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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-14 20:12:27 -0700 |
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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + + +Title: Traité des eunuques + +Author: Charles Ancillon + +Release Date: March 31, 2012 [EBook #39320] + +Language: French + +Character set encoding: UTF-8 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAITÉ DES EUNUQUES *** + + + + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned +pages available at http://gallica.bnf.fr/) + + + + + + + + +TRAITÉ + +DES + +EUNUQUES, + +DANS LEQUEL + +On explique toutes les différentes sortes +d'Eunuques, quel rang ils ont tenu, +& quel cas on en a fait, &c. + +_On éxamine principalement s'ils sont propres +au Mariage, & s'il leur doit être +permis de se marier._ + +Et l'on fait plusieurs Remarques curieuses & +divertissantes à l'occasion des + +EUNUQUES, &c. + +Par M***. D***. + +[Illustration] + +Imprimé l'an M. DCC. VII. + + + + +EPITRE + +DEDICATOIRE + +A + +M^R. BAYLE.[1] + + +MONSIEUR, + +_J'ai à vous rendre compte de deux choses qui me justifieront envers +vous de la liberté que je prends de vous adresser cet Ouvrage, & qui +nous justifieront l'un & l'autre envers le Public, si vous trouviez à +propos de le faire mettre sous la Presse pour lui en faire part._ + +_La prémiére, que je ne me suis point ingéré de mon chef à traiter le +sujet qui fait la matiére de cet Ouvrage; l'occasion qui m'y a engagé +est assez singuliére. Il y avoit autrefois ici plusieurs Eunuques +Italiens, Musiciens, qui y faisoient grosse figure. Ils se flattérent de +faire de grandes & d'illustres Conquêtes, mais ils se trompérent; nos +Dames ne se laissérent point éblouïr, & ne se payérent point de la +bagatelle. [2]Un Gentilhomme François d'un esprit gai & enjoué les en +railla par ces Vers jolis & pleins de sel._ + + Je connois plus d'un Fanfaron + A crête & mine fiére, + Bien dignes de porter le Nom + De la Chaponardiére. + Crête aujourd'hui ne suffit pas + Et les plus simples Filles, + De la Crête font peu de cas + Sans autres Béatilles. + +_Cependant il y en a eu une qui s'est laissé charmer, & qui a prêté +l'oreille aux propositions de mariage qui lui ont été faites par un de +ces Eunuques. Une Personne que je considére beaucoup, m'ayant prié de +lui dire mon avis, & de le lui donner raisonné par écrit, en forme de +consultation, pour détourner cette jeune fille sa parente du dessein +qu'elle avoit d'entrer dans un tel engagement, ou en tout cas pour s'en +servir ailleurs en cas de besoin. J'y ai travaillé avec plaisir, & j'ai +trouvé qu'insensiblement j'avois fait un Livre, de sorte qu'au lieu de +laisser mon Ouvrage sous la forme qu'on me l'avoit demandé, je lui ai +donné celle qu'il a présentement. Je vous avouë que l'extrait que +l'illustre Mr. de Beauval a donné[3] du Livre de Mr. Bruknerus +intitulé,_ Décisions du Droit Matrimonial, _n'a pas peu contribué à +m'engager dans un éxamen éxact de cette question. J'aurois extrémement +souhaité qu'il eût bien voulu dire ce qu'il en pense, & peut-être lui en +fournirai-je l'occasion par ce petit Essai lors qu'il en donnera +l'extrait._ + +_Les Personnes scrupuleuses trouveront peut-être que c'est là plûtôt +l'occupation d'un homme oiseux, que d'un curieux qui cherche à +s'instruire._ Hujusmodi hærere quæstionibus non tàm studiosi quàm otiosi +hominis esse videtur, _comme parloit Saint Jérôme consulté par Vitalis +sur la fécondité prématurée d'Achas. Ainsi il est bon de les prévenir, +ou de les détromper, en leur apprenant que la vocation de l'examiner m'a +été légitimement adressée._ + +_Ce n'est pas que je crusse avoir fait un mal, quand je me serois avisé, +pour me divertir, & pour changer mes occupations sérieuses dans une +étude plus divertissante, de traiter cette matiére. Le Docte Mollerus a +fait un Livre qui a pour tître,_ Discursus duo Philologico-Juridici +prior de Cornutis, posterior de Hermaphroditis corumque jure, uterque ex +jure Divino, Canonico, Civili, variisque historiarum monumentis, horis +otiosis congesti. à M. Jacobo Mollero. _Et cet Ouvrage n'a point +deshonoré son Auteur, ni diminué l'estime que le Public avoit pour lui. +Il est difficile, je l'avouë, de parler des Eunuques sans dire certaines +choses capables de choquer un peu la pudeur d'une femme. Mais à l'égard +de l'Auteur cela ne lui fait aucun tort, il s'en faut beaucoup que son +Livre contienne des ordures & des saletez semblables à celles qui sont +dans les_ Priapeia, _sur lesquels Joseph Scaliger, l'un des plus grands +Hommes des Siécles passez, a fait des annotations, sans perdre sa +réputation. Et à l'égard des femmes, ce qu'on dit de libre & de naturel +est exprimé en Latin, qui est une Langue peu entenduë parmi elles. Mais +quand on auroit été obligé de s'exprimer en termes capables de blesser +la pudeur la plus scrupuleuse, s'ensuivroit-il qu'il auroit fallu se +dispenser de discuter un Droit sur lequel on voit assez souvent fonder +des disputes importantes, & laisser les choses, à cet égard, dans le +doute et dans la confusion? Certes je ne crois pas que personne le +prétende ainsi: en tout cas cette prétention seroit aussi ridicule que +celle de certaines gens qui aimeroient mieux qu'on eût laissé périr, ou +souffrir tout le genre humain, que d'avoir fait des Traitez de Médecine, +& de Chirurgie, qui le conserve, qui le préserve, & qui le soulage, +parce qu'on a été obligé de nommer les choses par leur nom & sans +déguisement, & de parler à découvert de toutes les parties les plus +secrettes du corps humain. J'espére que le Public sera équitable sur ce +sujet. J'aurois eu plus à craindre du redoutable Mr. Bernard que d'aucun +autre, parce que je connois sa délicatesse & sa sévérité, qui ne +pardonnent point les moindres fautes, & qui en trouvent même dans des +choses qui ont l'approbation des gens qu'il croit aisément être d'un +goût au dessous du sien. Mais que pourra-t-il me dire, lui qui annonce +avec tant de soin un Livre qui a pour tître_[4], les Cérémonies du +mariage telles qu'on les pratique présentement dans toutes les parties +du Monde, Ouvrage très divertissant, sur tout pour les Dames, écrit en +Italien par le Sr. Gaya, troisiéme Edition, â laquelle on a ajoûté +d'amples Notes & des Remarques sur le Mariage, avec le Miroir des +personnes mariées, ou les Avantures capricieuses du Chevalier H..... +avec ses sept femmes, écrites par lui-même dans le tems de sa prison, & +mises en Anglois moderne par Mr. Thomas Brown, in 8. pag. 161. _& +d'avertir ensuite le Public, que_ les notes qu'on a mises au bas des +pages sont très enjouées, & qu'on n'y épargne pas les Prêtres. _On sçait +combien de contes sales on a accoûtumé de faire sur leur sujet, & +combien de vilenies on met sur leur comte. Je ne sçai point au reste, si +ce Docteur Thomas Brown dont Mr. Bernard fait ici mention, est ce savant +Mr. Brown Chanoine de Windsor, Ami intime de Mr. Isaac Vossius qui lui a +dédié son Traité des Oracles Sibyllins, ou cet Ecossois qui a fait un +Traité des Fiévres continuës imprimé à Edimbourg en 1695., ou si c'est +ce Thomas Brown Docteur Anglois qui a fait la_ Religion du Médecin. _Ce +qui me feroit douter que ce fût le prémier, seroit qu'il ne s'est +appliqué qu'à des Etudes graves & sérieuses, comme on le remarque par ce +que Colomiez dit de lui dans sa Bibliothéque choisie. Ce qui me feroit +douter aussi que ce fût le second, c'est la timidité qu'il fait paroître +dans la Préface de son Livre, en y déclarant qu'il a eu bien de la peine +à se résoudre à produire cet essai touchant les Fiévres continuës; qu'il +redoutoit le génie railleur & Satirique si commun à ceux de sa Nation; +Que la même frayeur étouffe tous les jours des productions très dignes +de voir le jour. Qu'il s'est pourtant déterminé à paroître en public +pour ne pas sortir du monde comme un Citoyen inutile & paresseux. Qu'il +hazarde ce systême nouveau, & qu'il sacrifie ses scrupules à l'utilité +publique. Et si c'est le troisiéme, vous sçavez, Monsieur, ce qu'en a +dit Patin, car vous le rapportez dans vos Nouvelles de la République des +Lettres[5]_, C'est, _dit-il_, un Mélancholique agréable en ses pensées, +mais qui à mon jugement cherche Maître en fait de Religion comme +beaucoup d'autres, & peut-être qu'enfin il n'en trouvera aucune. Il faut +dire de lui ce que Philippe de Comines a dit du Fondateur des Minimes, +l'Hermite de Calabre François de Paule, il est encore en vie, il peut +aussi-bien empirer qu'amender. _On a mis cette pensée de [6]Patin dans +le_ Patiniana _un peu déguisée à l'égard du tour & de l'expression, mais +la même absolument dans le fond. Si, dis-je, c'est ce Thomas Brown +Auteur du Livre intitulé_, Religio Medici, _qu'on pourroit intituler +aussi-bien_, Medicus Religionis, _comme il est dit dans le_ Patiniana, +_qui a traduit en Anglois moderne, ces_ Cérémonies du Mariage _que Mr. +Bernard annonce avec tant de soin, & si obligeamment au Public, c'est +apparemment un Livre dont la matiére n'est pas trop chaste, ni les +expression trop scrupuleuses & trop châtrées. Je n'en parle que par +conjecture, car j'avouë que la recommandation de Mr Bernard ne m'a point +engagé à le chercher, à l'acheter, & à le lire. Je ne connois que ces +Brown. Il y a bien un Docteur en Théologie originaire du Palatinat & +présentement Professeur en Langue Hébraïque dans l'Académie de +Groningue, Auteur de quelques Dissertations très curieuses, qui se nomme +Brawn; mais Mr. Bernard est trop éxact pour avoir confondu Brown avec +Brawn, quelque ressemblance qu'il y ait dans ces noms, & quelque +facilité qu'il y ait à s'y méprendre._ + +_La seconde chose dont j'ai à vous rendre compte, est le motif qui me +porte à vous adresser cet Ouvrage. Je n'en ai point d'autre, Monsieur, +que l'estime toute particuliére que j'ai pour vous, & le cas que je fais +de l'amitié dont vous m'honorez. Je me suis flatté que vous ne voudriez +pas laisser paroître en public un Livre qui pourroit nuire à la +réputation de son Auteur, qui est un de vos anciens Amis, & qui se +repose sur vous du soin de l'éxaminer & de juger s'il mérite d'être mis +sous la Presse: & je me suis persuadé que si vôtre jugement lui étoit +favorable, je n'avois rien à craindre de la part du Public, parce que je +pouvois espérer une approbation générale, ou en tout cas être assuré +d'avoir en vous un puissant appui contre le mauvais goût & contre la +Critique maligne, qui pourroient m'entreprendre. Je n'ai garde de faire +ici vôtre Panégyrique à l'imitation de ceux qui font des Epîtres +Dédicatoires, vos propres Ouvrages font vôtre Eloge, & le jugement +favorable & glorieux que le Public en fait, vous est infiniment plus +honorable que toutes les louanges qu'on pourroit vous donner dans une +Epître. Je finis donc celle-ci en vous assurant que je me sers avec +plaisir de cette occasion que j'ai souvent recherchée de pouvoir vous +donner un témoignage public de la considération toute particuliére avec +laquelle je suis,_ + +MONSIEUR + +Vôtre très humble & +très obéïssant serviteur. + +C. D'OLLINCAN. + + + + +DESSEIN ET DIVISION DE L'OUVRAGE. + + +Le[7] Droit Canon traitant des mariages qui se contractent par +Procureurs, ordonne & prescrit des précautions très grandes qu'il fonde +sur cette raison, _qu'il s'agit d'une affaire grave, difficile & +importante, qui peut avoir des suites très dangereuses_. Propter magnum +quod ex facto tam arduo posset periculum imminere. + +Le Droit Civil ne donne pas une idée moindre du Mariage, il le considére +comme l'action de la vie la plus considérable, & qui demande le plus de +réfléxion; comme un Port favorable, ou comme un naufrage malheureux; +comme une chose bien hazardeuse où toute la prudence humaine se réduit +ordinairement à des vœux & à des souhaits. [8]_Magnum sane excellensque +donum à Deo Creatore ad mortales promanavit Matrimonium._ + +D'un côté le mariage étant l'Ouvrage de Dieu qui a uni les deux séxes, +& qui considérant qu'il n'étoit pas bon que _l'homme fût seul_, lui a +donné un _être semblable_ à lui; leur a ordonné à l'un & à l'autre de +_croître_ & de _multiplier_, & a imprimé en eux un desir violent de +s'unir ensemble pour la propagation de leur espéce. Cette union ne doit +point être fortuite & commune, comme celle des animaux destituez de +raison; elle ne doit point être produite par une affection brutale, par +une volonté déréglée; elle ne doit point avoir pour but de mettre en +sûreté des plaisirs impurs, & de les couvrir d'un nom spécieux & +honorable. Ce doit être une conjonction chaste, religieuse, sainte, +pleine de piété & de bénédictions; n'ayant pour but que d'éxécuter les +ordres de Dieu, qui est son Auteur & son Protecteur. L'Eglise n'approuve +& n'autorise que les Mariages de ce dernier caractére, ils ont pour eux +la faveur publique, au lieu que les autres n'ont pour eux qu'une haine +générale, un mépris très grand, & souvent les malédictions & l'horreur +des gens de bien. + +De l'autre, comme le Mariage est le fondement de l'Eglise, puis qu'il +est appellé par quelques Théologiens _Venter Ecclesiæ_[9] qui lui +engendre des enfans. Et de la Société civile, en ce qu'il est la source +des hommes, qu'il éternise le monde, & qu'il donne des héritiers +légitimes aux Citoyens, il ne faut pas s'étonner si l'Eglise & la +Société Civile s'intéressent dans ce qui le concerne; si elles en +réglent les commencemens, le cours, & les suites, & si elles ont pourvû +sagement aux inconvéniens qui pourroient naître de l'ignorance des +hommes, ou de leur malice. + +L'Eglise & la Société Civile ne laissent pas la liberté à tout le monde +de faire à cet égard tout ce qu'il lui plaît. [10]_Semper in +conjunctionibus non solum quid liceat considerandum est, sed & quid +honnestum sit_. Elles ne permettent point qu'on donne atteinte à la +Justice, à l'ordre, au bien, à l'utilité, & à l'honnêteté publiques. +Elles ont établi des Loix qui les déclarent bons, ou mauvais, justes, ou +injustes, légitimes, ou criminels. Qui les permettent, ou qui les +deffendent, qui les confirment, qui les authorisent, qui les protégent, +ou qui les cassent, qui les annullent, & qui punissent ceux qui les ont +contractez. + +Pour répondre au but que je me propose, il s'agit ici de voir dans quel +de ces rangs on doit mettre le Mariage des Eunuques. Voici donc le plan +général que j'ai dessein de suivre pour éclaircir cette matiére, & pour +la régler par une décision incontestable & certaine. Ce Traité sera +divisé en trois Parties. + +Dans la premiére j'éxaminerai ce que c'est qu'un Eunuque, de combien de +sortes il y en a, quel rang ils ont tenu & tiennent dans la Société +Ecclésiastique & Civile; & quelle considération on y a eu, & on y a +actuellement pour eux. + +Dans la seconde, je discuterai leur droit par rapport au Mariage, & +j'éxaminerai s'il doit leur être permis de se marier. + +Dans la troisiéme enfin, je rapporterai les Objections qui pourroient +être faites contre les maximes que j'aurai avancées, & contre les +décisions que j'aurai établies, & je tâcherai de les résoudre, & de +lever les difficultez qui pourroient y donner atteinte. + + + + +TABLE DES CHAPITRES + +Contenus dans cet Ouvrage. + + +PREMIERE PARTIE. + +CHAPITRE I. _S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems +il y en a. Page 1 + +CHAP. II. _Ce que c'est qu'un Eunuque._ 6 + +CHAP. III. _Combien il y a de différentes sortes d'Eunuques._ 10 + +CHAP. IV. _Des Eunuques qui sont nez tels._ 16 + +CHAP. V. _Pourquoi on fait des Eunuques._ 19 + +CHAP. VI. _Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mêmes, ou fait faire +Eunuques par d'autres._ 29 + +CHAP. VII. _Des Eunuques ainsi nommez à cause de leurs Emplois; Et de +ceux qui le sont dans un sens figuré._ 41 + +CHAP. VIII. _Quel rang les véritables +Eunuques ont tenu dans la société civile._ 49 + +CHAP. IX. _Quelle idée les Peuples ont euë des Eunuques, +& quel cas ils en ont fait._ 66 + +CHAP. X. _De quelle maniére les Loix civiles ont considéré +les Eunuques, & quels droits elles leur ont attribué._ 71 + +CHAP. XI. _Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans +la société civile; de quelle maniére les Loix les +y ont considérez, & quels droits elles leur ont attribué._ 85 + +CHAP. XII. _Quel rang les Eunuques volontaires & forcez, +ont tenu dans la Société Ecclésiastique; de quelle maniére +l'Eglise & ses canons les ont considérez, & quels droits ils leur ont +attribuez._ 91 + + +SECONDE PARTIE. + +CHAP. I. _De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque +ne peut y répondre._ 102 + +CHAP. II. _Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du +mariage, ils ne doivent pas le contracter._ 110 + +CHAP. III. _Le Mariage des Eunuques +est considéré comme nul & comme non avenu._ 115 + +CHAP. IV. _Inconvéniens que le Mariage +des Eunuques produit ordinairement._ 121 + +CHAP. V. _Les Loix civiles deffendent +le mariage des Eunuques._ 138 + +CHAP. VI. _La Religion Catholique Romaine ne +permet pas le mariage des Eunuques._ 141 + +CHAP. VII. _La Religion Luthérienne, ou de la Confession +d'Augsbourg, ne permet pas le mariage des Eunuques._ 145 + +CHAP. VIII. _La Religion Réformée +ne permet pas le mariage des Eunuques._ 153 + + +TROISIEME PARTIE. + +Objections + +CHAP. I. _Que la deffense de se marier ne doit point être +générale & commune à tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont +capables de satisfaire aux desirs d'une femme._ 158 + +CHAP. II. _Le mariage est un Contract +civil, par lequel il est permis à tout le monde de s'engager._ 165 + +CHAP. III. _Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage, +excepté ceux qui concernent la génération, il peut le contracter, +parce que_, consensus non concubitus matrimonium facit. 170 + +CHAP. IV. _Quand on ne peut pas être auprès d'une femme comme mari, +on doit y être comme frére, & habiter avec elle comme +avec une sœur._ 175 + +CHAP. V. _Si le mariage devoit être deffendu aux Eunuques parce +qu'ils ne peuvent pas engendrer, il devroit l'être aussi aux personnes âgées +que la vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne +leur étant point deffendu, il ne doit point l'être aussi +aux Eunuques._ 178 + +CHAP. VI. _Quand la femme qui épouse un Eunuque sçait qu'il est +Eunuque, & qu'elle n'ignore point les conséquences de son état, il doit lui +être permis de l'epouser si elle le souhaite, parce que_, volenti non fit +injuria. 183 + +Fin de la Table. + + + + +TRAITÉ DES EUNUQUES, + +Dans lequel on éxamine principalement s'il doit leur être permis de se +marier. + + + + +PREMIÉRE PARTIE. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + +_S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems il y en a._ + + +Il est de l'ordre de faire voir qu'il y a des Eunuques avant que +d'entreprendre d'en faire la description, & que de raisonner sur leur +sujet; Puis que selon le sentiment des Philosophes il est ridicule de +raisonner d'une chose avant que de sçavoir si elle éxiste. + +Il y a plus de quatre mille ans qu'on parle d'Eunuques dans le Monde; +l'Histoire Sainte & l'Histoire Prophane font mention d'une infinité de +personnes de cette nature, qu'elles ne mettent ni au rang des hommes, +ni au rang des femmes, & qu'elles appellent _une troisiéme sorte +d'hommes_. On en a vû en si grand nombre dans tous les Siécles & dans +tous les Païs; & on en voit encore tant qu'il n'est pas permis de douter +qu'il n'y en ait eu, & qu'il n'y en ait encore aujourd'hui. + +La plûpart des Sçavans croyent que Semiramis Reine des Assiriens veuve +de Ninus, & mére de Nynias, a été la premiére qui a fait faire des +Eunuques; ils fondent leur opinion sur ces termes d'Ammian +Marcellin,[11] _Postrema multitudo spadonum, a senibus in pueros +desinens, obluridi, distortaque lineamentorum compage deformes, ut +quaquà incesserit quisquam, cernens mutilorum hominum agmina, detestetur +memoriam Semiramidis Reginæ illius veteris, quæ teneros mares castravit +omnium prima_. Claudien a crû la même chose, + + ------ [12]_Seu Prima Semiramis astu Assyriis mentita virum, ne + vocis acutæ Mollities, levesque genæ se prodere possent. Hos sibi + conjunxit similes; seu persica ferro Luxuries Vetuit nasci + lanuginis Umbram._ + +Cependant Diodore de Sicile qui a fait l'Histoire de Semiramis, dans sa +Bibliothéque, d'une maniére beaucoup plus éxacte qu'aucun autre, ne dit +rien de cette particularité qui méritoit pourtant bien d'être remarquée, +si elle eût été certaine & véritable. Il dit seulement que les Bactriens +à qui Ninus, qui depuis fut son Mari, faisoit la Guerre, ayant mis les +Assyriens en fuite & en déroute, elle s'habilla d'une longue robe, comme +un homme, les rallia, se mit à leur tête & triompha des Bactriens. Soit +que cette Robe plût aux femmes Medes & aux Perses, soit qu'elles +voulussent faire leur cour à Semiramis, elles en prirent de pareilles. +Peut-être que cet habillement donna lieu à dire que Semiramis avoit fait +des hommes imparfaits, des demi hommes, & que depuis on a conjecturé +qu'elle avoit fait effectivement mutiler des hommes. [13]D'autres disent +qu'elle s'habilla en homme, & qu'elle fit élever son fils en fille, afin +que les Assiriens ayant honte d'avoir une femme pour leur Chef ne +prissent point le pretexte de vouloir un Roi, pour mettre son fils sur +le Trône à son préjudice; [14]D'autres peu éloignez de cette opinion +disent, que son fils étant de sa taille, & ayant la voix semblable à la +sienne, elle se déguisa en homme, & fit accroire, afin de regner, +qu'elle étoit le fils de Ninus, & non pas sa veuve. Et d'autres +disent[15] qu'ayant eu avis dans le tems qu'elle se coiffoir, que +Babilone s'étoit révoltée, elle courut en diligence, les cheveux à demi +épars, pour la forcer à se rendre à elle, & qu'elle ne remit point sa +tête dans son ordre accoûtumé qu'elle n'eût remis cette puissante Ville +sous son pouvoir; Que pour cela sa statuë fut honorablement élevée à +Babylone au même état qu'elle se trouva quand elle marcha vers ce lieu +d'un pas précipité pour tirer vangeance de ses Sujets rebelles; ces +cheveux épars joints à la robe qu'elle avait prise la travestissoient +d'autant plus en homme. + +Diodore de Sicile rapporte une autre circonstance qui est considérable; +Il dit que cette Reine élevée d'une condition basse au comble de la +grandeur, se plongea dans toute sorte de délices, qu'elle fit choisir +les hommes les mieux faits & les plus beaux de son Armée pour s'en +servir, mais qu'elle fit mourir tous ceux qu'elle avoit reçûs dans son +lit. Il y a plus d'apparence qu'elle les fit Eunuques par un effet d'une +jalousie assez ordinaire, de peur qu'après avoir eu d'elle les plus +grandes faveurs ils n'allassent s'attacher à quelqu'autre femme; Diodore +de Sicile ne le dit point; mais comme il parle après Cresias, ainsi +qu'il l'avouë lui même, & que Cresias est un Historien,[16] qui non +content d'abuser ceux de son siécle, a voulu faire passer ses fables à +la postérité, on ne peut pas ajoûter beaucoup de foi à ce qu'il dit, ni +accuser de fausseté ce qu'il obmet. Semiramis donc peut passer pour la +première qui ait fait faire des Eunuques; Vossius[17] croit que les +Perses sont les Inventeurs de cette méchante & détestable coûtume, & que +le mot Latin, _spado_ qui comprend diverses sortes d'Eunuques, tire son +nom d'un Village de Perse nommé _Spada_, où il prétend que la premiére +éxécution de cette nature a été faite. Il fortifie son sentiment de ceux +de quelques Sçavans du premier ordre qu'il nomme. Je ne veux point me +rendre juge entre des hommes si célébres qui ont les uns & les autres +des opinions si probables, & dont la certitude est si difficile à +trouver. _Non nostrum inter hos tantas componere lites, & vitulo hi +digni & illi._ Je dirai seulement que le premier Eunuque dont l'Ecriture +Sainte fasse mention & dont il ne soit absolument parlé nulle part +ailleurs, [18]est Putiphar qui acheta Joseph des mains des Madianites; +encore verra-t-on dans la suite que ce nom d'Eunuque n'étoit point +nouveau dès lors, puis qu'il étoit devenu un nom de Charge & de Dignité; +Cependant ce Putiphar acheta Joseph l'an du monde deux mille deux cent +septante-six, c'est à dire mille sept cent soixante & dix huit ans avant +l'Incarnation de Jesus Christ; Et Cyrus n'a commencé à régner sur les +Perses que l'an du Monde trois mille quatre cent vingt & un; C'est à +dire qu'on parloit d'Eunuques avant qu'on parlât des Perses, & qu'il +n'est pas possible qu'ils soient les péres de ces sortes de gens, parce +que si cela étoit la proposition _filius ante patrem_, qui passe pour +monstreuese, seroit pourtant véritable; ce qu'on ne peut pas dire à +l'égard de Semiramis qui regnoit sur les Assiriens l'an du monde mille +huit cent vingt-six, long tems avant que Putiphar fût né. Quoi qu'il en +soit les Perses, les Médes, & les Assyriens ont été de tous les Peuples +ceux qui se sont le plus servis d'Eunuques. Et on remarque[19] que +Nabucodonosor faisoit couper tous les Juifs & tous les autres +prisonniers de guerre, afin de n'avoir que des Eunuques à son service +particulier. [20]Et c'est peut-être ce qui a donné lieu à conjecturer que +les Perses étoient les inventeurs de l'_Eunuchisme_. + + + + +CHAPITRE II. + +_Ce que c'est qu'un Eunuque._ + + +Lucien en donne une définition fort courte dans son Dialogue des +Eunuques. Il dit qu'il n'est ni mâle, ni femelle, & qu'il est un prodige +dans la Nature. Mais elle est trop générale, il en faut une plus éxacte +& qui le fasse connoître plus particuliérement & plus sûrement. Un +Eunuque donc, est une personne qui n'a pas la faculté d'engendrer, par +la foiblesse, ou par la froideur de la nature, ou à qui on a retranché +les parties propres à la génération; _Qui generare non possunt_, comme +s'exprime la Loi[21]; Qui ont une voix grêle & languissante, la +complexion d'une femme, qui n'ont que du poil folet à la barbe; En qui +le courage & la hardiesse cedent à la crainte & à la timidité; En un +mot, dont les mœurs & les maniéres sont toutes efféminées. Si l'Eunuque +est un sujet si chétif & si méprisable à l'égard du corps, il vaut +encore moins du côté de l'esprit & du cœur. Voici le portrait que St. +Basile en a fait autrefois[22]. Simplicie femme entêtée de l'Hérésie +Arrienne s'étoit mêlée de faire des remontrances à ce St. Homme sur sa +conduite & sur ses mœurs; Il se justifie & prend à témoin toutes les +personnes qui le connoissent, excepté quelques Eunuques qu'il récuse, & +dont il fait une peinture affreuse; «S'il est besoin de témoins, dit-il, +qu'on ne me produise point d'esclaves ni de misérables Eunuques, gens +abominables & sans honneur, qui ne sont ni hommes ni femmes, que l'amour +du séxe rend comme furieux; Ils sont jaloux, méprisables, féroces, +efféminez, gourmands, avares, cruels, inconstans, soupçonneux, furieux, +insatiables. Ils pleurent quand on les prive d'un repas, & pour tout +dire en un mot ils sont condamnez au fer dès leur naissance, des gens +estropiez de la sorte peuvent-ils avoir l'ame droite? Le fer les rend +chastes, mais cette chasteté ne leur sert de rien, leur turpitude les +rend furieux, & ils n'en remportent aucun fruit. Peut-être que cette +description paroîtra trop satirique & trop outrée, & qu'elle sera +suspecte, parce qu'elle est faite par un homme en colere; Mais voici le +témoignage d'un homme desintéressé, qui non seulement la confirme & +l'autorise, mais même qui y ajoûte de nouveaux traits qui rendent les +Eunuques encore plus hideux; c'est Ammian Marcellin qui parle, qui +dépose contr'eux, & qui dit, [23]«Que quand Numa Pompilius & Socrate +diroient du bien d'un Eunuque, on ne les en croiroit pas, & qu'on les +accuseroit de mensonge. _Ea re quod si Numa Pompilius vel Socrates bona +quædam dicerent de Spadone, dictisque Religionum adderent fidem, à +veritate descivisse arguerentur._ Il est vrai que sur la fin du même +Chapitre il excepte Menophile Eunuque de Mithridate Roi de Pont, dont il +parle avantageusement. Il y en a bien encore quelques autres qui ont été +dignes de louanges, comme un Favorinus Mordonius, un Eutherius Eunuque +de l'Empereur Constans, & depuis de Julien l'Apostat; Un Hermias à qui +Aristote sacrifioit comme à un Dieu; sur tout Daniel & ses Compagnons, +si tant est qu'ils ayent été Eunuques, comme quelques Interprétes de +l'Ecriture Sainte le croyent; Mais le nombre en a été si petit, qu'il +n'est pas capable de donner atteinte à l'opinion générale qu'on en +donne. L'on peut dire qu'il est des Eunuques comme des Bâtards, qu'ils +sont ordinairement mauvais, mais qu'il s'en trouve quelque fois de +bons, & comme dit Ammian Marcellin, [24]_Inter Vepres rosæ nascuntur, & +inter feras nonnullæ mitescunt._ + +Theodore, Précepteur de l'Empereur Constantin _Porphirogenite_, s'est +avisé, par un dessein singulier & bizarre, d'écrire une Apologie, _pro +Eunuchismo & Eunuchis_, mais on regarde cet Ouvrage de la même maniére +qu'on regarde l'Eloge de Busiris par Isocrate, celui de Néron, & celui +de la Goutte par Cardan; Celui de la pauvreté par Synesius; celui de +l'aveuglement par Passerat; Celui de la laideur & de la fiévre quarte, +par Favorin; Celui de la peste par Prævidelli; celui de la guerre par +Balth. Schuppius; Celui de l'injustice par Glaucon; celui de la folie +par Erasme; celui de la Goinfrerie par Lucien; celui de l'Asne & celui +de la Vermine par Heinsius, celui du rien & du néant par Schuppius, par +Passerat, & par Duverdier le jeune; Et la magnifique Doxologie du fêtu +par Sébastien Rouillard. Ces gens là ont entrepris de louer ce que toute +la terre méprise & blâme, s'imaginant que cette singularité exciteroit +la curiosité & l'admiration des lecteurs. Mais tous ces livres n'ont +point rendu les sujets qu'ils ont traitez plus louables, ni plus +légitimes; Et celui qui a pour titre _de Multibibus_ imprimé à +Oenozythople sous les auspices de Dionysius Bacchus, n'a pas authorisé +les beaux droits & les plaisans priviléges des yvrognes qu'il étale avec +beaucoup d'éxactitude & de pompe. On a beau faire des apologies pour +cette ridicule, injuste & barbare coûtume de faire des Eunuques, il n'y +a personne dans le Christianisme qui ne le déteste, & qui dans +l'occasion ne s'écriât à l'encontre comme fit autrefois +Seneque, [25]_Principes viri_, disoit-il, _contra naturam divitias suas +exercent, excisorum greges habent, exoletos suos, ut ad longiorem +patientiam impudicitiæ idonei sint; & quia ipsos pudet viros esse, id +agunt, ut quam pauci viri sint. His nemo succurit delicatis & formosis +debilibus._ + + + + +CHAPITRE III. + +_Combien il y a de différentes sortes d'Eunuques._ + + +Jesus Christ lui-même nous apprend combien il y a des differentes sortes +d'Eunuques; _Il y en a_, dit il[26], _qui sont nez tels dès le ventre de +leur mére; Il y en a qui ont été faits Eunuques par les hommes. Et il y +a encore des Eunuques qui se sont faits Eunuques eux-mêmes pour le +Royaume des Cieux._ Mais la subtilité des hommes, & l'événement, ont +donné lieu à des distinctions moins générales. Les diverses questions +qui concernent le mariage de gens accusez d'être Eunuques, & la +restitution de la dote de la femme, ont obligé à éxaminer les Eunuques +de près; & comme on en a trouvé de diverses espéces, on en a fait des +Classes différentes. Les Jurisconsultes en font quatre. La premiere est +de ceux qui sont nez tels; qui sont Eunuques proprement & absolument +ainsi nommez. La seconde est de ceux auxquels, soit malgré eux, soit de +leur consentement & par leur propre fait, on a retranché tout ce qui +fait l'homme & sa virilité, qui ne peuvent en faire aucun acte, qui sont +obligez, de rendre leur urine par un tuyau de métail qu'on leur attache +à la place de celui que la Nature leur avoit donné & qu'on leur a coupé; +Cela arrive quelquefois à des gens travaillez de quelque maladie qui +oblige le Chirurgien à leur faire cette triste operation; mais cela se +pratique aussi sur des hommes sains comme nous le verrons dans la suite; +C'étoit autrefois une des fonctions de la Médecine comme on le voit au +§. 8. de la loi 7. _ad legem Aquiliam_. Et au commencement de la loi 8. +du même tître & sur tout au §. 2. de la loi. 4. ff. _ad legem Corneliam +de sicariis & veneficiis_, où il est expressément deffendu aux Médecins +de faire de semblables opérations. La troisiéme Classe est de ceux +auxquels on froisse tellement les Cremastéres qu'ils disparoissent, & +qu'il semble qu'ils soient évanouïs; La veine qui leur portoit l'aliment +étant retranchée, ils se flétrissent, ils se séchent & se réduisent à +rien. Cette opération se fait ordinairement en mettant le patient dans +un bain d'eau tiéde afin d'amolir ces parties, & de les rendre plus +maniables & plus propres à se dissoudre; Après qu'il y a été quelque +tems, on lui presse les veines du cou qu'on nomme Jugulaires, & par là +on le rend stupide et aussi insensible que s'il étoit tombé en +apopléxie, alors il est aisé de le mutiler sans qu'il en sente rien: +Cela se fait ordinairement dans la grande jeunesse par la mére ou par la +nourrice. On lui faisoit prendre autrefois une certaine quantité +_d'Opium_, & lors qu'il étoit accablé de sommeil on lui coupoit, ou on +lui tiroit une partie que la nature a pris beaucoup de soin à fabriquer; +mais comme on a remarqué que la plûpart de ceux qu'on _Eunuchisoit_ +ainsi mouroient, par ce Narcotique, on s'est avisé de l'autre moyen dont +je viens de parler. Les Perses & diverses autres Nations, ont des +maniéres de faire, ou de couper les Eunuques, différentes de celles dont +on se sert en Europe. Je dis de faire, car ce n'est pas toujours en +coupant qu'on Eunuchise; La ciguë & diverses autres herbes font le même +office, comme on peut le voir dans l'Ouvrage de Paul Æginette qui traite +éxactement cette matiére, sur tout dans le Livre sixiéme de ce docte & +curieux Traité. Cette troisiéme sorte d'Eunuques sont ceux qu'on appelle +en Droit _Thlibiæ_. Ceux qu'on nomme _Thlasiæ_, sont à peu près de la +même qualité, toute la difference qu'il y a, c'est qu'on se contente de +leur couper les veines qui servent à fortifier les parties viriles, de +sorte qu'elles restent bien à la vérité, mais si flasques & si flêtries +qu'elles ne sont d'aucun usage; La quatriéme Classe, enfin, est de ceux +qu'on appelle _Spadones_, qui sont nez si mal conformez, ou d'un +tempérament si froid, ou qui le sont devenus par quelque incommodité, +qu'ils sont incapables de contribuer à la génération. Quoi que ces +quatre espéces soient fort différentes entr'elles, & que la derniére +soit la plus favorable & la moins malheureuse, cependant les +Jurisconsultes ont trouvé à propos de les comprendre toutes sous le nom +de _spado_, ce qui est assez singulier, comme je viens de le dire, puis +que la maxime triviale de droit porte que _denominatio fit à potiori_. +Et qu'à proprement parler, ceux qu'on appelle _spadones_ ne sont point +Eunuques, puis que par la vertu de la Nature, ou par le secours de +l'Art, ils peuvent être remis dans un état parfait; D'ailleurs, +_specialia generalibus insunt_, [27]& comment sous le nom de _spado_ qui +n'est pas proprement un Eunuque, peut on comprendre ceux qui le sont +réellement & de fait, & sans espérance de retour. Il me semble que +_nomina debent esse convenientia rebus_ comme ils le disent eux-mêmes; & +que celui ci convient peu à toutes les espéces qu'il renferme; Quoi +qu'il en soit, ils l'ont ainsi voulu; [28]_spadonum generalis appellatio +est, quo nomine tam hi qui naturâ Spadones sunt; item Thlibiæ Thlasiæ +sed & si quod aliud genus spadonum est continentur_. + +Il y a diverses autres sortes d'Eunuques; il y en a qui sont appelez de +ce nom, _catachresticé_, parce qu'ils possédent les Charges ou les +Dignitez qui étoient données originairement aux Eunuques; Il y en a +d'autres qui sont appellez de ce nom par figure, parce qu'ils sont +chastes & qu'ils ne se servent pas plus de leurs parties viriles que +s'ils n'en avoient point. + +Toutes ces sortes d'Eunuques ont un nom général par lequel on prétend +qu'ils ont tous été désignez, c'est le nom de _Bagoas_. Ce nom est celui +du personnage qui représente l'Eunuque que Diocles prétend exclurre de +la profession de Philosophe, dans le dialogue de Lucien. Il y a eu un +fameux Eunuque de ce nom qui étoit à Darius & dont après la mort de ce +Prince on fit present à Aléxandre le Grand. Il étoit beau par +excellence, & Alexandre l'aima autant que Darius l'avoit aimé. +Quinte-Curce en fait l'Histoire en différens endroits[29] de la Vie de +son Héros, & j'aurai occasion d'en parler dans la suite de cet Ouvrage. +L'Eunuque d'Olopherne, Général de Nabucodonosor, qui assiégea Bethulie & +à qui Judith coupa la tête; Cet Eunuque, dis je, qu'Olopherne employa +pour disposer Judith à passer la nuit avec lui & qui la conduisit en +effet dans sa tente, s'appelloit Bagoas; quoi que quelques versions, & +entr'autres celle de Mrs. de Port-Royal l'appelle Vagao. Quoi que ce nom +ait été le nom de plusieurs particuliers , cependant Gilbert Cousin, ou +en Latin _Cognatus_, dont l'Illustre M. Baile a fait un article dans le +tome premier pag. 974. de son Dictionaire, dit dans la remarque qu'il a +faite sur ce mot _Bagoas_ qui se trouve dans Lucien, que dans une Langue +barbare il signifie en général un Eunuque; & il insinuë par là que +Lucien ne se sert de ce nom _Bagoas_ que parce que c'est un nom qui +comprend tout le genre Eunuque. [30]Et il confirme son sentiment par ce +Vers d'Ovide, + + _Quem penes est dominam servandi cura Bagoæ._ + +Il est certain que parmi les Babyloniens Bagoas signifie un Eunuque. Il +y en a eu un aussi de ce nom qui a été Eunuque, & dont Plutarque dit +beaucoup de choses plus dignes pourtant du silence que de nôtre +curiosité. Quelques Sçavans croyent que ce Bagoas dont parle Lucien +étoit un homme qui avoit la mine si disgraciée qu'on le prenoit pour +Eunuque. Quintilien parle d'un Bagoas & il y a apparence qu'il se sert +de ce nom comme d'un nom commun à une espèce d'hommes, [31]car il parle +en même tems de Megabyse & de Doriphoron, or il est certain que Megabyse +est un nom commun aux Prêtres de Diane, [32]ils devoient être tous +Eunuques parce qu'ils avoient la garde des filles qui lui étoient +consacrées; Et Doriphoron signifie un homme qui porte une lance; Il est +vrai qu'il désigne aussi cette statuë si admirable d'un jeune homme bien +fait qui étoit armé d'une lance que Policlete avoit fait, dont il étoit +amoureux, & qu'il appelloit sa Maîtresse; mais il suffit qu'il marque +aussi un nom général, sous lequel tout homme portant une lance est +désigné. + + + + +CHAPITRE IV. + +_Des Eunuques qui sont nez tels._ + + +Il semble qu'il ne soit point impossible que certaines créatures +humaines viennent au monde destituées des parties qui servent à la +génération. On voit tous les jours des enfans qui naissent sans yeux, +sans oreilles, sans mains, ou sans quelqu'autre partie du corps, il peut +aussi aisément arriver que quelques-uns naissent dépourvûs de celles +dont il est ici question. La Nature qui produit tous les jours tant de +monstres pourroit bien en former un de cette espéce; cependant les +Naturalistes disent qu'il n'y en a point d'éxemple. Et en effet, Pline +qui rapporte éxactement & amplement[33] les figures humaines +monstrueuses dont le nombre & la diversité sont grands parmi tous les +Peuples, ne parle point de celles dont il s'agit ici; Je puis dire +néanmoins que j'en ai vû une, & peut être a-t-elle été vûë de toute +l'Europe; car ses parens ayant remarqué que le Public avoit de la +curiosité pour un corps humain aussi singulier que l'étoit celui dont je +vai parler, & qu'ils pouvoient amasser beaucoup d'argent en le menant de +lieu en lieu & de Païs en Païs, l'ont sans doute porté par tout. Il +étoit à Berlin en l'année 1704. C'est un cul de jatte qu'un homme +portoit sur le dos dans une boëte; avec cette différence, qu'au lieu que +ceux qu'on nomme ainsi n'ont ni jambes, ni cuisses, dont ils puissent se +servir, & qu'ils marchent sur leur derriére enfermé dans une jarre, +celui-ci n'a pas même un derriére, c'est à dire de fesses; Il a la tête +bien faite, le visage beau & doux, le tein brun & les cheveux chatains; +mais quoi qu'il ait eu alors plus de vingt ans, il n'avoit point de +barbe, ni aucune apparence qu'il en auroit un jour. Il avoit des bras & +des mains fort bien proportionnez, son corps étoit assez bien fait, il +étoit de la hauteur d'environ deux à trois pieds; c'étoit par le bout +d'en bas une espéce de tronc, il marchoit avec ses mains; il avoit deux +conduits comme les autres hommes par lesquels la nature se déchargeoit +de ses excrémens, celui de devant étoit fort court & fort petit, & au +dessous il y avoit un suspensoire flasque & flêtri dans lequel il n'y +avoit aucun Crémastére. Je m'informai fort particuliérement de ses +parens s'il étoit né ainsi, ils m'assurérent qu'il étoit absolument tel +que la nature l'avoit formé. Comme je sçai qu'il ne faut pas toûjours +mal juger de la virilité d'un homme, lors qu'on ne lui trouve point de +Crémastére au dehors, parce qu'il arrive quelque fois que quoi qu'ils +soient demeurez au dedans, & qu'ils ne soient point descendus dans les +suspensoires par des obstacles qui se sont opposez à leur sortie, les +hommes, néanmoins, qui les ont ainsi cachez ne laissent pas d'être aussi +parfaits que ceux qui les ont au dehors: qu'ils sont forts & vigoureux, +& qu'ils ont tous les autres signes nécessaires pour prouver la virilité +de l'homme, j'éxaminai fort éxactement ce cul de jatte, & lui trouvant +d'ailleurs toutes les marques d'un véritable Eunuque, j'en conclûs qu'il +l'étoit en effet & qu'il a été produit tel par la nature dans le sein de +sa mére. Ainsi voila une preuve qu'il y a des Eunuques qui naissent +tels, quoi qu'en disent les Naturalistes, & particuliérement Pline dans +le chapitre second du septiéme livre de son Histoire du Monde. + + + + +CHAPITRE V. + +_Pourquoi on fait des Eunuques._ + + +S'il est vrai que Semiramis ait été la premiére qui se soit avisée de +faire faire des Eunuques, & que la raison qu'on en rapporte soit +certaine, la premiére cause de cette mutilation a été la jalousie de +cette Reine, qui après s'être servie des hommes les mieux faits de son +Armée, les fit châtrer, de peur qu'ils n'allassent encore depuis servir +au divertissement de quelqu'autre femme. Mais sans m'arrêter aux +conjectures, voici d'autres causes plus sûres de cet usage. + +Les Eunuques ont été faits pour être la garde des filles & des femmes, +pour observer leur conduite, & pour empêcher qu'elles ne fissent rien de +contraire à la chasteté ou au devoir conjugal; c'est apparemment à cet +usage que l'Eunuque a proprement été destiné, le mot même le fait +connoître, car il signifie, _garde lit_, ou _garde chambre_. C'est +encore pour cet usage qu'on en fait dans l'Orient. Mais depuis, les +hommes qui n'en avoient que pour en faire un usage légitime, en ont +abusé & en ont fait faire pour servir à des usages sales & criminels. +Ils choisissoient dans cette vûë les plus beaux garçons qu'ils +trouvoient depuis l'âge de quatorze ans, jusqu'à l'âge de dix-sept ans. +Saint Grégoire de Nazianze s'en plaint amérement dans la Vie de Saint +Basile, & dans son Oraison trente & uniéme. Mais il faut que cette +infâme coûtume soit beaucoup plus ancienne, car Juvenal déclame contre +cet abus dans l'une de ces[34] Satyres; disant. + + -------- _Nullus Ephebum + Deformem sæva castravit in arce Tyrannus._ + +Il est vrai qu'ils en ont fait faire pour servir de victimes qu'ils +offroient à des Divinitez; c'est contre cette horrible coûtume que Saint +Augustin, qui reléve, qui condamne & qui réfute les ridiculitez, les +infamies, les cruautez de la Religion des Payens, se déchaîne dans son +excellent Livre[35] de la Cité de Dieu. Il falloit même que les Prêtres +fussent Eunuques, afin, disoit on, de s'employer aux choses Sacrées plus +purement et plus chastement. C'étoit sur tout la pratique des +Athéniens; [36]les Prêtres de la Diane d'Ephese étoient aussi obligez +d'être Eunuques. + +La Religion Chrétienne a eu ses Eunuques malgré elle, & quoi qu'elle les +abhorre, un certain Valesius Arabe de Nation, forma une Secte qui +soûtint que bien loin que la mutilation fût un obstacle au Sacerdoce, +comme le Concile de Nicée l'avoit déclaré, il étoit au contraire +absolument nécessaire d'être Eunuque pour l'éxercer. Non seulement ils +pratiquoient sur eux-mêmes le cruel éxemple d'Origéne, mais même ils +réduisoient dans ce triste état tous ceux qui tomboient entre leurs +mains; cette Hérésie est la cinquante-huitiéme de celles que Saint +Epiphane réfute. + +Depuis on a fait des Eunuques pour avoir des gens qui eussent la voix +belle & qui pussent la conserver long tems. Macrobe rend d'amples & de +bonnes raisons pour lesquelles les Eunuques ont la voix belle, au +chapitre cinquante-deuxiéme de ses Saturnales. C'est principalement le +but que les Italiens se proposent encore aujourd'hui lors qu'ils font +châtrer des jeunes gens. + +L'avarice a poussé des gens à faire des Eunuques pour en trafiquer. +Quelques Rélations de Voyageurs nous apprennent, que dans le Royaume de +Boulan seul, on fait tous les ans vingt mille Eunuques qu'on envoye +vendre en divers autres Etats. L'Histoire de Panione de l'Isle de Chio, +que je rapporterai dans la suite, fera voir que ce commerce n'est pas +nouveau. [37] On fait Eunuques des gens qu'on veut plonger dans la honte +& dans l'ignominie, soit qu'ils ayent été lâches à la Guerre & qu'on +veuille les en punir, soit qu'on veuille les noter d'infamie pour +quelqu'autre cause que ce soit. Mais voici de plaisans motifs de faire +des Eunuques; c'est la raillerie, le ressentiment & l'insulte; On lit +une Histoire assez divertissante rapportée sous le Régne de Henri I. qui +en est une preuve; «Les Grecs faisoient la Guerre au Duc de Benevent & +le traitoient assez mal; Thedbald Marquis de Spolette son Allié étant +venu à son secours & ayant fait quelques prisonniers, ordonna qu'on leur +coupât les parties qui font les hommes & les renvoya en cet état au +Général Grec, avec ordre de lui dire qu'il l'avoit fait pour obliger +l'Empereur, qu'il sçavoit aimer beaucoup les Eunuques, & qu'il tâcheroit +de lui en faire avoir bientôt un plus grand nombre; le Marquis se +préparoit à tenir sa parole, lors qu'un jour une femme, dont ses gens +avoient pris le mari, vint toute éplorée dans le Camp, & demanda à +parler à Thedbald; Le Marquis lui ayant demandé le sujet de sa douleur; +Seigneur, répondit-elle, je m'étonne qu'un Héros comme vous s'amuse à +faire la guerre aux femmes lors que les hommes sont hors d'état de lui +résister; Thedbald ayant repliqué que depuis les Amazones, il n'avoit +pas ouï dire qu'on eût fait la guerre à des femmes; Seigneur repartit la +Grecque, peut-on nous faire une guerre plus cruelle, que de priver nos +maris de ce qui nous donne de la santé, du plaisir, & des enfans; Quand +vous en faites des Eunuques, ce n'est point eux, c'est nous que vous +mutilez; Vous avez enlevé ces jours passez nôtre bétail & nôtre bagage, +sans que je m'en sois plainte; mais la perte du bien que vous avez ôté à +plusieurs de mes compagnes étant irréparable, je n'ai pû m'empêcher de +venir solliciter la compassion du Vainqueur. La naïveté de cette femme +plût si fort à toute l'Armée, qu'on lui rendit son mari, & tout ce qu'on +lui avoit pris. Comme elle s'en retournoit, Thedbald lui fit demander ce +qu'elle vouloit qu'on fît à son mari, au cas qu'on le trouvât encore en +armes. Il a des yeux, dit-elle, un nez, des mains, des pieds, c'est là +son bien, que vous pouvez lui ôter, s'il le mérite; mais laissez lui, +s'il vous plaît, ce qui m'appartient.» Apparemment que la femme dont +Plaute parle dans son Mercator[38], n'étoit pas de cet avis, ou qu'en +tout cas elle regardoit ce bien â elle appartenant, comme un bien de +petit rapport & de peu de valeur, car son mari craignoit qu'elle même ne +s'en privât, + + _Quasi hircum metuo ne uxor me castret mea._ + +Les Adultéres étoient faits Eunuques pour peine de leur crime; je +pourrois le faire voir par plusieurs éxemples, mais j'en rapporterai +trois seulement qui sont précis, l'un sera tiré de Valére Maxime[39], il +y est dit que Vibienus & Publius Cernius ayant surpris l'un Carbo +Accienus, & l'autre Pontius en adultére ils les firent châtrer; L'autre +est contenu dans Martial,[40] + + _Uxorem armati futuis, puer Hyle, Tribuni,_ + _Supplicium tantum dum puerile times._ + _Væ tibi, dum ludis, castrabere. Jam mihi dices,_ + _Non licet hoc. Quid, tu quod facis Hyle licet?_ + +Le troisiéme & le principal est l'éxemple d'Abelard; ce Docteur amoureux +ayant abusé d'Héloïse qu'on lui avoit donnée à instruire, les parens de +cette fille lui firent couper les parties viriles avec lesquelles il +avoit deshonoré leur famille; Ils allérent jusqu'à la racine du mal & +l'arrachérent de telle forte qu'ils ôtérent au coupable le pouvoir de la +rechute.[41] + +Cela étoit passé en loi parmi les Gaulois. _La Loi_ Salique tit. 29. _de +Adult. Ancillor_. porte cette décision _servus qui cum aliena ancilla +mœchatus fuerit, ea mortua, castretur_. On peut dire aussi que cela +étoit fondé sur cette loi de l'équité, qui dit que la peine doit être +infligée à celui des membres du corps qui a été l'instrument, ou le +complice du crime. [42]Job raisonnoit sur ce principe lors qu'il disoit, +_si j'ai levé la main sur le Peuple, &c. que mon épaule tombe étant +desunïe de la jointure, & que mon bras se brise avec tous ses os_. + +On faisoit aussi Eunuques les Esclaves qui avoient dérobé; voici les +termes de la même Loi Salique. Tit. 13. de furt. servor _servi qui +quidpiam valens quadraginta denarios furati essent, castrari Jubebantur +in pœnam, &c._ + +La nécessité contraint aussi quelquefois de faire des Eunuques; Il se +trouve souvent des hommes attaquez de tels maux que le Médecin est +obligé d'ordonner cette opération, & le Chirurgien de la faire. La +maladie est la cause de ce malheur, & bien loin que ceux qui ont ce +sujet d'affliction doivent être regardez de mauvais œil, ils doivent +au contraire être plaints & consolez. + +On a fait des Eunuques par représailles & en vertu de la Loi du +Talion. [43]Herodote nous l'apprend d'une maniére fort agréable par un +éxemple curieux; «Hermotime Pedasien qui étoit, dit-il, le plus +considérable des Eunuques de Xerxes, fut de tous les hommes celui qui se +vengea le mieux de l'injure qui lui avoit été faite. Après avoir été +pris il fût vendu à Panione de l'Isle de Chio qui faisoit négoce +d'Eunuques, & qui faisoit châtrer tous les beaux garçons qu'il achetoit +pour les vendre ensuite bien chérement à Sardis & à Ephese; parce que +parmi les Barbares on estimoit plus les Eunuques que les autres, à cause +de leur fidélité & de la confiance qu'on pouvoit prendre en eux pour +toutes choses; Comme, dis-je, ce Panione à qui Hermotime fut vendu, +vivoit de l'infame commerce qu'il faisoit des Eunuques, il fit couper +Hermotime de même que plusieurs autres: Mais Hermotime ne fut pas +malheureux à tous égards, car ayant été mené de Sardis au Roi avec +d'autres présens, il aquit avec le tems plus de faveur & de crédit +auprès du Roi que pas un des autres Eunuques: Lors que le Roi fit partir +ses troupes de Sardis pour aller à Athenes, Hermotime fut envoyé pour +quelque affaire dans un endroit de la Mysie nommé Atarne, où il trouva +Panione, qu'il reconnut, & l'ayant abordé il lui parla avec toute sorte +de douceur, d'honnêteté & de témoignage d'amitié; Il lui dit +premiérement qu'il possédoit par son moyen tous les biens qui lui +étoient arrivez, & ensuite il lui promit de lui donner des marques de +reconnoissance pour ce bienfait, s'il vouloit venir avec les siens, +demeurer dans sa maison; Panione se laissa persuader par ce discours & +amena librement sa femme & ses enfans chez Hermotime; Mais il n'y fut +pas si-tôt arrivé qu'Hermotime lui parla en ces termes, _Oh le plus +méchant de tous les hommes qui as jusqu'à présent gagné ta vie du plus +détestable de tous les commerces. Quelle injure as tu reçûë, toi ou ceux +de ta maison, ou de mes parens, pour m'avoir réduit en ce misérable état +dans lequel, d'homme que j'étois je ne suis maintenant ni homme, ni +femme? Pensois tu que les Dieux ne vissent pas ce que tu faisois alors? +Comme ils sont justes & équitables, infame artisan de malheurs, ils +t'ont mis aujourd'hui en ma puissance pour mesurer ton châtiment par +tes mauvaises actions_. Quand il eut fait ces reproches à ce misérable, +il fit amener devant lui quatre enfans qu'il avoit, & le contraignit de +les châtrer; Et quand il eut obéi il obligea ses enfans de couper +eux-mêmes les parties de leur Pére. Telle fut la vengeance d'Hermotime & +telle fut la punition de Panione.» Quelques-uns ont crû qu'il les avoit +poussez trop loin & qu'il s'étoit fait justice à lui même. La vengeance +de Narses fut bien plus importante présupposé qu'elle soit véritable, +car Baronius & plusieurs Auteurs en doutent. Narses ayant vaincu les +Barbares & les Gots, & s'étant rendu auprès de l'Empereur Justinien, +l'Impératrice Sophie envoya ce Capitaine parmi ses femmes pour filer +avec elles, & pour se railler de lui parce qu'il étoit Eunuque. Ce +mépris ayant excité la colére & l'indignation de Narses l'obligea à dire +ces mots, _Je filerai une trame que ton mari ne saura défaire_. En +effet, dans la suite il mit les Lombards hors de la Jurisdiction de +l'Empire. D'ailleurs, j'avouë que je ne vois rien de plus juste que le +ressentiment d'Hermotime, & que la peine que méritoit Panione, non +seulement pour l'avoir châtré, mais pour en avoir châtré un million +d'autres pour satisfaire à son commerce & à son avarice, ne pouvoit être +trop grande. Hermotime étoit fondé en Loi; la Loi du Talion a toûjours +été établie, on la voit dans la Loi des douze Tables en termes +précis, [44]_pœna autem injuriarum ex lege duodecim Tabularum propter +membrum quidem ruptum Talio erat_. L'Empereur Justinien a ordonné depuis +positivement la peine du Talion, ou de la pareille, contre ceux qui +feroient souffrir cette espéce de martire; [45] _Sancimus igitur_, +dit-il, _ut qui in quocunque reipublicæ nostræ loco, quamcumque personam +castrare præsumunt aut etiam præsumpserint, si quidem viri sint qui hoc +facere præsumpserint aut etiam præsumunt, idem hoc quod aliis feceruns & +ipsi patiantur_. Cette Loi est conforme à la droite raison; car comme +dit Ovide,[46] + + _Qui primus pueris genitalia membra recidit,_ + _Vulnera quæ fecit, debuit ipse pati._ + +Cependant, comme le Christianisme n'approuve point l'Eunuchisme, la Loi +du Talion a été abrogée à son égard par l'Empereur Leon, pour les +raisons sages & Chrétiennes qu'il en rend dans sa Constitution[47]; + +Il y a enfin des Eunuques qui se sont faits, ou fait faire Eunuques eux +mêmes par divers motifs que nous allons rapporter dans le chapitre +suivant. + + + + +CHAPITRE VI. + +_Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mêmes, ou fait faire +Eunuques par d'autres._ + + +Il y a eu des hommes qui se sont faits Eunuques par un esprit de +dévotion, dans la pensée de se rendre plus agréables à Dieu, & plus +capables de travailler à leur salut. Comme Origéne a été le premier, le +Pére pour le dire ainsi, & le Patriarche de ces sortes d'Eunuques, il +est bon de faire voir en peu de mots le véritable motif qui l'a fait +penser & agir d'une maniére si singuliére à cet égard. Je sçai bien que +Justin Martyr[48] parle d'un jeune homme d'Aléxandrie antérieur à +Origéne, qui pour faire voir que ceux qui accusoient les Chrêtiens de +commettre dans leurs Assemblées des saletez horribles, n'étoient que des +calomniateurs, présenta requête à Felix, Gouverneur de cette Ville, pour +obtenir de lui un Chirurgien qui le mit hors d'état d'être jamais +soupçonné d'aucune impureté; Mais comme Felix le lui refusa parce que +les lois Romaines le deffendoient, comme les Canons de l'Eglise le +deffendirent depuis, je crois avoir raison de mettre Origéne le premier +en ordre; parce que s'il n'a pas été le premier qui ait eu un semblable +dessein, au moins a-t-il été le premier qui l'ait éxécuté. + +Origéne nâquit à Alexandrie l'an 185. de Jesus Christ. Son Pere nommé +Leonidas le fit étudier en Theologie, dans la connoissance de laquelle +il se rendit très-sçavant. Le témoignage de Saint Jerôme suffit pour le +prouver, car dans le tems même qu'il écrivoit le plus fortement contre +Origene il reconnoissoit qu'il avoit été un grand homme dès sa +naissance, [49]_Magnus vir ab infantia_; Il étoit si ardent à professer +la Religion Chrétienne, que la persécution s'étant élevée dans +Aléxandrie sous l'Empire de Severe l'an 202. de Jesus Christ, il voulut +courir au Martyre quoi qu'il ne fut âgé que de seize à dix sept ans; & +il y seroit allé si sa mére ne l'en eut empêché en le retenant par force +& par adresse. Ne pouvant donc le souffrir lui-même il exhorta son Pere +par lettres à l'endurer courageusement. En effet il eût la tête tranchée +& ses biens furent confisquez, de sorte qu'Origene fut réduit à la +derniere pauvreté. Une Dame riche d'Alexandrie en ayant eu pitié le +retira dans sa maison; Elle y avoit avec elle un fameux Hérétique +d'Antioche qu'elle avoit adopté pour fils, qui faisoit chez elle des +conférences auxquelles les hérétiques & les orthodoxes assistoient +indifféremment. Origene conversa bien avec lui, mais il ne voulut +jamais avoir de communication avec lui dans la priére, observant +religieusement les Réglemens de l'Eglise, & témoignant de l'horreur pour +la doctrine des Hérétiques; + +Il souhaita de vivre indépendamment d'autrui, & en effet il se mit à +enseigner la Grammaire; & depuis, la chaire de l'Ecole d'Alexandrie +étant vacante elle lui fut donnée, & comme elle ne lui produisoit pas +suffisamment de quoi vivre, il vendit tous ses livres qui traitoient des +sciences prophanes, & se contenta de quatre oboles par jour que lui +donnoit celui qui les avoit achetez. Il commença alors à mener une vie +très-laborieuse & très-austere: & comme son emploi l'obligeoit à être +souvent avec des femmes qu'il instruisoit aussi bien que les hommes, +pour ôter aux Payens tout prétexte de soupçon de quelque mauvaise +conduite à cause de sa grande jeunesse; il se résolut d'éxécuter à la +lettre la perfection qu'il se persuadoit que Jesus Christ avoit proposée +dans ces paroles de l'Evangile. _Il y en a qui se sont faits Eunuques +eux mêmes pour le Royaume des Cieux._ Il tâcha de tenir cette action +secrette, il la cacha même à ses amis; mais il ne put empêcher qu'elle +ne fut sçuë. Demetrius Evêque d'Alexandrie en eut connoissance, loua son +zele, & l'ardeur de sa foi, mais il changea de langage bien après; car +la reputation d'Origéne s'étant répanduë en divers lieux où il étoit +allé, Demetrius écrivit contre lui & lui reprocha cette action qu'il +avoit louée. Il poussa sa passion si loin qu'il le fit chasser +d'Aléxandrie, le fit déposer dans un Concile d'Evêques d'Egypte, & même +excommunier, & écrivit par tout contre lui pour le faire rejetter de la +Communion de toutes les Eglises du monde. Ce narré tiré d'un Auteur[50] +authorisé par l'approbation du public & conforme à ce qu'en dit Eusebe, +refute & détruit ce que rapporte Saint Romuald sur ce sujet. Il dit[51] +que l'an 232. il s'éleva une sédition populaire dans Alexandrie contre +Origene qui l'obligea à se retirer ailleurs, laissant son disciple +Heracles en sa place de Recteur des Ecoles de la Ville. On ne sçait pas +bien, dit-il, la cause de cette sédition, les uns l'attribuent à la +publication qu'il avoit faite de son Periarchon, ou des principes, qui +étoit un vrai labyrinthe d'erreurs; & les autres aux efforts qu'il +faisoit pour persuader à ses disciples de l'imiter en se faisant +Eunuques comme lui, soit par le fer ou par la ciguë, afin d'énerver tout +à fait cette partie rebelle du corps, & se priver ainsi de tout +mouvement bestial de la chair. Il se range du second avis, parce, +dit-il, que ce fut à peu près dans ce tems que cette erreur se convertit +en hérésie, par le faux zéle de ce Valesius Arabe dont j'ai déja parlé, +& qui en fut le Propagateur[52]. Mais il est certain 1. qu'Origéne n'a +jamais fait de violence à personne, il a tenu son action secrette, & si +elle s'est divulguée ça été contre son intention; [53]2. Il l'a lui-même +condamnée depuis, c'est un fait que le même Auteur dont j'ai tiré +l'abregé de son Histoire remarque expressément; Eusebe son plus grand +Protecteur en parle d'une maniére qui fait voir qu'il en avoit honte; Il +avoit honte aussi d'avoir employé trop de tems à l'étude des sciences +profanes, & il s'en excuse dans le second livre de son apologie, ou de +sa deffense. [54]Les passages où Origene lui-même a condamné son action +sont dans son sermon 15. sur St. Matthieu, au ch. 19. V. 12. & dans son +ouvrage contre Celse, liv. 7. Il n'y a qu'à lire aussi ce qu'il dit dans +son Traité septiéme sur le Chapitre dix-huitieme de St. Matthieu pour +être convaincu qu'il a bien changé d'avis, voici ses termes; _Nos autem +si spiritales sumus verba spiritus spiritualiter accipiamus & de tribus +istis Eunuchizationibus ædificationem introducentes moralem. Eunuchi +nunc moraliter abstinentes se a veneriis sunt appellandi; Eorum autem +qui se continent differentiæ tres sunt_. Ceux qui sont Eunuques dès le +ventre de leur mére, sont, dit-il, ceux qui le sont par tempéramment, +qui sont nez froids ou impuissans; ceux que les hommes ont fait, sont, +ajoute-t-il, ceux qui le sont par raison, ce sont ces Philosophes qui +faisant profession d'une sagesse mondaine, s'abstiennent du commerce des +femmes par des maximes humaines, ou ceux ausquels une fausse honte, ou +les loix publiques les deffendent: Les Ecclesiastiques de l'Eglise +Romaine sont de ce nombre. Ceux enfin qui se font Eunuques pour le +Royaume des Cieux sont, dit-il, ceux qui sont chastes par vertu & par +pieté, pour être mieux disposez au service de Dieu, & dans l'intention +d'être mieux disposez au service de Dieu, & dans l'intention de lui être +plus agreables. [55]Socrate l'Historien dit qu'Origene, qu'il nomme +_Doctor Valde sapiens_, avoit reconnu que les préceptes de la Loi de +Moïse ne pouvoient pas s'entendre à la lettre & qu'il falloit leur +donner une explication plus sublime, & il ajoute que, _præceptum de +paschate ad altiorem divinioremque sensum traduxit_, ce qui fait voir +d'autant plus qu'Origene étoit revenu de l'ancienne erreur dans laquelle +il avoit été, qu'il falloit entendre à la lettre ce qui est contenu dans +le Vieux & dans le Nouveau Testament; + +Valesius dont j'ai déja parlé vint après lui, & comme les disciples vont +toûjours au delà de leurs Maitres, (si tant est que Valesius qui n'étoit +qu'imitateur d'Origene, puis que cet ancien Docteur ne lui avoit jamais +enseigné ni recommandé cette cruelle doctrine, puisse ou doive passer +pour son disciple) enchérit beaucoup sur la pratique d'Origéne; car au +lieu qu'Origéne n'avoit considéré les paroles de Jesus Christ que comme +un Conseil, qu'il ne l'avoit pratiqué que _ad melius esse_ comme parlent +les Philosophes, par desir de parvenir à la perfection; & pour ôter à +ses ennemis tout prétexte de juger mal de ses conversations avec des +filles qu'il enseignoit, Valesius au contraire changea cette action +volontaire en action nécessaire, & forçoit tous ceux qui tomboient entre +ses mains à se faire Eunuques; car lors qu'ils ne vouloient pas le faire +eux mêmes il les y contraignoit, il les lioit sur un banc & leur coupoit +de ses propres mains leurs parties viriles, en leur disant qu'il falloit +accomplir à la lettre ce qu'avoit dit nôtre Seigneur, _Qu'il y avoit des +Eunuques qui s'étoient faits Eunuques pour le Royaume des Cieux_. + +Cette secte qui fut appellée la secte des Valesiens, ou des Eunuques, ne +dura pas long tems; 1. parce qu'elle fut absolument condamnée par le +premier Concile général de Nicée à l'occasion de Leontius Prêtre qui +s'étoit fait Eunuque; 2. parce que ceux qui avoient subi la peine, +avoient souffert de si horribles douleurs, & avoient été si fort en +danger de mourir, que cela donna de la frayeur aux autres qui +abandonnérent cette secte; 3. & enfin, parce qu'étant deffendu par les +loix Romaines de se faire Eunuque, il falloit en demander la permission +au Magistrat Civil; on se fit une honte de faire cette démarche, +d'autant plus qu'on étoit en quelque sorte assuré d'être presque +toûjours refusé, témoin le refus qui fut fait à ce jeune garçon dont +Justin Martyr fait mention dans sa seconde Apologie à l'Empereur +Antonin, qui alla demander cette permission au Préfect Augustat, parce +que le Médecin ne vouloit pas mettre la main sur lui, _timore +pœnæ_. [56] Voila le commencement, le progrès, & la fin de cette +secte. + +D'autres motifs ont succédé à ceux d'Origéne & de Valesius, & il y a eu +des gens qui se sont faits Eunuques eux-mêmes par des raisons +différentes. Tout le monde sçait l'histoire de Combabus, elle est dans +Lucien, mais l'illustre Monsieur Bayle l'a renduë fort publique +accompagnée de toutes ses circonstances dans son Dictionnaire +historique[57]. Combabus étoit un jeune Seigneur sçavant dans +l'Architecture, à la Cour du Roi de Syrie. Il fut choisi par ce Monarque +pour accompagner la Reine Stratonice dans un voyage assez long qu'elle +devoit faire, pour aller bâtir un Temple à Junon suivant les ordres +qu'elle en avoit reçûs en songe. C'étoit un très beau garçon, il crût +que le Roi concevroit infailliblement quelque jalousie contre lui, il le +supplia donc très instamment de ne lui point donner cet Emploi, & +n'ayant pû obtenir cette dispense il se compta pour mort s'il ne +prenoit garde à lui d'une maniére qui ne souffrit point de reproche. Il +obtint seulement sept jours pour se préparer à ce voyage; voici donc +quels furent ses préparatifs. Dès qu'il fut à son logis, il déplora le +malheur de sa condition, qui l'exposoit à la triste alternative de +perdre sa vie ou son séxe, & après avoir bien soûpiré il se coupa les +parties secrettes qu'on ne nomme pas, & les mit bien embaumées dans une +boëte qu'il cacheta; lors qu'il fallut partir il donna la boëte au Roi +en présence d'un grand nombre de personnes, & le pria de la lui garder +jusqu'à son retour. Il lui dit qu'il y avoit mis une chose dont il +faisoit plus de cas que de l'or & de l'argent & qui lui étoit aussi +chére que la vie. Le Roi mit son cachet sur cette boëte & la donna à +garder au Maître de sa garderobe. Le voyage de la Reine dura trois ans, +& ne manqua pas de produire ce que Combabus avoit prévû, de sorte que +l'évenement justifia la précaution qu'il avoit prise. + +Cette action de Combabus produisit un autre motif de se faire Eunuque. +Ses amis intimes voulurent l'être pour le consoler de sa disgrace, +fondez sur cette ancienne maxime, que _c'est une consolation pour les +malheureux que d'avoir des compagnons de leur infortune_. Lucien ajoûte +que cette conduite des amis de Combabus a servi de fondement à une +coûtume qui s'observoit tous les ans, de mutiler plusieurs personnes +dans le Temple que Stratonice & Combabus avoient fait bâtir, & il dit +qu'ils se mutiloient, _sive Combabum consolantes, sive Junoni, &c._ + +Mais voici d'autres motifs bien différens de celui de Combabus & de ses +amis; un jeune Gentilhomme bien fait, ayant vaincu sa Maîtresse par ses +instances & par sa persévérance, ne pouvant par un malheur qui lui +arriva, profiter de sa Conquête, parce qu'il ne fut pas le Maître des +instrumens de sa passion; qui ne voulurent pas lui obeïr, & qui furent +de glace pendant que son cœur étoit embrasé, mortifié de cette triste +avanture, il se les coupa, dès qu'il fut de retour au logis, & les +envoya à sa Maîtresse comme une victime sanglante capable d'expier +l'offense qu'il lui avoit faite. Montagne qui rapporte l'histoire[58] +fait cette exclamation, _si ç'eût été par discours & Religion comme les +Prêtres de Cybele, que ne dirions-nous d'une si hautaine entreprise!_ + +Le même Montagne raconte l'action d'un païsan de son voisinage, qui se +fit Eunuque par une raison bien différente; ce fut par chagrin contre sa +femme, & par emportement. Ce bon homme rentrant dans sa maison, sa femme +qui étoit jalouse de lui à outrance, & qui le tourmentoit sans cesse, +lui ayant fait un mauvais accueil à son ordinaire, fondé sur les +soupçons que sa jalousie lui donnoit, il se coupa, avec la serpe qu'il +tenoit, les parties qui lui donnoient de l'ombrage & les lui jetta au +nez. + +Voici une autre espéce de gens qui se font Eunuques; ce sont des hommes +qui craignent la lépre ou la goutte, & qui pour jouïr de l'avantage +qu'il y a à en être éxempt, aiment mieux perdre ceux qu'ils pourroient +tirer de leurs parties viriles. Il est certain que la lépre n'attaque +point les Eunuques: outre l'expérience voici ce que Mr. le Prêtre +conseiller au Parlement de Paris en rapporte dans les _Questions +Notables de droit_. [59]_Antipathia verò Elephantiasis veneno resistit; +Hinc Eunuchi, & quicumque sunt mollis, frigidæ & effœminatæ naturæ, +nunquàm aut rarò lepra corripiuntur; & quidem quibus imminet lepræ +periculum de consilio medicorum, sibi virilia amputare permittitur. c. +ex pars._ 11. _ex. de corpor. vitiatis ordinandis, vél non; Quod etiam +aliquando permiserunt nonnulli leprosis ministrantes, manifesto +experimento, magnoque vitæ & sanitatis commodo._ [60]Mézeray dit, dans la +Vie de Philippe Auguste, _qu'il a lu qu'il y avoit des hommes qui +apprehendoient si fort la ladrerie, cette vilaine & honteuse maladie, +qu'ils se châtroient pour s'en préserver_. + +Les Eunuques ne sont jamais chauves, parce qu'ils ont le cerveau plus +entier que les autres hommes à qui Venus en fait perdre une bonne +partie, leur semence tirant de là sa principale origine. Ils sont aussi +éxempts de la goutte, Hyppocratest[61], & [62]Pline en rendent de très +bonnes raisons. Cœlius Rhodiginus, le dit aussi au chapitre trentiéme +du livre quinziéme, _lectionum antiquarum_; Et dans quelqu'autre endroit +de ce même Ouvrage il dit, que les Eunuques seuls sont éxempts d'être +offensez de certaine vapeur qui sort de la terre en quelques lieux de +l'Egypte, avec une telle puanteur qu'elle fait mourir toute autre sorte +de personnes. C'est apparemment la même chose que ce qui est rapporté +par Ammian Marcellin[63], & par Dion dans la Vie de Trajan touchant la +grotte de Hierapoli. Il y a, disent-ils, une citerne close de toutes +parts, sur laquelle on a bâti un Theatre, de dessous lequel il sort un +vent si pernicieux à toutes sortes d'animaux qu'ils meurent incontinent, +après en avoir été atteints, excepté les hommes châtrez qui ne se +sentent point du tout de la malignité de ce vent. + +D'autres se sont faits Eunuques par fantaisie & par folie, témoin cet +Athée qui n'en avoit point d'autre raison que son caprice, & qui le fit +par pure extravagance. Témoin encore plusieurs autres dont les noms & +l'histoire sont rapportez dans l'excellent Ouvrage de Theodore Zuinger +intitulé, _Theatrum Vitæ humanæ_.[64] + +Il y a des gens, enfin, qui se font Eunuques, parce qu'étans condamnez à +la mort ils craignent l'infamie ou les douleurs du supplice & veulent +les prévenir par cette opération qui les tuë infailliblement, parce +qu'elle est mal faite & mal dirigée. D'autres étans accusez de crimes +graves & énormes craignent d'être appliquez à la question, & pour éviter +cette terrible épreuve & la confession qu'elle extorqueroit de leur +bouche, ils s'ôtent la vie par cette mutilation. + + + + +CHAPITRE VII. + +_Des Eunuques ainsi nommez à cause de leurs Emplois; Et de ceux qui le +sont dans un sens figuré._ + + +Ceux qui ont rempli des dignitez qui avoient été originairement occupées +par des Eunuques, ont été eux-mêmes appellez Eunuques, de la même +maniére que ceux qui occupent dans les Tribunaux & dans les Conseils, +les places qui n'étoient autrefois données qu'à des vieillards sont +encore appellez aujourd'hui Sénateurs. Les Eunuques avoient divers +Offices & faisoient des fonctions différentes dans les Cours des +Princes. Ceux qui ont succédé à ces Offices ont été appellez Eunuques, & +c'est en ce sens qu'il est parlé dans l'Ecriture Sainte des Eunuques de +Pharao Roi d'Egypte, de David, des Rois d'Israël, des Rois de la Judée, +d'Assuerus Roi de Perse, des Rois de Babilone, de celui de la Reine de +Candace; & du Président, ou de l'Intendant des Eunuques. On peut dire +même que ce mot, _Eunuque_ étoit autrefois un terme général qui +signifioit toutes sortes d'Officiers des Rois ou des Princes de quelque +qualité & de quelqu'ordre que fussent ces Officiers. Ces Eunuques +n'étoient ainsi appelez que parce qu'ils représentoient dans leurs +Emplois les Eunuques proprement ainsi nommez qui y avoient été leurs +predécésseurs. Les premiers étoient Eunuques, _ratione impotentiæ & +ademptæ virilitatis_; les autres ne l'étoient que _ratione officii_. +Putifar, par éxemple, qui étoit l'Eunuque de Pharao, ne l'étoit que +parce qu'il possédoit une Charge qui n'avoit été occupée jusques là que +par des Eunuques. On n'en peut point douter, puis que Putifar avoit une +femme, & une fille nommée Asenech, que l'on a crû avoir été mariée à +Joseph. Nous verrons plus particuliérement dans la suite quels postes ou +plûtôt quels rangs, les Eunuques tenoient dans les Cours de ces Rois & +de ces Princes, & dans d'autres Cours dans lesquelles ils étoient +établis; voyons présentement ce que c'est qu'un Eunuque, ce mot étant +pris dans un sens figuré. + +On appelle Eunuque un homme chaste, qui vit sagement dans le Célibat. +Tels étoient les Juifs Esseniens dont parle Joseph l'Historien[65] & ces +Juifs Pharisiens qui demeuroient dans la continence, & qui se faisoient +pour cela des violences ridicules & superstitieuses, qui gardoient +dis-je la virginité pendant plusieurs années pour le Royaume des Cieux, +dans la pensée qu'ils le méritoient & qu'ils se l'aqueroient par cette +voye. Il y a plusieurs Interprétes très sensez qui croyent que quand +Jesus Christ dit dans Saint Matthieu qu'il y a des Eunuques qui se sont +faits Eunuques eux-mêmes pour le Royaume des Cieux, il fait allusion à +ces deux Sectes de Juifs. Qu'il n'entend point prescrire aux Chrétiens +ce qu'ils doivent faire à cet égard, mais qu'il leur parle de ce qui +s'étoit pratiqué jusqu'alors dans le Judaïsme depuis que la République, +& la Religion corrompuë étoient passées aux Juifs. Il blâme la témérité +de ces gens qui se faisoient Eunuques, pour le dire ainsi, dans la vûë +de gagner le Paradis par-là, soit en demeurant Eunuques pendant un +certain tems, comme si la continence n'étoit pas au dessus des forces +humaines, & comme si ce n'étoit point un don de Dieu qu'il accorde à peu +de gens. En effet il ne dit pas aux Chrétiens qu'il y en aura qui se +feront Eunuques, ou qu'il doit y en avoir qui doivent se faire Eunuques, +mais qu'il y en a qui se sont faits Eunuques par le passé. Le mot[66] +Grec qui est employé dans l'Original est un prétérit, ce qui marque non +ce qui se pratiquoit parmi les Chrétiens, ou ce qui devoit se pratiquer +à la suite parmi eux, mais ce qui s'étoit pratiqué avant eux & qui se +pratiquoit encore alors parmi quelques sectes de Juifs. [67]Saint +Epiphane réfute les Hérésies de ces deux sortes de Sectes, & fait voir +éxactement en quoi elles consistoient alors. [68]Un célébre Docteur +Anglois prétend que ceux dont Jésus Christ parle dans Saint Matthieu, +sont ceux qui vivent chastement, parce que Dieu l'a commandé, soit +qu'ils soient mariez ou non. + +Je n'étendrai pas trop loin la signification figurée du mot, _Eunuque_; +Tout le monde sçait que le mot _châtré_ qui est à peu près le même que +celui d'Eunuque, se dit des choses dont on a retranché quelque partie. +Il y a eu des femmes Eunuques; Andramis premier Roi de Lydie a été le +premier qui en a fait châtrer, il s'en servoit au lieu d'hommes +Eunuques. On dit un livre châtré, lors qu'on en a retranché quelque +chose, par éxemple, la traduction que Mr. d'Ablancourt a faite de +l'Eunuque de Lucien, est châtrée, parce que sous prétexte d'en +retrancher quelques obscenitez, il en a ôté plusieurs périodes. On dit +des Côtrets châtrez, une ruche de Mouches à miel châtrée; des Arbres & +des Ceps de vigne châtrez. On dit même qu'on a châtré un homme quoi +qu'il ait encore ses parties viriles, lors qu'on l'a châtré de la langue +ou de quelqu'autre membre du corps que ce soit; + + [69]_Si Hercle ego te non elinguendam dedero usque ab radicibus,_ + _Impero auctorque sum, ut tu me cuivis castrandum loces._ + +Un Auteur moderne[70] dit qu'on remarque entre les bizarreries étranges +de Domitien qu'il fit arracher les Vignes de plusieurs Provinces +particuliérement des Gaules; & que comme à son avénement à l'Empire, +affectant la réputation de bon Prince, il avoit deffendu de plus couper +les jeunes garçons (car le luxe & l'inhumaine volupté des riches se +donnoit impunément la licence de faire cet outrage à la nature pour +avoir des Eunuques à la mode des Orientaux.) Le Philosophe Appollonius, +grand ennemi de la Tyrannie dit ce bon mot qui a été relevé & conservé, +_que ce Prince véritablement avoit conservé la virilité aux homes_, +_mais qu'il avoit châtré la terre_. Voilà donc la terre Eunuque, mais +c'est une raillerie d'Appollonius, & il ne la rapporte que pour faire +voir en combien de sens & de maniéres, ce mot peut-être pris. + +Il y a eu des Eunuques dans le mariage quoi qu'ils fussent fort en état +d'en remplir les devoirs; Quelques Interprêtes croyent que tels étoient +ces Eunuques dont il est parlé au chapitre cinquante-sixiéme d'Esaïe, +mais il y a peu d'apparence, car il est dit qu'ils ne sont que des +troncs desséchez ce qui ne convient qu'aux véritables Eunuques. Il y en +a une infinité d'autres qui ne souffrent aucune contestation, tel est +celui dont Gregoire de Tours parle dans son Histoire de France. Un +certain Sénateur de Clermont en Auvergne, qu'il dit s'être nommé +Injuriosus, fils unique, fut fiancé à une fille aussi unique & de sa +qualité, mais riche. S'étant Epousez quelques jours après, on les mit au +lit en la maniére accoûtumée. D'abord que l'Epouse y fut, elle se tourna +du côté de la muraille, soupira & pleura amérement. Le jeune Epoux +surpris, lui demanda, la pressa, & la conjura par Jésus Christ Fils de +Dieu, de lui dire ou de lui faire entendre sagement quel étoit le sujet +de sa tristesse, elle lui dit qu'elle avoit fait vœu de demeurer +Vierge toute sa vie, & que se voyant sur le point de violer son vœu, +elle croyoit que Dieu l'avoit abandonnée. Qu'au lieu de Jésus Christ +qu'elle croyoit avoir pour Epoux qui lui avoit promis de lui donner le +Royaume des Cieux pour présent des nôces, elle n'avoit qu'un homme +mortel qui ne pouvoit lui donner que des choses périssables, & fit de +grandes exclamations sur ce sujet. Ce jeune homme qui avoit beaucoup de +piété lui représenta que comme ils étoient l'un & l'autre enfans +uniques, on les avoit mariez ensemble afin d'avoir lignée & de perpétuer +leur famille Noble; & afin sur tout que leurs biens ne tombassent point +dans des mains étrangéres. Elle repliqua que le monde & ses richesses +n'étoient rien; que la pompe de ce siécle n'étoit qu'une fumée; que la +vie n'étoit qu'un vent, & qu'il valoit bien mieux aquerir les biens du +Paradis, & la Vie éternelle. Elle dit tout cela d'une maniére si vive & +si touchante, qu'elle persuada son Epoux, & qu'elle en tira ces paroles +si conformes à ses desirs. Que si c'étoit sa volonté de s'abstenir de +toute convoitise, & de toute œuvre de la chair, il lui promettoit de +se conformer à son intention. Elle lui dit que c'étoit une chose +difficile à pratiquer, cependant, que s'il tenoit parole & que tous deux +demeurassent Vierges dans ce monde, elle lui feroit part d'une partie du +Douaire qui lui avoit été promis par son Epoux & Seigneur Jésus Christ, +lors qu'elle se donna, & qu'elle se voua à lui comme Epouse & Servante. +Il lui renouvella sa promesse, l'assura qu'il effectuëroit ce à quoi +elle l'exhortoit, & s'étans donnez la main l'un à l'autre ils +s'endormirent; Ils couchérent depuis dans un même lit pendant plusieurs +années sans blesser leur Vœu de chasteté. Tout cela n'a été sçû +qu'après leur mort. L'Epouse étant décédée la premiére, son Epoux fit +ses funérailles, & la mettant dans le sepulchre, il dit ces paroles à +haute voix, _Je te rends graces, Seigneur Dieu Eternel, de ce que je te +restituë ce trésor aussi entier que je l'avois reçû de toi en dépôt_. +L'Histoire dit, que l'Epouse lui répondit comme en soûriant, _Pourquoi +révéles-tu un secret sans en être requis?_ Et elle ajoûte un autre +miracle que je ne rapporte point, parce qu'il ne s'en agit point ici. + +Nicéphore Calliste[71] & l'Histoire tripartite[72] rapportent à peu près +la même chose d'un Ægyptien nommé Amon qui a été depuis Religieux. La +différence qu'il y a eu, c'est que ç'a été le mari qui a sermoné sa +femme, au lieu que dans l'histoire précédente ç'a été la femme qui a +persuadé son mari. Mais la même chose précisément est arrivée à +l'Empereur Henri. Il a vécu avec l'Impératrice Chunegonde sa femme comme +le jeune Gentilhomme Auvergnat dont je viens de parler, vécut avec la +sienne. Chunegonde étoit une Princesse qui joignoit la jeunesse à la +beauté, cependant ayant dit à Henri qu'elle avoit fait vœu de +chasteté, il vécut avec elle comme avec sa sœur. Lors qu'il fut au +lit de la mort, il rendit un témoignage public devant tous les Princes & +les Seigneurs de sa Cour; Vierge, leur dit-il, vous me l'avez donnée, & +Vierge je vous la rends. Ils ont été canonisez l'un & l'autre pour cela +par Eugéne III. comme l'illustre Mr. Godeau nous l'apprend dans ses +Eloges[73]. On peut dire à peu près la même chose de Marcien qui vécut +de même en Eunuque avec Pulcheria sa femme, & de plusieurs autres; Mais +les éxemples que je viens de rapporter suffisent. Si quelqu'un veut en +voir un plus grand nombre, qu'il lise le chapitre septiéme du Livre +quatriéme de Marule; & le Livre neuviéme de l'Histoire de Cromerus, dans +lequel il trouvera l'Histoire de Bolislaus V., & de Cunegonde sa femme, +qui d'un consentement mutuel vécurent ensemble toute leur vie dans une +parfaite continence; ce qui a donné lieu à un Polonois nommé Clément +Latinius de faire ces deux Vers, + + _Conjuge consenuit cum Virgine Virgo maritus_ + _Addictus studiis Casta Diana tuis._ + + + + +CHAPITRE VIII. + +_Quel rang les véritables Eunuques ont tenu dans la société civile._ + + +Comme on a mis de tout tems une grande différence entre les Eunuques qui +étoient nez Eunuques, ou qui avoient été faits tels dès leur naissance, +ou par force dans un âge plus avancé, & entre ceux qui se sont faits +Eunuques eux-mêmes volontairement, il est nécessaire de les distinguer +ici. J'en ferai donc deux classes, & d'abord j'éxaminerai quel rang les +Eunuques forcez que je mets dans la premiére, ont tenu dans la société +civile. + +On ne peut pas faire une histoire éxacte & suivie qui montre le rang que +ces sortes de gens ont tenu dans la société civile, cela méneroit trop +loin & m'écarteroit trop de mon but. Je dirai donc seulement, qu'il +paroît par l'Histoire Sainte, & par l'histoire profane, que les Eunuques +ont possédé les premiéres & les principales Charges dans les Cours, & +qu'ils ont eu la confiance & la faveur de leurs Princes; Et je me +contenterai d'en donner quelques éxemples. + +Je ne parlerai point d'une raison odieuse pour laquelle les Princes les +aimoient autrefois; Tout le monde sçait l'histoire de Sporus[74]; Néron +le fit châtrer, & sa folie fut si grande qu'il tâcha de lui faire +changer de séxe; Il lui fit prendre l'habit de femme, il l'épousa +ensuite avec toutes les formalitez accoûtumées, il lui donna un douaire, +un voile nuptial, & le tint dans sa maison en qualité de femme; à propos +de quoi quelqu'un dit assez plaisamment que le monde eût été bien +heureux si son Pére Domitien eût eu une telle femme; Il fit habiller ce +Sporus à la maniére des Impératrices, & le faisant porter en litiére il +l'accompagna aux Assemblées & aux marchez de la Gréce, & à Rome dans le +quartier des sigillaires, où il le baisoit à chaque moment. Je ne +rapporte que cet éxemple, parce que j'en ai dit assez sur ce sujet dans +le chapitre cinquiéme de cette premiére partie de mon Ouvrage. + +Nous voyons dans le Livre d'Esther[75] que sept Eunuques étoient les +Officiers ordinaires du Roi Assuerus, & qu'en particulier l'Eunuque Egée +avoit le soin de garder les femmes de ce Roi; [76]Il y en avoit deux +autres nommez Bagathan & Tharés qui commandoient à la premiére entrée du +Palais du Roi; [77]l'Histoire de Judith nous apprend, que les Huissiers +de la Chambre d'Olopherne étoient des Eunuques, & que Vagao, ou Bagoas +en étoit le principal; c'étoit lui qui avoit soin de la personne du +Maître & de ce qui concernoit sa garderobe & son lit; [78]l'Eunuque de la +Reine de Candace qui fut batisé par Philippe, étoit un des premiers +Officiers de cette Reine, & Sur-intendant de ses finances, & de tous ses +trésors; [79]c'étoit un Eunuque qui commandoit les troupes de Sedecias +Roi des Juifs. Cyrus victorieux de tous ses ennemis, Crœsus & Sardes +étans entre ses mains, ayant pris Babylone, établit sa demeure dans le +Palais Royal de la plus grande Ville de l'Univers; & considérant qu'on +ne l'y voyoit pas de bon œil, & qu'on ne lui vouloit point de bien, +crût qu'il avoit besoin d'une forte Garde pour la sûreté de sa personne. +Il ne prit cependant que des Eunuques pour ses gardes & pour les +Officiers de sa Maison; & les raisons qui l'y portérent sont amplement & +éxactement déduites sur la fin du chapitre sixiéme du Livre septiéme de +son Histoire ou de la Cyropedie. On donnoit les enfans en garde aux +Eunuques, on leur laissoit le soin de les élever, de leur donner +de [80]l'éducation, de les instruire dans les belles lettres, & de leur +enseigner les sciences & les disciplines; Tous ces différens emplois les +avoient rendus recommandables dans le monde. Les Rois & les Princes, +soit qu'ils eussent été leurs éléves, soit qu'ils ne l'eussent point +été, les estimoient & les honoroient particuliérement; Ils avoient en +eux beaucoup de confiance, & ces Eunuques profitant de ces avantages se +rendoient insensiblement les Maîtres du Gouvernement & de l'Etat, & +abusérent beaucoup de leur crédit; la Religion Chrétienne en a +quelquefois souffert. Les Cours se remplissoient de ces sortes de gens, +ils s'emparoient de tous les principaux emplois. Voici un éxemple bien +précis qui justifie cette vérité; C'est la Cour de l'Empereur Constance, +elle étoit pleine d'Eunuques & ils y étoient les maîtres de toutes les +affaires; Voici de quelle maniére Mr. Herman en parle dans l'excellente +Vie de [81]St. Athanase. «Avant que d'attaquer le Prince même, ce Prêtre +Arrien fut assez adroit pour gagner ceux qui étoient autour de lui, car +la familiarité qu'il avoit avec[82] l'Empereur l'ayant fait connoître de +l'Impératrice il entra aussi dans la familiarité de ses Eunuques, & +particuliérement dans celle d'Eusebe qui étoit le premier de cette +troupe efféminée, & l'un des plus méchans hommes du monde;[83] Ayant +prévenu l'esprit de cet Eunuque il pervertit les autres par son moyen; +ensuite il fit passer ce poison mortel dans l'ame de l'Impératrice, & +dans le Cœur des Dames de la Cour; ce qui a fait dire à St. Athanase +que les Arriens se rendoient terribles à tout le monde, parce qu'ils +étoient appuyez du crédit des femmes. + +«Après cela il ne fut pas difficile à ce Prêtre Arrien de se rendre +Maître de l'esprit de l'Empereur, qui étoit lui-même l'esclave de ses +Eunuques dont il avoit rempli toute sa Cour, & qui ne suivoit en toutes +choses que les conseils & les mouvements de ces hommes lâches. + +«Mais quelque crédit qu'eussent tous les autres, ce n'étoit que comme de +petits serpens qui ne faisoient que ramper, au lieu qu'Eusébe son grand +Chambellan levoit la tête avec orgueil; [84]& en effet il se rendoit si +formidable par sa puissance, que selon les historiens, pour en concevoir +quelqu'idée qui fût conforme à la vérité, il suffisoit de dire que +Constance avoit beaucoup de crédit auprès de lui. Eux de leur côté le +flatoient jusqu'à lui donner le tître de Roi éternel. [85]Ils nous ont +aussi dépeint ses excellentes qualitez par ce bel Eloge, qu'il avoit une +vanité insupportable, qu'il étoit également injuste & cruel, qu'il +punissoit sans éxamen ceux qui n'étoient convaincus d'aucun crime, & +qu'il ne faisoit point de discernement entre les innocens & les +coupables. [86]Les Auteurs prophanes sont remplis de plaintes contre la +malignité & la domination Tyrannique de cet Eusébe & des autres Eunuques +de Constance, mais ils ne considérent que les maux qu'ils firent à +l'Etat, & nous avons sujet de déplorer ceux que l'Eglise ressentit par +leur violence; On vit ces hommes[87] voluptueux & efféminez, à qui les +hommes du monde confient à peine les moindres emplois qui concernent le +service de leurs maisons, & que l'Eglise bannit de ses conseils, selon +ses régles saintes & inviolables, devenir les Maîtres & les Souverains +de toutes les affaires de l'Eglise, & dominer dans ses jugemens, parce +que Constance n'avoit point de volonté que celle qu'ils lui inspiroient, +& que ceux qui portoient le nom d'Evêques, trouvoient de la gloire & du +mérite à être les Ministres & les fidéles éxécuteurs de toutes leurs +passions & à devenir les acteurs des piéces de Théatre, que ces hommes +si méprisables & si corrompus avoient composées.[88] Nous allons donc +voir que ce furent eux qui causérent tous les maux & tous les desordres +que l'Eglise souffrit alors, comme certes ils étoient très-dignes d'être +les Protecteurs de l'hérésie Arrienne, & les ennemis de la divine +fécondité du Pére éternel. Voici ce que St. Athanase ajoûte à cela. +L'Eunuque Eusébe, dit-il, étant arrivé à Rome, sollicita d'abord Libére +de souscrire la condamnation d'Athanase, & d'entrer dans la Communion +des Arriens, disant que c'étoit la volonté de l'Empereur, & l'ordre +exprès qu'il lui portoit de sa part; & ensuite après lui avoir montré +les présens par lesquels il tâchoit de le séduire, il lui prit la main & +lui dit, _laissez-vous persuader par l'Empereur, & recevez ce qu'il vous +donne_. Mais cet Evêque s'en défendit fortement & justifia sa résistance +par ce discours........ Voilà, dit-il, ce que répondit Libére à Eusébe, +mais cet Eunuque étant moins affligé de ce qu'il n'avoit pas souscrit la +condemnation d'Athanase, que de ce qu'il trouvoit en sa personne un +ennemi de leur Hérésie, & ne considérant pas qu'il étoit devant un +Evêque, après lui avoir fait de grandes menaces, il le quitta, sortit +avec les présens qu'il venoit de lui offrir, & fit une chose aussi +contraire à la maniére d'agir des Chrétiens, qu'elle étoit même au +dessus de la témérité des Eunuques........ Une action si généreuse +ayant augmenté la colére & le transport de cet Eunuque, il irita +l'Empereur en lui réprésentant qu'il ne devoit plus se mettre en peine +de ce que Libere ne vouloit pas signer la condamnation d'Athanase, mais +de la disposition d'esprit qu'il faisoit paroître contre leur Hérésie +qui lui étoit si odieuse qu'il prononçoit nommément des Anathêmes contre +les Arriens; Il échauffa aussi par ce discours l'esprit des autres +Eunuques, & il y en avoit un très grand nombre à la Cour de l'Empereur, +qui pouvoient tout auprès de lui, & sans la participation desquels il ne +faisoit rien. Constance écrivit donc à Rome, continuë nôtre Saint, & il +y envoya tout de nouveau des Officiers de son Palais, des Secrétaires, & +des Comtes, avec des lettres qu'il adressoit au Gouverneur de la Ville; +Et il leur avoit donné l'ordre, ou de surprendre Libére par leurs ruses +& par leurs artifices pour le faire sortir de Rome & l'envoyer à la +Cour, ou d'employer ouvertement la violence & l'outrage afin de le +persécuter. Ces écrits remplirent toute la Ville de frayeur & +d'épouvente, & ce n'étoit qu'embuches de toutes parts. Combien y eut-il +de familles à qui on fit des menaces? Combien de personnes reçûrent des +commandemens contre Libére? Combien eut-il d'Evêques qui se cachérent +quand ils virent ces excès? Combien y eut-il de Dames illustres qui se +retirérent à la Campagne à cause des calomnies dont les chargeoient ces +ennemis de Jésus Christ? Combien y eut il de solitaires qui se +trouvérent exposez à leurs embuches? Combien firent-ils persécuter de +personnes qui avoient établi leur demeure dans la solitude pour le reste +de leurs jours? Quels soins ne prirent-ils point par plusieurs fois, de +faire garder les ports, & les portes de la Ville, de peur qu'aucun +Catholique n'y entrât pour voir Libére? Rome connut alors par expérience +quelle étoit la conduite de ces impies qui déclaroient la guerre à Jésus +Christ même, & elle apprit pour l'avenir ce qu'elle n'avoit pas crû +jusqu'à ce tems-là, pour ne l'avoir sçû que par le récit des autres, +sçavoir de quelle maniére ils avoient renversé toutes les autres Eglises +en tant de Villes différentes. + +«C'étoit des Eunuques qui faisoient tous ces desordres, & qui étoient +auteurs de tous les excès que les autres commettoient de toutes parts. +Et il n'est pas en effet étrange, que comme l'Hérésie des Arriens fait +profession de nier le Fils de Dieu, elle s'appuye du crédit des +Eunuques, qui étans naturellement stériles, & ne l'étans pas moins dans +l'ame en ce qui regarde les actions de piété & de vertu que dans le +corps, ne peuvent du tout souffrir que l'on parle du Fils de Dieu. +Cependant, l'Eunuque de la Reine d'Ethiopie ne comprenant pas ce qu'il +lisoit, crût les instructions que lui donna Saint Philippe touchant le +Divin Sauveur. Mais les Eunuques de Constance ne peuvent souffrir que +Saint Pierre ait autrefois confessé sa Divinité; Ils s'élévent même +contre le Pére Eternel quand il déclare que c'est son Fils, & +s'emportent de fureur contre ceux qui disent que c'est le véritable Fils +de Dieu; c'est pour ce sujet que la Loi deffend de les admettre dans les +Jugemens Ecclésiastiques. Mais les Arriens viennent de les en rendre les +maîtres. Constance ne prononce rien que ce qui leur est agréable, & ceux +qui portent le nom & la qualité d'Evêques, n'en disent mot, & regardent +tous ces desordres avec dissimulation. Hélas! Qui sera celui qui écrira +un jour cette Histoire, & qui fera passer jusqu'à une autre génération +la rélation funeste de tant de tristes événemens? Qui poura croire un +jour de si grands excès quand on entendra dire que des Eunuques à qui on +confie à peine le soin des affaires domestiques, & dont le service est +suspect en ces rencontres, parce que c'est un genre de personnes qui +n'aiment que le plaisir & qui n'ont point d'autre but que d'empêcher +dans les autres ce que la nature leur a refusé à eux-mêmes; Que ces +Eunuques, dis-je, gouvernent maintenant les Eglises!» + +Ce Saint fait paroître une juste indignation contre les Eunuques qui +étoient alors absolus à la Cour, & qui se sont rendus éxécrables à leur +siécle & à toute la postérité. L'Arrianisme étoit tellement répandu +parmi eux, qu'en ce tems-là porter le nom d'impie & celui d'Eunuque +étoit la même chose, selon Saint Grégoire de Nazianze[89]. Et leurs +violences ont été si odieuses aux Payens mêmes, qu'Ammian Marcellin a +écrit d'eux, qu'ayant toûjours de la fierté & de l'aigreur, & n'ayant +pas les liaisons domestiques & les engagemens naturels qu'ont les autres +hommes, ils n'embrassent que leurs richesses qu'ils considérent comme +leurs très chéres & très agréables filles. [90] Mr. Herman dit, que +l'Histoire de ce combat est devenuë si célébre dans toute la postérité, +que les Payens mêmes en ont marqué l'événement; mais qu'il aime mieux +puiser dans les sources pures que d'avoir recours à ces ruisseaux si +bourbeux; Et que comme il préfére avec raison le témoignage de Saint +Athanase à celui de tous les Auteurs de ce siécle, c'est par ses propres +paroles qu'il doit commencer l'importante relation de laquelle j'ai tiré +ce que je viens de rapporter sur ce sujet. + +Les Eunuques avoient été tout-puissans du tems du grand Constantin, Pére +de l'Empereur Constance dont je viens de parler. Il les avoit élevez aux +premiéres Dignitez & les appelloit ses Amis; mais ayant appris combien +ils étoient pernicieux à l'Etat, il les en avoit dépouillez, & les avoit +réduits à se borner uniquement aux affaires domestiques. [91]Il y a dans +le Code Théodosien une Loi qui nous apprend que tout l'Empire avoit +gémi sous l'oppression de ces sortes de gens, sans avoir osé se +plaindre; mais que l'Empereur en ayant eu connoissance, avoit publié +cette Loi, par laquelle il invite tout le monde à venir dire ses griefs; +il promet d'écouter lui-même ce qu'on aura à dire contre ces sortes de +gens, & de punir ceux qu'on aura convaincu de quelque crime. Il les fit +exclurre du Sacerdoce dans le fameux Concile de Nicée qu'il assembla. +Cependant, quoi qu'ils fussent, pour le dire ainsi, dégradez & destituez +de tous les Emplois publics, civils & militaires, comme ils approchoient +de l'Empereur & qu'ils en avoient l'oreille, ils étoient encore +formidables, & on les craignit jusques à ce qu'ils fussent entiérement +éloignez. Licinius qui a été son Allié, & pendant quelque tems son +Compagnon à l'Empire, les haïssoit beaucoup; il les appelloit _la tigne +& la vermine de l'Etat_;[92] mais comme Licinius a été un Tyran, & un +Prince qui s'est rendu odieux par plusieurs raisons, ce qu'il a fait +dans des vûës particuliéres, ne peut point être tiré à conséquence.[93] +Aléxandre Sévére ne les avoit point aimez, il les appelloit _tertium +hominum genus_; Et au lieu que Heliogabale qui l'avoit précédé avoit été +leur esclave, & Eunuque lui-même, il les humilia & les abaissa, il les +réduisit à un fort petit nombre. Il en donna plusieurs à ses Amis, & +pour montrer le peu de cas qu'il en faisoit, il leur dit en les leur +donnant que s'ils n'avoient pas de meilleures mœurs que celles qu'ils +avoient euës jusqu'alors, ils pouvoient les tuer sans forme de procès. +Il est extrémement loué dans l'Histoire de n'avoir pas imité les Rois de +Perse qui se laissoient tellement gouverner par les Eunuques, que ces +sortes de gens les cachoient à leurs Sujets, qui ne pouvoient leur rien +dire ni en recevoir aucune réponse que par leur canal; Ils leur +rapportoient les choses comme il leur plaisoit, souvent tout autrement +qu'elles n'étoient, & prenans grand soin que le Roi ne sçût que ce +qu'ils vouloient bien qu'il sçût, il arrivoit souvent de grands +inconvéniens, parce qu'ils donnoient telles impressions qu'il leur +plaisoit, & au Roi, & à ses Sujets; [94]L'Histoire d'Orsines en est une +preuve; Orsines étoit un descendant de Cyrus, le plus grand Seigneur de +la Perse, & le Sang le plus noble de l'Orient; Il fit de grands présens +aux Principaux de la Cour d'Aléxandre, & négligea Bagoas; Quelqu'un lui +ayant dit qu'il avoit mal fait, parce qu'Aléxandre aimoit cet Eunuque; +Il répondit qu'il honoroit les Amis du Roi, mais non pas ses Eunuques; +Et que les Perses se servoient autrement de ces gens-là que les Grecs; +Ce discours ayant été rapporté à Bagoas il jura la ruine d'Orsines, +homme d'une vie sans reproche; En effet, il fit tant de faux & de +secrets rapports contre lui à Aléxandre, qu'il l'aigrit & qu'il l'anima +contre lui, de sorte qu'enfin il le fit mettre dans les fers, & le +condamna à la mort. Bagoas ne fut pas content de faire traîner un +innocent au supplice, il eut bien l'impudence de le frapper dans le tems +qu'il alloit mourir, mais Orsines l'envisageant avec indignation lui +dit, j'avois bien ouï dire que des femmes avoient autrefois régné dans +l'Asie, mais il m'est nouveau d'y voir régner un infame Eunuque. +Aléxandre Sévére instruit de tous les desordes que ces Eunuques avoient +fait, il les dompta tous, & les réduisit presque à rien. Ces Eunuques +étoient des gens qui vouloient sçavoir tout ce qui se faisoit à la Cour, +& qui vouloient qu'on crût qu'il n'y avoit qu'eux qui le sçussent; +c'étoit à eux à qui on s'adressoit pour obtenir des graces du Prince; +les Gouvernemens de Province ne s'obtenoient que par leur moyen, & ils +vendoient à deniers comptans ce que le Prince donnoit desintéressément. +Cet Empereur aimoit assez la solitude, il vouloit être seul +ordinairement après le dîner & à certaines heures du matin, personne +alors ne pouvoit le voir. Un certain Vetronius Turinus profitoit de +cette retraite & faisoit croire aux gens, que dans ce tems là il lui +persuadoit & lui faisoit faire tout ce qu'il vouloit, il le faisoit +passer pour un fat qu'il conduisoit à son gré, & sous ce prétexte il +promettoit à tout le monde ce qu'on lui demandoit, & se faisoit fort de +le faire agréer ou éxécuter par Sévére, moyennant quoi il recevoit & +amassoit des sommes immenses. Comme il n'étoit pas vrai que l'Empereur +fût tel qu'il le disoit, ni qu'il eût le crédit dont il se vantoit, il +ne tenoit parole à personne, ce qui donna lieu à bien des gens de +murmurer. Cette conduite de Turinus étant enfin parvenuë à la +connoissance de l'Empereur, il voulut qu'on se rendit partie contre lui +& qu'on l'accusât, de sorte que ce qu'il avoit promis & qu'il n'avoit +point effectué, & les sommes qu'il avoit touchées pour cela ayant été +découvertes, Sévére le fit attacher à un poteau dans un lieu passant, & +le fit mourir par la fumée qui s'élevoit vers lui d'un bois verd & +humide qu'on avoit allumé; [95]Et pendant qu'il souffroit son supplice il +y avoit un homme qui crioit, _fumo punitur qui vendidit fumum_. + +Les Eunuques furent plus considérez sous Constantin pendant un certain +tems. Ils le furent encore plus sous Constance, comme je l'ai fait voir. +Ce Prince ni ses fréres, ne furent ni aimez de leurs Sujets, ni craints +de leurs ennemis, comme Constantin leur Pére l'avoit été, & ils avoient +peine à soûtenir une partie du fardeau qu'il avoit porté lui seul avec +tant de gloire; les Eunuques furent en crédit sous leur Régne. Il paroit +qu'ils ont encore été en faveur du tems de Theodose le jeune; [96]car on +voit dans le Code qui a été fait par son ordre, qu'au lieu que ceux qui +obtenoient des confiscations étoient obligez d'en donner la moitié au +fisc, il dispensa ses Eunuques de cette obligation & leur laissa le +tout. Et Zozime[97] remarque que cet avantage porta ces Eunuques à +commettre mille faussetez insignes, comme de faire entendre au Prince +que ceux dont ils demandoient que les biens fussent confisquez à leur +profit étoient morts sans laisser de veuves, d'enfans, ni de parens, ce +qui causoit souvent la désolation de plusieurs familles, & des larmes & +des gémissemens aux héritiers légitimes, qui étoient souvent de vieilles +veuves caduques ou infirmes, & des orphelins innocens. Il est certain +pourtant qu'il fit un Edit qui deffendoit qu'aucun Eunuque ne fut du +nombre des Patriciens, mais ce fut par une vûë particuliére, & pour +deshonorer Antiochus qu'il contraignit par là à se renfermer dans un +Cloître. [98] Lucien nous apprend que Philœterus qui le premier a eu +la Principauté de Pergame étoit Eunuque, & qu'il a vécu quatre vingt +ans. Il y a eu un autre Prince nommé Hermias qui a été Eunuque; Il ne +pouvoit jamais souffrit que personne parlât en sa présence de couteau, +ni de section, parce qu'il s'imaginoit qu'à cause qu'il étoit Eunuque, +ces mots lui étoient adressez. [99] Si l'extrait d'une lettre écrite de +Batavia dans les Indes occidentales le 27, Novembre 1684. contenu dans +une lettre de Mr. de Fontenelles, reçûë à Rotterdam par Monsieur +Bânage, fait le recit d'une avanture véritable, comme on peut le croire, +puisque l'illustre Mr. Bayle qui l'a rapporté ne la donne point pour +fabuleuse, & qu'il la certifie en quelque sorte, bien loin de la rendre +suspecte; Mreò Reine de l'Isle de Borneo, veut que tous ses Ministres +soient Eunuques; Eénegu, Princesse qui lui dispute le Trône, ne veut +point d'Eunuques dans sa Cour. Comme nous ne sçavons pas quel succès, +ont eu les contestations & la guerre que ces deux Princesses ont euës +entr'elles, ni par conséquent laquelle des deux jouït présentement de +l'Empire, on ne sçait pas si les Ministres de la Reine de l'Isle de +Borneo sont Eunuques, ou s'ils ne le sont point. On peut dire seulement +que Mreò agit comme Plautiames qui du tems des Antonins fit châtrer tous +ceux qui devoient servir à Maison de Plautilla sa fille que Caracalla +avoit épousée, sans épargner les hommes non plus que les jeunes garçons, +comme nous le voyons dans les recueils de Constantin Porphyrogenéte sur +Dion. + +Pour peu de connoissance qu'on ait de l'histoire de la Cour Ottomane, on +n'ignore pas que les Eunuques y parviennent aux premiéres dignitez de +l'Etat, & qu'il n'y a qu'eux, à proprement parler, qui les possédent. +Les deux plus illustres Bascha qui ayent eu de la réputation pendant les +guerres si célébres dans l'histoire, étoient Eunuques; [100]l'un a été +Halis, & l'autre Sinar. Mr. de Thou rapporte un bon mot dit par le +premier, il se moqua, dit-il, du Courier qui lui annonçoit comme une +fort mauvaise nouvelle, la prise de la Ville de Strigonie par les +Chrétiens l'an 1556, lui disant qu'il avoit bien fait une autre perte +lors qu'on lui avoit enlevé la plus importante piéce qu'il eut. Et Paul +Jove nous apprend que ce fut une truye qui Châtra Sinar en lui arrachant +& devorant le membre viril, comme il dormoit à l'ombre, dès sa plus +tendre jeunesse. + +Tout ce que je viens de dire ne concerne le rang que les Eunuques ont +tenu dans la société civile que par rapport aux Princes & aux +Souverains; il est bon de voir aussi quelle idée les Peuples en ont euë +& quel cas ils en ont fait. + + + + +CHAPITRE IX. + +_Quelle idée les Peuples ont euë des Eunuques, & quel cas ils en ont +fait._ + + +Les Eunuques ayans abusé de la faveur des Princes, comme on l'a vû dans +le chapitre précédent, & s'étans rendus les Tyrans impitoyables de leurs +sujets, il ne faut pas douter que ces sujets ne les ayent eus en +horreur, & qu'ils ne les ayent craint beaucoup plus qu'ils ne les ont +aimez. + +Mais il ne s'agit point ici de sçavoir ce que les Peuples ont pensé de +leur servitude & de leur oppression, & du crédit de ces Eunuques qui les +tyrannisoient; Il n'est ici question que d'éxaminer quelle opinion les +Peuples avoient d'un Eunuque entant qu'Eunuque, & non point d'un Eunuque +entant que Tyran; & quelle idée ils s'en faisoient. + +L'histoire nous apprend non seulement qu'ils les méprisoient +souverainement, mais même qu'ils avoient de la répugnance à les voir. +[101] Les Eunuques ne sont que des troncs desséchez, selon l'expression +d'Esaïe, de ces arbres secs qui le sont jusqu'à la racine, & qui comme +parle Osée, ne porteront plus de fruits; de ces arbres qu'il faut +couper, c'est à dire détruire, & en abolir la mémoire: car pourquoi +faut-il encore qu'ils occupent la terre? Il n'y a personne qui ne voulût +donner le premier coup pour les renverser ou pour les arracher; ce sont +des Créatures imparfaites, en un mot des monstres auxquels la nature +n'avoit rien épargné, mais que l'avarice, la luxure, le luxe, ou la +malignité des hommes ont défigurées. + +S'ils ont été quelquefois dans la prospérité & dans l'élévation, les +Peuples ont regardé ces avantages comme des productions erronées de +l'esprit gâté & du cœur corrompu des Princes qui les ont élevez & +chéris; Ils s'en sont même moquez entr'eux, & lors qu'ils ont osé le +faire en public, ils ont fait éclater leur haine & leur mépris & pour +les Eunuques & pour le choix qu'on en faisoit. + + _Omnia cesserunt Eunucho Consule monstra_ + _Heu terræ cœlique pudor. Trabeata per urbes_ + _Ostentatur anus, titulumque effeminat anni._ + + _---- Quibus unquam sæcula terris_ + _Eunuchi, videre forum._ + + _---- Numquam spado consul in orbe_ + _Nec Judex, Ductorve fuit. Quodcunque virorum_ + _Est decus, Eunuchi scelus est._ + + _---- A fronte recedant_ + _Imperii, tenero tractari pectore nescit_ + _Publica Maiestas, nunquam vel in æquore puppim_ + _Vidimus Eunuchi clavo parere Magistri._ + _Nos adeò sperni faciles? orbisque carina_ + _Vilior?_[102] + +Tout le monde sçait que Caligula fit son Cheval Consul, & qu'il voulut +qu'on lui rendit tous les honneurs qui sont dûs à cette dignité. Il prit +envie de même à Arcadius de faire Flaac Eutrope qui étoit le Maître de +sa garderobe & l'un de ses Eunuques, de le faire, dis-je, Consul, & ç'a +été le premier, ou plûtôt le seul de cette qualité qui ait été pourvû +de cet Emploi; aussi voit-on dans Claudien comment on s'irrita alors de +cette conduite. Ce Poëte fit une Satyre piquante contre cet Eutrope +après qu'il fut désigné Consul de Rome, & il le réprésente comme une +vieille qu'on avoit revêtuë des honneurs du Consulat. [103] Ceux qui ont +quelque teinture de l'Histoire Ecclésiastique sçavent comment Jean +Evêque de Constantinople a déclamé contre cet Eutrope, & combien il a +contribué à sa perte*. Il eut une fin digne de lui & des actions +inhumaines qu'il avoit commises. Cet Eunuque ayant dessein de chatier +quelques personnes qui s'étoient réfugiées dans les Eglises, il fit +ensorte que l'Empereur publia une Loi par laquelle il étoit deffendu de +s'y réfugier, & permis d'en tirer ceux qui s'y réfugieroient. Quelle +injustice de violer ainsi le droit des Aziles! Mais il en fut puni +bien-tôt après; car à peine la Loi fut-elle publiée qu'il encourut les +mauvaises graces de l'Empereur, & qu'il fut obligé de rechercher le même +azile que les autres. Comme il étoit caché sous l'Autel & qu'il y +trembloit de peur, Jean monta au pupitre d'où il avoit accoûtumé de +prêcher pour être plus aisément entendu, & fit une invective contre lui. +L'Histoire ajoûte que l'Empereur lui fit couper la tête, qu'il fit ôter +son nom d'entre les noms des Consuls, & qu'il fit effacer des Registres +la loi qu'il avoit fait publier. Le chagrin qu'eurent les honnêtes gens +de le voir dans ce poste fut cause de sa ruine. En effet, Gainas Goth, +Général de l'Empereur, se révolta de dépit de voir cet Eunuque dans +l'éclat de cette haute dignité, & ne voulut jamais se remettre dans son +devoir qu'on ne lui apportât la tête d'Eutrope. On comparoît Eutrope à +Gorgon, parce qu'il faisoit ses tours si adroitement que peu de gens +s'appercevoient de ses ruses; on le regardoit comme une de ces pestes +qui régnoient alors dans les Cours des Princes. Il vendoit les Charges +de la Magistrature & les Jugemens; Il disposoit du Gouvernement des +Provinces en faveur de qui il vouloit;[104] & non content d'avoir été +fait Consul, il tâchoit de se rendre Maître de l'Empire. Il étoit +insolent même envers son Prince, & il tomba dans sa disgrace pour avoir +manqué de respect envers l'Impératrice. + +Les Peuples n'avoient pas du mépris seulement pour ces sortes de gens, +ils avoient aussi de l'aversion pour eux; & si leur nom a passé pour un +tître de Dignité, il a été aussi une injure, & on ne pouvoit en faire +une plus sensible à un honnête homme que de l'appeller _Eunuque_. +[105]Les Eunuques ont été de si mauvais augure, même parmi les Payens, +que Lucien assure en plus d'un lieu qu'ils faisoient par leur rencontre, +rebrousser chemin à beaucoup de personnes, qui aimoient mieux rentrer +chez elles que de passer outre. [106]Cela se rapporte assez à ce que dit +Pline de l'aversion que les animaux-mêmes ont pour ceux de leur espéce +qu'on a mutilez. Il remarque que si on châtre un rat, il fait fuir tous +les autres qui aiment mieux abandonner leur séjour ordinaire que de le +souffrir parmi eux. Ce n'étoit pas pourtant pour cette raison que +Diocles vouloit exclurre Bagoas de la chaire de Philosophie. Lucien en +allégue d'autres tout à fait différentes, plus graves & plus +vraisemblables. + + + + +CHAPITRE X. + +_De quelle maniére les Loix civiles ont considéré les Eunuques, & quels +droits elles leur ont attribué._ + + +L'Empereur Domitien deffendit au commencement de son Régne à toutes +sortes de personnes, tant dans l'Empire Romain, que dans ses limites, +d'avoir la hardiesse d'entreprendre de châtrer les petits enfans; + + _Lusus erat sacræ connubia fallere tædæ_ + _Lusus & immeritos ex ecuisse mares._ + [107] + _Utraque tu prohibes, Cæsar populisque futuris_ + _Succurris, nasci quos sine fraude jubes._ + _Nec spado jam, nec mœchus erit te præside quisquam_ + _At prius ó mores! & spado mœchus erat._ + +Cette Ordonnance passa pour un avantage très grand, & pour une action +digne d'un Prince sage & généreux; [108]Martial l'en félicite par cette +belle Epigramme, + + _Tibi summe Rheni Domitor & parens orbis_ + _Pudice Princeps, gratias agunt urbes;_ + _Populos habebunt, parere jam scelus non est._ + _Non puer avari sectus arte Mangonis,_ + _Virilitatis damna mœret ereptæ._ + +Cependant il est certain que son motif ne fut nullement louable, car il +ne fit cette deffense, comme le remarque Xiphilin dans sa Vie, & Dion +Cassius, qu'en haine de Tite son frére qui aimoit les Eunuques.