summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:12:27 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:12:27 -0700
commitd70450792457759685e9f2ac99352bce66ac77c2 (patch)
treec24dd23d3f5e3d9bcd63b2b9a420f0ef194a93b9
initial commit of ebook 39320HEADmain
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--39320-0.txt5382
-rw-r--r--39320-0.zipbin0 -> 117276 bytes
-rw-r--r--39320-8.txt5383
-rw-r--r--39320-8.zipbin0 -> 116180 bytes
-rw-r--r--39320-h.zipbin0 -> 162827 bytes
-rw-r--r--39320-h/39320-h.htm7904
-rw-r--r--39320-h/images/colophon.pngbin0 -> 6581 bytes
-rw-r--r--39320-h/images/ill_pg018.pngbin0 -> 1804 bytes
-rw-r--r--39320-h/images/ill_pg028.pngbin0 -> 696 bytes
-rw-r--r--39320-h/images/ill_pg084.pngbin0 -> 1293 bytes
-rw-r--r--39320-h/images/ill_pg152.pngbin0 -> 1182 bytes
-rw-r--r--39320-h/images/ill_pg164.pngbin0 -> 3940 bytes
-rw-r--r--39320-h/images/ill_pg174.pngbin0 -> 5349 bytes
-rw-r--r--39320-h/images/ill_pg177.pngbin0 -> 2856 bytes
-rw-r--r--39320-h/images/ill_pg182.pngbin0 -> 3379 bytes
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
18 files changed, 18685 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/39320-0.txt b/39320-0.txt
new file mode 100644
index 0000000..4983dc9
--- /dev/null
+++ b/39320-0.txt
@@ -0,0 +1,5382 @@
+The Project Gutenberg EBook of Traité des eunuques, by Charles Ancillon
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+
+Title: Traité des eunuques
+
+Author: Charles Ancillon
+
+Release Date: March 31, 2012 [EBook #39320]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: UTF-8
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAITÉ DES EUNUQUES ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned
+pages available at http://gallica.bnf.fr/)
+
+
+
+
+
+
+
+
+TRAITÉ
+
+DES
+
+EUNUQUES,
+
+DANS LEQUEL
+
+On explique toutes les différentes sortes
+d'Eunuques, quel rang ils ont tenu,
+& quel cas on en a fait, &c.
+
+_On éxamine principalement s'ils sont propres
+au Mariage, & s'il leur doit être
+permis de se marier._
+
+Et l'on fait plusieurs Remarques curieuses &
+divertissantes à l'occasion des
+
+EUNUQUES, &c.
+
+Par M***. D***.
+
+[Illustration]
+
+Imprimé l'an M. DCC. VII.
+
+
+
+
+EPITRE
+
+DEDICATOIRE
+
+A
+
+M^R. BAYLE.[1]
+
+
+MONSIEUR,
+
+_J'ai à vous rendre compte de deux choses qui me justifieront envers
+vous de la liberté que je prends de vous adresser cet Ouvrage, & qui
+nous justifieront l'un & l'autre envers le Public, si vous trouviez à
+propos de le faire mettre sous la Presse pour lui en faire part._
+
+_La prémiére, que je ne me suis point ingéré de mon chef à traiter le
+sujet qui fait la matiére de cet Ouvrage; l'occasion qui m'y a engagé
+est assez singuliére. Il y avoit autrefois ici plusieurs Eunuques
+Italiens, Musiciens, qui y faisoient grosse figure. Ils se flattérent de
+faire de grandes & d'illustres Conquêtes, mais ils se trompérent; nos
+Dames ne se laissérent point éblouïr, & ne se payérent point de la
+bagatelle. [2]Un Gentilhomme François d'un esprit gai & enjoué les en
+railla par ces Vers jolis & pleins de sel._
+
+ Je connois plus d'un Fanfaron
+ A crête & mine fiére,
+ Bien dignes de porter le Nom
+ De la Chaponardiére.
+ Crête aujourd'hui ne suffit pas
+ Et les plus simples Filles,
+ De la Crête font peu de cas
+ Sans autres Béatilles.
+
+_Cependant il y en a eu une qui s'est laissé charmer, & qui a prêté
+l'oreille aux propositions de mariage qui lui ont été faites par un de
+ces Eunuques. Une Personne que je considére beaucoup, m'ayant prié de
+lui dire mon avis, & de le lui donner raisonné par écrit, en forme de
+consultation, pour détourner cette jeune fille sa parente du dessein
+qu'elle avoit d'entrer dans un tel engagement, ou en tout cas pour s'en
+servir ailleurs en cas de besoin. J'y ai travaillé avec plaisir, & j'ai
+trouvé qu'insensiblement j'avois fait un Livre, de sorte qu'au lieu de
+laisser mon Ouvrage sous la forme qu'on me l'avoit demandé, je lui ai
+donné celle qu'il a présentement. Je vous avouë que l'extrait que
+l'illustre Mr. de Beauval a donné[3] du Livre de Mr. Bruknerus
+intitulé,_ Décisions du Droit Matrimonial, _n'a pas peu contribué à
+m'engager dans un éxamen éxact de cette question. J'aurois extrémement
+souhaité qu'il eût bien voulu dire ce qu'il en pense, & peut-être lui en
+fournirai-je l'occasion par ce petit Essai lors qu'il en donnera
+l'extrait._
+
+_Les Personnes scrupuleuses trouveront peut-être que c'est là plûtôt
+l'occupation d'un homme oiseux, que d'un curieux qui cherche à
+s'instruire._ Hujusmodi hærere quæstionibus non tàm studiosi quàm otiosi
+hominis esse videtur, _comme parloit Saint Jérôme consulté par Vitalis
+sur la fécondité prématurée d'Achas. Ainsi il est bon de les prévenir,
+ou de les détromper, en leur apprenant que la vocation de l'examiner m'a
+été légitimement adressée._
+
+_Ce n'est pas que je crusse avoir fait un mal, quand je me serois avisé,
+pour me divertir, & pour changer mes occupations sérieuses dans une
+étude plus divertissante, de traiter cette matiére. Le Docte Mollerus a
+fait un Livre qui a pour tître,_ Discursus duo Philologico-Juridici
+prior de Cornutis, posterior de Hermaphroditis corumque jure, uterque ex
+jure Divino, Canonico, Civili, variisque historiarum monumentis, horis
+otiosis congesti. à M. Jacobo Mollero. _Et cet Ouvrage n'a point
+deshonoré son Auteur, ni diminué l'estime que le Public avoit pour lui.
+Il est difficile, je l'avouë, de parler des Eunuques sans dire certaines
+choses capables de choquer un peu la pudeur d'une femme. Mais à l'égard
+de l'Auteur cela ne lui fait aucun tort, il s'en faut beaucoup que son
+Livre contienne des ordures & des saletez semblables à celles qui sont
+dans les_ Priapeia, _sur lesquels Joseph Scaliger, l'un des plus grands
+Hommes des Siécles passez, a fait des annotations, sans perdre sa
+réputation. Et à l'égard des femmes, ce qu'on dit de libre & de naturel
+est exprimé en Latin, qui est une Langue peu entenduë parmi elles. Mais
+quand on auroit été obligé de s'exprimer en termes capables de blesser
+la pudeur la plus scrupuleuse, s'ensuivroit-il qu'il auroit fallu se
+dispenser de discuter un Droit sur lequel on voit assez souvent fonder
+des disputes importantes, & laisser les choses, à cet égard, dans le
+doute et dans la confusion? Certes je ne crois pas que personne le
+prétende ainsi: en tout cas cette prétention seroit aussi ridicule que
+celle de certaines gens qui aimeroient mieux qu'on eût laissé périr, ou
+souffrir tout le genre humain, que d'avoir fait des Traitez de Médecine,
+& de Chirurgie, qui le conserve, qui le préserve, & qui le soulage,
+parce qu'on a été obligé de nommer les choses par leur nom & sans
+déguisement, & de parler à découvert de toutes les parties les plus
+secrettes du corps humain. J'espére que le Public sera équitable sur ce
+sujet. J'aurois eu plus à craindre du redoutable Mr. Bernard que d'aucun
+autre, parce que je connois sa délicatesse & sa sévérité, qui ne
+pardonnent point les moindres fautes, & qui en trouvent même dans des
+choses qui ont l'approbation des gens qu'il croit aisément être d'un
+goût au dessous du sien. Mais que pourra-t-il me dire, lui qui annonce
+avec tant de soin un Livre qui a pour tître_[4], les Cérémonies du
+mariage telles qu'on les pratique présentement dans toutes les parties
+du Monde, Ouvrage très divertissant, sur tout pour les Dames, écrit en
+Italien par le Sr. Gaya, troisiéme Edition, â laquelle on a ajoûté
+d'amples Notes & des Remarques sur le Mariage, avec le Miroir des
+personnes mariées, ou les Avantures capricieuses du Chevalier H.....
+avec ses sept femmes, écrites par lui-même dans le tems de sa prison, &
+mises en Anglois moderne par Mr. Thomas Brown, in 8. pag. 161. _&
+d'avertir ensuite le Public, que_ les notes qu'on a mises au bas des
+pages sont très enjouées, & qu'on n'y épargne pas les Prêtres. _On sçait
+combien de contes sales on a accoûtumé de faire sur leur sujet, &
+combien de vilenies on met sur leur comte. Je ne sçai point au reste, si
+ce Docteur Thomas Brown dont Mr. Bernard fait ici mention, est ce savant
+Mr. Brown Chanoine de Windsor, Ami intime de Mr. Isaac Vossius qui lui a
+dédié son Traité des Oracles Sibyllins, ou cet Ecossois qui a fait un
+Traité des Fiévres continuës imprimé à Edimbourg en 1695., ou si c'est
+ce Thomas Brown Docteur Anglois qui a fait la_ Religion du Médecin. _Ce
+qui me feroit douter que ce fût le prémier, seroit qu'il ne s'est
+appliqué qu'à des Etudes graves & sérieuses, comme on le remarque par ce
+que Colomiez dit de lui dans sa Bibliothéque choisie. Ce qui me feroit
+douter aussi que ce fût le second, c'est la timidité qu'il fait paroître
+dans la Préface de son Livre, en y déclarant qu'il a eu bien de la peine
+à se résoudre à produire cet essai touchant les Fiévres continuës; qu'il
+redoutoit le génie railleur & Satirique si commun à ceux de sa Nation;
+Que la même frayeur étouffe tous les jours des productions très dignes
+de voir le jour. Qu'il s'est pourtant déterminé à paroître en public
+pour ne pas sortir du monde comme un Citoyen inutile & paresseux. Qu'il
+hazarde ce systême nouveau, & qu'il sacrifie ses scrupules à l'utilité
+publique. Et si c'est le troisiéme, vous sçavez, Monsieur, ce qu'en a
+dit Patin, car vous le rapportez dans vos Nouvelles de la République des
+Lettres[5]_, C'est, _dit-il_, un Mélancholique agréable en ses pensées,
+mais qui à mon jugement cherche Maître en fait de Religion comme
+beaucoup d'autres, & peut-être qu'enfin il n'en trouvera aucune. Il faut
+dire de lui ce que Philippe de Comines a dit du Fondateur des Minimes,
+l'Hermite de Calabre François de Paule, il est encore en vie, il peut
+aussi-bien empirer qu'amender. _On a mis cette pensée de [6]Patin dans
+le_ Patiniana _un peu déguisée à l'égard du tour & de l'expression, mais
+la même absolument dans le fond. Si, dis-je, c'est ce Thomas Brown
+Auteur du Livre intitulé_, Religio Medici, _qu'on pourroit intituler
+aussi-bien_, Medicus Religionis, _comme il est dit dans le_ Patiniana,
+_qui a traduit en Anglois moderne, ces_ Cérémonies du Mariage _que Mr.
+Bernard annonce avec tant de soin, & si obligeamment au Public, c'est
+apparemment un Livre dont la matiére n'est pas trop chaste, ni les
+expression trop scrupuleuses & trop châtrées. Je n'en parle que par
+conjecture, car j'avouë que la recommandation de Mr Bernard ne m'a point
+engagé à le chercher, à l'acheter, & à le lire. Je ne connois que ces
+Brown. Il y a bien un Docteur en Théologie originaire du Palatinat &
+présentement Professeur en Langue Hébraïque dans l'Académie de
+Groningue, Auteur de quelques Dissertations très curieuses, qui se nomme
+Brawn; mais Mr. Bernard est trop éxact pour avoir confondu Brown avec
+Brawn, quelque ressemblance qu'il y ait dans ces noms, & quelque
+facilité qu'il y ait à s'y méprendre._
+
+_La seconde chose dont j'ai à vous rendre compte, est le motif qui me
+porte à vous adresser cet Ouvrage. Je n'en ai point d'autre, Monsieur,
+que l'estime toute particuliére que j'ai pour vous, & le cas que je fais
+de l'amitié dont vous m'honorez. Je me suis flatté que vous ne voudriez
+pas laisser paroître en public un Livre qui pourroit nuire à la
+réputation de son Auteur, qui est un de vos anciens Amis, & qui se
+repose sur vous du soin de l'éxaminer & de juger s'il mérite d'être mis
+sous la Presse: & je me suis persuadé que si vôtre jugement lui étoit
+favorable, je n'avois rien à craindre de la part du Public, parce que je
+pouvois espérer une approbation générale, ou en tout cas être assuré
+d'avoir en vous un puissant appui contre le mauvais goût & contre la
+Critique maligne, qui pourroient m'entreprendre. Je n'ai garde de faire
+ici vôtre Panégyrique à l'imitation de ceux qui font des Epîtres
+Dédicatoires, vos propres Ouvrages font vôtre Eloge, & le jugement
+favorable & glorieux que le Public en fait, vous est infiniment plus
+honorable que toutes les louanges qu'on pourroit vous donner dans une
+Epître. Je finis donc celle-ci en vous assurant que je me sers avec
+plaisir de cette occasion que j'ai souvent recherchée de pouvoir vous
+donner un témoignage public de la considération toute particuliére avec
+laquelle je suis,_
+
+MONSIEUR
+
+Vôtre très humble &
+très obéïssant serviteur.
+
+C. D'OLLINCAN.
+
+
+
+
+DESSEIN ET DIVISION DE L'OUVRAGE.
+
+
+Le[7] Droit Canon traitant des mariages qui se contractent par
+Procureurs, ordonne & prescrit des précautions très grandes qu'il fonde
+sur cette raison, _qu'il s'agit d'une affaire grave, difficile &
+importante, qui peut avoir des suites très dangereuses_. Propter magnum
+quod ex facto tam arduo posset periculum imminere.
+
+Le Droit Civil ne donne pas une idée moindre du Mariage, il le considére
+comme l'action de la vie la plus considérable, & qui demande le plus de
+réfléxion; comme un Port favorable, ou comme un naufrage malheureux;
+comme une chose bien hazardeuse où toute la prudence humaine se réduit
+ordinairement à des vœux & à des souhaits. [8]_Magnum sane excellensque
+donum à Deo Creatore ad mortales promanavit Matrimonium._
+
+D'un côté le mariage étant l'Ouvrage de Dieu qui a uni les deux séxes,
+& qui considérant qu'il n'étoit pas bon que _l'homme fût seul_, lui a
+donné un _être semblable_ à lui; leur a ordonné à l'un & à l'autre de
+_croître_ & de _multiplier_, & a imprimé en eux un desir violent de
+s'unir ensemble pour la propagation de leur espéce. Cette union ne doit
+point être fortuite & commune, comme celle des animaux destituez de
+raison; elle ne doit point être produite par une affection brutale, par
+une volonté déréglée; elle ne doit point avoir pour but de mettre en
+sûreté des plaisirs impurs, & de les couvrir d'un nom spécieux &
+honorable. Ce doit être une conjonction chaste, religieuse, sainte,
+pleine de piété & de bénédictions; n'ayant pour but que d'éxécuter les
+ordres de Dieu, qui est son Auteur & son Protecteur. L'Eglise n'approuve
+& n'autorise que les Mariages de ce dernier caractére, ils ont pour eux
+la faveur publique, au lieu que les autres n'ont pour eux qu'une haine
+générale, un mépris très grand, & souvent les malédictions & l'horreur
+des gens de bien.
+
+De l'autre, comme le Mariage est le fondement de l'Eglise, puis qu'il
+est appellé par quelques Théologiens _Venter Ecclesiæ_[9] qui lui
+engendre des enfans. Et de la Société civile, en ce qu'il est la source
+des hommes, qu'il éternise le monde, & qu'il donne des héritiers
+légitimes aux Citoyens, il ne faut pas s'étonner si l'Eglise & la
+Société Civile s'intéressent dans ce qui le concerne; si elles en
+réglent les commencemens, le cours, & les suites, & si elles ont pourvû
+sagement aux inconvéniens qui pourroient naître de l'ignorance des
+hommes, ou de leur malice.
+
+L'Eglise & la Société Civile ne laissent pas la liberté à tout le monde
+de faire à cet égard tout ce qu'il lui plaît. [10]_Semper in
+conjunctionibus non solum quid liceat considerandum est, sed & quid
+honnestum sit_. Elles ne permettent point qu'on donne atteinte à la
+Justice, à l'ordre, au bien, à l'utilité, & à l'honnêteté publiques.
+Elles ont établi des Loix qui les déclarent bons, ou mauvais, justes, ou
+injustes, légitimes, ou criminels. Qui les permettent, ou qui les
+deffendent, qui les confirment, qui les authorisent, qui les protégent,
+ou qui les cassent, qui les annullent, & qui punissent ceux qui les ont
+contractez.
+
+Pour répondre au but que je me propose, il s'agit ici de voir dans quel
+de ces rangs on doit mettre le Mariage des Eunuques. Voici donc le plan
+général que j'ai dessein de suivre pour éclaircir cette matiére, & pour
+la régler par une décision incontestable & certaine. Ce Traité sera
+divisé en trois Parties.
+
+Dans la premiére j'éxaminerai ce que c'est qu'un Eunuque, de combien de
+sortes il y en a, quel rang ils ont tenu & tiennent dans la Société
+Ecclésiastique & Civile; & quelle considération on y a eu, & on y a
+actuellement pour eux.
+
+Dans la seconde, je discuterai leur droit par rapport au Mariage, &
+j'éxaminerai s'il doit leur être permis de se marier.
+
+Dans la troisiéme enfin, je rapporterai les Objections qui pourroient
+être faites contre les maximes que j'aurai avancées, & contre les
+décisions que j'aurai établies, & je tâcherai de les résoudre, & de
+lever les difficultez qui pourroient y donner atteinte.
+
+
+
+
+TABLE DES CHAPITRES
+
+Contenus dans cet Ouvrage.
+
+
+PREMIERE PARTIE.
+
+CHAPITRE I. _S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems
+il y en a. Page 1
+
+CHAP. II. _Ce que c'est qu'un Eunuque._ 6
+
+CHAP. III. _Combien il y a de différentes sortes d'Eunuques._ 10
+
+CHAP. IV. _Des Eunuques qui sont nez tels._ 16
+
+CHAP. V. _Pourquoi on fait des Eunuques._ 19
+
+CHAP. VI. _Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mêmes, ou fait faire
+Eunuques par d'autres._ 29
+
+CHAP. VII. _Des Eunuques ainsi nommez à cause de leurs Emplois; Et de
+ceux qui le sont dans un sens figuré._ 41
+
+CHAP. VIII. _Quel rang les véritables
+Eunuques ont tenu dans la société civile._ 49
+
+CHAP. IX. _Quelle idée les Peuples ont euë des Eunuques,
+& quel cas ils en ont fait._ 66
+
+CHAP. X. _De quelle maniére les Loix civiles ont considéré
+les Eunuques, & quels droits elles leur ont attribué._ 71
+
+CHAP. XI. _Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans
+la société civile; de quelle maniére les Loix les
+y ont considérez, & quels droits elles leur ont attribué._ 85
+
+CHAP. XII. _Quel rang les Eunuques volontaires & forcez,
+ont tenu dans la Société Ecclésiastique; de quelle maniére
+l'Eglise & ses canons les ont considérez, & quels droits ils leur ont
+attribuez._ 91
+
+
+SECONDE PARTIE.
+
+CHAP. I. _De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque
+ne peut y répondre._ 102
+
+CHAP. II. _Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du
+mariage, ils ne doivent pas le contracter._ 110
+
+CHAP. III. _Le Mariage des Eunuques
+est considéré comme nul & comme non avenu._ 115
+
+CHAP. IV. _Inconvéniens que le Mariage
+des Eunuques produit ordinairement._ 121
+
+CHAP. V. _Les Loix civiles deffendent
+le mariage des Eunuques._ 138
+
+CHAP. VI. _La Religion Catholique Romaine ne
+permet pas le mariage des Eunuques._ 141
+
+CHAP. VII. _La Religion Luthérienne, ou de la Confession
+d'Augsbourg, ne permet pas le mariage des Eunuques._ 145
+
+CHAP. VIII. _La Religion Réformée
+ne permet pas le mariage des Eunuques._ 153
+
+
+TROISIEME PARTIE.
+
+Objections
+
+CHAP. I. _Que la deffense de se marier ne doit point être
+générale & commune à tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont
+capables de satisfaire aux desirs d'une femme._ 158
+
+CHAP. II. _Le mariage est un Contract
+civil, par lequel il est permis à tout le monde de s'engager._ 165
+
+CHAP. III. _Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage,
+excepté ceux qui concernent la génération, il peut le contracter,
+parce que_, consensus non concubitus matrimonium facit. 170
+
+CHAP. IV. _Quand on ne peut pas être auprès d'une femme comme mari,
+on doit y être comme frére, & habiter avec elle comme
+avec une sœur._ 175
+
+CHAP. V. _Si le mariage devoit être deffendu aux Eunuques parce
+qu'ils ne peuvent pas engendrer, il devroit l'être aussi aux personnes âgées
+que la vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne
+leur étant point deffendu, il ne doit point l'être aussi
+aux Eunuques._ 178
+
+CHAP. VI. _Quand la femme qui épouse un Eunuque sçait qu'il est
+Eunuque, & qu'elle n'ignore point les conséquences de son état, il doit lui
+être permis de l'epouser si elle le souhaite, parce que_, volenti non fit
+injuria. 183
+
+Fin de la Table.
+
+
+
+
+TRAITÉ DES EUNUQUES,
+
+Dans lequel on éxamine principalement s'il doit leur être permis de se
+marier.
+
+
+
+
+PREMIÉRE PARTIE.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+_S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems il y en a._
+
+
+Il est de l'ordre de faire voir qu'il y a des Eunuques avant que
+d'entreprendre d'en faire la description, & que de raisonner sur leur
+sujet; Puis que selon le sentiment des Philosophes il est ridicule de
+raisonner d'une chose avant que de sçavoir si elle éxiste.
+
+Il y a plus de quatre mille ans qu'on parle d'Eunuques dans le Monde;
+l'Histoire Sainte & l'Histoire Prophane font mention d'une infinité de
+personnes de cette nature, qu'elles ne mettent ni au rang des hommes,
+ni au rang des femmes, & qu'elles appellent _une troisiéme sorte
+d'hommes_. On en a vû en si grand nombre dans tous les Siécles & dans
+tous les Païs; & on en voit encore tant qu'il n'est pas permis de douter
+qu'il n'y en ait eu, & qu'il n'y en ait encore aujourd'hui.
+
+La plûpart des Sçavans croyent que Semiramis Reine des Assiriens veuve
+de Ninus, & mére de Nynias, a été la premiére qui a fait faire des
+Eunuques; ils fondent leur opinion sur ces termes d'Ammian
+Marcellin,[11] _Postrema multitudo spadonum, a senibus in pueros
+desinens, obluridi, distortaque lineamentorum compage deformes, ut
+quaquà incesserit quisquam, cernens mutilorum hominum agmina, detestetur
+memoriam Semiramidis Reginæ illius veteris, quæ teneros mares castravit
+omnium prima_. Claudien a crû la même chose,
+
+ ------ [12]_Seu Prima Semiramis astu Assyriis mentita virum, ne
+ vocis acutæ Mollities, levesque genæ se prodere possent. Hos sibi
+ conjunxit similes; seu persica ferro Luxuries Vetuit nasci
+ lanuginis Umbram._
+
+Cependant Diodore de Sicile qui a fait l'Histoire de Semiramis, dans sa
+Bibliothéque, d'une maniére beaucoup plus éxacte qu'aucun autre, ne dit
+rien de cette particularité qui méritoit pourtant bien d'être remarquée,
+si elle eût été certaine & véritable. Il dit seulement que les Bactriens
+à qui Ninus, qui depuis fut son Mari, faisoit la Guerre, ayant mis les
+Assyriens en fuite & en déroute, elle s'habilla d'une longue robe, comme
+un homme, les rallia, se mit à leur tête & triompha des Bactriens. Soit
+que cette Robe plût aux femmes Medes & aux Perses, soit qu'elles
+voulussent faire leur cour à Semiramis, elles en prirent de pareilles.
+Peut-être que cet habillement donna lieu à dire que Semiramis avoit fait
+des hommes imparfaits, des demi hommes, & que depuis on a conjecturé
+qu'elle avoit fait effectivement mutiler des hommes. [13]D'autres disent
+qu'elle s'habilla en homme, & qu'elle fit élever son fils en fille, afin
+que les Assiriens ayant honte d'avoir une femme pour leur Chef ne
+prissent point le pretexte de vouloir un Roi, pour mettre son fils sur
+le Trône à son préjudice; [14]D'autres peu éloignez de cette opinion
+disent, que son fils étant de sa taille, & ayant la voix semblable à la
+sienne, elle se déguisa en homme, & fit accroire, afin de regner,
+qu'elle étoit le fils de Ninus, & non pas sa veuve. Et d'autres
+disent[15] qu'ayant eu avis dans le tems qu'elle se coiffoir, que
+Babilone s'étoit révoltée, elle courut en diligence, les cheveux à demi
+épars, pour la forcer à se rendre à elle, & qu'elle ne remit point sa
+tête dans son ordre accoûtumé qu'elle n'eût remis cette puissante Ville
+sous son pouvoir; Que pour cela sa statuë fut honorablement élevée à
+Babylone au même état qu'elle se trouva quand elle marcha vers ce lieu
+d'un pas précipité pour tirer vangeance de ses Sujets rebelles; ces
+cheveux épars joints à la robe qu'elle avait prise la travestissoient
+d'autant plus en homme.
+
+Diodore de Sicile rapporte une autre circonstance qui est considérable;
+Il dit que cette Reine élevée d'une condition basse au comble de la
+grandeur, se plongea dans toute sorte de délices, qu'elle fit choisir
+les hommes les mieux faits & les plus beaux de son Armée pour s'en
+servir, mais qu'elle fit mourir tous ceux qu'elle avoit reçûs dans son
+lit. Il y a plus d'apparence qu'elle les fit Eunuques par un effet d'une
+jalousie assez ordinaire, de peur qu'après avoir eu d'elle les plus
+grandes faveurs ils n'allassent s'attacher à quelqu'autre femme; Diodore
+de Sicile ne le dit point; mais comme il parle après Cresias, ainsi
+qu'il l'avouë lui même, & que Cresias est un Historien,[16] qui non
+content d'abuser ceux de son siécle, a voulu faire passer ses fables à
+la postérité, on ne peut pas ajoûter beaucoup de foi à ce qu'il dit, ni
+accuser de fausseté ce qu'il obmet. Semiramis donc peut passer pour la
+première qui ait fait faire des Eunuques; Vossius[17] croit que les
+Perses sont les Inventeurs de cette méchante & détestable coûtume, & que
+le mot Latin, _spado_ qui comprend diverses sortes d'Eunuques, tire son
+nom d'un Village de Perse nommé _Spada_, où il prétend que la premiére
+éxécution de cette nature a été faite. Il fortifie son sentiment de ceux
+de quelques Sçavans du premier ordre qu'il nomme. Je ne veux point me
+rendre juge entre des hommes si célébres qui ont les uns & les autres
+des opinions si probables, & dont la certitude est si difficile à
+trouver. _Non nostrum inter hos tantas componere lites, & vitulo hi
+digni & illi._ Je dirai seulement que le premier Eunuque dont l'Ecriture
+Sainte fasse mention & dont il ne soit absolument parlé nulle part
+ailleurs, [18]est Putiphar qui acheta Joseph des mains des Madianites;
+encore verra-t-on dans la suite que ce nom d'Eunuque n'étoit point
+nouveau dès lors, puis qu'il étoit devenu un nom de Charge & de Dignité;
+Cependant ce Putiphar acheta Joseph l'an du monde deux mille deux cent
+septante-six, c'est à dire mille sept cent soixante & dix huit ans avant
+l'Incarnation de Jesus Christ; Et Cyrus n'a commencé à régner sur les
+Perses que l'an du Monde trois mille quatre cent vingt & un; C'est à
+dire qu'on parloit d'Eunuques avant qu'on parlât des Perses, & qu'il
+n'est pas possible qu'ils soient les péres de ces sortes de gens, parce
+que si cela étoit la proposition _filius ante patrem_, qui passe pour
+monstreuese, seroit pourtant véritable; ce qu'on ne peut pas dire à
+l'égard de Semiramis qui regnoit sur les Assiriens l'an du monde mille
+huit cent vingt-six, long tems avant que Putiphar fût né. Quoi qu'il en
+soit les Perses, les Médes, & les Assyriens ont été de tous les Peuples
+ceux qui se sont le plus servis d'Eunuques. Et on remarque[19] que
+Nabucodonosor faisoit couper tous les Juifs & tous les autres
+prisonniers de guerre, afin de n'avoir que des Eunuques à son service
+particulier. [20]Et c'est peut-être ce qui a donné lieu à conjecturer que
+les Perses étoient les inventeurs de l'_Eunuchisme_.
+
+
+
+
+CHAPITRE II.
+
+_Ce que c'est qu'un Eunuque._
+
+
+Lucien en donne une définition fort courte dans son Dialogue des
+Eunuques. Il dit qu'il n'est ni mâle, ni femelle, & qu'il est un prodige
+dans la Nature. Mais elle est trop générale, il en faut une plus éxacte
+& qui le fasse connoître plus particuliérement & plus sûrement. Un
+Eunuque donc, est une personne qui n'a pas la faculté d'engendrer, par
+la foiblesse, ou par la froideur de la nature, ou à qui on a retranché
+les parties propres à la génération; _Qui generare non possunt_, comme
+s'exprime la Loi[21]; Qui ont une voix grêle & languissante, la
+complexion d'une femme, qui n'ont que du poil folet à la barbe; En qui
+le courage & la hardiesse cedent à la crainte & à la timidité; En un
+mot, dont les mœurs & les maniéres sont toutes efféminées. Si l'Eunuque
+est un sujet si chétif & si méprisable à l'égard du corps, il vaut
+encore moins du côté de l'esprit & du cœur. Voici le portrait que St.
+Basile en a fait autrefois[22]. Simplicie femme entêtée de l'Hérésie
+Arrienne s'étoit mêlée de faire des remontrances à ce St. Homme sur sa
+conduite & sur ses mœurs; Il se justifie & prend à témoin toutes les
+personnes qui le connoissent, excepté quelques Eunuques qu'il récuse, &
+dont il fait une peinture affreuse; «S'il est besoin de témoins, dit-il,
+qu'on ne me produise point d'esclaves ni de misérables Eunuques, gens
+abominables & sans honneur, qui ne sont ni hommes ni femmes, que l'amour
+du séxe rend comme furieux; Ils sont jaloux, méprisables, féroces,
+efféminez, gourmands, avares, cruels, inconstans, soupçonneux, furieux,
+insatiables. Ils pleurent quand on les prive d'un repas, & pour tout
+dire en un mot ils sont condamnez au fer dès leur naissance, des gens
+estropiez de la sorte peuvent-ils avoir l'ame droite? Le fer les rend
+chastes, mais cette chasteté ne leur sert de rien, leur turpitude les
+rend furieux, & ils n'en remportent aucun fruit. Peut-être que cette
+description paroîtra trop satirique & trop outrée, & qu'elle sera
+suspecte, parce qu'elle est faite par un homme en colere; Mais voici le
+témoignage d'un homme desintéressé, qui non seulement la confirme &
+l'autorise, mais même qui y ajoûte de nouveaux traits qui rendent les
+Eunuques encore plus hideux; c'est Ammian Marcellin qui parle, qui
+dépose contr'eux, & qui dit, [23]«Que quand Numa Pompilius & Socrate
+diroient du bien d'un Eunuque, on ne les en croiroit pas, & qu'on les
+accuseroit de mensonge. _Ea re quod si Numa Pompilius vel Socrates bona
+quædam dicerent de Spadone, dictisque Religionum adderent fidem, à
+veritate descivisse arguerentur._ Il est vrai que sur la fin du même
+Chapitre il excepte Menophile Eunuque de Mithridate Roi de Pont, dont il
+parle avantageusement. Il y en a bien encore quelques autres qui ont été
+dignes de louanges, comme un Favorinus Mordonius, un Eutherius Eunuque
+de l'Empereur Constans, & depuis de Julien l'Apostat; Un Hermias à qui
+Aristote sacrifioit comme à un Dieu; sur tout Daniel & ses Compagnons,
+si tant est qu'ils ayent été Eunuques, comme quelques Interprétes de
+l'Ecriture Sainte le croyent; Mais le nombre en a été si petit, qu'il
+n'est pas capable de donner atteinte à l'opinion générale qu'on en
+donne. L'on peut dire qu'il est des Eunuques comme des Bâtards, qu'ils
+sont ordinairement mauvais, mais qu'il s'en trouve quelque fois de
+bons, & comme dit Ammian Marcellin, [24]_Inter Vepres rosæ nascuntur, &
+inter feras nonnullæ mitescunt._
+
+Theodore, Précepteur de l'Empereur Constantin _Porphirogenite_, s'est
+avisé, par un dessein singulier & bizarre, d'écrire une Apologie, _pro
+Eunuchismo & Eunuchis_, mais on regarde cet Ouvrage de la même maniére
+qu'on regarde l'Eloge de Busiris par Isocrate, celui de Néron, & celui
+de la Goutte par Cardan; Celui de la pauvreté par Synesius; celui de
+l'aveuglement par Passerat; Celui de la laideur & de la fiévre quarte,
+par Favorin; Celui de la peste par Prævidelli; celui de la guerre par
+Balth. Schuppius; Celui de l'injustice par Glaucon; celui de la folie
+par Erasme; celui de la Goinfrerie par Lucien; celui de l'Asne & celui
+de la Vermine par Heinsius, celui du rien & du néant par Schuppius, par
+Passerat, & par Duverdier le jeune; Et la magnifique Doxologie du fêtu
+par Sébastien Rouillard. Ces gens là ont entrepris de louer ce que toute
+la terre méprise & blâme, s'imaginant que cette singularité exciteroit
+la curiosité & l'admiration des lecteurs. Mais tous ces livres n'ont
+point rendu les sujets qu'ils ont traitez plus louables, ni plus
+légitimes; Et celui qui a pour titre _de Multibibus_ imprimé à
+Oenozythople sous les auspices de Dionysius Bacchus, n'a pas authorisé
+les beaux droits & les plaisans priviléges des yvrognes qu'il étale avec
+beaucoup d'éxactitude & de pompe. On a beau faire des apologies pour
+cette ridicule, injuste & barbare coûtume de faire des Eunuques, il n'y
+a personne dans le Christianisme qui ne le déteste, & qui dans
+l'occasion ne s'écriât à l'encontre comme fit autrefois
+Seneque, [25]_Principes viri_, disoit-il, _contra naturam divitias suas
+exercent, excisorum greges habent, exoletos suos, ut ad longiorem
+patientiam impudicitiæ idonei sint; & quia ipsos pudet viros esse, id
+agunt, ut quam pauci viri sint. His nemo succurit delicatis & formosis
+debilibus._
+
+
+
+
+CHAPITRE III.
+
+_Combien il y a de différentes sortes d'Eunuques._
+
+
+Jesus Christ lui-même nous apprend combien il y a des differentes sortes
+d'Eunuques; _Il y en a_, dit il[26], _qui sont nez tels dès le ventre de
+leur mére; Il y en a qui ont été faits Eunuques par les hommes. Et il y
+a encore des Eunuques qui se sont faits Eunuques eux-mêmes pour le
+Royaume des Cieux._ Mais la subtilité des hommes, & l'événement, ont
+donné lieu à des distinctions moins générales. Les diverses questions
+qui concernent le mariage de gens accusez d'être Eunuques, & la
+restitution de la dote de la femme, ont obligé à éxaminer les Eunuques
+de près; & comme on en a trouvé de diverses espéces, on en a fait des
+Classes différentes. Les Jurisconsultes en font quatre. La premiere est
+de ceux qui sont nez tels; qui sont Eunuques proprement & absolument
+ainsi nommez. La seconde est de ceux auxquels, soit malgré eux, soit de
+leur consentement & par leur propre fait, on a retranché tout ce qui
+fait l'homme & sa virilité, qui ne peuvent en faire aucun acte, qui sont
+obligez, de rendre leur urine par un tuyau de métail qu'on leur attache
+à la place de celui que la Nature leur avoit donné & qu'on leur a coupé;
+Cela arrive quelquefois à des gens travaillez de quelque maladie qui
+oblige le Chirurgien à leur faire cette triste operation; mais cela se
+pratique aussi sur des hommes sains comme nous le verrons dans la suite;
+C'étoit autrefois une des fonctions de la Médecine comme on le voit au
+§. 8. de la loi 7. _ad legem Aquiliam_. Et au commencement de la loi 8.
+du même tître & sur tout au §. 2. de la loi. 4. ff. _ad legem Corneliam
+de sicariis & veneficiis_, où il est expressément deffendu aux Médecins
+de faire de semblables opérations. La troisiéme Classe est de ceux
+auxquels on froisse tellement les Cremastéres qu'ils disparoissent, &
+qu'il semble qu'ils soient évanouïs; La veine qui leur portoit l'aliment
+étant retranchée, ils se flétrissent, ils se séchent & se réduisent à
+rien. Cette opération se fait ordinairement en mettant le patient dans
+un bain d'eau tiéde afin d'amolir ces parties, & de les rendre plus
+maniables & plus propres à se dissoudre; Après qu'il y a été quelque
+tems, on lui presse les veines du cou qu'on nomme Jugulaires, & par là
+on le rend stupide et aussi insensible que s'il étoit tombé en
+apopléxie, alors il est aisé de le mutiler sans qu'il en sente rien:
+Cela se fait ordinairement dans la grande jeunesse par la mére ou par la
+nourrice. On lui faisoit prendre autrefois une certaine quantité
+_d'Opium_, & lors qu'il étoit accablé de sommeil on lui coupoit, ou on
+lui tiroit une partie que la nature a pris beaucoup de soin à fabriquer;
+mais comme on a remarqué que la plûpart de ceux qu'on _Eunuchisoit_
+ainsi mouroient, par ce Narcotique, on s'est avisé de l'autre moyen dont
+je viens de parler. Les Perses & diverses autres Nations, ont des
+maniéres de faire, ou de couper les Eunuques, différentes de celles dont
+on se sert en Europe. Je dis de faire, car ce n'est pas toujours en
+coupant qu'on Eunuchise; La ciguë & diverses autres herbes font le même
+office, comme on peut le voir dans l'Ouvrage de Paul Æginette qui traite
+éxactement cette matiére, sur tout dans le Livre sixiéme de ce docte &
+curieux Traité. Cette troisiéme sorte d'Eunuques sont ceux qu'on appelle
+en Droit _Thlibiæ_. Ceux qu'on nomme _Thlasiæ_, sont à peu près de la
+même qualité, toute la difference qu'il y a, c'est qu'on se contente de
+leur couper les veines qui servent à fortifier les parties viriles, de
+sorte qu'elles restent bien à la vérité, mais si flasques & si flêtries
+qu'elles ne sont d'aucun usage; La quatriéme Classe, enfin, est de ceux
+qu'on appelle _Spadones_, qui sont nez si mal conformez, ou d'un
+tempérament si froid, ou qui le sont devenus par quelque incommodité,
+qu'ils sont incapables de contribuer à la génération. Quoi que ces
+quatre espéces soient fort différentes entr'elles, & que la derniére
+soit la plus favorable & la moins malheureuse, cependant les
+Jurisconsultes ont trouvé à propos de les comprendre toutes sous le nom
+de _spado_, ce qui est assez singulier, comme je viens de le dire, puis
+que la maxime triviale de droit porte que _denominatio fit à potiori_.
+Et qu'à proprement parler, ceux qu'on appelle _spadones_ ne sont point
+Eunuques, puis que par la vertu de la Nature, ou par le secours de
+l'Art, ils peuvent être remis dans un état parfait; D'ailleurs,
+_specialia generalibus insunt_, [27]& comment sous le nom de _spado_ qui
+n'est pas proprement un Eunuque, peut on comprendre ceux qui le sont
+réellement & de fait, & sans espérance de retour. Il me semble que
+_nomina debent esse convenientia rebus_ comme ils le disent eux-mêmes; &
+que celui ci convient peu à toutes les espéces qu'il renferme; Quoi
+qu'il en soit, ils l'ont ainsi voulu; [28]_spadonum generalis appellatio
+est, quo nomine tam hi qui naturâ Spadones sunt; item Thlibiæ Thlasiæ
+sed & si quod aliud genus spadonum est continentur_.
+
+Il y a diverses autres sortes d'Eunuques; il y en a qui sont appelez de
+ce nom, _catachresticé_, parce qu'ils possédent les Charges ou les
+Dignitez qui étoient données originairement aux Eunuques; Il y en a
+d'autres qui sont appellez de ce nom par figure, parce qu'ils sont
+chastes & qu'ils ne se servent pas plus de leurs parties viriles que
+s'ils n'en avoient point.
+
+Toutes ces sortes d'Eunuques ont un nom général par lequel on prétend
+qu'ils ont tous été désignez, c'est le nom de _Bagoas_. Ce nom est celui
+du personnage qui représente l'Eunuque que Diocles prétend exclurre de
+la profession de Philosophe, dans le dialogue de Lucien. Il y a eu un
+fameux Eunuque de ce nom qui étoit à Darius & dont après la mort de ce
+Prince on fit present à Aléxandre le Grand. Il étoit beau par
+excellence, & Alexandre l'aima autant que Darius l'avoit aimé.
+Quinte-Curce en fait l'Histoire en différens endroits[29] de la Vie de
+son Héros, & j'aurai occasion d'en parler dans la suite de cet Ouvrage.
+L'Eunuque d'Olopherne, Général de Nabucodonosor, qui assiégea Bethulie &
+à qui Judith coupa la tête; Cet Eunuque, dis je, qu'Olopherne employa
+pour disposer Judith à passer la nuit avec lui & qui la conduisit en
+effet dans sa tente, s'appelloit Bagoas; quoi que quelques versions, &
+entr'autres celle de Mrs. de Port-Royal l'appelle Vagao. Quoi que ce nom
+ait été le nom de plusieurs particuliers , cependant Gilbert Cousin, ou
+en Latin _Cognatus_, dont l'Illustre M. Baile a fait un article dans le
+tome premier pag. 974. de son Dictionaire, dit dans la remarque qu'il a
+faite sur ce mot _Bagoas_ qui se trouve dans Lucien, que dans une Langue
+barbare il signifie en général un Eunuque; & il insinuë par là que
+Lucien ne se sert de ce nom _Bagoas_ que parce que c'est un nom qui
+comprend tout le genre Eunuque. [30]Et il confirme son sentiment par ce
+Vers d'Ovide,
+
+ _Quem penes est dominam servandi cura Bagoæ._
+
+Il est certain que parmi les Babyloniens Bagoas signifie un Eunuque. Il
+y en a eu un aussi de ce nom qui a été Eunuque, & dont Plutarque dit
+beaucoup de choses plus dignes pourtant du silence que de nôtre
+curiosité. Quelques Sçavans croyent que ce Bagoas dont parle Lucien
+étoit un homme qui avoit la mine si disgraciée qu'on le prenoit pour
+Eunuque. Quintilien parle d'un Bagoas & il y a apparence qu'il se sert
+de ce nom comme d'un nom commun à une espèce d'hommes, [31]car il parle
+en même tems de Megabyse & de Doriphoron, or il est certain que Megabyse
+est un nom commun aux Prêtres de Diane, [32]ils devoient être tous
+Eunuques parce qu'ils avoient la garde des filles qui lui étoient
+consacrées; Et Doriphoron signifie un homme qui porte une lance; Il est
+vrai qu'il désigne aussi cette statuë si admirable d'un jeune homme bien
+fait qui étoit armé d'une lance que Policlete avoit fait, dont il étoit
+amoureux, & qu'il appelloit sa Maîtresse; mais il suffit qu'il marque
+aussi un nom général, sous lequel tout homme portant une lance est
+désigné.
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+_Des Eunuques qui sont nez tels._
+
+
+Il semble qu'il ne soit point impossible que certaines créatures
+humaines viennent au monde destituées des parties qui servent à la
+génération. On voit tous les jours des enfans qui naissent sans yeux,
+sans oreilles, sans mains, ou sans quelqu'autre partie du corps, il peut
+aussi aisément arriver que quelques-uns naissent dépourvûs de celles
+dont il est ici question. La Nature qui produit tous les jours tant de
+monstres pourroit bien en former un de cette espéce; cependant les
+Naturalistes disent qu'il n'y en a point d'éxemple. Et en effet, Pline
+qui rapporte éxactement & amplement[33] les figures humaines
+monstrueuses dont le nombre & la diversité sont grands parmi tous les
+Peuples, ne parle point de celles dont il s'agit ici; Je puis dire
+néanmoins que j'en ai vû une, & peut être a-t-elle été vûë de toute
+l'Europe; car ses parens ayant remarqué que le Public avoit de la
+curiosité pour un corps humain aussi singulier que l'étoit celui dont je
+vai parler, & qu'ils pouvoient amasser beaucoup d'argent en le menant de
+lieu en lieu & de Païs en Païs, l'ont sans doute porté par tout. Il
+étoit à Berlin en l'année 1704. C'est un cul de jatte qu'un homme
+portoit sur le dos dans une boëte; avec cette différence, qu'au lieu que
+ceux qu'on nomme ainsi n'ont ni jambes, ni cuisses, dont ils puissent se
+servir, & qu'ils marchent sur leur derriére enfermé dans une jarre,
+celui-ci n'a pas même un derriére, c'est à dire de fesses; Il a la tête
+bien faite, le visage beau & doux, le tein brun & les cheveux chatains;
+mais quoi qu'il ait eu alors plus de vingt ans, il n'avoit point de
+barbe, ni aucune apparence qu'il en auroit un jour. Il avoit des bras &
+des mains fort bien proportionnez, son corps étoit assez bien fait, il
+étoit de la hauteur d'environ deux à trois pieds; c'étoit par le bout
+d'en bas une espéce de tronc, il marchoit avec ses mains; il avoit deux
+conduits comme les autres hommes par lesquels la nature se déchargeoit
+de ses excrémens, celui de devant étoit fort court & fort petit, & au
+dessous il y avoit un suspensoire flasque & flêtri dans lequel il n'y
+avoit aucun Crémastére. Je m'informai fort particuliérement de ses
+parens s'il étoit né ainsi, ils m'assurérent qu'il étoit absolument tel
+que la nature l'avoit formé. Comme je sçai qu'il ne faut pas toûjours
+mal juger de la virilité d'un homme, lors qu'on ne lui trouve point de
+Crémastére au dehors, parce qu'il arrive quelque fois que quoi qu'ils
+soient demeurez au dedans, & qu'ils ne soient point descendus dans les
+suspensoires par des obstacles qui se sont opposez à leur sortie, les
+hommes, néanmoins, qui les ont ainsi cachez ne laissent pas d'être aussi
+parfaits que ceux qui les ont au dehors: qu'ils sont forts & vigoureux,
+& qu'ils ont tous les autres signes nécessaires pour prouver la virilité
+de l'homme, j'éxaminai fort éxactement ce cul de jatte, & lui trouvant
+d'ailleurs toutes les marques d'un véritable Eunuque, j'en conclûs qu'il
+l'étoit en effet & qu'il a été produit tel par la nature dans le sein de
+sa mére. Ainsi voila une preuve qu'il y a des Eunuques qui naissent
+tels, quoi qu'en disent les Naturalistes, & particuliérement Pline dans
+le chapitre second du septiéme livre de son Histoire du Monde.
+
+
+
+
+CHAPITRE V.
+
+_Pourquoi on fait des Eunuques._
+
+
+S'il est vrai que Semiramis ait été la premiére qui se soit avisée de
+faire faire des Eunuques, & que la raison qu'on en rapporte soit
+certaine, la premiére cause de cette mutilation a été la jalousie de
+cette Reine, qui après s'être servie des hommes les mieux faits de son
+Armée, les fit châtrer, de peur qu'ils n'allassent encore depuis servir
+au divertissement de quelqu'autre femme. Mais sans m'arrêter aux
+conjectures, voici d'autres causes plus sûres de cet usage.
+
+Les Eunuques ont été faits pour être la garde des filles & des femmes,
+pour observer leur conduite, & pour empêcher qu'elles ne fissent rien de
+contraire à la chasteté ou au devoir conjugal; c'est apparemment à cet
+usage que l'Eunuque a proprement été destiné, le mot même le fait
+connoître, car il signifie, _garde lit_, ou _garde chambre_. C'est
+encore pour cet usage qu'on en fait dans l'Orient. Mais depuis, les
+hommes qui n'en avoient que pour en faire un usage légitime, en ont
+abusé & en ont fait faire pour servir à des usages sales & criminels.
+Ils choisissoient dans cette vûë les plus beaux garçons qu'ils
+trouvoient depuis l'âge de quatorze ans, jusqu'à l'âge de dix-sept ans.
+Saint Grégoire de Nazianze s'en plaint amérement dans la Vie de Saint
+Basile, & dans son Oraison trente & uniéme. Mais il faut que cette
+infâme coûtume soit beaucoup plus ancienne, car Juvenal déclame contre
+cet abus dans l'une de ces[34] Satyres; disant.
+
+ -------- _Nullus Ephebum
+ Deformem sæva castravit in arce Tyrannus._
+
+Il est vrai qu'ils en ont fait faire pour servir de victimes qu'ils
+offroient à des Divinitez; c'est contre cette horrible coûtume que Saint
+Augustin, qui reléve, qui condamne & qui réfute les ridiculitez, les
+infamies, les cruautez de la Religion des Payens, se déchaîne dans son
+excellent Livre[35] de la Cité de Dieu. Il falloit même que les Prêtres
+fussent Eunuques, afin, disoit on, de s'employer aux choses Sacrées plus
+purement et plus chastement. C'étoit sur tout la pratique des
+Athéniens; [36]les Prêtres de la Diane d'Ephese étoient aussi obligez
+d'être Eunuques.
+
+La Religion Chrétienne a eu ses Eunuques malgré elle, & quoi qu'elle les
+abhorre, un certain Valesius Arabe de Nation, forma une Secte qui
+soûtint que bien loin que la mutilation fût un obstacle au Sacerdoce,
+comme le Concile de Nicée l'avoit déclaré, il étoit au contraire
+absolument nécessaire d'être Eunuque pour l'éxercer. Non seulement ils
+pratiquoient sur eux-mêmes le cruel éxemple d'Origéne, mais même ils
+réduisoient dans ce triste état tous ceux qui tomboient entre leurs
+mains; cette Hérésie est la cinquante-huitiéme de celles que Saint
+Epiphane réfute.
+
+Depuis on a fait des Eunuques pour avoir des gens qui eussent la voix
+belle & qui pussent la conserver long tems. Macrobe rend d'amples & de
+bonnes raisons pour lesquelles les Eunuques ont la voix belle, au
+chapitre cinquante-deuxiéme de ses Saturnales. C'est principalement le
+but que les Italiens se proposent encore aujourd'hui lors qu'ils font
+châtrer des jeunes gens.
+
+L'avarice a poussé des gens à faire des Eunuques pour en trafiquer.
+Quelques Rélations de Voyageurs nous apprennent, que dans le Royaume de
+Boulan seul, on fait tous les ans vingt mille Eunuques qu'on envoye
+vendre en divers autres Etats. L'Histoire de Panione de l'Isle de Chio,
+que je rapporterai dans la suite, fera voir que ce commerce n'est pas
+nouveau. [37] On fait Eunuques des gens qu'on veut plonger dans la honte
+& dans l'ignominie, soit qu'ils ayent été lâches à la Guerre & qu'on
+veuille les en punir, soit qu'on veuille les noter d'infamie pour
+quelqu'autre cause que ce soit. Mais voici de plaisans motifs de faire
+des Eunuques; c'est la raillerie, le ressentiment & l'insulte; On lit
+une Histoire assez divertissante rapportée sous le Régne de Henri I. qui
+en est une preuve; «Les Grecs faisoient la Guerre au Duc de Benevent &
+le traitoient assez mal; Thedbald Marquis de Spolette son Allié étant
+venu à son secours & ayant fait quelques prisonniers, ordonna qu'on leur
+coupât les parties qui font les hommes & les renvoya en cet état au
+Général Grec, avec ordre de lui dire qu'il l'avoit fait pour obliger
+l'Empereur, qu'il sçavoit aimer beaucoup les Eunuques, & qu'il tâcheroit
+de lui en faire avoir bientôt un plus grand nombre; le Marquis se
+préparoit à tenir sa parole, lors qu'un jour une femme, dont ses gens
+avoient pris le mari, vint toute éplorée dans le Camp, & demanda à
+parler à Thedbald; Le Marquis lui ayant demandé le sujet de sa douleur;
+Seigneur, répondit-elle, je m'étonne qu'un Héros comme vous s'amuse à
+faire la guerre aux femmes lors que les hommes sont hors d'état de lui
+résister; Thedbald ayant repliqué que depuis les Amazones, il n'avoit
+pas ouï dire qu'on eût fait la guerre à des femmes; Seigneur repartit la
+Grecque, peut-on nous faire une guerre plus cruelle, que de priver nos
+maris de ce qui nous donne de la santé, du plaisir, & des enfans; Quand
+vous en faites des Eunuques, ce n'est point eux, c'est nous que vous
+mutilez; Vous avez enlevé ces jours passez nôtre bétail & nôtre bagage,
+sans que je m'en sois plainte; mais la perte du bien que vous avez ôté à
+plusieurs de mes compagnes étant irréparable, je n'ai pû m'empêcher de
+venir solliciter la compassion du Vainqueur. La naïveté de cette femme
+plût si fort à toute l'Armée, qu'on lui rendit son mari, & tout ce qu'on
+lui avoit pris. Comme elle s'en retournoit, Thedbald lui fit demander ce
+qu'elle vouloit qu'on fît à son mari, au cas qu'on le trouvât encore en
+armes. Il a des yeux, dit-elle, un nez, des mains, des pieds, c'est là
+son bien, que vous pouvez lui ôter, s'il le mérite; mais laissez lui,
+s'il vous plaît, ce qui m'appartient.» Apparemment que la femme dont
+Plaute parle dans son Mercator[38], n'étoit pas de cet avis, ou qu'en
+tout cas elle regardoit ce bien â elle appartenant, comme un bien de
+petit rapport & de peu de valeur, car son mari craignoit qu'elle même ne
+s'en privât,
+
+ _Quasi hircum metuo ne uxor me castret mea._
+
+Les Adultéres étoient faits Eunuques pour peine de leur crime; je
+pourrois le faire voir par plusieurs éxemples, mais j'en rapporterai
+trois seulement qui sont précis, l'un sera tiré de Valére Maxime[39], il
+y est dit que Vibienus & Publius Cernius ayant surpris l'un Carbo
+Accienus, & l'autre Pontius en adultére ils les firent châtrer; L'autre
+est contenu dans Martial,[40]
+
+ _Uxorem armati futuis, puer Hyle, Tribuni,_
+ _Supplicium tantum dum puerile times._
+ _Væ tibi, dum ludis, castrabere. Jam mihi dices,_
+ _Non licet hoc. Quid, tu quod facis Hyle licet?_
+
+Le troisiéme & le principal est l'éxemple d'Abelard; ce Docteur amoureux
+ayant abusé d'Héloïse qu'on lui avoit donnée à instruire, les parens de
+cette fille lui firent couper les parties viriles avec lesquelles il
+avoit deshonoré leur famille; Ils allérent jusqu'à la racine du mal &
+l'arrachérent de telle forte qu'ils ôtérent au coupable le pouvoir de la
+rechute.[41]
+
+Cela étoit passé en loi parmi les Gaulois. _La Loi_ Salique tit. 29. _de
+Adult. Ancillor_. porte cette décision _servus qui cum aliena ancilla
+mœchatus fuerit, ea mortua, castretur_. On peut dire aussi que cela
+étoit fondé sur cette loi de l'équité, qui dit que la peine doit être
+infligée à celui des membres du corps qui a été l'instrument, ou le
+complice du crime. [42]Job raisonnoit sur ce principe lors qu'il disoit,
+_si j'ai levé la main sur le Peuple, &c. que mon épaule tombe étant
+desunïe de la jointure, & que mon bras se brise avec tous ses os_.
+
+On faisoit aussi Eunuques les Esclaves qui avoient dérobé; voici les
+termes de la même Loi Salique. Tit. 13. de furt. servor _servi qui
+quidpiam valens quadraginta denarios furati essent, castrari Jubebantur
+in pœnam, &c._
+
+La nécessité contraint aussi quelquefois de faire des Eunuques; Il se
+trouve souvent des hommes attaquez de tels maux que le Médecin est
+obligé d'ordonner cette opération, & le Chirurgien de la faire. La
+maladie est la cause de ce malheur, & bien loin que ceux qui ont ce
+sujet d'affliction doivent être regardez de mauvais œil, ils doivent
+au contraire être plaints & consolez.
+
+On a fait des Eunuques par représailles & en vertu de la Loi du
+Talion. [43]Herodote nous l'apprend d'une maniére fort agréable par un
+éxemple curieux; «Hermotime Pedasien qui étoit, dit-il, le plus
+considérable des Eunuques de Xerxes, fut de tous les hommes celui qui se
+vengea le mieux de l'injure qui lui avoit été faite. Après avoir été
+pris il fût vendu à Panione de l'Isle de Chio qui faisoit négoce
+d'Eunuques, & qui faisoit châtrer tous les beaux garçons qu'il achetoit
+pour les vendre ensuite bien chérement à Sardis & à Ephese; parce que
+parmi les Barbares on estimoit plus les Eunuques que les autres, à cause
+de leur fidélité & de la confiance qu'on pouvoit prendre en eux pour
+toutes choses; Comme, dis-je, ce Panione à qui Hermotime fut vendu,
+vivoit de l'infame commerce qu'il faisoit des Eunuques, il fit couper
+Hermotime de même que plusieurs autres: Mais Hermotime ne fut pas
+malheureux à tous égards, car ayant été mené de Sardis au Roi avec
+d'autres présens, il aquit avec le tems plus de faveur & de crédit
+auprès du Roi que pas un des autres Eunuques: Lors que le Roi fit partir
+ses troupes de Sardis pour aller à Athenes, Hermotime fut envoyé pour
+quelque affaire dans un endroit de la Mysie nommé Atarne, où il trouva
+Panione, qu'il reconnut, & l'ayant abordé il lui parla avec toute sorte
+de douceur, d'honnêteté & de témoignage d'amitié; Il lui dit
+premiérement qu'il possédoit par son moyen tous les biens qui lui
+étoient arrivez, & ensuite il lui promit de lui donner des marques de
+reconnoissance pour ce bienfait, s'il vouloit venir avec les siens,
+demeurer dans sa maison; Panione se laissa persuader par ce discours &
+amena librement sa femme & ses enfans chez Hermotime; Mais il n'y fut
+pas si-tôt arrivé qu'Hermotime lui parla en ces termes, _Oh le plus
+méchant de tous les hommes qui as jusqu'à présent gagné ta vie du plus
+détestable de tous les commerces. Quelle injure as tu reçûë, toi ou ceux
+de ta maison, ou de mes parens, pour m'avoir réduit en ce misérable état
+dans lequel, d'homme que j'étois je ne suis maintenant ni homme, ni
+femme? Pensois tu que les Dieux ne vissent pas ce que tu faisois alors?
+Comme ils sont justes & équitables, infame artisan de malheurs, ils
+t'ont mis aujourd'hui en ma puissance pour mesurer ton châtiment par
+tes mauvaises actions_. Quand il eut fait ces reproches à ce misérable,
+il fit amener devant lui quatre enfans qu'il avoit, & le contraignit de
+les châtrer; Et quand il eut obéi il obligea ses enfans de couper
+eux-mêmes les parties de leur Pére. Telle fut la vengeance d'Hermotime &
+telle fut la punition de Panione.» Quelques-uns ont crû qu'il les avoit
+poussez trop loin & qu'il s'étoit fait justice à lui même. La vengeance
+de Narses fut bien plus importante présupposé qu'elle soit véritable,
+car Baronius & plusieurs Auteurs en doutent. Narses ayant vaincu les
+Barbares & les Gots, & s'étant rendu auprès de l'Empereur Justinien,
+l'Impératrice Sophie envoya ce Capitaine parmi ses femmes pour filer
+avec elles, & pour se railler de lui parce qu'il étoit Eunuque. Ce
+mépris ayant excité la colére & l'indignation de Narses l'obligea à dire
+ces mots, _Je filerai une trame que ton mari ne saura défaire_. En
+effet, dans la suite il mit les Lombards hors de la Jurisdiction de
+l'Empire. D'ailleurs, j'avouë que je ne vois rien de plus juste que le
+ressentiment d'Hermotime, & que la peine que méritoit Panione, non
+seulement pour l'avoir châtré, mais pour en avoir châtré un million
+d'autres pour satisfaire à son commerce & à son avarice, ne pouvoit être
+trop grande. Hermotime étoit fondé en Loi; la Loi du Talion a toûjours
+été établie, on la voit dans la Loi des douze Tables en termes
+précis, [44]_pœna autem injuriarum ex lege duodecim Tabularum propter
+membrum quidem ruptum Talio erat_. L'Empereur Justinien a ordonné depuis
+positivement la peine du Talion, ou de la pareille, contre ceux qui
+feroient souffrir cette espéce de martire; [45] _Sancimus igitur_,
+dit-il, _ut qui in quocunque reipublicæ nostræ loco, quamcumque personam
+castrare præsumunt aut etiam præsumpserint, si quidem viri sint qui hoc
+facere præsumpserint aut etiam præsumunt, idem hoc quod aliis feceruns &
+ipsi patiantur_. Cette Loi est conforme à la droite raison; car comme
+dit Ovide,[46]
+
+ _Qui primus pueris genitalia membra recidit,_
+ _Vulnera quæ fecit, debuit ipse pati._
+
+Cependant, comme le Christianisme n'approuve point l'Eunuchisme, la Loi
+du Talion a été abrogée à son égard par l'Empereur Leon, pour les
+raisons sages & Chrétiennes qu'il en rend dans sa Constitution[47];
+
+Il y a enfin des Eunuques qui se sont faits, ou fait faire Eunuques eux
+mêmes par divers motifs que nous allons rapporter dans le chapitre
+suivant.
+
+
+
+
+CHAPITRE VI.
+
+_Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mêmes, ou fait faire
+Eunuques par d'autres._
+
+
+Il y a eu des hommes qui se sont faits Eunuques par un esprit de
+dévotion, dans la pensée de se rendre plus agréables à Dieu, & plus
+capables de travailler à leur salut. Comme Origéne a été le premier, le
+Pére pour le dire ainsi, & le Patriarche de ces sortes d'Eunuques, il
+est bon de faire voir en peu de mots le véritable motif qui l'a fait
+penser & agir d'une maniére si singuliére à cet égard. Je sçai bien que
+Justin Martyr[48] parle d'un jeune homme d'Aléxandrie antérieur à
+Origéne, qui pour faire voir que ceux qui accusoient les Chrêtiens de
+commettre dans leurs Assemblées des saletez horribles, n'étoient que des
+calomniateurs, présenta requête à Felix, Gouverneur de cette Ville, pour
+obtenir de lui un Chirurgien qui le mit hors d'état d'être jamais
+soupçonné d'aucune impureté; Mais comme Felix le lui refusa parce que
+les lois Romaines le deffendoient, comme les Canons de l'Eglise le
+deffendirent depuis, je crois avoir raison de mettre Origéne le premier
+en ordre; parce que s'il n'a pas été le premier qui ait eu un semblable
+dessein, au moins a-t-il été le premier qui l'ait éxécuté.
+
+Origéne nâquit à Alexandrie l'an 185. de Jesus Christ. Son Pere nommé
+Leonidas le fit étudier en Theologie, dans la connoissance de laquelle
+il se rendit très-sçavant. Le témoignage de Saint Jerôme suffit pour le
+prouver, car dans le tems même qu'il écrivoit le plus fortement contre
+Origene il reconnoissoit qu'il avoit été un grand homme dès sa
+naissance, [49]_Magnus vir ab infantia_; Il étoit si ardent à professer
+la Religion Chrétienne, que la persécution s'étant élevée dans
+Aléxandrie sous l'Empire de Severe l'an 202. de Jesus Christ, il voulut
+courir au Martyre quoi qu'il ne fut âgé que de seize à dix sept ans; &
+il y seroit allé si sa mére ne l'en eut empêché en le retenant par force
+& par adresse. Ne pouvant donc le souffrir lui-même il exhorta son Pere
+par lettres à l'endurer courageusement. En effet il eût la tête tranchée
+& ses biens furent confisquez, de sorte qu'Origene fut réduit à la
+derniere pauvreté. Une Dame riche d'Alexandrie en ayant eu pitié le
+retira dans sa maison; Elle y avoit avec elle un fameux Hérétique
+d'Antioche qu'elle avoit adopté pour fils, qui faisoit chez elle des
+conférences auxquelles les hérétiques & les orthodoxes assistoient
+indifféremment. Origene conversa bien avec lui, mais il ne voulut
+jamais avoir de communication avec lui dans la priére, observant
+religieusement les Réglemens de l'Eglise, & témoignant de l'horreur pour
+la doctrine des Hérétiques;
+
+Il souhaita de vivre indépendamment d'autrui, & en effet il se mit à
+enseigner la Grammaire; & depuis, la chaire de l'Ecole d'Alexandrie
+étant vacante elle lui fut donnée, & comme elle ne lui produisoit pas
+suffisamment de quoi vivre, il vendit tous ses livres qui traitoient des
+sciences prophanes, & se contenta de quatre oboles par jour que lui
+donnoit celui qui les avoit achetez. Il commença alors à mener une vie
+très-laborieuse & très-austere: & comme son emploi l'obligeoit à être
+souvent avec des femmes qu'il instruisoit aussi bien que les hommes,
+pour ôter aux Payens tout prétexte de soupçon de quelque mauvaise
+conduite à cause de sa grande jeunesse; il se résolut d'éxécuter à la
+lettre la perfection qu'il se persuadoit que Jesus Christ avoit proposée
+dans ces paroles de l'Evangile. _Il y en a qui se sont faits Eunuques
+eux mêmes pour le Royaume des Cieux._ Il tâcha de tenir cette action
+secrette, il la cacha même à ses amis; mais il ne put empêcher qu'elle
+ne fut sçuë. Demetrius Evêque d'Alexandrie en eut connoissance, loua son
+zele, & l'ardeur de sa foi, mais il changea de langage bien après; car
+la reputation d'Origéne s'étant répanduë en divers lieux où il étoit
+allé, Demetrius écrivit contre lui & lui reprocha cette action qu'il
+avoit louée. Il poussa sa passion si loin qu'il le fit chasser
+d'Aléxandrie, le fit déposer dans un Concile d'Evêques d'Egypte, & même
+excommunier, & écrivit par tout contre lui pour le faire rejetter de la
+Communion de toutes les Eglises du monde. Ce narré tiré d'un Auteur[50]
+authorisé par l'approbation du public & conforme à ce qu'en dit Eusebe,
+refute & détruit ce que rapporte Saint Romuald sur ce sujet. Il dit[51]
+que l'an 232. il s'éleva une sédition populaire dans Alexandrie contre
+Origene qui l'obligea à se retirer ailleurs, laissant son disciple
+Heracles en sa place de Recteur des Ecoles de la Ville. On ne sçait pas
+bien, dit-il, la cause de cette sédition, les uns l'attribuent à la
+publication qu'il avoit faite de son Periarchon, ou des principes, qui
+étoit un vrai labyrinthe d'erreurs; & les autres aux efforts qu'il
+faisoit pour persuader à ses disciples de l'imiter en se faisant
+Eunuques comme lui, soit par le fer ou par la ciguë, afin d'énerver tout
+à fait cette partie rebelle du corps, & se priver ainsi de tout
+mouvement bestial de la chair. Il se range du second avis, parce,
+dit-il, que ce fut à peu près dans ce tems que cette erreur se convertit
+en hérésie, par le faux zéle de ce Valesius Arabe dont j'ai déja parlé,
+& qui en fut le Propagateur[52]. Mais il est certain 1. qu'Origéne n'a
+jamais fait de violence à personne, il a tenu son action secrette, & si
+elle s'est divulguée ça été contre son intention; [53]2. Il l'a lui-même
+condamnée depuis, c'est un fait que le même Auteur dont j'ai tiré
+l'abregé de son Histoire remarque expressément; Eusebe son plus grand
+Protecteur en parle d'une maniére qui fait voir qu'il en avoit honte; Il
+avoit honte aussi d'avoir employé trop de tems à l'étude des sciences
+profanes, & il s'en excuse dans le second livre de son apologie, ou de
+sa deffense. [54]Les passages où Origene lui-même a condamné son action
+sont dans son sermon 15. sur St. Matthieu, au ch. 19. V. 12. & dans son
+ouvrage contre Celse, liv. 7. Il n'y a qu'à lire aussi ce qu'il dit dans
+son Traité septiéme sur le Chapitre dix-huitieme de St. Matthieu pour
+être convaincu qu'il a bien changé d'avis, voici ses termes; _Nos autem
+si spiritales sumus verba spiritus spiritualiter accipiamus & de tribus
+istis Eunuchizationibus ædificationem introducentes moralem. Eunuchi
+nunc moraliter abstinentes se a veneriis sunt appellandi; Eorum autem
+qui se continent differentiæ tres sunt_. Ceux qui sont Eunuques dès le
+ventre de leur mére, sont, dit-il, ceux qui le sont par tempéramment,
+qui sont nez froids ou impuissans; ceux que les hommes ont fait, sont,
+ajoute-t-il, ceux qui le sont par raison, ce sont ces Philosophes qui
+faisant profession d'une sagesse mondaine, s'abstiennent du commerce des
+femmes par des maximes humaines, ou ceux ausquels une fausse honte, ou
+les loix publiques les deffendent: Les Ecclesiastiques de l'Eglise
+Romaine sont de ce nombre. Ceux enfin qui se font Eunuques pour le
+Royaume des Cieux sont, dit-il, ceux qui sont chastes par vertu & par
+pieté, pour être mieux disposez au service de Dieu, & dans l'intention
+d'être mieux disposez au service de Dieu, & dans l'intention de lui être
+plus agreables. [55]Socrate l'Historien dit qu'Origene, qu'il nomme
+_Doctor Valde sapiens_, avoit reconnu que les préceptes de la Loi de
+Moïse ne pouvoient pas s'entendre à la lettre & qu'il falloit leur
+donner une explication plus sublime, & il ajoute que, _præceptum de
+paschate ad altiorem divinioremque sensum traduxit_, ce qui fait voir
+d'autant plus qu'Origene étoit revenu de l'ancienne erreur dans laquelle
+il avoit été, qu'il falloit entendre à la lettre ce qui est contenu dans
+le Vieux & dans le Nouveau Testament;
+
+Valesius dont j'ai déja parlé vint après lui, & comme les disciples vont
+toûjours au delà de leurs Maitres, (si tant est que Valesius qui n'étoit
+qu'imitateur d'Origene, puis que cet ancien Docteur ne lui avoit jamais
+enseigné ni recommandé cette cruelle doctrine, puisse ou doive passer
+pour son disciple) enchérit beaucoup sur la pratique d'Origéne; car au
+lieu qu'Origéne n'avoit considéré les paroles de Jesus Christ que comme
+un Conseil, qu'il ne l'avoit pratiqué que _ad melius esse_ comme parlent
+les Philosophes, par desir de parvenir à la perfection; & pour ôter à
+ses ennemis tout prétexte de juger mal de ses conversations avec des
+filles qu'il enseignoit, Valesius au contraire changea cette action
+volontaire en action nécessaire, & forçoit tous ceux qui tomboient entre
+ses mains à se faire Eunuques; car lors qu'ils ne vouloient pas le faire
+eux mêmes il les y contraignoit, il les lioit sur un banc & leur coupoit
+de ses propres mains leurs parties viriles, en leur disant qu'il falloit
+accomplir à la lettre ce qu'avoit dit nôtre Seigneur, _Qu'il y avoit des
+Eunuques qui s'étoient faits Eunuques pour le Royaume des Cieux_.
+
+Cette secte qui fut appellée la secte des Valesiens, ou des Eunuques, ne
+dura pas long tems; 1. parce qu'elle fut absolument condamnée par le
+premier Concile général de Nicée à l'occasion de Leontius Prêtre qui
+s'étoit fait Eunuque; 2. parce que ceux qui avoient subi la peine,
+avoient souffert de si horribles douleurs, & avoient été si fort en
+danger de mourir, que cela donna de la frayeur aux autres qui
+abandonnérent cette secte; 3. & enfin, parce qu'étant deffendu par les
+loix Romaines de se faire Eunuque, il falloit en demander la permission
+au Magistrat Civil; on se fit une honte de faire cette démarche,
+d'autant plus qu'on étoit en quelque sorte assuré d'être presque
+toûjours refusé, témoin le refus qui fut fait à ce jeune garçon dont
+Justin Martyr fait mention dans sa seconde Apologie à l'Empereur
+Antonin, qui alla demander cette permission au Préfect Augustat, parce
+que le Médecin ne vouloit pas mettre la main sur lui, _timore
+pœnæ_. [56] Voila le commencement, le progrès, & la fin de cette
+secte.
+
+D'autres motifs ont succédé à ceux d'Origéne & de Valesius, & il y a eu
+des gens qui se sont faits Eunuques eux-mêmes par des raisons
+différentes. Tout le monde sçait l'histoire de Combabus, elle est dans
+Lucien, mais l'illustre Monsieur Bayle l'a renduë fort publique
+accompagnée de toutes ses circonstances dans son Dictionnaire
+historique[57]. Combabus étoit un jeune Seigneur sçavant dans
+l'Architecture, à la Cour du Roi de Syrie. Il fut choisi par ce Monarque
+pour accompagner la Reine Stratonice dans un voyage assez long qu'elle
+devoit faire, pour aller bâtir un Temple à Junon suivant les ordres
+qu'elle en avoit reçûs en songe. C'étoit un très beau garçon, il crût
+que le Roi concevroit infailliblement quelque jalousie contre lui, il le
+supplia donc très instamment de ne lui point donner cet Emploi, &
+n'ayant pû obtenir cette dispense il se compta pour mort s'il ne
+prenoit garde à lui d'une maniére qui ne souffrit point de reproche. Il
+obtint seulement sept jours pour se préparer à ce voyage; voici donc
+quels furent ses préparatifs. Dès qu'il fut à son logis, il déplora le
+malheur de sa condition, qui l'exposoit à la triste alternative de
+perdre sa vie ou son séxe, & après avoir bien soûpiré il se coupa les
+parties secrettes qu'on ne nomme pas, & les mit bien embaumées dans une
+boëte qu'il cacheta; lors qu'il fallut partir il donna la boëte au Roi
+en présence d'un grand nombre de personnes, & le pria de la lui garder
+jusqu'à son retour. Il lui dit qu'il y avoit mis une chose dont il
+faisoit plus de cas que de l'or & de l'argent & qui lui étoit aussi
+chére que la vie. Le Roi mit son cachet sur cette boëte & la donna à
+garder au Maître de sa garderobe. Le voyage de la Reine dura trois ans,
+& ne manqua pas de produire ce que Combabus avoit prévû, de sorte que
+l'évenement justifia la précaution qu'il avoit prise.
+
+Cette action de Combabus produisit un autre motif de se faire Eunuque.
+Ses amis intimes voulurent l'être pour le consoler de sa disgrace,
+fondez sur cette ancienne maxime, que _c'est une consolation pour les
+malheureux que d'avoir des compagnons de leur infortune_. Lucien ajoûte
+que cette conduite des amis de Combabus a servi de fondement à une
+coûtume qui s'observoit tous les ans, de mutiler plusieurs personnes
+dans le Temple que Stratonice & Combabus avoient fait bâtir, & il dit
+qu'ils se mutiloient, _sive Combabum consolantes, sive Junoni, &c._
+
+Mais voici d'autres motifs bien différens de celui de Combabus & de ses
+amis; un jeune Gentilhomme bien fait, ayant vaincu sa Maîtresse par ses
+instances & par sa persévérance, ne pouvant par un malheur qui lui
+arriva, profiter de sa Conquête, parce qu'il ne fut pas le Maître des
+instrumens de sa passion; qui ne voulurent pas lui obeïr, & qui furent
+de glace pendant que son cœur étoit embrasé, mortifié de cette triste
+avanture, il se les coupa, dès qu'il fut de retour au logis, & les
+envoya à sa Maîtresse comme une victime sanglante capable d'expier
+l'offense qu'il lui avoit faite. Montagne qui rapporte l'histoire[58]
+fait cette exclamation, _si ç'eût été par discours & Religion comme les
+Prêtres de Cybele, que ne dirions-nous d'une si hautaine entreprise!_
+
+Le même Montagne raconte l'action d'un païsan de son voisinage, qui se
+fit Eunuque par une raison bien différente; ce fut par chagrin contre sa
+femme, & par emportement. Ce bon homme rentrant dans sa maison, sa femme
+qui étoit jalouse de lui à outrance, & qui le tourmentoit sans cesse,
+lui ayant fait un mauvais accueil à son ordinaire, fondé sur les
+soupçons que sa jalousie lui donnoit, il se coupa, avec la serpe qu'il
+tenoit, les parties qui lui donnoient de l'ombrage & les lui jetta au
+nez.
+
+Voici une autre espéce de gens qui se font Eunuques; ce sont des hommes
+qui craignent la lépre ou la goutte, & qui pour jouïr de l'avantage
+qu'il y a à en être éxempt, aiment mieux perdre ceux qu'ils pourroient
+tirer de leurs parties viriles. Il est certain que la lépre n'attaque
+point les Eunuques: outre l'expérience voici ce que Mr. le Prêtre
+conseiller au Parlement de Paris en rapporte dans les _Questions
+Notables de droit_. [59]_Antipathia verò Elephantiasis veneno resistit;
+Hinc Eunuchi, & quicumque sunt mollis, frigidæ & effœminatæ naturæ,
+nunquàm aut rarò lepra corripiuntur; & quidem quibus imminet lepræ
+periculum de consilio medicorum, sibi virilia amputare permittitur. c.
+ex pars._ 11. _ex. de corpor. vitiatis ordinandis, vél non; Quod etiam
+aliquando permiserunt nonnulli leprosis ministrantes, manifesto
+experimento, magnoque vitæ & sanitatis commodo._ [60]Mézeray dit, dans la
+Vie de Philippe Auguste, _qu'il a lu qu'il y avoit des hommes qui
+apprehendoient si fort la ladrerie, cette vilaine & honteuse maladie,
+qu'ils se châtroient pour s'en préserver_.
+
+Les Eunuques ne sont jamais chauves, parce qu'ils ont le cerveau plus
+entier que les autres hommes à qui Venus en fait perdre une bonne
+partie, leur semence tirant de là sa principale origine. Ils sont aussi
+éxempts de la goutte, Hyppocratest[61], & [62]Pline en rendent de très
+bonnes raisons. Cœlius Rhodiginus, le dit aussi au chapitre trentiéme
+du livre quinziéme, _lectionum antiquarum_; Et dans quelqu'autre endroit
+de ce même Ouvrage il dit, que les Eunuques seuls sont éxempts d'être
+offensez de certaine vapeur qui sort de la terre en quelques lieux de
+l'Egypte, avec une telle puanteur qu'elle fait mourir toute autre sorte
+de personnes. C'est apparemment la même chose que ce qui est rapporté
+par Ammian Marcellin[63], & par Dion dans la Vie de Trajan touchant la
+grotte de Hierapoli. Il y a, disent-ils, une citerne close de toutes
+parts, sur laquelle on a bâti un Theatre, de dessous lequel il sort un
+vent si pernicieux à toutes sortes d'animaux qu'ils meurent incontinent,
+après en avoir été atteints, excepté les hommes châtrez qui ne se
+sentent point du tout de la malignité de ce vent.
+
+D'autres se sont faits Eunuques par fantaisie & par folie, témoin cet
+Athée qui n'en avoit point d'autre raison que son caprice, & qui le fit
+par pure extravagance. Témoin encore plusieurs autres dont les noms &
+l'histoire sont rapportez dans l'excellent Ouvrage de Theodore Zuinger
+intitulé, _Theatrum Vitæ humanæ_.[64]
+
+Il y a des gens, enfin, qui se font Eunuques, parce qu'étans condamnez à
+la mort ils craignent l'infamie ou les douleurs du supplice & veulent
+les prévenir par cette opération qui les tuë infailliblement, parce
+qu'elle est mal faite & mal dirigée. D'autres étans accusez de crimes
+graves & énormes craignent d'être appliquez à la question, & pour éviter
+cette terrible épreuve & la confession qu'elle extorqueroit de leur
+bouche, ils s'ôtent la vie par cette mutilation.
+
+
+
+
+CHAPITRE VII.
+
+_Des Eunuques ainsi nommez à cause de leurs Emplois; Et de ceux qui le
+sont dans un sens figuré._
+
+
+Ceux qui ont rempli des dignitez qui avoient été originairement occupées
+par des Eunuques, ont été eux-mêmes appellez Eunuques, de la même
+maniére que ceux qui occupent dans les Tribunaux & dans les Conseils,
+les places qui n'étoient autrefois données qu'à des vieillards sont
+encore appellez aujourd'hui Sénateurs. Les Eunuques avoient divers
+Offices & faisoient des fonctions différentes dans les Cours des
+Princes. Ceux qui ont succédé à ces Offices ont été appellez Eunuques, &
+c'est en ce sens qu'il est parlé dans l'Ecriture Sainte des Eunuques de
+Pharao Roi d'Egypte, de David, des Rois d'Israël, des Rois de la Judée,
+d'Assuerus Roi de Perse, des Rois de Babilone, de celui de la Reine de
+Candace; & du Président, ou de l'Intendant des Eunuques. On peut dire
+même que ce mot, _Eunuque_ étoit autrefois un terme général qui
+signifioit toutes sortes d'Officiers des Rois ou des Princes de quelque
+qualité & de quelqu'ordre que fussent ces Officiers. Ces Eunuques
+n'étoient ainsi appelez que parce qu'ils représentoient dans leurs
+Emplois les Eunuques proprement ainsi nommez qui y avoient été leurs
+predécésseurs. Les premiers étoient Eunuques, _ratione impotentiæ &
+ademptæ virilitatis_; les autres ne l'étoient que _ratione officii_.
+Putifar, par éxemple, qui étoit l'Eunuque de Pharao, ne l'étoit que
+parce qu'il possédoit une Charge qui n'avoit été occupée jusques là que
+par des Eunuques. On n'en peut point douter, puis que Putifar avoit une
+femme, & une fille nommée Asenech, que l'on a crû avoir été mariée à
+Joseph. Nous verrons plus particuliérement dans la suite quels postes ou
+plûtôt quels rangs, les Eunuques tenoient dans les Cours de ces Rois &
+de ces Princes, & dans d'autres Cours dans lesquelles ils étoient
+établis; voyons présentement ce que c'est qu'un Eunuque, ce mot étant
+pris dans un sens figuré.
+
+On appelle Eunuque un homme chaste, qui vit sagement dans le Célibat.
+Tels étoient les Juifs Esseniens dont parle Joseph l'Historien[65] & ces
+Juifs Pharisiens qui demeuroient dans la continence, & qui se faisoient
+pour cela des violences ridicules & superstitieuses, qui gardoient
+dis-je la virginité pendant plusieurs années pour le Royaume des Cieux,
+dans la pensée qu'ils le méritoient & qu'ils se l'aqueroient par cette
+voye. Il y a plusieurs Interprétes très sensez qui croyent que quand
+Jesus Christ dit dans Saint Matthieu qu'il y a des Eunuques qui se sont
+faits Eunuques eux-mêmes pour le Royaume des Cieux, il fait allusion à
+ces deux Sectes de Juifs. Qu'il n'entend point prescrire aux Chrétiens
+ce qu'ils doivent faire à cet égard, mais qu'il leur parle de ce qui
+s'étoit pratiqué jusqu'alors dans le Judaïsme depuis que la République,
+& la Religion corrompuë étoient passées aux Juifs. Il blâme la témérité
+de ces gens qui se faisoient Eunuques, pour le dire ainsi, dans la vûë
+de gagner le Paradis par-là, soit en demeurant Eunuques pendant un
+certain tems, comme si la continence n'étoit pas au dessus des forces
+humaines, & comme si ce n'étoit point un don de Dieu qu'il accorde à peu
+de gens. En effet il ne dit pas aux Chrétiens qu'il y en aura qui se
+feront Eunuques, ou qu'il doit y en avoir qui doivent se faire Eunuques,
+mais qu'il y en a qui se sont faits Eunuques par le passé. Le mot[66]
+Grec qui est employé dans l'Original est un prétérit, ce qui marque non
+ce qui se pratiquoit parmi les Chrétiens, ou ce qui devoit se pratiquer
+à la suite parmi eux, mais ce qui s'étoit pratiqué avant eux & qui se
+pratiquoit encore alors parmi quelques sectes de Juifs. [67]Saint
+Epiphane réfute les Hérésies de ces deux sortes de Sectes, & fait voir
+éxactement en quoi elles consistoient alors. [68]Un célébre Docteur
+Anglois prétend que ceux dont Jésus Christ parle dans Saint Matthieu,
+sont ceux qui vivent chastement, parce que Dieu l'a commandé, soit
+qu'ils soient mariez ou non.
+
+Je n'étendrai pas trop loin la signification figurée du mot, _Eunuque_;
+Tout le monde sçait que le mot _châtré_ qui est à peu près le même que
+celui d'Eunuque, se dit des choses dont on a retranché quelque partie.
+Il y a eu des femmes Eunuques; Andramis premier Roi de Lydie a été le
+premier qui en a fait châtrer, il s'en servoit au lieu d'hommes
+Eunuques. On dit un livre châtré, lors qu'on en a retranché quelque
+chose, par éxemple, la traduction que Mr. d'Ablancourt a faite de
+l'Eunuque de Lucien, est châtrée, parce que sous prétexte d'en
+retrancher quelques obscenitez, il en a ôté plusieurs périodes. On dit
+des Côtrets châtrez, une ruche de Mouches à miel châtrée; des Arbres &
+des Ceps de vigne châtrez. On dit même qu'on a châtré un homme quoi
+qu'il ait encore ses parties viriles, lors qu'on l'a châtré de la langue
+ou de quelqu'autre membre du corps que ce soit;
+
+ [69]_Si Hercle ego te non elinguendam dedero usque ab radicibus,_
+ _Impero auctorque sum, ut tu me cuivis castrandum loces._
+
+Un Auteur moderne[70] dit qu'on remarque entre les bizarreries étranges
+de Domitien qu'il fit arracher les Vignes de plusieurs Provinces
+particuliérement des Gaules; & que comme à son avénement à l'Empire,
+affectant la réputation de bon Prince, il avoit deffendu de plus couper
+les jeunes garçons (car le luxe & l'inhumaine volupté des riches se
+donnoit impunément la licence de faire cet outrage à la nature pour
+avoir des Eunuques à la mode des Orientaux.) Le Philosophe Appollonius,
+grand ennemi de la Tyrannie dit ce bon mot qui a été relevé & conservé,
+_que ce Prince véritablement avoit conservé la virilité aux homes_,
+_mais qu'il avoit châtré la terre_. Voilà donc la terre Eunuque, mais
+c'est une raillerie d'Appollonius, & il ne la rapporte que pour faire
+voir en combien de sens & de maniéres, ce mot peut-être pris.
+
+Il y a eu des Eunuques dans le mariage quoi qu'ils fussent fort en état
+d'en remplir les devoirs; Quelques Interprêtes croyent que tels étoient
+ces Eunuques dont il est parlé au chapitre cinquante-sixiéme d'Esaïe,
+mais il y a peu d'apparence, car il est dit qu'ils ne sont que des
+troncs desséchez ce qui ne convient qu'aux véritables Eunuques. Il y en
+a une infinité d'autres qui ne souffrent aucune contestation, tel est
+celui dont Gregoire de Tours parle dans son Histoire de France. Un
+certain Sénateur de Clermont en Auvergne, qu'il dit s'être nommé
+Injuriosus, fils unique, fut fiancé à une fille aussi unique & de sa
+qualité, mais riche. S'étant Epousez quelques jours après, on les mit au
+lit en la maniére accoûtumée. D'abord que l'Epouse y fut, elle se tourna
+du côté de la muraille, soupira & pleura amérement. Le jeune Epoux
+surpris, lui demanda, la pressa, & la conjura par Jésus Christ Fils de
+Dieu, de lui dire ou de lui faire entendre sagement quel étoit le sujet
+de sa tristesse, elle lui dit qu'elle avoit fait vœu de demeurer
+Vierge toute sa vie, & que se voyant sur le point de violer son vœu,
+elle croyoit que Dieu l'avoit abandonnée. Qu'au lieu de Jésus Christ
+qu'elle croyoit avoir pour Epoux qui lui avoit promis de lui donner le
+Royaume des Cieux pour présent des nôces, elle n'avoit qu'un homme
+mortel qui ne pouvoit lui donner que des choses périssables, & fit de
+grandes exclamations sur ce sujet. Ce jeune homme qui avoit beaucoup de
+piété lui représenta que comme ils étoient l'un & l'autre enfans
+uniques, on les avoit mariez ensemble afin d'avoir lignée & de perpétuer
+leur famille Noble; & afin sur tout que leurs biens ne tombassent point
+dans des mains étrangéres. Elle repliqua que le monde & ses richesses
+n'étoient rien; que la pompe de ce siécle n'étoit qu'une fumée; que la
+vie n'étoit qu'un vent, & qu'il valoit bien mieux aquerir les biens du
+Paradis, & la Vie éternelle. Elle dit tout cela d'une maniére si vive &
+si touchante, qu'elle persuada son Epoux, & qu'elle en tira ces paroles
+si conformes à ses desirs. Que si c'étoit sa volonté de s'abstenir de
+toute convoitise, & de toute œuvre de la chair, il lui promettoit de
+se conformer à son intention. Elle lui dit que c'étoit une chose
+difficile à pratiquer, cependant, que s'il tenoit parole & que tous deux
+demeurassent Vierges dans ce monde, elle lui feroit part d'une partie du
+Douaire qui lui avoit été promis par son Epoux & Seigneur Jésus Christ,
+lors qu'elle se donna, & qu'elle se voua à lui comme Epouse & Servante.
+Il lui renouvella sa promesse, l'assura qu'il effectuëroit ce à quoi
+elle l'exhortoit, & s'étans donnez la main l'un à l'autre ils
+s'endormirent; Ils couchérent depuis dans un même lit pendant plusieurs
+années sans blesser leur Vœu de chasteté. Tout cela n'a été sçû
+qu'après leur mort. L'Epouse étant décédée la premiére, son Epoux fit
+ses funérailles, & la mettant dans le sepulchre, il dit ces paroles à
+haute voix, _Je te rends graces, Seigneur Dieu Eternel, de ce que je te
+restituë ce trésor aussi entier que je l'avois reçû de toi en dépôt_.
+L'Histoire dit, que l'Epouse lui répondit comme en soûriant, _Pourquoi
+révéles-tu un secret sans en être requis?_ Et elle ajoûte un autre
+miracle que je ne rapporte point, parce qu'il ne s'en agit point ici.
+
+Nicéphore Calliste[71] & l'Histoire tripartite[72] rapportent à peu près
+la même chose d'un Ægyptien nommé Amon qui a été depuis Religieux. La
+différence qu'il y a eu, c'est que ç'a été le mari qui a sermoné sa
+femme, au lieu que dans l'histoire précédente ç'a été la femme qui a
+persuadé son mari. Mais la même chose précisément est arrivée à
+l'Empereur Henri. Il a vécu avec l'Impératrice Chunegonde sa femme comme
+le jeune Gentilhomme Auvergnat dont je viens de parler, vécut avec la
+sienne. Chunegonde étoit une Princesse qui joignoit la jeunesse à la
+beauté, cependant ayant dit à Henri qu'elle avoit fait vœu de
+chasteté, il vécut avec elle comme avec sa sœur. Lors qu'il fut au
+lit de la mort, il rendit un témoignage public devant tous les Princes &
+les Seigneurs de sa Cour; Vierge, leur dit-il, vous me l'avez donnée, &
+Vierge je vous la rends. Ils ont été canonisez l'un & l'autre pour cela
+par Eugéne III. comme l'illustre Mr. Godeau nous l'apprend dans ses
+Eloges[73]. On peut dire à peu près la même chose de Marcien qui vécut
+de même en Eunuque avec Pulcheria sa femme, & de plusieurs autres; Mais
+les éxemples que je viens de rapporter suffisent. Si quelqu'un veut en
+voir un plus grand nombre, qu'il lise le chapitre septiéme du Livre
+quatriéme de Marule; & le Livre neuviéme de l'Histoire de Cromerus, dans
+lequel il trouvera l'Histoire de Bolislaus V., & de Cunegonde sa femme,
+qui d'un consentement mutuel vécurent ensemble toute leur vie dans une
+parfaite continence; ce qui a donné lieu à un Polonois nommé Clément
+Latinius de faire ces deux Vers,
+
+ _Conjuge consenuit cum Virgine Virgo maritus_
+ _Addictus studiis Casta Diana tuis._
+
+
+
+
+CHAPITRE VIII.
+
+_Quel rang les véritables Eunuques ont tenu dans la société civile._
+
+
+Comme on a mis de tout tems une grande différence entre les Eunuques qui
+étoient nez Eunuques, ou qui avoient été faits tels dès leur naissance,
+ou par force dans un âge plus avancé, & entre ceux qui se sont faits
+Eunuques eux-mêmes volontairement, il est nécessaire de les distinguer
+ici. J'en ferai donc deux classes, & d'abord j'éxaminerai quel rang les
+Eunuques forcez que je mets dans la premiére, ont tenu dans la société
+civile.
+
+On ne peut pas faire une histoire éxacte & suivie qui montre le rang que
+ces sortes de gens ont tenu dans la société civile, cela méneroit trop
+loin & m'écarteroit trop de mon but. Je dirai donc seulement, qu'il
+paroît par l'Histoire Sainte, & par l'histoire profane, que les Eunuques
+ont possédé les premiéres & les principales Charges dans les Cours, &
+qu'ils ont eu la confiance & la faveur de leurs Princes; Et je me
+contenterai d'en donner quelques éxemples.
+
+Je ne parlerai point d'une raison odieuse pour laquelle les Princes les
+aimoient autrefois; Tout le monde sçait l'histoire de Sporus[74]; Néron
+le fit châtrer, & sa folie fut si grande qu'il tâcha de lui faire
+changer de séxe; Il lui fit prendre l'habit de femme, il l'épousa
+ensuite avec toutes les formalitez accoûtumées, il lui donna un douaire,
+un voile nuptial, & le tint dans sa maison en qualité de femme; à propos
+de quoi quelqu'un dit assez plaisamment que le monde eût été bien
+heureux si son Pére Domitien eût eu une telle femme; Il fit habiller ce
+Sporus à la maniére des Impératrices, & le faisant porter en litiére il
+l'accompagna aux Assemblées & aux marchez de la Gréce, & à Rome dans le
+quartier des sigillaires, où il le baisoit à chaque moment. Je ne
+rapporte que cet éxemple, parce que j'en ai dit assez sur ce sujet dans
+le chapitre cinquiéme de cette premiére partie de mon Ouvrage.
+
+Nous voyons dans le Livre d'Esther[75] que sept Eunuques étoient les
+Officiers ordinaires du Roi Assuerus, & qu'en particulier l'Eunuque Egée
+avoit le soin de garder les femmes de ce Roi; [76]Il y en avoit deux
+autres nommez Bagathan & Tharés qui commandoient à la premiére entrée du
+Palais du Roi; [77]l'Histoire de Judith nous apprend, que les Huissiers
+de la Chambre d'Olopherne étoient des Eunuques, & que Vagao, ou Bagoas
+en étoit le principal; c'étoit lui qui avoit soin de la personne du
+Maître & de ce qui concernoit sa garderobe & son lit; [78]l'Eunuque de la
+Reine de Candace qui fut batisé par Philippe, étoit un des premiers
+Officiers de cette Reine, & Sur-intendant de ses finances, & de tous ses
+trésors; [79]c'étoit un Eunuque qui commandoit les troupes de Sedecias
+Roi des Juifs. Cyrus victorieux de tous ses ennemis, Crœsus & Sardes
+étans entre ses mains, ayant pris Babylone, établit sa demeure dans le
+Palais Royal de la plus grande Ville de l'Univers; & considérant qu'on
+ne l'y voyoit pas de bon œil, & qu'on ne lui vouloit point de bien,
+crût qu'il avoit besoin d'une forte Garde pour la sûreté de sa personne.
+Il ne prit cependant que des Eunuques pour ses gardes & pour les
+Officiers de sa Maison; & les raisons qui l'y portérent sont amplement &
+éxactement déduites sur la fin du chapitre sixiéme du Livre septiéme de
+son Histoire ou de la Cyropedie. On donnoit les enfans en garde aux
+Eunuques, on leur laissoit le soin de les élever, de leur donner
+de [80]l'éducation, de les instruire dans les belles lettres, & de leur
+enseigner les sciences & les disciplines; Tous ces différens emplois les
+avoient rendus recommandables dans le monde. Les Rois & les Princes,
+soit qu'ils eussent été leurs éléves, soit qu'ils ne l'eussent point
+été, les estimoient & les honoroient particuliérement; Ils avoient en
+eux beaucoup de confiance, & ces Eunuques profitant de ces avantages se
+rendoient insensiblement les Maîtres du Gouvernement & de l'Etat, &
+abusérent beaucoup de leur crédit; la Religion Chrétienne en a
+quelquefois souffert. Les Cours se remplissoient de ces sortes de gens,
+ils s'emparoient de tous les principaux emplois. Voici un éxemple bien
+précis qui justifie cette vérité; C'est la Cour de l'Empereur Constance,
+elle étoit pleine d'Eunuques & ils y étoient les maîtres de toutes les
+affaires; Voici de quelle maniére Mr. Herman en parle dans l'excellente
+Vie de [81]St. Athanase. «Avant que d'attaquer le Prince même, ce Prêtre
+Arrien fut assez adroit pour gagner ceux qui étoient autour de lui, car
+la familiarité qu'il avoit avec[82] l'Empereur l'ayant fait connoître de
+l'Impératrice il entra aussi dans la familiarité de ses Eunuques, &
+particuliérement dans celle d'Eusebe qui étoit le premier de cette
+troupe efféminée, & l'un des plus méchans hommes du monde;[83] Ayant
+prévenu l'esprit de cet Eunuque il pervertit les autres par son moyen;
+ensuite il fit passer ce poison mortel dans l'ame de l'Impératrice, &
+dans le Cœur des Dames de la Cour; ce qui a fait dire à St. Athanase
+que les Arriens se rendoient terribles à tout le monde, parce qu'ils
+étoient appuyez du crédit des femmes.
+
+«Après cela il ne fut pas difficile à ce Prêtre Arrien de se rendre
+Maître de l'esprit de l'Empereur, qui étoit lui-même l'esclave de ses
+Eunuques dont il avoit rempli toute sa Cour, & qui ne suivoit en toutes
+choses que les conseils & les mouvements de ces hommes lâches.
+
+«Mais quelque crédit qu'eussent tous les autres, ce n'étoit que comme de
+petits serpens qui ne faisoient que ramper, au lieu qu'Eusébe son grand
+Chambellan levoit la tête avec orgueil; [84]& en effet il se rendoit si
+formidable par sa puissance, que selon les historiens, pour en concevoir
+quelqu'idée qui fût conforme à la vérité, il suffisoit de dire que
+Constance avoit beaucoup de crédit auprès de lui. Eux de leur côté le
+flatoient jusqu'à lui donner le tître de Roi éternel. [85]Ils nous ont
+aussi dépeint ses excellentes qualitez par ce bel Eloge, qu'il avoit une
+vanité insupportable, qu'il étoit également injuste & cruel, qu'il
+punissoit sans éxamen ceux qui n'étoient convaincus d'aucun crime, &
+qu'il ne faisoit point de discernement entre les innocens & les
+coupables. [86]Les Auteurs prophanes sont remplis de plaintes contre la
+malignité & la domination Tyrannique de cet Eusébe & des autres Eunuques
+de Constance, mais ils ne considérent que les maux qu'ils firent à
+l'Etat, & nous avons sujet de déplorer ceux que l'Eglise ressentit par
+leur violence; On vit ces hommes[87] voluptueux & efféminez, à qui les
+hommes du monde confient à peine les moindres emplois qui concernent le
+service de leurs maisons, & que l'Eglise bannit de ses conseils, selon
+ses régles saintes & inviolables, devenir les Maîtres & les Souverains
+de toutes les affaires de l'Eglise, & dominer dans ses jugemens, parce
+que Constance n'avoit point de volonté que celle qu'ils lui inspiroient,
+& que ceux qui portoient le nom d'Evêques, trouvoient de la gloire & du
+mérite à être les Ministres & les fidéles éxécuteurs de toutes leurs
+passions & à devenir les acteurs des piéces de Théatre, que ces hommes
+si méprisables & si corrompus avoient composées.[88] Nous allons donc
+voir que ce furent eux qui causérent tous les maux & tous les desordres
+que l'Eglise souffrit alors, comme certes ils étoient très-dignes d'être
+les Protecteurs de l'hérésie Arrienne, & les ennemis de la divine
+fécondité du Pére éternel. Voici ce que St. Athanase ajoûte à cela.
+L'Eunuque Eusébe, dit-il, étant arrivé à Rome, sollicita d'abord Libére
+de souscrire la condamnation d'Athanase, & d'entrer dans la Communion
+des Arriens, disant que c'étoit la volonté de l'Empereur, & l'ordre
+exprès qu'il lui portoit de sa part; & ensuite après lui avoir montré
+les présens par lesquels il tâchoit de le séduire, il lui prit la main &
+lui dit, _laissez-vous persuader par l'Empereur, & recevez ce qu'il vous
+donne_. Mais cet Evêque s'en défendit fortement & justifia sa résistance
+par ce discours........ Voilà, dit-il, ce que répondit Libére à Eusébe,
+mais cet Eunuque étant moins affligé de ce qu'il n'avoit pas souscrit la
+condemnation d'Athanase, que de ce qu'il trouvoit en sa personne un
+ennemi de leur Hérésie, & ne considérant pas qu'il étoit devant un
+Evêque, après lui avoir fait de grandes menaces, il le quitta, sortit
+avec les présens qu'il venoit de lui offrir, & fit une chose aussi
+contraire à la maniére d'agir des Chrétiens, qu'elle étoit même au
+dessus de la témérité des Eunuques........ Une action si généreuse
+ayant augmenté la colére & le transport de cet Eunuque, il irita
+l'Empereur en lui réprésentant qu'il ne devoit plus se mettre en peine
+de ce que Libere ne vouloit pas signer la condamnation d'Athanase, mais
+de la disposition d'esprit qu'il faisoit paroître contre leur Hérésie
+qui lui étoit si odieuse qu'il prononçoit nommément des Anathêmes contre
+les Arriens; Il échauffa aussi par ce discours l'esprit des autres
+Eunuques, & il y en avoit un très grand nombre à la Cour de l'Empereur,
+qui pouvoient tout auprès de lui, & sans la participation desquels il ne
+faisoit rien. Constance écrivit donc à Rome, continuë nôtre Saint, & il
+y envoya tout de nouveau des Officiers de son Palais, des Secrétaires, &
+des Comtes, avec des lettres qu'il adressoit au Gouverneur de la Ville;
+Et il leur avoit donné l'ordre, ou de surprendre Libére par leurs ruses
+& par leurs artifices pour le faire sortir de Rome & l'envoyer à la
+Cour, ou d'employer ouvertement la violence & l'outrage afin de le
+persécuter. Ces écrits remplirent toute la Ville de frayeur &
+d'épouvente, & ce n'étoit qu'embuches de toutes parts. Combien y eut-il
+de familles à qui on fit des menaces? Combien de personnes reçûrent des
+commandemens contre Libére? Combien eut-il d'Evêques qui se cachérent
+quand ils virent ces excès? Combien y eut-il de Dames illustres qui se
+retirérent à la Campagne à cause des calomnies dont les chargeoient ces
+ennemis de Jésus Christ? Combien y eut il de solitaires qui se
+trouvérent exposez à leurs embuches? Combien firent-ils persécuter de
+personnes qui avoient établi leur demeure dans la solitude pour le reste
+de leurs jours? Quels soins ne prirent-ils point par plusieurs fois, de
+faire garder les ports, & les portes de la Ville, de peur qu'aucun
+Catholique n'y entrât pour voir Libére? Rome connut alors par expérience
+quelle étoit la conduite de ces impies qui déclaroient la guerre à Jésus
+Christ même, & elle apprit pour l'avenir ce qu'elle n'avoit pas crû
+jusqu'à ce tems-là, pour ne l'avoir sçû que par le récit des autres,
+sçavoir de quelle maniére ils avoient renversé toutes les autres Eglises
+en tant de Villes différentes.
+
+«C'étoit des Eunuques qui faisoient tous ces desordres, & qui étoient
+auteurs de tous les excès que les autres commettoient de toutes parts.
+Et il n'est pas en effet étrange, que comme l'Hérésie des Arriens fait
+profession de nier le Fils de Dieu, elle s'appuye du crédit des
+Eunuques, qui étans naturellement stériles, & ne l'étans pas moins dans
+l'ame en ce qui regarde les actions de piété & de vertu que dans le
+corps, ne peuvent du tout souffrir que l'on parle du Fils de Dieu.
+Cependant, l'Eunuque de la Reine d'Ethiopie ne comprenant pas ce qu'il
+lisoit, crût les instructions que lui donna Saint Philippe touchant le
+Divin Sauveur. Mais les Eunuques de Constance ne peuvent souffrir que
+Saint Pierre ait autrefois confessé sa Divinité; Ils s'élévent même
+contre le Pére Eternel quand il déclare que c'est son Fils, &
+s'emportent de fureur contre ceux qui disent que c'est le véritable Fils
+de Dieu; c'est pour ce sujet que la Loi deffend de les admettre dans les
+Jugemens Ecclésiastiques. Mais les Arriens viennent de les en rendre les
+maîtres. Constance ne prononce rien que ce qui leur est agréable, & ceux
+qui portent le nom & la qualité d'Evêques, n'en disent mot, & regardent
+tous ces desordres avec dissimulation. Hélas! Qui sera celui qui écrira
+un jour cette Histoire, & qui fera passer jusqu'à une autre génération
+la rélation funeste de tant de tristes événemens? Qui poura croire un
+jour de si grands excès quand on entendra dire que des Eunuques à qui on
+confie à peine le soin des affaires domestiques, & dont le service est
+suspect en ces rencontres, parce que c'est un genre de personnes qui
+n'aiment que le plaisir & qui n'ont point d'autre but que d'empêcher
+dans les autres ce que la nature leur a refusé à eux-mêmes; Que ces
+Eunuques, dis-je, gouvernent maintenant les Eglises!»
+
+Ce Saint fait paroître une juste indignation contre les Eunuques qui
+étoient alors absolus à la Cour, & qui se sont rendus éxécrables à leur
+siécle & à toute la postérité. L'Arrianisme étoit tellement répandu
+parmi eux, qu'en ce tems-là porter le nom d'impie & celui d'Eunuque
+étoit la même chose, selon Saint Grégoire de Nazianze[89]. Et leurs
+violences ont été si odieuses aux Payens mêmes, qu'Ammian Marcellin a
+écrit d'eux, qu'ayant toûjours de la fierté & de l'aigreur, & n'ayant
+pas les liaisons domestiques & les engagemens naturels qu'ont les autres
+hommes, ils n'embrassent que leurs richesses qu'ils considérent comme
+leurs très chéres & très agréables filles. [90] Mr. Herman dit, que
+l'Histoire de ce combat est devenuë si célébre dans toute la postérité,
+que les Payens mêmes en ont marqué l'événement; mais qu'il aime mieux
+puiser dans les sources pures que d'avoir recours à ces ruisseaux si
+bourbeux; Et que comme il préfére avec raison le témoignage de Saint
+Athanase à celui de tous les Auteurs de ce siécle, c'est par ses propres
+paroles qu'il doit commencer l'importante relation de laquelle j'ai tiré
+ce que je viens de rapporter sur ce sujet.
+
+Les Eunuques avoient été tout-puissans du tems du grand Constantin, Pére
+de l'Empereur Constance dont je viens de parler. Il les avoit élevez aux
+premiéres Dignitez & les appelloit ses Amis; mais ayant appris combien
+ils étoient pernicieux à l'Etat, il les en avoit dépouillez, & les avoit
+réduits à se borner uniquement aux affaires domestiques. [91]Il y a dans
+le Code Théodosien une Loi qui nous apprend que tout l'Empire avoit
+gémi sous l'oppression de ces sortes de gens, sans avoir osé se
+plaindre; mais que l'Empereur en ayant eu connoissance, avoit publié
+cette Loi, par laquelle il invite tout le monde à venir dire ses griefs;
+il promet d'écouter lui-même ce qu'on aura à dire contre ces sortes de
+gens, & de punir ceux qu'on aura convaincu de quelque crime. Il les fit
+exclurre du Sacerdoce dans le fameux Concile de Nicée qu'il assembla.
+Cependant, quoi qu'ils fussent, pour le dire ainsi, dégradez & destituez
+de tous les Emplois publics, civils & militaires, comme ils approchoient
+de l'Empereur & qu'ils en avoient l'oreille, ils étoient encore
+formidables, & on les craignit jusques à ce qu'ils fussent entiérement
+éloignez. Licinius qui a été son Allié, & pendant quelque tems son
+Compagnon à l'Empire, les haïssoit beaucoup; il les appelloit _la tigne
+& la vermine de l'Etat_;[92] mais comme Licinius a été un Tyran, & un
+Prince qui s'est rendu odieux par plusieurs raisons, ce qu'il a fait
+dans des vûës particuliéres, ne peut point être tiré à conséquence.[93]
+Aléxandre Sévére ne les avoit point aimez, il les appelloit _tertium
+hominum genus_; Et au lieu que Heliogabale qui l'avoit précédé avoit été
+leur esclave, & Eunuque lui-même, il les humilia & les abaissa, il les
+réduisit à un fort petit nombre. Il en donna plusieurs à ses Amis, &
+pour montrer le peu de cas qu'il en faisoit, il leur dit en les leur
+donnant que s'ils n'avoient pas de meilleures mœurs que celles qu'ils
+avoient euës jusqu'alors, ils pouvoient les tuer sans forme de procès.
+Il est extrémement loué dans l'Histoire de n'avoir pas imité les Rois de
+Perse qui se laissoient tellement gouverner par les Eunuques, que ces
+sortes de gens les cachoient à leurs Sujets, qui ne pouvoient leur rien
+dire ni en recevoir aucune réponse que par leur canal; Ils leur
+rapportoient les choses comme il leur plaisoit, souvent tout autrement
+qu'elles n'étoient, & prenans grand soin que le Roi ne sçût que ce
+qu'ils vouloient bien qu'il sçût, il arrivoit souvent de grands
+inconvéniens, parce qu'ils donnoient telles impressions qu'il leur
+plaisoit, & au Roi, & à ses Sujets; [94]L'Histoire d'Orsines en est une
+preuve; Orsines étoit un descendant de Cyrus, le plus grand Seigneur de
+la Perse, & le Sang le plus noble de l'Orient; Il fit de grands présens
+aux Principaux de la Cour d'Aléxandre, & négligea Bagoas; Quelqu'un lui
+ayant dit qu'il avoit mal fait, parce qu'Aléxandre aimoit cet Eunuque;
+Il répondit qu'il honoroit les Amis du Roi, mais non pas ses Eunuques;
+Et que les Perses se servoient autrement de ces gens-là que les Grecs;
+Ce discours ayant été rapporté à Bagoas il jura la ruine d'Orsines,
+homme d'une vie sans reproche; En effet, il fit tant de faux & de
+secrets rapports contre lui à Aléxandre, qu'il l'aigrit & qu'il l'anima
+contre lui, de sorte qu'enfin il le fit mettre dans les fers, & le
+condamna à la mort. Bagoas ne fut pas content de faire traîner un
+innocent au supplice, il eut bien l'impudence de le frapper dans le tems
+qu'il alloit mourir, mais Orsines l'envisageant avec indignation lui
+dit, j'avois bien ouï dire que des femmes avoient autrefois régné dans
+l'Asie, mais il m'est nouveau d'y voir régner un infame Eunuque.
+Aléxandre Sévére instruit de tous les desordes que ces Eunuques avoient
+fait, il les dompta tous, & les réduisit presque à rien. Ces Eunuques
+étoient des gens qui vouloient sçavoir tout ce qui se faisoit à la Cour,
+& qui vouloient qu'on crût qu'il n'y avoit qu'eux qui le sçussent;
+c'étoit à eux à qui on s'adressoit pour obtenir des graces du Prince;
+les Gouvernemens de Province ne s'obtenoient que par leur moyen, & ils
+vendoient à deniers comptans ce que le Prince donnoit desintéressément.
+Cet Empereur aimoit assez la solitude, il vouloit être seul
+ordinairement après le dîner & à certaines heures du matin, personne
+alors ne pouvoit le voir. Un certain Vetronius Turinus profitoit de
+cette retraite & faisoit croire aux gens, que dans ce tems là il lui
+persuadoit & lui faisoit faire tout ce qu'il vouloit, il le faisoit
+passer pour un fat qu'il conduisoit à son gré, & sous ce prétexte il
+promettoit à tout le monde ce qu'on lui demandoit, & se faisoit fort de
+le faire agréer ou éxécuter par Sévére, moyennant quoi il recevoit &
+amassoit des sommes immenses. Comme il n'étoit pas vrai que l'Empereur
+fût tel qu'il le disoit, ni qu'il eût le crédit dont il se vantoit, il
+ne tenoit parole à personne, ce qui donna lieu à bien des gens de
+murmurer. Cette conduite de Turinus étant enfin parvenuë à la
+connoissance de l'Empereur, il voulut qu'on se rendit partie contre lui
+& qu'on l'accusât, de sorte que ce qu'il avoit promis & qu'il n'avoit
+point effectué, & les sommes qu'il avoit touchées pour cela ayant été
+découvertes, Sévére le fit attacher à un poteau dans un lieu passant, &
+le fit mourir par la fumée qui s'élevoit vers lui d'un bois verd &
+humide qu'on avoit allumé; [95]Et pendant qu'il souffroit son supplice il
+y avoit un homme qui crioit, _fumo punitur qui vendidit fumum_.
+
+Les Eunuques furent plus considérez sous Constantin pendant un certain
+tems. Ils le furent encore plus sous Constance, comme je l'ai fait voir.
+Ce Prince ni ses fréres, ne furent ni aimez de leurs Sujets, ni craints
+de leurs ennemis, comme Constantin leur Pére l'avoit été, & ils avoient
+peine à soûtenir une partie du fardeau qu'il avoit porté lui seul avec
+tant de gloire; les Eunuques furent en crédit sous leur Régne. Il paroit
+qu'ils ont encore été en faveur du tems de Theodose le jeune; [96]car on
+voit dans le Code qui a été fait par son ordre, qu'au lieu que ceux qui
+obtenoient des confiscations étoient obligez d'en donner la moitié au
+fisc, il dispensa ses Eunuques de cette obligation & leur laissa le
+tout. Et Zozime[97] remarque que cet avantage porta ces Eunuques à
+commettre mille faussetez insignes, comme de faire entendre au Prince
+que ceux dont ils demandoient que les biens fussent confisquez à leur
+profit étoient morts sans laisser de veuves, d'enfans, ni de parens, ce
+qui causoit souvent la désolation de plusieurs familles, & des larmes &
+des gémissemens aux héritiers légitimes, qui étoient souvent de vieilles
+veuves caduques ou infirmes, & des orphelins innocens. Il est certain
+pourtant qu'il fit un Edit qui deffendoit qu'aucun Eunuque ne fut du
+nombre des Patriciens, mais ce fut par une vûë particuliére, & pour
+deshonorer Antiochus qu'il contraignit par là à se renfermer dans un
+Cloître. [98] Lucien nous apprend que Philœterus qui le premier a eu
+la Principauté de Pergame étoit Eunuque, & qu'il a vécu quatre vingt
+ans. Il y a eu un autre Prince nommé Hermias qui a été Eunuque; Il ne
+pouvoit jamais souffrit que personne parlât en sa présence de couteau,
+ni de section, parce qu'il s'imaginoit qu'à cause qu'il étoit Eunuque,
+ces mots lui étoient adressez. [99] Si l'extrait d'une lettre écrite de
+Batavia dans les Indes occidentales le 27, Novembre 1684. contenu dans
+une lettre de Mr. de Fontenelles, reçûë à Rotterdam par Monsieur
+Bânage, fait le recit d'une avanture véritable, comme on peut le croire,
+puisque l'illustre Mr. Bayle qui l'a rapporté ne la donne point pour
+fabuleuse, & qu'il la certifie en quelque sorte, bien loin de la rendre
+suspecte; Mreò Reine de l'Isle de Borneo, veut que tous ses Ministres
+soient Eunuques; Eénegu, Princesse qui lui dispute le Trône, ne veut
+point d'Eunuques dans sa Cour. Comme nous ne sçavons pas quel succès,
+ont eu les contestations & la guerre que ces deux Princesses ont euës
+entr'elles, ni par conséquent laquelle des deux jouït présentement de
+l'Empire, on ne sçait pas si les Ministres de la Reine de l'Isle de
+Borneo sont Eunuques, ou s'ils ne le sont point. On peut dire seulement
+que Mreò agit comme Plautiames qui du tems des Antonins fit châtrer tous
+ceux qui devoient servir à Maison de Plautilla sa fille que Caracalla
+avoit épousée, sans épargner les hommes non plus que les jeunes garçons,
+comme nous le voyons dans les recueils de Constantin Porphyrogenéte sur
+Dion.
+
+Pour peu de connoissance qu'on ait de l'histoire de la Cour Ottomane, on
+n'ignore pas que les Eunuques y parviennent aux premiéres dignitez de
+l'Etat, & qu'il n'y a qu'eux, à proprement parler, qui les possédent.
+Les deux plus illustres Bascha qui ayent eu de la réputation pendant les
+guerres si célébres dans l'histoire, étoient Eunuques; [100]l'un a été
+Halis, & l'autre Sinar. Mr. de Thou rapporte un bon mot dit par le
+premier, il se moqua, dit-il, du Courier qui lui annonçoit comme une
+fort mauvaise nouvelle, la prise de la Ville de Strigonie par les
+Chrétiens l'an 1556, lui disant qu'il avoit bien fait une autre perte
+lors qu'on lui avoit enlevé la plus importante piéce qu'il eut. Et Paul
+Jove nous apprend que ce fut une truye qui Châtra Sinar en lui arrachant
+& devorant le membre viril, comme il dormoit à l'ombre, dès sa plus
+tendre jeunesse.
+
+Tout ce que je viens de dire ne concerne le rang que les Eunuques ont
+tenu dans la société civile que par rapport aux Princes & aux
+Souverains; il est bon de voir aussi quelle idée les Peuples en ont euë
+& quel cas ils en ont fait.
+
+
+
+
+CHAPITRE IX.
+
+_Quelle idée les Peuples ont euë des Eunuques, & quel cas ils en ont
+fait._
+
+
+Les Eunuques ayans abusé de la faveur des Princes, comme on l'a vû dans
+le chapitre précédent, & s'étans rendus les Tyrans impitoyables de leurs
+sujets, il ne faut pas douter que ces sujets ne les ayent eus en
+horreur, & qu'ils ne les ayent craint beaucoup plus qu'ils ne les ont
+aimez.
+
+Mais il ne s'agit point ici de sçavoir ce que les Peuples ont pensé de
+leur servitude & de leur oppression, & du crédit de ces Eunuques qui les
+tyrannisoient; Il n'est ici question que d'éxaminer quelle opinion les
+Peuples avoient d'un Eunuque entant qu'Eunuque, & non point d'un Eunuque
+entant que Tyran; & quelle idée ils s'en faisoient.
+
+L'histoire nous apprend non seulement qu'ils les méprisoient
+souverainement, mais même qu'ils avoient de la répugnance à les voir.
+[101] Les Eunuques ne sont que des troncs desséchez, selon l'expression
+d'Esaïe, de ces arbres secs qui le sont jusqu'à la racine, & qui comme
+parle Osée, ne porteront plus de fruits; de ces arbres qu'il faut
+couper, c'est à dire détruire, & en abolir la mémoire: car pourquoi
+faut-il encore qu'ils occupent la terre? Il n'y a personne qui ne voulût
+donner le premier coup pour les renverser ou pour les arracher; ce sont
+des Créatures imparfaites, en un mot des monstres auxquels la nature
+n'avoit rien épargné, mais que l'avarice, la luxure, le luxe, ou la
+malignité des hommes ont défigurées.
+
+S'ils ont été quelquefois dans la prospérité & dans l'élévation, les
+Peuples ont regardé ces avantages comme des productions erronées de
+l'esprit gâté & du cœur corrompu des Princes qui les ont élevez &
+chéris; Ils s'en sont même moquez entr'eux, & lors qu'ils ont osé le
+faire en public, ils ont fait éclater leur haine & leur mépris & pour
+les Eunuques & pour le choix qu'on en faisoit.
+
+ _Omnia cesserunt Eunucho Consule monstra_
+ _Heu terræ cœlique pudor. Trabeata per urbes_
+ _Ostentatur anus, titulumque effeminat anni._
+
+ _---- Quibus unquam sæcula terris_
+ _Eunuchi, videre forum._
+
+ _---- Numquam spado consul in orbe_
+ _Nec Judex, Ductorve fuit. Quodcunque virorum_
+ _Est decus, Eunuchi scelus est._
+
+ _---- A fronte recedant_
+ _Imperii, tenero tractari pectore nescit_
+ _Publica Maiestas, nunquam vel in æquore puppim_
+ _Vidimus Eunuchi clavo parere Magistri._
+ _Nos adeò sperni faciles? orbisque carina_
+ _Vilior?_[102]
+
+Tout le monde sçait que Caligula fit son Cheval Consul, & qu'il voulut
+qu'on lui rendit tous les honneurs qui sont dûs à cette dignité. Il prit
+envie de même à Arcadius de faire Flaac Eutrope qui étoit le Maître de
+sa garderobe & l'un de ses Eunuques, de le faire, dis-je, Consul, & ç'a
+été le premier, ou plûtôt le seul de cette qualité qui ait été pourvû
+de cet Emploi; aussi voit-on dans Claudien comment on s'irrita alors de
+cette conduite. Ce Poëte fit une Satyre piquante contre cet Eutrope
+après qu'il fut désigné Consul de Rome, & il le réprésente comme une
+vieille qu'on avoit revêtuë des honneurs du Consulat. [103] Ceux qui ont
+quelque teinture de l'Histoire Ecclésiastique sçavent comment Jean
+Evêque de Constantinople a déclamé contre cet Eutrope, & combien il a
+contribué à sa perte*. Il eut une fin digne de lui & des actions
+inhumaines qu'il avoit commises. Cet Eunuque ayant dessein de chatier
+quelques personnes qui s'étoient réfugiées dans les Eglises, il fit
+ensorte que l'Empereur publia une Loi par laquelle il étoit deffendu de
+s'y réfugier, & permis d'en tirer ceux qui s'y réfugieroient. Quelle
+injustice de violer ainsi le droit des Aziles! Mais il en fut puni
+bien-tôt après; car à peine la Loi fut-elle publiée qu'il encourut les
+mauvaises graces de l'Empereur, & qu'il fut obligé de rechercher le même
+azile que les autres. Comme il étoit caché sous l'Autel & qu'il y
+trembloit de peur, Jean monta au pupitre d'où il avoit accoûtumé de
+prêcher pour être plus aisément entendu, & fit une invective contre lui.
+L'Histoire ajoûte que l'Empereur lui fit couper la tête, qu'il fit ôter
+son nom d'entre les noms des Consuls, & qu'il fit effacer des Registres
+la loi qu'il avoit fait publier. Le chagrin qu'eurent les honnêtes gens
+de le voir dans ce poste fut cause de sa ruine. En effet, Gainas Goth,
+Général de l'Empereur, se révolta de dépit de voir cet Eunuque dans
+l'éclat de cette haute dignité, & ne voulut jamais se remettre dans son
+devoir qu'on ne lui apportât la tête d'Eutrope. On comparoît Eutrope à
+Gorgon, parce qu'il faisoit ses tours si adroitement que peu de gens
+s'appercevoient de ses ruses; on le regardoit comme une de ces pestes
+qui régnoient alors dans les Cours des Princes. Il vendoit les Charges
+de la Magistrature & les Jugemens; Il disposoit du Gouvernement des
+Provinces en faveur de qui il vouloit;[104] & non content d'avoir été
+fait Consul, il tâchoit de se rendre Maître de l'Empire. Il étoit
+insolent même envers son Prince, & il tomba dans sa disgrace pour avoir
+manqué de respect envers l'Impératrice.
+
+Les Peuples n'avoient pas du mépris seulement pour ces sortes de gens,
+ils avoient aussi de l'aversion pour eux; & si leur nom a passé pour un
+tître de Dignité, il a été aussi une injure, & on ne pouvoit en faire
+une plus sensible à un honnête homme que de l'appeller _Eunuque_.
+[105]Les Eunuques ont été de si mauvais augure, même parmi les Payens,
+que Lucien assure en plus d'un lieu qu'ils faisoient par leur rencontre,
+rebrousser chemin à beaucoup de personnes, qui aimoient mieux rentrer
+chez elles que de passer outre. [106]Cela se rapporte assez à ce que dit
+Pline de l'aversion que les animaux-mêmes ont pour ceux de leur espéce
+qu'on a mutilez. Il remarque que si on châtre un rat, il fait fuir tous
+les autres qui aiment mieux abandonner leur séjour ordinaire que de le
+souffrir parmi eux. Ce n'étoit pas pourtant pour cette raison que
+Diocles vouloit exclurre Bagoas de la chaire de Philosophie. Lucien en
+allégue d'autres tout à fait différentes, plus graves & plus
+vraisemblables.
+
+
+
+
+CHAPITRE X.
