -prochaines du dict lieu, d'y aporter les deniers du quartier -d'octobre, où nous sommes, ce qui me faict souspeçonner quelque levée -de gens et quelque entreprinse contre les Escouçoys; et desjà se parle -icy de l'arrivée de milord Dacres avec milord de Sethon en Escoce, ce -que je n'ay encores sceu de lieu assés bon pour le vous ozer asseurer. -Tant y a que, s'il est ainsy, ce sera une grande colleur aulx Anglois -d'envoyer forces de dellà contre ceulx qu'ilz tiennent pour rebelles; -et se parle aussi, Sire, que ceulx d'Esterlin ont levé le siège de -devant Lillebourg, et qu'ilz ont retiré leur artillerie de nuict, et -ont faict leur retrette au Petit Lith, non sans y estre poursuyviz -jusques dans leur rempartz; ce que je mettray peyne de vériffier -davantaige. Et sur ce, etc. - - Ce Ve jour de novembre 1571. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Comme je fermoys la présente, m'est arrivé, d'ung costé, la - dépesche de Vostre Majesté, du XXe du passé, et, de l'aultre, la - confirmation du susdict dernier article, de la retrette honteuse - de ceulx d'Esterlin de devant Lillebourg, sans avoir ozé donner - l'assault, combien qu'il y eust bresche raysonnable; et j'ay - receu l'advis que maistre Pierre Caro est desjà désigné pour - aller devers Vostre Majesté, et qu'il sera faict vischamberlan et - du conseil. Il est personnaige de bonne mayson, riche et bien - estimé par deçà, assés bien affectionné à la France et fort - intime de milord de Burgley. - - - A LA ROYNE. - -Madame, sellon les propos que le comte de Lestre m'a naguières tenuz, -lesquelz je récite en la lettre du Roy, le Sr de Valsingam semble -n'avoir bien comprins la responce que Vostre Majesté luy a faicte, -touchant les deux mil escuz qui alloient en Escoce, bien qu'il l'a au -moins escripte en façon que la Royne d'Angleterre ne doubte plus que -je ne les aye baillez, mais dict que Vostre Majesté n'advouhe pas -qu'ilz soient provenuz du Roy ny qu'ilz fussent envoyez au Sr de -Vérac, son agent en Escoce. A quoy, Madame, je vous suplie très -humblement que, la première foys que le dict Sr de Valsingam viendra à -l'audience, il vous playse luy dire qu'après vous estre mieulx -informée du faict des dicts deniers, vous avez trouvé que la moictié -d'iceulx provenoit du Roy, et l'aultre moictié d'une partie que Mr de -Glasco m'avoit adressée; mais que le tout estoit envoyé par vostre -commandement au Sr de Vérac, et que pourtant vostre vouloir est qu'ilz -soient remiz en mes mains: car, Madame, cella emporte grandement à la -réputation de voz affaires, et au bien de vostre service par deçà. Et -encores semble que le dict Sr de Valsingam n'ayt bien remonstré à la -Royne, sa Mestresse, que Voz Majestez ayent à cueur le faict de la -Royne d'Escoce et de son royaulme. Néantmoins j'espère aller trouver -bientost la dicte Royne, sa Mestresse, pour continuer toutjours la -gracieuse négociation d'amytié et de bonne intelligence, qui est -commancée entre Voz Majestez et elle, et réduyre le tout aulx -meilleurs termes qu'il me sera possible. Et sur ce, etc. - - Ce Ve jour de novembre 1571. - - - - -CCXVIIe DÉPESCHE - ---du Xe jour de novembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Affaires d'Écosse.--Audience.--Assurances réciproques - d'amitié.--Mise en jugement des seigneurs qui sont détenus à la - Tour.--Déclaration de l'ambassadeur que le roi est sommé de - secourir les Écossais.--Réponse d'Élisabeth qu'elle consent à - charger le nouvel ambassadeur envoyé en France d'entrer en - négociation à ce sujet.--Victoire de Lépante.--Inquiétude que - cette nouvelle cause en Angleterre. - - - AU ROY. - -Sire, le segond jour que Lillebourg a esté assiégé, ceulx de la ville -ont miz ung soldat, serviteur de la Royne d'Escoce, dehors, qui a -prins le hasard de me venir trouver, lequel m'a apporté, en douze -petites pièces de papier, cachées sur luy, douze petitz chiffres du Sr -de Vérac, desquelz je vous envoye l'extrêt: par où vous verrez, Sire, -en premier lieu, la nécessité de ceulx qui suyvent le party de Vostre -Majesté par dellà; secondement, ce que le Sr de Vérac juge estre -besoing de faire, non seulement pour les fortiffier, mais pour les -emparer de vostre protection par lettres expresses de Vostre Majesté; -et tiercement, les dilligences que la Royne d'Angleterre faict pour -supprimer du tout l'authorité de la Royne d'Escoce et relever celle du -petit Prince son filz, espérant que, par la protection qu'elle se -veult attribuer du dict Prince, et de l'establissement qu'elle veult -donner à ceux qui deppendent d'elle, par dessus ceulx qui dépendent de -Vostre Majesté, de tirer enfin toute l'Escoce à sa dévotion. Sur quoy, -Sire, j'ay renvoyé en dilligence le mesmes soldat avec pareil nombre -de petitz chiffres, au dict Sr de Vérac, affin de confirmer et -conforter les seigneurs du bon party. - -Et incontinent après, je suys allé trouver la Royne d'Angleterre pour -continuer la gracieuse négociation d'amytié, qui est commancée entre -Voz Majestez, et l'ay asseurée fermement de vostre bonne et droicte -intention vers elle, et qu'elle ne doibt faire aulcun doubte que -celluy des seigneurs de son conseil, qu'elle vous envoyera, ne luy -raporte tout ce qu'elle vouldra honnorablement desirer de vostre -amytié, et que tant plus vous entendrez qu'il sera inthime et -confident d'elle, plus Voz Majestez Très Chrestiennes s'eslargiront à -parler ouvertement et franchement avecques luy; que vous estes bien -marry de l'ennuy et fâcherie qu'elle a de ces entreprinses, qu'elle a -descouvert qu'on vouloit faire contre elle et contre son estat; et -qu'il n'est rien en quoy elle vous veuille employer, pour les remédier -et pour meintenir sa grandeur et le repoz de ses subjectz, que vous -n'y soyez aussi disposé comme pour vostre propre bien; que Monseigneur -vostre frère s'y offre, avec tout le moyen qu'il a, et d'y employer -aultant vollontiers sa propre personne, qu'en entreprinse où Dieu -l'ayt jamais conduict; que tout ainsy que vous desirez la prospérité -de ses affaires, ainsy luy voulez vous faire part du bon progrez des -vostres; et comme, par une conférance des seigneurs de vostre conseil -avec monsieur l'Admyral et ceulx de la nouvelle religion, vous avez -miz une résolution à toutes les difficultez qui pourroient survenir -sur l'entretennement de vostre éedict de pacciffication, de sorte -qu'il ne reste rien qui puysse jamais plus ralumer le feu en vostre -royaulme; de quoy vous avez bien vollu vous conjouyr avec elle comme -très asseuré qu'elle en est véritablement bien ayse. - -Lesquelz propoz, Sire, je vous puys asseurer qu'elle a monstré de les -recevoir toutz à ung très singulier playsir, et, après avoir usé de -plusieurs sortes de très honnestes mercyemens, sur la continuation de -la bonne vollonté et bienveuillance, dont Voz Majestez et Monseigneur -voulez persévérer vers elle, et de voz honnorables offres au meintien -de son estat, qui est chose qu'elle met en très grand compte, et ayant -commémoré plusieurs choses à vostre grande louange, et de la Royne -vostre mère, et de Monseigneur, et nomméement de l'intégrité, -droicture, vérité et plusieurs sortes de grande valleur qu'elle sçayt -qui resplendissent en Vostre Majesté, elle m'a dict qu'elle se veult -perfectement confirmer en vostre amytié et bonne intelligence; et qu'à -cest effect elle vous dépeschera sans doubte ung personnaige -d'honneur, aussitost que ces affaires criminelz, qui tant la -tourmentent, luy en auront layssé prendre le loysir, et que cependant -elle vous fera par son ambassadeur entendre la juste occasion du -retardement. Puys, en lieu de la querelle, que le comte de Lestre -m'avoit adverty qu'elle me feroit, qui n'a esté que du secrétaire de -Mr de Roz, lequel elle m'a dict que j'avois retiré en mon logis, à -quoy je luy ay fort bien satisfaict, elle m'a remercyé au reste des -bons déportemens qu'elle s'aperçoyt et descouvre, de jour en jour, que -je use et que j'ay toutjour usé en ceste mienne charge par deçà; ce -qui luy faict prendre plus grande confiance de Vostre Majesté, qui -estes mon Mestre; et s'est prinse là dessus à me compter fort -privéement d'aulcuns poinctz, qu'elle dict qui se vériffient contre -ceulx qui sont dans la Tour, et que leur cause s'en va desjà toute -instruicte pour la mettre du premier jour en jugement; et a faict son -discours là dessus assés long. - -Puys, j'ay reprins le propos pour luy dire qu'en la dernière partie de -la lettre, que j'avois receue de Vostre Majesté, du XXe du passé, -estoit contenu que Mr de Glasco, milord de Flemy et milord de -Levinston vous estoient venuz remonstrer le misérable estat de la -Royne, leur Mestresse, jusques à vous parler du dangier qu'ilz -craignoient de sa vie, et qu'elle n'estoit plus tenue comme libre, ny -comme princesse souveraine, et qu'on n'avoit esgard à sa qualité -royalle, ny à celle de son ambassadeur, non plus qu'à personnes -privées; et davantaige vous avoient remonstré la désolation de leur -pays, dont vous avoient instantment requiz de leur déclairer trois -choses: la première, si, après avoir longuement espéré en Vostre -Majesté et avoir attandu, avec grand pacience et avec la grand ruyne -de leur estat, que vous eussiez miz fin aulx guerres et troubles du -vostre, vous vouliez poinct, à ceste heure, faire une ouverte -démonstration, pleyne d'effect, d'entretenir l'alliance qu'ilz ont de -tout temps avec vostre couronne, sellon que les trettez vous y -obligeoient, et mettre quelque prompt remède en leurs affaires; la -segonde, si vous vouliez pas meintenir en vostre protection la Royne -d'Escoce et le Prince son filz, et son royaulme, et les bons subjectz -du pays, ainsy que vos prédécesseurs l'avoient toutjours faict, ou -s'il leur conviendroit d'avoir meintenant leurs recours ailleurs; et -la tierce, si vous vouliez pas incister aulx promesses que la dicte -Royne d'Angleterre vous avoit faictes pour le bon trettement, et la -liberté, et restitution de la Royne d'Escoce. A quoy Vostre Majesté, -meu d'une magnanimité et générosité naturelle de ne vouloir deffaillir -à voz amys et alliez, leur aviez respondu qu'ilz eussent à bien -espérer de vous en tout ce que les trettez de l'alliance vous -pouvoient obliger vers eulx, et que vous vouliez prendre temps d'en -dellibérer avec vostre conseil pour mieulx leur satisfaire, qui estoit -ung dilay que vous aviez prins pour en conférer avec le Sr de -Valsingam, lequel vous aviez prié de remonstrer à la dicte Dame -qu'encor qu'à vous eust touché, plus qu'à nul prince du monde, de vous -entremettre des affaires de la Royne d'Escoce et des Escouçoys, -néantmoins, pour le respect que vous aviez heu à son amytié, vous n'y -aviez, ces quatre ans passez, vollu faire aulcune démonstration qui -excédât la forme d'une bien honneste prière, que vous luy aviez -toutjour continuée, d'y vouloir procéder par voye de tretté et de -quelque bon accord, non tant à condicions égalles que advantaigeuses -pour elle, et que vous vous y estiez plus porté en amy commun, et -encores partial pour la dicte Royne d'Angleterre, que non comme allié -et confédéré des Escouçoys; et que meintenant, que vous estiez -contrainct ou de faire une ouverte démonstration en leur secours, ou -une honteuse déclaration de les habandonner, au perpétuel préjudice de -vostre réputation, et intérestz de vostre grandeur, que vous desirez -infinyement vous esclarcyr avec elle comme vous pourriez, tout -ensemble, satisfaire à vostre debvoir vers eulx, et à l'amytié que -vous voulez conserver inviolable avec elle. - -Sur quoy elle m'a paysiblement respondu, qu'elle n'avoit garde de -cercher condicions, en l'amytié qu'elle vouloit faire avec Vostre -Majesté, qui peussent rien diminuer de vostre honneur ny de vostre -grandeur, car elle l'estimeroit de nulle durée; tant y a que c'estoit -sellon son droict qu'elle se mesloit des choses d'Escoce, car, oultre -les occasions qu'elle en avoit de présent, qui estoient notoires, -toutes les foys que, par le passé, estoit survenu différand de l'estat -entre les Escouçoys, les Roys d'Angleterre en avoient décidé et en -avoient esté les arbitres, et qu'à ceste heure il ne restoit plus que -le duc de Chastellerault et le comte d'Honteley, et les Srs de Granges -et de Ledinthon, que toutz ne fussent rengez à l'obéyssance du jeune -Prince; et que ceulx là mesmes, pourveu qu'ilz peussent capituler de -leurs biens et de la seurté de leurs personnes, estoient prestz de s'y -soubzmettre, ainsy qu'ilz le luy avoient desjà escript, et mandé qu'à -cest effect ilz envoyeroient Robert Melvyn devers elle; duquel, et de -ce que milord de Housdon pourroit avoir commancé de négocier par -dellà, elle en attandoit, d'heure en heure, des nouvelles, et croyoit -que vous trouveriez ses déportemens en cella justes et raysonnables; -mesmement qu'elle ne cerchoit de se faire plus grande du costé -d'Escoce, ny empescher que les Escouçoys ne pussent suyvre leurs -anciennes confédérations et alliances avec Vostre Majesté, et qu'ainsy -le pourtoit l'instruction qu'elle en avoit envoyé par dellà. - -Sur quoy, Sire, luy ayant seulement répliqué qu'il failloit que vous -demeurissiez arbitre de ce qui pourroit toucher à vostre honneur et à -vostre intérest en cella, elle m'a dict qu'elle estoit très contante -de s'en esclarcyr avecques vous, et que celluy qu'elle vous envoyeroit -en auroit bien ample commission. Puys sommes passez à parler de ceste -tant grande victoire[16] que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a -publiée de l'armée de mer du Roy, son Maistre, sur celle du Turcq, de -quoy la dicte Dame a mandé en ceste ville d'en rendre grâces à Dieu; -auquel je prie, etc. - - Ce Xe jour de novembre 1571. - - [16] La victoire de Lépante, ou des Cursolaires, remportée, le 7 - octobre 1571, par la flotte combinée des chrétiens sous les - ordres de don Juan. - - - A LA ROYNE. - -Madame, j'escriptz en la lettre du Roy ung peu au long ce que les -seigneurs d'Escoce, qui suyvent vostre party, m'ont mandé et ce que je -leur ay respondu, affin que Voz Majestez puyssent plus clairement -juger des choses de dellà, et me commander comme j'auray à me conduyre -icy sur icelles. Je mande aussi ce qui s'est passé en ceste dernière -audience avec la Royne d'Angleterre, et comme elle persévère de -desirer l'amytié et bonne intelligence de Voz Majestez Très -Chrestiennes, et néantmoins ne laysse de persévérer toutjours en ses -dellibérations sur l'Escoce. Or ay je cogneu, Madame, qu'elle s'est -donnée quelque souspeçon de ceste tant absolue victoire, que -l'ambassadeur d'Espaigne luy a mandée par escript que le Roy, son -Maistre, avoit gaignée sur le Turc, comme s'il heust desjà tant -achevée ceste guerre, qu'il ne restât plus aulcun vaysseau au Turc -pour s'oser plus monstrer en mer; et que le dict Roy Catholique fût -pour torner, à ceste heure, ses entreprinses de mer, du costé de deçà, -sur l'Yrlande, ou à venger ces injures des prinses. Et luy en est creu -le doubte, parce que le Sr Thomas Fiesque met beaulcoup à apporter la -conclusion de l'accord des dictes prinses; néantmoins il a escript -qu'il espère partir dedans huict jours, et que le retardement n'est -que la difficulté qu'aulcuns merchans ont faicte de soubsigner les -articles, lesquelz ilz estiment estre trop à leur perte, néantmoins -qu'il les a enfin persuadez de s'en contanter, et les leur a faict -signer; mais la goutte cependant a prins si fort à la main du duc -d'Alve, qu'il n'a peu ny signer iceulx articles, ny la dépesche du -dict Fiesque; qui pourtant est encores arresté pour bien peu de jours, -mais que le tout estoit en fort bons termes, et qu'il partyroit sans -doubte aussitost que le dict duc se trouveroit ung peu mieulx. Et sur -ce, etc. - - Ce Xe jour de novembre 1571. - - - Ceste nuict passée, par commandement de la Royne d'Angleterre, a - esté faict ung grand nombre de feux par les rues, et sonné les - clocles, et est l'on allé aux esglizes rendre grâces à Dieu, et - se resjouyr par toute la ville de la victoire contre le Turcq. - L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, en a faict les feux et - festins de joye, où j'ay esté des premiers convyé. - - - - -CCXVIIIe DÉPESCHE - ---du XVe jour de novembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Conférence de l'ambassadeur avec Leicester et - Burleigh.--Déclaration faite par Leicester qu'Élisabeth a pris - la résolution de ne jamais rendre la liberté à Marie - Stuart.--Lord Buchard désigné pour passer en France.--Affaires - d'Écosse.--Confirmation de la victoire de Lépante.--Négociation - touchant l'alliance de la France et de l'Angleterre.--Espoir - qu'Élisabeth ne persistera pas dans sa résolution à l'égard de - Marie Stuart. - - - AU ROY. - -Sire, le unziesme de ce moys, feste de St Matin, le comte de Lestre, -et l'admyral d'Angleterre, et milord de Burgley, maistre Smith, milord -de Boucaust, et aulcuns aultres seigneurs de ce conseil et de ceste -court, ont vollu venir prendre leur diner en mon logis, lesquelz, pour -l'heure, se sont monstrez bien disposez vers la France, et avoir toutz -une bonne affection à la grandeur et prospérité de Vostre Majesté. - -Et le comte, à part, m'a dict qu'il voyoit la Royne, sa Mestresse, si -fermement résolue de persévérer en vostre amytié qu'elle estoit pour -ne s'en despartyr de toute sa vie, si le deffault ne venoit de vostre -costé; à quoy il la vouloit confirmer davantaige par toutz les moyens -et plus instantes persuasions qu'il luy seroit possible, comme à chose -où sa vie et son honneur estoient conjoinctz, et que je ne fisse -aulcun doubte qu'elle ne passât oultre à contracter ou l'alliance -encommancée, ou bien une fort estroicte confédération avec Vostre -Majesté, et qu'elle n'accommodât, pour vostre respect, les choses -d'Escoce, pourveu que ne la fissiez presser de se despartyr de la -déterminée résolution, et nullement muable, qu'elle avoit naguières -faicte, de ne se désemparer jamais de la personne de la Royne -d'Escoce.--«Car avoit opinion, dict il, que, à cause des pratiques que -la dicte Royne d'Escoce continueroit avec le Pape, ou avec le Roy -d'Espaigne, et avec ses parantz et aultres estrangiers, ou bien avec -les propres subjectz de ce royaulme, la dicte Royne, sa Mestresse, ne -sçauroit vivre, une seule heure, bien asseurée en son estat, aussitost -que celle d'Escoce seroit remise au sien.» Et pourtant me prioyt que -dorsenavant je vollusse dresser les affaires, dont j'avois à tretter -de cecy avec Vostre Majesté, et pareillement avec la dicte Dame, à ung -tel cours qu'ilz peussent prendre le chemyn qu'il me disoit; et qu'il -me vouloit asseurer que ceulx d'Esterling n'avoient entreprins -d'assiéger Lillebourg que par l'espérance d'avoir secours de la Royne, -sa Mestresse, mais qu'elle s'estoit excusée de le leur bailler pour -n'offancer Vostre Majesté, dont ilz s'estoient incontinent levez; par -ainsy, qu'il failloit que Vostre Majesté, et elle conjoinctement, -missiez ce pays là en quelque meilleur ordre qu'il n'est, et -establissiez une bonne unyon entre les trois royaulmes, et qu'il ne -fût pour un temps parlé en nulle façon de la personne de la Royne -d'Escoce. - -Je luy ay infinyement gratiffié ces premiers bons propos d'amytié, et -n'ay rien obmis de ce qui luy pouvoit confirmer et luy accroistre -l'occasion de confirmer la Royne sa Mestresse; et quant à ceulx cy de -la Royne d'Escosse, que je suplioys la Royne, sa Mestresse, de se -laysser persuader qu'il estoit très nécessaire que Vous, Sire, -demeurissiez vostre propre arbitre de ce qui pouvoit concerner vostre -honneur et vostre intérest en cest endroict; mais qu'elle creust -fermement que vous observeriez toutes les considérations et respectz, -deubz à l'honneur, et à la seurté, et aulx advantaiges de la dicte -Dame, pour les luy randre bien entiers, tout ainsy comme si c'estoit -pour vostre propre grandeur. - -Milord de Burgley, de soy mesmes, est retourné aulx premiers propos de -l'alliance, et qu'il estoit besoing de la parachever ou bien de faire -une si estroicte confédération qu'on ne l'estimât moings que ung -mariage, et a monstré que la Royne, sa Mestresse, y estoit bien -disposée et luy très affectionné, et qu'en jour de sa vie il n'avoit -heu nul plus grand regrect que de ne pouvoir meintenant accomplyr ce -voyage devers Vostre Majesté; néantmoins qu'aussitost que l'examen de -l'évesque de Roz seroit paraschevé, la dicte Dame vous dépescheroit -sans doubte ung personnaige d'honneur, et il pensoit que ce seroit -milord de Boucaust. - -Despuys, icelluy de Boucaust m'en est venu parler en une façon si -bonne et si pleyne d'honneste desir, que je ne m'en puys que -infinyement bien louer, et m'a dict que la Royne, sa Mestresse, luy en -avoit fort privéement tenu propos; mais qu'il luy avoit respondu que, -de tant qu'il avoit une foys engaigé son honneur, et encores plus -expéciallement l'honneur de la parolle d'elle, à Voz Majestez, qu'il -aymoit mieulx qu'elle le fist, à ceste heure, mettre dans la Tour que -de le renvoyer en vostre présence, sans vous aporter l'expresse et -bien asseurée conclusion des choses qui s'attendoient entre vous. Sur -quoy elle luy avoit asseuré qu'il emporteroit un bien ample pouvoir -avec luy, qui seroit expédié soubz son grand sceau, et encores plus -expressément scellé du desir de son affection. - -Je continueray, Sire, de réduyre ces propos, le plus qu'il me sera -possible, au poinct que m'avez faict comprendre de vostre intention, -et descouvriray cependant ce que je pourray de la leur; qui supplie -Vostre Majesté de considérer combien ceste résolution qu'ilz ont -faicte, de vouloir détenir toutjours la Royne d'Escoce en leurs mains, -et oprimer son authorité, les fera précipiter d'envoyer vollontiers -leur secours contre ceulx qui sont pour elle en Escoce, et cella me -mect en peyne que j'ay desjà adviz, mais non encores assés certain, -que la commission est expédiée à Milord de Housdon de capituler avec -ceulx d'Esterlin, et de leur accorder jusques à quatre mil hommes, -s'ilz les demandent, et aultant qu'il leur sera besoing d'artillerye, -de munitions, d'armes et d'argent, pour parachever l'entreprinse de -Lillebourg. Néantmoins, Sire, je me conduyray toutjours, entre ces -deux divers propos d'amytié et de querelle, sellon l'instruction de -voz précédantes dépesches, et sellon celles que je recepvray, d'heure -à aultre, de Vostre Majesté. - -L'ambassadeur d'Espaigne et le bailly de Flandres, qui sont icy, sont -venuz, despuys deux jours, continuer la conjoyssance de la victoyre -contre le Turcq, à disner en mon logis, lesquelz m'ont asseuré de la -confirmation d'icelle, bien qu'en ceste court l'on feist grande -difficulté de la croyre, au moins de la croyre si grande; et puis -m'ont dict qu'ils estoient bien marrys du retardement du Sr Fiesque, -parce que les Anglois pressoient de faire la vante des merchandises, -et ne vouloient croyre que icelluy Fiesque demeurast à cause que le -duc d'Alve ne peult signer sa dépesche, ny sa commission et articles; -néantmoins qu'il estoit vray qu'il n'y avoit nul aultre empeschement -que celluy là, et qu'il ne pouvoit guières plus tarder. Et le dict -sieur ambassadeur a monstré d'estre en quelque espérance qu'après la -conclusion de cest affaire, le Roy, son Maistre, l'envoyera résider -prez de Vostre Majesté, ce qu'il desire grandement; et j'ay si bonne -opinion de sa vertu et modération, et de sa bonne conscience, qu'il ne -fera sinon bons offices de paix et d'entretennement d'amytié, si ceste -légation luy est commise. Et sur ce, etc. Ce XVe jour de novembre -1571. - - - A LA ROYNE. - -Madame, en ces propoz que les seigneurs de ce conseil m'ont tenuz, -desquelz je fais mencion en la lettre du Roy, je considère que, comme -ilz n'ont esté vuydes d'affection, aussi ne me semble il qu'ilz les -ayent dictz sans quelque artiffice, pour les accommoder au temps et au -besoing de leurs affaires: j'estime, Madame, qu'il sera bon que Voz -Majestez se servent aussi et du temps, et des accidantz qui les -pressent, pour les aproprier à l'utillité des vostres. Je n'ay rien -changé, quant au propos de l'alliance, de ma première responce: c'est -que Voz Majestez n'avoient vollu assoir nul certain jugement sur les -articles que Mr de Foix vous avoit apportez; ains aviez réservé cella -à la venue de celluy d'entre eulx que la Royne, leur Mestresse, vous -dépescheroit: et, quant à faire une bien estroicte alliance avec elle, -je leur ay bien donné non seulement espérance mais asseurance qu'ilz -l'obtiendroient; et, quant aulx affaires d'Escoce, qui sont ceulx dont -ilz débattent le plus, que indubitablement ilz les accommoderoient à -leur advantaige avecques Voz Majestez, pourveu qu'ilz y gardassent le -respect de vostre réputation et de l'honneur de vostre couronne. - -Or, ay je, Madame, procuré l'ellection du milord de Boucaust comme le -plus à propos, à deffault du comte de Lestre et de milord de Burgley, -que de nul aultre seigneur de ceste court; mais je crois bien, -qu'avant qu'il parte d'icy, qu'on vouldra sonder s'il pourra raporter -nulz bons effectz de son voyage; dont ne fays doubte que par le Sr de -Valsingam, ou par le Sr de Quillegrey à son arrivée, il n'en soit -touché quelque mot à Voz Majestez, et encores à moy, icy. Dont vous -suplie très humblement, Madame, me prescripre, par voz premières, si -j'auray à continuer en cella le mesmes langaige que j'ay tenu jusques -icy, ou bien y changer quelque chose; affin que je ne négocie rien qui -soit pour aparoyr, peu ny prou, dissemblable, non d'une parolle -seulement, de voz responces et moins d'une seule minute de voz -intentions. - -Je ne sçay si ceste princesse et son conseil se vouldront opiniastrer -en la dure résolution, qu'ilz ont faicte, de la détention de la Royne -d'Escoce, car ce seroit quasi vous couper broche, par ce préjudice, de -ne tretter rien plus avecques eulx de tout le faict des Escouçoys, -mais ilz muent si souvant d'adviz qu'il ne fault moins espérer de leur -changement que de leur résolution; et je croy qu'il sera bon, Madame, -que ceste icy soit seulement cogneue de Voz Majestez et de -Monseigneur, sans encores monstrer que vous la sachiez, affin qu'on ne -trouve estrange que vous veuillez, nonobstant icelle, entrer en -intelligence et confédération avec la Royne d'Angleterre; et j'espère -qu'il s'y trouvera des moyens honnorables et non trop mal aysez pour -toutes Voz Majestez et pour le repos des trois royaulmes. Et sur ce, -etc. - - Ce XVe jour de novembre 1571. - - - - -CCXIXe DÉPESCHE - ---du XXe jour de novembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Laurent de Mar._) - - Procédure contre les seigneurs détenus à la Tour.--Nouvelles - d'Écosse et d'Irlande.--Négociation des Pays-Bas.--Plaintes des - Anglais contre les mesures prises à leur égard à Rouen. - - - AU ROY. - -Sire, je vous ay escript, le Xe de ce moys, les propos que, deux jours -auparavant, la Royne d'Angleterre et moy avons heu ensemble, et, le -XVe, je vous ay mandé ce que, sur iceulx, les seigneurs de ce conseil -ont heu despuys à me remonstrer, avec quelques aultres particullaritez -de ceste court; et meintenant, Sire, j'ay à dire à Vostre Majesté que -la dellibération de vous envoyer un seigneur de ceste court continue -toutjour, ayant seulement esté changée de milord de Boucaust à maistre -Smith et au docteur Vuilson; et que néantmoins ceste dernière -dellibération se prolonge encores jusques après avoir sceu quel -jugement pourra réuscyr contre ceulx qui sont dans la Tour; ce qui est -aussi ung peu retardé par la malladie de milord de Burgley, lequel, à -cause de la goutte, n'a peu, il y a plus de huict jours, bouger en -façon du monde de son lict. Et cependant les amys de ces seigneurs -détenus ne s'endorment sur les moyens de les justiffier, et de -renverser, s'ilz peuvent, les conseilz de ceulx qui les veulent -oprimer; en quoy se voyent beaucoup de simultez en ceste court, -lesquelles ne sont du tout incogneues à ceste princesse, qui pourtant -s'en donne beaucoup de peyne, et souvant en entre en grand collère, -avec grosses parolles, contre ceulx d'auprès d'elle qui sont -souspeçonnez de les favoriser ou de leur donner des adviz. L'on dict -qu'après demain, au plus tard, leur cause sera mise devant les juges, -dont se saura, incontinent après, ce qui en debvra résulter. - -L'évesque de Roz est toujours renfermé avec eulx, et m'a la dicte Dame -reffuzé que je puysse envoyer sçavoir comme il se porte au capitaine -de la Tour, ny luy faire demander s'il a besoing de quelque chose de -moy, m'ayant prié de vouloir surçoyer cest office, encores pour -quelques jours, et que cependant rien ne luy manquera. Et m'a la dicte -Dame mandé que la Royne d'Escoce se porte fort bien de sa santé. - -Au surplus, Sire, millord de Housdon a escript à Barvyc qu'il a heu -adviz comme ung vaysseau de Flandres est arrivé en Argil, en Escoce, -au commancement de ce moys, avec des munitions et de l'argent pour -ceulx de Lillebourg, mais qu'il ne peult encores bien mander toutes -les aultres particullaritez; possible, Sire, que ce sera milord de -Flemy qui sera arrivé par dellà. Il mande aussi que, le quinziesme du -présent, il seroit prest avec le mareschal Drury et le capitaine Caje -et le capitaine Bricquonel, et aulcuns aultres, pour aller accomplyr -la commission que la Royne, sa Mestresse, luy avoit commandée en -Escoce, qui est, Sire, comme j'entendz, pour presser infinyement ceulx -de Lillebourg de délaysser le party de leur Royne; et, s'ilz y font -reffuz, qu'il leur face de rigoureuses menasses et beaucoup d'offres -aulx aultres tant de forces que d'aultres grandz moyens pour les y -contraindre. Dont je vouldrois, de bon cueur, que Mr Du Croc fût desjà -porté sur le lieu pour les confirmer, et pour faire incliner une -partie des affaires à vostre dévotion; et me semble, Sire, que -l'ellection, qu'avez faicte de luy, est fort bonne, car il a -l'intelligence du pays, et croy qu'il sera esgallement accepté et aura -authorité envers les deux partys. - -Les choses d'Yrlande semblent donner encores ung peu de travailh en -ceste court; car, oultre que Fitz Maurice poursuyt toutjour son -entreprinse, et qu'il ne reffuze plus de venir aulx mains avec ceulx -de la garnyson de la Royne, les ayant desjà battuz par deux foys en la -campaigne, là où auparavant il ne les y osoit aulcunement attandre, -l'on a, d'abondant, prins quelque deffiance du comte d'Ormont, parce -que ses frères demeurent toujour de l'aultre costé, et que luy s'est -de nouveau réconsilié avec le comte de Quilhdar, qui alloient eulx -deux contre-poysant le crédit l'ung de l'aultre dans le pays, de quoy -les Angloys se servoient, là où, à présent, leur amytié leur vient -estre fort suspecte. Néantmoins icelluy d'Ormont monstre de vouloir -venir icy remonstrer à la dicte Dame le dangier du pays, affin qu'elle -advise d'y pourvoir. - -Et, quant aulx différans des Pays Bas, il semble, Sire, que la -victoyre contre le Turcq soit cause que ceulx cy attendent avec plus -de pacience les longueurs du duc d'Alve; car, sans cella, il est sans -doubte qu'ilz eussent desjà vandu les merchandises qui sont icy en -arrest, mais ilz temporiseront encores jusques à lundy prochain, sur -l'asseurance que les depputez de Flandres leur donnent que, le -trésiesme de ce moys, le Sr Fiesque a esté dépesché pour apporter la -ratiffication des articles. - -Les merchantz de Londres se pleignent infinyement d'aulcunes visites, -impositions, coustumes et contrainctes, qu'on a de nouveau exigées sur -eulx à Roan, et de ce qu'on va icelles exécutant, à ce qu'ilz disent, -avec grand rigueur, et avec beaucoup d'arrogance et de viollance, -contre leurs facteurs et contre leurs merchandises; de quoy tout ce -royaulme commance fort à se dégouster du traffic de la France, et -avoir ung fort grand regrect à celluy d'Envers; et la pluspart des -merchans, ayans délayssé la dicte ville de Roan, essayent pour ung -temps de s'accommoder à Dieppe, et y envoyent descharger leurs -navyres, attandant que l'accord des Pays Bas se puysse conclurre, qui -sera de tant plus vollontiers accepté. Ceulx de Roan aussi se -pleignent bien fort des gravesses qu'on leur faict par deçà, dont, -s'il vous playsoit, Sire, qu'il y eust quelque modération entre les -deux villes, je procureroys que ceste icy ordonnast des depputez pour -en convenir avec ceulx que la ville de Roan y vouldroit ordonner. Qui -est tout ce que, pour ceste heure, j'ay à adjouster à la présente, -laquelle encores, s'il vous playt, Sire, servyra de responce à celle -qu'il vous a pleu m'escripre du IIe du présent. Et sur ce, etc. - - Ce XXe jour de novembre 1571. - - - - -CCXXe DÉPESCHE - ---du XXVIe jour de novembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par le maréchal de Vitré._) - - Procédure contre le duc de Norfolk.--Gravité que prend - l'accusation.--Lettre écrite par le duc à Élisabeth pour - accuser Leicester.--Irritation de Leicester.--Plaintes de la - reine d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, sellon que la Royne d'Angleterre a desiré d'estre advertye de -l'estat des choses d'Escoce et du faict des Pays Bas, premier que de -résouldre le partement de celluy qu'elle dellibère d'envoyer devers -Vostre Majesté, il est advenu que, d'un costé, milord de Housdon luy a -escript que les seigneurs escouçoys des deux partys sont en très bons -termes de s'accorder ensemble, et qu'il ne reste guières à présent -chose entre eulx qui ne se puysse facillement accommoder, mais ne -mande les particullaritez; et, de l'aultre costé, elle a sceu que le -Sr Fiesque est desjà deçà la mer avec tout pouvoir et ample -ratiffication des articles. Je ne sçay si, sur le poinct que la -restitution se debvra faire, il aparoistra encore quelque chose de -nouveau. - -Le faict seulement de ceulx qui sont dans la Tour retient ung peu les -choses en suspens, néantmoins il se poursuyt avec grand dilligence, -despuys que milord de Burgley est relevé de sa goutte; et dict on que, -de la confession de eulx, et mesmement de celle de l'évesque de Roz, -résulte desjà assés qui suffit pour faire voir à Vostre Majesté, et à -toute la Chrestienté, que ceste princesse a heu grande occasion de -procéder ainsy rigoureusement qu'elle a faict contre eulx; dont je -m'en raporte bien à ce qui en est. J'espère que, dans bien peu de -jours, le voyage de mestre Smith se résouldra, et que je sçauray le -jour que luy, ou bien quelque aultre, si, d'avanture, l'on change -encores une foys d'ambassadeur, debvra partyr. - -J'entendz que le duc de Norfolc a escript une lettre de son faict à la -Royne d'Angleterre, en laquelle il allègue le comte de Lestre, qui en -reste si offancé que, là où auparavant il monstroit de luy estre amy, -il semble, à ceste heure, qu'il luy veuille estre bien fort -adversayre; ce qui luy pourra beaucoup nuire. - -La Royne d'Escoce m'a faict, à grand difficulté, entendre de ses -nouvelles, et me mande qu'elle a beaucoup à faire à se meintenir en -santé, pour les grandz ennuys qu'elle sent, et par faulte d'exercice, -et aussi qu'on ne cesse, toutz les jours, d'excogiter nouvelles -rudesses contre elle; ce qui lui faict, après Dieu, invoquer à toute -heure la faveur et protection de Vostre Majesté, et vous adresser -toutes ses larmes comme à son seul reffuge, affin qu'il vous playse -avoir compassion de ses misères et de celles de ses bons subjectz; et -qu'au reste elle trouvera moyen de m'escripre encores plus amplement -par aultre voye. J'entendz qu'elle a envoyé une lettre à ceste Royne, -et qu'on a dépesché, sur l'audition de l'évesque de Roz, un secrétaire -devers elle, pour avoir la vériffication de quelque faict. - -L'on dict que le comte de Montgomery est arrivé à Plemue, ou qu'il y -doibt bientost descendre, et qu'on l'attand en la mayson de sir Arthus -Chambernant, visadmyral du Ouest, de quoy se fait divers discours en -ceste court; tant y a que j'entendz que c'est pour faire quelque -mutuel parantaige entre ses enfans et ceulx du dict Chambernant. Sur -ce, etc. Ce XXVIe jour de novembre 1571. - - - - -CCXXIe DÉPESCHE - ---du dernier jour de novembre 1571.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par Richard Jary de Beaumont._) - - Déclaration qu'il y a lieu de poursuivre le duc de Norfolk comme - criminel de lèze-majesté.--Appareil dressé pour son exécution, - avant même qu'il ait pu être jugé.--Crainte que l'évêque de - Ross ne coure également péril de la vie.--Nouvelles - d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas.--Arrivée à Londres du - comte de Montgommery.--Nécessité de faire quelque démonstration - en faveur de Marie Stuart et du duc de Norfolk. - - - AU ROY. - -Sire, voyant que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil -estoient merveilleusement occupez à faire parachever, sur la fin de ce -terme, le procès contre les seigneurs qui sont dans la Tour, je me -suys, pour sept ou huict jours, fort vollontiers déporté d'aller rien -négocier avec elle ny avec eulx, mesmes que je n'ay heu guières grand -argument pour le faire, et qu'il m'a semblé qu'ilz vouloient voyr le -fondz de ce faict, premier que d'en entamer ung nouveau; et aussi que -j'ay bien vollu, Sire, vous réserver l'advantaige de ne les aller -requérir de ce dont j'estime qu'ilz doibvent venir recercher Vostre -Majesté, qui est de vostre amytié et de vostre intelligence. Et -cependant j'ay sceu que, voulantz par trop aproffondir le dict affaire -d'iceulx seigneurs, ilz ont faict que les partz, qui aspirent à la -succession de ceste couronne, se sont ressucitées plus vifves que -jamais, et que les principaulx s'esforcent en ceste court, par toutz -les moyens qu'ilz peuvent et sans y espargner aulcune sorte -d'artiffice, d'y faire incliner les choses, chacun sellon qu'il estime -pouvoir servyr à fortiffier et advancer sa prétention; en quoy ilz -meslent encores et la France et l'Espaigne, et tiennent ceste -princesse si irrésolue entre les deux, sans toutesfoys le luy donner à -cognoistre, qu'elle ne sçayt auquel se debvoir bonnement résouldre, -d'où vient qu'elle va ainsy, dilayant de jour en jour, et changeant -souvant d'ellection de celluy qu'elle veult envoyer; et croy encores -que quelquefoys ilz la rendent incertaine si elle vous en doibt -envoyer pas ung: tant y a que le mieulx que je pourray, sans -indignité, luy recorder sa promesse, j'essayeray de la conduyre à -l'acomplir. - -Mècredy dernier, l'examen des dicts seigneurs prisonniers a esté miz, -suyvant l'ordre du pays, devers quatre chevalliers, quatre escuyers et -quatre bourgeois, lesquelz, à ce que j'entendz, ont arbitré qu'en -celluy du duc se trouvent aulcuns articles qui doibvent estre proposez -comme cas de lèze majesté à ceulx qui les jugeront, et qu'il n'appert -encores assés clairement qu'il soit ainsy en nul des aultres. Le lundy -ensuyvant, l'on a commancé, avant jour, avec les flambeaux, de -travailler à dresser ung eschaffault et une potance à la place devant -la Tour, et court ung bruict sourd par la ville que c'est pour y -exécuter le dict duc le premier; et y en a qui disent qu'on en fera -aultant de l'évesque de Roz, comme estant le principal autheur de la -rébellion. J'ay desjà, au nom de Vostre Majesté, incisté à la -dellivrance de ce segond, et sçay que sur cella il a esté une foys -arresté en ce conseil qu'encor qu'on eust de quoy procéder -criminellement contre luy, que néantmoins l'on s'en déporteroit; mais -ilz sont si muables et sont tant anymez en cest affaire, et ont si peu -de respect aulx qualitez du Sr de Roz, qui est ambassadeur et évesque -catholique, que je ne suys sans peyne et sans quelque doubte de luy. - -Milord de Housdon a de rechef escript que les seigneurs des deux -partys en Escoce continuent de faire plusieurs assemblées et -conférances pour parvenir à ung bon accord, et qu'il y a grand -espérance qu'ilz se paciffieront. J'entendz qu'il a esté mandé aulx -capitaines de Barvyc, et de la frontière du North, de faire la reveue -de leurs gens, et que, si quelques ungs avoient coulé en Escoce, -qu'ilz les révoquent. Et aulx recepveurs des quatre provinces, plus -voysines de la dicte frontière, qui debvoient porter les deniers de ce -quartier à Barvyc, a esté contremandé qu'ilz en envoyent la moytié -icy, et que, de l'aultre moictié, laquelle monte à vingt six mil escuz -ou envyron, ilz advisent d'en contanter la garnyson de la dicte -frontière. - -Le Sr Fiesque est attandant le passaige à Callais, il y a plus de dix -jours, ou au moins faict l'on semblant qu'il y soit, et que la -tempeste et le vent contraire l'empeschent de passer. Cela est cause -qu'on n'a touché à la vante des merchandises, et se monstre icy ung -fort grand et général desir que ces différans avec les Pays Bas se -puyssent accorder. Sur ce, etc. - - Ce XXXe jour de novembre 1571. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Despuys la présente escripte, j'ay adviz que milord de Housdon a - escript comme les depputez de ceulx d'Esterlin sont arrivez à - Barvyc, pour tretter de leurs affaires avecques luy, qui monstre - qu'ilz ne tendent à s'accorder avec ceulx de Lillebourg, et qu'il - est allé quelques monitions du dict Barvyc au Petit Lith, et que - de Lillebourg on a dépesché quelque personnaige de qualité devers - Vostre Majesté. Le comte de Montgomery est arrivé, despuys au - soir bien tard, en ceste ville. - - - A LA ROYNE. - -Madame, encor qu'entre plusieurs propos, dont j'ay heu à tretter avec -la Royne d'Angleterre du faict de l'Escoce et des Escoussoys, je luy -aye nomméement, et en termes bien exprès, de la part de Voz Très -Chrestiennes Majestez, vifvement incisté de vouloir ordonner ung bon -et honneste trettement à la Royne d'Escoce, et mettre l'évesque de -Roz, son ambassadeur, en liberté, je crains néantmoins, Madame, que, -de tant qu'on voyt la pouvre princesse estre toutjour fort -estroictement tenue, et l'évesque en dangier de sa vie, qu'aulcuns -vouldront estimer que n'avez assez fermement employé vostre authorité -et crédict envers ceste princesse pour y remédier, mesmement si l'on -procède contre la personne du dict évesque. En quoy, Madame, si voz -Majestez estiment qu'il s'y doibve faire par elles mesmes quelque plus -vif office par dellà envers l'ambassadeur d'Angleterre, ne fault -doubter qu'il ne serve grandement; ou bien, si me commandez de le -faire icy, je mettray peyne d'y suyvre entièrement vostre intention, -et me garder, le mieulx que je pourray, de n'altérer rien en celle de -la Royne d'Angleterre; me trouvant aussi en peyne comme user pour le -duc de Norfolc, au cas qu'il soit jugé à mourir, car il a l'ordre du -Roy, et n'est en ce dangier, où il se trouve, que pour avoir vollu -ayder les affaires de la Royne d'Escoce: dont vous playrra, Madame, me -commander, tout à temps, ce que jugerez estre bon là dessus, car l'on -luy faict la poursuyte si vifve et si secrecte que je crains qu'on -verra plus tost son exécution qu'on n'entendra qu'il ayt esté -condempné. Et sur ce, etc. - - Ce XXXe jour de novembre 1571. - - - - -CCXXIIe DÉPESCHE - ---du Ve jour de décembre 1571.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par le sire Guillem Quincayt, escoussois._) - - Accueil fait par Élisabeth à Mr de Montgommery.--Nouvelles - d'Écosse.--Négociation des Pays-Bas.--Bruit répandu à Londres - que l'on se prépare en France à envahir la Flandre.--Départ de - Me Smith désigné pour passer en France.