[109] +Suetone ne rapporte pas cette particularité, mais elle n'en est pas +moins certaine. Cette Loi & cette Ordonnance, n'est pas mise dans le +Code au tître des Eunuques, sous le nom de Domitien, ni sous celui de +Nerva, qui fit depuis la même deffense, mais sous les noms de Constantin +& de Leon[110]; cependant, Suetone ne permet pas de douter qu'elle ne +soit de lui. L'illustre & le célébre Monsieur de Leibnitz à qui j'ai +proposé cette difficulté par maniére de conversation, m'a donné cet +éclaircissement, que la Loi dont il s'agit ici étoit mise sous les noms +de ces deux derniers Empereurs, parce qu'ils l'ont renouvellée, & qu'on +ne sçavoit alors que par le moyen de l'Histoire, que Domitien & Nerva en +fussent les premiers Auteurs, à peu près comme il en est de ces Loix +somptuaires, des Ordonnances contre les Duels, & de divers Réglemens de +cette nature qui passent pour être les Ouvrages des Princes modernes qui +les publient, quoi qu'on sçache par le moyen de l'Histoire, que d'autres +Princes les ont donnez à leurs Peuples plusieurs siécles auparavant. + +L'Empereur Adrien enchérit sur cette belle constitution, par un meilleur +motif, & deffendit non seulement qu'on fit Eunuques par force ceux qui +ne le souhaitoient pas, mais il deffendit même de faire Eunuques ceux +qui le souhaitoient. Il y a trois Loix consécutives sur ce sujet dans le +tître, _ad legem corneliam de sicariis & veneficis_.[111] Voici les +termes de la premiére. _Constitutum quidem est ne spadones fierent, eos +autem qui hoc crimine arguerentur corneliæ legis pœna teneri, +eorumque bona meritò fisco meo vindicari debere; sed & in servos qui +spadones fecerint ultimo supplicio animadvertendum esse. Et qui hoc +crimine tenentur, si non adjuerint, de absentibus quoque tanquàm lege +Cornelia teneantur, pronuntiandum esse. Planè si ipsi qui hanc injuriam +passi sunt, proclamaverint, audire eos Præses Provinciæ debet, qui +virilitatem amiserunt; Nemo enim liberum servumve invitum, sinentemve +castrare debet; Neque quis se sponte castrandum præbere debet. Ac si +quis adversus Edictum meum fecerit Medico quidem qui exciderit capitale +erit, item ipsi qui se sponte excidendum præbuit._ Voici les termes de +la seconde de ces Loix, _Hi quoque qui Thlibias faciunt, ex +constitutione D. Hadriani ad Ninium hastam, in eadem causa sunt qua hi +qui castrant_. Et voici enfin les termes de la troisiéme, _Is qui servum +castrandum tradiderit pro parte dimidia bonorum mulctatur ex Senatus +consulto quod Neratio Prisco & Annio Vero Consulibus factum est_. Tout +cela montre que l'Eunuchisation étoit regardée comme une chose honteuse, +odieuse, & préjudiciable à la société aussi bien qu'à la personne sur +laquelle elle étoit pratiquée. [112]_Qui hominem, libidinis vel promercii +causa castraverit, Senatus Consulto pœna legis Corneliæ punitur.[113] +Et si puerum quis castraverit & pretiosiorem fecerit Vivianus scribit +cessare Aquiliam, sed injuriarum erit agendum, aut ex Edicto Ædilium, +aut in quadruplum._ Ce mot _pretiosior_ est obscur, comment un homme +mutilé, dégradé, pour le dire ainsi, de sa qualité d'homme, pouvait-il +être devenu plus prétieux? Voici le sens de ce mot, c'est que comme les +Eunuques étoient aimez & carressez par les Princes, qu'ils étoient +élevez aux premiéres Dignitez de leur Etat, leur condition en étoit +devenuë par là, au moins à cet égard, beaucoup plus considérable, c'est +ce qui paroît par la Loi 4. au Code _de præpositis sacri cubiculi_. Mais +l'Empereur Justinien qui est venu depuis & qui a bien considéré les maux +qui naissoient de cette coûtume, soit aux particuliers, soit au public, +a réïtéré les mêmes deffenses, dans son Code[114] où il décide que, +_tanquam homicida punitur ille qui castrat aliquem_, & dans deux +chapitres de ses Nouvelles[115], à la tête desquelles il a mis une belle +Préface qui en contient les motifs; Il traite cette action d'impie, de +lâche, de honteuse, de deshonnête, & de criminelle, & il dit qu'on a +commis cette espéce de crime sur une grande multitude de gens, que peu +en ont échappé sains & saufs, qu'à peine en a-t-on pû sauver trois de +quatrevingt & dix qui sont venus à sa connoissance; Il considére ces +Eunuchisations comme des meurtres, comme des actions contraires à +l'intention de Dieu, & de la nature, & à l'intention de ses propres +Loix. Il est deffendu sous de griéves peines dans ce titre du Code dont +je viens de parler, de vendre ou d'acheter les Romains qui ont été faits +Eunuques, soit dans l'Empire Romain, ou dans les Païs étrangers. Il y +est aussi deffendu, sous peine de la vie, de faire des Eunuques dans +l'Empire Romain: celui qui auroit donné son esclave pour en faire un +Eunuque en étoit pour la confiscation de la moitié de ses biens.[116] +L'Empereur Leon s'est encore déclaré depuis en termes bien plus forts. +_Virtutis_, dit-il, _ad procreandum à Deo naturæ inditæ exectio non +minore cum audacia identidem committitur quàm si apud Deum nulli pœnæ +obnoxia esset, cùm tamen vel maxime sit; Et quanquam veteribus +Legislatoribus curæ fuerit, ut id malum ultrice lege excideretur, quo +respublica ab istiusmodi invento munda esset; haud scio tamen, cum si +qui alii, huic certe præscripto obtemperari atque à naturæ mutilatione +abstineri æquum sit, quamobrem non ita faciant homines, sed tanquam +utilitatem quamdam istiusmodi adversus Generandi vim, insidias +reputantes, membra quæ homini nascendi causam suppeditant, lancinent, & +creaturam aliam quam qualis, conditoris sapientiæ placuerit in mundum +introducere contendant. Hoc igitur cùm inultum relinquendum non putemus, +lege in id pœnam constituentes, quibus adeò divinam creaturam +deformare religio non est, eorum audaciam, auxiliante Deo reprimere +conemur._ Il appelle ceux qui font des Eunuques, _Naturæ insidiatores, +detestandæ hujus artis artifices_; il les condamne & il finit cette +excellente constitution par ces belles paroles, _si in albo Imperatorii +famulatus sit, artifex detestandæ hujus artis primùm albo eximatur_. Un +homme qui faisoit un Eunuque étoit considéré comme un Notaire ou un +Tabellion qui faisoit un acte faux; le lieu où l'action avoit été +commise étoit considéré comme un lieu où on avoit commis un crime de +leze Majesté. Mornac qui a fait un excellent Commentaire sur le tître du +Code qui traite _de Eunuchis_, dit avoir vû dans un Historien de France, +qu'un soldat fut puni pour avoir ôté à un Moine ce qu'il croyoit lui +être inutile, _chose inouïe_, dit cet Historien, _quod inaudita apud nos +fuerat_. Messire Claude de Ferriere qui a fait aussi une espéce de +Commentaire sur le même tître, rapporte la même Histoire; mais il y +ajoûte ses réfléxions, & quoi que bon Catholique il dit, qu'_il y a des +gens qui disent, qu'il seroit à souhaiter que_ solos Eunuchos haberet +Ecclesia Ministros, _pour empêcher les desordres que nous ne voyons qui +trop souvent, sans ceux qui nous sont inconnus_. _Il est vrai_, +ajoûte-il, _qu'il y en a plusieurs qui pourroient y avoir intérêt_; +_cependant, je crois qu'il vaut mieux laisser les choses comme elles +sont, & ne pas faire du mal à ceux qui ne veulent que le bien de leurs +prochains_. Quoi qu'il en soit, il paroît que les Loix ont regardé +l'action de faire des Eunuques comme abominable, & l'Eunuque lui-même +comme un monstre, aussi ne leur ont-elles jamais accordé les droits & +les priviléges qu'elles accordent aux autres hommes.[117] Par éxemple il +ne leur a point été permis de tester. J'avouë que l'Empereur Constance +qui leur en avoit accordé la faculté parce qu'il faisoit tout ce qu'ils +vouloient, a donné une Loi qui porte que, _Eunuchis liceat facere +Testamentum, componere postremas exemplo omnium volontates, conscribere +codicillos, salvâ testamentorum observantiâ_; Mais tous les +Jurisconsultes estiment que cette liberté ne concerne que les Eunuques +qui étoient près de sa Personne, ou près de celle de l'Impératrice. Il +est certain que dans quelque degré de faveur que les Eunuques fussent, +ils n'ont jamais été considérez que comme des Esclaves. Ils ont +toûjours été le jouet des Princes, qui ont même abusé quelquefois de +leur servitude; on peut dire qu'il a été d'eux à cet égard, comme de ces +Genuches qui sont carressées dans les cabinets des Grands & vêtuës de +toile d'or. Or il est certain que ce n'a été qu'à ces Eunuques +privilégiez qu'il a été permis de faire Testament. L'Empereur Leon en +rend la raison dans sa Nouvelle trente-huitiéme, mais bien plus +particuliérement dans la Loi _Jubemus_, qui est la quatriéme au Code _de +præpositis facii Cubiculi, & de omnibus cubiculariis & privilegiis +eorum_. Le tître seul, pour le dire en passant, fait voir qu'il s'y agit +des Eunuques, mais il le dit expressément comme on va le voir; _Nam cùm +hoc privilegium_, dit-il, _videatur principalis esse proprium Majestatis +ut non famulorum sicut privatæ conditionis homines sed liberorum +honestis utatur obsequiis, periniquum est eos duntaxat pati fortunæ +deterioris incommoda_; _sed testamenta quidem ad similitudinem aliorum +qui ingenuitatis insulis decorantur pro suâ liceat eis condere +voluntate_. Il y ajoûte néanmoins une réfléxion qui les distingue des +hommes libres; [118]_Intestatorum verò nemo dubites facultates, ut pote +sine legitimis sucessoribus defunctorum fisci juribus vindicari_; Et ce +qui fait voir clairement qu'il s'agit du droit des Eunuques, c'est qu'il +dit dans cette même Loi que, _hæc omnia tunc diligenti observatione +volumus custodiri cùm sponte suaque voluntate quis dederit Eunuchum +sacri Cubiculi Ministeriis adhæsurum_. Voila donc les Eunuques mis sur +le pied des Esclaves; on en excepte les Gardes du Prince, mais cette +exception ne fait que confirmer la régle, _Exceptio in non exceptis +firmat regulam_. En général donc il est certain qu'ils ne peuvent +instituer des héritiers, ni être eux-mêmes héritiers instituez. Dès +qu'ils sont morts leurs biens sont vacans & dévolus au Fisc. Ils sont +même considérez comme gens infames, indignes des Priviléges accordez par +les Loix, témoin cette belle déclaration du Jurisconsulte +Paulus, [119]_Quamvis nulla persona excipiatur, tamen intelligendum est +de his legem sentire qui liberos tolere possunt_; _Itaque si Castratum +libertum Jurejurando quis adegerit, dicendum est non puniri patronum hâc +lege_. Ils ne peuvent point adopter, la Loi est précise contr'eux sur ce +sujet, [120]_sed & illud utriusque adoptionis commune est, quod & ii, qui +generare non possunt, (quales sunt spadones) adoptare possunt, Castrati +autem non possunt_. J'avouë que l'Empereur Leon les a, pour ainsi dire, +réhabilitez par la Nouvelle vingt-sixiéme, dans laquelle il les autorise +à adopter; la raison qu'il en rend est assez plausible, _quemadmodum_, +dit-il, _cui vocis usus ademptus est, quæ linguæ munia sunt per manum ad +implere, & qui sermonem labiis fondere nequit per scripturam ad +ordinandas res suas procedere, non prohibetur. Ita neque qui quod +genitalibus privati sunt liberos non habent, horum indigentiam alio modo +compensare vetandum est_; cependant on peut dire qu'elle n'est point +juste, car c'est un principe de Droit aussi bien que de Philosophie & de +bon sens, que, _adoptio naturam Imitatur_, de là vient que _pro monstro +est ut major sit filius quàm pater_;[121] Et qu'on prescrit l'âge dans +lequel on peut adopter, toûjours en sorte que les proportions d'âge +soient gardées. Comment donc seroit-ce imiter la nature que de permettre +à un homme, qui non seulement n'a jamais pû en produire d'autres, mais +qui n'a pas eu la capacité & les choses naturelles requises pour en +produire d'autres, d'en adopter quelques-uns? Il faut observer +d'ailleurs que l'adoption n'étoit permise originairement qu'aux +personnes qui avoient eu des enfans, & qui les avoient perdus, pour les +consoler de leur mort. On a étendu depuis cette faculté jusqu'à ceux qui +n'avoient aucun empêchement manifeste d'avoir des enfans, mais qui par +l'événement n'en avoient point eu; les femmes mêmes ne pouvoient point +adopter, parce qu'elles sont incapables de l'effet principal de +l'adoption qui est la puissance paternelle, cependant elles peuvent +adopter[122] _ex Indulgentia principis, ad solatium liberorum +amissorum_. Mais ce seroit abuser de l'adoption que de l'accorder à des +gens qui n'ont point eu, & qui n'ont pû avoir des enfans; ce ne seroit +plus imiter la nature, ce seroit la surpasser, ou plutôt ce seroit lui +insulter, & donner des enfans à des gens auxquels elle a ôté le moyen +d'en produire. [123]Les Jurisconsultes ont eu tant d'égard à ces +considérations qu'ils n'ont pas même voulu permettre qu'un de ces +Eunuques auxquels il étoit permis de tester instituât un posthume pour +son héritier, voici comment en parle Ulpien dans la Loi _sed est +quæsitum_ §. I. _sed si Castratus sit, Julianus Proculi opinionem +secutus non putat posthumum hæreden posse instituere, quo jure utimur_. +J'avouë que je me suis étonné que Schneidevin, si savant & si judicieux +ait soûtenu, qu'un Eunuque pouvoit être tuteur. Il est vrai qu'il semble +qu'il n'entende parler que de ces gens impuissans qui n'ont qu'une +partie de ce que la nature donne aux autres, & sa comparaison donne lieu +de le croire; «Comme on ne peut point, dit-il[124], refuser une Tutelle +sous prétexte qu'on n'a qu'un œil, ou qu'on est ce que les +Jurisconsultes appellent _Morbosus_, un homme qu'il appelle _spado_ ne +peut pas prétendre non plus d'être éxempt d'une Tutelle dont il doit +être chargé;» Et il confirme son opinion par le §. spadonem 2. de la 6. +ff. _de Ædilitio Edicto & redhibitione, & quanti minoris_, qui contient +ces termes, [125]_spadonem morbosum non esse, neque vitiosum Verius mihi +videtur, sed sanum esse, sicuti illum qui unum testiculum habes, qui +etiam generare potest_. Ce qui me persuade qu'il ne s'agit point là d'un +Eunuque proprement ainsi nommé, c'est que ce même titre distingue entre +ce qu'il appelle [126]_morbosus & vitiatus_, & qu'il distingue ce qu'il +appelle _vitium simplex, de vitio corporis penetrante usque ad +animum_. [127]Il nomme particuliérement ceux _qui præter modum, timidi, +cupidi, avarique sunt aut iracundi_; Comment est-ce qu'un homme lâche & +timide comme l'est un Eunuque, peut servir d'appui & de secours à un +mineur qu'il auroit sous sa Tutelle, peut-être que ce pupile seroit plus +hardi, plus entendu & plus vigoureux que lui. [128]Quoi qu'il en soit +cela me paroît contraire à l'ordre & à l'équité, j'ajoûte même à +l'intention du Droit, car _Tutelam administrare virile munus est_, & +_ultrà sexum fœmineæ infirmitatis tale officium est_. J'avouë que je +me suis étonné quelquefois que les Loix les ayent admis à +s'enrôler, [129] _Qui cum uno testiculo natus est, quive amisit, jure +militabit, secundum Divi Trajani rescriptum_; La raison de cette Loi me +la rend d'autant plus surprenante, _Nam & Ducis Sylla_, ajoûte-t-elle, & +_Cotta memorantur eo habitu fuisse naturæ_. Est-ce que parce qu'il y a +eu deux grands hommes parmi les Eunuques, par une exception très +particuliére à la régle, il y a lieu de statuer que tous les autres sont +capables de porter les armes? Comme le combat conjugal est différent de +ceux qui se donnent à la guerre, les armes le sont aussi; Et comme les +Eunuques ne les ont point, ils ne peuvent point entrer aussi dans cette +agréable milice; C'est la décision de Plaute dans cette ingénieuse +allusion, [130] _si amandum est, amare oportet testibus præsentibus_. +Enfin, les Eunuques ne pouvoient paroître de leur chef dans aucun acte +solemnel; [131]_ad solemnia adhiberi non potest, cùm juris Civilis +communionem non habeat in totum, ne Prætoris quidem Edicti_. Il ne faut +avoir qu'une teinture fort legère du Droit pour sçavoir que l'état des +personnes consiste en trois choses, qui sont, _la liberté_, _la +bourgeoisie_, & _la famille_, & que lors que quelqu'un est déchû de +l'une de ces trois choses, il souffre un changement notable dans son +état; suivant cela qu'est-ce qu'un Eunuque? Et quelles faveurs les Lois +ont-elles pû lui faire? Quintilien nous donne une idée fort juste de la +nature d'un Eunuque & du droit qui lui convient[132]. Pour moi, dit-il, +quand je considère la nature, il n'est point d'homme qui ne paroisse +plus beau qu'un Eunuque, & je ne crois point que la Providence puisse se +dégoûter jamais assez de ses ouvrages pour souffrir que la débilité +passe pour une perfection, & que l'infirmité ait un rang parmi les +bonnes choses. Je ne puis m'imaginer que le fer puisse rendre beau ce +qui seroit un monstre s'il naissoit en l'état dans lequel la section l'a +pû réduire. Que l'imposture d'un séxe artificiel donne tant de plaisir +que l'on voudra, les mauvaises mœurs n'auront jamais assez d'Empire +sur la raison, pour faire passer pour bon ce qu'elle a pû faire passer +pour beau & pour précieux..... Qui parmi les célébres Sculpteurs, ou +parmi les grands Peintres, quand il tâche de répresenter les corps les +plus parfaits, voudroit en retrancher de telles choses? Et prendre pour +leurs modelles ou un Bagoas, ou quelque Megabize, plûtôt qu'un +Doriphoron capable de tous les éxercices de la guerre, & de tous les +jeux? Ou que de jeunes gens belliqueux? Ou de ces athlétes dont le corps +a été admiré? + +Je me suis assez étendu sur cette matiére je passe à une autre; J'ajoûte +seulement ici par forme d'éclaircissement, qu'il faut faire toûjours une +grande différence entre les Eunuques volontaires qu'on a fait tels de +leur gré & de leur consentement, & entre ceux qu'on a été contraint de +faire tels pour leur sauver la vie, ou par quelqu'autre nécessité +semblable; les uns ont toûjours été odieux & méprisables, mais les +autres ont été à plaindre, & ont été dignes de support & de secours. + + + + +CHAPITRE XI. + +_Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans la société civile; de +quelle maniére les Loix les y ont considerez, & quels droits elles leur +ont attribué._ + + +Si les Eunuques forcez, c'est à dire ceux qu'on a fait tels dans leur +jeunesse, dans un tems de persécution, ou par l'ordre d'un Tyran, & ceux +qui le sont devenus par accident, ont toûjours été l'objet du mépris & +de la raillerie des hommes. Quelle indignation n'ont-ils pas dû +concevoir contre ces ames lâches & basses, qui par des vûës d'intérêt & +d'ambition, se sont fait retrancher la partie extérieure de leur corps +la plus noble & la plus utile à la société? la Loi les condamne au +dernier supplice comme des homicides d'eux-mêmes. Et voici comment +l'Empereur Adrien parle contr'eux, [133]_Ac si quis adversus Edictum +meum fecerit, Medico quidem, qui exciderit capitale erit. Item ipsi qui +se sponte excidendum præbuit._ On les regardoit autrefois comme des +infames du premier ordre, on les bannissoit de la compagnie des hommes, +& on ne souffroit pas qu'ils fussent instituez héritiers n'étans en cet +état ni homme, ni femme. Voici un éxemple précis qui donnera une juste +idée du cas qu'on en a fait, & des droits qu'on a voulu leur attribuer; +c'est Valére Maxime qui le fournit[134]; «Que dirai je, s'écrie-t-il, de +l'ordonnance du Consul M. Æmile Lepide? n'est elle pas d'une très grande +conséquence? Genutius Prêtre de Cybelle Mére des Dieux, ayant obtenu du +préteur Cn. Oreste, qu'il seroit remis en la possession des biens que +lui avoit laissez Nevianus, par Testament, Sardinius dont l'affranchi +avoit ainsi favorisé Genutius en appella devant le Consul Mamercus, +soûtenant que Genutius s'étant volontairement privé des parties qui le +faisoient homme, ne devoit point être mis au rang ni des hommes, ni des +femmes, ce qui fut cause que la Sentence du Préteur fut cassée. L'Arrêt +est digne de Mamercus & d'un Prince du Senat, car il empêcha que les +siéges de nos Juges ne fussent souillez de la vûë d'une si indigne +personne que Genutius, & que sous prétexte de demander justice, sa voix +efféminée & lascive n'y fut entenduë.» Ceci suffit sur cet article, +parce qu'au reste on peut leur appliquer ce que j'ai dit dans les +chapitres précédens. Je dirai seulement, qu'il faut encore distinguer +les Eunuques volontaires entr'eux; Qu'un Combabus & d'autres semblables, +sont exceptez de cette haine & de cette condamnation publique si +justement dûës aux autres, ce n'est pas qu'ils soient tout à fait +excusables, mais on peut dire qu'ils le sont en quelque sorte, parce que +de deux maux ils croyent éviter le pire. Ils imitent ce Marchand dont +parle Juvénal, ou plûtôt le Castor, + + -------- Imitatus Castora a qui se[135] + Eunuchum ipse facit, cupiens evadere damno + Testiculorum. + +Ce Poëte étoit apparemment du sentiment des vieux naturalistes qui ont +crû & qui croyent encore que le Castor coupe ses parties viriles afin de +se délivrer des mains des chasseurs, parce qu'il croit qu'on ne le +poursuit que pour les avoir; Mr. le Baron de la Hontan nous a bien +détrompez de cette vieille erreur, voici ce qu'il dit sur ce sujet. + +«[136]Au reste, n'en déplaise aux découvreurs de la nature, aux +chercheurs de merveilles & de secrets sur les terres de cette Divine +ouvriére, il n'est point vrai que les Castors se mutilent & se fassent +Eunuques pour échapper à la trop pressante poursuite des Chasseurs; Non, +ces mâles estiment plus leur séxe, & font plus de cas que cela de la +propagation de leur rare espéce. Je ne puis même concevoir sur quel +fondement on a bâti une si grande chimére. Premièrement, la matiére +qu'il a plû à la secte d'Hypocrate de nommer _Castoreum_ n'est pas +renfermée dans ces précieuses & multipliantes parties; Elle est dans un +réceptacle, un véhicule, ou une maniére de poche qui est singuliére à la +machine organique de ces animaux, & que la nature semble n'avoir formée +que pour eux; l'usage que le Castor fait de cette matiére, c'est de s'en +nettoyer & dégager les dents lors qu'elles sont pleines de la gomme de +quelque arbrisseau dans lequel il aura mordu. Mais quand j'accorderois +que le _Castoreum_ est dans les testicules, comment cet animal +pourroit-il les couper sans se déchirer tous les nerfs des aînes +auxquels ils sont attachez près de _l'os pubis_ (trouvez-moi Officier +_Huron_ qui parle plus pertinemment d'Anatomie,) mais en me mettant sur +mes louanges j'ai perdu la conséquence que je voulois tirer de ce +déchirement de nerfs; N'importe, je ne démorderai pas pour cela de mon +scientifique raisonnement. C'étoit bien à Elian, & à d'autres rêveurs de +Naturalitez comme lui, de nous venir parler de la Chasse des Castors? +Avoient-ils puisé cette connoissance dans les méditations du cabinet? +S'ils avoient eu la gloire de vivre comme moi parmi ces Amphibies, ils +auroient sçû qu'un Castor ne s'embarasse point du tout d'un Chasseur; +vous sçaurez d'abord que cet animal a la précaution de ne point +s'éloigner du bord de l'étang où sa cabane est construite; De plus, il a +toûjours l'oreille au guet, & sitôt que par le moindre bruit, il +soupçonne qu'on lui en veut, il plonge, & nage entre deux eaux jusqu'à +ce que n'y ayant plus de danger, il puisse rentrer sûrement chez soi. Si +cette raison ne vous semble pas de poids pour les Castors terriens, je +vous renvoye à _l'os pubis_. Autre argument péremptoire. Si le Castor, +pour arrêter la poursuite de l'ennemi, faisoit la sanglante opération +qu'on lui attribuë, la nature lui auroit donné en cela un instinct fort +imparfait; car quand cet Animal n'auroit plus son _Castoreum_ on ne lui +feroit pas la chasse avec moins d'ardeur; Le _Castoreum_ est le butin le +moins important, ou plûtôt ce n'est rien en comparaison de la peau; +Celle-ci est la proye dominante & la maîtresse piéce de la bête; Ainsi +ce pauvre Castor, pour se sauver de l'avarice du Chasseur, devroit tout +au moins s'écorcher tout vif, & lui jetter sa peau; encore ne sçai-je +après cela si cette barbare & insatiable figure nommée _homme_ ne +voudroit pas la chair & les os de cet innocent animal..... [137]Sa +fourure est bizare, & bien différente d'elle-même; Elle est formée de +deux sortes de poils opposez. L'un est long, noirâtre, luisant, & gros +comme du crin; l'autre délié, uni, long de quinze lignes pendant +l'hyver, en un mot, le plus fin duvet qui soit au monde; Il n'est pas +nécessaire de vous avertir que c'est cette seconde espéce de poil que +l'on cherche avec tant d'empressement, & que ces animaux méneroient une +vie plus sûre & plus tranquille s'ils n'étoient vétus que de crin.» Il +fait une histoire & une description fort curieuses du Castor; outre que +cet illustre Voyageur est un homme sçavant, de bon sens & de bon goût, +très capable de penser, de raisonner, & de juger juste sur un sujet tel +que celui ci qui ne demande que la vûë & du discernement; J'ai remarqué +en lisant Pline[138], qu'un vieux Médecin de son tems qu'il nomme +Sextius, _diligentissimus Medicinæ veteris autor_, étoit à peu près du +même sentiment que Mr. le Baron de la Hontan; Comme j'ai eu l'honneur de +voir ce Baron curieux, à qui le Public a l'obligation d'avoir aquis +plusieurs connoissances rares, & de l'entretenir, c'est avec +connoissance de cause que je parle de lui avec tant d'éloges; [139]J'ai +beaucoup de respect pour les doctes Auteurs des Journaux de Trevoux, & +beaucoup de reconnoissance du fruit que je tire de leurs veilles & de +leurs travaux, mais ils me pardonneront, s'il leur plaît, si je n'entre +point dans les sentimens qu'ils ont si peu favorables à ce Voyageur +digne, à mon avis, d'une meilleure réputation que celle qu'ils tâchent +de lui établir dans le monde. + + + + +CHAPITRE XII. + +_Quel rang les Eunuques volontaires & forcez, ont tenu dans la Société +Ecclésiastique; de quelle maniére l'Eglise & ses Canons les ont +considérez, & quels droits ils leur ont attribuez._ + + +Dieu a eu de tout tems en abomination toutes fortes d'animaux +mutilez. [140] _Vous n'offrirez point au Seigneur_, dit-il, _tout animal +qui aura ce qui a été destiné à la conservation de son espéce, ou rompu, +ou foulé, ou coupé, ou arraché, & gardez-vous absolument de faire cela +dans vôtre Païs_. Cette deffense est générale, mais il en a fait une qui +concerne l'homme en particulier, [141] _L'Eunuque_, dit-il, _dans lequel +ce que Dieu a destiné à la conservation de l'espéce, aura été ou +retranché, ou blessé d'une blessure incurable, n'entrera point en +l'Eglise du Seigneur_. + +Quelques Interprétes de l'Ecriture Sainte croyent, que par le mot +_Eglise_ qui est employé dans ce dernier passage, il faut entendre +l'Assemblée du Peuple Juif, & que Dieu deffend ici, que ceux +que [142]_les hommes avoient faits Eunuques_, comme parle Jésus Christ, +fussent admis dans les Assemblées & dans les Charges publiques. Je ne +rapporterai point ici les divers sens spirituels que Théodoret, Clément +Aléxandrin, & divers autres Péres de l'Eglise, ont donné à ce passage; +on y verroit pourtant qu'une certaine sorte de stérilité, & +l'impuissance, sont des choses indignes, & qui éloignent de Dieu; mais +ces explications m'éloigneroient trop de mon sujet. Je dirai donc +seulement, que par ce mot _Eglise_, dont les Eunuques sont exclûs, il +faut entendre, non seulement l'Assemblée des Juifs & leur Magistrature, +mais même tous leurs Priviléges; L'Eunuque ne peut jouïr d'aucun de +leurs avantages, il ne peut jamais être censé faire partie du Peuple +Saint, ni être Israëlite, ni fils d'Abraham; ni jouïr des Priviléges de +la Nation Sainte, comme d'espérer qu'on lui prêtera de l'argent à +intérêt, qu'il aura part au bénéfice du Jubilé, c'est à dire qu'il +jouïra des Priviléges de l'année septiéme de rémission; Les Eunuques +sont bannis en un mot de la Société politique des Juifs, _ut non +habeantur Cives, nec habeant jus civicum apud Judæos_. C'est en ce sens +que ce mot Eglise est pris au ℣. 4. du chapitre 20. des +Nombres; & au ℣. 2. du chapitre 20. du Livre de Judith. +Voila une terrible malédiction, la Loi de Dieu est bien plus sévére +contre les Eunuques, que les Loix Politiques & Civiles que j'ai +rapportées. Il semble presque que cette Jurisprudence ait changé sous la +Nouvelle Alliance; En effet, bien loin d'éloigner les Eunuques de +l'Eglise, si on en croyoit Origéne, ou les Valésiens, il faudroit être +Eunuque pour aquérir le Ciel; mais j'ai fait voir dans un des chapitres +précédens, que les paroles de Jésus Christ sur lesquelles ils avoient +fondé leur opinion, n'ont rien innové à cet égard, qu'ils l'ont +eux-mêmes reconnu depuis, & je vais faire voir positivement, que la +Jurisprudence de l'Eglise Chrétienne condamne les Eunuques volontaires & +quelques-uns des autres. Cette Jurisprudence est établie par le droit +Canon[143]; _Corpore verò Vitiati, y est-il dit, similiter a sacris +officiis prohibentur_; Cela est un peu général, mais voici quelque chose +plus particulier, [144]_si quis pro ægritudine naturalia a Medicis secta +habuerit_; _similiter & qui a Barbaris aut qui a Dominis suis castrati +fuerint, & moribus digni inveniuntur hos Canon admittit ad Clerum +promoveri_. _Si quis autem sanus non per disciplinam Religionis & +abstinentiæ sed per abscissionem a Deo plasmati corporis existimat posse +à se carnales concupiscentias amputari, & ideò se castraverit, non eum +admitti decernimus ad aliquod clericatus officium. Quod si jam fuerit +ante promotus ad Clerum, prohibitus a suo Ministerio deponatur._ La +raison de cette différence est rapportée dans le Canon 8. après avoir +parlé de ceux qui sont tels lors que, _casu aliquo contigerit dum operi +rustico curam impendunt, aut aliquid facientes seipsos non sponte +percutiunt_, & les avoir opposez aux Eunuques volontaires, _in illis +enim_, dit-il, _voluntas est vindicanda quæ sibi causa fuit ferrum +injicere, in istis autem casus veniam meruit_; Il dit la même chose de +ceux que les Barbares, la Maladie, un Tyran, ou un Ennemi, ont mutilez, +ceux-là sont dignes de compassion & de support. + +Cette Jurisprudence est beaucoup plus ancienne que le decret de Gratien +dont j'ai tiré les décisions que je viens d'alléguer, elle est établie +par le Concile de Nicée qui est le premier œcuménique; voici le +premier de ses Canons; «Si quelqu'un étant malade a été fait Eunuque par +les Médecins, ou s'il a été coupé par les Barbares, qu'il demeure dans +le Clergé & dans l'état Ecclésiastique; Mais si étant sain il s'est +retranché lui-même, il faut que s'il est du Corps du Clergé, il +s'abstienne des fonctions de son Ministére, & qu'à l'avenir on n'admette +plus au rang des Ecclésiastiques aucun de ceux qui en auront usé de la +sorte;» Et comme il est manifeste que cette ordonnance regarde ceux qui +ont agi de cette maniére de propos délibéré, & qui se sont coupez +eux-mêmes, cela ne regarde point ceux qui auront été faits Eunuques par +les Barbares, ou par leurs Maîtres, ils peuvent être reçûs dans le +Clergé selon les régles de l'Eglise, pourvû que d'ailleurs ils en soient +dignes. Ce Canon du Concile de Nicée est rapporté dans la Vie de Saint +Athanase faite par Mr. Herman, & suivi des réfléxions de ce judicieux +Auteur. Il ne sera point inutile de les rapporter ici, ne fut-ce que +pour épargner la peine de les chercher ailleurs; «On ne peut pas dire au +vrai quelle a été l'occasion qui a porté les Péres du Concile de Nicée à +traiter de cette maniére, & à user de cette juste sévérité contre ceux +qui se faisoient Eunuques par leurs propres mains; Il est certain que +cette mutilation volontaire qui étoit deffenduë par les Loix Civiles, & +particuliérement par celles de l'Empereur Adrien, ne pouvoit être +approuvée par l'autorité de l'Eglise; le zele inconsidéré d'Origéne qui +s'étoit coupé lui même, en expliquant d'une maniére trop littérale le +chapitre dixneuviéme de l'Evangile de Saint Matthieu, avoit été condamné +par Demetrius son Evêque, quoi qu'il admirât en même tems cette action +comme un transport extraordinaire de piété. L'abus de quelques +Hérétiques nommez Valesiens qui retranchoient ainsi toutes les personnes +de leur Secte, avoit déja été considéré comme un excès aussi contraire +aux sentimens de la véritable Religion qu'aux régles communes de +l'humanité. Toutes ces considérations font bien voir la justice de ce +premier Canon de Nicée, mais elles ne nous apprennent point quelle en a +été l'occasion. Quelques uns prétendent que ce Canon fut fait à +l'occasion du Prêtre Leonce, depuis élevé par les Arriens à l'Episcopat +d'Antioche, qui perdit son rang pour s'être ainsi mutilé lui-même; mais +en ce que Theodoret ajoûte que son Ordination étoit contre les Loix du +Concile de Nicée, il donne quelque lieu de croire que ce Prêtre n'avoit +pas encore commis un si grand excès, & que ce ne fut que depuis le tems +de cette sainte Assemblée, que le desir de converser plus librement avec +une fille nommée Eustolie, le porta à armer ses propres mains contre +lui-même, en imitant Origéne. Quoi qu'il en soit ceux qui étoient +devenus Eunuques, ou par maladie, ou par une violence étrangére, ne sont +point exclus des Dignitez de l'Eglise; Et c'est ainsi que S. Germain, & +S. Ignace, ont rempli si dignement le Patriarchat de Constantinople. +Mais ceux qu'un faux zele pour la chasteté, ou quelqu'autre +considération, a porté à une action si barbare, sont jugez indignes des +fonctions de leur Ministére, s'ils sont déja du nombre des Clercs, ou +d'être élevez à la Cléricature s'ils sont encore parmi les Laïques;» A +l'égard de ceux qui se sont faits Eunuques par intérêt, par ambition, ou +par quelqu'autre motif, lâche, bas, & odieux, ce n'est pas assez de les +exclure des Charges Ecclesiastiques, il faut les réputer & les tenir +pour si infames, qu'on les bannisse de la compagnie des hommes; c'est +ainsi que l'antiquité en a agi, comme je l'ai fait voir dans l'éxemple +de Genutius. Je passe plus loin encore, car j'estime que non seulement +ils doivent être couverts d'opprobre & de honte, mais même qu'ils +doivent être punis comme d'un crime capital; En effet, le droit les +déclare homicides d'eux-mêmes; [145]_si quis absciderit semet ipsum, id +est si quis computaverit sibi virilia, non fiet Clericus, quia sui est +homicida, & Dei conditioni inimicus_. _Si quis cum Clericus fuerit +absciderit semet ipsum, omninò damnetur, quià sui homicida est._ Il est +bon d'entendre ce mot _homicida_; car il n'est pas vrai, à parler +proprement, que celui qui se fait Eunuque, se fasse mourir; mais c'est +parce qu'il se met en danger de mourir dans l'opération; car comme on +l'a vû dans un des chapitres précédens, l'Empereur dit, que de +quatrevingt-&-dix qu'il a vû couper, à peine en est-il échappé trois; Il +est donc appellé homicide de soi-même, _propter homicidii periculum quod +sequi poterat sectionem_; au même sens qu'il est dit dans le chapitre +dernier de la distinction quatrevingt-&-septiéme, que quiconque expose +un enfant en est homicide; la raison de cela est qu'il ne faut pas +considérer ce qui arrive, mais ce qui pouvoit arriver. _Prætor non ait +cujus casus nocere posset_, dit la Loi, _ex his Verbis_, ajoûte-t-elle, +[146]_manifestatur non omne quidquid positum est, sed quidquid sic +positum est ut nocere possit, hoc solum prospicere Prætorem ne possit +nocere, nec spectamus ut noceat, sed omninò si nocere possit Edicto +locus sit_; _Coërcetur autem qui positum habuit, sive nocuit id quod +positum erat, sive non nocuit._ J'ajoûte à la disposition du Droit, +qu'outre les cas qui y sont exceptez, il y en a un qui mérite d'être +considéré, c'est lors que le salut de tout le corps éxige qu'on en +retranche cette partie, car c'est une maxime du bon sens que _præstat +partis quàm totius facere jacturam_. Mais j'ai fait voir que la piété ni +la Religion ne pouvoient pas servir de prétexte à cette infame +éxécution; _Non est licita ad servandam aliquam virtutem_. _V. G. +Castitatem, quia non desunt alia media quibus cum Dei gratia possit homo +& assequi & tueri hanc virtutem._ Au reste, il y a une remarque à faire +sur ce sujet qui n'a pas été trouvée indigne des plus habiles Critiques, +& des plus célébres Jurisconsultes; Mornac la rapporte dans son +Commentaire sur la Loi, _si quis Cod. de Eunuchis_. Voici en quoi elle +consiste. Le Canon neuviéme de la distinction cinquante-cinquiéme +contient ces mots, _Eunuchus si per insidias hominum factus est, vel si +in persecutione ei sunt amputata virilia, vel si ita natus est dignus, +fiat Episcopus_; ce mot _Episcopus_ a paru là mal placé, on a eu +recours, pour s'éclaircir sur le doute qu'on en a eu au Canon des +Apôtres vingt-&-uniéme, & on y a trouvé dans l'éxemplaire Grec le mot +χλεοικὁς, & non pas celui d'_Episcopus_. Ce qui avoit donné lieu à ces +Savans de douter étoit, dit Mornac, que l'indécence & la difformité d'un +homme sans barbe & efféminé, desagréable & méprisable dans le Public, ne +permettoit pas de croire que l'Eglise l'eût élevé sur une de ses +premiéres chaires pour y enseigner, y présider sur tout le reste du +Clergé, & pour le dire ainsi, pour dominer sur lui: Cette réfléxion +n'est point inutile ici, car il paroît que quelque support que l'Eglise +ait eu pour ces malheureux, l'état de leur personne a toûjours été si +vil & si abject, que quelques dignes qu'elles fussent d'ailleurs, elle +n'a jamais voulu les placer dans les lieux éminens, ni leur conférer des +Dignitez illustres & considérables. + +Je finirai ce chapitre & cette premiére Partie de mon Ouvrage tout +ensemble, par quelques remarques qui ne seront point inutiles à mon +sujet. Je dirai d'abord que je n'ai point prétendu faire une Histoire +naturelle des Eunuques, ni une Histoire éxacte du sort qu'ils ont eu +dans tous les siécles, & dans tous les Païs; les mœurs des Nations & +des tems sont fort différentes, on voit à la honte de la raison humaine, +que ce qui a été du goût du Public dans un siécle, déplaît beaucoup dans +un autre. Cette bizarerie paroît sur tout parmi les différens Peuples +qui ont différens génies. Ce défaut de virilité n'est pas également +honteux par tout, il rend considérables en plus d'un lieu des gens qui +sans cela ne le seroient point: leur nom n'est pas également une injure +dans tous les Païs; Ils ont éxercé les premiers Emplois & reçû des +honneurs qui ne cédoient qu'à ceux qui étoient rendus aux Souverains. On +voit encore presque la même chose dans tous les Païs du Levant, dans la +Perse, dans l'Egypte, dans la Mesopotamie, & il est de notoriété +publique qu'à la Porte du grand Seigneur, & dans la vaste étenduë de son +Empire qui s'étend dans les trois parties de l'ancien Monde, les +Eunuques possédent une autorité presque pareille à la Souveraine; Ils +étoient autrefois les yeux & les oreilles des Rois de Perse, ils le sont +encore de l'Empereur des Turcs. Les Romains au contraire ont toûjours eu +en horreur ces demi-hommes, & abominé la Castration; voici comment César +en parle à l'occasion d'une infinité de personnes auxquelles le Roi +Pharnacés avoit fait perdre la virilité[147], _quod quidem supplicium_, +dit-il, _gravius morte Cives Romani ducunt_; cependant on voit que peu +après du tems des Antonins Plautianus fit faire un grand nombre +d'Eunuques, comme je l'ai dit ailleurs; Et aujourd'hui les Italiens en +ont beaucoup & en font cas. [148]Mr. Chevreau nous apprend qu'ils nomment +vertueux leurs _Castrati_ qui ont la voix belle, & qu'ils honorent du +même tître les Courtisanes, quand elles chantent, qu'elles dessinent, +qu'elles jouent de la Guitare, ou qu'elles font un Madrigal. La Reine +Christine les appelloit, _la Virtuosa Canaglia_. C'est une chose qui est +digne de remarque, qu'il n'y a proprement que l'Italie, qui n'est qu'un +coin de terre en comparaison de tout le reste du monde Chrêtien, qui +produit des Eunuques. Il seroit fort difficile de rapporter exactement +tout ce que le caprice des hommes leur a fait faire à cet égard dans +tant de siécles qui se sont écoulez, & parmi tant de Peuples qui ont +habité toutes les parties du Monde; D'ailleurs, comme ce n'est point le +but de cet Ouvrage, il me suffit de conclure de tout ce que j'ai dit +jusques ici, qu'il ne paroît aucune Ordonnance, aucune Loi, ni aucune +Constitution, qui réglent le mariage des Eunuques, ce que l'on +trouveroit infailliblement dans les Historiens anciens & modernes, ou +dans les compilateurs du Droit, s'il leur avoit été permis d'en +contracter, & s'il s'en étoit effectivement contracté, de même qu'on en +trouve concernant la faculté de se faire Eunuque, de tester, d'adopter, +d'éxercer la Tutelle, & d'être appellé en témoignage; on y trouve au +contraire des Loix qui les deffendent absolument. C'est ce qu'il s'agit +d'éxaminer plus particuliérement dans la seconde Partie de cet Ouvrage. + +_Fin de la premiére Partie_. + + + + +SECONDE PARTIE. + + Dans laquelle on discute le droit des Eunuques par rapport au + mariage; & dans laquelle on éxamine s'il doit leur être permis de + se marier. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + +_De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque ne peut y répondre._ + + +Mon dessein n'est point de faire ici l'éloge du Mariage, & moins encore +d'outrer les choses sur ce sujet, comme a fait un Auteur moderne dont +les éxagérations ont été fort relevées[149]. Je n'ai pas dessein non +plus d'éxaminer à fond la matiére du mariage; Sanchez & Pontius y ont +trouvé de quoi faire chacun un gros volume in folio; & nous avons vû +depuis peu, qu'un Ecclésiastique de Florence nommé Charles Mazzi, a +tâché de traiter succinctement ce sujet & de réduire ce qu'on en a dit +en abregé comme il paroît par le titre de son Ouvrage, qui est, _Mare +Magnum Sacramenti Matrimonii in exiguo_; Cependant, son Livre est un +Volume in folio; Ce qui a donné lieu à un habile homme de dire[150], que +puis que l'Auteur, en nous donnant un in folio, ne nous montre qu'en +petit l'ocean du mariage; combien de volumes faudroit-il pour nous le +montrer en grand? Quoi qu'il en soit, c'est une matiére si vaste, si +agitée, si pleine d'écueils, que les Théologiens Casuistes ne sçavent +comment faire pour l'épuiser, & qu'ils se trouvent souvent incertains de +la route qu'ils doivent tenir; Je me contenterai donc de poser quelques +principes généraux par lesquels je ferai connoître la nature & le but du +mariage, pour en tirer ensuite des conséquences nécessaires au sujet +particulier que je traite. + +Le Mariage est, selon la définition que les Jurisconsultes en donnent, +un consentement de l'homme & de la femme, de passer leur vie ensemble +dans une union perpétuelle, qui ne soit séparable que par la mort de +l'un ou de l'autre; [151]_Viri & mulieris conjunctio individuam vitæ +consuetudinem continens_. Quoi que cette définition soit donnée par des +Jurisconsultes qui ont été les oracles de la Jurisprudence, j'oserai +dire néanmoins qu'elle n'est point juste; car si elle l'étoit, la +Tourterelle qui ne s'accouple qu'avec un mâle, & qui ne se laisse point +approcher par un autre lors que le premier est mort, auroit contracté un +mariage; ce qu'on ne peut pas dire d'une bête destituée de raison & +d'intelligence. D'ailleurs, le concubinage constant avec une seule femme +seroit aussi un véritable mariage, ce qui est contraire à l'institution +de son union. Toutes les unions qui sont indivisibles dans la société ne +sont pas des mariages; cependant, pour ne pas disputer ici contre une +définition reçûë depuis tant de siécles, je dirai seulement qu'elle +contient deux expressions qui demandent quelqu'éclaircissement; l'une +est le mot _conjunctio_, il ne se prend pas simplement pour le +consentement des contractans, il se prend aussi _pro corporum +commixtione_. L'autre est le terme _individuam_, il s'entend de ceux qui +contractant mariage lesquels sont censez avoir dessein de vivre ensemble +dans l'union jusqu'à la mort de l'un ou de l'autre, car le divorce étoit +permis chez les Romains, comme on le voit par le tître entier du Code de +_Repudiis_, & du Digeste _De Divortiis & Repudiis_. Ce que je dirai dans +la suite de ce chapitre pourra satisfaire aux doutes auxquels ces mots +ont donné lieu. + +Le Mariage est la plus excellente de toutes les unions. 1. Parce que +c'est Dieu qui l'a institué dans le Paradis terrestre, durant l'état +d'innocence. 2. Parce qu'il n'y a rien qui convienne mieux à l'homme que +le mariage, ni qui se rapporte plus parfaitement à ses besoins. 3. Parce +que le mariage est très nécessaire au monde pour y conserver les +Sociétez, & pour y entretenir la sagesse & la pudeur. + +La différence des séxes & ces paroles, _croissez & multipliez_, que Dieu +a prononcées lui-même lors qu'il les joignit ensemble, qu'il institua le +mariage & qu'il le benit, font voir manifestement que le but de cette +union n'est autre que la propagation du genre humain. Cette union ne +peut donc point passer pour un simple consentement de demeurer ensemble, +comme quelques-uns l'ont crû, mais _pro corporum commixtione_, ou _pro +copula carnali_. Ces paroles de Dieu, _& ils seront deux dans une même +chair_, ne signifient autre chose. Les Canonistes ne regardent le gendre +& la fille que comme une seule & même personne, comme un seul & même +enfant, _si vir & uxor non jam duo sed una caro sunt, Non aliter est +nurus reputanda quam filia_, or ils ne peuvent être una caro que par la +consommation du mariage, _non aliter vir & uxor mulier non possunt una +caro fieri nisi carnali copulâ sibi cohæreant_; ce sont les termes qui +sont employez dans le droit Canon[152]. En effet, si ces paroles ne +signifioient qu'un simple consentement, quel sens pourroit-on donner à +cette expression de Saint Paul, _Ne sçavez-vous pas que celui qui +s'attache avec une femme débauchée est fait un même corps avec elle, car +les deux_, est-il dit, _deviendront une même chair_. Un homme qui commet +paillardise avec une femme, ne s'engage pas à demeurer toûjours avec +elle, comment donc est-il fait un même corps avec elle? Ce ne peut être +que _per corporum commixtionem_, ou _per copulam carnalem_, comme je +l'ai dit; Or quel but peut avoir cette conjonction, selon l'intention de +Dieu qui en a été l'Instituteur? Ça été de procurer lignée, d'engendrer +des enfans; _Croissez & multipliez_, dit-il, voila pourquoi je vous +joins ensemble; Il ne dit pas, _divertissez-vous, donnez l'essor à vos +passions brutales. Faites tout ce que vos sens & la nature éxigeront de +vous, uniquement dans la vûë de leur plaire & de les satisfaire_. +D'ailleurs, Adam étant dans l'état d'innocence, le dessein de Dieu ne +pouvoit pas être de lui donner cette liberté, il n'avoit point alors de +ces convoitises charnelles qui sont nées avec ses successeurs depuis sa +chute. Il est vrai que quelques Interprétes ont crû que ce mot +_croissez_ ne regardoit que la grandeur du corps; mais outre qu'il est +certain que le mot original signifie, _fructifiez_, & que c'est en ce +sens qu'il est dit au Pseaume 132., _l'Eternel a juré la vérité à David, +il ne s'en détournera point, je mettrai du fruit de ton ventre sur ton +Trône_, c'est à dire, quelqu'un des tiens & de ta postérité; c'est en ce +même sens qu'Elizabeth dit en passant à Marie, _benit est le fruit de +ton ventre_, les Auteurs profanes se servent de la même expression dans +le même sens, témoin celui-ci du Poëte Claudien,[153] + + _Nascitur ad fructum mulier prolemque futuram._ + +Cette expression est aussi connuë dans le droit Canon[154], dans lequel +_Mater in procreatione filiæ dicitur radix, Filius Verò flos & pomum_, +outre tout cela dis-je, il est certain que le mot _multipliez_ qui suit +celui-ci, _fructifiez_, ôte toute l'ambiguité qu'il pouroit y avoir; & +d'ailleurs, le Prophete Malachie explique les paroles de Dieu d'une +maniére claire & qui ne laisse aucun doute dans l'esprit; Il parle à un +mari de sa femme légitime en vertu d'un Contract qu'il a fait avec elle, +& il lui dit, _N'est-elle pas l'ouvrage du même Dieu, & n'est-ce pas son +souffle qui l'a animée comme vous? Et que demande cet Auteur unique de +l'un & de l'autre, sinon qu'il sorte de vous une race d'enfans de Dieu!_ +Saint Paul nous en donne un Commentaire à peu près pareil, lors que +parlant des veuves il dit, [155]qu'_il veut que les jeunes se marient & +qu'elles mettent des enfans au monde_; on prend donc des femmes & on se +marie avec elles pour en avoir des fils & des filles, _afin de +multiplier & de ne point laisser périr nôtre nombre_, comme s'exprime le +Prophete Jerémie[156]. Dieu donc n'a établi le mariage que pour susciter +lignée, & par ce moyen nous rendre en quelque façon vivans après nôtre +mort; [157]_Natura nos docet parentes pios liberorum procreandorum animo +& voto uxores ducere. ...... Et enim id circò Filios filiasve concipimus +atque edimus ut ex prole eorum, earumve, diuturnitatis nobis memoriam in +ævum relinquamus_; De là vient que quelques Interprétes estiment que +Jésus Christ dans Saint Luc[158], dit que ceux qui seront ressuscitez ne +se marieront point; car, dit-il, _ils ne pourront plus mourir_, comme +s'il vouloit dire que le mariage n'étant établi que pour nous substituer +des successeurs après nôtre mort il ne sera plus nécessaire de se marier +après la résurrection, puis qu'alors on ne pourra plus mourir. Le desir +d'avoir lignée est dans l'homme & dans la femme, mais on dit qu'il est +plus grand aux femmes qu'aux hommes, & que de là vient que ce contract a +pris son nom de la femme plûtôt que de l'homme, _Matrimonium_, +dit-on[159], _a matris nomine, non adepto jam, sed cum spe & omine jam +adipiscendi_. Mais j'avouë que je ne suis point du tout de ce sentiment, +car il est certain que l'homme perpétuant son nom & sa réputation par le +moyen de ses enfans, doit souhaiter beaucoup plus d'en avoir, que la +femme dont le nom est éteint lors qu'elle se marie, parce qu'elle prend +celui de son mari, & dont la réputation consiste uniquement à faire son +devoir envers son mari & envers sa famille, _la gloire de la femme_, au +reste, _étant le mari_, comme parle Saint Paul; D'ailleurs, pour me +servir de l'expression des Canonistes[160], _filius matri ante partum +est onerosus, in partu dolorosus, post partum laboriosus_. Je croirois +donc qu'il seroit plus vrai-semblable de dire que le mariage prend son +nom de la femme, parce qu'elle contribuë plus au mariage que l'homme. +Quoi qu'il en soit, il résulte toûjours de tout ceci, que le desir +d'engendrer est le but & la fin du mariage; les Philosophes eux-mêmes en +conviennent, _Quem admodùm_, disent-ils, _homo naturaliter & +substantialiter est Animal, ita est vivens, Naturalissimum autem opus +viventium est generare sibi simile; perfectum est_, disent-ils encore, +_unum quodque, cum simile sibi producere potest_. Suivant ces maximes, +comment le mariage peut-il convenir à un Eunuque? Comment peut-il être +capable de le contracter? Et ne paroît-il pas que l'Eunuchisme & le +mariage sont deux choses incompatibles & essentiellement opposées? Aussi +les Payens, quoi qu'ils ne se conduisissent qu'à la lueur de la raison +humaine obscure & bornée, ne vouloient pas qu'on contractât mariage à +aucun autre but qu'à celui de procréer lignée. Voici un éxemple qui le +fait bien voir; «Septitie mére des Trachales Ariminsens, pour leur faire +dépit, bien qu'elle fût hors d'âge de porter enfans, épousa un Publicius +aussi fort âgé, & par un testament les priva de sa succession; ces deux +fils s'en étans plains au Divin Auguste, il déclara le mariage nul, & +cassa le testament, voulant que ses enfans fussent ses héritiers, & +refusant même au vieillard l'avantage que cette femme lui faisoit à +cause qu'ils avoient contracté leur mariage sans espérance d'avoir +lignée. Si la justice même s'étoit mise dans son Trône, & qu'elle eût +pris connoissance de cette affaire, auroit elle plus équitablement & +plus gravement prononcé?» Parmi les bêtes mêmes qui n'ont point péché & +qui sont toutes demeurées dans les termes de leur nature, qui suivent +toutes leur ordre, les femelles ne souffrent le mâle que pour devenir +méres. + + + + +CHAPITRE II. + +_Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du mariage, ils ne +doivent pas le contracter._ + + +Les Eunuques qui contractent mariage sont de mauvaise foi & méritent +d'être punis. Premiérement ils commettent une fausseté insigne. Ils se +donnent pour hommes & ils ne le sont point; la fausseté, selon les +Jurisconsultes[161], _est actus dolosus veritatis mutandæ gratia ad +alterum decipiendum factus, quem lex pro falso habet, & lege Cornelia de +falsis coërcet_. Il n'est pas nécessaire que les Eunuques pour être +coupables de fausseté ayent dit positivement qu'ils étoient capables de +satisfaire aux Loix de mariage, il suffit que sçachant les Loix ils se +soient engagez dans cette union & qu'ils ayent donné lieu par là à +croire qu'ils pouvoient en remplir les devoirs. [162]Car _falsum +committitur non dicto sed facto_, comme on le voit par tous les cas qui +sont rapportez dans la Loi _Quid sit falsum quæritur_, 23. _ff. ad legem +Corneliam de falsis_. + +En second lieu, ils promettent ce qu'ils ne peuvent point tenir. On fait +différence en droit entre _Sponsalia & Matrimonium_; _sponsalia sunt +mentio & repromissio nuptiarum futurarum_; ce sont les termes de la loi +premiére _ff. de sponsalibus_. Ce mot _sponsalia_ vient du mot +_spondere_ qui signifie _promettre_. Le droit Canon est fort différent +du droit Civil en ce qui concerne les fiançailles des Enfans, ou des +Adolécens. Le premier[163] décide nettement que _sponsalia amborum +Infantium, vel alterius tantum per supervenientiam majoris ætatis non +validantur, nec publicam honestatem inducunt_. [164]L'Autre au contraire +dit absolument que _sponsalibus contrahendis ætas contrahentium definita +non est_, mais il ajoûte ces mots, _ut in matrimoniis_. C'est à dire, +_in Matrimonio non consideratur principaliter ætas, sed potentia +generandi_. L'état des contractans doit être certain, parce qu'il faut +qu'ils soient capables de le consommer. S'il arrive que l'un n'en soit +pas capable, il n'y a point de mariage parce que, _ubi datur permixtio +habilis cum inhabili vitiatur actus, quando requiritur concursus +habilitatis in utroque_, c'est une maxime qui est manifestement +démontrée par les Canonistes qui ont commenté la Loi, _utile non debet +per inutile vitiari_. C'est sur cela que le chapitre second _de +Frigidis_ est fondé; Il porte précisément ces mots, _sicut puer qui non +potest reddere debitum, non est aptus conjugio, sic qui impotentes sunt +minime apti ad contrahenda matrimonia reputantur_. Un enfant n'est pas +propre au mariage parce qu'il ne peut point en remplir les devoirs. Il y +a du plaisir à lire la dispense d'âge que l'Archevêque de Tours accorda +dans le Mariage de Louïs, Dauphin, fils du Roi Charles Sept, & de +Marguerite d'Ecosse, parce que l'Epoux n'avoit que quatorze ans, & que +l'Epouse n'en avoit que douze; comme si une dispense de cette nature +étoit une chose qui fût au pouvoir des hommes; il n'y a que la Nature +qui puisse en accorder de telles[165]. Justinien a fixé la puberté à +quatorze ans, & le droit Canon a fixé celle des filles à douze, mais il +excepte de cette Loi générale celles, _in quibus malitia supplet +ætatem_. Mais la nature n'est point assujettie aux Loix Civiles ni aux +Loix Canoniques; Elle sort quelquefois de ses propres régles, elle est +tantôt avare, & tantôt prodigue de ses faveurs. L'Ecriture Sainte parle +de Salomon qui engendra Roboam à l'âge d'onze ans, & d'Achaz qui +engendra Ezechias à l'âge de dix ans. S. Jérôme, le Pape S. Grégoire, +Scaliger, Mr. Bochart, & plusieurs autres, ont rapporté des cas +singuliers. Ils ont vû un garçon de dix ans avoir eu un enfant de sa +nourrice; ils ont vû d'autres éxemples de ces fruits précoces[166], mais +ni l'autorité des hommes, ni leur artifice, n'avoit rien contribué à +leur production. Les Eunuques qui n'ont plus ce que la nature leur avoit +donné pour être capables du mariage, ont beau recourir à la faveur & à +l'autorité des hommes, ils ne les mettront jamais en état de le +consommer, & jamais ils n'obtiendront d'eux le pouvoir d'éxécuter ce +qu'ils auront promis par leur engagement. Ils ont donc tort de promettre +solemnellement ce qu'ils sçavent ne pouvoir absolument tenir par +eux-mêmes quelque secours qu'ils reçoivent d'autrui; _Paria censentur +jurare & Religione data fide promittere_; Et ils ne sont point +excusables par la raison que les Jurisconsultes en rendent; _Permittenti +non subvenitur quando tempore promissionis difficultatem sciebat_. Les +Canonistes parlant du mariage de David avec la Sunamite[167], si tant +est que c'en ait été un véritable, puis que Bethsabée, Abigail, & ses +autres femmes & ses concubines, vivoient encore, mettent en question si +David fit bien de l'épouser, n'étant point en état de consommer le +mariage avec elle; Et ils ne l'excusent que parce qu'il ne la prit point +par un mouvement de convoitise, de son bon gré, mais par l'avis, ou +plutôt l'ordre des Médecins, & pour satisfaire aux Principaux de son +Royaume. Ils disent encore que la vie de David ayant été prolongée par +ce moyen; Adonias ayant été vaincu, & le Régne de Salomon bien établi, +on doit en juger favorablement. + +Enfin, le mariage est une espéce de contract de vente & d'achat, le mari +aquiert la puissance du corps de la femme, & la femme aquiert la +puissance du corps du mari. A Rome autrefois le mariage se faisoit _per +emptionem_; c'est donc un contract de bonne foi dans lequel le +Jurisconsulte dit[168] que le dol doit être présumé lors qu'on tient +malicieusement quelque chose de secret; Comme donc dans un contract de +vente rien ne doit demeurer inconnu ni douteux: que l'acheteur doit +avoir connoissance du vice de la chose qu'on lui vend, ou de la maladie +secrette & cachée dont l'animal vendu pourroit être atteint. De même +aussi dans cette espéce d'achapt toute la fraude doit être imputée à +l'Eunuque qui a caché son impuissance. Fragosus éxamine dans son +excellent Ouvrage qui a pour tître, _Regimen Reipublicæ Christianæ. +Impedimenta matrimonii an sint revelanda quandò sunt omninò secreta_, & +il décide la question[169] en disant, que celui qui ne révéle pas les +empêchemens lors qu'ils sont diriments, péche mortellement; le mariage +de ces sortes de gens est si odieux qu'il est toûjours déclaré nul & +comme non avenu dès que leur état est découvert. + +Les nôces qui se faisoient parmi les Romains, _per coëmptionem_, se +célébroient de cette maniére; Après quelques cérémonies, _se se coëmendo +interrogabant, vir ita, an sibi mulier mater familias esse vellet? illa +respondebat, velle; Interim mulier interrogabat an vir sibi pater +familias esse vellet, ille respondebat velle. Sic mulier in viri +conveniebat manum_; c'est à ce propos que Virgile a dit, + + _Teque sibi generum Thetis emat omnibus undis_. + +Servius observe que ce mot _emat_, se rapporte à l'ancien usage de +contracter. On peut voir toutes les solemnitez de ces sortes de mariages +dans le Livre sixiéme de la Cité de Dieu de Saint Augustin, & dans le +chapitre neuviéme du Livre sixiéme des Antiquitez Romaines de Rosinus. + + + + +CHAPITRE III. + +_Le Mariage des Eunuques est considéré comme nul & comme non avenu._ + + +C'est une maxime en Droit, que _falsum quod est, nihili est_. Les +Eunuques qui s'unissent avec une femme, la trompent; Ils ne contractent +point mariage avec elle puis qu'ils ne sont pas capables de contribuer +de leur part comme ils le devroient à la substance du mariage; Ainsi on +peut dire que ce n'est qu'un vain phantôme, ce n'est qu'un mariage feint +& simulé, & nullement un mariage réel & véritable. De là vient que quand +il s'agit de séparer une femme qui a été surprise par un Eunuque, on ne +dissout point le mariage, mais on déclare qu'il n'y en a point eu. C'est +sur ce principe que toute la Jurisprudence de ces sortes de conjonctions +est fondée[170]. Elle fait voir qu'il n'y a ni mari, ni femme, ni dote, +ni douaire. La loi _in causis_, contient une décision précise sur ce +sujet, _si maritus_, dit-elle, _uxori ab initio matrimonii usque ad duos +annos continuos computandos coire minime propter naturalem +imbecillitatem valeat, potest mulier vel ejus parentes sine periculo +dotis amittendæ repudium marito mittere_. La loi _si serva servo_, +s'explique bien plus clairement[171]; _si spadoni_, dit-elle, _mulier +nupserit, distinguendum arbitror castratus fuerit, nec ne; ut in +castrato dicas dotem non esse, In eo qui castratus non est, quia est +matrimonium, & dos & dotis actio est_. Au second cas le mari a action +pour la dote, & la raison qui en est donnée, c'est qu'il y a mariage, & +par conséquent dans le premier cas il n'y a point de mariage, puis qu'il +n'y a point d'action pour la dote; cette matiére mérite qu'on s'y étende +un peu davantage. + +Il semble ordinairement que dès là qu'une femme est liée par contract +avec un homme, & que les cérémonies de l'Eglise ont rendu ce lien +solemnel, il y a un véritable mariage, mais on se trompe; cette erreur +est fondée sur cette maxime de Droit que j'expliquerai dans la suite. +_Consensus non concubitus matrimonium facit._ Voici un Jurisconsulte qui +nous en détrompe, c'est Ulpien qui prononce formellement sur ce sujet. +_Non omnes conjunctiones implent conditionem cùm nupserit, putà enim +nundum nubilis ætatis in domum mariti deducta, non paruit conditioni si +nupserit vel si ei conjuncta fit, cujus nuptiis erat interdictum._[172] +Ce n'est point assez d'avoir passé contract, d'avoir épousé à la face de +l'Eglise, d'avoir été menée dans la maison de l'Epoux, d'avoir été mise +entre ses bras, toutes ces circonstances ne sont que des apparences du +mariage, mais elles ne font pas le mariage. Il faut que le mari & la +femme ayent été nubiles & capables de le consommer. C'est donc avec +raison que l'Empereur Justinien a décidé dans ses Institutes, que si +cette femme perd son mari avant qu'elle ait été _viri potens_, elle ne +lui a jamais été femme légitime; [173] _Nec vir, nec uxor, nec nuptiæ, +nec matrimonium, nec dos intelligitur_. Le Jurisconsulte Labeo +s'explique encore plus clairement, [174]_quando pupillæ_, dit-il, +_legatum est, quandocumque nupserit, si ea minor quàm viri potens +nupserit, non ante ei, legatum debebitur quàm viri potens esse +cœperit, quia non potest videri nupta que virum pati non potest_; +L'Histoire[175] rapporte un fait qui est digne de remarque; François I. +souhaitant de tirer le Duc de Cléves du parti de l'Empereur +Charles-Quint, & de l'engager dans le sien, pressa & contraignit +Marguerite de France sa Sœur, & Henri d'Albret Roi de Navarre son +beau-frére, de lui donner en mariage Jeanne leur fille qui n'étoit âgée +que de huit à neuf ans; le mariage fut conclû & arrêté, solemnisé dans +la Ville de Châteleraud, l'Epouse conduite au lit nuptial; cependant, +par jugement du Pape, il a été dit depuis, qu'il n'y avoit point eu de +mariage, & cette jeune Princesse a été mariée de nouveau à Antoine de +Bourbon; C'est sur ce principe sans doute que les Tribunaux[176] ont +permis à une fille qui avoit été mariée à l'âge de sept ans avec le +Frére aîné, de se marier ensuite avec le frére Cadet, lorsqu'elle est +parvenuë dans un âge Nubile. Ce seroit autoriser un Inceste si on +considéroit le premier mariage comme un véritable mariage. Et il paroît +bien qu'il n'est point du tout consideré comme tel; [177]Il est même +deffendu aux Prêtres par les Conciles de marier des gens notoirement +incapables d'éxercer les fonctions du mariage. Les Canonistes sont +beaucoup plus décisifs sur cette matiére que les autres Jurisconsultes, +car ils vont jusques là qu'ils disent que _contractus ante pubertatem +etiam cum nisu carnalis copulæ non facit Matrimonium_. On sçait ce que +c'est que _Pubertas_, en tout cas le chapitre troisiéme du même tître +l'enseigne; _Puberes_, dit-il, _a Pube sunt vocati id est a Pudentia +corporis nuncupati, quia hæc loca primo lanuginem ducunt; Quidam tamen +ex annis pubertatem existimant, id est eum esse puberem qui tredecim +annos implèvit, quamvis tardissimè pubescat; Certum est autem eam +puberem esse, quæ ex habitu corporis pubertatem ostendit, & generare +jamjam potest, & puerperæ sunt quæ in annis puerilibus pariunt_; De +sorte que suivant cette définition les Eunuques ne sont jamais +_puberes_, & n'étans d'ailleurs jamais capables du mariage, ceux qu'ils +contractent sont nuls par eux-mêmes. Les Conciles & les Papes deffendent +expressément de faire les cérémonies prescrites par l'Eglise, comme de +donner la bénédiction, &c. pour des mariages nuls, tels que sont ceux +dont je viens de parler, afin qu'elles ne soient pas faites en vain. Je +conclûs donc, _que non est inter eos matrimonium quos non copulat +commissio sexus_, comme il est dit dans le Decret de Gratien[178]; _Non +est dubium_, dit-il, _illam mulierem non partinere ad matrimonium cum +quâ commistio sexus non docetur fuisse_. [179]_Qui matrimonio conjuncti +sunt & nubere non possunt, illi non sunt conjuges_; Voici en un mot ce +que c'est que le mariage au sentiment des Canonistes, _In omni +matrimonio_, disent-ils[180], _conjunctio intelligitur spiritualis quam +confirmat & perficit conjunctorum commistio corporalis_. Dès là donc que +dans le mariage des Eunuques il n'y a jamais eu de véritable mariage, +parce qu'il n'y a jamais eu de véritable conjonction, on ne prononce +point de dissolution, on dit simplement qu'il n'y a point de mariage, & +que la partie plaignante est en liberté d'en contracter un avec qui bon +lui semblera. [181]_Tum propriè non fit divortium, sed fit declariatio, +ut alii sciant illam societatem non esse conjugium, & conceditur personæ +quæ habet naturæ vires integras ut etiam vivente altero impotente possit +contrahere cum alio_. [182]L'Eglise Romaine qui considére le mariage +comme un Sacrement, ne le dissout jamais, [183]_quo ad vinculum_, elle ne +sépare la partie plaignante que, _quo ad thorum_; lors donc qu'elle +permet à la partie plaignante de se remarier, c'est qu'elle estime qu'il +n'y a point eu précédemment de mariage; c'est donc se moquer & abuser +des cérémonies les plus graves de la Religion que de les faire +intervenir dans un acte faux & chimérique pour autoriser une imposture, +qui produit des inconvéniens qu'il seroit très bon de prévenir. On peut +dire même que ces gens-là sont dans le cas de la Novelle que l'Empereur +Justinien a donnée[184], pour punir celui des conjoints qui se trouvera +avoir causé mal à propos la dissolution du mariage. Solon avoit fait +auparavant une Loi contre ceux qui ne pouvoient pas rendre les devoirs +dûs à leur femme; Il donnoit à ces femmes l'action d'injure contre ces +maris impuissans. + + + + +CHAPITRE IV. + +_Inconvéniens que le Mariage des Eunuques produit ordinairement._ + + +Le[185] Poëte Claudien parlant d'un Eunuque, l'appelle une vieille ridée. +Térence lui donne le même nom, _Eunuchum_, dit-il[186], _illumne obsecro +Inhonestum hominem, quem mercatus est here, senem mulierem_; Mais +Martial pousse la Satyre & l'injure plus loin, il ne se contente pas de +dire, en parlant de Numa qui avoit vû un Eunuque effeminé,[187] + + _Thelin viderat in toga spadonem,_ + _Damnatam Numa dixit esse mœcham_; + + Il dit encore[188], + + _Dos etiam dicta est. Nondum tibi Roma videtur_ + _Hoc satis? Expectas numquid & ut pariat?_ + +Toute la différence qu'il y a, c'est que Martial parle de deux hommes +qui se faisoient passer pour femmes, & que je parle d'hommes qui sont +véritablement comme des femmes, & auxquels ce qui est dit dans la Loi, +_cùm vir nubit. cod. ad legem Juliam de Adulterio_, convient à peu près. +Ce sont les Empereurs Constantius & Constance qui y parlent, _cùm vir_, +disent-ils, _nubit ut fæminæ viris, paritura quid cupiatur, ubi sexus +perdidit locum, ubi scelus est id, quod non proficit scire, ubi Venus +mutatur in alteram formam, ubi amor quæritur nec videtur_. Cet +assemblage ne produit point l'effet que la femme en avoit espéré; +[189]_sic virgò intacta manet, inculta senescit_; selon l'expression de +Catulle & d'Ovide.[190] Ce n'est point là l'intention de cette femme, ni +le but du mariage, + + _Fœmina fortunæ similis formosa videtur,_ + _Non amat ignavos illa nec ista Viros._ + +ou plûtôt comme s'exprime le même Poëte qui dit plusieurs véritez en +raillant d'une maniére très agréable & très enjouée, + + _Sæpè quiescit ager, non semper arandus, at uxor_[191] + _Est ager, assiduo vult tamen illa coli._[192] + +Si cette idée paroît outrée, il y en a une autre qui n'est pas plus +avantageuse aux Eunuques, & dont les conséquences ne sont pas plus +favorables à eux & à leurs femmes. + +Ce ne sont que des demi-hommes;[193] Juvenal appelle un Eunuque +_semivir_. Mais c'est trop dire en leur faveur; ce ne sont que des +arbres stériles, des troncs desséchez, comme s'exprime Esaïe. + + _Truncus iners jacui, species & inutile signum,_[194] + _Nec satis exactum est corpus an umbra forem._ + +Voila la véritable description d'un Eunuque; Et voici deux traits qui en +achévent le portrait; l'un est donné par les Jurisconsultes, & l'autre +par un Ecrivain sacré. + +L'Eunuque est un homme toûjours malade, & toûjours +languissant, [195]_morbosus_; Par conséquent incapable de faire les +fonctions de la vie active; _sin autem ita spado est_, dit le +Jurisconsulte Paulus, _ut tam necessaria pars corporis ei penitus absit, +morbosus est_; c'est un malade impuissant qui voit l'occasion d'agir & +qui ne peut; Qui comme Tantale se voit au milieu des biens & des +plaisirs & qui ne peut point les goûter; on peut dire de lui ce +qu'Horace dit[196] de son avare, «mon ami, lui dit-il, vous avez entendu +parler de Tantale? Il meurt de soif au milieu d'un fleuve dont l'eau +fuit aussi-tôt qu'il veut boire. De qui pensez-vous rire? C'est de vous +que parle la Fable sous un nom emprunté; vous dormez sur des sacs +d'argent entassez autour de vous les uns sur les autres, vous les +dévorez des yeux, cependant vous n'oseriez non plus y toucher qu'à des +choses sacrées; Et ce sont des richesses en peinture à vôtre égard.» La +différence qu'il y a, c'est que l'avare peut & ne veut point se donner +du plaisir de son bien, & que l'Eunuque voudrait bien, mais qu'il ne +peut point, & en cela on peut dire, que la comparaison de lui à Tantale +est plus juste, que celle qu'Horace fait de son avare à Tantale; On peut +dire à l'Eunuque plus à propos qu'à l'avare, + + _Indormis inhians, & tanquam parcere sacris_ + _Cogeris, aut pictis tanquam gaudere tabellis._ + +Tant s'en faut donc qu'une femme à ses côtez soit un bien qui lui donne +de la joye, il l'afflige au contraire beaucoup, parce qu'il ne peut +point en profiter; c'est une vérité que le Sage a reconnu, & c'est le +second trait qui achéve la peinture de l'Eunuque; Il est de la façon de +l'Auteur de l'Ecclésiastique, soit qu'il soit Jésus Sirach, soit que ce +soit Salomon; il parle d'un homme qui porte la peine de son +iniquité[197], & il dit qu'_il voit les viandes de ses yeux & qu'il +gémit comme un Eunuque qui tient une vierge & qui soûpire_; cette +comparaison est très juste, il porte la peine de son iniquité, soit +qu'il n'ait eu autre vûë que de tromper une femme pour profiter de ses +biens, ou de ses avantages; soit que par une brutalité monstrueuse il +s'abandonne à une intempérance qu'il n'est pas dans son pouvoir de +soûtenir; Quoi qu'il en soit une femme est trompée; Et elle peut dire à +juste tître, ce qu'Auguste disoit lors qu'il se trouvoit assis entre +Virgile & un autre Poëte de son tems, _sedeo inter suspiria & lacrimas_. +Et si cette fraude étoit autorisée il en résulteroit plusieurs +inconvéniens qui paroissent naturellement, & qui se font voir +d'eux-mêmes. + +1. Une femme languiroit & sécheroit d'ennui à côté d'un homme de cette +nature, car elle a beau l'exciter, ses efforts sont inutiles, c'est +pourquoi n'ayant ni les douceurs du mariage, ni l'apparence d'en jouïr, +elle s'affligeroit en secret. Cela n'est point sans éxemple. L'Histoire +nous apprend que l'Empereur Constantius eut pour femme Eusebia, +Princesse très belle, & de la beauté de laquelle on parloit par tout +avec admiration. Constantius étoit un homme mol, efféminé & affoibli par +de longues & continuelles maladies; Eusebia qui étoit dans la fleur & +dans la vigueur de son âge, eût de fréquentes maladies de femmes, & +enfin se consuma, & finit ses jours étique, séche, & défigurée du +chagrin secret, de n'avoir jamais eu la douce & aimable compagnie de son +Epoux, sans que l'excellence de sa beauté, la jeunesse de son âge, ni le +souverain honneur d'être Impératrice, ayent pû lui apporter le moindre +plaisir, ni la moindre satisfaction, bien loin d'avoir pû la consoler. +Cela a pû être permis à un Empereur, du moins n'a-t-on pû lui en +demander raison; mais on ne peut point permettre la même chose à un +particulier dont l'intention injuste est de rendre une femme misérable +pour satisfaire à quelqu'une de ses iniques passions; Il n'est pas juste +de le favoriser dans l'entreprise de faire mourir une femme innocente, +vierge & martyre. + +2. Il pourroit arriver qu'une femme n'auroit pas la force de soûtenir +une si terrible épreuve, ni assez de fermeté pour résister aux +tentations auxquelles elle se trouveroit exposée. L'esprit est prompt, +mais la chair est foible, & il ne seroit pas trop surprenant qu'une +femme ne trouvant pas chez elle de quoi satisfaire à une passion +irritée, ne reçoive d'ailleurs des secours nécessaires pour la +calmer. [198]Un de mes Amis m'a dit en conversation, qu'il se rencontra +un jour chez un Baillif du Païs, dans le moment qu'une femme mariée à un +Suisse, vint toute émûë, ayant un petit enfant sur ses bras, se +plaindre à lui que son mari étoit Eunuque. On lui demanda si cet enfant +qu'elle portoit n'étoit point à elle: Elle répondit qu'oui, on lui dit +pourquoi donc elle disoit que son mari étoit Eunuque puis qu'il lui +avoit fait un enfant; elle repliqua que cet Enfant n'étoit point de lui, +qu'elle ayant bien remarqué qu'il ne faisoit rien qui vaille depuis +plusieurs années qu'elle étoit avec lui, elle avoit prié un ouvrier +maçon qui travailloit chez elle de lui faire voir s'il ne feroit pas +mieux: que l'ayant mise sur un coffre qui étoit près de là, il lui avoit +fait cet enfant dans un seul coup; & que son mari n'avoit pû en faire +autant dans plusieurs années avec tous ses efforts. Le mari ayant été +cité à sa requête, & depuis visité, on ne lui trouva point de +chrémastire, il avoua qu'il en avoit perdu un à l'Armée par un coup de +fusil, & qu'il avoit perdu l'autre par une maladie; l'affaire ayant été +envoyée dans l'Université voisine; le mariage fut cassé, & la femme +s'est mariée à son autre homme. Cet Eunuque voyoit bien que sa femme +ayant un enfant, il falloit qu'elle eût eu affaire avec quelqu'autre que +lui, cependant il ne disoit mot; les gens de ce caractére ne sont point +jaloux. Je crois même que si on proposoit aux Eunuques qui se marient +d'accorder cette permission à leur future Epouse, dans leur Contract de +mariage, ils n'en feroient aucune difficulté, cela ne seroit pas sans +exemple. Je n'alléguerai pas le Jugement solemnel rendu contre un Cocu +qui se plaignoit, dans lequel il est condamné à reprendre sa femme & à +faire cesser les bruits qu'il avoit répandus, fondé sur ceci qui est le +motif de l'Arrêt tel qu'il lui a été prononcé,[199] + + _Sois persuadé que Cocuage_ + _Est la Clause de Mariage_ + _Clause observée éxactement,_ + _Et quand une femme y renonce_ + _On l'en reléve en jugement,_ + _C'est en sa faveur qu'on prononce._ + _La Loi pour ce fait seulement_ + _La traite toûjours de mineure,_ + _J'en sçai telle de soixante ans_ + _Qui n'est pas encore majeure._ + _Cette Clause tire son droit_ + _Des principes de la Nature_ + _C'est en vain qu'un mari murmure_ + _S'il prend le Cas pour une injure._ + +Je ne rapporterai pas non plus diverses décisions que l'on trouve dans +le Cocu imaginaire de Moliére parce que tout cela n'est que fiction; +mais je rapporterai un éxemple très véritable dont voici le cas; La feuë +Comtesse de Moret avoit été mariée en troisiéme nôces à Mr. de Vardes +Gouverneur de la Capelle, & en avoit eu ce Mr. de Vardes, Capitaine de +cent Suisses, que le Roi de France envoya en Espagne dès que son mariage +avec l'Infante fut conclû, pour complimenter de sa part la future +Reine; cette Comtesse de Moret fut aussi mére du Comte de Moret bâtard +de Henri IV. qui fut tué proche de Castelnaudary en l'année 1632, lors +que Mr. de Montmorancy fut pris en Languedoc; c'est elle qui est célébre +dans l'Euphormion de Barclay sous le nom de Casina, il y est dit qu'elle +fut aussi mariée au Comte de Cesy Sancy qui depuis fut envoyé +Ambassadeur à Constantinople, & on y voit la description d'un Contract +de mariage d'un homme qui veut bien être Cocu, & qui promet & s'oblige à +le souffrir; clause qui fut éxécutée paisiblement & sans aucun +empêchement: Peut-être cette Dame s'étoit-elle mal trouvée dans ses +mariages précédens de n'avoir pas pris cette précaution dans ses +Contracts. Cette précaution seroit d'autant plus juste & plus +raisonnable aux femmes des Eunuques que ces hommes efféminez ne peuvent +faire eux-mêmes ce qu'ils doivent; Et ils sont d'autant plus traitables +sur cet article, que ne pouvant s'acquitter de leurs devoirs, ils +consentent, pour éviter les plaintes & les reproches, qu'une femme se +satisfasse comme elle peut. Ils les y portent même très souvent, & ils +leur en fournissent eux-mêmes les moyens quand il en est nécessaire. Et +s'il arrive quelquefois que leurs femmes ayent du panchant au +libertinage & à la débauche, ils favorisent leur inclination & profitent +de leur prostitution. Témoin ce Didyme efféminé contré lequel [200]Martial +a fait une Epigramme si satyrique. C'a été le seul Eunuque qui ait eu +une femme, du moins qui soit de ma connoissance. Et ce Didyme confirme +ce que je viens de dire, car il produisoit lui-même sa femme, & en +faisoit un infame commerce dans la vûë de s'enrichir. + +3. Il se rencontreroit beaucoup de femmes qui, de peur de tomber dans +l'un ou dans l'autre de ces deux extrémitez que je viens de remarquer, +ne voudroient jamais s'engager dans le mariage sans avoir mis à +l'épreuve celui qui les rechercheroit, & sans avoir mis en pratique le +conseil qu'Ovide[201] a donné aux Amans de tous les siécles, c'est à +dire, de prendre garde, _unde legat quod amet ubi retia ponat_; car pour +suivre la même idée de ce Poëte, + + _Scit benè Venator, Cervis Ubi retia tendat._[202] + +Mais les femmes n'ont pas un pressentiment secret de la validité, ou de +l'invalidité d'un homme; Ainsi elles voudront s'en assurer en personnes +sages avant que de serrer les nœuds d'un lien indissoluble; ce n'est +plus la coûtume de faire mettre les hommes nuds avant que de solemniser +leurs mariages, Platon le vouloit ainsi[203]. Ceux qui croyoient que +c'étoit afin de voir la beauté & la belle disposition d'un corps, se +trompent; ce n'étoit que pour voir à l'œil par l'inspection des +parties si l'homme ne vouloit pas tromper une femme; Cela étoit d'autant +plus nécessaire que tout le monde n'étoit pas, & n'est pas encore +d'aussi bonne foi que le Pére de l'Empereur Galba, Suétone dit[204] +qu'il étoit de petite taille, & bossu, que cependant, Livia Ocellina +fille belle & riche en étoit amoureuse à cause de sa Noblesse, mais +qu'il se dévêtit, & lui montra l'imperfection de son corps, de peur +qu'elle l'ignorant ne se trouvât trompée dans la suite. Je ne sçai +d'ailleurs si cette inspection suffiroit, car il y a peu de filles qui +sçachent à quoi il tient qu'un homme soit capable d'être marié; Ce n'est +que par l'usage qu'elles s'en instruisent; [205]Mr. de Thou rapporte que +Charles de Quellenec, Baron de Pont en Bretagne, avoit épousé Catherine +de Parthenas, fille & héritiére de Jean de Soubize, mais qu'il y avoit +déja quelque tems que la mére de sa femme lui avoit fait un procès pour +faire rompre son mariage, sous prétexte qu'elle prétendoit qu'il étoit +impuissant; Que son procès n'étoit point encore terminé lors du Massacre +de la S. Barthélemi, dans lequel il fut tué; Que son corps ayant été +jetté comme les autres, devant le Louvre, & exposé à la vûë du Roi, de +la Reine, & de toute la Cour, un grand nombre de Dames qui n'avoient +point d'horreur d'un spectacle si cruel, & qui regardoient curieusement +et sans honte, ces corps tout nuds, jettérent particuliérement les yeux +sur le Baron de Pont, & l'éxaminérent avec soin pour voir si elles +pourroient découvrir la cause ou les marques de l'impuissance qu'on lui +avoit reprochée. Je doute qu'avec toute leur application à éxaminer ces +objets elles en ayent été plus sçavantes sur ce sujet. Les Dames +Romaines ne se contentoient pas de la vûë, elles jugeoient des hommes +sur un témoignage plus sûr, sur la force & sur l'adresse qu'ils +faisoient paroître dans les jeux publics. Il ne falloit que cela pour +être regardé par une femme Romaine comme un homme accompli. [206]_Sed +gladiatorem fecit hoc illos Hyacinthos_; ces précautions ne sont point +inutiles quand on songe que c'est pour toute sa vie qu'on s'engage, car +nous ne sommes plus au tems qu'on faisoit des Contracts de Mariage _ad +tempus_.[207] Comme celui que Mr. de Varillas [208]dit avoir vû dans la +Bibliothéque du Roi, fait entre deux personnes de qualité du Comté +d'Armagnac, pour sept ans seulement, se réservant néanmoins la liberté +de le prolonger s'il étoit trouvé à propos. + +4. Il arriveroit que des femmes qui auroient eu trop de vertu pour +commencer leur mariage _ab illicitis_, & par un crime, & qui ne +pourroient demeurer toute leur vie dans l'inaction près d'un phantôme de +mari, seroient contraintes de faire du vacarme pour en être séparées. +Une honnête femme ne trouve sa consolation que dans un époux, comme le +disoit Agrippine à Tibére lors qu'elle lui demandoit un mari; En effet, +quand une femme n'est point honnête elle trouve suffisamment hors du +mariage de quoi contenter la nature; on rencontre rarement des femmes de +l'humeur de celles de Domitius Tullus dont Pline fait l'histoire dans +l'une de ses Epîtres, & qui est rapportée avec des Réfléxions +enjouées, [209]par Mr. Bayle dans l'article d'Afer. Ce qui est rapporté +dans le Ménagiana est assez le goût commun des femmes. Il y est dit que +dans une compagnie d'hommes & de femmes, on s'entretenoit de l'air que +devoient avoir un homme & une femme pour être bien faits; Quelqu'un dit +que pour être bien fait un homme devoit tenir de l'homme & sentir son +homme, & que pour les femmes il n'aimoit point celles qui étoient +homasses, & moi, reprit une femme aussi-tôt, je suis de vôtre sentiment, +je n'aime point les hommes efféminez. On peut ajoûter pour Commentaire +de ces paroles qu'elles n'aiment point les maris, tels que celui dont +parle Mr. de la Fontaine. + + _Qui mainte fête à sa femme alléguoit_ + _Mainte vigile, & maint jour fériable:_ + _Les autres jours autrement s'excusoit_ + _Sans oublier l'Avent ni le Carême._ + + _Vierge n'étoit, Martyr, ni Confesseur_ + _Qu'il ne chommât, tous les sçavoit par cœur,_ &c. + +Nous ne sommes plus au tems de Jean V. Duc de Bretagne qui disoit[210] +qu'il tenoit une femme assez sage quand elle sçavoit mettre différence +entre le pourpoint & la chemise de son mari. D'ailleurs, quand il y en +auroit encore de telles, il est certain que plus elles sont grossiéres, +& moins elles entendent raison sur ce chapitre. Lors que la nature parle +& que la raison ne la retient point, elle veut être absolument obéïe. +Mr. de Varillas met en fait que les femmes les plus spirituelles ont +toûjours été les plus faciles. [211]Torquato Tasso a fait un discours +exprès pour le prouver; Et Mr. de Voiture s'est plaint d'avoir souvent +trouvé des Bergéres trop grossiéres pour être trompées par un habile +homme: les plus fines entendent mieux raison. De sorte que les +grossiéres & les fines se laissent aussi difficilement tromper l'une que +l'autre, sur le chapitre dont il s'agit. + +Je me suis étonné en lisant l'extrait que Mr. Bernard a fait du Recueil +des Traitez de Paix, &c. de voir qu'il y traite de malheureuse +Marguerite Duchesse de Carinthie, à laquelle l'Empereur Louïs de Baviére +a accordé des lettres de divorce d'avec Jean fils du Roi de Bohème pour +cause d'impuissance; voici ses termes. «La piéce, dit-il, est +considérable...... par la maniére dont cette malheureuse Princesse +explique qu'elle en a usé, & par les soins qu'elle dit avoir pris pour +faciliter à son mari les moyens de lui rendre les devoirs d'un véritable +Epoux.» Il rapporte les termes dans lesquels la chose est conçûë, mais +il dit qu'il ne les traduit pas. + +Puis que j'ai dit que je me suis étonné; il est bon que je dise aussi la +raison de mon étonnement. D'un côté cette Epithéte de _malheureuse_ ne +peut pas avoir été donnée par Mr. Bernard à cette Duchesse, pour avoir +obtenu des lettres de Divorce, car au contraire elle doit être réputée +avoir été bien heureuse d'avoir été séparée d'un homme impuissant; non +seulement la justice qu'on lui a faite à cet égard, mais encore la +délivrance d'un joug si pesant méritoit qu'on la qualifiât +bien-heureuse, plûtôt que malheureuse. Si Mr. Bernard avoit parlé de +cette Dame par rapport au tems qu'elle étoit sujette à son mari, il +auroit eu raison de la traiter de malheureuse parce qu'elle l'étoit en +effet; mais il en parle par rapport au tems de sa liberté, & en ce cas +elle avoit été malheureuse, mais elle ne l'étoit plus. Mr. Bernard est +un homme trop judicieux pour avoir fait cette méprise; c'est donc parce +qu'elle a osé demander des lettres de divorce, se plaindre de +l'impuissance de son mari, dire les raisons qui la justifioient & les +moyens par lesquels elle s'en étoit convaincuë, & par lesquels elle en +persuadoit ses Juges. Or Mr. Bernard est trop bon Théologien & trop bon +Politique, & il sçait trop bien l'Histoire Ecclésiastique & Prophane +pour ignorer que la Religion, la conscience, l'honneur & la pudeur, +n'obligent point une femme qui n'a pas assez de courage naturellement +pour souffrir le Martyre & pour se laisser mourir à petit feu, qui ne +peut pas y suppléer par des souffrances volontaires & qui n'a pas la +force de se mortifier par une longue & perpétuelle continence, à +demeurer auprès d'un mari impuissant & incapable de lui rendre les +devoirs de mari; s'il croyoit que la conscience & la Religion obligent +une femme qui se trouve dans ce cas à y demeurer & à y garder un profond +silence, il tomberoit dans l'Hérésie de ces Abeliens dont Saint Augustin +réfute l'erreur dans le chapitre 87. de son Livre _des Hérésies_. S'il +croyoit que l'honneur & la pudeur exigent d'elle cette patience outrée, +il donneroit dans la vision de ces fanatiques qui croyent qu'il vaut +mieux souffrir la mort que de découvrir à un Médecin, ou à un +Chirurgien, une partie secrette qui seroit attaquée; & qui ont mis au +nombre de leurs Saintes Marie fille de Charles le Hardy Duc de +Bourgogne, mariée à l'Empereur Maximilien I., fils de Frideric III. Un +cheval fougueux que l'on avoit donné à cette Princesse, la secoua & la +fit tomber si rudement qu'elle en eut la cuisse rompuë; elle en mourut +n'ayant pû gagner sur sa pudeur d'exposer le haut de sa cuisse à la vûë +des Chirurgiens & des Médecins qui apparemment l'auroient pû guérir. Mr. +Bernard feroit donc bien de s'expliquer un peu plus clairement au hazard +de faire ses extraits un peu plus longs; car on peut dire qu'il lui +arrive quelquefois d'être fort obscur, parce qu'il veut affecter d'être +fort court. En attendant qu'il s'explique, je veux lui faire la justice +de croire qu'il n'a pas donné dans les sentimens que je viens de +remarquer, mais qu'il a donné dans cette pensée de Mr. Boileau;[212] + + _Jamais la biche en rut n'a pour fait d'impuissance_ + _Traîné du fond des bois un cerf à l'Audience,_ + _Et jamais Juge entr'eux ordonnant le Congrès_ + _De ce burlesque mot n'a sali ses Arrêts._ + +Si cela est, il n'a pas pris garde qu'on a fait voir aux Moralistes +qu'ils se trompent fort lors que pour donner de la confusion à l'homme +sur ses défauts ils le conduisent à l'école des bêtes; je le prierois +d'en voir les preuves dans le Dictionaire de Mr. Bayle, si je n'étois +averti qu'il ne lit point les Ouvrages de cet illustre Auteur. Mr. de +Beauval[213] pourra donc le détromper sur ce sujet, & lui faire voir en +particulier, que l'éxemple de la biche n'est point juste, s'il veut se +donner la peine de lire l'extrait que cet Ecrivain sçavant & judicieux a +fait de ce Dictionnaire. Je dirai seulement, que si cette Duchesse de +Carinthie, dont Mr. Bernard parle, étoit coupable, le corps de droit +entier, mériteroit d'être condamné; il fournit aux femmes des actions & +des loix contre leurs maris Eunuques, ou impuissans, au lieu que, selon +la Théologie scrupuleuse de Mr. Bernard, il devroit réprimer +l'incontinence de ces femmes, & s'écrier contre celles qui oseroient se +plaindre. + + + + +CHAPITRE V. + +_Les Loix Civiles deffendent le mariage des Eunuques._ + + +Comme le mariage d'un Eunuque ne peut pas subsister, il a été de la +prudence des Législateurs de ne point permettre qu'il fût contracté. +L'honnêteté publique, ni la Justice, ne veulent pas qu'on laisse faire +des choses qu'elles ne peuvent pas laisser subsister; [214]_Dirimunt +matrimonium contractum, impendiunt matrimonium contrahendum_ C'est une +maxime que les Canonistes qui ont écrit sur le chapitre unique _de +Sponsalibus & Matrimoniis_ ont solidement établie. [215]Elle est conforme +à la disposition du Droit Civil, il deffend de faire les fiançailles +avec les personnes entre lesquelles il empêche de contracter mariage. +_Quamvis_, dit-il, _verbis orationis cautum sit, ne uxorem tutor +pupillam suam ducat, tamen intelligendum est ne desponderi quidem posse; +Nam cum quâ nuptiæ contrahi non possunt, hæc plerùmque ne quidem +desponderi potest. Nam quæ duci potest, jure despondetur_; l'argument +est à peu près pareil, _a Nuptiis permissis ad sponsalia permissa; ab +iisdem prohibitis ad eadem sponsalia interdicta; à matrimonio valido ad +matrimonium contrahendum; & ab eodem invalido ad idem interdicendum_. +Puis que le Contract de mariage & les solemnitez qui se font ensuite, ne +sont & ne marquent autre chose qu'une promesse qui est faite entre deux +personnes, de se rendre les devoirs de mari & de femme, il est manifeste +que ceux qui ne peuvent pas se les rendre ne doivent pas se marier, & +que les mêmes raisons qui dissoudroient le mariage s'il étoit contracté, +doivent empêcher qu'on ne le laisse contracter en effet; L'Empereur Leon +qui a décidé nettement le cas[216], est allé bien plus loin; car non +seulement il a deffendu aux Eunuques de se marier, mais même il a +prononcé & donné une peine contre ceux qui se marieroient, & contre +celui qui les épouseroit; c'est dans la Constitution 98. qui a pour +tître, _de pœna Eunuchorum si uxores ducant_; Le motif de cette +ordonnance est très beau, c'est, dit-elle, que ce mariage n'étant rien +de réel, on ne peut sérieusement l'accompagner des Cérémonies Sacrées +qui font une partie de l'essence du mariage. Elle mérite d'être lûë +toute entiére, & je la rapporterois sans en rien obmettre, si elle +n'étoit un peu trop longue par rapport à la bréveté de cet Ouvrage; mais +voici à quoi elle aboutit, _propterea sancimus_, dit-elle, _ut si quis +Eunuchorum ad matrimonium procedere comperiatur, & ipse stupri pœnæ +obnoxius sit, & qui sacerdos istiusmodi conjonctionem profanato +sacrificio perficere ausus fuerit Sacerdotali dignitate +denudetur_. [217]L'Histoire dit qu'Auguste mit ordre à la confusion avec +laquelle on avoit accoûtumé de voir les Jeux, il assigna à chacun la +place qui lui étoit dûë, les hommes mariez entr'autres, ceux même de +basse condition y avoient la leur. [218]Mais Martial nous apprend que les +Eunuques n'osoient pas s'asseoir sur leurs bancs, ni se mêler parmi eux. +Voici comme il parle à Dydime, qui d'un ton superbe parloit des Edits de +Domitien concernant les Théatres, & de l'espérance qu'il avoit qu'ils +seroient observez. + + _Spadone cùm sis eviratior fluxo_ + _Et concubino mollior Celenæo,_ + _Quem sectus vlulat matris Entheæ Gallus,_ + _Theatra loqueris & gradus & Edicta_ + _Trabeasque & Idus fibulasque censusque,_ + _Et pumicata pauperes manu monstras._ + _Sedere in equitum liceat an tibi scamnis_ + _Videbo, Didyme: non licet maritorum._ + +Ce Didyme avoit une femme, cependant on ne le considéroit pas comme un +homme marié, parce qu'il étoit Eunuque. La Constitution de l'Empereur +Leon n'étoit pas encore donnée, car on peut dire que depuis ce tems il +n'y a point d'éxemple qu'aucun Eunuque ait eu la permission de se +marier, excepté celui de Saxe Gotha dont je parlerai dans la suite. +Toutes les Sociétez Ecclésiastiques ne se sont pas contentées +d'improuver & de blâmer ces sortes de mariages, elles les ont même +expressément deffendus. + + + + +CHAPITRE VI. + +_La Religion Catholique Romaine ne permet pas le mariage des Eunuques._ + + +La Religion Romaine qui considére le mariage comme un Sacrement, n'a +garde de permettre qu'on prophane un de ses Mystéres. Quelques éxemples +authentiques que je rapporterai serviront de preuves à cet égard. + +Bernard Automne, Avocat célébre au Parlement de Bordeaux, rapporte dans +la seconde partie de sa Conférence du Droit François avec le Droit +Romain[219], un cas qui s'est présenté de son tems au Parlement de +Paris sur ce sujet. Il fait d'abord quelques réfléxions sur le +paragraphe _Spadonum_ de la Loi _Pomponius_, qui est la sixiéme ff. _de +Ædilitio Edicto_, & il trouve étrange, avec raison, qu'Ulpien qui est +Auteur de cette Loi, décide qu'un homme auquel on a coupé un doigt de la +main, ou du pied, soit malade, ou comme il s'exprime, _morbosus_, & +qu'un Eunuque auquel la partie du corps la plus nécessaire manque, ne le +soit pas. Il dit que cela le surprend, qu'il n'en voit pas la raison. +Que la cause de la génération qui donne même le nom d'homme à la +personne qui la porte, étant retranchée ce n'est plus un homme; qu'il +lui semble que qui de vingt parties en retranche une fait moins de tort +à la personne, que quand de deux il lui en ôte une. Aussi ajoûte-t-il, +le Parlement de Paris a jugé par Arrêt du 5. Janvier 1607. en faveur de +Claudine Godefroy, qu'il y avoit juste sujet de ne point contracter +mariage, & de ne point passer outre à la célébration avec un homme avec +lequel elle étoit fiancée, parce que les Médecins & les Chirurgiens +assuroient dans leur rapport qu'il n'avoit qu'un testicule, quoi que +même ils ajoûtassent qu'il pouvoit pourtant engendrer. Le célébre +Etienne Pasquier étant autrefois consulté sur un sujet à peu près +pareil, répondit par cette Epigramme. + + _Esse virum tota conjunx te pernegat urbe,_ + _Naturaque alio teste carere dolet._ + _Officiat ne thoro sociali res ea, certè_ + _Nescio, at hoc scio quod te negat esse virum._ + _Contra probaturum jucundo tramite dicis_ + _Gaudia conjugii mille peracta tibi,_ + _Quid garris? Binos cùm saltem jura requirant_ + _Uno te ne virum teste probare potes._ + +Il pouvoit y joindre l'Epigramme 99. du Livre septiéme de Martial, qui +finit par ce Vers si expressif. + + _Vis dicam verum, Pontice, nullus homo es._ + +Les Dictionaires de Furetiére & de Trevoux disent au mot _Eunuque_, +qu'il a été jugé par Arrêt de la Grand-Chambre du 8. Janvier 1665. qu'un +Eunuque ne pouvoit pas se marier, du consentement même des Parties. Les +Auteurs de ces deux excellens Ouvrages ont tiré cet Arrêt du Journal des +Audiences[220] & c'est encore ce même Arrêt qui est rapporté par Mr. +Claude de Ferriére à qui le Public a l'obligation d'avoir mis en +François la Jurisprudence Romaine, & de l'avoir conférée avec les +Ordonnances Royaux, les Coûtumes de France, & les Décisions des Cours +Souveraines. [221]Il dit dans le tome prémier de sa Jurisprudence du +Digeste, qu'un Eunuque reconnu pour tel, ne peut pas contraindre un +Curé à célébrer son mariage avec une fille qui y consent. + +Le chapitre dixiéme du Livre quatriéme des Arrêts d'Anne Robert, qui ne +traite que de la dissolution du mariage pour cause de frigidité & +d'impuissance, montre que c'est une Jurisprudence constante, que les +Eunuques ne peuvent pas se marier. + +Sixte Cinquiéme fit autrefois une Bulle qu'il envoya en Espagne, par +laquelle il déclaroit nuls les mariages des Eunuques. + +Mais voici un fait historique qui est décisif sur ce sujet. Il est +rapporté par le docte Mr. Strik, fils de l'illustre & célébre Mr. Strik, +Professeur en Droit à Halle, le véritable Papinien de nôtre siécle.[222] +Il dit dans sa dispute _inaugurale_ pour le Doctorat, dans laquelle il +traite, _de matrimonii nullitate_, qu'étant en Italie il n'y a pas long +tems, il a vû qu'un des principaux Musiciens du Duc de Mantouë nommé +_Cortona_, ayant voulu épouser une fort jolie Musicienne qui étoit au +service du même Prince nommée Barbaruccia, ils furent obligez d'en +demander la permission au Pape qui la refusa absolument & sans retour. + + + + +CHAPITRE VII. + +_La Religion Luthérienne, ou de la Confession d'Augsbourg, ne permet pas +le mariage des Eunuques._ + + +Les Théologiens & les Jurisconsultes de cette Communion sont fort +scrupuleux sur cette matiére, & leurs motifs sont très judicieux & très +conformes à la raison & à la Religion. + +Gerhard, l'un de leurs plus grands Théologiens & qui a réduit presque +tous les Ouvrages de Luther en lieux communs, dit précisément dans le +lieu _de conjugio_[223], qu'il ne doit pas être permis à une femme +d'épouser un Eunuque. Le motif qui le porte à prononcer cette décision, +est que le mariage ayant pour but principalement d'engendrer lignée & de +se procurer une postérité, il ne faut pas le laisser contracter à des +gens qui ne sont point capables de parvenir à ce but, & tels sont, +dit-il, les Eunuques & les Spadons. Que quoi que quelqu'un d'eux ayant +encore un chrémastere puisse connoître une femme ils ne sont point +propres au mariage; parce que bien loin d'engendrer des enfants, ils ne +sont pas même capables de satisfaire aux desirs d'une femme, ni +d'éteindre l'ardeur que la nature a allumée dans leur tempéramment. Le +second motif de ce grand homme est, qu'une femme ne trouvant pas dans la +personne de son mari la satisfaction qu'elle souhaite, elle tombe +aisément dans le crime. Le troisiéme motif est qu'une femme est trompée +par un phantôme de mariage, comme est celui d'un Eunuque; car soit +qu'elle ait ignoré l'état de cet homme avant que d'entrer dans aucun +engagement avec lui, soit qu'elle en ait eu connoissance, & qu'elle ait +eu pour lors meilleure opinion de ses forces qu'elle ne devoit, il est +certain qu'elle se trouve toûjours trompée. Or les Loix doivent prévenir +ces sortes de cas, & non seulement conseiller des femmes téméraires, +mais même les empêcher de s'exposer à un danger évident. + +La délicatesse de ces Théologiens va si loin qu'ils ne permettent pas à +un Hermaphrodite de se marier, à moins qu'un séxe ne prévale si +visiblement & si considérablement sur l'autre, qu'il n'y ait rien à +craindre pour les suites de son engagement; & si cet Hermaphrodite fait +difficulté de se laisser éxaminer par des Médecins, des Chirurgiens & +des Matrônes, il se rend suspect dés là, & toute permission de se marier +lui est refusée. + +C'est une maxime générale & constante parmi eux, que l'impuissance +quelle qu'elle soit, & de quelque cause qu'elle procéde, rend un +mariage contracté, nul, le résout, & empêche, lors qu'elle est connuë +auparavant, qu'on ne permette de le contracter. Il y a néanmoins une +exception à cette régle générale, c'est que si cette impuissance est +survenuë depuis qu'il est contracté, par quelque accident que ce soit, +elle ne le dissout point. Cela est fondé en Droit Civil, & en droit +Canon. [224]_Nihil enim tàm humanum esse videtur quàm fortuitis casibus +mulieris maritum, & contra uxorem viri, participem esse._ Le Canon _quod +autem 27. quæst. 2._ est positif & précis, _impossibilitas coëundi_, +dit-il, _si post carnalem copulam inventa fuerit in aliquo, non solvit +conjugium; [225]si verò ante carnalem copulam deprehensa fuerit, liberum +facit mulieri alium virum accipere_. C'est aussi le sentiment de Luther +dans son Traité _de vita conjugali_[226]. + +La Jurisprudence Ecclésiastique, ou Consistoriale de cette Communion est +conforme à celle de leurs Théologiens. Carpzovius qui en est l'oracle en +rapporte des décisions dans la Jurisprudence Ecclésiastique, ou +Consistoriale. [227]Le nombre deuxiéme de la définition seiziéme du tître +premier porte précisément ces mots, _non permittendum mulieri ut Eunucho +nubat_. J'avouë que j'ai lû avec quelqu'étonnement dans l'extrait que +le sçavant Mr. de Beauval vient de nous donner d'un Livre de Mr. +Brucknerus qui a pour tître, _Décisions du Droit Matrimonial_, [228]Que +le cas s'étant présenté à la Cour de S. A. E. de Saxe, un Eunuque +Italien son Chambellan ayant épousé une jeune fille qui étoit avertie de +son état, & du consentement de son pére, quelques Théologiens +entreprirent de troubler ce mariage comme nul & invalide, & que d'autres +le prétendirent bon & valable; mais que le Souverain ayant vû les avis +partagez, avoit confirmé le mariage sans tirer à conséquence pour +l'avenir. On peut dire au sujet de cette discorde de sentimens entre les +Théologiens de l'Electorat de Saxe, ce que ce même judicieux Auteur, Mr. +de Beauval, dit ailleurs[229] en parlant des divers Conciles qui +s'assemblérent au sujet de la Secte des Valésiens; _Divers Conciles_, +dit-il, _s'assemblérent là-dessus & augmentérent le desordre par la +contradiction de leurs Decrets. Tant il est vrai_, ajoûte-t-il, _à la +honte de la raison humaine, que la dévotion la plus bizarre & la plus +ridicule, trouve des Deffenseurs_. Il est certain, à la honte de la +raison humaine, que les sentimens les moins raisonnables trouvent des +gens qui les soûtiennent. Mais le cas que je viens de rapporter, est un +cas particulier qui ne l'emporte pas sur toutes les Décisions publiques +& générales, d'autant moins que le Prince même qui l'a autorisé a +déclaré que c'étoit sans tirer à conséquence pour l'avenir. D'ailleurs, +quand il l'auroit autorisé purement & simplement il n'en seroit pas plus +valide, & cette permission ne lui donnerait pas plus de force; car par +la disposition du Droit, les mariages deffendus par les Loix ne sont pas +moins injustes & illicites, quoi que le Prince ait permis par rescript, +de les contracter, parce que ces mariages étans contraires aux Loix, le +rescript qui a été obtenu portant permission de les contracter est censé +être subreptice, & avoir été obtenu du Prince par surprise. [230]Voici +les termes de la Loi. _Precandi quoque imposterùm super tali conjugio +(Imò potius contagio) cunctis licentiam denegamus ut unus quisque +cognoscat impetrationem quoque rei cujus est denegata petitio, [B]nec si +per subreptionem post hanc diem obtinuerit, sibimet profuturam._ + +Au reste, il auroit été fort à souhaiter que Mr. de Beauval, qui nous +rapporte ce cas, & qui raisonne avec tant de solidité & de justesse sur +toutes les matiéres qu'il traite, eut bien voulu nous dire son sentiment +sur cette célébre question du mariage des Eunuques; on a fait grace très +souvent à sa modestie, j'en donnerai quelques preuves afin qu'on ne +croye pas que je le charge mal à propos d'une obligation & d'une +reconnoissance qu'il ne doit point. Après, par éxemple, qu'il a donné +un extrait fort éxact & fort judicieux du Traité de la Nature & de la +Grace, de Mr. Jurieu, il le finit par ces paroles humbles, [231]que, +_comme cet Ouvrage est plein de Réfléxions très métaphisiques, on lui +pardonnera s'il a bronché quelque part_. Parle-t-il de la Réponse d'un +nouveau Converti à la lettre d'un Réfugié pour servir d'adition au Livre +de Dom Denis de Ste. Marthe, intitulé, _Réponse aux plaintes des +Protestants_; après avoir raisonné en habile Politique sur cette +matiére, il finit par ces paroles modestes; _mais rentrons dans les +bornes de nôtre territoire dont nous avons tant résolu de ne point +sortir, & ne faisons point de course dans la Politique sur laquelle +d'autres travaillent avec tant de succès_. Il s'excuse très souvent sous +divers prétextes, comme on pourroit le voir par les renvois que je mets +à la marge, & il s'excuse sous divers prétextes, & quoi qu'on sçache +qu'il est très capable de manier adroitement les matiéres qu'il rejette +par humilité, on a fait grace, je le répéte, on a fait grace très +souvent à sa modestie. Mais ici il n'a point d'excuse, il s'agit d'une +question qui est entiérement de son ressort, à moins qu'il n'ait crû que +le sujet étant trop riche l'auroit engagé à sortir des bornes d'un +extrait, & à faire un Traité complet. Peut-être qu'il a vû que c'étoit +une matiére si rebattuë, qu'il n'étoit pas nécessaire de la présenter +encore au Public dans cette occasion, dans laquelle il ne se propose que +de faire l'extrait du Livre qui lui tombe entre les mains, & non pas de +traiter à fond les sujets dont il s'y agit. En effet, il dit[232] que, +_la question s'il est permis aux Eunuques de contracter mariage à été +souvent agitée_. Il a raison en cela à certain égard. Il est vrai que +Melchior Inchoffer a fait un Ouvrage _de Eunuchismo_ qui a été imprimé à +Cologne in 8. en l'année 1653. Nous avons la dissertation _de Eunuchis_ +de Gaspar Loischerus imprimé à Leipsik in 4. en l'année 1665. On a vû un +Sermon Anglois de Samuel Smith sur la conversion de l'Eunuque du +chapitre huitiéme des Actes des Apôtres, imprimé à Londres in 8. en +l'année 1632. Il y a un Traité de _Franc. de Amoya, Baëtici_, intitulé, +_Eunuchus_, sur la Loi _Eunuchis. V. c. qui testamenta facere possunt_, +& qui se trouve dans ses observations imprimées à Geneve in folio en +l'année 1656. Il y a un Traité de Marcell. Francolinus _de Matrimonio +spadonis utroque testiculo carentis_, imprimé à Venise in 4. en l'année +1605. Il y a un autre Traité _de Eunuchis_, de Théophile Raynauld, dont +Mr. Bayle se sert souvent très à propos. La Lettre 112. de la Mothe le +Vayer, qui se trouve dans le tome onziéme de ses œuvres, traite des +Eunuques en général. Nous avons enfin la Dissertation de Saldenus _de +Eunuchis_, qui est la sixiéme du Livre troisiéme de ses _Otia +Theologica_. Et un Recueil de consultations & de décisions sur ce sujet, +dont je parlerai dans la suite de cet Ouvrage. Mais je dirai pour ma +justification, d'avoir entrepris de traiter de cette matiére après tant +de grands hommes, & non pas pour réfuter ce que dit Mr. de Beauval, que +la plûpart de ces Auteurs ne se trouvent plus que dans les Catalogues, +ou dans les Bibliothéques, & que d'ailleurs, ils traitent des Eunuques +en général, & descendent peu dans le détail. La question dont il s'agit +ici y est entr'autres fort rarement & fort briévement traitée. On en +voit quelque chose dans les Ouvrages des Jurisconsultes, des Médecins, & +des Théologiens, on y trouve quelquefois des préjugez qu'ils ont +rapportez; mais outre que tout ce qui y est ainsi répandu est fort +succinct, on ne peut point dire qu'on puisse en induire une +Jurisprudence, ou une Théologie Casuistique certaine & universelle sur +le mariage des Eunuques. + +[Illustration] + + + + +CHAPITRE VIII. + +_La Religion Réformée ne permet pas le mariage des Eunuques._ + + +Il n'est pas difficile de faire voir que la Religion Réformée ne permet +pas le mariage des Eunuques. Il n'y a aucune autre Communion Chrétienne +qui se soit déclarée aussi formellement qu'elle sur ce sujet, outre +qu'il est tout à fait opposé à l'Esprit dont elle est animée, & à la +Doctrine qu'elle professe, elle en a fait un Canon exprès de sa +Discipline: Discipline que l'on sçait être le résultat, ou plûtôt la +Quintessence de ses Synodes Nationaux. Cet article est le quatorziéme du +chapitre treiziéme qui traite des mariages; voici quels en sont les +termes. + +_Comme ainsi soit que la principale occasion du mariage soit d'avoir +lignée & de fuir paillardise, le mariage d'un homme notoirement Eunuque, +ne pourra être reçû ni solemnisé en l'Eglise Réformée._ + +Le célébre Mr. de Larroque qui a fait voir la conformité de cette +Discipline avec celle des anciens Chrétiens, montre que telle étoit la +Jurisprudence de l'Eglise primitive. J'avouë que cette Discipline ne +faisoit loi qu'en France, mais depuis que l'Edit de Nantes y a été +révoqué, que les Réformez ont été contraints d'en sortir, & que la +plûpart d'eux se sont réfugiez dans le Brandebourg, Sa Majesté le Roi de +Prusse l'a autorisée dans ses Etats pour ce qui concerne les François +qui y sont établis[233], & en a ordonné l'éxécution lors qu'on pourroit +s'y conformer sans donner atteinte à ses Droits Episcopaux; de sorte que +c'est une Loi en Brandebourg parmi ces nouveaux Sujets, aussi sacrée +qu'elle l'étoit en France. C'en est une aussi parmi ses anciens Sujets, +& parmi tous les Protestans d'Allemagne. C'est ce qu'on peut voir par un +Livre imprimé à Halle en l'année 1685. & recueilli par Jérôme Delphinus, +qui a pour tître, _Eunuchi conjugium, Die Kapaunen heyrath. Hoc est +scripta & judicia varia de conjugio inter Eunuchum & virginum Juvencelam +anno 1666. contracto, à quibusdam supremis Theologorum Collegiis petita, +posteà hinc inde collecta, ab Hieronimo Delphino C. P. Halæ apud +Melchiorem Delschlagen 1685._ Et par la Décision donnée sur le cas que +j'ai rapporté dans le chapitre quatriéme de la seconde Partie. + +La République de Geneve a reçû la même Jurisprudence, & divers cas qui +s'y sont présentez font voir qu'elle y est observée. Paul Cypræus dit +dans son excellent Traité _de Connubiorum_ jure, «que cette sage +République a une Loi qui deffend aux hommes de se marier avant l'âge de +dix-huit ans, & aux filles avant quatorze, & qu'il ne suffit pas de +compter les années, mais qu'il faut avoir égard principalement à la +vigueur du corps & du tempéramment, en ces termes,[234] _Qu'avec l'âge +on ait égard à ce que la corporence portera_. Il est vrai que les +Rélations du Levant nous apprennent, que les Banians Gentils de ce Païs, +estiment tellement la conjonction matrimoniale, qu'ils se marient +presque tous dès l'âge de sept ans; & elles ajoûtent, que s'ils meurent, +comme il arrive quelquefois, avant que d'être mariez, la coûtume est de +louer & de gager une fille qu'ils font coucher avec le mort pour lui +donner cet avantage d'avoir été marié avant que son corps fut brûlé +selon la coûtume du Païs. [235]Mais Mr. le Vayer fait diverses +réfléxions qui font voir que cette coûtume n'est pas tout à fait vaine, +& que s'ils se marient à sept ans, ils sont capables du mariage autant +que d'autres Peuples le sont dans un âge plus avancé. La diverse +position des lieux, dit-il, rend nos tempérammens si différens en toutes +choses, que Solin nous fera considérer des femmes qui deviennent grosses +d'enfan à cinq ans. Beato Odorico le confirme dans son Itineraire; & +l'on a vû depuis peu de tems dans le Royaume du Mogol une fille âgée de +deux ans seulement qui avoit le sein gros comme une nourrice, & qui +ayant eu ses purgations un an après, accoucha d'un garçon. + +La même Jurisprudence Ecclésiastique est établie en Angleterre comme il +paroît par le chapitre septiéme du titre _de matrimonio_[236] dans la +Réformation des Loix Ecclésiastiques, faite prémiérement de l'autorité +de Henri VIII. & achevée & publiée ensuite par Edouard VI., ce chapitre +traite, _de his quæ matrimonium impediunt_; & voici ses termes, _Quorum +natura perenni aliqua Clade sic extenuata est, ut prorsus veneris +participes esse non possint, & conjugem lateat quamquam consensus mutuus +extiterit & omni reliqua ceremonia matrimonium fuerit progressum, tamen +verum in hujusmodi conjunctione matrimonium subesse non potest, +destituitur enim altera persona beneficio suscipiendæ prolis & etiam usu +conjugii caret_. + +Les Théologiens de Hollande & leurs Jurisconsultes distinguent, de même +que tous les autres, les causes qui empêchent le mariage, en deux +classes, _alia_, disent-ils, [237] _(impedimenta) à lege; Illa sunt ætas +immatura, mentis impotentia, corporis ad cohabitationem incapacitas; +Ista sunt a morbo incurabili, ut ex. gr. lepra; à Culpa, à diversitate +Religionis, a propinquitate sanguinis_. J'avouë pourtant que Voëtius qui +est un des plus grands hommes qui ait été dans les Provinces Unies +depuis plusieurs siécles, me paroît hésiter sur le parti qu'il doit +prendre au sujet du mariage des Eunuques. Il ne se détermine point à la +vérité, & renvoye l'éxamen de ces sortes de questions aux Jurisconsultes +& aux Juges auxquels il dit que la connoissance en appartient plus +légitimement qu'aux Théologiens.