+
+_De quelle maniére les Loix civiles ont considéré les Eunuques, & quels
+droits elles leur ont attribué._
+
+
+L'Empereur Domitien deffendit au commencement de son Régne à toutes
+sortes de personnes, tant dans l'Empire Romain, que dans ses limites,
+d'avoir la hardiesse d'entreprendre de châtrer les petits enfans;
+
+ _Lusus erat sacræ connubia fallere tædæ_
+ _Lusus & immeritos ex ecuisse mares._
+ [107]
+ _Utraque tu prohibes, Cæsar populisque futuris_
+ _Succurris, nasci quos sine fraude jubes._
+ _Nec spado jam, nec mœchus erit te præside quisquam_
+ _At prius ó mores! & spado mœchus erat._
+
+Cette Ordonnance passa pour un avantage très grand, & pour une action
+digne d'un Prince sage & généreux; [108]Martial l'en félicite par cette
+belle Epigramme,
+
+ _Tibi summe Rheni Domitor & parens orbis_
+ _Pudice Princeps, gratias agunt urbes;_
+ _Populos habebunt, parere jam scelus non est._
+ _Non puer avari sectus arte Mangonis,_
+ _Virilitatis damna mœret ereptæ._
+
+Cependant il est certain que son motif ne fut nullement louable, car il
+ne fit cette deffense, comme le remarque Xiphilin dans sa Vie, & Dion
+Cassius, qu'en haine de Tite son frére qui aimoit les Eunuques.[109]
+Suetone ne rapporte pas cette particularité, mais elle n'en est pas
+moins certaine. Cette Loi & cette Ordonnance, n'est pas mise dans le
+Code au tître des Eunuques, sous le nom de Domitien, ni sous celui de
+Nerva, qui fit depuis la même deffense, mais sous les noms de Constantin
+& de Leon[110]; cependant, Suetone ne permet pas de douter qu'elle ne
+soit de lui. L'illustre & le célébre Monsieur de Leibnitz à qui j'ai
+proposé cette difficulté par maniére de conversation, m'a donné cet
+éclaircissement, que la Loi dont il s'agit ici étoit mise sous les noms
+de ces deux derniers Empereurs, parce qu'ils l'ont renouvellée, & qu'on
+ne sçavoit alors que par le moyen de l'Histoire, que Domitien & Nerva en
+fussent les premiers Auteurs, à peu près comme il en est de ces Loix
+somptuaires, des Ordonnances contre les Duels, & de divers Réglemens de
+cette nature qui passent pour être les Ouvrages des Princes modernes qui
+les publient, quoi qu'on sçache par le moyen de l'Histoire, que d'autres
+Princes les ont donnez à leurs Peuples plusieurs siécles auparavant.
+
+L'Empereur Adrien enchérit sur cette belle constitution, par un meilleur
+motif, & deffendit non seulement qu'on fit Eunuques par force ceux qui
+ne le souhaitoient pas, mais il deffendit même de faire Eunuques ceux
+qui le souhaitoient. Il y a trois Loix consécutives sur ce sujet dans le
+tître, _ad legem corneliam de sicariis & veneficis_.[111] Voici les
+termes de la premiére. _Constitutum quidem est ne spadones fierent, eos
+autem qui hoc crimine arguerentur corneliæ legis pœna teneri,
+eorumque bona meritò fisco meo vindicari debere; sed & in servos qui
+spadones fecerint ultimo supplicio animadvertendum esse. Et qui hoc
+crimine tenentur, si non adjuerint, de absentibus quoque tanquàm lege
+Cornelia teneantur, pronuntiandum esse. Planè si ipsi qui hanc injuriam
+passi sunt, proclamaverint, audire eos Præses Provinciæ debet, qui
+virilitatem amiserunt; Nemo enim liberum servumve invitum, sinentemve
+castrare debet; Neque quis se sponte castrandum præbere debet. Ac si
+quis adversus Edictum meum fecerit Medico quidem qui exciderit capitale
+erit, item ipsi qui se sponte excidendum præbuit._ Voici les termes de
+la seconde de ces Loix, _Hi quoque qui Thlibias faciunt, ex
+constitutione D. Hadriani ad Ninium hastam, in eadem causa sunt qua hi
+qui castrant_. Et voici enfin les termes de la troisiéme, _Is qui servum
+castrandum tradiderit pro parte dimidia bonorum mulctatur ex Senatus
+consulto quod Neratio Prisco & Annio Vero Consulibus factum est_. Tout
+cela montre que l'Eunuchisation étoit regardée comme une chose honteuse,
+odieuse, & préjudiciable à la société aussi bien qu'à la personne sur
+laquelle elle étoit pratiquée. [112]_Qui hominem, libidinis vel promercii
+causa castraverit, Senatus Consulto pœna legis Corneliæ punitur.[113]
+Et si puerum quis castraverit & pretiosiorem fecerit Vivianus scribit
+cessare Aquiliam, sed injuriarum erit agendum, aut ex Edicto Ædilium,
+aut in quadruplum._ Ce mot _pretiosior_ est obscur, comment un homme
+mutilé, dégradé, pour le dire ainsi, de sa qualité d'homme, pouvait-il
+être devenu plus prétieux? Voici le sens de ce mot, c'est que comme les
+Eunuques étoient aimez & carressez par les Princes, qu'ils étoient
+élevez aux premiéres Dignitez de leur Etat, leur condition en étoit
+devenuë par là, au moins à cet égard, beaucoup plus considérable, c'est
+ce qui paroît par la Loi 4. au Code _de præpositis sacri cubiculi_. Mais
+l'Empereur Justinien qui est venu depuis & qui a bien considéré les maux
+qui naissoient de cette coûtume, soit aux particuliers, soit au public,
+a réïtéré les mêmes deffenses, dans son Code[114] où il décide que,
+_tanquam homicida punitur ille qui castrat aliquem_, & dans deux
+chapitres de ses Nouvelles[115], à la tête desquelles il a mis une belle
+Préface qui en contient les motifs; Il traite cette action d'impie, de
+lâche, de honteuse, de deshonnête, & de criminelle, & il dit qu'on a
+commis cette espéce de crime sur une grande multitude de gens, que peu
+en ont échappé sains & saufs, qu'à peine en a-t-on pû sauver trois de
+quatrevingt & dix qui sont venus à sa connoissance; Il considére ces
+Eunuchisations comme des meurtres, comme des actions contraires à
+l'intention de Dieu, & de la nature, & à l'intention de ses propres
+Loix. Il est deffendu sous de griéves peines dans ce titre du Code dont
+je viens de parler, de vendre ou d'acheter les Romains qui ont été faits
+Eunuques, soit dans l'Empire Romain, ou dans les Païs étrangers. Il y
+est aussi deffendu, sous peine de la vie, de faire des Eunuques dans
+l'Empire Romain: celui qui auroit donné son esclave pour en faire un
+Eunuque en étoit pour la confiscation de la moitié de ses biens.[116]
+L'Empereur Leon s'est encore déclaré depuis en termes bien plus forts.
+_Virtutis_, dit-il, _ad procreandum à Deo naturæ inditæ exectio non
+minore cum audacia identidem committitur quàm si apud Deum nulli pœnæ
+obnoxia esset, cùm tamen vel maxime sit; Et quanquam veteribus
+Legislatoribus curæ fuerit, ut id malum ultrice lege excideretur, quo
+respublica ab istiusmodi invento munda esset; haud scio tamen, cum si
+qui alii, huic certe præscripto obtemperari atque à naturæ mutilatione
+abstineri æquum sit, quamobrem non ita faciant homines, sed tanquam
+utilitatem quamdam istiusmodi adversus Generandi vim, insidias
+reputantes, membra quæ homini nascendi causam suppeditant, lancinent, &
+creaturam aliam quam qualis, conditoris sapientiæ placuerit in mundum
+introducere contendant. Hoc igitur cùm inultum relinquendum non putemus,
+lege in id pœnam constituentes, quibus adeò divinam creaturam
+deformare religio non est, eorum audaciam, auxiliante Deo reprimere
+conemur._ Il appelle ceux qui font des Eunuques, _Naturæ insidiatores,
+detestandæ hujus artis artifices_; il les condamne & il finit cette
+excellente constitution par ces belles paroles, _si in albo Imperatorii
+famulatus sit, artifex detestandæ hujus artis primùm albo eximatur_. Un
+homme qui faisoit un Eunuque étoit considéré comme un Notaire ou un
+Tabellion qui faisoit un acte faux; le lieu où l'action avoit été
+commise étoit considéré comme un lieu où on avoit commis un crime de
+leze Majesté. Mornac qui a fait un excellent Commentaire sur le tître du
+Code qui traite _de Eunuchis_, dit avoir vû dans un Historien de France,
+qu'un soldat fut puni pour avoir ôté à un Moine ce qu'il croyoit lui
+être inutile, _chose inouïe_, dit cet Historien, _quod inaudita apud nos
+fuerat_. Messire Claude de Ferriere qui a fait aussi une espéce de
+Commentaire sur le même tître, rapporte la même Histoire; mais il y
+ajoûte ses réfléxions, & quoi que bon Catholique il dit, qu'_il y a des
+gens qui disent, qu'il seroit à souhaiter que_ solos Eunuchos haberet
+Ecclesia Ministros, _pour empêcher les desordres que nous ne voyons qui
+trop souvent, sans ceux qui nous sont inconnus_. _Il est vrai_,
+ajoûte-il, _qu'il y en a plusieurs qui pourroient y avoir intérêt_;
+_cependant, je crois qu'il vaut mieux laisser les choses comme elles
+sont, & ne pas faire du mal à ceux qui ne veulent que le bien de leurs
+prochains_. Quoi qu'il en soit, il paroît que les Loix ont regardé
+l'action de faire des Eunuques comme abominable, & l'Eunuque lui-même
+comme un monstre, aussi ne leur ont-elles jamais accordé les droits &
+les priviléges qu'elles accordent aux autres hommes.[117] Par éxemple il
+ne leur a point été permis de tester. J'avouë que l'Empereur Constance
+qui leur en avoit accordé la faculté parce qu'il faisoit tout ce qu'ils
+vouloient, a donné une Loi qui porte que, _Eunuchis liceat facere
+Testamentum, componere postremas exemplo omnium volontates, conscribere
+codicillos, salvâ testamentorum observantiâ_; Mais tous les
+Jurisconsultes estiment que cette liberté ne concerne que les Eunuques
+qui étoient près de sa Personne, ou près de celle de l'Impératrice. Il
+est certain que dans quelque degré de faveur que les Eunuques fussent,
+ils n'ont jamais été considérez que comme des Esclaves. Ils ont
+toûjours été le jouet des Princes, qui ont même abusé quelquefois de
+leur servitude; on peut dire qu'il a été d'eux à cet égard, comme de ces
+Genuches qui sont carressées dans les cabinets des Grands & vêtuës de
+toile d'or. Or il est certain que ce n'a été qu'à ces Eunuques
+privilégiez qu'il a été permis de faire Testament. L'Empereur Leon en
+rend la raison dans sa Nouvelle trente-huitiéme, mais bien plus
+particuliérement dans la Loi _Jubemus_, qui est la quatriéme au Code _de
+præpositis facii Cubiculi, & de omnibus cubiculariis & privilegiis
+eorum_. Le tître seul, pour le dire en passant, fait voir qu'il s'y agit
+des Eunuques, mais il le dit expressément comme on va le voir; _Nam cùm
+hoc privilegium_, dit-il, _videatur principalis esse proprium Majestatis
+ut non famulorum sicut privatæ conditionis homines sed liberorum
+honestis utatur obsequiis, periniquum est eos duntaxat pati fortunæ
+deterioris incommoda_; _sed testamenta quidem ad similitudinem aliorum
+qui ingenuitatis insulis decorantur pro suâ liceat eis condere
+voluntate_. Il y ajoûte néanmoins une réfléxion qui les distingue des
+hommes libres; [118]_Intestatorum verò nemo dubites facultates, ut pote
+sine legitimis sucessoribus defunctorum fisci juribus vindicari_; Et ce
+qui fait voir clairement qu'il s'agit du droit des Eunuques, c'est qu'il
+dit dans cette même Loi que, _hæc omnia tunc diligenti observatione
+volumus custodiri cùm sponte suaque voluntate quis dederit Eunuchum
+sacri Cubiculi Ministeriis adhæsurum_. Voila donc les Eunuques mis sur
+le pied des Esclaves; on en excepte les Gardes du Prince, mais cette
+exception ne fait que confirmer la régle, _Exceptio in non exceptis
+firmat regulam_. En général donc il est certain qu'ils ne peuvent
+instituer des héritiers, ni être eux-mêmes héritiers instituez. Dès
+qu'ils sont morts leurs biens sont vacans & dévolus au Fisc. Ils sont
+même considérez comme gens infames, indignes des Priviléges accordez par
+les Loix, témoin cette belle déclaration du Jurisconsulte
+Paulus, [119]_Quamvis nulla persona excipiatur, tamen intelligendum est
+de his legem sentire qui liberos tolere possunt_; _Itaque si Castratum
+libertum Jurejurando quis adegerit, dicendum est non puniri patronum hâc
+lege_. Ils ne peuvent point adopter, la Loi est précise contr'eux sur ce
+sujet, [120]_sed & illud utriusque adoptionis commune est, quod & ii, qui
+generare non possunt, (quales sunt spadones) adoptare possunt, Castrati
+autem non possunt_. J'avouë que l'Empereur Leon les a, pour ainsi dire,
+réhabilitez par la Nouvelle vingt-sixiéme, dans laquelle il les autorise
+à adopter; la raison qu'il en rend est assez plausible, _quemadmodum_,
+dit-il, _cui vocis usus ademptus est, quæ linguæ munia sunt per manum ad
+implere, & qui sermonem labiis fondere nequit per scripturam ad
+ordinandas res suas procedere, non prohibetur. Ita neque qui quod
+genitalibus privati sunt liberos non habent, horum indigentiam alio modo
+compensare vetandum est_; cependant on peut dire qu'elle n'est point
+juste, car c'est un principe de Droit aussi bien que de Philosophie & de
+bon sens, que, _adoptio naturam Imitatur_, de là vient que _pro monstro
+est ut major sit filius quàm pater_;[121] Et qu'on prescrit l'âge dans
+lequel on peut adopter, toûjours en sorte que les proportions d'âge
+soient gardées. Comment donc seroit-ce imiter la nature que de permettre
+à un homme, qui non seulement n'a jamais pû en produire d'autres, mais
+qui n'a pas eu la capacité & les choses naturelles requises pour en
+produire d'autres, d'en adopter quelques-uns? Il faut observer
+d'ailleurs que l'adoption n'étoit permise originairement qu'aux
+personnes qui avoient eu des enfans, & qui les avoient perdus, pour les
+consoler de leur mort. On a étendu depuis cette faculté jusqu'à ceux qui
+n'avoient aucun empêchement manifeste d'avoir des enfans, mais qui par
+l'événement n'en avoient point eu; les femmes mêmes ne pouvoient point
+adopter, parce qu'elles sont incapables de l'effet principal de
+l'adoption qui est la puissance paternelle, cependant elles peuvent
+adopter[122] _ex Indulgentia principis, ad solatium liberorum
+amissorum_. Mais ce seroit abuser de l'adoption que de l'accorder à des
+gens qui n'ont point eu, & qui n'ont pû avoir des enfans; ce ne seroit
+plus imiter la nature, ce seroit la surpasser, ou plutôt ce seroit lui
+insulter, & donner des enfans à des gens auxquels elle a ôté le moyen
+d'en produire. [123]Les Jurisconsultes ont eu tant d'égard à ces
+considérations qu'ils n'ont pas même voulu permettre qu'un de ces
+Eunuques auxquels il étoit permis de tester instituât un posthume pour
+son héritier, voici comment en parle Ulpien dans la Loi _sed est
+quæsitum_ §. I. _sed si Castratus sit, Julianus Proculi opinionem
+secutus non putat posthumum hæreden posse instituere, quo jure utimur_.
+J'avouë que je me suis étonné que Schneidevin, si savant & si judicieux
+ait soûtenu, qu'un Eunuque pouvoit être tuteur. Il est vrai qu'il semble
+qu'il n'entende parler que de ces gens impuissans qui n'ont qu'une
+partie de ce que la nature donne aux autres, & sa comparaison donne lieu
+de le croire; «Comme on ne peut point, dit-il[124], refuser une Tutelle
+sous prétexte qu'on n'a qu'un œil, ou qu'on est ce que les
+Jurisconsultes appellent _Morbosus_, un homme qu'il appelle _spado_ ne
+peut pas prétendre non plus d'être éxempt d'une Tutelle dont il doit
+être chargé;» Et il confirme son opinion par le §. spadonem 2. de la 6.
+ff. _de Ædilitio Edicto & redhibitione, & quanti minoris_, qui contient
+ces termes, [125]_spadonem morbosum non esse, neque vitiosum Verius mihi
+videtur, sed sanum esse, sicuti illum qui unum testiculum habes, qui
+etiam generare potest_. Ce qui me persuade qu'il ne s'agit point là d'un
+Eunuque proprement ainsi nommé, c'est que ce même titre distingue entre
+ce qu'il appelle [126]_morbosus & vitiatus_, & qu'il distingue ce qu'il
+appelle _vitium simplex, de vitio corporis penetrante usque ad
+animum_. [127]Il nomme particuliérement ceux _qui præter modum, timidi,
+cupidi, avarique sunt aut iracundi_; Comment est-ce qu'un homme lâche &
+timide comme l'est un Eunuque, peut servir d'appui & de secours à un
+mineur qu'il auroit sous sa Tutelle, peut-être que ce pupile seroit plus
+hardi, plus entendu & plus vigoureux que lui. [128]Quoi qu'il en soit
+cela me paroît contraire à l'ordre & à l'équité, j'ajoûte même à
+l'intention du Droit, car _Tutelam administrare virile munus est_, &
+_ultrà sexum fœmineæ infirmitatis tale officium est_. J'avouë que je
+me suis étonné quelquefois que les Loix les ayent admis à
+s'enrôler, [129] _Qui cum uno testiculo natus est, quive amisit, jure
+militabit, secundum Divi Trajani rescriptum_; La raison de cette Loi me
+la rend d'autant plus surprenante, _Nam & Ducis Sylla_, ajoûte-t-elle, &
+_Cotta memorantur eo habitu fuisse naturæ_. Est-ce que parce qu'il y a
+eu deux grands hommes parmi les Eunuques, par une exception très
+particuliére à la régle, il y a lieu de statuer que tous les autres sont
+capables de porter les armes? Comme le combat conjugal est différent de
+ceux qui se donnent à la guerre, les armes le sont aussi; Et comme les
+Eunuques ne les ont point, ils ne peuvent point entrer aussi dans cette
+agréable milice; C'est la décision de Plaute dans cette ingénieuse
+allusion, [130] _si amandum est, amare oportet testibus præsentibus_.
+Enfin, les Eunuques ne pouvoient paroître de leur chef dans aucun acte
+solemnel; [131]_ad solemnia adhiberi non potest, cùm juris Civilis
+communionem non habeat in totum, ne Prætoris quidem Edicti_. Il ne faut
+avoir qu'une teinture fort legère du Droit pour sçavoir que l'état des
+personnes consiste en trois choses, qui sont, _la liberté_, _la
+bourgeoisie_, & _la famille_, & que lors que quelqu'un est déchû de
+l'une de ces trois choses, il souffre un changement notable dans son
+état; suivant cela qu'est-ce qu'un Eunuque? Et quelles faveurs les Lois
+ont-elles pû lui faire? Quintilien nous donne une idée fort juste de la
+nature d'un Eunuque & du droit qui lui convient[132]. Pour moi, dit-il,
+quand je considère la nature, il n'est point d'homme qui ne paroisse
+plus beau qu'un Eunuque, & je ne crois point que la Providence puisse se
+dégoûter jamais assez de ses ouvrages pour souffrir que la débilité
+passe pour une perfection, & que l'infirmité ait un rang parmi les
+bonnes choses. Je ne puis m'imaginer que le fer puisse rendre beau ce
+qui seroit un monstre s'il naissoit en l'état dans lequel la section l'a
+pû réduire. Que l'imposture d'un séxe artificiel donne tant de plaisir
+que l'on voudra, les mauvaises mœurs n'auront jamais assez d'Empire
+sur la raison, pour faire passer pour bon ce qu'elle a pû faire passer
+pour beau & pour précieux..... Qui parmi les célébres Sculpteurs, ou
+parmi les grands Peintres, quand il tâche de répresenter les corps les
+plus parfaits, voudroit en retrancher de telles choses? Et prendre pour
+leurs modelles ou un Bagoas, ou quelque Megabize, plûtôt qu'un
+Doriphoron capable de tous les éxercices de la guerre, & de tous les
+jeux? Ou que de jeunes gens belliqueux? Ou de ces athlétes dont le corps
+a été admiré?
+
+Je me suis assez étendu sur cette matiére je passe à une autre; J'ajoûte
+seulement ici par forme d'éclaircissement, qu'il faut faire toûjours une
+grande différence entre les Eunuques volontaires qu'on a fait tels de
+leur gré & de leur consentement, & entre ceux qu'on a été contraint de
+faire tels pour leur sauver la vie, ou par quelqu'autre nécessité
+semblable; les uns ont toûjours été odieux & méprisables, mais les
+autres ont été à plaindre, & ont été dignes de support & de secours.
+
+
+
+
+CHAPITRE XI.
+
+_Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans la société civile; de
+quelle maniére les Loix les y ont considerez, & quels droits elles leur
+ont attribué._
+
+
+Si les Eunuques forcez, c'est à dire ceux qu'on a fait tels dans leur
+jeunesse, dans un tems de persécution, ou par l'ordre d'un Tyran, & ceux
+qui le sont devenus par accident, ont toûjours été l'objet du mépris &
+de la raillerie des hommes. Quelle indignation n'ont-ils pas dû
+concevoir contre ces ames lâches & basses, qui par des vûës d'intérêt &
+d'ambition, se sont fait retrancher la partie extérieure de leur corps
+la plus noble & la plus utile à la société? la Loi les condamne au
+dernier supplice comme des homicides d'eux-mêmes. Et voici comment
+l'Empereur Adrien parle contr'eux, [133]_Ac si quis adversus Edictum
+meum fecerit, Medico quidem, qui exciderit capitale erit. Item ipsi qui
+se sponte excidendum præbuit._ On les regardoit autrefois comme des
+infames du premier ordre, on les bannissoit de la compagnie des hommes,
+& on ne souffroit pas qu'ils fussent instituez héritiers n'étans en cet
+état ni homme, ni femme. Voici un éxemple précis qui donnera une juste
+idée du cas qu'on en a fait, & des droits qu'on a voulu leur attribuer;
+c'est Valére Maxime qui le fournit[134]; «Que dirai je, s'écrie-t-il, de
+l'ordonnance du Consul M. Æmile Lepide? n'est elle pas d'une très grande
+conséquence? Genutius Prêtre de Cybelle Mére des Dieux, ayant obtenu du
+préteur Cn. Oreste, qu'il seroit remis en la possession des biens que
+lui avoit laissez Nevianus, par Testament, Sardinius dont l'affranchi
+avoit ainsi favorisé Genutius en appella devant le Consul Mamercus,
+soûtenant que Genutius s'étant volontairement privé des parties qui le
+faisoient homme, ne devoit point être mis au rang ni des hommes, ni des
+femmes, ce qui fut cause que la Sentence du Préteur fut cassée. L'Arrêt
+est digne de Mamercus & d'un Prince du Senat, car il empêcha que les
+siéges de nos Juges ne fussent souillez de la vûë d'une si indigne
+personne que Genutius, & que sous prétexte de demander justice, sa voix
+efféminée & lascive n'y fut entenduë.» Ceci suffit sur cet article,
+parce qu'au reste on peut leur appliquer ce que j'ai dit dans les
+chapitres précédens. Je dirai seulement, qu'il faut encore distinguer
+les Eunuques volontaires entr'eux; Qu'un Combabus & d'autres semblables,
+sont exceptez de cette haine & de cette condamnation publique si
+justement dûës aux autres, ce n'est pas qu'ils soient tout à fait
+excusables, mais on peut dire qu'ils le sont en quelque sorte, parce que
+de deux maux ils croyent éviter le pire. Ils imitent ce Marchand dont
+parle Juvénal, ou plûtôt le Castor,
+
+ -------- Imitatus Castora a qui se[135]
+ Eunuchum ipse facit, cupiens evadere damno
+ Testiculorum.
+
+Ce Poëte étoit apparemment du sentiment des vieux naturalistes qui ont
+crû & qui croyent encore que le Castor coupe ses parties viriles afin de
+se délivrer des mains des chasseurs, parce qu'il croit qu'on ne le
+poursuit que pour les avoir; Mr. le Baron de la Hontan nous a bien
+détrompez de cette vieille erreur, voici ce qu'il dit sur ce sujet.
+
+«[136]Au reste, n'en déplaise aux découvreurs de la nature, aux
+chercheurs de merveilles & de secrets sur les terres de cette Divine
+ouvriére, il n'est point vrai que les Castors se mutilent & se fassent
+Eunuques pour échapper à la trop pressante poursuite des Chasseurs; Non,
+ces mâles estiment plus leur séxe, & font plus de cas que cela de la
+propagation de leur rare espéce. Je ne puis même concevoir sur quel
+fondement on a bâti une si grande chimére. Premièrement, la matiére
+qu'il a plû à la secte d'Hypocrate de nommer _Castoreum_ n'est pas
+renfermée dans ces précieuses & multipliantes parties; Elle est dans un
+réceptacle, un véhicule, ou une maniére de poche qui est singuliére à la
+machine organique de ces animaux, & que la nature semble n'avoir formée
+que pour eux; l'usage que le Castor fait de cette matiére, c'est de s'en
+nettoyer & dégager les dents lors qu'elles sont pleines de la gomme de
+quelque arbrisseau dans lequel il aura mordu. Mais quand j'accorderois
+que le _Castoreum_ est dans les testicules, comment cet animal
+pourroit-il les couper sans se déchirer tous les nerfs des aînes
+auxquels ils sont attachez près de _l'os pubis_ (trouvez-moi Officier
+_Huron_ qui parle plus pertinemment d'Anatomie,) mais en me mettant sur
+mes louanges j'ai perdu la conséquence que je voulois tirer de ce
+déchirement de nerfs; N'importe, je ne démorderai pas pour cela de mon
+scientifique raisonnement. C'étoit bien à Elian, & à d'autres rêveurs de
+Naturalitez comme lui, de nous venir parler de la Chasse des Castors?
+Avoient-ils puisé cette connoissance dans les méditations du cabinet?
+S'ils avoient eu la gloire de vivre comme moi parmi ces Amphibies, ils
+auroient sçû qu'un Castor ne s'embarasse point du tout d'un Chasseur;
+vous sçaurez d'abord que cet animal a la précaution de ne point
+s'éloigner du bord de l'étang où sa cabane est construite; De plus, il a
+toûjours l'oreille au guet, & sitôt que par le moindre bruit, il
+soupçonne qu'on lui en veut, il plonge, & nage entre deux eaux jusqu'à
+ce que n'y ayant plus de danger, il puisse rentrer sûrement chez soi. Si
+cette raison ne vous semble pas de poids pour les Castors terriens, je
+vous renvoye à _l'os pubis_. Autre argument péremptoire. Si le Castor,
+pour arrêter la poursuite de l'ennemi, faisoit la sanglante opération
+qu'on lui attribuë, la nature lui auroit donné en cela un instinct fort
+imparfait; car quand cet Animal n'auroit plus son _Castoreum_ on ne lui
+feroit pas la chasse avec moins d'ardeur; Le _Castoreum_ est le butin le
+moins important, ou plûtôt ce n'est rien en comparaison de la peau;
+Celle-ci est la proye dominante & la maîtresse piéce de la bête; Ainsi
+ce pauvre Castor, pour se sauver de l'avarice du Chasseur, devroit tout
+au moins s'écorcher tout vif, & lui jetter sa peau; encore ne sçai-je
+après cela si cette barbare & insatiable figure nommée _homme_ ne
+voudroit pas la chair & les os de cet innocent animal..... [137]Sa
+fourure est bizare, & bien différente d'elle-même; Elle est formée de
+deux sortes de poils opposez. L'un est long, noirâtre, luisant, & gros
+comme du crin; l'autre délié, uni, long de quinze lignes pendant
+l'hyver, en un mot, le plus fin duvet qui soit au monde; Il n'est pas
+nécessaire de vous avertir que c'est cette seconde espéce de poil que
+l'on cherche avec tant d'empressement, & que ces animaux méneroient une
+vie plus sûre & plus tranquille s'ils n'étoient vétus que de crin.» Il
+fait une histoire & une description fort curieuses du Castor; outre que
+cet illustre Voyageur est un homme sçavant, de bon sens & de bon goût,
+très capable de penser, de raisonner, & de juger juste sur un sujet tel
+que celui ci qui ne demande que la vûë & du discernement; J'ai remarqué
+en lisant Pline[138], qu'un vieux Médecin de son tems qu'il nomme
+Sextius, _diligentissimus Medicinæ veteris autor_, étoit à peu près du
+même sentiment que Mr. le Baron de la Hontan; Comme j'ai eu l'honneur de
+voir ce Baron curieux, à qui le Public a l'obligation d'avoir aquis
+plusieurs connoissances rares, & de l'entretenir, c'est avec
+connoissance de cause que je parle de lui avec tant d'éloges; [139]J'ai
+beaucoup de respect pour les doctes Auteurs des Journaux de Trevoux, &
+beaucoup de reconnoissance du fruit que je tire de leurs veilles & de
+leurs travaux, mais ils me pardonneront, s'il leur plaît, si je n'entre
+point dans les sentimens qu'ils ont si peu favorables à ce Voyageur
+digne, à mon avis, d'une meilleure réputation que celle qu'ils tâchent
+de lui établir dans le monde.
+
+
+
+
+CHAPITRE XII.
+
+_Quel rang les Eunuques volontaires & forcez, ont tenu dans la Société
+Ecclésiastique; de quelle maniére l'Eglise & ses Canons les ont
+considérez, & quels droits ils leur ont attribuez._
+
+
+Dieu a eu de tout tems en abomination toutes fortes d'animaux
+mutilez. [140] _Vous n'offrirez point au Seigneur_, dit-il, _tout animal
+qui aura ce qui a été destiné à la conservation de son espéce, ou rompu,
+ou foulé, ou coupé, ou arraché, & gardez-vous absolument de faire cela
+dans vôtre Païs_. Cette deffense est générale, mais il en a fait une qui
+concerne l'homme en particulier, [141] _L'Eunuque_, dit-il, _dans lequel
+ce que Dieu a destiné à la conservation de l'espéce, aura été ou
+retranché, ou blessé d'une blessure incurable, n'entrera point en
+l'Eglise du Seigneur_.
+
+Quelques Interprétes de l'Ecriture Sainte croyent, que par le mot
+_Eglise_ qui est employé dans ce dernier passage, il faut entendre
+l'Assemblée du Peuple Juif, & que Dieu deffend ici, que ceux
+que [142]_les hommes avoient faits Eunuques_, comme parle Jésus Christ,
+fussent admis dans les Assemblées & dans les Charges publiques. Je ne
+rapporterai point ici les divers sens spirituels que Théodoret, Clément
+Aléxandrin, & divers autres Péres de l'Eglise, ont donné à ce passage;
+on y verroit pourtant qu'une certaine sorte de stérilité, &
+l'impuissance, sont des choses indignes, & qui éloignent de Dieu; mais
+ces explications m'éloigneroient trop de mon sujet. Je dirai donc
+seulement, que par ce mot _Eglise_, dont les Eunuques sont exclûs, il
+faut entendre, non seulement l'Assemblée des Juifs & leur Magistrature,
+mais même tous leurs Priviléges; L'Eunuque ne peut jouïr d'aucun de
+leurs avantages, il ne peut jamais être censé faire partie du Peuple
+Saint, ni être Israëlite, ni fils d'Abraham; ni jouïr des Priviléges de
+la Nation Sainte, comme d'espérer qu'on lui prêtera de l'argent à
+intérêt, qu'il aura part au bénéfice du Jubilé, c'est à dire qu'il
+jouïra des Priviléges de l'année septiéme de rémission; Les Eunuques
+sont bannis en un mot de la Société politique des Juifs, _ut non
+habeantur Cives, nec habeant jus civicum apud Judæos_. C'est en ce sens
+que ce mot Eglise est pris au ℣. 4. du chapitre 20. des
+Nombres; & au ℣. 2. du chapitre 20. du Livre de Judith.
+Voila une terrible malédiction, la Loi de Dieu est bien plus sévére
+contre les Eunuques, que les Loix Politiques & Civiles que j'ai
+rapportées. Il semble presque que cette Jurisprudence ait changé sous la
+Nouvelle Alliance; En effet, bien loin d'éloigner les Eunuques de
+l'Eglise, si on en croyoit Origéne, ou les Valésiens, il faudroit être
+Eunuque pour aquérir le Ciel; mais j'ai fait voir dans un des chapitres
+précédens, que les paroles de Jésus Christ sur lesquelles ils avoient
+fondé leur opinion, n'ont rien innové à cet égard, qu'ils l'ont
+eux-mêmes reconnu depuis, & je vais faire voir positivement, que la
+Jurisprudence de l'Eglise Chrétienne condamne les Eunuques volontaires &
+quelques-uns des autres. Cette Jurisprudence est établie par le droit
+Canon[143]; _Corpore verò Vitiati, y est-il dit, similiter a sacris
+officiis prohibentur_; Cela est un peu général, mais voici quelque chose
+plus particulier, [144]_si quis pro ægritudine naturalia a Medicis secta
+habuerit_; _similiter & qui a Barbaris aut qui a Dominis suis castrati
+fuerint, & moribus digni inveniuntur hos Canon admittit ad Clerum
+promoveri_. _Si quis autem sanus non per disciplinam Religionis &
+abstinentiæ sed per abscissionem a Deo plasmati corporis existimat posse
+à se carnales concupiscentias amputari, & ideò se castraverit, non eum
+admitti decernimus ad aliquod clericatus officium. Quod si jam fuerit
+ante promotus ad Clerum, prohibitus a suo Ministerio deponatur._ La
+raison de cette différence est rapportée dans le Canon 8. après avoir
+parlé de ceux qui sont tels lors que, _casu aliquo contigerit dum operi
+rustico curam impendunt, aut aliquid facientes seipsos non sponte
+percutiunt_, & les avoir opposez aux Eunuques volontaires, _in illis
+enim_, dit-il, _voluntas est vindicanda quæ sibi causa fuit ferrum
+injicere, in istis autem casus veniam meruit_; Il dit la même chose de
+ceux que les Barbares, la Maladie, un Tyran, ou un Ennemi, ont mutilez,
+ceux-là sont dignes de compassion & de support.
+
+Cette Jurisprudence est beaucoup plus ancienne que le decret de Gratien
+dont j'ai tiré les décisions que je viens d'alléguer, elle est établie
+par le Concile de Nicée qui est le premier œcuménique; voici le
+premier de ses Canons; «Si quelqu'un étant malade a été fait Eunuque par
+les Médecins, ou s'il a été coupé par les Barbares, qu'il demeure dans
+le Clergé & dans l'état Ecclésiastique; Mais si étant sain il s'est
+retranché lui-même, il faut que s'il est du Corps du Clergé, il
+s'abstienne des fonctions de son Ministére, & qu'à l'avenir on n'admette
+plus au rang des Ecclésiastiques aucun de ceux qui en auront usé de la
+sorte;» Et comme il est manifeste que cette ordonnance regarde ceux qui
+ont agi de cette maniére de propos délibéré, & qui se sont coupez
+eux-mêmes, cela ne regarde point ceux qui auront été faits Eunuques par
+les Barbares, ou par leurs Maîtres, ils peuvent être reçûs dans le
+Clergé selon les régles de l'Eglise, pourvû que d'ailleurs ils en soient
+dignes. Ce Canon du Concile de Nicée est rapporté dans la Vie de Saint
+Athanase faite par Mr. Herman, & suivi des réfléxions de ce judicieux
+Auteur. Il ne sera point inutile de les rapporter ici, ne fut-ce que
+pour épargner la peine de les chercher ailleurs; «On ne peut pas dire au
+vrai quelle a été l'occasion qui a porté les Péres du Concile de Nicée à
+traiter de cette maniére, & à user de cette juste sévérité contre ceux
+qui se faisoient Eunuques par leurs propres mains; Il est certain que
+cette mutilation volontaire qui étoit deffenduë par les Loix Civiles, &
+particuliérement par celles de l'Empereur Adrien, ne pouvoit être
+approuvée par l'autorité de l'Eglise; le zele inconsidéré d'Origéne qui
+s'étoit coupé lui même, en expliquant d'une maniére trop littérale le
+chapitre dixneuviéme de l'Evangile de Saint Matthieu, avoit été condamné
+par Demetrius son Evêque, quoi qu'il admirât en même tems cette action
+comme un transport extraordinaire de piété. L'abus de quelques
+Hérétiques nommez Valesiens qui retranchoient ainsi toutes les personnes
+de leur Secte, avoit déja été considéré comme un excès aussi contraire
+aux sentimens de la véritable Religion qu'aux régles communes de
+l'humanité. Toutes ces considérations font bien voir la justice de ce
+premier Canon de Nicée, mais elles ne nous apprennent point quelle en a
+été l'occasion. Quelques uns prétendent que ce Canon fut fait à
+l'occasion du Prêtre Leonce, depuis élevé par les Arriens à l'Episcopat
+d'Antioche, qui perdit son rang pour s'être ainsi mutilé lui-même; mais
+en ce que Theodoret ajoûte que son Ordination étoit contre les Loix du
+Concile de Nicée, il donne quelque lieu de croire que ce Prêtre n'avoit
+pas encore commis un si grand excès, & que ce ne fut que depuis le tems
+de cette sainte Assemblée, que le desir de converser plus librement avec
+une fille nommée Eustolie, le porta à armer ses propres mains contre
+lui-même, en imitant Origéne. Quoi qu'il en soit ceux qui étoient
+devenus Eunuques, ou par maladie, ou par une violence étrangére, ne sont
+point exclus des Dignitez de l'Eglise; Et c'est ainsi que S. Germain, &
+S. Ignace, ont rempli si dignement le Patriarchat de Constantinople.
+Mais ceux qu'un faux zele pour la chasteté, ou quelqu'autre
+considération, a porté à une action si barbare, sont jugez indignes des
+fonctions de leur Ministére, s'ils sont déja du nombre des Clercs, ou
+d'être élevez à la Cléricature s'ils sont encore parmi les Laïques;» A
+l'égard de ceux qui se sont faits Eunuques par intérêt, par ambition, ou
+par quelqu'autre motif, lâche, bas, & odieux, ce n'est pas assez de les
+exclure des Charges Ecclesiastiques, il faut les réputer & les tenir
+pour si infames, qu'on les bannisse de la compagnie des hommes; c'est
+ainsi que l'antiquité en a agi, comme je l'ai fait voir dans l'éxemple
+de Genutius. Je passe plus loin encore, car j'estime que non seulement
+ils doivent être couverts d'opprobre & de honte, mais même qu'ils
+doivent être punis comme d'un crime capital; En effet, le droit les
+déclare homicides d'eux-mêmes; [145]_si quis absciderit semet ipsum, id
+est si quis computaverit sibi virilia, non fiet Clericus, quia sui est
+homicida, & Dei conditioni inimicus_. _Si quis cum Clericus fuerit
+absciderit semet ipsum, omninò damnetur, quià sui homicida est._ Il est
+bon d'entendre ce mot _homicida_; car il n'est pas vrai, à parler
+proprement, que celui qui se fait Eunuque, se fasse mourir; mais c'est
+parce qu'il se met en danger de mourir dans l'opération; car comme on
+l'a vû dans un des chapitres précédens, l'Empereur dit, que de
+quatrevingt-&-dix qu'il a vû couper, à peine en est-il échappé trois; Il
+est donc appellé homicide de soi-même, _propter homicidii periculum quod
+sequi poterat sectionem_; au même sens qu'il est dit dans le chapitre
+dernier de la distinction quatrevingt-&-septiéme, que quiconque expose
+un enfant en est homicide; la raison de cela est qu'il ne faut pas
+considérer ce qui arrive, mais ce qui pouvoit arriver. _Prætor non ait
+cujus casus nocere posset_, dit la Loi, _ex his Verbis_, ajoûte-t-elle,
+[146]_manifestatur non omne quidquid positum est, sed quidquid sic
+positum est ut nocere possit, hoc solum prospicere Prætorem ne possit
+nocere, nec spectamus ut noceat, sed omninò si nocere possit Edicto
+locus sit_; _Coërcetur autem qui positum habuit, sive nocuit id quod
+positum erat, sive non nocuit._ J'ajoûte à la disposition du Droit,
+qu'outre les cas qui y sont exceptez, il y en a un qui mérite d'être
+considéré, c'est lors que le salut de tout le corps éxige qu'on en
+retranche cette partie, car c'est une maxime du bon sens que _præstat
+partis quàm totius facere jacturam_. Mais j'ai fait voir que la piété ni
+la Religion ne pouvoient pas servir de prétexte à cette infame
+éxécution; _Non est licita ad servandam aliquam virtutem_. _V. G.
+Castitatem, quia non desunt alia media quibus cum Dei gratia possit homo
+& assequi & tueri hanc virtutem._ Au reste, il y a une remarque à faire
+sur ce sujet qui n'a pas été trouvée indigne des plus habiles Critiques,
+& des plus célébres Jurisconsultes; Mornac la rapporte dans son
+Commentaire sur la Loi, _si quis Cod. de Eunuchis_. Voici en quoi elle
+consiste. Le Canon neuviéme de la distinction cinquante-cinquiéme
+contient ces mots, _Eunuchus si per insidias hominum factus est, vel si
+in persecutione ei sunt amputata virilia, vel si ita natus est dignus,
+fiat Episcopus_; ce mot _Episcopus_ a paru là mal placé, on a eu
+recours, pour s'éclaircir sur le doute qu'on en a eu au Canon des
+Apôtres vingt-&-uniéme, & on y a trouvé dans l'éxemplaire Grec le mot
+χλεοικὁς, & non pas celui d'_Episcopus_. Ce qui avoit donné lieu à ces
+Savans de douter étoit, dit Mornac, que l'indécence & la difformité d'un
+homme sans barbe & efféminé, desagréable & méprisable dans le Public, ne
+permettoit pas de croire que l'Eglise l'eût élevé sur une de ses
+premiéres chaires pour y enseigner, y présider sur tout le reste du
+Clergé, & pour le dire ainsi, pour dominer sur lui: Cette réfléxion
+n'est point inutile ici, car il paroît que quelque support que l'Eglise
+ait eu pour ces malheureux, l'état de leur personne a toûjours été si
+vil & si abject, que quelques dignes qu'elles fussent d'ailleurs, elle
+n'a jamais voulu les placer dans les lieux éminens, ni leur conférer des
+Dignitez illustres & considérables.
+
+Je finirai ce chapitre & cette premiére Partie de mon Ouvrage tout
+ensemble, par quelques remarques qui ne seront point inutiles à mon
+sujet. Je dirai d'abord que je n'ai point prétendu faire une Histoire
+naturelle des Eunuques, ni une Histoire éxacte du sort qu'ils ont eu
+dans tous les siécles, & dans tous les Païs; les mœurs des Nations &
+des tems sont fort différentes, on voit à la honte de la raison humaine,
+que ce qui a été du goût du Public dans un siécle, déplaît beaucoup dans
+un autre. Cette bizarerie paroît sur tout parmi les différens Peuples
+qui ont différens génies. Ce défaut de virilité n'est pas également
+honteux par tout, il rend considérables en plus d'un lieu des gens qui
+sans cela ne le seroient point: leur nom n'est pas également une injure
+dans tous les Païs; Ils ont éxercé les premiers Emplois & reçû des
+honneurs qui ne cédoient qu'à ceux qui étoient rendus aux Souverains. On
+voit encore presque la même chose dans tous les Païs du Levant, dans la
+Perse, dans l'Egypte, dans la Mesopotamie, & il est de notoriété
+publique qu'à la Porte du grand Seigneur, & dans la vaste étenduë de son
+Empire qui s'étend dans les trois parties de l'ancien Monde, les
+Eunuques possédent une autorité presque pareille à la Souveraine; Ils
+étoient autrefois les yeux & les oreilles des Rois de Perse, ils le sont
+encore de l'Empereur des Turcs. Les Romains au contraire ont toûjours eu
+en horreur ces demi-hommes, & abominé la Castration; voici comment César
+en parle à l'occasion d'une infinité de personnes auxquelles le Roi
+Pharnacés avoit fait perdre la virilité[147], _quod quidem supplicium_,
+dit-il, _gravius morte Cives Romani ducunt_; cependant on voit que peu
+après du tems des Antonins Plautianus fit faire un grand nombre
+d'Eunuques, comme je l'ai dit ailleurs; Et aujourd'hui les Italiens en
+ont beaucoup & en font cas. [148]Mr. Chevreau nous apprend qu'ils nomment
+vertueux leurs _Castrati_ qui ont la voix belle, & qu'ils honorent du
+même tître les Courtisanes, quand elles chantent, qu'elles dessinent,
+qu'elles jouent de la Guitare, ou qu'elles font un Madrigal. La Reine
+Christine les appelloit, _la Virtuosa Canaglia_. C'est une chose qui est
+digne de remarque, qu'il n'y a proprement que l'Italie, qui n'est qu'un
+coin de terre en comparaison de tout le reste du monde Chrêtien, qui
+produit des Eunuques. Il seroit fort difficile de rapporter exactement
+tout ce que le caprice des hommes leur a fait faire à cet égard dans
+tant de siécles qui se sont écoulez, & parmi tant de Peuples qui ont
+habité toutes les parties du Monde; D'ailleurs, comme ce n'est point le
+but de cet Ouvrage, il me suffit de conclure de tout ce que j'ai dit
+jusques ici, qu'il ne paroît aucune Ordonnance, aucune Loi, ni aucune
+Constitution, qui réglent le mariage des Eunuques, ce que l'on
+trouveroit infailliblement dans les Historiens anciens & modernes, ou
+dans les compilateurs du Droit, s'il leur avoit été permis d'en
+contracter, & s'il s'en étoit effectivement contracté, de même qu'on en
+trouve concernant la faculté de se faire Eunuque, de tester, d'adopter,
+d'éxercer la Tutelle, & d'être appellé en témoignage; on y trouve au
+contraire des Loix qui les deffendent absolument. C'est ce qu'il s'agit
+d'éxaminer plus particuliérement dans la seconde Partie de cet Ouvrage.
+
+_Fin de la premiére Partie_.
+
+
+
+
+SECONDE PARTIE.
+
+ Dans laquelle on discute le droit des Eunuques par rapport au
+ mariage; & dans laquelle on éxamine s'il doit leur être permis de
+ se marier.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+_De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque ne peut y répondre._
+
+
+Mon dessein n'est point de faire ici l'éloge du Mariage, & moins encore
+d'outrer les choses sur ce sujet, comme a fait un Auteur moderne dont
+les éxagérations ont été fort relevées[149]. Je n'ai pas dessein non
+plus d'éxaminer à fond la matiére du mariage; Sanchez & Pontius y ont
+trouvé de quoi faire chacun un gros volume in folio; & nous avons vû
+depuis peu, qu'un Ecclésiastique de Florence nommé Charles Mazzi, a
+tâché de traiter succinctement ce sujet & de réduire ce qu'on en a dit
+en abregé comme il paroît par le titre de son Ouvrage, qui est, _Mare
+Magnum Sacramenti Matrimonii in exiguo_; Cependant, son Livre est un
+Volume in folio; Ce qui a donné lieu à un habile homme de dire[150], que
+puis que l'Auteur, en nous donnant un in folio, ne nous montre qu'en
+petit l'ocean du mariage; combien de volumes faudroit-il pour nous le
+montrer en grand? Quoi qu'il en soit, c'est une matiére si vaste, si
+agitée, si pleine d'écueils, que les Théologiens Casuistes ne sçavent
+comment faire pour l'épuiser, & qu'ils se trouvent souvent incertains de
+la route qu'ils doivent tenir; Je me contenterai donc de poser quelques
+principes généraux par lesquels je ferai connoître la nature & le but du
+mariage, pour en tirer ensuite des conséquences nécessaires au sujet
+particulier que je traite.
+
+Le Mariage est, selon la définition que les Jurisconsultes en donnent,
+un consentement de l'homme & de la femme, de passer leur vie ensemble
+dans une union perpétuelle, qui ne soit séparable que par la mort de
+l'un ou de l'autre; [151]_Viri & mulieris conjunctio individuam vitæ
+consuetudinem continens_. Quoi que cette définition soit donnée par des
+Jurisconsultes qui ont été les oracles de la Jurisprudence, j'oserai
+dire néanmoins qu'elle n'est point juste; car si elle l'étoit, la
+Tourterelle qui ne s'accouple qu'avec un mâle, & qui ne se laisse point
+approcher par un autre lors que le premier est mort, auroit contracté un
+mariage; ce qu'on ne peut pas dire d'une bête destituée de raison &
+d'intelligence. D'ailleurs, le concubinage constant avec une seule femme
+seroit aussi un véritable mariage, ce qui est contraire à l'institution
+de son union. Toutes les unions qui sont indivisibles dans la société ne
+sont pas des mariages; cependant, pour ne pas disputer ici contre une
+définition reçûë depuis tant de siécles, je dirai seulement qu'elle
+contient deux expressions qui demandent quelqu'éclaircissement; l'une
+est le mot _conjunctio_, il ne se prend pas simplement pour le
+consentement des contractans, il se prend aussi _pro corporum
+commixtione_. L'autre est le terme _individuam_, il s'entend de ceux qui
+contractant mariage lesquels sont censez avoir dessein de vivre ensemble
+dans l'union jusqu'à la mort de l'un ou de l'autre, car le divorce étoit
+permis chez les Romains, comme on le voit par le tître entier du Code de
+_Repudiis_, & du Digeste _De Divortiis & Repudiis_. Ce que je dirai dans
+la suite de ce chapitre pourra satisfaire aux doutes auxquels ces mots
+ont donné lieu.
+
+Le Mariage est la plus excellente de toutes les unions. 1. Parce que
+c'est Dieu qui l'a institué dans le Paradis terrestre, durant l'état
+d'innocence. 2. Parce qu'il n'y a rien qui convienne mieux à l'homme que
+le mariage, ni qui se rapporte plus parfaitement à ses besoins. 3. Parce
+que le mariage est très nécessaire au monde pour y conserver les
+Sociétez, & pour y entretenir la sagesse & la pudeur.
+
+La différence des séxes & ces paroles, _croissez & multipliez_, que Dieu
+a prononcées lui-même lors qu'il les joignit ensemble, qu'il institua le
+mariage & qu'il le benit, font voir manifestement que le but de cette
+union n'est autre que la propagation du genre humain. Cette union ne
+peut donc point passer pour un simple consentement de demeurer ensemble,
+comme quelques-uns l'ont crû, mais _pro corporum commixtione_, ou _pro
+copula carnali_. Ces paroles de Dieu, _& ils seront deux dans une même
+chair_, ne signifient autre chose. Les Canonistes ne regardent le gendre
+& la fille que comme une seule & même personne, comme un seul & même
+enfant, _si vir & uxor non jam duo sed una caro sunt, Non aliter est
+nurus reputanda quam filia_, or ils ne peuvent être una caro que par la
+consommation du mariage, _non aliter vir & uxor mulier non possunt una
+caro fieri nisi carnali copulâ sibi cohæreant_; ce sont les termes qui
+sont employez dans le droit Canon[152]. En effet, si ces paroles ne
+signifioient qu'un simple consentement, quel sens pourroit-on donner à
+cette expression de Saint Paul, _Ne sçavez-vous pas que celui qui
+s'attache avec une femme débauchée est fait un même corps avec elle, car
+les deux_, est-il dit, _deviendront une même chair_. Un homme qui commet
+paillardise avec une femme, ne s'engage pas à demeurer toûjours avec
+elle, comment donc est-il fait un même corps avec elle? Ce ne peut être
+que _per corporum commixtionem_, ou _per copulam carnalem_, comme je
+l'ai dit; Or quel but peut avoir cette conjonction, selon l'intention de
+Dieu qui en a été l'Instituteur? Ça été de procurer lignée, d'engendrer
+des enfans; _Croissez & multipliez_, dit-il, voila pourquoi je vous
+joins ensemble; Il ne dit pas, _divertissez-vous, donnez l'essor à vos
+passions brutales. Faites tout ce que vos sens & la nature éxigeront de
+vous, uniquement dans la vûë de leur plaire & de les satisfaire_.
+D'ailleurs, Adam étant dans l'état d'innocence, le dessein de Dieu ne
+pouvoit pas être de lui donner cette liberté, il n'avoit point alors de
+ces convoitises charnelles qui sont nées avec ses successeurs depuis sa
+chute. Il est vrai que quelques Interprétes ont crû que ce mot
+_croissez_ ne regardoit que la grandeur du corps; mais outre qu'il est
+certain que le mot original signifie, _fructifiez_, & que c'est en ce
+sens qu'il est dit au Pseaume 132., _l'Eternel a juré la vérité à David,
+il ne s'en détournera point, je mettrai du fruit de ton ventre sur ton
+Trône_, c'est à dire, quelqu'un des tiens & de ta postérité; c'est en ce
+même sens qu'Elizabeth dit en passant à Marie, _benit est le fruit de
+ton ventre_, les Auteurs profanes se servent de la même expression dans
+le même sens, témoin celui-ci du Poëte Claudien,[153]
+
+ _Nascitur ad fructum mulier prolemque futuram._
+
+Cette expression est aussi connuë dans le droit Canon[154], dans lequel
+_Mater in procreatione filiæ dicitur radix, Filius Verò flos & pomum_,
+outre tout cela dis-je, il est certain que le mot _multipliez_ qui suit
+celui-ci, _fructifiez_, ôte toute l'ambiguité qu'il pouroit y avoir; &
+d'ailleurs, le Prophete Malachie explique les paroles de Dieu d'une
+maniére claire & qui ne laisse aucun doute dans l'esprit; Il parle à un
+mari de sa femme légitime en vertu d'un Contract qu'il a fait avec elle,
+& il lui dit, _N'est-elle pas l'ouvrage du même Dieu, & n'est-ce pas son
+souffle qui l'a animée comme vous? Et que demande cet Auteur unique de
+l'un & de l'autre, sinon qu'il sorte de vous une race d'enfans de Dieu!_
+Saint Paul nous en donne un Commentaire à peu près pareil, lors que
+parlant des veuves il dit, [155]qu'_il veut que les jeunes se marient &
+qu'elles mettent des enfans au monde_; on prend donc des femmes & on se
+marie avec elles pour en avoir des fils & des filles, _afin de
+multiplier & de ne point laisser périr nôtre nombre_, comme s'exprime le
+Prophete Jerémie[156]. Dieu donc n'a établi le mariage que pour susciter
+lignée, & par ce moyen nous rendre en quelque façon vivans après nôtre
+mort; [157]_Natura nos docet parentes pios liberorum procreandorum animo
+& voto uxores ducere. ...... Et enim id circò Filios filiasve concipimus
+atque edimus ut ex prole eorum, earumve, diuturnitatis nobis memoriam in
+ævum relinquamus_; De là vient que quelques Interprétes estiment que
+Jésus Christ dans Saint Luc[158], dit que ceux qui seront ressuscitez ne
+se marieront point; car, dit-il, _ils ne pourront plus mourir_, comme
+s'il vouloit dire que le mariage n'étant établi que pour nous substituer
+des successeurs après nôtre mort il ne sera plus nécessaire de se marier
+après la résurrection, puis qu'alors on ne pourra plus mourir. Le desir
+d'avoir lignée est dans l'homme & dans la femme, mais on dit qu'il est
+plus grand aux femmes qu'aux hommes, & que de là vient que ce contract a
+pris son nom de la femme plûtôt que de l'homme, _Matrimonium_,
+dit-on[159], _a matris nomine, non adepto jam, sed cum spe & omine jam
+adipiscendi_. Mais j'avouë que je ne suis point du tout de ce sentiment,
+car il est certain que l'homme perpétuant son nom & sa réputation par le
+moyen de ses enfans, doit souhaiter beaucoup plus d'en avoir, que la
+femme dont le nom est éteint lors qu'elle se marie, parce qu'elle prend
+celui de son mari, & dont la réputation consiste uniquement à faire son
+devoir envers son mari & envers sa famille, _la gloire de la femme_, au
+reste, _étant le mari_, comme parle Saint Paul; D'ailleurs, pour me
+servir de l'expression des Canonistes[160], _filius matri ante partum
+est onerosus, in partu dolorosus, post partum laboriosus_. Je croirois
+donc qu'il seroit plus vrai-semblable de dire que le mariage prend son
+nom de la femme, parce qu'elle contribuë plus au mariage que l'homme.
+Quoi qu'il en soit, il résulte toûjours de tout ceci, que le desir
+d'engendrer est le but & la fin du mariage; les Philosophes eux-mêmes en
+conviennent, _Quem admodùm_, disent-ils, _homo naturaliter &
+substantialiter est Animal, ita est vivens, Naturalissimum autem opus
+viventium est generare sibi simile; perfectum est_, disent-ils encore,
+_unum quodque, cum simile sibi producere potest_. Suivant ces maximes,
+comment le mariage peut-il convenir à un Eunuque? Comment peut-il être
+capable de le contracter? Et ne paroît-il pas que l'Eunuchisme & le
+mariage sont deux choses incompatibles & essentiellement opposées? Aussi
+les Payens, quoi qu'ils ne se conduisissent qu'à la lueur de la raison
+humaine obscure & bornée, ne vouloient pas qu'on contractât mariage à
+aucun autre but qu'à celui de procréer lignée. Voici un éxemple qui le
+fait bien voir; «Septitie mére des Trachales Ariminsens, pour leur faire
+dépit, bien qu'elle fût hors d'âge de porter enfans, épousa un Publicius
+aussi fort âgé, & par un testament les priva de sa succession; ces deux
+fils s'en étans plains au Divin Auguste, il déclara le mariage nul, &
+cassa le testament, voulant que ses enfans fussent ses héritiers, &
+refusant même au vieillard l'avantage que cette femme lui faisoit à
+cause qu'ils avoient contracté leur mariage sans espérance d'avoir
+lignée. Si la justice même s'étoit mise dans son Trône, & qu'elle eût
+pris connoissance de cette affaire, auroit elle plus équitablement &
+plus gravement prononcé?» Parmi les bêtes mêmes qui n'ont point péché &
+qui sont toutes demeurées dans les termes de leur nature, qui suivent
+toutes leur ordre, les femelles ne souffrent le mâle que pour devenir
+méres.
+
+
+
+
+CHAPITRE II.
+
+_Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du mariage, ils ne
+doivent pas le contracter._
+
+
+Les Eunuques qui contractent mariage sont de mauvaise foi & méritent
+d'être punis. Premiérement ils commettent une fausseté insigne. Ils se
+donnent pour hommes & ils ne le sont point; la fausseté, selon les
+Jurisconsultes[161], _est actus dolosus veritatis mutandæ gratia ad
+alterum decipiendum factus, quem lex pro falso habet, & lege Cornelia de
+falsis coërcet_. Il n'est pas nécessaire que les Eunuques pour être
+coupables de fausseté ayent dit positivement qu'ils étoient capables de
+satisfaire aux Loix de mariage, il suffit que sçachant les Loix ils se
+soient engagez dans cette union & qu'ils ayent donné lieu par là à
+croire qu'ils pouvoient en remplir les devoirs. [162]Car _falsum
+committitur non dicto sed facto_, comme on le voit par tous les cas qui
+sont rapportez dans la Loi _Quid sit falsum quæritur_, 23. _ff. ad legem
+Corneliam de falsis_.
+
+En second lieu, ils promettent ce qu'ils ne peuvent point tenir. On fait
+différence en droit entre _Sponsalia & Matrimonium_; _sponsalia sunt
+mentio & repromissio nuptiarum futurarum_; ce sont les termes de la loi
+premiére _ff. de sponsalibus_. Ce mot _sponsalia_ vient du mot
+_spondere_ qui signifie _promettre_. Le droit Canon est fort différent
+du droit Civil en ce qui concerne les fiançailles des Enfans, ou des
+Adolécens. Le premier[163] décide nettement que _sponsalia amborum
+Infantium, vel alterius tantum per supervenientiam majoris ætatis non
+validantur, nec publicam honestatem inducunt_. [164]L'Autre au contraire
+dit absolument que _sponsalibus contrahendis ætas contrahentium definita
+non est_, mais il ajoûte ces mots, _ut in matrimoniis_. C'est à dire,
+_in Matrimonio non consideratur principaliter ætas, sed potentia
+generandi_. L'état des contractans doit être certain, parce qu'il faut
+qu'ils soient capables de le consommer. S'il arrive que l'un n'en soit
+pas capable, il n'y a point de mariage parce que, _ubi datur permixtio
+habilis cum inhabili vitiatur actus, quando requiritur concursus
+habilitatis in utroque_, c'est une maxime qui est manifestement
+démontrée par les Canonistes qui ont commenté la Loi, _utile non debet
+per inutile vitiari_. C'est sur cela que le chapitre second _de
+Frigidis_ est fondé; Il porte précisément ces mots, _sicut puer qui non
+potest reddere debitum, non est aptus conjugio, sic qui impotentes sunt
+minime apti ad contrahenda matrimonia reputantur_. Un enfant n'est pas
+propre au mariage parce qu'il ne peut point en remplir les devoirs. Il y
+a du plaisir à lire la dispense d'âge que l'Archevêque de Tours accorda
+dans le Mariage de Louïs, Dauphin, fils du Roi Charles Sept, & de
+Marguerite d'Ecosse, parce que l'Epoux n'avoit que quatorze ans, & que
+l'Epouse n'en avoit que douze; comme si une dispense de cette nature
+étoit une chose qui fût au pouvoir des hommes; il n'y a que la Nature
+qui puisse en accorder de telles[165]. Justinien a fixé la puberté à
+quatorze ans, & le droit Canon a fixé celle des filles à douze, mais il
+excepte de cette Loi générale celles, _in quibus malitia supplet
+ætatem_. Mais la nature n'est point assujettie aux Loix Civiles ni aux
+Loix Canoniques; Elle sort quelquefois de ses propres régles, elle est
+tantôt avare, & tantôt prodigue de ses faveurs. L'Ecriture Sainte parle
+de Salomon qui engendra Roboam à l'âge d'onze ans, & d'Achaz qui
+engendra Ezechias à l'âge de dix ans. S. Jérôme, le Pape S. Grégoire,
+Scaliger, Mr. Bochart, & plusieurs autres, ont rapporté des cas
+singuliers. Ils ont vû un garçon de dix ans avoir eu un enfant de sa
+nourrice; ils ont vû d'autres éxemples de ces fruits précoces[166], mais
+ni l'autorité des hommes, ni leur artifice, n'avoit rien contribué à
+leur production. Les Eunuques qui n'ont plus ce que la nature leur avoit
+donné pour être capables du mariage, ont beau recourir à la faveur & à
+l'autorité des hommes, ils ne les mettront jamais en état de le
+consommer, & jamais ils n'obtiendront d'eux le pouvoir d'éxécuter ce
+qu'ils auront promis par leur engagement. Ils ont donc tort de promettre
+solemnellement ce qu'ils sçavent ne pouvoir absolument tenir par
+eux-mêmes quelque secours qu'ils reçoivent d'autrui; _Paria censentur
+jurare & Religione data fide promittere_; Et ils ne sont point
+excusables par la raison que les Jurisconsultes en rendent; _Permittenti
+non subvenitur quando tempore promissionis difficultatem sciebat_. Les
+Canonistes parlant du mariage de David avec la Sunamite[167], si tant
+est que c'en ait été un véritable, puis que Bethsabée, Abigail, & ses
+autres femmes & ses concubines, vivoient encore, mettent en question si
+David fit bien de l'épouser, n'étant point en état de consommer le
+mariage avec elle; Et ils ne l'excusent que parce qu'il ne la prit point
+par un mouvement de convoitise, de son bon gré, mais par l'avis, ou
+plutôt l'ordre des Médecins, & pour satisfaire aux Principaux de son
+Royaume. Ils disent encore que la vie de David ayant été prolongée par
+ce moyen; Adonias ayant été vaincu, & le Régne de Salomon bien établi,
+on doit en juger favorablement.
+
+Enfin, le mariage est une espéce de contract de vente & d'achat, le mari
+aquiert la puissance du corps de la femme, & la femme aquiert la
+puissance du corps du mari. A Rome autrefois le mariage se faisoit _per
+emptionem_; c'est donc un contract de bonne foi dans lequel le
+Jurisconsulte dit[168] que le dol doit être présumé lors qu'on tient
+malicieusement quelque chose de secret; Comme donc dans un contract de
+vente rien ne doit demeurer inconnu ni douteux: que l'acheteur doit
+avoir connoissance du vice de la chose qu'on lui vend, ou de la maladie
+secrette & cachée dont l'animal vendu pourroit être atteint. De même
+aussi dans cette espéce d'achapt toute la fraude doit être imputée à
+l'Eunuque qui a caché son impuissance. Fragosus éxamine dans son
+excellent Ouvrage qui a pour tître, _Regimen Reipublicæ Christianæ.
+Impedimenta matrimonii an sint revelanda quandò sunt omninò secreta_, &
+il décide la question[169] en disant, que celui qui ne révéle pas les
+empêchemens lors qu'ils sont diriments, péche mortellement; le mariage
+de ces sortes de gens est si odieux qu'il est toûjours déclaré nul &
+comme non avenu dès que leur état est découvert.
+
+Les nôces qui se faisoient parmi les Romains, _per coëmptionem_, se
+célébroient de cette maniére; Après quelques cérémonies, _se se coëmendo
+interrogabant, vir ita, an sibi mulier mater familias esse vellet? illa
+respondebat, velle; Interim mulier interrogabat an vir sibi pater
+familias esse vellet, ille respondebat velle. Sic mulier in viri
+conveniebat manum_; c'est à ce propos que Virgile a dit,
+
+ _Teque sibi generum Thetis emat omnibus undis_.
+
+Servius observe que ce mot _emat_, se rapporte à l'ancien usage de
+contracter. On peut voir toutes les solemnitez de ces sortes de mariages
+dans le Livre sixiéme de la Cité de Dieu de Saint Augustin, & dans le
+chapitre neuviéme du Livre sixiéme des Antiquitez Romaines de Rosinus.
+
+
+
+
+CHAPITRE III.
+
+_Le Mariage des Eunuques est considéré comme nul & comme non avenu._
+
+
+C'est une maxime en Droit, que _falsum quod est, nihili est_. Les
+Eunuques qui s'unissent avec une femme, la trompent; Ils ne contractent
+point mariage avec elle puis qu'ils ne sont pas capables de contribuer
+de leur part comme ils le devroient à la substance du mariage; Ainsi on
+peut dire que ce n'est qu'un vain phantôme, ce n'est qu'un mariage feint
+& simulé, & nullement un mariage réel & véritable. De là vient que quand
+il s'agit de séparer une femme qui a été surprise par un Eunuque, on ne
+dissout point le mariage, mais on déclare qu'il n'y en a point eu. C'est
+sur ce principe que toute la Jurisprudence de ces sortes de conjonctions
+est fondée[170]. Elle fait voir qu'il n'y a ni mari, ni femme, ni dote,
+ni douaire. La loi _in causis_, contient une décision précise sur ce
+sujet, _si maritus_, dit-elle, _uxori ab initio matrimonii usque ad duos
+annos continuos computandos coire minime propter naturalem
+imbecillitatem valeat, potest mulier vel ejus parentes sine periculo
+dotis amittendæ repudium marito mittere_. La loi _si serva servo_,
+s'explique bien plus clairement[171]; _si spadoni_, dit-elle, _mulier
+nupserit, distinguendum arbitror castratus fuerit, nec ne; ut in
+castrato dicas dotem non esse, In eo qui castratus non est, quia est
+matrimonium, & dos & dotis actio est_. Au second cas le mari a action
+pour la dote, & la raison qui en est donnée, c'est qu'il y a mariage, &
+par conséquent dans le premier cas il n'y a point de mariage, puis qu'il
+n'y a point d'action pour la dote; cette matiére mérite qu'on s'y étende
+un peu davantage.
+
+Il semble ordinairement que dès là qu'une femme est liée par contract
+avec un homme, & que les cérémonies de l'Eglise ont rendu ce lien
+solemnel, il y a un véritable mariage, mais on se trompe; cette erreur
+est fondée sur cette maxime de Droit que j'expliquerai dans la suite.
+_Consensus non concubitus matrimonium facit._ Voici un Jurisconsulte qui
+nous en détrompe, c'est Ulpien qui prononce formellement sur ce sujet.
+_Non omnes conjunctiones implent conditionem cùm nupserit, putà enim
+nundum nubilis ætatis in domum mariti deducta, non paruit conditioni si
+nupserit vel si ei conjuncta fit, cujus nuptiis erat interdictum._[172]
+Ce n'est point assez d'avoir passé contract, d'avoir épousé à la face de
+l'Eglise, d'avoir été menée dans la maison de l'Epoux, d'avoir été mise
+entre ses bras, toutes ces circonstances ne sont que des apparences du
+mariage, mais elles ne font pas le mariage. Il faut que le mari & la
+femme ayent été nubiles & capables de le consommer. C'est donc avec
+raison que l'Empereur Justinien a décidé dans ses Institutes, que si
+cette femme perd son mari avant qu'elle ait été _viri potens_, elle ne
+lui a jamais été femme légitime; [173] _Nec vir, nec uxor, nec nuptiæ,
+nec matrimonium, nec dos intelligitur_. Le Jurisconsulte Labeo
+s'explique encore plus clairement, [174]_quando pupillæ_, dit-il,
+_legatum est, quandocumque nupserit, si ea minor quàm viri potens
+nupserit, non ante ei, legatum debebitur quàm viri potens esse
+cœperit, quia non potest videri nupta que virum pati non potest_;
+L'Histoire[175] rapporte un fait qui est digne de remarque; François I.
+souhaitant de tirer le Duc de Cléves du parti de l'Empereur
+Charles-Quint, & de l'engager dans le sien, pressa & contraignit
+Marguerite de France sa Sœur, & Henri d'Albret Roi de Navarre son
+beau-frére, de lui donner en mariage Jeanne leur fille qui n'étoit âgée
+que de huit à neuf ans; le mariage fut conclû & arrêté, solemnisé dans
+la Ville de Châteleraud, l'Epouse conduite au lit nuptial; cependant,
+par jugement du Pape, il a été dit depuis, qu'il n'y avoit point eu de
+mariage, & cette jeune Princesse a été mariée de nouveau à Antoine de
+Bourbon; C'est sur ce principe sans doute que les Tribunaux[176] ont
+permis à une fille qui avoit été mariée à l'âge de sept ans avec le
+Frére aîné, de se marier ensuite avec le frére Cadet, lorsqu'elle est
+parvenuë dans un âge Nubile. Ce seroit autoriser un Inceste si on
+considéroit le premier mariage comme un véritable mariage. Et il paroît
+bien qu'il n'est point du tout consideré comme tel; [177]Il est même
+deffendu aux Prêtres par les Conciles de marier des gens notoirement
+incapables d'éxercer les fonctions du mariage. Les Canonistes sont
+beaucoup plus décisifs sur cette matiére que les autres Jurisconsultes,
+car ils vont jusques là qu'ils disent que _contractus ante pubertatem
+etiam cum nisu carnalis copulæ non facit Matrimonium_. On sçait ce que
+c'est que _Pubertas_, en tout cas le chapitre troisiéme du même tître
+l'enseigne; _Puberes_, dit-il, _a Pube sunt vocati id est a Pudentia
+corporis nuncupati, quia hæc loca primo lanuginem ducunt; Quidam tamen
+ex annis pubertatem existimant, id est eum esse puberem qui tredecim
+annos implèvit, quamvis tardissimè pubescat; Certum est autem eam
+puberem esse, quæ ex habitu corporis pubertatem ostendit, & generare
+jamjam potest, & puerperæ sunt quæ in annis puerilibus pariunt_; De
+sorte que suivant cette définition les Eunuques ne sont jamais
+_puberes_, & n'étans d'ailleurs jamais capables du mariage, ceux qu'ils
+contractent sont nuls par eux-mêmes. Les Conciles & les Papes deffendent
+expressément de faire les cérémonies prescrites par l'Eglise, comme de
+donner la bénédiction, &c. pour des mariages nuls, tels que sont ceux
+dont je viens de parler, afin qu'elles ne soient pas faites en vain. Je
+conclûs donc, _que non est inter eos matrimonium quos non copulat
+commissio sexus_, comme il est dit dans le Decret de Gratien[178]; _Non
+est dubium_, dit-il, _illam mulierem non partinere ad matrimonium cum
+quâ commistio sexus non docetur fuisse_. [179]_Qui matrimonio conjuncti
+sunt & nubere non possunt, illi non sunt conjuges_; Voici en un mot ce
+que c'est que le mariage au sentiment des Canonistes, _In omni
+matrimonio_, disent-ils[180], _conjunctio intelligitur spiritualis quam
+confirmat & perficit conjunctorum commistio corporalis_. Dès là donc que
+dans le mariage des Eunuques il n'y a jamais eu de véritable mariage,
+parce qu'il n'y a jamais eu de véritable conjonction, on ne prononce
+point de dissolution, on dit simplement qu'il n'y a point de mariage, &
+que la partie plaignante est en liberté d'en contracter un avec qui bon
+lui semblera. [181]_Tum propriè non fit divortium, sed fit declariatio,
+ut alii sciant illam societatem non esse conjugium, & conceditur personæ
+quæ habet naturæ vires integras ut etiam vivente altero impotente possit
+contrahere cum alio_. [182]L'Eglise Romaine qui considére le mariage
+comme un Sacrement, ne le dissout jamais, [183]_quo ad vinculum_, elle ne
+sépare la partie plaignante que, _quo ad thorum_; lors donc qu'elle
+permet à la partie plaignante de se remarier, c'est qu'elle estime qu'il
+n'y a point eu précédemment de mariage; c'est donc se moquer & abuser
+des cérémonies les plus graves de la Religion que de les faire
+intervenir dans un acte faux & chimérique pour autoriser une imposture,
+qui produit des inconvéniens qu'il seroit très bon de prévenir. On peut
+dire même que ces gens-là sont dans le cas de la Novelle que l'Empereur
+Justinien a donnée[184], pour punir celui des conjoints qui se trouvera
+avoir causé mal à propos la dissolution du mariage. Solon avoit fait
+auparavant une Loi contre ceux qui ne pouvoient pas rendre les devoirs
+dûs à leur femme; Il donnoit à ces femmes l'action d'injure contre ces
+maris impuissans.
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+_Inconvéniens que le Mariage des Eunuques produit ordinairement._
+
+
+Le[185] Poëte Claudien parlant d'un Eunuque, l'appelle une vieille ridée.
+Térence lui donne le même nom, _Eunuchum_, dit-il[186], _illumne obsecro
+Inhonestum hominem, quem mercatus est here, senem mulierem_; Mais
+Martial pousse la Satyre & l'injure plus loin, il ne se contente pas de
+dire, en parlant de Numa qui avoit vû un Eunuque effeminé,[187]
+
+ _Thelin viderat in toga spadonem,_
+ _Damnatam Numa dixit esse mœcham_;
+
+ Il dit encore[188],
+
+ _Dos etiam dicta est. Nondum tibi Roma videtur_
+ _Hoc satis? Expectas numquid & ut pariat?_
+
+Toute la différence qu'il y a, c'est que Martial parle de deux hommes
+qui se faisoient passer pour femmes, & que je parle d'hommes qui sont
+véritablement comme des femmes, & auxquels ce qui est dit dans la Loi,
+_cùm vir nubit. cod. ad legem Juliam de Adulterio_, convient à peu près.
+Ce sont les Empereurs Constantius & Constance qui y parlent, _cùm vir_,
+disent-ils, _nubit ut fæminæ viris, paritura quid cupiatur, ubi sexus
+perdidit locum, ubi scelus est id, quod non proficit scire, ubi Venus
+mutatur in alteram formam, ubi amor quæritur nec videtur_. Cet
+assemblage ne produit point l'effet que la femme en avoit espéré;
+[189]_sic virgò intacta manet, inculta senescit_; selon l'expression de
+Catulle & d'Ovide.[190] Ce n'est point là l'intention de cette femme, ni
+le but du mariage,
+
+ _Fœmina fortunæ similis formosa videtur,_
+ _Non amat ignavos illa nec ista Viros._
+
+ou plûtôt comme s'exprime le même Poëte qui dit plusieurs véritez en
+raillant d'une maniére très agréable & très enjouée,
+
+ _Sæpè quiescit ager, non semper arandus, at uxor_[191]
+ _Est ager, assiduo vult tamen illa coli._[192]
+
+Si cette idée paroît outrée, il y en a une autre qui n'est pas plus
+avantageuse aux Eunuques, & dont les conséquences ne sont pas plus
+favorables à eux & à leurs femmes.
+
+Ce ne sont que des demi-hommes;[193] Juvenal appelle un Eunuque
+_semivir_. Mais c'est trop dire en leur faveur; ce ne sont que des
+arbres stériles, des troncs desséchez, comme s'exprime Esaïe.
+
+ _Truncus iners jacui, species & inutile signum,_[194]
+ _Nec satis exactum est corpus an umbra forem._
+
+Voila la véritable description d'un Eunuque; Et voici deux traits qui en
+achévent le portrait; l'un est donné par les Jurisconsultes, & l'autre
+par un Ecrivain sacré.
+
+L'Eunuque est un homme toûjours malade, & toûjours
+languissant, [195]_morbosus_; Par conséquent incapable de faire les
+fonctions de la vie active; _sin autem ita spado est_, dit le
+Jurisconsulte Paulus, _ut tam necessaria pars corporis ei penitus absit,
+morbosus est_; c'est un malade impuissant qui voit l'occasion d'agir &
+qui ne peut; Qui comme Tantale se voit au milieu des biens & des
+plaisirs & qui ne peut point les goûter; on peut dire de lui ce
+qu'Horace dit[196] de son avare, «mon ami, lui dit-il, vous avez entendu
+parler de Tantale? Il meurt de soif au milieu d'un fleuve dont l'eau
+fuit aussi-tôt qu'il veut boire. De qui pensez-vous rire? C'est de vous
+que parle la Fable sous un nom emprunté; vous dormez sur des sacs
+d'argent entassez autour de vous les uns sur les autres, vous les
+dévorez des yeux, cependant vous n'oseriez non plus y toucher qu'à des
+choses sacrées; Et ce sont des richesses en peinture à vôtre égard.» La
+différence qu'il y a, c'est que l'avare peut & ne veut point se donner
+du plaisir de son bien, & que l'Eunuque voudrait bien, mais qu'il ne
+peut point, & en cela on peut dire, que la comparaison de lui à Tantale
+est plus juste, que celle qu'Horace fait de son avare à Tantale; On peut
+dire à l'Eunuque plus à propos qu'à l'avare,
+
+ _Indormis inhians, & tanquam parcere sacris_
+ _Cogeris, aut pictis tanquam gaudere tabellis._
+
+Tant s'en faut donc qu'une femme à ses côtez soit un bien qui lui donne
+de la joye, il l'afflige au contraire beaucoup, parce qu'il ne peut
+point en profiter; c'est une vérité que le Sage a reconnu, & c'est le
+second trait qui achéve la peinture de l'Eunuque; Il est de la façon de
+l'Auteur de l'Ecclésiastique, soit qu'il soit Jésus Sirach, soit que ce
+soit Salomon; il parle d'un homme qui porte la peine de son
+iniquité[197], & il dit qu'_il voit les viandes de ses yeux & qu'il
+gémit comme un Eunuque qui tient une vierge & qui soûpire_; cette
+comparaison est très juste, il porte la peine de son iniquité, soit
+qu'il n'ait eu autre vûë que de tromper une femme pour profiter de ses
+biens, ou de ses avantages; soit que par une brutalité monstrueuse il
+s'abandonne à une intempérance qu'il n'est pas dans son pouvoir de
+soûtenir; Quoi qu'il en soit une femme est trompée; Et elle peut dire à
+juste tître, ce qu'Auguste disoit lors qu'il se trouvoit assis entre
+Virgile & un autre Poëte de son tems, _sedeo inter suspiria & lacrimas_.
+Et si cette fraude étoit autorisée il en résulteroit plusieurs
+inconvéniens qui paroissent naturellement, & qui se font voir
+d'eux-mêmes.
+
+1. Une femme languiroit & sécheroit d'ennui à côté d'un homme de cette
+nature, car elle a beau l'exciter, ses efforts sont inutiles, c'est
+pourquoi n'ayant ni les douceurs du mariage, ni l'apparence d'en jouïr,
+elle s'affligeroit en secret. Cela n'est point sans éxemple. L'Histoire
+nous apprend que l'Empereur Constantius eut pour femme Eusebia,
+Princesse très belle, & de la beauté de laquelle on parloit par tout
+avec admiration. Constantius étoit un homme mol, efféminé & affoibli par
+de longues & continuelles maladies; Eusebia qui étoit dans la fleur &
+dans la vigueur de son âge, eût de fréquentes maladies de femmes, &
+enfin se consuma, & finit ses jours étique, séche, & défigurée du
+chagrin secret, de n'avoir jamais eu la douce & aimable compagnie de son
+Epoux, sans que l'excellence de sa beauté, la jeunesse de son âge, ni le
+souverain honneur d'être Impératrice, ayent pû lui apporter le moindre
+plaisir, ni la moindre satisfaction, bien loin d'avoir pû la consoler.
+Cela a pû être permis à un Empereur, du moins n'a-t-on pû lui en
+demander raison; mais on ne peut point permettre la même chose à un
+particulier dont l'intention injuste est de rendre une femme misérable
+pour satisfaire à quelqu'une de ses iniques passions; Il n'est pas juste
+de le favoriser dans l'entreprise de faire mourir une femme innocente,
+vierge & martyre.
+
+2. Il pourroit arriver qu'une femme n'auroit pas la force de soûtenir
+une si terrible épreuve, ni assez de fermeté pour résister aux
+tentations auxquelles elle se trouveroit exposée. L'esprit est prompt,
+mais la chair est foible, & il ne seroit pas trop surprenant qu'une
+femme ne trouvant pas chez elle de quoi satisfaire à une passion
+irritée, ne reçoive d'ailleurs des secours nécessaires pour la
+calmer. [198]Un de mes Amis m'a dit en conversation, qu'il se rencontra
+un jour chez un Baillif du Païs, dans le moment qu'une femme mariée à un
+Suisse, vint toute émûë, ayant un petit enfant sur ses bras, se
+plaindre à lui que son mari étoit Eunuque. On lui demanda si cet enfant
+qu'elle portoit n'étoit point à elle: Elle répondit qu'oui, on lui dit
+pourquoi donc elle disoit que son mari étoit Eunuque puis qu'il lui
+avoit fait un enfant; elle repliqua que cet Enfant n'étoit point de lui,
+qu'elle ayant bien remarqué qu'il ne faisoit rien qui vaille depuis
+plusieurs années qu'elle étoit avec lui, elle avoit prié un ouvrier
+maçon qui travailloit chez elle de lui faire voir s'il ne feroit pas
+mieux: que l'ayant mise sur un coffre qui étoit près de là, il lui avoit
+fait cet enfant dans un seul coup; & que son mari n'avoit pû en faire
+autant dans plusieurs années avec tous ses efforts. Le mari ayant été
+cité à sa requête, & depuis visité, on ne lui trouva point de
+chrémastire, il avoua qu'il en avoit perdu un à l'Armée par un coup de
+fusil, & qu'il avoit perdu l'autre par une maladie; l'affaire ayant été
+envoyée dans l'Université voisine; le mariage fut cassé, & la femme
+s'est mariée à son autre homme. Cet Eunuque voyoit bien que sa femme
+ayant un enfant, il falloit qu'elle eût eu affaire avec quelqu'autre que
+lui, cependant il ne disoit mot; les gens de ce caractére ne sont point
+jaloux. Je crois même que si on proposoit aux Eunuques qui se marient
+d'accorder cette permission à leur future Epouse, dans leur Contract de
+mariage, ils n'en feroient aucune difficulté, cela ne seroit pas sans
+exemple. Je n'alléguerai pas le Jugement solemnel rendu contre un Cocu
+qui se plaignoit, dans lequel il est condamné à reprendre sa femme & à
+faire cesser les bruits qu'il avoit répandus, fondé sur ceci qui est le
+motif de l'Arrêt tel qu'il lui a été prononcé,[199]
+
+ _Sois persuadé que Cocuage_
+ _Est la Clause de Mariage_
+ _Clause observée éxactement,_
+ _Et quand une femme y renonce_
+ _On l'en reléve en jugement,_
+ _C'est en sa faveur qu'on prononce._
+ _La Loi pour ce fait seulement_
+ _La traite toûjours de mineure,_
+ _J'en sçai telle de soixante ans_
+ _Qui n'est pas encore majeure._
+ _Cette Clause tire son droit_
+ _Des principes de la Nature_
+ _C'est en vain qu'un mari murmure_
+ _S'il prend le Cas pour une injure._
+
+Je ne rapporterai pas non plus diverses décisions que l'on trouve dans
+le Cocu imaginaire de Moliére parce que tout cela n'est que fiction;
+mais je rapporterai un éxemple très véritable dont voici le cas; La feuë
+Comtesse de Moret avoit été mariée en troisiéme nôces à Mr. de Vardes
+Gouverneur de la Capelle, & en avoit eu ce Mr. de Vardes, Capitaine de
+cent Suisses, que le Roi de France envoya en Espagne dès que son mariage
+avec l'Infante fut conclû, pour complimenter de sa part la future
+Reine; cette Comtesse de Moret fut aussi mére du Comte de Moret bâtard
+de Henri IV. qui fut tué proche de Castelnaudary en l'année 1632, lors
+que Mr. de Montmorancy fut pris en Languedoc; c'est elle qui est célébre
+dans l'Euphormion de Barclay sous le nom de Casina, il y est dit qu'elle
+fut aussi mariée au Comte de Cesy Sancy qui depuis fut envoyé
+Ambassadeur à Constantinople, & on y voit la description d'un Contract
+de mariage d'un homme qui veut bien être Cocu, & qui promet & s'oblige à
+le souffrir; clause qui fut éxécutée paisiblement & sans aucun
+empêchement: Peut-être cette Dame s'étoit-elle mal trouvée dans ses
+mariages précédens de n'avoir pas pris cette précaution dans ses
+Contracts. Cette précaution seroit d'autant plus juste & plus
+raisonnable aux femmes des Eunuques que ces hommes efféminez ne peuvent
+faire eux-mêmes ce qu'ils doivent; Et ils sont d'autant plus traitables
+sur cet article, que ne pouvant s'acquitter de leurs devoirs, ils
+consentent, pour éviter les plaintes & les reproches, qu'une femme se
+satisfasse comme elle peut. Ils les y portent même très souvent, & ils
+leur en fournissent eux-mêmes les moyens quand il en est nécessaire. Et
+s'il arrive quelquefois que leurs femmes ayent du panchant au
+libertinage & à la débauche, ils favorisent leur inclination & profitent
+de leur prostitution. Témoin ce Didyme efféminé contré lequel [200]Martial
+a fait une Epigramme si satyrique. C'a été le seul Eunuque qui ait eu
+une femme, du moins qui soit de ma connoissance. Et ce Didyme confirme
+ce que je viens de dire, car il produisoit lui-même sa femme, & en
+faisoit un infame commerce dans la vûë de s'enrichir.
+
+3. Il se rencontreroit beaucoup de femmes qui, de peur de tomber dans
+l'un ou dans l'autre de ces deux extrémitez que je viens de remarquer,
+ne voudroient jamais s'engager dans le mariage sans avoir mis à
+l'épreuve celui qui les rechercheroit, & sans avoir mis en pratique le
+conseil qu'Ovide[201] a donné aux Amans de tous les siécles, c'est à
+dire, de prendre garde, _unde legat quod amet ubi retia ponat_; car pour
+suivre la même idée de ce Poëte,
+
+ _Scit benè Venator, Cervis Ubi retia tendat._[202]
+
+Mais les femmes n'ont pas un pressentiment secret de la validité, ou de
+l'invalidité d'un homme; Ainsi elles voudront s'en assurer en personnes
+sages avant que de serrer les nœuds d'un lien indissoluble; ce n'est
+plus la coûtume de faire mettre les hommes nuds avant que de solemniser
+leurs mariages, Platon le vouloit ainsi[203]. Ceux qui croyoient que
+c'étoit afin de voir la beauté & la belle disposition d'un corps, se
+trompent; ce n'étoit que pour voir à l'œil par l'inspection des
+parties si l'homme ne vouloit pas tromper une femme; Cela étoit d'autant
+plus nécessaire que tout le monde n'étoit pas, & n'est pas encore
+d'aussi bonne foi que le Pére de l'Empereur Galba, Suétone dit[204]
+qu'il étoit de petite taille, & bossu, que cependant, Livia Ocellina
+fille belle & riche en étoit amoureuse à cause de sa Noblesse, mais
+qu'il se dévêtit, & lui montra l'imperfection de son corps, de peur
+qu'elle l'ignorant ne se trouvât trompée dans la suite. Je ne sçai
+d'ailleurs si cette inspection suffiroit, car il y a peu de filles qui
+sçachent à quoi il tient qu'un homme soit capable d'être marié; Ce n'est
+que par l'usage qu'elles s'en instruisent; [205]Mr. de Thou rapporte que
+Charles de Quellenec, Baron de Pont en Bretagne, avoit épousé Catherine
+de Parthenas, fille & héritiére de Jean de Soubize, mais qu'il y avoit
+déja quelque tems que la mére de sa femme lui avoit fait un procès pour
+faire rompre son mariage, sous prétexte qu'elle prétendoit qu'il étoit
+impuissant; Que son procès n'étoit point encore terminé lors du Massacre
+de la S. Barthélemi, dans lequel il fut tué; Que son corps ayant été
+jetté comme les autres, devant le Louvre, & exposé à la vûë du Roi, de
+la Reine, & de toute la Cour, un grand nombre de Dames qui n'avoient
+point d'horreur d'un spectacle si cruel, & qui regardoient curieusement
+et sans honte, ces corps tout nuds, jettérent particuliérement les yeux
+sur le Baron de Pont, & l'éxaminérent avec soin pour voir si elles
+pourroient découvrir la cause ou les marques de l'impuissance qu'on lui
+avoit reprochée. Je doute qu'avec toute leur application à éxaminer ces
+objets elles en ayent été plus sçavantes sur ce sujet. Les Dames
+Romaines ne se contentoient pas de la vûë, elles jugeoient des hommes
+sur un témoignage plus sûr, sur la force & sur l'adresse qu'ils
+faisoient paroître dans les jeux publics. Il ne falloit que cela pour
+être regardé par une femme Romaine comme un homme accompli. [206]_Sed
+gladiatorem fecit hoc illos Hyacinthos_; ces précautions ne sont point
+inutiles quand on songe que c'est pour toute sa vie qu'on s'engage, car
+nous ne sommes plus au tems qu'on faisoit des Contracts de Mariage _ad
+tempus_.[207] Comme celui que Mr. de Varillas [208]dit avoir vû dans la
+Bibliothéque du Roi, fait entre deux personnes de qualité du Comté
+d'Armagnac, pour sept ans seulement, se réservant néanmoins la liberté
+de le prolonger s'il étoit trouvé à propos.
+
+4. Il arriveroit que des femmes qui auroient eu trop de vertu pour
+commencer leur mariage _ab illicitis_, & par un crime, & qui ne
+pourroient demeurer toute leur vie dans l'inaction près d'un phantôme de
+mari, seroient contraintes de faire du vacarme pour en être séparées.
+Une honnête femme ne trouve sa consolation que dans un époux, comme le
+disoit Agrippine à Tibére lors qu'elle lui demandoit un mari; En effet,
+quand une femme n'est point honnête elle trouve suffisamment hors du
+mariage de quoi contenter la nature; on rencontre rarement des femmes de
+l'humeur de celles de Domitius Tullus dont Pline fait l'histoire dans
+l'une de ses Epîtres, & qui est rapportée avec des Réfléxions
+enjouées, [209]par Mr. Bayle dans l'article d'Afer. Ce qui est rapporté
+dans le Ménagiana est assez le goût commun des femmes. Il y est dit que
+dans une compagnie d'hommes & de femmes, on s'entretenoit de l'air que
+devoient avoir un homme & une femme pour être bien faits; Quelqu'un dit
+que pour être bien fait un homme devoit tenir de l'homme & sentir son
+homme, & que pour les femmes il n'aimoit point celles qui étoient
+homasses, & moi, reprit une femme aussi-tôt, je suis de vôtre sentiment,
+je n'aime point les hommes efféminez. On peut ajoûter pour Commentaire
+de ces paroles qu'elles n'aiment point les maris, tels que celui dont
+parle Mr. de la Fontaine.
+
+ _Qui mainte fête à sa femme alléguoit_
+ _Mainte vigile, & maint jour fériable:_
+ _Les autres jours autrement s'excusoit_
+ _Sans oublier l'Avent ni le Carême._
+
+ _Vierge n'étoit, Martyr, ni Confesseur_
+ _Qu'il ne chommât, tous les sçavoit par cœur,_ &c.
+
+Nous ne sommes plus au tems de Jean V. Duc de Bretagne qui disoit[210]
+qu'il tenoit une femme assez sage quand elle sçavoit mettre différence
+entre le pourpoint & la chemise de son mari. D'ailleurs, quand il y en
+auroit encore de telles, il est certain que plus elles sont grossiéres,
+& moins elles entendent raison sur ce chapitre. Lors que la nature parle
+& que la raison ne la retient point, elle veut être absolument obéïe.
+Mr. de Varillas met en fait que les femmes les plus spirituelles ont
+toûjours été les plus faciles. [211]Torquato Tasso a fait un discours
+exprès pour le prouver; Et Mr. de Voiture s'est plaint d'avoir souvent
+trouvé des Bergéres trop grossiéres pour être trompées par un habile
+homme: les plus fines entendent mieux raison. De sorte que les
+grossiéres & les fines se laissent aussi difficilement tromper l'une que
+l'autre, sur le chapitre dont il s'agit.
+
+Je me suis étonné en lisant l'extrait que Mr. Bernard a fait du Recueil
+des Traitez de Paix, &c. de voir qu'il y traite de malheureuse
+Marguerite Duchesse de Carinthie, à laquelle l'Empereur Louïs de Baviére
+a accordé des lettres de divorce d'avec Jean fils du Roi de Bohème pour
+cause d'impuissance; voici ses termes. «La piéce, dit-il, est
+considérable...... par la maniére dont cette malheureuse Princesse
+explique qu'elle en a usé, & par les soins qu'elle dit avoir pris pour
+faciliter à son mari les moyens de lui rendre les devoirs d'un véritable
+Epoux.» Il rapporte les termes dans lesquels la chose est conçûë, mais
+il dit qu'il ne les traduit pas.
+
+Puis que j'ai dit que je me suis étonné; il est bon que je dise aussi la
+raison de mon étonnement. D'un côté cette Epithéte de _malheureuse_ ne
+peut pas avoir été donnée par Mr. Bernard à cette Duchesse, pour avoir
+obtenu des lettres de Divorce, car au contraire elle doit être réputée
+avoir été bien heureuse d'avoir été séparée d'un homme impuissant; non
+seulement la justice qu'on lui a faite à cet égard, mais encore la
+délivrance d'un joug si pesant méritoit qu'on la qualifiât
+bien-heureuse, plûtôt que malheureuse. Si Mr. Bernard avoit parlé de
+cette Dame par rapport au tems qu'elle étoit sujette à son mari, il
+auroit eu raison de la traiter de malheureuse parce qu'elle l'étoit en
+effet; mais il en parle par rapport au tems de sa liberté, & en ce cas
+elle avoit été malheureuse, mais elle ne l'étoit plus. Mr. Bernard est
+un homme trop judicieux pour avoir fait cette méprise; c'est donc parce
+qu'elle a osé demander des lettres de divorce, se plaindre de
+l'impuissance de son mari, dire les raisons qui la justifioient & les
+moyens par lesquels elle s'en étoit convaincuë, & par lesquels elle en
+persuadoit ses Juges. Or Mr. Bernard est trop bon Théologien & trop bon
+Politique, & il sçait trop bien l'Histoire Ecclésiastique & Prophane
+pour ignorer que la Religion, la conscience, l'honneur & la pudeur,
+n'obligent point une femme qui n'a pas assez de courage naturellement
+pour souffrir le Martyre & pour se laisser mourir à petit feu, qui ne
+peut pas y suppléer par des souffrances volontaires & qui n'a pas la
+force de se mortifier par une longue & perpétuelle continence, à
+demeurer auprès d'un mari impuissant & incapable de lui rendre les
+devoirs de mari; s'il croyoit que la conscience & la Religion obligent
+une femme qui se trouve dans ce cas à y demeurer & à y garder un profond
+silence, il tomberoit dans l'Hérésie de ces Abeliens dont Saint Augustin
+réfute l'erreur dans le chapitre 87. de son Livre _des Hérésies_. S'il
+croyoit que l'honneur & la pudeur exigent d'elle cette patience outrée,
+il donneroit dans la vision de ces fanatiques qui croyent qu'il vaut
+mieux souffrir la mort que de découvrir à un Médecin, ou à un
+Chirurgien, une partie secrette qui seroit attaquée; & qui ont mis au
+nombre de leurs Saintes Marie fille de Charles le Hardy Duc de
+Bourgogne, mariée à l'Empereur Maximilien I., fils de Frideric III. Un
+cheval fougueux que l'on avoit donné à cette Princesse, la secoua & la
+fit tomber si rudement qu'elle en eut la cuisse rompuë; elle en mourut
+n'ayant pû gagner sur sa pudeur d'exposer le haut de sa cuisse à la vûë
+des Chirurgiens & des Médecins qui apparemment l'auroient pû guérir. Mr.
+Bernard feroit donc bien de s'expliquer un peu plus clairement au hazard
+de faire ses extraits un peu plus longs; car on peut dire qu'il lui
+arrive quelquefois d'être fort obscur, parce qu'il veut affecter d'être
+fort court. En attendant qu'il s'explique, je veux lui faire la justice
+de croire qu'il n'a pas donné dans les sentimens que je viens de
+remarquer, mais qu'il a donné dans cette pensée de Mr. Boileau;[212]
+
+ _Jamais la biche en rut n'a pour fait d'impuissance_
+ _Traîné du fond des bois un cerf à l'Audience,_
+ _Et jamais Juge entr'eux ordonnant le Congrès_
+ _De ce burlesque mot n'a sali ses Arrêts._
+
+Si cela est, il n'a pas pris garde qu'on a fait voir aux Moralistes
+qu'ils se trompent fort lors que pour donner de la confusion à l'homme
+sur ses défauts ils le conduisent à l'école des bêtes; je le prierois
+d'en voir les preuves dans le Dictionaire de Mr. Bayle, si je n'étois
+averti qu'il ne lit point les Ouvrages de cet illustre Auteur. Mr. de
+Beauval[213] pourra donc le détromper sur ce sujet, & lui faire voir en
+particulier, que l'éxemple de la biche n'est point juste, s'il veut se
+donner la peine de lire l'extrait que cet Ecrivain sçavant & judicieux a
+fait de ce Dictionnaire. Je dirai seulement, que si cette Duchesse de
+Carinthie, dont Mr. Bernard parle, étoit coupable, le corps de droit
+entier, mériteroit d'être condamné; il fournit aux femmes des actions &
+des loix contre leurs maris Eunuques, ou impuissans, au lieu que, selon
+la Théologie scrupuleuse de Mr. Bernard, il devroit réprimer
+l'incontinence de ces femmes, & s'écrier contre celles qui oseroient se
+plaindre.
+
+
+
+
+CHAPITRE V.
+
+_Les Loix Civiles deffendent le mariage des Eunuques._
+
+
+Comme le mariage d'un Eunuque ne peut pas subsister, il a été de la
+prudence des Législateurs de ne point permettre qu'il fût contracté.
+L'honnêteté publique, ni la Justice, ne veulent pas qu'on laisse faire
+des choses qu'elles ne peuvent pas laisser subsister; [214]_Dirimunt
+matrimonium contractum, impendiunt matrimonium contrahendum_ C'est une
+maxime que les Canonistes qui ont écrit sur le chapitre unique _de
+Sponsalibus & Matrimoniis_ ont solidement établie. [215]Elle est conforme
+à la disposition du Droit Civil, il deffend de faire les fiançailles
+avec les personnes entre lesquelles il empêche de contracter mariage.
+_Quamvis_, dit-il, _verbis orationis cautum sit, ne uxorem tutor
+pupillam suam ducat, tamen intelligendum est ne desponderi quidem posse;
+Nam cum quâ nuptiæ contrahi non possunt, hæc plerùmque ne quidem
+desponderi potest. Nam quæ duci potest, jure despondetur_; l'argument
+est à peu près pareil, _a Nuptiis permissis ad sponsalia permissa; ab
+iisdem prohibitis ad eadem sponsalia interdicta; à matrimonio valido ad
+matrimonium contrahendum; & ab eodem invalido ad idem interdicendum_.
+Puis que le Contract de mariage & les solemnitez qui se font ensuite, ne
+sont & ne marquent autre chose qu'une promesse qui est faite entre deux
+personnes, de se rendre les devoirs de mari & de femme, il est manifeste
+que ceux qui ne peuvent pas se les rendre ne doivent pas se marier, &
+que les mêmes raisons qui dissoudroient le mariage s'il étoit contracté,
+doivent empêcher qu'on ne le laisse contracter en effet; L'Empereur Leon
+qui a décidé nettement le cas[216], est allé bien plus loin; car non
+seulement il a deffendu aux Eunuques de se marier, mais même il a
+prononcé & donné une peine contre ceux qui se marieroient, & contre
+celui qui les épouseroit; c'est dans la Constitution 98. qui a pour
+tître, _de pœna Eunuchorum si uxores ducant_; Le motif de cette
+ordonnance est très beau, c'est, dit-elle, que ce mariage n'étant rien
+de réel, on ne peut sérieusement l'accompagner des Cérémonies Sacrées
+qui font une partie de l'essence du mariage. Elle mérite d'être lûë
+toute entiére, & je la rapporterois sans en rien obmettre, si elle
+n'étoit un peu trop longue par rapport à la bréveté de cet Ouvrage; mais
+voici à quoi elle aboutit, _propterea sancimus_, dit-elle, _ut si quis
+Eunuchorum ad matrimonium procedere comperiatur, & ipse stupri pœnæ
+obnoxius sit, & qui sacerdos istiusmodi conjonctionem profanato
+sacrificio perficere ausus fuerit Sacerdotali dignitate
+denudetur_. [217]L'Histoire dit qu'Auguste mit ordre à la confusion avec
+laquelle on avoit accoûtumé de voir les Jeux, il assigna à chacun la
+place qui lui étoit dûë, les hommes mariez entr'autres, ceux même de
+basse condition y avoient la leur. [218]Mais Martial nous apprend que les
+Eunuques n'osoient pas s'asseoir sur leurs bancs, ni se mêler parmi eux.
+Voici comme il parle à Dydime, qui d'un ton superbe parloit des Edits de
+Domitien concernant les Théatres, & de l'espérance qu'il avoit qu'ils
+seroient observez.
+
+ _Spadone cùm sis eviratior fluxo_
+ _Et concubino mollior Celenæo,_
+ _Quem sectus vlulat matris Entheæ Gallus,_
+ _Theatra loqueris & gradus & Edicta_
+ _Trabeasque & Idus fibulasque censusque,_
+ _Et pumicata pauperes manu monstras._
+ _Sedere in equitum liceat an tibi scamnis_
+ _Videbo, Didyme: non licet maritorum._
+
+Ce Didyme avoit une femme, cependant on ne le considéroit pas comme un
+homme marié, parce qu'il étoit Eunuque. La Constitution de l'Empereur
+Leon n'étoit pas encore donnée, car on peut dire que depuis ce tems il
+n'y a point d'éxemple qu'aucun Eunuque ait eu la permission de se
+marier, excepté celui de Saxe Gotha dont je parlerai dans la suite.
+Toutes les Sociétez Ecclésiastiques ne se sont pas contentées
+d'improuver & de blâmer ces sortes de mariages, elles les ont même
+expressément deffendus.
+
+
+
+
+CHAPITRE VI.
+
+_La Religion Catholique Romaine ne permet pas le mariage des Eunuques._
+
+
+La Religion Romaine qui considére le mariage comme un Sacrement, n'a
+garde de permettre qu'on prophane un de ses Mystéres. Quelques éxemples
+authentiques que je rapporterai serviront de preuves à cet égard.
+
+Bernard Automne, Avocat célébre au Parlement de Bordeaux, rapporte dans
+la seconde partie de sa Conférence du Droit François avec le Droit
+Romain[219], un cas qui s'est présenté de son tems au Parlement de
+Paris sur ce sujet. Il fait d'abord quelques réfléxions sur le
+paragraphe _Spadonum_ de la Loi _Pomponius_, qui est la sixiéme ff. _de
+Ædilitio Edicto_, & il trouve étrange, avec raison, qu'Ulpien qui est
+Auteur de cette Loi, décide qu'un homme auquel on a coupé un doigt de la
+main, ou du pied, soit malade, ou comme il s'exprime, _morbosus_, &
+qu'un Eunuque auquel la partie du corps la plus nécessaire manque, ne le
+soit pas. Il dit que cela le surprend, qu'il n'en voit pas la raison.
+Que la cause de la génération qui donne même le nom d'homme à la
+personne qui la porte, étant retranchée ce n'est plus un homme; qu'il
+lui semble que qui de vingt parties en retranche une fait moins de tort
+à la personne, que quand de deux il lui en ôte une. Aussi ajoûte-t-il,
+le Parlement de Paris a jugé par Arrêt du 5. Janvier 1607. en faveur de
+Claudine Godefroy, qu'il y avoit juste sujet de ne point contracter
+mariage, & de ne point passer outre à la célébration avec un homme avec
+lequel elle étoit fiancée, parce que les Médecins & les Chirurgiens
+assuroient dans leur rapport qu'il n'avoit qu'un testicule, quoi que
+même ils ajoûtassent qu'il pouvoit pourtant engendrer. Le célébre
+Etienne Pasquier étant autrefois consulté sur un sujet à peu près
+pareil, répondit par cette Epigramme.
+
+ _Esse virum tota conjunx te pernegat urbe,_
+ _Naturaque alio teste carere dolet._
+ _Officiat ne thoro sociali res ea, certè_
+ _Nescio, at hoc scio quod te negat esse virum._
+ _Contra probaturum jucundo tramite dicis_
+ _Gaudia conjugii mille peracta tibi,_
+ _Quid garris? Binos cùm saltem jura requirant_
+ _Uno te ne virum teste probare potes._
+
+Il pouvoit y joindre l'Epigramme 99. du Livre septiéme de Martial, qui
+finit par ce Vers si expressif.
+
+ _Vis dicam verum, Pontice, nullus homo es._
+
+Les Dictionaires de Furetiére & de Trevoux disent au mot _Eunuque_,
+qu'il a été jugé par Arrêt de la Grand-Chambre du 8. Janvier 1665. qu'un
+Eunuque ne pouvoit pas se marier, du consentement même des Parties. Les
+Auteurs de ces deux excellens Ouvrages ont tiré cet Arrêt du Journal des
+Audiences[220] & c'est encore ce même Arrêt qui est rapporté par Mr.
+Claude de Ferriére à qui le Public a l'obligation d'avoir mis en
+François la Jurisprudence Romaine, & de l'avoir conférée avec les
+Ordonnances Royaux, les Coûtumes de France, & les Décisions des Cours
+Souveraines. [221]Il dit dans le tome prémier de sa Jurisprudence du
+Digeste, qu'un Eunuque reconnu pour tel, ne peut pas contraindre un
+Curé à célébrer son mariage avec une fille qui y consent.
+
+Le chapitre dixiéme du Livre quatriéme des Arrêts d'Anne Robert, qui ne
+traite que de la dissolution du mariage pour cause de frigidité &
+d'impuissance, montre que c'est une Jurisprudence constante, que les
+Eunuques ne peuvent pas se marier.
+
+Sixte Cinquiéme fit autrefois une Bulle qu'il envoya en Espagne, par
+laquelle il déclaroit nuls les mariages des Eunuques.
+
+Mais voici un fait historique qui est décisif sur ce sujet. Il est
+rapporté par le docte Mr. Strik, fils de l'illustre & célébre Mr. Strik,
+Professeur en Droit à Halle, le véritable Papinien de nôtre siécle.[222]
+Il dit dans sa dispute _inaugurale_ pour le Doctorat, dans laquelle il
+traite, _de matrimonii nullitate_, qu'étant en Italie il n'y a pas long
+tems, il a vû qu'un des principaux Musiciens du Duc de Mantouë nommé
+_Cortona_, ayant voulu épouser une fort jolie Musicienne qui étoit au
+service du même Prince nommée Barbaruccia, ils furent obligez d'en
+demander la permission au Pape qui la refusa absolument & sans retour.
+
+
+
+
+CHAPITRE VII.
+
+_La Religion Luthérienne, ou de la Confession d'Augsbourg, ne permet pas
+le mariage des Eunuques._
+
+
+Les Théologiens & les Jurisconsultes de cette Communion sont fort
+scrupuleux sur cette matiére, & leurs motifs sont très judicieux & très
+conformes à la raison & à la Religion.
+
+Gerhard, l'un de leurs plus grands Théologiens & qui a réduit presque
+tous les Ouvrages de Luther en lieux communs, dit précisément dans le
+lieu _de conjugio_[223], qu'il ne doit pas être permis à une femme
+d'épouser un Eunuque. Le motif qui le porte à prononcer cette décision,
+est que le mariage ayant pour but principalement d'engendrer lignée & de
+se procurer une postérité, il ne faut pas le laisser contracter à des
+gens qui ne sont point capables de parvenir à ce but, & tels sont,
+dit-il, les Eunuques & les Spadons. Que quoi que quelqu'un d'eux ayant
+encore un chrémastere puisse connoître une femme ils ne sont point
+propres au mariage; parce que bien loin d'engendrer des enfants, ils ne
+sont pas même capables de satisfaire aux desirs d'une femme, ni
+d'éteindre l'ardeur que la nature a allumée dans leur tempéramment. Le
+second motif de ce grand homme est, qu'une femme ne trouvant pas dans la
+personne de son mari la satisfaction qu'elle souhaite, elle tombe
+aisément dans le crime. Le troisiéme motif est qu'une femme est trompée
+par un phantôme de mariage, comme est celui d'un Eunuque; car soit
+qu'elle ait ignoré l'état de cet homme avant que d'entrer dans aucun
+engagement avec lui, soit qu'elle en ait eu connoissance, & qu'elle ait
+eu pour lors meilleure opinion de ses forces qu'elle ne devoit, il est
+certain qu'elle se trouve toûjours trompée. Or les Loix doivent prévenir
+ces sortes de cas, & non seulement conseiller des femmes téméraires,
+mais même les empêcher de s'exposer à un danger évident.
+
+La délicatesse de ces Théologiens va si loin qu'ils ne permettent pas à
+un Hermaphrodite de se marier, à moins qu'un séxe ne prévale si
+visiblement & si considérablement sur l'autre, qu'il n'y ait rien à
+craindre pour les suites de son engagement; & si cet Hermaphrodite fait
+difficulté de se laisser éxaminer par des Médecins, des Chirurgiens &
+des Matrônes, il se rend suspect dés là, & toute permission de se marier
+lui est refusée.
+
+C'est une maxime générale & constante parmi eux, que l'impuissance
+quelle qu'elle soit, & de quelque cause qu'elle procéde, rend un
+mariage contracté, nul, le résout, & empêche, lors qu'elle est connuë
+auparavant, qu'on ne permette de le contracter. Il y a néanmoins une
+exception à cette régle générale, c'est que si cette impuissance est
+survenuë depuis qu'il est contracté, par quelque accident que ce soit,
+elle ne le dissout point. Cela est fondé en Droit Civil, & en droit
+Canon. [224]_Nihil enim tàm humanum esse videtur quàm fortuitis casibus
+mulieris maritum, & contra uxorem viri, participem esse._ Le Canon _quod
+autem 27. quæst. 2._ est positif & précis, _impossibilitas coëundi_,
+dit-il, _si post carnalem copulam inventa fuerit in aliquo, non solvit
+conjugium; [225]si verò ante carnalem copulam deprehensa fuerit, liberum
+facit mulieri alium virum accipere_. C'est aussi le sentiment de Luther
+dans son Traité _de vita conjugali_[226].
+
+La Jurisprudence Ecclésiastique, ou Consistoriale de cette Communion est
+conforme à celle de leurs Théologiens. Carpzovius qui en est l'oracle en
+rapporte des décisions dans la Jurisprudence Ecclésiastique, ou
+Consistoriale. [227]Le nombre deuxiéme de la définition seiziéme du tître
+premier porte précisément ces mots, _non permittendum mulieri ut Eunucho
+nubat_. J'avouë que j'ai lû avec quelqu'étonnement dans l'extrait que
+le sçavant Mr. de Beauval vient de nous donner d'un Livre de Mr.
+Brucknerus qui a pour tître, _Décisions du Droit Matrimonial_, [228]Que
+le cas s'étant présenté à la Cour de S. A. E. de Saxe, un Eunuque
+Italien son Chambellan ayant épousé une jeune fille qui étoit avertie de
+son état, & du consentement de son pére, quelques Théologiens
+entreprirent de troubler ce mariage comme nul & invalide, & que d'autres
+le prétendirent bon & valable; mais que le Souverain ayant vû les avis
+partagez, avoit confirmé le mariage sans tirer à conséquence pour
+l'avenir. On peut dire au sujet de cette discorde de sentimens entre les
+Théologiens de l'Electorat de Saxe, ce que ce même judicieux Auteur, Mr.
+de Beauval, dit ailleurs[229] en parlant des divers Conciles qui
+s'assemblérent au sujet de la Secte des Valésiens; _Divers Conciles_,
+dit-il, _s'assemblérent là-dessus & augmentérent le desordre par la
+contradiction de leurs Decrets. Tant il est vrai_, ajoûte-t-il, _à la
+honte de la raison humaine, que la dévotion la plus bizarre & la plus
+ridicule, trouve des Deffenseurs_. Il est certain, à la honte de la
+raison humaine, que les sentimens les moins raisonnables trouvent des
+gens qui les soûtiennent. Mais le cas que je viens de rapporter, est un
+cas particulier qui ne l'emporte pas sur toutes les Décisions publiques
+& générales, d'autant moins que le Prince même qui l'a autorisé a
+déclaré que c'étoit sans tirer à conséquence pour l'avenir. D'ailleurs,
+quand il l'auroit autorisé purement & simplement il n'en seroit pas plus
+valide, & cette permission ne lui donnerait pas plus de force; car par
+la disposition du Droit, les mariages deffendus par les Loix ne sont pas
+moins injustes & illicites, quoi que le Prince ait permis par rescript,
+de les contracter, parce que ces mariages étans contraires aux Loix, le
+rescript qui a été obtenu portant permission de les contracter est censé
+être subreptice, & avoir été obtenu du Prince par surprise. [230]Voici
+les termes de la Loi. _Precandi quoque imposterùm super tali conjugio
+(Imò potius contagio) cunctis licentiam denegamus ut unus quisque
+cognoscat impetrationem quoque rei cujus est denegata petitio, [B]nec si
+per subreptionem post hanc diem obtinuerit, sibimet profuturam._
+
+Au reste, il auroit été fort à souhaiter que Mr. de Beauval, qui nous
+rapporte ce cas, & qui raisonne avec tant de solidité & de justesse sur
+toutes les matiéres qu'il traite, eut bien voulu nous dire son sentiment
+sur cette célébre question du mariage des Eunuques; on a fait grace très
+souvent à sa modestie, j'en donnerai quelques preuves afin qu'on ne
+croye pas que je le charge mal à propos d'une obligation & d'une
+reconnoissance qu'il ne doit point. Après, par éxemple, qu'il a donné
+un extrait fort éxact & fort judicieux du Traité de la Nature & de la
+Grace, de Mr. Jurieu, il le finit par ces paroles humbles, [231]que,
+_comme cet Ouvrage est plein de Réfléxions très métaphisiques, on lui
+pardonnera s'il a bronché quelque part_. Parle-t-il de la Réponse d'un
+nouveau Converti à la lettre d'un Réfugié pour servir d'adition au Livre
+de Dom Denis de Ste. Marthe, intitulé, _Réponse aux plaintes des
+Protestants_; après avoir raisonné en habile Politique sur cette
+matiére, il finit par ces paroles modestes; _mais rentrons dans les
+bornes de nôtre territoire dont nous avons tant résolu de ne point
+sortir, & ne faisons point de course dans la Politique sur laquelle
+d'autres travaillent avec tant de succès_. Il s'excuse très souvent sous
+divers prétextes, comme on pourroit le voir par les renvois que je mets
+à la marge, & il s'excuse sous divers prétextes, & quoi qu'on sçache
+qu'il est très capable de manier adroitement les matiéres qu'il rejette
+par humilité, on a fait grace, je le répéte, on a fait grace très
+souvent à sa modestie. Mais ici il n'a point d'excuse, il s'agit d'une
+question qui est entiérement de son ressort, à moins qu'il n'ait crû que
+le sujet étant trop riche l'auroit engagé à sortir des bornes d'un
+extrait, & à faire un Traité complet. Peut-être qu'il a vû que c'étoit
+une matiére si rebattuë, qu'il n'étoit pas nécessaire de la présenter
+encore au Public dans cette occasion, dans laquelle il ne se propose que
+de faire l'extrait du Livre qui lui tombe entre les mains, & non pas de
+traiter à fond les sujets dont il s'y agit. En effet, il dit[232] que,
+_la question s'il est permis aux Eunuques de contracter mariage à été
+souvent agitée_. Il a raison en cela à certain égard. Il est vrai que
+Melchior Inchoffer a fait un Ouvrage _de Eunuchismo_ qui a été imprimé à
+Cologne in 8. en l'année 1653. Nous avons la dissertation _de Eunuchis_
+de Gaspar Loischerus imprimé à Leipsik in 4. en l'année 1665. On a vû un
+Sermon Anglois de Samuel Smith sur la conversion de l'Eunuque du
+chapitre huitiéme des Actes des Apôtres, imprimé à Londres in 8. en
+l'année 1632. Il y a un Traité de _Franc. de Amoya, Baëtici_, intitulé,
+_Eunuchus_, sur la Loi _Eunuchis. V. c. qui testamenta facere possunt_,
+& qui se trouve dans ses observations imprimées à Geneve in folio en
+l'année 1656. Il y a un Traité de Marcell. Francolinus _de Matrimonio
+spadonis utroque testiculo carentis_, imprimé à Venise in 4. en l'année
+1605. Il y a un autre Traité _de Eunuchis_, de Théophile Raynauld, dont
+Mr. Bayle se sert souvent très à propos. La Lettre 112. de la Mothe le
+Vayer, qui se trouve dans le tome onziéme de ses œuvres, traite des
+Eunuques en général. Nous avons enfin la Dissertation de Saldenus _de
+Eunuchis_, qui est la sixiéme du Livre troisiéme de ses _Otia
+Theologica_. Et un Recueil de consultations & de décisions sur ce sujet,
+dont je parlerai dans la suite de cet Ouvrage. Mais je dirai pour ma
+justification, d'avoir entrepris de traiter de cette matiére après tant
+de grands hommes, & non pas pour réfuter ce que dit Mr. de Beauval, que
+la plûpart de ces Auteurs ne se trouvent plus que dans les Catalogues,
+ou dans les Bibliothéques, & que d'ailleurs, ils traitent des Eunuques
+en général, & descendent peu dans le détail. La question dont il s'agit
+ici y est entr'autres fort rarement & fort briévement traitée. On en
+voit quelque chose dans les Ouvrages des Jurisconsultes, des Médecins, &
+des Théologiens, on y trouve quelquefois des préjugez qu'ils ont
+rapportez; mais outre que tout ce qui y est ainsi répandu est fort
+succinct, on ne peut point dire qu'on puisse en induire une
+Jurisprudence, ou une Théologie Casuistique certaine & universelle sur
+le mariage des Eunuques.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE VIII.
+
+_La Religion Réformée ne permet pas le mariage des Eunuques._
+
+
+Il n'est pas difficile de faire voir que la Religion Réformée ne permet
+pas le mariage des Eunuques. Il n'y a aucune autre Communion Chrétienne
+qui se soit déclarée aussi formellement qu'elle sur ce sujet, outre
+qu'il est tout à fait opposé à l'Esprit dont elle est animée, & à la
+Doctrine qu'elle professe, elle en a fait un Canon exprès de sa
+Discipline: Discipline que l'on sçait être le résultat, ou plûtôt la
+Quintessence de ses Synodes Nationaux. Cet article est le quatorziéme du
+chapitre treiziéme qui traite des mariages; voici quels en sont les
+termes.
+
+_Comme ainsi soit que la principale occasion du mariage soit d'avoir
+lignée & de fuir paillardise, le mariage d'un homme notoirement Eunuque,
+ne pourra être reçû ni solemnisé en l'Eglise Réformée._
+
+Le célébre Mr. de Larroque qui a fait voir la conformité de cette
+Discipline avec celle des anciens Chrétiens, montre que telle étoit la
+Jurisprudence de l'Eglise primitive. J'avouë que cette Discipline ne
+faisoit loi qu'en France, mais depuis que l'Edit de Nantes y a été
+révoqué, que les Réformez ont été contraints d'en sortir, & que la
+plûpart d'eux se sont réfugiez dans le Brandebourg, Sa Majesté le Roi de
+Prusse l'a autorisée dans ses Etats pour ce qui concerne les François
+qui y sont établis[233], & en a ordonné l'éxécution lors qu'on pourroit
+s'y conformer sans donner atteinte à ses Droits Episcopaux; de sorte que
+c'est une Loi en Brandebourg parmi ces nouveaux Sujets, aussi sacrée
+qu'elle l'étoit en France. C'en est une aussi parmi ses anciens Sujets,
+& parmi tous les Protestans d'Allemagne. C'est ce qu'on peut voir par un
+Livre imprimé à Halle en l'année 1685. & recueilli par Jérôme Delphinus,
+qui a pour tître, _Eunuchi conjugium, Die Kapaunen heyrath. Hoc est
+scripta & judicia varia de conjugio inter Eunuchum & virginum Juvencelam
+anno 1666. contracto, à quibusdam supremis Theologorum Collegiis petita,
+posteà hinc inde collecta, ab Hieronimo Delphino C. P. Halæ apud
+Melchiorem Delschlagen 1685._ Et par la Décision donnée sur le cas que
+j'ai rapporté dans le chapitre quatriéme de la seconde Partie.
+
+La République de Geneve a reçû la même Jurisprudence, & divers cas qui
+s'y sont présentez font voir qu'elle y est observée. Paul Cypræus dit
+dans son excellent Traité _de Connubiorum_ jure, «que cette sage
+République a une Loi qui deffend aux hommes de se marier avant l'âge de
+dix-huit ans, & aux filles avant quatorze, & qu'il ne suffit pas de
+compter les années, mais qu'il faut avoir égard principalement à la
+vigueur du corps & du tempéramment, en ces termes,[234] _Qu'avec l'âge
+on ait égard à ce que la corporence portera_. Il est vrai que les
+Rélations du Levant nous apprennent, que les Banians Gentils de ce Païs,
+estiment tellement la conjonction matrimoniale, qu'ils se marient
+presque tous dès l'âge de sept ans; & elles ajoûtent, que s'ils meurent,
+comme il arrive quelquefois, avant que d'être mariez, la coûtume est de
+louer & de gager une fille qu'ils font coucher avec le mort pour lui
+donner cet avantage d'avoir été marié avant que son corps fut brûlé
+selon la coûtume du Païs. [235]Mais Mr. le Vayer fait diverses
+réfléxions qui font voir que cette coûtume n'est pas tout à fait vaine,
+& que s'ils se marient à sept ans, ils sont capables du mariage autant
+que d'autres Peuples le sont dans un âge plus avancé. La diverse
+position des lieux, dit-il, rend nos tempérammens si différens en toutes
+choses, que Solin nous fera considérer des femmes qui deviennent grosses
+d'enfan à cinq ans. Beato Odorico le confirme dans son Itineraire; &
+l'on a vû depuis peu de tems dans le Royaume du Mogol une fille âgée de
+deux ans seulement qui avoit le sein gros comme une nourrice, & qui
+ayant eu ses purgations un an après, accoucha d'un garçon.
+
+La même Jurisprudence Ecclésiastique est établie en Angleterre comme il
+paroît par le chapitre septiéme du titre _de matrimonio_[236] dans la
+Réformation des Loix Ecclésiastiques, faite prémiérement de l'autorité
+de Henri VIII. & achevée & publiée ensuite par Edouard VI., ce chapitre
+traite, _de his quæ matrimonium impediunt_; & voici ses termes, _Quorum
+natura perenni aliqua Clade sic extenuata est, ut prorsus veneris
+participes esse non possint, & conjugem lateat quamquam consensus mutuus
+extiterit & omni reliqua ceremonia matrimonium fuerit progressum, tamen
+verum in hujusmodi conjunctione matrimonium subesse non potest,
+destituitur enim altera persona beneficio suscipiendæ prolis & etiam usu
+conjugii caret_.
+
+Les Théologiens de Hollande & leurs Jurisconsultes distinguent, de même
+que tous les autres, les causes qui empêchent le mariage, en deux
+classes, _alia_, disent-ils, [237] _(impedimenta) à lege; Illa sunt ætas
+immatura, mentis impotentia, corporis ad cohabitationem incapacitas;
+Ista sunt a morbo incurabili, ut ex. gr. lepra; à Culpa, à diversitate
+Religionis, a propinquitate sanguinis_. J'avouë pourtant que Voëtius qui
+est un des plus grands hommes qui ait été dans les Provinces Unies
+depuis plusieurs siécles, me paroît hésiter sur le parti qu'il doit
+prendre au sujet du mariage des Eunuques. Il ne se détermine point à la
+vérité, & renvoye l'éxamen de ces sortes de questions aux Jurisconsultes
+& aux Juges auxquels il dit que la connoissance en appartient plus
+légitimement qu'aux Théologiens.[238] Ce sont donc eux qu'il faut
+consulter, & comme le Droit Civil & le Droit Canon sont observez dans
+ces Provinces, au moins dans les cas qui ne sont pas déterminez par
+leurs Loix & par leurs Coûtumes, il est aisé de conclurre que le mariage
+des Eunuques n'y est point permis. Voici en un mot les cas, qui selon
+les Jurisconsultes, empêchent de contracter mariage.
+
+ _Lepra superveniens, furor, ordo, sanguis & absens,_
+ _Læsaque Virginitas, membri damnum, minor ætas,_
+ _Ac hæresis lapsus, fideique remissio, prorsus_
+ _Sponsos dissociant & vota futura retractans._
+
+_Fin de la seconde Partie._
+
+
+
+
+
+TROISIÉME PARTIE.
+
+ Dans laquelle on répond aux objections qui peuvent être faites
+ contre ce qui est contenu dans la seconde Partie de cet Ouvrage; &
+ dans laquelle on les réfute.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+
+Premiére Objection.
+
+_Que la deffense de se marier ne doit point être générale & commune à
+tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont capables de satisfaire
+aux desirs d'une femme._
+
+
+Réponse à cette Objection.
+
+Pour éxaminer cette Objection & pour y répondre avec ordre, il faut voir
+premiérement, de quelle nature sont ces desirs auxquels un Eunuque est
+capable de satisfaire, s'ils sont légitimes & permis; & en second lieu,
+quels Eunuques sont capables de satisfaire à ces desirs.
