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diff --git a/39880-h/39880-h.htm b/39880-h/39880-h.htm new file mode 100644 index 0000000..84a4c4d --- /dev/null +++ b/39880-h/39880-h.htm @@ -0,0 +1,14439 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html lang="fr"> + +<head> +<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1"> +<title>The Project Gutenberg e-Book of Tableau Historique et Pittoresque de Paris (1/8); Author: J. B. de Saint-Victor.</title> + +<style type="text/css"> +<!-- + +body {font-size: 1em; text-align: justify; margin-left: 8%; margin-right: 8%;} + +h1 {font-size: 115%; text-align: center; margin-top: 4em; margin-bottom: 4em; line-height: 2em;} +h2 {font-size: 110%; text-align: center; margin-top: 4em; margin-bottom: 2em; line-height: 2em;} +h3 {font-size: 105%; text-align: center; margin-top: 2em; margin-bottom: 1em;} +h4 {text-align: center; margin-top: 1.5em; margin-bottom: 1em;} + +a:focus, a:active {outline:#ffee66 solid 2px; background-color:#ffee66;} +a:focus img, a:active img {outline: #ffee66 solid 2px;} + +sup {line-height: 0em;} + +p {text-indent: 1em;} +ul.none {list-style-type: none;} +li {margin-top: 0.3em;} + +table {border-collapse: collapse; table-layout: auto; + width: 90%; margin-left: 5%; margin-top: 1em; margin-bottom: 1em;} + +.p2 {margin-top: 2em; margin-bottom: 1em;} +.p15 {margin-top: 1.5em; margin-bottom: 1em;} +.p4 {margin-top: 4em; margin-bottom: 1em;} + +.smcap {font-variant: small-caps; font-size: 95%;} +.smaller {font-size: 90%;} +.small {font-size: 80%;} +.normal {font-weight: normal; font-variant: normal; font-style: normal;} + +.wspaced1 {word-spacing: 1em; font-weight: bold;} + +.add1em {margin-left: 1em;} +.add2em {margin-left: 2em;} +.min33em {margin-left: -0.33em;} + +.center {text-align: center; text-indent: 0em;} +.right {text-align: right;} +.right15 {text-align: right; margin-right: 15%;} +.ralign10 {position: absolute; right: 10%; top: auto;} + +.resume {margin-left: 5%; text-indent: -1em; font-size: 90%;} +.descript {margin-left: 5%; margin-right: 5%; + margin-top: 1.5em; margin-bottom: 1.5em; font-size: 90%;} +.poem10 {margin-left: 10%; font-size: 90%; text-indent: 0em;} +.poem10 p {text-indent: 0em;} +.poem30 {margin-left: 30%; font-size: 90%; text-indent: 0em;} +.poem30 p {text-indent: 0em;} +.list p {text-indent: -1em;} +.footnote p {text-indent: 0em;} +.toc {margin-left: 10%; margin-right: 15%;} + +.pagenum {visibility: hidden; + position: absolute; right:0; text-align: right; + font-size: 10px; + font-weight: normal; font-variant: normal; + font-style: normal; letter-spacing: normal; + color: #C0C0C0; background-color: inherit;} + +.figcenter {text-align: center;} + +--> +</style> +</head> + +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de Paris +depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + + +Title: Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8) + +Author: Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor + +Release Date: June 1, 2012 [EBook #39880] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE ET *** + + + + +Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine +P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team +at http://www.pgdp.net (This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + +<p class="p4 center">TABLEAU<br> + HISTORIQUE ET PITTORESQUE<br> + DE PARIS.</p> + +<p class="p4 center small">IMPRIMERIE DE COSSON, RUE GARENCIÈRE, N<sup>o</sup> 5.</p> + +<h1>TABLEAU<br> +<span class="smaller">HISTORIQUE ET PITTORESQUE</span><br> + DE PARIS,<br> +<span class="smaller">DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS.</span></h1> + +<p class="p2 center">Dédié au Roi<br> + Par J. B. de Saint-Victor.</p> + +<p class="p2 center"><i>Seconde Édition</i>,<br> + <span class="smcap small">REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE</span>.<br> + TOME PREMIER.—PREMIÈRE PARTIE.</p> + +<p class="right15"><i>Miratur molem..... Magalia quondam.</i><br> + <span class="smcap">Æneid.</span>, lib. 1.</p> + +<a id="img001" name="img001"></a> +<div class="figcenter"> +<img src="images/img001.jpg" width="100" height="93" alt="Enseigne" title=""> +</div> + +<p class="p4 center smaller">PARIS,<br> + LIBRAIRIE DE CHARLES GOSSELIN,<br> + <span class="smcap">RUE DE SEINE, N<sup>o</sup> 12.</span></p> + +<p class="center">M DCCC XXII.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="pagei" name="pagei"></a>(p. i)</span> AVERTISSEMENT.</h2> + +<p>Il y a plus de deux siècles qu'on écrit sur Paris et sur ses antiquités. +Ce sujet a fait naître une foule d'ouvrages où toutes les recherches +semblent avoir été épuisées; et cependant il restoit encore un bon livre +à faire sur cette cité célèbre, un livre sinon plus savant, du moins +plus utile et mieux conçu que tous ceux qui ont été faits jusqu'à +présent.</p> + +<p>Paris peut être considéré sous les rapports divers de ses antiquités +religieuses, de ses institutions <span class="pagenum"><a id="pageii" name="pageii"></a>(p. ii)</span> civiles et politiques, des +révolutions qu'il a éprouvées, des mœurs et des coutumes de ses +habitants, des faits historiques dont il a été le théâtre, des monuments +des arts qu'il renferme, etc. L'ensemble de ces rapports dans ce qu'ils +ont de plus curieux et de plus important peut seul constituer une +description intéressante d'une ville que tous les peuples de l'Europe, +toutes les classes de la société sont avides de connoître; et jusqu'ici +cependant aucun de ceux qui en ont écrit l'histoire, ne l'a conçue sur +ce plan général, n'en a même rempli quelques parties à la fois d'une +manière satisfaisante.</p> + +<p>On ne connoît sur Paris aucun livre qui ait été écrit avant le règne +<span class="pagenum"><a id="pageiii" name="pageiii"></a>(p. iii)</span> de François I<sup>er</sup>. À cette époque<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller normal">[1]</span></a> un libraire, nommé +<i>Corrozet</i>, publia un ouvrage ayant pour titre: <i>La Fleur des +antiquités, singularités et excellences de la ville de Paris.</i> Ce livre +fut réimprimé environ cinquante ans après, avec quelques augmentations, +par un autre libraire, nommé <i>Bonfons</i>. Il n'a maintenant d'autre mérite +que celui de son ancienneté; et ces deux auteurs ne s'y montrent exacts +que lorsqu'ils parlent de l'état des choses, telles qu'elles étoient +alors, et qu'elles se présentoient à leurs yeux.</p> + +<p>L'un et l'autre manquoient de lumières et de critique. Un religieux +<span class="pagenum"><a id="pageiv" name="pageiv"></a>(p. iv)</span> bénédictin de Saint-Germain-des-Prés, dom Jacques du Breul, +revit leur travail, consulta les titres, fit des recherches, corrigea +leurs erreurs, et perfectionnant cette informe ébauche, en fit un livre +nouveau<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller normal">[2]</span></a>, qu'il fit paroître au commencement du dix-septième siècle. +On trouve dans cet ouvrage des renseignements précieux, et qui ont été +d'une grande utilité à ceux qui ont écrit après lui: cependant, sans +compter que Paris a entièrement changé de face depuis cette époque, son +livre contient encore <span class="pagenum"><a id="pagev" name="pagev"></a>(p. v)</span> beaucoup d'erreurs, qu'il lui étoit sans +doute impossible d'éviter, parce que la matière étoit trop vaste pour +qu'un seul homme pût d'abord tout débrouiller et tout arranger.</p> + +<p>Ces premiers ouvrages donnèrent naissance à des compilations, à des +abrégés plus ou moins médiocres qui n'apprenoient rien de nouveau. Une +dispute qui s'éleva quelques années après, entre deux savants<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller normal">[3]</span></a>, sur +nos anciennes églises, sans éclaircir beaucoup la question qu'ils +traitoient, répandit quelques nouvelles lumières sur les antiquités de +Paris. <span class="pagenum"><a id="pagevi" name="pagevi"></a>(p. vi)</span> Pendant ce temps, Henri Sauval, avocat au parlement, +travailloit à nous donner des connoissances plus exactes et plus +étendues sur un sujet aussi important. Il recueillit, dans les dépôts +publics et dans les archives particulières, une quantité prodigieuse de +documents et de titres sur l'état ancien et moderne de la ville de +Paris, les lut, les dépouilla avec une patience infatigable; mais n'eut +ni le temps ni peut-être le talent de les mettre en ordre, de les +comparer, de les vérifier. Il en est résulté que son immense recueil +n'est qu'un amas informe de matériaux confondus ensemble, et dont il est +impossible d'user sans y apporter les plus grandes précautions. +<span class="pagenum"><a id="pagevii" name="pagevii"></a>(p. vii)</span> Il est plein de répétitions, de détails fatigants, de +trivialités, inexact dans les faits, peu judicieux dans les réflexions; +et ses erreurs sur une foule de matières, principalement sur +l'appréciation des monuments, sont telles, qu'elles seroient +insupportables aujourd'hui aux personnes même les moins éclairées.</p> + +<p>Cependant tant d'éléments divers, amassés par ce laborieux écrivain, +pouvoient servir à construire un édifice régulier, et il n'étoit besoin +que d'un esprit sage et patient qui sût choisir et ordonner, pour en +tirer une bonne histoire de Paris. D. D. Félibien et Lobineau, deux +religieux bénédictins, <span class="pagenum"><a id="pageviii" name="pageviii"></a>(p. viii)</span> l'entreprirent avec succès, mais +plutôt en savants qu'en littérateurs. Leur compilation est exacte, +méthodique, mais sèche et minutieuse: les grands et les petits +événements y sont racontés du même style, avec la même prolixité; et ces +récits diffus et monotones ne peuvent être lus avec fruit et patience +que par des érudits. Saint-Foix, au contraire, dans ses <i>Essais sur +Paris</i>, a moins voulu faire une description exacte de cette ville, que +produire, à l'occasion de quelques-uns de ses quartiers, de quelques +rues, qu'il trouve tout simple de présenter par ordre alphabétique, des +opinions nouvelles et bizarres, des traits hardis, satiriques et +licencieux. <span class="pagenum"><a id="pageix" name="pageix"></a>(p. ix)</span> Son livre, qui eut beaucoup de succès dans un temps +où un esprit de mutinerie et d'insolence contre toute autorité étoit un +sûr moyen de réussir dans toute production littéraire, est justement +considéré aujourd'hui comme l'ouvrage d'un homme qui joignoit à quelque +vivacité d'esprit, un jugement faux et une inexpérience complète sur les +grandes questions de morale et de politique qu'il a l'audace de traiter +à chaque instant. C'est de tous les écrivains sur Paris celui que nous +avons lu et consulté avec le plus de défiance et de précaution; il nous +a été d'ailleurs d'un très-foible secours, ayant puisé lui-même dans +Sauval, et le plus souvent sans critique, <span class="pagenum"><a id="pagex" name="pagex"></a>(p. x)</span> presque toutes les +particularités dont se compose la compilation très-incomplète qu'il a +publiée.</p> + +<p>Nous ne parlerons point de Piganiol de la Force, le compilateur +peut-être le plus ennuyeux, le plus dépourvu de discernement et de goût, +parmi tous ceux qui ont entrepris de faire l'inventaire des monuments de +Paris, de ses rues, et des curiosités dont il est rempli. Il n'est +presque rien dans son livre qu'on ne trouve ailleurs plus exactement +présenté et plus clairement décrit.</p> + +<p>Le commissaire Delamare dans son Traité de la Police, Jaillot dans ses +<i>Recherches</i>, l'abbé Lebeuf dans son <i>Histoire du Diocèse <span class="pagenum"><a id="pagexi" name="pagexi"></a>(p. xi)</span> de +Paris</i>, se sont montrés fort supérieurs à ceux qui les avoient précédés +et à ceux qui les ont suivis. On diroit qu'ils se sont partagés entre +eux un si vaste sujet, chacun en ayant traité plus spécialement une des +parties dont il se compose; et tous les trois ayant porté, dans leurs +travaux, une érudition et un discernement qui semblent ne pouvoir être +surpassés. Sur la topographie ancienne et nouvelle de Paris, sur +l'origine de ses monuments, sur ses institutions civiles et religieuses, +sur toutes les parties de son administration, on peut dire qu'ils ont en +quelque sorte épuisé la matière, et que leurs savants travaux laissent +peu de choses à <span class="pagenum"><a id="pagexii" name="pagexii"></a>(p. xii)</span> désirer; mais ce seroit vainement encore qu'on +y chercheroit cet ensemble, cet accord de toutes les parties, sans +lequel un ouvrage ne peut être bon, et quelques-uns de ces agréments du +langage qui seuls font lire les bons ouvrages et en assurent le succès +et la durée. Ils ont rassemblé d'excellents matériaux pour une histoire +de Paris; mais cette histoire, aucun d'eux ne l'a faite, et n'a même +pensé à la faire.</p> + +<p>Toutefois ici finit la liste des écrivains qu'il nous est permis de +citer. Après eux viennent en foule des compilateurs sans jugement, sans +goût, dépourvus de toute critique, qui ramassent indistinctement tout ce +qu'ont recueilli <span class="pagenum"><a id="pagexiii" name="pagexiii"></a>(p. xiii)</span> leurs devanciers, et en composent des +rapsodies, dont pas une ne mérite même l'honneur d'être nommée<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller normal">[4]</span></a>.</p> + +<p>Nous ne craignons donc pas de le dire, il n'existe pas encore un seul +ouvrage où Paris soit considéré sous tous les rapports qui peuvent le +faire bien connoître; où la description de ses monuments soit +accompagnée d'une critique judicieuse sur leur véritable <span class="pagenum"><a id="pagexiv" name="pagexiv"></a>(p. xiv)</span> +mérite; où les faits historiques, se liant aux peintures de mœurs, +soient présentés dans cette juste mesure qui les rend curieux et +attachants. On ne trouve dans aucun une marche claire et méthodique; +aucun n'a donné un tableau complet et bien ordonné des diverses +révolutions que cette ville célèbre a éprouvées.</p> + +<p>Ce qu'ils n'ont point fait nous avons essayé de le faire: voici donc le +plan que nous nous sommes tracé, et qu'autant qu'il est en nous, nous +nous sommes efforcés de remplir.</p> + +<p>Adoptant une division depuis long-temps consacrée, nous avons partagé en +ses vingt quartiers la ville immense que nous avions à <span class="pagenum"><a id="pagexv" name="pagexv"></a>(p. xv)</span> décrire; +passant de là, et dans un ordre également consacré à la description +particulière de chacun de ces quartiers, nous en avons d'abord présenté +le tableau topographique, puis nous avons indiqué les accroissements +qu'il a pu successivement recevoir. Viennent ensuite les institutions et +les monuments, dans lesquels ce qui est religieux précède, autant qu'il +est possible, ce qui n'est que civil et politique; de même que les +origines et les antiquités sont discutées et expliquées avant que nous +traitions de ce qui touche les productions des beaux-arts et les autres +objets de détail purement matériels; et ces objets, dont l'importance +sans doute est beaucoup <span class="pagenum"><a id="pagexvi" name="pagexvi"></a>(p. xvi)</span> moindre, sans être séparés de +l'historique du monument ou de l'institution à laquelle ils +appartiennent, y reçoivent une place et un classement tout particulier. +Par un semblable motif, tout ce qui concerne les rues, les places +publiques, leurs origines et leurs étymologies, est rejeté à la fin de +chaque division; et là, rangé suivant l'ordre alphabétique, peut y être +ou lu ou simplement consulté. Au milieu de tant de descriptions et de +récits divers qui se suivent ainsi (nous le croyons du moins), sans +embarras et sans confusion, nous avons introduit, lorsqu'il nous a +semblé convenable de le faire et que l'occasion s'en est naturellement +présentée, des dissertations <span class="pagenum"><a id="pagexvii" name="pagexvii"></a>(p. xvii)</span> générales sur plusieurs points +les plus intéressants de nos anciennes traditions, tels que l'origine +des églises et des monastères, celles des confréries, des corps de +métiers, de l'université, des parlements, etc, etc.</p> + +<p>Ce n'étoit point assez: le récit des grands événements dont Paris a été +le théâtre pendant une si longue suite de siècles, pouvoit seul animer +une semblable composition, en lier entre elles toutes les parties +naturellement incohérentes, rompre la monotonie sans doute inévitable de +tant de descriptions accumulées, mettre enfin dans leur véritable jour +l'ensemble et les détails de cet immense tableau. C'étoit là une +difficulté <span class="pagenum"><a id="pagexviii" name="pagexviii"></a>(p. xviii)</span> que n'avoit essayé de vaincre aucun de ceux qui +ont écrit l'histoire de Paris: nous avons cru toutefois qu'elle n'étoit +pas invincible. Ayant donc ainsi distribué la ville en ses vingt +quartiers, nous avons imaginé de partager en dix époques l'histoire de +ses révolutions; et nous les avons tellement disposées, que chacune +d'elles s'est presque toujours rattachée par quelques circonstances +frappantes et singulières aux deux quartiers auxquels elle sert, pour +ainsi dire, d'introduction; et cette disposition nous l'avons combinée +de manière que les trois principales époques de cette histoire se +trouvant placées à la tête de chacun <span class="pagenum"><a id="pagexix" name="pagexix"></a>(p. xix)</span> des trois volumes dont se +compose l'ouvrage entier, elles sont ainsi devenues pour chacun de ces +volumes une sorte d'introduction d'une importance plus grande, d'un plus +vif intérêt, et celle en effet qu'il devoit avoir. En tête du premier +volume est placée l'histoire de Paris sous les deux premières races, +alors que la ville étoit circonscrite et renfermée dans cette île que +l'on appelle aujourd'hui le <i>quartier de la Cité</i>, quartier le plus +ancien de tous, et le premier dans l'ordre des descriptions. Au +commencement du second volume, nous racontons les querelles sanglantes +des <i>Armagnacs</i> et des <i>Bourguignons</i>, sous le malheureux <span class="pagenum"><a id="pagexx" name="pagexx"></a>(p. xx)</span> règne +de Charles VI, querelles dont la partie septentrionale de Paris, qui +occupe tout ce volume, fut le théâtre principal. Enfin le récit des +guerres de religion, depuis le règne de François II jusqu'à la prise de +Paris par Henri IV, commence le troisième volume, consacré tout entier à +la description de la partie méridionale de Paris; et l'on sait que ce +fut dans cette partie de la ville que se passèrent les scènes les plus +tragiques et les plus tumultueuses de cette époque de calamités; +qu'elles s'y renouvelèrent même si fréquemment et pendant un si long +espace de temps, que le faubourg Saint-Germain <span class="pagenum"><a id="pagexxi" name="pagexxi"></a>(p. xxi)</span> en avoit reçu +le nom de <i>Petite Genève</i><a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Go to footnote 5"><span class="smaller normal">[5]</span></a>.</p> + +<p>Ce plan a obtenu les suffrages du public; on a de même approuvé le parti +que nous avons pris de faire une simple énumération des innombrables +productions des arts dont jadis étoient ornés les églises et autres +monuments que nous <span class="pagenum"><a id="pagexxii" name="pagexxii"></a>(p. xxii)</span> avons décrits, indiquant ensuite dans des +notes plus ou moins étendues, celles qui méritoient d'être remarquées, +soit par l'excellence de l'exécution, soit par quelque singularité ou +circonstance particulière qui pouvoit leur donner une sorte d'intérêt. +C'étoit en effet le seul moyen de ne rien oublier et cependant de ne +rien confondre; d'éviter l'examen fastidieux et la critique fatigante de +tant de peintures et sculptures, ou mauvaises ou du moins médiocres, et +par conséquent au-dessous de toute critique et de tout examen; et au +milieu de cet amas d'objets si peu dignes d'occuper le lecteur, de lui +faire distinguer nettement et promptement ce qui <span class="pagenum"><a id="pagexxiii" name="pagexxiii"></a>(p. xxiii)</span> devoit +arrêter sa pensée et ses regards. Nous ne craignons pas de dire que rien +n'a plus contribué que cette disposition si simple, si facile, et que +cependant aucun historien de Paris n'avoit imaginée avant nous, à +répandre l'ordre et la clarté dans ce qui n'avoit été jusqu'alors que +désordre et confusion. Au reste, nous ne nous ferons point un mérite +d'avoir mieux apprécié ces productions des arts que nos devanciers; sur +ce point tout étoit à faire: les plus habiles eux-mêmes n'y entendoient +rien; les autres ont servilement copié ce qui avoit été écrit avant eux; +et de tous les jugements qui ont été portés sur un si grand nombre +<span class="pagenum"><a id="pagexxiv" name="pagexxiv"></a>(p. xxiv)</span> de statues, de tableaux, de monuments d'architecture, il n'en +étoit peut-être pas un seul qui ne fût à réformer.</p> + +<p>Ce n'étoit point encore assez: un ouvrage du genre de celui-ci devient, +presque à chaque page, obscur et quelquefois inintelligible, s'il n'est +accompagné de cartes, de plans, de vues perspectives qui, au milieu de +tant de descriptions purement matérielles, font saisir aux yeux ce que +la parole est souvent impuissante à exprimer, et en sont alors +l'indispensable complément. Sous ce rapport, notre première édition ne +laissoit rien à désirer: elle étoit enrichie d'une collection de trois +cents planches ou vignettes, qui <span class="pagenum"><a id="pagexxv" name="pagexxv"></a>(p. xxv)</span> offroient non-seulement la +topographie complète de Paris dans tous ses détails, à toutes ses +époques et avec tous ses développements, mais encore tous ses monuments +actuellement existants, tous ceux que la révolution a détruits, tous +ceux qui n'existoient déjà plus avant cette époque désastreuse, et dont +quelques traces nous ont été conservées, ou dans des gravures +extrêmement rares, ou dans des dessins inédits. Cette collection +précieuse et jusqu'à présent unique en son espèce, étoit jointe au texte +de cette première édition: elle accompagne la seconde dans un atlas +in-4<sup>o</sup>, où elle a été arrangée dans l'ordre le <span class="pagenum"><a id="pagexxvi" name="pagexxvi"></a>(p. xxvi)</span> plus +méthodique, chaque planche portant un numéro qui correspond exactement +aux renvois indiqués dans le texte.</p> + +<p>Dans cette édition nouvelle, de même que dans l'autre, nous nous +arrêtons à l'année 1789, époque à laquelle commence <i>matériellement</i> la +révolution, époque que nous considérions, lorsque nous conçûmes la +première idée de cet ouvrage, comme la fin de la monarchie. Nous nous y +arrêtons, parce que l'histoire de cette révolution ne peut être traitée +ni légèrement ni aussi succinctement qu'il le faudroit pour pouvoir +trouver place dans un livre tel que le nôtre. Peut-être même, malgré +l'heureux événement qui nous a <span class="pagenum"><a id="pagexxvii" name="pagexxvii"></a>(p. xxvii)</span> rendu nos princes légitimes, +ne sommes-nous point arrivés au moment où il est possible d'en tracer le +tableau hideux avec toutes les couleurs qui peuvent le rendre +ressemblant, et où il soit permis de dire toute la vérité sur les hommes +et sur les choses. Plus nous sommes pénétrés d'horreur pour les crimes +inouïs qui ont amené et consommé ce grand bouleversement de la société, +plus nous nous sentons timides à entamer de pareils récits; et ainsi que +nous le disions alors, et que nous le répétons encore aujourd'hui: <i>ces +récits sont réservés à d'autres temps et à des plumes plus éloquentes +que la nôtre.</i></p> + +<p>Mais du moins avons-nous <span class="pagenum"><a id="pagexxviii" name="pagexxviii"></a>(p. xxviii)</span> profité de l'expérience que ce +grand événement dont le triste spectacle a passé tout entier sous nos +yeux, nous a en quelque sorte forcé d'acquérir, pour rectifier les +erreurs et les négligences dans lesquelles nous étions tombé sur un +grand nombre de points très-importants de nos origines, sur le vrai +caractère de certaines institutions, sur les causes secrètes de certains +événements, sur ce qui a pu se faire de juste ou d'injuste, d'utile ou +de pernicieux dans cette longue suite de siècles qu'il nous a fallu +parcourir. Ces erreurs étoient celles des écrivains qui nous avoient +précédé: presque tous ont écrit notre histoire avec les préjugés +funestes qui ont amené <span class="pagenum"><a id="pagexxix" name="pagexxix"></a>(p. xxix)</span> notre ruine, et nous nous étions +légèrement et malheureusement engagé sur les traces de ces historiens ou +passionnés ou superficiels. La révolution française semble avoir été +envoyée par la Providence pour <i>enseigner toute vérité</i><a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller normal">[6]</span></a> aux hommes de +cœur droit et <i>de bonne volonté</i><a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller normal">[7]</span></a>. Arrivé à cette maturité de l'âge +où il est donné de mieux voir et de mieux comprendre, nous avons fait en +sorte de profiter de cet avertissement du ciel; et c'est une véritable +satisfaction pour nous d'avoir cette occasion de protester contre ce que +nous écrivions, il <span class="pagenum"><a id="pagexxx" name="pagexxx"></a>(p. xxx)</span> y a quinze ans, sur la féodalité, sur le +gouvernement de la France pendant la durée des deux premières races, sur +plusieurs attributions du clergé dont nous n'avions point assez apprécié +l'influence salutaire, sur nos parlements dont nous n'avions point assez +fait connoître les fautes et les torts, sur l'université qui méritoit +plus de blâme encore que nous ne lui en avons donné, sur les jésuites +que nous n'avons point assez défendus contre leurs ennemis et leurs +calomniateurs, etc., etc., et nous osons espérer que tous les honnêtes +gens protesteront avec nous contre ce que nous écrivions alors, en +faveur <span class="pagenum"><a id="pagexxxi" name="pagexxxi"></a>(p. xxxi)</span> de ce que nous écrivons aujourd'hui.</p> + +<p>Enfin, dans cette seconde édition, il y a plus d'ordre et de clarté dans +l'arrangement des matières: beaucoup de détails qui nous étoient +échappés dans la première, y ont été soigneusement recueillis; quelques +passages qui avoient semblé obscurs ont été éclaircis et développés; et +ce qui lui donne principalement sur l'autre un immense avantage, c'est +qu'ici nous ne marchons au milieu de tant de souvenirs confus, de tant +de ruines accumulées, qu'appuyés sur l'<i>autorité</i>, ce que d'abord nous +n'avions point fait avec un aussi grand soin; que nous ne présentons +<span class="pagenum"><a id="pagexxxii" name="pagexxxii"></a>(p. xxxii)</span> pas un fait seul sans citer tous les témoignages que la +saine critique nous permet d'appeler comme garants de ce que nous +croyons devoir en nier ou en affirmer; de manière que les choses même +les plus vraies que nous avons pu dire dans la première édition, ont ici +un caractère beaucoup plus frappant de vérité.</p> + +<span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> + +<a id="img002" name="img002"></a> +<div class="p4 figcenter"> +<img src="images/img002.jpg" width="400" height="384" alt="Lutetia Parisiorum" title=""> +</div> + +<h2>DISCOURS PRÉLIMINAIRE.</h2> + +<p>On a vu de puissants monarques, conquérants ou législateurs, élever tout +à coup des villes superbes, et depuis devenues fameuses, soit qu'ils +fussent séduits par les <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> avantages que présentoient les lieux +pour y établir le centre de leur gouvernement, soit qu'ils n'eussent +d'autres vues que celle de donner un nouvel éclat à leur nom en +l'attachant à d'aussi grands monuments. L'antiquité nous offre plusieurs +exemples de ces prodigieuses entreprises: c'est ainsi que furent fondées +Alexandrie et Constantinople; et le commencement du siècle dernier fut +surtout mémorable par l'exécution hardie d'un semblable projet. Un +souverain législateur, sous le ciel le plus rigoureux, et au milieu d'un +marais jusqu'alors impraticable, jeta les fondements d'une ville<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller normal">[8]</span></a> qui, +dans moins de cinquante ans, s'est couverte de palais magnifiques, de +monuments publics d'une grandeur toute royale, et qui déjà rivalise en +étendue et en beauté, avec les villes les plus florissantes de l'Europe.</p> + +<p>Mais de tels événements sont rares, et les capitales des empires n'ont +point ordinairement des commencements aussi illustres. <span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> Dans +l'origine des sociétés, un concours de circonstances fait que telle +ville, qui d'abord n'étoit ni plus puissante ni plus remarquable que +celles qui l'environnoient, remporte sur ses voisins des avantages qui +lui en assujettissent plusieurs; ou, par sa position, semble offrir une +retraite plus sûre au premier conquérant qui s'élève au milieu de ces +petites peuplades barbares. L'État s'agrandit, et ses richesses +s'accumulent dans cette ville; les ressorts du gouvernement se +multiplient; des communications s'établissent avec les peuples policés; +l'opulence fait naître le luxe, et le luxe appelle les arts; la +population s'accroît, les mœurs se polissent, les monuments +s'élèvent: alors la grande cité, parvenue à son dernier degré de +splendeur, décline insensiblement par ce retour inévitable des choses +d'ici-bas, et finit par des ruines après avoir commencé par des cabanes.</p> + +<p>La ville la plus fameuse des temps anciens, Rome, eut des commencements +aussi misérables. Paris qui, dans nos temps modernes, <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> tient +parmi les peuples le même rang que Rome occupoit dans l'antiquité, +Paris, dont la célébrité, déjà si grande depuis plusieurs siècles, +devient incomparable par les événements inouïs, uniques dans l'histoire, +dont il a été le théâtre pendant trente ans, ne fut, dans son origine, +qu'une habitation de sauvages, comme la reine du monde n'avoit été +d'abord qu'un repaire de brigands; et son origine, sur laquelle on s'est +vainement épuisé en recherches, est même tout-à-fait inconnue. Aucune +des hypothèses imaginées à ce sujet ne peut supporter le moindre examen, +parce qu'aucune ne repose sur des monuments qui jouissent de quelque +autorité; et généralement toutes les origines des peuples barbares se +confondent dans cette obscurité impénétrable<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="smaller normal">[9]</span></a>, résultat nécessaire de +leur profonde ignorance. Nous <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> nous garderons donc bien de +rappeler ici l'histoire de ce fils d'Hector échappé à l'embrasement de +Troie, et mille autres contes non moins puérils, tels, par exemple, que +celui d'un monstre né en Franconie, que de vieux légendaires historiques +ont présenté sérieusement comme le premier fondateur de l'ancienne +<i>Lutèce</i>. Cette suite imaginaire de rois que d'autres savants presque +aussi peu sensés ont jugé à propos de faire régner dans les Gaules, +depuis <i>Samothès</i>, fils de <i>Japhet</i>, jusqu'au Troyen <i>Francus</i>, qu'ils +assurent gravement avoir succédé à <i>Rémus</i>, son beau-père, dernier roi +de la race d'Hercule, nous semble également ridicule, et indigne +d'occuper un seul instant des esprits raisonnables.</p> + +<p>Ce qu'il y a de très-certain c'est que la ville de Paris est une des +plus anciennes des Gaules; et cette obscurité même de son origine en est +une preuve aussi glorieuse qu'incontestable. Jules-César, qui en a parlé +le premier, la nomme <i>Lutetia</i>, et la présente comme la ville principale +des peuples qu'il désigne sous le nom de <i>Parisiens</i>. <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> Strabon et +Ptolomée en font mention, d'après lui, sous les noms de <i>Loucototia</i> et +<i>Loucotetia</i>, ce qui a donné lieu à diverses étymologies également +fausses et fabuleuses. Les noms de <i>Lutèce</i> et de Paris ne sont ni grecs +ni latins; ils sont celtiques, et il y a grande apparence que nous en +ignorerons toujours la véritable signification.</p> + +<p>Cependant, lorsque le général romain vint dans les Gaules, cette +capitale des Parisiens n'étoit encore qu'un amas de chétives cabanes<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Go to footnote 10"><span class="smaller normal">[10]</span></a> +renfermées dans une île au milieu de la Seine<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="smaller normal">[11]</span></a>. Cette île, connue +aujourd'hui sous le nom de quartier de la Cité, communiquoit avec la +terre ferme au <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> moyen de deux ponts de bois. Les deux rives du +fleuve, maintenant couvertes d'édifices somptueux, et d'une population +si nombreuse et si animée, n'étoient alors que d'affreuses forêts, +qu'entouroient des marais fétides, et dont les solitudes étoient +consacrées à des divinités sanguinaires<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Go to footnote 12"><span class="smaller normal">[12]</span></a>. Car les anciens Gaulois +n'avoient point de temples, et ils ne commencèrent à en bâtir que sous +la domination des Romains. Des bois obscurs et mystérieux étoient les +sanctuaires redoutables des dieux qu'ils adoroient; <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> et ces +horribles enceintes furent souvent arrosées de sang humain par leurs +druides.</p> + +<p>Les Parisiens ont été célèbres parmi les peuples de leur nation pour +leur courage et leur haine de toute domination étrangère; et lorsque +César, maître d'une grande partie des Gaules, voulut subjuguer leur +ville capitale, son lieutenant Labiénus, qu'il avoit chargé de cette +expédition, y trouva une résistance à laquelle il ne s'attendoit pas: +ces braves insulaires, craignant d'être forcés dans leur retraite, +prirent la résolution héroïque de mettre le feu à leurs habitations, et +marchèrent au-devant de l'ennemi, sous la conduite de Camulogène, vieux +guerrier plein de bravoure et d'expérience. Le Romain, aussi courageux +et plus habile, les trompa par une fausse marche, prit une position +avantageuse dans la plaine qui est au-dessous de Meudon, et là les força +à recevoir la bataille. La victoire y fut long-temps disputée, et ce +peuple s'y défendit avec une opiniâtreté qui tenoit du désespoir; mais +enfin la valeur <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> aveugle fut forcée de céder au courage soutenu +de la science militaire. Les Parisiens furent vaincus, le plus grand +nombre y perdit la vie, et Camulogène justifia leur choix en périssant +avec eux.</p> + +<p>César, maître de Paris, ordonna aux Gaulois de le rebâtir; et +considérant la situation avantageuse de cette ville au milieu d'un +fleuve qui séparoit la Gaule celtique de la Belgique<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Go to footnote 13"><span class="smaller normal">[13]</span></a>, situation qui +pouvoit en faire un point de jonction très-avantageux pour les deux +provinces, s'il leur prenoit envie de se révolter; n'ayant point oublié, +d'ailleurs, la résistance vigoureuse que lui avoient opposée ses +premiers habitants, il résolut de la faire entourer de murailles, de la +fortifier, et d'y entretenir continuellement une garnison romaine. Il +l'embellit en outre d'une grande quantité d'édifices, et la remit dans +un état tellement florissant, que, peu de temps après, elle put <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> +secouer le joug, pour entrer dans la ligue des villes qui se réunirent +au fameux Vercingetorix, dans l'espoir d'affranchir les Gaules du +pouvoir de l'étranger. César, qui, depuis sa première conquête, ne parle +que cette seule fois de la ville de Paris, dit qu'elle envoya huit mille +hommes à l'assemblée des peuples confédérés. Ce fut là, comme on sait, +le dernier effort des Gaulois pour la liberté; et la défaite de leur +innombrable armée sous les murs d'Alexia les assujettit sans retour aux +Romains.</p> + +<p>Dès ce moment cette vaste contrée, dépouillée pour toujours de ses +coutumes et de ses lois, se vit soumise à la même forme de gouvernement +que les autres provinces de la république, et chaque ville fut +traitée<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="smaller normal">[14]</span></a> suivant le degré de haine ou d'affection qu'elle avoit +témoigné pour le vainqueur. <span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> Ce fut principalement sur la Gaule +celtique que les Romains crurent devoir appesantir leur joug. À +l'exception de quelques villes qui furent épargnées, ils la soumirent +tout entière au tribut, et Paris, qui avoit opposé une si longue +résistance, fut au nombre de ces cités appelées <i>vectigales</i> ou +tributaires. Avec les lois romaines s'introduisit aussi la langue latine +parmi les peuples conquis, et l'ancien langage celtique se perdit peu à +peu. Quant à la religion, elle resta la même: vainqueurs et vaincus +étoient également plongés dans les ténèbres du paganisme. Toutefois les +sacrifices humains furent abolis, et ce fut un des bienfaits qu'apporta +à ces nations barbares la police des Romains.</p> + +<p>Un auteur<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Go to footnote 15"><span class="smaller normal">[15]</span></a> a avancé, sans autorité <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> suffisante, que les deux +forteresses, connues sous le nom de grand et de petit Châtelet, qui, des +deux côtés de la rivière, défendoient la tête des ponts, étoient un +ouvrage de César. Cette opinion a été victorieusement combattue: les +Romains fortifièrent sans doute Paris lorsqu'ils y eurent entièrement +établi leur domination; mais ils durent employer, pour s'y maintenir, le +genre de fortification qui étoit en usage dans toutes les villes de leur +vaste empire. Il est donc probable qu'ils élevèrent de chaque côté de la +Seine deux tours en bois, l'une à la tête du pont, l'autre à l'entrée de +la Cité; ces tours durent avoir une circonférence suffisante pour +contenir les machines de guerre et les soldats nécessaires à leur +défense; et le passage de Boëce, déjà cité, prouve que l'île elle-même +étoit entourée de murs et flanquée de tours. Il est naturel aussi de +penser que Paris, comme toutes les villes de l'Empire, eut des temples, +<span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> des places, des édifices publics, et que, tranquille sous la +protection d'un gouvernement aussi puissant, cette ville commença à +étendre ses faubourgs sur les deux rives du fleuve. Toutefois il est +impossible de donner aucun renseignement sur l'état de sa topographie +intérieure pendant la domination des Romains, ni sur les accroissements +progressifs qu'elle put alors éprouver; car il n'est plus question de +Paris dans les historiens pendant près de quatre siècles, jusqu'à +l'empereur Julien, qui y passa plusieurs hivers, avant et après son +expédition contre les Allemands. L'affection qu'il portoit à cette +ville, qu'il appelle <i>sa chère Lutèce</i>, le séjour qu'y firent après lui +les empereurs Valentinien et Gratien, donnent lieu de croire que dès +lors elle possédoit tout ce qui étoit nécessaire pour loger des +empereurs et cette suite nombreuse d'officiers de toute espèce dont ils +étoient sans cesse accompagnés, un palais, des thermes, une place +d'armes, des arènes, un cirque, un amphithéâtre; mais si l'on considère +les dimensions de l'île qui composoit <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> la ville proprement dite, +on se convaincra facilement qu'il est impossible que de tels +édifices<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="smaller normal">[16]</span></a> aient existé dans un si petit espace. Ammien Marcellin, +quoique fort embrouillé dans tout ce qu'il dit sur Paris, le fait +cependant entendre assez clairement; les débris du palais des Thermes en +sont une preuve encore plus incontestable, et leur construction toute +romaine donne l'idée d'un grand et magnifique édifice. A-t-il été élevé +avant Julien? est-ce lui qui l'a fait bâtir? C'est une question qu'il +est impossible de décider, et d'ailleurs peu important d'éclaircir, +puisqu'enfin de tout ce qui existoit alors à Paris du temps des Romains, +si l'on en excepte une salle des Thermes, les ruines d'un aquéduc et +quelques autres foibles débris, il ne reste plus absolument le moindre +vestige.</p> + +<p>Jusqu'au règne de Clovis, les rois francs, possesseurs d'une partie des +Gaules qu'ils <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> avoient envahie, n'avoient point encore étendu +leur domination jusqu'au territoire et à la ville de Paris<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="smaller normal">[17]</span></a>: ce +prince, que l'on doit considérer comme le véritable fondateur de la +monarchie française, fut le premier qui s'en rendit maître; et il en fit +la capitale de son empire<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="smaller normal">[18]</span></a>. Mais ce fut dans le palais des empereurs +qu'il établit sa résidence, et non dans l'intérieur de la cité, car les +Francs avoient un grand mépris pour ceux qui habitoient les villes. Ce +mépris qui tenoit à leurs mœurs, le préjugé national qui les portoit +à n'honorer aucune autre profession que celle des armes, les +dévastations qu'ils commirent en pénétrant dans le pays <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> +conquis, les guerres sanglantes que Clovis fut forcé d'entreprendre et +de soutenir pour former son établissement, le partage de ses conquêtes +après sa mort, et les nouvelles capitales que fit naître cette division +impolitique, toutes ces causes réunies empêchèrent Paris de s'agrandir +sous la première race. Sous la seconde, on le voit presque abandonné: +Pépin, Charlemagne, Louis-le-Débonnaire, Charles-le-Chauve n'y +demeurèrent qu'en passant; et vers la fin de cette époque fatale, cette +ville, assiégée sans cesse par les Normands, se trouva réduite, par la +dévastation et l'incendie de ses faubourgs, à cette enceinte entourée +d'eau, qui avoit été l'habitation des premiers Gaulois.</p> + +<p>Ce n'est donc que sous le gouvernement plus ferme et moins troublé des +rois de la troisième race, que Paris a commencé à prendre, par degrés, +ces accroissements qui l'ont amené enfin au point où nous le voyons +aujourd'hui. C'est à cette époque seulement que ses faubourgs du nord et +du <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> midi, composés de quelques maisons éparses, d'églises et de +couvents isolés, commencèrent à se réunir par des constructions +intermédiaires, furent renfermés dans des enceintes qui s'accrurent +presque de siècle en siècle, et formèrent enfin ces deux parties +nouvelles de Paris, connues sous le nom de la <i>Ville</i> et de +l'<i>Université</i>, dont l'ensemble immense, renfermé dans sa dernière +enceinte sous le règne de Louis XVI, compose cette ville superbe que +l'on admire aujourd'hui.</p> + +<p>Toutes les topographies qui ont été faites de l'ancien Paris s'accordent +à présenter Philippe-Auguste comme auteur de la première enceinte de +Paris, hors de la cité. Cependant, avant ce roi, il existoit déjà une +clôture du côté du nord, qu'un historien<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Go to footnote 19"><span class="smaller normal">[19]</span></a>, d'ailleurs exact et +judicieux, a prétendu être un ouvrage des Romains. Cette opinion a été +victorieusement combattue; et tout porte à croire que cette clôture, +dont il est fait mention dans une ancienne charte, et dont il restoit +encore <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> quelques vestiges dans le dix-septième siècle, n'a été +élevée que sous les derniers rois de la seconde race. «Alors, dit +Félibien, tout le terrain où est à présent la ville étoit couvert d'une +forêt.» La tour octogone qui subsistoit encore dans le siècle dernier au +coin du cimetière des Innocents, servoit, dit-on, de corps-de-garde +contre les bandes de voleurs dont cette forêt étoit infestée, et contre +les incursions subites des Normands, qui s'y embusquoient par troupes +détachées, et qui, plus d'une fois, en étoient sortis, pour se +précipiter dans la place de Grève, piller le port et emmener des +esclaves. La muraille fut sans doute construite dans la même intention, +et pour une plus grande sûreté. Les juifs, qui, à cette époque de la fin +de la seconde race, reparoissent en France, obtinrent la permission de +bâtir dans cette enceinte<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Go to footnote 20"><span class="smaller normal">[20]</span></a>, où se trouvoit une grande étendue de +terrains vagues et de cultures, qu'ils acquirent sans doute <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> à +grands frais; et dès le commencement de la troisième race, on voit +qu'ils y avoient des écoles et une synagogue. Ce qui ne leur avoit point +été cédé fut long-temps désert, et ce ne fut que sous le règne de +Louis-le-Jeune qu'on commença à élever des maisons dans Champeaux<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="smaller normal">[21]</span></a> et +aux environs de Sainte-Opportune, qu'on appeloit auparavant l'<i>Ermitage +de Notre-Dame-des-Bois</i>, parce que cette église étoit à l'entrée de la +forêt.</p> + +<p>«Entre le boulevart et la rivière au nord, dit Saint-Foix, depuis le +terrain où est à présent l'Arsenal jusqu'au bout des Tuileries, +représentons-nous donc les restes d'un bois marécageux, de petits +champs, des <i>cultures</i><a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="smaller normal">[22]</span></a>, des haies, des fossés et <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> quatre ou +cinq bourgs<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Go to footnote 23"><span class="smaller normal">[23]</span></a> plus ou moins éloignés les uns des autres; quelques rues +bien boueuses autour du Grand-Châtelet et de la Grève; un grand pont +(<i>le pont au Change</i>), pour arriver dans une petite île (<i>la Cité</i>), qui +n'étoit habitée que par des prêtres, quelques marchands et des ouvriers; +un autre pont (<i>le Petit-Pont</i>), pour en sortir du côté du midi; et +au-delà de ce pont et du Petit-Châtelet, trois ou quatre cents +maisons<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="smaller normal">[24]</span></a> éparses <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> çà et là sur le bord de la rivière et dans +les vignes qui couvroient la montagne Sainte-Geneviève: tel étoit Paris +sous nos premiers rois de la troisième race; et je crois que, si l'on +veut réfléchir sur les mœurs de ce temps-là, et sur les causes de ses +accroissements dans la suite, on conviendra qu'il ne devoit pas être +plus grand ni plus considérable. Tous ces tribunaux que nous voyons +aujourd'hui, et dont les dépendances sont si nombreuses, n'existoient +point encore; le roi, le comte ou le vicomte écoutoient les parties, +jugeoient sommairement, ou bien ordonnoient le combat, si le cas étoit +trop embarrassant. Il n'y avoit point aussi de colléges; l'évêque et les +chanoines entretenoient quelques écoles, auprès de la cathédrale, pour +ceux qui se destinoient à la cléricature. Les nobles se piquoient +d'ignorance, et souvent ne savoient pas signer leur nom: ils vivoient +sur leurs terres; et s'ils étoient obligés de passer trois ou quatre +jours à la ville, ils affectoient de paroître toujours bottés pour +<span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> qu'on ne les prît pas pour des <i>vilains</i>. Dix hommes +suffisoient pour la perception des impôts; il n'y avoit que deux portes: +et sous Louis-le-Gros, les droits de la porte du Nord ne rapportoient +que douze francs par an<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Go to footnote 25"><span class="smaller normal">[25]</span></a>. Les arts les plus nécessaires ne se +présentoient pas même à l'imagination, et l'on peut juger des +divertissements et des spectacles par la grossièreté des mœurs; enfin +rien dans Paris ne pouvoit engager l'étranger à y venir, l'homme +industrieux à s'y établir.»</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> L'établissement de l'Université<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="smaller normal">[26]</span></a>, sous Louis-le-Jeune, fut +une des premières causes de l'agrandissement de Paris. La protection +éclatante que Philippe-Auguste, son successeur, accorda à cette +institution, l'estime singulière qu'il faisoit des savants, et les +distinctions flatteuses dont il les honoroit, rendirent bientôt les +écoles de Paris <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> célèbres dans toute l'Europe. On y accourut des +provinces et des pays étrangers; et le quartier appelé depuis +l'<i>Université</i>, se peupla tellement, que la multitude des étudiants +égaloit celle des citoyens. Ce prince, qui, parmi les grands projets +qu'il avoit conçus, mettoit au premier rang l'embellissement de sa +capitale, la fit entourer de murs, et dans cette clôture (la première +dont on puisse parler avec certitude), non seulement il renferma une +partie des bourgs déjà existants, mais encore une grande quantité de +terrains vagues, dans lesquels il excita ses sujets à bâtir, par tous +les avantages et les encouragements qu'il put imaginer. La noblesse et +le clergé l'aidèrent puissamment dans des vues si utiles, et dans moins +de quarante ans ces places vides et désertes furent couvertes +d'édifices. Philippe-le-Bel augmenta encore l'importance et la +population de Paris, en rendant le parlement sédentaire; et par la +défense qu'il fit du duel en matière civile, les gens de loi se +multiplièrent presque autant que les étudiants.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> Cependant de nouveaux faubourgs s'étoient formés hors des murs. +Les guerres désastreuses qui survinrent avec les Anglais, à qui leurs +possessions sur le continent donnoient la facilité de pénétrer jusque +dans le cœur du royaume, et d'en insulter à tous moments la capitale, +obligèrent de pourvoir à la sûreté tant de la ville que des dehors. Les +conjonctures dans lesquelles on se trouvoit étoient si pressantes, que +d'abord on se contenta de creuser autour une double enceinte de fossés. +Charles V, parvenu au trône, ordonna bientôt une nouvelle clôture du +côté de la ville, depuis le bord de la rivière où est maintenant +l'Arsenal, jusqu'au-delà du Louvre, et les derniers faubourgs furent +renfermés dans cette seconde enceinte. Ces nouveaux accroissements +obligèrent de bâtir deux autres ponts, pour la communication des +quartiers.</p> + +<p>Jusqu'au règne de François I<sup>er</sup>, on ne voit aucune entreprise nouvelle +pour l'accroissement de Paris. Ce roi, restaurateur des lettres et des +arts, reprit tous les projets qui avoient été conçus pour +l'embellissement <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> d'une ville déjà si peuplée et si florissante. +Il n'agrandit pas son enceinte, mais il augmenta ses dehors, et y éleva +des monuments d'architecture qui sont encore au nombre des plus +excellents qu'elle possède. Le vieux Louvre abattu fut remplacé par un +édifice magnifique et régulier; de nouvelles rues s'ouvrirent sur les +débris d'une quantité de vieilles constructions. Bientôt après Charles +IX fit bâtir le château des Tuileries; le pont Neuf, commencé sous Henri +III, fut achevé par Henri IV, et ce roi fut le premier qui orna Paris de +places décorées d'une architecture uniforme; mais toutes ces +constructions nouvelles furent faites dans l'ancienne enceinte, qui +resta toujours la même jusqu'à Louis XIII. Sous ce prince, une nouvelle +muraille fut élevée depuis la porte Saint-Denis, qu'on plaça alors à +l'endroit où nous la voyons aujourd'hui, jusqu'à l'extrémité du faubourg +Saint-Honoré; et le château des Tuileries se trouva renfermé dans cette +troisième enceinte.</p> + +<p>Enfin sous le règne brillant et majestueux <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> de Louis XIV, sous +ce règne où se développèrent à la fois toute la force du gouvernement +monarchique et toutes les ressources du plus beau royaume de la +chrétienté, Paris s'éleva rapidement au plus haut degré de richesse et +de splendeur. Ses enceintes furent abattues; ses portes furent changées +en arcs de triomphe; et ses fossés, comblés et plantés d'arbres, +devinrent des promenades. Des places immenses, des rues superbes, des +temples, des édifices publics naquirent de tous côtés, comme par +enchantement; le chef-d'œuvre de l'architecture française, le Louvre, +fut bâti; le dôme des Invalides s'éleva, etc. Enfin sous ce règne, où il +se fit tant de choses si dignes d'être admirées, la ville qu'habitoit le +monarque le plus puissant et le plus magnifique de l'Europe, obtint la +plus grande part de tant d'éclat que son gouvernement répandoit sur la +France entière, c'est-à-dire qu'elle pouvoit déjà être considérée comme +la plus belle ville du monde<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="smaller normal">[27]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> Cette capitale s'est encore agrandie et embellie sous ses deux +successeurs. Sous Louis XVI, les faubourgs immenses qui environnoient +les boulevarts furent réunis dans une nouvelle enceinte, qui renferme +aujourd'hui toute cette immense cité, et qui probablement sera la +dernière<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="smaller normal">[28]</span></a>.</p> + +<h3>ENCEINTES DE PARIS.</h3> + +<h4><i>Enceintes sous les deux premières races et sous Louis-le-Jeune.</i></h4> + +<p>Dans l'origine, l'île de la Cité n'étoit, selon Julien, environnée +d'aucune muraille: «Lutèce, dit-il dans son Mysopogon, Lutèce, +entièrement <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> entourée par les eaux de la Seine, est située dans +une île peu étendue où l'on aborde des deux côtés par des ponts en +bois.»</p> + +<p>On croit que ce fut seulement vers le quatrième siècle qu'une enceinte +fut élevée; en 885, lors du siége fait par les Normands, on défendit +cette enceinte par quelques fortifications.</p> + +<p>«Cité de Paris, s'écrie le poète Abbon, tu es heureuse de t'élever au +milieu d'une île: un fleuve te presse doucement dans ses bras, et baigne +tes murailles de ses eaux. Des ponts jetés à ta droite et à ta gauche, +et qui touchent tes deux rives, sont fermés par des portes, et de l'un +et de l'autre côté s'élèvent des tours qui en protégent l'entrée»<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="smaller normal">[29]</span></a>.</p> + +<p>En rejetant cette opinion qu'il y avoit, du côté de la <i>ville</i>, une +première enceinte bâtie par les Romains, nous sommes convenus cependant +que cette enceinte avoit réellement existé. En effet, des titres qui +remontent jusqu'au règne de Lothaire en indiquent le circuit, et l'on en +voyoit encore des débris long-temps après le règne de Philippe-Auguste.</p> + +<p>La première enceinte, hors de la Cité, sur laquelle on possède des +renseignemens authentiques<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="smaller normal">[30]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> et qui subsistoit encore du +temps de Louis-le-Jeune, commençoit à peu près à la porte de Paris<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="smaller normal">[31]</span></a>, +continuoit le long de la rue Saint-Denis jusqu'à la rue des Lombards où +il y avoit une porte, passoit ensuite entre cette rue et la rue +Trousse-Vache, jusqu'au cloître Saint-Médéric; il y avoit là une seconde +porte dont il existoit encore un jambage sous Charles V. La muraille +tournoit ensuite par la rue de la Verrerie, entre les rues Bardubec et +des Billettes, descendoit rue des Deux-Portes, traversoit la rue de la +Tixeranderie et le cloître Saint-Jean, proche duquel étoit une troisième +porte, et finissoit sur le bord de la rivière, entre Saint-Jean et +Saint-Gervais<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Go to footnote 32"><span class="smaller normal">[32]</span></a>. Le midi de la Cité, dit <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> depuis le quartier +de l'Université, n'étoit point encore entouré de murs.</p> + +<h4><i>Enceinte sous Philippe-Auguste<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Go to footnote 33"><span class="smaller normal">[33]</span></a>.</i></h4> + +<p>Les choses étoient en cet état, lorsque Philippe-Auguste forma le projet +vraiment royal de renfermer dans une nouvelle enceinte tous les bourgs, +toutes les cultures éparses autour de l'ancienne ville, et de faire +ainsi de Paris une des plus grandes et des plus belles villes du monde. +Cette entreprise coûta vingt ans de travaux continuels; car non +seulement on éleva une muraille du côté du nord, mais encore les maisons +qui, au midi, étoient éparses autour du petit Châtelet, furent pour la +première fois environnées d'une enceinte.</p> + +<p>La nouvelle muraille, au nord, passoit près du Louvre, le laissant en +dehors<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="smaller normal">[34]</span></a>; traversoit les rues Saint-Honoré et des Deux-Écus, +l'emplacement de l'hôtel de Soissons, les rues Coquillière, Montmartre, +Montorgueil, le terrain où est à présent la halle aux cuirs, les rues +Française, Saint-Denis, Bourg-l'Abbé, Saint-Martin; continuoit le long +de la rue Grenier-Saint-Lazare; traversoit la rue Beaubourg, la rue +Saint-Avoye, <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> et passant sur le terrain des Blancs-Manteaux, et +ensuite entre les rues des Francs-Bourgeois et des Rosiers, alloit +aboutir au bord de la rivière, à travers les bâtimens de la maison +professe des Jésuites et le couvent de l'<i>Ave-Maria</i>, où l'on voyoit +encore, il n'y a pas long-temps, des restes de ses murailles. Elle avoit +huit portes principales: la première, près du Louvre, au bord de la +rivière; la seconde, à l'endroit où est maintenant l'église de +l'Oratoire; la troisième, vis-à-vis de Saint-Eustache, entre la rue +Plâtrière<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="smaller normal">[35]</span></a> et la rue du Jour; la quatrième, rue Saint-Denis, appelée +la Porte-aux-Peintres; la cinquième, rue Saint-Martin, au coin de la rue +Grenier-Saint-Lazare; la sixième, appelée la porte Barbette<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="smaller normal">[36]</span></a>, entre +le couvent des Blancs-Manteaux et la rue des Francs-Bourgeois; la +septième, près de la maison professe des Jésuites; et la huitième, au +bord de la rivière, entre le port Saint-Paul et le pont Marie<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Go to footnote 37"><span class="smaller normal">[37]</span></a>.</p> + +<p>Du côté de la rivière, au midi, l'autre moitié de cette enceinte, qui +commençoit à la porte <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> Saint-Bernard, est à peu près tracée<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="smaller normal">[38]</span></a> +par les rues des Fossés-Saint-Bernard, des Fossés-Saint-Victor, des +Fossés-Saint-Michel ou rue Saint-Hyacinthe, des Fossés-M.-le-Prince, des +Fossés-Saint-Germain ou rue de la Comédie Française, et des +Fossés-de-Nesle, à présent rue Mazarine. Il y avoit sept portes dans ce +circuit: la porte Saint-Bernard ou de la Tournelle; les portes +Saint-Victor, Saint-Marcel et Saint-Jacques<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="smaller normal">[39]</span></a>; la porte Gibard, +d'Enfer ou de Saint-Michel, au haut de la rue de la Harpe; la porte de +Buci<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Go to footnote 40"><span class="smaller normal">[40]</span></a>, au haut de la rue Saint-André-des-Arcs, vis-à-vis de la rue +Contrescarpe; et la porte de Nesle, où est à présent le collége des +Quatre-Nations. Dans la rue des Cordeliers, il y eut encore une porte +appelée la porte Saint-Germain; et lorsque la rue Dauphine fut bâtie, on +en fit une vis-à-vis de l'autre bout de la rue Contrescarpe, et qu'on +appela la porte Dauphine<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="smaller normal">[41]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> Un devis extrait d'un registre de Philippe-Auguste nous apprend +que la partie méridionale de l'enceinte avoit 1260 toises d'étendue, et +qu'elle avoit coûté 7020 livres, monnoie du temps.</p> + +<h4><i>Enceinte sous Charles V et Charles VI<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="smaller normal">[42]</span></a>.</i></h4> + +<p>La perte de la bataille de Poitiers et la prison du roi Jean faisant +appréhender que les Anglais ne pénétrassent jusqu'au cœur de la +France, le dauphin songea à fortifier la capitale du côté du midi. Il ne +changea rien à l'enceinte de Philippe-Auguste, parce que les nouveaux +faubourgs s'y trouvèrent si petits qu'il ne jugea pas à propos de les +mettre à couvert; il se contenta de les ruiner, pour empêcher l'ennemi +de s'y loger; et le rempart déjà existant fut entouré d'un fossé. Du +côté du nord, les faubourgs étant beaucoup plus considérables et plus +près des murs, il fut résolu de les renfermer dans les nouvelles +fortifications. C'étoient d'abord de simples fossés, qui furent depuis +changés en murailles flanquées de tours. Cette entreprise, commencée +sous Charles V, ne fut achevée que sous Charles VI. Elle coûta 162,520 +livres, somme équivalente aujourd'hui à 1,170,000 fr.; à cette occasion +750 guérites en bois furent attachées aux créneaux des murailles.</p> + +<p>Nous avons dit que l'enceinte précédente aboutissoit <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> d'un côté +entre le port Saint-Paul et le pont Marie, vis-à-vis la rue de l'Étoile. +Ce prince la fit reculer jusqu'à l'endroit où est l'Arsenal; et les +portes Saint-Antoine<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="smaller normal">[43]</span></a>, Saint-Martin et Saint-Denis furent placées où +nous les voyons aujourd'hui. Depuis la porte Saint-Denis, ces nouveaux +murs continuoient le long de la rue de Bourbon, traversoient les rues du +Petit-Carreau et Montmartre, la place des Victoires, l'hôtel de +Toulouse, le jardin du Palais-Royal, la rue Saint-Honoré près l'ancien +hospice des Quinze-Vingts, et alloient finir au bord de la rivière, par +la rue Saint-Nicaise. Aux quatre extrémités de l'enceinte générale, +comme à celle de Philippe-Auguste, il y avoit quatre grosses tours: la +tour <i>du Bois</i>, près du Louvre; la tour de <i>Nesle</i>, où est le collége +des Quatre-Nations; la tour de <i>Tournelle</i>, près de la porte +Saint-Bernard; et la tour de <i>Billi</i>, près des Célestins. Elles +défendoient, des deux côtés de la rivière, l'entrée et la sortie de +Paris par de grosses chaînes attachées d'une tour à l'autre, et qui +traversoient la Seine, portées sur des bateaux placés de distance en +distance. L'approche de l'île Saint-Louis étoit défendue par un +fort<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="smaller normal">[44]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> Jusqu'à Louis XIII, ces enceintes ne furent point augmentées; +cependant la ville s'accrut considérablement, tant par les constructions +qui s'élevèrent par degrés dans les terrains vagues<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="smaller normal">[45]</span></a> qu'on y avait +renfermés, que par<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Go to footnote 46"><span class="smaller normal">[46]</span></a> les nouveaux faubourgs qui se formèrent à ses +portes. Ces faubourgs s'étoient tellement étendus, que, sous Henri II, +on commença à s'en inquiéter, et à craindre l'excessive grandeur de +Paris. Une ordonnance du roi défendit de bâtir davantage dans ses +environs; et le projet fut formé de construire une nouvelle muraille qui +renfermeroit définitivement cette ville dans ses dernières limites. Le +plan en fut arrêté au conseil en 1550, et des bornes furent plantées du +côté de l'Université; mais cette entreprise resta sans exécution.</p> + +<p>La seule addition qui fut faite alors aux fortifications de Paris fut la +construction d'un rempart <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> qui commençoit au bord de la rivière, +au-dessous de la Bastille, et se prolongeoit jusqu'au delà de la porte +Saint-Antoine. François I<sup>er</sup> avoit déjà tenté plusieurs fois ce +travail, lorsque les guerres qu'il avoit à soutenir contre l'empereur +lui faisoient craindre que les armées d'Allemagne, qui venoient jusqu'en +Picardie, n'insultassent sa capitale; et il ne l'avoit point achevé. +Cette fortification, plus solidement construite que les autres, +subsistoit encore dans ces derniers temps. C'étoit une courtine flanquée +de bastions, et bordée de larges fossés à fond de cuve.</p> + +<p>Sous Charles IX, la porte Neuve, qui étoit près du Louvre, fut reculée +jusque derrière les Tuileries; et un nouveau bastion fut construit à +cette place, pour y élever une clôture nouvelle, laquelle auroit +renfermé dans la ville ce château et la partie du quartier Saint-Honoré +qui, depuis la rue Saint-Nicaise où étoit encore l'ancienne porte, étoit +alors appelée faubourg Saint-Honoré. Toutefois cette portion de clôture +ne fut achevée que sous Henri III, qui fit continuer les nouveaux murs +depuis le bastion de la porte Neuve, nommée depuis porte de la +Conférence, jusqu'à l'extrémité de ce faubourg, en traversant le terrain +où est maintenant la place Louis XV<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="smaller normal">[47]</span></a>.</p> + +<h4><span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> <i>Enceinte sous Louis XIII<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="smaller normal">[48]</span></a>.</i></h4> + +<p>L'île<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="smaller normal">[49]</span></a> du Palais, l'île Notre-Dame, le marais du Temple ayant été +couverts d'édifices sous le règne précédent, il ne restoit plus de +grands vides dans Paris; mais il y avoit encore un grand espace hors des +murs, entre les faubourgs Saint-Honoré et Montmartre, qui n'étoit rempli +que de <i>cultures</i>, et demandoit à être renfermé dans la ville pour en +rendre l'enceinte plus régulière. Dès le temps de Charles IX, on avoit +projeté de le faire, et des fossés avoient été creusés; cependant, +jusqu'en 1630, les murs de la ville passoient encore de ce côté sur le +terrain où est à présent la place des Victoires. Les rues des +Petits-Champs et des Bons-Enfants y aboutissoient, et ce quartier étoit +même si retiré, qu'on y voloit en plein jour, et qu'on l'appeloit le +quartier <i>Vide-Gousset</i><a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="smaller normal">[50]</span></a>. Les bâtiments du Palais-Royal, que le +cardinal de Richelieu avoit fait commencer en 1629, furent l'occasion +d'une nouvelle enceinte: la porte Saint-Honoré, alors située où est à +présent le marché des Quinze-Vingts, fut reculée, en 1631, jusqu'à cet +emplacement <span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> qui garde<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Go to footnote 51"><span class="smaller normal">[51]</span></a> encore son nom, et se joignit ainsi +aux fortifications qui, sous Henri III, avoient été élevées pour +entourer le château des Tuileries; depuis cette porte, on bâtit de +nouveaux remparts dont les boulevarts actuels nous tracent à peu près le +contour. Une nouvelle porte fut construite à l'extrémité du faubourg +Montmartre, à plus de deux cents toises de l'ancienne; et l'enceinte +continuée derrière la Ville-Neuve alla aboutir à la porte Saint-Denis. +Pendant ce temps, le quartier de l'Université recevoit de grands +accroissements par les bâtiments qui s'élevoient de toutes parts, +principalement au faubourg Saint-Germain.</p> + +<p>Ce fut la dernière enceinte fortifiée de la ville de Paris. Nous avons +déjà dit que Louis XIV en fit abattre les remparts; Louis XV et Louis +XVI y réunirent les nouveaux faubourgs; et, sous le règne de ce dernier +roi, elle fut entourée de la clôture que nous voyons aujourd'hui<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="smaller normal">[52]</span></a>.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> QUARTIERS DE PARIS.</h2> + +<p>Les accroissements successifs dont nous venons d'offrir le tableau +mirent dans la nécessité de diviser Paris en divers quartiers, pour +pouvoir y maintenir plus facilement l'ordre et la police. Au dixième +siècle on n'en comptoit que quatre; il y en avoit déjà huit sous le +règne de Philippe-Auguste. Sous Charles V et Charles VI on se vit forcé +de faire une nouvelle division qui en doubla le nombre; Henri III y +ajouta un dix-septième quartier. Enfin, depuis cette époque jusqu'à la +fin du règne de Louis XIV, cette grande cité n'ayant cessé d'être +l'objet principal des affections de ses souverains, et acquérant chaque +jour une étendue plus considérable, une déclaration du roi, donnée en +1702, établit une dernière division en vingt quartiers, dont elle +détermina les limites: les allées d'arbres qui avoient remplacé les +anciennes murailles permirent alors d'unir Paris avec ses faubourgs. Ces +nouvelles parties de la ville, encore remplies de marais et de cultures, +se couvrirent bientôt d'édifices, et renfermées maintenant dans sa +dernière enceinte, elles en sont devenues les quartiers les plus +brillants ou les plus populeux.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> Voici les vingt quartiers de Paris dans l'ordre où les a établis +la déclaration du roi<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Go to footnote 53"><span class="smaller normal">[53]</span></a>.</p> + +<table border="0" cellpadding="0" summary="Ordre des quartiers."> + +<tr> +<td class="right">1<sup>er</sup></td> +<td class="center">Quartier.</td> +<td>La Cité.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">2<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Saint-Jacques-de-la-Boucherie.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">3<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Sainte-Opportune.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">4<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Le Louvre, ou St.-Germain-l'Auxerrois.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">5<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Le Palais Royal.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">6<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Montmartre.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">7<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Saint-Eustache.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">8<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Les Halles.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">9<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Saint-Denis.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">10<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Saint-Martin-des-Champs.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">11<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>La Grève.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">12<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Saint-Paul, ou la Mortellerie.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">13<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Sainte-Avoie, ou la Verrerie.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">14<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Le Temple, ou le Marais.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">15<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Saint-Antoine.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">16<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>La place Maubert.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">17<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Saint-Benoît.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">18<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Saint-André-des-Arcs.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">19<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>Le Luxembourg.</td> +</tr> +<tr> +<td class="right">20<sup>e</sup></td> +<td class="center">——</td> +<td>St.-Germain-des-Prés.</td> +</tr> +</table> + +<h1><span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> TABLEAU<br> +<span class="smaller">HISTORIQUE ET PITTORESQUE</span><br> +DE PARIS.</h1> + +<h2>QUARTIER DE LA CITÉ.</h2> + +<p class="resume"> + Ce quartier comprend les îles du Palais, de la Cité, + Saint-Louis et Louvier, depuis la pointe orientale de l'île + Louvier jusqu'à la pointe occidentale de l'île du Palais, + avec tous les ponts qui y aboutissent, y compris la culée du + pont au Change.</p> + +<h3>PARIS SOUS LES DEUX PREMIÈRES RACES.</h3> + +<p>Ceux qui n'ont point assez pénétré dans l'histoire des modernes +habitants des Gaules, s'étonneront sans doute que la ville capitale d'un +aussi grand royaume que la France, ait été pendant une si longue suite +de siècles dans un tel état de foiblesse et de misère, que, loin de +prendre de l'accroissement, on la voit au contraire devenir, à +certaines<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Go to footnote 54"><span class="smaller normal">[54]</span></a> époques, plus misérable encore <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> qu'elle n'avoit +été. Ils ne s'étonneront pas moins de la voir sortir tout à coup de +cette détresse et de cette obscurité, s'accroître par des degrés +très-rapides, et s'embellissant plus lentement d'abord, devenir enfin, +sous un petit nombre de rois, la première et la plus belle des cités.</p> + +<p>Ces deux différents états, dont le brusque passage est si remarquable, +s'expliquent facilement par le changement qui se fit, au commencement de +la troisième race, dans le gouvernement de la monarchie françoise, +changement dont l'effet fut de faire passer cette monarchie, de l'état +de société domestique que les vainqueurs y avoient jusqu'alors, et pour +ainsi dire, exclusivement maintenu, à l'état de société politique qui +avoit été celui des Gaules sous la domination romaine; de faire enfin +triompher le gouvernement monarchique de la police féodale, qui, à +quelques variations près, avoit été, sous les deux premières races, le +droit public de l'Europe entière.</p> + +<p>Que n'a-t-on point dit sur le régime féodal, et avec combien d'ignorance +et de mauvaise foi! Si l'on en croit les déclamateurs politiques de nos +jours, c'est la révolte et l'usurpation qui <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> lui ont donné +naissance; c'est par la tyrannie qu'il s'est accru et fortifié; et +toutefois, en même temps qu'ils s'élèvent contre les prétendus abus et +l'oppression <i>intolérable</i> de cette espèce de gouvernement, ils +s'indignent aussi contre les rois, qui, par degrés, sont parvenus à le +détruire. Nous ne nous chargeons point de concilier de semblables +contradictions; mais peut-être les monuments historiques nous +fourniront-ils quelques moyens de constater à la fois l'origine, le +caractère et les modifications diverses du gouvernement féodal.</p> + +<p>Si l'on veut en trouver la véritable origine, ce n'est point à +l'invasion des Francs qu'il convient de s'arrêter: il faut aller la +chercher jusque sous les empereurs, et remonter même jusqu'aux temps qui +ont précédé l'établissement du christianisme comme religion dominante de +l'État. En effet nous trouvons dans Lampride et Vopiscus<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Go to footnote 55"><span class="smaller normal">[55]</span></a> +qu'Alexandre Sévère, Aurélien et Probus donnèrent aux ducs et aux +soldats des frontières, des champs et des maisons dans les pays conquis +sur l'ennemi. Ces terres ainsi concédées étoient ordinairement situées +sur le bord des fleuves ou entre les montagnes qui servoient de limites; +on y joignit des esclaves et les animaux nécessaires <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> à +l'exploitation; et la propriété entière en fut accordée à ceux qui les +reçurent, sous la condition expresse que les héritiers se consacreroient +comme les pères au service militaire, et que jamais des personnes +privées ne pourroient posséder ces terres ni par succession ni par +contrat de vente<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="smaller normal">[56]</span></a>.</p> + +<p>Les établissemens de ce genre se multiplièrent; nous apprenons d'Ammien +Marcellin<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Go to footnote 57"><span class="smaller normal">[57]</span></a> que long-temps avant la chute de l'empire des légions +avoient été fixées dans certains postes pour y tenir lieu de garnison +perpétuelle. On appeloit <i>stations agraires</i> les terres qu'occupoient +ces légions<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="smaller normal">[58]</span></a>, et l'on en établissoit sur toutes les frontières dont +la garde sembloit difficile. On ne peut douter que ces stations ne +fussent fortifiées<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="smaller normal">[59]</span></a>, et que, gardées par un nombre plus ou moins +grand de soldats, en raison de leur <i>importance</i>, c'étoit sur ce degré +d'importance que se régloit la dignité du chef à qui le commandement +<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> en avoit été donné. Les stations agraires occupoient +ordinairement les environs d'un château, qui en étoit le chef-lieu et +que l'on appeloit simplement <i>station</i><a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="smaller normal">[60]</span></a>. Bientôt les soldats +<i>stationnaires</i> obtinrent tous les avantages des possesseurs de fonds +limitrophes, et se confondirent avec eux. Cette milice sédentaire reçut +le nom de troupe <i>riparienne</i>, parce qu'elle faisoit son séjour sur la +frontière, que l'on nommoit <i>ripa</i><a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="smaller normal">[61]</span></a>, et fut ainsi distinguée des +<i>Comitatenses</i> ou troupes de la cour, corps d'élite avec lequel les +empereurs et leurs généraux se portoient sur les frontières menacées, +lorsque les troupes sédentaires ne suffisoient pas pour les défendre.</p> + +<p>Bientôt ces troupes de la cour prétendirent partager les avantages dont +jouissoient les troupes <i>ripariennes</i>; elles ne voulurent plus quitter +les cantonnements où elles avoient été placées temporairement, +lorsqu'elles y eurent été assez long-temps pour y prendre des habitudes +et y former des établissements avantageux<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Go to footnote 62"><span class="smaller normal">[62]</span></a>; et ce fut une nécessité, +dans la foiblesse extrême où étoit tombé le pouvoir, de leur accorder +dans les provinces intérieures de l'empire des quartiers permanents dont +l'organisation fut la même que celle <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> de ces postes que l'on +avoit créés sur les frontières.</p> + +<p>Et qu'on ne pense pas que de telles faveurs, soit dans les provinces +intérieures, soit dans les terres limitrophes, fussent uniquement +réservées aux sujets de l'empire, à ceux qui étoient naturellement +intéressés à sa défense et à sa conservation: tout parti goth, franc ou +germain qui, se détachant de cette multitude de barbares dont le +territoire romain étoit pressé de toutes parts, demandoit à y être reçu +et à servir l'empereur en qualité d'auxiliaire, étoit accueilli sous +cette seule condition, et y recevoit de semblables établissements<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="smaller normal">[63]</span></a>. +C'est ainsi que, soit par la violence, soit par les concessions des +empereurs, la Gaule se vit successivement remplie de ces peuples du +Nord. Ils avoient envahi la Belgique; ils possédoient la Bourgogne; +leurs quartiers occupoient toutes les provinces qui sont entre la Loire +et les Pyrénées; les provinces maritimes étoient devenues leur conquête. +Toutefois il restoit encore dans le centre de cette vaste contrée des +troupes romaines <i>stationnaires</i>, foibles débris sans doute des +anciennes troupes <i>ripariennes</i> qui avoient <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> été autrefois +répandues sur les frontières<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="smaller normal">[64]</span></a>; et pendant long-temps ces troupes ne +voulurent reconnoître que des généraux romains; mais un barbare devenoit +tel à leurs yeux, dès qu'il avoit été revêtu par l'empereur de quelque +grande dignité impériale<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Go to footnote 65"><span class="smaller normal">[65]</span></a>. C'est ainsi qu'elles ne répugnèrent point +à combattre sous les ordres de Childéric, dès qu'il eut été fait <i>duc</i> +ou <i>comte militaire</i>; c'est par la même raison qu'elles s'attachèrent à +Clovis, aussitôt qu'il eut été revêtu de semblables dignités, +considérant alors ce chef guerrier, dont les victoires avoient déjà jeté +un grand éclat, comme un homme que la Providence avoit destiné à être le +restaurateur de l'empire.</p> + +<p>Ce fut aussi ce qui rendit ce roi franc si empressé de recevoir ces +mêmes dignités; en lui donnant le titre d'<i>Ami de l'empire</i> et de +<i>Patrice des Romains</i>, <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> l'empereur Anastase lui aplanissoit les +voies qui devoient le conduire à la conquête entière des Gaules. Déjà +Clodion, qui, le premier parmi les chefs des Francs, avoit passé le Rhin +en se déclarant ennemi de l'empire, n'avoit rencontré que de foibles +obstacles<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="smaller normal">[66]</span></a>: sa première entreprise avoit été sur Cambrai; et loin de +défendre cette frontière, les barbares à qui elle avoit été confiée, et +qui eux-mêmes étoient Francs, se réunirent à lui et le reconnurent pour +leur roi. Cet exemple entraîna les autres barbares établis sur les +terres romaines dans le voisinage de cette frontière; et un passage de +Procope<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Go to footnote 67"><span class="smaller normal">[67]</span></a> nous apprend que les soldats romains qui étoient +stationnaires dans cette extrémité de la Gaule, se voyant dans +l'impossibilité de retourner en Italie, et ne voulant pas subir le joug, +ni s'exposer aux violences des barbares <i>ariens</i> qui occupoient la +partie méridionale de cette vaste province, se livrèrent aux +<i>Armoriques</i> et aux <i>Germains</i> avec tout le pays qu'ils avoient +jusqu'alors gardé pour l'empereur, et qu'ils obtinrent de <i>conserver +toutes leurs coutumes</i> sous cette nouvelle domination. Or, si des +soldats romains, tout-à-fait étrangers au pays où ils étoient cantonnés, +se montroient ainsi disposés à traiter avec des barbares, à combien plus +forte <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> raison devoient être empressés de le faire des soldats +nés dans la province même, anciens compagnons d'armes des Francs, vivant +sous la même loi civile et accoutumés à la même discipline? Et rien ne +prouve plus que, dans toutes les Gaules, tant de peuples si différents +avoient fini par ne plus faire qu'un seul peuple gouverné par les mêmes +lois, et presque entièrement détaché de l'empire, que de voir le Romain +Egidius devenir roi d'une peuplade de Francs, comme on avoit vu des rois +francs compter des Romains parmi leurs sujets. Mais il n'est pas moins +remarquable qu'il ne fut choisi pour chef par ces barbares, que parce +qu'il étoit alors <i>maître de la milice romaine</i>. C'est ainsi que ce +grand nom de Rome et d'empire romain imposoit encore même à ceux qui +s'en partageoient la puissance et les débris.</p> + +<p>Arrêtons-nous ici un moment; il ne peut plus y avoir d'incertitude sur +l'origine des fiefs: elle est toute romaine, et les monumens qui nous +attestent cette origine sont irrécusables. Mais si, de ces documents que +nous offre l'histoire, nous nous élevons à des considérations d'un autre +ordre sur les causes qui amenèrent de tels changements dans +l'administration des principales provinces de l'empire, il nous sera +facile de reconnoître que ces changements étoient la suite nécessaire et +inévitable de la situation où se trouvoit alors le pouvoir politique; et +que, dans cette situation <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> presque désespérée, il sut habilement +saisir le seul moyen de salut qui lui restât et le seul en même temps +qui pût sauver la société.</p> + +<p>Dès le temps des empereurs que nous venons de nommer, les barbares +pressoient l'empire de toutes parts; tous les points de ses immenses +frontières étoient menacés à la fois, tandis qu'à l'intérieur les +factions militaires le déchiroient, se disputant sans cesse le pouvoir +politique, devenu par ces disputes sanglantes et acharnées le fléau des +peuples dont il devroit être le protecteur. Et quelle protection +pouvoient leur offrir des princes dont la vie étoit sans cesse à la +merci de leurs soldats, et qui passoient à étouffer les révoltes et à +combattre leurs compétiteurs, le temps qu'ils auraient dû donner au +gouvernement de l'État? Dans cet état de foiblesse, de désordre, de +péril imminent, les plus habiles d'entre eux reconnurent que tout étoit +perdu, s'ils ne trouvoient un moyen d'attacher par quelque intérêt qui +leur fut propre, à la défense de la société, des hommes qui ne tenoient +plus que par de foibles liens, toujours prêts à se briser, à l'autorité +suprême, autorité à qui seule il auroit appartenu de conserver et de +défendre les intérêts communs. Parmi tous les intérêts particuliers, il +n'en étoit point sans doute de plus puissant que celui de la +<i>propriété</i>; et ce fut une combinaison aussi heureuse que le malheur des +temps permettoit de la concevoir, que de faire partout les <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> +soldats propriétaires des frontières qu'ils étoient chargés de défendre: +ainsi la société politique, prête à se dissoudre, appeloit à son secours +la société domestique ou la <i>famille</i>, qui, de même que dans l'enfance +de la civilisation, se trouvoit ainsi chargée de pourvoir à sa propre +défense; mais de telle manière cependant que, de l'agrégation d'un +nombre considérable de petites sociétés de ce genre, à la fois +distinctes et réunies, ce pouvoir politique composoit un système de +défense générale pour la société entière, usant ainsi dans l'intérêt de +tous, que lui seul pouvoit connoître, diriger et défendre, de tant +d'intérêts particuliers, et en quelque sorte indépendants les uns des +autres, qu'il s'étoit vu forcé de créer. Par ce moyen, il avoit su se +faire, dans un grand état qui penchoit vers sa ruine, tout ce qu'il lui +étoit possible d'avoir de force et d'unité.</p> + +<p>Mais les barbares succédoient aux barbares; ils se précipitoient en +quelque sorte les uns sur les autres, avides d'une si riche proie; et ce +système de défense, qui long-temps arrêta leurs continuels efforts, ne +put empêcher ce torrent de se déborder enfin de toutes parts sur ces +provinces malheureuses. Ce fut au cinquième siècle que se fit +l'irruption la plus terrible de ces féroces sauvages du Nord; et +l'histoire nous en présente le souvenir comme celui de la plus +effroyable calamité qui ait jamais désolé les peuples. Mais des <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> +irruptions partielles avoient précédé, et à diverses reprises, ce +débordement général; et une fois entrées sur la terre de la +civilisation, ces hordes n'en sortoient que très-rarement: il falloit +les y établir ou les exterminer. Lorsqu'elle jugea impossible de les +vaincre, la politique des empereurs chercha donc à se les attacher; et +ainsi que nous l'avons déjà dit, créant pour eux des fiefs dans les pays +dont ils s'étoient emparés, et par ce moyen opposant barbares à +barbares, elle essaya de se faire des défenseurs nouveaux de ses plus +redoutables ennemis.</p> + +<p>De ce mouvement continuel des barbares et de cette calamité sans cesse +renaissante des invasions, il résulta que toutes les provinces de +l'empire, et particulièrement toutes les parties des Gaules, devinrent +successivement <i>frontières</i>; que les troupes romaines qui les +défendoient furent toutes <i>stationnaires</i>; que l'intérieur du pays se +remplit de <i>camps</i> et de <i>châteaux</i>, ce qui jusque là n'étoit point +encore arrivé; et qu'ainsi, avant la révolution qui devoit en faire le +royaume de France, cette province tout entière étoit déjà divisée en +bénéfices militaires. Avant la conquête, les Romains s'étoient associés +les barbares: après la conquête, et lorsqu'ils furent las de violences +et de ravages, les barbares composèrent avec ce qui restoit de Romains +dans le pays dont ils s'étoient rendus <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> maîtres, et qui +s'étoient le plus vaillamment défendus; et voulant conserver ce qu'ils +avoient acquis, ils adoptèrent les lois romaines, dont beaucoup d'entre +eux connoissoient les avantages et avoient déjà éprouvé les bienfaits. +Ce mélange d'un vieux peuple et d'un peuple enfant n'a peut-être point +été assez remarqué, ainsi que les degrés divers par lesquels il a plu à +la Providence de le produire. Ainsi se conserva ce qu'il existait +d'ordre social dans le monde, héritage légué en quelque sorte par la +grande nation mourante à cette foule de petites nations encore au +berceau.</p> + +<p>Les exploits, la conversion et la fortune de Clovis sont trop connus +pour que nous les rappelions ici; et le règne de ce prince est une des +époques les plus grandes et les plus éclatantes de l'histoire. On sait +qu'il n'entra point dans la Gaule comme les farouches vainqueurs qui +l'avoient précédé, mais qu'il y fut appelé par le vœu de toutes les +classes de ses habitants, et que les évêques lui livrèrent pour ainsi +dire le royaume que les Goths avoient formé dans ses provinces +méridionales<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Go to footnote 68"><span class="smaller normal">[68]</span></a>; il y vint donc pour <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> conserver et non pour +détruire; et en effet rien ne fut changé dans l'organisation civile et +politique du pays. De même que les autres barbares dont ils avoient +suivi les traces, les Francs reçurent les lois et la police des Romains; +ils adoptèrent leurs magistratures et jusqu'à ces dénominations purement +honorifiques inventées par la cour de Bysance, et au moyen desquelles +elle suppléoit aux récompenses réelles qu'il n'étoit plus en son pouvoir +de donner. Il y eut donc comme par le passé des comtes, des ducs, des +préfets militaires<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="smaller normal">[69]</span></a>. L'économie fiscale, civile et militaire des +provinces fut la même<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="smaller normal">[70]</span></a>; le gouvernement des villes municipales et des +cités ne changea point<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Go to footnote 71"><span class="smaller normal">[71]</span></a>; on y retrouva, comme sous les Romains, des +colléges ou corps d'artisans, de marchands, chacun avec sa police +particulière, ses usages et ses priviléges<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Go to footnote 72"><span class="smaller normal">[72]</span></a>; le <i>serf</i> représenta +chez eux le <i>colon</i> romain: et cette espèce de servitude, bien +différente de ce qu'étoit l'esclavage chez les peuples païens, fut la +seule qu'ils conservèrent depuis <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> la conquête<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="smaller normal">[73]</span></a>; les +vainqueurs, prenant par degré le goût de l'agriculture, profitèrent dans +l'administration et l'exploitation de leurs terres de l'expérience des +vaincus<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Go to footnote 74"><span class="smaller normal">[74]</span></a>; si l'on considère <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> en quoi consistèrent chez eux +les revenus du fisc, on trouve qu'ils répondoient à autant de branches +des finances de l'empire: ces revenus présentent de même les +contributions des villes qui, chez les Romains, entroient dans le trésor +des largesses, les parties casuelles, et le produit des terres fiscales +dont se composoit l'épargne du prince<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="smaller normal">[75]</span></a>; quant à l'administration de +la justice, aux diverses juridictions des tribunaux, depuis le conseil +suprême du monarque jusqu'à la justice des propriétaires, il ne peut +entrer dans notre sujet d'en développer l'organisation admirable et +toutes les formes prévoyantes et protectrices: qu'il nous suffise de +dire que le droit romain fut conservé par les rois francs partout où il +étoit établi avant la conquête, et que le clergé ne cessa pas de vivre +un <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> seul instant sous la protection de la loi romaine qui étoit +sa loi nationale<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="smaller normal">[76]</span></a>.</p> + +<p>Cependant, au milieu de tant de lois et de coutumes anciennes, fut +introduite une loi politique nouvelle que les Romains n'avoient point +connue: c'est le <i>vasselage</i>, loi dont l'origine est toute barbare, et +qui devint le perfectionnement de la police des fiefs. Comme bénéfice, +le fief n'étoit autre chose que la récompense des vétérans; comme terre +frontière, il imposoit seulement l'obligation de défendre une tour, un +château, ou toute autre espèce de retranchement. Le vasselage faisoit +d'un barbare l'<i>homme</i> de son seigneur; par la cérémonie de la +<i>recommandation</i>, il lui vouoit un attachement et un service personnel; +et comme il fut établi, sous les rois francs, qu'on ne pourroit obtenir +un fief et devenir bénéficier sans être vassal, il en résulta que tout +propriétaire de bénéfice fut attaché par un double lien, et à la terre +qu'il étoit de son intérêt de conserver et de défendre, et au prince que +l'honneur, le devoir, son serment, l'obligeoient en toutes circonstances +de servir et d'assister<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="smaller normal">[77]</span></a>. Le soldat <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> romain défendoit le sol +de l'empire, mais non pas l'empereur, prêt à recevoir pour maître +quiconque se présentoit à lui avec la faveur de l'armée, reconnoissant +pour Romain tout chef barbare, dès qu'il étoit revêtu des dignités +romaines; et ce fut là le vice radical du système militaire fondé sur la +création des bénéfices. Le vassal défendoit à la fois la terre et son +seigneur, ou pour mieux dire, sa propriété et l'État; et la loi du +vasselage, essentiellement monarchique, contribua puissamment à fonder +la véritable monarchie dans les Gaules, et à la sauver dans ses plus +grands périls.</p> + +<p>C'est là cette <i>féodalité</i> qui signifie la <i>fidélité</i>, et dont on parle +de nos jours avec tant d'ignorance <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span> et de fureur; institution +plus naturelle qu'on ne pense, dit M. de Bonald, puisque, selon +Condorcet, «on la retrouve à la même époque chez tous les peuples.» Elle +n'étoit autre chose, dans son principe, que la plus noble relation +d'autorité et d'obéissance, de protection et de dévouement, de foi +gardée et d'assistance réciproque; elle offroit dans les nombreux +rapports qu'elle établissoit entre les citoyens de toutes les classes de +la société, et dans tous les degrés de sa hiérarchie, une image +touchante de la famille<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="smaller normal">[78]</span></a>. Au milieu d'une nation si turbulente, si +fière, livrée à des passions si violentes et si guerrières, s'ils +n'eussent eu des vassaux <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> <i>fidèles</i>, certes, jamais les rois de +France n'eussent pu contenir tant de vassaux qui se révoltoient; et +l'anarchie qui troubla trop souvent leur empire n'eût cessé qu'avec +l'entier anéantissement de cette nation, qui portoit en elle-même un +principe de destruction auquel jamais gouvernement monarchique n'a pu +résister.</p> + +<p>Ce principe de destruction étoit l'incertitude de l'hérédité et de la +succession au trône dans la famille du souverain. Attachés au sang de +leurs rois, les Francs ne connoissoient point encore la loi salutaire +qui désigne un seul héritier et qui reconnoît pour tel l'aîné des +enfans, ou, à défaut d'enfans, le parent le plus proche: ils +choisissoient le prince qui leur sembloit le plus digne de commander, +parce que la principale attribution de leurs rois étoit d'être leurs +chefs militaires, le plus beau de leurs droits et le premier de leurs +devoirs celui de commander les armées; d'où il résultoit que des +collatéraux, des bâtards mêmes, pouvoient obtenir une juste préférence +sur la postérité du prince régnant. Ce fut pour leur ôter la <i>liberté du +choix</i>, que Clovis, retrouvant cette férocité première que le +christianisme sembloit avoir adoucie et même entièrement détruite en +lui, poursuivit jusqu'à leur entière extermination tous les princes de +son sang<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Go to footnote 79"><span class="smaller normal">[79]</span></a>. Et toutefois, après tant de crimes, il <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> ne sut +faire autre chose<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Go to footnote 80"><span class="smaller normal">[80]</span></a> que démembrer et partager entre ses quatre fils le +royaume qu'il avoit créé et qu'il n'avoit su maintenir dans l'ordre et +dans la paix que parce qu'il y avoit régné sans partage. Alors +commencèrent ces guerres funestes et continuelles entre des frères +avides et <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> jaloux, cette effroyable suite de vengeances et de +trahisons, de violences, d'empoisonnements, d'assassinats dont +l'histoire des deux premières dynasties nous présente trop souvent +l'odieux et dégoûtant tableau. La race de Clovis ayant commencé à +dégénérer, les maires du palais s'emparèrent de <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> l'autorité, et +ce changement produisit des guerres et des dissensions nouvelles. Une +confusion horrible bouleversa l'empire français; et dans ce désordre +général chacun put méconnoître une autorité qui n'avoit plus la force ni +de punir ni de protéger. Elle ne fut point cependant tellement méconnue, +cette autorité suprême, qu'une main vigoureuse ne pût encore rassembler +ces parties éparses d'un grand état, et leur imprimer, de nouveau, le +mouvement et la vie. C'est ce que fit Charlemagne, le plus grand homme +de son temps, et l'un des hommes les plus étonnants qui aient paru dans +aucun temps. Mais après sa mort, la foiblesse de ses successeurs, et +surtout la loi désastreuse du partage de l'autorité, amenèrent des +troubles nouveaux et peut-être encore une plus grande confusion. À ces +calamités domestiques se <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> joignit une autre calamité, les +incursions terribles des Normands, nouveaux barbares qui, pendant près +d'un siècle, ne cessèrent de traverser la France en tous sens, ravageant +les campagnes, saccageant les villes, massacrant leurs habitants ou les +emmenant en esclavage. La foiblesse des descendants de Charlemagne, plus +grande encore que celle de la postérité de Clovis, les fit bientôt +tomber d'un trône dont ils s'étoient rendus indignes; et ils tombèrent +aux acclamations de toute une nation qui alors, on ne doit point se +lasser de le redire, n'avoit ni sur l'hérédité légitime, ni sur l'ordre +de la succession au pouvoir politique, les idées plus salutaires et plus +justes que depuis elle a su acquérir, et qu'un long usage a consacrées +au milieu d'elle, pour son bonheur et pour sa gloire. Dans ces premiers +temps de la monarchie française ce n'étoit pas un droit suffisant au +trône que d'être du sang royal: il falloit encore <i>être utile à la +nation</i> pour prétendre à devenir son roi.<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Go to footnote 81"><span class="smaller normal">[81]</span></a></p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> Ainsi s'explique ce qu'on appelle l'usurpation des maires du +palais sous la première race et celle des comtes de Paris sous la +seconde: les deux <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> races étoient tombées dans le mépris<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Go to footnote 82"><span class="smaller normal">[82]</span></a>. +Sous des princes foibles s'étoient élevés des chefs guerriers devenus +par leurs hautes qualités des objets d'estime, d'attachement et +d'espérance pour une nation toute guerrière: elle choisit pour la +commander celui qui lui sembla le plus digne; et en rejetant de même +qu'en remplaçant des races dégénérées, ni la nation qui choisissoit le +nouveau roi, ni les chefs qui avoient dirigé et confirmé son choix, ne +pensoient avoir commis une action coupable devant Dieu et devant les +hommes. Il n'est rien de plus déraisonnable que cette disposition qui +nous porte à juger les siècles passés avec les idées et d'après les +lois, les coutumes et les préjugés du siècle où nous vivons, rien qui +indique davantage une profonde ignorance et les vues étroites de +<span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> l'esprit: c'est là une des principales sources de tant +d'erreurs et d'absurdités dont se compose la politique des sophistes de +nos jours.</p> + +<p>Au milieu de tant de désordres et de calamités publiques, les liens de +la subordination féodale s'étoient sans doute fort relâchés: profitant +de cette extrême foiblesse du pouvoir politique, chacun cherchoit à se +rendre indépendant; et c'est une tendance naturelle et malheureuse de +l'esprit humain. Toutefois le principe monarchique que le <i>vasselage</i> +avoit si long-temps contribué à maintenir, restoit encore comme gravé +dans le fond des cœurs; ce fut le <i>vasselage</i> lui-même qui rassembla +en quelque sorte les membres épars de la monarchie pour la constituer de +nouveau; car Hugues Capet n'étoit ni plus illustre par sa naissance, ni +plus puissant par ses domaines que beaucoup d'autres grands vassaux de +la couronne; et ce fut uniquement parce que ceux-ci lui prêtèrent foi et +hommage et le reconnurent pour leur seigneur, qu'il fut roi<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="smaller normal">[83]</span></a>. Ici +commence le <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> temps <i>des grandes polices</i>, comme dit Mézeray: une +loi de l'hérédité au trône plus régulière, plus monarchique, affermit la +puissance des princes, et leur fournit les moyens de reconquérir par +degrés ce que le malheur des temps leur avoit fait perdre d'influence et +d'autorité; et peut-être allèrent-ils depuis trop loin dans une route où +si long-temps ils s'étoient vus forcés de rétrograder: c'est ce que nous +aurons occasion d'examiner. Il n'est question ici que de chercher si le +régime féodal fut un bien ou un mal pour la France; <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> et sur ce +sujet nous croyons avoir déjà rempli une partie de la tâche que nous +nous sommes imposée.</p> + +<p>Que l'on se fasse une juste idée de ce qu'étoit la Gaule sous ces deux +premières races, ainsi livrée à des peuples, féroces et grossiers qui +l'avoient si long-temps ravagée, et qui, partagés sous différents chefs +décorés du nom de roi, se la disputoient encore plusieurs siècles après +l'avoir conquise; qu'on se la représente soumise à un pouvoir +monarchique si mal constitué, à l'action duquel on échappoit de toutes +parts par la difficulté des communications<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="smaller normal">[84]</span></a>, par l'insuffisance des +moyens d'administration matérielle, depuis si <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> prodigieusement +perfectionnés, et parvenus de nos jours à une perfection que l'on peut +appeler <i>désespérante</i>; que l'on considère cette vaste contrée, si +long-temps désolée, tourmentée par cette race d'hommes turbulents et +impatients du joug; de nouveau tourmentée, désolée, et pendant plus d'un +siècle, par d'autres barbares<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="smaller normal">[85]</span></a>, qui, dans leurs continuelles +incursions, en attaquent et en isolent les unes après les autres toutes +les parties; et qu'ensuite on essaie d'imaginer une forme +d'administration, nous ne dirons pas plus propre à conserver un tel pays +que l'administration féodale, mais au moyen de laquelle il eût été même +possible de le conserver: on ne la trouvera point. Dans un grand empire, +presque toujours mal gouverné, qui très-souvent même n'<i>étoit point +gouverné</i>, tout grand propriétaire se trouvoit naturellement substitué +à ce gouvernement suprême qui sembloit l'avoir abandonné; et devenu +lui-même <i>souverain</i>, protégeoit, défendoit, punissoit, récompensoit, +encourageoit, maintenoit dans l'ordre et dans la subordination, la +population plus ou moins nombreuse que la loi de la féodalité avoit mise +sous sa dépendance: c'étoit, nous le répétons, une vivante image de la +famille; et pour louer une telle <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> institution autant qu'elle +mérite de l'être, nous appellerons en témoignage l'un de ses plus grands +ennemis: «Le gouvernement féodal, dit Mably, étoit sans doute ce que la +licence a imaginé de plus contraire à la fin que les hommes <i>se sont +proposée en se réunissant en société</i><a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Go to footnote 86"><span class="smaller normal">[86]</span></a>. Cependant, malgré ses +pillages, son anarchie, ses violences et ses guerres privées, nos +campagnes <i>n'étoient pas dévastées</i> comme elles le sont <i>aujourd'hui</i>. +L'espèce de point d'honneur qu'on se faisoit de compter beaucoup de +vassaux dans sa terre <i>servoit de contre-poids</i> à la tyrannie des fiefs. +Loin de dévorer tout ce qui l'entouroit, le seigneur principal <i>faisoit +des démembrements de ses terres</i> pour se faire des vassaux, et les +familles <i>se multipliaient sous sa protection</i>.»</p> + +<p>«Je le demande à tout homme sensé et impartial, s'écrie un illustre +écrivain de nos jours<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Go to footnote 87"><span class="smaller normal">[87]</span></a>: si le régime qui <i>multiplie</i> les hommes, +protége les familles, les appelle à la propriété, et préserve les +campagnes de la dévastation, est contraire <i>à la <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> fin</i> de la +société, quelle est donc la fin de la société, et quel est le régime qui +lui convient? Si c'est là de l'anarchie et de la tyrannie, quel nom +donnerons-nous à l'anarchie et à la tyrannie dont nous avons été les +témoins et les victimes? À des seigneurs guerroyans ont succédé des gens +d'affaires avides, des procès ruineux à des incursions passagères, et +des impôts excessifs à des redevances ridicules. Les campagnes n'y ont +pas gagné; et à part celles que vivifie, en les corrompant, le voisinage +des villes, les autres se sont appauvries et dépeuplées.</p> + +<p>«Il faut le dire, puisque la force de la vérité en arrache l'aveu à +l'inconséquent écrivain que nous venons de citer<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Go to footnote 88"><span class="smaller normal">[88]</span></a>, le régime féodal a +peuplé les campagnes; le régime fiscal, commercial, philosophique a +agrandi les villes: l'un appelle le peuple à la propriété par des +démembrements et des inféodations de terres; l'autre le fait subsister +par des fabriques, en attendant de l'enrichir par des pillages. Celui-ci +procure à l'homme une subsistance précaire et variable, comme les +chances du commerce, et qu'il reçoit tous les jours sous la forme d'une +aumône du fabricant qui l'occupe; celui-là donne à la famille un +établissement indépendant de l'homme et fixe comme la nature; l'un en un +mot donne des <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> citoyens à l'état, l'autre élève des prolétaires +pour les révolutions; et quelle que soit la manie de la déclamation, +comme il faut toujours revenir aux faits, il est à remarquer que +l'établissement des manoirs champêtres date presque toujours du temps de +la féodalité, et que la destruction des nombreux hameaux, dont on +retrouve les vestiges dans les campagnes et le nom dans les chartes, a +concouru avec les progrès du commerce et l'accroissement des cités.»</p> + +<p>Mais de grands abus, dira-t-on, firent dégénérer une institution dont le +principe étoit bon peut-être; et l'histoire des temps de la féodalité +signale des actes oppressifs et tyranniques, des guerres intestines et +sans cesse renaissantes, des trahisons, des révoltes, et surtout, dans +ses derniers siècles, un système général d'indépendance qui ressembloit +au désordre et à l'anarchie. Qui prétend nier ces choses? certes, le +plus grand des prodiges eût été que, dans des siècles aussi grossiers, +une race d'hommes qui n'avoit d'autre passion que celle de la guerre, +d'autre occupation que les exercices violents qui en sont l'image, n'eût +pas abusé d'un pouvoir qui lui étoit en quelque sorte abandonné, n'eût +pas considéré toutes ses usurpations comme des <i>droits</i>, lorsque ses +chefs étoient impuissants à réclamer d'elle aucun <i>devoir</i>. Voit-on +autre chose parmi les nations qui s'enorgueillissent le plus de leur +civilisation, dès <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> que la main qui les gouverne laisse un moment +flotter les rênes, et ne se montre plus assez ferme pour les ressaisir? +Sied-il bien aux hommes du dix-huitième siècle, du siècle de +l'industrie, du commerce, des sciences exactes, du siècle qui s'est +donné lui-même le nom de siècle <i>des lumières</i>, et qui en conservera +éternellement le <i>sobriquet</i>, sied-il bien à ces hommes de s'indigner en +parlant de révoltes, de trahisons, de tyrannie, d'anarchie, d'oppression +des peuples, de guerres intestines, de mépris pour le sang et la dignité +de l'homme, de violation de toutes les lois naturelles de la société? +Quel spectacle nous a-t-il offert, sans compter tout le reste, ce siècle +follement orgueilleux et lâchement cruel? la force violant la propriété, +afin d'exercer sans nul obstacle sa fureur de détruire. Que voyons-nous +dans ces siècles qu'il ose poursuivre de son insolent dédain? la force +devenue <i>conservatrice</i>, parce qu'elle avoit été rendue <i>propriétaire</i>; +et par suite de ces institutions que l'on appelle sottement <i>stupides</i> +et <i>barbares</i>, une société qui compte quatorze siècles d'existence, ce +qui ne s'est jamais vu ni dans aucun temps ni dans aucun pays.</p> + +<p>Toutefois gardons-nous d'attribuer uniquement au régime féodal ce +prodige sans exemple de durée et de prospérité. Ce régime avoit en +lui-même, comme tout ce qui est purement humain, son principe de +destruction; et ce principe eût <span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> sans doute prévalu, si la +puissance au-dessus de l'homme qui avoit formé cette société naissante +ne l'eût soutenue en perfectionnant et affermissant ce qu'elle avoit de +bon et de naturel dans ses institutions. Nous ferons voir bientôt +comment, sans la religion chrétienne, ce même régime féodal, qui devint +un instrument de conservation, auroit, au contraire, tout divisé et tout +détruit.</p> + +<p>Un tel gouvernement, au moyen duquel la puissance et les honneurs +étoient dévolus à celui qui possédoit la terre et qui la faisoit +cultiver, n'étoit point favorable sans doute à l'accroissement des +villes: la noblesse française dédaignoit d'y séjourner; elle habitoit +constamment la campagne, «et son séjour, dit l'écrivain que nous venons +de citer<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Go to footnote 89"><span class="smaller normal">[89]</span></a>, y étoit utile pour elle et pour le peuple par mille +raisons domestiques et politiques.» Mais pour expliquer clairement un +tel usage, et montrer que non-seulement il étoit utile, mais nécessaire, +il convient de remonter encore jusqu'à l'établissement des bénéfices, +c'est-à-dire jusqu'aux temps qui précédèrent la conquête.</p> + +<p>Toutes les provinces de la Gaule étant successivement devenues +frontières, ainsi que nous l'avons déjà dit, les troupes <i>stationnaires</i> +en <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> avoient ainsi occupé successivement toutes les parties; et +les <i>camps</i> ainsi que <i>les châteaux</i> s'étoient multipliés dans +l'intérieur du pays. Ils furent toujours établis dans le voisinage des +cités; et par suite de ces établissements se formèrent des <i>cantons</i> +qui, dans l'origine, n'étoient que des démembrements du territoire de +ces cités, dont on avoit composé des propriétés pour les comtes, les +ducs, les soldats <i>châtelains</i>, qui commandoient et défendoient la +contrée. Ces terres reçurent bientôt une sorte d'anoblissement de la +noble profession de ceux qui les possédoient: dès lors on mit une grande +différence entre les cantons et les domaines des cités; et les habitants +de ces terres privilégiées furent long-temps les seuls que l'on nommât +<i>cantonniers</i><a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="smaller normal">[90]</span></a>.</p> + +<p>Cette disposition ne fut point changée sous les rois francs, et ne +pouvoit l'être. Les bénéfices <i>cantonniers</i> continuèrent d'être possédés +uniquement par les familles militaires<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="smaller normal">[91]</span></a>; il y eut des cantonniers +francs, romains et barbares<a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="smaller normal">[92]</span></a>, parce qu'en effet, après la conquête, +l'armée du conquérant se trouva composée d'un mélange de soldats de ces +diverses nations; et tant que <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> les chefs furent amovibles, ils +prêtèrent hommage au roi comme vassaux de la couronne<a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Go to footnote 93"><span class="smaller normal">[93]</span></a>. Quant aux +bourgades et cités, elles étoient la demeure des bourgeois et plébéiens +et de toute personne qui n'étoit point assujettie au service militaire. +L'histoire nous apprend qu'elles appartenoient en toute propriété aux +rois, qui se les partageoient lorsqu'ils régnoient conjointement +ensemble, ou qui en faisoient don aux personnes qu'ils vouloient +gratifier; qu'une telle possession n'avoit rien de commun avec le +commandement militaire de la province, puisque des femmes pouvoient y +prétendre, et que plusieurs reines reçurent de semblables donations à +titre de douaire; que ces bourgeois et plébéiens, désignés sous le titre +commun de <i>provinciaux</i>, bien qu'ils fussent distingués en plusieurs +ordres de citoyens, étoient cependant, et quel que pût être leur rang, +fort au-dessous des <i>hommes militaires</i>; qu'ils payoient des tributs +comme sujets du fisc, et que, sous ce rapport, comme sous plusieurs +autres, ils étoient soumis à la juridiction du comte<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Go to footnote 94"><span class="smaller normal">[94]</span></a>. On y apprend +encore que, dans les environs des maisons royales, que ces +provinciaux<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Go to footnote 95"><span class="smaller normal">[95]</span></a>, sujets du fisc, étoient tenus de bâtir et d'entretenir, +<span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> s'élevèrent des habitations où affluèrent des plébéiens de +toutes les classes, attirés auprès de ces demeures privilégiées par +diverses causes qu'il n'est point de notre sujet de rappeler ici: ainsi +se formèrent <i>les villes</i>, qui reçurent ce nom de celui de <i>villa</i>, que +portoit tout manoir royal; et elles devinrent plus ou moins +considérables, selon que le souverain faisoit plus ou moins de séjour +dans le palais autour duquel elles s'étoient formées; mais elles n'en +restèrent pas moins soumises aux mêmes redevances que les bourgs et les +cités; et l'on peut concevoir maintenant pourquoi la noblesse resta +confinée dans ses terres où elle jouissoit, au milieu de ses vassaux, de +tous les honneurs et prérogatives qui lui appartenoient, et comment elle +tint à déshonneur d'habiter des lieux où elle eût été confondue avec les +classes inférieures de la société.