[238] Ce sont donc eux qu'il faut +consulter, & comme le Droit Civil & le Droit Canon sont observez dans +ces Provinces, au moins dans les cas qui ne sont pas déterminez par +leurs Loix & par leurs Coûtumes, il est aisé de conclurre que le mariage +des Eunuques n'y est point permis. Voici en un mot les cas, qui selon +les Jurisconsultes, empêchent de contracter mariage. + + _Lepra superveniens, furor, ordo, sanguis & absens,_ + _Læsaque Virginitas, membri damnum, minor ætas,_ + _Ac hæresis lapsus, fideique remissio, prorsus_ + _Sponsos dissociant & vota futura retractans._ + +_Fin de la seconde Partie._ + + + + + +TROISIÉME PARTIE. + + Dans laquelle on répond aux objections qui peuvent être faites + contre ce qui est contenu dans la seconde Partie de cet Ouvrage; & + dans laquelle on les réfute. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + + +Premiére Objection. + +_Que la deffense de se marier ne doit point être générale & commune à +tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont capables de satisfaire +aux desirs d'une femme._ + + +Réponse à cette Objection. + +Pour éxaminer cette Objection & pour y répondre avec ordre, il faut voir +premiérement, de quelle nature sont ces desirs auxquels un Eunuque est +capable de satisfaire, s'ils sont légitimes & permis; & en second lieu, +quels Eunuques sont capables de satisfaire à ces desirs. + +Arnobe[239] dit que les Eunuques sont fort amoureux, _& majoris +petulantiæ fieri atque omnibus postpositis pudoris & verecundiæ frænis +in obscœnam prorumpere vilitatem_; Térence le dit en d'autres termes, +_Ph. infanis_, dit-il, [240]_Qui ist huc facere Eunuchus potuit. P. Ego +illum nescio qui fuerit, hoc quod fecis, res ipsa indicat.... P. At pol +ego amatores mulierum esse audieram eos maximos, sed nihil potesse_. +Mais pour ne point alléguer des témoignages si anciens, le P. Théophile +Raynauld dit dans son Livre _de Eunuchis_, qu'il a lû quantité +d'exemples de commerce impur entre des femmes & des hommes mutilez, & il +se moque de la confiance qu'on a en eux. André du Verdier dit la même +chose dans ses diverses leçons, à propos de quoi il rapporte la Sentence +d'Apollonius de Tyanée contre un Eunuque du Roi de Babylone qui fut +trouvé couché avec une des favorites de ce Roi. Cependant, il est +certain qu'un Eunuque ne peut satisfaire qu'aux désirs de la chair, à la +sensualité, à la passion, à la débauche, à l'impureté, à la volupté, à +la lubricité. Comme ils ne sont pas capables d'engendrer ils sont plus +propres au crime que les hommes parfaits, & ils sont plus recherchez par +les femmes débauchées, parce qu'ils leur donnent le plaisir du mariage +sans qu'elles en courent les risques. + + [241]_Sunt quas Eunuchi imbelles ac mollia semper_ + _Oscula delectent & desperatio barbæ_ + _Et quod abortivo non est opus._ + +[242]Témoin cette femme de Petrone qui parlant à un homme qui fait cet +aveu, _non intelligo me virum esse, non sentio, funerata est pars illa +corporis quâ quondam Achilles eram_, s'exprime en ces termes, _Nunc +etiam languori tuo gratias ago, in umbra voluptatis diutiùs lusi_. Cette +femme étoit du caractére de cette Gellia contre laquelle Martial a fait +cette sanglante Epigramme adressée à Pannicus,[243] + + _Cur tantum Eunuchos habeat tua Gellia, quæris?_ + _Pannice, vult fu..... Gellia, non parere._ + +C'est cette Gellia dont Martial fait ailleurs un si vilain portrait; & +des larmes de laquelle il parle de cette maniére,[244] + + _Amissum non flet, cùm sola est Gellia, patrem._ + _Si quis adest, jussæ prosiliunt lacrymæ._ + +[245]L'Ecclésiastique dit, que celui qui viole la Justice par un +jugement injuste, est comme l'Eunuque qui veut faire violence à une +jeune vierge. On sçait qu'il y a eu autrefois des Païs où les Princesses +vierges étoient confiées à la garde des Eunuques. Le Sage compare la +Justice à une de ces vierges, & les Juges à ceux qui auroient dû la +garder avec une fidélité pleine d'un profond respect. Quelques Eunuques +sont donc capables de satisfaire à quelques desirs d'une femme, mais +tous ces desirs sont illégitimes & ne peuvent point être permis dans le +mariage, _obscænæ procul hinc discedite flammæ_! [246]Une femme qui a ces +desirs est une paillarde, & un Eunuque qu'elle souffre dans son lit est +l'instrument de son crime. Voici la Sentence qui les déclare coupables +l'un & l'autre; [247]_origo quidem amoris honesta erat, sed magnitudo +deformis; nihil autem interest ex qua honesta causa quis insaniat; unde +& Xistus Pithagoricus in sententiis; Adulter est, inquit, in suam uxorem +amator ardentior; In aliena quippe uxore omnis amor turpis est, in sua +nimius. Sapiens judicio debet amare conjugem, non affectu; non regnet in +eo voluptatis impetus, nec præceps feratur ad coitum; nihil est +fœdius quàm uxorem amare quasi adulteram._ Saint Jérôme prononce leur +condamnation plus clairement & plus expressément; _Liberorum ergò_, +dit-il, _in matrimonio concessa sunt opera, voluptates autem quæ de +meretricum amplexibus capiuntur in uxore sunt damnatæ_. Les Casuistes +décident même fort précisément, que les mariages qui se font par +amourette, comme on parle, sont très blâmables. Les mariages déréglez, +disent-ils, ont été la cause du déluge; [248]les fils de Dieu voyans que +les filles des hommes étoient belles, prirent celles d'entr'elles qui +leur avoient plû; ces mariages furent cause de la ruine de toute la +terre. + +Le desir légitime & permis d'une femme est d'avoir des +enfans. [249]Donnez moi des enfans, disoit la chaste Rachel à Jacob son +mari. Didon se voyant sur le point d'être abandonnée de son Ænée, lui +parle en ces termes,[250] + + _Saltem si qua mihi de te suscepta fuisset_ + _Ante fugam soboles, si quis mihi parvulus aulâ_ + _Luderet Æneas, qui te tantum ore referret_ + _Non equidem omninò capta aut deserta videret._ + +Je veux être mère, je veux engendrer des enfans, & c'est pour cela que +j'ai pris un mari, c'est là le langage d'une femme honnête & sage: & +bien loin que, selon les régles de la fausse pudeur de certaines gens, +elle soit blamable, lors qu'elle se plaint de ce que son mari n'est pas +capable de satisfaire à ses justes desirs, & qu'elle demande d'en être +séparée, elle est au contraire très digne de louanges de ne pouvoir se +résoudre à faire toute sa vie les actions d'une impudique; [251]_volo +esse mater, volo filios procreare & ideò maritum accepi, sed vir quem +accepi frigidæ naturæ est, & non potest illa facere propter quæ illum +accepi_. C'est là le but légitime du mariage. Il est vrai qu'on n'y +parvient pas toûjours; il y a des femmes stériles, mais on n'en sçait +pas la cause; il ne manque rien à elles, ni à leurs maris, de ce qu'il +faut pour engendrer, l'un n'a rien à reprocher à l'autre, c'est à Dieu +qu'ils doivent demander des enfans: ils sont dans le cas de [252]Jacob, +qui disoit à sa femme lors qu'elle lui demandoit des enfans, _suis je +Dieu?_ Quoi qu'il en soit, lors qu'on se marie, il faut suivre le +conseil que l'Ange Raphael donnoit à [B]Tobie, «Ecoutez-moi, lui dit-il, +& je vous apprendrai qui sont ceux sur qui le Démon a du pouvoir; lors +que des personnes s'engagent tellement dans le mariage qu'ils bannissent +Dieu de leur cœur, & de leur esprit, & qu'ils ne pensent qu'à +satisfaire leur brutalité comme les chevaux & les mulets, qui sont sans +raison, le Démon a pouvoir sur eux. Mais pour vous la troisiéme nuit +vous recevrez la bénédiction de Dieu, afin qu'il naisse de vous deux des +enfans dans une parfaite santé. La troisiéme nuit étant passée vous +prendrez cette fille dans la crainte du Seigneur, & dans le desir +d'avoir des enfans, plûtôt que par un mouvement de passion, afin que +vous ayez part à la bénédiction de Dieu.» + +Tous les Eunuques ne sont pas capables de satisfaire même à ces desirs +impurs dont je viens de parler; les Jurisconsultes distinguent les +Eunuques. [253]_Quantùm inter est_, disent-ils, _inter hæc vitia quæ +Græci, κακονθειαν vitiositatem dicunt, interque παθως id est +perturbationem, aut νὁσον, id est morbum, aut αρρωςιαν, id est +ægrotationem, tantum inter talia vitia & cum morbum ex quo quis minus +aptus usui sit, differt_; les uns péchent en quantité d'humeur radicale, +d'autres en qualité, d'autres en quantité & en qualité tout ensemble; & +enfin, _sin autem quis ita spado est ut tàm necessaria pars corporis ei +penitùs absit, morbosus est_, dit la Loi 7. ff. _de Ædilitio Edicto & +Redhibitione, & quanti minoris_. Mais de quelque nature qu'ils soient, +il ne leur doit point être permis de se marier, parce qu'ils ne peuvent +satisfaire qu'à des desirs impurs, illégitimes, illicites, & qui bien +loin d'être approuvez, ne doivent pas même être tolérez. + +[Illustration] + + + + + +CHAPITRE II. + + +Seconde Objection. + +_Le mariage est un Contract civil, par lequel il est permis à tout le +monde de s'engager._ + + +Réponse à cette Objection. + +Il y a plusieurs causes pour lesquelles le mariage ne peut être +contraint; les Jurisconsultes en ont renfermé les principales dans ces +trois Vers; + + _Votum, vis, error, cognatio, crimen, honestas,_ + _Relligio, raptus, ordo, ligamen & ætas,_ + _Amens, affinis, si Clandestinus & impos._ + +Mais il faut entrer dans un éxamen plus particulier de cette matiére qui +est digne d'attention; + +C'est un principe en droit, que _Edictum Matrimonii est prohibitorium_, +c'est à dire, que _Matrimonium cuilibet contrahere licet, cui non +prohibetur_. Il n'est donc pas si généralement permis qu'il n'y ait des +cas & des personnes auxquelles il soit deffendu. + +Les causes qui empêchent le mariage sont en assez grand nombre & de +diverse nature. Les unes sont tirées également du Droit Civil, & du +Droit Canon; les autres émanent uniquement du Droit Civil, & les autres +sont établies particuliérement par le Droit Canon. + +Celles qui sont communes à l'un & à l'autre droit, sont l'âge de puberté +qu'on n'a point atteint; la parenté, l'alliance, la différence de +Religion, l'impuissance du mari, ou de la femme, & l'honnêteté publique; + +Celles qui sont particuliéres au Droit Civil, sont l'état de la +personne, si elle est esclave & qu'on ait crû qu'elle étoit libre; le +rapt, la puissance qu'on a sur la fille, _propter periculum impressionis +sive coactionis_; l'inégalité du rang étoit aussi autrefois une cause +qui empêchoit le mariage, mais elle a été retranchée dans le Droit Civil +nouveau, c'est à dire, par les Constitutions des derniers Empereurs. +_Jure novissimo inter eas personas nuptiæ non prohibentur._[254] + +Celles enfin qui sont particuliéres au Droit Canon, sont de deux sortes, +les unes déclarent le mariage illégitime & inutile tout ensemble, tels +sont les ordres sacrez qu'on a pris, le vœu solemnel qu'on a fait, ou +la profession d'une vie réguliére, le rapt, & le crime; les autres +rendent illégitime seulement, telles sont les fiançailles contractées +avec une autre femme; le simple vœu, la deffense du Supérieur; le +tems deffendu par l'Eglise; la parenté spirituelle qu'un maître +contracte en enseignant à une jeune fille les principes de la Religion; +l'hérésie, la pénitence publique, & le crime: ce crime dont le Droit +Canon parle ici a diverses espéces. 1. L'inceste. 2. La mort qu'un mari +a donné à sa femme pour en épouser une autre. 3. La mort donnée à un +Prêtre; le rapt fait de la promise d'un autre. 4. Un mariage contracté +auparavant avec une Moinesse, ou une Religieuse. + +Voila donc beaucoup de causes qui empêchent de contracter mariage, de +sorte qu'on ne peut pas dire qu'il soit permis à tout le monde, & +toûjours, de le Contracter. L'impuissance du mari est une des +principales, aussi est-elle également établie par le Droit Canon, comme +je l'ai fait voir amplement dans la seconde partie de cet Ouvrage. + +Cette Jurisprudence n'est pas particuliére aux Contracts de mariage, +elle s'étend aux accords, aux Pactes, & à toute sorte de Contracts; +_Edictum Contractuum est prohibitorium_, c'est à dire, _omnibus +contrahere licet quibus non prohibetur_; mais il est défendu à certaines +gens de contracter. 1. Par la nature, lors qu'ils ne sont point capables +de donner leur consentement, tels sont les fous, les innocens, les +furieux, les prodigues, qui sont mis au même rang que les furieux; les +yvrognes pendant qu'ils sont yvres; les enfans en bas âge, les sourds & +les muets. 2. Par la Loi, tels sont les fils de famille; le pére même +auquel il n'est point permis de contracter avec son fils qui est sous +son pouvoir; une femme, un esclave, un Gouverneur de Province, _propter +periculum metus & impressionis_.[255] 3. Par les hommes, ab homine, par +convention faite entr'eux, par éxemple, Mævius a vendu son cheval à +Titius à condition qu'il ne le revendroit point ou que s'il le revendoit +ce ne pourroit être qu'à certaines personnes, il n'est pas permis à +Titius de le vendre à une autre. Mævius, en le lui vendant lui a imposé +la loi, _Rei enim suæ quisque moderator est, & arbiter; Rei suæ legem +quisque dicere potest_. 4. Enfin, par les Coûtumes des lieux où l'on se +trouve, par éxemple, _Donationem contrahere conjuges prohibentur ne +promercalis inter eos amor fiat_, &c. + +Il est des choses comme des personnes, il n'est pas permis de contracter +de toute sorte de choses; il y en a dont la nature défend de contracter, +d'autres, la Loi, & d'autres les accords faits entre les hommes; les +choses Sacrées, Religieuses & Saintes, sont d'une nature à n'entrer +jamais dans le commerce des hommes; un homme libre, _liberi hominis +contractus non est_. Les choses impossibles. Certaines choses sont +deffendues par la Loi, telles sont celles par lesquelles le Public +recevroit du préjudice, _ex quibus utilitas publica læderetur_. Les +choses infames & mal-honnêtes qui sont contre les bonnes mœurs. La +succession d'un homme vivant, _contractus de futura successione +viventis_. _Ab homine._ Par accord fait entre les hommes, par éxemple, +_si quis caveat ne vicinus quærat aquam in suo solo_. C'est donc une +erreur de croire qu'il soit permis à tout le monde de contracter; il est +encore moins permis à tout le monde de contracter mariage. On dit +communément que le Contract est le pére de l'obligation, _vulgò dicitur +contractus pater obligationis, mater verò actionis, obligatio_. Tous +ceux qui contractent sont tenus de donner ou de faire ce qu'ils ont +promis, _omnis obligatio vel in dando vel in faciendo consistit, ac +demùm_, disent les Jurisconsultes, _nisi quis id, aut det, aut faciat +quod daturum se facturumve promisit, actione coram Magistratu proposita, +ad id cogi potest_; sans cela ce seroit un Contract frustratoire & +ridicule. Comment un Eunuque peut-il s'obliger à procréer lignée? Et +quand il s'y seroit obligé, comment pourroit-on le contraindre à +éxécuter sa promesse? Tout cela est impossible; or _ex sui natura res +quæ nec dari nec fieri ullo modo potest, in contractum deduci non debet; +impossibilium enim nulla est obligatio_; voila la régle de +Droit; [256]_sub conditione data, non data censentur, cessante +conditione; itaque deficiente conditione contractus celebratus censetur +resolutus ab ipso initio_. [257] On se marie sous la condition que le +mari engendrera lignée, s'il ne peut l'engendrer le mariage est nul & +résolu. L'honnêteté publique veut donc qu'on l'empêche, & il vaut mieux +le deffendre, que d'être obligez ensuite à le casser, comme je l'ai fait +voir ailleurs. + + + + +CHAPITRE III. + + +Troisiéme Objection. + +_Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage, excepté ceux +qui concernent la génération, peut le contracter parce que_, consensus +non concubitus matrimonium facit. + +Un [258]sçavant homme & bel esprit tout ensemble dit, qu'il faut sur tout +qu'un homme sçache son métier; car, ajoûte-t-il, il est honteux qu'on +dise de nous, que nous sçavons excepté ce que nous devons sçavoir. On +peut dire qu'il est ridicule de prétendre qu'un mari soit un bon mari, +remplissant bien les devoirs du mariage, lors qu'il n'est pas capable +d'en faire les principales fonctions. Il n'est pas d'un mari comme de ce +bouffon dont le Cardinal du Perron a parlé. [259]Etant à Mantouë le Duc +lui fit voir un bouffon qu'il disoit être _Magro Buffone, & non Haver +Spirito_. Le Cardinal répondit que ce bouffon avoit pourtant de +l'esprit, & le Duc lui ayant demandé pourquoi? Parce, lui dit-il, qu'il +vit d'un métier qu'il ne sçait pas faire; le métier de mari n'est pas la +même chose, on n'en vit point, lors qu'on ne le sçait pas faire; + + [260]_Nihil ibi per ludum simulabitur, omnia fient_ + _Ad Verum._ + +Quand cela n'est point une femme souffre beaucoup, une nuit lui paroît +bien longue, + + [261]_O nox quàm longa es quæ facis una senem!_ + +Témoin les angoisses & les sueurs froides de cette femme dont parle +Martial[262], + + _Cum sene communem vexat spado Dyndimus Eglen_ + _Et Jacet in medio ficca puella toro,_ + _Viribus hic operi non est, hic utilis annis._ + _Ergo sine effectu prurit uterque prior._ + _Supplex illa rogat pro se miserisque duobus,_ + _Hunc Juvenem facias, hunc Cytherea virum!_ + +Ce n'est donc pas dans la pratique qu'on trouve la vérité de cette +maxime, [263]_Consensus non Concubitus matrimonium facit_. Voyons en quel +sens, & de quelle maniére on la trouve dans la Théorie. + +Les Jurisconsultes mettent une grande différence entre le consentement +qui se donne aux fiançailles, & celui qui se donne aux nôces; l'un ne +consiste qu'à promettre de célébrer les nôces, & l'autre consiste à +promettre qu'on consommera le mariage. [264]_Aliud est_, disent-ils, +_Nuptias contrahere, aliud ad Nuptias contrahendas se se obligare_. L'un +de ces consentemens fait une paction, _de futuro conjugio_. L'autre au +contraire en fait une _de præsenti_. Dans l'un ce n'est qu'une promesse +_de accipienda uxore_; Dans l'autre c'est l'exécution de cette promesse, +_uxor accipitur. Promssio prius facta verbis, rebus ipsis, & factis +ratificatur._ Il y a autant de différence entre ces deux consentemens, +qu'il y en a entre la promesse & l'exécution. Dans l'un l'homme ne +consent pas d'être aussi-tôt mari & de consommer le mariage, il promet +seulement de le devenir. Mais dans l'autre, l'homme _eo ipso momento +maritus fieri vult, & eo animo & destinatione consentit ut sit +matrimonium_. Il promet de le consommer; c'est au premier de ces deux +cas qu'il faut appliquer la maxime dont il s'agit ici. + +Mais voici le sens véritable de cette maxime, & l'application qu'il en +faut faire. Elle signifie que la simple cohabitation ne fait point +l'essence du mariage; il ne suffit pas d'avoir connu charnellement une +femme pour en conclure qu'on est marié avec elle, le consentement de +l'un & de l'autre d'être marié ensemble, est absolument nécessaire. Ce +consentement n'est point celui que ces deux personnes se donnent +mutuellement de se connoître l'une l'autre, _consensus cohabitandi & +individuam vitæ consuetudinem retinendi facit conjugium_, selon le +sentiment des Jurisconsultes; ce n'est donc ni le consentement seul, ni +la cohabitation seule, qui font séparément le mariage, c'est +l'assemblage de tous les deux. D'ailleurs, le consentement dont il est +ici question, _ad Nuptiarum probationem, sed non ad Nuptiarum +substantiam, pertinet_. Le but de cette maxime n'est pas de déclarer en +quoi consiste l'essence du mariage, mais à quel tems il faut le fixer, & +de quel moment il faut compter qu'il est contracté. _Non ex concubitu +nuptiæ fatis probantur, sicuti & retrò secubitu matrimonium non +dissociatur, seu separatione Thori aut habitationis._ Ces unions & ces +séparations ne concluent rien; il y a des conjectures plus certaines +établies par les Jurisconsultes pour juger de la consommation du +mariage; ils les tirent _ex comparatione personarum, ex vitæ +conjunctione, ex vicinorum opinione, ex deductione in domum mariti; ex +aquæ & ignis acceptione, ex dotalibus instrumentis, seu tabulis +nuptialibus, seu testatione_, ce qui, au rapport de Busbeque, fait parmi +les Turcs, la différence de la femme & de la concubine. Mais tout cela +n'est point l'essence du mariage, ce sont des conjectures, ou des +preuves, par lesquelles on peut juger qu'il y a un mariage contracté +entre certaines personnes. Si le mariage ne consistoit que dans le +consentement on pourroit bien dire comme cette femme qu'Ovide fait +parler, + + _Si mos antiquis placuisset matribus idem,_ + _Gens hominum vitio deperitura fuit._ + _Qui que iterùm Jaceret generis primordia nostri_ + _In vacuo lapides orbe parandus erat._ + +[Illustration] + + + + + +CHAPITRE IV. + + +Objection quatriéme. + +_Quand on ne peut pas être auprès d'une femme comme mari, on doit y être +comme frére, & habiter avec elle comme avec une sœur._ + + +Réponse à cette Objection. + +Cette objection est fondée sur le chapitre _Laudabilem est infrà_[265], +qui contient ces mots, _quod si ambo consentiant simul esse, vir etiam & +si non ut uxorem, saltem habeat ut sororem_, la glose sur ces mots +_ambo_, dit précisément qu'il faut que l'un & l'autre consentent, _quia +cum nullum sit matrimonium non tenetur alter alteri_. + +Deux réflexions détruiront l'objection fondée sur ces paroles. La +prémiére, qu'elles sont rélatives à la faculté qui est donnée à la femme +de faire résoudre son mariage, après que pendant un certain tems elle +s'est assurée de l'impuissance de son mari; elle peut faire casser son +mariage, à moins que l'un & l'autre ne veuillent bien habiter ensemble +comme frére & sœur. Il paroît donc par là qu'il s'agit d'un mariage +contracté, & non pas d'un mariage à contracter. Qu'il s'agit d'un homme +reconnu impuissant après une longue expérience, & non point d'un Eunuque +qui est notoirement impuissant, & qui ne peut par aucun ressort de la +nature, ni par aucun artifice de l'art devenir jamais capable +d'engendrer. + +La seconde réfléxion consiste en ce qu'il faut que l'une & l'autre des +parties consente de rester ensemble sur ce pied de frére & de sœur: +ce qui montre qu'il n'y a plus de lien entr'eux; que le premier +consentement qu'ils ont donné à leur union n'ayant pas produit l'effet +pour lequel il avoit été donné, il est naturellement & _ipso facto_ +révoqué. Qu'il en faut un nouveau donné sur connoissance certaine de la +personne; qu'alors ce n'est plus un mariage, mais une union de support +qui ne peut être qu'onéreuse à la femme; car enfin, le doux nom de +sœur n'est pas capable de consoler de la perte des avantages de la +qualité de femme. Quand on est une fois marié on ne s'aime plus +qu'entant qu'on est mari & femme. Comme cette Biblis dont Ovide nous +fait l'histoire, une femme n'aime point d'être appellée sœur par un +homme qui tient lieu de mari. + + [266]_Jam Dominum appellat, jam nomina sanguinis odit,_ + _Biblida, jam mavult, quàm se vocet ille sororem._ + +En un mot, cette objection tombe d'elle-même, puis qu'elle ne concerne +que des mariages contractez avec des hommes reconnus impuissans par +l'usage; & qu'il s'agit ici de sçavoir s'il doit être permis à des +Eunuques connus pour tels, de contracter mariage. + +[Illustration] + + + + + +CHAPITRE V. + + +Cinquiéme Objection. + +_Si le Mariage devoit être deffendu aux Eunuques parce qu'ils ne peuvent +pas engendrer, il devroit l'être aussi aux personnes âgées que la +vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne leur +étant point deffendu, il ne doit point l'être aussi aux Eunuques._ + + +Réponse à cette Objection. + +Cette objection est fondée sur un faux principe, sçavoir qu'on n'a droit +d'être marié qu'entant qu'on est capable d'engendrer; si cela étoit, dès +qu'un mari & une femme n'engendrent plus, ou lors que la femme est +stérile il faudroit les démarier. Ce principe & la conséquence qui s'en +tire naturellement sont si absurdes, qu'il suffit de les proposer pour +les faire rejetter. + +Si cette Objection n'est point fondée sur ce principe elle est encore +moins soûtenable; car un homme, à moins que d'être retourné en enfance, +ou que d'être attaqué de quelqu'infirmité capitale, est capable +d'engendrer dans quelqu'âge qu'il se trouve. On voit mille éxemples dans +le monde de vieillards qui ont eu des enfans à l'âge de quatrevingt & +dix ans, qui est l'âge le plus avancé de l'homme; de sorte qu'on peut +dire qu'un homme bien constitué peut engendrer toute sa vie; cependant, +s'il étoit tellement décrépit qu'il ne pût faire aucune fonction du +mariage, qu'il fût comme un Eunuque, j'avouë qu'il agiroit contre +l'institution du mariage, & que le Magistrat, ou ses Supérieurs +Ecclésiastiques feroient très bien de l'en empêcher en lui représentant +ce qu'Ajax dit à Ulysse dans les Métamorphoses d'Ovide, + + _Debilitaturum quid te petis Improbe munus?_ + +Qu'il va faire comme le mâle des Alcyons qui étant si vieux qu'il ne +peut se remuer, s'apparie avec sa femelle & meurt en cet état. A moins +que cet homme n'eût eu plusieurs enfans dans sa jeunesse, ou qu'il eût +eu une femme stérile, en ce cas il peut très légitimement, à mon avis, +épouser une femme d'un âge proportionné au sien, [267]parce que le feu de +la jeunesse étant passé dans l'un & dans l'autre, & les inconvéniens que +je remarquerai dans le chapitre suivant n'étant point à craindre, c'est +proprement dans ce cas qu'un mari recevant beaucoup d'aide & de secours +de sa femme il peut la regarder comme sœur, s'il ne peut la regarder +comme femme, puis que lui ni elle ne peuvent point procréer lignée. + +Mais la principale raison est, que les gens auxquels on n'a que la +vieillesse à reprocher, auroient pû, peut-être, engendrer, & ont, +peut-être, effectivement engendré dans leur jeunesse; ils ont donc la +faculté d'engendrer, mais ils n'engendrent point en effet; l'âge est en +eux un obstacle plus puissant que la nature qui les avoit rendus +capables d'engendrer. Or ne voit-on pas que la nature fait souvent des +efforts, ou que la Providence lui donne des forces par le moyen +desquelles elle surmonte les obstacles de l'âge. [268]Je ne rapporterai +point la Fable du bon Vieillard Hircus qui pria trois Dieux qui vinrent +chez lui, de lui donner un fils, quoi que sa femme fût déjà fort avancée +en âge, ce qu'ils lui accordérent; les Sçavans croyent que c'est +l'histoire d'Abraham & de Sara, déguisée: mais j'alléguerai le +témoignage de Valesque de Tarente qui dit, comme une chose fort +merveilleuse, dans son _Philonium_[269], qu'il a vû une femme qui avoit +ses mois à l'âge de soixante ans, & qui eut un fils à l'âge de +soixante-sept ans. Et le témoignage de Mauricius Codeus, qui dit dans +son Commentaire sur le premier Livre d'Hypocrate touchant les maladies +des femmes, qu'il a appris qu'une Demoiselle a eu ses mois étant âgée de +soixante & dix ans, & qu'elle avoit conçû un enfant bien formé, dont +elle avoit avorté pour avoir été trop agitée du mouvement d'un Coche +dans lequel elle avoit été. La Loi _si major_ au Code _de legitim. +Hæred._ parle d'un enfant mis au monde par une femme qui avoit passé +cinquante ans. Cornelia dont Pline parle, eut après soixante-deux ans +Volusius Saturninus qui fut Consul. Et le Docte Joubert dit +positivement, qu'une femme mariée à un Coûturier dans la Ville +d'Avignon, nommé _André_, domestique du Cardinal de Joyeuse, continua +d'enfanter jusqu'à l'âge de septante ans. Mais si la nature ne peut pas +surmonter ces obstacles, Dieu qui est le Maître de la nature, ne les +surmonte-t-il pas souvent, en donnant des enfans à des femmes qui ont +perdu l'espérance d'en avoir, [270]Sara, & Anne, qui depuis[271] fut mère +de Samuel, en sont des exemples. Il donne, dit le Psalmiste, à celle qui +étoit stérile la joye de se voir dans sa maison la mére de plusieurs +enfans. [272]Le Prophete Esaïe dit la même chose, & l'expérience l'a +justifié si souvent qu'il n'y a point lieu d'en douter. + +Il y a donc bien de la différence entre le mariage des Vieillards & +celui des Eunuques. Dieu se sert souvent de moyens humains pour faire +des Miracles. Les personnes fort âgées peuvent servir de moyens, mais +les Eunuques n'ayans point ces moyens, ils ne peuvent point être des +instrumens dans la main de Dieu pour faire ces miracles. Ainsi on peut +dire que, ni naturellement, ni surnaturellement, ils ne peuvent point +engendrer, & que par conséquent ils ne sont en nulle maniére, ni +capables, ni dignes du mariage. + +[Illustration] + + + + + +CHAPITRE VI. + + +Sixiéme Objection. + +_Quand la femme qui épouse un Eunuque sçait qu'il est Eunuque, & qu'elle +n'ignore point les conséquences de son état, il doit lui être permis de +l'épouser si elle le souhaite, parce que_ volenti non fit injuria. + + +Réponse à cette Objection. + +Cette maxime _Volenti non fit injuria_, est établie par le Droit Civil, +& par le Droit Canon; l'un dit, [273]_que usque adeò autem injuria quæ +fit liberis nostris, nostrum pudorem pertingit, ut etiam si volentem +filium quis vendiderit patri, suo quidem nomine competit injuriarum +actio, filii verò nomine non competit, quia nulla injuria est quæ in +volentem fiat_; l'autre Droit dit que, [274]_scienti & consentienti non +fit injuria_; Elle est tirée de la Loi 145. _ff de diversis regulis +juris_, qui porte, que _nemo videtur fraudare eos qui sciunt & +consentiunt_, & elle est en quelque sorte expliquée par le §. _si +intelligatur_. 6. de la Loi prémiére, _Dig. de Ædilitio Edicto. Si +intelligatur vitium, morbus que mancipii ut plerùmque signis quibusdam +solent demonstrare vitia, potest dici edictum cessare; hoc enim tantùm +intuendum est ne emptor decipiatur._ Pour pouvoir conclure qu'une femme +est trompée volontairement & de son consentement, il faut qu'il conste & +qu'il apparoisse clairement & manifestement qu'elle n'a été ni induite, +ni séduite; qu'elle a sçû les defauts de l'Eunuque, & les incommoditez +qu'elle en souffriroit, sans cela elle est trompée, & elle est trompée +par surprise & non pas volontairement. J'ajoûte qu'il faut qu'une femme +soit assurée de sa continence & de sa chasteté, qu'elle sçache que les +defauts de l'Eunuque, & les incommoditez qu'elle en souffrira, mettront +l'une & l'autre de ces deux vertus très souvent à l'épreuve, & qu'elle +pourra sûrement soûtenir toutes ces épreuves, sans cela, présupposé que +_volenti non fiat injuria_ le Magistrat ni ses Supérieurs +Ecclésiastiques ne doivent point lui permettre de s'exposer à la +tentation, & de se mettre dans un danger évident de tomber dans le crime +comme je le ferai voir dans la suite de ce chapitre; il ne doit point +lui permettre par conséquent de se marier; l'Objection tombe dans ce +cas. Il y a d'autres exceptions à cette régle générale, que les +Jurisconsultes rapportent; par éxemple, [275]_si quis puellam volentem +rapuerit; si quis filium volentem intervertat. Si quis servum volentem +corrumpat_; & plusieurs autres semblables. Le sens véritable de cette +maxime est, qu'une personne qui a consenti à l'injure qui lui a été +faite, ne peut point agir par action d'injure contre l'injuriant. Voici +donc l'application qu'il faut faire de cette maxime au cas du mariage +d'un Eunuque. Lors qu'un mariage est déclaré nul par, ou à cause de +l'impuissance du mari, il n'est pas seulement condamné à rendre la dote +qu'il a reçûë de sa femme, pour laquelle il n'est point admis ni reçû à +faire cession de biens, mais aussi aux dommages & intérêts envers elle, +& elle n'est point tenuë à la restitution des bagues qui lui avoient été +données. Mais lors qu'elle a sçû, avant que de l'épouser, qu'il étoit +impuissant, elle peut bien faire casser son mariage, ou plûtôt faire +dire qu'il n'y en a point, mais elle ne peut pas intenter l'action +d'injure ou de dommages & intérêts, parce que _volenti non facta fuit +injuria_. Elle mérite qu'on lui fasse ce reproche d'Horace[276] _Prudens +emisti vitiosum, dicta tibi est lex, insequeris tamen hunc & lite +moraris iniqua_. C'est là la Jurisprudence universelle de tous les Païs. +Mais pour répondre solidement & d'une maniére qui soit sans replique à +cette Objection, je ne puis faire rien de mieux que de me servir des +termes du Docte Cypræus, tels qu'ils sont contenus dans les Articles 41. +& 42. du Paragraphe treiziéme du chapitre neuviéme de son excellent +Ouvrage, _de Jure connubiorum_: en détruisant l'Objection ils finiront +aussi très dignement ce chapitre & cet Ouvrage. [277]«_Quæritur si mulier +spadoni vel Eunucho fidem dederit, non ignara eum hoc vitio affectum, +vel post sponsalia resciverit, eum virum non esse, & nihilominus nuptias +consummare cupiat, id ei concedendum fit? Et si quidem constiterit eum +ad commixtionem conjugalem inhabilem esse, nuptiis illi inter dicendum & +sponsalia dissolvenda existimaverim. 1. Quod lege Divina spadones +prohibeantur mariti fieri. Deuteronom. 13. Itaque nec illis mulieres +nubere possunt. 2. Quod & Imperatorum constitutionibus id vetitum est. +3. Quod ejusmodi conjugium Benedictionis non sit capax. 4. Quod nulla +istarum causarum propter quas conjugium à Deo institutum est, hic locum +habeat. 5. Propter periculum, ne mulier alibi amori operam dare +incipiat, (ut est natura hominum proclivis ad libidinem) & conjugio, +cujus usum nullum habere potest, pro velamento turpitudinis utatur. Nec +ad rem facit quod mulier sciens volens nuptias illas cupiat; Nam in re +tanti momenti Magistratus est partibus consulere qui suis commodis +consulere non possunt, cùm perire volens audiendus non sit. Nam verendum +est, ut dixi, ne mulier ejus pertæsa conjunctionis alium portum quærat +quo se se recipiat, ut Theognidis verbis utar. Quibus incommodis +Magisstratum mederi oportet, usque adeò ut etsi de viri vitio aut morbo +non quæratur uxor, nihilominus hisce nuptiis intercedere debeat._» + +_Sed quid si mulier sciens volens spadoni nupserit, & matrimonium +consommatum sit? Resp. sibi Imputare debet quæ ei quem scit virum non +esse, nupserit. Interim tamen matrimonium ἁγαμος, id est pro nullo +habendum est, ut quod contra leges inter eas personas coiërit, quæ +matrimonio jungi non possunt. Quâ de Causâ etiamsi cum facti non +pœniteat, nihilominus à Viro discedere debere, & si nolit, +segregandam esse existimaverim. Neque enim mulier prava & legibus +prohibita suâ conniventia recta efficere potest. Et Conjugium +confirmatur officio carnali, Verum antequàm confirmetur, impossibilitas +officii solvis vinculum conjugii. 33. Quæst. 1. cap. 1. Verba Augustini. +Quamvis contra sentiat Papa Alexander, vel ut alii volunt, Lucius, cap. +requisivisti, 33. Quæstione prima, qui vult eas quæ pro uxore haberi non +possunt, pro sororibus habendas; quod vix est ut defendi possit, idque +propter illas, quas commemoravimus causas._ + +FIN. + + * * * * * + + +NOTES: + +[1] Comme l'illustre Mr. Bayle étoit encore en vie quand cette Dédicace +a été faite, on n'a pas trouvé qu'il fut nécessaire d'y rien changer, +quoi qu'il soit mort depuis. + +[2] Mr. de Montpinslon. + +[3] Histoire des Ouvrages des Savans. Mois de Janvier, Février & Mars +1706. pag. 84. & suiv. + +[4] Nouv. de la Répub. des Lett. Janv. 1704 p. 117. + +[5] Nouvelles de la République des Lettres tom. 1. Mois d'Avril 1684. +pag. 117. + +[6] Patiniana pag. 25. + +[7] Capitul. 9. tit. 19 de procuratoribus lib. 1. sexti Decretal. + +[8] Imperat. Leonis constitut. 26. in princip. + +[9] Novel. 21. tit. 1. de Nuptiis. In præfat. + +[10] L. 197. de divers. regul. Jur. + +[11] Liv. 14. ch. 6. + +[12] In Eutrop. lib. 1. V. 339. + +[13] Christophori Helvici Theatrum Historicum pag. 5. + +[14] St. Remuald. Thresor Chronol. & Histor. fol. tom. 1. pag. 79. + +[15] Valere Maxime liv. 9, ch. 3. art. 13. + +[16] Lucien dans son dialogue Intitulé le menteur ou l'Incredule. + +[17] Etymologicon Linguæ Latinæ. + +[18] Genese Ch. 37. V. 36. + +[19] Joseph. Antiq. Judaic. liv. X. ch. 16. + +[20] St. August de civit. Dei. tom. 1. pag. 603. + +[21] L. 2. §. 1. ff. de Adoptionibus. + +[22] Lettre 117. dans la traduction que Mr. l'Abbé de Bellegarde a faite +des Epitres de S. Basile. + +[23] Lib. 16. cap. 7. + +[24] Lib. 16. cap. 7. + +[25] Controvers. 33. lib. 5. + +[26] St. Matth. ch. 19. V. 12. + +[27] L. 147. de div. reg. Jur. + +[28] L. 121. ff. de verbor. significat. + +[29] Liv. 6. ch. 5. & sur tout. liv. 10. ch. 1. + +[30] Liv. 2. Eleg. 2. + +[31] Voy. Plin. liv. 13. ch. 4. + +[32] Plutarq. In Alexandr. + +[33] Liv. 7. ch. 2. + +[34] Satyr. 10. V. 306. 307. + +[35] Liv. 6. ch. 10. + +[36] Voy. Crinitus de honnesta disciplina liv. 9. S. Romuald fol. tom. +2. pag. 185. + +[37] Luithprand. Ticinensis. liv. 4. de rebus per Europam gestis. cap. +4. Meibomius. Rerum Germanicar. tom. 1. c. 47. pag. 247. Camerar. +Meditat. Historic. tom. 1. lib. 5. cap. 19. + +[38] Act. 1. Scen. 2. + +[39] Liv. 6. ch. 1. art. 13. + +[40] Liv. 2. Epigr. 60. + +[41] Voyez cette Histoire dans le Diction. Histor. & Crit. de Mr. Bayle. +Les Articles _Abelard, Heloïse, Foulques & Paraclet_. + +[42] Ch. 31. V. 21, 22. + +[43] Herodote liv. 8. + +[44] Instit. lib. 4. tit. 4. de Injuriis. § 7. + +[45] Novell. 42. ch. 1. + +[46] Amor. lib. 2. Eleg. 3. V. 3. & 4. + +[47] Novell. 60. + +[48] Apol. 2. pag. 71. adressée à l'Empereur Antonin. + +[49] Epistol. 5. 6. ad Pammachium de Erroribus Origini. + +[50] Dupin nouvelle Bibliothéque des Auteurs Ecclésiastiques tom 1. pag. +121. &c. tiré d'Eusebe liv. 6. ch. 2. §. 19. traduction Françoise, les +chapitres de laquelle ne se rapportent point à l'Edition Gréque ni +Latine. + +[51] S. Romuald. tom. 2. pag. 185. du tresor Hist. & Chronol. in fol. + +[52] Eusebe parle de cette sédition, mais il n'en dit pas la cause, liv. +6. ch. 41. &c. + +[53] Voyez la Vie de Tertullien & d'Origéne, par Mr. de la Motte ch. 5. +sur la fin. + +[54] Dupin ibid. ubi supra. Et Eusebe ibid. ch. 19. + +[55] Liv. 5. ch. 21. + +[56] l. 4. §. 2. ff. ad legem Corneliam de sicariis et Veneficiis. + +[57] Voyez Diction. Hist. & Crit. de Mr. Bayle tom. 1. pag. 955. & suiv. + +[58] Essais liv. 2. ch. 29. + +[59] Centuries 1. ch. C. de separatione ex causa luis Veneraæ. + +[60] Abreg. Chronol. tom. 2. pag. 639. + +[61] Voyez Hippocrat. lib. Aphorism. 28. & 29. + +[62] Plin. lib. II. cap. 37. + +[63] lib. 23. + +[64] Tom. 17. lib. 3. tit. defectus testium vel naturâ, vel casu +Eunuchi, spadones, castrati. Et tit. Hermaphroditorum & sacrorum +ridiculorum. + +[65] Joseph. Antiquit. Judaïq. liv. 18. ch. 2. idem de la guerre des +Juifs liv. 2. ch. 7. + +[66] Ευνουχισαν. + +[67] Liv. 1. tom. 1. Heres. 15. 16. + +[68] Mr. Dodwel, dans les additions aux Œuvres Posthumes & +Chronologiques de Pearson; dans sa digression sur le ch. 6. à l'occasion +de le prétenduë Domitille, Vierge & Martyre. + +[69] Plaut. in Aulular. Act. 2. Scen. 2. V. 72. 73. + +[70] Mezerai Histoire de France avant Clovis in 12 pag. 160. + +[71] Liv. 8. chap. 41. + +[72] Liv. 1. ch. 12. + +[73] Elog. 5. des Empereurs. Elog. 9. des Impératrices. + +[74] Dior. Cassius, in Neron. Art. 28. + +[75] Ch. 1. V. 10. + +[76] Ibid. ch. 2. + +[77] Judith ch. 12. + +[78] Act. ch. 8. V. 26. + +[79] Jérémie ch. 52. V. 25. + +[80] Plat. de leg. lib. 3. + +[81] Grégoire de Nazianze Oraison 23. + +[82] Athanas. ad solitar. pag. 384. + +[83] Amm. Marcell. liv. 18. + +[84] Ibid. liv. 15. + +[85] Ibid. l. 8. ch. 15. + +[86] Julian. Imperat. ad Atheniens. pag. 501. + +[87] Athan. ad solitar. pag. 834. 835. + +[88] S. Athanas ad solitar. pag. 852 & Herman Vie de S. Athanase liv. 7. +ch. 10. + +[89] Gregor. Nazianz. orat. 31. + +[90] Liv. 7. ch. 10. + +[91] Liv. 9. tit. 1. l. 4. + +[92] Eusebe Hist. Eccles. liv. 10 ch. 8. + +[93] Ælius Lampridius. + +[94] Quint. Curt. lib. 10. cap. 1. + +[95] Ælius Lampridius in sever. + +[96] Cod. Theod. liv. 10, tit. 10, liv. 34. + +[97] Liv. 5. pag. 800. + +[98] Lucian. Macrob. + +[99] Voyez Nouvelles de la République des Lettres Janvier 1686, art. 10. +tom. 5. pag. 87. + +[100] Liv. 17. + +[101] Esaïe ch. 56. V. 3. Osée ch. 9. V. 16. Luc ch. 13. V. 7. + +[102] Claud. in Eutrop. lib. 1. + +[103] Socrate Hist. Eccles. liv. 6. ch. 5. + +[104] Sozomene liv. 8. ch. 7. + +[105] In pseud. & in Eunuch. + +[106] Liv. 3. ch. dernier. + +[107] Martial. liv. 6. Epigram. 2. + +[108] Liv. 9. Epigram. 7. + +[109] Sueton. invit. Domitian ch. 7. art. 4. + +[110] Tit. 8. liv. 48. ff. + +[111] tit. 8. liv. 48. ff. + +[112] l. 3. §. 4. tit. Eod. + +[113] liv. 26. §. 28. tit. 2. l. 9. ad legem Aquiliam. + +[114] liv. 4. tit. 42. l. 1. + +[115] Authent. coll. 9. tit. 24. Nouv. 142. + +[116] Leo. Constitut. 60. + +[117] Vid. qui testament. facere poss. l. 5. + +[118] l. 6 ff. de liberis & posthum. hæred. instituendis vel +exhæredandis. + +[119] l. 6. ff. de Jure patronatus. + +[120] §. sed & illud. In insitut. lib. 1. tit. II. de Adoph. + +[121] Ibid. ff. 4. + +[122] d. ff. fœminæ Institut de adopt. + +[123] L. 6 ff. de liber. & posth. hæred. Instituendis vel exhæredandis +L. 29. §. penult. de in officios. Testam. + +[124] Schneidevin. sur les Instituts. liv. 1. tit. 25. §. 7. + +[125] Institut. de hæred. qualit. & differ. l. 4. + +[126] L. I. §. 11. + +[127] L. 20. §. 7. ff. qui Testamenta facere possunt. + +[128] L. I. cod. quand Mulier. Tutor. off. lung. pot. + +[129] L. 4. liv. 49. tit. 16. de Re militati. + +[130] Plaut. in Curcull. + +[131] L. 20, §. 7. ff. qui testam. facer. poss. + +[132] Institut. orator. lib. 5, cap. 12. + +[133] L. 4. ff. ad leg. Cornel. de siccar. + +[134] Liv. 7. ch. 7. exempl. 6. + +[135] Juven. Satyr. 11. Aristote lib. 7. cap. 5. Histor. Animal. Æsop. +in Apol. Ælian. lib. 6. cap. 33. Plin. lib. 37. cap. 6. + +[136] Voyages de la Hontan dans l'Amérique Septentrionale tom. 1. lett. +16. pag. 181. &c. + +[137] Ibid. 185. 186. + +[138] Lib. 32. cap. 3. + +[139] Voyez Mémoires pour l'histoire des Sciences & des beaux Arts, mois +de Mai 1704. article 10. page 301. &c. tom. 7. + +[140] Levitiq. ch. 22, V. 24. + +[141] Deuteron. ch. V. 1. + +[142] Matth. ch. 19 V. 12. + +[143] Distinct. 55. c. 1. + +[144] Ibid. c. 10. + +[145] Ibid. c. 5. + +[146] L. si verò 5. §. II. lib. 9. ff. tit. 3. de his qui effuderint, +vel dejecerint. + +[147] De Bell. Alexand. + +[148] Cheviæana tom. I. pag. 200. + +[149] Voyez les Nouvelles de la République des Lettres par Mr. Bayle +tom. 4. pag. 948. + +[150] Ibid. tom. 7. pag. 1466. + +[151] Institut. lib. 1. tit. 9. §. 1. + +[152] Decret. 2. pars. causa 35. quæst. 1. & 2. + +[153] In Eutrop. lib. 1. + +[154] Cap. tunc salvabitur 33. Quæst. 5. & ibid. Gloss. fin. + +[155] 1. Timoth. ch. 5. V. 14. + +[156] Jérém. ch. 29. V. 6. + +[157] L. 220. ff. deverbor. signif. §. 3. in fin. + +[158] Chap. 20. V. 35. & 36. + +[159] Aul. Gel. lib. 18. cap. 6. + +[160] Cap. extr. de convers. infidel. + +[161] Nouvel. 73. in princip. + +[162] L. Eleganter 24. §. qui reprobos. ff. de pignor. act. + +[163] Sext. decretal. lib. 4. tit. 2. capitul. unic. + +[164] L. 14. ff. de sponsal. + +[165] L. vehenda 10. §. 1. ff. ad leg. Rhod. de Jactu. + +[166] Voyez S. Jerôme Epitr. 2. tom. 1. p. 11. + +[167] 1. Liv. des Rois ch. 1. + +[168] L. ea quæ commendandi causa ff. §. ult. de contrala. empt. + +[169] Part. 1. lib. 5. disput. 12. §. 10. num. 351. + +[170] Lib. 5. tit. 17. l. 50. + +[171] Lib. 23. tit. 3 de Juro dotium l. 39. §. 1. + +[172] Voyez le Tresor ou la Biblioth. du Droit Franç. par Mre. Laurent +Bouchet tom. 2. pag. 691. + +[173] Tit. de Nuptiis §. 12. + +[174] L. 30. ff. quando dies leg. vel fideic. cedat. + +[175] Vid. Pruckneri manuale mille quæstionum illustrium Theolog. +Centur. 8. Quæst. 43. + +[176] Voyez le Tresor, ou la Biblioth. du Droit François par Mre Laurent +Bouchel tom. 2. pag. 689. + +[177] Capitul. 10. Decretal. Gregor. lib. 4. tit. 2. + +[178] Decret. 2. pars caus. 37. quæst. 2. c. 17. + +[179] Ibid. c. 30. + +[180] Ibid. c. 37., &c. + +[181] Voy. Schneidewin. in institut. lib. 1. Tit. 10. pars 4. + +[182] De divortio. num. 22. + +[183] On peut voir sur ce sujet les ch. 62. & 64. de la 2. Centurie des +Arrêts de Mr. le Prêtre. + +[184] Collat. 4. Novell. 22. tit. de causis solutionis cum pœna. + +[185] In Eutrop. lib. 1. + +[186] Terence Eunuch. Act. 2. Scen. 3. + +[187] Epigr. 52. lib. 10. + +[188] Epigram. 42. lib 12. + +[189] Carmen Nuptiale lib. 1. m. 63. + +[190] Ovid. Amor. lib. 3. Eleg. 7. + +[191] Audoënus Epigramm. 55. + +[192] Ibid. Epigram. 275. + +[193] Juven. Satyr. 6. V. 513. + +[194] Ovid. ubi suprà. + +[195] Liv. 21. tit. 1. de æditit. Ædicto. l. 7. + +[196] Horat. Sermon. lib. I. Satyr. I. + +[197] Ch. 30. V. 21. + +[198] Mr. Ocluen Capitaine de Cavalerie, & l'un des Membres de la +Société Royale de Berlin. + +[199] Voyez Livre sans nom pag. 33. + +[200] Lib. 5. Epigr. 42. + +[201] Ovid. de arte Amandi. lib. 1. + +[202] Ibid. + +[203] Plat. lib. 10. de legib. + +[204] In Galb. cap. 3. + +[205] Thuan. Histor. lib. 52. + +[206] Tacit. Annal. lib. 4 cap. 53. + +[207] Plin. Epist. 18. lib. 8. + +[208] Voyez Valesiana pag. 57. + +[209] Diction. Histor. & Crit. 2. Edit. tom. 1. pag. 355. + +[210] Bouchet Annales d'Aquitaine fol. 143. versò. Dans Bayle Réponse +aux questions d'un Prov. tom. 1. pag. 423. + +[211] Voyez l'Histoire des Ouvrages des Sçavans, mois de Septembre 1687. +pag. 109. & 110. + +[212] Saty. 2. + +[213] Hist. des Ouvr. des Sçav. mois de Juillet 1696. pag. 506. + +[214] Sext. Decretal. lib. 4. tit. 1. + +[215] L. 60. ff.; P2: ff lib. 23. tit. 2. de ritu nupt. §. 5. + +[216] §. si advertus Institut. de Nuptiis. + +[217] Sueton. in August. cap. 44. + +[218] Liv. 5. Epigram. 42. + +[219] Pag. 513. + +[220] Liv. 6. ch. 2. + +[221] Voyez aussi l'Histoire des Ouvrages des Sçavans mois de Septembre +1690. art. 1. tom. 7. pag. 10. & suiv. + +[222] §. 28. pag. 20. + +[223] §. 235. pag. 358. + +[224] L. si dotem. 22. §. si maritus. 7. ff. solut. Matrimon. + +[225] Can. quod autem. + +[226] Tom. 2. Jenens. German. fol. 156. 6. + +[227] Lib. 2. tit. 1. de Matrimon. & Nupt. definit. 16. & Tit. 11. +definit. 200. + +[228] Hist. des Ouvrages des Sçavans, mois de Février 1706. art. 7. pag. +89. & suiv. + +[229] Ibid. mois de Décembre 1691. art. 3. pag. 175. + +[230] Lib. 5. Tit. 8. Cod. si nuptiæ ex rescripto petantur l. 2. + +[231] Hist. des Ouv. des Sçav. mois de Novembr. 1687. pag. 321. Ibid +mois de Mai 1688. art. 4. pag. 35. Ibid. mois de Juillet 1688. art. 10. +Ibid mois de Septembre 1688. pag. 38. Ibid. Octobre 1688. art. 13. Ibid. +Janvier 1689. pag. 473. Ibid. Février 1689. art. 4. Ibid. Mars 1689. +art. 1. pag. 13. 16. Ibid. Février 1692. pag. 280. Ibid. Août 1692. pag. +540. Ibid. Avril 1695. art. 5. + +[232] Mois de Février 1706. art. 7. pag. 89. + +[233] Voyez la Déclaration du Roi de Prusse sur ce sujet du 7. Decembre +1689. + +[234] Chap. 9. §. 2. num. 13. + +[235] B: Voyez les Œuvres de Mr. le Vayer Homelie Académique, Homel. 2. + +[236] Impress. Londini in 4. ann. 1640. pag. 40. 41. + +[237] Voëtii Polit. Ecclesies pars prima lib. 3. Tractat. 1. de +matrimonio lectio 2. cap. 1. quæst. 3. + +[238] Voyez de l'usage & de l'autorité du Droit Civil dans les Etats des +Princes Chrétiens traduit du Latin d'Arthurus Duck Iuriscons. Angl. liv. +2. pag. 234. + +[239] Lib. 5. + +[240] Terent. Eunuch. Act. 4. scen. 3. + +[241] Iuvenal. Satyr. 6. V. 366. + +[242] Cap. 89. + +[243] Liv. 6. Epigr. 67. + +[244] Lib. I. Epigr. 34. + +[245] Ch. 20. V. 2. 3. + +[246] Ovid. Metamorph. lib. 9. + +[247] Caus. 32. quæst. 4. c. origo. &c. liberorum ergò. + +[248] Genes. chap. 6. V. 2. + +[249] Genes. ch. 30. V. 1. + +[250] Æneid. lib. 4. + +[251] Vid. c. penult. & fin. 32. quæst. 7. a. solet quæri. 32. q. 2. c. +non enim 32. q. 1. c. tantum. 32. q. 4. + +[252] Genes. ch. 30. V. 1. + +[253] Tobie ch. 6. V. 16. & suiv. + +[254] Novell. 78. cap. 3. Novell. 117. cap. 6. + +[255] L. in re mandata cod. mandati. + +[256] L. 10. l. 14. de adim. legat. + +[257] L. 8. in princip. ff. de pericul. & commot. rei vendit. + +[258] Vigneuil Marville tom. 1. pag. 376. + +[259] Perroniana pag. 44. + +[260] Juven. Satyr. 6. V. 324. 325. + +[261] Martial. Epigr. 7. lib. 4. + +[262] Lib. 11. Epigr. 82. + +[263] L. 30. ff. de divers. Regul. jur. + +[264] L. Si pœnam ff. de verbor. obligationib. + +[265] Capitul. 5. Decretal. lib. 4. tit. 15. de Frigidis & Maleficiatis. + +[266] Metamorphos. lib. 9. V. 465. + +[267] Ovid. fast. lib. 5. + +[268] St. Romuald. Tresor Hist. & Chronol. in fol. tom. 1. pag. 93. + +[269] Ibid. pag. 231. + +[270] Genes. ch. 21. + +[271] 1. Samuel. ch. 1. + +[272] Esaïe. ch. 54. V. 1. + +[273] L. 1. §. usque adeò 5. ff. de injuriis & famosis libellis lib. 47. +tit. 10. + +[274] Sext. decretal. lib. 5. tit. de regul. jur. Regula 25. + +[275] Novell. 22. cap. per occasionem. 6. + +[276] Lib. 2. Epist. 2. V. 18. + +[277] L. 6. de Appellat. + + + + + + + + +End of Project Gutenberg's Traité des eunuques, by Charles Ancillon + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAITÉ DES EUNUQUES *** + +***** This file should be named 39320-0.txt or 39320-0.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/9/3/2/39320/ + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned +pages available at http://gallica.bnf.fr/) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/39320-0.zip b/39320-0.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a09e175 --- /dev/null +++ b/39320-0.zip diff --git a/39320-8.txt b/39320-8.txt new file mode 100644 index 0000000..9c15f0b --- /dev/null +++ b/39320-8.txt @@ -0,0 +1,5383 @@ +The Project Gutenberg EBook of Trait des eunuques, by Charles Ancillon + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + + +Title: Trait des eunuques + +Author: Charles Ancillon + +Release Date: March 31, 2012 [EBook #39320] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT DES EUNUQUES *** + + + + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned +pages available at http://gallica.bnf.fr/) + + + + + + + + +TRAIT + +DES + +EUNUQUES, + +DANS LEQUEL + +On explique toutes les diffrentes sortes +d'Eunuques, quel rang ils ont tenu, +& quel cas on en a fait, &c. + +_On xamine principalement s'ils sont propres +au Mariage, & s'il leur doit tre +permis de se marier._ + +Et l'on fait plusieurs Remarques curieuses & +divertissantes l'occasion des + +EUNUQUES, &c. + +Par M***. D***. + +[Illustration] + +Imprim l'an M. DCC. VII. + + + + +EPITRE + +DEDICATOIRE + +A + +M^R. BAYLE.[1] + + +MONSIEUR, + +_J'ai vous rendre compte de deux choses qui me justifieront envers +vous de la libert que je prends de vous adresser cet Ouvrage, & qui +nous justifieront l'un & l'autre envers le Public, si vous trouviez +propos de le faire mettre sous la Presse pour lui en faire part._ + +_La prmire, que je ne me suis point ingr de mon chef traiter le +sujet qui fait la matire de cet Ouvrage; l'occasion qui m'y a engag +est assez singulire. Il y avoit autrefois ici plusieurs Eunuques +Italiens, Musiciens, qui y faisoient grosse figure. Ils se flattrent de +faire de grandes & d'illustres Conqutes, mais ils se tromprent; nos +Dames ne se laissrent point blour, & ne se payrent point de la +bagatelle. [2]Un Gentilhomme Franois d'un esprit gai & enjou les en +railla par ces Vers jolis & pleins de sel._ + + Je connois plus d'un Fanfaron + A crte & mine fire, + Bien dignes de porter le Nom + De la Chaponardire. + Crte aujourd'hui ne suffit pas + Et les plus simples Filles, + De la Crte font peu de cas + Sans autres Batilles. + +_Cependant il y en a eu une qui s'est laiss charmer, & qui a prt +l'oreille aux propositions de mariage qui lui ont t faites par un de +ces Eunuques. Une Personne que je considre beaucoup, m'ayant pri de +lui dire mon avis, & de le lui donner raisonn par crit, en forme de +consultation, pour dtourner cette jeune fille sa parente du dessein +qu'elle avoit d'entrer dans un tel engagement, ou en tout cas pour s'en +servir ailleurs en cas de besoin. J'y ai travaill avec plaisir, & j'ai +trouv qu'insensiblement j'avois fait un Livre, de sorte qu'au lieu de +laisser mon Ouvrage sous la forme qu'on me l'avoit demand, je lui ai +donn celle qu'il a prsentement. Je vous avou que l'extrait que +l'illustre Mr. de Beauval a donn[3] du Livre de Mr. Bruknerus +intitul,_ Dcisions du Droit Matrimonial, _n'a pas peu contribu +m'engager dans un xamen xact de cette question. J'aurois extrmement +souhait qu'il et bien voulu dire ce qu'il en pense, & peut-tre lui en +fournirai-je l'occasion par ce petit Essai lors qu'il en donnera +l'extrait._ + +_Les Personnes scrupuleuses trouveront peut-tre que c'est l pltt +l'occupation d'un homme oiseux, que d'un curieux qui cherche +s'instruire._ Hujusmodi hrere qustionibus non tm studiosi qum otiosi +hominis esse videtur, _comme parloit Saint Jrme consult par Vitalis +sur la fcondit prmature d'Achas. Ainsi il est bon de les prvenir, +ou de les dtromper, en leur apprenant que la vocation de l'examiner m'a +t lgitimement adresse._ + +_Ce n'est pas que je crusse avoir fait un mal, quand je me serois avis, +pour me divertir, & pour changer mes occupations srieuses dans une +tude plus divertissante, de traiter cette matire. Le Docte Mollerus a +fait un Livre qui a pour ttre,_ Discursus duo Philologico-Juridici +prior de Cornutis, posterior de Hermaphroditis corumque jure, uterque ex +jure Divino, Canonico, Civili, variisque historiarum monumentis, horis +otiosis congesti. M. Jacobo Mollero. _Et cet Ouvrage n'a point +deshonor son Auteur, ni diminu l'estime que le Public avoit pour lui. +Il est difficile, je l'avou, de parler des Eunuques sans dire certaines +choses capables de choquer un peu la pudeur d'une femme. Mais l'gard +de l'Auteur cela ne lui fait aucun tort, il s'en faut beaucoup que son +Livre contienne des ordures & des saletez semblables celles qui sont +dans les_ Priapeia, _sur lesquels Joseph Scaliger, l'un des plus grands +Hommes des Sicles passez, a fait des annotations, sans perdre sa +rputation. Et l'gard des femmes, ce qu'on dit de libre & de naturel +est exprim en Latin, qui est une Langue peu entendu parmi elles. Mais +quand on auroit t oblig de s'exprimer en termes capables de blesser +la pudeur la plus scrupuleuse, s'ensuivroit-il qu'il auroit fallu se +dispenser de discuter un Droit sur lequel on voit assez souvent fonder +des disputes importantes, & laisser les choses, cet gard, dans le +doute et dans la confusion? Certes je ne crois pas que personne le +prtende ainsi: en tout cas cette prtention seroit aussi ridicule que +celle de certaines gens qui aimeroient mieux qu'on et laiss prir, ou +souffrir tout le genre humain, que d'avoir fait des Traitez de Mdecine, +& de Chirurgie, qui le conserve, qui le prserve, & qui le soulage, +parce qu'on a t oblig de nommer les choses par leur nom & sans +dguisement, & de parler dcouvert de toutes les parties les plus +secrettes du corps humain. J'espre que le Public sera quitable sur ce +sujet. J'aurois eu plus craindre du redoutable Mr. Bernard que d'aucun +autre, parce que je connois sa dlicatesse & sa svrit, qui ne +pardonnent point les moindres fautes, & qui en trouvent mme dans des +choses qui ont l'approbation des gens qu'il croit aisment tre d'un +got au dessous du sien. Mais que pourra-t-il me dire, lui qui annonce +avec tant de soin un Livre qui a pour ttre_[4], les Crmonies du +mariage telles qu'on les pratique prsentement dans toutes les parties +du Monde, Ouvrage trs divertissant, sur tout pour les Dames, crit en +Italien par le Sr. Gaya, troisime Edition, laquelle on a ajot +d'amples Notes & des Remarques sur le Mariage, avec le Miroir des +personnes maries, ou les Avantures capricieuses du Chevalier H..... +avec ses sept femmes, crites par lui-mme dans le tems de sa prison, & +mises en Anglois moderne par Mr. Thomas Brown, in 8. pag. 161. _& +d'avertir ensuite le Public, que_ les notes qu'on a mises au bas des +pages sont trs enjoues, & qu'on n'y pargne pas les Prtres. _On sait +combien de contes sales on a accotum de faire sur leur sujet, & +combien de vilenies on met sur leur comte. Je ne sai point au reste, si +ce Docteur Thomas Brown dont Mr. Bernard fait ici mention, est ce savant +Mr. Brown Chanoine de Windsor, Ami intime de Mr. Isaac Vossius qui lui a +ddi son Trait des Oracles Sibyllins, ou cet Ecossois qui a fait un +Trait des Fivres continus imprim Edimbourg en 1695., ou si c'est +ce Thomas Brown Docteur Anglois qui a fait la_ Religion du Mdecin. _Ce +qui me feroit douter que ce ft le prmier, seroit qu'il ne s'est +appliqu qu' des Etudes graves & srieuses, comme on le remarque par ce +que Colomiez dit de lui dans sa Bibliothque choisie. Ce qui me feroit +douter aussi que ce ft le second, c'est la timidit qu'il fait parotre +dans la Prface de son Livre, en y dclarant qu'il a eu bien de la peine + se rsoudre produire cet essai touchant les Fivres continus; qu'il +redoutoit le gnie railleur & Satirique si commun ceux de sa Nation; +Que la mme frayeur touffe tous les jours des productions trs dignes +de voir le jour. Qu'il s'est pourtant dtermin parotre en public +pour ne pas sortir du monde comme un Citoyen inutile & paresseux. Qu'il +hazarde ce systme nouveau, & qu'il sacrifie ses scrupules l'utilit +publique. Et si c'est le troisime, vous savez, Monsieur, ce qu'en a +dit Patin, car vous le rapportez dans vos Nouvelles de la Rpublique des +Lettres[5]_, C'est, _dit-il_, un Mlancholique agrable en ses penses, +mais qui mon jugement cherche Matre en fait de Religion comme +beaucoup d'autres, & peut-tre qu'enfin il n'en trouvera aucune. Il faut +dire de lui ce que Philippe de Comines a dit du Fondateur des Minimes, +l'Hermite de Calabre Franois de Paule, il est encore en vie, il peut +aussi-bien empirer qu'amender. _On a mis cette pense de [6]Patin dans +le_ Patiniana _un peu dguise l'gard du tour & de l'expression, mais +la mme absolument dans le fond. Si, dis-je, c'est ce Thomas Brown +Auteur du Livre intitul_, Religio Medici, _qu'on pourroit intituler +aussi-bien_, Medicus Religionis, _comme il est dit dans le_ Patiniana, +_qui a traduit en Anglois moderne, ces_ Crmonies du Mariage _que Mr. +Bernard annonce avec tant de soin, & si obligeamment au Public, c'est +apparemment un Livre dont la matire n'est pas trop chaste, ni les +expression trop scrupuleuses & trop chtres. Je n'en parle que par +conjecture, car j'avou que la recommandation de Mr Bernard ne m'a point +engag le chercher, l'acheter, & le lire. Je ne connois que ces +Brown. Il y a bien un Docteur en Thologie originaire du Palatinat & +prsentement Professeur en Langue Hbraque dans l'Acadmie de +Groningue, Auteur de quelques Dissertations trs curieuses, qui se nomme +Brawn; mais Mr. Bernard est trop xact pour avoir confondu Brown avec +Brawn, quelque ressemblance qu'il y ait dans ces noms, & quelque +facilit qu'il y ait s'y mprendre._ + +_La seconde chose dont j'ai vous rendre compte, est le motif qui me +porte vous adresser cet Ouvrage. Je n'en ai point d'autre, Monsieur, +que l'estime toute particulire que j'ai pour vous, & le cas que je fais +de l'amiti dont vous m'honorez. Je me suis flatt que vous ne voudriez +pas laisser parotre en public un Livre qui pourroit nuire la +rputation de son Auteur, qui est un de vos anciens Amis, & qui se +repose sur vous du soin de l'xaminer & de juger s'il mrite d'tre mis +sous la Presse: & je me suis persuad que si vtre jugement lui toit +favorable, je n'avois rien craindre de la part du Public, parce que je +pouvois esprer une approbation gnrale, ou en tout cas tre assur +d'avoir en vous un puissant appui contre le mauvais got & contre la +Critique maligne, qui pourroient m'entreprendre. Je n'ai garde de faire +ici vtre Pangyrique l'imitation de ceux qui font des Eptres +Ddicatoires, vos propres Ouvrages font vtre Eloge, & le jugement +favorable & glorieux que le Public en fait, vous est infiniment plus +honorable que toutes les louanges qu'on pourroit vous donner dans une +Eptre. Je finis donc celle-ci en vous assurant que je me sers avec +plaisir de cette occasion que j'ai souvent recherche de pouvoir vous +donner un tmoignage public de la considration toute particulire avec +laquelle je suis,_ + +MONSIEUR + +Vtre trs humble & +trs obssant serviteur. + +C. D'OLLINCAN. + + + + +DESSEIN ET DIVISION DE L'OUVRAGE. + + +Le[7] Droit Canon traitant des mariages qui se contractent par +Procureurs, ordonne & prescrit des prcautions trs grandes qu'il fonde +sur cette raison, _qu'il s'agit d'une affaire grave, difficile & +importante, qui peut avoir des suites trs dangereuses_. Propter magnum +quod ex facto tam arduo posset periculum imminere. + +Le Droit Civil ne donne pas une ide moindre du Mariage, il le considre +comme l'action de la vie la plus considrable, & qui demande le plus de +rflxion; comme un Port favorable, ou comme un naufrage malheureux; +comme une chose bien hazardeuse o toute la prudence humaine se rduit +ordinairement des voeux & des souhaits. [8]_Magnum sane excellensque +donum Deo Creatore ad mortales promanavit Matrimonium._ + +D'un ct le mariage tant l'Ouvrage de Dieu qui a uni les deux sxes, +& qui considrant qu'il n'toit pas bon que _l'homme ft seul_, lui a +donn un _tre semblable_ lui; leur a ordonn l'un & l'autre de +_crotre_ & de _multiplier_, & a imprim en eux un desir violent de +s'unir ensemble pour la propagation de leur espce. Cette union ne doit +point tre fortuite & commune, comme celle des animaux destituez de +raison; elle ne doit point tre produite par une affection brutale, par +une volont drgle; elle ne doit point avoir pour but de mettre en +sret des plaisirs impurs, & de les couvrir d'un nom spcieux & +honorable. Ce doit tre une conjonction chaste, religieuse, sainte, +pleine de pit & de bndictions; n'ayant pour but que d'xcuter les +ordres de Dieu, qui est son Auteur & son Protecteur. L'Eglise n'approuve +& n'autorise que les Mariages de ce dernier caractre, ils ont pour eux +la faveur publique, au lieu que les autres n'ont pour eux qu'une haine +gnrale, un mpris trs grand, & souvent les maldictions & l'horreur +des gens de bien. + +De l'autre, comme le Mariage est le fondement de l'Eglise, puis qu'il +est appell par quelques Thologiens _Venter Ecclesi_[9] qui lui +engendre des enfans. Et de la Socit civile, en ce qu'il est la source +des hommes, qu'il ternise le monde, & qu'il donne des hritiers +lgitimes aux Citoyens, il ne faut pas s'tonner si l'Eglise & la +Socit Civile s'intressent dans ce qui le concerne; si elles en +rglent les commencemens, le cours, & les suites, & si elles ont pourv +sagement aux inconvniens qui pourroient natre de l'ignorance des +hommes, ou de leur malice. + +L'Eglise & la Socit Civile ne laissent pas la libert tout le monde +de faire cet gard tout ce qu'il lui plat. [10]_Semper in +conjunctionibus non solum quid liceat considerandum est, sed & quid +honnestum sit_. Elles ne permettent point qu'on donne atteinte la +Justice, l'ordre, au bien, l'utilit, & l'honntet publiques. +Elles ont tabli des Loix qui les dclarent bons, ou mauvais, justes, ou +injustes, lgitimes, ou criminels. Qui les permettent, ou qui les +deffendent, qui les confirment, qui les authorisent, qui les protgent, +ou qui les cassent, qui les annullent, & qui punissent ceux qui les ont +contractez. + +Pour rpondre au but que je me propose, il s'agit ici de voir dans quel +de ces rangs on doit mettre le Mariage des Eunuques. Voici donc le plan +gnral que j'ai dessein de suivre pour claircir cette matire, & pour +la rgler par une dcision incontestable & certaine. Ce Trait sera +divis en trois Parties. + +Dans la premire j'xaminerai ce que c'est qu'un Eunuque, de combien de +sortes il y en a, quel rang ils ont tenu & tiennent dans la Socit +Ecclsiastique & Civile; & quelle considration on y a eu, & on y a +actuellement pour eux. + +Dans la seconde, je discuterai leur droit par rapport au Mariage, & +j'xaminerai s'il doit leur tre permis de se marier. + +Dans la troisime enfin, je rapporterai les Objections qui pourroient +tre faites contre les maximes que j'aurai avances, & contre les +dcisions que j'aurai tablies, & je tcherai de les rsoudre, & de +lever les difficultez qui pourroient y donner atteinte. + + + + +TABLE DES CHAPITRES + +Contenus dans cet Ouvrage. + + +PREMIERE PARTIE. + +CHAPITRE I. _S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems +il y en a. Page 1 + +CHAP. II. _Ce que c'est qu'un Eunuque._ 6 + +CHAP. III. _Combien il y a de diffrentes sortes d'Eunuques._ 10 + +CHAP. IV. _Des Eunuques qui sont nez tels._ 16 + +CHAP. V. _Pourquoi on fait des Eunuques._ 19 + +CHAP. VI. _Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mmes, ou fait faire +Eunuques par d'autres._ 29 + +CHAP. VII. _Des Eunuques ainsi nommez cause de leurs Emplois; Et de +ceux qui le sont dans un sens figur._ 41 + +CHAP. VIII. _Quel rang les vritables +Eunuques ont tenu dans la socit civile._ 49 + +CHAP. IX. _Quelle ide les Peuples ont eu des Eunuques, +& quel cas ils en ont fait._ 66 + +CHAP. X. _De quelle manire les Loix civiles ont considr +les Eunuques, & quels droits elles leur ont attribu._ 71 + +CHAP. XI. _Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans +la socit civile; de quelle manire les Loix les +y ont considrez, & quels droits elles leur ont attribu._ 85 + +CHAP. XII. _Quel rang les Eunuques volontaires & forcez, +ont tenu dans la Socit Ecclsiastique; de quelle manire +l'Eglise & ses canons les ont considrez, & quels droits ils leur ont +attribuez._ 91 + + +SECONDE PARTIE. + +CHAP. I. _De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque +ne peut y rpondre._ 102 + +CHAP. II. _Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du +mariage, ils ne doivent pas le contracter._ 110 + +CHAP. III. _Le Mariage des Eunuques +est considr comme nul & comme non avenu._ 115 + +CHAP. IV. _Inconvniens que le Mariage +des Eunuques produit ordinairement._ 121 + +CHAP. V. _Les Loix civiles deffendent +le mariage des Eunuques._ 138 + +CHAP. VI. _La Religion Catholique Romaine ne +permet pas le mariage des Eunuques._ 141 + +CHAP. VII. _La Religion Luthrienne, ou de la Confession +d'Augsbourg, ne permet pas le mariage des Eunuques._ 145 + +CHAP. VIII. _La Religion Rforme +ne permet pas le mariage des Eunuques._ 153 + + +TROISIEME PARTIE. + +Objections + +CHAP. I. _Que la deffense de se marier ne doit point tre +gnrale & commune tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont +capables de satisfaire aux desirs d'une femme._ 158 + +CHAP. II. _Le mariage est un Contract +civil, par lequel il est permis tout le monde de s'engager._ 165 + +CHAP. III. _Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage, +except ceux qui concernent la gnration, il peut le contracter, +parce que_, consensus non concubitus matrimonium facit. 170 + +CHAP. IV. _Quand on ne peut pas tre auprs d'une femme comme mari, +on doit y tre comme frre, & habiter avec elle comme +avec une soeur._ 175 + +CHAP. V. _Si le mariage devoit tre deffendu aux Eunuques parce +qu'ils ne peuvent pas engendrer, il devroit l'tre aussi aux personnes ges +que la vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne +leur tant point deffendu, il ne doit point l'tre aussi +aux Eunuques._ 178 + +CHAP. VI. _Quand la femme qui pouse un Eunuque sait qu'il est +Eunuque, & qu'elle n'ignore point les consquences de son tat, il doit lui +tre permis de l'epouser si elle le souhaite, parce que_, volenti non fit +injuria. 183 + +Fin de la Table. + + + + +TRAIT DES EUNUQUES, + +Dans lequel on xamine principalement s'il doit leur tre permis de se +marier. + + + + +PREMIRE PARTIE. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + +_S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems il y en a._ + + +Il est de l'ordre de faire voir qu'il y a des Eunuques avant que +d'entreprendre d'en faire la description, & que de raisonner sur leur +sujet; Puis que selon le sentiment des Philosophes il est ridicule de +raisonner d'une chose avant que de savoir si elle xiste. + +Il y a plus de quatre mille ans qu'on parle d'Eunuques dans le Monde; +l'Histoire Sainte & l'Histoire Prophane font mention d'une infinit de +personnes de cette nature, qu'elles ne mettent ni au rang des hommes, +ni au rang des femmes, & qu'elles appellent _une troisime sorte +d'hommes_. On en a v en si grand nombre dans tous les Sicles & dans +tous les Pas; & on en voit encore tant qu'il n'est pas permis de douter +qu'il n'y en ait eu, & qu'il n'y en ait encore aujourd'hui. + +La plpart des Savans croyent que Semiramis Reine des Assiriens veuve +de Ninus, & mre de Nynias, a t la premire qui a fait faire des +Eunuques; ils fondent leur opinion sur ces termes d'Ammian +Marcellin,[11] _Postrema multitudo spadonum, a senibus in pueros +desinens, obluridi, distortaque lineamentorum compage deformes, ut +quaqu incesserit quisquam, cernens mutilorum hominum agmina, detestetur +memoriam Semiramidis Regin illius veteris, qu teneros mares castravit +omnium prima_. Claudien a cr la mme chose, + + ------ [12]_Seu Prima Semiramis astu Assyriis mentita virum, ne + vocis acut Mollities, levesque gen se prodere possent. Hos sibi + conjunxit similes; seu persica ferro Luxuries Vetuit nasci + lanuginis Umbram._ + +Cependant Diodore de Sicile qui a fait l'Histoire de Semiramis, dans sa +Bibliothque, d'une manire beaucoup plus xacte qu'aucun autre, ne dit +rien de cette particularit qui mritoit pourtant bien d'tre remarque, +si elle et t certaine & vritable. Il dit seulement que les Bactriens + qui Ninus, qui depuis fut son Mari, faisoit la Guerre, ayant mis les +Assyriens en fuite & en droute, elle s'habilla d'une longue robe, comme +un homme, les rallia, se mit leur tte & triompha des Bactriens. Soit +que cette Robe plt aux femmes Medes & aux Perses, soit qu'elles +voulussent faire leur cour Semiramis, elles en prirent de pareilles. +Peut-tre que cet habillement donna lieu dire que Semiramis avoit fait +des hommes imparfaits, des demi hommes, & que depuis on a conjectur +qu'elle avoit fait effectivement mutiler des hommes. [13]D'autres disent +qu'elle s'habilla en homme, & qu'elle fit lever son fils en fille, afin +que les Assiriens ayant honte d'avoir une femme pour leur Chef ne +prissent point le pretexte de vouloir un Roi, pour mettre son fils sur +le Trne son prjudice; [14]D'autres peu loignez de cette opinion +disent, que son fils tant de sa taille, & ayant la voix semblable la +sienne, elle se dguisa en homme, & fit accroire, afin de regner, +qu'elle toit le fils de Ninus, & non pas sa veuve. Et d'autres +disent[15] qu'ayant eu avis dans le tems qu'elle se coiffoir, que +Babilone s'toit rvolte, elle courut en diligence, les cheveux demi +pars, pour la forcer se rendre elle, & qu'elle ne remit point sa +tte dans son ordre accotum qu'elle n'et remis cette puissante Ville +sous son pouvoir; Que pour cela sa statu fut honorablement leve +Babylone au mme tat qu'elle se trouva quand elle marcha vers ce lieu +d'un pas prcipit pour tirer vangeance de ses Sujets rebelles; ces +cheveux pars joints la robe qu'elle avait prise la travestissoient +d'autant plus en homme. + +Diodore de Sicile rapporte une autre circonstance qui est considrable; +Il dit que cette Reine leve d'une condition basse au comble de la +grandeur, se plongea dans toute sorte de dlices, qu'elle fit choisir +les hommes les mieux faits & les plus beaux de son Arme pour s'en +servir, mais qu'elle fit mourir tous ceux qu'elle avoit res dans son +lit. Il y a plus d'apparence qu'elle les fit Eunuques par un effet d'une +jalousie assez ordinaire, de peur qu'aprs avoir eu d'elle les plus +grandes faveurs ils n'allassent s'attacher quelqu'autre femme; Diodore +de Sicile ne le dit point; mais comme il parle aprs Cresias, ainsi +qu'il l'avou lui mme, & que Cresias est un Historien,[16] qui non +content d'abuser ceux de son sicle, a voulu faire passer ses fables +la postrit, on ne peut pas ajoter beaucoup de foi ce qu'il dit, ni +accuser de fausset ce qu'il obmet. Semiramis donc peut passer pour la +premire qui ait fait faire des Eunuques; Vossius[17] croit que les +Perses sont les Inventeurs de cette mchante & dtestable cotume, & que +le mot Latin, _spado_ qui comprend diverses sortes d'Eunuques, tire son +nom d'un Village de Perse nomm _Spada_, o il prtend que la premire +xcution de cette nature a t faite. Il fortifie son sentiment de ceux +de quelques Savans du premier ordre qu'il nomme. Je ne veux point me +rendre juge entre des hommes si clbres qui ont les uns & les autres +des opinions si probables, & dont la certitude est si difficile +trouver. _Non nostrum inter hos tantas componere lites, & vitulo hi +digni & illi._ Je dirai seulement que le premier Eunuque dont l'Ecriture +Sainte fasse mention & dont il ne soit absolument parl nulle part +ailleurs, [18]est Putiphar qui acheta Joseph des mains des Madianites; +encore verra-t-on dans la suite que ce nom d'Eunuque n'toit point +nouveau ds lors, puis qu'il toit devenu un nom de Charge & de Dignit; +Cependant ce Putiphar acheta Joseph l'an du monde deux mille deux cent +septante-six, c'est dire mille sept cent soixante & dix huit ans avant +l'Incarnation de Jesus Christ; Et Cyrus n'a commenc rgner sur les +Perses que l'an du Monde trois mille quatre cent vingt & un; C'est +dire qu'on parloit d'Eunuques avant qu'on parlt des Perses, & qu'il +n'est pas possible qu'ils soient les pres de ces sortes de gens, parce +que si cela toit la proposition _filius ante patrem_, qui passe pour +monstreuese, seroit pourtant vritable; ce qu'on ne peut pas dire +l'gard de Semiramis qui regnoit sur les Assiriens l'an du monde mille +huit cent vingt-six, long tems avant que Putiphar ft n. Quoi qu'il en +soit les Perses, les Mdes, & les Assyriens ont t de tous les Peuples +ceux qui se sont le plus servis d'Eunuques. Et on remarque[19] que +Nabucodonosor faisoit couper tous les Juifs & tous les autres +prisonniers de guerre, afin de n'avoir que des Eunuques son service +particulier. [20]Et c'est peut-tre ce qui a donn lieu conjecturer que +les Perses toient les inventeurs de l'_Eunuchisme_. + + + + +CHAPITRE II. + +_Ce que c'est qu'un Eunuque._ + + +Lucien en donne une dfinition fort courte dans son Dialogue des +Eunuques. Il dit qu'il n'est ni mle, ni femelle, & qu'il est un prodige +dans la Nature. Mais elle est trop gnrale, il en faut une plus xacte +& qui le fasse connotre plus particulirement & plus srement. Un +Eunuque donc, est une personne qui n'a pas la facult d'engendrer, par +la foiblesse, ou par la froideur de la nature, ou qui on a retranch +les parties propres la gnration; _Qui generare non possunt_, comme +s'exprime la Loi[21]; Qui ont une voix grle & languissante, la +complexion d'une femme, qui n'ont que du poil folet la barbe; En qui +le courage & la hardiesse cedent la crainte & la timidit; En un +mot, dont les moeurs & les manires sont toutes effmines. Si l'Eunuque +est un sujet si chtif & si mprisable l'gard du corps, il vaut +encore moins du ct de l'esprit & du coeur. Voici le portrait que St. +Basile en a fait autrefois[22]. Simplicie femme entte de l'Hrsie +Arrienne s'toit mle de faire des remontrances ce St. Homme sur sa +conduite & sur ses moeurs; Il se justifie & prend tmoin toutes les +personnes qui le connoissent, except quelques Eunuques qu'il rcuse, & +dont il fait une peinture affreuse; S'il est besoin de tmoins, dit-il, +qu'on ne me produise point d'esclaves ni de misrables Eunuques, gens +abominables & sans honneur, qui ne sont ni hommes ni femmes, que l'amour +du sxe rend comme furieux; Ils sont jaloux, mprisables, froces, +effminez, gourmands, avares, cruels, inconstans, souponneux, furieux, +insatiables. Ils pleurent quand on les prive d'un repas, & pour tout +dire en un mot ils sont condamnez au fer ds leur naissance, des gens +estropiez de la sorte peuvent-ils avoir l'ame droite? Le fer les rend +chastes, mais cette chastet ne leur sert de rien, leur turpitude les +rend furieux, & ils n'en remportent aucun fruit. Peut-tre que cette +description parotra trop satirique & trop outre, & qu'elle sera +suspecte, parce qu'elle est faite par un homme en colere; Mais voici le +tmoignage d'un homme desintress, qui non seulement la confirme & +l'autorise, mais mme qui y ajote de nouveaux traits qui rendent les +Eunuques encore plus hideux; c'est Ammian Marcellin qui parle, qui +dpose contr'eux, & qui dit, [23]Que quand Numa Pompilius & Socrate +diroient du bien d'un Eunuque, on ne les en croiroit pas, & qu'on les +accuseroit de mensonge. _Ea re quod si Numa Pompilius vel Socrates bona +qudam dicerent de Spadone, dictisque Religionum adderent fidem, +veritate descivisse arguerentur._ Il est vrai que sur la fin du mme +Chapitre il excepte Menophile Eunuque de Mithridate Roi de Pont, dont il +parle avantageusement. Il y en a bien encore quelques autres qui ont t +dignes de louanges, comme un Favorinus Mordonius, un Eutherius Eunuque +de l'Empereur Constans, & depuis de Julien l'Apostat; Un Hermias qui +Aristote sacrifioit comme un Dieu; sur tout Daniel & ses Compagnons, +si tant est qu'ils ayent t Eunuques, comme quelques Interprtes de +l'Ecriture Sainte le croyent; Mais le nombre en a t si petit, qu'il +n'est pas capable de donner atteinte l'opinion gnrale qu'on en +donne. L'on peut dire qu'il est des Eunuques comme des Btards, qu'ils +sont ordinairement mauvais, mais qu'il s'en trouve quelque fois de +bons, & comme dit Ammian Marcellin, [24]_Inter Vepres ros nascuntur, & +inter feras nonnull mitescunt._ + +Theodore, Prcepteur de l'Empereur Constantin _Porphirogenite_, s'est +avis, par un dessein singulier & bizarre, d'crire une Apologie, _pro +Eunuchismo & Eunuchis_, mais on regarde cet Ouvrage de la mme manire +qu'on regarde l'Eloge de Busiris par Isocrate, celui de Nron, & celui +de la Goutte par Cardan; Celui de la pauvret par Synesius; celui de +l'aveuglement par Passerat; Celui de la laideur & de la fivre quarte, +par Favorin; Celui de la peste par Prvidelli; celui de la guerre par +Balth. Schuppius; Celui de l'injustice par Glaucon; celui de la folie +par Erasme; celui de la Goinfrerie par Lucien; celui de l'Asne & celui +de la Vermine par Heinsius, celui du rien & du nant par Schuppius, par +Passerat, & par Duverdier le jeune; Et la magnifique Doxologie du ftu +par Sbastien Rouillard. Ces gens l ont entrepris de louer ce que toute +la terre mprise & blme, s'imaginant que cette singularit exciteroit +la curiosit & l'admiration des lecteurs. Mais tous ces livres n'ont +point rendu les sujets qu'ils ont traitez plus louables, ni plus +lgitimes; Et celui qui a pour titre _de Multibibus_ imprim +Oenozythople sous les auspices de Dionysius Bacchus, n'a pas authoris +les beaux droits & les plaisans privilges des yvrognes qu'il tale avec +beaucoup d'xactitude & de pompe. On a beau faire des apologies pour +cette ridicule, injuste & barbare cotume de faire des Eunuques, il n'y +a personne dans le Christianisme qui ne le dteste, & qui dans +l'occasion ne s'crit l'encontre comme fit autrefois +Seneque, [25]_Principes viri_, disoit-il, _contra naturam divitias suas +exercent, excisorum greges habent, exoletos suos, ut ad longiorem +patientiam impudiciti idonei sint; & quia ipsos pudet viros esse, id +agunt, ut quam pauci viri sint. His nemo succurit delicatis & formosis +debilibus._ + + + + +CHAPITRE III. + +_Combien il y a de diffrentes sortes d'Eunuques._ + + +Jesus Christ lui-mme nous apprend combien il y a des differentes sortes +d'Eunuques; _Il y en a_, dit il[26], _qui sont nez tels ds le ventre de +leur mre; Il y en a qui ont t faits Eunuques par les hommes. Et il y +a encore des Eunuques qui se sont faits Eunuques eux-mmes pour le +Royaume des Cieux._ Mais la subtilit des hommes, & l'vnement, ont +donn lieu des distinctions moins gnrales. Les diverses questions +qui concernent le mariage de gens accusez d'tre Eunuques, & la +restitution de la dote de la femme, ont oblig xaminer les Eunuques +de prs; & comme on en a trouv de diverses espces, on en a fait des +Classes diffrentes. Les Jurisconsultes en font quatre. La premiere est +de ceux qui sont nez tels; qui sont Eunuques proprement & absolument +ainsi nommez. La seconde est de ceux auxquels, soit malgr eux, soit de +leur consentement & par leur propre fait, on a retranch tout ce qui +fait l'homme & sa virilit, qui ne peuvent en faire aucun acte, qui sont +obligez, de rendre leur urine par un tuyau de mtail qu'on leur attache + la place de celui que la Nature leur avoit donn & qu'on leur a coup; +Cela arrive quelquefois des gens travaillez de quelque maladie qui +oblige le Chirurgien leur faire cette triste operation; mais cela se +pratique aussi sur des hommes sains comme nous le verrons dans la suite; +C'toit autrefois une des fonctions de la Mdecine comme on le voit au +. 8. de la loi 7. _ad legem Aquiliam_. Et au commencement de la loi 8. +du mme ttre & sur tout au . 2. de la loi. 4. ff. _ad legem Corneliam +de sicariis & veneficiis_, o il est expressment deffendu aux Mdecins +de faire de semblables oprations. La troisime Classe est de ceux +auxquels on froisse tellement les Cremastres qu'ils disparoissent, & +qu'il semble qu'ils soient vanous; La veine qui leur portoit l'aliment +tant retranche, ils se fltrissent, ils se schent & se rduisent +rien. Cette opration se fait ordinairement en mettant le patient dans +un bain d'eau tide afin d'amolir ces parties, & de les rendre plus +maniables & plus propres se dissoudre; Aprs qu'il y a t quelque +tems, on lui presse les veines du cou qu'on nomme Jugulaires, & par l +on le rend stupide et aussi insensible que s'il toit tomb en +apoplxie, alors il est ais de le mutiler sans qu'il en sente rien: +Cela se fait ordinairement dans la grande jeunesse par la mre ou par la +nourrice. On lui faisoit prendre autrefois une certaine quantit +_d'Opium_, & lors qu'il toit accabl de sommeil on lui coupoit, ou on +lui tiroit une partie que la nature a pris beaucoup de soin fabriquer; +mais comme on a remarqu que la plpart de ceux qu'on _Eunuchisoit_ +ainsi mouroient, par ce Narcotique, on s'est avis de l'autre moyen dont +je viens de parler. Les Perses & diverses autres Nations, ont des +manires de faire, ou de couper les Eunuques, diffrentes de celles dont +on se sert en Europe. Je dis de faire, car ce n'est pas toujours en +coupant qu'on Eunuchise; La cigu & diverses autres herbes font le mme +office, comme on peut le voir dans l'Ouvrage de Paul ginette qui traite +xactement cette matire, sur tout dans le Livre sixime de ce docte & +curieux Trait. Cette troisime sorte d'Eunuques sont ceux qu'on appelle +en Droit _Thlibi_. Ceux qu'on nomme _Thlasi_, sont peu prs de la +mme qualit, toute la difference qu'il y a, c'est qu'on se contente de +leur couper les veines qui servent fortifier les parties viriles, de +sorte qu'elles restent bien la vrit, mais si flasques & si fltries +qu'elles ne sont d'aucun usage; La quatrime Classe, enfin, est de ceux +qu'on appelle _Spadones_, qui sont nez si mal conformez, ou d'un +temprament si froid, ou qui le sont devenus par quelque incommodit, +qu'ils sont incapables de contribuer la gnration. Quoi que ces +quatre espces soient fort diffrentes entr'elles, & que la dernire +soit la plus favorable & la moins malheureuse, cependant les +Jurisconsultes ont trouv propos de les comprendre toutes sous le nom +de _spado_, ce qui est assez singulier, comme je viens de le dire, puis +que la maxime triviale de droit porte que _denominatio fit potiori_. +Et qu' proprement parler, ceux qu'on appelle _spadones_ ne sont point +Eunuques, puis que par la vertu de la Nature, ou par le secours de +l'Art, ils peuvent tre remis dans un tat parfait; D'ailleurs, +_specialia generalibus insunt_, [27]& comment sous le nom de _spado_ qui +n'est pas proprement un Eunuque, peut on comprendre ceux qui le sont +rellement & de fait, & sans esprance de retour. Il me semble que +_nomina debent esse convenientia rebus_ comme ils le disent eux-mmes; & +que celui ci convient peu toutes les espces qu'il renferme; Quoi +qu'il en soit, ils l'ont ainsi voulu; [28]_spadonum generalis appellatio +est, quo nomine tam hi qui natur Spadones sunt; item Thlibi Thlasi +sed & si quod aliud genus spadonum est continentur_. + +Il y a diverses autres sortes d'Eunuques; il y en a qui sont appelez de +ce nom, _catachrestic_, parce qu'ils possdent les Charges ou les +Dignitez qui toient donnes originairement aux Eunuques; Il y en a +d'autres qui sont appellez de ce nom par figure, parce qu'ils sont +chastes & qu'ils ne se servent pas plus de leurs parties viriles que +s'ils n'en avoient point. + +Toutes ces sortes d'Eunuques ont un nom gnral par lequel on prtend +qu'ils ont tous t dsignez, c'est le nom de _Bagoas_. Ce nom est celui +du personnage qui reprsente l'Eunuque que Diocles prtend exclurre de +la profession de Philosophe, dans le dialogue de Lucien. Il y a eu un +fameux Eunuque de ce nom qui toit Darius & dont aprs la mort de ce +Prince on fit present Alxandre le Grand. Il toit beau par +excellence, & Alexandre l'aima autant que Darius l'avoit aim. +Quinte-Curce en fait l'Histoire en diffrens endroits[29] de la Vie de +son Hros, & j'aurai occasion d'en parler dans la suite de cet Ouvrage. +L'Eunuque d'Olopherne, Gnral de Nabucodonosor, qui assigea Bethulie & + qui Judith coupa la tte; Cet Eunuque, dis je, qu'Olopherne employa +pour disposer Judith passer la nuit avec lui & qui la conduisit en +effet dans sa tente, s'appelloit Bagoas; quoi que quelques versions, & +entr'autres celle de Mrs. de Port-Royal l'appelle Vagao. Quoi que ce nom +ait t le nom de plusieurs particuliers , cependant Gilbert Cousin, ou +en Latin _Cognatus_, dont l'Illustre M. Baile a fait un article dans le +tome premier pag. 974. de son Dictionaire, dit dans la remarque qu'il a +faite sur ce mot _Bagoas_ qui se trouve dans Lucien, que dans une Langue +barbare il signifie en gnral un Eunuque; & il insinu par l que +Lucien ne se sert de ce nom _Bagoas_ que parce que c'est un nom qui +comprend tout le genre Eunuque. [30]Et il confirme son sentiment par ce +Vers d'Ovide, + + _Quem penes est dominam servandi cura Bago._ + +Il est certain que parmi les Babyloniens Bagoas signifie un Eunuque. Il +y en a eu un aussi de ce nom qui a t Eunuque, & dont Plutarque dit +beaucoup de choses plus dignes pourtant du silence que de ntre +curiosit. Quelques Savans croyent que ce Bagoas dont parle Lucien +toit un homme qui avoit la mine si disgracie qu'on le prenoit pour +Eunuque. Quintilien parle d'un Bagoas & il y a apparence qu'il se sert +de ce nom comme d'un nom commun une espce d'hommes, [31]car il parle +en mme tems de Megabyse & de Doriphoron, or il est certain que Megabyse +est un nom commun aux Prtres de Diane, [32]ils devoient tre tous +Eunuques parce qu'ils avoient la garde des filles qui lui toient +consacres; Et Doriphoron signifie un homme qui porte une lance; Il est +vrai qu'il dsigne aussi cette statu si admirable d'un jeune homme bien +fait qui toit arm d'une lance que Policlete avoit fait, dont il toit +amoureux, & qu'il appelloit sa Matresse; mais il suffit qu'il marque +aussi un nom gnral, sous lequel tout homme portant une lance est +dsign. + + + + +CHAPITRE IV. + +_Des Eunuques qui sont nez tels._ + + +Il semble qu'il ne soit point impossible que certaines cratures +humaines viennent au monde destitues des parties qui servent la +gnration. On voit tous les jours des enfans qui naissent sans yeux, +sans oreilles, sans mains, ou sans quelqu'autre partie du corps, il peut +aussi aisment arriver que quelques-uns naissent dpourvs de celles +dont il est ici question. La Nature qui produit tous les jours tant de +monstres pourroit bien en former un de cette espce; cependant les +Naturalistes disent qu'il n'y en a point d'xemple. Et en effet, Pline +qui rapporte xactement & amplement[33] les figures humaines +monstrueuses dont le nombre & la diversit sont grands parmi tous les +Peuples, ne parle point de celles dont il s'agit ici; Je puis dire +nanmoins que j'en ai v une, & peut tre a-t-elle t v de toute +l'Europe; car ses parens ayant remarqu que le Public avoit de la +curiosit pour un corps humain aussi singulier que l'toit celui dont je +vai parler, & qu'ils pouvoient amasser beaucoup d'argent en le menant de +lieu en lieu & de Pas en Pas, l'ont sans doute port par tout. Il +toit Berlin en l'anne 1704. C'est un cul de jatte qu'un homme +portoit sur le dos dans une bote; avec cette diffrence, qu'au lieu que +ceux qu'on nomme ainsi n'ont ni jambes, ni cuisses, dont ils puissent se +servir, & qu'ils marchent sur leur derrire enferm dans une jarre, +celui-ci n'a pas mme un derrire, c'est dire de fesses; Il a la tte +bien faite, le visage beau & doux, le tein brun & les cheveux chatains; +mais quoi qu'il ait eu alors plus de vingt ans, il n'avoit point de +barbe, ni aucune apparence qu'il en auroit un jour. Il avoit des bras & +des mains fort bien proportionnez, son corps toit assez bien fait, il +toit de la hauteur d'environ deux trois pieds; c'toit par le bout +d'en bas une espce de tronc, il marchoit avec ses mains; il avoit deux +conduits comme les autres hommes par lesquels la nature se dchargeoit +de ses excrmens, celui de devant toit fort court & fort petit, & au +dessous il y avoit un suspensoire flasque & fltri dans lequel il n'y +avoit aucun Crmastre. Je m'informai fort particulirement de ses +parens s'il toit n ainsi, ils m'assurrent qu'il toit absolument tel +que la nature l'avoit form. Comme je sai qu'il ne faut pas tojours +mal juger de la virilit d'un homme, lors qu'on ne lui trouve point de +Crmastre au dehors, parce qu'il arrive quelque fois que quoi qu'ils +soient demeurez au dedans, & qu'ils ne soient point descendus dans les +suspensoires par des obstacles qui se sont opposez leur sortie, les +hommes, nanmoins, qui les ont ainsi cachez ne laissent pas d'tre aussi +parfaits que ceux qui les ont au dehors: qu'ils sont forts & vigoureux, +& qu'ils ont tous les autres signes ncessaires pour prouver la virilit +de l'homme, j'xaminai fort xactement ce cul de jatte, & lui trouvant +d'ailleurs toutes les marques d'un vritable Eunuque, j'en concls qu'il +l'toit en effet & qu'il a t produit tel par la nature dans le sein de +sa mre. Ainsi voila une preuve qu'il y a des Eunuques qui naissent +tels, quoi qu'en disent les Naturalistes, & particulirement Pline dans +le chapitre second du septime livre de son Histoire du Monde. + + + + +CHAPITRE V. + +_Pourquoi on fait des Eunuques._ + + +S'il est vrai que Semiramis ait t la premire qui se soit avise de +faire faire des Eunuques, & que la raison qu'on en rapporte soit +certaine, la premire cause de cette mutilation a t la jalousie de +cette Reine, qui aprs s'tre servie des hommes les mieux faits de son +Arme, les fit chtrer, de peur qu'ils n'allassent encore depuis servir +au divertissement de quelqu'autre femme. Mais sans m'arrter aux +conjectures, voici d'autres causes plus sres de cet usage. + +Les Eunuques ont t faits pour tre la garde des filles & des femmes, +pour observer leur conduite, & pour empcher qu'elles ne fissent rien de +contraire la chastet ou au devoir conjugal; c'est apparemment cet +usage que l'Eunuque a proprement t destin, le mot mme le fait +connotre, car il signifie, _garde lit_, ou _garde chambre_. C'est +encore pour cet usage qu'on en fait dans l'Orient. Mais depuis, les +hommes qui n'en avoient que pour en faire un usage lgitime, en ont +abus & en ont fait faire pour servir des usages sales & criminels. +Ils choisissoient dans cette v les plus beaux garons qu'ils +trouvoient depuis l'ge de quatorze ans, jusqu' l'ge de dix-sept ans. +Saint Grgoire de Nazianze s'en plaint amrement dans la Vie de Saint +Basile, & dans son Oraison trente & unime. Mais il faut que cette +infme cotume soit beaucoup plus ancienne, car Juvenal dclame contre +cet abus dans l'une de ces[34] Satyres; disant. + + -------- _Nullus Ephebum + Deformem sva castravit in arce Tyrannus._ + +Il est vrai qu'ils en ont fait faire pour servir de victimes qu'ils +offroient des Divinitez; c'est contre cette horrible cotume que Saint +Augustin, qui relve, qui condamne & qui rfute les ridiculitez, les +infamies, les cruautez de la Religion des Payens, se dchane dans son +excellent Livre[35] de la Cit de Dieu. Il falloit mme que les Prtres +fussent Eunuques, afin, disoit on, de s'employer aux choses Sacres plus +purement et plus chastement. C'toit sur tout la pratique des +Athniens; [36]les Prtres de la Diane d'Ephese toient aussi obligez +d'tre Eunuques. + +La Religion Chrtienne a eu ses Eunuques malgr elle, & quoi qu'elle les +abhorre, un certain Valesius Arabe de Nation, forma une Secte qui +sotint que bien loin que la mutilation ft un obstacle au Sacerdoce, +comme le Concile de Nice l'avoit dclar, il toit au contraire +absolument ncessaire d'tre Eunuque pour l'xercer. Non seulement ils +pratiquoient sur eux-mmes le cruel xemple d'Origne, mais mme ils +rduisoient dans ce triste tat tous ceux qui tomboient entre leurs +mains; cette Hrsie est la cinquante-huitime de celles que Saint +Epiphane rfute. + +Depuis on a fait des Eunuques pour avoir des gens qui eussent la voix +belle & qui pussent la conserver long tems. Macrobe rend d'amples & de +bonnes raisons pour lesquelles les Eunuques ont la voix belle, au +chapitre cinquante-deuxime de ses Saturnales. C'est principalement le +but que les Italiens se proposent encore aujourd'hui lors qu'ils font +chtrer des jeunes gens. + +L'avarice a pouss des gens faire des Eunuques pour en trafiquer. +Quelques Rlations de Voyageurs nous apprennent, que dans le Royaume de +Boulan seul, on fait tous les ans vingt mille Eunuques qu'on envoye +vendre en divers autres Etats. L'Histoire de Panione de l'Isle de Chio, +que je rapporterai dans la suite, fera voir que ce commerce n'est pas +nouveau. [37] On fait Eunuques des gens qu'on veut plonger dans la honte +& dans l'ignominie, soit qu'ils ayent t lches la Guerre & qu'on +veuille les en punir, soit qu'on veuille les noter d'infamie pour +quelqu'autre cause que ce soit. Mais voici de plaisans motifs de faire +des Eunuques; c'est la raillerie, le ressentiment & l'insulte; On lit +une Histoire assez divertissante rapporte sous le Rgne de Henri I. qui +en est une preuve; Les Grecs faisoient la Guerre au Duc de Benevent & +le traitoient assez mal; Thedbald Marquis de Spolette son Alli tant +venu son secours & ayant fait quelques prisonniers, ordonna qu'on leur +coupt les parties qui font les hommes & les renvoya en cet tat au +Gnral Grec, avec ordre de lui dire qu'il l'avoit fait pour obliger +l'Empereur, qu'il savoit aimer beaucoup les Eunuques, & qu'il tcheroit +de lui en faire avoir bientt un plus grand nombre; le Marquis se +prparoit tenir sa parole, lors qu'un jour une femme, dont ses gens +avoient pris le mari, vint toute plore dans le Camp, & demanda +parler Thedbald; Le Marquis lui ayant demand le sujet de sa douleur; +Seigneur, rpondit-elle, je m'tonne qu'un Hros comme vous s'amuse +faire la guerre aux femmes lors que les hommes sont hors d'tat de lui +rsister; Thedbald ayant repliqu que depuis les Amazones, il n'avoit +pas ou dire qu'on et fait la guerre des femmes; Seigneur repartit la +Grecque, peut-on nous faire une guerre plus cruelle, que de priver nos +maris de ce qui nous donne de la sant, du plaisir, & des enfans; Quand +vous en faites des Eunuques, ce n'est point eux, c'est nous que vous +mutilez; Vous avez enlev ces jours passez ntre btail & ntre bagage, +sans que je m'en sois plainte; mais la perte du bien que vous avez t +plusieurs de mes compagnes tant irrparable, je n'ai p m'empcher de +venir solliciter la compassion du Vainqueur. La navet de cette femme +plt si fort toute l'Arme, qu'on lui rendit son mari, & tout ce qu'on +lui avoit pris. Comme elle s'en retournoit, Thedbald lui fit demander ce +qu'elle vouloit qu'on ft son mari, au cas qu'on le trouvt encore en +armes. Il a des yeux, dit-elle, un nez, des mains, des pieds, c'est l +son bien, que vous pouvez lui ter, s'il le mrite; mais laissez lui, +s'il vous plat, ce qui m'appartient. Apparemment que la femme dont +Plaute parle dans son Mercator[38], n'toit pas de cet avis, ou qu'en +tout cas elle regardoit ce bien elle appartenant, comme un bien de +petit rapport & de peu de valeur, car son mari craignoit qu'elle mme ne +s'en privt, + + _Quasi hircum metuo ne uxor me castret mea._ + +Les Adultres toient faits Eunuques pour peine de leur crime; je +pourrois le faire voir par plusieurs xemples, mais j'en rapporterai +trois seulement qui sont prcis, l'un sera tir de Valre Maxime[39], il +y est dit que Vibienus & Publius Cernius ayant surpris l'un Carbo +Accienus, & l'autre Pontius en adultre ils les firent chtrer; L'autre +est contenu dans Martial,[40] + + _Uxorem armati futuis, puer Hyle, Tribuni,_ + _Supplicium tantum dum puerile times._ + _V tibi, dum ludis, castrabere. Jam mihi dices,_ + _Non licet hoc. Quid, tu quod facis Hyle licet?_ + +Le troisime & le principal est l'xemple d'Abelard; ce Docteur amoureux +ayant abus d'Hlose qu'on lui avoit donne instruire, les parens de +cette fille lui firent couper les parties viriles avec lesquelles il +avoit deshonor leur famille; Ils allrent jusqu' la racine du mal & +l'arrachrent de telle forte qu'ils trent au coupable le pouvoir de la +rechute.[41] + +Cela toit pass en loi parmi les Gaulois. _La Loi_ Salique tit. 29. _de +Adult. Ancillor_. porte cette dcision _servus qui cum aliena ancilla +moechatus fuerit, ea mortua, castretur_. On peut dire aussi que cela +toit fond sur cette loi de l'quit, qui dit que la peine doit tre +inflige celui des membres du corps qui a t l'instrument, ou le +complice du crime. [42]Job raisonnoit sur ce principe lors qu'il disoit, +_si j'ai lev la main sur le Peuple, &c. que mon paule tombe tant +desune de la jointure, & que mon bras se brise avec tous ses os_. + +On faisoit aussi Eunuques les Esclaves qui avoient drob; voici les +termes de la mme Loi Salique. Tit. 13. de furt. servor _servi qui +quidpiam valens quadraginta denarios furati essent, castrari Jubebantur +in poenam, &c._ + +La ncessit contraint aussi quelquefois de faire des Eunuques; Il se +trouve souvent des hommes attaquez de tels maux que le Mdecin est +oblig d'ordonner cette opration, & le Chirurgien de la faire. La +maladie est la cause de ce malheur, & bien loin que ceux qui ont ce +sujet d'affliction doivent tre regardez de mauvais oeil, ils doivent +au contraire tre plaints & consolez. + +On a fait des Eunuques par reprsailles & en vertu de la Loi du +Talion. [43]Herodote nous l'apprend d'une manire fort agrable par un +xemple curieux; Hermotime Pedasien qui toit, dit-il, le plus +considrable des Eunuques de Xerxes, fut de tous les hommes celui qui se +vengea le mieux de l'injure qui lui avoit t faite. Aprs avoir t +pris il ft vendu Panione de l'Isle de Chio qui faisoit ngoce +d'Eunuques, & qui faisoit chtrer tous les beaux garons qu'il achetoit +pour les vendre ensuite bien chrement Sardis & Ephese; parce que +parmi les Barbares on estimoit plus les Eunuques que les autres, cause +de leur fidlit & de la confiance qu'on pouvoit prendre en eux pour +toutes choses; Comme, dis-je, ce Panione qui Hermotime fut vendu, +vivoit de l'infame commerce qu'il faisoit des Eunuques, il fit couper +Hermotime de mme que plusieurs autres: Mais Hermotime ne fut pas +malheureux tous gards, car ayant t men de Sardis au Roi avec +d'autres prsens, il aquit avec le tems plus de faveur & de crdit +auprs du Roi que pas un des autres Eunuques: Lors que le Roi fit partir +ses troupes de Sardis pour aller Athenes, Hermotime fut envoy pour +quelque affaire dans un endroit de la Mysie nomm Atarne, o il trouva +Panione, qu'il reconnut, & l'ayant abord il lui parla avec toute sorte +de douceur, d'honntet & de tmoignage d'amiti; Il lui dit +premirement qu'il possdoit par son moyen tous les biens qui lui +toient arrivez, & ensuite il lui promit de lui donner des marques de +reconnoissance pour ce bienfait, s'il vouloit venir avec les siens, +demeurer dans sa maison; Panione se laissa persuader par ce discours & +amena librement sa femme & ses enfans chez Hermotime; Mais il n'y fut +pas si-tt arriv qu'Hermotime lui parla en ces termes, _Oh le plus +mchant de tous les hommes qui as jusqu' prsent gagn ta vie du plus +dtestable de tous les commerces. Quelle injure as tu re, toi ou ceux +de ta maison, ou de mes parens, pour m'avoir rduit en ce misrable tat +dans lequel, d'homme que j'tois je ne suis maintenant ni homme, ni +femme? Pensois tu que les Dieux ne vissent pas ce que tu faisois alors? +Comme ils sont justes & quitables, infame artisan de malheurs, ils +t'ont mis aujourd'hui en ma puissance pour mesurer ton chtiment par +tes mauvaises actions_. Quand il eut fait ces reproches ce misrable, +il fit amener devant lui quatre enfans qu'il avoit, & le contraignit de +les chtrer; Et quand il eut obi il obligea ses enfans de couper +eux-mmes les parties de leur Pre. Telle fut la vengeance d'Hermotime & +telle fut la punition de Panione. Quelques-uns ont cr qu'il les avoit +poussez trop loin & qu'il s'toit fait justice lui mme. La vengeance +de Narses fut bien plus importante prsuppos qu'elle soit vritable, +car Baronius & plusieurs Auteurs en doutent. Narses ayant vaincu les +Barbares & les Gots, & s'tant rendu auprs de l'Empereur Justinien, +l'Impratrice Sophie envoya ce Capitaine parmi ses femmes pour filer +avec elles, & pour se railler de lui parce qu'il toit Eunuque. Ce +mpris ayant excit la colre & l'indignation de Narses l'obligea dire +ces mots, _Je filerai une trame que ton mari ne saura dfaire_. En +effet, dans la suite il mit les Lombards hors de la Jurisdiction de +l'Empire. D'ailleurs, j'avou que je ne vois rien de plus juste que le +ressentiment d'Hermotime, & que la peine que mritoit Panione, non +seulement pour l'avoir chtr, mais pour en avoir chtr un million +d'autres pour satisfaire son commerce & son avarice, ne pouvoit tre +trop grande. Hermotime toit fond en Loi; la Loi du Talion a tojours +t tablie, on la voit dans la Loi des douze Tables en termes +prcis, [44]_poena autem injuriarum ex lege duodecim Tabularum propter +membrum quidem ruptum Talio erat_. L'Empereur Justinien a ordonn depuis +positivement la peine du Talion, ou de la pareille, contre ceux qui +feroient souffrir cette espce de martire; [45] _Sancimus igitur_, +dit-il, _ut qui in quocunque reipublic nostr loco, quamcumque personam +castrare prsumunt aut etiam prsumpserint, si quidem viri sint qui hoc +facere prsumpserint aut etiam prsumunt, idem hoc quod aliis feceruns & +ipsi patiantur_. Cette Loi est conforme la droite raison; car comme +dit Ovide,[46] + + _Qui primus pueris genitalia membra recidit,_ + _Vulnera qu fecit, debuit ipse pati._ + +Cependant, comme le Christianisme n'approuve point l'Eunuchisme, la Loi +du Talion a t abroge son gard par l'Empereur Leon, pour les +raisons sages & Chrtiennes qu'il en rend dans sa Constitution[47]; + +Il y a enfin des Eunuques qui se sont faits, ou fait faire Eunuques eux +mmes par divers motifs que nous allons rapporter dans le chapitre +suivant. + + + + +CHAPITRE VI. + +_Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mmes, ou fait faire +Eunuques par d'autres._ + + +Il y a eu des hommes qui se sont faits Eunuques par un esprit de +dvotion, dans la pense de se rendre plus agrables Dieu, & plus +capables de travailler leur salut. Comme Origne a t le premier, le +Pre pour le dire ainsi, & le Patriarche de ces sortes d'Eunuques, il +est bon de faire voir en peu de mots le vritable motif qui l'a fait +penser & agir d'une manire si singulire cet gard. Je sai bien que +Justin Martyr[48] parle d'un jeune homme d'Alxandrie antrieur +Origne, qui pour faire voir que ceux qui accusoient les Chrtiens de +commettre dans leurs Assembles des saletez horribles, n'toient que des +calomniateurs, prsenta requte Felix, Gouverneur de cette Ville, pour +obtenir de lui un Chirurgien qui le mit hors d'tat d'tre jamais +souponn d'aucune impuret; Mais comme Felix le lui refusa parce que +les lois Romaines le deffendoient, comme les Canons de l'Eglise le +deffendirent depuis, je crois avoir raison de mettre Origne le premier +en ordre; parce que s'il n'a pas t le premier qui ait eu un semblable +dessein, au moins a-t-il t le premier qui l'ait xcut. + +Origne nquit Alexandrie l'an 185. de Jesus Christ. Son Pere nomm +Leonidas le fit tudier en Theologie, dans la connoissance de laquelle +il se rendit trs-savant. Le tmoignage de Saint Jerme suffit pour le +prouver, car dans le tems mme qu'il crivoit le plus fortement contre +Origene il reconnoissoit qu'il avoit t un grand homme ds sa +naissance, [49]_Magnus vir ab infantia_; Il toit si ardent professer +la Religion Chrtienne, que la perscution s'tant leve dans +Alxandrie sous l'Empire de Severe l'an 202. de Jesus Christ, il voulut +courir au Martyre quoi qu'il ne fut g que de seize dix sept ans; & +il y seroit all si sa mre ne l'en eut empch en le retenant par force +& par adresse. Ne pouvant donc le souffrir lui-mme il exhorta son Pere +par lettres l'endurer courageusement. En effet il et la tte tranche +& ses biens furent confisquez, de sorte qu'Origene fut rduit la +derniere pauvret. Une Dame riche d'Alexandrie en ayant eu piti le +retira dans sa maison; Elle y avoit avec elle un fameux Hrtique +d'Antioche qu'elle avoit adopt pour fils, qui faisoit chez elle des +confrences auxquelles les hrtiques & les orthodoxes assistoient +indiffremment. Origene conversa bien avec lui, mais il ne voulut +jamais avoir de communication avec lui dans la prire, observant +religieusement les Rglemens de l'Eglise, & tmoignant de l'horreur pour +la doctrine des Hrtiques; + +Il souhaita de vivre indpendamment d'autrui, & en effet il se mit +enseigner la Grammaire; & depuis, la chaire de l'Ecole d'Alexandrie +tant vacante elle lui fut donne, & comme elle ne lui produisoit pas +suffisamment de quoi vivre, il vendit tous ses livres qui traitoient des +sciences prophanes, & se contenta de quatre oboles par jour que lui +donnoit celui qui les avoit achetez. Il commena alors mener une vie +trs-laborieuse & trs-austere: & comme son emploi l'obligeoit tre +souvent avec des femmes qu'il instruisoit aussi bien que les hommes, +pour ter aux Payens tout prtexte de soupon de quelque mauvaise +conduite cause de sa grande jeunesse; il se rsolut d'xcuter la +lettre la perfection qu'il se persuadoit que Jesus Christ avoit propose +dans ces paroles de l'Evangile. _Il y en a qui se sont faits Eunuques +eux mmes pour le Royaume des Cieux._ Il tcha de tenir cette action +secrette, il la cacha mme ses amis; mais il ne put empcher qu'elle +ne fut su. Demetrius Evque d'Alexandrie en eut connoissance, loua son +zele, & l'ardeur de sa foi, mais il changea de langage bien aprs; car +la reputation d'Origne s'tant rpandu en divers lieux o il toit +all, Demetrius crivit contre lui & lui reprocha cette action qu'il +avoit loue. Il poussa sa passion si loin qu'il le fit chasser +d'Alxandrie, le fit dposer dans un Concile d'Evques d'Egypte, & mme +excommunier, & crivit par tout contre lui pour le faire rejetter de la +Communion de toutes les Eglises du monde. Ce narr tir d'un Auteur[50] +authoris par l'approbation du public & conforme ce qu'en dit Eusebe, +refute & dtruit ce que rapporte Saint Romuald sur ce sujet. Il dit[51] +que l'an 232. il s'leva une sdition populaire dans Alexandrie contre +Origene qui l'obligea se retirer ailleurs, laissant son disciple +Heracles en sa place de Recteur des Ecoles de la Ville. On ne sait pas +bien, dit-il, la cause de cette sdition, les uns l'attribuent la +publication qu'il avoit faite de son Periarchon, ou des principes, qui +toit un vrai labyrinthe d'erreurs; & les autres aux efforts qu'il +faisoit pour persuader ses disciples de l'imiter en se faisant +Eunuques comme lui, soit par le fer ou par la cigu, afin d'nerver tout + fait cette partie rebelle du corps, & se priver ainsi de tout +mouvement bestial de la chair. Il se range du second avis, parce, +dit-il, que ce fut peu prs dans ce tems que cette erreur se convertit +en hrsie, par le faux zle de ce Valesius Arabe dont j'ai dja parl, +& qui en fut le Propagateur[52]. Mais il est certain 1. qu'Origne n'a +jamais fait de violence personne, il a tenu son action secrette, & si +elle s'est divulgue a t contre son intention; [53]2. Il l'a lui-mme +condamne depuis, c'est un fait que le mme Auteur dont j'ai tir +l'abreg de son Histoire remarque expressment; Eusebe son plus grand +Protecteur en parle d'une manire qui fait voir qu'il en avoit honte; Il +avoit honte aussi d'avoir employ trop de tems l'tude des sciences +profanes, & il s'en excuse dans le second livre de son apologie, ou de +sa deffense. [54]Les passages o Origene lui-mme a condamn son action +sont dans son sermon 15. sur St. Matthieu, au ch. 19. V. 12. & dans son +ouvrage contre Celse, liv. 7. Il n'y a qu' lire aussi ce qu'il dit dans +son Trait septime sur le Chapitre dix-huitieme de St. Matthieu pour +tre convaincu qu'il a bien chang d'avis, voici ses termes; _Nos autem +si spiritales sumus verba spiritus spiritualiter accipiamus & de tribus +istis Eunuchizationibus dificationem introducentes moralem. Eunuchi +nunc moraliter abstinentes se a veneriis sunt appellandi; Eorum autem +qui se continent differenti tres sunt_. Ceux qui sont Eunuques ds le +ventre de leur mre, sont, dit-il, ceux qui le sont par tempramment, +qui sont nez froids ou impuissans; ceux que les hommes ont fait, sont, +ajoute-t-il, ceux qui le sont par raison, ce sont ces Philosophes qui +faisant profession d'une sagesse mondaine, s'abstiennent du commerce des +femmes par des maximes humaines, ou ceux ausquels une fausse honte, ou +les loix publiques les deffendent: Les Ecclesiastiques de l'Eglise +Romaine sont de ce nombre. Ceux enfin qui se font Eunuques pour le +Royaume des Cieux sont, dit-il, ceux qui sont chastes par vertu & par +piet, pour tre mieux disposez au service de Dieu, & dans l'intention +d'tre mieux disposez au service de Dieu, & dans l'intention de lui tre +plus agreables. [55]Socrate l'Historien dit qu'Origene, qu'il nomme +_Doctor Valde sapiens_, avoit reconnu que les prceptes de la Loi de +Mose ne pouvoient pas s'entendre la lettre & qu'il falloit leur +donner une explication plus sublime, & il ajoute que, _prceptum de +paschate ad altiorem divinioremque sensum traduxit_, ce qui fait voir +d'autant plus qu'Origene toit revenu de l'ancienne erreur dans laquelle +il avoit t, qu'il falloit entendre la lettre ce qui est contenu dans +le Vieux & dans le Nouveau Testament; + +Valesius dont j'ai dja parl vint aprs lui, & comme les disciples vont +tojours au del de leurs Maitres, (si tant est que Valesius qui n'toit +qu'imitateur d'Origene, puis que cet ancien Docteur ne lui avoit jamais +enseign ni recommand cette cruelle doctrine, puisse ou doive passer +pour son disciple) enchrit beaucoup sur la pratique d'Origne; car au +lieu qu'Origne n'avoit considr les paroles de Jesus Christ que comme +un Conseil, qu'il ne l'avoit pratiqu que _ad melius esse_ comme parlent +les Philosophes, par desir de parvenir la perfection; & pour ter +ses ennemis tout prtexte de juger mal de ses conversations avec des +filles qu'il enseignoit, Valesius au contraire changea cette action +volontaire en action ncessaire, & foroit tous ceux qui tomboient entre +ses mains se faire Eunuques; car lors qu'ils ne vouloient pas le faire +eux mmes il les y contraignoit, il les lioit sur un banc & leur coupoit +de ses propres mains leurs parties viriles, en leur disant qu'il falloit +accomplir la lettre ce qu'avoit dit ntre Seigneur, _Qu'il y avoit des +Eunuques qui s'toient faits Eunuques pour le Royaume des Cieux_. + +Cette secte qui fut appelle la secte des Valesiens, ou des Eunuques, ne +dura pas long tems; 1. parce qu'elle fut absolument condamne par le +premier Concile gnral de Nice l'occasion de Leontius Prtre qui +s'toit fait Eunuque; 2. parce que ceux qui avoient subi la peine, +avoient souffert de si horribles douleurs, & avoient t si fort en +danger de mourir, que cela donna de la frayeur aux autres qui +abandonnrent cette secte; 3. & enfin, parce qu'tant deffendu par les +loix Romaines de se faire Eunuque, il falloit en demander la permission +au Magistrat Civil; on se fit une honte de faire cette dmarche, +d'autant plus qu'on toit en quelque sorte assur d'tre presque +tojours refus, tmoin le refus qui fut fait ce jeune garon dont +Justin Martyr fait mention dans sa seconde Apologie l'Empereur +Antonin, qui alla demander cette permission au Prfect Augustat, parce +que le Mdecin ne vouloit pas mettre la main sur lui, _timore +poen_. [56] Voila le commencement, le progrs, & la fin de cette +secte. + +D'autres motifs ont succd ceux d'Origne & de Valesius, & il y a eu +des gens qui se sont faits Eunuques eux-mmes par des raisons +diffrentes. Tout le monde sait l'histoire de Combabus, elle est dans +Lucien, mais l'illustre Monsieur Bayle l'a rendu fort publique +accompagne de toutes ses circonstances dans son Dictionnaire +historique[57]. Combabus toit un jeune Seigneur savant dans +l'Architecture, la Cour du Roi de Syrie. Il fut choisi par ce Monarque +pour accompagner la Reine Stratonice dans un voyage assez long qu'elle +devoit faire, pour aller btir un Temple Junon suivant les ordres +qu'elle en avoit res en songe. C'toit un trs beau garon, il crt +que le Roi concevroit infailliblement quelque jalousie contre lui, il le +supplia donc trs instamment de ne lui point donner cet Emploi, & +n'ayant p obtenir cette dispense il se compta pour mort s'il ne +prenoit garde lui d'une manire qui ne souffrit point de reproche. Il +obtint seulement sept jours pour se prparer ce voyage; voici donc +quels furent ses prparatifs. Ds qu'il fut son logis, il dplora le +malheur de sa condition, qui l'exposoit la triste alternative de +perdre sa vie ou son sxe, & aprs avoir bien sopir il se coupa les +parties secrettes qu'on ne nomme pas, & les mit bien embaumes dans une +bote qu'il cacheta; lors qu'il fallut partir il donna la bote au Roi +en prsence d'un grand nombre de personnes, & le pria de la lui garder +jusqu' son retour. Il lui dit qu'il y avoit mis une chose dont il +faisoit plus de cas que de l'or & de l'argent & qui lui toit aussi +chre que la vie. Le Roi mit son cachet sur cette bote & la donna +garder au Matre de sa garderobe. Le voyage de la Reine dura trois ans, +& ne manqua pas de produire ce que Combabus avoit prv, de sorte que +l'venement justifia la prcaution qu'il avoit prise. + +Cette action de Combabus produisit un autre motif de se faire Eunuque. +Ses amis intimes voulurent l'tre pour le consoler de sa disgrace, +fondez sur cette ancienne maxime, que _c'est une consolation pour les +malheureux que d'avoir des compagnons de leur infortune_. Lucien ajote +que cette conduite des amis de Combabus a servi de fondement une +cotume qui s'observoit tous les ans, de mutiler plusieurs personnes +dans le Temple que Stratonice & Combabus avoient fait btir, & il dit +qu'ils se mutiloient, _sive Combabum consolantes, sive Junoni, &c._ + +Mais voici d'autres motifs bien diffrens de celui de Combabus & de ses +amis; un jeune Gentilhomme bien fait, ayant vaincu sa Matresse par ses +instances & par sa persvrance, ne pouvant par un malheur qui lui +arriva, profiter de sa Conqute, parce qu'il ne fut pas le Matre des +instrumens de sa passion; qui ne voulurent pas lui ober, & qui furent +de glace pendant que son coeur toit embras, mortifi de cette triste +avanture, il se les coupa, ds qu'il fut de retour au logis, & les +envoya sa Matresse comme une victime sanglante capable d'expier +l'offense qu'il lui avoit faite. Montagne qui rapporte l'histoire[58] +fait cette exclamation, _si 'et t par discours & Religion comme les +Prtres de Cybele, que ne dirions-nous d'une si hautaine entreprise!