--Libelle publié à - Londres contre la reine d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, il a faict ung si contraire temps, l'espace de dix jours, à -passer par deçà, que, jusques au premier de ce moys, le Sr de Vassal -n'a peu arriver icy, lequel m'a rendu les lettres du XVe du passé, et -avec icelles m'a informé d'aulcunes choses, que Voz Majestez luy -avoient donné charge de me dire; sur lesquelles j'envoye présentement -devers la Royne d'Angleterre pour luy demander audience, et, -incontinent après que j'auray parlé à elle, je ne fauldray, Sire, de -vous mander tout ce qu'elle m'aura respondu. Cependant je diray à -Vostre Majesté qu'elle a faict une fort bonne et fort favorable -réception à Mr le comte de Mongomery, et a heu de longs et privez -propos avecques luy, et l'a faict fort caresser et bien tretter en sa -court, et veult, à ce que j'entendz, avoir sa fille avec elle, et que -le filz de sir Arthur Chambernant, qui l'a espousée, aille résider -quelque temps en France pour aprendre la langue et les honnestes meurs -du pays. Le dict sieur comte est venu conférer avecques moy, premier -que d'aller trouver la dicte Dame, avec grande démonstration de bonne -affection au service de Vostre Majesté, et m'a prié de luy monstrer en -quoy il se pourroit employer icy pour vous en faire; qui ay esté bien -ayse, Sire, qu'il en ayt usé ainsy, affin que ceulx cy cognoissent que -toutz voz subjectz se vont de plus en plus réunissant, et se rangent à -l'affection et obéyssance de Vostre Majesté; et n'ay poinct reffuzé de -luy monstrer comme il pourroit mieulx dresser ses propos pour les -faire servyr au bien de voz affaires. Lequel, au retour de Grenvich, -m'est venu racompter aulcunes particullaritez que la dicte Dame et -ceulx de son conseil luy ont dictes, qui tendent à faire une fort -estroicte amytié avecques Vostre Majesté, nonobstant qu'ilz soient, à -ce qu'ilz disent, meintenant recerchez, aultant qu'il est possible, du -costé d'Espaigne; mais c'est o[17] condition que ne les pressiez de se -dessaysir jamais de la personne de la Royne d'Escoce, car ne -pourroient espérer qu'il y eût une seulle heure de repos en ce -royaulme, aussitost qu'elle seroit restituée au sien, et qu'ilz -craignent qu'en ce poinct je leur soys fort contraire. Le dict Sr de -Mongomery s'en retourne aujourd'huy, et va repasser à Dièpe, dont je -mettray peyne, cy après, d'entendre s'il aura rien plus négocié par -deçà. - - [17] Avec condition. - -La dellibération continue bien toutjour d'envoyer maistre Smith en -France, mais cella n'est encores ni bien conclud ny bien arresté. J'en -tretteray avec la dicte Dame, pour vous en pouvoir, par mes premières, -mander quelque certitude, avec ses aultres responces qu'elle me fera. - -Il se dict icy plusieurs choses d'Escoce, néantmoins je n'adjouxteray -rien à ce que Vostre Majesté en pourra veoir par l'extrêt d'une lettre -que le Sr de Vérac m'a escripte, du XIIe du passé, sur laquelle je -diray seulement deux choses à Vostre Majesté: l'une est que je n'ay -point forny les deux mil deux centz escuz à l'homme qu'il me mandoit, -parce que je n'en ay ny le moyen ny vostre commandement de le faire, -mais je l'ay renvoyé le mieulx satisfaict de parolle que j'ay peu vers -Mr de Glasco et de Puiguillen; qui a monstré d'en estre contant, et -est personnaige de considération, qui semble entendre assés bien -l'estat du pays, et asseure que, si quelcun de grande qualité y passe, -lequel veuille bien tretter en vostre nom la paciffication entre les -seigneurs des deux partys, qu'ilz s'y rangeront; la segonde est que la -principalle importance de tout le faict de vostre service par dellà -semble estre à bien conserver le capitaine Granges, qui a le chasteau -et la ville de Lillebourg entre mains; et pourtant je desire, Sire, -que renvoyez son frère le mieulx expédié et le plus contant que Vostre -Majesté le pourra faire. - -Le Sr Fiesque est arrivé, lequel donne toute espérance de l'accord, et -encores des aultres accommodemens qui doibvent suyvre le dict accord; -l'on verra dans peu de jours ce qui en réuscyra. Il semble que le Sr -de Valsingam ayt escript que Vostre Majesté envoye des gens de guerre -en Picardie, et que l'ambassadeur d'Espaigne s'est retiré en Flandres -sans avoir prins congé, ce que ceulx cy présument estre ung argument -de guerre; tant y a qu'on ne m'en a point encores parlé. Et sur ce, -etc. - - Ce Ve jour de décembre 1571. - - - Ainsy que je fermois la présente, la Royne d'Angleterre m'a mandé - que celluy qui doibt aller en France, est desjà dépesché, mais - que, pour quelques occasions, il n'en fault faire bruict. - - - A LA ROYNE. - -Madame, j'espère aller trouver la Royne d'Angleterre, demain après -diner, et ne fauldray de luy incister vifvement, et néantmoins le plus -gracieusement qu'il me sera possible, au nom de Voz Très Chrestiennes -Majestez, qu'elle veuille faire suprimer le livre, qui a esté imprimé -en ceste ville contre l'honneur de la Royne d'Escoce[18], lequel livre -a esté réimprimé de nouveau en anglois, avec l'adjonction de quelques -rithmes françoises, qu'on impute à la dicte Dame qu'elle les a -composées, qui sont pires que tout le demeurant du livre. Dont -requerray, Madame, que la censure des deux se face tout à la foys, et -n'obmettray les aultres particullaritez qui concernent la Royne -d'Escoce et les Escoçoys, ny de sonder, s'il m'est possible, à quoy -réuscyroit l'office, que Mr de Glasco desire que Voz Majestez facent, -d'envoyer icy ung gentilhomme tout exprès pour les affaires de la -dicte Royne, sa Mestresse, ny s'il seroit honnorable pour Voz -Majestez, et utille pour elle, de le faire; car, quant à estre -agréable, j'ose desjà bien asseurer, Madame, qu'il ne le sera -nullement à la Royne d'Angleterre. Tant y a que je réserve de m'en -esclarcyr mieulx sur les propos que j'entendray d'elle mesmes, et d'en -esclarcyr après Voz Majestez par les premières que je leur feray. Et -sur ce, etc. - - Ce Ve jour de décembre 1571. - - [18] Il s'agit ici du libelle composé par Buchanan, vers 1568, - sur l'ordre du compte de Murray, et qui fut alors publié pour la - première fois (1571), sous le titre de _Detectio Mariæ Reginæ - Scotorum_.--Voyez le _Recueil de Jebb_, 1, 237. - - - - -CCXXIIIe DÉPESCHE - ---du Xe jour de décembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran._) - - Audience.--Vives assurances d'amitié données à Élisabeth qui - l'ont déterminée à envoyer Me Smith en France.--Discussion des - affaires d'Écosse entre la reine et l'ambassadeur.--Refus - d'Élisabeth d'ordonner la suppression du libelle publié contre - Marie Stuart.--Objet de la mission de Me Smith.--_Mémoire - général._ Instructions données à Me Smith pour renouer la - négociation du mariage, ou former un traité - d'alliance.--Conduite que l'on doit tenir en France à son - égard.--Conditions sous lesquelles on peut espérer de traiter - pour la reine d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, quant le Sr de Fiesque et le mareschal Drury ont esté arrivez, -l'ung, d'un costé, de Flandre, et l'aultre d'Escoce, ceulx, qui -jusques icy avoient retardé le voyage de maistre Smith pour France, -n'ont heu sur quoy davantaige le prolonger, mais j'ay esté de fort -bonne part adverty qu'ilz se sont esforcez de me faire plusieurs -traverses en ceste court pour divertyr la Royne d'Angleterre d'entrer -en aulcune intelligence avec Vostre Majesté; et ont essayé avec -deniers contantz, et par présens et grandes promesses, de gaigner, et, -possible, avoient desjà gaigné aulcuns des principaulx d'auprès -d'elle, qui sont non seulement cogneuz parciaulx de la mayson de -Bourgogne, mais encores plus expressément ce peu qu'il y en a qui ont -affection à la France, pour tenir la main qu'elle condescendît à -l'accord des Pays Bas sellon les articles du duc d'Alve, et luy -imprimer des scrupules de Vostre Majesté, de ce que j'avois envoyé des -lestres et des messagiers jusques à Lillebourg durant le siège, pour -faire que ceulx de dedans s'opiniastrassent à le bien soubstenir, et -despuys pour les destorner de la pratique que milord de Housdon, -milord Escrup et le dict mareschal menoient pour les ranger au party -qu'elle prétend establyr par dellà; de quoy, à la vérité, elle a esté -bien marrye. - -Et ayant heu encores à parler meintenant à la dicte Dame de ces -particullaritez de la Royne d'Escoce, et nomméement de la suppression -de ces livres qui ont esté imprimez contre elle, jouxte vostre -dépesche du XVe du passé, j'ay estimé, Sire, qu'il m'estoit besoing de -luy mesler quelques aultres gracieulx propos qui fussent pour la -retenir et la faire bien persévérer vers vostre Majesté; et pourtant -je me suys servy de ce qu'elle mesmes, en la dernière audience, -m'avoit dict bien fort à la louange de Vostre Majesté et de la Royne, -vostre mère, et de Monseigneur; et l'ay asseurée que toutz trois aviés -prins de fort bonne part les honnorables propos qu'elle avoit -particullièrement tenuz d'ung chacun; et que la Royne, pour son -regard, me commandoit de luy dire qu'il ne se pouvoit rien ymaginer -d'office de bonne soeur, ny de bonne cousine, ny encores de vrayement -bonne mère, que la dicte Dame ne les deubt toutz attandre et espérer -d'elle, avec habondance d'amour et avec le respect, et honneur, -qu'elle sçavoit bien qui estoient deubz à sa grandeur et aux -excellentes qualitez que Dieu avoit mises en elle, et que Monseigneur -mettoit au plus hault compte de sa félicité, l'estime qu'elle avoit de -luy; qui pourtant desiroit de pouvoir employer ainsy sa personne pour -son service qu'il peult mériter ceste grande faveur: et Vous, Sire, -sur ce qu'elle m'avoit dict qu'il y avoit beaucoup de valleur et de -vertu en vous, et que nomméement vous abondiez d'intégrité, de -droicture et de vérité, aultant qu'il convenoit à un prince d'honneur -d'en avoir, que vous me commandiez de la remercyer infinyement de ce -tant favorable et advantaigeux jugement qu'elle faisoit de Vostre -Majesté, qui vous augmentoit le desir d'estre et devenir tel comme -elle vous estimoit, si d'avanture vous n'y estiez desjà parvenu, et -que vous ne la pouviez plus grandement récompenser de ceste sienne -bonne opinion que par l'avoir toute semblable d'elle et en telle -perfection de vertu et d'honneur, comme il se pouvoit ymaginer d'une -des plus accomplyes princesses du monde; et que c'estoit sur ce très -solide fondement de la mutuelle bonne estime de la vertu l'ung de -l'aultre, que vous desiriez voir principallement establye vostre -mutuelle amytié et que pourtant vous acceptez de très bon cueur celle -qu'elle vous offriroit de sa part, et lui promettez de mesmes la -vostre très parfaicte, et de demeurer fermement résolu en icelle, tant -que vous vivriez, et de la luy rendre encores perdurable à vostre -couronne et entre voz deux royaulmes, en toutes les meilleures sortes -qu'il seroit en vous de le pouvoir faire. - -Duquel propos, Sire, la dicte Dame a monstré qu'elle restoit fort -consolée et merveilleusement contante, et me l'a faict redire une -seconde foys; puys m'a demandé si elle trouveroit celle correspondance -en Vostre Majesté, dont je l'asseuroys. A quoy ayant adjouxté toute la -confirmation qu'il m'a esté possible, elle m'a dict qu'elle ne -vouloit, pour ceste heure, rendre qu'un simple grand mercys pour ce -message, encor qu'il fût le plus grand, le meilleur et le plus desiré, -qui luy eust sceu advenir, mais que sur icelluy, qui qu'en deust -parler, elle dépescheroit le lendemain, sans plus de dilay ny remises, -maistre Smith devers Vostre Majesté, lequel auroit charge de vous en -remercyer davantaige, et de vous dire aulcunes aultres choses de sa -part, desquelles s'asseuroit que Voz Majestez Très Chrestiennes en -demeureroient très contantes. - -Et après, nous sommes miz à débattre bien paysiblement les -particullaritez qui concernoient la Royne d'Escoce, et nomméement la -supression des livres qui ont esté imprimez au préjudice de son -honneur; en quoy la dicte Dame m'a asseuré qu'iceulx livres venoient -de l'impression d'Escoce et d'Allemaigne, et non de Londres, et m'a -allégué des occasions pourquoy elle ne debvoit commander qu'ilz -fussent suprimez, et que maistre Smith vous en satisferoit davantaige. -Puis m'a reproché les lettres et messages que j'avois mandé à -Lillebourg, et si je voulois entreprendre de luy estre ainsy -contraire. - -Je luy ay respondu que je n'avois de rien plus esloignée mon intention -que de norrir division et contrariété entre Vostre Majesté et elle, -mais que je luy voulois tout librement confesser que, si j'avois peu -quelque chose en faveur de ceulx qui maintiennent vostre party en -Escoce, que indubitablement je l'avois faict; et que je ne vouldrois -en cella espargner ma vie, non que luy dényer que je n'y vollusse -employer quelque office de mon debvoir; mais qu'elle se moquoit de -moy: car elle donnoit bon ordre qu'il ne pouvoit aller, ny venir, -aulcunes lettres ny messages, de vostre part, par dellà. - -Et ainsy m'estant licencié gracieusement de la dicte Dame, maistre -Smith est venu, le jour après, me trouver, desjà tout expédié d'elle -et des seigneurs de ce conseil; qui m'a asseuré qu'il emportoit de -quoy pouvoir conclure, ou par alliance, ou par ligue, une bonne et -bien estroicte amytié avec Vostre Majesté et avecques la France, s'il -vous playsoit, Sire, y procéder, ceste foys, à bon esciant. Je luy ay -respondu qu'il trouveroit une parfaictement bonne disposition en Voz -Majestez Très Chrestiennes, qui vous attandiez, à ce coup, de voir -réuscyr quelque effect de tant de bonnes parolles du passé, et que son -voyage, s'il ne tenoit à luy, seroit indubitablement très utille à ces -deux royaulmes; et luy ay offert ung des miens pour l'accompaigner, et -pour le faire bien recepvoir par dellà, qui a monstré qu'il le -desiroit infinyement; dont luy ay baillé le Sr de Sabran, lequel, -sellon le loysir que j'ay heu de le pouvoir instruyre, vous informera, -Sire, d'aulcunes choses qui s'entendent, et qui estoient en termes en -ceste court, sur la dépesche du dict Sr Smith, et aussi de ce qui -résulte, jusques à ceste heure, de la négociation que milord de -Housdon a faicte avec les Escouçoys, pareillement de l'estat de la -Royne d'Escoce, et comme se retrouvent à présent ceulx de Lillebourg, -avec aulcunes aultres particullaritez bien expécialles, qui me -semblent importer assés que Vostre Majesté les sache, premier que de -tretter avec le dict Sr Smith. Sur ce, etc. - - Ce Xe jour de décembre 1571. - - - INSTRUCTION AU Sr DE SABRAN. - - Je prie Leurs Majestez d'entendre ces aultres particularitez, que - j'ay baillées sommairement, et en haste, au Sr de Sabran, pour - leur dire: - - Que ce n'est sans besoing que la Royne d'Angleterre cerche - meintenant l'amytié du Roy, mais, quant elle verra se pouvoir - mointenir sans icelle, ny elle s'y vouldra davantaige obliger, ny - quicter celle du Roy d'Espaigne, ains demeurer, ainsy qu'elle - est, sans rien innover entre les deux; dont, pendant qu'elle est - en doubte de l'austre costé, il est expédiant que, de celluy du - Roy, elle soit pressée de passer oultre avecques luy. - - Maistre Smith, à ce que j'entendz, poursuyvra les propos du - mariage, et toutes les intelligences, que j'ay icy, concourent à - ce que ceste princesse y est à présent bien disposée, et le comte - de Lestre, et milord de Burgley, qui s'y monstrent affectionnez, - disent qu'on s'eslargira sur le poinct de la religion, mais ne se - layssent entendre commant; et semble que le dict Sr Smith le - débattra fort. Dont, sellon les termes où l'on en est de présent, - sera bon de monstrer que, pour n'espérer jamais fin en celle - dispute de la religion, qu'on n'ose plus en parler, et par ainsy, - gardant chacun son advantaige de ce qu'il en a dict, mesmes qu'on - ne vouldroit sans nouvelle instance en offrir jamais rien - davantaige de ce costé, sera bien faict qu'on passe incontinent à - l'aultre poinct, qui est de la ligue. - - Lequel nous est icy assés contradict de plusieurs qui ont - authorité, et qui, avec l'affection qu'ilz ont au contraire, - allèguent beaucoup de raysons qui sont pour les anciennes - alliances, et pour ne les debvoir quicter pour des nouvelles; en - quoy intervient encores des présens, des promesses et des - persuasions grandes, du costé d'Espaigne. - - Mais la bonne opinion qu'on a de la vertu et intégrité du Roy, - l'estime de Monseigneur, la grande espérance de Mr le duc, - l'observance de l'éedict de paciffication, les choses d'Escoce, - les mutuelles offances d'entre le Roy d'Espaigne et ceulx cy, (et - qu'ilz jugent que, s'il meurt, toutz ses estats, par faulte - d'hoyr, qui soit en aage pour les régir, seront incontinent en - trouble), font que plusieurs conseillent ouvertement à ceste - princesse la ligue avecques la France. - - Et à cella ayde beaucoup que, tant plus l'on va aprofondissant - les souspeçons contre ces seigneurs qui sont dans la Tour, plus - l'on trouve que l'affaire s'estand bien loing, que presque toutz - les principaulx catholiques de ce royaulme sont aulcunement de - l'intelligence, mais bien peu de protestans meslez; que le tout - s'est dressé par les fuytifz qui sont en Flandres, et que - l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, y a tenu la main; dont - semble que, pour ces occasions, ilz soyent pour conclurre à bon - esciant la ligue avecques le Roy. - - Le dict Sr Smith a charge de renvoyer incontinent ung des siens - par deçà, aussitost qu'il aura cogneu de quelle vollonté sont à - présent Leurs Majestez, ou vers l'alliance, ou vers la ligue; et - semble qu'on entretiendra le Sr Fiesque en diverses négociations, - et qu'on temporisera la résolution des choses d'Escoce jusques - allors; mesmes ne deffault qui m'a donné adviz que le voyage du - dict Smith n'est à aultres fins que pour faire plyer le duc - d'Alve à plus doulces condicions, et pour amuser le Roy qu'il ne - pourvoye au faict de l'Escoce; tant y a que de donner au dict Sr - Smith, aussitost qu'il arrivera, bonne espérance des choses qu'il - desirera, cella pourra traverser beaucoup toutes aultres - contraires négociations, et faire bien acheminer celle que le Roy - desire faire avecques ceste Royne. - - Il y en a icy qui considèrent beaucoup de grandes utillitez à - faire ceste ligue, et les mesurent par les grandz dommaiges et - empeschemens qui, pour le passé, sont advenuz à la France, quant - l'Angleterre luy a esté ennemye, et que ce sera ung non petit - accez à la grandeur d'eulx, de se fortiffier meintenant de ceste - alliance, tant par mer que par terre, et la soubstraire au Roy - d'Espaigne; mesmes qu'il est dangier que la ligue d'Itallie ne - tourne à la fin au préjudice de Sa Majesté Très Chrestienne, et, - si elle va prospérant, que bientost l'on ne chasse toutz ses - partisans hors d'Itallie, là où, si ceste ligue avec la Royne - d'Angleterre se conclud, l'on le craindra et respectera aultant - et plus qu'on a faict jamais nul de ses prédécesseurs. - - Mais il semble qu'il n'y a nul plus honneste fondement, sur - lequel se puysse dresser ceste ligue, ny plus esloigné de - jalouzie et de souspeçon aulx aultres princes, ny plus aprouvé de - toutz les Catholiques, tant de ce royaulme que de toute la - Chrestienté, que sur les accommodemens des affaires de la Royne - d'Escoce et de son royaulme; à quoy semble bien que ceux de ce - conseil prétendent, et qu'ilz entendent de faire une - confédération entre les trois royaulmes; - - Mais c'est en confirmant l'authorité du jeune Roy en Escoce, et - suprimant du tout celle de la Royne, sa mère, et voulant retenir - perpétuellement la dicte Dame en leurs mains, qui seroient - condicions peu honnorables pour le Roy, et ausquelles se - trouveroit de grandes difficultez et beaucoup de contradisans. - - Et semble bien que, pour le moins, l'authorité de la dicte Dame, - avec l'association de son filz à la couronne, doibt estre - restablye, et que une forme de gouvernement soit dressé des - seigneurs de la noblesse, aultant de l'ung party que de l'aultre, - pour régir le pays, attandant le retour de leur Royne et la - majorité du jeune Roy, et qu'il soit faict un compromiz entre les - deux Roynes d'Angleterre et d'Escoce, pour déterminer leurs - différans par ung bon tretté: et cependant soit pourveu à ce que - la Royne d'Escoce ayt ung honnorable trettement, et soit tenue - en quelque honneste liberté, ses serviteurs remiz auprès d'elle, - son ambassadeur eslargy et admiz à continuer sa charge, o[19] - condition toutesfoys que la dicte Royne d'Escoce, ny ses - ministres, ne mèneront aulcune pratique, ny dehors ny dedans ce - royaulme, au préjudice de la Royne d'Angleterre; et que mesmes - elle baillera ostages de ne s'en aller cependant hors d'icy, sans - le congé de la dicte Royne d'Angleterre. - - [19] Avec condition. - - Il est vray que, quant à capituler des dictes condicions, qui - concernent la dicte Royne d'Escoce et les Escouçoys, eulx - mesmes vouldroient estre ouys, et leur intention se pourra - comprendre par deux lettres que le Sr de Sabran emporte, l'une - de la dicte Dame, du VIIe novembre, et l'aultre du Sr de Vérac - du XXIIIe du dict moys, dont celle de la dicte Dame monstre - qu'elle ne veult aulcunement associer son filz; mais je luy ay - mandé qu'elle se donne paix, et se veuille reposer de cella sur - l'amytié que le Roy luy porte, qui ne conclurra rien qui ne - soit à l'advantaige d'elle, et sans que ses proches parans et - son ambassadeur soyent appellez. - - Quant à toutes aultres condicions, Leurs Majestez Très - Chrestiennes les entendent mieulx que je ne les sçauroys - considérer; tant y a que, pour tenir ceux cy bien obligez à la - ligue, et garder que légèrement ilz ne s'en départent, il n'y a - rien meilleur que de transporter le traffic de ce royaulme, qui - se faict à ceste heure à Hembourg, en quelque bonne ville de - France, et leur ottroyer là de bons privillèges. - - Le comte de Lestre et milord de Burgley se monstrent desirer - infinyement la conclusion de ceste amytié pour la seurté de - leur Royne et pour l'establissement du présent estat du - royaulme, et ceulx là, sans aultres, mèneront les choses à - perfection, si elles y doibvent jamais venir; dont ceulx, qui - entendent les humeurs de ceste court, disent que, quel que ce - soit, des deux, sçait très bien que le Roy d'Espagne donne - entretennement à ses partisans qu'il a en ceste court, et qu'il - est sans doubte qu'ilz s'attendent d'estre gratiffiez du Roy, - mesmes qu'ilz sont sollicitez par grandz présens de l'autre - costé, mais qu'ilz se contanteront à beaucoup moins de cestuy - cy: quoy que soit, il semble estre nécessaire de leur donner - quelque chose, et mesmes, à ceste heure, affin de passer - oultre. Leurs Majestez entendront là dessus, s'il leur playt, - le Sr de Sabran, et jugeront que leur présente libérallité en - cest endroict, de mil escuz, sera pour leur espargner, ou pour - les choses de France, ou pour celles d'Escoce, la despence - possible de cent mil. - - Les articles que le Sr Fiesque a raportez de Flandres ont - semblé durs aulx Anglois; et la Royne a monstré qu'elle - n'estoit pour les accorder en la sorte qu'ilz sont. Tant y a - que les depputez des Pays Bas y donnent de si bonnes - interprétations qu'il semble qu'à la fin ilz s'accorderont, - mais ce sera au grand advantaige de la dicte Dame si elle - trouvoit quelque bonne correspondance en France, aultrement je - croy bien qu'elle fera une partie de ce qu'on vouldra. - - Elle m'a curieusement demandé si l'ambassadeur d'Espaigne s'en - estoit allé d'auprès du Roy sans congé, comme le Sr de - Valsingam le luy avoit escript, et si le Roy avoit retiré le - sien d'Espaigne. A quoy luy ayant respondu que je croyois que - non; et que, si l'ung ou l'aultre s'estoient remuez de leur - place, que c'estoit affin de changer d'air pour leur santé, - elle m'a dict, en ryant:--«Qu'elle vouloit renvoyer celluy, qui - est icy, du Roy d'Espaigne, parce que, encores despuys cinq - jours, il avoit faict de mauvaises pratiques contre elle.» Et - présume la dicte Dame et la pluspart des siens qu'il y doibve - avoir guerre entre le Roy et le Roy d'Espaigne; de quoy ilz - monstrent estre fort ayses. - - De ce que milord Housdon a négocié avec les Escouçoys, la - lettre du Sr de Vérac en déclairera une partie; tant y a que - j'entendz que, quant le comte de Morthon et l'abbé de - Domfermelin ont esté à Barvyc, et ont entendu qu'on ne leur - parloit que de faire quelque accord avec ceulx de l'autre - party, qu'ilz ont remonstré qu'ilz ne pensoient estre là - appellez pour cest effect, ains pour recepvoir les deniers, les - monitions, les armes et les gens, que la Royne d'Angleterre - leur avoit promiz pour forcer la ville et le chasteau de - Lillebourg. Sur quoy milord de Housdon leur a respondu que la - dicte Dame estoit en la mesme vollonté, qu'elle leur avoit - dict, d'establyr, comment que ce fût, l'authorité du jeune Roy - et de son régent en Escoce, et que, si cella se pouvoit - conduyre sans envoyer armée dans le pays, affin de n'irriter le - Roy Très Chrestien, et ne foller les subjectz, que cella seroit - le meilleur; mais qu'ilz s'asseurassent que, si l'on n'y - pouvoit parvenir par ce moyen, que dans le commancement de - mars, elle leur bailleroit de quoy pouvoir, en une sorte ou - aultre, achever leur entreprinse; et que cependant ilz - fortifiassent le Petit Lith pour y recepvoir le secours qu'elle - leur envoyeroit. De laquelle promesse iceulx de Morthon et - Domfermelin se sont contantez, et le mareschal Drury sur - icelle est venu poursuyvre en ceste court ce qui faict besoing - pour l'accomplyr. - - Il y a icy ung ambassadeur secrect, de la part du comte - Palatin, qui propose le mariage du comte Christofle, troisiesme - filz de son Maistre, eagé de XXII ans, avec la dicte Royne - d'Angleterre. Je ne sçay encores comme il est escouté, mais le - comte de Montgomery m'a confessé qu'il estoit venu parler à - luy, et que le dict comte luy avoit respondu que, quant il - pourroit quelque chose en cest endroict, qu'il l'employeroit - tout pour Monsieur, qui estoit frère de son Roy. - - Il importe assés avec qui maistre Smith aura à négocier, et luy - mesmes m'en a parlé, et a regrecté feu messieurs de Laubespine - et de Bourdin. Je luy ay respondu qu'il négocieroit - principallement avec Leurs Majestez et avec Monseigneur, car - c'estoit ceulx là qui entendoient eux mesmes meintenant à leurs - affaires; de quoy il a esté fort ayse. Puys luy ay nommé les - seigneurs du conseil du Roy, et il a desiré de pouvoir tretter - avec messieurs de Morvilliers, de Limoges et de Foix; et m'a - demandé si monsieur de Montmorency y seroit, et encores si - monsieur l'Admyral s'aprochoit pas, à ceste heure, aulx - affaires de Sa Majesté. - - La procédure contre ces seigneurs, qui sont dans la Tour, se - pourra comprendre par l'extraict d'une lettre que j'ay miz - peyne de recouvrer, laquelle ceux de ce conseil ont tirée de - l'évesque de Roz, adressante à la Royne d'Escoce; et cependant - je sçay qu'on a envoyé en Allemaigne pour consulter avec - aulcuns princes si, s'estant la Royne d'Escoce venue à refuge - en ce royaulme, et se trouvant à ceste heure qu'elle a pratiqué - une rébellion et sédition contre la Royne d'Angleterre, la - dicte Royne d'Angleterre la peult justement retenir; et - plusieurs gens de lettres de ce royaulme sont après à escripre - sur cet article. - - Quant à la supression des livres, qui ont esté imprimez contre - l'honneur de la Royne d'Escoce, je l'ay proposée à ceste Royne - et à ceulx de son conseil en la plus grande expression qu'il - m'a esté possible, au nom de Leurs Majestez Très Chrestiennes; - dont le Sr de Sabran leur comptera les longs discours et - déductions qu'ilz m'ont faictes, avec mes répliques, et leur - récitera les propos que le comte de Lestre m'a tenuz touchant - la dicte Royne d'Escoce. - - La bonne affection de ceulx de la noblesse de ce royaulme - envers le Roy se cognoistra par une lettre qu'ung d'entre eulx, - nommé le Sr Lane, m'a escripte en itallien, du contenu de - laquelle et des aultres propos que le dict Sr Lane m'a mandez, - le Sr de Sabran en donra compte au Roy, et luy dira ce que le - comte d'Oxfort a naguières proposé en une compaignie où il - estoit, et ce qui s'en ensuyvit. - - - - -CCXXIVe DÉPESCHE - ---du XVIe jour de décembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Cavalcanti._) - - Mission de Me Smith.--Nouvelles d'Écosse.--Résolution d'Élisabeth - de faire attaquer Lislebourg.--Nécessité de secourir cette - place.--Injonction faite à l'ambassadeur d'Espagne de quitter - l'Angleterre. - - - AU ROY. - -Sire, sur le partement de Mr Smith, je vous ay mandé le plus de -particullaritez de sa dépesche que, de divers endroictz, il m'a esté -possible d'en apprendre, et suys bien marry que je n'ay heu le moyen -d'en donner davantaige lumière à Vostre Majesté; mais c'est parce que -milord de Burgley seul l'a dressée, à part soy, sur la secrecte -conférance d'entre la Royne sa Mestresse, le comte de Lestre et luy, -sans qu'il ayt permiz d'en rien passer par nulle aultre main. -Néantmoins je l'ay despuys faict observer, et sçay qu'il a dict, en -général, que le dict Sr Smith emportoit les plus amples instructions -qui, de ce costé, eussent, longtemps y a, esté envoyées en France, et -qu'il espéroit qu'il en réuscyroit ung très bon effect entre ces deux -royaulmes. - -Cependant, Sire, l'on a procédé à l'accommodement des différans des -Pays Bas, et tant sont allez et venuz les commiz, depputez et -commissaires devers les seigneurs de ce conseil, et a l'on tant faict -d'assemblées et de conférances là dessus, que nous tenons, à présent, -le faict de la restitution des merchandises pour tout accordé, ou -qu'au moins il y reste si peu de difficultez qu'elles ne sont -considérables, et qu'on est meintenant à regarder sur le payement des -deniers, et comme, et à quelz termes ils pourront estre renduz. -Encores dict on qu'on a passé oultre à parler du restablissement du -commerce, jusques avoir articullé que, si les privillèges, dont les -Anglois jouyssoient devant ceste dernière suspencion, leur estoient -randuz, et qu'ilz ne fussent subjectz au dixiesme que le duc d'Alve a -nouvellement imposé, qu'ilz pourroient retourner, du premier jour, -traffiquer en Envers. Tant y a que, pour ceste heure, il semble que -cest article ne se trettera pas. - -Le Sr de Cuniguem est, despuys trois jours, arrivé du Petit Lith sur -le poinct que ceulx cy estoient à dellibérer des choses d'Escoce; qui -raporte la nouvelle de la deffaicte que le Sr Adam Gourdon a faicte -près d'Abredin sur milord Forbons, et sur les gens que le comte de Mar -luy avoit baillez, de quoy icelluy de Mar et le comte de Morthon ont -prins occasion de presser meintenant bien fort, par le dict Cuniguem, -ceste princesse de leur envoyer le secours qu'elle leur a promiz. -Dont, après avoir esté longuement consulté là dessus, j'entendz, Sire, -qu'il a esté ordonné que le maréchal Drury partyra, devant Noël, pour -aller mettre ensemble quatre mil hommes de pied et quatre centz -chevaulx, de ceulx de la frontière du North, cinq pièces d'artillerye, -et ung nombre de pouldres, pour marcher incontinent droict à -Lillebourg affin de l'assiéger de rechef, après toutesfoys qu'on aura -encores une foys sommé ceulx de dedans de se soumettre, eulx et la -place, à l'obéyssance du jeune Roy; et que ceste princesse est résolue -de ne rien espargner pour forcer la ville et le chasteau. J'essayeray, -Sire, de m'y opposer en vostre nom le plus expressément qu'il me sera -possible, aussitost que je verray passer les choses plus avant; mais -je supplie Vostre Majesté de faire cependant presser milord de Flamy, -si d'avanture il est encores par dellà, qu'il ayt incontinent à -partyr; car, de son arrivée à temps, et de la bonne dépesche, que le -frère du capitaine Granges, et de celluy marchant que j'ay naguières -adressé à Mr de Glasco, emporteront, aura de dépendre le principal -évènement de toute l'entreprinse. - -Je viens tout présentement de recepvoir par ung mesmes pacquet deux -dépesches de Vostre Majesté, du dernier du passé et du premier d'estuy -cy. Je verray bientost ceste princesse sur le contenu d'icelles, -lesquelles me semblent très convenables à ce qui est besoing de -négocier meintenant avec elle, et que Voz Majestez et Monseigneur avez -très prudemment et vertueusement usé en tout ce qu'avez dict et faict -en l'endroict du Sr de Quillegrey. Sur ce, etc. Ce XVIe jour de -décembre 1571. - - - La présente estoit desjà dattée et signée, quant milord de - Burgley m'a envoyé le Sr Cavalcanty pour me saluer de sa part, et - me dire que la Royne, sa Mestresse, et les seigneurs de son - conseil s'estoient enfin résoluz de ce qu'ilz avoient à faire en - l'endroict de l'ambassadeur d'Espaigne, et que, ceste après - dinée, l'on l'avoit mandé dans le conseil, où, après plusieurs - choses débattues, il luy avoit esté enjoinct de vuyder - d'Angleterre dans lundy prochain par tout le jour. Qui est une - résolution, Sire, que ceste princesse a prinse sur la ferme - asseurance, qu'il vous a pleu que je luy aye donné de vostre - bonne et parfaicte et perdurable amytié. J'estime que, pour - cella, l'on ne layssera de passer oultre à l'exécution des - accordz touchant la restitution des merchandises. - - - - -CCXXVe DÉPESCHE - ---du XXIIe jour de décembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Confidences faites par Élisabeth à l'ambassadeur de ses plaintes - contre le roi d'Espagne.--Affaires d'Écosse.--Sursis accordé à - l'ambassadeur d'Espagne, à qui ont été donnés des - gardes.--Résultat de la mission de Mr de Montgommery en - Angleterre.--Nouveaux détails sur divers mariages faits à - Londres et sur les affaires d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté, mardy dernier, devers la Royne d'Angleterre, et, le -mècredy, elle m'a faict convyer à diner avec elle chez milord de -Burgley, qui luy a faict le festin des nopces de sa fille avec le -comte d'Oxfort; et le Sr de Sueneguem, depputé de Flandres, y a esté -toutes les deux foys. - -J'ai heu assés d'argumentz, prins des lettres de Vostre Majesté, du -dernier du passé et premier d'estuy cy, pour entretenir ceste -princesse, laquelle a monstré de demeurer merveilleusement contante de -ce que je l'ay fort asseurée que vous persévériez, de plus en plus, -Sire, au ferme propos d'establyr une bonne et perdurable amytié avec -elle; et que c'estoit sur la mutuelle bonne estime, que toutz deux -avez de la vertu l'ung de l'aultre, que vous entendiez la fonder -principallement de vostre costé, sellon que vous aviez en beaucoup -d'honneur ses vertuz, ainsy qu'elle louoit souvent celles qui sont en -Vostre Majesté; et que vous espériez que d'une si saincte -confédération, comme ceste cy, qui seroit toute posée en vertu, vous -parviendriez à toutz les aultres bons, et utilles, et desirables -effectz qu'auriez à desirer l'ung de l'aultre, ou pour voz personnes -ou pour voz estatz, ou pour voz subjectz. Et luy a semblé que -c'estoit desjà ung commancement de procéder, bien ouvert et franc de -vostre costé, Sire, que de luy faire entendre ce qui estoit advenu de -dom Francès d'Alava[20], et luy toucher aussi de l'entreprinse, que Mr -de Mondocet vous a escript, qui estoit entendue à Bruxelles sur ce -royaulme, laquelle avoit esté interrompue; de quoy vous estiez bien -fort ayse: et pareillement que vous n'estimiez la guerre de Levant si -achevée que le Roy d'Espaigne fût pour entreprendre encores rien en la -mer de deçà, avec les aultres particullaritez de la première audience -qu'avez donnée au Sr de Quillegrey. Qui ont esté toutz propos ès quelz -j'ay bien vollu, Sire, y aller assés réservé, affin qu'en cerchant de -satisfaire à la dicte Dame, je peusse comprendre de ses propos comme -elle y estoit disposée. - - [20] Don Francès d'Alava avait succédé, comme ambassadeur du roi - d'Espagne en France, à _Chamoné_, en 1566. Il fut forcé de - quitter l'ambassade par suite de divers mécontentemens qu'il - avait donnés au roi, auprès duquel il fut remplacé, en décembre - 1571, par _Aguilon_. (_Archives de Symancas._) - -Laquelle m'a respondu, quant au premier, qu'elle se réputoit fort -heureuse que son règne se raportât en temps qu'elle peust contracter -alliance et intelligence avec ung roy si vertueulz, si entier et si -généreux, comme est Vostre Majesté, adjouxtant, par parolles fort -expresses et confirmées par sèrement, que vous estiez aujourduy prince -de ce monde, de qui elle prisoit et desiroit plus l'amytié, et à qui -elle en vouloit plus randre; et, quand à dom Francès, qu'elle sçavoit -qu'il vous avoit esté très pernicieulx ministre, l'espace de huict -ans, et qu'il estoit malaysé que ne vous en fussiez aperceu, dont -vostre bonté estoit de tant plus grande que vous l'aviez longuement -souffert; et qu'enfin elle, de sa part, s'estoit résolue de renvoyer -l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, pour semblables mauvais -offices, qu'elle avoit vériffiez contre luy, d'avoir sollicité les mal -contantz, et encores plusieurs des bien contantz de ce royaulme, à -rébellion, de quoy elle s'estoit pleinte au Roy d'Espaigne par -diverses foys; et mesmes l'avoit envoyé prier, par ung gentilhomme -exprès, qu'il le vollust retirer, et que, s'il en vouloit envoyer ung -aultre, paysible, et qui n'excédât poinct sa charge, qu'elle le -recepvroit de bon cueur, et en envoyeroit encores ung résider prez de -luy, s'il le vouloit de mesmes bien tretter, et qu'elle estoit encores -en ceste vollonté; que ce luy estoit grand plésir que vostre agent de -Flandres vous eust faict veoir que, non sans cause, elle avoit prins -souspeçon des entreprinses de dellà, et qu'elle espéroit bien que -Dieu, qui luy avoit baillé le moyen de descouvrir les secrectes, luy -donroit le loysir de remédier à celles qu'on vouldroit entreprendre -ouvertement, premier qu'on fût prest de les exécuter. Et puys, tout -bas, m'a adjouxté qu'elle avoit toutjour faict conscience de troubler -les estatz de ses voysins, mais puysque le Roy d'Espaigne travailloit -beaucoup à soublever et altérer le sien, ainsy qu'elle en avoit la -vériffication en sa main par ses propres lettres, et par plusieurs de -celles de ses ministres, qui ont esté surprinses, et encores par des -marques et enseignes de ses bagues, qui debvoient servyr à conduyre -l'entreprinse, qu'elle ne se tenoit plus obligée aulx respectz qu'elle -luy avoit toutjours gardé jusques icy vers ses Pays Bas, et qu'elle en -lairroyt courir la fortune. - -Au regard des choses d'Escoce, elle a donné des interprétations assés -coulorées à la négociation de milord d'Housdon, parce que je l'ay -asseurée que Vostre Majesté, l'ayant sceue par la voye de la mer, y -avoit trouvé des trêtz, qui vous sembloient bien esloignez de la bonne -intelligence qui se recerche entre vous. Dont, (après ung long -discours de l'ingratitude qu'elle reproche à la Royne d'Escoce, qui -sans elle estoit venue à tel désespoir de ses affaires que -vollontairement elle desiroit renoncer à sa couronne en faveur de son -filz, de quoy elle se repentoit bien de l'en avoir engardée), m'a -remiz d'en conférer avec ceulx de son conseil, m'asseurant qu'elle ne -cerchoit rien en cest endroict qui fût à l'intérest de vostre -couronne. Et n'y a heu nul de ces propos, qu'elle m'a dict à part, ny -de ceulx qu'elle a parlé hault, ny aulcune sienne démonstration, que -tout n'ayt tendu à monstrer une bonne inclination vers Vostre Majesté. - -L'ambassadeur d'Espaigne a obtenu d'elle de pouvoir advertyr le duc -d'Alve de son congé, premier que d'estre contrainct de sortyr de ce -royaulme, mais cependant l'on luy a commiz ung gentilhomme à sa garde. -Ceulx cy ont quelque adviz que le duc de Medina Coeli est embarqué -avec six mil hommes, et jugent que le Roy d'Espaigne, soubz colleur de -la conduicte de ce gouverneur qu'il envoye en Flandres, vient fornyr -le pays de plus grand nombre d'Espaignolz, craignant y avoir la -guerre, ou bien que c'est pour faire quelque descente en Escoce ou en -Yrlande; dont se parle de getter de grandz navyres en mer, lesquelz je -crains qu'aillent, puys après, au dommaige de l'Escoce. Sur ce, etc. - - Ce XXIIe jour de décembre 1571. - - - _Par postille à la lettre précédente._ - - Le comte de Mongomery, vollant passer à Dieppe, a esté rejetté - deçà par tormante avec grand dangier. J'ai adviz, touchant sa - négociation avec la Royne d'Angleterre, qu'il luy a dict que - monsieur l'Admyral avoit faict tout ce qu'il avoit peu pour vous - persuader la guerre contre le Roy d'Espaigne, mais ne vous y - avoit peu encores admener, toutesfoys n'en estoit hors - d'espérance; qu'elle avoit soigneusement adverty le dict - Mongomery estre expédiant, pour la seurté de ceulx de la - religion, de ne se dessaysir de la Rochelle et aultres places - qu'ilz tiennent; que, despuys qu'il est party, il a esté faict - ung département de deniers dans la Tour, et ont esté miz à part - cent mil escuz, lesquelz le trézorier a dict estre pour France, - et juge l'on que c'est plus pour accommoder ceulx de la religion - que pour nul aultre effect. - - - A LA ROYNE. - -Madame, il a esté faict, ceste sepmaine, quatre nopces en ceste court, -dont celles de la seur du comte de Hontingthon avec le filz du comte -d'Ocester, et de la fille aynée de milord Chamberland avec milord -Dudeley, ont esté conduictes pour l'accommodement d'aulcuns seigneurs -qui estoient ung peu broillez ez affaires du duc de Norfolc, et croy -que ce a esté pour s'asseurer d'eulx. Les aultres de la fille de -milord Burgley avec le comte d'Oxfort, et d'une jeune et riche veufve -avec milord Paget, encores qu'elles ayent esté célébrées avec tout -plésir et contantement, il s'y est veu néantmoins de la parciallité de -court. Et, ayant esté convyé au festin de celles du dict comte -d'Oxfort, la Royne d'Angleterre m'a bien vollu dire que, de tant de -mariages à la foys, ung chacun luy présageoit le sien debvoir estre -bientost, et qu'il ne tenoit au Sr de Quillegrey qu'elle n'en -demeurast en fort grande persuasion et en une fort bonne espérance; et -a continué plusieurs honnestes et modestes propos de ce faict, -lesquelz j'ay suyviz de semblables, rejettant la cause des difficultez -sur les trop escrupuleux, qui se trouveroient ung jour grandement -coulpables, envers Dieu et les hommes, d'avoir empesché ce grand et ce -tant desiré bien à la meilleure part de la Chrestienté. Le comte de -Lestre m'en a parlé en termes qui monstrent avoir quelque opinion que -Monsieur en soit dégousté, ce que je luy ay asseuré ne sçavoir, et -n'en avoir rien entendu; et, toutz deux, nous sommes résoluz de ce que -le pis ne pouvoit estre que très bon: scavoir est, une très ferme -amytié et bonne intelligence entre Voz Majestez et ces deux royaulmes. - -Je n'ay, à la vérité, touché, en tout le jour du festin, ung seul mot -d'affaires à la dicte Dame, mais, le jour de l'audience, je ne luy ay -obmiz ung seul poinct du contenu ez deux lettres de Voz Majestez, du -dernier du passé, et premier d'estuy cy, et mesmement du faict de la -Royne d'Escoce et des Escouçoys; en quoy je l'ay trouvée bien peu -modérée de l'affection et animosité qu'elle y a toutjour procédé, ce -qui me rend assés suspecte toute la négociation qu'elle a envoyé faire -en France; et me vient on encores de dire que, sur les nouvelles -qu'elle a heu de quelque combat qui est advenu entre ceulx de -Lillebourg et du Petit Lith, duquel je ne sçay encores les -particularitez, elle dépeschera demain le mareschal Drury en Escoce, -avec une commission fort rigoureuse contre ceulx du bon party. Au -regard de vériffier icy, avecques moy, les choses qu'on impose à la -Royne d'Escoce, je crains, Madame, que la Royne d'Angleterre penseroit -avoir si grandement justiffié par là tout ce qu'elle propose de faire -contre ceste pouvre princesse et contre son estat, qu'elle passeroit -oultre à ce qui peut en cella mesmes toucher la réputation et grandeur -de vostre couronne; et si le Roy y vouloit, puys après, contradire de -parolle, ou s'y opposer d'effect, qu'elle estimeroit avoir grande -occasion de se pleindre de luy; et quant aulx moyens, qui se -pourroient trouver pour vous accommoder avec elle sur les présens -troubles et différands des Escouçoys, j'en ay mandé quelque adviz par -le Sr de Sabran; et, après que j'auray conféré avec les seigneurs de -ce conseil, je vous pourray de ces deux faitz ensemble escripre plus -au long. Et adjouxteray icy, Madame, qu'il a esté résolu de mettre en -jugement le duc de Norfolc, le segond jour du prochain terme de -janvier, et que le comte de Cherosbery sera mandé pour présider en la -cause, avec les douze pairs, et que, pendant qu'il sera icy, sir Raf -Sadeller yra en la mayson du dict comte estre gardien de la Royne -d'Escoce; de quoy elle se donra beaucoup de peur, et je fays tout ce -que je puys pour l'empescher. Sur ce, etc. - - Ce XXIIe jour de décembre 1571. - - - - -CCXXVIe DÉPESCHE - ---du XXVIIe jour de décembre 1571.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Pigon._) - - Conférence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh sur les - affaires d'Écosse.--Desir des Anglois de conclure avec la - France le traité de l'alliance.--Leur froideur à l'égard de - l'Espagne.--Opinion de l'ambassadeur sur la conclusion que - doivent avoir les affaires d'Écosse.--Utilité d'un traité de - commerce avec l'Angleterre.--Nouvelle donnée par Walsingham - d'une sédition survenue à Paris.