</p> + +<p>Un capitulaire de Charlemagne établit une distinction entre ces maisons +royales: celles qui se nommoient <i>villæ capitaneæ</i> étoient le séjour des +rois pendant la paix. C'était là qu'ils déployoient toute la +magnificence de leur représentation. Elles se composoient d'un palais +pour le monarque et de bâtiments suffisants pour loger la suite +nombreuse de ses domestiques et de ses officiers; et il n'y en avoit +aucune qui n'eût un château fortifié, ce qui, par la suite, fit de ces +demeures l'asile de toute la contrée environnante, pendant les longues +incursions des Normands. <span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> Les autres manoirs royaux désignés +sous le nom de <i>villæ mansionales</i>, <i>hébergements</i>, <i>parements</i> se +composoient de simples bâtimens militaires<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="smaller normal">[96]</span></a> établis dans diverses +parties du royaume, où les rois étoient reçus lorsqu'ils voyageoient, ou +qu'ils se portoient sur le théâtre de la guerre. Telles étoient les +habitations royales sous les deux premières races, et l'on peut dire +qu'il n'y eut point de capitale du royaume, avant qu'un comte de Paris +fût devenu roi<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="smaller normal">[97]</span></a>.</p> + +<p>Cependant, en raison de l'avantage de sa position au milieu d'un grand +fleuve qui étoit pour elle une sorte de fortification naturelle, la +ville de Paris fut toujours considérée comme un des points les plus +importants du royaume, et ce fut l'un de ceux où se passèrent, dans les +moments les plus critiques, ses plus mémorables événements. Nous +trouvons que les rois de la première race y firent des séjours assez +fréquents, entre autres Chilpéric et la reine Frédégonde; sous la +seconde race, nous voyons Paris pillé par les Normands <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> en 845; +pillé une seconde fois et brûlé en 856 par ces mêmes barbares; en 862 +ils pénètrent sur son territoire par sa partie méridionale, dévastent +l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, abordent ensuite dans la Cité dont ils +surprennent les habitants sans défense; pillent encore la ville et la +réduisent de nouveau en cendres. Ce fut alors que Charles-le-Chauve, +sous le règne duquel arrivèrent tous ces désastres, ordonna que les +fortifications de Paris fussent relevées et augmentées, qu'on rétablît +et qu'on réparât les châteaux situés sur le bord de la Seine, et +notamment celui de Saint-Denis<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="smaller normal">[98]</span></a>. Avec ces nouveaux moyens de défense, +et grâce aux dispositions prévoyantes et au courage intrépide de son +évêque Goslin et du comte Eudes, cette ville put soutenir de la part des +Normands un dernier siége plus long et plus acharné que les précédents. +Constamment repoussés dans toutes leurs attaques, ils l'abandonnèrent +enfin après treize mois de tentatives inutiles, et après lui avoir donné +huit assauts consécutifs. Personne n'ignore qu'Eudes monta sur le trône +après la mort de Charles-le-Gros, et qu'en lui auroit commencé la +troisième race de nos rois, s'il n'étoit mort sans enfants. Cette +circonstance rendit pour un moment la couronne aux princes de la famille +carlovingienne.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> Ce fut probablement encore la défense de Paris qui valut la +royauté à son petit neveu Hugues Capet, et qui fit remonter sur le trône +de France cette famille nouvelle qui ne devoit plus en descendre. +L'empereur Othon II, en guerre contre Lothaire qui régnoit alors, +s'étoit avancé en 978 jusque sous les murs de Paris, à la tête d'une +armée de soixante mille combattants; il avoit brûlé un de ses faubourgs +et insulté l'une de ses portes, lorsqu'il se vit attaqué sur les +hauteurs de Montmartre par les forces réunies du comte Hugues Capet et +de Henri, duc de Bourgogne, qui remportèrent sur lui une victoire +décisive, s'emparèrent de tous ses bagages et le poursuivirent jusqu'à +Soissons.</p> + +<p>On peut donc comprendre maintenant pourquoi la ville de Paris, au +commencement de la troisième dynastie, étoit encore, comme du temps de +César, renfermée dans la Cité proprement dite. Elle avoit, sur les deux +rives du fleuve, et dès la fin de la première race, quatre abbayes +considérables aux quatre points cardinaux et presque à une égale +distance: Saint-Laurent à l'orient, Sainte-Geneviève au midi, +Saint-Germain-des-Prés au couchant, et Saint-Germain-l'Auxerrois vers le +nord. Autour de ces monastères, s'élevoient les habitations des serfs et +autres personnes qui en dépendoient, et ce fut là l'origine de ces +faubourgs qui depuis ont tant contribué <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> à l'embellissement et à +l'agrandissement de cette capitale. Quant à la Cité, voici à peu près +l'idée qu'on doit s'en faire: la cathédrale au levant, le grand et le +petit Châtelet au nord et au midi, et le Palais des rois ou des comtes +au couchant, en faisoient les quatre extrémités. On y voyoit aussi un +palais pour l'évêque et une place publique ou marché. Des rues étroites +et sales, des maisons<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Go to footnote 99"><span class="smaller normal">[99]</span></a> construites en bois, des églises d'une +architecture lourde et gothique, remplissoient l'intervalle qui séparoit +les grands édifices. Ces églises, dont plusieurs étoient des monastères, +avoient des enclos assez considérables; et si l'on considère que l'île +entière, bien qu'elle ait été agrandie par la réunion de deux autres +petites îles qui étoient à sa pointe occidentale, n'a aujourd'hui que +cinq cents toises de long sur cent quarante dans sa plus grande largeur, +on pourra juger qu'elle contenoit alors une bien foible population<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Go to footnote 100"><span class="smaller normal">[100]</span></a>. +<span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> En effet, quoiqu'on eût déjà abattu plusieurs vieilles églises +avant la révolution, cet étroit espace renfermoit encore la cathédrale, +le palais archiépiscopal, le palais de justice, dix paroisses, deux +hôpitaux, deux communautés d'hommes, quatre chapelles, un marché, quatre +places publiques, une bibliothèque et une prison. La plupart des églises +ont été détruites; d'autres, à moitié ruinées, ont changé de +destination; mais quelques-uns des principaux monuments, qui sont au +nombre des plus remarquables de Paris, n'ont éprouvé aucune dégradation.</p> + +<h2>LE PONT NEUF.</h2> + +<p>Paris, renfermé dans l'enceinte étroite d'une île, défendu par sa +situation et par les fortifications qui l'environnoient, fut, pendant +plusieurs siècles, une des places les plus fortes du royaume<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="smaller normal">[101]</span></a>. +Abbon, déjà cité, nous apprend qu'en 886, lors de la dernière attaque +des Normands, <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> cette ville étoit encore entourée de murailles et +flanquée de tours grandes et petites. Toutes ces tours étoient en bois.</p> + +<p>Ce fut au moyen de ces fortifications déjà détruites par les Normands, +et rétablies par Charles-le-Chauve, qu'elle put soutenir contre ces +hordes barbares ce dernier siége si mémorable et qui devint le sujet +d'une épopée<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Go to footnote 102"><span class="smaller normal">[102]</span></a>. On n'y entroit alors que par le Grand et le Petit +pont. Quelques historiens ont confondu le Grand pont avec un autre pont +que le même roi avoit fait construire à l'extrémité occidentale de la +Cité, qui fut détruit pendant le siége même<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Go to footnote 103"><span class="smaller normal">[103]</span></a>, et que remplaça le +pont <i>aux Colombes</i>, ainsi appelé parce qu'on y vendoit des oiseaux. Ce +dernier pont existoit <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> encore dans le dix-septième siècle; mais +on ignore la date de sa construction, et il est très-incertain qu'il ait +succédé à celui de Charles-le-Chauve, sur lequel on n'a d'ailleurs que +de très-obscurs renseignements. Tout ce qu'on sait de ce pont <i>aux +Colombes</i>, c'est que ses piles étoient en maçonnerie, et portoient un +plancher de bois; il aboutissoit d'un côté au quai de la Mégisserie, et +de l'autre à celui de l'Horloge. Ayant été détruit par la violence des +glaces<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="smaller normal">[104]</span></a>, on le reconstruisit, et l'on y plaça des moulins, ce qui +lui fit donner le nom de pont <i>aux Meuniers</i>. S'étant écroulé une +seconde fois en 1596, Charles Marchand, capitaine des trois cents +arquebusiers et archers de la ville, proposa de le faire reconstruire à +ses dépens, sous la condition qu'il porteroit son nom. Sa proposition +fut acceptée, et il obtint des lettres-patentes à ce sujet. Ce pont fut +achevé en 1609, et procura une commodité au public par le passage qui +fut ménagé au milieu, et dont il ne jouissoit pas auparavant; car le +pont <i>aux Meuniers</i> étant possédé à titre de cens, étoit fermé à ses +deux extrémités, et ne s'ouvroit que pour l'usage de ceux qui +l'habitoient. Le pont <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> <i>Marchand</i> fut détruit en 1621 par un +incendie. Le Grand pont, après avoir changé plusieurs fois de nom, porte +maintenant celui de pont au Change; le Petit pont a conservé le sien.</p> + +<p>Ces deux derniers ponts étoient encore, dans le quatorzième siècle, les +seuls points de communication entre la Cité et les autres parties de la +ville. Les divers ponts qui y aboutissent maintenant furent élevés à +différentes époques, jusque vers le milieu du dix-septième siècle; et le +pont Neuf est, sans contredit, le plus considérable de ces utiles +monuments.</p> + +<p>L'île de la Cité n'a pas toujours été telle qu'elle est aujourd'hui: +elle finissoit anciennement à l'endroit où est la rue de Harlay. Le +jardin du palais s'étendoit jusqu'à cette extrémité; et là, un petit +bras de rivière le séparoit de deux îles, dont la plus grande, sur +laquelle fut construite depuis la place Dauphine, se nommoit l'île <i>aux +Bureaux</i><a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Go to footnote 105"><span class="smaller normal">[105]</span></a>. La plus petite, située du côté de <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> +Saint-Germain-l'Auxerrois, étoit appelée l'île <i>à la Gourdaine</i>, et l'on +y voyoit un moulin à eau qui fut, sous François II, employé au service +de la monnoie; à la pointe de l'île <i>aux Bureaux</i>, il y avoit une maison +ou hôtel des <i>Étuves</i><a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Go to footnote 106"><span class="smaller normal">[106]</span></a>. Ces deux îles furent réunies à celle de la +Cité, long-temps avant qu'on pensât à élever le pont Neuf, et changèrent +alors leur nom en celui d'<i>île du Palais</i>.</p> + +<p>Jusqu'au règne de Henri III, il n'y avoit point encore de bâtiments +considérables dans le faubourg Saint-Germain, et tous les palais des +princes, ainsi que les hôtels des grands seigneurs, étoient situés dans +le quartier de la ville où s'élevoit le palais même du roi, autour +duquel les personnes qui fréquentoient la cour devoient naturellement +établir leur demeure. Vers ce temps, on commença à ouvrir quelques rues +nouvelles dans ce faubourg, et l'on y bâtit plusieurs belles maisons que +des gens de qualité habitèrent. À cette même époque, la partie de la +<i>ville</i> proprement <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> dite, qu'on nommoit alors le faubourg +Saint-Honoré, se couvrit aussi de magnifiques hôtels jusqu'à la clôture +nouvelle commencée, de ce côté, sous Charles IX. Il en résulta que les +relations entre ces deux grands quartiers de Paris devinrent beaucoup +plus fréquentes qu'auparavant, et qu'on sentit davantage l'incommodité +d'une communication qui ne pouvoit se faire que par le pont Saint-Michel +ou par bateau. Pour la rendre plus facile, le roi résolut donc de faire +bâtir un nouveau pont à la pointe de l'île du Palais: la première pierre +en fut posée le 31 mai 1578, du côté des Augustins, et l'on commença dès +lors à y travailler; mais l'ouvrage étoit encore peu avancé, lorsque les +guerres civiles forcèrent de le suspendre.</p> + +<p>Il ne fut achevé que sous le règne suivant. Henri IV, conquérant et +pacificateur de son royaume, au milieu des grands et utiles projets +qu'il formoit pour le bien de son peuple, n'oublia point +l'embellissement de sa capitale, et mit au nombre des premières +constructions qu'il y fit exécuter la continuation des travaux du pont +Neuf: ils furent achevés en 1604.</p> + +<p>Ce pont, qui diffère des ponts<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Go to footnote 107"><span class="smaller normal">[107]</span></a> modernes par la courbe de ses arcs +et par sa construction <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> en dos d'âne, que les architectes +d'alors jugeoient nécessaire pour la durée, fut long-temps considéré +comme un des plus beaux de l'Europe, et n'est en effet qu'une +construction lourde, irrégulière, et qui n'a d'autre mérite que celui de +sa solidité. Il avoit été commencé sur les dessins et sous la direction +d'un architecte nommé Androuet du Cerceau<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Go to footnote 108"><span class="smaller normal">[108]</span></a>; ce fut Guillaume +Marchand qui le termina. Il est porté sur douze arches de plein cintre, +qui se partagent inégalement des deux côtés de la pointe de l'île du +Palais. On en compte sept sur le grand cours de l'eau, cinq sur le bras +de la Seine du côté des Augustins, et la partie de l'île à laquelle ils +aboutissent contient encore l'espace de deux arcades.</p> + +<p>Au-dessus des arches règne une double corniche d'un pied et demi de +large, soutenue par des mascarons. Ce pont a plus de cent +quarante-quatre toises de longueur<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="smaller normal">[109]</span></a>: sa largeur est de douze, qu'on +a partagées en trois parties, dont les dimensions n'ont pas toujours été +les mêmes. Celle du milieu, qui sert au passage des voitures, n'avoit +autrefois que cinq toises: des deux côtés s'élevoient pour les gens de +pied des trottoirs qui s'étendoient sur les demi-lunes que forment les +piles du pont; et dans ces espaces, <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> vides alors, on tendoit, +les jours ouvriers, de misérables tentes qui interceptoient la belle vue +qu'offre Paris de ce côté, et embarrassoient le passage. Lors des +réparations qui furent faites en 1776, les trottoirs furent baissés et +rétrécis, et l'on construisit des boutiques en pierre de taille dans les +demi-lunes<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="smaller normal">[110]</span></a>.</p> + +<p>La pointe de l'île du Palais, située vis-à-vis la place Dauphine, forme +une espèce de môle carré, qu'on appeloit, avant la révolution, <i>place de +Henri IV</i>, et au milieu duquel étoit placée la statue équestre de ce +grand monarque<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="smaller normal">[111]</span></a>. C'est le premier monument de ce genre qu'on eût +encore élevé à nos souverains. Avant cette époque, si l'on faisoit la +statue d'un roi, c'étoit pour la mettre sur son tombeau, au portail de +quelque église ou de quelque maison royale qu'il avoit fait bâtir ou +réparer. Cette statue y fut placée<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="smaller normal">[112]</span></a> en 1613, sous la régence de +Marie de Médicis. Elle étoit posée sur un piédestal de marbre blanc; aux +quatre coins étoient attachés des trophées d'armes et des esclaves en +bronze, de grandeur naturelle, représentant, dit Sauval, les quatre +<span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> parties du monde, le tout soutenu par un soubassement de marbre +bleu turquin. Dans toutes les descriptions de Paris, on trouve que la +statue du roi avoit été exécutée par un sculpteur françois nommé +<i>Dupré</i>, et que le cheval seul étoit l'ouvrage de <i>Jean de Bologne</i>, +sculpteur italien: c'est une erreur qu'ont accréditée certaines +circonstances qui jusqu'à présent n'avoient pas été assez connues. La +vérité est que cet artiste, qui jouissoit d'une grande célébrité et qui +étoit attaché au grand-duc de Toscane Ferdinand I<sup>er</sup>, reçut de la cour +de France la commission d'exécuter en entier ce grand monument et +commença le cheval. Il ne l'avoit point entièrement achevé, lorsqu'il +mourut en 1608. Alors Pierre Tacca, son élève, fut chargé de mettre la +dernière main aux travaux que son maître avoit laissés imparfaits. Ce +sculpteur acheva donc le cheval, fit la statue du roi<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="smaller normal">[113]</span></a>, et le +monument entier fut terminé en 1613. Il avoit été embarqué le 13 avril +de cette même année à Livourne pour être rendu à Paris par <span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> le +Havre; mais le navire sur lequel il étoit chargé ayant fait naufrage sur +les côtes de Sardaigne, ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que l'on +parvint à retirer la statue du sable où elle étoit enfoncée et à la +charger sur un autre navire. Elle n'arriva à Paris qu'en 1614. Un +architecte nommé <i>Marchand</i> avoit déjà disposé l'emplacement et +construit le piédestal sur lequel elle devoit être placée, et la +première pierre en avoit été posée par Louis XIII le 2 juin de la même +année. Enfin le 23 août de la même année l'inauguration du monument fut +faite par les principaux magistrats de la ville de Paris, le jeune +monarque étant alors absent de sa capitale. Les esclaves qui décoroient +les quatre coins de ce piédestal étoient réellement l'ouvrage de trois +sculpteurs françois, Francavilla, Bordone et Tremblay.</p> + +<p>Toutefois ce ne fut qu'en 1635, vingt et un ans après cette érection de +la statue équestre de Henri IV, que furent achevés, sous le ministère du +cardinal de Richelieu, les ornemens et bas-reliefs qui achevèrent la +décoration du piédestal. Ce fut ce ministre qui en ordonna lui-même les +inscriptions<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Go to footnote 114"><span class="smaller normal">[114]</span></a> et qui fit construire le carré ou <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span> massif de +maçonnerie, au milieu duquel s'élevoit toute cette composition. Ces +inscriptions expliquoient le sujet des bas-reliefs, qui étoient au +nombre de cinq et représentoient plusieurs événements remarquables ou +glorieux de la vie du grand roi. À droite, la prise d'Amiens par les +<span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span> Espagnols, et celle de Montmélian en Savoie; à gauche, les +batailles d'Arques et d'Ivry; sur la face de derrière, l'entrée +triomphante de ce prince dans la ville de Paris.</p> + +<p>Il n'y a rien autre chose à dire de toutes ces sculptures, sinon que les +meilleures étoient d'une grande médiocrité. On pouvoit en considérant +cette statue et ce cheval, d'un style à la fois roide, lourd et mesquin, +s'étonner de la réputation dont avoient joui Jean de Bologne et son +élève; les captifs de bronze<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="smaller normal">[115]</span></a> ne valoient pas mieux que le monument +qu'ils décoroient, mais n'étoient peut-être pas plus mauvais, et l'on en +peut dire autant des bas-reliefs.</p> + +<p>Ce fut sur le pont Neuf et devant la statue de Henri IV qu'une populace +effrénée, après avoir exercé mille indignités sur le cadavre de +<i>Concini</i>, si connu sous le nom de maréchal d'Ancre, vint <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> en +brûler les restes défigurés. Il est remarquable que cette même populace, +si furieuse contre lui, après sa mort, avoit cependant beaucoup aimé, au +temps de sa faveur, cet Italien, qui, avant les troubles, lui donnoit +des fêtes, des tournois, des carrousels, dans lesquels il brilloit, +disent quelques mémoires du temps, étant <i>beau cavalier et adroit à tous +les exercices</i>. Un tel exemple montre pour la millième fois ce qu'est le +peuple, et ce que valent ses affections. Cependant tant de preuves +accumulées n'empêcheront point de malheureux insensés de rechercher +encore ses vains applaudissements; et les leçons de l'histoire seront +toujours perdues pour l'orgueil et pour l'ambition<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Go to footnote 116"><span class="smaller normal">[116]</span></a>.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> LA SAMARITAINE.</h2> + +<p>Près de la seconde arche du pont Neuf, du côté du Louvre, s'élevoit sur +une charpente le bâtiment dit de la Samaritaine. Ce petit monument +renfermoit une pompe au moyen de laquelle l'eau étoit distribuée, par +divers canaux, au Louvre, aux Tuileries et au Palais-Royal. On ignore +l'époque de sa construction, que quelques historiens attribuent à Henri +III; mais il est probable qu'il fut l'ouvrage de son successeur. Quoi +qu'il en soit de ce fait historique peu important à vérifier, cet +édifice, qui tomboit en ruines au commencement du siècle dernier, fut +détruit en 1712, et rétabli aussitôt au même endroit et dans une forme +plus élégante. Il se composoit de trois étages, dont le second étoit au +niveau du pont. Les faces latérales étoient percées de cinq croisées; +sur la face principale, et dans un enfoncement en forme d'arcade, avoit +été placé le cadran d'une horloge à carillon. On voyoit au-dessous, +avant la révolution, un groupe en plomb doré qui représentoit +Jésus-Christ, et la Samaritaine auprès du <span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> puits de Jacob. Ce +puits étoit figuré par un bassin dans lequel tomboit une nappe d'eau +sortant d'une coquille. La pompe en avoit été reconstruite en 1772<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="smaller normal">[117]</span></a>.</p> + +<p>Les deux figures, plus grandes que nature et d'une exécution assez +médiocre, étoient de deux sculpteurs de l'académie, Bertrand et Frémin. +On lisoit au-dessous l'inscription suivante, tirée de l'Écriture:</p> + +<p class="poem10"> +<span class="add2em"><i>Fons hortorum,</i></span><br> + <i>Puteus aquarum viventium.</i></p> + +<p>Cette inscription très-heureuse indiquoit à la fois le sujet du groupe +et la destination du monument.</p> + +<p>Au-dessus du cintre, s'élevoit un campanille en charpente, revêtu de +plomb également doré, dont la lanterne renfermoit les timbres de +l'horloge et ceux qui composoient le carillon.</p> + +<p>Ce petit bâtiment avoit un gouverneur, parce qu'il étoit considéré comme +maison royale; il a été entièrement démoli, il y a quelques années.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p. 102)</span> PLACE DAUPHINE.</h2> + +<p>Avant Henri IV, il existoit à Paris de beaux monumens; mais aucun de nos +rois n'avoit songé à embellir la ville elle-même, en y faisant +construire une suite d'édifices sur un plan régulier. L'enceinte des +murs contenoit encore une grande quantité de marais, de terres +labourables, et il n'y avoit alors de places publiques que la Grève, les +Halles, le Parvis-Notre-Dame, la place Maubert, celles du +Chevalier-du-Guet, de Sainte-Opportune et de la Croix-du-Tiroir.</p> + +<p>Lorsque le projet de bâtir le pont Neuf avoit été conçu, on avoit coupé +l'île de la Gourdaine du côté du grand cours de l'eau; le moulin de la +Monnoie avoit été détruit; et sur les deux côtés du triangle que forme +ce terrain avoient été construits les deux quais que nous y voyons +aujourd'hui. Commencés en 1580, ensuite interrompus, ils furent repris +vers le temps où l'on finissoit le pont, et achevés en 1611. Tout +l'espace qui s'étendoit depuis l'Éperon jusqu'au jardin<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="smaller normal">[118]</span></a> du +<span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> Palais étoit encore en prairies. «C'étoit, dit Sauval, une +solitude stérile, déserte et abandonnée, qui, tous les ans, étoit noyée +et cachée sous l'eau.» Henri IV en fit don, l'an 1607, au premier +président de Harlay, à la charge d'y faire bâtir suivant les plans et +devis qui lui seroient donnés par le grand-voyer, et sous la condition +de quelques redevances. Ce magistrat fit construire d'abord, le long des +murs du jardin, une rue de maisons uniformes qui aboutit aux deux quais +du grand et du petit cours d'eau, et qui fut nommée rue de Harlay.</p> + +<p>Sur le plateau triangulaire que formoit le reste de l'île, on fit une +place qui fut environnée de maisons à double corps de logis, dont l'un a +vue sur la place, et l'autre sur les quais. Le plan en fut donné par le +roi, qui la nomma Place Dauphine, en mémoire de la naissance de son fils +Louis XIII. Cette place, dont la forme est aussi triangulaire, n'a que +deux ouvertures, l'une au milieu de la basse du triangle, l'autre à son +sommet, du côté du pont Neuf. Les maisons qui en forment l'enceinte +furent construites dans un ordre régulier, et sur le même plan que +celles de la rue de Harlay. Elles étoient toutes alors à quatre étages, +couvertes d'ardoises, bâties de briques, et liées ensemble par des +chaînes de pierre en bossage. Une corniche saillante et ornée de +dentelures régnoit autour de la place et en couronnoit <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> tous +les édifices. Ce mélange de couleurs et cette régularité pouvoient +produire à la vue un effet assez agréable; mais il n'en est pas moins +vrai qu'une telle construction étoit mesquine et de mauvais goût, ce +dont il est facile de juger par les grandes parties qui en subsistent +encore<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Go to footnote 119"><span class="smaller normal">[119]</span></a>; elles prouvent que l'architecture, florissante sous +François I<sup>er</sup> et Henri II, avoit alors beaucoup perdu de son premier +éclat: ce qu'il faut attribuer aux agitations des guerres civiles et au +malheur des temps.</p> + +<p>Lorsque ces édifices commencèrent à se dégrader, on permit aux +propriétaires de faire reconstruire leurs maisons suivant leur goût et +leurs idées particulières, d'où il est résulté que cette place a même +perdu cette symétrie qui en faisoit le seul mérite<a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Go to footnote 120"><span class="smaller normal">[120]</span></a>.</p> + +<p>Ce fut sur l'île dite depuis l'île <i>aux Bureaux</i><a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Go to footnote 121"><span class="smaller normal">[121]</span></a>, et sur laquelle +s'élève aujourd'hui cette place, que furent brûlés Jacques Molay, +grand-maître des Templiers, et le maître de Normandie, le 18 mars 1313. +Ce grand événement et la destruction de cet ordre célèbre, auquel on +reprochoit des <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> crimes et des abominations jusqu'alors inouïes, +sont trop connus pour que nous en rappelions ici les circonstances. Ces +moines étoient-ils innocens ou coupables? Cette question, sur laquelle +aucun historien raisonnable n'avoit rien osé affirmer jusqu'à nos jours, +est sans contredit la plus difficile, la plus obscure de toute +l'histoire moderne; et les ténèbres qui la couvrent sembloient, avant la +révolution françoise, ne pouvoir jamais être éclaircies. Cependant +Saint-Foix, avec son audace et sa légèreté ordinaires, ne manque point, +à l'occasion du supplice de ces deux personnages, de renouveler en leur +faveur les allégations vagues et les déclamations furieuses de cette +tourbe de prétendus philosophes dont il étoit le contemporain, +déclamations et allégations dont le but étoit moins de prouver +l'innocence des Templiers, que d'insulter, avec quelque apparence de +raison, à toute autorité politique et religieuse. Ces apologistes +hypocrites ont dit, dans leurs plaidoyers, beaucoup de mal des papes et +des rois, et c'est là surtout ce qu'ils vouloient: quant à l'innocence +de ces prétendues victimes de l'avarice et du despotisme, ils ne l'ont +point prouvée, parce qu'il étoit impossible de le faire de manière à ne +point laisser de réplique; et leurs adversaires les ont, plus d'une +fois, extrêmement embarrassés, lorsqu'ils leur ont présenté les preuves +si fortes, si singulières, que des actes et des témoignages authentiques +élèvent contre ces moines, <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> reconnus universellement pour des +hommes livrés à tous les vices, à toutes les débauches, pour des +séditieux, par cela seul dignes de punition. Ceux qui les défendent ont +souvent allégué en leur faveur l'invraisemblance des crimes qu'on leur +reproche: «Est-il probable, s'écrient-ils, que tant d'illustres +guerriers, tant d'hommes d'une si haute qualité fussent coupables de +crimes aussi atroces, d'aussi grossières, d'aussi honteuses +turpitudes?—Est-il vraisemblable, pourroit-on leur répondre avec un +auteur contemporain, que ces personnages si nobles eussent jamais avoué +de telles infamies, si l'accusation n'eût été vraie? <i>Non est verisimile +quòd viri tam nobiles, sicut multi inter eos erant, unquàm tantam +vilitatem recognoscerent, nisi veraciter ità esset....</i>» (Baluze.) Si +les apologistes répliquoient que la torture leur arracha beaucoup +d'aveux, il seroit facile de donner la preuve que la plupart d'entre eux +firent des aveux sans qu'on les eût torturés. Au reste nous aurons +occasion d'examiner avec plus de détails cette grande question +historique, et nous espérons y répandre quelques lumières que les +travaux de plusieurs savants modernes nous ont procurées<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Go to footnote 122"><span class="smaller normal">[122]</span></a>.</p> + +<p>Cet événement présente une petite circonstance qui montre à quel point +le droit de propriété <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> étoit alors respecté, nos rois donnant +alors eux-mêmes le premier exemple de ce respect, fondement le plus +solide de toute société. Philippe-le-Bel, aussitôt après le supplice des +Templiers, écrivit aux religieux de Saint-Germain, pour leur déclarer +que, par cette exécution, il n'avoit point prétendu porter atteinte aux +droits qu'ils avoient sur le terrain où elle s'étoit faite. Cette +déclaration se trouvoit dans les registres de la chambre des comptes et +dans le trésor de chartes.</p> + +<h2>LA SAINTE-CHAPELLE.</h2> + +<p>Dans l'espace qui est borné au midi par le pont Saint-Michel, au nord +par le pont au Change, se trouvent plusieurs édifices, dont les plus +remarquables sont le Palais et la Sainte-Chapelle.</p> + +<p>Pour bien faire entendre l'histoire des églises, il est nécessaire que +nous jetions un coup d'œil général sur l'établissement de la religion +chrétienne en France, que nous examinions l'influence qu'elle a exercée +sur l'esprit de la nation, <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> et quelle fut l'existence civile et +politique de ses ministres aux différentes époques de la monarchie. Ces +observations nous conduiront à une explication claire de l'origine et de +l'accroissement de tant d'établissements religieux, de tant de pieuses +fondations que Paris renfermoit dans son sein, et qui, pendant une si +longue suite de siècles, ont produit des effets si salutaires sur sa +police et ses mœurs.</p> + +<p>Toutefois, avant d'offrir un semblable tableau, qui se place +naturellement à l'endroit où nous traiterons des paroisses et des +monastères de la Cité, nous croyons devoir faire la description de la +Sainte-Chapelle<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Go to footnote 123"><span class="smaller normal">[123]</span></a>, non seulement parce que, dans l'ordre itinéraire +que nous suivons, elle est la première église que l'on rencontre en +sortant de la place Dauphine, mais par la raison plus forte que cette +église séculière n'avoit de rapport avec <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> aucune autre église +de Paris, et fut bâtie par un saint roi pour une destination toute +particulière.</p> + +<p>Les croisades avoient apporté de grands changements dans la situation de +l'Europe et de l'Asie. Après de longs combats, les croisés, maîtres des +saints lieux et de toute la Palestine, s'étoient emparés de +Constantinople, par une suite des divisions qui, dès le commencement, +n'avoient cessé de régner entre eux et les Grecs; et ils y avoient fondé +un nouvel empire. Il ne fut pas de longue durée. Après plusieurs règnes, +tous malheureux et continuellement agités, les affaires en vinrent à une +telle extrémité, que les Latins, manquant de vivres, assiégés par terre +et par mer, abandonnés par un grand nombre de leurs principaux chefs, +n'ayant plus enfin aucune ressource, se virent dans la triste nécessité +d'engager une partie des reliques du trésor impérial, pour subvenir à +leurs besoins les plus pressants; et les Vénitiens sembloient disposés à +recevoir un tel gage pour sûreté d'une somme considérable qu'ils +consentoient à prêter. Baudouin, héritier de l'empire, que l'empereur +Jean de Brienne avoit envoyé solliciter des secours auprès de saint +Louis, le supplia, ainsi que la reine Blanche sa mère, de ne pas +permettre que la Couronne d'épines, la plus vénérée de ses reliques, fût +portée ailleurs qu'en France; et lui proposa, s'il vouloit l'empêcher de +tomber entre les mains de ces insulaires, d'accepter <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> le don +qu'il lui en faisoit. Le monarque écouta avec joie une proposition si +flatteuse pour sa piété, et envoya des ambassadeurs à Constantinople, +avec tout pouvoir pour acquérir la sainte Couronne, et la retirer des +mains des Vénitiens, si elle étoit déjà engagée. Ces envoyés +s'acquittèrent avec succès de leur mission, trouvèrent aide et +protection par tous les pays où ils passèrent, et revinrent heureusement +en France. Dès que le roi fut informé de leur retour, il alla jusqu'à +Troyes au-devant de la précieuse relique, avec la reine sa mère, ses +frères et un nombreux cortége de seigneurs, entra avec elle à Sens, +portant lui-même le brancard sur lequel elle étoit déposée, et +l'accompagna jusqu'à Paris, où l'on arriva, après huit jours de marche, +le 18 août 1239<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Go to footnote 124"><span class="smaller normal">[124]</span></a>. Une foule immense de peuple l'attendoit hors de la +ville, près l'église Saint-Antoine-des-Champs, impatiente de jouir d'un +spectacle aussi auguste. Là, sur un échafaud qui avoit été dressé à +l'avance pour cette cérémonie, la sainte Couronne fut exposée à tous les +yeux. Tout le clergé vint processionnellement au-devant d'elle, et +chaque église apporta ses plus précieux reliquaires. Alors le roi, +déposant ses habits royaux, les pieds nus, et revêtu d'une simple +tunique, se chargea de nouveau du brancard avec <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> le comte +d'Artois son frère. Un grand nombre d'évêques, d'abbés, de seigneurs +marchoient devant, tête et pieds nus; dans ce touchant appareil, la +sainte Couronne fut portée à la cathédrale, et de là déposée à la +chapelle du Palais, dédiée alors sous le nom de Saint-Nicolas.</p> + +<p>Cette chapelle avoit été bâtie par le roi Robert, deux cents ans avant +saint Louis<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Go to footnote 125"><span class="smaller normal">[125]</span></a>. Les historiens ne sont point d'accord sur l'endroit où +elle étoit située; cependant tout porte à croire que c'étoit dans +l'emplacement même où s'élève l'édifice que nous voyons aujourd'hui: et +déjà cette chapelle de Saint-Nicolas avoit remplacé une première +chapelle bâtie par les rois de la première race, et dédiée sous le nom +de saint Barthélemi. On croit que nos monarques avoient en outre des +oratoires particuliers dans l'intérieur de leur palais, un entre autres +au titre de la Vierge, dans lequel saint Louis transporta les reliques +qu'il avoit acquises, tandis qu'il faisoit bâtir un monument plus digne +de les recevoir.</p> + +<p>Il en avoit conçu le projet aussitôt que la sainte Couronne avoit été +entre ses mains: un événement <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> nouveau, qui le rendit maître de +presque toutes les reliques de la chapelle impériale de Constantinople, +le confirma dans cette résolution. Baudouin, parvenu à l'empire, et non +moins malheureux que son prédécesseur, n'avoit pu faire autrement que +d'engager encore ces restes sacrés pour une somme considérable: il en +fit l'abandon au roi dont il attendoit de nouveaux secours, aux mêmes +conditions que la sainte Couronne. Ces saintes reliques dont nous allons +donner le détail furent énoncées dans un acte authentique, daté du mois +de juin 1247, signé de ce prince, acte par lequel il confirmoit la +donation qu'il en avoit faite. Cette pièce étoit conservée, avant la +révolution, dans les archives de la Sainte-Chapelle.</p> + +<p>Un célèbre architecte de ce temps, nommé Eudes de Montreuil, fut chargé +de la construction de la nouvelle chapelle; et l'on croit que ce fut en +1240 qu'en furent jetés les premiers fondements. Il y déploya une grande +habileté, et y employa tout le luxe d'ornement, toute la légèreté de +construction que l'architecture gothique avoit empruntée des Arabes, et +qui en faisoit alors le principal caractère. Ce monument est travaillé +avec toute la délicatesse d'une châsse en orfévrerie; et après six cents +ans, c'est encore un des édifices les plus curieux et les plus élégants +de Paris. Il fut achevé et dédié en 1248.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> Cette église est double, et formée d'une seule nef: la chapelle +supérieure, à laquelle on monte par un escalier de quarante-quatre +degrés, est précédée d'un vestibule en forme d'ogives, que couronne une +plate-forme. Cette plate-forme, qui se trouve au niveau de la rose, est +terminée par une balustrade ornée d'aiguilles; une seconde balustrade +règne à la base du fronton qu'accompagnent deux autres aiguilles, dont +la hauteur surpasse son sommet. Le corps entier de l'édifice se compose +de jambages très-légers, qui se rapprochent les uns des autres dans la +partie du rond-point, et que surmontent également des aiguilles +extrêmement délicates. Les intervalles en sont remplis par de longues +croisées en ogives, au-dessus desquelles s'élève encore un mur d'appui +qui parcourt toute l'étendue du monument<a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Go to footnote 126"><span class="smaller normal">[126]</span></a>.</p> + +<p>Le portail de la chapelle supérieure, dont l'arcade est aussi en forme +d'ogive, est dépouillé de tous les ornements de sculpture dont il étoit +décoré, et la place qu'ils occupoient se trouve maintenant recouverte +d'un enduit de maçonnerie. Ces sculptures, <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> suivant l'usage des +douzième et treizième siècles, représentoient le jugement dernier. Au +pilier qui sépare les deux battants de la porte étoit une statue de +Jésus-Christ bénissant de la main droite, et tenant un globe de la +gauche. Dans le support on avoit sculpté les Prophètes; des deux côtés +on voyoit des hiéroglyphes (ce qui étoit encore un usage de ces +temps-là), et quelques traits de l'Écriture sainte, entre autres +l'histoire de Jonas. Au-dessous un écusson offroit la fleur de lys mêlée +aux armes de Castille, par allusion à Blanche, mère du fondateur<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Go to footnote 127"><span class="smaller normal">[127]</span></a>.</p> + +<p>Les vitraux, qui existent encore, sont un monument précieux de ce +qu'étoit la peinture sur verre à l'époque du treizième siècle. L'état de +barbarie où languissoient alors tous les arts qui dépendent du dessin, +porte à croire que, dans ces temps-là, elle ne différoit guère de ce +qu'elle avoit été dans son origine, laquelle toutefois remonte en France +à une époque beaucoup plus reculée; car, dès le sixième siècle, il est +question de vitres peintes dans les vieilles chroniques. Celles de la +Sainte-Chapelle sont remarquables par leur hauteur, la variété et la +vivacité de leurs teintes. L'ordonnance des tableaux qu'elles +représentent est bizarre, leur fabrication plate et sans effet; le +dessin des figures, tracé sur un fond uni, <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> est accompagné +seulement de quelques hachures, afin de donner un peu de relief au +sujet, et ce dessin est tout-à-fait barbare; mais cette vivacité +éblouissante des couleurs, que tant de siècles n'ont pu altérer, fait +encore l'étonnement et l'admiration des connoisseurs<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Go to footnote 128"><span class="smaller normal">[128]</span></a>. Nous verrons, +dans les âges suivants, l'art de la peinture sur verre se perfectionner +sous le rapport du style et du dessin, mais sans jamais surpasser ni +peut-être égaler cet admirable coloris. Ces vitraux, qui représentent +divers traits de l'Ancien et du Nouveau Testament, sont tous du temps de +la construction de l'église, à l'exception de celui qui est au-dessus de +la porte, et qui a pour sujet les visions de l'Apocalypse. On le croit +de la fin du quatorzième siècle.</p> + +<p>L'édifice inférieur, qu'on nomme <i>basse Sainte-Chapelle</i>, servoit +autrefois de paroisse aux domestiques des chanoines et chapelains, aux +habitants de la cour du Palais, et à toutes les personnes attachées au +service de la Sainte-Chapelle<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Go to footnote 129"><span class="smaller normal">[129]</span></a>; on y entroit par une porte latérale, +maintenant obstruée par des échoppes. Les épitaphes d'un grand nombre de +chanoines et dignitaires qui ont été enterrés dans ses caveaux en +formoient le pavé; et dans ces mêmes caveaux <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> étoit déposé le +corps du célèbre Boileau: le poète reposoit auprès de ses héros, et, +dit-on, sous la place même du lutrin qu'il avoit chanté<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Go to footnote 130"><span class="smaller normal">[130]</span></a>. Sur le +portail étoit une image de la Vierge, qui a été renversée et +détruite<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Go to footnote 131"><span class="smaller normal">[131]</span></a>, ainsi que toutes les figures placées dans les niches +extérieures latérales. Autour des murs intérieurs règne un rang de +colonnes extrêmement déliées, qui sont les seuls supports de l'édifice +supérieur.</p> + +<p>Cette église basse étoit desservie par un curé vicaire perpétuel, à la +nomination du trésorier à qui appartenoit la place de curé primitif.</p> + +<p>Dans les titres de fondation de la Sainte-Chapelle, il n'est fait +mention que de <i>chapelains</i>; et saint Louis, qui porta le nombre total +des desservants jusqu'à vingt et un, en établit en effet cinq +principaux<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Go to footnote 132"><span class="smaller normal">[132]</span></a>. Cependant on ne peut douter que <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> les membres +supérieurs de ce chapitre n'aient été honorés du titre de <i>chanoines</i> +dès les premiers temps<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Go to footnote 133"><span class="smaller normal">[133]</span></a>; et un réglement de Charles V, du mois de +janvier 1371, ne laisse aucun doute à ce sujet<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Go to footnote 134"><span class="smaller normal">[134]</span></a>. Leur chef, qui dans +l'origine étoit appelé <i>maître chapelain</i> ou <i>maître gouverneur de la +Sainte-Chapelle</i>, reçut, en 1314, le titre de <i>trésorier</i>, dans le +testament de Philippe-le-Bel, comme étant spécialement chargé de la +garde du trésor des saintes reliques. En 1379, Clément VII lui accorda +le privilége de porter la mitre et l'anneau. La dignité de <i>chantre</i> +avoit déjà été fondée, en 1319, par Philippe-le-Long. Du reste, cette +basilique, qui jouissoit de tous les priviléges et prérogatives accordés +aux églises de fondation royale, avoit encore l'avantage d'être exempte +de la juridiction épiscopale, et de relever immédiatement du saint +Siége.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> CURIOSITÉS DE LA SAINTE-CHAPELLE.<br> +<span class="smaller">RELIQUES ET AUTRES OBJETS PRÉCIEUX.</span></p> + + <p>Dans une grande arche de bronze doré appelée <i>la grande + châsse</i> de la Sainte-Chapelle, et qui étoit placée sur une + voûte gothique, derrière le maître autel, étoient renfermées + les reliques données à saint Louis par l'empereur Baudouin; + elles y étoient conservées dans des tableaux et des vases de + cristal. En voici le détail:</p> + + <p>1<sup>o</sup> La couronne d'épines de Notre-Seigneur; 2<sup>o</sup> une grande + partie du bois de la vraie croix; 3<sup>o</sup> un morceau du fer de + la lance; 4<sup>o</sup> une portion du manteau de pourpre; 5<sup>o</sup> des + morceaux du roseau et de l'éponge; 6<sup>o</sup> des drapeaux de son + enfance; 7<sup>o</sup> le linge dont il se servit au lavement des + pieds; 8<sup>o</sup> des cheveux de la sainte Vierge; 9<sup>o</sup> une portion + de son voile; 10<sup>o</sup> le haut du chef de saint Jean-Baptiste; + 11<sup>o</sup> un morceau de la pierre du sépulcre, et plusieurs + autres reliques non moins précieuses<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Go to footnote 135"><span class="smaller normal">[135]</span></a>.</p> + + <p>Dans deux grandes armoires placées dans la sacristie, un + grand nombre de reliquaires en or et en argent, enrichis de + pierres précieuses, et contenant les reliques d'un grand + nombre de saints, apôtres, martyrs, confesseurs, etc., entre + autres, de St. Pierre, de St. Matthieu, de St. + Jacques-le-Mineur, de St. Siméon, de St. Philippe, de St. + Étienne, premier martyr, de St. Jérôme, de St. Martin, de + St. Dominique, de St. Georges, de S<sup>te</sup>. Barbe, de S<sup>te</sup>. + Ursule, etc.</p> + + <p>Une croix qui fut faite par ordre de Henri III, et en vertu + de lettres-patentes données à Paris en 1575. Elle étoit + d'argent doré ainsi que son pied supporté par quatre figures + de lions. Le bois de la <i>vraie croix</i><a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Go to footnote 136"><span class="smaller normal">[136]</span></a> en couvroit tout + le milieu; et cette croix, toute chargée de pierres + précieuses, portoit un Christ en or massif.</p> + + <p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> Le chef de saint Louis en or, de grandeur + naturelle, soutenu par quatre anges, et garni de pierres + précieuses.</p> + + <p>L'étui dans lequel avoit été apporté en France le principal + morceau de la vraie croix donné par saint Louis à la + Sainte-Chapelle. Cet étui, garni en dedans d'une lame + d'argent doré, paroissoit, par les creux intérieurs qui y + avoient été pratiqués, avoir contenu trois morceaux de la + vraie croix, sous la forme de trois croix grecques de + différentes proportions. Le plus considérable, celui qui fut + déposé dans la <i>grande châsse</i>, et qui étoit le plus grand + que l'on connût, avoit, lorsqu'il fut apporté à la + Sainte-Chapelle, de largeur deux pouces sur un pouce et demi + d'épaisseur, et deux pieds six pouces sept lignes de + hauteur. Dans la partie supérieure de ces creux intérieurs + de l'étui, étoient représentés quatre anges en adoration, et + dans la partie inférieure, sainte Hélène et son fils + Constantin debout au pied de la croix.</p> + + <p>Deux manuscrits contenant des textes d'Évangiles, ornés de + vignettes, recouverts de plaques d'or et d'argent ciselées, + d'émaux, de pierres précieuses; l'un du 14<sup>e</sup> siècle, l'autre + d'une très-haute antiquité.</p> + + <p>Trois croix, désignées sous les noms de croix de Bourbon, + croix de Venise, croix de Bavière, enrichies de pierres du + plus grand prix.</p> + + <p>Des calices, des soleils, des figures en ivoire, en or, en + argent; d'anciens missels, d'anciens ornemens, etc., etc. + Tous ces objets étoient remarquables à la fois par leur + richesse et par leur haute antiquité.</p> + + <p>Un buste d'agate-onyx qui servoit d'ornement au bâton + cantoral dans les grandes solennités. On avoit cru que ce + buste offroit une image de l'empereur Valentinien III; et + l'on y avoit adapté une draperie en vermeil et deux bras en + argent qui portoient, de la main droite, une couronne + d'épines, de la gauche, une croix grecque en vermeil. Depuis + on a reconnu que ce buste étoit celui de l'empereur + Titus<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Go to footnote 137"><span class="smaller normal">[137]</span></a>.</p> + + <p>La fameuse sardoine-onyx à trois couleurs, représentant + l'apothéose d'Auguste: cette pierre gravée, unique dans le + monde par son volume, et dans laquelle la beauté du travail + répond au prix de la matière, avoit été donnée à la + Sainte-Chapelle en 1379, <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> ainsi que l'attestoit une + inscription gravée sur le socle. On ignore comment et à + quelle époque cette agate a été apportée en France. Il + paroît, par les ornements dont elle étoit entourée, que, dès + le temps où elle appartenoit aux empereurs grecs, + l'ignorance en avoit fait un sujet de piété<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Go to footnote 138"><span class="smaller normal">[138]</span></a>. On croyoit + qu'elle représentoit le triomphe de Joseph. Le piédestal en + étoit orné de reliques; il étoit d'usage de l'exposer aux + bonnes fêtes, et il arrivoit quelquefois de la porter + processionnellement<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Go to footnote 139"><span class="smaller normal">[139]</span></a>. Ceci dura jusqu'en 1619, que le + savant M. Peiresc reconnut le véritable sujet de ce + bas-relief qui est l'apothéose d'Auguste<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Go to footnote 140"><span class="smaller normal">[140]</span></a>.</p> + + <p>Au-dessous du maître-d'autel, sous la crosse de l'ostensoir, + le modèle de la Sainte-Chapelle en vermeil et dans la + proportion de 3 à 4 pieds. Cet ouvrage, d'un travail + extrêmement délicat, que plusieurs ont cru aussi ancien que + l'édifice même, n'avoit été exécuté qu'en 1630 par Pijard, + orfèvre, garde des reliques de la Sainte-Chapelle, et étoit + un don de Louis XIII.</p> + +<p class="p2 center">TABLEAUX.</p> + + <p>Sur deux petits autels séparés par la porte du chœur, + deux petits tableaux en émail, formant différents cartouches + où étoient représentés des sujets de la passion de + Notre-Seigneur. Dans celui de la droite, on voyoit Henri II + et Catherine de Médicis; dans celui de la gauche, François + I<sup>er</sup> et la reine Éléonore son épouse. Ces deux tableaux, + exécutés en 1553, étoient de Léonard Limosin, émailleur, + peintre de la chapelle du roi.</p> + + <p>Du côté de l'épître, et dans une petite chapelle, appelée + oratoire de saint Louis, où ce monarque se retiroit pour + entendre l'office, un grand tableau représentant l'intérieur + de la grande châsse, avec toutes les reliques dans l'ordre + où elles y étoient rangées, et saint Louis à genoux devant + ces reliques.</p> + + <p>Sur la croisée, saint Louis à genoux devant une croix + entrelacée d'une couronne d'épines.</p> + +<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> SCULPTURES.</p> + + <p>Un modèle en terre cuite de la Notre-Dame-de-Pitié que + <i>Germain Pilon</i> avoit exécutée en marbre pour le roi. La + Vierge y est représentée assise, la tête voilée, les mains + croisées. On admire surtout l'expression de la tête<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Go to footnote 141"><span class="smaller normal">[141]</span></a>.</p> + + <p>Sur des trumeaux autour de l'église, les figures des douze + apôtres, d'un gothique meilleur que celui des figures du + portail, ce qui a fait présumer qu'elles étoient d'un temps + postérieur à la construction de l'édifice.</p> + +<p class="p2 center">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> + + <p>Le célèbre Montreuil, architecte de la Sainte-Chapelle et + mort en 1266, avoit été enterré dans le chœur de cette + église. On le voyoit représenté sur sa tombe, tenant une + règle et un compas à la main.</p> + + <p>Dans un caveau sous l'arcade la plus proche du grand autel, + étoit la sépulture des trésoriers et chanoines de la + Sainte-Chapelle. Le collége de la Sainte-Chapelle a été + pendant long-temps une pépinière de prélats illustres, de + magistrats et d'hommes de lettres distingués.</p> +</div> + +<p>Dans cette description que nous venons de donner de la Sainte-Chapelle, +nous n'avons pu indiquer que sommairement toutes les richesses qui y +étoient renfermées. Toutefois le zèle religieux du saint roi qui en +étoit le fondateur ne se borna point à ces actes d'une magnificence +toute royale<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Go to footnote 142"><span class="smaller normal">[142]</span></a>: tous les ans, le jour du vendredi saint, il se +rendoit en grand appareil à la Sainte-Chapelle; <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> et là, revêtu +de ses habits royaux, il exposoit lui-même les monuments de la passion à +la vénération du peuple. Cet exemple fut suivi par plusieurs de ses +successeurs<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Go to footnote 143"><span class="smaller normal">[143]</span></a>, auxquels il laissa les plus grands exemples de courage +et de piété qu'aucun monarque ait jamais donnés. Il semble que le +président Hénault n'a point assez senti tout ce qu'il y avoit +d'admirable dans ce pieux et grand roi. Il l'admire sans doute lorsqu'il +le voit réduisant les rebelles, combattant les ennemis de son royaume, +rendant à ses peuples une justice exacte et vigilante; mais cet +historien, abusant ensuite d'un mot employé par le père Daniel, le +trouve <i>singulier</i>, lorsqu'il le voit, dans son intérieur, donnant à la +prière le temps qu'il pouvoit dérober aux affaires, témoignant une +entière déférence à sa mère, une douceur paternelle à ses domestiques. +Peu s'en faut qu'il ne le présente alors comme tombé dans un état +d'imbécillité. «Dans ces moments, dit-il, ses domestiques devenoient ses +maîtres, sa mère lui commandoit, et les pratiques de la dévotion la plus +simple remplissoient ses journées.» Ce qui semble petit au président +Hénault, à nos yeux est sublime; <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> et comme, d'après son propre +aveu, les vertus solides et la noble fermeté qui composoient le +caractère de saint Louis <i>ne se sont jamais démenties</i>, ce mélange +touchant de grandeur et d'humilité nous offre un être presque au-dessus +de l'humanité, un héros tel que le paganisme n'en pouvoit produire, en +un mot, le véritable héros chrétien<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Go to footnote 144"><span class="smaller normal">[144]</span></a>.</p> + +<h3><i>Trésor des Chartes.</i></h3> + +<p>C'étoit dans deux salles voûtées qui faisoient partie des bâtiments de +la Saint-Chapelle, qu'étoit placé le <i>trésor des chartes</i>, ou le dépôt +des titres de la couronne, des diplômes de nos rois, des traités de paix +et d'alliance, des ventes, dons, échanges, etc. Autrefois, et jusque +dans les premiers temps de la troisième race, ces princes avoient +coutume de faire porter avec eux, dans leurs voyages, leurs titres, +leurs reliques et tout ce qu'ils avoient de plus précieux. +Philippe-Auguste ayant eu le malheur d'être surpris un jour au milieu de +cet attirail, et de tomber dans une embuscade que les Anglois lui +avoient dressée à Bellefosse, entre Blois et Fréteval, le <i>trésor des +chartes</i> fut la proie du vainqueur qui le fit transporter en Angleterre, +où il est encore. Philippe ordonna qu'il fût rétabli, tant sur les notes +que <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> sa mémoire put lui fournir, que sur les copies des actes +qu'on put retrouver. Depuis ce fatal événement, les chartes ne sortirent +plus du palais, où, après avoir été placées en divers lieux, elles +furent enfin renfermées dans ce dernier dépôt, vers la fin du +quatorzième siècle.</p> + +<h2>LE PALAIS DE JUSTICE.</h2> + +<p>À chaque pas que nous faisons dans Paris, nous éprouvons de nouveaux +effets de la nuit profonde dont les antiquités de cette ville ont été si +long-temps enveloppées; nous sentons davantage combien il est difficile +de dire quelque chose de satisfaisant sur des origines qui ne sont +connues que par des traditions vagues, souvent contradictoires, la +plupart transmises par des chroniqueurs éloignés des sources, et presque +tous dépourvus de lumières et de critique dans tout ce qu'ils ont écrit. +La discussion de ces vieux récits, des chartes, des titres qui s'y +rapportent, seroit inutile et fastidieuse; et c'est pour y avoir attaché +trop d'importance que les anciens historiens <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> de Paris ont ôté +tout intérêt à leurs volumineuses compilations. Il vaut mieux, +choisissant dans ces lambeaux épars, en rassembler les faits qui +semblent les plus probables, et toutefois ne les offrir que pour ce +qu'ils sont, pour de simples probabilités.</p> + +<p>Par exemple, l'origine du Palais est tout-à-fait inconnue, et aucun +écrivain ne nous fait connoître ni quand ni comment il fut bâti. Ceux +qui ont parlé du séjour de quelques empereurs romains à Paris, +s'accordent tous à dire qu'ils habitoient le palais des Thermes: mais +peut-on en conclure qu'il n'y avoit point alors d'édifice du même genre +dans la Cité? César nous apprend lui-même qu'il avoit transporté le +conseil souverain des Gaules dans Lutèce, «<i>summum Galliæ concilium in +Lutetiam Parisiorum transtulit;</i>» et c'est une opinion généralement +reçue, que le proconsul, gouverneur général de toute la province, avoit +son séjour ordinaire dans cette ville. Est-il probable qu'il ait demeuré +hors de ses murs, lorsqu'il s'agissoit de veiller sur un peuple +nouvellement soumis, toujours disposé à secouer le joug, et dont la +révolte, dans un lieu aussi fortifié, eût été plus dangereuse que +partout ailleurs? On ne peut raisonnablement le penser; et +Ammien-Marcellin donne effectivement à entendre que la <i>forteresse des +Parisiens</i> <span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> (c'est ainsi qu'il appelle l'île de la Cité)<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Go to footnote 145"><span class="smaller normal">[145]</span></a> +avoit, dès ce temps-là, un palais et une place publique.</p> + +<p>Il ne seroit pas même impossible de déterminer où devoit être ce palais. +Une ancienne tradition<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Go to footnote 146"><span class="smaller normal">[146]</span></a>, appuyée de plusieurs auteurs graves, nous +apprend qu'aussitôt que les premiers chrétiens eurent obtenu des +empereurs le libre exercice de leur religion, les habitants de Paris +firent bâtir une église cathédrale à la pointe orientale de l'île, où +leur ville étoit alors renfermée. On peut conclure de là que le palais +ou château dont parle Ammien-Marcellin étoit situé à l'autre extrémité, +c'est-à-dire à la place où il est encore aujourd'hui; car ces deux +situations ont été constamment celles qui ont présenté le plus de +commodités et les aspects les plus agréables.</p> + +<p>Si nous cherchons ensuite dans notre propre histoire, nous y trouverons +des témoignages qui ne nous permettront pas de douter que, bien que nos +rois de la première dynastie demeurassent habituellement au palais des +Thermes, il existoit cependant une maison royale dans la Cité. Sur ce +sujet, voici ce que dit Grégoire de Tours, racontant la mort tragique +des petits-fils de Clovis. «Childebert<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Go to footnote 147"><span class="smaller normal">[147]</span></a> envoya une personne de +confiance <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> à Clotaire, roi de Soissons, pour l'engager à venir +le trouver, afin de résoudre ensemble s'ils feroient mourir leurs +neveux, ou s'ils se contenteroient de les dégrader en leur coupant les +cheveux..... Clotaire ne tarda pas à se rendre à Paris..... Ils firent +courir le bruit que le résultat de leur entrevue avoit été de faire +proclamer rois les fils de Clodomir, et envoyèrent les demander à +Clotilde, qui demeuroit alors dans la ville (<i>quæ tunc in ipsâ urbe +morabatur</i>), pour les élever sur le pavois. Cette bonne reine, +transportée de joie, fit venir les petits princes dans son appartement, +et après avoir eu l'attention de les faire manger: Allez, mes enfans, +leur dit-elle en les embrassant, allez trouver vos oncles; si je puis +vous voir sur le trône de votre père, j'oublierai que j'ai perdu ce cher +fils..... Clotaire, après les avoir poignardés de sa propre main, monta +tranquillement à cheval pour retourner à Soissons; Childebert se retira +dans le faubourg (<i>in suburbana concessit</i>).» Il y avoit donc dans la +Cité un palais où l'on élevoit ces jeunes princes, et cette demeure est +ici bien clairement distinguée de l'édifice qui étoit sur la rive +méridionale du fleuve<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Go to footnote 148"><span class="smaller normal">[148]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> Le palais fut successivement agrandi, réparé ou rebâti par les +maires, qui s'emparèrent de l'autorité sous la première race; et +Hugues-Capet, comte de Paris, ayant succédé aux rois de la seconde, +abandonna entièrement le palais des Thermes, pour établir dans celui-ci +sa résidence ordinaire<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Go to footnote 149"><span class="smaller normal">[149]</span></a>. Robert, son fils, le fit rebâtir en entier; +et quoique Philippe-Auguste eût fait depuis reconstruire le Louvre, on +voit que ses successeurs, saint Louis, Philippe-le-Hardi et +Philippe-le-Bel demeuroient au Palais. Saint Louis, qui l'orna de la +chapelle magnifique dont nous avons déjà parlé, fit encore dans son +intérieur des augmentations et des embellissements considérables; et +sous Philippe-le-Bel, il fut de nouveau reconstruit presque en entier. +«Ce roi, dit du Haillan, fit bâtir dedans l'île du Palais, au lieu même +où étoit l'ancien château de la demeure des rois, le Palais tel qu'il +est aujourd'hui.... étant conducteur de cette œuvre, messire +Enguerrand de Marigny.» Belleforest s'exprime encore plus fortement, et +dit «que Philippe-le-Bel <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> fit construire un autre palais tout à +neuf, tel que nous le voyons, et qu'il fut achevé l'an 1313, le 28<sup>e</sup> et +dernier an du règne de ce bon roi.» Toutefois ces deux écrivains si +inexacts et si embrouillés ne doivent pas être crus entièrement, et ceci +ne doit s'entendre que de quelque augmentation considérable que Philippe +auroit fait faire à cet édifice; car il est constant que la chambre qui +porte encore le nom de saint Louis, et la salle appelée depuis la +<i>grand'chambre</i> ont été bâties par ce roi. Il y restoit même encore +quelques-unes des anciennes constructions faites par le roi Robert, +entre autres la chambre dite depuis de la Chancellerie, dans laquelle on +prétend que saint Louis consomma son mariage. Charles VIII, Louis XI et +Louis XII y ajoutèrent encore de nouveaux bâtiments.</p> + +<p>Lorsque Charles V abandonna la Cité pour aller occuper l'hôtel +Saint-Paul, à l'extrémité orientale de la ville, ce palais, dont les +anciens historiens ont tant vanté la magnificence, n'étoit encore qu'un +assemblage de grosses tours qui communiquoient entre elles par des +galeries; les deux tours parallèles que l'on voit encore sur le quai de +l'horloge sont des restes de cet édifice, et peuvent donner une idée du +genre de sa construction. Des fenêtres de ces tristes demeures la vue +s'étendoit au loin sur Issi, Meudon et Saint-Cloud. Le jardin qu'on +appeloit <i>Jardin du <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> Roi</i> occupoit tout l'espace où sont +aujourd'hui le cours Neuve et de Lamoignon; il se prolongeoit jusqu'au +bras de la rivière qui couloit, comme nous l'avons déjà dit, à l'endroit +où est aujourd'hui la rue de Harlay. Ce jardin, du temps de Charles V, +étoit encore, comme tous les jardins royaux, d'une simplicité extrême: +il étoit environné de haies que couvroient des treilles enlacées en +losange, et disposées, à chaque extrémité et au milieu, en forme de +tourelle ou pavillon. On y voyoit des prés que l'on fauchoit, des vignes +dont on recueilloit le vin, des légumes qui servoient pour la table du +roi<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Go to footnote 150"><span class="smaller normal">[150]</span></a>. Les appartements du château étoient immenses et couverts de +dorure; mais le luxe, encore sans art et mal entendu, n'y avoit rien +fait pour l'agrément et les commodités de la vie; des barreaux de fer +qui se croisoient sur les fenêtres, donnoient à cette demeure royale +l'aspect d'une prison, et les vitraux colorés et chargés d'images de +saints, de devises et d'écussons achevoient d'y intercepter la lumière. +On aura peine à croire que, du temps même de François I<sup>er</sup>, on ne s'y +asseyoit encore que sur des bancs et des escabelles, et que la reine +seule avoit le <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> droit d'avoir des chaises de bois, pliantes et +rembourrées; mais il ne faut point oublier que nos premiers rois, ceux +mêmes de la troisième race jusqu'à Louis XI, considérés comme chefs des +grands plutôt que comme souverains de la nation, n'eurent pendant +long-temps, et sauf quelques exceptions, ni opulence ni autorité. +Maîtres seulement de leurs domaines, leur cour n'étoit composée que de +leurs domestiques, et les revenus souvent très-bornés de ces possessions +étoient les seuls moyens qu'ils eussent de soutenir l'élévation de leur +rang; car les impositions qu'on demandoit aux peuples n'étoient que +momentanées, et levées seulement dans les grands besoins de l'État, et +du consentement général. Ce n'étoit que dans les réunions solennelles +des grands vassaux, et au milieu de leurs armées, que ces monarques +paroissoient avec tout l'éclat de la majesté royale; hors de là, leur +vie simple et patriarcale ne différoit guère de celle d'un seigneur de +château; et dans Paris même leur souveraineté se trouvoit à tout moment +en conflit avec la juridiction de l'évêque, des monastères, des divers +corps, et les priviléges des bourgeois.</p> + +<p>Ces assemblées de grands vassaux, dont nous venons de parler, et que +l'on voit consacrées dès les premiers temps de la monarchie sous le nom +de <i>plaids généraux</i>, n'étoient point d'institution royale: elles +existoient de temps immémorial parmi les Francs, et ils en avoient +apporté la coutume <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> de leur pays<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Go to footnote 151"><span class="smaller normal">[151]</span></a>. Tous les hommes libres +avoient le droit de s'y rendre et de prendre part aux délibérations, +soit qu'elles eussent pour objet quelque expédition militaire, soit +qu'il ne fût question que de traiter des affaires générales de la nation +pendant la paix; et le soin extrême qu'avoient les rois francs de +convoquer ces assemblées dans toutes les occasions importantes, prouve à +quel point elles leur étoient nécessaires pour légitimer leurs actes, et +combien grande étoit leur autorité<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Go to footnote 152"><span class="smaller normal">[152]</span></a>. «On y régloit, dit Hincmar, +l'état de tout le royaume pour le courant de la nouvelle année; et ce +qui avoit été réglé, rien ne pouvoit le déranger. Il n'étoit jamais +permis de s'en écarter, sans une extrême nécessité qui fût commune à la +totalité du royaume»<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Go to footnote 153"><span class="smaller normal">[153]</span></a>. À ce <i>plaid</i>, ajoute cet écrivain, +assistoient les <span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> <i>majeurs</i> clercs et laïques, et les <i>mineurs</i>: +c'est-à-dire que les seigneurs s'y faisoient accompagner de leurs +vassaux<a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Go to footnote 154"><span class="smaller normal">[154]</span></a>.</p> + +<p>Le <i>plaid général</i> se tenoit au printemps. On le nommoit <i>Champ de +Mars</i>, parce que c'étoit là que se rassembloient toutes les troupes qui +devoient, en cas de guerre, entrer en campagne, immédiatement après la +séparation de l'assemblée<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Go to footnote 155"><span class="smaller normal">[155]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> Tout nous prouve que, sous la +première race, il n'étoit point au pouvoir des rois d'entreprendre la +guerre, sans l'assentiment de la nation<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Go to footnote 156"><span class="smaller normal">[156]</span></a>, c'est-à-dire de tous les +<i>hommes libres</i>, de tous ceux qui avoient le droit de porter les armes. +On voit ces princes employer, dans ces grandes occasions, les discours +les plus pathétiques pour arracher à la <i>multitude</i><a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Go to footnote 157"><span class="smaller normal">[157]</span></a> le cri +d'<i>indignation</i> qui <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> la faisoit courir aux armes et décidoit +ainsi la question<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Go to footnote 158"><span class="smaller normal">[158]</span></a>. Les mêmes maximes et les mêmes usages se +conservèrent sous les Carlovingiens; et Charlemagne lui-même n'entroit +jamais en campagne sans avoir tenu l'assemblée générale de ses +<i>fidèles</i>. Là il rendoit compte des négociations qu'il avoit pu faire +pour conserver la paix, et démontroit la nécessité et la justice des +guerres qu'il alloit entreprendre<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Go to footnote 159"><span class="smaller normal">[159]</span></a>. Puisqu'un si grand monarque +n'avoit le pouvoir qu'au même titre que l'avoient possédé ses +prédécesseurs, on peut croire que ses successeurs immédiats ne +l'augmentèrent point; et en effet, sous la seconde race, le pouvoir +politique ne sortit point de ces bornes étroites où les Francs avoient, +si malheureusement pour eux-mêmes, renfermé leurs premiers rois.</p> + +<p>Mais, outre ce conseil public, nos rois de la première et de la seconde +race, suivant une autre coutume des Francs, avoient une cour +particulière composée de plusieurs grands du royaume, prélats et +principaux officiers de la couronne. C'étoit là leur conseil ordinaire, +où se traitoient les affaires les plus urgentes, et celles qui +demandoient du secret; où se préparoient les matières <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> qui +devoient être portées à l'assemblée générale. Entrons à ce sujet dans +quelques détails.</p> + +<p>Il faut aller chercher l'origine de ces conseillers des rois francs +jusque dans les forêts de la Germanie; et Tacite nous apprend que les +cent <i>compagnons</i> que les Germains avoient donnés à leurs princes +avoient pour fonction spéciale de les <i>conseiller</i> dans l'administration +de la justice<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Go to footnote 160"><span class="smaller normal">[160]</span></a>. Après la conquête, ces conseillers du roi +continuèrent d'être avec lui, l'aidant également à rendre la justice, ou +la rendant eux-mêmes en son nom; on trouve en effet qu'ils jugeoient en +son absence comme en sa présence, et que le comte <i>palatin</i><a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Go to footnote 161"><span class="smaller normal">[161]</span></a>, qui +avoit son tribunal, sa juridiction particulière, n'étoit plus que +rapporteur auprès d'eux, parce que les causes qui se portoient devant +cette cour étoient au-dessus de sa compétence. Il y avoit deux classes +de ces conseillers du roi: les conseillers <i>éminents</i> <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> ou +<i>principaux</i>, qui étoient toujours choisis parmi les plus grands +personnages de l'État; et les conseillers <i>ordinaires</i> ou <i>inférieurs</i>. +Leur réunion composoit ce qu'on appeloit le <i>Palais du roi</i>, ou <i>la cour +de justice</i>.</p> + +<p>Lorsqu'elle étoit ainsi réunie, la juridiction de cette cour étoit fort +étendue. D'après les monuments qui nous en sont restés, il paroît que +toutes les causes criminelles pouvoient être jugées par le roi dans son +<i>Palais</i>; et l'histoire de la première race nous offre en effet des +exemples de semblables causes plaidées devant les <i>grands</i> ou les +<i>conseillers</i>, quoiqu'elles intéressassent des personnes du plus haut +rang<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Go to footnote 162"><span class="smaller normal">[162]</span></a>: mais il semble aussi qu'alors c'étoient seulement les +conseillers <i>éminents</i>, ou de première classe, qui jugeoient; et que les +conseillers <i>ordinaires</i> n'avoient point, dans ces causes importantes, +le droit de siéger avec eux.</p> + +<p>Le <i>Palais du roi</i>, ou sa cour de justice, étoit très-distinct de sa +<i>cour</i> proprement dite; et les anciennes chroniques distinguent +très-bien les officiers de la <i>cour du roi</i> ou de <i>sa maison</i>, des +officiers de <i>son Palais</i>. Cela est tellement vrai, que le lieu où +siégeoit cette cour de justice n'étoit pas toujours une dépendance du +manoir royal; et qu'alors les rois se rendoient de leur demeure au +palais, lorsque leur présence y étoit absolument <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> nécessaire, +ce qui arriva surtout sous les rois fainéants<a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Go to footnote 163"><span class="smaller normal">[163]</span></a>.</p> + +<p>La <i>cour du Palais</i> subsista dans les premiers temps de la troisième +race, fort peu différente de ce qu'elle avoit été sous la première et +sous la seconde, mais il paroît qu'alors elle changea moins souvent de +lieu, et que Paris fut sa résidence la plus ordinaire<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Go to footnote 164"><span class="smaller normal">[164]</span></a>. Un monument +du règne de Louis VI nous apprend qu'elle s'appeloit alors, la <i>suprême +cour royale</i>, et que les <i>conseillers</i> qui la composoient rendoient la +justice avec le roi ou en son nom<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Go to footnote 165"><span class="smaller normal">[165]</span></a>.</p> + +<p>Lorsque, dans les nombreux tribunaux qui rendoient la justice dans +toutes les parties de la France, une affaire étoit de nature à être +<i>ajournée</i>, c'étoit toujours en la cour du roi que se faisoit +l'<i>ajournement</i>. C'étoit là le tribunal permanent de l'État, celui à qui +appartenoit l'instruction de toute espèce de cause, sans qu'il fût +nécessaire d'y adjoindre d'autres juges, si ce n'est dans quelques cas +extraordinaires et prévus.</p> + +<p>En établissant que la cour ou le <i>Palais</i> du roi avoit compétence pour +juger toutes les causes, nous avons néanmoins fait cette distinction +importante, et qu'il ne faut point oublier, que, parmi <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> ces +causes, celles qui intéressoient les barons et les grands vassaux +n'entroient dans ses attributions que lorsque cette cour se trouvoit +complétée par la présence à ses délibérations des conseillers +<i>éminents</i>, et alors sa juridiction étoit fort étendue<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Go to footnote 166"><span class="smaller normal">[166]</span></a>; mais comme +ces grands personnages ne faisoient pas leur séjour ordinaire à la cour +du roi, il en résultoit que, dès qu'ils l'avoient désertée, elle perdoit +la partie la plus importante de sa juridiction, et se voyoit forcée de +renvoyer un grand nombre de causes au <i>plaid général</i> du Champ-de-Mars, +où elles étoient jugées, non par l'assemblée entière dont ce plaid étoit +composé, mais par quelques-uns de ces conseillers <i>principaux</i> qu'on ne +manquoit point d'y trouver, et dont la présence eût été nécessaire pour +valider, dans ces mêmes causes, le jugement de la cour. Ceci toutefois +n'empêchoit point que ce tribunal ne fût dans une activité continuelle; +et en effet plusieurs capitulaires font foi que la cour du Palais tenoit +tous les jours ses audiences, et prononçoit tous les jours des +jugements. Elle se maintint en cet état, tant que le gouvernement féodal +conserva lui-même sa hiérarchie primitive <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> et ses justes +rapports de subordination envers le souverain; mais à mesure que le +malheur des temps fournit aux seigneurs l'occasion de se rendre plus +indépendants, la puissance de cette cour de justice fut aussi par degrés +renfermée dans des bornes plus étroites, parce que tout seigneur étant +devenu <i>propriétaire</i>, et tout homme libre ayant été forcé de se rendre +vassal, toute appellation dut être jugée dans le <i>plaid général</i>, où +chaque suzerain étoit dans l'obligation de présenter son vassal en <i>la +cour du roi</i><a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Go to footnote 167"><span class="smaller normal">[167]</span></a>. Alors les fonctions de la cour du Palais se bornèrent +à préparer le jugement des plus grandes causes par des enquêtes, à +prononcer sur les questions incidentes, à juger de quelques affaires de +peu d'importance et entre gens de médiocre condition.</p> + +<p>Toutes ces variations dans les attributions de la cour royale de justice +prenoient leur source dans cet antique usage qu'une pratique constante +et les préjugés les plus chers de la nation avoient consacré de temps +immémorial, «qu'un <i>homme</i> libre ne pouvoit être jugé que par ses pairs, +du moins dans tout ce qui touchoit à ses droits les plus essentiels, +tels que les biens, l'honneur et la vie.» Ainsi la puissance qu'avoit la +cour <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> de juger s'étendoit ou se rétrécissoit, selon que la +qualité de ceux qui la composoient augmentoit ou diminuoit le nombre de +ceux qui en étoient justiciables. C'est dans cette coutume qu'il faut +chercher l'institution de la pairie<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Go to footnote 168"><span class="smaller normal">[168]</span></a>, institution qui donna plus de +fixité à la compétence de ce tribunal suprême. Tout porte à croire que +la pairie commença sous Philippe-Auguste; et il résulta de cet heureux +établissement que les barons et les pairs eux-mêmes devinrent +justiciables de la cour <i>suffisamment garnie de pairs</i>, sans que les +autres conseillers pussent en être exclus.</p> + +<p>Cette première disposition en amena une autre; et l'autorité de la cour +acquit un nouveau degré de solidité par une ordonnance de +Philippe-le-Bel<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Go to footnote 169"><span class="smaller normal">[169]</span></a>, qui établit qu'elle seroit continuellement +présidée par deux prélats ou deux personnes laïques <i>bonnes et +suffisantes</i>, c'est-à-dire deux conseillers <i>principaux</i>; et il est +très-remarquable que, <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> tout le temps que ces personnages +<i>éminents</i> la présidoient, la cour prenoit le nom de <i>parlement</i>, terme +générique qui ne signifie autre chose qu'assemblée<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Go to footnote 170"><span class="smaller normal">[170]</span></a>. La durée de +cette assemblée étoit dans le principe de deux mois; et dès que ce terme +étoit expiré et que les présidents s'étoient retirés, ce tribunal +n'étoit plus <i>parlement</i>, mais prenoit alors le nom tantôt de <i>cour des +enquêtes</i>, tantôt de <i>cour des requêtes</i>; parce qu'elle rentroit alors +dans les anciennes limites où l'avoit de tout temps renfermée l'absence +des conseillers principaux, le même principe amenant constamment les +mêmes conséquences.</p> + +<p>Puisque la qualité de son président décidoit de la compétence plus ou +moins grande de la cour, il est facile de concevoir qu'il suffisoit +d'établir un grand président qui dût siéger pendant tout le cours de +l'année, pour faire de la cour royale un <i>parlement perpétuel</i>. C'est ce +qui fut enfin <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> établi par une ordonnance de 1320; et dès lors +il n'y eut plus d'autre intervalle pour la tenue des <i>parlements</i>, que +le temps des <i>vacations</i>, où ce qui restoit de conseillers, et les +fonctions qu'ils exerçoient, offroient une image exacte de ce qu'avoit +été autrefois la cour du roi pendant l'absence de ses conseillers +<i>principaux</i>.</p> + +<p>Dans cette organisation définitive, le <i>parlement</i> conserva tous les +droits qu'il avoit comme <i>cour de justice</i> du roi, tous ceux qu'il avoit +comme <i>conseil du roi</i>, et nous allons bientôt parler de ceux-ci; et +toutefois ces droits varioient suivant que le roi assistoit ou +n'assistoit pas à ses séances<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Go to footnote 171"><span class="smaller normal">[171]</span></a>.</p> + +<p>Quant aux droits qui ne lui avoient appartenu que dans le cas où il +avoit été garni d'un nombre suffisant de pairs et de barons, ils ne lui +restèrent qu'aux mêmes conditions; et la noblesse conserva le privilége +de n'être jugée que par ses pairs, et dans l'audience solennelle du +parlement. Du reste le parlement, devenu sédentaire, n'eut jamais aucun +des droits qu'avoient eus les <i>parlements</i> considérés comme <i>assemblée +générale de la nation</i>; il n'est point de faits historiques <span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> +plus attestés que ceux qui établissent cette différence essentielle, et +il n'y a qu'une grande ignorance des <i>origines</i> de notre monarchie qui +ait pu faire confondre des institutions d'une nature et d'un caractère +si différents<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Go to footnote 172"><span class="smaller normal">[172]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> Heureux lui-même le parlement de Paris s'il eût toujours +respecté ces vraies bornes d'une autorité qui, prenant sa source dans le +pouvoir souverain, ne pouvoit avoir d'existence légitime qu'en lui et +par lui; s'il n'eût point, abusant des priviléges que lui avoit +accordés, dans l'intérêt des peuples, la bonté paternelle de nos rois, +considéré et défendu comme des <i>droits</i> ce qu'il n'avoit obtenu que +comme des <i>concessions</i>; s'il n'eût point follement rêvé qu'il étoit la +<span class="smcap">vraie cour de France</span>, le <span class="smcap">PARLEMENT DE LA NATION</span>, et qu'il lui +appartenoit de lutter contre la volonté de ces mêmes rois dont il +n'étoit que le <span class="smcap">CONSEILLER</span> et le <span class="smcap">SERVITEUR</span>! Il existeroit encore; et +l'ancienne monarchie françoise, à la ruine de laquelle il a si +aveuglément contribué, existeroit tout entière avec lui. Nous aurons +occasion de signaler, dans la suite de cette histoire, ces empiétements +successifs de la <i>cour de justice du roi</i> sur l'autorité royale; cet +esprit d'indépendance, d'opposition, de mutinerie, qui rendit +quelquefois le parlement ridicule, même alors qu'il étoit dangereux, +esprit de jalousie et d'orgueil qui n'avoit de force que lorsque le +pouvoir montroit de la foiblesse, qui le <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> poussa d'abord à +s'unir à des rebelles contre le roi, qui l'unit ensuite à des sectaires +contre l'Église, et finit par en faire le fléau de l'Église et du roi.</p> + +<p>Maintenant que nous avons éclairci, autant qu'il étoit en nous de le +faire, le point le plus obscur et le plus intéressant de cette question +importante, il nous suffira de présenter un tableau des modifications +diverses qu'éprouva, dans son organisation intérieure, le parlement de +Paris, depuis le moment où l'ordonnance de Philippe-le-Bel eut rendu son +autorité moins variable, et son existence plus assurée.</p> + +<p>Avant cette ordonnance fameuse de 1302, une autre ordonnance du même +prince, de l'année 1291, avoit déjà fixé ce qui avoit rapport à cette +organisation intérieure de sa cour de justice. Suivant cette ordonnance, +elle devoit être composée d'une cour ou chambre des plaids<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Go to footnote 173"><span class="smaller normal">[173]</span></a>, de deux +<span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> chambres des requêtes<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Go to footnote 174"><span class="smaller normal">[174]</span></a>, et d'une chambre des enquêtes. +Dans la première chambre des requêtes, instituée pour les sénéchaussées +et les pays de droit <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> écrit, on comptoit cinq membres du +conseil du roi, et trois seulement dans la seconde, qui régloit les +affaires des autres provinces. Il y avoit dans la même chambre des +enquêtes<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Go to footnote 175"><span class="smaller normal">[175]</span></a> huit membres du conseil, moitié clercs et moitié laïques, +qui siégeoient alternativement, partagés en deux compagnies. Le nombre +des membres de la chambre des plaids n'étoit point marqué.</p> + +<p>En 1304, deux ans après l'ordonnance dont nous venons de parler, on +trouve que la chambre des plaids étoit composée de treize clercs et d'un +pareil nombre de laïques, au-dessus desquels étoient les deux prélats et +les deux seigneurs de la cour nommés par le roi, qui devoient la +présider. Les deux chambres des requêtes pour la <i>langue d'oc</i> et pour +la <i>langue française</i> comptoient chacune cinq membres, et c'étoit +toujours un évêque qui présidoit celle des enquêtes. L'établissement +<span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> du parlement de Toulouse fut cause que peu de temps après on +supprima une des chambres des requêtes. Celle qui resta ne fut composée +que de quatre <i>maîtres</i>; c'étoit ainsi qu'on appeloit les membres de +cette chambre et de celle des plaids, dite la <i>grand'chambre</i>; tandis +que ceux de la chambre des enquêtes étoient nommés <i>jugeurs</i> et +<i>rapporteurs</i>.</p> + +<p>Cet ordre fut observé jusqu'en 1319, que Philippe-le-Long y apporta +quelque changement, en réduisant à huit le nombre des clercs<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Go to footnote 176"><span class="smaller normal">[176]</span></a> dans +la grand'chambre, tandis qu'il y laissa douze laïques, sans compter le +chancelier. En créant une seconde chambre des enquêtes, il ordonna que, +sur les deux, l'une devoit connoître des enquêtes du temps passé +jusqu'au jour de son ordonnance; et l'autre, des enquêtes qui +<i>adviendroient de ce jour en avant</i>. Il voulut qu'en ces deux chambres +il y eût vingt conseillers clercs et trente laïques, dont seize seroient +<i>jugeurs</i> et les autres <i>rapporteurs</i>. Il établit aussi la chambre des +requêtes du palais, laquelle ne fut d'abord composée que de cinq +membres, trois clercs qualifiés du titre de <i>maîtres</i>, et deux laïques +désignés sous celui de <i>messires</i>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> Il y avoit dès lors, et même dès 1318, au moins deux des +laïques de grand'chambre revêtus de la qualité de président; il y en +avoit trois en 1342. Philippe de Valois ordonna cette année qu'à la fin +de chaque séance ces trois maîtres présidents et dix membres de son +conseil nommés par lui s'assembleroient pour régler le nombre des +conseillers dont les diverses chambres du parlement seroient composées +dans la séance suivante; ce qui prouve qu'il n'y avoit encore rien de +fixe à cet égard.</p> + +<p>Tel fut le premier état du parlement. Nos rois s'y rendoient alors +très-souvent, soit pour juger des causes particulières, soit pour faire +des réglements généraux; et ils y étoient suivis des gens du conseil et +de ceux des comptes. L'usage de faire des rôles à la fin de chaque +séance pour la composition du parlement suivant, dura sans interruption +jusqu'au règne de Charles VI, qu'à la faveur des troubles qui agitèrent +alors le royaume, ceux qui se trouvèrent en place de présidents et de +conseillers se continuèrent d'eux-mêmes dans leurs fonctions.</p> + +<p>Cependant les membres de cette cour souveraine continuèrent à être +pourvus gratuitement de leurs offices par le roi, d'après la nomination +qui en avoit été faite par le corps entier, lorsque quelque place venoit +à vaquer; ce fut François I<sup>er</sup> qui introduisit la vénalité des +charges. Les remontrances que le parlement fit si inutilement <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> +à ce sujet sous le règne de ce prince furent renouvelées par les états +d'Orléans en 1560, et par l'assemblée des notables en 1583, avec aussi +peu de succès. Comme il y avoit déjà long-temps que les élections +étoient abolies, et que les rois, disposant à leur gré des places +vacantes, donnoient souvent à des gens mariés celles qui étoient, dans +le principe, affectées aux clercs, il se trouva que le nombre des +laïques finit par l'emporter de beaucoup sur celui des ecclésiastiques. +Enfin Henri III fixa, en 1589, le nombre de ces derniers à quarante, y +compris les présidents des enquêtes.</p> + +<p>François I<sup>er</sup>, qui introduisit de si grandes nouveautés dans le +parlement, y rendit <i>perpétuelle</i> la <i>tournelle</i><a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Go to footnote 177"><span class="smaller normal">[177]</span></a>, déjà érigée en +chambre particulière dès 1436; il confirma aussi la chambre des +<i>vacations</i><a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Go to footnote 178"><span class="smaller normal">[178]</span></a>, créée en 1405 par Charles VI, et maintenue par une +ordonnance de Louis XII, de 1499.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Pendant long-temps il n'est point fait mention du procureur +général et des avocats généraux du roi au parlement. Les procureurs du +roi, établis dans les bailliages et sénéchaussées, venoient alors à +Paris pour les causes dont il avoit été appelé au parlement. Ce n'est +qu'en 1331 qu'il est parlé pour la première fois du procureur général, +dont les attributions étoient de poursuivre les criminels et les +usurpateurs soit des biens de la couronne, soit de ceux des +particuliers. Les avocats généraux furent créés ensuite pour lui servir +d'auxiliaires. C'étoit à ce magistrat qu'appartenoit le droit de tenir +les <i>mercuriales</i><a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Go to footnote 179"><span class="smaller normal">[179]</span></a>, assemblées ainsi nommées parce qu'elles se +tenoient le mercredi.</p> + +<p>Dans les derniers temps, le parlement étoit composé de la grand'chambre, +de trois chambres des enquêtes et d'une des requêtes.</p> + +<p>Il y avoit dans la grand'chambre, outre le <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> premier président, +neuf présidents à mortier, vingt-cinq conseillers laïques, douze +conseillers clercs, trois avocats généraux et un procureur général. Les +cinq présidents les plus nouveaux servoient à la tournelle; les +conseillers laïques y servoient aussi par semestre; mais les conseillers +clercs ne quittoient jamais la grand'chambre; et s'ils alloient à la +tournelle, c'étoit seulement dans certains cas où il y avoit assemblée +de tournelle et de grand'chambre réunies.</p> + +<p>La tournelle criminelle étoit composée de cinq présidents à mortier, de +six conseillers laïques de la grand'chambre, et de deux de chacune des +enquêtes.</p> + +<p>Les trois chambres des enquêtes étoient composées chacune de deux +présidents et de soixante-six conseillers.</p> + +<p>Celle des requêtes du palais avoit deux présidents et quatorze +conseillers.</p> + +<p>La chambre des requêtes de l'hôtel étoit composée de maîtres des +requêtes. Elle connoissoit des causes des officiers privilégiés.</p> + +<p>Anciennement il n'y avoit au parlement de Paris qu'un greffier en chef +civil; un édit du roi, de l'an 1709, créa quatre offices de greffiers en +chef, lesquels furent de nouveau abolis en 1716, pour remettre les +choses sur l'ancien pied. On y comptoit, en outre, un greffier en chef +au criminel, un greffier des présentations, un des affirmations +<span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> de voyage; des greffiers plumitifs de la grand'chambre, des +greffiers garde-sacs de la tournelle, etc., un grand nombre d'huissiers, +de procureurs, d'avocats, etc., etc.</p> + +<p>Les ducs et pairs<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Go to footnote 180"><span class="smaller normal">[180]</span></a>, dit Sauval, soit qu'ils fussent princes ou même +fils de France, les rois et reines de Navarre, etc., étoient jadis +obligés de donner des roses au parlement, en avril, mai et juin. On +ignore la cause d'une semblable coutume, et l'on n'est pas non plus fort +instruit sur la manière dont elle s'observoit. Nous sommes seulement +<span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> certains que le pair qui étoit appelé à faire cette cérémonie +faisoit joncher de roses, de fleurs et d'herbes odoriférantes toutes les +chambres du parlement, et avant l'audience réunissoit dans un déjeuner +splendide les présidents, les conseillers, et même les greffiers et +huissiers de la cour. Il alloit ensuite dans chaque chambre, faisant +porter devant lui un grand bassin d'argent, lequel contenoit autant de +bouquets de roses, d'œillets, et d'autres fleurs de soie ou +naturelles, qu'il y avoit d'officiers, avec un pareil nombre de +couronnes composées des mêmes fleurs et rehaussées de ses armes. On lui +donnoit ensuite audience dans la grand'chambre, puis il assistoit à la +messe avec le parlement entier. Tant que duroit la cérémonie, l'audience +exceptée, il y avoit un concert de haut bois qui alloit ensuite donner +des sérénades aux présidents avant leur dîner. Il faut observer de plus, +1<sup>o</sup> que celui qui écrivoit sous le greffier avoit son droit de roses; +2<sup>o</sup> que le parlement avoit son faiseur de roses, appelé le <i>rosier de la +cour</i>; 3<sup>o</sup> que les pairs devoient acheter de lui celles dont se +composoient leurs présents. La présentation des roses se faisoit +généralement par tous ceux qui avoient des pairies dans le ressort du +parlement de Paris.</p> + +<p>Sous le règne de François I<sup>er</sup>, il y eut, dit Hénault, dispute entre +le duc de Montpensier et le duc de Nevers, sur la <i>baillée des roses</i> au +parlement. <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> Le parlement ordonna que le duc de Montpensier les +bailleroit le premier, à cause de sa qualité de prince du sang, quoique +le duc de Nevers fût plus ancien pair que lui. Parmi les princes du sang +qui se soumirent à cette cérémonie, on compte encore les ducs de +Vendôme, de Beaumont, d'Angoulême, et beaucoup d'autres. On trouve même +qu'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, s'y assujettit en qualité de duc +de Vendôme. Henri IV, n'étant encore que roi de Navarre, justifia au +procureur général que ni lui, ni ses prédécesseurs, n'avoient jamais +manqué de satisfaire à cette redevance. Elle a cessé entièrement dans le +dix-septième siècle, sans qu'on en puisse fixer précisément l'époque. Il +y a quelque apparence que ce fut sous le ministère du cardinal de +Richelieu.</p> + +<p>Le costume des membres du parlement varioit suivant leur rang et leur +qualité. Les princes du sang, les pairs laïques et le gouverneur de +Paris s'y rendoient, vêtus d'un habit de drap d'or ou de velours, ou de +drap noir recouvert d'un manteau, coiffés d'une toque ou bonnet de +velours garni de plumes, et l'épée au côté; l'habit des pairs +ecclésiastiques se composoit d'un rochet et d'une robe de satin violet, +fourrée d'hermine.</p> + +<p>Les présidents à mortier portoient le manteau <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> d'écarlate +fourré d'hermine, et le mortier de velours noir<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Go to footnote 181"><span class="smaller normal">[181]</span></a>. Le premier +président avoit deux galons d'or à son mortier: les autres n'en avoient +qu'un. Les conseillers, avocats et procureurs généraux étoient revêtus +d'une robe écarlate, et coiffés d'un chaperon rouge fourré d'hermine. +Les greffiers en chef portoient la robe rouge avec l'épitoge; et cette +robe étoit également affectée au greffier criminel, aux quatre +secrétaires de la cour et au premier huissier. Celui-ci étoit distingué +par un bonnet de drap d'or, fourré d'hermine et enrichi de perles. Ces +costumes n'ont subi depuis leur origine que peu de changements, et +peuvent, ainsi que celui des ecclésiastiques, nous donner quelque idée +des anciens costumes françois empruntés au vêtement romain dont ils +retracent en effet les formes principales.</p> + +<p>Nous avons dit que, sous la troisième race, le parlement tenoit +habituellement ses séances à Paris; à cet effet, saint Louis lui avoit +accordé à perpétuité plusieurs salles de son palais, et la chambre où se +tenoit la tournelle criminelle en avoit conservé le nom de chambre de +Saint-Louis. <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> La grand'chambre, à laquelle le vulgaire donnoit +le nom de <i>chambre dorée</i>, depuis qu'elle avoit été réparée par Louis +XII, étoit déjà le lieu d'assemblée du parlement avant Philippe-le-Bel, +et on l'appeloit la <span class="smcap">CHAMBRE DES PLAIDS</span>, <i>camera placitorum</i>. C'est ainsi +que le Palais, qui d'abord avoit été la demeure exclusive de nos rois, +se trouva successivement partagé entre eux et leur <i>conseil</i> ou <i>cour de +justice</i>.</p> + +<p>Après que Charles V l'eut quitté pour aller habiter l'hôtel Saint-Paul, +nous voyons Charles VI y revenir, et y demeurer à diverses époques. En +1410, lorsque les querelles entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne +remplissoient Paris de désordres et de séditions, ce prince malheureux, +qu'une maladie funeste réduisoit à la situation la plus affreuse où +puisse se trouver un roi, à cette extrémité de voir son autorité +impunément envahie par ceux qui étoient nés pour la défendre, et son +peuple victime de leurs dissensions ambitieuses, quitta de nouveau +l'hôtel Saint-Paul, où il ne se croyoit pas en sûreté, pour venir +s'établir au Palais. François I<sup>er</sup> y demeuroit encore 1531; et, cette +année-là, il rendit le pain bénit dans l'église de Saint-Barthélemi, en +qualité de premier paroissien.</p> + +<p>Charles V, encore dauphin et régent du royaume, habitoit le Palais, +lorsque Étienne Marcel, prévôt de Paris, et chef de la faction appelée +<span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> <i>la Jacquerie</i>, pénétra jusque dans sa chambre, et y fit +massacrer sous ses yeux Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et +Jean de Conflans, maréchal de Champagne. Les corps de ces deux seigneurs +furent traînés dans la cour, devant la pierre de marbre<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Go to footnote 182"><span class="smaller normal">[182]</span></a>, et là +abandonnés à tous les outrages d'une populace aveugle et révoltée.</p> + +<p>En 1383, avant l'accident terrible qui le priva entièrement de sa +raison, Charles VI, vainqueur des Flamands, ayant résolu de châtier +sévèrement la faction dite des <i>Maillotins</i>, qui, pendant son absence, +s'étoit livrée dans Paris aux plus horribles excès, parut dans cette +même cour aux yeux du peuple, au milieu de l'appareil le plus majestueux +et le plus formidable. Son trône avoit été placé sur un échafaud, où il +monta, accompagné des princes de son sang et des plus grands seigneurs +de sa cour, pour y prononcer sur le sort des factieux, qui étoient +encore dans les prisons; car les plus coupables avoient été exécutés +sur-le-champ. Cette cérémonie effraya tellement les familles de ces +malheureux, qu'on les vit accourir en foule lui criant <i>merci</i>, les +hommes, têtes nues, et les femmes échevelées. Le chancelier <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> +d'Orgemont fit un long discours, dans lequel il reprocha à cette +multitude ses révoltes, ses insolences, ses cruautés, et les outrages +qu'elle avoit faits à la majesté royale. Sa harangue finie, le roi +pardonna, à la prière de ses oncles, qui l'en supplièrent à genoux; et +le supplice que les coupables avoient mérité fut changé en une amende +pécuniaire.</p> + +<p>Cette place sembloit être destinée aux représentations solennelles; car +long-temps auparavant, en 1314, Philippe-le-Bel y avoit également paru +sur son trône, et dans tout l'appareil de sa puissance, pour demander un +emprunt aux députés des principales villes de son royaume, qu'il avoit +fait assembler<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Go to footnote 183"><span class="smaller normal">[183]</span></a>.</p> + +<p>La grand'salle de ce palais étoit aussi consacrée à des solennités +extraordinaires. C'étoit là qu'étoient reçus les ambassadeurs, que se +donnoient les festins d'apparat, que l'on faisoit les noces des enfants +de France. En 1378, Charles V y reçut l'empereur Charles IV, qui étoit +venu le visiter avec son fils Venceslas, roi des Romains. Les trois +souverains dînèrent dans la grand'salle, <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> au milieu d'une foule +de seigneurs; et après le repas on y joua devant eux une espèce de +tragédie, représentant la prise de Jérusalem par Godefroi de Bouillon. +L'empereur grec, Manuel Paléologue, et l'empereur Sigismond, roi de +Hongrie, y furent accueillis depuis par Charles VI, avec cette grandeur +et cette noblesse qui a toujours éclaté dans les procédés de nos rois +envers les souverains étrangers. Le dernier de ces deux princes en abusa +par d'étranges indiscrétions. Ayant eu la curiosité de voir plaider une +cause au parlement, il s'y assit sur le siége du roi, ce qui déplut +d'abord à tout le monde; mais le mécontentement fut à son comble +lorsqu'on le vit, au milieu de la séance, faire approcher une des deux +parties, à qui son adversaire reprochoit de ne pas être chevalier, et +lui faire gagner sa cause en lui donnant l'accolade et les éperons. +Toutefois on dissimula, «parce qu'il étoit, dit Sauval, partisan du duc +de Bourgogne, qui gouvernoit alors la France, et dont le parti étoit +tout-puissant.»</p> + +<p>Les voûtes de la grand'salle étoient autrefois en bois, et soutenues par +des piliers de même matière, enrichis de dorures, sur un fond couleur +d'azur; dans les espaces qui les séparoient, s'élevoient les statues de +nos rois, depuis Pharamond, avec une inscription qui apprenoit le nom de +chaque roi, la durée de son règne <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> et l'année de sa mort. À +l'un des bouts s'élevoit une chapelle que Louis XI avoit fait bâtir, et +qui fut reconstruite depuis. On voyoit à l'autre extrémité une table de +marbre de la plus grande dimension, sur laquelle se faisoient les +festins royaux. Les empereurs, les rois, les princes du sang, les pairs +de France et leurs femmes avoient seuls le droit d'y manger; on dressoit +d'autres tables pour le reste de la cour. Par un contraste assez +singulier, les clercs de la Basoche eurent, pendant près de trois +siècles, le privilége de faire de cette table le théâtre des <i>farces</i>, +<i>moralités</i> et <i>sotties</i> qu'ils représentoient dans le Palais.</p> + +<p>Le 7 mai de l'an 1618, un incendie, dont on n'a jamais pu connoître la +cause, détruisit cette salle antique et magnifique, la chapelle et une +grande partie des bâtiments du Palais. Ce fut alors que fut construite +la grand'salle que nous y voyons aujourd'hui. Un nouvel incendie, arrivé +le 10 janvier 1776, ayant consumé tous les bâtiments qui s'étendoient +depuis la galerie des prisonniers jusqu'à la Sainte-Chapelle, on acheva +d'en abattre les débris, pour y établir une construction nouvelle et +régulière, qui, accordant entre elles tant de parties incohérentes, +annonçât, avec quelque dignité, un édifice de cette importance. La +description de ces deux parties modernes du Palais est la seule qu'il +soit possible de faire; car on tenteroit vainement de donner l'histoire +<span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> de tous les changements survenus dans ce labyrinthe +inextricable de bâtisses, qui n'offrent plus que des fragments informes, +des souvenirs incertains, et dont deux accidents si terribles ont achevé +de rendre méconnoissables les plans primitifs.</p> + +<p>L'architecte du palais du Luxembourg, le célèbre Desbrosses, fut chargé +de la reconstruction de la grand'salle, et la termina en 1622. Elle se +compose de deux immenses nefs collatérales, voûtées en pierres de +taille, et séparées entre elles par un rang d'arcades qui portent sur +des piliers. De grands cintres vitrés, pratiqués à l'extrémité de chaque +nef, y répandent une lumière peut-être insuffisante; mais il n'en est +pas moins vrai que cette manière d'éclairer a quelque chose de noble et +d'imposant. La décoration en est d'ordre dorique, et cette sévérité +d'ornement convient à son caractère. Desbrosses s'y est permis, tant +dans l'ajustement de l'ordre lui-même que dans sa frise, des disparates +qu'on n'aime pas à rencontrer dans un genre d'architecture dont la +régularité fait la principale condition; les deux arcades du bout de la +salle présentent aussi quelque chose d'irrégulier, et l'on remarque +qu'il y a un demi-pilastre de moins du côté de la plus petite. Quoi +qu'il en soit, ce monument fait honneur au génie de l'architecte et à +celui de son siècle. Il présente dans sa disposition générale un +caractère de grandeur, une manière large et bien prononcée qui ne s'est +<span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> plus retrouvée depuis, même dans les édifices du siècle de +Louis XIV<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Go to footnote 184"><span class="smaller normal">[184]</span></a>.</p> + +<p>Le dépôt des archives, placé dans le comble au-dessus de ses voûtes, et +d'une construction beaucoup plus moderne, mérite d'être remarqué. Cette +pièce, qui renferme des registres et des manuscrits précieux échappés +aux précédents incendies, est d'une fabrication extrêmement ingénieuse, +et fait honneur à M. Antoine, son inventeur. La grand'salle, qu'on +appelle aussi <i>salle des pas perdus</i>, sert de promenoir aux gens du +Palais, et donne entrée dans diverses pièces plus ou moins étendues, +qui, de même que dans l'ancien ordre, renferment les tribunaux, les +greffes et autres services. Au reste, leurs distributions, qui se sont +opérées successivement, ne tiennent à aucun plan général, et n'offrent +aucun ensemble qui mérite d'être décrit.</p> + +<p>Il nous reste à faire connoître les nouveaux travaux qui ont été +exécutés pour opérer le raccordement des diverses parties du Palais, +après le dernier incendie, et avec l'intention d'y joindre une +décoration extérieure. La direction en fut confiée à MM. Moreau, +Desmaisons, Couture et Antoine, membres de l'Académie d'architecture; et +leur plan embrassa non-seulement la cour actuelle, mais un projet +d'alignement dans les rues <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> adjacentes, ainsi que la place +demi-circulaire qui fait face au principal corps-de-logis.</p> + +<p>Celui-ci est bâti au fond de la cour, sur un perron formé par un grand +escalier, dont l'élévation donne assez de noblesse à cette masse, peu +remarquable d'ailleurs par son caractère. Un corps avancé de quatre +colonnes doriques en orne la façade, composée du reste d'un rang +d'arcades à rez-de-chaussée, et de fenêtres en attique; une sorte de +dôme quadrangulaire couronne l'édifice. Au bas du perron, et de chaque +côté, sont deux arcades, dont l'une sert de passage, et l'autre donne +entrée dans la <i>Conciergerie</i>, prison bâtie sur le terrain où étoit +autrefois le jardin de nos rois. On le nommoit alors <i>le Préau du +Palais</i>.</p> + +<p>Les deux ailes de la cour sont composées d'un étage d'arcades à +rez-de-chaussée, servant de soubassement sur la rue à une ordonnance +dorique, dans la hauteur de laquelle sont compris deux étages. Dans +l'aile à droite est un grand escalier richement orné, par lequel on +entre dans la grand'salle du Palais. Une grille de fer qui ferme la cour +réunit ces deux ailes. Cet ouvrage est vanté, et peut avoir du mérite +sous le rapport de la serrurerie; mais les gens de goût voient avec +peine qu'on ait consacré une dépense considérable à un genre de travail +peu intéressant en lui-même, lorsqu'on pouvoit produire, à moins de +frais, et <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> par les moyens de l'architecture, une clôture plus +noble et plus analogue au monument. Les ornements, d'ailleurs, en sont +lourds et d'un mauvais choix<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Go to footnote 185"><span class="smaller normal">[185]</span></a>.</p> + +<p>Cette cour se nomme encore <i>cour du Mai</i>, à cause de l'ancien usage où +étoient les suppôts de la Basoche d'y planter tous les ans, le dernier +samedi du mois de mai, un arbre très-élevé, après avoir abattu celui de +l'année précédente. Des deux côtés de cet arbre étoient attachées les +armes de ce corps burlesque, lesquelles étoient d'azur à trois +écritoires d'or, avec deux anges pour support. On sait que la Basoche, +dont l'origine est très-ancienne, étoit une espèce de juridiction +composée de la communauté des clercs du parlement de Paris. Ils y +jugeoient les différends qui pouvoient naître entre eux, et quelquefois +même ils s'y exerçoient à plaider des causes sur des questions +difficiles et singulières. Ce tribunal avoit une foule d'offices et de +dignités, entre autres un chancelier, un trésorier, des maîtres des +requêtes. Il y avoit même autrefois un roi de la Basoche.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> CURIOSITÉS DU PALAIS DE JUSTICE.</p> + +<p class="center">TABLEAUX.</p> + + <p>Dans la chapelle de la cour, laquelle occupoit tout + l'avant-corps du milieu, les quatre Évangélistes, par + <i>Brenet</i>; la Foi, l'Espérance et la Charité, par <i>Renou</i>.</p> + + <p>Dans la deuxième chambre, un Christ par <i>Beauvoisin</i>.</p> + + <p>Dans la troisième chambre, un Christ, et le portrait de + Louis XIV, d'après <i>Largillière</i>, par <i>Giroux</i>.</p> + + <p>Dans la salle du conseil, un Christ, et le portrait de Louis + XVI, par <i>Guérin</i>.</p> + + <p>Dans les bâtimens de la chambre des comptes, plusieurs + tableaux du Christ par <i>Dumont le Romain</i>; la Madelaine au + pied de la croix, par <i>Bourdon</i>.</p> + +<p class="p2 center">SCULPTURES.</p> + + <p>Sur l'escalier qui conduisoit à la cour des aides, la statue + de la justice par <i>Gois</i>.</p> + + <p>Sur l'autel de la chapelle, un Christ par <i>Bouchardon</i>; les + médaillons de Charlemagne et de saint Louis par le même.</p> + + <p>Au-dessus de l'archivolte de l'entrée de la galerie + Mercière, le médaillon de Louis XVI; et deux statues + représentant l'Étude des lois et l'Éloquence, par <i>Lecomte</i>.</p> +</div> + +<p>Tel est l'état actuel du Palais: le nouveau plan que les circonstances +n'ont pas permis d'achever entièrement, en auroit coordonné toutes les +parties, dans lesquelles on remarque encore des irrégularités<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Go to footnote 186"><span class="smaller normal">[186]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> Vis-à-vis le pont au Change est une tour carrée qui, de ce +côté, forme l'angle des bâtiments du Palais, et en est une dépendance. +C'est là que fut placée la première grosse horloge qu'il y ait eu à +Paris. Elle fut faite en 1370, par un horloger allemand nommé Henri de +Vic, que Charles V fit venir en France. Le cadran en fut réparé sous le +règne de Henri III, décoré des figures de la Force et de la Justice; et +un même écusson y offroit réunies les armes de France et celles de +Pologne<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Go to footnote 187"><span class="smaller normal">[187]</span></a>. La cloche qu'on nommoit <i>tocsin du Palais</i>, et qui étoit +au sommet de cette tour, fut fondue à la même époque; et l'on voit +encore, dans la partie la plus élevée, le petit <i>lanternon</i> au milieu +duquel elle étoit suspendue.</p> + +<p>Dans l'enceinte de la cour du Palais, et vis-à-vis la Sainte-Chapelle, +étoit une petite église sous l'invocation de Saint-Michel, dont +l'érection remonte au-delà du règne de Philippe-Auguste. Elle a donné +son nom au pont du petit cours de l'eau qui lui étoit parallèle, et à la +partie de la rue de la Barillerie qui aboutit à ce pont. Cette église a +été démolie lors des nouvelles constructions.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> Dans la même cour, vis-à-vis la façade de la même chapelle, est +le bâtiment nouveau de la chambre des comptes, lequel n'a rien de +remarquable dans son architecture; l'ancien qu'il a remplacé avoit été +élevé sous Louis XI, et fut aussi détruit par un incendie en 1737; de +manière que tous les monuments que renferme cette enceinte ont été tour +à tour la proie des flammes. Une arcade placée sur le flanc gauche de +cet édifice, et dont les ornements ont été sculptés par le célèbre <i>Jean +Goujon</i>, sert de communication avec l'hôtel dans lequel demeuroit +autrefois le premier président de cette cour.</p> + +<p>Derrière ces édifices sont encore l'hôtel et le jardin de la première +présidence du parlement<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Go to footnote 188"><span class="smaller normal">[188]</span></a>. Un passage ouvert dans le milieu de la rue +de Harlay conduit dans la cour Neuve<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Go to footnote 189"><span class="smaller normal">[189]</span></a>, par laquelle on entre dans la +partie postérieure du Palais, et de là, dans la galerie dite des +<i>Merciers</i>; la communication avec la Sainte-Chapelle se fait par une +galerie latérale en face du perron.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> GRAND CONSEIL, CHAMBRE DES COMPTES, COUR DES AIDES.</h2> + +<h3>GRAND CONSEIL.</h3> + +<p>Par tout ce que nous avons dit sur l'origine du parlement, nous croyons +avoir assez prouvé que la plus grande de toutes les erreurs seroit de +supposer que tous les droits et toutes les fonctions qui avoient +appartenu à la totalité des conseillers royaux, formant ce que nous +avons appelé <i>la cour du roi</i>, eussent été transportés à cette portion +de son conseil qui fut députée pour tenir <i>sa cour de justice</i>. Et en +effet nous avons vu que, suivant que le roi y assistoit, ou qu'elle +étoit suffisamment garnie de pairs, ou qu'elle étoit présidée par des +conseillers <i>principaux</i>, ou qu'elle se composoit seulement de ses +conseillers <i>ordinaires</i>, cette cour changeoit de caractère, de +compétence et d'attributions. Ces distinctions ne cessèrent point d'être +observées, après que nos rois eurent établi la permanence du parlement.</p> + +<p>La cour de justice ou <i>parlement</i> n'étoit donc, nous le répétons, qu'une +<i>députation</i> de conseillers du roi. Cette députation ne fut certainement +<span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> pas unique; et la multiplicité des affaires obligea le +souverain de partager son conseil en plusieurs chambres, à chacune +desquelles furent attribuées la connoissance et la discussion d'une +certaine espèce d'affaires. Ainsi émanèrent de la même source toutes les +cours ayant suprême juridiction; ainsi, dans l'administration générale +du royaume, suivant les temps et selon que la prérogative royale étoit +plus ou moins étendue, tout sortoit du roi et tout y retournoit.