+
+Arnobe[239] dit que les Eunuques sont fort amoureux, _& majoris
+petulantiæ fieri atque omnibus postpositis pudoris & verecundiæ frænis
+in obscœnam prorumpere vilitatem_; Térence le dit en d'autres termes,
+_Ph. infanis_, dit-il, [240]_Qui ist huc facere Eunuchus potuit. P. Ego
+illum nescio qui fuerit, hoc quod fecis, res ipsa indicat.... P. At pol
+ego amatores mulierum esse audieram eos maximos, sed nihil potesse_.
+Mais pour ne point alléguer des témoignages si anciens, le P. Théophile
+Raynauld dit dans son Livre _de Eunuchis_, qu'il a lû quantité
+d'exemples de commerce impur entre des femmes & des hommes mutilez, & il
+se moque de la confiance qu'on a en eux. André du Verdier dit la même
+chose dans ses diverses leçons, à propos de quoi il rapporte la Sentence
+d'Apollonius de Tyanée contre un Eunuque du Roi de Babylone qui fut
+trouvé couché avec une des favorites de ce Roi. Cependant, il est
+certain qu'un Eunuque ne peut satisfaire qu'aux désirs de la chair, à la
+sensualité, à la passion, à la débauche, à l'impureté, à la volupté, à
+la lubricité. Comme ils ne sont pas capables d'engendrer ils sont plus
+propres au crime que les hommes parfaits, & ils sont plus recherchez par
+les femmes débauchées, parce qu'ils leur donnent le plaisir du mariage
+sans qu'elles en courent les risques.
+
+ [241]_Sunt quas Eunuchi imbelles ac mollia semper_
+ _Oscula delectent & desperatio barbæ_
+ _Et quod abortivo non est opus._
+
+[242]Témoin cette femme de Petrone qui parlant à un homme qui fait cet
+aveu, _non intelligo me virum esse, non sentio, funerata est pars illa
+corporis quâ quondam Achilles eram_, s'exprime en ces termes, _Nunc
+etiam languori tuo gratias ago, in umbra voluptatis diutiùs lusi_. Cette
+femme étoit du caractére de cette Gellia contre laquelle Martial a fait
+cette sanglante Epigramme adressée à Pannicus,[243]
+
+ _Cur tantum Eunuchos habeat tua Gellia, quæris?_
+ _Pannice, vult fu..... Gellia, non parere._
+
+C'est cette Gellia dont Martial fait ailleurs un si vilain portrait; &
+des larmes de laquelle il parle de cette maniére,[244]
+
+ _Amissum non flet, cùm sola est Gellia, patrem._
+ _Si quis adest, jussæ prosiliunt lacrymæ._
+
+[245]L'Ecclésiastique dit, que celui qui viole la Justice par un
+jugement injuste, est comme l'Eunuque qui veut faire violence à une
+jeune vierge. On sçait qu'il y a eu autrefois des Païs où les Princesses
+vierges étoient confiées à la garde des Eunuques. Le Sage compare la
+Justice à une de ces vierges, & les Juges à ceux qui auroient dû la
+garder avec une fidélité pleine d'un profond respect. Quelques Eunuques
+sont donc capables de satisfaire à quelques desirs d'une femme, mais
+tous ces desirs sont illégitimes & ne peuvent point être permis dans le
+mariage, _obscænæ procul hinc discedite flammæ_! [246]Une femme qui a ces
+desirs est une paillarde, & un Eunuque qu'elle souffre dans son lit est
+l'instrument de son crime. Voici la Sentence qui les déclare coupables
+l'un & l'autre; [247]_origo quidem amoris honesta erat, sed magnitudo
+deformis; nihil autem interest ex qua honesta causa quis insaniat; unde
+& Xistus Pithagoricus in sententiis; Adulter est, inquit, in suam uxorem
+amator ardentior; In aliena quippe uxore omnis amor turpis est, in sua
+nimius. Sapiens judicio debet amare conjugem, non affectu; non regnet in
+eo voluptatis impetus, nec præceps feratur ad coitum; nihil est
+fœdius quàm uxorem amare quasi adulteram._ Saint Jérôme prononce leur
+condamnation plus clairement & plus expressément; _Liberorum ergò_,
+dit-il, _in matrimonio concessa sunt opera, voluptates autem quæ de
+meretricum amplexibus capiuntur in uxore sunt damnatæ_. Les Casuistes
+décident même fort précisément, que les mariages qui se font par
+amourette, comme on parle, sont très blâmables. Les mariages déréglez,
+disent-ils, ont été la cause du déluge; [248]les fils de Dieu voyans que
+les filles des hommes étoient belles, prirent celles d'entr'elles qui
+leur avoient plû; ces mariages furent cause de la ruine de toute la
+terre.
+
+Le desir légitime & permis d'une femme est d'avoir des
+enfans. [249]Donnez moi des enfans, disoit la chaste Rachel à Jacob son
+mari. Didon se voyant sur le point d'être abandonnée de son Ænée, lui
+parle en ces termes,[250]
+
+ _Saltem si qua mihi de te suscepta fuisset_
+ _Ante fugam soboles, si quis mihi parvulus aulâ_
+ _Luderet Æneas, qui te tantum ore referret_
+ _Non equidem omninò capta aut deserta videret._
+
+Je veux être mère, je veux engendrer des enfans, & c'est pour cela que
+j'ai pris un mari, c'est là le langage d'une femme honnête & sage: &
+bien loin que, selon les régles de la fausse pudeur de certaines gens,
+elle soit blamable, lors qu'elle se plaint de ce que son mari n'est pas
+capable de satisfaire à ses justes desirs, & qu'elle demande d'en être
+séparée, elle est au contraire très digne de louanges de ne pouvoir se
+résoudre à faire toute sa vie les actions d'une impudique; [251]_volo
+esse mater, volo filios procreare & ideò maritum accepi, sed vir quem
+accepi frigidæ naturæ est, & non potest illa facere propter quæ illum
+accepi_. C'est là le but légitime du mariage. Il est vrai qu'on n'y
+parvient pas toûjours; il y a des femmes stériles, mais on n'en sçait
+pas la cause; il ne manque rien à elles, ni à leurs maris, de ce qu'il
+faut pour engendrer, l'un n'a rien à reprocher à l'autre, c'est à Dieu
+qu'ils doivent demander des enfans: ils sont dans le cas de [252]Jacob,
+qui disoit à sa femme lors qu'elle lui demandoit des enfans, _suis je
+Dieu?_ Quoi qu'il en soit, lors qu'on se marie, il faut suivre le
+conseil que l'Ange Raphael donnoit à [B]Tobie, «Ecoutez-moi, lui dit-il,
+& je vous apprendrai qui sont ceux sur qui le Démon a du pouvoir; lors
+que des personnes s'engagent tellement dans le mariage qu'ils bannissent
+Dieu de leur cœur, & de leur esprit, & qu'ils ne pensent qu'à
+satisfaire leur brutalité comme les chevaux & les mulets, qui sont sans
+raison, le Démon a pouvoir sur eux. Mais pour vous la troisiéme nuit
+vous recevrez la bénédiction de Dieu, afin qu'il naisse de vous deux des
+enfans dans une parfaite santé. La troisiéme nuit étant passée vous
+prendrez cette fille dans la crainte du Seigneur, & dans le desir
+d'avoir des enfans, plûtôt que par un mouvement de passion, afin que
+vous ayez part à la bénédiction de Dieu.»
+
+Tous les Eunuques ne sont pas capables de satisfaire même à ces desirs
+impurs dont je viens de parler; les Jurisconsultes distinguent les
+Eunuques. [253]_Quantùm inter est_, disent-ils, _inter hæc vitia quæ
+Græci, κακονθειαν vitiositatem dicunt, interque παθως id est
+perturbationem, aut νὁσον, id est morbum, aut αρρωςιαν, id est
+ægrotationem, tantum inter talia vitia & cum morbum ex quo quis minus
+aptus usui sit, differt_; les uns péchent en quantité d'humeur radicale,
+d'autres en qualité, d'autres en quantité & en qualité tout ensemble; &
+enfin, _sin autem quis ita spado est ut tàm necessaria pars corporis ei
+penitùs absit, morbosus est_, dit la Loi 7. ff. _de Ædilitio Edicto &
+Redhibitione, & quanti minoris_. Mais de quelque nature qu'ils soient,
+il ne leur doit point être permis de se marier, parce qu'ils ne peuvent
+satisfaire qu'à des desirs impurs, illégitimes, illicites, & qui bien
+loin d'être approuvez, ne doivent pas même être tolérez.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+
+CHAPITRE II.
+
+
+Seconde Objection.
+
+_Le mariage est un Contract civil, par lequel il est permis à tout le
+monde de s'engager._
+
+
+Réponse à cette Objection.
+
+Il y a plusieurs causes pour lesquelles le mariage ne peut être
+contraint; les Jurisconsultes en ont renfermé les principales dans ces
+trois Vers;
+
+ _Votum, vis, error, cognatio, crimen, honestas,_
+ _Relligio, raptus, ordo, ligamen & ætas,_
+ _Amens, affinis, si Clandestinus & impos._
+
+Mais il faut entrer dans un éxamen plus particulier de cette matiére qui
+est digne d'attention;
+
+C'est un principe en droit, que _Edictum Matrimonii est prohibitorium_,
+c'est à dire, que _Matrimonium cuilibet contrahere licet, cui non
+prohibetur_. Il n'est donc pas si généralement permis qu'il n'y ait des
+cas & des personnes auxquelles il soit deffendu.
+
+Les causes qui empêchent le mariage sont en assez grand nombre & de
+diverse nature. Les unes sont tirées également du Droit Civil, & du
+Droit Canon; les autres émanent uniquement du Droit Civil, & les autres
+sont établies particuliérement par le Droit Canon.
+
+Celles qui sont communes à l'un & à l'autre droit, sont l'âge de puberté
+qu'on n'a point atteint; la parenté, l'alliance, la différence de
+Religion, l'impuissance du mari, ou de la femme, & l'honnêteté publique;
+
+Celles qui sont particuliéres au Droit Civil, sont l'état de la
+personne, si elle est esclave & qu'on ait crû qu'elle étoit libre; le
+rapt, la puissance qu'on a sur la fille, _propter periculum impressionis
+sive coactionis_; l'inégalité du rang étoit aussi autrefois une cause
+qui empêchoit le mariage, mais elle a été retranchée dans le Droit Civil
+nouveau, c'est à dire, par les Constitutions des derniers Empereurs.
+_Jure novissimo inter eas personas nuptiæ non prohibentur._[254]
+
+Celles enfin qui sont particuliéres au Droit Canon, sont de deux sortes,
+les unes déclarent le mariage illégitime & inutile tout ensemble, tels
+sont les ordres sacrez qu'on a pris, le vœu solemnel qu'on a fait, ou
+la profession d'une vie réguliére, le rapt, & le crime; les autres
+rendent illégitime seulement, telles sont les fiançailles contractées
+avec une autre femme; le simple vœu, la deffense du Supérieur; le
+tems deffendu par l'Eglise; la parenté spirituelle qu'un maître
+contracte en enseignant à une jeune fille les principes de la Religion;
+l'hérésie, la pénitence publique, & le crime: ce crime dont le Droit
+Canon parle ici a diverses espéces. 1. L'inceste. 2. La mort qu'un mari
+a donné à sa femme pour en épouser une autre. 3. La mort donnée à un
+Prêtre; le rapt fait de la promise d'un autre. 4. Un mariage contracté
+auparavant avec une Moinesse, ou une Religieuse.
+
+Voila donc beaucoup de causes qui empêchent de contracter mariage, de
+sorte qu'on ne peut pas dire qu'il soit permis à tout le monde, &
+toûjours, de le Contracter. L'impuissance du mari est une des
+principales, aussi est-elle également établie par le Droit Canon, comme
+je l'ai fait voir amplement dans la seconde partie de cet Ouvrage.
+
+Cette Jurisprudence n'est pas particuliére aux Contracts de mariage,
+elle s'étend aux accords, aux Pactes, & à toute sorte de Contracts;
+_Edictum Contractuum est prohibitorium_, c'est à dire, _omnibus
+contrahere licet quibus non prohibetur_; mais il est défendu à certaines
+gens de contracter. 1. Par la nature, lors qu'ils ne sont point capables
+de donner leur consentement, tels sont les fous, les innocens, les
+furieux, les prodigues, qui sont mis au même rang que les furieux; les
+yvrognes pendant qu'ils sont yvres; les enfans en bas âge, les sourds &
+les muets. 2. Par la Loi, tels sont les fils de famille; le pére même
+auquel il n'est point permis de contracter avec son fils qui est sous
+son pouvoir; une femme, un esclave, un Gouverneur de Province, _propter
+periculum metus & impressionis_.[255] 3. Par les hommes, ab homine, par
+convention faite entr'eux, par éxemple, Mævius a vendu son cheval à
+Titius à condition qu'il ne le revendroit point ou que s'il le revendoit
+ce ne pourroit être qu'à certaines personnes, il n'est pas permis à
+Titius de le vendre à une autre. Mævius, en le lui vendant lui a imposé
+la loi, _Rei enim suæ quisque moderator est, & arbiter; Rei suæ legem
+quisque dicere potest_. 4. Enfin, par les Coûtumes des lieux où l'on se
+trouve, par éxemple, _Donationem contrahere conjuges prohibentur ne
+promercalis inter eos amor fiat_, &c.
+
+Il est des choses comme des personnes, il n'est pas permis de contracter
+de toute sorte de choses; il y en a dont la nature défend de contracter,
+d'autres, la Loi, & d'autres les accords faits entre les hommes; les
+choses Sacrées, Religieuses & Saintes, sont d'une nature à n'entrer
+jamais dans le commerce des hommes; un homme libre, _liberi hominis
+contractus non est_. Les choses impossibles. Certaines choses sont
+deffendues par la Loi, telles sont celles par lesquelles le Public
+recevroit du préjudice, _ex quibus utilitas publica læderetur_. Les
+choses infames & mal-honnêtes qui sont contre les bonnes mœurs. La
+succession d'un homme vivant, _contractus de futura successione
+viventis_. _Ab homine._ Par accord fait entre les hommes, par éxemple,
+_si quis caveat ne vicinus quærat aquam in suo solo_. C'est donc une
+erreur de croire qu'il soit permis à tout le monde de contracter; il est
+encore moins permis à tout le monde de contracter mariage. On dit
+communément que le Contract est le pére de l'obligation, _vulgò dicitur
+contractus pater obligationis, mater verò actionis, obligatio_. Tous
+ceux qui contractent sont tenus de donner ou de faire ce qu'ils ont
+promis, _omnis obligatio vel in dando vel in faciendo consistit, ac
+demùm_, disent les Jurisconsultes, _nisi quis id, aut det, aut faciat
+quod daturum se facturumve promisit, actione coram Magistratu proposita,
+ad id cogi potest_; sans cela ce seroit un Contract frustratoire &
+ridicule. Comment un Eunuque peut-il s'obliger à procréer lignée? Et
+quand il s'y seroit obligé, comment pourroit-on le contraindre à
+éxécuter sa promesse? Tout cela est impossible; or _ex sui natura res
+quæ nec dari nec fieri ullo modo potest, in contractum deduci non debet;
+impossibilium enim nulla est obligatio_; voila la régle de
+Droit; [256]_sub conditione data, non data censentur, cessante
+conditione; itaque deficiente conditione contractus celebratus censetur
+resolutus ab ipso initio_. [257] On se marie sous la condition que le
+mari engendrera lignée, s'il ne peut l'engendrer le mariage est nul &
+résolu. L'honnêteté publique veut donc qu'on l'empêche, & il vaut mieux
+le deffendre, que d'être obligez ensuite à le casser, comme je l'ai fait
+voir ailleurs.
+
+
+
+
+CHAPITRE III.
+
+
+Troisiéme Objection.
+
+_Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage, excepté ceux
+qui concernent la génération, peut le contracter parce que_, consensus
+non concubitus matrimonium facit.
+
+Un [258]sçavant homme & bel esprit tout ensemble dit, qu'il faut sur tout
+qu'un homme sçache son métier; car, ajoûte-t-il, il est honteux qu'on
+dise de nous, que nous sçavons excepté ce que nous devons sçavoir. On
+peut dire qu'il est ridicule de prétendre qu'un mari soit un bon mari,
+remplissant bien les devoirs du mariage, lors qu'il n'est pas capable
+d'en faire les principales fonctions. Il n'est pas d'un mari comme de ce
+bouffon dont le Cardinal du Perron a parlé. [259]Etant à Mantouë le Duc
+lui fit voir un bouffon qu'il disoit être _Magro Buffone, & non Haver
+Spirito_. Le Cardinal répondit que ce bouffon avoit pourtant de
+l'esprit, & le Duc lui ayant demandé pourquoi? Parce, lui dit-il, qu'il
+vit d'un métier qu'il ne sçait pas faire; le métier de mari n'est pas la
+même chose, on n'en vit point, lors qu'on ne le sçait pas faire;
+
+ [260]_Nihil ibi per ludum simulabitur, omnia fient_
+ _Ad Verum._
+
+Quand cela n'est point une femme souffre beaucoup, une nuit lui paroît
+bien longue,
+
+ [261]_O nox quàm longa es quæ facis una senem!_
+
+Témoin les angoisses & les sueurs froides de cette femme dont parle
+Martial[262],
+
+ _Cum sene communem vexat spado Dyndimus Eglen_
+ _Et Jacet in medio ficca puella toro,_
+ _Viribus hic operi non est, hic utilis annis._
+ _Ergo sine effectu prurit uterque prior._
+ _Supplex illa rogat pro se miserisque duobus,_
+ _Hunc Juvenem facias, hunc Cytherea virum!_
+
+Ce n'est donc pas dans la pratique qu'on trouve la vérité de cette
+maxime, [263]_Consensus non Concubitus matrimonium facit_. Voyons en quel
+sens, & de quelle maniére on la trouve dans la Théorie.
+
+Les Jurisconsultes mettent une grande différence entre le consentement
+qui se donne aux fiançailles, & celui qui se donne aux nôces; l'un ne
+consiste qu'à promettre de célébrer les nôces, & l'autre consiste à
+promettre qu'on consommera le mariage. [264]_Aliud est_, disent-ils,
+_Nuptias contrahere, aliud ad Nuptias contrahendas se se obligare_. L'un
+de ces consentemens fait une paction, _de futuro conjugio_. L'autre au
+contraire en fait une _de præsenti_. Dans l'un ce n'est qu'une promesse
+_de accipienda uxore_; Dans l'autre c'est l'exécution de cette promesse,
+_uxor accipitur. Promssio prius facta verbis, rebus ipsis, & factis
+ratificatur._ Il y a autant de différence entre ces deux consentemens,
+qu'il y en a entre la promesse & l'exécution. Dans l'un l'homme ne
+consent pas d'être aussi-tôt mari & de consommer le mariage, il promet
+seulement de le devenir. Mais dans l'autre, l'homme _eo ipso momento
+maritus fieri vult, & eo animo & destinatione consentit ut sit
+matrimonium_. Il promet de le consommer; c'est au premier de ces deux
+cas qu'il faut appliquer la maxime dont il s'agit ici.
+
+Mais voici le sens véritable de cette maxime, & l'application qu'il en
+faut faire. Elle signifie que la simple cohabitation ne fait point
+l'essence du mariage; il ne suffit pas d'avoir connu charnellement une
+femme pour en conclure qu'on est marié avec elle, le consentement de
+l'un & de l'autre d'être marié ensemble, est absolument nécessaire. Ce
+consentement n'est point celui que ces deux personnes se donnent
+mutuellement de se connoître l'une l'autre, _consensus cohabitandi &
+individuam vitæ consuetudinem retinendi facit conjugium_, selon le
+sentiment des Jurisconsultes; ce n'est donc ni le consentement seul, ni
+la cohabitation seule, qui font séparément le mariage, c'est
+l'assemblage de tous les deux. D'ailleurs, le consentement dont il est
+ici question, _ad Nuptiarum probationem, sed non ad Nuptiarum
+substantiam, pertinet_. Le but de cette maxime n'est pas de déclarer en
+quoi consiste l'essence du mariage, mais à quel tems il faut le fixer, &
+de quel moment il faut compter qu'il est contracté. _Non ex concubitu
+nuptiæ fatis probantur, sicuti & retrò secubitu matrimonium non
+dissociatur, seu separatione Thori aut habitationis._ Ces unions & ces
+séparations ne concluent rien; il y a des conjectures plus certaines
+établies par les Jurisconsultes pour juger de la consommation du
+mariage; ils les tirent _ex comparatione personarum, ex vitæ
+conjunctione, ex vicinorum opinione, ex deductione in domum mariti; ex
+aquæ & ignis acceptione, ex dotalibus instrumentis, seu tabulis
+nuptialibus, seu testatione_, ce qui, au rapport de Busbeque, fait parmi
+les Turcs, la différence de la femme & de la concubine. Mais tout cela
+n'est point l'essence du mariage, ce sont des conjectures, ou des
+preuves, par lesquelles on peut juger qu'il y a un mariage contracté
+entre certaines personnes. Si le mariage ne consistoit que dans le
+consentement on pourroit bien dire comme cette femme qu'Ovide fait
+parler,
+
+ _Si mos antiquis placuisset matribus idem,_
+ _Gens hominum vitio deperitura fuit._
+ _Qui que iterùm Jaceret generis primordia nostri_
+ _In vacuo lapides orbe parandus erat._
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+
+Objection quatriéme.
+
+_Quand on ne peut pas être auprès d'une femme comme mari, on doit y être
+comme frére, & habiter avec elle comme avec une sœur._
+
+
+Réponse à cette Objection.
+
+Cette objection est fondée sur le chapitre _Laudabilem est infrà_[265],
+qui contient ces mots, _quod si ambo consentiant simul esse, vir etiam &
+si non ut uxorem, saltem habeat ut sororem_, la glose sur ces mots
+_ambo_, dit précisément qu'il faut que l'un & l'autre consentent, _quia
+cum nullum sit matrimonium non tenetur alter alteri_.
+
+Deux réflexions détruiront l'objection fondée sur ces paroles. La
+prémiére, qu'elles sont rélatives à la faculté qui est donnée à la femme
+de faire résoudre son mariage, après que pendant un certain tems elle
+s'est assurée de l'impuissance de son mari; elle peut faire casser son
+mariage, à moins que l'un & l'autre ne veuillent bien habiter ensemble
+comme frére & sœur. Il paroît donc par là qu'il s'agit d'un mariage
+contracté, & non pas d'un mariage à contracter. Qu'il s'agit d'un homme
+reconnu impuissant après une longue expérience, & non point d'un Eunuque
+qui est notoirement impuissant, & qui ne peut par aucun ressort de la
+nature, ni par aucun artifice de l'art devenir jamais capable
+d'engendrer.
+
+La seconde réfléxion consiste en ce qu'il faut que l'une & l'autre des
+parties consente de rester ensemble sur ce pied de frére & de sœur:
+ce qui montre qu'il n'y a plus de lien entr'eux; que le premier
+consentement qu'ils ont donné à leur union n'ayant pas produit l'effet
+pour lequel il avoit été donné, il est naturellement & _ipso facto_
+révoqué. Qu'il en faut un nouveau donné sur connoissance certaine de la
+personne; qu'alors ce n'est plus un mariage, mais une union de support
+qui ne peut être qu'onéreuse à la femme; car enfin, le doux nom de
+sœur n'est pas capable de consoler de la perte des avantages de la
+qualité de femme. Quand on est une fois marié on ne s'aime plus
+qu'entant qu'on est mari & femme. Comme cette Biblis dont Ovide nous
+fait l'histoire, une femme n'aime point d'être appellée sœur par un
+homme qui tient lieu de mari.
+
+ [266]_Jam Dominum appellat, jam nomina sanguinis odit,_
+ _Biblida, jam mavult, quàm se vocet ille sororem._
+
+En un mot, cette objection tombe d'elle-même, puis qu'elle ne concerne
+que des mariages contractez avec des hommes reconnus impuissans par
+l'usage; & qu'il s'agit ici de sçavoir s'il doit être permis à des
+Eunuques connus pour tels, de contracter mariage.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+
+CHAPITRE V.
+
+
+Cinquiéme Objection.
+
+_Si le Mariage devoit être deffendu aux Eunuques parce qu'ils ne peuvent
+pas engendrer, il devroit l'être aussi aux personnes âgées que la
+vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne leur
+étant point deffendu, il ne doit point l'être aussi aux Eunuques._
+
+
+Réponse à cette Objection.
+
+Cette objection est fondée sur un faux principe, sçavoir qu'on n'a droit
+d'être marié qu'entant qu'on est capable d'engendrer; si cela étoit, dès
+qu'un mari & une femme n'engendrent plus, ou lors que la femme est
+stérile il faudroit les démarier. Ce principe & la conséquence qui s'en
+tire naturellement sont si absurdes, qu'il suffit de les proposer pour
+les faire rejetter.
+
+Si cette Objection n'est point fondée sur ce principe elle est encore
+moins soûtenable; car un homme, à moins que d'être retourné en enfance,
+ou que d'être attaqué de quelqu'infirmité capitale, est capable
+d'engendrer dans quelqu'âge qu'il se trouve. On voit mille éxemples dans
+le monde de vieillards qui ont eu des enfans à l'âge de quatrevingt &
+dix ans, qui est l'âge le plus avancé de l'homme; de sorte qu'on peut
+dire qu'un homme bien constitué peut engendrer toute sa vie; cependant,
+s'il étoit tellement décrépit qu'il ne pût faire aucune fonction du
+mariage, qu'il fût comme un Eunuque, j'avouë qu'il agiroit contre
+l'institution du mariage, & que le Magistrat, ou ses Supérieurs
+Ecclésiastiques feroient très bien de l'en empêcher en lui représentant
+ce qu'Ajax dit à Ulysse dans les Métamorphoses d'Ovide,
+
+ _Debilitaturum quid te petis Improbe munus?_
+
+Qu'il va faire comme le mâle des Alcyons qui étant si vieux qu'il ne
+peut se remuer, s'apparie avec sa femelle & meurt en cet état. A moins
+que cet homme n'eût eu plusieurs enfans dans sa jeunesse, ou qu'il eût
+eu une femme stérile, en ce cas il peut très légitimement, à mon avis,
+épouser une femme d'un âge proportionné au sien, [267]parce que le feu de
+la jeunesse étant passé dans l'un & dans l'autre, & les inconvéniens que
+je remarquerai dans le chapitre suivant n'étant point à craindre, c'est
+proprement dans ce cas qu'un mari recevant beaucoup d'aide & de secours
+de sa femme il peut la regarder comme sœur, s'il ne peut la regarder
+comme femme, puis que lui ni elle ne peuvent point procréer lignée.
+
+Mais la principale raison est, que les gens auxquels on n'a que la
+vieillesse à reprocher, auroient pû, peut-être, engendrer, & ont,
+peut-être, effectivement engendré dans leur jeunesse; ils ont donc la
+faculté d'engendrer, mais ils n'engendrent point en effet; l'âge est en
+eux un obstacle plus puissant que la nature qui les avoit rendus
+capables d'engendrer. Or ne voit-on pas que la nature fait souvent des
+efforts, ou que la Providence lui donne des forces par le moyen
+desquelles elle surmonte les obstacles de l'âge. [268]Je ne rapporterai
+point la Fable du bon Vieillard Hircus qui pria trois Dieux qui vinrent
+chez lui, de lui donner un fils, quoi que sa femme fût déjà fort avancée
+en âge, ce qu'ils lui accordérent; les Sçavans croyent que c'est
+l'histoire d'Abraham & de Sara, déguisée: mais j'alléguerai le
+témoignage de Valesque de Tarente qui dit, comme une chose fort
+merveilleuse, dans son _Philonium_[269], qu'il a vû une femme qui avoit
+ses mois à l'âge de soixante ans, & qui eut un fils à l'âge de
+soixante-sept ans. Et le témoignage de Mauricius Codeus, qui dit dans
+son Commentaire sur le premier Livre d'Hypocrate touchant les maladies
+des femmes, qu'il a appris qu'une Demoiselle a eu ses mois étant âgée de
+soixante & dix ans, & qu'elle avoit conçû un enfant bien formé, dont
+elle avoit avorté pour avoir été trop agitée du mouvement d'un Coche
+dans lequel elle avoit été. La Loi _si major_ au Code _de legitim.
+Hæred._ parle d'un enfant mis au monde par une femme qui avoit passé
+cinquante ans. Cornelia dont Pline parle, eut après soixante-deux ans
+Volusius Saturninus qui fut Consul. Et le Docte Joubert dit
+positivement, qu'une femme mariée à un Coûturier dans la Ville
+d'Avignon, nommé _André_, domestique du Cardinal de Joyeuse, continua
+d'enfanter jusqu'à l'âge de septante ans. Mais si la nature ne peut pas
+surmonter ces obstacles, Dieu qui est le Maître de la nature, ne les
+surmonte-t-il pas souvent, en donnant des enfans à des femmes qui ont
+perdu l'espérance d'en avoir, [270]Sara, & Anne, qui depuis[271] fut mère
+de Samuel, en sont des exemples. Il donne, dit le Psalmiste, à celle qui
+étoit stérile la joye de se voir dans sa maison la mére de plusieurs
+enfans. [272]Le Prophete Esaïe dit la même chose, & l'expérience l'a
+justifié si souvent qu'il n'y a point lieu d'en douter.
+
+Il y a donc bien de la différence entre le mariage des Vieillards &
+celui des Eunuques. Dieu se sert souvent de moyens humains pour faire
+des Miracles. Les personnes fort âgées peuvent servir de moyens, mais
+les Eunuques n'ayans point ces moyens, ils ne peuvent point être des
+instrumens dans la main de Dieu pour faire ces miracles. Ainsi on peut
+dire que, ni naturellement, ni surnaturellement, ils ne peuvent point
+engendrer, & que par conséquent ils ne sont en nulle maniére, ni
+capables, ni dignes du mariage.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+
+CHAPITRE VI.
+
+
+Sixiéme Objection.
+
+_Quand la femme qui épouse un Eunuque sçait qu'il est Eunuque, & qu'elle
+n'ignore point les conséquences de son état, il doit lui être permis de
+l'épouser si elle le souhaite, parce que_ volenti non fit injuria.
+
+
+Réponse à cette Objection.
+
+Cette maxime _Volenti non fit injuria_, est établie par le Droit Civil,
+& par le Droit Canon; l'un dit, [273]_que usque adeò autem injuria quæ
+fit liberis nostris, nostrum pudorem pertingit, ut etiam si volentem
+filium quis vendiderit patri, suo quidem nomine competit injuriarum
+actio, filii verò nomine non competit, quia nulla injuria est quæ in
+volentem fiat_; l'autre Droit dit que, [274]_scienti & consentienti non
+fit injuria_; Elle est tirée de la Loi 145. _ff de diversis regulis
+juris_, qui porte, que _nemo videtur fraudare eos qui sciunt &
+consentiunt_, & elle est en quelque sorte expliquée par le §. _si
+intelligatur_. 6. de la Loi prémiére, _Dig. de Ædilitio Edicto. Si
+intelligatur vitium, morbus que mancipii ut plerùmque signis quibusdam
+solent demonstrare vitia, potest dici edictum cessare; hoc enim tantùm
+intuendum est ne emptor decipiatur._ Pour pouvoir conclure qu'une femme
+est trompée volontairement & de son consentement, il faut qu'il conste &
+qu'il apparoisse clairement & manifestement qu'elle n'a été ni induite,
+ni séduite; qu'elle a sçû les defauts de l'Eunuque, & les incommoditez
+qu'elle en souffriroit, sans cela elle est trompée, & elle est trompée
+par surprise & non pas volontairement. J'ajoûte qu'il faut qu'une femme
+soit assurée de sa continence & de sa chasteté, qu'elle sçache que les
+defauts de l'Eunuque, & les incommoditez qu'elle en souffrira, mettront
+l'une & l'autre de ces deux vertus très souvent à l'épreuve, & qu'elle
+pourra sûrement soûtenir toutes ces épreuves, sans cela, présupposé que
+_volenti non fiat injuria_ le Magistrat ni ses Supérieurs
+Ecclésiastiques ne doivent point lui permettre de s'exposer à la
+tentation, & de se mettre dans un danger évident de tomber dans le crime
+comme je le ferai voir dans la suite de ce chapitre; il ne doit point
+lui permettre par conséquent de se marier; l'Objection tombe dans ce
+cas. Il y a d'autres exceptions à cette régle générale, que les
+Jurisconsultes rapportent; par éxemple, [275]_si quis puellam volentem
+rapuerit; si quis filium volentem intervertat. Si quis servum volentem
+corrumpat_; & plusieurs autres semblables. Le sens véritable de cette
+maxime est, qu'une personne qui a consenti à l'injure qui lui a été
+faite, ne peut point agir par action d'injure contre l'injuriant. Voici
+donc l'application qu'il faut faire de cette maxime au cas du mariage
+d'un Eunuque. Lors qu'un mariage est déclaré nul par, ou à cause de
+l'impuissance du mari, il n'est pas seulement condamné à rendre la dote
+qu'il a reçûë de sa femme, pour laquelle il n'est point admis ni reçû à
+faire cession de biens, mais aussi aux dommages & intérêts envers elle,
+& elle n'est point tenuë à la restitution des bagues qui lui avoient été
+données. Mais lors qu'elle a sçû, avant que de l'épouser, qu'il étoit
+impuissant, elle peut bien faire casser son mariage, ou plûtôt faire
+dire qu'il n'y en a point, mais elle ne peut pas intenter l'action
+d'injure ou de dommages & intérêts, parce que _volenti non facta fuit
+injuria_. Elle mérite qu'on lui fasse ce reproche d'Horace[276] _Prudens
+emisti vitiosum, dicta tibi est lex, insequeris tamen hunc & lite
+moraris iniqua_. C'est là la Jurisprudence universelle de tous les Païs.
+Mais pour répondre solidement & d'une maniére qui soit sans replique à
+cette Objection, je ne puis faire rien de mieux que de me servir des
+termes du Docte Cypræus, tels qu'ils sont contenus dans les Articles 41.
+& 42. du Paragraphe treiziéme du chapitre neuviéme de son excellent
+Ouvrage, _de Jure connubiorum_: en détruisant l'Objection ils finiront
+aussi très dignement ce chapitre & cet Ouvrage. [277]«_Quæritur si mulier
+spadoni vel Eunucho fidem dederit, non ignara eum hoc vitio affectum,
+vel post sponsalia resciverit, eum virum non esse, & nihilominus nuptias
+consummare cupiat, id ei concedendum fit? Et si quidem constiterit eum
+ad commixtionem conjugalem inhabilem esse, nuptiis illi inter dicendum &
+sponsalia dissolvenda existimaverim. 1. Quod lege Divina spadones
+prohibeantur mariti fieri. Deuteronom. 13. Itaque nec illis mulieres
+nubere possunt. 2. Quod & Imperatorum constitutionibus id vetitum est.
+3. Quod ejusmodi conjugium Benedictionis non sit capax. 4. Quod nulla
+istarum causarum propter quas conjugium à Deo institutum est, hic locum
+habeat. 5. Propter periculum, ne mulier alibi amori operam dare
+incipiat, (ut est natura hominum proclivis ad libidinem) & conjugio,
+cujus usum nullum habere potest, pro velamento turpitudinis utatur. Nec
+ad rem facit quod mulier sciens volens nuptias illas cupiat; Nam in re
+tanti momenti Magistratus est partibus consulere qui suis commodis
+consulere non possunt, cùm perire volens audiendus non sit. Nam verendum
+est, ut dixi, ne mulier ejus pertæsa conjunctionis alium portum quærat
+quo se se recipiat, ut Theognidis verbis utar. Quibus incommodis
+Magisstratum mederi oportet, usque adeò ut etsi de viri vitio aut morbo
+non quæratur uxor, nihilominus hisce nuptiis intercedere debeat._»
+
+_Sed quid si mulier sciens volens spadoni nupserit, & matrimonium
+consommatum sit? Resp. sibi Imputare debet quæ ei quem scit virum non
+esse, nupserit. Interim tamen matrimonium ἁγαμος, id est pro nullo
+habendum est, ut quod contra leges inter eas personas coiërit, quæ
+matrimonio jungi non possunt. Quâ de Causâ etiamsi cum facti non
+pœniteat, nihilominus à Viro discedere debere, & si nolit,
+segregandam esse existimaverim. Neque enim mulier prava & legibus
+prohibita suâ conniventia recta efficere potest. Et Conjugium
+confirmatur officio carnali, Verum antequàm confirmetur, impossibilitas
+officii solvis vinculum conjugii. 33. Quæst. 1. cap. 1. Verba Augustini.
+Quamvis contra sentiat Papa Alexander, vel ut alii volunt, Lucius, cap.
+requisivisti, 33. Quæstione prima, qui vult eas quæ pro uxore haberi non
+possunt, pro sororibus habendas; quod vix est ut defendi possit, idque
+propter illas, quas commemoravimus causas._
+
+FIN.
+
+ * * * * *
+
+
+NOTES:
+
+[1] Comme l'illustre Mr. Bayle étoit encore en vie quand cette Dédicace
+a été faite, on n'a pas trouvé qu'il fut nécessaire d'y rien changer,
+quoi qu'il soit mort depuis.
+
+[2] Mr. de Montpinslon.
+
+[3] Histoire des Ouvrages des Savans. Mois de Janvier, Février & Mars
+1706. pag. 84. & suiv.
+
+[4] Nouv. de la Répub. des Lett. Janv. 1704 p. 117.
+
+[5] Nouvelles de la République des Lettres tom. 1. Mois d'Avril 1684.
+pag. 117.
+
+[6] Patiniana pag. 25.
+
+[7] Capitul. 9. tit. 19 de procuratoribus lib. 1. sexti Decretal.
+
+[8] Imperat. Leonis constitut. 26. in princip.
+
+[9] Novel. 21. tit. 1. de Nuptiis. In præfat.
+
+[10] L. 197. de divers. regul. Jur.
+
+[11] Liv. 14. ch. 6.
+
+[12] In Eutrop. lib. 1. V. 339.
+
+[13] Christophori Helvici Theatrum Historicum pag. 5.
+
+[14] St. Remuald. Thresor Chronol. & Histor. fol. tom. 1. pag. 79.
+
+[15] Valere Maxime liv. 9, ch. 3. art. 13.
+
+[16] Lucien dans son dialogue Intitulé le menteur ou l'Incredule.
+
+[17] Etymologicon Linguæ Latinæ.
+
+[18] Genese Ch. 37. V. 36.
+
+[19] Joseph. Antiq. Judaic. liv. X. ch. 16.
+
+[20] St. August de civit. Dei. tom. 1. pag. 603.
+
+[21] L. 2. §. 1. ff. de Adoptionibus.
+
+[22] Lettre 117. dans la traduction que Mr. l'Abbé de Bellegarde a faite
+des Epitres de S. Basile.
+
+[23] Lib. 16. cap. 7.
+
+[24] Lib. 16. cap. 7.
+
+[25] Controvers. 33. lib. 5.
+
+[26] St. Matth. ch. 19. V. 12.
+
+[27] L. 147. de div. reg. Jur.
+
+[28] L. 121. ff. de verbor. significat.
+
+[29] Liv. 6. ch. 5. & sur tout. liv. 10. ch. 1.
+
+[30] Liv. 2. Eleg. 2.
+
+[31] Voy. Plin. liv. 13. ch. 4.
+
+[32] Plutarq. In Alexandr.
+
+[33] Liv. 7. ch. 2.
+
+[34] Satyr. 10. V. 306. 307.
+
+[35] Liv. 6. ch. 10.
+
+[36] Voy. Crinitus de honnesta disciplina liv. 9. S. Romuald fol. tom.
+2. pag. 185.
+
+[37] Luithprand. Ticinensis. liv. 4. de rebus per Europam gestis. cap.
+4. Meibomius. Rerum Germanicar. tom. 1. c. 47. pag. 247. Camerar.
+Meditat. Historic. tom. 1. lib. 5. cap. 19.
+
+[38] Act. 1. Scen. 2.
+
+[39] Liv. 6. ch. 1. art. 13.
+
+[40] Liv. 2. Epigr. 60.
+
+[41] Voyez cette Histoire dans le Diction. Histor. & Crit. de Mr. Bayle.
+Les Articles _Abelard, Heloïse, Foulques & Paraclet_.
+
+[42] Ch. 31. V. 21, 22.
+
+[43] Herodote liv. 8.
+
+[44] Instit. lib. 4. tit. 4. de Injuriis. § 7.
+
+[45] Novell. 42. ch. 1.
+
+[46] Amor. lib. 2. Eleg. 3. V. 3. & 4.
+
+[47] Novell. 60.
+
+[48] Apol. 2. pag. 71. adressée à l'Empereur Antonin.
+
+[49] Epistol. 5. 6. ad Pammachium de Erroribus Origini.
+
+[50] Dupin nouvelle Bibliothéque des Auteurs Ecclésiastiques tom 1. pag.
+121. &c. tiré d'Eusebe liv. 6. ch. 2. §. 19. traduction Françoise, les
+chapitres de laquelle ne se rapportent point à l'Edition Gréque ni
+Latine.
+
+[51] S. Romuald. tom. 2. pag. 185. du tresor Hist. & Chronol. in fol.
+
+[52] Eusebe parle de cette sédition, mais il n'en dit pas la cause, liv.
+6. ch. 41. &c.
+
+[53] Voyez la Vie de Tertullien & d'Origéne, par Mr. de la Motte ch. 5.
+sur la fin.
+
+[54] Dupin ibid. ubi supra. Et Eusebe ibid. ch. 19.
+
+[55] Liv. 5. ch. 21.
+
+[56] l. 4. §. 2. ff. ad legem Corneliam de sicariis et Veneficiis.
+
+[57] Voyez Diction. Hist. & Crit. de Mr. Bayle tom. 1. pag. 955. & suiv.
+
+[58] Essais liv. 2. ch. 29.
+
+[59] Centuries 1. ch. C. de separatione ex causa luis Veneraæ.
+
+[60] Abreg. Chronol. tom. 2. pag. 639.
+
+[61] Voyez Hippocrat. lib. Aphorism. 28. & 29.
+
+[62] Plin. lib. II. cap. 37.
+
+[63] lib. 23.
+
+[64] Tom. 17. lib. 3. tit. defectus testium vel naturâ, vel casu
+Eunuchi, spadones, castrati. Et tit. Hermaphroditorum & sacrorum
+ridiculorum.
+
+[65] Joseph. Antiquit. Judaïq. liv. 18. ch. 2. idem de la guerre des
+Juifs liv. 2. ch. 7.
+
+[66] Ευνουχισαν.
+
+[67] Liv. 1. tom. 1. Heres. 15. 16.
+
+[68] Mr. Dodwel, dans les additions aux Œuvres Posthumes &
+Chronologiques de Pearson; dans sa digression sur le ch. 6. à l'occasion
+de le prétenduë Domitille, Vierge & Martyre.
+
+[69] Plaut. in Aulular. Act. 2. Scen. 2. V. 72. 73.
+
+[70] Mezerai Histoire de France avant Clovis in 12 pag. 160.
+
+[71] Liv. 8. chap. 41.
+
+[72] Liv. 1. ch. 12.
+
+[73] Elog. 5. des Empereurs. Elog. 9. des Impératrices.
+
+[74] Dior. Cassius, in Neron. Art. 28.
+
+[75] Ch. 1. V. 10.
+
+[76] Ibid. ch. 2.
+
+[77] Judith ch. 12.
+
+[78] Act. ch. 8. V. 26.
+
+[79] Jérémie ch. 52. V. 25.
+
+[80] Plat. de leg. lib. 3.
+
+[81] Grégoire de Nazianze Oraison 23.
+
+[82] Athanas. ad solitar. pag. 384.
+
+[83] Amm. Marcell. liv. 18.
+
+[84] Ibid. liv. 15.
+
+[85] Ibid. l. 8. ch. 15.
+
+[86] Julian. Imperat. ad Atheniens. pag. 501.
+
+[87] Athan. ad solitar. pag. 834. 835.
+
+[88] S. Athanas ad solitar. pag. 852 & Herman Vie de S. Athanase liv. 7.
+ch. 10.
+
+[89] Gregor. Nazianz. orat. 31.
+
+[90] Liv. 7. ch. 10.
+
+[91] Liv. 9. tit. 1. l. 4.
+
+[92] Eusebe Hist. Eccles. liv. 10 ch. 8.
+
+[93] Ælius Lampridius.
+
+[94] Quint. Curt. lib. 10. cap. 1.
+
+[95] Ælius Lampridius in sever.
+
+[96] Cod. Theod. liv. 10, tit. 10, liv. 34.
+
+[97] Liv. 5. pag. 800.
+
+[98] Lucian. Macrob.
+
+[99] Voyez Nouvelles de la République des Lettres Janvier 1686, art. 10.
+tom. 5. pag. 87.
+
+[100] Liv. 17.
+
+[101] Esaïe ch. 56. V. 3. Osée ch. 9. V. 16. Luc ch. 13. V. 7.
+
+[102] Claud. in Eutrop. lib. 1.
+
+[103] Socrate Hist. Eccles. liv. 6. ch. 5.
+
+[104] Sozomene liv. 8. ch. 7.
+
+[105] In pseud. & in Eunuch.
+
+[106] Liv. 3. ch. dernier.
+
+[107] Martial. liv. 6. Epigram. 2.
+
+[108] Liv. 9. Epigram. 7.
+
+[109] Sueton. invit. Domitian ch. 7. art. 4.
+
+[110] Tit. 8. liv. 48. ff.
+
+[111] tit. 8. liv. 48. ff.
+
+[112] l. 3. §. 4. tit. Eod.
+
+[113] liv. 26. §. 28. tit. 2. l. 9. ad legem Aquiliam.
+
+[114] liv. 4. tit. 42. l. 1.
+
+[115] Authent. coll. 9. tit. 24. Nouv. 142.
+
+[116] Leo. Constitut. 60.
+
+[117] Vid. qui testament. facere poss. l. 5.
+
+[118] l. 6 ff. de liberis & posthum. hæred. instituendis vel
+exhæredandis.
+
+[119] l. 6. ff. de Jure patronatus.
+
+[120] §. sed & illud. In insitut. lib. 1. tit. II. de Adoph.
+
+[121] Ibid. ff. 4.
+
+[122] d. ff. fœminæ Institut de adopt.
+
+[123] L. 6 ff. de liber. & posth. hæred. Instituendis vel exhæredandis
+L. 29. §. penult. de in officios. Testam.
+
+[124] Schneidevin. sur les Instituts. liv. 1. tit. 25. §. 7.
+
+[125] Institut. de hæred. qualit. & differ. l. 4.
+
+[126] L. I. §. 11.
+
+[127] L. 20. §. 7. ff. qui Testamenta facere possunt.
+
+[128] L. I. cod. quand Mulier. Tutor. off. lung. pot.
+
+[129] L. 4. liv. 49. tit. 16. de Re militati.
+
+[130] Plaut. in Curcull.
+
+[131] L. 20, §. 7. ff. qui testam. facer. poss.
+
+[132] Institut. orator. lib. 5, cap. 12.
+
+[133] L. 4. ff. ad leg. Cornel. de siccar.
+
+[134] Liv. 7. ch. 7. exempl. 6.
+
+[135] Juven. Satyr. 11. Aristote lib. 7. cap. 5. Histor. Animal. Æsop.
+in Apol. Ælian. lib. 6. cap. 33. Plin. lib. 37. cap. 6.
+
+[136] Voyages de la Hontan dans l'Amérique Septentrionale tom. 1. lett.
+16. pag. 181. &c.
+
+[137] Ibid. 185. 186.
+
+[138] Lib. 32. cap. 3.
+
+[139] Voyez Mémoires pour l'histoire des Sciences & des beaux Arts, mois
+de Mai 1704. article 10. page 301. &c. tom. 7.
+
+[140] Levitiq. ch. 22, V. 24.
+
+[141] Deuteron. ch. V. 1.
+
+[142] Matth. ch. 19 V. 12.
+
+[143] Distinct. 55. c. 1.
+
+[144] Ibid. c. 10.
+
+[145] Ibid. c. 5.
+
+[146] L. si verò 5. §. II. lib. 9. ff. tit. 3. de his qui effuderint,
+vel dejecerint.
+
+[147] De Bell. Alexand.
+
+[148] Cheviæana tom. I. pag. 200.
+
+[149] Voyez les Nouvelles de la République des Lettres par Mr. Bayle
+tom. 4. pag. 948.
+
+[150] Ibid. tom. 7. pag. 1466.
+
+[151] Institut. lib. 1. tit. 9. §. 1.
+
+[152] Decret. 2. pars. causa 35. quæst. 1. & 2.
+
+[153] In Eutrop. lib. 1.
+
+[154] Cap. tunc salvabitur 33. Quæst. 5. & ibid. Gloss. fin.
+
+[155] 1. Timoth. ch. 5. V. 14.
+
+[156] Jérém. ch. 29. V. 6.
+
+[157] L. 220. ff. deverbor. signif. §. 3. in fin.
+
+[158] Chap. 20. V. 35. & 36.
+
+[159] Aul. Gel. lib. 18. cap. 6.
+
+[160] Cap. extr. de convers. infidel.
+
+[161] Nouvel. 73. in princip.
+
+[162] L. Eleganter 24. §. qui reprobos. ff. de pignor. act.
+
+[163] Sext. decretal. lib. 4. tit. 2. capitul. unic.
+
+[164] L. 14. ff. de sponsal.
+
+[165] L. vehenda 10. §. 1. ff. ad leg. Rhod. de Jactu.
+
+[166] Voyez S. Jerôme Epitr. 2. tom. 1. p. 11.
+
+[167] 1. Liv. des Rois ch. 1.
+
+[168] L. ea quæ commendandi causa ff. §. ult. de contrala. empt.
+
+[169] Part. 1. lib. 5. disput. 12. §. 10. num. 351.
+
+[170] Lib. 5. tit. 17. l. 50.
+
+[171] Lib. 23. tit. 3 de Juro dotium l. 39. §. 1.
+
+[172] Voyez le Tresor ou la Biblioth. du Droit Franç. par Mre. Laurent
+Bouchet tom. 2. pag. 691.
+
+[173] Tit. de Nuptiis §. 12.
+
+[174] L. 30. ff. quando dies leg. vel fideic. cedat.
+
+[175] Vid. Pruckneri manuale mille quæstionum illustrium Theolog.
+Centur. 8. Quæst. 43.
+
+[176] Voyez le Tresor, ou la Biblioth. du Droit François par Mre Laurent
+Bouchel tom. 2. pag. 689.
+
+[177] Capitul. 10. Decretal. Gregor. lib. 4. tit. 2.
+
+[178] Decret. 2. pars caus. 37. quæst. 2. c. 17.
+
+[179] Ibid. c. 30.
+
+[180] Ibid. c. 37., &c.
+
+[181] Voy. Schneidewin. in institut. lib. 1. Tit. 10. pars 4.
+
+[182] De divortio. num. 22.
+
+[183] On peut voir sur ce sujet les ch. 62. & 64. de la 2. Centurie des
+Arrêts de Mr. le Prêtre.
+
+[184] Collat. 4. Novell. 22. tit. de causis solutionis cum pœna.
+
+[185] In Eutrop. lib. 1.
+
+[186] Terence Eunuch. Act. 2. Scen. 3.
+
+[187] Epigr. 52. lib. 10.
+
+[188] Epigram. 42. lib 12.
+
+[189] Carmen Nuptiale lib. 1. m. 63.
+
+[190] Ovid. Amor. lib. 3. Eleg. 7.
+
+[191] Audoënus Epigramm. 55.
+
+[192] Ibid. Epigram. 275.
+
+[193] Juven. Satyr. 6. V. 513.
+
+[194] Ovid. ubi suprà.
+
+[195] Liv. 21. tit. 1. de æditit. Ædicto. l. 7.
+
+[196] Horat. Sermon. lib. I. Satyr. I.
+
+[197] Ch. 30. V. 21.
+
+[198] Mr. Ocluen Capitaine de Cavalerie, & l'un des Membres de la
+Société Royale de Berlin.
+
+[199] Voyez Livre sans nom pag. 33.
+
+[200] Lib. 5. Epigr. 42.
+
+[201] Ovid. de arte Amandi. lib. 1.
+
+[202] Ibid.
+
+[203] Plat. lib. 10. de legib.
+
+[204] In Galb. cap. 3.
+
+[205] Thuan. Histor. lib. 52.
+
+[206] Tacit. Annal. lib. 4 cap. 53.
+
+[207] Plin. Epist. 18. lib. 8.
+
+[208] Voyez Valesiana pag. 57.
+
+[209] Diction. Histor. & Crit. 2. Edit. tom. 1. pag. 355.
+
+[210] Bouchet Annales d'Aquitaine fol. 143. versò. Dans Bayle Réponse
+aux questions d'un Prov. tom. 1. pag. 423.
+
+[211] Voyez l'Histoire des Ouvrages des Sçavans, mois de Septembre 1687.
+pag. 109. & 110.
+
+[212] Saty. 2.
+
+[213] Hist. des Ouvr. des Sçav. mois de Juillet 1696. pag. 506.
+
+[214] Sext. Decretal. lib. 4. tit. 1.
+
+[215] L. 60. ff.; P2: ff lib. 23. tit. 2. de ritu nupt. §. 5.
+
+[216] §. si advertus Institut. de Nuptiis.
+
+[217] Sueton. in August. cap. 44.
+
+[218] Liv. 5. Epigram. 42.
+
+[219] Pag. 513.
+
+[220] Liv. 6. ch. 2.
+
+[221] Voyez aussi l'Histoire des Ouvrages des Sçavans mois de Septembre
+1690. art. 1. tom. 7. pag. 10. & suiv.
+
+[222] §. 28. pag. 20.
+
+[223] §. 235. pag. 358.
+
+[224] L. si dotem. 22. §. si maritus. 7. ff. solut. Matrimon.
+
+[225] Can. quod autem.
+
+[226] Tom. 2. Jenens. German. fol. 156. 6.
+
+[227] Lib. 2. tit. 1. de Matrimon. & Nupt. definit. 16. & Tit. 11.
+definit. 200.
+
+[228] Hist. des Ouvrages des Sçavans, mois de Février 1706. art. 7. pag.
+89. & suiv.
+
+[229] Ibid. mois de Décembre 1691. art. 3. pag. 175.
+
+[230] Lib. 5. Tit. 8. Cod. si nuptiæ ex rescripto petantur l. 2.
+
+[231] Hist. des Ouv. des Sçav. mois de Novembr. 1687. pag. 321. Ibid
+mois de Mai 1688. art. 4. pag. 35. Ibid. mois de Juillet 1688. art. 10.
+Ibid mois de Septembre 1688. pag. 38. Ibid. Octobre 1688. art. 13. Ibid.
+Janvier 1689. pag. 473. Ibid. Février 1689. art. 4. Ibid. Mars 1689.
+art. 1. pag. 13. 16. Ibid. Février 1692. pag. 280. Ibid. Août 1692. pag.
+540. Ibid. Avril 1695. art. 5.
+
+[232] Mois de Février 1706. art. 7. pag. 89.
+
+[233] Voyez la Déclaration du Roi de Prusse sur ce sujet du 7. Decembre
+1689.
+
+[234] Chap. 9. §. 2. num. 13.
+
+[235] B: Voyez les Œuvres de Mr. le Vayer Homelie Académique, Homel. 2.
+
+[236] Impress. Londini in 4. ann. 1640. pag. 40. 41.
+
+[237] Voëtii Polit. Ecclesies pars prima lib. 3. Tractat. 1. de
+matrimonio lectio 2. cap. 1. quæst. 3.
+
+[238] Voyez de l'usage & de l'autorité du Droit Civil dans les Etats des
+Princes Chrétiens traduit du Latin d'Arthurus Duck Iuriscons. Angl. liv.
+2. pag. 234.
+
+[239] Lib. 5.
+
+[240] Terent. Eunuch. Act. 4. scen. 3.
+
+[241] Iuvenal. Satyr. 6. V. 366.
+
+[242] Cap. 89.
+
+[243] Liv. 6. Epigr. 67.
+
+[244] Lib. I. Epigr. 34.
+
+[245] Ch. 20. V. 2. 3.
+
+[246] Ovid. Metamorph. lib. 9.
+
+[247] Caus. 32. quæst. 4. c. origo. &c. liberorum ergò.
+
+[248] Genes. chap. 6. V. 2.
+
+[249] Genes. ch. 30. V. 1.
+
+[250] Æneid. lib. 4.
+
+[251] Vid. c. penult. & fin. 32. quæst. 7. a. solet quæri. 32. q. 2. c.
+non enim 32. q. 1. c. tantum. 32. q. 4.
+
+[252] Genes. ch. 30. V. 1.
+
+[253] Tobie ch. 6. V. 16. & suiv.
+
+[254] Novell. 78. cap. 3. Novell. 117. cap. 6.
+
+[255] L. in re mandata cod. mandati.
+
+[256] L. 10. l. 14. de adim. legat.
+
+[257] L. 8. in princip. ff. de pericul. & commot. rei vendit.
+
+[258] Vigneuil Marville tom. 1. pag. 376.
+
+[259] Perroniana pag. 44.
+
+[260] Juven. Satyr. 6. V. 324. 325.
+
+[261] Martial. Epigr. 7. lib. 4.
+
+[262] Lib. 11. Epigr. 82.
+
+[263] L. 30. ff. de divers. Regul. jur.
+
+[264] L. Si pœnam ff. de verbor. obligationib.
+
+[265] Capitul. 5. Decretal. lib. 4. tit. 15. de Frigidis & Maleficiatis.
+
+[266] Metamorphos. lib. 9. V. 465.
+
+[267] Ovid. fast. lib. 5.
+
+[268] St. Romuald. Tresor Hist. & Chronol. in fol. tom. 1. pag. 93.
+
+[269] Ibid. pag. 231.
+
+[270] Genes. ch. 21.
+
+[271] 1. Samuel. ch. 1.
+
+[272] Esaïe. ch. 54. V. 1.
+
+[273] L. 1. §. usque adeò 5. ff. de injuriis & famosis libellis lib. 47.
+tit. 10.
+
+[274] Sext. decretal. lib. 5. tit. de regul. jur. Regula 25.
+
+[275] Novell. 22. cap. per occasionem. 6.
+
+[276] Lib. 2. Epist. 2. V. 18.
+
+[277] L. 6. de Appellat.
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Traité des eunuques, by Charles Ancillon
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAITÉ DES EUNUQUES ***
+
+***** This file should be named 39320-0.txt or 39320-0.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/9/3/2/39320/
+
+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned
+pages available at http://gallica.bnf.fr/)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/39320-0.zip b/39320-0.zip
new file mode 100644
index 0000000..a09e175
--- /dev/null
+++ b/39320-0.zip
Binary files differ
diff --git a/39320-8.txt b/39320-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..9c15f0b
--- /dev/null
+++ b/39320-8.txt
@@ -0,0 +1,5383 @@
+The Project Gutenberg EBook of Trait des eunuques, by Charles Ancillon
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+
+Title: Trait des eunuques
+
+Author: Charles Ancillon
+
+Release Date: March 31, 2012 [EBook #39320]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT DES EUNUQUES ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned
+pages available at http://gallica.bnf.fr/)
+
+
+
+
+
+
+
+
+TRAIT
+
+DES
+
+EUNUQUES,
+
+DANS LEQUEL
+
+On explique toutes les diffrentes sortes
+d'Eunuques, quel rang ils ont tenu,
+& quel cas on en a fait, &c.
+
+_On xamine principalement s'ils sont propres
+au Mariage, & s'il leur doit tre
+permis de se marier._
+
+Et l'on fait plusieurs Remarques curieuses &
+divertissantes l'occasion des
+
+EUNUQUES, &c.
+
+Par M***. D***.
+
+[Illustration]
+
+Imprim l'an M. DCC. VII.
+
+
+
+
+EPITRE
+
+DEDICATOIRE
+
+A
+
+M^R. BAYLE.[1]
+
+
+MONSIEUR,
+
+_J'ai vous rendre compte de deux choses qui me justifieront envers
+vous de la libert que je prends de vous adresser cet Ouvrage, & qui
+nous justifieront l'un & l'autre envers le Public, si vous trouviez
+propos de le faire mettre sous la Presse pour lui en faire part._
+
+_La prmire, que je ne me suis point ingr de mon chef traiter le
+sujet qui fait la matire de cet Ouvrage; l'occasion qui m'y a engag
+est assez singulire. Il y avoit autrefois ici plusieurs Eunuques
+Italiens, Musiciens, qui y faisoient grosse figure. Ils se flattrent de
+faire de grandes & d'illustres Conqutes, mais ils se tromprent; nos
+Dames ne se laissrent point blour, & ne se payrent point de la
+bagatelle. [2]Un Gentilhomme Franois d'un esprit gai & enjou les en
+railla par ces Vers jolis & pleins de sel._
+
+ Je connois plus d'un Fanfaron
+ A crte & mine fire,
+ Bien dignes de porter le Nom
+ De la Chaponardire.
+ Crte aujourd'hui ne suffit pas
+ Et les plus simples Filles,
+ De la Crte font peu de cas
+ Sans autres Batilles.
+
+_Cependant il y en a eu une qui s'est laiss charmer, & qui a prt
+l'oreille aux propositions de mariage qui lui ont t faites par un de
+ces Eunuques. Une Personne que je considre beaucoup, m'ayant pri de
+lui dire mon avis, & de le lui donner raisonn par crit, en forme de
+consultation, pour dtourner cette jeune fille sa parente du dessein
+qu'elle avoit d'entrer dans un tel engagement, ou en tout cas pour s'en
+servir ailleurs en cas de besoin. J'y ai travaill avec plaisir, & j'ai
+trouv qu'insensiblement j'avois fait un Livre, de sorte qu'au lieu de
+laisser mon Ouvrage sous la forme qu'on me l'avoit demand, je lui ai
+donn celle qu'il a prsentement. Je vous avou que l'extrait que
+l'illustre Mr. de Beauval a donn[3] du Livre de Mr. Bruknerus
+intitul,_ Dcisions du Droit Matrimonial, _n'a pas peu contribu
+m'engager dans un xamen xact de cette question. J'aurois extrmement
+souhait qu'il et bien voulu dire ce qu'il en pense, & peut-tre lui en
+fournirai-je l'occasion par ce petit Essai lors qu'il en donnera
+l'extrait._
+
+_Les Personnes scrupuleuses trouveront peut-tre que c'est l pltt
+l'occupation d'un homme oiseux, que d'un curieux qui cherche
+s'instruire._ Hujusmodi hrere qustionibus non tm studiosi qum otiosi
+hominis esse videtur, _comme parloit Saint Jrme consult par Vitalis
+sur la fcondit prmature d'Achas. Ainsi il est bon de les prvenir,
+ou de les dtromper, en leur apprenant que la vocation de l'examiner m'a
+t lgitimement adresse._
+
+_Ce n'est pas que je crusse avoir fait un mal, quand je me serois avis,
+pour me divertir, & pour changer mes occupations srieuses dans une
+tude plus divertissante, de traiter cette matire. Le Docte Mollerus a
+fait un Livre qui a pour ttre,_ Discursus duo Philologico-Juridici
+prior de Cornutis, posterior de Hermaphroditis corumque jure, uterque ex
+jure Divino, Canonico, Civili, variisque historiarum monumentis, horis
+otiosis congesti. M. Jacobo Mollero. _Et cet Ouvrage n'a point
+deshonor son Auteur, ni diminu l'estime que le Public avoit pour lui.
+Il est difficile, je l'avou, de parler des Eunuques sans dire certaines
+choses capables de choquer un peu la pudeur d'une femme. Mais l'gard
+de l'Auteur cela ne lui fait aucun tort, il s'en faut beaucoup que son
+Livre contienne des ordures & des saletez semblables celles qui sont
+dans les_ Priapeia, _sur lesquels Joseph Scaliger, l'un des plus grands
+Hommes des Sicles passez, a fait des annotations, sans perdre sa
+rputation. Et l'gard des femmes, ce qu'on dit de libre & de naturel
+est exprim en Latin, qui est une Langue peu entendu parmi elles. Mais
+quand on auroit t oblig de s'exprimer en termes capables de blesser
+la pudeur la plus scrupuleuse, s'ensuivroit-il qu'il auroit fallu se
+dispenser de discuter un Droit sur lequel on voit assez souvent fonder
+des disputes importantes, & laisser les choses, cet gard, dans le
+doute et dans la confusion? Certes je ne crois pas que personne le
+prtende ainsi: en tout cas cette prtention seroit aussi ridicule que
+celle de certaines gens qui aimeroient mieux qu'on et laiss prir, ou
+souffrir tout le genre humain, que d'avoir fait des Traitez de Mdecine,
+& de Chirurgie, qui le conserve, qui le prserve, & qui le soulage,
+parce qu'on a t oblig de nommer les choses par leur nom & sans
+dguisement, & de parler dcouvert de toutes les parties les plus
+secrettes du corps humain. J'espre que le Public sera quitable sur ce
+sujet. J'aurois eu plus craindre du redoutable Mr. Bernard que d'aucun
+autre, parce que je connois sa dlicatesse & sa svrit, qui ne
+pardonnent point les moindres fautes, & qui en trouvent mme dans des
+choses qui ont l'approbation des gens qu'il croit aisment tre d'un
+got au dessous du sien. Mais que pourra-t-il me dire, lui qui annonce
+avec tant de soin un Livre qui a pour ttre_[4], les Crmonies du
+mariage telles qu'on les pratique prsentement dans toutes les parties
+du Monde, Ouvrage trs divertissant, sur tout pour les Dames, crit en
+Italien par le Sr. Gaya, troisime Edition, laquelle on a ajot
+d'amples Notes & des Remarques sur le Mariage, avec le Miroir des
+personnes maries, ou les Avantures capricieuses du Chevalier H.....
+avec ses sept femmes, crites par lui-mme dans le tems de sa prison, &
+mises en Anglois moderne par Mr. Thomas Brown, in 8. pag. 161. _&
+d'avertir ensuite le Public, que_ les notes qu'on a mises au bas des
+pages sont trs enjoues, & qu'on n'y pargne pas les Prtres. _On sait
+combien de contes sales on a accotum de faire sur leur sujet, &
+combien de vilenies on met sur leur comte. Je ne sai point au reste, si
+ce Docteur Thomas Brown dont Mr. Bernard fait ici mention, est ce savant
+Mr. Brown Chanoine de Windsor, Ami intime de Mr. Isaac Vossius qui lui a
+ddi son Trait des Oracles Sibyllins, ou cet Ecossois qui a fait un
+Trait des Fivres continus imprim Edimbourg en 1695., ou si c'est
+ce Thomas Brown Docteur Anglois qui a fait la_ Religion du Mdecin. _Ce
+qui me feroit douter que ce ft le prmier, seroit qu'il ne s'est
+appliqu qu' des Etudes graves & srieuses, comme on le remarque par ce
+que Colomiez dit de lui dans sa Bibliothque choisie. Ce qui me feroit
+douter aussi que ce ft le second, c'est la timidit qu'il fait parotre
+dans la Prface de son Livre, en y dclarant qu'il a eu bien de la peine
+ se rsoudre produire cet essai touchant les Fivres continus; qu'il
+redoutoit le gnie railleur & Satirique si commun ceux de sa Nation;
+Que la mme frayeur touffe tous les jours des productions trs dignes
+de voir le jour. Qu'il s'est pourtant dtermin parotre en public
+pour ne pas sortir du monde comme un Citoyen inutile & paresseux. Qu'il
+hazarde ce systme nouveau, & qu'il sacrifie ses scrupules l'utilit
+publique. Et si c'est le troisime, vous savez, Monsieur, ce qu'en a
+dit Patin, car vous le rapportez dans vos Nouvelles de la Rpublique des
+Lettres[5]_, C'est, _dit-il_, un Mlancholique agrable en ses penses,
+mais qui mon jugement cherche Matre en fait de Religion comme
+beaucoup d'autres, & peut-tre qu'enfin il n'en trouvera aucune. Il faut
+dire de lui ce que Philippe de Comines a dit du Fondateur des Minimes,
+l'Hermite de Calabre Franois de Paule, il est encore en vie, il peut
+aussi-bien empirer qu'amender. _On a mis cette pense de [6]Patin dans
+le_ Patiniana _un peu dguise l'gard du tour & de l'expression, mais
+la mme absolument dans le fond. Si, dis-je, c'est ce Thomas Brown
+Auteur du Livre intitul_, Religio Medici, _qu'on pourroit intituler
+aussi-bien_, Medicus Religionis, _comme il est dit dans le_ Patiniana,
+_qui a traduit en Anglois moderne, ces_ Crmonies du Mariage _que Mr.
+Bernard annonce avec tant de soin, & si obligeamment au Public, c'est
+apparemment un Livre dont la matire n'est pas trop chaste, ni les
+expression trop scrupuleuses & trop chtres. Je n'en parle que par
+conjecture, car j'avou que la recommandation de Mr Bernard ne m'a point
+engag le chercher, l'acheter, & le lire. Je ne connois que ces
+Brown. Il y a bien un Docteur en Thologie originaire du Palatinat &
+prsentement Professeur en Langue Hbraque dans l'Acadmie de
+Groningue, Auteur de quelques Dissertations trs curieuses, qui se nomme
+Brawn; mais Mr. Bernard est trop xact pour avoir confondu Brown avec
+Brawn, quelque ressemblance qu'il y ait dans ces noms, & quelque
+facilit qu'il y ait s'y mprendre._
+
+_La seconde chose dont j'ai vous rendre compte, est le motif qui me
+porte vous adresser cet Ouvrage. Je n'en ai point d'autre, Monsieur,
+que l'estime toute particulire que j'ai pour vous, & le cas que je fais
+de l'amiti dont vous m'honorez. Je me suis flatt que vous ne voudriez
+pas laisser parotre en public un Livre qui pourroit nuire la
+rputation de son Auteur, qui est un de vos anciens Amis, & qui se
+repose sur vous du soin de l'xaminer & de juger s'il mrite d'tre mis
+sous la Presse: & je me suis persuad que si vtre jugement lui toit
+favorable, je n'avois rien craindre de la part du Public, parce que je
+pouvois esprer une approbation gnrale, ou en tout cas tre assur
+d'avoir en vous un puissant appui contre le mauvais got & contre la
+Critique maligne, qui pourroient m'entreprendre. Je n'ai garde de faire
+ici vtre Pangyrique l'imitation de ceux qui font des Eptres
+Ddicatoires, vos propres Ouvrages font vtre Eloge, & le jugement
+favorable & glorieux que le Public en fait, vous est infiniment plus
+honorable que toutes les louanges qu'on pourroit vous donner dans une
+Eptre. Je finis donc celle-ci en vous assurant que je me sers avec
+plaisir de cette occasion que j'ai souvent recherche de pouvoir vous
+donner un tmoignage public de la considration toute particulire avec
+laquelle je suis,_
+
+MONSIEUR
+
+Vtre trs humble &
+trs obssant serviteur.
+
+C. D'OLLINCAN.
+
+
+
+
+DESSEIN ET DIVISION DE L'OUVRAGE.
+
+
+Le[7] Droit Canon traitant des mariages qui se contractent par
+Procureurs, ordonne & prescrit des prcautions trs grandes qu'il fonde
+sur cette raison, _qu'il s'agit d'une affaire grave, difficile &
+importante, qui peut avoir des suites trs dangereuses_. Propter magnum
+quod ex facto tam arduo posset periculum imminere.
+
+Le Droit Civil ne donne pas une ide moindre du Mariage, il le considre
+comme l'action de la vie la plus considrable, & qui demande le plus de
+rflxion; comme un Port favorable, ou comme un naufrage malheureux;
+comme une chose bien hazardeuse o toute la prudence humaine se rduit
+ordinairement des voeux & des souhaits. [8]_Magnum sane excellensque
+donum Deo Creatore ad mortales promanavit Matrimonium._
+
+D'un ct le mariage tant l'Ouvrage de Dieu qui a uni les deux sxes,
+& qui considrant qu'il n'toit pas bon que _l'homme ft seul_, lui a
+donn un _tre semblable_ lui; leur a ordonn l'un & l'autre de
+_crotre_ & de _multiplier_, & a imprim en eux un desir violent de
+s'unir ensemble pour la propagation de leur espce. Cette union ne doit
+point tre fortuite & commune, comme celle des animaux destituez de
+raison; elle ne doit point tre produite par une affection brutale, par
+une volont drgle; elle ne doit point avoir pour but de mettre en
+sret des plaisirs impurs, & de les couvrir d'un nom spcieux &
+honorable. Ce doit tre une conjonction chaste, religieuse, sainte,
+pleine de pit & de bndictions; n'ayant pour but que d'xcuter les
+ordres de Dieu, qui est son Auteur & son Protecteur. L'Eglise n'approuve
+& n'autorise que les Mariages de ce dernier caractre, ils ont pour eux
+la faveur publique, au lieu que les autres n'ont pour eux qu'une haine
+gnrale, un mpris trs grand, & souvent les maldictions & l'horreur
+des gens de bien.
+
+De l'autre, comme le Mariage est le fondement de l'Eglise, puis qu'il
+est appell par quelques Thologiens _Venter Ecclesi_[9] qui lui
+engendre des enfans. Et de la Socit civile, en ce qu'il est la source
+des hommes, qu'il ternise le monde, & qu'il donne des hritiers
+lgitimes aux Citoyens, il ne faut pas s'tonner si l'Eglise & la
+Socit Civile s'intressent dans ce qui le concerne; si elles en
+rglent les commencemens, le cours, & les suites, & si elles ont pourv
+sagement aux inconvniens qui pourroient natre de l'ignorance des
+hommes, ou de leur malice.
+
+L'Eglise & la Socit Civile ne laissent pas la libert tout le monde
+de faire cet gard tout ce qu'il lui plat. [10]_Semper in
+conjunctionibus non solum quid liceat considerandum est, sed & quid
+honnestum sit_. Elles ne permettent point qu'on donne atteinte la
+Justice, l'ordre, au bien, l'utilit, & l'honntet publiques.
+Elles ont tabli des Loix qui les dclarent bons, ou mauvais, justes, ou
+injustes, lgitimes, ou criminels. Qui les permettent, ou qui les
+deffendent, qui les confirment, qui les authorisent, qui les protgent,
+ou qui les cassent, qui les annullent, & qui punissent ceux qui les ont
+contractez.
+
+Pour rpondre au but que je me propose, il s'agit ici de voir dans quel
+de ces rangs on doit mettre le Mariage des Eunuques. Voici donc le plan
+gnral que j'ai dessein de suivre pour claircir cette matire, & pour
+la rgler par une dcision incontestable & certaine. Ce Trait sera
+divis en trois Parties.
+
+Dans la premire j'xaminerai ce que c'est qu'un Eunuque, de combien de
+sortes il y en a, quel rang ils ont tenu & tiennent dans la Socit
+Ecclsiastique & Civile; & quelle considration on y a eu, & on y a
+actuellement pour eux.
+
+Dans la seconde, je discuterai leur droit par rapport au Mariage, &
+j'xaminerai s'il doit leur tre permis de se marier.
+
+Dans la troisime enfin, je rapporterai les Objections qui pourroient
+tre faites contre les maximes que j'aurai avances, & contre les
+dcisions que j'aurai tablies, & je tcherai de les rsoudre, & de
+lever les difficultez qui pourroient y donner atteinte.
+
+
+
+
+TABLE DES CHAPITRES
+
+Contenus dans cet Ouvrage.
+
+
+PREMIERE PARTIE.
+
+CHAPITRE I. _S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems
+il y en a. Page 1
+
+CHAP. II. _Ce que c'est qu'un Eunuque._ 6
+
+CHAP. III. _Combien il y a de diffrentes sortes d'Eunuques._ 10
+
+CHAP. IV. _Des Eunuques qui sont nez tels._ 16
+
+CHAP. V. _Pourquoi on fait des Eunuques._ 19
+
+CHAP. VI. _Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mmes, ou fait faire
+Eunuques par d'autres._ 29
+
+CHAP. VII. _Des Eunuques ainsi nommez cause de leurs Emplois; Et de
+ceux qui le sont dans un sens figur._ 41
+
+CHAP. VIII. _Quel rang les vritables
+Eunuques ont tenu dans la socit civile._ 49
+
+CHAP. IX. _Quelle ide les Peuples ont eu des Eunuques,
+& quel cas ils en ont fait._ 66
+
+CHAP. X. _De quelle manire les Loix civiles ont considr
+les Eunuques, & quels droits elles leur ont attribu._ 71
+
+CHAP. XI. _Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans
+la socit civile; de quelle manire les Loix les
+y ont considrez, & quels droits elles leur ont attribu._ 85
+
+CHAP. XII. _Quel rang les Eunuques volontaires & forcez,
+ont tenu dans la Socit Ecclsiastique; de quelle manire
+l'Eglise & ses canons les ont considrez, & quels droits ils leur ont
+attribuez._ 91
+
+
+SECONDE PARTIE.
+
+CHAP. I. _De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque
+ne peut y rpondre._ 102
+
+CHAP. II. _Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du
+mariage, ils ne doivent pas le contracter._ 110
+
+CHAP. III. _Le Mariage des Eunuques
+est considr comme nul & comme non avenu._ 115
+
+CHAP. IV. _Inconvniens que le Mariage
+des Eunuques produit ordinairement._ 121
+
+CHAP. V. _Les Loix civiles deffendent
+le mariage des Eunuques._ 138
+
+CHAP. VI. _La Religion Catholique Romaine ne
+permet pas le mariage des Eunuques._ 141
+
+CHAP. VII. _La Religion Luthrienne, ou de la Confession
+d'Augsbourg, ne permet pas le mariage des Eunuques._ 145
+
+CHAP. VIII. _La Religion Rforme
+ne permet pas le mariage des Eunuques._ 153
+
+
+TROISIEME PARTIE.
+
+Objections
+
+CHAP. I. _Que la deffense de se marier ne doit point tre
+gnrale & commune tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont
+capables de satisfaire aux desirs d'une femme._ 158
+
+CHAP. II. _Le mariage est un Contract
+civil, par lequel il est permis tout le monde de s'engager._ 165
+
+CHAP. III. _Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage,
+except ceux qui concernent la gnration, il peut le contracter,
+parce que_, consensus non concubitus matrimonium facit. 170
+
+CHAP. IV. _Quand on ne peut pas tre auprs d'une femme comme mari,
+on doit y tre comme frre, & habiter avec elle comme
+avec une soeur._ 175
+
+CHAP. V. _Si le mariage devoit tre deffendu aux Eunuques parce
+qu'ils ne peuvent pas engendrer, il devroit l'tre aussi aux personnes ges
+que la vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne
+leur tant point deffendu, il ne doit point l'tre aussi
+aux Eunuques._ 178
+
+CHAP. VI. _Quand la femme qui pouse un Eunuque sait qu'il est
+Eunuque, & qu'elle n'ignore point les consquences de son tat, il doit lui
+tre permis de l'epouser si elle le souhaite, parce que_, volenti non fit
+injuria. 183
+
+Fin de la Table.
+
+
+
+
+TRAIT DES EUNUQUES,
+
+Dans lequel on xamine principalement s'il doit leur tre permis de se
+marier.
+
+
+
+
+PREMIRE PARTIE.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+_S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems il y en a._
+
+
+Il est de l'ordre de faire voir qu'il y a des Eunuques avant que
+d'entreprendre d'en faire la description, & que de raisonner sur leur
+sujet; Puis que selon le sentiment des Philosophes il est ridicule de
+raisonner d'une chose avant que de savoir si elle xiste.
+
+Il y a plus de quatre mille ans qu'on parle d'Eunuques dans le Monde;
+l'Histoire Sainte & l'Histoire Prophane font mention d'une infinit de
+personnes de cette nature, qu'elles ne mettent ni au rang des hommes,
+ni au rang des femmes, & qu'elles appellent _une troisime sorte
+d'hommes_. On en a v en si grand nombre dans tous les Sicles & dans
+tous les Pas; & on en voit encore tant qu'il n'est pas permis de douter
+qu'il n'y en ait eu, & qu'il n'y en ait encore aujourd'hui.
+
+La plpart des Savans croyent que Semiramis Reine des Assiriens veuve
+de Ninus, & mre de Nynias, a t la premire qui a fait faire des
+Eunuques; ils fondent leur opinion sur ces termes d'Ammian
+Marcellin,[11] _Postrema multitudo spadonum, a senibus in pueros
+desinens, obluridi, distortaque lineamentorum compage deformes, ut
+quaqu incesserit quisquam, cernens mutilorum hominum agmina, detestetur
+memoriam Semiramidis Regin illius veteris, qu teneros mares castravit
+omnium prima_. Claudien a cr la mme chose,
+
+ ------ [12]_Seu Prima Semiramis astu Assyriis mentita virum, ne
+ vocis acut Mollities, levesque gen se prodere possent. Hos sibi
+ conjunxit similes; seu persica ferro Luxuries Vetuit nasci
+ lanuginis Umbram._
+
+Cependant Diodore de Sicile qui a fait l'Histoire de Semiramis, dans sa
+Bibliothque, d'une manire beaucoup plus xacte qu'aucun autre, ne dit
+rien de cette particularit qui mritoit pourtant bien d'tre remarque,
+si elle et t certaine & vritable. Il dit seulement que les Bactriens
+ qui Ninus, qui depuis fut son Mari, faisoit la Guerre, ayant mis les
+Assyriens en fuite & en droute, elle s'habilla d'une longue robe, comme
+un homme, les rallia, se mit leur tte & triompha des Bactriens. Soit
+que cette Robe plt aux femmes Medes & aux Perses, soit qu'elles
+voulussent faire leur cour Semiramis, elles en prirent de pareilles.
+Peut-tre que cet habillement donna lieu dire que Semiramis avoit fait
+des hommes imparfaits, des demi hommes, & que depuis on a conjectur
+qu'elle avoit fait effectivement mutiler des hommes. [13]D'autres disent
+qu'elle s'habilla en homme, & qu'elle fit lever son fils en fille, afin
+que les Assiriens ayant honte d'avoir une femme pour leur Chef ne
+prissent point le pretexte de vouloir un Roi, pour mettre son fils sur
+le Trne son prjudice; [14]D'autres peu loignez de cette opinion
+disent, que son fils tant de sa taille, & ayant la voix semblable la
+sienne, elle se dguisa en homme, & fit accroire, afin de regner,
+qu'elle toit le fils de Ninus, & non pas sa veuve. Et d'autres
+disent[15] qu'ayant eu avis dans le tems qu'elle se coiffoir, que
+Babilone s'toit rvolte, elle courut en diligence, les cheveux demi
+pars, pour la forcer se rendre elle, & qu'elle ne remit point sa
+tte dans son ordre accotum qu'elle n'et remis cette puissante Ville
+sous son pouvoir; Que pour cela sa statu fut honorablement leve
+Babylone au mme tat qu'elle se trouva quand elle marcha vers ce lieu
+d'un pas prcipit pour tirer vangeance de ses Sujets rebelles; ces
+cheveux pars joints la robe qu'elle avait prise la travestissoient
+d'autant plus en homme.
+
+Diodore de Sicile rapporte une autre circonstance qui est considrable;
+Il dit que cette Reine leve d'une condition basse au comble de la
+grandeur, se plongea dans toute sorte de dlices, qu'elle fit choisir
+les hommes les mieux faits & les plus beaux de son Arme pour s'en
+servir, mais qu'elle fit mourir tous ceux qu'elle avoit res dans son
+lit. Il y a plus d'apparence qu'elle les fit Eunuques par un effet d'une
+jalousie assez ordinaire, de peur qu'aprs avoir eu d'elle les plus
+grandes faveurs ils n'allassent s'attacher quelqu'autre femme; Diodore
+de Sicile ne le dit point; mais comme il parle aprs Cresias, ainsi
+qu'il l'avou lui mme, & que Cresias est un Historien,[16] qui non
+content d'abuser ceux de son sicle, a voulu faire passer ses fables
+la postrit, on ne peut pas ajoter beaucoup de foi ce qu'il dit, ni
+accuser de fausset ce qu'il obmet. Semiramis donc peut passer pour la
+premire qui ait fait faire des Eunuques; Vossius[17] croit que les
+Perses sont les Inventeurs de cette mchante & dtestable cotume, & que
+le mot Latin, _spado_ qui comprend diverses sortes d'Eunuques, tire son
+nom d'un Village de Perse nomm _Spada_, o il prtend que la premire
+xcution de cette nature a t faite. Il fortifie son sentiment de ceux
+de quelques Savans du premier ordre qu'il nomme. Je ne veux point me
+rendre juge entre des hommes si clbres qui ont les uns & les autres
+des opinions si probables, & dont la certitude est si difficile
+trouver. _Non nostrum inter hos tantas componere lites, & vitulo hi
+digni & illi._ Je dirai seulement que le premier Eunuque dont l'Ecriture
+Sainte fasse mention & dont il ne soit absolument parl nulle part
+ailleurs, [18]est Putiphar qui acheta Joseph des mains des Madianites;
+encore verra-t-on dans la suite que ce nom d'Eunuque n'toit point
+nouveau ds lors, puis qu'il toit devenu un nom de Charge & de Dignit;
+Cependant ce Putiphar acheta Joseph l'an du monde deux mille deux cent
+septante-six, c'est dire mille sept cent soixante & dix huit ans avant
+l'Incarnation de Jesus Christ; Et Cyrus n'a commenc rgner sur les
+Perses que l'an du Monde trois mille quatre cent vingt & un; C'est
+dire qu'on parloit d'Eunuques avant qu'on parlt des Perses, & qu'il
+n'est pas possible qu'ils soient les pres de ces sortes de gens, parce
+que si cela toit la proposition _filius ante patrem_, qui passe pour
+monstreuese, seroit pourtant vritable; ce qu'on ne peut pas dire
+l'gard de Semiramis qui regnoit sur les Assiriens l'an du monde mille
+huit cent vingt-six, long tems avant que Putiphar ft n. Quoi qu'il en
+soit les Perses, les Mdes, & les Assyriens ont t de tous les Peuples
+ceux qui se sont le plus servis d'Eunuques. Et on remarque[19] que
+Nabucodonosor faisoit couper tous les Juifs & tous les autres
+prisonniers de guerre, afin de n'avoir que des Eunuques son service
+particulier. [20]Et c'est peut-tre ce qui a donn lieu conjecturer que
+les Perses toient les inventeurs de l'_Eunuchisme_.
+
+
+
+
+CHAPITRE II.
+
+_Ce que c'est qu'un Eunuque._
+
+
+Lucien en donne une dfinition fort courte dans son Dialogue des
+Eunuques. Il dit qu'il n'est ni mle, ni femelle, & qu'il est un prodige
+dans la Nature. Mais elle est trop gnrale, il en faut une plus xacte
+& qui le fasse connotre plus particulirement & plus srement. Un
+Eunuque donc, est une personne qui n'a pas la facult d'engendrer, par
+la foiblesse, ou par la froideur de la nature, ou qui on a retranch
+les parties propres la gnration; _Qui generare non possunt_, comme
+s'exprime la Loi[21]; Qui ont une voix grle & languissante, la
+complexion d'une femme, qui n'ont que du poil folet la barbe; En qui
+le courage & la hardiesse cedent la crainte & la timidit; En un
+mot, dont les moeurs & les manires sont toutes effmines. Si l'Eunuque
+est un sujet si chtif & si mprisable l'gard du corps, il vaut
+encore moins du ct de l'esprit & du coeur. Voici le portrait que St.
+Basile en a fait autrefois[22]. Simplicie femme entte de l'Hrsie
+Arrienne s'toit mle de faire des remontrances ce St. Homme sur sa
+conduite & sur ses moeurs; Il se justifie & prend tmoin toutes les
+personnes qui le connoissent, except quelques Eunuques qu'il rcuse, &
+dont il fait une peinture affreuse; S'il est besoin de tmoins, dit-il,
+qu'on ne me produise point d'esclaves ni de misrables Eunuques, gens
+abominables & sans honneur, qui ne sont ni hommes ni femmes, que l'amour
+du sxe rend comme furieux; Ils sont jaloux, mprisables, froces,
+effminez, gourmands, avares, cruels, inconstans, souponneux, furieux,
+insatiables. Ils pleurent quand on les prive d'un repas, & pour tout
+dire en un mot ils sont condamnez au fer ds leur naissance, des gens
+estropiez de la sorte peuvent-ils avoir l'ame droite? Le fer les rend
+chastes, mais cette chastet ne leur sert de rien, leur turpitude les
+rend furieux, & ils n'en remportent aucun fruit. Peut-tre que cette
+description parotra trop satirique & trop outre, & qu'elle sera
+suspecte, parce qu'elle est faite par un homme en colere; Mais voici le
+tmoignage d'un homme desintress, qui non seulement la confirme &
+l'autorise, mais mme qui y ajote de nouveaux traits qui rendent les
+Eunuques encore plus hideux; c'est Ammian Marcellin qui parle, qui
+dpose contr'eux, & qui dit, [23]Que quand Numa Pompilius & Socrate
+diroient du bien d'un Eunuque, on ne les en croiroit pas, & qu'on les
+accuseroit de mensonge. _Ea re quod si Numa Pompilius vel Socrates bona
+qudam dicerent de Spadone, dictisque Religionum adderent fidem,
+veritate descivisse arguerentur._ Il est vrai que sur la fin du mme
+Chapitre il excepte Menophile Eunuque de Mithridate Roi de Pont, dont il
+parle avantageusement. Il y en a bien encore quelques autres qui ont t
+dignes de louanges, comme un Favorinus Mordonius, un Eutherius Eunuque
+de l'Empereur Constans, & depuis de Julien l'Apostat; Un Hermias qui
+Aristote sacrifioit comme un Dieu; sur tout Daniel & ses Compagnons,
+si tant est qu'ils ayent t Eunuques, comme quelques Interprtes de
+l'Ecriture Sainte le croyent; Mais le nombre en a t si petit, qu'il
+n'est pas capable de donner atteinte l'opinion gnrale qu'on en
+donne. L'on peut dire qu'il est des Eunuques comme des Btards, qu'ils
+sont ordinairement mauvais, mais qu'il s'en trouve quelque fois de
+bons, & comme dit Ammian Marcellin, [24]_Inter Vepres ros nascuntur, &
+inter feras nonnull mitescunt._
+
+Theodore, Prcepteur de l'Empereur Constantin _Porphirogenite_, s'est
+avis, par un dessein singulier & bizarre, d'crire une Apologie, _pro
+Eunuchismo & Eunuchis_, mais on regarde cet Ouvrage de la mme manire
+qu'on regarde l'Eloge de Busiris par Isocrate, celui de Nron, & celui
+de la Goutte par Cardan; Celui de la pauvret par Synesius; celui de
+l'aveuglement par Passerat; Celui de la laideur & de la fivre quarte,
+par Favorin; Celui de la peste par Prvidelli; celui de la guerre par
+Balth. Schuppius; Celui de l'injustice par Glaucon; celui de la folie
+par Erasme; celui de la Goinfrerie par Lucien; celui de l'Asne & celui
+de la Vermine par Heinsius, celui du rien & du nant par Schuppius, par
+Passerat, & par Duverdier le jeune; Et la magnifique Doxologie du ftu
+par Sbastien Rouillard. Ces gens l ont entrepris de louer ce que toute
+la terre mprise & blme, s'imaginant que cette singularit exciteroit
+la curiosit & l'admiration des lecteurs. Mais tous ces livres n'ont
+point rendu les sujets qu'ils ont traitez plus louables, ni plus
+lgitimes; Et celui qui a pour titre _de Multibibus_ imprim
+Oenozythople sous les auspices de Dionysius Bacchus, n'a pas authoris
+les beaux droits & les plaisans privilges des yvrognes qu'il tale avec
+beaucoup d'xactitude & de pompe. On a beau faire des apologies pour
+cette ridicule, injuste & barbare cotume de faire des Eunuques, il n'y
+a personne dans le Christianisme qui ne le dteste, & qui dans
+l'occasion ne s'crit l'encontre comme fit autrefois
+Seneque, [25]_Principes viri_, disoit-il, _contra naturam divitias suas
+exercent, excisorum greges habent, exoletos suos, ut ad longiorem
+patientiam impudiciti idonei sint; & quia ipsos pudet viros esse, id
+agunt, ut quam pauci viri sint. His nemo succurit delicatis & formosis
+debilibus._
+
+
+
+
+CHAPITRE III.
+
+_Combien il y a de diffrentes sortes d'Eunuques._
+
+
+Jesus Christ lui-mme nous apprend combien il y a des differentes sortes
+d'Eunuques; _Il y en a_, dit il[26], _qui sont nez tels ds le ventre de
+leur mre; Il y en a qui ont t faits Eunuques par les hommes. Et il y
+a encore des Eunuques qui se sont faits Eunuques eux-mmes pour le
+Royaume des Cieux._ Mais la subtilit des hommes, & l'vnement, ont
+donn lieu des distinctions moins gnrales. Les diverses questions
+qui concernent le mariage de gens accusez d'tre Eunuques, & la
+restitution de la dote de la femme, ont oblig xaminer les Eunuques
+de prs; & comme on en a trouv de diverses espces, on en a fait des
+Classes diffrentes. Les Jurisconsultes en font quatre. La premiere est
+de ceux qui sont nez tels; qui sont Eunuques proprement & absolument
+ainsi nommez. La seconde est de ceux auxquels, soit malgr eux, soit de
+leur consentement & par leur propre fait, on a retranch tout ce qui
+fait l'homme & sa virilit, qui ne peuvent en faire aucun acte, qui sont
+obligez, de rendre leur urine par un tuyau de mtail qu'on leur attache
+ la place de celui que la Nature leur avoit donn & qu'on leur a coup;
+Cela arrive quelquefois des gens travaillez de quelque maladie qui
+oblige le Chirurgien leur faire cette triste operation; mais cela se
+pratique aussi sur des hommes sains comme nous le verrons dans la suite;
+C'toit autrefois une des fonctions de la Mdecine comme on le voit au
+. 8. de la loi 7. _ad legem Aquiliam_. Et au commencement de la loi 8.
+du mme ttre & sur tout au . 2. de la loi. 4. ff. _ad legem Corneliam
+de sicariis & veneficiis_, o il est expressment deffendu aux Mdecins
+de faire de semblables oprations. La troisime Classe est de ceux
+auxquels on froisse tellement les Cremastres qu'ils disparoissent, &
+qu'il semble qu'ils soient vanous; La veine qui leur portoit l'aliment
+tant retranche, ils se fltrissent, ils se schent & se rduisent
+rien. Cette opration se fait ordinairement en mettant le patient dans
+un bain d'eau tide afin d'amolir ces parties, & de les rendre plus
+maniables & plus propres se dissoudre; Aprs qu'il y a t quelque
+tems, on lui presse les veines du cou qu'on nomme Jugulaires, & par l
+on le rend stupide et aussi insensible que s'il toit tomb en
+apoplxie, alors il est ais de le mutiler sans qu'il en sente rien:
+Cela se fait ordinairement dans la grande jeunesse par la mre ou par la
+nourrice. On lui faisoit prendre autrefois une certaine quantit
+_d'Opium_, & lors qu'il toit accabl de sommeil on lui coupoit, ou on
+lui tiroit une partie que la nature a pris beaucoup de soin fabriquer;
+mais comme on a remarqu que la plpart de ceux qu'on _Eunuchisoit_
+ainsi mouroient, par ce Narcotique, on s'est avis de l'autre moyen dont
+je viens de parler. Les Perses & diverses autres Nations, ont des
+manires de faire, ou de couper les Eunuques, diffrentes de celles dont
+on se sert en Europe. Je dis de faire, car ce n'est pas toujours en
+coupant qu'on Eunuchise; La cigu & diverses autres herbes font le mme
+office, comme on peut le voir dans l'Ouvrage de Paul ginette qui traite
+xactement cette matire, sur tout dans le Livre sixime de ce docte &
+curieux Trait. Cette troisime sorte d'Eunuques sont ceux qu'on appelle
+en Droit _Thlibi_. Ceux qu'on nomme _Thlasi_, sont peu prs de la
+mme qualit, toute la difference qu'il y a, c'est qu'on se contente de
+leur couper les veines qui servent fortifier les parties viriles, de
+sorte qu'elles restent bien la vrit, mais si flasques & si fltries
+qu'elles ne sont d'aucun usage; La quatrime Classe, enfin, est de ceux
+qu'on appelle _Spadones_, qui sont nez si mal conformez, ou d'un
+temprament si froid, ou qui le sont devenus par quelque incommodit,
+qu'ils sont incapables de contribuer la gnration. Quoi que ces
+quatre espces soient fort diffrentes entr'elles, & que la dernire
+soit la plus favorable & la moins malheureuse, cependant les
+Jurisconsultes ont trouv propos de les comprendre toutes sous le nom
+de _spado_, ce qui est assez singulier, comme je viens de le dire, puis
+que la maxime triviale de droit porte que _denominatio fit potiori_.
+Et qu' proprement parler, ceux qu'on appelle _spadones_ ne sont point
+Eunuques, puis que par la vertu de la Nature, ou par le secours de
+l'Art, ils peuvent tre remis dans un tat parfait; D'ailleurs,
+_specialia generalibus insunt_, [27]& comment sous le nom de _spado_ qui
+n'est pas proprement un Eunuque, peut on comprendre ceux qui le sont
+rellement & de fait, & sans esprance de retour. Il me semble que
+_nomina debent esse convenientia rebus_ comme ils le disent eux-mmes; &
+que celui ci convient peu toutes les espces qu'il renferme; Quoi
+qu'il en soit, ils l'ont ainsi voulu; [28]_spadonum generalis appellatio
+est, quo nomine tam hi qui natur Spadones sunt; item Thlibi Thlasi
+sed & si quod aliud genus spadonum est continentur_.
+
+Il y a diverses autres sortes d'Eunuques; il y en a qui sont appelez de
+ce nom, _catachrestic_, parce qu'ils possdent les Charges ou les
+Dignitez qui toient donnes originairement aux Eunuques; Il y en a
+d'autres qui sont appellez de ce nom par figure, parce qu'ils sont
+chastes & qu'ils ne se servent pas plus de leurs parties viriles que
+s'ils n'en avoient point.
+
+Toutes ces sortes d'Eunuques ont un nom gnral par lequel on prtend
+qu'ils ont tous t dsignez, c'est le nom de _Bagoas_. Ce nom est celui
+du personnage qui reprsente l'Eunuque que Diocles prtend exclurre de
+la profession de Philosophe, dans le dialogue de Lucien. Il y a eu un
+fameux Eunuque de ce nom qui toit Darius & dont aprs la mort de ce
+Prince on fit present Alxandre le Grand. Il toit beau par
+excellence, & Alexandre l'aima autant que Darius l'avoit aim.
+Quinte-Curce en fait l'Histoire en diffrens endroits[29] de la Vie de
+son Hros, & j'aurai occasion d'en parler dans la suite de cet Ouvrage.
+L'Eunuque d'Olopherne, Gnral de Nabucodonosor, qui assigea Bethulie &
+ qui Judith coupa la tte; Cet Eunuque, dis je, qu'Olopherne employa
+pour disposer Judith passer la nuit avec lui & qui la conduisit en
+effet dans sa tente, s'appelloit Bagoas; quoi que quelques versions, &
+entr'autres celle de Mrs. de Port-Royal l'appelle Vagao. Quoi que ce nom
+ait t le nom de plusieurs particuliers , cependant Gilbert Cousin, ou
+en Latin _Cognatus_, dont l'Illustre M. Baile a fait un article dans le
+tome premier pag. 974. de son Dictionaire, dit dans la remarque qu'il a
+faite sur ce mot _Bagoas_ qui se trouve dans Lucien, que dans une Langue
+barbare il signifie en gnral un Eunuque; & il insinu par l que
+Lucien ne se sert de ce nom _Bagoas_ que parce que c'est un nom qui
+comprend tout le genre Eunuque. [30]Et il confirme son sentiment par ce
+Vers d'Ovide,
+
+ _Quem penes est dominam servandi cura Bago._
+
+Il est certain que parmi les Babyloniens Bagoas signifie un Eunuque. Il
+y en a eu un aussi de ce nom qui a t Eunuque, & dont Plutarque dit
+beaucoup de choses plus dignes pourtant du silence que de ntre
+curiosit. Quelques Savans croyent que ce Bagoas dont parle Lucien
+toit un homme qui avoit la mine si disgracie qu'on le prenoit pour
+Eunuque. Quintilien parle d'un Bagoas & il y a apparence qu'il se sert
+de ce nom comme d'un nom commun une espce d'hommes, [31]car il parle
+en mme tems de Megabyse & de Doriphoron, or il est certain que Megabyse
+est un nom commun aux Prtres de Diane, [32]ils devoient tre tous
+Eunuques parce qu'ils avoient la garde des filles qui lui toient
+consacres; Et Doriphoron signifie un homme qui porte une lance; Il est
+vrai qu'il dsigne aussi cette statu si admirable d'un jeune homme bien
+fait qui toit arm d'une lance que Policlete avoit fait, dont il toit
+amoureux, & qu'il appelloit sa Matresse; mais il suffit qu'il marque
+aussi un nom gnral, sous lequel tout homme portant une lance est
+dsign.
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+_Des Eunuques qui sont nez tels._
+
+
+Il semble qu'il ne soit point impossible que certaines cratures
+humaines viennent au monde destitues des parties qui servent la
+gnration. On voit tous les jours des enfans qui naissent sans yeux,
+sans oreilles, sans mains, ou sans quelqu'autre partie du corps, il peut
+aussi aisment arriver que quelques-uns naissent dpourvs de celles
+dont il est ici question. La Nature qui produit tous les jours tant de
+monstres pourroit bien en former un de cette espce; cependant les
+Naturalistes disent qu'il n'y en a point d'xemple. Et en effet, Pline
+qui rapporte xactement & amplement[33] les figures humaines
+monstrueuses dont le nombre & la diversit sont grands parmi tous les
+Peuples, ne parle point de celles dont il s'agit ici; Je puis dire
+nanmoins que j'en ai v une, & peut tre a-t-elle t v de toute
+l'Europe; car ses parens ayant remarqu que le Public avoit de la
+curiosit pour un corps humain aussi singulier que l'toit celui dont je
+vai parler, & qu'ils pouvoient amasser beaucoup d'argent en le menant de
+lieu en lieu & de Pas en Pas, l'ont sans doute port par tout. Il
+toit Berlin en l'anne 1704. C'est un cul de jatte qu'un homme
+portoit sur le dos dans une bote; avec cette diffrence, qu'au lieu que
+ceux qu'on nomme ainsi n'ont ni jambes, ni cuisses, dont ils puissent se
+servir, & qu'ils marchent sur leur derrire enferm dans une jarre,
+celui-ci n'a pas mme un derrire, c'est dire de fesses; Il a la tte
+bien faite, le visage beau & doux, le tein brun & les cheveux chatains;
+mais quoi qu'il ait eu alors plus de vingt ans, il n'avoit point de
+barbe, ni aucune apparence qu'il en auroit un jour. Il avoit des bras &
+des mains fort bien proportionnez, son corps toit assez bien fait, il
+toit de la hauteur d'environ deux trois pieds; c'toit par le bout
+d'en bas une espce de tronc, il marchoit avec ses mains; il avoit deux
+conduits comme les autres hommes par lesquels la nature se dchargeoit
+de ses excrmens, celui de devant toit fort court & fort petit, & au
+dessous il y avoit un suspensoire flasque & fltri dans lequel il n'y
+avoit aucun Crmastre. Je m'informai fort particulirement de ses
+parens s'il toit n ainsi, ils m'assurrent qu'il toit absolument tel
+que la nature l'avoit form. Comme je sai qu'il ne faut pas tojours
+mal juger de la virilit d'un homme, lors qu'on ne lui trouve point de
+Crmastre au dehors, parce qu'il arrive quelque fois que quoi qu'ils
+soient demeurez au dedans, & qu'ils ne soient point descendus dans les
+suspensoires par des obstacles qui se sont opposez leur sortie, les
+hommes, nanmoins, qui les ont ainsi cachez ne laissent pas d'tre aussi
+parfaits que ceux qui les ont au dehors: qu'ils sont forts & vigoureux,
+& qu'ils ont tous les autres signes ncessaires pour prouver la virilit
+de l'homme, j'xaminai fort xactement ce cul de jatte, & lui trouvant
+d'ailleurs toutes les marques d'un vritable Eunuque, j'en concls qu'il
+l'toit en effet & qu'il a t produit tel par la nature dans le sein de
+sa mre. Ainsi voila une preuve qu'il y a des Eunuques qui naissent
+tels, quoi qu'en disent les Naturalistes, & particulirement Pline dans
+le chapitre second du septime livre de son Histoire du Monde.
+
+
+
+
+CHAPITRE V.
+
+_Pourquoi on fait des Eunuques._
+
+
+S'il est vrai que Semiramis ait t la premire qui se soit avise de
+faire faire des Eunuques, & que la raison qu'on en rapporte soit
+certaine, la premire cause de cette mutilation a t la jalousie de
+cette Reine, qui aprs s'tre servie des hommes les mieux faits de son
+Arme, les fit chtrer, de peur qu'ils n'allassent encore depuis servir
+au divertissement de quelqu'autre femme. Mais sans m'arrter aux
+conjectures, voici d'autres causes plus sres de cet usage.
+
+Les Eunuques ont t faits pour tre la garde des filles & des femmes,
+pour observer leur conduite, & pour empcher qu'elles ne fissent rien de
+contraire la chastet ou au devoir conjugal; c'est apparemment cet
+usage que l'Eunuque a proprement t destin, le mot mme le fait
+connotre, car il signifie, _garde lit_, ou _garde chambre_. C'est
+encore pour cet usage qu'on en fait dans l'Orient. Mais depuis, les
+hommes qui n'en avoient que pour en faire un usage lgitime, en ont
+abus & en ont fait faire pour servir des usages sales & criminels.
+Ils choisissoient dans cette v les plus beaux garons qu'ils
+trouvoient depuis l'ge de quatorze ans, jusqu' l'ge de dix-sept ans.
+Saint Grgoire de Nazianze s'en plaint amrement dans la Vie de Saint
+Basile, & dans son Oraison trente & unime. Mais il faut que cette
+infme cotume soit beaucoup plus ancienne, car Juvenal dclame contre
+cet abus dans l'une de ces[34] Satyres; disant.
+
+ -------- _Nullus Ephebum
+ Deformem sva castravit in arce Tyrannus._
+
+Il est vrai qu'ils en ont fait faire pour servir de victimes qu'ils
+offroient des Divinitez; c'est contre cette horrible cotume que Saint
+Augustin, qui relve, qui condamne & qui rfute les ridiculitez, les
+infamies, les cruautez de la Religion des Payens, se dchane dans son
+excellent Livre[35] de la Cit de Dieu. Il falloit mme que les Prtres
+fussent Eunuques, afin, disoit on, de s'employer aux choses Sacres plus
+purement et plus chastement. C'toit sur tout la pratique des
+Athniens; [36]les Prtres de la Diane d'Ephese toient aussi obligez
+d'tre Eunuques.
+
+La Religion Chrtienne a eu ses Eunuques malgr elle, & quoi qu'elle les
+abhorre, un certain Valesius Arabe de Nation, forma une Secte qui
+sotint que bien loin que la mutilation ft un obstacle au Sacerdoce,
+comme le Concile de Nice l'avoit dclar, il toit au contraire
+absolument ncessaire d'tre Eunuque pour l'xercer. Non seulement ils
+pratiquoient sur eux-mmes le cruel xemple d'Origne, mais mme ils
+rduisoient dans ce triste tat tous ceux qui tomboient entre leurs
+mains; cette Hrsie est la cinquante-huitime de celles que Saint
+Epiphane rfute.
+
+Depuis on a fait des Eunuques pour avoir des gens qui eussent la voix
+belle & qui pussent la conserver long tems. Macrobe rend d'amples & de
+bonnes raisons pour lesquelles les Eunuques ont la voix belle, au
+chapitre cinquante-deuxime de ses Saturnales. C'est principalement le
+but que les Italiens se proposent encore aujourd'hui lors qu'ils font
+chtrer des jeunes gens.
+
+L'avarice a pouss des gens faire des Eunuques pour en trafiquer.
+Quelques Rlations de Voyageurs nous apprennent, que dans le Royaume de
+Boulan seul, on fait tous les ans vingt mille Eunuques qu'on envoye
+vendre en divers autres Etats. L'Histoire de Panione de l'Isle de Chio,
+que je rapporterai dans la suite, fera voir que ce commerce n'est pas
+nouveau. [37] On fait Eunuques des gens qu'on veut plonger dans la honte
+& dans l'ignominie, soit qu'ils ayent t lches la Guerre & qu'on
+veuille les en punir, soit qu'on veuille les noter d'infamie pour
+quelqu'autre cause que ce soit. Mais voici de plaisans motifs de faire
+des Eunuques; c'est la raillerie, le ressentiment & l'insulte; On lit
+une Histoire assez divertissante rapporte sous le Rgne de Henri I. qui
+en est une preuve; Les Grecs faisoient la Guerre au Duc de Benevent &
+le traitoient assez mal; Thedbald Marquis de Spolette son Alli tant
+venu son secours & ayant fait quelques prisonniers, ordonna qu'on leur
+coupt les parties qui font les hommes & les renvoya en cet tat au
+Gnral Grec, avec ordre de lui dire qu'il l'avoit fait pour obliger
+l'Empereur, qu'il savoit aimer beaucoup les Eunuques, & qu'il tcheroit
+de lui en faire avoir bientt un plus grand nombre; le Marquis se
+prparoit tenir sa parole, lors qu'un jour une femme, dont ses gens
+avoient pris le mari, vint toute plore dans le Camp, & demanda
+parler Thedbald; Le Marquis lui ayant demand le sujet de sa douleur;
+Seigneur, rpondit-elle, je m'tonne qu'un Hros comme vous s'amuse
+faire la guerre aux femmes lors que les hommes sont hors d'tat de lui
+rsister; Thedbald ayant repliqu que depuis les Amazones, il n'avoit
+pas ou dire qu'on et fait la guerre des femmes; Seigneur repartit la
+Grecque, peut-on nous faire une guerre plus cruelle, que de priver nos
+maris de ce qui nous donne de la sant, du plaisir, & des enfans; Quand
+vous en faites des Eunuques, ce n'est point eux, c'est nous que vous
+mutilez; Vous avez enlev ces jours passez ntre btail & ntre bagage,
+sans que je m'en sois plainte; mais la perte du bien que vous avez t
+plusieurs de mes compagnes tant irrparable, je n'ai p m'empcher de
+venir solliciter la compassion du Vainqueur. La navet de cette femme
+plt si fort toute l'Arme, qu'on lui rendit son mari, & tout ce qu'on
+lui avoit pris. Comme elle s'en retournoit, Thedbald lui fit demander ce
+qu'elle vouloit qu'on ft son mari, au cas qu'on le trouvt encore en
+armes. Il a des yeux, dit-elle, un nez, des mains, des pieds, c'est l
+son bien, que vous pouvez lui ter, s'il le mrite; mais laissez lui,
+s'il vous plat, ce qui m'appartient. Apparemment que la femme dont
+Plaute parle dans son Mercator[38], n'toit pas de cet avis, ou qu'en
+tout cas elle regardoit ce bien elle appartenant, comme un bien de
+petit rapport & de peu de valeur, car son mari craignoit qu'elle mme ne
+s'en privt,
+
+ _Quasi hircum metuo ne uxor me castret mea._
+
+Les Adultres toient faits Eunuques pour peine de leur crime; je
+pourrois le faire voir par plusieurs xemples, mais j'en rapporterai
+trois seulement qui sont prcis, l'un sera tir de Valre Maxime[39], il
+y est dit que Vibienus & Publius Cernius ayant surpris l'un Carbo
+Accienus, & l'autre Pontius en adultre ils les firent chtrer; L'autre
+est contenu dans Martial,[40]
+
+ _Uxorem armati futuis, puer Hyle, Tribuni,_
+ _Supplicium tantum dum puerile times._
+ _V tibi, dum ludis, castrabere. Jam mihi dices,_
+ _Non licet hoc. Quid, tu quod facis Hyle licet?_
+
+Le troisime & le principal est l'xemple d'Abelard; ce Docteur amoureux
+ayant abus d'Hlose qu'on lui avoit donne instruire, les parens de
+cette fille lui firent couper les parties viriles avec lesquelles il
+avoit deshonor leur famille; Ils allrent jusqu' la racine du mal &
+l'arrachrent de telle forte qu'ils trent au coupable le pouvoir de la
+rechute.[41]
+
+Cela toit pass en loi parmi les Gaulois. _La Loi_ Salique tit. 29. _de
+Adult. Ancillor_. porte cette dcision _servus qui cum aliena ancilla
+moechatus fuerit, ea mortua, castretur_. On peut dire aussi que cela
+toit fond sur cette loi de l'quit, qui dit que la peine doit tre
+inflige celui des membres du corps qui a t l'instrument, ou le
+complice du crime. [42]Job raisonnoit sur ce principe lors qu'il disoit,
+_si j'ai lev la main sur le Peuple, &c. que mon paule tombe tant
+desune de la jointure, & que mon bras se brise avec tous ses os_.
+
+On faisoit aussi Eunuques les Esclaves qui avoient drob; voici les
+termes de la mme Loi Salique. Tit. 13. de furt. servor _servi qui
+quidpiam valens quadraginta denarios furati essent, castrari Jubebantur
+in poenam, &c._
+
+La ncessit contraint aussi quelquefois de faire des Eunuques; Il se
+trouve souvent des hommes attaquez de tels maux que le Mdecin est
+oblig d'ordonner cette opration, & le Chirurgien de la faire. La
+maladie est la cause de ce malheur, & bien loin que ceux qui ont ce
+sujet d'affliction doivent tre regardez de mauvais oeil, ils doivent
+au contraire tre plaints & consolez.
+
+On a fait des Eunuques par reprsailles & en vertu de la Loi du
+Talion. [43]Herodote nous l'apprend d'une manire fort agrable par un
+xemple curieux; Hermotime Pedasien qui toit, dit-il, le plus
+considrable des Eunuques de Xerxes, fut de tous les hommes celui qui se
+vengea le mieux de l'injure qui lui avoit t faite. Aprs avoir t
+pris il ft vendu Panione de l'Isle de Chio qui faisoit ngoce
+d'Eunuques, & qui faisoit chtrer tous les beaux garons qu'il achetoit
+pour les vendre ensuite bien chrement Sardis & Ephese; parce que
+parmi les Barbares on estimoit plus les Eunuques que les autres, cause
+de leur fidlit & de la confiance qu'on pouvoit prendre en eux pour
+toutes choses; Comme, dis-je, ce Panione qui Hermotime fut vendu,
+vivoit de l'infame commerce qu'il faisoit des Eunuques, il fit couper
+Hermotime de mme que plusieurs autres: Mais Hermotime ne fut pas
+malheureux tous gards, car ayant t men de Sardis au Roi avec
+d'autres prsens, il aquit avec le tems plus de faveur & de crdit
+auprs du Roi que pas un des autres Eunuques: Lors que le Roi fit partir
+ses troupes de Sardis pour aller Athenes, Hermotime fut envoy pour
+quelque affaire dans un endroit de la Mysie nomm Atarne, o il trouva
+Panione, qu'il reconnut, & l'ayant abord il lui parla avec toute sorte
+de douceur, d'honntet & de tmoignage d'amiti; Il lui dit
+premirement qu'il possdoit par son moyen tous les biens qui lui
+toient arrivez, & ensuite il lui promit de lui donner des marques de
+reconnoissance pour ce bienfait, s'il vouloit venir avec les siens,
+demeurer dans sa maison; Panione se laissa persuader par ce discours &
+amena librement sa femme & ses enfans chez Hermotime; Mais il n'y fut
+pas si-tt arriv qu'Hermotime lui parla en ces termes, _Oh le plus
+mchant de tous les hommes qui as jusqu' prsent gagn ta vie du plus
+dtestable de tous les commerces. Quelle injure as tu re, toi ou ceux
+de ta maison, ou de mes parens, pour m'avoir rduit en ce misrable tat
+dans lequel, d'homme que j'tois je ne suis maintenant ni homme, ni
+femme? Pensois tu que les Dieux ne vissent pas ce que tu faisois alors?
+Comme ils sont justes & quitables, infame artisan de malheurs, ils
+t'ont mis aujourd'hui en ma puissance pour mesurer ton chtiment par
+tes mauvaises actions_. Quand il eut fait ces reproches ce misrable,
+il fit amener devant lui quatre enfans qu'il avoit, & le contraignit de
+les chtrer; Et quand il eut obi il obligea ses enfans de couper
+eux-mmes les parties de leur Pre. Telle fut la vengeance d'Hermotime &
+telle fut la punition de Panione. Quelques-uns ont cr qu'il les avoit
+poussez trop loin & qu'il s'toit fait justice lui mme. La vengeance
+de Narses fut bien plus importante prsuppos qu'elle soit vritable,
+car Baronius & plusieurs Auteurs en doutent. Narses ayant vaincu les
+Barbares & les Gots, & s'tant rendu auprs de l'Empereur Justinien,
+l'Impratrice Sophie envoya ce Capitaine parmi ses femmes pour filer
+avec elles, & pour se railler de lui parce qu'il toit Eunuque. Ce
+mpris ayant excit la colre & l'indignation de Narses l'obligea dire
+ces mots, _Je filerai une trame que ton mari ne saura dfaire_. En
+effet, dans la suite il mit les Lombards hors de la Jurisdiction de
+l'Empire. D'ailleurs, j'avou que je ne vois rien de plus juste que le
+ressentiment d'Hermotime, & que la peine que mritoit Panione, non
+seulement pour l'avoir chtr, mais pour en avoir chtr un million
+d'autres pour satisfaire son commerce & son avarice, ne pouvoit tre
+trop grande. Hermotime toit fond en Loi; la Loi du Talion a tojours
+t tablie, on la voit dans la Loi des douze Tables en termes
+prcis, [44]_poena autem injuriarum ex lege duodecim Tabularum propter
+membrum quidem ruptum Talio erat_. L'Empereur Justinien a ordonn depuis
+positivement la peine du Talion, ou de la pareille, contre ceux qui
+feroient souffrir cette espce de martire; [45] _Sancimus igitur_,
+dit-il, _ut qui in quocunque reipublic nostr loco, quamcumque personam
+castrare prsumunt aut etiam prsumpserint, si quidem viri sint qui hoc
+facere prsumpserint aut etiam prsumunt, idem hoc quod aliis feceruns &
+ipsi patiantur_. Cette Loi est conforme la droite raison; car comme
+dit Ovide,[46]
+
+ _Qui primus pueris genitalia membra recidit,_
+ _Vulnera qu fecit, debuit ipse pati._
+
+Cependant, comme le Christianisme n'approuve point l'Eunuchisme, la Loi
+du Talion a t abroge son gard par l'Empereur Leon, pour les
+raisons sages & Chrtiennes qu'il en rend dans sa Constitution[47];
+
+Il y a enfin des Eunuques qui se sont faits, ou fait faire Eunuques eux
+mmes par divers motifs que nous allons rapporter dans le chapitre
+suivant.
+
+
+
+
+CHAPITRE VI.
+
+_Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mmes, ou fait faire
+Eunuques par d'autres._
+
+
+Il y a eu des hommes qui se sont faits Eunuques par un esprit de
+dvotion, dans la pense de se rendre plus agrables Dieu, & plus
+capables de travailler leur salut. Comme Origne a t le premier, le
+Pre pour le dire ainsi, & le Patriarche de ces sortes d'Eunuques, il
+est bon de faire voir en peu de mots le vritable motif qui l'a fait
+penser & agir d'une manire si singulire cet gard. Je sai bien que
+Justin Martyr[48] parle d'un jeune homme d'Alxandrie antrieur
+Origne, qui pour faire voir que ceux qui accusoient les Chrtiens de
+commettre dans leurs Assembles des saletez horribles, n'toient que des
+calomniateurs, prsenta requte Felix, Gouverneur de cette Ville, pour
+obtenir de lui un Chirurgien qui le mit hors d'tat d'tre jamais
+souponn d'aucune impuret; Mais comme Felix le lui refusa parce que
+les lois Romaines le deffendoient, comme les Canons de l'Eglise le
+deffendirent depuis, je crois avoir raison de mettre Origne le premier
+en ordre; parce que s'il n'a pas t le premier qui ait eu un semblable
+dessein, au moins a-t-il t le premier qui l'ait xcut.
+
+Origne nquit Alexandrie l'an 185. de Jesus Christ. Son Pere nomm
+Leonidas le fit tudier en Theologie, dans la connoissance de laquelle
+il se rendit trs-savant. Le tmoignage de Saint Jerme suffit pour le
+prouver, car dans le tems mme qu'il crivoit le plus fortement contre
+Origene il reconnoissoit qu'il avoit t un grand homme ds sa
+naissance, [49]_Magnus vir ab infantia_; Il toit si ardent professer
+la Religion Chrtienne, que la perscution s'tant leve dans
+Alxandrie sous l'Empire de Severe l'an 202. de Jesus Christ, il voulut
+courir au Martyre quoi qu'il ne fut g que de seize dix sept ans; &
+il y seroit all si sa mre ne l'en eut empch en le retenant par force
+& par adresse. Ne pouvant donc le souffrir lui-mme il exhorta son Pere
+par lettres l'endurer courageusement. En effet il et la tte tranche
+& ses biens furent confisquez, de sorte qu'Origene fut rduit la
+derniere pauvret. Une Dame riche d'Alexandrie en ayant eu piti le
+retira dans sa maison; Elle y avoit avec elle un fameux Hrtique
+d'Antioche qu'elle avoit adopt pour fils, qui faisoit chez elle des
+confrences auxquelles les hrtiques & les orthodoxes assistoient
+indiffremment. Origene conversa bien avec lui, mais il ne voulut
+jamais avoir de communication avec lui dans la prire, observant
+religieusement les Rglemens de l'Eglise, & tmoignant de l'horreur pour
+la doctrine des Hrtiques;
+
+Il souhaita de vivre indpendamment d'autrui, & en effet il se mit
+enseigner la Grammaire; & depuis, la chaire de l'Ecole d'Alexandrie
+tant vacante elle lui fut donne, & comme elle ne lui produisoit pas
+suffisamment de quoi vivre, il vendit tous ses livres qui traitoient des
+sciences prophanes, & se contenta de quatre oboles par jour que lui
+donnoit celui qui les avoit achetez. Il commena alors mener une vie
+trs-laborieuse & trs-austere: & comme son emploi l'obligeoit tre
+souvent avec des femmes qu'il instruisoit aussi bien que les hommes,
+pour ter aux Payens tout prtexte de soupon de quelque mauvaise
+conduite cause de sa grande jeunesse; il se rsolut d'xcuter la
+lettre la perfection qu'il se persuadoit que Jesus Christ avoit propose
+dans ces paroles de l'Evangile. _Il y en a qui se sont faits Eunuques
+eux mmes pour le Royaume des Cieux._ Il tcha de tenir cette action
+secrette, il la cacha mme ses amis; mais il ne put empcher qu'elle
+ne fut su. Demetrius Evque d'Alexandrie en eut connoissance, loua son
+zele, & l'ardeur de sa foi, mais il changea de langage bien aprs; car
+la reputation d'Origne s'tant rpandu en divers lieux o il toit
+all, Demetrius crivit contre lui & lui reprocha cette action qu'il
+avoit loue. Il poussa sa passion si loin qu'il le fit chasser
+d'Alxandrie, le fit dposer dans un Concile d'Evques d'Egypte, & mme
+excommunier, & crivit par tout contre lui pour le faire rejetter de la
+Communion de toutes les Eglises du monde. Ce narr tir d'un Auteur[50]
+authoris par l'approbation du public & conforme ce qu'en dit Eusebe,
+refute & dtruit ce que rapporte Saint Romuald sur ce sujet. Il dit[51]
+que l'an 232. il s'leva une sdition populaire dans Alexandrie contre
+Origene qui l'obligea se retirer ailleurs, laissant son disciple
+Heracles en sa place de Recteur des Ecoles de la Ville. On ne sait pas
+bien, dit-il, la cause de cette sdition, les uns l'attribuent la
+publication qu'il avoit faite de son Periarchon, ou des principes, qui
+toit un vrai labyrinthe d'erreurs; & les autres aux efforts qu'il
+faisoit pour persuader ses disciples de l'imiter en se faisant
+Eunuques comme lui, soit par le fer ou par la cigu, afin d'nerver tout
+ fait cette partie rebelle du corps, & se priver ainsi de tout
+mouvement bestial de la chair. Il se range du second avis, parce,
+dit-il, que ce fut peu prs dans ce tems que cette erreur se convertit
+en hrsie, par le faux zle de ce Valesius Arabe dont j'ai dja parl,
+& qui en fut le Propagateur[52]. Mais il est certain 1. qu'Origne n'a
+jamais fait de violence personne, il a tenu son action secrette, & si
+elle s'est divulgue a t contre son intention; [53]2. Il l'a lui-mme
+condamne depuis, c'est un fait que le mme Auteur dont j'ai tir
+l'abreg de son Histoire remarque expressment; Eusebe son plus grand
+Protecteur en parle d'une manire qui fait voir qu'il en avoit honte; Il
+avoit honte aussi d'avoir employ trop de tems l'tude des sciences
+profanes, & il s'en excuse dans le second livre de son apologie, ou de
+sa deffense. [54]Les passages o Origene lui-mme a condamn son action
+sont dans son sermon 15. sur St. Matthieu, au ch. 19. V. 12. & dans son
+ouvrage contre Celse, liv. 7. Il n'y a qu' lire aussi ce qu'il dit dans
+son Trait septime sur le Chapitre dix-huitieme de St. Matthieu pour
+tre convaincu qu'il a bien chang d'avis, voici ses termes; _Nos autem
+si spiritales sumus verba spiritus spiritualiter accipiamus & de tribus
+istis Eunuchizationibus dificationem introducentes moralem. Eunuchi
+nunc moraliter abstinentes se a veneriis sunt appellandi; Eorum autem
+qui se continent differenti tres sunt_. Ceux qui sont Eunuques ds le
+ventre de leur mre, sont, dit-il, ceux qui le sont par tempramment,
+qui sont nez froids ou impuissans; ceux que les hommes ont fait, sont,
+ajoute-t-il, ceux qui le sont par raison, ce sont ces Philosophes qui
+faisant profession d'une sagesse mondaine, s'abstiennent du commerce des
+femmes par des maximes humaines, ou ceux ausquels une fausse honte, ou
+les loix publiques les deffendent: Les Ecclesiastiques de l'Eglise
+Romaine sont de ce nombre. Ceux enfin qui se font Eunuques pour le
+Royaume des Cieux sont, dit-il, ceux qui sont chastes par vertu & par
+piet, pour tre mieux disposez au service de Dieu, & dans l'intention
+d'tre mieux disposez au service de Dieu, & dans l'intention de lui tre
+plus agreables. [55]Socrate l'Historien dit qu'Origene, qu'il nomme
+_Doctor Valde sapiens_, avoit reconnu que les prceptes de la Loi de
+Mose ne pouvoient pas s'entendre la lettre & qu'il falloit leur
+donner une explication plus sublime, & il ajoute que, _prceptum de
+paschate ad altiorem divinioremque sensum traduxit_, ce qui fait voir
+d'autant plus qu'Origene toit revenu de l'ancienne erreur dans laquelle
+il avoit t, qu'il falloit entendre la lettre ce qui est contenu dans
+le Vieux & dans le Nouveau Testament;
+
+Valesius dont j'ai dja parl vint aprs lui, & comme les disciples vont
+tojours au del de leurs Maitres, (si tant est que Valesius qui n'toit
+qu'imitateur d'Origene, puis que cet ancien Docteur ne lui avoit jamais
+enseign ni recommand cette cruelle doctrine, puisse ou doive passer
+pour son disciple) enchrit beaucoup sur la pratique d'Origne; car au
+lieu qu'Origne n'avoit considr les paroles de Jesus Christ que comme
+un Conseil, qu'il ne l'avoit pratiqu que _ad melius esse_ comme parlent
+les Philosophes, par desir de parvenir la perfection; & pour ter
+ses ennemis tout prtexte de juger mal de ses conversations avec des
+filles qu'il enseignoit, Valesius au contraire changea cette action
+volontaire en action ncessaire, & foroit tous ceux qui tomboient entre
+ses mains se faire Eunuques; car lors qu'ils ne vouloient pas le faire
+eux mmes il les y contraignoit, il les lioit sur un banc & leur coupoit
+de ses propres mains leurs parties viriles, en leur disant qu'il falloit
+accomplir la lettre ce qu'avoit dit ntre Seigneur, _Qu'il y avoit des
+Eunuques qui s'toient faits Eunuques pour le Royaume des Cieux_.