--Vives instances pour que le - roi écrive à la reine d'Angleterre en faveur du duc de Norfolk. - - - AU ROY. - -Sire, j'ay esté, de rechef, convyé, le dimenche devant Noël, au festin -que le comte de Hontingthon a faict des nopces de sa soeur avec le -filz du comte d'Ochestre, où la Royne d'Angleterre, et les seigneurs, -et dames de sa court qui s'y sont trouvées en grand nombre, m'ont -continué les mesmes démonstrations de bonne affection qu'ilz disent -porter à Vostre Majesté et à toute la France. Et m'estant, l'après -dinée, retiré avec le comte de Lestre et milord de Burgley en une -chambre à part, pour leur compter les mesmes choses, que j'avois -naguières dictes à la Royne, leur Mestresse; et, après que je leur ay -heu particullarisé les responces que Vostre Majesté et la Royne, -vostre mère, et Monseigneur aviez faictes, pleynes de toute -bienveillance envers leur Mestresse, sur les honnestes propos d'amytié -qu'elle vous avoit faict tenir par le Sr de Quillegrey; je leur ay -dict que, pour monstrer comme vous cheminiez desjà vers elle sellon -ceste bonne intelligence, vous aviez trouvé bon, Sire, de luy faire -communiquer par moy ce qui estoit advenu de don Francès d'Alava, ce -que le Sr de Mondoucet vous avoit mandé de Flandres, et ce que vous -jugiez des entreprinses du Roy d'Espaigne en la mer de deçà; qui ont -esté propos qu'ilz ont merveilleusement gousté, et les ont fort bien -receuz. Et, à la suyte d'iceulx, je leur ay touché ceulx d'Escoce, -sans toutefoys les leur guières presser ny les laysser aussi trop -lasches, mais que, (de tant que ces affaires là avoient tant de -malheur que, quant vous en faisiez parler à leur Mestresse, elle -estimoit que vous offanciez son amytié, et Vous, d'aultre costé, Sire, -jugiez qu'elle mesprisoit la vostre, quant elle s'en entremettoit trop -avant sans vous en parler), je les adjurois bien fort qu'ilz ne les -vollussent plus laysser en ce suspens; et leur ay desduict, par chefs, -toutz les dicts affaires comme pour entendre d'eulx en quelle façon -j'aurois à vous en escripre, tendant principallement à les divertyr -d'envoyer gens contre ceulx de Lillebourg, et leur faire comprendre -que vous ne pourriez avec honneur intervenir en nul tretté, où l'on -capitulât de priver la Royne d'Escoce de sa couronne pour y establyr -son filz, ny de ruyner l'ung des partys; qui entendiez les conserver -toutz deux. - -Sur lesquelz chefz, quant au premier, qui estoit des choses qu'on -imputoit à la Royne d'Escoce, ilz m'ont faict ung long discours de la -deffiance qu'elle s'estoit donnée de Voz Majestez Très Chrestiennes, -de la jalouzie qu'elle avoit prinse du propos de Monsieur, des -pratiques qu'elle avoit menées avec le Roy d'Espaigne et avec le duc -d'Alve par le moyen de Ridolphi, des rébellions qu'elle avoit -suscitées en ce royaulme, et comme elles eussent esté indubitablement -exécutées en aoust dernier, si le dict Roy d'Espaigne n'eust esté -empesché du costé du Levant; et m'ont offert de me monstrer le tout -par lettres; et que Me Smith avoit charge de le vériffier bien -amplement à Vostre Majesté. - -Quant au segond, des moyens qui se pourroient trouver pour paciffier -l'Escoce, encores que la difficulté y parust grande, parce que vous -vouliez soubstenir l'authorité de la Royne d'Escoce, et eulx la -vouloient du tout opugner, que vous favorisiez ceulx de son party, et -eulx le party contraire;--Et aussi quant au troisiesme chef, qui -estoit de la négociation que vous aviez entendu, Sire, que milord -d'Housdon avoit menée avec les Escouçoys, où il n'avoit vollu qu'il -fût faicte aulcune mention de vous ny de la France, ny que rien en -vînt à la cognoissance de vostre agent par dellà, et qu'il avoit -menassé de mener une armée devant Lillebourg pour forcer la ville et -le chasteau, si ceulx de dedans ne se soubzmettoient au comte de Mar, -qu'il avoit dict qu'il vouloit avoir les chasteaulx de Lillebourg et -de Dombertrand entre ses mains, qu'il avoit tretté de livrer l'évesque -de Roz au dict de Mar en eschange du duc de Northumberland, qui -estoient trêtz, que vous trouviez bien esloignez de l'intelligence que -leur Mestresse monstroit de vouloir faire avecques vous, et qui vous -faisoient desirer de sçavoir résolument si elle entendoit de procéder -ainsy, sans vous et par la force, en cest endroict;--Ilz m'ont -respondu que la Royne, leur Mestresse, avoit donné charge à Mr Smith -de proposer à Vostre Majesté l'accommodement des choses d'Escoce en -une si bonne façon, que vous cognoistriez qu'elle n'y cerchoit rien -qui fût contre vostre réputation ny contre l'honneur et l'alliance de -vostre couronne, car les trettez ne vous obligeoient à nulle certaine -personne du pays, ains à l'estat, et à l'ordre et authorité, qui pour -le temps s'y trouveroit; et que leur Mestresse estoit après à tretter -avec les deux partys, et trouvoit, pour ceste heure, que ceulx de -Lillebourg estoient plus raysonnables que les aultres, mais nulz -desirans la restitution de leur Royne, ce qui estoit aussi -universellement contradict par toutz les Estatz d'Angleterre, par -ainsy qu'elle espéroit, s'ilz se réunissoient toutz à l'obéyssance du -jeune Roy, comme ilz en estoient bien prêts, que vous ne reffuseriez, -Sire, de les continuer en vostre alliance, ainsy qu'elle vouloit de -bon cueur qu'ilz y persévérassent aussi de leur costé, et qu'il se fît -une bonne confédération entre les trois royaulmes;--Que milord -d'Housdon avoit bien menacé de forcer ceulx de Lillebourg, s'ilz -empeschoient la paix du pays, mais que, de vouloir avoir les deux -chasteaux en ses mains, ce n'estoit le desir de leur Mestresse, ains -de les laysser aux Escouçoys, bien que, possible, à d'aultres que -ceulx qui les tiennent, et mesmes de leur randre Humes aussitost -qu'ilz seront d'accord; qu'elle n'avoit encores faict rien -entreprendre par la force à milord d'Housdon, et que la grande -asseurance, que j'avois donnée à la dicte Dame de vostre amytié, avoit -esté et seroit cause dont elle ne précipiteroit rien par les armes en -cest endroict: - -Quant au chef des deux mil escuz, qu'ilz me vouloient asseurer que le -duc de Norfolc et l'évesque de Roz, et le secrétaire, à qui je les -avois baillez, avoient confessé qu'ilz estoient de la Royne d'Escoce, -et qu'à cest effect ilz m'en feroient veoir leur déposition, dont si, -puys après, Vostre Majesté persistoit qu'ilz me fussent randuz, qu'on -adviseroit de vous en contanter. Et seroit trop long, Sire, à vous -desduyre icy les répliques qui ont esté, de leur part et de la mienne, -usées sur les susdicts propos, lesquelz, pour aulcuns respectz, je les -leur ay bien volluz terminer par une très grande espérance, que je -leur ay donné, qu'ilz pourront conclurre une bien ferme confédération -avec Vostre Majesté. - -De quoy est advenu, Sire, que, le jour ensuyvant, ilz se sont tenuz -bien fermes et voyre si estroictz sur les accordz des Pays Bas que les -Srs de Suevenguem et Fiesque ne sçavent où ilz en sont, et sont prestz -de laysser les choses bien descousues, et qu'on m'a desjà parlé de -transporter le traffic de ce royaulme, qui estoit en Envers, en -quelque ville de vostre obéyssance, et qu'on escripra à Mr Smith de le -proposer; et pareillement qu'on a pressé l'ambassadeur d'Espaigne de -partyr de Londres, la veille de Noël, et de vuyder le royaulme dedans -dix jours. - -Sur toutes lesquelles choses j'ay à dire à Vostre Majesté qu'il -semble, en premier lieu, que la Royne d'Angleterre condescendra que -les Escouçoys viennent en accord, et qu'ilz puyssent dresser une forme -de gouvernement entre eulx, d'aulcuns de la noblesse des deux partys, -qui ne soyent establis ny soubz l'authorité de la Royne d'Escoce ny -soubz celle du Prince son filz, mais qui, attandant le retour d'elle -ou la majorité de luy, ayent la puyssance d'administrer le royaulme, -et qu'avec ceulx là se conclue la ligue, et vostre alliance soit -renouvellée, et permettra qu'à cest effect voz depputez puyssent aller -avec les siens par dellà; qu'elle, à mon adviz, ne reffuzera le -compromiz avec la Royne d'Escoce pour voyr si elles se pourront -accorder, ny de luy amplier sa liberté et de la faire tretter moins -rigoreusement, pourveu qu'elle baille ostaiges de ne rien mouvoir dans -le royaulme ny de s'en partyr sans licence; qu'elle vous satisfera sur -les deux mil escuz de les faire remettre en mes mains, bien qu'elle -monstre n'avoir rien, qui tant luy serve contre le duc de Norfolc que -cella, pourveu, Sire, que vous en faciez continuer l'instance à ses -ambassadeurs, sellon que l'avez desjà commancé au Sr de Quillegrey, -laquelle j'ay fermement comprouvée et soubztenue contre tout leur -dire; qu'il sera bon, Sire, que vous ottroyez libérallement à Mr Smith -une ou deux villes en vostre royaulme pour le commerce des Anglois, -avec aultant de privillèges qu'ilz en avoient en Envers, et de faire -modérer ces nouvelles coustumes de Roan; et finablement que pressiez -la conclusion de quelque bonne confédération avec ceste princesse, -pendant qu'elle et les siens monstrent d'y estre, à présent, -merveilleusement bien disposés. Et sur ce, etc. Ce XXVIIe jour de -décembre 1571. - - -PAR POSTILLE. - - J'obmettois de dire à Vostre Majesté que l'aparance de ceste - sédition que le Sr de Valsingam a mandé estre advenue, le VIIIe - de ce moys, à Paris[21], a cuydé mettre ceulx cy en quelque - suspens de vouloir attandre qu'est ce qui s'en ensuyvroit, - premier que de passer à nulle négociation plus avant; et de vous - mander, Sire, que le duc de Norfolc sera miz en jugement le IXe - de janvier, et que le faict des deux mil escuz luy pourra - grandement nuyre, si Vostre Majesté ne le remédie en faisant - continuer la mesmes instance d'iceulx aulx ambassadeurs de la - dicte Dame, aulx propres termes que Vostre Majesté la leur a - desjà faicte, sans y rien changer, encor qu'ilz vous allèguent - que la Royne d'Escoce m'avoit envoyé les aultres mil escuz par - Douglas: car ilz furent employez en aultres siens affaires; et - qu'il vous playse, Sire, escripre une lettre à ceste princesse - que, si le dict duc ne se trouve chargé que de l'accommodement, - que son secrétaire a vollu donner aulx deniers que vous envoyez à - vostre agent, encor qu'il l'ait bien sceu, que vous la priez de - ne luy imputer à faulte, attendu qu'elle n'avoit la guerre en - Escoce, et que l'argent n'estoit envoyé à nul de ses ennemys, et - qu'il est de vostre ordre. En quoy sera besoing que vostre - lettre, Sire, soit icy le Xe ou XIIe de janvier, laquelle - j'estime que sera dignement employée pour cause juste et - honneste, et qui peult revenir grandement au service de Vostre - Majesté. - - [21] Cette émeute fut causée par le transport de la croix de - Gastines au cimetière St-Innocent. Ce monument avait été érigé, - en 1569, durant la guerre civile, en exécution d'un arrêt rendu - par le parlement de Paris contre trois marchands huguenots, - Nicolas Croquet, Philippe et Richard de Gastines, qui avaient été - tous trois condamnés au gibet. Après la pacification, Coligni - avait demandé que cette croix fût détruite. On profita de la nuit - pour la déplacer; mais le lendemain les catholiques irrités se - jetèrent sur les maisons des protestans, qu'ils livrèrent au - pillage. Le maréchal de Montmorenci et Claude Marcel, prévôt des - marchands, parvinrent à apaiser la sédition, mais non sans - effusion de sang. - - - - -CCXXVIIe DÉPESCHE - ---du IIIe jour de janvier 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Plaintes d'Élisabeth au sujet de l'expédition préparée - en France pour l'Écosse par lord Flaming.--Conférence entre - l'ambassadeur et Leicester sur les affaires - d'Écosse.--Déclaration que Me Smith sera chargé de traiter avec - le roi sur ce point.--Nécessité de hâter le départ de - l'expédition.--Nouvelles d'Écosse.--Marie Stuart commise à la - garde de sir Raf Sadler.--Départ de l'ambassadeur d'Espagne. - - - AU ROY. - -Sire, sans aultre occasion que pour donner les bonnes festes à la -Royne d'Angleterre, je la suys allé trouver le lendemain des Innocens, -laquelle a heu très agréable ce mien office, pour luy estre une -signiffication de vostre bonne volonté vers elle, et ung tesmoignage à -ung chacun comme vous vivez en une fort bonne intelligence l'ung -avecques l'aultre; de quoy elle m'a remercyé beaucoup de foys: et m'a -dict plusieurs bonnes parolles de la ferme dellibération, en laquelle -elle se confirmoit, de plus en plus, de se vouloir perpétuer en vostre -amytié. Et bientost après, Sire, j'ay receu vostre dépesche du XIXe du -passé, que m'avez envoyée par Nicollas le chevaucheur; sur laquelle je -suis retourné, le premier de ce moys, donner le bon an à ceste -princesse, et luy ay racoumpté tout ce que me mandiez de la paix de -vostre royaulme, qui a grandement servy à luy oster deux escrupulles, -qu'on luy avoit desjà imprimés du contrayre, l'ung pour l'émotion de -Paris, et l'aultre de ce qu'on luy avoit faict acroyre que monsieur de -Guyse et monsieur l'Admyral avoient commencé de s'accompagner; de quoy -je l'ay bien fort aultrement persuadée, sellon que j'en ay trouvé les -propos très bien et très sagement desduictz ez lettres de Vostre -Majesté; et que vostre royaulme estoit, grâces à Dieu, si paysible que -vous luy pouviez fort franchement offrir les moyens, les forces et les -commodités qui y estoient, comme chose que Dieu avoit tout entièrement -remise en vostre mein et en vostre puyssance. - -De quoy la dicte Dame, s'estant adressée à Dieu, a monstré de le louer -et remercyer, de bon cueur, de ceste tant bonne nouvelle, et m'a prié -de ne vous en représenter moins grande la conjouyssance qu'elle vous -en faisoit, que si ce fût pour la propre tranquillité de son estat; et -que c'estoit ung des fruictz qui vous seroit desjà de la grande -réputation, qui court au monde, de la fermeté de vostre parolle et -vérité de voz promesses, et que de meilleurs et de plus grandz vous en -proviendroient encores; dont vous vouloit prédire, Sire, que le -dernier jour de l'année passée auroit miz fin à tous les troubles de -vostre royaulme et à toutes les souspeçons d'iceulx, et que vous ne -verriés, du premier de ce nouvel an en là, sinon toute obéyssance et -confience de voz subjectz; et m'a allégué aucuns signes pour quoy -Vostre Majesté debvoit croyre qu'elle vous seroit heureuse prophète en -cest endroict; que elle acceptoit, au reste, l'offre, que luy faysiez, -des commodictés de vostre royaulme, tout ainsy qu'elle vous offroit de -bon cueur toutes celles du sien, et croyoit que de la bonne -correspondence, que Mr Smith trouveroit maintenant en Voz Majestez, -l'on verroit réuscyr bientost la conclusion des choses qui -s'espéroient, et se desiroient entre vous. Et, avant finyr ce propos, -estans à regarder le bal, elle en a introduict ung aultre, bien -gracieux et modeste, des playsirs et honnestes passe temps qu'on se -mettroit en debvoir par tout ce royaulme de donner à Monsieur, s'il -venoit par deçà; ez quelz elle ne fauldroit de l'acompagner toutjour, -affin que les ans, qu'elle avoit plus que luy, luy semblassent moins -ennuyeulx: et n'a obmiz d'adjouxter à cella aulcuns motz bien exprès -et aulcunes démonstrations propres pour signiffier qu'elle le disoit -avec une bonne et bien honneste affection vers luy; et néantmoins n'a -layssé de me toucher, en passant, comme ung Escouçoy la venoit -d'advertyr que milord de Flemy embarquoit des Françoys pour passer en -Escoce, ce qu'elle ne sçavoit comment le debvoir prendre, et que, s'il -en advenoit rien contre ce que je luy avois toutjour faict espérer de -vostre amytié, qu'elle s'en prendroit bien asprement à moy. - -A cella, Sire, parce que j'estois adverty qu'aussitost qu'elle avoit -heu ceste nouvelle de Mr Flemy, elle avoit commandé qu'on rénovât, si -faire se pouvoit, l'accord avec les depputés du Roy d'Espaigne pour -d'aultant se réfroydir de vostre costé, je luy ay respondu qu'elle ne -debvoit demeurer en aulcun doubte qu'elle n'obtînt par maistre Smith -tout ce qu'elle vouldroit honnorablement desirer de vostre amytié et -de toute la France; et, quand à l'embarquement de milord de Flemy, que -je n'en avois rien entendu; bien me souvenoit il que Vous, Sire, -l'aviez fort souvent faicte prier de se vouloyr esclarcyr avecques -vous comme vous porriés, tout ensemble, satisfaire à vostre honneur et -debvoir vers la Royne d'Escoce et vers les Escouçois, et luy complayre -à elle en cest endroict; et que je luy respondois de ma vye que Vostre -Majesté estoit encores en ceste mesmes volonté, et qu'il ne tiendroit -sinon à elle que le tout ne se rabillât fort bien et bientost. - -Et pour la confirmation de cella, je luy ay monstré l'offre, que -Vostre Majesté luy faysoit, d'accomoder le traffic de ses subjectz en -vostre royaulme: ce qu'elle n'a peu dissimuler que n'en ayt receu ung -très grand plésir, et m'a prié d'en bailler l'article de vostre lettre -au comte de Lestre affin de le communicquer à ses merchandz. - -Et là dessus, avec démonstration de grand contentement, elle s'est -retirée pour aller à ses prières, et m'a aussitost envoyé le dict -comte de Lestre; lequel, après m'avoir faict ung long discours comme -ilz avoient nouvelles que milord de Flemy avoit recouvert quinze mil -escus du douaire de sa Maistresse, et dix mil escus de Vostre Majesté, -avec des armes et monitions, et congé d'embarquer troys cens -arquebouziers, il m'a infiniement conjuré de vous supplyer très -humblement, Sire, que vueillés faire différer l'embarquement, sellon -que j'avois bien peu comprendre, par la dernière conférance d'entre -luy, milord de Burgley et moy, que sa Mestresse n'avoit intention de -procéder par armes en Escoce, et qu'il luy eust esté bien aysé d'y -envoyer deux et troys mil hommes si elle l'eut voulu faire, mais s'en -estoit engardée pour l'amour de vous; et que, si ceulx de Lislebourg, -qui depuis naguyères avoient gaigné l'advantage sur les aultres en -quelques rencontres, venoient à estre renforcés de ce secours, il est -indubitable qu'ilz essayeroient d'entreprendre plus avant, et sa -Mestresse s'y vouldroit oposer, dont pourroit naistre quelque accident -qui romproit le bon propoz d'entre Voz Majestez et voz deux royaulmes; -à quoy il auroit ung infiny regret pour estre celluy qui avoit promeu -et advancé la part de Vostre Majesté en ce royaulme, et avoit reculé -d'aultant celle d'Espagne, non sans qu'on guétât une occasion sur luy, -comme pourroit bien estre ceste cy, pour luy en faire ung très grand -reproche. - -Je luy ay commémoré, Sire, les grandz et honnestes debvoirs, ès quelz -Vostre Majesté s'estoit toutjour mise et avoit faict mettre la Royne -d'Escoce et les Escoçoys vers la Royne, sa Mestresse, sur l'accord de -ces affaires, si bien que vous en demeuriez très justiffié envers Dieu -et les hommes, et luy mesmes cognoissoit très bien qu'en toutes sortes -c'estoit à vous de vous pleindre, et à moy de me douloyr infiniement -de l'honte et confusion, en quoy ilz m'avoient miz vers Vostre -Majesté, sur la négociation de ce faict; néantmoins que la chose -estoit encores si entière, et Vous, Sire, si parfaictement bien -disposé vers la Royne, sa Mestresse, et vers ce royaulme, et encores -tant bien incliné vers le dict sieur comte que, si luy et milord de -Burgley vouloient regarder à quelque bon expédient là dessus entre Voz -Majestez, que j'espérois que vous le suyvriés et le feriés suyvre à -milord de Flemy, encore que j'osois bien asseurer que ces trois cens -arquebouziers n'estoient ung secours qui procédât de vous, car le luy -heussiés baillé aultrement grand et mieulx forny; bien les priois -d'avoir esgard à vostre réputation, car non seulement vers eux, vers -lesquelz vous la voudriés mesurer, aultant qu'il vous seroit possible, -sellon leur contantement, mais vous aviez besoing de la conserver -entière vers tous les aultres plus grandz et plus éminentz estatz de -la terre, et desiriés surtout qu'elle y parvînt clère et non entachée -d'avoir jamais fally à voz alliés. Et ay dict cella, et d'aultres -choses appartenant à ce propos, si franchement au dict comte que luy -mesmes enfin m'a confessé leur propre tort, et qu'il me promettoit -d'en aller incontinent communiquer à milord de Burgley en son lict, où -il estoit malade, et que bientost il m'en manderoit une response qui -me contanteroit. Laquelle a esté, Sire, que Mr Smith aura commission -de tretter avec Vostre Majesté de ce particullier, et de tout le faict -de l'Escoce, en telle sorte que vous cognoistrez que, de ce costé, -l'on n'y veult procéder qu'avec vostre bonne intelligence, et que -cependant il ne sera envoyé nulles forces d'icy à ceulx du Petit Lith. - -Le jour d'après, les depputez de Flandres sont retournés en cour au -mandement qu'on leur en avoit faict, avec espérence de meilleure -responce, mais il leur a esté percisté en celle mesmes de devant, et -leur a esté davantage offert des passeports, sans qu'ilz les ayent -demandés, affin de se retirer; mais ilz ne les ont acceptés, et -attendent ung exprès commandement là dessus de ceste princesse, ou ung -congé du duc d'Alve. Sur ce, etc. - - Ce IIIe jour de janvier 1572. - - - A LA ROYNE. - -Madame, ce peu de motz en chiffre, que j'ay trouvés ez lettres de Voz -Majestez, du XIXe du passé, me feront estre si sogneux du propos, -qu'ilz contiennent, que j'espère qu'il ne s'en remettra rien en termes -que n'en soyez tout promptement et bien advertys; et Vostre Majesté -pourra, quand à l'aultre, de Monseigneur le Duc, se conduyre sellon -que desjà elle cognoit bien, par la négociation de Mr Smith, qu'il -sera expédient de le faire; dont si, puis après, il vous plait m'en -mander quelque chose, je mettray toute la peyne qu'il me sera possible -d'entièrement l'accomplir. Je vous donne compte, Madame, par la -lettre du Roy des aultres choses que j'ay trettées avec la Royne -d'Angleterre et avec les seigneurs de son conseil; sur lesquelles je -n'oze conseiller qu'on retarde aulcunement milord de Flemy, car il -semble que de sa prompte arrivée en Escoce dépende assés la ressource -des affères de sa Mestresse et de ceulx de son party, et encores la -conservation de vostre allience, et, possible, une plus prompte -conclusion de la confédération qui s'espère avec la Royne -d'Angleterre. Bien estimè je qu'il sera bon de n'advouer les trois -cens arquebouziers qu'il mène, et remonstrer que ce sont Escouçoys, -car aussy ce n'est ung secours digne de la grandeur de Voz Majestez; -mais que vous n'estimiés, attandu le présent estat de l'Escoce, et ce -qui s'est passé jusques à présent par dellà, qu'il puisse estre de -vostre honneur, ny de vostre debvoir, d'aulcunement empescher ny -retarder le dict Flemy; et néantmoins que vous donrez bien ordre qu'il -ne face rien au dommage de la Royne d'Angleterre ny de son royaulme, -et que mesmes, s'il plait à la dicte Dame d'entendre ensemblement avec -Voz Majestez à la paciffication du dict pays, que vous ferez révoquer -tout ce qui y sera passé de gens de guerre; et vous supplye très -humblement, Madame, d'uzer ainsy en toutes sortes, vers le dict Sr -Smith, qu'il cognoisse une droicte intention et une bonne inclination -de Voz Majestez vers sa Mestresse, et qu'il ayt occasion de luy en -escripre en fort bonne façon, car toutes choses icy pendent, à ceste -heure, bien fort des bonnes responces qu'il mandera que Voz dictes -Majestez luy auront faictes. - -Néantmoins je vous veulx bien advertyr, Madame, que, le XXVIIIe du -passé, le capitaine Cage a esté envoyé de Barvic vers ceulx de -Lillebourg pour les presser par promesses, par offres, par présans, et -enfin par grandz menaces, de se soubzmettre à l'obéyssance du régent, -ou qu'aultrement la Royne d'Angleterre leur fera renverser le chasteau -sur leurs testes; et leur a apporté des articles, de la part du dict -régent, comme pour parvenir à ung accord, mais, en effect, c'est pour -retirer, si faire se peult, le chasteau hors des meins du capitaine -Granges; de quoy j'espère qu'il se sçaura bien garder. Et cependant -ceulx cy ont envoyé une commission aux gouverneurs des portz de Houl -et de Neufcastel qu'ilz ayent à mettre, dans le XIIe de ce moys, cinq -navyres de guerre dehors, avitaillés pour deux moys, pour quatre cens -cinquante hommes, affin de se tenir sur la coste d'Escoce pour -empescher, à ce qu'ilz disent, la descente de milord de Sethon et de -milord Dacres, mais je crains que ce soit au dommaige de milord de -Flemy, s'il n'est plus tost arrivé par dellà. - -Sir Raf Sadeller est party, le XXVIIIe du passé, pour aller garder la -Royne d'Escoce, pendant que le comte de Cherosbery vient présider en -la cause du duc de Norfolc avec les douze pairs. Il me semble, Madame, -que les depportemens de ceulx cy vous admonestent bien fort de presser -ce qu'avez à faire avec eulx, et tirer, le plus tost que pourrez, une -conclusion de la négociation de Mr Smith, sans en remettre rien au -temps; car ilz se veulent trop servyr d'icelluy pour leurs commoditez, -et n'ont nulle considération aulx vostres: et puys leurs évènementz -sont si incertains et muables qu'il les fault prendre, pendant qu'on -les trouve en une si bonne disposition comme à présent ilz sont, ou -bien le tout reviendra despuys à rien. - -J'entendz que dom Francès d'Alava, voulant par trop précipiter son -retour en Espaigne, s'est embarqué, avec plusieurs aultres, par ung si -maulvès temps, en Zélande, que leur vaysseau et tous ceulx qui -estoient dedans se sont perduz. L'ambassadeur d'Espaigne, qui estoit -icy, est encore attandant à Gravesines le mandement du duc d'Alve, et -luy a l'on préparé deux navyres de conserve pour le passer dellà. Sur -ce, etc. Ce IIIe jour de janvier 1572. - - - - -CCXXVIIIe DÉPESCHE - ---du IXe jour de janvier 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jean Monyer._) - - Raffermissement de la paix en France.--Nouvelles - d'Écosse.--Combat dans les faubourgs de Lislebourg.--Nouvelles - de Marie Stuart.--Affaires d'Espagne.--Efforts des députés des - Pays-Bas pour renouer la négociation du traité sur les prises. - - - AU ROY. - -Sire, par ma dépesche de devant ceste cy, laquelle est du IIIe de ce -moys, il a esté satisfaict à celle que j'ay despuys reçue de Vostre -Majesté, du XXIIIIe du passé, en ce qui concerne les choses advenues à -Paris, desquelles et des aultres bruictz, qui ont couru de monsieur de -Guyse et de monsieur l'Admyral, j'en avois desjà si bien informé la -Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, sur voz -précédentes du XIXe, qu'il n'a esté besoing de leur en donner plus -grand esclarcissement. Et me semble, Sire, qu'ilz sont demeurés très -bien persuadés de la paix de vostre royaulme, sinon que le Sr de -Quillegrey, par ses dernyères, leur en ayt faict penser aultrement; -lequel a escript que la Royne de Navarre avoit refuzé de venir, parce -que Mr de La Valète, avec sa compagnie, estoit dedans Leytoure, et -qu'elle disoit ne pouvoir vivre sans beaucoup de souspeçon, tant -qu'elle sentiroit ceste garnison si près d'elle. Je n'ay, à présent, -nul plus grand soing que de faire comprendre à ceulx cy que Vostre -Majesté a, en sa main, son royaulme très paysible et très puissant, -pour meintenir très bien et apuyer le leur, quant il en sera besoing, -et qu'ilz le doibvent ainsy espérer et s'en assurer parfaictement, -aussitost que Vostre Majesté leur en aura donné sa parolle. Et ay bien -tant faict, Sire, que, despuis six jours, ilz ont envoyé amplyer la -commission de Mr Smith, et luy ont mandé d'estreindre les choses le -plus tost que faire se pourra, et qu'il offre ardiment, de la part de -sa Mestresse, d'accomoder, par commune intelligence avec Vostre -Majesté, les choses d'Escoce, sans y envoyer des forces; et que mesmes -elle retirera celles qui s'y pourroient trouver de sa part, car ne me -veulent dissimuler que la dicte Dame ne soit preste d'y en envoyer, -aussitost qu'elle entendra que des estrangers y seroient descendus. -Tant y a que je ne puis pour cella changer de l'opinyon, que j'ay -desjà mandée, touchant le passage de milord de Flemy et de Mr Du Croc -par dellà, veu que ceulx cy ne cessent d'instemment presser et -solliciter ceulx de Lillebourg, desquelz ilz attandent leur responce -en brief, par le capitaine Caje, qui est encores devers eulx, et -lequel je sçay qu'a escript que l'espérance des choses, que les dicts -de Lillebourg attendent, d'heure en heure, du costé de France par -milord de Flemy et par le frère du capitaine Granges, les faict tenir -fort fermes. - -Il y a heu du combat assés rude dans les faulxbourgs du dict -Lillebourg, de quoy, et des aultres choses que le dict capitaine Caje -rapportera de dellà, j'espère, Sire, de vous en escripre bien au long -aussytost qu'il sera arrivé. Je n'avois failly, dès le IIe du passé, -par une dépesche que j'avois faicte au Sr de Vérac, de l'assurer, -touchant ces mauvais et pernicieux bruietz, qu'on faisoit courir par -dellà, qu'ilz estoient faulx et malheureusement controuvés; et je le -luy confirmeray encores par la première commodité que j'auray de luy -escripre. - -J'ay obtenu de pouvoir envoyer aulcunes besoingnes à la Royne d'Escoce -pour sa santé, mais avec condition que le messager doibve estre muet. -Je le luy ay desjà dépesché, et luy ay mandé toute la consolation, de -la part de Vostre Majesté, qu'il m'a esté possible. Sir Raf Sadeller -est desjà auprès d'elle, et me creins assés que, pendant que le comte -de Cherosbery sera icy, l'on la vueille remuer au chasteau de Herfort: -car j'entendz qu'on y a faict quelques provisions, et qu'on y envoyé -de la tapisserie, et ne voy point que, pour le bon propos où ceulx cy -sont avec Vostre Majesté, ilz monstrent nul signe de modération vers -ceste princesse, ny vers son ambassadeur, qui est fort estroictement -tenu, et bien fort mal tretté; et néantmoins la cause d'elle, et celle -du duc de Norfolc, n'ont faulte de leur support qui se manifeste en -plusieurs sortes dans ceste court, et ceulx de ce conseil en ont, à -toute heure, des adviz secretz; et voyent souvant des placartz et des -libelles diffamatoires qui s'en publient contre eulx, dont ilz vivent -en grande souspeçon et deffience les ungs des aultres. - -Cependant l'on ne laysse de presser le partement de l'ambassadeur -d'Espagne, et, parce que la responce du duc d'Alve a semblé tarder -beaucoup, l'on l'a faict acheminer à Douvres, et luy a l'on offert -d'avancer ce qu'il debvoit icy d'argent, ou bien de luy faire donner -terme, et qu'il ayt à promptement se retirer; dont Hacquens luy a -desjà mené au dict Douvres le navyre de conserve, qui est ordonné pour -son passage. Les depputés de Flandres attandent aussi la responce du -duc d'Alve. Mais il est émerveillable combien ilz offrent de grandz -partys pour retourner aux termes de l'accord, et combien il se faict -de dilligences, par ceulx du party de Bourgoigne, pour les faire -accepter; en quoy je me conduys toutjour, le plus que je puys, sellon -qu'il vous a pleu, longtemps y a, me le mander par chiffre. Et sur ce, -etc. Ce IXe jour de janvier 1572. - - - - -CCXXIXe DÉPESCHE - ---du XIIIIe jour de janvier 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du sieur Acerbo._) - - Soulèvement de l'Irlande.--Préparatifs pour le jugement du duc de - Norfolk.--Négociation des Pays-Bas.--Proposition d'un traité de - commerce entre la France et l'Angleterre. - - - AU ROY. - -Sire, j'avois espéré de vous pouvoir mander par ceste dépesche -beaucoup de nouvelles d'Escoce, mais le capitaine Caje n'est encores -de retour, ny je ne sçay point qu'aulcun corrier, despuis mes -précédentes, soit arrivé de ce costé là; dont vous parleray, Sire, -d'une aultre nouveaulté, laquelle, à ce que j'entendz, a commancé -d'aparoistre d'ung aultre endroict: c'est qu'ayant couru ung bruict, -en Irlande, comme les Anglois se préparoient d'y passer bientost en -armes pour achever la conqueste des quartiers, qui n'ont encores rendu -obéyssance à ceste couronne, et que la Royne d'Angleterre avoit déjà -distribué les terres à ceulx qui les subjugeroient, les habitans du -pays ont tenu là dessus une assemblée, en laquel l'O'Nel Tornoleur, -nepveu de l'aultre grand O'Nel, qui a heu la teste trenchée en ce -royaulme, a esté, d'ung commun accord de tous, créé capitaine et -conducteur général pour résister à l'entreprinse; de quoy il a -incontinent adverty Mac O'Nel, son parant et allié, en Escoce, qui luy -a tout aussytost dépesché troys mille Escouçoys sauvages, et encores -il luy a, de rechef, envoyé sa femme, laquelle est fille ou seur du -dict Mac O'Nel, affin qu'elle en admène plus grand nombre; et, -d'aultre part, le sir Jacmes Fitz Maurice, qui est à présent le plus -renommé capitaine de l'isle, s'est joinct à luy, avec toute sa troupe, -et le comte d'Ormont a levé de son costé quelques gens, et, sans qu'on -en sache bien l'occasion, est allé courir les terres de sir Barnabé, -au quartier de l'Est, qui est pays fertile, et habité des meilleurs -subjectz que la Royne d'Angleterre ayt par dellà, et si, a retiré le -filz du doyen de Casselz avec luy, lequel est naguyères revenu -d'Espaigne. - -Qui sont toutes choses qui donnent grande souspeçon à ceste princesse -d'une générale révolte de tout le pays, et d'une intelligence avec les -estrangers, mesmes qu'elle voyt le dict d'Ormont et le comte de -Queldrar persévérer en leur réconcillié amityé, et nul des grandz de -dellà prendre bien à cueur le meintien de sa cause, ny s'oposer à ce -qui s'y entreprend tous les jours contre elle. Dont j'estime, Sire, -que la dicte Dame, avec l'advis des principaulx de ce royaulme, -lesquelz elle a maintenant convoqués icy pour ung aultre affaire, -advisera de pourvoir à cestuy cy. - -Ceste convocation, à ce que j'entendz, Sire, n'a esté projectée pour -aultre effect, sinon affin que, par la présence de ce grand nombre de -la noblesse, il semble que la procédure contre le duc ayt à aparoir -plus juridique et les loys du pays mieulx observées. Mais l'on voyt la -poursuyte en estre si artifficieuse et violente qu'un chacun s'en -esbahyt, dont plusieurs placartz s'en publient contre milord de -Burgley pour le cuyder intimider, mais il ne s'arreste pour cella, ny -je ne croy pas qu'on oze attempter rien davantage contre luy. - -Le comte de Sussex a monstré, à ce qu'on dict, de porter ouvertement -la cause du dict duc, et qu'il en est devenu assés suspect en la -court, mais il a toutjour sagement excepté le crime de lèze majesté, -au cas qu'il s'en trouvast atteint, car il seroit allors le plus -mortel de tous ses adversaires, mais aultrement qu'il se déclaroit -estre tout oultre son amy; et c'est à demein, Sire, qu'on estime que -le dict duc sera mené en jugement, dont bientost s'entendra la -résolution de son faict. - -Les depputés de Flandres, en attendant la responce du duc d'Alve, ont, -par l'adviz de ceulx qui favorisent icy l'alliance de Bourgoigne, -présenté à ceulx de ce conseil de nouveaulx articles pour leur offrir -de satisfaire à toutz les poinctz, sur lesquelz ilz monstroient fonder -les principalles occasions de se départir de l'accord; mais, encores -hier, ilz n'avoient impétré rien de mieulx que de pouvoir, quant aux -merchandises d'Espaigne, retenir celles qui seroient de bonne vente en -ce royaulme pour estre débitées par eux mesmes en ce que les deniers -seroient mis ez mains des Angloys; et, quant à celles qui ne seroient -propres pour icy, qu'ilz les peussent transporter ailleurs, après -estre apréciées, en bayllant caution d'eu rapporter, dans quatre -moys, le payement; et, quant aux deniers qui estoient en espèces, -qu'ilz n'en parlassent ung seul mot au nom du Roy d'Espaigne, parce -qu'on avoit résolu d'en convenir avec les seulz Gènevois à qui ilz -apartenoient. Aujourdhuy les dicts depputés vont présenter à ceste -princesse une lettre du duc d'Alve, laquelle l'homme, que monsieur -l'ambassadeur d'Espaigne luy avoit dépesché, a aportée, et en a aporté -une aultre au dict ambassadeur pour se pouvoir retirer: nous verrons -ce qui succèdera. - -Les marchandz de Londres sont après à dellibérer sur l'offre que -Vostre Majesté leur faict d'accommoder leur traffic en France, et -bientost ilz m'en doibvent donner responce. Il y a aulcuns notables -personnages qui trectent icy d'acorder le faict de Portugal et de -Venise, pour retourner à l'accoustumée commerce que ce royaulme avoit -avec l'ung et l'aultre pays, ainsy qu'on faysoit auparavant, et semble -que cella succèdera. Sur ce, etc. - - Ce XIVe jour de janvier 1572. - - - - -CCXXXe DÉPESCHE - ---du XVIIIe jour de janvier 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Audience.--Bon accueil fait en France à Me Smith.--Affaires - d'Écosse.--Négociation du mariage.--Condamnation du duc de - Norfolk.--Communication importante faite sous serment, à la - reine d'Angleterre, au nom du duc d'Anjou. - - - AU ROY. - -Sire, vostre dépesche, du troysiesme de ce moys, m'est arrivé le -XIIIIe, et, le jour après, je suis allé saluer la Royne d'Angleterre -de voz meilleures et plus cordialles recommandations, et luy prier le -nouvel an bon et bien heureulx de la part de Voz Majestez; puis luy ay -compté l'arrivée de Mr Smith à Amboyse, et l'ordre qu'aviez donné, -Sire, de l'envoyer rencontrer bien loing par Mr de Mauvissière, et -encores de le faire recepvoir près de la cour, et le conduyre en son -logis, par Mr de Rostein, avec commission, à ung de voz maistres -d'hostel et voz officiers, de le bien tretter, tant qu'il y sera; de -sorte que je la pouvois assurer que son ambassadeur avoit esté le bien -venu, et avoit esté receu avec toute faveur; et que, dans ung jour ou -deux, vous espériés, Sire, de l'ouyr avec dellibération de vous -monstrer très correspondant à tout ce que pourriés comprendre, par son -dire, qui seroit du desir et bonne intention de la dicte Dame. - -Elle a prins en merveilleusement bonne part ce propos, qui a esté -meilleur qu'elle ne l'espéroit, car, sur une lettre qu'ung des siens, -qui est par dellà, luy avoit naguyères escripte, l'on luy interprétoit -que ceste légation ne seroit ny bien receue ny bien respondue; dont -m'a pryé de croyre qu'elle ne doubtoit plus qu'elle n'eust cest an -bien bon, puisque Voz Majestez le luy envoyoient donner, et que, de -par elles, elle l'acceptoit pour tel de fort bon cueur, et prioit Dieu -que en semblable il le vous voulût donner, et plusieurs aultres après, -très-bons et bien combles de toute félicité, et qu'elle vous rendoit -toutes les grâces, qu'elle pouvoit, de l'honneur et bonne chère que -faisiés à son ambassadeur, duquel elle s'assuroit que n'entendriés -chose aulcune qui ne fût pour vous contanter. - -J'ay suivy à luy dire, Sire, que, sur l'arrivée de son ambassadeur, -celluy d'Escoce et les Escoçoys vous estoient venus faire une -recharge, comme de coustume, pour l'accomodement de leurz affères, et -que Vostre Majesté les avoit priés d'avoir encores ung peu de patience -jusques à ce qu'on vît que pourroit réuscyr de la conclusion de ce -tretté; et que vous desireriés bien fort que, cependant, pour aulcunes -occasions bien considérables, la dicte Dame voulût ordonner quelque -relasche à la Royne d'Escoce du resserrement et rigueur qu'elle luy -faysoit tenir, et pareillement à son ambassadeur: et qu'elle voulût -aussy qu'il se moyennast une suspencion d'armes entre les Escoçoys, -pour laquelle, s'il luy playsoit qu'il se fît une dépesche en commun à -ceulx des deux partys, je serois prest, à toute heure, de leur -escripre au nom de Vostre Majesté. - -A ces propos elle m'a soubdain respondu qu'après que vous auriez ouy -Mr Smith, elle vouloit bien laysser à Voz Majestez de juger quel -trettement la Royne d'Escoce avoit mérité d'elle, et si l'évesque de -Roz n'avoit pas déservy le gibet, duquel elle me vouloit dire, tout -franchement, qu'il n'en estoit nullement hors de danger; et, quant aux -Escouçoys, que milord d'Housdon luy avoit escript qu'ilz estoient en -termes de prendre entre eulx une suspencion pour six sepmaines, et que -ceulx de Lillebourg persistoient toutjour à requérir ung raysonnable -accord: dont elle avoit commandé à deux de ses conseillers de réduyre -par chapitres leurs demandes, affin de les mettre en dellibération, et -que, puis après, elle feroit tout ce qu'il luy seroit possible pour -les leur faire accorder, sans toucher à rien qui peût préjudicier à -vostre alliance; mais, Sire, ny elle, ny ceulx de son conseil ne m'ont -voulu rien respondre, touchant y faire une dépesche en commun. - -J'entendz que l'ung et l'aultre party vont temporisant, et qu'ilz -mènent assez doulcement la guerre, et qu'il semble qu'on ayt icy -opinyon que le Sr de Vérac a maintenant plus d'intelligence avec ceulx -d'Esterlin qu'avec ceulx de Lillebourg. Je suys après à luy faire -tenir, en ung chiffre qui est commun entre nous, le contenu de voz -lettres que luy adressés, et ce que, d'abondant, m'avez commandé de -luy escripre. - -Après ce dessus, j'ay faict entendre, mot à mot, à la dicte Dame, en -la façon que je mande en la lettre de la Royne, l'advertissement de -Monseigneur, duquel n'est pas à croyre combien ceste princesse a -monstré qu'elle luy en sçavoit ung merveilleusement bon gré, et -qu'elle en sçavoit encore ung bien fort grand à Voz Majestez; et a -rapporté tout ce qu'elle a peu de ses meilleures parolles et de ses -contenances ensemble pour me faire veoyr qu'elle s'en tenoit -infiniement redevable à luy et bien fort obligée à toutz troys, et que -c'estoit une obligation de laquelle elle ne perdroit jamais la -mémoyre; bien vous suplioit, Sire, puisqu'aviez commancé d'avoir ung -si grand soing de son bien, qu'il vous pleût de le continuer, et de -croyre qu'elle, de sa part, feroit pour vous, en toutes partz qu'elle -pourroit du monde, ung très bon guet sur tout ce qui seroit du salut -de vostre personne et de la conservation de vostre grandeur; et que, -ne pouvant exprimer la consolation et contantement qu'elle sentoit en -son cueur de la concurrence de Voz Majestez avecques Monseigneur sur -ung si grand et si charitable office qu'il avoit uzé vers elle, et -attandant qu'elle vous en peult monstrer une meilleure recognoissance, -elle vous supplioit d'accepter celle d'ung mercys, que cependant elle -vous en rend le meilleur et le plus grand qu'il luy est possible de le -dyre ny penser. - -Je vous puys assurer, Sire, que, quelz moyens que la dicte Dame -tiegne de pourvoir maintenant là dessus, qui ne sont petits, elle -faict en sorte qu'on ne peut ny souspeçonner ny sentir d'où cella est -venu; qui verrés, Sire, ce que j'en mande davantaige par la dicte -lettre de la Royne, vostre mère, et par celle de Mon dict Seigneur, -ausquelles me remettant; je adjouxteray au surplus, icy, comme le duc -de Norfolc a esté, dès hier, mené en jugement devant les payrs, non -sans grande creinte de sédition par la ville, quand on l'a conduict à -Ouestmester, mais l'on avoit mis beaucoup de gens en armes par toutes -les rues, et redoublé les gardes au logis de la Royne, et encores, -pour plus de seurté, il a esté mené par eau. J'espère que bientost -s'entendra toute la résolution de son faict, qui, je croy, sera de sa -ruyne. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de janvier 1572. - - Tout à ceste heure, l'on me vient de mander que le dict duc est - condampné à mourir. - - - A LA ROYNE. - -Madame, l'ordre, que j'ay tenu en l'avertissement que Monseigneur m'a -commandé de donner, à la Royne d'Angleterre, a esté que, sans monstrer -de luy avoir à dyre rien de plus espécial que de coustume, après -quelques discours d'aulcunes aultres choses ordinayres, je luy ay dict -que je voulois parler plus bas sur tout ce qui me restoit à luy -remonstrer, affin qu'il ne fût entendu que d'elle seule; dont elle a -commandé incontinant d'aporter ung tabouret, et m'ayant mené assoyer -près d'elle en un coing de sa chambre privée, j'ay suivy mon propos en -ces propres termes: - -Que Monseigneur avoit, ces jours passés, pryé Voz Majestez Très -Chrestiennes de luy permettre qu'il peût donner à la dicte Dame ung -advertissement, qu'il avoit naguyères heu de bon lieu, d'ung certein -faict qui touchoit grandement la personne d'elle; et qu'il se sentoit -avoyr tant d'obligation à la bonne opinyon qu'elle avoit heu de luy, -pour l'honneur qu'elle luy avoit faict de le vouloyr espouser, qu'il -ne seroit jour de sa vye qu'il ne se mict en tous les debvoirs qu'il -pourroit pour le recognoistre, encores qu'il y courust l'empeschement -de sa fortune et le dangier de sa propre vye, et qu'ilz ne le -verroient jamais estre bien à son ayse qu'il n'eust accomply ce bon -office vers elle. - -Sur quoy Voz Majestez, ayant considéré que la requeste de ce prince, -vostre filz et frère, procédoit de la générosité de son cueur, et -d'une honneste affection de se vouloir monstrer non ingrat des -obligations qu'il avoit à une si grande et si vertueuse princesse, -après en avoir entendu la particullarité, non seulement aviez trouvé -bon de luy permettre d'en uzer comme il l'auroit en desir, mais -l'aviez conforté et conseillé de le faire; en quoy elle pouvoit -comprendre combien vous concouriés tous troys, voyre le quatriesme qui -n'en estoit nullement séparé, à vouloir sa conservation et son bien; -et seulement Voz Majestez avoient prescript et enjoinct à Mon dict -Seigneur que nul aultre, sinon elle seule, peût sçavoir que -l'advertissement vînt de luy, ny que le Roy et Vous, Madame, luy -eussiés conseillé de le luy mander, et que Voz Majestez me -conjuroient, en la foy et obéyssance de loyal subject et serviteur, et -sur ma vye, de le luy dire à elle seule tant en secrect, et de faire -qu'il fust tenu si secrect à tous aultres, que je la supplioys très -humblement ne trouver mauvais que je prinse sa parolle et sa promesse, -et mesmes son sèrement, en foy de princesse royalle, chrestienne, -pleyne d'honneur et de vérité, qu'elle ne diroit jamais à nulle -personne du monde qu'elle eust heu les advis de Mon dict Seigneur, ny -par ordre de Voz Majestez, ny que moy, vostre ambassadeur, luy en -eusse parlé; car cella ne luy serviroit de rien, et pourroit, en -plusieurs sortes, nuyre et estre de grand préjudice aulx deulx frères, -et encores à vous, qui estes la mère. - -La dicte Dame, avec une merveilleuse attention et avec ung incroyable -desir de sçavoir que c'estoit, m'a incontinant promis qu'elle ne le -révelleroit à créature vivante, ny n'en communicqueroit rien, ny près -ny loing, à nulz de ses plus inthimes conseillers; et me l'ayant -ainsy, avec les deux mains ellevées, et puis, avec la droicte sur -l'estomac, confirmé par serment, j'ay suivy à luy dire que je luy -monstrerois la propre lettre de Mon dict Seigneur, affin qu'elle -mesmes vît tout ce qu'il m'en mandoit, et aynsy je la luy ay leue fort -distinctement; qui n'a esté sans qu'en son visage n'ayt aparu de -l'émotion et du changement, non tant pour l'indignation du mal qu'elle -oyoit estre préparé contre elle, que pour le contantement et plésir -qu'elle sentoit en son cueur de ce bon office de Mon dict Seigneur, et -de ce que Voz Majestez le luy aprovoient. Et sur cella, Madame, vous -verrez en la lettre du Roy, et encore en celle de Mon dict Seigneur, -les honnestes responces qu'elle m'a faictes, et que c'est, à ce coup, -que vous l'avez tenue et réputée à bon esciant pour propre fille, et -qu'elle vous a expérimentée pour sa très bonne mère, et que pour telle -vous recognoistra elle et vous honnorera à jamais, et aura sa vye en -plus d'estime pour la sentyr chérye et bien voulue de telz princes. - -Il semble, Madame, que cest office, lequel ne peust estre jugé que -très honneste, et royal, et bien fort humein, aura proprement -produict l'effect que desirez, principallement pour Mon dict Seigneur, -et puys pour Voz Majestez, et pour le bien de voz affères; car ayant -la dicte Dame desiré de voyr une segonde foys la dicte lettre, et la -luy ayant baillée à lyre, elle a monstré, par toutes ses contenances -et par toutes ses parolles, d'en avoyr ung si grand contentement que -je ne puys dire, Madame, sinon qu'elle se tient la plus redevable -princesse de la terre à luy et très obligée à tous troys: seulement -elle s'est ung peu arrestée au premier article de la dicte lettre, et -m'a dict qu'il sembloit que Mon dict Seigneur n'espérât plus au -mariage, et qu'il le tînt pour tout rompu. - -Je luy ay dict qu'elle sçavoit bien auquel il avoit tenu, mais que -tant plus debvoit elle réputer, à ceste heure, l'affection de Mon dict -Seigneur avoir esté toutjour très honnorable et très honneste, et -vuyde de toute aultre sorte d'ambition que celle de ses bonnes grâces. -Elle m'a, de rechef, demandé si, à la dathe de mes lettres, Mr Smith -avoit desjà esté ouy, et luy ayant respondu que j'estimois que non, -elle n'a plus suyvy le propos. Sur lequel il me reste, Madame, de -supplyer très humblement Vostre Majesté de croyre, et de demeurer très -fermement persuadée que, depuis le partement de Mr de Foix, je ne me -suis advancé de parler icy ung tout seul mot en ceste matière, sinon -ainsy que le Roy, ou Vous, ou Mon dict Seigneur, me l'avez escript, -qui est en substance qu'ayant Voz Majestez veu les articles elles -n'avoient voulu assoyer aulcun certein jugement sur iceulx, attandant -le personnage d'honneur de ce conseil que la dicte Dame vous voudroit -envoyer, et rien davantage; qui est bien loin de ce qu'on vous a -rapporté, et encores plus esloigné de la présomption que j'aurois -uzée trop grande, si j'avois passé plus avant, qui espère n'en uzeray -jamais de semblable. Sur ce, etc. - - Ce XVIIIe jour de janvier 1572. - - - - -CCXXXIe DÉPESCHE - ---du XXVe jour de janvier 1572.