</p> + +<p>Le parlement n'étoit donc point le conseil suprême ou <i>grand conseil</i> du +roi, puisque l'on trouve des ordonnances rendues par ce <i>grand conseil</i>, +hors de Paris, et lorsque le parlement étoit déjà sédentaire dans cette +capitale<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Go to footnote 190"><span class="smaller normal">[190]</span></a>. Il nous sera facile de faire comprendre ce qu'il étoit.</p> + +<p>Nous avons dit que le parlement n'étoit qu'une députation de conseillers +royaux: il faut ajouter qu'il ne se composoit même que de la moindre +partie de ces conseillers. Presque tous les autres demeuroient auprès de +la personne du monarque; et il arrivoit souvent que lorsque le parlement +ne tenoit point ses séances, la plupart des conseillers qui formoient +cette cour de justice étoient appelés <span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> auprès de lui. +Quelquefois le roi lui-même se rendoit à la chambre; et dans l'un et +l'autre cas, les conseillers, réunis en sa présence, se formoient en +conseil, <i>ponebant se ad concilium</i><a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Go to footnote 191"><span class="smaller normal">[191]</span></a>; et cette réunion étoit appelée +le <i>grand conseil</i>, où les membres du parlement étoient admis au même +titre que les autres membres du conseil, et en raison de leur seule +qualité de <i>conseillers</i><a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Go to footnote 192"><span class="smaller normal">[192]</span></a>.</p> + +<p>Ainsi varioient, il faut le dire encore, les droits de toute assemblée +de ce genre, selon que le roi étoit absent ou présent; et soit qu'il +assistât au conseil <i>commun, toutes les chambres assemblées</i>, et tînt ce +que depuis on a appelé <i>lit de justice</i>, soit qu'il présidât lui-même +son conseil, ce n'étoit que dans ces circonstances solennelles que se +pouvoient faire ces actes d'autorité souveraine que l'on nommoit +<i>ordonnances</i>. En un tel cas, la formule étoit: <i>le roi et son conseil +veulent. Le roi et son conseil entendent. Ordonnance faite par <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> +la cour de notre</i> <span class="smcap">SEIGNEUR ROI</span> <i>et de son commandement</i><a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Go to footnote 193"><span class="smaller normal">[193]</span></a>.</p> + +<p>Du temps où la législation appartenoit aux assemblées de la nation, ce +conseil du roi n'avoit, en ce qui touchoit l'administration générale du +royaume, qu'une autorité très-foible et très-bornée; mais il reprenoit +naturellement l'autorité suprême dans tout ce qui concernoit +l'administration particulière des domaines du roi, ses finances, la +bourgeoisie et la police de ses villes. Sur ces points qui n'étoient pas +d'un intérêt général, il faisoit tout réglement qu'il lui plaisoit de +faire. Ce même droit, le roi et son conseil l'avoient encore en ce qui +concernoit l'administration de la justice: c'est-à-dire qu'ils pouvoient +faire, sans déroger toutefois au droit de chacun, tel réglement qu'ils +jugeoient le meilleur pour en assurer l'exécution. <span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> Ces +réglements, compris d'abord sous le titre générique de <i>capitulaires</i>, +reçurent par la suite le nom particulier d'<i>établissements</i><a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Go to footnote 194"><span class="smaller normal">[194]</span></a> et +d'<i>ordonnances</i>, ce dernier mot n'ayant point alors toute l'acception +qu'on lui a donnée depuis. Ce fut par une <i>ordonnance</i> que, sans déroger +aux droits des pairs et de la noblesse, Philippe-le-Bel détermina la +forme qu'il prétendoit donner à sa cour de justice séante à Paris. +L'interprétation des lois appartenoit encore au conseil du roi, pourvu +que, dans cette interprétation, il fît simplement un acte judiciaire, +l'<i>explication</i> d'un doute, et non un acte de législation. C'est là +l'origine de ce que l'on a depuis appelé <i>déclaration</i>. En un mot, tant +qu'il y eut des barons de la couronne, le roi ne put faire avec son +conseil aucune <i>ordonnance</i> ou <i>établissement</i> qui dût être reçu dans le +royaume entier. «Tels réglements, dit Beaumanoir; estoient espéciaument +pour son domaine; et li barons ne laissoient pas à user en leurs terres +selon les anchiennes coutumes<a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Go to footnote 195"><span class="smaller normal">[195]</span></a>. Mais quand li establissement +<span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> est généraux<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Go to footnote 196"><span class="smaller normal">[196]</span></a>, il doit <i>courre</i> dans tout le royaume; et +nous devons croire que tel establissement est fait par <i>très-grand +conseil</i> et pour le commun pourfit....» Ainsi donc, lorsque les grandes +baronnies eurent été réunies au domaine de la couronne, les +<i>établissements</i> et <i>ordonnances</i> du roi durent <i>courir</i> dans la France +entière; et le pouvoir législatif se trouva de droit réuni dans la +personne du monarque, assisté de son conseil.</p> + +<p>Il en fut de même de l'administration de la justice: et en effet la +réunion des trois grandes pairies, qui étoient les trois plus grands +fiefs de la couronne, ayant rendu le roi seigneur immédiat de trois +grandes provinces, la Normandie, le comté de Toulouse ou le Languedoc, +et le comté de Champagne, la justice dut y être rendue au nom du nouveau +seigneur. Il fallut donc y pourvoir, et y remplacer les cours +provinciales qu'y avoient formées les barons avec leurs conseillers ou +assesseurs. Que fit le roi de France pour les remplacer? rien autre +chose que <i>députer</i> des conseillers, les uns pour tenir l'<i>échiquier</i> de +Normandie, les autres pour tenir les <i>grands jours</i> de Troyes, d'autres +encore pour former le parlement de Toulouse; <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> puis, par des +réglements nouveaux, ces députations devinrent par la suite des cours +souveraines et permanentes. L'érection successive des autres parlements +dans différentes villes du royaume a partout la même origine. Sur la +demande expresse ou présumée des habitants de ne plus relever leurs +appellations par-devant la cour de justice qui avoit été rendue +sédentaire à Paris, les rois créoient un certain nombre de conseillers +avec attribution des fonctions essentielles à une cour royale; et la +justice se rendoit par eux dans les provinces, au même titre que le +faisoit le parlement de Paris, parce que les conseillers qui formoient +ces cours souveraines étoient <i>conseillers</i> au même titre que ceux dont +se composoit ce parlement, qui n'avoit sur eux d'autre avantage que +celui d'une plus grande ancienneté.</p> + +<p>De même il plut à nos rois d'employer à des fonctions particulières, de +donner une attribution spéciale à cette portion de leurs conseillers qui +demeuroient auprès d'eux sans emploi particulier, et dont ils s'étoient +servis comme de leur <i>conseil suprême</i> ou <i>grand conseil</i>, chaque fois +qu'il leur avoit plu de leur communiquer la plénitude du pouvoir +souverain en présidant à leurs séances; car, dans un tel cas, ce conseil +avoit l'administration générale des affaires, faisoit des +<i>établissements</i> et des <i>ordonnances</i>, soit que le parlement fût appelé +à y délibérer, soit qu'il ne le fût pas; et, on ne sauroit <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> se +lasser de le répéter, la présence du roi faisoit seule toute leur +compétence, quel que fût leur nombre, et même, quelle que fût leur +qualité. Charles VIII fut le premier qui donna une forme permanente à ce +conseil<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Go to footnote 197"><span class="smaller normal">[197]</span></a>, l'érigeant en compagnie avec cour souveraine et collége +d'officiers, lui conservant le nom de <i>grand conseil</i>, et lui attribuant +la connoissance et la décision d'une partie des affaires dont il étoit +appelé à connoître lorsqu'il avoit été <i>conseil du roi</i>, et délibérant +sous sa présidence.</p> + +<p>Louis XII confirma depuis cet établissement, et augmenta le nombre de +ses membres, le portant à vingt conseillers, qu'il distribua en deux +semestres.</p> + +<p>Le grand conseil, ainsi composé et réformé par Louis XII, continua de +connoître de toutes les mêmes affaires qui auparavant avoient été de son +ressort. Son occupation la plus continuelle étoit celle du réglement des +cours et des officiers; il connoissoit aussi de tous les dons et brevets +du roi, de l'administration de ses domaines, de toutes les <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> +matières qui étoient sous la direction des grands et des principaux +officiers, et des affaires, tant de justice que de police de la maison +du roi; beaucoup d'affaires particulières y étoient aussi introduites, +soit par le renvoi que le roi lui faisoit des placets qui lui étoient +présentés, soit par le consentement des parties.</p> + +<p>Depuis ce temps, nos rois lui ont attribué exclusivement la connoissance +de plusieurs matières presque toutes relatives à sa première +institution, telles que de décider des contrariétés et nullités +d'arrêts, d'être conservateur de la juridiction des présidiaux et des +prévôts des maréchaux, de veiller à l'exécution des brevets dans la +nomination accordée au prince de tous les grands bénéfices, d'être +chargé exclusivement des procès concernant les archevêchés, évêchés et +abbayes, etc., etc.</p> + +<p>Le roi a encore employé de tout temps le grand conseil pour établir une +jurisprudence uniforme dans tout le royaume sur certaines matières, +telles que les usures, les banqueroutes, etc.</p> + +<p>C'est par une raison à peu près semblable que la plupart des grands +ordres avoient obtenu le droit d'évocation au grand conseil, afin que le +régime et la discipline de ces grands corps ne fussent pas intervertis +par la diversité de jurisprudence, et qu'ils ne se vissent pas obligés +de disperser leurs membres dans tous les tribunaux. Les secrétaires du +roi et les trésoriers de France jouissoient de la même prérogative.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> Enfin le grand conseil a souvent suppléé les cours souveraines +pour le jugement de plusieurs affaires qui en ont été évoquées.</p> + +<p>Il seroit impossible d'entrer ici dans le détail de toutes les +attributions diverses dont le grand conseil a joui plus ou moins +long-temps. Il suffit d'avoir, par quelques exemples, donné une idée de +celles qui conviennent à son institution.</p> + +<p>Le chancelier étoit, depuis l'origine, seul chef et président né de +cette compagnie. Un conseiller d'état commis par lettres-patentes du roi +y présidoit à sa place pendant un an.</p> + +<p>Le grand conseil se composoit, dans les derniers temps de la monarchie, +1<sup>o</sup> de huit maîtres des requêtes qui étoient aussi présidents par +commission pendant quatre années; 2<sup>o</sup> des anciens présidents honoraires, +dont les offices avoient été supprimés; 3<sup>o</sup> de conseillers d'honneur, +dont le nombre n'étoit pas fixé; 4<sup>o</sup> de cinquante-quatre conseillers, +distribués, ainsi que les officiers précédents, en deux semestres. Il y +avoit en outre deux avocats généraux, un procureur général et douze +substituts; un greffier en chef, plusieurs greffiers pour la chambre, +les présentations et affirmations, les dépôts civils et criminels; cinq +secrétaires du roi servant près le grand conseil; un trésorier, des +huissiers, contrôleurs, procureurs, et autres officiers subalternes. +Tous ces officiers jouissoient de plusieurs priviléges, notamment de +ceux de <i>commensaux</i> <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> de la maison du roi. L'habit de cérémonie +des membres du grand conseil étoit la robe de satin noir.</p> + +<p>Cette compagnie étoit la seule de son espèce, et sa devise l'indiquoit: +<i>Unico universus</i>. Elle a tenu ses séances à Paris en divers endroits, +notamment au Louvre, aux Augustins, dans le cloître +Saint-Germain-l'Auxerrois. Enfin, par un arrêt du conseil d'état donné +en 1686, elle eut la permission de s'établir dans l'hôtel d'Aligre, où +elle est restée jusqu'au moment de la révolution.</p> + +<p>Toutefois nous en parlons ici, non-seulement parce que l'ordre et la +clarté des matières semblent le demander, mais encore parce que le grand +conseil, lorsqu'il était <i>conseil du roi</i>, se tenoit souvent à la +chambre des comptes; les résolutions qui y furent prises formèrent le +recueil d'ordonnances connu sous le titre d'<i>ordonnances rendues par le +conseil tenu en la chambre des comptes</i>.</p> + +<h3>CHAMBRE DES COMPTES.</h3> + +<p>Du même principe découlent constamment les mêmes conséquences. Nous +avons montré que, de tout temps, le <i>conseil du roi</i> partagea avec lui +le fardeau des affaires dans toutes les branches de l'administration; et +il n'est pas besoin de dire que les finances n'en furent point +exceptées. Nos souverains l'établirent eux-mêmes juge entre eux et +<span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> leurs sujets, dans les contestations qui s'élevoient à +l'occasion de la répartition et de la levée des impôts. C'étoit le +conseil du roi qui gardoit son trésor, qui examinoit les comptes des +baillis, sénéchaux et autres receveurs royaux; et<a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Go to footnote 198"><span class="smaller normal">[198]</span></a> l'on députoit à +cet effet des maîtres de la cour<a id="footnotetag199" name="footnotetag199"></a><a href="#footnote199" title="Go to footnote 199"><span class="smaller normal">[199]</span></a>. Dans la suite, on érigea cette +députation en chambre perpétuelle: il ne faut point chercher d'autre +origine à la chambre des comptes.</p> + +<p>Il paroît, par une ordonnance de saint Louis, que, dès le règne de ce +prince, la chambre des comptes étoit sédentaire à Paris. Depuis, nos +rois ne cessèrent de combler cette cour de marques de confiance et +d'honneur, auxquelles ils ajoutèrent des priviléges considérables: la +noblesse au premier degré, les droits de <i>commensaux</i> de leur maison; +l'exemption des décimes, de tous droits seigneuriaux, charges publiques, +ban, arrière-ban, tailles, corvées, péages, aides, gabelles, etc., etc.</p> + +<p>Les titres dont le dépôt étoit confié à cette compagnie étoient si +importants, que l'ordonnance de décembre 1460 expose que les rois se +rendoient souvent en personne à la <i>chambre</i>, pour <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> y examiner +eux-mêmes les registres et états du domaine, «afin, y est-il dit, +d'obvier aux inconvénients qui pourroient s'ensuivre de la révélation et +portation d'iceux.»</p> + +<p>On sait que les chambres des comptes étoient des cours établies +principalement pour connoître et juger en dernier ressort de ce qui +concernoit la manutention des finances et la conservation du domaine de +la couronne. On doit considérer dans celle de Paris 1<sup>o</sup> les officiers +dont elle étoit composée; 2<sup>o</sup> la forme dont on y procédoit à +l'instruction et au jugement des affaires; 3<sup>o</sup> le caractère de la +juridiction qu'elle exerçoit.</p> + +<p>Elle avoit, comme le parlement, divers ordres d'officiers: un premier +président, douze présidents ordinaires, soixante-dix-huit maîtres, +trente-huit correcteurs, quatre-vingt-deux auditeurs, un avocat et un +procureur général; des greffiers, commis, contrôleurs du greffe, +huissiers, etc., etc.</p> + +<p>Les officiers de la chambre servoient par semestre, à l'exception du +premier président, des gens du roi et des greffiers en chef dont le +service étoit perpétuel. Il y avoit assemblée générale pour enregistrer +les édits et déclarations d'une grande importance, procéder à la +réception des officiers, etc. À l'égard du service ordinaire, la chambre +étoit partagée en deux bureaux: au second bureau se jugeoient tous les +comptes, à l'exception de celui du trésor royal, de celui des monnoies +<span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> et de ceux qui se présentoient pour la première fois. Toutes +les autres affaires s'expédioient au grand bureau: c'étoit là aussi que +se donnoient les audiences.</p> + +<p>On peut distinguer en trois parties les fonctions qu'exerçoient les +officiers de la chambre, ce qui concernoit 1<sup>o</sup> l'ordre public; 2<sup>o</sup> +l'administration des finances; 3<sup>o</sup> la conservation des domaines du roi +et des droits régaliens. Chacune de ces divisions renfermoit un nombre +infini d'objets, dont l'énumération seroit ici inutile et même +fastidieuse. D'ailleurs, dans une analyse aussi succincte que celle où +nous sommes forcés de nous renfermer, il seroit toujours impossible de +donner autre chose qu'une idée incomplète d'une compagnie dont +l'établissement remonte aux temps les plus reculés, qui jouissoit des +prérogatives les plus éminentes, et dont les attributions étoient aussi +variées qu'étendues.</p> + +<p>Les plus grands personnages du royaume ont tenu à honneur de remplir la +charge de <i>premier président de la chambre</i>. Plusieurs de ces magistrats +ont été chanceliers de France, ce qui est arrivé aussi plusieurs fois +dans le parlement; mais on cite l'exemple unique d'un chancelier, Pierre +Doriole, devenu ensuite premier président de la chambre des comptes. Cet +événement est arrivé sous Louis XI. Ce magistrat suprême jouissoit de +beaucoup de droits honorifiques, et la garde du <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> grand trésor +de la Sainte-Chapelle lui étoit confiée. Sa robe de cérémonie étoit de +velours noir, ainsi que celle des autres présidents de sa compagnie.</p> + +<p>La chambre des comptes occupoit un grand bâtiment situé dans l'enceinte +du Palais, presque en face de la Sainte-Chapelle. Ce monument, élevé en +1504 par <i>Jean Joconde</i>, religieux de l'ordre de Saint-Dominique, +offroit une façade d'un gothique élégant, et chargée d'ornements +très-délicats. Les arcades qui bordoient le grand escalier étoient +estimées pour leur dessin et leur exécution. Cinq statues, de grandeur +naturelle, posées dans des niches, représentoient Louis XII entouré des +quatre Vertus cardinales, et l'on voyoit en divers endroits les armes et +la devise de ce bon roi<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Go to footnote 200"><span class="smaller normal">[200]</span></a>. Un incendie qui éclata dans cet édifice, +et dont il fut impossible d'arrêter la violence, le consuma entièrement +dans la nuit du 27 octobre 1737<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Go to footnote 201"><span class="smaller normal">[201]</span></a>.</p> + +<p>C'est alors que fut commencé, sur les dessins de M. <i>Gabriel</i>, premier +architecte du roi, l'édifice qui subsiste encore aujourd'hui. Jusqu'en +1740, qu'il fut achevé, la chambre des comptes tint ses <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> +séances aux Grands-Augustins, où partie de ses archives avoit été +transportée.</p> + +<p>Les deux statues placées sur le portail, représentant la Justice et la +Prudence, ont été exécutées par <i>Adam</i> aîné<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Go to footnote 202"><span class="smaller normal">[202]</span></a>.</p> + +<h3>COUR DES AIDES.</h3> + +<p>La cour des aides ne fut point formée autrement que le grand conseil et +la chambre des comptes. Elle s'établit de même par la permanence qui fut +donnée à une députation jusque là amovible et momentanée.</p> + +<p>Cette cour étoit unique dans l'origine, et son ressort s'étendoit par +tout le royaume. Elle avoit été instituée par nos rois, à l'instar des +parlements, pour juger et décider, sans appel, tous procès, tant civils +que criminels, au sujet des aides, gabelles, tailles et autres matières +du même genre. Ses jugements, dès l'instant de sa création, marchoient +de pair avec ceux du parlement, auquel elle a toujours été assimilée; +car sa juridiction ne peut être considérée comme un démembrement de +celle des autres cours souveraines. En effet, dès le commencement de la +levée des aides ou <span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> subsides, qui ne s'accordoient alors que +pour un temps limité, les rois nommoient, soit pour établir et imposer +ces droits, soit pour décider des contestations qui pouvoient naître à +l'occasion de leur perception, des commissaires dont le pouvoir +finissoit avec la levée de ces impositions. Ces droits étant devenus +perpétuels et ordinaires, la fonction de ces juges s'est également +perpétuée; mais jamais la connoissance des aides ou subsides n'a été +donnée à aucun autre tribunal du royaume.</p> + +<p>On peut faire remonter la véritable institution de la cour des aides +jusqu'à l'année 1355, que le roi Jean ayant assemblé à Paris les états +du royaume de <i>la languedoil</i> ou <i>pays coutumier</i>, et en ayant obtenu +une <i>gabelle</i> sur le sel et quelques autres impositions, ordonna +qu'elles seroient recueillies par des receveurs qu'établiroient les +députés des trois états dans chaque province. La même ordonnance portoit +création de <i>généraux superintendants</i>, tirés des trois états, formant +un tribunal auquel seroient cités, pour être jugés en dernier ressort, +tous les contrevenants et rebelles à la perception des impôts. De là le +nom d'<i>élu</i> donné aux receveurs particuliers, et celui de <i>généraux des +aides</i>, lequel est resté aux <i>députés généraux</i> préposés pour en avoir +la direction dans la ville de Paris, et recevoir l'appel des députés +particuliers ou élus distribués dans les provinces. Les malheurs de la +guerre ayant rendu nécessaires <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> des levées successives +d'impôts, les généraux des aides devinrent permanents et ordinaires +avant la fin de ce règne, ainsi qu'on le voit par une des lettres du +même roi, adressée en 1361, «à nos amés et féaux les généraux trésoriers +à Paris sur le fait des aides, etc.»</p> + +<p>Ces <i>généraux superintendants</i>, nommés sous les deux règnes suivants +<i>généraux conseillers</i>, étoient, comme nous l'avons dit, choisis et +établis par les trois états; mais depuis le roi s'en réserva la +nomination, ce qui n'a point varié jusque dans les derniers temps. Leur +origine, qu'ils tiroient de l'assemblée des états-généraux, fit que +pendant long-temps ils comptèrent parmi eux les personnes les plus +distinguées dans les deux premiers ordres du royaume, et eurent même +l'honneur d'être présidés par des princes du sang. Aussi n'est-il point +de marques de considération que nos souverains n'aient données à cette +compagnie. C'étoit entre les mains du roi que ses membres prêtoient +serment, et souvent ils assistoient à ses conseils.</p> + +<p>Le nombre de ces <i>généraux conseillers</i> n'étoit pas fixé, et a beaucoup +varié jusqu'au règne de Louis XI, sans cependant passer celui de neuf, +arrêté d'abord en 1355. Ce dernier prince voulut que cette cour fût +composée d'un président, de quatre généraux conseillers, trois +conseillers, un avocat et un procureur du roi, un greffier, un receveur +des amendes et deux huissiers.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> Henri II abolit la distinction qui existoit entre les généraux +et les conseillers, créa une seconde chambre en la cour des aides, +confirma et augmenta la juridiction de cette compagnie.</p> + +<p>Louis XIII, par un édit de 1635, établit une troisième chambre, et créa +douze offices de <i>conseillers</i>, auxquels il ne donna que ce titre, sans +y ajouter celui de <i>général</i>, qui ne fut conservé qu'aux anciens +offices, et qui même s'abolit tout-à-fait par la suite. Dans les +derniers temps, la cour des aides étoit composée d'un premier président, +de neuf autres présidents, de conseillers d'honneur, dont le nombre +étoit indéterminé, de cinquante-deux conseillers, trois +avocats-généraux, un procureur-général avec quatre substituts, cinq +secrétaires du roi servant près ladite cour, deux greffiers en chef, +etc., etc.</p> + +<p>L'habit de cérémonie des membres de la cour des aides étoit, pour le +premier président, la robe de velours noir avec le chaperon pareil, +doublé d'hermine. Les conseillers, gens du roi et greffiers en chef +portoient la robe rouge, et, suivant un ancien usage, ils devoient +mettre sur cette robe un chaperon noir à longue cornette.</p> + +<p>La cour des aides avoit le droit de connoître et de décider en dernier +ressort de tous procès, tant civils que criminels, au sujet des aides, +gabelles, tailles, octrois, et de tous subsides et impositions. Elle +recevoit les appels interjetés des sentences <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> des élections et +autres tribunaux et siéges de provinces, pour toutes matières de sa +compétence. Elle étoit seule compétente pour juger du titre de noblesse +et des exemptions ou priviléges qu'il portoit relativement aux impôts, +etc., etc. Ses officiers étoient commensaux de la maison du roi, +jouissoient du franc salé, de la noblesse au premier degré, et à peu +près de tous les priviléges accordés aux autres cours souveraines.</p> + +<p>Sous Charles VII, l'auditoire de la cour des aides étoit situé vers la +chambre des comptes, à côté de la chapelle basse. Ce lieu ayant paru +incommode, Louis XI lui accorda, en 1477, des salles appelées <i>chambres +de la reine</i>, situées au-dessus de la galerie des Merciers, où l'on +établit les seconde, troisième chambre, salle et chapelle de cette cour; +quant à la première chambre, elle put rester dans l'ancien bâtiment, au +moyen d'une porte de communication que l'on ouvrit entre cet édifice et +le nouveau local. Cette première chambre fut démolie en 1620, et rebâtie +sur le même emplacement.</p> + +<p>La cour des aides avoit rang, dans les cérémonies, après le parlement et +la chambre des comptes, mais seulement parce qu'elle étoit de moins +ancienne création que ces deux compagnies. Quelques-uns de ses officiers +ont eu l'honneur d'être élevés, ainsi que ceux des autres cours +souveraines, à la suprême dignité de la magistrature.</p> + +<h4><span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> <i>Bailliage du Palais.</i></h4> + +<p>Renfermé depuis 1551 dans l'enclos du Palais, la grand'salle étoit son +tribunal. Ce siége connoissoit de tout ce qui concernoit le civil, le +criminel et la police dans les cours et salle du Palais, la juridiction +en étoit exercée par un bailli d'épée, un lieutenant-général, un +procureur du roi; un premier huissier, un huissier audiencier et un +doyen. Les causes en étoient portées par appel au parlement.</p> + +<h4><i>Chancellerie du Palais.</i></h4> + +<p>Elle étoit tenue par les maîtres des requêtes, et avoit, ainsi que le +grand sceau, ses officiers, savoir: quatre conseillers secrétaires du +roi audienciers, quatre conseillers contrôleurs, douze conseillers +rapporteurs référendaires, quatre conseillers trésoriers receveurs, etc.</p> + +<h4><i>Chambre du domaine et du trésor.</i></h4> + +<p>Cette chambre connoissoit en première instance de tout ce qui concernoit +le domaine du roi et les droits qui lui appartenoient dans l'étendue de +la généralité de Paris.</p> + +<h4><i>Siége général de la table de marbre.</i></h4> + +<p>Il comprenoit trois juridictions: 1<sup>o</sup> la connétablie et maréchaussée de +France; 2<sup>o</sup> l'amirauté; 3<sup>o</sup> les eaux et forêts.</p> + +<a id="eglmonastere" name="eglmonastere"></a> +<h2><span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> ÉGLISES ET MONASTÈRES.</h2> + +<p>L'origine de la plupart de ces monuments, surtout de ceux qui +remplissoient autrefois la Cité, offre de plus grandes obscurités que +celle d'aucune autre antiquité de Paris. Il n'en est point sur laquelle +les historiens se soient plus exercés; et la plus belle victoire que les +plus habiles d'entre eux aient remportée dans les contestations qu'un +tel sujet a fait naître, a été d'apprendre à leurs adversaires à douter +dans des matières où ils croyoient être arrivés à quelque certitude.</p> + +<p>Toutes les églises de ce quartier y existoient de temps immémorial, +c'est-à-dire que celles qu'on y voyoit encore dans le siècle dernier, et +dont aucune n'avoit plus de six cents ans d'antiquité, avoient été +bâties sur les ruines de semblables édifices. «Il y a apparence, dit +Delamare, que les fidèles des premiers temps convertirent en églises +toutes les maisons particulières où ils avoient coutume de se retirer +pour y faire en secret leurs exercices pendant les persécutions; et que +c'est de là que sont venues toutes ces <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> petites paroisses du +quartier de la Cité, dont on ne sait point l'origine.» Depuis ces +premières fondations, Paris fut brûlé plusieurs fois<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Go to footnote 203"><span class="smaller normal">[203]</span></a>, et chaque +fois sans doute ses monumens furent renouvelés. À ces désastres, qui ont +détruit pour nous jusqu'aux moindres vestiges de ces anciens édifices, +il faut joindre cette terreur singulière qui s'empara des chrétiens vers +les dernières années du neuvième siècle: ils attendoient la fin du monde +précisément en l'an mille de Jésus-Christ; et cette fausse opinion +répandue partout leur faisoit négliger l'entretien des églises, qui, de +tous côtés, tomboient en ruines. Lorsque cette année fatale fut passée, +les peuples, revenus de leur effroi, s'empressèrent partout de les +rebâtir avec plus de magnificence qu'auparavant. On fit des fondations +nouvelles, et le culte reprit toute sa solennité. C'est aussi à partir +de cette époque que les traditions deviennent moins obscures, que les +titres qui établissent les origines ont plus d'authenticité. Toutefois, +si l'on n'a quelque connoissance de ce qui a précédé les temps de la +troisième race, en ce qui concerne le clergé, des révolutions diverses +qu'il avoit éprouvées dans son état et dans ses biens, de ce qu'il avoit +perdu, acquis ou <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> recouvré avant ces temps mémorables qui +consolidèrent son existence, en assurant celle de la société, on +comprendroit difficilement encore ce que nous pourrions dire sur cette +partie la plus intéressante des antiquités de Paris: nous allons donc +essayer d'en tracer un rapide tableau.</p> + +<p>On ne sait si c'est bien sérieusement que certains écrivains que déjà +nous avons signalés comme ne reconnoissant aucune légitimité, ont accusé +les évêques romains qui habitoient l'Aquitaine et la Septimanie d'avoir +trahi leurs souverains <i>légitimes</i>, parce qu'ils se déclarèrent pour les +Francs contre les Goths, usurpateurs depuis moins de cent ans de cette +belle portion des Gaules: ce seroit montrer par trop d'ignorance, et il +est plus naturel de supposer qu'ils sont encore ici de mauvaise foi. Qui +peut ignorer que, dans cette province encore toute romaine, où vivoit +une population nombreuse de sujets romains, séparée de ses grossiers +vainqueurs par ses mœurs, par ses lois, par ses préjugés et ses +traditions; où des troupes romaines occupoient et défendoient encore, en +invoquant le nom de la ville éternelle, les points divers au milieu +desquels ils étoient cantonnés, nul devoir, nul lien ne pouvoit attacher +les anciens habitants du pays à des barbares qu'ils méprisoient et dont +ils étoient opprimés? Cette oppression étoit à la fois politique et +religieuse sous les Goths, qui, ayant embrassé l'arianisme, exerçoient +une <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> persécution violente contre le clergé catholique, et +punissoient par la prison, l'exil, la confiscation, souvent même par le +martyre, le zèle que montroient les prélats romains pour la saine et +pure doctrine de l'Église<a id="footnotetag204" name="footnotetag204"></a><a href="#footnote204" title="Go to footnote 204"><span class="smaller normal">[204]</span></a>. Un roi barbare se présente à eux, qui +avoit embrassé la foi orthodoxe: trouvant ainsi en lui la seule garantie +qui pouvoit leur rendre supportable une domination étrangère, ils +préfèrent son joug à celui qu'un roi barbare et hérétique faisoit peser +sur eux, sans cesser pour cela de se considérer, dans le secret de leur +pensée, comme sujets de l'empire et des empereurs. La victoire des +Francs ratifie leur choix; l'approbation de la cour de Bysance le +légitime<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Go to footnote 205"><span class="smaller normal">[205]</span></a>: le reste suit naturellement; et dans cette grande et +heureuse révolution que ces pasteurs des <i>fidèles</i> favorisèrent de toute +leur influence, il n'y avoit nulle raison pour que leur conscience fût, +un seul instant, troublée; et leur existence, ainsi que celle de leurs +ouailles, cessa de l'être.</p> + +<p>De quelque manière que Clovis, ses compagnons d'armes et ses successeurs +aient entendu le christianisme, il n'en est pas moins vrai qu'ils se +convertirent de bonne foi, c'est-à-dire qu'ils reçurent tous les dogmes +du christianisme, qu'ils se soumirent <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> à ses lois, et que les +prêtres chrétiens ne tardèrent point à jouir auprès de leurs vainqueurs +de la plus haute considération.</p> + +<p>Ils la durent à des vertus dont ces barbares n'avoient sans doute qu'une +idée très-imparfaite, mais qui cependant ne leur étoient point +tout-à-fait étrangères. Moins éloignés des traditions primitives que le +vieux peuple qu'ils remplaçoient, ces peuples enfants avoient des +mœurs pures, un caractère hospitalier; et c'est ce qui leur fit +admirer une pureté de mœurs qu'ils étoient encore si loin d'égaler, +et une charité qui surpassoit tous leurs sentiments les plus généreux. +Ce fut surtout cette dernière vertu qu'il n'appartient qu'au +christianisme d'exalter jusqu'à ses degrés les plus sublimes, qui leur +fit une impression plus profonde, et qui leur rendit si vénérables les +hommes qui la pratiquoient. En même temps que les prêtres chrétiens +prêchoient de toutes parts et sous leurs yeux la justice, l'obéissance, +la résignation et toutes ces autres lois évangéliques qui sont la +garantie la plus sûre de l'ordre dans la société, la source de toute +paix et de toute consolation pour les membres qui la composent, ils les +voyoient s'associer à toutes les souffrances de ceux qu'ils éclairoient +de leurs doctrines, à toutes leurs misères, se dépouiller de tout ce +qu'ils possédoient pour les soulager, et prouver, non pas seulement par +des paroles édifiantes, mais par de continuels <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> et touchants +exemples, que le patrimoine de l'Église est celui des pauvres, et que ce +n'est pas ici-bas qu'elle a placé son véritable trésor. Ce fut ainsi +que, gagnant l'estime et la confiance des vainqueurs, les prêtres +chrétiens purent, dès le commencement, exercer une influence salutaire +sur le sort des vaincus. Les évêques furent, en effet, le principal +refuge des Romains désarmés; ils se rendirent leurs intercesseurs auprès +des rois, leurs médiateurs auprès des seigneurs, leurs patrons auprès +des juges; et devenus ainsi le lien qui rapprochoit les deux peuples, et +le principal instrument de cette concorde qui devoit les confondre en un +seul peuple, leur crédit s'affermit au point de devenir en très-peu de +temps une autorité régulière et légitime, qui, dès les premiers siècles +de la monarchie, étoit déjà la plus considérable dans l'État. Il n'étoit +pas rare qu'un duc quittât son duché pour devenir évêque; et un ministre +superstitieux à qui une devineresse avoit prédit son élévation à +l'épiscopat, considéroit une telle prédiction comme la plus heureuse qui +pût jamais se réaliser en sa faveur<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Go to footnote 206"><span class="smaller normal">[206]</span></a>. Ce même esprit de conciliation +et de paix, les prêtres chrétiens le portèrent au milieu des guerres +civiles dont la nation ne cessa point d'être déchirée, aussitôt que se +furent développés au milieu d'elle les vices et la foiblesse <span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> +de son pouvoir politique; et ainsi s'accrut encore, sous la seconde +race, la puissance des évêques<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Go to footnote 207"><span class="smaller normal">[207]</span></a>.</p> + +<p>Ainsi s'accrurent aussi ses richesses que la conquête avoit extrêmement +diminuées. Encore que le clergé romain eût été d'un grand secours aux +Francs dans la conquête des Gaules, et que Clovis, déjà chrétien, l'eût +traité avec beaucoup de ménagements, il est vrai de dire que les Romains +armés, qui étoient en mesure de composer avec lui en avoient reçu des +conditions bien plus favorables; et comme l'Église n'avoit point de +résistance à opposer à l'avidité et la rapacité des vainqueurs, ses +biens et ses trésors furent une proie facile que le roi barbare +distribua, ou peut-être se vit forcé d'abandonner à l'avarice de ses +compagnons d'armes, qui prétendoient sans doute avoir leur part du +butin. Ce que la violence lui avoit enlevé, la vertu de ses ministres le +lui rendit: lorsque les nouveaux maîtres des Gaules virent le noble et +saint usage qu'ils savoient faire du peu qui leur étoit resté, princes +et sujets s'empressèrent d'accroître des richesses dont la dispensation +devenoit la ressource principale des malheureux et rétablissoit ainsi +doucement et régulièrement dans l'état l'équilibre rompu sans cesse par +l'inégalité nécessaire et inévitable des fortunes; et les vrais +chrétiens crurent aussi amasser un trésor pour le ciel <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> en +partageant ce qu'ils possédoient avec ceux dont les biens «étoient le +vœu des fidèles, le patrimoine des pauvres, la rançon des âmes, le +prix des péchés, la solde des serviteurs et des servantes de Dieu<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Go to footnote 208"><span class="smaller normal">[208]</span></a>.» +Ce fut ainsi que le clergé acquit en peu de temps d'immenses propriétés.</p> + +<p>Dans le même temps s'élevoient de toutes parts des monastères où se +retiroient des Justes dégoûtés du monde et qui aspiroient à une vie plus +parfaite. Ces pieux cénobites, ainsi réunis, offrirent une image encore +plus frappante de toutes les vertus chrétiennes: partageant toutes leurs +heures entre la prière et le travail des mains, ils consacroient au +soulagement des malheureux tout ce que pouvoit leur fournir ce travail +au-delà de l'absolu nécessaire. Ce fut cette charité ardente, +infatigable, qui fertilisa les solitudes où ils avoient fait vœu de +vivre et de mourir: ce fut donc au profit des pauvres et uniquement à +leur profit que, de leur côté, les moines devinrent légitimes +propriétaires d'une partie considérable de la France que leurs sueurs +avoient fécondée<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Go to footnote 209"><span class="smaller normal">[209]</span></a>.</p> + +<p>Il est certain, au reste, qu'après la conquête, l'Église avoit continué +de posséder, selon la loi romaine, ce qui lui étoit resté de ses biens, +et ce que, dans les temps postérieurs, elle en avoit pu acquérir; +<span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> toute la suite des monuments historiques nous prouve +qu'exempts des charges publiques lorsqu'ils étoient médiocres et à peine +suffisants pour l'entretien de ses ministres, ces biens perdoient leur +immunité, dès qu'ils devenoient plus considérables<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Go to footnote 210"><span class="smaller normal">[210]</span></a>. Cette loi +continua d'être observée sous les rois francs, et elle y fut même +très-souvent exécutée avec une plus grande rigueur que sous les +romains<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Go to footnote 211"><span class="smaller normal">[211]</span></a>. Nous voyons que les terres de l'Église payoient un cens, +des tributs, que ses serfs ou colons devoient au fisc des corvées, et +que l'immunité même n'exemptoit pas les églises des dons annuels +qu'elles étoient tenues d'acquitter envers le roi<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Go to footnote 212"><span class="smaller normal">[212]</span></a>.</p> + +<p>Une autre loi romaine (et cette loi extrêmement remarquable jette un +grand jour sur la matière que nous traitons) vouloit que l'Église +possédât ses biens aux mêmes titres que les donateurs qui les lui +avoient concédés. Or ces biens étoient nécessairement ou civils ou +militaires: le possesseur d'un bien militaire devoit un service +personnel, ou s'il ne pouvoit servir lui-même, il étoit tenu de se faire +remplacer par ses enfants; le propriétaire d'un bien civil fournissoit +des miliciens. Le clergé se vit donc, en sa qualité de propriétaire, +obligé de remplir ces conditions de la propriété, et de fournir des +soldats à l'état.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> Ces miliciens qu'entretenoit l'Église devoient être toujours +sur pied; et dans ces temps de périls continuels, il falloit qu'ils +fussent prêts à marcher au premier signal. C'étoient des <i>hommes libres</i> +et non des <i>vassaux</i>; car des prêtres désarmés ne pouvoient en avoir, le +vasselage étant, ainsi que nous l'avons déjà dit, une condition +particulière et exclusive du bénéfice militaire. Pour obtenir le service +d'un homme libre, il falloit pourvoir à sa solde et à sa subsistance: il +fut créé à cet effet sur les biens ecclésiastiques des bénéfices à vie +qui devinrent la paie de ces soldats de l'Église. Ces biens, dont elle +ne leur donnoit que l'usufruit, n'étoient point séparés, quant à la +propriété du fonds, des autres biens qu'elle possédoit, et devoient y +rentrer après la mort de l'usufruitier<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Go to footnote 213"><span class="smaller normal">[213]</span></a>. Cette loi, selon laquelle +étoit réglé le service militaire de l'Église, paroît avoir été aussi +ancienne que la monarchie<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Go to footnote 214"><span class="smaller normal">[214]</span></a>.</p> + +<p>Or il étoit difficile que, dans un semblable système, il ne +s'introduisît pas de grands abus; et que, dans des siècles grossiers où +celui qui avoit la force se plioit si difficilement à la règle et aux +lois, le plus foible ne fût pas le seul à souffrir de ces abus. Il +arriva donc que les ecclésiastiques ne <span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> furent pas toujours +libres de choisir leurs <i>hommes</i>, et qu'on les obligea de concéder leurs +bénéfices à de vieux soldats que l'on vouloit récompenser, et qui +considéroient ainsi ce qu'ils recevoient de l'Église comme un don du +souverain qui le leur avoit fait obtenir. Il arriva encore que les +capitaines auxquels les évêques ou plutôt le prince donnoit la conduite +des <i>hommes libres</i>, lorsqu'il falloit marcher à l'ennemi, acquérant sur +eux cet ascendant irrésistible que donne le commandement militaire, les +déterminèrent facilement à se faire leurs propres <i>vassaux</i>, et +s'attribuèrent par ce moyen la disposition de leurs bénéfices qui se +trouvèrent ainsi séparés des biens dont ils tiroient leur origine<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Go to footnote 215"><span class="smaller normal">[215]</span></a>. +Les guerres dangereuses des Sarrasins dans lesquelles l'Église étoit +spécialement menacée, le péril extrême auquel l'état fut exposé par +leurs invasions, multiplièrent ces usurpations. Charles Martel, que l'on +accuse d'avoir dépouillé le clergé, n'eut effectivement d'autre tort que +d'autoriser ce qui étoit déjà fait, ce qui probablement se faisoit +encore; et c'est ainsi que ces biens, reconquis par l'Église sous la +première race, rentrèrent, au commencement de la seconde, dans le +domaine des rois, et redevinrent le patrimoine des Francs.</p> + +<p>Il fallut bientôt réparer cette grande injustice: <span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> Pépin, qui +vouloit affermir son pouvoir, sentit qu'il n'appartenoit qu'à la +religion de lui donner la force et la stabilité; le ciel même parut se +déclarer contre les spoliations impies que son père avoit permises et +protégées<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Go to footnote 216"><span class="smaller normal">[216]</span></a>, et poussé à la fois par le cri de sa conscience et par +les conseils d'une politique sage et prévoyante, il voulut que l'Église +recouvrât ce qui lui avoit été enlevé, et reprît ainsi dans l'état le +rang et l'influence qu'elle avoit perdus. Toutefois, vu la qualité et la +puissance de la plupart de ceux qui avoient usurpé ces biens, une +restitution entière eût été dangereuse, étoit même impossible: des +transactions avec ces propriétaires illégitimes étoient un moyen qui +s'offroit de lui-même, et que l'on sut employer de manière à concilier +ensemble l'intérêt des familles, le repos des consciences et les lois de +l'équité. On rendit à l'Église une partie de ses biens; et elle concéda +l'autre à ceux qui en étoient actuellement possesseurs, sous la +condition qu'ils tiendroient d'elle ces biens à titre de bénéfice et +qu'ils lui paieroient à cet effet une redevance<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Go to footnote 217"><span class="smaller normal">[217]</span></a>.</p> + +<p>Ces bénéfices différoient peu, relativement aux bénéficiers, de ceux que +l'Église avoit autrefois donnés à ses hommes libres; mais l'Église n'en +étoit <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> plus propriétaire, ni même des biens dont la jouissance +lui étoit réservée, au même titre et avec la même plénitude. Il +paroîtroit que la plus grande partie de ces biens, avant de lui être +rendus, passèrent entre les mains du roi qui dut ensuite les lui +transmettre; et que, par cette transmission, ils prirent la nature des +<i>bénéfices royaux</i>: c'est-à-dire qu'ils devinrent une propriété du +prince dont il se saisissoit de nouveau, à la mort de chaque titulaire, +toutefois avec cette différence qu'il ne pouvoit les réunir au fisc, +comme il l'auroit fait d'un fief vacant par le défaut d'héritier mâle, +parce que ces biens étoient consacrés au service de Dieu, et exempts des +conditions du vasselage; mais qu'il en jouissoit à titre de +propriétaire, jusqu'au moment où il lui plaisoit d'y placer un nouvel +usufruitier<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Go to footnote 218"><span class="smaller normal">[218]</span></a>. De même pour les domaines qui furent concédés par le +clergé à des bénéficiers, le roi se réserva d'en former de nouveaux +bénéfices à la mort de l'usufruitier et aux mêmes conditions, s'il le +jugeoit nécessaire, de telle sorte qu'un bénéfice ecclésiastique ne +pouvoit jamais être réuni à l'église de laquelle il dépendoit, tant +qu'il convenoit au roi d'y nommer un nouveau bénéficier. Ces biens +entrèrent donc aussi dans la classe des bénéfices royaux et furent +soumis à la <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> même juridiction; mais si la première disposition +étoit favorable au clergé et conservatrice des biens dont il avoit la +jouissance, comme nous le prouverons tout à l'heure, la seconde lui fut +très-nuisible; et l'on conçoit facilement que de tels bénéfices obtenus +de la munificence royale durent être bientôt considérés comme des fiefs +par ceux qui les possédèrent, et, lorsque l'hérédité s'y fut établie, +devenir aussi des fiefs héréditaires: c'est ce qui arriva en effet de +tous ces bénéfices ecclésiastiques dont l'Église se vit une seconde fois +et successivement dépouillée.</p> + +<p>Il arriva donc qu'à peine rentrée dans la possession de ses biens, +l'Église fut de nouveau menacée de les perdre. Entourés de bénéficiers +armés, beaucoup plus puissants qu'eux, qui, ne supportant qu'avec +impatience une dépendance dont ils étoient humiliés et importunés, +profitoient du moindre prétexte pour s'en affranchir<a id="footnotetag219" name="footnotetag219"></a><a href="#footnote219" title="Go to footnote 219"><span class="smaller normal">[219]</span></a>, les +titulaires des propriétés ecclésiastiques étoient en danger +non-seulement d'être privés de toute espèce de droit sur les bénéfices +qu'ils avoient concédés, mais encore de se voir enlever la propriété +<span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> de ce qui leur avoit été rendu, et avec plus de facilité +peut-être qu'auparavant, parce qu'ils étoient plus foibles encore, +presque tous leurs hommes libres étant devenus vassaux de leurs +bénéficiers.</p> + +<p>Dans ce péril imminent, dans cette situation extraordinaire où son +existence étoit sans cesse menacée par ces hommes violents, qui se +souvenoient encore d'avoir été les vainqueurs des Gaules, et qui se +montroient toujours prêts à agir comme du temps de la conquête, le +clergé, réduit en quelque sorte au droit de la <i>défense naturelle</i>, ne +crut pas, et sans doute avec quelque raison, devoir rester +scrupuleusement soumis aux capitulaires et aux canons qui défendoient +aux ecclésiastiques de porter les armes. Il demanda et obtint les +honneurs du <i>baudrier</i><a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Go to footnote 220"><span class="smaller normal">[220]</span></a>; les évêques prirent l'épée, l'habit +militaire, les éperons; et devenus guerriers et seigneurs de la nation, +ils purent avoir des vassaux, puisqu'ils alloient à la guerre où tout +homme libre pouvoit aller; ils se firent rendre hommage par leurs hommes +libres, conservèrent <span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> la propriété des <i>manoirs nobles</i>, qui +étoient sous leur redevance, et s'épargnèrent ainsi la solde ruineuse +des capitaines qu'ils avoient été obligés de mettre, avec tant de danger +pour eux, à la tête de leurs soldats. C'est ainsi que le <i>vasselage</i>, le +seul lien de la société temporelle qui fût assez fort pour n'être point +encore rompu, contribuoit à raffermir et à conserver la société +spirituelle qui seule pouvoit ensuite tout sauver et tout conserver.</p> + +<p>Ainsi s'expliquent ces habitudes guerrières que ne cessent de reprocher +à ces hommes de paix tant de petits esprits qui ne voient rien au-delà +du temps où ils vivent et des objets qui sont sous leurs yeux; et ce qui +prouve à quel point ce parti extrême qu'avoit pris le clergé étoit +justifié par les circonstances extraordinaires dans lesquelles il se +trouvoit, c'est que Charlemagne ayant porté à l'<i>assemblée générale</i> de +la nation une requête qui lui avoit été présentée à l'effet d'interdire +aux ecclésiastiques le service militaire, et cette interdiction y ayant +été décidée<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Go to footnote 221"><span class="smaller normal">[221]</span></a>, les partisans du clergé éclatèrent en murmures et +répandirent le bruit que c'étoit dans l'intention de dépouiller l'Église +de ses <i>honneurs</i> et de ses <i>biens</i> que l'empereur avoit présenté cette +requête et obtenu ce réglement.</p> + +<p>Au reste la loi nouvelle fut mal observée sous le <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> règne de ce +prince, parce que l'on continua d'envahir les biens du clergé, +quoiqu'une autre loi eût prononcé la peine du sacrilége contre ceux qui +les envahiroient<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Go to footnote 222"><span class="smaller normal">[222]</span></a>. Ce ne fut que sous Louis-le-Débonnaire que «les +évêques et les clercs déposèrent les ceinturons et baudriers d'or, les +glaives ornés de pierreries, les éperons et les habits précieux<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Go to footnote 223"><span class="smaller normal">[223]</span></a>.» +Essayant alors de revenir au premier moyen qu'ils avoient employé pour +leur défense, ils imaginèrent de choisir parmi les <i>fidèles</i> du roi des +chefs auxquels ils confioient la conduite de leurs vassaux; ces chefs +reçurent le nom d'<i>avoués</i><a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Go to footnote 224"><span class="smaller normal">[224]</span></a> des églises. Ce moyen, sans doute plus +conforme aux maximes de l'Évangile, et le seul que, dans des +circonstances ordinaires et communes, il leur eût été permis d'employer, +ne pouvoit suffire encore à protéger leur foiblesse, au milieu de +l'impuissance des lois et de ce désordre politique où la France +continuoit d'être plongée. La création des <i>avoueries</i> eut un résultat à +peu près semblable à la séparation qui avoit été opérée <span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> sous +Charles Martel; et ces <i>avoués</i> n'étoient en effet, sous un autre nom, +que ces capitaines qui l'avoient alors si violemment dépouillée. Le même +principe amena donc et nécessairement des conséquences toutes +semblables. Les bénéficiers cessèrent de rendre hommage aux évêques, dès +que ceux-ci eurent cessé de porter les armes, et ne reconnurent plus que +leurs <i>avoués</i>; l'hérédité des fiefs ayant commencé à s'introduire, vers +cette époque, un grand nombre d'avoués se firent les suzerains de ces +vassaux qui ne leur appartenoient pas; et ce ne fut que par l'extinction +des familles qui possédoient les <i>avoueries</i>, et par les donations qui +lui furent faites postérieurement à l'établissement de l'hérédité, que +les églises recouvrèrent les biens et les vassaux qui leur avoient été +une seconde fois enlevés.</p> + +<p>Nous avons dit que la circonstance qui avoit fait des <i>bénéfices royaux</i> +de cette autre partie des biens enlevés au clergé, et dont la jouissance +lui avoit été rendue, avoit été favorable aux propriétaires de ces +biens; et en effet les rois, protecteurs nés de l'Église et de ses +ministres, et qui voyoient en eux l'appui le plus sûr et le plus ferme +de leur couronne, loin d'avoir aucun <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> intérêt à les dépouiller, +trouvoient au contraire un avantage véritable à accroître leur crédit et +leur influence, et leur conservoient ainsi fidèlement ces biens, comme +un dépôt qui leur avoit été commis. C'étoit là ce qu'on appeloit le +privilége de l'<i>immunité</i>, que n'avoient pas les fondations faites par +de simples particuliers, fondations dont l'administration revenoit aux +familles après la mort des fondateurs, en raison du même droit qui les +faisoit <i>vacquer en régale</i>, quand elles étoient faites ou supposées +faites par le roi. De cette disposition de la loi en faveur de ces +familles, résultoient mille inconvénients, et tous au détriment du +clergé, qui voyoit souvent des héritiers avides et peu scrupuleux +dissiper des biens dont la piété de leurs ancêtres avoit voulu faire le +patrimoine des pauvres et des églises; et les nouveaux fondateurs, +témoins de ces désordres, n'eurent qu'un moyen de s'assurer que les +intentions qu'ils avoient eues, en faisant de semblables dons, seroient +remplies: ce fut de remettre leurs fondations entre les mains du roi, +qui, les confirmant alors par des chartes, leur donnoit la nature +d'<i>aleu</i> ou de <i>propre</i>, et tous les avantages de l'<i>immunité</i>. Ainsi +prirent le caractère de fondations royales, un grand nombre de bénéfices +qui n'avoient point été donnés à l'église par les rois.</p> + +<p>Tout porte à croire que ce fut de même dans l'intention de s'assurer la +conservation des biens <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> qui leur avoient été donnés, ou qu'ils +s'étoient créés eux-mêmes par leurs travaux, que les monastères +voulurent jouir aussi des avantages attachés aux fondations royales, et +s'affranchir de la juridiction des évêques, qui d'abord étoient les +dispensateurs de ces biens au même titre que de ceux des autres églises, +et avoient ainsi le droit d'en appliquer l'usage selon qu'ils le +jugeoient à propos; ce qui ne se faisoit pas toujours avec justice et +discernement. Et il faut bien supposer que ce privilége des évêques +n'étoit pas sans de graves inconvénients, puisque ce fut un saint évêque +qui lui-même établit le premier un abbé dans un monastère, et +l'affranchit de la juridiction de l'<i>ordinaire</i>, «dans la crainte qu'il +eut, dit l'annaliste qui rapporte ce fait, que ses successeurs +n'envahissent les biens de ce monastère<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Go to footnote 225"><span class="smaller normal">[225]</span></a>.» Un monastère remis ainsi +entre les mains du roi recevoit le nom d'abbaye; et dès ce moment, son +abbé prenoit rang parmi les seigneurs ou grands vassaux, administrant +lui-même ses biens, en acquittant les charges, fournissant directement à +l'état les soldats dont auparavant il grossissoit le contingent des +évêques, et ne reconnoissant plus d'autre autorité que celle de Dieu et +du roi.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Mais il n'en étoit pas des moines comme des prêtres séculiers. +Ceux-ci avoient leur part des biens des églises; les autres, soumis à la +vie commune, ne possédoient rien en propre, n'avoient droit qu'au simple +nécessaire, fixé par la règle qu'ils avoient embrassée. Tout le reste +étoit à la disposition de leurs abbés, qui trop souvent ne faisoient pas +de ces richesses ainsi accumulées dans leurs mains, l'usage auquel elles +avoient été destinées, et les dissipant dans les folles dépenses d'un +luxe scandaleux, excitoient ainsi la cupidité des laïques dont ils +imitoient la manière de vivre, et qui, témoins de leur vie mondaine, +durent se croire très-propres à les remplacer dans cette manière +d'administrer des biens ecclésiastiques. C'est ainsi que se formèrent et +se multiplièrent les <i>commendes</i>, qui n'étoient autre chose que le droit +d'usufruit et d'administration réservé à tout fondateur, droit que le +roi étendit des monastères <i>simples</i>, qui, à ce titre, avoient pu, de +tout temps, être administrés par des laïques, aux abbayes de fondation +royale, et dont il étoit le suprême administrateur. Or cette disposition +particulière que l'on faisoit du bien des abbayes, sembloit ne pas avoir +des inconvénients aussi graves que la dilapidation des biens du clergé +séculier, parce que l'on ne dépouilloit en apparence qu'un seul homme, +qui étoit l'abbé, les moines n'ayant droit, nous le répétons, qu'à +l'absolu nécessaire, fixé par les <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> statuts de leur communauté. +On vit donc s'élever de toutes parts des commendes au profit des gens de +la cour et des nobles de province; et sous la seule condition de +pourvoir à l'entretien des lieux réguliers, et à la nourriture des +religieux, les commendataires purent dissiper à leur gré, prodiguer à +tel usage profane qu'il leur plaisoit, l'immense superflu des biens +confiés à leur gestion. Ce fut un nouveau genre de spoliation qui n'eut +point de bornes: on se partagea les biens des monastères comme des +terres conquises; les rois donnèrent des abbayes aux reines, à leurs +fils, à leurs filles, ils en gardèrent pour eux-mêmes; il n'y eut point +de vassal un peu puissant qui ne s'en fît donner, et plusieurs mirent +leur fidélité au prix de semblables dons. Vainement les évêques +s'élevèrent contre cette dissipation impie et souvent inhumaine des +biens des monastères, et menacèrent les spoliateurs des jugements de +Dieu<a id="footnotetag226" name="footnotetag226"></a><a href="#footnote226" title="Go to footnote 226"><span class="smaller normal">[226]</span></a>: ils n'y gagnèrent autre chose que la <span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> vaine +formalité à laquelle se soumirent les rois et les seigneurs de faire +tonsurer ceux de leurs enfants qu'ils vouloient enrichir ainsi, sans +rien diminuer de leurs domaines; et l'on conçoit que sous de tels abbés, +le sort des moines n'étoit pas plus assuré, ni le vœu des fondateurs +plus respecté que sous l'administration des laïques. Enfin les choses en +vinrent au point que l'on crut nécessaire de faire des arrangements pour +que la communauté ne manquât pas du moins des premiers besoins de la +vie, et de séparer à cet effet de la <i>mense</i> abbatiale la portion de +bien strictement nécessaire à la subsistance des religieux et à la +réparation des églises, portion à laquelle les abbés et les +commendataires n'eurent pas le droit de toucher. Un tel remède fut pire +peut-être que le mal; parce que délivrés, par de tels arrangements, de +toute responsabilité sur ce qui touchoit les moines et le monastère, ces +administrateurs disposèrent plus librement encore et avec moins de +scrupule de la part de biens, incomparablement plus grande, qui leur +étoit restée. Par exemple, les comtes de Paris s'étant établis +commendataires de presque toutes les abbayes que renfermoit leur comté, +une fois ce partage fait avec la communauté, distribuèrent à leurs gens +de guerre toutes les terres restantes, qui furent ainsi pour toujours +soustraites à la juridiction ecclésiastique. Ce qu'ils avoient fait, +d'autres seigneurs le firent également <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> dans toutes les parties +de la France; et un grand nombre de menses abbatiales se trouvèrent +ainsi sécularisées.</p> + +<p>Telle est l'histoire des propriétés de l'église sous les deux premières +races; et cette histoire n'est autre chose que le récit du pillage +perpétuel de ces propriétés par une race d'hommes violente et guerrière, +dont ses ministres travailloient sans cesse à adoucir les mœurs et à +éclairer l'intelligence. Ce que lui enlevoit l'avidité des vainqueurs +dans les moments de désordre, on voit que la piété des fidèles le lui +rendoit dans des temps moins agités, au risque de le lui voir enlever +encore; et que, dans ce combat sans relâche de la cité de Dieu contre la +cité du monde, la charité et la patience de l'une triomphèrent à la fin +de l'avarice et de la violence de l'autre. C'est qu'il falloit que +l'église de France subsistât, Dieu ayant visiblement de grands desseins +sur un royaume qui fut toujours le premier de la chrétienté; et +peut-être touchons-nous au dernier accomplissement de ces desseins, +après la dernière spoliation plus inique sans doute, plus funeste, plus +barbare que toutes les autres, dont elle vient d'être la victime; +spoliation qui, malgré tous les efforts de l'impiété, ne peut manquer +d'être réparée par les mêmes moyens.</p> + +<p>On peut maintenant apprécier à leur juste valeur ces cris stupides de +l'impiété, de toutes parts <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> répétés par la prévention et par +l'ignorance, qui accusent d'usurpation du bien d'autrui, un clergé sans +cesse dépouillé de son propre bien; qui nous présentent comme plongé +dans toutes les jouissances du luxe et de la mollesse des cénobites que +leurs administrateurs laïques laissoient mourir de faim, comme des +hommes turbulents et sanguinaires des évêques qu'une triste nécessité +forçoit à prendre les armes, afin d'opposer quelques résistances à un +brigandage qui s'exerçoit sur le patrimoine des pauvres, qui menaçoit la +religion elle-même dans l'existence de ses ministres. L'impiété ne +s'arrête point là: dévorée d'une rage que rien ne peut éteindre, elle va +chercher dans la fange des chroniques les plus obscures et les plus +méprisées<a id="footnotetag227" name="footnotetag227"></a><a href="#footnote227" title="Go to footnote 227"><span class="smaller normal">[227]</span></a>, ce que ses suppôts de tous les âges (car elle n'a jamais +cessé d'en avoir) <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> ont pu écrire de plus infâme, de plus +grossièrement mensonger contre les moines et les prêtres; et opposant +avec impudence ce vil fatras de turpitude aux témoignages de l'histoire +les plus graves, les plus avérés, les plus éclatants, elle ne craint pas +de dépeindre comme des scélérats abominables, des hommes qui, d'âge en +âge et jusqu'à nos jours, n'ont cessé de transmettre aux générations, +les croyances, les préceptes, la morale de l'Évangile; supposant que, +par un miracle plus grand, plus inconcevable que tous ceux qu'elle +rejette, ces hommes ont pu et voulu, dans cette longue succession qui ne +s'est pas interrompue un seul instant, perpétuer des croyances +auxquelles ils ne croyoient pas, annoncer des préceptes auxquels ils +n'obéissoient pas, prêcher une morale qu'ils ne pratiquoient pas; créant +ainsi, au gré de sa haine extravagante, une société de nobles toujours +furieux et de prêtres toujours hypocrites, société impossible, qui +cependant a duré <i>quatorze siècles</i>, société la plus tyrannique qui ait +jamais opprimé les peuples, et <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> qui cependant a donné pour la +première fois au monde le spectacle d'une nation où il n'y avoit plus de +<i>maîtres ni d'esclaves</i>. La race guerrière qui subjugua les Gaules et +qui y établit son empire fut long-temps sans doute rude et grossière +dans ses mœurs: cependant, dès les premiers moments de la conquête, +elle se montre pleine de respect et d'admiration pour la doctrine et la +vertu des prêtres chrétiens; elle écoute avec docilité leurs +avertissements les plus sévères, elle s'effraye de leurs saintes +menaces: si, malgré cette admiration et ce respect, ces barbares +demeurèrent encore long-temps légers, changeants, livrés à mille +passions impétueuses, à quel excès ne se fussent point livrés des +caractères aussi indomptables, sans ce frein que la religion sut leur +imposer, frein salutaire qu'ils n'osèrent jamais briser, quoiqu'il ne +suffît pas toujours pour les diriger et les retenir? car ce temps où il +se commit de grands crimes, fut aussi celui des grandes expiations. Dans +nos temps plus policés, nous avons surpassé les crimes et rarement imité +le repentir: «C'est qu'alors, comme l'a dit un illustre écrivain que +nous nous plaisons à citer, l'homme étoit emporté et qu'aujourd'hui il +est corrompu<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Go to footnote 228"><span class="smaller normal">[228]</span></a>.» L'ignorance étoit grande dans ces temps orageux, et +d'autant plus profonde, d'autant plus incurable que ceux qui <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> y +étoient livrés se plaisoient au milieu de ses ténèbres<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Go to footnote 229"><span class="smaller normal">[229]</span></a>. Où se +conservoient les dernières lueurs des lettres et des connoissances +humaines prêtes à s'éteindre, si ce n'est dans les cloîtres qui +rendirent ensuite à la société moderne ce qu'ils avoient sauvé du grand +naufrage de l'ancienne société? où étoient les seules écoles qu'il y eût +alors? auprès de la cathédrale et de la demeure des évêques: là étoient +encore l'hôpital pour les malades, l'hospice pour les pélerins et les +pauvres voyageurs<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Go to footnote 230"><span class="smaller normal">[230]</span></a>; et dans ces asiles de paix «la <i>science</i> et la +miséricorde s'étoient rencontrées et embrassées<a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Go to footnote 231"><span class="smaller normal">[231]</span></a>.» Lorsque le +pouvoir politique, si foible alors sous des rois foibles, parce qu'il +n'étoit pas naturellement constitué, reprenoit un peu de vigueur sous +quelques princes guerriers ou d'un ferme caractère, à qui s'adressoit le +monarque pour le rétablissement de l'ordre et le maintien de la justice, +si ce n'est aux évêques, protecteurs naturels des peuples, et qui +recevoient alors la noble mission de porter <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> au pied du trône +le cri des opprimés et de demander en leur nom que justice fût +rendue<a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Go to footnote 232"><span class="smaller normal">[232]</span></a>? Qu'étoit le vasselage, seul lieu de cette société +naissante, qui, comme nous l'avons déjà dit, ne fut jamais entièrement +rompu, sinon le respect pour la foi jurée? et quel autre garant +pouvoit-on avoir que la religion, de la foi du serment? Lorsque tout +n'étoit que trouble et confusion dans l'état, où étoient l'ordre et +l'unité, sinon dans la société des <i>fidèles</i>, qui seule demeuroit +immuable dans ses dogmes, dans ses traditions, dans sa discipline? Pour +cette multitude que divisoient sans cesse des intérêts si opposés, des +usurpations si manifestes, des préjugés d'indépendance si fortement +enracinés, quel autre signe de ralliement que la <span class="smcap">CROIX</span> qui, s'élevant de +toutes parts, sur <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> le sommet de leurs tours et sur la pointe de +leurs clochers, réveilloit à tous moments dans leur cœur des +sentiments qui leur étoient communs, de croyances qui pour tous étoient +les mêmes, et sembloit rappeler à ne former qu'une seule patrie sur la +terre, des hommes destinés à n'avoir qu'une même patrie dans le ciel? et +nous pouvons défier toute la subtilité sophistique des incrédules de nos +jours, d'expliquer comment il eût été possible que ce royaume de France, +<i>formé par des évêques</i>; ainsi que l'a dit un écrivain dont sans doute +ils ne récuseront pas le témoignage<a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Go to footnote 233"><span class="smaller normal">[233]</span></a>, eût pu être sauvé de sa ruine +autrement que <i>par des évêques</i>; c'est-à-dire comment, sans la religion +et ses ministres, il eût pu rester en France, après la fin de la seconde +race, vestige de société.</p> + +<p>Sous les rois de la troisième race, le clergé put espérer enfin des +jours moins agités, et pour ses propriétés des garanties et une +protection dont, jusqu'alors, lui seul avoit été privé. Il put, de même +que les autres membres de la société, conserver ce qui lui appartenoit, +et opposer avec succès, aux nouveaux envahissements que l'on tenta +contre lui, ses titres et ses priviléges. Or, dans cet espace de +quelques lieues sur lequel ont été successivement tracées et élevées les +diverses enceintes de <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> Paris, et qui s'est couvert aussi par +degrés d'un si grand nombre d'édifices et d'une population, jusqu'au +temps où nous vivons, toujours croissante, les évêques et les abbés +avoient beaucoup de possessions, et eurent plus à combattre que partout +ailleurs pour maintenir leurs droits sur un coin de terre que la +multitude des habitants d'une ville devenue capitale du royaume, leur +disputoit, pour ainsi dire, pied à pied; et ces droits, ils surent +cependant les abandonner, selon que l'exigeoit l'intérêt public, auquel +il est rare qu'ils n'aient pas toujours sacrifié leurs propres intérêts.</p> + +<p>Par exemple les évêques de Paris possédoient, comme les autres prélats, +des terres autour du siége de leur église, dans un temps où cette ville +étoit presque tout entière renfermée dans la Cité, et où il étoit +impossible de prévoir l'agrandissement immense qu'un jour elle devoit +recevoir. Sous le règne de Louis-le-Jeune, une partie de ces propriétés, +situées au couchant de la <i>ville</i>, étoit désignée sous le nom de +<i>Culture-l'Évêque</i>, et prenoit naissance aux limites de l'ancien et du +nouveau bourg Saint-Germain-l'Auxerrois. Dans ces terres, qui étoient +devenues de la nature des fiefs, l'évêque, sous la seule condition de +l'hommage et des redevances féodales, avoit presque tous les droits d'un +souverain, haute et basse justice, propriété des serfs, perception de +certains <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> impôts, pouvoir de donner des terres à cens, +d'établir des arrière-fiefs, etc.</p> + +<p>Les monastères fondés dans les environs de la ville avoient également +des propriétés dans les terrains ou cultures qui, de tous côtés, +entouroient son enceinte; et, comme nous l'avons dit, les abbés, +affranchis de la juridiction de l'<i>ordinaire</i>, étoient, ainsi que les +évêques, maîtres absolus dans ces propriétés, et vassaux immédiats de la +couronne. Ils donnoient, comme propriétaires de fiefs, les terres +dépendantes de leurs abbayes à cens ou à rentes, sous la condition d'y +faire des cultures ou d'y élever des bâtiments; et c'est ainsi que +s'étoient formés les bourgs Saint-Germain-des-Prés, +Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Marcel, etc. Dans l'intérieur, des +monastères avoient été aussi fondés, dotés et soustraits également à la +juridiction épiscopale. Il résultoit, de cet état de choses, une foule +de droits, de prérogatives, de prétentions opposées, que l'on a peine à +concevoir, et dont cependant les traces se sont conservées jusqu'à nos +jours. Les évêques défendoient leurs priviléges contre le roi, les +moines contre l'évêque. À mesure que la ville s'étendoit, les droits de +<i>censives</i> étoient réclamés sur les divers territoires qu'on y faisoit +entrer; le roi n'obtenoit rien que par transaction, soit des couvents, +soit des prélats, et ne devoit en effet <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> rien obtenir que de +cette manière; si une chapelle se trouvoit placée dans l'arrondissement +d'un monastère, et que les besoins du culte ou tout autre considération +portât à l'ériger en paroisse, les moines, et cela étoit juste encore, +conservoient le droit de nommer à la cure; ils ne cédoient point ce +droit, même lorsqu'ils abandonnoient, de leur propre mouvement, leur +église pour quelqu'autre demeure qui leur sembloit plus convenable, +fût-ce l'extrémité opposée de la ville; ces droits de patronage, trop +souvent exercés par des laïques, se transmettoient, se cédoient par +vente ou par échange; on les obtenoit même lorsqu'une église étoit bâtie +sur une terre accordée <i>avec amortissement</i><a id="footnotetag234" name="footnotetag234"></a><a href="#footnote234" title="Go to footnote 234"><span class="smaller normal">[234]</span></a>, et c'est ainsi que se +sont établies les diverses censives qui existoient dans la Cité, +censives qui se sont insensiblement augmentées par les adjonctions qu'y +ont faites les communautés, des biens qu'elles acquéroient ou de ceux +qui leur étoient légués.</p> + +<p>Nous pensons que cette histoire succincte des biens du clergé suffira +pour faire bien entendre ce que nous avons à dire des églises et des +fondations nombreuses que Paris renfermoit dans ses <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> murs, des +mutations diverses qu'elles ont éprouvées, et des rapports qui se sont +établis entre elles et des églises situées dans d'autres quartiers de +cette capitale.</p> + +<h2>COUVENT DES BARNABITES.</h2> + +<p>Cette église, bâtie au fond d'une cour, et masquée par un rang de +maisons, est située dans la rue de la Barillerie, laquelle communique de +la place du Palais au pont Saint-Michel. Son origine est très-ancienne, +et remonte jusqu'à saint Éloi, orfèvre et monétaire des rois Clotaire et +Dagobert. Ce pieux personnage ayant mérité, par ses vertus, l'estime et +la confiance de ces deux princes, Dagobert lui fit don d'une maison +assez vaste, située vis-à-vis du Palais. Saint Éloi eut d'abord le +projet d'y faire construire un hôpital, mais, par des considérations +particulières, il en fit une communauté de filles, sous l'invocation de +saint Martial, évêque de Limoges. Plusieurs savants ont cru que l'église +de ce dernier saint existoit déjà depuis long-temps<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Go to footnote 235"><span class="smaller normal">[235]</span></a>; mais cette +opinion a <span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> été combattue, et ne semble pas fondée. La fondation +de Saint-Éloi fut achevée vers l'an 632 ou 633<a id="footnotetag236" name="footnotetag236"></a><a href="#footnote236" title="Go to footnote 236"><span class="smaller normal">[236]</span></a>. L'espace se +trouvant bientôt trop étroit pour contenir le grand nombre de vierges +qu'attiroit la célébrité du lieu, le saint eut recours à la bonté du +roi, qui lui accorda tout le terrain que renferment aujourd'hui les rues +<i>de la Barillerie</i>, <i>de la Calendre</i>, <i>aux Fèves</i> et <i>de la +Vieille-Draperie</i>. Dans tous les titres, cet espace est appelé <i>la +Ceinture de Saint-Éloi</i>.</p> + +<p>Ce monastère, qui garda long-temps le nom de Saint-Martial, prit ensuite +celui de son fondateur; et dans le neuvième siècle on ne le connoissoit +plus que sous ce dernier titre<a id="footnotetag237" name="footnotetag237"></a><a href="#footnote237" title="Go to footnote 237"><span class="smaller normal">[237]</span></a>. Avant le règne de Charles-le-Chauve +il n'étoit point encore sous la juridiction <i>de l'ordinaire</i><a id="footnotetag238" name="footnotetag238"></a><a href="#footnote238" title="Go to footnote 238"><span class="smaller normal">[238]</span></a>; et ce +fut ce prince qui l'y fit entrer, à la prière d'Ingelvin, évêque de +Paris. Cette charte fut confirmée par Louis-le-Bègue en 878<a id="footnotetag239" name="footnotetag239"></a><a href="#footnote239" title="Go to footnote 239"><span class="smaller normal">[239]</span></a>.</p> + +<p>Le relâchement s'introduisit parmi les religieuses qui l'habitoient, et +au commencement du douzième siècle il fut porté à un tel point, que +l'évêque se vit forcé d'employer la rigueur pour en arrêter le scandale; +ces religieuses furent dispersées en divers monastères éloignés, et l'on +<span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> donna l'abbaye à Thibaud, abbé de Saint-Pierre-des-Fossés, +sous la condition d'y mettre un prieur<a id="footnotetag240" name="footnotetag240"></a><a href="#footnote240" title="Go to footnote 240"><span class="smaller normal">[240]</span></a> et douze religieux de son +ordre. Ces changements arrivèrent en 1107<a id="footnotetag241" name="footnotetag241"></a><a href="#footnote241" title="Go to footnote 241"><span class="smaller normal">[241]</span></a>. Dix-huit ans après, ce +même abbé la remit entre les mains de l'évêque de Paris, Étienne de +Senlis, qui la garda neuf ans. Pendant cet intervalle, l'église, qui +étoit immense, et qui tomboit en ruines, fut séparée en deux par une rue +qui subsiste encore sous le nom de Saint-Éloi. Le <i>chevet</i> ou chœur +forma une église nouvelle, sous le nom de l'ancien patron, +Saint-Martial<a id="footnotetag242" name="footnotetag242"></a><a href="#footnote242" title="Go to footnote 242"><span class="smaller normal">[242]</span></a>, et de la nef on en fit une autre, sur partie de +laquelle a été bâtie celle que l'on voit aujourd'hui.</p> + +<p>En 1134, l'évêque fit, de nouveau, le don de ce monastère aux mêmes +religieux, et sous les mêmes conditions, y ajoutant toutefois celle de +rendre à l'évêque et au chapitre de Notre-Dame <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> les mêmes +devoirs qui avoient été imposés aux religieuses. Ils s'y sont maintenus +jusqu'en 1530, que leur principale abbaye, nommée alors +Saint-Maur-des-Fossés, fut réunie, avec toutes ses dépendances, à +l'évêché de Paris. L'office y fut alors célébré par quelques prêtres +séculiers. Enfin cet édifice tomboit de vétusté, lorsqu'en 1629 M. de +Gondi, premier archevêque de Paris, le destina à la congrégation des +clercs réguliers de Saint-Paul, dits Barnabites, que Henri IV avoit +appelés en France en 1608. Ces religieux, qui se consacroient aux +missions et à toutes les autres fonctions sacerdotales, firent +successivement rebâtir l'église et la maison qu'ils occupoient<a id="footnotetag243" name="footnotetag243"></a><a href="#footnote243" title="Go to footnote 243"><span class="smaller normal">[243]</span></a>. Ces +constructions n'offrent rien de remarquable dans leur architecture.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES BARNABITES.</p> + +<p class="center">TABLEAUX.</p> + + <p>Dans le cloître, quelques peintures, sujets tirés des Actes + des apôtres, par <i>de Berge</i>. Dans un parloir, la Prédication + de Saint-Pierre; dans l'Église, un <i>Ecce Homo</i>, et quelques + autres tableaux par des peintres inconnus.</p> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> La bibliothèque de ces pères contenoit environ seize mille +volumes, et une collection d'estampes assez considérable.</p> + +<h2>PYRAMIDE DE JEAN CHÂTEL.</h2> + +<p>Quelques années avant la révolution, on voyoit encore, devant l'église +des Barnabites, une petite place, que, depuis, l'on a fait entrer dans +le plan général de celle du Palais de justice. C'étoit sur cette place +qu'avoit été autrefois située la maison du père de Jean Châtel, qui, le +27 décembre 1594, tenta d'assassiner Henri IV. «Sur la fin de cette +année, dit Péréfixe, un jeune écolier âgé de dix-huit ans, fils d'un +marchand drapier de Paris, s'étant coulé avec ses courtisans dans la +chambre de la belle Gabrielle où étoit le roi, le voulut frapper d'un +coup de couteau dans le ventre; mais de bonne fortune, le roi s'étant +baissé en ce moment pour saluer quelqu'un, il ne l'atteignit qu'au +visage, lui perça la lèvre d'en haut et lui rompit une dent.... Le +parlement condamna le parricide à avoir le poing droit <span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> brûlé +et à être tenaillé, puis tiré à quatre chevaux.... Le père de ce +misérable fut banni, sa maison de devant le Palais démolie, et une +pyramide élevée en la place»<a id="footnotetag244" name="footnotetag244"></a><a href="#footnote244" title="Go to footnote 244"><span class="smaller normal">[244]</span></a>.</p> + +<p>Personne n'ignore que les jésuites furent impliqués dans la procédure de +cet assassin, et que ce fut l'occasion de la première persécution qui +ait été exercée contre leur société. Il y a long-temps que cette +œuvre d'iniquité a été pénétrée dans toutes ses profondeurs et mise à +découvert, de manière que, pour les esprits droits et éclairés, il n'est +rien de plus évident que l'innocence de ces religieux, et de plus +démontré que la malice de <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> leurs persécuteurs. Néanmoins tant +de calomnies atroces ont été répandues sur cette société célèbre; tant +d'ennemis acharnés, et qui semblent se succéder contre elle d'âge en +âge, comme une génération malfaisante, les ont répétées et propagées; +elles ont été renouvelées avec tant de fureur, lors de la dernière +persécution, plus odieuse que toutes les autres, dont elle a été la +victime, et qui en a amené l'entière destruction, qu'encore que sa ruine +ait entraîné avec elle ses ennemis eux-mêmes, et la religion, et la +monarchie, il en est resté contre les jésuites beaucoup d'impressions +défavorables et d'injustes préventions, qui ne nous permettent pas de +passer légèrement sur l'une des accusations les plus capitales qu'on ait +jamais osé élever contre eux.</p> + +<p>Les ennemis de la compagnie de Jésus étoient les huguenots, le +parlement, et tous ceux qui étoient liés avec cette cour de prétentions +et d'intérêts. Les huguenots avoient raison de détester les jésuites, +puisque ceux-ci étoient, en effet, leurs plus redoutables adversaires; +le parlement, tout plein encore du venin de la ligue, et qui s'étoit mis +en opposition ouverte contre l'autorité royale, long-temps avant +l'époque de la ligue et celle de la réforme, avoit également sujet de +haïr une société uniquement formée pour propager et défendre les +principes du catholicisme, source de toute autorité, et qui <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> en +est le plus ferme appui. Ligueurs et huguenots, en apparence si opposés +les uns aux autres, étoient, en effet, animés d'un même esprit, celui de +révolte et d'indépendance; et la perte des jésuites avoit été également +jurée par l'un et l'autre parti. Douteroit-on de cette haine commune à +tous les deux? Elle va nous être attestée par un écrivain contemporain.</p> + +<p>«Après l'attentat de Jean Châtel, dit l'historiographe Dupleix, les +<i>huguenots</i> et les <i>libertins</i>, sous prétexte d'un fervent zèle pour le +salut du roi, sur le bruit que cet escolier débauché avoit estudié sous +les jésuites, publièrent qu'il estudioit encore sous eux, et qu'il avoit +confessé qu'ils l'avoient induit à commettre un parricide exécrable en +la personne de Sa Majesté par diverses persuasions et artifices, dont +les bons François <i>trop crédules</i> furent grandement esmeus, et sur +l'heure lancèrent mille exécrations, maudiçons et imprécations contre +les jésuites, plusieurs criant qu'il les falloit égorger et jeter dans +la rivière... Les jésuites étoient haïs <i>d'aucuns des</i> <span class="smcap">JUGES</span> mêmes; mais +ni <span class="smcap">PREUVE NI PRÉSOMPTION</span> ne pouvant être <i>arrachée</i> de la bouche de +l'assassin, par la violence de la torture, pour <i>rendre</i> les jésuites +<i>complices</i> de son forfait, des commissaires furent députés <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> +pour aller fouiller tous les livres et écrits de cette compagnie<a id="footnotetag245" name="footnotetag245"></a><a href="#footnote245" title="Go to footnote 245"><span class="smaller normal">[245]</span></a>».</p> + +<p>Suivons toutes les traces de cette affaire, et ne marchons qu'appuyés +sur des autorités irrécusables. «Ni <i>preuve ni présomption</i> contre les +jésuites n'avoient pu être arrachées de la bouche de l'assassin.» +Douteroit-on de la véracité de l'historien qui nous a transmis cette +circonstance? Écoutons de l'Étoile, ennemi mortel des jésuites. «Jean +Châtel, dit-il, par son interrogatoire, <i>déchargea du tout</i> les +jésuites, même le père Guéret, son <i>précepteur</i><a id="footnotetag246" name="footnotetag246"></a><a href="#footnote246" title="Go to footnote 246"><span class="smaller normal">[246]</span></a>.» Matthieu, Cayet, +les Mémoires de la ligue, M. de Thou, sont, sur ce point, d'un accord +unanime, et reconnoissent avec de l'Étoile que Châtel disculpa +formellement les jésuites, non-seulement de lui avoir conseillé +d'assassiner le roi, mais même d'avoir eu la moindre connoissance de son +dessein<a id="footnotetag247" name="footnotetag247"></a><a href="#footnote247" title="Go to footnote 247"><span class="smaller normal">[247]</span></a>.</p> + +<p>Cependant des commissaires sont députés pour aller <i>fouiller les livres +et écrits de cette compagnie</i>, et cela uniquement parce que le régicide +<span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> avoit étudié pendant trois ans sous un jésuite, le père +Guéret; et bien «qu'en <span class="smcap">DERNIER LIEU</span>, il eût étudié aux écoles de droit +de l'université<a id="footnotetag248" name="footnotetag248"></a><a href="#footnote248" title="Go to footnote 248"><span class="smaller normal">[248]</span></a>,» on ne pensa point à aller fouiller, ni les +livres, ni les écrits de l'université. Quatre conseillers se +transportèrent donc au collége des jésuites, où ils firent la visite de +plusieurs chambres. «On trouva dans celle du père Guignard (qui étoit le +bibliothécaire de la maison), parmi plusieurs écrits, un papier écrit de +sa main, en 1589, dans le temps qu'on assassina Henri III: c'étoit de +ces libelles que les troubles avoient enfantés, et qu'une <i>curiosité +indiscrète</i> faisoit garder<a id="footnotetag249" name="footnotetag249"></a><a href="#footnote249" title="Go to footnote 249"><span class="smaller normal">[249]</span></a>.» Ajoutons que c'étoient de ces libelles +tels que, cinq ans auparavant, on en composoit en faveur du parlement, +peut-être même par ses ordres, et bien certainement dans ses vues, et +avec son approbation<a id="footnotetag250" name="footnotetag250"></a><a href="#footnote250" title="Go to footnote 250"><span class="smaller normal">[250]</span></a>.</p> + +<p>La découverte d'un tel écrit, au milieu des papiers du bibliothécaire +d'un collége, lorsqu'on sortoit à peine d'un temps de guerres civiles, +qui <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> avoit vu naître des milliers de semblables productions que +l'on conservoit impunément partout, dont les collections existoient sans +doute alors, puisqu'on les trouve encore aujourd'hui dans nos +bibliothèques, constituoit-elle un délit suffisant, nous ne dirons pas +pour faire arrêter ce bibliothécaire et lui faire subir le dernier +supplice, mais seulement pour le faire réprimander et admonester par +ceux qui avoient trouvé cette pièce et qui s'en étoient saisis<a id="footnotetag251" name="footnotetag251"></a><a href="#footnote251" title="Go to footnote 251"><span class="smaller normal">[251]</span></a>? +Non, sans doute. Que sera-ce donc si le témoignage le plus grave nous +force à douter de l'existence même de ce prétendu délit? Écoutons +l'illustre chancelier de Chiverny, par l'ordre duquel fut instruit le +procès de Jean Châtel:</p> + +<p>«Sur l'occasion que Jean Châtel avoit estudié quelques années au collége +des jésuites, et que les <span class="smcap">PREMIERS</span> du parlement <i>leur vouloient mal</i> +d'assez long-temps, ne cherchant qu'un prétexte <i>pour ruiner cette +société</i>, trouvant celui-ci <i>plausible</i> à tout le monde, ils ordonnèrent +et commirent quelques-uns d'entre eux qui étoient <span class="smcap">LEURS VRAIS ENNEMIS</span>, +pour aller chercher et fouiller partout dans le collége de Clermont, +<span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> où ils trouvèrent véritablement, ou peut-être <span class="smcap">SUPPOSÈRENT</span>, +<i>ainsi que quelques-uns l'ont cru</i>, certains écrits particuliers contre +la dignité des rois, et quelques mémoires contre le feu roi Henri +III<a id="footnotetag252" name="footnotetag252"></a><a href="#footnote252" title="Go to footnote 252"><span class="smaller normal">[252]</span></a>.</p> + +<p>Le père Guignard ayant été mis en jugement et appliqué à la question, on +lui produit cet écrit trouvé peut-être véritablement dans sa chambre, +<i>peut-être supposé</i>. Sur cet attentat d'un nouveau genre, il est déclaré +coupable du crime de lèse-majesté par des juges qui, cinq ans +auparavant, avoient porté contre le roi <i>un arrêt régicide et +sacrilége</i>, et condamné par eux à mourir attaché à un gibet. Il marche à +cette mort infâme avec un admirable courage; prêt de monter à l'échelle +ses dernières paroles sont des paroles de paix; il y proteste de nouveau +avec douceur et tranquillité de son innocence et de celle de sa +compagnie, et meurt avec la résignation d'un martyr<a id="footnotetag253" name="footnotetag253"></a><a href="#footnote253" title="Go to footnote 253"><span class="smaller normal">[253]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> On n'avoit point trouvé d'écrit chez le père Guéret. Tout son +crime étoit d'avoir été pendant trois ans le <span class="smcap">RÉGENT</span> de Jean Châtel. Le +parlement jugea, dans sa sagesse, que tout jésuite devoit répondre de +tout élève qui avoit étudié sous lui, à quelque époque que ce pût être; +et le régent du régicide fut aussi arrêté, interrogé et appliqué à la +question. Ce fut encore un spectacle bien touchant que celui de la +constance et de la résignation de ce bon père au milieu des traitements +barbares qu'on lui faisoit éprouver<a id="footnotetag254" name="footnotetag254"></a><a href="#footnote254" title="Go to footnote 254"><span class="smaller normal">[254]</span></a>. Comme il n'avoua rien, qu'il +n'y avoit contre lui aucun <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> indice et qu'il n'avoit point +d'accusateurs, ses juges crurent devoir y mettre de la +<i>modération</i><a id="footnotetag255" name="footnotetag255"></a><a href="#footnote255" title="Go to footnote 255"><span class="smaller normal">[255]</span></a>, et le condamnèrent seulement à être banni à +perpétuité, «pour avoir été, dit l'arrêt, le <span class="smcap">PRÉCEPTEUR</span> de Jean Châtel.» +«Le <i>précepteur</i> de Jean Châtel!» s'écrie un apologiste des jésuites au +sujet de cette qualification étrange inusitée, que l'on employa en cette +occasion avec une affectation si marquée; «certes la qualité de +précepteur décèle ici la passion des juges, qui affectoient de confondre +celui qui donne des leçons publiques à tous ceux qui viennent +l'entendre, avec celui qui forme en particulier l'esprit et le cœur +d'un élève dont il est chargé spécialement. Il est vrai que Châtel avoit +fait sa philosophie sous le père Guéret; mais Calvin et Bèze +n'avoient-ils pas fait toutes leurs études en Sorbonne? s'est-on avisé +d'imputer à cette célèbre école les guerres civiles dont le calvinisme a +été la source? mais Châtel lui-même n'avoit-il pas fait toutes ses +classes à l'université, avant de faire sa philosophie au collége? Et +après <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> être sorti du collége, n'avoit-il pas repris ses études +à l'université? Que la haine est inconséquente! on ne dit rien aux +premiers maîtres de Châtel, dont les leçons devoient paroître plus +suspectes à toutes sortes de titres; on ne dit rien aux derniers maîtres +de Châtel, au professeur en droit, sous lequel ce monstre étudioit +actuellement, et l'on applique à la question, et on livre au supplice et +à l'infamie, et on extermine les jésuites, parce que Châtel, dans +l'intervalle de ses études, commencées et reprises à l'université, avoit +étudié quelque temps sous les jésuites qu'il <i>déchargea de tout</i> dans +ses interrogatoires<a id="footnotetag256" name="footnotetag256"></a><a href="#footnote256" title="Go to footnote 256"><span class="smaller normal">[256]</span></a>!</p> + +<p>Mais supposons même un instant coupables ces deux religieux, dont le +témoignage uniforme de tous les historiens, les interrogatoires +juridiques du régicide, leurs propres interrogatoires, le caractère +connu de leurs juges, les formes rapides et violentes de la procédure +élevée contre eux, tout, jusqu'aux pièces de conviction et aux motifs +dérisoires de leur condamnation, rend l'innocence plus évidente et plus +claire que la lumière du jour: étoit-il raisonnable de rendre la société +des jésuites responsable du crime de deux de ses membres, de +l'envelopper tout entière dans leur ruine; et <span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> une sorte de +pudeur ne devoit-elle pas empêcher le parlement de concevoir même l'idée +d'une aussi monstrueuse injustice? Non-seulement il put en concevoir +l'idée, mais encore la consommer. Un arrêt qu'il rendit chassa de France +tous les jésuites, comme <i>complices</i> du père Guéret, auquel, peu de +jours après, ce même parlement ouvrit les portes de sa prison, pour +n'avoir pu lui découvrir ni crime ni accusateur. Tel fut le dénoûment de +cette intrigue qu'on ne sait comment qualifier, qui affligea et +déconcerta tous les gens de bien, même parmi ceux qui n'aimoient pas les +jésuites; qui fut la joie, le triomphe et en partie l'ouvrage des +sectaires protestants<a id="footnotetag257" name="footnotetag257"></a><a href="#footnote257" title="Go to footnote 257"><span class="smaller normal">[257]</span></a>, qui montre à tous les yeux, et plus +clairement qu'on ne l'avoit pu voir encore, quel étoit l'esprit +<i>parlementaire</i>, et s'il n'étoit comprimé, de quels dangers il menaçoit +la monarchie et la religion.</p> + +<p>La pyramide fut élevée, «et ès diverses faces furent gravées diverses +inscriptions à l'opprobre des jésuites.... Car ceux qui inventoient les +plus satiriques et poignantes contre leur société, étoient les <i>mieux +venus</i> de ceux qui <i>avoient pris la direction de cet ouvrage</i><a id="footnotetag258" name="footnotetag258"></a><a href="#footnote258" title="Go to footnote 258"><span class="smaller normal">[258]</span></a>.» +C'est-à-dire des magistrats.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> Cependant quelle étoit l'opinion de Henri IV sur tous ces actes +si violents et si passionnés de son parlement? Considéroit-il +effectivement les jésuites comme ses ennemis? Appuyoit-il ces mesures +que l'on sembloit prendre pour sa sûreté et pour rendre sacrée et +inviolable aux yeux des peuples la personne des rois? En 1762, lorsque +le parlement <i>philosophe</i> acheva si heureusement ce qu'avoit commencé le +parlement <i>ligueur</i><a id="footnotetag259" name="footnotetag259"></a><a href="#footnote259" title="Go to footnote 259"><span class="smaller normal">[259]</span></a>, on produisit comme extrait de ses registres un +édit de ce roi, qui confirmoit l'arrêt de bannissement porté en 1595 +contre la compagnie de Jésus, et apposoit ainsi le sceau de l'autorité +royale au grand et mémorable jugement qui avoit été rendu à l'égard de +cette compagnie; mais l'apologiste des jésuites déjà cité<a id="footnotetag260" name="footnotetag260"></a><a href="#footnote260" title="Go to footnote 260"><span class="smaller normal">[260]</span></a> prouva, +de manière à couvrir d'une éternelle confusion ceux qui faisoient valoir +une semblable pièce, que cet édit avoit été inconnu à tous les écrivains +qui ont pu et dû le connoître; inconnu aux historiographes de Henri IV, +à ses ministres, à ses ambassadeurs, à ses négociateurs dans les cours +étrangères, aux magistrats, gens du roi et parlements qui ont dû +l'enregistrer; inconnu au <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> chancelier de France qui auroit dû +le dresser, le sceller et l'expédier, inconnu au pape qui devoit s'y +intéresser si vivement, inconnu aux jésuites qu'il proscrivoit et au roi +lui-même qui l'avoit rendu; que, considéré en lui-même, il étoit +contradictoire dans le fond, et choquoit tous les caractères de la +législation; qu'il étoit irrégulier dans sa forme, barbare dans son +style, ridicule par son orthographe, évidemment faux par sa date et par +les variantes des différents textes qui en ont été produits; enfin que +de toutes les impostures historiques et politiques, et de toutes les +pièces fabriquées, il n'y en eut jamais de plus grossière et de plus +impudente.</p> + +<p>Mais si Henri IV n'a point confirmé cet arrêt, l'a-t-il approuvé? Nous +trouvons que le 14 janvier 1595, c'est-à-dire peu de jours après le +départ des jésuites, M. de Villeroi, ministre du roi, écrivit une longue +lettre à d'Ossat<a id="footnotetag261" name="footnotetag261"></a><a href="#footnote261" title="Go to footnote 261"><span class="smaller normal">[261]</span></a>, alors chargé d'affaires de la cour de France à +Rome, dans laquelle, lui rendant compte de tous ces événements, il lui +explique les motifs qui ont engagé le roi <i>à souffrir l'exécution de +l'arrêt</i>; et ces motifs, nous les ferons connoître toute à l'heure. Le +31 du même mois, d'Ossat, répondant au ministre, lui fait un récit +détaillé de ce qui s'est passé dans l'audience qu'il a obtenue du Pape à +<span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> ce sujet, audience dans laquelle le pontife se montre +très-instruit du fond de l'affaire et fort affligé de la conduite inique +du parlement; et sur les paroles assez vives que lui adresse à cette +occasion Sa Sainteté, M. d'Ossat ne peut dire autre chose sinon qu'<i>à +tout événement</i>, si le parlement avoit <i>excédé</i> en quelque chose, <i>ce ne +seroit point la faute du roi</i>. Puis il prouve que, dans la circonstance +présente, il est plus sage et plus utile pour la cour de Rome de prendre +en <i>bonne part</i> ce qui s'est passé, que «de se mettre en nécessité d'en +demander réparation, et en danger plus certain de <i>ne l'avoir +jamais</i>...., et corroborer de plus en plus le <span class="smcap">SCHISME</span> qui n'est déjà +<i>que trop avancé</i><a id="footnotetag262" name="footnotetag262"></a><a href="#footnote262" title="Go to footnote 262"><span class="smaller normal">[262]</span></a>.»</p> + +<p>L'ambassadeur de France n'a point d'autre réponse à faire aux ministres +du saint Père, lorsqu'ils reviennent avec lui sur ce fâcheux événement, +que de leur faire part de cette lettre de M. de Villeroi, dans laquelle +celui-ci «rejette la résolution et exécution dudit arrêt, principalement +<i>sur la force et nécessité du temps et des choses</i> qui n'avoient permis +d'en user autrement<a id="footnotetag263" name="footnotetag263"></a><a href="#footnote263" title="Go to footnote 263"><span class="smaller normal">[263]</span></a>.»</p> + +<p>Sur les plaintes <i>modestes</i> que lui porte le général des jésuites de cet +injuste arrêt, que répond-il encore? «Qu'il en étoit marry, mais qu'il +<span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> pouvoit l'assurer que <i>le roi n'y avoit aucune part</i>;» puis il +ajoute, et ceci est très-remarquable: «Que la cour du parlement faisoit +des arrests <i>sans en demander congé ni advis</i> à Sa Majesté; et quand le +roi eût été dans Paris même, il <i>n'en eût rien sçu</i> avant que ledit +arrest eust été donné: <i>beaucoup moins l'avoit-il pu sçavoir</i> en étant +loin, et en un siége<a id="footnotetag264" name="footnotetag264"></a><a href="#footnote264" title="Go to footnote 264"><span class="smaller normal">[264]</span></a>.» Du Perron confirme dans une autre occasion +ce qu'avoit dit d'Ossat, que le bannissement des jésuites <i>ne provenoit +d'aucune impulsion de Sa Majesté</i><a id="footnotetag265" name="footnotetag265"></a><a href="#footnote265" title="Go to footnote 265"><span class="smaller normal">[265]</span></a>. Le duc de Luxembourg, +ambassadeur à la cour de Rome quelques années après, fait de même tous +ses efforts pour persuader au pape que le roi n'avoit aucune part aux +arrêts portés contre les jésuites; enfin, l'année même de leur +bannissement, on propose à Henri IV un jésuite pour légat en +France<a id="footnotetag266" name="footnotetag266"></a><a href="#footnote266" title="Go to footnote 266"><span class="smaller normal">[266]</span></a>: il l'accepte volontiers. Ce jésuite meurt l'année suivante; +le roi se montre très-sensible à sa perte, et lui fait rendre après sa +mort des honneurs qui témoignent l'estime singulière qu'il en +faisoit<a id="footnotetag267" name="footnotetag267"></a><a href="#footnote267" title="Go to footnote 267"><span class="smaller normal">[267]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> Quels motifs pouvoient donc déterminer un prince qui, dans la +bonne et la mauvaise fortune, avoit constamment montré tant de +pénétration d'esprit et de force de caractère, à souffrir que, contre sa +volonté, et même contre ses propres affections, une injustice aussi +criante fût consommée dans ses états, par des gens qui n'avoient d'autre +pouvoir que celui que ses prédécesseurs et lui-même leur avoient +concédé, et qui ne pouvoient légitimement l'exercer qu'avec leur bon +plaisir et sous leur protection? On a déjà pu voir par les diverses +paroles échappées aux ministres et aux agents de Henri, à quel point +l'embarrassoit ce parlement, si long-temps le foyer de la révolte et des +guerres civiles; et qui, dans ces premiers moments où la paix venoit +d'être faite entre le roi et ses sujets, demeuroit encore le point de +ralliement de tous les mécontents, c'est-à-dire, tout à la fois des +impies et des fanatiques. D'un côté, abusant lâchement de cette +situation périlleuse où se trouvoit encore <i>son maître et seigneur</i>, il +rendoit des arrêts, <i>sans lui en demander congé ni advis</i>, sans daigner +même <i>lui en donner connoissance</i>; de l'autre, si Rome eût osé se +plaindre, il levoit l'étendard du <span class="smcap">SCHISME</span> qui <i>n'étoit déjà que trop +avancé</i>. La politique exigeoit donc que son insolence fût soufferte, et +l'abus qu'il faisoit de son pouvoir, toléré; et les considérations qui +faisoient différer au roi le rappel des jésuites, sont <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> +très-bien présentées par l'historiographe déjà cité: «premièrement, +dit-il, il ne le pouvoit, sans annuler l'arrêt donné <i>fraîchement</i> par +son parlement, ce qui eût semblé <i>alors</i> injurieux; et avec le temps qui +<i>donne diverses faces aux affaires</i>, l'action en pouvoit être moins +odieuse. En second lieu, le roi étant aux prises avec l'Espagnol, ne se +pouvoit passer du service de ses subjets religionnaires, lesquels, déjà +outrés de sa conversion, <i>l'eussent abandonné</i>, s'il eût rappelé les +jésuites.... Par une troisième considération, le roi craignoit +d'offenser la reine d'Angleterre, l'alliance de laquelle lui étoit +grandement nécessaire; mais après avoir mis fin aux guerres étrangères, +rangé le Savoyard à la raison, étouffé la conjuration du maréchal Biron, +renouvelé son alliance avec les Suisses, fermement établi la paix en son +royaume, et le roi d'Écosse ayant succédé à la couronne d'Angleterre, il +se résolut <i>facilement</i> à rappeler les jésuites<a id="footnotetag268" name="footnotetag268"></a><a href="#footnote268" title="Go to footnote 268"><span class="smaller normal">[268]</span></a>.»</p> + +<p>«C'est alors en effet que, véritablement maître dans son royaume, +connoissant l'<span class="smcap">INNOCENCE</span> des jésuites et les services qu'ils rendoient à +l'Église<a id="footnotetag269" name="footnotetag269"></a><a href="#footnote269" title="Go to footnote 269"><span class="smaller normal">[269]</span></a>;» «sachant que le commun désir des catholiques étoit de +les revoir, leur absence n'ayant servi qu'à mieux faire connoître +<span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> le <i>bien et le profit de leur présence</i><a id="footnotetag270" name="footnotetag270"></a><a href="#footnote270" title="Go to footnote 270"><span class="smaller normal">[270]</span></a>; cédant à son +propre désir et à ce vœu général exprimé par ce qu'il y avoit de plus +grand dans le royaume. Car il y avoit peu de princes officiers de la +couronne et seigneurs catholiques qui ne contribuassent leur +recommandation en faveur des jésuites<a id="footnotetag271" name="footnotetag271"></a><a href="#footnote271" title="Go to footnote 271"><span class="smaller normal">[271]</span></a>.» C'est alors, disons-nous, +que ce grand roi ordonna le rappel tant désiré de cette illustre +société; et cet acte éclatant de justice et de haute et prévoyante +politique, il le fit, «malgré les artifices d'<i>aucuns de ce grand sénat</i> +qui avoient <i>une étrange aversion</i> au rappel des jésuites..... malgré +les libertins et les religionnaires qui <i>faillirent en forcener de +rage</i><a id="footnotetag272" name="footnotetag272"></a><a href="#footnote272" title="Go to footnote 272"><span class="smaller normal">[272]</span></a>.» Cet œil si perçant et si sûr avoit su pénétrer tout ce +qu'il y avoit de profond et d'admirable dans la législation des jésuites +qu'il considéroit comme le chef-d'œuvre de la politique +chrétienne<a id="footnotetag273" name="footnotetag273"></a><a href="#footnote273" title="Go to footnote 273"><span class="smaller normal">[273]</span></a>; et jamais il n'y eut d'apologie plus énergique et plus +éloquente de cet <span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> institut, que la réponse à jamais mémorable +qu'il fit aux remontrances que le parlement osa lui adresser au sujet de +son rétablissement, par l'organe de son premier président, M. de Harlay. +Henri IV y prouve par des paroles aussi pleines de franchise et de vie +que celles de l'orateur du parlement étoient embarrassées et captieuses, +l'innocence, le désintéressement, l'humilité, la pureté des mœurs, la +charité, le dévouement, l'habileté des jésuites, leur fidélité envers le +roi, d'autant plus grande qu'ils étoient plus fidèles envers l'Église de +Dieu; combien étoient vils et odieux les motifs de la jalousie qui +animoit contre eux leurs ennemis et leurs rivaux; combien étoit +excellente leur règle monastique, ayant en elle-même tous les caractères +qui pouvoient en assurer l'utilité, la force et la durée; et à travers +cette noble et vigoureuse réponse, perce un mépris assez grand pour ces +gens de robe qui pouvoient s'honorer en remplissant leur charge, +laquelle étoit de rendre la justice, et qui se rendoient en effet +méprisables en se mêlant de faire les politiques: «J'ai toutes vos +conceptions et services en la mienne, leur dit-il; mais vous n'avez pas +la mienne en la vôtre. Vous m'avez proposé des difficultés qui vous +semblent grandes et considérables, et n'avez cette considération que +tout ce qu'avez dit, a été pesé par moi, il y a huit ou neuf ans; <i>vous +faites les <span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> entendus</i> en matière d'état; et vous n'y entendez +non plus que moi à rapporter un procès<a id="footnotetag274" name="footnotetag274"></a><a href="#footnote274" title="Go to footnote 274"><span class="smaller normal">[274]</span></a>.»</p> + +<p>La pyramide, ce monument que <i>l'impudence</i> et <i>la malignité</i> avoient +consacré<a id="footnotetag275" name="footnotetag275"></a><a href="#footnote275" title="Go to footnote 275"><span class="smaller normal">[275]</span></a>, que le parlement avoit fait élever aux dépens des +jésuites dont il avoit confisqué les biens, fut renversée par ordre de +ce grand roi; elle le fut en plein jour, malgré les alarmes hypocrites +des ennemis des jésuites, qui, affectant de craindre un soulèvement +populaire, conseilloient de ne l'abattre que la <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> nuit<a id="footnotetag276" name="footnotetag276"></a><a href="#footnote276" title="Go to footnote 276"><span class="smaller normal">[276]</span></a>, «et +la gloire du rappel des jésuites, dit Mézeray lui-même, résulta de +l'ignominie de leur bannissement.»</p> + +<p>N'ayant pu empêcher la destruction de la pyramide, les mécontents +voulurent du moins en conserver l'image, et recueillir surtout les +inscriptions<a id="footnotetag277" name="footnotetag277"></a><a href="#footnote277" title="Go to footnote 277"><span class="smaller normal">[277]</span></a> dont elle étoit chargée. On en reproduisit donc +l'estampe gravée depuis long-temps; et les calvinistes ainsi que les +magistrats en ornèrent à l'envi leurs cabinets, jusqu'à ce que le roi, +«pour oster du tout la mémoire à l'advenir de ce pilier, en envoya +enlever la planche de cuivre chez l'imprimeur Leclerc, qui l'avoit faite +dès l'an 1595<a id="footnotetag278" name="footnotetag278"></a><a href="#footnote278" title="Go to footnote 278"><span class="smaller normal">[278]</span></a>.»</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> C'est d'après une de ces gravures devenues extrêmement rares +que nous donnons ici la représentation exacte de ce monument. +L'architecture en est singulière: l'édifice s'élevoit sur un plan carré +d'ordre ionique; il étoit composé, sur chacune de ses faces, de deux +pilastres, avec entablement et fronton, une attique, un second fronton, +quatre acrotères ornés de figures, et une aiguille en pierre surmontée +d'une croix<a id="footnotetag279" name="footnotetag279"></a><a href="#footnote279" title="Go to footnote 279"><span class="smaller normal">[279]</span></a>. Cette construction, dans laquelle on reconnoît le goût +déjà corrompu de ce temps-là, n'offre aucun caractère décidé; elle est, +comme tous les monuments de la même époque, surchargée d'ornements, et +composée de parties incohérentes.</p> + +<h2>ÉGLISE ROYALE ET PAROISSIALE<br> +DE SAINT-BARTHÉLEMI.</h2> + +<p>Cette église, qui étoit située vis-à-vis le Palais, dans la rue qui +porte son nom, est une de celles qui servent à faire connoître, par leur +situation <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> et leurs dépendances, l'ancien état de la Cité et +même de la ville de Paris. Son origine remonte jusqu'aux rois de la +première race, ce qui est prouvé par un fragment d'un auteur anonyme, +lequel écrivoit sous le roi Robert<a id="footnotetag280" name="footnotetag280"></a><a href="#footnote280" title="Go to footnote 280"><span class="smaller normal">[280]</span></a>. Cet auteur nous apprend qu'elle +avoit été <i>anciennement</i> bâtie par nos rois, et comme le mot +<i>antiquitùs</i> qu'il emploie ne peut être entendu que d'une longue suite +d'années, et même de plusieurs siècles, MM. Jaillot et Lebeuf en ont +conclu avec raison qu'elle existait avant les rois de la seconde race.</p> + +<p>Une autre particularité que l'on trouve dans le même anonyme, c'est que +«les fidèles, de même que les rois, y avoient fait transporter les +reliques et corps de plusieurs saints, pour enrichir, ainsi qu'il +convenoit, une chapelle <i>royale</i>.» Or, un grand nombre de témoignages ne +permettant pas de douter qu'il n'y ait eu, dès les premiers temps, un +palais dans la Cité, ce passage porte à croire que cette église en étoit +la chapelle; et sans doute elle avoit pris le nom de <i>Saint-Barthélemi</i>, +à l'occasion de quelques reliques de ce saint qu'on y avoit apportées de +l'Orient sous le règne de Clovis ou de Childebert, comme on peut le +conjecturer d'un passage de Grégoire de Tours.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> Cette chapelle étoit desservie par des chanoines: outre les +biens dont ils jouissoient par la libéralité de nos rois, ils avoient +encore, sur le chemin de Saint-Denis, un oratoire sous le titre de +<i>Saint-Georges</i>, avec un terrain assez considérable qui l'environnoit, +et dont une partie leur servoit de cimetière. Cet oratoire, qui prit +depuis le nom de <i>Saint-Magloire</i>, ne se trouva renfermé dans la <i>ville</i> +que lors de l'enceinte que fit faire Philippe-Auguste.</p> + +<p>Vers l'an 963, ou, selon d'autres, en 965, il arriva qu'un évêque +d'Aleth<a id="footnotetag281" name="footnotetag281"></a><a href="#footnote281" title="Go to footnote 281"><span class="smaller normal">[281]</span></a> et plusieurs autres prêtres et religieux transportèrent à +Paris un grand nombre de reliques, qu'ils vouloient soustraire aux +insultes des Normands, qui ravageoient alors l'Armorique. Parmi ces +reliques étoit le corps de saint Magloire: Hugues Capet, à cette époque +duc de France, les fit solennellement déposer dans la chapelle de +Saint-Barthélemi. La guerre étant terminée, chacun de ces exilés voulut +s'en retourner dans son pays avec son trésor; Hugues, qui n'y consentit +qu'à regret, obtint d'eux, pour prix de l'hospitalité qu'il leur avoit +accordée, le corps entier de saint Magloire, et quelques autres parties +des corps saints qu'ils avoient apportés. Il conçut aussitôt le projet +d'agrandir cette chapelle, et d'y fonder une abbaye, pour honorer +<span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> davantage des reliques aussi précieuses. Ce projet ne tarda +pas à être exécuté; un monastère fut bâti, et aux chanoines il substitua +des religieux de la règle de Saint-Benoît. Ces moines entrèrent +également en possession de l'oratoire Saint-Georges, auquel le pieux +fondateur ajouta encore de nouvelles concessions de terres, et l'église +fut dédiée sous le titre de <i>Saint-Barthélemi</i> et <i>Saint-Magloire</i>; mais +le nom de ce dernier saint, beaucoup plus célèbre que l'autre, ayant +bientôt prévalu parmi le peuple, pendant près d'un siècle elle ne fut +appelée que l'église de Saint-Magloire. Tous ces faits sont également +constatés par l'écrivain anonyme déjà cité.</p> + +<p>Les religieux de Saint-Benoît restèrent dans cette abbaye jusqu'en 1138, +que, s'y trouvant trop resserrés, ils se transportèrent avec leurs +reliques dans leur chapelle de Saint-Georges, qu'ils avoient fait +reconstruire, augmenter, et qu'ils consacrèrent sous le titre de l'autre +saint. Alors l'église de la Cité reprit son ancien nom de +Saint-Barthélemi, et devint une paroisse soumise au patronage des moines +de Saint-Magloire, qui nommoient à la cure, et en outre y plaçoient un +de leurs membres en qualité de prieur. Ils jouirent de ce droit jusqu'en +1564, que le titre abbatial fut supprimé, et l'abbaye réunie à l'évêché +de Paris.</p> + +<p>À l'exception des dépendances de la Sainte-Chapelle, tout l'enclos du +Palais étoit dans la juridiction <span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> de cette paroisse, qui +s'étendoit d'ailleurs depuis la rue de la Barillerie jusqu'au pont Neuf.</p> + +<p>Au quatorzième siècle, l'église, presque ruinée, avoit été réparée, par +un accord fait entre le curé et les religieux; depuis elle a été +agrandie à diverses reprises, et reconstruite presque en entier dans les +années qui ont précédé la révolution<a id="footnotetag282" name="footnotetag282"></a><a href="#footnote282" title="Go to footnote 282"><span class="smaller normal">[282]</span></a>.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BARTHÉLEMI.</p> + +<p class="center">TABLEAUX.