_ + +Le mme Montagne raconte l'action d'un pasan de son voisinage, qui se +fit Eunuque par une raison bien diffrente; ce fut par chagrin contre sa +femme, & par emportement. Ce bon homme rentrant dans sa maison, sa femme +qui toit jalouse de lui outrance, & qui le tourmentoit sans cesse, +lui ayant fait un mauvais accueil son ordinaire, fond sur les +soupons que sa jalousie lui donnoit, il se coupa, avec la serpe qu'il +tenoit, les parties qui lui donnoient de l'ombrage & les lui jetta au +nez. + +Voici une autre espce de gens qui se font Eunuques; ce sont des hommes +qui craignent la lpre ou la goutte, & qui pour jour de l'avantage +qu'il y a en tre xempt, aiment mieux perdre ceux qu'ils pourroient +tirer de leurs parties viriles. Il est certain que la lpre n'attaque +point les Eunuques: outre l'exprience voici ce que Mr. le Prtre +conseiller au Parlement de Paris en rapporte dans les _Questions +Notables de droit_. [59]_Antipathia ver Elephantiasis veneno resistit; +Hinc Eunuchi, & quicumque sunt mollis, frigid & effoeminat natur, +nunqum aut rar lepra corripiuntur; & quidem quibus imminet lepr +periculum de consilio medicorum, sibi virilia amputare permittitur. c. +ex pars._ 11. _ex. de corpor. vitiatis ordinandis, vl non; Quod etiam +aliquando permiserunt nonnulli leprosis ministrantes, manifesto +experimento, magnoque vit & sanitatis commodo._ [60]Mzeray dit, dans la +Vie de Philippe Auguste, _qu'il a lu qu'il y avoit des hommes qui +apprehendoient si fort la ladrerie, cette vilaine & honteuse maladie, +qu'ils se chtroient pour s'en prserver_. + +Les Eunuques ne sont jamais chauves, parce qu'ils ont le cerveau plus +entier que les autres hommes qui Venus en fait perdre une bonne +partie, leur semence tirant de l sa principale origine. Ils sont aussi +xempts de la goutte, Hyppocratest[61], & [62]Pline en rendent de trs +bonnes raisons. Coelius Rhodiginus, le dit aussi au chapitre trentime +du livre quinzime, _lectionum antiquarum_; Et dans quelqu'autre endroit +de ce mme Ouvrage il dit, que les Eunuques seuls sont xempts d'tre +offensez de certaine vapeur qui sort de la terre en quelques lieux de +l'Egypte, avec une telle puanteur qu'elle fait mourir toute autre sorte +de personnes. C'est apparemment la mme chose que ce qui est rapport +par Ammian Marcellin[63], & par Dion dans la Vie de Trajan touchant la +grotte de Hierapoli. Il y a, disent-ils, une citerne close de toutes +parts, sur laquelle on a bti un Theatre, de dessous lequel il sort un +vent si pernicieux toutes sortes d'animaux qu'ils meurent incontinent, +aprs en avoir t atteints, except les hommes chtrez qui ne se +sentent point du tout de la malignit de ce vent. + +D'autres se sont faits Eunuques par fantaisie & par folie, tmoin cet +Athe qui n'en avoit point d'autre raison que son caprice, & qui le fit +par pure extravagance. Tmoin encore plusieurs autres dont les noms & +l'histoire sont rapportez dans l'excellent Ouvrage de Theodore Zuinger +intitul, _Theatrum Vit human_.[64] + +Il y a des gens, enfin, qui se font Eunuques, parce qu'tans condamnez +la mort ils craignent l'infamie ou les douleurs du supplice & veulent +les prvenir par cette opration qui les tu infailliblement, parce +qu'elle est mal faite & mal dirige. D'autres tans accusez de crimes +graves & normes craignent d'tre appliquez la question, & pour viter +cette terrible preuve & la confession qu'elle extorqueroit de leur +bouche, ils s'tent la vie par cette mutilation. + + + + +CHAPITRE VII. + +_Des Eunuques ainsi nommez cause de leurs Emplois; Et de ceux qui le +sont dans un sens figur._ + + +Ceux qui ont rempli des dignitez qui avoient t originairement occupes +par des Eunuques, ont t eux-mmes appellez Eunuques, de la mme +manire que ceux qui occupent dans les Tribunaux & dans les Conseils, +les places qui n'toient autrefois donnes qu' des vieillards sont +encore appellez aujourd'hui Snateurs. Les Eunuques avoient divers +Offices & faisoient des fonctions diffrentes dans les Cours des +Princes. Ceux qui ont succd ces Offices ont t appellez Eunuques, & +c'est en ce sens qu'il est parl dans l'Ecriture Sainte des Eunuques de +Pharao Roi d'Egypte, de David, des Rois d'Isral, des Rois de la Jude, +d'Assuerus Roi de Perse, des Rois de Babilone, de celui de la Reine de +Candace; & du Prsident, ou de l'Intendant des Eunuques. On peut dire +mme que ce mot, _Eunuque_ toit autrefois un terme gnral qui +signifioit toutes sortes d'Officiers des Rois ou des Princes de quelque +qualit & de quelqu'ordre que fussent ces Officiers. Ces Eunuques +n'toient ainsi appelez que parce qu'ils reprsentoient dans leurs +Emplois les Eunuques proprement ainsi nommez qui y avoient t leurs +predcsseurs. Les premiers toient Eunuques, _ratione impotenti & +adempt virilitatis_; les autres ne l'toient que _ratione officii_. +Putifar, par xemple, qui toit l'Eunuque de Pharao, ne l'toit que +parce qu'il possdoit une Charge qui n'avoit t occupe jusques l que +par des Eunuques. On n'en peut point douter, puis que Putifar avoit une +femme, & une fille nomme Asenech, que l'on a cr avoir t marie +Joseph. Nous verrons plus particulirement dans la suite quels postes ou +pltt quels rangs, les Eunuques tenoient dans les Cours de ces Rois & +de ces Princes, & dans d'autres Cours dans lesquelles ils toient +tablis; voyons prsentement ce que c'est qu'un Eunuque, ce mot tant +pris dans un sens figur. + +On appelle Eunuque un homme chaste, qui vit sagement dans le Clibat. +Tels toient les Juifs Esseniens dont parle Joseph l'Historien[65] & ces +Juifs Pharisiens qui demeuroient dans la continence, & qui se faisoient +pour cela des violences ridicules & superstitieuses, qui gardoient +dis-je la virginit pendant plusieurs annes pour le Royaume des Cieux, +dans la pense qu'ils le mritoient & qu'ils se l'aqueroient par cette +voye. Il y a plusieurs Interprtes trs sensez qui croyent que quand +Jesus Christ dit dans Saint Matthieu qu'il y a des Eunuques qui se sont +faits Eunuques eux-mmes pour le Royaume des Cieux, il fait allusion +ces deux Sectes de Juifs. Qu'il n'entend point prescrire aux Chrtiens +ce qu'ils doivent faire cet gard, mais qu'il leur parle de ce qui +s'toit pratiqu jusqu'alors dans le Judasme depuis que la Rpublique, +& la Religion corrompu toient passes aux Juifs. Il blme la tmrit +de ces gens qui se faisoient Eunuques, pour le dire ainsi, dans la v +de gagner le Paradis par-l, soit en demeurant Eunuques pendant un +certain tems, comme si la continence n'toit pas au dessus des forces +humaines, & comme si ce n'toit point un don de Dieu qu'il accorde peu +de gens. En effet il ne dit pas aux Chrtiens qu'il y en aura qui se +feront Eunuques, ou qu'il doit y en avoir qui doivent se faire Eunuques, +mais qu'il y en a qui se sont faits Eunuques par le pass. Le mot[66] +Grec qui est employ dans l'Original est un prtrit, ce qui marque non +ce qui se pratiquoit parmi les Chrtiens, ou ce qui devoit se pratiquer + la suite parmi eux, mais ce qui s'toit pratiqu avant eux & qui se +pratiquoit encore alors parmi quelques sectes de Juifs. [67]Saint +Epiphane rfute les Hrsies de ces deux sortes de Sectes, & fait voir +xactement en quoi elles consistoient alors. [68]Un clbre Docteur +Anglois prtend que ceux dont Jsus Christ parle dans Saint Matthieu, +sont ceux qui vivent chastement, parce que Dieu l'a command, soit +qu'ils soient mariez ou non. + +Je n'tendrai pas trop loin la signification figure du mot, _Eunuque_; +Tout le monde sait que le mot _chtr_ qui est peu prs le mme que +celui d'Eunuque, se dit des choses dont on a retranch quelque partie. +Il y a eu des femmes Eunuques; Andramis premier Roi de Lydie a t le +premier qui en a fait chtrer, il s'en servoit au lieu d'hommes +Eunuques. On dit un livre chtr, lors qu'on en a retranch quelque +chose, par xemple, la traduction que Mr. d'Ablancourt a faite de +l'Eunuque de Lucien, est chtre, parce que sous prtexte d'en +retrancher quelques obscenitez, il en a t plusieurs priodes. On dit +des Ctrets chtrez, une ruche de Mouches miel chtre; des Arbres & +des Ceps de vigne chtrez. On dit mme qu'on a chtr un homme quoi +qu'il ait encore ses parties viriles, lors qu'on l'a chtr de la langue +ou de quelqu'autre membre du corps que ce soit; + + [69]_Si Hercle ego te non elinguendam dedero usque ab radicibus,_ + _Impero auctorque sum, ut tu me cuivis castrandum loces._ + +Un Auteur moderne[70] dit qu'on remarque entre les bizarreries tranges +de Domitien qu'il fit arracher les Vignes de plusieurs Provinces +particulirement des Gaules; & que comme son avnement l'Empire, +affectant la rputation de bon Prince, il avoit deffendu de plus couper +les jeunes garons (car le luxe & l'inhumaine volupt des riches se +donnoit impunment la licence de faire cet outrage la nature pour +avoir des Eunuques la mode des Orientaux.) Le Philosophe Appollonius, +grand ennemi de la Tyrannie dit ce bon mot qui a t relev & conserv, +_que ce Prince vritablement avoit conserv la virilit aux homes_, +_mais qu'il avoit chtr la terre_. Voil donc la terre Eunuque, mais +c'est une raillerie d'Appollonius, & il ne la rapporte que pour faire +voir en combien de sens & de manires, ce mot peut-tre pris. + +Il y a eu des Eunuques dans le mariage quoi qu'ils fussent fort en tat +d'en remplir les devoirs; Quelques Interprtes croyent que tels toient +ces Eunuques dont il est parl au chapitre cinquante-sixime d'Esae, +mais il y a peu d'apparence, car il est dit qu'ils ne sont que des +troncs desschez ce qui ne convient qu'aux vritables Eunuques. Il y en +a une infinit d'autres qui ne souffrent aucune contestation, tel est +celui dont Gregoire de Tours parle dans son Histoire de France. Un +certain Snateur de Clermont en Auvergne, qu'il dit s'tre nomm +Injuriosus, fils unique, fut fianc une fille aussi unique & de sa +qualit, mais riche. S'tant Epousez quelques jours aprs, on les mit au +lit en la manire accotume. D'abord que l'Epouse y fut, elle se tourna +du ct de la muraille, soupira & pleura amrement. Le jeune Epoux +surpris, lui demanda, la pressa, & la conjura par Jsus Christ Fils de +Dieu, de lui dire ou de lui faire entendre sagement quel toit le sujet +de sa tristesse, elle lui dit qu'elle avoit fait voeu de demeurer +Vierge toute sa vie, & que se voyant sur le point de violer son voeu, +elle croyoit que Dieu l'avoit abandonne. Qu'au lieu de Jsus Christ +qu'elle croyoit avoir pour Epoux qui lui avoit promis de lui donner le +Royaume des Cieux pour prsent des nces, elle n'avoit qu'un homme +mortel qui ne pouvoit lui donner que des choses prissables, & fit de +grandes exclamations sur ce sujet. Ce jeune homme qui avoit beaucoup de +pit lui reprsenta que comme ils toient l'un & l'autre enfans +uniques, on les avoit mariez ensemble afin d'avoir ligne & de perptuer +leur famille Noble; & afin sur tout que leurs biens ne tombassent point +dans des mains trangres. Elle repliqua que le monde & ses richesses +n'toient rien; que la pompe de ce sicle n'toit qu'une fume; que la +vie n'toit qu'un vent, & qu'il valoit bien mieux aquerir les biens du +Paradis, & la Vie ternelle. Elle dit tout cela d'une manire si vive & +si touchante, qu'elle persuada son Epoux, & qu'elle en tira ces paroles +si conformes ses desirs. Que si c'toit sa volont de s'abstenir de +toute convoitise, & de toute oeuvre de la chair, il lui promettoit de +se conformer son intention. Elle lui dit que c'toit une chose +difficile pratiquer, cependant, que s'il tenoit parole & que tous deux +demeurassent Vierges dans ce monde, elle lui feroit part d'une partie du +Douaire qui lui avoit t promis par son Epoux & Seigneur Jsus Christ, +lors qu'elle se donna, & qu'elle se voua lui comme Epouse & Servante. +Il lui renouvella sa promesse, l'assura qu'il effecturoit ce quoi +elle l'exhortoit, & s'tans donnez la main l'un l'autre ils +s'endormirent; Ils couchrent depuis dans un mme lit pendant plusieurs +annes sans blesser leur Voeu de chastet. Tout cela n'a t s +qu'aprs leur mort. L'Epouse tant dcde la premire, son Epoux fit +ses funrailles, & la mettant dans le sepulchre, il dit ces paroles +haute voix, _Je te rends graces, Seigneur Dieu Eternel, de ce que je te +restitu ce trsor aussi entier que je l'avois re de toi en dpt_. +L'Histoire dit, que l'Epouse lui rpondit comme en soriant, _Pourquoi +rvles-tu un secret sans en tre requis?_ Et elle ajote un autre +miracle que je ne rapporte point, parce qu'il ne s'en agit point ici. + +Nicphore Calliste[71] & l'Histoire tripartite[72] rapportent peu prs +la mme chose d'un gyptien nomm Amon qui a t depuis Religieux. La +diffrence qu'il y a eu, c'est que 'a t le mari qui a sermon sa +femme, au lieu que dans l'histoire prcdente 'a t la femme qui a +persuad son mari. Mais la mme chose prcisment est arrive +l'Empereur Henri. Il a vcu avec l'Impratrice Chunegonde sa femme comme +le jeune Gentilhomme Auvergnat dont je viens de parler, vcut avec la +sienne. Chunegonde toit une Princesse qui joignoit la jeunesse la +beaut, cependant ayant dit Henri qu'elle avoit fait voeu de +chastet, il vcut avec elle comme avec sa soeur. Lors qu'il fut au +lit de la mort, il rendit un tmoignage public devant tous les Princes & +les Seigneurs de sa Cour; Vierge, leur dit-il, vous me l'avez donne, & +Vierge je vous la rends. Ils ont t canonisez l'un & l'autre pour cela +par Eugne III. comme l'illustre Mr. Godeau nous l'apprend dans ses +Eloges[73]. On peut dire peu prs la mme chose de Marcien qui vcut +de mme en Eunuque avec Pulcheria sa femme, & de plusieurs autres; Mais +les xemples que je viens de rapporter suffisent. Si quelqu'un veut en +voir un plus grand nombre, qu'il lise le chapitre septime du Livre +quatrime de Marule; & le Livre neuvime de l'Histoire de Cromerus, dans +lequel il trouvera l'Histoire de Bolislaus V., & de Cunegonde sa femme, +qui d'un consentement mutuel vcurent ensemble toute leur vie dans une +parfaite continence; ce qui a donn lieu un Polonois nomm Clment +Latinius de faire ces deux Vers, + + _Conjuge consenuit cum Virgine Virgo maritus_ + _Addictus studiis Casta Diana tuis._ + + + + +CHAPITRE VIII. + +_Quel rang les vritables Eunuques ont tenu dans la socit civile._ + + +Comme on a mis de tout tems une grande diffrence entre les Eunuques qui +toient nez Eunuques, ou qui avoient t faits tels ds leur naissance, +ou par force dans un ge plus avanc, & entre ceux qui se sont faits +Eunuques eux-mmes volontairement, il est ncessaire de les distinguer +ici. J'en ferai donc deux classes, & d'abord j'xaminerai quel rang les +Eunuques forcez que je mets dans la premire, ont tenu dans la socit +civile. + +On ne peut pas faire une histoire xacte & suivie qui montre le rang que +ces sortes de gens ont tenu dans la socit civile, cela mneroit trop +loin & m'carteroit trop de mon but. Je dirai donc seulement, qu'il +parot par l'Histoire Sainte, & par l'histoire profane, que les Eunuques +ont possd les premires & les principales Charges dans les Cours, & +qu'ils ont eu la confiance & la faveur de leurs Princes; Et je me +contenterai d'en donner quelques xemples. + +Je ne parlerai point d'une raison odieuse pour laquelle les Princes les +aimoient autrefois; Tout le monde sait l'histoire de Sporus[74]; Nron +le fit chtrer, & sa folie fut si grande qu'il tcha de lui faire +changer de sxe; Il lui fit prendre l'habit de femme, il l'pousa +ensuite avec toutes les formalitez accotumes, il lui donna un douaire, +un voile nuptial, & le tint dans sa maison en qualit de femme; propos +de quoi quelqu'un dit assez plaisamment que le monde et t bien +heureux si son Pre Domitien et eu une telle femme; Il fit habiller ce +Sporus la manire des Impratrices, & le faisant porter en litire il +l'accompagna aux Assembles & aux marchez de la Grce, & Rome dans le +quartier des sigillaires, o il le baisoit chaque moment. Je ne +rapporte que cet xemple, parce que j'en ai dit assez sur ce sujet dans +le chapitre cinquime de cette premire partie de mon Ouvrage. + +Nous voyons dans le Livre d'Esther[75] que sept Eunuques toient les +Officiers ordinaires du Roi Assuerus, & qu'en particulier l'Eunuque Ege +avoit le soin de garder les femmes de ce Roi; [76]Il y en avoit deux +autres nommez Bagathan & Thars qui commandoient la premire entre du +Palais du Roi; [77]l'Histoire de Judith nous apprend, que les Huissiers +de la Chambre d'Olopherne toient des Eunuques, & que Vagao, ou Bagoas +en toit le principal; c'toit lui qui avoit soin de la personne du +Matre & de ce qui concernoit sa garderobe & son lit; [78]l'Eunuque de la +Reine de Candace qui fut batis par Philippe, toit un des premiers +Officiers de cette Reine, & Sur-intendant de ses finances, & de tous ses +trsors; [79]c'toit un Eunuque qui commandoit les troupes de Sedecias +Roi des Juifs. Cyrus victorieux de tous ses ennemis, Croesus & Sardes +tans entre ses mains, ayant pris Babylone, tablit sa demeure dans le +Palais Royal de la plus grande Ville de l'Univers; & considrant qu'on +ne l'y voyoit pas de bon oeil, & qu'on ne lui vouloit point de bien, +crt qu'il avoit besoin d'une forte Garde pour la sret de sa personne. +Il ne prit cependant que des Eunuques pour ses gardes & pour les +Officiers de sa Maison; & les raisons qui l'y portrent sont amplement & +xactement dduites sur la fin du chapitre sixime du Livre septime de +son Histoire ou de la Cyropedie. On donnoit les enfans en garde aux +Eunuques, on leur laissoit le soin de les lever, de leur donner +de [80]l'ducation, de les instruire dans les belles lettres, & de leur +enseigner les sciences & les disciplines; Tous ces diffrens emplois les +avoient rendus recommandables dans le monde. Les Rois & les Princes, +soit qu'ils eussent t leurs lves, soit qu'ils ne l'eussent point +t, les estimoient & les honoroient particulirement; Ils avoient en +eux beaucoup de confiance, & ces Eunuques profitant de ces avantages se +rendoient insensiblement les Matres du Gouvernement & de l'Etat, & +abusrent beaucoup de leur crdit; la Religion Chrtienne en a +quelquefois souffert. Les Cours se remplissoient de ces sortes de gens, +ils s'emparoient de tous les principaux emplois. Voici un xemple bien +prcis qui justifie cette vrit; C'est la Cour de l'Empereur Constance, +elle toit pleine d'Eunuques & ils y toient les matres de toutes les +affaires; Voici de quelle manire Mr. Herman en parle dans l'excellente +Vie de [81]St. Athanase. Avant que d'attaquer le Prince mme, ce Prtre +Arrien fut assez adroit pour gagner ceux qui toient autour de lui, car +la familiarit qu'il avoit avec[82] l'Empereur l'ayant fait connotre de +l'Impratrice il entra aussi dans la familiarit de ses Eunuques, & +particulirement dans celle d'Eusebe qui toit le premier de cette +troupe effmine, & l'un des plus mchans hommes du monde;[83] Ayant +prvenu l'esprit de cet Eunuque il pervertit les autres par son moyen; +ensuite il fit passer ce poison mortel dans l'ame de l'Impratrice, & +dans le Coeur des Dames de la Cour; ce qui a fait dire St. Athanase +que les Arriens se rendoient terribles tout le monde, parce qu'ils +toient appuyez du crdit des femmes. + +Aprs cela il ne fut pas difficile ce Prtre Arrien de se rendre +Matre de l'esprit de l'Empereur, qui toit lui-mme l'esclave de ses +Eunuques dont il avoit rempli toute sa Cour, & qui ne suivoit en toutes +choses que les conseils & les mouvements de ces hommes lches. + +Mais quelque crdit qu'eussent tous les autres, ce n'toit que comme de +petits serpens qui ne faisoient que ramper, au lieu qu'Eusbe son grand +Chambellan levoit la tte avec orgueil; [84]& en effet il se rendoit si +formidable par sa puissance, que selon les historiens, pour en concevoir +quelqu'ide qui ft conforme la vrit, il suffisoit de dire que +Constance avoit beaucoup de crdit auprs de lui. Eux de leur ct le +flatoient jusqu' lui donner le ttre de Roi ternel. [85]Ils nous ont +aussi dpeint ses excellentes qualitez par ce bel Eloge, qu'il avoit une +vanit insupportable, qu'il toit galement injuste & cruel, qu'il +punissoit sans xamen ceux qui n'toient convaincus d'aucun crime, & +qu'il ne faisoit point de discernement entre les innocens & les +coupables. [86]Les Auteurs prophanes sont remplis de plaintes contre la +malignit & la domination Tyrannique de cet Eusbe & des autres Eunuques +de Constance, mais ils ne considrent que les maux qu'ils firent +l'Etat, & nous avons sujet de dplorer ceux que l'Eglise ressentit par +leur violence; On vit ces hommes[87] voluptueux & effminez, qui les +hommes du monde confient peine les moindres emplois qui concernent le +service de leurs maisons, & que l'Eglise bannit de ses conseils, selon +ses rgles saintes & inviolables, devenir les Matres & les Souverains +de toutes les affaires de l'Eglise, & dominer dans ses jugemens, parce +que Constance n'avoit point de volont que celle qu'ils lui inspiroient, +& que ceux qui portoient le nom d'Evques, trouvoient de la gloire & du +mrite tre les Ministres & les fidles xcuteurs de toutes leurs +passions & devenir les acteurs des pices de Thatre, que ces hommes +si mprisables & si corrompus avoient composes.[88] Nous allons donc +voir que ce furent eux qui causrent tous les maux & tous les desordres +que l'Eglise souffrit alors, comme certes ils toient trs-dignes d'tre +les Protecteurs de l'hrsie Arrienne, & les ennemis de la divine +fcondit du Pre ternel. Voici ce que St. Athanase ajote cela. +L'Eunuque Eusbe, dit-il, tant arriv Rome, sollicita d'abord Libre +de souscrire la condamnation d'Athanase, & d'entrer dans la Communion +des Arriens, disant que c'toit la volont de l'Empereur, & l'ordre +exprs qu'il lui portoit de sa part; & ensuite aprs lui avoir montr +les prsens par lesquels il tchoit de le sduire, il lui prit la main & +lui dit, _laissez-vous persuader par l'Empereur, & recevez ce qu'il vous +donne_. Mais cet Evque s'en dfendit fortement & justifia sa rsistance +par ce discours........ Voil, dit-il, ce que rpondit Libre Eusbe, +mais cet Eunuque tant moins afflig de ce qu'il n'avoit pas souscrit la +condemnation d'Athanase, que de ce qu'il trouvoit en sa personne un +ennemi de leur Hrsie, & ne considrant pas qu'il toit devant un +Evque, aprs lui avoir fait de grandes menaces, il le quitta, sortit +avec les prsens qu'il venoit de lui offrir, & fit une chose aussi +contraire la manire d'agir des Chrtiens, qu'elle toit mme au +dessus de la tmrit des Eunuques........ Une action si gnreuse +ayant augment la colre & le transport de cet Eunuque, il irita +l'Empereur en lui rprsentant qu'il ne devoit plus se mettre en peine +de ce que Libere ne vouloit pas signer la condamnation d'Athanase, mais +de la disposition d'esprit qu'il faisoit parotre contre leur Hrsie +qui lui toit si odieuse qu'il prononoit nommment des Anathmes contre +les Arriens; Il chauffa aussi par ce discours l'esprit des autres +Eunuques, & il y en avoit un trs grand nombre la Cour de l'Empereur, +qui pouvoient tout auprs de lui, & sans la participation desquels il ne +faisoit rien. Constance crivit donc Rome, continu ntre Saint, & il +y envoya tout de nouveau des Officiers de son Palais, des Secrtaires, & +des Comtes, avec des lettres qu'il adressoit au Gouverneur de la Ville; +Et il leur avoit donn l'ordre, ou de surprendre Libre par leurs ruses +& par leurs artifices pour le faire sortir de Rome & l'envoyer la +Cour, ou d'employer ouvertement la violence & l'outrage afin de le +perscuter. Ces crits remplirent toute la Ville de frayeur & +d'pouvente, & ce n'toit qu'embuches de toutes parts. Combien y eut-il +de familles qui on fit des menaces? Combien de personnes rerent des +commandemens contre Libre? Combien eut-il d'Evques qui se cachrent +quand ils virent ces excs? Combien y eut-il de Dames illustres qui se +retirrent la Campagne cause des calomnies dont les chargeoient ces +ennemis de Jsus Christ? Combien y eut il de solitaires qui se +trouvrent exposez leurs embuches? Combien firent-ils perscuter de +personnes qui avoient tabli leur demeure dans la solitude pour le reste +de leurs jours? Quels soins ne prirent-ils point par plusieurs fois, de +faire garder les ports, & les portes de la Ville, de peur qu'aucun +Catholique n'y entrt pour voir Libre? Rome connut alors par exprience +quelle toit la conduite de ces impies qui dclaroient la guerre Jsus +Christ mme, & elle apprit pour l'avenir ce qu'elle n'avoit pas cr +jusqu' ce tems-l, pour ne l'avoir s que par le rcit des autres, +savoir de quelle manire ils avoient renvers toutes les autres Eglises +en tant de Villes diffrentes. + +C'toit des Eunuques qui faisoient tous ces desordres, & qui toient +auteurs de tous les excs que les autres commettoient de toutes parts. +Et il n'est pas en effet trange, que comme l'Hrsie des Arriens fait +profession de nier le Fils de Dieu, elle s'appuye du crdit des +Eunuques, qui tans naturellement striles, & ne l'tans pas moins dans +l'ame en ce qui regarde les actions de pit & de vertu que dans le +corps, ne peuvent du tout souffrir que l'on parle du Fils de Dieu. +Cependant, l'Eunuque de la Reine d'Ethiopie ne comprenant pas ce qu'il +lisoit, crt les instructions que lui donna Saint Philippe touchant le +Divin Sauveur. Mais les Eunuques de Constance ne peuvent souffrir que +Saint Pierre ait autrefois confess sa Divinit; Ils s'lvent mme +contre le Pre Eternel quand il dclare que c'est son Fils, & +s'emportent de fureur contre ceux qui disent que c'est le vritable Fils +de Dieu; c'est pour ce sujet que la Loi deffend de les admettre dans les +Jugemens Ecclsiastiques. Mais les Arriens viennent de les en rendre les +matres. Constance ne prononce rien que ce qui leur est agrable, & ceux +qui portent le nom & la qualit d'Evques, n'en disent mot, & regardent +tous ces desordres avec dissimulation. Hlas! Qui sera celui qui crira +un jour cette Histoire, & qui fera passer jusqu' une autre gnration +la rlation funeste de tant de tristes vnemens? Qui poura croire un +jour de si grands excs quand on entendra dire que des Eunuques qui on +confie peine le soin des affaires domestiques, & dont le service est +suspect en ces rencontres, parce que c'est un genre de personnes qui +n'aiment que le plaisir & qui n'ont point d'autre but que d'empcher +dans les autres ce que la nature leur a refus eux-mmes; Que ces +Eunuques, dis-je, gouvernent maintenant les Eglises! + +Ce Saint fait parotre une juste indignation contre les Eunuques qui +toient alors absolus la Cour, & qui se sont rendus xcrables leur +sicle & toute la postrit. L'Arrianisme toit tellement rpandu +parmi eux, qu'en ce tems-l porter le nom d'impie & celui d'Eunuque +toit la mme chose, selon Saint Grgoire de Nazianze[89]. Et leurs +violences ont t si odieuses aux Payens mmes, qu'Ammian Marcellin a +crit d'eux, qu'ayant tojours de la fiert & de l'aigreur, & n'ayant +pas les liaisons domestiques & les engagemens naturels qu'ont les autres +hommes, ils n'embrassent que leurs richesses qu'ils considrent comme +leurs trs chres & trs agrables filles. [90] Mr. Herman dit, que +l'Histoire de ce combat est devenu si clbre dans toute la postrit, +que les Payens mmes en ont marqu l'vnement; mais qu'il aime mieux +puiser dans les sources pures que d'avoir recours ces ruisseaux si +bourbeux; Et que comme il prfre avec raison le tmoignage de Saint +Athanase celui de tous les Auteurs de ce sicle, c'est par ses propres +paroles qu'il doit commencer l'importante relation de laquelle j'ai tir +ce que je viens de rapporter sur ce sujet. + +Les Eunuques avoient t tout-puissans du tems du grand Constantin, Pre +de l'Empereur Constance dont je viens de parler. Il les avoit levez aux +premires Dignitez & les appelloit ses Amis; mais ayant appris combien +ils toient pernicieux l'Etat, il les en avoit dpouillez, & les avoit +rduits se borner uniquement aux affaires domestiques. [91]Il y a dans +le Code Thodosien une Loi qui nous apprend que tout l'Empire avoit +gmi sous l'oppression de ces sortes de gens, sans avoir os se +plaindre; mais que l'Empereur en ayant eu connoissance, avoit publi +cette Loi, par laquelle il invite tout le monde venir dire ses griefs; +il promet d'couter lui-mme ce qu'on aura dire contre ces sortes de +gens, & de punir ceux qu'on aura convaincu de quelque crime. Il les fit +exclurre du Sacerdoce dans le fameux Concile de Nice qu'il assembla. +Cependant, quoi qu'ils fussent, pour le dire ainsi, dgradez & destituez +de tous les Emplois publics, civils & militaires, comme ils approchoient +de l'Empereur & qu'ils en avoient l'oreille, ils toient encore +formidables, & on les craignit jusques ce qu'ils fussent entirement +loignez. Licinius qui a t son Alli, & pendant quelque tems son +Compagnon l'Empire, les hassoit beaucoup; il les appelloit _la tigne +& la vermine de l'Etat_;[92] mais comme Licinius a t un Tyran, & un +Prince qui s'est rendu odieux par plusieurs raisons, ce qu'il a fait +dans des vs particulires, ne peut point tre tir consquence.[93] +Alxandre Svre ne les avoit point aimez, il les appelloit _tertium +hominum genus_; Et au lieu que Heliogabale qui l'avoit prcd avoit t +leur esclave, & Eunuque lui-mme, il les humilia & les abaissa, il les +rduisit un fort petit nombre. Il en donna plusieurs ses Amis, & +pour montrer le peu de cas qu'il en faisoit, il leur dit en les leur +donnant que s'ils n'avoient pas de meilleures moeurs que celles qu'ils +avoient eus jusqu'alors, ils pouvoient les tuer sans forme de procs. +Il est extrmement lou dans l'Histoire de n'avoir pas imit les Rois de +Perse qui se laissoient tellement gouverner par les Eunuques, que ces +sortes de gens les cachoient leurs Sujets, qui ne pouvoient leur rien +dire ni en recevoir aucune rponse que par leur canal; Ils leur +rapportoient les choses comme il leur plaisoit, souvent tout autrement +qu'elles n'toient, & prenans grand soin que le Roi ne st que ce +qu'ils vouloient bien qu'il st, il arrivoit souvent de grands +inconvniens, parce qu'ils donnoient telles impressions qu'il leur +plaisoit, & au Roi, & ses Sujets; [94]L'Histoire d'Orsines en est une +preuve; Orsines toit un descendant de Cyrus, le plus grand Seigneur de +la Perse, & le Sang le plus noble de l'Orient; Il fit de grands prsens +aux Principaux de la Cour d'Alxandre, & ngligea Bagoas; Quelqu'un lui +ayant dit qu'il avoit mal fait, parce qu'Alxandre aimoit cet Eunuque; +Il rpondit qu'il honoroit les Amis du Roi, mais non pas ses Eunuques; +Et que les Perses se servoient autrement de ces gens-l que les Grecs; +Ce discours ayant t rapport Bagoas il jura la ruine d'Orsines, +homme d'une vie sans reproche; En effet, il fit tant de faux & de +secrets rapports contre lui Alxandre, qu'il l'aigrit & qu'il l'anima +contre lui, de sorte qu'enfin il le fit mettre dans les fers, & le +condamna la mort. Bagoas ne fut pas content de faire traner un +innocent au supplice, il eut bien l'impudence de le frapper dans le tems +qu'il alloit mourir, mais Orsines l'envisageant avec indignation lui +dit, j'avois bien ou dire que des femmes avoient autrefois rgn dans +l'Asie, mais il m'est nouveau d'y voir rgner un infame Eunuque. +Alxandre Svre instruit de tous les desordes que ces Eunuques avoient +fait, il les dompta tous, & les rduisit presque rien. Ces Eunuques +toient des gens qui vouloient savoir tout ce qui se faisoit la Cour, +& qui vouloient qu'on crt qu'il n'y avoit qu'eux qui le sussent; +c'toit eux qui on s'adressoit pour obtenir des graces du Prince; +les Gouvernemens de Province ne s'obtenoient que par leur moyen, & ils +vendoient deniers comptans ce que le Prince donnoit desintressment. +Cet Empereur aimoit assez la solitude, il vouloit tre seul +ordinairement aprs le dner & certaines heures du matin, personne +alors ne pouvoit le voir. Un certain Vetronius Turinus profitoit de +cette retraite & faisoit croire aux gens, que dans ce tems l il lui +persuadoit & lui faisoit faire tout ce qu'il vouloit, il le faisoit +passer pour un fat qu'il conduisoit son gr, & sous ce prtexte il +promettoit tout le monde ce qu'on lui demandoit, & se faisoit fort de +le faire agrer ou xcuter par Svre, moyennant quoi il recevoit & +amassoit des sommes immenses. Comme il n'toit pas vrai que l'Empereur +ft tel qu'il le disoit, ni qu'il et le crdit dont il se vantoit, il +ne tenoit parole personne, ce qui donna lieu bien des gens de +murmurer. Cette conduite de Turinus tant enfin parvenu la +connoissance de l'Empereur, il voulut qu'on se rendit partie contre lui +& qu'on l'accust, de sorte que ce qu'il avoit promis & qu'il n'avoit +point effectu, & les sommes qu'il avoit touches pour cela ayant t +dcouvertes, Svre le fit attacher un poteau dans un lieu passant, & +le fit mourir par la fume qui s'levoit vers lui d'un bois verd & +humide qu'on avoit allum; [95]Et pendant qu'il souffroit son supplice il +y avoit un homme qui crioit, _fumo punitur qui vendidit fumum_. + +Les Eunuques furent plus considrez sous Constantin pendant un certain +tems. Ils le furent encore plus sous Constance, comme je l'ai fait voir. +Ce Prince ni ses frres, ne furent ni aimez de leurs Sujets, ni craints +de leurs ennemis, comme Constantin leur Pre l'avoit t, & ils avoient +peine sotenir une partie du fardeau qu'il avoit port lui seul avec +tant de gloire; les Eunuques furent en crdit sous leur Rgne. Il paroit +qu'ils ont encore t en faveur du tems de Theodose le jeune; [96]car on +voit dans le Code qui a t fait par son ordre, qu'au lieu que ceux qui +obtenoient des confiscations toient obligez d'en donner la moiti au +fisc, il dispensa ses Eunuques de cette obligation & leur laissa le +tout. Et Zozime[97] remarque que cet avantage porta ces Eunuques +commettre mille faussetez insignes, comme de faire entendre au Prince +que ceux dont ils demandoient que les biens fussent confisquez leur +profit toient morts sans laisser de veuves, d'enfans, ni de parens, ce +qui causoit souvent la dsolation de plusieurs familles, & des larmes & +des gmissemens aux hritiers lgitimes, qui toient souvent de vieilles +veuves caduques ou infirmes, & des orphelins innocens. Il est certain +pourtant qu'il fit un Edit qui deffendoit qu'aucun Eunuque ne fut du +nombre des Patriciens, mais ce fut par une v particulire, & pour +deshonorer Antiochus qu'il contraignit par l se renfermer dans un +Clotre. [98] Lucien nous apprend que Philoeterus qui le premier a eu +la Principaut de Pergame toit Eunuque, & qu'il a vcu quatre vingt +ans. Il y a eu un autre Prince nomm Hermias qui a t Eunuque; Il ne +pouvoit jamais souffrit que personne parlt en sa prsence de couteau, +ni de section, parce qu'il s'imaginoit qu' cause qu'il toit Eunuque, +ces mots lui toient adressez. [99] Si l'extrait d'une lettre crite de +Batavia dans les Indes occidentales le 27, Novembre 1684. contenu dans +une lettre de Mr. de Fontenelles, re Rotterdam par Monsieur +Bnage, fait le recit d'une avanture vritable, comme on peut le croire, +puisque l'illustre Mr. Bayle qui l'a rapport ne la donne point pour +fabuleuse, & qu'il la certifie en quelque sorte, bien loin de la rendre +suspecte; Mre Reine de l'Isle de Borneo, veut que tous ses Ministres +soient Eunuques; Enegu, Princesse qui lui dispute le Trne, ne veut +point d'Eunuques dans sa Cour. Comme nous ne savons pas quel succs, +ont eu les contestations & la guerre que ces deux Princesses ont eus +entr'elles, ni par consquent laquelle des deux jout prsentement de +l'Empire, on ne sait pas si les Ministres de la Reine de l'Isle de +Borneo sont Eunuques, ou s'ils ne le sont point. On peut dire seulement +que Mre agit comme Plautiames qui du tems des Antonins fit chtrer tous +ceux qui devoient servir Maison de Plautilla sa fille que Caracalla +avoit pouse, sans pargner les hommes non plus que les jeunes garons, +comme nous le voyons dans les recueils de Constantin Porphyrogente sur +Dion. + +Pour peu de connoissance qu'on ait de l'histoire de la Cour Ottomane, on +n'ignore pas que les Eunuques y parviennent aux premires dignitez de +l'Etat, & qu'il n'y a qu'eux, proprement parler, qui les possdent. +Les deux plus illustres Bascha qui ayent eu de la rputation pendant les +guerres si clbres dans l'histoire, toient Eunuques; [100]l'un a t +Halis, & l'autre Sinar. Mr. de Thou rapporte un bon mot dit par le +premier, il se moqua, dit-il, du Courier qui lui annonoit comme une +fort mauvaise nouvelle, la prise de la Ville de Strigonie par les +Chrtiens l'an 1556, lui disant qu'il avoit bien fait une autre perte +lors qu'on lui avoit enlev la plus importante pice qu'il eut. Et Paul +Jove nous apprend que ce fut une truye qui Chtra Sinar en lui arrachant +& devorant le membre viril, comme il dormoit l'ombre, ds sa plus +tendre jeunesse. + +Tout ce que je viens de dire ne concerne le rang que les Eunuques ont +tenu dans la socit civile que par rapport aux Princes & aux +Souverains; il est bon de voir aussi quelle ide les Peuples en ont eu +& quel cas ils en ont fait. + + + + +CHAPITRE IX. + +_Quelle ide les Peuples ont eu des Eunuques, & quel cas ils en ont +fait._ + + +Les Eunuques ayans abus de la faveur des Princes, comme on l'a v dans +le chapitre prcdent, & s'tans rendus les Tyrans impitoyables de leurs +sujets, il ne faut pas douter que ces sujets ne les ayent eus en +horreur, & qu'ils ne les ayent craint beaucoup plus qu'ils ne les ont +aimez. + +Mais il ne s'agit point ici de savoir ce que les Peuples ont pens de +leur servitude & de leur oppression, & du crdit de ces Eunuques qui les +tyrannisoient; Il n'est ici question que d'xaminer quelle opinion les +Peuples avoient d'un Eunuque entant qu'Eunuque, & non point d'un Eunuque +entant que Tyran; & quelle ide ils s'en faisoient. + +L'histoire nous apprend non seulement qu'ils les mprisoient +souverainement, mais mme qu'ils avoient de la rpugnance les voir. +[101] Les Eunuques ne sont que des troncs desschez, selon l'expression +d'Esae, de ces arbres secs qui le sont jusqu' la racine, & qui comme +parle Ose, ne porteront plus de fruits; de ces arbres qu'il faut +couper, c'est dire dtruire, & en abolir la mmoire: car pourquoi +faut-il encore qu'ils occupent la terre? Il n'y a personne qui ne voult +donner le premier coup pour les renverser ou pour les arracher; ce sont +des Cratures imparfaites, en un mot des monstres auxquels la nature +n'avoit rien pargn, mais que l'avarice, la luxure, le luxe, ou la +malignit des hommes ont dfigures. + +S'ils ont t quelquefois dans la prosprit & dans l'lvation, les +Peuples ont regard ces avantages comme des productions errones de +l'esprit gt & du coeur corrompu des Princes qui les ont levez & +chris; Ils s'en sont mme moquez entr'eux, & lors qu'ils ont os le +faire en public, ils ont fait clater leur haine & leur mpris & pour +les Eunuques & pour le choix qu'on en faisoit. + + _Omnia cesserunt Eunucho Consule monstra_ + _Heu terr coelique pudor. Trabeata per urbes_ + _Ostentatur anus, titulumque effeminat anni._ + + _---- Quibus unquam scula terris_ + _Eunuchi, videre forum._ + + _---- Numquam spado consul in orbe_ + _Nec Judex, Ductorve fuit. Quodcunque virorum_ + _Est decus, Eunuchi scelus est._ + + _---- A fronte recedant_ + _Imperii, tenero tractari pectore nescit_ + _Publica Maiestas, nunquam vel in quore puppim_ + _Vidimus Eunuchi clavo parere Magistri._ + _Nos ade sperni faciles? orbisque carina_ + _Vilior?_[102] + +Tout le monde sait que Caligula fit son Cheval Consul, & qu'il voulut +qu'on lui rendit tous les honneurs qui sont ds cette dignit. Il prit +envie de mme Arcadius de faire Flaac Eutrope qui toit le Matre de +sa garderobe & l'un de ses Eunuques, de le faire, dis-je, Consul, & 'a +t le premier, ou pltt le seul de cette qualit qui ait t pourv +de cet Emploi; aussi voit-on dans Claudien comment on s'irrita alors de +cette conduite. Ce Pote fit une Satyre piquante contre cet Eutrope +aprs qu'il fut dsign Consul de Rome, & il le rprsente comme une +vieille qu'on avoit revtu des honneurs du Consulat. [103] Ceux qui ont +quelque teinture de l'Histoire Ecclsiastique savent comment Jean +Evque de Constantinople a dclam contre cet Eutrope, & combien il a +contribu sa perte*. Il eut une fin digne de lui & des actions +inhumaines qu'il avoit commises. Cet Eunuque ayant dessein de chatier +quelques personnes qui s'toient rfugies dans les Eglises, il fit +ensorte que l'Empereur publia une Loi par laquelle il toit deffendu de +s'y rfugier, & permis d'en tirer ceux qui s'y rfugieroient. Quelle +injustice de violer ainsi le droit des Aziles! Mais il en fut puni +bien-tt aprs; car peine la Loi fut-elle publie qu'il encourut les +mauvaises graces de l'Empereur, & qu'il fut oblig de rechercher le mme +azile que les autres. Comme il toit cach sous l'Autel & qu'il y +trembloit de peur, Jean monta au pupitre d'o il avoit accotum de +prcher pour tre plus aisment entendu, & fit une invective contre lui. +L'Histoire ajote que l'Empereur lui fit couper la tte, qu'il fit ter +son nom d'entre les noms des Consuls, & qu'il fit effacer des Registres +la loi qu'il avoit fait publier. Le chagrin qu'eurent les honntes gens +de le voir dans ce poste fut cause de sa ruine. En effet, Gainas Goth, +Gnral de l'Empereur, se rvolta de dpit de voir cet Eunuque dans +l'clat de cette haute dignit, & ne voulut jamais se remettre dans son +devoir qu'on ne lui apportt la tte d'Eutrope. On comparot Eutrope +Gorgon, parce qu'il faisoit ses tours si adroitement que peu de gens +s'appercevoient de ses ruses; on le regardoit comme une de ces pestes +qui rgnoient alors dans les Cours des Princes. Il vendoit les Charges +de la Magistrature & les Jugemens; Il disposoit du Gouvernement des +Provinces en faveur de qui il vouloit;[104] & non content d'avoir t +fait Consul, il tchoit de se rendre Matre de l'Empire. Il toit +insolent mme envers son Prince, & il tomba dans sa disgrace pour avoir +manqu de respect envers l'Impratrice. + +Les Peuples n'avoient pas du mpris seulement pour ces sortes de gens, +ils avoient aussi de l'aversion pour eux; & si leur nom a pass pour un +ttre de Dignit, il a t aussi une injure, & on ne pouvoit en faire +une plus sensible un honnte homme que de l'appeller _Eunuque_. +[105]Les Eunuques ont t de si mauvais augure, mme parmi les Payens, +que Lucien assure en plus d'un lieu qu'ils faisoient par leur +rencontre, rebrousser chemin beaucoup de personnes, qui aimoient mieux +rentrer chez elles que de passer outre. [106]Cela se rapporte assez ce +que dit Pline de l'aversion que les animaux-mmes ont pour ceux de leur +espce qu'on a mutilez. Il remarque que si on chtre un rat, il fait +fuir tous les autres qui aiment mieux abandonner leur sjour ordinaire +que de le souffrir parmi eux. Ce n'toit pas pourtant pour cette raison +que Diocles vouloit exclurre Bagoas de la chaire de Philosophie. Lucien +en allgue d'autres tout fait diffrentes, plus graves & plus +vraisemblables. + + + + +CHAPITRE X. + +_De quelle manire les Loix civiles ont considr les Eunuques, & quels +droits elles leur ont attribu._ + + +L'Empereur Domitien deffendit au commencement de son Rgne toutes +sortes de personnes, tant dans l'Empire Romain, que dans ses limites, +d'avoir la hardiesse d'entreprendre de chtrer les petits enfans; + + _Lusus erat sacr connubia fallere td_ + _Lusus & immeritos ex ecuisse mares._ + [107] + _Utraque tu prohibes, Csar populisque futuris_ + _Succurris, nasci quos sine fraude jubes._ + _Nec spado jam, nec moechus erit te prside quisquam_ + _At prius mores! & spado moechus erat._ + +Cette Ordonnance passa pour un avantage trs grand, & pour une action +digne d'un Prince sage & gnreux; [108]Martial l'en flicite par cette +belle Epigramme, + + _Tibi summe Rheni Domitor & parens orbis_ + _Pudice Princeps, gratias agunt urbes;_ + _Populos habebunt, parere jam scelus non est._ + _Non puer avari sectus arte Mangonis,_ + _Virilitatis damna moeret erept._ + +Cependant il est certain que son motif ne fut nullement louable, car il +ne fit cette deffense, comme le remarque Xiphilin dans sa Vie, & Dion +Cassius, qu'en haine de Tite son frre qui aimoit les Eunuques.[109] +Suetone ne rapporte pas cette particularit, mais elle n'en est pas +moins certaine. Cette Loi & cette Ordonnance, n'est pas mise dans le +Code au ttre des Eunuques, sous le nom de Domitien, ni sous celui de +Nerva, qui fit depuis la mme deffense, mais sous les noms de Constantin +& de Leon[110]; cependant, Suetone ne permet pas de douter qu'elle ne +soit de lui. L'illustre & le clbre Monsieur de Leibnitz qui j'ai +propos cette difficult par manire de conversation, m'a donn cet +claircissement, que la Loi dont il s'agit ici toit mise sous les noms +de ces deux derniers Empereurs, parce qu'ils l'ont renouvelle, & qu'on +ne savoit alors que par le moyen de l'Histoire, que Domitien & Nerva en +fussent les premiers Auteurs, peu prs comme il en est de ces Loix +somptuaires, des Ordonnances contre les Duels, & de divers Rglemens de +cette nature qui passent pour tre les Ouvrages des Princes modernes qui +les publient, quoi qu'on sache par le moyen de l'Histoire, que d'autres +Princes les ont donnez leurs Peuples plusieurs sicles auparavant. + +L'Empereur Adrien enchrit sur cette belle constitution, par un meilleur +motif, & deffendit non seulement qu'on fit Eunuques par force ceux qui +ne le souhaitoient pas, mais il deffendit mme de faire Eunuques ceux +qui le souhaitoient. Il y a trois Loix conscutives sur ce sujet dans le +ttre, _ad legem corneliam de sicariis & veneficis_.[111] Voici les +termes de la premire. _Constitutum quidem est ne spadones fierent, eos +autem qui hoc crimine arguerentur corneli legis poena teneri, +eorumque bona merit fisco meo vindicari debere; sed & in servos qui +spadones fecerint ultimo supplicio animadvertendum esse. Et qui hoc +crimine tenentur, si non adjuerint, de absentibus quoque tanqum lege +Cornelia teneantur, pronuntiandum esse. Plan si ipsi qui hanc injuriam +passi sunt, proclamaverint, audire eos Prses Provinci debet, qui +virilitatem amiserunt; Nemo enim liberum servumve invitum, sinentemve +castrare debet; Neque quis se sponte castrandum prbere debet. Ac si +quis adversus Edictum meum fecerit Medico quidem qui exciderit capitale +erit, item ipsi qui se sponte excidendum prbuit._ Voici les termes de +la seconde de ces Loix, _Hi quoque qui Thlibias faciunt, ex +constitutione D. Hadriani ad Ninium hastam, in eadem causa sunt qua hi +qui castrant_. Et voici enfin les termes de la troisime, _Is qui servum +castrandum tradiderit pro parte dimidia bonorum mulctatur ex Senatus +consulto quod Neratio Prisco & Annio Vero Consulibus factum est_. Tout +cela montre que l'Eunuchisation toit regarde comme une chose honteuse, +odieuse, & prjudiciable la socit aussi bien qu' la personne sur +laquelle elle toit pratique. [112]_Qui hominem, libidinis vel promercii +causa castraverit, Senatus Consulto poena legis Corneli punitur.[113] +Et si puerum quis castraverit & pretiosiorem fecerit Vivianus scribit +cessare Aquiliam, sed injuriarum erit agendum, aut ex Edicto dilium, +aut in quadruplum._ Ce mot _pretiosior_ est obscur, comment un homme +mutil, dgrad, pour le dire ainsi, de sa qualit d'homme, pouvait-il +tre devenu plus prtieux? Voici le sens de ce mot, c'est que comme les +Eunuques toient aimez & carressez par les Princes, qu'ils toient +levez aux premires Dignitez de leur Etat, leur condition en toit +devenu par l, au moins cet gard, beaucoup plus considrable, c'est +ce qui parot par la Loi 4. au Code _de prpositis sacri cubiculi_. Mais +l'Empereur Justinien qui est venu depuis & qui a bien considr les maux +qui naissoient de cette cotume, soit aux particuliers, soit au public, +a rtr les mmes deffenses, dans son Code[114] o il dcide que, +_tanquam homicida punitur ille qui castrat aliquem_, & dans deux +chapitres de ses Nouvelles[115], la tte desquelles il a mis une belle +Prface qui en contient les motifs; Il traite cette action d'impie, de +lche, de honteuse, de deshonnte, & de criminelle, & il dit qu'on a +commis cette espce de crime sur une grande multitude de gens, que peu +en ont chapp sains & saufs, qu' peine en a-t-on p sauver trois de +quatrevingt & dix qui sont venus sa connoissance; Il considre ces +Eunuchisations comme des meurtres, comme des actions contraires +l'intention de Dieu, & de la nature, & l'intention de ses propres +Loix. Il est deffendu sous de grives peines dans ce titre du Code dont +je viens de parler, de vendre ou d'acheter les Romains qui ont t faits +Eunuques, soit dans l'Empire Romain, ou dans les Pas trangers. Il y +est aussi deffendu, sous peine de la vie, de faire des Eunuques dans +l'Empire Romain: celui qui auroit donn son esclave pour en faire un +Eunuque en toit pour la confiscation de la moiti de ses biens.[116] +L'Empereur Leon s'est encore dclar depuis en termes bien plus forts. +_Virtutis_, dit-il, _ad procreandum Deo natur indit exectio non +minore cum audacia identidem committitur qum si apud Deum nulli poen +obnoxia esset, cm tamen vel maxime sit; Et quanquam veteribus +Legislatoribus cur fuerit, ut id malum ultrice lege excideretur, quo +respublica ab istiusmodi invento munda esset; haud scio tamen, cum si +qui alii, huic certe prscripto obtemperari atque natur mutilatione +abstineri quum sit, quamobrem non ita faciant homines, sed tanquam +utilitatem quamdam istiusmodi adversus Generandi vim, insidias +reputantes, membra qu homini nascendi causam suppeditant, lancinent, & +creaturam aliam quam qualis, conditoris sapienti placuerit in mundum +introducere contendant. Hoc igitur cm inultum relinquendum non putemus, +lege in id poenam constituentes, quibus ade divinam creaturam +deformare religio non est, eorum audaciam, auxiliante Deo reprimere +conemur._ Il appelle ceux qui font des Eunuques, _Natur insidiatores, +detestand hujus artis artifices_; il les condamne & il finit cette +excellente constitution par ces belles paroles, _si in albo Imperatorii +famulatus sit, artifex detestand hujus artis primm albo eximatur_. Un +homme qui faisoit un Eunuque toit considr comme un Notaire ou un +Tabellion qui faisoit un acte faux; le lieu o l'action avoit t +commise toit considr comme un lieu o on avoit commis un crime de +leze Majest. Mornac qui a fait un excellent Commentaire sur le ttre du +Code qui traite _de Eunuchis_, dit avoir v dans un Historien de France, +qu'un soldat fut puni pour avoir t un Moine ce qu'il croyoit lui +tre inutile, _chose inoue_, dit cet Historien, _quod inaudita apud nos +fuerat_. Messire Claude de Ferriere qui a fait aussi une espce de +Commentaire sur le mme ttre, rapporte la mme Histoire; mais il y +ajote ses rflxions, & quoi que bon Catholique il dit, qu'_il y a des +gens qui disent, qu'il seroit souhaiter que_ solos Eunuchos haberet +Ecclesia Ministros, _pour empcher les desordres que nous ne voyons qui +trop souvent, sans ceux qui nous sont inconnus_. _Il est vrai_, +ajote-il, _qu'il y en a plusieurs qui pourroient y avoir intrt_; +_cependant, je crois qu'il vaut mieux laisser les choses comme elles +sont, & ne pas faire du mal ceux qui ne veulent que le bien de leurs +prochains_. Quoi qu'il en soit, il parot que les Loix ont regard +l'action de faire des Eunuques comme abominable, & l'Eunuque lui-mme +comme un monstre, aussi ne leur ont-elles jamais accord les droits & +les privilges qu'elles accordent aux autres hommes.[117] Par xemple il +ne leur a point t permis de tester. J'avou que l'Empereur Constance +qui leur en avoit accord la facult parce qu'il faisoit tout ce qu'ils +vouloient, a donn une Loi qui porte que, _Eunuchis liceat facere +Testamentum, componere postremas exemplo omnium volontates, conscribere +codicillos, salv testamentorum observanti_; Mais tous les +Jurisconsultes estiment que cette libert ne concerne que les Eunuques +qui toient prs de sa Personne, ou prs de celle de l'Impratrice. Il +est certain que dans quelque degr de faveur que les Eunuques fussent, +ils n'ont jamais t considrez que comme des Esclaves. Ils ont +tojours t le jouet des Princes, qui ont mme abus quelquefois de +leur servitude; on peut dire qu'il a t d'eux cet gard, comme de ces +Genuches qui sont carresses dans les cabinets des Grands & vtus de +toile d'or. Or il est certain que ce n'a t qu' ces Eunuques +privilgiez qu'il a t permis de faire Testament. L'Empereur Leon en +rend la raison dans sa Nouvelle trente-huitime, mais bien plus +particulirement dans la Loi _Jubemus_, qui est la quatrime au Code _de +prpositis facii Cubiculi, & de omnibus cubiculariis & privilegiis +eorum_. Le ttre seul, pour le dire en passant, fait voir qu'il s'y agit +des Eunuques, mais il le dit expressment comme on va le voir; _Nam cm +hoc privilegium_, dit-il, _videatur principalis esse proprium Majestatis +ut non famulorum sicut privat conditionis homines sed liberorum +honestis utatur obsequiis, periniquum est eos duntaxat pati fortun +deterioris incommoda_; _sed testamenta quidem ad similitudinem aliorum +qui ingenuitatis insulis decorantur pro su liceat eis condere +voluntate_. Il y ajote nanmoins une rflxion qui les distingue des +hommes libres; [118]_Intestatorum ver nemo dubites facultates, ut pote +sine legitimis sucessoribus defunctorum fisci juribus vindicari_; Et ce +qui fait voir clairement qu'il s'agit du droit des Eunuques, c'est qu'il +dit dans cette mme Loi que, _hc omnia tunc diligenti observatione +volumus custodiri cm sponte suaque voluntate quis dederit Eunuchum +sacri Cubiculi Ministeriis adhsurum_. Voila donc les Eunuques mis sur +le pied des Esclaves; on en excepte les Gardes du Prince, mais cette +exception ne fait que confirmer la rgle, _Exceptio in non exceptis +firmat regulam_. En gnral donc il est certain qu'ils ne peuvent +instituer des hritiers, ni tre eux-mmes hritiers instituez. Ds +qu'ils sont morts leurs biens sont vacans & dvolus au Fisc. Ils sont +mme considrez comme gens infames, indignes des Privilges accordez par +les Loix, tmoin cette belle dclaration du Jurisconsulte +Paulus, [119]_Quamvis nulla persona excipiatur, tamen intelligendum est +de his legem sentire qui liberos tolere possunt_; _Itaque si Castratum +libertum Jurejurando quis adegerit, dicendum est non puniri patronum hc +lege_. Ils ne peuvent point adopter, la Loi est prcise contr'eux sur ce +sujet, [120]_sed & illud utriusque adoptionis commune est, quod & ii, qui +generare non possunt, (quales sunt spadones) adoptare possunt, Castrati +autem non possunt_. J'avou que l'Empereur Leon les a, pour ainsi dire, +rhabilitez par la Nouvelle vingt-sixime, dans laquelle il les autorise + adopter; la raison qu'il en rend est assez plausible, _quemadmodum_, +dit-il, _cui vocis usus ademptus est, qu lingu munia sunt per manum ad +implere, & qui sermonem labiis fondere nequit per scripturam ad +ordinandas res suas procedere, non prohibetur. Ita neque qui quod +genitalibus privati sunt liberos non habent, horum indigentiam alio modo +compensare vetandum est_; cependant on peut dire qu'elle n'est point +juste, car c'est un principe de Droit aussi bien que de Philosophie & de +bon sens, que, _adoptio naturam Imitatur_, de l vient que _pro monstro +est ut major sit filius qum pater_;[121] Et qu'on prescrit l'ge dans +lequel on peut adopter, tojours en sorte que les proportions d'ge +soient gardes. Comment donc seroit-ce imiter la nature que de permettre + un homme, qui non seulement n'a jamais p en produire d'autres, mais +qui n'a pas eu la capacit & les choses naturelles requises pour en +produire d'autres, d'en adopter quelques-uns? Il faut observer +d'ailleurs que l'adoption n'toit permise originairement qu'aux +personnes qui avoient eu des enfans, & qui les avoient perdus, pour les +consoler de leur mort. On a tendu depuis cette facult jusqu' ceux qui +n'avoient aucun empchement manifeste d'avoir des enfans, mais qui par +l'vnement n'en avoient point eu; les femmes mmes ne pouvoient point +adopter, parce qu'elles sont incapables de l'effet principal de +l'adoption qui est la puissance paternelle, cependant elles peuvent +adopter[122] _ex Indulgentia principis, ad solatium liberorum +amissorum_. Mais ce seroit abuser de l'adoption que de l'accorder des +gens qui n'ont point eu, & qui n'ont p avoir des enfans; ce ne seroit +plus imiter la nature, ce seroit la surpasser, ou plutt ce seroit lui +insulter, & donner des enfans des gens auxquels elle a t le moyen +d'en produire. [123]Les Jurisconsultes ont eu tant d'gard ces +considrations qu'ils n'ont pas mme voulu permettre qu'un de ces +Eunuques auxquels il toit permis de tester institut un posthume pour +son hritier, voici comment en parle Ulpien dans la Loi _sed est +qusitum_ . I. _sed si Castratus sit, Julianus Proculi opinionem +secutus non putat posthumum hreden posse instituere, quo jure utimur_. +J'avou que je me suis tonn que Schneidevin, si savant & si judicieux +ait sotenu, qu'un Eunuque pouvoit tre tuteur. Il est vrai qu'il semble +qu'il n'entende parler que de ces gens impuissans qui n'ont qu'une +partie de ce que la nature donne aux autres, & sa comparaison donne lieu +de le croire; Comme on ne peut point, dit-il[124], refuser une Tutelle +sous prtexte qu'on n'a qu'un oeil, ou qu'on est ce que les +Jurisconsultes appellent _Morbosus_, un homme qu'il appelle _spado_ ne +peut pas prtendre non plus d'tre xempt d'une Tutelle dont il doit +tre charg; Et il confirme son opinion par le . spadonem 2. de la 6. +ff. _de dilitio Edicto & redhibitione, & quanti minoris_, qui contient +ces termes, [125]_spadonem morbosum non esse, neque vitiosum Verius mihi +videtur, sed sanum esse, sicuti illum qui unum testiculum habes, qui +etiam generare potest_. Ce qui me persuade qu'il ne s'agit point l d'un +Eunuque proprement ainsi nomm, c'est que ce mme titre distingue entre +ce qu'il appelle [126]_morbosus & vitiatus_, & qu'il distingue ce qu'il +appelle _vitium simplex, de vitio corporis penetrante usque ad +animum_. [127]Il nomme particulirement ceux _qui prter modum, timidi, +cupidi, avarique sunt aut iracundi_; Comment est-ce qu'un homme lche & +timide comme l'est un Eunuque, peut servir d'appui & de secours un +mineur qu'il auroit sous sa Tutelle, peut-tre que ce pupile seroit plus +hardi, plus entendu & plus vigoureux que lui. [128]Quoi qu'il en soit +cela me parot contraire l'ordre & l'quit, j'ajote mme +l'intention du Droit, car _Tutelam administrare virile munus est_, & +_ultr sexum foemine infirmitatis tale officium est_. J'avou que je +me suis tonn quelquefois que les Loix les ayent admis +s'enrler, [129] _Qui cum uno testiculo natus est, quive amisit, jure +militabit, secundum Divi Trajani rescriptum_; La raison de cette Loi me +la rend d'autant plus surprenante, _Nam & Ducis Sylla_, ajote-t-elle, & +_Cotta memorantur eo habitu fuisse natur_. Est-ce que parce qu'il y a +eu deux grands hommes parmi les Eunuques, par une exception trs +particulire la rgle, il y a lieu de statuer que tous les autres sont +capables de porter les armes? Comme le combat conjugal est diffrent de +ceux qui se donnent la guerre, les armes le sont aussi; Et comme les +Eunuques ne les ont point, ils ne peuvent point entrer aussi dans cette +agrable milice; C'est la dcision de Plaute dans cette ingnieuse +allusion, [130] _si amandum est, amare oportet testibus prsentibus_. +Enfin, les Eunuques ne pouvoient parotre de leur chef dans aucun acte +solemnel; [131]_ad solemnia adhiberi non potest, cm juris Civilis +communionem non habeat in totum, ne Prtoris quidem Edicti_. Il ne faut +avoir qu'une teinture fort legre du Droit pour savoir que l'tat des +personnes consiste en trois choses, qui sont, _la libert_, _la +bourgeoisie_, & _la famille_, & que lors que quelqu'un est dch de +l'une de ces trois choses, il souffre un changement notable dans son +tat; suivant cela qu'est-ce qu'un Eunuque? Et quelles faveurs les Lois +ont-elles p lui faire? Quintilien nous donne une ide fort juste de la +nature d'un Eunuque & du droit qui lui convient[132]. Pour moi, dit-il, +quand je considre la nature, il n'est point d'homme qui ne paroisse +plus beau qu'un Eunuque, & je ne crois point que la Providence puisse se +dgoter jamais assez de ses ouvrages pour souffrir que la dbilit +passe pour une perfection, & que l'infirmit ait un rang parmi les +bonnes choses. Je ne puis m'imaginer que le fer puisse rendre beau ce +qui seroit un monstre s'il naissoit en l'tat dans lequel la section l'a +p rduire. Que l'imposture d'un sxe artificiel donne tant de plaisir +que l'on voudra, les mauvaises moeurs n'auront jamais assez d'Empire +sur la raison, pour faire passer pour bon ce qu'elle a p faire passer +pour beau & pour prcieux..... Qui parmi les clbres Sculpteurs, ou +parmi les grands Peintres, quand il tche de rpresenter les corps les +plus parfaits, voudroit en retrancher de telles choses? Et prendre pour +leurs modelles ou un Bagoas, ou quelque Megabize, pltt qu'un +Doriphoron capable de tous les xercices de la guerre, & de tous les +jeux? Ou que de jeunes gens belliqueux? Ou de ces athltes dont le corps +a t admir? + +Je me suis assez tendu sur cette matire je passe une autre; J'ajote +seulement ici par forme d'claircissement, qu'il faut faire tojours une +grande diffrence entre les Eunuques volontaires qu'on a fait tels de +leur gr & de leur consentement, & entre ceux qu'on a t contraint de +faire tels pour leur sauver la vie, ou par quelqu'autre ncessit +semblable; les uns ont tojours t odieux & mprisables, mais les +autres ont t plaindre, & ont t dignes de support & de secours. + + + + +CHAPITRE XI. + +_Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans la socit civile; de +quelle manire les Loix les y ont considerez, & quels droits elles leur +ont attribu._ + + +Si les Eunuques forcez, c'est dire ceux qu'on a fait tels dans leur +jeunesse, dans un tems de perscution, ou par l'ordre d'un Tyran, & ceux +qui le sont devenus par accident, ont tojours t l'objet du mpris & +de la raillerie des hommes. Quelle indignation n'ont-ils pas d +concevoir contre ces ames lches & basses, qui par des vs d'intrt & +d'ambition, se sont fait retrancher la partie extrieure de leur corps +la plus noble & la plus utile la socit? la Loi les condamne au +dernier supplice comme des homicides d'eux-mmes. Et voici comment +l'Empereur Adrien parle contr'eux, [133]_Ac si quis adversus Edictum +meum fecerit, Medico quidem, qui exciderit capitale erit. Item ipsi qui +se sponte excidendum prbuit._ On les regardoit autrefois comme des +infames du premier ordre, on les bannissoit de la compagnie des hommes, +& on ne souffroit pas qu'ils fussent instituez hritiers n'tans en cet +tat ni homme, ni femme. Voici un xemple prcis qui donnera une juste +ide du cas qu'on en a fait, & des droits qu'on a voulu leur attribuer; +c'est Valre Maxime qui le fournit[134]; Que dirai je, s'crie-t-il, de +l'ordonnance du Consul M. mile Lepide? n'est elle pas d'une trs grande +consquence? Genutius Prtre de Cybelle Mre des Dieux, ayant obtenu du +prteur Cn. Oreste, qu'il seroit remis en la possession des biens que +lui avoit laissez Nevianus, par Testament, Sardinius dont l'affranchi +avoit ainsi favoris Genutius en appella devant le Consul Mamercus, +sotenant que Genutius s'tant volontairement priv des parties qui le +faisoient homme, ne devoit point tre mis au rang ni des hommes, ni des +femmes, ce qui fut cause que la Sentence du Prteur fut casse. L'Arrt +est digne de Mamercus & d'un Prince du Senat, car il empcha que les +siges de nos Juges ne fussent souillez de la v d'une si indigne +personne que Genutius, & que sous prtexte de demander justice, sa voix +effmine & lascive n'y fut entendu. Ceci suffit sur cet article, +parce qu'au reste on peut leur appliquer ce que j'ai dit dans les +chapitres prcdens. Je dirai seulement, qu'il faut encore distinguer +les Eunuques volontaires entr'eux; Qu'un Combabus & d'autres semblables, +sont exceptez de cette haine & de cette condamnation publique si +justement ds aux autres, ce n'est pas qu'ils soient tout fait +excusables, mais on peut dire qu'ils le sont en quelque sorte, parce que +de deux maux ils croyent viter le pire. Ils imitent ce Marchand dont +parle Juvnal, ou pltt le Castor, + + -------- Imitatus Castora a qui se[135] + Eunuchum ipse facit, cupiens evadere damno + Testiculorum. + +Ce Pote toit apparemment du sentiment des vieux naturalistes qui ont +cr & qui croyent encore que le Castor coupe ses parties viriles afin de +se dlivrer des mains des chasseurs, parce qu'il croit qu'on ne le +poursuit que pour les avoir; Mr. le Baron de la Hontan nous a bien +dtrompez de cette vieille erreur, voici ce qu'il dit sur ce sujet. + +[136]Au reste, n'en dplaise aux dcouvreurs de la nature, aux +chercheurs de merveilles & de secrets sur les terres de cette Divine +ouvrire, il n'est point vrai que les Castors se mutilent & se fassent +Eunuques pour chapper la trop pressante poursuite des Chasseurs; Non, +ces mles estiment plus leur sxe, & font plus de cas que cela de la +propagation de leur rare espce. Je ne puis mme concevoir sur quel +fondement on a bti une si grande chimre. Premirement, la matire +qu'il a pl la secte d'Hypocrate de nommer _Castoreum_ n'est pas +renferme dans ces prcieuses & multipliantes parties; Elle est dans un +rceptacle, un vhicule, ou une manire de poche qui est singulire la +machine organique de ces animaux, & que la nature semble n'avoir forme +que pour eux; l'usage que le Castor fait de cette matire, c'est de s'en +nettoyer & dgager les dents lors qu'elles sont pleines de la gomme de +quelque arbrisseau dans lequel il aura mordu. Mais quand j'accorderois +que le _Castoreum_ est dans les testicules, comment cet animal +pourroit-il les couper sans se dchirer tous les nerfs des anes +auxquels ils sont attachez prs de _l'os pubis_ (trouvez-moi Officier +_Huron_ qui parle plus pertinemment d'Anatomie,) mais en me mettant sur +mes louanges j'ai perdu la consquence que je voulois tirer de ce +dchirement de nerfs; N'importe, je ne dmorderai pas pour cela de mon +scientifique raisonnement. C'toit bien Elian, & d'autres rveurs de +Naturalitez comme lui, de nous venir parler de la Chasse des Castors? +Avoient-ils puis cette connoissance dans les mditations du cabinet? +S'ils avoient eu la gloire de vivre comme moi parmi ces Amphibies, ils +auroient s qu'un Castor ne s'embarasse point du tout d'un Chasseur; +vous saurez d'abord que cet animal a la prcaution de ne point +s'loigner du bord de l'tang o sa cabane est construite; De plus, il a +tojours l'oreille au guet, & sitt que par le moindre bruit, il +souponne qu'on lui en veut, il plonge, & nage entre deux eaux jusqu' +ce que n'y ayant plus de danger, il puisse rentrer srement chez soi. Si +cette raison ne vous semble pas de poids pour les Castors terriens, je +vous renvoye _l'os pubis_. Autre argument premptoire. Si le Castor, +pour arrter la poursuite de l'ennemi, faisoit la sanglante opration +qu'on lui attribu, la nature lui auroit donn en cela un instinct fort +imparfait; car quand cet Animal n'auroit plus son _Castoreum_ on ne lui +feroit pas la chasse avec moins d'ardeur; Le _Castoreum_ est le butin le +moins important, ou pltt ce n'est rien en comparaison de la peau; +Celle-ci est la proye dominante & la matresse pice de la bte; Ainsi +ce pauvre Castor, pour se sauver de l'avarice du Chasseur, devroit tout +au moins s'corcher tout vif, & lui jetter sa peau; encore ne sai-je +aprs cela si cette barbare & insatiable figure nomme _homme_ ne +voudroit pas la chair & les os de cet innocent animal..... [137]Sa +fourure est bizare, & bien diffrente d'elle-mme; Elle est forme de +deux sortes de poils opposez. L'un est long, noirtre, luisant, & gros +comme du crin; l'autre dli, uni, long de quinze lignes pendant +l'hyver, en un mot, le plus fin duvet qui soit au monde; Il n'est pas +ncessaire de vous avertir que c'est cette seconde espce de poil que +l'on cherche avec tant d'empressement, & que ces animaux mneroient une +vie plus sre & plus tranquille s'ils n'toient vtus que de crin. Il +fait une histoire & une description fort curieuses du Castor; outre que +cet illustre Voyageur est un homme savant, de bon sens & de bon got, +trs capable de penser, de raisonner, & de juger juste sur un sujet tel +que celui ci qui ne demande que la v & du discernement; J'ai remarqu +en lisant Pline[138], qu'un vieux Mdecin de son tems qu'il nomme +Sextius, _diligentissimus Medicin veteris autor_, toit peu prs du +mme sentiment que Mr. le Baron de la Hontan; Comme j'ai eu l'honneur de +voir ce Baron curieux, qui le Public a l'obligation d'avoir aquis +plusieurs connoissances rares, & de l'entretenir, c'est avec +connoissance de cause que je parle de lui avec tant d'loges; [139]J'ai +beaucoup de respect pour les doctes Auteurs des Journaux de Trevoux, & +beaucoup de reconnoissance du fruit que je tire de leurs veilles & de +leurs travaux, mais ils me pardonneront, s'il leur plat, si je n'entre +point dans les sentimens qu'ils ont si peu favorables ce Voyageur +digne, mon avis, d'une meilleure rputation que celle qu'ils tchent +de lui tablir dans le monde. + + + + +CHAPITRE XII. + +_Quel rang les Eunuques volontaires & forcez, ont tenu dans la Socit +Ecclsiastique; de quelle manire l'Eglise & ses Canons les ont +considrez, & quels droits ils leur ont attribuez._ + + +Dieu a eu de tout tems en abomination toutes fortes d'animaux +mutilez. [140] _Vous n'offrirez point au Seigneur_, dit-il, _tout animal +qui aura ce qui a t destin la conservation de son espce, ou rompu, +ou foul, ou coup, ou arrach, & gardez-vous absolument de faire cela +dans vtre Pas_. Cette deffense est gnrale, mais il en a fait une qui +concerne l'homme en particulier, [141] _L'Eunuque_, dit-il, _dans lequel +ce que Dieu a destin la conservation de l'espce, aura t ou +retranch, ou bless d'une blessure incurable, n'entrera point en +l'Eglise du Seigneur_. + +Quelques Interprtes de l'Ecriture Sainte croyent, que par le mot +_Eglise_ qui est employ dans ce dernier passage, il faut entendre +l'Assemble du Peuple Juif, & que Dieu deffend ici, que ceux +que [142]_les hommes avoient faits Eunuques_, comme parle Jsus Christ, +fussent admis dans les Assembles & dans les Charges publiques. Je ne +rapporterai point ici les divers sens spirituels que Thodoret, Clment +Alxandrin, & divers autres Pres de l'Eglise, ont donn ce passage; +on y verroit pourtant qu'une certaine sorte de strilit, & +l'impuissance, sont des choses indignes, & qui loignent de Dieu; mais +ces explications m'loigneroient trop de mon sujet. Je dirai donc +seulement, que par ce mot _Eglise_, dont les Eunuques sont excls, il +faut entendre, non seulement l'Assemble des Juifs & leur Magistrature, +mais mme tous leurs Privilges; L'Eunuque ne peut jour d'aucun de +leurs avantages, il ne peut jamais tre cens faire partie du Peuple +Saint, ni tre Isralite, ni fils d'Abraham; ni jour des Privilges de +la Nation Sainte, comme d'esprer qu'on lui prtera de l'argent +intrt, qu'il aura part au bnfice du Jubil, c'est dire qu'il +joura des Privilges de l'anne septime de rmission; Les Eunuques +sont bannis en un mot de la Socit politique des Juifs, _ut non +habeantur Cives, nec habeant jus civicum apud Judos_. C'est en ce sens +que ce mot Eglise est pris au V. 4. du chapitre 20. des +Nombres; & au V. 2. du chapitre 20. du Livre de Judith. +Voila une terrible maldiction, la Loi de Dieu est bien plus svre +contre les Eunuques, que les Loix Politiques & Civiles que j'ai +rapportes. Il semble presque que cette Jurisprudence ait chang sous la +Nouvelle Alliance; En effet, bien loin d'loigner les Eunuques de +l'Eglise, si on en croyoit Origne, ou les Valsiens, il faudroit tre +Eunuque pour aqurir le Ciel; mais j'ai fait voir dans un des chapitres +prcdens, que les paroles de Jsus Christ sur lesquelles ils avoient +fond leur opinion, n'ont rien innov cet gard, qu'ils l'ont +eux-mmes reconnu depuis, & je vais faire voir positivement, que la +Jurisprudence de l'Eglise Chrtienne condamne les Eunuques volontaires & +quelques-uns des autres. Cette Jurisprudence est tablie par le droit +Canon[143]; _Corpore ver Vitiati, y est-il dit, similiter a sacris +officiis prohibentur_; Cela est un peu gnral, mais voici quelque chose +plus particulier, [144]_si quis pro gritudine naturalia a Medicis secta +habuerit_; _similiter & qui a Barbaris aut qui a Dominis suis castrati +fuerint, & moribus digni inveniuntur hos Canon admittit ad Clerum +promoveri_. _Si quis autem sanus non per disciplinam Religionis & +abstinenti sed per abscissionem a Deo plasmati corporis existimat posse + se carnales concupiscentias amputari, & ide se castraverit, non eum +admitti decernimus ad aliquod clericatus officium. Quod si jam fuerit +ante promotus ad Clerum, prohibitus a suo Ministerio deponatur._ La +raison de cette diffrence est rapporte dans le Canon 8. aprs avoir +parl de ceux qui sont tels lors que, _casu aliquo contigerit dum operi +rustico curam impendunt, aut aliquid facientes seipsos non sponte +percutiunt_, & les avoir opposez aux Eunuques volontaires, _in illis +enim_, dit-il, _voluntas est vindicanda qu sibi causa fuit ferrum +injicere, in istis autem casus veniam meruit_; Il dit la mme chose de +ceux que les Barbares, la Maladie, un Tyran, ou un Ennemi, ont mutilez, +ceux-l sont dignes de compassion & de support. + +Cette Jurisprudence est beaucoup plus ancienne que le decret de Gratien +dont j'ai tir les dcisions que je viens d'allguer, elle est tablie +par le Concile de Nice qui est le premier oecumnique; voici le +premier de ses Canons; Si quelqu'un tant malade a t fait Eunuque par +les Mdecins, ou s'il a t coup par les Barbares, qu'il demeure dans +le Clerg & dans l'tat Ecclsiastique; Mais si tant sain il s'est +retranch lui-mme, il faut que s'il est du Corps du Clerg, il +s'abstienne des fonctions de son Ministre, & qu' l'avenir on n'admette +plus au rang des Ecclsiastiques aucun de ceux qui en auront us de la +sorte; Et comme il est manifeste que cette ordonnance regarde ceux qui +ont agi de cette manire de propos dlibr, & qui se sont coupez +eux-mmes, cela ne regarde point ceux qui auront t faits Eunuques par +les Barbares, ou par leurs Matres, ils peuvent tre res dans le +Clerg selon les rgles de l'Eglise, pourv que d'ailleurs ils en soient +dignes. Ce Canon du Concile de Nice est rapport dans la Vie de Saint +Athanase faite par Mr. Herman, & suivi des rflxions de ce judicieux +Auteur. Il ne sera point inutile de les rapporter ici, ne fut-ce que +pour pargner la peine de les chercher ailleurs; On ne peut pas dire au +vrai quelle a t l'occasion qui a port les Pres du Concile de Nice +traiter de cette manire, & user de cette juste svrit contre ceux +qui se faisoient Eunuques par leurs propres mains; Il est certain que +cette mutilation volontaire qui toit deffendu par les Loix Civiles, & +particulirement par celles de l'Empereur Adrien, ne pouvoit tre +approuve par l'autorit de l'Eglise; le zele inconsidr d'Origne qui +s'toit coup lui mme, en expliquant d'une manire trop littrale le +chapitre dixneuvime de l'Evangile de Saint Matthieu, avoit t condamn +par Demetrius son Evque, quoi qu'il admirt en mme tems cette action +comme un transport extraordinaire de pit. L'abus de quelques +Hrtiques nommez Valesiens qui retranchoient ainsi toutes les personnes +de leur Secte, avoit dja t considr comme un excs aussi contraire +aux sentimens de la vritable Religion qu'aux rgles communes de +l'humanit. Toutes ces considrations font bien voir la justice de ce +premier Canon de Nice, mais elles ne nous apprennent point quelle en a +t l'occasion. Quelques uns prtendent que ce Canon fut fait +l'occasion du Prtre Leonce, depuis lev par les Arriens l'Episcopat +d'Antioche, qui perdit son rang pour s'tre ainsi mutil lui-mme; mais +en ce que Theodoret ajote que son Ordination toit contre les Loix du +Concile de Nice, il donne quelque lieu de croire que ce Prtre n'avoit +pas encore commis un si grand excs, & que ce ne fut que depuis le tems +de cette sainte Assemble, que le desir de converser plus librement avec +une fille nomme Eustolie, le porta armer ses propres mains contre +lui-mme, en imitant Origne. Quoi qu'il en soit ceux qui toient +devenus Eunuques, ou par maladie, ou par une violence trangre, ne sont +point exclus des Dignitez de l'Eglise; Et c'est ainsi que S. Germain, & +S. Ignace, ont rempli si dignement le Patriarchat de Constantinople. +Mais ceux qu'un faux zele pour la chastet, ou quelqu'autre +considration, a port une action si barbare, sont jugez indignes des +fonctions de leur Ministre, s'ils sont dja du nombre des Clercs, ou +d'tre levez la Clricature s'ils sont encore parmi les Laques; A +l'gard de ceux qui se sont faits Eunuques par intrt, par ambition, ou +par quelqu'autre motif, lche, bas, & odieux, ce n'est pas assez de les +exclure des Charges Ecclesiastiques, il faut les rputer & les tenir +pour si infames, qu'on les bannisse de la compagnie des hommes; c'est +ainsi que l'antiquit en a agi, comme je l'ai fait voir dans l'xemple +de Genutius. Je passe plus loin encore, car j'estime que non seulement +ils doivent tre couverts d'opprobre & de honte, mais mme qu'ils +doivent tre punis comme d'un crime capital; En effet, le droit les +dclare homicides d'eux-mmes; [145]_si quis absciderit semet ipsum, id +est si quis computaverit sibi virilia, non fiet Clericus, quia sui est +homicida, & Dei conditioni inimicus_. _Si quis cum Clericus fuerit +absciderit semet ipsum, omnin damnetur, qui sui homicida est._ Il est +bon d'entendre ce mot _homicida_; car il n'est pas vrai, parler +proprement, que celui qui se fait Eunuque, se fasse mourir; mais c'est +parce qu'il se met en danger de mourir dans l'opration; car comme on +l'a v dans un des chapitres prcdens, l'Empereur dit, que de +quatrevingt-&-dix qu'il a v couper, peine en est-il chapp trois; Il +est donc appell homicide de soi-mme, _propter homicidii periculum quod +sequi poterat sectionem_; au mme sens qu'il est dit dans le chapitre +dernier de la distinction quatrevingt-&-septime, que quiconque expose +un enfant en est homicide; la raison de cela est qu'il ne faut pas +considrer ce qui arrive, mais ce qui pouvoit arriver. _Prtor non ait +cujus casus nocere posset_, dit la Loi, _ex his Verbis_, +ajote-t-elle, [146]_manifestatur non omne quidquid positum est, sed +quidquid sic positum est ut nocere possit, hoc solum prospicere Prtorem +ne possit nocere, nec spectamus ut noceat, sed omnin si nocere possit +Edicto locus sit_; _Corcetur autem qui positum habuit, sive nocuit id +quod positum erat, sive non nocuit._ J'ajote la disposition du Droit, +qu'outre les cas qui y sont exceptez, il y en a un qui mrite d'tre +considr, c'est lors que le salut de tout le corps xige qu'on en +retranche cette partie, car c'est une maxime du bon sens que _prstat +partis qum totius facere jacturam_. Mais j'ai fait voir que la pit ni +la Religion ne pouvoient pas servir de prtexte cette infame +xcution; _Non est licita ad servandam aliquam virtutem_. _V. G. +Castitatem, quia non desunt alia media quibus cum Dei gratia possit homo +& assequi & tueri hanc virtutem._ Au reste, il y a une remarque faire +sur ce sujet qui n'a pas t trouve indigne des plus habiles Critiques, +& des plus clbres Jurisconsultes; Mornac la rapporte dans son +Commentaire sur la Loi, _si quis Cod. de Eunuchis_. Voici en quoi elle +consiste. Le Canon neuvime de la distinction cinquante-cinquime +contient ces mots, _Eunuchus si per insidias hominum factus est, vel si +in persecutione ei sunt amputata virilia, vel si ita natus est dignus, +fiat Episcopus_; ce mot _Episcopus_ a paru l mal plac, on a eu +recours, pour s'claircir sur le doute qu'on en a eu au Canon des +Aptres vingt-&-unime, & on y a trouv dans l'xemplaire Grec le mot +[Grec: Chleoikos], & non pas celui d'_Episcopus_. Ce qui avoit +donn lieu ces Savans de douter toit, dit Mornac, que l'indcence & +la difformit d'un homme sans barbe & effmin, desagrable & mprisable +dans le Public, ne permettoit pas de croire que l'Eglise l'et lev sur +une de ses premires chaires pour y enseigner, y prsider sur tout le +reste du Clerg, & pour le dire ainsi, pour dominer sur lui: Cette +rflxion n'est point inutile ici, car il parot que quelque support que +l'Eglise ait eu pour ces malheureux, l'tat de leur personne a tojours +t si vil & si abject, que quelques dignes qu'elles fussent d'ailleurs, +elle n'a jamais voulu les placer dans les lieux minens, ni leur +confrer des Dignitez illustres & considrables. + +Je finirai ce chapitre & cette premire Partie de mon Ouvrage tout +ensemble, par quelques remarques qui ne seront point inutiles mon +sujet. Je dirai d'abord que je n'ai point prtendu faire une Histoire +naturelle des Eunuques, ni une Histoire xacte du sort qu'ils ont eu +dans tous les sicles, & dans tous les Pas; les moeurs des Nations & +des tems sont fort diffrentes, on voit la honte de la raison humaine, +que ce qui a t du got du Public dans un sicle, dplat beaucoup dans +un autre. Cette bizarerie parot sur tout parmi les diffrens Peuples +qui ont diffrens gnies. Ce dfaut de virilit n'est pas galement +honteux par tout, il rend considrables en plus d'un lieu des gens qui +sans cela ne le seroient point: leur nom n'est pas galement une injure +dans tous les Pas; Ils ont xerc les premiers Emplois & re des +honneurs qui ne cdoient qu' ceux qui toient rendus aux Souverains. On +voit encore presque la mme chose dans tous les Pas du Levant, dans la +Perse, dans l'Egypte, dans la Mesopotamie, & il est de notorit +publique qu' la Porte du grand Seigneur, & dans la vaste tendu de son +Empire qui s'tend dans les trois parties de l'ancien Monde, les +Eunuques possdent une autorit presque pareille la Souveraine; Ils +toient autrefois les yeux & les oreilles des Rois de Perse, ils le sont +encore de l'Empereur des Turcs. Les Romains au contraire ont tojours eu +en horreur ces demi-hommes, & abomin la Castration; voici comment Csar +en parle l'occasion d'une infinit de personnes auxquelles le Roi +Pharnacs avoit fait perdre la virilit[147], _quod quidem supplicium_, +dit-il, _gravius morte Cives Romani ducunt_; cependant on voit que peu +aprs du tems des Antonins Plautianus fit faire un grand nombre +d'Eunuques, comme je l'ai dit ailleurs; Et aujourd'hui les Italiens en +ont beaucoup & en font cas. [148]Mr. Chevreau nous apprend qu'ils nomment +vertueux leurs _Castrati_ qui ont la voix belle, & qu'ils honorent du +mme ttre les Courtisanes, quand elles chantent, qu'elles dessinent, +qu'elles jouent de la Guitare, ou qu'elles font un Madrigal. La Reine +Christine les appelloit, _la Virtuosa Canaglia_. C'est une chose qui est +digne de remarque, qu'il n'y a proprement que l'Italie, qui n'est qu'un +coin de terre en comparaison de tout le reste du monde Chrtien, qui +produit des Eunuques. Il seroit fort difficile de rapporter exactement +tout ce que le caprice des hommes leur a fait faire cet gard dans +tant de sicles qui se sont coulez, & parmi tant de Peuples qui ont +habit toutes les parties du Monde; D'ailleurs, comme ce n'est point le +but de cet Ouvrage, il me suffit de conclure de tout ce que j'ai dit +jusques ici, qu'il ne parot aucune Ordonnance, aucune Loi, ni aucune +Constitution, qui rglent le mariage des Eunuques, ce que l'on +trouveroit infailliblement dans les Historiens anciens & modernes, ou +dans les compilateurs du Droit, s'il leur avoit t permis d'en +contracter, & s'il s'en toit effectivement contract, de mme qu'on en +trouve concernant la facult de se faire Eunuque, de tester, d'adopter, +d'xercer la Tutelle, & d'tre appell en tmoignage; on y trouve au +contraire des Loix qui les deffendent absolument. C'est ce qu'il s'agit +d'xaminer plus particulirement dans la seconde Partie de cet Ouvrage. + +_Fin de la premire Partie_. + + + + +SECONDE PARTIE. + + Dans laquelle on discute le droit des Eunuques par rapport au + mariage; & dans laquelle on xamine s'il doit leur tre permis de + se marier. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + +_De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque ne peut y rpondre._ + + +Mon dessein n'est point de faire ici l'loge du Mariage, & moins encore +d'outrer les choses sur ce sujet, comme a fait un Auteur moderne dont +les xagrations ont t fort releves[149]. Je n'ai pas dessein non +plus d'xaminer fond la matire du mariage; Sanchez & Pontius y ont +trouv de quoi faire chacun un gros volume in folio; & nous avons v +depuis peu, qu'un Ecclsiastique de Florence nomm Charles Mazzi, a +tch de traiter succinctement ce sujet & de rduire ce qu'on en a dit +en abreg comme il parot par le titre de son Ouvrage, qui est, _Mare +Magnum Sacramenti Matrimonii in exiguo_; Cependant, son Livre est un +Volume in folio; Ce qui a donn lieu un habile homme de dire[150], que +puis que l'Auteur, en nous donnant un in folio, ne nous montre qu'en +petit l'ocean du mariage; combien de volumes faudroit-il pour nous le +montrer en grand? Quoi qu'il en soit, c'est une matire si vaste, si +agite, si pleine d'cueils, que les Thologiens Casuistes ne savent +comment faire pour l'puiser, & qu'ils se trouvent souvent incertains de +la route qu'ils doivent tenir; Je me contenterai donc de poser quelques +principes gnraux par lesquels je ferai connotre la nature & le but du +mariage, pour en tirer ensuite des consquences ncessaires au sujet +particulier que je traite. + +Le Mariage est, selon la dfinition que les Jurisconsultes en donnent, +un consentement de l'homme & de la femme, de passer leur vie ensemble +dans une union perptuelle, qui ne soit sparable que par la mort de +l'un ou de l'autre; [151]_Viri & mulieris conjunctio individuam vit +consuetudinem continens_. Quoi que cette dfinition soit donne par des +Jurisconsultes qui ont t les oracles de la Jurisprudence, j'oserai +dire nanmoins qu'elle n'est point juste; car si elle l'toit, la +Tourterelle qui ne s'accouple qu'avec un mle, & qui ne se laisse point +approcher par un autre lors que le premier est mort, auroit contract un +mariage; ce qu'on ne peut pas dire d'une bte destitue de raison & +d'intelligence. D'ailleurs, le concubinage constant avec une seule femme +seroit aussi un vritable mariage, ce qui est contraire l'institution +de son union. Toutes les unions qui sont indivisibles dans la socit ne +sont pas des mariages; cependant, pour ne pas disputer ici contre une +dfinition re depuis tant de sicles, je dirai seulement qu'elle +contient deux expressions qui demandent quelqu'claircissement; l'une +est le mot _conjunctio_, il ne se prend pas simplement pour le +consentement des contractans, il se prend aussi _pro corporum +commixtione_. L'autre est le terme _individuam_, il s'entend de ceux qui +contractant mariage lesquels sont censez avoir dessein de vivre ensemble +dans l'union jusqu' la mort de l'un ou de l'autre, car le divorce toit +permis chez les Romains, comme on le voit par le ttre entier du Code de +_Repudiis_, & du Digeste _De Divortiis & Repudiis_. Ce que je dirai dans +la suite de ce chapitre pourra satisfaire aux doutes auxquels ces mots +ont donn lieu. + +Le Mariage est la plus excellente de toutes les unions. 1. Parce que +c'est Dieu qui l'a institu dans le Paradis terrestre, durant l'tat +d'innocence. 2. Parce qu'il n'y a rien qui convienne mieux l'homme que +le mariage, ni qui se rapporte plus parfaitement ses besoins. 3. Parce +que le mariage est trs ncessaire au monde pour y conserver les +Socitez, & pour y entretenir la sagesse & la pudeur. + +La diffrence des sxes & ces paroles, _croissez & multipliez_, que Dieu +a prononces lui-mme lors qu'il les joignit ensemble, qu'il institua le +mariage & qu'il le benit, font voir manifestement que le but de cette +union n'est autre que la propagation du genre humain. Cette union ne +peut donc point passer pour un simple consentement de demeurer ensemble, +comme quelques-uns l'ont cr, mais _pro corporum commixtione_, ou _pro +copula carnali_. Ces paroles de Dieu, _& ils seront deux dans une mme +chair_, ne signifient autre chose. Les Canonistes ne regardent le gendre +& la fille que comme une seule & mme personne, comme un seul & mme +enfant, _si vir & uxor non jam duo sed una caro sunt, Non aliter est +nurus reputanda quam filia_, or ils ne peuvent tre una caro que par la +consommation du mariage, _non aliter vir & uxor mulier non possunt una +caro fieri nisi carnali copul sibi cohreant_; ce sont les termes qui +sont employez dans le droit Canon[152]. En effet, si ces paroles ne +signifioient qu'un simple consentement, quel sens pourroit-on donner +cette expression de Saint Paul, _Ne savez-vous pas que celui qui +s'attache avec une femme dbauche est fait un mme corps avec elle, car +les deux_, est-il dit, _deviendront une mme chair_. Un homme qui commet +paillardise avec une femme, ne s'engage pas demeurer tojours avec +elle, comment donc est-il fait un mme corps avec elle? Ce ne peut tre +que _per corporum commixtionem_, ou _per copulam carnalem_, comme je +l'ai dit; Or quel but peut avoir cette conjonction, selon l'intention de +Dieu qui en a t l'Instituteur? a t de procurer ligne, d'engendrer +des enfans; _Croissez & multipliez_, dit-il, voila pourquoi je vous +joins ensemble; Il ne dit pas, _divertissez-vous, donnez l'essor vos +passions brutales. Faites tout ce que vos sens & la nature xigeront de +vous, uniquement dans la v de leur plaire & de les satisfaire_. +D'ailleurs, Adam tant dans l'tat d'innocence, le dessein de Dieu ne +pouvoit pas tre de lui donner cette libert, il n'avoit point alors de +ces convoitises charnelles qui sont nes avec ses successeurs depuis sa +chute. Il est vrai que quelques Interprtes ont cr que ce mot +_croissez_ ne regardoit que la grandeur du corps; mais outre qu'il est +certain que le mot original signifie, _fructifiez_, & que c'est en ce +sens qu'il est dit au Pseaume 132., _l'Eternel a jur la vrit David, +il ne s'en dtournera point, je mettrai du fruit de ton ventre sur ton +Trne_, c'est dire, quelqu'un des tiens & de ta postrit; c'est en ce +mme sens qu'Elizabeth dit en passant Marie, _benit est le fruit de +ton ventre_, les Auteurs profanes se servent de la mme expression dans +le mme sens, tmoin celui-ci du Pote Claudien,[153] + + _Nascitur ad fructum mulier prolemque futuram._ + +Cette expression est aussi connu dans le droit Canon[154], dans lequel +_Mater in procreatione fili dicitur radix, Filius Ver flos & pomum_, +outre tout cela dis-je, il est certain que le mot _multipliez_ qui suit +celui-ci, _fructifiez_, te toute l'ambiguit qu'il pouroit y avoir; & +d'ailleurs, le Prophete Malachie explique les paroles de Dieu d'une +manire claire & qui ne laisse aucun doute dans l'esprit; Il parle un +mari de sa femme lgitime en vertu d'un Contract qu'il a fait avec elle, +& il lui dit, _N'est-elle pas l'ouvrage du mme Dieu, & n'est-ce pas son +souffle qui l'a anime comme vous? Et que demande cet Auteur unique de +l'un & de l'autre, sinon qu'il sorte de vous une race d'enfans de Dieu!_ +Saint Paul nous en donne un Commentaire peu prs pareil, lors que +parlant des veuves il dit, [155]qu'_il veut que les jeunes se marient & +qu'elles mettent des enfans au monde_; on prend donc des femmes & on se +marie avec elles pour en avoir des fils & des filles, _afin de +multiplier & de ne point laisser prir ntre nombre_, comme s'exprime le +Prophete Jermie[156]. Dieu donc n'a tabli le mariage que pour susciter +ligne, & par ce moyen nous rendre en quelque faon vivans aprs ntre +mort; [157]_Natura nos docet parentes pios liberorum procreandorum animo +& voto uxores ducere. ...... Et enim id circ Filios filiasve concipimus +atque edimus ut ex prole eorum, earumve, diuturnitatis nobis memoriam in +vum relinquamus_; De l vient que quelques Interprtes estiment que +Jsus Christ dans Saint Luc[158], dit que ceux qui seront ressuscitez ne +se marieront point; car, dit-il, _ils ne pourront plus mourir_, comme +s'il vouloit dire que le mariage n'tant tabli que pour nous substituer +des successeurs aprs ntre mort il ne sera plus ncessaire de se marier +aprs la rsurrection, puis qu'alors on ne pourra plus mourir. Le desir +d'avoir ligne est dans l'homme & dans la femme, mais on dit qu'il est +plus grand aux femmes qu'aux hommes, & que de l vient que ce contract a +pris son nom de la femme pltt que de l'homme, _Matrimonium_, +dit-on[159], _a matris nomine, non adepto jam, sed cum spe & omine jam +adipiscendi_. Mais j'avou que je ne suis point du tout de ce sentiment, +car il est certain que l'homme perptuant son nom & sa rputation par le +moyen de ses enfans, doit souhaiter beaucoup plus d'en avoir, que la +femme dont le nom est teint lors qu'elle se marie, parce qu'elle prend +celui de son mari, & dont la rputation consiste uniquement faire son +devoir envers son mari & envers sa famille, _la gloire de la femme_, au +reste, _tant le mari_, comme parle Saint Paul; D'ailleurs, pour me +servir de l'expression des Canonistes[160], _filius matri ante partum +est onerosus, in partu dolorosus, post partum laboriosus_. Je croirois +donc qu'il seroit plus vrai-semblable de dire que le mariage prend son +nom de la femme, parce qu'elle contribu plus au mariage que l'homme. +Quoi qu'il en soit, il rsulte tojours de tout ceci, que le desir +d'engendrer est le but & la fin du mariage; les Philosophes eux-mmes en +conviennent, _Quem admodm_, disent-ils, _homo naturaliter & +substantialiter est Animal, ita est vivens, Naturalissimum autem opus +viventium est generare sibi simile; perfectum est_, disent-ils encore, +_unum quodque, cum simile sibi producere potest_. Suivant ces maximes, +comment le mariage peut-il convenir un Eunuque? Comment peut-il tre +capable de le contracter? Et ne parot-il pas que l'Eunuchisme & le +mariage sont deux choses incompatibles & essentiellement opposes? Aussi +les Payens, quoi qu'ils ne se conduisissent qu' la lueur de la raison +humaine obscure & borne, ne vouloient pas qu'on contractt mariage +aucun autre but qu' celui de procrer ligne. Voici un xemple qui le +fait bien voir; Septitie mre des Trachales Ariminsens, pour leur faire +dpit, bien qu'elle ft hors d'ge de porter enfans, pousa un Publicius +aussi fort g, & par un testament les priva de sa succession; ces deux +fils s'en tans plains au Divin Auguste, il dclara le mariage nul, & +cassa le testament, voulant que ses enfans fussent ses hritiers, & +refusant mme au vieillard l'avantage que cette femme lui faisoit +cause qu'ils avoient contract leur mariage sans esprance d'avoir +ligne. Si la justice mme s'toit mise dans son Trne, & qu'elle et +pris connoissance de cette affaire, auroit elle plus quitablement & +plus gravement prononc? Parmi les btes mmes qui n'ont point pch & +qui sont toutes demeures dans les termes de leur nature, qui suivent +toutes leur ordre, les femelles ne souffrent le mle que pour devenir +mres. + + + + +CHAPITRE II. + +_Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du mariage, ils ne +doivent pas le contracter._ + + +Les Eunuques qui contractent mariage sont de mauvaise foi & mritent +d'tre punis. Premirement ils commettent une fausset insigne. Ils se +donnent pour hommes & ils ne le sont point; la fausset, selon les +Jurisconsultes[161], _est actus dolosus veritatis mutand gratia ad +alterum decipiendum factus, quem lex pro falso habet, & lege Cornelia de +falsis corcet_. Il n'est pas ncessaire que les Eunuques pour tre +coupables de fausset ayent dit positivement qu'ils toient capables de +satisfaire aux Loix de mariage, il suffit que sachant les Loix ils se +soient engagez dans cette union & qu'ils ayent donn lieu par l +croire qu'ils pouvoient en remplir les devoirs. [162]Car _falsum +committitur non dicto sed facto_, comme on le voit par tous les cas qui +sont rapportez dans la Loi _Quid sit falsum quritur_, 23. _ff. ad legem +Corneliam de falsis_. + +En second lieu, ils promettent ce qu'ils ne peuvent point tenir. On fait +diffrence en droit entre _Sponsalia & Matrimonium_; _sponsalia sunt +mentio & repromissio nuptiarum futurarum_; ce sont les termes de la loi +premire _ff. de sponsalibus_. Ce mot _sponsalia_ vient du mot +_spondere_ qui signifie _promettre_. Le droit Canon est fort diffrent +du droit Civil en ce qui concerne les fianailles des Enfans, ou des +Adolcens. Le premier[163] dcide nettement que _sponsalia amborum +Infantium, vel alterius tantum per supervenientiam majoris tatis non +validantur, nec publicam honestatem inducunt_. [164]L'Autre au contraire +dit absolument que _sponsalibus contrahendis tas contrahentium definita +non est_, mais il ajote ces mots, _ut in matrimoniis_. C'est dire, +_in Matrimonio non consideratur principaliter tas, sed potentia +generandi_. L'tat des contractans doit tre certain, parce qu'il faut +qu'ils soient capables de le consommer. S'il arrive que l'un n'en soit +pas capable, il n'y a point de mariage parce que, _ubi datur permixtio +habilis cum inhabili vitiatur actus, quando requiritur concursus +habilitatis in utroque_, c'est une maxime qui est manifestement +dmontre par les Canonistes qui ont comment la Loi, _utile non debet +per inutile vitiari_. C'est sur cela que le chapitre second _de +Frigidis_ est fond; Il porte prcisment ces mots, _sicut puer qui non +potest reddere debitum, non est aptus conjugio, sic qui impotentes sunt +minime apti ad contrahenda matrimonia reputantur_. Un enfant n'est pas +propre au mariage parce qu'il ne peut point en remplir les devoirs. Il y +a du plaisir lire la dispense d'ge que l'Archevque de Tours accorda +dans le Mariage de Lous, Dauphin, fils du Roi Charles Sept, & de +Marguerite d'Ecosse, parce que l'Epoux n'avoit que quatorze ans, & que +l'Epouse n'en avoit que douze; comme si une dispense de cette nature +toit une chose qui ft au pouvoir des hommes; il n'y a que la Nature +qui puisse en accorder de telles[165]. Justinien a fix la pubert +quatorze ans, & le droit Canon a fix celle des filles douze, mais il +excepte de cette Loi gnrale celles, _in quibus malitia supplet +tatem_. Mais la nature n'est point assujettie aux Loix Civiles ni aux +Loix Canoniques; Elle sort quelquefois de ses propres rgles, elle est +tantt avare, & tantt prodigue de ses faveurs. L'Ecriture Sainte parle +de Salomon qui engendra Roboam l'ge d'onze ans, & d'Achaz qui +engendra Ezechias l'ge de dix ans. S. Jrme, le Pape S. Grgoire, +Scaliger, Mr. Bochart, & plusieurs autres, ont rapport des cas +singuliers. Ils ont v un garon de dix ans avoir eu un enfant de sa +nourrice; ils ont v d'autres xemples de ces fruits prcoces[166], mais +ni l'autorit des hommes, ni leur artifice, n'avoit rien contribu +leur production. Les Eunuques qui n'ont plus ce que la nature leur avoit +donn pour tre capables du mariage, ont beau recourir la faveur & +l'autorit des hommes, ils ne les mettront jamais en tat de le +consommer, & jamais ils n'obtiendront d'eux le pouvoir d'xcuter ce +qu'ils auront promis par leur engagement. Ils ont donc tort de promettre +solemnellement ce qu'ils savent ne pouvoir absolument tenir par +eux-mmes quelque secours qu'ils reoivent d'autrui; _Paria censentur +jurare & Religione data fide promittere_; Et ils ne sont point +excusables par la raison que les Jurisconsultes en rendent; _Permittenti +non subvenitur quando tempore promissionis difficultatem sciebat_. Les +Canonistes parlant du mariage de David avec la Sunamite[167], si tant +est que c'en ait t un vritable, puis que Bethsabe, Abigail, & ses +autres femmes & ses concubines, vivoient encore, mettent en question si +David fit bien de l'pouser, n'tant point en tat de consommer le +mariage avec elle; Et ils ne l'excusent que parce qu'il ne la prit point +par un mouvement de convoitise, de son bon gr, mais par l'avis, ou +plutt l'ordre des Mdecins, & pour satisfaire aux Principaux de son +Royaume. Ils disent encore que la vie de David ayant t prolonge par +ce moyen; Adonias ayant t vaincu, & le Rgne de Salomon bien tabli, +on doit en juger favorablement. + +Enfin, le mariage est une espce de contract de vente & d'achat, le mari +aquiert la puissance du corps de la femme, & la femme aquiert la +puissance du corps du mari. A Rome autrefois le mariage se faisoit _per +emptionem_; c'est donc un contract de bonne foi dans lequel le +Jurisconsulte dit[168] que le dol doit tre prsum lors qu'on tient +malicieusement quelque chose de secret; Comme donc dans un contract de +vente rien ne doit demeurer inconnu ni douteux: que l'acheteur doit +avoir connoissance du vice de la chose qu'on lui vend, ou de la maladie +secrette & cache dont l'animal vendu pourroit tre atteint. De mme +aussi dans cette espce d'achapt toute la fraude doit tre impute +l'Eunuque qui a cach son impuissance. Fragosus xamine dans son +excellent Ouvrage qui a pour ttre, _Regimen Reipublic Christian. +Impedimenta matrimonii an sint revelanda quand sunt omnin secreta_, & +il dcide la question[169] en disant, que celui qui ne rvle pas les +empchemens lors qu'ils sont diriments, pche mortellement; le mariage +de ces sortes de gens est si odieux qu'il est tojours dclar nul & +comme non avenu ds que leur tat est dcouvert. + +Les nces qui se faisoient parmi les Romains, _per comptionem_, se +clbroient de cette manire; Aprs quelques crmonies, _se se comendo +interrogabant, vir ita, an sibi mulier mater familias esse vellet? illa +respondebat, velle; Interim mulier interrogabat an vir sibi pater +familias esse vellet, ille respondebat velle. Sic mulier in viri +conveniebat manum_; c'est ce propos que Virgile a dit, + + _Teque sibi generum Thetis emat omnibus undis_. + +Servius observe que ce mot _emat_, se rapporte l'ancien usage de +contracter. On peut voir toutes les solemnitez de ces sortes de mariages +dans le Livre sixime de la Cit de Dieu de Saint Augustin, & dans le +chapitre neuvime du Livre sixime des Antiquitez Romaines de Rosinus. + + + + +CHAPITRE III. + +_Le Mariage des Eunuques est considr comme nul & comme non avenu._ + + +C'est une maxime en Droit, que _falsum quod est, nihili est_. Les +Eunuques qui s'unissent avec une femme, la trompent; Ils ne contractent +point mariage avec elle puis qu'ils ne sont pas capables de contribuer +de leur part comme ils le devroient la substance du mariage; Ainsi on +peut dire que ce n'est qu'un vain phantme, ce n'est qu'un mariage feint +& simul, & nullement un mariage rel & vritable. De l vient que quand +il s'agit de sparer une femme qui a t surprise par un Eunuque, on ne +dissout point le mariage, mais on dclare qu'il n'y en a point eu. C'est +sur ce principe que toute la Jurisprudence de ces sortes de conjonctions +est fonde[170]. Elle fait voir qu'il n'y a ni mari, ni femme, ni dote, +ni douaire. La loi _in causis_, contient une dcision prcise sur ce +sujet, _si maritus_, dit-elle, _uxori ab initio matrimonii usque ad duos +annos continuos computandos coire minime propter naturalem +imbecillitatem valeat, potest mulier vel ejus parentes sine periculo +dotis amittend repudium marito mittere_. La loi _si serva servo_, +s'explique bien plus clairement[171]; _si spadoni_, dit-elle, _mulier +nupserit, distinguendum arbitror castratus fuerit, nec ne; ut in +castrato dicas dotem non esse, In eo qui castratus non est, quia est +matrimonium, & dos & dotis actio est_. Au second cas le mari a action +pour la dote, & la raison qui en est donne, c'est qu'il y a mariage, & +par consquent dans le premier cas il n'y a point de mariage, puis qu'il +n'y a point d'action pour la dote; cette matire mrite qu'on s'y tende +un peu davantage. + +Il semble ordinairement que ds l qu'une femme est lie par contract +avec un homme, & que les crmonies de l'Eglise ont rendu ce lien +solemnel, il y a un vritable mariage, mais on se trompe; cette erreur +est fonde sur cette maxime de Droit que j'expliquerai dans la suite. +_Consensus non concubitus matrimonium facit._ Voici un Jurisconsulte qui +nous en dtrompe, c'est Ulpien qui prononce formellement sur ce sujet. +_Non omnes conjunctiones implent conditionem cm nupserit, put enim +nundum nubilis tatis in domum mariti deducta, non paruit conditioni si +nupserit vel si ei conjuncta fit, cujus nuptiis erat interdictum._[172] +Ce n'est point assez d'avoir pass contract, d'avoir pous la face de +l'Eglise, d'avoir t mene dans la maison de l'Epoux, d'avoir t mise +entre ses bras, toutes ces circonstances ne sont que des apparences du +mariage, mais elles ne font pas le mariage. Il faut que le mari & la +femme ayent t nubiles & capables de le consommer. C'est donc avec +raison que l'Empereur Justinien a dcid dans ses Institutes, que si +cette femme perd son mari avant qu'elle ait t _viri potens_, elle ne +lui a jamais t femme lgitime; [173] _Nec vir, nec uxor, nec nupti, +nec matrimonium, nec dos intelligitur_. Le Jurisconsulte Labeo +s'explique encore plus clairement, [174]_quando pupill_, dit-il, +_legatum est, quandocumque nupserit, si ea minor qum viri potens +nupserit, non ante ei, legatum debebitur qum viri potens esse +coeperit, quia non potest videri nupta que virum pati non potest_; +L'Histoire[175] rapporte un fait qui est digne de remarque; Franois I. +souhaitant de tirer le Duc de Clves du parti de l'Empereur +Charles-Quint, & de l'engager dans le sien, pressa & contraignit +Marguerite de France sa Soeur, & Henri d'Albret Roi de Navarre son +beau-frre, de lui donner en mariage Jeanne leur fille qui n'toit ge +que de huit neuf ans; le mariage fut concl & arrt, solemnis dans +la Ville de Chteleraud, l'Epouse conduite au lit nuptial; cependant, +par jugement du Pape, il a t dit depuis, qu'il n'y avoit point eu de +mariage, & cette jeune Princesse a t marie de nouveau Antoine de +Bourbon; C'est sur ce principe sans doute que les Tribunaux[176] ont +permis une fille qui avoit t marie l'ge de sept ans avec le +Frre an, de se marier ensuite avec le frre Cadet, lorsqu'elle est +parvenu dans un ge Nubile. Ce seroit autoriser un Inceste si on +considroit le premier mariage comme un vritable mariage. Et il parot +bien qu'il n'est point du tout consider comme tel; [177]Il est mme +deffendu aux Prtres par les Conciles de marier des gens notoirement +incapables d'xercer les fonctions du mariage. Les Canonistes sont +beaucoup plus dcisifs sur cette matire que les autres Jurisconsultes, +car ils vont jusques l qu'ils disent que _contractus ante pubertatem +etiam cum nisu carnalis copul non facit Matrimonium_. On sait ce que +c'est que _Pubertas_, en tout cas le chapitre troisime du mme ttre +l'enseigne; _Puberes_, dit-il, _a Pube sunt vocati id est a Pudentia +corporis nuncupati, quia hc loca primo lanuginem ducunt; Quidam tamen +ex annis pubertatem existimant, id est eum esse puberem qui tredecim +annos implvit, quamvis tardissim pubescat; Certum est autem eam +puberem esse, qu ex habitu corporis pubertatem ostendit, & generare +jamjam potest, & puerper sunt qu in annis puerilibus pariunt_; De +sorte que suivant cette dfinition les Eunuques ne sont jamais +_puberes_, & n'tans d'ailleurs jamais capables du mariage, ceux qu'ils +contractent sont nuls par eux-mmes. Les Conciles & les Papes deffendent +expressment de faire les crmonies prescrites par l'Eglise, comme de +donner la bndiction, &c. pour des mariages nuls, tels que sont ceux +dont je viens de parler, afin qu'elles ne soient pas faites en vain. Je +concls donc, _que non est inter eos matrimonium quos non copulat +commissio sexus_, comme il est dit dans le Decret de Gratien[178]; _Non +est dubium_, dit-il, _illam mulierem non partinere ad matrimonium cum +qu commistio sexus non docetur fuisse_. [179]_Qui matrimonio conjuncti +sunt & nubere non possunt, illi non sunt conjuges_; Voici en un mot ce +que c'est que le mariage au sentiment des Canonistes, _In omni +matrimonio_, disent-ils[180], _conjunctio intelligitur spiritualis quam +confirmat & perficit conjunctorum commistio corporalis_. Ds l donc que +dans le mariage des Eunuques il n'y a jamais eu de vritable mariage, +parce qu'il n'y a jamais eu de vritable conjonction, on ne prononce +point de dissolution, on dit simplement qu'il n'y a point de mariage, & +que la partie plaignante est en libert d'en contracter un avec qui bon +lui semblera. [181]_Tum propri non fit divortium, sed fit declariatio, +ut alii sciant illam societatem non esse conjugium, & conceditur person +qu habet natur vires integras ut etiam vivente altero impotente possit +contrahere cum alio_. [182]L'Eglise Romaine qui considre le mariage +comme un Sacrement, ne le dissout jamais, [183]_quo ad vinculum_, elle ne +spare la partie plaignante que, _quo ad thorum_; lors donc qu'elle +permet la partie plaignante de se remarier, c'est qu'elle estime qu'il +n'y a point eu prcdemment de mariage; c'est donc se moquer & abuser +des crmonies les plus graves de la Religion que de les faire +intervenir dans un acte faux & chimrique pour autoriser une imposture, +qui produit des inconvniens qu'il seroit trs bon de prvenir. On peut +dire mme que ces gens-l sont dans le cas de la Novelle que l'Empereur +Justinien a donne[184], pour punir celui des conjoints qui se trouvera +avoir caus mal propos la dissolution du mariage. Solon avoit fait +auparavant une Loi contre ceux qui ne pouvoient pas rendre les devoirs +ds leur femme; Il donnoit ces femmes l'action d'injure contre ces +maris impuissans. + + + + +CHAPITRE IV. + +_Inconvniens que le Mariage des Eunuques produit ordinairement._ + + +Le[185] Pote Claudien parlant d'un Eunuque, l'appelle une vieille ride. +Trence lui donne le mme nom, _Eunuchum_, dit-il[186], _illumne obsecro +Inhonestum hominem, quem mercatus est here, senem mulierem_; Mais +Martial pousse la Satyre & l'injure plus loin, il ne se contente pas de +dire, en parlant de Numa qui avoit v un Eunuque effemin,[187] + + _Thelin viderat in toga spadonem,_ + _Damnatam Numa dixit esse moecham_; + + Il dit encore[188], + + _Dos etiam dicta est. Nondum tibi Roma videtur_ + _Hoc satis? Expectas numquid & ut pariat?