-- - -(_Envoyée jusques à la court par Jacques, le chevaulcheur._) - - Détails circonstanciés sur la condamnation du duc de - Norfolk.--Déclaration faite par le duc après la lecture de la - sentence.--État de la négociation avec - l'Espagne.--Audience.--Réponse du roi sur l'article de la - religion, concernant le mariage du duc d'Anjou; rupture de - cette négociation.--Communication secrète faite à Burleigh de - la proposition du mariage du duc d'Alençon avec Élisabeth. - - - AU ROY. - -Sire, ainsy que je vous ay mandé, par mes précédentes du XVIIIe du -présent, le duc de Norfolc a esté condempné à mourir, ayant néantmoins -si bien respondu à tout ce qu'on luy imputoit, d'entre la Royne -d'Escoce et luy, que l'accusation en a esté trouvée assez légère, ny -l'on ne luy a touché ung seul mot des deux mil escuz, que j'avois -baillé à son secrettaire; mais il ne s'est peu bien desmeler des -pratiques qu'on luy a allégué que Ridolfy avoit menées, entre le duc -d'Alve et luy, pour impétrer de l'argent du Pape, et des forces du Roy -d'Espaigne, affin de faire une descente en Norfolc en faveur de la -susdicte Royne d'Escoce. Il est vray qu'il a fermement soubstenu qu'il -n'en avoit jamais rien sceu, et que les lettres du Pape et du duc -d'Alve, lesquelles l'on luy a produittes, ne l'en pouvoient -aulcunement arguer. Tant y a que, sur la déposition de ses deux -secrettaires et de l'évesque de Roz, le jugement de rigueur s'en est -ensuyvy, lequel, après luy avoir esté prononcé par le comte de -Cherosbery, avec l'estonnement d'un chacun, et avec le regret infiny -des meilleurs, et généralement de tout le peuple, il a, d'ung visage -bien serein et constant, respondu tout haut:--«Que, devant Dieu et en -sa conscience, il demeuroit très justiffié de tout ce qu'on luy -mettoit sus, et qu'il estoit très fidelle et aultant loyal subject de -la Royne, sa Mestresse, et de sa couronne, que nul gentilhomme du -monde le pouvoit estre; mais, puisque les hommes l'opinoient -autrement, et le jetoient hors de leur compagnie, qu'il n'y avoit plus -de regret, s'asseurant que Dieu le recepvroit en la sienne pour y -estre à repos; seulement pryoit les juges, ses payrs, d'intercéder -vers la Royne pour ses enfans, et pour la récompense de ceulx qui -l'avoient servy, et pour le payement de ses debtes.» Et ainsy a esté -ramené en la Tour, où l'on parle que l'exécution s'en fera vendredy -prochein. Et, quant à ses biens, j'entendz que les meubles sont -confisqués, et que les immeubles restent au comte de Seurey, son filz, -qui demeure encores le plus riche seigneur d'Angleterre. - -L'on est attandant comme l'on procèdera contre les aultres, qui sont -aussy prisonniers, desquelz, parce que je creins bien fort qu'on aille -à toute extrémité contre l'évesque de Ross, je vous supplye, très -humblement, Sire, de remonstrer, ou faire remonstrer, à Mr Smith que -vous desirez que son privilège invyolable d'ambassadeur luy soit -gardé, affin qu'il le mande ainsy à sa Mestresse, ou, s'il vous plaist -d'en escripre promptement une lettre expresse à elle mesmes, je -mettray peine de l'employer pour sa conservation, avec le plus -d'efficace qu'il me sera possible. - -Sur la condempnation du dict duc, les souspeçons et deffiences ont -tant augmenté, qu'on a envoyé faire une vysite générale pour voyr -quelz étrangers il y avoit en ceste ville; depuis quand ilz y estoient -venuz? quelz armes ilz avoient? de quelle nation et de quelle religion -ilz estoient, et à quelle église ilz alloient? et l'on a prins deux -italiens qui, depuis quinze jours, estoient passez de Flandres icy, et -aussy des angloys souspeçonnés d'avoir conjuré la mort de milord de -Burgley. - -Au surplus, Sire, je comprins l'aultre jour, par un propos de la Royne -d'Angleterre, que le Sr de Sueneguen, principal depputé de Flandres, -luy estoit venu, de la part du duc d'Alve, dire la nouvelle des -couches de la Royne d'Espaigne, et comme le Roy, son Maistre, avoit -soubdein dépesché ung courrier pour en advertyr l'Empereur et n'avoit -heu loysir d'en rien escripre à elle, ny de luy faire la conjouyssance -du filz que Dieu luy avoit donné, mais qu'il avoit mandé au dict duc -de faire, en son nom, l'ung et l'aultre office, à quoy il n'avoit -voulu fayllir; et que la dicte Dame avoit respondu qu'elle se -resjouyssoit de ceste prospérité du Roy d'Espaigne, mais non de la -façon qu'il la luy faysoit sçavoir, et que, puisqu'il avoit dépesché -si loing ung courrier exprès pour cella, il le pouvoit avoyr retardé, -ung moment d'heure, pour luy en escripre aultant que le dict duc luy -en mandoit. J'entendz que le dict depputé l'a pryée de vouloir -permettre à l'ambassadeur d'Espaigne et à luy, qu'ilz puissent -séjourner icy, jusques à ce qu'ilz ayent receu nouvelles du Roy, leur -Maistre, à quoy elle a respondu que, dans quatre jours, elle leur en -feroit sçavoir son intention, mais l'on me vient dire que, de nouveau, -elle a faict commander au dict sieur ambassadeur de partyr, lequel -estoit à Canturbery avec vingt hommes de garde à ses despens, et -qu'elle a faict ramener icy son mestre d'ostel prisonnier, comme -coupable de la conjuration contre milord de Burgley. Il semble que la -dicte Dame ayt advis que, en Hespaigne, l'on a de nouveau faict arrest -sur les Angloys et sur leurs marchandises, et que mesmes l'on y a -arresté des françois et des flammans qui les leur couvroient et leur -prestoient le nom; tant y a que la vente des marchandises d'Espaigne, -qui estoient icy en arrest, a esté publiée en termes, à la vérité, -assez gracieulx, mais dont l'exécution ne peult sembler que rude et -odieuse à ceulx à qui elles appartiennent. Le dict Sr de Sueneguen -m'est venu visiter, despuis deux jours, qui m'a dict qu'il espère -demeurer icy agent, et, possible, y estre continué ambassadeur pour le -Roy Catholique. - -J'ay receu, en mesme temps, par l'homme de Me Smith et par Jacques le -chevaulcheur, troys lettres de Vostre Majesté, l'une du VIIe et IXe du -présent, et les deux aultres des Xe et XIe; sur lesquelles ayant esté -vysiter cette princesse, elle m'a bien voulu monstrer qu'elle avoit -receu ung singulier plésir d'entendre, par la dépesche de Me Smith, ce -qui s'estoit faict et qui se faysoit pour la réception et bon -trettement de son ambassadeur; ensemble ce qui s'estoit passé en ses -premières audiences; de quoy elle s'estimoit avoyr une très grande et -perpétuelle obligation à Voz Majestez, mais s'esbahyssoit par trop de -la déclaration que Voz dictes Majestez luy avoient faicte bayller sur -le faict de la religion, en termes si peu accordables qu'elle ne -l'heût jamais ainsy pensé, ny espéré, et que c'estoit une manifeste -ropture, sur laquelle elle avoit à se douloyr non de Voz Majestez, car -le dict Sr Smith luy avoit mandé le regret que vous y aviez, ny de -Monseigneur, car ne le vouloit réputer inconstant, mais de ceulx qui -de longtemps avoient préparé leurz conseils et artiffices contre ce -propos, me demandant si j'avois veue la dicte déclaration. A quoy luy -ayant faict semblant que non, elle me l'a faicte apporter par milord -de Burgley, et lors je luy ay ramantu ce qui s'estoit passé jusques à -la responce qu'elle avoit faicte au Sr de Larchant; sur laquelle ceulx -du conseil de Vostre Majesté, d'une voix, avoient lors faicte la dicte -déclaration, ainsy que Mr de Foix la luy estoit despuis venue -apporter, et l'avoit déclarée à ceulx de son conseil. - -Sur quoy la dicte Dame a uzé de beaucoup de réplicques de diverses -sortes, mais la principalle a esté qu'on luy avoit toujour faict -accroyre que Monsieur, si elle temporisoit, condescendroit enfin à se -passer de l'exercice de sa religion. Et me suis licencié en la -meilleure sorte que j'ay peu d'elle, non sans qu'elle ayt monstré du -regret beaucoup que les choses en fussent venues à ce point, mais -qu'elle estoit néantmoins fort disposée à passer oultre à contracter -une bien estroicte intelligence avec Vostre Majesté. Nous avons devisé -de l'accident de dom Francès d'Alava, lequel elle croyt estre noyé, et -que néantmoins, s'il estoit saulvé du naufrage, et retiré en quelque -endroict de ce royaulme, qu'elle m'en feroit incontinant sçavoir des -nouvelles. Sur ce, etc. Ce XXVe jour de janvier 1572. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, après avoyr, mardy dernyer, esté ung long temps avec la Royne -d'Angleterre et ung bon espace avec le comte de Lestre, milord de -Burgley et moy nous sommes retirez seulz en une chambre, à part, où, -après d'aultres devis, je luy ay touché celluy du propos qui vous a -esté ouvert de Monseigneur le Duc, votre filz, pour la Royne, sa -Mestresse; et que Vostre Majesté me commandoit de le communiquer à luy -seul et à nul aultre de ce royaulme, et de me conduyre en icelluy -sellon qu'il me le donroit par advis et conseil: dont je le pryois me -dire en quoy, et comment, et par où, il luy sembleroit advis que je -debvrois commancer. - -Il m'a incontinant demandé si j'en avois touché quelque mot à la -Royne, sa Mestresse. Je luy ay respondu que non.--«Il faut donc, ce -m'a il dict, que nous jurions, l'ung à l'aultre, qu'il n'en viendra -rien à la cognoissance d'homme du monde, jusques à ce que nous nous -serons accordés du moyen comme il le fauldra réveller.» A quoy luy -ayant dict que j'en avois assés exprès commandement de Vostre Majesté -pour ne debvoir différer d'y adjouxter mon serment, il a suyvy à dire -que Me Smith luy en avoit escript en fort bonne sorte, et que, suyvant -cella, n'y avoit pas vingt quatre heures que, devisant devant sa -Mestresse de la déclaration de Monsieur touchant la religion, il -s'estoit advancé de faire mencion de Monsieur le Duc, par forme de -demander quel aage il avoit, à quoy quelcun avoit soubdein respondu -que cella ressembleroit plustost une mère qui gouverne son filz, que -non pas ung mary auprès de sa femme, et qu'il n'avoit ozé lors rien -réplicquer; dont, pour mettre quelque fondement en ce propos, encor -qu'on luy eust bien dict que Monsieur le Duc n'avoit qu'ung an et demy -moins que Monsieur, il luy sembloit néantmoins que je feroys bien de -recouvrer la date du jour et heure de sa nayssance, la merque de sa -haulteur, et que luy, de son costé, travailleroit à deux choses: -l'une, de s'informer des meurs et condicions de Mon dict Seigneur le -Duc, affin d'en parler avecques vérité à celle qu'il ne vouloit ny -devoit aulcunement tromper; l'aultre, de regarder les moyens comme -pouvoir transférer en luy le propos de Monseigneur, avec l'honneur et -réputation, et mesmes avec quelque apparante occasion que cella seroit -advenu pour l'advantage et commodicté de sa Mestresse et de son -royaulme; car me vouloyt bien dire qu'elle avoit uzé de violence -contre elle mesmes en la résolution de se maryer, pour la seule -réputation de l'estime, valeur et perfections de Monsieur, dont -n'estoit sans grande difficulté comme luy debvoir proposer maintenant -ung aultre party. - -Je luy ay respondu que ses considérations me sembloient fort louables -et pleynes de rayson, néantmoins que ce nouveau propos estoit si -semblable et germein du premier qu'il n'y avoit aultre différance, -sinon qu'en Monseigneur le Duc commançoit de reluyre les vertus, -desquelles Monsieur, qui est son ayné, avoit desjà monstré -l'esplandeur par toute la Chrestienté; et qu'affin qu'il vît en quoy -pouvoit mieulx, que sur ma simple parolle, appuyer ce qu'il feroit en -cest affaire, je luy vouloys monstrer le propre escript de vostre -mein, lequel, Madame, il a incontinant leu avec le surplus de la -lettre, et a fort curieusement considéré toutes les particullarités -qui y estoient; puys, s'estant levé, a fort humblement, le bonnet à la -main, remercyé Vostre Majesté de la confiance que monstriez prendre de -luy, et que Dieu sçavoit l'affection qu'il avoit heu au propos de -Monseigneur, et comme il avoit esté, toute la nuict, quand la -déclaration par escript estoit arrivée, sans pouvoir dormir, et qu'il -en veilleroit plusieurs aultres pour servir maintenant à cestuy cy; -et qu'il manderoit à Me Smith tout ce de quoy, avant le retour de son -homme, il cognoistroit estre besoing de luy faire sçavoir. - -Qui est, Madame, toute la substance de ce que je vous en puis, pour ce -coup, escripre, car seroit long de vous racompter les aultres -argumentz et persuasions, dont je luy ay uzé; qui n'ay obmis rien de -tout ce qui pouvoit servir pour luy faire prendre toutes les bonnes -espérances du monde de Monseigneur le Duc, pour monstrer l'advantaige -et seureté qui viendroit à ceste princesse de l'épouser, et la -récompense que luy et les siens s'en pouvoient promettre, s'il -conduysoit le propos à sa perfection. Seulement je adjouxteray icy, -Madame, que le Sr de Quillegrey, encor qu'il soit beau frère du dict -milord de Burgley, il est néantmoins tant obligé et dévot serviteur du -comte de Lestre, que je ne pense pas qu'il luy ayt cellé ou qu'il luy -celle longtemps l'ouverture de ce propos, dont je creins qu'il se -tiendra offancé de ce que ne le luy aurés faict communiquer, car faict -profession de se monstrer parcial pour la France: tant y a que Vostre -Majesté en uzera, sellon qu'elle verra estre le plus expédient. Bien -vous suplye, Madame, de faire ordonner quelque chose pour honnorer et -gratiffier luy et milord de Burgley de quelque présent de Voz -Majestez. Et sur ce, etc. Ce XXVe jour de janvier 1572. - - - - -CCXXXIIe DÉPESCHE - ---du dernier jour de janvier 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer._) - - Desir d'Élisabeth de continuer la négociation du traité - d'alliance avec le roi.--Sursis à l'exécution du duc de - Norfolk.--Pacification de l'Irlande.--Nouvelles - d'Écosse.--Départ de l'ambassadeur d'Espagne, qui a quitté - l'Angleterre.--Sollicitations des députés des Pays-Bas pour - renouer les négociations.--Explications données par le duc - d'Albe, au nom du roi d'Espagne, qui consent à rappeler son - ambassadeur.--Négociation avec le Portugal au sujet des prises. - - - AU ROY. - -Sire, ayantz les principaulx de ce conseil esté, deux et trois jours, -aux champs à se récréer de la peyne et extrême sollicitude qu'il leur -avoit convenu prendre pour mener le duc de Norfolc en jugement, et -après qu'ilz ont esté de retour, ilz ont desiré encores quelque loysir -pour penser sur la dernière dépesche qui estoit arrivée de France, -affin d'en pouvoir mieulx dellibérer; ce qui a faict que l'homme de Me -Smith a esté d'aultant retardé, mais enfin ilz l'ont dépesché mardy au -soyr: et m'a l'on asseuré, Sire, qu'ilz ont mandé au dict Sr Smith de -continuer le tretté, et que ceste princesse et eulx se sont de nouveau -résolus de conclure, s'il leur est possible, une bien estroicte -confédération avec Vostre Majesté. J'espère que la dicte Dame n'aura -obmis d'adresser au dict Sr Smith des lettres, qu'elle m'a dict -qu'elle vous vouloit escripre de sa main, affin de remercyer -Monseigneur de son advertissement et pareillement Voz Majestez, et -vous suplier tous troys de prendre une semblable confience d'elle -qu'elle avoit trouvé en vous, et de vous asseurer, pour jamais, de sa -bonne et droicte intention en tout ce qui vous touchera, et à tous -ceulx de vostre couronne. Il se pourra comprendre, Sire, par les -dictes lettres en quelle disposition elle est maintenant, car j'ay -clèrement cognu, ceste dernyère foys que j'ay parlé à elle, que ses -propos ne m'ont esté si francs, ains beaucoup plus réservés que de -coustume, bien qu'elle n'a layssé de me continuer les mesmes termes, -de se vouloyr perpétuer en vostre amityé; et je croy que les besoings -de ses affères, l'y contreindront, et la feront passer oultre au -tretté, si, d'avanture, il est bien poursuivy, et si l'on presse de le -mener bientost à quelque conclusion. - -La mère du duc de Norfolc et milord Thomas Havart sont venuz icy -supplyer pour la vye de leur filz et nepveu, mais ilz n'ont encores -rien impétré; il est vray que l'exécution demeure en suspens. Et -cependant ceste princesse faict toute la faveur qu'elle peut au comte -de Cherosbery pour le cuyder retenir en sa cour, ce qui ne viendroit -bien à propos pour la Royne d'Escoce, car l'on la commettroit en -garde, à quelque autre qui, possible, ne seroit tant homme d'honneur -comme luy. - -Les choses d'Yrlande se sont ramandées despuys l'aultre jour, car les -saulvages monstrent de ne vouloyr rien remuer cest yver, et maistre -Fuiguillen, lieutenant de ceste Royne, a renforcé les garnisons de -toutz les fortz de la palyssade, et a accommodé le différent d'entre -le comte d'Ormont et le ser Bernabey; et asseure fort que, si la dicte -Dame luy envoye les deniers, et les hommes, et les monitions qu'elle -luy a promis, qu'il luy rendra le pays paysible et bien assuré; -néantmoins elle y sent beaucoup plus de difficulté que l'aultre n'en y -voyd. - -J'entendz que ceulx d'Esterling ont mandé à la dicte Dame que le -service de leur jeune Prince ne peut requérir qu'ilz octroyent aulcune -suspencion de guerre à ceulx de Lillebourg, et que pourtant ilz la -prient de leur envoyer l'argent et forces qu'elle leur a promis. A -quoy l'on m'a assuré qu'elle leur a desjà respondu qu'elle est -dellibérée de n'entendre en rien de leurz affères, ny pour l'ung ny -pour l'aultre party, qu'elle ne les voye en quelque abstinence -d'armes; tant y a que je sçay qu'elle prépare d'y dépescher, du -premier jour, le maréchal Drury; et je mettray peyne de sçavoyr quelle -commission il emportera. - -Il y a ung moys qu'on n'a heu icy aulcunes nouvelles de Bruxelles, -mais l'on n'a layssé, pour cella, de faire embarquer l'ambassadeur -d'Espaigne et le repasser de dellà, lequel j'entendz qu'il a abordé à -Callays, et l'on a retenu icy son maistre d'ostel prisonnier. Les -depputés de Flandres poursuyvent toutjour l'accord, et mettent -plusieurs nouveaulx expédientz en avant, tant sur le faict des -marchandises que sur les deniers; en quoy ilz ne sont si bien -respondus qu'ilz desireroient, ny comme aulcuns de ce conseil le leur -avoient faict espérer, bien qu'ilz ayent voulu faire ung grand -fondement sur ce que le duc d'Alve, par sa dernière lettre qu'il a -escripte à ceste princesse, luy a mandé que l'occasion, pour laquelle -le Roy, son Mestre, avoit différé de luy respondre sur la révocation -du dict ambassadeur, estoit pansant qu'il se fût si bien purgé des -choses qu'elle se pleignoit de luy, qu'il en fût demeuré bien rabillé -vers elle, ou bien qu'ayant cessé de n'en plus uzer vers elle, elle -eust modéré son courroux en son endroict, mais puysqu'elle vouloit en -toutes sortes qu'il partît de son royaulme, qu'il luy mandoit de s'en -venir, la priant de permettre au Sr de Sueneguen qu'il peût cepandant -tenir son lieu jusques à ce que le Roy, son Mestre, y heût pourveu -d'un aultre ambassadeur; car l'assuroit qu'il la vouloit honnorer et -aymer, et luy complayre entièrement, sans se départir jamais de -l'ancienne confédération et bons trettés d'entre les maysons -d'Angleterre et de Bourgoigne. Sur quoy, à la vérité, la dicte Dame et -ceulx de son conseil ont faict de si béningnes responces, que les -dicts depputés ont esté quelques jours en fort bonne opinyon de leurs -affères, et ont cuydé qu'on dépescheroit incontinant ung milord devers -le Roy d'Espaigne, mais il ne s'en parle plus. Et, depuis huict jours, -mestre Huinter est revenu de la mer, qui a admené troys navyres -d'Espaigne bien riches, tous chargés de leynes, qu'il dict avoyr -recous des pirates, lesquelz, en lieu de les rendre, l'admiral -d'Angleterre a obtenu qu'il les puisse, avec quelque argent, retyrer -du dict Huynter, et qu'il en accordera, puis après, avec les dicts -subjectz du Roy d'Espaigne, qui est ung acte qui offence griefvement -les dicts depputés. - -Cepandant le cavailier Geraldy poursuit d'accommoder le faict de -Portugal, et desjà la pluspart des articles en sont accordés, qui -n'est sans avoyr bien estréné aulcuns de ceulx qui gouvernent; et par -là ceulx cy estiment qu'ilz se pourront passer du commerce d'Espagne. -Sur ce, etc. - - Ce XXXIe jour de janvier 1572. - - - - -CCXXXIIIe DÉPESCHE - ---du Ve jour de febvrier 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Poterne._) - - Affaires d'Écosse.--Marie Stuart conservée sous la garde du comte - de Shrewsbery.--Déclaration du conseil que l'évêque de Ross - sera remis en liberté.--Incertitude sur le sort réservé au duc - de Norfolk.--Négociation des Pays Bas. - - - AU ROY. - -Sire, après que ceulx cy ont heu pensé et pourveu à la dépesche qu'ilz -avoient à faire en France par l'homme de Me Smith, ilz ont tenu -conseil sur les choses d'Escoce, ès quelles ilz ont advisé d'y -pourvoir sellon l'occurance du temps, car, en premier lieu, ilz ont -renvoyé le Sr de Cuninguen devers ceulx d'Esterlin, les persuader à -l'abstinence de guerre pour deux moys, attandant l'yssue du tretté qui -est encommancé avec Vostre Majesté, leur promettant que, par la -conclusion d'icelluy, l'authorité du jeune Roy demeurera confirmée, ou -bien que la Royne d'Angleterre ne leur manquera de secours et de -forces pour la luy establyr par les armes. Après, ilz préparent de -faire partyr, dès demain, mestre Randol devers ceulx de Lislebourg -pour les exorter de se ranger à l'obéyssance du dict jeune Prince; et -que, par ce moyen, ilz se vueillent mettre d'accord avec les aultres, -avec promesses qu'ils seront restitués en leurs biens, maysons, -charges et honneurs, et qu'ilz seront associés à l'administration et -gouvernement, et tenus pour conseillers de l'estat, sellon leurs rengs -et qualités, comme auparavant: et puis le maréchal Drury le doibt -suyvre dans troys jours, pour aller, luy et milord Housdon, estre -arbitres du dict accord, et estipulateurs des promesses qui se feront -des deux costés, et pour confirmer aussy celles qui se feront à l'ung -party ou à l'aultre de la part de ceste princesse. En quoy j'entendz -qu'il emporte deux secrettes commissions; l'une, de dresser quelques -forces en faveur de ceulx d'Esterlin, au cas que le dict accord ou -l'abstinence ne succèdent; l'aultre, de convenir avec eulx d'avoir le -comte de Nortomberland entre ses meins, ce que je creins estre au -dommaige de l'évesque de Roz: dont je desire bien, Sire, que le Sr de -Vérac puisse avoir receu vostre dépesche en ce qu'avec icelle je luy -ay escript, du XXVIe de l'aultre moys, premier que toutz ces dèmenés -se facent. Mais ce, en quoy la contrariété s'est monstré plus grande -en ce conseil, a esté de la personne de la Royne d'Escoce, à qui en -demeureroit la garde, car ceulx, de qui l'opinyon est plus -ordinayrement suivye, crioyent toutz, d'une voix, qu'elle debvoit -estre menée plus en çà vers Londres, et estre commise à sir Raf -Sadeller. A quoy le comte de Cherosbery, n'ozant ouvertement -contredire, a seulement monstré que ce seroit un argument ou de n'y -avoir bien faict son debvoir jusques icy, ou qu'on se deffieroit de -luy pour l'advenir; et a l'on heu tant de respect à luy que, jeudy -dernier, la Royne d'Angleterre, avec plusieurs parolles de confience, -luy a confirmé la garde de la dicte Dame: dont incontinant il a -préparé son congé, et, de peur qu'on changeât l'ordonnance, il est -party, le lendemain de grand matin, pour s'en retourner en sa mayson, -avec commission de renvoyer sir Raf Sadeller par deçà; qui n'est peu -de bien ny petite consolation à ceste pouvre princesse en ung temps de -si grand dangier. - -J'ay entendu que l'évesque de Ross a esté escript au rolle de ceulx -qu'on appelle icy _indictes_, qui doibvent estre menés en jugement, -avec les deux secrettères du duc de Norfolc, en grand danger de -condempnation de mort; mais j'ay envoyé, au nom de Vostre Majesté, -faire ung office bien exprès pour luy envers ceulx de ce conseil, qui -enfin m'ont respondu que la Royne, leur Mestresse, ne lui fera que -tout honnorable trettement. - -Mècredy dernier, et encores vendredy, l'on a, de toutes les partz de -ceste ville, accouru à la Tour comme pour voyr l'exécution du dict duc -de Norfolc, ce qu'on a estimé avoir esté faict à poste, pour essayer -le cueur de ce peuple. Quelques ungs estiment que la dicte Dame se -soyt ung peu modérée en son endroict, et ses amys font, soubz mein, ce -qu'ilz peuvent, mais il a des ennemys qui procèdent tout à descouvert -et bien redde contre luy. Dieu le vueille préserver. - -Les depputés de Flandres sont attandantz les trente jours portés par -la proclamation de la vente des marchandises, et avoir responce du duc -d'Alve là dessus, après qu'il aura ouy l'ambassadeur d'Espaigne, qui -doibt estre desjà arrivé devers luy. Il y a bien cinq semaines qu'il -n'est venu aulcune dépesche du dict duc, et le dict ambassadeur a fait -détenir à Gravellines, et sur le chemin, tous les pacquetz et postes -qu'il a trouvés, et encores a faict arrester quelques angloys, à cause -de son mestre d'ostel, qui a esté retenu prisonnier par deçà. J'ay -sceu, à la vérité, que ceste grande flote de Flandres, sur laquelle -don Francès d'Alava s'estoit embarqué, a esté contreincte par temps -contrayre de venir relascher vers Dertemue, et que le dict don Francès -n'a jamès voulu que le vaysseau, où il estoit, ayt abordé en nulle -part de ce royaulme; dont les mariniers jugent, veu la grande -tourmente qui a continué despuis, qu'il est allé périr ez costes de -Bretaigne. Sur ce, etc. Ce Ve jour de febvrier 1572. - - - - -CCXXXIVe DÉPESCHE - ---du Xe jour de febvrier 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de St Auban._) - - Audience.--Communication de l'état de la négociation de Me Smith - en France.--Discussion des affaires d'Écosse.--_Lettre secrète - à la reine-mère._ Négociation du mariage du duc - d'Alençon.--Nécessité de conclure le traité d'alliance avant de - faire une proposition plus formelle. - - - AU ROY. - -Sire, ma dépesche, du Ve du présent, n'estoit guyères que dellivrée au -courrier, quand celle de Vostre Majesté, du XIXe du passé, m'est -arrivée avec l'ample discours de tout ce que jusques alors a passé -entre messieurs voz depputez et les ambassadeurs de ceste princesse, -et avec les actes, par ordre, d'une chacune foys qu'ilz se sont -trouvés ensemble. Sur quoy je suys allé me conjouyr avec la dicte Dame -que le tretté me sembloit desjà fort advancé, de tant que le premier, -et principal, et plus important de tous les poinctz, qui y estoient -requis, estoit tout accordé, qui estoit le bon vouloyr des -contractans: car Vostre Majesté trouvoit, par la procédure de Me -Smith, que la volonté de la dicte Dame correspondoit si parfaictement -à la vostre, et toutes les deux estoient si conformes à desirer ung -ferme establissement d'amityé et une bonne confédération entre Voz -Majestez et voz deux royaulmes, que vous ne vous déffiyés, à ceste -heure, non plus de la sienne que vous vous assuriés et la priez -d'estre très asseurée de la vostre; que desjà la forme du dict tretté -estoit commancée par aucuns articles, ausquelz ne se trouvoit aucun -différend quand à la substance, mais l'on n'avoit encores bien peu -convenir des parolles; en quoy vous luy déclariez, Sire, que vostre -vouloir et intention estoit qu'on s'abstînt de toute chose au dict -tretté qui, en parolle ou en substance, peût tant soyt peu offancer la -dignité de la dicte Dame et le repos de son estat, et qui peût mal -sonner pour elle vers les aultres princes, ses voysins, ou vers ses -propres subjectz; et qu'en semblable vous la priez d'avoir le mesmes -vouloir vers vous; que, pour procéder plus honnorablement au dict -tretté, vous aviez commandé à Mr de Montmorency d'y assister, par où -elle pouvoit juger combien vous dellibériez d'aller franc et droict à -la conclusion de cest affère; que, à la vérité, vous estiez assez -esbahy que Me Smith n'avoit encore faict apparoir de son pouvoir, bien -que voz depputez luy en eussent parlé, et ne feissent difficulté de -luy monstrer le leur, qui seroit ung vouloir obliger Vostre Majesté, -et qu'elle demeurast hors d'obligation, bien que vous ne pouviez -penser qu'elle eust dépesché si loing un tel personnage pour commancer -ung tel affaire, sans luy avoir donné commission et pouvoir par -escript; que, des poinctz qui avoient esté debbatus ez premières -conférences, je m'en remettois à ce que Me Smith luy en escripvoit, -seulement je la supplyois d'avoir le réciproque respect que je luy -disois ez choses de vostre réputation au dict treité, comme vous le -vouliés avoir à la sienne, et de n'y faire apparoir les difficultés, -impossibilité, ny uzer de longueur; car celle des partyes, qui en -voudroit uzer ainsy, monstreroit de n'avoir jamais heu bon vouloir, -et que ce n'auroit esté que mocquerie, derrision et fraude qu'elle -auroit voulu uzer à l'aultre; ce que vous ne pouviez, Sire, ny voulyez -penser de la dicte Dame; que le propos qu'elle m'avoit tenu de milord -Flemy avoit produict l'effect qu'elle desiroit, car Vostre Majesté -avoit mandé, par toutz ses portz, de ne laysser sortyr aulcuns gens de -guerre pour Escoce, de quoy s'estant l'évesque de Glasco et les -aultres seigneurs escoçoys infiniement pleinctz, vous leur aviez -promis que, par l'yssue du trecté, leurz affères seroient accommodés -et la paix de leur pays establie, et que cepandant vous vouliez -dépescher ung gentilhomme de bonne qualité par dellà pour aller -moyenner une abstinence d'armes entre les deux partys; dont, de tant -que le dict gentilhomme ne tarderoit guyères à estre icy, je la -supplioys de faire préparer celluy des siens qu'elle luy vouloit -bailler adjoinct, car desiriez y procéder par une bonne et commune -intelligence avec elle. - -La dicte Dame, ayant recueilhy tout ce mien propos, lequel, en -substance, n'a contenu rien davantaige que quelques parolles -d'honesteté, m'y a respondu par le mesme ordre que je luy ay dict: -c'est qu'elle tenoit, à la vérité, celluy premier poinct, de la bonne -volonté, pour tant accordé que vous ne vous debviés rien moins -promètre meintenant de la siène que de la vostre propre, comme elle ne -se resjouyssoit aussy, en nulle chose de ce monde, tant qu'en -l'assurance de celle que vous luy portiez; et que une de ses plus -grandes envyes estoit qu'il se peult faire qu'elle veît Voz Majestez -Très Chrestiennes affin de vous tesmoigner par la parolle ce qu'elle -avoit en son affection; que sellon la jalousie qu'elle portoit aux -choses de sa réputation, elle vouloit avoir tout esgard à la vostre, -et ne se porter si inconsidéréement vers vous, qu'on la peût -souspeçonner d'estre inconsidérée vers elle mesmes, qui sçavoit bien -qu'elle ne pourroit éviter la tache de laquelle elle auroit recherché -de vous entacher; qu'elle demeuroit fort contante que Mr de -Montmorency fût en la commission du trecté, et s'en promettoit -davantaige la bonne fin qu'elle en avoit tousjours espéré, car le -sçavoit estre fort homme d'honneur, et bien fort affectionné à la paix -de ces deux royaulmes; que Me Smith n'avoit point parlé sans -commission, car avoit porté lettre d'elle à Vostre Majesté, et estoit -fort excusable s'il n'avoit voulu monstrer son aultre pouvoir, mais, -en temps et lieu, il ne se trouveroit en estre deffaillant. Au regard -des difficultés qui se pourroient trouver en l'affaire, elle ne les -feroit grandes de son costé, et vouloit, de bon cueur, touchant celles -qui avoient apparu desjà que, si la généralité des parolles pouvoit -suffire, sans exprimer le particullier, qu'on en uzât ainsy qu'il vous -plairoit, bien qu'elle vous supplioit de considérer que l'expression -de ce mot de _religion_, ainsy que ses ambassadeurs le requéroient, -luy conservoit les aultres alliences, et que, sans icelluy, c'estoit -bien, à la vérité, se joindre et unir à Vostre Majesté, mais se -séparer de tous ses aultres confédérez; néantmoins que, de cella et -des aultrez poinctz de la dépesche du dict Sr Smith, elle avoit donné -charge à quelques ungs de son conseil d'en conférer avecques moy, et -qu'elle me prioit que ce fût au plus tost, affin de satisfaire au -dernier point de la longueur que je luy avois remonstré; car l'exemple -du passé et ce qu'elle prévoioit bien encores de l'advenir, -l'admonestoient de ne guères temporiser; finallement qu'elle vous -remercyoit d'avoir arresté l'expédition de milord de Flemy, et qu'elle -avoit envoyé, de rechef, en Escoce devers les deux partys pour les -exorter à ung accord, sellon qu'ilz luy avoient desjà, des deux -costés, donné promesse, par leurs lettres, qu'ilz l'accepteroient tel -qu'elle vouldroit; dont ne voyoient que le gentilhomme, que y vouliés -dépescher, y peût de beaucoup servir, néantmoins, puisqu'ainsy vous -plaisoit, elle en estoit contante. - -Il seroit long, Sire, à vous racompter le surplus qui a esté entre la -dicte Dame et moy, dont suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, de -ce dessus. Et vous adjouxteray seulement icy qu'ayant, incontinant -après, parlé à milord de Burgley, je l'ay trouvé en assés bonne -disposition vers les choses du tretté, et mesmes d'envoyer ung segond -pouvoir à Me Smith, puysque, pour quelques considérations, il n'avoit -ozé monstrer le premier; mais, quant aux difficultés où l'on s'estoit -arresté jusques icy, qu'elles luy sembloient de plus grande -considération qu'on ne les faysoit; dont m'en parleroit plus au long -en nostre conférence. Et sur ce, etc. Ce Xe jour de febvrier 1572. - - J'ay remonstré à ceulx de ce conseil que Vostre Majesté avoit - prié et faict prier Me Smith d'escripre par deçà que les deux mil - escus me fussent rendus; mais milord de Burgley m'a asseuré qu'il - n'en avoit encores rien escript, et a appellé à tesmoings en - cella ceulx du dict conseil qui avoient veu ses lettres, mais - quand il le manderoit, l'on mettroit peyne de satisfaire à vostre - intention aultant qu'il seroit possible: dont vous supplie très - humblement, Sire, d'en faire une recharge au dict Sr Smith. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, le propos de Monseigneur le Duc, votre filz, n'a esté -seulement communiqué à milord de Burgley, ains milord de Bocaust, -m'estant venu visiter, m'a compté que MMrs Smith et Quillegrey en -avoient fort affectueusement escript, et le Sr de Vualsingam avoit -mandé que la chose estoit bien fort faysable; mais le dict Boucaust, -de sa part, me vouloit dire, ainsy qu'il m'avoit toutjour franchement -parlé, qu'il le desiroit beaucoup plus qu'il ne voyoit aucun moyen de -le pouvoir espérer, et m'a allégué des difficultés, de l'aage et de la -taille, si grandes qu'avec l'infiny regret, qu'il m'a juré qu'il y -avoit de son costé, il m'a quasy tout descouragé de n'en ozer plus -parler du mien. Néantmoins en ayant refreschy le propos à milord de -Burgley, avec l'assurance des mesmes advantaiges qu'il se pouvoit -estre promis de Monseigneur, lequel, avec Voz Majestez, concorriés -aultant grandement tous troys au bien de sa Mestresse et de ce -royaulme, et encores au sien particullier, comme si le mariage se fust -effectué en Mon dict Seigneur mesmes; il m'a respondu qu'il s'estoit -advanturé d'en parler à la dicte Dame et qu'elle luy avoit dict -soubdain--«Qu'encor que toutes aultres choses fussent bien -convenables, que néantmoins la proportion des ans et de la taille -estoit par trop inégale entre eux:» luy demandant combien il pouvoit -estre grand: à quoy il avoit respondu qu'il pouvoit estre de sa -haulteur;--«Mais de celle de vostre petit filz, dict elle, ainsy qu'on -me l'a assuré.» A quoy il n'avoit ozé rien réplicquer, et attandoit le -dict de Burgley que je luy fisse recouvrer l'eage et la mesure de Mon -dict Seigneur le Duc, pour en pouvoir parler plus à certes, car il -considéroit deux qualitez qui estoient plus propres en luy pour -l'Angleterre que en Monseigneur: l'une, qu'il estoit plus esloigné que -luy d'un degré de la couronne de France; et l'autre, qu'on disoit -qu'il s'accommoderoit à la religion du pays. A quoy je luy ay -respondu que la dathe de l'eage et la mesure de sa hauteur viendroient -bientost, et que ce degré plus esloigné de la couronne estoit bien -convenable à ce qu'ilz desiroient; mais, quant à la religion, je -n'avois point entendu qu'il voulust changer la sienne, et croyois que -la Royne, sa Mestresse, ne l'en vouldroit presser, bien que, possible, -il se trouveroit ung peu moins scrupuleulx que Mon dict Seigneur, son -frère. - -Vostre Majesté pourra tirer des propos de Me Smith quelques aultres -plus grandes conjectures de ce qu'on luy en aura respondu, car voyla, -Madame, tout ce que je vous en puys mander pour le présent. Et me -semble que le plus expédient est de faire que ceste princesse se -sépare encores tant du Roy d'Espaigne qu'elle conclue la ligue -avecques le Roy, car s'estant jectée ainsy ez bras de Voz Majestez, -elle condescendra, puis après, beaucoup plus facillement à tout ce que -vous desirerez, de peur et que ne l'abandonniés, et qu'il ne luy soit -lors trop malaysé et trop dangereulx de retourner à la foy du Roy -d'Espaigne; par ainsy, sera bon de supercéder ce propos, et presser -celluy de la dicte ligue, laquelle s'en conclurra beaucoup plus -advantageuse pour vostre costé. Le comte de Lestre m'a pryé de mettre -en avant à sa Mestresse qu'il ayt commission d'aller conclure la dicte -ligue, et la voyr jurer au Roy, sellon qu'il est plus françoys que nul -aultre de ce royaulme; en quoy ne faut doubter, Madame, s'il y va, que -vous n'effectués par luy le propos, si jamais il doibt recepvoir -effect; et je sçay qu'il ne cerche rien tant au monde que la faveur et -protection de Voz Majestez, et se pouvoir assurer d'icelle pour les -accidentz qu'il creint luy advenir. Sur ce, etc. - - Ce Xe jour de febvrier 1572. - - - - -CCXXXVe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de febvrier 1572.-- - -(_Envoyée jusques à la court par l'homme de Me Smith._) - - Discussion du traité pour une ligue défensive.--Articles - concernant les guerres pour cause de religion, les frais de - secours, le commerce et l'Écosse.--Desir de Leicester de passer - en France pour conclure le traité. - - - AU ROY. - -Sire, m'ayant la Royne d'Angleterre faict appeller, par deux foys, en -sa mayson de Ouestmenster, pour conférer avec sept seigneurs de son -conseil, (sçavoir: le chancellier d'Angleterre, le comte de Bedford, -le comte de Lestre, l'admiral Clinton, milord Chamberland, milord de -Burgley et mestre Mildmay), sur les difficultés qui se sont offertes -au trecté encommencé près de Vostre Majesté, après qu'ilz ont heu, -avec grand atencion, ouy cella mesmes que j'avois desjà dict à leur -Mestresse, ilz m'ont remonstré comme Me Smith leur avoit assés au long -desduict, par sa dernière dépesche, les dictes difficultés, et leur -avoit mandé que Vostre Majesté m'envoyoit les actes de toutes les -conférences afin d'en tretter avec la Royne, leur Mestresse, laquelle -ilz m'assuroient qu'estoit demeurée grandement satisfaicte de ce que -je luy en avois dict en ma dernière audience, et leur avoit ordonné -d'en trecter davantage avecques moy, affin de mieulx acheminer les -affères; qui pourtant avoient à me dire que la ligue, ainsy -deffencive, avec Vostre Majesté estoit très agréable à leur dicte -Mestresse, à eulx et à tout ce royaulme, et que, de vostre bonne -intention en cella, ilz avoient beaucoup plus à vous en remercyer qu'à -y rien desirer; - -Mais qu'ilz trouvoient qu'il y auroit peu de seureté pour ceste -couronne, si la cause de la religion n'y estoit nomméement désignée, -car, advenant qu'il se dressât une entreprinse par les aultres -princes, ou par les propres subjectz, pour réduyre ce pays à la -religion catholique, vous vous pourriez, Sire, excuser avec rayson de -n'avoir jamais entendu vous oposer à cella; et alléguer que ce -n'estoit faire injure à la personne ny à l'estat de la dicte Dame, que -de vouloir réduyre les deux à une forme que Vous mesmes, Sire, qui -estes catholicque, réputiés estre la meilleure, et que, si elle -vouloit venir à la dicte réduction, elle n'auroit plus de guerre; qui -seroit fruster la dicte Dame de tout l'effect, pour lequel ilz me -disoient librement qu'elle et eux aspiroient principallement à la -dicte ligue; - -Que, de la forme du secours, ilz ne pouvoient conseiller la dicte Dame -qu'il se fist austrement que aux despens de celluy qui le demanderoit, -parce qu'en toutes leurz précédentes ligues deffencives ilz n'avoient -nul exemple du contraire, ny guères aulx offancives que ung seul, du -temps de Henry VIII, Roy d'Angleterre, avec l'Empereur Charles Ve -contre le grand Roy Françoys Premier[22], ayeul de Vostre Majesté, qui -encores avoit esté rétractée, l'année ensuyvante; et qu'ilz estimoient -ne pouvoir guères advenir d'occasion à eulx de requérir vostre -secours, pour le peu de querelles qu'il y avoit contre ce royaulme, si -n'estoit pour la cause de la religion, en laquelle ilz faysoient -encores estat d'y aller fort retenus, et ne le vous demander, ny pour -légière souspeçon, ny fort grand, là où ilz sçavoient que les -querelles de vostre couronne, tant en demandant que en deffandant, -estoient fort grandes du costé de Flandres, de Bourgoigne, de Navarre, -de Savoye et de l'Empire, et aultres, qui pourroient mettre leur Royne -souvant en peyne de vous envoyer du secours; ce qu'elle seroit -toutjour fort preste de faire, pourveu que ce ne fust à ses despens. - - [22] Traité du 11 février 1543. Du Mont. _Corps Diplomatique_, t. - IV, 2e partie, p. 252. - -Au regard du traffic, après le deu remercyement, que leur Mestresse et -eulx rendoient à Vostre Majesté pour les favorables offres que leur -fesiés en cella, il leur sembloit estre expédient d'en communicquer à -leurz marchandz, mais ne laysser cependant d'en capituler le commerce, -en général, bon et libre entre les deux royaulmes, avec promesse du -bon trettement aulx mutuels subjectz d'un costé et d'aultre; - -Et quand aux choses d'Escoce, qu'ilz sçavoient que leur Mestresse -estoit avec raison si irritée contre la Royne du dict pays, qu'elle ne -pourroit comporter qu'elle fût en ung mesme trecté avec elle; mais, -quand à l'estat et couronne du pays, elle desiroit qu'ilz fussent -comprins en la ligue, en quelque forme que le gouvernement se trovât, -fût soubz l'aucthorité de la mère ou du filz, car ne prétandoit aultre -chose par dellà que la paix des Escouçoys, et qu'icelle n'admenât -point de trouble aux Anglois, et que la ligue de France y soit -conservée, dont estoient bien ayses que Mr Du Croc vînt pour y aller -procurer la dicte payx, et qu'ilz avoient desjà pourveu d'ung -personnaige de qualité pour l'y accompaigner; affermans tous sept, -d'une voix, que Vostre Majesté trouveroit plus de correspondance en -leur Mestresse, en eulx et en tout ce royaulme, qu'en nul aultre -endroict où vous sceussiés establir amityé, en tout le circuit de la -terre. - -Je n'ay manqué de semblables honnestetés vers eulx, aultant qu'il m'a -semblé convenir à vostre grandeur, et, oultre les prudentes -considérations de Vostre Majesté, lesquelles je leur ay alléguées aux -propres termes qu'elles sont en vostre lettre, je leur ay remonstré -qu'il répugnoit tant à vostre réputation d'expéciffier le mot de -_religion_ en ce premier chapitre du trecté, que vous estiés pour -jamais ne le passer, non plus que la Royne, leur Mestresse, s'il se -déclaroit une guerre pour la tollérance de la religion nouvelle en -France, ne vouldroit nomméement capituler de s'y oposer, bien que je -réputois voz desirs si mutuels à vous entresecourir en tout cas, que -je croyois fermement que ne feriés difficulté, de vostre costé, Sire, -mais qu'elle en fît aultant du sien, de vous obliger au dict mutuel -secours sur quelque occasion qu'on peût mouvoir la guerre, pourveu que -l'assailly signiffiât que c'estoit _contre son gré_, qui seroit la -seule condicion apposée au trecté, sur laquelle ne seroit loysible, à -l'ung ny à l'aultre, d'aucunement s'en excuser. Et les ayantz veuz si -fermes et entiers sur ce qu'ilz m'avoient dict des frays du secours, -qu'ilz estoient pour en prendre des souspeçons, si je leur heusse trop -contredict, je m'en suis déporté, estant bien adverty que leur -résolution estoit de ne capituler rien qui peût mettre leur Mestresse -en despence; mais je leur ay dict, quant à la Royne d'Escoce, qu'ilz -jugeassent s'il pouvoit convenir à vostre honneur que vous oblyssiez -celle qui avoit esté femme du feu Roy, vostre frère ayné, sacrée et -couronnée Royne de France; qui pourtant estoit vostre belle seur et -belle fille de la Royne, vostre mère, vostre parante et la première et -principalle allyée de vostre couronne, et qu'il n'y avoit rien qui -peût apporter tant d'honneste couleur au trecté, ny le justiffier de -tant de droicture envers les aultres princes, et envers toute la -Chrestienté, que de le monstrer estre principallement faict pour -l'accommodement des affaires de ceste pouvre princesse, et pour -remédier aux désordres de son pays, les priant d'admonester Me Smith -de ne se monstrer ny trop difficille, ny trop opposant, aux honnestes -expédientz qui luy en seront proposez; et qu'au reste ilz luy -vollussent envoyer ung ample pouvoir pour conclure bientost les -affayres, sellon qu'il estoit à creindre que la longueur, si elle y -intervenoit, admèneroit le tout à ropture. - -Les dicts seigneurs, ayantz là dessus conféré assez longtemps à part, -m'ont enfin respondu que, sans aucun doubte, il seroit envoyé ung -ample pouvoir à Me Smith, et à luy adjoinctz MMrs de Walsingam et -Quillegrey, par lesquelz ilz espéroient obtenir plus de Vostre Majesté -par dellà que je ne leur en accordois icy, bien qu'ilz avoient -beaucoup gousté ce mot, _contre son gré_; et qu'ilz espéroient que, si -ce mot de _religion_ vous estoit grief à estre expéciffié au publicque -contract de la ligue, que, possible, offririés vous, Sire, de -l'accorder par vostre secrette promesse, dans une lettre, à part, à -leur Mestresse; et qu'au reste il seroit faict une si bonne dépesche -au dict Sr Smith qu'il auroit de quoy beaucoup vous contanter. Sur ce, -etc. Ce XIIIe jour de febvrier 1572. - - Le comte de Lestre desire que faciez dire à Me Smith que Voz - Majestez vouldroient bien que ung personnage, fort confidant de - ceste princesse, fût envoyé vers vous, pour conclure la ligue et - la voyr jurer au Roy, et nommer ardiment le dict comte, affin - qu'icelluy Sr Smith l'escripve par deçà; et qu'il vous promect de - vous apporter toute la satisfaction que pourriez desirer de ceste - princesse et de son royaulme. - - - - -CCXXXVIe DÉPESCHE - ---du XIXe jour de febvrier 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Négociation du traité d'alliance.