</p> + + <p>Le Mariage de sainte Catherine, par <i>Loir</i>; sainte + Geneviève, saint Guillaume et saint Charles Borromée, par + <i>Hérault</i>.</p> + +<p class="p2 center">SCULPTURES.</p> + + <p>De chaque côté du portail, saint Barthélemi et sainte + Catherine, par Barthélemi <i>de Mélo</i>.</p> + +<p class="p2 center">TOMBEAUX.</p> + + <p>Dans cette église avoient été enterrés: Claude Clersellier, + savant philosophe cartésien, mort en 1684. Sur son tombeau + étoit représentée la Religion; à ses pieds un génie, entouré + d'instrumens de mathématiques, tenoit entre ses mains une + tête de mort qu'il regardoit attentivement. Ce monument + avoit été exécuté par le même Barthélemi <i>de Mélo</i>.</p> + + <p><span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> Louis Servin, avocat général au parlement de Paris, + célèbre dans l'histoire de cette cour, et qui mourut en 1626 + aux pieds de Louis XIII, tenant son lit de justice, au + moment même où il faisoit à ce prince des remontrances sur + quelques édits bursaux.</p> +</div> + +<p>Toute la décoration de cette église, très-surchargée d'ornements où +étoit empreint le mauvais goût du dix-huitième siècle, avoit été +exécutée en 1736, sur les dessins des frères <i>Slodtz</i>.</p> + +<p>Il y avoit dans cette église trois confréries, dont la plus ancienne +datoit de 1353.</p> + +<h2>SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.</h2> + +<p>On ne voit presque point d'anciennes abbayes, sous la première race de +nos rois, qui n'eussent, outre l'église principale, des oratoires +détachés et dispersés en différents lieux de leur enclos. Il est +probable que l'église de <i>Saint-Pierre-des-Arcis</i> et celle de +<i>Sainte-Croix-de-la-Cité</i>, dont nous allons parler immédiatement après, +étoient des chapelles situées d'abord dans l'enceinte du monastère de +Saint-Éloi, et qu'elles doivent leur origine à la dévotion du fondateur +ou de quelques-unes des abbesses qui lui ont succédé.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span> L'abbé Lebeuf pense qu'après l'incendie qui consuma Paris en +1034, ces deux oratoires furent rebâtis dans le voisinage de l'ancienne +clôture, et qu'alors les religieuses, dont l'enclos étoit fort diminué, +permirent qu'on élevât sur leur terrain des maisons, dont les habitants +furent ensuite attribués à ces églises, lorsqu'on les érigea en +paroisses. Cette érection dut avoir lieu vers le temps où les +religieuses furent chassées de leur monastère, circonstance qui donnoit +plus de liberté pour faire ces nouveaux arrangements<a id="footnotetag283" name="footnotetag283"></a><a href="#footnote283" title="Go to footnote 283"><span class="smaller normal">[283]</span></a>.</p> + +<p>Quoi qu'il en soit de ces conjectures, qui sont ingénieuses et +vraisemblables, la paroisse de Saint-Pierre-des-Arcis étoit +effectivement une des dépendances du prieuré de Saint-Éloi dans la Cité. +Au reste, l'étymologie de ce surnom (<i>des Arcis</i>) a beaucoup exercé +l'imagination des savants, et quelques-uns d'entre eux l'ont expliqué +d'une manière tout-à-fait ridicule.</p> + +<p>M. de Launoy, dont Sauval suit aveuglément les opinions, prétendoit, +d'après un passage mal interprété de Grégoire de Tours, qu'il y avoit eu +autrefois beaucoup de <i>Syriens</i> à Paris; et les confondant ensuite avec +les <i>Assyriens</i>, comme si ce n'eût été qu'un même peuple, il +conjecturoit de là qu'ils avoient pour leur nation une église nommée +<span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span> <i>Saint-Pierre-des-Assyriens</i>, laquelle ayant été brûlée par +les Normands, fut ensuite rebâtie dans la Cité; et de là est venu, selon +lui, le nom de Saint-Pierre-des-<i>Assis</i> ou <i>Arcis</i>.</p> + +<p>M. de Valois, qui a combattu cette opinion plus sérieusement et avec +plus de chaleur qu'elle ne méritoit, en présente une autre qui ne semble +guère mieux fondée, prétendant faire dériver ce nom de la maladie <i>des +ardents</i> ou <i>feu sacré</i>, dans laquelle on eut recours à l'intercession +de saint Pierre. Celle de l'abbé Lebeuf, adoptée par Jaillot, paroît la +plus raisonnable: il veut que ce mot vienne d'<i>arcisterium</i>, synonyme de +<i>monasterium</i>, et qu'il ait été donné à cette église située entre deux +monastères<a id="footnotetag284" name="footnotetag284"></a><a href="#footnote284" title="Go to footnote 284"><span class="smaller normal">[284]</span></a>, pour rappeler son origine et sa première destination.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.</p> + +<p class="center">TABLEAUX.</p> + + <p>Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant les boiteux, + par <i>Vanloo</i>.</p> + + <p>Le Lavement des pieds, par le même; une Cène, par <i>Lafond</i>.</p> + +<p class="p2 center">SÉPULTURES.</p> + + <p>Dans cette église avoit été enterré Guillaume De Mai, + capitaine de six vingts hommes d'armes, mort en 1480. Il + étoit représenté, sur son tombeau, dans le costume militaire + de son siècle. Ce monument, rare dans son espèce, fut déposé + au Musée des Petits-Augustins.</p> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> Saint-Pierre-des-Arcis fut érigé en paroisse vers le +commencement du douzième siècle; en 1424, on rebâtit entièrement +l'église; en 1711, on y fit des augmentations, des réparations et un +nouveau portail, lequel fut élevé sur les dessins de <i>Lanchenu</i><a id="footnotetag285" name="footnotetag285"></a><a href="#footnote285" title="Go to footnote 285"><span class="smaller normal">[285]</span></a>.</p> + +<p>Cette église embrassoit dans ses droits curiaux presque toutes les +maisons de la rue de la Vieille-Draperie, en allant vers le Palais; ils +s'augmentèrent encore, en 1720, par l'adjonction qu'on lui fit des +paroissiens de Saint-Martial. De l'autre côté, en allant vers l'église +de la Magdeleine, elle avoit encore un certain nombre de maisons; de +plus, une partie de celles qui faisoient l'entrée de la cour de +Saint-Éloi, les cinq branches de la rue qui porte le même nom, le +cul-de-sac Saint-Martial presque en entier, quelques maisons dans la rue +aux Fèves, et enfin quelques-unes de celles qui composent la rue de la +Juiverie<a id="footnotetag286" name="footnotetag286"></a><a href="#footnote286" title="Go to footnote 286"><span class="smaller normal">[286]</span></a>.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.</h2> + +<p>L'origine de cette église, qui étoit à l'extrémité de la rue de la +Vieille-Draperie, dans la partie de cette rue la plus éloignée du +Palais, est aussi obscure que celle de Saint-Pierre-des-Arcis; et sans +se mettre en peine de ce qu'en ont imaginé MM. de Launoy, Dubreul et +leurs copistes, il faut s'en tenir à cette opinion déjà mentionnée, +qu'elle étoit d'abord une dépendance de Saint-Éloi, et qu'elle en fut +détachée, puis ensuite rebâtie hors de la <i>ceinture</i>, lorsque ce +monastère eut été donné à l'évêque. On ajoute qu'au milieu du douzième +siècle, la dévotion à saint Hildevert, évêque de Meaux, s'étant +introduite à Paris, cette chapelle lui fut dédiée, et qu'un bâtiment qui +en dépendoit fut alors changé en hôpital pour les frénétiques et les +malades attaqués de l'épilepsie. Cet hôpital ayant été depuis transféré +à Saint-Laurent, l'église reprit son premier nom, et fut érigée en +paroisse.</p> + +<p>L'abbé Lebeuf présume que ce nom tiroit son origine de quelques morceaux +de bois de la vraie croix que saint Éloi, dont les mains habiles ont +<span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> fabriqué tant de précieux reliquaires, aura pu obtenir pour +prix de quelques-uns de ses travaux, et qu'il aura ensuite déposés dans +un des oratoires renfermés dans l'enclos de son monastère. Au reste, +avant que l'église de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie existât, celle-ci +étoit appelée simplement <i>Sainte-Croix</i> dans les anciens titres, sans +aucun caractère distinctif.</p> + +<p>Il ne restoit plus depuis long-temps aucun vestige du bâtiment qui +existoit dans les douzième, treizième et quatorzième siècles; et le +dernier, commencé en 1450, n'avoit été entièrement terminé qu'en +1529<a id="footnotetag287" name="footnotetag287"></a><a href="#footnote287" title="Go to footnote 287"><span class="smaller normal">[287]</span></a>. La cure, dont les droits étoient médiocres et d'une +très-petite étendue, étoit à la collation de l'archevêque de Paris, +depuis la destruction du titre abbatial de Saint-Maur-des-Fossés<a id="footnotetag288" name="footnotetag288"></a><a href="#footnote288" title="Go to footnote 288"><span class="smaller normal">[288]</span></a>.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.</p> + +<p class="center">SÉPULTURES.</p> + + <p>Dans cette église avoit été enterré:</p> + + <p>Pierre Danet, long-temps curé de cette paroisse et depuis + abbé de Saint-Nicolas de Verdun, mort en 1709. Il est auteur + de deux dictionnaires de la langue latine, qui jouirent + autrefois de quelque estime, et de plusieurs autres ouvrages + d'érudition.</p> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> Il existoit dans cette église une confrérie en l'honneur des +cinq plaies de Notre-Dame: elle fut érigée en 1498, et on croit que +c'est la première église de Paris où cette dévotion ait été admise.</p> + +<p>Le territoire de la paroisse de Sainte-Croix embrassoit tout le carré +sur lequel l'église étoit bâtie, une grande partie de la rue +Gervais-Laurent, quelques maisons dans la rue de la Vieille-Draperie et +dans la rue aux Fèves.</p> + +<h2>SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.</h2> + +<p>Vis-à-vis Sainte-Croix, et de l'autre côté de la Cité, étoit la paroisse +de Saint-Germain-<i>le-Vieux</i>.</p> + +<p>Il y a bien des traditions sur l'origine de cette ancienne église; et +l'on a expliqué de bien des manières le patronage qu'y ont exercé +pendant long-temps les moines de Saint-Germain-des-Prés: son nom de +Saint-Germain-<i>le-Vieux</i> a fait naître également plusieurs opinions +contradictoires.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page262" name="page262"></a>(p. 262)</span> Tous les historiens conviennent que c'étoit, dans le principe, +une chapelle baptismale dépendante de la cathédrale, sous le titre de +Saint-Jean-Baptiste, et qu'elle existoit dès le cinquième siècle. +L'auteur de la vie de sainte Geneviève vient à l'appui de cette +tradition, en nous apprenant que la maison où la sainte décéda étoit sur +le bord de la rivière, et voisine de l'oratoire de Saint-Jean, qu'il +prétend même avoir été bâti sur un terrain dont elle avoit la propriété. +Il ajoute cette particularité, qu'elle avoit fait rassembler les dames +de Paris dans cet oratoire, comme dans un lieu sûr, pour s'y mettre en +prières, lors du faux bruit de l'arrivée d'Attila à Paris.</p> + +<p>Dans le neuvième siècle, cette même chapelle servit d'asile, contre les +Normands, aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui y déposèrent le +corps de leur patron. L'abbé Lebeuf pense que, dès ce temps-là, cet +hospice leur appartenoit. Jaillot contredit cette opinion, et convenant +cependant, avec son docte adversaire, que, lorsque les religieux +retournèrent à leur monastère, ils laissèrent dans l'oratoire de +Saint-Jean un bras de saint Germain, il soutient que cette église ne +prit le nom du dernier saint que lorsque le baptistère eut été +transporté plus près de la cathédrale, à Saint-Jean-le-Rond; et qu'alors +seulement l'évêque et le chapitre de Paris donnèrent le patronage de +l'ancienne chapelle à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. <span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> De +telles questions sont aussi difficiles que peu importantes à éclaircir.</p> + +<p>Son titre n'offre pas moins de difficultés: dès le douzième siècle, on +trouve des actes qui font mention de l'église de Saint-Germain-le-Vieux, +<i>Sanctus Germanus Vetus</i>; mais il n'en est aucun qui donne la raison de +ce surnom. L'abbé Lebeuf ne semble pas heureux dans ses conjectures, +lorsqu'il fait dériver ce mot d'<i>aquosus</i>, en françois barbare, <i>evieux</i> +ou <i>aivieux</i>; d'où, par corruption, on auroit fait <i>le vieux</i>, parce +que, dit-il, cette église étoit située dans un endroit <i>aquatique</i>, +duquel le marché <i>Palu</i> a aussi tiré son nom<a id="footnotetag289" name="footnotetag289"></a><a href="#footnote289" title="Go to footnote 289"><span class="smaller normal">[289]</span></a>. Il paroîtroit plus +probable que ce surnom lui étoit venu d'une ancienne tradition qui +portoit que le saint patron s'y étoit retiré dans le sixième siècle.</p> + +<p>En 1368, l'abbaye de Saint-Germain céda son droit sur la petite église +de Saint-Germain-le-Vieux à l'Université de Paris; et depuis ce temps-là +son recteur nommoit à la cure, qui s'étendoit, d'un côté, le long de la +rue du Marché-Palu jusqu'au milieu du Petit-Pont, de l'autre, presque +<span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> jusqu'à l'extrémité de celle de la Calendre. Elle possédoit en +outre quelques maisons dans les rues Saint-Éloi, aux Fèves, toutes +celles du Marché-Neuf et les édifices qui environnoient la paroisse.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.</p> + +<p class="center">TABLEAUX.</p> + + <p>Sur le maître-autel, décoré de quatre colonnes de marbre de + Dinan, le Baptême de Jésus-Christ, par <i>Stella</i>.</p> + + <p>Dans la chapelle de la Vierge, une Assomption, par le même.</p> + + <p>Dans une autre chapelle, le Lavement des pieds, par <i>Vouet</i>.</p> + + <p>Derrière la chaire, tous les Saints du Paradis, par un + peintre inconnu.</p> + + <p>On exposoit dans cette église, aux grandes fêtes, une + tapisserie faite du temps de Charles V, où étoit représentée + la vie de saint Germain. Les personnages en étoient, dit-on, + assez correctement dessinés, et offroient une image exacte + et naïve des modes de ce temps-là, pour l'un et l'autre + sexe.</p> +</div> + +<p>Cette église fut rebâtie en entier et agrandie dans le seizième siècle. +Le portail et le clocher n'étoient que de 1560<a id="footnotetag290" name="footnotetag290"></a><a href="#footnote290" title="Go to footnote 290"><span class="smaller normal">[290]</span></a>.</p> + +<p>On prétend que saint Marcel, évêque de Paris, vint au monde dans la +cinquième maison de la rue de la Calendre, à droite en entrant par celle +de la Juiverie. D'après cette ancienne tradition, qui cependant n'est +pas moins contestée que les <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> autres, le clergé de Notre-Dame y +faisoit une station le jour de l'Ascension, où il avoit coutume de +porter processionnellement la châsse du saint.</p> + +<p>Le territoire de Saint-Germain-le-Vieux commençoit du côté du petit +Châtelet et sur le Petit-Pont; il continuoit à gauche, renfermant toutes +les maisons qui étoient de ce côté; cette paroisse avoit quelques +maisons dans la rue du Marché-Neuf, toutes celles du Marché-Neuf, le +côté gauche de la rue Marché Palu, presque toute la rue de la Calendre, +quelques maisons éparses dans les rues Saint-Éloi, aux Fèves, de la +Juiverie et Saint-Christophe<a id="footnotetag291" name="footnotetag291"></a><a href="#footnote291" title="Go to footnote 291"><span class="smaller normal">[291]</span></a>.</p> + +<h2>LA MAGDELEINE.</h2> + +<p>En sortant de Saint-Germain-le-Vieux, on entre dans la rue de la +<i>Juiverie</i>, qui traverse la Cité dans toute sa largeur, et aboutit d'un +côté au Petit-Pont, et de l'autre à celui de Notre-Dame. Au milieu de +cette rue, dont le nom vient des <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> Juifs qui l'ont autrefois +habitée, étoit une église dédiée sous le titre de la Magdeleine.</p> + +<p>Plusieurs compilateurs ont prétendu que dans l'origine c'étoit une +chapelle sous l'invocation de Saint-Nicolas, où les bateliers et +poissonniers avoient établi leur confrérie<a id="footnotetag292" name="footnotetag292"></a><a href="#footnote292" title="Go to footnote 292"><span class="smaller normal">[292]</span></a>; mais un titre du +douzième siècle, rapporté par l'abbé Lebeuf, prouve que cette église +avoit été autrefois une des synagogues des Juifs<a id="footnotetag293" name="footnotetag293"></a><a href="#footnote293" title="Go to footnote 293"><span class="smaller normal">[293]</span></a>. Philippe-Auguste +les ayant chassés de France en 1182, donna, l'année suivante, tous leurs +édifices publics à Maurice de Sully, évêque de Paris, avec permission de +les consacrer au culte catholique, suivant le témoignage de Guillaume +Lebreton.</p> + +<p class="poem10"> +<span class="min33em">«</span><i>Ecclesias fecit sacrari pro synagogis</i><br> + <i>In quocumque loco schola vel synagoga fuisset.</i>»</p> + +<p>Telle fut l'origine de la paroisse de la Magdeleine.</p> + +<p>On ignore dans quelle année cette église fut décorée du titre +d'<i>archipresbytérale</i> qu'elle possédoit: les archives de Saint-Magloire +indiquent qu'elle en jouissoit dès 1232<a id="footnotetag294" name="footnotetag294"></a><a href="#footnote294" title="Go to footnote 294"><span class="smaller normal">[294]</span></a>; auparavant, c'étoit le +curé de Saint-Jacques-de-la-Boucherie qui étoit un des archiprêtres de +Paris. Il y a apparence qu'alors cette dignité n'appartenoit +privativement <span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span> à aucun des curés de Paris, et que l'évêque en +disposoit à son choix: depuis ce temps, elle est restée sans +interruption dans l'église de la Magdeleine<a id="footnotetag295" name="footnotetag295"></a><a href="#footnote295" title="Go to footnote 295"><span class="smaller normal">[295]</span></a>.</p> + +<p>C'étoit dans cette église que s'étoit fixée la <i>grande confrérie des +Bourgeois</i>, l'une des plus célèbres de Paris. Nous en parlerons avec +plus de détails lorsque nous traiterons de ces sortes d'associations; il +nous suffira de remarquer ici que cette confrérie, suivant l'abbé +Lebeuf, y avoit succédé à celle des <i>Mercatorum aquæ parisiensium</i>; ce +qui a pu faire naître l'opinion que saint Nicolas, patron de cette +dernière corporation, l'étoit aussi de l'église.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA MAGDELEINE.</p> + +<p class="center">TABLEAUX.</p> + + <p>Dans le chœur.—Les Noces de Cana. La Visitation. + Jésus-Christ au milieu des docteurs. La Mort de la Vierge, + par <i>Philippe de Champagne</i>.</p> + + <p>Dans la nef.—Tobie, par un peintre inconnu.</p> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> Le bâtiment de la Magdeleine fut agrandi à plusieurs reprises, +et notamment en 1749, lorsqu'on y réunit les paroisses de Saint-Gilles +et Saint-Leu, de Saint-Christophe et de Sainte-Geneviève des-<i>Ardents</i>. +Alors on y voyoit encore des constructions qui étoient du quatorzième +siècle, entre autres le portail et quelques arcades de la nef.</p> + +<p>Cette paroisse embrassoit presque tout le carré long que forme la partie +de la Cité qui est entre la rue de la Juiverie et le parvis Notre-Dame, +depuis le côté droit de la rue du Marché-Palu jusqu'à +Saint-Denis-de-la-Chartre. Elle ne dépendoit d'aucune église ni +séculière ni régulière<a id="footnotetag296" name="footnotetag296"></a><a href="#footnote296" title="Go to footnote 296"><span class="smaller normal">[296]</span></a>.</p> + +<h2>SAINT-DENIS-DE-LA-CHARTRE.</h2> + +<p>Les traditions populaires, quelquefois si difficiles à détruire, sont +souvent appuyées sur les fondements les plus légers. Le nom de cette +église a fait naître l'idée que saint Denis et ses compagnons avoient +été renfermés dans une prison ou <i>chartre</i>, qu'elle a remplacée, et +qu'ils y <span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> ont souffert diverses tortures, dont on montroit même +les instruments<a id="footnotetag297" name="footnotetag297"></a><a href="#footnote297" title="Go to footnote 297"><span class="smaller normal">[297]</span></a>. Loin qu'une telle opinion soit appuyée sur aucun +titre, les monuments les plus anciens la détruisent; et Grégoire de +Tours faisant le récit de l'incendie qui, en 586, consuma Paris, indique +clairement que la prison de cette ville étoit alors près de la porte +méridionale<a id="footnotetag298" name="footnotetag298"></a><a href="#footnote298" title="Go to footnote 298"><span class="smaller normal">[298]</span></a>. Soit que cette prison eût été détruite par ce +désastre, soit que son ancienneté l'eût mise hors d'état de servir, il +paroît que, peu de temps après, on en rebâtit une autre dans le quartier +opposé. En effet, l'auteur de la vie de saint Éloi, qui écrivoit au +septième siècle, dit qu'il y avoit alors une prison du côté du +septentrion, dans un endroit un peu écarté, situation qui convient assez +à celle de Saint-Denis-de-la-Chartre.</p> + +<p>En adoptant cette tradition, tout s'explique facilement. L'église +Saint-Denis aura été appelée <i>Sanctus Dyonisius de Carcere</i>, à cause de +son voisinage de la prison publique<a id="footnotetag299" name="footnotetag299"></a><a href="#footnote299" title="Go to footnote 299"><span class="smaller normal">[299]</span></a>; et ce qui le <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> prouve, +c'est que la petite chapelle Saint-Symphorien, située dans le même lieu, +est aussi appelée <i>Sanctus Symphorianus de Carcere</i> dans les titres +primordiaux. Or, on ne peut dire que ce martyr d'Autun ait été renfermé +dans une prison de Paris; et ce n'est pas là d'ailleurs le seul exemple +de cette espèce de dénomination employée dans de semblables +circonstances.</p> + +<p>Ce qui est très-certain, c'est qu'au commencement du onzième siècle, et +sous le règne du roi Robert, cette église subsistoit près de l'édifice +qu'on appeloit <i>prison</i> de Paris, <i>carcer Parisiacus</i>, et qu'elle étoit +alors nommée <i>Ecclesia Sancti Dyonisii de Parisiaco carcere</i><a id="footnotetag300" name="footnotetag300"></a><a href="#footnote300" title="Go to footnote 300"><span class="smaller normal">[300]</span></a>. Des +chanoines séculiers en étoient alors les desservants; et ils jouirent +paisiblement et de l'église et des biens qui y étoient attachés jusqu'en +1122. Alors l'administration en tomba entre des mains laïques, espèce +d'usurpation dont on ne voit que trop d'exemples dans l'histoire de ces +premiers temps. Henri, troisième fils de Louis-le-Gros, fut un de ces +administrateurs de Saint-Denis substitués aux gens d'église, et il en +percevoit les revenus en 1133, sous le titre d'<i>abbé</i>.</p> + +<p>En cette même année, le même roi Louis-le-Gros <span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> et la reine +Adelaïde, voulant fonder un monastère de religieuses de l'ordre de +Saint-Benoît, jetèrent les yeux sur Montmartre, comme sur le lieu le +plus propre à l'exécution de leur dessein. Les religieux de +Saint-Martin, qui jouissoient de ce terrain en vertu d'une donation qui +leur en avoit été faite environ quarante ans auparavant (en 1096), le +cédèrent au roi par une transaction, où intervint l'évêque, et par +laquelle Saint-Denis-de-la-<i>Chartre</i> leur fut donné comme indemnité. +Telle est l'origine de ce prieuré de <i>fondation royale</i>, et membre +dépendant de Saint-Martin. Les priviléges, immunités, franchises et +exemptions qui lui furent alors accordés furent depuis confirmés par +Charles V et Charles VI; et ces religieux le possédèrent jusqu'au +commencement du dix-septième siècle, où la <i>mense</i><a id="footnotetag301" name="footnotetag301"></a><a href="#footnote301" title="Go to footnote 301"><span class="smaller normal">[301]</span></a> priorale fut +unie à la communauté de Saint-François-de-Sales, établie, vers ce +temps-là, pour la retraite des prêtres pauvres et infirmes.</p> + +<p>On voyoit, par l'épitaphe d'un de ses prieurs, que cette église avoit +été rebâtie vers le milieu du quatorzième siècle. Elle étoit double, +suivant un usage assez fréquent dans les constructions de ce <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> +temps-là, et dans un des côtés de la nef étoit une paroisse sous le +titre de <i>Saint-Gilles et Saint-Leu</i>, dont la cure fut transférée, en +1618, dans l'église de Saint-Symphorien<a id="footnotetag302" name="footnotetag302"></a><a href="#footnote302" title="Go to footnote 302"><span class="smaller normal">[302]</span></a>.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-DENIS DE LA CHARTRE.</p> + +<p class="center">SCULPTURE.</p> + + <p>Dans une grande niche, au-dessus du maître-autel, saint + Denis, saint Rustique et saint Eleuthère recevant la + communion des mains de Jésus Christ, par <i>Michel Anguier</i>.</p> +</div> + +<p>Il y avoit dans cette église, une confrérie <span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span> de +Drapiers-chaussetiers sous le nom de Notre-Dame-<i>des-Voûtes</i>, à cause +des voûtes souterraines qui étoient pratiquées sous le pavé de cet +édifice.</p> + +<p>Sur les vitrages de Saint-Denis-de-la-Chartre, on voyoit autrefois le +portrait de Jean de la Grange, cardinal d'Amiens, qui en avoit été +prieur; il y étoit représenté avec ses armoiries. Il est probable que +cette peinture fut détruite en 1665, époque à laquelle cette église fut +réparée par la libéralité de la reine Anne d'Autriche, et le +maître-autel refait à neuf<a id="footnotetag303" name="footnotetag303"></a><a href="#footnote303" title="Go to footnote 303"><span class="smaller normal">[303]</span></a>.</p> + +<p>L'enceinte des maisons qui l'environnoient, et qu'on appeloit <i>le bas de +Saint-Denis</i>, étoit un lieu privilégié, dépendant du prieuré, et dans +lequel, avant la révolution, les ouvriers qui n'étoient point maîtres, +pouvoient travailler avec toute sûreté et franchise.</p> + +<h2>SAINT-SYMPHORIEN,<br> +DEPUIS CHAPELLE SAINT-LUC.</h2> + +<p>Cette église, située derrière le prieuré de Saint-Denis-de-la-Chartre, +dont elle n'est séparée <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> que par une rue étroite, est celle +dont nous avons parlé en donnant l'explication du surnom <i>de Carcere</i> +qui étoit commun à ces deux édifices. L'histoire d'ailleurs en sera +courte. À la place qu'elle occupe existoit autrefois une ancienne +chapelle, sous le titre de Sainte-Catherine, dont l'origine et le +fondateur sont également inconnus. Comme cette chapelle, par négligence +ou succession de temps, tomboit en ruines, Mathieu de Montmorenci, comte +de Beaumont, qui n'avoit pu accomplir le vœu qu'il avoit fait d'aller +à Jérusalem, voulant expier cette faute, abandonna à l'évêque de Paris +les droits qu'il avoit sur elle; et celui-ci, de son côté, s'engagea à +la faire rebâtir. Cet acte est de 1206<a id="footnotetag304" name="footnotetag304"></a><a href="#footnote304" title="Go to footnote 304"><span class="smaller normal">[304]</span></a>, et cet évêque étoit Eudes +de Sully. Éliénor, comtesse de Vermandois, et quelques autres pieux +personnages, y ajoutèrent bientôt plusieurs dotations, qui permirent d'y +établir quatre chapelains desservants; et quelques années après, elle +quitta le nom de Saint-Denis, qu'on lui avoit donné d'abord, pour +prendre celui de Saint-Symphorien. Ces chapelains obtinrent le titre de +chanoines en 1422. Depuis on y transporta, comme nous l'avons dit, la +paroisse de Saint-Gilles et Saint-Leu, laquelle y fut unie <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> +jusqu'en 1698, que le chapitre et la paroisse passèrent, avec leurs +biens et leurs paroissiens, à l'église de la Magdeleine. Peu de temps +après, cette chapelle fut cédée à la communauté des peintres, sculpteurs +et graveurs, qui la rétablirent, la décorèrent<a id="footnotetag305" name="footnotetag305"></a><a href="#footnote305" title="Go to footnote 305"><span class="smaller normal">[305]</span></a>, et lui firent +donner le nom de Saint-Luc leur patron.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE SAINT-LUC.</p> + + <p>Sur le maître-autel, un tableau représentant saint Luc, + patron de la communauté.</p> +</div> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> SAINT-LANDRI.</h2> + +<p>Derrière Saint-Denis-de-la-Chartre, et dans une rue qui porte le nom de +Saint-Landri, est l'église consacrée à ce saint. C'est encore un de ces +monuments dont l'origine inconnue et les traditions incertaines ont +donné lieu à une foule de conjectures et d'opinions fastidieuses. +Quoique plusieurs titres authentiques prouvent que cette église existoit +sous ce nom au douzième siècle, on a poussé la témérité jusqu'à douter +et même à nier qu'il y ait jamais eu un évêque de Paris nommé <i>Landri</i>. +L'abbé Lebeuf, qui rejette justement une semblable opinion, croit que +cet édifice étoit d'abord un lieu de sûreté appartenant à l'abbaye +Saint-Germain-l'Auxerrois, dans lequel ses <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span> moines venoient +déposer leurs effets les plus précieux, lors des invasions des Normands; +ce qui lui semble d'autant plus probable, que les abbayes de +Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés avoient de semblables +hospices. Il pense qu'on y aura bâti une chapelle, desservie par le +prébendaire que ce chapitre avoit à la cathédrale, et qu'ensuite +l'élévation du corps de saint Landri, au douzième siècle, l'ayant +enrichie de quelques-unes de ses reliques, la chapelle aura pris le nom +du saint.</p> + +<p>Un autre savant combat cette conjecture par celle-ci<a id="footnotetag306" name="footnotetag306"></a><a href="#footnote306" title="Go to footnote 306"><span class="smaller normal">[306]</span></a>: il imagine +que cette église pourroit bien avoir été l'oratoire de saint Landri +lui-même, les évêques ayant eu une maison à cet endroit; qu'il n'est pas +même impossible que ce fût alors la chapelle dédiée sous le nom de +Saint-Nicolas, qu'on a confondue avec l'église de la Magdeleine; ce +qu'il essaie de prouver d'abord parce qu'elle reconnoissoit saint +Nicolas pour l'un de ses patrons, ensuite parce qu'il est vraisemblable +que les poissonniers et bateliers l'érigèrent plutôt à cette place, qui +est la plus voisine du port où abordoient les vivres et les +marchandises; enfin il ajoute qu'après la mort de saint Landri, elle a +dû prendre le nom de ce bienheureux évêque: <i>adhuc sub judice lis est</i>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> Ce qu'il y a de certain sur cette église, c'est qu'elle étoit +paroissiale dès le douzième siècle<a id="footnotetag307" name="footnotetag307"></a><a href="#footnote307" title="Go to footnote 307"><span class="smaller normal">[307]</span></a>, et que le chapitre de +Saint-Germain-l'Auxerrois avoit le droit de présenter à sa cure, par la +raison qu'elle étoit bâtie sur sa censive; et cette censive il l'avoit +obtenue par l'amortissement d'une portion de terrain que les chanoines +de Notre-Dame lui avoient donnée pour loger le vicaire qui desservoit la +prébende dont il étoit possesseur dans l'église cathédrale. Nous avons +déjà fait observer que c'est ainsi que se formèrent le plus grand nombre +des censives qu'on trouve dans la Cité.</p> + +<p>L'église Saint-Landri, qui est très-petite et presque carrée<a id="footnotetag308" name="footnotetag308"></a><a href="#footnote308" title="Go to footnote 308"><span class="smaller normal">[308]</span></a>, fut +rebâtie vers la fin du quinzième siècle, et dédiée seulement en 1660. On +trouve qu'en 1408 Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, lui avoit accordé +quelques reliques de son patron, lesquelles furent tirées de sa châsse +conservée dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois<a id="footnotetag309" name="footnotetag309"></a><a href="#footnote309" title="Go to footnote 309"><span class="smaller normal">[309]</span></a>.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span> CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-LANDRI.</p> + +<p class="center">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> + + <p>Dans cette église avoient été enterrés:</p> + + <p>Catherine Duchemin, épouse de Girardon, célèbre sculpteur du + siècle de Louis XIV. Ses restes mortels avoient été déposés + dans un monument exécuté, sur les dessins de son époux, par + deux de ses élèves, <i>Lorrain et Nourrisson</i><a id="footnotetag310" name="footnotetag310"></a><a href="#footnote310" title="Go to footnote 310"><span class="smaller normal">[310]</span></a>. Vingt-cinq + ans après, Girardon fut placé à côté d'elle dans le même + tombeau.</p> + + <p>À côté du chœur, on voyoit un monument orné de quatre + colonnes de marbre et décoré des armes du chancelier + Boucherat. Ce ministre, qui l'avoit fait élever pour + lui-même, fut enterré, quelques années après, à + Saint-Gervais (en 1686).</p> + + <p>On y lisoit l'épitaphe du magistrat Broussel, surnommé le + <i>patriarche de la Fronde</i> et <i>le père du peuple</i>.</p> + + <p class="p2">Les fonts baptismaux de Saint-Landri passoient pour les plus + beaux de Paris; ils se composoient d'une cuvette de porphyre + de très-grande dimension enrichie de bronze doré, et avoient + été donnés à cette église par son curé, M. Garçon.</p> +</div> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> LA CHAPELLE SAINT-AGNAN.</h2> + +<p>On entroit dans cette chapelle par la rue de la Colombe, laquelle +commence au bout oriental de la rue des Marmousets. C'étoit un édifice +très-ancien, le plus ancien peut-être de toute la Cité, la solidité de +sa construction, toute en pierres, l'ayant préservé des changements et +des réparations que le temps a fait subir aux autres églises. Celle-ci +étoit du reste très-peu connue, parce que les maisons qui l'entouroient +la couvroient entièrement, et qu'on n'y faisoit point un service +régulier.</p> + +<p>Ce petit monument fut fondé, au commencement du douzième siècle, par +Étienne de Garlande, archidiacre de Paris, et doyen de Saint-Agnan +d'Orléans<a id="footnotetag311" name="footnotetag311"></a><a href="#footnote311" title="Go to footnote 311"><span class="smaller normal">[311]</span></a>; il donna pour sa dotation la maison qu'il possédoit dans +le cloître Notre-Dame, et trois clos de vignes, dont deux étoient situés +au bas de la montagne Sainte-Geneviève, et l'autre à Vitry. Lorsqu'il en +eut ainsi assuré <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> les revenus, il y établit, du consentement de +l'évêque, deux titulaires, lesquels se partageoient la prébende +canoniale, avoient place au chœur comme au chapitre, et faisoient à +la fois le service dans la chapelle et à la cathédrale. Cette fondation +s'est maintenue jusque dans les derniers temps. La chapelle Saint-Agnan +n'étoit ouverte que le 17 novembre, jour auquel l'église célébroit la +fête du patron.</p> + +<p>On lit, dans une vie de saint Bernard, que ce saint étant allé un jour +aux écoles de Paris, avec le projet d'y attirer, par ses exhortations, +quelques écoliers à la vie monastique, il y prêcha sans succès, et en +sortit sans qu'aucun d'eux eût voulu le suivre. L'historien ajoute qu'un +archidiacre de Paris l'ayant emmené dans sa maison, le pieux abbé se +retira, navré de douleur, au fond de la chapelle qui étoit attenante à +ce logis, et là se répandit en larmes et en gémissements, persuadé que +Dieu étoit irrité contre lui, puisqu'il avoit recueilli si peu de fruit +de son sermon. L'abbé Lebeuf pense que ceci ne peut convenir qu'à +l'archidiacre Étienne de Garlande, contemporain de saint Bernard, et par +conséquent que c'est dans cette chapelle, telle qu'elle subsistoit +encore dans le siècle dernier, que ce petit événement s'est passé.</p> + +<p>Un fait plus curieux est ce qui arriva, peu de temps avant son érection, +dans la rue <i>des Marmousets</i>, <span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span> qui y conduit. Louis VI, dit le +Gros, y avoit fait abattre, de sa propre autorité, une maison située +près de la porte du cloître, laquelle appartenoit à un chanoine: il +trouvoit que cette maison, trop saillante, rendoit le passage incommode. +Le chapitre aussitôt réclama ses droits et ses immunités, et le fit avec +une telle vivacité, que Louis reconnut son tort, promit de ne plus rien +attenter de semblable, et consentit même à payer un denier d'or +d'amende. Bien plus, afin que cette réparation fût aussi authentique que +les chanoines le désiroient, il la fit le jour même qu'il épousoit +Adélaïde de Savoie, et avant de recevoir la bénédiction nuptiale; enfin +le monarque alla jusqu'à permettre qu'il en fût fait mention dans les +registres du chapitre. Il eût mieux valu peut-être que le pouvoir royal +eût été renfermé dans des bornes moins étroites; mais il est beau de +voir un prince aussi religieux à maintenir les priviléges des citoyens, +et les lois qu'il a juré d'observer<a id="footnotetag312" name="footnotetag312"></a><a href="#footnote312" title="Go to footnote 312"><span class="smaller normal">[312]</span></a>.</p> + +<p>Le pavé de cette chapelle étoit beaucoup plus bas que celui de la rue; +et c'étoit une preuve de plus de l'exhaussement considérable qu'avoit +éprouvé le sol de la Cité.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> SAINTE-MARINE.</h2> + +<p>En revenant vers Notre-Dame, on trouve cette petite église dans un +cul-de-sac qui a son entrée par la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs. +Quelques historiens ont cru qu'elle n'avoit été bâtie qu'au commencement +du treizième siècle, lorsque les reliques de sainte Marine furent +transportées de l'Orient à Venise<a id="footnotetag313" name="footnotetag313"></a><a href="#footnote313" title="Go to footnote 313"><span class="smaller normal">[313]</span></a>. L'abbé Lebeuf pense que cette +église a pu être construite à cette époque par les soins de quelque +Vénitien; et ce qui le fortifie dans cette opinion, c'est qu'il y avoit +de son temps, dans le voisinage, une rue dite <i>la rue de Venise</i>. Ce +savant s'est trompé: la rue en question devoit son nom à une enseigne de +l'écu de Venise, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à un homme +de cette nation; et elle n'étoit appelée ainsi que depuis deux cents +ans. Auparavant <span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> et du temps même de François I<sup>er</sup>, on la +nommoit rue des <i>Dix-Huit</i>, à cause d'un petit hôpital ou collége dont +il sera question à l'article de la Sorbonne. Quant à l'église dont nous +parlons, l'origine en est tout-à-fait inconnue; on sait seulement +qu'elle existoit long-temps avant le treizième siècle, et Jaillot +prétend avoir lu un diplôme, sans date, de Henri I<sup>er</sup>, mais qu'on +estime être de l'an 1036<a id="footnotetag314" name="footnotetag314"></a><a href="#footnote314" title="Go to footnote 314"><span class="smaller normal">[314]</span></a>, par lequel ce prince fait don de l'église +de Sainte-Marine à Imbert, évêque de Paris.</p> + +<p>C'étoit, avant la révolution, la paroisse du palais archiépiscopal et +des cours, et celle où se faisoient les mariages ordonnés par +l'officialité. Anciennement, ceux que ce tribunal avoit condamnés, +étoient mariés avec un anneau de paille. Nous ignorons l'origine de cet +usage, et nous ne jugeons pas à propos de rapporter l'explication +bouffonne que Saint-Foix en a donnée<a id="footnotetag315" name="footnotetag315"></a><a href="#footnote315" title="Go to footnote 315"><span class="smaller normal">[315]</span></a>.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> SAINT-PIERRE-AUX-BŒUFS.</h2> + +<p>Plus près encore de la cathédrale, et dans la rue qui porte son nom, est +l'église de Saint-Pierre-aux-Bœufs.</p> + +<p>On peut aussi la mettre au nombre de ces édifices très-anciens, dont +l'origine incertaine et la dénomination singulière ont fort exercé +l'imagination des érudits. Plusieurs ont cru qu'elle avoit été autrefois +la paroisse des bouchers de la Cité, ou le lieu de leur confrérie, et +vouloient expliquer par là et son surnom et les deux têtes de bœufs +qui étoient sculptées sur son portail<a id="footnotetag316" name="footnotetag316"></a><a href="#footnote316" title="Go to footnote 316"><span class="smaller normal">[316]</span></a>. D'autres ont pensé qu'on y +marquoit les bœufs avec une clef ardente, pour les préserver de +certaines maladies; quelques-uns ont eu recours à un miracle. L'abbé +Lebeuf considéroit ces deux têtes comme les armes parlantes d'une +ancienne famille de Paris<a id="footnotetag317" name="footnotetag317"></a><a href="#footnote317" title="Go to footnote 317"><span class="smaller normal">[317]</span></a>. Toutes ces opinions diverses, qui ne +reposent sur aucun monument historique, ne méritent <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> point +d'être discutées, et il est permis à chacun de faire ses conjectures.</p> + +<p>Cette église étoit sans doute dans la censive du monastère de +Saint-Éloi, puisqu'elle fait partie de ses dépendances, et qu'on la +trouve au nombre des chapelles qui furent données, en 1107, au monastère +de Saint-Pierre-des-Fossés. Elle fut érigée, quelque temps après, en +paroisse, ainsi que Saint-Pierre-des-Arcis et Sainte-Croix; et l'évêque +de Paris, devenu l'héritier des droits de ce monastère, nommoit à la +cure. Cette cure étoit modique, et n'embrassoit qu'une partie des rues +environnantes<a id="footnotetag318" name="footnotetag318"></a><a href="#footnote318" title="Go to footnote 318"><span class="smaller normal">[318]</span></a>.</p> + +<h2>SAINT-CHRISTOPHE.</h2> + +<p>Dans la rue Saint-Christophe, qui aboutit au parvis Notre-Dame, étoit +une église sous l'invocation de ce saint: on l'abattit en 1747, pour +agrandir le parvis et reconstruire la chapelle des Enfants-Trouvés.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span> Cette église existoit déjà au septième siècle. Quelques auteurs +ont avancé qu'elle étoit la chapelle des comtes de Paris; et pour +soutenir cette assertion, ils ont produit des titres qu'ils avoient mal +entendus. Sauval, surtout, s'est trompé sur les noms, les faits et les +dates qu'il rapporte en parlant de cette église<a id="footnotetag319" name="footnotetag319"></a><a href="#footnote319" title="Go to footnote 319"><span class="smaller normal">[319]</span></a>.</p> + +<p>Une ancienne charte<a id="footnotetag320" name="footnotetag320"></a><a href="#footnote320" title="Go to footnote 320"><span class="smaller normal">[320]</span></a> prouve qu'en 690 l'église Saint-Christophe +étoit la chapelle d'un monastère de filles, dont l'abbesse se nommoit +Landetrude: quel étoit ce monastère? on l'ignore; on ne sait pas même ce +que devinrent ces religieuses, qui durent en sortir dans le siècle +suivant; car au commencement du neuvième siècle cette maison devint un +hôpital dans lequel on recueilloit les indigents<a id="footnotetag321" name="footnotetag321"></a><a href="#footnote321" title="Go to footnote 321"><span class="smaller normal">[321]</span></a>.</p> + +<p>Elle étoit alors desservie alternativement, et de semaine en semaine, +par deux prêtres que nommoient les chanoines de Notre-Dame. Mais ce +chapitre étant devenu seul possesseur de l'hospice, comme nous le dirons +par la suite, on bâtit une autre chapelle, qui reçut aussi le nom de +Saint-Christophe, et fut érigée en paroisse au douzième siècle. Elle fut +ensuite rebâtie vers la fin du quinzième. Cette dernière église a +subsisté jusqu'en 1747.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> S<sup>te</sup>-GENEVIÈVE-DES-ARDENTS.</h2> + +<p>Derrière Saint-Christophe, et à peu de distance de cette église, étoit +celle de Sainte-Geneviève-des-Ardents, dont l'origine est absolument +inconnue.</p> + +<p>L'histoire de cette fille admirable, que ses vertus et sa piété +rendirent respectable même à des rois païens, et célèbre, sans qu'elle +cherchât à sortir de l'obscurité où la Providence l'avoit placée; qui, +tant qu'elle vécut, fut le conseil, le refuge et la consolation des +habitants de Paris, et mérita, après sa mort, cet honneur insigne d'être +regardée comme la patronne d'une ville appelée à de si hautes destinées; +cette histoire si extraordinaire et si touchante est trop connue pour +que nous croyions devoir la répéter. La tradition s'en est transmise +d'âge en âge; et jusque dans les derniers temps de la monarchie, on a vu +le peuple de cette capitale, au milieu de ses plus grandes calamités, +tourner d'abord ses regards vers son ancienne protectrice, implorer la +clémence du ciel par son intercession, suivre avec transport ses +reliques <span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> vénérées au milieu des rues et des places publiques, +et attribuer à cette protection puissante la cessation des fléaux dont +il étoit affligé.</p> + +<p>En 1129 ou 1130, Paris et ses environs se virent en proie à une maladie +terrible, qu'aucun remède ne pouvoit vaincre, et que l'on nomma <i>le feu +sacré</i> ou <i>le mal des ardents</i>. Ses ravages furent si rapides et si +terribles, l'impossibilité de les arrêter par aucun secours humain +tellement démontrée, qu'on ne chercha plus que celui du ciel, dont la +colère avoit envoyé ce fléau. On eut recours, pour l'apaiser, aux +jeûnes, aux prières, et surtout à l'intercession de la bienheureuse +Geneviève. La châsse de la sainte fut descendue et portée +processionnellement à la cathédrale. On prétend que la nef et le parvis +étoient remplis de malades qui, en passant sous ces reliques +miraculeuses, furent guéris à l'instant, à l'exception de trois, dont +l'incrédulité servit à rehausser l'éclat du prodige et la gloire de la +sainte patronne. On ajoute que le pape Innocent II, alors à Paris, ayant +fait vérifier ce miracle, ordonna qu'on en feroit la fête tous les ans, +sous le titre d'<i>Excellence de la bienheureuse vierge Geneviève</i>. Depuis +elle a été célébrée sous celui de <i>Miracle des Ardents</i>.</p> + +<p>Toutefois l'église dont nous parlons existoit long-temps avant la +procession célèbre de l'année 1139. Ceux qui se sont imaginé que cette +procession passa <span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span> le long de ses murs, se sont néanmoins +trompés, car la rue Notre-Dame n'étoit point encore ouverte. On arrivoit +alors à la cathédrale par une rue nommée des <i>Sablons</i> ou <i>Vieille rue +Notre-Dame</i>, qui étoit proche de la rivière, et aboutissoit directement +au portail de l'ancien édifice qu'a remplacé la cathédrale +d'aujourd'hui. Ce portail étoit situé à l'endroit où est maintenant le +milieu de la nouvelle nef, en tirant un peu vers le midi<a id="footnotetag322" name="footnotetag322"></a><a href="#footnote322" title="Go to footnote 322"><span class="smaller normal">[322]</span></a>.</p> + +<p>Il est certain, comme nous l'avons déjà dit, que sainte Geneviève avoit +une habitation et un oratoire dans la Cité. Il n'est pas moins constant +que les chanoines du monastère élevé en son honneur sur le bord +méridional, possédoient dans l'île une censive, un hospice et une petite +chapelle; qu'ils jouissoient d'une prébende et d'une vicairie dans +l'église cathédrale, et qu'à l'exemple des autres religieux qui +habitoient sur les deux rives de la Seine, ils se retirèrent dans leur +hospice, pour se soustraire, eux et leurs richesses, à la fureur des +Normands. Dans l'enceinte de cet hospice étoit une chapelle qui en +dépendoit: cette chapelle devint dans la suite l'église dont nous +faisons l'histoire. On l'appela <i>Sainte-Geneviève-la-Petite</i>; et même, +long-temps après le miracle dont nous venons de parler, elle n'avoit +point <span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span> d'autre nom. Il est probable que la fête établie en +mémoire d'un aussi grand événement se célébrant avec plus de solennité +dans une église qui portoit le nom de la sainte et près de laquelle il +étoit arrivé, par suite des temps la dévotion des fidèles fit donner à +cette église le surnom des <i>Ardents</i>.</p> + +<p>Voilà ce que nous avons pu recueillir de plus authentique sur ce vieux +monument. En 1202 les chanoines cédèrent la chapelle de Sainte-Geneviève +ainsi que la prébende et la vicairie qu'ils avoient à Notre-Dame, à +Eudes de Sully, évêque de Paris; et il y a apparence que c'est alors +qu'elle fut érigée en paroisse<a id="footnotetag323" name="footnotetag323"></a><a href="#footnote323" title="Go to footnote 323"><span class="smaller normal">[323]</span></a>. Elle a subsisté jusqu'en 1747, +qu'elle fut détruite pour agrandir l'hôpital des Enfants-Trouvés. La +structure du sanctuaire ressembloit aux constructions du temps de +Louis-le-Jeune; ce qui fait présumer qu'elle étoit de cette époque. Le +portail en fut refait en 1402. On voyoit au milieu l'image de sainte +Geneviève entre saint Jean-Baptiste et saint Jacques-le-Majeur; à côté, +dans une niche, étoit la statue d'un homme agenouillé, ayant les cheveux +courts et le capuchon abattu. On prétend que c'étoit l'image du célèbre +<i>Nicolas Flamel</i><a id="footnotetag324" name="footnotetag324"></a><a href="#footnote324" title="Go to footnote 324"><span class="smaller normal">[324]</span></a>, lequel avoit contribué à cette réparation par ses +libéralités.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> Il nous reste à faire connoître encore deux anciennes églises +qui, comme celle-ci, ne subsistent plus, <i>Saint-Jean-le-Rond</i> et +<i>Saint-Denis-du-Pas</i>; mais leur histoire étant plus intimement liée à +celle de l'église cathédrale, nous croyons devoir parler auparavant de +ce grand et antique édifice.</p> + +<h2>NOTRE-DAME.</h2> + +<p>On est naturellement porté à croire qu'un monument de cette importance, +que la première église de Paris offrira des traditions plus sûres et +dans son origine et dans les révolutions qu'elle a éprouvées, que cette +foule de chapelles obscures dont nous venons d'exposer si péniblement +l'histoire. Cependant cette origine est enveloppée de ténèbres encore +plus épaisses; et aucun point de l'histoire de Paris n'offre plus de +difficultés, n'a excité plus d'opinions diverses parmi ceux qui ont +écrit de ses antiquités.</p> + +<p>Ils ne sont d'accord ni sur le nom, ni sur l'origine, <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> ni même +sur la position de cette première basilique des Parisiens. Les uns l'ont +placée dans la Cité, les autres dans les faubourgs; et ceux qui +s'accordent dans l'une de ces deux opinions, se divisent ensuite +lorsqu'il est question de fixer le véritable lieu qu'elle occupoit. +Parmi ceux qui la mettent dans la Cité, quelques-uns croient que sa +situation fut celle de Saint-Denis-du-Pas; ceux-ci veulent qu'elle +s'éleva à l'endroit même où est aujourd'hui Notre-Dame; ceux-là, dans un +lieu voisin, sous le nom de Saint-Étienne. Les partisans de l'autre +système offrent la même variété dans leurs conjectures: les uns pensent +qu'elle étoit à la place où l'on a bâti depuis l'église Saint-Marcel; +d'autres à la Trinité, depuis Saint-Benoît; plusieurs à +Notre-Dame-des-Champs, qui fut ensuite le monastère des Carmélites. Il +n'y a pas moins de contradictions sur son fondateur: on ne sait si c'est +saint Denis ou quelqu'un de ses successeurs, ni lequel de ceux-ci. Enfin +cette obscurité s'est étendue jusque sur l'édifice actuellement +existant, que ces mêmes historiens, toujours divisés, attribuent à +Childebert, au roi Robert, à Erkenrad, évêque de Paris, à Maurice et +Eudes de Sully, deux de ses successeurs.</p> + +<p>Depuis que la science et la critique ont fait de véritables progrès, il +n'est plus permis de soutenir des opinions aussi visiblement fausses que +celle par laquelle on a prétendu que, même après <span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span> la paix +accordée à l'église par Constantin, les évêques avoient eu les siéges de +leurs églises hors des cités, et par conséquent que la cathédrale de +Paris a été autrefois à la place de Saint-Marcel ou de toute autre +église sur la rive méridionale.</p> + +<p>Il est également impossible de supposer, avec quelque vraisemblance, que +saint Denis ait fondé un oratoire dans l'enceinte de la Cité; il est +vrai que les actes de ce saint en font mention, ainsi que du clergé +qu'il institua: «<i>Ecclesiam illis quæ necdùm in locis erat, et populis +illis novam construxit, ac officia servientium clericorum ex more +instituit</i><a id="footnotetag325" name="footnotetag325"></a><a href="#footnote325" title="Go to footnote 325"><span class="smaller normal">[325]</span></a>.» Mais les historiens de la ville et de l'église de +Paris, qui se sont appuyés d'un semblable témoignage, n'ont pas réfléchi +que ces actes n'ont été rédigés qu'à la fin du sixième siècle, et +peut-être plus tard, sur la foi d'une simple tradition, et l'auteur en +convient lui-même: «<i>Sicut fidelium relatione didicimus.</i>» Une semblable +autorité peut-elle donc balancer celle de tant de monuments historiques, +qui nous apprennent que, jusqu'au commencement du quatrième siècle, les +chrétiens n'ont cessé d'être en butte à des persécutions qui ne +sembloient se ralentir quelques instants que pour se rallumer avec plus +de fureur; que, loin d'avoir <span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span> des temples publics, ces premiers +fidèles trouvoient à peine des asiles assez secrets pour se dérober aux +recherches de leurs aveugles ennemis? On sait d'ailleurs que les progrès +assez lents que l'Évangile avoit faits dans les Gaules<a id="footnotetag326" name="footnotetag326"></a><a href="#footnote326" title="Go to footnote 326"><span class="smaller normal">[326]</span></a>, et dont on +ne trouve de monuments remarquables qu'en 177, dans les actes des +célèbres martyrs de Lyon et de Vienne, furent arrêtés tout à coup par +les persécutions nouvelles de Marc-Aurèle et de Sévère: depuis ce temps, +soit que les pasteurs eussent été tous immolés, soit que la peur eût +dispersé le troupeau des chrétiens, on n'en trouve plus de vestiges +jusque sous l'empire de Dèce, au milieu du troisième siècle. À cette +époque, selon Grégoire de Tours<a id="footnotetag327" name="footnotetag327"></a><a href="#footnote327" title="Go to footnote 327"><span class="smaller normal">[327]</span></a>, de nouveaux apôtres, au nombre +desquels étoit saint Denis, furent envoyés dans les Gaules. Alors on +persécutoit plus que jamais les chrétiens; et Paris, où l'ardeur de son +zèle conduisit ce saint évêque, étoit, comme toutes les autres villes de +cette vaste contrée, soumis aux Romains, imbu de leurs préjugés et +adorateurs de leurs faux dieux. Étoit-il possible que, dans des +circonstances aussi difficiles, saint Denis pût bâtir sans obstacle une +église dans le sein de la ville et même dans les faubourgs? N'est-il pas +plus raisonnable de croire que, se conformant à <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> cette prudence +prescrite par Jésus-Christ même, laquelle ne permettoit ni de s'offrir +au martyre, ni de l'éviter, et réglant sa conduite sur celle des hommes +apostoliques qui l'avoient précédé, il réunit ses néophytes dans des +<i>cryptes</i> ou lieux souterrains écartés, tant pour les instruire dans la +parole de Dieu, que pour les faire participer aux mystères de la +religion? Ainsi, sans rejeter entièrement cette tradition, qu'il forma +une église à Paris, il faudra l'entendre seulement d'une <i>assemblée de +fidèles</i>, avec laquelle il célébra ces mystères augustes. On peut même +accorder qu'il choisit pour cette célébration les lieux où furent depuis +Saint-Marcel, Saint-Benoît et les Carmélites; mais, comme nous l'avons +déjà dit, il faut absolument rejeter l'idée qu'aucune de ces églises ait +été la première cathédrale de Paris.</p> + +<p>Les successeurs immédiats de saint Denis vinrent eux-mêmes dans des +temps non moins orageux<a id="footnotetag328" name="footnotetag328"></a><a href="#footnote328" title="Go to footnote 328"><span class="smaller normal">[328]</span></a>, et prêchèrent dans des lieux encore +arrosés de son sang. Ce ne fut qu'en 313, lorsque Constantin eut placé +la religion à côté du trône des Césars, et fait restituer aux chrétiens +les biens dont ils avoient été dépouillés, qu'il fut possible de rebâtir +<span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> les basiliques ruinées, et d'en élever de nouvelles. Les +évêques de Paris durent profiter d'une circonstance aussi favorable pour +faire construire une église dans la Cité; et l'on en trouve enfin des +indices certains sous l'épiscopat de <i>Prudentius</i>, vers la fin du +quatrième siècle<a id="footnotetag329" name="footnotetag329"></a><a href="#footnote329" title="Go to footnote 329"><span class="smaller normal">[329]</span></a>. Cette église étoit située sur le bord de la +Seine, à peu près à l'endroit où est la chapelle inférieure et la +dernière cour de l'archevêché; et comme on étoit très-exact à tourner le +<i>chevet</i> ou <i>rond-point</i> de ces édifices vers l'orient, sans avoir égard +à l'alignement des rues, dont le désordre d'ailleurs alors étoit +très-grand, il est probable que le <i>fond</i> de cette petite église étoit +dans la direction du lieu où est située maintenant l'église de +Saint-Gervais.</p> + +<p>Sur cette ancienne disposition des rues, il est difficile de rien dire +que de conjectural, et d'indiquer autre chose que ce qui pouvoit être, +d'après la connoissance que l'on a des principaux monuments qui, à cette +époque, existoient dans la Cité. Il faut se figurer qu'alors la pointe +de l'île se terminoit à peu près à l'endroit où étoit autrefois le pont +Rouge; car l'espace appelé le <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> <i>Terrain</i><a id="footnotetag330" name="footnotetag330"></a><a href="#footnote330" title="Go to footnote 330"><span class="smaller normal">[330]</span></a> ne s'est formé +que, par succession de temps, des décombres que produisit la démolition +des vieilles églises auxquelles a succédé la cathédrale que nous voyons +à présent. Comme le pont Notre-Dame n'existoit point encore, il ne +pouvoit y avoir une rue qui continuât en <i>droite ligne</i>, à partir du +Petit-Pont; mais elle devoit suivre une <i>diagonale</i> pour arriver à la +porte du septentrion, où étoit le Grand-Pont, seule issue que l'île eût +alors de ce côté. Il est facile, d'après cela, de se faire une idée de +la manière dont devoient être tournées les rues aboutissantes à cette +grande rue qui conduisoit d'un pont à l'autre. Quant aux chapelles et +monastères qu'on a vu s'élever de tous côtés au milieu de cet espace, +ils ne doivent point embarrasser, parce que, jusqu'au <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> règne de +Childebert, fils de Clovis, il n'y eut qu'une seule église à Paris, et +déjà ce n'étoit plus la même qui avoit existé du temps de l'évêque +<i>Prudentius</i>. Le nombre des habitants de Paris, et par conséquent des +chrétiens s'étant fort augmenté, on en avoit rebâti une plus grande et +plus magnifique au même endroit. Fortunat<a id="footnotetag331" name="footnotetag331"></a><a href="#footnote331" title="Go to footnote 331"><span class="smaller normal">[331]</span></a>, qui vivoit peu de temps +après, parle des colonnes de marbre, des vitraux superbes dont elle +étoit décorée, de la hauteur de ses voûtes, et donne à entendre que +c'étoit au roi Childebert qu'elle devoit tant de magnificence.</p> + +<p>Plusieurs titres incontestables, parmi lesquels il en est un qui remonte +à l'an 860<a id="footnotetag332" name="footnotetag332"></a><a href="#footnote332" title="Go to footnote 332"><span class="smaller normal">[332]</span></a>, nous apprennent que cette ancienne cathédrale a d'abord +porté le nom de Saint-Étienne. C'est en vain que quelques érudits ont +prétendu qu'il étoit question, dans ces anciens écrits, de +Saint-Étienne-des-Grés, de Saint-Étienne-du-Mont et même de l'abbaye +Saint-Germain-des-Prés, dont ce premier martyr étoit un ancien patron: +il a été prouvé que les deux premières églises n'existoient pas encore +<span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> à cette époque, et quant à la troisième, que non-seulement +l'église de Saint-Germain-des-Prés n'a jamais été connue sous le nom de +Saint-Étienne, mais que ce dernier titre ne lui a même jamais été donné +par <i>adjonction</i>, tandis qu'on y a joint quelquefois le nom de +Saint-Vincent.</p> + +<p>Toutefois, par un titre qui n'est guère postérieur aux premiers<a id="footnotetag333" name="footnotetag333"></a><a href="#footnote333" title="Go to footnote 333"><span class="smaller normal">[333]</span></a>, on +voit que cette église étoit composée de deux édifices, dont l'un étoit +la basilique de Notre-Dame, et l'autre celle de Saint-Étienne. Aussi +Grégoire de Tours, parlant de l'incendie qui réduisit en cendres toutes +les maisons de l'île de Paris en l'an 586, dit que <i>les seules églises +furent exceptées</i>. Cette pluralité des églises dans la Cité ne peut +s'entendre que des édifices qui en formoient depuis peu la cathédrale. +Saint-Étienne avoit été le premier de ces édifices; ensuite, suivant +l'ancien usage où l'on étoit de bâtir de petites églises autour des +grandes basiliques, il est à présumer qu'on en avoit élevé une à côté, +sous l'invocation de la Vierge. Ce monument s'étant trouvé trop petit +par l'augmentation du nombre des fidèles, on l'aura rebâti et agrandi +sous le règne de Childebert; et c'est alors sans doute que la basilique +nouvelle sera devenue <span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> la cathédrale, par une autre coutume +assez fréquente dans ces temps-là, de donner aux églises neuves qui +remplaçoient les anciennes, ou ruinées ou trop petites, un <i>vocable</i> +différent du premier patron. Voilà ce que nous avons pu recueillir de +plus vraisemblable sur la première origine de Notre-Dame de Paris.</p> + +<p>Quelles que soient les objections que l'on imagine d'élever contre cette +hypothèse, on ne peut nier du moins que, sans compter un grand nombre +d'autres autorités, il n'existe une charte authentique de Childebert +lui-même, par laquelle il donne la terre de Celle, près +Montereau-Faut-Yonne, à l'église mère de Paris, <i>qui est dédiée en +l'honneur de sainte Marie</i>, etc.<a id="footnotetag334" name="footnotetag334"></a><a href="#footnote334" title="Go to footnote 334"><span class="smaller normal">[334]</span></a>, et que par conséquent cette +église ne fût déjà bâtie sous la première race de nos rois: du reste, on +n'a que des traditions confuses sur les révolutions<a id="footnotetag335" name="footnotetag335"></a><a href="#footnote335" title="Go to footnote 335"><span class="smaller normal">[335]</span></a> <span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> +qu'elle a pu éprouver jusqu'au moment où elle fit place au monument +qu'on voit aujourd'hui. A-t-elle été rebâtie depuis Childebert par +l'évêque Erkenrad, comme on l'a prétendu? l'abbé Lebeuf est porté à le +croire, et cette opinion n'a rien qui la rende invraisemblable. Il n'en +est pas de même de celle par laquelle on veut établir que l'édifice +actuel, commencé par le roi Robert, fut continué par ses successeurs +jusqu'à Philippe-Auguste, sous le règne duquel Maurice de Sully eut la +gloire de l'achever: non-seulement l'architecture de cette église +n'offre aucun caractère qui puisse la faire attribuer aux siècles qui +ont précédé cet évêque, mais il existe plusieurs témoignages qui +prouvent qu'il le fit édifier dès ses fondements<a id="footnotetag336" name="footnotetag336"></a><a href="#footnote336" title="Go to footnote 336"><span class="smaller normal">[336]</span></a>. Toutefois il est +probable que les anciennes fondations avoient été conservées, et que ce +fut sur ces fondations que fut élevé le chœur de l'église +nouvelle<a id="footnotetag337" name="footnotetag337"></a><a href="#footnote337" title="Go to footnote 337"><span class="smaller normal">[337]</span></a>. En effet, il est remarquable que cette partie, trop +étroite pour la hauteur et la largeur du monument entier, n'est point +dans l'alignement de la nef, et que celle-ci fait un coude léger. Cette +irrégularité semble être le résultat d'un plan par lequel Maurice auroit +voulu que le portail se trouvât en face de la <span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> rue nouvelle +qu'il avoit fait ouvrir, et à laquelle il donna le nom de rue +Notre-Dame, qu'elle porte encore aujourd'hui.</p> + +<p>Ce fut vers l'an 1160 que cet évêque entreprit de faire une seule +basilique des deux églises, et de leur donner une étendue beaucoup plus +considérable du côté de l'occident. Celle de Notre-Dame fut d'abord +abattue jusqu'aux fondements, comme nous venons de le dire, et l'on +éleva sur le champ le nouveau sanctuaire. Ce ne fut qu'environ cinquante +ans après, que la vieille église de Saint-Étienne fut détruite<a id="footnotetag338" name="footnotetag338"></a><a href="#footnote338" title="Go to footnote 338"><span class="smaller normal">[338]</span></a>, +lorsque l'on commença la construction des ailes, qu'elle auroit gênée du +côté méridional. Une inscription qu'on lit sur les pierres du portail de +la croisée fait foi qu'on travailloit encore à cette partie de l'église +en 1257. Le portail et les chapelles du côté du nord ne furent achevés +que dans le quatorzième siècle, de manière que cette immense +construction fut le résultat de près de trois siècles de travaux non +interrompus. Cependant on n'avoit pas attendu son entier achèvement pour +y réunir les fidèles; et lorsque le sanctuaire eut été achevé, la simple +bénédiction du lieu et des autels<a id="footnotetag339" name="footnotetag339"></a><a href="#footnote339" title="Go to footnote 339"><span class="smaller normal">[339]</span></a> parut suffisante pour y célébrer +les saints mystères. <span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> La dédicace solennelle de l'édifice n'a +même jamais été faite.</p> + +<p>La forme du plan de cette église est une croix latine, dont les +principales dimensions, dans œuvre, sont, pour la longueur, +soixante-cinq toises, pour la largeur, vingt-quatre. La hauteur, sous +clef de la voûte, est de dix-sept toises deux pieds. La disposition +générale du plan est grande et noble, les proportions en sont heureuses, +et ce monument gothique passe, avec raison, pour un des plus vastes et +des plus beaux qui existent dans la chrétienté<a id="footnotetag340" name="footnotetag340"></a><a href="#footnote340" title="Go to footnote 340"><span class="smaller normal">[340]</span></a>.</p> + +<p>La façade, qui fut élevée dès le règne de Philippe-Auguste, est +remarquable par ses sculptures et par son élévation. Elle est terminée +par deux grosses tours, hautes de deux cent quatre pieds; elles sont +carrées, et offrent une largeur de quarante pieds sur chaque dimension. +L'intervalle qui les sépare étant égale à leur diamètre, il en résulte +que la façade entière du portail est de cent vingt pieds. On communique +de l'une à l'autre tour par deux galeries hors d'œuvre.</p> + +<p>Cette façade est percée de trois portes, au-dessus desquelles étoient +rangées, sur une seule ligne, les statues<a id="footnotetag341" name="footnotetag341"></a><a href="#footnote341" title="Go to footnote 341"><span class="smaller normal">[341]</span></a> de vingt-sept de nos +rois, dont le <span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> premier étoit Childebert, et le dernier +Philippe-Auguste. On y voyoit Pépin-le-Bref monté sur un lion, ce qui +étoit un monument de la victoire éclatante qu'il remporta sur un de ces +terribles animaux.</p> + +<p>Les sculptures placées dans les voussures ogives<a id="footnotetag342" name="footnotetag342"></a><a href="#footnote342" title="Go to footnote 342"><span class="smaller normal">[342]</span></a> de ces trois +portes et dans les niches au-dessous, offrent cette multiplicité, cet +entassement d'objets qui fait le caractère de la barbarie gothique. Au +portail du milieu est représenté Jésus-Christ sous plusieurs aspects +avec les apôtres, les symboles des quatre évangélistes, les prophètes et +même les sibylles. Dans les côtés sont figurés les vertus et les vices +sous l'emblème de divers animaux. On y remarque encore une +représentation grossière du jugement dernier, et dans les pilastres qui +séparent ce portail d'avec les deux autres, sont placées deux grandes +statues de femmes, dont l'une est la Foi et l'autre la Religion.</p> + +<p>Au portail de la tour voisine du cloître, on voit la statue de la +Vierge, celles des prophètes qui l'ont prédite, sa mort, son +couronnement; à droite et à gauche, saint Jean-Baptiste, saint <span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> +Étienne, sainte Geneviève, saint Germain, saint Denis, et un roi qu'on +ne peut désigner. Ces figures sont du treizième siècle.</p> + +<p>Celles du portail à droite, qui paroissent plus anciennes, offrent une +réunion d'objets encore plus incohérents. La Vierge y figure de nouveau +avec la crèche, les trois mages, des rois, des apôtres, des évêques de +Paris; et parmi ces derniers, saint Marcel, reconnoissable à sa crosse, +à sa mitre et au dragon qu'il a sous les pieds. Toutes ces sculptures, +dont la plus grande partie existe encore, ont éprouvé de grandes +dégradations, ainsi que celles qui ornent les portails des deux +croisées, lesquelles sont à peu près du même style et de la même +composition<a id="footnotetag343" name="footnotetag343"></a><a href="#footnote343" title="Go to footnote 343"><span class="smaller normal">[343]</span></a>.</p> + +<p>On entre par toutes ces portes dans l'église dont la nef et le chœur +sont accompagnés de doubles ailes voûtées, au-dessus desquelles +s'élèvent <span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> des galeries spacieuses, et qui règnent tout à +l'entour de l'édifice. Toutes ces constructions sont soutenues par cent +vingt piliers et cent huit colonnes. On compte encore dans ce vaste +contour quarante-cinq chapelles<a id="footnotetag344" name="footnotetag344"></a><a href="#footnote344" title="Go to footnote 344"><span class="smaller normal">[344]</span></a>.</p> + +<p>Les différentes voûtes de cet édifice sont contre-butées à l'extérieur +par un grand nombre d'arcs-boutants de différentes hauteurs, lesquels +opposent leur résistance à l'effort de la <i>poussée</i>. Ce moyen, +constamment employé par les Goths, leur ayant permis d'élever à une +hauteur excessive des murs auxquels ils ont conservé peu d'épaisseur, +donne à leur architecture cette apparence de légèreté encore augmentée +par la subdivision infinie de ces faisceaux de colonnes d'un très-petit +diamètre qui composent leurs piliers, et qu'ils ont eu l'adresse de +figurer jusque dans les nervures croisées et intérieures de ces voûtes.</p> + +<p>Quant à l'extérieur, ces piliers sont la plupart terminés en obélisques. +Les pignons<a id="footnotetag345" name="footnotetag345"></a><a href="#footnote345" title="Go to footnote 345"><span class="smaller normal">[345]</span></a> en forme <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> de frontons sont évidés au milieu +par des roses<a id="footnotetag346" name="footnotetag346"></a><a href="#footnote346" title="Go to footnote 346"><span class="smaller normal">[346]</span></a> à jour, d'un travail très-délicat, et dont les plus +grandes ont quarante pieds de diamètre. Celle qui est du côté de +l'archevêché a été reconstruite en entier sur le même dessin, en 1726, +par Claude Pinet, appareilleur, sous les ordres de M. Boffraud, +architecte. On admire les anciens vitraux colorés qui remplissent la +rose du grand portail et celles des croisées. Ils ont été réparés, en +1752, par Pierre Leviel, vitrier, auteur d'un traité sur ce genre de +peinture, que l'on croyoit perdu, et dont il a retrouvé les divers +procédés.</p> + +<p>Trois galeries en dehors forment, à diverses hauteurs, des espèces de +<i>ceintures d'entrelas</i><a id="footnotetag347" name="footnotetag347"></a><a href="#footnote347" title="Go to footnote 347"><span class="smaller normal">[347]</span></a> qui unissent ensemble toutes ces formes +pyramidales, et rassurent l'œil sur leur solidité, en même temps +qu'elles présentent, par la richesse et la variété de leurs ornements, +une heureuse opposition avec le <i>lisse</i> des murs et des contreforts. La +<span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> première est placée au-dessus des chapelles, la deuxième +surmonte les galeries de la nef et du chœur, et la troisième règne +autour du grand comble. Celle-ci, par sa disposition, sert pour faire +extérieurement la visite de l'église, et contribue à sa conservation en +facilitant la conduite et l'écoulement des eaux pluviales, ce qui +s'opère par une multitude de canaux et de gouttières qui les font +parvenir jusqu'au pied de l'édifice. La charpente, qui a trente pieds +d'élévation, est en bois de châtaignier.</p> + +<p>Lorsqu'il s'agit d'un monument aussi célèbre, on ne doit négliger aucun +des détails qui semblent intéressants. Avant que le chœur eût été +orné d'une décoration moderne, il étoit chargé de sculptures gothiques +représentant, du côté intérieur, l'histoire de la Genèse. Elles avoient +été exécutées en 1303, aux frais du chanoine Fayet. Celles de +l'extérieur, qui existent encore, offrent toute la suite du Nouveau +Testament. Autrefois on lisoit au bas les noms de <i>Jean Ravy</i> et <i>Jean +Bouthelier</i> son neveu, maçons de Notre-Dame; ce dernier avoit achevé ces +ouvrages en 1351.</p> + +<p>Il faut encore remarquer la ferrure des deux portes latérales de la +façade. Elle est composée d'enroulements exécutés en fonte de fer, dans +un style d'ornements qui rappelle le goût grec du Bas-Empire; ce qui +peut faire présumer que ces pentures, travaillées en arabesques +très-légères, et <span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> ornées de rinceaux<a id="footnotetag348" name="footnotetag348"></a><a href="#footnote348" title="Go to footnote 348"><span class="smaller normal">[348]</span></a> et d'animaux, ont été +enlevées de quelque autre monument, et appliquées à celui-ci. Cette +conjecture prend plus de force si l'on observe que ces pentures ne sont +point pareilles, et que ni la porte du milieu ni les portes des croisées +ne présentent rien de semblable ou d'analogue. On les attribue cependant +à un célèbre serrurier nommé <i>Biscornet</i>.</p> + +<p>Ce portail est de niveau avec la place: on prétend que du temps de Louis +XII il s'élevoit beaucoup au-dessus d'elle, et qu'il falloit monter +plusieurs marches pour entrer dans l'église. On remarque en effet que +les anciens monuments bâtis dans la plaine s'enterrent successivement +par l'exhaussement du sol environnant. Il arrive que le temps dépose +chaque année à leur pied une couche insensible de terre ou de matériaux +étrangers qui, n'étant point enlevés lorsqu'on renouvelle le pavement +des rues, surmontent insensiblement les socles et les marches, de +manière qu'on finit par descendre dans les édifices où l'on montoit +plusieurs siècles auparavant.</p> + +<p>Cette cathédrale avoit été magnifiquement décorée par Louis XIV, qui +accomplit aussi le vœu <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> qu'avoit fait son père, d'y élever +un maître autel digne d'un temple aussi auguste et de la puissance d'un +grand roi. Malgré les dégradations, les brigandages horribles exécutés +sur tant de matériaux précieux, de sculptures, de peintures, de +boiseries artistement travaillées, qui étoient entrés dans la décoration +de ce grand monument, il reste cependant encore quelques traces de tant +de richesses; et le groupe de la Mère de douleur, placé dans la niche de +l'arcade qui est derrière le grand autel, est demeuré intact. La Vierge +y est représentée les bras étendus vers le ciel; la tête et une partie +du corps de son fils reposent sur ses genoux; un ange soutient une main +du Christ, un autre porte sa couronne d'épines. Ce groupe, exécuté en +marbre blanc par <i>Coustou</i> l'aîné, quoique loin sans doute du style +grand et pur de la sculpture antique, n'est pas cependant dépourvu de +beautés, et l'expression y est surtout remarquable. Du reste, l'autel, +entièrement dégradé, a été refait sur les dessins de feu M. Legrand, +architecte distingué, et même la décoration intérieure de la totalité du +sanctuaire est devenue plus noble et plus régulière par la suppression +du jubé et des chapelles adossées aux deux premiers piliers du chœur: +ces chapelles, par leur disposition, empêchoient de jouir de l'ensemble +de ce monument.</p> + +<p>Il a été fait trois fouilles remarquables dans <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> cette église; +la première en 1699, lorsqu'on commença la construction du grand autel. +On découvrit alors, sous les payés du sanctuaire, les tombes d'un grand +nombre d'évêques et autres personnages éminents, dont plusieurs y +avoient été enterrés dès les premiers temps de l'édification du +monument.</p> + +<p>Dans la seconde fouille, entreprise en 1711, pour creuser la <i>crypte</i> +qui sert de sépulture aux archevêques, furent trouvées neuf pierres +antiques chargées de sculptures et d'inscriptions en caractères romains. +Nous donnerons quelques détails sur ces débris d'antiquités en finissant +de décrire ce quartier<a id="footnotetag349" name="footnotetag349"></a><a href="#footnote349" title="Go to footnote 349"><span class="smaller normal">[349]</span></a>.</p> + +<p>Enfin, la troisième fouille, que l'on fit en 1756, pour édifier la +sacristie et le bâtiment du trésor du côté du midi, détruisit +entièrement cette ancienne opinion, que les fondations de Notre-Dame +avoient été bâties sur pilotis. Cette fouille, poussée jusqu'à +vingt-quatre pieds de profondeur, deux pieds au-dessous de ces +fondations, a fait voir qu'elles posent sur un gravier solide. Elles +sont composées de gros moellons liés avec du mortier et du sable. Il n'y +a que quatre assises de pierre de taille bien équarries, et posées en +retraite <span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> les unes sur les autres, qui terminent cette +fondation jusqu'au sol. L'ancienne sacristie, qu'on abattit alors, parce +qu'elle menaçoit ruine, avoit été construite à la place d'une galerie +qui communiquoit de l'église aux chapelles de l'archevêché. L'édifice +qui a remplacé ces deux anciennes constructions a été fait sous la +direction du célèbre architecte Soufflot.</p> + +<p>Telles sont les particularités les plus intéressantes que nous avons pu +recueillir sur ce monument célèbre dans toute la chrétienté, que tant de +mains royales se sont plu à décorer, et qui, tout dépouillé qu'il est de +son antique splendeur, rappellera toujours les plus grands, les plus +touchants souvenirs de la monarchie françoise. C'est dans l'église de +Notre-Dame que nos rois ont le plus souvent donné des preuves éclatantes +de cette piété si noble et si sincère qui les distingue parmi tous les +souverains, et dont l'exemple salutaire, en raffermissant le principe +religieux dans l'âme de leurs sujets, contribua, plus que toute autre +chose, à soutenir un ordre politique, fragile de sa nature, et menacé à +chaque instant de se changer en désordre et en anarchie. À chaque +avénement, le nouveau monarque alloit dans ce temple auguste déposer sa +couronne aux pieds de celui qui juge les rois; avant de marcher à +l'ennemi, il y retournoit demander la protection du ciel pour ses armes; +et dans la gloire du triomphe, il y <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> revenoit encore humilier +son front, et consacrer les marques de sa victoire<a id="footnotetag350" name="footnotetag350"></a><a href="#footnote350" title="Go to footnote 350"><span class="smaller normal">[350]</span></a>. Il n'étoit +point de fêtes solennelles, soit pour remercier le ciel des succès, soit +pour l'implorer dans les calamités, où l'on ne marchât d'abord vers la +cathédrale; et les pompes de la religion se mêloient sans cesse aux +affections les plus vives des peuples, aux intérêts les plus grands des +princes. Un de nos rois<a id="footnotetag351" name="footnotetag351"></a><a href="#footnote351" title="Go to footnote 351"><span class="smaller normal">[351]</span></a>, délivré d'une longue captivité, alla +porter à Notre-Dame le tribut de ses actions de grâces avant de rentrer +dans son palais; un autre<a id="footnotetag352" name="footnotetag352"></a><a href="#footnote352" title="Go to footnote 352"><span class="smaller normal">[352]</span></a> y fit élever le monument d'une victoire +<span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> qu'il croyoit n'avoir obtenue que par une protection signalée +de la Vierge; Henri IV, le meilleur des princes, saint Louis, le plus +grand des rois, ont prié sous ces voûtes; et la suite de cette histoire +nous fournira une foule d'exemples non moins remarquables de ce zèle +religieux qui, dans ces souverains, sembloit se transmettre d'âge en âge +avec la valeur et les droits du trône.</p> + +<p>La cathédrale de Paris ayant été, dans tous les temps, l'objet de la +dévotion particulière de nos rois, fut, dès les commencements, comblée +de leurs présents, et décorée avec une magnificence digne d'aussi grands +souverains. Elle étoit riche en peintures, en sculptures, en reliques, +en vases antiques et précieux, en ornements de tous genres; et le culte +n'étoit célébré dans aucune église de France avec un appareil aussi +auguste<a id="footnotetag353" name="footnotetag353"></a><a href="#footnote353" title="Go to footnote 353"><span class="smaller normal">[353]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> Non-seulement les rois et les princes, mais le corps des +bourgeois, plusieurs confréries, des communautés d'artisans, de simples +particuliers se sont plu à l'envi à l'enrichir de leurs offrandes. On +voyoit devant l'autel de la Vierge un lampadaire d'argent remarquable, +en ce qu'il étoit composé de sept lampes, dont six avoient été données +par Louis XIV et la reine son épouse. Celle du milieu, qui avoit la +forme d'un navire, étoit un présent de la ville de Paris, et rappeloit +un vœu singulier qu'elle avoit fait dans un danger imminent<a id="footnotetag354" name="footnotetag354"></a><a href="#footnote354" title="Go to footnote 354"><span class="smaller normal">[354]</span></a>. Un +chanoine de cette église en avoit fait entièrement reblanchir +l'intérieur à ses frais. Un autre avoit donné les peintures qui ornoient +le chœur; enfin la nombreuse collection de tableaux qui garnissoit +l'immense étendue de la nef, les <span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> croisées et les chapelles, +étoit le résultat d'une offrande annuelle que, pendant près d'un siècle, +firent à Notre-Dame la communauté des orfèvres, et la confrérie de +Sainte-Anne et de Saint-Marcel.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME.</p> + +<p class="center">TABLEAUX DE LA NEF.</p> + + <p><i>À droite en entrant.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. Le Boiteux guéri par saint Pierre à la porte du temple, + par <i>D. Sylvestre</i>.</p> + + <p>2. Saint Pierre délivré de prison, par <i>Jean-Baptiste + Corneille</i>.</p> + + <p>3. Le départ de saint Paul, de Milet pour Jérusalem, par + <i>Galloche</i>.</p> + + <p>4. Le martyre de saint Simon en Perse, par <i>Louis Boullogne</i> + père.</p> + + <p>5. Le martyre de saint Jean l'évangéliste près la porte + Latine à Rome, par <i>C. Hallé</i> père.</p> + + <p>6. L'apparition de Jésus-Christ à saint Pierre, par <i>J. + Sourlay</i><a id="footnotetag355" name="footnotetag355"></a><a href="#footnote355" title="Go to footnote 355"><span class="smaller normal">[355]</span></a>.</p> + + <p>7. Saint Pierre ressuscitant la veuve, par <i>Louis Tetelin</i>.</p> + + <p>8. Saint Paul prêchant les Gentils, par <i>Eustache Le + Sueur</i><a id="footnotetag356" name="footnotetag356"></a><a href="#footnote356" title="Go to footnote 356"><span class="smaller normal">[356]</span></a>.</p> +</div> + + <p class="p2"><i>À gauche en entrant.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. Jésus-Christ chez Marthe et Marie, par <i>Simpol</i>.</p> + + <p>2. La multiplication des pains, par <i>J. Christophe</i>.</p> + + <p>3. La vocation de saint Pierre et de saint André, par <i>M. + Corneille</i>.</p> + + <p>4. Les Vendeurs chassés du temple, par <i>Claude-Guy Hallé</i>.</p> + + <p>5. La guérison du Paralytique, par <i>Jouvenet</i>.</p> + + <p>6. L'entretien de Jésus-Christ avec la Samaritaine, par + <i>Boullogne</i> jeune.</p> + + <p>7. Jésus-Christ guérissant le Paralytique à la piscine, par + <i>Boullogne</i>.</p> +</div> + + <p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> <i>Sur la partie du pilier qui faisoit face à la + chapelle de la Vierge, laquelle étoit au côté droit de la + principale entrée du chœur.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. Le vœu de Louis XIII, par <i>Philippe de Champagne</i>.</p> + + <p>2. À côté, et un peu plus bas, vis-à-vis la chapelle, saint + Paul et Silas flagellés dans la ville de Philippes en + Macédoine, par <i>Louis Tetelin</i>.</p> + + <p>3. Au-dessus, saint André à genoux devant la croix, par + <i>Jacques Blanchard</i>.</p> + + <p>4. Sur la même ligne, en tournant, saint Jacques conduit au + martyre, par <i>Noël Coypel</i> père.</p> + + <p>5. Immédiatement après, la guérison de la femme affligée + d'un flux de sang, par <i>Cazes</i>.</p> + + <p>6. À côté, saint Paul lapidé à Listres, par <i>Jean-Baptiste + Champagne</i> neveu.</p> + + <p>7. Au-dessus de la chapelle, saint Pierre prêchant à + Jérusalem, par <i>Charles Poërson</i> père.</p> +</div> + + <p class="p2"><i>En tournant à la croisée gauche du cloître, en face de la + chapelle Saint-Denis, qui étoit également à la porte du + chœur.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. La descente du Saint-Esprit, par <i>Blanchard</i>.</p> + + <p>2. À côté, vis-à-vis la chapelle Saint-Marcel, saint Paul + guérissant un boiteux, par <i>Michel Corneille</i>.</p> + + <p>3. Au-dessus, l'enlèvement de saint Philippe, par <i>Thomas + Blanchet</i>.</p> + + <p>4. De suite, en tournant, le martyre de saint Étienne, par + <i>Charles Le Brun</i>.</p> + + <p>5. Le martyre de saint Pierre, par <i>Sébastien Bourdon</i>.</p> + + <p>6. Le martyre de saint André, par <i>Charles Le Brun</i>.</p> + + <p>7. Au-dessus de la chapelle, la conversion de saint Paul, + par <i>Laurent de la Hire</i><a id="footnotetag357" name="footnotetag357"></a><a href="#footnote357" title="Go to footnote 357"><span class="smaller normal">[357]</span></a>.</p> +</div> + +<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> TABLEAUX PLACÉS AU-DESSUS DES STALLES DU CHŒUR.</p> + + <p><i>À droite.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. L'annonciation, par <i>Hallé</i>.</p> + + <p>2. La Visitation (le <i>Magnificat</i>), par <i>Jouvenet</i>.</p> + + <p>3. La nativité de Jésus-Christ, par <i>Lafosse</i>.</p> + + <p>4. L'adoration des Mages, par <i>le même</i>.</p> +</div> + + <p class="p2"><i>À gauche.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. La présentation de Jésus-Christ au temple, par Louis + <i>Boullogne</i>.</p> + + <p>2. La fuite en Égypte, par <i>le même</i>.</p> + + <p>3. Jésus-Christ dans le temple au milieu des docteurs, par + <i>A. Coypel</i>.</p> + + <p>4. L'assomption de la Vierge, par <i>le même</i>.</p> +</div> + +<p class="p2 center">AU-DESSUS DU POURTOUR EXTÉRIEUR DU CHŒUR.</p> + + <p><i>En entrant par la grille de la croisée, du côté de + l'archevêché.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. La décollation de saint Jean et l'enlèvement de son corps + par ses disciples, par <i>Cl. Audran</i>.</p> + + <p>2. Saint Paul ressuscitant Eutique, par <i>Courtin</i>.</p> + + <p>3. Le repentir de saint Pierre, par <i>Tavernier</i>.</p> + + <p>4. Saint Paul devant Agrippa, par <i>Villequin</i>.</p> +</div> + + <p class="p2"><i>En tournant du côté du sanctuaire pour passer au côté + gauche.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. Saint Paul convertissant saint Denis dans l'Aréopage, par + <i>Cestin</i>.</p> + + <p><span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> 2. Agabus prédisant à saint Paul ce qu'il doit + souffrir pour Jésus-Christ, par <i>Chéron</i>.</p> + + <p>3. Saint Jean prêchant dans le désert, par <i>Parrocel</i> père.</p> + + <p>4. L'adoration des rois, par <i>Vivien</i>.</p> +</div> + +<p class="p2 center">CHAPELLES DES BAS-CÔTÉS AUTOUR DU CHŒUR.</p> + + <p><i>Après la petite porte de l'escalier qui conduit aux + tribunes du chœur.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. <i>Chapelle de Saint-Pierre et Saint-Paul.</i> Un tableau + ovale représentant ces deux saints accompagnés de leurs + disciples, par <i>Beaugin</i>, et une Descente de croix.</p> + + <p>2. <i>Chapelle de Saint-Pierre martyr.</i> Saint Pierre + guérissant les malades par son ombre, par <i>La Hire</i>. + Vis-à-vis, le Naufrage de saint Paul à Malte, par <i>Poërson</i>.</p> + + <p>3. Ensuite la sacristie renfermant le trésor<a id="footnotetag358" name="footnotetag358"></a><a href="#footnote358" title="Go to footnote 358"><span class="smaller normal">[358]</span></a>.</p> + + <p>4. <i>Chapelle de Saint-Denis et Saint-Georges.</i> Une + Notre-Dame de Pitié, de l'école de <i>Vouet</i>; saint Pierre + visité par un ange dans sa prison, par <i>Vouet</i>.</p> + + <p>5. <i>Chapelle de Saint-Gérald.</i> La mort de la Vierge, par <i>N. + Poussin</i>. Vis-à-vis, un vœu à la Vierge sur un champ de + bataille.</p> + + <p>6. <i>Chapelle de Saint-Remi</i>, dite <i>des Ursins</i>. Saint + Claude, par <i>Galloche</i>. Portrait de Jouvenel des Ursins avec + sa famille.</p> + + <p>7. La <i>Chapelle d'Harcourt</i>.</p> + + <p>8. <i>Chapelle de Saint-Crépin, Saint-Crépinien et + Saint-Étienne.</i> Un Christ, l'Ascension et la Résurrection, + par <i>Beaugin</i>. Hérodiade à table avec Hérode, par <i>L. + Chéron</i>. Saint Pierre baptisant le Centenier, par <i>M. + Corneille</i>.</p> + + <p>9. <i>Chapelle de Saint-Nicaise.</i> Le jugement dernier, peint + sur bois par <i>de Hery</i>.</p> + + <p>10. <i>Chapelle de Saint-Louis et de Saint-Rigobert.</i> Un + Christ, d'après Michel-Ange; Saint-Étienne conduit au + martyre, par <i>Houasse</i>.</p> + + <p><span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> 11. <i>Chapelle de la Décollation de + Saint-Jean-Baptiste.</i> Le martyre de saint Barthélemi, par + <i>Paillet</i>. La décollation de saint Jean, par <i>Louis + Boullogne</i>. Une Assomption, par <i>Hurel</i>.</p> + + <p>12. <i>Chapelle de Vintimille</i>, sous le titre de <i>Sainte-Foi + et de Saint-Eutrope</i>. Saint Charles Borromée communiant les + pestiférés, par <i>Vanloo</i>. Une Sainte Famille, par <i>Paillet</i>.</p> + + <p>13. <i>Chapelle de Saint-Michel</i>, dite de <i>Noailles</i>. + L'apparition de l'ange aux trois Maries, par <i>C. Natoire</i>.</p> + + <p>14. <i>Chapelle de Saint-Ferréol.</i> Saint Michel, par <i>Vignon</i>. + L'annonciation, par <i>Champagne</i>.</p> + + <p>15. <i>Chapelle de Saint-Jean-Baptiste et de la Madeleine</i> ou + <i>chapelle de Beaumont</i>. Un Christ en croix.</p> + + <p>16. Dans l'embrasure de la porte rouge, la mort d'Ananie et + Saphire, et le centenier Corneille aux pieds de saint + Pierre, par <i>Aubin Vouet</i>.</p> + + <p>17. <i>Chapelle de Saint-Eustache.</i> La transfiguration, + d'après <i>Raphaël</i>. Le vœu du marquis de Locmaria, par <i>Le + Monnier</i>.</p> + + <p>18. <i>Chapelle de Sainte-Agnès.</i> La Vierge allaitant l'enfant + Jésus.</p> +</div> + + <p class="p2"><i>En redescendant des bas-côtés de la nef, du même côté.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. <i>Chapelle Saint-Nicolas.</i> Ce saint sauvant des pénitents + du naufrage, par <i>Thiersonnier</i>. Le miracle de saint Paul et + de Sylas en prison, par <i>N. de Plattemontagne</i>.</p> + + <p>2. <i>Chapelle de Sainte-Catherine.</i> Le martyre de cette + sainte, par <i>M. Vien</i>.</p> + + <p>3. <i>Chapelle de Saint-Julien-Zozime.</i> Ce saint donnant la + communion à sainte Marie Égyptienne, par <i>Beaugin</i>. Les + noces de Cana, par <i>Cotelle</i>.</p> + + <p>4. <i>Chapelle de Saint-Laurent.</i> Le martyre de ce saint, par + un élève de <i>Le Sueur</i>. L'apparition de Jésus-Christ aux + trois Maries, par <i>Marot</i>.</p> + + <p>5. <i>Chapelle de Sainte-Geneviève.</i> Une Vierge et l'enfant + Jésus, avec saint Jean et sainte Geneviève, par <i>Beaugin</i>. + La guérison des démoniaques.</p> + + <p>6. <i>Chapelle de Saint-Georges et de Saint-Blaise.</i> Une mère + de <span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> douleur consolée par les anges, par <i>Beaugin</i>. + Les miracles de saint Paul à Éphèse, par <i>L. Boullogne</i>.</p> + + <p>7. <i>Chapelle de Saint-Léonard.</i> Ce saint en habit guerrier, + par <i>Champagne</i>. Le vœu de madame la Grande-Duchesse, + pour sa maladie, par <i>Dumesnil</i>.</p> +</div> + +<p class="p2 center">CHAPELLES DES BAS-CÔTÉS DE LA NEF.</p> + + <p><i>En entrant à droite.</i></p> + +<div class="list"> + <p>1. <i>Chapelle de Sainte-Anne.</i> Sainte Anne et la Vierge, par + <i>Vouet</i>. La présentation de la Vierge, par <i>La Hire</i>.</p> + + <p>2. <i>Chapelle de Saint-Barthélemy et de Saint-Vincent.</i> Le + martyre de ce dernier saint, par <i>Beaugin</i>. Notre Seigneur + sur la montagne, par <i>Poërson</i>.</p> + + <p>3. <i>Chapelle de Saint-Jacques.</i> Un Christ, par <i>Le Nain</i>. La + femme adultère, par <i>Renaut</i>.</p> + + <p>4. <i>Chapelle de Saint-Antoine et de Saint-Michel.</i> Saint + Michel à genoux devant la Vierge, par <i>Champagne</i>. + Jésus-Christ guérissant un possédé, par <i>Vernansal</i>.</p> + + <p>5. <i>Chapelle de Saint-Thomas de Cantorbéry.</i> Saint Dominique + et saint Thomas à genoux devant la Vierge, manière de + <i>Lanfranc</i>. La résurrection du fils de la veuve de Naïm, par + <i>Guillebaut</i>.</p> + + <p>6. <i>Chapelles de Saint-Augustin et de + Sainte-Marie-Magdeleine.</i> Dans la première, la Piscine, par + <i>Alexandre</i>. L'aveuglement de Barjésu, par <i>Loir</i>. Dans la + deuxième, l'incrédulité de saint Thomas, par <i>Arnould</i>; la + résurrection de la fille de Jaïre, par <i>Vernansal</i><a id="footnotetag359" name="footnotetag359"></a><a href="#footnote359" title="Go to footnote 359"><span class="smaller normal">[359]</span></a>.</p> +</div> + +<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> SCULPTURES<a id="footnotetag360" name="footnotetag360"></a><a href="#footnote360" title="Go to footnote 360"><span class="smaller normal">[360]</span></a>.</p> + + <p>L'ancien grand-autel, élevé sur les dessins de <i>Decotte</i>, + étoit décoré de plusieurs statues en bronze, et surchargé + d'ornements ciselés et dorés, où il y avoit plus d'éclat et + de richesse que de bon style et de bon goût. On y remarquoit + un bas-relief en bronze doré par <i>Vassé</i>; deux anges + adorateurs par <i>Cayot</i>.</p> + + <p>Dans le chœur, on remarquoit encore:</p> + + <p>À gauche, la statue en marbre blanc de Louis XIII, à genoux, + revêtu de ses habits royaux, offrant son sceptre et sa + couronne à la Sainte-Vierge, et mettant son royaume sous sa + protection, par <i>Coustou</i> jeune.</p> + + <p>À gauche, celle de Louis XIV, par <i>Coyzevoz</i>. Elle + représentoit ce monarque revêtu pareillement de ses habits + royaux et accomplissant le vœu du roi son père<a id="footnotetag361" name="footnotetag361"></a><a href="#footnote361" title="Go to footnote 361"><span class="smaller normal">[361]</span></a>.</p> + + <p>Dans les tympans des arcades du rond-point, des anges en + bas-relief représentant des vertus avec leurs attributs, + savoir: la Charité et la Persévérance, par <i>Poultier</i>; la + Prudence et la Tempérance, par <i>Frémin</i>; l'Innocence et + l'Humilité, par <i>Le Pautre</i>; la Foi et l'Espérance, par <i>Le + Moine</i>; la Virginité et la Pureté, par <i>Thiéry</i>; la Justice + et la Force, par <i>Bertrand</i>. Au bas des pilastres et sur des + culs-de-lampe, six anges en bronze portant les instruments + de la passion, et modelés par <i>Hurtrelle</i>, <i>Vanclève</i>, + <i>Poirier</i>, <i>Magnier</i> et <i>Flamen</i>.</p> + + <p><span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> Au milieu du chœur, un aigle en bronze, + accompagné des trois vertus cardinales, par <i>Duplessis</i>.</p> + + <p>Aux deux portes latérales du chœur, deux chaires + épiscopales, enrichies d'ornements et de bas-reliefs + représentant l'histoire du martyre de saint Denis, et la + guérison du roi Childebert, par l'intervention de saint + Germain, évêque de Paris.</p> + + <p>Dans la chapelle Saint-Christophe, la statue du saint, par + <i>Gois</i>; celle de saint Denis, par <i>Mouchy</i>, dans la chapelle + qui lui étoit consacrée; dans celle de Saint-Michel, dite + <i>de Noailles</i>, saint Louis et saint Maurice, par <i>Rousseau</i>.</p> + + <p>Sur la menuiserie des stalles du chœur, des bas-reliefs, + par <i>Goullon</i>, offrant des sujets pris dans le Nouveau + Testament.</p> + + +<p class="p2 center">TOMBEAUX ET SÉPULTURES.</p> + + <p>Au pied du sanctuaire avoient été déposées les entrailles de + Louis XIII et de Louis XIV.</p> + + <p>Dans cette église avoient été inhumés:</p> + + <p>Étienne II, dit <i>Tempier</i>, évêque de Paris, mort en 1279.</p> + + <p>Simon de Bucy, évêque de Paris, mort en 1304 (enterré dans + la chapelle Saint-Nicaise).</p> + + <p>Aymérie de Magniac, cardinal et évêque de Paris, mort en + 1384.</p> + + <p>Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, mort en 1409.</p> + + <p>Dans la chapelle Saint-Remi, Juvénal des Ursins, chancelier + de France sous Louis XI, et Michelle de Vitry sa femme, + morte en 1456<a id="footnotetag362" name="footnotetag362"></a><a href="#footnote362" title="Go to footnote 362"><span class="smaller normal">[362]</span></a>.</p> + + <p>Henri Dumoulin, évêque de Paris, mort en 1447.</p> + + <p>Sous la croisée, Paul Émile de Véronne, chanoine de cette + église et auteur d'une Histoire de France, mort en 1529.</p> + + <p>Joachim du Belloy, chanoine et archidiacre de Paris, l'un + des poètes les plus estimés de la cour de François I<sup>er</sup>, + mort en 1559.</p> + + <p><span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> Jean-Baptiste de Chatelier, nonce du pape, mort en + 1583.</p> + + <p>Albert de Gondi, duc de Retz, marquis de Belle-Isle, + maréchal de France, mort en 1602.</p> + + <p>Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, de Sens, et + grand-aumônier de France, mort en 1616.</p> + + <p>Dans la chapelle de Saint-Louis et Saint-Rigobert, le + cardinal Pierre de Gondi, évêque de Paris, mort en + 1616<a id="footnotetag363" name="footnotetag363"></a><a href="#footnote363" title="Go to footnote 363"><span class="smaller normal">[363]</span></a>. Cette chapelle, magnifiquement décorée, étoit + destinée à la sépulture de cette illustre famille.</p> + + <p>Dans la chapelle de Saint-Eustache, Jean-Baptiste Budes de + Guébriant, maréchal de France, mort en 1643, et Renée de + Bec-Crepin sa femme.</p> + + <p>Pierre de Marca, archevêque de Paris, et célèbre par son + traité <i>de Concordiâ sacerdotii et imperii</i>, mort en 1662.</p> + + <p>Hardouin de Péréfixe de Beaumont, archevêque de Paris, mort + en 1671.</p> + + <p>François de Harlay, archevêque de Paris, mort en 1695.</p> + + <p>Anne-Jules de Noailles, pair et maréchal de France, mort en + 1708.</p> + + <p>Claude Chastelin, chanoine de cette église, auteur de + plusieurs ouvrages de piété, mort en 1712.</p> + + <p>Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, mort en 1729.</p> + + <p>Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille, archevêque de + Paris, mort en 1746. Charles-François de Vintimille son + frère, mort en 1740.</p> + + <p>L'abbé de la Porte, chanoine <i>jubilé</i><a id="footnotetag364" name="footnotetag364"></a><a href="#footnote364" title="Go to footnote 364"><span class="smaller normal">[364]</span></a> de cette église + et l'un de ses bienfaiteurs.</p> + + <p>Dans la chapelle d'Harcourt, le mausolée de Claude-Henri, + comte d'Harcourt, mort en 1769. Ce monument avoit été + exécuté par <i>Pigalle</i>, d'après un songe où madame d'Harcourt + avoit vu son mari tel qu'il y étoit représenté<a id="footnotetag365" name="footnotetag365"></a><a href="#footnote365" title="Go to footnote 365"><span class="smaller normal">[365]</span></a>.</p> + + <p><span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> Lorsque l'on creusa le <i>crypte</i> qui sert de + sépulture aux archevêques de Paris, on y découvrit le + tombeau d'une reine d'Angleterre dont le nom est inconnu, et + celui de Louis de France, dauphin, fils de Charles VI et + d'Isabeau de Bavière. Au bas des degrés du grand autel étoit + déposé le cœur de Louise de Savoie, mère de François + I<sup>er</sup>.</p> + + +<p class="p2 center">RELIQUES ET AUTRES OBJETS PRÉCIEUX.</p> + + <p>Derrière le chœur étoit la châsse de Saint-Marcel, en or + et en vermeil, enrichie de perles fines et de pierres + précieuses.</p> + + <p>L'autel de la chapelle de Saint-Denis contenoit quatre + châsses, où l'on conservoit quelques reliques inconnues.</p> + + <p>La salle du <i>Trésor</i> contenoit entre autres richesses:</p> + + <p>Le chef de saint Philippe, apôtre; ce chef de vermeil étoit + couvert de pierres précieuses du plus grand prix.</p> + + <p>Une reliquaire de vermeil représentant saint Louis, et + renfermant plusieurs parcelles de la sainte couronne, des + fragments de l'éponge, du suaire et du tombeau de + Jésus-Christ.</p> + + <p>La tunique de Saint-Germain, renfermée dans une châsse en + vermeil; des vêtements de la Vierge et une partie du crâne + de saint Denis, etc., etc.; une quantité considérable de + ciboires, de calices, de croix, de vases, de chandeliers, de + soleils en vermeil enrichis de diamants, de pierres fines, + monuments précieux de la piété des plus illustres + personnages de la France, et dont le brigandage de 1793 a + fait disparoître jusqu'aux moindres vestiges.</p> + + <p>On y conservoit aussi des monuments curieux relatifs à la + manière dont se faisoient les investitures par le moyen du + couteau; les réparations des dommages par l'offrande d'un + morceau de bois sur lequel l'acte étoit écrit, ou par celle + d'une baguette d'argent, lorsque la réparation venoit d'un + prince, etc., etc.</p> +</div> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> ARCHEVÊCHÉ.</h2> + +<p>La maison de l'évêque étoit située, de temps immémorial, près de +Saint-Étienne<a id="footnotetag366" name="footnotetag366"></a><a href="#footnote366" title="Go to footnote 366"><span class="smaller normal">[366]</span></a>. Elle s'élevoit vis-à-vis de la nef de l'église +d'aujourd'hui, et se terminoit à la double chapelle qui se voit encore +dans la seconde cour de l'archevêché; le reste, du côté de l'orient, est +une augmentation de bâtiments, dont le plus ancien n'a pas plus de deux +cents ans.</p> + +<p>Lorsque les évêques cessèrent de faire les ordinations dans leur +cathédrale, ce qui arriva vers le temps où la multiplication des +offices, et surtout des fondations, les empêcha de s'y rendre aussi +assidûment que les anciens l'avoient fait, ils conçurent le dessein de +faire construire une ou deux chapelles dans leur maison. La principale +de ces chapelles fut décorée avec la magnificence que l'on déployoit +alors dans les monuments de ce <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> genre, quand on les élevoit +dans les maisons des grands seigneurs; l'autre servit aux jugements +ecclésiastiques, dès qu'on eut cessé de les prononcer aux portiques des +cathédrales.</p> + +<p>Maurice de Sully, dans le temps même qu'il faisoit bâtir l'église de +Notre-Dame, fit construire, sur une ligne parallèle, le palais épiscopal +et la double chapelle dont nous venons de parler. Dans la chapelle basse +étoient des chapelains établis par les évêques; le jeudi-saint on y +lavoit les pieds des enfants de chœur, et tous les dimanches on y +célébroit la messe pour les prisonniers de l'archevêché. La chapelle +supérieure servoit aux ordinations, aux sacres d'évêques, à certaines +thèses de théologie, et à d'autres assemblées solennelles. Il est +constaté que toutes ces constructions sont de ce temps-là, par le +nécrologe de Paris et par les historiens contemporains<a id="footnotetag367" name="footnotetag367"></a><a href="#footnote367" title="Go to footnote 367"><span class="smaller normal">[367]</span></a>.</p> + +<p>On arrive dans la seconde cour par une arcade placée sous le bâtiment du +trésor; et c'est là qu'est le nouveau palais archiépiscopal. Il doit son +agrandissement à plusieurs prélats qui ont gouverné l'église de Paris, +et principalement au cardinal de Noailles, qui y fit faire de grandes +augmentations et beaucoup d'embellissements en 1697. C'est un <span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> +grand hôtel, dont la situation est belle et la vue agréable, mais qui +n'offre dans toute sa construction qu'une architecture mesquine et sans +caractère<a id="footnotetag368" name="footnotetag368"></a><a href="#footnote368" title="Go to footnote 368"><span class="smaller normal">[368]</span></a>.</p> + +<p>Le peu de séjour que nos premiers rois firent dans la ville de Paris fut +cause que son siége épiscopal parut trop peu considérable pour qu'on +l'érigeât en métropole, et qu'il fut long-temps soumis à la juridiction +de l'archevêché de Sens. Les deux premières races ayant été le temps des +grandes dotations, Paris, qui ne s'accrut que sous les rois de la +troisième, étoit un des évêchés les moins riches de la France; +toutefois, lorsque cette ville fut devenue la capitale du royaume, son +siége acquit bientôt une grande importance, plutôt par la position que +par l'étendue des propriétés de l'évêque<a id="footnotetag369" name="footnotetag369"></a><a href="#footnote369" title="Go to footnote 369"><span class="smaller normal">[369]</span></a>. Ajoutons ici quelques +développements <span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> nouveaux à ce que nous avons déjà dit de la +situation de l'Église de France, pendant les premiers siècles de la +monarchie, et de ce que furent en effet, à cette époque, le crédit et +l'autorité des évêques.</p> + +<p>Il ne paroît pas que, dans les premiers temps de la conquête, les +évêques aient joui, sous les rois francs, d'une autorité plus grande que +sous le gouvernement des empereurs. Or le caractère épiscopal étoit +alors étranger à toutes les magistratures civiles<a id="footnotetag370" name="footnotetag370"></a><a href="#footnote370" title="Go to footnote 370"><span class="smaller normal">[370]</span></a>; et le seul +privilége qu'eussent obtenu ces premiers pasteurs des églises, c'étoit +de ne pouvoir être accusés que devant un tribunal ecclésiastique composé +de leurs pairs, et d'être les premiers juges de leurs subalternes, qui +ne pouvoient de même être accusés que devant eux<a id="footnotetag371" name="footnotetag371"></a><a href="#footnote371" title="Go to footnote 371"><span class="smaller normal">[371]</span></a>.</p> + +<p>De même les Romains n'ayant jamais eu l'idée d'attacher aux terres des +titres honorifiques, et les évêques ayant continué de posséder leurs +biens selon la loi romaine, jusqu'après le règne de +Louis-le-Débonnaire<a id="footnotetag372" name="footnotetag372"></a><a href="#footnote372" title="Go to footnote 372"><span class="smaller normal">[372]</span></a>, il y a grande apparence que <span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> les +dignités ecclésiastiques ne devinrent des <i>honneurs</i>, selon le sens que +les Francs attachoient à ce mot, qu'à l'époque où les évêques et les +abbés prirent le <i>baudrier</i><a id="footnotetag373" name="footnotetag373"></a><a href="#footnote373" title="Go to footnote 373"><span class="smaller normal">[373]</span></a>, et devenus chefs de leur milice, +vassaux des rois, seigneurs suzerains, durent nécessairement participer +à tous les avantages que donnoit le service militaire chez une nation +qui n'estimoit que la profession des armes, et où il n'y avoit de noble +que l'homme libre et armé.</p> + +<p>Toutefois la conquête de la Gaule fut favorable à l'épiscopat; et bien +que l'autorité des évêques n'en fût point en apparence augmentée, elle +reçut un accroissement réel, par cette circonstance qui en fit des +médiateurs entre les vainqueurs et les vaincus, ce qui leur donna pour +clients tout ce qu'il y avoit de Romains désarmés. Ce patronage qu'ils +surent exercer de manière à satisfaire les princes et à les rendre plus +assurés de la soumission de leurs nouveaux sujets, devint, par degrés, +une autorité régulière que le pouvoir souverain se plut à légitimer. Ils +ne tardèrent donc point à avoir une entière juridiction sur tout ce qui +étoit romain, et l'on voit que, dès la première race, ils l'exerçoient +absolument et sans la moindre contestation<a id="footnotetag374" name="footnotetag374"></a><a href="#footnote374" title="Go to footnote 374"><span class="smaller normal">[374]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> Ils surent conserver ce précieux avantage qu'ils devoient à +leur modération et à leurs vertus; et, par une contradiction qui ne doit +point étonner dans des hommes tels que les conquérants des Gaules, rudes +et violents dans leurs mœurs, mais sincèrement religieux, les Francs, +qui souvent abusoient, envers les évêques du droit du plus fort, et ne +se faisoient point un scrupule de leur ravir leurs biens, chaque fois +qu'il s'en présentoit quelque occasion favorable<a id="footnotetag375" name="footnotetag375"></a><a href="#footnote375" title="Go to footnote 375"><span class="smaller normal">[375]</span></a>, respectoient en +eux et le sacré caractère dont ils étoient revêtus, et cette autorité +salutaire pour tous, à l'ombre de laquelle vivoit une population +innombrable, et qui auroit pu se faire redouter, si elle n'eût été +façonnée à l'obéissance par leurs préceptes, protégée contre une trop +grande oppression par leur crédit et par leur influence. Loin de +diminuer, cette autorité des évêques sembla s'accroître: au milieu de la +fureur des guerres civiles et des troubles qui accompagnèrent <span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> +le premier changement de dynastie, elle étoit la seule qui fût demeurée +solide et vénérable; et tellement que le chef de la nouvelle famille +régnante<a id="footnotetag376" name="footnotetag376"></a><a href="#footnote376" title="Go to footnote 376"><span class="smaller normal">[376]</span></a> crut n'avoir d'autre moyen de cimenter sa puissance que de +s'assurer les suffrages de ces mêmes prélats que son père avoit +dépouillés, ou dont il avoit permis que l'on se partageât les +dépouilles. En recevant l'onction sainte qui consacroit son pouvoir, il +consacra lui-même l'alliance désormais nécessaire et inviolable de +l'autel et du trône; et c'est de ce moment seulement que commença à se +développer en France la société chrétienne, qui jusqu'alors y avoit été +foible, et, pour ainsi parler, à peine ébauchée.</p> + +<p>L'influence des évêques devint alors plus grande que jamais; et elle eut +son caractère propre, fort différent de celui du pouvoir politique, +caractère qu'exprime parfaitement le mot <i>autorité</i>, sous lequel nous +l'avons désignée, et qui lui fut en effet spécialement consacré. Ce mot +conservant en cette circonstance le sens qu'il avoit eu chez les Latins, +signifia cette puissance que donnent la gravité des mœurs et la +sagesse des conseils; et tout ce qu'il y avoit de lumière et de science +tant sacrée que profane, étant alors renfermé dans la société +spirituelle ou religieuse, la société matérielle ou politique en qui +tout étoit à peu près <span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> éteint, excepté la FOI, sembla +reconnoître que le principe de son existence n'étoit pas en elle, +puisque dans l'intelligence seule est la <i>vie</i> des sociétés. En effet, +s'il est incontestable que la loi de Dieu est le principe et la règle de +toute loi humaine, de même que le pouvoir divin est la source et le +modèle de tout pouvoir établi au milieu des hommes, il en résulte que +cette loi divine n'étant <i>positive</i> que dans le christianisme, puisque +c'est dans le christianisme seul que la révélation l'a promulguée, la +religion, pour un peuple chrétien, plus que pour aucun autre peuple, est +éminemment la <i>raison</i> de la société; et comme il n'appartient qu'à ceux +qui l'ont étudiée et comprise, de pouvoir juger de ce qui s'accorde avec +elle, ou de ce qui lui est contraire, par conséquent de modérer, de +diriger la force aveugle de tout pouvoir matériel, en lui communiquant +cette lumière céleste dont il est privé, il en résulte encore que c'est +uniquement dans ces hommes divinement éclairés et quels qu'ils puissent +être, qu'est la <i>conscience</i> de la société. Or, nous le répétons, au +clergé seul appartenoient alors la science et l'intelligence: il étoit +donc nécessaire que son action s'étendît sur toutes les parties du corps +social pour y combattre sans cesse l'action de cette autre puissance de +désordre, pour réprimer et protéger, récompenser et punir, conserver +l'ordre dans l'état et par conséquent la <i>vie</i>; il le falloit jusqu'à ce +que <span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> les vérités dont il avoit reçu le précieux dépôt, qu'il +portoit partout avec lui et répandoit sans mesure, pénétrant ainsi le +fond même de la société, y rendissent tout pouvoir <i>intelligent</i> et +<i>consciencieux</i>; ce qui se fit de telle manière qu'à mesure que +s'éclairoit ainsi le pouvoir dans la société temporelle, cet usage +extraordinaire que la société spirituelle avoit fait du sien pour le +salut de tous, devenant par degré moins nécessaire, elle rentra aussi +par degré dans les limites des attributions qui lui sont propres, +lorsque, dans le corps social entier, tout est complet et bien ordonné. +Qui ne comprend point ces choses, ne comprend point ce qu'étoit la +France dans le moyen âge, et vivant au milieu des sociétés chrétiennes, +n'a pas même l'idée de ce que sont ou doivent être ces sociétés.</p> + +<p>Les Francs barbares surent les comprendre; et parmi eux, la société +matérielle se soumettant par un instinct sublime de conservation et +comme pour se sauver d'elle-même aux lois paternelles et sévères de la +société spirituelle, et la foi devenant le lien ferme et indissoluble +qui unissoit l'une à l'autre, cette société offrit, même au milieu de +ses désordres et de ses violences, une image de la <i>communion</i> des +fidèles, moins imparfaite, nous ne craignons pas de le dire, qu'on ne +l'avoit vue jusqu'alors. Car, sous les empereurs romains et au milieu de +cette vieille société où avoit si long-temps triomphé la philosophie +païenne, il étoit <span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> resté des faux systèmes de cette philosophie +et de ses erreurs orgueilleuses, je ne sais quelle subtilité dans les +esprits et quelle révolte au fond des cœurs qui n'avoient cessé de +troubler la paix de cette <i>communion</i> sainte; et l'hérésie y étoit née, +presque au moment même où l'on avoit prêché l'Évangile; et en effet, +c'est dans la simplicité de l'ignorance et dans les hauteurs de la +science les plus sublimes que triomphe ordinairement la foi: le +demi-savoir mène au doute et à l'incrédulité.</p> + +<p>Ainsi s'explique, pendant ces premiers âges de la monarchie, l'action du +clergé ou de la puissance spirituelle dans les choses qui, en nos temps +modernes, semblent devoir être uniquement du ressort du magistrat ou de +la puissance temporelle. Or, l'Église avoit eu, de tout temps, sa +juridiction particulière, sa force répressive, sa police: considérée +comme société visible, tous ces signes extérieurs étoient des conditions +nécessaires de son existence; et il lui eût été sans doute impossible +d'exister, si, de même que toute autre société, elle n'eût eu le droit +de surveiller ses membres, d'examiner leur conduite, et de leur infliger +des châtiments, lorsqu'ils contrevenoient à ses lois. Tous ces +châtiments, au fond purement spirituels, puisqu'ils n'obligeoient que +celui dont la volonté étoit de rester ou de rentrer dans la communion +des fidèles, étoient compris sous le titre général de <i>censures</i>: +<span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> la nature n'en fut point changée; et l'on ne fit autre chose +que les appliquer aux délits qui, jusqu'alors, avoient uniquement +dépendu de la justice séculière, et rendre toute punition canonique +<i>obligatoire</i>, indépendamment de la volonté de celui qui avoit été +condamné. Dans le cas de rébellion, il y avoit intervention de la +puissance civile; et la justice du prince se trouvoit ainsi, et en un +grand nombre de cas, confondue avec celle de l'Église, ou pour mieux +dire suspendoit alors ses coups pour la laisser seule frapper les +coupables avec plus de douceur, et néanmoins avec plus +d'efficacité<a id="footnotetag377" name="footnotetag377"></a><a href="#footnote377" title="Go to footnote 377"><span class="smaller normal">[377]</span></a>.