_ + +Toute la diffrence qu'il y a, c'est que Martial parle de deux hommes +qui se faisoient passer pour femmes, & que je parle d'hommes qui sont +vritablement comme des femmes, & auxquels ce qui est dit dans la Loi, +_cm vir nubit. cod. ad legem Juliam de Adulterio_, convient peu prs. +Ce sont les Empereurs Constantius & Constance qui y parlent, _cm vir_, +disent-ils, _nubit ut fmin viris, paritura quid cupiatur, ubi sexus +perdidit locum, ubi scelus est id, quod non proficit scire, ubi Venus +mutatur in alteram formam, ubi amor quritur nec videtur_. Cet +assemblage ne produit point l'effet que la femme en avoit espr; +[189]_sic virg intacta manet, inculta senescit_; selon l'expression de +Catulle & d'Ovide.[190] Ce n'est point l l'intention de cette femme, ni +le but du mariage, + + _Foemina fortun similis formosa videtur,_ + _Non amat ignavos illa nec ista Viros._ + +ou pltt comme s'exprime le mme Pote qui dit plusieurs vritez en +raillant d'une manire trs agrable & trs enjoue, + + _Sp quiescit ager, non semper arandus, at uxor_[191] + _Est ager, assiduo vult tamen illa coli._[192] + +Si cette ide parot outre, il y en a une autre qui n'est pas plus +avantageuse aux Eunuques, & dont les consquences ne sont pas plus +favorables eux & leurs femmes. + +Ce ne sont que des demi-hommes;[193] Juvenal appelle un Eunuque +_semivir_. Mais c'est trop dire en leur faveur; ce ne sont que des +arbres striles, des troncs desschez, comme s'exprime Esae. + + _Truncus iners jacui, species & inutile signum,_[194] + _Nec satis exactum est corpus an umbra forem._ + +Voila la vritable description d'un Eunuque; Et voici deux traits qui en +achvent le portrait; l'un est donn par les Jurisconsultes, & l'autre +par un Ecrivain sacr. + +L'Eunuque est un homme tojours malade, & tojours +languissant, [195]_morbosus_; Par consquent incapable de faire les +fonctions de la vie active; _sin autem ita spado est_, dit le +Jurisconsulte Paulus, _ut tam necessaria pars corporis ei penitus absit, +morbosus est_; c'est un malade impuissant qui voit l'occasion d'agir & +qui ne peut; Qui comme Tantale se voit au milieu des biens & des +plaisirs & qui ne peut point les goter; on peut dire de lui ce +qu'Horace dit[196] de son avare, mon ami, lui dit-il, vous avez entendu +parler de Tantale? Il meurt de soif au milieu d'un fleuve dont l'eau +fuit aussi-tt qu'il veut boire. De qui pensez-vous rire? C'est de vous +que parle la Fable sous un nom emprunt; vous dormez sur des sacs +d'argent entassez autour de vous les uns sur les autres, vous les +dvorez des yeux, cependant vous n'oseriez non plus y toucher qu' des +choses sacres; Et ce sont des richesses en peinture vtre gard. La +diffrence qu'il y a, c'est que l'avare peut & ne veut point se donner +du plaisir de son bien, & que l'Eunuque voudrait bien, mais qu'il ne +peut point, & en cela on peut dire, que la comparaison de lui Tantale +est plus juste, que celle qu'Horace fait de son avare Tantale; On peut +dire l'Eunuque plus propos qu' l'avare, + + _Indormis inhians, & tanquam parcere sacris_ + _Cogeris, aut pictis tanquam gaudere tabellis._ + +Tant s'en faut donc qu'une femme ses ctez soit un bien qui lui donne +de la joye, il l'afflige au contraire beaucoup, parce qu'il ne peut +point en profiter; c'est une vrit que le Sage a reconnu, & c'est le +second trait qui achve la peinture de l'Eunuque; Il est de la faon de +l'Auteur de l'Ecclsiastique, soit qu'il soit Jsus Sirach, soit que ce +soit Salomon; il parle d'un homme qui porte la peine de son +iniquit[197], & il dit qu'_il voit les viandes de ses yeux & qu'il +gmit comme un Eunuque qui tient une vierge & qui sopire_; cette +comparaison est trs juste, il porte la peine de son iniquit, soit +qu'il n'ait eu autre v que de tromper une femme pour profiter de ses +biens, ou de ses avantages; soit que par une brutalit monstrueuse il +s'abandonne une intemprance qu'il n'est pas dans son pouvoir de +sotenir; Quoi qu'il en soit une femme est trompe; Et elle peut dire +juste ttre, ce qu'Auguste disoit lors qu'il se trouvoit assis entre +Virgile & un autre Pote de son tems, _sedeo inter suspiria & lacrimas_. +Et si cette fraude toit autorise il en rsulteroit plusieurs +inconvniens qui paroissent naturellement, & qui se font voir +d'eux-mmes. + +1. Une femme languiroit & scheroit d'ennui ct d'un homme de cette +nature, car elle a beau l'exciter, ses efforts sont inutiles, c'est +pourquoi n'ayant ni les douceurs du mariage, ni l'apparence d'en jour, +elle s'affligeroit en secret. Cela n'est point sans xemple. L'Histoire +nous apprend que l'Empereur Constantius eut pour femme Eusebia, +Princesse trs belle, & de la beaut de laquelle on parloit par tout +avec admiration. Constantius toit un homme mol, effmin & affoibli par +de longues & continuelles maladies; Eusebia qui toit dans la fleur & +dans la vigueur de son ge, et de frquentes maladies de femmes, & +enfin se consuma, & finit ses jours tique, sche, & dfigure du +chagrin secret, de n'avoir jamais eu la douce & aimable compagnie de son +Epoux, sans que l'excellence de sa beaut, la jeunesse de son ge, ni le +souverain honneur d'tre Impratrice, ayent p lui apporter le moindre +plaisir, ni la moindre satisfaction, bien loin d'avoir p la consoler. +Cela a p tre permis un Empereur, du moins n'a-t-on p lui en +demander raison; mais on ne peut point permettre la mme chose un +particulier dont l'intention injuste est de rendre une femme misrable +pour satisfaire quelqu'une de ses iniques passions; Il n'est pas juste +de le favoriser dans l'entreprise de faire mourir une femme innocente, +vierge & martyre. + +2. Il pourroit arriver qu'une femme n'auroit pas la force de sotenir +une si terrible preuve, ni assez de fermet pour rsister aux +tentations auxquelles elle se trouveroit expose. L'esprit est prompt, +mais la chair est foible, & il ne seroit pas trop surprenant qu'une +femme ne trouvant pas chez elle de quoi satisfaire une passion +irrite, ne reoive d'ailleurs des secours ncessaires pour la +calmer. [198]Un de mes Amis m'a dit en conversation, qu'il se rencontra +un jour chez un Baillif du Pas, dans le moment qu'une femme marie un +Suisse, vint toute m, ayant un petit enfant sur ses bras, se +plaindre lui que son mari toit Eunuque. On lui demanda si cet enfant +qu'elle portoit n'toit point elle: Elle rpondit qu'oui, on lui dit +pourquoi donc elle disoit que son mari toit Eunuque puis qu'il lui +avoit fait un enfant; elle repliqua que cet Enfant n'toit point de lui, +qu'elle ayant bien remarqu qu'il ne faisoit rien qui vaille depuis +plusieurs annes qu'elle toit avec lui, elle avoit pri un ouvrier +maon qui travailloit chez elle de lui faire voir s'il ne feroit pas +mieux: que l'ayant mise sur un coffre qui toit prs de l, il lui avoit +fait cet enfant dans un seul coup; & que son mari n'avoit p en faire +autant dans plusieurs annes avec tous ses efforts. Le mari ayant t +cit sa requte, & depuis visit, on ne lui trouva point de +chrmastire, il avoua qu'il en avoit perdu un l'Arme par un coup de +fusil, & qu'il avoit perdu l'autre par une maladie; l'affaire ayant t +envoye dans l'Universit voisine; le mariage fut cass, & la femme +s'est marie son autre homme. Cet Eunuque voyoit bien que sa femme +ayant un enfant, il falloit qu'elle et eu affaire avec quelqu'autre que +lui, cependant il ne disoit mot; les gens de ce caractre ne sont point +jaloux. Je crois mme que si on proposoit aux Eunuques qui se marient +d'accorder cette permission leur future Epouse, dans leur Contract de +mariage, ils n'en feroient aucune difficult, cela ne seroit pas sans +exemple. Je n'allguerai pas le Jugement solemnel rendu contre un Cocu +qui se plaignoit, dans lequel il est condamn reprendre sa femme & +faire cesser les bruits qu'il avoit rpandus, fond sur ceci qui est le +motif de l'Arrt tel qu'il lui a t prononc,[199] + + _Sois persuad que Cocuage_ + _Est la Clause de Mariage_ + _Clause observe xactement,_ + _Et quand une femme y renonce_ + _On l'en relve en jugement,_ + _C'est en sa faveur qu'on prononce._ + _La Loi pour ce fait seulement_ + _La traite tojours de mineure,_ + _J'en sai telle de soixante ans_ + _Qui n'est pas encore majeure._ + _Cette Clause tire son droit_ + _Des principes de la Nature_ + _C'est en vain qu'un mari murmure_ + _S'il prend le Cas pour une injure._ + +Je ne rapporterai pas non plus diverses dcisions que l'on trouve dans +le Cocu imaginaire de Molire parce que tout cela n'est que fiction; +mais je rapporterai un xemple trs vritable dont voici le cas; La feu +Comtesse de Moret avoit t marie en troisime nces Mr. de Vardes +Gouverneur de la Capelle, & en avoit eu ce Mr. de Vardes, Capitaine de +cent Suisses, que le Roi de France envoya en Espagne ds que son mariage +avec l'Infante fut concl, pour complimenter de sa part la future +Reine; cette Comtesse de Moret fut aussi mre du Comte de Moret btard +de Henri IV. qui fut tu proche de Castelnaudary en l'anne 1632, lors +que Mr. de Montmorancy fut pris en Languedoc; c'est elle qui est clbre +dans l'Euphormion de Barclay sous le nom de Casina, il y est dit qu'elle +fut aussi marie au Comte de Cesy Sancy qui depuis fut envoy +Ambassadeur Constantinople, & on y voit la description d'un Contract +de mariage d'un homme qui veut bien tre Cocu, & qui promet & s'oblige +le souffrir; clause qui fut xcute paisiblement & sans aucun +empchement: Peut-tre cette Dame s'toit-elle mal trouve dans ses +mariages prcdens de n'avoir pas pris cette prcaution dans ses +Contracts. Cette prcaution seroit d'autant plus juste & plus +raisonnable aux femmes des Eunuques que ces hommes effminez ne peuvent +faire eux-mmes ce qu'ils doivent; Et ils sont d'autant plus traitables +sur cet article, que ne pouvant s'acquitter de leurs devoirs, ils +consentent, pour viter les plaintes & les reproches, qu'une femme se +satisfasse comme elle peut. Ils les y portent mme trs souvent, & ils +leur en fournissent eux-mmes les moyens quand il en est ncessaire. Et +s'il arrive quelquefois que leurs femmes ayent du panchant au +libertinage & la dbauche, ils favorisent leur inclination & profitent +de leur prostitution. Tmoin ce Didyme effmin contr lequel [200]Martial +a fait une Epigramme si satyrique. C'a t le seul Eunuque qui ait eu +une femme, du moins qui soit de ma connoissance. Et ce Didyme confirme +ce que je viens de dire, car il produisoit lui-mme sa femme, & en +faisoit un infame commerce dans la v de s'enrichir. + +3. Il se rencontreroit beaucoup de femmes qui, de peur de tomber dans +l'un ou dans l'autre de ces deux extrmitez que je viens de remarquer, +ne voudroient jamais s'engager dans le mariage sans avoir mis +l'preuve celui qui les rechercheroit, & sans avoir mis en pratique le +conseil qu'Ovide[201] a donn aux Amans de tous les sicles, c'est +dire, de prendre garde, _unde legat quod amet ubi retia ponat_; car pour +suivre la mme ide de ce Pote, + + _Scit ben Venator, Cervis Ubi retia tendat._[202] + +Mais les femmes n'ont pas un pressentiment secret de la validit, ou de +l'invalidit d'un homme; Ainsi elles voudront s'en assurer en personnes +sages avant que de serrer les noeuds d'un lien indissoluble; ce n'est +plus la cotume de faire mettre les hommes nuds avant que de solemniser +leurs mariages, Platon le vouloit ainsi[203]. Ceux qui croyoient que +c'toit afin de voir la beaut & la belle disposition d'un corps, se +trompent; ce n'toit que pour voir l'oeil par l'inspection des +parties si l'homme ne vouloit pas tromper une femme; Cela toit d'autant +plus ncessaire que tout le monde n'toit pas, & n'est pas encore +d'aussi bonne foi que le Pre de l'Empereur Galba, Sutone dit[204] +qu'il toit de petite taille, & bossu, que cependant, Livia Ocellina +fille belle & riche en toit amoureuse cause de sa Noblesse, mais +qu'il se dvtit, & lui montra l'imperfection de son corps, de peur +qu'elle l'ignorant ne se trouvt trompe dans la suite. Je ne sai +d'ailleurs si cette inspection suffiroit, car il y a peu de filles qui +sachent quoi il tient qu'un homme soit capable d'tre mari; Ce n'est +que par l'usage qu'elles s'en instruisent; [205]Mr. de Thou rapporte que +Charles de Quellenec, Baron de Pont en Bretagne, avoit pous Catherine +de Parthenas, fille & hritire de Jean de Soubize, mais qu'il y avoit +dja quelque tems que la mre de sa femme lui avoit fait un procs pour +faire rompre son mariage, sous prtexte qu'elle prtendoit qu'il toit +impuissant; Que son procs n'toit point encore termin lors du Massacre +de la S. Barthlemi, dans lequel il fut tu; Que son corps ayant t +jett comme les autres, devant le Louvre, & expos la v du Roi, de +la Reine, & de toute la Cour, un grand nombre de Dames qui n'avoient +point d'horreur d'un spectacle si cruel, & qui regardoient curieusement +et sans honte, ces corps tout nuds, jettrent particulirement les yeux +sur le Baron de Pont, & l'xaminrent avec soin pour voir si elles +pourroient dcouvrir la cause ou les marques de l'impuissance qu'on lui +avoit reproche. Je doute qu'avec toute leur application xaminer ces +objets elles en ayent t plus savantes sur ce sujet. Les Dames +Romaines ne se contentoient pas de la v, elles jugeoient des hommes +sur un tmoignage plus sr, sur la force & sur l'adresse qu'ils +faisoient parotre dans les jeux publics. Il ne falloit que cela pour +tre regard par une femme Romaine comme un homme accompli. [206]_Sed +gladiatorem fecit hoc illos Hyacinthos_; ces prcautions ne sont point +inutiles quand on songe que c'est pour toute sa vie qu'on s'engage, car +nous ne sommes plus au tems qu'on faisoit des Contracts de Mariage _ad +tempus_.[207] Comme celui que Mr. de Varillas [208]dit avoir v dans la +Bibliothque du Roi, fait entre deux personnes de qualit du Comt +d'Armagnac, pour sept ans seulement, se rservant nanmoins la libert +de le prolonger s'il toit trouv propos. + +4. Il arriveroit que des femmes qui auroient eu trop de vertu pour +commencer leur mariage _ab illicitis_, & par un crime, & qui ne +pourroient demeurer toute leur vie dans l'inaction prs d'un phantme de +mari, seroient contraintes de faire du vacarme pour en tre spares. +Une honnte femme ne trouve sa consolation que dans un poux, comme le +disoit Agrippine Tibre lors qu'elle lui demandoit un mari; En effet, +quand une femme n'est point honnte elle trouve suffisamment hors du +mariage de quoi contenter la nature; on rencontre rarement des femmes de +l'humeur de celles de Domitius Tullus dont Pline fait l'histoire dans +l'une de ses Eptres, & qui est rapporte avec des Rflxions +enjoues, [209]par Mr. Bayle dans l'article d'Afer. Ce qui est rapport +dans le Mnagiana est assez le got commun des femmes. Il y est dit que +dans une compagnie d'hommes & de femmes, on s'entretenoit de l'air que +devoient avoir un homme & une femme pour tre bien faits; Quelqu'un dit +que pour tre bien fait un homme devoit tenir de l'homme & sentir son +homme, & que pour les femmes il n'aimoit point celles qui toient +homasses, & moi, reprit une femme aussi-tt, je suis de vtre sentiment, +je n'aime point les hommes effminez. On peut ajoter pour Commentaire +de ces paroles qu'elles n'aiment point les maris, tels que celui dont +parle Mr. de la Fontaine. + + _Qui mainte fte sa femme allguoit_ + _Mainte vigile, & maint jour friable:_ + _Les autres jours autrement s'excusoit_ + _Sans oublier l'Avent ni le Carme._ + + _Vierge n'toit, Martyr, ni Confesseur_ + _Qu'il ne chommt, tous les savoit par coeur,_ &c. + +Nous ne sommes plus au tems de Jean V. Duc de Bretagne qui disoit[210] +qu'il tenoit une femme assez sage quand elle savoit mettre diffrence +entre le pourpoint & la chemise de son mari. D'ailleurs, quand il y en +auroit encore de telles, il est certain que plus elles sont grossires, +& moins elles entendent raison sur ce chapitre. Lors que la nature parle +& que la raison ne la retient point, elle veut tre absolument obe. +Mr. de Varillas met en fait que les femmes les plus spirituelles ont +tojours t les plus faciles. [211]Torquato Tasso a fait un discours +exprs pour le prouver; Et Mr. de Voiture s'est plaint d'avoir souvent +trouv des Bergres trop grossires pour tre trompes par un habile +homme: les plus fines entendent mieux raison. De sorte que les +grossires & les fines se laissent aussi difficilement tromper l'une que +l'autre, sur le chapitre dont il s'agit. + +Je me suis tonn en lisant l'extrait que Mr. Bernard a fait du Recueil +des Traitez de Paix, &c. de voir qu'il y traite de malheureuse +Marguerite Duchesse de Carinthie, laquelle l'Empereur Lous de Bavire +a accord des lettres de divorce d'avec Jean fils du Roi de Bohme pour +cause d'impuissance; voici ses termes. La pice, dit-il, est +considrable...... par la manire dont cette malheureuse Princesse +explique qu'elle en a us, & par les soins qu'elle dit avoir pris pour +faciliter son mari les moyens de lui rendre les devoirs d'un vritable +Epoux. Il rapporte les termes dans lesquels la chose est con, mais +il dit qu'il ne les traduit pas. + +Puis que j'ai dit que je me suis tonn; il est bon que je dise aussi la +raison de mon tonnement. D'un ct cette Epithte de _malheureuse_ ne +peut pas avoir t donne par Mr. Bernard cette Duchesse, pour avoir +obtenu des lettres de Divorce, car au contraire elle doit tre rpute +avoir t bien heureuse d'avoir t spare d'un homme impuissant; non +seulement la justice qu'on lui a faite cet gard, mais encore la +dlivrance d'un joug si pesant mritoit qu'on la qualifit +bien-heureuse, pltt que malheureuse. Si Mr. Bernard avoit parl de +cette Dame par rapport au tems qu'elle toit sujette son mari, il +auroit eu raison de la traiter de malheureuse parce qu'elle l'toit en +effet; mais il en parle par rapport au tems de sa libert, & en ce cas +elle avoit t malheureuse, mais elle ne l'toit plus. Mr. Bernard est +un homme trop judicieux pour avoir fait cette mprise; c'est donc parce +qu'elle a os demander des lettres de divorce, se plaindre de +l'impuissance de son mari, dire les raisons qui la justifioient & les +moyens par lesquels elle s'en toit convaincu, & par lesquels elle en +persuadoit ses Juges. Or Mr. Bernard est trop bon Thologien & trop bon +Politique, & il sait trop bien l'Histoire Ecclsiastique & Prophane +pour ignorer que la Religion, la conscience, l'honneur & la pudeur, +n'obligent point une femme qui n'a pas assez de courage naturellement +pour souffrir le Martyre & pour se laisser mourir petit feu, qui ne +peut pas y suppler par des souffrances volontaires & qui n'a pas la +force de se mortifier par une longue & perptuelle continence, +demeurer auprs d'un mari impuissant & incapable de lui rendre les +devoirs de mari; s'il croyoit que la conscience & la Religion obligent +une femme qui se trouve dans ce cas y demeurer & y garder un profond +silence, il tomberoit dans l'Hrsie de ces Abeliens dont Saint Augustin +rfute l'erreur dans le chapitre 87. de son Livre _des Hrsies_. S'il +croyoit que l'honneur & la pudeur exigent d'elle cette patience outre, +il donneroit dans la vision de ces fanatiques qui croyent qu'il vaut +mieux souffrir la mort que de dcouvrir un Mdecin, ou un +Chirurgien, une partie secrette qui seroit attaque; & qui ont mis au +nombre de leurs Saintes Marie fille de Charles le Hardy Duc de +Bourgogne, marie l'Empereur Maximilien I., fils de Frideric III. Un +cheval fougueux que l'on avoit donn cette Princesse, la secoua & la +fit tomber si rudement qu'elle en eut la cuisse rompu; elle en mourut +n'ayant p gagner sur sa pudeur d'exposer le haut de sa cuisse la v +des Chirurgiens & des Mdecins qui apparemment l'auroient p gurir. Mr. +Bernard feroit donc bien de s'expliquer un peu plus clairement au hazard +de faire ses extraits un peu plus longs; car on peut dire qu'il lui +arrive quelquefois d'tre fort obscur, parce qu'il veut affecter d'tre +fort court. En attendant qu'il s'explique, je veux lui faire la justice +de croire qu'il n'a pas donn dans les sentimens que je viens de +remarquer, mais qu'il a donn dans cette pense de Mr. Boileau;[212] + + _Jamais la biche en rut n'a pour fait d'impuissance_ + _Tran du fond des bois un cerf l'Audience,_ + _Et jamais Juge entr'eux ordonnant le Congrs_ + _De ce burlesque mot n'a sali ses Arrts._ + +Si cela est, il n'a pas pris garde qu'on a fait voir aux Moralistes +qu'ils se trompent fort lors que pour donner de la confusion l'homme +sur ses dfauts ils le conduisent l'cole des btes; je le prierois +d'en voir les preuves dans le Dictionaire de Mr. Bayle, si je n'tois +averti qu'il ne lit point les Ouvrages de cet illustre Auteur. Mr. de +Beauval[213] pourra donc le dtromper sur ce sujet, & lui faire voir en +particulier, que l'xemple de la biche n'est point juste, s'il veut se +donner la peine de lire l'extrait que cet Ecrivain savant & judicieux a +fait de ce Dictionnaire. Je dirai seulement, que si cette Duchesse de +Carinthie, dont Mr. Bernard parle, toit coupable, le corps de droit +entier, mriteroit d'tre condamn; il fournit aux femmes des actions & +des loix contre leurs maris Eunuques, ou impuissans, au lieu que, selon +la Thologie scrupuleuse de Mr. Bernard, il devroit rprimer +l'incontinence de ces femmes, & s'crier contre celles qui oseroient se +plaindre. + + + + +CHAPITRE V. + +_Les Loix Civiles deffendent le mariage des Eunuques._ + + +Comme le mariage d'un Eunuque ne peut pas subsister, il a t de la +prudence des Lgislateurs de ne point permettre qu'il ft contract. +L'honntet publique, ni la Justice, ne veulent pas qu'on laisse faire +des choses qu'elles ne peuvent pas laisser subsister; [214]_Dirimunt +matrimonium contractum, impendiunt matrimonium contrahendum_ C'est une +maxime que les Canonistes qui ont crit sur le chapitre unique _de +Sponsalibus & Matrimoniis_ ont solidement tablie. [215]Elle est conforme + la disposition du Droit Civil, il deffend de faire les fianailles +avec les personnes entre lesquelles il empche de contracter mariage. +_Quamvis_, dit-il, _verbis orationis cautum sit, ne uxorem tutor +pupillam suam ducat, tamen intelligendum est ne desponderi quidem posse; +Nam cum qu nupti contrahi non possunt, hc plermque ne quidem +desponderi potest. Nam qu duci potest, jure despondetur_; l'argument +est peu prs pareil, _a Nuptiis permissis ad sponsalia permissa; ab +iisdem prohibitis ad eadem sponsalia interdicta; matrimonio valido ad +matrimonium contrahendum; & ab eodem invalido ad idem interdicendum_. +Puis que le Contract de mariage & les solemnitez qui se font ensuite, ne +sont & ne marquent autre chose qu'une promesse qui est faite entre deux +personnes, de se rendre les devoirs de mari & de femme, il est manifeste +que ceux qui ne peuvent pas se les rendre ne doivent pas se marier, & +que les mmes raisons qui dissoudroient le mariage s'il toit contract, +doivent empcher qu'on ne le laisse contracter en effet; L'Empereur Leon +qui a dcid nettement le cas[216], est all bien plus loin; car non +seulement il a deffendu aux Eunuques de se marier, mais mme il a +prononc & donn une peine contre ceux qui se marieroient, & contre +celui qui les pouseroit; c'est dans la Constitution 98. qui a pour +ttre, _de poena Eunuchorum si uxores ducant_; Le motif de cette +ordonnance est trs beau, c'est, dit-elle, que ce mariage n'tant rien +de rel, on ne peut srieusement l'accompagner des Crmonies Sacres +qui font une partie de l'essence du mariage. Elle mrite d'tre l +toute entire, & je la rapporterois sans en rien obmettre, si elle +n'toit un peu trop longue par rapport la brvet de cet Ouvrage; mais +voici quoi elle aboutit, _propterea sancimus_, dit-elle, _ut si quis +Eunuchorum ad matrimonium procedere comperiatur, & ipse stupri poen +obnoxius sit, & qui sacerdos istiusmodi conjonctionem profanato +sacrificio perficere ausus fuerit Sacerdotali dignitate +denudetur_. [217]L'Histoire dit qu'Auguste mit ordre la confusion avec +laquelle on avoit accotum de voir les Jeux, il assigna chacun la +place qui lui toit d, les hommes mariez entr'autres, ceux mme de +basse condition y avoient la leur. [218]Mais Martial nous apprend que les +Eunuques n'osoient pas s'asseoir sur leurs bancs, ni se mler parmi eux. +Voici comme il parle Dydime, qui d'un ton superbe parloit des Edits de +Domitien concernant les Thatres, & de l'esprance qu'il avoit qu'ils +seroient observez. + + _Spadone cm sis eviratior fluxo_ + _Et concubino mollior Celeno,_ + _Quem sectus vlulat matris Enthe Gallus,_ + _Theatra loqueris & gradus & Edicta_ + _Trabeasque & Idus fibulasque censusque,_ + _Et pumicata pauperes manu monstras._ + _Sedere in equitum liceat an tibi scamnis_ + _Videbo, Didyme: non licet maritorum._ + +Ce Didyme avoit une femme, cependant on ne le considroit pas comme un +homme mari, parce qu'il toit Eunuque. La Constitution de l'Empereur +Leon n'toit pas encore donne, car on peut dire que depuis ce tems il +n'y a point d'xemple qu'aucun Eunuque ait eu la permission de se +marier, except celui de Saxe Gotha dont je parlerai dans la suite. +Toutes les Socitez Ecclsiastiques ne se sont pas contentes +d'improuver & de blmer ces sortes de mariages, elles les ont mme +expressment deffendus. + + + + +CHAPITRE VI. + +_La Religion Catholique Romaine ne permet pas le mariage des Eunuques._ + + +La Religion Romaine qui considre le mariage comme un Sacrement, n'a +garde de permettre qu'on prophane un de ses Mystres. Quelques xemples +authentiques que je rapporterai serviront de preuves cet gard. + +Bernard Automne, Avocat clbre au Parlement de Bordeaux, rapporte dans +la seconde partie de sa Confrence du Droit Franois avec le Droit +Romain[219], un cas qui s'est prsent de son tems au Parlement de +Paris sur ce sujet. Il fait d'abord quelques rflxions sur le +paragraphe _Spadonum_ de la Loi _Pomponius_, qui est la sixime ff. _de +dilitio Edicto_, & il trouve trange, avec raison, qu'Ulpien qui est +Auteur de cette Loi, dcide qu'un homme auquel on a coup un doigt de la +main, ou du pied, soit malade, ou comme il s'exprime, _morbosus_, & +qu'un Eunuque auquel la partie du corps la plus ncessaire manque, ne le +soit pas. Il dit que cela le surprend, qu'il n'en voit pas la raison. +Que la cause de la gnration qui donne mme le nom d'homme la +personne qui la porte, tant retranche ce n'est plus un homme; qu'il +lui semble que qui de vingt parties en retranche une fait moins de tort + la personne, que quand de deux il lui en te une. Aussi ajote-t-il, +le Parlement de Paris a jug par Arrt du 5. Janvier 1607. en faveur de +Claudine Godefroy, qu'il y avoit juste sujet de ne point contracter +mariage, & de ne point passer outre la clbration avec un homme avec +lequel elle toit fiance, parce que les Mdecins & les Chirurgiens +assuroient dans leur rapport qu'il n'avoit qu'un testicule, quoi que +mme ils ajotassent qu'il pouvoit pourtant engendrer. Le clbre +Etienne Pasquier tant autrefois consult sur un sujet peu prs +pareil, rpondit par cette Epigramme. + + _Esse virum tota conjunx te pernegat urbe,_ + _Naturaque alio teste carere dolet._ + _Officiat ne thoro sociali res ea, cert_ + _Nescio, at hoc scio quod te negat esse virum._ + _Contra probaturum jucundo tramite dicis_ + _Gaudia conjugii mille peracta tibi,_ + _Quid garris? Binos cm saltem jura requirant_ + _Uno te ne virum teste probare potes._ + +Il pouvoit y joindre l'Epigramme 99. du Livre septime de Martial, qui +finit par ce Vers si expressif. + + _Vis dicam verum, Pontice, nullus homo es._ + +Les Dictionaires de Furetire & de Trevoux disent au mot _Eunuque_, +qu'il a t jug par Arrt de la Grand-Chambre du 8. Janvier 1665. qu'un +Eunuque ne pouvoit pas se marier, du consentement mme des Parties. Les +Auteurs de ces deux excellens Ouvrages ont tir cet Arrt du Journal des +Audiences[220] & c'est encore ce mme Arrt qui est rapport par Mr. +Claude de Ferrire qui le Public a l'obligation d'avoir mis en +Franois la Jurisprudence Romaine, & de l'avoir confre avec les +Ordonnances Royaux, les Cotumes de France, & les Dcisions des Cours +Souveraines. [221]Il dit dans le tome prmier de sa Jurisprudence du +Digeste, qu'un Eunuque reconnu pour tel, ne peut pas contraindre un +Cur clbrer son mariage avec une fille qui y consent. + +Le chapitre dixime du Livre quatrime des Arrts d'Anne Robert, qui ne +traite que de la dissolution du mariage pour cause de frigidit & +d'impuissance, montre que c'est une Jurisprudence constante, que les +Eunuques ne peuvent pas se marier. + +Sixte Cinquime fit autrefois une Bulle qu'il envoya en Espagne, par +laquelle il dclaroit nuls les mariages des Eunuques. + +Mais voici un fait historique qui est dcisif sur ce sujet. Il est +rapport par le docte Mr. Strik, fils de l'illustre & clbre Mr. Strik, +Professeur en Droit Halle, le vritable Papinien de ntre sicle.[222] +Il dit dans sa dispute _inaugurale_ pour le Doctorat, dans laquelle il +traite, _de matrimonii nullitate_, qu'tant en Italie il n'y a pas long +tems, il a v qu'un des principaux Musiciens du Duc de Mantou nomm +_Cortona_, ayant voulu pouser une fort jolie Musicienne qui toit au +service du mme Prince nomme Barbaruccia, ils furent obligez d'en +demander la permission au Pape qui la refusa absolument & sans retour. + + + + +CHAPITRE VII. + +_La Religion Luthrienne, ou de la Confession d'Augsbourg, ne permet pas +le mariage des Eunuques._ + + +Les Thologiens & les Jurisconsultes de cette Communion sont fort +scrupuleux sur cette matire, & leurs motifs sont trs judicieux & trs +conformes la raison & la Religion. + +Gerhard, l'un de leurs plus grands Thologiens & qui a rduit presque +tous les Ouvrages de Luther en lieux communs, dit prcisment dans le +lieu _de conjugio_[223], qu'il ne doit pas tre permis une femme +d'pouser un Eunuque. Le motif qui le porte prononcer cette dcision, +est que le mariage ayant pour but principalement d'engendrer ligne & de +se procurer une postrit, il ne faut pas le laisser contracter des +gens qui ne sont point capables de parvenir ce but, & tels sont, +dit-il, les Eunuques & les Spadons. Que quoi que quelqu'un d'eux ayant +encore un chrmastere puisse connotre une femme ils ne sont point +propres au mariage; parce que bien loin d'engendrer des enfants, ils ne +sont pas mme capables de satisfaire aux desirs d'une femme, ni +d'teindre l'ardeur que la nature a allume dans leur tempramment. Le +second motif de ce grand homme est, qu'une femme ne trouvant pas dans la +personne de son mari la satisfaction qu'elle souhaite, elle tombe +aisment dans le crime. Le troisime motif est qu'une femme est trompe +par un phantme de mariage, comme est celui d'un Eunuque; car soit +qu'elle ait ignor l'tat de cet homme avant que d'entrer dans aucun +engagement avec lui, soit qu'elle en ait eu connoissance, & qu'elle ait +eu pour lors meilleure opinion de ses forces qu'elle ne devoit, il est +certain qu'elle se trouve tojours trompe. Or les Loix doivent prvenir +ces sortes de cas, & non seulement conseiller des femmes tmraires, +mais mme les empcher de s'exposer un danger vident. + +La dlicatesse de ces Thologiens va si loin qu'ils ne permettent pas +un Hermaphrodite de se marier, moins qu'un sxe ne prvale si +visiblement & si considrablement sur l'autre, qu'il n'y ait rien +craindre pour les suites de son engagement; & si cet Hermaphrodite fait +difficult de se laisser xaminer par des Mdecins, des Chirurgiens & +des Matrnes, il se rend suspect ds l, & toute permission de se marier +lui est refuse. + +C'est une maxime gnrale & constante parmi eux, que l'impuissance +quelle qu'elle soit, & de quelque cause qu'elle procde, rend un +mariage contract, nul, le rsout, & empche, lors qu'elle est connu +auparavant, qu'on ne permette de le contracter. Il y a nanmoins une +exception cette rgle gnrale, c'est que si cette impuissance est +survenu depuis qu'il est contract, par quelque accident que ce soit, +elle ne le dissout point. Cela est fond en Droit Civil, & en droit +Canon. [224]_Nihil enim tm humanum esse videtur qum fortuitis casibus +mulieris maritum, & contra uxorem viri, participem esse._ Le Canon _quod +autem 27. qust. 2._ est positif & prcis, _impossibilitas coundi_, +dit-il, _si post carnalem copulam inventa fuerit in aliquo, non solvit +conjugium; [225]si ver ante carnalem copulam deprehensa fuerit, liberum +facit mulieri alium virum accipere_. C'est aussi le sentiment de Luther +dans son Trait _de vita conjugali_[226]. + +La Jurisprudence Ecclsiastique, ou Consistoriale de cette Communion est +conforme celle de leurs Thologiens. Carpzovius qui en est l'oracle en +rapporte des dcisions dans la Jurisprudence Ecclsiastique, ou +Consistoriale. [227]Le nombre deuxime de la dfinition seizime du ttre +premier porte prcisment ces mots, _non permittendum mulieri ut Eunucho +nubat_. J'avou que j'ai l avec quelqu'tonnement dans l'extrait que +le savant Mr. de Beauval vient de nous donner d'un Livre de Mr. +Brucknerus qui a pour ttre, _Dcisions du Droit Matrimonial_, [228]Que +le cas s'tant prsent la Cour de S. A. E. de Saxe, un Eunuque +Italien son Chambellan ayant pous une jeune fille qui toit avertie de +son tat, & du consentement de son pre, quelques Thologiens +entreprirent de troubler ce mariage comme nul & invalide, & que d'autres +le prtendirent bon & valable; mais que le Souverain ayant v les avis +partagez, avoit confirm le mariage sans tirer consquence pour +l'avenir. On peut dire au sujet de cette discorde de sentimens entre les +Thologiens de l'Electorat de Saxe, ce que ce mme judicieux Auteur, Mr. +de Beauval, dit ailleurs[229] en parlant des divers Conciles qui +s'assemblrent au sujet de la Secte des Valsiens; _Divers Conciles_, +dit-il, _s'assemblrent l-dessus & augmentrent le desordre par la +contradiction de leurs Decrets. Tant il est vrai_, ajote-t-il, _ la +honte de la raison humaine, que la dvotion la plus bizarre & la plus +ridicule, trouve des Deffenseurs_. Il est certain, la honte de la +raison humaine, que les sentimens les moins raisonnables trouvent des +gens qui les sotiennent. Mais le cas que je viens de rapporter, est un +cas particulier qui ne l'emporte pas sur toutes les Dcisions publiques +& gnrales, d'autant moins que le Prince mme qui l'a autoris a +dclar que c'toit sans tirer consquence pour l'avenir. D'ailleurs, +quand il l'auroit autoris purement & simplement il n'en seroit pas plus +valide, & cette permission ne lui donnerait pas plus de force; car par +la disposition du Droit, les mariages deffendus par les Loix ne sont pas +moins injustes & illicites, quoi que le Prince ait permis par rescript, +de les contracter, parce que ces mariages tans contraires aux Loix, le +rescript qui a t obtenu portant permission de les contracter est cens +tre subreptice, & avoir t obtenu du Prince par surprise. [230]Voici +les termes de la Loi. _Precandi quoque imposterm super tali conjugio +(Im potius contagio) cunctis licentiam denegamus ut unus quisque +cognoscat impetrationem quoque rei cujus est denegata petitio, [B]nec si +per subreptionem post hanc diem obtinuerit, sibimet profuturam._ + +Au reste, il auroit t fort souhaiter que Mr. de Beauval, qui nous +rapporte ce cas, & qui raisonne avec tant de solidit & de justesse sur +toutes les matires qu'il traite, eut bien voulu nous dire son sentiment +sur cette clbre question du mariage des Eunuques; on a fait grace trs +souvent sa modestie, j'en donnerai quelques preuves afin qu'on ne +croye pas que je le charge mal propos d'une obligation & d'une +reconnoissance qu'il ne doit point. Aprs, par xemple, qu'il a donn +un extrait fort xact & fort judicieux du Trait de la Nature & de la +Grace, de Mr. Jurieu, il le finit par ces paroles humbles, [231]que, +_comme cet Ouvrage est plein de Rflxions trs mtaphisiques, on lui +pardonnera s'il a bronch quelque part_. Parle-t-il de la Rponse d'un +nouveau Converti la lettre d'un Rfugi pour servir d'adition au Livre +de Dom Denis de Ste. Marthe, intitul, _Rponse aux plaintes des +Protestants_; aprs avoir raisonn en habile Politique sur cette +matire, il finit par ces paroles modestes; _mais rentrons dans les +bornes de ntre territoire dont nous avons tant rsolu de ne point +sortir, & ne faisons point de course dans la Politique sur laquelle +d'autres travaillent avec tant de succs_. Il s'excuse trs souvent sous +divers prtextes, comme on pourroit le voir par les renvois que je mets + la marge, & il s'excuse sous divers prtextes, & quoi qu'on sache +qu'il est trs capable de manier adroitement les matires qu'il rejette +par humilit, on a fait grace, je le rpte, on a fait grace trs +souvent sa modestie. Mais ici il n'a point d'excuse, il s'agit d'une +question qui est entirement de son ressort, moins qu'il n'ait cr que +le sujet tant trop riche l'auroit engag sortir des bornes d'un +extrait, & faire un Trait complet. Peut-tre qu'il a v que c'toit +une matire si rebattu, qu'il n'toit pas ncessaire de la prsenter +encore au Public dans cette occasion, dans laquelle il ne se propose que +de faire l'extrait du Livre qui lui tombe entre les mains, & non pas de +traiter fond les sujets dont il s'y agit. En effet, il dit[232] que, +_la question s'il est permis aux Eunuques de contracter mariage t +souvent agite_. Il a raison en cela certain gard. Il est vrai que +Melchior Inchoffer a fait un Ouvrage _de Eunuchismo_ qui a t imprim +Cologne in 8. en l'anne 1653. Nous avons la dissertation _de Eunuchis_ +de Gaspar Loischerus imprim Leipsik in 4. en l'anne 1665. On a v un +Sermon Anglois de Samuel Smith sur la conversion de l'Eunuque du +chapitre huitime des Actes des Aptres, imprim Londres in 8. en +l'anne 1632. Il y a un Trait de _Franc. de Amoya, Batici_, intitul, +_Eunuchus_, sur la Loi _Eunuchis. V. c. qui testamenta facere possunt_, +& qui se trouve dans ses observations imprimes Geneve in folio en +l'anne 1656. Il y a un Trait de Marcell. Francolinus _de Matrimonio +spadonis utroque testiculo carentis_, imprim Venise in 4. en l'anne +1605. Il y a un autre Trait _de Eunuchis_, de Thophile Raynauld, dont +Mr. Bayle se sert souvent trs propos. La Lettre 112. de la Mothe le +Vayer, qui se trouve dans le tome onzime de ses oeuvres, traite des +Eunuques en gnral. Nous avons enfin la Dissertation de Saldenus _de +Eunuchis_, qui est la sixime du Livre troisime de ses _Otia +Theologica_. Et un Recueil de consultations & de dcisions sur ce sujet, +dont je parlerai dans la suite de cet Ouvrage. Mais je dirai pour ma +justification, d'avoir entrepris de traiter de cette matire aprs tant +de grands hommes, & non pas pour rfuter ce que dit Mr. de Beauval, que +la plpart de ces Auteurs ne se trouvent plus que dans les Catalogues, +ou dans les Bibliothques, & que d'ailleurs, ils traitent des Eunuques +en gnral, & descendent peu dans le dtail. La question dont il s'agit +ici y est entr'autres fort rarement & fort brivement traite. On en +voit quelque chose dans les Ouvrages des Jurisconsultes, des Mdecins, & +des Thologiens, on y trouve quelquefois des prjugez qu'ils ont +rapportez; mais outre que tout ce qui y est ainsi rpandu est fort +succinct, on ne peut point dire qu'on puisse en induire une +Jurisprudence, ou une Thologie Casuistique certaine & universelle sur +le mariage des Eunuques. + +[Illustration] + + + + +CHAPITRE VIII. + +_La Religion Rforme ne permet pas le mariage des Eunuques._ + + +Il n'est pas difficile de faire voir que la Religion Rforme ne permet +pas le mariage des Eunuques. Il n'y a aucune autre Communion Chrtienne +qui se soit dclare aussi formellement qu'elle sur ce sujet, outre +qu'il est tout fait oppos l'Esprit dont elle est anime, & la +Doctrine qu'elle professe, elle en a fait un Canon exprs de sa +Discipline: Discipline que l'on sait tre le rsultat, ou pltt la +Quintessence de ses Synodes Nationaux. Cet article est le quatorzime du +chapitre treizime qui traite des mariages; voici quels en sont les +termes. + +_Comme ainsi soit que la principale occasion du mariage soit d'avoir +ligne & de fuir paillardise, le mariage d'un homme notoirement Eunuque, +ne pourra tre re ni solemnis en l'Eglise Rforme._ + +Le clbre Mr. de Larroque qui a fait voir la conformit de cette +Discipline avec celle des anciens Chrtiens, montre que telle toit la +Jurisprudence de l'Eglise primitive. J'avou que cette Discipline ne +faisoit loi qu'en France, mais depuis que l'Edit de Nantes y a t +rvoqu, que les Rformez ont t contraints d'en sortir, & que la +plpart d'eux se sont rfugiez dans le Brandebourg, Sa Majest le Roi de +Prusse l'a autorise dans ses Etats pour ce qui concerne les Franois +qui y sont tablis[233], & en a ordonn l'xcution lors qu'on pourroit +s'y conformer sans donner atteinte ses Droits Episcopaux; de sorte que +c'est une Loi en Brandebourg parmi ces nouveaux Sujets, aussi sacre +qu'elle l'toit en France. C'en est une aussi parmi ses anciens Sujets, +& parmi tous les Protestans d'Allemagne. C'est ce qu'on peut voir par un +Livre imprim Halle en l'anne 1685. & recueilli par Jrme Delphinus, +qui a pour ttre, _Eunuchi conjugium, Die Kapaunen heyrath. Hoc est +scripta & judicia varia de conjugio inter Eunuchum & virginum Juvencelam +anno 1666. contracto, quibusdam supremis Theologorum Collegiis petita, +poste hinc inde collecta, ab Hieronimo Delphino C. P. Hal apud +Melchiorem Delschlagen 1685._ Et par la Dcision donne sur le cas que +j'ai rapport dans le chapitre quatrime de la seconde Partie. + +La Rpublique de Geneve a re la mme Jurisprudence, & divers cas qui +s'y sont prsentez font voir qu'elle y est observe. Paul Cyprus dit +dans son excellent Trait _de Connubiorum_ jure, que cette sage +Rpublique a une Loi qui deffend aux hommes de se marier avant l'ge de +dix-huit ans, & aux filles avant quatorze, & qu'il ne suffit pas de +compter les annes, mais qu'il faut avoir gard principalement la +vigueur du corps & du tempramment, en ces termes,[234] _Qu'avec l'ge +on ait gard ce que la corporence portera_. Il est vrai que les +Rlations du Levant nous apprennent, que les Banians Gentils de ce Pas, +estiment tellement la conjonction matrimoniale, qu'ils se marient +presque tous ds l'ge de sept ans; & elles ajotent, que s'ils meurent, +comme il arrive quelquefois, avant que d'tre mariez, la cotume est de +louer & de gager une fille qu'ils font coucher avec le mort pour lui +donner cet avantage d'avoir t mari avant que son corps fut brl +selon la cotume du Pas. [235]Mais Mr. le Vayer fait diverses +rflxions qui font voir que cette cotume n'est pas tout fait vaine, +& que s'ils se marient sept ans, ils sont capables du mariage autant +que d'autres Peuples le sont dans un ge plus avanc. La diverse +position des lieux, dit-il, rend nos temprammens si diffrens en toutes +choses, que Solin nous fera considrer des femmes qui deviennent grosses +d'enfan cinq ans. Beato Odorico le confirme dans son Itineraire; & +l'on a v depuis peu de tems dans le Royaume du Mogol une fille ge de +deux ans seulement qui avoit le sein gros comme une nourrice, & qui +ayant eu ses purgations un an aprs, accoucha d'un garon. + +La mme Jurisprudence Ecclsiastique est tablie en Angleterre comme il +parot par le chapitre septime du titre _de matrimonio_[236] dans la +Rformation des Loix Ecclsiastiques, faite prmirement de l'autorit +de Henri VIII. & acheve & publie ensuite par Edouard VI., ce chapitre +traite, _de his qu matrimonium impediunt_; & voici ses termes, _Quorum +natura perenni aliqua Clade sic extenuata est, ut prorsus veneris +participes esse non possint, & conjugem lateat quamquam consensus mutuus +extiterit & omni reliqua ceremonia matrimonium fuerit progressum, tamen +verum in hujusmodi conjunctione matrimonium subesse non potest, +destituitur enim altera persona beneficio suscipiend prolis & etiam usu +conjugii caret_. + +Les Thologiens de Hollande & leurs Jurisconsultes distinguent, de mme +que tous les autres, les causes qui empchent le mariage, en deux +classes, _alia_, disent-ils, [237] _(impedimenta) lege; Illa sunt tas +immatura, mentis impotentia, corporis ad cohabitationem incapacitas; +Ista sunt a morbo incurabili, ut ex. gr. lepra; Culpa, diversitate +Religionis, a propinquitate sanguinis_. J'avou pourtant que Votius qui +est un des plus grands hommes qui ait t dans les Provinces Unies +depuis plusieurs sicles, me parot hsiter sur le parti qu'il doit +prendre au sujet du mariage des Eunuques. Il ne se dtermine point la +vrit, & renvoye l'xamen de ces sortes de questions aux Jurisconsultes +& aux Juges auxquels il dit que la connoissance en appartient plus +lgitimement qu'aux Thologiens.[238] Ce sont donc eux qu'il faut +consulter, & comme le Droit Civil & le Droit Canon sont observez dans +ces Provinces, au moins dans les cas qui ne sont pas dterminez par +leurs Loix & par leurs Cotumes, il est ais de conclurre que le mariage +des Eunuques n'y est point permis. Voici en un mot les cas, qui selon +les Jurisconsultes, empchent de contracter mariage. + + _Lepra superveniens, furor, ordo, sanguis & absens,_ + _Lsaque Virginitas, membri damnum, minor tas,_ + _Ac hresis lapsus, fideique remissio, prorsus_ + _Sponsos dissociant & vota futura retractans._ + +_Fin de la seconde Partie._ + + + + + +TROISIME PARTIE. + + Dans laquelle on rpond aux objections qui peuvent tre faites + contre ce qui est contenu dans la seconde Partie de cet Ouvrage; & + dans laquelle on les rfute. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + + +Premire Objection. + +_Que la deffense de se marier ne doit point tre gnrale & commune +tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont capables de satisfaire +aux desirs d'une femme._ + + +Rponse cette Objection. + +Pour xaminer cette Objection & pour y rpondre avec ordre, il faut voir +premirement, de quelle nature sont ces desirs auxquels un Eunuque est +capable de satisfaire, s'ils sont lgitimes & permis; & en second lieu, +quels Eunuques sont capables de satisfaire ces desirs. + +Arnobe[239] dit que les Eunuques sont fort amoureux, _& majoris +petulanti fieri atque omnibus postpositis pudoris & verecundi frnis +in obscoenam prorumpere vilitatem_; Trence le dit en d'autres termes, +_Ph. infanis_, dit-il, [240]_Qui ist huc facere Eunuchus potuit. P. Ego +illum nescio qui fuerit, hoc quod fecis, res ipsa indicat.... P. At pol +ego amatores mulierum esse audieram eos maximos, sed nihil potesse_. +Mais pour ne point allguer des tmoignages si anciens, le P. Thophile +Raynauld dit dans son Livre _de Eunuchis_, qu'il a l quantit +d'exemples de commerce impur entre des femmes & des hommes mutilez, & il +se moque de la confiance qu'on a en eux. Andr du Verdier dit la mme +chose dans ses diverses leons, propos de quoi il rapporte la Sentence +d'Apollonius de Tyane contre un Eunuque du Roi de Babylone qui fut +trouv couch avec une des favorites de ce Roi. Cependant, il est +certain qu'un Eunuque ne peut satisfaire qu'aux dsirs de la chair, la +sensualit, la passion, la dbauche, l'impuret, la volupt, +la lubricit. Comme ils ne sont pas capables d'engendrer ils sont plus +propres au crime que les hommes parfaits, & ils sont plus recherchez par +les femmes dbauches, parce qu'ils leur donnent le plaisir du mariage +sans qu'elles en courent les risques. + + [241]_Sunt quas Eunuchi imbelles ac mollia semper_ + _Oscula delectent & desperatio barb_ + _Et quod abortivo non est opus._ + +[242]Tmoin cette femme de Petrone qui parlant un homme qui fait cet +aveu, _non intelligo me virum esse, non sentio, funerata est pars illa +corporis qu quondam Achilles eram_, s'exprime en ces termes, _Nunc +etiam languori tuo gratias ago, in umbra voluptatis diutis lusi_. Cette +femme toit du caractre de cette Gellia contre laquelle Martial a fait +cette sanglante Epigramme adresse Pannicus,[243] + + _Cur tantum Eunuchos habeat tua Gellia, quris?_ + _Pannice, vult fu..... Gellia, non parere._ + +C'est cette Gellia dont Martial fait ailleurs un si vilain portrait; & +des larmes de laquelle il parle de cette manire,[244] + + _Amissum non flet, cm sola est Gellia, patrem._ + _Si quis adest, juss prosiliunt lacrym._ + +[245]L'Ecclsiastique dit, que celui qui viole la Justice par un +jugement injuste, est comme l'Eunuque qui veut faire violence une +jeune vierge. On sait qu'il y a eu autrefois des Pas o les Princesses +vierges toient confies la garde des Eunuques. Le Sage compare la +Justice une de ces vierges, & les Juges ceux qui auroient d la +garder avec une fidlit pleine d'un profond respect. Quelques Eunuques +sont donc capables de satisfaire quelques desirs d'une femme, mais +tous ces desirs sont illgitimes & ne peuvent point tre permis dans le +mariage, _obscn procul hinc discedite flamm_! [246]Une femme qui a ces +desirs est une paillarde, & un Eunuque qu'elle souffre dans son lit est +l'instrument de son crime. Voici la Sentence qui les dclare coupables +l'un & l'autre; [247]_origo quidem amoris honesta erat, sed magnitudo +deformis; nihil autem interest ex qua honesta causa quis insaniat; unde +& Xistus Pithagoricus in sententiis; Adulter est, inquit, in suam uxorem +amator ardentior; In aliena quippe uxore omnis amor turpis est, in sua +nimius. Sapiens judicio debet amare conjugem, non affectu; non regnet in +eo voluptatis impetus, nec prceps feratur ad coitum; nihil est +foedius qum uxorem amare quasi adulteram._ Saint Jrme prononce leur +condamnation plus clairement & plus expressment; _Liberorum erg_, +dit-il, _in matrimonio concessa sunt opera, voluptates autem qu de +meretricum amplexibus capiuntur in uxore sunt damnat_. Les Casuistes +dcident mme fort prcisment, que les mariages qui se font par +amourette, comme on parle, sont trs blmables. Les mariages drglez, +disent-ils, ont t la cause du dluge; [248]les fils de Dieu voyans que +les filles des hommes toient belles, prirent celles d'entr'elles qui +leur avoient pl; ces mariages furent cause de la ruine de toute la +terre. + +Le desir lgitime & permis d'une femme est d'avoir des +enfans. [249]Donnez moi des enfans, disoit la chaste Rachel Jacob son +mari. Didon se voyant sur le point d'tre abandonne de son ne, lui +parle en ces termes,[250] + + _Saltem si qua mihi de te suscepta fuisset_ + _Ante fugam soboles, si quis mihi parvulus aul_ + _Luderet neas, qui te tantum ore referret_ + _Non equidem omnin capta aut deserta videret._ + +Je veux tre mre, je veux engendrer des enfans, & c'est pour cela que +j'ai pris un mari, c'est l le langage d'une femme honnte & sage: & +bien loin que, selon les rgles de la fausse pudeur de certaines gens, +elle soit blamable, lors qu'elle se plaint de ce que son mari n'est pas +capable de satisfaire ses justes desirs, & qu'elle demande d'en tre +spare, elle est au contraire trs digne de louanges de ne pouvoir se +rsoudre faire toute sa vie les actions d'une impudique; [251]_volo +esse mater, volo filios procreare & ide maritum accepi, sed vir quem +accepi frigid natur est, & non potest illa facere propter qu illum +accepi_. C'est l le but lgitime du mariage. Il est vrai qu'on n'y +parvient pas tojours; il y a des femmes striles, mais on n'en sait +pas la cause; il ne manque rien elles, ni leurs maris, de ce qu'il +faut pour engendrer, l'un n'a rien reprocher l'autre, c'est Dieu +qu'ils doivent demander des enfans: ils sont dans le cas de [252]Jacob, +qui disoit sa femme lors qu'elle lui demandoit des enfans, _suis je +Dieu?_ Quoi qu'il en soit, lors qu'on se marie, il faut suivre le +conseil que l'Ange Raphael donnoit [B]Tobie, Ecoutez-moi, lui dit-il, +& je vous apprendrai qui sont ceux sur qui le Dmon a du pouvoir; lors +que des personnes s'engagent tellement dans le mariage qu'ils bannissent +Dieu de leur coeur, & de leur esprit, & qu'ils ne pensent qu' +satisfaire leur brutalit comme les chevaux & les mulets, qui sont sans +raison, le Dmon a pouvoir sur eux. Mais pour vous la troisime nuit +vous recevrez la bndiction de Dieu, afin qu'il naisse de vous deux des +enfans dans une parfaite sant. La troisime nuit tant passe vous +prendrez cette fille dans la crainte du Seigneur, & dans le desir +d'avoir des enfans, pltt que par un mouvement de passion, afin que +vous ayez part la bndiction de Dieu. + +Tous les Eunuques ne sont pas capables de satisfaire mme ces desirs +impurs dont je viens de parler; les Jurisconsultes distinguent les +Eunuques. [253]_Quantm inter est_, disent-ils, _inter hc vitia qu +Grci, [Grec: kakontheian] vitiositatem dicunt, interque [Grec: paths] +id est perturbationem, aut [Grec: noson], id est morbum, aut [Grec: +arrsian], id est grotationem, tantum inter talia vitia & cum morbum ex +quo quis minus aptus usui sit, differt_; les uns pchent en quantit +d'humeur radicale, d'autres en qualit, d'autres en quantit & en +qualit tout ensemble; & enfin, _sin autem quis ita spado est ut tm +necessaria pars corporis ei penits absit, morbosus est_, dit la Loi 7. +ff. _de dilitio Edicto & Redhibitione, & quanti minoris_. Mais de +quelque nature qu'ils soient, il ne leur doit point tre permis de se +marier, parce qu'ils ne peuvent satisfaire qu' des desirs impurs, +illgitimes, illicites, & qui bien loin d'tre approuvez, ne doivent pas +mme tre tolrez. + +[Illustration] + + + + + +CHAPITRE II. + + +Seconde Objection. + +_Le mariage est un Contract civil, par lequel il est permis tout le +monde de s'engager._ + + +Rponse cette Objection. + +Il y a plusieurs causes pour lesquelles le mariage ne peut tre +contraint; les Jurisconsultes en ont renferm les principales dans ces +trois Vers; + + _Votum, vis, error, cognatio, crimen, honestas,_ + _Relligio, raptus, ordo, ligamen & tas,_ + _Amens, affinis, si Clandestinus & impos._ + +Mais il faut entrer dans un xamen plus particulier de cette matire qui +est digne d'attention; + +C'est un principe en droit, que _Edictum Matrimonii est prohibitorium_, +c'est dire, que _Matrimonium cuilibet contrahere licet, cui non +prohibetur_. Il n'est donc pas si gnralement permis qu'il n'y ait des +cas & des personnes auxquelles il soit deffendu. + +Les causes qui empchent le mariage sont en assez grand nombre & de +diverse nature. Les unes sont tires galement du Droit Civil, & du +Droit Canon; les autres manent uniquement du Droit Civil, & les autres +sont tablies particulirement par le Droit Canon. + +Celles qui sont communes l'un & l'autre droit, sont l'ge de pubert +qu'on n'a point atteint; la parent, l'alliance, la diffrence de +Religion, l'impuissance du mari, ou de la femme, & l'honntet publique; + +Celles qui sont particulires au Droit Civil, sont l'tat de la +personne, si elle est esclave & qu'on ait cr qu'elle toit libre; le +rapt, la puissance qu'on a sur la fille, _propter periculum impressionis +sive coactionis_; l'ingalit du rang toit aussi autrefois une cause +qui empchoit le mariage, mais elle a t retranche dans le Droit Civil +nouveau, c'est dire, par les Constitutions des derniers Empereurs. +_Jure novissimo inter eas personas nupti non prohibentur._[254] + +Celles enfin qui sont particulires au Droit Canon, sont de deux sortes, +les unes dclarent le mariage illgitime & inutile tout ensemble, tels +sont les ordres sacrez qu'on a pris, le voeu solemnel qu'on a fait, ou +la profession d'une vie rgulire, le rapt, & le crime; les autres +rendent illgitime seulement, telles sont les fianailles contractes +avec une autre femme; le simple voeu, la deffense du Suprieur; le +tems deffendu par l'Eglise; la parent spirituelle qu'un matre +contracte en enseignant une jeune fille les principes de la Religion; +l'hrsie, la pnitence publique, & le crime: ce crime dont le Droit +Canon parle ici a diverses espces. 1. L'inceste. 2. La mort qu'un mari +a donn sa femme pour en pouser une autre. 3. La mort donne un +Prtre; le rapt fait de la promise d'un autre. 4. Un mariage contract +auparavant avec une Moinesse, ou une Religieuse. + +Voila donc beaucoup de causes qui empchent de contracter mariage, de +sorte qu'on ne peut pas dire qu'il soit permis tout le monde, & +tojours, de le Contracter. L'impuissance du mari est une des +principales, aussi est-elle galement tablie par le Droit Canon, comme +je l'ai fait voir amplement dans la seconde partie de cet Ouvrage. + +Cette Jurisprudence n'est pas particulire aux Contracts de mariage, +elle s'tend aux accords, aux Pactes, & toute sorte de Contracts; +_Edictum Contractuum est prohibitorium_, c'est dire, _omnibus +contrahere licet quibus non prohibetur_; mais il est dfendu certaines +gens de contracter. 1. Par la nature, lors qu'ils ne sont point capables +de donner leur consentement, tels sont les fous, les innocens, les +furieux, les prodigues, qui sont mis au mme rang que les furieux; les +yvrognes pendant qu'ils sont yvres; les enfans en bas ge, les sourds & +les muets. 2. Par la Loi, tels sont les fils de famille; le pre mme +auquel il n'est point permis de contracter avec son fils qui est sous +son pouvoir; une femme, un esclave, un Gouverneur de Province, _propter +periculum metus & impressionis_.[255] 3. Par les hommes, ab homine, par +convention faite entr'eux, par xemple, Mvius a vendu son cheval +Titius condition qu'il ne le revendroit point ou que s'il le revendoit +ce ne pourroit tre qu' certaines personnes, il n'est pas permis +Titius de le vendre une autre. Mvius, en le lui vendant lui a impos +la loi, _Rei enim su quisque moderator est, & arbiter; Rei su legem +quisque dicere potest_. 4. Enfin, par les Cotumes des lieux o l'on se +trouve, par xemple, _Donationem contrahere conjuges prohibentur ne +promercalis inter eos amor fiat_, &c. + +Il est des choses comme des personnes, il n'est pas permis de contracter +de toute sorte de choses; il y en a dont la nature dfend de contracter, +d'autres, la Loi, & d'autres les accords faits entre les hommes; les +choses Sacres, Religieuses & Saintes, sont d'une nature n'entrer +jamais dans le commerce des hommes; un homme libre, _liberi hominis +contractus non est_. Les choses impossibles. Certaines choses sont +deffendues par la Loi, telles sont celles par lesquelles le Public +recevroit du prjudice, _ex quibus utilitas publica lderetur_. Les +choses infames & mal-honntes qui sont contre les bonnes moeurs. La +succession d'un homme vivant, _contractus de futura successione +viventis_. _Ab homine._ Par accord fait entre les hommes, par xemple, +_si quis caveat ne vicinus qurat aquam in suo solo_. C'est donc une +erreur de croire qu'il soit permis tout le monde de contracter; il est +encore moins permis tout le monde de contracter mariage. On dit +communment que le Contract est le pre de l'obligation, _vulg dicitur +contractus pater obligationis, mater ver actionis, obligatio_. Tous +ceux qui contractent sont tenus de donner ou de faire ce qu'ils ont +promis, _omnis obligatio vel in dando vel in faciendo consistit, ac +demm_, disent les Jurisconsultes, _nisi quis id, aut det, aut faciat +quod daturum se facturumve promisit, actione coram Magistratu proposita, +ad id cogi potest_; sans cela ce seroit un Contract frustratoire & +ridicule. Comment un Eunuque peut-il s'obliger procrer ligne? Et +quand il s'y seroit oblig, comment pourroit-on le contraindre +xcuter sa promesse? Tout cela est impossible; or _ex sui natura res +qu nec dari nec fieri ullo modo potest, in contractum deduci non debet; +impossibilium enim nulla est obligatio_; voila la rgle de +Droit; [256]_sub conditione data, non data censentur, cessante +conditione; itaque deficiente conditione contractus celebratus censetur +resolutus ab ipso initio_. [257] On se marie sous la condition que le +mari engendrera ligne, s'il ne peut l'engendrer le mariage est nul & +rsolu. L'honntet publique veut donc qu'on l'empche, & il vaut mieux +le deffendre, que d'tre obligez ensuite le casser, comme je l'ai fait +voir ailleurs. + + + + +CHAPITRE III. + + +Troisime Objection. + +_Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage, except ceux +qui concernent la gnration, peut le contracter parce que_, consensus +non concubitus matrimonium facit. + +Un [258]savant homme & bel esprit tout ensemble dit, qu'il faut sur tout +qu'un homme sache son mtier; car, ajote-t-il, il est honteux qu'on +dise de nous, que nous savons except ce que nous devons savoir. On +peut dire qu'il est ridicule de prtendre qu'un mari soit un bon mari, +remplissant bien les devoirs du mariage, lors qu'il n'est pas capable +d'en faire les principales fonctions. Il n'est pas d'un mari comme de ce +bouffon dont le Cardinal du Perron a parl. [259]Etant Mantou le Duc +lui fit voir un bouffon qu'il disoit tre _Magro Buffone, & non Haver +Spirito_. Le Cardinal rpondit que ce bouffon avoit pourtant de +l'esprit, & le Duc lui ayant demand pourquoi? Parce, lui dit-il, qu'il +vit d'un mtier qu'il ne sait pas faire; le mtier de mari n'est pas la +mme chose, on n'en vit point, lors qu'on ne le sait pas faire; + + [260]_Nihil ibi per ludum simulabitur, omnia fient_ + _Ad Verum._ + +Quand cela n'est point une femme souffre beaucoup, une nuit lui parot +bien longue, + + [261]_O nox qum longa es qu facis una senem!_ + +Tmoin les angoisses & les sueurs froides de cette femme dont parle +Martial[262], + + _Cum sene communem vexat spado Dyndimus Eglen_ + _Et Jacet in medio ficca puella toro,_ + _Viribus hic operi non est, hic utilis annis._ + _Ergo sine effectu prurit uterque prior._ + _Supplex illa rogat pro se miserisque duobus,_ + _Hunc Juvenem facias, hunc Cytherea virum!_ + +Ce n'est donc pas dans la pratique qu'on trouve la vrit de cette +maxime, [263]_Consensus non Concubitus matrimonium facit_. Voyons en quel +sens, & de quelle manire on la trouve dans la Thorie. + +Les Jurisconsultes mettent une grande diffrence entre le consentement +qui se donne aux fianailles, & celui qui se donne aux nces; l'un ne +consiste qu' promettre de clbrer les nces, & l'autre consiste +promettre qu'on consommera le mariage. [264]_Aliud est_, disent-ils, +_Nuptias contrahere, aliud ad Nuptias contrahendas se se obligare_. L'un +de ces consentemens fait une paction, _de futuro conjugio_. L'autre au +contraire en fait une _de prsenti_. Dans l'un ce n'est qu'une promesse +_de accipienda uxore_; Dans l'autre c'est l'excution de cette promesse, +_uxor accipitur. Promssio prius facta verbis, rebus ipsis, & factis +ratificatur._ Il y a autant de diffrence entre ces deux consentemens, +qu'il y en a entre la promesse & l'excution. Dans l'un l'homme ne +consent pas d'tre aussi-tt mari & de consommer le mariage, il promet +seulement de le devenir. Mais dans l'autre, l'homme _eo ipso momento +maritus fieri vult, & eo animo & destinatione consentit ut sit +matrimonium_. Il promet de le consommer; c'est au premier de ces deux +cas qu'il faut appliquer la maxime dont il s'agit ici. + +Mais voici le sens vritable de cette maxime, & l'application qu'il en +faut faire. Elle signifie que la simple cohabitation ne fait point +l'essence du mariage; il ne suffit pas d'avoir connu charnellement une +femme pour en conclure qu'on est mari avec elle, le consentement de +l'un & de l'autre d'tre mari ensemble, est absolument ncessaire. Ce +consentement n'est point celui que ces deux personnes se donnent +mutuellement de se connotre l'une l'autre, _consensus cohabitandi & +individuam vit consuetudinem retinendi facit conjugium_, selon le +sentiment des Jurisconsultes; ce n'est donc ni le consentement seul, ni +la cohabitation seule, qui font sparment le mariage, c'est +l'assemblage de tous les deux. D'ailleurs, le consentement dont il est +ici question, _ad Nuptiarum probationem, sed non ad Nuptiarum +substantiam, pertinet_. Le but de cette maxime n'est pas de dclarer en +quoi consiste l'essence du mariage, mais quel tems il faut le fixer, & +de quel moment il faut compter qu'il est contract. _Non ex concubitu +nupti fatis probantur, sicuti & retr secubitu matrimonium non +dissociatur, seu separatione Thori aut habitationis._ Ces unions & ces +sparations ne concluent rien; il y a des conjectures plus certaines +tablies par les Jurisconsultes pour juger de la consommation du +mariage; ils les tirent _ex comparatione personarum, ex vit +conjunctione, ex vicinorum opinione, ex deductione in domum mariti; ex +aqu & ignis acceptione, ex dotalibus instrumentis, seu tabulis +nuptialibus, seu testatione_, ce qui, au rapport de Busbeque, fait parmi +les Turcs, la diffrence de la femme & de la concubine. Mais tout cela +n'est point l'essence du mariage, ce sont des conjectures, ou des +preuves, par lesquelles on peut juger qu'il y a un mariage contract +entre certaines personnes. Si le mariage ne consistoit que dans le +consentement on pourroit bien dire comme cette femme qu'Ovide fait +parler, + + _Si mos antiquis placuisset matribus idem,_ + _Gens hominum vitio deperitura fuit._ + _Qui que iterm Jaceret generis primordia nostri_ + _In vacuo lapides orbe parandus erat._ + +[Illustration] + + + + + +CHAPITRE IV. + + +Objection quatrime. + +_Quand on ne peut pas tre auprs d'une femme comme mari, on doit y tre +comme frre, & habiter avec elle comme avec une soeur._ + + +Rponse cette Objection. + +Cette objection est fonde sur le chapitre _Laudabilem est infr_[265], +qui contient ces mots, _quod si ambo consentiant simul esse, vir etiam & +si non ut uxorem, saltem habeat ut sororem_, la glose sur ces mots +_ambo_, dit prcisment qu'il faut que l'un & l'autre consentent, _quia +cum nullum sit matrimonium non tenetur alter alteri_. + +Deux rflexions dtruiront l'objection fonde sur ces paroles. La +prmire, qu'elles sont rlatives la facult qui est donne la femme +de faire rsoudre son mariage, aprs que pendant un certain tems elle +s'est assure de l'impuissance de son mari; elle peut faire casser son +mariage, moins que l'un & l'autre ne veuillent bien habiter ensemble +comme frre & soeur. Il parot donc par l qu'il s'agit d'un mariage +contract, & non pas d'un mariage contracter. Qu'il s'agit d'un homme +reconnu impuissant aprs une longue exprience, & non point d'un Eunuque +qui est notoirement impuissant, & qui ne peut par aucun ressort de la +nature, ni par aucun artifice de l'art devenir jamais capable +d'engendrer. + +La seconde rflxion consiste en ce qu'il faut que l'une & l'autre des +parties consente de rester ensemble sur ce pied de frre & de soeur: +ce qui montre qu'il n'y a plus de lien entr'eux; que le premier +consentement qu'ils ont donn leur union n'ayant pas produit l'effet +pour lequel il avoit t donn, il est naturellement & _ipso facto_ +rvoqu. Qu'il en faut un nouveau donn sur connoissance certaine de la +personne; qu'alors ce n'est plus un mariage, mais une union de support +qui ne peut tre qu'onreuse la femme; car enfin, le doux nom de +soeur n'est pas capable de consoler de la perte des avantages de la +qualit de femme. Quand on est une fois mari on ne s'aime plus +qu'entant qu'on est mari & femme. Comme cette Biblis dont Ovide nous +fait l'histoire, une femme n'aime point d'tre appelle soeur par un +homme qui tient lieu de mari. + + [266]_Jam Dominum appellat, jam nomina sanguinis odit,_ + _Biblida, jam mavult, qum se vocet ille sororem._ + +En un mot, cette objection tombe d'elle-mme, puis qu'elle ne concerne +que des mariages contractez avec des hommes reconnus impuissans par +l'usage; & qu'il s'agit ici de savoir s'il doit tre permis des +Eunuques connus pour tels, de contracter mariage. + +[Illustration] + + + + + +CHAPITRE V. + + +Cinquime Objection. + +_Si le Mariage devoit tre deffendu aux Eunuques parce qu'ils ne peuvent +pas engendrer, il devroit l'tre aussi aux personnes ges que la +vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne leur +tant point deffendu, il ne doit point l'tre aussi aux Eunuques._ + + +Rponse cette Objection. + +Cette objection est fonde sur un faux principe, savoir qu'on n'a droit +d'tre mari qu'entant qu'on est capable d'engendrer; si cela toit, ds +qu'un mari & une femme n'engendrent plus, ou lors que la femme est +strile il faudroit les dmarier. Ce principe & la consquence qui s'en +tire naturellement sont si absurdes, qu'il suffit de les proposer pour +les faire rejetter. + +Si cette Objection n'est point fonde sur ce principe elle est encore +moins sotenable; car un homme, moins que d'tre retourn en enfance, +ou que d'tre attaqu de quelqu'infirmit capitale, est capable +d'engendrer dans quelqu'ge qu'il se trouve. On voit mille xemples dans +le monde de vieillards qui ont eu des enfans l'ge de quatrevingt & +dix ans, qui est l'ge le plus avanc de l'homme; de sorte qu'on peut +dire qu'un homme bien constitu peut engendrer toute sa vie; cependant, +s'il toit tellement dcrpit qu'il ne pt faire aucune fonction du +mariage, qu'il ft comme un Eunuque, j'avou qu'il agiroit contre +l'institution du mariage, & que le Magistrat, ou ses Suprieurs +Ecclsiastiques feroient trs bien de l'en empcher en lui reprsentant +ce qu'Ajax dit Ulysse dans les Mtamorphoses d'Ovide, + + _Debilitaturum quid te petis Improbe munus?_ + +Qu'il va faire comme le mle des Alcyons qui tant si vieux qu'il ne +peut se remuer, s'apparie avec sa femelle & meurt en cet tat. A moins +que cet homme n'et eu plusieurs enfans dans sa jeunesse, ou qu'il et +eu une femme strile, en ce cas il peut trs lgitimement, mon avis, +pouser une femme d'un ge proportionn au sien, [267]parce que le feu de +la jeunesse tant pass dans l'un & dans l'autre, & les inconvniens que +je remarquerai dans le chapitre suivant n'tant point craindre, c'est +proprement dans ce cas qu'un mari recevant beaucoup d'aide & de secours +de sa femme il peut la regarder comme soeur, s'il ne peut la regarder +comme femme, puis que lui ni elle ne peuvent point procrer ligne. + +Mais la principale raison est, que les gens auxquels on n'a que la +vieillesse reprocher, auroient p, peut-tre, engendrer, & ont, +peut-tre, effectivement engendr dans leur jeunesse; ils ont donc la +facult d'engendrer, mais ils n'engendrent point en effet; l'ge est en +eux un obstacle plus puissant que la nature qui les avoit rendus +capables d'engendrer. Or ne voit-on pas que la nature fait souvent des +efforts, ou que la Providence lui donne des forces par le moyen +desquelles elle surmonte les obstacles de l'ge. [268]Je ne rapporterai +point la Fable du bon Vieillard Hircus qui pria trois Dieux qui vinrent +chez lui, de lui donner un fils, quoi que sa femme ft dj fort avance +en ge, ce qu'ils lui accordrent; les Savans croyent que c'est +l'histoire d'Abraham & de Sara, dguise: mais j'allguerai le +tmoignage de Valesque de Tarente qui dit, comme une chose fort +merveilleuse, dans son _Philonium_[269], qu'il a v une femme qui avoit +ses mois l'ge de soixante ans, & qui eut un fils l'ge de +soixante-sept ans. Et le tmoignage de Mauricius Codeus, qui dit dans +son Commentaire sur le premier Livre d'Hypocrate touchant les maladies +des femmes, qu'il a appris qu'une Demoiselle a eu ses mois tant ge de +soixante & dix ans, & qu'elle avoit con un enfant bien form, dont +elle avoit avort pour avoir t trop agite du mouvement d'un Coche +dans lequel elle avoit t. La Loi _si major_ au Code _de legitim. +Hred._ parle d'un enfant mis au monde par une femme qui avoit pass +cinquante ans. Cornelia dont Pline parle, eut aprs soixante-deux ans +Volusius Saturninus qui fut Consul. Et le Docte Joubert dit +positivement, qu'une femme marie un Coturier dans la Ville +d'Avignon, nomm _Andr_, domestique du Cardinal de Joyeuse, continua +d'enfanter jusqu' l'ge de septante ans. Mais si la nature ne peut pas +surmonter ces obstacles, Dieu qui est le Matre de la nature, ne les +surmonte-t-il pas souvent, en donnant des enfans des femmes qui ont +perdu l'esprance d'en avoir, [270]Sara, & Anne, qui depuis[271] fut mre +de Samuel, en sont des exemples. Il donne, dit le Psalmiste, celle qui +toit strile la joye de se voir dans sa maison la mre de plusieurs +enfans. [272]Le Prophete Esae dit la mme chose, & l'exprience l'a +justifi si souvent qu'il n'y a point lieu d'en douter. + +Il y a donc bien de la diffrence entre le mariage des Vieillards & +celui des Eunuques. Dieu se sert souvent de moyens humains pour faire +des Miracles. Les personnes fort ges peuvent servir de moyens, mais +les Eunuques n'ayans point ces moyens, ils ne peuvent point tre des +instrumens dans la main de Dieu pour faire ces miracles. Ainsi on peut +dire que, ni naturellement, ni surnaturellement, ils ne peuvent point +engendrer, & que par consquent ils ne sont en nulle manire, ni +capables, ni dignes du mariage. + +[Illustration] + + + + + +CHAPITRE VI. + + +Sixime Objection. + +_Quand la femme qui pouse un Eunuque sait qu'il est Eunuque, & qu'elle +n'ignore point les consquences de son tat, il doit lui tre permis de +l'pouser si elle le souhaite, parce que_ volenti non fit injuria. + + +Rponse cette Objection. + +Cette maxime _Volenti non fit injuria_, est tablie par le Droit Civil, +& par le Droit Canon; l'un dit, [273]_que usque ade autem injuria qu +fit liberis nostris, nostrum pudorem pertingit, ut etiam si volentem +filium quis vendiderit patri, suo quidem nomine competit injuriarum +actio, filii ver nomine non competit, quia nulla injuria est qu in +volentem fiat_; l'autre Droit dit que, [274]_scienti & consentienti non +fit injuria_; Elle est tire de la Loi 145. _ff de diversis regulis +juris_, qui porte, que _nemo videtur fraudare eos qui sciunt & +consentiunt_, & elle est en quelque sorte explique par le . _si +intelligatur_. 6. de la Loi prmire, _Dig. de dilitio Edicto. Si +intelligatur vitium, morbus que mancipii ut plermque signis quibusdam +solent demonstrare vitia, potest dici edictum cessare; hoc enim tantm +intuendum est ne emptor decipiatur._ Pour pouvoir conclure qu'une femme +est trompe volontairement & de son consentement, il faut qu'il conste & +qu'il apparoisse clairement & manifestement qu'elle n'a t ni induite, +ni sduite; qu'elle a s les defauts de l'Eunuque, & les incommoditez +qu'elle en souffriroit, sans cela elle est trompe, & elle est trompe +par surprise & non pas volontairement. J'ajote qu'il faut qu'une femme +soit assure de sa continence & de sa chastet, qu'elle sache que les +defauts de l'Eunuque, & les incommoditez qu'elle en souffrira, mettront +l'une & l'autre de ces deux vertus trs souvent l'preuve, & qu'elle +pourra srement sotenir toutes ces preuves, sans cela, prsuppos que +_volenti non fiat injuria_ le Magistrat ni ses Suprieurs +Ecclsiastiques ne doivent point lui permettre de s'exposer la +tentation, & de se mettre dans un danger vident de tomber dans le crime +comme je le ferai voir dans la suite de ce chapitre; il ne doit point +lui permettre par consquent de se marier; l'Objection tombe dans ce +cas. Il y a d'autres exceptions cette rgle gnrale, que les +Jurisconsultes rapportent; par xemple, [275]_si quis puellam volentem +rapuerit; si quis filium volentem intervertat. Si quis servum volentem +corrumpat_; & plusieurs autres semblables. Le sens vritable de cette +maxime est, qu'une personne qui a consenti l'injure qui lui a t +faite, ne peut point agir par action d'injure contre l'injuriant. Voici +donc l'application qu'il faut faire de cette maxime au cas du mariage +d'un Eunuque. Lors qu'un mariage est dclar nul par, ou cause de +l'impuissance du mari, il n'est pas seulement condamn rendre la dote +qu'il a re de sa femme, pour laquelle il n'est point admis ni re +faire cession de biens, mais aussi aux dommages & intrts envers elle, +& elle n'est point tenu la restitution des bagues qui lui avoient t +donnes. Mais lors qu'elle a s, avant que de l'pouser, qu'il toit +impuissant, elle peut bien faire casser son mariage, ou pltt faire +dire qu'il n'y en a point, mais elle ne peut pas intenter l'action +d'injure ou de dommages & intrts, parce que _volenti non facta fuit +injuria_. Elle mrite qu'on lui fasse ce reproche d'Horace[276] _Prudens +emisti vitiosum, dicta tibi est lex, insequeris tamen hunc & lite +moraris iniqua_. C'est l la Jurisprudence universelle de tous les Pas. +Mais pour rpondre solidement & d'une manire qui soit sans replique +cette Objection, je ne puis faire rien de mieux que de me servir des +termes du Docte Cyprus, tels qu'ils sont contenus dans les Articles 41. +& 42. du Paragraphe treizime du chapitre neuvime de son excellent +Ouvrage, _de Jure connubiorum_: en dtruisant l'Objection ils finiront +aussi trs dignement ce chapitre & cet Ouvrage. [277]_Quritur si mulier +spadoni vel Eunucho fidem dederit, non ignara eum hoc vitio affectum, +vel post sponsalia resciverit, eum virum non esse, & nihilominus nuptias +consummare cupiat, id ei concedendum fit? Et si quidem constiterit eum +ad commixtionem conjugalem inhabilem esse, nuptiis illi inter dicendum & +sponsalia dissolvenda existimaverim. 1. Quod lege Divina spadones +prohibeantur mariti fieri. Deuteronom. 13. Itaque nec illis mulieres +nubere possunt. 2. Quod & Imperatorum constitutionibus id vetitum est. +3. Quod ejusmodi conjugium Benedictionis non sit capax. 4. Quod nulla +istarum causarum propter quas conjugium Deo institutum est, hic locum +habeat. 5. Propter periculum, ne mulier alibi amori operam dare +incipiat, (ut est natura hominum proclivis ad libidinem) & conjugio, +cujus usum nullum habere potest, pro velamento turpitudinis utatur. Nec +ad rem facit quod mulier sciens volens nuptias illas cupiat; Nam in re +tanti momenti Magistratus est partibus consulere qui suis commodis +consulere non possunt, cm perire volens audiendus non sit. Nam verendum +est, ut dixi, ne mulier ejus pertsa conjunctionis alium portum qurat +quo se se recipiat, ut Theognidis verbis utar. Quibus incommodis +Magisstratum mederi oportet, usque ade ut etsi de viri vitio aut morbo +non quratur uxor, nihilominus hisce nuptiis intercedere debeat._ + +_Sed quid si mulier sciens volens spadoni nupserit, & matrimonium +consommatum sit? Resp. sibi Imputare debet qu ei quem scit virum non +esse, nupserit. Interim tamen matrimonium [Grec: agamos gamos], id est +pro nullo habendum est, ut quod contra leges inter eas personas coirit, +qu matrimonio jungi non possunt. Qu de Caus etiamsi cum facti non +poeniteat, nihilominus Viro discedere debere, & si nolit, segregandam +esse existimaverim. Neque enim mulier prava & legibus prohibita su +conniventia recta efficere potest. Et Conjugium confirmatur officio +carnali, Verum antequm confirmetur, impossibilitas officii solvis +vinculum conjugii. 33. Qust. 1. cap. 1. Verba Augustini. Quamvis contra +sentiat Papa Alexander, vel ut alii volunt, Lucius, cap. requisivisti, +33. Qustione prima, qui vult eas qu pro uxore haberi non possunt, pro +sororibus habendas; quod vix est ut defendi possit, idque propter illas, +quas commemoravimus causas._ + +FIN. + + * * * * * + + +NOTES: + +[1] Comme l'illustre Mr. Bayle toit encore en vie quand cette Ddicace +a t faite, on n'a pas trouv qu'il fut ncessaire d'y rien changer, +quoi qu'il soit mort depuis. + +[2] Mr. de Montpinslon. + +[3] Histoire des Ouvrages des Savans. Mois de Janvier, Fvrier & Mars +1706. pag. 84. & suiv. + +[4] Nouv. de la Rpub. des Lett. Janv. 1704 p. 117. + +[5] Nouvelles de la Rpublique des Lettres tom. 1. Mois d'Avril 1684. +pag. 117. + +[6] Patiniana pag. 25. + +[7] Capitul. 9. tit. 19 de procuratoribus lib. 1. sexti Decretal. + +[8] Imperat. Leonis constitut. 26. in princip. + +[9] Novel. 21. tit. 1. de Nuptiis. In prfat. + +[10] L. 197. de divers. regul. Jur. + +[11] Liv. 14. ch. 6. + +[12] In Eutrop. lib. 1. V. 339. + +[13] Christophori Helvici Theatrum Historicum pag. 5. + +[14] St. Remuald. Thresor Chronol. & Histor. fol. tom. 1. pag. 79. + +[15] Valere Maxime liv. 9, ch. 3. art. 13. + +[16] Lucien dans son dialogue Intitul le menteur ou l'Incredule. + +[17] Etymologicon Lingu Latin. + +[18] Genese Ch. 37. V. 36. + +[19] Joseph. Antiq. Judaic. liv. X. ch. 16. + +[20] St. August de civit. Dei. tom. 1. pag. 603. + +[21] L. 2. . 1. ff. de Adoptionibus. + +[22] Lettre 117. dans la traduction que Mr. l'Abb de Bellegarde a faite +des Epitres de S. Basile. + +[23] Lib. 16. cap. 7. + +[24] Lib. 16. cap. 7. + +[25] Controvers. 33. lib. 5. + +[26] St. Matth. ch. 19. V. 12. + +[27] L. 147. de div. reg. Jur. + +[28] L. 121. ff. de verbor. significat. + +[29] Liv. 6. ch. 5. & sur tout. liv. 10. ch. 1. + +[30] Liv. 2. Eleg. 2. + +[31] Voy. Plin. liv. 13. ch. 4. + +[32] Plutarq. In Alexandr. + +[33] Liv. 7. ch. 2. + +[34] Satyr. 10. V. 306. 307. + +[35] Liv. 6. ch. 10. + +[36] Voy. Crinitus de honnesta disciplina liv. 9. S. Romuald fol. tom. +2. pag. 185. + +[37] Luithprand. Ticinensis. liv. 4. de rebus per Europam gestis. cap. +4. Meibomius. Rerum Germanicar. tom. 1. c. 47. pag. 247. Camerar. +Meditat. Historic. tom. 1. lib. 5. cap. 19. + +[38] Act. 1. Scen. 2. + +[39] Liv. 6. ch. 1. art. 13. + +[40] Liv. 2. Epigr. 60. + +[41] Voyez cette Histoire dans le Diction. Histor. & Crit. de Mr. Bayle. +Les Articles _Abelard, Helose, Foulques & Paraclet_. + +[42] Ch. 31. V. 21, 22. + +[43] Herodote liv. 8. + +[44] Instit. lib. 4. tit. 4. de Injuriis. 7. + +[45] Novell. 42. ch. 1. + +[46] Amor. lib. 2. Eleg. 3. V. 3. & 4. + +[47] Novell. 60. + +[48] Apol. 2. pag. 71. adresse l'Empereur Antonin. + +[49] Epistol. 5. 6. ad Pammachium de Erroribus Origini. + +[50] Dupin nouvelle Bibliothque des Auteurs Ecclsiastiques tom 1. pag. +121. &c. tir d'Eusebe liv. 6. ch. 2. . 19. traduction Franoise, les +chapitres de laquelle ne se rapportent point l'Edition Grque ni +Latine. + +[51] S. Romuald. tom. 2. pag. 185. du tresor Hist. & Chronol. in fol. + +[52] Eusebe parle de cette sdition, mais il n'en dit pas la cause, liv. +6. ch. 41. &c. + +[53] Voyez la Vie de Tertullien & d'Origne, par Mr. de la Motte ch. 5. +sur la fin. + +[54] Dupin ibid. ubi supra. Et Eusebe ibid. ch. 19. + +[55] Liv. 5. ch. 21. + +[56] l. 4. . 2. ff. ad legem Corneliam de sicariis et Veneficiis. + +[57] Voyez Diction. Hist. & Crit. de Mr. Bayle tom. 1. pag. 955. & suiv. + +[58] Essais liv. 2. ch. 29. + +[59] Centuries 1. ch. C. de separatione ex causa luis Venera. + +[60] Abreg. Chronol. tom. 2. pag. 639. + +[61] Voyez Hippocrat. lib. Aphorism. 28. & 29. + +[62] Plin. lib. II. cap. 37. + +[63] lib. 23. + +[64] Tom. 17. lib. 3. tit. defectus testium vel natur, vel casu +Eunuchi, spadones, castrati. Et tit. Hermaphroditorum & sacrorum +ridiculorum. + +[65] Joseph. Antiquit. Judaq. liv. 18. ch. 2. idem de la guerre des +Juifs liv. 2. ch. 7. + +[66] [Grec: Eunechisan.] + +[67] Liv. 1. tom. 1. Heres. 15. 16. + +[68] Mr. Dodwel, dans les additions aux Oeuvres Posthumes & +Chronologiques de Pearson; dans sa digression sur le ch. 6. l'occasion +de le prtendu Domitille, Vierge & Martyre. + +[69] Plaut. in Aulular. Act. 2. Scen. 2. V. 72. 73. + +[70] Mezerai Histoire de France avant Clovis in 12 pag. 160. + +[71] Liv. 8. chap. 41. + +[72] Liv. 1. ch. 12. + +[73] Elog. 5. des Empereurs. Elog. 9. des Impratrices. + +[74] Dior. Cassius, in Neron. Art. 28. + +[75] Ch. 1. V. 10. + +[76] Ibid. ch. 2. + +[77] Judith ch. 12. + +[78] Act. ch. 8. V. 26. + +[79] Jrmie ch. 52. V. 25. + +[80] Plat. de leg. lib. 3. + +[81] Grgoire de Nazianze Oraison 23. + +[82] Athanas. ad solitar. pag. 384. + +[83] Amm. Marcell. liv. 18. + +[84] Ibid. liv. 15. + +[85] Ibid. l. 8. ch. 15. + +[86] Julian. Imperat. ad Atheniens. pag. 501. + +[87] Athan. ad solitar. pag. 834. 835. + +[88] S. Athanas ad solitar. pag. 852 & Herman Vie de S. Athanase liv. 7. +ch. 10. + +[89] Gregor. Nazianz. orat. 31. + +[90] Liv. 7. ch. 10. + +[91] Liv. 9. tit. 1. l. 4. + +[92] Eusebe Hist. Eccles. liv. 10 ch. 8. + +[93] lius Lampridius. + +[94] Quint. Curt. lib. 10. cap. 1. + +[95] lius Lampridius in sever. + +[96] Cod. Theod. liv. 10, tit. 10, liv. 34. + +[97] Liv. 5. pag. 800. + +[98] Lucian. Macrob. + +[99] Voyez Nouvelles de la Rpublique des Lettres Janvier 1686, art. 10. +tom. 5. pag. 87. + +[100] Liv. 17. + +[101] Esae ch. 56. V. 3. Ose ch. 9. V. 16. Luc ch. 13. V. 7. + +[102] Claud. in Eutrop. lib. 1. + +[103] Socrate Hist. Eccles. liv. 6. ch. 5. + +[104] Sozomene liv. 8. ch. 7. + +[105] In pseud. & in Eunuch. + +[106] Liv. 3. ch. dernier. + +[107] Martial. liv. 6. Epigram. 2. + +[108] Liv. 9. Epigram. 7. + +[109] Sueton. invit. Domitian ch. 7. art. 4. + +[110] Tit. 8. liv. 48. ff. + +[111] tit. 8. liv. 48. ff. + +[112] l. 3. . 4. tit. Eod. + +[113] liv. 26. . 28. tit. 2. l. 9. ad legem Aquiliam. + +[114] liv. 4. tit. 42. l. 1. + +[115] Authent. coll. 9. tit. 24. Nouv. 142. + +[116] Leo. Constitut. 60. + +[117] Vid. qui testament. facere poss. l. 5. + +[118] l. 6 ff. de liberis & posthum. hred. instituendis vel +exhredandis. + +[119] l. 6. ff. de Jure patronatus. + +[120] . sed & illud. In insitut. lib. 1. tit. II. de Adoph. + +[121] Ibid. ff. 4. + +[122] d. ff. foemin Institut de adopt. + +[123] L. 6 ff. de liber. & posth. hred. Instituendis vel exhredandis +L. 29. . penult. de in officios. Testam. + +[124] Schneidevin. sur les Instituts. liv. 1. tit. 25. . 7. + +[125] Institut. de hred. qualit. & differ. l. 4. + +[126] L. I. . 11. + +[127] L. 20. . 7. ff. qui Testamenta facere possunt. + +[128] L. I. cod. quand Mulier. Tutor. off. lung. pot. + +[129] L. 4. liv. 49. tit. 16. de Re militati. + +[130] Plaut. in Curcull. + +[131] L. 20, . 7. ff. qui testam. facer. poss. + +[132] Institut. orator. lib. 5, cap. 12. + +[133] L. 4. ff. ad leg. Cornel. de siccar. + +[134] Liv. 7. ch. 7. exempl. 6. + +[135] Juven. Satyr. 11. Aristote lib. 7. cap. 5. Histor. Animal. sop. +in Apol. lian. lib. 6. cap. 33. Plin. lib. 37. cap. 6. + +[136] Voyages de la Hontan dans l'Amrique Septentrionale tom. 1. lett. +16. pag. 181. &c. + +[137] Ibid. 185. 186. + +[138] Lib. 32. cap. 3. + +[139] Voyez Mmoires pour l'histoire des Sciences & des beaux Arts, mois +de Mai 1704. article 10. page 301. &c. tom. 7. + +[140] Levitiq. ch. 22, V. 24. + +[141] Deuteron. ch. V. 1. + +[142] Matth. ch. 19 V. 12. + +[143] Distinct. 55. c. 1. + +[144] Ibid. c. 10. + +[145] Ibid. c. 5. + +[146] L. si ver 5. . II. lib. 9. ff. tit. 3. de his qui effuderint, +vel dejecerint. + +[147] De Bell. Alexand. + +[148] Cheviana tom. I. pag. 200. + +[149] Voyez les Nouvelles de la Rpublique des Lettres par Mr. Bayle +tom. 4. pag. 948. + +[150] Ibid. tom. 7. pag. 1466. + +[151] Institut. lib. 1. tit. 9. . 1. + +[152] Decret. 2. pars. causa 35. qust. 1. & 2. + +[153] In Eutrop. lib. 1. + +[154] Cap. tunc salvabitur 33. Qust. 5. & ibid. Gloss. fin. + +[155] 1. Timoth. ch. 5. V. 14. + +[156] Jrm. ch. 29. V. 6. + +[157] L. 220. ff. deverbor. signif. . 3. in fin. + +[158] Chap. 20. V. 35. & 36. + +[159] Aul. Gel. lib. 18. cap. 6. + +[160] Cap. extr. de convers. infidel. + +[161] Nouvel. 73. in princip. + +[162] L. Eleganter 24. . qui reprobos. ff. de pignor. act. + +[163] Sext. decretal. lib. 4. tit. 2. capitul. unic. + +[164] L. 14. ff. de sponsal. + +[165] L. vehenda 10. . 1. ff. ad leg. Rhod. de Jactu. + +[166] Voyez S. Jerme Epitr. 2. tom. 1. p. 11. + +[167] 1. Liv. des Rois ch. 1. + +[168] L. ea qu commendandi causa ff. . ult. de contrala. empt. + +[169] Part. 1. lib. 5. disput. 12. . 10. num. 351. + +[170] Lib. 5. tit. 17. l. 50. + +[171] Lib. 23. tit. 3 de Juro dotium l. 39. . 1. + +[172] Voyez le Tresor ou la Biblioth. du Droit Fran. par Mre. Laurent +Bouchet tom. 2. pag. 691. + +[173] Tit. de Nuptiis . 12. + +[174] L. 30. ff. quando dies leg. vel fideic. cedat. + +[175] Vid. Pruckneri manuale mille qustionum illustrium Theolog. +Centur. 8. Qust. 43. + +[176] Voyez le Tresor, ou la Biblioth. du Droit Franois par Mre Laurent +Bouchel tom. 2. pag. 689. + +[177] Capitul. 10. Decretal. Gregor. lib. 4. tit. 2. + +[178] Decret. 2. pars caus. 37. qust. 2. c. 17. + +[179] Ibid. c. 30. + +[180] Ibid. c. 37., &c. + +[181] Voy. Schneidewin. in institut. lib. 1. Tit. 10. pars 4. + +[182] De divortio. num. 22. + +[183] On peut voir sur ce sujet les ch. 62. & 64. de la 2. Centurie des +Arrts de Mr. le Prtre. + +[184] Collat. 4. Novell. 22. tit. de causis solutionis cum poena. + +[185] In Eutrop. lib. 1. + +[186] Terence Eunuch. Act. 2. Scen. 3. + +[187] Epigr. 52. lib. 10. + +[188] Epigram. 42. lib 12. + +[189] Carmen Nuptiale lib. 1. m. 63. + +[190] Ovid. Amor. lib. 3. Eleg. 7. + +[191] Audonus Epigramm. 55. + +[192] Ibid. Epigram. 275. + +[193] Juven. Satyr. 6. V. 513. + +[194] Ovid. ubi supr. + +[195] Liv. 21. tit. 1. de ditit. dicto. l. 7. + +[196] Horat. Sermon. lib. I. Satyr. I. + +[197] Ch. 30. V. 21. + +[198] Mr. Ocluen Capitaine de Cavalerie, & l'un des Membres de la +Socit Royale de Berlin. + +[199] Voyez Livre sans nom pag. 33. + +[200] Lib. 5. Epigr. 42. + +[201] Ovid. de arte Amandi. lib. 1. + +[202] Ibid. + +[203] Plat. lib. 10. de legib. + +[204] In Galb. cap. 3. + +[205] Thuan. Histor. lib. 52. + +[206] Tacit. Annal. lib. 4 cap. 53. + +[207] Plin. Epist. 18. lib. 8. + +[208] Voyez Valesiana pag. 57. + +[209] Diction. Histor. & Crit. 2. Edit. tom. 1. pag. 355. + +[210] Bouchet Annales d'Aquitaine fol. 143. vers. Dans Bayle Rponse +aux questions d'un Prov. tom. 1. pag. 423. + +[211] Voyez l'Histoire des Ouvrages des Savans, mois de Septembre 1687. +pag. 109. & 110. + +[212] Saty. 2. + +[213] Hist. des Ouvr. des Sav. mois de Juillet 1696. pag. 506. + +[214] Sext. Decretal. lib. 4. tit. 1. + +[215] L. 60. ff.; P2: ff lib. 23. tit. 2. de ritu nupt. . 5. + +[216] . si advertus Institut. de Nuptiis. + +[217] Sueton. in August. cap. 44. + +[218] Liv. 5. Epigram. 42. + +[219] Pag. 513. + +[220] Liv. 6. ch. 2. + +[221] Voyez aussi l'Histoire des Ouvrages des Savans mois de Septembre +1690. art. 1. tom. 7. pag. 10. & suiv. + +[222] . 28. pag. 20. + +[223] . 235. pag. 358. + +[224] L. si dotem. 22. . si maritus. 7. ff. solut. Matrimon. + +[225] Can. quod autem. + +[226] Tom. 2. Jenens. German. fol. 156. 6. + +[227] Lib. 2. tit. 1. de Matrimon. & Nupt. definit. 16. & Tit. 11. +definit. 200. + +[228] Hist. des Ouvrages des Savans, mois de Fvrier 1706. art. 7. pag. +89. & suiv. + +[229] Ibid. mois de Dcembre 1691. art. 3. pag. 175. + +[230] Lib. 5. Tit. 8. Cod. si nupti ex rescripto petantur l. 2. + +[231] Hist. des Ouv. des Sav. mois de Novembr. 1687. pag. 321. Ibid +mois de Mai 1688. art. 4. pag. 35. Ibid. mois de Juillet 1688. art. 10. +Ibid mois de Septembre 1688. pag. 38. Ibid. Octobre 1688. art. 13. Ibid. +Janvier 1689. pag. 473. Ibid. Fvrier 1689. art. 4. Ibid. Mars 1689. +art. 1. pag. 13. 16. Ibid. Fvrier 1692. pag. 280. Ibid. Aot 1692. pag. +540. Ibid. Avril 1695. art. 5. + +[232] Mois de Fvrier 1706. art. 7. pag. 89. + +[233] Voyez la Dclaration du Roi de Prusse sur ce sujet du 7. Decembre +1689. + +[234] Chap. 9. . 2. num. 13. + +[235] B: Voyez les Oeuvres de Mr. le Vayer Homelie Acadmique, Homel. 2. + +[236] Impress. Londini in 4. ann. 1640. pag. 40. 41. + +[237] Votii Polit. Ecclesies pars prima lib. 3. Tractat. 1. de +matrimonio lectio 2. cap. 1. qust. 3. + +[238] Voyez de l'usage & de l'autorit du Droit Civil dans les Etats des +Princes Chrtiens traduit du Latin d'Arthurus Duck Iuriscons. Angl. liv. +2. pag. 234. + +[239] Lib. 5. + +[240] Terent. Eunuch. Act. 4. scen. 3. + +[241] Iuvenal. Satyr. 6. V. 366. + +[242] Cap. 89. + +[243] Liv. 6. Epigr. 67. + +[244] Lib. I. Epigr. 34. + +[245] Ch. 20. V. 2. 3. + +[246] Ovid. Metamorph. lib. 9. + +[247] Caus. 32. qust. 4. c. origo. &c. liberorum erg. + +[248] Genes. chap. 6. V. 2. + +[249] Genes. ch. 30. V. 1. + +[250] neid. lib. 4. + +[251] Vid. c. penult. & fin. 32. qust. 7. a. solet quri. 32. q. 2. c. +non enim 32. q. 1. c. tantum. 32. q. 4. + +[252] Genes. ch. 30. V. 1. + +[253] Tobie ch. 6. V. 16. & suiv. + +[254] Novell. 78. cap. 3. Novell. 117. cap. 6. + +[255] L. in re mandata cod. mandati. + +[256] L. 10. l. 14. de adim. legat. + +[257] L. 8. in princip. ff. de pericul. & commot. rei vendit. + +[258] Vigneuil Marville tom. 1. pag. 376. + +[259] Perroniana pag. 44. + +[260] Juven. Satyr. 6. V. 324. 325. + +[261] Martial. Epigr. 7. lib. 4. + +[262] Lib. 11. Epigr. 82. + +[263] L. 30. ff. de divers. Regul. jur. + +[264] L. Si poenam ff. de verbor. obligationib. + +[265] Capitul. 5. Decretal. lib. 4. tit. 15. de Frigidis & Maleficiatis. + +[266] Metamorphos. lib. 9. V. 465. + +[267] Ovid. fast. lib. 5. + +[268] St. Romuald. Tresor Hist. & Chronol. in fol. tom. 1. pag. 93. + +[269] Ibid. pag. 231. + +[270] Genes. ch. 21. + +[271] 1. Samuel. ch. 1. + +[272] Esae. ch. 54. V. 1. + +[273] L. 1. . usque ade 5. ff. de injuriis & famosis libellis lib. 47. +tit. 10. + +[274] Sext. decretal. lib. 5. tit. de regul. jur. Regula 25. + +[275] Novell. 22. cap. per occasionem. 6. + +[276] Lib. 2. Epist. 2. V. 18. + +[277] L. 6. de Appellat. + + + + + + + + +End of Project Gutenberg's Trait des eunuques, by Charles Ancillon + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT DES EUNUQUES *** + +***** This file should be named 39320-8.txt or 39320-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/9/3/2/39320/ + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned +pages available at http://gallica.bnf.fr/) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org/license + + +Title: Trait des eunuques + +Author: Charles Ancillon + +Release Date: March 31, 2012 [EBook #39320] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT DES EUNUQUES *** + + + + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned +pages available at http://gallica.bnf.fr/) + + + + + + +</pre> + +<hr class="full" /> + +<h1>TRAIT<br /> +DES<br /> +EUNUQUES,</h1> + +<p class="cb">DANS LEQUEL<br /><br /> + +On explique toutes les diffrentes sortes<br /> +d'Eunuques, quel rang ils ont tenu,<br /> +& quel cas on en a fait, &c.</p> + +<p class="cb"><i>On xamine principalement s'ils sont propres<br /> +au Mariage, & s'il leur doit tre<br /> +permis de se marier.</i></p> + +<p class="c">Et l'on fait plusieurs Remarques curieuses &<br /> +divertissantes l'occasion des</p> + +<p class="cb"><big>EUNUQUES, &c.</big><br /> +Par M***. D***.</p> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/colophon.png" width="196" height="180" alt="" title="" /> +</p> + +<p class="c">Imprim l'an M. DCC. VII. +</p> + +<p> </p> +<p> </p> + +<h3>EPITRE<br /><br /> +DEDICATOIRE<br /><br /> +A<br /><br /> +M<sup>R.</sup> BAYLE.<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a></h3> + +<p class="nind"> +<span class="letra">M</span> O N S I E U R,<br /> +</p> + +<p><i>J'ai vous rendre compte de deux choses +qui me justifieront envers vous de la +libert que je prends de vous adresser cet +Ouvrage, & qui nous justifieront l'un & +l'autre envers le Public, si vous trouviez + propos de le faire mettre sous la Presse +pour lui en faire part.</i></p> + +<p><i>La prmire, que je ne me suis point +ingr de mon chef traiter le sujet qui +fait la matire de cet Ouvrage; l'occasion +qui m'y a engag est assez singulire. +Il y avoit autrefois ici plusieurs Eunuques +Italiens, Musiciens, qui y faisoient +grosse figure. Ils se flattrent de faire +de grandes & d'illustres Conqutes, mais +ils se tromprent; nos Dames ne se laissrent +point blour, & ne se payrent +point de la bagatelle.<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>Un Gentilhomme +Franois d'un esprit gai & enjou les en +railla par ces Vers jolis & pleins de +sel.</i></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je connois plus d'un Fanfaron<br /></span> +<span class="i0">A crte & mine fire,<br /></span> +<span class="i0">Bien dignes de porter le Nom<br /></span> +<span class="i0">De la Chaponardire.<br /></span> +<span class="i0">Crte aujourd'hui ne suffit pas<br /></span> +<span class="i0">Et les plus simples Filles,<br /></span> +<span class="i0">De la Crte font peu de cas<br /></span> +<span class="i0">Sans autres Batilles.<br /></span> +</div></div> + +<p><i>Cependant il y en a eu une qui s'est +laiss charmer, & qui a prt l'oreille +aux propositions de mariage qui lui ont +t faites par un de ces Eunuques. Une +Personne que je considre beaucoup, m'ayant +pri de lui dire mon avis, & de le lui +donner raisonn par crit, en forme de +consultation, pour dtourner cette jeune fille +sa parente du dessein qu'elle avoit d'entrer +dans un tel engagement, ou en tout +cas pour s'en servir ailleurs en cas de besoin. +J'y ai travaill avec plaisir, & +j'ai trouv qu'insensiblement j'avois fait un +Livre, de sorte qu'au lieu de laisser mon +Ouvrage sous la forme qu'on me l'avoit +demand, je lui ai donn celle qu'il a +prsentement. Je vous avou que l'extrait +que l'illustre Mr. de Beauval a donn<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a> +du Livre de Mr. Bruknerus intitul,</i> +Dcisions du Droit Matrimonial, <i>n'a +pas peu contribu m'engager dans un +xamen xact de cette question. J'aurois +extrmement souhait qu'il et bien +voulu dire ce qu'il en pense, & peut-tre +lui en fournirai-je l'occasion par ce +petit Essai lors qu'il en donnera l'extrait.</i></p> + +<p><i>Les Personnes scrupuleuses trouveront +peut-tre que c'est l pltt l'occupation +d'un homme oiseux, que d'un curieux +qui cherche s'instruire.</i> Hujusmodi +hrere qustionibus non tm studiosi +qum otiosi hominis esse videtur, +<i>comme parloit Saint Jrme consult +par Vitalis sur la fcondit prmature +d'Achas. Ainsi il est bon de les +prvenir, ou de les dtromper, en leur +apprenant que la vocation de l'examiner +m'a t lgitimement adresse.</i></p> + +<p><i>Ce n'est pas que je crusse avoir fait un +mal, quand je me serois avis, pour me +divertir, & pour changer mes occupations +srieuses dans une tude plus divertissante, +de traiter cette matire. Le +Docte Mollerus a fait un Livre qui a +pour ttre,</i> Discursus duo Philologico-Juridici +prior de Cornutis, posterior +de Hermaphroditis corumque +jure, uterque ex jure Divino, Canonico, +Civili, variisque historiarum +monumentis, horis otiosis congesti. + M. Jacobo Mollero. <i>Et cet Ouvrage +n'a point deshonor son Auteur, +ni diminu l'estime que le Public avoit +pour lui. Il est difficile, je l'avou, +de parler des Eunuques sans dire certaines +choses capables de choquer un peu la +pudeur d'une femme. Mais l'gard de +l'Auteur cela ne lui fait aucun tort, il +s'en faut beaucoup que son Livre contienne +des ordures & des saletez semblables + celles qui sont dans les</i> Priapeia, <i>sur +lesquels Joseph Scaliger, l'un des plus +grands Hommes des Sicles passez, a +fait des annotations, sans perdre sa rputation. +Et l'gard des femmes, ce +qu'on dit de libre & de naturel est exprim +en Latin, qui est une Langue peu +entendu parmi elles. Mais quand on +auroit t oblig de s'exprimer en termes +capables de blesser la pudeur la plus scrupuleuse, +s'ensuivroit-il qu'il auroit fallu +se dispenser de discuter un Droit sur lequel +on voit assez souvent fonder des disputes +importantes, & laisser les choses, + cet gard, dans le doute et dans la +confusion? Certes je ne crois pas que personne +le prtende ainsi: en tout cas cette +prtention seroit aussi ridicule que celle +de certaines gens qui aimeroient mieux +qu'on et laiss prir, ou souffrir tout le +genre humain, que d'avoir fait des Traitez +de Mdecine, & de Chirurgie, qui +le conserve, qui le prserve, & qui le +soulage, parce qu'on a t oblig de nommer +les choses par leur nom & sans dguisement, +& de parler dcouvert de +toutes les parties les plus secrettes du +corps humain. J'espre que le Public sera +quitable sur ce sujet. J'aurois eu plus + craindre du redoutable Mr. Bernard +que d'aucun autre, parce que je connois +sa dlicatesse & sa svrit, qui ne pardonnent +point les moindres fautes, & qui +en trouvent mme dans des choses qui ont +l'approbation des gens qu'il croit aisment +tre d'un got au dessous du sien. +Mais que pourra-t-il me dire, lui qui annonce +avec tant de soin un Livre qui a +pour ttre</i><a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>, les Crmonies du mariage +telles qu'on les pratique prsentement +dans toutes les parties du Monde, +Ouvrage trs divertissant, sur +tout pour les Dames, crit en Italien +par le Sr. Gaya, troisime Edition, + laquelle on a ajot d'amples +Notes & des Remarques sur le Mariage, +avec le Miroir des personnes +maries, ou les Avantures capricieuses +du Chevalier H..... avec ses sept +femmes, crites par lui-mme dans +le tems de sa prison, & mises en +Anglois moderne par Mr. Thomas +Brown, in 8. pag. 161. <i>& d'avertir +ensuite le Public, que</i> les notes qu'on +a mises au bas des pages sont trs +enjoues, & qu'on n'y pargne pas +les Prtres. <i>On sait combien de contes +sales on a accotum de faire sur leur +sujet, & combien de vilenies on met sur +leur comte. Je ne sai point au reste, +si ce Docteur Thomas Brown dont Mr. +Bernard fait ici mention, est ce savant +Mr. Brown Chanoine de Windsor, Ami +intime de Mr. Isaac Vossius qui lui a ddi +son Trait des Oracles Sibyllins, ou +cet Ecossois qui a fait un Trait des Fivres +continus imprim Edimbourg en +1695., ou si c'est ce Thomas Brown +Docteur Anglois qui a fait la</i> Religion +du Mdecin. <i>Ce qui me feroit douter +que ce ft le prmier, seroit qu'il ne s'est +appliqu qu' des Etudes graves & srieuses, +comme on le remarque par ce que +Colomiez dit de lui dans sa Bibliothque +choisie. Ce qui me feroit douter aussi +que ce ft le second, c'est la timidit +qu'il fait parotre dans la Prface de son +Livre, en y dclarant qu'il a eu bien de +la peine se rsoudre produire cet essai +touchant les Fivres continus; qu'il redoutoit +le gnie railleur & Satirique +si commun ceux de sa Nation; Que +la mme frayeur touffe tous les jours des +productions trs dignes de voir le jour. +Qu'il s'est pourtant dtermin parotre +en public pour ne pas sortir du monde +comme un Citoyen inutile & paresseux. +Qu'il hazarde ce systme nouveau, & +qu'il sacrifie ses scrupules l'utilit publique. +Et si c'est le troisime, vous +savez, Monsieur, ce qu'en a dit Patin, +car vous le rapportez dans vos Nouvelles +de la Rpublique des Lettres<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a></i>, C'est, +<i>dit-il</i>, un Mlancholique agrable en +ses penses, mais qui mon jugement +cherche Matre en fait de Religion +comme beaucoup d'autres, & +peut-tre qu'enfin il n'en trouvera +aucune. Il faut dire de lui ce que +Philippe de Comines a dit du Fondateur +des Minimes, l'Hermite de +Calabre Franois de Paule, il est encore +en vie, il peut aussi-bien empirer +qu'amender. <i>On a mis cette pense +de <a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>Patin dans le</i> Patiniana <i>un +peu dguise l'gard du tour & de l'expression, +mais la mme absolument dans +le fond. Si, dis-je, c'est ce Thomas +Brown Auteur du Livre intitul</i>, Religio +Medici, <i>qu'on pourroit intituler +aussi-bien</i>, Medicus Religionis, <i>comme +il est dit dans le</i> Patiniana, <i>qui a +traduit en Anglois moderne, ces</i> Crmonies +du Mariage <i>que Mr. Bernard +annonce avec tant de soin, & si obligeamment +au Public, c'est apparemment +un Livre dont la matire n'est pas trop +chaste, ni les expression trop scrupuleuses +& trop chtres. Je n'en parle que +par conjecture, car j'avou que la recommandation +de Mr Bernard ne m'a point +engag le chercher, l'acheter, & +le lire. Je ne connois que ces Brown. +Il y a bien un Docteur en Thologie originaire +du Palatinat & prsentement +Professeur en Langue Hbraque dans l'Acadmie +de Groningue, Auteur de quelques +Dissertations trs curieuses, qui se +nomme Brawn; mais Mr. Bernard +est trop xact pour avoir confondu Brown +avec Brawn, quelque ressemblance qu'il +y ait dans ces noms, & quelque facilit +qu'il y ait s'y mprendre.</i></p> + +<p><i>La seconde chose dont j'ai vous rendre +compte, est le motif qui me porte vous +adresser cet Ouvrage. Je n'en ai point +d'autre, Monsieur, que l'estime toute particulire +que j'ai pour vous, & le cas que +je fais de l'amiti dont vous m'honorez. +Je me suis flatt que vous ne voudriez +pas laisser parotre en public un Livre qui +pourroit nuire la rputation de son Auteur, +qui est un de vos anciens Amis, +& qui se repose sur vous du soin de l'xaminer +& de juger s'il mrite d'tre +mis sous la Presse: & je me suis persuad +que si vtre jugement lui toit favorable, +je n'avois rien craindre de la +part du Public, parce que je pouvois esprer +une approbation gnrale, ou en +tout cas tre assur d'avoir en vous un +puissant appui contre le mauvais got & +contre la Critique maligne, qui pourroient +m'entreprendre. Je n'ai garde de faire +ici vtre Pangyrique l'imitation de ceux +qui font des Eptres Ddicatoires, vos +propres Ouvrages font vtre Eloge, & +le jugement favorable & glorieux que le +Public en fait, vous est infiniment plus +honorable que toutes les louanges qu'on +pourroit vous donner dans une Eptre. +Je finis donc celle-ci en vous assurant que +je me sers avec plaisir de cette occasion +que j'ai souvent recherche de pouvoir +vous donner un tmoignage public de la +considration toute particulire avec laquelle +je suis,</i></p> + +<p> </p> + +<p class="nind"> +<big>M O N S I E U R</big></p> + +<p class="r">Vtre trs humble &<br /> +trs obssant serviteur.<br /> +C. D'OLLINCAN.<br /> +</p> + +<h3>DESSEIN ET DIVISION<br /> +DE<br /> +L'OUVRAGE.</h3> + +<p class="nind"><span class="letra2">L</span>E<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a> Droit Canon traitant des mariages +qui se contractent par Procureurs, +ordonne & prescrit des +prcautions trs grandes qu'il fonde +sur cette raison, <i>qu'il s'agit d'une affaire +grave, difficile & importante, qui +peut avoir des suites trs dangereuses</i>. +Propter magnum quod ex facto tam +arduo posset periculum imminere.</p> + +<p>Le Droit Civil ne donne pas une +ide moindre du Mariage, il le considre +comme l'action de la vie la +plus considrable, & qui demande +le plus de rflxion; comme un Port +favorable, ou comme un naufrage +malheureux; comme une chose bien +hazardeuse o toute la prudence humaine +se rduit ordinairement des +vœux & des souhaits.<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a><i> Magnum +sane excellensque donum Deo Creatore +ad mortales promanavit Matrimonium.</i></p> + +<p>D'un ct le mariage tant l'Ouvrage +de Dieu qui a uni les deux sxes, +& qui considrant qu'il n'toit +pas bon que <i>l'homme ft seul</i>, lui a +donn un <i>tre semblable</i> lui; leur +a ordonn l'un & l'autre de <i>crotre</i> +& de <i>multiplier</i>, & a imprim en +eux un desir violent de s'unir ensemble +pour la propagation de leur +espce. Cette union ne doit point +tre fortuite & commune, comme +celle des animaux destituez de raison; +elle ne doit point tre produite +par une affection brutale, par une +volont drgle; elle ne doit point +avoir pour but de mettre en sret +des plaisirs impurs, & de les couvrir +d'un nom spcieux & honorable. Ce +doit tre une conjonction chaste, religieuse, +sainte, pleine de pit & de +bndictions; n'ayant pour but que +d'xcuter les ordres de Dieu, qui est +son Auteur & son Protecteur. L'Eglise +n'approuve & n'autorise que les +Mariages de ce dernier caractre, ils +ont pour eux la faveur publique, au +lieu que les autres n'ont pour eux +qu'une haine gnrale, un mpris trs +grand, & souvent les maldictions & +l'horreur des gens de bien.</p> + +<p>De l'autre, comme le Mariage est +le fondement de l'Eglise, puis qu'il +est appell par quelques Thologiens +<i>Venter Ecclesi</i><a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a> qui lui engendre des +enfans. Et de la Socit civile, en ce +qu'il est la source des hommes, qu'il +ternise le monde, & qu'il donne des +hritiers lgitimes aux Citoyens, il ne +faut pas s'tonner si l'Eglise & la Socit +Civile s'intressent dans ce qui +le concerne; si elles en rglent les +commencemens, le cours, & les suites, +& si elles ont pourv sagement +aux inconvniens qui pourroient natre +de l'ignorance des hommes, ou +de leur malice.</p> + +<p>L'Eglise & la Socit Civile ne +laissent pas la libert tout le monde +de faire cet gard tout ce qu'il lui +plat. <a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a><i>Semper in conjunctionibus non solum +quid liceat considerandum est, sed & quid +honnestum sit</i>. Elles ne permettent point +qu'on donne atteinte la Justice, +l'ordre, au bien, l'utilit, & l'honntet +publiques. Elles ont tabli des +Loix qui les dclarent bons, ou mauvais, +justes, ou injustes, lgitimes, +ou criminels. Qui les permettent, ou +qui les deffendent, qui les confirment, +qui les authorisent, qui les +protgent, ou qui les cassent, qui +les annullent, & qui punissent ceux +qui les ont contractez.</p> + +<p>Pour rpondre au but que je me propose, +il s'agit ici de voir dans quel de ces +rangs on doit mettre le Mariage des Eunuques. +Voici donc le plan gnral que +j'ai dessein de suivre pour claircir cette +matire, & pour la rgler par une +dcision incontestable & certaine. Ce +Trait sera divis en trois Parties.</p> + +<p>Dans la premire j'xaminerai ce +que c'est qu'un Eunuque, de combien +de sortes il y en a, quel rang ils ont +tenu & tiennent dans la Socit +Ecclsiastique & Civile; & quelle +considration on y a eu, & on y a actuellement +pour eux.</p> + +<p>Dans la seconde, je discuterai leur +droit par rapport au Mariage, & j'xaminerai +s'il doit leur tre permis +de se marier.</p> + +<p>Dans la troisime enfin, je rapporterai +les Objections qui pourroient +tre faites contre les maximes que +j'aurai avances, & contre les dcisions +que j'aurai tablies, & je tcherai +de les rsoudre, & de lever +les difficultez qui pourroient y donner +atteinte.</p> + +<h2>TABLE<br /> +DES<br /> +CHAPITRES</h2> + +<p class="c">Contenus dans cet Ouvrage.</p> + +<table border="0" cellpadding="2" cellspacing="0" summary=""> +<tr><th colspan="3" align="center"><a href="#PREMIERE_PARTIE">PREMIERE PARTIE.</a></th></tr> +<tr><td valign="top">C<small>HAPITRE</small></td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_I-a">I</a>.</td><td valign="top"><i>S'il y a des Eunuques, & depuis quel tems il y en a.</i></td><td align="right" valign="bottom">Page<a href="#page_001">1</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_II-a">II</a>.</td><td valign="top"><i>Ce que c'est qu'un Eunuque.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_006">6</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_III-a">III</a>.</td><td valign="top"><i>Combien il y a de diffrentes sortes d'Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_010">10</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_IV-a">IV</a>.</td><td valign="top"><i>Des Eunuques qui sont nez tels.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_016">16</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_V-a">V</a>.</td><td valign="top"><i>Pourquoi on fait des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_019">19</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VI-a">VI</a>.</td><td valign="top"><i>Pourquoi quelques hommes se sont faits eux-mmes, ou fait faire Eunuques par d'autres.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_029">29</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VII-a">VII</a>.</td><td valign="top"><i>Des Eunuques ainsi nommez cause de leurs Emplois; Et de ceux qui le sont dans un sens figur.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_041">41</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VIII-a">VIII</a>.</td><td valign="top"><i>Quel rang les vritables Eunuques ont tenu dans la socit civile.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_049">49</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_IX-a">IX</a>.</td><td valign="top"><i>Quelle ide les Peuples ont eu des Eunuques, & quel cas ils en ont fait.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_066">66</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_X-a">X</a>.</td><td valign="top"><i>De quelle manire les Loix civiles ont considr les Eunuques, & quels droits elles leur ont attribu.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_071">71</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_XI-a">XI</a>.</td><td valign="top"><i>Quel rang les Eunuques volontaires ont tenu dans la socit civile; de quelle manire les Loix les y ont considrez, & quels droits elles leur ont attribu.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_085">85</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_XII-a">XII</a>.</td><td valign="top"><i>Quel rang les Eunuques volontaires & forcez, ont tenu dans la Socit Ecclsiastique; de quelle manire l'Eglise & ses canons les ont considrez, & quels droits ils leur ont attribuez.