--Promesse de donner - satisfaction sur les plaintes des habitans de Rouen.--Affaires - d'Écosse.--Ordre donné par Élisabeth d'exécuter le duc de - Norfolk.--Révocation de cet ordre.--Justification de - l'ambassadeur sur les reproches qui lui ont été faits d'avoir - participé aux projets du duc de Norfolk. - - - AU ROY. - -Sire, beaucoup de choses m'ont esté dittes et alléguées par la Royne -d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, et je leur en ay -représenté plusieurs aultres ez troys conférences, que j'ay heu avec -elle et avec eulx, sur la négociation de Me Smith, que je ne les vous -ay pas voulu, Sire, toutes desduyre, par le menu, en mes deux -dépesches, du Xe et XIIIe de ce moys, affin de ne vous estre ny -ennuyeulx, ny long; mais je vous ay représanté celles, desquelles la -substance et les parolles m'ont semblé importer beaucoup, et faire -grandement besoing à la continuation et à la conclusion du tretté. Et, -pour ceste heure, j'ay à très humblement supplyer Vostre Majesté -qu'affin que j'aye moïen de mieulx advérer les advis qu'on m'a donné -sur ce qu'on a escript, du dict XIIIe, au dict Sr Smith, et pour -recognoistre la vérité ou la simulation des propos que la dicte Dame -et les siens m'en ont tenus, conforme à ce que je vous en ay desjà -mandé par mes deux dernières dépesches, il vous playse, Sire, me faire -advertyr si messieurs voz depputés ont trouvé que le dict Sr Smith y -ayt despuis correspondu; car, sellon qu'il en aura uzé, je -travailleray de cognoistre clèrement de ceulx cy quelle ilz -prétendent debvoir estre leur dernière et déterminée résolution au -dict tretté. Leurs démonstrations, à la vérité, continuent jusques à -maintenant d'estre fort bonnes, et leurz marchandz, lesquelz sont -venus conférer avecques moy sur l'ancien commerce de Roan, m'ont dict -qu'il sera pourveu aux désordres, dont ceulx du dict Roan se pleignent -qu'on leur uze en ceste ville de Londres, touchant le poix et la -mesure, et touchant l'escavage, le pilotage, le charriage, l'embalage, -les banques routes, et aultres semblables griefz et impostz, desquelz -l'on ostera les abus, si ceulx de Roan veulent aussy modérer les -leurs, affin que le traffic soit dorsenavant mieulx et plus librement -continué. - -Et, quand aux choses d'Escoce, j'entendz, Sire, que la commission du -maréchal Drury et de mestre Randol, qui sont desjà partys, est de -moyenner à bon escient, par delà, un accord entre les deux partys, et -faire qu'ilz conviennent d'une forme de gouvernement de certains de la -noblesse, tant d'ung costé que d'aultre, jusques au nombre de seize, -pour régir l'estat, soubz l'authorité du jeune Roy, remettant ung -chacun en ses biens, honneurs et offices, et que mesmes le tiltre de -régent demeure au duc de Chastellerault, layssant néantmoins -l'administration de la personne du Prince toutjour au comte de Mar; -qui est ung moyen aparant par lequel ceulx cy tendent de substrère le -dict duc et les siens de l'obéyssance de la Royne d'Escoce, affin de -la ruyner, et de oprimer du tout, s'ilz peuvent, le nom et l'authorité -d'elle. Qui me faict desirer, Sire, qu'il vous playse haster -davantaige le voyage de Mr Du Croc, car il pourra obvier à cestuy et -aultres préjudices qui, possible, y adviendront encores plus grandz, -si quelcun, de la part de Vostre Majesté, ne s'y présente bientost; -bien que milord de Burgley m'a dict qu'il a esté donné en mandement, -par article exprès, au dict Drury, de déclarer aux Escoçoys que la -Royne d'Angleterre n'entend qu'ilz se départent de l'alliance de nul -des aultres princes, leurs confédérés, nomméement de Vostre Majesté, -pourveu qu'aulcuns estrangers ne soient introduictz dans leur pays, -qui puissent troubler leur repoz, ny mouvoir guerre, ou donner -souspeçon d'icelle à l'Angleterre. Et m'ont davantaige le comte de -Lestre, et le dict milord de Burgley assuré que, sur l'instance que -j'avoys faicte pour le bon trectement de la Royne d'Escoce, au nom de -Vostre Majesté, la Royne, leur Mestresse, a donné charge au comte de -Cherosbery de luy amplier sa liberté et la mener aux champs et à la -chasse, affin de mieux entretenir sa santé. Et m'a l'on aussi permis -d'envoier m'enquérir des nouvelles de l'évesque de Roz, et luy offrir -ce qu'il pourra avoir besoing de moy, avec promesse de sa procheyne -liberté. Qui sont signes de modération, Sire, assez sufisans pour me -confirmer que ceulx cy, jusques à maintenant, procèdent assez cler et -droict ez chosez qu'ilz font négocier avec Vostre Majesté. - -Il est vray qu'ilz viennent de recepvoir, tout présentement, une -dépesche de Me Smith, qui est d'assez vieille dathe, car a séjourné, à -cause du passage, huict ou dix jours à Callays, laquelle je ne sçay -s'il leur fera rien changer. Elle est, à mon advis, du mesme jour que -le mesmes messager m'en a rendu une aultre de Vostre Majesté, du -dernier de janvier, sur laquelle j'espère que vous trouverés, Sire, -que je vous y ay desjà respondu, et en grand partye satisfaict, par -les miennes deux précédentes, du Xe et XIIIe du présent; de sorte -que, avant y adjouxter rien davantaige, j'estime estre bon que je voye -ceste princesse et les siens, affin que, par ung mesme moyen, je -puisse cognoistre comme ilz demeurent édiffiés des dictes dernières -lettres, et si celles, qui leur sont venues en mesmes temps de -Flandres, ont admené nulle mutation, et qu'est ce que, sur les unes et -les aultres, je vous pourray escripre de leur intention. - -Ceste princesse avoit dépesché, vendredy heut huict jours, un -mandement aux maire et chérifz de Londres pour faire exécuter le -lendemein matin le duc de Norfolc; mais, meue de repentance, sur les -unze heures de nuict elle leur contremanda qu'ilz supercédassent la -dicte exécution jusques à ce qu'ilz heussent aultre mandement d'elle. -Quelques ungs arguent ceste sienne clémence vers le dict duc, et y -aura bien affaire qu'elle n'en soit destournée, sinon que, possible, -quelque peu de faveur, que les docteurs, qu'on luy a envoyés, luy ont -acquise, le saulvent; qui ont assuré qu'on l'avoit à tort souspeçonné -d'estre feinct en sa religion, et qu'il est très ferme protestant. Sur -ce, etc. - - Ce XIXe jour de febvrier 1572. - - - A LA ROYNE. - -Madame, premier que d'adjouxter rien à ce que je vous ay desjà escript -des principaulx poinctz qui se trettent, en France et icy, entre Voz -Majestez et ceste princesse, tant de l'allience que de la -confédération, j'estime estre besoing que je voye, de rechef, la dicte -Dame et ses deux conseillers, de sorte que, pour ceste foys, je vous -supplieray très humblement, Madame, estre contante de ce peu que je -mande présentement en la lettre du Roy. Et adjouxteray seulement, -icy, touchant ce que les Srs Smith et Quillegrey ont dict: que la -Royne, leur Mestresse, sçavoit bien que j'avoys esté meslé ez brigues -et menées du duc de Norfolc, mais qu'elle le vouloit ignorer; que je -ne puis estre marry qu'elle ayt faict une diligente recherche sur moy, -car, encor qu'elle ayt cogneu que je n'ay pas esté toutjour endormy à -descouvrir les choses d'importance, qui ont peu tourner à quelque -conséquence de vostre service en ce royaulme, si a elle trouvé que je -ne me suis jamais entremis de pas une qui ne soit honneste et digne de -ceste charge, et qui puisse, peu ny prou, estre interprétée contre -l'amityé et les trectés qu'elle a avec Vostre Majesté. Et, encor que -l'évesque de Roz et les secrettères du dict duc puissent avoyr dict -que j'ay sceu l'entreprinse, que les filz du comte Dherby et ceulx de -Lanclastre vouloient faire pour mettre la Royne d'Escoce en liberté, -il n'a peu toutesfoys, quand il eut esté ainsy, estre décent ny -convenable à mon debvoir de le réveller, car ce eust esté procéder -maladroictement, d'incister, d'un costé, à la restitution et liberté -de la dicte Dame, sellon que Voz Majestez me le commandoient, et de la -vouloir empescher, de l'aultre. Aussy la Royne d'Angleterre mesmes et -ses conseillers justiffient en telle sorte mes déportemens, qu'elle et -eulx m'ont remercyé de n'avoir heu intelligence avec Ridolfy sur les -praticques de la rébellion, ayant luy mesmes escript qu'on me les tînt -secrettes, affin que je ne les mandasse en France; qui a esté cause de -faire prendre à ceste princesse la confiance que l'on voyt qu'elle a -aujourd'huy de Voz Majestez. Et est très certein, Madame, que je n'ay -jamais rien sceu icy que je ne le vous aye incontinant mandé, ny ne y -ay rien faict que Voz Majestez ne me l'ayent commandé, ny rien -atempté qui ayt peu gaster vostre service ou réfroidir ceste princesse -de vostre amityé, ainsy que les choses du passé, et celles du présent -en font assez de foy; vous remercyant très humblement, Madame, de -l'honneur que Voz Majestez me font de croyre que je n'ay jamais excédé -les choses qu'elles m'ont escriptes: en quoy, à la vérité, je y ay -esté si scrupuleux que j'ay toutjour mieulx aymé demeurer dans les -termes d'icelles que de les outrepasser d'ung seul mot, bien que, par -voz lettres du IIIe du passé, il semble, Madame, qu'on vous en ayt -voulu parler aultrement, sur quelque propos que Me Smith avoit tenus. -Et sur ce, etc. - - Ce XIXe jour de febvrier 1572. - - - - -CCXXXVIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour de febvrier 1572.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par Marc Brouard._) - - Audience.--Négociation du traité d'alliance.--Affaires - d'Irlande.--Demande adressée par l'ambassadeur à la reine d'une - explication sur les reproches qui lui sont faits au sujet du - duc de Norfolk.--Négociation des Pays-Bas. - - - AU ROY. - -Sire, à ces premiers jours de caresme, j'ay esté visiter la Royne -d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, pour voyr en quoy, après -la dépesche que Me Smith leur avoit faicte, du XXXe de janvier, ilz -continuent d'estre vers les choses du trecté; et ay trouvé, Sire, que -ce que le dict Sr Smith leur a ceste foys escript, qui est, ainsy que -je l'ay peu comprendre de eulx mesmes, fort conforme aux mémoires que -Vostre Majesté m'a envoyés, ne leur fera rien changer en leurs -précédentes responces. - -Et m'a la dicte Dame assez donné entendre que tout ce que, attandant -icelles, le dict Sr Smith avoit mis en avant à messieurs voz depputés -n'avoit esté que pour remplir le temps, affin que Vostre Majesté ne -pensât qu'il y eût réfroydissement du costé d'elle, et qu'elle -n'aprouvoit pas beaucoup qu'il heût tant débatu, comme il a, le faict -des marchandz, car luy sembloit matière non assez digne pour estre -insérée dans le trecté, sinon en article général, pour accorder le -commerce bon et libre entre les deux royaulmes avec promesse de -favorable trettement aux mutuelz subjectz, et que les aultres -condicions fussent réservées pour ung aultre escript, à part; me -confirmant, comme aussy les seigneurs de son conseil me l'ont -confirmé, qu'elle a envoié ung expécial pouvoir au dict Sr Smith pour -contracter, et une bien ample instruction pour accorder premièrement à -la ligue deffencive, avec expéciffication du mot de _religion_, si -faire se peut, ou sinon d'avoyr au moins promesse de vostre mein, -Sire, que vous n'entendés que la cause ny le prétexte d'icelle en -soyent exclus; segondement, que le secours soit aux frays de celluy -qui le demandera, et en la forme qui, d'autres foys, a esté convenu -entre les feux Roys, vostre ayeul et le père d'elle, ou le plus sellon -cella qui se pourra faire; que l'Escoce et les Escoçoys soient -comprins au dict tretté avec la confirmation de l'ancienne alliance de -vostre couronne; en quoy sera bon, Sire, se souvenir que ceste -princesse soit tenue de retirer la garnison qu'elle a ès deux -chasteaux de Humes et de Fascastel, qui sont dans la frontière du dict -pays; et que Vostre Majesté s'esforce de gaigner le plus de -soulagement qu'il luy sera possible ez affères de la Royne d'Escoce; -finalement que le commerce, comme est dict cy dessus, soit -mutuellement promis. Qui sont quatre articles, sur lesquelz, sans rien -plus attandre du costé de deçà, le dict trecté se pourra fort bien et -fort honnorablement conclurre. - -La dicte Dame a monstré qu'elle craignoit beaucoup que le cardinal -Alexandrin, à son arrivée, troublât tout cest affaire, et non -seulement cestuy cy, mais la paix de vostre royaulme, et, possible, -toute celle de la Chrestienté; car sçait, à ce qu'elle dict, qu'il -s'est vanté d'avoir en France où pouvoir bien fonder l'effect de ses -intentions, et qu'elle prioit Dieu que ce fust sur ung fondement de -sable. - -Je luy ay respondu que malayséement vouldra le dict sieur cardinal -troubler, à ceste heure, ce qui se trouve de paix en la Chrestienté, -pour ne faire trop beau jeu au Turc, ains plustost exorter tous les -princes de l'Europe de s'unyr contre le commun ennemy du nom -chrestien; et qu'au regard d'elle, vous estiez si déterminé -d'embrasser, pour tout le temps de vostre règne, l'amytié qu'elle vous -offroit, et luy rendre la vostre très assurée, et la plus utile, et -pleyne de proufit qu'il vous seroit possible, qu'il n'y avoit rien qui -vous en peust destourner que le seul manquement de correspondance, si, -d'avanture, vous en trouviés en elle. - -A quoy elle m'a soubdein respondu qu'elle persévèrera indubitablement -en vostre amytié, aultant qu'elle sera en vye, si le deffault ne vient -de vostre costé: bien avoit à vous faire maintenant entendre -l'audition d'ung gentilhomme irlandais, que les comtes d'Ormont et de -Guildas avoient naguières prins, et l'avoient fort dilligemment -examiné; lequel parloit fort bon françoys, et avoit servy longtemps -le capitaine La Roche de Bretaigne, qui l'avoit quelquesfoys dépesché -devers Mr le cardinal de Lorrayne, et encores envoyé jusques à Rome; -qui avoit conduict la pluspart des entreprinses de Fitz Maurice; et -déposoit plusieurs choses qu'elle mandoit au dict Sr Smith pour les -vous déclarer. - -Je luy ay respondu, tout à ung mot, que c'estoit ung affaire, sur -lequel Vostre Majesté luy avoit desjà une foys satisfaict, et que je -m'assurois que luy satisferiez encores plus amplement. - -Elle a suivy à dire que le dict capitaine La Roche avoit néantmoins -encores, de présent, de ses soldatz françoys dedans ung fort -d'Yrlande; mais ne s'est guières arrestée à cella, ains a passé à me -toucher des entreprinses qu'il sembloit que le Roy d'Espaigne heût sur -le dict pays: en quoy, avec une expression non feinte, ains pleyne -d'ung apparant regret, elle m'a dict que l'ambassadeur d'Espaigne, qui -estoit icy, avoit ung malheureux tort de l'avoir mal meslée avec le -Roy, son Mestre, car vouhoit à Dieu qu'elle n'avoit jamais prétendu de -luy retenir son argent, ains de le luy conserver entièrement, comme -elle n'y avoit encores nullement touché. Et m'a semblé, Sire, que je -luy ay cogneu un grand desir de s'accomoder avec le dict Roy -d'Espaigne, m'ayant la dicte Dame rendu ung fort expécial grand mercys -de ce que j'avois toutjour bien entretenu l'amityé d'entre Vostre -Majesté et elle, et qu'elle me prioit de continuer. - -Je luy ay respondu que mon office n'avoit pas beaucoup esté requis en -cella, parce que la disposition y avoit toutjour esté très bonne, de -vostre propre volonté, néantmoins que je la remercyois très -humblement du bon jugement qu'elle en faisoit, qui sembloit que ses -ambassadeurs en France ne le fissent semblable, car disoient qu'elle -sçavoit, mais monstroit d'ignorer, que j'avois esté meslé ez brigues -du duc de Norfolc; à quoy je m'estois desjà, par plusieurs foys, -offert et me offrois, de rechef, à elle pour luy en donner toute -satisfaction, et luy faire voyr que je n'avois jamais uzé d'aulcung -déportement en son royaulme, qui ne fût honneste et juste, ny Vostre -Majesté n'avoit procédé de si maulvaise foy vers elle que m'eussiez -commandé de luy annoncer paix et amityé de parolle, et luy procurer -mal et la rébellion de ses subjectz par effect. - -Elle, s'estant prinse à rire, m'a dict que les lettres de la Royne -d'Escoce et celles de Ridolfy me justiffioient assez touchant la -rébellion; bien estoit vray que ceulx, qui estoient en prison, -m'alléguoient en quelques aultres choses par leurs dépositions, qui -n'estoient tant importantes, dont m'en parleroit une aultre foys. Et, -après avoir continué plusieurs aultres propos de diverses matières, et -bien agréables, je me suis gracieusement licencié d'elle. - -Je viens d'entendre que les depputez de Flandres, sur une nouvelle -dépesche du duc d'Alve, ont présenté, dès lundy dernier, nouveaulx -articles à la dicte Dame, et que, sur iceulx, le conseil s'est desjà -assemblé par trois foys; et, nonobstant que les trente jours de la -publication de la vente des marchandises soient expirés, l'on -supercède encores de les vendre. Sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour de febvrier 1572. - - - - -CCXXXVIIIe DÉPESCHE - ---du dernier jour de febvrier 1572.-- - -(_Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Détails circonstanciés sur la négociation des Pays-Bas.--Vives - remontrances adressées par Fiesque à la reine d'Angleterre au - nom du roi d'Espagne.--Réponse d'Élisabeth aux - remontrances.--Rapport fait à son retour par sir Raf Sadler, - commis à la garde de Marie Stuart pendant le procès.--Nouvel - ordre donné pour l'exécution du duc de Norfolk, et nouvelle - révocation de cet ordre. - - - AU ROY. - -Sire, il n'a guyères tardé, après que messieurs les ambassadeurs -d'Angleterre ont heu accusé de négligence le Sr de Sabran, qu'ilz -n'ayent heu occasion de se louer de sa dilligence, car, sur l'heure -qu'ilz estoient à se plaindre à Vostre Majesté du retardement de leurs -pacquectz, ilz ont trouvé que c'estoit lors proprement qu'on leur -avoit desjà dépesché d'icy la responce, laquelle a esté si prompte et -si entière qu'il ne se fault prendre que à eulx et, possible, au -temporisement qu'on leur peut secrettement avoir mandé de ceste court, -si maintenant ilz n'ont du tout conclud le trecté; assurant, icelluy -de Sabran, qu'il n'a, à son retour, séjourné qu'ung seul jour, et -quelques peu d'heures d'ung aultre, à Paris, pour attandre une partie -de mille escuz qu'on a envoyé à la Royne d'Escoce, qui faysoit tant de -besoing à ceste pouvre princesse, que vous l'ayant, le dict Sr de -Sabran, dict à son partement, Voz Majestez luy ont commandé de s'en -charger. Et, quand il a esté à Callays, je sçay que nul, devant luy, -n'a passé deçà, de sorte qu'il n'y a point de faulte de son costé; qui -vous promectz bien, Sire, que je ne l'en vouldrois nullement excuser. -Mays les dicts ambassadeurs sont aussi excusables, si, sur l'arrivée -de monsieur le légat, ilz vous ont vollu monstrer qu'il y avoit une si -bonne disposition, de leur costé, vers la conclusion du dict tretté, -qu'il n'y manquoit que la dilligence des courriers. - -Or, pendant que la Royne, leur Mestresse, est à attandre ce qu'ilz -auront négocié sur les deux dépesches qu'elle leur a, là dessus, -dernièrement faictes, et de sçavoir aussy qu'est ce que, d'aultre -costé, auront advancé ses agentz qu'elle a envoyé devers les Escoçoys, -elle a occupé le temps à tretter des différendz des Pays Bas. - -Sur lesquelz, de tant que les depputés de Flandres ont veu que la -publication de la vente des marchandises alloit en avant, sans qu'on -heût esgard à leurs remonstrances; et que, touchant les deniers, l'on -ne vouloit recepvoir ce qu'ilz en proposoient au nom du Roy -d'Espaigne, ny ouyr le Sr Fiesque, quand il en vouloit parler au nom -des Gènevois, parce qu'on luy objectoit qu'il estoit trop faict de la -mein du duc d'Alve et trop bien instruict de l'ambassadeur d'Espaigne, -qui résidoit icy, pour vouloir avoir rien à faire avecques luy, -icelluy Fiesque a trouvé moyen de faire remonstrer vifvement aux -seigneurs de ce conseil qu'il ne s'estoit cy devant entremis des dicts -différendz que à la requeste des Angloys, et qu'avant qu'ung aultre -heût recouvert les pouvoirs de tous ceulx qui y estoient intéressés, -lesquelz il avoit desjà devers luy, il se passeroit encores plus de -deux ans de terme; en quoy nul ne pouvoit ignorer que les marchandises -ne fussent des subjectz du Roy d'Espaigne, ny nul ne debvoit doubter -que les deniers n'eussent été envoyés, de son expresse commission, -pour ses propres affères: dont failloit, à la fin, ou qu'il en fît la -maille bonne, ou que la Royne d'Angleterre les rendît; et ce, qu'il en -avoit dissimulé jusques icy, estoit parce qu'il estoit bien ayse de la -démonstration, qu'elle avoit faicte, de ne l'avoir voulu tant offancer -que de luy retenir ses deniers, si elle eût véritablement sceu qu'ilz -eussent esté à luy; aussy qu'il avoit grand plésir que les -particulliers se contentassent de l'obligation d'elle pour en demeurer -d'aultant deschargé, mais à ceste heure que, ny en son nom, ny au nom -des particulliers, l'on n'en pouvoit avoyr aulcune rayson, il ne -vouloit croire qu'ung si grand Roy peût plus longuement comporter une -si grande injure comme estoit celle là. - -Et, pendant que ceulx de ce conseil ont esté à digérer ceste -remonstrance, le Sr de Sueneguem a heu de quoy en adjouxter une aultre -à la dicte Dame sur une lettre qu'il luy a présentée, de la part du -duc d'Alve, en laquelle le dict duc la prie de croyre que le Roy, son -Mestre, est merveilleusement marry qu'elle se soyt layssée conduyre -par faulx rapport à de maulvayses persuasions de leur commune amytié, -là où il met peyne de la conserver, de son costé, toutjour pure et -parfaicte vers elle, avec très grand desir que tous ces nouveaulx -différendz se puissent accorder par une mutuelle et amyable -restitution; et que le commerce soit continué entre leurz pays et -subjectz comme auparavant; ensemble, que leur ancienne allience et -leurz trettés soyent renouvellés pour estre plus estroictement -observés entre eulx qu'ilz ne l'ont jamais esté du temps de leurs -prédécesseurs, la priant de vouloir correspondre à ceste bonne -intention du dict Roy Catholique. Et icelluy de Sueneguen a adjouxté -qu'il espéroit qu'elle n'auroit mal agréable que luy, qui estoit icy -pour procurer le dict accord, la suppliast très humblement de vouloir -bien peser ceste bonne volonté d'ung si grand Roy, son bon frère et -ancien allié, et de ne l'avoir à mespris; et qu'il confessoit bien -que, par parolle et par plusieurs démonstrations d'ordonnances et -d'édictz, elle luy avoit toutjour très bien gardé la paix, mais en -effet l'on ne pouvoit interpretter que la retrecte, que les rebelles -de Flandres avoient par deçà, et ce, qu'ilz sortoient de ses portz -pour aller piller sur mer les subjectz de son dict Mestre, et mesmes -faire des descentes en armes en ses pays, puis transporter le pillage -par deçà, ne fût une guerre tout déclarée et ouverte contre luy. - -A quoy la dicte Dame, à ce que j'entendz, a respondu qu'elle n'avoit -jamais, sur simples parolles ny sur rapportz, receu aulcune male -impression du Roy, son Mestre, jusques à ce qu'elle en avoit senty les -effectz par le favorable recueilh qu'il avoit faict avoir en Flandres -à ses rebelles, et le crédict qu'il avoit donné à Estuqueley; et que, -nonobstant cella, elle avoit toujour persévéré en sa bonne intention -vers luy, et avoit faict, et feroit encores, son debvoir contre les -pirates, de les chasser de ses portz; et mesmes, l'ayant le prince -d'Orange faicte requérir de déclarer que les prinses, que les siens -feroient en mer sur les subjectz du Roy d'Espaigne, fussent tenues -pour bonnes en ce royaulme, comme de prince aussy souverain ez terres -qu'il a en Allemaigne, comme le Roy d'Espaigne l'est ez Pays Bas, elle -ne l'avoit voulu faire, dont ne se trouveroit qu'elle heût de rien -manqué, ny qu'elle fût pour manquer du debvoir d'amityé vers le dict -Roy, son Mestre, s'il ne tenoit à luy; et, quand aux particullarités -de la lettre du duc d'Alve, et certains aultres articles qu'il luy -présentoit de nouveau, qu'elle feroit voyr le tout à ceulx de son -conseil pour luy en faire avoir, du premier jour, la responce. - -Là dessus, Sire, la dicte Dame a faict mettre en liberté le mestre -d'ostel de l'ambassadeur, lequel s'attend de porter la dicte responce -au dict duc d'Alve; et a envoyé à Douvre intimer nouvelles deffences -aux gens du prince d'Orange. Néantmoins l'on commancera, dans deux ou -troys jours, à vendre les marchandises, et desjà sont arrivés aulcuns -Hespagnols et Flammans pour les retenir pour le pris, nonobstant la -deffence, que le duc d'Alve a faicte en général à tous les subjectz du -Roy, son Mestre, de n'y employer nulz deniers; mais l'on estime que -ceulx cy ne sont venus sans secrette permission du dict duc. - -Avec le dict affaire des prinses ceste princesse en a heu à proposer -ung aultre, à ceulx de son conseil, du rapport que sir Raf Sadeller -luy a faict de la Royne d'Escoce, à son retour de la garder; qui, à ce -que j'entendz, a parlé assez honnorablement de sa constance, de sa -pacience et de ses aultres vertus; de sorte que la dicte Dame a dict -que cella estoit de divin, en la parolle et en la présance de la dicte -Royne d'Escoce, que l'ung et l'aultre contreignoit ses propres ennemys -de dire bien d'elle. Mais il a parlé aussy de la grandeur de cueur -qu'il a cognu en elle, et de la ferme espérance, en quoy elle -persévère toutjour, de la succession de ceste couronne, au cas que la -Royne sa cousine n'ayt point d'enfans, nonobstant les troubles qu'on -luy faict: de quoy ceulx qui luy sont adversayres ont esté bien fort -esmeus, et cella a cuydé advancer les jours au duc de Norfolc affin -d'afoyblir d'aultant son party, ayant la dicte Dame expédié ung -nouveau mandement, mardy dernier, pour le faire exécuter le mècredy -matin; mais meue, encore ceste foys, de repentance, elle a -contremandé, sur les deux heures devant jour, qu'on supercédât. Et sur -ce, etc. - - Ce XXIXe jour de febvrier 1572. - - - - -CCXXXIXe DÉPESCHE - ---du VIIIe jour de mars 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Beauvergier._) - - Arrivée de Mr Du Croc à Londres.--Audience.--Refus d'Élisabeth de - permettre à la reine d'Écosse de se réfugier en France, et à Mr - Du Croc de se rendre auprès d'elle.--Communication d'une lettre - écrite par Marie Stuart au duc d'Albe, et qui a été - interceptée.--Irritation de la reine d'Angleterre contre Marie - Stuart.--Espoir de l'ambassadeur qu'il sera permis à Mr Du Croc - de passer en Écosse.--_Lettre secrète à la reine-mère_. - Négociation du mariage du duc d'Alençon.--Éloignement - d'Élisabeth pour ce mariage. - - - AU ROY. - -Sire, le premier jour de mars, Mr Du Croc est arrivé en ce lieu, et le -lendemain, nous avons envoyé demander audience, laquelle nous a esté -octroyée pour le quatriesme ensuyyant, et despuis a esté prolongée au -Ve; auquel il a, avec les lettres de Voz Majestez et de Monseigneur, -présenté les recommandations de tous troys, et encores celles de la -Royne Très Chrestienne et de Monseigneur le Duc, à la Royne -d'Angleterre, et luy a, par ung bon ordre, et en très bonne façon, -faict sagement entendre l'occasion de sa dépesche, avec toutes les -particullarités que luy avez commandé de luy dire, sellon qu'il les a -par son instruction. - -Sur quoy, ayant la dicte Dame, ainsy que de coustume, fort bien receu, -et avec son grand contantement, la salutation des cinq, et s'estant -soigneusement enquise du bon portement d'ung chacun d'eux, elle a, -quand au contenu des lettres et de la créance d'icelles, respondu -qu'encor qu'elle n'eût heu aultre indice de ce voyage, que seulement -sçavoir que Mr Du Croc estoit dépesché, elle heût toutjour jugé que -c'estoit pour les affères de la Royne d'Escoce, desquelz elle oyoit -fort mal volontier parler, et néantmoins avoit plésir que luy, -plustost qu'ung aultre, fust employé en cest endroict, pour les bons -déportemens dont, estant d'aultresfoys vostre ambassadeur en -Escoce[23], bien qu'il fust assez de la mayson de Guyse, il avoit -toutjour uzé près de la dicte Dame, à luy faire plusieurs sages et -bien vertueuses admonitions, qu'elle se trouveroit maintenant bien -heureuse de les avoyr ensuyvies, et qu'elle ne pouvoit espérer que les -semblables bons et bien louables offices de luy, quand il seroit -maintenant devers les Escouçoys; ausquelz elle avoit desjà envoyé le -maréchal de Barvick, sellon que eulx mesmes l'en avoient requise, et -attandoit, dans deux jours, nouvelles de luy, sans lesquelles elle ne -nous pouvoit rien signiffier de son intention; par ainsy nous prioit -d'avoir, pour ce regard, ung peu de pacience; et quand à permettre au -dict Sr Du Croc de passer devers la dicte Dame, ou octroyer à Vostre -Majesté qu'elle se peût retirer en France, qu'il luy estoit encores -tombé entre les meins ung nouveau advertissement, lequel elle nous -communicqueroit, par où elle se trouvoit admonestée de ne le debvoir -aulcunement consentyr. - - [23] Mr du Croc avait résidé, comme ambassadeur en Écosse, auprès - de Marie Stuart en 1567, et avait fait tous les efforts pour - empêcher son mariage avec Bothwel. - -Et sur ce, ayant tiré un papier de sa pochète, nous a monstré que -c'estoit un chiffre, lequel nous avons recognu estre véritablement -signé de la main de la Royne d'Escoce, et après, elle nous a leu une -partie du déchifrement, qui s'adressoit au duc d'Alve, par lequel elle -l'exortoit se haster de conduyre des navires en Escoce pour se saysir -du Prince son filz, comme chose qui luy seroit aysée; et avec lequel -elle se commettoit au Roy d'Espaigne; puis luy faysoit quelque -discours de la bonne part qu'elle avoit en ce royaulme et des -seigneurs qui y favorisoient son party; desquelz, encor que aulcuns -fussent prisonniers, la Royne d'Angleterre toutesfois n'ozoit toucher -à leur vye; et donnoit espérance à icelluy duc que, par ce moyen, -toute ceste isle viendroit estre quelquefoys réduyte à la religion -catholique. - -Sur lequel déchifrement la dicte Dame s'est prinse à nous faire de -bien aygres discours, non du tout semblables à ceulx que Me Smith a cy -devant tenus à Voz Majestez touchant la dicte Royne d'Escoce, mais non -aussy trop dissemblables d'iceulx, avec une commémoration des -entreprinses qu'elle a voulu faire pour priver la dicte Royne -d'Angleterre et de vye et d'estat; et qu'elle s'assuroit que, quand -vous auriez, Sire, aultant d'expérience des dangers du monde, comme -les ans, qu'elle avoit plus que vous, luy en avoient apprins, que vous -ne la vouldriés requérir de mettre en aultruy mein le seul remède, que -Dieu luy avoit envoyé aux siennes, de sa propre seurté; et qu'elle -croyoit ou que vous n'aviez pas leu la lettre que luy aviez escripte, -quand vous l'aviez signée, ou qu'il ne vous souvenoit plus de ce que, -cy devant, Vostre Majesté mesmes luy avoit escript. - -Le dict Sr Du Croc et moy avons réplicqué toutes les choses qu'avons -estimé pouvoir estre bonnes à obtenir l'effect de vostre intention, y -meslant le respect que Vostre Majesté veult toutjour garder à -l'amityé de la dicte Royne d'Angleterre; et enfin, nous sommes fort -gracieusement licenciés d'elle, avec peu d'espérance, à la vérité, -qu'il puisse voyr, pour ceste foys, la dicte Royne d'Escoce, ny -qu'elle soyt renvoyée en France, mais bien qu'il puisse continuer son -voyage vers les Escouçoys, aussitost que les lettres du maréchal Drury -seront arrivées; et que l'accord des dicts Escouçoys est pour -succéder, avec confirmation de l'allience qu'ilz ont avec Vostre -Majesté. Et sur ce, etc. - - Ce VIIIe jour de mars 1572. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, ayant, mècredy dernier, prins la commodité, en la chambre de -la Royne d'Angleterre, de tirer à part milord de Burgley pour luy -parler du propos de Monseigneur le Duc, il m'a dict que, sur ce que la -dicte Royne, sa Mestresse, avoit naguyères voulu lyre elle mesmes les -dernières lettres qui sont venues de Me Smith, lesquelles en faisoient -mencion, il avoit heu assez ample argument d'en tretter en termes bien -exprès avec elle. Laquelle luy avoit respondu en diverses sortes bien -différentes, qui néantmoins estoient toutes fort honnorables pour le -propos, et encores plus pleynes d'honneur pour celluy de qui on le -tenoit, mais elles renouvelloient les mesmes difficultés de l'eage; -qui avoient esté très grandes en l'endroict mesmes de Monseigneur; -lesquelles avoient esté surmontées par la haulteur de la taille de -luy, et par l'espreuve qu'il avoit monstrée de son bon sens, mais -elles se présentoient encores trop apparantes en Monseigneur le Duc, -et avec tant de disproporcion des ans, entre elle et luy, qu'il me -vouloit bien dire tout franchement que, sur ce que jusques icy il en -avoit de luy mesmes mis en avant à la dicte Dame, et sur ce qu'il luy -en avoit faict voyr par les lettres de Me Smith, il ne l'avoit jamais -trouvée en disposition aulcune qu'il m'en voulût faire rien espérer, -mais aussy ne m'en vouloit il oster l'espérance; car Mr de Quillegrey -pourroit aporter telle chose qui seroit pour faire bien acheminer le -tout. Je n'ay rien obmis, Madame, de ce qui a peu rendre très -desirable pour la Royne, sa Mestresse, pour ce royaulme, et pour le -mesmes milord de Burgley, le party de Mon dict Seigneur le Duc, -aultant que de prince du monde, et y ay adjouxté, comme de moy mesmes, -les grandes et advantageuses offres que le cardinal Alexandrin vous a -faictes pour Monseigneur et pour luy, et les inconvénientz qui -pourroient advenir, si ce propos n'estoit bien tost et bien receu; -mais il m'a respondu qu'il n'y voyoit, pour ceste heure, aultre remède -que d'attandre ce que Mr de Quillegrey porteroit, si, d'avanture, je -voulois avoir pacience de ne vous rien escripre de ce faict jusques à -ce qu'il fût arrivé. Mais, Madame, j'ay estimé qu'il ne pouvoit nuyre -que vous fussiés promptement advertye du tout, car nul n'en sçaura -uzer plus discrettement, ny avec moyens plus prudentz, que fera Vostre -Majesté. Sur ce, etc. - - Ce VIIIe jour de mars 1572. - - - - -CCXLe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de mars 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Refroidissement de la reine d'Angleterre à l'égard de la - France.--Sa colère contre Marie Stuart.--Promesse faite par - Burleigh à Mr Du Croc qu'il lui sera permis de passer en - Écosse.--Défaite des révoltés en Irlande.--Négociation des - Pays-Bas. - - - AU ROY. - -Sire, le chiffre, que la Royne d'Angleterre a monstré à Mr Du Croc et -à moy, semble véritablement estre signé de la mein de la Royne -d'Escoce, et ne veulx trop doubter qu'elle ne l'ayt escript au duc -d'Alve; mais que le déchiffrement soit tel qu'elle le nous a leu, ou -bien qu'il soyt suposé, de tant que c'est chose que je ne puis -bonnement vériffier, il m'en fault passer par là où ceulx, qui manyent -icy les affères, le veulent. Et cependant je fay le mieulx que je puis -pour remédyer à deux inconvéniantz qui sont provenus de là: le premier -est que, pour la ferme impression qu'on en a donné à la dicte Royne -d'Angleterre, laquelle est facille de prendre toutjour au pis tout ce -qui vient de sa cousine, elle m'a renouvellé en son cueur une si -grande hayne et une si grande indignation contre ceste pouvre -princesse, qu'il est aysé à voyr que ses pensées et ses dellibérations -sont devenues plus extrêmes en son endroict, qu'elles n'ont encores -jamais esté; le segond, lequel n'est pas moindre, est que, pour ceste -occasion, elle a interprété en très mauvaise part l'instance que luy -avez faicte, par voz lettres, de remettre la dicte Royne d'Escoce ez -meins de Vostre Majesté, de sorte que, joinct ce qu'on luy a dict -que, contre la promesse que luy aviez faicte de ne permettre que -milord de Flemy passât des gens de guerre en Escoce, il en embarquoit, -ce néantmoins, bon nombre à St Malo, elle a commancé se deffier -beaucoup de la conclusion du tretté, et doubter grandement de vostre -bonne intention vers elle; dont a proposé à ceulx de son conseil que, -de tant qu'elle vous avoit faict donner compte, par ses ambassadeurs, -du grand nombre d'offances qu'elle a à se douloyr de la Royne -d'Escoce, par où elle espéroit que vous vous déporteriés d'intercéder -plus pour elle, et que néantmoins vous luy en aviez ceste foys -escript, et faict parler par Mr Du Croc, en termes plus exprès que, -six moys a, vous ne l'aviez faict, chose qui ne pouvoit compatyr avec -la sincérité des propos qui se trectoyent entre vous, qu'ilz -voulussent adviser comme pourvoir si seurement à ses affères qu'elle -n'en peût tomber en danger. - -Sur quoy je ne sçay encores, Sire, ce qu'ilz luy auront conseillé de -faire, mais j'ay mis peyne, et envers elle, et envers eulx, de modérer -ceste sienne tant soubdeine apréhension, affin qu'elle ne passe trop -avant contre la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle demeure du tout -estaincte en l'endroict des aultres choses qui se trettent entre Voz -Majestez et voz deux royaulmes. En quoy je n'ay rien obmis de ce que, -pour la seureté de vostre parolle, et vérité de voz promesses, je leur -ay peu offrir, jusques à leur engager ma vye, qu'ilz n'y trouveront -jamais que toute sincérité et parfaicte confience, et que ce que -Vostre Majesté leur avoit proposé maintenant, de la Royne d'Escoce, -estoit par la contreincte d'ung honneste debvoir que eulx mesmes -sçavoient bien que vous aviez vers elle, et duquel vous estiez -infinyement pressé par ses parans et par ses bons subjectz, et -encores par d'aultres princes et estatz; dont c'estoit à la Royne -d'Angleterre de monstrer, à ceste heure, si elle vouloit avoyr aultant -d'esgard à ce qui est de vostre réputation en cest endroict, comme -vous proposiez de maintenir doresenavant ce qui seroit à jamais de -l'honneur et dignité d'elle en toutes les partz de la Chrestienté. Et -Mr Du Croc a envoyé faire semblables bons offices, de sa part, vers -milord de Burgley, lequel nous a mandé beaucoup de diverses choses du -malcontantement de sa Mestresse, mais enfin il nous a asseuré -qu'aussytost que les nouvelles que, d'heure à aultre, ilz attandoient -d'Escoce, seroient arrivées, et que les seigneurs de ce conseil -auroient advisé avec le dict Sr Du Croc de la manyère qu'il fault -procéder par dellà, que la dicte Dame luy bailleroit son passeport -pour s'acheminer. - -J'entendz, Sire, que, en Irlande, les saulvages ont heu du pire, et -que les Angloys les ont batus en ung rencontre, où la principalle -deffaicte est tumbée sur les Escouçoys qui les estoient venus -secourir. Au regard des différendz des Pays Bas, les Srs de Sueneguen -et de Fiesque estantz, dimenche dernier, venus ouyr la messe et -prendre leur diner, en mon logis, m'ont dict que l'on estoit -maintenant à regarder sur le faict des deniers, mais qu'ilz n'avoient -poinct d'espérance qu'on en peût sortir que _à l'angloyse_; et n'ont -pas passé plus avant. Sur ce, etc. - - Ce XIIIe jour de mars 1572. - - - - -CCXLIe DÉPESCHE - ---du XVIIIe jour de mars 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par mon secrettaire Joz._) - - Rupture du traité préparé en Écosse par Élisabeth.--Plaintes - contre les secours arrivés de France en Écosse.--Saisie des - papiers de lord Seton.--Mission de Mr Du Croc.--Discussion - entre les seigneurs du conseil Mr Du Croc et - l'ambassadeur.--Déclaration du conseil que le passeport pour - l'Écosse ne peut pas être accordé à Mr Du Croc, et que la reine - préfère avoir la guerre avec la France et l'Espagne que de - rendre la liberté à Marie Stuart.--Retour de - Quillegrey.--Changement que produit son rapport dans les - délibérations du conseil.--_Lettre secrète à la reine-mère_. - Négociation du mariage du duc d'Alençon entre l'ambassadeur, - Quillegrey, Burleigh et Leicester.--_Mémoire général_, Affaires - d'Écosse.--Nécessité de procéder sur-le-champ en France à un - traité avec l'Angleterre pour la pacification de - l'Écosse.--Conditions sur lesquelles ce traité doit être - établi.--Négociation des Pays-Bas. - - - AU ROY. - -Sire, ainsy que Mr Du Croc et moy nous attendions qu'il deût avoir son -passeport, selon que la Royne d'Angleterre nous avoit faict espérer -qu'aussytost qu'elle auroit receu des nouvelles d'Escoce elle le luy -bailleroit, et milord de Burgley le nous avoit ainsy confirmé et -promis, elle nous a faict appeller, samedy dernier, en son conseil, -où, par les comte de Sussex, l'admiral Clinthon, milord Chamberland et -le dict de Burgley, elle nous a faict dire que le mareschal Drury et -mestre Randol, au lieu de luy escripre des nouvelles de dellà, ilz -estoient eulx mesmes venus luy signiffier comme, par leur dilligence, -ayant les Escoçoys esté conduictz bien avant en ung bon accord, et les -condicions menées si près de la conclusion qu'il n'y restoit plus que -d'en passer et signer les articles, sellon que ceulx des deux partys -en avoient souvant donné la parolle et leur promesse par escript à la -dicte Dame, milord de Sethon estoit lors arrivé, lequel avoit -incontinent faict changer de volonté à ceulx de Lislebourg, et leur -avoit tant faict rehaulser leurs demandes que les dicts Drury et -Randol avoient esté contreinctz de les laysser là en leur trouble, et -de s'en retourner; dont aussytost qu'ilz avoient esté icy, la dicte -Dame avoit faict mettre la matière en dellibération de conseil devant -elle, auquel ayant esté considéré qu'il n'y avoit pas longtemps que le -dict de Sethon estoit party de France, et que luy, du costé de -Flandres, avec l'assistance du duc d'Alve, et milord de Flemy, du -costé de Bretaigne, avec l'assistance, non de Vostre Majesté, car -s'assuroient de la parolle que leur aviez donnée, mais avec celle de -quelques aultres qui ont beaucoup d'authorité en vostre royaulme, -passoient en ung mesmes temps en Escoce, et le dict Flemy y menoit, -contre vostre deffence, ung bon nombre de soldatz en habits de -mariniers, ainsy que leurs marchandz qui venoient de Bretaigne les en -assuroient; considéré aussy que, par des lettres et des alfabetz, -chiffres, mémoires, et encores par d'aultres choses d'importance, qui -avoient esté surprinses dans le vaysseau du dict de Sethon, lequel, -par temps contraire, avoit abordé en Suffolc, et luy s'estoit -conduict, en marchand, jusques à Lislebourg, il se découvroit des -menées qui monstroient clèrement que l'entreprinse n'alloit plus à -remettre la Royne d'Escoce en sa couronne, mais à l'establir royne en -ces deux royaulmes, et priver leur vraye royne et de vye et d'estat; -sellon que le dict duc avoit desjà advancé dix mil escus contantz au -dict de Sethon, et aultres dix mille à leurs rebelles, et avoit avec -eulx, tant sur les lettres de la dicte Royne d'Escoce que avec icelluy -de Sethon, comme ambassadeur d'elle, capitulé de l'exécution de la -dicte entreprinse et de réduire toute ceste isle à la religion -catholicque, ensemble d'avoir le Prince d'Escoce entre ses mains, et -de soubmettre ces deux couronnes à la protection de celle d'Espaigne, -en quoy l'armée qui est ordonnée pour le passage du duc de Medina -Celli y debvoit estre employée; la dicte Dame avoit résolu, en son -dict conseil, de ne passer plus oultre en rien qui fût de l'Escoce -qu'elle ne vous heût informé, Sire, de tout ce dessus, et encores de -quelque aultre particullarité qui espéciallement concernoit Vostre -Majesté, tout ainsy que naguyères vous l'en aviez faict advertyr d'ung -aultre, qui concernoit sa propre personne, de sorte qu'elle espéroit -que vous demeureriés très bien satisfaict d'elle; et qu'elle layssoit -au choys de Mr Du Croc ou de vous aller cependant retrouver, ou bien -d'attendre icy vostre responce, et qu'ilz ne vouloient dissimuler que -ce, que le dict Sr Du Croc avoit demandé, de voyr en passant la Royne -d'Escoce, et l'instance, qu'ilz voyoient que Vostre Majesté faysoit, -de la mettre en liberté, ne leur heût engendré quelque souspeçon; dont -nous prioient ne trouver mauvais si, en ung cas si important comme -cestuy cy, où il alloit de la vye de leur princesse, de la -conservation de l'estat, et de garder la subversion de leur pays, ilz -vouloient, estant conseillers, y procéder avec grande caution. - -Mr Du Croc, ainsy prudemment comme est sa coustume, et avec une -protestation, qu'il a confirmée par sèrement, de la sincérité de -vostre bonne intention sur toutes les particullarités de sa -commission, et qu'il n'y avoit rien de plus que ce qu'il avoit dict à -la Royne, leur Mestresse, leur a remonstré qu'ilz ne debvoient prendre -aulcune deffiance de son voyage, et moins le retarder; et qu'il les -prioit, suivant ce qui en avoit esté convenu avec leurs ambassadeurs, -qu'ilz le luy voulussent laysser acomplir. De ma part aussy, je ne -pense avoir rien obmis, Sire, de ce qui a peu assurer iceulx seigneurs -de tous les doubtes qu'ilz ont en leur esprit, et de leur monstrer par -les mesmes accidens, qu'ilz nous allèguent, que ce voyage est non -seulement fort expédiant pour l'Escoce, mais encores très nécessaire -pour la France et pour l'Angleterre. - -Tant y a qu'après qu'ilz nous ont heu, de rechef, amplement remonstré -les grandz dangers et les périls qui leur estoient trop imminentz par -le pourchas de la Royne d'Escoce, et que, lorsqu'ilz avoient pensé -qu'elle s'en deût abstenir, c'estoit lorsqu'elle les en pressoit -davantaige, ilz ne pouvoient conseiller nullement leur Mestresse -qu'elle changeât, pour ceste fois, d'opinion; et nous vouloient bien -dire librement qu'encor qu'ilz eussent toutjour loué à la dicte Dame -de maintenir la paix avec tous les aultres princes, ses voysins, ilz -luy conseilloient néantmoins de prendre plustost la guerre avec Vostre -Majesté et avec le Roy d'Espaigne, tout ensemble, que de mettre la -Royne d'Escoce en liberté. - -Sur laquelle, leur tant opiniastre dellibération, Mr Du Croc et moy -avons advisé de vous dépescher en dilligence ce mien secrettaire, -affin que sçachés encores mieulx par luy les particullarités de ce -dessus, et encores d'aultres que je luy ay données en charge, et que, -par semblable dilligence, de luy mesmes, il vous playse nous faire -entendre promptement vostre intention. Sur ce, etc. - - Ce XVIIIe jour de mars 1572. - - -_Par postille à la lettre précédente._ - - Comme je voulois fermer la présente, milord de Burgley m'a mandé - que sa Mestresse et ceulx de son conseil avoient mieulx considéré - noz raysons, et qu'après que vous auriés entendues les leurs, la - dicte Dame dellibéroit de se remettre de cest affaire d'Escoce, - en tout et par tout, à ce que vous vouldriés; et, là dessus, le - Sr de Quillegrey est arrivé, lequel, à ce que j'entendz, a faict - ung fort honnorable rapport, en toutes choses, de Vostre Majesté, - de la Royne, vostre mère, et de tout ce qui est de vostre - couronne, et a grandement loué la sincérité de voz intentions, et - celle de voz actions, vers sa Mestresse et vers son royaulme, - ensemble vostre libéralité vers luy, et vostre faveur et bon - trectement vers les aultres ambassadeurs d'elle. Et luy mesmes - nous est venu visiter, nous monstrer le présent, et nous donner - espérance que Mr Du Croc obtiendroit sa permission de passer. Sur - laquelle aparance de modération le dict Sr Du Croc a demandé à - parler aux seigneurs de ce conseil, auxquelz il n'a rien obmis de - ce qui les pouvoit induyre pour luy laysser continuer son voyage, - mais enfin ilz luy ont dict que, s'il ne monstroit que par son - pouvoir fût expressément porté de procurer l'accord des Escoçoys - à la conservation de la Royne d'Angleterre et repos de son - royaulme, chose qu'ilz estimoient ne pouvoir estre, sinon que - tout le pays fût réduict à l'obéyssance du jeune Roy, qu'ilz - persévéroient de vouloir faire entendre leurs raysons à Vostre - Majesté, premier que de luy octroyer son passeport. Et m'a, - d'abondant, le dict de Burgley mandé que sa dicte Mestresse - estoit preste de respondre à ses ambassadeurs sur ce peu qui - restoit encores de différand au trecté, sans m'expéciffier que - c'estoit, et qu'elle seroit bien ayse de sçavoir si j'avois à luy - en faire entendre quelque chose. Je luy ay respondu que - j'atandois, d'heure en heure, quelque dépesche de Vostre Majesté, - et qu'incontinent que je l'aurois receue, je l'yrois - trouver.