</p> + +<p>Les évêques reçurent donc, dans leurs attributions, une partie +considérable de la police temporelle, et en outre cette espèce de +surveillance qui en est la fonction la plus noble, la plus utile, et +qu'ils pouvoient exercer sans déroger à la sainteté et à la gravité de +leur caractère. Ils furent chargés de <span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> veiller à l'observation +des ordonnances du prince et de lui rendre compte de la manière dont +elles étoient exécutées<a id="footnotetag378" name="footnotetag378"></a><a href="#footnote378" title="Go to footnote 378"><span class="smaller normal">[378]</span></a>; ils avoient une inspection particulière +sur <i>les comtes</i> ou principaux magistrats des provinces; les serfs ou +colons, et généralement toutes les classes inférieures de la société, +étoient placés sous leur protection spéciale; ils les défendoient contre +les abus du pouvoir, et avoient le droit de modérer à leur égard la trop +grande rigueur des châtiments<a id="footnotetag379" name="footnotetag379"></a><a href="#footnote379" title="Go to footnote 379"><span class="smaller normal">[379]</span></a>; ils devoient avertir le roi de la +négligence de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions; ils étoient +encore ses <i>Commissaires</i> dans leurs diocèses, et jouissoient de tous +les priviléges attachés à cette dignité.</p> + +<p>En vertu de cette extension qu'avoit reçue leur juridiction, ils +tenoient, quand il étoit nécessaire, des plaids auxquels se rendoient +tous les habitants qui dépendoient de leur évêché, tant clercs que +laïques. On faisoit paroître les coupables devant eux: ils les +prêchoient, les exhortoient, les admonestoient, et lorsque le cas +l'exigeoit, prononçoient <span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> contre eux la peine canonique que +comportoit la nature de leur délit. Le juge royal assistoit à ces +espèces d'assises, soit pour concourir au jugement, lorsque le châtiment +étoit grave, et que son concours étoit nécessaire, soit pour forcer le +coupable à subir toute pénitence plus légère qui lui avoit été imposée, +et à laquelle il auroit refusé de se soumettre<a id="footnotetag380" name="footnotetag380"></a><a href="#footnote380" title="Go to footnote 380"><span class="smaller normal">[380]</span></a>. C'étoit par un +semblable motif que le comte accompagnoit ordinairement l'évêque dans la +visite qu'il faisoit de son diocèse, afin d'amener par la force à la +pénitence et à la satisfaction ceux que les censures de leur premier +pasteur n'avoient pu toucher et corriger<a id="footnotetag381" name="footnotetag381"></a><a href="#footnote381" title="Go to footnote 381"><span class="smaller normal">[381]</span></a>.</p> + +<p>Ce seroit une grande erreur de croire, comme on l'a souvent avancé sans +en donner aucune preuve, que les punitions canoniques, et +particulièrement <span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> <i>l'excommunication</i>, peine capitale qui +répondoit à la peine de mort dans les tribunaux séculiers<a id="footnotetag382" name="footnotetag382"></a><a href="#footnote382" title="Go to footnote 382"><span class="smaller normal">[382]</span></a>, fussent +arbitrairement infligées par les évêques au gré de leurs caprices et de +leurs intérêts. Non-seulement il falloit un jugement pour retrancher un +chrétien de la communion des fidèles ou le soumettre à une pénitence +publique, mais ce jugement devoit être rendu publiquement dans des +formes régulières, et qui fournissoient à l'accusé tous moyens de +prouver son innocence, si, en effet, il étoit innocent. Diverses autres +formalités prescrites par la loi précédoient d'ailleurs ce jugement: le +coupable recevoit d'abord un avertissement; s'il s'y montroit +insensible, et qu'il ne se retirât point de son désordre, l'évêque +s'adressoit alors au roi ou au magistrat, afin qu'il essayât +d'interposer son autorité<a id="footnotetag383" name="footnotetag383"></a><a href="#footnote383" title="Go to footnote 383"><span class="smaller normal">[383]</span></a>; enfin, si ce dernier moyen n'avoit pu +réussir, on commençoit <span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> la procédure, et l'excommunication +n'étoit ainsi lancée qu'à la dernière extrémité. Les effets en étoient +terribles: la société entière concouroit en quelque sorte à son +exécution<a id="footnotetag384" name="footnotetag384"></a><a href="#footnote384" title="Go to footnote 384"><span class="smaller normal">[384]</span></a>; et il étoit rare que les plus rebelles et les plus +endurcis ne finissent par s'y soumettre et par donner satisfaction; mais +il est hors de doute qu'ils eussent résisté et que beaucoup se fussent +assuré l'impunité par leur résistance, si la justice temporelle eût +seule été chargée de les punir.</p> + +<p>Quelques-uns, même en reconnoissant que c'étoit le pouvoir politique +lui-même qui, dans l'impuissance <span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> où il étoit de gouverner, +avoit imploré le secours de l'autorité religieuse, ont prétendu +qu'ensuite les gens d'église allèrent beaucoup trop loin, et que, +partant de ce principe que tout délit contre les hommes est un péché +envers Dieu, ils se crurent en droit de connoître de toutes les affaires +criminelles, et même d'étendre leur juridiction sur ce qui étoit +purement civil<a id="footnotetag385" name="footnotetag385"></a><a href="#footnote385" title="Go to footnote 385"><span class="smaller normal">[385]</span></a>. Mais étoit-il bien facile, dans de semblables +temps, et au milieu de tant de dangers qui menaçoient à tout moment +l'existence même de la société, d'établir une ligne de démarcation bien +exacte? étoit-il même possible de s'en faire une bien juste idée, et le +principe une fois admis par l'une et l'autre puissance n'entraînoit-il +pas avec lui, et sans exception, toutes ses conséquences? Quels +inconvénients pouvoit d'ailleurs entraîner avec elle l'extension plus +grande d'une juridiction moins rigoureuse dans ses châtiments, et +cependant plus puissante dans ses effets? Ils excommunièrent, dit-on, +les princes eux-mêmes qui les avoient appelés à leur aide: pour établir +qu'ils ne devoient point <span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> le faire, alors que ces princes +s'étoient mis dans le cas de l'excommunication, il faudroit prouver que +la loi suprême par laquelle ceux-ci prétendoient <i>obliger</i> leurs sujets +n'étoit point <i>obligatoire</i> pour eux, qu'un prince est au-dessus de la +religion et un homme au-dessus de Dieu. Les évêques abusèrent-ils de ce +dernier droit, que ces mêmes princes, dans la noble simplicité de leur +esprit et dans la droiture de leur cœur, ne pensèrent point à leur +contester, droit que les décisions de l'Église ont si solennellement +confirmé et rendu à jamais inattaquable? Nous ne croyons pas qu'il soit +possible d'en citer un seul exemple contre lequel il n'y eût rien à +répliquer<a id="footnotetag386" name="footnotetag386"></a><a href="#footnote386" title="Go to footnote 386"><span class="smaller normal">[386]</span></a>. Peut-être pourroit-on plus justement dire que ce que la +puissance temporelle <span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> leur avoit concédé, ils voulurent le +garder plus long-temps qu'il ne falloit; qu'il y eut, dans les âges +postérieurs, quelque conflit de juridiction, et par conséquent quelque +abus de ce qui avoit été si utile et si salutaire. Mais si les ministres +de la religion, en défendant avec trop de chaleur ce qu'ils +considéroient comme des droits acquis, et en ne rendant qu'à regret, +dans des temps plus paisibles, ce que le malheur des temps avoit fait +leur accorder, montrèrent ainsi qu'ils étoient hommes et sujets aux +foiblesses de l'humanité, on n'en est pas moins forcé de convenir que ce +fut grâce à l'heureux changement qu'ils avoient opéré dans les mœurs +de la nation, que les princes se trouvèrent en mesure de leur reprendre +<i>sans danger</i> le pouvoir et les attributions qu'auparavant ils s'étoient +estimés heureux de leur faire accepter<a id="footnotetag387" name="footnotetag387"></a><a href="#footnote387" title="Go to footnote 387"><span class="smaller normal">[387]</span></a>.</p> + +<p>Nous avons dit comment les bénéfices ecclésiastiques <span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> institués +sous le titre de <i>précaires</i>, étoient devenus des fiefs par l'usurpation +de ceux qui en avoient été faits bénéficiers, et comment les <i>avoués</i> +des églises s'étoient de même emparé des biens qu'elles leur avoient +concédés à de certaines conditions, et sans prétendre aliéner la +propriété du fonds<a id="footnotetag388" name="footnotetag388"></a><a href="#footnote388" title="Go to footnote 388"><span class="smaller normal">[388]</span></a>. L'extinction successive des familles qui +avoient usurpé ces biens, les ayant fait en partie rentrer dans les +domaines de clergé, et leur in<i>féodation</i> y ayant attaché tous les +priviléges qui appartenoient alors à la féodalité, il en résulta pour +les évêques de nouveaux droits comme vassaux de la couronne, ou +seigneurs suzerains, droits qui ajoutèrent encore à leur importance +politique; car lorsque, vers la fin de la seconde race, les seigneurs, +profitant de la foiblesse du gouvernement et du malheur des temps, +s'arrogèrent, dans leurs terres, tous les droits de la souveraineté, et +que cette usurpation eût été légitimée par les <span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> rois de la +troisième race, il étoit difficile sans doute que les gens d'église, +devenus possesseurs de terres inféodées, ne les maintinssent pas telles +qu'ils les avoient reçues, et ne se missent pas, sous tous les rapports, +au lieu et place des anciens possesseurs<a id="footnotetag389" name="footnotetag389"></a><a href="#footnote389" title="Go to footnote 389"><span class="smaller normal">[389]</span></a>.</p> + +<p>Ils le firent en effet; et en ce qui concerne les évêques de Paris, il +arriva que, lorsque cette ville fut devenue, sous la domination des +Capétiens, la seule capitale du royaume, ces prélats acquirent, par +cette situation nouvelle, un degré de puissance et de considération +qu'ils n'avoient point eu jusque-là; et l'on peut concevoir que cette +défense de leurs priviléges, alors si légitime, les mit naturellement en +opposition avec le pouvoir et les volontés du monarque. Nous avons dit +qu'ils possédoient au <span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> couchant de la <i>ville</i> un terrain +considérable, sous le nom de <i>Culture-l'Évêque</i>. C'est la plus ancienne +concession qui leur ait été faite; et l'on n'en peut fixer l'origine, +qui remonte jusqu'aux rois de la première race. Ils jouissoient donc +dans ce domaine de tous les droits seigneuriaux. C'étoit là qu'étoit +leur maison de plaisance, et qu'ils avoient leurs greniers dans un lieu +nommé <i>Ville-l'Évêque</i>; vis-à-vis étoit un port qui dépendoit également +d'eux, et qui avoit le même nom. Par l'agrandissement rapide de Paris +hors de sa première enceinte de ce côté, il se trouva qu'on fut forcé +d'empiéter sur leur terrain, et qu'on voulut bâtir sur leur censive: ces +projets nouveaux ne s'exécutèrent point sans obstacle de leur part, et +firent naître entre eux et les rois une foule de contestations et de +transactions, dont nous aurons occasion de parler dans la suite de cet +ouvrage.</p> + +<p>Les droits de l'évêque étoient tels, que, du temps de saint Louis, la +ville de Paris étoit pour ainsi dire partagée en deux parties, dont +l'une étoit sous la domination du roi, l'autre sous celle du prélat; et +les bourgeois qui reconnoissoient la juridiction de ce dernier +refusoient souvent d'obéir aux ordonnances du monarque. Les choses en +vinrent au point que le roi crut nécessaire d'assembler un parlement, +pour faire examiner si les vassaux de l'évêque n'étoient point tenus de +se soumettre à ses commandements. La décision de <span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> l'assemblée +fut en sa faveur, malgré les efforts de sa partie adverse, qui produisit +pour sa défense les transactions faites entre les rois précédents et +l'église de Paris. Voyant qu'on n'y avoit point égard, il mit en +interdit toutes les églises de son diocèse, et défendit qu'on y célébrât +le service divin. Cette démarche eut un tel éclat, que le roi, +appréhendant les suites qu'elle pouvoit avoir pour la religion, fit sa +paix avec l'évêque, qui continua de jouir de ses anciens priviléges.</p> + +<p>Cependant de telles résistances, qui, nous ne nous lassons point de le +répéter, ne peuvent être jugées selon les règles de la politique moderne +qu'avec une extrême injustice et même une grande absurdité, n'eurent +point d'effets véritablement fâcheux; et depuis l'établissement de la +troisième race, le pouvoir des rois s'étant élevé par degré sur les +ruines de la féodalité, l'évêque de Paris, malgré l'influence que lui +donnoit en effet l'avantage nouveau de sa position, se vit +insensiblement forcé de céder à une autorité qui, chaque jour, prenoit +un nouvel ascendant. Ses efforts pour maintenir sa juridiction +temporelle n'empêchèrent point que, peu à peu, elle ne lui échappât, +pour aller se perdre, avec tant d'autres droits, dans ceux de la +couronne. Dès le règne de Louis-le-Gros, et principalement sous +Philippe-Auguste, elle avoit reçu des atteintes dans les transactions +<span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> qui furent faites entre ces monarques et l'Église<a id="footnotetag390" name="footnotetag390"></a><a href="#footnote390" title="Go to footnote 390"><span class="smaller normal">[390]</span></a>; saint +Louis lui porta de nouveaux coups, et successivement elle diminua, ainsi +que nous l'avons déjà dit, à mesure qu'elle devint moins nécessaire au +maintien de l'ordre et à l'existence de la société<a id="footnotetag391" name="footnotetag391"></a><a href="#footnote391" title="Go to footnote 391"><span class="smaller normal">[391]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> Bien que la juridiction ecclésiastique fût infiniment plus +parfaite que celle des barons<a id="footnotetag392" name="footnotetag392"></a><a href="#footnote392" title="Go to footnote 392"><span class="smaller normal">[392]</span></a>, qu'elle fût même réglée sur les +principes de toute bonne <span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> jurisprudence, sur des lois fixes, +sur la gradation des tribunaux, cependant l'Église, qui dans tous les +temps ne cessa point de s'élever contre les coutumes injustes et +barbares, se voyoit quelquefois obligée de les tolérer. Par exemple, +l'usage des duels juridiques appelés <i>jugement de Dieu</i><a id="footnotetag393" name="footnotetag393"></a><a href="#footnote393" title="Go to footnote 393"><span class="smaller normal">[393]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> +étoit si généralement adopté et tellement conforme aux goûts et aux +mœurs de la nation françoise, que les juges ecclésiastiques ne +pouvoient pas toujours rejeter cette manière étrange de décider du bon +droit entre deux contendants. C'étoit dans la cour même de l'évêché que +se faisoient ces <i>monomachies</i> ou duels ordonnés par le tribunal de +l'église de Paris; ce que nous apprend Pierre-le-Chantre, qui écrivoit +vers l'an 1180. <i>Quædam ecclesiæ habent monomachias, et judicant +monomachiam debere fieri quandoquè inter rusticos suos: et faciunt eos +pugnare in curiâ ecclesiæ, in atrio episcopi vel archidiaconi, sicut fit +Parisius.</i> Le même auteur ajoute que le pape Eugène (sans doute Eugène +III) ayant été consulté au sujet de ces combats, répondit: «Suivez vos +coutumes» <i>utimini consuetudine vestrâ</i>; mais il n'en est pas moins vrai +que l'Église condamnoit et cette épreuve et toutes les autres. Les +papes, les évêques, les conciles ont prononcé anathème contre les +<i>duellistes</i><a id="footnotetag394" name="footnotetag394"></a><a href="#footnote394" title="Go to footnote 394"><span class="smaller normal">[394]</span></a>. Agobard, dans ses livres contre la loi <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> +<i>Gombette</i><a id="footnotetag395" name="footnotetag395"></a><a href="#footnote395" title="Go to footnote 395"><span class="smaller normal">[395]</span></a>, réfuta avec force <i>la damnable opinion</i> de ceux qui +prétendent que Dieu fait connoître sa volonté et son jugement par les +épreuves de l'eau, du feu et autres semblables. Il se récrie vivement +contre le nom de <i>Jugement de Dieu</i> qu'on osoit donner à ces épreuves. +«Comme si, dit-il, Dieu les avoit ordonnées, et s'il devoit se soumettre +à nos préjugés et à nos sentiments particuliers pour nous révéler tout +ce qu'il nous plaît de savoir.» Les mêmes opinions furent soutenues dans +le onzième siècle par Yves de Chartres, par saint Thomas et par tous les +théologiens les plus sages et les plus éclairés; et généralement, dans +ces temps d'une ignorance et d'une corruption si profonde, il n'est pas +une seule de ces maximes fondées sur le bon sens et la morale, qui font +maintenant la règle des sociétés chrétiennes les plus civilisées, que +n'ait alors professée l'église, seule juste et seule éclairée au milieu +des vices et des ténèbres dont elle étoit entourée.</p> + +<p>On ne s'étonnera donc plus maintenant si, malgré tout ce que l'histoire +de Paris raconte des démêlés des rois avec les évêques, nous ne +craignons point d'avancer qu'il n'est point de siége dans la <span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> +chrétienté qui offre une suite plus remarquable de grands et pieux +personnages. On y compte, jusqu'à Jean-François de Gondi, une succession +de cent sept évêques, parmi lesquels il en est six que l'Église révère +comme des saints, neuf qui ont été cardinaux, et quelques-uns +chanceliers de France.</p> + +<p>En 1622, cet évêché, soumis à la métropole de Sens, en fut séparé par +Grégoire XV, et érigé en archevêché. Cette érection fut faite en faveur +de M. Jean-François de Gondi; il fut peu après nommé commandeur des +ordres du roi, honneur dont avoient joui presque tous ses successeurs. +Louis XIV accorda une distinction encore plus glorieuse à M. de Harlai +de Chanvalon, en érigeant, pour lui et les archevêques de Paris, la +terre de Saint-Cloud en duché-pairie<a id="footnotetag396" name="footnotetag396"></a><a href="#footnote396" title="Go to footnote 396"><span class="smaller normal">[396]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> On compte dix archevêques depuis M. de Gondi jusqu'à M. de +Juigné, qui gouvernoit l'église de Paris en 1789.</p> + +<h2>LE CHAPITRE DE NOTRE-DAME.</h2> + +<p>On entend par <i>Chapitre</i>, dans une église cathédrale ou collégiale, la +communauté des ecclésiastiques qui la desservent, lesquels sont appelés +<i>chanoines</i><a id="footnotetag397" name="footnotetag397"></a><a href="#footnote397" title="Go to footnote 397"><span class="smaller normal">[397]</span></a>, et doivent vivre suivant la règle particulière de la +congrégation dont ils sont membres.</p> + +<p>Quelques-uns font remonter l'origine des chanoines jusqu'aux apôtres, +qui, d'après toutes les traditions, vécurent réunis avec les disciples, +et donnèrent les règles de la vie commune. En effet, quoique les noms de +clercs et de chanoines ne fussent pas usités dans les premiers temps, il +paroît que les prêtres-diacres de chaque église formoient entre eux un +collége; et cette expression <span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> se trouve souvent dans les pères +des trois premiers siècles.</p> + +<p>On trouve aussi que cet ordre et ces réunions furent souvent troublés +par les persécutions; mais dans ces maux qui affligeoient les églises, +les clercs, séparés les uns des autres, continuoient du moins à mettre +leurs biens en commun; les plus riches venoient ainsi au secours des +plus pauvres, et chacun se contentoit de la <i>sportule</i> ou portion<a id="footnotetag398" name="footnotetag398"></a><a href="#footnote398" title="Go to footnote 398"><span class="smaller normal">[398]</span></a> +qu'il recevoit tous les mois de l'évêque, seul dispensateur de cette +commune propriété.</p> + +<p>Cependant la distinction que l'on fit, en 324, des églises cathédrales +d'avec les églises particulières, peut être regardée comme la véritable +origine des colléges et des communautés de clercs appelés <i>chanoines</i>. +Du temps de saint Basile et de saint Cyrille, ils étoient déjà désignés +sous ce nom en Orient; on l'employa plus tard en Occident. Vers le +milieu du quatrième siècle, saint Eusèbe, évêque de Verceil, rassembla +le premier ses clercs, et les soumit à toute la rigidité de la vie +monastique; mais c'est surtout saint Augustin qu'on peut considérer +comme le restaurateur de la vie commune dans cette partie de la +chrétienté. Lorsqu'il fut devenu évêque d'Hippone, il forma une +communauté des prêtres de son église, avec lesquels <span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> il vivoit +dans un entier détachement des choses du monde. Cet exemple fut imité +dans les Gaules, comme dans les autres parties de la chrétienté; mais +les troubles qui, sous la domination des rois francs, ne cessèrent +d'agiter cette contrée, faisant naître partout la licence et le +désordre, n'épargnèrent point ces asiles de la piété et de la paix. La +discipline ne tarda point à s'y altérer; il y eut déréglement et +scandale dans les mœurs, et souvent ce scandale fut porté à son +comble. Enfin saint Chrodegand, évêque de Metz, qui vivoit sous le règne +de Pépin, conçut le projet d'en arrêter le cours, ce qu'il fit et par +ses leçons et par ses exemples. Les réglements qu'il donna à ses +chanoines furent adoptés par un grand nombre d'églises; et l'on vit de +nouveau les clercs attachés aux cathédrales vivre suivant les règles +austères des anciens canons.</p> + +<p>Quoique l'histoire ne nous laisse pas même soupçonner que le chapitre de +Notre-Dame, entraîné par le torrent, ou séduit par les exemples, soit +jamais tombé dans les écarts qui, dans ces siècles malheureux, furent +l'affliction de l'Église, et sont devenus l'injuste et éternel reproche +de ses adversaires, cependant on peut se persuader qu'il n'aura pas été +des derniers à adopter les réglements de saint Chrodegand; parce que, +dans tout ce que nous en disent les traditions, on le voit zélé pour ses +devoirs, animé d'une véritable piété, <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> et tendant sans cesse +vers une plus grande perfection. Ces témoignages ont fait penser à +l'historien de l'église de Paris que l'institution ou plutôt la réforme +du chapitre de la cathédrale avoit été faite par Erkenrad I<sup>er</sup>, sous +le règne de Charlemagne: on n'en trouve cependant de monuments +authentiques que sous celui de Louis-le-Débonnaire. Ce prince, profitant +de l'occasion d'un concile qu'il avoit convoqué à Aix-la-Chapelle en +816<a id="footnotetag399" name="footnotetag399"></a><a href="#footnote399" title="Go to footnote 399"><span class="smaller normal">[399]</span></a>, y fit rédiger une règle fixe pour les chanoines: un diacre +nommé Amalarius fut chargé de ce soin par les pères du concile. Cette +règle prescrivoit l'habitation et la vie commune dans des cloîtres +fermés; mais elle n'exigeoit point la désappropriation ni certaines +abstinences qui étoient de précepte et d'usage dans les monastères. +L'empereur ordonna qu'elle fût observée dans les différents États soumis +à sa domination; et ce fut là, suivant les plus sûres apparences, +l'époque de l'institution des chanoines de Notre-Dame dans la forme qui +s'est conservée presque entière jusqu'aux derniers temps. C'est depuis +cette réforme qu'on les voit appelés si souvent dans les actes <i>les +frères de Sainte-Marie</i>, et qu'il est parlé de <i>cloître</i>, de <i>règle</i> et +de <i>chapitre</i><a id="footnotetag400" name="footnotetag400"></a><a href="#footnote400" title="Go to footnote 400"><span class="smaller normal">[400]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> Le concile de Paris, tenu en 829, ayant ordonné que les chefs +des communautés séculières et régulières pourvoiroient aux besoins +temporels de ceux qui les composoient, l'évêque Inchade céda pour lors +aux chanoines, en toute propriété, plusieurs terres et villages qui +appartenoient à l'église de Paris, avec toutes leurs dépendances. C'est +de la division qui se fit de ces mêmes biens dans des temps postérieurs, +que se sont formées les prébendes canoniales dont jouissoient encore les +chanoines de Notre-Dame au moment où l'église a été dépouillée de son +patrimoine.</p> + +<p>Ce chapitre étoit non-seulement le plus considérable de Paris<a id="footnotetag401" name="footnotetag401"></a><a href="#footnote401" title="Go to footnote 401"><span class="smaller normal">[401]</span></a>, mais +encore de la France <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> entière; et il devoit moins cet avantage +au grand nombre de bénéfices qui en dépendoient, qu'au mérite, à la +science et aux vertus en quelque sorte héréditaires des dignes +ecclésiastiques qui le composoient. Il a joui dans tous les temps de +cette haute réputation; dans tous les temps on le prit pour modèle, on +le consulta avec confiance, on reçut ses décisions avec respect. Il a la +gloire d'avoir donné à l'Église six papes, trente-neuf cardinaux et un +nombre considérable d'évêques. On voit un pontife illustre, Alexandre +III, demander comme une faveur que ses neveux fussent élevés dans le +cloître Notre-Dame; Louis VII et plusieurs de nos princes y puisèrent +l'esprit de la religion et le goût de la science; enfin un fils de +Louis-le-Gros, Henri, fut chanoine de Notre-Dame; et Philippe, son +frère, préféra le simple titre d'archidiacre de l'église de Paris aux +évêchés auxquels sa haute naissance et ses vertus lui donnoient le droit +de prétendre.</p> + +<p>Ce chapitre étoit composé de huit dignités qui pouvoient être possédées +par d'autres que par les chanoines, et de cinquante-deux canonicats. Il +y avoit en outre six vicaires perpétuels, dont deux titres avoient été +unis au chapitre; deux vicaires de Saint-Agnan et un chapelain; huit +bénéficiers <span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> chanoines de Saint-Jean-le-Rond, et dix de +Saint-Denis-du-Pas. Ces bénéficiers, ainsi que tous les chapelains +attachés à Notre-Dame, ne faisoient qu'un seul corps avec l'église de +Paris<a id="footnotetag402" name="footnotetag402"></a><a href="#footnote402" title="Go to footnote 402"><span class="smaller normal">[402]</span></a>.</p> + +<p>La principale entrée du cloître étoit à côté de l'église cathédrale. On +y voyoit, avant la révolution, une porte, laquelle avoit été construite +en 1751<a id="footnotetag403" name="footnotetag403"></a><a href="#footnote403" title="Go to footnote 403"><span class="smaller normal">[403]</span></a>, avec les matériaux et en partie sur l'emplacement de la +petite église de Saint-Jean-le-Rond, dont nous allons parler.</p> + +<h2>SAINT-JEAN-LE-ROND.</h2> + +<p>On sait que les fonts baptismaux de l'église de Paris étoient jadis à +Saint-Germain-le-Vieux, <span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> qui avoit alors le nom de +Saint-Jean-Baptiste, et qu'ils furent depuis transportés plus près de la +cathédrale, dans une chapelle bâtie pour cet usage. Cette chapelle, que +l'on abattit en même temps que les anciennes églises de Notre-Dame et de +Saint-Étienne, fut ensuite rebâtie et placée au bas de la tour +septentrionale de la nouvelle basilique. On présume, que dans l'origine, +elle étoit moins avancée vers l'occident; on sait du reste que le surnom +qu'elle portoit ne venoit que de la forme ronde employée dans ces sortes +d'édifices.</p> + +<p>La bâtisse de Saint-Jean-le-Rond de Paris ne paroissoit être que du +treizième siècle, et même le portail étoit beaucoup plus nouveau. Ce +baptistère, que desservoient deux prêtres<a id="footnotetag404" name="footnotetag404"></a><a href="#footnote404" title="Go to footnote 404"><span class="smaller normal">[404]</span></a>, fut pendant long-temps +le seul qu'il y eût dans cette capitale; mais lorsque le nombre des +citoyens eut fait multiplier celui des églises, et que chacune eut +obtenu d'avoir son baptistère particulier, ces deux prêtres furent +chargés de visiter les malades, d'inhumer les morts, et de célébrer, +pendant une année, la messe pour les chanoines décédés. Ils jouissoient +à cet effet du revenu annuel de la prébende de chaque chanoine défunt. +Ces dispositions changèrent depuis: l'annuel fut transporté aux +chanoines de Saint-Victor, et l'on indemnisa les deux prêtres par le don +d'une prébende dans <span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> l'église de Notre-Dame, sous certaines +conditions qui les maintenoient dans la dépendance du chapitre<a id="footnotetag405" name="footnotetag405"></a><a href="#footnote405" title="Go to footnote 405"><span class="smaller normal">[405]</span></a>. +Dans la suite le nombre de ces desservants fut augmenté.</p> + +<p>On a remarqué que cette église, et peut-être même l'entrée de la +cathédrale étoient les lieux où se terminoient juridiquement certaines +affaires ecclésiastiques, coutume qui rappeloit ce qui s'étoit pratiqué +plus anciennement aux portiques des grandes églises. Il existe un ancien +acte finissant par ces mots: <i>Actæ sunt hæc in ecclesiâ Parisiensi apud +cupas</i><a id="footnotetag406" name="footnotetag406"></a><a href="#footnote406" title="Go to footnote 406"><span class="smaller normal">[406]</span></a>. On lit aussi que les médecins se sont assemblés autrefois +<i>ad cupam nostræ Dominæ</i>. Cette même église servoit de paroisse aux +laïques logés dans le cloître Notre-Dame.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center">SÉPULTURES.</p> + + <p>Dans cette église avoient été inhumés: Henri Boileau, avocat + général, mort en 1491; Gilles Ménage, savant célèbre, mort + en 1692; Jean-Baptiste Duhamel, habile théologien, mort en + 1706.</p> +</div> + +<p>On démolit Saint-Jean-le-Rond en 1748; alors les fonts baptismaux, les +fondations et le service <span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> divin furent transférés à +Saint-Denis-du-Pas, qui, depuis cette époque, s'appela <i>Saint-Denis et +Saint-Jean-Baptiste</i>.</p> + +<h2>SAINT-DENIS-DU-PAS.</h2> + +<p>Le surnom de cette église fit naître, dans le dix-septième siècle, une +contestation si vive entre deux savants, qu'elle en devint ridicule, par +l'importance qu'ils mirent à une question d'un si foible intérêt, et +surtout par l'amertume qu'ils répandirent dans leur discussion. M. +Delaunoy prétendoit que cette église étoit ainsi surnommée par la raison +que le premier apôtre des Parisiens y avoit souffert le martyre, <i>à +passione</i>. M. de Valois, qui combattit son sentiment avec humeur et même +avec emportement, le réfuta toutefois avec beaucoup de solidité; et il +n'est plus question ni de cette étymologie évidemment fausse, ni de +cette vieille querelle.</p> + +<p>Ce terme de <i>passus</i> a été employé à l'égard de plusieurs saints<a id="footnotetag407" name="footnotetag407"></a><a href="#footnote407" title="Go to footnote 407"><span class="smaller normal">[407]</span></a> +qui certainement n'ont jamais <span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> souffert le martyre; et l'on ne +peut raisonnablement l'expliquer que par la situation de leur église. +Celle de Saint-Denis n'étoit séparée de la cathédrale que par un chemin +étroit nommé <i>pas</i>, et d'ailleurs étoit située auprès du petit bras de +la rivière qui coule entre l'île Saint-Louis et la Cité. Il ne faut donc +point chercher une autre origine à ce surnom, puisqu'autrefois on +appeloit ainsi tout chemin étroit et tout courant d'eau qui est entre +deux terres; et que, dans l'ancien langage françois, <i>pas</i> et <i>passage</i> +sont synonymes.</p> + +<p>Cette chapelle, qui existoit avant le douzième siècle, étoit depuis +long-temps négligée, et il y a apparence qu'on n'y faisoit plus le +service divin. En 1164 et jusqu'à la fin de ce même siècle, plusieurs +pieux personnages y fondèrent des prébendes, au nombre de cinq. Elles +furent ensuite divisées, par une ordonnance du chapitre de Notre-Dame, +entre dix chanoines<a id="footnotetag408" name="footnotetag408"></a><a href="#footnote408" title="Go to footnote 408"><span class="smaller normal">[408]</span></a>, qui les ont conservées jusqu'au moment de la +révolution. En 1182, le pape Luce III donna à Saint-Denis-du-Pas la +qualité d'église<a id="footnotetag409" name="footnotetag409"></a><a href="#footnote409" title="Go to footnote 409"><span class="smaller normal">[409]</span></a>.</p> + +<a id="hoteldieu" name="hoteldieu"></a> +<h2><span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> HÔTEL-DIEU.</h2> + +<p>L'institution des hôpitaux est un des bienfaits du christianisme. La +police des païens, qui savoit réprimer la fainéantise, qui empêchoit le +mendiant valide de dérober à la pitié le pain qu'il pouvoit obtenir par +son travail, n'alloit point jusqu'à s'inquiéter du sort de l'infortuné +dont l'âge et la maladie avoient épuisé les forces. On croyoit qu'il +valoit mieux que le pauvre mourût que de vivre inutile et souffrant. La +vertu purement humaine n'étoit point capable d'un si grand dévouement: +il n'y avoit qu'une charité toute céleste qui pût embrasser dans sa +tendre prévoyance tous les âges, toutes les misères, toutes les +souffrances; et, parmi tant de maux qui affligent les hommes, regarder +comme les plus dignes de ses soins les infirmités les plus horribles et +les misères les plus repoussantes.</p> + +<p>Dès les premiers temps, une partie considérable des biens que les +églises avoient obtenus de la libéralité des empereurs fut consacrée à +ces pieux <span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> établissements. Des prêtres les administroient, sous +la direction de l'évêque; et l'on y recevoit sans distinction et les +pauvres chrétiens et le païen indigent que ceux de sa religion +continuoient à repousser. Julien l'Apostat lui-même ne put s'empêcher de +rendre témoignage à cette vertu surnaturelle des premiers fidèles; et la +confusion qu'il en ressent éclate dans une lettre qu'il écrit à un +pontife de Galatie, auquel il recommande d'établir, à leur imitation, +des hôpitaux et des contributions pour les pauvres. Dans cet écrit +très-remarquable, il attribue l'accroissement du christianisme +principalement à trois causes, à l'hospitalité, au soin des sépultures, +à la gravité des mœurs.</p> + +<p>Dès les commencements de la monarchie française, on voit des hôpitaux +établis dans différentes villes par la piété de nos rois; et l'on ne +peut douter que l'Hôtel-Dieu ne soit une des fondations les plus +anciennes de ce genre. Néanmoins toutes les recherches de nos historiens +n'ont pu nous procurer à ce sujet que des notions vagues et incertaines. +C'est sans doute de cette incertitude qu'est venue la tradition qui fait +honneur à saint Landri de la création de ce pieux établissement, +tradition vers laquelle semblent pencher plusieurs savants +distingués<a id="footnotetag410" name="footnotetag410"></a><a href="#footnote410" title="Go to footnote 410"><span class="smaller normal">[410]</span></a> qui se sont occupés des antiquités <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> de Paris. +Cependant on ne trouve dans les anciens titres qui prouvent +incontestablement que saint Landri a existé, aucune particularité sur +ses actions et sa vie. Son culte n'a commencé que sous l'épiscopat de +Maurice de Sully; et c'est seulement dans une légende insérée dans un +bréviaire de 1492, qu'on lit pour la première fois que ce saint évêque +étoit particulièrement recommandable par sa grande charité. Un éloge +aussi vague ne pouvoit suffire pour faire conclure qu'il est le +fondateur de l'Hôtel-Dieu, et c'est cependant sur ce seul titre que la +légende du dix-septième siècle lui en attribue la fondation, malgré le +silence absolu de tous les historiens et de tous les martyrologes. Il +est donc impossible de ne pas rejeter cette assertion jusqu'à ce qu'on +en ait donné des preuves raisonnables et suffisantes.</p> + +<p>Saint Landri est mort vers l'an 656; et tout porte à croire qu'à cette +époque l'Hôtel-Dieu n'existoit point encore. On trouve même qu'en 690 il +y avoit sur l'emplacement où il est situé un monastère de filles, dont +<i>Landetrude</i> étoit abbesse<a id="footnotetag411" name="footnotetag411"></a><a href="#footnote411" title="Go to footnote 411"><span class="smaller normal">[411]</span></a>. Alors c'étoit la maison de l'évêque qui +étoit l'asile des malheureux, de la veuve et de l'orphelin. Le pauvre et +le malade y trouvoient des secours et des consolations; elle servoit +encore de retraite aux pélerins et aux voyageurs; et les annales +<span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> de l'église, celles de la monarchie, les actes, les récits les +plus authentiques nous représentent les évêques de Paris, dignes +successeurs des apôtres, livrés par-dessus tout à ces pieux devoirs. On +les voyoit, excitant le clergé par l'ardeur de leur zèle et de leur +charité, se faire un plaisir et une gloire de recevoir tous ceux que +leur affliction ou leurs besoins conduisoient vers eux, leur laver les +pieds, les servir eux-mêmes à table, leur administrer les sacrements, et +leur prodiguer ainsi tous les secours de l'âme et du corps.</p> + +<p>Le premier titre où il est question de l'Hôtel-Dieu est un acte de l'an +829, par lequel l'évêque Inchade assigne à cette maison les dîmes des +biens dont il avoit gratifié son chapitre, pour se conformer à une +décision du concile d'Aix-la-Chapelle, dont nous avons déjà parlé. On +voit, par cet acte de donation, que, dans certains temps, <i>les chanoines +y lavoient les pieds aux pauvres</i>; d'où il résulte que l'Hôtel-Dieu +existoit sous le règne de Charlemagne, et que l'évêque et son chapitre y +avoient des droits, soit pour l'avoir fondé, soit pour avoir contribué à +le doter.</p> + +<p>Les chanoines possédoient, et sans doute à ce dernier titre, la moitié +de cet établissement<a id="footnotetag412" name="footnotetag412"></a><a href="#footnote412" title="Go to footnote 412"><span class="smaller normal">[412]</span></a>; <span class="pagenum"><a id="page370" name="page370"></a>(p. 370)</span> l'autre leur fut cédée, en 1002, +par Renaud, évêque de Paris; et vers la fin du même siècle, un autre +évêque, nommé Guillaume Montfort, leur fit don de l'église +Saint-Christophe. Depuis cette dernière époque, on voit l'Hôtel-Dieu, +entièrement sous l'administration du chapitre, gouverné par des +chanoines proviseurs choisis dans son sein, et la chapelle +Saint-Christophe desservie par deux prêtres de la cathédrale.</p> + +<p>L'accroissement rapide de la population ayant considérablement augmenté +le nombre des pauvres, il fallut bientôt multiplier celui des personnes +employées au service de l'Hôtel-Dieu, et fixer les fonctions de chacun +de ces ministres. Dès l'an 1217, des statuts nouveaux furent dressés par +Étienne, doyen de Paris, conjointement avec le chapitre. Par ces statuts +il est établi pour l'administration de cette maison quatre prêtres, +quatre clercs, trente frères laïques, et vingt-cinq sœurs: ils +portent qu'on ne peut en admettre davantage, qu'ils sont tenus de garder +la chasteté, de vivre dans la désappropriation et en commun, d'être +soumis au chapitre, aux proviseurs, et à celui des prêtres qualifié du +titre de <i>maître de la maison de Dieu</i><a id="footnotetag413" name="footnotetag413"></a><a href="#footnote413" title="Go to footnote 413"><span class="smaller normal">[413]</span></a>.</p> + +<p>Quoique ce nom de <i>Maison de Dieu</i>, employé dans ces réglements et dans +une infinité de titres <span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> de la même époque, ne signifie pas une +<i>maladrerie</i>, mais une maison d'hospitalité, et que l'Hôtel-Dieu ne soit +pas autrement désigné dans le testament de saint Louis<a id="footnotetag414" name="footnotetag414"></a><a href="#footnote414" title="Go to footnote 414"><span class="smaller normal">[414]</span></a> et dans +plusieurs auteurs contemporains, il est certain cependant qu'avant la +fin du douzième siècle, on y prenoit déjà soin des malades, comme on l'a +toujours fait depuis<a id="footnotetag415" name="footnotetag415"></a><a href="#footnote415" title="Go to footnote 415"><span class="smaller normal">[415]</span></a>. En cherchant l'origine de cette nouvelle +destination de l'Hôtel-Dieu, un auteur<a id="footnotetag416" name="footnotetag416"></a><a href="#footnote416" title="Go to footnote 416"><span class="smaller normal">[416]</span></a> a pensé qu'elle pourroit +bien venir d'un statut du chapitre de Notre-Dame, donné en 1168, par +lequel il fut réglé que tous les chanoines qui décéderoient ou +quitteroient leurs prébendes, donneroient à cet hôpital un lit +garni<a id="footnotetag417" name="footnotetag417"></a><a href="#footnote417" title="Go to footnote 417"><span class="smaller normal">[417]</span></a>. Cette multiplication des lits facilita sans doute la +<span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> réception des malades; et trente ans après, on lit dans un +acte par lequel Adam, clerc du roi, lègue à l'Hôtel-Dieu deux maisons +dans Paris, qu'il ne fait ce don que sous la condition qu'au jour de son +anniversaire il sera accordé, sur leur produit, à ceux seulement qui +seront malades, tout ce qu'il leur viendra dans la pensée de manger, +<i>pourvu qu'on en puisse trouver</i>, ajoute naïvement le donataire. <i>Eâ +conditione, quòd ægrotantibus tantùm prædicti hospitalis quicquid +cibariorum in eorum venerit desiderio, si tamen possit inveniri, de +totali proventu domorum, in die anniversarii ejus detur.</i></p> + +<p>La forme du gouvernement de cette maison fut changée dans la suite, soit +que le nombre des pauvres fût augmenté, soit que les revenus ne fussent +pas suffisants, ou qu'il se fût glissé quelque abus dans l'emploi qu'on +en faisoit. Toutefois ce ne fut que long-temps après; et pendant +plusieurs siècles elle fut gouvernée suivant les anciens statuts dont +nous venons de parler. On appeloit alors <i>frères</i> et <i>sœurs</i> de la +maison ou de l'Hôtel-Dieu, les personnes des deux sexes qui s'y +consacroient au service des pauvres et des malades; et cet institut +étoit une communauté, et non un ordre <span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> religieux<a id="footnotetag418" name="footnotetag418"></a><a href="#footnote418" title="Go to footnote 418"><span class="smaller normal">[418]</span></a>. Ce n'est +qu'en 1505 qu'on voit un changement remarquable dans la double +administration de ce grand établissement. Le soin des affaires +temporelles fut alors confié à huit bourgeois notables et à un receveur +nommé par le prévôt des marchands et des échevins<a id="footnotetag419" name="footnotetag419"></a><a href="#footnote419" title="Go to footnote 419"><span class="smaller normal">[419]</span></a>. On créa ensuite +des commissaires pour la réformation du gouvernement spirituel; et en +exécution d'un statut donné en 1536, huit chanoines réguliers de l'ordre +de Saint-Augustin y furent introduits. Les réglements qu'ils firent y +établirent l'observance régulière de l'abbaye de Saint-Victor, avec la +forme des habits et les pratiques religieuses qui sont en usage dans +cette communauté. Cette réforme devint encore plus parfaite vers 1630, +par les travaux et l'exemple de Geneviève Bouquet, dite du <i>Saint nom de +Jésus</i>. Élevée malgré elle et par l'éclat de ses vertus au rang de +prieure, cette sainte fille établit un noviciat régulier et la vie +commune parmi les sœurs de l'hôpital; elle fit ordonner la rénovation +des vœux, et engagea les religieuses à quitter le nom de leur famille +pour adopter celui de quelque saint ou sainte. Cet usage ainsi que la +régularité s'est toujours maintenu <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> dans cette maison jusqu'à +l'époque qui a tout détruit, sans en excepter l'asile du pauvre.</p> + +<p>L'Hôtel-Dieu étoit desservi, pour le spirituel, par vingt-quatre +ecclésiastiques, dont le premier avoit la qualité de <i>maître</i>; ils +étoient sous la direction immédiate du chapitre, qui la faisoit exercer +par quatre députés réélus tous les ans, sous le titre +d'<i>administrateurs</i> ou <i>visiteurs de l'Hôtel-Dieu</i>.</p> + +<p>Les malades de tout âge, de tout sexe, de toute condition, de tout pays, +de toute religion, y étoient indistinctement reçus, à l'exception de +ceux qui étoient attaqués de certaines maladies, pour lesquelles +d'autres hôpitaux ont été institués. On y comptoit douze cents lits dans +vingt et une salles; et là, les malades, au nombre de trois mille au +moins (et ce nombre étoit quelquefois doublé), étoient servis avec un +zèle, une attention et une charité presque inconcevables, par plus de +cent religieuses de l'ordre de Saint-Augustin<a id="footnotetag420" name="footnotetag420"></a><a href="#footnote420" title="Go to footnote 420"><span class="smaller normal">[420]</span></a>. Le spectacle de ces +saintes filles, renonçant au monde, à leurs familles, à leurs biens, à +toutes les espérances de la vie, ne conservant de toutes les affections +du cœur qu'une pitié plus courageuse et plus <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> tendre que +n'étoient horribles les souffrances qui les environnoient, a toujours +étonné et attendri tous ceux qui en ont été les témoins; et ce n'est que +dans notre siècle, où d'odieux et vils systèmes ont flétri toutes les +âmes et calomnié toutes les vertus, qu'on a cessé un moment d'admirer ce +que la charité chrétienne offrit jamais de plus admirable. «Le cardinal +de Vitry, dit Helyot, a voulu sans doute parler des religieuses de +l'Hôtel-Dieu, lorsqu'il dit qu'il y en avoit qui se faisoient violence, +souffroient avec joie et sans répugnance l'aspect hideux de toutes les +misères humaines, et qu'il lui sembloit qu'aucun genre de pénitence ne +pouvoit être comparé à cette espèce de martyre.»</p> + +<p>«Il n'y a personne, continue le même auteur dans son langage naïf, qui, +en voyant les religieuses de l'Hôtel-Dieu, non-seulement panser, +nettoyer les malades, faire leurs lits, mais encore, au plus fort de +l'hiver, casser la glace de la rivière qui passe au milieu de cet +hôpital, et y entrer jusqu'à la moitié du corps, pour laver leurs linges +pleins d'ordures et de vilenies, ne les regarde comme autant de saintes +victimes, qui, par un excès d'amour et de charité pour secourir leur +prochain, courent volontiers à la mort qu'elles affrontent, pour ainsi +dire, au <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> milieu de tant de puanteur et d'infection causées par +le grand nombre des malades<a id="footnotetag421" name="footnotetag421"></a><a href="#footnote421" title="Go to footnote 421"><span class="smaller normal">[421]</span></a>.»</p> + +<p>Philippe-Auguste est le premier de nos rois qui ait fait des dons à +l'Hôtel-Dieu; après lui saint Louis le combla tellement de ses pieuses +libéralités, qu'il mérita d'en être appelé le fondateur. Non-seulement +ce prince en accrut les revenus, mais il en augmenta considérablement +les bâtiments, qui, avant lui, ne consistoient que dans trois ou quatre +corps-de-logis, avec l'ancienne chapelle de Saint-Christophe<a id="footnotetag422" name="footnotetag422"></a><a href="#footnote422" title="Go to footnote 422"><span class="smaller normal">[422]</span></a>. +Depuis, les bâtiments se multiplièrent entre la rivière et la rue +<span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> des Sablons, et vinrent aboutir au Petit-Pont, où il y avoit +une autre chapelle, sous le nom de Sainte-Agnès. En 1463, les frères et +sœurs de l'Hôtel-Dieu acquirent plusieurs places autour de cette +dernière chapelle, et y firent construire une entrée nouvelle et un +portail. Par un arrêt de l'année 1511, ils firent fermer la rue des +Sablons, après y avoir fait l'acquisition de sept maisons qui +appartenoient à l'abbaye de Sainte-Geneviève.</p> + +<p>En suivant la progression des accroissements de cet hospice, nous +trouvons qu'en 1531 les administrateurs traitèrent d'une maison située +sur le Petit-Pont, laquelle joignoit le portail dont nous venons de +faire mention. Sur l'emplacement de cette maison, qui avoit appartenu à +la Sainte-Chapelle, le cardinal Antoine Duprat, légat en France, fit +construire la salle qu'on appeloit, avant la révolution, <i>salle du +Légat</i>. À l'extrémité orientale, ils avoient déjà fait précédemment +plusieurs acquisitions, entre autres celle d'une grande maison connue +sous le nom du <i>Chantier</i>, et située entre l'Hôtel-Dieu et l'Archevêché. +Ils s'étoient aussi rendus propriétaires de plusieurs bâtiments dans la +rue de la Bûcherie<a id="footnotetag423" name="footnotetag423"></a><a href="#footnote423" title="Go to footnote 423"><span class="smaller normal">[423]</span></a>. En 1606, Henri IV fit rebâtir la salle de +Saint-Thomas, et construire les piliers d'un pont où devoient aboutir +ces nouvelles propriétés. La même année, la salle <span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> dite de +Saint-Charles, qui donna son nom à ce pont, fut achevée par la +libéralité de M. Pomponne de Bellièvre. Les administrateurs agrandirent +encore l'Hôtel-Dieu, en faisant construire, le long de la rivière, une +voûte, sur laquelle, ils élevèrent une salle nouvelle<a id="footnotetag424" name="footnotetag424"></a><a href="#footnote424" title="Go to footnote 424"><span class="smaller normal">[424]</span></a>. Ils +obtinrent en même temps la permission de bâtir un second pont aux +limites de leur maison, du côté de l'Archevêché. Ce pont, qui fut fini +en 1634, aboutit d'un côté à la rue l'Évêque, et de l'autre à un portail +construit sur l'autre bord de la rivière, dans la rue de la Bûcherie; on +le nomma <i>Pont-aux-Doubles</i>, parce que, dans l'origine, les gens de pied +payoient un double tournois pour y passer<a id="footnotetag425" name="footnotetag425"></a><a href="#footnote425" title="Go to footnote 425"><span class="smaller normal">[425]</span></a>. Ce péage, fixé par des +lettres-patentes de Louis XIII, n'a cessé de subsister qu'au moment de +la révolution; les deniers n'ayant plus cours alors, on payoit un liard +pour le droit de passage.</p> + +<p>Les salles dont nous venons de parler furent encore prolongées depuis. +En 1714 on pensa à construire des bâtiments nouveaux, et pour subvenir à +cette dépense, l'Hôtel-Dieu obtint sur les entrées aux spectacles un +droit dont il a joui long-temps<a id="footnotetag426" name="footnotetag426"></a><a href="#footnote426" title="Go to footnote 426"><span class="smaller normal">[426]</span></a>. Le Petit-Châtelet lui fut même +<span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> adjugé à cet effet en 1724; mais il ne put alors ni depuis +mettre à profit ce don du roi pour accroître ses bâtiments.</p> + +<p>Depuis cette dernière époque, il ne reste plus rien à dire de +l'Hôtel-Dieu, sinon qu'il a été successivement dévasté par deux +incendies, dont le dernier surtout avoit causé de grands ravages et +laissé des traces profondes, qui, même après vingt ans, n'étoient point +encore effacées. En 1789, la piété et l'humanité de Louis XVI lui +avoient fait concevoir le projet de faire de grandes améliorations dans +cette maison, et même, dit-on, de faire construire plusieurs Hôtels-Dieu +en différents quartiers de la ville. Une partie de ce plan avoit déjà +commencé à recevoir son exécution.</p> + +<p>On a élevé, depuis la révolution, un nouveau portail à l'Hôtel-Dieu, du +côté du parvis<a id="footnotetag427" name="footnotetag427"></a><a href="#footnote427" title="Go to footnote 427"><span class="smaller normal">[427]</span></a>. Cette décoration, qu'écrase la masse imposante du +portail de Notre-Dame, mérite cependant d'être remarquée. L'architecte +lui a donné un caractère mixte qui tient des temples et des monuments +consacrés à la bienfaisance et à l'utilité publique; des croisées +<span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span> en forme d'arcades remplacent, aux deux côtés du péristyle, +les niches qui, dans une église, eussent contenu les statues des saints +patrons, et annoncent les logements et les bureaux nécessaires à +l'entrée d'une semblable maison.</p> + +<p>Une extrême simplicité convenoit à une telle construction, et l'auteur +s'y est assujetti dans toutes les parties. Il ne s'est pas même permis +les cannelures, ornement usité par les anciens dans l'ordre dorique, et +qui le mettent en harmonie avec les triglyphes dont sa frise est ornée. +La sculpture qui doit décorer le tympan du fronton n'est point encore +exécutée.</p> + +<h2>PARVIS DE NOTRE-DAME.</h2> + +<p>C'est ainsi qu'est nommée la place qui est devant l'église cathédrale. +Il n'y a pas de doute que ce mot ne vienne de celui de <i>paradisus</i>, dont +on se servoit anciennement pour exprimer l'<i>aire</i> ou place qui étoit +devant les basiliques, souvent même <span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> le cimetière qui occupoit +cet espace, comme il l'occupe encore dans plusieurs endroits. On donnoit +aussi quelquefois le même nom au cloître qui régnoit autour; mais il +étoit plus particulièrement affecté au <i>porche</i>, <i>vestibule</i> ou +<i>portique</i> des grandes églises. Il n'étoit pas rare de voir des autels +dans cette première partie de ces édifices sacrés; et c'étoit là +qu'étoient placées les cuves baptismales.</p> + +<p>La place dont nous parlons a été successivement agrandie, et +principalement en 1748, lorsqu'on abattit l'église Saint-Christophe, et +qu'on supprima la rue de la Huchette. À cette époque on en baissa aussi +le sol, afin de procurer une descente plus facile à l'église Notre-Dame, +alors au-dessous du niveau de la place, et à laquelle, dans l'origine, +on montoit par un escalier de treize degrés.</p> + +<p>On détruisit en même temps une fontaine construite en 1639, devant +laquelle étoit une ancienne statue, dont les symboles singuliers et +équivoques ont fort exercé la sagacité des antiquaires. Elle +représentoit une figure longue et d'un travail très-grossier, qui tenoit +un livre d'une main, et de l'autre un bâton entouré d'un serpent. +Plusieurs ont cru y voir une représentation d'Esculape, dieu de la +médecine; d'autres, celle <span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> de Mercure; quelques-uns l'ont prise +pour l'image d'Erchinoald ou Archambauld, qui, dit-on, fit présent à +l'église de son hôtel et de sa chapelle Saint-Christophe. Il y en avoit +qui vouloient que ce fût la figure de Guillaume d'Auvergne, évêque de +Paris, sous l'épiscopat duquel on a cru que le grand portail de +Notre-Dame avoit été achevé. L'abbé Lebeuf a présenté une opinion plus +vraisemblable en disant que cette statue pouvoit bien être celle de +Jésus-Christ, que l'on auroit détachée de l'ancienne église lors de la +reconstruction, et placée par respect en face de la nouvelle. Jaillot +offre aussi ses conjectures, qui ne sont point à dédaigner: il pense que +cette figure étoit une représentation de sainte Geneviève. «Le visage, +dit-il, étoit sans barbe, et ne portoit point les traits d'un homme; le +reste d'un cierge qu'elle tenoit d'une main, un livre qu'elle portoit de +l'autre, sont ses attributs ordinaires; le serpent, symbole de la santé, +en est un nouveau que la reconnaissance a pu faire donner à l'occasion +des guérisons miraculeuses que Dieu avoit accordées en cet endroit par +son intercession; enfin la maladie personnifiée et foulée à ses pieds +annonce la victoire que cette sainte avoit remportée sur elle.» On doit +regretter que cette statue, qui étoit de plâtre recouvert en plomb, ait +été détruite. Elle étoit également curieuse <span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> et par son +antiquité et par l'obscurité qui l'environnoit.</p> + +<p>C'étoit dans une maison du Parvis que se tenoient les écoles publiques +avant l'établissement des colléges et de l'université. Elles avoient +d'abord été placées dans le cloître Notre-Dame, à gauche en entrant, +dans un endroit que les anciens titres nomment <i>tres antiæ</i>. Mais comme +les chanoines étoient importunés du bruit inévitable que faisoient les +écoliers, il fut convenu, après quelques contestations entre le chapitre +et l'évêque, que les écoles seroient transférées dans un autre +emplacement, et plus près de la maison épiscopale<a id="footnotetag428" name="footnotetag428"></a><a href="#footnote428" title="Go to footnote 428"><span class="smaller normal">[428]</span></a>. Elles furent en +conséquence établies dans le lieu nommé le <i>Chantier</i>, situé entre le +port l'Évêque et l'Hôtel-Dieu.</p> + +<p>L'évêque avoit au Parvis une échelle patibulaire, qui étoit la marque de +sa justice. Piganiol dit qu'il en avoit encore une au port Saint-Landri; +mais c'est une erreur: il a confondu la justice de l'évêque avec celle +du chapitre, à qui ce port appartenoit de temps immémorial.</p> + +<p>Ce fut au parvis Notre-Dame que Bérenger et Étienne, cardinaux et légats +du pape Clément V, firent dresser, le 11 mars 1314, un échafaud, sur +lequel montèrent, après eux, le grand-maître des Templiers, le maître de +Normandie et deux autres <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> frères, pour y entendre le récit des +crimes qu'on imputoit à leur ordre, et la sentence qui les condamnoit à +une prison perpétuelle<a id="footnotetag429" name="footnotetag429"></a><a href="#footnote429" title="Go to footnote 429"><span class="smaller normal">[429]</span></a>.</p> + +<h2>MAISON DES ENFANTS-TROUVÉS.</h2> + +<p>Voici encore une de ces institutions que la charité chrétienne pouvoit +seule imaginer. Dans cette Rome païenne, si fière de sa police et de ses +lois, des pères dénaturés exposoient leurs enfants, et un gouvernement +non moins barbare les laissoit impitoyablement périr. Des hommes qui +exerçoient un métier infâme alloient quelquefois recueillir ces +innocentes victimes, et les élevoient pour les prostituer; on +rencontroit par toutes les nations de ces enfants malheureux, nourris +comme de vils troupeaux, et destinés aux plus exécrables <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> +usages. Non-seulement de telles horreurs étoient tolérées, mais les +empereurs ne rougissoient point de lever un tribut sur ces enfants; et +saint Justin le philosophe ne craint pas de le leur reprocher dans sa +première apologie.</p> + +<p>L'Église primitive avoit établi des hospices pour les enfants à la +mamelle et pour les orphelins. Ces asiles, comme tous ceux qu'elle avoit +élevés au malheur et à la souffrance, étoient dirigés par ses ministres, +et sans doute la Gaule possédoit, ainsi que tout le reste de la +chrétienté, de ces pieuses fondations; mais les révolutions +qu'éprouvèrent ces contrées en changèrent la forme: et après +l'établissement des Francs, on trouve, sans pouvoir en démêler +l'origine, que le soin de ces enfants étoit confié aux seigneurs sur les +fiefs desquels ils avoient été abandonnés. Leur zèle fut loin d'égaler +celui des ministres de l'évangile; et dans Paris surtout, où la misère, +la débauche et une plus grande population multiplioient ces expositions, +le mal vint à un tel degré, que l'on sentit la nécessité de créer un +asile pour ces pauvres et innocentes victimes. Ce fut encore l'Église +qui en donna les premiers exemples: l'évêque et le chapitre de +Notre-Dame destinèrent à cet usage une maison située au bas du +Port-l'Évêque<a id="footnotetag430" name="footnotetag430"></a><a href="#footnote430" title="Go to footnote 430"><span class="smaller normal">[430]</span></a>; et l'on mit dans l'église <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> même une espèce +de berceau, où l'on plaçoit ces enfants, pour exciter la pitié et la +libéralité des fidèles, coutume qui s'est conservée jusqu'aux temps qui +ont précédé la révolution. Ils étoient alors appelés <i>les pauvres +Enfants Trouvés de Notre-Dame</i>; et c'est sous ce nom qu'Isabelle de +Bavière, femme de Charles VI, leur fit un legs de 8 francs, par son +testament du 2 septembre 1431.</p> + +<p>La libéralité du chapitre étoit entièrement gratuite, et faite +uniquement pour <i>l'honneur de Dieu</i>, ainsi que le déclarèrent des +lettres-patentes de François I<sup>er</sup> données en 1536<a id="footnotetag431" name="footnotetag431"></a><a href="#footnote431" title="Go to footnote 431"><span class="smaller normal">[431]</span></a>. Cependant les +seigneurs haut-justiciers, pour s'exempter de contribuer aux frais de la +nourriture et de l'éducation des Enfants-Trouvés, prétendirent, quelques +années après, faire passer cet usage pour une charge de <i>fondation faite +sous cette condition</i>, en faveur du chapitre. Le parlement n'eut aucun +égard à ces vaines allégations; et par un arrêt du 13 août 1552<a id="footnotetag432" name="footnotetag432"></a><a href="#footnote432" title="Go to footnote 432"><span class="smaller normal">[432]</span></a>, il +ordonna que les enfants seroient mis à l'hôpital de la Trinité, et que +les seigneurs contribueroient d'une somme de 960 livres par an, répartie +entre eux à proportion de l'étendue de leur justice. Toutefois on +conserva à Notre-Dame le bureau établi pour recevoir ces enfants et les +aumônes qu'on leur faisoit.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> Un réglement aussi sage et aussi juste n'eut cependant qu'une +exécution imparfaite et momentanée; et ces enfants ne tardèrent pas à +retomber dans l'état de dénûment d'où l'on avoit tenté de les retirer. +Le chapitre de Notre-Dame, toujours touché de compassion pour eux, +offrit encore, pour les recevoir, deux maisons situées au port +Saint-Landri, et ils y furent transférés par un arrêt du 12 juillet +1570. Cependant, malgré tant de précautions prises pour sauver la vie à +ces infortunés, malgré les taxes imposées sur les hauts-justiciers pour +leur procurer les premières nécessités, ils étoient encore dans un état +qui fait frémir l'humanité; et le détail qu'en donne l'auteur de la vie +de saint Vincent de Paule est si horrible, qu'on seroit tenté de le +soupçonner de quelque exagération<a id="footnotetag433" name="footnotetag433"></a><a href="#footnote433" title="Go to footnote 433"><span class="smaller normal">[433]</span></a>. C'est à cet homme apostolique, à +cette âme ardente et vraiment chrétienne, que l'on doit la révolution +totale qui se fit dans le sort de ces pauvres enfants, et +l'établissement fixe et durable de cette touchante institution. On ne +peut répéter, sans être attendri jusqu'aux larmes, les paroles si +naïvement éloquentes qu'il adressa aux dames que son zèle <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> +avoit rassemblées pour qu'elles l'aidassent dans les charités qu'il +faisoit à ces petits malheureux. Il en avoit fait placer un grand nombre +dans l'église; et voyant ces femmes chrétiennes déjà émues par ce +spectacle: «Or sus, mesdames, s'écria l'homme de Dieu, voyez si vous +voulez délaisser à votre tour ces petits innocents, dont vous êtes +devenues les mères suivant la grâce, après qu'ils ont été abandonnés par +leurs mères suivant la nature.» Les nobles et pieuses Françaises ne +répondirent à ce discours que par des sanglots; et le même jour, dans la +même église, au même instant, l'hôpital des Enfants-Trouvés fut fondé et +doté.</p> + +<p>Saint Vincent de Paule engagea les dames de la Charité qu'il avoit +établies à se charger du gouvernement des Enfants-Trouvés, qu'il logea, +en 1638, dans une maison à la porte Saint-Victor. Trois ans après Louis +XIII leur assigna 3,000 liv. de rente sur le domaine de Gonesse, et y +ajouta 1,000 liv. pour ceux qui en avoient soin. Leur zélé protecteur +obtint encore de Louis XIV une rente de 8,000 liv., et la reine Anne +d'Autriche lui céda pour eux son château de Bicêtre. Mais une situation +si éloignée de la ville, et l'air trop vif qu'on y respire, étant +nuisibles à ces enfants, on les fit revenir auprès de Saint-Lazare, où +ils rentrèrent sous la surveillance des sœurs de la Charité. +Cependant leur nombre augmenta tellement, <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> que les aumônes et +les revenus devinrent de nouveau insuffisants. Alors le parlement jugea +qu'il étoit nécessaire de changer en une rente annuelle l'obligation où +étoient les seigneurs hauts-justiciers de fournir à l'entretien des +enfants exposés dans leur justice. Cette taxe fut enfin fixée à 15,000 +livres réparties sur eux dans la proportion de leurs fiefs<a id="footnotetag434" name="footnotetag434"></a><a href="#footnote434" title="Go to footnote 434"><span class="smaller normal">[434]</span></a>. On fit +à ce moyen l'acquisition, rue du faubourg Saint-Antoine, d'un grand +emplacement et d'une maison, laquelle fut érigée en hôpital par une +déclaration du roi, et unie à l'hôpital général. Ce ne fut qu'après tant +de mutations qu'on put parvenir à un établissement commode et permanent.</p> + +<p>Peu de temps après, en 1672, on leur acheta encore une maison vis-à-vis +l'Hôtel-Dieu, et l'on y construisit une chapelle. Ces bâtiments +subsistèrent jusqu'en 1746, qu'on les fit abattre, en même temps +<span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> que les églises de Saint-Christophe et de +Sainte-Geneviève-des-Ardents, pour en construire de plus spacieux. On +éleva aussi une nouvelle chapelle, laquelle fut décorée de peintures par +Brunetti et Natoire<a id="footnotetag435" name="footnotetag435"></a><a href="#footnote435" title="Go to footnote 435"><span class="smaller normal">[435]</span></a>. Nous n'entrerons dans aucun détail sur cet +édifice, dont l'architecture n'offre ni défaut ni beautés remarquables. +La distribution intérieure en est heureuse, et fait honneur à +l'architecte Boffrand, qui fut chargé de bâtir ce monument<a id="footnotetag436" name="footnotetag436"></a><a href="#footnote436" title="Go to footnote 436"><span class="smaller normal">[436]</span></a>.</p> + +<p>On y recevoit les enfants en tout temps, à toutes les heures du jour et +de la nuit, sans question et sans formalité; seulement un commissaire du +quartier dressoit <i>gratis</i> un procès-verbal qui constatoit le jour et +l'heure où l'enfant avoit été trouvé, et le nom de la personne qui le +présentoit, laquelle d'ailleurs n'étoit obligée de s'expliquer sur +aucune circonstance. Ces pauvres orphelins étoient élevés avec un soin +paternel dans l'amour du travail et <span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> dans la piété; et on les y +gardoit jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de faire leur première +communion et d'apprendre un métier.</p> + +<h2>PONTS DE LA CITÉ.</h2> + +<p>En donnant l'historique du pont Neuf, nous avons parlé du pont de +Charles-le-Chauve, dont il ne reste plus que des traditions obscures, et +du pont <i>Marchand</i>, qui fut détruit en 1631. Dans la description de +l'Hôtel-Dieu est comprise celle du pont Saint-Charles et du pont aux +Doubles. Il nous reste encore à parler de quatre ponts qui communiquent +de la Cité aux deux autres parties de la ville, et d'un dernier pont +établi sur le détroit qui la sépare de l'île Notre-Dame ou Saint-Louis.</p> + +<h3>LE PONT AU CHANGE.</h3> + +<p>Ce pont, qui aboutit d'un côté au quai de l'Horloge, et de l'autre au +quai de la Mégisserie, a remplacé celui qu'on appeloit anciennement le +<span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> <i>Grand pont</i>, et qui fut pendant long-temps la seule +communication de la Cité avec la rive septentrionale. Dans son origine, +et pendant plusieurs siècles, ce pont n'étoit qu'en bois. Louis VII y +établit le change en 1141, et défendit de le faire ailleurs; ce qui lui +fit donner le nom de <i>pont aux Changeurs</i>, <i>au Change et de la +Marchandise</i>. Il a conservé le second de ces noms.</p> + +<p>Ce pont, suivant un ancien usage qui n'a cessé que de nos jours, étoit +couvert de maisons dans toute sa longueur: les changeurs en occupoient +un côté et les orfèvres l'autre. Les grandes inondations l'ayant emporté +plusieurs fois, il fut successivement rebâti, mais non pas précisément à +la place où nous le voyons aujourd'hui<a id="footnotetag437" name="footnotetag437"></a><a href="#footnote437" title="Go to footnote 437"><span class="smaller normal">[437]</span></a>. Si nous examinons ensuite +les diverses révolutions qu'il a éprouvées, nous trouvons qu'au onzième +siècle il étoit construit partie en pierres et partie en bois; en 1296 +il étoit entièrement en pierres, et seulement en bois en 1621, lorsqu'il +fut brûlé avec le pont Marchand. Le feu ayant pris à ce dernier pont, +qui n'en étoit séparé que par un espace d'environ cinq toises, la flamme +se communiqua en un instant au pont au Change; et l'incendie fut si +violent, que tous les deux furent brûlés, et s'écroulèrent en moins de +trois heures. Celui-ci <span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> fut seul rebâti: on commença à le +reconstruire en pierres en 1639, et il fut achevé en 1647.</p> + +<p>Le quai des Morfondus étoit autrefois beaucoup plus étroit qu'il ne +l'est aujourd'hui; et, vu la grande population de Paris et le mouvement +continuel qui se fait dans ce passage, il en résultoit des embarras +très-incommodes, souvent même dangereux pour les gens de pied. On y +remédia en 1738, au moyen de deux angles saillants que l'on pratiqua, +l'un vis-à-vis la tour de l'horloge, et l'autre au pont Neuf, presque +vis-à-vis la statue équestre de Henri IV. Pour exécuter ces travaux, la +ville avoit acheté les quatre dernières maisons du pont au Change; et +les ayant fait abattre, elle put former à cet endroit une petite place, +où commence le trottoir en saillie qui règne le long du parapet jusqu'à +l'autre extrémité.</p> + +<p>Du côté opposé à la Cité on avoit placé au bout de ce pont et au sommet +du triangle un monument qui représentoit Louis XIV à l'âge de dix ans, +couronné par la Victoire, et élevé sur un piédestal, auprès duquel on +voyoit Louis XIII et Anne d'Autriche, debout et en habits royaux. Ces +figures, d'une exécution très-remarquable, et qu'on peut mettre au +nombre des meilleures productions de l'école françoise, sont en bronze +sur un fond de marbre noir; au-dessous un bas-relief cintré offre des +captifs enchaînés. <i>François <span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span> Guillain</i>, artiste françois, +étoit l'auteur de toutes ces sculptures<a id="footnotetag438" name="footnotetag438"></a><a href="#footnote438" title="Go to footnote 438"><span class="smaller normal">[438]</span></a>.</p> + +<p>Mézerai, et Germain Brice qui l'a cité, n'ont point été exacts, +lorsqu'ils ont dit que la reine Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, +passant, lors de son entrée à Paris<a id="footnotetag439" name="footnotetag439"></a><a href="#footnote439" title="Go to footnote 439"><span class="smaller normal">[439]</span></a>, sur le pont Notre-Dame, un +homme descendit sur une corde du haut des tours de la cathédrale, et lui +posa une couronne sur la tête. Ce fut sur le <i>pont au Change</i> que la +chose arriva; et ce pont étoit celui sur lequel les rois et les reines +avoient coutume de passer<a id="footnotetag440" name="footnotetag440"></a><a href="#footnote440" title="Go to footnote 440"><span class="smaller normal">[440]</span></a>. D'ailleurs, Isabeau de Bavière fit son +entrée à Paris en 1389, et le pont Notre-Dame ne fut construit qu'en +1413.</p> + +<p>Le pont au Change s'élève sur sept arches de plein cintre; la +construction en est solide, mais sans élégance<a id="footnotetag441" name="footnotetag441"></a><a href="#footnote441" title="Go to footnote 441"><span class="smaller normal">[441]</span></a>.</p> + +<h3><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> LE PONT SAINT-MICHEL.</h3> + +<p>Ce pont, situé à l'opposite du pont au Change, sur le petit cours de +l'eau, aboutit d'un côté à la place qui en a pris le nom, et de l'autre +aux rues de la Barillerie, Saint-Louis et du Marché-Neuf. Il est +impossible de donner la date précise de sa construction, et les +historiens varient à ce sujet depuis 1378 jusqu'à 1387. Jaillot pense +que le pont de Charles-le-Chauve étoit de ce côté, et que ce fut +celui-ci qui lui succéda. Il fut d'abord appelé le <i>petit Pont</i>, ensuite +<i>petit pont Neuf</i>, et simplement <i>pont Neuf</i>; mais dès 1424 on le +nommoit <i>pont Saint-Michel</i>, et ce nom lui vint sans doute de la place +et de la chapelle dont nous avons déjà fait mention<a id="footnotetag442" name="footnotetag442"></a><a href="#footnote442" title="Go to footnote 442"><span class="smaller normal">[442]</span></a>.</p> + +<p>Il avoit été renversé par les glaces en 1407; il éprouva le même +accident en 1547; et, malgré les réparations qu'on y fit à cette époque, +il fut presque totalement emporté en 1616. On pensa alors à le rebâtir +avec plus de solidité: des habitants de Paris offrirent de faire cette +construction en pierres, et d'élever sur sa surface trente-deux maisons +d'égale structure, dont ils demandoient à jouir seulement pendant +soixante années, s'obligeant en outre à payer une redevance annuelle +<span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> pour chaque maison. Cet accord fut accepté, et la jouissance +prolongée jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf ans. À la fin de ce bail, ceux +qui possédoient ces maisons en obtinrent la propriété perpétuelle, au +moyen d'un nouveau contrat et de nouvelles redevances<a id="footnotetag443" name="footnotetag443"></a><a href="#footnote443" title="Go to footnote 443"><span class="smaller normal">[443]</span></a>.</p> + +<p>Ce pont est composé de quatre arches de plein cintre, et n'a rien de +remarquable dans sa construction.</p> + +<h3>PONT NOTRE-DAME.</h3> + +<p>Ce pont aboutit aux rues de la Lanterne et Planche-Mibrai, et fournit +ainsi une communication en droite ligne de la porte Saint-Jacques à la +porte Saint-Martin.</p> + +<p>Plusieurs historiens de Paris<a id="footnotetag444" name="footnotetag444"></a><a href="#footnote444" title="Go to footnote 444"><span class="smaller normal">[444]</span></a> ont prétendu qu'il n'avoit été +construit qu'en 1412, par un accord fait entre la ville et les religieux +de Saint-Magloire, qui, disent ces historiens, étoient propriétaires de +la rivière depuis l'île Notre-Dame (ou Saint-Louis) jusqu'au grand Pont. +Cette opinion a été victorieusement réfutée. On a prouvé, par plusieurs +pièces authentiques, 1<sup>o</sup> qu'il existoit sous Charles V un pont de <i>fust</i> +ou de bois à <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> cet endroit<a id="footnotetag445" name="footnotetag445"></a><a href="#footnote445" title="Go to footnote 445"><span class="smaller normal">[445]</span></a>; 2<sup>o</sup> que les religieux de +Saint-Magloire n'avoient que le droit de pêche sur la rivière dans +l'espace déjà indiqué<a id="footnotetag446" name="footnotetag446"></a><a href="#footnote446" title="Go to footnote 446"><span class="smaller normal">[446]</span></a>; 3<sup>o</sup> enfin que le roi, en permettant à la +ville de bâtir des maisons sur ce pont, s'y réserva justice haute, +moyenne et basse, et un denier de cens entre deux palées.</p> + +<p>Toutefois l'abbaye Saint-Magloire, qui sans doute entendoit mal les +droits qu'elle avoit eus en cet endroit, jugea à propos, lors de la +reconstruction de ce pont, de mettre opposition à l'enregistrement des +lettres du roi; mais elle fut déboutée de ses prétentions par un acte du +parlement, de l'année 1412; et ce sont sans doute ces contestations qui +ont fait naître les méprises des historiens.</p> + +<p>Cette reconstruction fut faite en bois<a id="footnotetag447" name="footnotetag447"></a><a href="#footnote447" title="Go to footnote 447"><span class="smaller normal">[447]</span></a>. Le dernier mai 1413, le roi +y mit le premier pieu, étant accompagné, dans cette cérémonie, du +dauphin, des ducs de Berry et de Bourgogne, et du sieur de La Trémoille. +Ce fut alors qu'il fut nommé <i>pont Notre-Dame</i><a id="footnotetag448" name="footnotetag448"></a><a href="#footnote448" title="Go to footnote 448"><span class="smaller normal">[448]</span></a>. Il paroît que ces +travaux furent faits avec peu de solidité, car en 1440 on voit qu'il +avoit déjà besoin de réparations; <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> et en 1499, le 25 octobre, à +neuf heures du matin, il fut emporté en entier, par la négligence du +prévôt des marchands et des échevins, à qui les experts avoient +inutilement prédit cet accident. Cinq personnes seulement y périrent. On +n'en exerça pas moins une très-grande rigueur contre ces magistrats +imprudents: le prévôt et les échevins furent arrêtés, et un arrêt du +parlement les condamna à une amende considérable et à la réparation du +dommage envers les intéressés. Ils moururent en prison, n'ayant pas +assez de bien pour satisfaire à ce qu'on exigeoit d'eux.</p> + +<p>Cependant on songea à rétablir le pont, dont les décombres +embarrassoient le cours de la rivière; mais la ville manquoit d'argent. +Louis XII, qui régnoit alors, lui accorda, pendant six ans, la +perception de plusieurs droits sur les denrées qui se consommoient dans +Paris; et, au moyen de ces secours, on commença la construction du +nouveau pont dans la même année. Cette construction fut longue. On voit +qu'en 1508 le roi accorda un <i>nouvel aide pour la réparation et +parachèvement du pont Notre-Dame</i>, et qu'en 1510 et 1511 le parlement +permit encore à la ville de lever de nouveaux octrois pour le même +objet; ainsi, quoique une inscription placée sous une arche de ce pont +porte que la dernière pierre y fut mise en 1507, on peut dire qu'il ne +fut entièrement terminé qu'en 1512, temps auquel on <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> acheva les +maisons dont il a été long-temps couvert. On en comptoit trente d'un +côté et trente et une de l'autre, toutes de la même architecture, et +ornées, dans l'origine, de grands termes d'hommes et de femmes. On +voyoit dans les entre-deux les portraits de nos rois en médaillons; et +aux quatre extrémités, étoient placées, dans des niches, les statues de +saint Louis, de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV. Il restoit +encore quelques vestiges de toutes ces décorations lorsque ces maisons +furent abattues<a id="footnotetag449" name="footnotetag449"></a><a href="#footnote449" title="Go to footnote 449"><span class="smaller normal">[449]</span></a>.</p> + +<p>Ce pont fut construit sur les dessins du célèbre <i>Giocondo</i><a id="footnotetag450" name="footnotetag450"></a><a href="#footnote450" title="Go to footnote 450"><span class="smaller normal">[450]</span></a>, dit +<i>Joconde</i> ou <i>Juconde</i>, qui, après la mort du Bramante, fut choisi pour +continuer, avec <i>Raphaël</i>, les travaux de l'église de Saint-Pierre de +Rome. Il est porté sur cinq arches de plein cintre, et les gens de l'art +l'estiment pour le caractère grand et simple de son architecture<a id="footnotetag451" name="footnotetag451"></a><a href="#footnote451" title="Go to footnote 451"><span class="smaller normal">[451]</span></a>. +Deux pompes, placées <span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> sur une charpente vis-à-vis l'arche du +milieu, élèvent l'eau de la rivière pour la distribuer à plusieurs +fontaines de la ville. Elles en fournissent, dit-on, cent pouces par +minute. À cet endroit il y avoit autrefois une porte d'ordre ionique, +dont l'arc étoit décoré d'un très-beau bas-relief, de la main du célèbre +<i>Jean Goujon</i><a id="footnotetag452" name="footnotetag452"></a><a href="#footnote452" title="Go to footnote 452"><span class="smaller normal">[452]</span></a>, représentant un fleuve et une naïade. Au-dessus +étoit le portrait de Louis XIV, avec une inscription par Santeuil.</p> + +<p>Ce fut sur ce pont que passa la fameuse procession de la Ligue, le 3 +juin 1590.</p> + +<h3>LE PETIT PONT.</h3> + +<p>Ce pont aboutit d'un côté à l'emplacement du Petit-Châtelet, et de +l'autre au carrefour des rues Neuve-de-Notre-Dame, du Marché-Palu et du +Marché-Neuf. Il étoit anciennement, comme nous l'avons dit, la seule +communication qu'eût la Cité <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span> avec la rive méridionale, et +Grégoire de Tours en fait mention en plusieurs endroits. On n'en sait +aucune particularité jusqu'à l'an 1185, qu'il fut rebâti, sans doute en +bois, par la libéralité de Maurice de Sully, évêque de Paris<a id="footnotetag453" name="footnotetag453"></a><a href="#footnote453" title="Go to footnote 453"><span class="smaller normal">[453]</span></a>. En +1196 il fut emporté par un débordement, et éprouva depuis plusieurs fois +le même désastre<a id="footnotetag454" name="footnotetag454"></a><a href="#footnote454" title="Go to footnote 454"><span class="smaller normal">[454]</span></a>. En 1394 on le rebâtit, pour la septième ou +huitième fois, avec le produit de quelques amendes auxquelles les juifs +avoient été condamnés<a id="footnotetag455" name="footnotetag455"></a><a href="#footnote455" title="Go to footnote 455"><span class="smaller normal">[455]</span></a>. Il tomba encore en 1405, et fut reconstruit +de nouveau en 1409. Cette même année, le roi Charles VI en fit don à la +ville, et lui permit d'y élever des maisons<a id="footnotetag456" name="footnotetag456"></a><a href="#footnote456" title="Go to footnote 456"><span class="smaller normal">[456]</span></a>. Ces édifices, qui +d'abord n'étoient point symétriques, furent rebâtis sur un même plan en +1552 et en 1603. De nouveaux débordements causèrent d'autres désastres à +ce pont en <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span> 1649, 1651 et 1658; et une inscription indiquoit +qu'en 1659 il avoit été rétabli à grands frais, sous la prévôté de M. de +Sève. Enfin il fut entièrement consumé en 1718, par deux bateaux de foin +auxquels un accident inconnu avoit mis le feu, et dont on avoit eu +l'imprudence de couper les cordes. Ils s'arrêtèrent sous le petit Pont; +et l'incendie se communiqua aux charpentes et aux maisons avec une +rapidité que rien ne put arrêter. Ce pont fut alors rebâti en pierres, +tel que nous le voyons aujourd'hui; mais les maisons ne furent point +relevées.</p> + +<p>Le petit Pont est porté sur trois arches d'une construction lourde et +irrégulière.</p> + +<h3>LE PONT ROUGE.</h3> + +<p>Il servoit de communication entre la Cité et l'île Saint-Louis. Tant que +cette île n'a pas été couverte de maisons, il n'y avoit point de pont en +cet endroit. Sauval prétend qu'il ne fut construit qu'en 1642, après +l'arrangement définitif conclu entre le chapitre et les habitants de +l'île, pour les diverses constructions qu'ils s'étoient engagés d'y +faire; cependant les mémoires du temps<a id="footnotetag457" name="footnotetag457"></a><a href="#footnote457" title="Go to footnote 457"><span class="smaller normal">[457]</span></a> rapportent <span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> que, le +5 juin 1634, trois processions passant ensemble sur ce pont pour se +rendre à l'église Notre-Dame, occasionnèrent une si grande foule, que +deux balustrades du côté de la Grève furent rompues, et que le pont +entier fut sur le point de s'écrouler. En 1636, à l'occasion du jubilé, +le parlement, pour prévenir de semblables accidents, ordonna qu'on +mettroit des barrières aux ponts de bois.</p> + +<p>Celui-ci fut si fort endommagé par les glaces dans l'hiver de 1709, +qu'on se vit obligé, l'année suivante, de le détruire. Il ne fut rétabli +qu'en 1717; et comme on le peignit alors en rouge, il prit son nom de +cette couleur nouvelle qu'on lui avoit donnée. Il n'y avoit point de +maisons dessus, et il n'y passoit aucune voiture.</p> + +<p>On avoit accordé pour sa construction un péage, que le roi céda à la +ville, pour la dédommager de la destruction de quelques maisons qu'elle +possédoit au Marché-Neuf, et que l'utilité publique avoit fait +abattre<a id="footnotetag458" name="footnotetag458"></a><a href="#footnote458" title="Go to footnote 458"><span class="smaller normal">[458]</span></a>.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> HÔTELS DE LA CITÉ.</h2> + +<h3>HÔTEL DES URSINS.</h3> + +<p>Près du port Saint-Landri étoit l'hôtel des Ursins, qui avoit reçu ce +nom de Juvénal des Ursins, chancelier de France sous Louis XI, auquel il +appartenoit à cette époque.</p> + +<p>Cet hôtel, tombant en ruine, fut rebâti au seizième siècle sur un plan +moins étendu; et sur une partie du terrain qu'il occupoit, on ouvrit une +rue qui fut appelée rue <i>du Milieu</i><a id="footnotetag459" name="footnotetag459"></a><a href="#footnote459" title="Go to footnote 459"><span class="smaller normal">[459]</span></a>.</p> + +<h3>HÔTEL dit DU TRÉSORIER.</h3> + +<p>C'est ainsi qu'est désigné, sur le plan de Jaillot, cet hôtel dont la +façade est dans la cour de la Sainte-Chapelle et vis-à-vis de ce +monument. Cette façade se compose de quatre colonnes qu'accompagnent de +chaque côté deux pilastres, et de trois ordres qui s'élèvent les uns +au-dessus des <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span> autres, le dorique, l'ionique et le corinthien. +Quoique l'ordre ionique y soit trop écrasé et d'une mauvaise proportion, +cet ensemble a une sorte de magnificence, et semble indiquer une +ancienne demeure de quelque personnage distingué.</p> + +<p>D'après le plan que nous venons de citer cet hôtel auroit été autrefois +la demeure du trésorier de la Sainte-Chapelle: cependant il n'en est +fait mention dans aucun des historiens de Paris. Il est dit seulement +qu'en 1624 le roi avoit permis de faire démolir deux maisons dans +l'enclos de la Sainte-Chapelle, afin d'y ouvrir un passage qui +communiqueroit à la rue Saint-Louis; que cette démolition fut faite, et +que le passage fut ouvert. Or, il se trouve que ce passage, qui est +aujourd'hui la rue Sainte-Anne, est pratiqué justement au milieu de +l'hôtel que nous venons de décrire.</p> + +<h3>ARCADE DE LA CHAMBRE DES COMPTES.</h3> + +<p>Nous avons parlé trop succinctement de cette construction, l'une des +plus remarquables que présente la Cité, par la richesse et la perfection +des ornements dont elle est décorée<a id="footnotetag460" name="footnotetag460"></a><a href="#footnote460" title="Go to footnote 460"><span class="smaller normal">[460]</span></a>.</p> + +<p>Au-dessus de la voûte s'élève, de chaque côté, <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> une croisée en +arcade, accompagnée de deux pilastres ioniques accouplés, dont les +bandes de chapiteaux sont sculptées en petites feuilles, ce que nous +croyons sans exemple dans les ornements de cet ordre. Sur la clef de +l'archivolte sont sculptées deux têtes de faunes, l'une desquelles est +remarquable, en ce qu'elle porte des oreilles de porc pendantes, et des +serpents entrelacés dans ses cheveux. Au-dessus des croisées sont +d'autres têtes couronnées de fleurs; et les tympans offrent des figures +de génies portant des palmes, exécutées avec toute l'élégance de formes, +la grâce et la délicatesse que l'on admire dans les meilleurs ouvrages +de Jean Goujon. Toutefois ces figures étant exactement les mêmes des +deux côtés, et se trouvant d'une proportion trop petite pour l'espace où +elles sont renfermées, il y a quelque lieu de croire qu'elles y ont été +appliquées par quelque opération de moulage, qui a permis de répéter et +de multiplier ainsi la même figure.</p> + +<p>La corniche qui porte l'arcade est soutenue par huit consoles richement +décorées de feuillages, et terminées extérieurement par quatre têtes de +femmes remarquables en ce que, différant entre elles de pose, de +physionomie et même de coiffure, toutes portent un croissant dans leurs +cheveux. Les quatre têtes intérieures, c'est-à-dire, placées sous +l'arcade, sont des têtes de faunes, accompagnées de cornes d'abondance. +Tous ces ornements <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> se font remarquer par un style et une +délicatesse d'exécution qui rappelle les plus beaux temps de la +sculpture en France; et en effet, ils ont dû être exécutés à l'époque où +vivoit le grand artiste que nous venons de citer: car dans des caissons +qui ornent la partie inférieure de la corniche, on retrouve le +monogramme de Henri II et de Diane de Poitiers, si souvent répété sur +les monuments que ce prince a fait élever. Ce monogramme est ici +accompagné d'une fleur de lis et d'un croissant.</p> + +<p>Enfin sur le mur sont des encadrements dont le panneau est resté vide; +ils sont supportés par des cornes d'abondance qui soutiennent des têtes +d'enfants. Le travail en est fort inférieur à celui des autres +ornements.</p> + +<p>Tous les historiens se taisent sur la destination d'un monument exécuté +avec tant de soins, avec une magnificence aussi recherchée, et dont la +construction est néanmoins très-moderne, si on le compare à tant +d'autres édifices dont l'origine nous est bien connue.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> ÎLE SAINT-LOUIS.</h2> + +<p>Cette île, située à l'orient de la Cité dont elle n'est séparée que par +un bras de rivière très-étroit, étoit autrefois divisée en deux îles +d'inégale grandeur, par un petit canal qui la traversent vers sa partie +orientale, à l'endroit où est aujourd'hui l'église Saint-Louis. Toutes +les deux étoient en prairies.</p> + +<p>Ces deux îles appartenoient originairement à l'évêque et au chapitre de +l'église de Paris, ce qui fit donner à la plus grande le nom d'île +Notre-Dame; la plus petite étoit nommée l'île aux Vaches.</p> + +<p>On ignore à la libéralité de qui cette église étoit redevable de la +possession de ces îles; mais on lit dans les anciens historiens que, du +temps de Charles-Martel, les comtes de Paris les avoient usurpées sur +elle, et que, sous le règne de Pépin, elle n'y jouissoit plus que d'un +neuvième et d'un dixième. En 867, Charles-le-Chauve les lui rendit, et +confirma, par un diplôme, la propriété <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span> et la juridiction +qu'elle y avoit eues autrefois<a id="footnotetag461" name="footnotetag461"></a><a href="#footnote461" title="Go to footnote 461"><span class="smaller normal">[461]</span></a>. Depuis, la propriété en étoit +restée au chapitre seul, qui n'a cessé d'en jouir paisiblement.</p> + +<p>Il y a lieu de croire qu'il y avoit, au nord et au midi, des ponts qui +communiquoient à ces îles, et qu'ils furent emportés par le débordement +de 1296; car on trouve dans les archives de Notre-Dame<a id="footnotetag462" name="footnotetag462"></a><a href="#footnote462" title="Go to footnote 462"><span class="smaller normal">[462]</span></a> qu'au mois +de mars de cette même année Philippe-le-Bel fit faire deux <i>charrières</i>, +l'une allant de la rue Saint-Bernard dans l'île, l'autre de la rue de +Bièvre au Terrail, et qu'il établit un droit de péage pour la réparation +des ponts. On lit aussi qu'en 1313 ce monarque ayant rassemblé à Paris +ce qu'il y avoit de plus distingué dans la noblesse française et +étrangère, lui donna, pendant cinq jours, des fêtes brillantes, au +milieu desquelles il arma ses fils chevaliers<a id="footnotetag463" name="footnotetag463"></a><a href="#footnote463" title="Go to footnote 463"><span class="smaller normal">[463]</span></a>; <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> et que, le +quatrième jour de la fête, on passa dans l'île Notre-Dame sur un pont de +bateaux qui fut fait à cette occasion. Ce fut là que le cardinal +Nicolas, légat en France, prêcha la croisade aux deux rois d'Angleterre +et de France<a id="footnotetag464" name="footnotetag464"></a><a href="#footnote464" title="Go to footnote 464"><span class="smaller normal">[464]</span></a>. Ces princes et Louis de Navarre, fils aîné de +Philippe, prirent la croix, et un grand nombre de seigneurs la prirent à +leur exemple. Les dames mêmes, entraînées, dit-on, par l'enthousiasme +général, se croisèrent aussi, et promirent d'accompagner leurs maris +dans le voyage d'outre-mer. Depuis on y éleva deux ponts de bois, pour +établir une communication permanente entre cette île et les quartiers +environnants.</p> + +<p>La prison du roi Jean et les suites qu'elle faisoit appréhender ayant +déterminé les Parisiens à fortifier leur ville, on crut devoir ne pas +négliger <span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> l'île Notre-Dame. Des fossés furent creusés autour, +et l'on planta des pieux dans la rivière entre l'île et les murs du côté +de Saint-Victor. Les lettres du dauphin Charles, alors régent du +royaume, à l'effet de conserver, dans cette circonstance, les droits du +chapitre, sont du 30 novembre 1359<a id="footnotetag465" name="footnotetag465"></a><a href="#footnote465" title="Go to footnote 465"><span class="smaller normal">[465]</span></a>:</p> + +<p>Elle resta inhabitée jusqu'au règne de Henri IV, qui la comprit dans les +projets qu'il avoit formés pour l'accroissement et l'embellissement de +Paris. Toutefois on ne commença à y élever des bâtiments que sous son +successeur. Des commissaires nommés par le roi pour acquérir les deux +îles du chapitre passèrent contrat avec le sieur Marie, architecte, le +19 avril 1714; et par cet acte, celui-ci s'engagea à joindre ensemble +les deux îles, à les couvrir de maisons, et à y établir des rues et des +quais<a id="footnotetag466" name="footnotetag466"></a><a href="#footnote466" title="Go to footnote 466"><span class="smaller normal">[466]</span></a>. Le chapitre, avec lequel on n'avoit point encore pris +d'arrangements définitifs, s'opposa aux travaux déjà commencés; mais +cette opposition fut levée par deux arrêts du conseil, et Marie, qui +s'étoit associé les sieurs Le Regratier et Poulletier, continua +d'exécuter son marché. Toutefois ces trois entrepreneurs n'allèrent pas +jusqu'à la fin: en 1623 ils cédèrent leur traité au sieur La Grange, +secrétaire <span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> du roi, et le reprirent en 1627; mais leurs travaux +ne finissant point, les habitants et propriétaires des diverses portions +de l'île se pourvurent au conseil en 1643, et obtinrent de leur être +subrogés aux mêmes charges et conditions, s'engageant en outre à achever +les constructions en trois ans: ce qui fut exécuté.</p> + +<h2>L'ÉGLISE SAINT-LOUIS.</h2> + +<p>C'est la seule église qu'il y ait dans cette île: ce n'étoit, dans +l'origine, qu'une petite chapelle qu'un maître couvreur, nommé Nicolas +Le Jeune, qui le premier avoit commencé à bâtir sur ce terrain en 1600, +y fit construire quelques années après. Alors elle n'étoit point +orientée comme les autres églises, et le <i>chevet</i> en étoit tourné au +midi. Le nombre des bâtiments et la population de l'île s'étant +rapidement augmentés, la chapelle fut agrandie à la fin de 1622<a id="footnotetag467" name="footnotetag467"></a><a href="#footnote467" title="Go to footnote 467"><span class="smaller normal">[467]</span></a>; et +M. de Gondi, <span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> sur la demande des habitants de l'île, l'érigea +en paroisse l'année suivante, sous le titre de +<i>Notre-Dame-de-l'Île</i><a id="footnotetag468" name="footnotetag468"></a><a href="#footnote468" title="Go to footnote 468"><span class="smaller normal">[468]</span></a>. Elle ne le conserva pas long-temps; car, +vingt ans après, on disoit le <i>curé de Saint-Louis-en-l'Île</i>. Lorsque +ces mêmes habitants eurent fait l'acquisition du traité du sieur Marie, +ils pensèrent à faire rebâtir leur église. Toutefois ils se contentèrent +de construire d'abord le chœur, auquel ils donnèrent vers l'orient la +situation qu'il devoit avoir; et l'ancienne chapelle servit de nef. +Commencé en 1664, le nouveau chœur ne fut achevé qu'en 1679; et ce ne +fut qu'en 1702 qu'on résolut de détruire cette chapelle, qui, réunie à +cette autre construction, faisoit une disparate choquante, et d'ailleurs +tomboit en ruine. En 1702, M. le cardinal de Noailles posa la première +pierre de la nouvelle nef; et ces derniers travaux ayant été achevés en +1725, l'église entière fut dédiée sous l'invocation de saint Louis. La +cure en étoit à la collation du chapitre de Notre-Dame.</p> + +<p>Ce monument avoit été commencé sur un plan donné par Levau, premier +architecte du roi; il fut continué par un autre architecte nommé Leduc, +<span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> et ce fut sur les dessins de ce dernier que l'on éleva le +grand portail. Il est décoré de quatre colonnes ioniques isolées, qui +supportent un entablement couronné d'un fronton. La coupole a été +construite par un autre architecte nommé Doucet; et les sculptures qui +ornoient cet édifice avoient été exécutées sur les dessins de +Jean-Baptiste de Champagne, peintre, et neveu de Philippe de Champagne.</p> + +<p>Quelques écrivains ont mis cette église au nombre des plus belles de +Paris: l'architecture en est cependant très-médiocre. La distribution +intérieure est la même que dans la plupart des monuments de ce genre: +elle forme une croix latine; la grande nef est accompagnée de deux nefs +latérales plus étroites, et ouvertes par des arcades, entre lesquelles +s'élèvent des pilastres jusqu'à la naissance de la voûte; en face de +chaque arcade on a pratiqué des chapelles. Il n'y a rien là-dedans qui +mérite tant d'admiration; et d'ailleurs ses dimensions la mettent au +rang des petites églises<a id="footnotetag469" name="footnotetag469"></a><a href="#footnote469" title="Go to footnote 469"><span class="smaller normal">[469]</span></a>. Quant à l'extérieur, il est tel qu'on ne +pourroit y reconnoître un édifice sacré, s'il n'étoit surmonté d'un +petit campanille qui, par sa forme bizarre et par la manière dont il est +placé, fait un effet presque ridicule.</p> + +<div class="descript"> +<p class="center"><span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> SÉPULTURES.</p> + + <p><i>Dans cette église avoient été enterrés:</i></p> + + <p>Philippe Quinault, auditeur en la chambre des comptes, + célèbre par ses ouvrages lyriques, mort en 1688.</p> + + <p>Antoine Uyon d'Hérouval, aussi auditeur en la chambre des + comptes, auteur de Recherches sur l'histoire de France, mort + en 1689.</p> +</div> + +<p>Vis-à-vis cette église étoit un établissement des sœurs de la +Charité.</p> + +<h2>HÔTELS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.</h2> + +<p>Parmi le grand nombre d'hôtels que contient la ville de Paris, et qui +sont répandus dans ses divers quartiers, nous décrirons seulement ceux +qui nous sembleront remarquables, ou par la beauté de leur architecture, +ou par l'ancienneté de leur construction, ou par les souvenirs qui y +sont attachés. C'est ce que nous avons déjà fait pour les hôtels qui +existoient jadis, ou qui existent encore dans l'île de la Cité. Celle de +Saint-Louis <span class="pagenum"><a id="page416" name="page416"></a>(p. 416)</span> renferme un assez grand nombre d'édifices de ce +genre, parmi lesquels on ne peut distinguer que l'hôtel Lambert et +l'hôtel Bretonvilliers.</p> + +<h3>HÔTEL LAMBERT.</h3> + +<p>L'architecte de l'hôtel Lambert est le même Levau qui avoit donné les +plans de l'église Saint-Louis; mais il a mieux réussi dans cette maison +particulière que dans l'édifice public. L'emplacement qui lui étoit +donné pour la bâtir étant irrégulier, il en prit une portion régulière +pour la cour; et les parties non symétriques, séparées de cette cour par +une aile de bâtiment, furent destinées à faire un jardin. En face de la +principale porte qui donne dans la rue Saint-Louis, on aperçoit dans le +fond un escalier à deux rampes d'une construction simple et majestueuse: +l'extérieur en est décoré de colonnes et de pilastres d'ordre dorique, +élevés sur des piédestaux, accompagnés de l'entablement +modillonaire<a id="footnotetag470" name="footnotetag470"></a><a href="#footnote470" title="Go to footnote 470"><span class="smaller normal">[470]</span></a>, <span class="pagenum"><a id="page417" name="page417"></a>(p. 417)</span> de triglyphes et de boucliers dans les +métopes. Au-dessus s'élève un attique, avec des pilastres ioniques qui +supportent un fronton, dans lequel devoient être exécutées des +sculptures; ce qu'on peut présumer par la saillie d'une grande partie du +tympan. Au milieu du renfoncement cintré qui est au bas de l'escalier, +on voit un fleuve et une naïade peints en grisaille par Le Sueur<a id="footnotetag471" name="footnotetag471"></a><a href="#footnote471" title="Go to footnote 471"><span class="smaller normal">[471]</span></a>.</p> + +<p>Les bâtiments qui environnent la cour sont d'ordre dorique comme +l'entrée de l'escalier; et tous les ornements de détail qui couvrent les +diverses parties de ces constructions sont d'une bonne exécution. La +distribution des principaux appartements pratiqués dans l'aile qui +sépare la cour du jardin, a été faite avec intelligence, et l'on y jouit +d'une très-belle vue sur la Seine et sur les rives environnantes. Toute +cette partie est décorée d'un ordre ionique qui comprend les deux +étages, et au-dessus duquel règne une balustrade ornée de vases. Le tout +est d'une proportion noble et élégante.</p> + +<p>L'intérieur de cette magnifique maison étoit digne de ces dehors +imposants; et l'on y admiroit surtout les belles peintures dont +l'avoient enrichie Le Sueur et Le Brun, qui cherchèrent à se surpasser +dans une circonstance qui réunissoit leurs travaux, et excitoit encore +plus vivement leur <span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> rivalité. Ce dernier fut chargé de peindre +la galerie dont se compose l'aile du bâtiment en retour de la rivière, +et y traita plusieurs sujets de la fable d'une manière très-remarquable; +mais on admiroit surtout le salon où Le Sueur avoit représenté les neuf +Muses dans cinq tableaux qui en ornoient le pourtour. Cet artiste, dont +l'heureux génie surpassoit de beaucoup celui de son rival, avoit peint, +dans le plafond de cette même pièce, Apollon écoutant la prière de +Phaëton, et lui mettant sur la tête sa couronne de laurier<a id="footnotetag472" name="footnotetag472"></a><a href="#footnote472" title="Go to footnote 472"><span class="smaller normal">[472]</span></a>. Ce +morceau fut détaché et vendu à la mort de M. Delahaye, fermier général, +et dernier propriétaire de cette maison. Les tableaux des Muses y +restèrent encore long-temps, et jusqu'au moment de la révolution<a id="footnotetag473" name="footnotetag473"></a><a href="#footnote473" title="Go to footnote 473"><span class="smaller normal">[473]</span></a>.</p> + +<h3>HÔTEL BRETONVILLIERS.</h3> + +<p>En sortant de l'hôtel Lambert, et passant sous l'arcade qui est presque +en face, on arrive à l'hôtel Bretonvilliers, bâti par Ducerceau pour le +président Le Ragois de Bretonvilliers, auquel on doit la construction du +quai qui environne la pointe de <span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> l'île. Cet hôtel, dont les +appartements étoient d'une grande magnificence, avoit été également +décoré de peintures par les plus habiles artistes: on y remarquoit toute +l'histoire de Phaëton, peinte par Bourdon, dans une vaste galerie qui +occupoit tout le corps du bâtiment en retour sur le jardin; quelques +peintures de Vouet, des fleurs de Baptiste, d'excellentes copies de +Raphaël, par Mignard, etc.; mais ce qu'on y voyoit de plus précieux, +c'étoient quatre grands tableaux du plus illustre peintre que la France +ait produit, quatre chefs-d'œuvre de Poussin. Ils représentoient le +passage de la mer Rouge, l'adoration du Veau d'or, l'enlèvement des +Sabines et le triomphe de Vénus<a id="footnotetag474" name="footnotetag474"></a><a href="#footnote474" title="Go to footnote 474"><span class="smaller normal">[474]</span></a>.</p> + +<p>En 1719, les fermiers généraux transférèrent dans cet hôtel le bureau +des aides et du papier timbré, qui étoit à l'hôtel de Charni, rue des +Barres. On y a fait, jusqu'au moment de la révolution, la régie de +toutes les entrées de la ville, ainsi que de tout le plat pays de +Paris<a id="footnotetag475" name="footnotetag475"></a><a href="#footnote475" title="Go to footnote 475"><span class="smaller normal">[475]</span></a>.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page420" name="page420"></a>(p. 420)</span> PONTS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.</h2> + +<h3>PONT MARIE.</h3> + +<p>Ce pont sert de communication du port Saint-Paul à l'île Saint-Louis. Il +paroît, par un acte cité par Sauval<a id="footnotetag476" name="footnotetag476"></a><a href="#footnote476" title="Go to footnote 476"><span class="smaller normal">[476]</span></a>, qu'en 1371 il en existoit un à +peu près au même endroit, sous le nom de <i>pont de Fust</i> (de bois) +<i>d'emprès Saint-Bernard-aux-Barrés</i>. Ce ne fut qu'en 1614 que le contrat +du sieur Marie pour la construction des édifices de l'île Saint-Louis +ayant été ratifié par le roi, ce pont, aux termes du traité, fut +commencé en pierres, et dans la direction de la rue des Nonandières. +Louis XIII et la reine y posèrent la première pierre le 11 décembre. Ce +pont, discontinué et repris à diverses époques, fut achevé et couvert de +maisons en 1635. Les débordements des eaux y causèrent plusieurs fois de +grands dommages: celui de 1658 entraîna les deux arches qui étoient du +côté de l'île <span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> avec les maisons qu'elles portoient. L'année +suivante, le roi ordonna que la pile et les deux arches fussent +rétablies jusqu'au rez-de-chaussée, et que l'on construisît, en +attendant, un pont de bois aboutissant au reste du pont de pierre, +lequel devoit être de la même largeur, et suffisant pour le passage des +voitures. Pour faciliter la reconstruction des parties détruites, il fut +établi un droit de péage pendant dix ans; et c'est par cette raison +qu'il est indiqué dans quelques actes sous le nom de <i>pont au Double</i>. +En 1664 le dommage n'étoit pas encore réparé. Enfin on rétablit ce pont +tel qu'il étoit auparavant, à l'exception des maisons, qui ne furent +point rebâties sur les constructions nouvelles.</p> + +<p>Ce pont est porté sur cinq arches de plein cintre.</p> + +<h3>PONT DE LA TOURNELLE.</h3> + +<p>Il communique du quai de ce nom à l'île Notre-Dame. Par un acte que +rapporte Sauval<a id="footnotetag477" name="footnotetag477"></a><a href="#footnote477" title="Go to footnote 477"><span class="smaller normal">[477]</span></a>, il paroît que vers cet endroit de l'île il y +avoit, en 1371, un pont appelé <i>le pont de Fust de l'île Notre-Dame</i>; +que le <i>pont de Fust d'entre l'île Notre-Dame et Saint-Bernard fut +planchié en septembre 1370</i>; qu'en 1369 on y fit <i>une tournelle +<span class="pagenum"><a id="page422" name="page422"></a>(p. 422)</span> quarrée et une porte, qui fut étoupée l'année suivante</i>. Ce +pont fut sans doute détruit par les glaces ou par les débordements, car +on n'en voit aucune trace sur un plan postérieur au règne de François +I<sup>er</sup><a id="footnotetag478" name="footnotetag478"></a><a href="#footnote478" title="Go to footnote 478"><span class="smaller normal">[478]</span></a>; et il n'existoit pas en 1577 puisqu'alors on proposa de +construire deux ponts, qui des Célestins iroient dans l'île aux Vaches, +et de cette île vers les Bernardins, sur le port de la Tournelle. Le +sieur Marie se chargea, par son traité, de l'exécution de ce projet. +Celui qu'il fit construire de ce côté étoit en bois; et les historiens +de Paris disent que les glaces l'emportèrent en 1637, et que ce ne fut +qu'en 1654 que l'on prit la résolution de le reconstruire en pierres. +Cependant entre ces deux époques on trouve qu'un nouveau pont de bois +avoit été élevé à la place de l'ancien; qu'en 1648 il tomboit de +caducité, et que le 4 août de la même année on rendit un arrêt qui +ordonnoit de l'abattre. Sauval, qui vivoit alors, se contente de dire +qu'en 1651 une partie de ce pont fut emportée...... <i>et depuis si bien +réparée qu'il n'y paroît pas</i><a id="footnotetag479" name="footnotetag479"></a><a href="#footnote479" title="Go to footnote 479"><span class="smaller normal">[479]</span></a>. Il y a toute apparence que déjà il +avoit été rebâti en pierres; car les divers arrêts du conseil portés à +ce sujet<a id="footnotetag480" name="footnotetag480"></a><a href="#footnote480" title="Go to footnote 480"><span class="smaller normal">[480]</span></a> ordonnent au prévôt des marchands <span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> de faire +<i>rétablir</i> incessamment <i>le pont de pierre</i> de la Tournelle, ce qui fut +exécuté en 1656, comme le porte une inscription placée sous une des +arches de ce pont.</p> + +<p>Il est composé de six arches solidement bâties, et sur lesquelles on +n'éleva point de maisons.</p> + +<h2>L'ÎLE LOUVIER.</h2> + +<p>Toutes les recherches qu'on a faites sur cette île ont été +infructueuses: Sauval dit qu'en 1370 on la nommoit l'île <i>des Javiaux</i>; +en 1445, l'île <i>aux Meules des Javeaux</i><a id="footnotetag481" name="footnotetag481"></a><a href="#footnote481" title="Go to footnote 481"><span class="smaller normal">[481]</span></a>; depuis, l'île <i>aux +Meules</i>; et de son temps, l'île <i>Louvier</i>. Ce dernier nom lui venoit +peut-être de quelque particulier qui en étoit propriétaire.</p> + +<p>Cette île a environ deux cent vingt toises de longueur, et est située +vis-à-vis l'endroit où étoit le mail de l'Arsenal. Le bras de la rivière +qui <span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> la sépare du rivage est si peu considérable, et la Seine y +charrie tant de gravier, qu'en été on la passoit à pied sec, ce qui fut +cause qu'on proposa plusieurs fois de combler ce détroit et d'y bâtir +des maisons; mais les grands-maîtres de l'artillerie ont toujours +empêché qu'on acceptât ces propositions. Cette île appartenoit, dans le +dix-septième siècle, au sieur d'Antrague. En 1671 la ville l'avoit prise +à bail judiciaire, dans le dessein d'en faire un port pour la décharge +des marchandises. Elle en fit ensuite l'acquisition le 2 octobre de la +même année, et depuis y fit construire en bois un pont de communication.</p> + +<p>Cette île servoit, en 1714, de dépôt pour le foin et pour le fruit, +ainsi que pour le bois de charpente et de menuiserie; depuis elle a été +destinée aux chantiers de bois de chauffage. Pour la conservation de ces +chantiers, la ville, en 1730, fit soutenir cette île par des pieux, +élargir le canal qui la séparoit du mail, et construire une <i>estacade</i> +ou digue pour rompre les glaces, laquelle est ouverte au milieu afin de +laisser passer les bateaux, qui y trouvent un abri commode. En 1735 +cette digue fut allongée; et en même temps on agrandit et l'on exhaussa +l'île. Enfin l'année suivante on y rapporta encore des terres; on +aligna, on borna les places que devoient occuper les chantiers, et l'on +élargit le pont pour la facilité des gens de pied.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> En 1549, les prévôt des marchands et échevins de Paris y +avoient fait construire une espèce de havre pour donner à Henri II et à +Catherine de Médicis le spectacle d'un combat naval et de la prise d'un +fort.</p> + +<p>Le bras qui sépare cette île de celle de Saint-Louis a soixante-quinze +ou soixante-dix toises de largeur; et le grand canal la sépare du +faubourg Saint-Victor.</p> + +<a id="ruescite" name="ruescite"></a> +<h2>RUES.</h2> + +<p>Il n'est rien de plus obscur et de plus embrouillé dans les antiquités +de Paris que la matière que nous allons traiter. Les plans que nous +avons donnés de cette capitale désignent avec précision la place de ses +monuments publics, mais n'offrent qu'une idée imparfaite de ses rues, +qui, dans une si longue suite de siècles, ont changé plusieurs fois et +de forme et de nom. Après les nombreux incendies qui consumèrent la +Cité, et les ravages que les Normands firent dans les faubourgs, on ne +sait si les maisons furent relevées dans leurs anciens alignements ou +sur des plans nouveaux; et les traditions les plus anciennes qui +<span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> nous en restent datent de plus d'un siècle après le dernier +incendie<a id="footnotetag482" name="footnotetag482"></a><a href="#footnote482" title="Go to footnote 482"><span class="smaller normal">[482]</span></a>. Mais ce dont on ne peut douter, c'est que, jusqu'au +seizième siècle, elles étoient étroites, sales et irrégulières; +plusieurs rues de la Cité et des quartiers environnants, où trois +personnes peuvent à peine passer de front, et dont quelques maisons ont +encore conservé l'ancien toit en forme de pignon, nous présentent une +image assez juste de ce qu'étoit alors la ville entière. Sauval, qui +vivoit dans le dix-septième siècle, prétend que les rues <i>larges</i> qui +existoient à cette époque, avoient été élargies de son temps ou vers la +fin du siècle précédent.</p> + +<p>Cependant ces rues si étroites, où la lumière pénétroit à peine, où +l'air ne pouvoit circuler, ne furent pavées que sous Philippe-Auguste. +Jusque là elles n'avoient été que d'affreux chemins, inondés d'une boue +noire et infecte, dont les exhalaisons rendoient le séjour de Paris +désagréable et funeste à ses habitants. L'historiographe de Philippe, +qui étoit en même temps son médecin, dit que la puanteur en étoit si +insupportable, qu'elle pénétroit jusque dans le palais du roi, et le +rendoit presque inhabitable. Il raconte que ce prince s'étant un jour +approché des fenêtres qui donnoient sur la rivière, il arriva que des +chariots, qui dans ce moment traversoient la Cité, <span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> en ayant +remué les boues, l'odeur qui s'en éleva fut si horrible, qu'à peine le +roi put-il la supporter<a id="footnotetag483" name="footnotetag483"></a><a href="#footnote483" title="Go to footnote 483"><span class="smaller normal">[483]</span></a>. <i>Factum est autem post aliquot dies quòd +Philippus rex, Parisiis moram faciens, dùm sollicitus pro negotiis regni +agendis in aulam regiam deambularet, veniens ad palatii fenestras, undè +fluvium Sequanæ, pro recreatione animi, quandoquè inspicere consueverat; +rhedæ, equis trahentibus, per civitatem transeuntes, fœtores +intolerabiles lutum revolvendo procreaverant, quos rex in aulâ +deambulans, ferre non sustinuit.</i></p> + +<p>S'il faut en croire cet auteur, ce fut ce petit événement qui détermina +le monarque à porter sur-le-champ remède à un mal aussi dangereux; et +sans être rebuté ni de la difficulté de l'entreprise, ni d'une dépense +qui avoit effrayé tous ses prédécesseurs, il donna ordre, en 1148, au +prévôt de Paris, d'en faire paver toutes les rues et places +publiques<a id="footnotetag484" name="footnotetag484"></a><a href="#footnote484" title="Go to footnote 484"><span class="smaller normal">[484]</span></a>. Le séjour de cette ville devint, <span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span> dès ce +moment, plus sain et plus commode. Cependant un établissement si utile +fut souvent négligé dans les âges suivants, quelquefois même totalement +abandonné; et il falloit que des maladies contagieuses, qui suivoient +presque toujours une semblable négligence, vinssent réveiller +l'attention des magistrats, et faire reprendre des travaux presque +toujours imparfaits jusqu'à Louis XIV. C'est à ce grand roi que l'on +doit le bel ordre qui règne maintenant dans cette partie si essentielle +de la police<a id="footnotetag485" name="footnotetag485"></a><a href="#footnote485" title="Go to footnote 485"><span class="smaller normal">[485]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page429" name="page429"></a>(p. 429)</span> Ce n'est qu'en 1728 que l'on commença à écrire aux coins des +rues et des places publiques les noms qu'elles portoient, et ces noms +n'ont pas varié depuis jusqu'au moment de la révolution. Avant cette +époque, il n'est presque pas une rue de Paris, qui, à partir du douzième +siècle, n'ait changé plusieurs fois de dénomination, et ces changements +se ressentoient de la barbarie de ces temps grossiers. Les origines en +sont souvent frivoles et bizarres: elles proviennent ou du nom de +quelque personnage distingué qui y possédoit une maison remarquable, ou +de quelque enseigne singulière qui avoit frappé les yeux du peuple, ou +de quelque événement extraordinaire qui y étoit arrivé. Plusieurs +devoient leur titre à leur mal-propreté habituelle, d'autres aux vols et +assassinats qui s'y commettoient; quelques-unes enfin ont des noms dont +le sens et l'origine sont entièrement inconnus.