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_091">91</a></td></tr> + +<tr><th colspan="3" align="center"><a href="#SECONDE_PARTIE">SECONDE PARTIE.</a></th></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_I-b">I</a>.</td><td valign="top"><i>De la nature & du but du Mariage. Que l'Eunuque ne peut y rpondre.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_102">102</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_II-b">II</a>.</td><td valign="top"><i>Les Eunuques ne pouvant pas satisfaire au but du mariage, ils ne doivent pas le contracter.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_110">110</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_III-b">III</a>.</td><td valign="top"><i>Le Mariage des Eunuques est considr comme nul & comme non avenu.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_115">115</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_IV-b">IV</a>.</td><td valign="top"><i>Inconvniens que le Mariage des Eunuques produit ordinairement.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_121">121</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_V-b">V</a>.</td><td valign="top"><i>Les Loix civiles deffendent le mariage des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_138">138</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VI-b">VI</a>.</td><td valign="top"><i>La Religion Catholique Romaine ne permet pas le mariage des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_141">141</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VII-b">VII</a>.</td><td valign="top"><i>La Religion Luthrienne, ou de la Confession d'Augsbourg, ne permet pas le mariage des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_145">145</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VIII-b">VIII</a>.</td><td valign="top"><i>La Religion Rforme ne permet pas le mariage des Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_153">153</a></td></tr> + +<tr><th colspan="3" align="center"><a href="#TROISIEME_PARTIE">TROISIEME PARTIE.</a></th></tr> + +<tr><th colspan="3" align="center">Objections</th></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_I-c">I</a>.</td><td valign="top"><i>Que la deffense de se marier ne doit point tre gnrale & commune tous les Eunuques, parce qu'il y en a qui sont capables de satisfaire aux desirs d'une femme.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_158">158</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_II-c">II</a>.</td><td valign="top"><i>Le mariage est un Contract civil, par lequel il est permis tout le monde de s'engager.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_165">165</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_III-c">III</a>.</td><td valign="top"><i>Un Eunuque pouvant remplir tous les devoirs du mariage, except ceux qui concernent la gnration, il peut le contracter, parce que</i>, consensus non concubitus matrimonium facit.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_170">170</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_IV-c">IV</a>.</td><td valign="top"><i>Quand on ne peut pas tre auprs d'une femme comme mari, on doit y tre comme frre, & habiter avec elle comme avec une sœur.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_175">175</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_V-c">V</a>.</td><td valign="top"><i>Si le mariage devoit tre deffendu aux Eunuques parce qu'ils ne peuvent pas engendrer, il devroit l'tre aussi aux personnes ges que la vieillesse rend incapables de faire les fonctions du mariage; & ne leur tant point deffendu, il ne doit point l'tre aussi aux Eunuques.</i></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_178">178</a></td></tr> + +<tr><td valign="top">C<small>HAP</small>.</td><td valign="top" align="right"><a href="#CHAPITRE_VI-c">VI</a>.</td><td valign="top"><i>Quand la femme qui pouse un Eunuque sait qu'il est Eunuque, & qu'elle n'ignore point les consquences de son tat, il doit lui tre permis de l'epouser si elle le souhaite, parce que</i>, volenti non fit injuria.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_183">183</a></td></tr> + +<tr><th colspan="3" align="center">Fin de la Table.</th></tr> +</table> + +<p><a name="page_001" id="page_001"></a></p> + +<h1>TRAIT<br /> +DES<br /> +EUNUQUES,</h1> + +<p class="c">Dans lequel on xamine principalement<br /> +s'il doit leur tre permis<br /> +de se marier.</p> + +<h2><a name="PREMIERE_PARTIE" id="PREMIERE_PARTIE"></a>PREMIRE PARTIE.</h2> + +<h3><a name="CHAPITRE_I-a" id="CHAPITRE_I-a"></a>CHAPITRE PREMIER.</h3> + +<p class="headg"><i>S'il y a des Eunuques, & depuis +quel tems il y en a.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L est de l'ordre de faire voir qu'il y a +des Eunuques avant que d'entreprendre +d'en faire la description, & que de raisonner +sur leur sujet; Puis que selon le +sentiment des Philosophes il est ridicule de +raisonner d'une chose avant que de savoir +si elle xiste.</p> + +<p>Il y a plus de quatre mille ans qu'on +parle d'Eunuques dans le Monde; l'Histoire +Sainte & l'Histoire Prophane font +mention d'une infinit de personnes de +cette nature, qu'elles ne mettent ni au rang<a name="page_002" id="page_002"></a> +des hommes, ni au rang des femmes, & qu'elles +appellent <i>une troisime sorte d'hommes</i>. On +en a v en si grand nombre dans tous les Sicles +& dans tous les Pas; & on en voit encore +tant qu'il n'est pas permis de douter qu'il +n'y en ait eu, & qu'il n'y en ait encore aujourd'hui.</p> + +<p>La plpart des Savans croyent que Semiramis +Reine des Assiriens veuve de Ninus, +& mre de Nynias, a t la premire qui +a fait faire des Eunuques; ils fondent leur +opinion sur ces termes d'Ammian Marcellin,<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a> +<i>Postrema multitudo spadonum, a senibus +in pueros desinens, obluridi, distortaque lineamentorum +compage deformes, ut quaqu incesserit +quisquam, cernens mutilorum hominum agmina, +detestetur memoriam Semiramidis Regin illius +veteris, qu teneros mares castravit omnium prima</i>. +Claudien a cr la mme chose,</p> + +<div class="blockquot"><p>——— <a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a><i>Seu Prima Semiramis astu +Assyriis mentita virum, ne vocis acut +Mollities, levesque gen se prodere possent. +Hos sibi conjunxit similes; seu persica ferro +Luxuries Vetuit nasci lanuginis Umbram.</i></p></div> + +<p>Cependant Diodore de Sicile qui a fait +l'Histoire de Semiramis, dans sa Bibliothque, +d'une manire beaucoup plus +xacte qu'aucun autre, ne dit rien de cette +particularit qui mritoit pourtant bien +d'tre remarque, si elle et t certaine +& vritable. Il dit seulement que les +Bactriens qui Ninus, qui depuis fut son +Mari, faisoit la Guerre, ayant mis les<a name="page_003" id="page_003"></a> +Assyriens en fuite & en droute, elle +s'habilla d'une longue robe, comme un +homme, les rallia, se mit leur tte & +triompha des Bactriens. Soit que cette Robe +plt aux femmes Medes & aux Perses, +soit qu'elles voulussent faire leur cour +Semiramis, elles en prirent de pareilles. +Peut-tre que cet habillement donna lieu + dire que Semiramis avoit fait des hommes +imparfaits, des demi hommes, & que +depuis on a conjectur qu'elle avoit fait +effectivement mutiler des hommes. <a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>D'autres +disent qu'elle s'habilla en homme, & +qu'elle fit lever son fils en fille, afin que +les Assiriens ayant honte d'avoir une femme +pour leur Chef ne prissent point le +pretexte de vouloir un Roi, pour mettre +son fils sur le Trne son prjudice;<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>D'autres +peu loignez de cette opinion +disent, que son fils tant de sa taille, & +ayant la voix semblable la sienne, elle se +dguisa en homme, & fit accroire, afin +de regner, qu'elle toit le fils de Ninus, +& non pas sa veuve. Et d'autres disent<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a> +qu'ayant eu avis dans le tems qu'elle se +coiffoir, que Babilone s'toit rvolte, elle +courut en diligence, les cheveux demi +pars, pour la forcer se rendre elle, +& qu'elle ne remit point sa tte dans son +ordre accotum qu'elle n'et remis cette +puissante Ville sous son pouvoir; Que pour<a name="page_004" id="page_004"></a> +cela sa statu fut honorablement leve + Babylone au mme tat qu'elle se trouva +quand elle marcha vers ce lieu d'un pas +prcipit pour tirer vangeance de ses Sujets +rebelles; ces cheveux pars joints + la robe qu'elle avait prise la travestissoient +d'autant plus en homme.</p> + +<p>Diodore de Sicile rapporte une autre circonstance +qui est considrable; Il dit que +cette Reine leve d'une condition basse +au comble de la grandeur, se plongea +dans toute sorte de dlices, qu'elle fit +choisir les hommes les mieux faits & les +plus beaux de son Arme pour s'en servir, +mais qu'elle fit mourir tous ceux qu'elle avoit +res dans son lit. Il y a plus d'apparence +qu'elle les fit Eunuques par un effet +d'une jalousie assez ordinaire, de peur qu'aprs +avoir eu d'elle les plus grandes faveurs +ils n'allassent s'attacher quelqu'autre +femme; Diodore de Sicile ne le dit +point; mais comme il parle aprs Cresias, +ainsi qu'il l'avou lui mme, & que Cresias +est un Historien,<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>qui non content d'abuser +ceux de son sicle, a voulu faire passer +ses fables la postrit, on ne peut pas ajoter +beaucoup de foi ce qu'il dit, ni accuser +de fausset ce qu'il obmet. Semiramis donc +peut passer pour la premire qui ait fait faire +des Eunuques; Vossius<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a> croit que les Perses +sont les Inventeurs de cette mchante & dtestable +cotume, & que le mot Latin, <i>spado</i> +qui comprend diverses sortes d'Eunuques, tire<a name="page_005" id="page_005"></a> +son nom d'un Village de Perse nomm +<i>Spada</i>, o il prtend que la premire xcution +de cette nature a t faite. Il +fortifie son sentiment de ceux de quelques +Savans du premier ordre qu'il nomme. +Je ne veux point me rendre juge entre des +hommes si clbres qui ont les uns & les +autres des opinions si probables, & dont la +certitude est si difficile trouver. <i>Non +nostrum inter hos tantas componere lites, & +vitulo hi digni & illi.</i> Je dirai seulement +que le premier Eunuque dont l'Ecriture +Sainte fasse mention & dont il ne soit absolument +parl nulle part ailleurs,<a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">[18]</a>est +Putiphar qui acheta Joseph des mains des +Madianites; encore verra-t-on dans la suite +que ce nom d'Eunuque n'toit point +nouveau ds lors, puis qu'il toit devenu +un nom de Charge & de Dignit; Cependant +ce Putiphar acheta Joseph l'an +du monde deux mille deux cent septante-six, +c'est dire mille sept cent soixante +& dix huit ans avant l'Incarnation de Jesus +Christ; Et Cyrus n'a commenc +rgner sur les Perses que l'an du Monde +trois mille quatre cent vingt & un; C'est + dire qu'on parloit d'Eunuques avant +qu'on parlt des Perses, & qu'il n'est pas +possible qu'ils soient les pres de ces sortes +de gens, parce que si cela toit la proposition +<i>filius ante patrem</i>, qui passe pour +monstreuese, seroit pourtant vritable; ce +qu'on ne peut pas dire l'gard de Semiramis +qui regnoit sur les Assiriens l'an du<a name="page_006" id="page_006"></a> +monde mille huit cent vingt-six, long tems +avant que Putiphar ft n. Quoi qu'il en +soit les Perses, les Mdes, & les Assyriens +ont t de tous les Peuples ceux qui se +sont le plus servis d'Eunuques. Et on remarque<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a> +que Nabucodonosor faisoit couper +tous les Juifs & tous les autres prisonniers +de guerre, afin de n'avoir que des Eunuques + son service particulier.<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a>Et c'est +peut-tre ce qui a donn lieu conjecturer +que les Perses toient les inventeurs +de l'<i>Eunuchisme</i>.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_II-a" id="CHAPITRE_II-a"></a>CHAPITRE II.</h3> + +<p class="headg"><i>Ce que c'est qu'un Eunuque.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">L</span>Ucien +en donne une dfinition fort +courte dans son Dialogue des Eunuques. +Il dit qu'il n'est ni mle, ni femelle, +& qu'il est un prodige dans la Nature. +Mais elle est trop gnrale, il en faut une +plus xacte & qui le fasse connotre plus particulirement +& plus srement. Un Eunuque +donc, est une personne qui n'a pas +la facult d'engendrer, par la foiblesse, ou +par la froideur de la nature, ou qui on a +retranch les parties propres la gnration; +<i>Qui generare non possunt</i>, comme +s'exprime la Loi<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a>; Qui ont une voix grle<a name="page_007" id="page_007"></a> +& languissante, la complexion d'une femme, +qui n'ont que du poil folet la barbe; +En qui le courage & la hardiesse cedent + la crainte & la timidit; En un mot, +dont les mœurs & les manires sont toutes +effmines. Si l'Eunuque est un sujet si +chtif & si mprisable l'gard du corps, +il vaut encore moins du ct de l'esprit +& du cœur. Voici le portrait que St. +Basile en a fait autrefois<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a>. Simplicie femme +entte de l'Hrsie Arrienne s'toit +mle de faire des remontrances ce St. +Homme sur sa conduite & sur ses mœurs; +Il se justifie & prend tmoin toutes les +personnes qui le connoissent, except quelques +Eunuques qu'il rcuse, & dont il +fait une peinture affreuse; S'il est besoin +de tmoins, dit-il, qu'on ne me produise +point d'esclaves ni de misrables +Eunuques, gens abominables & sans honneur, +qui ne sont ni hommes ni femmes, +que l'amour du sxe rend comme +furieux; Ils sont jaloux, mprisables, +froces, effminez, gourmands, avares, +cruels, inconstans, souponneux, +furieux, insatiables. Ils pleurent quand +on les prive d'un repas, & pour tout +dire en un mot ils sont condamnez au fer +ds leur naissance, des gens estropiez de +la sorte peuvent-ils avoir l'ame droite? +Le fer les rend chastes, mais cette chastet +ne leur sert de rien, leur turpitude +les rend furieux, & ils n'en remportent<a name="page_008" id="page_008"></a> +aucun fruit. Peut-tre que cette description +parotra trop satirique & trop outre, +& qu'elle sera suspecte, parce qu'elle est faite +par un homme en colere; Mais voici le tmoignage +d'un homme desintress, qui +non seulement la confirme & l'autorise, +mais mme qui y ajote de nouveaux traits +qui rendent les Eunuques encore plus hideux; +c'est Ammian Marcellin qui parle, +qui dpose contr'eux, & qui dit,<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a>Que +quand Numa Pompilius & Socrate diroient +du bien d'un Eunuque, on ne les +en croiroit pas, & qu'on les accuseroit +de mensonge. <i>Ea re quod si Numa Pompilius +vel Socrates bona qudam dicerent de Spadone, +dictisque Religionum adderent fidem, veritate +descivisse arguerentur.</i> Il est vrai que +sur la fin du mme Chapitre il excepte Menophile +Eunuque de Mithridate Roi de +Pont, dont il parle avantageusement. Il +y en a bien encore quelques autres qui ont +t dignes de louanges, comme un Favorinus +Mordonius, un Eutherius Eunuque de +l'Empereur Constans, & depuis de Julien +l'Apostat; Un Hermias qui Aristote sacrifioit +comme un Dieu; sur tout Daniel +& ses Compagnons, si tant est qu'ils ayent +t Eunuques, comme quelques Interprtes +de l'Ecriture Sainte le croyent; Mais le +nombre en a t si petit, qu'il n'est pas capable +de donner atteinte l'opinion gnrale +qu'on en donne. L'on peut dire qu'il est +des Eunuques comme des Btards, qu'ils +sont ordinairement mauvais, mais qu'il s'en<a name="page_009" id="page_009"></a> +trouve quelque fois de bons, & comme dit +Ammian Marcellin,<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a><i>Inter Vepres ros nascuntur, +& inter feras nonnull mitescunt.</i></p> + +<p>Theodore, Prcepteur de l'Empereur +Constantin <i>Porphirogenite</i>, s'est avis, par +un dessein singulier & bizarre, d'crire une +Apologie, <i>pro Eunuchismo & Eunuchis</i>, mais +on regarde cet Ouvrage de la mme manire +qu'on regarde l'Eloge de Busiris par Isocrate, +celui de Nron, & celui de la Goutte +par Cardan; Celui de la pauvret par Synesius; +celui de l'aveuglement par Passerat; +Celui de la laideur & de la fivre quarte, par +Favorin; Celui de la peste par Prvidelli; +celui de la guerre par Balth. Schuppius; +Celui de l'injustice par Glaucon; +celui de la folie par Erasme; celui de la +Goinfrerie par Lucien; celui de l'Asne & +celui de la Vermine par Heinsius, celui du +rien & du nant par Schuppius, par Passerat, +& par Duverdier le jeune; Et la +magnifique Doxologie du ftu par Sbastien +Rouillard. Ces gens l ont entrepris +de louer ce que toute la terre mprise +& blme, s'imaginant que cette singularit +exciteroit la curiosit & l'admiration +des lecteurs. Mais tous ces livres n'ont +point rendu les sujets qu'ils ont traitez plus +louables, ni plus lgitimes; Et celui qui a +pour titre <i>de Multibibus</i> imprim Oenozythople +sous les auspices de Dionysius Bacchus, +n'a pas authoris les beaux droits & les +plaisans privilges des yvrognes qu'il tale +avec beaucoup d'xactitude & de pompe.<a name="page_010" id="page_010"></a> +On a beau faire des apologies pour cette ridicule, +injuste & barbare cotume de faire +des Eunuques, il n'y a personne dans le +Christianisme qui ne le dteste, & qui dans +l'occasion ne s'crit l'encontre comme +fit autrefois Seneque,<a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">[25]</a><i>Principes viri</i>, disoit-il, +<i>contra naturam divitias suas exercent, excisorum +greges habent, exoletos suos, ut ad longiorem +patientiam impudiciti idonei sint; & +quia ipsos pudet viros esse, id agunt, ut quam +pauci viri sint. His nemo succurit delicatis & +formosis debilibus.</i></p> + +<h3><a name="CHAPITRE_III-a" id="CHAPITRE_III-a"></a>CHAPITRE III.</h3> + +<p class="headg"><i>Combien il y a de diffrentes +sortes d'Eunuques.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">J</span>Esus Christ lui-mme nous apprend +combien il y a des differentes sortes +d'Eunuques; <i>Il y en a</i>, dit il<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a>, <i>qui +sont nez tels ds le ventre de leur mre; Il y +en a qui ont t faits Eunuques par les hommes. +Et il y a encore des Eunuques qui se sont +faits Eunuques eux-mmes pour le Royaume des +Cieux.</i> Mais la subtilit des hommes, & +l'vnement, ont donn lieu des distinctions +moins gnrales. Les diverses questions +qui concernent le mariage de gens +accusez d'tre Eunuques, & la restitution<a name="page_011" id="page_011"></a> +de la dote de la femme, ont oblig xaminer +les Eunuques de prs; & comme +on en a trouv de diverses espces, on en +a fait des Classes diffrentes. Les Jurisconsultes +en font quatre. La premiere est de +ceux qui sont nez tels; qui sont Eunuques +proprement & absolument ainsi nommez. +La seconde est de ceux auxquels, soit +malgr eux, soit de leur consentement & +par leur propre fait, on a retranch tout +ce qui fait l'homme & sa virilit, qui ne +peuvent en faire aucun acte, qui sont obligez, +de rendre leur urine par un tuyau +de mtail qu'on leur attache la place de +celui que la Nature leur avoit donn & +qu'on leur a coup; Cela arrive quelquefois + des gens travaillez de quelque maladie +qui oblige le Chirurgien leur faire +cette triste operation; mais cela se pratique +aussi sur des hommes sains comme nous +le verrons dans la suite; C'toit autrefois +une des fonctions de la Mdecine comme +on le voit au . 8. de la loi 7. <i>ad legem +Aquiliam</i>. Et au commencement de la loi +8. du mme ttre & sur tout au . 2. de +la loi. 4. ff. <i>ad legem Corneliam de sicariis +& veneficiis</i>, o il est expressment deffendu +aux Mdecins de faire de semblables +oprations. La troisime Classe est de ceux +auxquels on froisse tellement les Cremastres +qu'ils disparoissent, & qu'il semble +qu'ils soient vanous; La veine qui leur +portoit l'aliment tant retranche, ils se +fltrissent, ils se schent & se rduisent +rien. Cette opration se fait ordinairement<a name="page_012" id="page_012"></a> +en mettant le patient dans un bain +d'eau tide afin d'amolir ces parties, & +de les rendre plus maniables & plus propres + se dissoudre; Aprs qu'il y a t +quelque tems, on lui presse les veines du +cou qu'on nomme Jugulaires, & par l +on le rend stupide et aussi insensible que +s'il toit tomb en apoplxie, alors il est +ais de le mutiler sans qu'il en sente rien: +Cela se fait ordinairement dans la grande +jeunesse par la mre ou par la nourrice. +On lui faisoit prendre autrefois une certaine +quantit <i>d'Opium</i>, & lors qu'il toit accabl +de sommeil on lui coupoit, ou on lui tiroit +une partie que la nature a pris beaucoup +de soin fabriquer; mais comme on a remarqu +que la plpart de ceux qu'on <i>Eunuchisoit</i> +ainsi mouroient, par ce Narcotique, +on s'est avis de l'autre moyen dont je viens +de parler. Les Perses & diverses autres Nations, +ont des manires de faire, ou de +couper les Eunuques, diffrentes de celles +dont on se sert en Europe. Je dis de faire, +car ce n'est pas toujours en coupant qu'on +Eunuchise; La cigu & diverses autres herbes +font le mme office, comme on peut le +voir dans l'Ouvrage de Paul ginette qui +traite xactement cette matire, sur tout +dans le Livre sixime de ce docte & curieux +Trait. Cette troisime sorte d'Eunuques +sont ceux qu'on appelle en Droit <i>Thlibi</i>. +Ceux qu'on nomme <i>Thlasi</i>, sont peu prs +de la mme qualit, toute la difference qu'il +y a, c'est qu'on se contente de leur couper +les veines qui servent fortifier les parties +viriles, de sorte qu'elles restent bien la<a name="page_013" id="page_013"></a> +vrit, mais si flasques & si fltries qu'elles +ne sont d'aucun usage; La quatrime Classe, +enfin, est de ceux qu'on appelle <i>Spadones</i>, +qui sont nez si mal conformez, ou d'un temprament +si froid, ou qui le sont devenus +par quelque incommodit, qu'ils sont incapables +de contribuer la gnration. +Quoi que ces quatre espces soient fort diffrentes +entr'elles, & que la dernire soit +la plus favorable & la moins malheureuse, +cependant les Jurisconsultes ont trouv +propos de les comprendre toutes sous le +nom de <i>spado</i>, ce qui est assez singulier, +comme je viens de le dire, puis que la maxime +triviale de droit porte que <i>denominatio +fit potiori</i>. Et qu' proprement parler, +ceux qu'on appelle <i>spadones</i> ne sont point +Eunuques, puis que par la vertu de la Nature, +ou par le secours de l'Art, ils peuvent +tre remis dans un tat parfait; D'ailleurs, +<i>specialia generalibus insunt</i>,<a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">[27]</a>& comment +sous le nom de <i>spado</i> qui n'est pas proprement +un Eunuque, peut on comprendre +ceux qui le sont rellement & de fait, & +sans esprance de retour. Il me semble que +<i>nomina debent esse convenientia rebus</i> comme +ils le disent eux-mmes; & que celui ci +convient peu toutes les espces qu'il renferme; +Quoi qu'il en soit, ils l'ont ainsi +voulu;<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a><i>spadonum generalis appellatio est, +quo nomine tam hi qui natur Spadones sunt; item +Thlibi Thlasi sed & si quod aliud genus spadonum +est continentur</i>.<a name="page_014" id="page_014"></a></p> + +<p>Il y a diverses autres sortes d'Eunuques; il +y en a qui sont appelez de ce nom, <i>catachrestic</i>, +parce qu'ils possdent les Charges +ou les Dignitez qui toient donnes originairement +aux Eunuques; Il y en a d'autres +qui sont appellez de ce nom par figure, parce +qu'ils sont chastes & qu'ils ne se servent +pas plus de leurs parties viriles que s'ils n'en +avoient point.</p> + +<p>Toutes ces sortes d'Eunuques ont un nom +gnral par lequel on prtend qu'ils ont tous +t dsignez, c'est le nom de <i>Bagoas</i>. Ce +nom est celui du personnage qui reprsente +l'Eunuque que Diocles prtend exclurre +de la profession de Philosophe, dans le +dialogue de Lucien. Il y a eu un fameux +Eunuque de ce nom qui toit Darius +& dont aprs la mort de ce Prince on fit +present Alxandre le Grand. Il toit +beau par excellence, & Alexandre l'aima +autant que Darius l'avoit aim. Quinte-Curce +en fait l'Histoire en diffrens endroits<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">[29]</a> +de la Vie de son Hros, & j'aurai +occasion d'en parler dans la suite de cet +Ouvrage. L'Eunuque d'Olopherne, Gnral +de Nabucodonosor, qui assigea Bethulie +& qui Judith coupa la tte; Cet +Eunuque, dis je, qu'Olopherne employa +pour disposer Judith passer la nuit avec +lui & qui la conduisit en effet dans sa tente, +s'appelloit Bagoas; quoi que quelques +versions, & entr'autres celle de Mrs. +de Port-Royal l'appelle Vagao. Quoi que +ce nom ait t le nom de plusieurs particuliers<a name="page_015" id="page_015"></a> +, cependant Gilbert Cousin, ou en +Latin <i>Cognatus</i>, dont l'Illustre M. Baile a fait +un article dans le tome premier pag. 974. +de son Dictionaire, dit dans la remarque +qu'il a faite sur ce mot <i>Bagoas</i> qui se trouve +dans Lucien, que dans une Langue barbare +il signifie en gnral un Eunuque; & +il insinu par l que Lucien ne se sert de +ce nom <i>Bagoas</i> que parce que c'est un nom +qui comprend tout le genre Eunuque.<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a>Et +il confirme son sentiment par ce Vers d'Ovide,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Quem penes est dominam servandi cura Bago.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Il est certain que parmi les Babyloniens +Bagoas signifie un Eunuque. Il y en a eu +un aussi de ce nom qui a t Eunuque, +& dont Plutarque dit beaucoup de choses +plus dignes pourtant du silence que de ntre +curiosit. Quelques Savans croyent que +ce Bagoas dont parle Lucien toit un homme +qui avoit la mine si disgracie qu'on +le prenoit pour Eunuque. Quintilien parle +d'un Bagoas & il y a apparence qu'il se +sert de ce nom comme d'un nom commun + une espce d'hommes,<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>car il parle en +mme tems de Megabyse & de Doriphoron, +or il est certain que Megabyse est un +nom commun aux Prtres de Diane,<a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a><a href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">[32]</a>ils +devoient tre tous Eunuques parce qu'ils +avoient la garde des filles qui lui toient +consacres; Et Doriphoron signifie un homme<a name="page_016" id="page_016"></a> +qui porte une lance; Il est vrai qu'il +dsigne aussi cette statu si admirable d'un +jeune homme bien fait qui toit arm d'une +lance que Policlete avoit fait, dont +il toit amoureux, & qu'il appelloit sa +Matresse; mais il suffit qu'il marque aussi +un nom gnral, sous lequel tout homme +portant une lance est dsign.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_IV-a" id="CHAPITRE_IV-a"></a>CHAPITRE IV.</h3> + +<p class="headg"><i>Des Eunuques qui sont +nez tels.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L semble qu'il ne soit point impossible +que certaines cratures humaines viennent +au monde destitues des parties qui +servent la gnration. On voit tous les +jours des enfans qui naissent sans yeux, sans +oreilles, sans mains, ou sans quelqu'autre +partie du corps, il peut aussi aisment arriver +que quelques-uns naissent dpourvs +de celles dont il est ici question. La Nature +qui produit tous les jours tant de monstres +pourroit bien en former un de cette +espce; cependant les Naturalistes disent +qu'il n'y en a point d'xemple. Et en +effet, Pline qui rapporte xactement & amplement<a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a><a href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">[33]</a> +les figures humaines monstrueuses +dont le nombre & la diversit sont grands +parmi tous les Peuples, ne parle point de +celles dont il s'agit ici; Je puis dire nanmoins<a name="page_017" id="page_017"></a> +que j'en ai v une, & peut tre +a-t-elle t v de toute l'Europe; car ses +parens ayant remarqu que le Public avoit +de la curiosit pour un corps humain aussi +singulier que l'toit celui dont je vai parler, +& qu'ils pouvoient amasser beaucoup +d'argent en le menant de lieu en lieu & +de Pas en Pas, l'ont sans doute port +par tout. Il toit Berlin en l'anne 1704. +C'est un cul de jatte qu'un homme portoit +sur le dos dans une bote; avec cette diffrence, +qu'au lieu que ceux qu'on nomme +ainsi n'ont ni jambes, ni cuisses, dont +ils puissent se servir, & qu'ils marchent +sur leur derrire enferm dans une jarre, +celui-ci n'a pas mme un derrire, c'est +dire de fesses; Il a la tte bien faite, le +visage beau & doux, le tein brun & les +cheveux chatains; mais quoi qu'il ait eu +alors plus de vingt ans, il n'avoit point +de barbe, ni aucune apparence qu'il en +auroit un jour. Il avoit des bras & des +mains fort bien proportionnez, son corps +toit assez bien fait, il toit de la hauteur +d'environ deux trois pieds; c'toit par le +bout d'en bas une espce de tronc, il marchoit +avec ses mains; il avoit deux conduits +comme les autres hommes par lesquels +la nature se dchargeoit de ses excrmens, +celui de devant toit fort court & fort +petit, & au dessous il y avoit un suspensoire +flasque & fltri dans lequel il n'y avoit +aucun Crmastre. Je m'informai fort +particulirement de ses parens s'il toit n +ainsi, ils m'assurrent qu'il toit absolument<a name="page_018" id="page_018"></a> +tel que la nature l'avoit form. Comme +je sai qu'il ne faut pas tojours mal +juger de la virilit d'un homme, lors qu'on +ne lui trouve point de Crmastre au dehors, +parce qu'il arrive quelque fois que +quoi qu'ils soient demeurez au dedans, & +qu'ils ne soient point descendus dans les +suspensoires par des obstacles qui se sont +opposez leur sortie, les hommes, nanmoins, +qui les ont ainsi cachez ne laissent +pas d'tre aussi parfaits que ceux qui les +ont au dehors: qu'ils sont forts & vigoureux, +& qu'ils ont tous les autres signes +ncessaires pour prouver la virilit de +l'homme, j'xaminai fort xactement ce +cul de jatte, & lui trouvant d'ailleurs toutes +les marques d'un vritable Eunuque, +j'en concls qu'il l'toit en effet & qu'il a +t produit tel par la nature dans le sein +de sa mre. Ainsi voila une preuve qu'il +y a des Eunuques qui naissent tels, quoi +qu'en disent les Naturalistes, & particulirement +Pline dans le chapitre second +du septime livre de son Histoire du Monde.<a name="page_019" id="page_019"></a></p> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/ill_pg018.png" width="53" height="60" alt="" title="" /> +</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_V-a" id="CHAPITRE_V-a"></a>CHAPITRE V.</h3> + +<p class="headg"><i>Pourquoi on fait des Eunuques.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">S</span>'Il est vrai que Semiramis ait t la premire +qui se soit avise de faire faire des +Eunuques, & que la raison qu'on en rapporte +soit certaine, la premire cause de cette +mutilation a t la jalousie de cette Reine, +qui aprs s'tre servie des hommes les +mieux faits de son Arme, les fit chtrer, de +peur qu'ils n'allassent encore depuis servir +au divertissement de quelqu'autre femme. +Mais sans m'arrter aux conjectures, voici +d'autres causes plus sres de cet usage.</p> + +<p>Les Eunuques ont t faits pour tre la +garde des filles & des femmes, pour observer +leur conduite, & pour empcher qu'elles +ne fissent rien de contraire la chastet +ou au devoir conjugal; c'est apparemment + cet usage que l'Eunuque a proprement t +destin, le mot mme le fait connotre, +car il signifie, <i>garde lit</i>, ou <i>garde chambre</i>. +C'est encore pour cet usage qu'on en fait +dans l'Orient. Mais depuis, les hommes +qui n'en avoient que pour en faire un usage +lgitime, en ont abus & en ont fait faire +pour servir des usages sales & criminels. +Ils choisissoient dans cette v les plus beaux +garons qu'ils trouvoient depuis l'ge de +quatorze ans, jusqu' l'ge de dix-sept ans.<a name="page_020" id="page_020"></a> +Saint Grgoire de Nazianze s'en plaint amrement +dans la Vie de Saint Basile, & dans +son Oraison trente & unime. Mais il faut +que cette infme cotume soit beaucoup +plus ancienne, car Juvenal dclame contre +cet abus dans l'une de ces<a name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a><a href="#Footnote_34_34" class="fnanchor">[34]</a> Satyres; disant.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">——— <i>Nullus Ephebum</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Deformem sva castravit in arce Tyrannus.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Il est vrai qu'ils en ont fait faire pour servir +de victimes qu'ils offroient des Divinitez; +c'est contre cette horrible cotume +que Saint Augustin, qui relve, qui condamne +& qui rfute les ridiculitez, les infamies, +les cruautez de la Religion des +Payens, se dchane dans son excellent Livre<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a><a href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">[35]</a> +de la Cit de Dieu. Il falloit mme +que les Prtres fussent Eunuques, afin, disoit +on, de s'employer aux choses Sacres +plus purement et plus chastement. C'toit +sur tout la pratique des Athniens;<a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a><a href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">[36]</a>les +Prtres de la Diane d'Ephese toient aussi +obligez d'tre Eunuques.</p> + +<p>La Religion Chrtienne a eu ses Eunuques +malgr elle, & quoi qu'elle les abhorre, +un certain Valesius Arabe de Nation, +forma une Secte qui sotint que bien loin +que la mutilation ft un obstacle au Sacerdoce, +comme le Concile de Nice l'avoit +dclar, il toit au contraire absolument<a name="page_021" id="page_021"></a> +ncessaire d'tre Eunuque pour l'xercer. +Non seulement ils pratiquoient sur eux-mmes +le cruel xemple d'Origne, mais mme +ils rduisoient dans ce triste tat tous +ceux qui tomboient entre leurs mains; cette +Hrsie est la cinquante-huitime de celles +que Saint Epiphane rfute.</p> + +<p>Depuis on a fait des Eunuques pour avoir +des gens qui eussent la voix belle & qui pussent +la conserver long tems. Macrobe rend +d'amples & de bonnes raisons pour lesquelles +les Eunuques ont la voix belle, au chapitre +cinquante-deuxime de ses Saturnales. +C'est principalement le but que les Italiens +se proposent encore aujourd'hui lors qu'ils +font chtrer des jeunes gens.</p> + +<p>L'avarice a pouss des gens faire des Eunuques +pour en trafiquer. Quelques Rlations +de Voyageurs nous apprennent, que +dans le Royaume de Boulan seul, on fait +tous les ans vingt mille Eunuques qu'on envoye +vendre en divers autres Etats. L'Histoire +de Panione de l'Isle de Chio, que je +rapporterai dans la suite, fera voir que ce +commerce n'est pas nouveau. +<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a><a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">[37]</a> +On fait Eunuques des gens qu'on veut +plonger dans la honte & dans l'ignominie, +soit qu'ils ayent t lches la Guerre & +qu'on veuille les en punir, soit qu'on veuille +les noter d'infamie pour quelqu'autre +cause que ce soit. Mais voici de plaisans<a name="page_022" id="page_022"></a> +motifs de faire des Eunuques; c'est la raillerie, +le ressentiment & l'insulte; On lit +une Histoire assez divertissante rapporte +sous le Rgne de Henri I. qui en est une +preuve; Les Grecs faisoient la Guerre au +Duc de Benevent & le traitoient assez +mal; Thedbald Marquis de Spolette son +Alli tant venu son secours & ayant +fait quelques prisonniers, ordonna qu'on +leur coupt les parties qui font les hommes +& les renvoya en cet tat au Gnral +Grec, avec ordre de lui dire qu'il l'avoit +fait pour obliger l'Empereur, qu'il savoit +aimer beaucoup les Eunuques, & +qu'il tcheroit de lui en faire avoir bientt +un plus grand nombre; le Marquis +se prparoit tenir sa parole, lors qu'un +jour une femme, dont ses gens avoient +pris le mari, vint toute plore dans le +Camp, & demanda parler Thedbald; +Le Marquis lui ayant demand le sujet +de sa douleur; Seigneur, rpondit-elle, +je m'tonne qu'un Hros comme vous +s'amuse faire la guerre aux femmes lors +que les hommes sont hors d'tat de lui +rsister; Thedbald ayant repliqu que depuis +les Amazones, il n'avoit pas ou +dire qu'on et fait la guerre des femmes; +Seigneur repartit la Grecque, peut-on +nous faire une guerre plus cruelle, +que de priver nos maris de ce qui nous +donne de la sant, du plaisir, & des enfans; +Quand vous en faites des Eunuques, +ce n'est point eux, c'est nous que +vous mutilez; Vous avez enlev ces<a name="page_023" id="page_023"></a> +jours passez ntre btail & ntre bagage, +sans que je m'en sois plainte; mais +la perte du bien que vous avez t plusieurs +de mes compagnes tant irrparable, +je n'ai p m'empcher de venir solliciter +la compassion du Vainqueur. La navet +de cette femme plt si fort toute +l'Arme, qu'on lui rendit son mari, & +tout ce qu'on lui avoit pris. Comme +elle s'en retournoit, Thedbald lui fit demander +ce qu'elle vouloit qu'on ft +son mari, au cas qu'on le trouvt encore +en armes. Il a des yeux, dit-elle, un +nez, des mains, des pieds, c'est l son +bien, que vous pouvez lui ter, s'il le +mrite; mais laissez lui, s'il vous plat, +ce qui m'appartient. Apparemment +que la femme dont Plaute parle dans son +Mercator<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a><a href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">[38]</a>, n'toit pas de cet avis, ou +qu'en tout cas elle regardoit ce bien +elle appartenant, comme un bien de +petit rapport & de peu de valeur, car son +mari craignoit qu'elle mme ne s'en privt,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Quasi hircum metuo ne uxor me castret mea.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Les Adultres toient faits Eunuques pour +peine de leur crime; je pourrois le faire voir +par plusieurs xemples, mais j'en rapporterai +trois seulement qui sont prcis, l'un sera +tir de Valre Maxime<a name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a><a href="#Footnote_39_39" class="fnanchor">[39]</a>, il y est dit que +Vibienus & Publius Cernius ayant surpris +l'un Carbo Accienus, & l'autre Pontius en<a name="page_024" id="page_024"></a> +adultre ils les firent chtrer; L'autre est +contenu dans Martial,<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a><a href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">[40]</a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Uxorem armati futuis, puer Hyle, Tribuni,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Supplicium tantum dum puerile times.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>V tibi, dum ludis, castrabere. Jam mihi dices,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Non licet hoc. Quid, tu quod facis Hyle licet?</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Le troisime & le principal est l'xemple +d'Abelard; ce Docteur amoureux +ayant abus d'Hlose qu'on lui avoit donne + instruire, les parens de cette fille lui +firent couper les parties viriles avec lesquelles +il avoit deshonor leur famille; Ils +allrent jusqu' la racine du mal & l'arrachrent +de telle forte qu'ils trent au +coupable le pouvoir de la rechute.<a name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a><a href="#Footnote_41_41" class="fnanchor">[41]</a></p> + +<p>Cela toit pass en loi parmi les Gaulois. +<i>La Loi</i> Salique tit. 29. <i>de Adult. Ancillor</i>. +porte cette dcision <i>servus qui cum aliena ancilla +mœchatus fuerit, ea mortua, castretur</i>. +On peut dire aussi que cela toit fond sur +cette loi de l'quit, qui dit que la peine +doit tre inflige celui des membres du +corps qui a t l'instrument, ou le complice +du crime.<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a><a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">[42]</a>Job raisonnoit sur ce principe +lors qu'il disoit, <i>si j'ai lev la main +sur le Peuple, &c. que mon paule tombe tant +desune de la jointure, & que mon bras se brise +avec tous ses os</i>.</p> + +<p>On faisoit aussi Eunuques les Esclaves +qui avoient drob; voici les termes de la<a name="page_025" id="page_025"></a> +mme Loi Salique. Tit. 13. de furt. servor +<i>servi qui quidpiam valens quadraginta denarios +furati essent, castrari Jubebantur in pœnam, &c.</i></p> + +<p>La ncessit contraint aussi quelquefois +de faire des Eunuques; Il se trouve souvent +des hommes attaquez de tels maux +que le Mdecin est oblig d'ordonner cette +opration, & le Chirurgien de la faire. +La maladie est la cause de ce malheur, +& bien loin que ceux qui ont ce sujet d'affliction +doivent tre regardez de mauvais +œil, ils doivent au contraire tre plaints +& consolez.</p> + +<p>On a fait des Eunuques par reprsailles +& en vertu de la Loi du Talion.<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a><a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">[43]</a>Herodote +nous l'apprend d'une manire fort agrable +par un xemple curieux; Hermotime +Pedasien qui toit, dit-il, le plus +considrable des Eunuques de Xerxes, fut +de tous les hommes celui qui se vengea +le mieux de l'injure qui lui avoit t faite. +Aprs avoir t pris il ft vendu Panione +de l'Isle de Chio qui faisoit ngoce +d'Eunuques, & qui faisoit chtrer tous +les beaux garons qu'il achetoit pour les +vendre ensuite bien chrement Sardis +& Ephese; parce que parmi les Barbares +on estimoit plus les Eunuques que +les autres, cause de leur fidlit & +de la confiance qu'on pouvoit prendre +en eux pour toutes choses; Comme, +dis-je, ce Panione qui Hermotime fut +vendu, vivoit de l'infame commerce qu'il +faisoit des Eunuques, il fit couper Hermotime<a name="page_026" id="page_026"></a> +de mme que plusieurs autres: +Mais Hermotime ne fut pas malheureux + tous gards, car ayant t men de Sardis +au Roi avec d'autres prsens, il aquit +avec le tems plus de faveur & de crdit +auprs du Roi que pas un des autres Eunuques: +Lors que le Roi fit partir ses +troupes de Sardis pour aller Athenes, +Hermotime fut envoy pour quelque affaire +dans un endroit de la Mysie nomm +Atarne, o il trouva Panione, qu'il +reconnut, & l'ayant abord il lui parla +avec toute sorte de douceur, d'honntet +& de tmoignage d'amiti; Il lui +dit premirement qu'il possdoit par +son moyen tous les biens qui lui toient +arrivez, & ensuite il lui promit de lui +donner des marques de reconnoissance +pour ce bienfait, s'il vouloit venir avec +les siens, demeurer dans sa maison; Panione +se laissa persuader par ce discours +& amena librement sa femme & ses enfans +chez Hermotime; Mais il n'y fut +pas si-tt arriv qu'Hermotime lui parla +en ces termes, <i>Oh le plus mchant de tous +les hommes qui as jusqu' prsent gagn ta vie +du plus dtestable de tous les commerces. Quelle +injure as tu re, toi ou ceux de ta maison, ou +de mes parens, pour m'avoir rduit en ce misrable +tat dans lequel, d'homme que j'tois je +ne suis maintenant ni homme, ni femme? +Pensois tu que les Dieux ne vissent pas ce que +tu faisois alors? Comme ils sont justes & +quitables, infame artisan de malheurs, ils +t'ont mis aujourd'hui en ma puissance pour<a name="page_027" id="page_027"></a> +mesurer ton chtiment par tes mauvaises actions</i>. +Quand il eut fait ces reproches ce +misrable, il fit amener devant lui quatre +enfans qu'il avoit, & le contraignit de +les chtrer; Et quand il eut obi il obligea +ses enfans de couper eux-mmes les +parties de leur Pre. Telle fut la vengeance +d'Hermotime & telle fut la punition +de Panione. Quelques-uns ont cr qu'il +les avoit poussez trop loin & qu'il s'toit +fait justice lui mme. La vengeance de +Narses fut bien plus importante prsuppos +qu'elle soit vritable, car Baronius & +plusieurs Auteurs en doutent. Narses +ayant vaincu les Barbares & les Gots, & +s'tant rendu auprs de l'Empereur Justinien, +l'Impratrice Sophie envoya ce Capitaine +parmi ses femmes pour filer avec +elles, & pour se railler de lui parce qu'il +toit Eunuque. Ce mpris ayant excit la +colre & l'indignation de Narses l'obligea + dire ces mots, <i>Je filerai une trame que ton +mari ne saura dfaire</i>. En effet, dans la suite +il mit les Lombards hors de la Jurisdiction +de l'Empire. D'ailleurs, j'avou que je +ne vois rien de plus juste que le ressentiment +d'Hermotime, & que la peine que mritoit +Panione, non seulement pour l'avoir +chtr, mais pour en avoir chtr un million +d'autres pour satisfaire son commerce +& son avarice, ne pouvoit tre trop +grande. Hermotime toit fond en Loi; +la Loi du Talion a tojours t tablie, on +la voit dans la Loi des douze Tables en termes<a name="page_028" id="page_028"></a> +prcis,<a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a><a href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">[44]</a><i>pœna autem injuriarum ex lege +duodecim Tabularum propter membrum quidem +ruptum Talio erat</i>. L'Empereur Justinien a +ordonn depuis positivement la peine du +Talion, ou de la pareille, contre ceux qui +feroient souffrir cette espce de martire;<a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a><a href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">[45]</a> +<i>Sancimus igitur</i>, dit-il, <i>ut qui in quocunque +reipublic nostr loco, quamcumque personam +castrare prsumunt aut etiam prsumpserint, si +quidem viri sint qui hoc facere prsumpserint aut +etiam prsumunt, idem hoc quod aliis feceruns & +ipsi patiantur</i>. Cette Loi est conforme +la droite raison; car comme dit Ovide,<a name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a><a href="#Footnote_46_46" class="fnanchor">[46]</a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Qui primus pueris genitalia membra recidit,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Vulnera qu fecit, debuit ipse pati.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Cependant, comme le Christianisme +n'approuve point l'Eunuchisme, la Loi du +Talion a t abroge son gard par l'Empereur +Leon, pour les raisons sages & Chrtiennes +qu'il en rend dans sa Constitution<a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a><a href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">[47]</a>;</p> + +<p>Il y a enfin des Eunuques qui se sont faits, +ou fait faire Eunuques eux mmes par divers +motifs que nous allons rapporter dans +le chapitre suivant.<a name="page_029" id="page_029"></a></p> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/ill_pg028.png" width="55" height="22" alt="" title="" /> +</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_VI-a" id="CHAPITRE_VI-a"></a>CHAPITRE VI.</h3> + +<p class="headg"><i>Pourquoi quelques hommes se +sont faits eux-mmes, ou +fait faire Eunuques par +d'autres.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L y a eu des hommes qui se sont faits +Eunuques par un esprit de dvotion, +dans la pense de se rendre plus agrables + Dieu, & plus capables de travailler +leur salut. Comme Origne a t le premier, +le Pre pour le dire ainsi, & le Patriarche +de ces sortes d'Eunuques, il est +bon de faire voir en peu de mots le vritable +motif qui l'a fait penser & agir d'une +manire si singulire cet gard. Je +sai bien que Justin Martyr<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a><a href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">[48]</a> parle d'un jeune +homme d'Alxandrie antrieur Origne, +qui pour faire voir que ceux qui accusoient +les Chrtiens de commettre dans +leurs Assembles des saletez horribles, n'toient +que des calomniateurs, prsenta requte + Felix, Gouverneur de cette Ville, +pour obtenir de lui un Chirurgien qui le +mit hors d'tat d'tre jamais souponn +d'aucune impuret; Mais comme Felix le +lui refusa parce que les lois Romaines le deffendoient, +comme les Canons de l'Eglise<a name="page_030" id="page_030"></a> +le deffendirent depuis, je crois avoir raison +de mettre Origne le premier en ordre; +parce que s'il n'a pas t le premier qui ait +eu un semblable dessein, au moins a-t-il t +le premier qui l'ait xcut.</p> + +<p>Origne nquit Alexandrie l'an 185. +de Jesus Christ. Son Pere nomm Leonidas +le fit tudier en Theologie, dans la connoissance +de laquelle il se rendit trs-savant. +Le tmoignage de Saint Jerme suffit +pour le prouver, car dans le tems mme +qu'il crivoit le plus fortement contre Origene +il reconnoissoit qu'il avoit t un grand +homme ds sa naissance,<a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a><a href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">[49]</a><i>Magnus vir ab infantia</i>; +Il toit si ardent professer la Religion +Chrtienne, que la perscution s'tant +leve dans Alxandrie sous l'Empire de +Severe l'an 202. de Jesus Christ, il voulut +courir au Martyre quoi qu'il ne fut g que +de seize dix sept ans; & il y seroit all si +sa mre ne l'en eut empch en le retenant +par force & par adresse. Ne pouvant donc +le souffrir lui-mme il exhorta son Pere +par lettres l'endurer courageusement. +En effet il et la tte tranche & ses biens +furent confisquez, de sorte qu'Origene fut +rduit la derniere pauvret. Une Dame +riche d'Alexandrie en ayant eu piti +le retira dans sa maison; Elle y avoit avec +elle un fameux Hrtique d'Antioche qu'elle +avoit adopt pour fils, qui faisoit chez +elle des confrences auxquelles les hrtiques +& les orthodoxes assistoient indiffremment.<a name="page_031" id="page_031"></a> +Origene conversa bien avec +lui, mais il ne voulut jamais avoir de communication +avec lui dans la prire, observant +religieusement les Rglemens de +l'Eglise, & tmoignant de l'horreur pour +la doctrine des Hrtiques;</p> + +<p>Il souhaita de vivre indpendamment +d'autrui, & en effet il se mit enseigner +la Grammaire; & depuis, la chaire de +l'Ecole d'Alexandrie tant vacante elle lui +fut donne, & comme elle ne lui produisoit +pas suffisamment de quoi vivre, il +vendit tous ses livres qui traitoient des +sciences prophanes, & se contenta de quatre +oboles par jour que lui donnoit celui +qui les avoit achetez. Il commena alors + mener une vie trs-laborieuse & trs-austere: +& comme son emploi l'obligeoit + tre souvent avec des femmes qu'il instruisoit +aussi bien que les hommes, pour +ter aux Payens tout prtexte de soupon +de quelque mauvaise conduite cause de +sa grande jeunesse; il se rsolut d'xcuter + la lettre la perfection qu'il se persuadoit +que Jesus Christ avoit propose dans ces +paroles de l'Evangile. <i>Il y en a qui se sont +faits Eunuques eux mmes pour le Royaume des +Cieux.</i> Il tcha de tenir cette action secrette, +il la cacha mme ses amis; mais +il ne put empcher qu'elle ne fut su. Demetrius +Evque d'Alexandrie en eut connoissance, +loua son zele, & l'ardeur de +sa foi, mais il changea de langage bien +aprs; car la reputation d'Origne s'tant +rpandu en divers lieux o il toit all,<a name="page_032" id="page_032"></a> +Demetrius crivit contre lui & lui reprocha +cette action qu'il avoit loue. Il poussa +sa passion si loin qu'il le fit chasser d'Alxandrie, +le fit dposer dans un Concile d'Evques +d'Egypte, & mme excommunier, +& crivit par tout contre lui pour le faire +rejetter de la Communion de toutes les +Eglises du monde. Ce narr tir d'un +Auteur<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a><a href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">[50]</a> authoris par l'approbation du public +& conforme ce qu'en dit Eusebe, refute +& dtruit ce que rapporte Saint Romuald +sur ce sujet. Il dit<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a><a href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">[51]</a> que l'an 232. +il s'leva une sdition populaire dans Alexandrie +contre Origene qui l'obligea se +retirer ailleurs, laissant son disciple Heracles +en sa place de Recteur des Ecoles de la +Ville. On ne sait pas bien, dit-il, la cause +de cette sdition, les uns l'attribuent +la publication qu'il avoit faite de son +Periarchon, ou des principes, qui toit un +vrai labyrinthe d'erreurs; & les autres +aux efforts qu'il faisoit pour persuader ses +disciples de l'imiter en se faisant Eunuques +comme lui, soit par le fer ou par la cigu, +afin d'nerver tout fait cette partie rebelle +du corps, & se priver ainsi de tout +mouvement bestial de la chair. Il se range +du second avis, parce, dit-il, que ce fut + peu prs dans ce tems que cette erreur +se convertit en hrsie, par le faux zle de<a name="page_033" id="page_033"></a> +ce Valesius Arabe dont j'ai dja parl, & +qui en fut le Propagateur<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a><a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">[52]</a>. Mais il est +certain 1. qu'Origne n'a jamais fait de +violence personne, il a tenu son action +secrette, & si elle s'est divulgue a t contre +son intention;<a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a><a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">[53]</a>2. Il l'a lui-mme condamne +depuis, c'est un fait que le mme +Auteur dont j'ai tir l'abreg de son Histoire +remarque expressment; Eusebe son +plus grand Protecteur en parle d'une manire +qui fait voir qu'il en avoit honte; +Il avoit honte aussi d'avoir employ trop +de tems l'tude des sciences profanes, & +il s'en excuse dans le second livre de son +apologie, ou de sa deffense.<a name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a><a href="#Footnote_54_54" class="fnanchor">[54]</a>Les passages +o Origene lui-mme a condamn son +action sont dans son sermon 15. sur St. +Matthieu, au ch. 19. <small>V</small>. 12. & dans son ouvrage +contre Celse, liv. 7. Il n'y a qu' +lire aussi ce qu'il dit dans son Trait septime +sur le Chapitre dix-huitieme de St. +Matthieu pour tre convaincu qu'il a bien +chang d'avis, voici ses termes; <i>Nos autem +si spiritales sumus verba spiritus spiritualiter +accipiamus & de tribus istis Eunuchizationibus +dificationem introducentes moralem. Eunuchi +nunc moraliter abstinentes se a veneriis sunt +appellandi; Eorum autem qui se continent differenti +tres sunt</i>. Ceux qui sont Eunuques +ds le ventre de leur mre, sont, dit-il, +ceux qui le sont par tempramment, qui<a name="page_034" id="page_034"></a> +sont nez froids ou impuissans; ceux que +les hommes ont fait, sont, ajoute-t-il, ceux +qui le sont par raison, ce sont ces Philosophes +qui faisant profession d'une sagesse +mondaine, s'abstiennent du commerce des +femmes par des maximes humaines, ou +ceux ausquels une fausse honte, ou les loix +publiques les deffendent: Les Ecclesiastiques +de l'Eglise Romaine sont de ce nombre. +Ceux enfin qui se font Eunuques pour +le Royaume des Cieux sont, dit-il, ceux +qui sont chastes par vertu & par piet, +pour tre mieux disposez au service de +Dieu, & dans l'intention d'tre mieux +disposez au service de Dieu, & dans l'intention +de lui tre plus agreables.<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a><a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">[55]</a>Socrate +l'Historien dit qu'Origene, qu'il nomme +<i>Doctor Valde sapiens</i>, avoit reconnu +que les prceptes de la Loi de Mose ne +pouvoient pas s'entendre la lettre & qu'il +falloit leur donner une explication plus sublime, +& il ajoute que, <i>prceptum de paschate +ad altiorem divinioremque sensum traduxit</i>, +ce qui fait voir d'autant plus qu'Origene +toit revenu de l'ancienne erreur +dans laquelle il avoit t, qu'il falloit entendre + la lettre ce qui est contenu dans +le Vieux & dans le Nouveau Testament;</p> + +<p>Valesius dont j'ai dja parl vint aprs +lui, & comme les disciples vont tojours +au del de leurs Maitres, (si tant est que +Valesius qui n'toit qu'imitateur d'Origene, +puis que cet ancien Docteur ne lui avoit +jamais enseign ni recommand cette cruelle<a name="page_035" id="page_035"></a> +doctrine, puisse ou doive passer pour son +disciple) enchrit beaucoup sur la pratique +d'Origne; car au lieu qu'Origne +n'avoit considr les paroles de Jesus Christ +que comme un Conseil, qu'il ne l'avoit +pratiqu que <i>ad melius esse</i> comme parlent +les Philosophes, par desir de parvenir la +perfection; & pour ter ses ennemis +tout prtexte de juger mal de ses conversations +avec des filles qu'il enseignoit, Valesius +au contraire changea cette action volontaire +en action ncessaire, & foroit +tous ceux qui tomboient entre ses mains + se faire Eunuques; car lors qu'ils ne vouloient +pas le faire eux mmes il les y contraignoit, +il les lioit sur un banc & leur +coupoit de ses propres mains leurs parties +viriles, en leur disant qu'il falloit accomplir + la lettre ce qu'avoit dit ntre Seigneur, +<i>Qu'il y avoit des Eunuques qui s'toient +faits Eunuques pour le Royaume des Cieux</i>.</p> + +<p>Cette secte qui fut appelle la secte des +Valesiens, ou des Eunuques, ne dura pas +long tems; 1. parce qu'elle fut absolument +condamne par le premier Concile gnral +de Nice l'occasion de Leontius Prtre +qui s'toit fait Eunuque; 2. parce que ceux +qui avoient subi la peine, avoient souffert +de si horribles douleurs, & avoient t si +fort en danger de mourir, que cela donna +de la frayeur aux autres qui abandonnrent +cette secte; 3. & enfin, parce qu'tant +deffendu par les loix Romaines de se +faire Eunuque, il falloit en demander la +permission au Magistrat Civil; on se fit une<a name="page_036" id="page_036"></a> +honte de faire cette dmarche, d'autant +plus qu'on toit en quelque sorte assur +d'tre presque tojours refus, tmoin le +refus qui fut fait ce jeune garon dont +Justin Martyr fait mention dans sa seconde +Apologie l'Empereur Antonin, qui +alla demander cette permission au Prfect +Augustat, parce que le Mdecin ne vouloit +pas mettre la main sur lui, <i>timore pœn</i>.<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a><a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">[56]</a> +Voila le commencement, le progrs, +& la fin de cette secte.</p> + +<p>D'autres motifs ont succd ceux d'Origne +& de Valesius, & il y a eu des gens +qui se sont faits Eunuques eux-mmes par +des raisons diffrentes. Tout le monde +sait l'histoire de Combabus, elle est dans +Lucien, mais l'illustre Monsieur Bayle l'a +rendu fort publique accompagne de toutes +ses circonstances dans son Dictionnaire +historique<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a><a href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">[57]</a>. Combabus toit un jeune Seigneur +savant dans l'Architecture, la +Cour du Roi de Syrie. Il fut choisi par +ce Monarque pour accompagner la Reine +Stratonice dans un voyage assez long qu'elle +devoit faire, pour aller btir un Temple + Junon suivant les ordres qu'elle en +avoit res en songe. C'toit un trs beau +garon, il crt que le Roi concevroit infailliblement +quelque jalousie contre lui, +il le supplia donc trs instamment de ne +lui point donner cet Emploi, & n'ayant p +obtenir cette dispense il se compta pour<a name="page_037" id="page_037"></a> +mort s'il ne prenoit garde lui d'une manire +qui ne souffrit point de reproche. Il +obtint seulement sept jours pour se prparer + ce voyage; voici donc quels furent +ses prparatifs. Ds qu'il fut son logis, +il dplora le malheur de sa condition, qui +l'exposoit la triste alternative de perdre +sa vie ou son sxe, & aprs avoir bien sopir +il se coupa les parties secrettes qu'on +ne nomme pas, & les mit bien embaumes +dans une bote qu'il cacheta; lors +qu'il fallut partir il donna la bote au Roi +en prsence d'un grand nombre de personnes, +& le pria de la lui garder jusqu' +son retour. Il lui dit qu'il y avoit +mis une chose dont il faisoit plus de cas +que de l'or & de l'argent & qui lui toit +aussi chre que la vie. Le Roi mit son +cachet sur cette bote & la donna garder +au Matre de sa garderobe. Le voyage +de la Reine dura trois ans, & ne manqua +pas de produire ce que Combabus avoit +prv, de sorte que l'venement justifia +la prcaution qu'il avoit prise.</p> + +<p>Cette action de Combabus produisit un +autre motif de se faire Eunuque. Ses amis +intimes voulurent l'tre pour le consoler +de sa disgrace, fondez sur cette ancienne +maxime, que <i>c'est une consolation pour les +malheureux que d'avoir des compagnons de leur +infortune</i>. Lucien ajote que cette conduite +des amis de Combabus a servi de fondement + une cotume qui s'observoit tous +les ans, de mutiler plusieurs personnes dans +le Temple que Stratonice & Combabus<a name="page_038" id="page_038"></a> +avoient fait btir, & il dit qu'ils se mutiloient, +<i>sive Combabum consolantes, sive Junoni, +&c.</i></p> + +<p>Mais voici d'autres motifs bien diffrens +de celui de Combabus & de ses amis; un +jeune Gentilhomme bien fait, ayant vaincu +sa Matresse par ses instances & par +sa persvrance, ne pouvant par un malheur +qui lui arriva, profiter de sa Conqute, +parce qu'il ne fut pas le Matre +des instrumens de sa passion; qui ne voulurent +pas lui ober, & qui furent de glace +pendant que son cœur toit embras, mortifi +de cette triste avanture, il se les +coupa, ds qu'il fut de retour au logis, +& les envoya sa Matresse comme une +victime sanglante capable d'expier l'offense +qu'il lui avoit faite. Montagne qui rapporte +l'histoire<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a><a href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">[58]</a> fait cette exclamation, <i>si +'et t par discours & Religion comme les +Prtres de Cybele, que ne dirions-nous d'une +si hautaine entreprise!</i></p> + +<p>Le mme Montagne raconte l'action +d'un pasan de son voisinage, qui se fit +Eunuque par une raison bien diffrente; +ce fut par chagrin contre sa femme, & +par emportement. Ce bon homme rentrant +dans sa maison, sa femme qui toit +jalouse de lui outrance, & qui le tourmentoit +sans cesse, lui ayant fait un mauvais +accueil son ordinaire, fond sur les +soupons que sa jalousie lui donnoit, il se +coupa, avec la serpe qu'il tenoit, les +parties qui lui donnoient de l'ombrage & +les lui jetta au nez.<a name="page_039" id="page_039"></a></p> + +<p>Voici une autre espce de gens qui se +font Eunuques; ce sont des hommes qui +craignent la lpre ou la goutte, & qui +pour jour de l'avantage qu'il y a en +tre xempt, aiment mieux perdre ceux +qu'ils pourroient tirer de leurs parties viriles. +Il est certain que la lpre n'attaque +point les Eunuques: outre l'exprience +voici ce que Mr. le Prtre conseiller au +Parlement de Paris en rapporte dans les +<i>Questions Notables de droit</i>.<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a><a href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">[59]</a><i>Antipathia ver +Elephantiasis veneno resistit; Hinc Eunuchi, +& quicumque sunt mollis, frigid & effœminat +natur, nunqum aut rar lepra corripiuntur; +& quidem quibus imminet lepr periculum +de consilio medicorum, sibi virilia amputare +permittitur. c. ex pars.</i> 11. <i>ex. de corpor. +vitiatis ordinandis, vl non; Quod etiam aliquando +permiserunt nonnulli leprosis ministrantes, +manifesto experimento, magnoque vit & +sanitatis commodo.</i><a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a><a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">[60]</a>Mzeray dit, dans la +Vie de Philippe Auguste, <i>qu'il a lu qu'il +y avoit des hommes qui apprehendoient si fort la +ladrerie, cette vilaine & honteuse maladie, +qu'ils se chtroient pour s'en prserver</i>.</p> + +<p>Les Eunuques ne sont jamais chauves, +parce qu'ils ont le cerveau plus entier que +les autres hommes qui Venus en fait perdre +une bonne partie, leur semence tirant +de l sa principale origine. Ils sont aussi +xempts de la goutte, Hyppocratest<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a><a href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">[61]</a>, &<a name="page_040" id="page_040"></a> +<a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a><a href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">[62]</a>Pline en rendent de trs bonnes raisons. +Cœlius Rhodiginus, le dit aussi au chapitre +trentime du livre quinzime, <i>lectionum +antiquarum</i>; Et dans quelqu'autre endroit +de ce mme Ouvrage il dit, que les Eunuques +seuls sont xempts d'tre offensez de +certaine vapeur qui sort de la terre en quelques +lieux de l'Egypte, avec une telle +puanteur qu'elle fait mourir toute autre +sorte de personnes. C'est apparemment +la mme chose que ce qui est rapport par +Ammian Marcellin<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a><a href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">[63]</a>, & par Dion dans la +Vie de Trajan touchant la grotte de Hierapoli. +Il y a, disent-ils, une citerne close +de toutes parts, sur laquelle on a bti un +Theatre, de dessous lequel il sort un vent +si pernicieux toutes sortes d'animaux qu'ils +meurent incontinent, aprs en avoir t +atteints, except les hommes chtrez qui +ne se sentent point du tout de la malignit +de ce vent.</p> + +<p>D'autres se sont faits Eunuques par +fantaisie & par folie, tmoin cet Athe +qui n'en avoit point d'autre raison que son +caprice, & qui le fit par pure extravagance. +Tmoin encore plusieurs autres dont +les noms & l'histoire sont rapportez dans +l'excellent Ouvrage de Theodore Zuinger +intitul, <i>Theatrum Vit human</i>.<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a><a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">[64]</a></p> + +<p>Il y a des gens, enfin, qui se font Eunuques, +parce qu'tans condamnez la mort<a name="page_041" id="page_041"></a> +ils craignent l'infamie ou les douleurs du +supplice & veulent les prvenir par cette +opration qui les tu infailliblement, parce +qu'elle est mal faite & mal dirige. +D'autres tans accusez de crimes graves & +normes craignent d'tre appliquez la +question, & pour viter cette terrible +preuve & la confession qu'elle extorqueroit +de leur bouche, ils s'tent la vie par +cette mutilation.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_VII-a" id="CHAPITRE_VII-a"></a>CHAPITRE VII.</h3> + +<p class="headg"><i>Des Eunuques ainsi nommez + cause de leurs Emplois; +Et de ceux qui le sont dans +un sens figur.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Eux qui ont rempli des dignitez qui +avoient t originairement occupes +par des Eunuques, ont t eux-mmes +appellez Eunuques, de la mme manire +que ceux qui occupent dans les Tribunaux +& dans les Conseils, les places +qui n'toient autrefois donnes qu' des +vieillards sont encore appellez aujourd'hui +Snateurs. Les Eunuques avoient divers +Offices & faisoient des fonctions diffrentes +dans les Cours des Princes. Ceux +qui ont succd ces Offices ont t appellez +Eunuques, & c'est en ce sens qu'il<a name="page_042" id="page_042"></a> +est parl dans l'Ecriture Sainte des Eunuques +de Pharao Roi d'Egypte, de David, +des Rois d'Isral, des Rois de la Jude, +d'Assuerus Roi de Perse, des Rois +de Babilone, de celui de la Reine de Candace; +& du Prsident, ou de l'Intendant +des Eunuques. On peut dire mme que ce +mot, <i>Eunuque</i> toit autrefois un terme gnral +qui signifioit toutes sortes d'Officiers +des Rois ou des Princes de quelque qualit +& de quelqu'ordre que fussent ces Officiers. +Ces Eunuques n'toient ainsi appelez +que parce qu'ils reprsentoient dans +leurs Emplois les Eunuques proprement +ainsi nommez qui y avoient t leurs +predcsseurs. Les premiers toient Eunuques, +<i>ratione impotenti & adempt virilitatis</i>; +les autres ne l'toient que <i>ratione +officii</i>. Putifar, par xemple, qui toit +l'Eunuque de Pharao, ne l'toit que +parce qu'il possdoit une Charge qui n'avoit +t occupe jusques l que par des +Eunuques. On n'en peut point douter, +puis que Putifar avoit une femme, & +une fille nomme Asenech, que l'on a +cr avoir t marie Joseph. Nous verrons +plus particulirement dans la suite +quels postes ou pltt quels rangs, les Eunuques +tenoient dans les Cours de ces +Rois & de ces Princes, & dans d'autres +Cours dans lesquelles ils toient tablis; +voyons prsentement ce que c'est qu'un +Eunuque, ce mot tant pris dans un sens +figur.</p> + +<p>On appelle Eunuque un homme chaste,<a name="page_043" id="page_043"></a> +qui vit sagement dans le Clibat. Tels toient +les Juifs Esseniens dont parle Joseph +l'Historien<a name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a><a href="#Footnote_65_65" class="fnanchor">[65]</a> & ces Juifs Pharisiens +qui demeuroient dans la continence, & +qui se faisoient pour cela des violences ridicules +& superstitieuses, qui gardoient +dis-je la virginit pendant plusieurs annes +pour le Royaume des Cieux, dans la pense +qu'ils le mritoient & qu'ils se l'aqueroient +par cette voye. Il y a plusieurs Interprtes +trs sensez qui croyent que quand +Jesus Christ dit dans Saint Matthieu qu'il +y a des Eunuques qui se sont faits Eunuques +eux-mmes pour le Royaume des +Cieux, il fait allusion ces deux Sectes +de Juifs. Qu'il n'entend point prescrire +aux Chrtiens ce qu'ils doivent faire cet +gard, mais qu'il leur parle de ce qui s'toit +pratiqu jusqu'alors dans le Judasme +depuis que la Rpublique, & la Religion +corrompu toient passes aux Juifs. Il blme +la tmrit de ces gens qui se faisoient +Eunuques, pour le dire ainsi, dans la v +de gagner le Paradis par-l, soit en demeurant +Eunuques pendant un certain tems, +comme si la continence n'toit pas au dessus +des forces humaines, & comme si ce n'toit +point un don de Dieu qu'il accorde peu +de gens. En effet il ne dit pas aux Chrtiens +qu'il y en aura qui se feront Eunuques, ou +qu'il doit y en avoir qui doivent se faire +Eunuques, mais qu'il y en a qui se sont<a name="page_044" id="page_044"></a> +faits Eunuques par le pass. Le mot<a name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a><a href="#Footnote_66_66" class="fnanchor">[66]</a> Grec +qui est employ dans l'Original est un prtrit, +ce qui marque non ce qui se pratiquoit +parmi les Chrtiens, ou ce qui devoit se +pratiquer la suite parmi eux, mais ce qui +s'toit pratiqu avant eux & qui se pratiquoit +encore alors parmi quelques sectes de +Juifs.<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a><a href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">[67]</a>Saint Epiphane rfute les Hrsies +de ces deux sortes de Sectes, & fait +voir xactement en quoi elles consistoient +alors.<a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68"></a><a href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">[68]</a>Un clbre Docteur Anglois +prtend que ceux dont Jsus Christ parle +dans Saint Matthieu, sont ceux qui vivent +chastement, parce que Dieu l'a command, +soit qu'ils soient mariez ou non.</p> + +<p>Je n'tendrai pas trop loin la signification +figure du mot, <i>Eunuque</i>; Tout le monde +sait que le mot <i>chtr</i> qui est peu prs le +mme que celui d'Eunuque, se dit des choses +dont on a retranch quelque partie. Il +y a eu des femmes Eunuques; Andramis +premier Roi de Lydie a t le premier qui +en a fait chtrer, il s'en servoit au lieu +d'hommes Eunuques. On dit un livre chtr, +lors qu'on en a retranch quelque chose, +par xemple, la traduction que Mr. d'Ablancourt +a faite de l'Eunuque de Lucien, +est chtre, parce que sous prtexte d'en +retrancher quelques obscenitez, il en a t +plusieurs priodes. On dit des Ctrets chtrez,<a name="page_045" id="page_045"></a> +une ruche de Mouches miel chtre; +des Arbres & des Ceps de vigne chtrez. +On dit mme qu'on a chtr un homme quoi +qu'il ait encore ses parties viriles, lors +qu'on l'a chtr de la langue ou de quelqu'autre +membre du corps que ce soit;</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> + +<span class="i0"><a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a><a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">[69]</a><i>Si Hercle ego te non elinguendam dedero usque ab radicibus,</i></span> +<span class="i0"><i>Impero auctorque sum, ut tu me cuivis castrandum loces.</i></span> +</div></div> + +<p>Un Auteur moderne<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a><a href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">[70]</a> dit qu'on remarque +entre les bizarreries tranges de Domitien +qu'il fit arracher les Vignes de plusieurs +Provinces particulirement des Gaules; +& que comme son avnement l'Empire, +affectant la rputation de bon Prince, +il avoit deffendu de plus couper les jeunes +garons (car le luxe & l'inhumaine +volupt des riches se donnoit impunment +la licence de faire cet outrage la nature +pour avoir des Eunuques la mode des +Orientaux.) Le Philosophe Appollonius, +grand ennemi de la Tyrannie dit ce bon mot +qui a t relev & conserv, <i>que ce Prince +vritablement avoit conserv la virilit aux +homes</i>, <i>mais qu'il avoit chtr la terre</i>. Voil +donc la terre Eunuque, mais c'est une +raillerie d'Appollonius, & il ne la rapporte +que pour faire voir en combien de +sens & de manires, ce mot peut-tre pris.</p> + +<p>Il y a eu des Eunuques dans le mariage<a name="page_046" id="page_046"></a> +quoi qu'ils fussent fort en tat d'en remplir +les devoirs; Quelques Interprtes +croyent que tels toient ces Eunuques dont +il est parl au chapitre cinquante-sixime +d'Esae, mais il y a peu d'apparence, car +il est dit qu'ils ne sont que des troncs desschez +ce qui ne convient qu'aux vritables +Eunuques. Il y en a une infinit d'autres +qui ne souffrent aucune contestation, +tel est celui dont Gregoire de Tours parle +dans son Histoire de France. Un certain +Snateur de Clermont en Auvergne, qu'il +dit s'tre nomm Injuriosus, fils unique, +fut fianc une fille aussi unique & de +sa qualit, mais riche. S'tant Epousez +quelques jours aprs, on les mit au lit en +la manire accotume. D'abord que l'Epouse +y fut, elle se tourna du ct de la muraille, +soupira & pleura amrement. Le +jeune Epoux surpris, lui demanda, la pressa, +& la conjura par Jsus Christ Fils de +Dieu, de lui dire ou de lui faire entendre +sagement quel toit le sujet de sa tristesse, +elle lui dit qu'elle avoit fait vœu +de demeurer Vierge toute sa vie, & que +se voyant sur le point de violer son vœu, +elle croyoit que Dieu l'avoit abandonne. +Qu'au lieu de Jsus Christ qu'elle croyoit +avoir pour Epoux qui lui avoit promis de lui +donner le Royaume des Cieux pour prsent +des nces, elle n'avoit qu'un homme +mortel qui ne pouvoit lui donner que +des choses prissables, & fit de grandes exclamations +sur ce sujet. Ce jeune homme +qui avoit beaucoup de pit lui reprsenta<a name="page_047" id="page_047"></a> +que comme ils toient l'un & l'autre +enfans uniques, on les avoit mariez ensemble +afin d'avoir ligne & de perptuer +leur famille Noble; & afin sur tout que +leurs biens ne tombassent point dans des +mains trangres. Elle repliqua que le +monde & ses richesses n'toient rien; +que la pompe de ce sicle n'toit qu'une +fume; que la vie n'toit qu'un vent, & +qu'il valoit bien mieux aquerir les biens +du Paradis, & la Vie ternelle. Elle dit +tout cela d'une manire si vive & si touchante, +qu'elle persuada son Epoux, & qu'elle +en tira ces paroles si conformes ses desirs. +Que si c'toit sa volont de s'abstenir de +toute convoitise, & de toute œuvre de la +chair, il lui promettoit de se conformer +son intention. Elle lui dit que c'toit une +chose difficile pratiquer, cependant, que +s'il tenoit parole & que tous deux demeurassent +Vierges dans ce monde, elle lui feroit +part d'une partie du Douaire qui lui +avoit t promis par son Epoux & Seigneur +Jsus Christ, lors qu'elle se donna, & +qu'elle se voua lui comme Epouse & Servante. +Il lui renouvella sa promesse, l'assura +qu'il effecturoit ce quoi elle l'exhortoit, +& s'tans donnez la main l'un l'autre +ils s'endormirent; Ils couchrent depuis +dans un mme lit pendant plusieurs annes +sans blesser leur Vœu de chastet. +Tout cela n'a t s qu'aprs leur mort. +L'Epouse tant dcde la premire, son +Epoux fit ses funrailles, & la mettant +dans le sepulchre, il dit ces paroles haute<a name="page_048" id="page_048"></a> +voix, <i>Je te rends graces, Seigneur Dieu Eternel, +de ce que je te restitu ce trsor aussi entier que je +l'avois re de toi en dpt</i>. L'Histoire dit, +que l'Epouse lui rpondit comme en soriant, +<i>Pourquoi rvles-tu un secret sans en tre +requis?</i> Et elle ajote un autre miracle que +je ne rapporte point, parce qu'il ne s'en +agit point ici.</p> + +<p>Nicphore Calliste<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a><a href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">[71]</a> & l'Histoire tripartite<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a><a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">[72]</a> +rapportent peu prs la mme chose d'un +gyptien nomm Amon qui a t depuis +Religieux. La diffrence qu'il y a eu, c'est +que 'a t le mari qui a sermon sa femme, +au lieu que dans l'histoire prcdente 'a t +la femme qui a persuad son mari. Mais +la mme chose prcisment est arrive +l'Empereur Henri. Il a vcu avec l'Impratrice +Chunegonde sa femme comme le +jeune Gentilhomme Auvergnat dont je +viens de parler, vcut avec la sienne. Chunegonde +toit une Princesse qui joignoit la +jeunesse la beaut, cependant ayant dit +Henri qu'elle avoit fait vœu de chastet, +il vcut avec elle comme avec sa sœur. Lors +qu'il fut au lit de la mort, il rendit un tmoignage +public devant tous les Princes & les +Seigneurs de sa Cour; Vierge, leur dit-il, +vous me l'avez donne, & Vierge je vous +la rends. Ils ont t canonisez l'un & l'autre +pour cela par Eugne III. comme l'illustre +Mr. Godeau nous l'apprend dans ses +Eloges<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a><a href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">[73]</a>. On peut dire peu prs la mme +chose de Marcien qui vcut de mme en<a name="page_049" id="page_049"></a> +Eunuque avec Pulcheria sa femme, & de +plusieurs autres; Mais les xemples que je +viens de rapporter suffisent. Si quelqu'un +veut en voir un plus grand nombre, qu'il +lise le chapitre septime du Livre quatrime +de Marule; & le Livre neuvime de l'Histoire +de Cromerus, dans lequel il trouvera +l'Histoire de Bolislaus V., & de Cunegonde +sa femme, qui d'un consentement mutuel +vcurent ensemble toute leur vie dans +une parfaite continence; ce qui a donn +lieu un Polonois nomm Clment Latinius +de faire ces deux Vers,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Conjuge consenuit cum Virgine Virgo maritus</i><br /></span> +<span class="i2"><i>Addictus studiis Casta Diana tuis.</i><br /></span> +</div></div> + +<h3><a name="CHAPITRE_VIII-a" id="CHAPITRE_VIII-a"></a>CHAPITRE VIII.</h3> + +<p class="headg"><i>Quel rang les vritables Eunuques +ont tenu dans la +socit civile.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Omme on a mis de tout tems une grande +diffrence entre les Eunuques qui +toient nez Eunuques, ou qui avoient t +faits tels ds leur naissance, ou par force +dans un ge plus avanc, & entre ceux +qui se sont faits Eunuques eux-mmes volontairement, +il est ncessaire de les distinguer<a name="page_050" id="page_050"></a> +ici. J'en ferai donc deux classes, & +d'abord j'xaminerai quel rang les Eunuques +forcez que je mets dans la premire, +ont tenu dans la socit civile.</p> + +<p>On ne peut pas faire une histoire xacte +& suivie qui montre le rang que ces sortes +de gens ont tenu dans la socit civile, +cela mneroit trop loin & m'carteroit +trop de mon but. Je dirai donc seulement, +qu'il parot par l'Histoire Sainte, & par +l'histoire profane, que les Eunuques ont +possd les premires & les principales +Charges dans les Cours, & qu'ils ont eu +la confiance & la faveur de leurs Princes; +Et je me contenterai d'en donner quelques +xemples.</p> + +<p>Je ne parlerai point d'une raison odieuse +pour laquelle les Princes les aimoient autrefois; +Tout le monde sait l'histoire de +Sporus<a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a><a href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">[74]</a>; Nron le fit chtrer, & sa folie +fut si grande qu'il tcha de lui faire changer +de sxe; Il lui fit prendre l'habit de +femme, il l'pousa ensuite avec toutes +les formalitez accotumes, il lui donna +un douaire, un voile nuptial, & le tint +dans sa maison en qualit de femme; +propos de quoi quelqu'un dit assez plaisamment +que le monde et t bien heureux +si son Pre Domitien et eu une telle femme; +Il fit habiller ce Sporus la manire +des Impratrices, & le faisant porter en +litire il l'accompagna aux Assembles & +aux marchez de la Grce, & Rome dans +le quartier des sigillaires, o il le baisoit<a name="page_051" id="page_051"></a> + chaque moment. Je ne rapporte que cet +xemple, parce que j'en ai dit assez sur ce +sujet dans le chapitre cinquime de cette +premire partie de mon Ouvrage.</p> + +<p>Nous voyons dans le Livre d'Esther<a name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a><a href="#Footnote_75_75" class="fnanchor">[75]</a> +que sept Eunuques toient les Officiers ordinaires +du Roi Assuerus, & qu'en particulier +l'Eunuque Ege avoit le soin de garder +les femmes de ce Roi;<a name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a><a href="#Footnote_76_76" class="fnanchor">[76]</a>Il y en avoit +deux autres nommez Bagathan & Thars +qui commandoient la premire entre du +Palais du Roi;<a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a><a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">[77]</a>l'Histoire de Judith nous +apprend, que les Huissiers de la Chambre +d'Olopherne toient des Eunuques, & +que Vagao, ou Bagoas en toit le principal; +c'toit lui qui avoit soin de la personne +du Matre & de ce qui concernoit sa +garderobe & son lit;<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a><a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">[78]</a>l'Eunuque de la +Reine de Candace qui fut batis par Philippe, +toit un des premiers Officiers de +cette Reine, & Sur-intendant de ses finances, +& de tous ses trsors;<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a><a href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">[79]</a>c'toit un +Eunuque qui commandoit les troupes de +Sedecias Roi des Juifs. Cyrus victorieux +de tous ses ennemis, Crœsus & Sardes +tans entre ses mains, ayant pris Babylone, +tablit sa demeure dans le Palais +Royal de la plus grande Ville de l'Univers; +& considrant qu'on ne l'y voyoit +pas de bon œil, & qu'on ne lui vouloit +point de bien, crt qu'il avoit besoin d'une +forte Garde pour la sret de sa personne. Il +ne prit cependant que des Eunuques pour ses<a name="page_052" id="page_052"></a> +gardes & pour les Officiers de sa Maison; +& les raisons qui l'y portrent sont amplement +& xactement dduites sur la fin du +chapitre sixime du Livre septime de son +Histoire ou de la Cyropedie. On donnoit +les enfans en garde aux Eunuques, on +leur laissoit le soin de les lever, de leur +donner de<a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a><a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">[80]</a>l'ducation, de les instruire +dans les belles lettres, & de leur enseigner +les sciences & les disciplines; Tous +ces diffrens emplois les avoient rendus +recommandables dans le monde. Les Rois +& les Princes, soit qu'ils eussent t leurs +lves, soit qu'ils ne l'eussent point t, +les estimoient & les honoroient particulirement; +Ils avoient en eux beaucoup +de confiance, & ces Eunuques profitant +de ces avantages se rendoient insensiblement +les Matres du Gouvernement & de +l'Etat, & abusrent beaucoup de leur crdit; +la Religion Chrtienne en a quelquefois +souffert. Les Cours se remplissoient +de ces sortes de gens, ils s'emparoient +de tous les principaux emplois. Voici un +xemple bien prcis qui justifie cette vrit; +C'est la Cour de l'Empereur Constance, +elle toit pleine d'Eunuques & ils y +toient les matres de toutes les affaires; +Voici de quelle manire Mr. Herman en +parle dans l'excellente Vie de<a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a><a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">[81]</a>St. Athanase. +Avant que d'attaquer le Prince +mme, ce Prtre Arrien fut assez adroit +pour gagner ceux qui toient autour de<a name="page_053" id="page_053"></a> +lui, car la familiarit qu'il avoit avec<a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a><a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">[82]</a> +l'Empereur l'ayant fait connotre de +l'Impratrice il entra aussi dans la familiarit +de ses Eunuques, & particulirement +dans celle d'Eusebe qui toit le +premier de cette troupe effmine, & +l'un des plus mchans hommes du monde;<a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a><a href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">[83]</a> +Ayant prvenu l'esprit de cet +Eunuque il pervertit les autres par son +moyen; ensuite il fit passer ce poison +mortel dans l'ame de l'Impratrice, & +dans le Cœur des Dames de la Cour; ce +qui a fait dire St. Athanase que les Arriens +se rendoient terribles tout le monde, +parce qu'ils toient appuyez du crdit +des femmes.</p> + +<p>Aprs cela il ne fut pas difficile ce +Prtre Arrien de se rendre Matre de +l'esprit de l'Empereur, qui toit lui-mme +l'esclave de ses Eunuques dont il avoit +rempli toute sa Cour, & qui ne suivoit +en toutes choses que les conseils & les +mouvements de ces hommes lches.</p> + +<p>Mais quelque crdit qu'eussent tous les +autres, ce n'toit que comme de petits +serpens qui ne faisoient que ramper, au +lieu qu'Eusbe son grand Chambellan levoit +la tte avec orgueil;<a name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a><a href="#Footnote_84_84" class="fnanchor">[84]</a>& en effet +il se rendoit si formidable par sa puissance, +que selon les historiens, pour en +concevoir quelqu'ide qui ft conforme + la vrit, il suffisoit de dire que Constance +avoit beaucoup de crdit auprs de<a name="page_054" id="page_054"></a> +lui. Eux de leur ct le flatoient jusqu' +lui donner le ttre de Roi ternel.<a name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a><a href="#Footnote_85_85" class="fnanchor">[85]</a>Ils +nous ont aussi dpeint ses excellentes +qualitez par ce bel Eloge, qu'il avoit +une vanit insupportable, qu'il toit +galement injuste & cruel, qu'il punissoit +sans xamen ceux qui n'toient convaincus +d'aucun crime, & qu'il ne faisoit +point de discernement entre les innocens +& les coupables.<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a><a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">[86]</a>Les Auteurs +prophanes sont remplis de plaintes contre +la malignit & la domination Tyrannique +de cet Eusbe & des autres Eunuques +de Constance, mais ils ne considrent +que les maux qu'ils firent l'Etat, +& nous avons sujet de dplorer ceux +que l'Eglise ressentit par leur violence; +On vit ces hommes<a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a><a href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">[87]</a> voluptueux & effminez, + qui les hommes du monde +confient peine les moindres emplois qui +concernent le service de leurs maisons, +& que l'Eglise bannit de ses conseils, +selon ses rgles saintes & inviolables, +devenir les Matres & les Souverains de +toutes les affaires de l'Eglise, & dominer +dans ses jugemens, parce que Constance +n'avoit point de volont que celle +qu'ils lui inspiroient, & que ceux qui +portoient le nom d'Evques, trouvoient +de la gloire & du mrite tre les Ministres +& les fidles xcuteurs de toutes +leurs passions & devenir les acteurs des +pices de Thatre, que ces hommes si<a name="page_055" id="page_055"></a> +mprisables & si corrompus avoient composes.<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a><a href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">[88]</a> +Nous allons donc voir que ce +furent eux qui causrent tous les maux +& tous les desordres que l'Eglise souffrit +alors, comme certes ils toient trs-dignes +d'tre les Protecteurs de l'hrsie +Arrienne, & les ennemis de la divine +fcondit du Pre ternel. Voici ce que +St. Athanase ajote cela. L'Eunuque +Eusbe, dit-il, tant arriv Rome, +sollicita d'abord Libre de souscrire la +condamnation d'Athanase, & d'entrer +dans la Communion des Arriens, disant +que c'toit la volont de l'Empereur, & +l'ordre exprs qu'il lui portoit de sa part; +& ensuite aprs lui avoir montr les prsens +par lesquels il tchoit de le sduire, +il lui prit la main & lui dit, <i>laissez-vous +persuader par l'Empereur, & recevez ce qu'il +vous donne</i>. Mais cet Evque s'en dfendit +fortement & justifia sa rsistance par ce +discours........ Voil, dit-il, ce que +rpondit Libre Eusbe, mais cet Eunuque +tant moins afflig de ce qu'il n'avoit +pas souscrit la condemnation d'Athanase, +que de ce qu'il trouvoit en sa personne +un ennemi de leur Hrsie, & ne +considrant pas qu'il toit devant un Evque, +aprs lui avoir fait de grandes menaces, +il le quitta, sortit avec les prsens +qu'il venoit de lui offrir, & fit une chose +aussi contraire la manire d'agir des +Chrtiens, qu'elle toit mme au dessus<a name="page_056" id="page_056"></a> +de la tmrit des Eunuques........ +Une action si gnreuse ayant augment +la colre & le transport de cet Eunuque, +il irita l'Empereur en lui rprsentant +qu'il ne devoit plus se mettre en peine de +ce que Libere ne vouloit pas signer la +condamnation d'Athanase, mais de la +disposition d'esprit qu'il faisoit parotre +contre leur Hrsie qui lui toit si odieuse +qu'il prononoit nommment des Anathmes +contre les Arriens; Il chauffa +aussi par ce discours l'esprit des autres Eunuques, +& il y en avoit un trs grand +nombre la Cour de l'Empereur, qui +pouvoient tout auprs de lui, & sans la +participation desquels il ne faisoit rien. +Constance crivit donc Rome, continu +ntre Saint, & il y envoya tout de +nouveau des Officiers de son Palais, des +Secrtaires, & des Comtes, avec des +lettres qu'il adressoit au Gouverneur de +la Ville; Et il leur avoit donn l'ordre, +ou de surprendre Libre par leurs ruses & +par leurs artifices pour le faire sortir de +Rome & l'envoyer la Cour, ou d'employer +ouvertement la violence & l'outrage +afin de le perscuter. Ces crits remplirent +toute la Ville de frayeur & d'pouvente, +& ce n'toit qu'embuches de toutes +parts. Combien y eut-il de familles + qui on fit des menaces? Combien de +personnes rerent des commandemens +contre Libre? Combien eut-il d'Evques +qui se cachrent quand ils virent +ces excs? Combien y eut-il de Dames<a name="page_057" id="page_057"></a> +illustres qui se retirrent la Campagne + cause des calomnies dont les chargeoient +ces ennemis de Jsus Christ? Combien y +eut il de solitaires qui se trouvrent exposez + leurs embuches? Combien firent-ils +perscuter de personnes qui avoient tabli +leur demeure dans la solitude pour le +reste de leurs jours? Quels soins ne prirent-ils +point par plusieurs fois, de faire +garder les ports, & les portes de la Ville, +de peur qu'aucun Catholique n'y entrt +pour voir Libre? Rome connut alors par +exprience quelle toit la conduite de ces +impies qui dclaroient la guerre Jsus +Christ mme, & elle apprit pour l'avenir +ce qu'elle n'avoit pas cr jusqu' ce +tems-l, pour ne l'avoir s que par le +rcit des autres, savoir de quelle manire +ils avoient renvers toutes les autres +Eglises en tant de Villes diffrentes.</p> + +<p>C'toit des Eunuques qui faisoient tous +ces desordres, & qui toient auteurs de +tous les excs que les autres commettoient +de toutes parts. Et il n'est pas en effet +trange, que comme l'Hrsie des Arriens +fait profession de nier le Fils de +Dieu, elle s'appuye du crdit des Eunuques, +qui tans naturellement striles, +& ne l'tans pas moins dans l'ame en ce +qui regarde les actions de pit & de vertu +que dans le corps, ne peuvent du tout +souffrir que l'on parle du Fils de Dieu. +Cependant, l'Eunuque de la Reine d'Ethiopie +ne comprenant pas ce qu'il lisoit, +crt les instructions que lui donna Saint<a name="page_058" id="page_058"></a> +Philippe touchant le Divin Sauveur. Mais +les Eunuques de Constance ne peuvent +souffrir que Saint Pierre ait autrefois confess +sa Divinit; Ils s'lvent mme contre +le Pre Eternel quand il dclare que +c'est son Fils, & s'emportent de fureur +contre ceux qui disent que c'est le vritable +Fils de Dieu; c'est pour ce sujet que +la Loi deffend de les admettre dans les +Jugemens Ecclsiastiques. Mais les Arriens +viennent de les en rendre les matres. +Constance ne prononce rien que ce +qui leur est agrable, & ceux qui portent +le nom & la qualit d'Evques, n'en disent +mot, & regardent tous ces desordres +avec dissimulation. Hlas! Qui sera celui +qui crira un jour cette Histoire, & +qui fera passer jusqu' une autre gnration +la rlation funeste de tant de tristes +vnemens? Qui poura croire un jour de +si grands excs quand on entendra dire que +des Eunuques qui on confie peine le +soin des affaires domestiques, & dont le +service est suspect en ces rencontres, parce +que c'est un genre de personnes qui +n'aiment que le plaisir & qui n'ont point +d'autre but que d'empcher dans les autres +ce que la nature leur a refus eux-mmes; +Que ces Eunuques, dis-je, gouvernent +maintenant les Eglises!</p> + +<p>Ce Saint fait parotre une juste indignation +contre les Eunuques qui toient alors +absolus la Cour, & qui se sont rendus xcrables + leur sicle & toute la postrit. +L'Arrianisme toit tellement rpandu parmi<a name="page_059" id="page_059"></a> +eux, qu'en ce tems-l porter le nom +d'impie & celui d'Eunuque toit la mme +chose, selon Saint Grgoire de Nazianze<a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a><a href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">[89]</a>. +Et leurs violences ont t si odieuses aux +Payens mmes, qu'Ammian Marcellin a +crit d'eux, qu'ayant tojours de la fiert +& de l'aigreur, & n'ayant pas les liaisons +domestiques & les engagemens naturels +qu'ont les autres hommes, ils n'embrassent +que leurs richesses qu'ils considrent comme +leurs trs chres & trs agrables filles. +<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a><a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">[90]</a> +Mr. Herman dit, que l'Histoire de ce +combat est devenu si clbre dans toute la +postrit, que les Payens mmes en ont +marqu l'vnement; mais qu'il aime +mieux puiser dans les sources pures que d'avoir +recours ces ruisseaux si bourbeux; Et +que comme il prfre avec raison le tmoignage +de Saint Athanase celui de tous les +Auteurs de ce sicle, c'est par ses propres +paroles qu'il doit commencer l'importante +relation de laquelle j'ai tir ce que je viens +de rapporter sur ce sujet.</p> + +<p>Les Eunuques avoient t tout-puissans +du tems du grand Constantin, Pre de +l'Empereur Constance dont je viens de parler. +Il les avoit levez aux premires Dignitez +& les appelloit ses Amis; mais ayant +appris combien ils toient pernicieux l'Etat, +il les en avoit dpouillez, & les avoit +rduits se borner uniquement aux affaires +domestiques.<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a><a href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">[91]</a>Il y a dans le Code Thodosien +une Loi qui nous apprend que tout<a name="page_060" id="page_060"></a> +l'Empire avoit gmi sous l'oppression de +ces sortes de gens, sans avoir os se plaindre; +mais que l'Empereur en ayant eu connoissance, +avoit publi cette Loi, par laquelle +il invite tout le monde venir dire +ses griefs; il promet d'couter lui-mme +ce qu'on aura dire contre ces sortes de +gens, & de punir ceux qu'on aura convaincu +de quelque crime. Il les fit exclurre du +Sacerdoce dans le fameux Concile de Nice +qu'il assembla. Cependant, quoi qu'ils +fussent, pour le dire ainsi, dgradez & destituez +de tous les Emplois publics, civils +& militaires, comme ils approchoient de +l'Empereur & qu'ils en avoient l'oreille, +ils toient encore formidables, & on les +craignit jusques ce qu'ils fussent entirement +loignez. Licinius qui a t son Alli, +& pendant quelque tems son Compagnon + l'Empire, les hassoit beaucoup; il les +appelloit <i>la tigne & la vermine de l'Etat</i>;<a name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a><a href="#Footnote_92_92" class="fnanchor">[92]</a> +mais comme Licinius a t un Tyran, & +un Prince qui s'est rendu odieux par plusieurs +raisons, ce qu'il a fait dans des vs +particulires, ne peut point tre tir consquence.<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a><a href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">[93]</a> +Alxandre Svre ne les avoit +point aimez, il les appelloit <i>tertium hominum +genus</i>; Et au lieu que Heliogabale qui +l'avoit prcd avoit t leur esclave, & +Eunuque lui-mme, il les humilia & les +abaissa, il les rduisit un fort petit nombre. +Il en donna plusieurs ses Amis, & +pour montrer le peu de cas qu'il en faisoit,<a name="page_061" id="page_061"></a> +il leur dit en les leur donnant que s'ils n'avoient +pas de meilleures mœurs que celles +qu'ils avoient eus jusqu'alors, ils pouvoient +les tuer sans forme de procs. Il est +extrmement lou dans l'Histoire de n'avoir +pas imit les Rois de Perse qui se laissoient +tellement gouverner par les Eunuques, +que ces sortes de gens les cachoient +leurs Sujets, qui ne pouvoient leur rien dire +ni en recevoir aucune rponse que par +leur canal; Ils leur rapportoient les choses +comme il leur plaisoit, souvent tout autrement +qu'elles n'toient, & prenans grand +soin que le Roi ne st que ce qu'ils vouloient +bien qu'il st, il arrivoit souvent +de grands inconvniens, parce qu'ils donnoient +telles impressions qu'il leur plaisoit, +& au Roi, & ses Sujets;<a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a><a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">[94]</a>L'Histoire +d'Orsines en est une preuve; Orsines toit +un descendant de Cyrus, le plus grand Seigneur +de la Perse, & le Sang le plus noble +de l'Orient; Il fit de grands prsens aux +Principaux de la Cour d'Alxandre, & ngligea +Bagoas; Quelqu'un lui ayant dit qu'il +avoit mal fait, parce qu'Alxandre aimoit +cet Eunuque; Il rpondit qu'il honoroit +les Amis du Roi, mais non pas ses Eunuques; +Et que les Perses se servoient autrement +de ces gens-l que les Grecs; Ce discours +ayant t rapport Bagoas il jura la +ruine d'Orsines, homme d'une vie sans reproche; +En effet, il fit tant de faux & de +secrets rapports contre lui Alxandre, +qu'il l'aigrit & qu'il l'anima contre lui, de<a name="page_062" id="page_062"></a> +sorte qu'enfin il le fit mettre dans les fers, +& le condamna la mort. Bagoas ne fut +pas content de faire traner un innocent au +supplice, il eut bien l'impudence de le +frapper dans le tems qu'il alloit mourir, +mais Orsines l'envisageant avec indignation +lui dit, j'avois bien ou dire que des +femmes avoient autrefois rgn dans l'Asie, +mais il m'est nouveau d'y voir rgner un infame +Eunuque. Alxandre Svre instruit +de tous les desordes que ces Eunuques +avoient fait, il les dompta tous, & les rduisit +presque rien. Ces Eunuques toient +des gens qui vouloient savoir tout ce qui +se faisoit la Cour, & qui vouloient qu'on +crt qu'il n'y avoit qu'eux qui le sussent; +c'toit eux qui on s'adressoit pour obtenir +des graces du Prince; les Gouvernemens +de Province ne s'obtenoient que par +leur moyen, & ils vendoient deniers +comptans ce que le Prince donnoit desintressment. +Cet Empereur aimoit assez la +solitude, il vouloit tre seul ordinairement +aprs le dner & certaines heures du matin, +personne alors ne pouvoit le voir. Un +certain Vetronius Turinus profitoit de cette +retraite & faisoit croire aux gens, que +dans ce tems l il lui persuadoit & lui faisoit +faire tout ce qu'il vouloit, il le faisoit passer +pour un fat qu'il conduisoit son gr, +& sous ce prtexte il promettoit tout le +monde ce qu'on lui demandoit, & se faisoit +fort de le faire agrer ou xcuter par +Svre, moyennant quoi il recevoit & +amassoit des sommes immenses. Comme il<a name="page_063" id="page_063"></a> +n'toit pas vrai que l'Empereur ft tel qu'il +le disoit, ni qu'il et le crdit dont il se +vantoit, il ne tenoit parole personne, +ce qui donna lieu bien des gens de murmurer. +Cette conduite de Turinus tant +enfin parvenu la connoissance de l'Empereur, +il voulut qu'on se rendit partie contre +lui & qu'on l'accust, de sorte que ce +qu'il avoit promis & qu'il n'avoit point effectu, +& les sommes qu'il avoit touches +pour cela ayant t dcouvertes, Svre +le fit attacher un poteau dans un lieu passant, +& le fit mourir par la fume qui s'levoit +vers lui d'un bois verd & humide +qu'on avoit allum;<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a><a href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">[95]</a>Et pendant qu'il +souffroit son supplice il y avoit un homme +qui crioit, <i>fumo punitur qui vendidit fumum</i>.</p> + +<p>Les Eunuques furent plus considrez +sous Constantin pendant un certain tems. +Ils le furent encore plus sous Constance, +comme je l'ai fait voir. Ce Prince ni ses +frres, ne furent ni aimez de leurs Sujets, +ni craints de leurs ennemis, comme Constantin +leur Pre l'avoit t, & ils avoient +peine sotenir une partie du fardeau qu'il +avoit port lui seul avec tant de gloire; les +Eunuques furent en crdit sous leur Rgne. +Il paroit qu'ils ont encore t en faveur du +tems de Theodose le jeune;<a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a><a href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">[96]</a>car on voit +dans le Code qui a t fait par son ordre, +qu'au lieu que ceux qui obtenoient des confiscations +toient obligez d'en donner la +moiti au fisc, il dispensa ses Eunuques<a name="page_064" id="page_064"></a> +de cette obligation & leur laissa le tout. Et +Zozime<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a><a href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">[97]</a> remarque que cet avantage porta +ces Eunuques commettre mille faussetez +insignes, comme de faire entendre +au Prince que ceux dont ils demandoient +que les biens fussent confisquez leur profit +toient morts sans laisser de veuves, d'enfans, +ni de parens, ce qui causoit souvent +la dsolation de plusieurs familles, & des +larmes & des gmissemens aux hritiers +lgitimes, qui toient souvent de vieilles +veuves caduques ou infirmes, & des orphelins +innocens. Il est certain pourtant +qu'il fit un Edit qui deffendoit qu'aucun +Eunuque ne fut du nombre des Patriciens, +mais ce fut par une v particulire, & +pour deshonorer Antiochus qu'il contraignit +par l se renfermer dans un Clotre. +<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a><a href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">[98]</a> +Lucien nous apprend que Philœterus +qui le premier a eu la Principaut de Pergame +toit Eunuque, & qu'il a vcu +quatre vingt ans. Il y a eu un autre Prince +nomm Hermias qui a t Eunuque; Il +ne pouvoit jamais souffrit que personne +parlt en sa prsence de couteau, ni de +section, parce qu'il s'imaginoit qu' cause +qu'il toit Eunuque, ces mots lui toient +adressez. +<a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a><a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">[99]</a> +Si l'extrait d'une lettre crite de Batavia +dans les Indes occidentales le 27, +Novembre 1684. contenu dans une lettre +de Mr. de Fontenelles, re Rotterdam<a name="page_065" id="page_065"></a> +par Monsieur Bnage, fait le recit +d'une avanture vritable, comme on peut +le croire, puisque l'illustre Mr. Bayle qui +l'a rapport ne la donne point pour fabuleuse, +& qu'il la certifie en quelque sorte, +bien loin de la rendre suspecte; Mre Reine +de l'Isle de Borneo, veut que tous ses +Ministres soient Eunuques; Enegu, Princesse +qui lui dispute le Trne, ne veut +point d'Eunuques dans sa Cour. Comme +nous ne savons pas quel succs, ont eu +les contestations & la guerre que ces deux +Princesses ont eus entr'elles, ni par consquent +laquelle des deux jout prsentement +de l'Empire, on ne sait pas si les +Ministres de la Reine de l'Isle de Borneo +sont Eunuques, ou s'ils ne le sont point. +On peut dire seulement que Mre agit +comme Plautiames qui du tems des Antonins +fit chtrer tous ceux qui devoient +servir Maison de Plautilla sa fille que +Caracalla avoit pouse, sans pargner les +hommes non plus que les jeunes garons, +comme nous le voyons dans les recueils de +Constantin Porphyrogente sur Dion.</p> + +<p>Pour peu de connoissance qu'on ait de +l'histoire de la Cour Ottomane, on n'ignore +pas que les Eunuques y parviennent +aux premires dignitez de l'Etat, & qu'il +n'y a qu'eux, proprement parler, qui +les possdent. Les deux plus illustres Bascha +qui ayent eu de la rputation pendant +les guerres si clbres dans l'histoire, toient +Eunuques;<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a><a href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">[100]</a>l'un a t Halis, &<a name="page_066" id="page_066"></a> +l'autre Sinar. Mr. de Thou rapporte un +bon mot dit par le premier, il se moqua, +dit-il, du Courier qui lui annonoit comme +une fort mauvaise nouvelle, la prise de +la Ville de Strigonie par les Chrtiens l'an +1556, lui disant qu'il avoit bien fait une +autre perte lors qu'on lui avoit enlev la +plus importante pice qu'il eut. Et Paul +Jove nous apprend que ce fut une truye qui +Chtra Sinar en lui arrachant & devorant +le membre viril, comme il dormoit l'ombre, +ds sa plus tendre jeunesse.</p> + +<p>Tout ce que je viens de dire ne concerne +le rang que les Eunuques ont tenu +dans la socit civile que par rapport aux +Princes & aux Souverains; il est bon de +voir aussi quelle ide les Peuples en ont +eu & quel cas ils en ont fait.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_IX-a" id="CHAPITRE_IX-a"></a>CHAPITRE IX.</h3> + +<p class="headg"><i>Quelle ide les Peuples ont eu +des Eunuques, & quel +cas ils en ont fait.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">L</span>Es Eunuques ayans abus de la faveur +des Princes, comme on l'a v dans le +chapitre prcdent, & s'tans rendus les +Tyrans impitoyables de leurs sujets, il ne +faut pas douter que ces sujets ne les ayent +eus en horreur, & qu'ils ne les ayent<a name="page_067" id="page_067"></a> +craint beaucoup plus qu'ils ne les ont aimez.</p> + +<p>Mais il ne s'agit point ici de savoir ce +que les Peuples ont pens de leur servitude +& de leur oppression, & du crdit de ces +Eunuques qui les tyrannisoient; Il n'est ici +question que d'xaminer quelle opinion les +Peuples avoient d'un Eunuque entant +qu'Eunuque, & non point d'un Eunuque +entant que Tyran; & quelle ide ils s'en +faisoient.</p> + +<p>L'histoire nous apprend non seulement +qu'ils les mprisoient souverainement, mais +mme qu'ils avoient de la rpugnance +les voir. +<a name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a><a href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">[101]</a> +Les Eunuques ne sont que des troncs +desschez, selon l'expression d'Esae, de +ces arbres secs qui le sont jusqu' la racine, +& qui comme parle Ose, ne porteront +plus de fruits; de ces arbres qu'il faut couper, +c'est dire dtruire, & en abolir +la mmoire: car pourquoi faut-il encore +qu'ils occupent la terre? Il n'y a personne +qui ne voult donner le premier coup pour +les renverser ou pour les arracher; ce sont +des Cratures imparfaites, en un mot des +monstres auxquels la nature n'avoit rien +pargn, mais que l'avarice, la luxure, +le luxe, ou la malignit des hommes ont +dfigures.</p> + +<p>S'ils ont t quelquefois dans la prosprit +& dans l'lvation, les Peuples ont +regard ces avantages comme des productions<a name="page_068" id="page_068"></a> +errones de l'esprit gt & du cœur +corrompu des Princes qui les ont levez & +chris; Ils s'en sont mme moquez entr'eux, +& lors qu'ils ont os le faire en public, ils +ont fait clater leur haine & leur mpris +& pour les Eunuques & pour le choix qu'on +en faisoit.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Omnia cesserunt Eunucho Consule monstra</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Heu terr coelique pudor. Trabeata per urbes</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Ostentatur anus, titulumque effeminat anni.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>—— Quibus unquam scula terris</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Eunuchi, videre forum.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>—— Numquam spado consul in orbe</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Nec Judex, Ductorve fuit. Quodcunque virorum</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Est decus, Eunuchi scelus est.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>—— A fronte recedant</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Imperii, tenero tractari pectore nescit</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Publica Maiestas, nunquam vel in quore puppim</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Vidimus Eunuchi clavo parere Magistri.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Nos ade sperni faciles? orbisque carina</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Vilior?</i><a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a><a href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">[102]</a><br /></span> +</div></div> + +<p>Tout le monde sait que Caligula fit +son Cheval Consul, & qu'il voulut qu'on +lui rendit tous les honneurs qui sont ds +cette dignit. Il prit envie de mme +Arcadius de faire Flaac Eutrope qui +toit le Matre de sa garderobe & l'un de +ses Eunuques, de le faire, dis-je, Consul, +& 'a t le premier, ou pltt le seul de<a name="page_069" id="page_069"></a> +cette qualit qui ait t pourv de cet Emploi; +aussi voit-on dans Claudien comment +on s'irrita alors de cette conduite. Ce Pote +fit une Satyre piquante contre cet Eutrope +aprs qu'il fut dsign Consul de Rome, +& il le rprsente comme une vieille qu'on +avoit revtu des honneurs du Consulat. +<a name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a><a href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">[103]</a> +Ceux qui ont quelque teinture de l'Histoire +Ecclsiastique savent comment Jean +Evque de Constantinople a dclam +contre cet Eutrope, & combien il a contribu + sa perte*. Il eut une fin digne de +lui & des actions inhumaines qu'il avoit +commises. Cet Eunuque ayant dessein de +chatier quelques personnes qui s'toient +rfugies dans les Eglises, il fit ensorte que +l'Empereur publia une Loi par laquelle il +toit deffendu de s'y rfugier, & permis +d'en tirer ceux qui s'y rfugieroient. Quelle +injustice de violer ainsi le droit des Aziles! +Mais il en fut puni bien-tt aprs; car + peine la Loi fut-elle publie qu'il encourut +les mauvaises graces de l'Empereur, & +qu'il fut oblig de rechercher le mme azile +que les autres. Comme il toit cach sous +l'Autel & qu'il y trembloit de peur, Jean +monta au pupitre d'o il avoit accotum +de prcher pour tre plus aisment entendu, +& fit une invective contre lui. L'Histoire +ajote que l'Empereur lui fit couper la tte, +qu'il fit ter son nom d'entre les noms des +Consuls, & qu'il fit effacer des Registres la +loi qu'il avoit fait publier. Le chagrin +qu'eurent les honntes gens de le voir dans<a name="page_070" id="page_070"></a> +ce poste fut cause de sa ruine. En effet, +Gainas Goth, Gnral de l'Empereur, se +rvolta de dpit de voir cet Eunuque dans +l'clat de cette haute dignit, & ne voulut +jamais se remettre dans son devoir qu'on ne +lui apportt la tte d'Eutrope. On comparot +Eutrope Gorgon, parce qu'il faisoit +ses tours si adroitement que peu de gens +s'appercevoient de ses ruses; on le regardoit +comme une de ces pestes qui rgnoient +alors dans les Cours des Princes. Il vendoit +les Charges de la Magistrature & les +Jugemens; Il disposoit du Gouvernement +des Provinces en faveur de qui il vouloit;<a name="FNanchor_104_104" id="FNanchor_104_104"></a><a href="#Footnote_104_104" class="fnanchor">[104]</a> +& non content d'avoir t fait Consul, il +tchoit de se rendre Matre de l'Empire. +Il toit insolent mme envers son Prince, +& il tomba dans sa disgrace pour avoir manqu +de respect envers l'Impratrice.</p> + +<p>Les Peuples n'avoient pas du mpris seulement +pour ces sortes de gens, ils avoient +aussi de l'aversion pour eux; & si leur nom +a pass pour un ttre de Dignit, il a t +aussi une injure, & on ne pouvoit en faire +une plus sensible un honnte homme que +de l'appeller <i>Eunuque</i>.<a name="FNanchor_105_105" id="FNanchor_105_105"></a><a href="#Footnote_105_105" class="fnanchor">[105]</a>Les Eunuques ont +t de si mauvais augure, mme parmi les +Payens, que Lucien assure en plus d'un +lieu qu'ils faisoient par leur rencontre, rebrousser +chemin beaucoup de personnes, +qui aimoient mieux rentrer chez elles que +de passer outre.<a name="FNanchor_106_106" id="FNanchor_106_106"></a><a href="#Footnote_106_106" class="fnanchor">[106]</a>Cela se rapporte assez ce +que dit Pline de l'aversion que les animaux-mmes<a name="page_071" id="page_071"></a> +ont pour ceux de leur espce qu'on +a mutilez. Il remarque que si on chtre un +rat, il fait fuir tous les autres qui aiment +mieux abandonner leur sjour ordinaire que +de le souffrir parmi eux. Ce n'toit pas +pourtant pour cette raison que Diocles vouloit +exclurre Bagoas de la chaire de Philosophie. +Lucien en allgue d'autres tout +fait diffrentes, plus graves & plus vraisemblables.