--Escript le XXe de mars 1572. - - - A LA ROYNE. - -Madame, aux précédents inconvénients, qui sont survenus à la Royne -d'Escoce, cestuy cy, à ceste heure, ne luy est succédé petit, que -milord de Sethon, voulant repasser de Flandres en Escoce, ayt esté -jetté par tourmante en la coste de Suffolc, où, ayant prins le hazard -de descendre et de se conduyre par terre en habit déguysé jusques à -Lislebourg, il a pensé que son vaysseau, au premier bon vent, pourroit -bien faire voyle, et se conduyre aussi à Abredin, ou en quelque aultre -port de dellà; dont a layssé dedans ung sien page, avec ses papiers et -chiffres, qui, bientost après, ont esté saysis par les officiers du -lieu, qui sont allés recognoistre le dict vaysseau; lesquelz ont aussy -arresté les hommes, les monitions, les armes et aultres provisions, -qui y estoient, et ont apporté les dicts papiers en ceste cour, par -lesquelz semble que les affères de ceste pouvre princesse et sa -personne soient réduictz en plus grand danger que jamais. Dont, sur ce -que la Royne d'Angleterre escript maintenant à ses ambassadeurs de -remonstrer à Voz Majestez Très Chrestiennes, il est bien besoing, -Madame, qu'il vous playse leur y faire des responces si mesurées que, -n'aprouvant rien de ces menées de Flandres et mesmes de n'en estre -moins offancés que la Royne d'Angleterre, vous ne monstriés pourtant -de pouvoir trouver bon qu'on se preigne icy à la personne de la dicte -Royne d'Escoce, ny qu'on dresse armée pour courre sus à ceulx de -Lislebourg; et incister que le Roy, comme allyé principal de ceste -princesse et des siens, doibve toujour estre appellé en tout ce qui -s'entreprandra de ce costé là; et remonstrer que le voyage de Mr Du -Croc, avec ung aultre depputé de la Royne d'Angleterre, est plus -nécessaire que jamais, par dellà, tant pour interrompre ces praticques -de Flandres que pour establir ung bon accord entre les Escouçoys; -lesquelz ne fauldront d'y condescendre, de tous les deux partys, s'ilz -voyent que le Roy y concourre. Le dict Sr Du Croc attendra icy ce -qu'il plerra à Voz Majestez luy en mander par ce mien secrettère, qui -s'en retournera en dilligence; et si, d'avanture, Madame, il faut -qu'il repasse dellà pour prendre le chemin de la mer, il estime qu'il -sera très oportun qu'il face une course devers Voz Majestez pour -prendre nouvelles et plus certaines instructions sur tout ce qu'il -aura à faire pour ces nouveaulx cas survenus; en quoy n'interviendra -guyères que le retardement d'ung quinze jours. Sur ce, etc. Ce XVIIIe -jour de mars 1572. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, depuis bien peu d'heures, le Sr de Quillegrey m'est venu -trouver; lequel m'a dict que la Royne, sa Mestresse, reste -merveilleusement bien satisfaicte et infiniement contante dans son -cueur des honnorables propos qu'il a heu à luy tenir de la part de Voz -Majestez Très Chrestiennes; et qu'encor qu'à ce premier coup, il ne -luy ayt ouvertement, ny en termes exprès parlé du faict de Monseigneur -le Duc, il pense néantmoins avoir si bien disposé la matière, qu'il -ozera bien, la segonde foys qu'il parlera à elle, la luy proposer fort -franchement; et s'esforcera de vous bien servir en cest endroict avec -la sincérité qu'il vous a promise, et de me raporter, jour par jour, -tout ce qui y succèdera à la vraye vérité, affin que je la vous puisse -ordinairement mander; se sentant si abstreinct à ce debvoir, non -seulement par l'obligation des faveurs et libéralités qu'il a receues -bien grandes de Voz Majestez, mais encores pour le bien de la Royne, -sa Mestresse, et de cest aultre encores pour une particullière -affection qu'il a à la France, qu'il n'espargnera sa propre vye pour -l'advancement du propos, et s'oposera, aultant qu'il luy sera -possible, à ceulx qui sont cognus et remarqués icy pour Hespagnols, -qui se préparent desjà de l'interrompre. - -Je luy ay très grandement gratiffié ceste sienne bonne et vertueuse -volonté, avec assurance qu'elle luy sera très abondantment recognue, -et l'ay prié de se vouloir monstrer si dilligent et discret à l'effect -que la chose ne puisse aller ny en longueur ny à la cognoissance de -beaucoup de gens, jusques à ce qu'elle soit plus advancée. Despuis, -j'ay envoyé devers milord de Burgley luy demander si, sur la venue de -son beau frère, j'avois à faire entendre quelque chose à Vostre -Majesté touchant ce qui estoit entre luy et moy; à quoi il m'a mandé -qu'il failloit tirer ceste responce d'ung grand oracle, dont estoit -besoing d'en parler au mesmes Apollo, et qu'il y falloit ung peu de -temps. Le comte de Lestre, à qui le dict Sr de Quillegrey a communiqué -le tout, et luy en avoit auparavant escript de Bloys, en hors, m'a -envoyé signiffier aulcunes choses en général de sa singullière et très -dévote affection vers Vos Très Chrestiennes Majestez et comme il est -tout résolu de faire le voyage vers elles, me priant que j'en vueille -continuer le propos à la Royne, sa Mestresse, la première foys que je -l'yray trouver, en la bonne sorte que je l'ay desjà commancé. - -J'espère, Madame, que, par mes premières, je vous pourray mander -quelque chose de plus de fondement en cecy, sellon que je mettray -aultant de dilligence, qu'il me sera possible, que n'en demeuriés -longtemps en suspendz. Et sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de mars 1572. - - -OULTRE LE CONTENU DES LETTRES, Joz aura à dire à Leurs Majestez: - - Que considéré les véhémentz propos, que ceulx de ce conseil ont - tenu sur les lettres, mémoires et chiffres, qui ont nouvellement - esté surprinses dans le navyre de milord de Sethon, et le regrect - qu'on voit qu'ilz ont de n'avoir peu composer à leur mode les - choses d'Escoce, il est très aparant qu'ilz se vuellent résouldre - de favoriser et fortiffier ceulx du Petit Lith, et opprimer, - autant qu'ilz pourront, ceulx de Lislebourg; lesquelz estantz à - la protection du Roy, il ne peut estre à l'honneur de Sa Majesté - de les habandonner, dont est danger qu'il ne s'en ensuive troys - inconvéniantz tout à la foys: l'ung, de la continuation des - troubles en Escoce, plus que jamais; l'aultre, d'une malle - intelligence entre la France et l'Angleterre; et le tiers, d'ung - grand péril pour la personne de la Royne d'Escoce; et, possible, - un quatriesme, de s'embrouiller avecques le Roy d'Espaigne. - - Pour à quoy obvier semble qu'il sera bon que le Roy, incontinant - qu'il aura receu les présentes, face tretter à plein fons avec - les ambassadeurs d'Angleterre de tout le faict d'Escoce, et leur - incister que Mr Du Croc puisse parachever son voyage au dict - pays, continuant son chemin par ce royaulme, sans faire ce tort - au Roy de le contreindre de s'en retourner, et d'aller prendre - son passage par ailleurs; - - Et que mesmes, entre messieurs les depputez du Roy et les dicts - ambassadeurs, soit convenu de la forme d'accord qu'ilz estimeront - estre meilleur entre les Escoçoys; dont semble que celle là - grèvera moins à iceulx Escoçoys et sera moins contradicte des - Anglois, en laquelle sera ordonné, tant d'ung costé que d'aultre, - ung certein nombre esgal de la noblesse au gouvernement du pays - pour administrer toutes choses de l'estat, attandant le retour de - leur Royne ou la majorité de son filz, sans faire mencion que ce - fût ny soubz l'authorité d'elle, ny soubz l'authorité de luy, et - mesmes ne nommer ny l'ung ny l'aultre, s'il est besoing; et - qu'ung chacun soit remis en ses biens, honneurs et estatz, et les - armes posées partout; et que, par ung commun consentement du Roy - et de la Royne d'Angleterre, le dict Sr Du Croc, avec ung aultre, - de la part d'elle, soyent envoyés sur les lieux pour notiffier le - dict accord aux deux partys, et les contreindre de l'accepter, - comprenant, par ce moyen, les ungs et les aultres avecques - l'estat dans le trecté, avec expécialle confirmation aussi de - l'allience de France. - - Et par mesme moyen soit capitulé, avec les dicts ambassadeurs - d'Angleterre, qu'attandant que les deux Roynes se puissent - accorder de leurs différendz, il soit pourveu à celle d'Escoce de - quelque plus gracieux trectement et plus ample liberté qu'elle - n'a de présent, et de luy rendre ses serviteurs, et luy permettre - ung ambassadeur en ceste cour pour solliciter ses affères, le - tout à ses despens; en ce toutesfois qu'elle promettra de ne s'en - aller de ce royaulme sans congé, ny d'innover rien en icelluy au - préjudice de sa cousine, et de bailler, s'il est besoing, - ostaiges et bonnes cautions de cella; et que ces choses soient - accordées hors du traicté, si ne peuvent estre comprinses dans le - traicté. - - Je suis bien seurement adverty que, à l'occasion des papiers - qu'on a surprins au Sr de Sethon, et de ce qu'on a raporté icy - que milord de Flemy embarque des soldatz à St Malo, en habits de - mariniers, et aussi entandant l'apprest de Mr de La Garde, l'on a - ordonné en ce conseil d'armer promptement ung bon nombre de - navires; et que, du premier jour, l'on en mettra troys des plus - grandz dehors: en quoy, j'ay desjà envoyé sur les lieux - recognoistre tout ce qui s'y fera, et, jour par jour, j'en donray - adviz à Leurs Majestez. - - Et cepandant, ayant soubz mein donné entendre, que l'apprest de - Mr de La Garde n'estoit aulcunement contre chose qui appartînt à - ce royaulme, ains plustost pour aller faire une descouverte en - terres neufves; ung gentilhomme de bonne qualité, anglois, m'est - venu remonstrer que, s'estant desjà proposé, avec le congé de sa - Mestresse, de servir, à ses despens, le Roy en la première guerre - qu'il aura contre quelque aultre prince que ce soyt, avec trente - navyres, desquelz les vingt seront bons pour le combat, et les - dix aultres fort propres pour courre la mer, avec moyen de mettre - en terre deux mille hommes de guerre qu'il mènera, oultre le - nombre ordinayre qu'il fault à la garde et conduicte de ses - navyres, qu'il desireroit bien, à ceste heure, attandant le - temps, d'accompaigner avec ung bon équipage de mer le dict Sr de - La Garde et suyvre et obéyr à l'admiral de la flote, soubz les - enseignes de France, en luy faisant part des gains de la mer - comme à ung des aultres qui le suyvront; me priant fort - instamment d'en vouloyr escripre au Roy, et luy en faire avoir - promptement la responce. - - Encor que, d'ung costé, la Royne d'Angleterre monstre d'estre - fort offancée contre le duc d'Alve, elle ne laysse pourtant - d'entendre, d'aultre part, aulx partis et expédians qu'il luy - faict offrir pour accommoder les différendz des deniers, après - celluy des marchandises; et, de faict, le Sr Acerbo Velutelly, - en lieu du Sr Fiesque, lequel n'est plus agréable icy, en mène - maintenant la praticque, et y a desjà procédé par plusieurs jours - avec le comte de Lestre et milord de Burgley, au nom seulement - des particulliers; mais je sçay que ce n'est sans en avoir charge - et lettre expresse du dict duc d'Alve; et croy qu'on n'est, à - présent, guyères loing d'accord; mais j'estime que c'est en - layssant encores, pour quelque temps, les dicts deniers ez meins - de ceste princesse, avec assurance du payement du principal, et - encores de quelques petitz intérestz, au cas qu'elle les retienne - plus longtemps qu'il ne sera convenu; ce que je mettray peyne - d'entendre plus en particullier. Et cepandant, quant aus dictes - marchandises, l'on procède toutjour de les vendre, ainsy que - porte la proclamation, et a l'on pensé d'uzer encores de plus - grande rigueur vers les subjectz du Roy d'Espaigne, si ceste - vente ne suffit pour rembourcer les Angloys. - - Le marquis de Vuinchester, grand trézorier d'Angleterre, est - décédé despuys six jours, et le comte de Sussex et milord de - Burgley sont, à ceste heure, les deux compéditeurs qui aspirent à - l'estat. - - Discourra à Leurs Majestez ce qui a succédé des affères du duc de - Norfolc; la clémence dont la Royne d'Angleterre a uzé, par deux - foys, sur le mandement de son exécution; les différendz qui se - sont sussités en cour entre les principaulx seigneurs et entre - les dames à cause de cella; comme l'on a apposté des prescheurs - pour inciter la Royne et le conseil contre luy; et en quoy en - sont à présent les choses. - - De trois petites particullarités, du dict duc, de Morguen et de - Maden. - - - - -CCXLIIe DÉPESCHE - ---du XXVe jour de mars 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voie du Sr Acerbo._) - - Maladie subite et rétablissement de la reine d'Angleterre. - - - AU ROY. - -Sire, sur l'heure que j'ay receu vostre dépesche du IIIIe, VIIIe et Xe -de ce moys, par Nicolas le chevaulcheur, la mienne, que j'ay envoyée -à Vostre Majesté par mon secrettère, estoit desjà si achevée, et luy -si prest de partir, que j'ay estimé ne debvoir retarder l'une pour -l'arrivée de l'aultre, espérant que, le jour ensuyvant, j'aurois -audience, et que bientost je vous pourrois encores renvoyer le dict -Nicollas; mais, la nuict d'après, il a prins ung si grand mal et une -si grande torcion d'estomac à la Royne d'Angleterre, à cause, comme on -dict, qu'elle avoit mangé du poisson, qu'il m'a fallu avoir pacience, -et a esté la douleur si griefve et si véhémente que toute ceste cour -s'en est trouvé en grand estonnement; et le dict comte de Lestre et -milord de Burgley ont veillé, troys nuictz entières, près de son lict, -mais, à ceste heure, ilz me viennent de mander que, grâces à Dieu, le -mal luy est beaucoup dimynué, et qu'ilz espèrent que, dans peu de -jours, elle se portera mieulx, et qu'ilz me manderont quand je pourray -parler à elle. Cella sera cause, Sire, que je n'auray le moyen, si -tost que le desiriez, de vous mander la responce des poinctz qui sont -contenuz en vostre et dernière dépesche. Néantmoins je incisteray de -l'avoir, et qu'il ne m'y soit uzé de remise, lorsque je verray que, -honnestement et avec rayson, j'en pourray presser la dicte Dame. Et -sur ce, etc. - - Ce XXVe jour de mars 1572. - - - Encores tout maintenant, un des clercs de ce conseil me vient de - dire, de la part de milord de Burgley, que la Royne, sa - Mestresse, desire que je la voye demein; mais que ce soit sans - toucher aulcune négociation d'affères. - - - - -CCXLIIIe DÉPESCHE - ---du XXXe jour de mars 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Françoys Biscop._) - - Détails donnés par Élisabeth à l'ambassadeur sur sa - maladie.--Discussion du traité d'alliance entre l'ambassadeur - et une commission prise dans le conseil.--Projet du duc d'Albe - d'envoyer des troupes en Écosse--Négociation des Anglais avec - les Espagnols. - - - AU ROY. - -Sire, aussytost que la Royne d'Angleterre, avec le congé de ses -mèdecins, a peu sortir jusques en sa chambre privée, elle m'a permis, -premier qu'à nulz seigneurs ny dames de sa court, sinon à ceulx qui la -servoient en son mesmes lict, de la pouvoir voyr; et m'a compté la -douleur extrême, laquelle, l'espace de cinq jours, luy avoit si fort -serré l'allayne, et luy avoit tenu le cueur si pressé, qu'elle en -avoit bien pensé mourir, et que desjà aulcuns jugeoient qu'il en fût -autant faict; mais que Dieu ne l'avoit trouvée en assez bon estat pour -la réputer digne d'aller encores à luy; et qu'elle croyoit que ceste -douleur ne luy estoit provenue d'avoyr mangé du poisson, ainsy -qu'aulcuns disoient, car elle en mangeoit assez souvant, mais plustost -pour s'estre, despuis troys ou quatre ans, trouvée si bien qu'elle -avoit mesprisé tout l'ordre, que ses mèdecins avoient auparavant -accoustumé d'uzer vers elle, de la purger et luy tirer ung peu de -sang, de temps en temps; néantmoins que ce mal, grâces à Dieu, estoit -maintenant tout passé, et ne luy restoit plus qu'ung peu d'altération -et ung bien peu de chaleur; me remercyant infiniement du soing que -j'avois heu de sa santé, qui luy estoit une signiffication que Vostre -Majesté luy vouloit beaucoup de bien et qu'elle vous pouvoit avoyr -toute confience. - -Je luy ay rendu ung des plus grandz mercys que j'ay peu pour ceste -singullière faveur, qu'elle m'avoit faicte de la pouvoir si tost voyr, -après sa maladye; et l'ay assurée, Sire, que vous prendriés pour ung -très évident signe de sa bonne et inthime amityé vers vous, qu'elle -m'eust donné ce privé moyen de pouvoir, par certaine science et de -veue, vous tesmoigner sa parfaicte guarison. Et, après l'avoir ung peu -entretenue là dessus, et luy avoir faict, de vostre part, la -conjouyssance de la groysse de la Royne, de quoy elle s'est -merveilleusement resjouye, et en a rendu de bon cueur grâces à Dieu, -elle m'a faict quelques excuses du retardement de la conférance que -nous avions à faire ensemble sur les choses du traicté, mais, parce -qu'elle n'estoit encores assez forte pour travailler en négociation -d'affères, elle avoit appoincté cinq de son conseil pour s'en -assembler avecques moy. - -Dont, tout sur l'heure, Sire, au partyr d'elle, je suys entré en -communicquation avec eulx sur les deux poinctz que m'avez mandé: -premièrement, du mot de _religion_, que, parce qu'il ne pouvoit estre -exprimé dans l'article de la ligue, Vostre Majesté mettoit en avant -d'y estre satisfaict par lettres particullières, escriptes et signées -de voz meins; secondement; du faict de la Royne et royaulme d'Escoce, -que, ne pouvant estre obmis, avec vostre dignité, qu'il n'en fût -faicte mencion dans le traicté, vous desiriés y en estre inséré ung -article, en la forme que je le leur exibois par escript. - -Eulx, de leur part, Sire, ont desduict troys aultres poinctz, dont -l'ung est touchant ce que messieurs voz depputés avoient retranché le -trente quatriesme article dans leur minute du traicté, et ilz desirent -qu'il y demeure; le segond que, excédant Vostre Majesté de force et de -moyens la Royne, leur Mestresse, il estoit raysonnable que vous -l'excédissiés aussy à luy offrir ung secours, qui fût plus grand que -celluy que vous requériés d'elle; et le troysiesme, qu'il vous pleût -faire émologuer par voz parlemens les choses qui seroient accordées -pour le commerce. - -Mais, après que je leur ay heu admené, sur les deux premiers poinctz, -toutes les bonnes et vifves raysons qui sont contenues dans voz -lettres, et respondu gracieusement à leurs aultres troys ce que j'ay -estimé estre bien à propos, toute la difficulté est restée sur le -faict d'Escoce; lequel leur vient toutjour fort à contre cueur: et -mesmes qu'ilz ont assuré que, sellon les rapportz que, despuys bien -peu de jours, ilz avoient receu d'Escoce, et aultres, le jour -précédant, du costé de Flandres, il estoit tout certein que milord de -Sethon et deux aultres Escouçoys, au nom et comme ambassadeurs de leur -Mestresse, avoient capitulé avec le duc d'Alve de la descente des -Hespaignols et Bourgignons en Escoce, et de leur livrer deux fortz et -places qu'ilz fortiffieroient pour leur retraicte, ensemble de leur -fournir vivres et chevaulx de charroy, et bagaige, quand ilz -marcheroient, et de faire tout ce qu'ilz pourroient pour mettre le -Prince entre les mains du dict duc; ce qu'ilz vous feroient aparoir -encores plus clèrement par leur ambassadeur. - -Ce nonobstant, Sire, j'ay incisté, par la mesme occasion qu'ilz -disoient, estre expédiant qu'ung article bien exprès en fût mis dans -le traicté, et que le voyage de Mr Du Croc, avec ung de leurs -depputés, en fût d'aultant accéléré. Sur quoy ilz ont prins terme -d'en conférer avec leur Mestresse, et que, puis après, ilz m'y -respondroient; et croy, Sire, que je ne pourray pas beaucoup obtenir -pour ce regard, tant y a que je y incisteray bien fort. Mais cepandant -milord de Burgley, sans lequel toutes choses demeurent accrochées, est -tombé si malade de la goute qu'il n'est possible qu'il puisse vacquer -à rien; dont, affin que Vostre Majesté n'en soyt en peyne, j'ay -anticipé ceste dépesche, et j'espère que, dans ung jour ou deux, je -vous en envoyeray une plus complète par le chevaulcheur. - -Cependant il se prépare icy plus grand nombre de navires qu'on n'avoit -ordonné du commencement, et quelque nombre de gens de guerre; et se -continue la praticque de l'accord touchant les deniers d'Espaigne, et -encores touchant la vente des laynes, avec les depputés, que je vous -ay cy devant mandé, lesquelz ne s'en meslent sans expresse commission -du dict duc d'Alve. Et ont encores aulcuns de ce conseil, despuys six -jours, faict venir ung Hespagnol devers eulx, lequel leur estoit -auparavant très odieux, et ilz luy ont maintenant, coup sur coup, -baillé deux passeportz pour envoyer homme exprès devers le duc d'Alve. -Je prendray garde que c'est. Et sur ce, etc. Ce XXXe jour de mars -1572. - - - - -CCXLIVe DÉPESCHE - ---du IIIe jour d'apvril 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par Nicolas le chevaulcheur._) - - Conférence sur la négociation du traité.--Discussion des articles - concernant la religion, l'alliance d'Écosse, le subside et le - commerce.--Incertitude sur la désignation de l'ambassadeur qui - doit être choisi pour la ratification de l'alliance.--Armemens - faits en Angleterre afin d'empêcher les Espagnols de débarquer - en Écosse.--Crainte que ces armemens ne soient eux-mêmes - dirigés contre l'Écosse.--Espoir que Leicester sera désigné - pour passer en France.--Persistance d'Élisabeth dans l'alliance - avec le roi. - - - AU ROY. - -Sire, en la segonde et troysiesme conférance, que j'ay heues, avec les -Seigneurs de ce conseil, sur les poinctz du traicté, les choses ont -esté, de rechef, fort débatues; et, encor que ce ayt esté, du -commencement, avecques doulceur, il y est, peu à peu, intervenu de la -véhémence, et puis de la contention, car les partisans contraires -n'ont sceu colorer de si bonne aparance de rayson leurs opositions, -qu'ilz n'ayent monstré qu'ilz les faysoient en intention de tout -rompre; et je n'ay voulu laysser aller ung seul de tous les poinctz de -vostre réputation aux simulés argumentz qu'ilz ont allégué de la -seureté de leur Mestresse, si bien qu'ilz ont esté constreinctz de -retourner enfin à quelque modération. - -Dont voycy, Sire, en quoy ce conseil persiste maintenant: que, -touchant le premier des deux poinctz que m'avez mandés, si Vostre -Majesté demeure ferme de ne vouloir que celluy de la religion soit -aulcunement inséré dans le traicté, il vous playse trouver bon d'en -faire expédier ung acte, à part, par lettres de vostre grand sceau, -aux propres termes de l'escript que leur en avez desjà faict -communicquer, et que la Royne, leur Mestresse, fera le semblable, -atandu que, toutes les foys qu'il a esté question de l'interprétation -d'ung traicté, l'on en a toutjour faict ung segond, aussy solennel que -le premier, et y a l'on aposé les grandz sceaulx des princes; et si, -en ceste cy, qui leur est très importante, ilz ne pouvoient avoyr ung -nouveau traicté, qu'à tout le moins ilz ayent vostre sceau, et vous -celluy de ce royaulme, affin que toutes les solennités n'y -deffaillent, non pour en uzer sinon privéement entre Voz Majestez, ce -qu'ilz estiment que se pourra faire aussy secrettement que par lettres -de voz meins, atandu que Mr le présidant de Birague, duquel ilz ont -heu fort bonne relacion par leurz ambassadeurs, et qui est ung de voz -depputés, en pourra luy mesmes fayre la dépesche. - -Quand au segond poinct, il ne se peut faire que la Royne, leur -Mestresse, par aulcunes raysons puisse estre persuadée, ny eux le luy -vueillent conseiller, que la Royne d'Escoce soit insérée en ung mesme -traicté avec elle, ny qu'elle soit, en façon du monde, nommée en -cestuy cy; et encores, touchant la couronne et estat du pays, ilz -desireroient qu'on se déportât d'en parler, toutesfois si Vostre -Majesté ne veult que cella passe soubz silence, que aulmoins le -premier des articles, que je leur ay baillés pour remplir le blanc, -soit rejetté, et que le segond, le troysiesme et quatriesme y soient -insérés, seulement pour vous complayre, en la manière que milord de -Burgley les a réformés, ou aultrement leur résolution est qu'ilz -demeurent du tout ostés; que d'aultant que le XXXIIIIe article est -général, et concerne aultant voz alliés que ceulx de leur Mestresse, -et peut oster beaucoup de souspeçon aulx aultres princes, ilz -heussent desiré qu'il fût demeuré inséré dans le traicté; et mesmes -ont artificieusement proposé que, puisque vous aviez tant à cueur d'y -mencionner l'Escoce et les Escouçoys, qu'il estoit rayson qu'ilz y -mencionassent le Roy d'Espaigne et ses pays. - -A quoy je leur ay respondu qu'il y avoit très grand raison, et pour -nous et pour eulx, de nommer l'Escoce en particullier, et laysser les -aultres en général; toutesfoys je ne voyois pas qu'il y heût grand -inconvéniant que chacun peût nommer ses alliés, dont Vostre Majesté -nommeroit le Pape, l'Empereur, le mesme Roy d'Espaigne, les Suisses et -aultres, s'ilz le trouvoient bon, et qu'ilz nommassent ceulx qu'ilz -voudroient; qui a esté cause qu'ilz ont remis cella à l'arbitre de -Vostre Majesté, quand ilz ont ouy nommer le Pape. - -Au regard de ce qu'ilz m'avoient dict, que Vostre Majesté debvoit -offrir plus grand secours à leur Mestresse que celluy qu'avez à -espérer d'elle, ilz n'y ont incisté; mais ouy bien à la forme du -payement du dict secours, qu'ilz desirent que chacun des deux princes -le face sellon le rolle et payes de ses propres gens de guerre, de -façon que Vostre Majesté payeroit les Angloys ainsy que françoys, et -leur Mestresse les François ainsi que angloys; ce que je leur ay -remonstré estre impertinant. Et enfin se sont accordés que leurs -ambassadeurs le proposeront à Vostre Majesté, mais se contenteront que -cella soyt réduit à proportion si esgalle, qu'il n'y ayt plus -davantaige pour l'ung que pour l'autre. - -Touchant l'émologation, qu'ilz demandent en voz parlemens, des -articles du commerce, je leur ay dict que j'estime que Vostre Majesté -ne le refuzera, et ay baillé une coppie du pouvoir que m'avez envoyé, -concernant le dict commerce, à milord de Burgley qui me l'a demandé; -et j'entendz qu'il en envoye ung semblable au Sr de Vualsingam, et m'a -dict qu'incontinant après Pasques nous pourrons procéder au faict de -ceste commission. - -Quant à procurer que le comte de Lestre, ou, à son deffault, milord de -Burgley passent en France, je n'ay obmis une seule de toutes les -considérations qui se peuvent alléguer sur l'utilité de ce voyage, que -je ne l'aye desduite à ceste princesse, laquelle a esté fort près de -me le concéder, de l'ung ou de l'aultre, non sans vous rendre, Sire, -ung singulier grand mercys pour ceste vostre élection, qui luy fait -prendre une très grande confiance des choses qu'avez à traiter -ensemble; et enfin néantmoins, m'a pryé de vous escripre que, à cause -des temps suspectz, et de ce que, présentement, ces deux siens -conseillers sont très nécessayres en ung parlement qu'elle veut tenir -après ces festes, et aussy pour ung progrès qu'elle est contreinte -d'entreprandre vers le North, incontinant après la Pantecouste, et que -le dict sieur comte admèneroit avecques luy cinq ou six centz des plus -confidantz gentilshommes d'auprès d'elle, elle vous supplye, Sire, -trouver bon qu'elle vous puisse envoyer ung aultre des siens, me -nommant son admiral, comme l'ung des plus dévotz et bien affectionnés -seigneurs qui soyent en ce royaulme, vers Vostre Majesté et vers la -France; et que néantmoins, si Vostre Majesté ne demeuroit bien -satisfaicte que l'ung des aultres deux n'y allât, qu'elle retarderoit -ses propres affères pour l'y envoyer. Sur quoy, Sire, sachant combien -toutz deux envyent ceste commission, je fay tout ce que je puis -qu'elle soyt bientost résolue, mais si, d'avanture, la difficulté se -trouve si grande, comme à la vérité je l'y voy, qu'il ne se puisse -faire, il se faudra contanter du dict sieur admiral, lequel, après les -deux, est bien le plus à propos que nul aultre qu'on sceût choysir en -ceste cour. - -Cepandant, Sire, pour les souspeçons que ceulx cy prennent de la venue -du duc de Medina Celi, ilz arment beaucoup de navires, et lèvent des -gens de guerre, et disent assés ouvertement que c'est pour envoyer -vers l'Escoce, affin de garder qu'il n'y descende d'Hespagnols; dont -Vostre Majesté me commandera comment je debvray uzer en cella, ne -pouvant convenir à vostre réputation ny qu'ilz y aillent, car ilz -s'esforceront incontinent d'opprimer ceulx de Lillebourg, ny de voyr -que eulx et les Hespaignols se débatent, sans vous, de l'entreprinse -de ce pays là, qui est tout entièrement de vostre alliance. Sur ce, -etc. - - Ce IIIe jour d'apvril 1572. - - - Tout maintenant, l'on me vient de mander, de ceste cour, que - certein propos que je tins, hier, à ceste princesse, a heu tant - d'efficace qu'elle dellibère maintenant d'envoyer le comte de - Lestre en France, à quoy je mettray peyne de la conforter; et Voz - Majestez pourront aussy beaucoup ayder de dellà avec ses - ambassadeurs, si leur monstrés que ne demeureriez assez bien - satisfaictes, si le dict comte ou milord de Burgley n'y - passoient. Je n'ay esté, despuys que je suis en Angleterre, si - grandement traversé d'inventions caultes et malicieuses, sur les - affaires de vostre service, comme, ceste foys, sur la conclusion - de ce traicté; mais, grâces à Dieu, la Royne d'Angleterre vous - demeure plus confirmée d'amytié et de confédération que jamais, - et, le traicté conclud, Dieu, par sa grâce, acheminera, s'il lui - playst, le reste. - - - - -CCXLVe DÉPESCHE - ---du VIIe jour d'apvril 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Affaires d'Écosse.--Bruit d'une nouvelle convocation du parlement - qui aurait pour objet de déclarer Marie Stuart déchue de tout - droit à la succession du trône d'Angleterre.--Négociation des - Pays-Bas.--Nécessité de faire de nouvelles instances en France - pour obtenir la restitution de l'argent saisi, déjà réclamé par - l'ambassadeur. - - - AU ROY. - -Sire, estant le courrier de Vostre Majesté et ung aultre de la Royne -d'Angleterre partys d'icy, le jeudy sainct, avec l'entière responce -des poinctz qui concernent la conclusion du traicté; le jour -ensuyvant, est venu advertissement à la dicte Dame comme milord de -Flemy continue de faire son apprest en Bretaigne, pour passer, du -premier jour, avec de l'argent, des monitions et des gens de guerre, -en Escoce; de quoy elle et ceulx de son conseil se sont assez esmeus. -Et ont les dicts du conseil envoyé incontinent ung des clercs de leur -compagnie devers moy, pour me prier de faire une prompte dépesche là -dessus à Vostre Majesté, affin que cella ne puisse retarder le -traicté; et m'ont faict bailler l'extrêt du dict advis, lequel, parce -qu'il désigne les lieux et les jours, et encores d'aultres -particullarités, il monstre avoyr du vraysemblable. Néantmoins je leur -ay respondu qu'il fault adjouxter plus de foy à vostre parolle que à -leur advis, et qu'en tout évènement, s'il se trouve qu'il y ayt des -françoys ou des angloys en Escoce, le traicté règlera Voz Majestez de -les debvoir mutuellement retirer dedans quarante jours. Ilz ont cecy -fort à cueur, et disent que ceulx de Lislebourg, pour la venue de -milord de Sethon, du costé de Flandres, et sur l'attante de milord de -Flemy, de France, sont devenus si insolans qu'ilz rejettent, à ceste -heure, toutes les condicions de paix et de trefves, qu'ilz trouvoient -auparavant très bonnes; de quoy ilz infèrent de plus grandes -conséquences et de plus grandz dangers, que ne sont pas les troubles -des Escouçoys. Et c'est à moy matière propre pour les arguer du -retardement de Mr Du Croc, et que, s'ilz le layssoient aller, avec -l'adjoinct qu'ilz luy bailleroient d'icy, que les deux remédieroient -par ensemble fort facillement à toutz ces inconvénientz; mais ilz sont -résolus d'atandre ce que leurs ambassadeurs leur manderont, et que -Vostre Majesté leur en aura respondu; avec lesquelz je desire bien, -Sire, qu'ayés prins une vertueuse résolution de faire continuer au -dict Sr Du Croc son dict voyage: car se voyt, de plus en plus, qu'il -est très nécessayre à l'Escoce; et ceulx cy n'ont nulle occasion de ne -le vouloir, ny nulle bonne rayson de le contredire. Pareillement, si -Vostre Majesté condescend de gratiffier ceste princesse, sur le -passage de milord de Flemy, à le retarder quelque temps, ou bien à ne -le laysser passer guières accompaigné, que par mesme moyen soit prins -seureté d'elle qu'il ne sera, en façon du monde, rien atempté, de sa -part, au dict pays d'Escoce, sans vostre exprès consentement. - -Elle et ceulx de son conseil monstrent de persévérer en très bonne -disposition vers Vostre Majesté et vers vostre royaulme, et semble que -le comte de Lestre passera dellà, si continués, Sire, de monstrer que -vous le désirés; dont sera bon que, de rechef, il soit donné entendre -assez expressément à leurs ambassadeurs que ce vous sera chose très -agréable qu'il face le voyage. J'ay devisé avec milord de Burgley -que, si le dict comte n'y pouvoit aller, qu'il falloit que ce fût luy -et son beau filz, le comte de Oxford, lequel, à présent, est le -premier comte et grand chamberland d'Angleterre, qui heussent ceste -commission; ce qu'il n'a nullement rejetté. Tant y a que, quand la -résolution sera prinse, de l'ung ou de l'aultre, ou bien d'un tiers, -je mettray peyne de sçavoir comme ilz se voudront conduyre en allant -dellà, affin que messieurs voz depputés preignent mieulx leur advis -comme venir icy. - -Il se parle fort que ceste princesse, incontinent après Pasques, fera -publier ung parlement, où je creins que c'est pour débouter -perpétuellement la Royne d'Escoce de la succession de ceste couronne, -chose qui, semble, conviendroit bien à Vostre Majesté que ne se fît -jamais, et au moins que ne se fît pas si près, comme l'on est, de la -conclusion du traicté: car, possible, vouldra l'on penser que ce soyt -du mesmes marché; ou bien que le dict parlement est convoqué pour -authoriser davantaige la condempnation et confiscation du duc de -Norfolc. J'espère que bientost s'en entendra l'occasion. - -Les choses de Flandres se mènent assez lentement; néantmoins elles se -poursuyvent en une façon que, peu à peu, il s'en accomode toutjour -quelque poinct; dont je pense que, sur le faict des deniers, et sur -celluy des laynes, qui sont les deux plus importantz, les -particulliers, qui y sont intéressés, en seront aucunement -satisfaictz. L'apprest des grandz navires de ceste princesse se -continue, ensemble la description des gens de guerre et des marinyers, -vray est qu'on y va encores à petitz frays, attandant les procheynes -nouvelles qui viendront et d'Escoce et de dellà la mer. Ceulx cy font -semblant de n'avoir entendu, ou de ne se souvenir des instances, que -Vostre Majesté leur a faictes faire pour les deux mil escus qui -alloient en Escoce; il vous plerra le leur faire renouveller. Et sur -ce, etc. - - Ce VIIe jour d'apvril 1572. - - - L'on me vient de dire que milord de Burgley ayant, vendredy - dernier, prins une mèdecine, il se trouve extrèmement mal, ce qui - retardera, et, possible, changera beaucoup l'ordre de noz - affayres. - - - - -CCXLVIe DÉPESCHE - ---du XIIIIe jour d'apvril 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Affaires d'Écosse.--Convocation d'un nouveau - parlement.--Conjectures diverses sur les objets qui y seront - traités.--Bruit d'un arrêt général fait en Espagne sur les - Anglais et leurs marchandises.--Nouvel ordre donné pour - l'exécution du duc de Norfolk et nouvelle révocation de cet - ordre.--Prise faite sur les Espagnols par la flotte du prince - d'Orange. - - - AU ROY, - -Sire, estant l'homme de Me Smith arrivé mècredy au soyr, il est venu, -le jeudy matin, m'aporter la dépesche que Vostre Majesté a escripte à -Mr Du Croc et à moy, du dernier du moys passé; sur laquelle nous -n'avons pas volu, le mesmes jour, ny jusques au lendemain, demander -audience, à cause que ceste princesse partoit de OExmestre pour s'en -aller tenir à Grenvich tout le reste de ce moys, mais j'espère que -nous la verrons demain et que nous obtiendrons d'elle, sur la nouvelle -instruction qu'avez envoyée au dict Sr Du Croc, laquelle ne peut que -beaucoup contanter la dicte Dame, qu'il puisse passer en Escoce; ne -voulant toutesfoys obmettre de vous dire, Sire, que, pendant qu'elle -l'a détenu icy, elle a essayé, plus instamment que jamais, s'il -seroit possible que les Escouçoys voulussent entendre à ung accord, -venant de son moyen, sans que le vostre y fût employé, ny que le dict -Sr Du Croc s'en meslât. Mais, sellon les derniers advis que j'ay de -dellà, ilz n'y ont voulu condescendre, bien qu'ilz parlementent; et -continuent toutjour la guerre: et ceulx de Lislebourg, lesquelz sont -ung peu renforcés depuis ung moys en ça, sont allés brusler quelques -greins et monitions en la mayson du comte de Morthon. Tant y a que la -dicte Dame s'attand, dans deux ou troys jours, d'avoyr toute certitude -de leur intention, et je mettray peyne d'en entendre quelque chose. - -Le parlement dont, en mes précédentes, je vous ay faict mencion, est -assigné au VIIIe de may prochain, et tient on si secretz les poinctz -qu'on y veult proposer, qu'à peyne en oze l'on parler; tant y a que -quelques ungs par discours présument que c'est, en premier lieu, pour -remonstrer la vyolence, dont a esté uzé en Hespaigne, le XIIe de -febvrier, d'y avoyr arresté et mis en prison les angloys qui s'y sont -trouvés, et avoyr saysy leurs navyres et marchandises, avec -prohibition de tout commerce dorsenavant avec l'Angleterre, ce que le -Sr de Sueneguen, qui est icy, n'advoue estre vray; segondement pour -pourvoir aux choses d'Irlande, de tant que le debitis, qui est par -dellà, demande bon nombre de gens de guerre et de monitions, pour y -maintenir l'authorité de ceste couronne contre les saulvaiges et -contre les estrangers; tiercement, pour adjuger les biens des rebelles -à leur souverayne, principallement ceulx du duc de Norfolc, et -rétracter, à cest effect, une loy de ce royaulme, laquelle semble -empescher qu'on ne puisse procéder à la confisquation d'iceulx, -d'aultant qu'il se trouve que luy et la pluspart des fuytifz se sont -démis de leurs biens à leurs enfans ou à leurs plus procheins parans, -et les en ont saysis, premier qu'on ne les aye prévenus; ou bien -estime l'on que ceste convocation est pour authoriser le traicté qui -se faict avec Vostre Majesté, affin de pouvoir mieulx transférer en -vostre couronne les intelligences et les entrecours, capitulations et -commerces, que ce royaulme souloit avoyr avec celle d'Espagne, et y -comprendre les choses d'Escoce; mais, le plus commun présume que c'est -pour ordonner du faict de la succession de ceste couronne, parce -qu'ayant aparu plusieurs mouvementz en ceste court, et en tout ce -pays, quand la Royne d'Angleterre a esté dernièrement malade, et que -sa mort y heût sans doubte apporté une très grande confusion de toutes -choses, l'on luy a persuadé de ne debvoir plus laysser cest article en -l'incertitude qu'il est. Dont s'estime qu'elle s'esforcera d'obtenir -qu'il luy soyt loysible d'eslire son successeur, et que celluy soyt le -vray Roy, lequel elle nommera par son testament, ou bien de faire -desjà déclarer segonde personne le Prince d'Escoce, qui est si jeune -que, de longtemps, ne luy pourra faire aulcune compétence, ou bien le -jeune comte de Lenoz, frère du feu Roy d'Escoce; ou bien les enfans de -Herfort, ou bien le comte de Houtinthon: mais en quelle sorte que ce -soit, toutjour la Royne d'Escoce y sera intéressée; et semble que son -intérest et celluy de son royaulme y seront de tant plus grandz, que -plus l'on monstrera de vouloir appeller le Prince, son filz, à ceste -succession. Et ne deffaillent qui disent aussy que, de tant que le -comte de Lestre a uzé de tous les honnestes et honnorables debvoirs -d'un bon et loyal et très fidelle subject, conseiller et serviteur -vers la dicte Dame, en la dernière maladye qu'elle a heue, qui l'a -confirmée de mettre plus de confiance en luy qu'en nul aultre de ce -royaulme, qu'il se trectera de son mariage avecques elle, puisque la -religion a empesché celui de Monsieur. - -Qui sont les devis d'aulcuns de ceste court, et mesmes de ceulx qui -pensent bien entendre les affayres; tant y a que, jour par jour, il se -pourra avoyr plus de lumière de ces choses, lesquelles donnent tant -plus à penser aux gens que, jeudy au soyr, la dicte Dame fut conduycte -à expédier ung nouveau mandement pour faire exécuter, le vendredy -matin, le duc de Norfolc, mais luy estant, la nuict, revenu le mesmes -regret qu'elle a toutjour heu à sa mort, elle en a, pour la quatriesme -foys, révoqué le mandement. Et se cognoit assez que les ennemys du -dict duc ne pourront jamais obtenir ce dernyer poinct d'elle, sans -qu'elle en sente une grande violence dans son cueur. - -Mr de Sueneguen fut hyer traicter avec la dicte Dame sur des lettres -du Roy d'Espaigne, et sur une dépesche du duc d'Alve. Je n'ay encores -aprins que c'est. La flote de Flandres, qui revenoit d'Espaigne, est -passé, le XXVIIIe de mars, dans l'estroict de Callays, et les -vaysseaulx du prince d'Orange ont donné sur la queue; qui ont prins -deux ourques bien riches, dont l'une s'estime valloir plus de soixante -mille escus, et ont jetté la pluspart de ceulx, qui estoient dedans, -hors bort, dans l'eau. Le comte de Lumey, à ce qu'on dict, a esté -receu en ung lieu de quelque petite isle, près d'Ollande, qui se nomme -Brille, où les habitans n'ont voulu aquiescer au dixiesme, mais l'on -pense que le duc d'Alve l'en chassera bientost. Milord de Burgley a -esté à l'extrémité, et ne cuydoit on, le jour de Pasques, qu'il deust -réchaper, mais, à présent, il commance à se ravoir; tant y a que son -indisposition retarde toutjour les affères. Sur ce, etc. - - Ce XIVe jour d'apvril 1572. - - - - -CCXLVIIe DÉPESCHE - ---du XXIe jour d'apvril 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Audience donnée par Élisabeth, en son conseil, à l'ambassadeur et - à Mr Du Croc.--Discussion des affaires d'Écosse.--Refus du - conseil d'admettre un article des nouvelles instructions - données par le roi.--Rupture de la négociation; demande faite - par Mr Du Croc de son passeport pour retourner en - France.--Nouvelles assurances d'amitié données par - Élisabeth.--Désignation de Mr de Montmorenci en France, et de - l'amiral Clinton en Angleterre, pour échanger les ratifications - du traité d'alliance.