</p> + +<p>Nous avons essayé de débrouiller ce chaos, et de donner, autant qu'il +est possible, les étymologies et les mutations de ces noms divers. Nous +nous sommes aidés, pour y parvenir, de la <span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> critique des +écrivains les plus laborieux et les plus exacts qui aient approfondi +cette matière, et nous espérons qu'elle ne sera pas la moins curieuse de +notre travail. Mais pour rendre ce travail complet, et même pour le +faire bien comprendre, nous croyons nécessaire de donner d'abord une +pièce très-singulière et unique dans son genre, qui a été mise au jour +pour la première fois par le savant abbé Lebeuf. C'est une description +en vers des rues de Paris, faite par un poète du treizième siècle, nommé +Guillot: on y trouve la plus grande partie des noms de celles qui +étoient renfermées dans l'enceinte de Philippe-Auguste; elle indique +celles qui sont les plus anciennes, et le nom qu'on leur donnoit +quatre-vingts ans après que cette enceinte eut été terminée. +L'explication que nous donnerons, à la fin de chaque quartier, de +l'origine de ces rues, servira de commentaire à cet ancien écrit, et +éclaircira autant qu'il est possible ce qu'il peut avoir d'obscur ou +d'inintelligible<a id="footnotetag486" name="footnotetag486"></a><a href="#footnote486" title="Go to footnote 486"><span class="smaller normal">[486]</span></a>.</p> + +<h3><span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> <i>Ci commence le Dit des Rues</i><a id="footnotetag487" name="footnotetag487"></a><a href="#footnote487" title="Go to footnote 487"><span class="smaller normal">[487]</span></a><br> +DE PARIS.</h3> + +<p class="poem30">Maint dit a fait de Rois, de Conte<br> + Guillot de Paris en son conte;<br> + Les rues de Paris briément<br> + A mis en rime, oyez comment.</p> + +<p class="p2 smaller center"> + L'auteur commence par le quartier qu'on appeloit + d'Outre-Petit-Pont, aujourd'hui <span class="smcap">l'Université</span>.</p> + +<div class="poem30"> +<p>La rue de la Huchette à Paris<br> + Premiere, dont pas n'a mespris.<br> + Assez tost trouva Sacalie<br> + Et la petite Bouclerie<br> + Et la grand Bouclerie après<br> + Et Herondale tout en près.<br> + En la rue Pavée alé<br> + Où à maint visage halé:<br> + <i>La rue à l'Abbé Saint-Denis.</i><br> + Siet asez près de Saint Denis,<br> + De la grant rue Saint Germain<br> + Des Prez, si fait <i>rue Cauvin</i>,<br> + Et puis la rue Saint Andri<br> + Dehors mon chemin s'estendi<br> + Jusques en la rue Poupée,<br> + A donc ai ma voie adrécée.<br> + En la <i>rue de la Barre</i> vins<br> + Et en la rue a Poitevins,<br> + En la rue de la Serpent,<br> + De ce de rien ne me repent;<br> + <span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> En la <i>rue de la Platriere</i><br> + La maint une Dame loudière<a id="footnotetag488" name="footnotetag488"></a><a href="#footnote488" title="Go to footnote 488"><span class="smaller normal">[488]</span></a><br> + Qui maint chapel a fait de feuille.<br> + Par la rue de Hautefeuille<br> + Ving en la rue de <i>Champ-petit</i>,<br> + Et au-dessus est un petit<a id="footnotetag489" name="footnotetag489"></a><a href="#footnote489" title="Go to footnote 489"><span class="smaller normal">[489]</span></a><br> + La rue du Paon vraiement:<br> + <i>Je descendi tout bellement</i><br> + Droit à la rue des Cordeles:<br> + Dame i a<a id="footnotetag490" name="footnotetag490"></a><a href="#footnote490" title="Go to footnote 490"><span class="smaller normal">[490]</span></a>; le descort d'elles<br> + Ne voudroie avoir nullement.<br> + Je m'en allai tout simplement<br> + D'iluecques<a id="footnotetag491" name="footnotetag491"></a><a href="#footnote491" title="Go to footnote 491"><span class="smaller normal">[491]</span></a> <i>au Palais de Thermes</i><br> + Où il a celiers et citernes<br> + En cette rue a mainte court.<br> + La <i>rue aux hoirs de Harecourt</i>.<br> + La rue Pierre Sarrazin<br> + Ou l'en essaie maint roncin<br> + Chascun an, comment on le hape<a id="footnotetag492" name="footnotetag492"></a><a href="#footnote492" title="Go to footnote 492"><span class="smaller normal">[492]</span></a>.<br> + Contreval<a id="footnotetag493" name="footnotetag493"></a><a href="#footnote493" title="Go to footnote 493"><span class="smaller normal">[493]</span></a> rue de la Harpe<br> + Ving en la rue Saint Sevring,<br> + Et tant fis qu'au carefour ving:<br> + La Grant rue trouvai briément;<br> + De la entrai premierement<br> + Trouvai la <i>rue as Ecrivains</i>;<br> + De cheminer ne fu pas vains<a id="footnotetag494" name="footnotetag494"></a><a href="#footnote494" title="Go to footnote 494"><span class="smaller normal">[494]</span></a><br> + En <i>la petite ruelette</i><br> + <i>S. Sevrin</i>; mainte meschinette<a id="footnotetag495" name="footnotetag495"></a><a href="#footnote495" title="Go to footnote 495"><span class="smaller normal">[495]</span></a></p> +</div> + +<p>Les vers que nous omettons en cet endroit + et autres où l'on trouvera du blanc, + ne contiennent que des descriptions de + lieux qui étoient tolérés alors, et qui sont + autorisés aujourd'hui.</p> + +<div class="poem30"> +<p><span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br> + En la rue <i>Erembourc</i> de Brie<br> + Alai, et en la rue o Fain;<br> + De cheminer ne fu pas vain,<br> + Une <i>femme vi</i> battre lin,<br> + Par la rue Saint Mathelin.<br> + En l'encloistre m'en retourné<br> + Saint Benoît le bestourné<a id="footnotetag496" name="footnotetag496"></a><a href="#footnote496" title="Go to footnote 496"><span class="smaller normal">[496]</span></a>;<br> + En <i>la rue as hoirs de Sabonnes</i><br> + A deux portes belles et bonnes.<br> + La rue à <i>l'Abbé</i> de Cligny<br> + Et la <i>rue au Seigneur d'Igny</i><br> + Sont près de la <i>rue o Corbel</i>;<br> + Desus siet la <i>rue o Ponel</i><br> + Y la rue à Cordiers après<br> + Qui des Jacopins siet bien près:<br> + Encontre<a id="footnotetag497" name="footnotetag497"></a><a href="#footnote497" title="Go to footnote 497"><span class="smaller normal">[497]</span></a> est rue Saint Estienne;<br> + Que Dieu en sa grace nous tiegne,<br> + Que de s'amour ayons mantel<a id="footnotetag498" name="footnotetag498"></a><a href="#footnote498" title="Go to footnote 498"><span class="smaller normal">[498]</span></a>.<br> + Lors <i>descendis en Fresmantel</i><br> + En la <i>rue de l'Oseroie</i>;<br> + Ne sai comment je desvoueroie<a id="footnotetag499" name="footnotetag499"></a><a href="#footnote499" title="Go to footnote 499"><span class="smaller normal">[499]</span></a><br> + Ce conques nul jour<a id="footnotetag500" name="footnotetag500"></a><a href="#footnote500" title="Go to footnote 500"><span class="smaller normal">[500]</span></a> ne voué<br> + Ne a Pasques ne a Noué<a id="footnotetag501" name="footnotetag501"></a><a href="#footnote501" title="Go to footnote 501"><span class="smaller normal">[501]</span></a><br> + En la <i>rue de l'Ospital</i><br> + Ving; une femme i d'espital<br> + Une autre femme folement<br> + De sa parole moult vilement<a id="footnotetag502" name="footnotetag502"></a><a href="#footnote502" title="Go to footnote 502"><span class="smaller normal">[502]</span></a>.<br> + La rue de la Chaveterie<br> + Trouvai; n'alai pas chiés Marie<br> + En la <i>rue Saint Syphorien</i><br> + Ou maingnent li logiptien<a id="footnotetag503" name="footnotetag503"></a><a href="#footnote503" title="Go to footnote 503"><span class="smaller normal">[503]</span></a><br> + En pres est la <i>rue du Moine</i><br> + Et la <i>rue au Duc de Bourgongne</i><br> + Et la rue des Amandiers près<br> + Siet en une autre rue exprès<br> + Qui a non rue de Savoie.<br> + <span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> Guillot de Paris tint sa voie<br> + Droit en la rue Saint Ylaire<br> + Ou une Dame debonnaire<br> + <a id="footnotetag504" name="footnotetag504"></a><a href="#footnote504" title="Go to footnote 504"><span class="smaller normal">[504]</span></a>Maint, con apele Gietedas:<br> + Encontre est la rue Judas,<br> + Puis la rue du <i>Petit</i>-Four,<br> + Qu'on appele le Petit-Four:<br> + Saint Ylaire, et puis <i>clos Burniau</i><br> + Ou l'on a rosti maint bruliau<a id="footnotetag505" name="footnotetag505"></a><a href="#footnote505" title="Go to footnote 505"><span class="smaller normal">[505]</span></a>:<br> + Et puis la rue du Noyer.<br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br> + Enprès est la rue à Plastriers<br> + Et parmi<a id="footnotetag506" name="footnotetag506"></a><a href="#footnote506" title="Go to footnote 506"><span class="smaller normal">[506]</span></a> la rue as Englais<br> + Ving à grand feste et à grand glais<a id="footnotetag507" name="footnotetag507"></a><a href="#footnote507" title="Go to footnote 507"><span class="smaller normal">[507]</span></a><br> + La rue à Lavandieres tost<br> + Trouvai; près d'iluec<a id="footnotetag508" name="footnotetag508"></a><a href="#footnote508" title="Go to footnote 508"><span class="smaller normal">[508]</span></a> assez tost<br> + La rue qui est belle et grant,<br> + Sainte Geneviéve la grant,<br> + Et la petite ruelete<br> + Dequoi l'un des bouts chien sur l'être<a id="footnotetag509" name="footnotetag509"></a><a href="#footnote509" title="Go to footnote 509"><span class="smaller normal">[509]</span></a><br> + Et l'autre bout si se rapporte<br> + Droit à la <i>rue de la Porte</i><br> + <i>De Saint Marcel</i>; par <i>Saint Copin</i><br> + Encontre est la rue Clopin,<br> + Et puis la rue Traversainne<br> + Qui siet en haut bien loin de Sainne<a id="footnotetag510" name="footnotetag510"></a><a href="#footnote510" title="Go to footnote 510"><span class="smaller normal">[510]</span></a>.<br> + Enprès est la <i>rue des Murs</i>:<br> + De cheminer ne fut pas mus<a id="footnotetag511" name="footnotetag511"></a><a href="#footnote511" title="Go to footnote 511"><span class="smaller normal">[511]</span></a>,<br> + Jusqu'à la rue Saint Victor<br> + Ne trouvai ne porc ne butor<a id="footnotetag512" name="footnotetag512"></a><a href="#footnote512" title="Go to footnote 512"><span class="smaller normal">[512]</span></a>,<br> + Mes femmes qui autre conseille<a id="footnotetag513" name="footnotetag513"></a><a href="#footnote513" title="Go to footnote 513"><span class="smaller normal">[513]</span></a>:<br> + Puis truis<a id="footnotetag514" name="footnotetag514"></a><a href="#footnote514" title="Go to footnote 514"><span class="smaller normal">[514]</span></a> la rue de Verseille<br> + Et puis la rue du Bon puis;<br> + La maint la femme à i chapuis<a id="footnotetag515" name="footnotetag515"></a><a href="#footnote515" title="Go to footnote 515"><span class="smaller normal">[515]</span></a><br> + Qui de maint home a fait ses glais<a id="footnotetag516" name="footnotetag516"></a><a href="#footnote516" title="Go to footnote 516"><span class="smaller normal">[516]</span></a>.<br> + La <i>rue Alexandre l'Anglais</i><br> + Et la <i>rue Paveegoire</i>:<br> + La bui-ge<a id="footnotetag517" name="footnotetag517"></a><a href="#footnote517" title="Go to footnote 517"><span class="smaller normal">[517]</span></a> du bon vin de beire.<br> + En la rue Saint Nicolas<br> + Du Chardonnai ne fut pas las<br> + En la rue de Bievre vins<br> + Ilueques i petit<a id="footnotetag518" name="footnotetag518"></a><a href="#footnote518" title="Go to footnote 518"><span class="smaller normal">[518]</span></a> m'assis.<br> + D'iluec<a id="footnotetag519" name="footnotetag519"></a><a href="#footnote519" title="Go to footnote 519"><span class="smaller normal">[519]</span></a> en la rue Perdue:<br> + Ma voie ne fut pas perdue.<br> + Je m'en reving droit en la Place<br> + Maubert, et bien trouvai la trace<br> + D'iluec en la rue à Trois-portes,<br> + Dont l'une le chemin rapporte<br> + Droit à la rue de Gallande<br> + Ou il n'a ne forest ne lande,<br> + Et l'autre en la <i>rue d'Aras</i><br> + Ou se nourrissent maint grant ras.<br> + Enprès est <i>rue de l'Ecole</i>,<br> + La demeure Dame Nicole;<br> + En celle rue ce me semble<br> + Vent on et fain et fuerre<a id="footnotetag520" name="footnotetag520"></a><a href="#footnote520" title="Go to footnote 520"><span class="smaller normal">[520]</span></a> ensemble.<br> + Puis la rue Saint Julien<br> + Qui nous gart de mauvais lien.<br> + M'en reving en la Bucherie,<br> + Et puis en <i>la Poissonnerie</i>.<br> + C'est verité que vous despont<a id="footnotetag521" name="footnotetag521"></a><a href="#footnote521" title="Go to footnote 521"><span class="smaller normal">[521]</span></a>,<br> + Les rues d'Outre-Petit-Pont<br> + Avons nommées toutes par nom<br> + <span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> Guillot qui de Paris, ot<a id="footnotetag522" name="footnotetag522"></a><a href="#footnote522" title="Go to footnote 522"><span class="smaller normal">[522]</span></a> nom:<br> + Quatre-vingt par conte en y a.<br> + Certes plus ne mains<a id="footnotetag523" name="footnotetag523"></a><a href="#footnote523" title="Go to footnote 523"><span class="smaller normal">[523]</span></a> n'en y a.<br> + En la Cité isnelement<a id="footnotetag524" name="footnotetag524"></a><a href="#footnote524" title="Go to footnote 524"><span class="smaller normal">[524]</span></a><br> + M'en ving après privéement.</p> +</div> + +<h4><i>Les Rues de la Cité.</i></h4> + +<p class="poem30">La <i>rue du Sablon</i> par m'ame<a id="footnotetag525" name="footnotetag525"></a><a href="#footnote525" title="Go to footnote 525"><span class="smaller normal">[525]</span></a>;<br> + Puis rue neuve Notre Dame.<br> + En près est la <i>rue à Coulons</i><br> + D'iluec ne fu pas mon cuer lons<a id="footnotetag526" name="footnotetag526"></a><a href="#footnote526" title="Go to footnote 526"><span class="smaller normal">[526]</span></a>,<br> + La ruele trouvai briement<br> + De S. Christophe et ensement<a id="footnotetag527" name="footnotetag527"></a><a href="#footnote527" title="Go to footnote 527"><span class="smaller normal">[527]</span></a><br> + La rue du Parvis bien près,<br> + Et la rue du Cloistre après,<br> + Et la grant rue S. Christofle:<br> + Je vis par le trelis d'un coffre<br> + En la rue Saint Pere à beus<br> + Oisiaus qui avoient piez beus<a id="footnotetag528" name="footnotetag528"></a><a href="#footnote528" title="Go to footnote 528"><span class="smaller normal">[528]</span></a><br> + Qui furent pris sur la marine<a id="footnotetag529" name="footnotetag529"></a><a href="#footnote529" title="Go to footnote 529"><span class="smaller normal">[529]</span></a>.<br> + De la rue Sainte Marine<br> + En la rue Cocatris vins,<br> + Où l'en boit souvent de bons vins,<br> + Dont maint homs souvent se varie<a id="footnotetag530" name="footnotetag530"></a><a href="#footnote530" title="Go to footnote 530"><span class="smaller normal">[530]</span></a><br> + La <i>rue de la Confrairie<br> + Nostre-Dame</i>; et <i>en Charoui</i><br> + Bonne taverne achiez<a id="footnotetag531" name="footnotetag531"></a><a href="#footnote531" title="Go to footnote 531"><span class="smaller normal">[531]</span></a> ovri.<br> + La <i>rue de la Pomme</i> assez tost<br> + Trouvai, et puis après tantost<br> + Ce fu la <i>rue as Oubloiers</i>;<br> + La maint Guillebert a braiés.<br> + Marcé Palu, la Juerie<br> + Et puis la <i>petite Orberie</i><br> + Qui en la Juerie siet.<br> + Et me semble que l'autre chief<br> + Descent droit en la rue à Feves<br> + Par deça la maison o fevre.<br> + La Kalendre et <i>la Ganterie</i><br> + Trouvai, et <i>la grant Orberie</i>.<br> + Après, la grant Bariszerie;<br> + Et puis après la Draperie<br> + Trouvai et la Chaveterie,<br> + Et la ruele Sainte Croix<br> + Ou l'en chengle<a id="footnotetag532" name="footnotetag532"></a><a href="#footnote532" title="Go to footnote 532"><span class="smaller normal">[532]</span></a> souvent des cios.<br> + La rue Gervese Lorens<br> + Ou maintes Dames ygnorents<br> + Y maignent<a id="footnotetag533" name="footnotetag533"></a><a href="#footnote533" title="Go to footnote 533"><span class="smaller normal">[533]</span></a> qui de leur quiterne<a id="footnotetag534" name="footnotetag534"></a><a href="#footnote534" title="Go to footnote 534"><span class="smaller normal">[534]</span></a><br> + En pres rue de la Lanterne.<br> + En la rue du Marmouset<br> + Trouvai<a id="footnotetag535" name="footnotetag535"></a><a href="#footnote535" title="Go to footnote 535"><span class="smaller normal">[535]</span></a> homme qui mu fet<br> + Une muse corne bellourde.<br> + Par la rue de la Coulombe<br> + Alai droit o port Saint-Landri:<br> + La demeure Guiart Andri.<br> + Femmes qui vont<a id="footnotetag536" name="footnotetag536"></a><a href="#footnote536" title="Go to footnote 536"><span class="smaller normal">[536]</span></a> tout le chevez<br> + Maignent<a id="footnotetag537" name="footnotetag537"></a><a href="#footnote537" title="Go to footnote 537"><span class="smaller normal">[537]</span></a> en la rue de Chevés.<br> + Saint Landri est de l'autre part,<br> + La <i>rue de l'Ymage</i> départ<a id="footnotetag538" name="footnotetag538"></a><a href="#footnote538" title="Go to footnote 538"><span class="smaller normal">[538]</span></a><br> + La ruele par Saint Vincent<a id="footnotetag539" name="footnotetag539"></a><a href="#footnote539" title="Go to footnote 539"><span class="smaller normal">[539]</span></a><br> + En bout de la rue descent<br> + De Glateingni, ou bonne gent<br> + Maingnent, (<i>manent</i>) et Dames o corps gent<a id="footnotetag540" name="footnotetag540"></a><a href="#footnote540" title="Go to footnote 540"><span class="smaller normal">[540]</span></a><br> + <span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> <span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br> + La <i>rue Saint-Denis de la Chartre</i>.<br> + <span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br> + <span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br> + <span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br> + En ving en la Peleterie<br> + Mainte peine y vi esterie<a id="footnotetag541" name="footnotetag541"></a><a href="#footnote541" title="Go to footnote 541"><span class="smaller normal">[541]</span></a>.<br> + En la faute<a id="footnotetag542" name="footnotetag542"></a><a href="#footnote542" title="Go to footnote 542"><span class="smaller normal">[542]</span></a> du pont m'assis.<br> + Certes il n'a que trentesix<br> + Rues contables<a id="footnotetag543" name="footnotetag543"></a><a href="#footnote543" title="Go to footnote 543"><span class="smaller normal">[543]</span></a> en Cité<br> + Foi que doi Benedicite<a id="footnotetag544" name="footnotetag544"></a><a href="#footnote544" title="Go to footnote 544"><span class="smaller normal">[544]</span></a>.</p> + +<h4><i>Les rues du quartier d'outre le Grand pont, dit aujourd'hui LA VILLE.</i></h4> + +<div class="poem30"> +<p>Par deça Grant pont erraument<a id="footnotetag545" name="footnotetag545"></a><a href="#footnote545" title="Go to footnote 545"><span class="smaller normal">[545]</span></a><br> + M'en ving, sçachiez bien vraiment<br> + N'avoie alenas<a id="footnotetag546" name="footnotetag546"></a><a href="#footnote546" title="Go to footnote 546"><span class="smaller normal">[546]</span></a> ne poinson.<br> + Premiere, la rue o Poisson<br> + La rue de la Saunerie<br> + Trouvai, et la Mesguiscerie<br> + L'Escole et rue Saint Germain<br> + A Couroiers bien vint à main<br> + Tantost la rue a Lavendiere<br> + Ou il a maintes lavendieres.<br> + La <i>rue à moignes de Jenvau</i><br> + Porte à mont et porte à vau;<br> + En près rue Jean Lointier<br> + Là ne fu je pas trop lointier<a id="footnotetag547" name="footnotetag547"></a><a href="#footnote547" title="Go to footnote 547"><span class="smaller normal">[547]</span></a><br> + De la rue Bertin Porée.<br> + Sans faire nulle eschauffourée<br> + Ving en <i>la rue Jean l'Eveiller</i>;<br> + Là demeure Perriaus Goullier.<br> + La <i>rue Guillaume Porée</i> près<br> + Siet, et Maleparole en près,<br> + Ou demeure Jean Asselin.<br> + Parmi<a id="footnotetag548" name="footnotetag548"></a><a href="#footnote548" title="Go to footnote 548"><span class="smaller normal">[548]</span></a> le Berrin Gasselin;<br> + Et parmi<a id="footnotetag549" name="footnotetag549"></a><a href="#footnote549" title="Go to footnote 549"><span class="smaller normal">[549]</span></a> la Hedengerie,<br> + M'en ving en la Tableterie<br> + En la <i>rue à petit soulers</i><br> + <i>De bazenne</i> tout fut souillés<br> + D'esrer<a id="footnotetag550" name="footnotetag550"></a><a href="#footnote550" title="Go to footnote 550"><span class="smaller normal">[550]</span></a> ce ne (fu) mie fortune.<br> + Par la <i>rue Sainte Opportune</i><br> + Alai en <i>la Charonnerie</i>,<br> + Et puis en la Féronnerie;<br> + Tantost trouvai <i>la Mancherie</i>,<br> + Et puis <i>la Cordoüanerie</i>,<br> + Près demeure Henry Bourgaie;<br> + La <i>rue Baudouin Prengaie</i><br> + Qui de boire n'est pas lanier<a id="footnotetag551" name="footnotetag551"></a><a href="#footnote551" title="Go to footnote 551"><span class="smaller normal">[551]</span></a>.<br> + Par la <i>rue Raoul l'Avenier</i><a id="footnotetag552" name="footnotetag552"></a><a href="#footnote552" title="Go to footnote 552"><span class="smaller normal">[552]</span></a><br> + Alai o siege a Descarcheeurs.<br> + D'ileuc<a id="footnotetag553" name="footnotetag553"></a><a href="#footnote553" title="Go to footnote 553"><span class="smaller normal">[553]</span></a> m'en allai tantost ciex<a id="footnotetag554" name="footnotetag554"></a><a href="#footnote554" title="Go to footnote 554"><span class="smaller normal">[554]</span></a><br> + Un tavernier en la viez place<br> + A Pourciaux, bien trouvai ma trace<br> + Guillot qui point d'eur bon n'as<a id="footnotetag555" name="footnotetag555"></a><a href="#footnote555" title="Go to footnote 555"><span class="smaller normal">[555]</span></a>.<br> + Parmi la rue a Bourdonnas<br> + Ving en la rue Thibaut a dez,<br> + Un hons trouvai en ribaudez<a id="footnotetag556" name="footnotetag556"></a><a href="#footnote556" title="Go to footnote 556"><span class="smaller normal">[556]</span></a><br> + En la rue de Bethisi<br> + Entré, ne fus pas ethisi<a id="footnotetag557" name="footnotetag557"></a><a href="#footnote557" title="Go to footnote 557"><span class="smaller normal">[557]</span></a>:<br> + Assez tost trouvai Tire chape;<br> + N'ai garde que rue m'eschape<br> + Que je ne sache bien nommer<br> + Par nom, sans nul mesnommer<a id="footnotetag558" name="footnotetag558"></a><a href="#footnote558" title="Go to footnote 558"><span class="smaller normal">[558]</span></a>.<br> + Sans passer guichet ne postis<a id="footnotetag559" name="footnotetag559"></a><a href="#footnote559" title="Go to footnote 559"><span class="smaller normal">[559]</span></a><br> + En la <i>rue au Quains de Pontis</i><br> + <span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> Fis un chapia<a id="footnotetag560" name="footnotetag560"></a><a href="#footnote560" title="Go to footnote 560"><span class="smaller normal">[560]</span></a> de violete.<br> + La <i>rue o serf et Glorïete</i><br> + Et la <i>rue de l'arbre sel</i><br> + Qui descent sur un biau ruissel<a id="footnotetag561" name="footnotetag561"></a><a href="#footnote561" title="Go to footnote 561"><span class="smaller normal">[561]</span></a><br> + Trouvai et puis <i>Col de Bacon</i><br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br> + Et puis <i>le Fossé Saint Germain</i><br> + Trou-Bernard trouvai main à main,<br> + Part ne compaigne<a id="footnotetag562" name="footnotetag562"></a><a href="#footnote562" title="Go to footnote 562"><span class="smaller normal">[562]</span></a> n'attendi,<br> + Mon chemin a val s'estendi<br> + Par le saint Esperit<a id="footnotetag563" name="footnotetag563"></a><a href="#footnote563" title="Go to footnote 563"><span class="smaller normal">[563]</span></a>, de rue<br> + Sus la riviere en <i>la Grant-rue</i><br> + Seigneur de la porte du Louvre;<br> + Dames y a gentes et bonnes,<br> + De leurs denrées sont trop riches.<br> + Droitement parmi <i>Osteriche</i><br> + Ving en la rue saint Honouré,<br> + La rue trouvai-je Mestre Huré,<br> + Lez lui<a id="footnotetag564" name="footnotetag564"></a><a href="#footnote564" title="Go to footnote 564"><span class="smaller normal">[564]</span></a> seant Dames polies.<br> + Parmi la rue des Poulies<br> + Ving en la <i>rue Daveron</i><br> + Il y demeure un Gentis-hon.<br> + Par la rue Jehan Tison<br> + N'avoie talent de proier<a id="footnotetag565" name="footnotetag565"></a><a href="#footnote565" title="Go to footnote 565"><span class="smaller normal">[565]</span></a>,<br> + Mès par la Croix de Tiroüer<br> + Ving en la rue de Neele<br> + Navoie tabour ne viele:<br> + En la <i>rue Raoul Menuicet</i><br> + Trouvai un homme qui mucet<a id="footnotetag566" name="footnotetag566"></a><a href="#footnote566" title="Go to footnote 566"><span class="smaller normal">[566]</span></a><br> + Une femme en terre et ensiet,<br> + La rue des Estuves en près siet.<br> + En près est la rue du Four:<br> + Lors entrai en un carefour,<br> + Trouvai la rue des Escus<br> + Un homs à grans ongles locus<a id="footnotetag567" name="footnotetag567"></a><a href="#footnote567" title="Go to footnote 567"><span class="smaller normal">[567]</span></a><br> + Demanda, Guillot, que fais tu?<br> + Droitement de <i>Chastiau-Festu</i><br> + M'en ving à la rue a Prouvoires<br> + Ou il a maintes pennes vaires<a id="footnotetag568" name="footnotetag568"></a><a href="#footnote568" title="Go to footnote 568"><span class="smaller normal">[568]</span></a>;<br> + Mon cuer si a bien ferme veue.<br> + Par la <i>rue de la Croix neuve</i><br> + Ving en la <i>rue Raoul Roissole</i>,<br> + N'avoie ne plais<a id="footnotetag569" name="footnotetag569"></a><a href="#footnote569" title="Go to footnote 569"><span class="smaller normal">[569]</span></a> ne sole<br> + La rue de Montmartre trouvai<br> + Il est bien seu et prové<br> + Ma voie fut delivre<a id="footnotetag570" name="footnotetag570"></a><a href="#footnote570" title="Go to footnote 570"><span class="smaller normal">[570]</span></a> et preste<br> + Tout droit par la ruelle e piestre<a id="footnotetag571" name="footnotetag571"></a><a href="#footnote571" title="Go to footnote 571"><span class="smaller normal">[571]</span></a><br> + Ving à la pointe Saint Huitasse<br> + Droit et avant sui<a id="footnotetag572" name="footnotetag572"></a><a href="#footnote572" title="Go to footnote 572"><span class="smaller normal">[572]</span></a> ma trace<br> + Jusques en la Tonnellerie<br> + Ne sui pas cil qui trueve lie.<br> + Mais par devant la Halle au blé<br> + Ou l'en a mainte fois lobé<a id="footnotetag573" name="footnotetag573"></a><a href="#footnote573" title="Go to footnote 573"><span class="smaller normal">[573]</span></a><br> + M'en ving en la Poissonnerie<br> + Des Halles, et en la Formagerie,<br> + Tantost trouvai <i>la Ganterie</i>,<br> + A l'encontre est la Lingerie<br> + La rue o Fevre siet bien près<br> + Et la Cossonnerie après.<br> + Et por moi mieux garder des Halles<br> + Par dessous les avans des Halles<br> + Ving en la rue à Prescheeurs<br> + La bui<a id="footnotetag574" name="footnotetag574"></a><a href="#footnote574" title="Go to footnote 574"><span class="smaller normal">[574]</span></a> avec Freres Meneurs<br> + Dont je n'ai pas chiere marie<a id="footnotetag575" name="footnotetag575"></a><a href="#footnote575" title="Go to footnote 575"><span class="smaller normal">[575]</span></a><br> + Puis alai en la Chanvrerie<br> + Assez près trouvai Maudestour<br> + Et <i>le carrefour de la Tour</i>,<br> + Ou l'on giete mainte sentence<br> + En la maison à Dam<a id="footnotetag576" name="footnotetag576"></a><a href="#footnote576" title="Go to footnote 576"><span class="smaller normal">[576]</span></a> Sequence<br> + Le puis le carrefour départ<a id="footnotetag577" name="footnotetag577"></a><a href="#footnote577" title="Go to footnote 577"><span class="smaller normal">[577]</span></a>:<br> + <span class="pagenum"><a id="page437" name="page437"></a>(p. 437)</span> Jehan Pincheclou d'autre part<br> + Demeura tout droit a l'encontre.<br> + Or dirai sans faire lonc conte<a id="footnotetag578" name="footnotetag578"></a><a href="#footnote578" title="Go to footnote 578"><span class="smaller normal">[578]</span></a><br> + La petite Truanderie<br> + Es rues des Halles s'alie<br> + La rue au Cingne ce me samble<br> + Encontre Maudestour assamble<br> + Droit à la grant Truanderie<br> + Et <i>Merderiau</i> n'obli-je mie,<br> + Ne <i>la petite ruéléte<br> + Jehan Bingne</i> par saint-Clerc<a id="footnotetag579" name="footnotetag579"></a><a href="#footnote579" title="Go to footnote 579"><span class="smaller normal">[579]</span></a>suréte<a id="footnotetag580" name="footnotetag580"></a><a href="#footnote580" title="Go to footnote 580"><span class="smaller normal">[580]</span></a>.<br> + Mon chemin ne fut pas trop rogue<a id="footnotetag581" name="footnotetag581"></a><a href="#footnote581" title="Go to footnote 581"><span class="smaller normal">[581]</span></a><br> + En la <i>rue Nicolas Arode</i><br> + Alai, et puis en Mauconseil.<br> + Une Dame vi sur un seil<a id="footnotetag582" name="footnotetag582"></a><a href="#footnote582" title="Go to footnote 582"><span class="smaller normal">[582]</span></a><br> + Qui moult se portoit noblement;<br> + Je la saluai simplement,<br> + Et elle moi par saint Loys.<br> + Par la sainte rue Saint Denis<br> + Ving en la rue as Oües droit<br> + Pris mon chemin et mon adroit<br> + Droit en la rue Saint-artin<br> + Ou j'oi chanter en latin<br> + De Nostre Dame un si dous chans.<br> + Par la rue des Petits Champs<br> + Alai droitement en Biaubourc<br> + Ne chassoie chievre ne bouc:<br> + Puis truit la <i>rue a Jongleeurs</i><br> + Con ne me tienne à jeugleeurs<a id="footnotetag583" name="footnotetag583"></a><a href="#footnote583" title="Go to footnote 583"><span class="smaller normal">[583]</span></a>.<br> + De la rue Gieffroi l'Angevin<br> + En la rue des Estuves vin,<br> + Et en la <i>rue Lingariere</i><br> + La ou leva mainte plastriere<br> + D'archal mise en œuvr pour voir<a id="footnotetag584" name="footnotetag584"></a><a href="#footnote584" title="Go to footnote 584"><span class="smaller normal">[584]</span></a><br> + Plusieurs gens pour leur vie avoir<br> + Et puis la <i>rue Sendebours<br> + La Trefilliere</i> a l'un des bous,<br> + Et Quiquenpoit que j'ai moult chier,<br> + La rue Auberi le Bouchier<br> + Et puis la Conreerie aussi,<br> + La <i>rue Amauri de Roussi</i>,<br> + En contre Troussevache chiet,<br> + Que Diex gart qu'il ne nous meschiet<a id="footnotetag585" name="footnotetag585"></a><a href="#footnote585" title="Go to footnote 585"><span class="smaller normal">[585]</span></a>,<br> + Et la <i>rue du Vin-le-Roy</i>,<br> + Dieu grace on n'a point de desroy<a id="footnotetag586" name="footnotetag586"></a><a href="#footnote586" title="Go to footnote 586"><span class="smaller normal">[586]</span></a><br> + En la <i>Viez Monnoie</i> par sens<br> + M'en ving aussi conpar à sens<a id="footnotetag587" name="footnotetag587"></a><a href="#footnote587" title="Go to footnote 587"><span class="smaller normal">[587]</span></a>.<br> + Au-dessus d'iluec un petit<br> + Trouvai le Grand et le Petit<br> + Marivaux, si comme il me samble;<br> + Li uns à l'autre bien s'assamble;<br> + Au dessous siet la Hiaumerie<br> + Et assez prez <i>la Lormerie</i><br> + Et parmi <i>la Basennerie</i><br> + Ving en la <i>rue Jehan le Conte</i>;<br> + La Savonnerie en mon conte<br> + Ai mise: Par la Pierre o let<br> + Ving en la rue Jehan Pain molet,<br> + Puis truis<a id="footnotetag588" name="footnotetag588"></a><a href="#footnote588" title="Go to footnote 588"><span class="smaller normal">[588]</span></a> la rue des Arsis;<br> + Sus un siege un petit m'assis<br> + Pour ce que le repos fu bon:<br> + Puis truis les <i>deux rues</i> Saint Bon.<br> + Lors ving en <i>la Buffeterie</i>,<br> + Tantost trouvai <i>la Lamperie</i>,<br> + Et puis la <i>rue de la Porte<br> + Saint Mesri</i>; mon chemin s'apporte<br> + Droit en <i>la rue à Bouvetins</i>.<br> + Par la <i>rue a Chavetiers</i> tins<br> + Ma voie en <i>la rue de l'Estable<br> + Du Cloistre</i> qui est honestable<br> + De Saint Mesri en Baillehoe<br> + Ou je trouvai beaucoup de boe<br> + <span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> Et une rue de renon.<br> + Rue neuve Saint Mesri a non.<br> + Tantost trouvai <i>la Cour Robert<br> + De Paris</i>. Mes par saint Lambert<br> +<span class="add1em">Rue Pierre o lart siet près,</span><br> + Et puis <i>la Bouclerie</i> après:<br> + Ne la rue n'oublige pas<br> + Symon le Franc. Mon petit pas<br> + Alai vers <i>la Porte du Temple;</i><br> + Pensis ma main de lez<a id="footnotetag589" name="footnotetag589"></a><a href="#footnote589" title="Go to footnote 589"><span class="smaller normal">[589]</span></a> ma temple.<br> + En la rue des Blans Mantiaux<br> + Entrai, où je vis mainte piaux<br> + Mettre en conroi<a id="footnotetag590" name="footnotetag590"></a><a href="#footnote590" title="Go to footnote 590"><span class="smaller normal">[590]</span></a> et blanche et noire;<br> + Puis truis la <i>rue Perrenelle<br> + De Saint Pol</i>, la rue du Plastre<br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . . .</span><br> + En près est la rue du Puis.<br> + La rue à Singes après pris<br> + Contreval<a id="footnotetag591" name="footnotetag591"></a><a href="#footnote591" title="Go to footnote 591"><span class="smaller normal">[591]</span></a> la Bretonnerie<br> + M'en ving plain de mirencolie<a id="footnotetag592" name="footnotetag592"></a><a href="#footnote592" title="Go to footnote 592"><span class="smaller normal">[592]</span></a>:<br> + Trouvai la <i>rue des Jardins</i><br> + Ou les Juifs maintrent<a id="footnotetag593" name="footnotetag593"></a><a href="#footnote593" title="Go to footnote 593"><span class="smaller normal">[593]</span></a> jadis;<br> + O <i>carrefour du Temple</i> vins<br> + Ou je bui plain henap de vin<br> + Pour ce que moult grand soif avoie.<br> + A donc me remis a la voie,<br> + La <i>rue de l'Abbaye</i> du Bec.<br> + Hellouin trouvai par abec<a id="footnotetag594" name="footnotetag594"></a><a href="#footnote594" title="Go to footnote 594"><span class="smaller normal">[594]</span></a>,<br> + M'en allai en la Verrerie<br> + Tout contreval la Poterie<br> + Ving au carrefour Guillori<br> + Li un di ho, l'autre hari,<br> + Ne perdit pas mon essien<a id="footnotetag595" name="footnotetag595"></a><a href="#footnote595" title="Go to footnote 595"><span class="smaller normal">[595]</span></a>.<br> + <i>La ruelete Gencien</i><br> + Alai, ou maint un biau varlet<a id="footnotetag596" name="footnotetag596"></a><a href="#footnote596" title="Go to footnote 596"><span class="smaller normal">[596]</span></a>,<br> + Et puis la <i>rue Andri Mallet</i>,<br> + Trouvai la rue du Martrai,<br> + En une ruelle tournai<br> + Qui de Saint Jehan voie à porte<a id="footnotetag597" name="footnotetag597"></a><a href="#footnote597" title="Go to footnote 597"><span class="smaller normal">[597]</span></a><br> + En contre la rue des Deux Portes.<br> + De la viez Tisseranderie<br> + Alai droit <i>en l'Esculerie</i><br> + Fit en la <i>rue de Chartron</i><br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br> + En la <i>rue du Franc-Monrier</i><br> + Alai, et vieux-cimetiere<br> + Saint Jehan meisme en cotiere<a id="footnotetag598" name="footnotetag598"></a><a href="#footnote598" title="Go to footnote 598"><span class="smaller normal">[598]</span></a><br> + Trouvai tost la rue du Bourg—<br> + Tibout, et droit a l'un des bous<br> + La <i>rue Anquetil le Faucheur</i><br> + La <i>maint un compain tencheeur</i><a id="footnotetag599" name="footnotetag599"></a><a href="#footnote599" title="Go to footnote 599"><span class="smaller normal">[599]</span></a>.<br> + En la rue du Temple alai<br> + Isnelement<a id="footnotetag600" name="footnotetag600"></a><a href="#footnote600" title="Go to footnote 600"><span class="smaller normal">[600]</span></a> sans nul délai:<br> + En la rue au Roi de Sezille<br> + Entrai; tantost trouvai Sedile<a id="footnotetag601" name="footnotetag601"></a><a href="#footnote601" title="Go to footnote 601"><span class="smaller normal">[601]</span></a>,<br> + En la rue Renaut le Fevre<br> + Maint, ou el vent et pois et feves<br> + En la <i>rue de Pute-y-muce</i><br> + Y entrai en la maison Luce<br> + Qui maint en rue de Tyron<br> + Des Dames ymes<a id="footnotetag602" name="footnotetag602"></a><a href="#footnote602" title="Go to footnote 602"><span class="smaller normal">[602]</span></a> vous diron<br> + La rue de l'Escoufle est près<br> + Et la rue des Rosiers près<br> + Et <i>la grant-rue de la Porte<br> + Baudeer</i> si con se comporte<br> + M'en allai en rue Percié<br> + Une femme vi destrecié<a id="footnotetag603" name="footnotetag603"></a><a href="#footnote603" title="Go to footnote 603"><span class="smaller normal">[603]</span></a><br> + Pour soi pignier<a id="footnotetag604" name="footnotetag604"></a><a href="#footnote604" title="Go to footnote 604"><span class="smaller normal">[604]</span></a>, qui me donna<br> + <span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> De bon vin. Ma voie adonna<br> + En la <i>rue des Poulies Saint Pou</i><br> + Et au dessus d'iluec un pou<a id="footnotetag605" name="footnotetag605"></a><a href="#footnote605" title="Go to footnote 605"><span class="smaller normal">[605]</span></a><br> + Trouvai la rue a Fauconniers.<br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br> +<span class="wspaced1">. . . . . . . .</span><br> + Parmi la rue du Figuier<br> + Et parmi la rue a Nonains<br> + D'Iere, vi chevaucher deux nains<br> + Qui moult estoient esjoi.<br> + Puis truis la rue de Joy<br> + Et la rue <i>Forgier</i> l'Anier,<br> + <a id="footnotetag606" name="footnotetag606"></a><a href="#footnote606" title="Go to footnote 606"><span class="smaller normal">[606]</span></a>Je ving en la Mortellerie<br> + Ou a mainte tainturerie<br> + La <i>rue Ermeline Boiliaue</i><br> + La rue Garnier sus l'yaue<br> + Trouvay, à ce mon cuyer s'atyre<a id="footnotetag607" name="footnotetag607"></a><a href="#footnote607" title="Go to footnote 607"><span class="smaller normal">[607]</span></a>:<br> + Puis la <i>rue du Cimetire<br> + Saint Gervais</i>, et <i>l'Ourmeciau</i>,<br> + Sans passer fosse ne ruisseau<br> + Ne sans passer planche ne pont<br> + La rue <i>a Moines</i> de Lonc-pont<br> + Trouvai, et <i>rue Saint Jehan<br> + De Greve</i>, ou demeure Jouan<br> + Un homs qu' n'a pas vue saine<br> + Près de <i>la ruele de Saine</i><br> + En <i>la rue sus la riviere</i><br> + Trouvai une fausse estriviere<a id="footnotetag608" name="footnotetag608"></a><a href="#footnote608" title="Go to footnote 608"><span class="smaller normal">[608]</span></a>.<br> + Si m'en reving tout droit en Gréve<br> + Le chemin de rien ne me gréve<br> + Tantost trouvai la Tannerie<br> + Et puis après la Vannerie<br> + La <i>rue de la Coifferie</i><br> + Et puis après la Tacherie<br> + Et la <i>rue aux Commenderesses</i><br> + Ou il a maintes tencheresses<a id="footnotetag609" name="footnotetag609"></a><a href="#footnote609" title="Go to footnote 609"><span class="smaller normal">[609]</span></a><br> + Qui ont maint homme pris o brai<a id="footnotetag610" name="footnotetag610"></a><a href="#footnote610" title="Go to footnote 610"><span class="smaller normal">[610]</span></a><br> + Par le <i>Carefour</i> de Mibrai<br> + En la rue Saint Jacque et ou porce<a id="footnotetag611" name="footnotetag611"></a><a href="#footnote611" title="Go to footnote 611"><span class="smaller normal">[611]</span></a><br> + M'en ving, n'avois sac ni poce<a id="footnotetag612" name="footnotetag612"></a><a href="#footnote612" title="Go to footnote 612"><span class="smaller normal">[612]</span></a>:<br> + Puis alai en la Boucherie<br> + La <i>rue de l'Escorcherie</i><br> + Tournai; parmi <i>la Triperie</i><br> + M'en ving en <i>la Poulaillerie</i>,<br> + Car c'est la dernière rue<br> + Et si siet droit sur la Grant-rue.</p> + +<p>Guillot si fait à tous sçavoir,<br> + Que par deça Grand pont pour voir<a id="footnotetag613" name="footnotetag613"></a><a href="#footnote613" title="Go to footnote 613"><span class="smaller normal">[613]</span></a><br> + N'a que deux cent rues mains six:<br> + Outre Petit-pont quatre-vingt<br> + Dedans les murs non pas dehors.<br> + Les autres rues ai mis hors<br> + De sa rime puisqu'il n'ont chief<a id="footnotetag614" name="footnotetag614"></a><a href="#footnote614" title="Go to footnote 614"><span class="smaller normal">[614]</span></a>.<br> + Ci vout faire de son Dit chief<a id="footnotetag615" name="footnotetag615"></a><a href="#footnote615" title="Go to footnote 615"><span class="smaller normal">[615]</span></a><br> + Guillot, qui a fait maint bias dits,<br> + Dit qu'il n'a que trois cent et dix<br> + Rues à Paris vraiement<br> + Le dous Seigneur du Firmament<br> + Et sa tres douce chiere Mere<br> + Nous défende de mort amere.</p> +</div> + +<p class="center"><i>Explicit le Dit des Rues de Paris.</i></p> + +<p class="p2"><span class="pagenum"><a id="page440" name="page440"></a>(p. 440)</span> Guillot marque expressément qu'il a exclu de son ouvrage le nom +des <i>rues sans chief</i>, c'est-à-dire qu'il ne fait aucune mention des +<i>culs-de-sac</i>, de manière que si les noms de quelques-uns de ceux qui +existent aujourd'hui se trouvent dans cette nomenclature, c'est qu'ils +auront été formés depuis par la construction de quelque édifice, ce qui +est arrivé quelquefois, et même dans le siècle dernier.</p> + +<p>Il résulte de son calcul qu'il n'y avoit alors que trois cent dix rues à +Paris. L'abbé Lebeuf observe que, dans le quartier d'au-delà du Grand +pont<a id="footnotetag616" name="footnotetag616"></a><a href="#footnote616" title="Go to footnote 616"><span class="smaller normal">[616]</span></a>, ce poète compte cent quatre-vingt-quatorze rues, et n'en +nomme que cent quatre-vingt-quatre dans ses vers. Ce savant présume que +cette différence vient de quelque erreur de copiste, et l'on voit en +effet, dans Sauval, qu'en 1300 il existoit plusieurs rues de ce +quartier-là qui ne sont point spécifiées dans ce poëme. Il y avoit, par +exemple, sur la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois, la rue <i>gui +d'Aucerre</i>, la rue <i>gui le Braolier</i>, la rue <i>Gilbert l'Anglois</i>; sur +celle de <span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> Saint-Eustache, la rue <i>de Verneuil</i>, la rue <i>Alain +de Dampierre</i>; sur celle de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, la rue <i>Jean +Bonne Fille</i>; sur celle de Saint-Jean, <i>la cour Harchier</i>; sur celle de +Saint-Méri, la rue <i>Guillaume Espaulart</i>.</p> + +<p>Gilles Corrozet, qui vivoit vers le milieu du seizième siècle, ne compte +encore dans cette ville que <i>quatre cents</i> rues ou ruelles. Aujourd'hui +il y en a plus de mille.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page442" name="page442"></a>(p. 442)</span> RUES DE L'ÎLE DE LA CITÉ.</h2> + +<p><i>Rue de l'Abreuvoir.</i> Elle alloit du cloître Notre-Dame à la Seine. +Lorsque l'endroit vulgairement appelé <i>le Terrain</i> eut été environné de +murs, on y laissa un côté ouvert pour conduire les chevaux à la rivière, +et c'est de là que cette rue a pris son nom<a id="footnotetag617" name="footnotetag617"></a><a href="#footnote617" title="Go to footnote 617"><span class="smaller normal">[617]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue Sainte-Anne.</i> Elle commence à la rue Saint-Louis, et aboutit à +l'une des portes du Palais. Cette rue fut ouverte en 1631, et nommée +ainsi en l'honneur de la reine Anne d'Autriche. C'étoit par cette rue +que le roi passoit chaque fois qu'il alloit au Palais.</p> + +<p><i>Rue de l'Arcade.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de Nazareth, de +l'autre dans la cour du Palais, et doit son nom à la voûte qui sert de +communication aux bâtiments de la chambre des comptes. Elle se nommoit +autrefois <i>rue de Jérusalem</i>, et l'on présume que ce nom lui venoit de +l'hospice où saint Louis logeoit les pélerins qui alloient à Jérusalem +ou qui en revenoient<a id="footnotetag618" name="footnotetag618"></a><a href="#footnote618" title="Go to footnote 618"><span class="smaller normal">[618]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> <i>Rue de la Barillerie.</i> Elle commence à la descente du pont +Saint-Michel, et finit à la rue Saint-Barthélemi. En 1398, la partie de +cette rue qui commence à celle de la Calendre se nommoit <i>rue du +Pont-Saint-Michel</i><a id="footnotetag619" name="footnotetag619"></a><a href="#footnote619" title="Go to footnote 619"><span class="smaller normal">[619]</span></a>. Dès l'an 1280 elle est appelée <i>Barilleria</i>. +Guillot la nomme la <i>grant Bariszerie</i>. Ce surnom de <i>grande</i> a pu lui +être donné pour la distinguer d'une ruelle de la <i>Barillerie</i> qui lui +étoit parallèle, et alloit de la rue de la Calendre à la rivière. +Celle-ci est maintenant coupée et couverte de maisons.</p> + +<p><i>Rue Saint-Barthélemi.</i> Elle continue la rue de la Barillerie, et finit +à la place du pont au Change. On ne la distinguoit point de cette +dernière au quatorzième siècle. Cependant dès 1220 on lui trouve le nom +qu'elle porte encore aujourd'hui<a id="footnotetag620" name="footnotetag620"></a><a href="#footnote620" title="Go to footnote 620"><span class="smaller normal">[620]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue de Basville.</i> On a donné ce nom à une communication de la cour +Neuve à celle de Lamoignon, construite par les ordres de Guillaume de +Lamoignon, premier président et seigneur de Basville.</p> + +<p><i>Rue de la Calendre.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de la Barillerie, +et de l'autre dans la rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle de +Saint-Christophe. Elle portoit ce nom dès 1280; mais on ignore s'il lui +venoit d'une enseigne ou si elle le devoit à quelque famille<a id="footnotetag621" name="footnotetag621"></a><a href="#footnote621" title="Go to footnote 621"><span class="smaller normal">[621]</span></a>. On +<span class="pagenum"><a id="page444" name="page444"></a>(p. 444)</span> trouve dans le censier de saint Éloi de 1343, une maison qui +fut à <i>Jean de la Kalendre</i><a id="footnotetag622" name="footnotetag622"></a><a href="#footnote622" title="Go to footnote 622"><span class="smaller normal">[622]</span></a>; une autre indiquée sous le même nom en +1351; et dans celui de 1367, la maison à <i>Nicolas le Kalendreur, où +souloient être les lions du roi</i>. Cependant elle n'a pris ce nom que +vers le milieu du treizième siècle, et avant cette époque on la voit +désignée dans les titres sous la dénomination générale de <i>Via quâ itur +à Parvo ponte ad plateam Sancti-Michaelis</i>.</p> + +<p><i>Rue des Trois-Canettes.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de la +Licorne, et de l'autre dans celle de Saint-Christophe. Elle est désignée +sous les deux noms de la <i>Pomme Rouge</i> et des <i>Canettes</i>, dans un arrêt +du 4 juillet 1480<a id="footnotetag623" name="footnotetag623"></a><a href="#footnote623" title="Go to footnote 623"><span class="smaller normal">[623]</span></a>. Sauval rapporte l'extrait d'un compte de +1421<a id="footnotetag624" name="footnotetag624"></a><a href="#footnote624" title="Go to footnote 624"><span class="smaller normal">[624]</span></a>, où est indiquée une rue de <i>l'Homme Sauvage</i>, dont la +situation annonce de l'identité avec celle-ci. <span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> Le peuple a +souvent substitué à l'ancien nom des rues celui d'une enseigne ou d'une +maison plus remarquable.</p> + +<p><i>Rue des Carcaisons.</i> Elle aboutit à la rue de la Calendre et au +Marché-Neuf. Ce nom, dont on ne peut découvrir l'origine, n'a jamais +varié que dans la manière de l'écrire, Sauval l'appelle +d'<i>Escarcuissons</i>, d'autres, <i>des Carquillons</i>, <i>des Carcuissons</i> ou +<i>Carcaissons</i>. Il y a dans cette rue un cul-de-sac du même nom.</p> + +<p><i>Rues Chanoinesse, des Chantres et du Chapitre.</i> On a donné ces noms à +trois rues qui sont dans le cloître Notre-Dame. La rue du <i>Chapitre</i> a +reçu depuis peu le nom de rue <i>Massillon</i>.</p> + +<p><i>Rue Saint-Christophe.</i> Elle commence au coin de la rue de la Juiverie +et du Marché-Palu, et aboutit au Parvis. Elle doit son nom à l'église +qui existoit en cet endroit. Dans les anciens titres elle est indiquée +sous celui de la <i>Regraterie</i><a id="footnotetag625" name="footnotetag625"></a><a href="#footnote625" title="Go to footnote 625"><span class="smaller normal">[625]</span></a>. Guillot l'appelle <i>grant rue +Saint-Christophe</i> pour la distinguer d'une ruelle qui portoit le même +nom et qui n'existe plus. Cette ruelle, désignée depuis sous le nom de +rue de la <i>Huchette</i>, fut comprise dans le Parvis Notre-Dame.</p> + +<p>Dans la rue Saint-Christophe est un cul-de-sac qui porte le nom de +cul-de-sac de <i>Jérusalem</i>.</p> + +<p><i>Cloître Notre-Dame.</i> On entend sous ce nom tout l'espace compris depuis +le <i>Terrain</i> jusqu'au pont Rouge; de là en suivant les rues d'Enfer et +de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des Marmousets, puis en +retour l'alignement qui alloit rejoindre la porte placée, avant la +révolution, auprès de l'église Notre-Dame. <span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> Dans cet espace +étoient situées la chapelle de Saint-Agnan, l'église de +Saint-Denis-du-Pas et celle de Saint-Jean-le-Rond<a id="footnotetag626" name="footnotetag626"></a><a href="#footnote626" title="Go to footnote 626"><span class="smaller normal">[626]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue Cocatrix.</i> Elle aboutit à la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs et à +celle des Canettes. Le nom de <i>Cocatrix</i> est celui d'une famille fort +connue au treizième siècle, et du fief qui lui appartenoit<a id="footnotetag627" name="footnotetag627"></a><a href="#footnote627" title="Go to footnote 627"><span class="smaller normal">[627]</span></a>. Il +étoit situé entre la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs et celle des +Deux-Ermites. Un acte de 1300 l'indique ainsi: <i>Domus Cocatricis quæ +contigit domui Marmosetorum.</i></p> + +<p><i>Rue de la Colombe.</i> Elle traverse de la rue des Marmousets dans la rue +d'Enfer. On voit dans un acte d'amortissement de deux maisons, fait à +l'Hôtel-Dieu<a id="footnotetag628" name="footnotetag628"></a><a href="#footnote628" title="Go to footnote 628"><span class="smaller normal">[628]</span></a>, qu'elle portoit ce nom en 1223. Cependant Sauval dit +qu'elle se nommoit rue <i>de la Couronne</i> en 1408. Jaillot pense qu'il +s'est trompé, et que ce nom n'a été donné qu'à la rue du <i>Chevet +Saint-Landri</i>.</p> + +<p><i>Rue Sainte-Croix.</i> Elle aboutit aux rues de la Vieille-Draperie et +Gervais-Laurent. Au douzième siècle on la nommoit <i>petite rue +Sainte-Croix</i>, et dans les siècles suivants, <i>ruelle Sainte-Croix</i><a id="footnotetag629" name="footnotetag629"></a><a href="#footnote629" title="Go to footnote 629"><span class="smaller normal">[629]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue de la Vieille-Draperie.</i> Elle va de la rue de la Barillerie à celle +de la Juiverie, vis-à-vis la rue des Marmousets. C'est une des plus +anciennes rues de la Cité: elle étoit en partie habitée par des Juifs; +et lorsqu'ils <span class="pagenum"><a id="page447" name="page447"></a>(p. 447)</span> en furent chassés en 1183, Philippe-Auguste y +établit des drapiers, auxquels il donna vingt-quatre maisons, moyennant +cent livres de rente<a id="footnotetag630" name="footnotetag630"></a><a href="#footnote630" title="Go to footnote 630"><span class="smaller normal">[630]</span></a>: c'est ce qui lui fit donner le nom de +<i>Judæaria Pannificorum</i><a id="footnotetag631" name="footnotetag631"></a><a href="#footnote631" title="Go to footnote 631"><span class="smaller normal">[631]</span></a>. En 1293 on l'appeloit <i>la Draperie</i>, et en +1313 <i>la Viez-Draperie</i><a id="footnotetag632" name="footnotetag632"></a><a href="#footnote632" title="Go to footnote 632"><span class="smaller normal">[632]</span></a>. Tous les titres du quinzième siècle +l'appellent rue de la <i>Vieille-Draperie</i>, et depuis, ce nom n'a pas +varié; elle fut élargie à ses deux extrémités dans le dix-septième +siècle<a id="footnotetag633" name="footnotetag633"></a><a href="#footnote633" title="Go to footnote 633"><span class="smaller normal">[633]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue Saint-Éloi.</i> Elle traverse de la rue de la Calendre dans celle de +la Vieille-Draperie. En 1280 cette rue s'appeloit <i>Cavateria</i>; Guillot +la nomme <i>la Chavaterie</i>, et les censives de Saint-Éloi de 1343 et 1367, +<i>la Cavaterie</i> et <i>la Saveterie</i>. Enfin elle fut nommée <i>de Saint-Éloi</i>, +parce qu'elle fut ouverte sur la partie de l'église et du chœur du +monastère de ce saint.</p> + +<p>Dans cette rue est un cul-de-sac nommé de <i>Saint-Martial</i>, parce qu'il +conduisoit à l'église de ce nom. On disoit <i>ruelle Saint-Macial</i> en +1398<a id="footnotetag634" name="footnotetag634"></a><a href="#footnote634" title="Go to footnote 634"><span class="smaller normal">[634]</span></a>, <i>ruelle du Porche Saint-Martial</i> en 1404, et <i>rue +Saint-Martial</i> en 1459.</p> + +<p><i>Rue d'Enfer.</i> Elle commence à la rue Basse-des-Ursins, et aboutit à la +porte du cloître de Notre-Dame et au pont Rouge. On ne doit chercher +l'étymologie de ce nom que dans l'ancienne situation de cette rue, qui +n'étoit pas alors séparée de la rivière par un quai<a id="footnotetag635" name="footnotetag635"></a><a href="#footnote635" title="Go to footnote 635"><span class="smaller normal">[635]</span></a>. Les registres +<span class="pagenum"><a id="page448" name="page448"></a>(p. 448)</span> capitulaires de Notre-Dame la nomment <i>via inferior, portus +Sancti-Landerici</i>. En 1300, 1313 et depuis, on la nommoit <i>le port +Saint-Landri</i>, <i>rue Saint-Landri</i>, <i>du port Saint-Landri</i>, et <i>grant rue +Saint Landri-sur-l'Yaue</i>. Vers le milieu du seizième siècle, elle a pris +le nom de rue <i>d'Enfer</i><a id="footnotetag636" name="footnotetag636"></a><a href="#footnote636" title="Go to footnote 636"><span class="smaller normal">[636]</span></a>; et dernièrement le nom de cette rue a été +changé en celui de <i>rue Basse-des-Ursins</i>.</p> + +<p><i>Rue l'Évêque.</i> Elle commence à la première porte de l'Archevêché, et +aboutit à la rivière et au pont de l'Hôtel-Dieu. C'étoit en cet endroit +que commençoit le port l'Évêque, c'est-à-dire le rivage qui règne le +long du jardin de l'Archevêché, jusqu'au <i>Terrain</i>. On la nommoit, en +1282, rue <i>du port l'Évêque</i> et rue <i>des Bateaux, vicus ad +Batellos</i><a id="footnotetag637" name="footnotetag637"></a><a href="#footnote637" title="Go to footnote 637"><span class="smaller normal">[637]</span></a>. La justice du chapitre s'étendoit jusque là, ainsi que +le prouvent une de ses ordonnances, et la transaction passée entre +Étienne Tempier, évêque de Paris, et le chapitre de Notre-Dame en +1272<a id="footnotetag638" name="footnotetag638"></a><a href="#footnote638" title="Go to footnote 638"><span class="smaller normal">[638]</span></a>. Plusieurs autres titres en font également foi.</p> + +<p><i>Rue aux Fèves.</i> Elle va de la rue de la Vieille-Draperie à celle de la +Calendre. On n'a guère varié que sur l'orthographe de son nom, mais les +différentes façons de l'écrire ont donné lieu à différentes étymologies. +Elle est nommée rue <i>aux Fèves</i> dans un titre de 1291<a id="footnotetag639" name="footnotetag639"></a><a href="#footnote639" title="Go to footnote 639"><span class="smaller normal">[639]</span></a>, ainsi que +dans Guillot; et dans les actes du chapitre du quatorzième siècle, etc., +<i>vicus Fabarum</i>. D'autres l'ont appelée rue <span class="pagenum"><a id="page449" name="page449"></a>(p. 449)</span> <i>au Feure</i>, mot +qui signifie <i>de la paille</i>; ce qui paroîtroit assez plausible, à cause +du marché au blé qui en étoit voisin<a id="footnotetag640" name="footnotetag640"></a><a href="#footnote640" title="Go to footnote 640"><span class="smaller normal">[640]</span></a>. Enfin il y en a qui ont +écrit: rue <i>aux Febvres</i>, <i>aux Fevres</i> (<i>via ad Fabros</i>)<a id="footnotetag641" name="footnotetag641"></a><a href="#footnote641" title="Go to footnote 641"><span class="smaller normal">[641]</span></a>. Ce +dernier nom paroît le véritable, parce qu'elle est indiquée ainsi dans +le plus ancien titre qui en fasse mention. Ce sont des lettres de saint +Louis de 1260, par lesquelles il cède trente sous de cens sur une +maison; <i>in vico Fabrorum, prope S. Martialem</i><a id="footnotetag642" name="footnotetag642"></a><a href="#footnote642" title="Go to footnote 642"><span class="smaller normal">[642]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue du Four-Basset.</i> C'étoit un passage qui communiquoit de la rue de +la Juiverie dans la rue aux Fèves, et qui est fermé depuis long-temps. +Guillot le nomme en 1300 la <i>petite Orberie</i>. Dans le rôle des taxes de +1313 il est indiqué rue du <i>Four-Basset</i>, soit que ce nom lui vînt d'un +four bâti en cet endroit, soit qu'il le dût à une grande maison nommée +la <i>Cour-Basset</i>, dont il est fait mention dans un censier de +Saint-Éloi<a id="footnotetag643" name="footnotetag643"></a><a href="#footnote643" title="Go to footnote 643"><span class="smaller normal">[643]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue Gervais-Laurent.</i> Elle donne d'un bout dans la rue de la Lanterne, +et de l'autre dans celle de la Vieille-Draperie. En 1248, 1250, etc., on +la nommoit <i>vicus Gervasii Loorandi</i>, <i>vicus de Loorens</i>, +<i>Lohorens</i><a id="footnotetag644" name="footnotetag644"></a><a href="#footnote644" title="Go to footnote 644"><span class="smaller normal">[644]</span></a>; en 1300 et 1313, rue <i>Gervese-Lorens</i>. On a dit depuis +<i>Gervais-Laurent</i>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page450" name="page450"></a>(p. 450)</span> <i>Rue de Glatigny.</i> Elle commence à la rue des Marmousets, et +aboutit à la rivière. On donnoit le nom de <i>Glateingni</i> à cette rue et +aux environs de Saint-Denis-de-la-Chartre jusqu'à l'hôtel des Ursins. +Des titres disent qu'on y voyoit une maison de <i>Glategni</i>, qui, en 1241, +appartenoit à Robert et Guillaume de Glatigni<a id="footnotetag645" name="footnotetag645"></a><a href="#footnote645" title="Go to footnote 645"><span class="smaller normal">[645]</span></a>. En 1266 on trouve +des maisons indiquées <i>in Glatigniaco</i><a id="footnotetag646" name="footnotetag646"></a><a href="#footnote646" title="Go to footnote 646"><span class="smaller normal">[646]</span></a>. Dès le quatorzième siècle, +cette rue étoit habitée par des femmes publiques, et on la nommoit <i>le +val d'Amour</i>. En 1380 elle avoit aussi le nom de rue <i>au Chevet de +Saint-Denis-de-la-Chartre</i>. Mais alors même on la nommoit, comme avant +et après, <i>rue de Glatigny</i>.</p> + +<p><i>Rue de Harlay.</i> Elle traverse du quai de l'Horloge à celui des +Orfèvres, et doit son nom, comme nous l'avons déjà dit, au premier +président de Harlay, à qui le roi avoit donnée, en 1607, les deux +petites îles qui étoient au bout du jardin du Palais. En 1672 on abattit +une maison, afin d'y pratiquer une porte et un passage qui communiquât à +la cour Neuve.</p> + +<p><i>Rue des Deux-Ermites.</i> Elle donne d'un bout dans la rue Cocatrix, et de +l'autre dans celle des Marmouzets. En 1220 on la nommoit <i>la cour Ferri +de Paris, proprisia Ferrici dicti Paris</i>. On la nomma ensuite rue <i>de la +Confrérie Notre-Dame</i>, parce que la maison de la <i>Communalité des +Chapelains</i> y étoit située<a id="footnotetag647" name="footnotetag647"></a><a href="#footnote647" title="Go to footnote 647"><span class="smaller normal">[647]</span></a>, et au seizième siècle, rue <i>de +l'Armite</i>, ensuite <i>des Ermites</i>, et <i>des Deux-Ermites</i>, à cause d'une +maison qui avoit cette <span class="pagenum"><a id="page451" name="page451"></a>(p. 451)</span> enseigne. En 1640 elle est indiquée +dans le rôle des commissaires de ce quartier, sous le nom des <i>Deux +Serviteurs</i><a id="footnotetag648" name="footnotetag648"></a><a href="#footnote648" title="Go to footnote 648"><span class="smaller normal">[648]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue de la Juiverie.</i> Elle continue la rue du Marché-Palu, et aboutit à +celle de la Lanterne. Les juifs qui y demeuroient lui ont fait donner ce +nom, qui n'a varié que dans l'orthographe. Guillot écrit <i>la Juerie</i>; en +1313, <i>la Juyrie</i>; <i>la Juisvie en</i> 1405, <i>Juiferie</i> et <i>Juifrie</i> en 1450 +et 1560. Il y avoit dans cette rue un marché au blé, qu'on appeloit <i>la +halle de Beauce</i>. Un titre nous apprend que Philippe-Auguste la donna à +son échanson<a id="footnotetag649" name="footnotetag649"></a><a href="#footnote649" title="Go to footnote 649"><span class="smaller normal">[649]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue Saint-Landri.</i> Elle commence à la rue des Marmouzets, et finit à la +rivière. Elle étoit anciennement désignée sous le nom de <i>port +Notre-Dame</i><a id="footnotetag650" name="footnotetag650"></a><a href="#footnote650" title="Go to footnote 650"><span class="smaller normal">[650]</span></a>, et confondue avec la rue d'Enfer et celle des Ursins. +En 1267 on la nommoit <i>Terra ad Batellos</i><a id="footnotetag651" name="footnotetag651"></a><a href="#footnote651" title="Go to footnote 651"><span class="smaller normal">[651]</span></a>. L'évêque, vers ce même +temps, y avoit une maison, nommée <i>de la Lavanderie</i><a id="footnotetag652" name="footnotetag652"></a><a href="#footnote652" title="Go to footnote 652"><span class="smaller normal">[652]</span></a>. Le bout de ce +chemin, vers le pont Rouge, se nommoit <i>Fimus</i> en 1213; <i>Firmarium</i> et +<i>vicus Firmarii</i> en 1219 et 1222; rue <i>du Fumer</i> en 1248<a id="footnotetag653" name="footnotetag653"></a><a href="#footnote653" title="Go to footnote 653"><span class="smaller normal">[653]</span></a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span> Au bout de cette rue étoit une petite ruelle qui aboutissoit à +la rivière et qui depuis a été fermée à ses deux extrémités. En 1265 on +la nommoit rue <i>Percée</i><a id="footnotetag654" name="footnotetag654"></a><a href="#footnote654" title="Go to footnote 654"><span class="smaller normal">[654]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue du Chevet-Saint-Landri.</i> Elle donne d'un bout dans la rue des +Marmouzets, et de l'autre dans la rue d'Enfer; dès le treizième siècle +on disoit <i>le Chevez-Saint-Landri</i>, parce que le fond de cette église, +qu'on nomme <i>le Chevet</i>, donnoit dans cette rue. Dans un bail fait en +1451 par l'abbé de Saint-Victor, elle est nommée <i>rue de la +Couronne</i><a id="footnotetag655" name="footnotetag655"></a><a href="#footnote655" title="Go to footnote 655"><span class="smaller normal">[655]</span></a>. Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même +nom.</p> + +<p><i>Rue de la Lanterne.</i> Elle continue la rue de la Juiverie, et aboutit au +pont Notre-Dame. Elle est appelée, dans les cartulaires de +Saint-Denis-de-la-Chartre, rue <i>de la place de +Saint-Denis-de-la-Chartre</i>, rue <i>devant la place et l'église +Saint-Denis</i>, rue <i>devant la Croix Saint-Denis</i>, rue <i>du +Pont-Notre-Dame</i><a id="footnotetag656" name="footnotetag656"></a><a href="#footnote656" title="Go to footnote 656"><span class="smaller normal">[656]</span></a>. Son dernier nom lui vient d'une enseigne; et on +le trouve dès 1326<a id="footnotetag657" name="footnotetag657"></a><a href="#footnote657" title="Go to footnote 657"><span class="smaller normal">[657]</span></a>, puis dans la liste des rues du quinzième +siècle, dans Corrozet, et sur tous les plans.</p> + +<p><i>Rue de la Licorne.</i> Elle traverse de la rue Saint-Christophe à celle +des Marmouzets. En 1269 elle étoit appelée rue <i>près le Chevet de la +Madeleine</i>; mais elle étoit déjà connue sous le nom de <i>vicus +Nebulariorum</i>, rue <i>as Oubloyers</i>, <i>des Oublayers</i>, <i>Oblayers</i>, <i>aux +Obléeurs</i> et <i>Oublieurs</i><a id="footnotetag658" name="footnotetag658"></a><a href="#footnote658" title="Go to footnote 658"><span class="smaller normal">[658]</span></a>. Elle prit le nom qu'elle porte <span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span> +encore aujourd'hui, d'une ruelle qui y aboutissoit, et dans laquelle +pendoit une enseigne de la Licorne.</p> + +<p><i>Rue Saint-Louis.</i> Elle aboutissoit au pont Saint-Michel et au quai des +Orfèvres. On commença à l'ouvrir sous le règne de Henri IV, pour +faciliter la communication avec le pont Neuf. On l'appela d'abord la rue +<i>Neuve</i>, et ensuite la rue <i>Neuve-Saint-Louis</i><a id="footnotetag659" name="footnotetag659"></a><a href="#footnote659" title="Go to footnote 659"><span class="smaller normal">[659]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue du Marché-Neuf.</i> Elle commence au bout du pont Saint-Michel, et +aboutit à la rue du Marché-Palu, en face de la rue Neuve-Notre-Dame. On +comprend sous ce nom le marché et les deux petites rues qui y +conduisent. Guillot l'appelle <i>la grant Orberie</i>. Elle étoit autrefois +bouchée du côté du <i>Marché-Palu</i>, et ce ne fut qu'en 1557 qu'on l'ouvrit +pour en faire un marché<a id="footnotetag660" name="footnotetag660"></a><a href="#footnote660" title="Go to footnote 660"><span class="smaller normal">[660]</span></a>. En 1560 le quai Saint-Michel fut +construit<a id="footnotetag661" name="footnotetag661"></a><a href="#footnote661" title="Go to footnote 661"><span class="smaller normal">[661]</span></a>, et l'on bâtit, quelques années après, dix-sept +boutiques, une halle au poisson et deux boucheries aux deux extrémités, +vers les deux ponts. Ces travaux ayant été terminés en 1568, les +marchands de poissons et d'herbes qui se tenoient près le Petit-Châtelet +eurent ordre de s'établir dans ce marché. En 1734, douze maisons furent +démolies; on ne conserva qu'une boucherie, et l'on établit un +corps-de-garde à l'autre extrémité<a id="footnotetag662" name="footnotetag662"></a><a href="#footnote662" title="Go to footnote 662"><span class="smaller normal">[662]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue du Marché-Palu.</i> Elle commence au petit Pont <span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span> et finit au +coin des rues de la Calendre et de Saint-Christophe. Elle étoit connue +sous ce nom au treizième siècle, et il ne paroît pas qu'elle en ait +changé depuis<a id="footnotetag663" name="footnotetag663"></a><a href="#footnote663" title="Go to footnote 663"><span class="smaller normal">[663]</span></a>. Elle doit sans doute ce titre de <i>Marché</i> à celui +qui s'y voyoit de toute ancienneté, et qui s'étendoit dans la rue de la +Juiverie. On y vendoit du blé, des herbes et des légumes. Le surnom de +<i>Palu</i> lui vient de ce que cet endroit étoit humide et non pavé. Il ne +faut pas croire cependant que ce terrain, quoiqu'il ait été depuis +considérablement exhaussé, fût alors un marais. Il y avoit une enceinte +de murs autour de la Cité, qui en mettoit l'intérieur à l'abri des +inondations, et le marché étoit à une certaine distance du rivage; mais +les eaux pluviales et toutes celles de la Cité qui passoient par cet +endroit pour se rendre à la rivière, comme elles y passent encore +aujourd'hui, le rendoient extrêmement marécageux<a id="footnotetag664" name="footnotetag664"></a><a href="#footnote664" title="Go to footnote 664"><span class="smaller normal">[664]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue des Marmouzets</i><a id="footnotetag665" name="footnotetag665"></a><a href="#footnote665" title="Go to footnote 665"><span class="smaller normal">[665]</span></a>. Elle commence à la rue de la Juiverie, et +aboutit au cloître Notre-Dame, au coin de la rue de la Colombe. Elle +doit ce nom à une grande <span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> maison appelée, dans les anciens +titres, <i>domus Marmosetorum</i><a id="footnotetag666" name="footnotetag666"></a><a href="#footnote666" title="Go to footnote 666"><span class="smaller normal">[666]</span></a>; ce nom n'a guère varié. Guillot la +nomme <i>du Marmouzet</i>; le rôle des taxes de 1313, <i>des Marmozets</i>; la +liste des rues du quinzième siècle, <i>des Marmouzettes</i>.</p> + +<p><i>Rue du Haut-Moulin.</i> Elle aboutit aux rues de la Lanterne et de +Glatigny. Guillot la nomme <i>rue Saint-Denis-de-la-Chartre</i>. Il paroît, +par les titres de ce prieuré, que, dès 1204, elle s'appeloit <i>rue Neuve +Saint-Denis</i><a id="footnotetag667" name="footnotetag667"></a><a href="#footnote667" title="Go to footnote 667"><span class="smaller normal">[667]</span></a>; cependant, dans un acte de 1206, elle n'est indiquée +que sous le nom de <i>Strata anterior</i>. Au milieu du seizième siècle, +cette rue étoit partagée en deux parties; l'une s'appeloit rue +<i>Saint-Symphorien</i>, et l'autre <i>des Hauts-Moulins</i><a id="footnotetag668" name="footnotetag668"></a><a href="#footnote668" title="Go to footnote 668"><span class="smaller normal">[668]</span></a>.</p> + +<p><i>Rue de Nazareth.</i> Elle commence au quai des Orfèvres, <span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span> et +aboutit à l'hôtel du premier président<a id="footnotetag669" name="footnotetag669"></a><a href="#footnote669" title="Go to footnote 669"><span class="smaller normal">[669]</span></a>. Anciennement elle se +nommoit rue <i>de Galilée</i>.</p> + +<p><i>Rue Neuve Notre-Dame.</i> Elle aboutit au Marché-Palu et au Parvis de la +cathédrale. Elle fut ouverte par Maurice de Sully, évêque de Paris; +avant lui il n'y avoit point de rue en cet endroit, et l'on se rendoit +de ce coté à Notre-Dame par la rue <i>des Sablons</i>, qui étoit située entre +les maisons de cette rue et les bâtiments de l'Hôtel-Dieu. La rue +nouvelle prit d'abord le nom de <i>Neuve</i>, qu'elle portoit encore en 1250. +On y ajouta ensuite celui de Notre-Dame, qu'elle a toujours conservé +depuis.</p> + +<p>Il y avoit anciennement quatre rues qui aboutissoient à celle-ci, et qui +ne subsistent plus. La première forme un cul-de-sac appelé <i>de +Jérusalem</i>; les trois autres s'appeloient rues <i>du Coulon</i><a id="footnotetag670" name="footnotetag670"></a><a href="#footnote670" title="Go to footnote 670"><span class="smaller normal">[670]</span></a>, <i>de +Venise</i><a id="footnotetag671" name="footnotetag671"></a><a href="#footnote671" title="Go to footnote 671"><span class="smaller normal">[671]</span></a> et <i>du Parvis</i><a id="footnotetag672" name="footnotetag672"></a><a href="#footnote672" title="Go to footnote 672"><span class="smaller normal">[672]</span></a>. Ces trois dernières rues ont été +comprises dans l'agrandissement du Parvis et dans les bâtiments des +Enfants-Trouvés.</p> + +<p><i>Place du Palais.</i> Elle fut construite, par ordre de Louis XVI, en 1787. +Avant cette époque, la rue de la Vieille-Draperie se prolongeoit jusqu'à +celle de la Barillerie, à l'exception du vide que formoit l'emplacement +de la maison de Jean-Châtel.</p> + +<p><i>Rue de la Pelleterie.</i> Elle aboutissoit d'un côté à la rue +Saint-Barthélemi, et de l'autre à la rue de la Lanterne, vis-à-vis +Saint-Denis-de-la-Chartre. Au douzième <span class="pagenum"><a id="page457" name="page457"></a>(p. 457)</span> siècle elle étoit +occupée par les juifs; et après leur expulsion, Philippe-Auguste, par +ses lettres de 1183, donna, moyennant 73 livres de cens, dix-huit de +leurs maisons aux Pelletiers, qui s'y établirent, et lui donnèrent leur +nom<a id="footnotetag673" name="footnotetag673"></a><a href="#footnote673" title="Go to footnote 673"><span class="smaller normal">[673]</span></a>. Auparavant, elle est indiquée sous celui de <i>Macra-Madiana</i>, +dont on n'a pu trouver la signification<a id="footnotetag674" name="footnotetag674"></a><a href="#footnote674" title="Go to footnote 674"><span class="smaller normal">[674]</span></a>. Depuis 1300, elle a pris +le nom de la Vieille-Pelleterie, et ce nom n'a pas changé.</p> + +<p>Il y avoit quatre ruelles dans cette rue, l'une étoit désignée sous le +nom de <i>Port-aux-Œufs</i> (<i>Voy.</i> ci-après); les trois autres n'étoient +connues que sous la dénomination générale de <i>ruelles allant à la +Seine</i><a id="footnotetag675" name="footnotetag675"></a><a href="#footnote675" title="Go to footnote 675"><span class="smaller normal">[675]</span></a>. Le côté de la rue de la Pelleterie qui longeoit la rivière +a été abattu, et sur l'espace qu'il occupoit on a établi le +<i>Marché-aux-Fleurs</i>; l'autre côté de la rue existe, et a conservé son +ancien nom.</p> + +<p><i>Rue Perpignan.</i> Elle traverse de la rue des Trois-Canettes dans celle +des Marmouzets. Elle s'appeloit au douzième siècle rue <i>Charauri</i><a id="footnotetag676" name="footnotetag676"></a><a href="#footnote676" title="Go to footnote 676"><span class="smaller normal">[676]</span></a>, +rue de <i>Champrosai</i> en 1399<a id="footnotetag677" name="footnotetag677"></a><a href="#footnote677" title="Go to footnote 677"><span class="smaller normal">[677]</span></a>. Ce nom a été altéré depuis, et changé +en ceux <i>de Champron</i>, <i>de Champourri</i>, <i>de Champrousiers</i>, <i>des +Champs-Rousiers</i>, <i>du Champ-Flori</i> et <i>de Champrosy</i>. Le nom de +Perpignan vient de celui d'un jeu de paume qui s'y trouvoit au +commencement du seizième siècle.</p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page458" name="page458"></a>(p. 458)</span> <i>Rue Saint-Pierre-aux-Bœufs.</i> Elle donne d'un côté dans la +rue des Marmouzets, et de l'autre elle aboutit au Parvis. On la trouve +indiquée, dès 1206, sous le nom de la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs. +Guillot l'appelle rue <i>Saint-Pierre-à-Beus</i>. Les prisons du chapitre +étoient anciennement situées dans cette rue.</p> + +<p>Le cul-de-sac Sainte-Marine est ouvert dans cette rue. Il portoit au +douzième siècle le nom de <i>ruelle Sainte-Marine</i>. Une ordonnance du +chapitre de Notre-Dame, du 26 août 1417, ordonna de fermer cette ruelle +à l'une de ses extrémités<a id="footnotetag678" name="footnotetag678"></a><a href="#footnote678" title="Go to footnote 678"><span class="smaller normal">[678]</span></a>. Elle y est simplement désignée par ces +mots: <i>Viculus contiguus Januæ claustris ante S. Johannem Rotundum.</i></p> + +<p><i>Rue du Port-aux-Œufs.</i> Le Port-aux-Œufs est un des plus anciens +de Paris. On en connoît l'emplacement par cette rue ou ruelle qui +aboutissoit d'un côté dans la rue de la Pelleterie, et de l'autre à la +rivière. En 1259 on la nommoit <i>ruelle Jean-Notteau</i><a id="footnotetag679" name="footnotetag679"></a><a href="#footnote679" title="Go to footnote 679"><span class="smaller normal">[679]</span></a>, en 1398 elle +s'appeloit <i>rue Garnier-Marcel</i><a id="footnotetag680" name="footnotetag680"></a><a href="#footnote680" title="Go to footnote 680"><span class="smaller normal">[680]</span></a>. Le terrain de cette rue qui a été +détruite est maintenant renfermé dans celui qu'occupe le marché aux +Fleurs.</p> + +<p><i>Le Terrain.</i> <i>Voy.</i> p. <a href="#page208">208</a>.</p> + +<p><i>Rues Haute, Basse et du Milieu des Ursins.</i> Les deux premières sont +traversées par celle qu'on appelle <i>du Milieu</i>, et aboutissent d'un côté +dans la rue de Glatigny, et de l'autre dans celle de Saint-Landri. Elles +tirent leur nom de Juvénal des Ursins, prévôt des marchands, qui +occupoit un hôtel au port Saint-Landri. Cet hôtel étant tombé en ruines, +fut rebâti vers le milieu du seizième siècle; et on ouvrit sur le +terrain qu'il occupoit <span class="pagenum"><a id="page459" name="page459"></a>(p. 459)</span> une rue qui fut appelée <i>rue du +Milieu</i>. On croit reconnoître dans la rue Haute celle que Guillot +appelle rue <i>de l'Ymage</i>.</p> + +<h2>QUAIS DE LA CITÉ.</h2> + +<p><i>Quai des Orfèvres.</i> Il borde la partie méridionale de la cité, depuis +le pont Neuf jusqu'au pont Saint-Michel. Dans le projet de construction +du premier de ces deux ponts, on fit entrer celui d'ouvrir une rue qui +allât au pont Saint-Michel, et de là à Notre-Dame. Pour l'exécuter, on +coupa en partie l'île de la Gourdaine, du côté du grand cours de l'eau; +on détruisit le moulin, et sur les deux côtés du triangle on construisit +les deux quais que nous y voyons aujourd'hui. Ils furent commencés en +1580, ensuite interrompus, puis repris vers le temps où l'on achevoit le +pont Neuf, enfin terminés en 1611. L'année suivante, le président +Jeannin obtint la permission d'y faire bâtir des maisons ou boutiques, +partie sur le quai, partie sur la rivière, et des échoppes le long des +murs du Palais: il n'y eut de construit que les échoppes qui viennent +d'être abattues.</p> + +<p><i>Quai de l'Horloge ou des Morfondus.</i> Il s'étend du côté septentrional +de la Cité, depuis le pont Neuf jusqu'au pont au Change. Le nom de quai +de l'Horloge lui vint de l'horloge du Palais, située à son extrémité; +celui de quai <i>des Morfondus</i> de sa situation qui est exposée au vent du +nord.</p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> RUES DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.</h2> + +<p><i>Rue de Bretonvilliers.</i> Elle aboutit à la rue Saint-Louis et sur le +quai Dauphin. Elle doit son nom à l'hôtel qui est situé à l'extrémité +méridionale de l'île.</p> + +<p><i>Rue de la Femme-sans-Tête.</i> Elle aboutit d'un côté dans la rue +Saint-Louis, et de l'autre sur le quai de Bourbon. Elle portoit dans +toute sa longueur le nom de rue <i>Regrattier</i>. Une enseigne représentant +une femme sans tête lui fit donner ce nom.</p> + +<p><i>Rue Guillaume.</i> Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Louis, de +l'autre sur le quai d'Orléans, et doit son nom à Guillaume, père d'un +des derniers entrepreneurs des bâtiments de l'île Saint-Louis.</p> + +<p><i>Rue Saint-Louis.</i> Elle traverse l'île dans toute sa longueur, et doit +ce nom à l'église qui s'y trouve située. Suivant le plan de Messager, +elle porta d'abord le nom de <i>Palatine</i> jusqu'à celle des Deux-Ponts; +depuis celle-ci jusqu'au bout on l'appeloit rue <i>Carelle</i>. En 1654 on la +nommoit rue <i>Marie</i>.</p> + +<p><i>Rue des Deux-Ponts.</i> Elle est ainsi nommée à cause de sa situation +entre le pont de la Tournelle et le pont Marie, auxquels elle communique +par ses deux extrémités. Elle est appelée <i>rue Saint-Louis</i> sur le plan +de Messager.</p> + +<p><i>Rue Poulletier.</i> Elle traverse l'île Saint-Louis, et <span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> aboutit +aux quais d'Alençon et des Balcons. Sur le plan de Messager elle est +indiquée sous le nom <i>de Florentine</i>. Elle doit celui qu'elle porte à M. +Le Poulletier, trésorier des Cent-Suisses, l'un des associés du sieur +Marie.</p> + +<p><i>Rue Regrattier.</i> C'est la prolongation de la rue de la Femme-sans-Tête. +Elle aboutit au quai d'Orléans. Messager la nomme <i>rue Angélique</i>. Le +nom qu'elle porte vient de celui de M. Le Regrattier, autre associé du +sieur Marie. Elle porta d'abord ce nom dans toute sa longueur jusqu'au +quai Bourbon.</p> + +<h3>QUAIS DE L'ÎLE SAINT-LOUIS.</h3> + +<p><i>Quai de Bourbon.</i> Il s'étend sur le côté septentrional de l'île, à +partir de la pointe qui regarde la Cité jusqu'au pont Marie.</p> + +<p><i>Quai d'Anjou.</i> Ce quai fait la continuation du précédent, et du même +côté jusqu'à l'extrémité orientale de l'île.</p> + +<p><i>Quai d'Orléans.</i> Il commence, de même que le quai Bourbon, à la pointe +de l'île, et s'étend, du côté méridional jusqu'au pont de la Tournelle.</p> + +<p><i>Quai Dauphin</i> ou <i>des Balcons</i>. C'est la continuation du quai +d'Orléans; et de même que le quai d'Anjou, il vient finir à la pointe +orientale de l'île.</p> + + +<h2>ANTIQUITÉS ROMAINES ET CELTIQUES<br> +DÉCOUVERTES DANS LA CITÉ.</h2> + +<h3>AUTEL DE JUPITER.</h3> + +<p>Les plus connues de ces antiquités sont les pierres cubiques découvertes +en 1712, sous le chœur de l'église cathédrale, elles sont au nombre +de neuf, et toutes <span class="pagenum"><a id="page462" name="page462"></a>(p. 462)</span> chargées sur leurs diverses faces de +bas-reliefs et d'inscriptions. La plus grande a trois pieds et quelques +pouces de hauteur, la plus petite environ un pied et demi.</p> + +<p>Sur l'une de ces pierres on lit l'inscription suivante:</p> + +<p class="poem10"> + TIB. CAESARE. AUG. JOVI. OPTUMO<br> + MAXSUMO <span class="wspaced1">. . . .</span> M. NAUTAE. PARISIAC.<br> + PUBLICE POSIERUNT.</p> + +<p>En restituant les quatre lettres qui manquent dans l'espace fruste qui +précède la lettre <span class="smcap">M</span>, on traduit ainsi cette inscription: <i>Sous Tibère +César Auguste, les</i> <span class="smcap">NAUTES</span> <i>parisiens ont publiquement élevé cet autel à +Jupiter très-bon, très-grand.</i> Ainsi, le sujet du monument se trouve +expliqué; et nous apprenons en même temps qu'il y avoit à Paris, sous le +règne de Tibère, une association de gens qui y faisoient le commerce ou +le transport des marchandises par eau.</p> + +<p>Ces pierres, toutes couvertes de bas-reliefs, présentent d'abord +plusieurs divinités du paganisme indiquées par leurs noms: <span class="smcap">IOVIS</span> +(Jupiter), <span class="smcap">VOLCANVS</span> (Vulcain), <span class="smcap">CASTOR</span> (Castor); une autre figure placée +à côté de celle-ci, et dont l'inscription a été effacée, est évidemment +<span class="smcap">POLLVX</span>. On a cru y reconnoître encore Vénus et Mercure; puis viennent +ensuite deux divinités gauloises indiquées par ces deux mots: <span class="smcap">ESVS</span> et +<span class="smcap">CERNVNNOS</span>, que l'on croit être le dieu de la guerre et celui qui +présidoit aux forêts, le Mars et le Pan des Grecs et des Romains.</p> + +<p>On y voit encore un taureau surmonté de trois grues avec cette +inscription: <span class="smcap">TARVOS TRIGARANVS</span> (taureau à trois grues), animal mystique +qui étoit pour les Gaulois un objet de vénération; puis des soldats +armés de piques et de boucliers, un prêtre gaulois et plusieurs autres +<span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> figures qui ont exercé la sagacité des antiquaires, et sur +lesquelles on n'a pu présenter jusqu'à présent que des conjectures d'un +assez médiocre intérêt.</p> + +<h3>CIPPE ANTIQUE.</h3> + +<p>Ce Cippe quadrangulaire fut découvert en 1784, et à une assez grande +profondeur, dans une fouille que l'on fit en face de la rue de la +Barillerie, pour établir les fondations d'une partie des bâtiments du +Palais de Justice: il a cinq pieds dix pouces de hauteur, ne porte +aucune inscription, et présente, sur ses quatre faces, des figures de +trois pieds et demi de hauteur, parmi lesquelles on reconnoît facilement +Mercure qui s'y montre accompagné de tous ses attributs. Une autre +figure armée de l'arc et du carquois semble être une image d'Apollon; +mais elle tient d'une main un poisson, et de l'autre s'appuie sur un +gouvernail, ce qui pourroit aussi indiquer une divinité qui présidoit à +la navigation; la troisième figure est celle d'une femme, et cette femme +porte un caducée, attribut qui ne nous paroît pas pouvoir être +facilement expliqué; enfin une quatrième figure a des ailes au dos, +tient un globe à la main, et est coiffée du pétase ailé, symbole +spécialement consacré au fils de <i>Maïa</i>. On s'est encore épuisé en +conjectures sur ce monument, beaucoup plus qu'il ne méritoit; et nous +nous garderons bien d'ennuyer nos lecteurs de cette obscure et stérile +érudition.</p> + +<p>Au reste toutes ces sculptures, tant sur le cippe que sur l'autel, sont +du travail le plus barbare<a id="footnotetag681" name="footnotetag681"></a><a href="#footnote681" title="Go to footnote 681"><span class="smaller normal">[681]</span></a>.</p> + +<a id="monunouveaux" name="monunouveaux"></a> +<h2><span class="pagenum"><a id="page464" name="page464"></a>(p. 464)</span> MONUMENTS NOUVEAUX<br> +<span class="smaller">ET AUTRES CONSTRUCTIONS FAITES DEPUIS 1789.</span></h2> + +<p><i>Pont Neuf.</i> Ce pont vient d'être réparé et surbaissé à ses deux +extrémités, ce qui en rend la pente plus douce. À côté du terre-plein +qui porte la statue d'Henri IV, est placé l'un de ces établissemens +publics connus sous le nom de <i>Bains-Vigier</i>. L'escalier qui conduit à +ces bains est un morceau de charpente qui mérite d'être remarqué.</p> + +<p><i>Place Dauphine.</i> Au milieu de cette place on a construit une fontaine, +espèce de monument consacré à la mémoire du général Desaix, tué à la +bataille de Marengo. Cette fontaine, dont la forme est ronde, s'élève +sur un soubassement, composé d'assise de pierres en retraite, et orné +d'inscriptions. Quatre têtes de lions versent l'eau dans des bassins +circulaires; deux génies, une couronne de lauriers, des médaillons, des +sphinx, deux fleuves, le Nil et le Pô, ornent la surface du piédestal, +que surmonte le portrait du général français, en forme d'Hermès. Un +jeune guerrier coiffé d'un casque et costumé à la grecque, lui pose une +couronne sur la tête. Ce monument, d'un beau style, mais d'une exécution +sèche et roide, a été sculpté par M. <i>Fortin</i>, sur les dessins de M. +<i>Percier</i>.</p> + +<p><i>Sainte-Chapelle.</i> La couverture de l'escalier extérieur de ce monument +a été abattue: on répare, en ce moment, cet escalier qui restera +découvert.</p> + +<p><i>Grand'salle du Palais.</i> On y construit maintenant, dans la partie +latérale, une grande niche qui sans doute est destinée à recevoir une +statue colossale.</p> + +<p><i>La Morgue.</i> C'est un lieu ouvert au public, où l'on dépose les cadavres +des personnes mortes de mort violente, <span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span> que la police a fait +recueillir, et dont aucun signe ne constate l'identité. La Morgue, +située autrefois dans les bâtimens du Grand-Châtelet, a été transportée, +depuis la révolution, dans le quartier de la Cité, et dans un édifice +que l'on a construit exprès pour cette destination. C'est un petit +bâtiment carré, d'un bon style, orné de quatre pilastres doriques et de +bossages. Il s'élève sur la place du Marché neuf, à l'un des angles du +pont Saint-Michel.</p> + +<p><i>Marché aux Fleurs.</i> Il a été construit, comme nous l'avons dit, sur le +terrain qu'occupoit cette partie de la rue de la Pelleterie dont les +maisons étoient situées sur le bord de l'eau; et il s'étend dans tout +l'espace qui sépare le pont au Change du pont Notre-Dame. Cet espace a +été planté d'arbres, et au milieu sont deux coupes circulaires, recevant +l'eau d'une gerbe qui s'élève au milieu.</p> + +<p><i>Église Saint-Pierre-des-Arcis.</i> C'est par erreur que nous avons dit +qu'elle existoit encore. Elle vient d'être abattue; et sur la place +qu'elle occupoit, on a ouvert une rue nouvelle qui porte le nom de rue +<i>Neuve-du-Quai-aux-Fleurs</i>.</p> + +<p><i>Parvis Notre-Dame.</i> Deux fontaines ornent cette place: elles sont +formées par deux niches pratiquées dans le bâtiment des Enfants-Trouvés. +Ces deux niches sont ornées de coquilles; et deux têtes de lions versent +de l'eau dans des cuvettes que surmontent deux vases enrichis de +feuillages et de bas reliefs.</p> + +<p><i>Église Notre-Dame.</i> On a fait à cette église des réparations +considérables, principalement au portail latéral nord, qui est +remarquable par la richesse et la beauté de ses ornemens. Dans +l'intérieur la nef a été garnie de nouveau, des deux côtés et dans toute +son étendue, des tableaux dont on l'avoit dépouillée, à l'exception de +deux ou trois <span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> des plus excellents qui sont restés dans le +musée du Roi. Une nouvelle grille en fer, ornée de bronzes dorés et d'un +très-beau travail, ferme l'entrée du chœur et les arcades du +rond-point; et tous les lambris extérieurs de cette partie de l'église +sont revêtus de marbres précieux, parsemés de fleurs de lys en bronze +doré. Sur le toit de l'église, du côté du rond-point, on a élevé une +croix dorée.</p> + +<p>La chapelle de la Vierge et celle qui la suit, sont ornées de trois +tableaux donnés par la ville, et exécutés par des artistes modernes: la +Mort de la Vierge, par M. <i>A. Pujol</i>; la Résurrection du fils de la +veuve de Naïm, par M. <i>Gauterot</i>; la descente de Jésus-Christ aux +Limbes, par M. <i>Delorme</i>. Deux de ces tableaux doivent surtout être +remarqués pour le mérite de la composition et de l'exécution.</p> + +<p>Dans la chapelle située à gauche de celle de la Vierge, est le monument +du cardinal de Belloy, archevêque de Paris, mort en 1808. Ce mausolée, +d'une grande dimension, représente le prélat assis sur son sarcophage; +d'une main il donne une bourse à des femmes qui la reçoivent avec +l'expression d'une vive reconnoissance; de l'autre il tient le livre des +Psaumes ouvert sur ce verset: <i>Beatus qui intelligit super egenum et +pauperem; in die malâ liberabit eum Dominus</i> (Ps. <span class="smcap">XL</span>, <span class="smcap">I</span>); à ses côtés un +prêtre porte la crosse cardinale à double bec; à ses pieds sont placés +d'autres attributs de sa dignité. M. <i>Desenne</i> est l'auteur de ce groupe +dont la composition est digne d'éloge, et qui présente, surtout dans les +draperies, de véritables beautés d'exécution.</p> + +<p><i>Archevêché.</i> Tout ce qui restoit encore des anciennes constructions du +palais épiscopal, depuis et non compris <span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> la chapelle jusqu'à +l'Hôtel-Dieu, a été démoli; ce terrain a été clos de murs, et des deux +côtés on a placé des loges de portier. Du côté où est le bâtiment neuf +qui sert maintenant de demeure aux archevêques, il a été ouvert une +porte d'entrée et élevé un mur qui sert d'enclos à ce bâtiment. Le +jardin qui se prolonge ensuite jusqu'au quai est en partie entouré d'une +grille en fer; et dans ce jardin on a renfermé le terrain qu'occupoit la +rue dite <i>de l'Abreuvoir</i>.</p> + +<p><i>Pont de la Cité.</i> Ce pont, qui a remplacé le pont Rouge, est formé de +deux arches en bois, lesquelles sont portées sur un pilier de +maçonnerie, placé au milieu du petit-bras de la Seine qui sépare les +deux îles de la Cité et de Saint-Louis. Ce pont, recouvert en fer-blanc +peint, avoit toutes les apparences d'un pont en pierres; mais il avoit +été construit avec si peu de solidité, que, quoiqu'il n'y passât que des +gens de pied, il menaçoit ruine au bout de quelques années, et qu'il a +fallu le réédifier. Les nouveaux arceaux, composés de plusieurs pièces +de bois liées ensemble par des bandes de fer, offrent l'aspect d'une +charpente solide et bien exécutée. Cette charpente est restée à +découvert.</p> + +<h3>QUAIS NOUVEAUX.</h3> + +<p><i>Quais Nouveaux.</i> Ils font la continuation des deux quais des <i>Orfèvres</i> +et <i>de l'Horloge</i>, et entourent l'île entière de la Cité, à l'exception +de l'Hôtel-Dieu, et du groupe de maisons qui touche l'angle du Petit +pont vers le marché Neuf.</p> + +<p>Au côté méridional, le quai qui a pris la place de la rue Saint-Louis, +et qui se prolonge jusqu'au Marché-Neuf, <span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> a pris le nom du quai +des Orfèvres dont il est la continuation.</p> + +<p>Au côté septentrional, la partie du quai qui suit celui de l'Horloge, +porte depuis le pont au Change jusqu'au pont Notre-Dame le nom de <i>quai +aux Fleurs</i>; depuis ce dernier pont jusqu'à celui de la Cité, on le +nomme <i>quai de la Cité</i>; en retour et jusqu'au pont au Double, il n'a +point encore de dénomination: il est probable qu'on le nommera <i>quai de +l'Archevêché</i>.</p> + +<p class="p2 center">FIN DU QUARTIER DE LA CITÉ,<br> +<span class="smaller">ET DE LA PREMIÈRE PARTIE DU PREMIER VOLUME.</span></p> + +<h2><span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> TABLE DES MATIÈRES.</h2> + +<div class="toc"> +<p class="center">PREMIER VOLUME.—PREMIÈRE PARTIE.</p> + +<ul class="none"> +<li> <span class="ralign10">Pages.</span></li> +<li>Dédicace au Roi.</li> + +<li>Avertissement de l'auteur. +<span class="ralign10"><a href="#page1">j</a></span></li> + +<li>Discours préliminaire. +<span class="ralign10"><a href="#page1">1</a></span></li> + +<li>Enceintes de Paris. +<span class="ralign10"><a href="#page28">28</a></span></li> +</ul> + +<p class="center">QUARTIER DE LA CITÉ.</p> + +<ul class="none"> +<li>Paris sous les deux premières races. +<span class="ralign10"><a href="#page43">43</a></span></li> + +<li>Le pont Neuf. +<span class="ralign10"><a href="#page85">85</a></span></li> + +<li>La Samaritaine. +<span class="ralign10"><a href="#page100">100</a></span></li> + +<li>La place Dauphine. +<span class="ralign10"><a href="#page102">102</a></span></li> + +<li>La Sainte-Chapelle. +<span class="ralign10"><a href="#page107">107</a></span></li> + +<li>Le Trésor des chartes. +<span class="ralign10"><a href="#page123">123</a></span></li> + +<li>Le Palais de Justice. +<span class="ralign10"><a href="#page124">124</a></span></li> + +<li>Le Grand Conseil. +<span class="ralign10"><a href="#page170">170</a></span></li> + +<li>La Chambre des Comptes. +<span class="ralign10"><a href="#page180">180</a></span></li> + +<li>La Cour des Aides. +<span class="ralign10"><a href="#page185">185</a></span></li> + +<li>Bailliage du palais, Chancellerie du palais, Chambre du domaine + et du trésor, Siége général de la Table de marbre. +<span class="ralign10"><a href="#page190">190</a></span></li> + +<li>Églises et Monastères. +<span class="ralign10"><a href="#page191">191</a></span></li> + +<li>Couvent des Barnabites. +<span class="ralign10"><a href="#page224">224</a></span></li> + +<li>Pyramide de Jean Châtel. +<span class="ralign10"><a href="#page228">228</a></span></li> + +<li>Saint-Barthélemi. +<span class="ralign10"><a href="#page250">250</a></span></li> + +<li>Saint-Pierre-des-Arcis. +<span class="ralign10"><a href="#page255">255</a></span></li> + +<li>Sainte-Croix de la Cité. +<span class="ralign10"><a href="#page259">259</a></span></li> + +<li>Saint-Germain-le-Vieux. +<span class="ralign10"><a href="#page261">261</a></span></li> + +<li>La Magdeleine. +<span class="ralign10"><a href="#page265">265</a></span></li> + +<li>Saint-Denis-de-la-Chartre. +<span class="ralign10"><a href="#page268">268</a></span></li> + +<li>Saint-Symphorien <i>ou</i> Chapelle Saint-Luc. +<span class="ralign10"><a href="#page273">273</a></span></li> + +<li>Saint-Landri. +<span class="ralign10"><a href="#page276">276</a></span></li> + +<li>La chapelle Saint-Agnan. +<span class="ralign10"><a href="#page280">280</a></span></li> + +<li>Sainte-Marine. +<span class="ralign10"><a href="#page283">283</a></span></li> + +<li>Saint-Pierre-aux-Bœufs. +<span class="ralign10"><a href="#page285">285</a></span></li> + +<li>Saint-Christophe. +<span class="ralign10"><a href="#page286">286</a></span></li> + +<li>Sainte-Geneviève-des-Ardents. +<span class="ralign10"><a href="#page288">288</a></span></li> + +<li>Notre-Dame. +<span class="ralign10"><a href="#page292">292</a></span></li> + +<li>Archevêché. +<span class="ralign10"><a href="#page327">327</a></span></li> + +<li>Le chapitre de Notre-Dame. +<span class="ralign10"><a href="#page355">355</a></span></li> + +<li>Saint-Jean-le-Rond. +<span class="ralign10"><a href="#page361">361</a></span></li> + +<li>Saint-Denis-du-Pas. +<span class="ralign10"><a href="#page364">364</a></span></li> + +<li>Hôtel-Dieu. +<span class="ralign10"><a href="#page366">366</a></span></li> + +<li>Parvis de Notre-Dame. +<span class="ralign10"><a href="#page380">380</a></span></li> + +<li>Maison des Enfants-Trouvés. +<span class="ralign10"><a href="#page384">384</a></span></li> + +<li>Ponts de la Cité. +<span class="ralign10"><a href="#page391">391</a></span></li> + +<li>Pont au Change. +<span class="ralign10"><i>ibid.</i></span></li> + +<li>Pont Saint-Michel. +<span class="ralign10"><a href="#page395">395</a></span></li> + +<li>Pont Notre-Dame. +<span class="ralign10"><a href="#page396">396</a></span></li> + +<li>Petit pont. +<span class="ralign10"><a href="#page400">400</a></span></li> + +<li>Pont Rouge. +<span class="ralign10"><a href="#page402">402</a></span></li> + +<li>Hôtels de la Cité. +<span class="ralign10"><a href="#page404">404</a></span></li> + +<li>Arcade de la Chambre des Comptes. +<span class="ralign10"><a href="#page405">405</a></span></li> + +<li>Île Saint-Louis. +<span class="ralign10"><a href="#page408">408</a></span></li> + +<li>Saint-Louis. +<span class="ralign10"><a href="#page412">412</a></span></li> + +<li>Hôtels de l'île Saint-Louis. +<span class="ralign10"><a href="#page415">415</a></span></li> + +<li>Pont Marie. +<span class="ralign10"><a href="#page420">420</a></span></li> + +<li>Pont de la Tournelle. +<span class="ralign10"><a href="#page421">421</a></span></li> + +<li>L'île Louvier. +<span class="ralign10"><a href="#page423">423</a></span></li> + +<li>Rues. +<span class="ralign10"><a href="#page425">425</a></span></li> + +<li>Rues et quais de la Cité. +<span class="ralign10"><a href="#page442">442</a></span></li> + +<li>Rues et quais de l'île Saint-Louis. +<span class="ralign10"><a href="#page460">460</a></span></li> + +<li>Antiquités romaines et celtiques. +<span class="ralign10"><a href="#page461">461</a></span></li> + +<li>Monuments nouveaux. +<span class="ralign10"><a href="#page464">464</a></span></li> +</ul> +</div> + +<p class="p2"><i>Erratum.</i> P. 57, ligne 6 de la note, <i>Ledis</i>; lisez <i>Lides</i>.</p> + +<h2>Notes</h2> +<div class="footnote"> + +<p class="p15"><a id="footnote1" name="footnote1"></a> +<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: 1532.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote2" name="footnote2"></a> +<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: <i>Théâtre des Antiquités de Paris</i>, in-4<sup>o</sup>, 1612. L'auteur y +ajouta un supplément en 1614; il fut réimprimé avec quelques additions +en 1639.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote3" name="footnote3"></a> +<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: MM. de Valois et de Launoy.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote4" name="footnote4"></a> +<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: Il est un grand nombre de savants recommandables dont les +excellents travaux ont jeté de grandes lumières sur les antiquités de +Paris, tels que Adrien de Valois, les auteurs de <i>la France chrétienne</i>, +le savant académicien M. Bonami, etc., etc. Nous en avons tiré de grands +secours, et nous aurons souvent occasion de les citer; mais ils ne +peuvent être comptés au nombre des historiens de cette capitale.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote5" name="footnote5"></a> +<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: Nous avons conservé, dans cette nouvelle édition, la +division de trois volumes, consacrée en quelque sorte par cette +disposition des matières, division qu'il eût été impossible de changer, +sans détruire l'accord des parties et l'ensemble de l'ouvrage. Mais +comme ces volumes eussent été d'une grosseur démesurée dans le format +in-8<sup>o</sup>, que nous avons adopté, il a été nécessaire de les diviser chacun +en deux parties, séparées par des titres, et réunies par la suite de la +pagination; de cette manière l'ouvrage, qui, dans la première édition, +se composoit de 3 volumes in-4<sup>o</sup>, offrira, dans la deuxième, six +demi-volumes in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote6" name="footnote6"></a> +<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Joan., XVI, 13.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote7" name="footnote7"></a> +<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Luc., II, 14.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote8" name="footnote8"></a> +<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Saint-Pétersbourg.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote9" name="footnote9"></a> +<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Les Gaulois, bien qu'ils eussent quelque connoissance de +l'écriture, ne vouloient rien écrire de leur histoire et des mystères de +leur religion; ils les faisoient apprendre de mémoire à leurs enfans, et +eux-mêmes ne les savoient que par les traditions et les chants guerriers +de leurs ancêtres.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote10" name="footnote10"></a> +<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: Leurs maisons étoient construites de bois et de terre, +couvertes de paille et de chaume, et sans cheminées. Ils se servoient de +fourneaux pour faire cuire leurs aliments et pour se garantir du froid, +usage qu'ils ont conservé long-temps, et qui subsistoit encore du temps +de l'empereur Julien. Vers ce même temps, ils commençoient à élever des +figuiers autour de la ville, et y cultivoient des vignes, qui +produisoient d'excellent vin. (<span class="smcap">Jul. Misopog</span>).</p> + +<p class="p15"><a id="footnote11" name="footnote11"></a> +<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: <i>Lutetia oppidum est Parisiorum positum in insulâ fluminis +Sequanæ.</i> César, C.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote12" name="footnote12"></a> +<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: Ils adoroient Mars<a id="footnotetag12-A" name="footnotetag12-A"></a><a href="#footnote12-A" title="Go to footnote 12-A"><span class="smaller normal">[12-A]</span></a>, Isis, Cybèle et d'autres +divinités du paganisme. Le collége des prêtres d'Isis étoit à <i>Issi</i>; et +l'église de Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés, fut bâtie sur +les ruines de son temple. Mercure, ou Pluton (car c'étoit le même chez +les Gaulois), avoit le sien sur le mont <i>Leucolitius</i>, sur lequel +s'élèvent maintenant les Carmélites de la rue Saint-Jacques; et vers +l'endroit où est Saint-Eustache, il existoit un édifice consacré à +Cybèle. Tous ces temples n'étoient, avant les Romains, que des bocages; +et ces dieux <i>avoient alors d'autres noms</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote12-A" name="footnote12-A"></a> +<b><a href="#footnotetag12-A">12-A</a></b>: Le temple de ce dieu étoit à <i>Montmartre</i> qui en a +retenu le nom. Cependant Hilduin, qui écrivoit sous le règne de +Louis-le-Débonnaire, l'appelle aussi <i>Mons Martyrum</i>, d'après une +ancienne tradition qui veut que saint Denis et ses compagnons aient +souffert le martyre en cet endroit.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote13" name="footnote13"></a> +<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: Boëce, qui écrivoit peu de siècles après ce grand +événement, et qui étoit sénateur romain, dit: <i>Lutetiam Cæsar usque adeò +ædificiis adauxit, tamque fortiter mœnibus cinxit, ut Julii Cæsaris +civitas vocetur.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote14" name="footnote14"></a> +<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: Ils mirent entre ces villes de grandes distinctions: +quelques-unes furent regardées comme <i>alliées</i>; il y en eut qui furent +honorées du nom de <i>colonies</i>, d'autres de celui de <i>municipales</i>; ils +établirent des <i>préfectures</i> au milieu des peuples les plus mutins; et +toutes les villes qui avoient fortement résisté, furent réduites à la +condition des <i>vectigales</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote15" name="footnote15"></a> +<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Le commissaire Delamare. Le nom de <i>Chambre de César</i> qu'a +conservé une des chambres du grand Châtelet, et l'inscription <i>Tributum +Cæsaris</i> qu'on lisoit sous l'arcade, lui avoient fait adopter cette +opinion, soutenue d'ailleurs avant lui par divers historiens de Paris. +Lorsque nous parlerons en détail de ce monument, nous donnerons les +raisons qui nous déterminent à la rejeter.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote16" name="footnote16"></a> +<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>: On ne peut douter qu'il n'y ait eu un palais dans l'île +même; mais aucun de nos historiens ne nous apprend ni quand ni comment +il fut bâti, ni quel étoit alors son usage. Nous y reviendrons +incessamment.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote17" name="footnote17"></a> +<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: «Paris étoit dès lors une ville commerçante, dit le +président Hénault, et les <i>Nautæ Parisiaci</i> étoient une compagnie de +négociants», mais il se trompe lorsqu'il ajoute <i>qu'on y venoit de tout +l'Orient, les Syriens surtout, qui donnèrent leur nom à la rue des +Arcis</i>. Cette étymologie est fausse; nous donnerons ailleurs sur ce +corps des <i>Nautæ Parisiaci</i> tous les renseignements les plus exacts +qu'il a été possible de se procurer jusqu'à présent.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote18" name="footnote18"></a> +<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: <i>Egressus Clodoveus à Turonis Parisios venit, ibique +cathedram regni constituit.</i> Greg. Tur., Hist. Franc., lib. 1.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote19" name="footnote19"></a> +<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: Le commissaire Delamare.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote20" name="footnote20"></a> +<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Les maisons qu'ils construisirent formèrent, dit-on, ces +rues sales et étroites de Saint-Bon, de la Tacherie, du Pet-au-Diable, +et autres adjacentes.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote21" name="footnote21"></a> +<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: Quartier des Halles.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote22" name="footnote22"></a> +<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Les rues Culture-Sainte-Catherine et Culture-Saint-Gervais +(on prononçoit <i>Coulture</i>) s'appellent ainsi de ce mot, qui signifie des +endroits propres à être cultivés. Il y avoit une grande quantité de ces +terrains appartenants à des églises, à des abbayes, tant au dedans de +Paris qu'au dehors, la Coulture-Saint-Éloi, la Coulture du Temple, celle +de Saint-Martin, celle de Saint-Lazare, celle de Saint-Magloire, etc., +etc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote23" name="footnote23"></a> +<b><a href="#footnotetag23">23</a></b>: Au nord, du côté de la ville, le bourg Thiboust, les +bourgs l'Abbé et Beaubourg, et l'ancien et le nouveau bourg +Saint-Germain-l'Auxerrois. Ils furent en partie renfermés dans +l'enceinte que fit faire Philippe-Auguste, et qui fut achevée en 1121. +Les rues de ces bourgs en ont toujours conservé les noms. Le commissaire +Delamare convient qu'ils étoient séparés de Paris et de ses faubourgs +par des prés, des marais et des terres labourées; on peut juger par là +du peu d'étendue des faubourgs.</p> + +<p>(<i>Note de</i> <span class="smcap">Saint-Foix</span>.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote24" name="footnote24"></a> +<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: Les premiers faubourgs, du temps des Romains, furent +élevés du côté de l'Université. Saint-Ouen et Frédégaire font aussi +mention de deux faubourgs bâtis également de ce côté; l'un qui +environnoit l'église Saint-Vincent, depuis Saint-Germain-des-Prés; +l'autre, qui étoit situé près de Saint-Pierre, depuis Sainte-Geneviève.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote25" name="footnote25"></a> +<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: La livre <i>numéraire</i> de France doit son institution à +Charlemagne; ce fut lui qui fit tailler, dans une livre d'argent, vingt +pièces qu'on nomma sous, et dans un de ces sous, douze pièces qu'on +nomma deniers; en sorte que la livre d'alors, comme celle d'aujourd'hui, +étoit composée de deux cent quarante deniers. Les sous et les deniers +ont été d'argent fin jusqu'au règne de Philippe I<sup>er</sup>, père de +Louis-le-Gros; on y mêla un tiers de cuivre en 1103, moitié dix ans +après, les deux tiers sous Philippe-le-Bel, et les trois quarts sous +Philippe de Valois. Cet affoiblissement a été porté au point que vingt +sols, qui, avant le règne de Philippe I<sup>er</sup>, faisoient une livre réelle +d'argent, n'en renferment pas aujourd'hui le tiers d'une once. On +prétend que Charlemagne étoit aussi riche, avec un million de revenu, +que Louis XV avec soixante-douze millions. Vingt-quatre livres de pain +blanc coûtoient un denier sous le règne de Charlemagne: ce denier étoit +d'argent fin sans alliage. On peut voir, par la valeur qu'il auroit dans +ce temps-ci, si le pain et les autres denrées étoient plus ou moins +chères alors qu'à présent. Douze livres, du temps de Louis-le-Gros, +feroient, je crois, environ douze fois trente-quatre livres de ce +temps-ci. (<i>Note de</i> <span class="smcap">Saint-Foix</span>.)</p> + +<p>Suger, abbé de Saint-Denis, et ministre d'état de Louis-le-Gros et de +Louis-le-Jeune, se glorifie, dans le livre qu'il a écrit sur son +administration, d'avoir élevé les produits de cette porte de douze +francs à cinquante.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote26" name="footnote26"></a> +<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: Les écoles de Paris étoient, de temps immémorial, autour +du parvis de Notre-Dame, et dépendoient du chapitre de cette église. +Sous Louis-le-Jeune, la foule des étudiants devint si grande, à cause du +mérite et de la réputation des maîtres qui professoient alors, qu'il fut +permis à plusieurs facultés d'aller s'établir au-delà de la rivière. En +1244 cette permission devint générale et sans restriction pour tous ceux +qui se livroient à l'enseignement des sciences.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote27" name="footnote27"></a> +<b><a href="#footnotetag27">27</a></b>: À tant d'éclat et de prospérité, il faut joindre +l'avantage d'une des plus belles positions qu'il soit possible +d'imaginer. Paris, presque entièrement situé dans une plaine, environné +de campagnes cultivées, de bois, de prairies, de vallées, de collines, +que couvrent une foule de châteaux, de maisons de plaisance, de bourgs, +de villages, et dont les productions sont chaque jour étalées dans ses +marchés, reçoit encore, au moyen du grand fleuve qui le traverse, les +tributs des provinces les plus fertiles de la France. L'Yonne, la Marne, +l'Oise, l'Aisne, un grand nombre de canaux qui s'y jettent, les lui +apportent continuellement, et la Seine elle-même, facile à remonter, le +fait jouir de toutes les richesses de la Normandie et de l'Océan.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote28" name="footnote28"></a> +<b><a href="#footnotetag28">28</a></b>: Cette ville occupe aujourd'hui environ deux lieues de +diamètre sur six de circonférence.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote29" name="footnote29"></a> +<b><a href="#footnotetag29">29</a></b>: <i>Abbon: poem. de bello Paris. lib. I, vers. 15.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote30" name="footnote30"></a> +<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: <i>V.</i> pl. 1. Il est probable qu'elle fut élevée après cette +dernière et furieuse attaque des Normands, à laquelle les habitants de +Paris opposèrent une si longue et si belle résistance; on voulut +préserver d'une nouvelle invasion les faubourgs que ces barbares avoient +déjà tant de fois saccagés, et dont les plus considérables étoient du +côté de la <i>ville</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote31" name="footnote31"></a> +<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: On voudra bien observer qu'on se sert ici de noms de rues, +de couvents et de maisons dont une partie n'existoit point alors. Les +cartes mêmes qui offrent ici la position exacte des principaux +monuments, ne peuvent donner une idée satisfaisante des rues, dont +plusieurs ont changé de nom deux ou trois fois dans un siècle, dont +quelques-unes ont été comblées et couvertes d'édifices, tandis que de +nouvelles étoient percées à côté. Il n'y a aucun moyen d'éclaircir des +choses dont on a perdu toutes les traces; et, du reste, il est ici peu +intéressant de le faire.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote32" name="footnote32"></a> +<b><a href="#footnotetag32">32</a></b>: Les murs de cette ancienne clôture subsistoient encore +proche la porte des Baudets, du temps de Saint-Louis. (<span class="smcap">Delamare</span>).</p> + +<p class="p15"><a id="footnote33" name="footnote33"></a> +<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 2.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote34" name="footnote34"></a> +<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: Saint-Foix et Delamare.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote35" name="footnote35"></a> +<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: Depuis J.-J. Rousseau.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote36" name="footnote36"></a> +<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Du nom d'une famille de Paris.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote37" name="footnote37"></a> +<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: Il y avoit en outre sept autres portes moins grandes, +dites fausses portes, sans compter les portes particulières, que +plusieurs personnes de distinction, dont les maisons étoient accolées +aux murailles, obtinrent la permission de faire percer dans leur enclos, +pour pouvoir sortir plus facilement de la ville.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote38" name="footnote38"></a> +<b><a href="#footnotetag38">38</a></b>: Nous disons <i>à peu près tracée</i>; il est aisé de se figurer +où passoit précisément cette enceinte, en pensant que ces rues ont été +bâties sur les fossés, et que ces fossés étoient devant les murailles.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote39" name="footnote39"></a> +<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: Abattues en 1684.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote40" name="footnote40"></a> +<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: Ainsi nommée de Simon de Buci, le premier qui ait porté le +titre de premier président.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote41" name="footnote41"></a> +<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Abattues l'une et l'autre en 1672. Une inscription en +lettres d'or sur un marbre noir indique, dans la rue Dauphine, l'endroit +où étoit située la porte désignée sous le même nom. C'est à la maison +n<sup>o</sup> 50 qu'est attachée cette inscription.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote42" name="footnote42"></a> +<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 3.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote43" name="footnote43"></a> +<b><a href="#footnotetag43">43</a></b>: Cette porte a été abattue quelque temps avant la +révolution.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote44" name="footnote44"></a> +<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: Cette île, sur laquelle on n'éleva des maisons que sous le +règne de Henri IV, est formée de la réunion de deux îles, dont la plus +grande se nommoit anciennement l'<i>île Notre Dame</i>, et la plus petite +l'<i>île aux Vaches</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote45" name="footnote45"></a> +<b><a href="#footnotetag45">45</a></b>: Au commencement du règne de Henri IV, les îles Saint-Louis +et du Palais n'étoient encore que des prairies. Une partie des environs +du Temple <i>étoit en terres labourables</i>, et le parc du palais des +Tournelles, au quartier Saint-Antoine, en friche et inhabité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote46" name="footnote46"></a> +<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: Les guerres qui désolèrent la France sous les règnes qui +précédèrent ce prince ayant mis dans la nécessité d'augmenter les +tailles, plusieurs habitants de la campagne vinrent s'établir à Paris; +ce qui engagea les propriétaires des terres qui environnoient ses murs à +élever de nouvelles constructions, et on accrut ainsi les faubourgs. +(<span class="smcap">Delamare.