+
+Cette secte qui fut appelle la secte des Valesiens, ou des Eunuques, ne
+dura pas long tems; 1. parce qu'elle fut absolument condamne par le
+premier Concile gnral de Nice l'occasion de Leontius Prtre qui
+s'toit fait Eunuque; 2. parce que ceux qui avoient subi la peine,
+avoient souffert de si horribles douleurs, & avoient t si fort en
+danger de mourir, que cela donna de la frayeur aux autres qui
+abandonnrent cette secte; 3. & enfin, parce qu'tant deffendu par les
+loix Romaines de se faire Eunuque, il falloit en demander la permission
+au Magistrat Civil; on se fit une honte de faire cette dmarche,
+d'autant plus qu'on toit en quelque sorte assur d'tre presque
+tojours refus, tmoin le refus qui fut fait ce jeune garon dont
+Justin Martyr fait mention dans sa seconde Apologie l'Empereur
+Antonin, qui alla demander cette permission au Prfect Augustat, parce
+que le Mdecin ne vouloit pas mettre la main sur lui, _timore
+poen_. [56] Voila le commencement, le progrs, & la fin de cette
+secte.
+
+D'autres motifs ont succd ceux d'Origne & de Valesius, & il y a eu
+des gens qui se sont faits Eunuques eux-mmes par des raisons
+diffrentes. Tout le monde sait l'histoire de Combabus, elle est dans
+Lucien, mais l'illustre Monsieur Bayle l'a rendu fort publique
+accompagne de toutes ses circonstances dans son Dictionnaire
+historique[57]. Combabus toit un jeune Seigneur savant dans
+l'Architecture, la Cour du Roi de Syrie. Il fut choisi par ce Monarque
+pour accompagner la Reine Stratonice dans un voyage assez long qu'elle
+devoit faire, pour aller btir un Temple Junon suivant les ordres
+qu'elle en avoit res en songe. C'toit un trs beau garon, il crt
+que le Roi concevroit infailliblement quelque jalousie contre lui, il le
+supplia donc trs instamment de ne lui point donner cet Emploi, &
+n'ayant p obtenir cette dispense il se compta pour mort s'il ne
+prenoit garde lui d'une manire qui ne souffrit point de reproche. Il
+obtint seulement sept jours pour se prparer ce voyage; voici donc
+quels furent ses prparatifs. Ds qu'il fut son logis, il dplora le
+malheur de sa condition, qui l'exposoit la triste alternative de
+perdre sa vie ou son sxe, & aprs avoir bien sopir il se coupa les
+parties secrettes qu'on ne nomme pas, & les mit bien embaumes dans une
+bote qu'il cacheta; lors qu'il fallut partir il donna la bote au Roi
+en prsence d'un grand nombre de personnes, & le pria de la lui garder
+jusqu' son retour. Il lui dit qu'il y avoit mis une chose dont il
+faisoit plus de cas que de l'or & de l'argent & qui lui toit aussi
+chre que la vie. Le Roi mit son cachet sur cette bote & la donna
+garder au Matre de sa garderobe. Le voyage de la Reine dura trois ans,
+& ne manqua pas de produire ce que Combabus avoit prv, de sorte que
+l'venement justifia la prcaution qu'il avoit prise.
+
+Cette action de Combabus produisit un autre motif de se faire Eunuque.
+Ses amis intimes voulurent l'tre pour le consoler de sa disgrace,
+fondez sur cette ancienne maxime, que _c'est une consolation pour les
+malheureux que d'avoir des compagnons de leur infortune_. Lucien ajote
+que cette conduite des amis de Combabus a servi de fondement une
+cotume qui s'observoit tous les ans, de mutiler plusieurs personnes
+dans le Temple que Stratonice & Combabus avoient fait btir, & il dit
+qu'ils se mutiloient, _sive Combabum consolantes, sive Junoni, &c._
+
+Mais voici d'autres motifs bien diffrens de celui de Combabus & de ses
+amis; un jeune Gentilhomme bien fait, ayant vaincu sa Matresse par ses
+instances & par sa persvrance, ne pouvant par un malheur qui lui
+arriva, profiter de sa Conqute, parce qu'il ne fut pas le Matre des
+instrumens de sa passion; qui ne voulurent pas lui ober, & qui furent
+de glace pendant que son coeur toit embras, mortifi de cette triste
+avanture, il se les coupa, ds qu'il fut de retour au logis, & les
+envoya sa Matresse comme une victime sanglante capable d'expier
+l'offense qu'il lui avoit faite. Montagne qui rapporte l'histoire[58]
+fait cette exclamation, _si 'et t par discours & Religion comme les
+Prtres de Cybele, que ne dirions-nous d'une si hautaine entreprise!_
+
+Le mme Montagne raconte l'action d'un pasan de son voisinage, qui se
+fit Eunuque par une raison bien diffrente; ce fut par chagrin contre sa
+femme, & par emportement. Ce bon homme rentrant dans sa maison, sa femme
+qui toit jalouse de lui outrance, & qui le tourmentoit sans cesse,
+lui ayant fait un mauvais accueil son ordinaire, fond sur les
+soupons que sa jalousie lui donnoit, il se coupa, avec la serpe qu'il
+tenoit, les parties qui lui donnoient de l'ombrage & les lui jetta au
+nez.
+
+Voici une autre espce de gens qui se font Eunuques; ce sont des hommes
+qui craignent la lpre ou la goutte, & qui pour jour de l'avantage
+qu'il y a en tre xempt, aiment mieux perdre ceux qu'ils pourroient
+tirer de leurs parties viriles. Il est certain que la lpre n'attaque
+point les Eunuques: outre l'exprience voici ce que Mr. le Prtre
+conseiller au Parlement de Paris en rapporte dans les _Questions
+Notables de droit_. [59]_Antipathia ver Elephantiasis veneno resistit;
+Hinc Eunuchi, & quicumque sunt mollis, frigid & effoeminat natur,
+nunqum aut rar lepra corripiuntur; & quidem quibus imminet lepr
+periculum de consilio medicorum, sibi virilia amputare permittitur. c.
+ex pars._ 11. _ex. de corpor. vitiatis ordinandis, vl non; Quod etiam
+aliquando permiserunt nonnulli leprosis ministrantes, manifesto
+experimento, magnoque vit & sanitatis commodo._ [60]Mzeray dit, dans la
+Vie de Philippe Auguste, _qu'il a lu qu'il y avoit des hommes qui
+apprehendoient si fort la ladrerie, cette vilaine & honteuse maladie,
+qu'ils se chtroient pour s'en prserver_.
+
+Les Eunuques ne sont jamais chauves, parce qu'ils ont le cerveau plus
+entier que les autres hommes qui Venus en fait perdre une bonne
+partie, leur semence tirant de l sa principale origine. Ils sont aussi
+xempts de la goutte, Hyppocratest[61], & [62]Pline en rendent de trs
+bonnes raisons. Coelius Rhodiginus, le dit aussi au chapitre trentime
+du livre quinzime, _lectionum antiquarum_; Et dans quelqu'autre endroit
+de ce mme Ouvrage il dit, que les Eunuques seuls sont xempts d'tre
+offensez de certaine vapeur qui sort de la terre en quelques lieux de
+l'Egypte, avec une telle puanteur qu'elle fait mourir toute autre sorte
+de personnes. C'est apparemment la mme chose que ce qui est rapport
+par Ammian Marcellin[63], & par Dion dans la Vie de Trajan touchant la
+grotte de Hierapoli. Il y a, disent-ils, une citerne close de toutes
+parts, sur laquelle on a bti un Theatre, de dessous lequel il sort un
+vent si pernicieux toutes sortes d'animaux qu'ils meurent incontinent,
+aprs en avoir t atteints, except les hommes chtrez qui ne se
+sentent point du tout de la malignit de ce vent.
+
+D'autres se sont faits Eunuques par fantaisie & par folie, tmoin cet
+Athe qui n'en avoit point d'autre raison que son caprice, & qui le fit
+par pure extravagance. Tmoin encore plusieurs autres dont les noms &
+l'histoire sont rapportez dans l'excellent Ouvrage de Theodore Zuinger
+intitul, _Theatrum Vit human_.[64]
+
+Il y a des gens, enfin, qui se font Eunuques, parce qu'tans condamnez
+la mort ils craignent l'infamie ou les douleurs du supplice & veulent
+les prvenir par cette opration qui les tu infailliblement, parce
+qu'elle est mal faite & mal dirige. D'autres tans accusez de crimes
+graves & normes craignent d'tre appliquez la question, & pour viter
+cette terrible preuve & la confession qu'elle extorqueroit de leur
+bouche, ils s'tent la vie par cette mutilation.
+
+
+
+
+CHAPITRE VII.
+
+_Des Eunuques ainsi nommez cause de leurs Emplois; Et de ceux qui le
+sont dans un sens figur._
+
+
+Ceux qui ont rempli des dignitez qui avoient t originairement occupes
+par des Eunuques, ont t eux-mmes appellez Eunuques, de la mme
+manire que ceux qui occupent dans les Tribunaux & dans les Conseils,
+les places qui n'toient autrefois donnes qu' des vieillards sont
+encore appellez aujourd'hui Snateurs. Les Eunuques avoient divers
+Offices & faisoient des fonctions diffrentes dans les Cours des
+Princes. Ceux qui ont succd ces Offices ont t appellez Eunuques, &
+c'est en ce sens qu'il est parl dans l'Ecriture Sainte des Eunuques de
+Pharao Roi d'Egypte, de David, des Rois d'Isral, des Rois de la Jude,
+d'Assuerus Roi de Perse, des Rois de Babilone, de celui de la Reine de
+Candace; & du Prsident, ou de l'Intendant des Eunuques. On peut dire
+mme que ce mot, _Eunuque_ toit autrefois un terme gnral qui
+signifioit toutes sortes d'Officiers des Rois ou des Princes de quelque
+qualit & de quelqu'ordre que fussent ces Officiers. Ces Eunuques
+n'toient ainsi appelez que parce qu'ils reprsentoient dans leurs
+Emplois les Eunuques proprement ainsi nommez qui y avoient t leurs
+predcsseurs. Les premiers toient Eunuques, _ratione impotenti &
+adempt virilitatis_; les autres ne l'toient que _ratione officii_.
+Putifar, par xemple, qui toit l'Eunuque de Pharao, ne l'toit que
+parce qu'il possdoit une Charge qui n'avoit t occupe jusques l que
+par des Eunuques. On n'en peut point douter, puis que Putifar avoit une
+femme, & une fille nomme Asenech, que l'on a cr avoir t marie
+Joseph. Nous verrons plus particulirement dans la suite quels postes ou
+pltt quels rangs, les Eunuques tenoient dans les Cours de ces Rois &
+de ces Princes, & dans d'autres Cours dans lesquelles ils toient
+tablis; voyons prsentement ce que c'est qu'un Eunuque, ce mot tant
+pris dans un sens figur.
+
+On appelle Eunuque un homme chaste, qui vit sagement dans le Clibat.
+Tels toient les Juifs Esseniens dont parle Joseph l'Historien[65] & ces
+Juifs Pharisiens qui demeuroient dans la continence, & qui se faisoient
+pour cela des violences ridicules & superstitieuses, qui gardoient
+dis-je la virginit pendant plusieurs annes pour le Royaume des Cieux,
+dans la pense qu'ils le mritoient & qu'ils se l'aqueroient par cette
+voye. Il y a plusieurs Interprtes trs sensez qui croyent que quand
+Jesus Christ dit dans Saint Matthieu qu'il y a des Eunuques qui se sont
+faits Eunuques eux-mmes pour le Royaume des Cieux, il fait allusion
+ces deux Sectes de Juifs. Qu'il n'entend point prescrire aux Chrtiens
+ce qu'ils doivent faire cet gard, mais qu'il leur parle de ce qui
+s'toit pratiqu jusqu'alors dans le Judasme depuis que la Rpublique,
+& la Religion corrompu toient passes aux Juifs. Il blme la tmrit
+de ces gens qui se faisoient Eunuques, pour le dire ainsi, dans la v
+de gagner le Paradis par-l, soit en demeurant Eunuques pendant un
+certain tems, comme si la continence n'toit pas au dessus des forces
+humaines, & comme si ce n'toit point un don de Dieu qu'il accorde peu
+de gens. En effet il ne dit pas aux Chrtiens qu'il y en aura qui se
+feront Eunuques, ou qu'il doit y en avoir qui doivent se faire Eunuques,
+mais qu'il y en a qui se sont faits Eunuques par le pass. Le mot[66]
+Grec qui est employ dans l'Original est un prtrit, ce qui marque non
+ce qui se pratiquoit parmi les Chrtiens, ou ce qui devoit se pratiquer
+ la suite parmi eux, mais ce qui s'toit pratiqu avant eux & qui se
+pratiquoit encore alors parmi quelques sectes de Juifs. [67]Saint
+Epiphane rfute les Hrsies de ces deux sortes de Sectes, & fait voir
+xactement en quoi elles consistoient alors. [68]Un clbre Docteur
+Anglois prtend que ceux dont Jsus Christ parle dans Saint Matthieu,
+sont ceux qui vivent chastement, parce que Dieu l'a command, soit
+qu'ils soient mariez ou non.
+
+Je n'tendrai pas trop loin la signification figure du mot, _Eunuque_;
+Tout le monde sait que le mot _chtr_ qui est peu prs le mme que
+celui d'Eunuque, se dit des choses dont on a retranch quelque partie.
+Il y a eu des femmes Eunuques; Andramis premier Roi de Lydie a t le
+premier qui en a fait chtrer, il s'en servoit au lieu d'hommes
+Eunuques. On dit un livre chtr, lors qu'on en a retranch quelque
+chose, par xemple, la traduction que Mr. d'Ablancourt a faite de
+l'Eunuque de Lucien, est chtre, parce que sous prtexte d'en
+retrancher quelques obscenitez, il en a t plusieurs priodes. On dit
+des Ctrets chtrez, une ruche de Mouches miel chtre; des Arbres &
+des Ceps de vigne chtrez. On dit mme qu'on a chtr un homme quoi
+qu'il ait encore ses parties viriles, lors qu'on l'a chtr de la langue
+ou de quelqu'autre membre du corps que ce soit;
+
+ [69]_Si Hercle ego te non elinguendam dedero usque ab radicibus,_
+ _Impero auctorque sum, ut tu me cuivis castrandum loces._
+
+Un Auteur moderne[70] dit qu'on remarque entre les bizarreries tranges
+de Domitien qu'il fit arracher les Vignes de plusieurs Provinces
+particulirement des Gaules; & que comme son avnement l'Empire,
+affectant la rputation de bon Prince, il avoit deffendu de plus couper
+les jeunes garons (car le luxe & l'inhumaine volupt des riches se
+donnoit impunment la licence de faire cet outrage la nature pour
+avoir des Eunuques la mode des Orientaux.) Le Philosophe Appollonius,
+grand ennemi de la Tyrannie dit ce bon mot qui a t relev & conserv,
+_que ce Prince vritablement avoit conserv la virilit aux homes_,
+_mais qu'il avoit chtr la terre_. Voil donc la terre Eunuque, mais
+c'est une raillerie d'Appollonius, & il ne la rapporte que pour faire
+voir en combien de sens & de manires, ce mot peut-tre pris.
+
+Il y a eu des Eunuques dans le mariage quoi qu'ils fussent fort en tat
+d'en remplir les devoirs; Quelques Interprtes croyent que tels toient
+ces Eunuques dont il est parl au chapitre cinquante-sixime d'Esae,
+mais il y a peu d'apparence, car il est dit qu'ils ne sont que des
+troncs desschez ce qui ne convient qu'aux vritables Eunuques. Il y en
+a une infinit d'autres qui ne souffrent aucune contestation, tel est
+celui dont Gregoire de Tours parle dans son Histoire de France. Un
+certain Snateur de Clermont en Auvergne, qu'il dit s'tre nomm
+Injuriosus, fils unique, fut fianc une fille aussi unique & de sa
+qualit, mais riche. S'tant Epousez quelques jours aprs, on les mit au
+lit en la manire accotume. D'abord que l'Epouse y fut, elle se tourna
+du ct de la muraille, soupira & pleura amrement. Le jeune Epoux
+surpris, lui demanda, la pressa, & la conjura par Jsus Christ Fils de
+Dieu, de lui dire ou de lui faire entendre sagement quel toit le sujet
+de sa tristesse, elle lui dit qu'elle avoit fait voeu de demeurer
+Vierge toute sa vie, & que se voyant sur le point de violer son voeu,
+elle croyoit que Dieu l'avoit abandonne. Qu'au lieu de Jsus Christ
+qu'elle croyoit avoir pour Epoux qui lui avoit promis de lui donner le
+Royaume des Cieux pour prsent des nces, elle n'avoit qu'un homme
+mortel qui ne pouvoit lui donner que des choses prissables, & fit de
+grandes exclamations sur ce sujet. Ce jeune homme qui avoit beaucoup de
+pit lui reprsenta que comme ils toient l'un & l'autre enfans
+uniques, on les avoit mariez ensemble afin d'avoir ligne & de perptuer
+leur famille Noble; & afin sur tout que leurs biens ne tombassent point
+dans des mains trangres. Elle repliqua que le monde & ses richesses
+n'toient rien; que la pompe de ce sicle n'toit qu'une fume; que la
+vie n'toit qu'un vent, & qu'il valoit bien mieux aquerir les biens du
+Paradis, & la Vie ternelle. Elle dit tout cela d'une manire si vive &
+si touchante, qu'elle persuada son Epoux, & qu'elle en tira ces paroles
+si conformes ses desirs. Que si c'toit sa volont de s'abstenir de
+toute convoitise, & de toute oeuvre de la chair, il lui promettoit de
+se conformer son intention. Elle lui dit que c'toit une chose
+difficile pratiquer, cependant, que s'il tenoit parole & que tous deux
+demeurassent Vierges dans ce monde, elle lui feroit part d'une partie du
+Douaire qui lui avoit t promis par son Epoux & Seigneur Jsus Christ,
+lors qu'elle se donna, & qu'elle se voua lui comme Epouse & Servante.
+Il lui renouvella sa promesse, l'assura qu'il effecturoit ce quoi
+elle l'exhortoit, & s'tans donnez la main l'un l'autre ils
+s'endormirent; Ils couchrent depuis dans un mme lit pendant plusieurs
+annes sans blesser leur Voeu de chastet. Tout cela n'a t s
+qu'aprs leur mort. L'Epouse tant dcde la premire, son Epoux fit
+ses funrailles, & la mettant dans le sepulchre, il dit ces paroles
+haute voix, _Je te rends graces, Seigneur Dieu Eternel, de ce que je te
+restitu ce trsor aussi entier que je l'avois re de toi en dpt_.
+L'Histoire dit, que l'Epouse lui rpondit comme en soriant, _Pourquoi
+rvles-tu un secret sans en tre requis?_ Et elle ajote un autre
+miracle que je ne rapporte point, parce qu'il ne s'en agit point ici.
+
+Nicphore Calliste[71] & l'Histoire tripartite[72] rapportent peu prs
+la mme chose d'un gyptien nomm Amon qui a t depuis Religieux. La
+diffrence qu'il y a eu, c'est que 'a t le mari qui a sermon sa
+femme, au lieu que dans l'histoire prcdente 'a t la femme qui a
+persuad son mari. Mais la mme chose prcisment est arrive
+l'Empereur Henri. Il a vcu avec l'Impratrice Chunegonde sa femme comme
+le jeune Gentilhomme Auvergnat dont je viens de parler, vcut avec la
+sienne. Chunegonde toit une Princesse qui joignoit la jeunesse la
+beaut, cependant ayant dit Henri qu'elle avoit fait voeu de
+chastet, il vcut avec elle comme avec sa soeur. Lors qu'il fut au
+lit de la mort, il rendit un tmoignage public devant tous les Princes &
+les Seigneurs de sa Cour; Vierge, leur dit-il, vous me l'avez donne, &
+Vierge je vous la rends. Ils ont t canonisez l'un & l'autre pour cela
+par Eugne III. comme l'illustre Mr. Godeau nous l'apprend dans ses
+Eloges[73]. On peut dire peu prs la mme chose de Marcien qui vcut
+de mme en Eunuque avec Pulcheria sa femme, & de plusieurs autres; Mais
+les xemples que je viens de rapporter suffisent. Si quelqu'un veut en
+voir un plus grand nombre, qu'il lise le chapitre septime du Livre
+quatrime de Marule; & le Livre neuvime de l'Histoire de Cromerus, dans
+lequel il trouvera l'Histoire de Bolislaus V., & de Cunegonde sa femme,
+qui d'un consentement mutuel vcurent ensemble toute leur vie dans une
+parfaite continence; ce qui a donn lieu un Polonois nomm Clment
+Latinius de faire ces deux Vers,
+
+ _Conjuge consenuit cum Virgine Virgo maritus_
+ _Addictus studiis Casta Diana tuis._
+
+
+
+
+CHAPITRE VIII.
+
+_Quel rang les vritables Eunuques ont tenu dans la socit civile._
+
+
+Comme on a mis de tout tems une grande diffrence entre les Eunuques qui
+toient nez Eunuques, ou qui avoient t faits tels ds leur naissance,
+ou par force dans un ge plus avanc, & entre ceux qui se sont faits
+Eunuques eux-mmes volontairement, il est ncessaire de les distinguer
+ici. J'en ferai donc deux classes, & d'abord j'xaminerai quel rang les
+Eunuques forcez que je mets dans la premire, ont tenu dans la socit
+civile.
+
+On ne peut pas faire une histoire xacte & suivie qui montre le rang que
+ces sortes de gens ont tenu dans la socit civile, cela mneroit trop
+loin & m'carteroit trop de mon but. Je dirai donc seulement, qu'il
+parot par l'Histoire Sainte, & par l'histoire profane, que les Eunuques
+ont possd les premires & les principales Charges dans les Cours, &
+qu'ils ont eu la confiance & la faveur de leurs Princes; Et je me
+contenterai d'en donner quelques xemples.
+
+Je ne parlerai point d'une raison odieuse pour laquelle les Princes les
+aimoient autrefois; Tout le monde sait l'histoire de Sporus[74]; Nron
+le fit chtrer, & sa folie fut si grande qu'il tcha de lui faire
+changer de sxe; Il lui fit prendre l'habit de femme, il l'pousa
+ensuite avec toutes les formalitez accotumes, il lui donna un douaire,
+un voile nuptial, & le tint dans sa maison en qualit de femme; propos
+de quoi quelqu'un dit assez plaisamment que le monde et t bien
+heureux si son Pre Domitien et eu une telle femme; Il fit habiller ce
+Sporus la manire des Impratrices, & le faisant porter en litire il
+l'accompagna aux Assembles & aux marchez de la Grce, & Rome dans le
+quartier des sigillaires, o il le baisoit chaque moment. Je ne
+rapporte que cet xemple, parce que j'en ai dit assez sur ce sujet dans
+le chapitre cinquime de cette premire partie de mon Ouvrage.
+
+Nous voyons dans le Livre d'Esther[75] que sept Eunuques toient les
+Officiers ordinaires du Roi Assuerus, & qu'en particulier l'Eunuque Ege
+avoit le soin de garder les femmes de ce Roi; [76]Il y en avoit deux
+autres nommez Bagathan & Thars qui commandoient la premire entre du
+Palais du Roi; [77]l'Histoire de Judith nous apprend, que les Huissiers
+de la Chambre d'Olopherne toient des Eunuques, & que Vagao, ou Bagoas
+en toit le principal; c'toit lui qui avoit soin de la personne du
+Matre & de ce qui concernoit sa garderobe & son lit; [78]l'Eunuque de la
+Reine de Candace qui fut batis par Philippe, toit un des premiers
+Officiers de cette Reine, & Sur-intendant de ses finances, & de tous ses
+trsors; [79]c'toit un Eunuque qui commandoit les troupes de Sedecias
+Roi des Juifs. Cyrus victorieux de tous ses ennemis, Croesus & Sardes
+tans entre ses mains, ayant pris Babylone, tablit sa demeure dans le
+Palais Royal de la plus grande Ville de l'Univers; & considrant qu'on
+ne l'y voyoit pas de bon oeil, & qu'on ne lui vouloit point de bien,
+crt qu'il avoit besoin d'une forte Garde pour la sret de sa personne.
+Il ne prit cependant que des Eunuques pour ses gardes & pour les
+Officiers de sa Maison; & les raisons qui l'y portrent sont amplement &
+xactement dduites sur la fin du chapitre sixime du Livre septime de
+son Histoire ou de la Cyropedie. On donnoit les enfans en garde aux
+Eunuques, on leur laissoit le soin de les lever, de leur donner
+de [80]l'ducation, de les instruire dans les belles lettres, & de leur
+enseigner les sciences & les disciplines; Tous ces diffrens emplois les
+avoient rendus recommandables dans le monde. Les Rois & les Princes,
+soit qu'ils eussent t leurs lves, soit qu'ils ne l'eussent point
+t, les estimoient & les honoroient particulirement; Ils avoient en
+eux beaucoup de confiance, & ces Eunuques profitant de ces avantages se
+rendoient insensiblement les Matres du Gouvernement & de l'Etat, &
+abusrent beaucoup de leur crdit; la Religion Chrtienne en a
+quelquefois souffert. Les Cours se remplissoient de ces sortes de gens,
+ils s'emparoient de tous les principaux emplois. Voici un xemple bien
+prcis qui justifie cette vrit; C'est la Cour de l'Empereur Constance,
+elle toit pleine d'Eunuques & ils y toient les matres de toutes les
+affaires; Voici de quelle manire Mr. Herman en parle dans l'excellente
+Vie de [81]St. Athanase. Avant que d'attaquer le Prince mme, ce Prtre
+Arrien fut assez adroit pour gagner ceux qui toient autour de lui, car
+la familiarit qu'il avoit avec[82] l'Empereur l'ayant fait connotre de
+l'Impratrice il entra aussi dans la familiarit de ses Eunuques, &
+particulirement dans celle d'Eusebe qui toit le premier de cette
+troupe effmine, & l'un des plus mchans hommes du monde;[83] Ayant
+prvenu l'esprit de cet Eunuque il pervertit les autres par son moyen;
+ensuite il fit passer ce poison mortel dans l'ame de l'Impratrice, &
+dans le Coeur des Dames de la Cour; ce qui a fait dire St. Athanase
+que les Arriens se rendoient terribles tout le monde, parce qu'ils
+toient appuyez du crdit des femmes.
+
+Aprs cela il ne fut pas difficile ce Prtre Arrien de se rendre
+Matre de l'esprit de l'Empereur, qui toit lui-mme l'esclave de ses
+Eunuques dont il avoit rempli toute sa Cour, & qui ne suivoit en toutes
+choses que les conseils & les mouvements de ces hommes lches.
+
+Mais quelque crdit qu'eussent tous les autres, ce n'toit que comme de
+petits serpens qui ne faisoient que ramper, au lieu qu'Eusbe son grand
+Chambellan levoit la tte avec orgueil; [84]& en effet il se rendoit si
+formidable par sa puissance, que selon les historiens, pour en concevoir
+quelqu'ide qui ft conforme la vrit, il suffisoit de dire que
+Constance avoit beaucoup de crdit auprs de lui. Eux de leur ct le
+flatoient jusqu' lui donner le ttre de Roi ternel. [85]Ils nous ont
+aussi dpeint ses excellentes qualitez par ce bel Eloge, qu'il avoit une
+vanit insupportable, qu'il toit galement injuste & cruel, qu'il
+punissoit sans xamen ceux qui n'toient convaincus d'aucun crime, &
+qu'il ne faisoit point de discernement entre les innocens & les
+coupables. [86]Les Auteurs prophanes sont remplis de plaintes contre la
+malignit & la domination Tyrannique de cet Eusbe & des autres Eunuques
+de Constance, mais ils ne considrent que les maux qu'ils firent
+l'Etat, & nous avons sujet de dplorer ceux que l'Eglise ressentit par
+leur violence; On vit ces hommes[87] voluptueux & effminez, qui les
+hommes du monde confient peine les moindres emplois qui concernent le
+service de leurs maisons, & que l'Eglise bannit de ses conseils, selon
+ses rgles saintes & inviolables, devenir les Matres & les Souverains
+de toutes les affaires de l'Eglise, & dominer dans ses jugemens, parce
+que Constance n'avoit point de volont que celle qu'ils lui inspiroient,
+& que ceux qui portoient le nom d'Evques, trouvoient de la gloire & du
+mrite tre les Ministres & les fidles xcuteurs de toutes leurs
+passions & devenir les acteurs des pices de Thatre, que ces hommes
+si mprisables & si corrompus avoient composes.[88] Nous allons donc
+voir que ce furent eux qui causrent tous les maux & tous les desordres
+que l'Eglise souffrit alors, comme certes ils toient trs-dignes d'tre
+les Protecteurs de l'hrsie Arrienne, & les ennemis de la divine
+fcondit du Pre ternel. Voici ce que St. Athanase ajote cela.
+L'Eunuque Eusbe, dit-il, tant arriv Rome, sollicita d'abord Libre
+de souscrire la condamnation d'Athanase, & d'entrer dans la Communion
+des Arriens, disant que c'toit la volont de l'Empereur, & l'ordre
+exprs qu'il lui portoit de sa part; & ensuite aprs lui avoir montr
+les prsens par lesquels il tchoit de le sduire, il lui prit la main &
+lui dit, _laissez-vous persuader par l'Empereur, & recevez ce qu'il vous
+donne_. Mais cet Evque s'en dfendit fortement & justifia sa rsistance
+par ce discours........ Voil, dit-il, ce que rpondit Libre Eusbe,
+mais cet Eunuque tant moins afflig de ce qu'il n'avoit pas souscrit la
+condemnation d'Athanase, que de ce qu'il trouvoit en sa personne un
+ennemi de leur Hrsie, & ne considrant pas qu'il toit devant un
+Evque, aprs lui avoir fait de grandes menaces, il le quitta, sortit
+avec les prsens qu'il venoit de lui offrir, & fit une chose aussi
+contraire la manire d'agir des Chrtiens, qu'elle toit mme au
+dessus de la tmrit des Eunuques........ Une action si gnreuse
+ayant augment la colre & le transport de cet Eunuque, il irita
+l'Empereur en lui rprsentant qu'il ne devoit plus se mettre en peine
+de ce que Libere ne vouloit pas signer la condamnation d'Athanase, mais
+de la disposition d'esprit qu'il faisoit parotre contre leur Hrsie
+qui lui toit si odieuse qu'il prononoit nommment des Anathmes contre
+les Arriens; Il chauffa aussi par ce discours l'esprit des autres
+Eunuques, & il y en avoit un trs grand nombre la Cour de l'Empereur,
+qui pouvoient tout auprs de lui, & sans la participation desquels il ne
+faisoit rien. Constance crivit donc Rome, continu ntre Saint, & il
+y envoya tout de nouveau des Officiers de son Palais, des Secrtaires, &
+des Comtes, avec des lettres qu'il adressoit au Gouverneur de la Ville;
+Et il leur avoit donn l'ordre, ou de surprendre Libre par leurs ruses
+& par leurs artifices pour le faire sortir de Rome & l'envoyer la
+Cour, ou d'employer ouvertement la violence & l'outrage afin de le
+perscuter. Ces crits remplirent toute la Ville de frayeur &
+d'pouvente, & ce n'toit qu'embuches de toutes parts. Combien y eut-il
+de familles qui on fit des menaces? Combien de personnes rerent des
+commandemens contre Libre? Combien eut-il d'Evques qui se cachrent
+quand ils virent ces excs? Combien y eut-il de Dames illustres qui se
+retirrent la Campagne cause des calomnies dont les chargeoient ces
+ennemis de Jsus Christ? Combien y eut il de solitaires qui se
+trouvrent exposez leurs embuches? Combien firent-ils perscuter de
+personnes qui avoient tabli leur demeure dans la solitude pour le reste
+de leurs jours? Quels soins ne prirent-ils point par plusieurs fois, de
+faire garder les ports, & les portes de la Ville, de peur qu'aucun
+Catholique n'y entrt pour voir Libre? Rome connut alors par exprience
+quelle toit la conduite de ces impies qui dclaroient la guerre Jsus
+Christ mme, & elle apprit pour l'avenir ce qu'elle n'avoit pas cr
+jusqu' ce tems-l, pour ne l'avoir s que par le rcit des autres,
+savoir de quelle manire ils avoient renvers toutes les autres Eglises
+en tant de Villes diffrentes.
+
+C'toit des Eunuques qui faisoient tous ces desordres, & qui toient
+auteurs de tous les excs que les autres commettoient de toutes parts.
+Et il n'est pas en effet trange, que comme l'Hrsie des Arriens fait
+profession de nier le Fils de Dieu, elle s'appuye du crdit des
+Eunuques, qui tans naturellement striles, & ne l'tans pas moins dans
+l'ame en ce qui regarde les actions de pit & de vertu que dans le
+corps, ne peuvent du tout souffrir que l'on parle du Fils de Dieu.
+Cependant, l'Eunuque de la Reine d'Ethiopie ne comprenant pas ce qu'il
+lisoit, crt les instructions que lui donna Saint Philippe touchant le
+Divin Sauveur. Mais les Eunuques de Constance ne peuvent souffrir que
+Saint Pierre ait autrefois confess sa Divinit; Ils s'lvent mme
+contre le Pre Eternel quand il dclare que c'est son Fils, &
+s'emportent de fureur contre ceux qui disent que c'est le vritable Fils
+de Dieu; c'est pour ce sujet que la Loi deffend de les admettre dans les
+Jugemens Ecclsiastiques. Mais les Arriens viennent de les en rendre les
+matres. Constance ne prononce rien que ce qui leur est agrable, & ceux
+qui portent le nom & la qualit d'Evques, n'en disent mot, & regardent
+tous ces desordres avec dissimulation. Hlas! Qui sera celui qui crira
+un jour cette Histoire, & qui fera passer jusqu' une autre gnration
+la rlation funeste de tant de tristes vnemens? Qui poura croire un
+jour de si grands excs quand on entendra dire que des Eunuques qui on
+confie peine le soin des affaires domestiques, & dont le service est
+suspect en ces rencontres, parce que c'est un genre de personnes qui
+n'aiment que le plaisir & qui n'ont point d'autre but que d'empcher
+dans les autres ce que la nature leur a refus eux-mmes; Que ces
+Eunuques, dis-je, gouvernent maintenant les Eglises!
+
+Ce Saint fait parotre une juste indignation contre les Eunuques qui
+toient alors absolus la Cour, & qui se sont rendus xcrables leur
+sicle & toute la postrit. L'Arrianisme toit tellement rpandu
+parmi eux, qu'en ce tems-l porter le nom d'impie & celui d'Eunuque
+toit la mme chose, selon Saint Grgoire de Nazianze[89]. Et leurs
+violences ont t si odieuses aux Payens mmes, qu'Ammian Marcellin a
+crit d'eux, qu'ayant tojours de la fiert & de l'aigreur, & n'ayant
+pas les liaisons domestiques & les engagemens naturels qu'ont les autres
+hommes, ils n'embrassent que leurs richesses qu'ils considrent comme
+leurs trs chres & trs agrables filles. [90] Mr. Herman dit, que
+l'Histoire de ce combat est devenu si clbre dans toute la postrit,
+que les Payens mmes en ont marqu l'vnement; mais qu'il aime mieux
+puiser dans les sources pures que d'avoir recours ces ruisseaux si
+bourbeux; Et que comme il prfre avec raison le tmoignage de Saint
+Athanase celui de tous les Auteurs de ce sicle, c'est par ses propres
+paroles qu'il doit commencer l'importante relation de laquelle j'ai tir
+ce que je viens de rapporter sur ce sujet.
+
+Les Eunuques avoient t tout-puissans du tems du grand Constantin, Pre
+de l'Empereur Constance dont je viens de parler. Il les avoit levez aux
+premires Dignitez & les appelloit ses Amis; mais ayant appris combien
+ils toient pernicieux l'Etat, il les en avoit dpouillez, & les avoit
+rduits se borner uniquement aux affaires domestiques. [91]Il y a dans
+le Code Thodosien une Loi qui nous apprend que tout l'Empire avoit
+gmi sous l'oppression de ces sortes de gens, sans avoir os se
+plaindre; mais que l'Empereur en ayant eu connoissance, avoit publi
+cette Loi, par laquelle il invite tout le monde venir dire ses griefs;
+il promet d'couter lui-mme ce qu'on aura dire contre ces sortes de
+gens, & de punir ceux qu'on aura convaincu de quelque crime. Il les fit
+exclurre du Sacerdoce dans le fameux Concile de Nice qu'il assembla.
+Cependant, quoi qu'ils fussent, pour le dire ainsi, dgradez & destituez
+de tous les Emplois publics, civils & militaires, comme ils approchoient
+de l'Empereur & qu'ils en avoient l'oreille, ils toient encore
+formidables, & on les craignit jusques ce qu'ils fussent entirement
+loignez. Licinius qui a t son Alli, & pendant quelque tems son
+Compagnon l'Empire, les hassoit beaucoup; il les appelloit _la tigne
+& la vermine de l'Etat_;[92] mais comme Licinius a t un Tyran, & un
+Prince qui s'est rendu odieux par plusieurs raisons, ce qu'il a fait
+dans des vs particulires, ne peut point tre tir consquence.[93]
+Alxandre Svre ne les avoit point aimez, il les appelloit _tertium
+hominum genus_; Et au lieu que Heliogabale qui l'avoit prcd avoit t
+leur esclave, & Eunuque lui-mme, il les humilia & les abaissa, il les
+rduisit un fort petit nombre. Il en donna plusieurs ses Amis, &
+pour montrer le peu de cas qu'il en faisoit, il leur dit en les leur
+donnant que s'ils n'avoient pas de meilleures moeurs que celles qu'ils
+avoient eus jusqu'alors, ils pouvoient les tuer sans forme de procs.
+Il est extrmement lou dans l'Histoire de n'avoir pas imit les Rois de
+Perse qui se laissoient tellement gouverner par les Eunuques, que ces
+sortes de gens les cachoient leurs Sujets, qui ne pouvoient leur rien
+dire ni en recevoir aucune rponse que par leur canal; Ils leur
+rapportoient les choses comme il leur plaisoit, souvent tout autrement
+qu'elles n'toient, & prenans grand soin que le Roi ne st que ce
+qu'ils vouloient bien qu'il st, il arrivoit souvent de grands
+inconvniens, parce qu'ils donnoient telles impressions qu'il leur
+plaisoit, & au Roi, & ses Sujets; [94]L'Histoire d'Orsines en est une
+preuve; Orsines toit un descendant de Cyrus, le plus grand Seigneur de
+la Perse, & le Sang le plus noble de l'Orient; Il fit de grands prsens
+aux Principaux de la Cour d'Alxandre, & ngligea Bagoas; Quelqu'un lui
+ayant dit qu'il avoit mal fait, parce qu'Alxandre aimoit cet Eunuque;
+Il rpondit qu'il honoroit les Amis du Roi, mais non pas ses Eunuques;
+Et que les Perses se servoient autrement de ces gens-l que les Grecs;
+Ce discours ayant t rapport Bagoas il jura la ruine d'Orsines,
+homme d'une vie sans reproche; En effet, il fit tant de faux & de
+secrets rapports contre lui Alxandre, qu'il l'aigrit & qu'il l'anima
+contre lui, de sorte qu'enfin il le fit mettre dans les fers, & le
+condamna la mort. Bagoas ne fut pas content de faire traner un
+innocent au supplice, il eut bien l'impudence de le frapper dans le tems
+qu'il alloit mourir, mais Orsines l'envisageant avec indignation lui
+dit, j'avois bien ou dire que des femmes avoient autrefois rgn dans
+l'Asie, mais il m'est nouveau d'y voir rgner un infame Eunuque.
+Alxandre Svre instruit de tous les desordes que ces Eunuques avoient
+fait, il les dompta tous, & les rduisit presque rien. Ces Eunuques
+toient des gens qui vouloient savoir tout ce qui se faisoit la Cour,
+& qui vouloient qu'on crt qu'il n'y avoit qu'eux qui le sussent;
+c'toit eux qui on s'adressoit pour obtenir des graces du Prince;
+les Gouvernemens de Province ne s'obtenoient que par leur moyen, & ils
+vendoient deniers comptans ce que le Prince donnoit desintressment.
+Cet Empereur aimoit assez la solitude, il vouloit tre seul
+ordinairement aprs le dner & certaines heures du matin, personne
+alors ne pouvoit le voir. Un certain Vetronius Turinus profitoit de
+cette retraite & faisoit croire aux gens, que dans ce tems l il lui
+persuadoit & lui faisoit faire tout ce qu'il vouloit, il le faisoit
+passer pour un fat qu'il conduisoit son gr, & sous ce prtexte il
+promettoit tout le monde ce qu'on lui demandoit, & se faisoit fort de
+le faire agrer ou xcuter par Svre, moyennant quoi il recevoit &
+amassoit des sommes immenses. Comme il n'toit pas vrai que l'Empereur
+ft tel qu'il le disoit, ni qu'il et le crdit dont il se vantoit, il
+ne tenoit parole personne, ce qui donna lieu bien des gens de
+murmurer. Cette conduite de Turinus tant enfin parvenu la
+connoissance de l'Empereur, il voulut qu'on se rendit partie contre lui
+& qu'on l'accust, de sorte que ce qu'il avoit promis & qu'il n'avoit
+point effectu, & les sommes qu'il avoit touches pour cela ayant t
+dcouvertes, Svre le fit attacher un poteau dans un lieu passant, &
+le fit mourir par la fume qui s'levoit vers lui d'un bois verd &
+humide qu'on avoit allum; [95]Et pendant qu'il souffroit son supplice il
+y avoit un homme qui crioit, _fumo punitur qui vendidit fumum_.
+
+Les Eunuques furent plus considrez sous Constantin pendant un certain
+tems. Ils le furent encore plus sous Constance, comme je l'ai fait voir.
+Ce Prince ni ses frres, ne furent ni aimez de leurs Sujets, ni craints
+de leurs ennemis, comme Constantin leur Pre l'avoit t, & ils avoient
+peine sotenir une partie du fardeau qu'il avoit port lui seul avec
+tant de gloire; les Eunuques furent en crdit sous leur Rgne. Il paroit
+qu'ils ont encore t en faveur du tems de Theodose le jeune; [96]car on
+voit dans le Code qui a t fait par son ordre, qu'au lieu que ceux qui
+obtenoient des confiscations toient obligez d'en donner la moiti au
+fisc, il dispensa ses Eunuques de cette obligation & leur laissa le
+tout. Et Zozime[97] remarque que cet avantage porta ces Eunuques
+commettre mille faussetez insignes, comme de faire entendre au Prince
+que ceux dont ils demandoient que les biens fussent confisquez leur
+profit toient morts sans laisser de veuves, d'enfans, ni de parens, ce
+qui causoit souvent la dsolation de plusieurs familles, & des larmes &
+des gmissemens aux hritiers lgitimes, qui toient souvent de vieilles
+veuves caduques ou infirmes, & des orphelins innocens. Il est certain
+pourtant qu'il fit un Edit qui deffendoit qu'aucun Eunuque ne fut du
+nombre des Patriciens, mais ce fut par une v particulire, & pour
+deshonorer Antiochus qu'il contraignit par l se renfermer dans un
+Clotre. [98] Lucien nous apprend que Philoeterus qui le premier a eu
+la Principaut de Pergame toit Eunuque, & qu'il a vcu quatre vingt
+ans. Il y a eu un autre Prince nomm Hermias qui a t Eunuque; Il ne
+pouvoit jamais souffrit que personne parlt en sa prsence de couteau,
+ni de section, parce qu'il s'imaginoit qu' cause qu'il toit Eunuque,
+ces mots lui toient adressez. [99] Si l'extrait d'une lettre crite de
+Batavia dans les Indes occidentales le 27, Novembre 1684. contenu dans
+une lettre de Mr. de Fontenelles, re Rotterdam par Monsieur
+Bnage, fait le recit d'une avanture vritable, comme on peut le croire,
+puisque l'illustre Mr. Bayle qui l'a rapport ne la donne point pour
+fabuleuse, & qu'il la certifie en quelque sorte, bien loin de la rendre
+suspecte; Mre Reine de l'Isle de Borneo, veut que tous ses Ministres
+soient Eunuques; Enegu, Princesse qui lui dispute le Trne, ne veut
+point d'Eunuques dans sa Cour. Comme nous ne savons pas quel succs,
+ont eu les contestations & la guerre que ces deux Princesses ont eus
+entr'elles, ni par consquent laquelle des deux jout prsentement de
+l'Empire, on ne sait pas si les Ministres de la Reine de l'Isle de
+Borneo sont Eunuques, ou s'ils ne le sont point. On peut dire seulement
+que Mre agit comme Plautiames qui du tems des Antonins fit chtrer tous
+ceux qui devoient servir Maison de Plautilla sa fille que Caracalla
+avoit pouse, sans pargner les hommes non plus que les jeunes garons,
+comme nous le voyons dans les recueils de Constantin Porphyrogente sur
+Dion.
+
+Pour peu de connoissance qu'on ait de l'histoire de la Cour Ottomane, on
+n'ignore pas que les Eunuques y parviennent aux premires dignitez de
+l'Etat, & qu'il n'y a qu'eux, proprement parler, qui les possdent.
+Les deux plus illustres Bascha qui ayent eu de la rputation pendant les
+guerres si clbres dans l'histoire, toient Eunuques; [100]l'un a t
+Halis, & l'autre Sinar. Mr. de Thou rapporte un bon mot dit par le
+premier, il se moqua, dit-il, du Courier qui lui annonoit comme une
+fort mauvaise nouvelle, la prise de la Ville de Strigonie par les
+Chrtiens l'an 1556, lui disant qu'il avoit bien fait une autre perte
+lors qu'on lui avoit enlev la plus importante pice qu'il eut. Et Paul
+Jove nous apprend que ce fut une truye qui Chtra Sinar en lui arrachant
+& devorant le membre viril, comme il dormoit l'ombre, ds sa plus
+tendre jeunesse.
+
+Tout ce que je viens de dire ne concerne le rang que les Eunuques ont
+tenu dans la socit civile que par rapport aux Princes & aux
+Souverains; il est bon de voir aussi quelle ide les Peuples en ont eu
+& quel cas ils en ont fait.
+
+
+
+
+CHAPITRE IX.
+
+_Quelle ide les Peuples ont eu des Eunuques, & quel cas ils en ont
+fait._
+
+
+Les Eunuques ayans abus de la faveur des Princes, comme on l'a v dans
+le chapitre prcdent, & s'tans rendus les Tyrans impitoyables de leurs
+sujets, il ne faut pas douter que ces sujets ne les ayent eus en
+horreur, & qu'ils ne les ayent craint beaucoup plus qu'ils ne les ont
+aimez.
+
+Mais il ne s'agit point ici de savoir ce que les Peuples ont pens de
+leur servitude & de leur oppression, & du crdit de ces Eunuques qui les
+tyrannisoient; Il n'est ici question que d'xaminer quelle opinion les
+Peuples avoient d'un Eunuque entant qu'Eunuque, & non point d'un Eunuque
+entant que Tyran; & quelle ide ils s'en faisoient.
+
+L'histoire nous apprend non seulement qu'ils les mprisoient
+souverainement, mais mme qu'ils avoient de la rpugnance les voir.
+[101] Les Eunuques ne sont que des troncs desschez, selon l'expression
+d'Esae, de ces arbres secs qui le sont jusqu' la racine, & qui comme
+parle Ose, ne porteront plus de fruits; de ces arbres qu'il faut
+couper, c'est dire dtruire, & en abolir la mmoire: car pourquoi
+faut-il encore qu'ils occupent la terre? Il n'y a personne qui ne voult
+donner le premier coup pour les renverser ou pour les arracher; ce sont
+des Cratures imparfaites, en un mot des monstres auxquels la nature
+n'avoit rien pargn, mais que l'avarice, la luxure, le luxe, ou la
+malignit des hommes ont dfigures.
+
+S'ils ont t quelquefois dans la prosprit & dans l'lvation, les
+Peuples ont regard ces avantages comme des productions errones de
+l'esprit gt & du coeur corrompu des Princes qui les ont levez &
+chris; Ils s'en sont mme moquez entr'eux, & lors qu'ils ont os le
+faire en public, ils ont fait clater leur haine & leur mpris & pour
+les Eunuques & pour le choix qu'on en faisoit.
+
+ _Omnia cesserunt Eunucho Consule monstra_
+ _Heu terr coelique pudor. Trabeata per urbes_
+ _Ostentatur anus, titulumque effeminat anni._
+
+ _---- Quibus unquam scula terris_
+ _Eunuchi, videre forum._
+
+ _---- Numquam spado consul in orbe_
+ _Nec Judex, Ductorve fuit. Quodcunque virorum_
+ _Est decus, Eunuchi scelus est._
+
+ _---- A fronte recedant_
+ _Imperii, tenero tractari pectore nescit_
+ _Publica Maiestas, nunquam vel in quore puppim_
+ _Vidimus Eunuchi clavo parere Magistri._
+ _Nos ade sperni faciles? orbisque carina_
+ _Vilior?_[102]
+
+Tout le monde sait que Caligula fit son Cheval Consul, & qu'il voulut
+qu'on lui rendit tous les honneurs qui sont ds cette dignit. Il prit
+envie de mme Arcadius de faire Flaac Eutrope qui toit le Matre de
+sa garderobe & l'un de ses Eunuques, de le faire, dis-je, Consul, & 'a
+t le premier, ou pltt le seul de cette qualit qui ait t pourv
+de cet Emploi; aussi voit-on dans Claudien comment on s'irrita alors de
+cette conduite. Ce Pote fit une Satyre piquante contre cet Eutrope
+aprs qu'il fut dsign Consul de Rome, & il le rprsente comme une
+vieille qu'on avoit revtu des honneurs du Consulat. [103] Ceux qui ont
+quelque teinture de l'Histoire Ecclsiastique savent comment Jean
+Evque de Constantinople a dclam contre cet Eutrope, & combien il a
+contribu sa perte*. Il eut une fin digne de lui & des actions
+inhumaines qu'il avoit commises. Cet Eunuque ayant dessein de chatier
+quelques personnes qui s'toient rfugies dans les Eglises, il fit
+ensorte que l'Empereur publia une Loi par laquelle il toit deffendu de
+s'y rfugier, & permis d'en tirer ceux qui s'y rfugieroient. Quelle
+injustice de violer ainsi le droit des Aziles! Mais il en fut puni
+bien-tt aprs; car peine la Loi fut-elle publie qu'il encourut les
+mauvaises graces de l'Empereur, & qu'il fut oblig de rechercher le mme
+azile que les autres. Comme il toit cach sous l'Autel & qu'il y
+trembloit de peur, Jean monta au pupitre d'o il avoit accotum de
+prcher pour tre plus aisment entendu, & fit une invective contre lui.
+L'Histoire ajote que l'Empereur lui fit couper la tte, qu'il fit ter
+son nom d'entre les noms des Consuls, & qu'il fit effacer des Registres
+la loi qu'il avoit fait publier. Le chagrin qu'eurent les honntes gens
+de le voir dans ce poste fut cause de sa ruine. En effet, Gainas Goth,
+Gnral de l'Empereur, se rvolta de dpit de voir cet Eunuque dans
+l'clat de cette haute dignit, & ne voulut jamais se remettre dans son
+devoir qu'on ne lui apportt la tte d'Eutrope. On comparot Eutrope
+Gorgon, parce qu'il faisoit ses tours si adroitement que peu de gens
+s'appercevoient de ses ruses; on le regardoit comme une de ces pestes
+qui rgnoient alors dans les Cours des Princes. Il vendoit les Charges
+de la Magistrature & les Jugemens; Il disposoit du Gouvernement des
+Provinces en faveur de qui il vouloit;[104] & non content d'avoir t
+fait Consul, il tchoit de se rendre Matre de l'Empire. Il toit
+insolent mme envers son Prince, & il tomba dans sa disgrace pour avoir
+manqu de respect envers l'Impratrice.
+
+Les Peuples n'avoient pas du mpris seulement pour ces sortes de gens,
+ils avoient aussi de l'aversion pour eux; & si leur nom a pass pour un
+ttre de Dignit, il a t aussi une injure, & on ne pouvoit en faire
+une plus sensible un honnte homme que de l'appeller _Eunuque_.
+[105]Les Eunuques ont t de si mauvais augure, mme parmi les Payens,
+que Lucien assure en plus d'un lieu qu'ils faisoient par leur
+rencontre, rebrousser chemin beaucoup de personnes, qui aimoient mieux
+rentrer chez elles que de passer outre. [106]Cela se rapporte assez ce
+que dit Pline de l'aversion que les animaux-mmes ont pour ceux de leur
+espce qu'on a mutilez. Il remarque que si on chtre un rat, il fait
+fuir tous les autres qui aiment mieux abandonner leur sjour ordinaire
+que de le souffrir parmi eux. Ce n'toit pas pourtant pour cette raison
+que Diocles vouloit exclurre Bagoas de la chaire de Philosophie. Lucien
+en allgue d'autres tout fait diffrentes, plus graves & plus
+vraisemblables.
+
+
+
+
+CHAPITRE X.
+
+_De quelle manire les Loix civiles ont considr les Eunuques, & quels
+droits elles leur ont attribu._
+
+
+L'Empereur Domitien deffendit au commencement de son Rgne toutes
+sortes de personnes, tant dans l'Empire Romain, que dans ses limites,
+d'avoir la hardiesse d'entreprendre de chtrer les petits enfans;
+
+ _Lusus erat sacr connubia fallere td_
+ _Lusus & immeritos ex ecuisse mares._
+ [107]
+ _Utraque tu prohibes, Csar populisque futuris_
+ _Succurris, nasci quos sine fraude jubes._
+ _Nec spado jam, nec moechus erit te prside quisquam_
+ _At prius mores! & spado moechus erat._
+
+Cette Ordonnance passa pour un avantage trs grand, & pour une action
+digne d'un Prince sage & gnreux; [108]Martial l'en flicite par cette
+belle Epigramme,
+
+ _Tibi summe Rheni Domitor & parens orbis_
+ _Pudice Princeps, gratias agunt urbes;_
+ _Populos habebunt, parere jam scelus non est._
+ _Non puer avari sectus arte Mangonis,_
+ _Virilitatis damna moeret erept._
+
+Cependant il est certain que son motif ne fut nullement louable, car il
+ne fit cette deffense, comme le remarque Xiphilin dans sa Vie, & Dion
+Cassius, qu'en haine de Tite son frre qui aimoit les Eunuques.[109]
+Suetone ne rapporte pas cette particularit, mais elle n'en est pas
+moins certaine. Cette Loi & cette Ordonnance, n'est pas mise dans le
+Code au ttre des Eunuques, sous le nom de Domitien, ni sous celui de
+Nerva, qui fit depuis la mme deffense, mais sous les noms de Constantin
+& de Leon[110]; cependant, Suetone ne permet pas de douter qu'elle ne
+soit de lui. L'illustre & le clbre Monsieur de Leibnitz qui j'ai
+propos cette difficult par manire de conversation, m'a donn cet
+claircissement, que la Loi dont il s'agit ici toit mise sous les noms
+de ces deux derniers Empereurs, parce qu'ils l'ont renouvelle, & qu'on
+ne savoit alors que par le moyen de l'Histoire, que Domitien & Nerva en
+fussent les premiers Auteurs, peu prs comme il en est de ces Loix
+somptuaires, des Ordonnances contre les Duels, & de divers Rglemens de
+cette nature qui passent pour tre les Ouvrages des Princes modernes qui
+les publient, quoi qu'on sache par le moyen de l'Histoire, que d'autres
+Princes les ont donnez leurs Peuples plusieurs sicles auparavant.
+
+L'Empereur Adrien enchrit sur cette belle constitution, par un meilleur
+motif, & deffendit non seulement qu'on fit Eunuques par force ceux qui
+ne le souhaitoient pas, mais il deffendit mme de faire Eunuques ceux
+qui le souhaitoient. Il y a trois Loix conscutives sur ce sujet dans le
+ttre, _ad legem corneliam de sicariis & veneficis_.[111] Voici les
+termes de la premire. _Constitutum quidem est ne spadones fierent, eos
+autem qui hoc crimine arguerentur corneli legis poena teneri,
+eorumque bona merit fisco meo vindicari debere; sed & in servos qui
+spadones fecerint ultimo supplicio animadvertendum esse. Et qui hoc
+crimine tenentur, si non adjuerint, de absentibus quoque tanqum lege
+Cornelia teneantur, pronuntiandum esse. Plan si ipsi qui hanc injuriam
+passi sunt, proclamaverint, audire eos Prses Provinci debet, qui
+virilitatem amiserunt; Nemo enim liberum servumve invitum, sinentemve
+castrare debet; Neque quis se sponte castrandum prbere debet. Ac si
+quis adversus Edictum meum fecerit Medico quidem qui exciderit capitale
+erit, item ipsi qui se sponte excidendum prbuit._ Voici les termes de
+la seconde de ces Loix, _Hi quoque qui Thlibias faciunt, ex
+constitutione D. Hadriani ad Ninium hastam, in eadem causa sunt qua hi
+qui castrant_. Et voici enfin les termes de la troisime, _Is qui servum
+castrandum tradiderit pro parte dimidia bonorum mulctatur ex Senatus
+consulto quod Neratio Prisco & Annio Vero Consulibus factum est_. Tout
+cela montre que l'Eunuchisation toit regarde comme une chose honteuse,
+odieuse, & prjudiciable la socit aussi bien qu' la personne sur
+laquelle elle toit pratique. [112]_Qui hominem, libidinis vel promercii
+causa castraverit, Senatus Consulto poena legis Corneli punitur.[113]
+Et si puerum quis castraverit & pretiosiorem fecerit Vivianus scribit
+cessare Aquiliam, sed injuriarum erit agendum, aut ex Edicto dilium,
+aut in quadruplum._ Ce mot _pretiosior_ est obscur, comment un homme
+mutil, dgrad, pour le dire ainsi, de sa qualit d'homme, pouvait-il
+tre devenu plus prtieux? Voici le sens de ce mot, c'est que comme les
+Eunuques toient aimez & carressez par les Princes, qu'ils toient
+levez aux premires Dignitez de leur Etat, leur condition en toit
+devenu par l, au moins cet gard, beaucoup plus considrable, c'est
+ce qui parot par la Loi 4. au Code _de prpositis sacri cubiculi_. Mais
+l'Empereur Justinien qui est venu depuis & qui a bien considr les maux
+qui naissoient de cette cotume, soit aux particuliers, soit au public,
+a rtr les mmes deffenses, dans son Code[114] o il dcide que,
+_tanquam homicida punitur ille qui castrat aliquem_, & dans deux
+chapitres de ses Nouvelles[115], la tte desquelles il a mis une belle
+Prface qui en contient les motifs; Il traite cette action d'impie, de
+lche, de honteuse, de deshonnte, & de criminelle, & il dit qu'on a
+commis cette espce de crime sur une grande multitude de gens, que peu
+en ont chapp sains & saufs, qu' peine en a-t-on p sauver trois de
+quatrevingt & dix qui sont venus sa connoissance; Il considre ces
+Eunuchisations comme des meurtres, comme des actions contraires
+l'intention de Dieu, & de la nature, & l'intention de ses propres
+Loix. Il est deffendu sous de grives peines dans ce titre du Code dont
+je viens de parler, de vendre ou d'acheter les Romains qui ont t faits
+Eunuques, soit dans l'Empire Romain, ou dans les Pas trangers. Il y
+est aussi deffendu, sous peine de la vie, de faire des Eunuques dans
+l'Empire Romain: celui qui auroit donn son esclave pour en faire un
+Eunuque en toit pour la confiscation de la moiti de ses biens.[116]
+L'Empereur Leon s'est encore dclar depuis en termes bien plus forts.
+_Virtutis_, dit-il, _ad procreandum Deo natur indit exectio non
+minore cum audacia identidem committitur qum si apud Deum nulli poen
+obnoxia esset, cm tamen vel maxime sit; Et quanquam veteribus
+Legislatoribus cur fuerit, ut id malum ultrice lege excideretur, quo
+respublica ab istiusmodi invento munda esset; haud scio tamen, cum si
+qui alii, huic certe prscripto obtemperari atque natur mutilatione
+abstineri quum sit, quamobrem non ita faciant homines, sed tanquam
+utilitatem quamdam istiusmodi adversus Generandi vim, insidias
+reputantes, membra qu homini nascendi causam suppeditant, lancinent, &
+creaturam aliam quam qualis, conditoris sapienti placuerit in mundum
+introducere contendant. Hoc igitur cm inultum relinquendum non putemus,
+lege in id poenam constituentes, quibus ade divinam creaturam
+deformare religio non est, eorum audaciam, auxiliante Deo reprimere
+conemur._ Il appelle ceux qui font des Eunuques, _Natur insidiatores,
+detestand hujus artis artifices_; il les condamne & il finit cette
+excellente constitution par ces belles paroles, _si in albo Imperatorii
+famulatus sit, artifex detestand hujus artis primm albo eximatur_. Un
+homme qui faisoit un Eunuque toit considr comme un Notaire ou un
+Tabellion qui faisoit un acte faux; le lieu o l'action avoit t
+commise toit considr comme un lieu o on avoit commis un crime de
+leze Majest. Mornac qui a fait un excellent Commentaire sur le ttre du
+Code qui traite _de Eunuchis_, dit avoir v dans un Historien de France,
+qu'un soldat fut puni pour avoir t un Moine ce qu'il croyoit lui
+tre inutile, _chose inoue_, dit cet Historien, _quod inaudita apud nos
+fuerat_. Messire Claude de Ferriere qui a fait aussi une espce de
+Commentaire sur le mme ttre, rapporte la mme Histoire; mais il y
+ajote ses rflxions, & quoi que bon Catholique il dit, qu'_il y a des
+gens qui disent, qu'il seroit souhaiter que_ solos Eunuchos haberet
+Ecclesia Ministros, _pour empcher les desordres que nous ne voyons qui
+trop souvent, sans ceux qui nous sont inconnus_. _Il est vrai_,
+ajote-il, _qu'il y en a plusieurs qui pourroient y avoir intrt_;
+_cependant, je crois qu'il vaut mieux laisser les choses comme elles
+sont, & ne pas faire du mal ceux qui ne veulent que le bien de leurs
+prochains_. Quoi qu'il en soit, il parot que les Loix ont regard
+l'action de faire des Eunuques comme abominable, & l'Eunuque lui-mme
+comme un monstre, aussi ne leur ont-elles jamais accord les droits &
+les privilges qu'elles accordent aux autres hommes.[117] Par xemple il
+ne leur a point t permis de tester. J'avou que l'Empereur Constance
+qui leur en avoit accord la facult parce qu'il faisoit tout ce qu'ils
+vouloient, a donn une Loi qui porte que, _Eunuchis liceat facere
+Testamentum, componere postremas exemplo omnium volontates, conscribere
+codicillos, salv testamentorum observanti_; Mais tous les
+Jurisconsultes estiment que cette libert ne concerne que les Eunuques
+qui toient prs de sa Personne, ou prs de celle de l'Impratrice. Il
+est certain que dans quelque degr de faveur que les Eunuques fussent,
+ils n'ont jamais t considrez que comme des Esclaves. Ils ont
+tojours t le jouet des Princes, qui ont mme abus quelquefois de
+leur servitude; on peut dire qu'il a t d'eux cet gard, comme de ces
+Genuches qui sont carresses dans les cabinets des Grands & vtus de
+toile d'or. Or il est certain que ce n'a t qu' ces Eunuques
+privilgiez qu'il a t permis de faire Testament. L'Empereur Leon en
+rend la raison dans sa Nouvelle trente-huitime, mais bien plus
+particulirement dans la Loi _Jubemus_, qui est la quatrime au Code _de
+prpositis facii Cubiculi, & de omnibus cubiculariis & privilegiis
+eorum_. Le ttre seul, pour le dire en passant, fait voir qu'il s'y agit
+des Eunuques, mais il le dit expressment comme on va le voir; _Nam cm
+hoc privilegium_, dit-il, _videatur principalis esse proprium Majestatis
+ut non famulorum sicut privat conditionis homines sed liberorum
+honestis utatur obsequiis, periniquum est eos duntaxat pati fortun
+deterioris incommoda_; _sed testamenta quidem ad similitudinem aliorum
+qui ingenuitatis insulis decorantur pro su liceat eis condere
+voluntate_. Il y ajote nanmoins une rflxion qui les distingue des
+hommes libres; [118]_Intestatorum ver nemo dubites facultates, ut pote
+sine legitimis sucessoribus defunctorum fisci juribus vindicari_; Et ce
+qui fait voir clairement qu'il s'agit du droit des Eunuques, c'est qu'il
+dit dans cette mme Loi que, _hc omnia tunc diligenti observatione
+volumus custodiri cm sponte suaque voluntate quis dederit Eunuchum
+sacri Cubiculi Ministeriis adhsurum_. Voila donc les Eunuques mis sur
+le pied des Esclaves; on en excepte les Gardes du Prince, mais cette
+exception ne fait que confirmer la rgle, _Exceptio in non exceptis
+firmat regulam_. En gnral donc il est certain qu'ils ne peuvent
+instituer des hritiers, ni tre eux-mmes hritiers instituez. Ds
+qu'ils sont morts leurs biens sont vacans & dvolus au Fisc. Ils sont
+mme considrez comme gens infames, indignes des Privilges accordez par
+les Loix, tmoin cette belle dclaration du Jurisconsulte
+Paulus, [119]_Quamvis nulla persona excipiatur, tamen intelligendum est
+de his legem sentire qui liberos tolere possunt_; _Itaque si Castratum
+libertum Jurejurando quis adegerit, dicendum est non puniri patronum hc
+lege_. Ils ne peuvent point adopter, la Loi est prcise contr'eux sur ce
+sujet, [120]_sed & illud utriusque adoptionis commune est, quod & ii, qui
+generare non possunt, (quales sunt spadones) adoptare possunt, Castrati
+autem non possunt_. J'avou que l'Empereur Leon les a, pour ainsi dire,
+rhabilitez par la Nouvelle vingt-sixime, dans laquelle il les autorise
+ adopter; la raison qu'il en rend est assez plausible, _quemadmodum_,
+dit-il, _cui vocis usus ademptus est, qu lingu munia sunt per manum ad
+implere, & qui sermonem labiis fondere nequit per scripturam ad
+ordinandas res suas procedere, non prohibetur. Ita neque qui quod
+genitalibus privati sunt liberos non habent, horum indigentiam alio modo
+compensare vetandum est_; cependant on peut dire qu'elle n'est point
+juste, car c'est un principe de Droit aussi bien que de Philosophie & de
+bon sens, que, _adoptio naturam Imitatur_, de l vient que _pro monstro
+est ut major sit filius qum pater_;[121] Et qu'on prescrit l'ge dans
+lequel on peut adopter, tojours en sorte que les proportions d'ge
+soient gardes. Comment donc seroit-ce imiter la nature que de permettre
+ un homme, qui non seulement n'a jamais p en produire d'autres, mais
+qui n'a pas eu la capacit & les choses naturelles requises pour en
+produire d'autres, d'en adopter quelques-uns? Il faut observer
+d'ailleurs que l'adoption n'toit permise originairement qu'aux
+personnes qui avoient eu des enfans, & qui les avoient perdus, pour les
+consoler de leur mort. On a tendu depuis cette facult jusqu' ceux qui
+n'avoient aucun empchement manifeste d'avoir des enfans, mais qui par
+l'vnement n'en avoient point eu; les femmes mmes ne pouvoient point
+adopter, parce qu'elles sont incapables de l'effet principal de
+l'adoption qui est la puissance paternelle, cependant elles peuvent
+adopter[122] _ex Indulgentia principis, ad solatium liberorum
+amissorum_. Mais ce seroit abuser de l'adoption que de l'accorder des
+gens qui n'ont point eu, & qui n'ont p avoir des enfans; ce ne seroit
+plus imiter la nature, ce seroit la surpasser, ou plutt ce seroit lui
+insulter, & donner des enfans des gens auxquels elle a t le moyen
+d'en produire. [123]Les Jurisconsultes ont eu tant d'gard ces
+considrations qu'ils n'ont pas mme voulu permettre qu'un de ces
+Eunuques auxquels il toit permis de tester institut un posthume pour
+son hritier, voici comment en parle Ulpien dans la Loi _sed est
+qusitum_ . I. _sed si Castratus sit, Julianus Proculi opinionem
+secutus non putat posthumum hreden posse instituere, quo jure utimur_.
+J'avou que je me suis tonn que Schneidevin, si savant & si judicieux
+ait sotenu, qu'un Eunuque pouvoit tre tuteur. Il est vrai qu'il semble
+qu'il n'entende parler que de ces gens impuissans qui n'ont qu'une
+partie de ce que la nature donne aux autres, & sa comparaison donne lieu
+de le croire; Comme on ne peut point, dit-il[124], refuser une Tutelle
+sous prtexte qu'on n'a qu'un oeil, ou qu'on est ce que les
+Jurisconsultes appellent _Morbosus_, un homme qu'il appelle _spado_ ne
+peut pas prtendre non plus d'tre xempt d'une Tutelle dont il doit
+tre charg; Et il confirme son opinion par le . spadonem 2. de la 6.
+ff. _de dilitio Edicto & redhibitione, & quanti minoris_, qui contient
+ces termes, [125]_spadonem morbosum non esse, neque vitiosum Verius mihi
+videtur, sed sanum esse, sicuti illum qui unum testiculum habes, qui
+etiam generare potest_. Ce qui me persuade qu'il ne s'agit point l d'un
+Eunuque proprement ainsi nomm, c'est que ce mme titre distingue entre
+ce qu'il appelle [126]_morbosus & vitiatus_, & qu'il distingue ce qu'il
+appelle _vitium simplex, de vitio corporis penetrante usque ad
+animum_. [127]Il nomme particulirement ceux _qui prter modum, timidi,
+cupidi, avarique sunt aut iracundi_; Comment est-ce qu'un homme lche &
+timide comme l'est un Eunuque, peut servir d'appui & de secours un
+mineur qu'il auroit sous sa Tutelle, peut-tre que ce pupile seroit plus
+hardi, plus entendu & plus vigoureux que lui. [128]Quoi qu'il en soit
+cela me parot contraire l'ordre & l'quit, j'ajote mme
+l'intention du Droit, car _Tutelam administrare virile munus est_, &
+_ultr sexum foemine infirmitatis tale officium est_. J'avou que je
+me suis tonn quelquefois que les Loix les ayent admis
+s'enrler, [129] _Qui cum uno testiculo natus est, quive amisit, jure
+militabit, secundum Divi Trajani rescriptum_; La raison de cette Loi me
+la rend d'autant plus surprenante, _Nam & Ducis Sylla_, ajote-t-elle, &
+_Cotta memorantur eo habitu fuisse natur_. Est-ce que parce qu'il y a
+eu deux grands hommes parmi les Eunuques, par une exception trs
+particulire la rgle, il y a lieu de statuer que tous les autres sont
+capables de porter les armes? Comme le combat conjugal est diffrent de
+ceux qui se donnent la guerre, les armes le sont aussi; Et comme les
+Eunuques ne les ont point, ils ne peuvent point entrer aussi dans cette
+agrable milice; C'est la dcision de Plaute dans cette ingnieuse
+allusion, [130] _si amandum est, amare oportet testibus prsentibus_.
+Enfin, les Eunuques ne pouvoient parotre de leur chef dans aucun acte
+solemnel; [131]_ad solemnia adhiberi non potest, cm juris Civilis
+communionem non habeat in totum, ne Prtoris quidem Edicti_. Il ne faut
+avoir qu'une teinture fort legre du Droit pour savoir que l'tat des
+personnes consiste en trois choses, qui sont, _la libert_, _la
+bourgeoisie_, & _la famille_, & que lors que quelqu'un est dch de
+l'une de ces trois choses, il souffre un changement notable dans son
+tat; suivant cela qu'est-ce qu'un Eunuque? Et quelles faveurs les Lois
+ont-elles p lui faire? Quintilien nous donne une ide fort juste de la
+nature d'un Eunuque & du droit qui lui convient[132]. Pour moi, dit-il,
+quand je considre la nature, il n'est point d'homme qui ne paroisse
+plus beau qu'un Eunuque, & je ne crois point que la Providence puisse se
+dgoter jamais assez de ses ouvrages pour souffrir que la dbilit
+passe pour une perfection, & que l'infirmit ait un rang parmi les
+bonnes choses. Je ne puis m'imaginer que le fer puisse rendre beau ce
+qui seroit un monstre s'il naissoit en l'tat dans lequel la section l'a
+p rduire. Que l'imposture d'un sxe artificiel donne tant de plaisir
+que l'on voudra, les mauvaises moeurs n'auront jamais assez d'Empire
+sur la raison, pour faire passer pour bon ce qu'elle a p faire passer
+pour beau & pour prcieux..... Qui parmi les clbres Sculpteurs, ou
+parmi les grands Peintres, quand il tche de rpresenter les corps les
+plus parfaits, voudroit en retrancher de telles choses? Et prendre pour
+leurs modelles ou un Bagoas, ou quelque Megabize, pltt qu'un
+Doriphoron capable de tous les xercices de la guerre, & de tous les
+jeux? Ou que de jeunes gens belliqueux? Ou de ces athltes dont le corps
+a t admir?
+
+Je me suis assez tendu sur cette matire je passe une autre; J'ajote
+seulement ici par forme d'claircissement, qu'il faut faire tojours une
+grande diffrence entre les Eunuques volontaires qu'on a fait tels de
+leur gr & de leur consentement, & entre ceux qu'on a t contraint de
+faire tels pour leur sauver la vie, ou par quelqu'autre ncessit
+semblable; les uns ont tojours t odieux & mprisables, mais les
+autres ont t plaindre, & ont t dignes de support & de secours.
+
+
+
+
+CHAPITRE XI.
+
+_Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans la socit civile; de
+quelle manire les Loix les y ont considerez, & quels droits elles leur
+ont attribu._
+
+
+Si les Eunuques forcez, c'est dire ceux qu'on a fait tels dans leur
+jeunesse, dans un tems de perscution, ou par l'ordre d'un Tyran, & ceux
+qui le sont devenus par accident, ont tojours t l'objet du mpris &
+de la raillerie des hommes. Quelle indignation n'ont-ils pas d
+concevoir contre ces ames lches & basses, qui par des vs d'intrt &
+d'ambition, se sont fait retrancher la partie extrieure de leur corps
+la plus noble & la plus utile la socit? la Loi les condamne au
+dernier supplice comme des homicides d'eux-mmes. Et voici comment
+l'Empereur Adrien parle contr'eux, [133]_Ac si quis adversus Edictum
+meum fecerit, Medico quidem, qui exciderit capitale erit. Item ipsi qui
+se sponte excidendum prbuit._ On les regardoit autrefois comme des
+infames du premier ordre, on les bannissoit de la compagnie des hommes,
+& on ne souffroit pas qu'ils fussent instituez hritiers n'tans en cet
+tat ni homme, ni femme. Voici un xemple prcis qui donnera une juste
+ide du cas qu'on en a fait, & des droits qu'on a voulu leur attribuer;
+c'est Valre Maxime qui le fournit[134]; Que dirai je, s'crie-t-il, de
+l'ordonnance du Consul M. mile Lepide? n'est elle pas d'une trs grande
+consquence? Genutius Prtre de Cybelle Mre des Dieux, ayant obtenu du
+prteur Cn. Oreste, qu'il seroit remis en la possession des biens que
+lui avoit laissez Nevianus, par Testament, Sardinius dont l'affranchi
+avoit ainsi favoris Genutius en appella devant le Consul Mamercus,
+sotenant que Genutius s'tant volontairement priv des parties qui le
+faisoient homme, ne devoit point tre mis au rang ni des hommes, ni des
+femmes, ce qui fut cause que la Sentence du Prteur fut casse. L'Arrt
+est digne de Mamercus & d'un Prince du Senat, car il empcha que les
+siges de nos Juges ne fussent souillez de la v d'une si indigne
+personne que Genutius, & que sous prtexte de demander justice, sa voix
+effmine & lascive n'y fut entendu. Ceci suffit sur cet article,
+parce qu'au reste on peut leur appliquer ce que j'ai dit dans les
+chapitres prcdens. Je dirai seulement, qu'il faut encore distinguer
+les Eunuques volontaires entr'eux; Qu'un Combabus & d'autres semblables,
+sont exceptez de cette haine & de cette condamnation publique si
+justement ds aux autres, ce n'est pas qu'ils soient tout fait
+excusables, mais on peut dire qu'ils le sont en quelque sorte, parce que
+de deux maux ils croyent viter le pire. Ils imitent ce Marchand dont
+parle Juvnal, ou pltt le Castor,
+
+ -------- Imitatus Castora a qui se[135]
+ Eunuchum ipse facit, cupiens evadere damno
+ Testiculorum.
+
+Ce Pote toit apparemment du sentiment des vieux naturalistes qui ont
+cr & qui croyent encore que le Castor coupe ses parties viriles afin de
+se dlivrer des mains des chasseurs, parce qu'il croit qu'on ne le
+poursuit que pour les avoir; Mr. le Baron de la Hontan nous a bien
+dtrompez de cette vieille erreur, voici ce qu'il dit sur ce sujet.
+
+[136]Au reste, n'en dplaise aux dcouvreurs de la nature, aux
+chercheurs de merveilles & de secrets sur les terres de cette Divine
+ouvrire, il n'est point vrai que les Castors se mutilent & se fassent
+Eunuques pour chapper la trop pressante poursuite des Chasseurs; Non,
+ces mles estiment plus leur sxe, & font plus de cas que cela de la
+propagation de leur rare espce. Je ne puis mme concevoir sur quel
+fondement on a bti une si grande chimre. Premirement, la matire
+qu'il a pl la secte d'Hypocrate de nommer _Castoreum_ n'est pas
+renferme dans ces prcieuses & multipliantes parties; Elle est dans un
+rceptacle, un vhicule, ou une manire de poche qui est singulire la
+machine organique de ces animaux, & que la nature semble n'avoir forme
+que pour eux; l'usage que le Castor fait de cette matire, c'est de s'en
+nettoyer & dgager les dents lors qu'elles sont pleines de la gomme de
+quelque arbrisseau dans lequel il aura mordu. Mais quand j'accorderois
+que le _Castoreum_ est dans les testicules, comment cet animal
+pourroit-il les couper sans se dchirer tous les nerfs des anes
+auxquels ils sont attachez prs de _l'os pubis_ (trouvez-moi Officier
+_Huron_ qui parle plus pertinemment d'Anatomie,) mais en me mettant sur
+mes louanges j'ai perdu la consquence que je voulois tirer de ce
+dchirement de nerfs; N'importe, je ne dmorderai pas pour cela de mon
+scientifique raisonnement. C'toit bien Elian, & d'autres rveurs de
+Naturalitez comme lui, de nous venir parler de la Chasse des Castors?
+Avoient-ils puis cette connoissance dans les mditations du cabinet?
+S'ils avoient eu la gloire de vivre comme moi parmi ces Amphibies, ils
+auroient s qu'un Castor ne s'embarasse point du tout d'un Chasseur;
+vous saurez d'abord que cet animal a la prcaution de ne point
+s'loigner du bord de l'tang o sa cabane est construite; De plus, il a
+tojours l'oreille au guet, & sitt que par le moindre bruit, il
+souponne qu'on lui en veut, il plonge, & nage entre deux eaux jusqu'
+ce que n'y ayant plus de danger, il puisse rentrer srement chez soi. Si
+cette raison ne vous semble pas de poids pour les Castors terriens, je
+vous renvoye _l'os pubis_. Autre argument premptoire. Si le Castor,
+pour arrter la poursuite de l'ennemi, faisoit la sanglante opration
+qu'on lui attribu, la nature lui auroit donn en cela un instinct fort
+imparfait; car quand cet Animal n'auroit plus son _Castoreum_ on ne lui
+feroit pas la chasse avec moins d'ardeur; Le _Castoreum_ est le butin le
+moins important, ou pltt ce n'est rien en comparaison de la peau;
+Celle-ci est la proye dominante & la matresse pice de la bte; Ainsi
+ce pauvre Castor, pour se sauver de l'avarice du Chasseur, devroit tout
+au moins s'corcher tout vif, & lui jetter sa peau; encore ne sai-je
+aprs cela si cette barbare & insatiable figure nomme _homme_ ne
+voudroit pas la chair & les os de cet innocent animal..... [137]Sa
+fourure est bizare, & bien diffrente d'elle-mme; Elle est forme de
+deux sortes de poils opposez. L'un est long, noirtre, luisant, & gros
+comme du crin; l'autre dli, uni, long de quinze lignes pendant
+l'hyver, en un mot, le plus fin duvet qui soit au monde; Il n'est pas
+ncessaire de vous avertir que c'est cette seconde espce de poil que
+l'on cherche avec tant d'empressement, & que ces animaux mneroient une
+vie plus sre & plus tranquille s'ils n'toient vtus que de crin. Il
+fait une histoire & une description fort curieuses du Castor; outre que
+cet illustre Voyageur est un homme savant, de bon sens & de bon got,
+trs capable de penser, de raisonner, & de juger juste sur un sujet tel
+que celui ci qui ne demande que la v & du discernement; J'ai remarqu
+en lisant Pline[138], qu'un vieux Mdecin de son tems qu'il nomme
+Sextius, _diligentissimus Medicin veteris autor_, toit peu prs du
+mme sentiment que Mr. le Baron de la Hontan; Comme j'ai eu l'honneur de
+voir ce Baron curieux, qui le Public a l'obligation d'avoir aquis
+plusieurs connoissances rares, & de l'entretenir, c'est avec
+connoissance de cause que je parle de lui avec tant d'loges; [139]J'ai
+beaucoup de respect pour les doctes Auteurs des Journaux de Trevoux, &
+beaucoup de reconnoissance du fruit que je tire de leurs veilles & de
+leurs travaux, mais ils me pardonneront, s'il leur plat, si je n'entre
+point dans les sentimens qu'ils ont si peu favorables ce Voyageur
+digne, mon avis, d'une meilleure rputation que celle qu'ils tchent
+de lui tablir dans le monde.
+
+
+
+
+CHAPITRE XII.
+
+_Quel rang les Eunuques volontaires & forcez, ont tenu dans la Socit
+Ecclsiastique; de quelle manire l'Eglise & ses Canons les ont
+considrez, & quels droits ils leur ont attribuez._
+
+
+Dieu a eu de tout tems en abomination toutes fortes d'animaux
+mutilez. [140] _Vous n'offrirez point au Seigneur_, dit-il, _tout animal
+qui aura ce qui a t destin la conservation de son espce, ou rompu,
+ou foul, ou coup, ou arrach, & gardez-vous absolument de faire cela
+dans vtre Pas_. Cette deffense est gnrale, mais il en a fait une qui
+concerne l'homme en particulier, [141] _L'Eunuque_, dit-il, _dans lequel
+ce que Dieu a destin la conservation de l'espce, aura t ou
+retranch, ou bless d'une blessure incurable, n'entrera point en
+l'Eglise du Seigneur_.
+
+Quelques Interprtes de l'Ecriture Sainte croyent, que par le mot
+_Eglise_ qui est employ dans ce dernier passage, il faut entendre
+l'Assemble du Peuple Juif, & que Dieu deffend ici, que ceux
+que [142]_les hommes avoient faits Eunuques_, comme parle Jsus Christ,
+fussent admis dans les Assembles & dans les Charges publiques. Je ne
+rapporterai point ici les divers sens spirituels que Thodoret, Clment
+Alxandrin, & divers autres Pres de l'Eglise, ont donn ce passage;
+on y verroit pourtant qu'une certaine sorte de strilit, &
+l'impuissance, sont des choses indignes, & qui loignent de Dieu; mais
+ces explications m'loigneroient trop de mon sujet. Je dirai donc
+seulement, que par ce mot _Eglise_, dont les Eunuques sont excls, il
+faut entendre, non seulement l'Assemble des Juifs & leur Magistrature,
+mais mme tous leurs Privilges; L'Eunuque ne peut jour d'aucun de
+leurs avantages, il ne peut jamais tre cens faire partie du Peuple
+Saint, ni tre Isralite, ni fils d'Abraham; ni jour des Privilges de
+la Nation Sainte, comme d'esprer qu'on lui prtera de l'argent
+intrt, qu'il aura part au bnfice du Jubil, c'est dire qu'il
+joura des Privilges de l'anne septime de rmission; Les Eunuques
+sont bannis en un mot de la Socit politique des Juifs, _ut non
+habeantur Cives, nec habeant jus civicum apud Judos_. C'est en ce sens
+que ce mot Eglise est pris au V. 4. du chapitre 20. des
+Nombres; & au V. 2. du chapitre 20. du Livre de Judith.
+Voila une terrible maldiction, la Loi de Dieu est bien plus svre
+contre les Eunuques, que les Loix Politiques & Civiles que j'ai
+rapportes. Il semble presque que cette Jurisprudence ait chang sous la
+Nouvelle Alliance; En effet, bien loin d'loigner les Eunuques de
+l'Eglise, si on en croyoit Origne, ou les Valsiens, il faudroit tre
+Eunuque pour aqurir le Ciel; mais j'ai fait voir dans un des chapitres
+prcdens, que les paroles de Jsus Christ sur lesquelles ils avoient
+fond leur opinion, n'ont rien innov cet gard, qu'ils l'ont
+eux-mmes reconnu depuis, & je vais faire voir positivement, que la
+Jurisprudence de l'Eglise Chrtienne condamne les Eunuques volontaires &
+quelques-uns des autres. Cette Jurisprudence est tablie par le droit
+Canon[143]; _Corpore ver Vitiati, y est-il dit, similiter a sacris
+officiis prohibentur_; Cela est un peu gnral, mais voici quelque chose
+plus particulier, [144]_si quis pro gritudine naturalia a Medicis secta
+habuerit_; _similiter & qui a Barbaris aut qui a Dominis suis castrati
+fuerint, & moribus digni inveniuntur hos Canon admittit ad Clerum
+promoveri_. _Si quis autem sanus non per disciplinam Religionis &
+abstinenti sed per abscissionem a Deo plasmati corporis existimat posse
+ se carnales concupiscentias amputari, & ide se castraverit, non eum
+admitti decernimus ad aliquod clericatus officium. Quod si jam fuerit
+ante promotus ad Clerum, prohibitus a suo Ministerio deponatur._ La
+raison de cette diffrence est rapporte dans le Canon 8. aprs avoir
+parl de ceux qui sont tels lors que, _casu aliquo contigerit dum operi
+rustico curam impendunt, aut aliquid facientes seipsos non sponte
+percutiunt_, & les avoir opposez aux Eunuques volontaires, _in illis
+enim_, dit-il, _voluntas est vindicanda qu sibi causa fuit ferrum
+injicere, in istis autem casus veniam meruit_; Il dit la mme chose de
+ceux que les Barbares, la Maladie, un Tyran, ou un Ennemi, ont mutilez,
+ceux-l sont dignes de compassion & de support.
+
+Cette Jurisprudence est beaucoup plus ancienne que le decret de Gratien
+dont j'ai tir les dcisions que je viens d'allguer, elle est tablie
+par le Concile de Nice qui est le premier oecumnique; voici le
+premier de ses Canons; Si quelqu'un tant malade a t fait Eunuque par
+les Mdecins, ou s'il a t coup par les Barbares, qu'il demeure dans
+le Clerg & dans l'tat Ecclsiastique; Mais si tant sain il s'est
+retranch lui-mme, il faut que s'il est du Corps du Clerg, il
+s'abstienne des fonctions de son Ministre, & qu' l'avenir on n'admette
+plus au rang des Ecclsiastiques aucun de ceux qui en auront us de la
+sorte; Et comme il est manifeste que cette ordonnance regarde ceux qui
+ont agi de cette manire de propos dlibr, & qui se sont coupez
+eux-mmes, cela ne regarde point ceux qui auront t faits Eunuques par
+les Barbares, ou par leurs Matres, ils peuvent tre res dans le
+Clerg selon les rgles de l'Eglise, pourv que d'ailleurs ils en soient
+dignes. Ce Canon du Concile de Nice est rapport dans la Vie de Saint
+Athanase faite par Mr. Herman, & suivi des rflxions de ce judicieux
+Auteur. Il ne sera point inutile de les rapporter ici, ne fut-ce que
+pour pargner la peine de les chercher ailleurs; On ne peut pas dire au
+vrai quelle a t l'occasion qui a port les Pres du Concile de Nice
+traiter de cette manire, & user de cette juste svrit contre ceux
+qui se faisoient Eunuques par leurs propres mains; Il est certain que
+cette mutilation volontaire qui toit deffendu par les Loix Civiles, &
+particulirement par celles de l'Empereur Adrien, ne pouvoit tre
+approuve par l'autorit de l'Eglise; le zele inconsidr d'Origne qui
+s'toit coup lui mme, en expliquant d'une manire trop littrale le
+chapitre dixneuvime de l'Evangile de Saint Matthieu, avoit t condamn
+par Demetrius son Evque, quoi qu'il admirt en mme tems cette action
+comme un transport extraordinaire de pit. L'abus de quelques
+Hrtiques nommez Valesiens qui retranchoient ainsi toutes les personnes
+de leur Secte, avoit dja t considr comme un excs aussi contraire
+aux sentimens de la vritable Religion qu'aux rgles communes de
+l'humanit. Toutes ces considrations font bien voir la justice de ce
+premier Canon de Nice, mais elles ne nous apprennent point quelle en a
+t l'occasion. Quelques uns prtendent que ce Canon fut fait
+l'occasion du Prtre Leonce, depuis lev par les Arriens l'Episcopat
+d'Antioche, qui perdit son rang pour s'tre ainsi mutil lui-mme; mais
+en ce que Theodoret ajote que son Ordination toit contre les Loix du
+Concile de Nice, il donne quelque lieu de croire que ce Prtre n'avoit
+pas encore commis un si grand excs, & que ce ne fut que depuis le tems
+de cette sainte Assemble, que le desir de converser plus librement avec
+une fille nomme Eustolie, le porta armer ses propres mains contre
+lui-mme, en imitant Origne. Quoi qu'il en soit ceux qui toient
+devenus Eunuques, ou par maladie, ou par une violence trangre, ne sont
+point exclus des Dignitez de l'Eglise; Et c'est ainsi que S. Germain, &
+S. Ignace, ont rempli si dignement le Patriarchat de Constantinople.
+Mais ceux qu'un faux zele pour la chastet, ou quelqu'autre
+considration, a port une action si barbare, sont jugez indignes des
+fonctions de leur Ministre, s'ils sont dja du nombre des Clercs, ou
+d'tre levez la Clricature s'ils sont encore parmi les Laques; A
+l'gard de ceux qui se sont faits Eunuques par intrt, par ambition, ou
+par quelqu'autre motif, lche, bas, & odieux, ce n'est pas assez de les
+exclure des Charges Ecclesiastiques, il faut les rputer & les tenir
+pour si infames, qu'on les bannisse de la compagnie des hommes; c'est
+ainsi que l'antiquit en a agi, comme je l'ai fait voir dans l'xemple
+de Genutius. Je passe plus loin encore, car j'estime que non seulement
+ils doivent tre couverts d'opprobre & de honte, mais mme qu'ils
+doivent tre punis comme d'un crime capital; En effet, le droit les
+dclare homicides d'eux-mmes; [145]_si quis absciderit semet ipsum, id
+est si quis computaverit sibi virilia, non fiet Clericus, quia sui est
+homicida, & Dei conditioni inimicus_. _Si quis cum Clericus fuerit
+absciderit semet ipsum, omnin damnetur, qui sui homicida est._ Il est
+bon d'entendre ce mot _homicida_; car il n'est pas vrai, parler
+proprement, que celui qui se fait Eunuque, se fasse mourir; mais c'est
+parce qu'il se met en danger de mourir dans l'opration; car comme on
+l'a v dans un des chapitres prcdens, l'Empereur dit, que de
+quatrevingt-&-dix qu'il a v couper, peine en est-il chapp trois; Il
+est donc appell homicide de soi-mme, _propter homicidii periculum quod
+sequi poterat sectionem_; au mme sens qu'il est dit dans le chapitre
+dernier de la distinction quatrevingt-&-septime, que quiconque expose
+un enfant en est homicide; la raison de cela est qu'il ne faut pas
+considrer ce qui arrive, mais ce qui pouvoit arriver. _Prtor non ait
+cujus casus nocere posset_, dit la Loi, _ex his Verbis_,
+ajote-t-elle, [146]_manifestatur non omne quidquid positum est, sed
+quidquid sic positum est ut nocere possit, hoc solum prospicere Prtorem
+ne possit nocere, nec spectamus ut noceat, sed omnin si nocere possit
+Edicto locus sit_; _Corcetur autem qui positum habuit, sive nocuit id
+quod positum erat, sive non nocuit._ J'ajote la disposition du Droit,
+qu'outre les cas qui y sont exceptez, il y en a un qui mrite d'tre
+considr, c'est lors que le salut de tout le corps xige qu'on en
+retranche cette partie, car c'est une maxime du bon sens que _prstat
+partis qum totius facere jacturam_. Mais j'ai fait voir que la pit ni
+la Religion ne pouvoient pas servir de prtexte cette infame
+xcution; _Non est licita ad servandam aliquam virtutem_. _V. G.
+Castitatem, quia non desunt alia media quibus cum Dei gratia possit homo
+& assequi & tueri hanc virtutem._ Au reste, il y a une remarque faire
+sur ce sujet qui n'a pas t trouve indigne des plus habiles Critiques,
+& des plus clbres Jurisconsultes; Mornac la rapporte dans son
+Commentaire sur la Loi, _si quis Cod. de Eunuchis_. Voici en quoi elle
+consiste. Le Canon neuvime de la distinction cinquante-cinquime
+contient ces mots, _Eunuchus si per insidias hominum factus est, vel si
+in persecutione ei sunt amputata virilia, vel si ita natus est dignus,
+fiat Episcopus_; ce mot _Episcopus_ a paru l mal plac, on a eu
+recours, pour s'claircir sur le doute qu'on en a eu au Canon des
+Aptres vingt-&-unime, & on y a trouv dans l'xemplaire Grec le mot
+[Grec: Chleoikos], & non pas celui d'_Episcopus_. Ce qui avoit
+donn lieu ces Savans de douter toit, dit Mornac, que l'indcence &
+la difformit d'un homme sans barbe & effmin, desagrable & mprisable
+dans le Public, ne permettoit pas de croire que l'Eglise l'et lev sur
+une de ses premires chaires pour y enseigner, y prsider sur tout le
+reste du Clerg, & pour le dire ainsi, pour dominer sur lui: Cette
+rflxion n'est point inutile ici, car il parot que quelque support que
+l'Eglise ait eu pour ces malheureux, l'tat de leur personne a tojours
+t si vil & si abject, que quelques dignes qu'elles fussent d'ailleurs,
+elle n'a jamais voulu les placer dans les lieux minens, ni leur
+confrer des Dignitez illustres & considrables.
+
+Je finirai ce chapitre & cette premire Partie de mon Ouvrage tout
+ensemble, par quelques remarques qui ne seront point inutiles mon
+sujet. Je dirai d'abord que je n'ai point prtendu faire une Histoire
+naturelle des Eunuques, ni une Histoire xacte du sort qu'ils ont eu
+dans tous les sicles, & dans tous les Pas; les moeurs des Nations &
+des tems sont fort diffrentes, on voit la honte de la raison humaine,
+que ce qui a t du got du Public dans un sicle, dplat beaucoup dans
+un autre. Cette bizarerie parot sur tout parmi les diffrens Peuples
+qui ont diffrens gnies. Ce dfaut de virilit n'est pas galement
+honteux par tout, il rend considrables en plus d'un lieu des gens qui
+sans cela ne le seroient point: leur nom n'est pas galement une injure
+dans tous les Pas; Ils ont xerc les premiers Emplois & re des
+honneurs qui ne cdoient qu' ceux qui toient rendus aux Souverains. On
+voit encore presque la mme chose dans tous les Pas du Levant, dans la
+Perse, dans l'Egypte, dans la Mesopotamie, & il est de notorit
+publique qu' la Porte du grand Seigneur, & dans la vaste tendu de son
+Empire qui s'tend dans les trois parties de l'ancien Monde, les
+Eunuques possdent une autorit presque pareille la Souveraine; Ils
+toient autrefois les yeux & les oreilles des Rois de Perse, ils le sont
+encore de l'Empereur des Turcs. Les Romains au contraire ont tojours eu
+en horreur ces demi-hommes, & abomin la Castration; voici comment Csar
+en parle l'occasion d'une infinit de personnes auxquelles le Roi
+Pharnacs avoit fait perdre la virilit[147], _quod quidem supplicium_,
+dit-il, _gravius morte Cives Romani ducunt_; cependant on voit que peu
+aprs du tems des Antonins Plautianus fit faire un grand nombre
+d'Eunuques, comme je l'ai dit ailleurs; Et aujourd'hui les Italiens en
+ont beaucoup & en font cas. [148]Mr. Chevreau nous apprend qu'ils nomment
+vertueux leurs _Castrati_ qui ont la voix belle, & qu'ils honorent du
+mme ttre les Courtisanes, quand elles chantent, qu'elles dessinent,
+qu'elles jouent de la Guitare, ou qu'elles font un Madrigal. La Reine
+Christine les appelloit, _la Virtuosa Canaglia_. C'est une chose qui est
+digne de remarque, qu'il n'y a proprement que l'Italie, qui n'est qu'un
+coin de terre en comparaison de tout le reste du monde Chrtien, qui
+produit des Eunuques. Il seroit fort difficile de rapporter exactement
+tout ce que le caprice des hommes leur a fait faire cet gard dans
+tant de sicles qui se sont coulez, & parmi tant de Peuples qui ont
+habit toutes les parties du Monde; D'ailleurs, comme ce n'est point le
+but de cet Ouvrage, il me suffit de conclure de tout ce que j'ai dit
+jusques ici, qu'il ne parot aucune Ordonnance, aucune Loi, ni aucune
+Constitution, qui rglent le mariage des Eunuques, ce que l'on
+trouveroit infailliblement dans les Historiens anciens & modernes, ou
+dans les compilateurs du Droit, s'il leur avoit t permis d'en
+contracter, & s'il s'en toit effectivement contract, de mme qu'on en
+trouve concernant la facult de se faire Eunuque, de tester, d'adopter,
+d'xercer la Tutelle, & d'tre appell en tmoignage; on y trouve au
+contraire des Loix qui les deffendent absolument. C'est ce qu'il s'agit
+d'xaminer plus particulirement dans la seconde Partie de cet Ouvrage.
+
+_Fin de la premire Partie_.
+
+
+
+
+SECONDE PARTIE.
+
+ Dans laquelle on discute le droit des Eunuques par rapport au
+ mariage; & dans laquelle on xamine s'il doit leur tre permis de
+ se marier.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+_De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque ne peut y rpondre._
+
+
+Mon dessein n'est point de faire ici l'loge du Mariage, & moins encore
+d'outrer les choses sur ce sujet, comme a fait un Auteur moderne dont
+les xagrations ont t fort releves[149]. Je n'ai pas dessein non
+plus d'xaminer fond la matire du mariage; Sanchez & Pontius y ont
+trouv de quoi faire chacun un gros volume in folio; & nous avons v
+depuis peu, qu'un Ecclsiastique de Florence nomm Charles Mazzi, a
+tch de traiter succinctement ce sujet & de rduire ce qu'on en a dit
+en abreg comme il parot par le titre de son Ouvrage, qui est, _Mare
+Magnum Sacramenti Matrimonii in exiguo_; Cependant, son Livre est un
+Volume in folio; Ce qui a donn lieu un habile homme de dire[150], que
+puis que l'Auteur, en nous donnant un in folio, ne nous montre qu'en
+petit l'ocean du mariage; combien de volumes faudroit-il pour nous le
+montrer en grand? Quoi qu'il en soit, c'est une matire si vaste, si
+agite, si pleine d'cueils, que les Thologiens Casuistes ne savent
+comment faire pour l'puiser, & qu'ils se trouvent souvent incertains de
+la route qu'ils doivent tenir; Je me contenterai donc de poser quelques
+principes gnraux par lesquels je ferai connotre la nature & le but du
+mariage, pour en tirer ensuite des consquences ncessaires au sujet
+particulier que je traite.
+
+Le Mariage est, selon la dfinition que les Jurisconsultes en donnent,
+un consentement de l'homme & de la femme, de passer leur vie ensemble
+dans une union perptuelle, qui ne soit sparable que par la mort de
+l'un ou de l'autre; [151]_Viri & mulieris conjunctio individuam vit
+consuetudinem continens_. Quoi que cette dfinition soit donne par des
+Jurisconsultes qui ont t les oracles de la Jurisprudence, j'oserai
+dire nanmoins qu'elle n'est point juste; car si elle l'toit, la
+Tourterelle qui ne s'accouple qu'avec un mle, & qui ne se laisse point
+approcher par un autre lors que le premier est mort, auroit contract un
+mariage; ce qu'on ne peut pas dire d'une bte destitue de raison &
+d'intelligence. D'ailleurs, le concubinage constant avec une seule femme
+seroit aussi un vritable mariage, ce qui est contraire l'institution
+de son union. Toutes les unions qui sont indivisibles dans la socit ne
+sont pas des mariages; cependant, pour ne pas disputer ici contre une
+dfinition re depuis tant de sicles, je dirai seulement qu'elle
+contient deux expressions qui demandent quelqu'claircissement; l'une
+est le mot _conjunctio_, il ne se prend pas simplement pour le
+consentement des contractans, il se prend aussi _pro corporum
+commixtione_. L'autre est le terme _individuam_, il s'entend de ceux qui
+contractant mariage lesquels sont censez avoir dessein de vivre ensemble
+dans l'union jusqu' la mort de l'un ou de l'autre, car le divorce toit
+permis chez les Romains, comme on le voit par le ttre entier du Code de
+_Repudiis_, & du Digeste _De Divortiis & Repudiis_. Ce que je dirai dans
+la suite de ce chapitre pourra satisfaire aux doutes auxquels ces mots
+ont donn lieu.
+
+Le Mariage est la plus excellente de toutes les unions. 1. Parce que
+c'est Dieu qui l'a institu dans le Paradis terrestre, durant l'tat
+d'innocence. 2. Parce qu'il n'y a rien qui convienne mieux l'homme que
+le mariage, ni qui se rapporte plus parfaitement ses besoins. 3. Parce
+que le mariage est trs ncessaire au monde pour y conserver les
+Socitez, & pour y entretenir la sagesse & la pudeur.
+
+La diffrence des sxes & ces paroles, _croissez & multipliez_, que Dieu
+a prononces lui-mme lors qu'il les joignit ensemble, qu'il institua le
+mariage & qu'il le benit, font voir manifestement que le but de cette
+union n'est autre que la propagation du genre humain. Cette union ne
+peut donc point passer pour un simple consentement de demeurer ensemble,
+comme quelques-uns l'ont cr, mais _pro corporum commixtione_, ou _pro
+copula carnali_. Ces paroles de Dieu, _& ils seront deux dans une mme
+chair_, ne signifient autre chose. Les Canonistes ne regardent le gendre
+& la fille que comme une seule & mme personne, comme un seul & mme
+enfant, _si vir & uxor non jam duo sed una caro sunt, Non aliter est
+nurus reputanda quam filia_, or ils ne peuvent tre una caro que par la
+consommation du mariage, _non aliter vir & uxor mulier non possunt una
+caro fieri nisi carnali copul sibi cohreant_; ce sont les termes qui
+sont employez dans le droit Canon[152]. En effet, si ces paroles ne
+signifioient qu'un simple consentement, quel sens pourroit-on donner
+cette expression de Saint Paul, _Ne savez-vous pas que celui qui
+s'attache avec une femme dbauche est fait un mme corps avec elle, car
+les deux_, est-il dit, _deviendront une mme chair_. Un homme qui commet
+paillardise avec une femme, ne s'engage pas demeurer tojours avec
+elle, comment donc est-il fait un mme corps avec elle? Ce ne peut tre
+que _per corporum commixtionem_, ou _per copulam carnalem_, comme je
+l'ai dit; Or quel but peut avoir cette conjonction, selon l'intention de
+Dieu qui en a t l'Instituteur? a t de procurer ligne, d'engendrer
+des enfans; _Croissez & multipliez_, dit-il, voila pourquoi je vous
+joins ensemble; Il ne dit pas, _divertissez-vous, donnez l'essor vos
+passions brutales. Faites tout ce que vos sens & la nature xigeront de
+vous, uniquement dans la v de leur plaire & de les satisfaire_.
+D'ailleurs, Adam tant dans l'tat d'innocence, le dessein de Dieu ne
+pouvoit pas tre de lui donner cette libert, il n'avoit point alors de
+ces convoitises charnelles qui sont nes avec ses successeurs depuis sa
+chute. Il est vrai que quelques Interprtes ont cr que ce mot
+_croissez_ ne regardoit que la grandeur du corps; mais outre qu'il est
+certain que le mot original signifie, _fructifiez_, & que c'est en ce
+sens qu'il est dit au Pseaume 132., _l'Eternel a jur la vrit David,
+il ne s'en dtournera point, je mettrai du fruit de ton ventre sur ton
+Trne_, c'est dire, quelqu'un des tiens & de ta postrit; c'est en ce
+mme sens qu'Elizabeth dit en passant Marie, _benit est le fruit de
+ton ventre_, les Auteurs profanes se servent de la mme expression dans
+le mme sens, tmoin celui-ci du Pote Claudien,[153]
+
+ _Nascitur ad fructum mulier prolemque futuram._
+
+Cette expression est aussi connu dans le droit Canon[154], dans lequel
+_Mater in procreatione fili dicitur radix, Filius Ver flos & pomum_,
+outre tout cela dis-je, il est certain que le mot _multipliez_ qui suit
+celui-ci, _fructifiez_, te toute l'ambiguit qu'il pouroit y avoir; &
+d'ailleurs, le Prophete Malachie explique les paroles de Dieu d'une
+manire claire & qui ne laisse aucun doute dans l'esprit; Il parle un
+mari de sa femme lgitime en vertu d'un Contract qu'il a fait avec elle,
+& il lui dit, _N'est-elle pas l'ouvrage du mme Dieu, & n'est-ce pas son
+souffle qui l'a anime comme vous? Et que demande cet Auteur unique de
+l'un & de l'autre, sinon qu'il sorte de vous une race d'enfans de Dieu!_
+Saint Paul nous en donne un Commentaire peu prs pareil, lors que
+parlant des veuves il dit, [155]qu'_il veut que les jeunes se marient &
+qu'elles mettent des enfans au monde_; on prend donc des femmes & on se
+marie avec elles pour en avoir des fils & des filles, _afin de
+multiplier & de ne point laisser prir ntre nombre_, comme s'exprime le
+Prophete Jermie[156]. Dieu donc n'a tabli le mariage que pour susciter
+ligne, & par ce moyen nous rendre en quelque faon vivans aprs ntre
+mort; [157]_Natura nos docet parentes pios liberorum procreandorum animo
+& voto uxores ducere. ...... Et enim id circ Filios filiasve concipimus
+atque edimus ut ex prole eorum, earumve, diuturnitatis nobis memoriam in
+vum relinquamus_; De l vient que quelques Interprtes estiment que
+Jsus Christ dans Saint Luc[158], dit que ceux qui seront ressuscitez ne
+se marieront point; car, dit-il, _ils ne pourront plus mourir_, comme
+s'il vouloit dire que le mariage n'tant tabli que pour nous substituer
+des successeurs aprs ntre mort il ne sera plus ncessaire de se marier
+aprs la rsurrection, puis qu'alors on ne pourra plus mourir. Le desir
+d'avoir ligne est dans l'homme & dans la femme, mais on dit qu'il est
+plus grand aux femmes qu'aux hommes, & que de l vient que ce contract a
+pris son nom de la femme pltt que de l'homme, _Matrimonium_,
+dit-on[159], _a matris nomine, non adepto jam, sed cum spe & omine jam
+adipiscendi_. Mais j'avou que je ne suis point du tout de ce sentiment,
+car il est certain que l'homme perptuant son nom & sa rputation par le
+moyen de ses enfans, doit souhaiter beaucoup plus d'en avoir, que la
+femme dont le nom est teint lors qu'elle se marie, parce qu'elle prend
+celui de son mari, & dont la rputation consiste uniquement faire son
+devoir envers son mari & envers sa famille, _la gloire de la femme_, au
+reste, _tant le mari_, comme parle Saint Paul; D'ailleurs, pour me
+servir de l'expression des Canonistes[160], _filius matri ante partum
+est onerosus, in partu dolorosus, post partum laboriosus_. Je croirois
+donc qu'il seroit plus vrai-semblable de dire que le mariage prend son
+nom de la femme, parce qu'elle contribu plus au mariage que l'homme.
+Quoi qu'il en soit, il rsulte tojours de tout ceci, que le desir
+d'engendrer est le but & la fin du mariage; les Philosophes eux-mmes en
+conviennent, _Quem admodm_, disent-ils, _homo naturaliter &
+substantialiter est Animal, ita est vivens, Naturalissimum autem opus
+viventium est generare sibi simile; perfectum est_, disent-ils encore,
+_unum quodque, cum simile sibi producere potest_. Suivant ces maximes,
+comment le mariage peut-il convenir un Eunuque? Comment peut-il tre
+capable de le contracter? Et ne parot-il pas que l'Eunuchisme & le
+mariage sont deux choses incompatibles & essentiellement opposes? Aussi
+les Payens, quoi qu'ils ne se conduisissent qu' la lueur de la raison
+humaine obscure & borne, ne vouloient pas qu'on contractt mariage
+aucun autre but qu' celui de procrer ligne. Voici un xemple qui le
+fait bien voir; Septitie mre des Trachales Ariminsens, pour leur faire
+dpit, bien qu'elle ft hors d'ge de porter enfans, pousa un Publicius
+aussi fort g, & par un testament les priva de sa succession; ces deux
+fils s'en tans plains au Divin Auguste, il dclara le mariage nul, &
+cassa le testament, voulant que ses enfans fussent ses hritiers, &
+refusant mme au vieillard l'avantage que cette femme lui faisoit
+cause qu'ils avoient contract leur mariage sans esprance d'avoir
+ligne. Si la justice mme s'toit mise dans son Trne, & qu'elle et
+pris connoissance de cette affaire, auroit elle plus quitablement &
+plus gravement prononc? Parmi les btes mmes qui n'ont point pch &
+qui sont toutes demeures dans les termes de leur nature, qui suivent
+toutes leur ordre, les femelles ne souffrent le mle que pour devenir
+mres.
+
+
+
+
+CHAPITRE II.
+
+_Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du mariage, ils ne
+doivent pas le contracter._
+
+
+Les Eunuques qui contractent mariage sont de mauvaise foi & mritent
+d'tre punis. Premirement ils commettent une fausset insigne. Ils se
+donnent pour hommes & ils ne le sont point; la fausset, selon les
+Jurisconsultes[161], _est actus dolosus veritatis mutand gratia ad
+alterum decipiendum factus, quem lex pro falso habet, & lege Cornelia de
+falsis corcet_. Il n'est pas ncessaire que les Eunuques pour tre
+coupables de fausset ayent dit positivement qu'ils toient capables de
+satisfaire aux Loix de mariage, il suffit que sachant les Loix ils se
+soient engagez dans cette union & qu'ils ayent donn lieu par l
+croire qu'ils pouvoient en remplir les devoirs. [162]Car _falsum
+committitur non dicto sed facto_, comme on le voit par tous les cas qui
+sont rapportez dans la Loi _Quid sit falsum quritur_, 23. _ff. ad legem
+Corneliam de falsis_.
+
+En second lieu, ils promettent ce qu'ils ne peuvent point tenir. On fait
+diffrence en droit entre _Sponsalia & Matrimonium_; _sponsalia sunt
+mentio & repromissio nuptiarum futurarum_; ce sont les termes de la loi
+premire _ff. de sponsalibus_. Ce mot _sponsalia_ vient du mot
+_spondere_ qui signifie _promettre_. Le droit Canon est fort diffrent
+du droit Civil en ce qui concerne les fianailles des Enfans, ou des
+Adolcens. Le premier[163] dcide nettement que _sponsalia amborum
+Infantium, vel alterius tantum per supervenientiam majoris tatis non
+validantur, nec publicam honestatem inducunt_. [164]L'Autre au contraire
+dit absolument que _sponsalibus contrahendis tas contrahentium definita
+non est_, mais il ajote ces mots, _ut in matrimoniis_. C'est dire,
+_in Matrimonio non consideratur principaliter tas, sed potentia
+generandi_. L'tat des contractans doit tre certain, parce qu'il faut
+qu'ils soient capables de le consommer. S'il arrive que l'un n'en soit
+pas capable, il n'y a point de mariage parce que, _ubi datur permixtio
+habilis cum inhabili vitiatur actus, quando requiritur concursus
+habilitatis in utroque_, c'est une maxime qui est manifestement
+dmontre par les Canonistes qui ont comment la Loi, _utile non debet
+per inutile vitiari_. C'est sur cela que le chapitre second _de
+Frigidis_ est fond; Il porte prcisment ces mots, _sicut puer qui non
+potest reddere debitum, non est aptus conjugio, sic qui impotentes sunt
+minime apti ad contrahenda matrimonia reputantur_. Un enfant n'est pas
+propre au mariage parce qu'il ne peut point en remplir les devoirs. Il y
+a du plaisir lire la dispense d'ge que l'Archevque de Tours accorda
+dans le Mariage de Lous, Dauphin, fils du Roi Charles Sept, & de
+Marguerite d'Ecosse, parce que l'Epoux n'avoit que quatorze ans, & que
+l'Epouse n'en avoit que douze; comme si une dispense de cette nature
+toit une chose qui ft au pouvoir des hommes; il n'y a que la Nature
+qui puisse en accorder de telles[165]. Justinien a fix la pubert
+quatorze ans, & le droit Canon a fix celle des filles douze, mais il
+excepte de cette Loi gnrale celles, _in quibus malitia supplet
+tatem_. Mais la nature n'est point assujettie aux Loix Civiles ni aux
+Loix Canoniques; Elle sort quelquefois de ses propres rgles, elle est
+tantt avare, & tantt prodigue de ses faveurs. L'Ecriture Sainte parle
+de Salomon qui engendra Roboam l'ge d'onze ans, & d'Achaz qui
+engendra Ezechias l'ge de dix ans. S. Jrme, le Pape S. Grgoire,
+Scaliger, Mr. Bochart, & plusieurs autres, ont rapport des cas
+singuliers. Ils ont v un garon de dix ans avoir eu un enfant de sa
+nourrice; ils ont v d'autres xemples de ces fruits prcoces[166], mais
+ni l'autorit des hommes, ni leur artifice, n'avoit rien contribu
+leur production. Les Eunuques qui n'ont plus ce que la nature leur avoit
+donn pour tre capables du mariage, ont beau recourir la faveur &
+l'autorit des hommes, ils ne les mettront jamais en tat de le
+consommer, & jamais ils n'obtiendront d'eux le pouvoir d'xcuter ce
+qu'ils auront promis par leur engagement. Ils ont donc tort de promettre
+solemnellement ce qu'ils savent ne pouvoir absolument tenir par
+eux-mmes quelque secours qu'ils reoivent d'autrui; _Paria censentur
+jurare & Religione data fide promittere_; Et ils ne sont point
+excusables par la raison que les Jurisconsultes en rendent; _Permittenti
+non subvenitur quando tempore promissionis difficultatem sciebat_. Les
+Canonistes parlant du mariage de David avec la Sunamite[167], si tant
+est que c'en ait t un vritable, puis que Bethsabe, Abigail, & ses
+autres femmes & ses concubines, vivoient encore, mettent en question si
+David fit bien de l'pouser, n'tant point en tat de consommer le
+mariage avec elle; Et ils ne l'excusent que parce qu'il ne la prit point
+par un mouvement de convoitise, de son bon gr, mais par l'avis, ou
+plutt l'ordre des Mdecins, & pour satisfaire aux Principaux de son
+Royaume. Ils disent encore que la vie de David ayant t prolonge par
+ce moyen; Adonias ayant t vaincu, & le Rgne de Salomon bien tabli,
+on doit en juger favorablement.
+
+Enfin, le mariage est une espce de contract de vente & d'achat, le mari
+aquiert la puissance du corps de la femme, & la femme aquiert la
+puissance du corps du mari. A Rome autrefois le mariage se faisoit _per
+emptionem_; c'est donc un contract de bonne foi dans lequel le
+Jurisconsulte dit[168] que le dol doit tre prsum lors qu'on tient
+malicieusement quelque chose de secret; Comme donc dans un contract de
+vente rien ne doit demeurer inconnu ni douteux: que l'acheteur doit
+avoir connoissance du vice de la chose qu'on lui vend, ou de la maladie
+secrette & cache dont l'animal vendu pourroit tre atteint. De mme
+aussi dans cette espce d'achapt toute la fraude doit tre impute
+l'Eunuque qui a cach son impuissance. Fragosus xamine dans son
+excellent Ouvrage qui a pour ttre, _Regimen Reipublic Christian.
+Impedimenta matrimonii an sint revelanda quand sunt omnin secreta_, &
+il dcide la question[169] en disant, que celui qui ne rvle pas les
+empchemens lors qu'ils sont diriments, pche mortellement; le mariage
+de ces sortes de gens est si odieux qu'il est tojours dclar nul &
+comme non avenu ds que leur tat est dcouvert.
+
+Les nces qui se faisoient parmi les Romains, _per comptionem_, se
+clbroient de cette manire; Aprs quelques crmonies, _se se comendo
+interrogabant, vir ita, an sibi mulier mater familias esse vellet? illa
+respondebat, velle; Interim mulier interrogabat an vir sibi pater
+familias esse vellet, ille respondebat velle. Sic mulier in viri
+conveniebat manum_; c'est ce propos que Virgile a dit,
+
+ _Teque sibi generum Thetis emat omnibus undis_.
+
+Servius observe que ce mot _emat_, se rapporte l'ancien usage de
+contracter. On peut voir toutes les solemnitez de ces sortes de mariages
+dans le Livre sixime de la Cit de Dieu de Saint Augustin, & dans le
+chapitre neuvime du Livre sixime des Antiquitez Romaines de Rosinus.
+
+
+
+
+CHAPITRE III.
+
+_Le Mariage des Eunuques est considr comme nul & comme non avenu._
+
+
+C'est une maxime en Droit, que _falsum quod est, nihili est_. Les
+Eunuques qui s'unissent avec une femme, la trompent; Ils ne contractent
+point mariage avec elle puis qu'ils ne sont pas capables de contribuer
+de leur part comme ils le devroient la substance du mariage; Ainsi on
+peut dire que ce n'est qu'un vain phantme, ce n'est qu'un mariage feint
+& simul, & nullement un mariage rel & vritable. De l vient que quand
+il s'agit de sparer une femme qui a t surprise par un Eunuque, on ne
+dissout point le mariage, mais on dclare qu'il n'y en a point eu. C'est
+sur ce principe que toute la Jurisprudence de ces sortes de conjonctions
+est fonde[170]. Elle fait voir qu'il n'y a ni mari, ni femme, ni dote,
+ni douaire. La loi _in causis_, contient une dcision prcise sur ce
+sujet, _si maritus_, dit-elle, _uxori ab initio matrimonii usque ad duos
+annos continuos computandos coire minime propter naturalem
+imbecillitatem valeat, potest mulier vel ejus parentes sine periculo
+dotis amittend repudium marito mittere_. La loi _si serva servo_,
+s'explique bien plus clairement[171]; _si spadoni_, dit-elle, _mulier
+nupserit, distinguendum arbitror castratus fuerit, nec ne; ut in
+castrato dicas dotem non esse, In eo qui castratus non est, quia est
+matrimonium, & dos & dotis actio est_. Au second cas le mari a action
+pour la dote, & la raison qui en est donne, c'est qu'il y a mariage, &
+par consquent dans le premier cas il n'y a point de mariage, puis qu'il
+n'y a point d'action pour la dote; cette matire mrite qu'on s'y tende
+un peu davantage.
+
+Il semble ordinairement que ds l qu'une femme est lie par contract
+avec un homme, & que les crmonies de l'Eglise ont rendu ce lien
+solemnel, il y a un vritable mariage, mais on se trompe; cette erreur
+est fonde sur cette maxime de Droit que j'expliquerai dans la suite.
+_Consensus non concubitus matrimonium facit._ Voici un Jurisconsulte qui
+nous en dtrompe, c'est Ulpien qui prononce formellement sur ce sujet.
+_Non omnes conjunctiones implent conditionem cm nupserit, put enim
+nundum nubilis tatis in domum mariti deducta, non paruit conditioni si
+nupserit vel si ei conjuncta fit, cujus nuptiis erat interdictum._[172]
+Ce n'est point assez d'avoir pass contract, d'avoir pous la face de
+l'Eglise, d'avoir t mene dans la maison de l'Epoux, d'avoir t mise
+entre ses bras, toutes ces circonstances ne sont que des apparences du
+mariage, mais elles ne font pas le mariage. Il faut que le mari & la
+femme ayent t nubiles & capables de le consommer. C'est donc avec
+raison que l'Empereur Justinien a dcid dans ses Institutes, que si
+cette femme perd son mari avant qu'elle ait t _viri potens_, elle ne
+lui a jamais t femme lgitime; [173] _Nec vir, nec uxor, nec nupti,
+nec matrimonium, nec dos intelligitur_. Le Jurisconsulte Labeo
+s'explique encore plus clairement, [174]_quando pupill_, dit-il,
+_legatum est, quandocumque nupserit, si ea minor qum viri potens
+nupserit, non ante ei, legatum debebitur qum viri potens esse
+coeperit, quia non potest videri nupta que virum pati non potest_;
+L'Histoire[175] rapporte un fait qui est digne de remarque; Franois I.
+souhaitant de tirer le Duc de Clves du parti de l'Empereur
+Charles-Quint, & de l'engager dans le sien, pressa & contraignit
+Marguerite de France sa Soeur, & Henri d'Albret Roi de Navarre son
+beau-frre, de lui donner en mariage Jeanne leur fille qui n'toit ge
+que de huit neuf ans; le mariage fut concl & arrt, solemnis dans
+la Ville de Chteleraud, l'Epouse conduite au lit nuptial; cependant,
+par jugement du Pape, il a t dit depuis, qu'il n'y avoit point eu de
+mariage, & cette jeune Princesse a t marie de nouveau Antoine de
+Bourbon; C'est sur ce principe sans doute que les Tribunaux[176] ont
+permis une fille qui avoit t marie l'ge de sept ans avec le
+Frre an, de se marier ensuite avec le frre Cadet, lorsqu'elle est
+parvenu dans un ge Nubile. Ce seroit autoriser un Inceste si on
+considroit le premier mariage comme un vritable mariage. Et il parot
+bien qu'il n'est point du tout consider comme tel; [177]Il est mme
+deffendu aux Prtres par les Conciles de marier des gens notoirement
+incapables d'xercer les fonctions du mariage. Les Canonistes sont
+beaucoup plus dcisifs sur cette matire que les autres Jurisconsultes,
+car ils vont jusques l qu'ils disent que _contractus ante pubertatem
+etiam cum nisu carnalis copul non facit Matrimonium_. On sait ce que
+c'est que _Pubertas_, en tout cas le chapitre troisime du mme ttre
+l'enseigne; _Puberes_, dit-il, _a Pube sunt vocati id est a Pudentia
+corporis nuncupati, quia hc loca primo lanuginem ducunt; Quidam tamen
+ex annis pubertatem existimant, id est eum esse puberem qui tredecim
+annos implvit, quamvis tardissim pubescat; Certum est autem eam
+puberem esse, qu ex habitu corporis pubertatem ostendit, & generare
+jamjam potest, & puerper sunt qu in annis puerilibus pariunt_; De
+sorte que suivant cette dfinition les Eunuques ne sont jamais
+_puberes_, & n'tans d'ailleurs jamais capables du mariage, ceux qu'ils
+contractent sont nuls par eux-mmes. Les Conciles & les Papes deffendent
+expressment de faire les crmonies prescrites par l'Eglise, comme de
+donner la bndiction, &c. pour des mariages nuls, tels que sont ceux
+dont je viens de parler, afin qu'elles ne soient pas faites en vain. Je
+concls donc, _que non est inter eos matrimonium quos non copulat
+commissio sexus_, comme il est dit dans le Decret de Gratien[178]; _Non
+est dubium_, dit-il, _illam mulierem non partinere ad matrimonium cum
+qu commistio sexus non docetur fuisse_. [179]_Qui matrimonio conjuncti
+sunt & nubere non possunt, illi non sunt conjuges_; Voici en un mot ce
+que c'est que le mariage au sentiment des Canonistes, _In omni
+matrimonio_, disent-ils[180], _conjunctio intelligitur spiritualis quam
+confirmat & perficit conjunctorum commistio corporalis_. Ds l donc que
+dans le mariage des Eunuques il n'y a jamais eu de vritable mariage,
+parce qu'il n'y a jamais eu de vritable conjonction, on ne prononce
+point de dissolution, on dit simplement qu'il n'y a point de mariage, &
+que la partie plaignante est en libert d'en contracter un avec qui bon
+lui semblera. [181]_Tum propri non fit divortium, sed fit declariatio,
+ut alii sciant illam societatem non esse conjugium, & conceditur person
+qu habet natur vires integras ut etiam vivente altero impotente possit
+contrahere cum alio_. [182]L'Eglise Romaine qui considre le mariage
+comme un Sacrement, ne le dissout jamais, [183]_quo ad vinculum_, elle ne
+spare la partie plaignante que, _quo ad thorum_; lors donc qu'elle
+permet la partie plaignante de se remarier, c'est qu'elle estime qu'il
+n'y a point eu prcdemment de mariage; c'est donc se moquer & abuser
+des crmonies les plus graves de la Religion que de les faire
+intervenir dans un acte faux & chimrique pour autoriser une imposture,
+qui produit des inconvniens qu'il seroit trs bon de prvenir. On peut
+dire mme que ces gens-l sont dans le cas de la Novelle que l'Empereur
+Justinien a donne[184], pour punir celui des conjoints qui se trouvera
+avoir caus mal propos la dissolution du mariage. Solon avoit fait
+auparavant une Loi contre ceux qui ne pouvoient pas rendre les devoirs
+ds leur femme; Il donnoit ces femmes l'action d'injure contre ces
+maris impuissans.