--Déclaration du conseil que la reine - consent à admettre les explications proposées sur l'article en - contestation, qui a entraîné la rupture de la négociation de Mr - Du Croc. - - - AU ROY. - -Sire, en sa mesmes présence, la Royne d'Angleterre a voulu que son -conseil se soit assemblé avecques Mr Du Croc et avecques moy, pour -traicter, devant elle, de la continuation du voyage du Sr Du Croc en -Escoce, et, après que je luy ay heu dict l'intention de Vostre Majesté -là dessus, sellon le contenu de voz dernières lettres, sans en rien -obmettre, et que Mr Du Croc luy a exibé le propre original de la -segonde instruction que luy avez envoyée, elle a prins le propos, et -l'a continué assez longtemps en termes bien honnorables, qui -monstroient de vous vouloir beaucoup contanter; puys s'est prinse à -lyre, tout hault, la dicte instruction, despuis le commancement -jusques à la fin, et l'interpréter en angloys à ceulx des siens qui -n'entendoient bien le françoys, avec beaucoup de sa satisfaction de -tous les articles d'icelle, sinon du cinquiesme, lequel porte -d'exorter les Escouçoys que, pendant qu'il plaist à Dieu que leur -Royne soit absente, ilz vueillent recognoistre son filz comme leur -Prince naturel, et plus prochain hérytier de leur royaulme; car a -semblé à la dicte Dame et à son dict conseil que cella, en parolles et -en substance, répugnoit bien fort à leur intention et desir, -interprétans que c'estoit aultant comme déclarer la mère Royne et le -filz seulement Prince et segonde personne; lequel néantmoins se -trouvoit estre maintenant la première, et estre roy juré et -entièrement estably par les Estats; nous affermant la dicte Dame que, -par les dernyères nouvelles qu'elle avoit d'Escoce, ceulx de -Lillebourg luy avoient offert, et elle en avoit leurs lettres en ses -meins, de recognoistre à roy le dict Prince, et se soubsmettre à son -authorité et à celle de son régent, en ce qu'il leur fût donné bonne -seureté de leurz biens, personnes, dignités et charges, et de lever -toutes les forfaicteures qui pourroient avoyr esté décrétées contre -eulx, despuis les troubles encommencées; dont elle n'attandoit plus -qu'une responce de ceulx d'Esterling là dessus, pour achever -entièrement leur accord; lequel viendroit, possible, à se retarder ou -s'interrompre du tout, si le dict Sr Du Croc leur apportoit une telle -exortation, comme Vostre Majesté la leur mandoit. - -Je luy ay répliqué qu'il n'estoit, à présent, question du tiltre de la -couronne d'Escoce, ny de l'adjuger à la mère ou au filz, car, aussy -bien, n'en estiés vous les juges, mais seulement de unyr et mettre en -paix, les Escoçoys, et que Vostre Majesté convenoit avec elle que -toutz se sousmissent a l'obéyssance du filz, lequel vous appelliés -_Prince_ et elle l'appelloit _Roy_; ce qui ne debvoit empescher -l'accord, ny tenir plus longtemps le voyage du dict Sr Du Croc en -suspens. - -Elle s'est mise là dessus à deviser assez longuement avec les siens en -son langage, et puis, nous a dict que la responce de ceulx d'Esterling -ne pouvoit tarder que ung jour ou deux, pendant lesquelz elle feroit -mieulx considérer la teneur de la dicte instruction, laquelle elle -nous prioit de la luy laysser, et, après, elle résouldroit le dict Sr -Du Croc de ce qu'elle auroit advisé de son dict voyage. - -Au bout des deux jours, la responce, qu'elle attandoit d'Escoce, luy -est arrivée, sur laquelle ne s'estant la dicte Dame, ny ceulx de son -conseil, de rien modérés davantaige, ilz nous ont envoyé, par le Sr de -Quillegrey, ung escript, lequel altère du tout l'article dont est -question. Dont, après que Mr Du Croc et moy y avons heu longuement -pensé, il est allé trouver iceulx du conseil pour leur remonstrer que -nous ne pouvions tant dispenser sur une instruction, qui estoit signée -de la mein de Vostre Majesté, que de l'ozer changer en ses parolles, -ny en sa substance; et néanmoins que, pour satisfaire à leur -Mestresse, puisque tout le reste de la dicte instruction luy plaisoit, -sinon que ce seul article, qu'il mettroit icelluy, quand il seroit en -Escoce, du tout en suspens, sans en parler nullement, ou bien en -parleroit en façon qu'il ne contreviendroit, peu ny prou, à -l'intention de la dicte Dame, jusques à ce qu'il heult aultre -mandement de Vostre Majesté; et de ce leur a esté baillé les -expédiantz par escript, avec offre de les leur signer de la mein de -nous deux. Mais, Sire, ilz sont demeurez en leur premier propos, sans -en vouloir rien rabatre, alléguant les raysons que Mr Du Croc vous -escript, lesquelles ne monstrent sinon qu'ayantz gaigné plusieurs -advantages en cest affère, à vous faire quicter l'honneste poursuyte -de la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, et faict retarder -vostre secours à ceulx qui vivent soubz vostre protection en ce païs -là, qui sont desjà réduictz à toute extrémité, ilz ne se contantent -pas, si encores ilz ne vous font passer oultre à vous déclarer contre -elle et contre eulx, pour establir le party que dépend d'eux, affin -que la ruyne de l'ancienne alliance, que vous avez avec les Escouçoys, -soit procurée par vostre mesmes pourchas, avec l'intérest de vostre -réputation. Et ne cessent cependant de solliciter icy, par toutes les -persuasions, artiffices et menées, qu'ilz peulvent, la dicte Royne -d'Escoce, et pareillement les Escouçoys de son party à Lillebourg, -ausquelles font encores de grandes promesses, qu'elle et eulx se -veuillent du tout commettre à la foy de la dicte Royne d'Angleterre. - -Dont nous sommes gracieusement excusés que ne pouvions faire ce dont -ilz nous requéroient par faulte de pouvoir; mais, puisque la première, -ny la segonde instruction, que Vostre Majesté avoit dépeschées au dict -Sr Du Croc, par l'advis et consens de leurs ambassadeurs, ne leur -sembloient bonnes, qu'il estoit expédiant que luy mesmes vous allât -compter à quoy il tenoit, affin que, les difficultés ostées, vous luy -en peussiés bailler une troysiesme qui les contentât. Et avons faict -semblant de demander son congé et passeport, affin de les y faire -penser. Néantmoins, Sire, encores qu'ilz le luy octroient, je -trouveray moyen, qui sera honneste et de fondement, pour le retenir -icy jusques à ce qu'ayons aultres nouvelles de Vostre Majesté. - -Or, Sire, nonobstant ceste contention, la dicte Dame n'a layssé de -traicter bien fort privéement avecques moy d'aulcuns aultres gracieulx -propos, et m'a parlé de la dicte que Vostre Majesté avoit parachevée -jusques au vingt jours completz; de quoy elle estoit merveilleusement -bien ayse, car s'assuroit que, tout cest esté, vous en auriés la -disposition beaucoup meilleure; de laquelle elle estoit aussy -soigneuse que de la sienne propre. Sur quoy je n'ay obmis de luy dire, -Sire, que vous m'aviez aussy escript que j'avoys bien faict de vous -mander tout ensemble la guérison avec la maladye qu'elle avoit heue, -car aultrement je vous heusse layssé en grand peyne; qui aviez loué -Dieu, de bon cueur, de quoy elle s'estoit si promptement relevé de -l'extrême et douloureux mal qui luy avoit ainsy pressé le cueur; et -que Voz Majestez Très Chrestiennes, et tous ceulx de vostre couronne, -vous en estiés resjouys comme de vostre mesmes bon portement. De quoy -la dicte Dame a monstré recepvoir ung singullier plésir, et, avec ung -très grand mercys, m'a respondu que vous tous aviez occasion de -desirer qu'elle vesquît, car juroit que n'aviez aulcun, de tous les -princes de votre allience, qui vous voulût tant de bien, ny qui vous -aymât et honnorât tant qu'elle faysoit; et que non tant pour vous voyr -roy de France, que parce que la France avoit un si vertueux roy, elle -se vouloyt conféder avecques vous. - -Je luy ay infinyement gratiffié ses parolles et démonstrations, comme -très honnestes et pleynes de grand vertu; et ay suyvy à luy dire que -j'estimois que le traicté estoit desjà tout conclud et signé, et que -bientost Vostre Majesté s'approcheroit ez environs de Paris, en -intention d'y voyr de bon oielh et d'y bien recepvoir Mr le comte de -Lestre, ainsy comme vous faysiés tenir prest Mr de Montmorency pour -passer par deçà. Elle m'a dit qu'elle feroit voyr à Mr de Montmorency -combien elle estimoit ung tel vostre ambassadeur, et en quel compte -elle auroit toute sa légation, et qu'elle faysoit préparer monsieur -l'admiral Clynton pour passer en France, comme celluy par qui elle -vous pouvoit mieulx notiffier ses intentions, et comprendre, puis -après, mieulx les vostres, à son retour, que par nul des seigneurs de -sa court, n'ayant esprouvé de nul aultre, despuis qu'elle estoit -Royne, plus de fidélité que de luy, et de madame l'amirale sa femme, -et qu'aussy il avoit esté toutjour le moins impérial d'Angleterre; et -que, pour la correspondance de Mr de Montmorency, elle vous vouldroit -très volontiers envoyer ung sien propre frère, si elle l'avoit, aussy -bien que le dict sieur admiral. Dont vous supplioit qu'en ce temps, -qui luy estoit plein de grandes souspeçons, et encores plus plein de -très grandz affères, Vostre Majesté ne voulût que le comte de Lestre -et milord de Burgley s'absantassent; et mesmes que, sans eulx, elle se -trouveroit bien empeschée comme bien recepvoir Mr de Montmorency, de -tant que les principaulx seigneurs qui souloient estre en sa court, -estoient à présent ou mortz, ou fuytifz, ou en prison, et que ces deux -seroient encores plus utilles, icy, en la négociation d'entre elle et -Mr de Montmorency, que si l'ung ou l'aultre estoient allés par dellà. -Sur ce, etc. - - Ce XXIe jour d'apvril 1572. - - - Ainsy que je fermois ce pacquet, les seigneurs de ce conseil, - ayant veu que nous demandions le congé de Mr Du Croc, m'ont - envoyé dire, par Mr de Quillegreu, qu'ilz avoient faict entendre - à leur Mestresse toutes noz offres; et que d'icelle dernière, que - leur avions mandée de parolle, si nous la voulions ung peu mieulx - exprimer par escript, et la signer de noz meins, elle s'en - contenteroit, et bailleroit promptement son adjoint au dict Sr Du - Croc pour aller, tous deux ensemble, en Escoce. Sur quoy, Sire, - nous yrons demein traicter avec la dicte Dame, ou avec ceulx de - son conseil, et ferons tout ce qu'il nous sera possible pour - advancer le voyage du dict Sr Du Croc, qui, de plus en plus, se - monstre estre bien fort nécessaire, et, si nous nous pouvons - accorder, il passera oultre; mais ne retarderés pour cella, Sire, - s'il vous plaist, de nous mander promptement vostre intention et - volonté. - - - - -CCXLVIIIe DÉPESCHE - ---du XXVIIe jour d'apvril 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Affaires d'Écosse.--Discussion dans le conseil de la clause - contestée.--Consentement d'Élisabeth au voyage de Mr Du Croc en - Écosse.--Ordre de la Jarretière donné à Mr de - Montmorenci.--Confiance que montrent les Anglais dans - l'alliance de France.--Négociation des Pays-Bas.--Nouvelles de - Flandre.--_Lettre secrète à la reine-mère._ Négociation du - mariage du duc d'Alençon. - - - AU ROY. - -Sire, affin que, sur l'empeschement que la Royne d'Angleterre faisoit -au voyage de Mr Du Croc, elle ne se trouvât conveincue de maulvayse -foy par les honnestes offres que nous luy faysions, ceulx de son -conseil ont faict venir le Sr de Quillegreu devers nous pour mieulx -comprendre quelles estoient noz offres; auquel nous les avons, de -rechef, récitées, telles que, par ma dernière dépesche, je les ay -mandées à Vostre Majesté. Et il leur a raporté la dernyère des quatre, -et mesmes la leur a baillé par escript, en anglois, ung peu en aultre -sens que nous ne la luy avions dicte, mais en si bonne sorte, -néantmoins, que, joinct les aultres dilligences que nous avons mises -d'ailleurs en cest endroict, les dicts du conseil ont desiré que nous -la leur envoyssions par ung aultre escript, en françoys, aux propres -termes que nous l'entendions; et que, puis après, Mr Du Croc et moy -en pourrions venir traicter avec eulx, quand il nous playroit. Dont -nous sommes assemblés, sept de leur conseil et nous deux, jeudy -dernier, à Grenvich où ilz nous ont, de rechef, sommairement remonstré -les difficultés qu'ilz trouvoient en l'instruction que Vostre Majesté -nous avoit envoyée; et que, néantmoins, nous y satisfaysions beaucoup -par la première et dernière de nos dictes offres, et que, si nous -pouvions encores leur lever ung scrupulle qui leur restoit sur la -dernyère des dictes offres, ilz estimoient que leur Mestresse s'en -pourroit contanter: c'est, Sire, que, là où nous promettions que Mr Du -Croc n'yroit ny dyroit rien au contrayre de leur escript, attandant -aultre commandement de Vostre Majesté, ilz nous prioyent leur déclarer -si nous prétandions que vous luy deussiez mander, ou bien luy heussiez -desjà donné en mandement, à part, quelque chose qui fût contre ce -qu'ilz nous avoient signiffié de leur intention; car, en ce cas, ilz -réputeroient son voyage estre du tout inutille. - -Nous leur avons respondu que le dict Sr Du Croc n'avoit charge ny -instruction quelconque, que celle qui leur avoit esté monstrée, de -laquelle nous ne pensions qu'il nous peust estre loysible d'y rien -innover, ou d'en rien obmettre de nous mesmes, sinon attandant aultre -commandement de Vostre Majesté; et que nous ne pouvions limyter, ny -encores sçavoir que ce seroit: seulement les priyons de réserver -entièrement cella à vostre disposition, car se pouvoient souvenir que, -par le général traicté, il se debvoit conclure ung article de ce -faict, et nous leur promections bien que Vostre Majesté l'observeroit -fort droictement de sa part. - -Sur cella le comte de Sussex et milord de Burgley, par l'ordonnance -des aultres, sont allés conférer avec leur dicte Mestresse, et, -bientost après, sont revenus nous dire que, sur la confiance qu'elle -avoit en vostre amityé, et s'assurant de la parolle que nous luy -donnions, elle estoit contante que le dict Sr Du Croc passât. Dont la -sommes incontinent allez trouver en sa chambre; et elle nous a -confirmé que, pour vous complayre, Sire, et ne faire préjudice au -traicté, ny donner à penser au monde qu'elle heût maulvayse -intelligence avecques vous, elle vouloit, de bon cueur, que Mr Du Croc -continuât son voyage en Escoce, ayant desjà révoqué ses ambassadeurs -qu'elle avoit par dellà, et qu'il trouveroit son adjoinct à Barvick, -ou par les chemins. Et, avec plusieurs aultres bonnes parolles et -beaucoup de faveur, elle l'a incontinent fort gracieusement licencié. - -Nous avons estimé, Sire, que vostre intention seroit mieulx suyvie et -vostre service mieulx accomply, et seroit encores mieulx pourveu au -besoing des Escouçoys en ceste sorte, que si nous n'eussions vaincu -ceste leur difficulté; sur laquelle ce sera maintenant à Vous, Sire, -de mander au dict Sr Du Croc, par la voye d'icy, ou bien par celle de -la mer, comme il vous playrra qu'il se comporte par dellà. - -Après ce propos, la dicte Dame nous a dict que, le jour de St George, -Mr de Montmorency avoit esté esleu chevalier de son ordre de la -Jarretière, et ce en considération que Vostre Majesté le tenoit pour -ung fort fidelle et inthime serviteur, et qu'il s'estoit toutjour -porté entier et loyal en toutz voz affères, sans feinte ny -dissimulation aulcune, despuis que vous estes venu à la couronne; et -qu'est tant la place de feu monsieur le connestable au dict ordre -vacante, elle avoit trouvé, par l'advis de ses confrères et -compagnons, qu'on ne la pourroit plus dignement remplir que de -l'élection de son filz, qui encores vous pourroit accompaigner -quelquefoys à la cellébration du dict ordre en France, si, d'avanture, -il vous playsoit qu'il fît tant d'honneur au dict ordre, et s'il luy -playsoit à luy de l'accepter. - -J'ay baysé les meins à la dicte Dame pour une tant singullière -signiffication, qu'elle vous faysoit, de sa bonne volonté et de son -inclination à la France; et luy ay dict que Vostre Majesté luy en -sçauroyt ung grand gré, et que les vertus et bonnes qualités de Mr de -Montmorency se trouveroient dignes de ceste sienne faveur; l'assurant -que je ne fauldroys de vous en faire ung article, à part, par ma -première dépesche. Elle s'attand résoluement que ce sera luy qui -viendra par deçà, et a faict différer de bailler l'ordre à deux -aultres seigneurs de ce royaulme qui ont esté esleus, affin qu'ilz le -puissent prendre en solennité avecques luy à Vuindesore, quand il sera -icy; et Mr le comte de Lestre luy faict préparer sa mayson en ceste -ville, pour l'y loger; continuant monsieur l'amiral Clinton de -s'apprester, et desjà quatre milords ont esté commandés de se mettre -en poinct pour l'accompaigner, ensemble force aultres gentilshommes. -J'entendz que le comte de Lestre sera faict grand maystre, ayant -refuzé d'estre grand trésorier, qui est encores ung plus grand estat, -mais, parce qu'il y fault des lettres et du sçavoyr pour l'exercer, -l'office est réservé à milord de Burgley, lequel, à ceste cause, a -esté aussy esleu de l'ordre. Et dict on que le comte de Sussex sera -faict privé scel, et que Me Smith aura en seul la charge de secrettère -d'estat, et sera chancellier du dict ordre d'Angleterre. - -Il semble, Sire, que, peu à peu, la dicte Dame et ceux de son dict -conseil se layssent conduyre à prendre la confience qu'ilz doibvent de -Vostre Majesté; et me griefve seulement qu'ilz se préparent, à ce -prochein parlement, de faire quelque préjudice à la Royne d'Escoce; ce -qui ne peut bien sonner pour Vostre Majesté, ny bien convenir à la -conclusion du traicté. - -Au surplus, le Sr de Sueneguen, qui estoit encores icy de la part du -duc d'Alve pour le Roy d'Espagne, a heu son congé, et doibt partyr -bientost pour se retirer, si, d'avanture, les choses ne changent, -layssant les affères du commerce et de l'entrecours fort décousus; -mais j'estime que le faict des deniers et des laynes s'accomodera avec -les particuliers, car desjà les conventions en sont quasy faictes. -J'entendz qu'il s'est embarqué, au port d'Arvich, en Norfolc, envyron -mille wuallons bien armés, pour aller trouver le comte de La Marque à -la Brille; et a l'on mis en dellibération, en ce conseil, comme l'on -auroit à se comporter avec ceulx de Flexingues. Sur ce, etc. - - Ce XXVIIe jour d'apvril 1572. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, ayant sondé les deux conseillers de ceste princesse sur la -volonté qu'elle peut avoyr au propos de Monseigneur le Duc, l'ung et -l'aultre m'ont assez donné entendre qu'elle s'attand bien que Mr de -Montmorency luy en parlera, mais qu'elle ne veult cependant qu'on -cognoisse rien de son intention, ny qu'on sçache quelles auront à -estre ses responces, jusques à ce qu'il soit icy; et qu'encores lors -elle yra si retenue que l'affayre sera bien advancé, premier qu'elle -en vueille donner une seule bonne parolle. Et m'a dict Mr le comte de -Lestre que si, d'avanture, le dict affère avoit d'aller en avant, -qu'il le faudroit conduyre par moyens les plus destornés et les plus -éloignés de la conjecture des hommes, que fère se pourroit; et milord -de Burgley m'a assuré que la dicte Dame commançoit d'en ouyr plus -volontiers parler qu'elle ne souloit, et que, de sa part, il desiroit -de l'advancer aultant qu'il luy seroit possible. - -Mr de Quillegreu, lequel y est infinyement bien affectionné, m'est -venu compter les bons offices qu'il y a desjà faictz, et la dilligence -qu'il y a mise, tant envers la dicte Dame que envers ses conseillers; -et que, néantmoins, il n'avoit peu encores tirer une bonne parolle -d'elle, ny aulcung indice d'eulx, par où il vous vueille faire -prendre, ny aussy vous en vouloir faire perdre l'espérance; bien luy -sembloit que ceulx, qui estoient le plus près d'elle, avoient opinyon -qu'ayant fally ceste foys au party de Monseigneur, si, d'avanture, une -nouvelle peur de sa vye ou de perdre son estat ne la contreignoient, -elle ne se maryeroit jamais; et de cella elle pensoit s'en esclarcyr à -ce prochein parlement, sellon les instances que les siens luy -fairoient, ou de leur désigner ung successeur, ou de prendre ung mary; -et que, de deux choses estoit le dict de Quillegreu bien assuré, -l'une, que nul aultre prince y estoit maintenant en termes, et -l'aultre, que la dicte Dame vouloit et avoit grand plésir d'estre -recherchée. Et a adjouxté, ce qui m'a esté aussy d'ailleurs confirmé, -qu'elle, despuys sa dernière maladye, faisoit prendre meilleure -espérance au comte de Lestre que, six ans auparavant, elle ne luy en -avoit donné; et néantmoins il monstre, de son costé, qu'il ne s'y -attand, et qu'il ne cognoit aulcune bonne seureté pour luy en ce -royaulme, et qu'il cerche infinyement l'apuy et refuge de Voz -Majestez. Il répute l'admiral Clinton son grand et expécial amy, -lequel est aussy tenu, et pareillement madame l'admiralle sa femme, -pour bien fort inthimes de la Royne, leur Mestresse. Et semble qu'elle -faict aller mestre Milmor, qui sert en sa chambre privée, accompaigner -le dict sieur admiral en France, affin qu'il luy rapporte mieulx au -vray ce dont elle desire estre informée, de dellà, de toutes les -circonstances qui peulvent apartenir au propos de Mon dict Seigneur le -Duc. Sur ce, etc. - - Ce XXVIIe jour d'apvril 1572. - - - - -CCXLIXe DÉPESCHE - ---du IIIIe jour de may 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Départ de Mr Du Croc pour l'Écosse.--Nouvelle rupture de la - négociation des Pays-Bas.--Détails sur la négociation tentée en - Écosse par les Anglais.--Conclusion du traité - d'alliance.--Réjouissances faites à Londres. - - - AU ROY. - -Sire, en ung mesmes temps sont partys d'icy le Sr de Sueneguen et Mr -Du Croc, l'ung pour se retirer en Flandres, et l'aultre pour continuer -son voyage en Escoce, qui n'a esté sans que aulcuns ayent assez -ouvertement faict leur effort pour changer cet ordre, à ce que le -flamment demeurât et que le françoys fût envoyé prendre son chemin par -ailleurs; mais enfin, grâces à Dieu, j'ay obtenu ce qui concernoit -Vostre Majesté, en cédant ung peu à l'opinyon de ceste princesse. - -Et voycy comme est advenu au dict Sr de Sueneguen qu'ayant baillé -troys articles par escript à la dicte Dame: l'ung, de chasser à bon -escient les pirates, affin de faire cesser les désordres de la mer; -l'aultre, de vouloir bien recepvoir les navyres et marchandises des -subjectz du Roy, son Mestre, ez portz d'Angleterre, et les y laysser -entrer et sortyr librement, sans leur y mettre nul arrest, offrant le -semblable pour les navyres et marchandyses des Angloys en Hespagne et -Flandres; et le troysiesme, de remettre le commerce entre leurs pays -et subjectz, avec la continuation de l'entrecours, ainsy qu'il estoit -auparavant; et a adjouxté qu'il pleût à la dicte Dame de dire -ouvertement _ouy_ ou _non_ sur ce dessus:--Elle luy a faict respondre -qu'elle avoit pourveu en si bonne sorte à déchasser les pirates, et -faire qu'ilz n'eussent aulcune retraicte ny support en ce royaulme, -que c'estoit maintenant à son dict Maistre de les poursuyvre ailleurs, -si bon luy sembloit, pour assurer la navigation de ses subjectz; -qu'elle étoit contente que, pour deux mois, ses ports fussent libres à -iceulx subjectz, en accordant par luy une semblable liberté de ses -portz aux Angloys, et que, ce pendant, ambassadeurs pourroyent estre -mutuellement envoyés, de l'ung à l'aultre prince, pour vuyder leurz -différendz; que, touchant l'entrecours, il seroit lors advisé comme le -continuer, sellon qu'elle le vouloit de bon cueur, et n'avoit jamais -donné occasion de l'interrompre.--Sur lesquelles responces ayant -icelluy de Sueneguen demandé à parler à la dicte Dame, elle a faict -semblant de n'avoir trouvé bon qu'il l'eût ainsy sommée de dire _ouy_ -ou _non_; et comme si en cella il n'eust assez révéremment uzé en son -endroict, elle s'est une foys excusée de ne le vouloir plus admettre -en sa présence, mais enfin elle l'y a admis. Et il luy a remonstré que -c'estoit bien peu que de deux moys de surcéance, qu'elle luy -accordoit, et que n'ayant charge de les accepter, il l'yroit rapporter -au duc d'Alve avec les aultres bonnes responces qu'elle luy avoit -faictes, si elle trouvoit bon qu'il l'allât retrouver. Et ne luy en -ayant la dicte Dame refuzé le congé, il est incontinent party. - -Au regard de Mr Du Croc, je confesse qu'il y a heu encores de la -difficulté, car, sur le poinct qu'on nous debvoit dellivrer son -passeport, la dicte Dame nous a mandé que les Srs Drury et Randol luy -avoient escript, en grand haste, que ceulx de Lillebourg estoient -prestz d'accorder aux articles qu'ilz leur avoient proposez, et ne -contredisoient guyères plus à chose qui fût de la vraye substance -d'iceulx, restant toute la difficulté sur la forme de l'assurance, -dont desiroit que son chancellier et milord de Burgley et le ser Raf -Sadeller en devisassent aveques nous, premier que passer oultre. Ce -qui, à la vérité, nous a faict doubter de quelque changement; mays, -après les avoir paciemment escoutez sur la comprobation des dicts -articles, sans que nous leur y ayons voulu guyères contredire, ny -aussi les aprouver, nous en avons seulement demandé l'extrêt, avec le -sommayre de l'intention de leur Mestresse là dessus, pour le vous -envoyer; et avons continué de demander le passeport de Mr Du Croc. -Dont ayant obtenu l'ung et l'aultre, le dict Sr Du Croc s'est desjà -acheminé, et je vous envoye maintenant icelluy extrêt, sur lequel j'ay -bien comprins, Sire, par le dire de ceulx cy, qu'il reste encores -beaucoup de différend au segond article, en ce que ceulx du Petit Lith -prétandent l'authorité du régent debvoir estre absolue, sans aulcune -limytation; pareillement sur le quatriesme et cinquiesme, qu'ilz -disent que, non seulement ceulx de Lillebourg, qui sont adversayres, -mais ceulx aussy qui se sont portés neutres, doibvent venir demander -rémission, ainsy qu'ont faict desjà les comtes d'Arguil, de Cassels et -aultres; et elle leur sera concédée, sans que leur cas passe soubz une -simple oblivion; aussy, sur le sixiesme et huictiesme articles, -touchant la forme du conseil, que ceulx de Lillebourg requièrent que -le nombre y soit mis égal des deux partys, et chacun remis en la place -et reng qu'il y tenoit, quand la Royne sortit de Loclevin; à quoy -ceulx du Petit Lith contredisent, voulans que cella soit layssé à la -disposition du régent; mais, plus que tout, sur le deuxiesme et -troisiesme articles, car le capitaine Granges offre bien de tenir le -chasteau de Lillebourg pour le jeune Roy, si l'accord succède, mais -non que la charge luy en doibve estre ostée. Et Mr Du Croc et moy -avons arresté, suyvant les précédentes lettres et instructions de -Vostre Majesté, qu'il procurera, devant toutes choses, que -l'abstinence d'armes soit prinse, et que l'accord soit différé jusques -à tant qu'il vous ayt informé du tout; et qu'en tout évènement il -donra ordre, aultant qu'il luy sera possible, ès dicts articles -contencieux, et encores au premier et segond, qu'ilz soient conceus et -couchés, le plus sellon vostre intention et sellon la réputation de -vostre couronne que faire se pourra. - -Il semble que les principaulx seigneurs du royaulme inclinent assez à -la paix, mais que les petitz, et mesmement les soldatz, ne la veulent -pas, et qu'ils ont failly à tuer les dicts Drury et Randol, parce -qu'ilz la sollicitoient instamment; et que le capitaine Granges a heu -grand différend avec milord de Sethon, jusques avoyr faict courir et -bruller les terres l'ung de l'aultre, parce qu'il le pressoit de -vouloir recepvoir guarnison d'Espaignolz dans Lillebourg. J'espère -que l'arrivée de Mr Du Croc par dellà y ramandera beaucoup les choses. - -Cepandant, Sire, la desirée nouvelle de la conclusion du traicté[24] -est arrivée en ceste court, le XXVIIIe du passé, avec très grande -satisfaction de ceste princesse et des siens, qui m'en ont faict une -fort expresse conjouyssance, le premier jour de may, que j'ay esté -convié d'aller voyr ung bel essay d'armes, qui s'est faict devant elle -à Grenvich; et m'a dict que les lettres, que ses ambassadeurs luy -avoient escriptes du dict traicté, l'avoient engardée de regarder -dedans, parce qu'elles luy faysoient si clèrement voyr dedans la bonne -volonté et intention de Vostre Majesté, qu'elle n'en desiroit plus -grande obligation ny promesse par escript; et, puisque Dieu l'avoit -rendue si heureuse que d'avoir raporté son règne à celluy d'ung si -grand et si vertueux roy, et plein de tant de certitude et de vérité, -comme est Vostre Majesté, qu'elle vous demeureroit, toute sa vye, très -estroictement confédérée, et vous rendroit ses successeurs après elle, -si elle pouvoit, et son royaulme, de mesmes confédérés. Elle m'a -continué le desir qu'elle avoit de la venue de Mr de Montmorency, et -qu'elle faysoit apprester en dilligence monsieur son admiral, pour -vous aller trouver, et feroit que ses navyres, qui l'iroient passer, -atandroient en la rade de dellà Mr de Montmorency pour le porter en ce -royaulme. Dont sera bon, Sire, qu'il se prévaille de ceste commodicté, -et que, par le premier, il vous playse me mander quand, et comment, il -vous plait que ce soit, car je mettray peyne qu'on y corresponde -entièrement de ce costé. Sur ce, etc. - - Ce IVe jour de may 1572. - - [24] Traité du 22 avril 1572. Voyez DU MONT, _Corps - Diplomatique_, t. v, part. 1. - - - A LA ROYNE. - -Madame, il semble qu'on avoit préparé ung triomfe à Grenvich, le -premier jour de may, tout exprès pour y solenniser la nouvelle de la -conclusion du traicté, comme si ceste princesse et les siens vouloient -monstrer qu'ilz ont, par ceste confédération, trouvé le propre repos -et seureté qu'ilz cerchoient en leurs affères. Il s'est présenté, le -dict jour, troys mille soldatz, dont les deux mille estoient -corselletz et les mille arquebuziers, en fort bon équipage, et -beaucoup de la jeunesse de la court dedans le parc du dict Grenvich, -en une campagne raze, au pied d'une mothe, où la troupe s'estant -séparée en deux, avec six pièces de campagnes, de chacun costé, il a -esté ataché une fort brave escarmouche par les harquebuziers, qui a -duré fort longtemps; et puis les deux bataillons sont venus jusques à -donner furieusement l'ung dans l'aultre, faisantz cependant les -arquebusiers et l'artillerie si grande dilligence de tirer, qu'il n'a -esté rien obmis de ce qui se peut représanter en une journée et en ung -faict d'armes, et le tout fort bien conduict par aulcuns capitaines -qui sont en bonne estime par deçà. - -Et sur la fin, milord de Burgley s'est approché là où la Royne, sa -Mestresse, estoit et, en s'adressant à moy qui estois auprès d'elle, -m'a dict, tout hault, que de l'acquest que j'avoys faict des forces de -ce royaulme à Voz Majestez Très Chrestiennes par le traicté de la -ligue, je pouvois voyr quel en estoit l'eschantillon. A quoy la dicte -Dame a adjouxté que Dieu avoit donné de si bonnes forces à ceste -couronne que, si elles n'estoient pour faire peur à ses voysins, -qu'elles estoient aulmoins pour se garder d'en avoyr d'eux, et que -toutes estoient au service de Voz Majestez; et n'y avoit nul homme de -bien en son royaulme qu'elle ne désadvouât, s'il ne se monstroit -dorsenavant très dévot et fort affectionné à vostre grandeur. - -Je n'ay obmis aulcune bonne parolle, dont je me soys peu adviser pour -luy gratiffier les siennes bonnes, que je ne la luy aye dicte; mais, -parce que cella seroit long, je me déporteray d'en toucher rien icy, -seulement je adjouxteray qu'il me semble que la dicte Dame se -confirme, de jour en jour, davantaige en vostre amityé, et que je fay -tout ce que je puis pour l'y entretenir. - -Le comte de Lestre et milord de Burgley cellèbrent en plusieurs bonnes -sortes ceste confédération, et monstrent qu'il en procèdera de grandes -utilités en général; et, quand au particullier, ilz diffèrent de m'en -vouloir parler, jusques à la venue de Mr de Montmorency; auquel le -dict sieur comte a fort magniffiquement faict préparer sa mayson de -ceste ville pour l'y loger, et pour y loger Mr de Foix; et dict que -n'ayant, ceste foix, peu obtenir le congé d'aller devers Voz Majestez, -qu'il espère, en toutes sortes, de l'impétrer, quand la Royne, vostre -belle fille, sera accouchée; et qu'il ne veult, tout le reste de sa -vye, travailler en aultre chose que d'entretenir, en tout ce qu'il -pourra, la Royne, sa Mestresse, et ce royaulme, en parfaicte amityé et -intelligence avec Voz Majestez et la France. Sur ce, etc. - - Ce IVe jour de may 1572. - - - - -CCLe DÉPESCHE - ---du XIIIe jour de may 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal._) - - Réception du treité.--Audience.--_Lettre secrète à la - reine-mère_. Négociation du mariage du duc - d'Alençon.--_Mémoire_. Détails de l'audience.--Remise du traité - à la reine.--Discussion sur l'un des articles concernant - l'Écosse.--Insistance de l'ambassadeur pour que Leicester soit - envoyé en France.--Excuse donnée par la reine.--Bon accueil - réservé à Mr de Montmorenci.--Avis donné par l'ambassadeur, au - nom du roi, des projets du roi d'Espagne contre - l'Angleterre.--Confidences d'Élisabeth à ce sujet.--Nouvelles - d'Écosse. - - - AU ROY. - -Sire, estant le Sr Cavalcanty arrivé à Grenvich le quatriesme de ce -moys, il y a séjourné, tout ce jour et le lendemein, pour avoir moyen -de bayser la mein à la Royne d'Angleterre, vers laquelle il m'a assuré -qu'il avoit faict de très bons offices; et ne luy avoit semblé, parmy -les propos qu'il luy avoit tenus, qu'il luy deût tayre le pourtraict: -dont en a depuis uzé comme il a cogneu estre expédiant. Et mon -secrettère est arrivé le mesme jour, avec la coppie du traicté et avec -les lettres et mémoyres, qu'il vous a pleu m'escripre du XIXe, XXe et -XXIIe du passé, sur lesquelles j'ay incontinent envoyé demander -audience; mays, parce que ce a esté sur le poinct que la dicte Dame -vouloit partyr de Grenvich pour venir en ceste ville commancer son -parlement, elle m'a pryé de vouloir avoir ung peu de pacience pour ung -jour ou deux. Et ainsy je n'ay esté jusques à mècredy dernier parler à -elle: qui l'ay trouvée en sa mayson de St Jammes au bout du parc de -Ouestmenster; où, après luy avoyr faict, de la part de Voz Majestez, -et de tous ceulx de vostre couronne la conjouyssance de la conclusion -du traicté; et que je luy ay heu présenté la lettre que Vostre Majesté -luy avoit envoyée, escripte et signée de vostre propre mein, toute -ouverte; et débatu fort amplement le poinct du XXXVIe article du dict -traicté; et puis percisté, aultant qu'il m'a esté possible, qu'elle -vous voulût envoyer Mr le comte de Lestre; je suis venu à luy parler -de l'advis que, par l'aultre dépesche, du XXVe du dict moys, Vostre -Majesté me commandoit de luy dire. - -Qui ont esté tous propos, desquelz elle a prins une singullière -satisfaction en elle mesmes, et qui luy ont faict estimer (voyant les -choses procéder à tant de vrays signes de vostre droicte intention -vers elle) qu'elle avoit proprement trouvé le port de seureté et le -vray refuge qu'elle cerchoit en ses affères. Et de tant, Sire, que des -propos que je luy ay tenus, et de ceulx qu'elle m'a respondus, et de -la résolution que j'ay prins avec elle et avec les seigneurs de son -conseil, tant sur ce que dessus que sur le voyage des seigneurs que -Voz Majestez proposent d'envoyer mutuellement l'ung vers l'aultre, -ensemble de toutes aultres nouvelles d'icy, j'en ay baillé ample -instruction au Sr de Vassal, présent pourteur, je vous supplieray très -humblement, Sire, de le vouloir ouyr, et de trouver bon que je -descharge d'aultant la présente. Sur ce, etc. - - Ce XIIIe jour de may 1572. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, par plusieurs et divers moyens j'ay essayé comme je pourrois -tirer du comte de Lestre et de milord de Burgley quelque notice de -l'intention que ceste princesse peut avoyr au mariage de Monseigneur -le Duc, et ilz m'ont assez signiffié qu'ilz y ont, de leur part, une -fort singullière affection; et m'ont encores touché aulcunes -particullarités, semblables à celles que les ambassadeurs vous ont -dictes de dellà, pour me monstrer que la dicte Dame ne le rejette pas, -et que ny elle ny eulx ne veulent qu'on en délaysse le propos, mays -ilz ne s'advancent pour cella d'ung seul mot qui ayt de quoy y fonder -une bonne espérance. Dont, pour les faire eslargir davantaige, je leur -ay dict que je me trouvois en grande perplexité comme vous debvoir -maintenant escripre de ce faict sur la venue de Mr de Montmorency, et -si je persuaderois Voz Majestez, ou bien les dissuaderois, de luy -donner charge d'en parler à la dicte Dame; car ne me sembloit estre de -la dignité d'elle qu'on luy ouvrît ung tel propos, si elle ne l'avoit -agréable, et encores moins de l'honneur du Roy de le luy faire -proposer, s'il en debvoit raporter une maulvaise responce. Dont les -supplioys de me donner advis comme m'y gouverner, sellon que Voz -Majestez m'avoient commandé d'y procéder tousjours, ainsy qu'ilz me le -conseilleroient; ce que je leur ay dict, à part l'ung de l'aultre. Et -tous deux m'ont rendu une mesmes responce: c'est que nul, soubz le -ciel, estoit plus propre que Mr de Montmorency pour bien acheminer ce -propos, et qu'en toutes sortes Voz Majestez Très Chrestiennes luy -debvoient donner charge qu'il en parlât à la dicte Dame, s'il trouvoit -que les choses y fussent bien disposées, en quoy ilz s'exhiberoient -ministres très oportuns premièrement vers elle, pour la persuader de -le bien recepvoir, et puis vers luy, pour l'advertyr en quel temps et -lieu, et par quelz argumentz il debvroit procéder; et que tout ce fait -debvoit estre entièrement remis jusques à sa venue. Dont j'estime, -Madame, qu'il est expédiant de cheminer en cella par les addresses -qu'ilz nous monstrent, et que mon dict sieur de Montmorency, sur ce -qui en a esté desjà pourparlé, et sur l'advancement que la présence du -pourtraict y aura peu adjouxter, y mette non seulement ung bon -fondement, mais qu'il en raporte à Vostre Majesté, quant il s'en -retournera, toute la conclusion de ce qui s'en doibt espérer. Sur ce, -etc. - - Ce XIIIe jour de may 1572. - - -INSTRUCTION DES CHOSES - - Dont le Sr de Vassal, suyvant la présente dépesche, aura à - informer Leurs Majestez: - - Que, le VIIIe de ce moys, je suys allé trouver la Royne - d'Angleterre à St Jemmes, et luy ay dict que le Roy avoit voulu - donner lieu à ses ambassadeurs de luy pouvoir mander la première - nouvelle de la conclusion du traicté, avant me commander de luy - en rien dire; et que j'avoys bien cognu qu'ilz avoient - honnorablement faict leur debvoir de luy représanter combien - Leurs Majestez Très Chrestiennes y avoient procédé sincèrement, - et nettement, et avec abondance d'amytié et de bienveillance vers - elle; - - Que maintenant j'avoys à luy dire, de la part de Leurs dictes - Majestez, et de toutz ceulx de leur couronne, qu'ilz se - conjouyssoient infinyement avec elle de la dicte conclusion du - traicté, et que le Roy la prioit de croyre qu'il le luy - confirmoit et le luy ratiffioit de cueur et de vraye affection, - trop plus que nulle aultre obligation ne le sçauroit porter par - escript, pour luy demeurer, de toutz ses moyens et forces, à - jamais bon allié et perpétuel confédéré, comme avec celle de qui - il honnoroit et révéroit plus la grandeur, et de laquelle il - prisoit aultant les excellantes qualités que de nulle aultre - princesse qui fût en tout le monde; et qu'il la prioit de faire - estat de luy, et de pouvoir dorsenavant jouyr de tout ce qui - estoit en sa puissance, et de toutes les commodités de son - royaulme, comme de chose qui estoit en sa disposition; et qu'en - somme elle estimât, par ceste confédération, d'avoir accreu sa - grandeur d'aultant que celle du Roy, et de sa couronne, et de - toute la France, y pouvoient adjouxter; - - Que la dicte Dame, avec ung incroyable plésir, m'avoit respondu - que son obligation estoit aujourdhuy si grande envers Leurs - dictes Majestez, que, pour ne leur pouvoir par parolle rendre ung - seul des infinys mercyementz qu'elle leur en debvoit, qu'elle les - réservoit tous dans son cueur, pour, en lieu de ce, leur offrir, - avec effect, son moyen et sa puissance, et tout ce qui dépendoit - de sa couronne pour les en servir, sans excuse quelconque, toutes - les foys qu'il leur pléroit le commander; et qu'elle supplioit le - Roy de croyre que, puisqu'il luy avoit pleu de la prendre en sa - confédération, qu'elle y persévèreroit à jamais, et ne s'en - déporteroit pour péril qui peût advenir à sa propre vye, ny à son - estat, comme celle qui s'estimoit estre confédérée avec le plus - entier et plus droict, et le plus homme de bien, ainsy l'a elle - dict, qui soit entre tous les princes qui règnent sur la terre. - - Et luy ayant présenté toute ouverte la lettre que le Roy luy - envoyoit touchant la cause de la religion, elle l'a lue - incontinent avec affection, et m'a dict qu'elle cognoissoit très - bien que le Roy, son bon frère, l'avoit escripte et signée de sa - mein, et qu'elle satisfaysoit, trop plus que sufisemment, à la - déclaration de son intention en cest endroict; dont m'en - bailleroit une semblable de sa mein, en la forme que je la luy - demandois, affin de l'envoyer à Sa Majesté Très Chrestienne. - - Mais, touchant l'aultre lettre, que je luy ay demandée sur - l'interprétation du XXXVIe article du traicté, après qu'elle a - heu, mot à mot, leu le mémoyre en françoys, et la substance de la - lettre en latin, qui m'en avoient esté mandés, elle a fort - aygrement débatu l'affayre, jugeant que par là l'on la vouloit - contreindre de s'adresser à la Royne d'Escoce pour la poursuyte - des angloys rebelles qui se retireroient en Escoce; et est - retournée aux mesmes raysons qui m'avoient auparavant esté - alléguées, car je leur avoys fort débatu et contredict le dict - article; et enfin m'a dict qu'elle n'entendoit procéder en cest - endroict, sinon jouxte la teneur des traictés d'entre - l'Angleterre et l'Escoce, qui ne portoient qu'elle deût adresser - ses sommations et réquisitions aux particulliers, ains au prince - du pays, ou à celluy qui exerceroit l'authorité en son nom; et - que, de donner advertissement au Roy de son entreprinse, premier - que d'aller poursuyvre par armes ses rebelles, qui se - retireroient par dellà, qu'elle espéroit bien de le faire - aulcunement, durant leur bonne confédération, mais de s'y obliger - par lettre ny promesse, qu'elle ne le pouvoit ny debvoit faire. - Ce que ayant, au partir de la dicte Dame, débatu encores plus - amplement avec sept des seigneurs de son conseil, j'ay enfin - obtenu qu'il me sera baillé l'extrêt de l'article, d'entre - l'Angleterre et l'Escoce, qui concerne ce faict, affin de - l'envoyer au Roy pour voyr s'il le contantera; et que si, après, - il y reste quelque difficulté, qu'elle sera vuydée à la venue de - messieurs les depputés du Roy. Et semble bien que, de tant que - l'article du nouveau traicté se réfère à debvoir procéder en - cecy, sellon les anciens traictés d'entre les deux royaulmes, - qu'on n'accordera jamais qu'il en soit rien changé; et les - Escouçoys mesmes, quand l'on l'auroit bien advisé aultrement, ne - le vouldroient consentyr. - - Après ce dessus, j'ay dict à la dicte Dame que ce, où je me - trouvois le plus empesché, de toute la dépesche que j'avois - dernièrement reçue de France, estoit la persévérance en quoy je - voyois que le Roy continuoit de la pryer qu'elle luy voulût - envoyer Mr le comte de Lestre; et qu'il monstroit bien qu'il - demeuroit en suspens de beaucoup de choses d'entre Leurs deux - Majestez, et non si bien édiffié de plusieurs aultres comme il - espéroit de l'estre par le dict sieur comte, mieulx que par nul - aultre, si elle trouvoit bon qu'il l'allât trouver; et que je ne - luy pouvois dire, de ce que le Roy m'en escripvoit, sinon qu'il - s'attandoit de le voyr, et de l'honnorer, et bien traicter, pour - l'amour d'elle, et de luy signiffier par luy quel il aura à estre - et tous ceulx de sa couronne, toute leur vye, vers la dicte Dame, - et comprendre aussi de luy quelle ilz la trouveront debvoir estre - vers eulx; qu'elle m'avoit bien dict plusieurs occasions et - plusieurs légytimes excuses là dessus, pour les mander au Roy, ce - que j'avoys fort fidellement faict, mais aussy me luy avoit elle - faict escripre que, s'il ne se pouvoit contanter sinon que le - dict sieur comte fît le voyage, qu'elle l'en satisferoit; et de - tant qu'il y percistoit, et s'aprochoit vers Paris, affin que le - dict voyage fût tant plus court, qui ne seroit que de vingt ou de - XXV jours, au plus long, que je la suppliois de vouloir donner - congé au dict sieur comte de le faire. - - La dicte Dame soubdein m'a respondu qu'elle ne pouvoit sinon - avoyr une fort grande obligation au Roy pour ce sien bon desir, - lequel elle voyoit bien que tendoit du tout à vouloir establir - une très ferme et mutuelle confience entre eulx, mais le - supplioit très affectueusement qu'il se voulût contanter que - cella se fît ceste foys, pour le costé d'elle, par monsieur son - amiral, lequel ayant esté faict comte de Lincoln estoit, à ceste - heure, le premier homme de son royaulme, et tant bien affectionné - à la confédération d'entre ces deux couronnes, et encores si bien - informé des plus privées intentions qu'elle heût en son cueur, - que le comte de Lestre ne sçauroit estre plus propre à ceste - charge que luy, qui, d'abondant, avoit desjà tant advancé son - apprest et s'estoit mis en telle despence qu'on luy feroit grand - tort de révoquer sa commission; et que le comte de Lestre et - milord de Burgley luy faysoient infinyement besoing pour ce - parlement qui debvoit commancer le lendemein; et aussy, qu'estant - icy Mr de Montmorency, lequel elle attandoit en grande dévotion, - c'estoient ces deux là qui avoient à la conseiller de toutes les - choses dont elle auroit à luy satisfaire; et que le Roy, encor - que Mr de Montmorency fût absent, ne se trouveroit despourveu de - bon conseil à l'arrivée de son dict amiral, ayant toutjour la - Royne, sa mère, et Monsieur, et plusieurs aultres fort expéciaux - conseillers près de luy. - - Et sur toutes mes réplicques, qui n'ont esté petites, elle m'a - toutjour si fermement oposé le besoing qu'elle avoit de ses dicts - deux conseillers pour ses présens affayres, que je n'ay peu rien - gaigner. Et, pour n'estre pas trop contredisant, après luy avoir - dict que je mettrois peyne de faire prendre au Roy en bonne part - ses excuses, la dicte Dame et les seigneurs de son dict conseil - ont arresté que le dict sieur admiral partira d'icy le lendemein - de la Pantecouste, pour passer le dernier de ce moys, avec toute - sa compagnye, à Callays ou à Boulogne; et que, s'il playst au Roy - que Mr de Montmorency se trouve lors au dict lieu, il se pourra - servir de la commodicté des mesmes navyres angloys qui l'auront - porté de dellà, desirantz que je les puysse promptement advertyr - de l'intention du Roy là dessus, affin que, sellon icelle, ilz - puissent régler le dict voyage et pourvoir à la réception qu'ilz - dellibèrent faire fort grande et honnorable à Mr de Montmorency. - - Sur la fin de l'audience, j'ay pryé la dicte Dame qu'elle me - voulût, comme aultrefoys, donner parolle de ne réveller d'où luy - seroit venu ung advis, lequel le Roy m'avoit mandé qu'aussytost - que j'aurois veu sa lettre je ne fallisse de l'aller porter à la - dicte Dame. A quoy elle m'a dict qu'elle me donnoit parolle et - promettoit au Roy d'uzer de tous ses advertissementz ainsy qu'il - l'ordonneroit, sans en rien oultrepasser; dont luy ayant leu fort - distinctement la lettre, laquelle est du XXVe du passé, elle m'a - soubdein respondu qu'elle esprouvoit maintenant, par la - conjecture d'aultres advis qui luy estoient venus d'ailleurs, - lesquelz se raportoient à cestuy cy, que le Roy avoit - véritablement soing d'elle et de ses affères, et qu'il n'y avoit - rien de feinct ny de simulé en ce qu'il luy en mandoit; car, deux - moys a, elle avoit surprins ung pacquet que la comtesse de - Northombelland envoyoit au comte son mary, qui est prisonnier en - Escoce, par lequel elle l'assuroit que bientost se dresseroit une - si brave entreprinse en Angleterre pour sa liberté, et pour la - restitution de ceulx qui en estoient fuytifz, et pour le - restablissement de la religion catholicque, qu'elle espéroit que - luy et elle se reverroient en brief en leur estat trop plus - grandz et plus heureux qu'ilz n'y avoient jamais esté, et que - cella s'accompliroit dans le moys de may, à la venue du duc de - Medina Celi; dont le duc d'Alve avoit desjà dellivré aulx angloys - de ceste entreprinse, qui estoient à Malignes, vingt mille escus, - et qu'il réservoit de bailler argent aulx aultres qui estoient à - Lovein et aultres villes des Pays Bas, quand l'embarquement se - feroit; et que, despuys huict jours, il avoit esté surprins ung - aultre pacquet qui confirmoit ce dessus, et dans icelluy avoit - esté trouvé l'extrêt des propres lettres du Roy d'Espaigne et de - celles du dict duc, ensemble aulcunes dellibérations du conseil - d'Espaigne là dessus; et que, grâces à Dieu, elle y avoit si bien - pourveu qu'elle n'en estoit plus en peyne, et qu'en lieu de la - liberté que le comte de Northombelland se promettoit, il debvoit, - sur l'heure mesmes que nous en parlions, estre dellivré à milord - d'Housdon à Barvic, et qu'il ne tenoit qu'à elle que ce double - duc d'Alve, ainsy l'a elle nommé, ne fût racourcy au petit pied, - et que beaucoup de dommage ne vînt à son Maistre à cause de luy, - si elle le vouloit; mais que Dieu luy estoit tesmoing qu'elle ne - procuroit ny avoit jamais procuré de nuyre à ses voysins, et - qu'encores, ce qu'elle avoit faict au Hâvre de Grâce, elle le - pouvoit en bonne conscience justiffier de ne l'avoir jamais - entreprins que pour une maulvayse response qu'on luy avoit faicte - de Callays; et que, puisqu'on la recerchoit maintenant si fort, - elle laysseroit aller beaucoup de choses qui, possible, n'eussent - passé, bien qu'elle me vouloit dire que le duc d'Alve, voyant - l'estat de ses affaires, avoit, despuis huict jours, mandé en - Hespaigne qu'on se départît de toutes les entreprinses qu'on - avoit projectées sur l'Angleterre et l'Yrlande, et avoit faict - dyre à elle qu'il estoit prest d'entendre à toutes les honnestes - condicions qu'elle mesmes jugeroit estre expédiantes pour - confirmer les bons traictés et anciennes confédérations qu'elle - avoit avec le Roy, son Maistre; me priant de faire entendre tout - ce dessus au Roy, avec ung mercyement qu'elle luy faisoit bien - fort humble, si ainsy se debvoit dyre, et très cordial pour ceste - tant singullière signification de bienvueillance qu'il luy avoit - maintenant monstrée; et qu'elle se dellibéroit de luy en rendre - toutes pareilles en tout ce que, pour sa grandeur et repos, elle - le pourroit jamais faire. - - Et, sur ce propos, j'ay bien sceu qu'il a esté proposé en ce - conseil s'il seroit bon d'ayder ouvertement et porter faveur à - ceulx de Fleximgues, attendu les maulvès déportemens du dict duc - d'Alve contre ce royaulme, et aussy que c'est une ville très - commode pour y establir ung commerce, beaucoup plus que n'est - Embourg; mays il a esté conclud qu'on n'atemptera, pour encores, - chose quelconque à Fleximgues, ny ailleurs au Pays Bas, qui ait - apparence d'estre contre le Roy d'Espaigne, et seulement on - permettra aux wuallons, qui sont icy, qu'ilz puissent retourner - en leur pays, avec tel équipage qu'ilz le pourront recouvrer en - ce royaulme, pour leur argent. Vray est que, s'il descend nul - soldat hespagnol ou aultre subject du Roy d'Espaigne, en armes, - en Yrlande ou en Escoce, ou en ce royaulme, que la Royne - d'Angleterre prendra ouvertement en sa protection ceulx de - Fleximgues. - - Il semble que les choses d'Escoce sont en pires termes d'accord - qu'elles n'ont encores esté, ayant naguyères ceulx des deux - partys faict des entreprinses les ungs sur les aultres, dont y a - heu des prisonniers qui ont esté incontinent pendus de chacun - costé; et le comte de Mar a faict mettre en prison un de ses plus - expéciaulx amys, nommé Archibal Douglas, à cause de souspeçon, et - dict on qu'il l'a trouvé saysy d'aulcunes lettres de ceulx de - Lillebourg et d'aucunes coppies d'aultres lettres du duc d'Alve: - dont ne fault doubter que Mr Du Croc ne trouve de quoy bien - s'employer par dellà. Mais, de tant que j'entendz que ceulx de - Lillebourg sont bien à l'estroict, et ont nécessité de beaucoup - de choses, il seroit bon que Mr de Flemy y passât, avec l'argent - qui luy a esté baillé, sans aultres forces que les XXV ou XXX - siens serviteurs, que j'ay dict à la Royne d'Angleterre qu'il - pourroit mener avecques luy; mesmes que j'ay advis que milord - Herys et milord de Maxouel se sont rengez du costé de ceulx du - Petit Lith. - - * * * * * - - Despuis ce dessus, le vieux capitaine Cauberon est arrivé - d'Escoce, lequel confirme le contenu du précédant article, et - bientôt il en yra compter des nouvelles au Roy. - - * * * * * - - Encores despuis, je viens d'entendre qu'il est venu - advertissement à ceulx cy que neuf grandz navyres de guerre, - hespagnolz, chargés de soldatz et de monitions de guerre, ont - comparu en la coste d'Yrlande et d'Escoce, de quoy l'allarme - n'est petite en ceste court. - - Quand il a esté question de me bailler la lettre, qui doibt estre - envoyée au Roy, escripte et signée de la mein de ceste princesse, - voyant qu'on y avoit changé quelque chose en la narrative, j'en - ay seulement voulu retenir une copie, laquelle j'envoye - présentement au Roy pour voyr s'il s'en contantera, et ay retiré - celle de Sa Majesté jusques à ce que celle de la dicte Dame me - sera dellivrée. - - - - -CCLIe DÉPESCHE - ---du XIXe jour de may 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet._) - - Ouverture du parlement.