</span>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote47" name="footnote47"></a> +<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 4.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote48" name="footnote48"></a> +<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 5.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote49" name="footnote49"></a> +<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: À la pointe occidentale de la Cité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote50" name="footnote50"></a> +<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: La rue qui aboutit du carrefour des Petits-Pères à la +place des Victoires, en a conservé le nom.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote51" name="footnote51"></a> +<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: Vis-à-vis la rue Royale.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote52" name="footnote52"></a> +<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: <i>Voy.</i> les pl. 6 et 7. Cette clôture vient d'être agrandie +sur un point de sa partie méridionale, à partir de la barrière +Fontainebleau jusqu'au bord de l'eau. Par ce moyen on a renfermé dans +Paris le village d'Austerlitz, situé dans la plaine d'Issy.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote53" name="footnote53"></a> +<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: Donnée le 12 décembre 1702, et enregistrée le 5 janvier +1703.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote54" name="footnote54"></a> +<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: Un moine de Fleuri-sur-Loire, nommé Asdrevald, déplorant +le triste état auquel les incursions des Normands avoient réduit Paris, +dit que cette ville n'étoit plus alors qu'<i>un monceau de cendres</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote55" name="footnote55"></a> +<b><a href="#footnotetag55">55</a></b>: Lamprid. in Alex; Vopis. in Aurel; <i>id.</i> in Prob.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote56" name="footnote56"></a> +<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Pour de telles donations, les empereurs préféroient +d'ordinaire les <i>gentils</i> ou <i>nationaux</i> aux Romains, les jugeant plus +propres à garder des frontières qui étoient en même temps leur propre +pays, et où ils avoient leur famille, leurs propriétés, tous leurs +intérêts. De là l'origine du mot <i>gentilhomme</i>. (Voyez le Cod. Theod., +liv. 7, tit. 15.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote57" name="footnote57"></a> +<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: Lib. 18, et <i>ib.</i> 19.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote58" name="footnote58"></a> +<b><a href="#footnotetag58">58</a></b>: On les appeloit aussi <i>prétentures</i>, parce qu'elles +formoient une chaîne, derrière laquelle les provinces étoient en +sûreté.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote59" name="footnote59"></a> +<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: Amm. Marcell., lib. 16.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote60" name="footnote60"></a> +<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: Amm. Marcell., lib. 29.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote61" name="footnote61"></a> +<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: Cod. Theod., lib. 7, tit. 22, leg. 8.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote62" name="footnote62"></a> +<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Amm. Marcell., lib. 20.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote63" name="footnote63"></a> +<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: C'est ce qu'on appeloit terres <i>létiques</i>. On nommoit +<i>Leti</i> les barbares qui les avoient obtenues, et ils formoient dans +l'empire des corps particuliers qui devinrent une partie considérable de +la milice romaine. (Cod. Theod., lib. 13, tit. 4, leg. 9.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote64" name="footnote64"></a> +<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Procop., <i>De bell. goth.</i>, lib. 1.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote65" name="footnote65"></a> +<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: Il n'étoit pas rare de voir des barbares à la fois rois de +leur nation et officiers de l'empire (Amm. Marc., lib. 26, 29, 31); et, +loin de se croire avilis par l'exercice de ces dignités romaines, ces +chefs de peuplades n'ambitionnoient rien tant que de s'en voir revêtus. +Pour les obtenir, ils prêtoient serment aux empereurs; mais autant qu'il +leur étoit possible, ils <i>ne se faisoient point ses clients</i>; ils <i>ne se +dévouoient point</i>. (<i>Ibid.</i>, lib. 17.) Ils auroient regardé ce +dévouement comme une espèce de dégradation. Il est probable qu'ils se +servirent à l'égard des Romains de la même formule, dont usoient chez +eux les hommes <i>libres</i>, lorsqu'ils s'engageoient au service d'un de +leurs chefs, d'où résultoit un engagement qui, sous le moindre prétexte, +pouvoit être rompu.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote66" name="footnote66"></a> +<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: Greg. Tur., lib. 2, cap. 9.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote67" name="footnote67"></a> +<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: <i>De bell. goth.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote68" name="footnote68"></a> +<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: Sur cette intelligence des évêques avec Clovis, les +soi-disant philosophes n'ont pas manqué de leur reprocher d'avoir trahi +leurs maîtres <i>légitimes</i>. Et cette sottise est répétée, chaque fois que +l'occasion s'en présente, par des gens qui ne reconnoissent ni <i>maîtres</i> +ni <i>légitimité.</i> Nous aurons bientôt occasion d'examiner si en effet les +barbares goths et ariens étoient les <i>maîtres légitimes</i> des évêques +catholiques et romains; et cet examen ne sera pas long. (Voyez l'article +<a href="#eglmonastere"><i>Églises et Monastères</i></a>.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote69" name="footnote69"></a> +<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: Aim., lib. 3, c. 88, et lib. 4, c. 61. Greg. Tur. +<i>append.</i> c. 20 et 108. <i>Hist.</i>, lib. 9, c. 10. <i>Cap. Car. calv.</i>, tit. +14, etc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote70" name="footnote70"></a> +<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Greg. Tur. <i>hist.</i>, lib. 6, c. 2, lib. 8, c. 43.—Aim. +lib. 3, c. 46. Cap., <i>De villis.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote71" name="footnote71"></a> +<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: <i>Voyez</i> de Buat, t. 2, p. 169 et suivantes.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote72" name="footnote72"></a> +<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Cap., <i>De villis</i>, c. 43, 45, 64, <i>leg. alam.</i>, tit. 19, +c. 7 et tit. 30.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote73" name="footnote73"></a> +<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: Ce n'est point sans doute ici le lieu de réfuter tout ce +qui se débite, dans nos tribunes publiques et dans nos journaux, de +niaiseries et d'absurdités sur la servitude, ni de chercher quelle en +est la nature et l'origine. Toutefois un ancien auteur (Albert de +Staden) nous indique ce qu'elle étoit chez les peuples du Nord, +lorsqu'il fait dériver le nom de <i>Lides</i> ou <i>Litons</i>, qu'on y donnoit +aux esclaves, du mot qui signifie <i>la permission</i> qu'un vainqueur donne +aux vaincus de <i>continuer de vivre</i>; et nous apprenons de Tacite (<i>De +mor Germ.</i>) que, beaucoup plus humains que les Grecs et les Romains si +fiers de leur police et de leurs lois, ces peuples ne condamnoient point +leurs captifs aux pénibles services de la domesticité; mais que, leur +distribuant des terres, ils exigeoient seulement d'eux un tribut en blé, +en étoffes, en bétail, redevance qui en faisoit des espèces de fermiers, +et au-delà de laquelle on ne leur demandoit plus rien. Tels avoient été +les colons chez les Romains, de même attachés à la glèbe, mais protégés +par des lois infiniment plus douces que celles des esclaves, et qui les +mettoient à l'abri des caprices et des violences de leurs maîtres. (S. +August., <i>De civ. Dei</i>, lib. 10, c. 2. Cod. Theod. tit. <i>De colonis</i>.) +De même que ces colons romains, les serfs des Germains pouvoient +acquérir un <i>propre</i> et posséder un <i>pécule</i>. La loi des Lombards les +appela serfs <i>rustiques</i>, par opposition aux serfs <i>ministériaux</i> qui +étoient des espèces d'esclaves (<i>Cap. addit. ad leg. Long.</i> an. 801, c. +6.), mais qui furent toujours peu nombreux chez les Francs. Et +lorsqu'ils eurent pénétré dans les Gaules, ils les remplacèrent par le +<i>vasselage</i>, qui, sans détruire la liberté et même une sorte d'égalité, +emportoit avec lui certains devoirs de domesticité. Ainsi le serf +continua d'être attaché à la culture des terres, et les hommes libres +vécurent avec des hommes libres, jusqu'à ce que le Christianisme, source +de toute liberté, eût opéré ce prodige, nouveau dans le monde, d'une +<i>société sans esclaves</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote74" name="footnote74"></a> +<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: <i>Voyez</i> de Buat. t. 2, p. 303 et seqq.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote75" name="footnote75"></a> +<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: De Buat, t. 2, p. 444 et seqq</p> + +<p>Les monuments anciens nous apprennent que le produit de ces terres +fiscales suffisoit à l'entretien de la maison du prince, à sa +représentation, et au soulagement de ceux qui étoient dans l'indigence; +et l'on peut croire que ce dernier emploi en étoit le plus considérable, +puisque l'on appeloit <i>aumôniers</i> plusieurs des trésoriers des finances +royales, et <i>aumône du roi</i>, le trésor dans lequel certains revenus +étoient déposés. Ces mêmes actes nous offrent des témoignages +authentiques de cette charité admirable des rois des deux premières +races envers les malheureux. Les sommes qu'ils consacroient annuellement +au soulagement des pauvres étoient immenses, et la partie la plus +considérable de l'argent monnoyé qui entroit dans leurs coffres y étoit +destinée. (<i>Cap. Car. calv.</i>, tit. 27, 53. <i>Cap. syn. Vernens.</i>, an. +755, c. 23. <i>Cap.</i>, an. 802, c. 29.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote76" name="footnote76"></a> +<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: <i>Cap. Car. calv.</i>, tit. 36, c. 20.—Les Francs étoient de +même jugés selon leur loi, quelque part qu'ils se trouvassent (Cap., <i>De +Villis</i>); mais il est certain que, dans la punition des crimes, lorsque +les parties intéressées étoient de <i>loi différente</i>, on suivoit toujours +la loi de l'offensé. (<i>Cap. Car. calv.</i>, tit. 36, c. 20.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote77" name="footnote77"></a> +<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: Toutefois il est important de remarquer que, dans le +principe, tous les grands seigneurs n'étoient pas vassaux. Les +ordonnances des rois carlovingiens distinguent le <i>cantonnier</i> ou +possesseur d'un bénéfice militaire, du <i>libre propriétaire</i>, et par +conséquent le serf <i>propre</i> du serf <i>cantonnier</i>. (Agobard, <i>De +privileg. et jure sacerdot., c. 2.</i>) Le noble franc qui n'avoit point +voulu joindre de grands fiefs aux propriétés qu'il avoit reçues de ses +ancêtres, et déroger par un <i>hommage</i> à la liberté qui étoit le +privilége de sa naissance, n'étoit obligé de prendre les armes que pour +<i>la défense de la patrie</i>. Ce fut la raison pour laquelle Clovis, +lorsqu'il voulut se faire chrétien, se vit abandonné par un grand nombre +des <i>hommes libres</i> qui l'avoient suivi. Ses vassaux seuls crurent que +le devoir du <i>vasselage</i> les obligeoit d'embrasser la religion de leur +prince. Ce fut à ces <i>fidèles</i> qu'il donna, après la conquête, de +grandes propriétés dont la possession étoit <i>indépendante du vasselage</i>; +après sa mort, ils devinrent donc <i>libres propriétaires</i>, et formèrent +cette haute noblesse qui, comme nous le dirons tout à l'heure, +partageoit <i>avec les rois l'exercice de l'autorité souveraine</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote78" name="footnote78"></a> +<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>: «Le vassal doit porter honneur à son seigneur, sa femme et +son fils aîné, <i>comme aussi</i> les frères puînés doivent porter <i>honneur</i> +à leur frère aîné<a id="footnotetag78-A" name="footnotetag78-A"></a><a href="#footnote78-A" title="Go to footnote 78-A"><span class="smaller normal">[78-A]</span></a>. Si le vassal est convaincu par justice avoir +mis la main violentement sur son seigneur, il perd le fief; et toute la +droiture qu'il y a revient au seigneur. Pareillement le seigneur qui met +la main sur son homme et vassal pour l'outrager, perd l'hommage et +tenures, rentes et devoirs à lui dus à cause du fief de son vassal, et +sont <i>ses foi et hommage dévolus et acquis au seigneur supérieur</i>; et ne +paie le vassal outragé rentes de son fief, fors ce qui en est dû au +chef-seigneur.» (Cout. de Normand., art 124, 125, 126.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote78-A" name="footnote78-A"></a> +<b><a href="#footnotetag78-A">78-A</a></b>: Le respect que les cadets devoient à leur frère aîné +étoit tellement le modèle de celui que les vassaux devoient à leur +suzerain, que ce droit d'aînesse se confondit long-temps avec la +suzeraineté. C'étoit là ce qu'on appeloit le <i>parage</i>, que le président +Hénault a mal entendu et dont il a donné une fausse définition (Otton de +Freisingen, lib. 1. <i>De gest. Freder.</i> <i>Voyez</i> aussi le président +Hénault, règne de Charles-le-Chauve.) Tout ce que cet écrivain a dit sur +les fiefs, sur le vasselage et sur la féodalité en général, est obscur, +incomplet, inexact, et prouve qu'il n'avoit ni bien étudié ni bien +compris cette matière. (<i>Voyez</i> ses remarques particulières sur la +seconde race.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote79" name="footnote79"></a> +<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: Greg. Tur., lib. 2., cap. 40 et 42. Aim., lib. 1, cap. +25.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote80" name="footnote80"></a> +<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>: Il seroit plus exact de dire: <i>il ne put faire autre +chose</i>. Que l'on veuille bien pénétrer un moment avec nous, et avec les +écrivains qui ont le mieux connu les antiquités de notre nation, jusqu'à +l'origine du pouvoir royal parmi les Francs, afin d'en bien concevoir la +nature, et de bien saisir le caractère qu'il dut avoir dans les premiers +temps de la monarchie: ce sera pour plusieurs l'occasion de s'en faire +une idée plus juste, et de se débarrasser de beaucoup d'erreurs et de +préjugés que tant d'écrivains superficiels ont répandus sur cette époque +de notre histoire.</p> + +<p>Chez les Francs, tous les princes de la maison royale naissoient avec le +titre de <i>roi</i>; et tous avoient droit à l'hommage des personnes libres. +Ce droit fut égal et sans partage entre eux, avant la conquête, parce +qu'il étoit alors l'unique domaine de la famille. Ce fut autre chose +quand le chef de cette famille eut acquis des provinces et des trésors: +ces biens nouveaux purent être partagés entre ses enfants; mais on ne +put de même partager les hommes libres, alors trop fiers et trop +indépendants pour se soumettre à un semblable partage.</p> + +<p>Il en résultoit donc que, lorsqu'un roi n'avoit pas pris de précautions +pour assurer l'état de ses enfants, celui d'entre eux qui avoit su +s'attacher un plus grand nombre d'<i>hommes libres</i>, étoit en mesure de se +faire donner un plus grand nombre de provinces, et même de se rendre +maître du royaume entier, à l'exclusion de ses co-partageants. Un trésor +étoit un moyen sûr d'y parvenir; et ce fut pour avoir su s'emparer de +celui de son père Clotaire (Grég., Tur. <i>hist.</i>, lib. 4, cap. 22) que +Chilpéric s'assura l'hommage des seigneurs puissants, de ceux qui +<i>commandoient les nations</i>, à qui l'<i>administration militaire</i> avoit été +confiée, et qui étoient en possession <i>de partager avec le roi +l'exercice de l'autorité souveraine</i>. (Aim. lib. 4, cap. 17.) Ce ne fut +point autrement que Dagobert se rendit maître du pouvoir suprême, dont +son frère Aribert fut exclu.</p> + +<p>On conçoit maintenant que les rois francs n'avoient qu'un seul moyen +d'assurer à leurs enfants leur part de royauté: c'étoit de leur donner +<i>partage</i> dès leur vivant, et de leur faire rendre hommage par les +seigneurs des terres dont se composoit le partage, en prenant toutefois +la précaution de se faire comprendre eux-mêmes dans le serment de +fidélité que l'on exigeoit à cette occasion. (Marculph. <i>Form.</i> lib. 1., +tit. 2.) Les reines qui, comme Frédégonde, craignoient de voir exclure +leurs enfants par les enfants d'un autre lit, avoient surtout un grand +intérêt à les faire déclarer rois; et comme le moyen le plus efficace de +soutenir de pareils droits à la royauté étoit de faire des largesses aux +grands, elles avoient soin de leur assigner un trésor, alors qu'ils +étoient encore au berceau.</p> + +<p>Ainsi les frères étoient les concurrents et les rivaux de leurs frères, +les oncles de leurs neveux, souvent même les cousins de leurs cousins; +et cette confusion de droits et les désordres qui s'ensuivirent, +venoient de ce que la famille <i>publique</i> se gouvernoit par les lois +domestiques qui ne sont applicables qu'aux familles privées. Elle +partageoit l'État, comme s'il lui eût appartenu, ne sachant pas encore +qu'elle appartenoit à l'État.</p> + +<p>Les rois carlovingiens imitèrent les rois francs; et ils avoient un +motif de plus pour faire ces élections anticipées: c'est qu'alors le +vasselage ayant pris des formes plus fixes, plus régulières, et étant +nécessairement attaché à tout bénéfice militaire, il s'ensuivoit que, +donnant partage à l'un de leurs enfants, ils lui transportèrent ainsi +l'hommage d'un grand nombre de leurs vassaux, qu'ils n'auroient pu leur +léguer, parce que <i>la mort du suzerain délioit le vassal</i>, ce que nous +prouverons tout à l'heure et ce qu'il est important de remarquer: +c'étoit le seul moyen efficace qu'ils eussent de fixer la royauté dans +leur maison, qui fut toujours moins respectée que celle des rois francs.</p> + +<p>«Lorsqu'ensuite, dit de Buat, dont les savantes et judicieuses +recherches nous ont été très-utiles dans cette dissertation, la Maison +carlovingienne se fut partagée en plusieurs branches, la même précaution +fut absolument nécessaire pour assurer au fils unique d'un roi la +succession de son père, à laquelle un oncle et un cousin <i>croyoient +avoir autant de droit que lui</i>. Tel fut le motif des élections +éventuelles et des désignations, dont l'usage fut encore plus fréquent +sous la seconde race qu'il ne l'avoit été sous la première.» (<i>Origines</i>, +t. 1).</p> + +<p class="p15"><a id="footnote81" name="footnote81"></a> +<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: (Aim., lib. V, cap. 70.) «La coutume des Francs fut +toujours de choisir leurs rois dans la race ou dans la succession des +rois derniers morts. Ils n'élurent pas Charles-le-Simple aussitôt après +Louis-le-Gros, parce qu'il étoit alors <i>enfant et de corps et d'esprit</i>; +qu'il n'étoit pas encore capable de gouverner un royaume, et qu'il eût, +par conséquent, été <i>dangereux de l'élire</i>, tandis que la nation étoit +exposée à la cruelle persécution des Normands.» (Flodoard, liv. 15., +<i>Hist. Remens.</i>, cap. 5.)</p> + +<p>Ceci se passoit sous la seconde race. Écoutons +maintenant Grégoire de Tours, faisant raconter à Gondoald, fils de +Clotaire I<sup>er</sup>, les motifs qui l'avoient porté à venir dans les Gaules +pour y faire valoir les droits qu'ils prétendoit avoir à la couronne: +«Lorsque j'étois à Constantinople, disoit ce prince, je m'informai de +Boson en quel état étoit ma famille, et j'appris de lui qu'elle étoit +réduite à fort peu de chose. Il me dit que, de tous mes parents, il ne +restoit que Gontram et Childebert; que les fils de Chilpéric étoient +morts aussi bien que lui, à l'exception d'un enfant qui <i>étoit encore au +berceau</i>; que Gontram mon frère n'avoit point d'enfants, et que mon +neveu Childebert étoit encore très-foible (<i>minime fortis</i>); que par +cette raison tous les princes du royaume avoient pris la résolution <i>de +me rappeler</i>, et que personne n'avoit osé parler contre moi. Car nous +savons tous, ajouta-t-il, que vous êtes fils de Clotaire, et que si vous +ne venez pas dans les Gaules, <i>il n'y est resté personne qui puisse les +gouverner</i>.» (Hist., lib. VII, cap. 36.) Gontram lui-même, s'adressant +au <i>peuple</i> après la mort de Chilpéric, ne fait point valoir d'autres +motifs pour obtenir le pouvoir suprême. «Je vous conjure, lui dit-il, de +me garder une foi inviolable, de ne pas me tuer comme ont été tués mes +frères; qu'au moins je puisse élever mes neveux, qui sont devenus mes +enfants adoptifs. Ma mort, si elle arrive pendant qu'ils sont en bas +âge, entraînera nécessairement votre ruine, puisqu'il ne restera de +notre race <i>aucune personne robuste</i> qui puisse vous défendre.» +(<i>Ibid.</i>, lib. VII, cap. 8.)</p> + +<p>Ceci prouve encore que le peuple concouroit à l'élection du monarque; et +en effet, dans la charte où Louis-le-Débonnaire règle l'état de ses +enfants, il ordonne expressément «que tout <i>le peuple assemblé</i><a id="footnotetag81-A" name="footnotetag81-A"></a><a href="#footnote81-A" title="Go to footnote 81-A"><span class="smaller normal">[81-A]</span></a> +élise celui des princes <i>qu'il plaira à Dieu</i>.» (Cart. division., an +817.) On pourroit citer beaucoup d'autres exemples de cette confusion +d'idées qui régnoit alors au sujet de la succession au trône, principale +cause de tous les désordres qui éclatèrent en France sous les deux +premières races.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote81-A" name="footnote81-A"></a> +<b><a href="#footnotetag81-A">81-A</a></b>: Par <i>peuple</i> il faut entendre ici tout ce qui avoit la +<i>noblesse</i> ou du moins l'<i>ingénuité</i>, depuis les grands vassaux de la +couronne jusqu'aux simples propriétaires et aux bourgeois des cités. Les +<i>serfs</i> ou esclaves et les colons attachés à la glèbe en étoient exclus: +c'est cette classe nombreuse de la société que nous appelons <i>peuple</i> +aujourd'hui, et dont le christianisme a, par degré, brisé les fers.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote82" name="footnote82"></a> +<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: La haute noblesse, celle qui se composoit presque toute de +libres propriétaires, étoit peu nombreuse, et d'une telle fierté qu'elle +ne voyoit rien au-dessus d'elle, pas même la famille des rois. «Remplis +de mépris pour la race de Charlemagne, dit le moine de Saint-Gal<a id="footnotetag82-A" name="footnotetag82-A"></a><a href="#footnote82-A" title="Go to footnote 82-A"><span class="smaller normal">[82-A]</span></a>, +chacun de ces nobles de la première classe tâchoit de s'emparer du +gouvernement, et ne prétendoit à rien moins qu'à mettre la couronne sur +sa tête.» Ceci se passoit immédiatement après la mort de Charlemagne; et +l'on peut juger des dispositions où elle dut se trouver, lorsque, après +deux siècles de règne, cette race eut donné des preuves si multipliées +de sa dégénération.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote82-A" name="footnote82-A"></a> +<b><a href="#footnotetag82-A">82-A</a></b>: (Mon. Sanct. Gall., lib. II., cap. 27.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote83" name="footnote83"></a> +<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: On a beaucoup déclamé et l'on déclame encore sur +l'usurpation que firent du pouvoir souverain les chefs de la seconde et +de la troisième race de nos rois: dans tout ce que l'on a dit à ce +sujet, il y a eu souvent de la passion, et toujours beaucoup d'ignorance +de la constitution politique de la France, dans ces premiers siècles de +la monarchie. Que devons-nous voir dans la race des rois francs? une +famille plus honorée sans doute que les autres, où la nation a coutume +de choisir ses chefs, mais de telle manière cependant que tous les +membres qui la composent peuvent prétendre à l'être, et souvent tous à +la fois, et quel que puisse être leur degré de consanguinité. Quels sont +ceux qui élisent ces rois? d'une part des seigneurs <i>libres +propriétaires</i>, qui ne leur ont jamais <i>engagé leur foi</i>, qui se croient +les égaux de cette famille, qui le sont en effet; de l'autre, des +vassaux que la mort de leur suzerain a <i>déliés de tout engagement</i>; car +le vasselage étoit <i>personnel</i>, et rien n'est plus attesté. +Qu'exigeoient-ils de ces rois? qu'ils fussent capables de les commander, +de les défendre; et ils étoient jugés indignes du trône, lorsqu'ils +étoient <i>inutiles</i> à la nation. Que devoit-il résulter de droits établis +sur des conditions aussi rigoureuses d'une part, et sur des obligations +aussi légères de l'autre? que la race entière seroit nécessairement +rejetée, dès qu'elle auroit dégénéré au point de ne plus offrir que des +princes incapables et imbéciles, parce que, il ne faut point se lasser +de le répéter, selon la maxime fondamentale des Francs, un prince +<i>inutile</i> ne pouvoit être roi. C'est ainsi que la famille des +Carlovingiens fut substituée à celle de Clovis, qui ne fut dépossédée +qu'en raison de son <i>inutilité</i>; et c'est ce qui fit que Pépin, dont +l'élévation supposoit la nullité de tout droit à conserver le pouvoir +dans une même famille, essaya de sortir de cette situation fausse et +incertaine, en faisant intervenir la puissance spirituelle, seule +capable en effet de donner de la fixité à toute institution politique. +Le pape Étienne en le sacrant sacra aussi ses deux fils, et prononça +l'excommunication contre ceux «qui entreprendroient d'élire un roi qui +ne descendit pas de ceux que la bonté divine avoit daigné élever à ce +rang suprême.» Mais les coutumes de la nation, le partage impolitique +qui continua d'être fait de la puissance royale, le malheur des temps +qui rendit la noblesse plus indépendante encore qu'elle ne l'avoit été, +surtout le mépris dans lequel tomba la seconde race, qui ne fut jamais +aussi respectée que la première, tout se réunit pour légitimer le choix +d'une nouvelle famille royale: «car, comme le dit fort bien de Buat, les +princes auxquels Hugues Capet fut substitué étoient au moins <i>inutiles</i>; +et l'un d'eux <i>avoit fait un hommage</i> qui le rendoit étranger à la +nation et peut-être son ennemi.» De telles coutumes et de tels préjugés +composoient sans doute une fort mauvaise loi d'hérédité au trône: on ne +prétend point le nier; on soutient seulement que ces coutumes et ces +préjugés existoient, et que tant qu'on ne comprendra point ces choses, +on ne dira que des absurdités sur les deux premières races de nos rois.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote84" name="footnote84"></a> +<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Sous le règne de Hugues-Capet, un abbé de Cluni invité par +Bouchard, comte de Paris, d'amener des religieux à +Saint-Maur-des-Fossés, s'excusa de faire un si long voyage dans un pays +étranger et inconnu.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote85" name="footnote85"></a> +<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: Les Normands.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote86" name="footnote86"></a> +<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: Remarquez que tous ces malheureux discoureurs, dans tous +les systèmes politiques et religieux qu'ils ont rêvés, supposent, avant +toutes choses, <i>l'isolement</i> absolu de l'homme, qui <i>se réunit</i> ensuite +à d'autres hommes pour composer des sociétés et fabriquer des religions. +C'est au moyen de cette extravagance monstrueuse, qu'ils sont parvenus à +bouleverser le monde civilisé.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote87" name="footnote87"></a> +<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: M. le vicomte de Bonald, œuv. compl., III, p. 413.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote88" name="footnote88"></a> +<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Mably, que M. de Bonald avoit cité lui-même. (<i>Ibid.</i>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote89" name="footnote89"></a> +<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: T. III, p. 411: «Les bois et les champs forment plus la +noblesse que les villes. <i>Plus rura et nemus conforunt ad consequendam +nobilitatem</i>, dit Poge, qui écrivoit sur le droit public au quinzième +siècle.» (<i>Ibid.</i>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote90" name="footnote90"></a> +<b><a href="#footnotetag90">90</a></b>: 3. <i>Synod. Aurel.</i>, can. 5.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote91" name="footnote91"></a> +<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: <i>Decretal. prec. Bal.</i>, t. I, p. 199.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote92" name="footnote92"></a> +<b><a href="#footnotetag92">92</a></b>: Parmi les habitants des Gaules, tout ce qui n'étoit point +Franc ou Romain étoit désigné sous cette dénomination commune de +<i>barbares</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote93" name="footnote93"></a> +<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: <i>Marculf. form.</i>, lib. I, tit. 40.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote94" name="footnote94"></a> +<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: <i>Convent. apud Andelan.</i> an. 587. Aim., lib. I, 7; lib. +III., c. 48. <i>Ibid.</i> c. 4, 6. <i>Cap.</i> an. 819, tit. II, c. 19.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote95" name="footnote95"></a> +<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: <i>Cap. Car. calv.</i>, tit. 27, cap. 14.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote96" name="footnote96"></a> +<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Ceux-ci étoient à la charge des fidèles, dont le devoir +étoit de les bâtir, de les entretenir et de les fournir de toutes les +provisions nécessaires, lorsque les rois venoient y établir leur +résidence momentanée. (Cap. Car. calv., tit. 36, cap. 37.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote97" name="footnote97"></a> +<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: On comptoit dans les diverses provinces qui composoient le +royaume cent soixante habitations de ce genre. Les monnoies des rois +francs, leurs chartes, leurs synodes portent souvent le nom de +quelques-unes de ces forteresses ou maisons de campagne qu'ils +habitoient successivement.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote98" name="footnote98"></a> +<b><a href="#footnotetag98">98</a></b>: Baluze. <i>Capit.</i> t. II, p. 267.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote99" name="footnote99"></a> +<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: Paris ayant été brûlé tant de fois, et les historiens +n'ayant laissé aucune tradition sur les édifices de ce temps-là, on +ignore entièrement non-seulement quelle étoit la forme de leur +construction, mais encore quelles étoient les matières qui y étoient +employées. À peine savons-nous comment cette ville étoit bâtie il y a +deux ou trois siècles. Cependant ces nombreux incendies portent à croire +que toutes les maisons étoient en bois; et il est certain que, sous +Henri IV, elles étoient encore formées de charpentes couvertes d'un +enduit de plâtre. On cite, comme une chose remarquable, que, sous Louis +XII, les maisons du pont Notre-Dame étoient bâties en briques.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote100" name="footnote100"></a> +<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Il est impossible de donner à ce sujet aucun +renseignement exact. Le premier recensement dont parlent les historiens +fut fait en 1323, sous Philippe-le-Bel, et alors Paris s'étoit fort +étendu sur les deux rives de la Seine.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote101" name="footnote101"></a> +<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Sous le règne de Lothaire, l'évêque d'Aleth (aujourd'hui +Saint-Malo), craignant la profanation des reliques de son église par les +Normands qui infestoient tout le royaume, résolut de les apporter à +Paris, alors le seul lieu de sûreté qu'il y eût en France. Les +ecclésiastiques et les moines de Bagneux et de Dol, craignant également +pour leurs reliques, conçurent le même dessein, et se joignirent à ce +prélat pour faire le voyage de Paris. (<span class="smcap">Félib.</span>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote102" name="footnote102"></a> +<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Le moine <i>Abbon</i> est l'auteur de ce poëme. Il étoit +normand lui-même, et avoit été témoin de ce siége qu'il décrit avec une +grande exactitude de détails. Son ouvrage, écrit en latin barbare, est +loin d'être un chef-d'œuvre de poésie, mais doit être considéré comme +un monument historique extrêmement curieux; il contient environ douze +cents vers divisés en deux livres, et fut composé vers la fin du +neuvième siècle.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote103" name="footnote103"></a> +<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: Abbon, v. 504 <i>et seqq.</i> Il fut renversé en partie par un +débordement de la rivière, la nuit du 6 février 886. Ceux qui ont +confondu le Grand pont avec ce pont de Charles-le-Chauve, attribuent au +Petit pont ce qui arriva en effet à celui de ce prince, V. Jaillot, tom. +1, p. 167.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote104" name="footnote104"></a> +<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: Sauval et D. Félibien disent qu'on ne trouve aucuns +documents sur ce pont avant l'année 1323; et le premier de ces deux +historiens, par une de ces contradictions dans lesquelles il lui arrive +si souvent de tomber, rapporte presque au même endroit que ce pont fut +emporté par les glaces en 1196, 1280, etc., tom. 1, p. 225.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote105" name="footnote105"></a> +<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Jaillot prouve sans réplique que tous les historiens de +Paris se sont trompés, en appelant la plus grande de ces îles l'<i>île aux +Treilles</i>, et la plus petite l'<i>île de Bucy</i> ou du <i>Pasteur aux vaches</i>. +Ces noms appartenoient à des îles ou atterrissemens que la Seine avoit +formés plus bas, parce qu'alors elle n'étoit pas retenue dans son lit +comme elle l'est aujourd'hui. Ces îles ont disparu, soit qu'elles aient +été emportées par la violence des débordements, soit qu'en construisant +les quais on les ait détruites pour laisser un cours plus libre à la +navigation. Toutefois l'<i>île aux Bureaux</i> ne reçut ce nom qu'en 1462, de +Hugues Bureau, à qui l'abbé de Saint-Germain la concéda cette même +année, moyennant une rente annuelle. On ignore si l'<i>île à la Gourdaine</i> +avoit donné son nom au moulin qui étoit placé au-dessus, ou si elle en +avoit reçu ce nom, que ce moulin portoit aussi.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote106" name="footnote106"></a> +<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Cette maison est mal placée sur les plans du commissaire +Delamare, qui sont ceux que nous avons copiés; elle s'y trouve à +l'endroit où est située aujourd'hui la cour Neuve; et Jaillot prouve +qu'elle s'élevoit à l'entrée de la place Dauphine. Ces plans ne +représentent aussi qu'une seule île, et il y en avoit deux.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote107" name="footnote107"></a> +<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: Dans ceux-ci on a surbaissé les arcs, ce qui donne plus +d'élégance, sans nuire à la solidité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote108" name="footnote108"></a> +<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: Ce fut lui qui donna les dessins de la galerie du +Louvre.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote109" name="footnote109"></a> +<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 9.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote110" name="footnote110"></a> +<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: Le produit de la location de ces boutiques, qui sont au +nombre de vingt, avoit été donné par Louis XVI à l'académie de +Saint-Luc, pour être employé au paiement des pensions des pauvres veuves +de cette académie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote111" name="footnote111"></a> +<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 25.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote112" name="footnote112"></a> +<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Renversée le 11 août 1792.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote113" name="footnote113"></a> +<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: Ce qui donne lieu sans doute à la méprise qui a fait +attribuer si long-temps cette figure à un sculpteur françois, c'est +qu'en effet le sieur de Franqueville, architecte et premier sculpteur du +roi, fut chargé d'envoyer un modèle <i>de la statue du roi</i> à Florence. +C'étoit probablement le portrait de Henri IV, modelé d'après nature, +dont il étoit difficile sans doute que l'artiste italien pût se passer; +et ce portrait fut effectivement envoyé. (<i>Voyez</i> Mémoires historiques +relatifs à la fonte de la statue équestre de Henri IV, par M. Ch. J. +Lafolie.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote114" name="footnote114"></a> +<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Inscription sur la table principale du piédestal:</p> + +<p><span class="smcap">Errico IV</span>, <i>Galliarum imperatori, Navar. R. Ludovicus XIII, + filius ejus opus incho. et intermissum, pro dignitate + pietatis et imperii, pleniùs et ampliùs absolvit.</i> Emin. <span class="smcap">D. + C. Richelius</span> <i>commune votum populi promovit, super illust. + viri</i> de Bullion, Bouthillier, P. Ærarii F. <i>faciendum + curaverunt</i>. <span class="smcap">MDCXXXV.</span></p> + +<p class="p15">Sur la table au-dessous:</p> + +<p><i>Quisquis hæc leges, ita legito: uti optimo Regi precaberis + exercitum fortem, populum fidelem, imperium securum et annos + de nostris.</i> B. B. F.</p> + +<p class="p15">Sur la table du côté du faubourg Saint-Germain:</p> + +<p class="center">PREMIÈRE INSCRIPTION.</p> + + <p><i>Genio Galliarum S. et invictissimo R. qui, Arquensi prælio, + magnas conjuratorum copias parvâ manu fudit.</i></p> + +<p class="center">DEUXIÈME INSCRIPTION.</p> + + <p><i>Victori triumphatori feretrio, Perduelles ad Evariacum + cœsi, malis vicinis indignantibus et faventibus, + clementiss. imper. Hispano duci optima reliquit.</i></p> + +<p class="p15">Sur la table du côté du pont Royal:</p> + + <p>N. M. <i>Regis rerum humanarum optimi, qui sine cæde urbem + ingressus, vindicatâ rebellione, extinctis factionibus, + Gallias optatâ pace composuit.</i></p> + +<p class="p15">Enfin sur la table du côté de la Samaritaine:</p> + + <p><i>Ambianum Hispanorum fraude intercepta, Errici M. virtute + asserta, Ludovicus XIII, M. P. F. iisdem ab hostibus fraude + ac scelere tentatus, semper justitiâ et fortitudine superior + fuit.</i></p> + +<p class="p15">Sur la table au-dessous:</p> + + <p><i>Mons omnibus ante se ducibus regibusque frustrà petitus, + Errici M. felicitate sub imperium redactus, ad æternam + securitatem ac gloriam Gallici nominis.</i></p> + +<p class="p15">Sur la grille de fer qui renfermoit ce monument, étoit l'inscription qui +suit:</p> + +<p><i>Ludovicus XIII. P. F. F. imperii, virtutis et fortunæ + obsequentiss. hæres, J. L. D. D. Richelius C. vir supra + titulos et consilia omnium retrò principum, opus absolvendum + censuit. N. N. II. VV.</i> de Bullion, Bouthillier, <i>S. A. P. + dignitati et regno pares, ære, ingenio, curâ, difficillimis + temporibus P. P.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote115" name="footnote115"></a> +<b><a href="#footnotetag115">115</a></b>: Ces figures ont été sauvées de la destruction et déposées +au Musée royal, où elles sont encore maintenant.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote116" name="footnote116"></a> +<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: Ce monument lui-même est une preuve plus frappante encore +de l'inconstance de la multitude, et du mépris que méritent également sa +haine et son amour. Pendant près de deux siècles, le souvenir de Henri +IV fut cher au peuple de Paris; et sa statue étoit pour ce peuple +l'objet d'une sorte de culte. Dans les premiers jours de la révolution, +on l'avoit vu forcer les passants à s'agenouiller devant l'image de ce +bon roi; environ deux ans après, il l'abattit avec des cris de rage, +comme celle du plus affreux des tyrans.</p> + +<p>Ce fut le 23 avril 1814, peu de jours après le retour d'un Bourbon dans +les murs de Paris, que le conseil municipal de cette ville arrêta, par +une délibération, que la statue de bronze de Henri IV seroit rétablie à +l'endroit même où elle avoit été abattue, et qu'elle le seroit au moyen +d'une souscription à laquelle tous les François seroient appelés à +concourir. À peine cette souscription fut-elle ouverte que de toutes les +parties de la France, arrivèrent d'innombrables offrandes, et de la part +de toutes les classes de ses habitants. L'exécution de la statue avoit +été confiée à M. Lemot, déjà célèbre par l'exécution de plusieurs +grandes compositions monumentales, parmi lesquelles se fait remarquer le +fronton du Louvre, l'un des plus beaux ouvrages de sculpture qu'aient +produits les temps modernes. Il commença sur-le-champ son petit modèle, +qui ne fut achevé et moulé en plâtre qu'au mois de janvier 1815, peu de +semaines avant le funeste retour de Buonaparte. M. Lemot n'en continua +pas moins, pendant l'époque dite des <i>cent jours</i>, et avec autant de +courage que de persévérance, le travail qu'il avoit commencé. Le modèle +en grand du cheval étoit déjà fort avancé lors de la rentrée du Roi; et +à la fin de décembre 1815, il étoit moulé, coulé et monté en plâtre, +enfin au mois d'avril 1816, l'œuvre de l'artiste étoit entièrement +achevée. Le 18 mars 1817, on fondit, dans la fonderie de Saint-Laurent, +la tête et le torse de la figure; et ce fut le 6 octobre suivant que le +cheval et la partie inférieure du cavalier qui y étoit attenante furent +coulés en bronze et avec le succès le plus complet dans les ateliers du +Roule, et dans le même fourneau où avoit été fondue la statue de Louis +XV, le 5 mai 1758.</p> + +<p>Le 28 du même mois d'octobre, S. M. Louis XVIII posa la première pierre +du monument, et le 25 août de l'année suivante elle en fit +l'inauguration avec une pompe toute royale, et au milieu des +acclamations et des transports de joie de l'immense population de Paris. +Cette population avait offert quelques jours auparavant (le 14 août) un +spectacle encore plus touchant, lorsqu'on l'avoit vue, pendant le +transport de la statue, se précipiter sur les traits de l'équipage que +dix-huit paires de bœufs ne pouvoient plus ébranler, offrir ses bras +par milliers pour traîner un si cher fardeau, et le conduire, comme dans +une marche triomphale, jusqu'au pont des Arts, où la statue demeura +trois jours. Le 17, soixante-dix chevaux l'amenèrent enfin au +terre-plein, où elle fut placée très-heureusement sur son piédestal, par +M. <i>Guillaume</i>, charpentier, qui fit cette opération <i>à ses frais</i>, +ainsi qu'il l'avoit généreusement proposé, voulant ainsi payer le tribut +d'un bon François à la mémoire du bon Henri.</p> + +<p>C'est un monument d'un grand style, d'un dessin correct et savant: +l'artiste a su allier la beauté des formes à la vérité de l'attitude; la +noblesse et la ressemblance parfaite des traits avec la franchise et la +naïveté de l'expression. Il s'est montré d'une exactitude scrupuleuse +dans tous les détails du costume et jusque dans les moindres +accessoires, sans jamais descendre à l'imitation servile d'un copiste; +le mouvement du cheval est neuf et vraiment admirable; toutes les +parties en sont étudiées avec le plus grand soin, et traitées dans la +plus grande manière; enfin, à la place d'une statue médiocre, s'est +élevée une statue digne d'un de nos plus grands rois, digne des plus +beaux temps de l'art parmi les modernes, et qui attestera à la postérité +à quel point, au commencement du 19<sup>e</sup> siècle, la sculpture étoit +florissante.</p> + +<p>Les bas-reliefs qui ornent le piédestal, exécutés par la main savante du +même artiste, présentent dans des compositions ingénieuses et pleines de +sentiment, au côté méridional, Henri IV faisant distribuer des vivres +aux habitants de Paris qui, pendant le siége de cette ville, s'étoient +réfugiés dans son camp; au côté méridional, le roi, déjà entré en +vainqueur dans sa capitale, s'arrêtant au Parvis de Notre-Dame, et là +donnant ordre au prévôt de Paris de porter à ses habitants des paroles +de paix, et de les inviter tous à reprendre leurs travaux accoutumés.</p> + +<p>Sur la façade du piédestal qui regarde le pont Neuf, on avoit peint +l'inscription suivante, composée par l'académie des belles lettres:</p> + +<p>«<i>HENRICI MAGNI ob paternum in populos animum notissimi + principis sacram effigiem, inter civilium furorum procellas, + Galliâ indignante, dejectam, post optatissimum LUDOVICI + XVIII reditum, ex omnibus ordinibus cives, ære collato; + restituerunt, nec non et elogium quod simul cum effigie + abolitum fuerat, lapidi rursùs inscribi curaverunt.</i>»</p> + +<p>Sur la face qui regarde le pont des Arts doit être placée l'inscription +que portoit la face principale de l'ancien piédestal, et que nous avons +déjà citée:</p> + +<p><i>ERRICO IV, Galliarum imperatori</i>, etc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote117" name="footnote117"></a> +<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 25.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote118" name="footnote118"></a> +<b><a href="#footnotetag118">118</a></b>: Appelé alors jardin du premier président.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote119" name="footnote119"></a> +<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: <i>Voyez</i> pl. 10.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote120" name="footnote120"></a> +<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Au milieu de cette place est une fontaine en forme de +piédestal, laquelle soutient un petit monument élevé en l'honneur du +général Desaix, tué à la bataille de Marengo.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote121" name="footnote121"></a> +<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Cette île, ainsi que celle à la Gourdaine, appartenoit +alors, ainsi que nous l'avons déjà dit, à l'abbaye +Saint-Germain-des-Prés; et l'on n'a point trouvé qu'elles eussent de +dénomination particulière avant la fin du quinzième siècle.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote122" name="footnote122"></a> +<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: <i>Voy.</i> dans le deuxième volume, l'article <i>Temple</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote123" name="footnote123"></a> +<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: Le mot <i>chapelle</i> a diverses acceptions: il signifie +quelquefois une église particulière, qui n'est ni cathédrale, ni +collégiale, ni paroisse, ni abbaye, ni prieuré. Ces sortes de chapelles +sont celles que les canonistes appellent <i>sub dio</i>.</p> + +<p>On désigne aussi sous le nom de <i>chapelle</i> une partie d'une grande +église dans laquelle il y a un autel, et où l'on dit la messe. Celles-ci +sont appelées <i>sub tecto</i>.</p> + +<p>Enfin il y a des chapelles domestiques dans l'intérieur des monastères, +hôpitaux, communautés, dans les palais des princes et autres maisons +particulières. Ce sont proprement des oratoires privés, dans lesquels on +a obtenu la permission de faire célébrer le saint sacrifice. On appelle +spécialement <i>saintes chapelles</i> celles qui sont établies dans les +palais des rois.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote124" name="footnote124"></a> +<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: Duchesne, t. V, p. 411.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote125" name="footnote125"></a> +<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Duchesne, t. IV, p. 77. Un mémoire manuscrit, conservé +dans les archives de la Sainte-Chapelle, reculoit cette fondation +jusqu'à l'année 922. Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que cette +chapelle fut rebâtie par Louis-le-Gros, et la preuve en est dans les +lettres de Louis VII de l'an 1160. (Dubois, Hist. ecclés.; Par., t. 1, +p. 154.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote126" name="footnote126"></a> +<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: La gravure extrêmement fidèle que nous donnons de la +Sainte-Chapelle (<i>voy.</i> pl. 11) offrira sur-le-champ une idée plus +exacte de cet édifice que tout ce que nous pourrions en dire; et +généralement la description des monuments gothiques par le simple +discours a toujours quelque chose de vague, parce que les termes +consacrés à l'architecture ne peuvent y être employés que dans une +acception détournée, et par conséquent arbitraire.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote127" name="footnote127"></a> +<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 25.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote128" name="footnote128"></a> +<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: De là le proverbe: <i>Vin de la couleur des vitres de la +Sainte-Chapelle.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote129" name="footnote129"></a> +<b><a href="#footnotetag129">129</a></b>: Ce privilége lui avoit été accordé par une bulle de Jean +XXII du 5 août 1320.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote130" name="footnote130"></a> +<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Ses restes avoient été transportés, pendant la +révolution, dans le jardin du Musée des monuments français, rue des +Petits-Augustins; et dans la première édition de cet ouvrage, nous +avions laissé entrevoir ce que nous trouvions d'indécent dans cette +étrange translation. Depuis le retour du Roi, ils ont été portés à +Saint-Étienne-du-Mont, et déposés dans une chapelle de cette église.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote131" name="footnote131"></a> +<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>: Dans l'origine, la Sainte-Chapelle avoit un clocher, qui +fut brûlé en 1630, avec le comble de l'édifice, par la négligence d'un +plombier qui y travailloit; à sa place on éleva une flèche que l'on +considéroit comme un modèle de hardiesse et de légèreté. Elle a été +démolie dans les premiers temps de la révolution.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote132" name="footnote132"></a> +<b><a href="#footnotetag132">132</a></b>: Après ces cinq principaux chapelains, on comptoit cinq +sous-chapelains-prêtres, cinq clercs, diacres ou sous-diacres, et deux +marguilliers, aussi diacres ou sous-diacres. En 1248, le saint roi +ajouta un troisième marguillier, ordonna que tous les marguilliers +fussent prêtres, et qu'ils eussent chacun un clerc, diacre ou +sous-diacre. Leur nombre s'augmenta sous ses successeurs jusqu'à +quarante-cinq. Celui des chapelains fut réduit à vingt par arrêt du +réglement du 19 mai 1681. (Duchesne, t. V, p. 533.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote133" name="footnote133"></a> +<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: Il y est dit que «lesdits trésorier et chanoines +porteront à l'avenir des aumusses de petit-gris, fourrées de menu-vair, +au lieu des noires qu'ils portoient avant, parce qu'à peine on pouvoit +les distinguer des chapelains, et que très-souvent on leur donnoit ce +dernier nom, au lieu de celui qui leur appartenoit.» <i>Quia vix possunt +propriè recognosci vel distingui, et sæpissimè dicuntur capellani et non +canonici.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote134" name="footnote134"></a> +<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: Duchesne, t. V, p. 533.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote135" name="footnote135"></a> +<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: Presque toutes ces reliques étoient accompagnées de leurs +pièces justificatives. L'auteur de l'histoire de la Sainte-Chapelle ne les +considère pas toutes néanmoins comme authentiques; et nous partageons les +doutes qu'il élève à ce sujet.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote136" name="footnote136"></a> +<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Il étoit partagé en douze morceaux plaqués, formant une +croix d'un pouce de large sur neuf pouces une ligne de haut, et de sept +pouces neuf lignes dans la traverse.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote137" name="footnote137"></a> +<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: Il est déposé au cabinet des antiquités de la bibliothèque +Royale.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote138" name="footnote138"></a> +<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Les Grecs avoient fait peindre en émail les quatre +Évangélistes aux quatre coins de la plaque dont elle étoit entourée.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote139" name="footnote139"></a> +<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: On l'appeloit alors le <i>grand camaïeu</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote140" name="footnote140"></a> +<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: Déposé au cabinet d'antiquités de la bibliothèque Royale, +ainsi qu'un grand nombre des antiquités dont nous venons de donner +l'énumération.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote141" name="footnote141"></a> +<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: Déposé au Musée des Petits-Augustins.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote142" name="footnote142"></a> +<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: La construction de la Sainte-Chapelle avoit coûté 40,000 +liv., qui valoient 800,000 liv. de notre monnoie. Les reliques et les +châsses avoient coûté 100,000 liv. (2,000,000.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote143" name="footnote143"></a> +<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: En 1306, Philippe-le-Bel nomma les religieux augustins +pour faire chaque année à la Sainte-Chapelle l'office de la translation +des saintes reliques; il accorda la même prérogative aux jacobins et aux +cordeliers en 1309; les carmes obtinrent le même avantage de +Charles-le-Bel en 1322.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote144" name="footnote144"></a> +<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: La Sainte-Chapelle est maintenant un dépôt d'archives.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote145" name="footnote145"></a> +<b><a href="#footnotetag145">145</a></b>: Am. Marc., lib. XV, cap. 11.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote146" name="footnote146"></a> +<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Delamare, tome I.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote147" name="footnote147"></a> +<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: Greg. Tur., <i>Hist.</i>, lib. III, cap. 18.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote148" name="footnote148"></a> +<b><a href="#footnotetag148">148</a></b>: Le même historien nous apprend que Caribert étoit logé +dans la Cité, et qu'un prêtre de Bordeaux vint l'y trouver. <i>Presbiter, +Parisiacæ urbis portas ingressus, regis præsentiam adiit</i> (Lib. IV, cap. +26). On en pourroit citer encore d'autres exemples.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote149" name="footnote149"></a> +<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Il y avoit encore une maison royale dans le cloître +Notre-Dame, où Louis VII passa ses premières années, comme il le +témoigne lui-même. On ignore où étoit cette demeure, mais il est certain +qu'il y retourna souvent, et qu'il alla l'habiter lorsqu'il céda le +palais à Henri II, roi d'Angleterre. (<span class="smcap">Sauval.</span>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote150" name="footnote150"></a> +<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: Dans ce jardin-là même, dit Sauval, saint Louis, vêtu +d'une cotte de camelot, d'un surcot de tirretaine sans manches, et d'un +manteau par-dessus de sandal noir, y rendoit justice, couché sur des +tapis, avec Joinville et d'autres, qu'il choisissoit pour conseillers.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote151" name="footnote151"></a> +<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: Aim., lib. I, c. 12.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote152" name="footnote152"></a> +<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: Aimoni nous apprend (lib. 4, c. 1) que Brunchaut ayant +envoyé sommer Clotaire de sortir du royaume d'Austrasie où elle +prétendoit établir Sigebert, bâtard de Thierri, Clotaire lui fit +répondre «qu'elle devoit convoquer l'assemblée des nobles francs, et +soumettre à une délibération commune ce qui étoit de l'intérêt commun; +que pour lui, il se soumettroit en tout à ce qu'ils auroient jugé, +promettant de n'y faire aucune opposition.»</p> + +<p>Gontram fit une réponse semblable aux ambassadeurs de Childebert, qui +demandoient qu'il lui livrât Frédégonde, la meurtrière de son père et de +son oncle. «C'est dans le plaid que nous tenons, que nous ordonnons et +traitons de tout ce qui se doit faire.» (Greg. Tur. <i>Hist.</i>, lib. 7, c. +7.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote153" name="footnote153"></a> +<b><a href="#footnotetag153">153</a></b>: Hinem. <i>ep.</i>, tit. 14.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote154" name="footnote154"></a> +<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Ces vassaux ou <i>mineurs</i> donnoient leur avis quand il +leur étoit demandé, mais n'avoient aucune autorité dans ces assemblées; +et le même écrivain le dit formellement. (<i>Loc. cit.</i>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote155" name="footnote155"></a> +<b><a href="#footnotetag155">155</a></b>: Lorsque le temps étoit beau, dit encore Hincmar, on +s'assembloit dans la campagne (et l'ancienneté de cet usage est attestée +par quelques lois de Childebert, rédigées vers l'an 595); mais lorsque +le temps ne le permettoit pas, on se retiroit dans des lieux couverts où +l'on avoit pratiqué des séparations, afin que les seigneurs pussent +s'assembler en particulier, et que la <i>multitude</i> eût aussi un asile et +un lieu d'assemblée dans lequel le <i>menu peuple</i> ne pût point entrer et +se confondre avec les fidèles: il y avoit deux chambres particulières +pour les seigneurs; l'une où s'assembloient les évêques, les abbés et +les autres ecclésiastiques d'un ordre éminent, l'autre où se tenoient +les comtes et autres seigneurs du premier rang. C'est là qu'ils +attendoient l'heure des délibérations, et qu'ils étoient ensuite +introduits dans le lieu appelé <i>Curia</i>, lequel se composoit également de +deux salles, l'une pour les laïques, l'autre pour les gens d'église. Il +étoit libre alors aux prélats et aux seigneurs de se réunir ou de se +rassembler, selon qu'ils le jugeoient à propos, et selon la nature des +affaires qu'ils avoient à traiter. On leur remettoit de la part du roi +les <i>chapitres</i> sur lesquels ils avoient à délibérer, et ils en +délibéroient. Au roi seul appartenoit de proposer aux seigneurs l'objet +de leur délibération; on appeloit <i>chapitre</i> ou <i>capitule</i> les +différents points sur lesquels elle devoit rouler, et collectivement ces +matières étoient appelées <i>capitulaires d'interrogation</i>, +<i>avertissements</i> ou <i>décrets</i>. Le roi n'assistoit point ordinairement +aux délibérations des seigneurs temporels et spirituels. «Il profitoit +de ce temps, dit encore Hincmar, pour faire accueil à toute la +multitude, tant aux seigneurs qu'aux particuliers et aux subalternes. Il +recevoit leurs présents, saluoit les grands, s'entretenoit avec eux, +suivant l'âge et l'état des personnes, etc.» (<i>Loc. cit.</i>, cap. 35, 36.)</p> + +<p>De tels passages montrent quelle est encore l'erreur de ceux qui se +représentent ces <i>champs de mars</i> comme des assemblées tumultueuses et +populaires, peu différentes de celles de la populace des petites +<i>démocraties</i> de la Grèce. Non seulement elles ne se composoient que de +l'élite de la nation, mais il n'y avoit encore dans ces premières +classes que les plus élevés qui eussent véritablement le droit de +délibération.</p> + +<p>Lorsque l'usage de la cavalerie se fut introduit dans les armées, comme +il arrivoit souvent qu'au sortir de ces assemblés on entroit en +campagne, on crut devoir ne les convoquer qu'au mois de mai, parce +qu'alors les fourrages étoient plus abondants. Elles prirent donc sous +la seconde race le nom de <i>champ de mai</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote156" name="footnote156"></a> +<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: Aim., lib. IV, c. 41.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote157" name="footnote157"></a> +<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: Cette <i>multitude</i>, ainsi que l'appelle Hincmar, se +composoit des guerriers qui n'étoient pas comtes, c'est-à-dire des +vassaux du roi, de ceux des autres vassaux qui n'étoient pas +<i>domestiques</i>, de leurs suzerains, des vicomtes, des centeniers, des +dixainiers, des prélats du second ordre et des propriétaires, qui tous +n'entroient point dans le grand comité où les grands vassaux avoient +seuls le droit de siéger. Telle étoit cette <i>multitude</i>: c'est là ce +qu'on appeloit le <i>peuple</i>; et il est important de le bien remarquer +pour éviter les erreurs grossières où sont tombés ceux qui ne s'en sont +pas fait cette juste idée.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote158" name="footnote158"></a> +<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: Greg. Tur. <i>Hist.</i>, lib. III, cap. 7.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote159" name="footnote159"></a> +<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Aim., lib. IV, c. 79.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote160" name="footnote160"></a> +<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: <i>De morib. Germ.</i>, § 5.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote161" name="footnote161"></a> +<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Le comte <i>palatin</i> paroît avoir remplacé dans la cour des +rois francs le grand dignitaire que l'on nommoit <i>maître des offices</i> à +celle des empereurs. C'étoit lui qui faisoit la police dans le palais, +et même dans tout le canton où résidoit la cour; il recevoit toutes les +causes qui étoient portées au palais, et décidoit de celles qui devoient +être jugées en présence du roi; il étoit l'introducteur de ceux qui +vouloient en obtenir audience, et faisoit auprès de lui les fonctions du +ministère public; enfin il présidoit au tribunal où étoient jugées +toutes les causes qui ressortissoient de son département. La dignité de +comte palatin existoit encore sous Louis-le-Gros en 1136, et l'histoire +ne marque point à quelle époque elle fut abolie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote162" name="footnote162"></a> +<b><a href="#footnotetag162">162</a></b>: Aim. lib. IV, c. 7.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote163" name="footnote163"></a> +<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: (Eginard., <i>In princip.</i>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote164" name="footnote164"></a> +<b><a href="#footnotetag164">164</a></b>: Bal., tome II. C'est que Paris devint alors la capitale +du royaume et le centre de toute l'administration.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote165" name="footnote165"></a> +<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: Aim., lib. V, c. 49.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote166" name="footnote166"></a> +<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: On y procédoit alors contre le roi lui-même, comme il +procédoit lui-même à l'égard des particuliers. On s'adressoit à sa cour, +et la cour assignoit un jour au roi et à sa partie pour dire leurs +raisons et s'entendre juger.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote167" name="footnote167"></a> +<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: C'est la raison pour laquelle les grands vassaux se +montrèrent si mécontents de ce qu'on <i>appeloit</i> de leurs sentences, et +se portèrent quelquefois aux derniers excès contre les <i>appelants</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote168" name="footnote168"></a> +<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: La création des douze pairs tire aussi son origine de +deux autres coutumes: l'une qui établissoit qu'aucun tribunal ne pouvoit +être complet, s'il n'étoit composé de douze juges; l'autre, que tous les +tribunaux devoient être <i>mi-partis</i>, c'est-à-dire composés d'un nombre +égal de juges clercs et laïques: ce fut donc une nécessité pour les +grands barons de partager la pairie avec six ecclésiastiques; et comme +il falloit que les pairs laïques fussent aussi au nombre de six, cette +circonstance fut favorable à quelques-uns des seigneurs qui l'obtinrent, +bien que leur puissance fût loin d'égaler celle des ducs de Guienne, de +Normandie, etc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote169" name="footnote169"></a> +<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: Donnée en 1302.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote170" name="footnote170"></a> +<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Par cette même ordonnance de Philippe-le-Bel (art. 62), +il est dit qu'il sera tenu des <i>parlements</i> dans diverses villes du +royaume, et ainsi s'explique la véritable signification de ce mot: +«c'est une <i>assemblée</i>, un <i>pour-parler</i> de juges ou d'autres +personnes.» On comptait les <i>parlements</i>; ils se convoquoient, ils se +séparoient, et la cour du roi étoit toujours la même. Elle existoit hors +du <i>parlement</i>; elle prorogea même le <i>parlement</i>, lorsqu'elle fut seule +assemblée en parlement; c'est-à-dire qu'elle prorogea ses séances +solennelles. Tout <i>parlement</i> n'étoit pas une cour souveraine, puisque +l'on donna ce nom aux séances d'une cour qu'Alphonse, frère de saint +Louis, avoit autrefois tenue à Toulouse. (De Buat., t. IV, p. 71.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote171" name="footnote171"></a> +<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: Quand le roi y assistoit, c'étoit la <i>cour</i> ou le <i>plaid +du roi</i>; c'étoit la <i>cour du palais</i>, quand un autre que lui la +présidoit. Le <i>parlement</i>, tel qu'il étoit dans les derniers temps de la +monarchie, n'étoit qu'une émanation de cette cour suprême, laquelle +forma, par la distribution de ses conseillers, toutes les autres cours +supérieures.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote172" name="footnote172"></a> +<b><a href="#footnotetag172">172</a></b>: Il est très-remarquable que ce fut la foiblesse même à +laquelle fut réduit le pouvoir des rois à la fin de la seconde race, qui +fit tomber en désuétude le <i>plaid général</i>, accrut l'influence de leur +propre cour, et finit par les rendre plus puissants qu'ils n'avoient +jamais été. En effet, les grands vassaux, s'étant rendus presque +indépendants, et réunissant dans leurs fiefs, qui étoient devenus de +petites principautés, le pouvoir politique à l'administration civile et +judiciaire, se soucièrent peu, dès ce moment, de consacrer par leur +présence l'autorité d'une assemblée où leurs vassaux pouvoient se rendre +<i>appelants</i> contre eux, où toutes les usurpations que le malheur des +temps leur avoit procuré l'occasion de faire, pouvoient leur être si +facilement contestées. La pauvreté des rois les éloignoit également de +leur cour, alors beaucoup moins magnifique que celle de quelques-uns +d'entre eux, et leur absence du manoir royal contribua à accroître +l'autorité des grands officiers de cette cour suprême, qui délibéroient +alors de toutes les grandes affaires dont la discussion n'étoit pas +exclusivement réservée au <i>plaid général</i>. Dès ce moment le <i>plaid du +roi</i> fut plus rare et se tint avec plus de solennité; et comme le nombre +des vassaux <i>immédiats</i>, qui étoit extrêmement diminué, avoit fini par +confondre ensemble toutes les classes de la noblesse, autrefois si +distinctes, ce <i>plaid du roi</i> devint insensiblement celui de la nation, +et en obtint toutes les prérogatives. Par cela même que les grands +vassaux, maîtres chez eux, ne s'inquiétoient nullement du gouvernement +des provinces, villes et fiefs qui étoient sous le pouvoir immédiat du +roi, il arriva que celui-ci put avoir des conseillers fort inférieurs en +puissance <i>personnelle</i> aux premiers conseillers, et que leur autorité +fut cependant plus absolue, parce qu'elle s'exerça sur des sujets et +vassaux d'une condition moins élevée, et qui par cette raison se +montraient moins indociles. Le pouvoir royal s'accroissoit en outre de +jour en jour par la réunion d'un grand nombre de fiefs qui rentroient +dans le domaine du Roi, et fortifioient ainsi les droits de souverain de +ceux de duc, de comte, de marquis, etc. Ceci finit par s'étendre à tout +le royaume; et alors commencèrent <i>les grandes polices</i> dont parle +Mézerai.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote173" name="footnote173"></a> +<b><a href="#footnotetag173">173</a></b>: Cette chambre des <i>plaids</i> étoit appelée <i>la +grand'chambre</i><a id="footnotetag173-A" name="footnotetag173-A"></a><a href="#footnote173-A" title="Go to footnote 173-A"><span class="smaller normal">[173-A]</span></a>. C'étoit là le <i>parlement</i> proprement dit; là +seulement étoit la plénitude de la juridiction, parce que là seulement +siégeoient les grands personnages à qui seuls il appartenoit de +l'établir.</p> + +<p>C'est en la grand'chambre que le roi tenoit son lit de justice, et que +le chancelier, les princes et les pairs venoient siéger quand ils le +jugeoient à propos. Elle seule étoit compétente pour connoître des +crimes; et ce droit elle le conserva exclusivement jusqu'en 1515 qu'il +fut aussi accordé à la chambre des Tournelles.</p> + +<p>Les ecclésiastiques, les nobles, les magistrats des cours supérieures +avoient conservé, comme nous venons de le dire, le privilége de n'être +jugés qu'en la grand'chambre, lorsqu'ils étoient prévenus de quelque +crime. La présentation de toutes lettres de grâce, pardon et abolition, +lui appartenoit, encore que le procès fût pendant à la tournelle ou aux +enquêtes. On y plaidoit les requêtes civiles, même contre les arrêts de +la tournelle. Elle connoissoit des appellations verbales interjetées des +sentences des juges qui étoient du ressort du parlement de Paris; des +causes auxquelles le procureur-général étoit partie pour les droits du +roi et de la couronne; des causes des pairs pour ce qui regardoit leurs +pairies; des causes de l'université en corps et de plusieurs autres +communautés. Elle recevoit le serment des ducs et pairs, des baillis et +sénéchaux, et de tous les juges et magistrats, dont les appellations se +relevoient immédiatement au parlement de Paris.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote173-A" name="footnote173-A"></a> +<b><a href="#footnotetag173-A">173-A</a></b>: On l'a aussi appelée la <i>grand'voûte</i>, et, depuis Louis +XII, la <i>chambre dorée</i>, à cause d'un plafond orné de culs-de-lampe +dorés dont ce prince l'avoit enrichie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote174" name="footnote174"></a> +<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: Ces deux chambres se nommoient alors <i>chambres des +requêtes de l'hôtel</i>. On les appeloit anciennement <i>les plaids de la +porte</i>, parce que, dans les lieux où séjournoit le roi, il y avoit +toujours à la porte de son palais un ou deux officiers chargés par lui +de recevoir les requêtes, et d'y répondre sur-le-champ, à moins que +l'affaire ne méritât d'être portée au prince. Lorsque Philippe-le-Bel +eut rendu le parlement sédentaire, il fit un réglement pour les maîtres +des requêtes de l'hôtel, par lequel il fut établi qu'ils serviroient par +quartier aux lieux où seroit le roi, et le reste du temps au parlement. +La chambre des requêtes du palais fut établie par Philippe-le-Long, à +l'instar de celle des requêtes de l'hôtel, et on lui attribua, à l'égard +du parlement, les mêmes fonctions qu'exerçoient les autres à l'égard du +roi, c'est-à-dire qu'elle avoit le pouvoir de prendre et de juger les +requêtes présentées à cette compagnie, à l'exception des plus +importantes qui devoient lui être rapportées, et sur lesquelles elle +avoit seule le droit de prononcer. Henri III créa une seconde chambre +des requêtes du palais, par son édit du mois de juin 1580.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote175" name="footnote175"></a> +<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: Cette chambre jugeoit les appellations des procès par +écrit, pour connoître s'il avoit été bien ou mal appelé à la cour. +Depuis Philippe-le-Long, qui en créa une seconde, jusqu'en 1483, on n'en +compte que deux; la première étoit appelée <i>la grand'chambre des +enquêtes</i>, et l'autre <i>la petite</i>. François I<sup>er</sup>, par lettres du +dernier jour de janvier 1521, créa vingt conseillers au parlement, dont +fut faite et composée <i>la troisième chambre des enquêtes</i>; il en érigea +en 1543 une quatrième, qui fut d'abord nommée <i>chambre du domaine</i>, pour +connoître des appellations des procès concernant le domaine et les eaux +et forêts du royaume, et depuis <i>quatrième chambre des enquêtes</i>. Enfin +Charles IX, par édit du mois de juillet 1568, créa une <i>cinquième +chambre des enquêtes</i>, à l'instar des quatre autres.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote176" name="footnote176"></a> +<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: Il déclara qu'il ne députeroit plus de prélats, parce +qu'il faisoit conscience <i>de eus empeschier au gouvernement de leurs +experituautes</i>. L'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Denis continuèrent +seuls d'y être admis.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote177" name="footnote177"></a> +<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: On y jugeoit des affaires criminelles qui n'emportoient +pas condamnation à mort. Celles-ci étoient renvoyées à la grand'chambre +qui prononçoit. L'ordonnance de François I<sup>er</sup>, qui la rendit +perpétuelle, lui donna en même temps le droit de condamner à mort comme +à toute autre peine corporelle.</p> + +<p>En 1667, il fut érigé une tournelle civile qui jugeoit certaines +affaires à l'audience. Il falloit tous les ans une nouvelle commission +pour cette chambre, qui fut supprimée depuis 1698 jusqu'en 1735, et +rétablie alors pour cette année seulement. Depuis il ne fut point donné +de commissions.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote178" name="footnote178"></a> +<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: Elle avoit été établie pour siéger pendant les vacances +du parlement, et faire l'expédition des procès criminels, des matières +provisoires et autres qui demandoient de la célérité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote179" name="footnote179"></a> +<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: On examinoit dans ces assemblées la conduite des +conseillers du parlement; et les membres qui les composoient exerçoient +dans le principe une autorité qui leur permettoit de destituer ou du +moins de suspendre de leurs fonctions ceux qui étoient convaincus de +négligence ou de prévarication. Les <i>Mercuriales</i>, qui, du temps de +François I<sup>er</sup>, se tenoient une fois par mois, furent réduites à quatre +par an, par l'ordonnance de Moulins, et dans la suite à deux. Depuis +long-temps les droits du procureur ou du premier avocat général se +bornoient à faire alternativement un discours pour la réformation de la +compagnie en général, et spécialement pour la censure des défauts dans +lesquels quelques magistrats pouvoient être tombés.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote180" name="footnote180"></a> +<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Lorsque les grands fiefs eurent été réunis à la couronne, +les rois créèrent de nouvelles pairies par lettres-patentes, ce qui ne +s'étoit point pratiqué jusqu'alors. Les premières furent faites sous +Philippe-le-Bel, en faveur des princes du sang seulement, et long-temps +après on en créa pour les princes étrangers, ce qui fut continué +jusqu'au règne de François I<sup>er</sup>. Alors toutes les anciennes pairies +laïques étant éteintes, on en créa aussi de nouvelles pour d'autres +seigneurs, qui n'étoient ni princes du sang ni princes étrangers; et +depuis ce temps les créations de duchés-pairies ont été multipliées à +mesure que nos rois ont voulu illustrer des seigneurs de leur cour.</p> + +<p>Les droits et les honneurs des pairs étoient très-étendus. Ils +assistoient au sacre du roi, la couronne en tête, y faisant <i>fonction +royale</i>, c'est-à-dire représentant la monarchie, et soutenant tous +ensemble la couronne du roi. Chacun d'eux y exerçoit en outre des +fonctions particulières attachées à sa pairie. En qualité de plus +anciens et de principaux membres de la cour, ils avoient entrée, séance +et voix délibérative en la grand'chambre et aux chambres assemblées du +parlement, chaque fois qu'ils le jugeoient à propos. Dans leurs causes, +tant civiles que criminelles, ils avoient le droit de n'être jugés que +par la cour <i>suffisamment garnie de pairs</i>, etc., etc., etc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote181" name="footnote181"></a> +<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Ce mortier indiquoit que, dans leur origine, ils furent +barons, parce qu'il faisoit partie du costume des seigneurs qui +portoient ce titre. Le mortier est encore aujourd'hui la <i>couronne de +baron</i>, en termes de blason.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote182" name="footnote182"></a> +<b><a href="#footnotetag182">182</a></b>: Cette pierre énorme étoit dans la cour, et ne doit pas +être confondue avec une autre table de marbre qu'on voyoit dans la +grand'salle, et dont nous parlerons tout à l'heure. Toutes les deux ont +disparu dans l'incendie de 1618.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote183" name="footnote183"></a> +<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: Ce fut la seconde assemblée de ce genre où le +<i>tiers-état</i> eût été admis à délibérer des affaires publiques; et la +première avoit été tenue sous le même roi. Avant cette époque, il n'y +avoit eu d'autre assemblée représentative de la nation que le <i>parlement +général</i>; et l'on ne connoissoit que deux ordres dans l'État, le clergé +et la noblesse.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote184" name="footnote184"></a> +<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 13.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote185" name="footnote185"></a> +<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 12.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote186" name="footnote186"></a> +<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: On projette, dit-on, de nouvelles additions à la +restauration de la partie de cet édifice qui donne sur le quai de +l'Horloge. Déjà une partie des échoppes qui l'obstruoient du côté du +pont au Change ont été abattues; on y a fait, de ce même côté, quelques +réparations; et dans ce moment on y élève des constructions destinées à +masquer l'aspect irrégulier et désagréable de ces vieux bâtiments; on y +fait entre autres une nouvelle porte d'entrée.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote187" name="footnote187"></a> +<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: Ces armoiries furent détruites pendant la révolution: les +figures ont été épargnées.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote188" name="footnote188"></a> +<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Maintenant hôtel de la préfecture de police.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote189" name="footnote189"></a> +<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Maintenant cour de Harlay.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote190" name="footnote190"></a> +<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: L'ordonnance de Philippe-le-Bel qui établit la députation +des requêtes de l'hôtel fut rendue à Bourges, dans le <i>grand conseil</i>, +le parlement siégeant dès lors à Paris: on pourroit citer d'autres +exemples.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote191" name="footnote191"></a> +<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: <i>Olim.</i> an. 1317.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote192" name="footnote192"></a> +<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Nos rois avoient encore un autre conseil, dont l'origine +remonte jusqu'à celle de la monarchie, et qui étoit connu sous le nom de +<i>Conseil étroit</i> (Am. lib. IV, c. 7). Clotaire avoit pour <i>conseillers +intimes</i> trois seigneurs dont Grégoire de Tours nous raconte la +trahison. (App. c. 45.) Il est dit que Charlemagne se faisoit toujours +accompagner de ses conseillers les plus <i>éminents</i> et les plus sages; et +l'on voit ses successeurs avoir toujours auprès d'eux un semblable +conseil, dans lequel ils faisoient entrer telle personne qu'il leur +plaisoit, sans avoir là-dessus d'autre règle que leur volonté.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote193" name="footnote193"></a> +<b><a href="#footnotetag193">193</a></b>: De là étoit venu cet usage que le parlement donnât des +<i>conseils</i> au roi lorsqu'il faisoit des règlements nouveaux, usage dont +cette compagnie a depuis si étrangement abusé. Anciennement, lorsque le +souverain vouloit rendre publique une ordonnance nouvelle, il appeloit +devant lui les membres du parlement, ou se rendoit lui-même au milieu +d'eux, pour en délibérer de nouveau avec cette portion nombreuse de ses +<i>conseillers</i>. De cet acte de condescendance le parlement prétendit +faire un droit. Il avoit aussi été établi que lorsqu'une ordonnance +auroit été rendue dans le <i>grand conseil</i>, elle seroit <i>relue et +reconnue</i> dans le Palais, pour y être ensuite déposée. De là les <i>refus +d'enregistrement</i>, qui n'étoient autre chose qu'un appel au peuple et à +la révolte. C'est ainsi que cette belle institution avoit dégénéré au +point de devenir aussi fatale à la France qu'elle lui avoit été utile et +glorieuse dans de meilleurs temps.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote194" name="footnote194"></a> +<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Il ne faut pas confondre ce genre d'établissements avec +ceux que fit saint Louis. Les <i>établissements</i> de ce roi ne sont pour la +plupart que la rédaction des coutumes générales qui étoient passées en +lois. Ils ressembloient beaucoup à la collection des capitulaires de +Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire, que l'acceptation de l'assemblée +générale des Francs fit passer en lois.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote195" name="footnote195"></a> +<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: C'est-à-dire que les ordonnances que le roi faisoit dans +<i>sa terre</i> (<i>in terrâ suâ</i>), ainsi que l'on parloit alors, les barons, +par le même droit, les faisoient aussi dans <i>leurs terres</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote196" name="footnote196"></a> +<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: C'est-à-dire fait dans l'assemblée générale de la nation. +(Cout. de Beauv. cap. 4, p. 265.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote197" name="footnote197"></a> +<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: Avant l'établissement du <i>Conseil du roi</i>, qui a duré +jusqu'à la révolution, le grand conseil, qu'il avoit remplacé, +connoissoit, comme nous l'avons dit, d'une foule d'affaires, rarement +contentieuses, dans toutes les branches de l'administration, domaines, +finances, marine, commerce, lesquelles furent depuis attribuées à +d'autres officiers successivement institués par nos rois; mais comme il +résultoit de la part de ceux qui se croyoient lésés dans les jugements +rendus par ces institutions, de continuelles <i>évocations</i> au grand +conseil, cette circonstance détermina Charles VIII à le rendre +permanent.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote198" name="footnote198"></a> +<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: <i>Olim.</i> an 1291.—Secousse, t. I<sup>er</sup>, p. 803 et 805.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote199" name="footnote199"></a> +<b><a href="#footnotetag199">199</a></b>: Les membres de cette députation étoient si bien les +collègues des conseillers au parlement, que, dans certaines occasions, +ils remplacèrent la cour et jugèrent des causes qui n'étoient pas dans +leur département ordinaire, avec ceux des conseillers qu'ils purent +rassembler. (<i>Olim.</i>, an. 1314.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote200" name="footnote200"></a> +<b><a href="#footnotetag200">200</a></b>: Un porc-épic composoit le corps de cette devise; et ces +deux mots, <i>et cominùs et eminùs</i>, en faisaient l'âme.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote201" name="footnote201"></a> +<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Voyez pl. 14. La gravure qui représente ce monument a été +exécutée d'après un dessin unique appartenant au cabinet des gravures de +la bibliothèque.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote202" name="footnote202"></a> +<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: Ce bâtiment servoit de dépôt à tous les anciens comptes +du royaume. Les registres de la cour contenoient d'ailleurs une infinité +de choses très-curieuses pour l'histoire, les généalogies, et des titres +importants pour l'état d'un grand nombre de familles.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote203" name="footnote203"></a> +<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: Deux fois sous Childebert et sous Gontram, dit Sauval; +deux fois par les Normands; brûlé de nouveau en 1034, sous Henri +I<sup>er</sup>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote204" name="footnote204"></a> +<b><a href="#footnotetag204">204</a></b>: Sidon, lib. VII, cap. 6; Grég. Tur. <i>Hist.</i>, lib. II, c. +25.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote205" name="footnote205"></a> +<b><a href="#footnotetag205">205</a></b>: Nous avons déjà dit que l'empereur Anastase envoya à +Clovis les <i>insignes</i> des premières dignités romaines. Voyez p. <a href="#page49">49</a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote206" name="footnote206"></a> +<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Grég. Tur. <i>Hist.</i>, lib. IV, c. 14 et 18.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote207" name="footnote207"></a> +<b><a href="#footnotetag207">207</a></b>: Grég. Tur. <i>Hist.</i>, lib. IX, cap. 20.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote208" name="footnote208"></a> +<b><a href="#footnotetag208">208</a></b>: Cap. Car. tit. 3, c. 12.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote209" name="footnote209"></a> +<b><a href="#footnotetag209">209</a></b>: Art de vérif. les dates, ép. déd.; <i>ibid.</i>, préf. p. ix.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote210" name="footnote210"></a> +<b><a href="#footnotetag210">210</a></b>: Cod. Theod., lib. XVI, tit. 2, l. 15.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote211" name="footnote211"></a> +<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Aim., lib. II., c. 27.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote212" name="footnote212"></a> +<b><a href="#footnotetag212">212</a></b>: Hincm., t. II., epist. ad Episc., c. 38.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote213" name="footnote213"></a> +<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Aim., lib. V, c. 10.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote214" name="footnote214"></a> +<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: Grég. Tur. <i>Hist.</i>, lib. V, c. 26. Il parle, en cet +endroit, des <i>hommes</i> de saint Martin à qui Chilpéric fit payer le <i>ban</i> +pour les punir de n'avoir point été à l'armée, après en avoir été +requis.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote215" name="footnote215"></a> +<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: Cap. Car., cal. tit. 27.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote216" name="footnote216"></a> +<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Cap. Car. cal., tit. 27. Il s'agit ici de la vision de +saint Eucher.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote217" name="footnote217"></a> +<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Cap. Metens., an. 756, c. 14. Ces bénéfices furent +appelés <i>précaires</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote218" name="footnote218"></a> +<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: Grég. Tur. <i>Hist.</i> lib. IV, c. 7. C'est là ce qu'on +appeloit le <i>droit de régale</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote219" name="footnote219"></a> +<b><a href="#footnotetag219">219</a></b>: Cap. Car. cal. tit. 7, c. 65. Dans ce capitulaire, qui +est celui d'Épernay, les évêques demandoient qu'on renouvelât à l'égard +des redevances des bénéficiers ecclésiastiques les lois de +Louis-le-Débonnaire et de Charles-le-Chauve; mais ces bénéficiers, qui +étoient tous puissants seigneurs, rejetèrent cette demande, refusèrent +les corvées et gardèrent les <i>précaires</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote220" name="footnote220"></a> +<b><a href="#footnotetag220">220</a></b>: Aim., lib. V, cap. 2. Les <i>honneurs</i>, chez les Francs +comme chez les Romains, étoient indiqués par des marques extérieures, +<i>insignia</i>. Tout homme libre chez les Francs avoit un <i>honneur</i>, et cet +honneur commun à tous étoit la <i>ceinture militaire</i> ou le <i>baudrier</i>. Il +le perdoit quand il entroit dans l'état monastique, et ne pouvoit plus +le reprendre, même lorsqu'il lui plaisoit de rentrer dans la vie +séculière. Cap. addit., c. III, 66; Cap. Met., an. 716, c. 2; I. Cap. +an. 819, c. 16.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote221" name="footnote221"></a> +<b><a href="#footnotetag221">221</a></b>: III. Cap. 20, an. 803.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote222" name="footnote222"></a> +<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: III. Cap. 20, an 803.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote223" name="footnote223"></a> +<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: Aim., lib. V, c. 2.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote224" name="footnote224"></a> +<b><a href="#footnotetag224">224</a></b>: On leur donnoit encore le nom de <i>gonfalonnier</i>, parce +qu'ils portoient la bannière des églises appelée <i>gonfanum</i>. C'est ainsi +que l'<i>oriflamme</i>, bannière et enseigne dont l'abbaye royale de +Saint-Denis se servoit dans ses guerres particulières, c'est-à-dire dans +celles qu'elle entreprenoit pour retirer ses biens des mains des +usurpateurs, ou pour empêcher qu'ils ne fussent enlevés, devint la +bannière des rois de France, lorsqu'ils furent devenus maîtres des +comtés de Pontoise et du Vexin, dont les seigneurs avoient été +jusqu'alors <i>avoués</i> et protecteurs de cette abbaye. Ceci dut arriver +sous le règne de Philippe I<sup>er</sup> ou de son fils Louis-le-Gros. (<i>Voyez</i> +dissert. de Ducange sur l'hist. de saint Louis.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote225" name="footnote225"></a> +<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: Aim. lib. VIII, c. 2. Cet évêque étoit saint Germain, qui +tenoit le siége de Paris; et le monastère qu'il affranchit ainsi étoit +celui de Saint-Vincent, depuis l'abbaye Saint-Germain-des-Prés.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote226" name="footnote226"></a> +<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Ce n'étoit pas contre les commendes en général qu'ils +s'élevoient, puisqu'ils en possédoient eux-mêmes, mais contre la +nomination abusive et scandaleuse des laïques à de semblables offices; +c'étoit la dilapidation des biens des abbayes, souvent même l'expulsion +des religieux de ces saintes demeures, qu'ils signaloient à la justice +et à la religion du monarque: «Il y a des lieux sacrés, disoient-ils, +qui sont devenus en entier la possession des laïques; il en est +d'autres, qu'ils se sont en partie appropriés; il en est dont ils se +sont donné les métairies comme leur propre héritage.» (Cap. Car. cal., +tit. 3, c. 12, tit. 52.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote227" name="footnote227"></a> +<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: C'est ainsi que l'auteur d'un livre abominable, intitulé +<i>Histoire physique, civile et morale de Paris</i>, présente impudemment +comme autorités irréfragables de toutes les ordures dégoûtantes, de +toutes les calomnies odieuses qu'il a accumulées dans son informe +compilation, l'<i>Enfer des chicaneurs</i>, par Louis Vervin; les <i>Variétés +sérieuses et amusantes</i>, par Sablier; les <i>Caquets de l'Accouchée</i>; la +<i>Pourmenade du Pré-aux-Clercs</i>, poëme burlesque de Bertrand; l'<i>Espadon +satirique</i> de d'Esternod: la satire du poète Sigognes <i>contre son haut +de chausses</i>, etc., etc. S'il lui arrive de consulter quelquefois des +autorités plus graves, ce sont des <i>exceptions</i> qu'il y cherche, afin de +les présenter comme <i>règles générales</i>; expliquant ainsi très-facilement +en faveur de son système de dénigrement, ce que l'on emploîroit +précisément pour le combattre et le renverser de fond en comble. Au +reste l'école philosophique et révolutionnaire n'a jamais eu d'autre +méthode, depuis qu'elle a commencé sa guerre de plume contre la société; +et cet auteur suit fidèlement la route que ses maîtres lui ont tracée. +Avec de telles règles de critique et la conscience qu'elles supposent, +il seroit facile de présenter saint Louis comme un chef de brigands, et +saint Vincent de Paule comme un échappé des galères.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote228" name="footnote228"></a> +<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: M. de Bonald, t. III, p. 412.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote229" name="footnote229"></a> +<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Les <i>Fidèles</i> descendus des anciens <i>Francs</i> méprisoient +les lettres, parloient très-peu latin, n'estimoient que la profession +des armes, et ne quittoient les camps que pour aller se confiner dans +leurs terres; pendant près de deux siècles, leur ignorance les rendit +incapables d'exercer aucune fonction ecclésiastique; tous les clercs +étoient Romains.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote230" name="footnote230"></a> +<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: <i>Voyez</i> l'art. <a href="#hoteldieu"><i>Hôtel-Dieu.</i></a></p> + +<p class="p15"><a id="footnote231" name="footnote231"></a> +<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: <i>Misericordia et veritas obviaverunt sibi: justitia et +pax osculatæ sunt.</i> (Ps. <span class="smcap">LXXXIV</span>, II.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote232" name="footnote232"></a> +<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: «Les évêques parvenus à l'épiscopat par de bonnes voies, +dit un capitulaire, doivent montrer le chemin du ciel par leur bon +exemple et par la prédication. Ils doivent, autant qu'il est en eux, et +tant par eux-mêmes que par leurs subalternes, assister le roi dans +l'administration qui lui en est confiée; et quand la négligence ou la +mauvaise volonté d'un abbé ou d'une abbesse, d'un comte ou d'un vassal +de la couronne, leur fait rencontrer des obstacles à l'accomplissement +de leurs devoirs, ils sont obligés d'en avertir le roi, afin qu'appuyés +de son assistance ils puissent avoir un libre exercice de l'autorité qui +leur appartient.» (Cap. an 823, c. 4)</p> + +<p>Agobard, archevêque de Lyon, témoin des vexations et des injustices dont +le peuple étoit accablé de la part de ses magistrats, se croyoit obligé +d'en avertir le chef de la justice. (Agobard. <i>Epist. ad Marfrid. +procer. palat.</i>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote233" name="footnote233"></a> +<b><a href="#footnotetag233">233</a></b>: Gibbon.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote234" name="footnote234"></a> +<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: On appelle <i>amortissement</i> une aliénation d'immeubles +faite au profit de gens de <i>main-morte</i>, comme de couvents, de +confréries et autres communautés.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote235" name="footnote235"></a> +<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: L'abbé Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, t. I.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote236" name="footnote236"></a> +<b><a href="#footnotetag236">236</a></b>: Ann. eccl., t. II, p. 856. Gall. Christ, 27. Av. 218.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote237" name="footnote237"></a> +<b><a href="#footnotetag237">237</a></b>: Hist. eccl., Paris, t. I, p. 498.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote238" name="footnote238"></a> +<b><a href="#footnotetag238">238</a></b>: On appelle ainsi la juridiction de l'évêque.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote239" name="footnote239"></a> +<b><a href="#footnotetag239">239</a></b>: Baluze, Capit., t. II, col. 1493.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote240" name="footnote240"></a> +<b><a href="#footnotetag240">240</a></b>: Un prieur est un ecclésiastique préposé sur un monastère +ou bénéfice qui a le titre de prieuré. Les <i>réguliers</i> ayant acquis, par +la libéralité des fidèles, des biens éloignés de leurs monastères, +envoyoient dans ces domaines un certain nombre de leurs religieux, pour +régir le temporel et desservir l'église. Le chef de cette colonie avoit +le nom de prieur ou prévôt, et ces établissements se nommoient <i>celles</i> +ou <i>obédiences</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote241" name="footnote241"></a> +<b><a href="#footnotetag241">241</a></b>: Cart. S. Eligii.—Hist. eccl., Paris, t. I, p. 766.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote242" name="footnote242"></a> +<b><a href="#footnotetag242">242</a></b>: Cette église étant entièrement ruinée, le roi avoit +accordé, en 1715, une loterie pour la faire rebâtir; mais le peu +d'étendue de sa paroisse fut un motif pour en empêcher la +reconstruction: elle fut démolie en entier; on changea l'emplacement en +presbytère, et l'on réunit ses paroissiens à ceux de +Saint-Pierre-des-Arcis.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote243" name="footnote243"></a> +<b><a href="#footnotetag243">243</a></b>: Le portail, élevé en 1704, est décoré de pilastres +d'ordres dorique et ionique, et construit dans la forme pyramidale, qui +étoit alors en usage. On a établi dans son intérieur un atelier de +fonderie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote244" name="footnote244"></a> +<b><a href="#footnotetag244">244</a></b>: <i>Extrait d'une lettre de Henri IV, écrite à différentes +villes, aussitôt après cet attentat.</i></p> + +<p>«Il n'y avoit pas plus d'une heure que nous étions arrivé à Paris du +retour de notre voyage de Picardie, et étions encore tout botté, +qu'ayant autour de nous nos cousins le prince de Conti, comte de +Soissons et comte de Saint-Paul, et plus de trente ou quarante des +principaux seigneurs et gentilshommes de notre cour, comme nous +recevions les sieurs de Ragni et de Montigny, qui ne nous avoient pas +encore salué, un jeune garçon, nommé Jean Châtel, fort petit, et âgé au +plus de dix-huit à dix-neuf ans, s'étant glissé avec la troupe dans la +chambre, s'avança sans être quasi aperçu, et nous pensant donner dans le +corps du couteau qu'il avoit, le coup (parce que nous nous étions baissé +pour relever lesdits sieurs de Ragni et de Montigny, qui nous saluoient) +ne nous a porté que dans la lèvre supérieure du côté droit, et nous a +entamé et coupé une dent....... Il y a, Dieu merci, si peu de mal, que +pour cela nous ne nous en mettrons pas au lit de meilleure heure.»</p> + +<p class="p15"><a id="footnote245" name="footnote245"></a> +<b><a href="#footnotetag245">245</a></b>: Hist. de Henri-le-Grand, page 163.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote246" name="footnote246"></a> +<b><a href="#footnotetag246">246</a></b>: Journ. de l'Étoile. An 1595.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote247" name="footnote247"></a> +<b><a href="#footnotetag247">247</a></b>: Matth., t. II, liv. 1, p. 182.—Cayet, liv. VI, p. +430.—Mém. de Sully, t. II, p. 457. Éd. de 1763.—De Thou, liv. +3.—Cependant on n'avoit rien négligé pour lui arracher son secret; et +pour y parvenir, on avoit employé jusqu'au sacrilége; car nous apprenons +de l'Étoile que Lugoly, lieutenant de la maréchaussée, s'étoit déguisé +en ecclésiastique, et avoit été introduit en qualité de confesseur +auprès de J. Châtel.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote248" name="footnote248"></a> +<b><a href="#footnotetag248">248</a></b>: Voyez le continuateur <i>janséniste</i> de Fleury, Hist. +ecclésias., t. XXXVI.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote249" name="footnote249"></a> +<b><a href="#footnotetag249">249</a></b>: Ibid.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote250" name="footnote250"></a> +<b><a href="#footnotetag250">250</a></b>: «Une chose notable, c'est que les juges qui condamnèrent +Guignard, parce que Louis <span class="smcap">Masure</span>, <i>ennemi déclaré des jésuites et +député</i> de la cour, avoit trouvé des anciens écrits de ce jésuite, ces +mêmes juges étoient, <i>pour la plupart</i>, de ceux qui avoient assisté au +jugement <i>de l'arrêt donné contre le feu roi</i>, l'an 1589, qui est une +<span class="smcap">CHOSE ÉTRANGE</span>.» (De l'Étoile. Journ. d'Henri IV,—t. II, p. 155 et +suiv.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote251" name="footnote251"></a> +<b><a href="#footnotetag251">251</a></b>: Si le père Guignard avoit seulement conservé cet écrit, +il n'étoit pas plus coupable que les autres gardiens de bibliothèques. +S'il l'avoit composé lui-même, c'étoit pendant les égaremens de la +ligue; et il y avoit eu amnistie pour tous les ligueurs, y <i>compris</i> le +parlement.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote252" name="footnote252"></a> +<b><a href="#footnotetag252">252</a></b>: Mém. d'Est., etc., p. 241.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote253" name="footnote253"></a> +<b><a href="#footnotetag253">253</a></b>: «Guignard, étant conduit au supplice, soutint toujours +qu'il avoit <i>toujours</i> été d'avis de prier Dieu pour Sa Majesté. Il ne +voulut jamais crier <i>merci</i> au roi, disant que depuis qu'il s'étoit +converti, il ne l'avoit jamais oublié au <i>Memento</i> de la messe. Étant +venu au lieu du supplice, il protesta de son innocence, et néanmoins ne +laissa <i>d'exhorter</i> le peuple à l'<i>obéissance</i> au roi, et <i>révérence</i> au +magistrat; même fit une prière tout haut pour Sa Majesté, à ce qu'il +plût à Dieu lui donner son saint esprit..... puis pria le peuple de +prier Dieu pour les jésuites, et n'ajouter foi <i>légèrement aux faux +rapports</i> que l'on faisoit courir d'eux; qu'ils n'étoient point +<i>assassins des rois</i>, comme on vouloit le leur faire entendre, ni +fauteurs de telles gens <i>qu'ils détestoient</i>; et que <i>jamais</i> les +jésuites n'avoient <i>procuré</i> ni <i>approuvé</i> la mort de roi <i>quelconque</i>. +Ce furent ses dernières paroles avant de monter à l'échelle.» (Mém. +d'Estat. <i>Loc. cit.</i>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote254" name="footnote254"></a> +<b><a href="#footnotetag254">254</a></b>: «Guéret ne confessa jamais rien, dit de l'Étoile, et +<i>pourtant</i> fut mis à la question où il se montra fort constant, et +devant fit cette prière en latin tout haut: <i>Jesu-Christe, fili Dei +vivi, qui passus es pro me, miserere mei et fac ut sufferam patienter +tormentum hoc quod mihi præparatum est, quod merui et majus adhuc</i>; +<span class="smcap">ATTAMEN TU SCIS</span>, Domine, quòd mundus sum et innocens ab hoc peccato». +«Ce qui signifie: Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, qui avez souffert +pour moi, ayez pitié de moi, et faites que je souffre avec patience le +tourment qui m'est préparé; je l'ai mérité et un plus grand encore; +<i>cependant vous savez</i>, Seigneur, que <i>je suis pur et innocent</i> du péché +qu'on m'impute. Après cette prière étant tiré, il ne jeta aucun soupir +ni plainte de douleur: seulement réitéra cette prière: <i>Jesu Christe, +fili Dei vivi</i>, etc.». (Journ. d'Henri IV, t. II, page 168.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote255" name="footnote255"></a> +<b><a href="#footnotetag255">255</a></b>: À l'égard du père Guignard, le procureur général avoit +conclu de même au bannissement, «et il y a grande apparence, dit le même +de l'Étoile, que <i>s'il ne fût venu à mauvaise heure</i>, comme on dit, il +en auroit été quitte pour cela.» (<i>Ibid.</i>) Il étoit assez fâcheux sans +doute pour des jésuites, qui ne pouvoient choisir ni deviner la <i>bonne +heure</i> du parlement, d'être pendus pour être venus à <i>sa mauvaise +heure</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote256" name="footnote256"></a> +<b><a href="#footnotetag256">256</a></b>: Compte rendu au public des comptes rendus aux divers +parlemens, etc., t. II.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote257" name="footnote257"></a> +<b><a href="#footnotetag257">257</a></b>: Mém. de du Plessis, t. II, p. 500.—Journal de Henri III, +t. V, p. 424.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote258" name="footnote258"></a> +<b><a href="#footnotetag258">258</a></b>: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote259" name="footnote259"></a> +<b><a href="#footnotetag259">259</a></b>: C'est-à-dire leur entière destruction projetée dès le +premier moment de leur existence, préparée par les efforts combinés de +toutes les sectes de la prétendue réforme, hautement provoquée depuis et +même prédite par les jansénistes et par tous les suppôts de la moderne +philosophie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote260" name="footnote260"></a> +<b><a href="#footnotetag260">260</a></b>: Compte rendu déjà cité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote261" name="footnote261"></a> +<b><a href="#footnotetag261">261</a></b>: Depuis le cardinal d'Ossat.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote262" name="footnote262"></a> +<b><a href="#footnotetag262">262</a></b>: Lettres du cardinal d'Ossat., 16 et 17.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote263" name="footnote263"></a> +<b><a href="#footnotetag263">263</a></b>: <i>Ibid.</i> Lett. 23.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote264" name="footnote264"></a> +<b><a href="#footnotetag264">264</a></b>: <i>Ibid.</i> Lett. 118.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote265" name="footnote265"></a> +<b><a href="#footnotetag265">265</a></b>: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote266" name="footnote266"></a> +<b><a href="#footnotetag266">266</a></b>: Le jésuite Tolet.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote267" name="footnote267"></a> +<b><a href="#footnotetag267">267</a></b>: Ce monarque ordonna, en 1596, qu'on fit par toutes les +villes de son royaume, un service solennel pour le repos de l'âme, du +jésuite Tolet; et il assista lui-même à celui qui fut fait dans la +cathédrale de Rouen, où il étoit alors.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote268" name="footnote268"></a> +<b><a href="#footnotetag268">268</a></b>: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote269" name="footnote269"></a> +<b><a href="#footnotetag269">269</a></b>: Choisy, Hist. de l'Égl., 1743, in-4<sup>o</sup>, t. X, liv. 31, ch. +4.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote270" name="footnote270"></a> +<b><a href="#footnotetag270">270</a></b>: Dupleix, Hist. de Henri-le-Grand.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote271" name="footnote271"></a> +<b><a href="#footnotetag271">271</a></b>: <i>Ibid.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote272" name="footnote272"></a> +<b><a href="#footnotetag272">272</a></b>: <i>Ibid.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote273" name="footnote273"></a> +<b><a href="#footnotetag273">273</a></b>: Il disoit, en parlant des fondations faites en faveur de +la société, «que les fondateurs auroient de la joie, s'ils revenoient au +monde, de voir faire un si bon emploi de leurs biens. Ils ont <i>de bonnes +lois</i>, ajoutoit-il, parlant encore des jésuites à ses ministres +assemblés; laissons-les vivre selon leur règle, et qu'on ne me parle +plus d'y rien changer.» (Vie du père Cotton, liv. II.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote274" name="footnote274"></a> +<b><a href="#footnotetag274">274</a></b>: C'est dans ce discours qu'il déclara que tant s'en +falloit qu'un jésuite eût trempé dans le projet d'assassinat de +Barrière, que ce fut un jésuite qui l'<i>avertit de son entreprise</i>; et +qu'un autre assura ce misérable qu'il seroit <i>damné</i>, s'il osoit +l'entreprendre, etc. Enfin lorsque les jésuites vinrent apporter aux +pieds de leur bienfaiteur l'hommage de leur vive reconnoissance, voici +le discours que leur tint ce grand roi: nous le rapportons en entier +sans y changer un seul mot.</p> + +<p>«L'assurance suit la confiance, dit Henri IV; je me <i>confie en vous</i>, +assurez-vous de moi; avec ce papier (le catalogue des colléges qu'ils +tenoient de sa munificence), je reçois les cœurs de toute votre +compagnie, et avec les effets, je vous témoignerai le mien. J'ai +toujours dit que ceux qui craignent et aiment bien Dieu, ne peuvent +faire que bien, et sont <i>toujours les plus fideles à leur prince</i>. Nous +nous sommes <i>détrompés</i>; je vous estimois <i>autres que vous n'êtes</i>, et +vous m'avez trouvé <i>autre que vous ne m'estimiez</i>. Je voudrois que +<i>c'eût été plus tôt</i>, mais il y a moyen de récompenser le passé: +<i>aymez-moi, car je vous ayme</i>.» (Matth., panégyr. de Henri IV.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote275" name="footnote275"></a> +<b><a href="#footnotetag275">275</a></b>: Ces expressions, nous les empruntons à un membre même de +la magistrature, le président de Grammond: <i>pyramidam dirui mandat</i>, +vetus in jesuitas monumentum procacitate respersum et satirâ. (<i>Hist. +gall.</i>, p. 107.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote276" name="footnote276"></a> +<b><a href="#footnotetag276">276</a></b>: Le père Cotton, confesseur du roi, qui vit l'artifice +«soutint que la pyramide devoit être démolie pendant le jour, disant +tout haut que Henri IV n'étoit point <i>un roi de ténèbres</i>». (Journal de +Henri IV, t. III.) Son avis prévalut comme le plus judicieux: le pilier +«fut renversé en plein jour, au mois de mai, par le lieutenant civil +Miron, envoyé pour ce sujet par Sa Majesté.» (Mém. de Sully, liv. XX).</p> + +<p class="p15"><a id="footnote277" name="footnote277"></a> +<b><a href="#footnotetag277">277</a></b>: L'auteur de l'<i>Histoire physique, civile et morale de +Paris</i>, rapporte exactement dans son livre (t. III, p. 420) toutes ces +longues et fastidieuses inscriptions, où la même idée est répétée +jusqu'au dégoût; et cette idée n'est pas autre chose que l'expression +d'une haine contre les jésuites, furieuse jusqu'au délire. Au reste, +dans tout ce que sa propre rage a pu inspirer à cet écrivain contre ces +religieux, il n'y a pas un mot qui ne soit une bévue, un mensonge ou une +calomnie; et cependant, telle est la puissance de la vérité, qu'à +l'occasion du supplice du père Guignard, il ne peut s'empêcher d'avouer +que le parlement poussa la rigueur <i>jusqu'à l'iniquité</i>. (T. III, p. +418.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote278" name="footnote278"></a> +<b><a href="#footnotetag278">278</a></b>: Mercure françois, an 1605.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote279" name="footnote279"></a> +<b><a href="#footnotetag279">279</a></b>: Voyez pl. 25.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote280" name="footnote280"></a> +<b><a href="#footnotetag280">280</a></b>: Duch. t. III, p. 344.—Dubois, t. I, p. 547.—Ann. +Bened., t. III, p. 719.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote281" name="footnote281"></a> +<b><a href="#footnotetag281">281</a></b>: <i>Voyez</i> la note, page <a href="#page85">85</a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote282" name="footnote282"></a> +<b><a href="#footnotetag282">282</a></b>: Sur le terrain de cette église, démolie peu de temps +après, on avoit bâti une salle de spectacle, connue sous le nom de +<i>Théâtre de la Cité</i>. Elle a été depuis changée en une vaste maison +habitée maintenant par des particuliers.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote283" name="footnote283"></a> +<b><a href="#footnotetag283">283</a></b>: Hist. du dioc. de Par., t. I, 2<sup>e</sup> p., p. 498.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote284" name="footnote284"></a> +<b><a href="#footnotetag284">284</a></b>: Derrière Saint-Barthélemi et vis-à-vis Saint-Éloi.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote285" name="footnote285"></a> +<b><a href="#footnotetag285">285</a></b>: Cette église a été démolie en 1800; et sur son +emplacement on a ouvert une rue qui communique à celle de la +Pelleterie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote286" name="footnote286"></a> +<b><a href="#footnotetag286">286</a></b>: Lebeuf, Hist. du dioc. de Paris, t. I, 2<sup>e</sup> p., p. 511.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote287" name="footnote287"></a> +<b><a href="#footnotetag287">287</a></b>: L'abbé Lebeuf, t. I, 2<sup>e</sup>. part., p. 507.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote288" name="footnote288"></a> +<b><a href="#footnotetag288">288</a></b>: Cette église a été démolie, et une maison la remplace. +Une partie des murs extérieurs subsiste encore du côté de la petite rue +Sainte-Croix.