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+_Inconvniens que le Mariage des Eunuques produit ordinairement._
+
+
+Le[185] Pote Claudien parlant d'un Eunuque, l'appelle une vieille ride.
+Trence lui donne le mme nom, _Eunuchum_, dit-il[186], _illumne obsecro
+Inhonestum hominem, quem mercatus est here, senem mulierem_; Mais
+Martial pousse la Satyre & l'injure plus loin, il ne se contente pas de
+dire, en parlant de Numa qui avoit v un Eunuque effemin,[187]
+
+ _Thelin viderat in toga spadonem,_
+ _Damnatam Numa dixit esse moecham_;
+
+ Il dit encore[188],
+
+ _Dos etiam dicta est. Nondum tibi Roma videtur_
+ _Hoc satis? Expectas numquid & ut pariat?_
+
+Toute la diffrence qu'il y a, c'est que Martial parle de deux hommes
+qui se faisoient passer pour femmes, & que je parle d'hommes qui sont
+vritablement comme des femmes, & auxquels ce qui est dit dans la Loi,
+_cm vir nubit. cod. ad legem Juliam de Adulterio_, convient peu prs.
+Ce sont les Empereurs Constantius & Constance qui y parlent, _cm vir_,
+disent-ils, _nubit ut fmin viris, paritura quid cupiatur, ubi sexus
+perdidit locum, ubi scelus est id, quod non proficit scire, ubi Venus
+mutatur in alteram formam, ubi amor quritur nec videtur_. Cet
+assemblage ne produit point l'effet que la femme en avoit espr;
+[189]_sic virg intacta manet, inculta senescit_; selon l'expression de
+Catulle & d'Ovide.[190] Ce n'est point l l'intention de cette femme, ni
+le but du mariage,
+
+ _Foemina fortun similis formosa videtur,_
+ _Non amat ignavos illa nec ista Viros._
+
+ou pltt comme s'exprime le mme Pote qui dit plusieurs vritez en
+raillant d'une manire trs agrable & trs enjoue,
+
+ _Sp quiescit ager, non semper arandus, at uxor_[191]
+ _Est ager, assiduo vult tamen illa coli._[192]
+
+Si cette ide parot outre, il y en a une autre qui n'est pas plus
+avantageuse aux Eunuques, & dont les consquences ne sont pas plus
+favorables eux & leurs femmes.
+
+Ce ne sont que des demi-hommes;[193] Juvenal appelle un Eunuque
+_semivir_. Mais c'est trop dire en leur faveur; ce ne sont que des
+arbres striles, des troncs desschez, comme s'exprime Esae.
+
+ _Truncus iners jacui, species & inutile signum,_[194]
+ _Nec satis exactum est corpus an umbra forem._
+
+Voila la vritable description d'un Eunuque; Et voici deux traits qui en
+achvent le portrait; l'un est donn par les Jurisconsultes, & l'autre
+par un Ecrivain sacr.
+
+L'Eunuque est un homme tojours malade, & tojours
+languissant, [195]_morbosus_; Par consquent incapable de faire les
+fonctions de la vie active; _sin autem ita spado est_, dit le
+Jurisconsulte Paulus, _ut tam necessaria pars corporis ei penitus absit,
+morbosus est_; c'est un malade impuissant qui voit l'occasion d'agir &
+qui ne peut; Qui comme Tantale se voit au milieu des biens & des
+plaisirs & qui ne peut point les goter; on peut dire de lui ce
+qu'Horace dit[196] de son avare, mon ami, lui dit-il, vous avez entendu
+parler de Tantale? Il meurt de soif au milieu d'un fleuve dont l'eau
+fuit aussi-tt qu'il veut boire. De qui pensez-vous rire? C'est de vous
+que parle la Fable sous un nom emprunt; vous dormez sur des sacs
+d'argent entassez autour de vous les uns sur les autres, vous les
+dvorez des yeux, cependant vous n'oseriez non plus y toucher qu' des
+choses sacres; Et ce sont des richesses en peinture vtre gard. La
+diffrence qu'il y a, c'est que l'avare peut & ne veut point se donner
+du plaisir de son bien, & que l'Eunuque voudrait bien, mais qu'il ne
+peut point, & en cela on peut dire, que la comparaison de lui Tantale
+est plus juste, que celle qu'Horace fait de son avare Tantale; On peut
+dire l'Eunuque plus propos qu' l'avare,
+
+ _Indormis inhians, & tanquam parcere sacris_
+ _Cogeris, aut pictis tanquam gaudere tabellis._
+
+Tant s'en faut donc qu'une femme ses ctez soit un bien qui lui donne
+de la joye, il l'afflige au contraire beaucoup, parce qu'il ne peut
+point en profiter; c'est une vrit que le Sage a reconnu, & c'est le
+second trait qui achve la peinture de l'Eunuque; Il est de la faon de
+l'Auteur de l'Ecclsiastique, soit qu'il soit Jsus Sirach, soit que ce
+soit Salomon; il parle d'un homme qui porte la peine de son
+iniquit[197], & il dit qu'_il voit les viandes de ses yeux & qu'il
+gmit comme un Eunuque qui tient une vierge & qui sopire_; cette
+comparaison est trs juste, il porte la peine de son iniquit, soit
+qu'il n'ait eu autre v que de tromper une femme pour profiter de ses
+biens, ou de ses avantages; soit que par une brutalit monstrueuse il
+s'abandonne une intemprance qu'il n'est pas dans son pouvoir de
+sotenir; Quoi qu'il en soit une femme est trompe; Et elle peut dire
+juste ttre, ce qu'Auguste disoit lors qu'il se trouvoit assis entre
+Virgile & un autre Pote de son tems, _sedeo inter suspiria & lacrimas_.
+Et si cette fraude toit autorise il en rsulteroit plusieurs
+inconvniens qui paroissent naturellement, & qui se font voir
+d'eux-mmes.
+
+1. Une femme languiroit & scheroit d'ennui ct d'un homme de cette
+nature, car elle a beau l'exciter, ses efforts sont inutiles, c'est
+pourquoi n'ayant ni les douceurs du mariage, ni l'apparence d'en jour,
+elle s'affligeroit en secret. Cela n'est point sans xemple. L'Histoire
+nous apprend que l'Empereur Constantius eut pour femme Eusebia,
+Princesse trs belle, & de la beaut de laquelle on parloit par tout
+avec admiration. Constantius toit un homme mol, effmin & affoibli par
+de longues & continuelles maladies; Eusebia qui toit dans la fleur &
+dans la vigueur de son ge, et de frquentes maladies de femmes, &
+enfin se consuma, & finit ses jours tique, sche, & dfigure du
+chagrin secret, de n'avoir jamais eu la douce & aimable compagnie de son
+Epoux, sans que l'excellence de sa beaut, la jeunesse de son ge, ni le
+souverain honneur d'tre Impratrice, ayent p lui apporter le moindre
+plaisir, ni la moindre satisfaction, bien loin d'avoir p la consoler.
+Cela a p tre permis un Empereur, du moins n'a-t-on p lui en
+demander raison; mais on ne peut point permettre la mme chose un
+particulier dont l'intention injuste est de rendre une femme misrable
+pour satisfaire quelqu'une de ses iniques passions; Il n'est pas juste
+de le favoriser dans l'entreprise de faire mourir une femme innocente,
+vierge & martyre.
+
+2. Il pourroit arriver qu'une femme n'auroit pas la force de sotenir
+une si terrible preuve, ni assez de fermet pour rsister aux
+tentations auxquelles elle se trouveroit expose. L'esprit est prompt,
+mais la chair est foible, & il ne seroit pas trop surprenant qu'une
+femme ne trouvant pas chez elle de quoi satisfaire une passion
+irrite, ne reoive d'ailleurs des secours ncessaires pour la
+calmer. [198]Un de mes Amis m'a dit en conversation, qu'il se rencontra
+un jour chez un Baillif du Pas, dans le moment qu'une femme marie un
+Suisse, vint toute m, ayant un petit enfant sur ses bras, se
+plaindre lui que son mari toit Eunuque. On lui demanda si cet enfant
+qu'elle portoit n'toit point elle: Elle rpondit qu'oui, on lui dit
+pourquoi donc elle disoit que son mari toit Eunuque puis qu'il lui
+avoit fait un enfant; elle repliqua que cet Enfant n'toit point de lui,
+qu'elle ayant bien remarqu qu'il ne faisoit rien qui vaille depuis
+plusieurs annes qu'elle toit avec lui, elle avoit pri un ouvrier
+maon qui travailloit chez elle de lui faire voir s'il ne feroit pas
+mieux: que l'ayant mise sur un coffre qui toit prs de l, il lui avoit
+fait cet enfant dans un seul coup; & que son mari n'avoit p en faire
+autant dans plusieurs annes avec tous ses efforts. Le mari ayant t
+cit sa requte, & depuis visit, on ne lui trouva point de
+chrmastire, il avoua qu'il en avoit perdu un l'Arme par un coup de
+fusil, & qu'il avoit perdu l'autre par une maladie; l'affaire ayant t
+envoye dans l'Universit voisine; le mariage fut cass, & la femme
+s'est marie son autre homme. Cet Eunuque voyoit bien que sa femme
+ayant un enfant, il falloit qu'elle et eu affaire avec quelqu'autre que
+lui, cependant il ne disoit mot; les gens de ce caractre ne sont point
+jaloux. Je crois mme que si on proposoit aux Eunuques qui se marient
+d'accorder cette permission leur future Epouse, dans leur Contract de
+mariage, ils n'en feroient aucune difficult, cela ne seroit pas sans
+exemple. Je n'allguerai pas le Jugement solemnel rendu contre un Cocu
+qui se plaignoit, dans lequel il est condamn reprendre sa femme &
+faire cesser les bruits qu'il avoit rpandus, fond sur ceci qui est le
+motif de l'Arrt tel qu'il lui a t prononc,[199]
+
+ _Sois persuad que Cocuage_
+ _Est la Clause de Mariage_
+ _Clause observe xactement,_
+ _Et quand une femme y renonce_
+ _On l'en relve en jugement,_
+ _C'est en sa faveur qu'on prononce._
+ _La Loi pour ce fait seulement_
+ _La traite tojours de mineure,_
+ _J'en sai telle de soixante ans_
+ _Qui n'est pas encore majeure._
+ _Cette Clause tire son droit_
+ _Des principes de la Nature_
+ _C'est en vain qu'un mari murmure_
+ _S'il prend le Cas pour une injure._
+
+Je ne rapporterai pas non plus diverses dcisions que l'on trouve dans
+le Cocu imaginaire de Molire parce que tout cela n'est que fiction;
+mais je rapporterai un xemple trs vritable dont voici le cas; La feu
+Comtesse de Moret avoit t marie en troisime nces Mr. de Vardes
+Gouverneur de la Capelle, & en avoit eu ce Mr. de Vardes, Capitaine de
+cent Suisses, que le Roi de France envoya en Espagne ds que son mariage
+avec l'Infante fut concl, pour complimenter de sa part la future
+Reine; cette Comtesse de Moret fut aussi mre du Comte de Moret btard
+de Henri IV. qui fut tu proche de Castelnaudary en l'anne 1632, lors
+que Mr. de Montmorancy fut pris en Languedoc; c'est elle qui est clbre
+dans l'Euphormion de Barclay sous le nom de Casina, il y est dit qu'elle
+fut aussi marie au Comte de Cesy Sancy qui depuis fut envoy
+Ambassadeur Constantinople, & on y voit la description d'un Contract
+de mariage d'un homme qui veut bien tre Cocu, & qui promet & s'oblige
+le souffrir; clause qui fut xcute paisiblement & sans aucun
+empchement: Peut-tre cette Dame s'toit-elle mal trouve dans ses
+mariages prcdens de n'avoir pas pris cette prcaution dans ses
+Contracts. Cette prcaution seroit d'autant plus juste & plus
+raisonnable aux femmes des Eunuques que ces hommes effminez ne peuvent
+faire eux-mmes ce qu'ils doivent; Et ils sont d'autant plus traitables
+sur cet article, que ne pouvant s'acquitter de leurs devoirs, ils
+consentent, pour viter les plaintes & les reproches, qu'une femme se
+satisfasse comme elle peut. Ils les y portent mme trs souvent, & ils
+leur en fournissent eux-mmes les moyens quand il en est ncessaire. Et
+s'il arrive quelquefois que leurs femmes ayent du panchant au
+libertinage & la dbauche, ils favorisent leur inclination & profitent
+de leur prostitution. Tmoin ce Didyme effmin contr lequel [200]Martial
+a fait une Epigramme si satyrique. C'a t le seul Eunuque qui ait eu
+une femme, du moins qui soit de ma connoissance. Et ce Didyme confirme
+ce que je viens de dire, car il produisoit lui-mme sa femme, & en
+faisoit un infame commerce dans la v de s'enrichir.
+
+3. Il se rencontreroit beaucoup de femmes qui, de peur de tomber dans
+l'un ou dans l'autre de ces deux extrmitez que je viens de remarquer,
+ne voudroient jamais s'engager dans le mariage sans avoir mis
+l'preuve celui qui les rechercheroit, & sans avoir mis en pratique le
+conseil qu'Ovide[201] a donn aux Amans de tous les sicles, c'est
+dire, de prendre garde, _unde legat quod amet ubi retia ponat_; car pour
+suivre la mme ide de ce Pote,
+
+ _Scit ben Venator, Cervis Ubi retia tendat._[202]
+
+Mais les femmes n'ont pas un pressentiment secret de la validit, ou de
+l'invalidit d'un homme; Ainsi elles voudront s'en assurer en personnes
+sages avant que de serrer les noeuds d'un lien indissoluble; ce n'est
+plus la cotume de faire mettre les hommes nuds avant que de solemniser
+leurs mariages, Platon le vouloit ainsi[203]. Ceux qui croyoient que
+c'toit afin de voir la beaut & la belle disposition d'un corps, se
+trompent; ce n'toit que pour voir l'oeil par l'inspection des
+parties si l'homme ne vouloit pas tromper une femme; Cela toit d'autant
+plus ncessaire que tout le monde n'toit pas, & n'est pas encore
+d'aussi bonne foi que le Pre de l'Empereur Galba, Sutone dit[204]
+qu'il toit de petite taille, & bossu, que cependant, Livia Ocellina
+fille belle & riche en toit amoureuse cause de sa Noblesse, mais
+qu'il se dvtit, & lui montra l'imperfection de son corps, de peur
+qu'elle l'ignorant ne se trouvt trompe dans la suite. Je ne sai
+d'ailleurs si cette inspection suffiroit, car il y a peu de filles qui
+sachent quoi il tient qu'un homme soit capable d'tre mari; Ce n'est
+que par l'usage qu'elles s'en instruisent; [205]Mr. de Thou rapporte que
+Charles de Quellenec, Baron de Pont en Bretagne, avoit pous Catherine
+de Parthenas, fille & hritire de Jean de Soubize, mais qu'il y avoit
+dja quelque tems que la mre de sa femme lui avoit fait un procs pour
+faire rompre son mariage, sous prtexte qu'elle prtendoit qu'il toit
+impuissant; Que son procs n'toit point encore termin lors du Massacre
+de la S. Barthlemi, dans lequel il fut tu; Que son corps ayant t
+jett comme les autres, devant le Louvre, & expos la v du Roi, de
+la Reine, & de toute la Cour, un grand nombre de Dames qui n'avoient
+point d'horreur d'un spectacle si cruel, & qui regardoient curieusement
+et sans honte, ces corps tout nuds, jettrent particulirement les yeux
+sur le Baron de Pont, & l'xaminrent avec soin pour voir si elles
+pourroient dcouvrir la cause ou les marques de l'impuissance qu'on lui
+avoit reproche. Je doute qu'avec toute leur application xaminer ces
+objets elles en ayent t plus savantes sur ce sujet. Les Dames
+Romaines ne se contentoient pas de la v, elles jugeoient des hommes
+sur un tmoignage plus sr, sur la force & sur l'adresse qu'ils
+faisoient parotre dans les jeux publics. Il ne falloit que cela pour
+tre regard par une femme Romaine comme un homme accompli. [206]_Sed
+gladiatorem fecit hoc illos Hyacinthos_; ces prcautions ne sont point
+inutiles quand on songe que c'est pour toute sa vie qu'on s'engage, car
+nous ne sommes plus au tems qu'on faisoit des Contracts de Mariage _ad
+tempus_.[207] Comme celui que Mr. de Varillas [208]dit avoir v dans la
+Bibliothque du Roi, fait entre deux personnes de qualit du Comt
+d'Armagnac, pour sept ans seulement, se rservant nanmoins la libert
+de le prolonger s'il toit trouv propos.
+
+4. Il arriveroit que des femmes qui auroient eu trop de vertu pour
+commencer leur mariage _ab illicitis_, & par un crime, & qui ne
+pourroient demeurer toute leur vie dans l'inaction prs d'un phantme de
+mari, seroient contraintes de faire du vacarme pour en tre spares.
+Une honnte femme ne trouve sa consolation que dans un poux, comme le
+disoit Agrippine Tibre lors qu'elle lui demandoit un mari; En effet,
+quand une femme n'est point honnte elle trouve suffisamment hors du
+mariage de quoi contenter la nature; on rencontre rarement des femmes de
+l'humeur de celles de Domitius Tullus dont Pline fait l'histoire dans
+l'une de ses Eptres, & qui est rapporte avec des Rflxions
+enjoues, [209]par Mr. Bayle dans l'article d'Afer. Ce qui est rapport
+dans le Mnagiana est assez le got commun des femmes. Il y est dit que
+dans une compagnie d'hommes & de femmes, on s'entretenoit de l'air que
+devoient avoir un homme & une femme pour tre bien faits; Quelqu'un dit
+que pour tre bien fait un homme devoit tenir de l'homme & sentir son
+homme, & que pour les femmes il n'aimoit point celles qui toient
+homasses, & moi, reprit une femme aussi-tt, je suis de vtre sentiment,
+je n'aime point les hommes effminez. On peut ajoter pour Commentaire
+de ces paroles qu'elles n'aiment point les maris, tels que celui dont
+parle Mr. de la Fontaine.
+
+ _Qui mainte fte sa femme allguoit_
+ _Mainte vigile, & maint jour friable:_
+ _Les autres jours autrement s'excusoit_
+ _Sans oublier l'Avent ni le Carme._
+
+ _Vierge n'toit, Martyr, ni Confesseur_
+ _Qu'il ne chommt, tous les savoit par coeur,_ &c.
+
+Nous ne sommes plus au tems de Jean V. Duc de Bretagne qui disoit[210]
+qu'il tenoit une femme assez sage quand elle savoit mettre diffrence
+entre le pourpoint & la chemise de son mari. D'ailleurs, quand il y en
+auroit encore de telles, il est certain que plus elles sont grossires,
+& moins elles entendent raison sur ce chapitre. Lors que la nature parle
+& que la raison ne la retient point, elle veut tre absolument obe.
+Mr. de Varillas met en fait que les femmes les plus spirituelles ont
+tojours t les plus faciles. [211]Torquato Tasso a fait un discours
+exprs pour le prouver; Et Mr. de Voiture s'est plaint d'avoir souvent
+trouv des Bergres trop grossires pour tre trompes par un habile
+homme: les plus fines entendent mieux raison. De sorte que les
+grossires & les fines se laissent aussi difficilement tromper l'une que
+l'autre, sur le chapitre dont il s'agit.
+
+Je me suis tonn en lisant l'extrait que Mr. Bernard a fait du Recueil
+des Traitez de Paix, &c. de voir qu'il y traite de malheureuse
+Marguerite Duchesse de Carinthie, laquelle l'Empereur Lous de Bavire
+a accord des lettres de divorce d'avec Jean fils du Roi de Bohme pour
+cause d'impuissance; voici ses termes. La pice, dit-il, est
+considrable...... par la manire dont cette malheureuse Princesse
+explique qu'elle en a us, & par les soins qu'elle dit avoir pris pour
+faciliter son mari les moyens de lui rendre les devoirs d'un vritable
+Epoux. Il rapporte les termes dans lesquels la chose est con, mais
+il dit qu'il ne les traduit pas.
+
+Puis que j'ai dit que je me suis tonn; il est bon que je dise aussi la
+raison de mon tonnement. D'un ct cette Epithte de _malheureuse_ ne
+peut pas avoir t donne par Mr. Bernard cette Duchesse, pour avoir
+obtenu des lettres de Divorce, car au contraire elle doit tre rpute
+avoir t bien heureuse d'avoir t spare d'un homme impuissant; non
+seulement la justice qu'on lui a faite cet gard, mais encore la
+dlivrance d'un joug si pesant mritoit qu'on la qualifit
+bien-heureuse, pltt que malheureuse. Si Mr. Bernard avoit parl de
+cette Dame par rapport au tems qu'elle toit sujette son mari, il
+auroit eu raison de la traiter de malheureuse parce qu'elle l'toit en
+effet; mais il en parle par rapport au tems de sa libert, & en ce cas
+elle avoit t malheureuse, mais elle ne l'toit plus. Mr. Bernard est
+un homme trop judicieux pour avoir fait cette mprise; c'est donc parce
+qu'elle a os demander des lettres de divorce, se plaindre de
+l'impuissance de son mari, dire les raisons qui la justifioient & les
+moyens par lesquels elle s'en toit convaincu, & par lesquels elle en
+persuadoit ses Juges. Or Mr. Bernard est trop bon Thologien & trop bon
+Politique, & il sait trop bien l'Histoire Ecclsiastique & Prophane
+pour ignorer que la Religion, la conscience, l'honneur & la pudeur,
+n'obligent point une femme qui n'a pas assez de courage naturellement
+pour souffrir le Martyre & pour se laisser mourir petit feu, qui ne
+peut pas y suppler par des souffrances volontaires & qui n'a pas la
+force de se mortifier par une longue & perptuelle continence,
+demeurer auprs d'un mari impuissant & incapable de lui rendre les
+devoirs de mari; s'il croyoit que la conscience & la Religion obligent
+une femme qui se trouve dans ce cas y demeurer & y garder un profond
+silence, il tomberoit dans l'Hrsie de ces Abeliens dont Saint Augustin
+rfute l'erreur dans le chapitre 87. de son Livre _des Hrsies_. S'il
+croyoit que l'honneur & la pudeur exigent d'elle cette patience outre,
+il donneroit dans la vision de ces fanatiques qui croyent qu'il vaut
+mieux souffrir la mort que de dcouvrir un Mdecin, ou un
+Chirurgien, une partie secrette qui seroit attaque; & qui ont mis au
+nombre de leurs Saintes Marie fille de Charles le Hardy Duc de
+Bourgogne, marie l'Empereur Maximilien I., fils de Frideric III. Un
+cheval fougueux que l'on avoit donn cette Princesse, la secoua & la
+fit tomber si rudement qu'elle en eut la cuisse rompu; elle en mourut
+n'ayant p gagner sur sa pudeur d'exposer le haut de sa cuisse la v
+des Chirurgiens & des Mdecins qui apparemment l'auroient p gurir. Mr.
+Bernard feroit donc bien de s'expliquer un peu plus clairement au hazard
+de faire ses extraits un peu plus longs; car on peut dire qu'il lui
+arrive quelquefois d'tre fort obscur, parce qu'il veut affecter d'tre
+fort court. En attendant qu'il s'explique, je veux lui faire la justice
+de croire qu'il n'a pas donn dans les sentimens que je viens de
+remarquer, mais qu'il a donn dans cette pense de Mr. Boileau;[212]
+
+ _Jamais la biche en rut n'a pour fait d'impuissance_
+ _Tran du fond des bois un cerf l'Audience,_
+ _Et jamais Juge entr'eux ordonnant le Congrs_
+ _De ce burlesque mot n'a sali ses Arrts._
+
+Si cela est, il n'a pas pris garde qu'on a fait voir aux Moralistes
+qu'ils se trompent fort lors que pour donner de la confusion l'homme
+sur ses dfauts ils le conduisent l'cole des btes; je le prierois
+d'en voir les preuves dans le Dictionaire de Mr. Bayle, si je n'tois
+averti qu'il ne lit point les Ouvrages de cet illustre Auteur. Mr. de
+Beauval[213] pourra donc le dtromper sur ce sujet, & lui faire voir en
+particulier, que l'xemple de la biche n'est point juste, s'il veut se
+donner la peine de lire l'extrait que cet Ecrivain savant & judicieux a
+fait de ce Dictionnaire. Je dirai seulement, que si cette Duchesse de
+Carinthie, dont Mr. Bernard parle, toit coupable, le corps de droit
+entier, mriteroit d'tre condamn; il fournit aux femmes des actions &
+des loix contre leurs maris Eunuques, ou impuissans, au lieu que, selon
+la Thologie scrupuleuse de Mr. Bernard, il devroit rprimer
+l'incontinence de ces femmes, & s'crier contre celles qui oseroient se
+plaindre.
+
+
+
+
+CHAPITRE V.
+
+_Les Loix Civiles deffendent le mariage des Eunuques._
+
+
+Comme le mariage d'un Eunuque ne peut pas subsister, il a t de la
+prudence des Lgislateurs de ne point permettre qu'il ft contract.
+L'honntet publique, ni la Justice, ne veulent pas qu'on laisse faire
+des choses qu'elles ne peuvent pas laisser subsister; [214]_Dirimunt
+matrimonium contractum, impendiunt matrimonium contrahendum_ C'est une
+maxime que les Canonistes qui ont crit sur le chapitre unique _de
+Sponsalibus & Matrimoniis_ ont solidement tablie. [215]Elle est conforme
+ la disposition du Droit Civil, il deffend de faire les fianailles
+avec les personnes entre lesquelles il empche de contracter mariage.
+_Quamvis_, dit-il, _verbis orationis cautum sit, ne uxorem tutor
+pupillam suam ducat, tamen intelligendum est ne desponderi quidem posse;
+Nam cum qu nupti contrahi non possunt, hc plermque ne quidem
+desponderi potest. Nam qu duci potest, jure despondetur_; l'argument
+est peu prs pareil, _a Nuptiis permissis ad sponsalia permissa; ab
+iisdem prohibitis ad eadem sponsalia interdicta; matrimonio valido ad
+matrimonium contrahendum; & ab eodem invalido ad idem interdicendum_.
+Puis que le Contract de mariage & les solemnitez qui se font ensuite, ne
+sont & ne marquent autre chose qu'une promesse qui est faite entre deux
+personnes, de se rendre les devoirs de mari & de femme, il est manifeste
+que ceux qui ne peuvent pas se les rendre ne doivent pas se marier, &
+que les mmes raisons qui dissoudroient le mariage s'il toit contract,
+doivent empcher qu'on ne le laisse contracter en effet; L'Empereur Leon
+qui a dcid nettement le cas[216], est all bien plus loin; car non
+seulement il a deffendu aux Eunuques de se marier, mais mme il a
+prononc & donn une peine contre ceux qui se marieroient, & contre
+celui qui les pouseroit; c'est dans la Constitution 98. qui a pour
+ttre, _de poena Eunuchorum si uxores ducant_; Le motif de cette
+ordonnance est trs beau, c'est, dit-elle, que ce mariage n'tant rien
+de rel, on ne peut srieusement l'accompagner des Crmonies Sacres
+qui font une partie de l'essence du mariage. Elle mrite d'tre l
+toute entire, & je la rapporterois sans en rien obmettre, si elle
+n'toit un peu trop longue par rapport la brvet de cet Ouvrage; mais
+voici quoi elle aboutit, _propterea sancimus_, dit-elle, _ut si quis
+Eunuchorum ad matrimonium procedere comperiatur, & ipse stupri poen
+obnoxius sit, & qui sacerdos istiusmodi conjonctionem profanato
+sacrificio perficere ausus fuerit Sacerdotali dignitate
+denudetur_. [217]L'Histoire dit qu'Auguste mit ordre la confusion avec
+laquelle on avoit accotum de voir les Jeux, il assigna chacun la
+place qui lui toit d, les hommes mariez entr'autres, ceux mme de
+basse condition y avoient la leur. [218]Mais Martial nous apprend que les
+Eunuques n'osoient pas s'asseoir sur leurs bancs, ni se mler parmi eux.
+Voici comme il parle Dydime, qui d'un ton superbe parloit des Edits de
+Domitien concernant les Thatres, & de l'esprance qu'il avoit qu'ils
+seroient observez.
+
+ _Spadone cm sis eviratior fluxo_
+ _Et concubino mollior Celeno,_
+ _Quem sectus vlulat matris Enthe Gallus,_
+ _Theatra loqueris & gradus & Edicta_
+ _Trabeasque & Idus fibulasque censusque,_
+ _Et pumicata pauperes manu monstras._
+ _Sedere in equitum liceat an tibi scamnis_
+ _Videbo, Didyme: non licet maritorum._
+
+Ce Didyme avoit une femme, cependant on ne le considroit pas comme un
+homme mari, parce qu'il toit Eunuque. La Constitution de l'Empereur
+Leon n'toit pas encore donne, car on peut dire que depuis ce tems il
+n'y a point d'xemple qu'aucun Eunuque ait eu la permission de se
+marier, except celui de Saxe Gotha dont je parlerai dans la suite.
+Toutes les Socitez Ecclsiastiques ne se sont pas contentes
+d'improuver & de blmer ces sortes de mariages, elles les ont mme
+expressment deffendus.
+
+
+
+
+CHAPITRE VI.
+
+_La Religion Catholique Romaine ne permet pas le mariage des Eunuques._
+
+
+La Religion Romaine qui considre le mariage comme un Sacrement, n'a
+garde de permettre qu'on prophane un de ses Mystres. Quelques xemples
+authentiques que je rapporterai serviront de preuves cet gard.
+
+Bernard Automne, Avocat clbre au Parlement de Bordeaux, rapporte dans
+la seconde partie de sa Confrence du Droit Franois avec le Droit
+Romain[219], un cas qui s'est prsent de son tems au Parlement de
+Paris sur ce sujet. Il fait d'abord quelques rflxions sur le
+paragraphe _Spadonum_ de la Loi _Pomponius_, qui est la sixime ff. _de
+dilitio Edicto_, & il trouve trange, avec raison, qu'Ulpien qui est
+Auteur de cette Loi, dcide qu'un homme auquel on a coup un doigt de la
+main, ou du pied, soit malade, ou comme il s'exprime, _morbosus_, &
+qu'un Eunuque auquel la partie du corps la plus ncessaire manque, ne le
+soit pas. Il dit que cela le surprend, qu'il n'en voit pas la raison.
+Que la cause de la gnration qui donne mme le nom d'homme la
+personne qui la porte, tant retranche ce n'est plus un homme; qu'il
+lui semble que qui de vingt parties en retranche une fait moins de tort
+ la personne, que quand de deux il lui en te une. Aussi ajote-t-il,
+le Parlement de Paris a jug par Arrt du 5. Janvier 1607. en faveur de
+Claudine Godefroy, qu'il y avoit juste sujet de ne point contracter
+mariage, & de ne point passer outre la clbration avec un homme avec
+lequel elle toit fiance, parce que les Mdecins & les Chirurgiens
+assuroient dans leur rapport qu'il n'avoit qu'un testicule, quoi que
+mme ils ajotassent qu'il pouvoit pourtant engendrer. Le clbre
+Etienne Pasquier tant autrefois consult sur un sujet peu prs
+pareil, rpondit par cette Epigramme.
+
+ _Esse virum tota conjunx te pernegat urbe,_
+ _Naturaque alio teste carere dolet._
+ _Officiat ne thoro sociali res ea, cert_
+ _Nescio, at hoc scio quod te negat esse virum._
+ _Contra probaturum jucundo tramite dicis_
+ _Gaudia conjugii mille peracta tibi,_
+ _Quid garris? Binos cm saltem jura requirant_
+ _Uno te ne virum teste probare potes._
+
+Il pouvoit y joindre l'Epigramme 99. du Livre septime de Martial, qui
+finit par ce Vers si expressif.
+
+ _Vis dicam verum, Pontice, nullus homo es._
+
+Les Dictionaires de Furetire & de Trevoux disent au mot _Eunuque_,
+qu'il a t jug par Arrt de la Grand-Chambre du 8. Janvier 1665. qu'un
+Eunuque ne pouvoit pas se marier, du consentement mme des Parties. Les
+Auteurs de ces deux excellens Ouvrages ont tir cet Arrt du Journal des
+Audiences[220] & c'est encore ce mme Arrt qui est rapport par Mr.
+Claude de Ferrire qui le Public a l'obligation d'avoir mis en
+Franois la Jurisprudence Romaine, & de l'avoir confre avec les
+Ordonnances Royaux, les Cotumes de France, & les Dcisions des Cours
+Souveraines. [221]Il dit dans le tome prmier de sa Jurisprudence du
+Digeste, qu'un Eunuque reconnu pour tel, ne peut pas contraindre un
+Cur clbrer son mariage avec une fille qui y consent.
+
+Le chapitre dixime du Livre quatrime des Arrts d'Anne Robert, qui ne
+traite que de la dissolution du mariage pour cause de frigidit &
+d'impuissance, montre que c'est une Jurisprudence constante, que les
+Eunuques ne peuvent pas se marier.
+
+Sixte Cinquime fit autrefois une Bulle qu'il envoya en Espagne, par
+laquelle il dclaroit nuls les mariages des Eunuques.
+
+Mais voici un fait historique qui est dcisif sur ce sujet. Il est
+rapport par le docte Mr. Strik, fils de l'illustre & clbre Mr. Strik,
+Professeur en Droit Halle, le vritable Papinien de ntre sicle.[222]
+Il dit dans sa dispute _inaugurale_ pour le Doctorat, dans laquelle il
+traite, _de matrimonii nullitate_, qu'tant en Italie il n'y a pas long
+tems, il a v qu'un des principaux Musiciens du Duc de Mantou nomm
+_Cortona_, ayant voulu pouser une fort jolie Musicienne qui toit au
+service du mme Prince nomme Barbaruccia, ils furent obligez d'en
+demander la permission au Pape qui la refusa absolument & sans retour.
+
+
+
+
+CHAPITRE VII.
+
+_La Religion Luthrienne, ou de la Confession d'Augsbourg, ne permet pas
+le mariage des Eunuques._
+
+
+Les Thologiens & les Jurisconsultes de cette Communion sont fort
+scrupuleux sur cette matire, & leurs motifs sont trs judicieux & trs
+conformes la raison & la Religion.
+
+Gerhard, l'un de leurs plus grands Thologiens & qui a rduit presque
+tous les Ouvrages de Luther en lieux communs, dit prcisment dans le
+lieu _de conjugio_[223], qu'il ne doit pas tre permis une femme
+d'pouser un Eunuque. Le motif qui le porte prononcer cette dcision,
+est que le mariage ayant pour but principalement d'engendrer ligne & de
+se procurer une postrit, il ne faut pas le laisser contracter des
+gens qui ne sont point capables de parvenir ce but, & tels sont,
+dit-il, les Eunuques & les Spadons. Que quoi que quelqu'un d'eux ayant
+encore un chrmastere puisse connotre une femme ils ne sont point
+propres au mariage; parce que bien loin d'engendrer des enfants, ils ne
+sont pas mme capables de satisfaire aux desirs d'une femme, ni
+d'teindre l'ardeur que la nature a allume dans leur tempramment. Le
+second motif de ce grand homme est, qu'une femme ne trouvant pas dans la
+personne de son mari la satisfaction qu'elle souhaite, elle tombe
+aisment dans le crime. Le troisime motif est qu'une femme est trompe
+par un phantme de mariage, comme est celui d'un Eunuque; car soit
+qu'elle ait ignor l'tat de cet homme avant que d'entrer dans aucun
+engagement avec lui, soit qu'elle en ait eu connoissance, & qu'elle ait
+eu pour lors meilleure opinion de ses forces qu'elle ne devoit, il est
+certain qu'elle se trouve tojours trompe. Or les Loix doivent prvenir
+ces sortes de cas, & non seulement conseiller des femmes tmraires,
+mais mme les empcher de s'exposer un danger vident.
+
+La dlicatesse de ces Thologiens va si loin qu'ils ne permettent pas
+un Hermaphrodite de se marier, moins qu'un sxe ne prvale si
+visiblement & si considrablement sur l'autre, qu'il n'y ait rien
+craindre pour les suites de son engagement; & si cet Hermaphrodite fait
+difficult de se laisser xaminer par des Mdecins, des Chirurgiens &
+des Matrnes, il se rend suspect ds l, & toute permission de se marier
+lui est refuse.
+
+C'est une maxime gnrale & constante parmi eux, que l'impuissance
+quelle qu'elle soit, & de quelque cause qu'elle procde, rend un
+mariage contract, nul, le rsout, & empche, lors qu'elle est connu
+auparavant, qu'on ne permette de le contracter. Il y a nanmoins une
+exception cette rgle gnrale, c'est que si cette impuissance est
+survenu depuis qu'il est contract, par quelque accident que ce soit,
+elle ne le dissout point. Cela est fond en Droit Civil, & en droit
+Canon. [224]_Nihil enim tm humanum esse videtur qum fortuitis casibus
+mulieris maritum, & contra uxorem viri, participem esse._ Le Canon _quod
+autem 27. qust. 2._ est positif & prcis, _impossibilitas coundi_,
+dit-il, _si post carnalem copulam inventa fuerit in aliquo, non solvit
+conjugium; [225]si ver ante carnalem copulam deprehensa fuerit, liberum
+facit mulieri alium virum accipere_. C'est aussi le sentiment de Luther
+dans son Trait _de vita conjugali_[226].
+
+La Jurisprudence Ecclsiastique, ou Consistoriale de cette Communion est
+conforme celle de leurs Thologiens. Carpzovius qui en est l'oracle en
+rapporte des dcisions dans la Jurisprudence Ecclsiastique, ou
+Consistoriale. [227]Le nombre deuxime de la dfinition seizime du ttre
+premier porte prcisment ces mots, _non permittendum mulieri ut Eunucho
+nubat_. J'avou que j'ai l avec quelqu'tonnement dans l'extrait que
+le savant Mr. de Beauval vient de nous donner d'un Livre de Mr.
+Brucknerus qui a pour ttre, _Dcisions du Droit Matrimonial_, [228]Que
+le cas s'tant prsent la Cour de S. A. E. de Saxe, un Eunuque
+Italien son Chambellan ayant pous une jeune fille qui toit avertie de
+son tat, & du consentement de son pre, quelques Thologiens
+entreprirent de troubler ce mariage comme nul & invalide, & que d'autres
+le prtendirent bon & valable; mais que le Souverain ayant v les avis
+partagez, avoit confirm le mariage sans tirer consquence pour
+l'avenir. On peut dire au sujet de cette discorde de sentimens entre les
+Thologiens de l'Electorat de Saxe, ce que ce mme judicieux Auteur, Mr.
+de Beauval, dit ailleurs[229] en parlant des divers Conciles qui
+s'assemblrent au sujet de la Secte des Valsiens; _Divers Conciles_,
+dit-il, _s'assemblrent l-dessus & augmentrent le desordre par la
+contradiction de leurs Decrets. Tant il est vrai_, ajote-t-il, _ la
+honte de la raison humaine, que la dvotion la plus bizarre & la plus
+ridicule, trouve des Deffenseurs_. Il est certain, la honte de la
+raison humaine, que les sentimens les moins raisonnables trouvent des
+gens qui les sotiennent. Mais le cas que je viens de rapporter, est un
+cas particulier qui ne l'emporte pas sur toutes les Dcisions publiques
+& gnrales, d'autant moins que le Prince mme qui l'a autoris a
+dclar que c'toit sans tirer consquence pour l'avenir. D'ailleurs,
+quand il l'auroit autoris purement & simplement il n'en seroit pas plus
+valide, & cette permission ne lui donnerait pas plus de force; car par
+la disposition du Droit, les mariages deffendus par les Loix ne sont pas
+moins injustes & illicites, quoi que le Prince ait permis par rescript,
+de les contracter, parce que ces mariages tans contraires aux Loix, le
+rescript qui a t obtenu portant permission de les contracter est cens
+tre subreptice, & avoir t obtenu du Prince par surprise. [230]Voici
+les termes de la Loi. _Precandi quoque imposterm super tali conjugio
+(Im potius contagio) cunctis licentiam denegamus ut unus quisque
+cognoscat impetrationem quoque rei cujus est denegata petitio, [B]nec si
+per subreptionem post hanc diem obtinuerit, sibimet profuturam._
+
+Au reste, il auroit t fort souhaiter que Mr. de Beauval, qui nous
+rapporte ce cas, & qui raisonne avec tant de solidit & de justesse sur
+toutes les matires qu'il traite, eut bien voulu nous dire son sentiment
+sur cette clbre question du mariage des Eunuques; on a fait grace trs
+souvent sa modestie, j'en donnerai quelques preuves afin qu'on ne
+croye pas que je le charge mal propos d'une obligation & d'une
+reconnoissance qu'il ne doit point. Aprs, par xemple, qu'il a donn
+un extrait fort xact & fort judicieux du Trait de la Nature & de la
+Grace, de Mr. Jurieu, il le finit par ces paroles humbles, [231]que,
+_comme cet Ouvrage est plein de Rflxions trs mtaphisiques, on lui
+pardonnera s'il a bronch quelque part_. Parle-t-il de la Rponse d'un
+nouveau Converti la lettre d'un Rfugi pour servir d'adition au Livre
+de Dom Denis de Ste. Marthe, intitul, _Rponse aux plaintes des
+Protestants_; aprs avoir raisonn en habile Politique sur cette
+matire, il finit par ces paroles modestes; _mais rentrons dans les
+bornes de ntre territoire dont nous avons tant rsolu de ne point
+sortir, & ne faisons point de course dans la Politique sur laquelle
+d'autres travaillent avec tant de succs_. Il s'excuse trs souvent sous
+divers prtextes, comme on pourroit le voir par les renvois que je mets
+ la marge, & il s'excuse sous divers prtextes, & quoi qu'on sache
+qu'il est trs capable de manier adroitement les matires qu'il rejette
+par humilit, on a fait grace, je le rpte, on a fait grace trs
+souvent sa modestie. Mais ici il n'a point d'excuse, il s'agit d'une
+question qui est entirement de son ressort, moins qu'il n'ait cr que
+le sujet tant trop riche l'auroit engag sortir des bornes d'un
+extrait, & faire un Trait complet. Peut-tre qu'il a v que c'toit
+une matire si rebattu, qu'il n'toit pas ncessaire de la prsenter
+encore au Public dans cette occasion, dans laquelle il ne se propose que
+de faire l'extrait du Livre qui lui tombe entre les mains, & non pas de
+traiter fond les sujets dont il s'y agit. En effet, il dit[232] que,
+_la question s'il est permis aux Eunuques de contracter mariage t
+souvent agite_. Il a raison en cela certain gard. Il est vrai que
+Melchior Inchoffer a fait un Ouvrage _de Eunuchismo_ qui a t imprim
+Cologne in 8. en l'anne 1653. Nous avons la dissertation _de Eunuchis_
+de Gaspar Loischerus imprim Leipsik in 4. en l'anne 1665. On a v un
+Sermon Anglois de Samuel Smith sur la conversion de l'Eunuque du
+chapitre huitime des Actes des Aptres, imprim Londres in 8. en
+l'anne 1632. Il y a un Trait de _Franc. de Amoya, Batici_, intitul,
+_Eunuchus_, sur la Loi _Eunuchis. V. c. qui testamenta facere possunt_,
+& qui se trouve dans ses observations imprimes Geneve in folio en
+l'anne 1656. Il y a un Trait de Marcell. Francolinus _de Matrimonio
+spadonis utroque testiculo carentis_, imprim Venise in 4. en l'anne
+1605. Il y a un autre Trait _de Eunuchis_, de Thophile Raynauld, dont
+Mr. Bayle se sert souvent trs propos. La Lettre 112. de la Mothe le
+Vayer, qui se trouve dans le tome onzime de ses oeuvres, traite des
+Eunuques en gnral. Nous avons enfin la Dissertation de Saldenus _de
+Eunuchis_, qui est la sixime du Livre troisime de ses _Otia
+Theologica_. Et un Recueil de consultations & de dcisions sur ce sujet,
+dont je parlerai dans la suite de cet Ouvrage. Mais je dirai pour ma
+justification, d'avoir entrepris de traiter de cette matire aprs tant
+de grands hommes, & non pas pour rfuter ce que dit Mr. de Beauval, que
+la plpart de ces Auteurs ne se trouvent plus que dans les Catalogues,
+ou dans les Bibliothques, & que d'ailleurs, ils traitent des Eunuques
+en gnral, & descendent peu dans le dtail. La question dont il s'agit
+ici y est entr'autres fort rarement & fort brivement traite. On en
+voit quelque chose dans les Ouvrages des Jurisconsultes, des Mdecins, &
+des Thologiens, on y trouve quelquefois des prjugez qu'ils ont
+rapportez; mais outre que tout ce qui y est ainsi rpandu est fort
+succinct, on ne peut point dire qu'on puisse en induire une
+Jurisprudence, ou une Thologie Casuistique certaine & universelle sur
+le mariage des Eunuques.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE VIII.
+
+_La Religion Rforme ne permet pas le mariage des Eunuques._
+
+
+Il n'est pas difficile de faire voir que la Religion Rforme ne permet
+pas le mariage des Eunuques. Il n'y a aucune autre Communion Chrtienne
+qui se soit dclare aussi formellement qu'elle sur ce sujet, outre
+qu'il est tout fait oppos l'Esprit dont elle est anime, & la
+Doctrine qu'elle professe, elle en a fait un Canon exprs de sa
+Discipline: Discipline que l'on sait tre le rsultat, ou pltt la
+Quintessence de ses Synodes Nationaux. Cet article est le quatorzime du
+chapitre treizime qui traite des mariages; voici quels en sont les
+termes.
+
+_Comme ainsi soit que la principale occasion du mariage soit d'avoir
+ligne & de fuir paillardise, le mariage d'un homme notoirement Eunuque,
+ne pourra tre re ni solemnis en l'Eglise Rforme._
+
+Le clbre Mr. de Larroque qui a fait voir la conformit de cette
+Discipline avec celle des anciens Chrtiens, montre que telle toit la
+Jurisprudence de l'Eglise primitive. J'avou que cette Discipline ne
+faisoit loi qu'en France, mais depuis que l'Edit de Nantes y a t
+rvoqu, que les Rformez ont t contraints d'en sortir, & que la
+plpart d'eux se sont rfugiez dans le Brandebourg, Sa Majest le Roi de
+Prusse l'a autorise dans ses Etats pour ce qui concerne les Franois
+qui y sont tablis[233], & en a ordonn l'xcution lors qu'on pourroit
+s'y conformer sans donner atteinte ses Droits Episcopaux; de sorte que
+c'est une Loi en Brandebourg parmi ces nouveaux Sujets, aussi sacre
+qu'elle l'toit en France. C'en est une aussi parmi ses anciens Sujets,
+& parmi tous les Protestans d'Allemagne. C'est ce qu'on peut voir par un
+Livre imprim Halle en l'anne 1685. & recueilli par Jrme Delphinus,
+qui a pour ttre, _Eunuchi conjugium, Die Kapaunen heyrath. Hoc est
+scripta & judicia varia de conjugio inter Eunuchum & virginum Juvencelam
+anno 1666. contracto, quibusdam supremis Theologorum Collegiis petita,
+poste hinc inde collecta, ab Hieronimo Delphino C. P. Hal apud
+Melchiorem Delschlagen 1685._ Et par la Dcision donne sur le cas que
+j'ai rapport dans le chapitre quatrime de la seconde Partie.
+
+La Rpublique de Geneve a re la mme Jurisprudence, & divers cas qui
+s'y sont prsentez font voir qu'elle y est observe. Paul Cyprus dit
+dans son excellent Trait _de Connubiorum_ jure, que cette sage
+Rpublique a une Loi qui deffend aux hommes de se marier avant l'ge de
+dix-huit ans, & aux filles avant quatorze, & qu'il ne suffit pas de
+compter les annes, mais qu'il faut avoir gard principalement la
+vigueur du corps & du tempramment, en ces termes,[234] _Qu'avec l'ge
+on ait gard ce que la corporence portera_. Il est vrai que les
+Rlations du Levant nous apprennent, que les Banians Gentils de ce Pas,
+estiment tellement la conjonction matrimoniale, qu'ils se marient
+presque tous ds l'ge de sept ans; & elles ajotent, que s'ils meurent,
+comme il arrive quelquefois, avant que d'tre mariez, la cotume est de
+louer & de gager une fille qu'ils font coucher avec le mort pour lui
+donner cet avantage d'avoir t mari avant que son corps fut brl
+selon la cotume du Pas. [235]Mais Mr. le Vayer fait diverses
+rflxions qui font voir que cette cotume n'est pas tout fait vaine,
+& que s'ils se marient sept ans, ils sont capables du mariage autant
+que d'autres Peuples le sont dans un ge plus avanc. La diverse
+position des lieux, dit-il, rend nos temprammens si diffrens en toutes
+choses, que Solin nous fera considrer des femmes qui deviennent grosses
+d'enfan cinq ans. Beato Odorico le confirme dans son Itineraire; &
+l'on a v depuis peu de tems dans le Royaume du Mogol une fille ge de
+deux ans seulement qui avoit le sein gros comme une nourrice, & qui
+ayant eu ses purgations un an aprs, accoucha d'un garon.
+
+La mme Jurisprudence Ecclsiastique est tablie en Angleterre comme il
+parot par le chapitre septime du titre _de matrimonio_[236] dans la
+Rformation des Loix Ecclsiastiques, faite prmirement de l'autorit
+de Henri VIII. & acheve & publie ensuite par Edouard VI., ce chapitre
+traite, _de his qu matrimonium impediunt_; & voici ses termes, _Quorum
+natura perenni aliqua Clade sic extenuata est, ut prorsus veneris
+participes esse non possint, & conjugem lateat quamquam consensus mutuus
+extiterit & omni reliqua ceremonia matrimonium fuerit progressum, tamen
+verum in hujusmodi conjunctione matrimonium subesse non potest,
+destituitur enim altera persona beneficio suscipiend prolis & etiam usu
+conjugii caret_.
+
+Les Thologiens de Hollande & leurs Jurisconsultes distinguent, de mme
+que tous les autres, les causes qui empchent le mariage, en deux
+classes, _alia_, disent-ils, [237] _(impedimenta) lege; Illa sunt tas
+immatura, mentis impotentia, corporis ad cohabitationem incapacitas;
+Ista sunt a morbo incurabili, ut ex. gr. lepra; Culpa, diversitate
+Religionis, a propinquitate sanguinis_. J'avou pourtant que Votius qui
+est un des plus grands hommes qui ait t dans les Provinces Unies
+depuis plusieurs sicles, me parot hsiter sur le parti qu'il doit
+prendre au sujet du mariage des Eunuques. Il ne se dtermine point la
+vrit, & renvoye l'xamen de ces sortes de questions aux Jurisconsultes
+& aux Juges auxquels il dit que la connoissance en appartient plus
+lgitimement qu'aux Thologiens.[238] Ce sont donc eux qu'il faut
+consulter, & comme le Droit Civil & le Droit Canon sont observez dans
+ces Provinces, au moins dans les cas qui ne sont pas dterminez par
+leurs Loix & par leurs Cotumes, il est ais de conclurre que le mariage
+des Eunuques n'y est point permis. Voici en un mot les cas, qui selon
+les Jurisconsultes, empchent de contracter mariage.
+
+ _Lepra superveniens, furor, ordo, sanguis & absens,_
+ _Lsaque Virginitas, membri damnum, minor tas,_
+ _Ac hresis lapsus, fideique remissio, prorsus_
+ _Sponsos dissociant & vota futura retractans._
+
+_Fin de la seconde Partie._
+
+
+
+
+
+TROISIME PARTIE.
+
+ Dans laquelle on rpond aux objections qui peuvent tre faites
+ contre ce qui est contenu dans la seconde Partie de cet Ouvrage; &
+ dans laquelle on les rfute.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+
+Premire Objection.
+
+_Que la deffense de se marier ne doit point tre gnrale & commune
+tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont capables de satisfaire
+aux desirs d'une femme._
+
+
+Rponse cette Objection.
+
+Pour xaminer cette Objection & pour y rpondre avec ordre, il faut voir
+premirement, de quelle nature sont ces desirs auxquels un Eunuque est
+capable de satisfaire, s'ils sont lgitimes & permis; & en second lieu,
+quels Eunuques sont capables de satisfaire ces desirs.
+
+Arnobe[239] dit que les Eunuques sont fort amoureux, _& majoris
+petulanti fieri atque omnibus postpositis pudoris & verecundi frnis
+in obscoenam prorumpere vilitatem_; Trence le dit en d'autres termes,
+_Ph. infanis_, dit-il, [240]_Qui ist huc facere Eunuchus potuit. P. Ego
+illum nescio qui fuerit, hoc quod fecis, res ipsa indicat.... P. At pol
+ego amatores mulierum esse audieram eos maximos, sed nihil potesse_.
+Mais pour ne point allguer des tmoignages si anciens, le P. Thophile
+Raynauld dit dans son Livre _de Eunuchis_, qu'il a l quantit
+d'exemples de commerce impur entre des femmes & des hommes mutilez, & il
+se moque de la confiance qu'on a en eux. Andr du Verdier dit la mme
+chose dans ses diverses leons, propos de quoi il rapporte la Sentence
+d'Apollonius de Tyane contre un Eunuque du Roi de Babylone qui fut
+trouv couch avec une des favorites de ce Roi. Cependant, il est
+certain qu'un Eunuque ne peut satisfaire qu'aux dsirs de la chair, la
+sensualit, la passion, la dbauche, l'impuret, la volupt,
+la lubricit. Comme ils ne sont pas capables d'engendrer ils sont plus
+propres au crime que les hommes parfaits, & ils sont plus recherchez par
+les femmes dbauches, parce qu'ils leur donnent le plaisir du mariage
+sans qu'elles en courent les risques.
+
+ [241]_Sunt quas Eunuchi imbelles ac mollia semper_
+ _Oscula delectent & desperatio barb_
+ _Et quod abortivo non est opus._
+
+[242]Tmoin cette femme de Petrone qui parlant un homme qui fait cet
+aveu, _non intelligo me virum esse, non sentio, funerata est pars illa
+corporis qu quondam Achilles eram_, s'exprime en ces termes, _Nunc
+etiam languori tuo gratias ago, in umbra voluptatis diutis lusi_. Cette
+femme toit du caractre de cette Gellia contre laquelle Martial a fait
+cette sanglante Epigramme adresse Pannicus,[243]
+
+ _Cur tantum Eunuchos habeat tua Gellia, quris?_
+ _Pannice, vult fu..... Gellia, non parere._
+
+C'est cette Gellia dont Martial fait ailleurs un si vilain portrait; &
+des larmes de laquelle il parle de cette manire,[244]
+
+ _Amissum non flet, cm sola est Gellia, patrem._
+ _Si quis adest, juss prosiliunt lacrym._
+
+[245]L'Ecclsiastique dit, que celui qui viole la Justice par un
+jugement injuste, est comme l'Eunuque qui veut faire violence une
+jeune vierge. On sait qu'il y a eu autrefois des Pas o les Princesses
+vierges toient confies la garde des Eunuques. Le Sage compare la
+Justice une de ces vierges, & les Juges ceux qui auroient d la
+garder avec une fidlit pleine d'un profond respect. Quelques Eunuques
+sont donc capables de satisfaire quelques desirs d'une femme, mais
+tous ces desirs sont illgitimes & ne peuvent point tre permis dans le
+mariage, _obscn procul hinc discedite flamm_! [246]Une femme qui a ces
+desirs est une paillarde, & un Eunuque qu'elle souffre dans son lit est
+l'instrument de son crime. Voici la Sentence qui les dclare coupables
+l'un & l'autre; [247]_origo quidem amoris honesta erat, sed magnitudo
+deformis; nihil autem interest ex qua honesta causa quis insaniat; unde
+& Xistus Pithagoricus in sententiis; Adulter est, inquit, in suam uxorem
+amator ardentior; In aliena quippe uxore omnis amor turpis est, in sua
+nimius. Sapiens judicio debet amare conjugem, non affectu; non regnet in
+eo voluptatis impetus, nec prceps feratur ad coitum; nihil est
+foedius qum uxorem amare quasi adulteram._ Saint Jrme prononce leur
+condamnation plus clairement & plus expressment; _Liberorum erg_,
+dit-il, _in matrimonio concessa sunt opera, voluptates autem qu de
+meretricum amplexibus capiuntur in uxore sunt damnat_. Les Casuistes
+dcident mme fort prcisment, que les mariages qui se font par
+amourette, comme on parle, sont trs blmables. Les mariages drglez,
+disent-ils, ont t la cause du dluge; [248]les fils de Dieu voyans que
+les filles des hommes toient belles, prirent celles d'entr'elles qui
+leur avoient pl; ces mariages furent cause de la ruine de toute la
+terre.
+
+Le desir lgitime & permis d'une femme est d'avoir des
+enfans. [249]Donnez moi des enfans, disoit la chaste Rachel Jacob son
+mari. Didon se voyant sur le point d'tre abandonne de son ne, lui
+parle en ces termes,[250]
+
+ _Saltem si qua mihi de te suscepta fuisset_
+ _Ante fugam soboles, si quis mihi parvulus aul_
+ _Luderet neas, qui te tantum ore referret_
+ _Non equidem omnin capta aut deserta videret._
+
+Je veux tre mre, je veux engendrer des enfans, & c'est pour cela que
+j'ai pris un mari, c'est l le langage d'une femme honnte & sage: &
+bien loin que, selon les rgles de la fausse pudeur de certaines gens,
+elle soit blamable, lors qu'elle se plaint de ce que son mari n'est pas
+capable de satisfaire ses justes desirs, & qu'elle demande d'en tre
+spare, elle est au contraire trs digne de louanges de ne pouvoir se
+rsoudre faire toute sa vie les actions d'une impudique; [251]_volo
+esse mater, volo filios procreare & ide maritum accepi, sed vir quem
+accepi frigid natur est, & non potest illa facere propter qu illum
+accepi_. C'est l le but lgitime du mariage. Il est vrai qu'on n'y
+parvient pas tojours; il y a des femmes striles, mais on n'en sait
+pas la cause; il ne manque rien elles, ni leurs maris, de ce qu'il
+faut pour engendrer, l'un n'a rien reprocher l'autre, c'est Dieu
+qu'ils doivent demander des enfans: ils sont dans le cas de [252]Jacob,
+qui disoit sa femme lors qu'elle lui demandoit des enfans, _suis je
+Dieu?_ Quoi qu'il en soit, lors qu'on se marie, il faut suivre le
+conseil que l'Ange Raphael donnoit [B]Tobie, Ecoutez-moi, lui dit-il,
+& je vous apprendrai qui sont ceux sur qui le Dmon a du pouvoir; lors
+que des personnes s'engagent tellement dans le mariage qu'ils bannissent
+Dieu de leur coeur, & de leur esprit, & qu'ils ne pensent qu'
+satisfaire leur brutalit comme les chevaux & les mulets, qui sont sans
+raison, le Dmon a pouvoir sur eux. Mais pour vous la troisime nuit
+vous recevrez la bndiction de Dieu, afin qu'il naisse de vous deux des
+enfans dans une parfaite sant. La troisime nuit tant passe vous
+prendrez cette fille dans la crainte du Seigneur, & dans le desir
+d'avoir des enfans, pltt que par un mouvement de passion, afin que
+vous ayez part la bndiction de Dieu.
+
+Tous les Eunuques ne sont pas capables de satisfaire mme ces desirs
+impurs dont je viens de parler; les Jurisconsultes distinguent les
+Eunuques. [253]_Quantm inter est_, disent-ils, _inter hc vitia qu
+Grci, [Grec: kakontheian] vitiositatem dicunt, interque [Grec: paths]
+id est perturbationem, aut [Grec: noson], id est morbum, aut [Grec:
+arrsian], id est grotationem, tantum inter talia vitia & cum morbum ex
+quo quis minus aptus usui sit, differt_; les uns pchent en quantit
+d'humeur radicale, d'autres en qualit, d'autres en quantit & en
+qualit tout ensemble; & enfin, _sin autem quis ita spado est ut tm
+necessaria pars corporis ei penits absit, morbosus est_, dit la Loi 7.
+ff. _de dilitio Edicto & Redhibitione, & quanti minoris_. Mais de
+quelque nature qu'ils soient, il ne leur doit point tre permis de se
+marier, parce qu'ils ne peuvent satisfaire qu' des desirs impurs,
+illgitimes, illicites, & qui bien loin d'tre approuvez, ne doivent pas
+mme tre tolrez.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+
+CHAPITRE II.
+
+
+Seconde Objection.
+
+_Le mariage est un Contract civil, par lequel il est permis tout le
+monde de s'engager._
+
+
+Rponse cette Objection.
+
+Il y a plusieurs causes pour lesquelles le mariage ne peut tre
+contraint; les Jurisconsultes en ont renferm les principales dans ces
+trois Vers;
+
+ _Votum, vis, error, cognatio, crimen, honestas,_
+ _Relligio, raptus, ordo, ligamen & tas,_
+ _Amens, affinis, si Clandestinus & impos._
+
+Mais il faut entrer dans un xamen plus particulier de cette matire qui
+est digne d'attention;
+
+C'est un principe en droit, que _Edictum Matrimonii est prohibitorium_,
+c'est dire, que _Matrimonium cuilibet contrahere licet, cui non
+prohibetur_. Il n'est donc pas si gnralement permis qu'il n'y ait des
+cas & des personnes auxquelles il soit deffendu.
+
+Les causes qui empchent le mariage sont en assez grand nombre & de
+diverse nature. Les unes sont tires galement du Droit Civil, & du
+Droit Canon; les autres manent uniquement du Droit Civil, & les autres
+sont tablies particulirement par le Droit Canon.
+
+Celles qui sont communes l'un & l'autre droit, sont l'ge de pubert
+qu'on n'a point atteint; la parent, l'alliance, la diffrence de
+Religion, l'impuissance du mari, ou de la femme, & l'honntet publique;
+
+Celles qui sont particulires au Droit Civil, sont l'tat de la
+personne, si elle est esclave & qu'on ait cr qu'elle toit libre; le
+rapt, la puissance qu'on a sur la fille, _propter periculum impressionis
+sive coactionis_; l'ingalit du rang toit aussi autrefois une cause
+qui empchoit le mariage, mais elle a t retranche dans le Droit Civil
+nouveau, c'est dire, par les Constitutions des derniers Empereurs.
+_Jure novissimo inter eas personas nupti non prohibentur._[254]
+
+Celles enfin qui sont particulires au Droit Canon, sont de deux sortes,
+les unes dclarent le mariage illgitime & inutile tout ensemble, tels
+sont les ordres sacrez qu'on a pris, le voeu solemnel qu'on a fait, ou
+la profession d'une vie rgulire, le rapt, & le crime; les autres
+rendent illgitime seulement, telles sont les fianailles contractes
+avec une autre femme; le simple voeu, la deffense du Suprieur; le
+tems deffendu par l'Eglise; la parent spirituelle qu'un matre
+contracte en enseignant une jeune fille les principes de la Religion;
+l'hrsie, la pnitence publique, & le crime: ce crime dont le Droit
+Canon parle ici a diverses espces. 1. L'inceste. 2. La mort qu'un mari
+a donn sa femme pour en pouser une autre. 3. La mort donne un
+Prtre; le rapt fait de la promise d'un autre. 4. Un mariage contract
+auparavant avec une Moinesse, ou une Religieuse.
+
+Voila donc beaucoup de causes qui empchent de contracter mariage, de
+sorte qu'on ne peut pas dire qu'il soit permis tout le monde, &
+tojours, de le Contracter. L'impuissance du mari est une des
+principales, aussi est-elle galement tablie par le Droit Canon, comme
+je l'ai fait voir amplement dans la seconde partie de cet Ouvrage.
+
+Cette Jurisprudence n'est pas particulire aux Contracts de mariage,
+elle s'tend aux accords, aux Pactes, & toute sorte de Contracts;
+_Edictum Contractuum est prohibitorium_, c'est dire, _omnibus
+contrahere licet quibus non prohibetur_; mais il est dfendu certaines
+gens de contracter. 1. Par la nature, lors qu'ils ne sont point capables
+de donner leur consentement, tels sont les fous, les innocens, les
+furieux, les prodigues, qui sont mis au mme rang que les furieux; les
+yvrognes pendant qu'ils sont yvres; les enfans en bas ge, les sourds &
+les muets. 2. Par la Loi, tels sont les fils de famille; le pre mme
+auquel il n'est point permis de contracter avec son fils qui est sous
+son pouvoir; une femme, un esclave, un Gouverneur de Province, _propter
+periculum metus & impressionis_.[255] 3. Par les hommes, ab homine, par
+convention faite entr'eux, par xemple, Mvius a vendu son cheval
+Titius condition qu'il ne le revendroit point ou que s'il le revendoit
+ce ne pourroit tre qu' certaines personnes, il n'est pas permis
+Titius de le vendre une autre. Mvius, en le lui vendant lui a impos
+la loi, _Rei enim su quisque moderator est, & arbiter; Rei su legem
+quisque dicere potest_. 4. Enfin, par les Cotumes des lieux o l'on se
+trouve, par xemple, _Donationem contrahere conjuges prohibentur ne
+promercalis inter eos amor fiat_, &c.
+
+Il est des choses comme des personnes, il n'est pas permis de contracter
+de toute sorte de choses; il y en a dont la nature dfend de contracter,
+d'autres, la Loi, & d'autres les accords faits entre les hommes; les
+choses Sacres, Religieuses & Saintes, sont d'une nature n'entrer
+jamais dans le commerce des hommes; un homme libre, _liberi hominis
+contractus non est_. Les choses impossibles. Certaines choses sont
+deffendues par la Loi, telles sont celles par lesquelles le Public
+recevroit du prjudice, _ex quibus utilitas publica lderetur_. Les
+choses infames & mal-honntes qui sont contre les bonnes moeurs. La
+succession d'un homme vivant, _contractus de futura successione
+viventis_. _Ab homine._ Par accord fait entre les hommes, par xemple,
+_si quis caveat ne vicinus qurat aquam in suo solo_. C'est donc une
+erreur de croire qu'il soit permis tout le monde de contracter; il est
+encore moins permis tout le monde de contracter mariage. On dit
+communment que le Contract est le pre de l'obligation, _vulg dicitur
+contractus pater obligationis, mater ver actionis, obligatio_. Tous
+ceux qui contractent sont tenus de donner ou de faire ce qu'ils ont
+promis, _omnis obligatio vel in dando vel in faciendo consistit, ac
+demm_, disent les Jurisconsultes, _nisi quis id, aut det, aut faciat
+quod daturum se facturumve promisit, actione coram Magistratu proposita,
+ad id cogi potest_; sans cela ce seroit un Contract frustratoire &
+ridicule. Comment un Eunuque peut-il s'obliger procrer ligne? Et
+quand il s'y seroit oblig, comment pourroit-on le contraindre
+xcuter sa promesse? Tout cela est impossible; or _ex sui natura res
+qu nec dari nec fieri ullo modo potest, in contractum deduci non debet;
+impossibilium enim nulla est obligatio_; voila la rgle de
+Droit; [256]_sub conditione data, non data censentur, cessante
+conditione; itaque deficiente conditione contractus celebratus censetur
+resolutus ab ipso initio_. [257] On se marie sous la condition que le
+mari engendrera ligne, s'il ne peut l'engendrer le mariage est nul &
+rsolu. L'honntet publique veut donc qu'on l'empche, & il vaut mieux
+le deffendre, que d'tre obligez ensuite le casser, comme je l'ai fait
+voir ailleurs.
+
+
+
+
+CHAPITRE III.
+
+
+Troisime Objection.
+
+_Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage, except ceux
+qui concernent la gnration, peut le contracter parce que_, consensus
+non concubitus matrimonium facit.
+
+Un [258]savant homme & bel esprit tout ensemble dit, qu'il faut sur tout
+qu'un homme sache son mtier; car, ajote-t-il, il est honteux qu'on
+dise de nous, que nous savons except ce que nous devons savoir. On
+peut dire qu'il est ridicule de prtendre qu'un mari soit un bon mari,
+remplissant bien les devoirs du mariage, lors qu'il n'est pas capable
+d'en faire les principales fonctions. Il n'est pas d'un mari comme de ce
+bouffon dont le Cardinal du Perron a parl. [259]Etant Mantou le Duc
+lui fit voir un bouffon qu'il disoit tre _Magro Buffone, & non Haver
+Spirito_. Le Cardinal rpondit que ce bouffon avoit pourtant de
+l'esprit, & le Duc lui ayant demand pourquoi? Parce, lui dit-il, qu'il
+vit d'un mtier qu'il ne sait pas faire; le mtier de mari n'est pas la
+mme chose, on n'en vit point, lors qu'on ne le sait pas faire;
+
+ [260]_Nihil ibi per ludum simulabitur, omnia fient_
+ _Ad Verum._
+
+Quand cela n'est point une femme souffre beaucoup, une nuit lui parot
+bien longue,
+
+ [261]_O nox qum longa es qu facis una senem!_
+
+Tmoin les angoisses & les sueurs froides de cette femme dont parle
+Martial[262],
+
+ _Cum sene communem vexat spado Dyndimus Eglen_
+ _Et Jacet in medio ficca puella toro,_
+ _Viribus hic operi non est, hic utilis annis._
+ _Ergo sine effectu prurit uterque prior._
+ _Supplex illa rogat pro se miserisque duobus,_
+ _Hunc Juvenem facias, hunc Cytherea virum!_
+
+Ce n'est donc pas dans la pratique qu'on trouve la vrit de cette
+maxime, [263]_Consensus non Concubitus matrimonium facit_. Voyons en quel
+sens, & de quelle manire on la trouve dans la Thorie.
+
+Les Jurisconsultes mettent une grande diffrence entre le consentement
+qui se donne aux fianailles, & celui qui se donne aux nces; l'un ne
+consiste qu' promettre de clbrer les nces, & l'autre consiste
+promettre qu'on consommera le mariage. [264]_Aliud est_, disent-ils,
+_Nuptias contrahere, aliud ad Nuptias contrahendas se se obligare_. L'un
+de ces consentemens fait une paction, _de futuro conjugio_. L'autre au
+contraire en fait une _de prsenti_. Dans l'un ce n'est qu'une promesse
+_de accipienda uxore_; Dans l'autre c'est l'excution de cette promesse,
+_uxor accipitur. Promssio prius facta verbis, rebus ipsis, & factis
+ratificatur._ Il y a autant de diffrence entre ces deux consentemens,
+qu'il y en a entre la promesse & l'excution. Dans l'un l'homme ne
+consent pas d'tre aussi-tt mari & de consommer le mariage, il promet
+seulement de le devenir. Mais dans l'autre, l'homme _eo ipso momento
+maritus fieri vult, & eo animo & destinatione consentit ut sit
+matrimonium_. Il promet de le consommer; c'est au premier de ces deux
+cas qu'il faut appliquer la maxime dont il s'agit ici.
+
+Mais voici le sens vritable de cette maxime, & l'application qu'il en
+faut faire. Elle signifie que la simple cohabitation ne fait point
+l'essence du mariage; il ne suffit pas d'avoir connu charnellement une
+femme pour en conclure qu'on est mari avec elle, le consentement de
+l'un & de l'autre d'tre mari ensemble, est absolument ncessaire. Ce
+consentement n'est point celui que ces deux personnes se donnent
+mutuellement de se connotre l'une l'autre, _consensus cohabitandi &
+individuam vit consuetudinem retinendi facit conjugium_, selon le
+sentiment des Jurisconsultes; ce n'est donc ni le consentement seul, ni
+la cohabitation seule, qui font sparment le mariage, c'est
+l'assemblage de tous les deux. D'ailleurs, le consentement dont il est
+ici question, _ad Nuptiarum probationem, sed non ad Nuptiarum
+substantiam, pertinet_. Le but de cette maxime n'est pas de dclarer en
+quoi consiste l'essence du mariage, mais quel tems il faut le fixer, &
+de quel moment il faut compter qu'il est contract. _Non ex concubitu
+nupti fatis probantur, sicuti & retr secubitu matrimonium non
+dissociatur, seu separatione Thori aut habitationis._ Ces unions & ces
+sparations ne concluent rien; il y a des conjectures plus certaines
+tablies par les Jurisconsultes pour juger de la consommation du
+mariage; ils les tirent _ex comparatione personarum, ex vit
+conjunctione, ex vicinorum opinione, ex deductione in domum mariti; ex
+aqu & ignis acceptione, ex dotalibus instrumentis, seu tabulis
+nuptialibus, seu testatione_, ce qui, au rapport de Busbeque, fait parmi
+les Turcs, la diffrence de la femme & de la concubine. Mais tout cela
+n'est point l'essence du mariage, ce sont des conjectures, ou des
+preuves, par lesquelles on peut juger qu'il y a un mariage contract
+entre certaines personnes. Si le mariage ne consistoit que dans le
+consentement on pourroit bien dire comme cette femme qu'Ovide fait
+parler,
+
+ _Si mos antiquis placuisset matribus idem,_
+ _Gens hominum vitio deperitura fuit._
+ _Qui que iterm Jaceret generis primordia nostri_
+ _In vacuo lapides orbe parandus erat._
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+
+Objection quatrime.
+
+_Quand on ne peut pas tre auprs d'une femme comme mari, on doit y tre
+comme frre, & habiter avec elle comme avec une soeur._
+
+
+Rponse cette Objection.
+
+Cette objection est fonde sur le chapitre _Laudabilem est infr_[265],
+qui contient ces mots, _quod si ambo consentiant simul esse, vir etiam &
+si non ut uxorem, saltem habeat ut sororem_, la glose sur ces mots
+_ambo_, dit prcisment qu'il faut que l'un & l'autre consentent, _quia
+cum nullum sit matrimonium non tenetur alter alteri_.
+
+Deux rflexions dtruiront l'objection fonde sur ces paroles. La
+prmire, qu'elles sont rlatives la facult qui est donne la femme
+de faire rsoudre son mariage, aprs que pendant un certain tems elle
+s'est assure de l'impuissance de son mari; elle peut faire casser son
+mariage, moins que l'un & l'autre ne veuillent bien habiter ensemble
+comme frre & soeur. Il parot donc par l qu'il s'agit d'un mariage
+contract, & non pas d'un mariage contracter. Qu'il s'agit d'un homme
+reconnu impuissant aprs une longue exprience, & non point d'un Eunuque
+qui est notoirement impuissant, & qui ne peut par aucun ressort de la
+nature, ni par aucun artifice de l'art devenir jamais capable
+d'engendrer.
+
+La seconde rflxion consiste en ce qu'il faut que l'une & l'autre des
+parties consente de rester ensemble sur ce pied de frre & de soeur:
+ce qui montre qu'il n'y a plus de lien entr'eux; que le premier
+consentement qu'ils ont donn leur union n'ayant pas produit l'effet
+pour lequel il avoit t donn, il est naturellement & _ipso facto_
+rvoqu. Qu'il en faut un nouveau donn sur connoissance certaine de la
+personne; qu'alors ce n'est plus un mariage, mais une union de support
+qui ne peut tre qu'onreuse la femme; car enfin, le doux nom de
+soeur n'est pas capable de consoler de la perte des avantages de la
+qualit de femme. Quand on est une fois mari on ne s'aime plus
+qu'entant qu'on est mari & femme. Comme cette Biblis dont Ovide nous
+fait l'histoire, une femme n'aime point d'tre appelle soeur par un
+homme qui tient lieu de mari.
+
+ [266]_Jam Dominum appellat, jam nomina sanguinis odit,_
+ _Biblida, jam mavult, qum se vocet ille sororem._
+
+En un mot, cette objection tombe d'elle-mme, puis qu'elle ne concerne
+que des mariages contractez avec des hommes reconnus impuissans par
+l'usage; & qu'il s'agit ici de savoir s'il doit tre permis des
+Eunuques connus pour tels, de contracter mariage.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+
+CHAPITRE V.
+
+
+Cinquime Objection.
+
+_Si le Mariage devoit tre deffendu aux Eunuques parce qu'ils ne peuvent
+pas engendrer, il devroit l'tre aussi aux personnes ges que la
+vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne leur
+tant point deffendu, il ne doit point l'tre aussi aux Eunuques._
+
+
+Rponse cette Objection.
+
+Cette objection est fonde sur un faux principe, savoir qu'on n'a droit
+d'tre mari qu'entant qu'on est capable d'engendrer; si cela toit, ds
+qu'un mari & une femme n'engendrent plus, ou lors que la femme est
+strile il faudroit les dmarier. Ce principe & la consquence qui s'en
+tire naturellement sont si absurdes, qu'il suffit de les proposer pour
+les faire rejetter.
+
+Si cette Objection n'est point fonde sur ce principe elle est encore
+moins sotenable; car un homme, moins que d'tre retourn en enfance,
+ou que d'tre attaqu de quelqu'infirmit capitale, est capable
+d'engendrer dans quelqu'ge qu'il se trouve. On voit mille xemples dans
+le monde de vieillards qui ont eu des enfans l'ge de quatrevingt &
+dix ans, qui est l'ge le plus avanc de l'homme; de sorte qu'on peut
+dire qu'un homme bien constitu peut engendrer toute sa vie; cependant,
+s'il toit tellement dcrpit qu'il ne pt faire aucune fonction du
+mariage, qu'il ft comme un Eunuque, j'avou qu'il agiroit contre
+l'institution du mariage, & que le Magistrat, ou ses Suprieurs
+Ecclsiastiques feroient trs bien de l'en empcher en lui reprsentant
+ce qu'Ajax dit Ulysse dans les Mtamorphoses d'Ovide,
+
+ _Debilitaturum quid te petis Improbe munus?_
+
+Qu'il va faire comme le mle des Alcyons qui tant si vieux qu'il ne
+peut se remuer, s'apparie avec sa femelle & meurt en cet tat. A moins
+que cet homme n'et eu plusieurs enfans dans sa jeunesse, ou qu'il et
+eu une femme strile, en ce cas il peut trs lgitimement, mon avis,
+pouser une femme d'un ge proportionn au sien, [267]parce que le feu de
+la jeunesse tant pass dans l'un & dans l'autre, & les inconvniens que
+je remarquerai dans le chapitre suivant n'tant point craindre, c'est
+proprement dans ce cas qu'un mari recevant beaucoup d'aide & de secours
+de sa femme il peut la regarder comme soeur, s'il ne peut la regarder
+comme femme, puis que lui ni elle ne peuvent point procrer ligne.
+
+Mais la principale raison est, que les gens auxquels on n'a que la
+vieillesse reprocher, auroient p, peut-tre, engendrer, & ont,
+peut-tre, effectivement engendr dans leur jeunesse; ils ont donc la
+facult d'engendrer, mais ils n'engendrent point en effet; l'ge est en
+eux un obstacle plus puissant que la nature qui les avoit rendus
+capables d'engendrer. Or ne voit-on pas que la nature fait souvent des
+efforts, ou que la Providence lui donne des forces par le moyen
+desquelles elle surmonte les obstacles de l'ge. [268]Je ne rapporterai
+point la Fable du bon Vieillard Hircus qui pria trois Dieux qui vinrent
+chez lui, de lui donner un fils, quoi que sa femme ft dj fort avance
+en ge, ce qu'ils lui accordrent; les Savans croyent que c'est
+l'histoire d'Abraham & de Sara, dguise: mais j'allguerai le
+tmoignage de Valesque de Tarente qui dit, comme une chose fort
+merveilleuse, dans son _Philonium_[269], qu'il a v une femme qui avoit
+ses mois l'ge de soixante ans, & qui eut un fils l'ge de
+soixante-sept ans. Et le tmoignage de Mauricius Codeus, qui dit dans
+son Commentaire sur le premier Livre d'Hypocrate touchant les maladies
+des femmes, qu'il a appris qu'une Demoiselle a eu ses mois tant ge de
+soixante & dix ans, & qu'elle avoit con un enfant bien form, dont
+elle avoit avort pour avoir t trop agite du mouvement d'un Coche
+dans lequel elle avoit t. La Loi _si major_ au Code _de legitim.
+Hred._ parle d'un enfant mis au monde par une femme qui avoit pass
+cinquante ans. Cornelia dont Pline parle, eut aprs soixante-deux ans
+Volusius Saturninus qui fut Consul. Et le Docte Joubert dit
+positivement, qu'une femme marie un Coturier dans la Ville
+d'Avignon, nomm _Andr_, domestique du Cardinal de Joyeuse, continua
+d'enfanter jusqu' l'ge de septante ans. Mais si la nature ne peut pas
+surmonter ces obstacles, Dieu qui est le Matre de la nature, ne les
+surmonte-t-il pas souvent, en donnant des enfans des femmes qui ont
+perdu l'esprance d'en avoir, [270]Sara, & Anne, qui depuis[271] fut mre
+de Samuel, en sont des exemples. Il donne, dit le Psalmiste, celle qui
+toit strile la joye de se voir dans sa maison la mre de plusieurs
+enfans. [272]Le Prophete Esae dit la mme chose, & l'exprience l'a
+justifi si souvent qu'il n'y a point lieu d'en douter.
+
+Il y a donc bien de la diffrence entre le mariage des Vieillards &
+celui des Eunuques. Dieu se sert souvent de moyens humains pour faire
+des Miracles. Les personnes fort ges peuvent servir de moyens, mais
+les Eunuques n'ayans point ces moyens, ils ne peuvent point tre des
+instrumens dans la main de Dieu pour faire ces miracles. Ainsi on peut
+dire que, ni naturellement, ni surnaturellement, ils ne peuvent point
+engendrer, & que par consquent ils ne sont en nulle manire, ni
+capables, ni dignes du mariage.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+
+CHAPITRE VI.
+
+
+Sixime Objection.
+
+_Quand la femme qui pouse un Eunuque sait qu'il est Eunuque, & qu'elle
+n'ignore point les consquences de son tat, il doit lui tre permis de
+l'pouser si elle le souhaite, parce que_ volenti non fit injuria.
+
+
+Rponse cette Objection.
+
+Cette maxime _Volenti non fit injuria_, est tablie par le Droit Civil,
+& par le Droit Canon; l'un dit, [273]_que usque ade autem injuria qu
+fit liberis nostris, nostrum pudorem pertingit, ut etiam si volentem
+filium quis vendiderit patri, suo quidem nomine competit injuriarum
+actio, filii ver nomine non competit, quia nulla injuria est qu in
+volentem fiat_; l'autre Droit dit que, [274]_scienti & consentienti non
+fit injuria_; Elle est tire de la Loi 145. _ff de diversis regulis
+juris_, qui porte, que _nemo videtur fraudare eos qui sciunt &
+consentiunt_, & elle est en quelque sorte explique par le . _si
+intelligatur_. 6. de la Loi prmire, _Dig. de dilitio Edicto. Si
+intelligatur vitium, morbus que mancipii ut plermque signis quibusdam
+solent demonstrare vitia, potest dici edictum cessare; hoc enim tantm
+intuendum est ne emptor decipiatur._ Pour pouvoir conclure qu'une femme
+est trompe volontairement & de son consentement, il faut qu'il conste &
+qu'il apparoisse clairement & manifestement qu'elle n'a t ni induite,
+ni sduite; qu'elle a s les defauts de l'Eunuque, & les incommoditez
+qu'elle en souffriroit, sans cela elle est trompe, & elle est trompe
+par surprise & non pas volontairement. J'ajote qu'il faut qu'une femme
+soit assure de sa continence & de sa chastet, qu'elle sache que les
+defauts de l'Eunuque, & les incommoditez qu'elle en souffrira, mettront
+l'une & l'autre de ces deux vertus trs souvent l'preuve, & qu'elle
+pourra srement sotenir toutes ces preuves, sans cela, prsuppos que
+_volenti non fiat injuria_ le Magistrat ni ses Suprieurs
+Ecclsiastiques ne doivent point lui permettre de s'exposer la
+tentation, & de se mettre dans un danger vident de tomber dans le crime
+comme je le ferai voir dans la suite de ce chapitre; il ne doit point
+lui permettre par consquent de se marier; l'Objection tombe dans ce
+cas. Il y a d'autres exceptions cette rgle gnrale, que les
+Jurisconsultes rapportent; par xemple, [275]_si quis puellam volentem
+rapuerit; si quis filium volentem intervertat. Si quis servum volentem
+corrumpat_; & plusieurs autres semblables. Le sens vritable de cette
+maxime est, qu'une personne qui a consenti l'injure qui lui a t
+faite, ne peut point agir par action d'injure contre l'injuriant. Voici
+donc l'application qu'il faut faire de cette maxime au cas du mariage
+d'un Eunuque. Lors qu'un mariage est dclar nul par, ou cause de
+l'impuissance du mari, il n'est pas seulement condamn rendre la dote
+qu'il a re de sa femme, pour laquelle il n'est point admis ni re
+faire cession de biens, mais aussi aux dommages & intrts envers elle,
+& elle n'est point tenu la restitution des bagues qui lui avoient t
+donnes. Mais lors qu'elle a s, avant que de l'pouser, qu'il toit
+impuissant, elle peut bien faire casser son mariage, ou pltt faire
+dire qu'il n'y en a point, mais elle ne peut pas intenter l'action
+d'injure ou de dommages & intrts, parce que _volenti non facta fuit
+injuria_. Elle mrite qu'on lui fasse ce reproche d'Horace[276] _Prudens
+emisti vitiosum, dicta tibi est lex, insequeris tamen hunc & lite
+moraris iniqua_. C'est l la Jurisprudence universelle de tous les Pas.
+Mais pour rpondre solidement & d'une manire qui soit sans replique
+cette Objection, je ne puis faire rien de mieux que de me servir des
+termes du Docte Cyprus, tels qu'ils sont contenus dans les Articles 41.
+& 42. du Paragraphe treizime du chapitre neuvime de son excellent
+Ouvrage, _de Jure connubiorum_: en dtruisant l'Objection ils finiront
+aussi trs dignement ce chapitre & cet Ouvrage. [277]_Quritur si mulier
+spadoni vel Eunucho fidem dederit, non ignara eum hoc vitio affectum,
+vel post sponsalia resciverit, eum virum non esse, & nihilominus nuptias
+consummare cupiat, id ei concedendum fit? Et si quidem constiterit eum
+ad commixtionem conjugalem inhabilem esse, nuptiis illi inter dicendum &
+sponsalia dissolvenda existimaverim. 1. Quod lege Divina spadones
+prohibeantur mariti fieri. Deuteronom. 13. Itaque nec illis mulieres
+nubere possunt. 2. Quod & Imperatorum constitutionibus id vetitum est.
+3. Quod ejusmodi conjugium Benedictionis non sit capax. 4. Quod nulla
+istarum causarum propter quas conjugium Deo institutum est, hic locum
+habeat. 5. Propter periculum, ne mulier alibi amori operam dare
+incipiat, (ut est natura hominum proclivis ad libidinem) & conjugio,
+cujus usum nullum habere potest, pro velamento turpitudinis utatur. Nec
+ad rem facit quod mulier sciens volens nuptias illas cupiat; Nam in re
+tanti momenti Magistratus est partibus consulere qui suis commodis
+consulere non possunt, cm perire volens audiendus non sit. Nam verendum
+est, ut dixi, ne mulier ejus pertsa conjunctionis alium portum qurat
+quo se se recipiat, ut Theognidis verbis utar. Quibus incommodis
+Magisstratum mederi oportet, usque ade ut etsi de viri vitio aut morbo
+non quratur uxor, nihilominus hisce nuptiis intercedere debeat._
+
+_Sed quid si mulier sciens volens spadoni nupserit, & matrimonium
+consommatum sit? Resp. sibi Imputare debet qu ei quem scit virum non
+esse, nupserit. Interim tamen matrimonium [Grec: agamos gamos], id est
+pro nullo habendum est, ut quod contra leges inter eas personas coirit,
+qu matrimonio jungi non possunt. Qu de Caus etiamsi cum facti non
+poeniteat, nihilominus Viro discedere debere, & si nolit, segregandam
+esse existimaverim. Neque enim mulier prava & legibus prohibita su
+conniventia recta efficere potest. Et Conjugium confirmatur officio
+carnali, Verum antequm confirmetur, impossibilitas officii solvis
+vinculum conjugii. 33. Qust. 1. cap. 1. Verba Augustini. Quamvis contra
+sentiat Papa Alexander, vel ut alii volunt, Lucius, cap. requisivisti,
+33. Qustione prima, qui vult eas qu pro uxore haberi non possunt, pro
+sororibus habendas; quod vix est ut defendi possit, idque propter illas,
+quas commemoravimus causas._
+
+FIN.
+
+ * * * * *
+
+
+NOTES:
+
+[1] Comme l'illustre Mr. Bayle toit encore en vie quand cette Ddicace
+a t faite, on n'a pas trouv qu'il fut ncessaire d'y rien changer,
+quoi qu'il soit mort depuis.
+
+[2] Mr. de Montpinslon.
+
+[3] Histoire des Ouvrages des Savans. Mois de Janvier, Fvrier & Mars
+1706. pag. 84. & suiv.
+
+[4] Nouv. de la Rpub. des Lett. Janv. 1704 p. 117.
+
+[5] Nouvelles de la Rpublique des Lettres tom. 1. Mois d'Avril 1684.
+pag. 117.
+
+[6] Patiniana pag. 25.
+
+[7] Capitul. 9. tit. 19 de procuratoribus lib. 1. sexti Decretal.
+
+[8] Imperat. Leonis constitut. 26. in princip.
+
+[9] Novel. 21. tit. 1. de Nuptiis. In prfat.
+
+[10] L. 197. de divers. regul. Jur.
+
+[11] Liv. 14. ch. 6.
+
+[12] In Eutrop. lib. 1. V. 339.
+
+[13] Christophori Helvici Theatrum Historicum pag. 5.
+
+[14] St. Remuald. Thresor Chronol. & Histor. fol. tom. 1. pag. 79.
+
+[15] Valere Maxime liv. 9, ch. 3. art. 13.
+
+[16] Lucien dans son dialogue Intitul le menteur ou l'Incredule.
+
+[17] Etymologicon Lingu Latin.
+
+[18] Genese Ch. 37. V. 36.
+
+[19] Joseph. Antiq. Judaic. liv. X. ch. 16.
+
+[20] St. August de civit. Dei. tom. 1. pag. 603.
+
+[21] L. 2. . 1. ff. de Adoptionibus.
+
+[22] Lettre 117. dans la traduction que Mr. l'Abb de Bellegarde a faite
+des Epitres de S. Basile.
+
+[23] Lib. 16. cap. 7.
+
+[24] Lib. 16. cap. 7.
+
+[25] Controvers. 33. lib. 5.
+
+[26] St. Matth. ch. 19. V. 12.
+
+[27] L. 147. de div. reg. Jur.
+
+[28] L. 121. ff. de verbor. significat.
+
+[29] Liv. 6. ch. 5. & sur tout. liv. 10. ch. 1.
+
+[30] Liv. 2. Eleg. 2.
+
+[31] Voy. Plin. liv. 13. ch. 4.
+
+[32] Plutarq. In Alexandr.
+
+[33] Liv. 7. ch. 2.
+
+[34] Satyr. 10. V. 306. 307.
+
+[35] Liv. 6. ch. 10.
+
+[36] Voy. Crinitus de honnesta disciplina liv. 9. S. Romuald fol. tom.
+2. pag. 185.
+
+[37] Luithprand. Ticinensis. liv. 4. de rebus per Europam gestis. cap.
+4. Meibomius. Rerum Germanicar. tom. 1. c. 47. pag. 247. Camerar.
+Meditat. Historic. tom. 1. lib. 5. cap. 19.
+
+[38] Act. 1. Scen. 2.
+
+[39] Liv. 6. ch. 1. art. 13.
+
+[40] Liv. 2. Epigr. 60.
+
+[41] Voyez cette Histoire dans le Diction. Histor. & Crit. de Mr. Bayle.
+Les Articles _Abelard, Helose, Foulques & Paraclet_.
+
+[42] Ch. 31. V. 21, 22.
+
+[43] Herodote liv. 8.
+
+[44] Instit. lib. 4. tit. 4. de Injuriis. 7.
+
+[45] Novell. 42. ch. 1.
+
+[46] Amor. lib. 2. Eleg. 3. V. 3. & 4.
+
+[47] Novell. 60.
+
+[48] Apol. 2. pag. 71. adresse l'Empereur Antonin.
+
+[49] Epistol. 5. 6. ad Pammachium de Erroribus Origini.
+
+[50] Dupin nouvelle Bibliothque des Auteurs Ecclsiastiques tom 1. pag.
+121. &c. tir d'Eusebe liv. 6. ch. 2. . 19. traduction Franoise, les
+chapitres de laquelle ne se rapportent point l'Edition Grque ni
+Latine.
+
+[51] S. Romuald. tom. 2. pag. 185. du tresor Hist. & Chronol. in fol.
+
+[52] Eusebe parle de cette sdition, mais il n'en dit pas la cause, liv.
+6. ch. 41. &c.
+
+[53] Voyez la Vie de Tertullien & d'Origne, par Mr. de la Motte ch. 5.
+sur la fin.
+
+[54] Dupin ibid. ubi supra. Et Eusebe ibid. ch. 19.
+
+[55] Liv. 5. ch. 21.
+
+[56] l. 4. . 2. ff. ad legem Corneliam de sicariis et Veneficiis.
+
+[57] Voyez Diction. Hist. & Crit. de Mr. Bayle tom. 1. pag. 955. & suiv.
+
+[58] Essais liv. 2. ch. 29.
+
+[59] Centuries 1. ch. C. de separatione ex causa luis Venera.
+
+[60] Abreg. Chronol. tom. 2. pag. 639.
+
+[61] Voyez Hippocrat. lib. Aphorism. 28. & 29.
+
+[62] Plin. lib. II. cap. 37.
+
+[63] lib. 23.
+
+[64] Tom. 17. lib. 3. tit. defectus testium vel natur, vel casu
+Eunuchi, spadones, castrati. Et tit. Hermaphroditorum & sacrorum
+ridiculorum.
+
+[65] Joseph. Antiquit. Judaq. liv. 18. ch. 2. idem de la guerre des
+Juifs liv. 2. ch. 7.
+
+[66] [Grec: Eunechisan.]
+
+[67] Liv. 1. tom. 1. Heres. 15. 16.
+
+[68] Mr. Dodwel, dans les additions aux Oeuvres Posthumes &
+Chronologiques de Pearson; dans sa digression sur le ch. 6. l'occasion
+de le prtendu Domitille, Vierge & Martyre.
+
+[69] Plaut. in Aulular. Act. 2. Scen. 2. V. 72. 73.
+
+[70] Mezerai Histoire de France avant Clovis in 12 pag. 160.
+
+[71] Liv. 8. chap. 41.
+
+[72] Liv. 1. ch. 12.
+
+[73] Elog. 5. des Empereurs. Elog. 9. des Impratrices.
+
+[74] Dior. Cassius, in Neron. Art. 28.
+
+[75] Ch. 1. V. 10.
+
+[76] Ibid. ch. 2.
+
+[77] Judith ch. 12.
+
+[78] Act. ch. 8. V. 26.
+
+[79] Jrmie ch. 52. V. 25.
+
+[80] Plat. de leg. lib. 3.
+
+[81] Grgoire de Nazianze Oraison 23.
+
+[82] Athanas. ad solitar. pag. 384.
+
+[83] Amm. Marcell. liv. 18.
+
+[84] Ibid. liv. 15.
+
+[85] Ibid. l. 8. ch. 15.
+
+[86] Julian. Imperat. ad Atheniens. pag. 501.
+
+[87] Athan. ad solitar. pag. 834. 835.
+
+[88] S. Athanas ad solitar. pag. 852 & Herman Vie de S. Athanase liv. 7.
+ch. 10.
+
+[89] Gregor. Nazianz. orat. 31.
+
+[90] Liv. 7. ch. 10.
+
+[91] Liv. 9. tit. 1. l. 4.
+
+[92] Eusebe Hist. Eccles. liv. 10 ch. 8.
+
+[93] lius Lampridius.
+
+[94] Quint. Curt. lib. 10. cap. 1.
+
+[95] lius Lampridius in sever.
+
+[96] Cod. Theod. liv. 10, tit. 10, liv. 34.
+
+[97] Liv. 5. pag. 800.
+
+[98] Lucian. Macrob.
+
+[99] Voyez Nouvelles de la Rpublique des Lettres Janvier 1686, art. 10.
+tom. 5. pag. 87.
+
+[100] Liv. 17.
+
+[101] Esae ch. 56. V. 3. Ose ch. 9. V. 16. Luc ch. 13. V. 7.
+
+[102] Claud. in Eutrop. lib. 1.
+
+[103] Socrate Hist. Eccles. liv. 6. ch. 5.
+
+[104] Sozomene liv. 8. ch. 7.
+
+[105] In pseud. & in Eunuch.
+
+[106] Liv. 3. ch. dernier.
+
+[107] Martial. liv. 6. Epigram. 2.
+
+[108] Liv. 9. Epigram. 7.
+
+[109] Sueton. invit. Domitian ch. 7. art. 4.
+
+[110] Tit. 8. liv. 48. ff.
+
+[111] tit. 8. liv. 48. ff.
+
+[112] l. 3. . 4. tit. Eod.
+
+[113] liv. 26. . 28. tit. 2. l. 9. ad legem Aquiliam.
+
+[114] liv. 4. tit. 42. l. 1.
+
+[115] Authent. coll. 9. tit. 24. Nouv. 142.
+
+[116] Leo. Constitut. 60.
+
+[117] Vid. qui testament. facere poss. l. 5.
+
+[118] l. 6 ff. de liberis & posthum. hred. instituendis vel
+exhredandis.
+
+[119] l. 6. ff. de Jure patronatus.
+
+[120] . sed & illud. In insitut. lib. 1. tit. II. de Adoph.
+
+[121] Ibid. ff. 4.
+
+[122] d. ff. foemin Institut de adopt.
+
+[123] L. 6 ff. de liber. & posth. hred. Instituendis vel exhredandis
+L. 29. . penult. de in officios. Testam.
+
+[124] Schneidevin. sur les Instituts. liv. 1. tit. 25. . 7.
+
+[125] Institut. de hred. qualit. & differ. l. 4.
+
+[126] L. I. . 11.
+
+[127] L. 20. . 7. ff. qui Testamenta facere possunt.
+
+[128] L. I. cod. quand Mulier. Tutor. off. lung. pot.
+
+[129] L. 4. liv. 49. tit. 16. de Re militati.
+
+[130] Plaut. in Curcull.
+
+[131] L. 20, . 7. ff. qui testam. facer. poss.
+
+[132] Institut. orator. lib. 5, cap. 12.
+
+[133] L. 4. ff. ad leg. Cornel. de siccar.
+
+[134] Liv. 7. ch. 7. exempl. 6.
+
+[135] Juven. Satyr. 11. Aristote lib. 7. cap. 5. Histor. Animal. sop.
+in Apol. lian. lib. 6. cap. 33. Plin. lib. 37. cap. 6.
+
+[136] Voyages de la Hontan dans l'Amrique Septentrionale tom. 1. lett.
+16. pag. 181. &c.
+
+[137] Ibid. 185. 186.
+
+[138] Lib. 32. cap. 3.
+
+[139] Voyez Mmoires pour l'histoire des Sciences & des beaux Arts, mois
+de Mai 1704. article 10. page 301. &c. tom. 7.
+
+[140] Levitiq. ch. 22, V. 24.
+
+[141] Deuteron. ch. V. 1.
+
+[142] Matth. ch. 19 V. 12.
+
+[143] Distinct. 55. c. 1.
+
+[144] Ibid. c. 10.
+
+[145] Ibid. c. 5.
+
+[146] L. si ver 5. . II. lib. 9. ff. tit. 3. de his qui effuderint,
+vel dejecerint.
+
+[147] De Bell. Alexand.
+
+[148] Cheviana tom. I. pag. 200.
+
+[149] Voyez les Nouvelles de la Rpublique des Lettres par Mr. Bayle
+tom. 4. pag. 948.
+
+[150] Ibid. tom. 7. pag. 1466.
+
+[151] Institut. lib. 1. tit. 9. . 1.
+
+[152] Decret. 2. pars. causa 35. qust. 1. & 2.
+
+[153] In Eutrop. lib. 1.
+
+[154] Cap. tunc salvabitur 33. Qust. 5. & ibid. Gloss. fin.
+
+[155] 1. Timoth. ch. 5. V. 14.
+
+[156] Jrm. ch. 29. V. 6.
+
+[157] L. 220. ff. deverbor. signif. . 3. in fin.
+
+[158] Chap. 20. V. 35. & 36.
+
+[159] Aul. Gel. lib. 18. cap. 6.
+
+[160] Cap. extr. de convers. infidel.
+
+[161] Nouvel. 73. in princip.
+
+[162] L. Eleganter 24. . qui reprobos. ff. de pignor. act.
+
+[163] Sext. decretal. lib. 4. tit. 2. capitul. unic.
+
+[164] L. 14. ff. de sponsal.
+
+[165] L. vehenda 10. . 1. ff. ad leg. Rhod. de Jactu.
+
+[166] Voyez S. Jerme Epitr. 2. tom. 1. p. 11.
+
+[167] 1. Liv. des Rois ch. 1.
+
+[168] L. ea qu commendandi causa ff. . ult. de contrala. empt.
+
+[169] Part. 1. lib. 5. disput. 12. . 10. num. 351.
+
+[170] Lib. 5. tit. 17. l. 50.
+
+[171] Lib. 23. tit. 3 de Juro dotium l. 39. . 1.
+
+[172] Voyez le Tresor ou la Biblioth. du Droit Fran. par Mre. Laurent
+Bouchet tom. 2. pag. 691.
+
+[173] Tit. de Nuptiis . 12.
+
+[174] L. 30. ff. quando dies leg. vel fideic. cedat.
+
+[175] Vid. Pruckneri manuale mille qustionum illustrium Theolog.
+Centur. 8. Qust. 43.
+
+[176] Voyez le Tresor, ou la Biblioth. du Droit Franois par Mre Laurent
+Bouchel tom. 2. pag. 689.
+
+[177] Capitul. 10. Decretal. Gregor. lib. 4. tit. 2.
+
+[178] Decret. 2. pars caus. 37. qust. 2. c. 17.
+
+[179] Ibid. c. 30.
+
+[180] Ibid. c. 37., &c.
+
+[181] Voy. Schneidewin. in institut. lib. 1. Tit. 10. pars 4.
+
+[182] De divortio. num. 22.
+
+[183] On peut voir sur ce sujet les ch. 62. & 64. de la 2. Centurie des
+Arrts de Mr. le Prtre.
+
+[184] Collat. 4. Novell. 22. tit. de causis solutionis cum poena.
+
+[185] In Eutrop. lib. 1.
+
+[186] Terence Eunuch. Act. 2. Scen. 3.
+
+[187] Epigr. 52. lib. 10.
+
+[188] Epigram. 42. lib 12.
+
+[189] Carmen Nuptiale lib. 1. m. 63.
+
+[190] Ovid. Amor. lib. 3. Eleg. 7.
+
+[191] Audonus Epigramm. 55.
+
+[192] Ibid. Epigram. 275.
+
+[193] Juven. Satyr. 6. V. 513.
+
+[194] Ovid. ubi supr.
+
+[195] Liv. 21. tit. 1. de ditit. dicto. l. 7.
+
+[196] Horat. Sermon. lib. I. Satyr. I.
+
+[197] Ch. 30. V. 21.
+
+[198] Mr. Ocluen Capitaine de Cavalerie, & l'un des Membres de la
+Socit Royale de Berlin.
+
+[199] Voyez Livre sans nom pag. 33.
+
+[200] Lib. 5. Epigr. 42.
+
+[201] Ovid. de arte Amandi. lib. 1.
+
+[202] Ibid.
+
+[203] Plat. lib. 10. de legib.
+
+[204] In Galb. cap. 3.
+
+[205] Thuan. Histor. lib. 52.
+
+[206] Tacit. Annal. lib. 4 cap. 53.
+
+[207] Plin. Epist. 18. lib. 8.
+
+[208] Voyez Valesiana pag. 57.
+
+[209] Diction. Histor. & Crit. 2. Edit. tom. 1. pag. 355.
+
+[210] Bouchet Annales d'Aquitaine fol. 143. vers. Dans Bayle Rponse
+aux questions d'un Prov. tom. 1. pag. 423.
+
+[211] Voyez l'Histoire des Ouvrages des Savans, mois de Septembre 1687.
+pag. 109. & 110.
+
+[212] Saty. 2.
+
+[213] Hist. des Ouvr. des Sav. mois de Juillet 1696. pag. 506.
+
+[214] Sext. Decretal. lib. 4. tit. 1.
+
+[215] L. 60. ff.; P2: ff lib. 23. tit. 2. de ritu nupt. . 5.
+
+[216] . si advertus Institut. de Nuptiis.
+
+[217] Sueton. in August. cap. 44.
+
+[218] Liv. 5. Epigram. 42.
+
+[219] Pag. 513.
+
+[220] Liv. 6. ch. 2.
+
+[221] Voyez aussi l'Histoire des Ouvrages des Savans mois de Septembre
+1690. art. 1. tom. 7. pag. 10. & suiv.
+
+[222] . 28. pag. 20.
+
+[223] . 235. pag. 358.
+
+[224] L. si dotem. 22. . si maritus. 7. ff. solut. Matrimon.
+
+[225] Can. quod autem.
+
+[226] Tom. 2. Jenens. German. fol. 156. 6.
+
+[227] Lib. 2. tit. 1. de Matrimon. & Nupt. definit. 16. & Tit. 11.
+definit. 200.
+
+[228] Hist. des Ouvrages des Savans, mois de Fvrier 1706. art. 7. pag.
+89. & suiv.
+
+[229] Ibid. mois de Dcembre 1691. art. 3. pag. 175.
+
+[230] Lib. 5. Tit. 8. Cod. si nupti ex rescripto petantur l. 2.
+
+[231] Hist. des Ouv. des Sav. mois de Novembr. 1687. pag. 321. Ibid
+mois de Mai 1688. art. 4. pag. 35. Ibid. mois de Juillet 1688. art. 10.
+Ibid mois de Septembre 1688. pag. 38. Ibid. Octobre 1688. art. 13. Ibid.
+Janvier 1689. pag. 473. Ibid. Fvrier 1689. art. 4. Ibid. Mars 1689.
+art. 1. pag. 13. 16. Ibid. Fvrier 1692. pag. 280. Ibid. Aot 1692. pag.
+540. Ibid. Avril 1695. art. 5.
+
+[232] Mois de Fvrier 1706. art. 7. pag. 89.
+
+[233] Voyez la Dclaration du Roi de Prusse sur ce sujet du 7. Decembre
+1689.
+
+[234] Chap. 9. . 2. num. 13.
+
+[235] B: Voyez les Oeuvres de Mr. le Vayer Homelie Acadmique, Homel. 2.
+
+[236] Impress. Londini in 4. ann. 1640. pag. 40. 41.
+
+[237] Votii Polit. Ecclesies pars prima lib. 3. Tractat. 1. de
+matrimonio lectio 2. cap. 1. qust. 3.
+
+[238] Voyez de l'usage & de l'autorit du Droit Civil dans les Etats des
+Princes Chrtiens traduit du Latin d'Arthurus Duck Iuriscons. Angl. liv.
+2. pag. 234.
+
+[239] Lib. 5.
+
+[240] Terent. Eunuch. Act. 4. scen. 3.
+
+[241] Iuvenal. Satyr. 6. V. 366.
+
+[242] Cap. 89.
+
+[243] Liv. 6. Epigr. 67.
+
+[244] Lib. I. Epigr. 34.
+
+[245] Ch. 20. V. 2. 3.
+
+[246] Ovid. Metamorph. lib. 9.
+
+[247] Caus. 32. qust. 4. c. origo. &c. liberorum erg.
+
+[248] Genes. chap. 6. V. 2.
+
+[249] Genes. ch. 30. V. 1.
+
+[250] neid. lib. 4.
+
+[251] Vid. c. penult. & fin. 32. qust. 7. a. solet quri. 32. q. 2. c.
+non enim 32. q. 1. c. tantum. 32. q. 4.
+
+[252] Genes. ch. 30. V. 1.
+
+[253] Tobie ch. 6. V. 16. & suiv.
+
+[254] Novell. 78. cap. 3. Novell. 117. cap. 6.
+
+[255] L. in re mandata cod. mandati.
+
+[256] L. 10. l. 14. de adim. legat.
+
+[257] L. 8. in princip. ff. de pericul. & commot. rei vendit.
+
+[258] Vigneuil Marville tom. 1. pag. 376.
+
+[259] Perroniana pag. 44.
+
+[260] Juven. Satyr. 6. V. 324. 325.
+
+[261] Martial. Epigr. 7. lib. 4.
+
+[262] Lib. 11. Epigr. 82.
+
+[263] L. 30. ff. de divers. Regul. jur.
+
+[264] L. Si poenam ff. de verbor. obligationib.
+
+[265] Capitul. 5. Decretal. lib. 4. tit. 15. de Frigidis & Maleficiatis.
+
+[266] Metamorphos. lib. 9. V. 465.
+
+[267] Ovid. fast. lib. 5.
+
+[268] St. Romuald. Tresor Hist. & Chronol. in fol. tom. 1. pag. 93.
+
+[269] Ibid. pag. 231.
+
+[270] Genes. ch. 21.
+
+[271] 1. Samuel. ch. 1.
+
+[272] Esae. ch. 54. V. 1.
+
+[273] L. 1. . usque ade 5. ff. de injuriis & famosis libellis lib. 47.
+tit. 10.
+
+[274] Sext. decretal. lib. 5. tit. de regul. jur. Regula 25.
+
+[275] Novell. 22. cap. per occasionem. 6.
+
+[276] Lib. 2. Epist. 2. V. 18.
+
+[277] L. 6. de Appellat.
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Trait des eunuques, by Charles Ancillon
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT DES EUNUQUES ***
+
+***** This file should be named 39320-8.txt or 39320-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/9/3/2/39320/
+
+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned
+pages available at http://gallica.bnf.fr/)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/39320-8.zip b/39320-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..fdeefa0
--- /dev/null
+++ b/39320-8.zip
Binary files differ
diff --git a/39320-h.zip b/39320-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..7af2d5b
--- /dev/null
+++ b/39320-h.zip
Binary files differ
diff --git a/39320-h/39320-h.htm b/39320-h/39320-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..dfbd08b
--- /dev/null
+++ b/39320-h/39320-h.htm
@@ -0,0 +1,7904 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
+"http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
+
+<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr">
+ <head>
+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
+<title>
+ The Project Gutenberg eBook of Trait des eunuques.
+</title>
+<style type="text/css">
+ p {margin-top:.2em;text-align:justify;margin-bottom:.2em;text-indent:4%;}
+
+.c {text-align:center;text-indent:0%;}
+
+.cb {text-align:center;text-indent:0%;font-weight:bold;}
+
+.head {text-align:center;margin-bottom:3%;margin-top:3%;text-indent:0%;}
+
+.headg {text-align:center;margin-bottom:3%;text-indent:0%;}
+
+.letra {font-size:350%;font-weight:bold;}
+
+.letra2 {font-size:350%;font-weight:bold;float:left;margin-top:-1%;}
+
+.nind {text-indent:0%;}
+
+.r {text-align:right;margin-right: 5%;}
+
+small {font-size: 70%;}
+
+ h1 {margin-top:5%;text-align:center;clear:both;}
+
+ h2 {margin-top:5%;margin-bottom:2%;text-align:center;clear:both;
+ font-size:120%;}
+
+ h3 {margin-top:5%;margin-bottom:2%;text-align:center;clear:both;}
+
+ hr.full {width: 50%;margin:5% auto 5% auto;border:4px double gray;}
+
+ table {margin-top:5%;margin-bottom:5%;margin-left:auto;margin-right:auto;border:none;text-align:left;}
+
+ body{margin-left:2%;margin-right:2%;background:#fdfdfd;color:black;font-family:"Times New Roman", serif;font-size:medium;}
+
+a:link {background-color:#ffffff;color:blue;text-decoration:none;}
+
+ link {background-color:#ffffff;color:blue;text-decoration:none;}
+
+a:visited {background-color:#ffffff;color:purple;text-decoration:none;}
+
+a:hover {background-color:#ffffff;color:#FF0000;text-decoration:underline;}
+
+.smcap {font-variant:small-caps;font-size:95%;}
+
+ img {border:none;}
+
+.blockquot {margin-top:2%;margin-bottom:2%;}
+
+ sup {font-size:75%;}
+
+.figcenter {margin-top:3%;margin-bottom:3%;
+margin-left:auto;margin-right:auto;text-align:center;text-indent:0%;}
+
+.footnotes {border:dotted 3px gray;margin-top:15%;clear:both;}
+
+.footnote {width:95%;margin:auto 3% 1% auto;font-size:0.9em;position:relative;}
+
+.label {position:relative;left:-.5em;top:0;text-align:left;font-size:.8em;}
+
+.fnanchor {vertical-align:30%;font-size:.8em;}
+
+.poem {margin-left:25%;text-indent:0%;}
+
+.poem .stanza {margin-top: 1em;margin-bottom:1em;}
+
+.poem span.i2 {display: block; margin-left: 2em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
+
+.poem span.i4 {display: block; margin-left: 4em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
+
+.poem span.i6 {display: block; margin-left: 6em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
+
+.poem span.i0 {display: block; margin-left: 0em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
+</style>
+ </head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Trait des eunuques, by Charles Ancillon
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+
+Title: Trait des eunuques
+
+Author: Charles Ancillon
+
+Release Date: March 31, 2012 [EBook #39320]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT DES EUNUQUES ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned
+pages available at http://gallica.bnf.fr/)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+<hr class="full" />
+
+<h1>TRAIT<br />
+DES<br />
+EUNUQUES,</h1>
+
+<p class="cb">DANS LEQUEL<br /><br />
+
+On explique toutes les diffrentes sortes<br />
+d'Eunuques, quel rang ils ont tenu,<br />
+&amp; quel cas on en a fait, &amp;c.</p>
+
+<p class="cb"><i>On xamine principalement s'ils sont propres<br />
+au Mariage, &amp; s'il leur doit tre<br />
+permis de se marier.</i></p>
+
+<p class="c">Et l'on fait plusieurs Remarques curieuses &amp;<br />
+divertissantes l'occasion des</p>
+
+<p class="cb"><big>EUNUQUES, &amp;c.</big><br />
+Par M***. D***.</p>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/colophon.png" width="196" height="180" alt="" title="" />
+</p>
+
+<p class="c">Imprim l'an M. DCC. VII.
+</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>&nbsp;</p>
+
+<h3>EPITRE<br /><br />
+DEDICATOIRE<br /><br />
+A<br /><br />
+M<sup>R.</sup> BAYLE.<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a></h3>
+
+<p class="nind">
+<span class="letra">M</span> O N S I E U R,<br />
+</p>
+
+<p><i>J'ai vous rendre compte de deux choses
+qui me justifieront envers vous de la
+libert que je prends de vous adresser cet
+Ouvrage, &amp; qui nous justifieront l'un &amp;
+l'autre envers le Public, si vous trouviez
+ propos de le faire mettre sous la Presse
+pour lui en faire part.</i></p>
+
+<p><i>La prmire, que je ne me suis point
+ingr de mon chef traiter le sujet qui
+fait la matire de cet Ouvrage; l'occasion
+qui m'y a engag est assez singulire.
+Il y avoit autrefois ici plusieurs Eunuques
+Italiens, Musiciens, qui y faisoient
+grosse figure. Ils se flattrent de faire
+de grandes &amp; d'illustres Conqutes, mais
+ils se tromprent; nos Dames ne se laissrent
+point blour, &amp; ne se payrent
+point de la bagatelle.<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>Un Gentilhomme
+Franois d'un esprit gai &amp; enjou les en
+railla par ces Vers jolis &amp; pleins de
+sel.</i></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Je connois plus d'un Fanfaron<br /></span>
+<span class="i0">A crte &amp; mine fire,<br /></span>
+<span class="i0">Bien dignes de porter le Nom<br /></span>
+<span class="i0">De la Chaponardire.<br /></span>
+<span class="i0">Crte aujourd'hui ne suffit pas<br /></span>
+<span class="i0">Et les plus simples Filles,<br /></span>
+<span class="i0">De la Crte font peu de cas<br /></span>
+<span class="i0">Sans autres Batilles.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p><i>Cependant il y en a eu une qui s'est
+laiss charmer, &amp; qui a prt l'oreille
+aux propositions de mariage qui lui ont
+t faites par un de ces Eunuques. Une
+Personne que je considre beaucoup, m'ayant
+pri de lui dire mon avis, &amp; de le lui
+donner raisonn par crit, en forme de
+consultation, pour dtourner cette jeune fille
+sa parente du dessein qu'elle avoit d'entrer
+dans un tel engagement, ou en tout
+cas pour s'en servir ailleurs en cas de besoin.
+J'y ai travaill avec plaisir, &amp;
+j'ai trouv qu'insensiblement j'avois fait un
+Livre, de sorte qu'au lieu de laisser mon
+Ouvrage sous la forme qu'on me l'avoit
+demand, je lui ai donn celle qu'il a
+prsentement. Je vous avou que l'extrait
+que l'illustre Mr. de Beauval a donn<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a>
+du Livre de Mr. Bruknerus intitul,</i>
+Dcisions du Droit Matrimonial, <i>n'a
+pas peu contribu m'engager dans un
+xamen xact de cette question. J'aurois
+extrmement souhait qu'il et bien
+voulu dire ce qu'il en pense, &amp; peut-tre
+lui en fournirai-je l'occasion par ce
+petit Essai lors qu'il en donnera l'extrait.</i></p>
+
+<p><i>Les Personnes scrupuleuses trouveront
+peut-tre que c'est l pltt l'occupation
+d'un homme oiseux, que d'un curieux
+qui cherche s'instruire.</i> Hujusmodi
+hrere qustionibus non tm studiosi
+qum otiosi hominis esse videtur,
+<i>comme parloit Saint Jrme consult
+par Vitalis sur la fcondit prmature
+d'Achas. Ainsi il est bon de les
+prvenir, ou de les dtromper, en leur
+apprenant que la vocation de l'examiner
+m'a t lgitimement adresse.</i></p>
+
+<p><i>Ce n'est pas que je crusse avoir fait un
+mal, quand je me serois avis, pour me
+divertir, &amp; pour changer mes occupations
+srieuses dans une tude plus divertissante,
+de traiter cette matire. Le
+Docte Mollerus a fait un Livre qui a
+pour ttre,</i> Discursus duo Philologico-Juridici
+prior de Cornutis, posterior
+de Hermaphroditis corumque
+jure, uterque ex jure Divino, Canonico,
+Civili, variisque historiarum
+monumentis, horis otiosis congesti.
+ M. Jacobo Mollero. <i>Et cet Ouvrage
+n'a point deshonor son Auteur,
+ni diminu l'estime que le Public avoit
+pour lui. Il est difficile, je l'avou,
+de parler des Eunuques sans dire certaines
+choses capables de choquer un peu la
+pudeur d'une femme. Mais l'gard de
+l'Auteur cela ne lui fait aucun tort, il
+s'en faut beaucoup que son Livre contienne
+des ordures &amp; des saletez semblables
+ celles qui sont dans les</i> Priapeia, <i>sur
+lesquels Joseph Scaliger, l'un des plus
+grands Hommes des Sicles passez, a
+fait des annotations, sans perdre sa rputation.
+Et l'gard des femmes, ce
+qu'on dit de libre &amp; de naturel est exprim
+en Latin, qui est une Langue peu
+entendu parmi elles. Mais quand on
+auroit t oblig de s'exprimer en termes
+capables de blesser la pudeur la plus scrupuleuse,
+s'ensuivroit-il qu'il auroit fallu
+se dispenser de discuter un Droit sur lequel
+on voit assez souvent fonder des disputes
+importantes, &amp; laisser les choses,
+ cet gard, dans le doute et dans la
+confusion? Certes je ne crois pas que personne
+le prtende ainsi: en tout cas cette
+prtention seroit aussi ridicule que celle
+de certaines gens qui aimeroient mieux
+qu'on et laiss prir, ou souffrir tout le
+genre humain, que d'avoir fait des Traitez
+de Mdecine, &amp; de Chirurgie, qui
+le conserve, qui le prserve, &amp; qui le
+soulage, parce qu'on a t oblig de nommer
+les choses par leur nom &amp; sans dguisement,
+&amp; de parler dcouvert de
+toutes les parties les plus secrettes du
+corps humain. J'espre que le Public sera
+quitable sur ce sujet. J'aurois eu plus
+ craindre du redoutable Mr. Bernard
+que d'aucun autre, parce que je connois
+sa dlicatesse &amp; sa svrit, qui ne pardonnent
+point les moindres fautes, &amp; qui
+en trouvent mme dans des choses qui ont
+l'approbation des gens qu'il croit aisment
+tre d'un got au dessous du sien.
+Mais que pourra-t-il me dire, lui qui annonce
+avec tant de soin un Livre qui a
+pour ttre</i><a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>, les Crmonies du mariage
+telles qu'on les pratique prsentement
+dans toutes les parties du Monde,
+Ouvrage trs divertissant, sur
+tout pour les Dames, crit en Italien
+par le Sr. Gaya, troisime Edition,
+ laquelle on a ajot d'amples
+Notes &amp; des Remarques sur le Mariage,
+avec le Miroir des personnes
+maries, ou les Avantures capricieuses
+du Chevalier H..... avec ses sept
+femmes, crites par lui-mme dans
+le tems de sa prison, &amp; mises en
+Anglois moderne par Mr. Thomas
+Brown, in 8. pag. 161. <i>&amp; d'avertir
+ensuite le Public, que</i> les notes qu'on
+a mises au bas des pages sont trs
+enjoues, &amp; qu'on n'y pargne pas
+les Prtres. <i>On sait combien de contes
+sales on a accotum de faire sur leur
+sujet, &amp; combien de vilenies on met sur
+leur comte. Je ne sai point au reste,
+si ce Docteur Thomas Brown dont Mr.
+Bernard fait ici mention, est ce savant
+Mr. Brown Chanoine de Windsor, Ami
+intime de Mr. Isaac Vossius qui lui a ddi
+son Trait des Oracles Sibyllins, ou
+cet Ecossois qui a fait un Trait des Fivres
+continus imprim Edimbourg en
+1695., ou si c'est ce Thomas Brown
+Docteur Anglois qui a fait la</i> Religion
+du Mdecin. <i>Ce qui me feroit douter
+que ce ft le prmier, seroit qu'il ne s'est
+appliqu qu' des Etudes graves &amp; srieuses,
+comme on le remarque par ce que
+Colomiez dit de lui dans sa Bibliothque
+choisie. Ce qui me feroit douter aussi
+que ce ft le second, c'est la timidit
+qu'il fait parotre dans la Prface de son
+Livre, en y dclarant qu'il a eu bien de
+la peine se rsoudre produire cet essai
+touchant les Fivres continus; qu'il redoutoit
+le gnie railleur &amp; Satirique
+si commun ceux de sa Nation; Que
+la mme frayeur touffe tous les jours des
+productions trs dignes de voir le jour.
+Qu'il s'est pourtant dtermin parotre
+en public pour ne pas sortir du monde
+comme un Citoyen inutile &amp; paresseux.
+Qu'il hazarde ce systme nouveau, &amp;
+qu'il sacrifie ses scrupules l'utilit publique.
+Et si c'est le troisime, vous
+savez, Monsieur, ce qu'en a dit Patin,
+car vous le rapportez dans vos Nouvelles
+de la Rpublique des Lettres<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a></i>, C'est,
+<i>dit-il</i>, un Mlancholique agrable en
+ses penses, mais qui mon jugement
+cherche Matre en fait de Religion
+comme beaucoup d'autres, &amp;
+peut-tre qu'enfin il n'en trouvera
+aucune. Il faut dire de lui ce que
+Philippe de Comines a dit du Fondateur
+des Minimes, l'Hermite de
+Calabre Franois de Paule, il est encore
+en vie, il peut aussi-bien empirer
+qu'amender. <i>On a mis cette pense
+de <a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>Patin dans le</i> Patiniana <i>un
+peu dguise l'gard du tour &amp; de l'expression,
+mais la mme absolument dans
+le fond. Si, dis-je, c'est ce Thomas
+Brown Auteur du Livre intitul</i>, Religio
+Medici, <i>qu'on pourroit intituler
+aussi-bien</i>, Medicus Religionis, <i>comme
+il est dit dans le</i> Patiniana, <i>qui a
+traduit en Anglois moderne, ces</i> Crmonies
+du Mariage <i>que Mr. Bernard
+annonce avec tant de soin, &amp; si obligeamment
+au Public, c'est apparemment
+un Livre dont la matire n'est pas trop
+chaste, ni les expression trop scrupuleuses
+&amp; trop chtres. Je n'en parle que
+par conjecture, car j'avou que la recommandation
+de Mr Bernard ne m'a point
+engag le chercher, l'acheter, &amp;
+le lire. Je ne connois que ces Brown.
+Il y a bien un Docteur en Thologie originaire
+du Palatinat &amp; prsentement
+Professeur en Langue Hbraque dans l'Acadmie
+de Groningue, Auteur de quelques
+Dissertations trs curieuses, qui se
+nomme Brawn; mais Mr. Bernard
+est trop xact pour avoir confondu Brown
+avec Brawn, quelque ressemblance qu'il
+y ait dans ces noms, &amp; quelque facilit
+qu'il y ait s'y mprendre.</i></p>
+
+<p><i>La seconde chose dont j'ai vous rendre
+compte, est le motif qui me porte vous
+adresser cet Ouvrage. Je n'en ai point
+d'autre, Monsieur, que l'estime toute particulire
+que j'ai pour vous, &amp; le cas que
+je fais de l'amiti dont vous m'honorez.
+Je me suis flatt que vous ne voudriez
+pas laisser parotre en public un Livre qui
+pourroit nuire la rputation de son Auteur,
+qui est un de vos anciens Amis,
+&amp; qui se repose sur vous du soin de l'xaminer
+&amp; de juger s'il mrite d'tre
+mis sous la Presse: &amp; je me suis persuad
+que si vtre jugement lui toit favorable,
+je n'avois rien craindre de la
+part du Public, parce que je pouvois esprer
+une approbation gnrale, ou en
+tout cas tre assur d'avoir en vous un
+puissant appui contre le mauvais got &amp;
+contre la Critique maligne, qui pourroient
+m'entreprendre. Je n'ai garde de faire
+ici vtre Pangyrique l'imitation de ceux
+qui font des Eptres Ddicatoires, vos
+propres Ouvrages font vtre Eloge, &amp;
+le jugement favorable &amp; glorieux que le
+Public en fait, vous est infiniment plus
+honorable que toutes les louanges qu'on
+pourroit vous donner dans une Eptre.