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_X-a" id="CHAPITRE_X-a"></a>CHAPITRE X.</h3> + +<p class="headg"><i>De quelle manire les Loix civiles +ont considr les Eunuques, +& quels droits elles +leur ont attribu.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">L</span>'Empereur Domitien deffendit au commencement +de son Rgne toutes sortes +de personnes, tant dans l'Empire Romain, +que dans ses limites, d'avoir la hardiesse +d'entreprendre de chtrer les petits +enfans;</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i><a name="FNanchor_107_107" id="FNanchor_107_107"></a><a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>Lusus erat sacr connubia fallere td</i><br /></span> +<span class="i2"><i>Lusus & immeritos ex ecuisse mares.</i><br /></span> +<span class="i0"><i><a name="FNanchor_107a_107a" id="FNanchor_107a_107a"></a><a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>Utraque tu prohibes, Csar populisque futuris</i><br /></span> +<span class="i2"><i>Succurris, nasci quos sine fraude jubes.</i><a name="page_072" id="page_072"></a><br /></span> +<span class="i0"><i>Nec spado jam, nec mœchus erit te prside quisquam</i><br /></span> +<span class="i2"><i>At prius mores! & spado mœchus erat.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Cette Ordonnance passa pour un avantage +trs grand, & pour une action digne +d'un Prince sage & gnreux;<a name="FNanchor_108_108" id="FNanchor_108_108"></a><a href="#Footnote_108_108" class="fnanchor">[108]</a>Martial +l'en flicite par cette belle Epigramme,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Tibi summe Rheni Domitor & parens orbis</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Pudice Princeps, gratias agunt urbes;</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Populos habebunt, parere jam scelus non est.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Non puer avari sectus arte Mangonis,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Virilitatis damna mœret erept.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Cependant il est certain que son motif ne +fut nullement louable, car il ne fit cette +deffense, comme le remarque Xiphilin +dans sa Vie, & Dion Cassius, qu'en haine +de Tite son frre qui aimoit les Eunuques.<a name="FNanchor_109_109" id="FNanchor_109_109"></a><a href="#Footnote_109_109" class="fnanchor">[109]</a> +Suetone ne rapporte pas cette particularit, +mais elle n'en est pas moins certaine. +Cette Loi & cette Ordonnance, n'est pas +mise dans le Code au ttre des Eunuques, +sous le nom de Domitien, ni sous celui de +Nerva, qui fit depuis la mme deffense, +mais sous les noms de Constantin & de +Leon<a name="FNanchor_110_110" id="FNanchor_110_110"></a><a href="#Footnote_110_110" class="fnanchor">[110]</a>; cependant, Suetone ne permet pas +de douter qu'elle ne soit de lui. L'illustre +& le clbre Monsieur de Leibnitz qui +j'ai propos cette difficult par manire de +conversation, m'a donn cet claircissement, +que la Loi dont il s'agit ici toit<a name="page_073" id="page_073"></a> +mise sous les noms de ces deux derniers +Empereurs, parce qu'ils l'ont renouvelle, +& qu'on ne savoit alors que par le moyen +de l'Histoire, que Domitien & Nerva en +fussent les premiers Auteurs, peu prs +comme il en est de ces Loix somptuaires, des +Ordonnances contre les Duels, & de divers +Rglemens de cette nature qui passent +pour tre les Ouvrages des Princes modernes +qui les publient, quoi qu'on sache par +le moyen de l'Histoire, que d'autres Princes +les ont donnez leurs Peuples plusieurs +sicles auparavant.</p> + +<p>L'Empereur Adrien enchrit sur cette +belle constitution, par un meilleur motif, +& deffendit non seulement qu'on fit Eunuques +par force ceux qui ne le souhaitoient +pas, mais il deffendit mme de faire Eunuques +ceux qui le souhaitoient. Il y a trois +Loix conscutives sur ce sujet dans le ttre, +<i>ad legem corneliam de sicariis & veneficis</i>.<a name="FNanchor_111_111" id="FNanchor_111_111"></a><a href="#Footnote_111_111" class="fnanchor">[111]</a> Voici +les termes de la premire. <i>Constitutum +quidem est ne spadones fierent, eos autem qui +hoc crimine arguerentur corneli legis pœna teneri, +eorumque bona merit fisco meo vindicari debere; +sed & in servos qui spadones fecerint ultimo +supplicio animadvertendum esse. Et qui hoc +crimine tenentur, si non adjuerint, de absentibus +quoque tanqum lege Cornelia teneantur, +pronuntiandum esse. Plan si ipsi qui hanc injuriam +passi sunt, proclamaverint, audire eos Prses +Provinci debet, qui virilitatem amiserunt; +Nemo enim liberum servumve invitum, sinentemve +castrare debet; Neque quis se sponte castrandum<a name="page_074" id="page_074"></a> +prbere debet. Ac si quis adversus +Edictum meum fecerit Medico quidem qui exciderit +capitale erit, item ipsi qui se sponte excidendum +prbuit.</i> Voici les termes de la seconde +de ces Loix, <i>Hi quoque qui Thlibias faciunt, +ex constitutione D. Hadriani ad Ninium hastam, +in eadem causa sunt qua hi qui castrant</i>. Et voici +enfin les termes de la troisime, <i>Is qui +servum castrandum tradiderit pro parte dimidia +bonorum mulctatur ex Senatus consulto quod Neratio +Prisco & Annio Vero Consulibus factum +est</i>. Tout cela montre que l'Eunuchisation +toit regarde comme une chose honteuse, +odieuse, & prjudiciable la socit aussi +bien qu' la personne sur laquelle elle toit +pratique.<a name="FNanchor_112_112" id="FNanchor_112_112"></a><a href="#Footnote_112_112" class="fnanchor">[112]</a><i>Qui hominem, libidinis vel promercii +causa castraverit, Senatus Consulto pœna +legis Corneli punitur.<a name="FNanchor_113_113" id="FNanchor_113_113"></a><a href="#Footnote_113_113" class="fnanchor">[113]</a> Et si puerum quis castraverit +& pretiosiorem fecerit Vivianus scribit +cessare Aquiliam, sed injuriarum erit agendum, +aut ex Edicto dilium, aut in quadruplum.</i> +Ce mot <i>pretiosior</i> est obscur, comment un +homme mutil, dgrad, pour le dire ainsi, +de sa qualit d'homme, pouvait-il tre +devenu plus prtieux? Voici le sens de ce +mot, c'est que comme les Eunuques toient +aimez & carressez par les Princes, qu'ils +toient levez aux premires Dignitez de +leur Etat, leur condition en toit devenu +par l, au moins cet gard, beaucoup +plus considrable, c'est ce qui parot par la +Loi 4. au Code <i>de prpositis sacri cubiculi</i>. +Mais l'Empereur Justinien qui est venu depuis +& qui a bien considr les maux qui<a name="page_075" id="page_075"></a> +naissoient de cette cotume, soit aux +particuliers, soit au public, a rtr les +mmes deffenses, dans son Code<a name="FNanchor_114_114" id="FNanchor_114_114"></a><a href="#Footnote_114_114" class="fnanchor">[114]</a> o il dcide +que, <i>tanquam homicida punitur ille qui +castrat aliquem</i>, & dans deux chapitres de +ses Nouvelles<a name="FNanchor_115_115" id="FNanchor_115_115"></a><a href="#Footnote_115_115" class="fnanchor">[115]</a>, la tte desquelles il a mis +une belle Prface qui en contient les motifs; +Il traite cette action d'impie, de lche, +de honteuse, de deshonnte, & de +criminelle, & il dit qu'on a commis cette +espce de crime sur une grande multitude +de gens, que peu en ont chapp sains & +saufs, qu' peine en a-t-on p sauver trois +de quatrevingt & dix qui sont venus sa +connoissance; Il considre ces Eunuchisations +comme des meurtres, comme des actions +contraires l'intention de Dieu, & +de la nature, & l'intention de ses propres +Loix. Il est deffendu sous de grives peines +dans ce titre du Code dont je viens de parler, +de vendre ou d'acheter les Romains +qui ont t faits Eunuques, soit dans l'Empire +Romain, ou dans les Pas trangers. +Il y est aussi deffendu, sous peine de la vie, +de faire des Eunuques dans l'Empire Romain: +celui qui auroit donn son esclave +pour en faire un Eunuque en toit pour la +confiscation de la moiti de ses biens.<a name="FNanchor_116_116" id="FNanchor_116_116"></a><a href="#Footnote_116_116" class="fnanchor">[116]</a> +L'Empereur Leon s'est encore dclar +depuis en termes bien plus forts. <i>Virtutis</i>, +dit-il, <i>ad procreandum Deo natur indit +exectio non minore cum audacia identidem committitur +qum si apud Deum nulli pœn obnoxia<a name="page_076" id="page_076"></a> +esset, cm tamen vel maxime sit; Et quanquam +veteribus Legislatoribus cur fuerit, ut id malum +ultrice lege excideretur, quo respublica ab istiusmodi +invento munda esset; haud scio tamen, +cum si qui alii, huic certe prscripto obtemperari +atque natur mutilatione abstineri quum +sit, quamobrem non ita faciant homines, sed +tanquam utilitatem quamdam istiusmodi adversus +Generandi vim, insidias reputantes, membra +qu homini nascendi causam suppeditant, +lancinent, & creaturam aliam quam qualis, +conditoris sapienti placuerit in mundum introducere +contendant. Hoc igitur cm inultum relinquendum +non putemus, lege in id pœnam constituentes, +quibus ade divinam creaturam deformare +religio non est, eorum audaciam, auxiliante +Deo reprimere conemur.</i> Il appelle +ceux qui font des Eunuques, <i>Natur insidiatores, +detestand hujus artis artifices</i>; il +les condamne & il finit cette excellente constitution +par ces belles paroles, <i>si in albo Imperatorii +famulatus sit, artifex detestand hujus +artis primm albo eximatur</i>. Un homme +qui faisoit un Eunuque toit considr comme +un Notaire ou un Tabellion qui faisoit +un acte faux; le lieu o l'action avoit t +commise toit considr comme un lieu o +on avoit commis un crime de leze Majest. +Mornac qui a fait un excellent Commentaire +sur le ttre du Code qui traite <i>de Eunuchis</i>, +dit avoir v dans un Historien de +France, qu'un soldat fut puni pour avoir +t un Moine ce qu'il croyoit lui tre inutile, +<i>chose inoue</i>, dit cet Historien, <i>quod +inaudita apud nos fuerat</i>. Messire Claude de<a name="page_077" id="page_077"></a> +Ferriere qui a fait aussi une espce de Commentaire +sur le mme ttre, rapporte la +mme Histoire; mais il y ajote ses rflxions, +& quoi que bon Catholique il +dit, qu'<i>il y a des gens qui disent, qu'il seroit +souhaiter que</i> solos Eunuchos haberet Ecclesia +Ministros, <i>pour empcher les desordres que nous +ne voyons qui trop souvent, sans ceux qui nous sont +inconnus</i>. <i>Il est vrai</i>, ajote-il, <i>qu'il y en a +plusieurs qui pourroient y avoir intrt</i>; <i>cependant, +je crois qu'il vaut mieux laisser les choses +comme elles sont, & ne pas faire du mal ceux +qui ne veulent que le bien de leurs prochains</i>. Quoi +qu'il en soit, il parot que les Loix ont regard +l'action de faire des Eunuques comme +abominable, & l'Eunuque lui-mme +comme un monstre, aussi ne leur ont-elles +jamais accord les droits & les privilges +qu'elles accordent aux autres hommes.<a name="FNanchor_117_117" id="FNanchor_117_117"></a><a href="#Footnote_117_117" class="fnanchor">[117]</a> +Par xemple il ne leur a point t permis +de tester. J'avou que l'Empereur Constance +qui leur en avoit accord la facult +parce qu'il faisoit tout ce qu'ils vouloient, +a donn une Loi qui porte que, <i>Eunuchis liceat +facere Testamentum, componere postremas +exemplo omnium volontates, conscribere codicillos, +salv testamentorum observanti</i>; Mais +tous les Jurisconsultes estiment que cette +libert ne concerne que les Eunuques qui +toient prs de sa Personne, ou prs de +celle de l'Impratrice. Il est certain que +dans quelque degr de faveur que les Eunuques +fussent, ils n'ont jamais t considrez +que comme des Esclaves. Ils ont tojours<a name="page_078" id="page_078"></a> +t le jouet des Princes, qui ont mme +abus quelquefois de leur servitude; on +peut dire qu'il a t d'eux cet gard, comme +de ces Genuches qui sont carresses dans +les cabinets des Grands & vtus de toile +d'or. Or il est certain que ce n'a t qu' +ces Eunuques privilgiez qu'il a t permis +de faire Testament. L'Empereur Leon en +rend la raison dans sa Nouvelle trente-huitime, +mais bien plus particulirement +dans la Loi <i>Jubemus</i>, qui est la quatrime +au Code <i>de prpositis facii Cubiculi, & de omnibus +cubiculariis & privilegiis eorum</i>. Le ttre +seul, pour le dire en passant, fait voir +qu'il s'y agit des Eunuques, mais il le dit +expressment comme on va le voir; <i>Nam +cm hoc privilegium</i>, dit-il, <i>videatur principalis +esse proprium Majestatis ut non famulorum +sicut privat conditionis homines sed liberorum +honestis utatur obsequiis, periniquum est eos duntaxat +pati fortun deterioris incommoda</i>; <i>sed +testamenta quidem ad similitudinem aliorum qui +ingenuitatis insulis decorantur pro su liceat eis +condere voluntate</i>. Il y ajote nanmoins +une rflxion qui les distingue des hommes +libres;<a name="FNanchor_118_118" id="FNanchor_118_118"></a><a href="#Footnote_118_118" class="fnanchor">[118]</a><i>Intestatorum ver nemo dubites facultates, +ut pote sine legitimis sucessoribus defunctorum +fisci juribus vindicari</i>; Et ce qui fait +voir clairement qu'il s'agit du droit des Eunuques, +c'est qu'il dit dans cette mme Loi +que, <i>hc omnia tunc diligenti observatione volumus +custodiri cm sponte suaque voluntate quis +dederit Eunuchum sacri Cubiculi Ministeriis adhsurum<a name="page_079" id="page_079"></a></i>. +Voila donc les Eunuques mis +sur le pied des Esclaves; on en excepte les +Gardes du Prince, mais cette exception ne +fait que confirmer la rgle, <i>Exceptio in non +exceptis firmat regulam</i>. En gnral donc il +est certain qu'ils ne peuvent instituer des +hritiers, ni tre eux-mmes hritiers instituez. +Ds qu'ils sont morts leurs biens +sont vacans & dvolus au Fisc. Ils sont +mme considrez comme gens infames, +indignes des Privilges accordez par les +Loix, tmoin cette belle dclaration du +Jurisconsulte Paulus,<a name="FNanchor_119_119" id="FNanchor_119_119"></a><a href="#Footnote_119_119" class="fnanchor">[119]</a><i>Quamvis nulla persona +excipiatur, tamen intelligendum est de his legem +sentire qui liberos tolere possunt</i>; <i>Itaque si Castratum +libertum Jurejurando quis adegerit, +dicendum est non puniri patronum hc lege</i>. Ils +ne peuvent point adopter, la Loi est prcise +contr'eux sur ce sujet,<a name="FNanchor_120_120" id="FNanchor_120_120"></a><a href="#Footnote_120_120" class="fnanchor">[120]</a><i>sed & illud utriusque +adoptionis commune est, quod & ii, qui +generare non possunt, (quales sunt spadones) +adoptare possunt, Castrati autem non possunt</i>. J'avou +que l'Empereur Leon les a, pour ainsi +dire, rhabilitez par la Nouvelle vingt-sixime, +dans laquelle il les autorise adopter; +la raison qu'il en rend est assez plausible, +<i>quemadmodum</i>, dit-il, <i>cui vocis usus +ademptus est, qu lingu munia sunt per manum +ad implere, & qui sermonem labiis fondere +nequit per scripturam ad ordinandas res suas +procedere, non prohibetur. Ita neque qui quod +genitalibus privati sunt liberos non habent, horum +indigentiam alio modo compensare vetandum<a name="page_080" id="page_080"></a> +est</i>; cependant on peut dire qu'elle n'est point +juste, car c'est un principe de Droit aussi +bien que de Philosophie & de bon sens, +que, <i>adoptio naturam Imitatur</i>, de l vient +que <i>pro monstro est ut major sit filius qum pater</i>;<a name="FNanchor_121_121" id="FNanchor_121_121"></a><a href="#Footnote_121_121" class="fnanchor">[121]</a> +Et qu'on prescrit l'ge dans lequel on +peut adopter, tojours en sorte que les proportions +d'ge soient gardes. Comment +donc seroit-ce imiter la nature que de permettre + un homme, qui non seulement +n'a jamais p en produire d'autres, mais +qui n'a pas eu la capacit & les choses naturelles +requises pour en produire d'autres, +d'en adopter quelques-uns? Il faut observer +d'ailleurs que l'adoption n'toit permise +originairement qu'aux personnes qui +avoient eu des enfans, & qui les avoient +perdus, pour les consoler de leur mort. On +a tendu depuis cette facult jusqu' ceux +qui n'avoient aucun empchement manifeste +d'avoir des enfans, mais qui par l'vnement +n'en avoient point eu; les femmes +mmes ne pouvoient point adopter, +parce qu'elles sont incapables de l'effet principal +de l'adoption qui est la puissance paternelle, +cependant elles peuvent adopter<a name="FNanchor_122_122" id="FNanchor_122_122"></a><a href="#Footnote_122_122" class="fnanchor">[122]</a> +<i>ex Indulgentia principis, ad solatium liberorum +amissorum</i>. Mais ce seroit abuser de l'adoption +que de l'accorder des gens qui n'ont +point eu, & qui n'ont p avoir des enfans; +ce ne seroit plus imiter la nature, ce seroit +la surpasser, ou plutt ce seroit lui insulter, +& donner des enfans des gens auxquels<a name="page_081" id="page_081"></a> +elle a t le moyen d'en produire.<a name="FNanchor_123_123" id="FNanchor_123_123"></a><a href="#Footnote_123_123" class="fnanchor">[123]</a>Les +Jurisconsultes ont eu tant d'gard ces considrations +qu'ils n'ont pas mme voulu permettre +qu'un de ces Eunuques auxquels il +toit permis de tester institut un posthume +pour son hritier, voici comment en parle +Ulpien dans la Loi <i>sed est qusitum</i> . I. +<i>sed si Castratus sit, Julianus Proculi opinionem +secutus non putat posthumum hreden posse instituere, +quo jure utimur</i>. J'avou que je me +suis tonn que Schneidevin, si savant & +si judicieux ait sotenu, qu'un Eunuque +pouvoit tre tuteur. Il est vrai qu'il semble +qu'il n'entende parler que de ces gens +impuissans qui n'ont qu'une partie de ce +que la nature donne aux autres, & sa comparaison +donne lieu de le croire; Comme +on ne peut point, dit-il<a name="FNanchor_124_124" id="FNanchor_124_124"></a><a href="#Footnote_124_124" class="fnanchor">[124]</a>, refuser une +Tutelle sous prtexte qu'on n'a qu'un œil, +ou qu'on est ce que les Jurisconsultes appellent +<i>Morbosus</i>, un homme qu'il appelle +<i>spado</i> ne peut pas prtendre non plus +d'tre xempt d'une Tutelle dont il doit +tre charg; Et il confirme son opinion +par le . spadonem 2. de la 6. ff. <i>de dilitio +Edicto & redhibitione, & quanti minoris</i>, qui +contient ces termes,<a name="FNanchor_125_125" id="FNanchor_125_125"></a><a href="#Footnote_125_125" class="fnanchor">[125]</a><i>spadonem morbosum +non esse, neque vitiosum Verius mihi videtur, +sed sanum esse, sicuti illum qui unum testiculum +habes, qui etiam generare potest</i>. Ce qui me +persuade qu'il ne s'agit point l d'un Eunuque<a name="page_082" id="page_082"></a> +proprement ainsi nomm, c'est que ce +mme titre distingue entre ce qu'il appelle<a name="FNanchor_126_126" id="FNanchor_126_126"></a><a href="#Footnote_126_126" class="fnanchor">[126]</a> +<i>morbosus & vitiatus</i>, & qu'il distingue ce +qu'il appelle <i>vitium simplex, de vitio corporis +penetrante usque ad animum</i>.<a name="FNanchor_127_127" id="FNanchor_127_127"></a><a href="#Footnote_127_127" class="fnanchor">[127]</a>Il nomme particulirement +ceux <i>qui prter modum, timidi, +cupidi, avarique sunt aut iracundi</i>; Comment +est-ce qu'un homme lche & timide +comme l'est un Eunuque, peut servir d'appui +& de secours un mineur qu'il auroit +sous sa Tutelle, peut-tre que ce pupile +seroit plus hardi, plus entendu & plus vigoureux +que lui.<a name="FNanchor_128_128" id="FNanchor_128_128"></a><a href="#Footnote_128_128" class="fnanchor">[128]</a>Quoi qu'il en soit cela +me parot contraire l'ordre & l'quit, +j'ajote mme l'intention du Droit, car +<i>Tutelam administrare virile munus est</i>, & <i>ultr +sexum fœmine infirmitatis tale officium est</i>. +J'avou que je me suis tonn quelquefois +que les Loix les ayent admis s'enrler,<a name="FNanchor_129_129" id="FNanchor_129_129"></a><a href="#Footnote_129_129" class="fnanchor">[129]</a> +<i>Qui cum uno testiculo natus est, quive amisit, +jure militabit, secundum Divi Trajani rescriptum</i>; +La raison de cette Loi me la rend +d'autant plus surprenante, <i>Nam & Ducis +Sylla</i>, ajote-t-elle, & <i>Cotta memorantur eo +habitu fuisse natur</i>. Est-ce que parce qu'il +y a eu deux grands hommes parmi les Eunuques, +par une exception trs particulire +la rgle, il y a lieu de statuer que tous les +autres sont capables de porter les armes? +Comme le combat conjugal est diffrent de +ceux qui se donnent la guerre, les armes +le sont aussi; Et comme les Eunuques ne<a name="page_083" id="page_083"></a> +les ont point, ils ne peuvent point entrer aussi +dans cette agrable milice; C'est la dcision +de Plaute dans cette ingnieuse allusion,<a name="FNanchor_130_130" id="FNanchor_130_130"></a><a href="#Footnote_130_130" class="fnanchor">[130]</a> +<i>si amandum est, amare oportet testibus +prsentibus</i>. Enfin, les Eunuques ne pouvoient +parotre de leur chef dans aucun acte +solemnel;<a name="FNanchor_131_131" id="FNanchor_131_131"></a><a href="#Footnote_131_131" class="fnanchor">[131]</a><i>ad solemnia adhiberi non potest, +cm juris Civilis communionem non habeat in totum, +ne Prtoris quidem Edicti</i>. Il ne faut +avoir qu'une teinture fort legre du Droit +pour savoir que l'tat des personnes consiste +en trois choses, qui sont, <i>la libert</i>, <i>la +bourgeoisie</i>, & <i>la famille</i>, & que lors que +quelqu'un est dch de l'une de ces trois +choses, il souffre un changement notable +dans son tat; suivant cela qu'est-ce qu'un +Eunuque? Et quelles faveurs les Lois +ont-elles p lui faire? Quintilien nous donne +une ide fort juste de la nature d'un Eunuque +& du droit qui lui convient<a name="FNanchor_132_132" id="FNanchor_132_132"></a><a href="#Footnote_132_132" class="fnanchor">[132]</a>. Pour +moi, dit-il, quand je considre la nature, +il n'est point d'homme qui ne paroisse plus +beau qu'un Eunuque, & je ne crois point +que la Providence puisse se dgoter jamais +assez de ses ouvrages pour souffrir que +la dbilit passe pour une perfection, & +que l'infirmit ait un rang parmi les bonnes +choses. Je ne puis m'imaginer que le +fer puisse rendre beau ce qui seroit un monstre +s'il naissoit en l'tat dans lequel la section l'a +p rduire. Que l'imposture d'un +sxe artificiel donne tant de plaisir que l'on +voudra, les mauvaises mœurs n'auront jamais<a name="page_084" id="page_084"></a> +assez d'Empire sur la raison, pour faire +passer pour bon ce qu'elle a p faire passer +pour beau & pour prcieux..... Qui +parmi les clbres Sculpteurs, ou parmi +les grands Peintres, quand il tche de rpresenter +les corps les plus parfaits, voudroit +en retrancher de telles choses? Et +prendre pour leurs modelles ou un Bagoas, +ou quelque Megabize, pltt qu'un Doriphoron +capable de tous les xercices de la +guerre, & de tous les jeux? Ou que de +jeunes gens belliqueux? Ou de ces athltes +dont le corps a t admir?</p> + +<p>Je me suis assez tendu sur cette matire +je passe une autre; J'ajote seulement ici +par forme d'claircissement, qu'il faut faire +tojours une grande diffrence entre les +Eunuques volontaires qu'on a fait tels de +leur gr & de leur consentement, & entre +ceux qu'on a t contraint de faire tels +pour leur sauver la vie, ou par quelqu'autre +ncessit semblable; les uns ont tojours +t odieux & mprisables, mais les autres +ont t plaindre, & ont t dignes de +support & de secours.<a name="page_085" id="page_085"></a></p> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/ill_pg084.png" width="64" height="61" alt="" title="" /> +</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_XI-a" id="CHAPITRE_XI-a"></a>CHAPITRE XI.</h3> + +<p class="headg"><i>Quel rang les Eunuques volontaires +ont tenu dans la +socit civile; de quelle +manire les Loix les y ont +considerez, & quels droits +elles leur ont attribu.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">S</span>I les Eunuques forcez, c'est dire ceux +qu'on a fait tels dans leur jeunesse, dans +un tems de perscution, ou par l'ordre +d'un Tyran, & ceux qui le sont devenus par +accident, ont tojours t l'objet du mpris +& de la raillerie des hommes. Quelle +indignation n'ont-ils pas d concevoir contre +ces ames lches & basses, qui par des +vs d'intrt & d'ambition, se sont fait +retrancher la partie extrieure de leur corps +la plus noble & la plus utile la socit? +la Loi les condamne au dernier supplice +comme des homicides d'eux-mmes. Et +voici comment l'Empereur Adrien parle +contr'eux,<a name="FNanchor_133_133" id="FNanchor_133_133"></a><a href="#Footnote_133_133" class="fnanchor">[133]</a> <i>Ac si quis adversus Edictum meum +fecerit, Medico quidem, qui exciderit capitale +erit. Item ipsi qui se sponte excidendum prbuit.</i> +On les regardoit autrefois comme<a name="page_086" id="page_086"></a> +des infames du premier ordre, on les bannissoit +de la compagnie des hommes, & +on ne souffroit pas qu'ils fussent instituez +hritiers n'tans en cet tat ni homme, ni +femme. Voici un xemple prcis qui +donnera une juste ide du cas qu'on en a +fait, & des droits qu'on a voulu leur attribuer; +c'est Valre Maxime qui le fournit<a name="FNanchor_134_134" id="FNanchor_134_134"></a><a href="#Footnote_134_134" class="fnanchor">[134]</a>; +Que dirai je, s'crie-t-il, de l'ordonnance +du Consul M. mile Lepide? +n'est elle pas d'une trs grande consquence? +Genutius Prtre de Cybelle +Mre des Dieux, ayant obtenu du prteur +Cn. Oreste, qu'il seroit remis +en la possession des biens que lui avoit laissez +Nevianus, par Testament, Sardinius +dont l'affranchi avoit ainsi favoris +Genutius en appella devant le Consul +Mamercus, sotenant que Genutius s'tant +volontairement priv des parties +qui le faisoient homme, ne devoit point +tre mis au rang ni des hommes, ni des +femmes, ce qui fut cause que la Sentence +du Prteur fut casse. L'Arrt est digne +de Mamercus & d'un Prince du Senat, +car il empcha que les siges de nos +Juges ne fussent souillez de la v d'une +si indigne personne que Genutius, & que +sous prtexte de demander justice, sa +voix effmine & lascive n'y fut entendu. +Ceci suffit sur cet article, parce +qu'au reste on peut leur appliquer ce que +j'ai dit dans les chapitres prcdens. Je +dirai seulement, qu'il faut encore distinguer<a name="page_087" id="page_087"></a> +les Eunuques volontaires entr'eux; +Qu'un Combabus & d'autres semblables, +sont exceptez de cette haine & de cette +condamnation publique si justement ds +aux autres, ce n'est pas qu'ils soient tout + fait excusables, mais on peut dire qu'ils +le sont en quelque sorte, parce que de deux +maux ils croyent viter le pire. Ils imitent +ce Marchand dont parle Juvnal, ou pltt +le Castor,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">——— Imitatus Castora a qui se<a name="FNanchor_135_135" id="FNanchor_135_135"></a><a href="#Footnote_135_135" class="fnanchor">[135]</a><br /></span> +<span class="i0">Eunuchum ipse facit, cupiens evadere damno<br /></span> +<span class="i0">Testiculorum.<br /></span> +</div></div> + +<p>Ce Pote toit apparemment du sentiment +des vieux naturalistes qui ont cr & qui +croyent encore que le Castor coupe ses parties +viriles afin de se dlivrer des mains des +chasseurs, parce qu'il croit qu'on ne le +poursuit que pour les avoir; Mr. le Baron +de la Hontan nous a bien dtrompez de cette +vieille erreur, voici ce qu'il dit sur ce +sujet.</p> + +<p><a name="FNanchor_136_136" id="FNanchor_136_136"></a><a href="#Footnote_136_136" class="fnanchor">[136]</a>Au reste, n'en dplaise aux dcouvreurs +de la nature, aux chercheurs de +merveilles & de secrets sur les terres de +cette Divine ouvrire, il n'est point vrai +que les Castors se mutilent & se fassent +Eunuques pour chapper la trop pressante +poursuite des Chasseurs; Non, ces<a name="page_088" id="page_088"></a> +mles estiment plus leur sxe, & font +plus de cas que cela de la propagation de +leur rare espce. Je ne puis mme concevoir +sur quel fondement on a bti une +si grande chimre. Premirement, la +matire qu'il a pl la secte d'Hypocrate +de nommer <i>Castoreum</i> n'est pas renferme +dans ces prcieuses & multipliantes +parties; Elle est dans un rceptacle, +un vhicule, ou une manire de poche +qui est singulire la machine organique +de ces animaux, & que la nature semble +n'avoir forme que pour eux; l'usage que +le Castor fait de cette matire, c'est de +s'en nettoyer & dgager les dents lors +qu'elles sont pleines de la gomme de +quelque arbrisseau dans lequel il aura mordu. +Mais quand j'accorderois que le <i>Castoreum</i> +est dans les testicules, comment +cet animal pourroit-il les couper sans se +dchirer tous les nerfs des anes auxquels +ils sont attachez prs de <i>l'os pubis</i> (trouvez-moi +Officier <i>Huron</i> qui parle plus pertinemment +d'Anatomie,) mais en me +mettant sur mes louanges j'ai perdu la +consquence que je voulois tirer de ce dchirement +de nerfs; N'importe, je ne +dmorderai pas pour cela de mon scientifique +raisonnement. C'toit bien +Elian, & d'autres rveurs de Naturalitez +comme lui, de nous venir parler de +la Chasse des Castors? Avoient-ils puis +cette connoissance dans les mditations +du cabinet? S'ils avoient eu la gloire de +vivre comme moi parmi ces Amphibies,<a name="page_089" id="page_089"></a> +ils auroient s qu'un Castor ne s'embarasse +point du tout d'un Chasseur; vous +saurez d'abord que cet animal a la prcaution +de ne point s'loigner du bord de l'tang +o sa cabane est construite; De plus, +il a tojours l'oreille au guet, & sitt que +par le moindre bruit, il souponne qu'on +lui en veut, il plonge, & nage entre deux +eaux jusqu' ce que n'y ayant plus de danger, +il puisse rentrer srement chez soi. +Si cette raison ne vous semble pas de poids +pour les Castors terriens, je vous renvoye + <i>l'os pubis</i>. Autre argument premptoire. +Si le Castor, pour arrter la poursuite +de l'ennemi, faisoit la sanglante opration +qu'on lui attribu, la nature lui +auroit donn en cela un instinct fort imparfait; +car quand cet Animal n'auroit +plus son <i>Castoreum</i> on ne lui feroit pas la +chasse avec moins d'ardeur; Le <i>Castoreum</i> +est le butin le moins important, ou pltt +ce n'est rien en comparaison de la +peau; Celle-ci est la proye dominante & +la matresse pice de la bte; Ainsi ce pauvre +Castor, pour se sauver de l'avarice du +Chasseur, devroit tout au moins s'corcher +tout vif, & lui jetter sa peau; encore +ne sai-je aprs cela si cette barbare +& insatiable figure nomme <i>homme</i> ne +voudroit pas la chair & les os de cet innocent +animal.....<a name="FNanchor_137_137" id="FNanchor_137_137"></a><a href="#Footnote_137_137" class="fnanchor">[137]</a>Sa fourure est bizare, +& bien diffrente d'elle-mme; Elle est +forme de deux sortes de poils opposez. +L'un est long, noirtre, luisant, & gros<a name="page_090" id="page_090"></a> +comme du crin; l'autre dli, uni, long +de quinze lignes pendant l'hyver, en un +mot, le plus fin duvet qui soit au monde; +Il n'est pas ncessaire de vous avertir que +c'est cette seconde espce de poil que l'on +cherche avec tant d'empressement, & que +ces animaux mneroient une vie plus sre +& plus tranquille s'ils n'toient vtus +que de crin. Il fait une histoire & une +description fort curieuses du Castor; outre +que cet illustre Voyageur est un homme +savant, de bon sens & de bon got, +trs capable de penser, de raisonner, & +de juger juste sur un sujet tel que celui +ci qui ne demande que la v & du discernement; +J'ai remarqu en lisant Pline<a name="FNanchor_138_138" id="FNanchor_138_138"></a><a href="#Footnote_138_138" class="fnanchor">[138]</a>, +qu'un vieux Mdecin de son tems +qu'il nomme Sextius, <i>diligentissimus Medicin +veteris autor</i>, toit peu prs du mme +sentiment que Mr. le Baron de la Hontan; +Comme j'ai eu l'honneur de voir ce +Baron curieux, qui le Public a l'obligation +d'avoir aquis plusieurs connoissances +rares, & de l'entretenir, c'est avec +connoissance de cause que je parle de lui +avec tant d'loges;<a name="FNanchor_139_139" id="FNanchor_139_139"></a><a href="#Footnote_139_139" class="fnanchor">[139]</a>J'ai beaucoup de +respect pour les doctes Auteurs des Journaux +de Trevoux, & beaucoup de reconnoissance +du fruit que je tire de leurs veilles +& de leurs travaux, mais ils me pardonneront, +s'il leur plat, si je n'entre +point dans les sentimens qu'ils ont si peu<a name="page_091" id="page_091"></a> +favorables ce Voyageur digne, mon +avis, d'une meilleure rputation que celle +qu'ils tchent de lui tablir dans le monde.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_XII-a" id="CHAPITRE_XII-a"></a>CHAPITRE XII.</h3> + +<p class="headg"><i>Quel rang les Eunuques volontaires +& forcez, ont +tenu dans la Socit Ecclsiastique; +de quelle manire +l'Eglise & ses Canons +les ont considrez, & quels +droits ils leur ont attribuez.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">D</span>Ieu a eu de tout tems en abomination +toutes fortes d'animaux mutilez.<a name="FNanchor_140_140" id="FNanchor_140_140"></a><a href="#Footnote_140_140" class="fnanchor">[140]</a> +<i>Vous n'offrirez point au Seigneur</i>, dit-il, +<i>tout animal qui aura ce qui a t destin la +conservation de son espce, ou rompu, ou foul, +ou coup, ou arrach, & gardez-vous absolument +de faire cela dans vtre Pas</i>. Cette +deffense est gnrale, mais il en a fait une +qui concerne l'homme en particulier,<a name="FNanchor_141_141" id="FNanchor_141_141"></a><a href="#Footnote_141_141" class="fnanchor">[141]</a> +<i>L'Eunuque</i>, dit-il, <i>dans lequel ce que Dieu +a destin la conservation de l'espce, aura +t ou retranch, ou bless d'une blessure incurable, +n'entrera point en l'Eglise du Seigneur</i>.<a name="page_092" id="page_092"></a></p> + +<p>Quelques Interprtes de l'Ecriture Sainte +croyent, que par le mot <i>Eglise</i> qui est +employ dans ce dernier passage, il faut +entendre l'Assemble du Peuple Juif, & +que Dieu deffend ici, que ceux que<a name="FNanchor_142_142" id="FNanchor_142_142"></a><a href="#Footnote_142_142" class="fnanchor">[142]</a><i>les +hommes avoient faits Eunuques</i>, comme parle +Jsus Christ, fussent admis dans les Assembles +& dans les Charges publiques. +Je ne rapporterai point ici les divers sens +spirituels que Thodoret, Clment Alxandrin, +& divers autres Pres de l'Eglise, +ont donn ce passage; on y verroit +pourtant qu'une certaine sorte de strilit, +& l'impuissance, sont des choses +indignes, & qui loignent de Dieu; mais +ces explications m'loigneroient trop de +mon sujet. Je dirai donc seulement, que +par ce mot <i>Eglise</i>, dont les Eunuques sont +excls, il faut entendre, non seulement +l'Assemble des Juifs & leur Magistrature, +mais mme tous leurs Privilges; +L'Eunuque ne peut jour d'aucun de leurs +avantages, il ne peut jamais tre cens +faire partie du Peuple Saint, ni tre Isralite, +ni fils d'Abraham; ni jour des Privilges +de la Nation Sainte, comme d'esprer +qu'on lui prtera de l'argent intrt, +qu'il aura part au bnfice du Jubil, +c'est dire qu'il joura des Privilges de +l'anne septime de rmission; Les Eunuques +sont bannis en un mot de la Socit +politique des Juifs, <i>ut non habeantur +Cives, nec habeant jus civicum apud Judos</i>. +C'est en ce sens que ce mot Eglise est pris<a name="page_093" id="page_093"></a> +au ℣. 4. du chapitre 20. des Nombres; +& au ℣. 2. du chapitre 20. du Livre de +Judith. Voila une terrible maldiction, +la Loi de Dieu est bien plus svre contre +les Eunuques, que les Loix Politiques +& Civiles que j'ai rapportes. Il +semble presque que cette Jurisprudence +ait chang sous la Nouvelle Alliance; En +effet, bien loin d'loigner les Eunuques +de l'Eglise, si on en croyoit Origne, +ou les Valsiens, il faudroit tre Eunuque +pour aqurir le Ciel; mais j'ai fait +voir dans un des chapitres prcdens, que +les paroles de Jsus Christ sur lesquelles +ils avoient fond leur opinion, n'ont rien +innov cet gard, qu'ils l'ont eux-mmes +reconnu depuis, & je vais faire voir +positivement, que la Jurisprudence de l'Eglise +Chrtienne condamne les Eunuques +volontaires & quelques-uns des autres. +Cette Jurisprudence est tablie par le +droit Canon<a name="FNanchor_143_143" id="FNanchor_143_143"></a><a href="#Footnote_143_143" class="fnanchor">[143]</a>; <i>Corpore ver Vitiati, y est-il +dit, similiter a sacris officiis prohibentur</i>; Cela +est un peu gnral, mais voici quelque +chose plus particulier,<a name="FNanchor_144_144" id="FNanchor_144_144"></a><a href="#Footnote_144_144" class="fnanchor">[144]</a><i>si quis pro gritudine +naturalia a Medicis secta habuerit</i>; <i>similiter +& qui a Barbaris aut qui a Dominis +suis castrati fuerint, & moribus digni inveniuntur +hos Canon admittit ad Clerum promoveri</i>. +<i>Si quis autem sanus non per disciplinam +Religionis & abstinenti sed per abscissionem a +Deo plasmati corporis existimat posse se carnales +concupiscentias amputari, & ide se castraverit, +non eum admitti decernimus ad aliquod<a name="page_094" id="page_094"></a> +clericatus officium. Quod si jam fuerit +ante promotus ad Clerum, prohibitus a suo Ministerio +deponatur.</i> La raison de cette diffrence +est rapporte dans le Canon 8. +aprs avoir parl de ceux qui sont tels lors +que, <i>casu aliquo contigerit dum operi rustico +curam impendunt, aut aliquid facientes seipsos +non sponte percutiunt</i>, & les avoir opposez +aux Eunuques volontaires, <i>in illis enim</i>, +dit-il, <i>voluntas est vindicanda qu sibi causa +fuit ferrum injicere, in istis autem casus veniam +meruit</i>; Il dit la mme chose de ceux +que les Barbares, la Maladie, un Tyran, +ou un Ennemi, ont mutilez, ceux-l sont +dignes de compassion & de support.</p> + +<p>Cette Jurisprudence est beaucoup plus +ancienne que le decret de Gratien dont j'ai +tir les dcisions que je viens d'allguer, +elle est tablie par le Concile de Nice +qui est le premier œcumnique; voici le +premier de ses Canons; Si quelqu'un +tant malade a t fait Eunuque par les +Mdecins, ou s'il a t coup par les +Barbares, qu'il demeure dans le Clerg +& dans l'tat Ecclsiastique; Mais si +tant sain il s'est retranch lui-mme, +il faut que s'il est du Corps du Clerg, +il s'abstienne des fonctions de son Ministre, +& qu' l'avenir on n'admette +plus au rang des Ecclsiastiques aucun +de ceux qui en auront us de la sorte; +Et comme il est manifeste que cette ordonnance +regarde ceux qui ont agi de cette +manire de propos dlibr, & qui se +sont coupez eux-mmes, cela ne regarde<a name="page_095" id="page_095"></a> +point ceux qui auront t faits Eunuques +par les Barbares, ou par leurs Matres, +ils peuvent tre res dans le Clerg selon +les rgles de l'Eglise, pourv que +d'ailleurs ils en soient dignes. Ce Canon +du Concile de Nice est rapport dans la +Vie de Saint Athanase faite par Mr. Herman, +& suivi des rflxions de ce judicieux +Auteur. Il ne sera point inutile de +les rapporter ici, ne fut-ce que pour pargner +la peine de les chercher ailleurs; +On ne peut pas dire au vrai quelle a t +l'occasion qui a port les Pres du Concile +de Nice traiter de cette manire, +& user de cette juste svrit contre +ceux qui se faisoient Eunuques par leurs +propres mains; Il est certain que cette +mutilation volontaire qui toit deffendu +par les Loix Civiles, & particulirement +par celles de l'Empereur Adrien, +ne pouvoit tre approuve par l'autorit +de l'Eglise; le zele inconsidr d'Origne +qui s'toit coup lui mme, en expliquant +d'une manire trop littrale le +chapitre dixneuvime de l'Evangile de +Saint Matthieu, avoit t condamn par +Demetrius son Evque, quoi qu'il admirt +en mme tems cette action comme un +transport extraordinaire de pit. L'abus +de quelques Hrtiques nommez Valesiens +qui retranchoient ainsi toutes les +personnes de leur Secte, avoit dja t +considr comme un excs aussi contraire +aux sentimens de la vritable Religion +qu'aux rgles communes de l'humanit.<a name="page_096" id="page_096"></a> +Toutes ces considrations font bien voir +la justice de ce premier Canon de Nice, +mais elles ne nous apprennent point +quelle en a t l'occasion. Quelques uns +prtendent que ce Canon fut fait l'occasion +du Prtre Leonce, depuis lev +par les Arriens l'Episcopat d'Antioche, +qui perdit son rang pour s'tre ainsi mutil +lui-mme; mais en ce que Theodoret +ajote que son Ordination toit contre +les Loix du Concile de Nice, il donne +quelque lieu de croire que ce Prtre n'avoit +pas encore commis un si grand excs, +& que ce ne fut que depuis le +tems de cette sainte Assemble, que le +desir de converser plus librement avec +une fille nomme Eustolie, le porta +armer ses propres mains contre lui-mme, +en imitant Origne. Quoi qu'il en +soit ceux qui toient devenus Eunuques, +ou par maladie, ou par une violence +trangre, ne sont point exclus des Dignitez +de l'Eglise; Et c'est ainsi que S. +Germain, & S. Ignace, ont rempli si +dignement le Patriarchat de Constantinople. +Mais ceux qu'un faux zele pour +la chastet, ou quelqu'autre considration, +a port une action si barbare, +sont jugez indignes des fonctions de leur +Ministre, s'ils sont dja du nombre +des Clercs, ou d'tre levez la Clricature +s'ils sont encore parmi les Laques; +A l'gard de ceux qui se sont faits +Eunuques par intrt, par ambition, ou +par quelqu'autre motif, lche, bas, &<a name="page_097" id="page_097"></a> +odieux, ce n'est pas assez de les exclure +des Charges Ecclesiastiques, il faut les rputer +& les tenir pour si infames, qu'on +les bannisse de la compagnie des hommes; +c'est ainsi que l'antiquit en a agi, comme +je l'ai fait voir dans l'xemple de Genutius. +Je passe plus loin encore, car +j'estime que non seulement ils doivent tre +couverts d'opprobre & de honte, mais +mme qu'ils doivent tre punis comme +d'un crime capital; En effet, le droit les +dclare homicides d'eux-mmes;<a name="FNanchor_145_145" id="FNanchor_145_145"></a><a href="#Footnote_145_145" class="fnanchor">[145]</a><i>si quis +absciderit semet ipsum, id est si quis computaverit +sibi virilia, non fiet Clericus, quia sui est +homicida, & Dei conditioni inimicus</i>. <i>Si quis +cum Clericus fuerit absciderit semet ipsum, omnin +damnetur, qui sui homicida est.</i> Il est +bon d'entendre ce mot <i>homicida</i>; car il +n'est pas vrai, parler proprement, que +celui qui se fait Eunuque, se fasse mourir; +mais c'est parce qu'il se met en danger +de mourir dans l'opration; car comme +on l'a v dans un des chapitres prcdens, +l'Empereur dit, que de quatrevingt-&-dix +qu'il a v couper, peine +en est-il chapp trois; Il est donc appell +homicide de soi-mme, <i>propter homicidii +periculum quod sequi poterat sectionem</i>; +au mme sens qu'il est dit dans le chapitre +dernier de la distinction quatrevingt-&-septime, +que quiconque expose un enfant +en est homicide; la raison de cela est +qu'il ne faut pas considrer ce qui arrive, +mais ce qui pouvoit arriver. <i>Prtor non<a name="page_098" id="page_098"></a> +ait cujus casus nocere posset</i>, dit la Loi, <i>ex +his Verbis</i>, ajote-t-elle,<a name="FNanchor_146_146" id="FNanchor_146_146"></a><a href="#Footnote_146_146" class="fnanchor">[146]</a><i>manifestatur non +omne quidquid positum est, sed quidquid sic +positum est ut nocere possit, hoc solum prospicere +Prtorem ne possit nocere, nec spectamus ut +noceat, sed omnin si nocere possit Edicto locus +sit</i>; <i>Corcetur autem qui positum habuit, +sive nocuit id quod positum erat, sive non nocuit.</i> +J'ajote la disposition du Droit, +qu'outre les cas qui y sont exceptez, il y +en a un qui mrite d'tre considr, c'est +lors que le salut de tout le corps xige +qu'on en retranche cette partie, car c'est +une maxime du bon sens que <i>prstat partis +qum totius facere jacturam</i>. Mais j'ai fait +voir que la pit ni la Religion ne pouvoient +pas servir de prtexte cette infame +xcution; <i>Non est licita ad servandam +aliquam virtutem</i>. <i>V. G. Castitatem, quia +non desunt alia media quibus cum Dei gratia +possit homo & assequi & tueri hanc virtutem.</i> +Au reste, il y a une remarque faire sur ce +sujet qui n'a pas t trouve indigne des plus +habiles Critiques, & des plus clbres Jurisconsultes; +Mornac la rapporte dans son +Commentaire sur la Loi, <i>si quis Cod. de Eunuchis</i>. +Voici en quoi elle consiste. Le +Canon neuvime de la distinction cinquante-cinquime +contient ces mots, <i>Eunuchus +si per insidias hominum factus est, vel si in persecutione +ei sunt amputata virilia, vel si ita natus est +dignus, fiat Episcopus</i>; ce mot <i>Episcopus</i> a +paru l mal plac, on a eu recours, pour<a name="page_099" id="page_099"></a> +s'claircir sur le doute qu'on en a eu au Canon +des Aptres vingt-&-unime, & on +y a trouv dans l'xemplaire Grec le mot +<span title="Chleoikos">χλεοικὁς</span>, & non pas celui d'<i>Episcopus</i>. Ce +qui avoit donn lieu ces Savans de douter +toit, dit Mornac, que l'indcence & +la difformit d'un homme sans barbe & +effmin, desagrable & mprisable dans +le Public, ne permettoit pas de croire +que l'Eglise l'et lev sur une de ses premires +chaires pour y enseigner, y prsider +sur tout le reste du Clerg, & pour +le dire ainsi, pour dominer sur lui: Cette +rflxion n'est point inutile ici, car il +parot que quelque support que l'Eglise +ait eu pour ces malheureux, l'tat de leur +personne a tojours t si vil & si abject, +que quelques dignes qu'elles fussent d'ailleurs, +elle n'a jamais voulu les placer dans +les lieux minens, ni leur confrer des +Dignitez illustres & considrables.</p> + +<p>Je finirai ce chapitre & cette premire +Partie de mon Ouvrage tout ensemble, +par quelques remarques qui ne seront +point inutiles mon sujet. Je dirai +d'abord que je n'ai point prtendu +faire une Histoire naturelle des Eunuques, +ni une Histoire xacte du sort qu'ils ont +eu dans tous les sicles, & dans tous les +Pas; les mœurs des Nations & des tems +sont fort diffrentes, on voit la honte +de la raison humaine, que ce qui a t du +got du Public dans un sicle, dplat +beaucoup dans un autre. Cette bizarerie +parot sur tout parmi les diffrens Peuples<a name="page_100" id="page_100"></a> +qui ont diffrens gnies. Ce dfaut +de virilit n'est pas galement honteux +par tout, il rend considrables en +plus d'un lieu des gens qui sans cela ne le +seroient point: leur nom n'est pas galement +une injure dans tous les Pas; Ils +ont xerc les premiers Emplois & re +des honneurs qui ne cdoient qu' ceux +qui toient rendus aux Souverains. On +voit encore presque la mme chose dans +tous les Pas du Levant, dans la Perse, +dans l'Egypte, dans la Mesopotamie, & +il est de notorit publique qu' la Porte +du grand Seigneur, & dans la vaste tendu +de son Empire qui s'tend dans les +trois parties de l'ancien Monde, les Eunuques +possdent une autorit presque pareille + la Souveraine; Ils toient autrefois +les yeux & les oreilles des Rois de +Perse, ils le sont encore de l'Empereur +des Turcs. Les Romains au contraire ont +tojours eu en horreur ces demi-hommes, +& abomin la Castration; voici +comment Csar en parle l'occasion d'une +infinit de personnes auxquelles le Roi +Pharnacs avoit fait perdre la virilit<a name="FNanchor_147_147" id="FNanchor_147_147"></a><a href="#Footnote_147_147" class="fnanchor">[147]</a>, +<i>quod quidem supplicium</i>, dit-il, <i>gravius morte +Cives Romani ducunt</i>; cependant on voit +que peu aprs du tems des Antonins Plautianus +fit faire un grand nombre d'Eunuques, +comme je l'ai dit ailleurs; Et aujourd'hui +les Italiens en ont beaucoup & +en font cas.<a name="FNanchor_148_148" id="FNanchor_148_148"></a><a href="#Footnote_148_148" class="fnanchor">[148]</a>Mr. Chevreau nous apprend +qu'ils nomment vertueux leurs <i>Castrati</i> qui<a name="page_101" id="page_101"></a> +ont la voix belle, & qu'ils honorent du +mme ttre les Courtisanes, quand elles +chantent, qu'elles dessinent, qu'elles +jouent de la Guitare, ou qu'elles font un +Madrigal. La Reine Christine les appelloit, +<i>la Virtuosa Canaglia</i>. C'est une chose +qui est digne de remarque, qu'il n'y a +proprement que l'Italie, qui n'est qu'un +coin de terre en comparaison de tout le +reste du monde Chrtien, qui produit des +Eunuques. Il seroit fort difficile de rapporter +exactement tout ce que le caprice +des hommes leur a fait faire cet +gard dans tant de sicles qui se sont coulez, +& parmi tant de Peuples qui ont +habit toutes les parties du Monde; D'ailleurs, +comme ce n'est point le but de cet +Ouvrage, il me suffit de conclure de tout +ce que j'ai dit jusques ici, qu'il ne parot +aucune Ordonnance, aucune Loi, ni aucune +Constitution, qui rglent le mariage +des Eunuques, ce que l'on trouveroit +infailliblement dans les Historiens anciens +& modernes, ou dans les compilateurs du +Droit, s'il leur avoit t permis d'en contracter, +& s'il s'en toit effectivement contract, +de mme qu'on en trouve concernant +la facult de se faire Eunuque, de +tester, d'adopter, d'xercer la Tutelle, +& d'tre appell en tmoignage; on y trouve +au contraire des Loix qui les deffendent +absolument. C'est ce qu'il s'agit d'xaminer +plus particulirement dans la seconde +Partie de cet Ouvrage.</p> + +<p class="c"><i>Fin de la premire Partie</i>.<a name="page_102" id="page_102"></a></p> + +<h2><a name="SECONDE_PARTIE" id="SECONDE_PARTIE"></a>SECONDE PARTIE.</h2> + +<div class="blockquot"><p>Dans laquelle on discute le droit des +Eunuques par rapport au mariage; +& dans laquelle on xamine s'il +doit leur tre permis de se marier.</p></div> + +<h3><a name="CHAPITRE_I-b" id="CHAPITRE_I-b"></a>CHAPITRE PREMIER.</h3> + +<p class="headg"><i>De la nature & du but du +Mariage. Que l'Eunuque +ne peut y rpondre.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">M</span>On dessein n'est point de faire +ici l'loge du Mariage, & moins +encore d'outrer les choses sur ce +sujet, comme a fait un Auteur +moderne dont les xagrations ont t fort +releves<a name="FNanchor_149_149" id="FNanchor_149_149"></a><a href="#Footnote_149_149" class="fnanchor">[149]</a>. Je n'ai pas dessein non plus d'xaminer + fond la matire du mariage; Sanchez +& Pontius y ont trouv de quoi faire +chacun un gros volume in folio; & nous +avons v depuis peu, qu'un Ecclsiastique +de Florence nomm Charles Mazzi, a tch +de traiter succinctement ce sujet & de<a name="page_103" id="page_103"></a> +rduire ce qu'on en a dit en abreg comme +il parot par le titre de son Ouvrage, +qui est, <i>Mare Magnum Sacramenti Matrimonii +in exiguo</i>; Cependant, son Livre est un +Volume in folio; Ce qui a donn lieu un +habile homme de dire<a name="FNanchor_150_150" id="FNanchor_150_150"></a><a href="#Footnote_150_150" class="fnanchor">[150]</a>, que puis que l'Auteur, +en nous donnant un in folio, ne nous +montre qu'en petit l'ocean du mariage; +combien de volumes faudroit-il pour nous +le montrer en grand? Quoi qu'il en soit, +c'est une matire si vaste, si agite, si pleine +d'cueils, que les Thologiens Casuistes +ne savent comment faire pour l'puiser, +& qu'ils se trouvent souvent incertains +de la route qu'ils doivent tenir; Je me contenterai +donc de poser quelques principes +gnraux par lesquels je ferai connotre la +nature & le but du mariage, pour en tirer +ensuite des consquences ncessaires au sujet +particulier que je traite.</p> + +<p>Le Mariage est, selon la dfinition que +les Jurisconsultes en donnent, un consentement +de l'homme & de la femme, de +passer leur vie ensemble dans une union perptuelle, +qui ne soit sparable que par la +mort de l'un ou de l'autre;<a name="FNanchor_151_151" id="FNanchor_151_151"></a><a href="#Footnote_151_151" class="fnanchor">[151]</a><i>Viri & mulieris +conjunctio individuam vit consuetudinem continens</i>. +Quoi que cette dfinition soit donne +par des Jurisconsultes qui ont t les +oracles de la Jurisprudence, j'oserai dire +nanmoins qu'elle n'est point juste; car si +elle l'toit, la Tourterelle qui ne s'accouple +qu'avec un mle, & qui ne se laisse<a name="page_104" id="page_104"></a> +point approcher par un autre lors que le +premier est mort, auroit contract un mariage; +ce qu'on ne peut pas dire d'une bte +destitue de raison & d'intelligence. +D'ailleurs, le concubinage constant avec +une seule femme seroit aussi un vritable +mariage, ce qui est contraire l'institution +de son union. Toutes les unions qui sont +indivisibles dans la socit ne sont pas des +mariages; cependant, pour ne pas disputer +ici contre une dfinition re depuis +tant de sicles, je dirai seulement qu'elle +contient deux expressions qui demandent +quelqu'claircissement; l'une est le mot +<i>conjunctio</i>, il ne se prend pas simplement +pour le consentement des contractans, il +se prend aussi <i>pro corporum commixtione</i>. +L'autre est le terme <i>individuam</i>, il s'entend +de ceux qui contractant mariage lesquels +sont censez avoir dessein de vivre ensemble +dans l'union jusqu' la mort de l'un ou de +l'autre, car le divorce toit permis chez +les Romains, comme on le voit par le ttre +entier du Code de <i>Repudiis</i>, & du Digeste +<i>De Divortiis & Repudiis</i>. Ce que je dirai +dans la suite de ce chapitre pourra satisfaire +aux doutes auxquels ces mots ont donn +lieu.</p> + +<p>Le Mariage est la plus excellente de toutes +les unions. 1. Parce que c'est Dieu +qui l'a institu dans le Paradis terrestre, +durant l'tat d'innocence. 2. Parce qu'il +n'y a rien qui convienne mieux l'homme +que le mariage, ni qui se rapporte plus parfaitement + ses besoins. 3. Parce que le<a name="page_105" id="page_105"></a> +mariage est trs ncessaire au monde pour +y conserver les Socitez, & pour y entretenir +la sagesse & la pudeur.</p> + +<p>La diffrence des sxes & ces paroles, +<i>croissez & multipliez</i>, que Dieu a prononces +lui-mme lors qu'il les joignit ensemble, +qu'il institua le mariage & qu'il le benit, +font voir manifestement que le but de +cette union n'est autre que la propagation +du genre humain. Cette union ne peut +donc point passer pour un simple consentement +de demeurer ensemble, comme quelques-uns +l'ont cr, mais <i>pro corporum commixtione</i>, +ou <i>pro copula carnali</i>. Ces paroles +de Dieu, <i>& ils seront deux dans une mme +chair</i>, ne signifient autre chose. Les Canonistes +ne regardent le gendre & la fille que +comme une seule & mme personne, comme +un seul & mme enfant, <i>si vir & uxor +non jam duo sed una caro sunt, Non aliter est +nurus reputanda quam filia</i>, or ils ne peuvent +tre una caro que par la consommation du +mariage, <i>non aliter vir & uxor mulier non +possunt una caro fieri nisi carnali copul sibi cohreant</i>; +ce sont les termes qui sont employez +dans le droit Canon<a name="FNanchor_152_152" id="FNanchor_152_152"></a><a href="#Footnote_152_152" class="fnanchor">[152]</a>. En effet, si +ces paroles ne signifioient qu'un simple +consentement, quel sens pourroit-on donner + cette expression de Saint Paul, <i>Ne +savez-vous pas que celui qui s'attache avec +une femme dbauche est fait un mme +corps avec elle, car les deux</i>, est-il dit, <i>deviendront +une mme chair</i>. Un homme +qui commet paillardise avec une femme,<a name="page_106" id="page_106"></a> +ne s'engage pas demeurer tojours avec +elle, comment donc est-il fait un mme +corps avec elle? Ce ne peut tre que <i>per corporum +commixtionem</i>, ou <i>per copulam carnalem</i>, +comme je l'ai dit; Or quel but peut +avoir cette conjonction, selon l'intention +de Dieu qui en a t l'Instituteur? +a t de procurer ligne, d'engendrer +des enfans; <i>Croissez & multipliez</i>, dit-il, +voila pourquoi je vous joins ensemble; Il +ne dit pas, <i>divertissez-vous, donnez l'essor +vos passions brutales. Faites tout ce que vos sens +& la nature xigeront de vous, uniquement +dans la v de leur plaire & de les satisfaire</i>. +D'ailleurs, Adam tant dans l'tat d'innocence, +le dessein de Dieu ne pouvoit pas +tre de lui donner cette libert, il n'avoit +point alors de ces convoitises charnelles qui +sont nes avec ses successeurs depuis sa chute. +Il est vrai que quelques Interprtes ont +cr que ce mot <i>croissez</i> ne regardoit que la +grandeur du corps; mais outre qu'il est certain +que le mot original signifie, <i>fructifiez</i>, +& que c'est en ce sens qu'il est dit au Pseaume +132., <i>l'Eternel a jur la vrit David, +il ne s'en dtournera point, je mettrai du fruit +de ton ventre sur ton Trne</i>, c'est dire, +quelqu'un des tiens & de ta postrit; c'est +en ce mme sens qu'Elizabeth dit en passant + Marie, <i>benit est le fruit de ton ventre</i>, +les Auteurs profanes se servent de la mme +expression dans le mme sens, tmoin celui-ci +du Pote Claudien,<a name="FNanchor_153_153" id="FNanchor_153_153"></a><a href="#Footnote_153_153" class="fnanchor">[153]</a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Nascitur ad fructum mulier prolemque futuram.</i><br /></span> +</div></div> + +<p><a name="page_107" id="page_107"></a></p> + +<p>Cette expression est aussi connu dans le +droit Canon<a name="FNanchor_154_154" id="FNanchor_154_154"></a><a href="#Footnote_154_154" class="fnanchor">[154]</a>, dans lequel <i>Mater in procreatione +fili dicitur radix, Filius Ver flos & pomum</i>, +outre tout cela dis-je, il est certain +que le mot <i>multipliez</i> qui suit celui-ci, <i>fructifiez</i>, +te toute l'ambiguit qu'il pouroit +y avoir; & d'ailleurs, le Prophete Malachie +explique les paroles de Dieu d'une manire +claire & qui ne laisse aucun doute dans +l'esprit; Il parle un mari de sa femme lgitime +en vertu d'un Contract qu'il a fait +avec elle, & il lui dit, <i>N'est-elle pas l'ouvrage +du mme Dieu, & n'est-ce pas son souffle qui +l'a anime comme vous? Et que demande cet Auteur +unique de l'un & de l'autre, sinon qu'il +sorte de vous une race d'enfans de Dieu!</i> Saint +Paul nous en donne un Commentaire peu +prs pareil, lors que parlant des veuves il +dit,<a name="FNanchor_155_155" id="FNanchor_155_155"></a><a href="#Footnote_155_155" class="fnanchor">[155]</a>qu'<i>il veut que les jeunes se marient & qu'elles +mettent des enfans au monde</i>; on prend donc +des femmes & on se marie avec elles pour +en avoir des fils & des filles, <i>afin de multiplier +& de ne point laisser prir ntre nombre</i>, +comme s'exprime le Prophete Jermie<a name="FNanchor_156_156" id="FNanchor_156_156"></a><a href="#Footnote_156_156" class="fnanchor">[156]</a>. +Dieu donc n'a tabli le mariage que pour +susciter ligne, & par ce moyen nous rendre +en quelque faon vivans aprs ntre +mort;<a name="FNanchor_157_157" id="FNanchor_157_157"></a><a href="#Footnote_157_157" class="fnanchor">[157]</a><i>Natura nos docet parentes pios liberorum +procreandorum animo & voto uxores ducere. +...... Et enim id circ Filios filiasve concipimus +atque edimus ut ex prole eorum, earumve, diuturnitatis +nobis memoriam in vum relinquamus</i>;<a name="page_108" id="page_108"></a> +De l vient que quelques Interprtes estiment +que Jsus Christ dans Saint Luc<a name="FNanchor_158_158" id="FNanchor_158_158"></a><a href="#Footnote_158_158" class="fnanchor">[158]</a>, dit +que ceux qui seront ressuscitez ne se marieront +point; car, dit-il, <i>ils ne pourront plus +mourir</i>, comme s'il vouloit dire que le mariage +n'tant tabli que pour nous substituer +des successeurs aprs ntre mort il ne sera +plus ncessaire de se marier aprs la rsurrection, +puis qu'alors on ne pourra plus mourir. +Le desir d'avoir ligne est dans l'homme +& dans la femme, mais on dit qu'il est +plus grand aux femmes qu'aux hommes, & +que de l vient que ce contract a pris son +nom de la femme pltt que de l'homme, +<i>Matrimonium</i>, dit-on<a name="FNanchor_159_159" id="FNanchor_159_159"></a><a href="#Footnote_159_159" class="fnanchor">[159]</a>, <i>a matris nomine, non +adepto jam, sed cum spe & omine jam adipiscendi</i>. +Mais j'avou que je ne suis point du +tout de ce sentiment, car il est certain que +l'homme perptuant son nom & sa rputation +par le moyen de ses enfans, doit souhaiter +beaucoup plus d'en avoir, que la +femme dont le nom est teint lors qu'elle se +marie, parce qu'elle prend celui de son mari, +& dont la rputation consiste uniquement + faire son devoir envers son mari & +envers sa famille, <i>la gloire de la femme</i>, au +reste, <i>tant le mari</i>, comme parle Saint +Paul; D'ailleurs, pour me servir de l'expression +des Canonistes<a name="FNanchor_160_160" id="FNanchor_160_160"></a><a href="#Footnote_160_160" class="fnanchor">[160]</a>, <i>filius matri ante partum +est onerosus, in partu dolorosus, post partum +laboriosus</i>. Je croirois donc qu'il seroit +plus vrai-semblable de dire que le mariage +prend son nom de la femme, parce qu'elle<a name="page_109" id="page_109"></a> +contribu plus au mariage que l'homme. +Quoi qu'il en soit, il rsulte tojours de +tout ceci, que le desir d'engendrer est le +but & la fin du mariage; les Philosophes +eux-mmes en conviennent, <i>Quem admodm</i>, +disent-ils, <i>homo naturaliter & substantialiter +est Animal, ita est vivens, Naturalissimum +autem opus viventium est generare sibi simile; +perfectum est</i>, disent-ils encore, <i>unum +quodque, cum simile sibi producere potest</i>. Suivant +ces maximes, comment le mariage +peut-il convenir un Eunuque? Comment +peut-il tre capable de le contracter? Et ne +parot-il pas que l'Eunuchisme & le mariage +sont deux choses incompatibles & essentiellement +opposes? Aussi les Payens, +quoi qu'ils ne se conduisissent qu' la lueur +de la raison humaine obscure & borne, +ne vouloient pas qu'on contractt mariage + aucun autre but qu' celui de procrer ligne. +Voici un xemple qui le fait bien +voir; Septitie mre des Trachales Ariminsens, +pour leur faire dpit, bien +qu'elle ft hors d'ge de porter enfans, +pousa un Publicius aussi fort g, & par +un testament les priva de sa succession; ces +deux fils s'en tans plains au Divin Auguste, +il dclara le mariage nul, & cassa le +testament, voulant que ses enfans fussent +ses hritiers, & refusant mme au vieillard +l'avantage que cette femme lui faisoit + cause qu'ils avoient contract leur +mariage sans esprance d'avoir ligne. Si +la justice mme s'toit mise dans son Trne, +& qu'elle et pris connoissance de<a name="page_110" id="page_110"></a> +cette affaire, auroit elle plus quitablement +& plus gravement prononc? Parmi +les btes mmes qui n'ont point pch +& qui sont toutes demeures dans les termes +de leur nature, qui suivent toutes leur +ordre, les femelles ne souffrent le mle que +pour devenir mres.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_II-b" id="CHAPITRE_II-b"></a>CHAPITRE II.</h3> + +<p class="headg"><i>Les Eunuques ne pouvant pas +satisfaire au but du mariage, +ils ne doivent pas le +contracter.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">L</span>Es Eunuques qui contractent mariage +sont de mauvaise foi & mritent d'tre +punis. Premirement ils commettent une +fausset insigne. Ils se donnent pour hommes +& ils ne le sont point; la fausset, selon +les Jurisconsultes<a name="FNanchor_161_161" id="FNanchor_161_161"></a><a href="#Footnote_161_161" class="fnanchor">[161]</a>, <i>est actus dolosus veritatis +mutand gratia ad alterum decipiendum +factus, quem lex pro falso habet, & lege Cornelia +de falsis corcet</i>. Il n'est pas ncessaire +que les Eunuques pour tre coupables de +fausset ayent dit positivement qu'ils toient +capables de satisfaire aux Loix de +mariage, il suffit que sachant les Loix ils +se soient engagez dans cette union & qu'ils +ayent donn lieu par l croire qu'ils pouvoient<a name="page_111" id="page_111"></a> +en remplir les devoirs.<a name="FNanchor_162_162" id="FNanchor_162_162"></a><a href="#Footnote_162_162" class="fnanchor">[162]</a>Car <i>falsum +committitur non dicto sed facto</i>, comme on le +voit par tous les cas qui sont rapportez dans +la Loi <i>Quid sit falsum quritur</i>, 23. <i>ff. ad legem +Corneliam de falsis</i>.</p> + +<p>En second lieu, ils promettent ce qu'ils +ne peuvent point tenir. On fait diffrence +en droit entre <i>Sponsalia & Matrimonium</i>; +<i>sponsalia sunt mentio & repromissio nuptiarum +futurarum</i>; ce sont les termes de la loi premire +<i>ff. de sponsalibus</i>. Ce mot <i>sponsalia</i> +vient du mot <i>spondere</i> qui signifie <i>promettre</i>. +Le droit Canon est fort diffrent du droit Civil +en ce qui concerne les fianailles des Enfans, +ou des Adolcens. Le premier<a name="FNanchor_163_163" id="FNanchor_163_163"></a><a href="#Footnote_163_163" class="fnanchor">[163]</a> dcide +nettement que <i>sponsalia amborum Infantium, +vel alterius tantum per supervenientiam majoris +tatis non validantur, nec publicam honestatem +inducunt</i>.<a name="FNanchor_164_164" id="FNanchor_164_164"></a><a href="#Footnote_164_164" class="fnanchor">[164]</a>L'Autre au contraire +dit absolument que <i>sponsalibus contrahendis +tas contrahentium definita non est</i>, mais il +ajote ces mots, <i>ut in matrimoniis</i>. C'est + dire, <i>in Matrimonio non consideratur principaliter +tas, sed potentia generandi</i>. L'tat +des contractans doit tre certain, parce +qu'il faut qu'ils soient capables de le consommer. +S'il arrive que l'un n'en soit pas +capable, il n'y a point de mariage parce +que, <i>ubi datur permixtio habilis cum inhabili vitiatur +actus, quando requiritur concursus habilitatis +in utroque</i>, c'est une maxime qui est +manifestement dmontre par les Canonistes<a name="page_112" id="page_112"></a> +qui ont comment la Loi, <i>utile non +debet per inutile vitiari</i>. C'est sur cela que +le chapitre second <i>de Frigidis</i> est fond; Il +porte prcisment ces mots, <i>sicut puer qui +non potest reddere debitum, non est aptus conjugio, +sic qui impotentes sunt minime apti ad +contrahenda matrimonia reputantur</i>. Un enfant +n'est pas propre au mariage parce qu'il +ne peut point en remplir les devoirs. Il y +a du plaisir lire la dispense d'ge que +l'Archevque de Tours accorda dans le +Mariage de Lous, Dauphin, fils du Roi +Charles Sept, & de Marguerite d'Ecosse, +parce que l'Epoux n'avoit que quatorze +ans, & que l'Epouse n'en avoit que douze; +comme si une dispense de cette nature +toit une chose qui ft au pouvoir des +hommes; il n'y a que la Nature qui puisse +en accorder de telles<a name="FNanchor_165_165" id="FNanchor_165_165"></a><a href="#Footnote_165_165" class="fnanchor">[165]</a>. Justinien a fix +la pubert quatorze ans, & le droit +Canon a fix celle des filles douze, +mais il excepte de cette Loi gnrale celles, +<i>in quibus malitia supplet tatem</i>. Mais +la nature n'est point assujettie aux Loix +Civiles ni aux Loix Canoniques; Elle +sort quelquefois de ses propres rgles, +elle est tantt avare, & tantt prodigue de +ses faveurs. L'Ecriture Sainte parle de Salomon +qui engendra Roboam l'ge d'onze +ans, & d'Achaz qui engendra Ezechias + l'ge de dix ans. S. Jrme, le Pape +S. Grgoire, Scaliger, Mr. Bochart, & +plusieurs autres, ont rapport des cas singuliers. +Ils ont v un garon de dix ans<a name="page_113" id="page_113"></a> +avoir eu un enfant de sa nourrice; ils ont +v d'autres xemples de ces fruits prcoces<a name="FNanchor_166_166" id="FNanchor_166_166"></a><a href="#Footnote_166_166" class="fnanchor">[166]</a>, +mais ni l'autorit des hommes, ni leur +artifice, n'avoit rien contribu leur production. +Les Eunuques qui n'ont plus ce +que la nature leur avoit donn pour tre capables +du mariage, ont beau recourir la +faveur & l'autorit des hommes, ils ne +les mettront jamais en tat de le consommer, +& jamais ils n'obtiendront d'eux le +pouvoir d'xcuter ce qu'ils auront promis +par leur engagement. Ils ont donc tort de +promettre solemnellement ce qu'ils savent +ne pouvoir absolument tenir par eux-mmes +quelque secours qu'ils reoivent +d'autrui; <i>Paria censentur jurare & Religione +data fide promittere</i>; Et ils ne sont point +excusables par la raison que les Jurisconsultes +en rendent; <i>Permittenti non subvenitur +quando tempore promissionis difficultatem sciebat</i>. +Les Canonistes parlant du mariage de David +avec la Sunamite<a name="FNanchor_167_167" id="FNanchor_167_167"></a><a href="#Footnote_167_167" class="fnanchor">[167]</a>, si tant est que c'en +ait t un vritable, puis que Bethsabe, +Abigail, & ses autres femmes & ses concubines, +vivoient encore, mettent en +question si David fit bien de l'pouser, n'tant +point en tat de consommer le mariage +avec elle; Et ils ne l'excusent que parce +qu'il ne la prit point par un mouvement +de convoitise, de son bon gr, mais par +l'avis, ou plutt l'ordre des Mdecins, +& pour satisfaire aux Principaux de son +Royaume. Ils disent encore que la vie<a name="page_114" id="page_114"></a> +de David ayant t prolonge par ce moyen; +Adonias ayant t vaincu, & le Rgne de +Salomon bien tabli, on doit en juger favorablement.</p> + +<p>Enfin, le mariage est une espce de contract +de vente & d'achat, le mari aquiert +la puissance du corps de la femme, & la +femme aquiert la puissance du corps du mari. +A Rome autrefois le mariage se faisoit +<i>per emptionem</i>; c'est donc un contract de +bonne foi dans lequel le Jurisconsulte dit<a name="FNanchor_168_168" id="FNanchor_168_168"></a><a href="#Footnote_168_168" class="fnanchor">[168]</a> +que le dol doit tre prsum lors qu'on tient +malicieusement quelque chose de secret; +Comme donc dans un contract de vente +rien ne doit demeurer inconnu ni douteux: +que l'acheteur doit avoir connoissance du +vice de la chose qu'on lui vend, ou de la +maladie secrette & cache dont l'animal +vendu pourroit tre atteint. De mme +aussi dans cette espce d'achapt toute la +fraude doit tre impute l'Eunuque qui +a cach son impuissance. Fragosus xamine +dans son excellent Ouvrage qui a +pour ttre, <i>Regimen Reipublic Christian. +Impedimenta matrimonii an sint revelanda quand +sunt omnin secreta</i>, & il dcide la question<a name="FNanchor_169_169" id="FNanchor_169_169"></a><a href="#Footnote_169_169" class="fnanchor">[169]</a> +en disant, que celui qui ne rvle +pas les empchemens lors qu'ils sont diriments, +pche mortellement; le mariage +de ces sortes de gens est si odieux qu'il est +tojours dclar nul & comme non avenu +ds que leur tat est dcouvert.</p> + +<p>Les nces qui se faisoient parmi les Romains,<a name="page_115" id="page_115"></a> +<i>per comptionem</i>, se clbroient de +cette manire; Aprs quelques crmonies, +<i>se se comendo interrogabant, vir ita, +an sibi mulier mater familias esse vellet? illa +respondebat, velle; Interim mulier interrogabat +an vir sibi pater familias esse vellet, ille +respondebat velle. Sic mulier in viri conveniebat +manum</i>; c'est ce propos que Virgile a +dit,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Teque sibi generum Thetis emat omnibus undis</i>.<br /></span> +</div></div> + +<p>Servius observe que ce mot <i>emat</i>, se rapporte + l'ancien usage de contracter. On peut +voir toutes les solemnitez de ces sortes de +mariages dans le Livre sixime de la Cit +de Dieu de Saint Augustin, & dans le +chapitre neuvime du Livre sixime des +Antiquitez Romaines de Rosinus.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_III-b" id="CHAPITRE_III-b"></a>CHAPITRE III.</h3> + +<p class="headg"><i>Le Mariage des Eunuques +est considr comme nul & +comme non avenu.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">C</span>'Est une maxime en Droit, que <i>falsum +quod est, nihili est</i>. Les Eunuques qui +s'unissent avec une femme, la trompent; +Ils ne contractent point mariage avec elle +puis qu'ils ne sont pas capables de contribuer<a name="page_116" id="page_116"></a> +de leur part comme ils le devroient + la substance du mariage; Ainsi on peut +dire que ce n'est qu'un vain phantme, +ce n'est qu'un mariage feint & simul, & +nullement un mariage rel & vritable. +De l vient que quand il s'agit de sparer +une femme qui a t surprise par un Eunuque, +on ne dissout point le mariage, mais +on dclare qu'il n'y en a point eu. C'est +sur ce principe que toute la Jurisprudence +de ces sortes de conjonctions est fonde<a name="FNanchor_170_170" id="FNanchor_170_170"></a><a href="#Footnote_170_170" class="fnanchor">[170]</a>. +Elle fait voir qu'il n'y a ni mari, ni femme, +ni dote, ni douaire. La loi <i>in causis</i>, +contient une dcision prcise sur ce sujet, +<i>si maritus</i>, dit-elle, <i>uxori ab initio matrimonii +usque ad duos annos continuos computandos +coire minime propter naturalem imbecillitatem +valeat, potest mulier vel ejus parentes +sine periculo dotis amittend repudium marito +mittere</i>. La loi <i>si serva servo</i>, s'explique +bien plus clairement<a name="FNanchor_171_171" id="FNanchor_171_171"></a><a href="#Footnote_171_171" class="fnanchor">[171]</a>; <i>si spadoni</i>, dit-elle, +<i>mulier nupserit, distinguendum arbitror +castratus fuerit, nec ne; ut in castrato dicas +dotem non esse, In eo qui castratus non est, +quia est matrimonium, & dos & dotis actio +est</i>. Au second cas le mari a action pour +la dote, & la raison qui en est donne, c'est +qu'il y a mariage, & par consquent dans +le premier cas il n'y a point de mariage, +puis qu'il n'y a point d'action pour la dote; +cette matire mrite qu'on s'y tende +un peu davantage.</p> + +<p>Il semble ordinairement que ds l qu'une<a name="page_117" id="page_117"></a> +femme est lie par contract avec un +homme, & que les crmonies de l'Eglise +ont rendu ce lien solemnel, il y a +un vritable mariage, mais on se trompe; +cette erreur est fonde sur cette maxime +de Droit que j'expliquerai dans la suite. +<i>Consensus non concubitus matrimonium facit.</i> +Voici un Jurisconsulte qui nous en dtrompe, +c'est Ulpien qui prononce formellement +sur ce sujet. <i>Non omnes conjunctiones +implent conditionem cm nupserit, +put enim nundum nubilis tatis in domum +mariti deducta, non paruit conditioni si nupserit +vel si ei conjuncta fit, cujus nuptiis erat interdictum.</i><a name="FNanchor_172_172" id="FNanchor_172_172"></a><a href="#Footnote_172_172" class="fnanchor">[172]</a> +Ce n'est point assez d'avoir +pass contract, d'avoir pous la face +de l'Eglise, d'avoir t mene dans la +maison de l'Epoux, d'avoir t mise entre +ses bras, toutes ces circonstances ne +sont que des apparences du mariage, mais +elles ne font pas le mariage. Il faut que +le mari & la femme ayent t nubiles & +capables de le consommer. C'est donc avec +raison que l'Empereur Justinien a dcid +dans ses Institutes, que si cette femme +perd son mari avant qu'elle ait t <i>viri +potens</i>, elle ne lui a jamais t femme lgitime;<a name="FNanchor_173_173" id="FNanchor_173_173"></a><a href="#Footnote_173_173" class="fnanchor">[173]</a> +<i>Nec vir, nec uxor, nec nupti, +nec matrimonium, nec dos intelligitur</i>. Le +Jurisconsulte Labeo s'explique encore plus +clairement,<a name="FNanchor_174_174" id="FNanchor_174_174"></a><a href="#Footnote_174_174" class="fnanchor">[174]</a><i>quando pupill</i>, dit-il, <i>legatum<a name="page_118" id="page_118"></a> +est, quandocumque nupserit, si ea minor +qum viri potens nupserit, non ante ei, +legatum debebitur qum viri potens esse cœperit, +quia non potest videri nupta que virum +pati non potest</i>; L'Histoire<a name="FNanchor_175_175" id="FNanchor_175_175"></a><a href="#Footnote_175_175" class="fnanchor">[175]</a> rapporte un fait +qui est digne de remarque; Franois I. +souhaitant de tirer le Duc de Clves du +parti de l'Empereur Charles-Quint, & +de l'engager dans le sien, pressa & contraignit +Marguerite de France sa Sœur, +& Henri d'Albret Roi de Navarre son +beau-frre, de lui donner en mariage +Jeanne leur fille qui n'toit ge que de +huit neuf ans; le mariage fut concl & +arrt, solemnis dans la Ville de Chteleraud, +l'Epouse conduite au lit nuptial; +cependant, par jugement du Pape, +il a t dit depuis, qu'il n'y avoit +point eu de mariage, & cette jeune Princesse +a t marie de nouveau Antoine +de Bourbon; C'est sur ce principe sans +doute que les Tribunaux<a name="FNanchor_176_176" id="FNanchor_176_176"></a><a href="#Footnote_176_176" class="fnanchor">[176]</a> ont permis une +fille qui avoit t marie l'ge de sept +ans avec le Frre an, de se marier ensuite +avec le frre Cadet, lorsqu'elle est +parvenu dans un ge Nubile. Ce seroit +autoriser un Inceste si on considroit le premier +mariage comme un vritable mariage. +Et il parot bien qu'il n'est point du +tout consider comme tel;<a name="FNanchor_177_177" id="FNanchor_177_177"></a><a href="#Footnote_177_177" class="fnanchor">[177]</a>Il est mme +deffendu aux Prtres par les Conciles de<a name="page_119" id="page_119"></a> +marier des gens notoirement incapables +d'xercer les fonctions du mariage. Les +Canonistes sont beaucoup plus dcisifs sur +cette matire que les autres Jurisconsultes, +car ils vont jusques l qu'ils disent que +<i>contractus ante pubertatem etiam cum nisu carnalis +copul non facit Matrimonium</i>. On sait +ce que c'est que <i>Pubertas</i>, en tout cas le +chapitre troisime du mme ttre l'enseigne; +<i>Puberes</i>, dit-il, <i>a Pube sunt vocati +id est a Pudentia corporis nuncupati, quia hc +loca primo lanuginem ducunt; Quidam tamen +ex annis pubertatem existimant, id est eum esse +puberem qui tredecim annos implvit, quamvis +tardissim pubescat; Certum est autem eam puberem +esse, qu ex habitu corporis pubertatem +ostendit, & generare jamjam potest, & puerper +sunt qu in annis puerilibus pariunt</i>; De +sorte que suivant cette dfinition les Eunuques +ne sont jamais <i>puberes</i>, & n'tans +d'ailleurs jamais capables du mariage, +ceux qu'ils contractent sont nuls par eux-mmes. +Les Conciles & les Papes deffendent +expressment de faire les crmonies +prescrites par l'Eglise, comme de +donner la bndiction, &c. pour des mariages +nuls, tels que sont ceux dont je +viens de parler, afin qu'elles ne soient pas +faites en vain. Je concls donc, <i>que +non est inter eos matrimonium quos non copulat +commissio sexus</i>, comme il est dit dans le +Decret de Gratien<a name="FNanchor_178_178" id="FNanchor_178_178"></a><a href="#Footnote_178_178" class="fnanchor">[178]</a>; <i>Non est dubium</i>, dit-il, +<i>illam mulierem non partinere ad matrimonium +cum qu commistio sexus non docetur<a name="page_120" id="page_120"></a> +fuisse</i>.<a name="FNanchor_179_179" id="FNanchor_179_179"></a><a href="#Footnote_179_179" class="fnanchor">[179]</a><i>Qui matrimonio conjuncti sunt & +nubere non possunt, illi non sunt conjuges</i>; +Voici en un mot ce que c'est que le +mariage au sentiment des Canonistes, <i>In +omni matrimonio</i>, disent-ils<a name="FNanchor_180_180" id="FNanchor_180_180"></a><a href="#Footnote_180_180" class="fnanchor">[180]</a>, <i>conjunctio intelligitur +spiritualis quam confirmat & perficit +conjunctorum commistio corporalis</i>. Ds l +donc que dans le mariage des Eunuques +il n'y a jamais eu de vritable mariage, +parce qu'il n'y a jamais eu de vritable +conjonction, on ne prononce point de +dissolution, on dit simplement qu'il n'y a +point de mariage, & que la partie plaignante +est en libert d'en contracter un +avec qui bon lui semblera.<a name="FNanchor_181_181" id="FNanchor_181_181"></a><a href="#Footnote_181_181" class="fnanchor">[181]</a><i>Tum propri +non fit divortium, sed fit declariatio, ut +alii sciant illam societatem non esse conjugium, +& conceditur person qu habet natur vires +integras ut etiam vivente altero impotente possit +contrahere cum alio</i>.<a name="FNanchor_182_182" id="FNanchor_182_182"></a><a href="#Footnote_182_182" class="fnanchor">[182]</a>L'Eglise Romaine +qui considre le mariage comme un Sacrement, +ne le dissout jamais,<a name="FNanchor_183_183" id="FNanchor_183_183"></a><a href="#Footnote_183_183" class="fnanchor">[183]</a><i>quo ad +vinculum</i>, elle ne spare la partie plaignante +que, <i>quo ad thorum</i>; lors donc qu'elle +permet la partie plaignante de se remarier, +c'est qu'elle estime qu'il n'y a point +eu prcdemment de mariage; c'est donc +se moquer & abuser des crmonies les +plus graves de la Religion que de les faire +intervenir dans un acte faux & chimrique +pour autoriser une imposture, qui<a name="page_121" id="page_121"></a> +produit des inconvniens qu'il seroit trs +bon de prvenir. On peut dire mme +que ces gens-l sont dans le cas de la Novelle +que l'Empereur Justinien a donne<a name="FNanchor_184_184" id="FNanchor_184_184"></a><a href="#Footnote_184_184" class="fnanchor">[184]</a>, +pour punir celui des conjoints qui se trouvera +avoir caus mal propos la dissolution +du mariage. Solon avoit fait auparavant +une Loi contre ceux qui ne pouvoient +pas rendre les devoirs ds leur +femme; Il donnoit ces femmes l'action +d'injure contre ces maris impuissans.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_IV-b" id="CHAPITRE_IV-b"></a>CHAPITRE IV.</h3> + +<p class="headg"><i>Inconvniens que le Mariage +des Eunuques produit +ordinairement.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">L</span>E<a name="FNanchor_185_185" id="FNanchor_185_185"></a><a href="#Footnote_185_185" class="fnanchor">[185]</a>Pote Claudien parlant d'un Eunuque, +l'appelle une vieille ride. Trence +lui donne le mme nom, <i>Eunuchum</i>, +dit-il<a name="FNanchor_186_186" id="FNanchor_186_186"></a><a href="#Footnote_186_186" class="fnanchor">[186]</a>, <i>illumne obsecro Inhonestum hominem, +quem mercatus est here, senem mulierem</i>; Mais +Martial pousse la Satyre & l'injure plus +loin, il ne se contente pas de dire, en +parlant de Numa qui avoit v un Eunuque +effemin,<a name="FNanchor_187_187" id="FNanchor_187_187"></a><a href="#Footnote_187_187" class="fnanchor">[187]</a><a name="page_122" id="page_122"></a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Thelin viderat in toga spadonem,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Damnatam Numa dixit esse mœcham</i>;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i6">Il dit encore,<a name="FNanchor_188_188" id="FNanchor_188_188"></a><a href="#Footnote_188_188" class="fnanchor">[188]</a><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Dos etiam dicta est. Nondum tibi Roma videtur</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Hoc satis? Expectas numquid & ut pariat?</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Toute la diffrence qu'il y a, c'est que +Martial parle de deux hommes qui se faisoient +passer pour femmes, & que je parle +d'hommes qui sont vritablement comme +des femmes, & auxquels ce qui est +dit dans la Loi, <i>cm vir nubit. cod. ad legem +Juliam de Adulterio</i>, convient peu +prs. Ce sont les Empereurs Constantius +& Constance qui y parlent, <i>cm vir</i>, disent-ils, +<i>nubit ut fmin viris, paritura quid +cupiatur, ubi sexus perdidit locum, ubi scelus +est id, quod non proficit scire, ubi Venus mutatur +in alteram formam, ubi amor quritur +nec videtur</i>. Cet assemblage ne produit +point l'effet que la femme en avoit espr;<a name="FNanchor_189_189" id="FNanchor_189_189"></a><a href="#Footnote_189_189" class="fnanchor">[189]</a> +<i>sic virg intacta manet, inculta senescit</i>; +selon l'expression de Catulle & d'Ovide.<a name="FNanchor_190_190" id="FNanchor_190_190"></a><a href="#Footnote_190_190" class="fnanchor">[190]</a> +Ce n'est point l l'intention de +cette femme, ni le but du mariage,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Fœmina fortun similis formosa videtur,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Non amat ignavos illa nec ista Viros.</i><br /></span> +</div></div> + +<p class="nind">ou pltt comme s'exprime le mme Pote +qui dit plusieurs vritez en raillant d'une +manire trs agrable & trs enjoue,<a name="page_123" id="page_123"></a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Sp quiescit ager, non semper arandus, at uxor</i><a name="FNanchor_191_191" id="FNanchor_191_191"></a><a href="#Footnote_191_191" class="fnanchor">[191]</a><br /></span> +<span class="i4"><i>Est ager, assiduo vult tamen illa coli.</i><a name="FNanchor_192_192" id="FNanchor_192_192"></a><a href="#Footnote_192_192" class="fnanchor">[192]</a><br /></span> +</div></div> + +<p>Si cette ide parot outre, il y en a une +autre qui n'est pas plus avantageuse aux +Eunuques, & dont les consquences ne +sont pas plus favorables eux & leurs +femmes.</p> + +<p>Ce ne sont que des demi-hommes;<a name="FNanchor_193_193" id="FNanchor_193_193"></a><a href="#Footnote_193_193" class="fnanchor">[193]</a> +Juvenal appelle un Eunuque <i>semivir</i>. Mais +c'est trop dire en leur faveur; ce ne sont +que des arbres striles, des troncs desschez, +comme s'exprime Esae.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Truncus iners jacui, species & inutile signum,</i><a name="FNanchor_194_194" id="FNanchor_194_194"></a><a href="#Footnote_194_194" class="fnanchor">[194]</a><br /></span> +<span class="i0"><i>Nec satis exactum est corpus an umbra forem.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Voila la vritable description d'un Eunuque; +Et voici deux traits qui en achvent +le portrait; l'un est donn par les Jurisconsultes, +& l'autre par un Ecrivain sacr.</p> + +<p>L'Eunuque est un homme tojours malade, +& tojours languissant,<a name="FNanchor_195_195" id="FNanchor_195_195"></a><a href="#Footnote_195_195" class="fnanchor">[195]</a><i>morbosus</i>; +Par consquent incapable de faire les fonctions +de la vie active; <i>sin autem ita spado +est</i>, dit le Jurisconsulte Paulus, <i>ut tam necessaria +pars corporis ei penitus absit, morbosus +est</i>; c'est un malade impuissant qui voit +l'occasion d'agir & qui ne peut; Qui comme +Tantale se voit au milieu des biens & +des plaisirs & qui ne peut point les goter;<a name="page_124" id="page_124"></a> +on peut dire de lui ce qu'Horace dit<a name="FNanchor_196_196" id="FNanchor_196_196"></a><a href="#Footnote_196_196" class="fnanchor">[196]</a> de +son avare, mon ami, lui dit-il, vous +avez entendu parler de Tantale? Il meurt +de soif au milieu d'un fleuve dont l'eau +fuit aussi-tt qu'il veut boire. De qui +pensez-vous rire? C'est de vous que parle +la Fable sous un nom emprunt; vous +dormez sur des sacs d'argent entassez autour +de vous les uns sur les autres, vous +les dvorez des yeux, cependant vous +n'oseriez non plus y toucher qu' des +choses sacres; Et ce sont des richesses +en peinture vtre gard. La diffrence +qu'il y a, c'est que l'avare peut & ne +veut point se donner du plaisir de son bien, +& que l'Eunuque voudrait bien, mais +qu'il ne peut point, & en cela on peut +dire, que la comparaison de lui Tantale +est plus juste, que celle qu'Horace fait +de son avare Tantale; On peut dire +l'Eunuque plus propos qu' l'avare,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Indormis inhians, & tanquam parcere sacris</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Cogeris, aut pictis tanquam gaudere tabellis.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Tant s'en faut donc qu'une femme ses +ctez soit un bien qui lui donne de la +joye, il l'afflige au contraire beaucoup, +parce qu'il ne peut point en profiter; c'est +une vrit que le Sage a reconnu, & c'est +le second trait qui achve la peinture de +l'Eunuque; Il est de la faon de l'Auteur +de l'Ecclsiastique, soit qu'il soit Jsus +Sirach, soit que ce soit Salomon; il<a name="page_125" id="page_125"></a> +parle d'un homme qui porte la peine de +son iniquit<a name="FNanchor_197_197" id="FNanchor_197_197"></a><a href="#Footnote_197_197" class="fnanchor">[197]</a>, & il dit qu'<i>il voit les viandes +de ses yeux & qu'il gmit comme un +Eunuque qui tient une vierge & qui sopire</i>; +cette comparaison est trs juste, il +porte la peine de son iniquit, soit qu'il +n'ait eu autre v que de tromper une +femme pour profiter de ses biens, ou de +ses avantages; soit que par une brutalit +monstrueuse il s'abandonne une intemprance +qu'il n'est pas dans son pouvoir de +sotenir; Quoi qu'il en soit une femme +est trompe; Et elle peut dire juste ttre, +ce qu'Auguste disoit lors qu'il se trouvoit +assis entre Virgile & un autre Pote +de son tems, <i>sedeo inter suspiria & lacrimas</i>. +Et si cette fraude toit autorise il en rsulteroit +plusieurs inconvniens qui paroissent +naturellement, & qui se font voir +d'eux-mmes.</p> + +<p>1. Une femme languiroit & scheroit +d'ennui ct d'un homme de cette nature, +car elle a beau l'exciter, ses efforts sont +inutiles, c'est pourquoi n'ayant ni les douceurs +du mariage, ni l'apparence d'en jour, +elle s'affligeroit en secret. Cela n'est point +sans xemple. L'Histoire nous apprend que +l'Empereur Constantius eut pour femme +Eusebia, Princesse trs belle, & de la +beaut de laquelle on parloit par tout +avec admiration. Constantius toit un +homme mol, effmin & affoibli par de longues +& continuelles maladies; Eusebia +qui toit dans la fleur & dans la vigueur<a name="page_126" id="page_126"></a> +de son ge, et de frquentes maladies +de femmes, & enfin se consuma, +& finit ses jours tique, sche, & dfigure +du chagrin secret, de n'avoir jamais +eu la douce & aimable compagnie +de son Epoux, sans que l'excellence de +sa beaut, la jeunesse de son ge, ni le +souverain honneur d'tre Impratrice, +ayent p lui apporter le moindre plaisir, +ni la moindre satisfaction, bien loin d'avoir +p la consoler. Cela a p tre permis + un Empereur, du moins n'a-t-on p lui +en demander raison; mais on ne peut point +permettre la mme chose un particulier +dont l'intention injuste est de rendre une +femme misrable pour satisfaire quelqu'une +de ses iniques passions; Il n'est pas +juste de le favoriser dans l'entreprise de +faire mourir une femme innocente, vierge +& martyre.</p> + +<p>2. Il pourroit arriver qu'une femme n'auroit +pas la force de sotenir une si terrible +preuve, ni assez de fermet pour rsister +aux tentations auxquelles elle se trouveroit +expose. L'esprit est prompt, mais la chair +est foible, & il ne seroit pas trop surprenant +qu'une femme ne trouvant pas chez +elle de quoi satisfaire une passion irrite, +ne reoive d'ailleurs des secours ncessaires +pour la calmer.<a name="FNanchor_198_198" id="FNanchor_198_198"></a><a href="#Footnote_198_198" class="fnanchor">[198]</a>Un de mes Amis m'a +dit en conversation, qu'il se rencontra un +jour chez un Baillif du Pas, dans le moment +qu'une femme marie un Suisse,<a name="page_127" id="page_127"></a> +vint toute m, ayant un petit enfant sur +ses bras, se plaindre lui que son mari toit +Eunuque. On lui demanda si cet enfant +qu'elle portoit n'toit point elle: Elle rpondit +qu'oui, on lui dit pourquoi donc +elle disoit que son mari toit Eunuque puis +qu'il lui avoit fait un enfant; elle repliqua +que cet Enfant n'toit point de lui, qu'elle +ayant bien remarqu qu'il ne faisoit rien qui +vaille depuis plusieurs annes qu'elle toit +avec lui, elle avoit pri un ouvrier maon +qui travailloit chez elle de lui faire voir s'il +ne feroit pas mieux: que l'ayant mise sur +un coffre qui toit prs de l, il lui avoit +fait cet enfant dans un seul coup; & que +son mari n'avoit p en faire autant dans +plusieurs annes avec tous ses efforts. Le +mari ayant t cit sa requte, & depuis +visit, on ne lui trouva point de chrmastire, +il avoua qu'il en avoit perdu un l'Arme +par un coup de fusil, & qu'il avoit +perdu l'autre par une maladie; l'affaire +ayant t envoye dans l'Universit voisine; +le mariage fut cass, & la femme +s'est marie son autre homme. Cet Eunuque +voyoit bien que sa femme ayant un +enfant, il falloit qu'elle et eu affaire avec +quelqu'autre que lui, cependant il ne disoit +mot; les gens de ce caractre ne sont +point jaloux. Je crois mme que si on proposoit +aux Eunuques qui se marient d'accorder +cette permission leur future Epouse, +dans leur Contract de mariage, ils n'en +feroient aucune difficult, cela ne seroit +pas sans exemple. Je n'allguerai pas le<a name="page_128" id="page_128"></a> +Jugement solemnel rendu contre un Cocu +qui se plaignoit, dans lequel il est condamn + reprendre sa femme & faire cesser +les bruits qu'il avoit rpandus, fond +sur ceci qui est le motif de l'Arrt tel qu'il +lui a t prononc,<a name="FNanchor_199_199" id="FNanchor_199_199"></a><a href="#Footnote_199_199" class="fnanchor">[199]</a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Sois persuad que Cocuage</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Est la Clause de Mariage</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Clause observe xactement,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Et quand une femme y renonce</i><br /></span> +<span class="i0"><i>On l'en relve en jugement,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>C'est en sa faveur qu'on prononce.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>La Loi pour ce fait seulement</i><br /></span> +<span class="i0"><i>La traite tojours de mineure,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>J'en sai telle de soixante ans</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Qui n'est pas encore majeure.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Cette Clause tire son droit</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Des principes de la Nature</i><br /></span> +<span class="i0"><i>C'est en vain qu'un mari murmure</i><br /></span> +<span class="i0"><i>S'il prend le Cas pour une injure.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Je ne rapporterai pas non plus diverses +dcisions que l'on trouve dans le Cocu +imaginaire de Molire parce que tout +cela n'est que fiction; mais je rapporterai un +xemple trs vritable dont voici le cas; +La feu Comtesse de Moret avoit t marie +en troisime nces Mr. de Vardes +Gouverneur de la Capelle, & en avoit eu +ce Mr. de Vardes, Capitaine de cent Suisses, +que le Roi de France envoya en Espagne +ds que son mariage avec l'Infante +fut concl, pour complimenter de sa part<a name="page_129" id="page_129"></a> +la future Reine; cette Comtesse de Moret +fut aussi mre du Comte de Moret btard +de Henri IV. qui fut tu proche de +Castelnaudary en l'anne 1632, lors que +Mr. de Montmorancy fut pris en Languedoc; +c'est elle qui est clbre dans l'Euphormion +de Barclay sous le nom de Casina, +il y est dit qu'elle fut aussi marie +au Comte de Cesy Sancy qui depuis fut +envoy Ambassadeur Constantinople, & +on y voit la description d'un Contract de +mariage d'un homme qui veut bien tre +Cocu, & qui promet & s'oblige le souffrir; +clause qui fut xcute paisiblement +& sans aucun empchement: Peut-tre +cette Dame s'toit-elle mal trouve dans +ses mariages prcdens de n'avoir pas pris +cette prcaution dans ses Contracts. Cette +prcaution seroit d'autant plus juste & +plus raisonnable aux femmes des Eunuques +que ces hommes effminez ne peuvent faire +eux-mmes ce qu'ils doivent; Et ils +sont d'autant plus traitables sur cet article, +que ne pouvant s'acquitter de leurs +devoirs, ils consentent, pour viter les +plaintes & les reproches, qu'une femme +se satisfasse comme elle peut. Ils les y +portent mme trs souvent, & ils leur en +fournissent eux-mmes les moyens quand +il en est ncessaire. Et s'il arrive quelquefois +que leurs femmes ayent du panchant +au libertinage & la dbauche, ils +favorisent leur inclination & profitent de +leur prostitution. Tmoin ce Didyme effmin<a name="page_130" id="page_130"></a> +contr lequel<a name="FNanchor_200_200" id="FNanchor_200_200"></a><a href="#Footnote_200_200" class="fnanchor">[200]</a>Martial a fait une +Epigramme si satyrique. C'a t le seul +Eunuque qui ait eu une femme, du moins +qui soit de ma connoissance. Et ce Didyme +confirme ce que je viens de dire, car +il produisoit lui-mme sa femme, & en +faisoit un infame commerce dans la v +de s'enrichir.</p> + +<p>3. Il se rencontreroit beaucoup de femmes +qui, de peur de tomber dans l'un ou +dans l'autre de ces deux extrmitez que je +viens de remarquer, ne voudroient jamais +s'engager dans le mariage sans avoir mis + l'preuve celui qui les rechercheroit, & +sans avoir mis en pratique le conseil qu'Ovide<a name="FNanchor_201_201" id="FNanchor_201_201"></a><a href="#Footnote_201_201" class="fnanchor">[201]</a> +a donn aux Amans de tous les sicles, +c'est dire, de prendre garde, <i>unde +legat quod amet ubi retia ponat</i>; car pour suivre +la mme ide de ce Pote,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Scit ben Venator, Cervis Ubi retia tendat.</i><a name="FNanchor_202_202" id="FNanchor_202_202"></a><a href="#Footnote_202_202" class="fnanchor">[202]</a><br /></span> +</div></div> + +<p>Mais les femmes n'ont pas un pressentiment +secret de la validit, ou de l'invalidit +d'un homme; Ainsi elles voudront +s'en assurer en personnes sages avant que +de serrer les nœuds d'un lien indissoluble; +ce n'est plus la cotume de faire mettre +les hommes nuds avant que de solemniser +leurs mariages, Platon le vouloit ainsi<a name="FNanchor_203_203" id="FNanchor_203_203"></a><a href="#Footnote_203_203" class="fnanchor">[203]</a>. +Ceux qui croyoient que c'toit afin de voir +la beaut & la belle disposition d'un corps, +se trompent; ce n'toit que pour voir <a name="page_131" id="page_131"></a> +l'œil par l'inspection des parties si l'homme +ne vouloit pas tromper une femme; Cela +toit d'autant plus ncessaire que tout +le monde n'toit pas, & n'est pas encore +d'aussi bonne foi que le Pre de l'Empereur +Galba, Sutone dit<a name="FNanchor_204_204" id="FNanchor_204_204"></a><a href="#Footnote_204_204" class="fnanchor">[204]</a> qu'il toit de +petite taille, & bossu, que cependant, +Livia Ocellina fille belle & riche en toit +amoureuse cause de sa Noblesse, mais +qu'il se dvtit, & lui montra l'imperfection +de son corps, de peur qu'elle l'ignorant +ne se trouvt trompe dans la suite. +Je ne sai d'ailleurs si cette inspection suffiroit, +car il y a peu de filles qui sachent + quoi il tient qu'un homme soit capable +d'tre mari; Ce n'est que par l'usage +qu'elles s'en instruisent;<a name="FNanchor_205_205" id="FNanchor_205_205"></a><a href="#Footnote_205_205" class="fnanchor">[205]</a>Mr. de Thou +rapporte que Charles de Quellenec, Baron +de Pont en Bretagne, avoit pous +Catherine de Parthenas, fille & hritire +de Jean de Soubize, mais qu'il y avoit dja +quelque tems que la mre de sa femme lui +avoit fait un procs pour faire rompre son +mariage, sous prtexte qu'elle prtendoit +qu'il toit impuissant; Que son procs +n'toit point encore termin lors du Massacre +de la S. Barthlemi, dans lequel il +fut tu; Que son corps ayant t jett +comme les autres, devant le Louvre, & +expos la v du Roi, de la Reine, & +de toute la Cour, un grand nombre de +Dames qui n'avoient point d'horreur d'un +spectacle si cruel, & qui regardoient curieusement +et sans honte, ces corps tout<a name="page_132" id="page_132"></a> +nuds, jettrent particulirement les yeux +sur le Baron de Pont, & l'xaminrent +avec soin pour voir si elles pourroient dcouvrir +la cause ou les marques de l'impuissance +qu'on lui avoit reproche. Je doute +qu'avec toute leur application xaminer +ces objets elles en ayent t plus savantes +sur ce sujet. Les Dames Romaines ne +se contentoient pas de la v, elles jugeoient +des hommes sur un tmoignage +plus sr, sur la force & sur l'adresse qu'ils +faisoient parotre dans les jeux publics. +Il ne falloit que cela pour tre regard +par une femme Romaine comme un homme +accompli.<a name="FNanchor_206_206" id="FNanchor_206_206"></a><a href="#Footnote_206_206" class="fnanchor">[206]</a><i>Sed gladiatorem fecit hoc illos +Hyacinthos</i>; ces prcautions ne sont point +inutiles quand on songe que c'est pour +toute sa vie qu'on s'engage, car nous ne +sommes plus au tems qu'on faisoit des +Contracts de Mariage <i>ad tempus</i>.<a name="FNanchor_207_207" id="FNanchor_207_207"></a><a href="#Footnote_207_207" class="fnanchor">[207]</a> Comme +celui que Mr. de Varillas<a name="FNanchor_208_208" id="FNanchor_208_208"></a><a href="#Footnote_208_208" class="fnanchor">[208]</a> dit avoir v +dans la Bibliothque du Roi, fait entre +deux personnes de qualit du Comt d'Armagnac, +pour sept ans seulement, se rservant +nanmoins la libert de le prolonger +s'il toit trouv propos.</p> + +<p>4. Il arriveroit que des femmes qui auroient +eu trop de vertu pour commencer +leur mariage <i>ab illicitis</i>, & par un crime, +& qui ne pourroient demeurer toute leur +vie dans l'inaction prs d'un phantme de +mari, seroient contraintes de faire du vacarme +pour en tre spares. Une honnte<a name="page_133" id="page_133"></a> +femme ne trouve sa consolation que dans +un poux, comme le disoit Agrippine +Tibre lors qu'elle lui demandoit un mari; +En effet, quand une femme n'est point +honnte elle trouve suffisamment hors du +mariage de quoi contenter la nature; on +rencontre rarement des femmes de l'humeur +de celles de Domitius Tullus dont +Pline fait l'histoire dans l'une de ses Eptres, +& qui est rapporte avec des Rflxions +enjoues,<a name="FNanchor_209_209" id="FNanchor_209_209"></a><a href="#Footnote_209_209" class="fnanchor">[209]</a>par Mr. Bayle dans l'article +d'Afer. Ce qui est rapport dans le +Mnagiana est assez le got commun des +femmes. Il y est dit que dans une compagnie +d'hommes & de femmes, on s'entretenoit +de l'air que devoient avoir un +homme & une femme pour tre bien faits; +Quelqu'un dit que pour tre bien fait un +homme devoit tenir de l'homme & sentir +son homme, & que pour les femmes il +n'aimoit point celles qui toient homasses, +& moi, reprit une femme aussi-tt, +je suis de vtre sentiment, je n'aime point +les hommes effminez. On peut ajoter +pour Commentaire de ces paroles qu'elles +n'aiment point les maris, tels que celui +dont parle Mr. de la Fontaine.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Qui mainte fte sa femme allguoit</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Mainte vigile, & maint jour friable:</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Les autres jours autrement s'excusoit</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Sans oublier l'Avent ni le Carme.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Vierge n'toit, Martyr, ni Confesseur</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Qu'il ne chommt, tous les savoit par cœur,</i> &c.<br /></span> +</div></div> + +<p><a name="page_134" id="page_134"></a></p> + +<p>Nous ne sommes plus au tems de Jean V. +Duc de Bretagne qui disoit<a name="FNanchor_210_210" id="FNanchor_210_210"></a><a href="#Footnote_210_210" class="fnanchor">[210]</a> qu'il tenoit une +femme assez sage quand elle savoit mettre +diffrence entre le pourpoint & la chemise +de son mari. D'ailleurs, quand il y +en auroit encore de telles, il est certain +que plus elles sont grossires, & moins elles +entendent raison sur ce chapitre. Lors +que la nature parle & que la raison ne la +retient point, elle veut tre absolument +obe. Mr. de Varillas met en fait que +les femmes les plus spirituelles ont tojours +t les plus faciles.<a name="FNanchor_211_211" id="FNanchor_211_211"></a><a href="#Footnote_211_211" class="fnanchor">[211]</a>Torquato Tasso a +fait un discours exprs pour le prouver; +Et Mr. de Voiture s'est plaint d'avoir souvent +trouv des Bergres trop grossires +pour tre trompes par un habile homme: +les plus fines entendent mieux raison. De +sorte que les grossires & les fines se laissent +aussi difficilement tromper l'une que +l'autre, sur le chapitre dont il s'agit.</p> + +<p>Je me suis tonn en lisant l'extrait que +Mr. Bernard a fait du Recueil des Traitez +de Paix, &c. de voir qu'il y traite +de malheureuse Marguerite Duchesse de +Carinthie, laquelle l'Empereur Lous +de Bavire a accord des lettres de divorce +d'avec Jean fils du Roi de Bohme pour +cause d'impuissance; voici ses termes. +La pice, dit-il, est considrable...... +par la manire dont cette malheureuse<a name="page_135" id="page_135"></a> +Princesse explique qu'elle en a us, & +par les soins qu'elle dit avoir pris pour +faciliter son mari les moyens de lui +rendre les devoirs d'un vritable Epoux. +Il rapporte les termes dans lesquels la chose +est con, mais il dit qu'il ne les traduit +pas.</p> + +<p>Puis que j'ai dit que je me suis tonn; +il est bon que je dise aussi la raison de mon +tonnement. D'un ct cette Epithte +de <i>malheureuse</i> ne peut pas avoir t donne +par Mr. Bernard cette Duchesse, +pour avoir obtenu des lettres de Divorce, +car au contraire elle doit tre rpute avoir +t bien heureuse d'avoir t spare d'un +homme impuissant; non seulement la justice +qu'on lui a faite cet gard, mais +encore la dlivrance d'un joug si pesant +mritoit qu'on la qualifit bien-heureuse, +pltt que malheureuse. Si Mr. Bernard +avoit parl de cette Dame par rapport au +tems qu'elle toit sujette son mari, il +auroit eu raison de la traiter de malheureuse +parce qu'elle l'toit en effet; mais +il en parle par rapport au tems de sa libert, +& en ce cas elle avoit t malheureuse, +mais elle ne l'toit plus. Mr. Bernard +est un homme trop judicieux pour +avoir fait cette mprise; c'est donc parce +qu'elle a os demander des lettres de +divorce, se plaindre de l'impuissance de +son mari, dire les raisons qui la justifioient +& les moyens par lesquels elle s'en toit +convaincu, & par lesquels elle en persuadoit +ses Juges. Or Mr. Bernard est<a name="page_136" id="page_136"></a> +trop bon Thologien & trop bon Politique, +& il sait trop bien l'Histoire Ecclsiastique +& Prophane pour ignorer que +la Religion, la conscience, l'honneur & +la pudeur, n'obligent point une femme +qui n'a pas assez de courage naturellement +pour souffrir le Martyre & pour se laisser +mourir petit feu, qui ne peut pas y suppler +par des souffrances volontaires & qui +n'a pas la force de se mortifier par une +longue & perptuelle continence, demeurer +auprs d'un mari impuissant & incapable +de lui rendre les devoirs de mari; +s'il croyoit que la conscience & la Religion +obligent une femme qui se trouve +dans ce cas y demeurer & y garder un +profond silence, il tomberoit dans l'Hrsie +de ces Abeliens dont Saint Augustin +rfute l'erreur dans le chapitre 87. de son +Livre <i>des Hrsies</i>. S'il croyoit que l'honneur +& la pudeur exigent d'elle cette patience +outre, il donneroit dans la vision +de ces fanatiques qui croyent qu'il vaut +mieux souffrir la mort que de dcouvrir +un Mdecin, ou un Chirurgien, une +partie secrette qui seroit attaque; & qui +ont mis au nombre de leurs Saintes Marie +fille de Charles le Hardy Duc de Bourgogne, +marie l'Empereur Maximilien +I., fils de Frideric III. Un cheval fougueux +que l'on avoit donn cette Princesse, +la secoua & la fit tomber si rudement +qu'elle en eut la cuisse rompu; elle +en mourut n'ayant p gagner sur sa pudeur +d'exposer le haut de sa cuisse la v<a name="page_137" id="page_137"></a> +des Chirurgiens & des Mdecins qui apparemment +l'auroient p gurir. Mr. Bernard +feroit donc bien de s'expliquer un +peu plus clairement au hazard de faire ses +extraits un peu plus longs; car on peut +dire qu'il lui arrive quelquefois d'tre fort +obscur, parce qu'il veut affecter d'tre +fort court. En attendant qu'il s'explique, +je veux lui faire la justice de croire qu'il +n'a pas donn dans les sentimens que je +viens de remarquer, mais qu'il a donn +dans cette pense de Mr. Boileau;<a name="FNanchor_212_212" id="FNanchor_212_212"></a><a href="#Footnote_212_212" class="fnanchor">[212]</a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Jamais la biche en rut n'a pour fait d'impuissance</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Tran du fond des bois un cerf l'Audience,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Et jamais Juge entr'eux ordonnant le Congrs</i><br /></span> +<span class="i0"><i>De ce burlesque mot n'a sali ses Arrts.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>Si cela est, il n'a pas pris garde qu'on a +fait voir aux Moralistes qu'ils se trompent +fort lors que pour donner de la confusion + l'homme sur ses dfauts ils le conduisent + l'cole des btes; je le prierois d'en +voir les preuves dans le Dictionaire de +Mr. Bayle, si je n'tois averti qu'il ne lit +point les Ouvrages de cet illustre Auteur. +Mr. de Beauval<a name="FNanchor_213_213" id="FNanchor_213_213"></a><a href="#Footnote_213_213" class="fnanchor">[213]</a> pourra donc le dtromper +sur ce sujet, & lui faire voir en particulier, +que l'xemple de la biche n'est point +juste, s'il veut se donner la peine de lire +l'extrait que cet Ecrivain savant & judicieux +a fait de ce Dictionnaire. Je dirai<a name="page_138" id="page_138"></a> +seulement, que si cette Duchesse de Carinthie, +dont Mr. Bernard parle, toit +coupable, le corps de droit entier, mriteroit +d'tre condamn; il fournit aux +femmes des actions & des loix contre leurs +maris Eunuques, ou impuissans, au lieu +que, selon la Thologie scrupuleuse de +Mr. Bernard, il devroit rprimer l'incontinence +de ces femmes, & s'crier contre +celles qui oseroient se plaindre.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_V-b" id="CHAPITRE_V-b"></a>CHAPITRE V.</h3> + +<p class="headg"><i>Les Loix Civiles deffendent +le mariage des Eunuques.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Omme le mariage d'un Eunuque ne +peut pas subsister, il a t de la prudence +des Lgislateurs de ne point permettre +qu'il ft contract. L'honntet +publique, ni la Justice, ne veulent pas +qu'on laisse faire des choses qu'elles ne +peuvent pas laisser subsister;<a name="FNanchor_214_214" id="FNanchor_214_214"></a><a href="#Footnote_214_214" class="fnanchor">[214]</a><i>Dirimunt +matrimonium contractum, impendiunt matrimonium +contrahendum</i> C'est une maxime que +les Canonistes qui ont crit sur le chapitre +unique <i>de Sponsalibus & Matrimoniis</i> +ont solidement tablie.<a name="FNanchor_215_215" id="FNanchor_215_215"></a><a href="#Footnote_215_215" class="fnanchor">[215]</a>Elle est conforme + la disposition du Droit Civil, il deffend +de faire les fianailles avec les personnes<a name="page_139" id="page_139"></a> +entre lesquelles il empche de contracter +mariage. <i>Quamvis</i>, dit-il, <i>verbis +orationis cautum sit, ne uxorem tutor pupillam +suam ducat, tamen intelligendum est ne desponderi +quidem posse; Nam cum qu nupti contrahi +non possunt, hc plermque ne quidem +desponderi potest. Nam qu duci potest, jure +despondetur</i>; l'argument est peu prs pareil, +<i>a Nuptiis permissis ad sponsalia permissa; +ab iisdem prohibitis ad eadem sponsalia interdicta; + matrimonio valido ad matrimonium +contrahendum; & ab eodem invalido ad idem +interdicendum</i>. Puis que le Contract de +mariage & les solemnitez qui se font ensuite, +ne sont & ne marquent autre chose +qu'une promesse qui est faite entre deux +personnes, de se rendre les devoirs de mari +& de femme, il est manifeste que ceux +qui ne peuvent pas se les rendre ne doivent +pas se marier, & que les mmes raisons +qui dissoudroient le mariage s'il toit contract, +doivent empcher qu'on ne le +laisse contracter en effet; L'Empereur +Leon qui a dcid nettement le cas<a name="FNanchor_216_216" id="FNanchor_216_216"></a><a href="#Footnote_216_216" class="fnanchor">[216]</a>, est +all bien plus loin; car non seulement il +a deffendu aux Eunuques de se marier, +mais mme il a prononc & donn une +peine contre ceux qui se marieroient, & +contre celui qui les pouseroit; c'est dans +la Constitution 98. qui a pour ttre, <i>de +pœna Eunuchorum si uxores ducant</i>; Le motif +de cette ordonnance est trs beau, c'est, +dit-elle, que ce mariage n'tant rien de +rel, on ne peut srieusement l'accompagner<a name="page_140" id="page_140"></a> +des Crmonies Sacres qui font une +partie de l'essence du mariage. Elle mrite +d'tre l toute entire, & je la rapporterois +sans en rien obmettre, si elle +n'toit un peu trop longue par rapport +la brvet de cet Ouvrage; mais voici +quoi elle aboutit, <i>propterea sancimus</i>, dit-elle, +<i>ut si quis Eunuchorum ad matrimonium +procedere comperiatur, & ipse stupri pœn obnoxius +sit, & qui sacerdos istiusmodi conjonctionem +profanato sacrificio perficere ausus fuerit +Sacerdotali dignitate denudetur</i>.<a name="FNanchor_217_217" id="FNanchor_217_217"></a><a href="#Footnote_217_217" class="fnanchor">[217]</a>L'Histoire +dit qu'Auguste mit ordre la confusion +avec laquelle on avoit accotum +de voir les Jeux, il assigna chacun la +place qui lui toit d, les hommes mariez +entr'autres, ceux mme de basse condition +y avoient la leur.<a name="FNanchor_218_218" id="FNanchor_218_218"></a><a href="#Footnote_218_218" class="fnanchor">[218]</a>Mais Martial +nous apprend que les Eunuques n'osoient +pas s'asseoir sur leurs bancs, ni se mler +parmi eux. Voici comme il parle Dydime, +qui d'un ton superbe parloit des Edits +de Domitien concernant les Thatres, & +de l'esprance qu'il avoit qu'ils seroient +observez.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Spadone cm sis eviratior fluxo</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Et concubino mollior Celeno,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Quem sectus vlulat matris Enthe Gallus,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Theatra loqueris & gradus & Edicta</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Trabeasque & Idus fibulasque censusque,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Et pumicata pauperes manu monstras.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Sedere in equitum liceat an tibi scamnis</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Videbo, Didyme: non licet maritorum.