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote289" name="footnote289"></a> +<b><a href="#footnotetag289">289</a></b>: Jaillot a démontré la fausseté de cette étymologie, en +prouvant qu'au dixième et même au quatorzième siècle, on ne disoit point +Saint-Germain <i>le Vieux</i>, mais <i>le Viel</i> et <i>le Vieil</i>. Tous les titres, +d'ailleurs, qui parlent d'églises situées dans des endroits marécageux, +et il en existe un grand nombre, ne les désignent jamais que sous le nom +de <i>la Palud</i>, ou <i>Palu</i>, du mot latin <i>palus</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote290" name="footnote290"></a> +<b><a href="#footnotetag290">290</a></b>: Cette église, est restée long-temps en ruine; on en a +achevé la démolition depuis quelques années, et sur le terrain qu'elle +occupoit on a élevé des maisons.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote291" name="footnote291"></a> +<b><a href="#footnotetag291">291</a></b>: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Paris.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote292" name="footnote292"></a> +<b><a href="#footnotetag292">292</a></b>: Du Breul, Sauval, Piganiol, Le Maire, Brice, etc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote293" name="footnote293"></a> +<b><a href="#footnotetag293">293</a></b>: Lebeuf, t. II, p. 575.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote294" name="footnote294"></a> +<b><a href="#footnotetag294">294</a></b>: Lebeuf, t. I, p. 345.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote295" name="footnote295"></a> +<b><a href="#footnotetag295">295</a></b>: Il y avoit un autre archiprêtre, qui étoit le curé de +Saint-Séverin; et il avoit même joui de cette dignité avant le curé de +la Magdeleine, bien que cette église prît le nom de <i>Première +archipresbytérale</i>. C'étoit à ces dignitaires que l'archevêque adressoit +ses mandemens, pour les faire passer aux églises du ressort de leur +archiprêtré. On pouvoit les regarder comme les <i>doyens</i> des curés. Il y +avoit aussi des archiprêtres <i>ruraux</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote296" name="footnote296"></a> +<b><a href="#footnotetag296">296</a></b>: L'emplacement de cette église, dont il ne reste pas le +moindre vestige, est maintenant une espèce de cul-de-sac.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote297" name="footnote297"></a> +<b><a href="#footnotetag297">297</a></b>: Cette tradition, adoptée par Du Breul, a été répétée par +un grand nombre de compilateurs modernes.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote298" name="footnote298"></a> +<b><a href="#footnotetag298">298</a></b>: Lib. 8, cap. 33.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote299" name="footnote299"></a> +<b><a href="#footnotetag299">299</a></b>: Cependant on ne peut disconvenir que, dans le titre de +fondation, il ne soit parlé de la prison de saint Denis, ainsi que dans +quelques autres qui y ont rapport; mais la manière dont on en parle +prouve que l'on ne s'appuyoit que sur la foi très-incertaine de la +tradition. On suppose que cette prison étoit située en cet endroit, et +on ne le suppose que sur un ouï-dire: <i>locum illum in quo incarceratus</i> +<span class="smcap">DICITUR</span> <i>beatus Dionysius... in quo gloriosus martyr in carcere</i> +<span class="smcap">TRADITUR</span> <i>fuisse detentum</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote300" name="footnote300"></a> +<b><a href="#footnotetag300">300</a></b>: <i>Hist. sancti Martini de Campis</i>, p. 313 <i>et seq.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote301" name="footnote301"></a> +<b><a href="#footnotetag301">301</a></b>: <i>Mense</i> signifie la part que quelqu'un a dans les revenus +d'une église.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote302" name="footnote302"></a> +<b><a href="#footnotetag302">302</a></b>: Sauval donne la description d'une statue qui fut +découverte en 1743, dans l'épaisseur du mur de cette église, du côté du +couvent et sous les débris du vieux cloître. Cette statue, qui étoit +couchée, représentoit un prêtre revêtu d'une chasuble retroussée d'un +manipule long et étroit, sur lequel étoient gravées les lettres O. I. B. +N. Sur l'étole aussi très-étroite étoient les deux lettres S. A. Ce +personnage portoit la barbe longue, la tête nue, les cheveux courts +comme les anciens cordeliers; il avoit les mains jointes; au-dessus de +sa tête étoit une main qui le bénissoit, et de chaque côté des anges qui +l'encensoient. On suppose que cette figure, dont le travail annonçoit le +XII<sup>e</sup> siècle, étoit celle de quelque ancien prélat.</p> + +<p>Le pavé de l'église de Saint-Denis-de-la-Chartre étoit beaucoup plus bas +que le pavé extérieur, ce qui prouve l'exhaussement considérable qu'a +éprouvé le terrain de la Cité. Il ne restoit plus dans cette église +aucun vestige d'antiquité, si ce n'est dans le sanctuaire, dont les +piliers devoient être du 12<sup>e</sup> ou du 13<sup>e</sup> siècle. Le reste avoit été +successivement renouvelé.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote303" name="footnote303"></a> +<b><a href="#footnotetag303">303</a></b>: Voy. pl. 26. Cette église a été démolie dans les +dernières années de la révolution, et sur l'emplacement qu'elle +occupoit, ainsi que sur celui de ses dépendances, on a élevé des maisons +et pratiqué l'ouverture du nouveau quai septentrional de la Cité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote304" name="footnote304"></a> +<b><a href="#footnotetag304">304</a></b>: Du Breul, p. 117.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote305" name="footnote305"></a> +<b><a href="#footnotetag305">305</a></b>: Cette communauté, connue sous le nom d'<i>Académie de +Saint-Luc</i> ou des maîtres peintres et sculpteurs, fut fondée pour +relever l'art de la peinture, et pour corriger les abus qui s'y étoient +introduits. Les réglements et statuts en furent dressés le 12 d'août +1391, sur le modèle de ceux qui avoient été établis pour les corps de +métiers; et l'on créa des jurés et gardes pour visiter et examiner la +matière des ouvrages de peinture, avec pouvoir d'empêcher de travailler +ceux qui ne seroient pas de la communauté. Dans ces statuts on rappeloit +huit articles d'un ancien règlement, qui remontoit jusqu'au commencement +de la troisième race. Ce corps fut depuis favorisé par plusieurs de nos +rois, et vers le commencement du dix-septième siècle, la communauté des +sculpteurs y fut réunie. Mais des abus et des désordres troublèrent cet +établissement, dès que l'art eut fait quelques progrès. Les plus +habiles, voyant que les fonctions de la jurande les détournoient de +leurs travaux, les abandonnèrent à des gens sans talent, qui en firent +bientôt une tyrannie insupportable et un moyen de vexation contre tous +ceux qui n'étoient pas de leur communauté, de laquelle ils rendoient en +même temps l'entrée difficile et entièrement vénale. Les peintres +habiles se lassèrent enfin d'un joug si honteux; et leurs réclamations +donnèrent naissance à l'académie royale de peinture et de sculpture, +dont nous parlerons dans la suite.</p> + +<p>Toutefois, l'académie de Saint-Luc continua ses fonctions, et obtint, en +1705, la permission d'ouvrir une école de dessin, et d'y entretenir un +modèle. Elle faisoit tous les ans des distributions de prix, et n'a été +détruite qu'au commencement de la révolution. La chapelle, qui existe +encore, est abandonnée, et l'on a élevé au-dessus plusieurs étages +habités par des particuliers.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote306" name="footnote306"></a> +<b><a href="#footnotetag306">306</a></b>: Jaillot, t. I, p. 62.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote307" name="footnote307"></a> +<b><a href="#footnotetag307">307</a></b>: Hist. de Paris, t. III, p. 73. Arch. de +Saint-Germain-des-Prés, cartul. de Guillaume III, fol. 36.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote308" name="footnote308"></a> +<b><a href="#footnotetag308">308</a></b>: Voy. pl. 26.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote309" name="footnote309"></a> +<b><a href="#footnotetag309">309</a></b>: Cette église, abandonnée depuis long-temps, est occupée +aujourd'hui par un teinturier.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote310" name="footnote310"></a> +<b><a href="#footnotetag310">310</a></b>: Ce monument, long-temps déposé au Musée des +Petits-Augustins, et transporté en 1817 dans l'église Sainte-Marguerite, se +compose d'un sarcophage de marbre vert, surmonté d'une croix, au pied de +laquelle on voit une vierge debout, levant les yeux au ciel avec +l'expression de la douleur et de la résignation. Plus bas est étendu le +corps du Christ, et des anges sont groupés autour de l'instrument de son +supplice, dans l'attitude de l'adoration. On trouve dans cette sculpture +les défauts et quelques-unes des beautés qu'offrent les nombreux ouvrages +de cet artiste. Élève de Le Brun, il en a l'exagération et l'enflure, +lorsqu'il cherche la noblesse des formes; et pour n'avoir pas assez étudié +l'antique, et ne s'être point fait sur la véritable beauté, des principes +assez sûrs, il devient trivial quand il veut être naïf. Les deux figures +principales de ce groupe présentent un exemple assez frappant de cette +manière vague qui fait le caractère de toutes les productions de cette +école. Cependant elles ne sont point dépourvues de mérite, et les +expressions en sont vraies, si les formes en sont médiocres. Il y a même +dans les petits anges de la grâce et un assez bon goût de dessin. La croix +et toutes les figures sont en marbre blanc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote311" name="footnote311"></a> +<b><a href="#footnotetag311">311</a></b>: Pastoraux, A, fol. 667; B, fol. 177; D, fol. 166.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote312" name="footnote312"></a> +<b><a href="#footnotetag312">312</a></b>: La chapelle de Saint-Agnan a été démolie en 1795, et, sur +le terrain qu'elle occupoit, on a bâti une maison particulière.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote313" name="footnote313"></a> +<b><a href="#footnotetag313">313</a></b>: L'abbé Lebeuf, et Baillet.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote314" name="footnote314"></a> +<b><a href="#footnotetag314">314</a></b>: Past., A., p. 588; B, p. 94; et D, p. 59.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote315" name="footnote315"></a> +<b><a href="#footnotetag315">315</a></b>: Cette chapelle existe encore en partie: sur ses voûtes, +composées d'arcs surbaissés, on a élevé une maison à plusieurs étages.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote316" name="footnote316"></a> +<b><a href="#footnotetag316">316</a></b>: Hist. de Paris, t. I, p. 163. Piganiol, t. I, p. 144.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote317" name="footnote317"></a> +<b><a href="#footnotetag317">317</a></b>: T. II, p. 513.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote318" name="footnote318"></a> +<b><a href="#footnotetag318">318</a></b>: Le portail existe encore tel que nous le représentons. +(Voy. pl. 26) La construction moderne élevée au-dessus des croisées qui +le couronnent a été faite depuis la révolution.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote319" name="footnote319"></a> +<b><a href="#footnotetag319">319</a></b>: Voyez Jaillot, t. I, p. 39.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote320" name="footnote320"></a> +<b><a href="#footnotetag320">320</a></b>: Diplom. lib. 6, num. 14, p. 472.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote321" name="footnote321"></a> +<b><a href="#footnotetag321">321</a></b>: Hist. eccl. Paris, t. I, p. 350.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote322" name="footnote322"></a> +<b><a href="#footnotetag322">322</a></b>: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Par. t. I, p. 389.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote323" name="footnote323"></a> +<b><a href="#footnotetag323">323</a></b>: Arch. S. Genov.—Gall. Christ., t. VII.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote324" name="footnote324"></a> +<b><a href="#footnotetag324">324</a></b>: <i>Voy.</i> pl. 15.—Sur cet homme singulier, <i>Voy.</i> les +articles <i>Église de Saint-Jacques de la Boucherie et Cimetière des +Innocents</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote325" name="footnote325"></a> +<b><a href="#footnotetag325">325</a></b>: Hist. de saint Denis, 2<sup>e</sup>. part. des preuv., p. clxiv.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote326" name="footnote326"></a> +<b><a href="#footnotetag326">326</a></b>: Sulp. Sev. hist. lib. II.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote327" name="footnote327"></a> +<b><a href="#footnotetag327">327</a></b>: Lib. I, cap. 30.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote328" name="footnote328"></a> +<b><a href="#footnotetag328">328</a></b>: La persécution, qui s'étoit ralentie un moment après la +mort de Dèce, recommença, plus violente encore, sous Gallus et +Valérius.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote329" name="footnote329"></a> +<b><a href="#footnotetag329">329</a></b>: Val. <i>de Basil</i>. Paris, cap. I, p. 15. Le premier concile +de Paris fut tenu dans cette ville en 360.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote330" name="footnote330"></a> +<b><a href="#footnotetag330">330</a></b>: Le Terrain s'appeloit, en 1258, <span class="smcap">la Motte aux Papelards</span>, +<i>Motta Papelardorum</i>; en 1343 et 1356, <span class="smcap">le Terrail</span>, <i>Domus de Terralio</i>. +C'étoit encore, au quinzième siècle, un espace inculte qui se terminoit +en pente douce. En 1407, Charlotte de Savoie, seconde femme de Louis XI, +y débarqua, lors de son entrée à Paris, et y fut complimentée par +l'évêque et par le parlement.</p> + +<p>Vers le milieu du dix-septième siècle, les habitants de l'île +Saint-Louis, ayant contracté l'obligation de faire revêtir le <i>Terrain</i> +d'un mur de pierres de taille, et voulant rompre ce contrat, offrirent +au chapitre une somme de 50,000 liv., qu'il accepta et employa à faire +construire ce revêtement. On en fit depuis un jardin, uniquement destiné +aux chanoines, et dans lequel ils n'admettoient que des hommes. Il a +été, pendant la révolution, le dépôt des eaux filtrées de la Seine: +depuis il est rentré dans les dépendances de l'archevêché.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote331" name="footnote331"></a> +<b><a href="#footnotetag331">331</a></b>: Fortunat, évêque de Poitiers, et secrétaire de la reine +Radegonde, vivoit dans le sixième siècle. On a de lui un poëme en quatre +livres sur la vie de saint Martin, et diverses autres poésies, entre +autres une pièce de vers intitulée <i>de Ecclesiâ Parisiacâ</i>, dans +laquelle ces particularités ont été recueillies. (Voyez Lebeuf, Hist. du +Dioc. de Par., t. I, p. 4.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote332" name="footnote332"></a> +<b><a href="#footnotetag332">332</a></b>: Abbon, lib. II, v. 310. Diplomat., p. 472. Greg. Tur., +lib. VIII ch. 33.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote333" name="footnote333"></a> +<b><a href="#footnotetag333">333</a></b>: Le testament d'Ermentrude. Voyez Jaillot, t. I, p. 123 et +131.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote334" name="footnote334"></a> +<b><a href="#footnotetag334">334</a></b>: <i>Hist. eccl.</i> Paris., t. I, p. 82.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote335" name="footnote335"></a> +<b><a href="#footnotetag335">335</a></b>: On lit, dans le Nécrologe de l'église de Paris, +qu'Étienne de Garlande, archidiacre, mort en 1142, y avoit fait beaucoup +de réparations; et l'auteur de l'Éloge de Suger dit que cet abbé de +Saint-Denis fit présent à la même église d'un vitrage d'une grande +beauté. On l'appeloit, vers l'an 1110, <i>Nova ecclesia</i>, par opposition à +l'église de Saint-Étienne, qui étoit beaucoup plus ancienne. C'est dans +cette église de Notre-Dame que nos rois avoient coutume de célébrer le +service divin avec le clergé. Un évêque de Senlis, dit une vieille +chronique, étant venu à Paris, en 1041, pour demander une grâce au roi +Henri, <i>trouva ce prince à la grand messe à Notre-Dame</i>. On a aussi des +preuves que le roi Louis-le-Jeune y alloit souvent.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote336" name="footnote336"></a> +<b><a href="#footnotetag336">336</a></b>: <i>Speculum hist. ad an. 1177. Hist. eccl. Paris.</i>, t. II, +p. 123. <i>In app. Chron. Sigelb.</i> Memor. hist.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote337" name="footnote337"></a> +<b><a href="#footnotetag337">337</a></b>: L'abbé Lebeuf, t. I, p. 9.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote338" name="footnote338"></a> +<b><a href="#footnotetag338">338</a></b>: Lebeuf, Hist. du dioc. de Par., t. I, p. 10.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote339" name="footnote339"></a> +<b><a href="#footnotetag339">339</a></b>: Le grand autel fut consacré quatre jours après la +Pentecôte, en 1182. (<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote340" name="footnote340"></a> +<b><a href="#footnotetag340">340</a></b>: Voyez pl. 16 et 17.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote341" name="footnote341"></a> +<b><a href="#footnotetag341">341</a></b>: Ces statues colossales avoient quatorze pieds de hauteur. +Elles ont été renversées pendant l'anarchie de 1793.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote342" name="footnote342"></a> +<b><a href="#footnotetag342">342</a></b>: Le mot <i>ogive</i> vient de l'allemand <i>aug</i>, qui signifie +<i>œil</i>, parce que les arcs des cintres, dans les voûtes gothiques, +font des angles curvilignes semblables à ceux des coins de l'œil, +quoique dans une position différente. <i>Voussure</i> signifie toute sorte de +courbure en voûte.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote343" name="footnote343"></a> +<b><a href="#footnotetag343">343</a></b>: Un gentilhomme chartrain, nommé Gobineau de Montluisant, +a donné une explication extravagante des figures de cette façade. Il y +avoit vu une histoire complète de la science <i>hermétique</i>, dont il étoit +entêté. Le Père éternel étendant ses bras, et tenant un ange de chacune +de ses mains, représentoit le créateur qui tire du néant le soufre +incombustible et le mercure de vie, figurés par ces deux anges; le +dragon qui est sous les pieds de saint Marcel figuroit la pierre +philosophale, composée de deux substances, la fixe et la volatile; la +gueule du dragon dénote le sel fixe, qui, par sa siccité, dévore le +volatil, désigné par la queue glissante de l'animal, etc., etc. Tout le +reste étoit aussi judicieusement conçu et expliqué.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote344" name="footnote344"></a> +<b><a href="#footnotetag344">344</a></b>: Voyez pl. 17.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote345" name="footnote345"></a> +<b><a href="#footnotetag345">345</a></b>: Le <i>pignon</i> est la partie supérieure d'un mur qui a la +forme d'un triangle, et où se termine la couverture d'un comble à deux +égouts.</p> + +<p>Les maisons de Paris, comme on peut encore en juger par quelques-unes +des plus anciennes, présentoient sur leur façade, en forme de <i>pignon</i>, +le mur qui, dans les constructions modernes, est devenu mur <i>latéral</i>. +C'est de là qu'étoit venue cette locution populaire, <i>avoir pignon sur +rue</i>, pour exprimer qu'on étoit propriétaire d'une maison.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote346" name="footnote346"></a> +<b><a href="#footnotetag346">346</a></b>: C'est, dans une église gothique, un grand vitrail rond +avec croisillon et nervures de pierre, qui forment un compartiment dont +la forme imite celle de la rose.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote347" name="footnote347"></a> +<b><a href="#footnotetag347">347</a></b>: Ce sont des ornements composés de <i>listeaux</i> et de +<i>fleurons</i>, liés et croisés les uns avec les autres. Le <i>listeau</i> est +une petite moulure carrée et unie qui accompagne ou couronne une autre +moulure plus grande, ou qui sépare les cannelures d'une colonne ou d'un +pilastre. Les <i>fleurons</i> sont des feuilles ou fleurs dessinées de +caprice et sans imitation de la nature, entrelacées quelquefois de +figures humaines et d'animaux, soit en entier soit en partie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote348" name="footnote348"></a> +<b><a href="#footnotetag348">348</a></b>: <i>Rinceau</i>, espèce de branche formée de grandes feuilles +naturelles ou imaginaires, et refendues comme l'acanthe et le persil, +avec fleurons, roses, boutons et graines; cet ornement entre dans la +décoration des gorges, des frises, des panneaux, etc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote349" name="footnote349"></a> +<b><a href="#footnotetag349">349</a></b>: Nous y joindrons la description de quelques autres +fragments antiques, découverts à diverses époques dans différentes +parties de la Cité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote350" name="footnote350"></a> +<b><a href="#footnotetag350">350</a></b>: C'étoit aux balcons des galeries qu'étoient attachés et +exposés, pendant la guerre, les drapeaux pris sur les ennemis de la +France. On les ôtoit en temps de paix.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote351" name="footnote351"></a> +<b><a href="#footnotetag351">351</a></b>: Le roi Jean.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote352" name="footnote352"></a> +<b><a href="#footnotetag352">352</a></b>: Philippe-le-Bel, vainqueur des Flamands à la bataille de +Mons-en-Puelle, le 18 août 1304, entra à Notre-Dame, monté sur le même +cheval, et armé des mêmes armes avec lesquelles il avoit soutenu le +premier choc de l'ennemi, qui avoit pénétré, par surprise, jusqu'à sa +tente. Persuadé qu'il devoit à la protection signalée de la Vierge +d'être échappé à un aussi grand danger, il fonda une rente de cent +livres à l'église de Notre-Dame, et voulut que sa statue équestre y fût +élevée, le casque en tête, et armée seulement de l'épée, tel qu'il étoit +lorsqu'il fut surpris par les Flamands. Cette statue, que l'on voyoit +près du dernier pilier de la nef, du côté de la chapelle de la Vierge, a +été détruite probablement avec tant d'autres monuments de la monarchie; +car elle n'existe point au dépôt des Monuments français. Saint-Foix +prétend qu'elle fut érigée par Philippe de Valois, après la bataille de +Cassel, et non par Philippe-le-Bel. Il donne, pour soutenir son opinion, +des raisons qui semblent spécieuses: cependant elle n'a point prévalu.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote353" name="footnote353"></a> +<b><a href="#footnotetag353">353</a></b>: La Chronique d'<i>Albéric de Troisfontaines</i> rapporte un +fait qui peut donner une idée de la manière dont on ornoit, dès le +treizième siècle, cette superbe basilique. Un voleur ayant formé le +projet de s'emparer des bassins et des chandeliers d'argent qui étoient +devant l'autel, imagina, la nuit de l'Assomption de l'année 1218, de les +tirer à lui du haut des voûtes, où il s'étoit caché; les cierges, qui +étoient encore allumés, ayant été enlevés avec les chandeliers, mirent +le feu aux riches tentures dont l'église étoit tapissée, et il en brûla, +avant qu'on pût l'éteindre, pour la valeur de neuf cents marcs d'argent +(45,000 livres).</p> + +<p>Dans ces temps-là on avoit coutume, à cette même fête de l'Assomption, +de joncher le pavé de cette église d'herbes odoriférantes; deux siècles +après, on se contentoit d'y répandre de l'herbe tirée des prés de +Gentilli.</p> + +<p>Le jour de la Pentecôte, c'étoit encore l'usage à Notre-Dame de jeter, +par les voûtes, des pigeons, des oiseaux, des fleurs et des étoupes +enflammées, pendant qu'on célébroit l'office divin.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote354" name="footnote354"></a> +<b><a href="#footnotetag354">354</a></b>: La captivité du roi Jean, fait prisonnier à la bataille +de Poitiers, en 1356, avoit livré Paris à l'anarchie la plus violente, +et à tous les maux qui en sont la suite. Pour toucher le ciel en leur +faveur, les bourgeois firent vœu d'offrir tous les ans, à Notre-Dame, +une bougie de la longueur du tour de la ville. Cette offrande se fit +régulièrement pendant deux cent cinquante ans, jusqu'en 1605, que Paris, +prenant chaque jour de nouveaux accroissements, elle devint, d'année en +année, plus difficile à remplir. Alors le don annuel de la bougie leur +fut remis, et celui de cette lampe d'argent le remplaça.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote355" name="footnote355"></a> +<b><a href="#footnotetag355">355</a></b>: On croit ce tableau de <i>Mignard</i>, dont <i>Sourlay</i> étoit +l'élève.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote356" name="footnote356"></a> +<b><a href="#footnotetag356">356</a></b>: Le chef-d'œuvre de ce grand peintre est l'un des tableaux +les plus parfaits de l'école françoise.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote357" name="footnote357"></a> +<b><a href="#footnotetag357">357</a></b>: Ces deux chapelles, de la Vierge et de Saint-Denis, +construites sur les dessins de <i>Decotte</i>, architecte du roi, avoient été +magnifiquement décorées aux frais du cardinal de Noailles, inhumé au pied +de celle de la Vierge. La statue en marbre de saint Denis étoit de +<i>Coustou</i> l'aîné, celle de la Vierge, de <i>Vassé</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote358" name="footnote358"></a> +<b><a href="#footnotetag358">358</a></b>: Cette sacristie est le bâtiment nouveau qui remplace +l'ancienne galerie dont nous avons parlé page 312.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote359" name="footnote359"></a> +<b><a href="#footnotetag359">359</a></b>: Nous ignorons ce que sont devenus la plupart de ces tableaux +qui étoient conservés, dit-on, pendant la révolution, dans les divers +dépôts du gouvernement. La prédication de saint Paul, par <i>Lesueur</i>, le +martyre de saint Pierre, par <i>Bourdon</i>, la mort de la Vierge, par <i>le +Poussin</i>, le <i>magnificat</i>, par <i>Jouvenet</i>, et quelques autres, ont été +placés dans le musée du Roi: on les verroit avec plus de plaisir encore +dans l'église à laquelle ils appartiennent.] + +<p class="p15"><a id="footnote360" name="footnote360"></a> +<b><a href="#footnotetag360">360</a></b>: Nous ne faisons point entrer dans ce catalogue la statue +colossale de saint Christophe, que l'on voyoit au premier pilier de la nef +près de la porte principale. Elle avoit été élevée par Antoine Desessarts, +frère de Pierre Desessarts, surintendant des finances, qui eut la tête +tranchée en 1413. Il rêva la nuit que saint Christophe rompoit les grilles +de la fenêtre de sa prison, et l'emportoit dans ses bras. Ayant été déclaré +innocent quelques jours après, il fit exécuter cette statue, devant +laquelle il étoit représenté à genoux. Cette figure gigantesque<a id="footnotetag360-A" name="footnotetag360-A"></a><a href="#footnote360-A" title="Go to footnote 360-A"><span class="smaller normal">[360-A]</span></a>, +d'un aspect désagréable, fut abattue en 1784.] + +<p class="p15"><a id="footnote360-A" name="footnote360-A"></a> +<b><a href="#footnotetag360-A">360-A</a></b>: Elle étoit haute de 28 pieds.] + +<p class="p15"><a id="footnote361" name="footnote361"></a> +<b><a href="#footnotetag361">361</a></b>: Ces deux statues étoient déposées au Musée des monuments +français.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote362" name="footnote362"></a> +<b><a href="#footnotetag362">362</a></b>: Leurs statues, d'un gothique médiocre, étoient placées sur +leur tombeau; et, depuis, on a pu les voir au Musée des Petits-Augustins. +On y voyoit aussi un tableau également enlevé de Notre-Dame, où ce +magistrat étoit représenté avec toute sa famille. Cette peinture, plus +médiocre encore que les statues, même pour le temps où elle avoit été +faite, offroit une image précieuse et naïve des costumes alors en usage. La +postérité masculine de ce personnage s'étant éteinte dans le seizième +siècle, ses biens furent transférés dans la famille de <i>Harville</i>, qui +hérita en même temps de cette chapelle, où plusieurs de ses membres étoient +enterrés.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote363" name="footnote363"></a> +<b><a href="#footnotetag363">363</a></b>: Le cardinal y étoit représenté à genoux devant un prie-Dieu. +Cette statue, d'un travail médiocre, est placée sur un entablement posé sur +quatre colonnes, au milieu desquelles s'élève un grand cénotaphe en marbre +noir (déposé pendant la révolution au Musée des monuments français).</p> + +<p class="p15"><a id="footnote364" name="footnote364"></a> +<b><a href="#footnotetag364">364</a></b>: Les chanoines <i>jubilés</i> étoient ceux qui avoient desservi +leurs prébendes pendant cinquante ans.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote365" name="footnote365"></a> +<b><a href="#footnotetag365">365</a></b>: Du fond d'un grand sarcophage, qu'ouvre un squelette couvert +de draperies, on voit se lever le comte d'Harcourt, qui semble se +débarrasser de son linceul et adresser la parole à sa femme, représentée à +genoux au bas du monument; derrière, l'Hymen éploré éteint son flambeau. Ce +groupe, d'une exécution maniérée, d'un dessin pauvre et incorrect, étoit +aussi déposé, pendant la révolution, au musée des monuments françois.</p> + +<p>Ce monument, et toutes les autres statues enlevées à Notre-Dame, ont été +rendus à cette église.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote366" name="footnote366"></a> +<b><a href="#footnotetag366">366</a></b>: On a prétendu qu'elle avoit été d'abord près de +Saint-Landri, et que cette église en étoit la chapelle. Cette erreur +vient de ce qu'effectivement les évêques possédoient une maison dans +cette partie de la Cité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote367" name="footnote367"></a> +<b><a href="#footnotetag367">367</a></b>: Nécrol. Paris. ld. sept. Dans ces anciens bâtiments +étoient les salles des officialités métropolitaine et diocésaine, du +bailliage de la duché-pairie de l'archevêque, la chambre ecclésiastique +du diocèse, et la bibliothèque des avocats<a id="footnotetag367-A" name="footnotetag367-A"></a><a href="#footnote367-A" title="Go to footnote 367-A"><span class="smaller normal">[367-A]</span></a>. Toute cette partie de +l'archevêché a été abattue, à l'exception de la double chapelle. La vue +pittoresque que nous joignons ici présente très-exactement l'état actuel +de ce palais.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote367-A" name="footnote367-A"></a> +<b><a href="#footnotetag367-A">367-A</a></b>: Cette bibliothèque étoit située dans le pavillon à +droite de l'avant-cour de l'archevêché. Étienne <i>Gabrian</i>, seigneur de +<i>Riparfonds</i>, l'un des plus célèbres jurisconsultes de son temps, +l'avoit léguée en 1704 à ses confrères, avec des fonds pour +l'entretenir, et sous la condition de la rendre publique. On y faisoit, +une fois par semaine, des consultations gratuites pour les pauvres; et, +tous les samedis non fêtés, des avocats distingués y tenoient des +conférences sur la jurisprudence.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote368" name="footnote368"></a> +<b><a href="#footnotetag368">368</a></b>: Voyez pl. 18.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote369" name="footnote369"></a> +<b><a href="#footnotetag369">369</a></b>: Dans un diplôme du roi Louis VI, de l'an 1110, les +seigneuries de cet évêque, après celle de sa censive dans la Cité, sont +dites être <i>Saint-Germain</i>, <i>Saint-Éloi</i>, <i>Saint-Marcel</i>, <i>Saint-Cloud +et Saint-Martin-de-Champeaux en Brie</i>. Il avoit aussi, dès le sixième +siècle, des possessions dans le diocèse de Sens, et une terre en +Touraine, dans les environs d'Amboise. (<span class="smcap">Lebeuf.</span>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote370" name="footnote370"></a> +<b><a href="#footnotetag370">370</a></b>: <i>Cap. Sues.</i>, an. 744.—C. 3.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote371" name="footnote371"></a> +<b><a href="#footnotetag371">371</a></b>: <i>Cod. Theod.</i>, lib. XVI, tit. II, <i>Leg.</i> 2, 39, 41, 47. +<i>Edict. Clot.</i>, an. 615, c. 4.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote372" name="footnote372"></a> +<b><a href="#footnotetag372">372</a></b>: <i>Cap. Lud.</i> Pii. Bal.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote373" name="footnote373"></a> +<b><a href="#footnotetag373">373</a></b>: Voyez p. <a href="#page205">205</a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote374" name="footnote374"></a> +<b><a href="#footnotetag374">374</a></b>: Nous apprenons de Grégoire de Tours qu'à la suite d'un +désordre dont les juifs d'Auvergne avoient été l'occasion, et qui avoit +amené la destruction de leur synagogue, le bienheureux Avitus, évêque de +cette ville, leur fit dire «qu'il ne forçoit point, mais qu'il prêchoit; +qu'il étoit leur pasteur, et que, s'ils vouloient se conformer à sa +croyance, il les réuniroit au reste de son troupeau; que s'ils ne le +vouloient pas, <i>ils eussent à sortir de la ville</i>.» Après trois jours de +délibération, de doute et de perplexité, une partie des juifs fit dire à +l'évêque qu'elle croyoit en Jésus-Christ; et ceux-là furent baptisés. +Ceux qui ne voulurent pas recevoir le baptême sortirent de la ville, et +allèrent s'établir à Marseille. (Hist., lib. V, c. 2.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote375" name="footnote375"></a> +<b><a href="#footnotetag375">375</a></b>: Voyez ci-dessus, p. <a href="#page201">201</a> et suiv.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote376" name="footnote376"></a> +<b><a href="#footnotetag376">376</a></b>: Pépin.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote377" name="footnote377"></a> +<b><a href="#footnotetag377">377</a></b>: On appela <i>cour de chrétienté</i> le tribunal ecclésiastique +où l'on jugeoit les cas <i>mixtes</i> et les autres délits publics qui +étoient susceptibles d'être punis par les censures de l'Église. Toute +pénitence publique emportoit avec elle l'interdiction du port d'armes; +et une loi de Charlemagne ordonne que les pénitents qui avoient commis +quelque crime énorme et capital, seroient enfermés dans une +prison<a id="footnotetag377-A" name="footnotetag377-A"></a><a href="#footnote377-A" title="Go to footnote 377-A"><span class="smaller normal">[377-A]</span></a>, où, privés de tout commerce avec les fidèles, ils +devoient être occupés à quelque travail utile, et accomplir ainsi, selon +les canons, la peine qui leur avoit été imposée; ce qui constituoit +non-seulement une séparation entière de la société, mais comme une +espèce de servitude. Il paroît que le jeûne au pain et à l'eau, qui +étoit une des punitions les plus légères, et que l'on appliquoit +ordinairement aux fautes les moins graves, étoit rigoureusement imposé à +ceux qui subissoient un tel emprisonnement.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote377-A" name="footnote377-A"></a> +<b><a href="#footnotetag377-A">377-A</a></b>: Pendant long-temps ceux qu'on avoit ainsi dégradés +parcoururent les provinces comme des vagabonds, <i>nus</i>, et armés +seulement d'une épée (Cap. Aquis gran., an. 789, c. 77.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote378" name="footnote378"></a> +<b><a href="#footnotetag378">378</a></b>: Cap. Car. cal., tit. 36.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote379" name="footnote379"></a> +<b><a href="#footnotetag379">379</a></b>: <i>Ibid.</i>, c. 15.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote380" name="footnote380"></a> +<b><a href="#footnotetag380">380</a></b>: S'il arrivoit, au contraire, que le pénitent, touché des +avis paternels de son évêque, se soumît à la pénitence qui lui avoit été +imposée, le magistrat ne prenoit aucune connoissance de son crime, si ce +n'est pour exiger l'amende qu'il avoit encourue en le commettant.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote381" name="footnote381"></a> +<b><a href="#footnotetag381">381</a></b>: Lorsque Carloman confia l'administration de la police aux +évêques, il ne leur donna d'autres armes que les <i>censures</i> et leur +<i>autorité</i>. «Mais cette autorité, ajoutoit-il, a besoin d'être aidée par +la puissance judiciaire; ainsi il a plu à nous et à nos fidèles, <i>en +commun</i>, que les commissaires royaux, chacun dans son district, les +assistent fidèlement; et que le comte ordonne à son vicomte, à ses +centeniers et aux autres ministres de la république, de même qu'aux +Francs qui sont instruits des lois civiles, que, pour l'amour de Dieu, +la paix de l'Église et la fidélité qu'ils nous doivent, ils les aident +en cela du mieux qu'ils pourront» (3. <i>Cap. Carlom.</i>, c. 9.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote382" name="footnote382"></a> +<b><a href="#footnotetag382">382</a></b>: Par l'excommunication du prêtre, le coupable étoit +retranché de la société spirituelle, comme par la mort, le bourreau le +retranche de la société matérielle; avec cette différence que le +repentir et l'expiation pouvoient le faire rentrer dans la première, +tandis que la rigueur inexorable de l'autre société le rejette ainsi +pour jamais de son sein.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote383" name="footnote383"></a> +<b><a href="#footnotetag383">383</a></b>: <i>Cap. apud Confluent.</i>, c. b. Un autre capitulaire offre +les paroles suivantes: «Qu'aucun évêque ni prêtre n'excommunie aucune +personne avant de prouver que, dans le cas où elle se trouve, les canons +ordonnent de le faire, et à moins d'avoir <i>averti</i> celui qui a avoué ou +qui est convaincu du délit. (<i>Cap. Car. Calv.</i>, tit. XL, c. 10). Le même +capitulaire prouve que les laïques pouvoient avoir recours à la justice +du roi, lorsqu'ils croyoient avoir été injustement condamnés par leurs +évêques. (<i>Ibid.</i>, c. 7.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote384" name="footnote384"></a> +<b><a href="#footnotetag384">384</a></b>: Il étoit défendu à celui qui en avoit été frappé d'entrer +dans l'église, et de s'asseoir à table avec aucun chrétien; on ne devoit +ni recevoir des présens de lui, ni lui donner le salut et le baiser, ni +s'unir à lui dans la prière, jusqu'à ce qu'il eût été réconcilié (<i>Cap. +synod. Vern.</i>, an. 755.) S'il ne faisoit aucun compte de +l'excommunication lancée contre lui, le juge séculier y joignoit ses +sommations; si elles étoient également inutiles, le juge ordinaire le +faisoit conduire en prison, de sa propre autorité, lorsque le coupable +étoit un homme de la <i>multitude</i>, ou prenoit les ordres du roi avant de +l'enfermer, s'il étoit du nombre de ses vassaux; si c'étoit un comte, +l'évêque lui-même devoit rendre compte au monarque de sa désobéissance. +Mais il est facile de concevoir qu'abandonnés ainsi de tous ceux qui les +environnoient, et qui, dans tout autre cas, les auroient défendus, à +cause de cette terreur religieuse dont leur sentence saisissoit tous les +esprits, les plus puissants et les plus endurcis se voyoient forcés de +plier sous la main paternelle qui les châtioit, et de venir à +résipiscence.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote385" name="footnote385"></a> +<b><a href="#footnotetag385">385</a></b>: On a fait un crime au clergé d'avoir employé +l'excommunication contre les ravisseurs de ses biens: quoi de plus juste +cependant, puisque, dans la position où se trouvoit alors l'Église, +comme société visible et constituée dans l'État, lui ravir ses biens, +c'étoit attaquer son existence même, et par conséquent encourir la peine +capitale, dont on a puni de tout temps, et dans tous les lieux, les +crimes qui compromettent le salut de la société?</p> + +<p class="p15"><a id="footnote386" name="footnote386"></a> +<b><a href="#footnotetag386">386</a></b>: Tous les monuments témoignent, au contraire, de la +confiance sans bornes que les rois avoient dans leur sainteté et leurs +lumières, et le noble usage qu'ils faisoient de cette confiance et de +leurs fréquentes interventions dans les affaires les plus importantes de +l'État. Clotaire et son fils Dagobert les prirent pour arbitres dans les +contestations qui s'élevèrent entre eux au sujet des limites de leurs +États. «Chilpéric et Gontram, dit Grégoire de Tours, étant divisés entre +eux, ce denier fit assembler les évêques de ses États, afin qu'ils +fussent arbitres entre son père et lui. Mais le ciel, qui vouloit punir +ces princes de leurs péchés par le fléau de la guerre civile, permit +qu'ils ne déférassent point alors au jugement des prélats.» Cet +historien en parlant de la paix que ce même Gontram fit avec Childebert +son neveu: «Voilà, dit-il, ce qui fut conclu entre ces princes, par +l'entremise des prélats et des autres grands du royaume.»</p> + +<p class="p15"><a id="footnote387" name="footnote387"></a> +<b><a href="#footnotetag387">387</a></b>: «La monarchie, dit l'abbé Dubos, eût été renversée de +fond en comble dans ces temps d'affliction, si l'Église de France +n'avoit point eu l'autorité et les richesses qu'on lui a tant +reprochées. Mais la puissance que les ecclésiastiques avoient dans ces +temps-là, mit ceux d'entre eux qui avoient de la vertu en état de +s'opposer avec fruit à ces hommes de sang, dont les Gaules étoient +remplies alors, et qui cherchoient sans cesse à faire augmenter les +désordres et à multiplier les guerres civiles, pour usurper dans quelque +canton l'autorité du prince, et s'y approprier ensuite le bien du +peuple. Les bons ecclésiastiques empêchèrent ces cantonnements dans +plusieurs endroits, et y conservèrent assez de droits et assez de +domaines à la couronne pour mettre les princes qui la portèrent dans la +suite en situation de recouvrer, avec le temps, du moins une grande +partie des joyaux qu'on en avoit arrachés. C'est ainsi qu'un mur solide +qui se rencontre dans un édifice mal construit, lui sert comme d'étai, +et que, par sa résistance, il donne aux architectes le loisir de faire à +ce bâtiment des réparations à l'aide desquelles il dure encore plusieurs +siècles.»</p> + +<p>Ces réflexions sont, au fond, d'une grande vérité, quoiqu'il y ait +beaucoup d'inexactitude dans la manière dont elles sont présentées.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote388" name="footnote388"></a> +<b><a href="#footnotetag388">388</a></b>: <i>Voy.</i> p. <a href="#page208">208</a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote389" name="footnote389"></a> +<b><a href="#footnotetag389">389</a></b>: Il nous semble qu'en traitant cette question, M. de +Bonald n'a pas fait preuve de son exactitude accoutumée, lorsqu'il met +au nombre des causes qui changèrent ainsi la nature des biens du clergé, +les <i>donations multipliées</i> qui lui furent faites. (Voy. <i>Œuvres +complètes, t. III, p. 274.</i>) Ce n'est point par <i>donations</i>, mais par +<i>restitutions</i>, qu'il devint propriétaire de terres inféodées. Le même +écrivain pense aussi que ce fut comme <i>possesseurs de fiefs</i>, que les +gens d'église se virent forcés de lever des soldats et souvent de +combattre eux-mêmes (<i>ibid.</i>, p. 275): nous avons prouvé que ce fut pour +eux une triste nécessité de le faire, long-temps avant qu'ils eussent +des biens de cette espèce; et nous ajoutons que cette dernière +révolution qui rendit ainsi au clergé, avec les priviléges immenses de +l'inféodation, tant de propriétés dont il avoit été violemment +dépouillé, loin de nuire à son existence, servit au contraire à la +consolider.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote390" name="footnote390"></a> +<b><a href="#footnotetag390">390</a></b>: Le territoire de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui étoit +dans la censive de l'évêque, devint si considérable par son commerce, +que l'évêque Étienne crut devoir, pour en maintenir la prospérité, +associer le roi Louis-le-Gros aux deux tiers du profit dans tout le clos +fermé de fossés qu'on appeloit Champeau, <i>Campellus</i> ou <i>Campelli</i>, et +ne s'en réserver qu'un tiers pour lui et son église, <i>le prévôt du roi +restant tenu de prêter fidélité à l'évêque, et celui de l'évêque au +roi</i>. Ce fameux traité, fait du consentement du chapitre, est daté de +l'an 1136, vingt-neuvième de Louis VI, et quatrième de Louis VII son +fils.</p> + +<p>Mais ce qui contribua le plus à diminuer les anciens droits de l'évêque, +fut un autre traité que Guillaume de Seignelay, évêque en 1222, fit avec +Philippe-Auguste. Ce prince fut reconnu avoir la justice du rapt et du +meurtre dans le bourg Saint-Germain et dans la Culture-l'Évêque, qui en +étoit voisine; le droit de lever des impôts sur les habitants pour +dépenses de guerre et <i>chevauchées</i>, de même que celui de justice sur +les marchands, dans tout ce qui étoit relatif aux marchandises. +Lorsqu'il sera question du Louvre, nous parlerons des dédommagements qui +furent alors accordés à l'Église pour compenser le tort que lui fit +l'érection de cette maison royale.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote391" name="footnote391"></a> +<b><a href="#footnotetag391">391</a></b>: L'exemple suivant pourra faire comprendre quels étoient +alors les priviléges des seigneurs suzerains, priviléges contre lesquels +venoit se briser toute l'autorité des rois, et qui avoient tout l'effet +d'une loi fondamentale de l'État: les évêques de Paris, à leur +installation, faisoient leur entrée solennelle à Notre-Dame, portés par +quatre seigneurs feudataires de l'Église; et ce qu'on aura peine à +croire, c'est que le roi étoit un des vassaux soumis à ce devoir, en +qualité de seigneur de Corbeil, de Montlhéry et de la Ferté-Aleps. +L'histoire nous apprend que Philippe-Auguste et saint Louis nommèrent +des chevaliers qui les représentèrent dans cette cérémonie. Dans la +suite, il y eut quatre barons françois destinés à remplir cette +obligation; c'étoient les barons de Maci, de Montgeron, de Chevreuse et +de Luzarches. Le baron de Montmorency, qui d'abord étoit de ce nombre, +cessa d'en être lorsque sa terre eut été érigée en duché-pairie. On +ignore quand et comment a fini cette servitude, depuis long-temps +abolie; mais les rois, en même temps qu'ils étoient soumis envers les +évêques à de tels devoirs, pouvoient à leur tour, et en vertu du droit +de régale, s'emparer, à leur mort, de tous les meubles de bois et de fer +qui se trouvoient dans leurs maisons; et ces prélats, qu'un tel droit +contrarioit beaucoup, ne purent s'en racheter qu'à force de sacrifices +et de prières, choisissant pour y parvenir une occasion où +Louis-le-Jeune, prêt à faire son voyage d'outre-mer, se trouvoit dans +une grande disette d'argent.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote392" name="footnote392"></a> +<b><a href="#footnotetag392">392</a></b>: Cette juridiction des barons devint surtout vicieuse et +abusive vers la fin de la seconde race, lorsque les malheurs du temps +ayant légitimé les usurpations des grands vassaux, ils détruisirent +toute <i>appellation</i> à un tribunal supérieur. Auparavant, ainsi que nous +l'avons déjà dit, et que nous aurons occasion de le redire +encore<a id="footnotetag392-A" name="footnotetag392-A"></a><a href="#footnote392-A" title="Go to footnote 392-A"><span class="smaller normal">[392-A]</span></a>, l'administration de la justice, malgré beaucoup +d'imperfections qu'avoient introduites l'ignorance des barbares et la +grossièreté de leurs mœurs, étoit bonne dans son principe qui ne +demandoit qu'à être bien compris et raisonnablement développé; et ce qui +le prouve, c'est qu'il suffit de revenir à ce principe, pour donner à la +France la hiérarchie judiciaire la plus parfaite du monde civilisé, et +un corps de magistrature auquel rien en Europe ne pouvoit être comparé.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote392-A" name="footnote392-A"></a> +<b><a href="#footnotetag392-A">392-A</a></b>: <i>Voyez</i> ci-dessus, p. <a href="#page58">58</a>, et ci-après l'article +<i>Châtelet</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote393" name="footnote393"></a> +<b><a href="#footnotetag393">393</a></b>: C'est dans la jurisprudence des tribunaux francs qu'il +faut aller chercher l'institution barbare du <i>jury</i>, conservée par la +nation anglaise, chez qui elle a été une des causes les plus actives de +corruption pour toutes les classes de la société; institution depuis si +follement adoptée en France avec tant d'autres qui ont fait sa honte et +son malheur. Dans toute affaire, soit civile, soit criminelle, on +procédoit par audition de témoins, les uns oculaires, et ceux-ci étoient +produits par les parties, les autres simples <i>examinateurs</i> ou <i>jurés</i>, +et ceux-là étoient choisis par le juge. Lorsque l'accusé pouvoit réunir +en sa faveur la plus grande partie de ces témoins, dont le nombre +varioit suivant la nature et la gravité du délit, son innocence étoit +<i>prouvée</i>; que si les témoins lui étoient contraires, alors il avoit la +ressource de se purger ou par le serment ou par le combat, auquel il +provoquoit son accusateur. Toutefois, le serment n'étoit valable que +lorsque cet accusé pouvoit déterminer un nombre plus ou moins grand de +personnes d'une condition égale à la sienne, à <i>jurer</i> avec lui. C'étoit +là ce qu'on appeloit les <i>conjurateurs</i>. Quant à l'accusateur, il ne +pouvoit refuser le combat, lorsque l'accusé n'avoit pu réunir le nombre +de ces <i>conjurateurs</i>, fixé par la loi. Les combats de cette espèce, si +connus sous le nom de <i>jugement de Dieu</i>, étoient très-meurtriers sous +la première race (Greg. Tur., lib. X, cap. 10); ils le furent moins sous +la seconde, et les capitulaires paroissent n'y autoriser que l'usage de +l'écu et du <i>bâton</i>. (<i>Ibid.</i>, lib. IV, c. 23.) En 1215 une ordonnance +de Philippe-Auguste fixa à trois pieds la plus grande longueur des +bâtons dont les champions devoient être armés. (Ordonn. du Louv., t. I, +p. 36.)</p> + +<p>Il étoit une autre sorte d'épreuves nommée <i>ordalie</i>, ou épreuve par les +élémens; mais il n'y avoit que les personnes de condition servile qui y +fussent sujettes. (I. Cap., an. 809, c. 28.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote394" name="footnote394"></a> +<b><a href="#footnotetag394">394</a></b>: Entre autres, le concile de Valence, tenu en 855; Nicolas +I<sup>er</sup>, dans une épître à Charles-le-Chauve; les papes Célestin III, +Innocent III, Honorius III. On les voit condamnés dans quatre conciles +assemblés par Louis-le-Débonnaire, et dans le neuvième général de +Latran, etc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote395" name="footnote395"></a> +<b><a href="#footnotetag395">395</a></b>: Par cette loi, dont étoit auteur Gondebaud, roi des +Bourguignons, il étoit ordonné que ceux qui ne voudroient pas se tenir à +la déposition des témoins ou au serment de leur adversaire, pourroient +prendre la voie du duel. (<i>Voy.</i> la note p. <a href="#page351">351</a>.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote396" name="footnote396"></a> +<b><a href="#footnotetag396">396</a></b>: Elle étoit composée des seigneuries de <i>Saint-Cloud</i>, +<i>Maisons</i>, <i>Créteil</i>, <i>Ozoir-la-Ferrière</i> et <i>Armentières</i>.</p> + +<p>La juridiction ecclésiastique de l'archevêque, dite l'<i>Officialité</i>, +tenoit son audience à l'entrée de la chapelle épiscopale inférieure. Ce +tribunal étoit composé d'un official, un vice-gérent, et quelquefois +plusieurs assesseurs, un greffier, un promoteur, des appariteurs.</p> + +<p>Ce prélat avoit encore une autre justice, que l'on nommoit la +<i>Temporalité</i>. Elle étoit exercée par un juge qui connoissoit des +appellations de sentences rendues en matière civile par les officiers +des justices des terres de l'archevêché.</p> + +<p>Il possédoit en outre le droit de justice de fief et de voirie dans neuf +fiefs situés dans la ville de Paris.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote397" name="footnote397"></a> +<b><a href="#footnotetag397">397</a></b>: Ce mot chanoine, <i>canonicus</i>, vient de <i>à canone</i>, qui +signifie <i>règle</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote398" name="footnote398"></a> +<b><a href="#footnotetag398">398</a></b>: On nommoit ces portions <i>divisiones mensurnas</i>, et ils +furent appelés <i>fratres sportulantes</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote399" name="footnote399"></a> +<b><a href="#footnotetag399">399</a></b>: <i>Chron. Ademar. ad. ann. 816.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote400" name="footnote400"></a> +<b><a href="#footnotetag400">400</a></b>: Sous la première et la seconde race, on les voit désignés +sous le titre de <i>fratres et seniores, vel primores Sanctæ Mariæ</i>. +Depuis le concile d'Aix-la-Chapelle, le chapitre est nommé <i>Congregatio +vel conventus fratrum aut canonicorum Beatæ Mariæ</i>. Ce n'est qu'en 1073 +qu'on lit, pour la première fois, le mot <i>Capitulum</i>.</p> + +<p>Ces mots de <i>frères</i> et de <i>règle</i> ont fait croire à quelques auteurs +que le chapitre de Notre-Dame étoit, dans les commencements, une +communauté de <i>chanoines réguliers</i>, et qu'ils suivoient la règle de +saint Augustin. Le culte particulier qu'ils rendoient à ce saint docteur +n'est pas une preuve assez forte pour appuyer ce sentiment; et sa fête +est célébrée avec solennité dans plusieurs églises qui n'ont jamais reçu +sa règle.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote401" name="footnote401"></a> +<b><a href="#footnotetag401">401</a></b>: Il y avoit anciennement treize chapitres à Paris, qui +étoient: 1<sup>o</sup> le chapitre de Notre-Dame; 2<sup>o</sup> ceux de Saint-Jean-le-Rond; +3<sup>o</sup> de Saint-Denis-du-Pas; 4<sup>o</sup> de Saint-Marcel; 5<sup>o</sup> de Saint-Honoré; 6<sup>o</sup> +de Sainte-Opportune; 7<sup>o</sup> de Saint-Méry; 8<sup>o</sup> du Saint-Sépulcre; 9<sup>o</sup> de +Saint-Benoît; 10<sup>o</sup> de Saint-Étienne-des-Grés; 11<sup>o</sup> de +Saint-Thomas-du-Louvre; 12<sup>o</sup> de Saint-Nicolas-du-Louvre; 13<sup>o</sup> de +Saint-Germain-l'Auxerrois. Le nombre de ces chapitres avoit été diminué +par la réunion qui s'étoit faite de plusieurs d'entre eux, ainsi qu'on +le verra par la suite.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote402" name="footnote402"></a> +<b><a href="#footnotetag402">402</a></b>: Ce chapitre étoit indépendant de la juridiction de +l'archevêque. Il avoit, ainsi que lui, son officialité et une justice +séculière, appelée <i>la Barre du Chapitre</i>. De lui dépendoient aussi les +chapitres de Saint-Méry ou Médéric, du Saint-Sépulcre, de Saint-Benoît +et de Saint-Étienne-des-Grés. On appeloit vulgairement ces chapitres +<i>les quatre filles de Notre-Dame</i>; comme ceux de Saint-Marcel, de +Saint-Honoré, de Sainte-Opportune, et celui de +Saint-Germain-l'Auxerrois, avant sa réunion au chapitre de Notre-Dame, +étoient nommés <i>les filles de l'Archevêque</i>. Nous en parlerons à +l'article de ces diverses églises.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote403" name="footnote403"></a> +<b><a href="#footnotetag403">403</a></b>: Elle a été abattue.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote404" name="footnote404"></a> +<b><a href="#footnotetag404">404</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris.</i>, t. II, p. 22 et 23.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote405" name="footnote405"></a> +<b><a href="#footnotetag405">405</a></b>: Ces conditions étoient qu'ils s'acquitteroient des mêmes +fonctions, l'anniversaire excepté; qu'ils ne pourvoient se qualifier +chanoines de Sainte-Marie, mais seulement de Saint-Jean, et que le +chapitre conserveroit le droit de les nommer et de les destituer.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote406" name="footnote406"></a> +<b><a href="#footnotetag406">406</a></b>: Cartul. S. Magl., fol. 178.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote407" name="footnote407"></a> +<b><a href="#footnotetag407">407</a></b>: À l'abbaye de Saint-Denis, il y avoit une chapelle de +Saint-Nicolas qui est désignée dans les titres, <i>Sanctus Nicolaus de +Passu</i>. Au diocèse de Chartres étoit une paroisse appelée <i>le Pas de +Saint-Lomer</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote408" name="footnote408"></a> +<b><a href="#footnotetag408">408</a></b>: Cinq de ces prébendes étoient sacerdotales, trois +diaconales et deux sous-diaconales.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote409" name="footnote409"></a> +<b><a href="#footnotetag409">409</a></b>: Cette église a été abattue.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote410" name="footnote410"></a> +<b><a href="#footnotetag410">410</a></b>: L'historien de l'église de Paris, D. Félibien; M. de +Mautour; Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. III, p. 299.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote411" name="footnote411"></a> +<b><a href="#footnotetag411">411</a></b>: Voyez pag. <a href="#page287">287</a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote412" name="footnote412"></a> +<b><a href="#footnotetag412">412</a></b>: Nécrol. de N. D., 27 août et 12 sept.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote413" name="footnote413"></a> +<b><a href="#footnotetag413">413</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris</i>, t. II, p. 482.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote414" name="footnote414"></a> +<b><a href="#footnotetag414">414</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris</i>, t. III, p. 249.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote415" name="footnote415"></a> +<b><a href="#footnotetag415">415</a></b>: Pastor. A., fol. 804.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote416" name="footnote416"></a> +<b><a href="#footnotetag416">416</a></b>: L'abbé Lebeuf.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote417" name="footnote417"></a> +<b><a href="#footnotetag417">417</a></b>: L'an 1413, les tours de lit commençant à n'être plus de +simple toile comme auparavant, et étant formés d'ailleurs d'un bien plus +grand nombre de pièces, les chanoines ordonnèrent que leurs héritiers, +en donnant cent livres, somme en ces temps-là très-considérable, +seroient quittes, s'ils vouloient, de cette charité. Cette disposition +nouvelle a duré jusqu'en 1592, que les directeurs séculiers de cet +hôpital se plaignirent au parlement, et prétendirent que le ciel, les +rideaux, la courtepointe et autres accompagnements des lits des +chanoines, soit qu'ils fussent de soie, d'argent, d'or ou de telle autre +étoffe que le luxe avoit ajoutée à la simplicité des siècles précédents, +devoient leur appartenir. Sur les conclusions des gens du roi, la cour +leur accorda leur demande. L'an 1654, elle condamna les héritiers de M. +de Gondi, archevêque de Paris, à délivrer aux administrateurs de +l'Hôtel-Dieu son lit et tout ce qui en dépendoit.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote418" name="footnote418"></a> +<b><a href="#footnotetag418">418</a></b>: Rec. des tit. de l'Hôtel-Dieu.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote419" name="footnote419"></a> +<b><a href="#footnotetag419">419</a></b>: Leur nombre fut ensuite porté jusqu'à douze, en 1654, +sous l'inspection et l'autorité de l'archevêque et des premiers +magistrats.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote420" name="footnote420"></a> +<b><a href="#footnotetag420">420</a></b>: Elles étoient aidées dans leurs fonctions par un grand +nombre de personnes, tant du dehors que de l'intérieur de l'Hôtel-Dieu. +L'état journalier de cette maison en portoit le nombre à plus de cinq +cents.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote421" name="footnote421"></a> +<b><a href="#footnotetag421">421</a></b>: La communauté de ces religieuses étoit toujours +très-nombreuse, malgré l'austérité de leur règle et les pénibles travaux +qui y étoient attachés; elles étoient ordinairement cent trente. Leur +noviciat duroit sept ans, à dater du jour de la prise de l'habit, et il +ne falloit pas moins de temps pour éprouver une vocation si difficile.</p> + +<p>L'administration de cet hôpital a éprouvé bien des changements pendant +la révolution; et c'est alors qu'on a pu se convaincre que des +dispositions purement humaines et des agents salariés ne pouvoient +suffire à des travaux, à des sacrifices qui sont tels qu'aucun prix sur +la terre ne peut les payer. Il n'appartient qu'à la religion et aux +immortelles espérances qu'elle porte avec elle, de produire de tels +prodiges de dévouement et de charité; et ils périroient avec elle, s'il +étoit possible qu'elle périt jamais. Les sœurs de l'Hôtel-Dieu ont +donc été rappelées, parce que l'on a reconnu qu'il étoit impossible de +se passer de leur assistance.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote422" name="footnote422"></a> +<b><a href="#footnotetag422">422</a></b>: Cette chapelle, différente de l'église du même nom, +située à l'autre extrémité du parvis, fut rebâtie vers 1380, par les +soins d'Oudard de Maucreux, bourgeois de Paris. Elle a été démolie +pendant la révolution.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote423" name="footnote423"></a> +<b><a href="#footnotetag423">423</a></b>: Sur la rive méridionale.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote424" name="footnote424"></a> +<b><a href="#footnotetag424">424</a></b>: Voy. pl. 20.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote425" name="footnote425"></a> +<b><a href="#footnotetag425">425</a></b>: L'édit portoit aussi <i>que les gens à cheval paieroient +six deniers</i>; mais ils n'y ont jamais passé, car il y avoit une barrière +ou tourniquet qui n'en laissoit l'entrée libre qu'aux piétons.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote426" name="footnote426"></a> +<b><a href="#footnotetag426">426</a></b>: Ce droit étoit d'un neuvième.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote427" name="footnote427"></a> +<b><a href="#footnotetag427">427</a></b>: L'ancien portail étoit d'un gothique très-élégant. +<i>Voyez</i> la pl. 19, qui offre aussi une vue de l'archevêché, tel qu'il +était dans les temps anciens.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote428" name="footnote428"></a> +<b><a href="#footnotetag428">428</a></b>: Past. B., p. 194.—Et D., p. 201.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote429" name="footnote429"></a> +<b><a href="#footnotetag429">429</a></b>: On sait que le grand-maître, sommé par le légat de +confirmer les aveux qu'il avoit faits à Poitiers, s'avança sur le bord +de l'échafaud, et y fit à haute voix une rétractation, à laquelle le +maître de Normandie donna son adhésion; ce qui fut cause qu'ils furent +brûlés vifs, le soir même, sur l'île <i>aux Bureaux</i>. Voyez page <a href="#page104">104</a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote430" name="footnote430"></a> +<b><a href="#footnotetag430">430</a></b>: Cette maison fut nommée <i>la Couche</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote431" name="footnote431"></a> +<b><a href="#footnotetag431">431</a></b>: Reg. du parl.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote432" name="footnote432"></a> +<b><a href="#footnotetag432">432</a></b>: <i>Ibid.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote433" name="footnote433"></a> +<b><a href="#footnotetag433">433</a></b>: On les vendoit, dit-il, vingt sous la pièce dans la rue +Saint-Landri; et quelquefois on les donnoit par charité à des femmes +malades par suite de couches, qui s'en servoient pour se débarrasser +d'un lait corrompu.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote434" name="footnote434"></a> +<b><a href="#footnotetag434">434</a></b>: Cette répartition fut faite de la manière suivante: 3.000 +l. par an pour toutes les justices dépendantes de l'archevêché; 2,000 +liv. pour celle de l'église du chapitre de Paris; 3,000 liv. pour celle +de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés; 1200 liv. pour celle de l'abbaye +de Saint-Victor; 1500 liv. pour celle de l'abbaye de Sainte-Geneviève; +1500 liv. pour celle du Grand-Prieuré de France; 2,500 liv. pour celle +du prieuré de Saint-Martin; 600 liv. pour celle du prieuré de +Saint-Denis-de-la-Chartre; 100 liv. pour celle que l'abbaye de Tiron a +dans Paris; 50 liv. pour celle de l'abbaye de Montmartre; 100 liv. pour +celle du prieuré de Saint-Marcel; 150 liv. pour celle du chapitre de +Saint-Médéric; 100 liv. pour celle du chapitre de Saint-Benoît; 100 liv. +pour celle de l'abbaye de Saint-Denis.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote435" name="footnote435"></a> +<b><a href="#footnotetag435">435</a></b>: Ce dernier avoit peint tout ce qui remplissoit les +arcades du rez-de-chaussée et toute la partie du fond jusqu'à la voûte. +Il y avoit représenté la Nativité, l'Adoration des mages et des bergers; +une gloire d'anges couronnoit cette composition. Par une singularité +assez remarquable, il avoit imaginé de représenter sur le plafond les +débris d'une riche voûte entièrement ruinée, soutenue par d'énormes +étais, et menaçant d'une chute prochaine.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote436" name="footnote436"></a> +<b><a href="#footnotetag436">436</a></b>: Il sert maintenant de pharmacie centrale à tous les +hospices civils de Paris.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote437" name="footnote437"></a> +<b><a href="#footnotetag437">437</a></b>: Il paroit qu'originairement il étoit plus près de +l'emplacement où l'on a bâti depuis le pont Notre-Dame. (<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote438" name="footnote438"></a> +<b><a href="#footnotetag438">438</a></b>: Voyez pl. 25. Ce monument est déposé aux +Petits-Augustins.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote439" name="footnote439"></a> +<b><a href="#footnotetag439">439</a></b>: À l'article de la porte Saint-Denis nous parlerons avec +plus de détail de cette entrée, qui présente plusieurs particularités +remarquables.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote440" name="footnote440"></a> +<b><a href="#footnotetag440">440</a></b>: Les fêtes et dimanches, les oiseliers y venoient vendre +toutes sortes d'oiseaux, ce qui leur avoit été permis sous la condition +d'en lâcher deux cents douzaines au moment où nos rois et nos reines +passeroient sur ce pont dans leurs entrées solennelles.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote441" name="footnote441"></a> +<b><a href="#footnotetag441">441</a></b>: Voyez pl. 21.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote442" name="footnote442"></a> +<b><a href="#footnotetag442">442</a></b>: Voyez p. <a href="#page168">168</a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote443" name="footnote443"></a> +<b><a href="#footnotetag443">443</a></b>: Ces maisons ont été abattues pendant la révolution, ainsi +que celles qui couvraient le petit Pont.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote444" name="footnote444"></a> +<b><a href="#footnotetag444">444</a></b>: Du Breul, Sauval, les historiens de Paris, Piganiol.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote445" name="footnote445"></a> +<b><a href="#footnotetag445">445</a></b>: Raoul de Presle.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote446" name="footnote446"></a> +<b><a href="#footnotetag446">446</a></b>: Ann. Bened., t. VI, p. 180; et Anecd., t. I, col. 371.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote447" name="footnote447"></a> +<b><a href="#footnotetag447">447</a></b>: Le Laboureur, liv. XXXIII, chap. VI.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote448" name="footnote448"></a> +<b><a href="#footnotetag448">448</a></b>: Le journal de Paris, sous le règne de Charles VI, +l'appelle le <i>pont de la Planche-de-Mibrai</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote449" name="footnote449"></a> +<b><a href="#footnotetag449">449</a></b>: La démolition en fut commencée en 1787.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote450" name="footnote450"></a> +<b><a href="#footnotetag450">450</a></b>: C'étoit un dominicain, né à Vérone vers le milieu du +quinzième siècle, et qui se rendit également célèbre dans les sciences +et dans les arts. Indépendamment des beaux monuments qu'il a élevés, il +est auteur de remarques très-curieuses sur les commentaires de +Jules-César; on a de lui des éditions de Vitruve et de Frontin; et c'est +à ses soins que l'on doit la découverte de la plupart des épîtres de +Pline. Il fut le maître de Jules Scaliger.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote451" name="footnote451"></a> +<b><a href="#footnotetag451">451</a></b>: Voyez pl. 22. Ce pont est d'un fort beau dessin; mais il +laissoit sans doute beaucoup à désirer pour la solidité, car on voit +qu'en 1540 il avoit besoin de réparation; qu'en 1577 deux de ses arches +étoient fort endommagées, et qu'il fut encore réparé en 1659, ainsi que +le témoigne l'inscription qu'on y mit alors.</p> + +<p class="poem10"> + <i>Jucundus celebrem posuit tibi, Sequana, pontem;<br> + Invito œdiles flumine restituunt.</i></p> + +<p class="right15"><i>An. N. S. M.DC.LIX.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote452" name="footnote452"></a> +<b><a href="#footnotetag452">452</a></b>: Déposé au Musée des Petits-Augustins.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote453" name="footnote453"></a> +<b><a href="#footnotetag453">453</a></b>: Nécrol. de N. D.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote454" name="footnote454"></a> +<b><a href="#footnotetag454">454</a></b>: En 1206, 1280, 1296, 1325, 1376, 1393 et autres années. +(<span class="smcap">Jaillot.</span>)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote455" name="footnote455"></a> +<b><a href="#footnotetag455">455</a></b>: Hist. de Paris, t. II, p. 714.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote456" name="footnote456"></a> +<b><a href="#footnotetag456">456</a></b>: Compte de Marcel, IV<sup>e</sup> liv., fol. 62. Cependant l'abbaye +Saint-Germain-des-Prés conserva les droits qu'elle avoit sur ce pont; et +l'on trouve qu'au milieu du seizième siècle elle y possédoit encore +trois maisons dont elle jouissoit de toute ancienneté; elle étoit en +outre propriétaire de plusieurs moulins établis sous ses arches; et +cette possession n'étoit pas moins ancienne, puisque ces moulins lui +avoient été donnés par Childebert. D'autres moulins, situés du côté de +l'Hôtel-Dieu, appartenoient à l'évêque, et étoient nommés les <i>chambres +de l'évêque</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote457" name="footnote457"></a> +<b><a href="#footnotetag457">457</a></b>: Hist. de Paris, t. II, p. 1361.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote458" name="footnote458"></a> +<b><a href="#footnotetag458">458</a></b>: Ce pont a été abattu et reconstruit, pendant la +révolution, un peu plus au midi de la Cité, vis-à-vis la rue Saint-Louis +et le cloître Notre-Dame. Voyez, à la fin de ce quartier, l'article +<a href="#monunouveaux"><i>Monuments nouveaux</i></a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote459" name="footnote459"></a> +<b><a href="#footnotetag459">459</a></b>: Voyez l'article <a href="#ruescite"><i>Rues de la Cité</i></a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote460" name="footnote460"></a> +<b><a href="#footnotetag460">460</a></b>: Voyez p. <a href="#page169">169</a>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote461" name="footnote461"></a> +<b><a href="#footnotetag461">461</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris.</i>, t. II, p. 461. Pastor. D., fol. +39.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote462" name="footnote462"></a> +<b><a href="#footnotetag462">462</a></b>: Gr. Cart., fol. 11, ch. 18.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote463" name="footnote463"></a> +<b><a href="#footnotetag463">463</a></b>: Cette fête, dont les historiens du temps nous ont laissé +le détail, peut donner une idée de l'espèce de luxe et du genre de +divertissemens qui étoient alors en usage à la cour de France. Edouard +II, roi d'Angleterre, s'y trouva, avec Isabeau de France sa femme, et +les seigneurs les plus distingués de son royaume. Les deux cours se +piquèrent de rivaliser entre elles de magnificence: on changeoit +d'habits trois et quatre fois par jour; et les rois donnoient l'exemple +à leurs courtisans, en étalant à l'envi tout ce que le faste a de plus +éclatant. Le peuple prit part à la joie de ses maîtres par des festins +et des réjouissances publiques. Elles durèrent huit jours, pendant +lesquels les Parisiens donnèrent des représentations de pièces de +théâtre, dont Dieu, la vierge Marie, Lucifer, les anges et les diables +étoient toujours le sujet. On jouoit, sur un échafaud dressé au bout +d'une rue, les récompenses dont jouissoient les élus dans le ciel; et au +bout opposé, les peines des âmes damnées. On donna ensuite le spectacle +d'une marche de beaucoup d'animaux, et ce spectacle fut nommé <i>la +procession du renard</i>, on ne sait pourquoi. Le cinquième jour, les +habitans de Paris, les uns à pied, les autres à cheval, passèrent en +revue devant les deux rois. Un auteur contemporain assure qu'il y avoit +cinquante mille hommes, vingt mille cavaliers et trente mille +fantassins, ce qui peut donner une idée du grand nombre d'habitants que +contenoit dès lors cette capitale.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote464" name="footnote464"></a> +<b><a href="#footnotetag464">464</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris</i>, t. II, p. 562.—Sauval, t. 1, p. +90.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote465" name="footnote465"></a> +<b><a href="#footnotetag465">465</a></b>: <i>Hist. eccl. Paris.</i>, t. III, p. 124.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote466" name="footnote466"></a> +<b><a href="#footnotetag466">466</a></b>: Voyez pl. 23.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote467" name="footnote467"></a> +<b><a href="#footnotetag467">467</a></b>: Le procès-verbal que l'archevêque de Paris en fit dresser +alors, porte qu'elle étoit large de six à sept toises sur douze de +longueur, vitrée, couverte d'ardoises, et ornée d'un tableau +représentant saint Louis et sainte Cécile.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote468" name="footnote468"></a> +<b><a href="#footnotetag468">468</a></b>: Il fallut obtenir à cet effet le consentement des curés +de Saint-Paul, de Saint-Gervais, de Saint-Jean-le-Rond et de +Saint-Nicolas-du-Chardonnet.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote469" name="footnote469"></a> +<b><a href="#footnotetag469">469</a></b>: Voyez pl. 24.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote470" name="footnote470"></a> +<b><a href="#footnotetag470">470</a></b>: Les <i>modillons</i> sont de petites consoles renversées dans +la forme d'un S sous le plafond de la corniche; ils semblent soutenir le +larmier, toutefois ils ne servent que d'ornements. On appelle <i>métope</i> +l'intervalle qu'on laisse entre les triglyphes de la frise dans l'ordre +dorique. Les <i>triglyphes</i> sont une espèce de bossage, par intervalles +égaux, qui, dans la frise dorique, a des gravures entières en angles, +appelées <i>glyphes</i> ou <i>canaux</i>, et séparées par trois côtés d'avec les +deux demi-canaux des côtés.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote471" name="footnote471"></a> +<b><a href="#footnotetag471">471</a></b>: Voyez pl. 26.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote472" name="footnote472"></a> +<b><a href="#footnotetag472">472</a></b>: Ce plafond orne maintenant une des pièces du palais du +Luxembourg.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote473" name="footnote473"></a> +<b><a href="#footnotetag473">473</a></b>: Ils sont actuellement dans le Musée du Roi. Le plafond +qu'avoit peint Le Brun n'a point été enlevé de cet hôtel.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote474" name="footnote474"></a> +<b><a href="#footnotetag474">474</a></b>: Plusieurs de ces tableaux appartiennent maintenant à la +collection des rois.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote475" name="footnote475"></a> +<b><a href="#footnotetag475">475</a></b>: Dans cet hôtel à moitié démoli, il y a maintenant une +brasserie et un atelier de teinture.</p> + +<p>L'hôtel Lambert est devenu le dépôt général des lits de la garde +royale.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote476" name="footnote476"></a> +<b><a href="#footnotetag476">476</a></b>: T. III., p. 124.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote477" name="footnote477"></a> +<b><a href="#footnotetag477">477</a></b>: T. III, p. 124.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote478" name="footnote478"></a> +<b><a href="#footnotetag478">478</a></b>: Le plan de Dheulland.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote479" name="footnote479"></a> +<b><a href="#footnotetag479">479</a></b>: T. I, p. 239.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote480" name="footnote480"></a> +<b><a href="#footnotetag480">480</a></b>: Hist. de Paris, t. V, p, 138.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote481" name="footnote481"></a> +<b><a href="#footnotetag481">481</a></b>: T. I, p. 89. <i>Javeau</i> est un terme des eaux et forêts, +qui signifie une île nouvellement faite au milieu d'une rivière, par +alluvion ou amas de limon et de sable.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote482" name="footnote482"></a> +<b><a href="#footnotetag482">482</a></b>: En 1034, sous Henri I<sup>er</sup>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote483" name="footnote483"></a> +<b><a href="#footnotetag483">483</a></b>: <i>Rigord. vita Philipp. Aug.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote484" name="footnote484"></a> +<b><a href="#footnotetag484">484</a></b>: Il paroît toutefois qu'on se contenta de paver ce qu'on +appeloit alors la <i>croisée de Paris</i>, c'est-à-dire deux rues qui se +croisoient au centre de cette ville, et dont l'une se dirigeoit du midi +au nord, et l'autre de l'est à l'ouest; ce pavé étoit composé de grosses +dalles de grès, carrées et de la dimension de trois pieds et demi +environ sur toutes leurs faces. L'abbé Lebeuf dit avoir vu plusieurs +pierres de cet ancien pavé, au bas de la rue Saint-Jacques, et à une +profondeur de sept à huit pieds. Il ajoute qu'on apercevoit, entre le +pavé de Philippe-Auguste et le pavé actuel, des débris d'un pavé +intermédiaire, preuve nouvelle de l'élévation successive du sol de la +ville de Paris.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote485" name="footnote485"></a> +<b><a href="#footnotetag485">485</a></b>: Ce que rapporte à ce sujet le commissaire Delamarre peut +donner une idée de l'importance d'un tel bienfait. «Ceux d'entre nous, +dit-il, qui ont vu le commencement du règne de Sa Majesté, se +souviennent encore que les rues de Paris étoient si remplies de fange, +que la nécessité avoit introduit l'usage de ne sortir qu'en bottes; et +quant à l'infection que cela causoit dans l'air, le sieur Courtois, +médecin, qui demeuroit alors rue des Marmouzets, a fait cette petite +expérience, par laquelle on jugera du reste. Il avoit dans sa salle, sur +la rue, de gros chenets à pommes de cuivre; et il a dit plusieurs fois +aux magistrats et à ses amis que, tous les matins, il les trouvoit +couverts d'une teinture assez épaisse de vert-de-gris, qu'il faisoit +nettoyer pour faire l'expérience du jour suivant; et que depuis l'an +1663, que la police du nettoiement des rues a été rétablie, ces taches +n'avoient plus paru. Il en tiroit cette conséquence que l'air corrompu +que nous respirons continuellement faisoit d'autant plus d'impressions +malignes sur les poumons et les autres viscères, que ces parties sont +incomparablement plus délicates que le cuivre, et que c'étoit la cause +immédiate de plusieurs maladies. Aussi est-il certain que, depuis ce +rétablissement, il n'a plus paru à Paris de contagions, et beaucoup +moins de ces maladies populaires dont la ville étoit si souvent affligée +dans les temps que le nettoiement des rues a été négligé.»</p> + +<p class="p15"><a id="footnote486" name="footnote486"></a> +<b><a href="#footnotetag486">486</a></b>: Nous avons eu soin de faire mettre en <i>italique</i> les noms +dont l'usage s'est perdu, soit que les rues qui les portoient aient été +couvertes de maisons, soit que la fantaisie du peuple ait changé ces +noms. Nous donnons aussi une explication des vieilles locutions les plus +difficiles à entendre.</p> + +<p>Le lecteur observera que dans cette pièce <i>au</i> est écrit par <i>o</i>, <i>aux</i> +par <i>as</i>, <i>qu'on</i> par <i>con</i>, <i>un</i> par la lettre <i>i</i>, le nom de <i>Dieu</i> +par <i>Diex</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote487" name="footnote487"></a> +<b><a href="#footnotetag487">487</a></b>: On mettoit en vers, aux treizième et quatorzième siècles, +certains sujets qui seroient regardés aujourd'hui comme peu susceptibles +des agrémens de la poésie: aussi les poètes d'alors se gênoient-ils peu +sur la rime et sur les autres règles de la versification. Leur licence +étoit telle, que, pour remplir la mesure, ils fabriquoient des termes +nouveaux, ajoutoient des circonstances bizarres et étrangères à leur +sujet, et même y inséroient des sermens au nom de tel ou tel saint, qui +souvent n'avoit jamais existé, mais dont le nom, imaginé sur-le-champ, +achevoit leurs vers, ou pour la rime, ou pour la quantité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote488" name="footnote488"></a> +<b><a href="#footnotetag488">488</a></b>: Demeure une faiseuse de couvertures.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote489" name="footnote489"></a> +<b><a href="#footnotetag489">489</a></b>: Un peu au-dessus.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote490" name="footnote490"></a> +<b><a href="#footnotetag490">490</a></b>: Il y demeure des Dames.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote491" name="footnote491"></a> +<b><a href="#footnotetag491">491</a></b>: De là.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote492" name="footnote492"></a> +<b><a href="#footnotetag492">492</a></b>: De quelque façon qu'on le prenne.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote493" name="footnote493"></a> +<b><a href="#footnotetag493">493</a></b>: En descendant.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote494" name="footnote494"></a> +<b><a href="#footnotetag494">494</a></b>: Je ne marchai pas en vain.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote495" name="footnote495"></a> +<b><a href="#footnotetag495">495</a></b>: Plusieurs jeunes filles.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote496" name="footnote496"></a> +<b><a href="#footnotetag496">496</a></b>: Le mal tourné, le renversé.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote497" name="footnote497"></a> +<b><a href="#footnotetag497">497</a></b>: Vis-à-vis.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote498" name="footnote498"></a> +<b><a href="#footnotetag498">498</a></b>: Que de son amour nous soyons protégés.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote499" name="footnote499"></a> +<b><a href="#footnotetag499">499</a></b>: Je désavouerai.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote500" name="footnote500"></a> +<b><a href="#footnotetag500">500</a></b>: Que onques, jamais.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote501" name="footnote501"></a> +<b><a href="#footnotetag501">501</a></b>: Noël.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote502" name="footnote502"></a> +<b><a href="#footnotetag502">502</a></b>: Il y vit une querelle de femmes.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote503" name="footnote503"></a> +<b><a href="#footnotetag503">503</a></b>: Demeurent les égyptiens ou diseurs de bonne aventure.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote504" name="footnote504"></a> +<b><a href="#footnotetag504">504</a></b>: Demeure, qu'on.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote505" name="footnote505"></a> +<b><a href="#footnotetag505">505</a></b>: Fagot, broussaille, bourrée.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote506" name="footnote506"></a> +<b><a href="#footnotetag506">506</a></b>: Au milieu de.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote507" name="footnote507"></a> +<b><a href="#footnotetag507">507</a></b>: bruit.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote508" name="footnote508"></a> +<b><a href="#footnotetag508">508</a></b>: Près de là</p> + +<p class="p15"><a id="footnote509" name="footnote509"></a> +<b><a href="#footnotetag509">509</a></b>: <i>Atrium</i>, l'aitre ou place de Sainte-Geneviève.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote510" name="footnote510"></a> +<b><a href="#footnotetag510">510</a></b>: Loin de la rivière de Seine.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote511" name="footnote511"></a> +<b><a href="#footnotetag511">511</a></b>: Fatigué, las.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote512" name="footnote512"></a> +<b><a href="#footnotetag512">512</a></b>: Oiseau choisi pour la rime.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote513" name="footnote513"></a> +<b><a href="#footnotetag513">513</a></b>: Qui conseille les autres.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote514" name="footnote514"></a> +<b><a href="#footnotetag514">514</a></b>: Trouvai.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote515" name="footnote515"></a> +<b><a href="#footnotetag515">515</a></b>: <i>Manet</i>, demeure la femme d'un charpentier.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote516" name="footnote516"></a> +<b><a href="#footnotetag516">516</a></b>: Ses plaintes.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote517" name="footnote517"></a> +<b><a href="#footnotetag517">517</a></b>: Je bus.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote518" name="footnote518"></a> +<b><a href="#footnotetag518">518</a></b>: Là un peu.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote519" name="footnote519"></a> +<b><a href="#footnotetag519">519</a></b>: De là.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote520" name="footnote520"></a> +<b><a href="#footnotetag520">520</a></b>: On vend foin et paille.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote521" name="footnote521"></a> +<b><a href="#footnotetag521">521</a></b>: Je vous expose.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote522" name="footnote522"></a> +<b><a href="#footnotetag522">522</a></b>: Eut nom.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote523" name="footnote523"></a> +<b><a href="#footnotetag523">523</a></b>: Moins.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote524" name="footnote524"></a> +<b><a href="#footnotetag524">524</a></b>: Promptement.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote525" name="footnote525"></a> +<b><a href="#footnotetag525">525</a></b>: Mon âme.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote526" name="footnote526"></a> +<b><a href="#footnotetag526">526</a></b>: Tardif.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote527" name="footnote527"></a> +<b><a href="#footnotetag527">527</a></b>: Pareillement.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote528" name="footnote528"></a> +<b><a href="#footnotetag528">528</a></b>: raccourcis.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote529" name="footnote529"></a> +<b><a href="#footnotetag529">529</a></b>: sur le bord de la mer.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote530" name="footnote530"></a> +<b><a href="#footnotetag530">530</a></b>: s'enivre.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote531" name="footnote531"></a> +<b><a href="#footnotetag531">531</a></b>: assez ouvri.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote532" name="footnote532"></a> +<b><a href="#footnotetag532">532</a></b>: Où l'on sangle des coups, apparemment qu'il y avoit des +Flagellants.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote533" name="footnote533"></a> +<b><a href="#footnotetag533">533</a></b>: Y demeurent.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote534" name="footnote534"></a> +<b><a href="#footnotetag534">534</a></b>: guitare.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote535" name="footnote535"></a> +<b><a href="#footnotetag535">535</a></b>: C'est-à-dire <i>un homme qui m'eut fait une espèce de +cornemuse</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote536" name="footnote536"></a> +<b><a href="#footnotetag536">536</a></b>: environnent.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote537" name="footnote537"></a> +<b><a href="#footnotetag537">537</a></b>: habitent.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote538" name="footnote538"></a> +<b><a href="#footnotetag538">538</a></b>: sépare.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote539" name="footnote539"></a> +<b><a href="#footnotetag539">539</a></b>: Espèce de serment placé là pour rimer.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote540" name="footnote540"></a> +<b><a href="#footnotetag540">540</a></b>: gracieux.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote541" name="footnote541"></a> +<b><a href="#footnotetag541">541</a></b>: J'y vis beaucoup d'étoffes historiées; peine <i>Pannus</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote542" name="footnote542"></a> +<b><a href="#footnotetag542">542</a></b>: au bout.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote543" name="footnote543"></a> +<b><a href="#footnotetag543">543</a></b>: Comptables, qu'on puisse compter.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote544" name="footnote544"></a> +<b><a href="#footnotetag544">544</a></b>: Espèce de serment.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote545" name="footnote545"></a> +<b><a href="#footnotetag545">545</a></b>: promptement.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote546" name="footnote546"></a> +<b><a href="#footnotetag546">546</a></b>: alène.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote547" name="footnote547"></a> +<b><a href="#footnotetag547">547</a></b>: éloigné.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote548" name="footnote548"></a> +<b><a href="#footnotetag548">548</a></b>: au milieu de.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote549" name="footnote549"></a> +<b><a href="#footnotetag549">549</a></b>: à travers.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote550" name="footnote550"></a> +<b><a href="#footnotetag550">550</a></b>: D'aller et venir.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote551" name="footnote551"></a> +<b><a href="#footnotetag551">551</a></b>: lent, paresseux.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote552" name="footnote552"></a> +<b><a href="#footnotetag552">552</a></b>: Vendeur d'avoine.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote553" name="footnote553"></a> +<b><a href="#footnotetag553">553</a></b>: De là.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote554" name="footnote554"></a> +<b><a href="#footnotetag554">554</a></b>: chez.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote555" name="footnote555"></a> +<b><a href="#footnotetag555">555</a></b>: qui n'a point de bonheur.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote556" name="footnote556"></a> +<b><a href="#footnotetag556">556</a></b>: En joie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote557" name="footnote557"></a> +<b><a href="#footnotetag557">557</a></b>: Je ne tombe pas en éthisie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote558" name="footnote558"></a> +<b><a href="#footnotetag558">558</a></b>: sans en mal nommer aucune.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote559" name="footnote559"></a> +<b><a href="#footnotetag559">559</a></b>: porte fausse.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote560" name="footnote560"></a> +<b><a href="#footnotetag560">560</a></b>: chapeau.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote561" name="footnote561"></a> +<b><a href="#footnotetag561">561</a></b>: La rivière de Seine.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote562" name="footnote562"></a> +<b><a href="#footnotetag562">562</a></b>: camarade.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote563" name="footnote563"></a> +<b><a href="#footnotetag563">563</a></b>: Serment.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote564" name="footnote564"></a> +<b><a href="#footnotetag564">564</a></b>: À côté de lui.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote565" name="footnote565"></a> +<b><a href="#footnotetag565">565</a></b>: prier.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote566" name="footnote566"></a> +<b><a href="#footnotetag566">566</a></b>: cachoit et enfouissoit.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote567" name="footnote567"></a> +<b><a href="#footnotetag567">567</a></b>: C'est-à-dire comme des pieds de sauterelles.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote568" name="footnote568"></a> +<b><a href="#footnotetag568">568</a></b>: Plusieurs étoffes de diverses couleurs.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote569" name="footnote569"></a> +<b><a href="#footnotetag569">569</a></b>: Plie, poisson de mer.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote570" name="footnote570"></a> +<b><a href="#footnotetag570">570</a></b>: facile.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote571" name="footnote571"></a> +<b><a href="#footnotetag571">571</a></b>: vitement.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote572" name="footnote572"></a> +<b><a href="#footnotetag572">572</a></b>: suivi.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote573" name="footnote573"></a> +<b><a href="#footnotetag573">573</a></b>: trompé ou moqué.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote574" name="footnote574"></a> +<b><a href="#footnotetag574">574</a></b>: Là je bus.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote575" name="footnote575"></a> +<b><a href="#footnotetag575">575</a></b>: Dont je ne suis pas fâché.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote576" name="footnote576"></a> +<b><a href="#footnotetag576">576</a></b>: Dom, ou Monsieur.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote577" name="footnote577"></a> +<b><a href="#footnotetag577">577</a></b>: Le puits sépare le carrefour.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote578" name="footnote578"></a> +<b><a href="#footnotetag578">578</a></b>: Longue narration.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote579" name="footnote579"></a> +<b><a href="#footnotetag579">579</a></b>: Manière de serment.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote580" name="footnote580"></a> +<b><a href="#footnotetag580">580</a></b>: Un peu sûre.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote581" name="footnote581"></a> +<b><a href="#footnotetag581">581</a></b>: âpre, rude.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote582" name="footnote582"></a> +<b><a href="#footnotetag582">582</a></b>: Seuil de porte.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote583" name="footnote583"></a> +<b><a href="#footnotetag583">583</a></b>: Qu'on ne me regarde pas comme un railleur.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote584" name="footnote584"></a> +<b><a href="#footnotetag584">584</a></b>: pour vrai.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote585" name="footnote585"></a> +<b><a href="#footnotetag585">585</a></b>: arrive.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote586" name="footnote586"></a> +<b><a href="#footnotetag586">586</a></b>: détour.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote587" name="footnote587"></a> +<b><a href="#footnotetag587">587</a></b>: de dessein formel.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote588" name="footnote588"></a> +<b><a href="#footnotetag588">588</a></b>: Trouvai.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote589" name="footnote589"></a> +<b><a href="#footnotetag589">589</a></b>: proche.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote590" name="footnote590"></a> +<b><a href="#footnotetag590">590</a></b>: pour être corroyées.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote591" name="footnote591"></a> +<b><a href="#footnotetag591">591</a></b>: Par le bas de.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote592" name="footnote592"></a> +<b><a href="#footnotetag592">592</a></b>: mélancolie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote593" name="footnote593"></a> +<b><a href="#footnotetag593">593</a></b>: demeurèrent.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote594" name="footnote594"></a> +<b><a href="#footnotetag594">594</a></b>: tout juste en commençant.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote595" name="footnote595"></a> +<b><a href="#footnotetag595">595</a></b>: ma connoissance.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote596" name="footnote596"></a> +<b><a href="#footnotetag596">596</a></b>: demeure.... un jeune homme.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote597" name="footnote597"></a> +<b><a href="#footnotetag597">597</a></b>: Qui conduit à la porte St.-Jean.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote598" name="footnote598"></a> +<b><a href="#footnotetag598">598</a></b>: Mot fabriqué pour la rime.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote599" name="footnote599"></a> +<b><a href="#footnotetag599">599</a></b>: demeure un compagnon querelleur.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote600" name="footnote600"></a> +<b><a href="#footnotetag600">600</a></b>: promptement.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote601" name="footnote601"></a> +<b><a href="#footnotetag601">601</a></b>: C'est le nom d'une femme.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote602" name="footnote602"></a> +<b><a href="#footnotetag602">602</a></b>: hymnes, cantiques.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote603" name="footnote603"></a> +<b><a href="#footnotetag603">603</a></b>: embarrassée.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote604" name="footnote604"></a> +<b><a href="#footnotetag604">604</a></b>: se peigner.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote605" name="footnote605"></a> +<b><a href="#footnotetag605">605</a></b>: un peu au-dessus de là.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote606" name="footnote606"></a> +<b><a href="#footnotetag606">606</a></b>: Il manque ici un vers dans le manuscrit.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote607" name="footnote607"></a> +<b><a href="#footnotetag607">607</a></b>: Se portant.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote608" name="footnote608"></a> +<b><a href="#footnotetag608">608</a></b>: Un éperon de terre ou bout d'île.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote609" name="footnote609"></a> +<b><a href="#footnotetag609">609</a></b>: querelleuses.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote610" name="footnote610"></a> +<b><a href="#footnotetag610">610</a></b>: à la pipée.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote611" name="footnote611"></a> +<b><a href="#footnotetag611">611</a></b>: au porche.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote612" name="footnote612"></a> +<b><a href="#footnotetag612">612</a></b>: poche.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote613" name="footnote613"></a> +<b><a href="#footnotetag613">613</a></b>: pour vrai.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote614" name="footnote614"></a> +<b><a href="#footnotetag614">614</a></b>: <i>Rues sans chiefe</i>, fermées par le fond.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote615" name="footnote615"></a> +<b><a href="#footnotetag615">615</a></b>: Il veut faire ici la fin de ses vers.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote616" name="footnote616"></a> +<b><a href="#footnotetag616">616</a></b>: Paris, jusque vers le milieu du quatorzième siècle, étoit +divisé en trois parties: le quartier d'<i>Outre-Petit pont</i>, la Cité; le +quartier d'<i>Outre-Grand pont</i>. Le premier de ces quartiers a depuis été +désigné sous le nom de <i>ville</i>, en raison sans doute de ce que +l'Hôtel-de-Ville y étoit situé. Le dernier fut nommé quartier de +l'<i>Université</i>, parce que toutes les écoles de cette institution célèbre +y étoient renfermées.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote617" name="footnote617"></a> +<b><a href="#footnotetag617">617</a></b>: L'espace qu'occupoit cette rue a été renfermé dans le +jardin de l'archevêché.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote618" name="footnote618"></a> +<b><a href="#footnotetag618">618</a></b>: Cette rue porte maintenant le nom de rue de <i>Nazareth</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote619" name="footnote619"></a> +<b><a href="#footnotetag619">619</a></b>: Cens. de S. Éloi.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote620" name="footnote620"></a> +<b><a href="#footnotetag620">620</a></b>: Cart. Episc. Il y avoit autrefois derrière +Saint-Barthélemi un cul-de-sac nommé rue des <i>Cordouagners</i>. Cette rue +avoit été bouchée dès 1315. Le nom s'en perdit par la suite, et on +l'indiquoit simplement sous celui de ruelle du <i>Prieuré</i>, ruelle <i>par où +l'on va à Notre-Dame des Voûtes</i>. Notre-Dame des Voûtes étoit une +chapelle située au chevet de Saint-Barthélemi. Elle fut depuis réunie à +l'église.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote621" name="footnote621"></a> +<b><a href="#footnotetag621">621</a></b>: Ceux qui sont pour la première opinion ne s'accordent +point sur la représentation de cette enseigne. Les uns disent que +c'étoit un de ces insectes qui rongent le froment, et qu'on nomme aussi +<i>charançon</i>; d'autres, une espèce d'oiseau (grive ou alouette), que les +Parisiens appeloient <i>calandre</i>; le plus grand nombre, que c'est une +machine avec laquelle on tabise et polit les draps, étoffes de soie, +etc. Sauval dit que c'est là la véritable origine de ce nom. Au-dessus +de la boutique d'une lingère, qui faisoit le coin de cette rue et de +celle de la Cité, on lisoit autrefois une inscription, dont la solution +a été inutilement proposée aux antiquaires.</p> + +<p class="poem30"> + <i>Urbs me decolavit,<br> + Rex me instituit,<br> + Medicus amplificavit.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote622" name="footnote622"></a> +<b><a href="#footnotetag622">622</a></b>: Fol. 88, <i>verso</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote623" name="footnote623"></a> +<b><a href="#footnotetag623">623</a></b>: Regist. du Parl., et ord. roy. de la Ville, p. 259.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote624" name="footnote624"></a> +<b><a href="#footnotetag624">624</a></b>: T. III, p. 319.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote625" name="footnote625"></a> +<b><a href="#footnotetag625">625</a></b>: Cartul. de N. D. des Champs.—Cens. de +Sainte-Genev.—Cart. de Sorbonne.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote626" name="footnote626"></a> +<b><a href="#footnotetag626">626</a></b>: La partie de cet espace qui longe le côté nord de la +cathédrale forme aujourd'hui une rue que l'on nomme <i>Rue du Cloître +Notre-Dame</i>; et de l'autre côté, le passage qui conduit au pont au +Double, s'appelle <i>rue de l'Évêché</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote627" name="footnote627"></a> +<b><a href="#footnotetag627">627</a></b>: Sauval, t. I, p. 126.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote628" name="footnote628"></a> +<b><a href="#footnotetag628">628</a></b>: Arch. de S. Germ., A. 3, 7, 8.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote629" name="footnote629"></a> +<b><a href="#footnotetag629">629</a></b>: Past., A. fol. 804.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote630" name="footnote630"></a> +<b><a href="#footnotetag630">630</a></b>: Regist. de la Ville, f. 3.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote631" name="footnote631"></a> +<b><a href="#footnotetag631">631</a></b>: Cart. S. Magl., fol. 104 et 238.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote632" name="footnote632"></a> +<b><a href="#footnotetag632">632</a></b>: Hist. de Paris, t. V, p. 620.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote633" name="footnote633"></a> +<b><a href="#footnotetag633">633</a></b>: Sauval, t. I, p. 132.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote634" name="footnote634"></a> +<b><a href="#footnotetag634">634</a></b>: Cens. S. Élig.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote635" name="footnote635"></a> +<b><a href="#footnotetag635">635</a></b>: Quelques auteurs ont pensé qu'il venoit, par corruption, +du mot latin <i>inferior</i> ou <i>infera</i>, inférieure, parce qu'elle étoit la +dernière rue vers le port Saint-Landri.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote636" name="footnote636"></a> +<b><a href="#footnotetag636">636</a></b>: Reg. capit. 1555.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote637" name="footnote637"></a> +<b><a href="#footnotetag637">637</a></b>: Ord. du chap. de N. D.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote638" name="footnote638"></a> +<b><a href="#footnotetag638">638</a></b>: Gall. Christ., t. VII, col. 3.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote639" name="footnote639"></a> +<b><a href="#footnotetag639">639</a></b>: Manusc. des Coutumes de la Marchand., fol. 39.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote640" name="footnote640"></a> +<b><a href="#footnotetag640">640</a></b>: Cens. S. Élig., 1495.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote641" name="footnote641"></a> +<b><a href="#footnotetag641">641</a></b>: En effet, ce quartier étant occupé par des drapiers et +des ouvriers qui donnoient le lustre aux étoffes, on peut croire qu'il +renfermoit aussi des <i>fabricants</i>, dont le nom aura été transporté à la +rue. Celui de <i>feure</i> ne doit point embarrasser: personne n'ignore que +nos anciens écrivains employoient souvent l'<i>u</i> consonne pour l'<i>v</i> +voyelle.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote642" name="footnote642"></a> +<b><a href="#footnotetag642">642</a></b>: Cart. S. German. Autiss., fol. 10, <i>recto</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote643" name="footnote643"></a> +<b><a href="#footnotetag643">643</a></b>: Cens. S. Élig., 1367.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote644" name="footnote644"></a> +<b><a href="#footnotetag644">644</a></b>: Cens. S. Genovefæ.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote645" name="footnote645"></a> +<b><a href="#footnotetag645">645</a></b>: Cens. S. Genovef.—Arch. de S. Martin.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote646" name="footnote646"></a> +<b><a href="#footnotetag646">646</a></b>: Past., A., fol. 702 et 801.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote647" name="footnote647"></a> +<b><a href="#footnotetag647">647</a></b>: Cens. S. Élig., 1367 et 1398.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote648" name="footnote648"></a> +<b><a href="#footnotetag648">648</a></b>: Arch. de S. Germ. des Prés, n<sup>o</sup> 1575.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote649" name="footnote649"></a> +<b><a href="#footnotetag649">649</a></b>: Traité de la Police, t. II, p. 727. La portion de cette +rue qui s'étend vers le Marché-Neuf et en face de la rue +Neuve-Notre-Dame, s'appelle aujourd'hui <i>rue du Marché-Neuf</i>. En 1507 +cette rue fut élargie de vingt pieds entre les deux ponts.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote650" name="footnote650"></a> +<b><a href="#footnotetag650">650</a></b>: Past., A., fol. 725.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote651" name="footnote651"></a> +<b><a href="#footnotetag651">651</a></b>: Past., D., fol. 401; et I, fol. 147 et 152.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote652" name="footnote652"></a> +<b><a href="#footnotetag652">652</a></b>: Past., A., fol. 794.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote653" name="footnote653"></a> +<b><a href="#footnotetag653">653</a></b>: Past., D., fol. 300. <i>Ibid.</i>, fol. 291; A., fol. 381 et +585; B., fol. 305. Le corps d'Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, +morte le dernier jour de septembre 1435, fut porté à Saint-Denis d'une +façon singulière: on l'embarqua au port Saint-Landri, dans un petit +bateau, et l'on dit au batelier de le remettre au prieur de l'abbaye.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote654" name="footnote654"></a> +<b><a href="#footnotetag654">654</a></b>: Cens S. Élig.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote655" name="footnote655"></a> +<b><a href="#footnotetag655">655</a></b>: Arch. de S. Victor.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote656" name="footnote656"></a> +<b><a href="#footnotetag656">656</a></b>: Cart. S. Dionys. de Carc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote657" name="footnote657"></a> +<b><a href="#footnotetag657">657</a></b>: Cens. S. Élig.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote658" name="footnote658"></a> +<b><a href="#footnotetag658">658</a></b>: Gens qui faisoient une espèce de pâtisserie.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote659" name="footnote659"></a> +<b><a href="#footnotetag659">659</a></b>: La partie de cette rue qui bordoit la rivière, a été +abattue lorsque l'on a construit la suite des quais qui entourent +maintenant la Cité.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote660" name="footnote660"></a> +<b><a href="#footnotetag660">660</a></b>: Du Breul, p. 97 et 201.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote661" name="footnote661"></a> +<b><a href="#footnotetag661">661</a></b>: Reg. de la Ville.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote662" name="footnote662"></a> +<b><a href="#footnotetag662">662</a></b>: Il a été ouvert, sur l'emplacement de +Saint-Germain-le-Vieux, un passage fermé de deux grilles qui conduit de +cette rue dans celle de la Calendre.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote663" name="footnote663"></a> +<b><a href="#footnotetag663">663</a></b>: Arch. de S. Germ., A., 3, 1, 13.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote664" name="footnote664"></a> +<b><a href="#footnotetag664">664</a></b>: La <i>Morgue</i>, autrefois dans une des cours du +Grand-Châtelet, a été transportée en cet endroit. (V. <i>monuments +nouveaux</i>.)</p> + +<p class="p15"><a id="footnote665" name="footnote665"></a> +<b><a href="#footnotetag665">665</a></b>: Une tradition populaire veut que cette rue doive son nom +à un pâtissier qui faisoit des pâtés avec la chair des enfants qu'il +attiroit chez lui, ou des victimes que son voisin le barbier égorgeoit +pour son compte. Cette tradition est rapportée par Du Breul<a id="footnotetag665-A" name="footnotetag665-A"></a><a href="#footnote665-A" title="Go to footnote 665-A"><span class="smaller normal">[665-A]</span></a>, qui +ajoute que la maison dite des <i>Marmouzets</i> fut rasée à cette occasion, +avec défense de jamais rebâtir au même lieu, et qu'une pyramide fut +élevée en sa place.</p> + +<p>On n'a aucune preuve positive de ces faits, qui semblent bien +invraisemblables; mais il est constant que, pendant plus de cent ans, il +y a eu, dans cette rue, une place vide, sur laquelle le propriétaire ne +croyoit pas qu'il fût permis de bâtir. Pierre Belut, conseiller au +parlement, à qui elle appartenoit, en demanda la permission à François +I<sup>er</sup>; et ce prince, par des lettres-patentes du mois de janvier 1536, +permit d'y faire réédifier une maison pour être habitée, ainsi que les +autres maisons de Paris, nonobstant tout arrêt qui pourroit être +intervenu, y dérogeant par ces lettres, et imposant silence perpétuel à +son procureur présent et à venir. Quoiqu'on ne trouve nulle part ni +informations ni arrêts qui parlent de ce prétendu crime, il ne +s'ensuivroit pas de là qu'il fût faux. On sait que dans les crimes +atroces et extraordinaires, il a toujours été d'usage, et même dans les +derniers temps de la monarchie, de jeter au feu les informations et la +procédure, pour les rendre en quelque sorte incroyables. <i>Nam sunt +crimina quæ, ipsâ magnitudine, fidem non impetrant.</i></p> + +<p class="p15"><a id="footnote665-A" name="footnote665-A"></a> +<b><a href="#footnotetag665-A">665-A</a></b>: page 111.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote666" name="footnote666"></a> +<b><a href="#footnotetag666">666</a></b>: Arch. de S. Éloi et de l'archevêché.—Past., A., p. 341 +et 718.—Cart. Sorb., an 1284.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote667" name="footnote667"></a> +<b><a href="#footnotetag667">667</a></b>: Cens. S. Dionys., de Carc.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote668" name="footnote668"></a> +<b><a href="#footnotetag668">668</a></b>: Corrozet, fol. 204, <i>verso</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote669" name="footnote669"></a> +<b><a href="#footnotetag669">669</a></b>: Maintenant la préfecture de police. Cette rue est +aujourd'hui désignée sous le nom de rue de <i>Jérusalem</i>.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote670" name="footnote670"></a> +<b><a href="#footnotetag670">670</a></b>: Compte des Matines.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote671" name="footnote671"></a> +<b><a href="#footnotetag671">671</a></b>: Avant, <i>des Dix-Huit</i>, à cause du collége de ce nom.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote672" name="footnote672"></a> +<b><a href="#footnotetag672">672</a></b>: Auparavant, <i>de la Huchette</i>, à cause d'une maison ainsi +appelée, qui faisoit le coin de cette rue et de celle de +Saint-Christophe.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote673" name="footnote673"></a> +<b><a href="#footnotetag673">673</a></b>: Rég. de la vill., fol. 3.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote674" name="footnote674"></a> +<b><a href="#footnotetag674">674</a></b>: Cart. S. Genovef. an. 1243, fol. 15, <i>verso</i>. Ces mêmes +titres nous apprennent que les juifs y avoient des bains et des étuves, +<i>domus quæ fuit stupa judæorum</i>; <i>ibid.</i>, 1248, fol. 37.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote675" name="footnote675"></a> +<b><a href="#footnotetag675">675</a></b>: Cens. de S. Éloi, 1367.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote676" name="footnote676"></a> +<b><a href="#footnotetag676">676</a></b>: Part. A. p. 633, 707, 819, 825 et 836.—Hist. S. Mart., +p. 210.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote677" name="footnote677"></a> +<b><a href="#footnotetag677">677</a></b>: Reg. capit. 5, p. 41.—Reg. capit., 1541.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote678" name="footnote678"></a> +<b><a href="#footnotetag678">678</a></b>: Reg., capit. 8, p. 165.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote679" name="footnote679"></a> +<b><a href="#footnotetag679">679</a></b>: Arch. de l'archev.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote680" name="footnote680"></a> +<b><a href="#footnotetag680">680</a></b>: Cens. S. Élig., 1398.</p> + +<p class="p15"><a id="footnote681" name="footnote681"></a> +<b><a href="#footnotetag681">681</a></b>: Elles sont déposées, partie au musée du Roi, partie au +cabinet d'antiquités de la bibliothèque Royale.</p> +</div> + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Tableau historique et pittoresque de +Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8), by Jacques-Maximilien Benjamin Bins de Saint-Victor + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TABLEAU HISTORIQUE ET *** + +***** This file should be named 39880-h.htm or 39880-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/9/8/8/39880/ + +Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine +P. 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