+Je finis donc celle-ci en vous assurant que
+je me sers avec plaisir de cette occasion
+que j'ai souvent recherche de pouvoir
+vous donner un tmoignage public de la
+considration toute particulire avec laquelle
+je suis,</i></p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+
+<p class="nind">
+<big>M O N S I E U R</big></p>
+
+<p class="r">Vtre trs humble &amp;<br />
+trs obssant serviteur.<br />
+C. D'OLLINCAN.<br />
+</p>
+
+<h3>DESSEIN ET DIVISION<br />
+DE<br />
+L'OUVRAGE.</h3>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">L</span>E<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a> Droit Canon traitant des mariages
+qui se contractent par Procureurs,
+ordonne &amp; prescrit des
+prcautions trs grandes qu'il fonde
+sur cette raison, <i>qu'il s'agit d'une affaire
+grave, difficile &amp; importante, qui
+peut avoir des suites trs dangereuses</i>.
+Propter magnum quod ex facto tam
+arduo posset periculum imminere.</p>
+
+<p>Le Droit Civil ne donne pas une
+ide moindre du Mariage, il le considre
+comme l'action de la vie la
+plus considrable, &amp; qui demande
+le plus de rflxion; comme un Port
+favorable, ou comme un naufrage
+malheureux; comme une chose bien
+hazardeuse o toute la prudence humaine
+se rduit ordinairement des
+v&oelig;ux &amp; des souhaits.<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a><i> Magnum
+sane excellensque donum Deo Creatore
+ad mortales promanavit Matrimonium.</i></p>
+
+<p>D'un ct le mariage tant l'Ouvrage
+de Dieu qui a uni les deux sxes,
+&amp; qui considrant qu'il n'toit
+pas bon que <i>l'homme ft seul</i>, lui a
+donn un <i>tre semblable</i> lui; leur
+a ordonn l'un &amp; l'autre de <i>crotre</i>
+&amp; de <i>multiplier</i>, &amp; a imprim en
+eux un desir violent de s'unir ensemble
+pour la propagation de leur
+espce. Cette union ne doit point
+tre fortuite &amp; commune, comme
+celle des animaux destituez de raison;
+elle ne doit point tre produite
+par une affection brutale, par une
+volont drgle; elle ne doit point
+avoir pour but de mettre en sret
+des plaisirs impurs, &amp; de les couvrir
+d'un nom spcieux &amp; honorable. Ce
+doit tre une conjonction chaste, religieuse,
+sainte, pleine de pit &amp; de
+bndictions; n'ayant pour but que
+d'xcuter les ordres de Dieu, qui est
+son Auteur &amp; son Protecteur. L'Eglise
+n'approuve &amp; n'autorise que les
+Mariages de ce dernier caractre, ils
+ont pour eux la faveur publique, au
+lieu que les autres n'ont pour eux
+qu'une haine gnrale, un mpris trs
+grand, &amp; souvent les maldictions &amp;
+l'horreur des gens de bien.</p>
+
+<p>De l'autre, comme le Mariage est
+le fondement de l'Eglise, puis qu'il
+est appell par quelques Thologiens
+<i>Venter Ecclesi</i><a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a> qui lui engendre des
+enfans. Et de la Socit civile, en ce
+qu'il est la source des hommes, qu'il
+ternise le monde, &amp; qu'il donne des
+hritiers lgitimes aux Citoyens, il ne
+faut pas s'tonner si l'Eglise &amp; la Socit
+Civile s'intressent dans ce qui
+le concerne; si elles en rglent les
+commencemens, le cours, &amp; les suites,
+&amp; si elles ont pourv sagement
+aux inconvniens qui pourroient natre
+de l'ignorance des hommes, ou
+de leur malice.</p>
+
+<p>L'Eglise &amp; la Socit Civile ne
+laissent pas la libert tout le monde
+de faire cet gard tout ce qu'il lui
+plat. <a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a><i>Semper in conjunctionibus non solum
+quid liceat considerandum est, sed &amp; quid
+honnestum sit</i>. Elles ne permettent point
+qu'on donne atteinte la Justice,
+l'ordre, au bien, l'utilit, &amp; l'honntet
+publiques. Elles ont tabli des
+Loix qui les dclarent bons, ou mauvais,
+justes, ou injustes, lgitimes,
+ou criminels. Qui les permettent, ou
+qui les deffendent, qui les confirment,
+qui les authorisent, qui les
+protgent, ou qui les cassent, qui
+les annullent, &amp; qui punissent ceux
+qui les ont contractez.</p>
+
+<p>Pour rpondre au but que je me propose,
+il s'agit ici de voir dans quel de ces
+rangs on doit mettre le Mariage des Eunuques.
+Voici donc le plan gnral que
+j'ai dessein de suivre pour claircir cette
+matire, &amp; pour la rgler par une
+dcision incontestable &amp; certaine. Ce
+Trait sera divis en trois Parties.</p>
+
+<p>Dans la premire j'xaminerai ce
+que c'est qu'un Eunuque, de combien
+de sortes il y en a, quel rang ils ont
+tenu &amp; tiennent dans la Socit
+Ecclsiastique &amp; Civile; &amp; quelle
+considration on y a eu, &amp; on y a actuellement
+pour eux.</p>
+
+<p>Dans la seconde, je discuterai leur
+droit par rapport au Mariage, &amp; j'xaminerai
+s'il doit leur tre permis
+de se marier.</p>
+
+<p>Dans la troisime enfin, je rapporterai
+les Objections qui pourroient
+tre faites contre les maximes que
+j'aurai avances, &amp; contre les dcisions
+que j'aurai tablies, &amp; je tcherai
+de les rsoudre, &amp; de lever
+les difficultez qui pourroient y donner
+atteinte.</p>
+
+<h2>TABLE<br />
+DES<br />
+CHAPITRES</h2>
+
+<p class="c">Contenus dans cet Ouvrage.</p>
+
+<table border="0" cellpadding="2" cellspacing="0" summary="">
+<tr><th colspan="3" align="center"><a href="#PREMIERE_PARTIE">PREMIERE PARTIE.</a></th></tr>
+<tr><td valign="top">C<small>HAPITRE</small></td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_I-a">I</a>.</td><td valign="top"><i>S'il y a des Eunuques, &amp; depuis quel tems il y en a.</i></td><td align="right" valign="bottom">Page<a href="#page_001">1</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_II-a">II</a>.</td><td valign="top"><i>Ce que c'est qu'un Eunuque.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_006">6</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_III-a">III</a>.</td><td valign="top"><i>Combien il y a de diffrentes sortes d'Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_010">10</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_IV-a">IV</a>.</td><td valign="top"><i>Des Eunuques qui sont nez tels.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_016">16</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_V-a">V</a>.</td><td valign="top"><i>Pourquoi on fait des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_019">19</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VI-a">VI</a>.</td><td valign="top"><i>Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mmes, ou fait faire Eunuques par d'autres.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_029">29</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VII-a">VII</a>.</td><td valign="top"><i>Des Eunuques ainsi nommez cause de leurs Emplois; Et de ceux qui le sont dans un sens figur.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_041">41</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VIII-a">VIII</a>.</td><td valign="top"><i>Quel rang les vritables Eunuques ont tenu dans la socit civile.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_049">49</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_IX-a">IX</a>.</td><td valign="top"><i>Quelle ide les Peuples ont eu des Eunuques, &amp; quel cas ils en ont fait.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_066">66</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_X-a">X</a>.</td><td valign="top"><i>De quelle manire les Loix civiles ont considr les Eunuques, &amp; quels droits elles leur ont attribu.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_071">71</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_XI-a">XI</a>.</td><td valign="top"><i>Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans la socit civile; de quelle manire les Loix les y ont considrez, &amp; quels droits elles leur ont attribu.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_085">85</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_XII-a">XII</a>.</td><td valign="top"><i>Quel rang les Eunuques volontaires &amp; forcez, ont tenu dans la Socit Ecclsiastique; de quelle manire l'Eglise &amp; ses canons les ont considrez, &amp; quels droits ils leur ont attribuez.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_091">91</a></td></tr>
+
+<tr><th colspan="3" align="center"><a href="#SECONDE_PARTIE">SECONDE PARTIE.</a></th></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_I-b">I</a>.</td><td valign="top"><i>De la nature &amp; du but du Mariage. Que l'Eunuque ne peut y rpondre.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_102">102</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_II-b">II</a>.</td><td valign="top"><i>Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du mariage, ils ne doivent pas le contracter.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_110">110</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_III-b">III</a>.</td><td valign="top"><i>Le Mariage des Eunuques est considr comme nul &amp; comme non avenu.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_115">115</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_IV-b">IV</a>.</td><td valign="top"><i>Inconvniens que le Mariage des Eunuques produit ordinairement.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_121">121</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_V-b">V</a>.</td><td valign="top"><i>Les Loix civiles deffendent le mariage des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_138">138</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VI-b">VI</a>.</td><td valign="top"><i>La Religion Catholique Romaine ne permet pas le mariage des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_141">141</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VII-b">VII</a>.</td><td valign="top"><i>La Religion Luthrienne, ou de la Confession d'Augsbourg, ne permet pas le mariage des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_145">145</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VIII-b">VIII</a>.</td><td valign="top"><i>La Religion Rforme ne permet pas le mariage des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_153">153</a></td></tr>
+
+<tr><th colspan="3" align="center"><a href="#TROISIEME_PARTIE">TROISIEME PARTIE.</a></th></tr>
+
+<tr><th colspan="3" align="center">Objections</th></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_I-c">I</a>.</td><td valign="top"><i>Que la deffense de se marier ne doit point tre gnrale &amp; commune tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont capables de satisfaire aux desirs d'une femme.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_158">158</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_II-c">II</a>.</td><td valign="top"><i>Le mariage est un Contract civil, par lequel il est permis tout le monde de s'engager.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_165">165</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_III-c">III</a>.</td><td valign="top"><i>Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage, except ceux qui concernent la gnration, il peut le contracter, parce que</i>, consensus non concubitus matrimonium facit.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_170">170</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_IV-c">IV</a>.</td><td valign="top"><i>Quand on ne peut pas tre auprs d'une femme comme mari, on doit y tre comme frre, &amp; habiter avec elle comme avec une s&oelig;ur.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_175">175</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_V-c">V</a>.</td><td valign="top"><i>Si le mariage devoit tre deffendu aux Eunuques parce qu'ils ne peuvent pas engendrer, il devroit l'tre aussi aux personnes ges que la vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; &amp; ne leur tant point deffendu, il ne doit point l'tre aussi aux Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_178">178</a></td></tr>
+
+<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VI-c">VI</a>.</td><td valign="top"><i>Quand la femme qui pouse un Eunuque sait qu'il est Eunuque, &amp; qu'elle n'ignore point les consquences de son tat, il doit lui tre permis de l'epouser si elle le souhaite, parce que</i>, volenti non fit injuria.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_183">183</a></td></tr>
+
+<tr><th colspan="3" align="center">Fin de la Table.</th></tr>
+</table>
+
+<p><a name="page_001" id="page_001"></a></p>
+
+<h1>TRAIT<br />
+DES<br />
+EUNUQUES,</h1>
+
+<p class="c">Dans lequel on xamine principalement<br />
+s'il doit leur tre permis<br />
+de se marier.</p>
+
+<h2><a name="PREMIERE_PARTIE" id="PREMIERE_PARTIE"></a>PREMIRE PARTIE.</h2>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_I-a" id="CHAPITRE_I-a"></a>CHAPITRE PREMIER.</h3>
+
+<p class="headg"><i>S'il y a des Eunuques, &amp; depuis
+quel tems il y en a.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L est de l'ordre de faire voir qu'il y a
+des Eunuques avant que d'entreprendre
+d'en faire la description, &amp; que de raisonner
+sur leur sujet; Puis que selon le
+sentiment des Philosophes il est ridicule de
+raisonner d'une chose avant que de savoir
+si elle xiste.</p>
+
+<p>Il y a plus de quatre mille ans qu'on
+parle d'Eunuques dans le Monde; l'Histoire
+Sainte &amp; l'Histoire Prophane font
+mention d'une infinit de personnes de
+cette nature, qu'elles ne mettent ni au rang<a name="page_002" id="page_002"></a>
+des hommes, ni au rang des femmes, &amp; qu'elles
+appellent <i>une troisime sorte d'hommes</i>. On
+en a v en si grand nombre dans tous les Sicles
+&amp; dans tous les Pas; &amp; on en voit encore
+tant qu'il n'est pas permis de douter qu'il
+n'y en ait eu, &amp; qu'il n'y en ait encore aujourd'hui.</p>
+
+<p>La plpart des Savans croyent que Semiramis
+Reine des Assiriens veuve de Ninus,
+&amp; mre de Nynias, a t la premire qui
+a fait faire des Eunuques; ils fondent leur
+opinion sur ces termes d'Ammian Marcellin,<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>
+<i>Postrema multitudo spadonum, a senibus
+in pueros desinens, obluridi, distortaque lineamentorum
+compage deformes, ut quaqu incesserit
+quisquam, cernens mutilorum hominum agmina,
+detestetur memoriam Semiramidis Regin illius
+veteris, qu teneros mares castravit omnium prima</i>.
+Claudien a cr la mme chose,</p>
+
+<div class="blockquot"><p>&mdash;&mdash;&mdash; <a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a><i>Seu Prima Semiramis astu
+Assyriis mentita virum, ne vocis acut
+Mollities, levesque gen se prodere possent.
+Hos sibi conjunxit similes; seu persica ferro
+Luxuries Vetuit nasci lanuginis Umbram.</i></p></div>
+
+<p>Cependant Diodore de Sicile qui a fait
+l'Histoire de Semiramis, dans sa Bibliothque,
+d'une manire beaucoup plus
+xacte qu'aucun autre, ne dit rien de cette
+particularit qui mritoit pourtant bien
+d'tre remarque, si elle et t certaine
+&amp; vritable. Il dit seulement que les
+Bactriens qui Ninus, qui depuis fut son
+Mari, faisoit la Guerre, ayant mis les<a name="page_003" id="page_003"></a>
+Assyriens en fuite &amp; en droute, elle
+s'habilla d'une longue robe, comme un
+homme, les rallia, se mit leur tte &amp;
+triompha des Bactriens. Soit que cette Robe
+plt aux femmes Medes &amp; aux Perses,
+soit qu'elles voulussent faire leur cour
+Semiramis, elles en prirent de pareilles.
+Peut-tre que cet habillement donna lieu
+ dire que Semiramis avoit fait des hommes
+imparfaits, des demi hommes, &amp; que
+depuis on a conjectur qu'elle avoit fait
+effectivement mutiler des hommes. <a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>D'autres
+disent qu'elle s'habilla en homme, &amp;
+qu'elle fit lever son fils en fille, afin que
+les Assiriens ayant honte d'avoir une femme
+pour leur Chef ne prissent point le
+pretexte de vouloir un Roi, pour mettre
+son fils sur le Trne son prjudice;<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>D'autres
+peu loignez de cette opinion
+disent, que son fils tant de sa taille, &amp;
+ayant la voix semblable la sienne, elle se
+dguisa en homme, &amp; fit accroire, afin
+de regner, qu'elle toit le fils de Ninus,
+&amp; non pas sa veuve. Et d'autres disent<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>
+qu'ayant eu avis dans le tems qu'elle se
+coiffoir, que Babilone s'toit rvolte, elle
+courut en diligence, les cheveux demi
+pars, pour la forcer se rendre elle,
+&amp; qu'elle ne remit point sa tte dans son
+ordre accotum qu'elle n'et remis cette
+puissante Ville sous son pouvoir; Que pour<a name="page_004" id="page_004"></a>
+cela sa statu fut honorablement leve
+ Babylone au mme tat qu'elle se trouva
+quand elle marcha vers ce lieu d'un pas
+prcipit pour tirer vangeance de ses Sujets
+rebelles; ces cheveux pars joints
+ la robe qu'elle avait prise la travestissoient
+d'autant plus en homme.</p>
+
+<p>Diodore de Sicile rapporte une autre circonstance
+qui est considrable; Il dit que
+cette Reine leve d'une condition basse
+au comble de la grandeur, se plongea
+dans toute sorte de dlices, qu'elle fit
+choisir les hommes les mieux faits &amp; les
+plus beaux de son Arme pour s'en servir,
+mais qu'elle fit mourir tous ceux qu'elle avoit
+res dans son lit. Il y a plus d'apparence
+qu'elle les fit Eunuques par un effet
+d'une jalousie assez ordinaire, de peur qu'aprs
+avoir eu d'elle les plus grandes faveurs
+ils n'allassent s'attacher quelqu'autre
+femme; Diodore de Sicile ne le dit
+point; mais comme il parle aprs Cresias,
+ainsi qu'il l'avou lui mme, &amp; que Cresias
+est un Historien,<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>qui non content d'abuser
+ceux de son sicle, a voulu faire passer
+ses fables la postrit, on ne peut pas ajoter
+beaucoup de foi ce qu'il dit, ni accuser
+de fausset ce qu'il obmet. Semiramis donc
+peut passer pour la premire qui ait fait faire
+des Eunuques; Vossius<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a> croit que les Perses
+sont les Inventeurs de cette mchante &amp; dtestable
+cotume, &amp; que le mot Latin, <i>spado</i>
+qui comprend diverses sortes d'Eunuques, tire<a name="page_005" id="page_005"></a>
+son nom d'un Village de Perse nomm
+<i>Spada</i>, o il prtend que la premire xcution
+de cette nature a t faite. Il
+fortifie son sentiment de ceux de quelques
+Savans du premier ordre qu'il nomme.
+Je ne veux point me rendre juge entre des
+hommes si clbres qui ont les uns &amp; les
+autres des opinions si probables, &amp; dont la
+certitude est si difficile trouver. <i>Non
+nostrum inter hos tantas componere lites, &amp;
+vitulo hi digni &amp; illi.</i> Je dirai seulement
+que le premier Eunuque dont l'Ecriture
+Sainte fasse mention &amp; dont il ne soit absolument
+parl nulle part ailleurs,<a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">[18]</a>est
+Putiphar qui acheta Joseph des mains des
+Madianites; encore verra-t-on dans la suite
+que ce nom d'Eunuque n'toit point
+nouveau ds lors, puis qu'il toit devenu
+un nom de Charge &amp; de Dignit; Cependant
+ce Putiphar acheta Joseph l'an
+du monde deux mille deux cent septante-six,
+c'est dire mille sept cent soixante
+&amp; dix huit ans avant l'Incarnation de Jesus
+Christ; Et Cyrus n'a commenc
+rgner sur les Perses que l'an du Monde
+trois mille quatre cent vingt &amp; un; C'est
+ dire qu'on parloit d'Eunuques avant
+qu'on parlt des Perses, &amp; qu'il n'est pas
+possible qu'ils soient les pres de ces sortes
+de gens, parce que si cela toit la proposition
+<i>filius ante patrem</i>, qui passe pour
+monstreuese, seroit pourtant vritable; ce
+qu'on ne peut pas dire l'gard de Semiramis
+qui regnoit sur les Assiriens l'an du<a name="page_006" id="page_006"></a>
+monde mille huit cent vingt-six, long tems
+avant que Putiphar ft n. Quoi qu'il en
+soit les Perses, les Mdes, &amp; les Assyriens
+ont t de tous les Peuples ceux qui se
+sont le plus servis d'Eunuques. Et on remarque<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a>
+que Nabucodonosor faisoit couper
+tous les Juifs &amp; tous les autres prisonniers
+de guerre, afin de n'avoir que des Eunuques
+ son service particulier.<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a>Et c'est
+peut-tre ce qui a donn lieu conjecturer
+que les Perses toient les inventeurs
+de l'<i>Eunuchisme</i>.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_II-a" id="CHAPITRE_II-a"></a>CHAPITRE II.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Ce que c'est qu'un Eunuque.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">L</span>Ucien
+en donne une dfinition fort
+courte dans son Dialogue des Eunuques.
+Il dit qu'il n'est ni mle, ni femelle,
+&amp; qu'il est un prodige dans la Nature.
+Mais elle est trop gnrale, il en faut une
+plus xacte &amp; qui le fasse connotre plus particulirement
+&amp; plus srement. Un Eunuque
+donc, est une personne qui n'a pas
+la facult d'engendrer, par la foiblesse, ou
+par la froideur de la nature, ou qui on a
+retranch les parties propres la gnration;
+<i>Qui generare non possunt</i>, comme
+s'exprime la Loi<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a>; Qui ont une voix grle<a name="page_007" id="page_007"></a>
+&amp; languissante, la complexion d'une femme,
+qui n'ont que du poil folet la barbe;
+En qui le courage &amp; la hardiesse cedent
+ la crainte &amp; la timidit; En un mot,
+dont les m&oelig;urs &amp; les manires sont toutes
+effmines. Si l'Eunuque est un sujet si
+chtif &amp; si mprisable l'gard du corps,
+il vaut encore moins du ct de l'esprit
+&amp; du c&oelig;ur. Voici le portrait que St.
+Basile en a fait autrefois<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a>. Simplicie femme
+entte de l'Hrsie Arrienne s'toit
+mle de faire des remontrances ce St.
+Homme sur sa conduite &amp; sur ses m&oelig;urs;
+Il se justifie &amp; prend tmoin toutes les
+personnes qui le connoissent, except quelques
+Eunuques qu'il rcuse, &amp; dont il
+fait une peinture affreuse; S'il est besoin
+de tmoins, dit-il, qu'on ne me produise
+point d'esclaves ni de misrables
+Eunuques, gens abominables &amp; sans honneur,
+qui ne sont ni hommes ni femmes,
+que l'amour du sxe rend comme
+furieux; Ils sont jaloux, mprisables,
+froces, effminez, gourmands, avares,
+cruels, inconstans, souponneux,
+furieux, insatiables. Ils pleurent quand
+on les prive d'un repas, &amp; pour tout
+dire en un mot ils sont condamnez au fer
+ds leur naissance, des gens estropiez de
+la sorte peuvent-ils avoir l'ame droite?
+Le fer les rend chastes, mais cette chastet
+ne leur sert de rien, leur turpitude
+les rend furieux, &amp; ils n'en remportent<a name="page_008" id="page_008"></a>
+aucun fruit. Peut-tre que cette description
+parotra trop satirique &amp; trop outre,
+&amp; qu'elle sera suspecte, parce qu'elle est faite
+par un homme en colere; Mais voici le tmoignage
+d'un homme desintress, qui
+non seulement la confirme &amp; l'autorise,
+mais mme qui y ajote de nouveaux traits
+qui rendent les Eunuques encore plus hideux;
+c'est Ammian Marcellin qui parle,
+qui dpose contr'eux, &amp; qui dit,<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a>Que
+quand Numa Pompilius &amp; Socrate diroient
+du bien d'un Eunuque, on ne les
+en croiroit pas, &amp; qu'on les accuseroit
+de mensonge. <i>Ea re quod si Numa Pompilius
+vel Socrates bona qudam dicerent de Spadone,
+dictisque Religionum adderent fidem, veritate
+descivisse arguerentur.</i> Il est vrai que
+sur la fin du mme Chapitre il excepte Menophile
+Eunuque de Mithridate Roi de
+Pont, dont il parle avantageusement. Il
+y en a bien encore quelques autres qui ont
+t dignes de louanges, comme un Favorinus
+Mordonius, un Eutherius Eunuque de
+l'Empereur Constans, &amp; depuis de Julien
+l'Apostat; Un Hermias qui Aristote sacrifioit
+comme un Dieu; sur tout Daniel
+&amp; ses Compagnons, si tant est qu'ils ayent
+t Eunuques, comme quelques Interprtes
+de l'Ecriture Sainte le croyent; Mais le
+nombre en a t si petit, qu'il n'est pas capable
+de donner atteinte l'opinion gnrale
+qu'on en donne. L'on peut dire qu'il est
+des Eunuques comme des Btards, qu'ils
+sont ordinairement mauvais, mais qu'il s'en<a name="page_009" id="page_009"></a>
+trouve quelque fois de bons, &amp; comme dit
+Ammian Marcellin,<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a><i>Inter Vepres ros nascuntur,
+&amp; inter feras nonnull mitescunt.</i></p>
+
+<p>Theodore, Prcepteur de l'Empereur
+Constantin <i>Porphirogenite</i>, s'est avis, par
+un dessein singulier &amp; bizarre, d'crire une
+Apologie, <i>pro Eunuchismo &amp; Eunuchis</i>, mais
+on regarde cet Ouvrage de la mme manire
+qu'on regarde l'Eloge de Busiris par Isocrate,
+celui de Nron, &amp; celui de la Goutte
+par Cardan; Celui de la pauvret par Synesius;
+celui de l'aveuglement par Passerat;
+Celui de la laideur &amp; de la fivre quarte, par
+Favorin; Celui de la peste par Prvidelli;
+celui de la guerre par Balth. Schuppius;
+Celui de l'injustice par Glaucon;
+celui de la folie par Erasme; celui de la
+Goinfrerie par Lucien; celui de l'Asne &amp;
+celui de la Vermine par Heinsius, celui du
+rien &amp; du nant par Schuppius, par Passerat,
+&amp; par Duverdier le jeune; Et la
+magnifique Doxologie du ftu par Sbastien
+Rouillard. Ces gens l ont entrepris
+de louer ce que toute la terre mprise
+&amp; blme, s'imaginant que cette singularit
+exciteroit la curiosit &amp; l'admiration
+des lecteurs. Mais tous ces livres n'ont
+point rendu les sujets qu'ils ont traitez plus
+louables, ni plus lgitimes; Et celui qui a
+pour titre <i>de Multibibus</i> imprim Oenozythople
+sous les auspices de Dionysius Bacchus,
+n'a pas authoris les beaux droits &amp; les
+plaisans privilges des yvrognes qu'il tale
+avec beaucoup d'xactitude &amp; de pompe.<a name="page_010" id="page_010"></a>
+On a beau faire des apologies pour cette ridicule,
+injuste &amp; barbare cotume de faire
+des Eunuques, il n'y a personne dans le
+Christianisme qui ne le dteste, &amp; qui dans
+l'occasion ne s'crit l'encontre comme
+fit autrefois Seneque,<a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">[25]</a><i>Principes viri</i>, disoit-il,
+<i>contra naturam divitias suas exercent, excisorum
+greges habent, exoletos suos, ut ad longiorem
+patientiam impudiciti idonei sint; &amp;
+quia ipsos pudet viros esse, id agunt, ut quam
+pauci viri sint. His nemo succurit delicatis &amp;
+formosis debilibus.</i></p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_III-a" id="CHAPITRE_III-a"></a>CHAPITRE III.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Combien il y a de diffrentes
+sortes d'Eunuques.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">J</span>Esus Christ lui-mme nous apprend
+combien il y a des differentes sortes
+d'Eunuques; <i>Il y en a</i>, dit il<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a>, <i>qui
+sont nez tels ds le ventre de leur mre; Il y
+en a qui ont t faits Eunuques par les hommes.
+Et il y a encore des Eunuques qui se sont
+faits Eunuques eux-mmes pour le Royaume des
+Cieux.</i> Mais la subtilit des hommes, &amp;
+l'vnement, ont donn lieu des distinctions
+moins gnrales. Les diverses questions
+qui concernent le mariage de gens
+accusez d'tre Eunuques, &amp; la restitution<a name="page_011" id="page_011"></a>
+de la dote de la femme, ont oblig xaminer
+les Eunuques de prs; &amp; comme
+on en a trouv de diverses espces, on en
+a fait des Classes diffrentes. Les Jurisconsultes
+en font quatre. La premiere est de
+ceux qui sont nez tels; qui sont Eunuques
+proprement &amp; absolument ainsi nommez.
+La seconde est de ceux auxquels, soit
+malgr eux, soit de leur consentement &amp;
+par leur propre fait, on a retranch tout
+ce qui fait l'homme &amp; sa virilit, qui ne
+peuvent en faire aucun acte, qui sont obligez,
+de rendre leur urine par un tuyau
+de mtail qu'on leur attache la place de
+celui que la Nature leur avoit donn &amp;
+qu'on leur a coup; Cela arrive quelquefois
+ des gens travaillez de quelque maladie
+qui oblige le Chirurgien leur faire
+cette triste operation; mais cela se pratique
+aussi sur des hommes sains comme nous
+le verrons dans la suite; C'toit autrefois
+une des fonctions de la Mdecine comme
+on le voit au . 8. de la loi 7. <i>ad legem
+Aquiliam</i>. Et au commencement de la loi
+8. du mme ttre &amp; sur tout au . 2. de
+la loi. 4. ff. <i>ad legem Corneliam de sicariis
+&amp; veneficiis</i>, o il est expressment deffendu
+aux Mdecins de faire de semblables
+oprations. La troisime Classe est de ceux
+auxquels on froisse tellement les Cremastres
+qu'ils disparoissent, &amp; qu'il semble
+qu'ils soient vanous; La veine qui leur
+portoit l'aliment tant retranche, ils se
+fltrissent, ils se schent &amp; se rduisent
+rien. Cette opration se fait ordinairement<a name="page_012" id="page_012"></a>
+en mettant le patient dans un bain
+d'eau tide afin d'amolir ces parties, &amp;
+de les rendre plus maniables &amp; plus propres
+ se dissoudre; Aprs qu'il y a t
+quelque tems, on lui presse les veines du
+cou qu'on nomme Jugulaires, &amp; par l
+on le rend stupide et aussi insensible que
+s'il toit tomb en apoplxie, alors il est
+ais de le mutiler sans qu'il en sente rien:
+Cela se fait ordinairement dans la grande
+jeunesse par la mre ou par la nourrice.
+On lui faisoit prendre autrefois une certaine
+quantit <i>d'Opium</i>, &amp; lors qu'il toit accabl
+de sommeil on lui coupoit, ou on lui tiroit
+une partie que la nature a pris beaucoup
+de soin fabriquer; mais comme on a remarqu
+que la plpart de ceux qu'on <i>Eunuchisoit</i>
+ainsi mouroient, par ce Narcotique,
+on s'est avis de l'autre moyen dont je viens
+de parler. Les Perses &amp; diverses autres Nations,
+ont des manires de faire, ou de
+couper les Eunuques, diffrentes de celles
+dont on se sert en Europe. Je dis de faire,
+car ce n'est pas toujours en coupant qu'on
+Eunuchise; La cigu &amp; diverses autres herbes
+font le mme office, comme on peut le
+voir dans l'Ouvrage de Paul ginette qui
+traite xactement cette matire, sur tout
+dans le Livre sixime de ce docte &amp; curieux
+Trait. Cette troisime sorte d'Eunuques
+sont ceux qu'on appelle en Droit <i>Thlibi</i>.
+Ceux qu'on nomme <i>Thlasi</i>, sont peu prs
+de la mme qualit, toute la difference qu'il
+y a, c'est qu'on se contente de leur couper
+les veines qui servent fortifier les parties
+viriles, de sorte qu'elles restent bien la<a name="page_013" id="page_013"></a>
+vrit, mais si flasques &amp; si fltries qu'elles
+ne sont d'aucun usage; La quatrime Classe,
+enfin, est de ceux qu'on appelle <i>Spadones</i>,
+qui sont nez si mal conformez, ou d'un temprament
+si froid, ou qui le sont devenus
+par quelque incommodit, qu'ils sont incapables
+de contribuer la gnration.
+Quoi que ces quatre espces soient fort diffrentes
+entr'elles, &amp; que la dernire soit
+la plus favorable &amp; la moins malheureuse,
+cependant les Jurisconsultes ont trouv
+propos de les comprendre toutes sous le
+nom de <i>spado</i>, ce qui est assez singulier,
+comme je viens de le dire, puis que la maxime
+triviale de droit porte que <i>denominatio
+fit potiori</i>. Et qu' proprement parler,
+ceux qu'on appelle <i>spadones</i> ne sont point
+Eunuques, puis que par la vertu de la Nature,
+ou par le secours de l'Art, ils peuvent
+tre remis dans un tat parfait; D'ailleurs,
+<i>specialia generalibus insunt</i>,<a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">[27]</a>&amp; comment
+sous le nom de <i>spado</i> qui n'est pas proprement
+un Eunuque, peut on comprendre
+ceux qui le sont rellement &amp; de fait, &amp;
+sans esprance de retour. Il me semble que
+<i>nomina debent esse convenientia rebus</i> comme
+ils le disent eux-mmes; &amp; que celui ci
+convient peu toutes les espces qu'il renferme;
+Quoi qu'il en soit, ils l'ont ainsi
+voulu;<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a><i>spadonum generalis appellatio est,
+quo nomine tam hi qui natur Spadones sunt; item
+Thlibi Thlasi sed &amp; si quod aliud genus spadonum
+est continentur</i>.<a name="page_014" id="page_014"></a></p>
+
+<p>Il y a diverses autres sortes d'Eunuques; il
+y en a qui sont appelez de ce nom, <i>catachrestic</i>,
+parce qu'ils possdent les Charges
+ou les Dignitez qui toient donnes originairement
+aux Eunuques; Il y en a d'autres
+qui sont appellez de ce nom par figure, parce
+qu'ils sont chastes &amp; qu'ils ne se servent
+pas plus de leurs parties viriles que s'ils n'en
+avoient point.</p>
+
+<p>Toutes ces sortes d'Eunuques ont un nom
+gnral par lequel on prtend qu'ils ont tous
+t dsignez, c'est le nom de <i>Bagoas</i>. Ce
+nom est celui du personnage qui reprsente
+l'Eunuque que Diocles prtend exclurre
+de la profession de Philosophe, dans le
+dialogue de Lucien. Il y a eu un fameux
+Eunuque de ce nom qui toit Darius
+&amp; dont aprs la mort de ce Prince on fit
+present Alxandre le Grand. Il toit
+beau par excellence, &amp; Alexandre l'aima
+autant que Darius l'avoit aim. Quinte-Curce
+en fait l'Histoire en diffrens endroits<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">[29]</a>
+de la Vie de son Hros, &amp; j'aurai
+occasion d'en parler dans la suite de cet
+Ouvrage. L'Eunuque d'Olopherne, Gnral
+de Nabucodonosor, qui assigea Bethulie
+&amp; qui Judith coupa la tte; Cet
+Eunuque, dis je, qu'Olopherne employa
+pour disposer Judith passer la nuit avec
+lui &amp; qui la conduisit en effet dans sa tente,
+s'appelloit Bagoas; quoi que quelques
+versions, &amp; entr'autres celle de Mrs.
+de Port-Royal l'appelle Vagao. Quoi que
+ce nom ait t le nom de plusieurs particuliers<a name="page_015" id="page_015"></a>
+, cependant Gilbert Cousin, ou en
+Latin <i>Cognatus</i>, dont l'Illustre M. Baile a fait
+un article dans le tome premier pag. 974.
+de son Dictionaire, dit dans la remarque
+qu'il a faite sur ce mot <i>Bagoas</i> qui se trouve
+dans Lucien, que dans une Langue barbare
+il signifie en gnral un Eunuque; &amp;
+il insinu par l que Lucien ne se sert de
+ce nom <i>Bagoas</i> que parce que c'est un nom
+qui comprend tout le genre Eunuque.<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a>Et
+il confirme son sentiment par ce Vers d'Ovide,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Quem penes est dominam servandi cura Bago.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Il est certain que parmi les Babyloniens
+Bagoas signifie un Eunuque. Il y en a eu
+un aussi de ce nom qui a t Eunuque,
+&amp; dont Plutarque dit beaucoup de choses
+plus dignes pourtant du silence que de ntre
+curiosit. Quelques Savans croyent que
+ce Bagoas dont parle Lucien toit un homme
+qui avoit la mine si disgracie qu'on
+le prenoit pour Eunuque. Quintilien parle
+d'un Bagoas &amp; il y a apparence qu'il se
+sert de ce nom comme d'un nom commun
+ une espce d'hommes,<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>car il parle en
+mme tems de Megabyse &amp; de Doriphoron,
+or il est certain que Megabyse est un
+nom commun aux Prtres de Diane,<a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a><a href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">[32]</a>ils
+devoient tre tous Eunuques parce qu'ils
+avoient la garde des filles qui lui toient
+consacres; Et Doriphoron signifie un homme<a name="page_016" id="page_016"></a>
+qui porte une lance; Il est vrai qu'il
+dsigne aussi cette statu si admirable d'un
+jeune homme bien fait qui toit arm d'une
+lance que Policlete avoit fait, dont
+il toit amoureux, &amp; qu'il appelloit sa
+Matresse; mais il suffit qu'il marque aussi
+un nom gnral, sous lequel tout homme
+portant une lance est dsign.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_IV-a" id="CHAPITRE_IV-a"></a>CHAPITRE IV.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Des Eunuques qui sont
+nez tels.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L semble qu'il ne soit point impossible
+que certaines cratures humaines viennent
+au monde destitues des parties qui
+servent la gnration. On voit tous les
+jours des enfans qui naissent sans yeux, sans
+oreilles, sans mains, ou sans quelqu'autre
+partie du corps, il peut aussi aisment arriver
+que quelques-uns naissent dpourvs
+de celles dont il est ici question. La Nature
+qui produit tous les jours tant de monstres
+pourroit bien en former un de cette
+espce; cependant les Naturalistes disent
+qu'il n'y en a point d'xemple. Et en
+effet, Pline qui rapporte xactement &amp; amplement<a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a><a href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">[33]</a>
+les figures humaines monstrueuses
+dont le nombre &amp; la diversit sont grands
+parmi tous les Peuples, ne parle point de
+celles dont il s'agit ici; Je puis dire nanmoins<a name="page_017" id="page_017"></a>
+que j'en ai v une, &amp; peut tre
+a-t-elle t v de toute l'Europe; car ses
+parens ayant remarqu que le Public avoit
+de la curiosit pour un corps humain aussi
+singulier que l'toit celui dont je vai parler,
+&amp; qu'ils pouvoient amasser beaucoup
+d'argent en le menant de lieu en lieu &amp;
+de Pas en Pas, l'ont sans doute port
+par tout. Il toit Berlin en l'anne 1704.
+C'est un cul de jatte qu'un homme portoit
+sur le dos dans une bote; avec cette diffrence,
+qu'au lieu que ceux qu'on nomme
+ainsi n'ont ni jambes, ni cuisses, dont
+ils puissent se servir, &amp; qu'ils marchent
+sur leur derrire enferm dans une jarre,
+celui-ci n'a pas mme un derrire, c'est
+dire de fesses; Il a la tte bien faite, le
+visage beau &amp; doux, le tein brun &amp; les
+cheveux chatains; mais quoi qu'il ait eu
+alors plus de vingt ans, il n'avoit point
+de barbe, ni aucune apparence qu'il en
+auroit un jour. Il avoit des bras &amp; des
+mains fort bien proportionnez, son corps
+toit assez bien fait, il toit de la hauteur
+d'environ deux trois pieds; c'toit par le
+bout d'en bas une espce de tronc, il marchoit
+avec ses mains; il avoit deux conduits
+comme les autres hommes par lesquels
+la nature se dchargeoit de ses excrmens,
+celui de devant toit fort court &amp; fort
+petit, &amp; au dessous il y avoit un suspensoire
+flasque &amp; fltri dans lequel il n'y avoit
+aucun Crmastre. Je m'informai fort
+particulirement de ses parens s'il toit n
+ainsi, ils m'assurrent qu'il toit absolument<a name="page_018" id="page_018"></a>
+tel que la nature l'avoit form. Comme
+je sai qu'il ne faut pas tojours mal
+juger de la virilit d'un homme, lors qu'on
+ne lui trouve point de Crmastre au dehors,
+parce qu'il arrive quelque fois que
+quoi qu'ils soient demeurez au dedans, &amp;
+qu'ils ne soient point descendus dans les
+suspensoires par des obstacles qui se sont
+opposez leur sortie, les hommes, nanmoins,
+qui les ont ainsi cachez ne laissent
+pas d'tre aussi parfaits que ceux qui les
+ont au dehors: qu'ils sont forts &amp; vigoureux,
+&amp; qu'ils ont tous les autres signes
+ncessaires pour prouver la virilit de
+l'homme, j'xaminai fort xactement ce
+cul de jatte, &amp; lui trouvant d'ailleurs toutes
+les marques d'un vritable Eunuque,
+j'en concls qu'il l'toit en effet &amp; qu'il a
+t produit tel par la nature dans le sein
+de sa mre. Ainsi voila une preuve qu'il
+y a des Eunuques qui naissent tels, quoi
+qu'en disent les Naturalistes, &amp; particulirement
+Pline dans le chapitre second
+du septime livre de son Histoire du Monde.<a name="page_019" id="page_019"></a></p>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/ill_pg018.png" width="53" height="60" alt="" title="" />
+</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_V-a" id="CHAPITRE_V-a"></a>CHAPITRE V.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Pourquoi on fait des Eunuques.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">S</span>'Il est vrai que Semiramis ait t la premire
+qui se soit avise de faire faire des
+Eunuques, &amp; que la raison qu'on en rapporte
+soit certaine, la premire cause de cette
+mutilation a t la jalousie de cette Reine,
+qui aprs s'tre servie des hommes les
+mieux faits de son Arme, les fit chtrer, de
+peur qu'ils n'allassent encore depuis servir
+au divertissement de quelqu'autre femme.
+Mais sans m'arrter aux conjectures, voici
+d'autres causes plus sres de cet usage.</p>
+
+<p>Les Eunuques ont t faits pour tre la
+garde des filles &amp; des femmes, pour observer
+leur conduite, &amp; pour empcher qu'elles
+ne fissent rien de contraire la chastet
+ou au devoir conjugal; c'est apparemment
+ cet usage que l'Eunuque a proprement t
+destin, le mot mme le fait connotre,
+car il signifie, <i>garde lit</i>, ou <i>garde chambre</i>.
+C'est encore pour cet usage qu'on en fait
+dans l'Orient. Mais depuis, les hommes
+qui n'en avoient que pour en faire un usage
+lgitime, en ont abus &amp; en ont fait faire
+pour servir des usages sales &amp; criminels.
+Ils choisissoient dans cette v les plus beaux
+garons qu'ils trouvoient depuis l'ge de
+quatorze ans, jusqu' l'ge de dix-sept ans.<a name="page_020" id="page_020"></a>
+Saint Grgoire de Nazianze s'en plaint amrement
+dans la Vie de Saint Basile, &amp; dans
+son Oraison trente &amp; unime. Mais il faut
+que cette infme cotume soit beaucoup
+plus ancienne, car Juvenal dclame contre
+cet abus dans l'une de ces<a name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a><a href="#Footnote_34_34" class="fnanchor">[34]</a> Satyres; disant.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">&mdash;&mdash;&mdash; <i>Nullus Ephebum</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Deformem sva castravit in arce Tyrannus.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Il est vrai qu'ils en ont fait faire pour servir
+de victimes qu'ils offroient des Divinitez;
+c'est contre cette horrible cotume
+que Saint Augustin, qui relve, qui condamne
+&amp; qui rfute les ridiculitez, les infamies,
+les cruautez de la Religion des
+Payens, se dchane dans son excellent Livre<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a><a href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">[35]</a>
+de la Cit de Dieu. Il falloit mme
+que les Prtres fussent Eunuques, afin, disoit
+on, de s'employer aux choses Sacres
+plus purement et plus chastement. C'toit
+sur tout la pratique des Athniens;<a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a><a href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">[36]</a>les
+Prtres de la Diane d'Ephese toient aussi
+obligez d'tre Eunuques.</p>
+
+<p>La Religion Chrtienne a eu ses Eunuques
+malgr elle, &amp; quoi qu'elle les abhorre,
+un certain Valesius Arabe de Nation,
+forma une Secte qui sotint que bien loin
+que la mutilation ft un obstacle au Sacerdoce,
+comme le Concile de Nice l'avoit
+dclar, il toit au contraire absolument<a name="page_021" id="page_021"></a>
+ncessaire d'tre Eunuque pour l'xercer.
+Non seulement ils pratiquoient sur eux-mmes
+le cruel xemple d'Origne, mais mme
+ils rduisoient dans ce triste tat tous
+ceux qui tomboient entre leurs mains; cette
+Hrsie est la cinquante-huitime de celles
+que Saint Epiphane rfute.</p>
+
+<p>Depuis on a fait des Eunuques pour avoir
+des gens qui eussent la voix belle &amp; qui pussent
+la conserver long tems. Macrobe rend
+d'amples &amp; de bonnes raisons pour lesquelles
+les Eunuques ont la voix belle, au chapitre
+cinquante-deuxime de ses Saturnales.
+C'est principalement le but que les Italiens
+se proposent encore aujourd'hui lors qu'ils
+font chtrer des jeunes gens.</p>
+
+<p>L'avarice a pouss des gens faire des Eunuques
+pour en trafiquer. Quelques Rlations
+de Voyageurs nous apprennent, que
+dans le Royaume de Boulan seul, on fait
+tous les ans vingt mille Eunuques qu'on envoye
+vendre en divers autres Etats. L'Histoire
+de Panione de l'Isle de Chio, que je
+rapporterai dans la suite, fera voir que ce
+commerce n'est pas nouveau.
+<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a><a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">[37]</a>
+On fait Eunuques des gens qu'on veut
+plonger dans la honte &amp; dans l'ignominie,
+soit qu'ils ayent t lches la Guerre &amp;
+qu'on veuille les en punir, soit qu'on veuille
+les noter d'infamie pour quelqu'autre
+cause que ce soit. Mais voici de plaisans<a name="page_022" id="page_022"></a>
+motifs de faire des Eunuques; c'est la raillerie,
+le ressentiment &amp; l'insulte; On lit
+une Histoire assez divertissante rapporte
+sous le Rgne de Henri I. qui en est une
+preuve; Les Grecs faisoient la Guerre au
+Duc de Benevent &amp; le traitoient assez
+mal; Thedbald Marquis de Spolette son
+Alli tant venu son secours &amp; ayant
+fait quelques prisonniers, ordonna qu'on
+leur coupt les parties qui font les hommes
+&amp; les renvoya en cet tat au Gnral
+Grec, avec ordre de lui dire qu'il l'avoit
+fait pour obliger l'Empereur, qu'il savoit
+aimer beaucoup les Eunuques, &amp;
+qu'il tcheroit de lui en faire avoir bientt
+un plus grand nombre; le Marquis
+se prparoit tenir sa parole, lors qu'un
+jour une femme, dont ses gens avoient
+pris le mari, vint toute plore dans le
+Camp, &amp; demanda parler Thedbald;
+Le Marquis lui ayant demand le sujet
+de sa douleur; Seigneur, rpondit-elle,
+je m'tonne qu'un Hros comme vous
+s'amuse faire la guerre aux femmes lors
+que les hommes sont hors d'tat de lui
+rsister; Thedbald ayant repliqu que depuis
+les Amazones, il n'avoit pas ou
+dire qu'on et fait la guerre des femmes;
+Seigneur repartit la Grecque, peut-on
+nous faire une guerre plus cruelle,
+que de priver nos maris de ce qui nous
+donne de la sant, du plaisir, &amp; des enfans;
+Quand vous en faites des Eunuques,
+ce n'est point eux, c'est nous que
+vous mutilez; Vous avez enlev ces<a name="page_023" id="page_023"></a>
+jours passez ntre btail &amp; ntre bagage,
+sans que je m'en sois plainte; mais
+la perte du bien que vous avez t plusieurs
+de mes compagnes tant irrparable,
+je n'ai p m'empcher de venir solliciter
+la compassion du Vainqueur. La navet
+de cette femme plt si fort toute
+l'Arme, qu'on lui rendit son mari, &amp;
+tout ce qu'on lui avoit pris. Comme
+elle s'en retournoit, Thedbald lui fit demander
+ce qu'elle vouloit qu'on ft
+son mari, au cas qu'on le trouvt encore
+en armes. Il a des yeux, dit-elle, un
+nez, des mains, des pieds, c'est l son
+bien, que vous pouvez lui ter, s'il le
+mrite; mais laissez lui, s'il vous plat,
+ce qui m'appartient. Apparemment
+que la femme dont Plaute parle dans son
+Mercator<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a><a href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">[38]</a>, n'toit pas de cet avis, ou
+qu'en tout cas elle regardoit ce bien
+elle appartenant, comme un bien de
+petit rapport &amp; de peu de valeur, car son
+mari craignoit qu'elle mme ne s'en privt,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Quasi hircum metuo ne uxor me castret mea.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Les Adultres toient faits Eunuques pour
+peine de leur crime; je pourrois le faire voir
+par plusieurs xemples, mais j'en rapporterai
+trois seulement qui sont prcis, l'un sera
+tir de Valre Maxime<a name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a><a href="#Footnote_39_39" class="fnanchor">[39]</a>, il y est dit que
+Vibienus &amp; Publius Cernius ayant surpris
+l'un Carbo Accienus, &amp; l'autre Pontius en<a name="page_024" id="page_024"></a>
+adultre ils les firent chtrer; L'autre est
+contenu dans Martial,<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a><a href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">[40]</a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Uxorem armati futuis, puer Hyle, Tribuni,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Supplicium tantum dum puerile times.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>V tibi, dum ludis, castrabere. Jam mihi dices,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Non licet hoc. Quid, tu quod facis Hyle licet?</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Le troisime &amp; le principal est l'xemple
+d'Abelard; ce Docteur amoureux
+ayant abus d'Hlose qu'on lui avoit donne
+ instruire, les parens de cette fille lui
+firent couper les parties viriles avec lesquelles
+il avoit deshonor leur famille; Ils
+allrent jusqu' la racine du mal &amp; l'arrachrent
+de telle forte qu'ils trent au
+coupable le pouvoir de la rechute.<a name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a><a href="#Footnote_41_41" class="fnanchor">[41]</a></p>
+
+<p>Cela toit pass en loi parmi les Gaulois.
+<i>La Loi</i> Salique tit. 29. <i>de Adult. Ancillor</i>.
+porte cette dcision <i>servus qui cum aliena ancilla
+m&oelig;chatus fuerit, ea mortua, castretur</i>.
+On peut dire aussi que cela toit fond sur
+cette loi de l'quit, qui dit que la peine
+doit tre inflige celui des membres du
+corps qui a t l'instrument, ou le complice
+du crime.<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a><a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">[42]</a>Job raisonnoit sur ce principe
+lors qu'il disoit, <i>si j'ai lev la main
+sur le Peuple, &amp;c. que mon paule tombe tant
+desune de la jointure, &amp; que mon bras se brise
+avec tous ses os</i>.</p>
+
+<p>On faisoit aussi Eunuques les Esclaves
+qui avoient drob; voici les termes de la<a name="page_025" id="page_025"></a>
+mme Loi Salique. Tit. 13. de furt. servor
+<i>servi qui quidpiam valens quadraginta denarios
+furati essent, castrari Jubebantur in p&oelig;nam, &amp;c.</i></p>
+
+<p>La ncessit contraint aussi quelquefois
+de faire des Eunuques; Il se trouve souvent
+des hommes attaquez de tels maux
+que le Mdecin est oblig d'ordonner cette
+opration, &amp; le Chirurgien de la faire.
+La maladie est la cause de ce malheur,
+&amp; bien loin que ceux qui ont ce sujet d'affliction
+doivent tre regardez de mauvais
+&oelig;il, ils doivent au contraire tre plaints
+&amp; consolez.</p>
+
+<p>On a fait des Eunuques par reprsailles
+&amp; en vertu de la Loi du Talion.<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a><a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">[43]</a>Herodote
+nous l'apprend d'une manire fort agrable
+par un xemple curieux; Hermotime
+Pedasien qui toit, dit-il, le plus
+considrable des Eunuques de Xerxes, fut
+de tous les hommes celui qui se vengea
+le mieux de l'injure qui lui avoit t faite.
+Aprs avoir t pris il ft vendu Panione
+de l'Isle de Chio qui faisoit ngoce
+d'Eunuques, &amp; qui faisoit chtrer tous
+les beaux garons qu'il achetoit pour les
+vendre ensuite bien chrement Sardis
+&amp; Ephese; parce que parmi les Barbares
+on estimoit plus les Eunuques que
+les autres, cause de leur fidlit &amp;
+de la confiance qu'on pouvoit prendre
+en eux pour toutes choses; Comme,
+dis-je, ce Panione qui Hermotime fut
+vendu, vivoit de l'infame commerce qu'il
+faisoit des Eunuques, il fit couper Hermotime<a name="page_026" id="page_026"></a>
+de mme que plusieurs autres:
+Mais Hermotime ne fut pas malheureux
+ tous gards, car ayant t men de Sardis
+au Roi avec d'autres prsens, il aquit
+avec le tems plus de faveur &amp; de crdit
+auprs du Roi que pas un des autres Eunuques:
+Lors que le Roi fit partir ses
+troupes de Sardis pour aller Athenes,
+Hermotime fut envoy pour quelque affaire
+dans un endroit de la Mysie nomm
+Atarne, o il trouva Panione, qu'il
+reconnut, &amp; l'ayant abord il lui parla
+avec toute sorte de douceur, d'honntet
+&amp; de tmoignage d'amiti; Il lui
+dit premirement qu'il possdoit par
+son moyen tous les biens qui lui toient
+arrivez, &amp; ensuite il lui promit de lui
+donner des marques de reconnoissance
+pour ce bienfait, s'il vouloit venir avec
+les siens, demeurer dans sa maison; Panione
+se laissa persuader par ce discours
+&amp; amena librement sa femme &amp; ses enfans
+chez Hermotime; Mais il n'y fut
+pas si-tt arriv qu'Hermotime lui parla
+en ces termes, <i>Oh le plus mchant de tous
+les hommes qui as jusqu' prsent gagn ta vie
+du plus dtestable de tous les commerces. Quelle
+injure as tu re, toi ou ceux de ta maison, ou
+de mes parens, pour m'avoir rduit en ce misrable
+tat dans lequel, d'homme que j'tois je
+ne suis maintenant ni homme, ni femme?
+Pensois tu que les Dieux ne vissent pas ce que
+tu faisois alors? Comme ils sont justes &amp;
+quitables, infame artisan de malheurs, ils
+t'ont mis aujourd'hui en ma puissance pour<a name="page_027" id="page_027"></a>
+mesurer ton chtiment par tes mauvaises actions</i>.
+Quand il eut fait ces reproches ce
+misrable, il fit amener devant lui quatre
+enfans qu'il avoit, &amp; le contraignit de
+les chtrer; Et quand il eut obi il obligea
+ses enfans de couper eux-mmes les
+parties de leur Pre. Telle fut la vengeance
+d'Hermotime &amp; telle fut la punition
+de Panione. Quelques-uns ont cr qu'il
+les avoit poussez trop loin &amp; qu'il s'toit
+fait justice lui mme. La vengeance de
+Narses fut bien plus importante prsuppos
+qu'elle soit vritable, car Baronius &amp;
+plusieurs Auteurs en doutent. Narses
+ayant vaincu les Barbares &amp; les Gots, &amp;
+s'tant rendu auprs de l'Empereur Justinien,
+l'Impratrice Sophie envoya ce Capitaine
+parmi ses femmes pour filer avec
+elles, &amp; pour se railler de lui parce qu'il
+toit Eunuque. Ce mpris ayant excit la
+colre &amp; l'indignation de Narses l'obligea
+ dire ces mots, <i>Je filerai une trame que ton
+mari ne saura dfaire</i>. En effet, dans la suite
+il mit les Lombards hors de la Jurisdiction
+de l'Empire. D'ailleurs, j'avou que je
+ne vois rien de plus juste que le ressentiment
+d'Hermotime, &amp; que la peine que mritoit
+Panione, non seulement pour l'avoir
+chtr, mais pour en avoir chtr un million
+d'autres pour satisfaire son commerce
+&amp; son avarice, ne pouvoit tre trop
+grande. Hermotime toit fond en Loi;
+la Loi du Talion a tojours t tablie, on
+la voit dans la Loi des douze Tables en termes<a name="page_028" id="page_028"></a>
+prcis,<a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a><a href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">[44]</a><i>p&oelig;na autem injuriarum ex lege
+duodecim Tabularum propter membrum quidem
+ruptum Talio erat</i>. L'Empereur Justinien a
+ordonn depuis positivement la peine du
+Talion, ou de la pareille, contre ceux qui
+feroient souffrir cette espce de martire;<a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a><a href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">[45]</a>
+<i>Sancimus igitur</i>, dit-il, <i>ut qui in quocunque
+reipublic nostr loco, quamcumque personam
+castrare prsumunt aut etiam prsumpserint, si
+quidem viri sint qui hoc facere prsumpserint aut
+etiam prsumunt, idem hoc quod aliis feceruns &amp;
+ipsi patiantur</i>. Cette Loi est conforme
+la droite raison; car comme dit Ovide,<a name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a><a href="#Footnote_46_46" class="fnanchor">[46]</a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Qui primus pueris genitalia membra recidit,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Vulnera qu fecit, debuit ipse pati.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Cependant, comme le Christianisme
+n'approuve point l'Eunuchisme, la Loi du
+Talion a t abroge son gard par l'Empereur
+Leon, pour les raisons sages &amp; Chrtiennes
+qu'il en rend dans sa Constitution<a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a><a href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">[47]</a>;</p>
+
+<p>Il y a enfin des Eunuques qui se sont faits,
+ou fait faire Eunuques eux mmes par divers
+motifs que nous allons rapporter dans
+le chapitre suivant.<a name="page_029" id="page_029"></a></p>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/ill_pg028.png" width="55" height="22" alt="" title="" />
+</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_VI-a" id="CHAPITRE_VI-a"></a>CHAPITRE VI.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Pourquoi quelques hommes se
+sont faits eux-mmes, ou
+fait faire Eunuques par
+d'autres.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L y a eu des hommes qui se sont faits
+Eunuques par un esprit de dvotion,
+dans la pense de se rendre plus agrables
+ Dieu, &amp; plus capables de travailler
+leur salut. Comme Origne a t le premier,
+le Pre pour le dire ainsi, &amp; le Patriarche
+de ces sortes d'Eunuques, il est
+bon de faire voir en peu de mots le vritable
+motif qui l'a fait penser &amp; agir d'une
+manire si singulire cet gard. Je
+sai bien que Justin Martyr<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a><a href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">[48]</a> parle d'un jeune
+homme d'Alxandrie antrieur Origne,
+qui pour faire voir que ceux qui accusoient
+les Chrtiens de commettre dans
+leurs Assembles des saletez horribles, n'toient
+que des calomniateurs, prsenta requte
+ Felix, Gouverneur de cette Ville,
+pour obtenir de lui un Chirurgien qui le
+mit hors d'tat d'tre jamais souponn
+d'aucune impuret; Mais comme Felix le
+lui refusa parce que les lois Romaines le deffendoient,
+comme les Canons de l'Eglise<a name="page_030" id="page_030"></a>
+le deffendirent depuis, je crois avoir raison
+de mettre Origne le premier en ordre;
+parce que s'il n'a pas t le premier qui ait
+eu un semblable dessein, au moins a-t-il t
+le premier qui l'ait xcut.</p>
+
+<p>Origne nquit Alexandrie l'an 185.
+de Jesus Christ. Son Pere nomm Leonidas
+le fit tudier en Theologie, dans la connoissance
+de laquelle il se rendit trs-savant.
+Le tmoignage de Saint Jerme suffit
+pour le prouver, car dans le tems mme
+qu'il crivoit le plus fortement contre Origene
+il reconnoissoit qu'il avoit t un grand
+homme ds sa naissance,<a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a><a href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">[49]</a><i>Magnus vir ab infantia</i>;
+Il toit si ardent professer la Religion
+Chrtienne, que la perscution s'tant
+leve dans Alxandrie sous l'Empire de
+Severe l'an 202. de Jesus Christ, il voulut
+courir au Martyre quoi qu'il ne fut g que
+de seize dix sept ans; &amp; il y seroit all si
+sa mre ne l'en eut empch en le retenant
+par force &amp; par adresse. Ne pouvant donc
+le souffrir lui-mme il exhorta son Pere
+par lettres l'endurer courageusement.
+En effet il et la tte tranche &amp; ses biens
+furent confisquez, de sorte qu'Origene fut
+rduit la derniere pauvret. Une Dame
+riche d'Alexandrie en ayant eu piti
+le retira dans sa maison; Elle y avoit avec
+elle un fameux Hrtique d'Antioche qu'elle
+avoit adopt pour fils, qui faisoit chez
+elle des confrences auxquelles les hrtiques
+&amp; les orthodoxes assistoient indiffremment.<a name="page_031" id="page_031"></a>
+Origene conversa bien avec
+lui, mais il ne voulut jamais avoir de communication
+avec lui dans la prire, observant
+religieusement les Rglemens de
+l'Eglise, &amp; tmoignant de l'horreur pour
+la doctrine des Hrtiques;</p>
+
+<p>Il souhaita de vivre indpendamment
+d'autrui, &amp; en effet il se mit enseigner
+la Grammaire; &amp; depuis, la chaire de
+l'Ecole d'Alexandrie tant vacante elle lui
+fut donne, &amp; comme elle ne lui produisoit
+pas suffisamment de quoi vivre, il
+vendit tous ses livres qui traitoient des
+sciences prophanes, &amp; se contenta de quatre
+oboles par jour que lui donnoit celui
+qui les avoit achetez. Il commena alors
+ mener une vie trs-laborieuse &amp; trs-austere:
+&amp; comme son emploi l'obligeoit
+ tre souvent avec des femmes qu'il instruisoit
+aussi bien que les hommes, pour
+ter aux Payens tout prtexte de soupon
+de quelque mauvaise conduite cause de
+sa grande jeunesse; il se rsolut d'xcuter
+ la lettre la perfection qu'il se persuadoit
+que Jesus Christ avoit propose dans ces
+paroles de l'Evangile. <i>Il y en a qui se sont
+faits Eunuques eux mmes pour le Royaume des
+Cieux.</i> Il tcha de tenir cette action secrette,
+il la cacha mme ses amis; mais
+il ne put empcher qu'elle ne fut su. Demetrius
+Evque d'Alexandrie en eut connoissance,
+loua son zele, &amp; l'ardeur de
+sa foi, mais il changea de langage bien
+aprs; car la reputation d'Origne s'tant
+rpandu en divers lieux o il toit all,<a name="page_032" id="page_032"></a>
+Demetrius crivit contre lui &amp; lui reprocha
+cette action qu'il avoit loue. Il poussa
+sa passion si loin qu'il le fit chasser d'Alxandrie,
+le fit dposer dans un Concile d'Evques
+d'Egypte, &amp; mme excommunier,
+&amp; crivit par tout contre lui pour le faire
+rejetter de la Communion de toutes les
+Eglises du monde. Ce narr tir d'un
+Auteur<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a><a href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">[50]</a> authoris par l'approbation du public
+&amp; conforme ce qu'en dit Eusebe, refute
+&amp; dtruit ce que rapporte Saint Romuald
+sur ce sujet. Il dit<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a><a href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">[51]</a> que l'an 232.
+il s'leva une sdition populaire dans Alexandrie
+contre Origene qui l'obligea se
+retirer ailleurs, laissant son disciple Heracles
+en sa place de Recteur des Ecoles de la
+Ville. On ne sait pas bien, dit-il, la cause
+de cette sdition, les uns l'attribuent
+la publication qu'il avoit faite de son
+Periarchon, ou des principes, qui toit un
+vrai labyrinthe d'erreurs; &amp; les autres
+aux efforts qu'il faisoit pour persuader ses
+disciples de l'imiter en se faisant Eunuques
+comme lui, soit par le fer ou par la cigu,
+afin d'nerver tout fait cette partie rebelle
+du corps, &amp; se priver ainsi de tout
+mouvement bestial de la chair. Il se range
+du second avis, parce, dit-il, que ce fut
+ peu prs dans ce tems que cette erreur
+se convertit en hrsie, par le faux zle de<a name="page_033" id="page_033"></a>
+ce Valesius Arabe dont j'ai dja parl, &amp;
+qui en fut le Propagateur<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a><a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">[52]</a>. Mais il est
+certain 1. qu'Origne n'a jamais fait de
+violence personne, il a tenu son action
+secrette, &amp; si elle s'est divulgue a t contre
+son intention;<a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a><a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">[53]</a>2. Il l'a lui-mme condamne
+depuis, c'est un fait que le mme
+Auteur dont j'ai tir l'abreg de son Histoire
+remarque expressment; Eusebe son
+plus grand Protecteur en parle d'une manire
+qui fait voir qu'il en avoit honte;
+Il avoit honte aussi d'avoir employ trop
+de tems l'tude des sciences profanes, &amp;
+il s'en excuse dans le second livre de son
+apologie, ou de sa deffense.<a name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a><a href="#Footnote_54_54" class="fnanchor">[54]</a>Les passages
+o Origene lui-mme a condamn son
+action sont dans son sermon 15. sur St.
+Matthieu, au ch. 19. <small>V</small>. 12. &amp; dans son ouvrage
+contre Celse, liv. 7. Il n'y a qu'
+lire aussi ce qu'il dit dans son Trait septime
+sur le Chapitre dix-huitieme de St.
+Matthieu pour tre convaincu qu'il a bien
+chang d'avis, voici ses termes; <i>Nos autem
+si spiritales sumus verba spiritus spiritualiter
+accipiamus &amp; de tribus istis Eunuchizationibus
+dificationem introducentes moralem. Eunuchi
+nunc moraliter abstinentes se a veneriis sunt
+appellandi; Eorum autem qui se continent differenti
+tres sunt</i>. Ceux qui sont Eunuques
+ds le ventre de leur mre, sont, dit-il,
+ceux qui le sont par tempramment, qui<a name="page_034" id="page_034"></a>
+sont nez froids ou impuissans; ceux que
+les hommes ont fait, sont, ajoute-t-il, ceux
+qui le sont par raison, ce sont ces Philosophes
+qui faisant profession d'une sagesse
+mondaine, s'abstiennent du commerce des
+femmes par des maximes humaines, ou
+ceux ausquels une fausse honte, ou les loix
+publiques les deffendent: Les Ecclesiastiques
+de l'Eglise Romaine sont de ce nombre.
+Ceux enfin qui se font Eunuques pour
+le Royaume des Cieux sont, dit-il, ceux
+qui sont chastes par vertu &amp; par piet,
+pour tre mieux disposez au service de
+Dieu, &amp; dans l'intention d'tre mieux
+disposez au service de Dieu, &amp; dans l'intention
+de lui tre plus agreables.<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a><a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">[55]</a>Socrate
+l'Historien dit qu'Origene, qu'il nomme
+<i>Doctor Valde sapiens</i>, avoit reconnu
+que les prceptes de la Loi de Mose ne
+pouvoient pas s'entendre la lettre &amp; qu'il
+falloit leur donner une explication plus sublime,
+&amp; il ajoute que, <i>prceptum de paschate
+ad altiorem divinioremque sensum traduxit</i>,
+ce qui fait voir d'autant plus qu'Origene
+toit revenu de l'ancienne erreur
+dans laquelle il avoit t, qu'il falloit entendre
+ la lettre ce qui est contenu dans
+le Vieux &amp; dans le Nouveau Testament;</p>
+
+<p>Valesius dont j'ai dja parl vint aprs
+lui, &amp; comme les disciples vont tojours
+au del de leurs Maitres, (si tant est que
+Valesius qui n'toit qu'imitateur d'Origene,
+puis que cet ancien Docteur ne lui avoit
+jamais enseign ni recommand cette cruelle<a name="page_035" id="page_035"></a>
+doctrine, puisse ou doive passer pour son
+disciple) enchrit beaucoup sur la pratique
+d'Origne; car au lieu qu'Origne
+n'avoit considr les paroles de Jesus Christ
+que comme un Conseil, qu'il ne l'avoit
+pratiqu que <i>ad melius esse</i> comme parlent
+les Philosophes, par desir de parvenir la
+perfection; &amp; pour ter ses ennemis
+tout prtexte de juger mal de ses conversations
+avec des filles qu'il enseignoit, Valesius
+au contraire changea cette action volontaire
+en action ncessaire, &amp; foroit
+tous ceux qui tomboient entre ses mains
+ se faire Eunuques; car lors qu'ils ne vouloient
+pas le faire eux mmes il les y contraignoit,
+il les lioit sur un banc &amp; leur
+coupoit de ses propres mains leurs parties
+viriles, en leur disant qu'il falloit accomplir
+ la lettre ce qu'avoit dit ntre Seigneur,
+<i>Qu'il y avoit des Eunuques qui s'toient
+faits Eunuques pour le Royaume des Cieux</i>.</p>
+
+<p>Cette secte qui fut appelle la secte des
+Valesiens, ou des Eunuques, ne dura pas
+long tems; 1. parce qu'elle fut absolument
+condamne par le premier Concile gnral
+de Nice l'occasion de Leontius Prtre
+qui s'toit fait Eunuque; 2. parce que ceux
+qui avoient subi la peine, avoient souffert
+de si horribles douleurs, &amp; avoient t si
+fort en danger de mourir, que cela donna
+de la frayeur aux autres qui abandonnrent
+cette secte; 3. &amp; enfin, parce qu'tant
+deffendu par les loix Romaines de se
+faire Eunuque, il falloit en demander la
+permission au Magistrat Civil; on se fit une<a name="page_036" id="page_036"></a>
+honte de faire cette dmarche, d'autant
+plus qu'on toit en quelque sorte assur
+d'tre presque tojours refus, tmoin le
+refus qui fut fait ce jeune garon dont
+Justin Martyr fait mention dans sa seconde
+Apologie l'Empereur Antonin, qui
+alla demander cette permission au Prfect
+Augustat, parce que le Mdecin ne vouloit
+pas mettre la main sur lui, <i>timore p&oelig;n</i>.<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a><a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">[56]</a>
+Voila le commencement, le progrs,
+&amp; la fin de cette secte.</p>
+
+<p>D'autres motifs ont succd ceux d'Origne
+&amp; de Valesius, &amp; il y a eu des gens
+qui se sont faits Eunuques eux-mmes par
+des raisons diffrentes. Tout le monde
+sait l'histoire de Combabus, elle est dans
+Lucien, mais l'illustre Monsieur Bayle l'a
+rendu fort publique accompagne de toutes
+ses circonstances dans son Dictionnaire
+historique<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a><a href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">[57]</a>. Combabus toit un jeune Seigneur
+savant dans l'Architecture, la
+Cour du Roi de Syrie. Il fut choisi par
+ce Monarque pour accompagner la Reine
+Stratonice dans un voyage assez long qu'elle
+devoit faire, pour aller btir un Temple
+ Junon suivant les ordres qu'elle en
+avoit res en songe. C'toit un trs beau
+garon, il crt que le Roi concevroit infailliblement
+quelque jalousie contre lui,
+il le supplia donc trs instamment de ne
+lui point donner cet Emploi, &amp; n'ayant p
+obtenir cette dispense il se compta pour<a name="page_037" id="page_037"></a>
+mort s'il ne prenoit garde lui d'une manire
+qui ne souffrit point de reproche. Il
+obtint seulement sept jours pour se prparer
+ ce voyage; voici donc quels furent
+ses prparatifs. Ds qu'il fut son logis,
+il dplora le malheur de sa condition, qui
+l'exposoit la triste alternative de perdre
+sa vie ou son sxe, &amp; aprs avoir bien sopir
+il se coupa les parties secrettes qu'on
+ne nomme pas, &amp; les mit bien embaumes
+dans une bote qu'il cacheta; lors
+qu'il fallut partir il donna la bote au Roi
+en prsence d'un grand nombre de personnes,
+&amp; le pria de la lui garder jusqu'
+son retour. Il lui dit qu'il y avoit
+mis une chose dont il faisoit plus de cas
+que de l'or &amp; de l'argent &amp; qui lui toit
+aussi chre que la vie. Le Roi mit son
+cachet sur cette bote &amp; la donna garder
+au Matre de sa garderobe. Le voyage
+de la Reine dura trois ans, &amp; ne manqua
+pas de produire ce que Combabus avoit
+prv, de sorte que l'venement justifia
+la prcaution qu'il avoit prise.</p>
+
+<p>Cette action de Combabus produisit un
+autre motif de se faire Eunuque. Ses amis
+intimes voulurent l'tre pour le consoler
+de sa disgrace, fondez sur cette ancienne
+maxime, que <i>c'est une consolation pour les
+malheureux que d'avoir des compagnons de leur
+infortune</i>. Lucien ajote que cette conduite
+des amis de Combabus a servi de fondement
+ une cotume qui s'observoit tous
+les ans, de mutiler plusieurs personnes dans
+le Temple que Stratonice &amp; Combabus<a name="page_038" id="page_038"></a>
+avoient fait btir, &amp; il dit qu'ils se mutiloient,
+<i>sive Combabum consolantes, sive Junoni,
+&amp;c.</i></p>
+
+<p>Mais voici d'autres motifs bien diffrens
+de celui de Combabus &amp; de ses amis; un
+jeune Gentilhomme bien fait, ayant vaincu
+sa Matresse par ses instances &amp; par
+sa persvrance, ne pouvant par un malheur
+qui lui arriva, profiter de sa Conqute,
+parce qu'il ne fut pas le Matre
+des instrumens de sa passion; qui ne voulurent
+pas lui ober, &amp; qui furent de glace
+pendant que son c&oelig;ur toit embras, mortifi
+de cette triste avanture, il se les
+coupa, ds qu'il fut de retour au logis,
+&amp; les envoya sa Matresse comme une
+victime sanglante capable d'expier l'offense
+qu'il lui avoit faite. Montagne qui rapporte
+l'histoire<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a><a href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">[58]</a> fait cette exclamation, <i>si
+'et t par discours &amp; Religion comme les
+Prtres de Cybele, que ne dirions-nous d'une
+si hautaine entreprise!</i></p>
+
+<p>Le mme Montagne raconte l'action
+d'un pasan de son voisinage, qui se fit
+Eunuque par une raison bien diffrente;
+ce fut par chagrin contre sa femme, &amp;
+par emportement. Ce bon homme rentrant
+dans sa maison, sa femme qui toit
+jalouse de lui outrance, &amp; qui le tourmentoit
+sans cesse, lui ayant fait un mauvais
+accueil son ordinaire, fond sur les
+soupons que sa jalousie lui donnoit, il se
+coupa, avec la serpe qu'il tenoit, les
+parties qui lui donnoient de l'ombrage &amp;
+les lui jetta au nez.<a name="page_039" id="page_039"></a></p>
+
+<p>Voici une autre espce de gens qui se
+font Eunuques; ce sont des hommes qui
+craignent la lpre ou la goutte, &amp; qui
+pour jour de l'avantage qu'il y a en
+tre xempt, aiment mieux perdre ceux
+qu'ils pourroient tirer de leurs parties viriles.
+Il est certain que la lpre n'attaque
+point les Eunuques: outre l'exprience
+voici ce que Mr. le Prtre conseiller au
+Parlement de Paris en rapporte dans les
+<i>Questions Notables de droit</i>.<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a><a href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">[59]</a><i>Antipathia ver
+Elephantiasis veneno resistit; Hinc Eunuchi,
+&amp; quicumque sunt mollis, frigid &amp; eff&oelig;minat
+natur, nunqum aut rar lepra corripiuntur;
+&amp; quidem quibus imminet lepr periculum
+de consilio medicorum, sibi virilia amputare
+permittitur. c. ex pars.</i> 11. <i>ex. de corpor.
+vitiatis ordinandis, vl non; Quod etiam aliquando
+permiserunt nonnulli leprosis ministrantes,
+manifesto experimento, magnoque vit &amp;
+sanitatis commodo.</i><a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a><a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">[60]</a>Mzeray dit, dans la
+Vie de Philippe Auguste, <i>qu'il a lu qu'il
+y avoit des hommes qui apprehendoient si fort la
+ladrerie, cette vilaine &amp; honteuse maladie,
+qu'ils se chtroient pour s'en prserver</i>.</p>
+
+<p>Les Eunuques ne sont jamais chauves,
+parce qu'ils ont le cerveau plus entier que
+les autres hommes qui Venus en fait perdre
+une bonne partie, leur semence tirant
+de l sa principale origine. Ils sont aussi
+xempts de la goutte, Hyppocratest<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a><a href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">[61]</a>, &amp;<a name="page_040" id="page_040"></a>
+<a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a><a href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">[62]</a>Pline en rendent de trs bonnes raisons.
+C&oelig;lius Rhodiginus, le dit aussi au chapitre
+trentime du livre quinzime, <i>lectionum
+antiquarum</i>; Et dans quelqu'autre endroit
+de ce mme Ouvrage il dit, que les Eunuques
+seuls sont xempts d'tre offensez de
+certaine vapeur qui sort de la terre en quelques
+lieux de l'Egypte, avec une telle
+puanteur qu'elle fait mourir toute autre
+sorte de personnes. C'est apparemment
+la mme chose que ce qui est rapport par
+Ammian Marcellin<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a><a href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">[63]</a>, &amp; par Dion dans la
+Vie de Trajan touchant la grotte de Hierapoli.
+Il y a, disent-ils, une citerne close
+de toutes parts, sur laquelle on a bti un
+Theatre, de dessous lequel il sort un vent
+si pernicieux toutes sortes d'animaux qu'ils
+meurent incontinent, aprs en avoir t
+atteints, except les hommes chtrez qui
+ne se sentent point du tout de la malignit
+de ce vent.</p>
+
+<p>D'autres se sont faits Eunuques par
+fantaisie &amp; par folie, tmoin cet Athe
+qui n'en avoit point d'autre raison que son
+caprice, &amp; qui le fit par pure extravagance.
+Tmoin encore plusieurs autres dont
+les noms &amp; l'histoire sont rapportez dans
+l'excellent Ouvrage de Theodore Zuinger
+intitul, <i>Theatrum Vit human</i>.<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a><a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">[64]</a></p>
+
+<p>Il y a des gens, enfin, qui se font Eunuques,
+parce qu'tans condamnez la mort<a name="page_041" id="page_041"></a>
+ils craignent l'infamie ou les douleurs du
+supplice &amp; veulent les prvenir par cette
+opration qui les tu infailliblement, parce
+qu'elle est mal faite &amp; mal dirige.
+D'autres tans accusez de crimes graves &amp;
+normes craignent d'tre appliquez la
+question, &amp; pour viter cette terrible
+preuve &amp; la confession qu'elle extorqueroit
+de leur bouche, ils s'tent la vie par
+cette mutilation.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_VII-a" id="CHAPITRE_VII-a"></a>CHAPITRE VII.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Des Eunuques ainsi nommez
+ cause de leurs Emplois;
+Et de ceux qui le sont dans
+un sens figur.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Eux qui ont rempli des dignitez qui
+avoient t originairement occupes
+par des Eunuques, ont t eux-mmes
+appellez Eunuques, de la mme manire
+que ceux qui occupent dans les Tribunaux
+&amp; dans les Conseils, les places
+qui n'toient autrefois donnes qu' des
+vieillards sont encore appellez aujourd'hui
+Snateurs. Les Eunuques avoient divers
+Offices &amp; faisoient des fonctions diffrentes
+dans les Cours des Princes. Ceux
+qui ont succd ces Offices ont t appellez
+Eunuques, &amp; c'est en ce sens qu'il<a name="page_042" id="page_042"></a>
+est parl dans l'Ecriture Sainte des Eunuques
+de Pharao Roi d'Egypte, de David,
+des Rois d'Isral, des Rois de la Jude,
+d'Assuerus Roi de Perse, des Rois
+de Babilone, de celui de la Reine de Candace;
+&amp; du Prsident, ou de l'Intendant
+des Eunuques. On peut dire mme que ce
+mot, <i>Eunuque</i> toit autrefois un terme gnral
+qui signifioit toutes sortes d'Officiers
+des Rois ou des Princes de quelque qualit
+&amp; de quelqu'ordre que fussent ces Officiers.
+Ces Eunuques n'toient ainsi appelez
+que parce qu'ils reprsentoient dans
+leurs Emplois les Eunuques proprement
+ainsi nommez qui y avoient t leurs
+predcsseurs. Les premiers toient Eunuques,
+<i>ratione impotenti &amp; adempt virilitatis</i>;
+les autres ne l'toient que <i>ratione
+officii</i>. Putifar, par xemple, qui toit
+l'Eunuque de Pharao, ne l'toit que
+parce qu'il possdoit une Charge qui n'avoit
+t occupe jusques l que par des
+Eunuques. On n'en peut point douter,
+puis que Putifar avoit une femme, &amp;
+une fille nomme Asenech, que l'on a
+cr avoir t marie Joseph. Nous verrons
+plus particulirement dans la suite
+quels postes ou pltt quels rangs, les Eunuques
+tenoient dans les Cours de ces
+Rois &amp; de ces Princes, &amp; dans d'autres
+Cours dans lesquelles ils toient tablis;
+voyons prsentement ce que c'est qu'un
+Eunuque, ce mot tant pris dans un sens
+figur.</p>
+
+<p>On appelle Eunuque un homme chaste,<a name="page_043" id="page_043"></a>
+qui vit sagement dans le Clibat. Tels toient
+les Juifs Esseniens dont parle Joseph
+l'Historien<a name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a><a href="#Footnote_65_65" class="fnanchor">[65]</a> &amp; ces Juifs Pharisiens
+qui demeuroient dans la continence, &amp;
+qui se faisoient pour cela des violences ridicules
+&amp; superstitieuses, qui gardoient
+dis-je la virginit pendant plusieurs annes
+pour le Royaume des Cieux, dans la pense
+qu'ils le mritoient &amp; qu'ils se l'aqueroient
+par cette voye. Il y a plusieurs Interprtes
+trs sensez qui croyent que quand
+Jesus Christ dit dans Saint Matthieu qu'il
+y a des Eunuques qui se sont faits Eunuques
+eux-mmes pour le Royaume des
+Cieux, il fait allusion ces deux Sectes
+de Juifs. Qu'il n'entend point prescrire
+aux Chrtiens ce qu'ils doivent faire cet
+gard, mais qu'il leur parle de ce qui s'toit
+pratiqu jusqu'alors dans le Judasme
+depuis que la Rpublique, &amp; la Religion
+corrompu toient passes aux Juifs. Il blme
+la tmrit de ces gens qui se faisoient
+Eunuques, pour le dire ainsi, dans la v
+de gagner le Paradis par-l, soit en demeurant
+Eunuques pendant un certain tems,
+comme si la continence n'toit pas au dessus
+des forces humaines, &amp; comme si ce n'toit
+point un don de Dieu qu'il accorde peu
+de gens. En effet il ne dit pas aux Chrtiens
+qu'il y en aura qui se feront Eunuques, ou
+qu'il doit y en avoir qui doivent se faire
+Eunuques, mais qu'il y en a qui se sont<a name="page_044" id="page_044"></a>
+faits Eunuques par le pass. Le mot<a name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a><a href="#Footnote_66_66" class="fnanchor">[66]</a> Grec
+qui est employ dans l'Original est un prtrit,
+ce qui marque non ce qui se pratiquoit
+parmi les Chrtiens, ou ce qui devoit se
+pratiquer la suite parmi eux, mais ce qui
+s'toit pratiqu avant eux &amp; qui se pratiquoit
+encore alors parmi quelques sectes de
+Juifs.<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a><a href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">[67]</a>Saint Epiphane rfute les Hrsies
+de ces deux sortes de Sectes, &amp; fait
+voir xactement en quoi elles consistoient
+alors.<a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68"></a><a href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">[68]</a>Un clbre Docteur Anglois
+prtend que ceux dont Jsus Christ parle
+dans Saint Matthieu, sont ceux qui vivent
+chastement, parce que Dieu l'a command,
+soit qu'ils soient mariez ou non.</p>
+
+<p>Je n'tendrai pas trop loin la signification
+figure du mot, <i>Eunuque</i>; Tout le monde
+sait que le mot <i>chtr</i> qui est peu prs le
+mme que celui d'Eunuque, se dit des choses
+dont on a retranch quelque partie. Il
+y a eu des femmes Eunuques; Andramis
+premier Roi de Lydie a t le premier qui
+en a fait chtrer, il s'en servoit au lieu
+d'hommes Eunuques. On dit un livre chtr,
+lors qu'on en a retranch quelque chose,
+par xemple, la traduction que Mr. d'Ablancourt
+a faite de l'Eunuque de Lucien,
+est chtre, parce que sous prtexte d'en
+retrancher quelques obscenitez, il en a t
+plusieurs priodes. On dit des Ctrets chtrez,<a name="page_045" id="page_045"></a>
+une ruche de Mouches miel chtre;
+des Arbres &amp; des Ceps de vigne chtrez.
+On dit mme qu'on a chtr un homme quoi
+qu'il ait encore ses parties viriles, lors
+qu'on l'a chtr de la langue ou de quelqu'autre
+membre du corps que ce soit;</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+
+<span class="i0"><a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a><a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">[69]</a><i>Si Hercle ego te non elinguendam dedero usque ab radicibus,</i></span>
+<span class="i0"><i>Impero auctorque sum, ut tu me cuivis castrandum loces.</i></span>
+</div></div>
+
+<p>Un Auteur moderne<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a><a href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">[70]</a> dit qu'on remarque
+entre les bizarreries tranges de Domitien
+qu'il fit arracher les Vignes de plusieurs
+Provinces particulirement des Gaules;
+&amp; que comme son avnement l'Empire,
+affectant la rputation de bon Prince,
+il avoit deffendu de plus couper les jeunes
+garons (car le luxe &amp; l'inhumaine
+volupt des riches se donnoit impunment
+la licence de faire cet outrage la nature
+pour avoir des Eunuques la mode des
+Orientaux.) Le Philosophe Appollonius,
+grand ennemi de la Tyrannie dit ce bon mot
+qui a t relev &amp; conserv, <i>que ce Prince
+vritablement avoit conserv la virilit aux
+homes</i>, <i>mais qu'il avoit chtr la terre</i>. Voil
+donc la terre Eunuque, mais c'est une
+raillerie d'Appollonius, &amp; il ne la rapporte
+que pour faire voir en combien de
+sens &amp; de manires, ce mot peut-tre pris.</p>
+
+<p>Il y a eu des Eunuques dans le mariage<a name="page_046" id="page_046"></a>
+quoi qu'ils fussent fort en tat d'en remplir
+les devoirs; Quelques Interprtes
+croyent que tels toient ces Eunuques dont
+il est parl au chapitre cinquante-sixime
+d'Esae, mais il y a peu d'apparence, car
+il est dit qu'ils ne sont que des troncs desschez
+ce qui ne convient qu'aux vritables
+Eunuques. Il y en a une infinit d'autres
+qui ne souffrent aucune contestation,
+tel est celui dont Gregoire de Tours parle
+dans son Histoire de France. Un certain
+Snateur de Clermont en Auvergne, qu'il
+dit s'tre nomm Injuriosus, fils unique,
+fut fianc une fille aussi unique &amp; de
+sa qualit, mais riche. S'tant Epousez
+quelques jours aprs, on les mit au lit en
+la manire accotume. D'abord que l'Epouse
+y fut, elle se tourna du ct de la muraille,
+soupira &amp; pleura amrement. Le
+jeune Epoux surpris, lui demanda, la pressa,
+&amp; la conjura par Jsus Christ Fils de
+Dieu, de lui dire ou de lui faire entendre
+sagement quel toit le sujet de sa tristesse,
+elle lui dit qu'elle avoit fait v&oelig;u
+de demeurer Vierge toute sa vie, &amp; que
+se voyant sur le point de violer son v&oelig;u,
+elle croyoit que Dieu l'avoit abandonne.
+Qu'au lieu de Jsus Christ qu'elle croyoit
+avoir pour Epoux qui lui avoit promis de lui
+donner le Royaume des Cieux pour prsent
+des nces, elle n'avoit qu'un homme
+mortel qui ne pouvoit lui donner que
+des choses prissables, &amp; fit de grandes exclamations
+sur ce sujet. Ce jeune homme
+qui avoit beaucoup de pit lui reprsenta<a name="page_047" id="page_047"></a>
+que comme ils toient l'un &amp; l'autre
+enfans uniques, on les avoit mariez ensemble
+afin d'avoir ligne &amp; de perptuer
+leur famille Noble; &amp; afin sur tout que
+leurs biens ne tombassent point dans des
+mains trangres. Elle repliqua que le
+monde &amp; ses richesses n'toient rien;
+que la pompe de ce sicle n'toit qu'une
+fume; que la vie n'toit qu'un vent, &amp;
+qu'il valoit bien mieux aquerir les biens
+du Paradis, &amp; la Vie ternelle. Elle dit
+tout cela d'une manire si vive &amp; si touchante,
+qu'elle persuada son Epoux, &amp; qu'elle
+en tira ces paroles si conformes ses desirs.
+Que si c'toit sa volont de s'abstenir de
+toute convoitise, &amp; de toute &oelig;uvre de la
+chair, il lui promettoit de se conformer
+son intention. Elle lui dit que c'toit une
+chose difficile pratiquer, cependant, que
+s'il tenoit parole &amp; que tous deux demeurassent
+Vierges dans ce monde, elle lui feroit
+part d'une partie du Douaire qui lui
+avoit t promis par son Epoux &amp; Seigneur
+Jsus Christ, lors qu'elle se donna, &amp;
+qu'elle se voua lui comme Epouse &amp; Servante.
+Il lui renouvella sa promesse, l'assura
+qu'il effecturoit ce quoi elle l'exhortoit,
+&amp; s'tans donnez la main l'un l'autre
+ils s'endormirent; Ils couchrent depuis
+dans un mme lit pendant plusieurs annes
+sans blesser leur V&oelig;u de chastet.
+Tout cela n'a t s qu'aprs leur mort.
+L'Epouse tant dcde la premire, son
+Epoux fit ses funrailles, &amp; la mettant
+dans le sepulchre, il dit ces paroles haute<a name="page_048" id="page_048"></a>
+voix, <i>Je te rends graces, Seigneur Dieu Eternel,
+de ce que je te restitu ce trsor aussi entier que je
+l'avois re de toi en dpt</i>. L'Histoire dit,
+que l'Epouse lui rpondit comme en soriant,
+<i>Pourquoi rvles-tu un secret sans en tre
+requis?</i> Et elle ajote un autre miracle que
+je ne rapporte point, parce qu'il ne s'en
+agit point ici.</p>
+
+<p>Nicphore Calliste<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a><a href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">[71]</a> &amp; l'Histoire tripartite<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a><a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">[72]</a>
+rapportent peu prs la mme chose d'un
+gyptien nomm Amon qui a t depuis
+Religieux. La diffrence qu'il y a eu, c'est
+que 'a t le mari qui a sermon sa femme,
+au lieu que dans l'histoire prcdente 'a t
+la femme qui a persuad son mari. Mais
+la mme chose prcisment est arrive
+l'Empereur Henri. Il a vcu avec l'Impratrice
+Chunegonde sa femme comme le
+jeune Gentilhomme Auvergnat dont je
+viens de parler, vcut avec la sienne. Chunegonde
+toit une Princesse qui joignoit la
+jeunesse la beaut, cependant ayant dit
+Henri qu'elle avoit fait v&oelig;u de chastet,
+il vcut avec elle comme avec sa s&oelig;ur. Lors
+qu'il fut au lit de la mort, il rendit un tmoignage
+public devant tous les Princes &amp; les
+Seigneurs de sa Cour; Vierge, leur dit-il,
+vous me l'avez donne, &amp; Vierge je vous
+la rends. Ils ont t canonisez l'un &amp; l'autre
+pour cela par Eugne III. comme l'illustre
+Mr. Godeau nous l'apprend dans ses
+Eloges<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a><a href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">[73]</a>. On peut dire peu prs la mme
+chose de Marcien qui vcut de mme en<a name="page_049" id="page_049"></a>
+Eunuque avec Pulcheria sa femme, &amp; de
+plusieurs autres; Mais les xemples que je
+viens de rapporter suffisent. Si quelqu'un
+veut en voir un plus grand nombre, qu'il
+lise le chapitre septime du Livre quatrime
+de Marule; &amp; le Livre neuvime de l'Histoire
+de Cromerus, dans lequel il trouvera
+l'Histoire de Bolislaus V., &amp; de Cunegonde
+sa femme, qui d'un consentement mutuel
+vcurent ensemble toute leur vie dans
+une parfaite continence; ce qui a donn
+lieu un Polonois nomm Clment Latinius
+de faire ces deux Vers,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Conjuge consenuit cum Virgine Virgo maritus</i><br /></span>
+<span class="i2"><i>Addictus studiis Casta Diana tuis.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_VIII-a" id="CHAPITRE_VIII-a"></a>CHAPITRE VIII.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Quel rang les vritables Eunuques
+ont tenu dans la
+socit civile.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Omme on a mis de tout tems une grande
+diffrence entre les Eunuques qui
+toient nez Eunuques, ou qui avoient t
+faits tels ds leur naissance, ou par force
+dans un ge plus avanc, &amp; entre ceux
+qui se sont faits Eunuques eux-mmes volontairement,
+il est ncessaire de les distinguer<a name="page_050" id="page_050"></a>
+ici. J'en ferai donc deux classes, &amp;
+d'abord j'xaminerai quel rang les Eunuques
+forcez que je mets dans la premire,
+ont tenu dans la socit civile.</p>
+
+<p>On ne peut pas faire une histoire xacte
+&amp; suivie qui montre le rang que ces sortes
+de gens ont tenu dans la socit civile,
+cela mneroit trop loin &amp; m'carteroit
+trop de mon but. Je dirai donc seulement,
+qu'il parot par l'Histoire Sainte, &amp; par
+l'histoire profane, que les Eunuques ont
+possd les premires &amp; les principales
+Charges dans les Cours, &amp; qu'ils ont eu
+la confiance &amp; la faveur de leurs Princes;
+Et je me contenterai d'en donner quelques
+xemples.</p>
+
+<p>Je ne parlerai point d'une raison odieuse
+pour laquelle les Princes les aimoient autrefois;
+Tout le monde sait l'histoire de
+Sporus<a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a><a href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">[74]</a>; Nron le fit chtrer, &amp; sa folie
+fut si grande qu'il tcha de lui faire changer
+de sxe; Il lui fit prendre l'habit de
+femme, il l'pousa ensuite avec toutes
+les formalitez accotumes, il lui donna
+un douaire, un voile nuptial, &amp; le tint
+dans sa maison en qualit de femme;
+propos de quoi quelqu'un dit assez plaisamment
+que le monde et t bien heureux
+si son Pre Domitien et eu une telle femme;
+Il fit habiller ce Sporus la manire
+des Impratrices, &amp; le faisant porter en
+litire il l'accompagna aux Assembles &amp;
+aux marchez de la Grce, &amp; Rome dans
+le quartier des sigillaires, o il le baisoit<a name="page_051" id="page_051"></a>
+ chaque moment. Je ne rapporte que cet
+xemple, parce que j'en ai dit assez sur ce
+sujet dans le chapitre cinquime de cette
+premire partie de mon Ouvrage.</p>
+
+<p>Nous voyons dans le Livre d'Esther<a name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a><a href="#Footnote_75_75" class="fnanchor">[75]</a>
+que sept Eunuques toient les Officiers ordinaires
+du Roi Assuerus, &amp; qu'en particulier
+l'Eunuque Ege avoit le soin de garder
+les femmes de ce Roi;<a name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a><a href="#Footnote_76_76" class="fnanchor">[76]</a>Il y en avoit
+deux autres nommez Bagathan &amp; Thars
+qui commandoient la premire entre du
+Palais du Roi;<a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a><a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">[77]</a>l'Histoire de Judith nous
+apprend, que les Huissiers de la Chambre
+d'Olopherne toient des Eunuques, &amp;
+que Vagao, ou Bagoas en toit le principal;
+c'toit lui qui avoit soin de la personne
+du Matre &amp; de ce qui concernoit sa
+garderobe &amp; son lit;<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a><a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">[78]</a>l'Eunuque de la
+Reine de Candace qui fut batis par Philippe,
+toit un des premiers Officiers de
+cette Reine, &amp; Sur-intendant de ses finances,
+&amp; de tous ses trsors;<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a><a href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">[79]</a>c'toit un
+Eunuque qui commandoit les troupes de
+Sedecias Roi des Juifs. Cyrus victorieux
+de tous ses ennemis, Cr&oelig;sus &amp; Sardes
+tans entre ses mains, ayant pris Babylone,
+tablit sa demeure dans le Palais
+Royal de la plus grande Ville de l'Univers;
+&amp; considrant qu'on ne l'y voyoit
+pas de bon &oelig;il, &amp; qu'on ne lui vouloit
+point de bien, crt qu'il avoit besoin d'une
+forte Garde pour la sret de sa personne. Il
+ne prit cependant que des Eunuques pour ses<a name="page_052" id="page_052"></a>
+gardes &amp; pour les Officiers de sa Maison;
+&amp; les raisons qui l'y portrent sont amplement
+&amp; xactement dduites sur la fin du
+chapitre sixime du Livre septime de son
+Histoire ou de la Cyropedie. On donnoit
+les enfans en garde aux Eunuques, on
+leur laissoit le soin de les lever, de leur
+donner de<a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a><a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">[80]</a>l'ducation, de les instruire
+dans les belles lettres, &amp; de leur enseigner
+les sciences &amp; les disciplines; Tous
+ces diffrens emplois les avoient rendus
+recommandables dans le monde. Les Rois
+&amp; les Princes, soit qu'ils eussent t leurs
+lves, soit qu'ils ne l'eussent point t,
+les estimoient &amp; les honoroient particulirement;
+Ils avoient en eux beaucoup
+de confiance, &amp; ces Eunuques profitant
+de ces avantages se rendoient insensiblement
+les Matres du Gouvernement &amp; de
+l'Etat, &amp; abusrent beaucoup de leur crdit;
+la Religion Chrtienne en a quelquefois
+souffert. Les Cours se remplissoient
+de ces sortes de gens, ils s'emparoient
+de tous les principaux emplois. Voici un
+xemple bien prcis qui justifie cette vrit;
+C'est la Cour de l'Empereur Constance,
+elle toit pleine d'Eunuques &amp; ils y
+toient les matres de toutes les affaires;
+Voici de quelle manire Mr. Herman en
+parle dans l'excellente Vie de<a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a><a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">[81]</a>St. Athanase.
+Avant que d'attaquer le Prince
+mme, ce Prtre Arrien fut assez adroit
+pour gagner ceux qui toient autour de<a name="page_053" id="page_053"></a>
+lui, car la familiarit qu'il avoit avec<a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a><a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">[82]</a>
+l'Empereur l'ayant fait connotre de
+l'Impratrice il entra aussi dans la familiarit
+de ses Eunuques, &amp; particulirement
+dans celle d'Eusebe qui toit le
+premier de cette troupe effmine, &amp;
+l'un des plus mchans hommes du monde;<a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a><a href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">[83]</a>
+Ayant prvenu l'esprit de cet
+Eunuque il pervertit les autres par son
+moyen; ensuite il fit passer ce poison
+mortel dans l'ame de l'Impratrice, &amp;
+dans le C&oelig;ur des Dames de la Cour; ce
+qui a fait dire St. Athanase que les Arriens
+se rendoient terribles tout le monde,
+parce qu'ils toient appuyez du crdit
+des femmes.</p>
+
+<p>Aprs cela il ne fut pas difficile ce
+Prtre Arrien de se rendre Matre de
+l'esprit de l'Empereur, qui toit lui-mme
+l'esclave de ses Eunuques dont il avoit
+rempli toute sa Cour, &amp; qui ne suivoit
+en toutes choses que les conseils &amp; les
+mouvements de ces hommes lches.</p>
+
+<p>Mais quelque crdit qu'eussent tous les
+autres, ce n'toit que comme de petits
+serpens qui ne faisoient que ramper, au
+lieu qu'Eusbe son grand Chambellan levoit
+la tte avec orgueil;<a name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a><a href="#Footnote_84_84" class="fnanchor">[84]</a>&amp; en effet
+il se rendoit si formidable par sa puissance,
+que selon les historiens, pour en
+concevoir quelqu'ide qui ft conforme
+ la vrit, il suffisoit de dire que Constance
+avoit beaucoup de crdit auprs de<a name="page_054" id="page_054"></a>
+lui. Eux de leur ct le flatoient jusqu'
+lui donner le ttre de Roi ternel.<a name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a><a href="#Footnote_85_85" class="fnanchor">[85]</a>Ils
+nous ont aussi dpeint ses excellentes
+qualitez par ce bel Eloge, qu'il avoit
+une vanit insupportable, qu'il toit
+galement injuste &amp; cruel, qu'il punissoit
+sans xamen ceux qui n'toient convaincus
+d'aucun crime, &amp; qu'il ne faisoit
+point de discernement entre les innocens
+&amp; les coupables.<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a><a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">[86]</a>Les Auteurs
+prophanes sont remplis de plaintes contre
+la malignit &amp; la domination Tyrannique
+de cet Eusbe &amp; des autres Eunuques
+de Constance, mais ils ne considrent
+que les maux qu'ils firent l'Etat,
+&amp; nous avons sujet de dplorer ceux
+que l'Eglise ressentit par leur violence;
+On vit ces hommes<a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a><a href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">[87]</a> voluptueux &amp; effminez,
+ qui les hommes du monde
+confient peine les moindres emplois qui
+concernent le service de leurs maisons,
+&amp; que l'Eglise bannit de ses conseils,
+selon ses rgles saintes &amp; inviolables,
+devenir les Matres &amp; les Souverains de
+toutes les affaires de l'Eglise, &amp; dominer
+dans ses jugemens, parce que Constance
+n'avoit point de volont que celle
+qu'ils lui inspiroient, &amp; que ceux qui
+portoient le nom d'Evques, trouvoient
+de la gloire &amp; du mrite tre les Ministres
+&amp; les fidles xcuteurs de toutes
+leurs passions &amp; devenir les acteurs des
+pices de Thatre, que ces hommes si<a name="page_055" id="page_055"></a>
+mprisables &amp; si corrompus avoient composes.<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a><a href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">[88]</a>
+Nous allons donc voir que ce
+furent eux qui causrent tous les maux
+&amp; tous les desordres que l'Eglise souffrit
+alors, comme certes ils toient trs-dignes
+d'tre les Protecteurs de l'hrsie
+Arrienne, &amp; les ennemis de la divine
+fcondit du Pre ternel. Voici ce que
+St. Athanase ajote cela. L'Eunuque
+Eusbe, dit-il, tant arriv Rome,
+sollicita d'abord Libre de souscrire la
+condamnation d'Athanase, &amp; d'entrer
+dans la Communion des Arriens, disant
+que c'toit la volont de l'Empereur, &amp;
+l'ordre exprs qu'il lui portoit de sa part;
+&amp; ensuite aprs lui avoir montr les prsens
+par lesquels il tchoit de le sduire,
+il lui prit la main &amp; lui dit, <i>laissez-vous
+persuader par l'Empereur, &amp; recevez ce qu'il
+vous donne</i>. Mais cet Evque s'en dfendit
+fortement &amp; justifia sa rsistance par ce
+discours........ Voil, dit-il, ce que
+rpondit Libre Eusbe, mais cet Eunuque
+tant moins afflig de ce qu'il n'avoit
+pas souscrit la condemnation d'Athanase,
+que de ce qu'il trouvoit en sa personne
+un ennemi de leur Hrsie, &amp; ne
+considrant pas qu'il toit devant un Evque,
+aprs lui avoir fait de grandes menaces,
+il le quitta, sortit avec les prsens
+qu'il venoit de lui offrir, &amp; fit une chose
+aussi contraire la manire d'agir des
+Chrtiens, qu'elle toit mme au dessus<a name="page_056" id="page_056"></a>
+de la tmrit des Eunuques........
+Une action si gnreuse ayant augment
+la colre &amp; le transport de cet Eunuque,
+il irita l'Empereur en lui rprsentant
+qu'il ne devoit plus se mettre en peine de
+ce que Libere ne vouloit pas signer la
+condamnation d'Athanase, mais de la
+disposition d'esprit qu'il faisoit parotre
+contre leur Hrsie qui lui toit si odieuse
+qu'il prononoit nommment des Anathmes
+contre les Arriens; Il chauffa
+aussi par ce discours l'esprit des autres Eunuques,
+&amp; il y en avoit un trs grand
+nombre la Cour de l'Empereur, qui
+pouvoient tout auprs de lui, &amp; sans la
+participation desquels il ne faisoit rien.
+Constance crivit donc Rome, continu
+ntre Saint, &amp; il y envoya tout de
+nouveau des Officiers de son Palais, des
+Secrtaires, &amp; des Comtes, avec des
+lettres qu'il adressoit au Gouverneur de
+la Ville; Et il leur avoit donn l'ordre,
+ou de surprendre Libre par leurs ruses &amp;
+par leurs artifices pour le faire sortir de
+Rome &amp; l'envoyer la Cour, ou d'employer
+ouvertement la violence &amp; l'outrage
+afin de le perscuter. Ces crits remplirent
+toute la Ville de frayeur &amp; d'pouvente,
+&amp; ce n'toit qu'embuches de toutes
+parts. Combien y eut-il de familles
+ qui on fit des menaces? Combien de
+personnes rerent des commandemens
+contre Libre? Combien eut-il d'Evques
+qui se cachrent quand ils virent
+ces excs? Combien y eut-il de Dames<a name="page_057" id="page_057"></a>
+illustres qui se retirrent la Campagne
+ cause des calomnies dont les chargeoient
+ces ennemis de Jsus Christ? Combien y
+eut il de solitaires qui se trouvrent exposez
+ leurs embuches? Combien firent-ils
+perscuter de personnes qui avoient tabli
+leur demeure dans la solitude pour le
+reste de leurs jours? Quels soins ne prirent-ils
+point par plusieurs fois, de faire
+garder les ports, &amp; les portes de la Ville,
+de peur qu'aucun Catholique n'y entrt
+pour voir Libre? Rome connut alors par
+exprience quelle toit la conduite de ces
+impies qui dclaroient la guerre Jsus
+Christ mme, &amp; elle apprit pour l'avenir
+ce qu'elle n'avoit pas cr jusqu' ce
+tems-l, pour ne l'avoir s que par le
+rcit des autres, savoir de quelle manire
+ils avoient renvers toutes les autres
+Eglises en tant de Villes diffrentes.</p>
+
+<p>C'toit des Eunuques qui faisoient tous
+ces desordres, &amp; qui toient auteurs de
+tous les excs que les autres commettoient
+de toutes parts. Et il n'est pas en effet
+trange, que comme l'Hrsie des Arriens
+fait profession de nier le Fils de
+Dieu, elle s'appuye du crdit des Eunuques,
+qui tans naturellement striles,
+&amp; ne l'tans pas moins dans l'ame en ce
+qui regarde les actions de pit &amp; de vertu
+que dans le corps, ne peuvent du tout
+souffrir que l'on parle du Fils de Dieu.
+Cependant, l'Eunuque de la Reine d'Ethiopie
+ne comprenant pas ce qu'il lisoit,
+crt les instructions que lui donna Saint<a name="page_058" id="page_058"></a>
+Philippe touchant le Divin Sauveur. Mais
+les Eunuques de Constance ne peuvent
+souffrir que Saint Pierre ait autrefois confess
+sa Divinit; Ils s'lvent mme contre
+le Pre Eternel quand il dclare que
+c'est son Fils, &amp; s'emportent de fureur
+contre ceux qui disent que c'est le vritable
+Fils de Dieu; c'est pour ce sujet que
+la Loi deffend de les admettre dans les
+Jugemens Ecclsiastiques. Mais les Arriens
+viennent de les en rendre les matres.
+Constance ne prononce rien que ce
+qui leur est agrable, &amp; ceux qui portent
+le nom &amp; la qualit d'Evques, n'en disent
+mot, &amp; regardent tous ces desordres
+avec dissimulation. Hlas! Qui sera celui
+qui crira un jour cette Histoire, &amp;
+qui fera passer jusqu' une autre gnration
+la rlation funeste de tant de tristes
+vnemens? Qui poura croire un jour de
+si grands excs quand on entendra dire que
+des Eunuques qui on confie peine le
+soin des affaires domestiques, &amp; dont le
+service est suspect en ces rencontres, parce
+que c'est un genre de personnes qui
+n'aiment que le plaisir &amp; qui n'ont point
+d'autre but que d'empcher dans les autres
+ce que la nature leur a refus eux-mmes;
+Que ces Eunuques, dis-je, gouvernent
+maintenant les Eglises!</p>
+
+<p>Ce Saint fait parotre une juste indignation
+contre les Eunuques qui toient alors
+absolus la Cour, &amp; qui se sont rendus xcrables
+ leur sicle &amp; toute la postrit.
+L'Arrianisme toit tellement rpandu parmi<a name="page_059" id="page_059"></a>
+eux, qu'en ce tems-l porter le nom
+d'impie &amp; celui d'Eunuque toit la mme
+chose, selon Saint Grgoire de Nazianze<a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a><a href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">[89]</a>.
+Et leurs violences ont t si odieuses aux
+Payens mmes, qu'Ammian Marcellin a
+crit d'eux, qu'ayant tojours de la fiert
+&amp; de l'aigreur, &amp; n'ayant pas les liaisons
+domestiques &amp; les engagemens naturels
+qu'ont les autres hommes, ils n'embrassent
+que leurs richesses qu'ils considrent comme
+leurs trs chres &amp; trs agrables filles.
+<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a><a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">[90]</a>
+Mr. Herman dit, que l'Histoire de ce
+combat est devenu si clbre dans toute la
+postrit, que les Payens mmes en ont
+marqu l'vnement; mais qu'il aime
+mieux puiser dans les sources pures que d'avoir
+recours ces ruisseaux si bourbeux; Et
+que comme il prfre avec raison le tmoignage
+de Saint Athanase celui de tous les
+Auteurs de ce sicle, c'est par ses propres
+paroles qu'il doit commencer l'importante
+relation de laquelle j'ai tir ce que je viens
+de rapporter sur ce sujet.</p>
+
+<p>Les Eunuques avoient t tout-puissans
+du tems du grand Constantin, Pre de
+l'Empereur Constance dont je viens de parler.
+Il les avoit levez aux premires Dignitez
+&amp; les appelloit ses Amis; mais ayant
+appris combien ils toient pernicieux l'Etat,
+il les en avoit dpouillez, &amp; les avoit
+rduits se borner uniquement aux affaires
+domestiques.<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a><a href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">[91]</a>Il y a dans le Code Thodosien
+une Loi qui nous apprend que tout<a name="page_060" id="page_060"></a>
+l'Empire avoit gmi sous l'oppression de
+ces sortes de gens, sans avoir os se plaindre;
+mais que l'Empereur en ayant eu connoissance,
+avoit publi cette Loi, par laquelle
+il invite tout le monde venir dire
+ses griefs; il promet d'couter lui-mme
+ce qu'on aura dire contre ces sortes de
+gens, &amp; de punir ceux qu'on aura convaincu
+de quelque crime. Il les fit exclurre du
+Sacerdoce dans le fameux Concile de Nice
+qu'il assembla. Cependant, quoi qu'ils
+fussent, pour le dire ainsi, dgradez &amp; destituez
+de tous les Emplois publics, civils
+&amp; militaires, comme ils approchoient de
+l'Empereur &amp; qu'ils en avoient l'oreille,
+ils toient encore formidables, &amp; on les
+craignit jusques ce qu'ils fussent entirement
+loignez. Licinius qui a t son Alli,
+&amp; pendant quelque tems son Compagnon
+ l'Empire, les hassoit beaucoup; il les
+appelloit <i>la tigne &amp; la vermine de l'Etat</i>;<a name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a><a href="#Footnote_92_92" class="fnanchor">[92]</a>
+mais comme Licinius a t un Tyran, &amp;
+un Prince qui s'est rendu odieux par plusieurs
+raisons, ce qu'il a fait dans des vs
+particulires, ne peut point tre tir consquence.<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a><a href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">[93]</a>
+Alxandre Svre ne les avoit
+point aimez, il les appelloit <i>tertium hominum
+genus</i>; Et au lieu que Heliogabale qui
+l'avoit prcd avoit t leur esclave, &amp;
+Eunuque lui-mme, il les humilia &amp; les
+abaissa, il les rduisit un fort petit nombre.
+Il en donna plusieurs ses Amis, &amp;
+pour montrer le peu de cas qu'il en faisoit,<a name="page_061" id="page_061"></a>
+il leur dit en les leur donnant que s'ils n'avoient
+pas de meilleures m&oelig;urs que celles
+qu'ils avoient eus jusqu'alors, ils pouvoient
+les tuer sans forme de procs. Il est
+extrmement lou dans l'Histoire de n'avoir
+pas imit les Rois de Perse qui se laissoient
+tellement gouverner par les Eunuques,
+que ces sortes de gens les cachoient
+leurs Sujets, qui ne pouvoient leur rien dire
+ni en recevoir aucune rponse que par
+leur canal; Ils leur rapportoient les choses
+comme il leur plaisoit, souvent tout autrement
+qu'elles n'toient, &amp; prenans grand
+soin que le Roi ne st que ce qu'ils vouloient
+bien qu'il st, il arrivoit souvent
+de grands inconvniens, parce qu'ils donnoient
+telles impressions qu'il leur plaisoit,
+&amp; au Roi, &amp; ses Sujets;<a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a><a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">[94]</a>L'Histoire
+d'Orsines en est une preuve; Orsines toit
+un descendant de Cyrus, le plus grand Seigneur
+de la Perse, &amp; le Sang le plus noble
+de l'Orient; Il fit de grands prsens aux
+Principaux de la Cour d'Alxandre, &amp; ngligea
+Bagoas; Quelqu'un lui ayant dit qu'il
+avoit mal fait, parce qu'Alxandre aimoit
+cet Eunuque; Il rpondit qu'il honoroit
+les Amis du Roi, mais non pas ses Eunuques;
+Et que les Perses se servoient autrement
+de ces gens-l que les Grecs; Ce discours
+ayant t rapport Bagoas il jura la
+ruine d'Orsines, homme d'une vie sans reproche;
+En effet, il fit tant de faux &amp; de
+secrets rapports contre lui Alxandre,
+qu'il l'aigrit &amp; qu'il l'anima contre lui, de<a name="page_062" id="page_062"></a>
+sorte qu'enfin il le fit mettre dans les fers,
+&amp; le condamna la mort. Bagoas ne fut
+pas content de faire traner un innocent au
+supplice, il eut bien l'impudence de le
+frapper dans le tems qu'il alloit mourir,
+mais Orsines l'envisageant avec indignation
+lui dit, j'avois bien ou dire que des
+femmes avoient autrefois rgn dans l'Asie,
+mais il m'est nouveau d'y voir rgner un infame
+Eunuque. Alxandre Svre instruit
+de tous les desordes que ces Eunuques
+avoient fait, il les dompta tous, &amp; les rduisit
+presque rien. Ces Eunuques toient
+des gens qui vouloient savoir tout ce qui
+se faisoit la Cour, &amp; qui vouloient qu'on
+crt qu'il n'y avoit qu'eux qui le sussent;
+c'toit eux qui on s'adressoit pour obtenir
+des graces du Prince; les Gouvernemens
+de Province ne s'obtenoient que par
+leur moyen, &amp; ils vendoient deniers
+comptans ce que le Prince donnoit desintressment.
+Cet Empereur aimoit assez la
+solitude, il vouloit tre seul ordinairement
+aprs le dner &amp; certaines heures du matin,
+personne alors ne pouvoit le voir. Un
+certain Vetronius Turinus profitoit de cette
+retraite &amp; faisoit croire aux gens, que
+dans ce tems l il lui persuadoit &amp; lui faisoit
+faire tout ce qu'il vouloit, il le faisoit passer
+pour un fat qu'il conduisoit son gr,
+&amp; sous ce prtexte il promettoit tout le
+monde ce qu'on lui demandoit, &amp; se faisoit
+fort de le faire agrer ou xcuter par
+Svre, moyennant quoi il recevoit &amp;
+amassoit des sommes immenses. Comme il<a name="page_063" id="page_063"></a>
+n'toit pas vrai que l'Empereur ft tel qu'il
+le disoit, ni qu'il et le crdit dont il se
+vantoit, il ne tenoit parole personne,
+ce qui donna lieu bien des gens de murmurer.
+Cette conduite de Turinus tant
+enfin parvenu la connoissance de l'Empereur,
+il voulut qu'on se rendit partie contre
+lui &amp; qu'on l'accust, de sorte que ce
+qu'il avoit promis &amp; qu'il n'avoit point effectu,
+&amp; les sommes qu'il avoit touches
+pour cela ayant t dcouvertes, Svre
+le fit attacher un poteau dans un lieu passant,
+&amp; le fit mourir par la fume qui s'levoit
+vers lui d'un bois verd &amp; humide
+qu'on avoit allum;<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a><a href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">[95]</a>Et pendant qu'il
+souffroit son supplice il y avoit un homme
+qui crioit, <i>fumo punitur qui vendidit fumum</i>.</p>
+
+<p>Les Eunuques furent plus considrez
+sous Constantin pendant un certain tems.
+Ils le furent encore plus sous Constance,
+comme je l'ai fait voir. Ce Prince ni ses
+frres, ne furent ni aimez de leurs Sujets,
+ni craints de leurs ennemis, comme Constantin
+leur Pre l'avoit t, &amp; ils avoient
+peine sotenir une partie du fardeau qu'il
+avoit port lui seul avec tant de gloire; les
+Eunuques furent en crdit sous leur Rgne.
+Il paroit qu'ils ont encore t en faveur du
+tems de Theodose le jeune;<a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a><a href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">[96]</a>car on voit
+dans le Code qui a t fait par son ordre,
+qu'au lieu que ceux qui obtenoient des confiscations
+toient obligez d'en donner la
+moiti au fisc, il dispensa ses Eunuques<a name="page_064" id="page_064"></a>
+de cette obligation &amp; leur laissa le tout. Et
+Zozime<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a><a href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">[97]</a> remarque que cet avantage porta
+ces Eunuques commettre mille faussetez
+insignes, comme de faire entendre
+au Prince que ceux dont ils demandoient
+que les biens fussent confisquez leur profit
+toient morts sans laisser de veuves, d'enfans,
+ni de parens, ce qui causoit souvent
+la dsolation de plusieurs familles, &amp; des
+larmes &amp; des gmissemens aux hritiers
+lgitimes, qui toient souvent de vieilles
+veuves caduques ou infirmes, &amp; des orphelins
+innocens. Il est certain pourtant
+qu'il fit un Edit qui deffendoit qu'aucun
+Eunuque ne fut du nombre des Patriciens,
+mais ce fut par une v particulire, &amp;
+pour deshonorer Antiochus qu'il contraignit
+par l se renfermer dans un Clotre.
+<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a><a href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">[98]</a>
+Lucien nous apprend que Phil&oelig;terus
+qui le premier a eu la Principaut de Pergame
+toit Eunuque, &amp; qu'il a vcu
+quatre vingt ans. Il y a eu un autre Prince
+nomm Hermias qui a t Eunuque; Il
+ne pouvoit jamais souffrit que personne
+parlt en sa prsence de couteau, ni de
+section, parce qu'il s'imaginoit qu' cause
+qu'il toit Eunuque, ces mots lui toient
+adressez.
+<a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a><a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">[99]</a>
+Si l'extrait d'une lettre crite de Batavia
+dans les Indes occidentales le 27,
+Novembre 1684. contenu dans une lettre
+de Mr. de Fontenelles, re Rotterdam<a name="page_065" id="page_065"></a>
+par Monsieur Bnage, fait le recit
+d'une avanture vritable, comme on peut
+le croire, puisque l'illustre Mr. Bayle qui
+l'a rapport ne la donne point pour fabuleuse,
+&amp; qu'il la certifie en quelque sorte,
+bien loin de la rendre suspecte; Mre Reine
+de l'Isle de Borneo, veut que tous ses
+Ministres soient Eunuques; Enegu, Princesse
+qui lui dispute le Trne, ne veut
+point d'Eunuques dans sa Cour. Comme
+nous ne savons pas quel succs, ont eu
+les contestations &amp; la guerre que ces deux
+Princesses ont eus entr'elles, ni par consquent
+laquelle des deux jout prsentement
+de l'Empire, on ne sait pas si les
+Ministres de la Reine de l'Isle de Borneo
+sont Eunuques, ou s'ils ne le sont point.
+On peut dire seulement que Mre agit
+comme Plautiames qui du tems des Antonins
+fit chtrer tous ceux qui devoient
+servir Maison de Plautilla sa fille que
+Caracalla avoit pouse, sans pargner les
+hommes non plus que les jeunes garons,
+comme nous le voyons dans les recueils de
+Constantin Porphyrogente sur Dion.</p>
+
+<p>Pour peu de connoissance qu'on ait de
+l'histoire de la Cour Ottomane, on n'ignore
+pas que les Eunuques y parviennent
+aux premires dignitez de l'Etat, &amp; qu'il
+n'y a qu'eux, proprement parler, qui
+les possdent. Les deux plus illustres Bascha
+qui ayent eu de la rputation pendant
+les guerres si clbres dans l'histoire, toient
+Eunuques;<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a><a href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">[100]</a>l'un a t Halis, &amp;<a name="page_066" id="page_066"></a>
+l'autre Sinar. Mr. de Thou rapporte un
+bon mot dit par le premier, il se moqua,
+dit-il, du Courier qui lui annonoit comme
+une fort mauvaise nouvelle, la prise de
+la Ville de Strigonie par les Chrtiens l'an
+1556, lui disant qu'il avoit bien fait une
+autre perte lors qu'on lui avoit enlev la
+plus importante pice qu'il eut. Et Paul
+Jove nous apprend que ce fut une truye qui
+Chtra Sinar en lui arrachant &amp; devorant
+le membre viril, comme il dormoit l'ombre,
+ds sa plus tendre jeunesse.</p>
+
+<p>Tout ce que je viens de dire ne concerne
+le rang que les Eunuques ont tenu
+dans la socit civile que par rapport aux
+Princes &amp; aux Souverains; il est bon de
+voir aussi quelle ide les Peuples en ont
+eu &amp; quel cas ils en ont fait.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_IX-a" id="CHAPITRE_IX-a"></a>CHAPITRE IX.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Quelle ide les Peuples ont eu
+des Eunuques, &amp; quel
+cas ils en ont fait.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">L</span>Es Eunuques ayans abus de la faveur
+des Princes, comme on l'a v dans le
+chapitre prcdent, &amp; s'tans rendus les
+Tyrans impitoyables de leurs sujets, il ne
+faut pas douter que ces sujets ne les ayent
+eus en horreur, &amp; qu'ils ne les ayent<a name="page_067" id="page_067"></a>
+craint beaucoup plus qu'ils ne les ont aimez.</p>
+
+<p>Mais il ne s'agit point ici de savoir ce
+que les Peuples ont pens de leur servitude
+&amp; de leur oppression, &amp; du crdit de ces
+Eunuques qui les tyrannisoient; Il n'est ici
+question que d'xaminer quelle opinion les
+Peuples avoient d'un Eunuque entant
+qu'Eunuque, &amp; non point d'un Eunuque
+entant que Tyran; &amp; quelle ide ils s'en
+faisoient.</p>
+
+<p>L'histoire nous apprend non seulement
+qu'ils les mprisoient souverainement, mais
+mme qu'ils avoient de la rpugnance
+les voir.
+<a name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a><a href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">[101]</a>
+Les Eunuques ne sont que des troncs
+desschez, selon l'expression d'Esae, de
+ces arbres secs qui le sont jusqu' la racine,
+&amp; qui comme parle Ose, ne porteront
+plus de fruits; de ces arbres qu'il faut couper,
+c'est dire dtruire, &amp; en abolir
+la mmoire: car pourquoi faut-il encore
+qu'ils occupent la terre? Il n'y a personne
+qui ne voult donner le premier coup pour
+les renverser ou pour les arracher; ce sont
+des Cratures imparfaites, en un mot des
+monstres auxquels la nature n'avoit rien
+pargn, mais que l'avarice, la luxure,
+le luxe, ou la malignit des hommes ont
+dfigures.</p>
+
+<p>S'ils ont t quelquefois dans la prosprit
+&amp; dans l'lvation, les Peuples ont
+regard ces avantages comme des productions<a name="page_068" id="page_068"></a>
+errones de l'esprit gt &amp; du c&oelig;ur
+corrompu des Princes qui les ont levez &amp;
+chris; Ils s'en sont mme moquez entr'eux,
+&amp; lors qu'ils ont os le faire en public, ils
+ont fait clater leur haine &amp; leur mpris
+&amp; pour les Eunuques &amp; pour le choix qu'on
+en faisoit.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Omnia cesserunt Eunucho Consule monstra</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Heu terr coelique pudor. Trabeata per urbes</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Ostentatur anus, titulumque effeminat anni.</i><br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>&mdash;&mdash; Quibus unquam scula terris</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Eunuchi, videre forum.</i><br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>&mdash;&mdash; Numquam spado consul in orbe</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Nec Judex, Ductorve fuit. Quodcunque virorum</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Est decus, Eunuchi scelus est.</i><br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>&mdash;&mdash; A fronte recedant</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Imperii, tenero tractari pectore nescit</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Publica Maiestas, nunquam vel in quore puppim</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Vidimus Eunuchi clavo parere Magistri.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Nos ade sperni faciles? orbisque carina</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Vilior?</i><a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a><a href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">[102]</a><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Tout le monde sait que Caligula fit
+son Cheval Consul, &amp; qu'il voulut qu'on
+lui rendit tous les honneurs qui sont ds
+cette dignit. Il prit envie de mme
+Arcadius de faire Flaac Eutrope qui
+toit le Matre de sa garderobe &amp; l'un de
+ses Eunuques, de le faire, dis-je, Consul,
+&amp; 'a t le premier, ou pltt le seul de<a name="page_069" id="page_069"></a>
+cette qualit qui ait t pourv de cet Emploi;
+aussi voit-on dans Claudien comment
+on s'irrita alors de cette conduite. Ce Pote
+fit une Satyre piquante contre cet Eutrope
+aprs qu'il fut dsign Consul de Rome,
+&amp; il le rprsente comme une vieille qu'on
+avoit revtu des honneurs du Consulat.
+<a name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a><a href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">[103]</a>
+Ceux qui ont quelque teinture de l'Histoire
+Ecclsiastique savent comment Jean
+Evque de Constantinople a dclam
+contre cet Eutrope, &amp; combien il a contribu
+ sa perte*. Il eut une fin digne de
+lui &amp; des actions inhumaines qu'il avoit
+commises. Cet Eunuque ayant dessein de
+chatier quelques personnes qui s'toient
+rfugies dans les Eglises, il fit ensorte que
+l'Empereur publia une Loi par laquelle il
+toit deffendu de s'y rfugier, &amp; permis
+d'en tirer ceux qui s'y rfugieroient. Quelle
+injustice de violer ainsi le droit des Aziles!