--Commission désignée pour décider du sort - du duc de Norfolk et de Marie Stuart.--La guerre civile - rallumée en Écosse.--Négociation des Pays-Bas; accord sur les - deniers et marchandises.--Sursis à la négociation du traité de - commerce entre la France et l'Angleterre.--Maladie du comte de - Lincoln. - - - AU ROY. - -Sire, à la pluspart de la dépesche de Vostre Majesté du IIe de ce -moys, laquelle j'ay receue le XIIIIe, j'espère qu'il y sera desjà -assez satisfaict par la mienne du XIIIe, que je vous ay envoyée par le -Sr de Vassal; et, s'il y reste quelque chose, je y respondray plus -amplement, après que j'auray parlé à la Royne d'Angleterre; laquelle -est maintenant si occupée, ensemble tous ceulx de son conseil, en tout -leur parlement, qu'elle est bien ayse qu'on ne la divertisse à nul -aultre affaire jusques à ce que celluy là soit achevé, sellon qu'elle -en sollicite très instemment l'expédition, et presse, le plus qu'il -luy est possible, d'en voyr bientost la fin. J'entendz qu'il a esté -député vingt et ung principaulx personnages de la première chambre du -dict parlement, (sçavoir: sept évesques, sept comtes, et sept barons), -et quarante deux de la segonde, (quatorze chevaliers, quatorze -escuyers et quatorze bourgoys) pour déterminer de toutes les choses -qui s'i proposeront; et qu'à ceulx là a esté desjà mis entre meins le -faict du duc de Norfolc et de la Royne d'Escoce. - -J'ay mis peyne, aultant qu'il m'a esté possible, au nom de Vostre -Majesté, d'aller au devant vers ceulx qui y ont quelque authorité pour -les persuader de ne debvoir estre faict aulcung acte contre la -personne ny contre la réputation de la Royne d'Escoce, ny contre le -tiltre qu'elle prétend à la succession de ceste couronne; dont je ne -sçay encores ce qui en adviendra, mais je creins assez qu'on face tout -le pis qu'on pourra contre elle. - -L'on s'est de rechef batu en Escoce, et y sont les deux partys plus -aulx armes que jamais, et la ville de Lillebourg fort pressée de -vivres. L'on dict que le duc de Chastelleraut est après à capituler de -sa retraicte en France. J'espère que l'arrivée de Mr Du Croc par dellà -y réduyra les choses à quelque modération, et je mettray peyne de luy -faire tenir vostre pacquet le plus tost qu'il me sera possible, affin -qu'il y puysse mieulx suyvre vostre intention et commandement. - -Au regard du différent que ceulx cy ont avec les Pays Bas, il est -desjà accordé touchant les deniers, en la façon qui s'ensuit: que, -d'envyron troys centz mille escus qui appartiennent aulx Gènevoys et -Lucoys, ilz en feront encores prest pour ung an, et sans aulcung -intérest, à la Royne d'Angleterre, et elle leur fera obliger la -chambre de Londres de les leur payer au bout du terme, de quoy ilz -sont si contantz qu'ilz gratiffient de cinquante mille escus ceulx qui -leur ont moyenné ce bon accord; et le reste des dicts deniers, qui -sont envyron cent cinquante mille escus, de tant qu'ilz appartiennent -aulx subjectz du Roy d'Espaigne, ilz demeureront icy pour en -rembourcer les Angloys du pris de leurs marchandises qui ont esté -arrestées et vendues en Flandres et en Hespagne, au cas que celles des -dicts subjectz du Roy d'Espagne n'y puissent satisfaire; lesquelles on -continue de les vendre encore tous les jours au plus offrant, sinon -seulement les laynes qui sont réservées à estre dellivrées aulx -propriétayres pour ung pris qu'ilz fourniront promptement, mais ilz y -saulvent ung tiers et quasy la moittié de ce qu'elles vallent, qui -n'est sans qu'ilz gratiffient aussy de quelque bonne somme ceulx qui -s'en sont meslés. Et croy que, sans les troubles de Flandres, les -dictes laynes fussent desjà dellivrées aulx marchandz hespagnolz qui -sont à Bruges, mais je prévoy qu'il faudra qu'elles aillent toutes en -France. - -J'ay pressé milord de Burgley de vouloir donner quelque commancement à -la commission que Vostre Majesté m'a envoyée pour l'establissement du -commerce, mais il m'a pryé d'avoyr patience jusques après le -parlement; car, durant icelluy, il n'y sçauroit entendre. Et cepandant -les marchandz dressent leurs remonstrances, et les articles qu'ilz -dellibèrent proposer pour ce faict, lequel ne sera long, quand une -foys l'on aura commancé d'y vacquer. - -Monsieur l'admiral d'Angleterre a heu quelques accès de fiebvre, en -façon que la Royne, sa Mestresse, doubtant de sa santé, avoit une foys -mis en dellibération de faire hastivement préparer ung aultre milord -pour aller devers Vostre Majesté, affin qu'il n'y heût manquement de -son costé; mais le dict sieur amiral m'a mandé qu'il avoit si grand -desir de parachever ce voyage, et de faire quelque notable service -entre Voz Majestez Très Chrestiennes et la Majesté de la Royne, sa -Mestresse, que pour nul empeschement, s'il n'estoit bien extrême, il -ne demeureroit; et ainsy il persévère de vouloir partir d'icy le -lendemein de la Pantecoste, ou plus tost, et de passer la mer le -dernier de ce moys, sinon que me mandiez que je le retarde. - -Ceste princesse n'a ozé loger à Ouesmenster à cause de quelque -souspeçon de peste; dont s'en retournera, dans cinq ou six jours, à -Grenvich, y attandre Mr de Montmorency, estant la mayson de Sr Jemmes, -où elle est à présent, trop petite pour l'y recepvoir; et j'entendz -qu'elle le fera loger dans le chasteau. Sur ce, etc. - - Ce XIXe jour de mai 1572. - - - - -CCLIIe DÉPESCHE - ---du XXIIIIe jour de may 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo._) - - Apprêts de départ du comte de Lincoln.--Préparatifs faits pour - recevoir Mr de Montmorenci.--Crainte que le parlement ne - veuille priver Marie Stuart de ses droits à la succession - d'Angleterre.--Affaires d'Écosse.--Nouvelles de France; - confiance des protestans.--Résolution de plusieurs anglais de - passer à Flessingue pour combattre le duc d'Albe.--_Lettre - secrète à la reine-mère_. Négociation du mariage du duc - d'Alençon. - - - AU ROY. - -Sire, le trein de Mr le comte de Lincoln a commancé, dez jeudy -dernier, XXIIe de ce moys, de s'acheminer à Douvre, pour passer dellà, -et luy partira après demein, XXVIe, en dellibération de descendre à -Boulogne, le dernier du moys, sans fallyr; sa troupe est ung peu plus -grande qu'il ne cuydoit, et pourra estre d'environ deux centz -chevaulx. Il semble que la Royne d'Angleterre laysse sa première -opinyon de retourner à Grenvich, et qu'elle yra à Hamptoncourt pour -plus honnorablement recepvoir Mr de Montmorency et messieurs voz -depputés. Elle ne veult permettre que Mr le comte de Lestre soit leur -hoste en ceste ville, ains elle leur a faict dresser une de ses -maysons, nommée de _Sommerset Place_, qui est fort belle et ample, et -l'a faicte garnyr de ses meubles; mais le dict sieur comte ne laysse, -pour cella, de faire préparer la sienne pour y festoyer la compagnie; -et monstre, toute ceste court, d'estre fort disposée de bien recepvoir -et caresser les françoys. - -Toutes les dellibérations du parlement, qui se tient maintenant icy, -sont encores en suspens; et, parce que je creins qu'on y veuille faire -des décretz contre la Royne d'Escoce, j'ay desjà remonstré à des -principaulx de l'assemblée que cella ne pourroit bien sonner pour la -réputation de Vostre Majesté, et dissouldroit plustost que -n'estreindroit quelcun des neudz de la bonne amityé qui est -encommancée; et qu'il estoit trop meilleur et plus honnorable pour la -Royne d'Angleterre qu'elle obtînt par ses Estats la faculté d'eslire -ung successeur, que non pas de faire priver maintenant la Royne -d'Escoce du tiltre de la succession, ny ordonner rien de mal contre -elle. Sur quoy m'a esté despuis respondu que la dicte Royne -d'Angleterre vous vouloit porter tant de respect que, si elle sçavoit, -à bon esciant, que vous deussiez estre offancé pour quelque chose de -la Royne d'Escoce, qu'elle n'auroit garde de permettre qu'on y -touchât. Je ne sçay encores ce qui en sera. - -J'ay receu une lettre de Mr Du Croc, du XVIe du présent, et avec -icelle ung pacquet pour Vostre Majesté, par lequel je m'assure qu'il -vous donne bon compte des choses d'Escoce; dont je ne vous en feray -icy aultre mencion, sinon de vous dire, Sire, que ceste princesse, -voyant la confirmation que m'aviez escripte, le IIIIe de ce moys, de -l'advis que, le XXVe du passé, vous m'aviez mandé luy dire touchant -les dictes choses d'Escoce, n'a longuement différé de me laysser -donner conduicte à vostre pacquet vers le dict Sr Du Croc, qui à mon -advis, l'a desjà en ses meins. Et, quant aulx aultres particullarités -que j'ay dictes à la dicte Dame, (de l'accord de messieurs de Guyse -avec monsieur l'Admiral, et de la volontayre démission que ceulx de la -religion ont faicte en voz meins, des places que leur aviez layssées -pour leur seureté, et de la prochaine consommation des nopces de -Madame avec Monsieur le Prince de Navarre, aussytost qu'il sera guéry) -elle en a faict une semblable conjouyssance, comme si ce fussent -particullières prospérités pour elle et pour son estat. Ayant rendu -grâces à Dieu de l'heur et du bon succès qu'elle voyoit maintenant en -toutz voz affères, elle a loué grandement la prudence et la vertu de -Voz Majestez, qui les y sçaviez très bien disposer. Et n'entendz, à -ceste heure, Sire, rien plus ordinayrement des propos de la dicte -Dame, sinon qu'elle est fermement résolue de persévérer en vostre -amityé et bonne intelligence, tant que Dieu la layssera en ce monde. - -Il semble que aulcuns angloys se veulent dispenser, de eulx mesmes, -d'aller accompaigner les wuallons, qui sont icy, pour aller ayder -ceulx de Fleximgues, et estime l'on que le nombre pourra estre de -quatre à cinq mille. Sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour de may 1572. - - - A LA ROYNE. - - (_Lettre à part._) - -Madame, après que le Sr Cavalcanty a heu dellivré le pourtraict à Mr -le comte de Lestre, la Royne d'Angleterre l'a faict aporter en son -cabinet privé, où elle l'a veu fort oportunément, et m'a le dict -sieur comte despuis mandé que ce que le dict pourtraict avoit -représanté de la taille et de la disposition de la personne, encore -que ce ne fût tout aultant comme de Monseigneur, si n'avoit il semblé -que fort bien à la dicte Dame, et si, avoit jugé que l'accidant du -visage s'en yroit avec le temps. Vray est que, quand elle estoit venue -à lyre l'inscription de l'aage, elle avait dict qu'il n'arrivoit à la -moictié du sien, de dix huict à trente huict; et que les choses, -qu'elle avoit crainct, pour ce regard, de son ayné, estoient encores -plus à creindre de luy: qui est tout ce, Madame, que le dict sieur -comte m'en a mandé; et que, à l'arrivée de Mr de Montmorency, le -propos s'en aprofondiroit davantaige; vers lequel il me promettoit de -uzer, en cest endroict, aultant ouvertement et clèrement, et en -fidelle amy, comme il le pourroit desirer, et de s'y emploier de tout -son pouvoir; et qu'il s'assuroit que milord de Burgley, après s'estre -desmélé des affères de ce parlement, et de ses gouttes qui l'avoient -travaillé tous ces jours, en feroit de mesmes. - -J'ay sceu d'ailleurs, Madame, que, discourant ceste princesse de cest -affaire, elle avoit monstré que la disproportion de l'aage seroit ung -très grand obstacle en ce propos, parce qu'elle ne vouloit, en façon -du monde, qu'on jugât qu'elle se fût maryée par nécessité plustost que -par ellection, veu sa grandeur et ses aultres qualités, et que cella -la faysoit bien fort incliner à ne se marier jamais; bien disoit que, -de cent ans, n'avoit esté contractée une plus loyalle amytié entre -princes, que celle qu'elle espéroit avoir conclue avec Voz Très -Chrestiennes Majestez, et qu'elle y persévèreroit jusques à la mort. -Dont, Madame, de tant qu'il semble qu'on débatra fort ce point de -l'aage, Vostre Majesté pourra, sur cella, uzer vers Mr le comte de -Lincoln par dellà, et Mr de Montmorency, icy, des meilleures et plus -convenables persuasions qui vous sembleront bonnes pour en dissouldre -la difficulté; et je mettray peyne d'y disposer cependant la matière -et les personnes, le mieulx qu'il me sera possible. Sur ce, etc. - - Ce XXIVe jour de may 1572. - - - - -CCLIIIe DÉPESCHE - ---du XXVIIIe jour de may 1572.-- - -(_Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer_). - - Soupçon de peste qui empêche l'ambassadeur de demander - audience.--Communication par lettres.--Réponse faicte par - Burleigh au nom de la reine.--Danger que court la reine - d'Écosse depuis la réunion du parlement.--Conférence du comte - de Lincoln avec l'ambassadeur. - - - AU ROY. - -Sire, estantz deux de mes valletz devenus malades en mon estable, le -Xe de ce moys, avec quelque souspeçon de peste, encor que ce soit -assez loing hors de mon logis, et que, les ayant faict transporter -encores plus loing, ilz soient depuis fort bien guéris, j'ay voulu -néantmoins m'abstenir de demander la présence de la Royne -d'Angleterre, jusques après avoir prins l'aer des champs; mais -cependant j'ay extrêt les principalles particullarités qui m'ont -semblé nécessayres de communicquer, des dictes deux dépesches, à la -dicte Dame et les luy ay mandées par escript. - -Lesquelles elle a heu si agréables que milord de Burgley, le jour -ensuyvant, m'a envoyé un clerc de ce conseil pour me dire qu'il avoit -charge, de la part d'elle, de m'assurer que, depuis qu'elle estoit -royne, nulle chose luy avoit succédé, de quoy elle se trouvât plus -contante que de la confédération qu'elle avoit faicte avecques Votre -Majesté, voyant, tous les jours, sortir nouveaulx et assurez -tesmoignages, dont ceulx des dictes deux dépesches n'estoient petitz, -de la confirmation de vostre amityé vers elle; et que, de sa part, -elle se dellibéroit d'en rendre de si clers et de si manifestes au -monde par euvres, par parolles et par toutes aultres démonstrations -qu'elle pourroit, que toute la Chrestienté ne doubteroit nullement de -sa ferme persévérance vers la vostre; et qu'elle avoit regret de ne -pouvoir assez monstrer combien Mr de Montmorency et messieurs voz -aultres depputez seroient, pour l'honneur de Vostre Majesté, bien veuz -et bien receus en Angleterre, et que, si elle heût sceu qu'ilz -heussent esté si pretz, il y a plus de dix jours que Mr le comte de -Lincoln fût party; qu'elle prenoit en fort bonne part ce que m'aviez -escript de la Royne d'Escoce, de laquelle néantmoins elle me vouloit -bien dire que ceulx, qui estoient assemblés icy en son parlement, la -pressoient infinyement qu'elle fît procéder par la justice et par les -loix du pays contre elle, affin de pourvoir, par ce moyen, à sa propre -seureté, et mettre sa personne et son royaulme hors de danger, et que -plusieurs considérations diverses, qui contrarioient bien fort les -unes aux aultres de le faire ou de ne le faire pas, la mettoient à ne -sçavoir comment en uzer; tant y a que tous les gens de ses Estatz, -toutz, d'une voix, crioient infinyement contre la dicte Royne -d'Escoce; que, au reste, elle n'avoit nulles nouvelles du pays -d'Escoce, depuis que Mr Du Croc y estoit arrivé, mais, aussytost -qu'elle en auroit, elle m'en feroit part; et qu'elle avoit entendu que -six vaysseaulx du prince d'Orenge et ung nombre de françoys estoient -descendus à Fleximgues. - -Sur lesquelles particullarités, Sire, j'ay respondu au dict de Burgley -que je rendois, en premier lieu, grâces à Nostre Seigneur de -l'establissement que prenoit plus grand et plus solide, toutz les -jours, l'amityé qui estoit entre Voz Majestez et voz deux royaulmes, -et que je ne faudrois de vous escripre ce qu'il me fesoit entendre de -la part de la Royne, sa Mestresse; que, pour le regard de la Royne -d'Escoce, elle m'estoit infinyement recommandée de vostre part, et me -commandiés d'incister toujours pour elle et pour ses affères, aultant -que vostre honneur vous y rendoit obligé, et en sorte que je me -gardasse bien d'offancer la dicte Royne d'Angleterre, ny qu'elle en -peût rien prendre de maulvayse part; comme aussy vous aviez tant de -confience d'elle, qu'elle ne voudroit, en ce qui touchoit la Royne -d'Escoce, ny en nulle aultre occasion, offancer la vraye amityé qui -est entre vous. Qui estoit tout l'ordre que m'aviez commandé -d'observer en cest endroict, sur lequel je suppliois la Royne, sa -Mestresse, et les seigneurs de son conseil et de son parlement, qu'ilz -volussent conformer leurs dellibérations à cest honneste desir de -Vostre Majesté, qui estoit très honneste et bien fort raysonnable; que -je remercyois bien humblement la dicte Dame de la communicquation, -qu'elle promettoit de me faire, des nouvelles qui luy viendroient -d'Escoce, qui estoit chose que Vostre Majesté auroit bien fort -agréable; et, quand aux six vaysseaulx du prince d'Orenge, que je n'en -avois aulcung advis, et qu'il pouvoit bien estre que ceulx de -Fleximgues, pour faire croistre la réputation de leur entreprinse, se -vantoient de plus de choses qu'ilz n'avoient. - -Or, Sire, je vous puis bien assurer, quand à la Royne d'Escoce, qu'on -a esté fort près de faire deux forts préjudiciables jugementz contre -elle, l'ung de la vye, et l'aultre du tiltre qu'elle prétend à la -succession de ce royaulme. Dont, du premier, elle doibt rendre grâces -à Dieu, et à Vostre Majesté, de l'avoir, pour ceste foys, évité; car, -sur les grandes instances que j'ay faictes, et sur les raysons que -j'ay alléguées pour cuyder empescher l'ung et l'aultre, les -principaulx du conseil m'ont respondu que, pour le seul respect de -Vostre Majesté, et affin de ne vous offancer, la dicte Royne -d'Angleterre avoit bien voulu faire cesser l'instance de la vye de la -dicte Dame pour maintenant; mays, quand à celle de la succession, elle -leur en layroit faire. Je ne sçay encores ce qui en adviendra. - -A deux jours de là, Mr le comte de Lincoln m'est venu trouver en mon -logis, et m'a dict qu'il s'en alloit devers Vostre Majesté avec la -plus ample commission d'amityé et les plus honnorables offres qui -jamais heussent esté mandées, de ce costé, à nul aultre prince de la -Chrestienté; et qu'il se réputoit très heureulx d'intervenir ministre -en ung tel acte, qui estoit très agréable à Dieu, très utile à ces -deux royaulmes, et très honnorable devant la face de toutz les -humains; et qu'il y apportoit de soy une affection si bonne que nulle -meilleure ny plus parfaicte s'en pourroit trouver, au monde. Et ainsy, -Sire, il est party, fort honnorablement accompaigné, le XXVIe jour de -ce moys, en dellibération de passer à Boulogne, le dernier, et -accommoder de ses vaysseaulx Mr de Montmorency et messieurs voz -depputés, et toute leur troupe, pour les trajecter deçà, le premier de -juing; estant desjà le comte de Pembroth, avec quatre milordz, et -aultre bon nombre de gentilshommes, ordonnés pour les aller recueillir -à Douvre, et sept personnages, de chacun office de la mayson de ceste -princesse, pour commancer de les traicter, dès le désembarquement. Et -est mandé à la noblesse et officiers de la contrée, par où ilz -passeront, de les accompaigner, et au comte d'Ochester, ou bien à -celluy de Hontinthon, qui sont parans de la couronne, de leur aller au -devant, avec ung aultre nombre de noblesse, à Gravesines, pour les -conduyre, contremont la Tamise, jusques en ceste ville, où les comtes -de Lestre et de Oxfort se trouveront, à leur descendre, à Somerset -Place, qui est une mayson de la Royne; et leur feront sçavoir le jour -qu'ilz pourront aller trouver la dicte Dame. Laquelle s'en va -cependant à Hamptoncourt pour plus favorablement les recepvoir; vous -pouvant assurer, Sire, que ceulx, qui vivent aujourdhuy, assurent -n'avoir veu préparer, de leur temps, une si honnorable réception pour -nulz aultres seigneurs qui soient passez en ce royaulme, comme -maintenant l'on la prépare pour vos depputez. Dont j'espère bien, -Sire, que ferez uzer de quelque correspondance, par dellà, à bien -recepvoir le dict comte de Lincoln. - -A ce matin, milord de Burgley m'a renvoyé, de rechef, le susdict clerc -du conseil pour me dire que, en telles légations, comme sont ces deux, -il n'estoit accoustumé d'uzer de saufconduictz, parce qu'on estoit en -bonne paix; dont le comte de Lincoln n'en demandoit poinct pour son -regard, et que, si j'en voulois pour voz depputés, que sa Mestresse -m'en bailleroit. Je luy ay respondu, Sire, que messieurs voz depputés, -à mon advis, ne vouldroient monstrer moins de confience, venantz en -Angleterre, que les leurs en monstroient, allans en France, et par -ainsy que je ne demandois point de saufconduict pour eulx. Et sur ce, -etc. - - Ce XXVIIIe jour de may 1572. - - - A LA ROYNE. - -Madame, je donne compte, en la lettre du Roy, des responces qui m'ont -été faictes sur les deux dernières dépesches de Voz Majestez, et y -mande la substance du propos que Mr le comte de Lincoln m'est venu -tenir, quant il est party pour vous aller trouver; ayant à vous dire -davantage, Madame, que le dict sieur comte monstre d'avoir une bonne -affection au propos de Monseigneur le Duc, et une fort grande -affection à Voz Majestez Très Chrestiennes et à la France, et qu'il -m'a touché assez de choses en général de cella; mais que, pour le -faire venir à quelque particulier, je luy ay bien voulu dire que, -oultre la bonne disposition, en quoy il trouveroit Voz dictes -Majestez, de persévérer à jamais en une parfaicte confédération avec -la Royne, sa Mestresse, et ce royaulme, qu'il vous verroit encores -très affectionnés à la vouloir perpétuer par ung indissoluble lien de -mariage, et d'une très honnorable allience; en quoy je desirois qu'il -heût charge de vous y bien respondre, si, d'avanture, Vostre Majesté -venoit à luy en parler, et que, si je pensois que la dicte Royne, sa -Mestresse, fût en cella que de ne trouver bon qu'on entrât en ce -propos, ou bien qu'elle luy heût donné commandement de ne l'escouter, -je mettrois peyne d'advertyr Vostre Majesté de le différer à une -aultre foys. - -Sur quoy il m'a respondu que son instruction ne luy estoit encore -dellivrée, mais qu'il jugeoit bien, parce que, de bouche, sa dicte -Mestresse luy avoit dict, qu'elle se trouvoit aujourdhuy si contante -de Voz Très Chrestiennes Majestez qu'il ne failloit doubter, quand -elle auroit ung peu plus gousté le fruict de vostre amityé, qu'elle ne -se disposât, le plus qu'il luy seroit possible, de satisfaire à Voz -Majestez Très Chrestiennes, aultant qu'avec son honneur et dignité -elle le pourroit faire; et qu'il s'assuroit bien qu'elle ne pourroit -prendre que de fort bonne part tout ce que Voz Majestez vouldroient -proposer maintenant à luy, qui ne desiroit rien tant en ce monde que -de pouvoir bien servir à l'effect de ce propos, le cognoissant très -honnorable pour sa Mestresse, et très desirable pour toutz les -subjects de son royaulme, et n'a poinct passé oultre. Dont m'ayant -semblé ne le debvoir presser davantage, je me déporteray aussy, -attendant l'arrivée de Mr de Montmorency et de Mr de Foyx, d'en dire -plus avant à Vostre Majesté. Sur ce, etc. - - Ce XXVIIIe jour de may 1572. - - -FIN DU QUATRIÈME VOLUME. - - - - -TABLE - -DES MATIÈRES DU QUATRIÈME VOLUME. - - - ANNÉE 1571.--SECONDE PARTIE. - - 162e _Dépêche_.--1er mars.-- - - AU ROI. 1 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Négociation pour Marie Stuart. 2 - - 163e _Dépêche_.--6 mars.-- - - AU ROI. 5 - Négociation du traité pour l'Ecosse. _Ib._ - Tentatives de Bothwel. 8 - - A LA REINE. (_lettre secrète_). _Ib._ - Sur le mariage du duc d'Anjou. _Ib._ - _Autre lettre secrète._ 10 - Renonciation du duc d'Anjou;--Proposition - du mariage pour le duc d'Alençon. 11 - _Mémoire général_ sur les affaires - d'Ecosse;--Négociation - avec l'Espagne. 14 - - 164e _Dépêche_.--12 mars.-- - - AU ROI. 18 - Du traité pour l'Ecosse. _Ib._ - Avis de Walsingham. 20 - - A LA REINE (_lettre secrète_). 22 - Négociation du mariage du duc d'Anjou. _Ib._ - - 165e _Dépêche_.--17 mars.-- - - AU ROI. 25 - Du traité pour l'Ecosse. 26 - Négociation des Pays-Bas. 27 - - 166e _Dépêche_.--23 mars.-- - - AU ROI 29 - Audience. 30 - Affaires d'Ecosse. 33 - Mort du cardinal de Chatillon. 34 - - 167e _Dépêche_.--28 mars.-- - - AU ROI. 34 - Audience. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 36 - Nouvelles de Flandre et d'Irlande. 37 - - 168e _Dépêche_.--1er avril.-- - - AU ROI. 38 - Sursis à la négociation pour l'Ecosse. 39 - Détails sur Chatillon. 40 - - A LA REINE (_lettre secrète_). 41 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 169e _Dépêche_.--6 avril.-- - - AU ROI. 45 - Ouverture du parlement. _Ib._ - Affaires d'Ecosse et des Pays-Bas. 47 - - 170e _Dépêche_.--11 avril.-- - - AU ROI. 50 - Débats du parlement. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 51 - Prise de Dunbarton. 52 - - 171e _Dépêche_.--16 avril.-- - - AU ROI. 53 - Audience. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 55 - - 172e _Dépêche_.--19 avril.-- - - AU ROI. 58 - Audience. _Ib._ - Proposition du mariage. 59 - _Mémoire_. Discussion du contrat de mariage entre le - duc d'Anjou et Elisabeth. 61 - - 173e _Dépêche_.--23 avril.-- - - AU ROI. 69 - Supplice de l'archevêque de Saint-André. _Ib._ - Nouvelles d'Irlande et de Flandre. 70 - - 174e _Dépêche_.--28 avril-- - - AU ROI. 71 - Débats du parlement. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 72 - Armemens à Londres. 74 - - 175e _Dépêche_.--2 mai.-- - - AU ROI. 75 - Audience. _Ib._ - - A LA REINE (_lettre secrète_). 78 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 176e _Dépêche_.--6 mai.-- - - A LA REINE. 86 - Refroidissement d'Elisabeth. _Ib._ - - 177e _Dépêche_.--8 mai.-- - - AU ROI. 88 - Tournoi à Londres. _Ib._ - Crainte pour L'Irlande. 89 - Affaires d'Ecosse. 90 - - 178e _Dépêche_.--10 mai.-- - - A LA REINE. 92 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 179e _Dépêche_.--13 mai.-- - - AU ROI. 103 - Débats du parlement. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse et de Flandre. 104 - - 180e _Dépêche_.--18 mai.-- - - AU ROI. 106 - Débats du parlement. _Ib._ - Projets de l'Espagne. 107 - Arrestation de l'évêque de Ross. 109 - - 181e _Dépêche_.--23 mai.-- - - AU ROI. 110 - Débats du parlement. 111 - Combat près Lislebourg. _Ib._ - Négociation des Pays-Bas. 112 - - 182e _Dépêche_.--28 mai.-- - - AU ROI. 113 - Audience. _Ib._ - Déclaration du roi touchant l'Ecosse. 114 - Négociation des Pays-Bas. 117 - - 183e _Dépêche_.--2 juin.-- - - AU ROI. 118 - Conférence sur l'Ecosse. _Ib._ - - A LA REINE. 122 - Irritation d'Elisabeth contre Marie Stuart. _Ib._ - - _Lettre secrète_ sur le mariage. 123 - - 184e _Dépêche_.--7 juin.-- - - A LA REINE. 129 - Articles du contrat de mariage. _Ib._ - - 185e _Dépêche_.--9 juin.-- - - AU ROI. 135 - Clôture du parlement. 136 - Exécution de Storey. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 137 - Nouvelle accusation contre le duc de Norfolk. 138 - - 186e _Dépêche_.--14 juin.-- - - AU ROI. 139 - Succès des partisans de Marie Stuart. _Ib._ - Négociation avec l'Espagne. 141 - Blessure du roi. _Ib._ - - 187e _Dépêche_.--20 juin.-- - - AU ROI. 142 - Audience. _Ib._ - Détails sur la blessure du roi. _Ib._ - Accusation contre l'évêque de Ross 145 - - A LA REINE (_lettre secrète_). 148 - Négociation du mariage. - Proposition du fils de l'empereur pour mari d'Elisabeth. 149 - - 188e _Dépêche_.--23 juin.-- - - AU ROI. 151 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Opposition a la mise en liberté de Bothwel. 152 - Nouvelles d'Allemagne. 153 - Liberté du comte de Hertford. 154 - Prise de Leith. _Ib._ - - A LA REINE (_lettre secrète_). 155 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 189e _Dépêche_.--28 juin.-- - - AU ROI. 158 - Combat en Ecosse. _Ib._ - Conspiration de Ridolfi. 159 - Troubles en Irlande. 162 - - A LA REINE (_lettre secrète_). 163 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 190e _Dépêche_.--9 juillet.-- - - AU ROI. 165 - Mission de Mr de Larchant pour le mariage. _Ib._ - - A LA REINE. 166 - Confidences d'Elisabeth. _Ib._ - - 191e _Dépêche_.--11 juillet.-- - - AU ROI. 169 - Négociation de Mr de Larchant. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 172 - - A LA REINE. (_lettre secrète_). 175 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 192e _Dépêche_.--14 juillet.-- - - AU ROI. 176 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Retour de sir Henri Coban. 178 - Négociation des Pays-Bas. 179 - _Avis_ sur le mariage. 180 - - 193e _Dépêche_.--20 juillet.-- - - AU ROI. _Ib._ - Audience. 181 - Affaires d'Ecosse. 185 - - A LA REINE. 186 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 194e _Dépêche_.--22 juillet.-- - - AU ROI. 188 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - - A LA REINE. 189 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 195e _Dépêche_.--26 juillet.-- - - AU ROI. 192 - Affaires d'Ecosse. 193 - - A LA REINE. 195 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 196e _Dépêche_.--31 juillet.-- - - AU ROI. 196 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Nouveau complot reproché à Marie Stuart. 198 - Arrestation de Stanley. _Ib._ - Nouvelles d'Irlande. 199 - Accord sur les prises des Pays Bas. _Ib._ - - A LA REINE. 200 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 197e _Dépêche_.--5 août.-- - - AU ROI. 202 - Inquiétude d'Elisabeth. _Ib._ - Instances pour Marie Stuart. 205 - - A LA REINE. 206 - Présent fait à l'ambassadeur. _Ib._ - - 198e _Dépêche_.--6 août.-- - - A LA REINE. 208 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 199e _Dépêche_.--9 août.-- - - AU ROI. 210 - Négociation du mariage. _Ib._ - État des partis en Ecosse. 211 - - A LA REINE. 213 - Communication de Leicester. _Ib._ - - 200e _Dépêche_.--12 août.-- - - AU ROI. 214 - Mission de Mr de Foix. 215 - Nouvelles d'Ecosse et d'Irlande. _Ib._ - - 201e _Dépêche_.--19 août.-- - - AU ROI. 217 - Audience donnée à Mr de Foix. _Ib._ - Détails de sa négociation. _Ib._ - - A LA REINE. 221 - Protestations de dévouement de la noblesse - d'Angleterre. 222 - - 202e _Dépêche_.--3 septembre.-- - - AU ROI. 223 - Départ de Mr de Foix. _Ib._ - - 203e _Dépêche_.--7 septemb.-- - - AU ROI. 224 - Négociation du mariage. _Ib._ - Saisie d'argent envoyé en Ecosse. 226 - Accusation contre le duc de Norfolk. _Ib._ - Il est mis à la Tour. 228 - - 204e _Dépêche_.--12 septemb.-- - - AU ROI. 229 - Procédure contre Norfolk. _Ib._ - Danger de Marie Stuart. 230 - Entreprise sur Stirling. 231 - - 205e _Dépêche_.--16 septemb.-- - - AU ROI. 232 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Mort du comte de Lennox;--Le comte de Mar, régent. _Ib._ - - A LA REINE. 235 - Nécessité d'envoyer des secours en Ecosse _Ib._ - - 206e _Dépêche_.--21 septemb.-- - - AU ROI. 237 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Négociation du mariage. 239 - - 207e _Dépêche_.--26 septemb.-- - - AU ROI. 241 - Affaires d'Ecosse. 242 - Assemblée de Stirling. 243 - Accusations contre le duc de Norfolk et - Marie Stuart. 244 - - 208e _Dépêche_.--30 septemb.-- - - AU ROI. 245 - Accueil fait à Coligni par le roi. _Ib._ - Mission de Quillegrey. 247 - Nouvelles des Pays-Bas et d'Ecosse. _Ib._ - - 209e _Dépêche_.--6 octobre.-- - - AU ROI. 248 - Procès du duc de Norfolk. _Ib._ - Arrestation du comte d'Arundel et de lord - de Lumley. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 249 - - 210e _Dépêche_.--10 octobre.-- - - AU ROI. 251 - Audience. _Ib._ - - 211e _Dépêche_.--15 octobre.-- - - AU ROI. 254 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - - A la Reine. 257 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 212e _Dépêche_.--20 octobre.-- - - AU ROI. 258 - Affaires d'Ecosse. 259 - Procès du duc de Norfolk. 261 - Arrestation de lord Coban, et fuite du comte - de Derby. _Ib._ - - 213e _Dépêche_.--24 octobre.-- - - AU ROI. 263 - Départ de Quillegrey. _Ib._ - - 214e _Dépêche_.--26 octobre.-- - - AU ROI. 264 - L'évêque de Ross à la Tour. 265 - Les Ecossais chassés d'Angleterre. _Ib._ - - 215e _Dépêche_.--31 octobre.-- - - AU ROI. 266 - Procès du duc de Norfolk. _Ib._ - Siège de Lislebourg. 267 - Affaires d'Irlande et des Pays-Bas. 268 - - 216e _Dépêche_.--5 novembre.-- - - AU ROI. 269 - Négociation des Pays-Bas. 270 - Levée du siège de Lislebourg. 272 - - A LA REINE. 273 - Explications sur l'argent saisi. _Ib._ - - 217e _Dépêche_.--10 novemb.-- - - AU ROI. 274 - Nouvelles d'Ecosse. _Ib._ - Audience. 275 - Victoire de Lépante. 280 - - A LA REINE. _Ib._ - Inquiétude des Anglais. _Ib._ - - 218e _Dépêche_.--13 novemb.-- - - AU ROI. 282 - Résolution d'Elisabeth de retenir Marie Stuart toute - sa vie prisonnière. 283 - Affaires d'Ecosse. 285 - - A LA REINE. 286 - Négociation d'un traité d'alliance entre la France - et l'Angleterre. _Ib._ - - 219e _Dépêche_.--20 novemb.-- - - AU ROI. 288 - Procès du duc de Norfolk. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse, d'Irlande et des Pays-Bas. 289 - - 220e _Dépêche_.--26 novemb.-- - - AU ROI. 291 - Procès du duc de Norfolk. 292 - Irritation de Leicester contre le duc. _Ib._ - - 221e _Dépêche_.--30 novemb.-- - - AU ROI. 294 - Accusation de lèze-majesté contre le duc de Norfolk. 295 - Péril de l'évêque de Ross. 295 - Nouvelles d'Ecosse. 296 - - A LA REINE. 297 - Sollicitations pour le duc de Norfolk et - Marie Stuart. _Ib._ - - 222e _Dépêche_.--5 décembre.-- - - AU ROI. 298 - Montgommery à Londres. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 299 - - A LA REINE. 301 - Libelle contre Marie Stuart. _Ib._ - - 223e _Dépêche_.--10 décemb.-- - - AU ROI. 302 - Audience. _Ib._ - Mission de Me Smith en France pour y conclure le - mariage ou un traité d'alliance. 305 - _Mémoire général_ concernant la mission de Me Smith - et la négociation sur l'Ecosse. 306 - - 224e _Dépêche_.--16 décemb.-- - - AU ROI. 312 - Nouvelles d'Ecosse. 313 - L'ambassadeur d'Espagne renvoyé d'Angleterre. 314 - - 225e _Dépêche_.--22 décemb.-- - - AU ROI. 315 - Confidences d'Elisabeth. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 317 - Négociation de Montgommery. 319 - - A LA REINE. _Ib._ - Divers mariages à Londres. _Ib._ - - 226e _Dépêche_.--27 décemb.-- - - AU ROI. 321 - Affaires d'Ecosse. 322 - Utilité d'un traité de commerce avec l'Angleterre. 326 - Sédition à Paris. 327 - - - ANNÉE 1572.--PREMIÈRE PARTIE. - - 227e _Dépêche_.--3 janvier. - - AU ROI. 328 - Audience. _Ib._ - Conférence avec Leicester. 331 - - A LA REINE. 333 - Nouvelles d'Ecosse. 334 - - 228e _Dépêche_.--9 janvier.-- - - AU ROI. 336 - Combat dans Lislebourg. 337 - Nouvelles de Marie Stuart. 338 - Affaires d'Espagne. _Ib._ - - 229e _Dépêche_.--14 janvier.-- - - AU ROI. 339 - Soulèvement de l'Irlande. 340 - Négociation des Pays-Bas. 341 - - 230e _Dépêche_.--18 janvier.-- - - AU ROI. 342 - Audience. 343 - Condamnation du duc de Norfolk. 346 - - A LA REINE. _Ib._ - Communication secrète faite à - Elisabeth au nom du duc d'Anjou. _Ib._ - - 231e _Dépêche_.--25 janvier.-- - - AU ROI. 330 - Détails sur la condamnation du duc de Norfolk _Ib._ - Sa déclaration. 351 - Rupture de la négociation avec l'Espagne. 352 - Audience. 353 - Rupture de la négociation du mariage du duc d'Anjou. 354 - - A LA REINE (_lettre secrète_). - Proposition du mariage du duc d'Alençon. 355 - - 232e _Dépêche_.--31 janvier.-- - - AU ROI. 358 - Désir d'Elisabeth de continuer la négociation de - l'alliance. _Ib._ - Sollicitations pour Norfolk. 359 - Pacification de l'Irlande. _Ib._ - Départ de l'ambassadeur d'Espagne. 360 - Négociation avec le Portugal. 361 - - 233e _Dépêche_.--5 février.-- - - AU ROI. 362 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Négociation des Pays-Bas. 364 - - 234e _Dépêche_.--10 février.-- - - AU ROI. 365 - Audience. _Ib._ - - A LA REINE (_lettre secrète_). 369 - Négociation du mariage. 370 - - 235e _Dépêche_.--13 février.-- - - AU ROI. 372 - Discussion du traité d'alliance. _Ib._ - - 236e _Dépêche_.--19 février.-- - - AU ROI. 377 - Négociation de l'alliance. _Ib._ - Affaires d'Ecosse. 378 - - A LA REINE. 380 - Justification de l'ambassadeur. 381 - - 237e _Dépêche_.--24 février.-- - - AU ROI. 382 - Audience. 383 - Négociation des Pays-Bas. 386 - - 238e _Dépêche_.--29 février.-- - - AU ROI. 387 - Négociation des Pays-Bas. _Ib._ - Remontrances de Fiesque. 388 - Nouvelles de Marie Stuart. 391 - - 239e _Dépêche_.--8 mars.-- - - AU ROI. 392 - Arrivée de Mr Du Croc. _Ib._ - Audience. _Ib._ - Lettre de Marie Stuart au duc d'Albe. 393 - - A LA REINE (_lettre secrète_). 395 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 240e _Dépêche_.--13 mars.-- - - AU ROI. 397 - Irritation d'Elisabeth contre Marie Stuart. _Ib._ - Négociation de Mr du Croc. _Ib._ - Défaite des Irlandais. 399 - - 241e _Dépêche_.--18 mars.-- - - AU ROI. 400 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Négociation de Mr Du Croc. _Ib._ - Retour de Quillegrey. 404 - - A LA REINE. _Ib._ - Saisie des papiers de lord Seton. 405 - (_Lettre secrète._) Négociation du mariage. 406 - _Mémoire général_. Affaires d'Ecosse. 408 - Négociation des Pays-Bas. 409 - - 242e _Dépêche_.--25 mars.-- - - AU ROI. 410 - Maladie d'Elisabeth. 411 - - 243e _Dépêche_.--30 mars.-- - - AU ROI. 412 - Maladie d'Elisabeth. _Ib._ - Négociation de l'alliance. 413 - Projet du duc d'Albe sur l'Ecosse. 414 - - 244e _Dépêche_.--3 avril.-- - - AU ROI. 416 - Négociation de l'alliance. _Ib._ - Armemens à Londres. 420 - - 245e _Dépêche_.--7 avril.-- - - AU ROI. 421 - Affaires d'Ecosse. _Ib._ - Négociation des Pays-Bas. 423 - - 246e _Dépêche_.--14 avril.-- - - AU ROI. 424 - Convocation du parlement. 425 - Prises faites par la flotte du prince d'Orange. 427 - - 247e _Dépêche_.--21 avril.-- - - AU ROI. 428 - Audience en conseil. _Ib._ - Rupture et reprise de la négociation de Mr Du Croc. 431 - - 248e _Dépêche_.--27 avril.-- - - AU ROI. 434 - Succès de la négociation de Mr Du Croc. _Ib._ - Ordre de la Jarretière donné à Mr de Montmorenci. 436 - - A LA REINE. (_lettre secrète_). 438 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 249e _Dépêche_.--4 mai.-- - - AU ROI. 440 - Mr Du Croc en Ecosse. _Ib._ - Rupture de la négociation des Pays-Bas. 441 - Affaires d'Ecosse. 442 - Conclusion du traité d'alliance. 444 - - A LA REINE. 445 - Réjouissances à Londres. _Ib._ - - 250e _Dépêche_.--13 mai.-- - - AU ROI. 447 - Audience. 448 - - A LA REINE (_lettre secrète_). _Ib._ - Négociation du mariage. _Ib._ - Mémoire. Détails de l'audience. 450 - - 251e _Dépêche_.--19 mai.-- - - AU ROI. 456 - Ouverture du parlement. _Ib._ - Nouvelles d'Ecosse. 457 - Négociation des Pays-Bas. _Ib._ - - 252e _Dépêche_.--24 mai.-- - - AU ROI. 459 - Danger de Marie Stuart. 460 - Nouvelles d'Ecosse. _Ib._ - - A LA REINE (_lettre secrète_). 461 - Négociation du mariage. _Ib._ - - 253e _Dépêche_.--28 mai.-- - - AU ROI. 463 - Soupçon de peste. _Ib._ - Communication par lettre. _Ib._ - Danger de Marie Stuart. 465 - Conférence avec le comte de Lincoln 466 - - A LA REINE. 468 - Bonnes dispositions du comte de Lincoln. _Ib._ - - -FIN DE LA TABLE DU QUATRIÈME VOLUME. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance Diplomatique de -Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDENCE, BERTRAND DE SALIGNAC, TOME 4 *** - -***** This file should be named 40695-8.txt or 40695-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/0/6/9/40695/ - -Produced by Robert Connal, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. 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