+Mais il en fut puni bien-tt aprs; car
+ peine la Loi fut-elle publie qu'il encourut
+les mauvaises graces de l'Empereur, &amp;
+qu'il fut oblig de rechercher le mme azile
+que les autres. Comme il toit cach sous
+l'Autel &amp; qu'il y trembloit de peur, Jean
+monta au pupitre d'o il avoit accotum
+de prcher pour tre plus aisment entendu,
+&amp; fit une invective contre lui. L'Histoire
+ajote que l'Empereur lui fit couper la tte,
+qu'il fit ter son nom d'entre les noms des
+Consuls, &amp; qu'il fit effacer des Registres la
+loi qu'il avoit fait publier. Le chagrin
+qu'eurent les honntes gens de le voir dans<a name="page_070" id="page_070"></a>
+ce poste fut cause de sa ruine. En effet,
+Gainas Goth, Gnral de l'Empereur, se
+rvolta de dpit de voir cet Eunuque dans
+l'clat de cette haute dignit, &amp; ne voulut
+jamais se remettre dans son devoir qu'on ne
+lui apportt la tte d'Eutrope. On comparot
+Eutrope Gorgon, parce qu'il faisoit
+ses tours si adroitement que peu de gens
+s'appercevoient de ses ruses; on le regardoit
+comme une de ces pestes qui rgnoient
+alors dans les Cours des Princes. Il vendoit
+les Charges de la Magistrature &amp; les
+Jugemens; Il disposoit du Gouvernement
+des Provinces en faveur de qui il vouloit;<a name="FNanchor_104_104" id="FNanchor_104_104"></a><a href="#Footnote_104_104" class="fnanchor">[104]</a>
+&amp; non content d'avoir t fait Consul, il
+tchoit de se rendre Matre de l'Empire.
+Il toit insolent mme envers son Prince,
+&amp; il tomba dans sa disgrace pour avoir manqu
+de respect envers l'Impratrice.</p>
+
+<p>Les Peuples n'avoient pas du mpris seulement
+pour ces sortes de gens, ils avoient
+aussi de l'aversion pour eux; &amp; si leur nom
+a pass pour un ttre de Dignit, il a t
+aussi une injure, &amp; on ne pouvoit en faire
+une plus sensible un honnte homme que
+de l'appeller <i>Eunuque</i>.<a name="FNanchor_105_105" id="FNanchor_105_105"></a><a href="#Footnote_105_105" class="fnanchor">[105]</a>Les Eunuques ont
+t de si mauvais augure, mme parmi les
+Payens, que Lucien assure en plus d'un
+lieu qu'ils faisoient par leur rencontre, rebrousser
+chemin beaucoup de personnes,
+qui aimoient mieux rentrer chez elles que
+de passer outre.<a name="FNanchor_106_106" id="FNanchor_106_106"></a><a href="#Footnote_106_106" class="fnanchor">[106]</a>Cela se rapporte assez ce
+que dit Pline de l'aversion que les animaux-mmes<a name="page_071" id="page_071"></a>
+ont pour ceux de leur espce qu'on
+a mutilez. Il remarque que si on chtre un
+rat, il fait fuir tous les autres qui aiment
+mieux abandonner leur sjour ordinaire que
+de le souffrir parmi eux. Ce n'toit pas
+pourtant pour cette raison que Diocles vouloit
+exclurre Bagoas de la chaire de Philosophie.
+Lucien en allgue d'autres tout
+fait diffrentes, plus graves &amp; plus vraisemblables.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_X-a" id="CHAPITRE_X-a"></a>CHAPITRE X.</h3>
+
+<p class="headg"><i>De quelle manire les Loix civiles
+ont considr les Eunuques,
+&amp; quels droits elles
+leur ont attribu.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">L</span>'Empereur Domitien deffendit au commencement
+de son Rgne toutes sortes
+de personnes, tant dans l'Empire Romain,
+que dans ses limites, d'avoir la hardiesse
+d'entreprendre de chtrer les petits
+enfans;</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i><a name="FNanchor_107_107" id="FNanchor_107_107"></a><a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>Lusus erat sacr connubia fallere td</i><br /></span>
+<span class="i2"><i>Lusus &amp; immeritos ex ecuisse mares.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i><a name="FNanchor_107a_107a" id="FNanchor_107a_107a"></a><a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>Utraque tu prohibes, Csar populisque futuris</i><br /></span>
+<span class="i2"><i>Succurris, nasci quos sine fraude jubes.</i><a name="page_072" id="page_072"></a><br /></span>
+<span class="i0"><i>Nec spado jam, nec m&oelig;chus erit te prside quisquam</i><br /></span>
+<span class="i2"><i>At prius mores! &amp; spado m&oelig;chus erat.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Cette Ordonnance passa pour un avantage
+trs grand, &amp; pour une action digne
+d'un Prince sage &amp; gnreux;<a name="FNanchor_108_108" id="FNanchor_108_108"></a><a href="#Footnote_108_108" class="fnanchor">[108]</a>Martial
+l'en flicite par cette belle Epigramme,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Tibi summe Rheni Domitor &amp; parens orbis</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Pudice Princeps, gratias agunt urbes;</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Populos habebunt, parere jam scelus non est.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Non puer avari sectus arte Mangonis,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Virilitatis damna m&oelig;ret erept.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Cependant il est certain que son motif ne
+fut nullement louable, car il ne fit cette
+deffense, comme le remarque Xiphilin
+dans sa Vie, &amp; Dion Cassius, qu'en haine
+de Tite son frre qui aimoit les Eunuques.<a name="FNanchor_109_109" id="FNanchor_109_109"></a><a href="#Footnote_109_109" class="fnanchor">[109]</a>
+Suetone ne rapporte pas cette particularit,
+mais elle n'en est pas moins certaine.
+Cette Loi &amp; cette Ordonnance, n'est pas
+mise dans le Code au ttre des Eunuques,
+sous le nom de Domitien, ni sous celui de
+Nerva, qui fit depuis la mme deffense,
+mais sous les noms de Constantin &amp; de
+Leon<a name="FNanchor_110_110" id="FNanchor_110_110"></a><a href="#Footnote_110_110" class="fnanchor">[110]</a>; cependant, Suetone ne permet pas
+de douter qu'elle ne soit de lui. L'illustre
+&amp; le clbre Monsieur de Leibnitz qui
+j'ai propos cette difficult par manire de
+conversation, m'a donn cet claircissement,
+que la Loi dont il s'agit ici toit<a name="page_073" id="page_073"></a>
+mise sous les noms de ces deux derniers
+Empereurs, parce qu'ils l'ont renouvelle,
+&amp; qu'on ne savoit alors que par le moyen
+de l'Histoire, que Domitien &amp; Nerva en
+fussent les premiers Auteurs, peu prs
+comme il en est de ces Loix somptuaires, des
+Ordonnances contre les Duels, &amp; de divers
+Rglemens de cette nature qui passent
+pour tre les Ouvrages des Princes modernes
+qui les publient, quoi qu'on sache par
+le moyen de l'Histoire, que d'autres Princes
+les ont donnez leurs Peuples plusieurs
+sicles auparavant.</p>
+
+<p>L'Empereur Adrien enchrit sur cette
+belle constitution, par un meilleur motif,
+&amp; deffendit non seulement qu'on fit Eunuques
+par force ceux qui ne le souhaitoient
+pas, mais il deffendit mme de faire Eunuques
+ceux qui le souhaitoient. Il y a trois
+Loix conscutives sur ce sujet dans le ttre,
+<i>ad legem corneliam de sicariis &amp; veneficis</i>.<a name="FNanchor_111_111" id="FNanchor_111_111"></a><a href="#Footnote_111_111" class="fnanchor">[111]</a> Voici
+les termes de la premire. <i>Constitutum
+quidem est ne spadones fierent, eos autem qui
+hoc crimine arguerentur corneli legis p&oelig;na teneri,
+eorumque bona merit fisco meo vindicari debere;
+sed &amp; in servos qui spadones fecerint ultimo
+supplicio animadvertendum esse. Et qui hoc
+crimine tenentur, si non adjuerint, de absentibus
+quoque tanqum lege Cornelia teneantur,
+pronuntiandum esse. Plan si ipsi qui hanc injuriam
+passi sunt, proclamaverint, audire eos Prses
+Provinci debet, qui virilitatem amiserunt;
+Nemo enim liberum servumve invitum, sinentemve
+castrare debet; Neque quis se sponte castrandum<a name="page_074" id="page_074"></a>
+prbere debet. Ac si quis adversus
+Edictum meum fecerit Medico quidem qui exciderit
+capitale erit, item ipsi qui se sponte excidendum
+prbuit.</i> Voici les termes de la seconde
+de ces Loix, <i>Hi quoque qui Thlibias faciunt,
+ex constitutione D. Hadriani ad Ninium hastam,
+in eadem causa sunt qua hi qui castrant</i>. Et voici
+enfin les termes de la troisime, <i>Is qui
+servum castrandum tradiderit pro parte dimidia
+bonorum mulctatur ex Senatus consulto quod Neratio
+Prisco &amp; Annio Vero Consulibus factum
+est</i>. Tout cela montre que l'Eunuchisation
+toit regarde comme une chose honteuse,
+odieuse, &amp; prjudiciable la socit aussi
+bien qu' la personne sur laquelle elle toit
+pratique.<a name="FNanchor_112_112" id="FNanchor_112_112"></a><a href="#Footnote_112_112" class="fnanchor">[112]</a><i>Qui hominem, libidinis vel promercii
+causa castraverit, Senatus Consulto p&oelig;na
+legis Corneli punitur.<a name="FNanchor_113_113" id="FNanchor_113_113"></a><a href="#Footnote_113_113" class="fnanchor">[113]</a> Et si puerum quis castraverit
+&amp; pretiosiorem fecerit Vivianus scribit
+cessare Aquiliam, sed injuriarum erit agendum,
+aut ex Edicto dilium, aut in quadruplum.</i>
+Ce mot <i>pretiosior</i> est obscur, comment un
+homme mutil, dgrad, pour le dire ainsi,
+de sa qualit d'homme, pouvait-il tre
+devenu plus prtieux? Voici le sens de ce
+mot, c'est que comme les Eunuques toient
+aimez &amp; carressez par les Princes, qu'ils
+toient levez aux premires Dignitez de
+leur Etat, leur condition en toit devenu
+par l, au moins cet gard, beaucoup
+plus considrable, c'est ce qui parot par la
+Loi 4. au Code <i>de prpositis sacri cubiculi</i>.
+Mais l'Empereur Justinien qui est venu depuis
+&amp; qui a bien considr les maux qui<a name="page_075" id="page_075"></a>
+naissoient de cette cotume, soit aux
+particuliers, soit au public, a rtr les
+mmes deffenses, dans son Code<a name="FNanchor_114_114" id="FNanchor_114_114"></a><a href="#Footnote_114_114" class="fnanchor">[114]</a> o il dcide
+que, <i>tanquam homicida punitur ille qui
+castrat aliquem</i>, &amp; dans deux chapitres de
+ses Nouvelles<a name="FNanchor_115_115" id="FNanchor_115_115"></a><a href="#Footnote_115_115" class="fnanchor">[115]</a>, la tte desquelles il a mis
+une belle Prface qui en contient les motifs;
+Il traite cette action d'impie, de lche,
+de honteuse, de deshonnte, &amp; de
+criminelle, &amp; il dit qu'on a commis cette
+espce de crime sur une grande multitude
+de gens, que peu en ont chapp sains &amp;
+saufs, qu' peine en a-t-on p sauver trois
+de quatrevingt &amp; dix qui sont venus sa
+connoissance; Il considre ces Eunuchisations
+comme des meurtres, comme des actions
+contraires l'intention de Dieu, &amp;
+de la nature, &amp; l'intention de ses propres
+Loix. Il est deffendu sous de grives peines
+dans ce titre du Code dont je viens de parler,
+de vendre ou d'acheter les Romains
+qui ont t faits Eunuques, soit dans l'Empire
+Romain, ou dans les Pas trangers.
+Il y est aussi deffendu, sous peine de la vie,
+de faire des Eunuques dans l'Empire Romain:
+celui qui auroit donn son esclave
+pour en faire un Eunuque en toit pour la
+confiscation de la moiti de ses biens.<a name="FNanchor_116_116" id="FNanchor_116_116"></a><a href="#Footnote_116_116" class="fnanchor">[116]</a>
+L'Empereur Leon s'est encore dclar
+depuis en termes bien plus forts. <i>Virtutis</i>,
+dit-il, <i>ad procreandum Deo natur indit
+exectio non minore cum audacia identidem committitur
+qum si apud Deum nulli p&oelig;n obnoxia<a name="page_076" id="page_076"></a>
+esset, cm tamen vel maxime sit; Et quanquam
+veteribus Legislatoribus cur fuerit, ut id malum
+ultrice lege excideretur, quo respublica ab istiusmodi
+invento munda esset; haud scio tamen,
+cum si qui alii, huic certe prscripto obtemperari
+atque natur mutilatione abstineri quum
+sit, quamobrem non ita faciant homines, sed
+tanquam utilitatem quamdam istiusmodi adversus
+Generandi vim, insidias reputantes, membra
+qu homini nascendi causam suppeditant,
+lancinent, &amp; creaturam aliam quam qualis,
+conditoris sapienti placuerit in mundum introducere
+contendant. Hoc igitur cm inultum relinquendum
+non putemus, lege in id p&oelig;nam constituentes,
+quibus ade divinam creaturam deformare
+religio non est, eorum audaciam, auxiliante
+Deo reprimere conemur.</i> Il appelle
+ceux qui font des Eunuques, <i>Natur insidiatores,
+detestand hujus artis artifices</i>; il
+les condamne &amp; il finit cette excellente constitution
+par ces belles paroles, <i>si in albo Imperatorii
+famulatus sit, artifex detestand hujus
+artis primm albo eximatur</i>. Un homme
+qui faisoit un Eunuque toit considr comme
+un Notaire ou un Tabellion qui faisoit
+un acte faux; le lieu o l'action avoit t
+commise toit considr comme un lieu o
+on avoit commis un crime de leze Majest.
+Mornac qui a fait un excellent Commentaire
+sur le ttre du Code qui traite <i>de Eunuchis</i>,
+dit avoir v dans un Historien de
+France, qu'un soldat fut puni pour avoir
+t un Moine ce qu'il croyoit lui tre inutile,
+<i>chose inoue</i>, dit cet Historien, <i>quod
+inaudita apud nos fuerat</i>. Messire Claude de<a name="page_077" id="page_077"></a>
+Ferriere qui a fait aussi une espce de Commentaire
+sur le mme ttre, rapporte la
+mme Histoire; mais il y ajote ses rflxions,
+&amp; quoi que bon Catholique il
+dit, qu'<i>il y a des gens qui disent, qu'il seroit
+souhaiter que</i> solos Eunuchos haberet Ecclesia
+Ministros, <i>pour empcher les desordres que nous
+ne voyons qui trop souvent, sans ceux qui nous sont
+inconnus</i>. <i>Il est vrai</i>, ajote-il, <i>qu'il y en a
+plusieurs qui pourroient y avoir intrt</i>; <i>cependant,
+je crois qu'il vaut mieux laisser les choses
+comme elles sont, &amp; ne pas faire du mal ceux
+qui ne veulent que le bien de leurs prochains</i>. Quoi
+qu'il en soit, il parot que les Loix ont regard
+l'action de faire des Eunuques comme
+abominable, &amp; l'Eunuque lui-mme
+comme un monstre, aussi ne leur ont-elles
+jamais accord les droits &amp; les privilges
+qu'elles accordent aux autres hommes.<a name="FNanchor_117_117" id="FNanchor_117_117"></a><a href="#Footnote_117_117" class="fnanchor">[117]</a>
+Par xemple il ne leur a point t permis
+de tester. J'avou que l'Empereur Constance
+qui leur en avoit accord la facult
+parce qu'il faisoit tout ce qu'ils vouloient,
+a donn une Loi qui porte que, <i>Eunuchis liceat
+facere Testamentum, componere postremas
+exemplo omnium volontates, conscribere codicillos,
+salv testamentorum observanti</i>; Mais
+tous les Jurisconsultes estiment que cette
+libert ne concerne que les Eunuques qui
+toient prs de sa Personne, ou prs de
+celle de l'Impratrice. Il est certain que
+dans quelque degr de faveur que les Eunuques
+fussent, ils n'ont jamais t considrez
+que comme des Esclaves. Ils ont tojours<a name="page_078" id="page_078"></a>
+t le jouet des Princes, qui ont mme
+abus quelquefois de leur servitude; on
+peut dire qu'il a t d'eux cet gard, comme
+de ces Genuches qui sont carresses dans
+les cabinets des Grands &amp; vtus de toile
+d'or. Or il est certain que ce n'a t qu'
+ces Eunuques privilgiez qu'il a t permis
+de faire Testament. L'Empereur Leon en
+rend la raison dans sa Nouvelle trente-huitime,
+mais bien plus particulirement
+dans la Loi <i>Jubemus</i>, qui est la quatrime
+au Code <i>de prpositis facii Cubiculi, &amp; de omnibus
+cubiculariis &amp; privilegiis eorum</i>. Le ttre
+seul, pour le dire en passant, fait voir
+qu'il s'y agit des Eunuques, mais il le dit
+expressment comme on va le voir; <i>Nam
+cm hoc privilegium</i>, dit-il, <i>videatur principalis
+esse proprium Majestatis ut non famulorum
+sicut privat conditionis homines sed liberorum
+honestis utatur obsequiis, periniquum est eos duntaxat
+pati fortun deterioris incommoda</i>; <i>sed
+testamenta quidem ad similitudinem aliorum qui
+ingenuitatis insulis decorantur pro su liceat eis
+condere voluntate</i>. Il y ajote nanmoins
+une rflxion qui les distingue des hommes
+libres;<a name="FNanchor_118_118" id="FNanchor_118_118"></a><a href="#Footnote_118_118" class="fnanchor">[118]</a><i>Intestatorum ver nemo dubites facultates,
+ut pote sine legitimis sucessoribus defunctorum
+fisci juribus vindicari</i>; Et ce qui fait
+voir clairement qu'il s'agit du droit des Eunuques,
+c'est qu'il dit dans cette mme Loi
+que, <i>hc omnia tunc diligenti observatione volumus
+custodiri cm sponte suaque voluntate quis
+dederit Eunuchum sacri Cubiculi Ministeriis adhsurum<a name="page_079" id="page_079"></a></i>.
+Voila donc les Eunuques mis
+sur le pied des Esclaves; on en excepte les
+Gardes du Prince, mais cette exception ne
+fait que confirmer la rgle, <i>Exceptio in non
+exceptis firmat regulam</i>. En gnral donc il
+est certain qu'ils ne peuvent instituer des
+hritiers, ni tre eux-mmes hritiers instituez.
+Ds qu'ils sont morts leurs biens
+sont vacans &amp; dvolus au Fisc. Ils sont
+mme considrez comme gens infames,
+indignes des Privilges accordez par les
+Loix, tmoin cette belle dclaration du
+Jurisconsulte Paulus,<a name="FNanchor_119_119" id="FNanchor_119_119"></a><a href="#Footnote_119_119" class="fnanchor">[119]</a><i>Quamvis nulla persona
+excipiatur, tamen intelligendum est de his legem
+sentire qui liberos tolere possunt</i>; <i>Itaque si Castratum
+libertum Jurejurando quis adegerit,
+dicendum est non puniri patronum hc lege</i>. Ils
+ne peuvent point adopter, la Loi est prcise
+contr'eux sur ce sujet,<a name="FNanchor_120_120" id="FNanchor_120_120"></a><a href="#Footnote_120_120" class="fnanchor">[120]</a><i>sed &amp; illud utriusque
+adoptionis commune est, quod &amp; ii, qui
+generare non possunt, (quales sunt spadones)
+adoptare possunt, Castrati autem non possunt</i>. J'avou
+que l'Empereur Leon les a, pour ainsi
+dire, rhabilitez par la Nouvelle vingt-sixime,
+dans laquelle il les autorise adopter;
+la raison qu'il en rend est assez plausible,
+<i>quemadmodum</i>, dit-il, <i>cui vocis usus
+ademptus est, qu lingu munia sunt per manum
+ad implere, &amp; qui sermonem labiis fondere
+nequit per scripturam ad ordinandas res suas
+procedere, non prohibetur. Ita neque qui quod
+genitalibus privati sunt liberos non habent, horum
+indigentiam alio modo compensare vetandum<a name="page_080" id="page_080"></a>
+est</i>; cependant on peut dire qu'elle n'est point
+juste, car c'est un principe de Droit aussi
+bien que de Philosophie &amp; de bon sens,
+que, <i>adoptio naturam Imitatur</i>, de l vient
+que <i>pro monstro est ut major sit filius qum pater</i>;<a name="FNanchor_121_121" id="FNanchor_121_121"></a><a href="#Footnote_121_121" class="fnanchor">[121]</a>
+Et qu'on prescrit l'ge dans lequel on
+peut adopter, tojours en sorte que les proportions
+d'ge soient gardes. Comment
+donc seroit-ce imiter la nature que de permettre
+ un homme, qui non seulement
+n'a jamais p en produire d'autres, mais
+qui n'a pas eu la capacit &amp; les choses naturelles
+requises pour en produire d'autres,
+d'en adopter quelques-uns? Il faut observer
+d'ailleurs que l'adoption n'toit permise
+originairement qu'aux personnes qui
+avoient eu des enfans, &amp; qui les avoient
+perdus, pour les consoler de leur mort. On
+a tendu depuis cette facult jusqu' ceux
+qui n'avoient aucun empchement manifeste
+d'avoir des enfans, mais qui par l'vnement
+n'en avoient point eu; les femmes
+mmes ne pouvoient point adopter,
+parce qu'elles sont incapables de l'effet principal
+de l'adoption qui est la puissance paternelle,
+cependant elles peuvent adopter<a name="FNanchor_122_122" id="FNanchor_122_122"></a><a href="#Footnote_122_122" class="fnanchor">[122]</a>
+<i>ex Indulgentia principis, ad solatium liberorum
+amissorum</i>. Mais ce seroit abuser de l'adoption
+que de l'accorder des gens qui n'ont
+point eu, &amp; qui n'ont p avoir des enfans;
+ce ne seroit plus imiter la nature, ce seroit
+la surpasser, ou plutt ce seroit lui insulter,
+&amp; donner des enfans des gens auxquels<a name="page_081" id="page_081"></a>
+elle a t le moyen d'en produire.<a name="FNanchor_123_123" id="FNanchor_123_123"></a><a href="#Footnote_123_123" class="fnanchor">[123]</a>Les
+Jurisconsultes ont eu tant d'gard ces considrations
+qu'ils n'ont pas mme voulu permettre
+qu'un de ces Eunuques auxquels il
+toit permis de tester institut un posthume
+pour son hritier, voici comment en parle
+Ulpien dans la Loi <i>sed est qusitum</i> . I.
+<i>sed si Castratus sit, Julianus Proculi opinionem
+secutus non putat posthumum hreden posse instituere,
+quo jure utimur</i>. J'avou que je me
+suis tonn que Schneidevin, si savant &amp;
+si judicieux ait sotenu, qu'un Eunuque
+pouvoit tre tuteur. Il est vrai qu'il semble
+qu'il n'entende parler que de ces gens
+impuissans qui n'ont qu'une partie de ce
+que la nature donne aux autres, &amp; sa comparaison
+donne lieu de le croire; Comme
+on ne peut point, dit-il<a name="FNanchor_124_124" id="FNanchor_124_124"></a><a href="#Footnote_124_124" class="fnanchor">[124]</a>, refuser une
+Tutelle sous prtexte qu'on n'a qu'un &oelig;il,
+ou qu'on est ce que les Jurisconsultes appellent
+<i>Morbosus</i>, un homme qu'il appelle
+<i>spado</i> ne peut pas prtendre non plus
+d'tre xempt d'une Tutelle dont il doit
+tre charg; Et il confirme son opinion
+par le . spadonem 2. de la 6. ff. <i>de dilitio
+Edicto &amp; redhibitione, &amp; quanti minoris</i>, qui
+contient ces termes,<a name="FNanchor_125_125" id="FNanchor_125_125"></a><a href="#Footnote_125_125" class="fnanchor">[125]</a><i>spadonem morbosum
+non esse, neque vitiosum Verius mihi videtur,
+sed sanum esse, sicuti illum qui unum testiculum
+habes, qui etiam generare potest</i>. Ce qui me
+persuade qu'il ne s'agit point l d'un Eunuque<a name="page_082" id="page_082"></a>
+proprement ainsi nomm, c'est que ce
+mme titre distingue entre ce qu'il appelle<a name="FNanchor_126_126" id="FNanchor_126_126"></a><a href="#Footnote_126_126" class="fnanchor">[126]</a>
+<i>morbosus &amp; vitiatus</i>, &amp; qu'il distingue ce
+qu'il appelle <i>vitium simplex, de vitio corporis
+penetrante usque ad animum</i>.<a name="FNanchor_127_127" id="FNanchor_127_127"></a><a href="#Footnote_127_127" class="fnanchor">[127]</a>Il nomme particulirement
+ceux <i>qui prter modum, timidi,
+cupidi, avarique sunt aut iracundi</i>; Comment
+est-ce qu'un homme lche &amp; timide
+comme l'est un Eunuque, peut servir d'appui
+&amp; de secours un mineur qu'il auroit
+sous sa Tutelle, peut-tre que ce pupile
+seroit plus hardi, plus entendu &amp; plus vigoureux
+que lui.<a name="FNanchor_128_128" id="FNanchor_128_128"></a><a href="#Footnote_128_128" class="fnanchor">[128]</a>Quoi qu'il en soit cela
+me parot contraire l'ordre &amp; l'quit,
+j'ajote mme l'intention du Droit, car
+<i>Tutelam administrare virile munus est</i>, &amp; <i>ultr
+sexum f&oelig;mine infirmitatis tale officium est</i>.
+J'avou que je me suis tonn quelquefois
+que les Loix les ayent admis s'enrler,<a name="FNanchor_129_129" id="FNanchor_129_129"></a><a href="#Footnote_129_129" class="fnanchor">[129]</a>
+<i>Qui cum uno testiculo natus est, quive amisit,
+jure militabit, secundum Divi Trajani rescriptum</i>;
+La raison de cette Loi me la rend
+d'autant plus surprenante, <i>Nam &amp; Ducis
+Sylla</i>, ajote-t-elle, &amp; <i>Cotta memorantur eo
+habitu fuisse natur</i>. Est-ce que parce qu'il
+y a eu deux grands hommes parmi les Eunuques,
+par une exception trs particulire
+la rgle, il y a lieu de statuer que tous les
+autres sont capables de porter les armes?
+Comme le combat conjugal est diffrent de
+ceux qui se donnent la guerre, les armes
+le sont aussi; Et comme les Eunuques ne<a name="page_083" id="page_083"></a>
+les ont point, ils ne peuvent point entrer aussi
+dans cette agrable milice; C'est la dcision
+de Plaute dans cette ingnieuse allusion,<a name="FNanchor_130_130" id="FNanchor_130_130"></a><a href="#Footnote_130_130" class="fnanchor">[130]</a>
+<i>si amandum est, amare oportet testibus
+prsentibus</i>. Enfin, les Eunuques ne pouvoient
+parotre de leur chef dans aucun acte
+solemnel;<a name="FNanchor_131_131" id="FNanchor_131_131"></a><a href="#Footnote_131_131" class="fnanchor">[131]</a><i>ad solemnia adhiberi non potest,
+cm juris Civilis communionem non habeat in totum,
+ne Prtoris quidem Edicti</i>. Il ne faut
+avoir qu'une teinture fort legre du Droit
+pour savoir que l'tat des personnes consiste
+en trois choses, qui sont, <i>la libert</i>, <i>la
+bourgeoisie</i>, &amp; <i>la famille</i>, &amp; que lors que
+quelqu'un est dch de l'une de ces trois
+choses, il souffre un changement notable
+dans son tat; suivant cela qu'est-ce qu'un
+Eunuque? Et quelles faveurs les Lois
+ont-elles p lui faire? Quintilien nous donne
+une ide fort juste de la nature d'un Eunuque
+&amp; du droit qui lui convient<a name="FNanchor_132_132" id="FNanchor_132_132"></a><a href="#Footnote_132_132" class="fnanchor">[132]</a>. Pour
+moi, dit-il, quand je considre la nature,
+il n'est point d'homme qui ne paroisse plus
+beau qu'un Eunuque, &amp; je ne crois point
+que la Providence puisse se dgoter jamais
+assez de ses ouvrages pour souffrir que
+la dbilit passe pour une perfection, &amp;
+que l'infirmit ait un rang parmi les bonnes
+choses. Je ne puis m'imaginer que le
+fer puisse rendre beau ce qui seroit un monstre
+s'il naissoit en l'tat dans lequel la section l'a
+p rduire. Que l'imposture d'un
+sxe artificiel donne tant de plaisir que l'on
+voudra, les mauvaises m&oelig;urs n'auront jamais<a name="page_084" id="page_084"></a>
+assez d'Empire sur la raison, pour faire
+passer pour bon ce qu'elle a p faire passer
+pour beau &amp; pour prcieux..... Qui
+parmi les clbres Sculpteurs, ou parmi
+les grands Peintres, quand il tche de rpresenter
+les corps les plus parfaits, voudroit
+en retrancher de telles choses? Et
+prendre pour leurs modelles ou un Bagoas,
+ou quelque Megabize, pltt qu'un Doriphoron
+capable de tous les xercices de la
+guerre, &amp; de tous les jeux? Ou que de
+jeunes gens belliqueux? Ou de ces athltes
+dont le corps a t admir?</p>
+
+<p>Je me suis assez tendu sur cette matire
+je passe une autre; J'ajote seulement ici
+par forme d'claircissement, qu'il faut faire
+tojours une grande diffrence entre les
+Eunuques volontaires qu'on a fait tels de
+leur gr &amp; de leur consentement, &amp; entre
+ceux qu'on a t contraint de faire tels
+pour leur sauver la vie, ou par quelqu'autre
+ncessit semblable; les uns ont tojours
+t odieux &amp; mprisables, mais les autres
+ont t plaindre, &amp; ont t dignes de
+support &amp; de secours.<a name="page_085" id="page_085"></a></p>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/ill_pg084.png" width="64" height="61" alt="" title="" />
+</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_XI-a" id="CHAPITRE_XI-a"></a>CHAPITRE XI.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Quel rang les Eunuques volontaires
+ont tenu dans la
+socit civile; de quelle
+manire les Loix les y ont
+considerez, &amp; quels droits
+elles leur ont attribu.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">S</span>I les Eunuques forcez, c'est dire ceux
+qu'on a fait tels dans leur jeunesse, dans
+un tems de perscution, ou par l'ordre
+d'un Tyran, &amp; ceux qui le sont devenus par
+accident, ont tojours t l'objet du mpris
+&amp; de la raillerie des hommes. Quelle
+indignation n'ont-ils pas d concevoir contre
+ces ames lches &amp; basses, qui par des
+vs d'intrt &amp; d'ambition, se sont fait
+retrancher la partie extrieure de leur corps
+la plus noble &amp; la plus utile la socit?
+la Loi les condamne au dernier supplice
+comme des homicides d'eux-mmes. Et
+voici comment l'Empereur Adrien parle
+contr'eux,<a name="FNanchor_133_133" id="FNanchor_133_133"></a><a href="#Footnote_133_133" class="fnanchor">[133]</a> <i>Ac si quis adversus Edictum meum
+fecerit, Medico quidem, qui exciderit capitale
+erit. Item ipsi qui se sponte excidendum prbuit.</i>
+On les regardoit autrefois comme<a name="page_086" id="page_086"></a>
+des infames du premier ordre, on les bannissoit
+de la compagnie des hommes, &amp;
+on ne souffroit pas qu'ils fussent instituez
+hritiers n'tans en cet tat ni homme, ni
+femme. Voici un xemple prcis qui
+donnera une juste ide du cas qu'on en a
+fait, &amp; des droits qu'on a voulu leur attribuer;
+c'est Valre Maxime qui le fournit<a name="FNanchor_134_134" id="FNanchor_134_134"></a><a href="#Footnote_134_134" class="fnanchor">[134]</a>;
+Que dirai je, s'crie-t-il, de l'ordonnance
+du Consul M. mile Lepide?
+n'est elle pas d'une trs grande consquence?
+Genutius Prtre de Cybelle
+Mre des Dieux, ayant obtenu du prteur
+Cn. Oreste, qu'il seroit remis
+en la possession des biens que lui avoit laissez
+Nevianus, par Testament, Sardinius
+dont l'affranchi avoit ainsi favoris
+Genutius en appella devant le Consul
+Mamercus, sotenant que Genutius s'tant
+volontairement priv des parties
+qui le faisoient homme, ne devoit point
+tre mis au rang ni des hommes, ni des
+femmes, ce qui fut cause que la Sentence
+du Prteur fut casse. L'Arrt est digne
+de Mamercus &amp; d'un Prince du Senat,
+car il empcha que les siges de nos
+Juges ne fussent souillez de la v d'une
+si indigne personne que Genutius, &amp; que
+sous prtexte de demander justice, sa
+voix effmine &amp; lascive n'y fut entendu.
+Ceci suffit sur cet article, parce
+qu'au reste on peut leur appliquer ce que
+j'ai dit dans les chapitres prcdens. Je
+dirai seulement, qu'il faut encore distinguer<a name="page_087" id="page_087"></a>
+les Eunuques volontaires entr'eux;
+Qu'un Combabus &amp; d'autres semblables,
+sont exceptez de cette haine &amp; de cette
+condamnation publique si justement ds
+aux autres, ce n'est pas qu'ils soient tout
+ fait excusables, mais on peut dire qu'ils
+le sont en quelque sorte, parce que de deux
+maux ils croyent viter le pire. Ils imitent
+ce Marchand dont parle Juvnal, ou pltt
+le Castor,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">&mdash;&mdash;&mdash; Imitatus Castora a qui se<a name="FNanchor_135_135" id="FNanchor_135_135"></a><a href="#Footnote_135_135" class="fnanchor">[135]</a><br /></span>
+<span class="i0">Eunuchum ipse facit, cupiens evadere damno<br /></span>
+<span class="i0">Testiculorum.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Ce Pote toit apparemment du sentiment
+des vieux naturalistes qui ont cr &amp; qui
+croyent encore que le Castor coupe ses parties
+viriles afin de se dlivrer des mains des
+chasseurs, parce qu'il croit qu'on ne le
+poursuit que pour les avoir; Mr. le Baron
+de la Hontan nous a bien dtrompez de cette
+vieille erreur, voici ce qu'il dit sur ce
+sujet.</p>
+
+<p><a name="FNanchor_136_136" id="FNanchor_136_136"></a><a href="#Footnote_136_136" class="fnanchor">[136]</a>Au reste, n'en dplaise aux dcouvreurs
+de la nature, aux chercheurs de
+merveilles &amp; de secrets sur les terres de
+cette Divine ouvrire, il n'est point vrai
+que les Castors se mutilent &amp; se fassent
+Eunuques pour chapper la trop pressante
+poursuite des Chasseurs; Non, ces<a name="page_088" id="page_088"></a>
+mles estiment plus leur sxe, &amp; font
+plus de cas que cela de la propagation de
+leur rare espce. Je ne puis mme concevoir
+sur quel fondement on a bti une
+si grande chimre. Premirement, la
+matire qu'il a pl la secte d'Hypocrate
+de nommer <i>Castoreum</i> n'est pas renferme
+dans ces prcieuses &amp; multipliantes
+parties; Elle est dans un rceptacle,
+un vhicule, ou une manire de poche
+qui est singulire la machine organique
+de ces animaux, &amp; que la nature semble
+n'avoir forme que pour eux; l'usage que
+le Castor fait de cette matire, c'est de
+s'en nettoyer &amp; dgager les dents lors
+qu'elles sont pleines de la gomme de
+quelque arbrisseau dans lequel il aura mordu.
+Mais quand j'accorderois que le <i>Castoreum</i>
+est dans les testicules, comment
+cet animal pourroit-il les couper sans se
+dchirer tous les nerfs des anes auxquels
+ils sont attachez prs de <i>l'os pubis</i> (trouvez-moi
+Officier <i>Huron</i> qui parle plus pertinemment
+d'Anatomie,) mais en me
+mettant sur mes louanges j'ai perdu la
+consquence que je voulois tirer de ce dchirement
+de nerfs; N'importe, je ne
+dmorderai pas pour cela de mon scientifique
+raisonnement. C'toit bien
+Elian, &amp; d'autres rveurs de Naturalitez
+comme lui, de nous venir parler de
+la Chasse des Castors? Avoient-ils puis
+cette connoissance dans les mditations
+du cabinet? S'ils avoient eu la gloire de
+vivre comme moi parmi ces Amphibies,<a name="page_089" id="page_089"></a>
+ils auroient s qu'un Castor ne s'embarasse
+point du tout d'un Chasseur; vous
+saurez d'abord que cet animal a la prcaution
+de ne point s'loigner du bord de l'tang
+o sa cabane est construite; De plus,
+il a tojours l'oreille au guet, &amp; sitt que
+par le moindre bruit, il souponne qu'on
+lui en veut, il plonge, &amp; nage entre deux
+eaux jusqu' ce que n'y ayant plus de danger,
+il puisse rentrer srement chez soi.
+Si cette raison ne vous semble pas de poids
+pour les Castors terriens, je vous renvoye
+ <i>l'os pubis</i>. Autre argument premptoire.
+Si le Castor, pour arrter la poursuite
+de l'ennemi, faisoit la sanglante opration
+qu'on lui attribu, la nature lui
+auroit donn en cela un instinct fort imparfait;
+car quand cet Animal n'auroit
+plus son <i>Castoreum</i> on ne lui feroit pas la
+chasse avec moins d'ardeur; Le <i>Castoreum</i>
+est le butin le moins important, ou pltt
+ce n'est rien en comparaison de la
+peau; Celle-ci est la proye dominante &amp;
+la matresse pice de la bte; Ainsi ce pauvre
+Castor, pour se sauver de l'avarice du
+Chasseur, devroit tout au moins s'corcher
+tout vif, &amp; lui jetter sa peau; encore
+ne sai-je aprs cela si cette barbare
+&amp; insatiable figure nomme <i>homme</i> ne
+voudroit pas la chair &amp; les os de cet innocent
+animal.....<a name="FNanchor_137_137" id="FNanchor_137_137"></a><a href="#Footnote_137_137" class="fnanchor">[137]</a>Sa fourure est bizare,
+&amp; bien diffrente d'elle-mme; Elle est
+forme de deux sortes de poils opposez.
+L'un est long, noirtre, luisant, &amp; gros<a name="page_090" id="page_090"></a>
+comme du crin; l'autre dli, uni, long
+de quinze lignes pendant l'hyver, en un
+mot, le plus fin duvet qui soit au monde;
+Il n'est pas ncessaire de vous avertir que
+c'est cette seconde espce de poil que l'on
+cherche avec tant d'empressement, &amp; que
+ces animaux mneroient une vie plus sre
+&amp; plus tranquille s'ils n'toient vtus
+que de crin. Il fait une histoire &amp; une
+description fort curieuses du Castor; outre
+que cet illustre Voyageur est un homme
+savant, de bon sens &amp; de bon got,
+trs capable de penser, de raisonner, &amp;
+de juger juste sur un sujet tel que celui
+ci qui ne demande que la v &amp; du discernement;
+J'ai remarqu en lisant Pline<a name="FNanchor_138_138" id="FNanchor_138_138"></a><a href="#Footnote_138_138" class="fnanchor">[138]</a>,
+qu'un vieux Mdecin de son tems
+qu'il nomme Sextius, <i>diligentissimus Medicin
+veteris autor</i>, toit peu prs du mme
+sentiment que Mr. le Baron de la Hontan;
+Comme j'ai eu l'honneur de voir ce
+Baron curieux, qui le Public a l'obligation
+d'avoir aquis plusieurs connoissances
+rares, &amp; de l'entretenir, c'est avec
+connoissance de cause que je parle de lui
+avec tant d'loges;<a name="FNanchor_139_139" id="FNanchor_139_139"></a><a href="#Footnote_139_139" class="fnanchor">[139]</a>J'ai beaucoup de
+respect pour les doctes Auteurs des Journaux
+de Trevoux, &amp; beaucoup de reconnoissance
+du fruit que je tire de leurs veilles
+&amp; de leurs travaux, mais ils me pardonneront,
+s'il leur plat, si je n'entre
+point dans les sentimens qu'ils ont si peu<a name="page_091" id="page_091"></a>
+favorables ce Voyageur digne, mon
+avis, d'une meilleure rputation que celle
+qu'ils tchent de lui tablir dans le monde.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_XII-a" id="CHAPITRE_XII-a"></a>CHAPITRE XII.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Quel rang les Eunuques volontaires
+&amp; forcez, ont
+tenu dans la Socit Ecclsiastique;
+de quelle manire
+l'Eglise &amp; ses Canons
+les ont considrez, &amp; quels
+droits ils leur ont attribuez.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">D</span>Ieu a eu de tout tems en abomination
+toutes fortes d'animaux mutilez.<a name="FNanchor_140_140" id="FNanchor_140_140"></a><a href="#Footnote_140_140" class="fnanchor">[140]</a>
+<i>Vous n'offrirez point au Seigneur</i>, dit-il,
+<i>tout animal qui aura ce qui a t destin la
+conservation de son espce, ou rompu, ou foul,
+ou coup, ou arrach, &amp; gardez-vous absolument
+de faire cela dans vtre Pas</i>. Cette
+deffense est gnrale, mais il en a fait une
+qui concerne l'homme en particulier,<a name="FNanchor_141_141" id="FNanchor_141_141"></a><a href="#Footnote_141_141" class="fnanchor">[141]</a>
+<i>L'Eunuque</i>, dit-il, <i>dans lequel ce que Dieu
+a destin la conservation de l'espce, aura
+t ou retranch, ou bless d'une blessure incurable,
+n'entrera point en l'Eglise du Seigneur</i>.<a name="page_092" id="page_092"></a></p>
+
+<p>Quelques Interprtes de l'Ecriture Sainte
+croyent, que par le mot <i>Eglise</i> qui est
+employ dans ce dernier passage, il faut
+entendre l'Assemble du Peuple Juif, &amp;
+que Dieu deffend ici, que ceux que<a name="FNanchor_142_142" id="FNanchor_142_142"></a><a href="#Footnote_142_142" class="fnanchor">[142]</a><i>les
+hommes avoient faits Eunuques</i>, comme parle
+Jsus Christ, fussent admis dans les Assembles
+&amp; dans les Charges publiques.
+Je ne rapporterai point ici les divers sens
+spirituels que Thodoret, Clment Alxandrin,
+&amp; divers autres Pres de l'Eglise,
+ont donn ce passage; on y verroit
+pourtant qu'une certaine sorte de strilit,
+&amp; l'impuissance, sont des choses
+indignes, &amp; qui loignent de Dieu; mais
+ces explications m'loigneroient trop de
+mon sujet. Je dirai donc seulement, que
+par ce mot <i>Eglise</i>, dont les Eunuques sont
+excls, il faut entendre, non seulement
+l'Assemble des Juifs &amp; leur Magistrature,
+mais mme tous leurs Privilges;
+L'Eunuque ne peut jour d'aucun de leurs
+avantages, il ne peut jamais tre cens
+faire partie du Peuple Saint, ni tre Isralite,
+ni fils d'Abraham; ni jour des Privilges
+de la Nation Sainte, comme d'esprer
+qu'on lui prtera de l'argent intrt,
+qu'il aura part au bnfice du Jubil,
+c'est dire qu'il joura des Privilges de
+l'anne septime de rmission; Les Eunuques
+sont bannis en un mot de la Socit
+politique des Juifs, <i>ut non habeantur
+Cives, nec habeant jus civicum apud Judos</i>.
+C'est en ce sens que ce mot Eglise est pris<a name="page_093" id="page_093"></a>
+au &#8483;. 4. du chapitre 20. des Nombres;
+&amp; au &#8483;. 2. du chapitre 20. du Livre de
+Judith. Voila une terrible maldiction,
+la Loi de Dieu est bien plus svre contre
+les Eunuques, que les Loix Politiques
+&amp; Civiles que j'ai rapportes. Il
+semble presque que cette Jurisprudence
+ait chang sous la Nouvelle Alliance; En
+effet, bien loin d'loigner les Eunuques
+de l'Eglise, si on en croyoit Origne,
+ou les Valsiens, il faudroit tre Eunuque
+pour aqurir le Ciel; mais j'ai fait
+voir dans un des chapitres prcdens, que
+les paroles de Jsus Christ sur lesquelles
+ils avoient fond leur opinion, n'ont rien
+innov cet gard, qu'ils l'ont eux-mmes
+reconnu depuis, &amp; je vais faire voir
+positivement, que la Jurisprudence de l'Eglise
+Chrtienne condamne les Eunuques
+volontaires &amp; quelques-uns des autres.
+Cette Jurisprudence est tablie par le
+droit Canon<a name="FNanchor_143_143" id="FNanchor_143_143"></a><a href="#Footnote_143_143" class="fnanchor">[143]</a>; <i>Corpore ver Vitiati, y est-il
+dit, similiter a sacris officiis prohibentur</i>; Cela
+est un peu gnral, mais voici quelque
+chose plus particulier,<a name="FNanchor_144_144" id="FNanchor_144_144"></a><a href="#Footnote_144_144" class="fnanchor">[144]</a><i>si quis pro gritudine
+naturalia a Medicis secta habuerit</i>; <i>similiter
+&amp; qui a Barbaris aut qui a Dominis
+suis castrati fuerint, &amp; moribus digni inveniuntur
+hos Canon admittit ad Clerum promoveri</i>.
+<i>Si quis autem sanus non per disciplinam
+Religionis &amp; abstinenti sed per abscissionem a
+Deo plasmati corporis existimat posse se carnales
+concupiscentias amputari, &amp; ide se castraverit,
+non eum admitti decernimus ad aliquod<a name="page_094" id="page_094"></a>
+clericatus officium. Quod si jam fuerit
+ante promotus ad Clerum, prohibitus a suo Ministerio
+deponatur.</i> La raison de cette diffrence
+est rapporte dans le Canon 8.
+aprs avoir parl de ceux qui sont tels lors
+que, <i>casu aliquo contigerit dum operi rustico
+curam impendunt, aut aliquid facientes seipsos
+non sponte percutiunt</i>, &amp; les avoir opposez
+aux Eunuques volontaires, <i>in illis enim</i>,
+dit-il, <i>voluntas est vindicanda qu sibi causa
+fuit ferrum injicere, in istis autem casus veniam
+meruit</i>; Il dit la mme chose de ceux
+que les Barbares, la Maladie, un Tyran,
+ou un Ennemi, ont mutilez, ceux-l sont
+dignes de compassion &amp; de support.</p>
+
+<p>Cette Jurisprudence est beaucoup plus
+ancienne que le decret de Gratien dont j'ai
+tir les dcisions que je viens d'allguer,
+elle est tablie par le Concile de Nice
+qui est le premier &oelig;cumnique; voici le
+premier de ses Canons; Si quelqu'un
+tant malade a t fait Eunuque par les
+Mdecins, ou s'il a t coup par les
+Barbares, qu'il demeure dans le Clerg
+&amp; dans l'tat Ecclsiastique; Mais si
+tant sain il s'est retranch lui-mme,
+il faut que s'il est du Corps du Clerg,
+il s'abstienne des fonctions de son Ministre,
+&amp; qu' l'avenir on n'admette
+plus au rang des Ecclsiastiques aucun
+de ceux qui en auront us de la sorte;
+Et comme il est manifeste que cette ordonnance
+regarde ceux qui ont agi de cette
+manire de propos dlibr, &amp; qui se
+sont coupez eux-mmes, cela ne regarde<a name="page_095" id="page_095"></a>
+point ceux qui auront t faits Eunuques
+par les Barbares, ou par leurs Matres,
+ils peuvent tre res dans le Clerg selon
+les rgles de l'Eglise, pourv que
+d'ailleurs ils en soient dignes. Ce Canon
+du Concile de Nice est rapport dans la
+Vie de Saint Athanase faite par Mr. Herman,
+&amp; suivi des rflxions de ce judicieux
+Auteur. Il ne sera point inutile de
+les rapporter ici, ne fut-ce que pour pargner
+la peine de les chercher ailleurs;
+On ne peut pas dire au vrai quelle a t
+l'occasion qui a port les Pres du Concile
+de Nice traiter de cette manire,
+&amp; user de cette juste svrit contre
+ceux qui se faisoient Eunuques par leurs
+propres mains; Il est certain que cette
+mutilation volontaire qui toit deffendu
+par les Loix Civiles, &amp; particulirement
+par celles de l'Empereur Adrien,
+ne pouvoit tre approuve par l'autorit
+de l'Eglise; le zele inconsidr d'Origne
+qui s'toit coup lui mme, en expliquant
+d'une manire trop littrale le
+chapitre dixneuvime de l'Evangile de
+Saint Matthieu, avoit t condamn par
+Demetrius son Evque, quoi qu'il admirt
+en mme tems cette action comme un
+transport extraordinaire de pit. L'abus
+de quelques Hrtiques nommez Valesiens
+qui retranchoient ainsi toutes les
+personnes de leur Secte, avoit dja t
+considr comme un excs aussi contraire
+aux sentimens de la vritable Religion
+qu'aux rgles communes de l'humanit.<a name="page_096" id="page_096"></a>
+Toutes ces considrations font bien voir
+la justice de ce premier Canon de Nice,
+mais elles ne nous apprennent point
+quelle en a t l'occasion. Quelques uns
+prtendent que ce Canon fut fait l'occasion
+du Prtre Leonce, depuis lev
+par les Arriens l'Episcopat d'Antioche,
+qui perdit son rang pour s'tre ainsi mutil
+lui-mme; mais en ce que Theodoret
+ajote que son Ordination toit contre
+les Loix du Concile de Nice, il donne
+quelque lieu de croire que ce Prtre n'avoit
+pas encore commis un si grand excs,
+&amp; que ce ne fut que depuis le
+tems de cette sainte Assemble, que le
+desir de converser plus librement avec
+une fille nomme Eustolie, le porta
+armer ses propres mains contre lui-mme,
+en imitant Origne. Quoi qu'il en
+soit ceux qui toient devenus Eunuques,
+ou par maladie, ou par une violence
+trangre, ne sont point exclus des Dignitez
+de l'Eglise; Et c'est ainsi que S.
+Germain, &amp; S. Ignace, ont rempli si
+dignement le Patriarchat de Constantinople.
+Mais ceux qu'un faux zele pour
+la chastet, ou quelqu'autre considration,
+a port une action si barbare,
+sont jugez indignes des fonctions de leur
+Ministre, s'ils sont dja du nombre
+des Clercs, ou d'tre levez la Clricature
+s'ils sont encore parmi les Laques;
+A l'gard de ceux qui se sont faits
+Eunuques par intrt, par ambition, ou
+par quelqu'autre motif, lche, bas, &amp;<a name="page_097" id="page_097"></a>
+odieux, ce n'est pas assez de les exclure
+des Charges Ecclesiastiques, il faut les rputer
+&amp; les tenir pour si infames, qu'on
+les bannisse de la compagnie des hommes;
+c'est ainsi que l'antiquit en a agi, comme
+je l'ai fait voir dans l'xemple de Genutius.
+Je passe plus loin encore, car
+j'estime que non seulement ils doivent tre
+couverts d'opprobre &amp; de honte, mais
+mme qu'ils doivent tre punis comme
+d'un crime capital; En effet, le droit les
+dclare homicides d'eux-mmes;<a name="FNanchor_145_145" id="FNanchor_145_145"></a><a href="#Footnote_145_145" class="fnanchor">[145]</a><i>si quis
+absciderit semet ipsum, id est si quis computaverit
+sibi virilia, non fiet Clericus, quia sui est
+homicida, &amp; Dei conditioni inimicus</i>. <i>Si quis
+cum Clericus fuerit absciderit semet ipsum, omnin
+damnetur, qui sui homicida est.</i> Il est
+bon d'entendre ce mot <i>homicida</i>; car il
+n'est pas vrai, parler proprement, que
+celui qui se fait Eunuque, se fasse mourir;
+mais c'est parce qu'il se met en danger
+de mourir dans l'opration; car comme
+on l'a v dans un des chapitres prcdens,
+l'Empereur dit, que de quatrevingt-&amp;-dix
+qu'il a v couper, peine
+en est-il chapp trois; Il est donc appell
+homicide de soi-mme, <i>propter homicidii
+periculum quod sequi poterat sectionem</i>;
+au mme sens qu'il est dit dans le chapitre
+dernier de la distinction quatrevingt-&amp;-septime,
+que quiconque expose un enfant
+en est homicide; la raison de cela est
+qu'il ne faut pas considrer ce qui arrive,
+mais ce qui pouvoit arriver. <i>Prtor non<a name="page_098" id="page_098"></a>
+ait cujus casus nocere posset</i>, dit la Loi, <i>ex
+his Verbis</i>, ajote-t-elle,<a name="FNanchor_146_146" id="FNanchor_146_146"></a><a href="#Footnote_146_146" class="fnanchor">[146]</a><i>manifestatur non
+omne quidquid positum est, sed quidquid sic
+positum est ut nocere possit, hoc solum prospicere
+Prtorem ne possit nocere, nec spectamus ut
+noceat, sed omnin si nocere possit Edicto locus
+sit</i>; <i>Corcetur autem qui positum habuit,
+sive nocuit id quod positum erat, sive non nocuit.</i>
+J'ajote la disposition du Droit,
+qu'outre les cas qui y sont exceptez, il y
+en a un qui mrite d'tre considr, c'est
+lors que le salut de tout le corps xige
+qu'on en retranche cette partie, car c'est
+une maxime du bon sens que <i>prstat partis
+qum totius facere jacturam</i>. Mais j'ai fait
+voir que la pit ni la Religion ne pouvoient
+pas servir de prtexte cette infame
+xcution; <i>Non est licita ad servandam
+aliquam virtutem</i>. <i>V. G. Castitatem, quia
+non desunt alia media quibus cum Dei gratia
+possit homo &amp; assequi &amp; tueri hanc virtutem.</i>
+Au reste, il y a une remarque faire sur ce
+sujet qui n'a pas t trouve indigne des plus
+habiles Critiques, &amp; des plus clbres Jurisconsultes;
+Mornac la rapporte dans son
+Commentaire sur la Loi, <i>si quis Cod. de Eunuchis</i>.
+Voici en quoi elle consiste. Le
+Canon neuvime de la distinction cinquante-cinquime
+contient ces mots, <i>Eunuchus
+si per insidias hominum factus est, vel si in persecutione
+ei sunt amputata virilia, vel si ita natus est
+dignus, fiat Episcopus</i>; ce mot <i>Episcopus</i> a
+paru l mal plac, on a eu recours, pour<a name="page_099" id="page_099"></a>
+s'claircir sur le doute qu'on en a eu au Canon
+des Aptres vingt-&amp;-unime, &amp; on
+y a trouv dans l'xemplaire Grec le mot
+<span title="Chleoikos">&#967;&#955;&#949;&#959;&#953;&#954;&#8001;&#962;</span>, &amp; non pas celui d'<i>Episcopus</i>. Ce
+qui avoit donn lieu ces Savans de douter
+toit, dit Mornac, que l'indcence &amp;
+la difformit d'un homme sans barbe &amp;
+effmin, desagrable &amp; mprisable dans
+le Public, ne permettoit pas de croire
+que l'Eglise l'et lev sur une de ses premires
+chaires pour y enseigner, y prsider
+sur tout le reste du Clerg, &amp; pour
+le dire ainsi, pour dominer sur lui: Cette
+rflxion n'est point inutile ici, car il
+parot que quelque support que l'Eglise
+ait eu pour ces malheureux, l'tat de leur
+personne a tojours t si vil &amp; si abject,
+que quelques dignes qu'elles fussent d'ailleurs,
+elle n'a jamais voulu les placer dans
+les lieux minens, ni leur confrer des
+Dignitez illustres &amp; considrables.</p>
+
+<p>Je finirai ce chapitre &amp; cette premire
+Partie de mon Ouvrage tout ensemble,
+par quelques remarques qui ne seront
+point inutiles mon sujet. Je dirai
+d'abord que je n'ai point prtendu
+faire une Histoire naturelle des Eunuques,
+ni une Histoire xacte du sort qu'ils ont
+eu dans tous les sicles, &amp; dans tous les
+Pas; les m&oelig;urs des Nations &amp; des tems
+sont fort diffrentes, on voit la honte
+de la raison humaine, que ce qui a t du
+got du Public dans un sicle, dplat
+beaucoup dans un autre. Cette bizarerie
+parot sur tout parmi les diffrens Peuples<a name="page_100" id="page_100"></a>
+qui ont diffrens gnies. Ce dfaut
+de virilit n'est pas galement honteux
+par tout, il rend considrables en
+plus d'un lieu des gens qui sans cela ne le
+seroient point: leur nom n'est pas galement
+une injure dans tous les Pas; Ils
+ont xerc les premiers Emplois &amp; re
+des honneurs qui ne cdoient qu' ceux
+qui toient rendus aux Souverains. On
+voit encore presque la mme chose dans
+tous les Pas du Levant, dans la Perse,
+dans l'Egypte, dans la Mesopotamie, &amp;
+il est de notorit publique qu' la Porte
+du grand Seigneur, &amp; dans la vaste tendu
+de son Empire qui s'tend dans les
+trois parties de l'ancien Monde, les Eunuques
+possdent une autorit presque pareille
+ la Souveraine; Ils toient autrefois
+les yeux &amp; les oreilles des Rois de
+Perse, ils le sont encore de l'Empereur
+des Turcs. Les Romains au contraire ont
+tojours eu en horreur ces demi-hommes,
+&amp; abomin la Castration; voici
+comment Csar en parle l'occasion d'une
+infinit de personnes auxquelles le Roi
+Pharnacs avoit fait perdre la virilit<a name="FNanchor_147_147" id="FNanchor_147_147"></a><a href="#Footnote_147_147" class="fnanchor">[147]</a>,
+<i>quod quidem supplicium</i>, dit-il, <i>gravius morte
+Cives Romani ducunt</i>; cependant on voit
+que peu aprs du tems des Antonins Plautianus
+fit faire un grand nombre d'Eunuques,
+comme je l'ai dit ailleurs; Et aujourd'hui
+les Italiens en ont beaucoup &amp;
+en font cas.<a name="FNanchor_148_148" id="FNanchor_148_148"></a><a href="#Footnote_148_148" class="fnanchor">[148]</a>Mr. Chevreau nous apprend
+qu'ils nomment vertueux leurs <i>Castrati</i> qui<a name="page_101" id="page_101"></a>
+ont la voix belle, &amp; qu'ils honorent du
+mme ttre les Courtisanes, quand elles
+chantent, qu'elles dessinent, qu'elles
+jouent de la Guitare, ou qu'elles font un
+Madrigal. La Reine Christine les appelloit,
+<i>la Virtuosa Canaglia</i>. C'est une chose
+qui est digne de remarque, qu'il n'y a
+proprement que l'Italie, qui n'est qu'un
+coin de terre en comparaison de tout le
+reste du monde Chrtien, qui produit des
+Eunuques. Il seroit fort difficile de rapporter
+exactement tout ce que le caprice
+des hommes leur a fait faire cet
+gard dans tant de sicles qui se sont coulez,
+&amp; parmi tant de Peuples qui ont
+habit toutes les parties du Monde; D'ailleurs,
+comme ce n'est point le but de cet
+Ouvrage, il me suffit de conclure de tout
+ce que j'ai dit jusques ici, qu'il ne parot
+aucune Ordonnance, aucune Loi, ni aucune
+Constitution, qui rglent le mariage
+des Eunuques, ce que l'on trouveroit
+infailliblement dans les Historiens anciens
+&amp; modernes, ou dans les compilateurs du
+Droit, s'il leur avoit t permis d'en contracter,
+&amp; s'il s'en toit effectivement contract,
+de mme qu'on en trouve concernant
+la facult de se faire Eunuque, de
+tester, d'adopter, d'xercer la Tutelle,
+&amp; d'tre appell en tmoignage; on y trouve
+au contraire des Loix qui les deffendent
+absolument. C'est ce qu'il s'agit d'xaminer
+plus particulirement dans la seconde
+Partie de cet Ouvrage.</p>
+
+<p class="c"><i>Fin de la premire Partie</i>.<a name="page_102" id="page_102"></a></p>
+
+<h2><a name="SECONDE_PARTIE" id="SECONDE_PARTIE"></a>SECONDE PARTIE.</h2>
+
+<div class="blockquot"><p>Dans laquelle on discute le droit des
+Eunuques par rapport au mariage;
+&amp; dans laquelle on xamine s'il
+doit leur tre permis de se marier.</p></div>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_I-b" id="CHAPITRE_I-b"></a>CHAPITRE PREMIER.</h3>
+
+<p class="headg"><i>De la nature &amp; du but du
+Mariage. Que l'Eunuque
+ne peut y rpondre.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">M</span>On dessein n'est point de faire
+ici l'loge du Mariage, &amp; moins
+encore d'outrer les choses sur ce
+sujet, comme a fait un Auteur
+moderne dont les xagrations ont t fort
+releves<a name="FNanchor_149_149" id="FNanchor_149_149"></a><a href="#Footnote_149_149" class="fnanchor">[149]</a>. Je n'ai pas dessein non plus d'xaminer
+ fond la matire du mariage; Sanchez
+&amp; Pontius y ont trouv de quoi faire
+chacun un gros volume in folio; &amp; nous
+avons v depuis peu, qu'un Ecclsiastique
+de Florence nomm Charles Mazzi, a tch
+de traiter succinctement ce sujet &amp; de<a name="page_103" id="page_103"></a>
+rduire ce qu'on en a dit en abreg comme
+il parot par le titre de son Ouvrage,
+qui est, <i>Mare Magnum Sacramenti Matrimonii
+in exiguo</i>; Cependant, son Livre est un
+Volume in folio; Ce qui a donn lieu un
+habile homme de dire<a name="FNanchor_150_150" id="FNanchor_150_150"></a><a href="#Footnote_150_150" class="fnanchor">[150]</a>, que puis que l'Auteur,
+en nous donnant un in folio, ne nous
+montre qu'en petit l'ocean du mariage;
+combien de volumes faudroit-il pour nous
+le montrer en grand? Quoi qu'il en soit,
+c'est une matire si vaste, si agite, si pleine
+d'cueils, que les Thologiens Casuistes
+ne savent comment faire pour l'puiser,
+&amp; qu'ils se trouvent souvent incertains
+de la route qu'ils doivent tenir; Je me contenterai
+donc de poser quelques principes
+gnraux par lesquels je ferai connotre la
+nature &amp; le but du mariage, pour en tirer
+ensuite des consquences ncessaires au sujet
+particulier que je traite.</p>
+
+<p>Le Mariage est, selon la dfinition que
+les Jurisconsultes en donnent, un consentement
+de l'homme &amp; de la femme, de
+passer leur vie ensemble dans une union perptuelle,
+qui ne soit sparable que par la
+mort de l'un ou de l'autre;<a name="FNanchor_151_151" id="FNanchor_151_151"></a><a href="#Footnote_151_151" class="fnanchor">[151]</a><i>Viri &amp; mulieris
+conjunctio individuam vit consuetudinem continens</i>.
+Quoi que cette dfinition soit donne
+par des Jurisconsultes qui ont t les
+oracles de la Jurisprudence, j'oserai dire
+nanmoins qu'elle n'est point juste; car si
+elle l'toit, la Tourterelle qui ne s'accouple
+qu'avec un mle, &amp; qui ne se laisse<a name="page_104" id="page_104"></a>
+point approcher par un autre lors que le
+premier est mort, auroit contract un mariage;
+ce qu'on ne peut pas dire d'une bte
+destitue de raison &amp; d'intelligence.
+D'ailleurs, le concubinage constant avec
+une seule femme seroit aussi un vritable
+mariage, ce qui est contraire l'institution
+de son union. Toutes les unions qui sont
+indivisibles dans la socit ne sont pas des
+mariages; cependant, pour ne pas disputer
+ici contre une dfinition re depuis
+tant de sicles, je dirai seulement qu'elle
+contient deux expressions qui demandent
+quelqu'claircissement; l'une est le mot
+<i>conjunctio</i>, il ne se prend pas simplement
+pour le consentement des contractans, il
+se prend aussi <i>pro corporum commixtione</i>.
+L'autre est le terme <i>individuam</i>, il s'entend
+de ceux qui contractant mariage lesquels
+sont censez avoir dessein de vivre ensemble
+dans l'union jusqu' la mort de l'un ou de
+l'autre, car le divorce toit permis chez
+les Romains, comme on le voit par le ttre
+entier du Code de <i>Repudiis</i>, &amp; du Digeste
+<i>De Divortiis &amp; Repudiis</i>. Ce que je dirai
+dans la suite de ce chapitre pourra satisfaire
+aux doutes auxquels ces mots ont donn
+lieu.</p>
+
+<p>Le Mariage est la plus excellente de toutes
+les unions. 1. Parce que c'est Dieu
+qui l'a institu dans le Paradis terrestre,
+durant l'tat d'innocence. 2. Parce qu'il
+n'y a rien qui convienne mieux l'homme
+que le mariage, ni qui se rapporte plus parfaitement
+ ses besoins. 3. Parce que le<a name="page_105" id="page_105"></a>
+mariage est trs ncessaire au monde pour
+y conserver les Socitez, &amp; pour y entretenir
+la sagesse &amp; la pudeur.</p>
+
+<p>La diffrence des sxes &amp; ces paroles,
+<i>croissez &amp; multipliez</i>, que Dieu a prononces
+lui-mme lors qu'il les joignit ensemble,
+qu'il institua le mariage &amp; qu'il le benit,
+font voir manifestement que le but de
+cette union n'est autre que la propagation
+du genre humain. Cette union ne peut
+donc point passer pour un simple consentement
+de demeurer ensemble, comme quelques-uns
+l'ont cr, mais <i>pro corporum commixtione</i>,
+ou <i>pro copula carnali</i>. Ces paroles
+de Dieu, <i>&amp; ils seront deux dans une mme
+chair</i>, ne signifient autre chose. Les Canonistes
+ne regardent le gendre &amp; la fille que
+comme une seule &amp; mme personne, comme
+un seul &amp; mme enfant, <i>si vir &amp; uxor
+non jam duo sed una caro sunt, Non aliter est
+nurus reputanda quam filia</i>, or ils ne peuvent
+tre una caro que par la consommation du
+mariage, <i>non aliter vir &amp; uxor mulier non
+possunt una caro fieri nisi carnali copul sibi cohreant</i>;
+ce sont les termes qui sont employez
+dans le droit Canon<a name="FNanchor_152_152" id="FNanchor_152_152"></a><a href="#Footnote_152_152" class="fnanchor">[152]</a>. En effet, si
+ces paroles ne signifioient qu'un simple
+consentement, quel sens pourroit-on donner
+ cette expression de Saint Paul, <i>Ne
+savez-vous pas que celui qui s'attache avec
+une femme dbauche est fait un mme
+corps avec elle, car les deux</i>, est-il dit, <i>deviendront
+une mme chair</i>. Un homme
+qui commet paillardise avec une femme,<a name="page_106" id="page_106"></a>
+ne s'engage pas demeurer tojours avec
+elle, comment donc est-il fait un mme
+corps avec elle? Ce ne peut tre que <i>per corporum
+commixtionem</i>, ou <i>per copulam carnalem</i>,
+comme je l'ai dit; Or quel but peut
+avoir cette conjonction, selon l'intention
+de Dieu qui en a t l'Instituteur?
+a t de procurer ligne, d'engendrer
+des enfans; <i>Croissez &amp; multipliez</i>, dit-il,
+voila pourquoi je vous joins ensemble; Il
+ne dit pas, <i>divertissez-vous, donnez l'essor
+vos passions brutales. Faites tout ce que vos sens
+&amp; la nature xigeront de vous, uniquement
+dans la v de leur plaire &amp; de les satisfaire</i>.
+D'ailleurs, Adam tant dans l'tat d'innocence,
+le dessein de Dieu ne pouvoit pas
+tre de lui donner cette libert, il n'avoit
+point alors de ces convoitises charnelles qui
+sont nes avec ses successeurs depuis sa chute.
+Il est vrai que quelques Interprtes ont
+cr que ce mot <i>croissez</i> ne regardoit que la
+grandeur du corps; mais outre qu'il est certain
+que le mot original signifie, <i>fructifiez</i>,
+&amp; que c'est en ce sens qu'il est dit au Pseaume
+132., <i>l'Eternel a jur la vrit David,
+il ne s'en dtournera point, je mettrai du fruit
+de ton ventre sur ton Trne</i>, c'est dire,
+quelqu'un des tiens &amp; de ta postrit; c'est
+en ce mme sens qu'Elizabeth dit en passant
+ Marie, <i>benit est le fruit de ton ventre</i>,
+les Auteurs profanes se servent de la mme
+expression dans le mme sens, tmoin celui-ci
+du Pote Claudien,<a name="FNanchor_153_153" id="FNanchor_153_153"></a><a href="#Footnote_153_153" class="fnanchor">[153]</a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Nascitur ad fructum mulier prolemque futuram.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p><a name="page_107" id="page_107"></a></p>
+
+<p>Cette expression est aussi connu dans le
+droit Canon<a name="FNanchor_154_154" id="FNanchor_154_154"></a><a href="#Footnote_154_154" class="fnanchor">[154]</a>, dans lequel <i>Mater in procreatione
+fili dicitur radix, Filius Ver flos &amp; pomum</i>,
+outre tout cela dis-je, il est certain
+que le mot <i>multipliez</i> qui suit celui-ci, <i>fructifiez</i>,
+te toute l'ambiguit qu'il pouroit
+y avoir; &amp; d'ailleurs, le Prophete Malachie
+explique les paroles de Dieu d'une manire
+claire &amp; qui ne laisse aucun doute dans
+l'esprit; Il parle un mari de sa femme lgitime
+en vertu d'un Contract qu'il a fait
+avec elle, &amp; il lui dit, <i>N'est-elle pas l'ouvrage
+du mme Dieu, &amp; n'est-ce pas son souffle qui
+l'a anime comme vous? Et que demande cet Auteur
+unique de l'un &amp; de l'autre, sinon qu'il
+sorte de vous une race d'enfans de Dieu!</i> Saint
+Paul nous en donne un Commentaire peu
+prs pareil, lors que parlant des veuves il
+dit,<a name="FNanchor_155_155" id="FNanchor_155_155"></a><a href="#Footnote_155_155" class="fnanchor">[155]</a>qu'<i>il veut que les jeunes se marient &amp; qu'elles
+mettent des enfans au monde</i>; on prend donc
+des femmes &amp; on se marie avec elles pour
+en avoir des fils &amp; des filles, <i>afin de multiplier
+&amp; de ne point laisser prir ntre nombre</i>,
+comme s'exprime le Prophete Jermie<a name="FNanchor_156_156" id="FNanchor_156_156"></a><a href="#Footnote_156_156" class="fnanchor">[156]</a>.
+Dieu donc n'a tabli le mariage que pour
+susciter ligne, &amp; par ce moyen nous rendre
+en quelque faon vivans aprs ntre
+mort;<a name="FNanchor_157_157" id="FNanchor_157_157"></a><a href="#Footnote_157_157" class="fnanchor">[157]</a><i>Natura nos docet parentes pios liberorum
+procreandorum animo &amp; voto uxores ducere.
+...... Et enim id circ Filios filiasve concipimus
+atque edimus ut ex prole eorum, earumve, diuturnitatis
+nobis memoriam in vum relinquamus</i>;<a name="page_108" id="page_108"></a>
+De l vient que quelques Interprtes estiment
+que Jsus Christ dans Saint Luc<a name="FNanchor_158_158" id="FNanchor_158_158"></a><a href="#Footnote_158_158" class="fnanchor">[158]</a>, dit
+que ceux qui seront ressuscitez ne se marieront
+point; car, dit-il, <i>ils ne pourront plus
+mourir</i>, comme s'il vouloit dire que le mariage
+n'tant tabli que pour nous substituer
+des successeurs aprs ntre mort il ne sera
+plus ncessaire de se marier aprs la rsurrection,
+puis qu'alors on ne pourra plus mourir.
+Le desir d'avoir ligne est dans l'homme
+&amp; dans la femme, mais on dit qu'il est
+plus grand aux femmes qu'aux hommes, &amp;
+que de l vient que ce contract a pris son
+nom de la femme pltt que de l'homme,
+<i>Matrimonium</i>, dit-on<a name="FNanchor_159_159" id="FNanchor_159_159"></a><a href="#Footnote_159_159" class="fnanchor">[159]</a>, <i>a matris nomine, non
+adepto jam, sed cum spe &amp; omine jam adipiscendi</i>.
+Mais j'avou que je ne suis point du
+tout de ce sentiment, car il est certain que
+l'homme perptuant son nom &amp; sa rputation
+par le moyen de ses enfans, doit souhaiter
+beaucoup plus d'en avoir, que la
+femme dont le nom est teint lors qu'elle se
+marie, parce qu'elle prend celui de son mari,
+&amp; dont la rputation consiste uniquement
+ faire son devoir envers son mari &amp;
+envers sa famille, <i>la gloire de la femme</i>, au
+reste, <i>tant le mari</i>, comme parle Saint
+Paul; D'ailleurs, pour me servir de l'expression
+des Canonistes<a name="FNanchor_160_160" id="FNanchor_160_160"></a><a href="#Footnote_160_160" class="fnanchor">[160]</a>, <i>filius matri ante partum
+est onerosus, in partu dolorosus, post partum
+laboriosus</i>. Je croirois donc qu'il seroit
+plus vrai-semblable de dire que le mariage
+prend son nom de la femme, parce qu'elle<a name="page_109" id="page_109"></a>
+contribu plus au mariage que l'homme.
+Quoi qu'il en soit, il rsulte tojours de
+tout ceci, que le desir d'engendrer est le
+but &amp; la fin du mariage; les Philosophes
+eux-mmes en conviennent, <i>Quem admodm</i>,
+disent-ils, <i>homo naturaliter &amp; substantialiter
+est Animal, ita est vivens, Naturalissimum
+autem opus viventium est generare sibi simile;
+perfectum est</i>, disent-ils encore, <i>unum
+quodque, cum simile sibi producere potest</i>. Suivant
+ces maximes, comment le mariage
+peut-il convenir un Eunuque? Comment
+peut-il tre capable de le contracter? Et ne
+parot-il pas que l'Eunuchisme &amp; le mariage
+sont deux choses incompatibles &amp; essentiellement
+opposes? Aussi les Payens,
+quoi qu'ils ne se conduisissent qu' la lueur
+de la raison humaine obscure &amp; borne,
+ne vouloient pas qu'on contractt mariage
+ aucun autre but qu' celui de procrer ligne.
+Voici un xemple qui le fait bien
+voir; Septitie mre des Trachales Ariminsens,
+pour leur faire dpit, bien
+qu'elle ft hors d'ge de porter enfans,
+pousa un Publicius aussi fort g, &amp; par
+un testament les priva de sa succession; ces
+deux fils s'en tans plains au Divin Auguste,
+il dclara le mariage nul, &amp; cassa le
+testament, voulant que ses enfans fussent
+ses hritiers, &amp; refusant mme au vieillard
+l'avantage que cette femme lui faisoit
+ cause qu'ils avoient contract leur
+mariage sans esprance d'avoir ligne. Si
+la justice mme s'toit mise dans son Trne,
+&amp; qu'elle et pris connoissance de<a name="page_110" id="page_110"></a>
+cette affaire, auroit elle plus quitablement
+&amp; plus gravement prononc? Parmi
+les btes mmes qui n'ont point pch
+&amp; qui sont toutes demeures dans les termes
+de leur nature, qui suivent toutes leur
+ordre, les femelles ne souffrent le mle que
+pour devenir mres.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_II-b" id="CHAPITRE_II-b"></a>CHAPITRE II.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Les Eunuques ne pouvant pas
+satisfaire au but du mariage,
+ils ne doivent pas le
+contracter.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">L</span>Es Eunuques qui contractent mariage
+sont de mauvaise foi &amp; mritent d'tre
+punis. Premirement ils commettent une
+fausset insigne. Ils se donnent pour hommes
+&amp; ils ne le sont point; la fausset, selon
+les Jurisconsultes<a name="FNanchor_161_161" id="FNanchor_161_161"></a><a href="#Footnote_161_161" class="fnanchor">[161]</a>, <i>est actus dolosus veritatis
+mutand gratia ad alterum decipiendum
+factus, quem lex pro falso habet, &amp; lege Cornelia
+de falsis corcet</i>. Il n'est pas ncessaire
+que les Eunuques pour tre coupables de
+fausset ayent dit positivement qu'ils toient
+capables de satisfaire aux Loix de
+mariage, il suffit que sachant les Loix ils
+se soient engagez dans cette union &amp; qu'ils
+ayent donn lieu par l croire qu'ils pouvoient<a name="page_111" id="page_111"></a>
+en remplir les devoirs.<a name="FNanchor_162_162" id="FNanchor_162_162"></a><a href="#Footnote_162_162" class="fnanchor">[162]</a>Car <i>falsum
+committitur non dicto sed facto</i>, comme on le
+voit par tous les cas qui sont rapportez dans
+la Loi <i>Quid sit falsum quritur</i>, 23. <i>ff. ad legem
+Corneliam de falsis</i>.</p>
+
+<p>En second lieu, ils promettent ce qu'ils
+ne peuvent point tenir. On fait diffrence
+en droit entre <i>Sponsalia &amp; Matrimonium</i>;
+<i>sponsalia sunt mentio &amp; repromissio nuptiarum
+futurarum</i>; ce sont les termes de la loi premire
+<i>ff. de sponsalibus</i>. Ce mot <i>sponsalia</i>
+vient du mot <i>spondere</i> qui signifie <i>promettre</i>.
+Le droit Canon est fort diffrent du droit Civil
+en ce qui concerne les fianailles des Enfans,
+ou des Adolcens. Le premier<a name="FNanchor_163_163" id="FNanchor_163_163"></a><a href="#Footnote_163_163" class="fnanchor">[163]</a> dcide
+nettement que <i>sponsalia amborum Infantium,
+vel alterius tantum per supervenientiam majoris
+tatis non validantur, nec publicam honestatem
+inducunt</i>.<a name="FNanchor_164_164" id="FNanchor_164_164"></a><a href="#Footnote_164_164" class="fnanchor">[164]</a>L'Autre au contraire
+dit absolument que <i>sponsalibus contrahendis
+tas contrahentium definita non est</i>, mais il
+ajote ces mots, <i>ut in matrimoniis</i>. C'est
+ dire, <i>in Matrimonio non consideratur principaliter
+tas, sed potentia generandi</i>. L'tat
+des contractans doit tre certain, parce
+qu'il faut qu'ils soient capables de le consommer.
+S'il arrive que l'un n'en soit pas
+capable, il n'y a point de mariage parce
+que, <i>ubi datur permixtio habilis cum inhabili vitiatur
+actus, quando requiritur concursus habilitatis
+in utroque</i>, c'est une maxime qui est
+manifestement dmontre par les Canonistes<a name="page_112" id="page_112"></a>
+qui ont comment la Loi, <i>utile non
+debet per inutile vitiari</i>. C'est sur cela que
+le chapitre second <i>de Frigidis</i> est fond; Il
+porte prcisment ces mots, <i>sicut puer qui
+non potest reddere debitum, non est aptus conjugio,
+sic qui impotentes sunt minime apti ad
+contrahenda matrimonia reputantur</i>. Un enfant
+n'est pas propre au mariage parce qu'il
+ne peut point en remplir les devoirs. Il y
+a du plaisir lire la dispense d'ge que
+l'Archevque de Tours accorda dans le
+Mariage de Lous, Dauphin, fils du Roi
+Charles Sept, &amp; de Marguerite d'Ecosse,
+parce que l'Epoux n'avoit que quatorze
+ans, &amp; que l'Epouse n'en avoit que douze;
+comme si une dispense de cette nature
+toit une chose qui ft au pouvoir des
+hommes; il n'y a que la Nature qui puisse
+en accorder de telles<a name="FNanchor_165_165" id="FNanchor_165_165"></a><a href="#Footnote_165_165" class="fnanchor">[165]</a>. Justinien a fix
+la pubert quatorze ans, &amp; le droit
+Canon a fix celle des filles douze,
+mais il excepte de cette Loi gnrale celles,
+<i>in quibus malitia supplet tatem</i>. Mais
+la nature n'est point assujettie aux Loix
+Civiles ni aux Loix Canoniques; Elle
+sort quelquefois de ses propres rgles,
+elle est tantt avare, &amp; tantt prodigue de
+ses faveurs. L'Ecriture Sainte parle de Salomon
+qui engendra Roboam l'ge d'onze
+ans, &amp; d'Achaz qui engendra Ezechias
+ l'ge de dix ans. S. Jrme, le Pape
+S. Grgoire, Scaliger, Mr. Bochart, &amp;
+plusieurs autres, ont rapport des cas singuliers.
+Ils ont v un garon de dix ans<a name="page_113" id="page_113"></a>
+avoir eu un enfant de sa nourrice; ils ont
+v d'autres xemples de ces fruits prcoces<a name="FNanchor_166_166" id="FNanchor_166_166"></a><a href="#Footnote_166_166" class="fnanchor">[166]</a>,
+mais ni l'autorit des hommes, ni leur
+artifice, n'avoit rien contribu leur production.
+Les Eunuques qui n'ont plus ce
+que la nature leur avoit donn pour tre capables
+du mariage, ont beau recourir la
+faveur &amp; l'autorit des hommes, ils ne
+les mettront jamais en tat de le consommer,
+&amp; jamais ils n'obtiendront d'eux le
+pouvoir d'xcuter ce qu'ils auront promis
+par leur engagement. Ils ont donc tort de
+promettre solemnellement ce qu'ils savent
+ne pouvoir absolument tenir par eux-mmes
+quelque secours qu'ils reoivent
+d'autrui; <i>Paria censentur jurare &amp; Religione
+data fide promittere</i>; Et ils ne sont point
+excusables par la raison que les Jurisconsultes
+en rendent; <i>Permittenti non subvenitur
+quando tempore promissionis difficultatem sciebat</i>.
+Les Canonistes parlant du mariage de David
+avec la Sunamite<a name="FNanchor_167_167" id="FNanchor_167_167"></a><a href="#Footnote_167_167" class="fnanchor">[167]</a>, si tant est que c'en
+ait t un vritable, puis que Bethsabe,
+Abigail, &amp; ses autres femmes &amp; ses concubines,
+vivoient encore, mettent en
+question si David fit bien de l'pouser, n'tant
+point en tat de consommer le mariage
+avec elle; Et ils ne l'excusent que parce
+qu'il ne la prit point par un mouvement
+de convoitise, de son bon gr, mais par
+l'avis, ou plutt l'ordre des Mdecins,
+&amp; pour satisfaire aux Principaux de son
+Royaume. Ils disent encore que la vie<a name="page_114" id="page_114"></a>
+de David ayant t prolonge par ce moyen;
+Adonias ayant t vaincu, &amp; le Rgne de
+Salomon bien tabli, on doit en juger favorablement.</p>
+
+<p>Enfin, le mariage est une espce de contract
+de vente &amp; d'achat, le mari aquiert
+la puissance du corps de la femme, &amp; la
+femme aquiert la puissance du corps du mari.
+A Rome autrefois le mariage se faisoit
+<i>per emptionem</i>; c'est donc un contract de
+bonne foi dans lequel le Jurisconsulte dit<a name="FNanchor_168_168" id="FNanchor_168_168"></a><a href="#Footnote_168_168" class="fnanchor">[168]</a>
+que le dol doit tre prsum lors qu'on tient
+malicieusement quelque chose de secret;
+Comme donc dans un contract de vente
+rien ne doit demeurer inconnu ni douteux:
+que l'acheteur doit avoir connoissance du
+vice de la chose qu'on lui vend, ou de la
+maladie secrette &amp; cache dont l'animal
+vendu pourroit tre atteint. De mme
+aussi dans cette espce d'achapt toute la
+fraude doit tre impute l'Eunuque qui
+a cach son impuissance. Fragosus xamine
+dans son excellent Ouvrage qui a
+pour ttre, <i>Regimen Reipublic Christian.
+Impedimenta matrimonii an sint revelanda quand
+sunt omnin secreta</i>, &amp; il dcide la question<a name="FNanchor_169_169" id="FNanchor_169_169"></a><a href="#Footnote_169_169" class="fnanchor">[169]</a>
+en disant, que celui qui ne rvle
+pas les empchemens lors qu'ils sont diriments,
+pche mortellement; le mariage
+de ces sortes de gens est si odieux qu'il est
+tojours dclar nul &amp; comme non avenu
+ds que leur tat est dcouvert.</p>
+
+<p>Les nces qui se faisoient parmi les Romains,<a name="page_115" id="page_115"></a>
+<i>per comptionem</i>, se clbroient de
+cette manire; Aprs quelques crmonies,
+<i>se se comendo interrogabant, vir ita,
+an sibi mulier mater familias esse vellet? illa
+respondebat, velle; Interim mulier interrogabat
+an vir sibi pater familias esse vellet, ille
+respondebat velle. Sic mulier in viri conveniebat
+manum</i>; c'est ce propos que Virgile a
+dit,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Teque sibi generum Thetis emat omnibus undis</i>.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Servius observe que ce mot <i>emat</i>, se rapporte
+ l'ancien usage de contracter. On peut
+voir toutes les solemnitez de ces sortes de
+mariages dans le Livre sixime de la Cit
+de Dieu de Saint Augustin, &amp; dans le
+chapitre neuvime du Livre sixime des
+Antiquitez Romaines de Rosinus.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_III-b" id="CHAPITRE_III-b"></a>CHAPITRE III.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Le Mariage des Eunuques
+est considr comme nul &amp;
+comme non avenu.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">C</span>'Est une maxime en Droit, que <i>falsum
+quod est, nihili est</i>. Les Eunuques qui
+s'unissent avec une femme, la trompent;
+Ils ne contractent point mariage avec elle
+puis qu'ils ne sont pas capables de contribuer<a name="page_116" id="page_116"></a>
+de leur part comme ils le devroient
+ la substance du mariage; Ainsi on peut
+dire que ce n'est qu'un vain phantme,
+ce n'est qu'un mariage feint &amp; simul, &amp;
+nullement un mariage rel &amp; vritable.
+De l vient que quand il s'agit de sparer
+une femme qui a t surprise par un Eunuque,
+on ne dissout point le mariage, mais
+on dclare qu'il n'y en a point eu. C'est
+sur ce principe que toute la Jurisprudence
+de ces sortes de conjonctions est fonde<a name="FNanchor_170_170" id="FNanchor_170_170"></a><a href="#Footnote_170_170" class="fnanchor">[170]</a>.
+Elle fait voir qu'il n'y a ni mari, ni femme,
+ni dote, ni douaire. La loi <i>in causis</i>,
+contient une dcision prcise sur ce sujet,
+<i>si maritus</i>, dit-elle, <i>uxori ab initio matrimonii
+usque ad duos annos continuos computandos
+coire minime propter naturalem imbecillitatem
+valeat, potest mulier vel ejus parentes
+sine periculo dotis amittend repudium marito
+mittere</i>. La loi <i>si serva servo</i>, s'explique
+bien plus clairement<a name="FNanchor_171_171" id="FNanchor_171_171"></a><a href="#Footnote_171_171" class="fnanchor">[171]</a>; <i>si spadoni</i>, dit-elle,
+<i>mulier nupserit, distinguendum arbitror
+castratus fuerit, nec ne; ut in castrato dicas
+dotem non esse, In eo qui castratus non est,
+quia est matrimonium, &amp; dos &amp; dotis actio
+est</i>. Au second cas le mari a action pour
+la dote, &amp; la raison qui en est donne, c'est
+qu'il y a mariage, &amp; par consquent dans
+le premier cas il n'y a point de mariage,
+puis qu'il n'y a point d'action pour la dote;
+cette matire mrite qu'on s'y tende
+un peu davantage.</p>
+
+<p>Il semble ordinairement que ds l qu'une<a name="page_117" id="page_117"></a>
+femme est lie par contract avec un
+homme, &amp; que les crmonies de l'Eglise
+ont rendu ce lien solemnel, il y a
+un vritable mariage, mais on se trompe;
+cette erreur est fonde sur cette maxime
+de Droit que j'expliquerai dans la suite.
+<i>Consensus non concubitus matrimonium facit.</i>
+Voici un Jurisconsulte qui nous en dtrompe,
+c'est Ulpien qui prononce formellement
+sur ce sujet. <i>Non omnes conjunctiones
+implent conditionem cm nupserit,
+put enim nundum nubilis tatis in domum
+mariti deducta, non paruit conditioni si nupserit
+vel si ei conjuncta fit, cujus nuptiis erat interdictum.</i><a name="FNanchor_172_172" id="FNanchor_172_172"></a><a href="#Footnote_172_172" class="fnanchor">[172]</a>
+Ce n'est point assez d'avoir
+pass contract, d'avoir pous la face
+de l'Eglise, d'avoir t mene dans la
+maison de l'Epoux, d'avoir t mise entre
+ses bras, toutes ces circonstances ne
+sont que des apparences du mariage, mais
+elles ne font pas le mariage. Il faut que
+le mari &amp; la femme ayent t nubiles &amp;
+capables de le consommer. C'est donc avec
+raison que l'Empereur Justinien a dcid
+dans ses Institutes, que si cette femme
+perd son mari avant qu'elle ait t <i>viri
+potens</i>, elle ne lui a jamais t femme lgitime;<a name="FNanchor_173_173" id="FNanchor_173_173"></a><a href="#Footnote_173_173" class="fnanchor">[173]</a>
+<i>Nec vir, nec uxor, nec nupti,
+nec matrimonium, nec dos intelligitur</i>. Le
+Jurisconsulte Labeo s'explique encore plus
+clairement,<a name="FNanchor_174_174" id="FNanchor_174_174"></a><a href="#Footnote_174_174" class="fnanchor">[174]</a><i>quando pupill</i>, dit-il, <i>legatum<a name="page_118" id="page_118"></a>
+est, quandocumque nupserit, si ea minor
+qum viri potens nupserit, non ante ei,
+legatum debebitur qum viri potens esse c&oelig;perit,
+quia non potest videri nupta que virum
+pati non potest</i>; L'Histoire<a name="FNanchor_175_175" id="FNanchor_175_175"></a><a href="#Footnote_175_175" class="fnanchor">[175]</a> rapporte un fait
+qui est digne de remarque; Franois I.
+souhaitant de tirer le Duc de Clves du
+parti de l'Empereur Charles-Quint, &amp;
+de l'engager dans le sien, pressa &amp; contraignit
+Marguerite de France sa S&oelig;ur,
+&amp; Henri d'Albret Roi de Navarre son
+beau-frre, de lui donner en mariage
+Jeanne leur fille qui n'toit ge que de
+huit neuf ans; le mariage fut concl &amp;
+arrt, solemnis dans la Ville de Chteleraud,
+l'Epouse conduite au lit nuptial;
+cependant, par jugement du Pape,
+il a t dit depuis, qu'il n'y avoit
+point eu de mariage, &amp; cette jeune Princesse
+a t marie de nouveau Antoine
+de Bourbon; C'est sur ce principe sans
+doute que les Tribunaux<a name="FNanchor_176_176" id="FNanchor_176_176"></a><a href="#Footnote_176_176" class="fnanchor">[176]</a> ont permis une
+fille qui avoit t marie l'ge de sept
+ans avec le Frre an, de se marier ensuite
+avec le frre Cadet, lorsqu'elle est
+parvenu dans un ge Nubile. Ce seroit
+autoriser un Inceste si on considroit le premier
+mariage comme un vritable mariage.
+Et il parot bien qu'il n'est point du
+tout consider comme tel;<a name="FNanchor_177_177" id="FNanchor_177_177"></a><a href="#Footnote_177_177" class="fnanchor">[177]</a>Il est mme
+deffendu aux Prtres par les Conciles de<a name="page_119" id="page_119"></a>
+marier des gens notoirement incapables
+d'xercer les fonctions du mariage. Les
+Canonistes sont beaucoup plus dcisifs sur
+cette matire que les autres Jurisconsultes,
+car ils vont jusques l qu'ils disent que
+<i>contractus ante pubertatem etiam cum nisu carnalis
+copul non facit Matrimonium</i>. On sait
+ce que c'est que <i>Pubertas</i>, en tout cas le
+chapitre troisime du mme ttre l'enseigne;
+<i>Puberes</i>, dit-il, <i>a Pube sunt vocati
+id est a Pudentia corporis nuncupati, quia hc
+loca primo lanuginem ducunt; Quidam tamen
+ex annis pubertatem existimant, id est eum esse
+puberem qui tredecim annos implvit, quamvis
+tardissim pubescat; Certum est autem eam puberem
+esse, qu ex habitu corporis pubertatem
+ostendit, &amp; generare jamjam potest, &amp; puerper
+sunt qu in annis puerilibus pariunt</i>; De
+sorte que suivant cette dfinition les Eunuques
+ne sont jamais <i>puberes</i>, &amp; n'tans
+d'ailleurs jamais capables du mariage,
+ceux qu'ils contractent sont nuls par eux-mmes.
+Les Conciles &amp; les Papes deffendent
+expressment de faire les crmonies
+prescrites par l'Eglise, comme de
+donner la bndiction, &amp;c. pour des mariages
+nuls, tels que sont ceux dont je
+viens de parler, afin qu'elles ne soient pas
+faites en vain. Je concls donc, <i>que
+non est inter eos matrimonium quos non copulat
+commissio sexus</i>, comme il est dit dans le
+Decret de Gratien<a name="FNanchor_178_178" id="FNanchor_178_178"></a><a href="#Footnote_178_178" class="fnanchor">[178]</a>; <i>Non est dubium</i>, dit-il,
+<i>illam mulierem non partinere ad matrimonium
+cum qu commistio sexus non docetur<a name="page_120" id="page_120"></a>
+fuisse</i>.<a name="FNanchor_179_179" id="FNanchor_179_179"></a><a href="#Footnote_179_179" class="fnanchor">[179]</a><i>Qui matrimonio conjuncti sunt &amp;
+nubere non possunt, illi non sunt conjuges</i>;
+Voici en un mot ce que c'est que le
+mariage au sentiment des Canonistes, <i>In
+omni matrimonio</i>, disent-ils<a name="FNanchor_180_180" id="FNanchor_180_180"></a><a href="#Footnote_180_180" class="fnanchor">[180]</a>, <i>conjunctio intelligitur
+spiritualis quam confirmat &amp; perficit
+conjunctorum commistio corporalis</i>. Ds l
+donc que dans le mariage des Eunuques
+il n'y a jamais eu de vritable mariage,
+parce qu'il n'y a jamais eu de vritable
+conjonction, on ne prononce point de
+dissolution, on dit simplement qu'il n'y a
+point de mariage, &amp; que la partie plaignante
+est en libert d'en contracter un
+avec qui bon lui semblera.<a name="FNanchor_181_181" id="FNanchor_181_181"></a><a href="#Footnote_181_181" class="fnanchor">[181]</a><i>Tum propri
+non fit divortium, sed fit declariatio, ut
+alii sciant illam societatem non esse conjugium,
+&amp; conceditur person qu habet natur vires
+integras ut etiam vivente altero impotente possit
+contrahere cum alio</i>.<a name="FNanchor_182_182" id="FNanchor_182_182"></a><a href="#Footnote_182_182" class="fnanchor">[182]</a>L'Eglise Romaine
+qui considre le mariage comme un Sacrement,
+ne le dissout jamais,<a name="FNanchor_183_183" id="FNanchor_183_183"></a><a href="#Footnote_183_183" class="fnanchor">[183]</a><i>quo ad
+vinculum</i>, elle ne spare la partie plaignante
+que, <i>quo ad thorum</i>; lors donc qu'elle
+permet la partie plaignante de se remarier,
+c'est qu'elle estime qu'il n'y a point
+eu prcdemment de mariage; c'est donc
+se moquer &amp; abuser des crmonies les
+plus graves de la Religion que de les faire
+intervenir dans un acte faux &amp; chimrique
+pour autoriser une imposture, qui<a name="page_121" id="page_121"></a>
+produit des inconvniens qu'il seroit trs
+bon de prvenir. On peut dire mme
+que ces gens-l sont dans le cas de la Novelle
+que l'Empereur Justinien a donne<a name="FNanchor_184_184" id="FNanchor_184_184"></a><a href="#Footnote_184_184" class="fnanchor">[184]</a>,
+pour punir celui des conjoints qui se trouvera
+avoir caus mal propos la dissolution
+du mariage. Solon avoit fait auparavant
+une Loi contre ceux qui ne pouvoient
+pas rendre les devoirs ds leur
+femme; Il donnoit ces femmes l'action
+d'injure contre ces maris impuissans.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_IV-b" id="CHAPITRE_IV-b"></a>CHAPITRE IV.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Inconvniens que le Mariage
+des Eunuques produit
+ordinairement.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">L</span>E<a name="FNanchor_185_185" id="FNanchor_185_185"></a><a href="#Footnote_185_185" class="fnanchor">[185]</a>Pote Claudien parlant d'un Eunuque,
+l'appelle une vieille ride. Trence
+lui donne le mme nom, <i>Eunuchum</i>,
+dit-il<a name="FNanchor_186_186" id="FNanchor_186_186"></a><a href="#Footnote_186_186" class="fnanchor">[186]</a>, <i>illumne obsecro Inhonestum hominem,
+quem mercatus est here, senem mulierem</i>; Mais
+Martial pousse la Satyre &amp; l'injure plus
+loin, il ne se contente pas de dire, en
+parlant de Numa qui avoit v un Eunuque
+effemin,<a name="FNanchor_187_187" id="FNanchor_187_187"></a><a href="#Footnote_187_187" class="fnanchor">[187]</a><a name="page_122" id="page_122"></a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Thelin viderat in toga spadonem,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Damnatam Numa dixit esse m&oelig;cham</i>;<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i6">Il dit encore,<a name="FNanchor_188_188" id="FNanchor_188_188"></a><a href="#Footnote_188_188" class="fnanchor">[188]</a><br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Dos etiam dicta est. Nondum tibi Roma videtur</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Hoc satis? Expectas numquid &amp; ut pariat?</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Toute la diffrence qu'il y a, c'est que
+Martial parle de deux hommes qui se faisoient
+passer pour femmes, &amp; que je parle
+d'hommes qui sont vritablement comme
+des femmes, &amp; auxquels ce qui est
+dit dans la Loi, <i>cm vir nubit. cod. ad legem
+Juliam de Adulterio</i>, convient peu
+prs. Ce sont les Empereurs Constantius
+&amp; Constance qui y parlent, <i>cm vir</i>, disent-ils,
+<i>nubit ut fmin viris, paritura quid
+cupiatur, ubi sexus perdidit locum, ubi scelus
+est id, quod non proficit scire, ubi Venus mutatur
+in alteram formam, ubi amor quritur
+nec videtur</i>. Cet assemblage ne produit
+point l'effet que la femme en avoit espr;<a name="FNanchor_189_189" id="FNanchor_189_189"></a><a href="#Footnote_189_189" class="fnanchor">[189]</a>
+<i>sic virg intacta manet, inculta senescit</i>;
+selon l'expression de Catulle &amp; d'Ovide.<a name="FNanchor_190_190" id="FNanchor_190_190"></a><a href="#Footnote_190_190" class="fnanchor">[190]</a>
+Ce n'est point l l'intention de
+cette femme, ni le but du mariage,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>F&oelig;mina fortun similis formosa videtur,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Non amat ignavos illa nec ista Viros.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind">ou pltt comme s'exprime le mme Pote
+qui dit plusieurs vritez en raillant d'une
+manire trs agrable &amp; trs enjoue,<a name="page_123" id="page_123"></a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Sp quiescit ager, non semper arandus, at uxor</i><a name="FNanchor_191_191" id="FNanchor_191_191"></a><a href="#Footnote_191_191" class="fnanchor">[191]</a><br /></span>
+<span class="i4"><i>Est ager, assiduo vult tamen illa coli.</i><a name="FNanchor_192_192" id="FNanchor_192_192"></a><a href="#Footnote_192_192" class="fnanchor">[192]</a><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Si cette ide parot outre, il y en a une
+autre qui n'est pas plus avantageuse aux
+Eunuques, &amp; dont les consquences ne
+sont pas plus favorables eux &amp; leurs
+femmes.</p>
+
+<p>Ce ne sont que des demi-hommes;<a name="FNanchor_193_193" id="FNanchor_193_193"></a><a href="#Footnote_193_193" class="fnanchor">[193]</a>
+Juvenal appelle un Eunuque <i>semivir</i>. Mais
+c'est trop dire en leur faveur; ce ne sont
+que des arbres striles, des troncs desschez,
+comme s'exprime Esae.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Truncus iners jacui, species &amp; inutile signum,</i><a name="FNanchor_194_194" id="FNanchor_194_194"></a><a href="#Footnote_194_194" class="fnanchor">[194]</a><br /></span>
+<span class="i0"><i>Nec satis exactum est corpus an umbra forem.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Voila la vritable description d'un Eunuque;
+Et voici deux traits qui en achvent
+le portrait; l'un est donn par les Jurisconsultes,
+&amp; l'autre par un Ecrivain sacr.</p>
+
+<p>L'Eunuque est un homme tojours malade,
+&amp; tojours languissant,<a name="FNanchor_195_195" id="FNanchor_195_195"></a><a href="#Footnote_195_195" class="fnanchor">[195]</a><i>morbosus</i>;
+Par consquent incapable de faire les fonctions
+de la vie active; <i>sin autem ita spado
+est</i>, dit le Jurisconsulte Paulus, <i>ut tam necessaria
+pars corporis ei penitus absit, morbosus
+est</i>; c'est un malade impuissant qui voit
+l'occasion d'agir &amp; qui ne peut; Qui comme
+Tantale se voit au milieu des biens &amp;
+des plaisirs &amp; qui ne peut point les goter;<a name="page_124" id="page_124"></a>
+on peut dire de lui ce qu'Horace dit<a name="FNanchor_196_196" id="FNanchor_196_196"></a><a href="#Footnote_196_196" class="fnanchor">[196]</a> de
+son avare, mon ami, lui dit-il, vous
+avez entendu parler de Tantale? Il meurt
+de soif au milieu d'un fleuve dont l'eau
+fuit aussi-tt qu'il veut boire. De qui
+pensez-vous rire? C'est de vous que parle
+la Fable sous un nom emprunt; vous
+dormez sur des sacs d'argent entassez autour
+de vous les uns sur les autres, vous
+les dvorez des yeux, cependant vous
+n'oseriez non plus y toucher qu' des
+choses sacres; Et ce sont des richesses
+en peinture vtre gard. La diffrence
+qu'il y a, c'est que l'avare peut &amp; ne
+veut point se donner du plaisir de son bien,
+&amp; que l'Eunuque voudrait bien, mais
+qu'il ne peut point, &amp; en cela on peut
+dire, que la comparaison de lui Tantale
+est plus juste, que celle qu'Horace fait
+de son avare Tantale; On peut dire
+l'Eunuque plus propos qu' l'avare,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Indormis inhians, &amp; tanquam parcere sacris</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Cogeris, aut pictis tanquam gaudere tabellis.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Tant s'en faut donc qu'une femme ses
+ctez soit un bien qui lui donne de la
+joye, il l'afflige au contraire beaucoup,
+parce qu'il ne peut point en profiter; c'est
+une vrit que le Sage a reconnu, &amp; c'est
+le second trait qui achve la peinture de
+l'Eunuque; Il est de la faon de l'Auteur
+de l'Ecclsiastique, soit qu'il soit Jsus
+Sirach, soit que ce soit Salomon; il<a name="page_125" id="page_125"></a>
+parle d'un homme qui porte la peine de
+son iniquit<a name="FNanchor_197_197" id="FNanchor_197_197"></a><a href="#Footnote_197_197" class="fnanchor">[197]</a>, &amp; il dit qu'<i>il voit les viandes
+de ses yeux &amp; qu'il gmit comme un
+Eunuque qui tient une vierge &amp; qui sopire</i>;
+cette comparaison est trs juste, il
+porte la peine de son iniquit, soit qu'il
+n'ait eu autre v que de tromper une
+femme pour profiter de ses biens, ou de
+ses avantages; soit que par une brutalit
+monstrueuse il s'abandonne une intemprance
+qu'il n'est pas dans son pouvoir de
+sotenir; Quoi qu'il en soit une femme
+est trompe; Et elle peut dire juste ttre,
+ce qu'Auguste disoit lors qu'il se trouvoit
+assis entre Virgile &amp; un autre Pote
+de son tems, <i>sedeo inter suspiria &amp; lacrimas</i>.
+Et si cette fraude toit autorise il en rsulteroit
+plusieurs inconvniens qui paroissent
+naturellement, &amp; qui se font voir
+d'eux-mmes.</p>
+
+<p>1. Une femme languiroit &amp; scheroit
+d'ennui ct d'un homme de cette nature,
+car elle a beau l'exciter, ses efforts sont
+inutiles, c'est pourquoi n'ayant ni les douceurs
+du mariage, ni l'apparence d'en jour,
+elle s'affligeroit en secret. Cela n'est point
+sans xemple. L'Histoire nous apprend que
+l'Empereur Constantius eut pour femme
+Eusebia, Princesse trs belle, &amp; de la
+beaut de laquelle on parloit par tout
+avec admiration. Constantius toit un
+homme mol, effmin &amp; affoibli par de longues
+&amp; continuelles maladies; Eusebia
+qui toit dans la fleur &amp; dans la vigueur<a name="page_126" id="page_126"></a>
+de son ge, et de frquentes maladies
+de femmes, &amp; enfin se consuma,
+&amp; finit ses jours tique, sche, &amp; dfigure
+du chagrin secret, de n'avoir jamais
+eu la douce &amp; aimable compagnie
+de son Epoux, sans que l'excellence de
+sa beaut, la jeunesse de son ge, ni le
+souverain honneur d'tre Impratrice,
+ayent p lui apporter le moindre plaisir,
+ni la moindre satisfaction, bien loin d'avoir
+p la consoler. Cela a p tre permis
+ un Empereur, du moins n'a-t-on p lui
+en demander raison; mais on ne peut point
+permettre la mme chose un particulier
+dont l'intention injuste est de rendre une
+femme misrable pour satisfaire quelqu'une
+de ses iniques passions; Il n'est pas
+juste de le favoriser dans l'entreprise de
+faire mourir une femme innocente, vierge
+&amp; martyre.</p>
+
+<p>2. Il pourroit arriver qu'une femme n'auroit
+pas la force de sotenir une si terrible
+preuve, ni assez de fermet pour rsister
+aux tentations auxquelles elle se trouveroit
+expose. L'esprit est prompt, mais la chair
+est foible, &amp; il ne seroit pas trop surprenant
+qu'une femme ne trouvant pas chez
+elle de quoi satisfaire une passion irrite,
+ne reoive d'ailleurs des secours ncessaires
+pour la calmer.<a name="FNanchor_198_198" id="FNanchor_198_198"></a><a href="#Footnote_198_198" class="fnanchor">[198]</a>Un de mes Amis m'a
+dit en conversation, qu'il se rencontra un
+jour chez un Baillif du Pas, dans le moment
+qu'une femme marie un Suisse,<a name="page_127" id="page_127"></a>
+vint toute m, ayant un petit enfant sur
+ses bras, se plaindre lui que son mari toit
+Eunuque. On lui demanda si cet enfant
+qu'elle portoit n'toit point elle: Elle rpondit
+qu'oui, on lui dit pourquoi donc
+elle disoit que son mari toit Eunuque puis
+qu'il lui avoit fait un enfant; elle repliqua
+que cet Enfant n'toit point de lui, qu'elle
+ayant bien remarqu qu'il ne faisoit rien qui
+vaille depuis plusieurs annes qu'elle toit
+avec lui, elle avoit pri un ouvrier maon
+qui travailloit chez elle de lui faire voir s'il
+ne feroit pas mieux: que l'ayant mise sur
+un coffre qui toit prs de l, il lui avoit
+fait cet enfant dans un seul coup; &amp; que
+son mari n'avoit p en faire autant dans
+plusieurs annes avec tous ses efforts. Le
+mari ayant t cit sa requte, &amp; depuis
+visit, on ne lui trouva point de chrmastire,
+il avoua qu'il en avoit perdu un l'Arme
+par un coup de fusil, &amp; qu'il avoit
+perdu l'autre par une maladie; l'affaire
+ayant t envoye dans l'Universit voisine;
+le mariage fut cass, &amp; la femme
+s'est marie son autre homme. Cet Eunuque
+voyoit bien que sa femme ayant un
+enfant, il falloit qu'elle et eu affaire avec
+quelqu'autre que lui, cependant il ne disoit
+mot; les gens de ce caractre ne sont
+point jaloux. Je crois mme que si on proposoit
+aux Eunuques qui se marient d'accorder
+cette permission leur future Epouse,
+dans leur Contract de mariage, ils n'en
+feroient aucune difficult, cela ne seroit
+pas sans exemple. Je n'allguerai pas le<a name="page_128" id="page_128"></a>
+Jugement solemnel rendu contre un Cocu
+qui se plaignoit, dans lequel il est condamn
+ reprendre sa femme &amp; faire cesser
+les bruits qu'il avoit rpandus, fond
+sur ceci qui est le motif de l'Arrt tel qu'il
+lui a t prononc,<a name="FNanchor_199_199" id="FNanchor_199_199"></a><a href="#Footnote_199_199" class="fnanchor">[199]</a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Sois persuad que Cocuage</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Est la Clause de Mariage</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Clause observe xactement,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Et quand une femme y renonce</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>On l'en relve en jugement,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>C'est en sa faveur qu'on prononce.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>La Loi pour ce fait seulement</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>La traite tojours de mineure,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>J'en sai telle de soixante ans</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Qui n'est pas encore majeure.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Cette Clause tire son droit</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Des principes de la Nature</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>C'est en vain qu'un mari murmure</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>S'il prend le Cas pour une injure.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Je ne rapporterai pas non plus diverses
+dcisions que l'on trouve dans le Cocu
+imaginaire de Molire parce que tout
+cela n'est que fiction; mais je rapporterai un
+xemple trs vritable dont voici le cas;
+La feu Comtesse de Moret avoit t marie
+en troisime nces Mr. de Vardes
+Gouverneur de la Capelle, &amp; en avoit eu
+ce Mr. de Vardes, Capitaine de cent Suisses,
+que le Roi de France envoya en Espagne
+ds que son mariage avec l'Infante
+fut concl, pour complimenter de sa part<a name="page_129" id="page_129"></a>
+la future Reine; cette Comtesse de Moret
+fut aussi mre du Comte de Moret btard
+de Henri IV. qui fut tu proche de
+Castelnaudary en l'anne 1632, lors que
+Mr. de Montmorancy fut pris en Languedoc;
+c'est elle qui est clbre dans l'Euphormion
+de Barclay sous le nom de Casina,
+il y est dit qu'elle fut aussi marie
+au Comte de Cesy Sancy qui depuis fut
+envoy Ambassadeur Constantinople, &amp;
+on y voit la description d'un Contract de
+mariage d'un homme qui veut bien tre
+Cocu, &amp; qui promet &amp; s'oblige le souffrir;
+clause qui fut xcute paisiblement
+&amp; sans aucun empchement: Peut-tre
+cette Dame s'toit-elle mal trouve dans
+ses mariages prcdens de n'avoir pas pris
+cette prcaution dans ses Contracts. Cette
+prcaution seroit d'autant plus juste &amp;
+plus raisonnable aux femmes des Eunuques
+que ces hommes effminez ne peuvent faire
+eux-mmes ce qu'ils doivent; Et ils
+sont d'autant plus traitables sur cet article,
+que ne pouvant s'acquitter de leurs
+devoirs, ils consentent, pour viter les
+plaintes &amp; les reproches, qu'une femme
+se satisfasse comme elle peut. Ils les y
+portent mme trs souvent, &amp; ils leur en
+fournissent eux-mmes les moyens quand
+il en est ncessaire. Et s'il arrive quelquefois
+que leurs femmes ayent du panchant
+au libertinage &amp; la dbauche, ils
+favorisent leur inclination &amp; profitent de
+leur prostitution. Tmoin ce Didyme effmin<a name="page_130" id="page_130"></a>
+contr lequel<a name="FNanchor_200_200" id="FNanchor_200_200"></a><a href="#Footnote_200_200" class="fnanchor">[200]</a>Martial a fait une
+Epigramme si satyrique. C'a t le seul
+Eunuque qui ait eu une femme, du moins
+qui soit de ma connoissance. Et ce Didyme
+confirme ce que je viens de dire, car
+il produisoit lui-mme sa femme, &amp; en
+faisoit un infame commerce dans la v
+de s'enrichir.</p>
+
+<p>3. Il se rencontreroit beaucoup de femmes
+qui, de peur de tomber dans l'un ou
+dans l'autre de ces deux extrmitez que je
+viens de remarquer, ne voudroient jamais
+s'engager dans le mariage sans avoir mis
+ l'preuve celui qui les rechercheroit, &amp;
+sans avoir mis en pratique le conseil qu'Ovide<a name="FNanchor_201_201" id="FNanchor_201_201"></a><a href="#Footnote_201_201" class="fnanchor">[201]</a>
+a donn aux Amans de tous les sicles,
+c'est dire, de prendre garde, <i>unde
+legat quod amet ubi retia ponat</i>; car pour suivre
+la mme ide de ce Pote,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Scit ben Venator, Cervis Ubi retia tendat.</i><a name="FNanchor_202_202" id="FNanchor_202_202"></a><a href="#Footnote_202_202" class="fnanchor">[202]</a><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Mais les femmes n'ont pas un pressentiment
+secret de la validit, ou de l'invalidit
+d'un homme; Ainsi elles voudront
+s'en assurer en personnes sages avant que
+de serrer les n&oelig;uds d'un lien indissoluble;
+ce n'est plus la cotume de faire mettre
+les hommes nuds avant que de solemniser
+leurs mariages, Platon le vouloit ainsi<a name="FNanchor_203_203" id="FNanchor_203_203"></a><a href="#Footnote_203_203" class="fnanchor">[203]</a>.
+Ceux qui croyoient que c'toit afin de voir
+la beaut &amp; la belle disposition d'un corps,
+se trompent; ce n'toit que pour voir <a name="page_131" id="page_131"></a>
+l'&oelig;il par l'inspection des parties si l'homme
+ne vouloit pas tromper une femme; Cela
+toit d'autant plus ncessaire que tout
+le monde n'toit pas, &amp; n'est pas encore
+d'aussi bonne foi que le Pre de l'Empereur
+Galba, Sutone dit<a name="FNanchor_204_204" id="FNanchor_204_204"></a><a href="#Footnote_204_204" class="fnanchor">[204]</a> qu'il toit de
+petite taille, &amp; bossu, que cependant,
+Livia Ocellina fille belle &amp; riche en toit
+amoureuse cause de sa Noblesse, mais
+qu'il se dvtit, &amp; lui montra l'imperfection
+de son corps, de peur qu'elle l'ignorant
+ne se trouvt trompe dans la suite.
+Je ne sai d'ailleurs si cette inspection suffiroit,
+car il y a peu de filles qui sachent
+ quoi il tient qu'un homme soit capable
+d'tre mari; Ce n'est que par l'usage
+qu'elles s'en instruisent;<a name="FNanchor_205_205" id="FNanchor_205_205"></a><a href="#Footnote_205_205" class="fnanchor">[205]</a>Mr. de Thou
+rapporte que Charles de Quellenec, Baron
+de Pont en Bretagne, avoit pous
+Catherine de Parthenas, fille &amp; hritire
+de Jean de Soubize, mais qu'il y avoit dja
+quelque tems que la mre de sa femme lui
+avoit fait un procs pour faire rompre son
+mariage, sous prtexte qu'elle prtendoit
+qu'il toit impuissant; Que son procs
+n'toit point encore termin lors du Massacre
+de la S. Barthlemi, dans lequel il
+fut tu; Que son corps ayant t jett
+comme les autres, devant le Louvre, &amp;
+expos la v du Roi, de la Reine, &amp;
+de toute la Cour, un grand nombre de
+Dames qui n'avoient point d'horreur d'un
+spectacle si cruel, &amp; qui regardoient curieusement
+et sans honte, ces corps tout<a name="page_132" id="page_132"></a>
+nuds, jettrent particulirement les yeux
+sur le Baron de Pont, &amp; l'xaminrent
+avec soin pour voir si elles pourroient dcouvrir
+la cause ou les marques de l'impuissance
+qu'on lui avoit reproche. Je doute
+qu'avec toute leur application xaminer
+ces objets elles en ayent t plus savantes
+sur ce sujet. Les Dames Romaines ne
+se contentoient pas de la v, elles jugeoient
+des hommes sur un tmoignage
+plus sr, sur la force &amp; sur l'adresse qu'ils
+faisoient parotre dans les jeux publics.
+Il ne falloit que cela pour tre regard
+par une femme Romaine comme un homme
+accompli.<a name="FNanchor_206_206" id="FNanchor_206_206"></a><a href="#Footnote_206_206" class="fnanchor">[206]</a><i>Sed gladiatorem fecit hoc illos
+Hyacinthos</i>; ces prcautions ne sont point
+inutiles quand on songe que c'est pour
+toute sa vie qu'on s'engage, car nous ne
+sommes plus au tems qu'on faisoit des
+Contracts de Mariage <i>ad tempus</i>.<a name="FNanchor_207_207" id="FNanchor_207_207"></a><a href="#Footnote_207_207" class="fnanchor">[207]</a> Comme
+celui que Mr. de Varillas<a name="FNanchor_208_208" id="FNanchor_208_208"></a><a href="#Footnote_208_208" class="fnanchor">[208]</a> dit avoir v
+dans la Bibliothque du Roi, fait entre
+deux personnes de qualit du Comt d'Armagnac,
+pour sept ans seulement, se rservant
+nanmoins la libert de le prolonger
+s'il toit trouv propos.</p>
+
+<p>4. Il arriveroit que des femmes qui auroient
+eu trop de vertu pour commencer
+leur mariage <i>ab illicitis</i>, &amp; par un crime,
+&amp; qui ne pourroient demeurer toute leur
+vie dans l'inaction prs d'un phantme de
+mari, seroient contraintes de faire du vacarme
+pour en tre spares. Une honnte<a name="page_133" id="page_133"></a>
+femme ne trouve sa consolation que dans
+un poux, comme le disoit Agrippine
+Tibre lors qu'elle lui demandoit un mari;
+En effet, quand une femme n'est point
+honnte elle trouve suffisamment hors du
+mariage de quoi contenter la nature; on
+rencontre rarement des femmes de l'humeur
+de celles de Domitius Tullus dont
+Pline fait l'histoire dans l'une de ses Eptres,
+&amp; qui est rapporte avec des Rflxions
+enjoues,<a name="FNanchor_209_209" id="FNanchor_209_209"></a><a href="#Footnote_209_209" class="fnanchor">[209]</a>par Mr. Bayle dans l'article
+d'Afer. Ce qui est rapport dans le
+Mnagiana est assez le got commun des
+femmes. Il y est dit que dans une compagnie
+d'hommes &amp; de femmes, on s'entretenoit
+de l'air que devoient avoir un
+homme &amp; une femme pour tre bien faits;
+Quelqu'un dit que pour tre bien fait un
+homme devoit tenir de l'homme &amp; sentir
+son homme, &amp; que pour les femmes il
+n'aimoit point celles qui toient homasses,
+&amp; moi, reprit une femme aussi-tt,
+je suis de vtre sentiment, je n'aime point
+les hommes effminez. On peut ajoter
+pour Commentaire de ces paroles qu'elles
+n'aiment point les maris, tels que celui
+dont parle Mr. de la Fontaine.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Qui mainte fte sa femme allguoit</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Mainte vigile, &amp; maint jour friable:</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Les autres jours autrement s'excusoit</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Sans oublier l'Avent ni le Carme.</i><br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Vierge n'toit, Martyr, ni Confesseur</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Qu'il ne chommt, tous les savoit par c&oelig;ur,</i> &amp;c.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p><a name="page_134" id="page_134"></a></p>
+
+<p>Nous ne sommes plus au tems de Jean V.
+Duc de Bretagne qui disoit<a name="FNanchor_210_210" id="FNanchor_210_210"></a><a href="#Footnote_210_210" class="fnanchor">[210]</a> qu'il tenoit une
+femme assez sage quand elle savoit mettre
+diffrence entre le pourpoint &amp; la chemise
+de son mari. D'ailleurs, quand il y
+en auroit encore de telles, il est certain
+que plus elles sont grossires, &amp; moins elles
+entendent raison sur ce chapitre. Lors
+que la nature parle &amp; que la raison ne la
+retient point, elle veut tre absolument
+obe. Mr. de Varillas met en fait que
+les femmes les plus spirituelles ont tojours
+t les plus faciles.<a name="FNanchor_211_211" id="FNanchor_211_211"></a><a href="#Footnote_211_211" class="fnanchor">[211]</a>Torquato Tasso a
+fait un discours exprs pour le prouver;
+Et Mr. de Voiture s'est plaint d'avoir souvent
+trouv des Bergres trop grossires
+pour tre trompes par un habile homme:
+les plus fines entendent mieux raison. De
+sorte que les grossires &amp; les fines se laissent
+aussi difficilement tromper l'une que
+l'autre, sur le chapitre dont il s'agit.</p>
+
+<p>Je me suis tonn en lisant l'extrait que
+Mr. Bernard a fait du Recueil des Traitez
+de Paix, &amp;c. de voir qu'il y traite
+de malheureuse Marguerite Duchesse de
+Carinthie, laquelle l'Empereur Lous
+de Bavire a accord des lettres de divorce
+d'avec Jean fils du Roi de Bohme pour
+cause d'impuissance; voici ses termes.
+La pice, dit-il, est considrable......
+par la manire dont cette malheureuse<a name="page_135" id="page_135"></a>
+Princesse explique qu'elle en a us, &amp;
+par les soins qu'elle dit avoir pris pour
+faciliter son mari les moyens de lui
+rendre les devoirs d'un vritable Epoux.
+Il rapporte les termes dans lesquels la chose
+est con, mais il dit qu'il ne les traduit
+pas.</p>
+
+<p>Puis que j'ai dit que je me suis tonn;
+il est bon que je dise aussi la raison de mon
+tonnement. D'un ct cette Epithte
+de <i>malheureuse</i> ne peut pas avoir t donne
+par Mr. Bernard cette Duchesse,
+pour avoir obtenu des lettres de Divorce,
+car au contraire elle doit tre rpute avoir
+t bien heureuse d'avoir t spare d'un
+homme impuissant; non seulement la justice
+qu'on lui a faite cet gard, mais
+encore la dlivrance d'un joug si pesant
+mritoit qu'on la qualifit bien-heureuse,
+pltt que malheureuse. Si Mr. Bernard
+avoit parl de cette Dame par rapport au
+tems qu'elle toit sujette son mari, il
+auroit eu raison de la traiter de malheureuse
+parce qu'elle l'toit en effet; mais
+il en parle par rapport au tems de sa libert,
+&amp; en ce cas elle avoit t malheureuse,
+mais elle ne l'toit plus. Mr. Bernard
+est un homme trop judicieux pour
+avoir fait cette mprise; c'est donc parce
+qu'elle a os demander des lettres de
+divorce, se plaindre de l'impuissance de
+son mari, dire les raisons qui la justifioient
+&amp; les moyens par lesquels elle s'en toit
+convaincu, &amp; par lesquels elle en persuadoit
+ses Juges. Or Mr. Bernard est<a name="page_136" id="page_136"></a>
+trop bon Thologien &amp; trop bon Politique,
+&amp; il sait trop bien l'Histoire Ecclsiastique
+&amp; Prophane pour ignorer que
+la Religion, la conscience, l'honneur &amp;
+la pudeur, n'obligent point une femme
+qui n'a pas assez de courage naturellement
+pour souffrir le Martyre &amp; pour se laisser
+mourir petit feu, qui ne peut pas y suppler
+par des souffrances volontaires &amp; qui
+n'a pas la force de se mortifier par une
+longue &amp; perptuelle continence, demeurer
+auprs d'un mari impuissant &amp; incapable
+de lui rendre les devoirs de mari;
+s'il croyoit que la conscience &amp; la Religion
+obligent une femme qui se trouve
+dans ce cas y demeurer &amp; y garder un
+profond silence, il tomberoit dans l'Hrsie
+de ces Abeliens dont Saint Augustin
+rfute l'erreur dans le chapitre 87. de son
+Livre <i>des Hrsies</i>. S'il croyoit que l'honneur
+&amp; la pudeur exigent d'elle cette patience
+outre, il donneroit dans la vision
+de ces fanatiques qui croyent qu'il vaut
+mieux souffrir la mort que de dcouvrir
+un Mdecin, ou un Chirurgien, une
+partie secrette qui seroit attaque; &amp; qui
+ont mis au nombre de leurs Saintes Marie
+fille de Charles le Hardy Duc de Bourgogne,
+marie l'Empereur Maximilien
+I., fils de Frideric III. Un cheval fougueux
+que l'on avoit donn cette Princesse,
+la secoua &amp; la fit tomber si rudement
+qu'elle en eut la cuisse rompu; elle
+en mourut n'ayant p gagner sur sa pudeur
+d'exposer le haut de sa cuisse la v<a name="page_137" id="page_137"></a>
+des Chirurgiens &amp; des Mdecins qui apparemment
+l'auroient p gurir. Mr. Bernard
+feroit donc bien de s'expliquer un
+peu plus clairement au hazard de faire ses
+extraits un peu plus longs; car on peut
+dire qu'il lui arrive quelquefois d'tre fort
+obscur, parce qu'il veut affecter d'tre
+fort court. En attendant qu'il s'explique,
+je veux lui faire la justice de croire qu'il
+n'a pas donn dans les sentimens que je
+viens de remarquer, mais qu'il a donn
+dans cette pense de Mr. Boileau;<a name="FNanchor_212_212" id="FNanchor_212_212"></a><a href="#Footnote_212_212" class="fnanchor">[212]</a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Jamais la biche en rut n'a pour fait d'impuissance</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Tran du fond des bois un cerf l'Audience,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Et jamais Juge entr'eux ordonnant le Congrs</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>De ce burlesque mot n'a sali ses Arrts.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Si cela est, il n'a pas pris garde qu'on a
+fait voir aux Moralistes qu'ils se trompent
+fort lors que pour donner de la confusion
+ l'homme sur ses dfauts ils le conduisent
+ l'cole des btes; je le prierois d'en
+voir les preuves dans le Dictionaire de
+Mr. Bayle, si je n'tois averti qu'il ne lit
+point les Ouvrages de cet illustre Auteur.
+Mr. de Beauval<a name="FNanchor_213_213" id="FNanchor_213_213"></a><a href="#Footnote_213_213" class="fnanchor">[213]</a> pourra donc le dtromper
+sur ce sujet, &amp; lui faire voir en particulier,
+que l'xemple de la biche n'est point
+juste, s'il veut se donner la peine de lire
+l'extrait que cet Ecrivain savant &amp; judicieux
+a fait de ce Dictionnaire. Je dirai<a name="page_138" id="page_138"></a>
+seulement, que si cette Duchesse de Carinthie,
+dont Mr. Bernard parle, toit
+coupable, le corps de droit entier, mriteroit
+d'tre condamn; il fournit aux
+femmes des actions &amp; des loix contre leurs
+maris Eunuques, ou impuissans, au lieu
+que, selon la Thologie scrupuleuse de
+Mr. Bernard, il devroit rprimer l'incontinence
+de ces femmes, &amp; s'crier contre
+celles qui oseroient se plaindre.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_V-b" id="CHAPITRE_V-b"></a>CHAPITRE V.</h3>
+
+<p class="headg"><i>Les Loix Civiles deffendent
+le mariage des Eunuques.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Omme le mariage d'un Eunuque ne
+peut pas subsister, il a t de la prudence
+des Lgislateurs de ne point permettre
+qu'il ft contract. L'honntet
+publique, ni la Justice, ne veulent pas
+qu'on laisse faire des choses qu'elles ne
+peuvent pas laisser subsister;<a name="FNanchor_214_214" id="FNanchor_214_214"></a><a href="#Footnote_214_214" class="fnanchor">[214]</a><i>Dirimunt
+matrimonium contractum, impendiunt matrimonium
+contrahendum</i> C'est une maxime que
+les Canonistes qui ont crit sur le chapitre
+unique <i>de Sponsalibus &amp; Matrimoniis</i>
+ont solidement tablie.<a name="FNanchor_215_215" id="FNanchor_215_215"></a><a href="#Footnote_215_215" class="fnanchor">[215]</a>Elle est conforme
+ la disposition du Droit Civil, il deffend
+de faire les fianailles avec les personnes<a name="page_139" id="page_139"></a>
+entre lesquelles il empche de contracter
+mariage. <i>Quamvis</i>, dit-il, <i>verbis
+orationis cautum sit, ne uxorem tutor pupillam
+suam ducat, tamen intelligendum est ne desponderi
+quidem posse; Nam cum qu nupti contrahi
+non possunt, hc plermque ne quidem
+desponderi potest. Nam qu duci potest, jure
+despondetur</i>; l'argument est peu prs pareil,
+<i>a Nuptiis permissis ad sponsalia permissa;
+ab iisdem prohibitis ad eadem sponsalia interdicta;
+ matrimonio valido ad matrimonium
+contrahendum; &amp; ab eodem invalido ad idem
+interdicendum</i>. Puis que le Contract de
+mariage &amp; les solemnitez qui se font ensuite,
+ne sont &amp; ne marquent autre chose
+qu'une promesse qui est faite entre deux
+personnes, de se rendre les devoirs de mari
+&amp; de femme, il est manifeste que ceux
+qui ne peuvent pas se les rendre ne doivent
+pas se marier, &amp; que les mmes raisons
+qui dissoudroient le mariage s'il toit contract,
+doivent empcher qu'on ne le
+laisse contracter en effet; L'Empereur
+Leon qui a dcid nettement le cas<a name="FNanchor_216_216" id="FNanchor_216_216"></a><a href="#Footnote_216_216" class="fnanchor">[216]</a>, est
+all bien plus loin; car non seulement il
+a deffendu aux Eunuques de se marier,
+mais mme il a prononc &amp; donn une
+peine contre ceux qui se marieroient, &amp;
+contre celui qui les pouseroit; c'est dans
+la Constitution 98. qui a pour ttre, <i>de
+p&oelig;na Eunuchorum si uxores ducant</i>; Le motif
+de cette ordonnance est trs beau, c'est,
+dit-elle, que ce mariage n'tant rien de
+rel, on ne peut srieusement l'accompagner<a name="page_140" id="page_140"></a>
+des Crmonies Sacres qui font une
+partie de l'essence du mariage. Elle mrite
+d'tre l toute entire, &amp; je la rapporterois
+sans en rien obmettre, si elle
+n'toit un peu trop longue par rapport
+la brvet de cet Ouvrage; mais voici
+quoi elle aboutit, <i>propterea sancimus</i>, dit-elle,
+<i>ut si quis Eunuchorum ad matrimonium
+procedere comperiatur, &amp; ipse stupri p&oelig;n obnoxius
+sit, &amp; qui sacerdos istiusmodi conjonctionem
+profanato sacrificio perficere ausus fuerit
+Sacerdotali dignitate denudetur</i>.<a name="FNanchor_217_217" id="FNanchor_217_217"></a><a href="#Footnote_217_217" class="fnanchor">[217]</a>L'Histoire
+dit qu'Auguste mit ordre la confusion
+avec laquelle on avoit accotum
+de voir les Jeux, il assigna chacun la
+place qui lui toit d, les hommes mariez
+entr'autres, ceux mme de basse condition
+y avoient la leur.<a name="FNanchor_218_218" id="FNanchor_218_218"></a><a href="#Footnote_218_218" class="fnanchor">[218]</a>Mais Martial
+nous apprend que les Eunuques n'osoient
+pas s'asseoir sur leurs bancs, ni se mler
+parmi eux. Voici comme il parle Dydime,
+qui d'un ton superbe parloit des Edits
+de Domitien concernant les Thatres, &amp;
+de l'esprance qu'il avoit qu'ils seroient
+observez.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Spadone cm sis eviratior fluxo</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Et concubino mollior Celeno,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Quem sectus vlulat matris Enthe Gallus,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Theatra loqueris &amp; gradus &amp; Edicta</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Trabeasque &amp; Idus fibulasque censusque,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Et pumicata pauperes manu monstras.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Sedere in equitum liceat an tibi scamnis</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Videbo, Didyme: non licet maritorum.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p><a name="page_141" id="page_141"></a></p>
+
+<p>Ce Didyme avoit une femme, cependant
+on ne le considroit pas comme un homme
+mari, parce qu'il toit Eunuque. La
+Constitution de l'Empereur Leon n'toit
+pas encore donne, car on peut dire que
+depuis ce tems il n'y a point d'xemple
+qu'aucun Eunuque ait eu la permission de
+se marier, except celui de Saxe Gotha
+dont je parlerai dans la suite. Toutes les
+Socitez Ecclsiastiques ne se sont pas contentes
+d'improuver &amp; de blmer ces sortes
+de mariages, elles les ont mme expressment
+deffendus.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_VI-b" id="CHAPITRE_VI-b"></a>CHAPITRE VI.</h3>
+
+<p class="headg"><i>La Religion Catholique Romaine
+ne permet pas le mariage
+des Eunuques.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">L</span>A Religion Romaine qui considre le
+mariage comme un Sacrement, n'a
+garde de permettre qu'on prophane un de
+ses Mystres. Quelques xemples authentiques
+que je rapporterai serviront de preuves
+ cet gard.</p>
+
+<p>Bernard Automne, Avocat clbre
+au Parlement de Bordeaux, rapporte dans
+la seconde partie de sa Confrence du Droit
+Franois avec le Droit Romain<a name="FNanchor_219_219" id="FNanchor_219_219"></a><a href="#Footnote_219_219" class="fnanchor">[219]</a>, un cas<a name="page_142" id="page_142"></a>
+qui s'est prsent de son tems au Parlement
+de Paris sur ce sujet. Il fait d'abord
+quelques rflxions sur le paragraphe
+<i>Spadonum</i> de la Loi <i>Pomponius</i>, qui est
+la sixime ff. <i>de dilitio Edicto</i>, &amp; il trouve
+trange, avec raison, qu'Ulpien qui
+est Auteur de cette Loi, dcide qu'un
+homme auquel on a coup un doigt de la
+main, ou du pied, soit malade, ou comme
+il s'exprime, <i>morbosus</i>, &amp; qu'un Eunuque
+auquel la partie du corps la plus
+ncessaire manque, ne le soit pas. Il dit
+que cela le surprend, qu'il n'en voit pas
+la raison. Que la cause de la gnration
+qui donne mme le nom d'homme la
+personne qui la porte, tant retranche
+ce n'est plus un homme; qu'il lui semble
+que qui de vingt parties en retranche une
+fait moins de tort la personne, que
+quand de deux il lui en te une. Aussi
+ajote-t-il, le Parlement de Paris a jug
+par Arrt du 5. Janvier 1607. en faveur
+de Claudine Godefroy, qu'il y avoit juste
+sujet de ne point contracter mariage,
+&amp; de ne point passer outre la clbration
+avec un homme avec lequel elle toit
+fiance, parce que les Mdecins &amp; les
+Chirurgiens assuroient dans leur rapport
+qu'il n'avoit qu'un testicule, quoi que mme
+ils ajotassent qu'il pouvoit pourtant
+engendrer. Le clbre Etienne Pasquier
+tant autrefois consult sur un sujet peu
+prs pareil, rpondit par cette Epigramme.<a name="page_143" id="page_143"></a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Esse virum tota conjunx te pernegat urbe,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Naturaque alio teste carere dolet.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Officiat ne thoro sociali res ea, cert</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Nescio, at hoc scio quod te negat esse virum.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Contra probaturum jucundo tramite dicis</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Gaudia conjugii mille peracta tibi,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Quid garris? Binos cm saltem jura requirant</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Uno te ne virum teste probare potes.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind">Il pouvoit y joindre l'Epigramme 99. du
+Livre septime de Martial, qui finit par
+ce Vers si expressif.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Vis dicam verum, Pontice, nullus homo es.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind">Les Dictionaires de Furetire &amp; de Trevoux
+disent au mot <i>Eunuque</i>, qu'il a t
+jug par Arrt de la Grand-Chambre du
+8. Janvier 1665. qu'un Eunuque ne pouvoit
+pas se marier, du consentement mme
+des Parties. Les Auteurs de ces
+deux excellens Ouvrages ont tir cet Arrt
+du Journal des Audiences<a name="FNanchor_220_220" id="FNanchor_220_220"></a><a href="#Footnote_220_220" class="fnanchor">[220]</a> &amp; c'est encore
+ce mme Arrt qui est rapport par
+Mr. Claude de Ferrire qui le Public
+a l'obligation d'avoir mis en Franois la
+Jurisprudence Romaine, &amp; de l'avoir
+confre avec les Ordonnances Royaux,
+les Cotumes de France, &amp; les Dcisions
+des Cours Souveraines.<a name="FNanchor_221_221" id="FNanchor_221_221"></a><a href="#Footnote_221_221" class="fnanchor">[221]</a>Il dit dans le tome
+prmier de sa Jurisprudence du Digeste,<a name="page_144" id="page_144"></a>
+qu'un Eunuque reconnu pour tel,
+ne peut pas contraindre un Cur clbrer
+son mariage avec une fille qui y consent.</p>
+
+<p>Le chapitre dixime du Livre quatrime
+des Arrts d'Anne Robert, qui ne
+traite que de la dissolution du mariage
+pour cause de frigidit &amp; d'impuissance,
+montre que c'est une Jurisprudence constante,
+que les Eunuques ne peuvent pas se
+marier.</p>
+
+<p>Sixte Cinquime fit autrefois une Bulle
+qu'il envoya en Espagne, par laquelle
+il dclaroit nuls les mariages des Eunuques.</p>
+
+<p>Mais voici un fait historique qui est dcisif
+sur ce sujet. Il est rapport par le
+docte Mr. Strik, fils de l'illustre &amp; clbre
+Mr. Strik, Professeur en Droit Halle,
+le vritable Papinien de ntre sicle.<a name="FNanchor_222_222" id="FNanchor_222_222"></a><a href="#Footnote_222_222" class="fnanchor">[222]</a>
+Il dit dans sa dispute <i>inaugurale</i> pour le
+Doctorat, dans laquelle il traite, <i>de matrimonii
+nullitate</i>, qu'tant en Italie il n'y a
+pas long tems, il a v qu'un des principaux
+Musiciens du Duc de Mantou nomm
+<i>Cortona</i>, ayant voulu pouser une fort
+jolie Musicienne qui toit au service du
+mme Prince nomme Barbaruccia, ils
+furent obligez d'en demander la permission
+au Pape qui la refusa absolument &amp;
+sans retour.<a name="page_145" id="page_145"></a></p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_VII-b" id="CHAPITRE_VII-b"></a>CHAPITRE VII.</h3>
+
+<p class="headg"><i>La Religion Luthrienne, ou
+de la Confession d'Augsbourg,
+ne permet pas le
+mariage des Eunuques.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">L</span>Es Thologiens &amp; les Jurisconsultes de
+cette Communion sont fort scrupuleux
+sur cette matire, &amp; leurs motifs sont trs
+judicieux &amp; trs conformes la raison &amp;
+la Religion.</p>
+
+<p>Gerhard, l'un de leurs plus grands
+Thologiens &amp; qui a rduit presque tous
+les Ouvrages de Luther en lieux communs,
+dit prcisment dans le lieu <i>de conjugio</i><a name="FNanchor_223_223" id="FNanchor_223_223"></a><a href="#Footnote_223_223" class="fnanchor">[223]</a>,
+qu'il ne doit pas tre permis une femme
+d'pouser un Eunuque. Le motif qui
+le porte prononcer cette dcision, est
+que le mariage ayant pour but principalement
+d'engendrer ligne &amp; de se procurer
+une postrit, il ne faut pas le laisser contracter
+ des gens qui ne sont point capables
+de parvenir ce but, &amp; tels sont,
+dit-il, les Eunuques &amp; les Spadons. Que
+quoi que quelqu'un d'eux ayant encore un
+chrmastere puisse connotre une femme
+ils ne sont point propres au mariage; parce<a name="page_146" id="page_146"></a>
+que bien loin d'engendrer des enfants,
+ils ne sont pas mme capables de satisfaire
+aux desirs d'une femme, ni d'teindre
+l'ardeur que la nature a allume dans leur
+tempramment. Le second motif de ce
+grand homme est, qu'une femme ne trouvant
+pas dans la personne de son mari la
+satisfaction qu'elle souhaite, elle tombe
+aisment dans le crime. Le troisime motif
+est qu'une femme est trompe par un
+phantme de mariage, comme est celui
+d'un Eunuque; car soit qu'elle ait ignor
+l'tat de cet homme avant que d'entrer
+dans aucun engagement avec lui, soit qu'elle
+en ait eu connoissance, &amp; qu'elle ait
+eu pour lors meilleure opinion de ses forces
+qu'elle ne devoit, il est certain qu'elle
+se trouve tojours trompe. Or les Loix
+doivent prvenir ces sortes de cas, &amp; non
+seulement conseiller des femmes tmraires,
+mais mme les empcher de s'exposer
+ un danger vident.</p>
+
+<p>La dlicatesse de ces Thologiens va si
+loin qu'ils ne permettent pas un Hermaphrodite
+de se marier, moins qu'un
+sxe ne prvale si visiblement &amp; si considrablement
+sur l'autre, qu'il n'y ait rien
+ craindre pour les suites de son engagement;
+&amp; si cet Hermaphrodite fait difficult
+de se laisser xaminer par des Mdecins,
+des Chirurgiens &amp; des Matrnes,
+il se rend suspect ds l, &amp; toute permission
+de se marier lui est refuse.</p>
+
+<p>C'est une maxime gnrale &amp; constante
+parmi eux, que l'impuissance quelle<a name="page_147" id="page_147"></a>
+qu'elle soit, &amp; de quelque cause qu'elle
+procde, rend un mariage contract,
+nul, le rsout, &amp; empche, lors qu'elle
+est connu auparavant, qu'on ne permette
+de le contracter. Il y a nanmoins une
+exception cette rgle gnrale, c'est que
+si cette impuissance est survenu depuis
+qu'il est contract, par quelque accident
+que ce soit, elle ne le dissout point. Cela
+est fond en Droit Civil, &amp; en droit
+Canon.<a name="FNanchor_224_224" id="FNanchor_224_224"></a><a href="#Footnote_224_224" class="fnanchor">[224]</a><i>Nihil enim tm humanum esse videtur
+qum fortuitis casibus mulieris maritum,
+&amp; contra uxorem viri, participem esse.</i> Le
+Canon <i>quod autem 27. qust. 2.</i> est positif &amp;
+prcis, <i>impossibilitas coundi</i>, dit-il, <i>si post
+carnalem copulam inventa fuerit in aliquo, non
+solvit conjugium;<a name="FNanchor_225_225" id="FNanchor_225_225"></a><a href="#Footnote_225_225" class="fnanchor">[225]</a>si ver ante carnalem copulam
+deprehensa fuerit, liberum facit mulieri
+alium virum accipere</i>. C'est aussi le sentiment
+de Luther dans son Trait <i>de vita
+conjugali</i><a name="FNanchor_226_226" id="FNanchor_226_226"></a><a href="#Footnote_226_226" class="fnanchor">[226]</a>.</p>
+
+<p>La Jurisprudence Ecclsiastique, ou
+Consistoriale de cette Communion est conforme
+ celle de leurs Thologiens. Carpzovius
+qui en est l'oracle en rapporte des
+dcisions dans la Jurisprudence Ecclsiastique,
+ou Consistoriale.<a name="FNanchor_227_227" id="FNanchor_227_227"></a><a href="#Footnote_227_227" class="fnanchor">[227]</a>Le nombre
+deuxime de la dfinition seizime du ttre
+premier porte prcisment ces mots,
+<i>non permittendum mulieri ut Eunucho nubat</i>.
+J'avou que j'ai l avec quelqu'tonnement<a name="page_148" id="page_148"></a>
+dans l'extrait que le savant Mr. de
+Beauval vient de nous donner d'un Livre
+de Mr. Brucknerus qui a pour ttre, <i>Dcisions
+du Droit Matrimonial</i>,<a name="FNanchor_228_228" id="FNanchor_228_228"></a><a href="#Footnote_228_228" class="fnanchor">[228]</a>Que le cas
+s'tant prsent la Cour de S. A. E. de
+Saxe, un Eunuque Italien son Chambellan
+ayant pous une jeune fille qui toit avertie
+de son tat, &amp; du consentement de
+son pre, quelques Thologiens entreprirent
+de troubler ce mariage comme nul
+&amp; invalide, &amp; que d'autres le prtendirent
+bon &amp; valable; mais que le Souverain
+ayant v les avis partagez, avoit confirm
+le mariage sans tirer consquence
+pour l'avenir. On peut dire au sujet
+de cette discorde de sentimens entre les
+Thologiens de l'Electorat de Saxe, ce
+que ce mme judicieux Auteur, Mr. de
+Beauval, dit ailleurs<a name="FNanchor_229_229" id="FNanchor_229_229"></a><a href="#Footnote_229_229" class="fnanchor">[229]</a> en parlant des divers
+Conciles qui s'assemblrent au sujet
+de la Secte des Valsiens; <i>Divers Conciles</i>,
+dit-il, <i>s'assemblrent l-dessus &amp; augmentrent
+le desordre par la contradiction de leurs
+Decrets. Tant il est vrai</i>, ajote-t-il, <i> la
+honte de la raison humaine, que la dvotion la
+plus bizarre &amp; la plus ridicule, trouve des
+Deffenseurs</i>. Il est certain, la honte de
+la raison humaine, que les sentimens les
+moins raisonnables trouvent des gens qui
+les sotiennent. Mais le cas que je viens
+de rapporter, est un cas particulier qui ne
+l'emporte pas sur toutes les Dcisions publiques<a name="page_149" id="page_149"></a>
+&amp; gnrales, d'autant moins que
+le Prince mme qui l'a autoris a dclar
+que c'toit sans tirer consquence pour
+l'avenir. D'ailleurs, quand il l'auroit
+autoris purement &amp; simplement il n'en
+seroit pas plus valide, &amp; cette permission
+ne lui donnerait pas plus de force; car
+par la disposition du Droit, les mariages
+deffendus par les Loix ne sont pas moins
+injustes &amp; illicites, quoi que le Prince
+ait permis par rescript, de les contracter,
+parce que ces mariages tans contraires
+aux Loix, le rescript qui a t obtenu portant
+permission de les contracter est cens
+tre subreptice, &amp; avoir t obtenu du
+Prince par surprise.<a name="FNanchor_230_230" id="FNanchor_230_230"></a><a href="#Footnote_230_230" class="fnanchor">[230]</a>Voici les termes
+de la Loi. <i>Precandi quoque imposterm super
+tali conjugio (Im potius contagio) cunctis
+licentiam denegamus ut unus quisque cognoscat
+impetrationem quoque rei cujus est denegata
+petitio, <a name="FNanchor_231a_231a" id="FNanchor_231a_231a"></a><a href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">[231]</a>nec si per subreptionem post hanc
+diem obtinuerit, sibimet profuturam.</i></p>
+
+<p>Au reste, il auroit t fort souhaiter
+que Mr. de Beauval, qui nous rapporte
+ce cas, &amp; qui raisonne avec tant de solidit
+&amp; de justesse sur toutes les matires
+qu'il traite, eut bien voulu nous dire
+son sentiment sur cette clbre question
+du mariage des Eunuques; on a fait grace
+trs souvent sa modestie, j'en donnerai
+quelques preuves afin qu'on ne croye
+pas que je le charge mal propos d'une
+obligation &amp; d'une reconnoissance qu'il
+ne doit point. Aprs, par xemple,<a name="page_150" id="page_150"></a>
+qu'il a donn un extrait fort xact &amp; fort
+judicieux du Trait de la Nature &amp; de la
+Grace, de Mr. Jurieu, il le finit par ces
+paroles humbles,<a name="FNanchor_231_231" id="FNanchor_231_231"></a><a href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">[231]</a>que, <i>comme cet Ouvrage
+est plein de Rflxions trs mtaphisiques, on
+lui pardonnera s'il a bronch quelque part</i>.
+Parle-t-il de la Rponse d'un nouveau Converti
+ la lettre d'un Rfugi pour servir
+d'adition au Livre de Dom Denis de Ste.
+Marthe, intitul, <i>Rponse aux plaintes
+des Protestants</i>; aprs avoir raisonn en habile
+Politique sur cette matire, il finit
+par ces paroles modestes; <i>mais rentrons
+dans les bornes de ntre territoire dont nous
+avons tant rsolu de ne point sortir, &amp; ne
+faisons point de course dans la Politique sur
+laquelle d'autres travaillent avec tant de succs</i>.
+Il s'excuse trs souvent sous divers prtextes,
+comme on pourroit le voir par les
+renvois que je mets la marge, &amp; il s'excuse
+sous divers prtextes, &amp; quoi qu'on
+sache qu'il est trs capable de manier
+adroitement les matires qu'il rejette par
+humilit, on a fait grace, je le rpte,
+on a fait grace trs souvent sa modestie.
+Mais ici il n'a point d'excuse, il s'agit
+d'une question qui est entirement de son
+ressort, moins qu'il n'ait cr que le sujet<a name="page_151" id="page_151"></a>
+tant trop riche l'auroit engag sortir
+des bornes d'un extrait, &amp; faire un
+Trait complet. Peut-tre qu'il a v que
+c'toit une matire si rebattu, qu'il n'toit
+pas ncessaire de la prsenter encore
+au Public dans cette occasion, dans laquelle
+il ne se propose que de faire l'extrait
+du Livre qui lui tombe entre les
+mains, &amp; non pas de traiter fond les
+sujets dont il s'y agit. En effet, il dit<a name="FNanchor_232_232" id="FNanchor_232_232"></a><a href="#Footnote_232_232" class="fnanchor">[232]</a>
+que, <i>la question s'il est permis aux Eunuques
+de contracter mariage t souvent agite</i>. Il a
+raison en cela certain gard. Il est vrai
+que Melchior Inchoffer a fait un Ouvrage
+<i>de Eunuchismo</i> qui a t imprim Cologne
+in 8. en l'anne 1653. Nous avons
+la dissertation <i>de Eunuchis</i> de Gaspar Loischerus
+imprim Leipsik in 4. en l'anne
+1665. On a v un Sermon Anglois de Samuel
+Smith sur la conversion de l'Eunuque
+du chapitre huitime des Actes des Aptres,
+imprim Londres in 8. en l'anne
+1632. Il y a un Trait de <i>Franc. de Amoya,
+Batici</i>, intitul, <i>Eunuchus</i>, sur la Loi <i>Eunuchis.
+<small>V</small>. c. qui testamenta facere possunt</i>, &amp; qui
+se trouve dans ses observations imprimes
+ Geneve in folio en l'anne 1656. Il y
+a un Trait de Marcell. Francolinus <i>de
+Matrimonio spadonis utroque testiculo carentis</i>,
+imprim Venise in 4. en l'anne 1605.
+Il y a un autre Trait <i>de Eunuchis</i>, de
+Thophile Raynauld, dont Mr. Bayle se
+sert souvent trs propos. La Lettre
+112. de la Mothe le Vayer, qui se trouve<a name="page_152" id="page_152"></a>
+dans le tome onzime de ses &oelig;uvres,
+traite des Eunuques en gnral. Nous
+avons enfin la Dissertation de Saldenus <i>de
+Eunuchis</i>, qui est la sixime du Livre troisime
+de ses <i>Otia Theologica</i>. Et un Recueil
+de consultations &amp; de dcisions sur ce sujet,
+dont je parlerai dans la suite de cet
+Ouvrage. Mais je dirai pour ma justification,
+d'avoir entrepris de traiter de cette
+matire aprs tant de grands hommes, &amp;
+non pas pour rfuter ce que dit Mr. de
+Beauval, que la plpart de ces Auteurs
+ne se trouvent plus que dans les Catalogues,
+ou dans les Bibliothques, &amp; que
+d'ailleurs, ils traitent des Eunuques en
+gnral, &amp; descendent peu dans le dtail.
+La question dont il s'agit ici y est
+entr'autres fort rarement &amp; fort brivement
+traite. On en voit quelque chose
+dans les Ouvrages des Jurisconsultes, des
+Mdecins, &amp; des Thologiens, on y trouve
+quelquefois des prjugez qu'ils ont rapportez;
+mais outre que tout ce qui y est
+ainsi rpandu est fort succinct, on ne peut
+point dire qu'on puisse en induire une Jurisprudence,
+ou une Thologie Casuistique
+certaine &amp; universelle sur le mariage
+des Eunuques.</p>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/ill_pg152.png" width="74" height="79" alt="" title="" />
+</p>
+
+<p><a name="page_153" id="page_153"></a></p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_VIII-b" id="CHAPITRE_VIII-b"></a>CHAPITRE VIII.</h3>
+
+<p class="headg"><i>La Religion Rforme ne permet
+pas le mariage
+des Eunuques.</i></p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L n'est pas difficile de faire voir que la
+Religion Rforme ne permet pas le
+mariage des Eunuques. Il n'y a aucune
+autre Communion Chrtienne qui se soit
+dclare aussi formellement qu'elle sur ce
+sujet, outre qu'il est tout fait oppos
+ l'Esprit dont elle est anime, &amp; la
+Doctrine qu'elle professe, elle en a fait
+un Canon exprs de sa Discipline: Discipline
+que l'on sait tre le rsultat, ou
+pltt la Quintessence de ses Synodes Nationaux.
+Cet article est le quatorzime du
+chapitre treizime qui traite des mariages;
+voici quels en sont les termes.</p>
+
+<p><i>Comme ainsi soit que la principale occasion
+du mariage soit d'avoir ligne &amp; de fuir paillardise,
+le mariage d'un homme notoirement
+Eunuque, ne pourra tre re ni solemnis en
+l'Eglise Rforme.</i></p>
+
+<p>Le clbre Mr. de Larroque qui a fait
+voir la conformit de cette Discipline
+avec celle des anciens Chrtiens, montre
+que telle toit la Jurisprudence de l'Eglise
+primitive. J'avou que cette Discipline<a name="page_154" id="page_154"></a>
+ne faisoit loi qu'en France, mais depuis
+que l'Edit de Nantes y a t rvoqu,
+que les Rformez ont t contraints
+d'en sortir, &amp; que la plpart d'eux
+se sont rfugiez dans le Brandebourg,
+Sa Majest le Roi de Prusse l'a autorise
+dans ses Etats pour ce qui concerne les
+Franois qui y sont tablis<a name="FNanchor_233_233" id="FNanchor_233_233"></a><a href="#Footnote_233_233" class="fnanchor">[233]</a>, &amp; en a ordonn
+l'xcution lors qu'on pourroit s'y
+conformer sans donner atteinte ses Droits
+Episcopaux; de sorte que c'est une Loi
+en Brandebourg parmi ces nouveaux Sujets,
+aussi sacre qu'elle l'toit en France.
+C'en est une aussi parmi ses anciens Sujets,
+&amp; parmi tous les Protestans d'Allemagne.
+C'est ce qu'on peut voir par un
+Livre imprim Halle en l'anne 1685.
+&amp; recueilli par Jrme Delphinus, qui a
+pour ttre, <i>Eunuchi conjugium, Die Kapaunen
+heyrath. Hoc est scripta &amp; judicia varia de
+conjugio inter Eunuchum &amp; virginum Juvencelam
+anno 1666. contracto, quibusdam supremis
+Theologorum Collegiis petita, poste hinc
+inde collecta, ab Hieronimo Delphino C. P.
+Hal apud Melchiorem Delschlagen 1685.</i>
+Et par la Dcision donne sur le cas que
+j'ai rapport dans le chapitre quatrime de
+la seconde Partie.</p>
+
+<p>La Rpublique de Geneve a re la
+mme Jurisprudence, &amp; divers cas qui s'y
+sont prsentez font voir qu'elle y est observe.
+Paul Cyprus dit dans son excellent
+Trait <i>de Connubiorum</i> jure, que cette<a name="page_155" id="page_155"></a>
+sage Rpublique a une Loi qui deffend
+aux hommes de se marier avant
+l'ge de dix-huit ans, &amp; aux filles avant
+quatorze, &amp; qu'il ne suffit pas de compter
+les annes, mais qu'il faut avoir
+gard principalement la vigueur du
+corps &amp; du tempramment, en ces termes,<a name="FNanchor_234_234" id="FNanchor_234_234"></a><a href="#Footnote_234_234" class="fnanchor">[234]</a>
+<i>Qu'avec l'ge on ait gard ce que
+la corporence portera</i>. Il est vrai que les
+Rlations du Levant nous apprennent,
+que les Banians Gentils de ce Pas, estiment
+tellement la conjonction matrimoniale,
+qu'ils se marient presque tous ds
+l'ge de sept ans; &amp; elles ajotent, que
+s'ils meurent, comme il arrive quelquefois,
+avant que d'tre mariez, la cotume
+est de louer &amp; de gager une fille qu'ils
+font coucher avec le mort pour lui donner
+cet avantage d'avoir t mari avant que
+son corps fut brl selon la cotume du
+Pas. <a name="FNanchor_235_235" id="FNanchor_235_235"></a><a href="#Footnote_235_235" class="fnanchor">[235]</a>Mais Mr. le Vayer fait diverses rflxions
+qui font voir que cette cotume
+n'est pas tout fait vaine, &amp; que s'ils se
+marient sept ans, ils sont capables du
+mariage autant que d'autres Peuples le
+sont dans un ge plus avanc. La diverse
+position des lieux, dit-il, rend nos temprammens
+si diffrens en toutes choses,
+que Solin nous fera considrer des femmes
+qui deviennent grosses d'enfan cinq
+ans. Beato Odorico le confirme dans son
+Itineraire; &amp; l'on a v depuis peu de tems
+dans le Royaume du Mogol une fille ge<a name="page_156" id="page_156"></a>
+de deux ans seulement qui avoit le sein
+gros comme une nourrice, &amp; qui ayant
+eu ses purgations un an aprs, accoucha
+d'un garon.</p>
+
+<p>La mme Jurisprudence Ecclsiastique
+est tablie en Angleterre comme il parot
+par le chapitre septime du titre <i>de matrimonio</i><a name="FNanchor_236_236" id="FNanchor_236_236"></a><a href="#Footnote_236_236" class="fnanchor">[236]</a>
+dans la Rformation des Loix Ecclsiastiques,
+faite prmirement de l'autorit
+de Henri VIII. &amp; acheve &amp; publie
+ensuite par Edouard VI., ce chapitre
+traite, <i>de his qu matrimonium impediunt</i>;
+&amp; voici ses termes, <i>Quorum natura
+perenni aliqua Clade sic extenuata est, ut prorsus
+veneris participes esse non possint, &amp; conjugem
+lateat quamquam consensus mutuus extiterit
+&amp; omni reliqua ceremonia matrimonium fuerit
+progressum, tamen verum in hujusmodi conjunctione
+matrimonium subesse non potest, destituitur
+enim altera persona beneficio suscipiend
+prolis &amp; etiam usu conjugii caret</i>.</p>
+
+<p>Les Thologiens de Hollande &amp; leurs
+Jurisconsultes distinguent, de mme que
+tous les autres, les causes qui empchent
+le mariage, en deux classes, <i>alia</i>, disent-ils,<a name="FNanchor_237_237" id="FNanchor_237_237"></a><a href="#Footnote_237_237" class="fnanchor">[237]</a>
+<i>(impedimenta) lege; Illa sunt
+tas immatura, mentis impotentia, corporis ad
+cohabitationem incapacitas; Ista sunt a morbo
+incurabili, ut ex. gr. lepra; Culpa,
+diversitate Religionis, a propinquitate sanguinis</i>.
+J'avou pourtant que Votius qui est
+un des plus grands hommes qui ait t<a name="page_157" id="page_157"></a>
+dans les Provinces Unies depuis plusieurs
+sicles, me parot hsiter sur le parti qu'il
+doit prendre au sujet du mariage des Eunuques.
+Il ne se dtermine point la vrit,
+&amp; renvoye l'xamen de ces sortes de
+questions aux Jurisconsultes &amp; aux Juges
+auxquels il dit que la connoissance en appartient
+plus lgitimement qu'aux Thologiens.<a name="FNanchor_238_238" id="FNanchor_238_238"></a><a href="#Footnote_238_238" class="fnanchor">[238]</a>
+Ce sont donc eux qu'il faut consulter,
+&amp; comme le Droit Civil &amp; le
+Droit Canon sont observez dans ces Provinces,
+au moins dans les cas qui ne sont
+pas dterminez par leurs Loix &amp; par leurs
+Cotumes, il est ais de conclurre que le
+mariage des Eunuques n'y est point permis.
+Voici en un mot les cas, qui selon
+les Jurisconsultes, empchent de contracter
+mariage.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Lepra superveniens, furor, ordo, sanguis &amp; absens,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Lsaque Virginitas, membri damnum, minor tas,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Ac hresis lapsus, fideique remissio, prorsus</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Sponsos dissociant &amp; vota futura retractans.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p class="c"><i>Fin de la seconde Partie.</i></p>
+
+<p><a name="page_158" id="page_158"></a></p>
+
+<h2><a name="TROISIEME_PARTIE" id="TROISIEME_PARTIE"></a>TROISIME PARTIE.</h2>
+
+<div class="blockquot"><p>Dans laquelle on rpond aux objections
+qui peuvent tre faites contre
+ce qui est contenu dans la
+seconde Partie de cet Ouvrage;
+&amp; dans laquelle on les rfute.</p></div>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_I-c" id="CHAPITRE_I-c"></a>CHAPITRE PREMIER.</h3>
+
+<p class="head">Premire Objection.</p>
+
+<p><i>Que la deffense de se marier ne
+doit point tre gnrale &amp;
+commune tous les Eunuques,
+parce qu'il y en a qui sont capables
+de satisfaire aux desirs
+d'une femme.</i></p>
+
+<p class="head">Rponse cette Objection.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">P</span>Our xaminer cette Objection &amp; pour
+y rpondre avec ordre, il faut voir
+premirement, de quelle nature sont
+ces desirs auxquels un Eunuque est capable<a name="page_159" id="page_159"></a>
+de satisfaire, s'ils sont lgitimes &amp;
+permis; &amp; en second lieu, quels Eunuques
+sont capables de satisfaire ces desirs.</p>
+
+<p>Arnobe<a name="FNanchor_239_239" id="FNanchor_239_239"></a><a href="#Footnote_239_239" class="fnanchor">[239]</a> dit que les Eunuques sont fort
+amoureux, <i>&amp; majoris petulanti fieri atque
+omnibus postpositis pudoris &amp; verecundi frnis
+in obsc&oelig;nam prorumpere vilitatem</i>; Trence
+le dit en d'autres termes, <i>Ph. infanis</i>,
+dit-il,<a name="FNanchor_240_240" id="FNanchor_240_240"></a><a href="#Footnote_240_240" class="fnanchor">[240]</a><i>Qui ist huc facere Eunuchus potuit. P.
+Ego illum nescio qui fuerit, hoc quod fecis,
+res ipsa indicat.... P. At pol ego amatores
+mulierum esse audieram eos maximos, sed nihil
+potesse</i>. Mais pour ne point allguer des
+tmoignages si anciens, le P. Thophile
+Raynauld dit dans son Livre <i>de Eunuchis</i>,
+qu'il a l quantit d'exemples de commerce
+impur entre des femmes &amp; des hommes
+mutilez, &amp; il se moque de la confiance
+qu'on a en eux. Andr du Verdier
+dit la mme chose dans ses diverses leons,
+ propos de quoi il rapporte la Sentence
+d'Apollonius de Tyane contre un
+Eunuque du Roi de Babylone qui fut
+trouv couch avec une des favorites de
+ce Roi. Cependant, il est certain qu'un
+Eunuque ne peut satisfaire qu'aux dsirs
+de la chair, la sensualit, la passion,
+ la dbauche, l'impuret, la volupt,
+ la lubricit. Comme ils ne sont
+pas capables d'engendrer ils sont plus propres
+au crime que les hommes parfaits,
+&amp; ils sont plus recherchez par les femmes
+dbauches, parce qu'ils leur donnent le<a name="page_160" id="page_160"></a>
+plaisir du mariage sans qu'elles en courent
+les risques.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><a name="FNanchor_241_241" id="FNanchor_241_241"></a><a href="#Footnote_241_241" class="fnanchor">[241]</a><i>Sunt quas Eunuchi imbelles ac mollia semper</i></span>
+<span class="i0"><i>Oscula delectent &amp; desperatio barb</i></span>
+<span class="i0"><i>Et quod abortivo non est opus.</i></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind"><a name="FNanchor_242_242" id="FNanchor_242_242"></a><a href="#Footnote_242_242" class="fnanchor">[242]</a>
+Tmoin cette femme de Petrone qui
+parlant un homme qui fait cet aveu, <i>non
+intelligo me virum esse, non sentio, funerata est
+pars illa corporis qu quondam Achilles eram</i>,
+s'exprime en ces termes, <i>Nunc etiam languori
+tuo gratias ago, in umbra voluptatis diutis
+lusi</i>. Cette femme toit du caractre
+de cette Gellia contre laquelle Martial a
+fait cette sanglante Epigramme adresse
+Pannicus,<a name="FNanchor_243_243" id="FNanchor_243_243"></a><a href="#Footnote_243_243" class="fnanchor">[243]</a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Cur tantum Eunuchos habeat tua Gellia, quris?</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Pannice, vult fu..... Gellia, non parere.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>C'est cette Gellia dont Martial fait ailleurs
+un si vilain portrait; &amp; des larmes
+de laquelle il parle de cette manire,<a name="FNanchor_244_244" id="FNanchor_244_244"></a><a href="#Footnote_244_244" class="fnanchor">[244]</a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Amissum non flet, cm sola est Gellia, patrem.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Si quis adest, juss prosiliunt lacrym.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p><a name="FNanchor_245_245" id="FNanchor_245_245"></a><a href="#Footnote_245_245" class="fnanchor">[245]</a>L'Ecclsiastique dit, que celui qui viole
+la Justice par un jugement injuste, est
+comme l'Eunuque qui veut faire violence
+ une jeune vierge. On sait qu'il y a eu
+autrefois des Pas o les Princesses vierges<a name="page_161" id="page_161"></a>
+toient confies la garde des Eunuques.
+Le Sage compare la Justice une
+de ces vierges, &amp; les Juges ceux qui auroient
+d la garder avec une fidlit pleine
+d'un profond respect. Quelques Eunuques
+sont donc capables de satisfaire
+quelques desirs d'une femme, mais tous
+ces desirs sont illgitimes &amp; ne peuvent
+point tre permis dans le mariage, <i>obscn
+procul hinc discedite flamm</i>!<a name="FNanchor_246_246" id="FNanchor_246_246"></a><a href="#Footnote_246_246" class="fnanchor">[246]</a>Une femme
+qui a ces desirs est une paillarde, &amp;
+un Eunuque qu'elle souffre dans son lit est
+l'instrument de son crime. Voici la Sentence
+qui les dclare coupables l'un &amp; l'autre;<a name="FNanchor_247_247" id="FNanchor_247_247"></a><a href="#Footnote_247_247" class="fnanchor">[247]</a>
+<i>origo quidem amoris honesta erat, sed
+magnitudo deformis; nihil autem interest ex qua
+honesta causa quis insaniat; unde &amp; Xistus Pithagoricus
+in sententiis; Adulter est, inquit,
+in suam uxorem amator ardentior; In aliena
+quippe uxore omnis amor turpis est, in sua nimius.
+Sapiens judicio debet amare conjugem,
+non affectu; non regnet in eo voluptatis impetus,
+nec prceps feratur ad coitum; nihil est
+f&oelig;dius qum uxorem amare quasi adulteram.</i>
+Saint Jrme prononce leur condamnation
+plus clairement &amp; plus expressment;
+<i>Liberorum erg</i>, dit-il, <i>in matrimonio concessa
+sunt opera, voluptates autem qu de meretricum
+amplexibus capiuntur in uxore sunt damnat</i>.
+Les Casuistes dcident mme fort
+prcisment, que les mariages qui se font
+par amourette, comme on parle, sont trs
+blmables. Les mariages drglez, disent<a name="page_162" id="page_162"></a>-ils,
+ont t la cause du dluge;<a name="FNanchor_248_248" id="FNanchor_248_248"></a><a href="#Footnote_248_248" class="fnanchor">[248]</a>les
+fils de Dieu voyans que les filles des hommes
+toient belles, prirent celles d'entr'elles
+qui leur avoient pl; ces mariages
+furent cause de la ruine de toute la terre.</p>
+
+<p>Le desir lgitime &amp; permis d'une femme
+est d'avoir des enfans.<a name="FNanchor_249_249" id="FNanchor_249_249"></a><a href="#Footnote_249_249" class="fnanchor">[249]</a>Donnez moi
+des enfans, disoit la chaste Rachel Jacob
+son mari. Didon se voyant sur le
+point d'tre abandonne de son ne,
+lui parle en ces termes,<a name="FNanchor_250_250" id="FNanchor_250_250"></a><a href="#Footnote_250_250" class="fnanchor">[250]</a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Saltem si qua mihi de te suscepta fuisset</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Ante fugam soboles, si quis mihi parvulus aul</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Luderet neas, qui te tantum ore referret</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Non equidem omnin capta aut deserta videret.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind">Je veux tre mre, je veux engendrer des
+enfans, &amp; c'est pour cela que j'ai pris un
+mari, c'est l le langage d'une femme
+honnte &amp; sage: &amp; bien loin que, selon
+les rgles de la fausse pudeur de certaines
+gens, elle soit blamable, lors qu'elle se
+plaint de ce que son mari n'est pas capable
+de satisfaire ses justes desirs, &amp; qu'elle
+demande d'en tre spare, elle est au
+contraire trs digne de louanges de ne
+pouvoir se rsoudre faire toute sa vie les
+actions d'une impudique;<a name="FNanchor_251_251" id="FNanchor_251_251"></a><a href="#Footnote_251_251" class="fnanchor">[251]</a><i>volo esse mater,
+volo filios procreare &amp; ide maritum accepi,
+sed vir quem accepi frigid natur est, &amp; non
+potest illa facere propter qu illum accepi</i>. C'est<a name="page_163" id="page_163"></a>
+l le but lgitime du mariage. Il est vrai
+qu'on n'y parvient pas tojours; il y a des
+femmes striles, mais on n'en sait pas la
+cause; il ne manque rien elles, ni leurs
+maris, de ce qu'il faut pour engendrer,
+l'un n'a rien reprocher l'autre, c'est
+ Dieu qu'ils doivent demander des enfans:
+ils sont dans le cas de<a name="FNanchor_252_252" id="FNanchor_252_252"></a><a href="#Footnote_252_252" class="fnanchor">[252]</a>Jacob, qui
+disoit sa femme lors qu'elle lui demandoit
+des enfans, <i>suis je Dieu?</i> Quoi qu'il
+en soit, lors qu'on se marie, il faut suivre
+le conseil que l'Ange Raphael donnoit
+ <a name="FNanchor_253_253" id="FNanchor_253_253"></a><a href="#Footnote_253_253" class="fnanchor">[253]</a>Tobie, Ecoutez-moi, lui dit-il, &amp;
+je vous apprendrai qui sont ceux sur qui
+le Dmon a du pouvoir; lors que des
+personnes s'engagent tellement dans le
+mariage qu'ils bannissent Dieu de leur
+c&oelig;ur, &amp; de leur esprit, &amp; qu'ils ne
+pensent qu' satisfaire leur brutalit comme
+les chevaux &amp; les mulets, qui sont
+sans raison, le Dmon a pouvoir sur eux.
+Mais pour vous la troisime nuit vous
+recevrez la bndiction de Dieu, afin
+qu'il naisse de vous deux des enfans dans
+une parfaite sant. La troisime nuit
+tant passe vous prendrez cette fille dans
+la crainte du Seigneur, &amp; dans le desir
+d'avoir des enfans, pltt que par un
+mouvement de passion, afin que vous
+ayez part la bndiction de Dieu.</p>
+
+<p>Tous les Eunuques ne sont pas capables
+de satisfaire mme ces desirs impurs dont
+je viens de parler; les Jurisconsultes distinguent
+les Eunuques.<i>Quantm inter est</i>,<a name="page_164" id="page_164"></a>
+disent-ils, <i>inter hc vitia qu Grci, <span title="kakontheian">&#954;&#945;&#954;&#959;&#957;&#952;&#949;&#953;&#945;&#957;</span>
+vitiositatem dicunt, interque <span title="paths">&#960;&#945;&#952;&#969;&#962;</span> id est
+perturbationem, aut <span title="noson">&#957;&#8001;&#963;&#959;&#957;</span>, id est morbum, aut
+<span title="arrsian">&#945;&#961;&#961;&#969;&#962;&#953;&#945;&#957;</span>, id est grotationem, tantum inter
+talia vitia &amp; cum morbum ex quo quis minus
+aptus usui sit, differt</i>; les uns pchent en
+quantit d'humeur radicale, d'autres en
+qualit, d'autres en quantit &amp; en qualit
+tout ensemble; &amp; enfin, <i>sin autem quis
+ita spado est ut tm necessaria pars corporis ei
+penits absit, morbosus est</i>, dit la Loi 7. ff.
+<i>de dilitio Edicto &amp; Redhibitione, &amp; quanti
+minoris</i>. Mais de quelque nature qu'ils
+soient, il ne leur doit point tre permis
+de se marier, parce qu'ils ne peuvent satisfaire
+qu' des desirs impurs, illgitimes,
+illicites, &amp; qui bien loin d'tre approuvez,
+ne doivent pas mme tre tolrez.</p>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/ill_pg164.png" width="133" height="83" alt="" title="" />
+</p>
+
+<p><a name="page_165" id="page_165"></a></p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_II-c" id="CHAPITRE_II-c"></a>CHAPITRE II.</h3>
+
+<p class="head">Seconde Objection.</p>
+
+<p><i>Le mariage est un Contract
+civil, par lequel il est permis
+ tout le monde de s'engager.</i></p>
+
+<p class="head">Rponse cette Objection.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L y a plusieurs causes pour lesquelles le
+mariage ne peut tre contraint; les Jurisconsultes
+en ont renferm les principales
+dans ces trois Vers;</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Votum, vis, error, cognatio, crimen, honestas,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Relligio, raptus, ordo, ligamen &amp; tas,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Amens, affinis, si Clandestinus &amp; impos.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind">Mais il faut entrer dans un xamen plus
+particulier de cette matire qui est digne
+d'attention;</p>
+
+<p>C'est un principe en droit, que <i>Edictum
+Matrimonii est prohibitorium</i>, c'est dire,
+que <i>Matrimonium cuilibet contrahere licet, cui
+non prohibetur</i>. Il n'est donc pas si gnralement
+permis qu'il n'y ait des cas &amp; des
+personnes auxquelles il soit deffendu.<a name="page_166" id="page_166"></a></p>
+
+<p>Les causes qui empchent le mariage
+sont en assez grand nombre &amp; de diverse
+nature. Les unes sont tires galement
+du Droit Civil, &amp; du Droit Canon; les
+autres manent uniquement du Droit Civil,
+&amp; les autres sont tablies particulirement
+par le Droit Canon.</p>
+
+<p>Celles qui sont communes l'un &amp;
+l'autre droit, sont l'ge de pubert qu'on
+n'a point atteint; la parent, l'alliance,
+la diffrence de Religion, l'impuissance
+du mari, ou de la femme, &amp; l'honntet
+publique;</p>
+
+<p>Celles qui sont particulires au Droit
+Civil, sont l'tat de la personne, si elle
+est esclave &amp; qu'on ait cr qu'elle toit
+libre; le rapt, la puissance qu'on a sur la
+fille, <i>propter periculum impressionis sive coactionis</i>;
+l'ingalit du rang toit aussi autrefois
+une cause qui empchoit le mariage,
+mais elle a t retranche dans le Droit
+Civil nouveau, c'est dire, par les Constitutions
+des derniers Empereurs. <i>Jure
+novissimo inter eas personas nupti non prohibentur.</i><a name="FNanchor_254_254" id="FNanchor_254_254"></a><a href="#Footnote_254_254" class="fnanchor">[254]</a></p>
+
+<p>Celles enfin qui sont particulires au
+Droit Canon, sont de deux sortes, les
+unes dclarent le mariage illgitime &amp; inutile
+tout ensemble, tels sont les ordres
+sacrez qu'on a pris, le v&oelig;u solemnel qu'on
+a fait, ou la profession d'une vie rgulire,
+le rapt, &amp; le crime; les autres rendent
+illgitime seulement, telles sont les
+fianailles contractes avec une autre femme;<a name="page_167" id="page_167"></a>
+le simple v&oelig;u, la deffense du Suprieur;
+le tems deffendu par l'Eglise; la
+parent spirituelle qu'un matre contracte
+en enseignant une jeune fille les principes
+de la Religion; l'hrsie, la pnitence
+publique, &amp; le crime: ce crime dont
+le Droit Canon parle ici a diverses espces.
+1. L'inceste. 2. La mort qu'un mari
+a donn sa femme pour en pouser une
+autre. 3. La mort donne un Prtre;
+le rapt fait de la promise d'un autre. 4.
+Un mariage contract auparavant avec une
+Moinesse, ou une Religieuse.</p>
+
+<p>Voila donc beaucoup de causes qui empchent
+de contracter mariage, de sorte
+qu'on ne peut pas dire qu'il soit permis
+tout le monde, &amp; tojours, de le Contracter.
+L'impuissance du mari est une des
+principales, aussi est-elle galement tablie
+par le Droit Canon, comme je l'ai
+fait voir amplement dans la seconde partie
+de cet Ouvrage.</p>
+
+<p>Cette Jurisprudence n'est pas particulire
+aux Contracts de mariage, elle s'tend
+aux accords, aux Pactes, &amp; toute sorte
+de Contracts; <i>Edictum Contractuum est
+prohibitorium</i>, c'est dire, <i>omnibus contrahere
+licet quibus non prohibetur</i>; mais il est
+dfendu certaines gens de contracter.
+1. Par la nature, lors qu'ils ne sont point
+capables de donner leur consentement,
+tels sont les fous, les innocens, les furieux,
+les prodigues, qui sont mis au mme
+rang que les furieux; les yvrognes
+pendant qu'ils sont yvres; les enfans en<a name="page_168" id="page_168"></a>
+bas ge, les sourds &amp; les muets. 2. Par
+la Loi, tels sont les fils de famille; le
+pre mme auquel il n'est point permis de
+contracter avec son fils qui est sous son
+pouvoir; une femme, un esclave, un
+Gouverneur de Province, <i>propter periculum
+metus &amp; impressionis</i>.<a name="FNanchor_255_255" id="FNanchor_255_255"></a><a href="#Footnote_255_255" class="fnanchor">[255]</a> 3. Par les hommes,
+ab homine, par convention faite entr'eux,
+par xemple, Mvius a vendu son
+cheval Titius condition qu'il ne le revendroit
+point ou que s'il le revendoit
+ce ne pourroit tre qu' certaines personnes,
+il n'est pas permis Titius
+de le vendre une autre. Mvius, en
+le lui vendant lui a impos la loi, <i>Rei
+enim su quisque moderator est, &amp; arbiter;
+Rei su legem quisque dicere potest</i>. 4. Enfin,
+par les Cotumes des lieux o l'on se
+trouve, par xemple, <i>Donationem contrahere
+conjuges prohibentur ne promercalis inter
+eos amor fiat</i>, &amp;c.</p>
+
+<p>Il est des choses comme des personnes,
+il n'est pas permis de contracter de toute
+sorte de choses; il y en a dont la nature
+dfend de contracter, d'autres, la Loi,
+&amp; d'autres les accords faits entre les hommes;
+les choses Sacres, Religieuses &amp;
+Saintes, sont d'une nature n'entrer jamais
+dans le commerce des hommes; un
+homme libre, <i>liberi hominis contractus non
+est</i>. Les choses impossibles. Certaines choses
+sont deffendues par la Loi, telles sont
+celles par lesquelles le Public recevroit du
+prjudice, <i>ex quibus utilitas publica lderetur<a name="page_169" id="page_169"></a></i>.
+Les choses infames &amp; mal-honntes
+qui sont contre les bonnes m&oelig;urs. La succession
+d'un homme vivant, <i>contractus de futura
+successione viventis</i>. <i>Ab homine.</i> Par accord
+fait entre les hommes, par xemple, <i>si quis
+caveat ne vicinus qurat aquam in suo solo</i>.
+C'est donc une erreur de croire qu'il soit
+permis tout le monde de contracter; il
+est encore moins permis tout le monde
+de contracter mariage. On dit communment
+que le Contract est le pre de l'obligation,
+<i>vulg dicitur contractus pater obligationis,
+mater ver actionis, obligatio</i>. Tous
+ceux qui contractent sont tenus de donner
+ou de faire ce qu'ils ont promis, <i>omnis
+obligatio vel in dando vel in faciendo consistit,
+ac demm</i>, disent les Jurisconsultes,
+<i>nisi quis id, aut det, aut faciat quod daturum se
+facturumve promisit, actione coram Magistratu
+proposita, ad id cogi potest</i>; sans cela ce seroit
+un Contract frustratoire &amp; ridicule. Comment
+un Eunuque peut-il s'obliger procrer
+ligne? Et quand il s'y seroit oblig,
+comment pourroit-on le contraindre
+xcuter sa promesse? Tout cela est impossible;
+or <i>ex sui natura res qu nec dari
+nec fieri ullo modo potest, in contractum deduci
+non debet; impossibilium enim nulla est obligatio</i>;
+voila la rgle de Droit;<a name="FNanchor_256_256" id="FNanchor_256_256"></a><a href="#Footnote_256_256" class="fnanchor">[256]</a><i>sub conditione
+data, non data censentur, cessante
+conditione; itaque deficiente conditione contractus
+celebratus censetur resolutus ab ipso initio</i>.<a name="FNanchor_257_257" id="FNanchor_257_257"></a><a href="#Footnote_257_257" class="fnanchor">[257]</a>
+On se marie sous la condition que le mari<a name="page_170" id="page_170"></a>
+engendrera ligne, s'il ne peut l'engendrer
+le mariage est nul &amp; rsolu. L'honntet
+publique veut donc qu'on l'empche,
+&amp; il vaut mieux le deffendre, que
+d'tre obligez ensuite le casser, comme
+je l'ai fait voir ailleurs.</p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_III-c" id="CHAPITRE_III-c"></a>CHAPITRE III.</h3>
+
+<p class="head">Troisime Objection.</p>
+
+<p class="headg"><i>Un Eunuque pouvant remplir
+tous les devoirs du mariage,
+except ceux qui concernent
+la gnration, peut le contracter
+parce que</i>, consensus
+non concubitus matrimonium facit.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">U</span>N<a name="FNanchor_258_258" id="FNanchor_258_258"></a><a href="#Footnote_258_258" class="fnanchor">[258]</a>savant homme &amp; bel esprit tout
+ensemble dit, qu'il faut sur tout
+qu'un homme sache son mtier; car,
+ajote-t-il, il est honteux qu'on dise de
+nous, que nous savons except ce que
+nous devons savoir. On peut dire qu'il
+est ridicule de prtendre qu'un mari soit
+un bon mari, remplissant bien les devoirs<a name="page_171" id="page_171"></a>
+du mariage, lors qu'il n'est pas capable
+d'en faire les principales fonctions. Il
+n'est pas d'un mari comme de ce bouffon
+dont le Cardinal du Perron a parl.<a name="FNanchor_259_259" id="FNanchor_259_259"></a><a href="#Footnote_259_259" class="fnanchor">[259]</a>Etant
+ Mantou le Duc lui fit voir un bouffon
+qu'il disoit tre <i>Magro Buffone, &amp; non
+Haver Spirito</i>. Le Cardinal rpondit que
+ce bouffon avoit pourtant de l'esprit, &amp; le
+Duc lui ayant demand pourquoi? Parce,
+lui dit-il, qu'il vit d'un mtier qu'il ne sait
+pas faire; le mtier de mari n'est pas la
+mme chose, on n'en vit point, lors qu'on
+ne le sait pas faire;</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><a name="FNanchor_260_260" id="FNanchor_260_260"></a><a href="#Footnote_260_260" class="fnanchor">[260]</a><i>Nihil ibi per ludum simulabitur, omnia fient</i></span>
+<span class="i0"><i>Ad Verum.</i></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind">Quand cela n'est point une femme souffre
+beaucoup, une nuit lui parot bien longue,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><a name="FNanchor_261_261" id="FNanchor_261_261"></a><a href="#Footnote_261_261" class="fnanchor">[261]</a><i>O nox qum longa es qu facis una senem!</i></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind">Tmoin les angoisses &amp; les sueurs froides
+de cette femme dont parle Martial<a name="FNanchor_262_262" id="FNanchor_262_262"></a><a href="#Footnote_262_262" class="fnanchor">[262]</a>,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Cum sene communem vexat spado Dyndimus Eglen</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Et Jacet in medio ficca puella toro,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Viribus hic operi non est, hic utilis annis.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Ergo sine effectu prurit uterque prior.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Supplex illa rogat pro se miserisque duobus,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Hunc Juvenem facias, hunc Cytherea virum!</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p><a name="page_172" id="page_172"></a></p>
+
+<p>Ce n'est donc pas dans la pratique qu'on
+trouve la vrit de cette maxime,<a name="FNanchor_263_263" id="FNanchor_263_263"></a><a href="#Footnote_263_263" class="fnanchor">[263]</a><i>Consensus
+non Concubitus matrimonium facit</i>.
+Voyons en quel sens, &amp; de quelle manire
+on la trouve dans la Thorie.</p>
+
+<p>Les Jurisconsultes mettent une grande
+diffrence entre le consentement qui se
+donne aux fianailles, &amp; celui qui se donne
+aux nces; l'un ne consiste qu' promettre
+de clbrer les nces, &amp; l'autre
+consiste promettre qu'on consommera le
+mariage.<a name="FNanchor_264_264" id="FNanchor_264_264"></a><a href="#Footnote_264_264" class="fnanchor">[264]</a><i>Aliud est</i>, disent-ils, <i>Nuptias
+contrahere, aliud ad Nuptias contrahendas se
+se obligare</i>. L'un de ces consentemens fait
+une paction, <i>de futuro conjugio</i>. L'autre au
+contraire en fait une <i>de prsenti</i>. Dans l'un
+ce n'est qu'une promesse <i>de accipienda uxore</i>;
+Dans l'autre c'est l'excution de cette
+promesse, <i>uxor accipitur. Promssio prius
+facta verbis, rebus ipsis, &amp; factis ratificatur.</i>
+Il y a autant de diffrence entre ces deux
+consentemens, qu'il y en a entre la promesse
+&amp; l'excution. Dans l'un l'homme
+ne consent pas d'tre aussi-tt mari &amp;
+de consommer le mariage, il promet seulement
+de le devenir. Mais dans l'autre,
+l'homme <i>eo ipso momento maritus fieri vult, &amp;
+eo animo &amp; destinatione consentit ut sit matrimonium</i>.
+Il promet de le consommer;
+c'est au premier de ces deux cas qu'il faut
+appliquer la maxime dont il s'agit ici.</p>
+
+<p>Mais voici le sens vritable de cette maxime,
+&amp; l'application qu'il en faut faire.<a name="page_173" id="page_173"></a>
+Elle signifie que la simple cohabitation ne
+fait point l'essence du mariage; il ne suffit
+pas d'avoir connu charnellement une
+femme pour en conclure qu'on est mari
+avec elle, le consentement de l'un &amp; de
+l'autre d'tre mari ensemble, est absolument
+ncessaire. Ce consentement n'est
+point celui que ces deux personnes se donnent
+mutuellement de se connotre l'une
+l'autre, <i>consensus cohabitandi &amp; individuam
+vit consuetudinem retinendi facit conjugium</i>,
+selon le sentiment des Jurisconsultes; ce
+n'est donc ni le consentement seul, ni la
+cohabitation seule, qui font sparment
+le mariage, c'est l'assemblage de tous les
+deux. D'ailleurs, le consentement dont
+il est ici question, <i>ad Nuptiarum probationem,
+sed non ad Nuptiarum substantiam, pertinet</i>.
+Le but de cette maxime n'est pas de
+dclarer en quoi consiste l'essence du mariage,
+mais quel tems il faut le fixer,
+&amp; de quel moment il faut compter qu'il
+est contract. <i>Non ex concubitu nupti fatis
+probantur, sicuti &amp; retr secubitu matrimonium
+non dissociatur, seu separatione Thori aut
+habitationis.</i> Ces unions &amp; ces sparations
+ne concluent rien; il y a des conjectures
+plus certaines tablies par les Jurisconsultes
+pour juger de la consommation du mariage;
+ils les tirent <i>ex comparatione personarum,
+ex vit conjunctione, ex vicinorum
+opinione, ex deductione in domum mariti; ex
+aqu &amp; ignis acceptione, ex dotalibus instrumentis,
+seu tabulis nuptialibus, seu testatione</i>,
+ce qui, au rapport de Busbeque, fait parmi<a name="page_174" id="page_174"></a>
+les Turcs, la diffrence de la femme
+&amp; de la concubine. Mais tout cela n'est
+point l'essence du mariage, ce sont des
+conjectures, ou des preuves, par lesquelles
+on peut juger qu'il y a un mariage
+contract entre certaines personnes. Si le
+mariage ne consistoit que dans le consentement
+on pourroit bien dire comme cette
+femme qu'Ovide fait parler,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Si mos antiquis placuisset matribus idem,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Gens hominum vitio deperitura fuit.</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Qui que iterm Jaceret generis primordia nostri</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>In vacuo lapides orbe parandus erat.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/ill_pg174.png" width="120" height="104" alt="" title="" />
+</p>
+
+<p><a name="page_175" id="page_175"></a></p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_IV-c" id="CHAPITRE_IV-c"></a>CHAPITRE IV.</h3>
+
+<p class="head">Objection quatrime.</p>
+
+<p><i>Quand on ne peut pas tre auprs
+d'une femme comme mari,
+on doit y tre comme frre,
+&amp; habiter avec elle comme
+avec une s&oelig;ur.</i></p>
+
+<p class="head">Rponse cette Objection.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Ette objection est fonde sur le chapitre
+<i>Laudabilem est infr</i><a name="FNanchor_265_265" id="FNanchor_265_265"></a><a href="#Footnote_265_265" class="fnanchor">[265]</a>, qui contient
+ces mots, <i>quod si ambo consentiant simul esse,
+vir etiam &amp; si non ut uxorem, saltem habeat
+ut sororem</i>, la glose sur ces mots <i>ambo</i>, dit
+prcisment qu'il faut que l'un &amp; l'autre
+consentent, <i>quia cum nullum sit matrimonium
+non tenetur alter alteri</i>.</p>
+
+<p>Deux rflexions dtruiront l'objection
+fonde sur ces paroles. La prmire,
+qu'elles sont rlatives la facult qui est
+donne la femme de faire rsoudre son
+mariage, aprs que pendant un certain
+tems elle s'est assure de l'impuissance de
+son mari; elle peut faire casser son mariage,<a name="page_176" id="page_176"></a>
+ moins que l'un &amp; l'autre ne veuillent
+bien habiter ensemble comme frre
+&amp; s&oelig;ur. Il parot donc par l qu'il s'agit
+d'un mariage contract, &amp; non pas d'un
+mariage contracter. Qu'il s'agit d'un
+homme reconnu impuissant aprs une longue
+exprience, &amp; non point d'un Eunuque
+qui est notoirement impuissant, &amp;
+qui ne peut par aucun ressort de la nature,
+ni par aucun artifice de l'art devenir
+jamais capable d'engendrer.</p>
+
+<p>La seconde rflxion consiste en ce qu'il
+faut que l'une &amp; l'autre des parties consente
+de rester ensemble sur ce pied de
+frre &amp; de s&oelig;ur: ce qui montre qu'il n'y
+a plus de lien entr'eux; que le premier consentement
+qu'ils ont donn leur union
+n'ayant pas produit l'effet pour lequel il
+avoit t donn, il est naturellement &amp;
+<i>ipso facto</i> rvoqu. Qu'il en faut un nouveau
+donn sur connoissance certaine de la
+personne; qu'alors ce n'est plus un mariage,
+mais une union de support qui ne peut
+tre qu'onreuse la femme; car enfin,
+le doux nom de s&oelig;ur n'est pas capable de
+consoler de la perte des avantages de la
+qualit de femme. Quand on est une fois
+mari on ne s'aime plus qu'entant qu'on
+est mari &amp; femme. Comme cette Biblis
+dont Ovide nous fait l'histoire, une femme
+n'aime point d'tre appelle s&oelig;ur par
+un homme qui tient lieu de mari.<a name="page_177" id="page_177"></a></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><a name="FNanchor_266_266" id="FNanchor_266_266"></a><a href="#Footnote_266_266" class="fnanchor">[266]</a><i>Jam Dominum appellat, jam nomina sanguinis odit,</i><br /></span>
+<span class="i0"><i>Biblida, jam mavult, qum se vocet ille sororem.</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p>En un mot, cette objection tombe d'elle-mme,
+puis qu'elle ne concerne que des
+mariages contractez avec des hommes reconnus
+impuissans par l'usage; &amp; qu'il s'agit
+ici de savoir s'il doit tre permis des
+Eunuques connus pour tels, de contracter
+mariage.</p>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/ill_pg177.png" width="119" height="65" alt="" title="" />
+</p>
+
+<p><a name="page_178" id="page_178"></a></p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_V-c" id="CHAPITRE_V-c"></a>CHAPITRE V.</h3>
+
+<p class="head">Cinquime Objection.</p>
+
+<p class="headg"><i>Si le Mariage devoit tre deffendu
+aux Eunuques parce
+qu'ils ne peuvent pas engendrer,
+il devroit l'tre aussi
+aux personnes ges que la
+vieillesse rend incapables de
+faire les fonctions du mariage;
+&amp; ne leur tant point
+deffendu, il ne doit point l'tre
+aussi aux Eunuques.</i></p>
+
+<p class="head">Rponse cette Objection.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Ette objection est fonde sur un faux
+principe, savoir qu'on n'a droit d'tre
+mari qu'entant qu'on est capable d'engendrer;
+si cela toit, ds qu'un mari &amp;
+une femme n'engendrent plus, ou lors
+que la femme est strile il faudroit les dmarier.
+Ce principe &amp; la consquence
+qui s'en tire naturellement sont si absurdes,<a name="page_179" id="page_179"></a><br />
+<span style="margin-left: 0.5em;">qu'il suffit de les proposer pour les</span><br />
+faire rejetter.</p>
+
+<p>Si cette Objection n'est point fonde
+sur ce principe elle est encore moins sotenable;
+car un homme, moins que
+d'tre retourn en enfance, ou que d'tre
+attaqu de quelqu'infirmit capitale,
+est capable d'engendrer dans quelqu'ge
+qu'il se trouve. On voit mille xemples
+dans le monde de vieillards qui ont eu des
+enfans l'ge de quatrevingt &amp; dix ans,
+qui est l'ge le plus avanc de l'homme;
+de sorte qu'on peut dire qu'un homme
+bien constitu peut engendrer toute sa vie;
+cependant, s'il toit tellement dcrpit
+qu'il ne pt faire aucune fonction du mariage,
+qu'il ft comme un Eunuque, j'avou
+qu'il agiroit contre l'institution du
+mariage, &amp; que le Magistrat, ou ses Suprieurs
+Ecclsiastiques feroient trs bien
+de l'en empcher en lui reprsentant ce
+qu'Ajax dit Ulysse dans les Mtamorphoses
+d'Ovide,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0"><i>Debilitaturum quid te petis Improbe munus?</i><br /></span>
+</div></div>
+
+<p class="nind">Qu'il va faire comme le mle des Alcyons
+qui tant si vieux qu'il ne peut se remuer,
+s'apparie avec sa femelle &amp; meurt en cet
+tat. A moins que cet homme n'et
+eu plusieurs enfans dans sa jeunesse, ou
+qu'il et eu une femme strile, en ce
+cas il peut trs lgitimement, mon avis,
+pouser une femme d'un ge proportionn<a name="page_180" id="page_180"></a>
+au sien,<a name="FNanchor_267_267" id="FNanchor_267_267"></a><a href="#Footnote_267_267" class="fnanchor">[267]</a>parce que le feu de la jeunesse
+tant pass dans l'un &amp; dans l'autre,
+&amp; les inconvniens que je remarquerai
+dans le chapitre suivant n'tant point
+craindre, c'est proprement dans ce cas
+qu'un mari recevant beaucoup d'aide &amp;
+de secours de sa femme il peut la regarder
+comme s&oelig;ur, s'il ne peut la regarder
+comme femme, puis que lui ni elle ne
+peuvent point procrer ligne.</p>
+
+<p>Mais la principale raison est, que les
+gens auxquels on n'a que la vieillesse
+reprocher, auroient p, peut-tre, engendrer,
+&amp; ont, peut-tre, effectivement
+engendr dans leur jeunesse; ils ont
+donc la facult d'engendrer, mais ils n'engendrent
+point en effet; l'ge est en eux
+un obstacle plus puissant que la nature qui
+les avoit rendus capables d'engendrer. Or
+ne voit-on pas que la nature fait souvent
+des efforts, ou que la Providence lui donne
+des forces par le moyen desquelles elle
+surmonte les obstacles de l'ge.<a name="FNanchor_268_268" id="FNanchor_268_268"></a><a href="#Footnote_268_268" class="fnanchor">[268]</a>Je ne rapporterai
+point la Fable du bon Vieillard
+Hircus qui pria trois Dieux qui vinrent
+chez lui, de lui donner un fils, quoi que
+sa femme ft dj fort avance en ge,
+ce qu'ils lui accordrent; les Savans
+croyent que c'est l'histoire d'Abraham &amp;
+de Sara, dguise: mais j'allguerai le
+tmoignage de Valesque de Tarente qui
+dit, comme une chose fort merveilleuse,
+dans son <i>Philonium</i><a name="FNanchor_269_269" id="FNanchor_269_269"></a><a href="#Footnote_269_269" class="fnanchor">[269]</a>, qu'il a v une femme<a name="page_181" id="page_181"></a>
+qui avoit ses mois l'ge de soixante ans,
+&amp; qui eut un fils l'ge de soixante-sept
+ans. Et le tmoignage de Mauricius Codeus,
+qui dit dans son Commentaire sur
+le premier Livre d'Hypocrate touchant les
+maladies des femmes, qu'il a appris qu'une
+Demoiselle a eu ses mois tant ge de
+soixante &amp; dix ans, &amp; qu'elle avoit con
+un enfant bien form, dont elle avoit
+avort pour avoir t trop agite du mouvement
+d'un Coche dans lequel elle avoit
+t. La Loi <i>si major</i> au Code <i>de legitim.
+Hred.</i> parle d'un enfant mis au monde par
+une femme qui avoit pass cinquante ans.
+Cornelia dont Pline parle, eut aprs soixante-deux
+ans Volusius Saturninus qui fut
+Consul. Et le Docte Joubert dit positivement,
+qu'une femme marie un Coturier
+dans la Ville d'Avignon, nomm
+<i>Andr</i>, domestique du Cardinal de Joyeuse,
+continua d'enfanter jusqu' l'ge de
+septante ans. Mais si la nature ne peut
+pas surmonter ces obstacles, Dieu qui est
+le Matre de la nature, ne les surmonte-t-il
+pas souvent, en donnant des enfans
+ des femmes qui ont perdu l'esprance
+d'en avoir,<a name="FNanchor_270_270" id="FNanchor_270_270"></a><a href="#Footnote_270_270" class="fnanchor">[270]</a>Sara, &amp; Anne, qui depuis<a name="FNanchor_271_271" id="FNanchor_271_271"></a><a href="#Footnote_271_271" class="fnanchor">[271]</a>
+fut mre de Samuel, en sont des exemples.
+Il donne, dit le Psalmiste, celle
+qui toit strile la joye de se voir dans
+sa maison la mre de plusieurs enfans.<a name="FNanchor_272_272" id="FNanchor_272_272"></a><a href="#Footnote_272_272" class="fnanchor">[272]</a>Le
+Prophete Esae dit la mme chose, &amp;
+l'exprience l'a justifi si souvent qu'il n'y
+a point lieu d'en douter.<a name="page_182" id="page_182"></a></p>
+
+<p>Il y a donc bien de la diffrence entre
+le mariage des Vieillards &amp; celui des Eunuques.
+Dieu se sert souvent de moyens
+humains pour faire des Miracles. Les personnes
+fort ges peuvent servir de moyens,
+mais les Eunuques n'ayans point ces
+moyens, ils ne peuvent point tre des instrumens
+dans la main de Dieu pour faire
+ces miracles. Ainsi on peut dire que, ni
+naturellement, ni surnaturellement, ils
+ne peuvent point engendrer, &amp; que par
+consquent ils ne sont en nulle manire,
+ni capables, ni dignes du mariage.</p>
+
+<p class="figcenter">
+<img src="images/ill_pg182.png" width="128" height="104" alt="" title="" />
+</p>
+
+<p><a name="page_183" id="page_183"></a></p>
+
+<h3><a name="CHAPITRE_VI-c" id="CHAPITRE_VI-c"></a>CHAPITRE VI.</h3>
+
+<p class="head">Sixime Objection.</p>
+
+<p class="headg"><i>Quand la femme qui pouse un
+Eunuque sait qu'il est Eunuque,
+&amp; qu'elle n'ignore
+point les consquences de son
+tat, il doit lui tre permis de
+l'pouser si elle le souhaite,
+parce que</i> volenti non fit injuria.</p>
+
+<p class="head">Rponse cette Objection.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Ette
+maxime <i>Volenti non fit injuria</i>,
+est tablie par le Droit Civil, &amp; par
+le Droit Canon; l'un dit,<a name="FNanchor_273_273" id="FNanchor_273_273"></a><a href="#Footnote_273_273" class="fnanchor">[273]</a><i>que usque ade
+autem injuria qu fit liberis nostris, nostrum pudorem
+pertingit, ut etiam si volentem filium
+quis vendiderit patri, suo quidem nomine
+competit injuriarum actio, filii ver nomine non
+competit, quia nulla injuria est qu in volentem
+fiat</i>; l'autre Droit dit que,<a name="FNanchor_274_274" id="FNanchor_274_274"></a><a href="#Footnote_274_274" class="fnanchor">[274]</a><i>scienti &amp;
+consentienti non fit injuria</i>; Elle est tire de
+la Loi 145. <i>ff de diversis regulis juris</i>, qui<a name="page_184" id="page_184"></a>
+porte, que <i>nemo videtur fraudare eos qui sciunt
+&amp; consentiunt</i>, &amp; elle est en quelque sorte
+explique par le . <i>si intelligatur</i>. 6. de
+la Loi prmire, <i>Dig. de dilitio Edicto.
+Si intelligatur vitium, morbus que mancipii ut
+plermque signis quibusdam solent demonstrare
+vitia, potest dici edictum cessare; hoc enim
+tantm intuendum est ne emptor decipiatur.</i>
+Pour pouvoir conclure qu'une femme est
+trompe volontairement &amp; de son consentement,
+il faut qu'il conste &amp; qu'il apparoisse
+clairement &amp; manifestement qu'elle
+n'a t ni induite, ni sduite; qu'elle
+a s les defauts de l'Eunuque, &amp; les incommoditez
+qu'elle en souffriroit, sans cela
+elle est trompe, &amp; elle est trompe
+par surprise &amp; non pas volontairement.
+J'ajote qu'il faut qu'une femme soit assure
+de sa continence &amp; de sa chastet,
+qu'elle sache que les defauts de l'Eunuque,
+&amp; les incommoditez qu'elle en souffrira,
+mettront l'une &amp; l'autre de ces deux vertus
+trs souvent l'preuve, &amp; qu'elle
+pourra srement sotenir toutes ces preuves,
+sans cela, prsuppos que <i>volenti non
+fiat injuria</i> le Magistrat ni ses Suprieurs
+Ecclsiastiques ne doivent point lui permettre
+de s'exposer la tentation, &amp; de
+se mettre dans un danger vident de tomber
+dans le crime comme je le ferai voir
+dans la suite de ce chapitre; il ne doit
+point lui permettre par consquent de se
+marier; l'Objection tombe dans ce cas.
+Il y a d'autres exceptions cette rgle gnrale,
+que les Jurisconsultes rapportent;<a name="page_185" id="page_185"></a>
+par xemple,<a name="FNanchor_275_275" id="FNanchor_275_275"></a><a href="#Footnote_275_275" class="fnanchor">[275]</a><i>si quis puellam volentem rapuerit;
+si quis filium volentem intervertat. Si quis
+servum volentem corrumpat</i>; &amp; plusieurs autres
+semblables. Le sens vritable de cette
+maxime est, qu'une personne qui a consenti
+ l'injure qui lui a t faite, ne peut
+point agir par action d'injure contre l'injuriant.
+Voici donc l'application qu'il
+faut faire de cette maxime au cas du mariage
+d'un Eunuque. Lors qu'un mariage
+est dclar nul par, ou cause de l'impuissance
+du mari, il n'est pas seulement
+condamn rendre la dote qu'il a re
+de sa femme, pour laquelle il n'est point
+admis ni re faire cession de biens,
+mais aussi aux dommages &amp; intrts envers
+elle, &amp; elle n'est point tenu la
+restitution des bagues qui lui avoient t
+donnes. Mais lors qu'elle a s, avant
+que de l'pouser, qu'il toit impuissant,
+elle peut bien faire casser son mariage,
+ou pltt faire dire qu'il n'y en a point,
+mais elle ne peut pas intenter l'action
+d'injure ou de dommages &amp; intrts, parce
+que <i>volenti non facta fuit injuria</i>. Elle
+mrite qu'on lui fasse ce reproche d'Horace<a name="FNanchor_276_276" id="FNanchor_276_276"></a><a href="#Footnote_276_276" class="fnanchor">[276]</a>
+<i>Prudens emisti vitiosum, dicta tibi est
+lex, insequeris tamen hunc &amp; lite moraris
+iniqua</i>. C'est l la Jurisprudence universelle
+de tous les Pas. Mais pour rpondre
+solidement &amp; d'une manire qui soit
+sans replique cette Objection, je ne
+puis faire rien de mieux que de me servir<a name="page_186" id="page_186"></a>
+des termes du Docte Cyprus, tels qu'ils
+sont contenus dans les Articles 41. &amp; 42.
+du Paragraphe treizime du chapitre neuvime
+de son excellent Ouvrage, <i>de Jure
+connubiorum</i>: en dtruisant l'Objection ils
+finiront aussi trs dignement ce chapitre
+&amp; cet Ouvrage.<a name="FNanchor_277_277" id="FNanchor_277_277"></a><a href="#Footnote_277_277" class="fnanchor">[277]</a><i>Quritur si mulier spadoni
+vel Eunucho fidem dederit, non ignara
+eum hoc vitio affectum, vel post sponsalia resciverit,
+eum virum non esse, &amp; nihilominus
+nuptias consummare cupiat, id ei concedendum
+fit? Et si quidem constiterit eum ad
+commixtionem conjugalem inhabilem esse, nuptiis
+illi inter dicendum &amp; sponsalia dissolvenda
+existimaverim. 1. Quod lege Divina spadones
+prohibeantur mariti fieri. Deuteronom.
+13. Itaque nec illis mulieres nubere possunt.
+2. Quod &amp; Imperatorum constitutionibus id
+vetitum est. 3. Quod ejusmodi conjugium Benedictionis
+non sit capax. 4. Quod nulla istarum
+causarum propter quas conjugium Deo
+institutum est, hic locum habeat. 5. Propter
+periculum, ne mulier alibi amori operam
+dare incipiat, (ut est natura hominum proclivis
+ad libidinem) &amp; conjugio, cujus usum nullum
+habere potest, pro velamento turpitudinis
+utatur. Nec ad rem facit quod mulier sciens
+volens nuptias illas cupiat; Nam in re tanti momenti
+Magistratus est partibus consulere qui suis
+commodis consulere non possunt, cm perire volens
+audiendus non sit. Nam verendum est, ut dixi,
+ne mulier ejus pertsa conjunctionis alium
+portum qurat quo se se recipiat, ut Theognidis
+verbis utar. Quibus incommodis Magisstratum<a name="page_187" id="page_187"></a>
+mederi oportet, usque ade ut etsi
+de viri vitio aut morbo non quratur uxor,
+nihilominus hisce nuptiis intercedere debeat.</i></p>
+
+<p><i>Sed quid si mulier sciens volens spadoni nupserit,
+&amp; matrimonium consommatum sit?
+Resp. sibi Imputare debet qu ei quem scit virum
+non esse, nupserit. Interim tamen matrimonium
+<span title="agamos gamos">&#7937;&#947;&#945;&#956;&#959;&#962; &#947;&#7937;&#956;&#959;&#962;</span>, id est pro nullo habendum
+est, ut quod contra leges inter eas personas
+coirit, qu matrimonio jungi non possunt.
+Qu de Caus etiamsi cum facti non p&oelig;niteat,
+nihilominus Viro discedere debere,
+&amp; si nolit, segregandam esse existimaverim.
+Neque enim mulier prava &amp; legibus prohibita
+su conniventia recta efficere potest. Et Conjugium
+confirmatur officio carnali, Verum antequm
+confirmetur, impossibilitas officii solvis
+vinculum conjugii. 33. Qust. 1. cap. 1. Verba
+Augustini. Quamvis contra sentiat Papa Alexander,
+vel ut alii volunt, Lucius, cap. requisivisti,
+33. Qustione prima, qui vult eas qu pro
+uxore haberi non possunt, pro sororibus habendas;
+quod vix est ut defendi possit, idque
+propter illas, quas commemoravimus causas.</i></p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+
+<p class="c">FIN.</p>
+
+<div class="footnotes"><p class="cb">NOTES:</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Comme l'illustre Mr. Bayle toit encore en
+vie quand cette Ddicace a t faite, on n'a pas
+trouv qu'il fut ncessaire d'y rien changer,
+quoi qu'il soit mort depuis.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> Mr. de Montpinslon.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Histoire des Ouvrages des Savans. Mois de
+Janvier, Fvrier &amp; Mars 1706. pag. 84. &amp; suiv.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> Nouv. de la Rpub. des Lett. Janv. 1704 p. 117.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Nouvelles de la Rpublique des Lettres tom.
+1. Mois d'Avril 1684. pag. 117.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> Patiniana pag. 25.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> Capitul. 9. tit. 19 de procuratoribus lib. 1.
+sexti Decretal.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> Imperat. Leonis constitut.
+26. in princip.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> Novel. 21. tit. 1. de Nuptiis. In prfat.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> L. 197. de divers. regul. Jur.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Liv. 14. ch. 6.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> In Eutrop. lib. 1. V. 339.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> Christophori Helvici Theatrum Historicum pag. 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> St. Remuald. Thresor Chronol. &amp; Histor. fol.
+tom. 1. pag. 79.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Valere Maxime liv. 9, ch. 3. art. 13.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> Lucien dans son dialogue Intitul le menteur ou
+l'Incredule.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a> Etymologicon Lingu Latin.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a> Genese Ch. 37. <small>V</small>. 36.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a> Joseph. Antiq. Judaic. liv. X. ch. 16.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a> St. August de civit. Dei. tom. 1. pag. 603.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a> L. 2. . 1. ff. de Adoptionibus.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a> Lettre 117. dans la traduction que Mr. l'Abb
+de Bellegarde a faite des Epitres de S. Basile.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Lib. 16. cap. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a> Lib. 16. cap. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a> Controvers. 33. lib. 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a> St. Matth. ch. 19. <small>V</small>. 12.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a> L. 147. de div. reg. Jur.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a> L. 121. ff. de verbor.
+significat.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a> Liv. 6. ch. 5. &amp; sur tout. liv. 10. ch. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a> Liv. 2. Eleg. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a> Voy. Plin. liv. 13. ch. 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a><a href="#FNanchor_32_32"><span class="label">[32]</span></a> Plutarq. In Alexandr.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a><a href="#FNanchor_33_33"><span class="label">[33]</span></a> Liv. 7. ch. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a><a href="#FNanchor_34_34"><span class="label">[34]</span></a> Satyr. 10. <small>V</small>. 306. 307.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a><a href="#FNanchor_35_35"><span class="label">[35]</span></a> Liv. 6. ch. 10.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a><a href="#FNanchor_36_36"><span class="label">[36]</span></a> Voy. Crinitus de honnesta disciplina liv. 9. S. Romuald
+fol. tom. 2. pag. 185.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a><a href="#FNanchor_37_37"><span class="label">[37]</span></a> Luithprand. Ticinensis. liv. 4. de rebus per Europam
+gestis. cap. 4. Meibomius. Rerum Germanicar.
+tom. 1. c. 47. pag. 247. Camerar. Meditat. Historic.
+tom. 1. lib. 5. cap. 19.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a><a href="#FNanchor_38_38"><span class="label">[38]</span></a> Act. 1. Scen. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a><a href="#FNanchor_39_39"><span class="label">[39]</span></a> Liv. 6. ch. 1. art. 13.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a><a href="#FNanchor_40_40"><span class="label">[40]</span></a> Liv. 2. Epigr. 60.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a><a href="#FNanchor_41_41"><span class="label">[41]</span></a> Voyez cette Histoire dans le
+Diction. Histor. &amp; Crit. de Mr. Bayle. Les Articles
+<i>Abelard, Helose, Foulques &amp; Paraclet</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a><a href="#FNanchor_42_42"><span class="label">[42]</span></a> Ch. 31. <small>V</small>. 21, 22.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a><a href="#FNanchor_43_43"><span class="label">[43]</span></a> Herodote liv. 8.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a><a href="#FNanchor_44_44"><span class="label">[44]</span></a> Instit. lib. 4. tit. 4. de Injuriis. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a><a href="#FNanchor_45_45"><span class="label">[45]</span></a> Novell. 42. ch. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a><a href="#FNanchor_46_46"><span class="label">[46]</span></a> Amor. lib. 2. Eleg. 3. <small>V</small>. 3. &amp; 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a><a href="#FNanchor_47_47"><span class="label">[47]</span></a> Novell. 60.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a><a href="#FNanchor_48_48"><span class="label">[48]</span></a> Apol. 2. pag. 71. adresse l'Empereur Antonin.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a><a href="#FNanchor_49_49"><span class="label">[49]</span></a> Epistol. 5. 6. ad Pammachium de Erroribus Origini.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a><a href="#FNanchor_50_50"><span class="label">[50]</span></a> Dupin nouvelle Bibliothque des Auteurs Ecclsiastiques
+tom 1. pag. 121. &amp;c. tir d'Eusebe liv. 6. ch. 2.
+. 19. traduction Franoise, les chapitres de laquelle ne
+se rapportent point l'Edition Grque ni Latine.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a><a href="#FNanchor_51_51"><span class="label">[51]</span></a> S. Romuald. tom. 2. pag. 185. du tresor Hist.
+&amp; Chronol. in fol.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a><a href="#FNanchor_52_52"><span class="label">[52]</span></a> Eusebe parle de cette sdition, mais il n'en dit pas
+la cause, liv. 6. ch. 41. &amp;c.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a><a href="#FNanchor_53_53"><span class="label">[53]</span></a> Voyez la Vie de Tertullien
+&amp; d'Origne, par Mr. de la Motte ch. 5. sur la fin.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a><a href="#FNanchor_54_54"><span class="label">[54]</span></a> Dupin ibid. ubi supra. Et Eusebe ibid. ch. 19.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a><a href="#FNanchor_55_55"><span class="label">[55]</span></a> Liv. 5. ch. 21.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a><a href="#FNanchor_56_56"><span class="label">[56]</span></a> l. 4. . 2. ff. ad legem Corneliam de sicariis et Veneficiis.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a><a href="#FNanchor_57_57"><span class="label">[57]</span></a> Voyez Diction. Hist. &amp; Crit. de Mr. Bayle
+tom. 1. pag. 955. &amp; suiv.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a><a href="#FNanchor_58_58"><span class="label">[58]</span></a> Essais liv. 2. ch. 29.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a><a href="#FNanchor_59_59"><span class="label">[59]</span></a> Centuries 1. ch. C. de separatione ex causa luis Venera.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a><a href="#FNanchor_60_60">
+<span class="label">[60]</span></a> Abreg. Chronol. tom. 2. pag. 639.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a><a href="#FNanchor_61_61">
+<span class="label">[61]</span></a> Voyez Hippocrat. lib. Aphorism. 28. &amp; 29.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a><a href="#FNanchor_62_62">
+<span class="label">[62]</span></a> Plin. lib. <small>II</small>. cap. 37.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a><a href="#FNanchor_63_63"><span class="label">[63]</span></a> lib. 23.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a><a href="#FNanchor_64_64"><span class="label">[64]</span></a> Tom. 17.
+lib. 3. tit. defectus testium vel natur, vel casu Eunuchi,
+spadones, castrati. Et tit. Hermaphroditorum &amp;
+sacrorum ridiculorum.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a><a href="#FNanchor_65_65"><span class="label">[65]</span></a> Joseph. Antiquit. Judaq. liv. 18. ch. 2. idem de
+la guerre des Juifs liv. 2. ch. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a><a href="#FNanchor_66_66"><span class="label">[66]</span></a> <span title="Eunechisan">&#917;&#965;&#957;&#959;&#965;&#967;&#953;&#963;&#945;&#957;.</span></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a><a href="#FNanchor_67_67"><span class="label">[67]</span></a> Liv. 1. tom. 1. Heres. 15. 16.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a><a href="#FNanchor_68_68"><span class="label">[68]</span></a> Mr. Dodwel, dans les additions aux Oeuvres Posthumes &amp; Chronologiques
+de Pearson; dans sa digression sur le ch. 6. l'occasion
+de le prtendu Domitille, Vierge &amp; Martyre.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a><a href="#FNanchor_69_69"><span class="label">[69]</span></a> Plaut. in Aulular. Act. 2. Scen. 2. <small>V</small>. 72. 73.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a><a href="#FNanchor_70_70"><span class="label">[70]</span></a> Mezerai Histoire de France avant Clovis in 12 pag. 160.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a><a href="#FNanchor_71_71"><span class="label">[71]</span></a> Liv. 8. chap. 41.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a><a href="#FNanchor_72_72"><span class="label">[72]</span></a> Liv. 1. ch. 12.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a><a href="#FNanchor_73_73"><span class="label">[73]</span></a> Elog. 5. des Empereurs. Elog. 9. des Impratrices.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a><a href="#FNanchor_74_74"><span class="label">[74]</span></a> Dior. Cassius, in Neron. Art. 28.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a><a href="#FNanchor_75_75"><span class="label">[75]</span></a> Ch. 1. <small>V</small>. 10.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a><a href="#FNanchor_76_76"><span class="label">[76]</span></a> Ibid. ch. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a><a href="#FNanchor_77_77"><span class="label">[77]</span></a> Judith ch. 12.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a><a href="#FNanchor_78_78"><span class="label">[78]</span></a> Act. ch. 8. <small>V</small>. 26.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a><a href="#FNanchor_79_79"><span class="label">[79]</span></a> Jrmie ch. 52. <small>V</small>. 25.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a><a href="#FNanchor_80_80"><span class="label">[80]</span></a> Plat. de leg. lib. 3.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a><a href="#FNanchor_81_81"><span class="label">[81]</span></a> Grgoire de Nazianze Oraison 23.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a><a href="#FNanchor_82_82"><span class="label">[82]</span></a> Athanas. ad solitar. pag. 384.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a><a href="#FNanchor_83_83"><span class="label">[83]</span></a> Amm. Marcell. liv. 18.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a><a href="#FNanchor_84_84"><span class="label">[84]</span></a> Ibid. liv. 15.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a><a href="#FNanchor_85_85"><span class="label">[85]</span></a> Ibid. l. 8. ch. 15.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a><a href="#FNanchor_86_86"><span class="label">[86]</span></a> Julian. Imperat. ad Atheniens.
+pag. 501.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a><a href="#FNanchor_87_87"><span class="label">[87]</span></a> Athan. ad solitar. pag. 834. 835.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a><a href="#FNanchor_88_88"><span class="label">[88]</span></a> S. Athanas ad solitar. pag. 852 &amp; Herman Vie de S.
+Athanase liv. 7. ch. 10.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a><a href="#FNanchor_89_89"><span class="label">[89]</span></a> Gregor. Nazianz. orat. 31.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a><a href="#FNanchor_90_90"><span class="label">[90]</span></a> Liv. 7. ch. 10.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a><a href="#FNanchor_91_91"><span class="label">[91]</span></a> Liv. 9. tit. 1. l. 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a><a href="#FNanchor_92_92"><span class="label">[92]</span></a> Eusebe Hist. Eccles. liv. 10 ch. 8.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a><a href="#FNanchor_93_93"><span class="label">[93]</span></a> lius Lampridius.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a><a href="#FNanchor_94_94"><span class="label">[94]</span></a> Quint. Curt. lib. 10. cap. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a><a href="#FNanchor_95_95"><span class="label">[95]</span></a> lius Lampridius in sever.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a><a href="#FNanchor_96_96"><span class="label">[96]</span></a> Cod. Theod. liv. 10, tit. 10, liv. 34.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a><a href="#FNanchor_97_97"><span class="label">[97]</span></a> Liv. 5. pag. 800.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a><a href="#FNanchor_98_98"><span class="label">[98]</span></a> Lucian. Macrob.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a><a href="#FNanchor_99_99"><span class="label">[99]</span></a> Voyez Nouvelles de la Rpublique des Lettres Janvier 1686,
+art. 10. tom. 5. pag. 87.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a><a href="#FNanchor_100_100"><span class="label">[100]</span></a> Liv. 17.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a><a href="#FNanchor_101_101"><span class="label">[101]</span></a> Esae ch. 56. <small>V</small>. 3. Ose ch. 9. <small>V</small>. 16. Luc ch. 13.
+<small>V</small>. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a><a href="#FNanchor_102_102"><span class="label">[102]</span></a> Claud. in Eutrop. lib. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a><a href="#FNanchor_103_103"><span class="label">[103]</span></a> Socrate Hist. Eccles. liv. 6. ch. 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_104_104" id="Footnote_104_104"></a><a href="#FNanchor_104_104"><span class="label">[104]</span></a> Sozomene liv. 8. ch. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_105_105" id="Footnote_105_105"></a><a href="#FNanchor_105_105"><span class="label">[105]</span></a> In pseud. &amp; in Eunuch.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_106_106" id="Footnote_106_106"></a><a href="#FNanchor_106_106"><span class="label">[106]</span></a> Liv. 3. ch. dernier.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_107_107" id="Footnote_107_107"></a><a href="#FNanchor_107_107"><span class="label">[107]</span></a> Martial. liv. 6. Epigram. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_108_108" id="Footnote_108_108"></a><a href="#FNanchor_108_108"><span class="label">[108]</span></a> Liv. 9. Epigram. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_109_109" id="Footnote_109_109"></a><a href="#FNanchor_109_109"><span class="label">[109]</span></a> Sueton. invit. Domitian
+ch. 7. art. 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_110_110" id="Footnote_110_110"></a><a href="#FNanchor_110_110"><span class="label">[110]</span></a> Tit. 8. liv. 48. ff.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_111_111" id="Footnote_111_111"></a><a href="#FNanchor_111_111"><span class="label">[111]</span></a> tit. 8. liv. 48. ff.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_112_112" id="Footnote_112_112"></a><a href="#FNanchor_112_112"><span class="label">[112]</span></a> l. 3. . 4. tit. Eod.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_113_113" id="Footnote_113_113"></a><a href="#FNanchor_113_113"><span class="label">[113]</span></a> liv. 26. . 28. tit. 2. l. 9.
+ad legem Aquiliam.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_114_114" id="Footnote_114_114"></a><a href="#FNanchor_114_114"><span class="label">[114]</span></a> liv. 4. tit. 42. l. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_115_115" id="Footnote_115_115"></a><a href="#FNanchor_115_115"><span class="label">[115]</span></a> Authent. coll. 9. tit. 24. Nouv. 142.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_116_116" id="Footnote_116_116"></a><a href="#FNanchor_116_116"><span class="label">[116]</span></a> Leo. Constitut. 60.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_117_117" id="Footnote_117_117"></a><a href="#FNanchor_117_117"><span class="label">[117]</span></a> Vid. qui testament. facere poss. l. 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_118_118" id="Footnote_118_118"></a><a href="#FNanchor_118_118"><span class="label">[118]</span></a> l. 6 ff. de liberis &amp; posthum. hred. instituendis
+vel exhredandis.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_119_119" id="Footnote_119_119"></a><a href="#FNanchor_119_119"><span class="label">[119]</span></a> l. 6. ff. de Jure patronatus.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_120_120" id="Footnote_120_120"></a><a href="#FNanchor_120_120"><span class="label">[120]</span></a> . sed &amp; illud. In
+insitut. lib. 1. tit. II. de Adoph.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_121_121" id="Footnote_121_121"></a><a href="#FNanchor_121_121"><span class="label">[121]</span></a> Ibid. ff. 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_122_122" id="Footnote_122_122"></a><a href="#FNanchor_122_122"><span class="label">[122]</span></a> d. ff. f&oelig;min Institut de adopt.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_123_123" id="Footnote_123_123"></a><a href="#FNanchor_123_123"><span class="label">[123]</span></a> L. 6 ff. de liber. &amp; posth. hred. Instituendis vel
+exhredandis L. 29. . penult. de in officios. Testam.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_124_124" id="Footnote_124_124"></a><a href="#FNanchor_124_124"><span class="label">[124]</span></a> Schneidevin. sur les Instituts. liv. 1. tit. 25.
+. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_125_125" id="Footnote_125_125"></a><a href="#FNanchor_125_125"><span class="label">[125]</span></a> Institut. de hred. qualit. &amp; differ. l. 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_126_126" id="Footnote_126_126"></a><a href="#FNanchor_126_126"><span class="label">[126]</span></a> L. I. . 11.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_127_127" id="Footnote_127_127"></a><a href="#FNanchor_127_127"><span class="label">[127]</span></a> L. 20. . 7. ff. qui Testamenta facere
+possunt.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_128_128" id="Footnote_128_128"></a><a href="#FNanchor_128_128"><span class="label">[128]</span></a> L. I. cod. quand Mulier. Tutor. off.
+lung. pot.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_129_129" id="Footnote_129_129"></a><a href="#FNanchor_129_129"><span class="label">[129]</span></a> L. 4. liv. 49. tit. 16. de Re militati.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_130_130" id="Footnote_130_130"></a><a href="#FNanchor_130_130"><span class="label">[130]</span></a> Plaut. in Curcull.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_131_131" id="Footnote_131_131"></a><a href="#FNanchor_131_131"><span class="label">[131]</span></a> L. 20, . 7. ff. qui testam.
+facer. poss.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_132_132" id="Footnote_132_132"></a><a href="#FNanchor_132_132"><span class="label">[132]</span></a> Institut. orator. lib. 5, cap. 12.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_133_133" id="Footnote_133_133"></a><a href="#FNanchor_133_133"><span class="label">[133]</span></a> L. 4. ff. ad leg. Cornel. de siccar.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_134_134" id="Footnote_134_134"></a><a href="#FNanchor_134_134"><span class="label">[134]</span></a> Liv. 7. ch. 7. exempl. 6.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_135_135" id="Footnote_135_135"></a><a href="#FNanchor_135_135"><span class="label">[135]</span></a> Juven. Satyr. 11. Aristote lib. 7. cap. 5. Histor. Animal.
+sop. in Apol. lian. lib. 6. cap. 33. Plin. lib.
+37. cap. 6.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_136_136" id="Footnote_136_136"></a><a href="#FNanchor_136_136"><span class="label">[136]</span></a> Voyages de la Hontan dans l'Amrique
+Septentrionale tom. 1. lett. 16. pag. 181. &amp;c.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_137_137" id="Footnote_137_137"></a><a href="#FNanchor_137_137"><span class="label">[137]</span></a> Ibid. 185. 186.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_138_138" id="Footnote_138_138"></a><a href="#FNanchor_138_138"><span class="label">[138]</span></a> Lib. 32. cap. 3.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_139_139" id="Footnote_139_139"></a><a href="#FNanchor_139_139"><span class="label">[139]</span></a> Voyez Mmoires pour l'histoire
+des Sciences &amp; des beaux Arts, mois de Mai 1704.
+article 10. page 301. &amp;c. tom. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_140_140" id="Footnote_140_140"></a><a href="#FNanchor_140_140"><span class="label">[140]</span></a> Levitiq. ch. 22, <small>V</small>. 24.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_141_141" id="Footnote_141_141"></a><a href="#FNanchor_141_141"><span class="label">[141]</span></a> Deuteron. ch. <small>V</small>. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_142_142" id="Footnote_142_142"></a><a href="#FNanchor_142_142"><span class="label">[142]</span></a> Matth. ch. 19 <small>V</small>. 12.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_143_143" id="Footnote_143_143"></a><a href="#FNanchor_143_143"><span class="label">[143]</span></a> Distinct. 55. c. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_144_144" id="Footnote_144_144"></a><a href="#FNanchor_144_144"><span class="label">[144]</span></a> Ibid. c. 10.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_145_145" id="Footnote_145_145"></a><a href="#FNanchor_145_145"><span class="label">[145]</span></a> Ibid. c. 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_146_146" id="Footnote_146_146"></a><a href="#FNanchor_146_146"><span class="label">[146]</span></a> L. si ver 5. . II. lib. 9. ff. tit. 3. de his qui effuderint,
+vel dejecerint.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_147_147" id="Footnote_147_147"></a><a href="#FNanchor_147_147"><span class="label">[147]</span></a> De Bell. Alexand.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_148_148" id="Footnote_148_148"></a><a href="#FNanchor_148_148"><span class="label">[148]</span></a> Cheviana tom. <small>I</small>. pag. 200.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_149_149" id="Footnote_149_149"></a><a href="#FNanchor_149_149"><span class="label">[149]</span></a> Voyez les Nouvelles de la Rpublique des Lettres
+par Mr. Bayle tom. 4. pag. 948.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_150_150" id="Footnote_150_150"></a><a href="#FNanchor_150_150"><span class="label">[150]</span></a> Ibid. tom. 7. pag. 1466.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_151_151" id="Footnote_151_151"></a><a href="#FNanchor_151_151"><span class="label">[151]</span></a> Institut. lib. 1. tit. 9. . 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_152_152" id="Footnote_152_152"></a><a href="#FNanchor_152_152"><span class="label">[152]</span></a> Decret. 2. pars. causa 35. qust. 1. &amp; 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_153_153" id="Footnote_153_153"></a><a href="#FNanchor_153_153"><span class="label">[153]</span></a> In Eutrop. lib. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_154_154" id="Footnote_154_154"></a><a href="#FNanchor_154_154"><span class="label">[154]</span></a> Cap. tunc salvabitur 33. Qust. 5. &amp; ibid. Gloss.
+fin.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_155_155" id="Footnote_155_155"></a><a href="#FNanchor_155_155"><span class="label">[155]</span></a> 1. Timoth. ch. 5. <small>V</small>. 14.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_156_156" id="Footnote_156_156"></a><a href="#FNanchor_156_156"><span class="label">[156]</span></a> Jrm. ch. 29. <small>V</small>.
+6.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_157_157" id="Footnote_157_157"></a><a href="#FNanchor_157_157"><span class="label">[157]</span></a> L. 220. ff. deverbor. signif. . 3. in fin.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_158_158" id="Footnote_158_158"></a><a href="#FNanchor_158_158"><span class="label">[158]</span></a> Chap. 20. <small>V</small>. 35. &amp; 36.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_159_159" id="Footnote_159_159"></a><a href="#FNanchor_159_159"><span class="label">[159]</span></a> Aul. Gel. lib. 18. cap. 6.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_160_160" id="Footnote_160_160"></a><a href="#FNanchor_160_160"><span class="label">[160]</span></a> Cap. extr. de convers. infidel.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_161_161" id="Footnote_161_161"></a><a href="#FNanchor_161_161"><span class="label">[161]</span></a> Nouvel. 73. in princip.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_162_162" id="Footnote_162_162"></a><a href="#FNanchor_162_162"><span class="label">[162]</span></a> L. Eleganter 24. . qui reprobos. ff. de pignor. act.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_163_163" id="Footnote_163_163"></a><a href="#FNanchor_163_163"><span class="label">[163]</span></a> Sext. decretal. lib. 4. tit. 2. capitul. unic.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_164_164" id="Footnote_164_164"></a><a href="#FNanchor_164_164"><span class="label">[164]</span></a> L. 14. ff. de sponsal.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_165_165" id="Footnote_165_165"></a><a href="#FNanchor_165_165"><span class="label">[165]</span></a> L. vehenda 10. . 1. ff. ad leg. Rhod. de Jactu.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_166_166" id="Footnote_166_166"></a><a href="#FNanchor_166_166"><span class="label">[166]</span></a> Voyez S. Jerme Epitr. 2. tom. 1. p. 11.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_167_167" id="Footnote_167_167"></a><a href="#FNanchor_167_167"><span class="label">[167]</span></a> 1. Liv. des Rois ch. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_168_168" id="Footnote_168_168"></a><a href="#FNanchor_168_168"><span class="label">[168]</span></a> L. ea qu commendandi causa ff. . ult. de contrala.
+empt.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_169_169" id="Footnote_169_169"></a><a href="#FNanchor_169_169"><span class="label">[169]</span></a> Part. 1. lib. 5. disput. 12. . 10. num. 351.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_170_170" id="Footnote_170_170"></a><a href="#FNanchor_170_170"><span class="label">[170]</span></a> Lib. 5. tit. 17. l. 50.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_171_171" id="Footnote_171_171"></a><a href="#FNanchor_171_171"><span class="label">[171]</span></a> Lib. 23. tit. 3 de Juro
+dotium l. 39. . 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_172_172" id="Footnote_172_172"></a><a href="#FNanchor_172_172"><span class="label">[172]</span></a> Voyez le Tresor ou la Biblioth. du Droit Fran. par
+Mre. Laurent Bouchet tom. 2. pag. 691.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_173_173" id="Footnote_173_173"></a><a href="#FNanchor_173_173"><span class="label">[173]</span></a> Tit. de Nuptiis . 12.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_174_174" id="Footnote_174_174"></a><a href="#FNanchor_174_174"><span class="label">[174]</span></a> L. 30. ff. quando dies leg. vel fideic.
+cedat.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_175_175" id="Footnote_175_175"></a><a href="#FNanchor_175_175"><span class="label">[175]</span></a> Vid. Pruckneri manuale mille qustionum illustrium
+Theolog. Centur. 8. Qust. 43.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_176_176" id="Footnote_176_176"></a><a href="#FNanchor_176_176"><span class="label">[176]</span></a> Voyez le Tresor, ou la Biblioth. du Droit Franois par Mre Laurent
+Bouchel tom. 2. pag. 689.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_177_177" id="Footnote_177_177"></a><a href="#FNanchor_177_177"><span class="label">[177]</span></a> Capitul. 10. Decretal. Gregor. lib. 4. tit. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_178_178" id="Footnote_178_178"></a><a href="#FNanchor_178_178"><span class="label">[178]</span></a> Decret. 2. pars caus. 37. qust. 2. c. 17.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_179_179" id="Footnote_179_179"></a><a href="#FNanchor_179_179"><span class="label">[179]</span></a> Ibid. c. 30.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_180_180" id="Footnote_180_180"></a><a href="#FNanchor_180_180"><span class="label">[180]</span></a> Ibid. c. 37., &amp;c.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_181_181" id="Footnote_181_181"></a><a href="#FNanchor_181_181"><span class="label">[181]</span></a> Voy. Schneidewin.
+in institut. lib. 1. Tit. 10. pars 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_182_182" id="Footnote_182_182"></a><a href="#FNanchor_182_182"><span class="label">[182]</span></a> De divortio. num. 22.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_183_183" id="Footnote_183_183"></a><a href="#FNanchor_183_183"><span class="label">[183]</span></a> On peut voir sur ce sujet les ch. 62. &amp; 64.
+de la 2. Centurie des Arrts de Mr. le Prtre.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_184_184" id="Footnote_184_184"></a><a href="#FNanchor_184_184"><span class="label">[184]</span></a> Collat. 4. Novell. 22. tit. de causis solutionis cum
+p&oelig;na.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_185_185" id="Footnote_185_185"></a><a href="#FNanchor_185_185"><span class="label">[185]</span></a> In Eutrop. lib. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_186_186" id="Footnote_186_186"></a><a href="#FNanchor_186_186"><span class="label">[186]</span></a> Terence Eunuch. Act.
+2. Scen. 3.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_187_187" id="Footnote_187_187"></a><a href="#FNanchor_187_187"><span class="label">[187]</span></a> Epigr. 52. lib. 10.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_188_188" id="Footnote_188_188"></a><a href="#FNanchor_188_188"><span class="label">[188]</span></a> Epigram. 42. lib 12.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_189_189" id="Footnote_189_189"></a><a href="#FNanchor_189_189"><span class="label">[189]</span></a> Carmen Nuptiale lib. 1. m. 63.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_190_190" id="Footnote_190_190"></a><a href="#FNanchor_190_190"><span class="label">[190]</span></a> Ovid. Amor. lib. 3. Eleg. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_191_191" id="Footnote_191_191"></a><a href="#FNanchor_191_191"><span class="label">[191]</span></a> Audonus Epigramm. 55.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_192_192" id="Footnote_192_192"></a><a href="#FNanchor_192_192"><span class="label">[192]</span></a> Ibid. Epigram. 275.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_193_193" id="Footnote_193_193"></a><a href="#FNanchor_193_193"><span class="label">[193]</span></a> Juven. Satyr. 6. <small>V</small>. 513.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_194_194" id="Footnote_194_194"></a><a href="#FNanchor_194_194"><span class="label">[194]</span></a> Ovid. ubi supr.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_195_195" id="Footnote_195_195"></a><a href="#FNanchor_195_195"><span class="label">[195]</span></a> Liv. 21. tit. 1. de ditit. dicto. l. 7.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_196_196" id="Footnote_196_196"></a><a href="#FNanchor_196_196"><span class="label">[196]</span></a> Horat. Sermon. lib. I. Satyr. I.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_197_197" id="Footnote_197_197"></a><a href="#FNanchor_197_197"><span class="label">[197]</span></a> Ch. 30. <small>V</small>. 21.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_198_198" id="Footnote_198_198"></a><a href="#FNanchor_198_198"><span class="label">[198]</span></a> Mr. Ocluen Capitaine de Cavalerie, &amp; l'un des
+Membres de la Socit Royale de Berlin.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_199_199" id="Footnote_199_199"></a><a href="#FNanchor_199_199"><span class="label">[199]</span></a> Voyez Livre sans nom pag. 33.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_200_200" id="Footnote_200_200"></a><a href="#FNanchor_200_200"><span class="label">[200]</span></a> Lib. 5. Epigr. 42.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_201_201" id="Footnote_201_201"></a><a href="#FNanchor_201_201"><span class="label">[201]</span></a> Ovid. de arte Amandi. lib. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_202_202" id="Footnote_202_202"></a><a href="#FNanchor_202_202"><span class="label">[202]</span></a> Ibid.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_203_203" id="Footnote_203_203"></a><a href="#FNanchor_203_203"><span class="label">[203]</span></a> Plat. lib. 10. de legib.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_204_204" id="Footnote_204_204"></a><a href="#FNanchor_204_204"><span class="label">[204]</span></a> In Galb. cap. 3.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_205_205" id="Footnote_205_205"></a><a href="#FNanchor_205_205"><span class="label">[205]</span></a> Thuan. Histor. lib. 52.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_206_206" id="Footnote_206_206"></a><a href="#FNanchor_206_206"><span class="label">[206]</span></a> Tacit. Annal. lib. 4 cap. 53.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_207_207" id="Footnote_207_207"></a><a href="#FNanchor_207_207"><span class="label">[207]</span></a> Plin. Epist. 18. lib. 8.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_208_208" id="Footnote_208_208"></a><a href="#FNanchor_208_208"><span class="label">[208]</span></a> Voyez Valesiana pag. 57.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_209_209" id="Footnote_209_209"></a><a href="#FNanchor_209_209"><span class="label">[209]</span></a> Diction. Histor. &amp; Crit. 2. Edit. tom. 1. pag. 355.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_210_210" id="Footnote_210_210"></a><a href="#FNanchor_210_210"><span class="label">[210]</span></a> Bouchet Annales d'Aquitaine fol. 143. vers. Dans
+Bayle Rponse aux questions d'un Prov. tom. 1. pag.
+423.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_211_211" id="Footnote_211_211"></a><a href="#FNanchor_211_211"><span class="label">[211]</span></a> Voyez l'Histoire des Ouvrages des Savans,
+mois de Septembre 1687. pag. 109. &amp; 110.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_212_212" id="Footnote_212_212"></a><a href="#FNanchor_212_212"><span class="label">[212]</span></a> Saty. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_213_213" id="Footnote_213_213"></a><a href="#FNanchor_213_213"><span class="label">[213]</span></a> Hist. des Ouvr. des Sav. mois de Juillet
+1696. pag. 506.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_214_214" id="Footnote_214_214"></a><a href="#FNanchor_214_214"><span class="label">[214]</span></a> Sext. Decretal. lib. 4. tit. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_215_215" id="Footnote_215_215"></a><a href="#FNanchor_215_215"><span class="label">[215]</span></a> L. 60. ff.; P2: ff lib. 23.
+tit. 2. de ritu nupt. . 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_216_216" id="Footnote_216_216"></a><a href="#FNanchor_216_216"><span class="label">[216]</span></a> . si advertus Institut. de Nuptiis.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_217_217" id="Footnote_217_217"></a><a href="#FNanchor_217_217"><span class="label">[217]</span></a> Sueton. in August. cap. 44.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_218_218" id="Footnote_218_218"></a><a href="#FNanchor_218_218"><span class="label">[218]</span></a> Liv. 5. Epigram. 42.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_219_219" id="Footnote_219_219"></a><a href="#FNanchor_219_219"><span class="label">[219]</span></a> Pag. 513.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_220_220" id="Footnote_220_220"></a><a href="#FNanchor_220_220"><span class="label">[220]</span></a> Liv. 6. ch. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_221_221" id="Footnote_221_221"></a><a href="#FNanchor_221_221"><span class="label">[221]</span></a> Voyez aussi l'Histoire des Ouvrages
+des Savans mois de Septembre 1690. art. 1. tom. 7.
+pag. 10. &amp; suiv.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_222_222" id="Footnote_222_222"></a><a href="#FNanchor_222_222"><span class="label">[222]</span></a> . 28. pag. 20.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_223_223" id="Footnote_223_223"></a><a href="#FNanchor_223_223"><span class="label">[223]</span></a> . 235. pag. 358.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_224_224" id="Footnote_224_224"></a><a href="#FNanchor_224_224"><span class="label">[224]</span></a> L. si dotem. 22. . si maritus. 7. ff. solut. Matrimon.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_225_225" id="Footnote_225_225"></a><a href="#FNanchor_225_225"><span class="label">[225]</span></a> Can. quod autem.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_226_226" id="Footnote_226_226"></a><a href="#FNanchor_226_226"><span class="label">[226]</span></a> Tom. 2. Jenens. German. fol. 156. 6.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_227_227" id="Footnote_227_227"></a><a href="#FNanchor_227_227"><span class="label">[227]</span></a> Lib. 2. tit. 1. de Matrimon. &amp; Nupt.
+definit. 16. &amp; Tit. 11. definit. 200.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_228_228" id="Footnote_228_228"></a><a href="#FNanchor_228_228"><span class="label">[228]</span></a> Hist. des Ouvrages des Savans, mois de Fvrier
+1706. art. 7. pag. 89. &amp; suiv.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_229_229" id="Footnote_229_229"></a><a href="#FNanchor_229_229"><span class="label">[229]</span></a> Ibid. mois de Dcembre
+1691. art. 3. pag. 175.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_230_230" id="Footnote_230_230"></a><a href="#FNanchor_230_230"><span class="label">[230]</span></a> Lib. 5. Tit. 8. Cod. si nupti ex rescripto petantur l. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_231_231" id="Footnote_231_231"></a><a href="#FNanchor_231_231"><span class="label">[231]</span></a> Hist. des Ouv. des Sav. mois de Novembr. 1687.
+pag. 321. Ibid mois de Mai 1688. art. 4. pag. 35. Ibid.
+mois de Juillet 1688. art. 10. Ibid mois de Septembre
+1688. pag. 38. Ibid. Octobre 1688. art. 13. Ibid. Janvier
+1689. pag. 473. Ibid. Fvrier 1689. art. 4. Ibid. Mars
+1689. art. 1. pag. 13. 16. Ibid. Fvrier 1692. pag. 280.
+Ibid. Aot 1692. pag. 540. Ibid. Avril 1695. art. 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_232_232" id="Footnote_232_232"></a><a href="#FNanchor_232_232"><span class="label">[232]</span></a> Mois de Fvrier 1706. art. 7. pag. 89.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_233_233" id="Footnote_233_233"></a><a href="#FNanchor_233_233"><span class="label">[233]</span></a> Voyez la Dclaration du Roi de Prusse sur ce sujet
+du 7. Decembre 1689.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_234_234" id="Footnote_234_234"></a><a href="#FNanchor_234_234"><span class="label">[234]</span></a> Chap. 9. . 2. num. 13.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_235_235" id="Footnote_235_235"></a><a href="#FNanchor_235_235"><span class="label">[235]</span></a> B: Voyez les Oeuvres de
+Mr. le Vayer Homelie Acadmique, Homel. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_236_236" id="Footnote_236_236"></a><a href="#FNanchor_236_236"><span class="label">[236]</span></a> Impress. Londini in 4. ann. 1640. pag. 40. 41.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_237_237" id="Footnote_237_237"></a><a href="#FNanchor_237_237"><span class="label">[237]</span></a> Votii Polit. Ecclesies pars prima lib. 3. Tractat. 1.
+de matrimonio lectio 2. cap. 1. qust. 3.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_238_238" id="Footnote_238_238"></a><a href="#FNanchor_238_238"><span class="label">[238]</span></a> Voyez de l'usage &amp; de l'autorit du Droit Civil
+dans les Etats des Princes Chrtiens traduit du Latin
+d'Arthurus Duck Iuriscons. Angl. liv. 2. pag. 234.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_239_239" id="Footnote_239_239"></a><a href="#FNanchor_239_239"><span class="label">[239]</span></a> Lib. 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_240_240" id="Footnote_240_240"></a><a href="#FNanchor_240_240"><span class="label">[240]</span></a> Terent. Eunuch. Act. 4. scen. 3.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_241_241" id="Footnote_241_241"></a><a href="#FNanchor_241_241"><span class="label">[241]</span></a> Iuvenal. Satyr. 6. <small>V</small>. 366.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_242_242" id="Footnote_242_242"></a><a href="#FNanchor_242_242"><span class="label">[242]</span></a> Cap. 89.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_243_243" id="Footnote_243_243"></a><a href="#FNanchor_243_243"><span class="label">[243]</span></a> Liv. 6. Epigr. 67.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_244_244" id="Footnote_244_244"></a><a href="#FNanchor_244_244"><span class="label">[244]</span></a> Lib. I. Epigr. 34.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_245_245" id="Footnote_245_245"></a><a href="#FNanchor_245_245"><span class="label">[245]</span></a> Ch. 20. <small>V</small>. 2. 3.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_246_246" id="Footnote_246_246"></a><a href="#FNanchor_246_246"><span class="label">[246]</span></a> Ovid. Metamorph. lib. 9.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_247_247" id="Footnote_247_247"></a><a href="#FNanchor_247_247"><span class="label">[247]</span></a> Caus. 32. qust. 4.
+c. origo. &amp;c. liberorum erg.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_248_248" id="Footnote_248_248"></a><a href="#FNanchor_248_248"><span class="label">[248]</span></a> Genes. chap. 6. <small>V</small>. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_249_249" id="Footnote_249_249"></a><a href="#FNanchor_249_249"><span class="label">[249]</span></a> Genes. ch. 30. <small>V</small>. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_250_250" id="Footnote_250_250"></a><a href="#FNanchor_250_250"><span class="label">[250]</span></a> neid. lib. 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_251_251" id="Footnote_251_251"></a><a href="#FNanchor_251_251"><span class="label">[251]</span></a> Vid. c. penult. &amp; fin. 32. qust. 7. a. solet
+quri. 32. q. 2. c. non enim 32. q. 1. c. tantum. 32. q. 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_252_252" id="Footnote_252_252"></a><a href="#FNanchor_252_252"><span class="label">[252]</span></a> Genes. ch. 30. <small>V</small>. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_253_253" id="Footnote_253_253"></a><a href="#FNanchor_253_253"><span class="label">[253]</span></a> Tobie ch. 6. <small>V</small>. 16. &amp; suiv.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_254_254" id="Footnote_254_254"></a><a href="#FNanchor_254_254"><span class="label">[254]</span></a> Novell. 78. cap. 3. Novell. 117. cap. 6.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_255_255" id="Footnote_255_255"></a><a href="#FNanchor_255_255"><span class="label">[255]</span></a> L. in re mandata cod. mandati.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_256_256" id="Footnote_256_256"></a><a href="#FNanchor_256_256"><span class="label">[256]</span></a> L. 10. l. 14. de adim. legat.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_257_257" id="Footnote_257_257"></a><a href="#FNanchor_257_257"><span class="label">[257]</span></a> L. 8. in princip. ff.
+de pericul. &amp; commot. rei vendit.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_258_258" id="Footnote_258_258"></a><a href="#FNanchor_258_258"><span class="label">[258]</span></a> Vigneuil Marville tom. 1. pag. 376.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_259_259" id="Footnote_259_259"></a><a href="#FNanchor_259_259"><span class="label">[259]</span></a> Perroniana pag. 44.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_260_260" id="Footnote_260_260"></a><a href="#FNanchor_260_260"><span class="label">[260]</span></a> Juven. Satyr. 6. <small>V</small>. 324.
+325.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_261_261" id="Footnote_261_261"></a><a href="#FNanchor_261_261"><span class="label">[261]</span></a> Martial. Epigr. 7. lib. 4.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_262_262" id="Footnote_262_262"></a><a href="#FNanchor_262_262"><span class="label">[262]</span></a> Lib. 11. Epigr. 82.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_263_263" id="Footnote_263_263"></a><a href="#FNanchor_263_263"><span class="label">[263]</span></a> L. 30. ff. de divers. Regul. jur.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_264_264" id="Footnote_264_264"></a><a href="#FNanchor_264_264"><span class="label">[264]</span></a> L. Si p&oelig;nam ff. de verbor. obligationib.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_265_265" id="Footnote_265_265"></a><a href="#FNanchor_265_265"><span class="label">[265]</span></a> Capitul. 5. Decretal. lib. 4. tit. 15. de Frigidis &amp;
+Maleficiatis.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_266_266" id="Footnote_266_266"></a><a href="#FNanchor_266_266"><span class="label">[266]</span></a> Metamorphos. lib. 9. <small>V</small>. 465.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_267_267" id="Footnote_267_267"></a><a href="#FNanchor_267_267"><span class="label">[267]</span></a> Ovid. fast. lib. 5.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_268_268" id="Footnote_268_268"></a><a href="#FNanchor_268_268"><span class="label">[268]</span></a> St. Romuald. Tresor Hist. &amp;
+Chronol. in fol. tom. 1. pag. 93.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_269_269" id="Footnote_269_269"></a><a href="#FNanchor_269_269"><span class="label">[269]</span></a> Ibid. pag. 231.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_270_270" id="Footnote_270_270"></a><a href="#FNanchor_270_270"><span class="label">[270]</span></a> Genes. ch. 21.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_271_271" id="Footnote_271_271"></a><a href="#FNanchor_271_271"><span class="label">[271]</span></a> 1. Samuel. ch. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_272_272" id="Footnote_272_272"></a><a href="#FNanchor_272_272"><span class="label">[272]</span></a> Esae. ch. 54. <small>V</small>. 1.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_273_273" id="Footnote_273_273"></a><a href="#FNanchor_273_273"><span class="label">[273]</span></a> L. 1. . usque ade 5. ff. de injuriis &amp; famosis libellis
+lib. 47. tit. 10.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_274_274" id="Footnote_274_274"></a><a href="#FNanchor_274_274"><span class="label">[274]</span></a> Sext. decretal. lib. 5. tit. de regul.
+jur. Regula 25.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_275_275" id="Footnote_275_275"></a><a href="#FNanchor_275_275"><span class="label">[275]</span></a> Novell. 22. cap. per occasionem. 6.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_276_276" id="Footnote_276_276"></a><a href="#FNanchor_276_276"><span class="label">[276]</span></a> Lib. 2.
+Epist. 2. <small>V</small>. 18.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_277_277" id="Footnote_277_277"></a><a href="#FNanchor_277_277"><span class="label">[277]</span></a> L. 6. de Appellat.</p></div>
+
+</div>
+<hr class="full" />
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Trait des eunuques, by Charles Ancillon
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT DES EUNUQUES ***
+
+***** This file should be named 39320-h.htm or 39320-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/9/3/2/39320/
+
+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned
+pages available at http://gallica.bnf.fr/)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>
diff --git a/39320-h/images/colophon.png b/39320-h/images/colophon.png
new file mode 100644
index 0000000..6c65b1c
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/colophon.png
Binary files differ
diff --git a/39320-h/images/ill_pg018.png b/39320-h/images/ill_pg018.png
new file mode 100644
index 0000000..0b6c5d0
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/ill_pg018.png
Binary files differ
diff --git a/39320-h/images/ill_pg028.png b/39320-h/images/ill_pg028.png
new file mode 100644
index 0000000..da5fb11
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/ill_pg028.png
Binary files differ
diff --git a/39320-h/images/ill_pg084.png b/39320-h/images/ill_pg084.png
new file mode 100644
index 0000000..a8b797a
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/ill_pg084.png
Binary files differ
diff --git a/39320-h/images/ill_pg152.png b/39320-h/images/ill_pg152.png
new file mode 100644
index 0000000..a729e29
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/ill_pg152.png
Binary files differ
diff --git a/39320-h/images/ill_pg164.png b/39320-h/images/ill_pg164.png
new file mode 100644
index 0000000..987d665
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/ill_pg164.png
Binary files differ
diff --git a/39320-h/images/ill_pg174.png b/39320-h/images/ill_pg174.png
new file mode 100644
index 0000000..d1d8174
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/ill_pg174.png
Binary files differ
diff --git a/39320-h/images/ill_pg177.png b/39320-h/images/ill_pg177.png
new file mode 100644
index 0000000..ea1476b
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/ill_pg177.png
Binary files differ
diff --git a/39320-h/images/ill_pg182.png b/39320-h/images/ill_pg182.png
new file mode 100644
index 0000000..6f03189
--- /dev/null
+++ b/39320-h/images/ill_pg182.png
Binary files differ
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..c9fd73f
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #39320 (https://www.gutenberg.org/ebooks/39320)