</i><br /></span> +</div></div> + +<p><a name="page_141" id="page_141"></a></p> + +<p>Ce Didyme avoit une femme, cependant +on ne le considroit pas comme un homme +mari, parce qu'il toit Eunuque. La +Constitution de l'Empereur Leon n'toit +pas encore donne, car on peut dire que +depuis ce tems il n'y a point d'xemple +qu'aucun Eunuque ait eu la permission de +se marier, except celui de Saxe Gotha +dont je parlerai dans la suite. Toutes les +Socitez Ecclsiastiques ne se sont pas contentes +d'improuver & de blmer ces sortes +de mariages, elles les ont mme expressment +deffendus.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_VI-b" id="CHAPITRE_VI-b"></a>CHAPITRE VI.</h3> + +<p class="headg"><i>La Religion Catholique Romaine +ne permet pas le mariage +des Eunuques.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">L</span>A Religion Romaine qui considre le +mariage comme un Sacrement, n'a +garde de permettre qu'on prophane un de +ses Mystres. Quelques xemples authentiques +que je rapporterai serviront de preuves + cet gard.</p> + +<p>Bernard Automne, Avocat clbre +au Parlement de Bordeaux, rapporte dans +la seconde partie de sa Confrence du Droit +Franois avec le Droit Romain<a name="FNanchor_219_219" id="FNanchor_219_219"></a><a href="#Footnote_219_219" class="fnanchor">[219]</a>, un cas<a name="page_142" id="page_142"></a> +qui s'est prsent de son tems au Parlement +de Paris sur ce sujet. Il fait d'abord +quelques rflxions sur le paragraphe +<i>Spadonum</i> de la Loi <i>Pomponius</i>, qui est +la sixime ff. <i>de dilitio Edicto</i>, & il trouve +trange, avec raison, qu'Ulpien qui +est Auteur de cette Loi, dcide qu'un +homme auquel on a coup un doigt de la +main, ou du pied, soit malade, ou comme +il s'exprime, <i>morbosus</i>, & qu'un Eunuque +auquel la partie du corps la plus +ncessaire manque, ne le soit pas. Il dit +que cela le surprend, qu'il n'en voit pas +la raison. Que la cause de la gnration +qui donne mme le nom d'homme la +personne qui la porte, tant retranche +ce n'est plus un homme; qu'il lui semble +que qui de vingt parties en retranche une +fait moins de tort la personne, que +quand de deux il lui en te une. Aussi +ajote-t-il, le Parlement de Paris a jug +par Arrt du 5. Janvier 1607. en faveur +de Claudine Godefroy, qu'il y avoit juste +sujet de ne point contracter mariage, +& de ne point passer outre la clbration +avec un homme avec lequel elle toit +fiance, parce que les Mdecins & les +Chirurgiens assuroient dans leur rapport +qu'il n'avoit qu'un testicule, quoi que mme +ils ajotassent qu'il pouvoit pourtant +engendrer. Le clbre Etienne Pasquier +tant autrefois consult sur un sujet peu +prs pareil, rpondit par cette Epigramme.<a name="page_143" id="page_143"></a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Esse virum tota conjunx te pernegat urbe,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Naturaque alio teste carere dolet.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Officiat ne thoro sociali res ea, cert</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Nescio, at hoc scio quod te negat esse virum.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Contra probaturum jucundo tramite dicis</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Gaudia conjugii mille peracta tibi,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Quid garris? Binos cm saltem jura requirant</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Uno te ne virum teste probare potes.</i><br /></span> +</div></div> + +<p class="nind">Il pouvoit y joindre l'Epigramme 99. du +Livre septime de Martial, qui finit par +ce Vers si expressif.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Vis dicam verum, Pontice, nullus homo es.</i><br /></span> +</div></div> + +<p class="nind">Les Dictionaires de Furetire & de Trevoux +disent au mot <i>Eunuque</i>, qu'il a t +jug par Arrt de la Grand-Chambre du +8. Janvier 1665. qu'un Eunuque ne pouvoit +pas se marier, du consentement mme +des Parties. Les Auteurs de ces +deux excellens Ouvrages ont tir cet Arrt +du Journal des Audiences<a name="FNanchor_220_220" id="FNanchor_220_220"></a><a href="#Footnote_220_220" class="fnanchor">[220]</a> & c'est encore +ce mme Arrt qui est rapport par +Mr. Claude de Ferrire qui le Public +a l'obligation d'avoir mis en Franois la +Jurisprudence Romaine, & de l'avoir +confre avec les Ordonnances Royaux, +les Cotumes de France, & les Dcisions +des Cours Souveraines.<a name="FNanchor_221_221" id="FNanchor_221_221"></a><a href="#Footnote_221_221" class="fnanchor">[221]</a>Il dit dans le tome +prmier de sa Jurisprudence du Digeste,<a name="page_144" id="page_144"></a> +qu'un Eunuque reconnu pour tel, +ne peut pas contraindre un Cur clbrer +son mariage avec une fille qui y consent.</p> + +<p>Le chapitre dixime du Livre quatrime +des Arrts d'Anne Robert, qui ne +traite que de la dissolution du mariage +pour cause de frigidit & d'impuissance, +montre que c'est une Jurisprudence constante, +que les Eunuques ne peuvent pas se +marier.</p> + +<p>Sixte Cinquime fit autrefois une Bulle +qu'il envoya en Espagne, par laquelle +il dclaroit nuls les mariages des Eunuques.</p> + +<p>Mais voici un fait historique qui est dcisif +sur ce sujet. Il est rapport par le +docte Mr. Strik, fils de l'illustre & clbre +Mr. Strik, Professeur en Droit Halle, +le vritable Papinien de ntre sicle.<a name="FNanchor_222_222" id="FNanchor_222_222"></a><a href="#Footnote_222_222" class="fnanchor">[222]</a> +Il dit dans sa dispute <i>inaugurale</i> pour le +Doctorat, dans laquelle il traite, <i>de matrimonii +nullitate</i>, qu'tant en Italie il n'y a +pas long tems, il a v qu'un des principaux +Musiciens du Duc de Mantou nomm +<i>Cortona</i>, ayant voulu pouser une fort +jolie Musicienne qui toit au service du +mme Prince nomme Barbaruccia, ils +furent obligez d'en demander la permission +au Pape qui la refusa absolument & +sans retour.<a name="page_145" id="page_145"></a></p> + +<h3><a name="CHAPITRE_VII-b" id="CHAPITRE_VII-b"></a>CHAPITRE VII.</h3> + +<p class="headg"><i>La Religion Luthrienne, ou +de la Confession d'Augsbourg, +ne permet pas le +mariage des Eunuques.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">L</span>Es Thologiens & les Jurisconsultes de +cette Communion sont fort scrupuleux +sur cette matire, & leurs motifs sont trs +judicieux & trs conformes la raison & +la Religion.</p> + +<p>Gerhard, l'un de leurs plus grands +Thologiens & qui a rduit presque tous +les Ouvrages de Luther en lieux communs, +dit prcisment dans le lieu <i>de conjugio</i><a name="FNanchor_223_223" id="FNanchor_223_223"></a><a href="#Footnote_223_223" class="fnanchor">[223]</a>, +qu'il ne doit pas tre permis une femme +d'pouser un Eunuque. Le motif qui +le porte prononcer cette dcision, est +que le mariage ayant pour but principalement +d'engendrer ligne & de se procurer +une postrit, il ne faut pas le laisser contracter + des gens qui ne sont point capables +de parvenir ce but, & tels sont, +dit-il, les Eunuques & les Spadons. Que +quoi que quelqu'un d'eux ayant encore un +chrmastere puisse connotre une femme +ils ne sont point propres au mariage; parce<a name="page_146" id="page_146"></a> +que bien loin d'engendrer des enfants, +ils ne sont pas mme capables de satisfaire +aux desirs d'une femme, ni d'teindre +l'ardeur que la nature a allume dans leur +tempramment. Le second motif de ce +grand homme est, qu'une femme ne trouvant +pas dans la personne de son mari la +satisfaction qu'elle souhaite, elle tombe +aisment dans le crime. Le troisime motif +est qu'une femme est trompe par un +phantme de mariage, comme est celui +d'un Eunuque; car soit qu'elle ait ignor +l'tat de cet homme avant que d'entrer +dans aucun engagement avec lui, soit qu'elle +en ait eu connoissance, & qu'elle ait +eu pour lors meilleure opinion de ses forces +qu'elle ne devoit, il est certain qu'elle +se trouve tojours trompe. Or les Loix +doivent prvenir ces sortes de cas, & non +seulement conseiller des femmes tmraires, +mais mme les empcher de s'exposer + un danger vident.</p> + +<p>La dlicatesse de ces Thologiens va si +loin qu'ils ne permettent pas un Hermaphrodite +de se marier, moins qu'un +sxe ne prvale si visiblement & si considrablement +sur l'autre, qu'il n'y ait rien + craindre pour les suites de son engagement; +& si cet Hermaphrodite fait difficult +de se laisser xaminer par des Mdecins, +des Chirurgiens & des Matrnes, +il se rend suspect ds l, & toute permission +de se marier lui est refuse.</p> + +<p>C'est une maxime gnrale & constante +parmi eux, que l'impuissance quelle<a name="page_147" id="page_147"></a> +qu'elle soit, & de quelque cause qu'elle +procde, rend un mariage contract, +nul, le rsout, & empche, lors qu'elle +est connu auparavant, qu'on ne permette +de le contracter. Il y a nanmoins une +exception cette rgle gnrale, c'est que +si cette impuissance est survenu depuis +qu'il est contract, par quelque accident +que ce soit, elle ne le dissout point. Cela +est fond en Droit Civil, & en droit +Canon.<a name="FNanchor_224_224" id="FNanchor_224_224"></a><a href="#Footnote_224_224" class="fnanchor">[224]</a><i>Nihil enim tm humanum esse videtur +qum fortuitis casibus mulieris maritum, +& contra uxorem viri, participem esse.</i> Le +Canon <i>quod autem 27. qust. 2.</i> est positif & +prcis, <i>impossibilitas coundi</i>, dit-il, <i>si post +carnalem copulam inventa fuerit in aliquo, non +solvit conjugium;<a name="FNanchor_225_225" id="FNanchor_225_225"></a><a href="#Footnote_225_225" class="fnanchor">[225]</a>si ver ante carnalem copulam +deprehensa fuerit, liberum facit mulieri +alium virum accipere</i>. C'est aussi le sentiment +de Luther dans son Trait <i>de vita +conjugali</i><a name="FNanchor_226_226" id="FNanchor_226_226"></a><a href="#Footnote_226_226" class="fnanchor">[226]</a>.</p> + +<p>La Jurisprudence Ecclsiastique, ou +Consistoriale de cette Communion est conforme + celle de leurs Thologiens. Carpzovius +qui en est l'oracle en rapporte des +dcisions dans la Jurisprudence Ecclsiastique, +ou Consistoriale.<a name="FNanchor_227_227" id="FNanchor_227_227"></a><a href="#Footnote_227_227" class="fnanchor">[227]</a>Le nombre +deuxime de la dfinition seizime du ttre +premier porte prcisment ces mots, +<i>non permittendum mulieri ut Eunucho nubat</i>. +J'avou que j'ai l avec quelqu'tonnement<a name="page_148" id="page_148"></a> +dans l'extrait que le savant Mr. de +Beauval vient de nous donner d'un Livre +de Mr. Brucknerus qui a pour ttre, <i>Dcisions +du Droit Matrimonial</i>,<a name="FNanchor_228_228" id="FNanchor_228_228"></a><a href="#Footnote_228_228" class="fnanchor">[228]</a>Que le cas +s'tant prsent la Cour de S. A. E. de +Saxe, un Eunuque Italien son Chambellan +ayant pous une jeune fille qui toit avertie +de son tat, & du consentement de +son pre, quelques Thologiens entreprirent +de troubler ce mariage comme nul +& invalide, & que d'autres le prtendirent +bon & valable; mais que le Souverain +ayant v les avis partagez, avoit confirm +le mariage sans tirer consquence +pour l'avenir. On peut dire au sujet +de cette discorde de sentimens entre les +Thologiens de l'Electorat de Saxe, ce +que ce mme judicieux Auteur, Mr. de +Beauval, dit ailleurs<a name="FNanchor_229_229" id="FNanchor_229_229"></a><a href="#Footnote_229_229" class="fnanchor">[229]</a> en parlant des divers +Conciles qui s'assemblrent au sujet +de la Secte des Valsiens; <i>Divers Conciles</i>, +dit-il, <i>s'assemblrent l-dessus & augmentrent +le desordre par la contradiction de leurs +Decrets. Tant il est vrai</i>, ajote-t-il, <i> la +honte de la raison humaine, que la dvotion la +plus bizarre & la plus ridicule, trouve des +Deffenseurs</i>. Il est certain, la honte de +la raison humaine, que les sentimens les +moins raisonnables trouvent des gens qui +les sotiennent. Mais le cas que je viens +de rapporter, est un cas particulier qui ne +l'emporte pas sur toutes les Dcisions publiques<a name="page_149" id="page_149"></a> +& gnrales, d'autant moins que +le Prince mme qui l'a autoris a dclar +que c'toit sans tirer consquence pour +l'avenir. D'ailleurs, quand il l'auroit +autoris purement & simplement il n'en +seroit pas plus valide, & cette permission +ne lui donnerait pas plus de force; car +par la disposition du Droit, les mariages +deffendus par les Loix ne sont pas moins +injustes & illicites, quoi que le Prince +ait permis par rescript, de les contracter, +parce que ces mariages tans contraires +aux Loix, le rescript qui a t obtenu portant +permission de les contracter est cens +tre subreptice, & avoir t obtenu du +Prince par surprise.<a name="FNanchor_230_230" id="FNanchor_230_230"></a><a href="#Footnote_230_230" class="fnanchor">[230]</a>Voici les termes +de la Loi. <i>Precandi quoque imposterm super +tali conjugio (Im potius contagio) cunctis +licentiam denegamus ut unus quisque cognoscat +impetrationem quoque rei cujus est denegata +petitio, <a name="FNanchor_231a_231a" id="FNanchor_231a_231a"></a><a href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">[231]</a>nec si per subreptionem post hanc +diem obtinuerit, sibimet profuturam.</i></p> + +<p>Au reste, il auroit t fort souhaiter +que Mr. de Beauval, qui nous rapporte +ce cas, & qui raisonne avec tant de solidit +& de justesse sur toutes les matires +qu'il traite, eut bien voulu nous dire +son sentiment sur cette clbre question +du mariage des Eunuques; on a fait grace +trs souvent sa modestie, j'en donnerai +quelques preuves afin qu'on ne croye +pas que je le charge mal propos d'une +obligation & d'une reconnoissance qu'il +ne doit point. Aprs, par xemple,<a name="page_150" id="page_150"></a> +qu'il a donn un extrait fort xact & fort +judicieux du Trait de la Nature & de la +Grace, de Mr. Jurieu, il le finit par ces +paroles humbles,<a name="FNanchor_231_231" id="FNanchor_231_231"></a><a href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">[231]</a>que, <i>comme cet Ouvrage +est plein de Rflxions trs mtaphisiques, on +lui pardonnera s'il a bronch quelque part</i>. +Parle-t-il de la Rponse d'un nouveau Converti + la lettre d'un Rfugi pour servir +d'adition au Livre de Dom Denis de Ste. +Marthe, intitul, <i>Rponse aux plaintes +des Protestants</i>; aprs avoir raisonn en habile +Politique sur cette matire, il finit +par ces paroles modestes; <i>mais rentrons +dans les bornes de ntre territoire dont nous +avons tant rsolu de ne point sortir, & ne +faisons point de course dans la Politique sur +laquelle d'autres travaillent avec tant de succs</i>. +Il s'excuse trs souvent sous divers prtextes, +comme on pourroit le voir par les +renvois que je mets la marge, & il s'excuse +sous divers prtextes, & quoi qu'on +sache qu'il est trs capable de manier +adroitement les matires qu'il rejette par +humilit, on a fait grace, je le rpte, +on a fait grace trs souvent sa modestie. +Mais ici il n'a point d'excuse, il s'agit +d'une question qui est entirement de son +ressort, moins qu'il n'ait cr que le sujet<a name="page_151" id="page_151"></a> +tant trop riche l'auroit engag sortir +des bornes d'un extrait, & faire un +Trait complet. Peut-tre qu'il a v que +c'toit une matire si rebattu, qu'il n'toit +pas ncessaire de la prsenter encore +au Public dans cette occasion, dans laquelle +il ne se propose que de faire l'extrait +du Livre qui lui tombe entre les +mains, & non pas de traiter fond les +sujets dont il s'y agit. En effet, il dit<a name="FNanchor_232_232" id="FNanchor_232_232"></a><a href="#Footnote_232_232" class="fnanchor">[232]</a> +que, <i>la question s'il est permis aux Eunuques +de contracter mariage t souvent agite</i>. Il a +raison en cela certain gard. Il est vrai +que Melchior Inchoffer a fait un Ouvrage +<i>de Eunuchismo</i> qui a t imprim Cologne +in 8. en l'anne 1653. Nous avons +la dissertation <i>de Eunuchis</i> de Gaspar Loischerus +imprim Leipsik in 4. en l'anne +1665. On a v un Sermon Anglois de Samuel +Smith sur la conversion de l'Eunuque +du chapitre huitime des Actes des Aptres, +imprim Londres in 8. en l'anne +1632. Il y a un Trait de <i>Franc. de Amoya, +Batici</i>, intitul, <i>Eunuchus</i>, sur la Loi <i>Eunuchis. +<small>V</small>. c. qui testamenta facere possunt</i>, & qui +se trouve dans ses observations imprimes + Geneve in folio en l'anne 1656. Il y +a un Trait de Marcell. Francolinus <i>de +Matrimonio spadonis utroque testiculo carentis</i>, +imprim Venise in 4. en l'anne 1605. +Il y a un autre Trait <i>de Eunuchis</i>, de +Thophile Raynauld, dont Mr. Bayle se +sert souvent trs propos. La Lettre +112. de la Mothe le Vayer, qui se trouve<a name="page_152" id="page_152"></a> +dans le tome onzime de ses œuvres, +traite des Eunuques en gnral. Nous +avons enfin la Dissertation de Saldenus <i>de +Eunuchis</i>, qui est la sixime du Livre troisime +de ses <i>Otia Theologica</i>. Et un Recueil +de consultations & de dcisions sur ce sujet, +dont je parlerai dans la suite de cet +Ouvrage. Mais je dirai pour ma justification, +d'avoir entrepris de traiter de cette +matire aprs tant de grands hommes, & +non pas pour rfuter ce que dit Mr. de +Beauval, que la plpart de ces Auteurs +ne se trouvent plus que dans les Catalogues, +ou dans les Bibliothques, & que +d'ailleurs, ils traitent des Eunuques en +gnral, & descendent peu dans le dtail. +La question dont il s'agit ici y est +entr'autres fort rarement & fort brivement +traite. On en voit quelque chose +dans les Ouvrages des Jurisconsultes, des +Mdecins, & des Thologiens, on y trouve +quelquefois des prjugez qu'ils ont rapportez; +mais outre que tout ce qui y est +ainsi rpandu est fort succinct, on ne peut +point dire qu'on puisse en induire une Jurisprudence, +ou une Thologie Casuistique +certaine & universelle sur le mariage +des Eunuques.</p> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/ill_pg152.png" width="74" height="79" alt="" title="" /> +</p> + +<p><a name="page_153" id="page_153"></a></p> + +<h3><a name="CHAPITRE_VIII-b" id="CHAPITRE_VIII-b"></a>CHAPITRE VIII.</h3> + +<p class="headg"><i>La Religion Rforme ne permet +pas le mariage +des Eunuques.</i></p> + +<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L n'est pas difficile de faire voir que la +Religion Rforme ne permet pas le +mariage des Eunuques. Il n'y a aucune +autre Communion Chrtienne qui se soit +dclare aussi formellement qu'elle sur ce +sujet, outre qu'il est tout fait oppos + l'Esprit dont elle est anime, & la +Doctrine qu'elle professe, elle en a fait +un Canon exprs de sa Discipline: Discipline +que l'on sait tre le rsultat, ou +pltt la Quintessence de ses Synodes Nationaux. +Cet article est le quatorzime du +chapitre treizime qui traite des mariages; +voici quels en sont les termes.</p> + +<p><i>Comme ainsi soit que la principale occasion +du mariage soit d'avoir ligne & de fuir paillardise, +le mariage d'un homme notoirement +Eunuque, ne pourra tre re ni solemnis en +l'Eglise Rforme.</i></p> + +<p>Le clbre Mr. de Larroque qui a fait +voir la conformit de cette Discipline +avec celle des anciens Chrtiens, montre +que telle toit la Jurisprudence de l'Eglise +primitive. J'avou que cette Discipline<a name="page_154" id="page_154"></a> +ne faisoit loi qu'en France, mais depuis +que l'Edit de Nantes y a t rvoqu, +que les Rformez ont t contraints +d'en sortir, & que la plpart d'eux +se sont rfugiez dans le Brandebourg, +Sa Majest le Roi de Prusse l'a autorise +dans ses Etats pour ce qui concerne les +Franois qui y sont tablis<a name="FNanchor_233_233" id="FNanchor_233_233"></a><a href="#Footnote_233_233" class="fnanchor">[233]</a>, & en a ordonn +l'xcution lors qu'on pourroit s'y +conformer sans donner atteinte ses Droits +Episcopaux; de sorte que c'est une Loi +en Brandebourg parmi ces nouveaux Sujets, +aussi sacre qu'elle l'toit en France. +C'en est une aussi parmi ses anciens Sujets, +& parmi tous les Protestans d'Allemagne. +C'est ce qu'on peut voir par un +Livre imprim Halle en l'anne 1685. +& recueilli par Jrme Delphinus, qui a +pour ttre, <i>Eunuchi conjugium, Die Kapaunen +heyrath. Hoc est scripta & judicia varia de +conjugio inter Eunuchum & virginum Juvencelam +anno 1666. contracto, quibusdam supremis +Theologorum Collegiis petita, poste hinc +inde collecta, ab Hieronimo Delphino C. P. +Hal apud Melchiorem Delschlagen 1685.</i> +Et par la Dcision donne sur le cas que +j'ai rapport dans le chapitre quatrime de +la seconde Partie.</p> + +<p>La Rpublique de Geneve a re la +mme Jurisprudence, & divers cas qui s'y +sont prsentez font voir qu'elle y est observe. +Paul Cyprus dit dans son excellent +Trait <i>de Connubiorum</i> jure, que cette<a name="page_155" id="page_155"></a> +sage Rpublique a une Loi qui deffend +aux hommes de se marier avant +l'ge de dix-huit ans, & aux filles avant +quatorze, & qu'il ne suffit pas de compter +les annes, mais qu'il faut avoir +gard principalement la vigueur du +corps & du tempramment, en ces termes,<a name="FNanchor_234_234" id="FNanchor_234_234"></a><a href="#Footnote_234_234" class="fnanchor">[234]</a> +<i>Qu'avec l'ge on ait gard ce que +la corporence portera</i>. Il est vrai que les +Rlations du Levant nous apprennent, +que les Banians Gentils de ce Pas, estiment +tellement la conjonction matrimoniale, +qu'ils se marient presque tous ds +l'ge de sept ans; & elles ajotent, que +s'ils meurent, comme il arrive quelquefois, +avant que d'tre mariez, la cotume +est de louer & de gager une fille qu'ils +font coucher avec le mort pour lui donner +cet avantage d'avoir t mari avant que +son corps fut brl selon la cotume du +Pas. <a name="FNanchor_235_235" id="FNanchor_235_235"></a><a href="#Footnote_235_235" class="fnanchor">[235]</a>Mais Mr. le Vayer fait diverses rflxions +qui font voir que cette cotume +n'est pas tout fait vaine, & que s'ils se +marient sept ans, ils sont capables du +mariage autant que d'autres Peuples le +sont dans un ge plus avanc. La diverse +position des lieux, dit-il, rend nos temprammens +si diffrens en toutes choses, +que Solin nous fera considrer des femmes +qui deviennent grosses d'enfan cinq +ans. Beato Odorico le confirme dans son +Itineraire; & l'on a v depuis peu de tems +dans le Royaume du Mogol une fille ge<a name="page_156" id="page_156"></a> +de deux ans seulement qui avoit le sein +gros comme une nourrice, & qui ayant +eu ses purgations un an aprs, accoucha +d'un garon.</p> + +<p>La mme Jurisprudence Ecclsiastique +est tablie en Angleterre comme il parot +par le chapitre septime du titre <i>de matrimonio</i><a name="FNanchor_236_236" id="FNanchor_236_236"></a><a href="#Footnote_236_236" class="fnanchor">[236]</a> +dans la Rformation des Loix Ecclsiastiques, +faite prmirement de l'autorit +de Henri VIII. & acheve & publie +ensuite par Edouard VI., ce chapitre +traite, <i>de his qu matrimonium impediunt</i>; +& voici ses termes, <i>Quorum natura +perenni aliqua Clade sic extenuata est, ut prorsus +veneris participes esse non possint, & conjugem +lateat quamquam consensus mutuus extiterit +& omni reliqua ceremonia matrimonium fuerit +progressum, tamen verum in hujusmodi conjunctione +matrimonium subesse non potest, destituitur +enim altera persona beneficio suscipiend +prolis & etiam usu conjugii caret</i>.</p> + +<p>Les Thologiens de Hollande & leurs +Jurisconsultes distinguent, de mme que +tous les autres, les causes qui empchent +le mariage, en deux classes, <i>alia</i>, disent-ils,<a name="FNanchor_237_237" id="FNanchor_237_237"></a><a href="#Footnote_237_237" class="fnanchor">[237]</a> +<i>(impedimenta) lege; Illa sunt +tas immatura, mentis impotentia, corporis ad +cohabitationem incapacitas; Ista sunt a morbo +incurabili, ut ex. gr. lepra; Culpa, +diversitate Religionis, a propinquitate sanguinis</i>. +J'avou pourtant que Votius qui est +un des plus grands hommes qui ait t<a name="page_157" id="page_157"></a> +dans les Provinces Unies depuis plusieurs +sicles, me parot hsiter sur le parti qu'il +doit prendre au sujet du mariage des Eunuques. +Il ne se dtermine point la vrit, +& renvoye l'xamen de ces sortes de +questions aux Jurisconsultes & aux Juges +auxquels il dit que la connoissance en appartient +plus lgitimement qu'aux Thologiens.<a name="FNanchor_238_238" id="FNanchor_238_238"></a><a href="#Footnote_238_238" class="fnanchor">[238]</a> +Ce sont donc eux qu'il faut consulter, +& comme le Droit Civil & le +Droit Canon sont observez dans ces Provinces, +au moins dans les cas qui ne sont +pas dterminez par leurs Loix & par leurs +Cotumes, il est ais de conclurre que le +mariage des Eunuques n'y est point permis. +Voici en un mot les cas, qui selon +les Jurisconsultes, empchent de contracter +mariage.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Lepra superveniens, furor, ordo, sanguis & absens,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Lsaque Virginitas, membri damnum, minor tas,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Ac hresis lapsus, fideique remissio, prorsus</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Sponsos dissociant & vota futura retractans.</i><br /></span> +</div></div> + +<p class="c"><i>Fin de la seconde Partie.</i></p> + +<p><a name="page_158" id="page_158"></a></p> + +<h2><a name="TROISIEME_PARTIE" id="TROISIEME_PARTIE"></a>TROISIME PARTIE.</h2> + +<div class="blockquot"><p>Dans laquelle on rpond aux objections +qui peuvent tre faites contre +ce qui est contenu dans la +seconde Partie de cet Ouvrage; +& dans laquelle on les rfute.</p></div> + +<h3><a name="CHAPITRE_I-c" id="CHAPITRE_I-c"></a>CHAPITRE PREMIER.</h3> + +<p class="head">Premire Objection.</p> + +<p><i>Que la deffense de se marier ne +doit point tre gnrale & +commune tous les Eunuques, +parce qu'il y en a qui sont capables +de satisfaire aux desirs +d'une femme.</i></p> + +<p class="head">Rponse cette Objection.</p> + +<p class="nind"><span class="letra2">P</span>Our xaminer cette Objection & pour +y rpondre avec ordre, il faut voir +premirement, de quelle nature sont +ces desirs auxquels un Eunuque est capable<a name="page_159" id="page_159"></a> +de satisfaire, s'ils sont lgitimes & +permis; & en second lieu, quels Eunuques +sont capables de satisfaire ces desirs.</p> + +<p>Arnobe<a name="FNanchor_239_239" id="FNanchor_239_239"></a><a href="#Footnote_239_239" class="fnanchor">[239]</a> dit que les Eunuques sont fort +amoureux, <i>& majoris petulanti fieri atque +omnibus postpositis pudoris & verecundi frnis +in obscœnam prorumpere vilitatem</i>; Trence +le dit en d'autres termes, <i>Ph. infanis</i>, +dit-il,<a name="FNanchor_240_240" id="FNanchor_240_240"></a><a href="#Footnote_240_240" class="fnanchor">[240]</a><i>Qui ist huc facere Eunuchus potuit. P. +Ego illum nescio qui fuerit, hoc quod fecis, +res ipsa indicat.... P. At pol ego amatores +mulierum esse audieram eos maximos, sed nihil +potesse</i>. Mais pour ne point allguer des +tmoignages si anciens, le P. Thophile +Raynauld dit dans son Livre <i>de Eunuchis</i>, +qu'il a l quantit d'exemples de commerce +impur entre des femmes & des hommes +mutilez, & il se moque de la confiance +qu'on a en eux. Andr du Verdier +dit la mme chose dans ses diverses leons, + propos de quoi il rapporte la Sentence +d'Apollonius de Tyane contre un +Eunuque du Roi de Babylone qui fut +trouv couch avec une des favorites de +ce Roi. Cependant, il est certain qu'un +Eunuque ne peut satisfaire qu'aux dsirs +de la chair, la sensualit, la passion, + la dbauche, l'impuret, la volupt, + la lubricit. Comme ils ne sont +pas capables d'engendrer ils sont plus propres +au crime que les hommes parfaits, +& ils sont plus recherchez par les femmes +dbauches, parce qu'ils leur donnent le<a name="page_160" id="page_160"></a> +plaisir du mariage sans qu'elles en courent +les risques.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><a name="FNanchor_241_241" id="FNanchor_241_241"></a><a href="#Footnote_241_241" class="fnanchor">[241]</a><i>Sunt quas Eunuchi imbelles ac mollia semper</i></span> +<span class="i0"><i>Oscula delectent & desperatio barb</i></span> +<span class="i0"><i>Et quod abortivo non est opus.</i></span> +</div></div> + +<p class="nind"><a name="FNanchor_242_242" id="FNanchor_242_242"></a><a href="#Footnote_242_242" class="fnanchor">[242]</a> +Tmoin cette femme de Petrone qui +parlant un homme qui fait cet aveu, <i>non +intelligo me virum esse, non sentio, funerata est +pars illa corporis qu quondam Achilles eram</i>, +s'exprime en ces termes, <i>Nunc etiam languori +tuo gratias ago, in umbra voluptatis diutis +lusi</i>. Cette femme toit du caractre +de cette Gellia contre laquelle Martial a +fait cette sanglante Epigramme adresse +Pannicus,<a name="FNanchor_243_243" id="FNanchor_243_243"></a><a href="#Footnote_243_243" class="fnanchor">[243]</a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Cur tantum Eunuchos habeat tua Gellia, quris?</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Pannice, vult fu..... Gellia, non parere.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>C'est cette Gellia dont Martial fait ailleurs +un si vilain portrait; & des larmes +de laquelle il parle de cette manire,<a name="FNanchor_244_244" id="FNanchor_244_244"></a><a href="#Footnote_244_244" class="fnanchor">[244]</a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Amissum non flet, cm sola est Gellia, patrem.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Si quis adest, juss prosiliunt lacrym.</i><br /></span> +</div></div> + +<p><a name="FNanchor_245_245" id="FNanchor_245_245"></a><a href="#Footnote_245_245" class="fnanchor">[245]</a>L'Ecclsiastique dit, que celui qui viole +la Justice par un jugement injuste, est +comme l'Eunuque qui veut faire violence + une jeune vierge. On sait qu'il y a eu +autrefois des Pas o les Princesses vierges<a name="page_161" id="page_161"></a> +toient confies la garde des Eunuques. +Le Sage compare la Justice une +de ces vierges, & les Juges ceux qui auroient +d la garder avec une fidlit pleine +d'un profond respect. Quelques Eunuques +sont donc capables de satisfaire +quelques desirs d'une femme, mais tous +ces desirs sont illgitimes & ne peuvent +point tre permis dans le mariage, <i>obscn +procul hinc discedite flamm</i>!<a name="FNanchor_246_246" id="FNanchor_246_246"></a><a href="#Footnote_246_246" class="fnanchor">[246]</a>Une femme +qui a ces desirs est une paillarde, & +un Eunuque qu'elle souffre dans son lit est +l'instrument de son crime. Voici la Sentence +qui les dclare coupables l'un & l'autre;<a name="FNanchor_247_247" id="FNanchor_247_247"></a><a href="#Footnote_247_247" class="fnanchor">[247]</a> +<i>origo quidem amoris honesta erat, sed +magnitudo deformis; nihil autem interest ex qua +honesta causa quis insaniat; unde & Xistus Pithagoricus +in sententiis; Adulter est, inquit, +in suam uxorem amator ardentior; In aliena +quippe uxore omnis amor turpis est, in sua nimius. +Sapiens judicio debet amare conjugem, +non affectu; non regnet in eo voluptatis impetus, +nec prceps feratur ad coitum; nihil est +fœdius qum uxorem amare quasi adulteram.</i> +Saint Jrme prononce leur condamnation +plus clairement & plus expressment; +<i>Liberorum erg</i>, dit-il, <i>in matrimonio concessa +sunt opera, voluptates autem qu de meretricum +amplexibus capiuntur in uxore sunt damnat</i>. +Les Casuistes dcident mme fort +prcisment, que les mariages qui se font +par amourette, comme on parle, sont trs +blmables. Les mariages drglez, disent<a name="page_162" id="page_162"></a>-ils, +ont t la cause du dluge;<a name="FNanchor_248_248" id="FNanchor_248_248"></a><a href="#Footnote_248_248" class="fnanchor">[248]</a>les +fils de Dieu voyans que les filles des hommes +toient belles, prirent celles d'entr'elles +qui leur avoient pl; ces mariages +furent cause de la ruine de toute la terre.</p> + +<p>Le desir lgitime & permis d'une femme +est d'avoir des enfans.<a name="FNanchor_249_249" id="FNanchor_249_249"></a><a href="#Footnote_249_249" class="fnanchor">[249]</a>Donnez moi +des enfans, disoit la chaste Rachel Jacob +son mari. Didon se voyant sur le +point d'tre abandonne de son ne, +lui parle en ces termes,<a name="FNanchor_250_250" id="FNanchor_250_250"></a><a href="#Footnote_250_250" class="fnanchor">[250]</a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Saltem si qua mihi de te suscepta fuisset</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Ante fugam soboles, si quis mihi parvulus aul</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Luderet neas, qui te tantum ore referret</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Non equidem omnin capta aut deserta videret.</i><br /></span> +</div></div> + +<p class="nind">Je veux tre mre, je veux engendrer des +enfans, & c'est pour cela que j'ai pris un +mari, c'est l le langage d'une femme +honnte & sage: & bien loin que, selon +les rgles de la fausse pudeur de certaines +gens, elle soit blamable, lors qu'elle se +plaint de ce que son mari n'est pas capable +de satisfaire ses justes desirs, & qu'elle +demande d'en tre spare, elle est au +contraire trs digne de louanges de ne +pouvoir se rsoudre faire toute sa vie les +actions d'une impudique;<a name="FNanchor_251_251" id="FNanchor_251_251"></a><a href="#Footnote_251_251" class="fnanchor">[251]</a><i>volo esse mater, +volo filios procreare & ide maritum accepi, +sed vir quem accepi frigid natur est, & non +potest illa facere propter qu illum accepi</i>. C'est<a name="page_163" id="page_163"></a> +l le but lgitime du mariage. Il est vrai +qu'on n'y parvient pas tojours; il y a des +femmes striles, mais on n'en sait pas la +cause; il ne manque rien elles, ni leurs +maris, de ce qu'il faut pour engendrer, +l'un n'a rien reprocher l'autre, c'est + Dieu qu'ils doivent demander des enfans: +ils sont dans le cas de<a name="FNanchor_252_252" id="FNanchor_252_252"></a><a href="#Footnote_252_252" class="fnanchor">[252]</a>Jacob, qui +disoit sa femme lors qu'elle lui demandoit +des enfans, <i>suis je Dieu?</i> Quoi qu'il +en soit, lors qu'on se marie, il faut suivre +le conseil que l'Ange Raphael donnoit + <a name="FNanchor_253_253" id="FNanchor_253_253"></a><a href="#Footnote_253_253" class="fnanchor">[253]</a>Tobie, Ecoutez-moi, lui dit-il, & +je vous apprendrai qui sont ceux sur qui +le Dmon a du pouvoir; lors que des +personnes s'engagent tellement dans le +mariage qu'ils bannissent Dieu de leur +cœur, & de leur esprit, & qu'ils ne +pensent qu' satisfaire leur brutalit comme +les chevaux & les mulets, qui sont +sans raison, le Dmon a pouvoir sur eux. +Mais pour vous la troisime nuit vous +recevrez la bndiction de Dieu, afin +qu'il naisse de vous deux des enfans dans +une parfaite sant. La troisime nuit +tant passe vous prendrez cette fille dans +la crainte du Seigneur, & dans le desir +d'avoir des enfans, pltt que par un +mouvement de passion, afin que vous +ayez part la bndiction de Dieu.</p> + +<p>Tous les Eunuques ne sont pas capables +de satisfaire mme ces desirs impurs dont +je viens de parler; les Jurisconsultes distinguent +les Eunuques.<i>Quantm inter est</i>,<a name="page_164" id="page_164"></a> +disent-ils, <i>inter hc vitia qu Grci, <span title="kakontheian">κακονθειαν</span> +vitiositatem dicunt, interque <span title="paths">παθως</span> id est +perturbationem, aut <span title="noson">νὁσον</span>, id est morbum, aut +<span title="arrsian">αρρωςιαν</span>, id est grotationem, tantum inter +talia vitia & cum morbum ex quo quis minus +aptus usui sit, differt</i>; les uns pchent en +quantit d'humeur radicale, d'autres en +qualit, d'autres en quantit & en qualit +tout ensemble; & enfin, <i>sin autem quis +ita spado est ut tm necessaria pars corporis ei +penits absit, morbosus est</i>, dit la Loi 7. ff. +<i>de dilitio Edicto & Redhibitione, & quanti +minoris</i>. Mais de quelque nature qu'ils +soient, il ne leur doit point tre permis +de se marier, parce qu'ils ne peuvent satisfaire +qu' des desirs impurs, illgitimes, +illicites, & qui bien loin d'tre approuvez, +ne doivent pas mme tre tolrez.</p> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/ill_pg164.png" width="133" height="83" alt="" title="" /> +</p> + +<p><a name="page_165" id="page_165"></a></p> + +<h3><a name="CHAPITRE_II-c" id="CHAPITRE_II-c"></a>CHAPITRE II.</h3> + +<p class="head">Seconde Objection.</p> + +<p><i>Le mariage est un Contract +civil, par lequel il est permis + tout le monde de s'engager.</i></p> + +<p class="head">Rponse cette Objection.</p> + +<p class="nind"><span class="letra2">I</span>L y a plusieurs causes pour lesquelles le +mariage ne peut tre contraint; les Jurisconsultes +en ont renferm les principales +dans ces trois Vers;</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Votum, vis, error, cognatio, crimen, honestas,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Relligio, raptus, ordo, ligamen & tas,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Amens, affinis, si Clandestinus & impos.</i><br /></span> +</div></div> + +<p class="nind">Mais il faut entrer dans un xamen plus +particulier de cette matire qui est digne +d'attention;</p> + +<p>C'est un principe en droit, que <i>Edictum +Matrimonii est prohibitorium</i>, c'est dire, +que <i>Matrimonium cuilibet contrahere licet, cui +non prohibetur</i>. Il n'est donc pas si gnralement +permis qu'il n'y ait des cas & des +personnes auxquelles il soit deffendu.<a name="page_166" id="page_166"></a></p> + +<p>Les causes qui empchent le mariage +sont en assez grand nombre & de diverse +nature. Les unes sont tires galement +du Droit Civil, & du Droit Canon; les +autres manent uniquement du Droit Civil, +& les autres sont tablies particulirement +par le Droit Canon.</p> + +<p>Celles qui sont communes l'un & +l'autre droit, sont l'ge de pubert qu'on +n'a point atteint; la parent, l'alliance, +la diffrence de Religion, l'impuissance +du mari, ou de la femme, & l'honntet +publique;</p> + +<p>Celles qui sont particulires au Droit +Civil, sont l'tat de la personne, si elle +est esclave & qu'on ait cr qu'elle toit +libre; le rapt, la puissance qu'on a sur la +fille, <i>propter periculum impressionis sive coactionis</i>; +l'ingalit du rang toit aussi autrefois +une cause qui empchoit le mariage, +mais elle a t retranche dans le Droit +Civil nouveau, c'est dire, par les Constitutions +des derniers Empereurs. <i>Jure +novissimo inter eas personas nupti non prohibentur.</i><a name="FNanchor_254_254" id="FNanchor_254_254"></a><a href="#Footnote_254_254" class="fnanchor">[254]</a></p> + +<p>Celles enfin qui sont particulires au +Droit Canon, sont de deux sortes, les +unes dclarent le mariage illgitime & inutile +tout ensemble, tels sont les ordres +sacrez qu'on a pris, le vœu solemnel qu'on +a fait, ou la profession d'une vie rgulire, +le rapt, & le crime; les autres rendent +illgitime seulement, telles sont les +fianailles contractes avec une autre femme;<a name="page_167" id="page_167"></a> +le simple vœu, la deffense du Suprieur; +le tems deffendu par l'Eglise; la +parent spirituelle qu'un matre contracte +en enseignant une jeune fille les principes +de la Religion; l'hrsie, la pnitence +publique, & le crime: ce crime dont +le Droit Canon parle ici a diverses espces. +1. L'inceste. 2. La mort qu'un mari +a donn sa femme pour en pouser une +autre. 3. La mort donne un Prtre; +le rapt fait de la promise d'un autre. 4. +Un mariage contract auparavant avec une +Moinesse, ou une Religieuse.</p> + +<p>Voila donc beaucoup de causes qui empchent +de contracter mariage, de sorte +qu'on ne peut pas dire qu'il soit permis +tout le monde, & tojours, de le Contracter. +L'impuissance du mari est une des +principales, aussi est-elle galement tablie +par le Droit Canon, comme je l'ai +fait voir amplement dans la seconde partie +de cet Ouvrage.</p> + +<p>Cette Jurisprudence n'est pas particulire +aux Contracts de mariage, elle s'tend +aux accords, aux Pactes, & toute sorte +de Contracts; <i>Edictum Contractuum est +prohibitorium</i>, c'est dire, <i>omnibus contrahere +licet quibus non prohibetur</i>; mais il est +dfendu certaines gens de contracter. +1. Par la nature, lors qu'ils ne sont point +capables de donner leur consentement, +tels sont les fous, les innocens, les furieux, +les prodigues, qui sont mis au mme +rang que les furieux; les yvrognes +pendant qu'ils sont yvres; les enfans en<a name="page_168" id="page_168"></a> +bas ge, les sourds & les muets. 2. Par +la Loi, tels sont les fils de famille; le +pre mme auquel il n'est point permis de +contracter avec son fils qui est sous son +pouvoir; une femme, un esclave, un +Gouverneur de Province, <i>propter periculum +metus & impressionis</i>.<a name="FNanchor_255_255" id="FNanchor_255_255"></a><a href="#Footnote_255_255" class="fnanchor">[255]</a> 3. Par les hommes, +ab homine, par convention faite entr'eux, +par xemple, Mvius a vendu son +cheval Titius condition qu'il ne le revendroit +point ou que s'il le revendoit +ce ne pourroit tre qu' certaines personnes, +il n'est pas permis Titius +de le vendre une autre. Mvius, en +le lui vendant lui a impos la loi, <i>Rei +enim su quisque moderator est, & arbiter; +Rei su legem quisque dicere potest</i>. 4. Enfin, +par les Cotumes des lieux o l'on se +trouve, par xemple, <i>Donationem contrahere +conjuges prohibentur ne promercalis inter +eos amor fiat</i>, &c.</p> + +<p>Il est des choses comme des personnes, +il n'est pas permis de contracter de toute +sorte de choses; il y en a dont la nature +dfend de contracter, d'autres, la Loi, +& d'autres les accords faits entre les hommes; +les choses Sacres, Religieuses & +Saintes, sont d'une nature n'entrer jamais +dans le commerce des hommes; un +homme libre, <i>liberi hominis contractus non +est</i>. Les choses impossibles. Certaines choses +sont deffendues par la Loi, telles sont +celles par lesquelles le Public recevroit du +prjudice, <i>ex quibus utilitas publica lderetur<a name="page_169" id="page_169"></a></i>. +Les choses infames & mal-honntes +qui sont contre les bonnes mœurs. La succession +d'un homme vivant, <i>contractus de futura +successione viventis</i>. <i>Ab homine.</i> Par accord +fait entre les hommes, par xemple, <i>si quis +caveat ne vicinus qurat aquam in suo solo</i>. +C'est donc une erreur de croire qu'il soit +permis tout le monde de contracter; il +est encore moins permis tout le monde +de contracter mariage. On dit communment +que le Contract est le pre de l'obligation, +<i>vulg dicitur contractus pater obligationis, +mater ver actionis, obligatio</i>. Tous +ceux qui contractent sont tenus de donner +ou de faire ce qu'ils ont promis, <i>omnis +obligatio vel in dando vel in faciendo consistit, +ac demm</i>, disent les Jurisconsultes, +<i>nisi quis id, aut det, aut faciat quod daturum se +facturumve promisit, actione coram Magistratu +proposita, ad id cogi potest</i>; sans cela ce seroit +un Contract frustratoire & ridicule. Comment +un Eunuque peut-il s'obliger procrer +ligne? Et quand il s'y seroit oblig, +comment pourroit-on le contraindre +xcuter sa promesse? Tout cela est impossible; +or <i>ex sui natura res qu nec dari +nec fieri ullo modo potest, in contractum deduci +non debet; impossibilium enim nulla est obligatio</i>; +voila la rgle de Droit;<a name="FNanchor_256_256" id="FNanchor_256_256"></a><a href="#Footnote_256_256" class="fnanchor">[256]</a><i>sub conditione +data, non data censentur, cessante +conditione; itaque deficiente conditione contractus +celebratus censetur resolutus ab ipso initio</i>.<a name="FNanchor_257_257" id="FNanchor_257_257"></a><a href="#Footnote_257_257" class="fnanchor">[257]</a> +On se marie sous la condition que le mari<a name="page_170" id="page_170"></a> +engendrera ligne, s'il ne peut l'engendrer +le mariage est nul & rsolu. L'honntet +publique veut donc qu'on l'empche, +& il vaut mieux le deffendre, que +d'tre obligez ensuite le casser, comme +je l'ai fait voir ailleurs.</p> + +<h3><a name="CHAPITRE_III-c" id="CHAPITRE_III-c"></a>CHAPITRE III.</h3> + +<p class="head">Troisime Objection.</p> + +<p class="headg"><i>Un Eunuque pouvant remplir +tous les devoirs du mariage, +except ceux qui concernent +la gnration, peut le contracter +parce que</i>, consensus +non concubitus matrimonium facit.</p> + +<p class="nind"><span class="letra2">U</span>N<a name="FNanchor_258_258" id="FNanchor_258_258"></a><a href="#Footnote_258_258" class="fnanchor">[258]</a>savant homme & bel esprit tout +ensemble dit, qu'il faut sur tout +qu'un homme sache son mtier; car, +ajote-t-il, il est honteux qu'on dise de +nous, que nous savons except ce que +nous devons savoir. On peut dire qu'il +est ridicule de prtendre qu'un mari soit +un bon mari, remplissant bien les devoirs<a name="page_171" id="page_171"></a> +du mariage, lors qu'il n'est pas capable +d'en faire les principales fonctions. Il +n'est pas d'un mari comme de ce bouffon +dont le Cardinal du Perron a parl.<a name="FNanchor_259_259" id="FNanchor_259_259"></a><a href="#Footnote_259_259" class="fnanchor">[259]</a>Etant + Mantou le Duc lui fit voir un bouffon +qu'il disoit tre <i>Magro Buffone, & non +Haver Spirito</i>. Le Cardinal rpondit que +ce bouffon avoit pourtant de l'esprit, & le +Duc lui ayant demand pourquoi? Parce, +lui dit-il, qu'il vit d'un mtier qu'il ne sait +pas faire; le mtier de mari n'est pas la +mme chose, on n'en vit point, lors qu'on +ne le sait pas faire;</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><a name="FNanchor_260_260" id="FNanchor_260_260"></a><a href="#Footnote_260_260" class="fnanchor">[260]</a><i>Nihil ibi per ludum simulabitur, omnia fient</i></span> +<span class="i0"><i>Ad Verum.</i></span> +</div></div> + +<p class="nind">Quand cela n'est point une femme souffre +beaucoup, une nuit lui parot bien longue,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><a name="FNanchor_261_261" id="FNanchor_261_261"></a><a href="#Footnote_261_261" class="fnanchor">[261]</a><i>O nox qum longa es qu facis una senem!</i></span> +</div></div> + +<p class="nind">Tmoin les angoisses & les sueurs froides +de cette femme dont parle Martial<a name="FNanchor_262_262" id="FNanchor_262_262"></a><a href="#Footnote_262_262" class="fnanchor">[262]</a>,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Cum sene communem vexat spado Dyndimus Eglen</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Et Jacet in medio ficca puella toro,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Viribus hic operi non est, hic utilis annis.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Ergo sine effectu prurit uterque prior.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Supplex illa rogat pro se miserisque duobus,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Hunc Juvenem facias, hunc Cytherea virum!</i><br /></span> +</div></div> + +<p><a name="page_172" id="page_172"></a></p> + +<p>Ce n'est donc pas dans la pratique qu'on +trouve la vrit de cette maxime,<a name="FNanchor_263_263" id="FNanchor_263_263"></a><a href="#Footnote_263_263" class="fnanchor">[263]</a><i>Consensus +non Concubitus matrimonium facit</i>. +Voyons en quel sens, & de quelle manire +on la trouve dans la Thorie.</p> + +<p>Les Jurisconsultes mettent une grande +diffrence entre le consentement qui se +donne aux fianailles, & celui qui se donne +aux nces; l'un ne consiste qu' promettre +de clbrer les nces, & l'autre +consiste promettre qu'on consommera le +mariage.<a name="FNanchor_264_264" id="FNanchor_264_264"></a><a href="#Footnote_264_264" class="fnanchor">[264]</a><i>Aliud est</i>, disent-ils, <i>Nuptias +contrahere, aliud ad Nuptias contrahendas se +se obligare</i>. L'un de ces consentemens fait +une paction, <i>de futuro conjugio</i>. L'autre au +contraire en fait une <i>de prsenti</i>. Dans l'un +ce n'est qu'une promesse <i>de accipienda uxore</i>; +Dans l'autre c'est l'excution de cette +promesse, <i>uxor accipitur. Promssio prius +facta verbis, rebus ipsis, & factis ratificatur.</i> +Il y a autant de diffrence entre ces deux +consentemens, qu'il y en a entre la promesse +& l'excution. Dans l'un l'homme +ne consent pas d'tre aussi-tt mari & +de consommer le mariage, il promet seulement +de le devenir. Mais dans l'autre, +l'homme <i>eo ipso momento maritus fieri vult, & +eo animo & destinatione consentit ut sit matrimonium</i>. +Il promet de le consommer; +c'est au premier de ces deux cas qu'il faut +appliquer la maxime dont il s'agit ici.</p> + +<p>Mais voici le sens vritable de cette maxime, +& l'application qu'il en faut faire.<a name="page_173" id="page_173"></a> +Elle signifie que la simple cohabitation ne +fait point l'essence du mariage; il ne suffit +pas d'avoir connu charnellement une +femme pour en conclure qu'on est mari +avec elle, le consentement de l'un & de +l'autre d'tre mari ensemble, est absolument +ncessaire. Ce consentement n'est +point celui que ces deux personnes se donnent +mutuellement de se connotre l'une +l'autre, <i>consensus cohabitandi & individuam +vit consuetudinem retinendi facit conjugium</i>, +selon le sentiment des Jurisconsultes; ce +n'est donc ni le consentement seul, ni la +cohabitation seule, qui font sparment +le mariage, c'est l'assemblage de tous les +deux. D'ailleurs, le consentement dont +il est ici question, <i>ad Nuptiarum probationem, +sed non ad Nuptiarum substantiam, pertinet</i>. +Le but de cette maxime n'est pas de +dclarer en quoi consiste l'essence du mariage, +mais quel tems il faut le fixer, +& de quel moment il faut compter qu'il +est contract. <i>Non ex concubitu nupti fatis +probantur, sicuti & retr secubitu matrimonium +non dissociatur, seu separatione Thori aut +habitationis.</i> Ces unions & ces sparations +ne concluent rien; il y a des conjectures +plus certaines tablies par les Jurisconsultes +pour juger de la consommation du mariage; +ils les tirent <i>ex comparatione personarum, +ex vit conjunctione, ex vicinorum +opinione, ex deductione in domum mariti; ex +aqu & ignis acceptione, ex dotalibus instrumentis, +seu tabulis nuptialibus, seu testatione</i>, +ce qui, au rapport de Busbeque, fait parmi<a name="page_174" id="page_174"></a> +les Turcs, la diffrence de la femme +& de la concubine. Mais tout cela n'est +point l'essence du mariage, ce sont des +conjectures, ou des preuves, par lesquelles +on peut juger qu'il y a un mariage +contract entre certaines personnes. Si le +mariage ne consistoit que dans le consentement +on pourroit bien dire comme cette +femme qu'Ovide fait parler,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Si mos antiquis placuisset matribus idem,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Gens hominum vitio deperitura fuit.</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Qui que iterm Jaceret generis primordia nostri</i><br /></span> +<span class="i0"><i>In vacuo lapides orbe parandus erat.</i><br /></span> +</div></div> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/ill_pg174.png" width="120" height="104" alt="" title="" /> +</p> + +<p><a name="page_175" id="page_175"></a></p> + +<h3><a name="CHAPITRE_IV-c" id="CHAPITRE_IV-c"></a>CHAPITRE IV.</h3> + +<p class="head">Objection quatrime.</p> + +<p><i>Quand on ne peut pas tre auprs +d'une femme comme mari, +on doit y tre comme frre, +& habiter avec elle comme +avec une sœur.</i></p> + +<p class="head">Rponse cette Objection.</p> + +<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Ette objection est fonde sur le chapitre +<i>Laudabilem est infr</i><a name="FNanchor_265_265" id="FNanchor_265_265"></a><a href="#Footnote_265_265" class="fnanchor">[265]</a>, qui contient +ces mots, <i>quod si ambo consentiant simul esse, +vir etiam & si non ut uxorem, saltem habeat +ut sororem</i>, la glose sur ces mots <i>ambo</i>, dit +prcisment qu'il faut que l'un & l'autre +consentent, <i>quia cum nullum sit matrimonium +non tenetur alter alteri</i>.</p> + +<p>Deux rflexions dtruiront l'objection +fonde sur ces paroles. La prmire, +qu'elles sont rlatives la facult qui est +donne la femme de faire rsoudre son +mariage, aprs que pendant un certain +tems elle s'est assure de l'impuissance de +son mari; elle peut faire casser son mariage,<a name="page_176" id="page_176"></a> + moins que l'un & l'autre ne veuillent +bien habiter ensemble comme frre +& sœur. Il parot donc par l qu'il s'agit +d'un mariage contract, & non pas d'un +mariage contracter. Qu'il s'agit d'un +homme reconnu impuissant aprs une longue +exprience, & non point d'un Eunuque +qui est notoirement impuissant, & +qui ne peut par aucun ressort de la nature, +ni par aucun artifice de l'art devenir +jamais capable d'engendrer.</p> + +<p>La seconde rflxion consiste en ce qu'il +faut que l'une & l'autre des parties consente +de rester ensemble sur ce pied de +frre & de sœur: ce qui montre qu'il n'y +a plus de lien entr'eux; que le premier consentement +qu'ils ont donn leur union +n'ayant pas produit l'effet pour lequel il +avoit t donn, il est naturellement & +<i>ipso facto</i> rvoqu. Qu'il en faut un nouveau +donn sur connoissance certaine de la +personne; qu'alors ce n'est plus un mariage, +mais une union de support qui ne peut +tre qu'onreuse la femme; car enfin, +le doux nom de sœur n'est pas capable de +consoler de la perte des avantages de la +qualit de femme. Quand on est une fois +mari on ne s'aime plus qu'entant qu'on +est mari & femme. Comme cette Biblis +dont Ovide nous fait l'histoire, une femme +n'aime point d'tre appelle sœur par +un homme qui tient lieu de mari.<a name="page_177" id="page_177"></a></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><a name="FNanchor_266_266" id="FNanchor_266_266"></a><a href="#Footnote_266_266" class="fnanchor">[266]</a><i>Jam Dominum appellat, jam nomina sanguinis odit,</i><br /></span> +<span class="i0"><i>Biblida, jam mavult, qum se vocet ille sororem.</i><br /></span> +</div></div> + +<p>En un mot, cette objection tombe d'elle-mme, +puis qu'elle ne concerne que des +mariages contractez avec des hommes reconnus +impuissans par l'usage; & qu'il s'agit +ici de savoir s'il doit tre permis des +Eunuques connus pour tels, de contracter +mariage.</p> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/ill_pg177.png" width="119" height="65" alt="" title="" /> +</p> + +<p><a name="page_178" id="page_178"></a></p> + +<h3><a name="CHAPITRE_V-c" id="CHAPITRE_V-c"></a>CHAPITRE V.</h3> + +<p class="head">Cinquime Objection.</p> + +<p class="headg"><i>Si le Mariage devoit tre deffendu +aux Eunuques parce +qu'ils ne peuvent pas engendrer, +il devroit l'tre aussi +aux personnes ges que la +vieillesse rend incapables de +faire les fonctions du mariage; +& ne leur tant point +deffendu, il ne doit point l'tre +aussi aux Eunuques.</i></p> + +<p class="head">Rponse cette Objection.</p> + +<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Ette objection est fonde sur un faux +principe, savoir qu'on n'a droit d'tre +mari qu'entant qu'on est capable d'engendrer; +si cela toit, ds qu'un mari & +une femme n'engendrent plus, ou lors +que la femme est strile il faudroit les dmarier. +Ce principe & la consquence +qui s'en tire naturellement sont si absurdes,<a name="page_179" id="page_179"></a><br /> +<span style="margin-left: 0.5em;">qu'il suffit de les proposer pour les</span><br /> +faire rejetter.</p> + +<p>Si cette Objection n'est point fonde +sur ce principe elle est encore moins sotenable; +car un homme, moins que +d'tre retourn en enfance, ou que d'tre +attaqu de quelqu'infirmit capitale, +est capable d'engendrer dans quelqu'ge +qu'il se trouve. On voit mille xemples +dans le monde de vieillards qui ont eu des +enfans l'ge de quatrevingt & dix ans, +qui est l'ge le plus avanc de l'homme; +de sorte qu'on peut dire qu'un homme +bien constitu peut engendrer toute sa vie; +cependant, s'il toit tellement dcrpit +qu'il ne pt faire aucune fonction du mariage, +qu'il ft comme un Eunuque, j'avou +qu'il agiroit contre l'institution du +mariage, & que le Magistrat, ou ses Suprieurs +Ecclsiastiques feroient trs bien +de l'en empcher en lui reprsentant ce +qu'Ajax dit Ulysse dans les Mtamorphoses +d'Ovide,</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0"><i>Debilitaturum quid te petis Improbe munus?</i><br /></span> +</div></div> + +<p class="nind">Qu'il va faire comme le mle des Alcyons +qui tant si vieux qu'il ne peut se remuer, +s'apparie avec sa femelle & meurt en cet +tat. A moins que cet homme n'et +eu plusieurs enfans dans sa jeunesse, ou +qu'il et eu une femme strile, en ce +cas il peut trs lgitimement, mon avis, +pouser une femme d'un ge proportionn<a name="page_180" id="page_180"></a> +au sien,<a name="FNanchor_267_267" id="FNanchor_267_267"></a><a href="#Footnote_267_267" class="fnanchor">[267]</a>parce que le feu de la jeunesse +tant pass dans l'un & dans l'autre, +& les inconvniens que je remarquerai +dans le chapitre suivant n'tant point +craindre, c'est proprement dans ce cas +qu'un mari recevant beaucoup d'aide & +de secours de sa femme il peut la regarder +comme sœur, s'il ne peut la regarder +comme femme, puis que lui ni elle ne +peuvent point procrer ligne.</p> + +<p>Mais la principale raison est, que les +gens auxquels on n'a que la vieillesse +reprocher, auroient p, peut-tre, engendrer, +& ont, peut-tre, effectivement +engendr dans leur jeunesse; ils ont +donc la facult d'engendrer, mais ils n'engendrent +point en effet; l'ge est en eux +un obstacle plus puissant que la nature qui +les avoit rendus capables d'engendrer. Or +ne voit-on pas que la nature fait souvent +des efforts, ou que la Providence lui donne +des forces par le moyen desquelles elle +surmonte les obstacles de l'ge.<a name="FNanchor_268_268" id="FNanchor_268_268"></a><a href="#Footnote_268_268" class="fnanchor">[268]</a>Je ne rapporterai +point la Fable du bon Vieillard +Hircus qui pria trois Dieux qui vinrent +chez lui, de lui donner un fils, quoi que +sa femme ft dj fort avance en ge, +ce qu'ils lui accordrent; les Savans +croyent que c'est l'histoire d'Abraham & +de Sara, dguise: mais j'allguerai le +tmoignage de Valesque de Tarente qui +dit, comme une chose fort merveilleuse, +dans son <i>Philonium</i><a name="FNanchor_269_269" id="FNanchor_269_269"></a><a href="#Footnote_269_269" class="fnanchor">[269]</a>, qu'il a v une femme<a name="page_181" id="page_181"></a> +qui avoit ses mois l'ge de soixante ans, +& qui eut un fils l'ge de soixante-sept +ans. Et le tmoignage de Mauricius Codeus, +qui dit dans son Commentaire sur +le premier Livre d'Hypocrate touchant les +maladies des femmes, qu'il a appris qu'une +Demoiselle a eu ses mois tant ge de +soixante & dix ans, & qu'elle avoit con +un enfant bien form, dont elle avoit +avort pour avoir t trop agite du mouvement +d'un Coche dans lequel elle avoit +t. La Loi <i>si major</i> au Code <i>de legitim. +Hred.</i> parle d'un enfant mis au monde par +une femme qui avoit pass cinquante ans. +Cornelia dont Pline parle, eut aprs soixante-deux +ans Volusius Saturninus qui fut +Consul. Et le Docte Joubert dit positivement, +qu'une femme marie un Coturier +dans la Ville d'Avignon, nomm +<i>Andr</i>, domestique du Cardinal de Joyeuse, +continua d'enfanter jusqu' l'ge de +septante ans. Mais si la nature ne peut +pas surmonter ces obstacles, Dieu qui est +le Matre de la nature, ne les surmonte-t-il +pas souvent, en donnant des enfans + des femmes qui ont perdu l'esprance +d'en avoir,<a name="FNanchor_270_270" id="FNanchor_270_270"></a><a href="#Footnote_270_270" class="fnanchor">[270]</a>Sara, & Anne, qui depuis<a name="FNanchor_271_271" id="FNanchor_271_271"></a><a href="#Footnote_271_271" class="fnanchor">[271]</a> +fut mre de Samuel, en sont des exemples. +Il donne, dit le Psalmiste, celle +qui toit strile la joye de se voir dans +sa maison la mre de plusieurs enfans.<a name="FNanchor_272_272" id="FNanchor_272_272"></a><a href="#Footnote_272_272" class="fnanchor">[272]</a>Le +Prophete Esae dit la mme chose, & +l'exprience l'a justifi si souvent qu'il n'y +a point lieu d'en douter.<a name="page_182" id="page_182"></a></p> + +<p>Il y a donc bien de la diffrence entre +le mariage des Vieillards & celui des Eunuques. +Dieu se sert souvent de moyens +humains pour faire des Miracles. Les personnes +fort ges peuvent servir de moyens, +mais les Eunuques n'ayans point ces +moyens, ils ne peuvent point tre des instrumens +dans la main de Dieu pour faire +ces miracles. Ainsi on peut dire que, ni +naturellement, ni surnaturellement, ils +ne peuvent point engendrer, & que par +consquent ils ne sont en nulle manire, +ni capables, ni dignes du mariage.</p> + +<p class="figcenter"> +<img src="images/ill_pg182.png" width="128" height="104" alt="" title="" /> +</p> + +<p><a name="page_183" id="page_183"></a></p> + +<h3><a name="CHAPITRE_VI-c" id="CHAPITRE_VI-c"></a>CHAPITRE VI.</h3> + +<p class="head">Sixime Objection.</p> + +<p class="headg"><i>Quand la femme qui pouse un +Eunuque sait qu'il est Eunuque, +& qu'elle n'ignore +point les consquences de son +tat, il doit lui tre permis de +l'pouser si elle le souhaite, +parce que</i> volenti non fit injuria.</p> + +<p class="head">Rponse cette Objection.</p> + +<p class="nind"><span class="letra2">C</span>Ette +maxime <i>Volenti non fit injuria</i>, +est tablie par le Droit Civil, & par +le Droit Canon; l'un dit,<a name="FNanchor_273_273" id="FNanchor_273_273"></a><a href="#Footnote_273_273" class="fnanchor">[273]</a><i>que usque ade +autem injuria qu fit liberis nostris, nostrum pudorem +pertingit, ut etiam si volentem filium +quis vendiderit patri, suo quidem nomine +competit injuriarum actio, filii ver nomine non +competit, quia nulla injuria est qu in volentem +fiat</i>; l'autre Droit dit que,<a name="FNanchor_274_274" id="FNanchor_274_274"></a><a href="#Footnote_274_274" class="fnanchor">[274]</a><i>scienti & +consentienti non fit injuria</i>; Elle est tire de +la Loi 145. <i>ff de diversis regulis juris</i>, qui<a name="page_184" id="page_184"></a> +porte, que <i>nemo videtur fraudare eos qui sciunt +& consentiunt</i>, & elle est en quelque sorte +explique par le . <i>si intelligatur</i>. 6. de +la Loi prmire, <i>Dig. de dilitio Edicto. +Si intelligatur vitium, morbus que mancipii ut +plermque signis quibusdam solent demonstrare +vitia, potest dici edictum cessare; hoc enim +tantm intuendum est ne emptor decipiatur.</i> +Pour pouvoir conclure qu'une femme est +trompe volontairement & de son consentement, +il faut qu'il conste & qu'il apparoisse +clairement & manifestement qu'elle +n'a t ni induite, ni sduite; qu'elle +a s les defauts de l'Eunuque, & les incommoditez +qu'elle en souffriroit, sans cela +elle est trompe, & elle est trompe +par surprise & non pas volontairement. +J'ajote qu'il faut qu'une femme soit assure +de sa continence & de sa chastet, +qu'elle sache que les defauts de l'Eunuque, +& les incommoditez qu'elle en souffrira, +mettront l'une & l'autre de ces deux vertus +trs souvent l'preuve, & qu'elle +pourra srement sotenir toutes ces preuves, +sans cela, prsuppos que <i>volenti non +fiat injuria</i> le Magistrat ni ses Suprieurs +Ecclsiastiques ne doivent point lui permettre +de s'exposer la tentation, & de +se mettre dans un danger vident de tomber +dans le crime comme je le ferai voir +dans la suite de ce chapitre; il ne doit +point lui permettre par consquent de se +marier; l'Objection tombe dans ce cas. +Il y a d'autres exceptions cette rgle gnrale, +que les Jurisconsultes rapportent;<a name="page_185" id="page_185"></a> +par xemple,<a name="FNanchor_275_275" id="FNanchor_275_275"></a><a href="#Footnote_275_275" class="fnanchor">[275]</a><i>si quis puellam volentem rapuerit; +si quis filium volentem intervertat. Si quis +servum volentem corrumpat</i>; & plusieurs autres +semblables. Le sens vritable de cette +maxime est, qu'une personne qui a consenti + l'injure qui lui a t faite, ne peut +point agir par action d'injure contre l'injuriant. +Voici donc l'application qu'il +faut faire de cette maxime au cas du mariage +d'un Eunuque. Lors qu'un mariage +est dclar nul par, ou cause de l'impuissance +du mari, il n'est pas seulement +condamn rendre la dote qu'il a re +de sa femme, pour laquelle il n'est point +admis ni re faire cession de biens, +mais aussi aux dommages & intrts envers +elle, & elle n'est point tenu la +restitution des bagues qui lui avoient t +donnes. Mais lors qu'elle a s, avant +que de l'pouser, qu'il toit impuissant, +elle peut bien faire casser son mariage, +ou pltt faire dire qu'il n'y en a point, +mais elle ne peut pas intenter l'action +d'injure ou de dommages & intrts, parce +que <i>volenti non facta fuit injuria</i>. Elle +mrite qu'on lui fasse ce reproche d'Horace<a name="FNanchor_276_276" id="FNanchor_276_276"></a><a href="#Footnote_276_276" class="fnanchor">[276]</a> +<i>Prudens emisti vitiosum, dicta tibi est +lex, insequeris tamen hunc & lite moraris +iniqua</i>. C'est l la Jurisprudence universelle +de tous les Pas. Mais pour rpondre +solidement & d'une manire qui soit +sans replique cette Objection, je ne +puis faire rien de mieux que de me servir<a name="page_186" id="page_186"></a> +des termes du Docte Cyprus, tels qu'ils +sont contenus dans les Articles 41. & 42. +du Paragraphe treizime du chapitre neuvime +de son excellent Ouvrage, <i>de Jure +connubiorum</i>: en dtruisant l'Objection ils +finiront aussi trs dignement ce chapitre +& cet Ouvrage.<a name="FNanchor_277_277" id="FNanchor_277_277"></a><a href="#Footnote_277_277" class="fnanchor">[277]</a><i>Quritur si mulier spadoni +vel Eunucho fidem dederit, non ignara +eum hoc vitio affectum, vel post sponsalia resciverit, +eum virum non esse, & nihilominus +nuptias consummare cupiat, id ei concedendum +fit? Et si quidem constiterit eum ad +commixtionem conjugalem inhabilem esse, nuptiis +illi inter dicendum & sponsalia dissolvenda +existimaverim. 1. Quod lege Divina spadones +prohibeantur mariti fieri. Deuteronom. +13. Itaque nec illis mulieres nubere possunt. +2. Quod & Imperatorum constitutionibus id +vetitum est. 3. Quod ejusmodi conjugium Benedictionis +non sit capax. 4. Quod nulla istarum +causarum propter quas conjugium Deo +institutum est, hic locum habeat. 5. Propter +periculum, ne mulier alibi amori operam +dare incipiat, (ut est natura hominum proclivis +ad libidinem) & conjugio, cujus usum nullum +habere potest, pro velamento turpitudinis +utatur. Nec ad rem facit quod mulier sciens +volens nuptias illas cupiat; Nam in re tanti momenti +Magistratus est partibus consulere qui suis +commodis consulere non possunt, cm perire volens +audiendus non sit. Nam verendum est, ut dixi, +ne mulier ejus pertsa conjunctionis alium +portum qurat quo se se recipiat, ut Theognidis +verbis utar. Quibus incommodis Magisstratum<a name="page_187" id="page_187"></a> +mederi oportet, usque ade ut etsi +de viri vitio aut morbo non quratur uxor, +nihilominus hisce nuptiis intercedere debeat.</i></p> + +<p><i>Sed quid si mulier sciens volens spadoni nupserit, +& matrimonium consommatum sit? +Resp. sibi Imputare debet qu ei quem scit virum +non esse, nupserit. Interim tamen matrimonium +<span title="agamos gamos">ἁγαμος γἁμος</span>, id est pro nullo habendum +est, ut quod contra leges inter eas personas +coirit, qu matrimonio jungi non possunt. +Qu de Caus etiamsi cum facti non pœniteat, +nihilominus Viro discedere debere, +& si nolit, segregandam esse existimaverim. +Neque enim mulier prava & legibus prohibita +su conniventia recta efficere potest. Et Conjugium +confirmatur officio carnali, Verum antequm +confirmetur, impossibilitas officii solvis +vinculum conjugii. 33. Qust. 1. cap. 1. Verba +Augustini. Quamvis contra sentiat Papa Alexander, +vel ut alii volunt, Lucius, cap. requisivisti, +33. Qustione prima, qui vult eas qu pro +uxore haberi non possunt, pro sororibus habendas; +quod vix est ut defendi possit, idque +propter illas, quas commemoravimus causas.</i></p> + +<p> </p> + +<p class="c">FIN.</p> + +<div class="footnotes"><p class="cb">NOTES:</p> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Comme l'illustre Mr. Bayle toit encore en +vie quand cette Ddicace a t faite, on n'a pas +trouv qu'il fut ncessaire d'y rien changer, +quoi qu'il soit mort depuis.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> Mr. de Montpinslon.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Histoire des Ouvrages des Savans. Mois de +Janvier, Fvrier & Mars 1706. pag. 84. & suiv.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> Nouv. de la Rpub. des Lett. Janv. 1704 p. 117.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Nouvelles de la Rpublique des Lettres tom. +1. Mois d'Avril 1684. pag. 117.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> Patiniana pag. 25.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> Capitul. 9. tit. 19 de procuratoribus lib. 1. +sexti Decretal.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> Imperat. Leonis constitut. +26. in princip.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> Novel. 21. tit. 1. de Nuptiis. In prfat.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> L. 197. de divers. regul. Jur.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Liv. 14. ch. 6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> In Eutrop. lib. 1. V. 339.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> Christophori Helvici Theatrum Historicum pag. 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> St. Remuald. Thresor Chronol. & Histor. fol. +tom. 1. pag. 79.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Valere Maxime liv. 9, ch. 3. art. 13.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> Lucien dans son dialogue Intitul le menteur ou +l'Incredule.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a> Etymologicon Lingu Latin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a> Genese Ch. 37. <small>V</small>. 36.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a> Joseph. Antiq. Judaic. liv. X. ch. 16.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a> St. August de civit. Dei. tom. 1. pag. 603.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a> L. 2. . 1. ff. de Adoptionibus.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a> Lettre 117. dans la traduction que Mr. l'Abb +de Bellegarde a faite des Epitres de S. Basile.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Lib. 16. cap. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a> Lib. 16. cap. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a> Controvers. 33. lib. 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a> St. Matth. ch. 19. <small>V</small>. 12.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a> L. 147. de div. reg. Jur.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a> L. 121. ff. de verbor. +significat.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a> Liv. 6. ch. 5. & sur tout. liv. 10. ch. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a> Liv. 2. Eleg. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a> Voy. Plin. liv. 13. ch. 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a><a href="#FNanchor_32_32"><span class="label">[32]</span></a> Plutarq. In Alexandr.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a><a href="#FNanchor_33_33"><span class="label">[33]</span></a> Liv. 7. ch. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a><a href="#FNanchor_34_34"><span class="label">[34]</span></a> Satyr. 10. <small>V</small>. 306. 307.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a><a href="#FNanchor_35_35"><span class="label">[35]</span></a> Liv. 6. ch. 10.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a><a href="#FNanchor_36_36"><span class="label">[36]</span></a> Voy. Crinitus de honnesta disciplina liv. 9. S. Romuald +fol. tom. 2. pag. 185.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a><a href="#FNanchor_37_37"><span class="label">[37]</span></a> Luithprand. Ticinensis. liv. 4. de rebus per Europam +gestis. cap. 4. Meibomius. Rerum Germanicar. +tom. 1. c. 47. pag. 247. Camerar. Meditat. Historic. +tom. 1. lib. 5. cap. 19.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a><a href="#FNanchor_38_38"><span class="label">[38]</span></a> Act. 1. Scen. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a><a href="#FNanchor_39_39"><span class="label">[39]</span></a> Liv. 6. ch. 1. art. 13.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a><a href="#FNanchor_40_40"><span class="label">[40]</span></a> Liv. 2. Epigr. 60.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a><a href="#FNanchor_41_41"><span class="label">[41]</span></a> Voyez cette Histoire dans le +Diction. Histor. & Crit. de Mr. Bayle. Les Articles +<i>Abelard, Helose, Foulques & Paraclet</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a><a href="#FNanchor_42_42"><span class="label">[42]</span></a> Ch. 31. <small>V</small>. 21, 22.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a><a href="#FNanchor_43_43"><span class="label">[43]</span></a> Herodote liv. 8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a><a href="#FNanchor_44_44"><span class="label">[44]</span></a> Instit. lib. 4. tit. 4. de Injuriis. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a><a href="#FNanchor_45_45"><span class="label">[45]</span></a> Novell. 42. ch. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a><a href="#FNanchor_46_46"><span class="label">[46]</span></a> Amor. lib. 2. Eleg. 3. <small>V</small>. 3. & 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a><a href="#FNanchor_47_47"><span class="label">[47]</span></a> Novell. 60.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a><a href="#FNanchor_48_48"><span class="label">[48]</span></a> Apol. 2. pag. 71. adresse l'Empereur Antonin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a><a href="#FNanchor_49_49"><span class="label">[49]</span></a> Epistol. 5. 6. ad Pammachium de Erroribus Origini.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a><a href="#FNanchor_50_50"><span class="label">[50]</span></a> Dupin nouvelle Bibliothque des Auteurs Ecclsiastiques +tom 1. pag. 121. &c. tir d'Eusebe liv. 6. ch. 2. +. 19. traduction Franoise, les chapitres de laquelle ne +se rapportent point l'Edition Grque ni Latine.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a><a href="#FNanchor_51_51"><span class="label">[51]</span></a> S. Romuald. tom. 2. pag. 185. du tresor Hist. +& Chronol. in fol.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a><a href="#FNanchor_52_52"><span class="label">[52]</span></a> Eusebe parle de cette sdition, mais il n'en dit pas +la cause, liv. 6. ch. 41. &c.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a><a href="#FNanchor_53_53"><span class="label">[53]</span></a> Voyez la Vie de Tertullien +& d'Origne, par Mr. de la Motte ch. 5. sur la fin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a><a href="#FNanchor_54_54"><span class="label">[54]</span></a> Dupin ibid. ubi supra. Et Eusebe ibid. ch. 19.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a><a href="#FNanchor_55_55"><span class="label">[55]</span></a> Liv. 5. ch. 21.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a><a href="#FNanchor_56_56"><span class="label">[56]</span></a> l. 4. . 2. ff. ad legem Corneliam de sicariis et Veneficiis.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a><a href="#FNanchor_57_57"><span class="label">[57]</span></a> Voyez Diction. Hist. & Crit. de Mr. Bayle +tom. 1. pag. 955. & suiv.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a><a href="#FNanchor_58_58"><span class="label">[58]</span></a> Essais liv. 2. ch. 29.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a><a href="#FNanchor_59_59"><span class="label">[59]</span></a> Centuries 1. ch. C. de separatione ex causa luis Venera.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a><a href="#FNanchor_60_60"> +<span class="label">[60]</span></a> Abreg. Chronol. tom. 2. pag. 639.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a><a href="#FNanchor_61_61"> +<span class="label">[61]</span></a> Voyez Hippocrat. lib. Aphorism. 28. & 29.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a><a href="#FNanchor_62_62"> +<span class="label">[62]</span></a> Plin. lib. <small>II</small>. cap. 37.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a><a href="#FNanchor_63_63"><span class="label">[63]</span></a> lib. 23.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a><a href="#FNanchor_64_64"><span class="label">[64]</span></a> Tom. 17. +lib. 3. tit. defectus testium vel natur, vel casu Eunuchi, +spadones, castrati. Et tit. Hermaphroditorum & +sacrorum ridiculorum.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a><a href="#FNanchor_65_65"><span class="label">[65]</span></a> Joseph. Antiquit. Judaq. liv. 18. ch. 2. idem de +la guerre des Juifs liv. 2. ch. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a><a href="#FNanchor_66_66"><span class="label">[66]</span></a> <span title="Eunechisan">Ευνουχισαν.</span></p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a><a href="#FNanchor_67_67"><span class="label">[67]</span></a> Liv. 1. tom. 1. Heres. 15. 16.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a><a href="#FNanchor_68_68"><span class="label">[68]</span></a> Mr. Dodwel, dans les additions aux Oeuvres Posthumes & Chronologiques +de Pearson; dans sa digression sur le ch. 6. l'occasion +de le prtendu Domitille, Vierge & Martyre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a><a href="#FNanchor_69_69"><span class="label">[69]</span></a> Plaut. in Aulular. Act. 2. Scen. 2. <small>V</small>. 72. 73.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a><a href="#FNanchor_70_70"><span class="label">[70]</span></a> Mezerai Histoire de France avant Clovis in 12 pag. 160.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a><a href="#FNanchor_71_71"><span class="label">[71]</span></a> Liv. 8. chap. 41.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a><a href="#FNanchor_72_72"><span class="label">[72]</span></a> Liv. 1. ch. 12.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a><a href="#FNanchor_73_73"><span class="label">[73]</span></a> Elog. 5. des Empereurs. Elog. 9. des Impratrices.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a><a href="#FNanchor_74_74"><span class="label">[74]</span></a> Dior. Cassius, in Neron. Art. 28.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a><a href="#FNanchor_75_75"><span class="label">[75]</span></a> Ch. 1. <small>V</small>. 10.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a><a href="#FNanchor_76_76"><span class="label">[76]</span></a> Ibid. ch. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a><a href="#FNanchor_77_77"><span class="label">[77]</span></a> Judith ch. 12.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a><a href="#FNanchor_78_78"><span class="label">[78]</span></a> Act. ch. 8. <small>V</small>. 26.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a><a href="#FNanchor_79_79"><span class="label">[79]</span></a> Jrmie ch. 52. <small>V</small>. 25.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a><a href="#FNanchor_80_80"><span class="label">[80]</span></a> Plat. de leg. lib. 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a><a href="#FNanchor_81_81"><span class="label">[81]</span></a> Grgoire de Nazianze Oraison 23.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a><a href="#FNanchor_82_82"><span class="label">[82]</span></a> Athanas. ad solitar. pag. 384.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a><a href="#FNanchor_83_83"><span class="label">[83]</span></a> Amm. Marcell. liv. 18.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a><a href="#FNanchor_84_84"><span class="label">[84]</span></a> Ibid. liv. 15.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a><a href="#FNanchor_85_85"><span class="label">[85]</span></a> Ibid. l. 8. ch. 15.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a><a href="#FNanchor_86_86"><span class="label">[86]</span></a> Julian. Imperat. ad Atheniens. +pag. 501.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a><a href="#FNanchor_87_87"><span class="label">[87]</span></a> Athan. ad solitar. pag. 834. 835.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a><a href="#FNanchor_88_88"><span class="label">[88]</span></a> S. Athanas ad solitar. pag. 852 & Herman Vie de S. +Athanase liv. 7. ch. 10.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a><a href="#FNanchor_89_89"><span class="label">[89]</span></a> Gregor. Nazianz. orat. 31.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a><a href="#FNanchor_90_90"><span class="label">[90]</span></a> Liv. 7. ch. 10.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a><a href="#FNanchor_91_91"><span class="label">[91]</span></a> Liv. 9. tit. 1. l. 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a><a href="#FNanchor_92_92"><span class="label">[92]</span></a> Eusebe Hist. Eccles. liv. 10 ch. 8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a><a href="#FNanchor_93_93"><span class="label">[93]</span></a> lius Lampridius.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a><a href="#FNanchor_94_94"><span class="label">[94]</span></a> Quint. Curt. lib. 10. cap. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a><a href="#FNanchor_95_95"><span class="label">[95]</span></a> lius Lampridius in sever.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a><a href="#FNanchor_96_96"><span class="label">[96]</span></a> Cod. Theod. liv. 10, tit. 10, liv. 34.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a><a href="#FNanchor_97_97"><span class="label">[97]</span></a> Liv. 5. pag. 800.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a><a href="#FNanchor_98_98"><span class="label">[98]</span></a> Lucian. Macrob.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a><a href="#FNanchor_99_99"><span class="label">[99]</span></a> Voyez Nouvelles de la Rpublique des Lettres Janvier 1686, +art. 10. tom. 5. pag. 87.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a><a href="#FNanchor_100_100"><span class="label">[100]</span></a> Liv. 17.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a><a href="#FNanchor_101_101"><span class="label">[101]</span></a> Esae ch. 56. <small>V</small>. 3. Ose ch. 9. <small>V</small>. 16. Luc ch. 13. +<small>V</small>. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a><a href="#FNanchor_102_102"><span class="label">[102]</span></a> Claud. in Eutrop. lib. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a><a href="#FNanchor_103_103"><span class="label">[103]</span></a> Socrate Hist. Eccles. liv. 6. ch. 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_104_104" id="Footnote_104_104"></a><a href="#FNanchor_104_104"><span class="label">[104]</span></a> Sozomene liv. 8. ch. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_105_105" id="Footnote_105_105"></a><a href="#FNanchor_105_105"><span class="label">[105]</span></a> In pseud. & in Eunuch.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_106_106" id="Footnote_106_106"></a><a href="#FNanchor_106_106"><span class="label">[106]</span></a> Liv. 3. ch. dernier.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_107_107" id="Footnote_107_107"></a><a href="#FNanchor_107_107"><span class="label">[107]</span></a> Martial. liv. 6. Epigram. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_108_108" id="Footnote_108_108"></a><a href="#FNanchor_108_108"><span class="label">[108]</span></a> Liv. 9. Epigram. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_109_109" id="Footnote_109_109"></a><a href="#FNanchor_109_109"><span class="label">[109]</span></a> Sueton. invit. Domitian +ch. 7. art. 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_110_110" id="Footnote_110_110"></a><a href="#FNanchor_110_110"><span class="label">[110]</span></a> Tit. 8. liv. 48. ff.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_111_111" id="Footnote_111_111"></a><a href="#FNanchor_111_111"><span class="label">[111]</span></a> tit. 8. liv. 48. ff.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_112_112" id="Footnote_112_112"></a><a href="#FNanchor_112_112"><span class="label">[112]</span></a> l. 3. . 4. tit. Eod.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_113_113" id="Footnote_113_113"></a><a href="#FNanchor_113_113"><span class="label">[113]</span></a> liv. 26. . 28. tit. 2. l. 9. +ad legem Aquiliam.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_114_114" id="Footnote_114_114"></a><a href="#FNanchor_114_114"><span class="label">[114]</span></a> liv. 4. tit. 42. l. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_115_115" id="Footnote_115_115"></a><a href="#FNanchor_115_115"><span class="label">[115]</span></a> Authent. coll. 9. tit. 24. Nouv. 142.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_116_116" id="Footnote_116_116"></a><a href="#FNanchor_116_116"><span class="label">[116]</span></a> Leo. Constitut. 60.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_117_117" id="Footnote_117_117"></a><a href="#FNanchor_117_117"><span class="label">[117]</span></a> Vid. qui testament. facere poss. l. 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_118_118" id="Footnote_118_118"></a><a href="#FNanchor_118_118"><span class="label">[118]</span></a> l. 6 ff. de liberis & posthum. hred. instituendis +vel exhredandis.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_119_119" id="Footnote_119_119"></a><a href="#FNanchor_119_119"><span class="label">[119]</span></a> l. 6. ff. de Jure patronatus.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_120_120" id="Footnote_120_120"></a><a href="#FNanchor_120_120"><span class="label">[120]</span></a> . sed & illud. In +insitut. lib. 1. tit. II. de Adoph.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_121_121" id="Footnote_121_121"></a><a href="#FNanchor_121_121"><span class="label">[121]</span></a> Ibid. ff. 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_122_122" id="Footnote_122_122"></a><a href="#FNanchor_122_122"><span class="label">[122]</span></a> d. ff. fœmin Institut de adopt.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_123_123" id="Footnote_123_123"></a><a href="#FNanchor_123_123"><span class="label">[123]</span></a> L. 6 ff. de liber. & posth. hred. Instituendis vel +exhredandis L. 29. . penult. de in officios. Testam.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_124_124" id="Footnote_124_124"></a><a href="#FNanchor_124_124"><span class="label">[124]</span></a> Schneidevin. sur les Instituts. liv. 1. tit. 25. +. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_125_125" id="Footnote_125_125"></a><a href="#FNanchor_125_125"><span class="label">[125]</span></a> Institut. de hred. qualit. & differ. l. 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_126_126" id="Footnote_126_126"></a><a href="#FNanchor_126_126"><span class="label">[126]</span></a> L. I. . 11.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_127_127" id="Footnote_127_127"></a><a href="#FNanchor_127_127"><span class="label">[127]</span></a> L. 20. . 7. ff. qui Testamenta facere +possunt.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_128_128" id="Footnote_128_128"></a><a href="#FNanchor_128_128"><span class="label">[128]</span></a> L. I. cod. quand Mulier. Tutor. off. +lung. pot.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_129_129" id="Footnote_129_129"></a><a href="#FNanchor_129_129"><span class="label">[129]</span></a> L. 4. liv. 49. tit. 16. de Re militati.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_130_130" id="Footnote_130_130"></a><a href="#FNanchor_130_130"><span class="label">[130]</span></a> Plaut. in Curcull.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_131_131" id="Footnote_131_131"></a><a href="#FNanchor_131_131"><span class="label">[131]</span></a> L. 20, . 7. ff. qui testam. +facer. poss.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_132_132" id="Footnote_132_132"></a><a href="#FNanchor_132_132"><span class="label">[132]</span></a> Institut. orator. lib. 5, cap. 12.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_133_133" id="Footnote_133_133"></a><a href="#FNanchor_133_133"><span class="label">[133]</span></a> L. 4. ff. ad leg. Cornel. de siccar.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_134_134" id="Footnote_134_134"></a><a href="#FNanchor_134_134"><span class="label">[134]</span></a> Liv. 7. ch. 7. exempl. 6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_135_135" id="Footnote_135_135"></a><a href="#FNanchor_135_135"><span class="label">[135]</span></a> Juven. Satyr. 11. Aristote lib. 7. cap. 5. Histor. Animal. +sop. in Apol. lian. lib. 6. cap. 33. Plin. lib. +37. cap. 6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_136_136" id="Footnote_136_136"></a><a href="#FNanchor_136_136"><span class="label">[136]</span></a> Voyages de la Hontan dans l'Amrique +Septentrionale tom. 1. lett. 16. pag. 181. &c.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_137_137" id="Footnote_137_137"></a><a href="#FNanchor_137_137"><span class="label">[137]</span></a> Ibid. 185. 186.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_138_138" id="Footnote_138_138"></a><a href="#FNanchor_138_138"><span class="label">[138]</span></a> Lib. 32. cap. 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_139_139" id="Footnote_139_139"></a><a href="#FNanchor_139_139"><span class="label">[139]</span></a> Voyez Mmoires pour l'histoire +des Sciences & des beaux Arts, mois de Mai 1704. +article 10. page 301. &c. tom. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_140_140" id="Footnote_140_140"></a><a href="#FNanchor_140_140"><span class="label">[140]</span></a> Levitiq. ch. 22, <small>V</small>. 24.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_141_141" id="Footnote_141_141"></a><a href="#FNanchor_141_141"><span class="label">[141]</span></a> Deuteron. ch. <small>V</small>. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_142_142" id="Footnote_142_142"></a><a href="#FNanchor_142_142"><span class="label">[142]</span></a> Matth. ch. 19 <small>V</small>. 12.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_143_143" id="Footnote_143_143"></a><a href="#FNanchor_143_143"><span class="label">[143]</span></a> Distinct. 55. c. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_144_144" id="Footnote_144_144"></a><a href="#FNanchor_144_144"><span class="label">[144]</span></a> Ibid. c. 10.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_145_145" id="Footnote_145_145"></a><a href="#FNanchor_145_145"><span class="label">[145]</span></a> Ibid. c. 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_146_146" id="Footnote_146_146"></a><a href="#FNanchor_146_146"><span class="label">[146]</span></a> L. si ver 5. . II. lib. 9. ff. tit. 3. de his qui effuderint, +vel dejecerint.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_147_147" id="Footnote_147_147"></a><a href="#FNanchor_147_147"><span class="label">[147]</span></a> De Bell. Alexand.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_148_148" id="Footnote_148_148"></a><a href="#FNanchor_148_148"><span class="label">[148]</span></a> Cheviana tom. <small>I</small>. pag. 200.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_149_149" id="Footnote_149_149"></a><a href="#FNanchor_149_149"><span class="label">[149]</span></a> Voyez les Nouvelles de la Rpublique des Lettres +par Mr. Bayle tom. 4. pag. 948.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_150_150" id="Footnote_150_150"></a><a href="#FNanchor_150_150"><span class="label">[150]</span></a> Ibid. tom. 7. pag. 1466.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_151_151" id="Footnote_151_151"></a><a href="#FNanchor_151_151"><span class="label">[151]</span></a> Institut. lib. 1. tit. 9. . 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_152_152" id="Footnote_152_152"></a><a href="#FNanchor_152_152"><span class="label">[152]</span></a> Decret. 2. pars. causa 35. qust. 1. & 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_153_153" id="Footnote_153_153"></a><a href="#FNanchor_153_153"><span class="label">[153]</span></a> In Eutrop. lib. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_154_154" id="Footnote_154_154"></a><a href="#FNanchor_154_154"><span class="label">[154]</span></a> Cap. tunc salvabitur 33. Qust. 5. & ibid. Gloss. +fin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_155_155" id="Footnote_155_155"></a><a href="#FNanchor_155_155"><span class="label">[155]</span></a> 1. Timoth. ch. 5. <small>V</small>. 14.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_156_156" id="Footnote_156_156"></a><a href="#FNanchor_156_156"><span class="label">[156]</span></a> Jrm. ch. 29. <small>V</small>. +6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_157_157" id="Footnote_157_157"></a><a href="#FNanchor_157_157"><span class="label">[157]</span></a> L. 220. ff. deverbor. signif. . 3. in fin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_158_158" id="Footnote_158_158"></a><a href="#FNanchor_158_158"><span class="label">[158]</span></a> Chap. 20. <small>V</small>. 35. & 36.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_159_159" id="Footnote_159_159"></a><a href="#FNanchor_159_159"><span class="label">[159]</span></a> Aul. Gel. lib. 18. cap. 6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_160_160" id="Footnote_160_160"></a><a href="#FNanchor_160_160"><span class="label">[160]</span></a> Cap. extr. de convers. infidel.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_161_161" id="Footnote_161_161"></a><a href="#FNanchor_161_161"><span class="label">[161]</span></a> Nouvel. 73. in princip.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_162_162" id="Footnote_162_162"></a><a href="#FNanchor_162_162"><span class="label">[162]</span></a> L. Eleganter 24. . qui reprobos. ff. de pignor. act.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_163_163" id="Footnote_163_163"></a><a href="#FNanchor_163_163"><span class="label">[163]</span></a> Sext. decretal. lib. 4. tit. 2. capitul. unic.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_164_164" id="Footnote_164_164"></a><a href="#FNanchor_164_164"><span class="label">[164]</span></a> L. 14. ff. de sponsal.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_165_165" id="Footnote_165_165"></a><a href="#FNanchor_165_165"><span class="label">[165]</span></a> L. vehenda 10. . 1. ff. ad leg. Rhod. de Jactu.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_166_166" id="Footnote_166_166"></a><a href="#FNanchor_166_166"><span class="label">[166]</span></a> Voyez S. Jerme Epitr. 2. tom. 1. p. 11.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_167_167" id="Footnote_167_167"></a><a href="#FNanchor_167_167"><span class="label">[167]</span></a> 1. Liv. des Rois ch. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_168_168" id="Footnote_168_168"></a><a href="#FNanchor_168_168"><span class="label">[168]</span></a> L. ea qu commendandi causa ff. . ult. de contrala. +empt.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_169_169" id="Footnote_169_169"></a><a href="#FNanchor_169_169"><span class="label">[169]</span></a> Part. 1. lib. 5. disput. 12. . 10. num. 351.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_170_170" id="Footnote_170_170"></a><a href="#FNanchor_170_170"><span class="label">[170]</span></a> Lib. 5. tit. 17. l. 50.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_171_171" id="Footnote_171_171"></a><a href="#FNanchor_171_171"><span class="label">[171]</span></a> Lib. 23. tit. 3 de Juro +dotium l. 39. . 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_172_172" id="Footnote_172_172"></a><a href="#FNanchor_172_172"><span class="label">[172]</span></a> Voyez le Tresor ou la Biblioth. du Droit Fran. par +Mre. Laurent Bouchet tom. 2. pag. 691.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_173_173" id="Footnote_173_173"></a><a href="#FNanchor_173_173"><span class="label">[173]</span></a> Tit. de Nuptiis . 12.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_174_174" id="Footnote_174_174"></a><a href="#FNanchor_174_174"><span class="label">[174]</span></a> L. 30. ff. quando dies leg. vel fideic. +cedat.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_175_175" id="Footnote_175_175"></a><a href="#FNanchor_175_175"><span class="label">[175]</span></a> Vid. Pruckneri manuale mille qustionum illustrium +Theolog. Centur. 8. Qust. 43.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_176_176" id="Footnote_176_176"></a><a href="#FNanchor_176_176"><span class="label">[176]</span></a> Voyez le Tresor, ou la Biblioth. du Droit Franois par Mre Laurent +Bouchel tom. 2. pag. 689.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_177_177" id="Footnote_177_177"></a><a href="#FNanchor_177_177"><span class="label">[177]</span></a> Capitul. 10. Decretal. Gregor. lib. 4. tit. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_178_178" id="Footnote_178_178"></a><a href="#FNanchor_178_178"><span class="label">[178]</span></a> Decret. 2. pars caus. 37. qust. 2. c. 17.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_179_179" id="Footnote_179_179"></a><a href="#FNanchor_179_179"><span class="label">[179]</span></a> Ibid. c. 30.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_180_180" id="Footnote_180_180"></a><a href="#FNanchor_180_180"><span class="label">[180]</span></a> Ibid. c. 37., &c.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_181_181" id="Footnote_181_181"></a><a href="#FNanchor_181_181"><span class="label">[181]</span></a> Voy. Schneidewin. +in institut. lib. 1. Tit. 10. pars 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_182_182" id="Footnote_182_182"></a><a href="#FNanchor_182_182"><span class="label">[182]</span></a> De divortio. num. 22.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_183_183" id="Footnote_183_183"></a><a href="#FNanchor_183_183"><span class="label">[183]</span></a> On peut voir sur ce sujet les ch. 62. & 64. +de la 2. Centurie des Arrts de Mr. le Prtre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_184_184" id="Footnote_184_184"></a><a href="#FNanchor_184_184"><span class="label">[184]</span></a> Collat. 4. Novell. 22. tit. de causis solutionis cum +pœna.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_185_185" id="Footnote_185_185"></a><a href="#FNanchor_185_185"><span class="label">[185]</span></a> In Eutrop. lib. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_186_186" id="Footnote_186_186"></a><a href="#FNanchor_186_186"><span class="label">[186]</span></a> Terence Eunuch. Act. +2. Scen. 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_187_187" id="Footnote_187_187"></a><a href="#FNanchor_187_187"><span class="label">[187]</span></a> Epigr. 52. lib. 10.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_188_188" id="Footnote_188_188"></a><a href="#FNanchor_188_188"><span class="label">[188]</span></a> Epigram. 42. lib 12.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_189_189" id="Footnote_189_189"></a><a href="#FNanchor_189_189"><span class="label">[189]</span></a> Carmen Nuptiale lib. 1. m. 63.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_190_190" id="Footnote_190_190"></a><a href="#FNanchor_190_190"><span class="label">[190]</span></a> Ovid. Amor. lib. 3. Eleg. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_191_191" id="Footnote_191_191"></a><a href="#FNanchor_191_191"><span class="label">[191]</span></a> Audonus Epigramm. 55.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_192_192" id="Footnote_192_192"></a><a href="#FNanchor_192_192"><span class="label">[192]</span></a> Ibid. Epigram. 275.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_193_193" id="Footnote_193_193"></a><a href="#FNanchor_193_193"><span class="label">[193]</span></a> Juven. Satyr. 6. <small>V</small>. 513.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_194_194" id="Footnote_194_194"></a><a href="#FNanchor_194_194"><span class="label">[194]</span></a> Ovid. ubi supr.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_195_195" id="Footnote_195_195"></a><a href="#FNanchor_195_195"><span class="label">[195]</span></a> Liv. 21. tit. 1. de ditit. dicto. l. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_196_196" id="Footnote_196_196"></a><a href="#FNanchor_196_196"><span class="label">[196]</span></a> Horat. Sermon. lib. I. Satyr. I.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_197_197" id="Footnote_197_197"></a><a href="#FNanchor_197_197"><span class="label">[197]</span></a> Ch. 30. <small>V</small>. 21.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_198_198" id="Footnote_198_198"></a><a href="#FNanchor_198_198"><span class="label">[198]</span></a> Mr. Ocluen Capitaine de Cavalerie, & l'un des +Membres de la Socit Royale de Berlin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_199_199" id="Footnote_199_199"></a><a href="#FNanchor_199_199"><span class="label">[199]</span></a> Voyez Livre sans nom pag. 33.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_200_200" id="Footnote_200_200"></a><a href="#FNanchor_200_200"><span class="label">[200]</span></a> Lib. 5. Epigr. 42.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_201_201" id="Footnote_201_201"></a><a href="#FNanchor_201_201"><span class="label">[201]</span></a> Ovid. de arte Amandi. lib. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_202_202" id="Footnote_202_202"></a><a href="#FNanchor_202_202"><span class="label">[202]</span></a> Ibid.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_203_203" id="Footnote_203_203"></a><a href="#FNanchor_203_203"><span class="label">[203]</span></a> Plat. lib. 10. de legib.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_204_204" id="Footnote_204_204"></a><a href="#FNanchor_204_204"><span class="label">[204]</span></a> In Galb. cap. 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_205_205" id="Footnote_205_205"></a><a href="#FNanchor_205_205"><span class="label">[205]</span></a> Thuan. Histor. lib. 52.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_206_206" id="Footnote_206_206"></a><a href="#FNanchor_206_206"><span class="label">[206]</span></a> Tacit. Annal. lib. 4 cap. 53.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_207_207" id="Footnote_207_207"></a><a href="#FNanchor_207_207"><span class="label">[207]</span></a> Plin. Epist. 18. lib. 8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_208_208" id="Footnote_208_208"></a><a href="#FNanchor_208_208"><span class="label">[208]</span></a> Voyez Valesiana pag. 57.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_209_209" id="Footnote_209_209"></a><a href="#FNanchor_209_209"><span class="label">[209]</span></a> Diction. Histor. & Crit. 2. Edit. tom. 1. pag. 355.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_210_210" id="Footnote_210_210"></a><a href="#FNanchor_210_210"><span class="label">[210]</span></a> Bouchet Annales d'Aquitaine fol. 143. vers. Dans +Bayle Rponse aux questions d'un Prov. tom. 1. pag. +423.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_211_211" id="Footnote_211_211"></a><a href="#FNanchor_211_211"><span class="label">[211]</span></a> Voyez l'Histoire des Ouvrages des Savans, +mois de Septembre 1687. pag. 109. & 110.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_212_212" id="Footnote_212_212"></a><a href="#FNanchor_212_212"><span class="label">[212]</span></a> Saty. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_213_213" id="Footnote_213_213"></a><a href="#FNanchor_213_213"><span class="label">[213]</span></a> Hist. des Ouvr. des Sav. mois de Juillet +1696. pag. 506.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_214_214" id="Footnote_214_214"></a><a href="#FNanchor_214_214"><span class="label">[214]</span></a> Sext. Decretal. lib. 4. tit. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_215_215" id="Footnote_215_215"></a><a href="#FNanchor_215_215"><span class="label">[215]</span></a> L. 60. ff.; P2: ff lib. 23. +tit. 2. de ritu nupt. . 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_216_216" id="Footnote_216_216"></a><a href="#FNanchor_216_216"><span class="label">[216]</span></a> . si advertus Institut. de Nuptiis.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_217_217" id="Footnote_217_217"></a><a href="#FNanchor_217_217"><span class="label">[217]</span></a> Sueton. in August. cap. 44.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_218_218" id="Footnote_218_218"></a><a href="#FNanchor_218_218"><span class="label">[218]</span></a> Liv. 5. Epigram. 42.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_219_219" id="Footnote_219_219"></a><a href="#FNanchor_219_219"><span class="label">[219]</span></a> Pag. 513.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_220_220" id="Footnote_220_220"></a><a href="#FNanchor_220_220"><span class="label">[220]</span></a> Liv. 6. ch. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_221_221" id="Footnote_221_221"></a><a href="#FNanchor_221_221"><span class="label">[221]</span></a> Voyez aussi l'Histoire des Ouvrages +des Savans mois de Septembre 1690. art. 1. tom. 7. +pag. 10. & suiv.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_222_222" id="Footnote_222_222"></a><a href="#FNanchor_222_222"><span class="label">[222]</span></a> . 28. pag. 20.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_223_223" id="Footnote_223_223"></a><a href="#FNanchor_223_223"><span class="label">[223]</span></a> . 235. pag. 358.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_224_224" id="Footnote_224_224"></a><a href="#FNanchor_224_224"><span class="label">[224]</span></a> L. si dotem. 22. . si maritus. 7. ff. solut. Matrimon.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_225_225" id="Footnote_225_225"></a><a href="#FNanchor_225_225"><span class="label">[225]</span></a> Can. quod autem.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_226_226" id="Footnote_226_226"></a><a href="#FNanchor_226_226"><span class="label">[226]</span></a> Tom. 2. Jenens. German. fol. 156. 6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_227_227" id="Footnote_227_227"></a><a href="#FNanchor_227_227"><span class="label">[227]</span></a> Lib. 2. tit. 1. de Matrimon. & Nupt. +definit. 16. & Tit. 11. definit. 200.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_228_228" id="Footnote_228_228"></a><a href="#FNanchor_228_228"><span class="label">[228]</span></a> Hist. des Ouvrages des Savans, mois de Fvrier +1706. art. 7. pag. 89. & suiv.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_229_229" id="Footnote_229_229"></a><a href="#FNanchor_229_229"><span class="label">[229]</span></a> Ibid. mois de Dcembre +1691. art. 3. pag. 175.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_230_230" id="Footnote_230_230"></a><a href="#FNanchor_230_230"><span class="label">[230]</span></a> Lib. 5. Tit. 8. Cod. si nupti ex rescripto petantur l. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_231_231" id="Footnote_231_231"></a><a href="#FNanchor_231_231"><span class="label">[231]</span></a> Hist. des Ouv. des Sav. mois de Novembr. 1687. +pag. 321. Ibid mois de Mai 1688. art. 4. pag. 35. Ibid. +mois de Juillet 1688. art. 10. Ibid mois de Septembre +1688. pag. 38. Ibid. Octobre 1688. art. 13. Ibid. Janvier +1689. pag. 473. Ibid. Fvrier 1689. art. 4. Ibid. Mars +1689. art. 1. pag. 13. 16. Ibid. Fvrier 1692. pag. 280. +Ibid. Aot 1692. pag. 540. Ibid. Avril 1695. art. 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_232_232" id="Footnote_232_232"></a><a href="#FNanchor_232_232"><span class="label">[232]</span></a> Mois de Fvrier 1706. art. 7. pag. 89.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_233_233" id="Footnote_233_233"></a><a href="#FNanchor_233_233"><span class="label">[233]</span></a> Voyez la Dclaration du Roi de Prusse sur ce sujet +du 7. Decembre 1689.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_234_234" id="Footnote_234_234"></a><a href="#FNanchor_234_234"><span class="label">[234]</span></a> Chap. 9. . 2. num. 13.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_235_235" id="Footnote_235_235"></a><a href="#FNanchor_235_235"><span class="label">[235]</span></a> B: Voyez les Oeuvres de +Mr. le Vayer Homelie Acadmique, Homel. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_236_236" id="Footnote_236_236"></a><a href="#FNanchor_236_236"><span class="label">[236]</span></a> Impress. Londini in 4. ann. 1640. pag. 40. 41.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_237_237" id="Footnote_237_237"></a><a href="#FNanchor_237_237"><span class="label">[237]</span></a> Votii Polit. Ecclesies pars prima lib. 3. Tractat. 1. +de matrimonio lectio 2. cap. 1. qust. 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_238_238" id="Footnote_238_238"></a><a href="#FNanchor_238_238"><span class="label">[238]</span></a> Voyez de l'usage & de l'autorit du Droit Civil +dans les Etats des Princes Chrtiens traduit du Latin +d'Arthurus Duck Iuriscons. Angl. liv. 2. pag. 234.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_239_239" id="Footnote_239_239"></a><a href="#FNanchor_239_239"><span class="label">[239]</span></a> Lib. 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_240_240" id="Footnote_240_240"></a><a href="#FNanchor_240_240"><span class="label">[240]</span></a> Terent. Eunuch. Act. 4. scen. 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_241_241" id="Footnote_241_241"></a><a href="#FNanchor_241_241"><span class="label">[241]</span></a> Iuvenal. Satyr. 6. <small>V</small>. 366.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_242_242" id="Footnote_242_242"></a><a href="#FNanchor_242_242"><span class="label">[242]</span></a> Cap. 89.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_243_243" id="Footnote_243_243"></a><a href="#FNanchor_243_243"><span class="label">[243]</span></a> Liv. 6. Epigr. 67.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_244_244" id="Footnote_244_244"></a><a href="#FNanchor_244_244"><span class="label">[244]</span></a> Lib. I. Epigr. 34.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_245_245" id="Footnote_245_245"></a><a href="#FNanchor_245_245"><span class="label">[245]</span></a> Ch. 20. <small>V</small>. 2. 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_246_246" id="Footnote_246_246"></a><a href="#FNanchor_246_246"><span class="label">[246]</span></a> Ovid. Metamorph. lib. 9.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_247_247" id="Footnote_247_247"></a><a href="#FNanchor_247_247"><span class="label">[247]</span></a> Caus. 32. qust. 4. +c. origo. &c. liberorum erg.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_248_248" id="Footnote_248_248"></a><a href="#FNanchor_248_248"><span class="label">[248]</span></a> Genes. chap. 6. <small>V</small>. 2.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_249_249" id="Footnote_249_249"></a><a href="#FNanchor_249_249"><span class="label">[249]</span></a> Genes. ch. 30. <small>V</small>. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_250_250" id="Footnote_250_250"></a><a href="#FNanchor_250_250"><span class="label">[250]</span></a> neid. lib. 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_251_251" id="Footnote_251_251"></a><a href="#FNanchor_251_251"><span class="label">[251]</span></a> Vid. c. penult. & fin. 32. qust. 7. a. solet +quri. 32. q. 2. c. non enim 32. q. 1. c. tantum. 32. q. 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_252_252" id="Footnote_252_252"></a><a href="#FNanchor_252_252"><span class="label">[252]</span></a> Genes. ch. 30. <small>V</small>. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_253_253" id="Footnote_253_253"></a><a href="#FNanchor_253_253"><span class="label">[253]</span></a> Tobie ch. 6. <small>V</small>. 16. & suiv.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_254_254" id="Footnote_254_254"></a><a href="#FNanchor_254_254"><span class="label">[254]</span></a> Novell. 78. cap. 3. Novell. 117. cap. 6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_255_255" id="Footnote_255_255"></a><a href="#FNanchor_255_255"><span class="label">[255]</span></a> L. in re mandata cod. mandati.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_256_256" id="Footnote_256_256"></a><a href="#FNanchor_256_256"><span class="label">[256]</span></a> L. 10. l. 14. de adim. legat.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_257_257" id="Footnote_257_257"></a><a href="#FNanchor_257_257"><span class="label">[257]</span></a> L. 8. in princip. ff. +de pericul. & commot. rei vendit.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_258_258" id="Footnote_258_258"></a><a href="#FNanchor_258_258"><span class="label">[258]</span></a> Vigneuil Marville tom. 1. pag. 376.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_259_259" id="Footnote_259_259"></a><a href="#FNanchor_259_259"><span class="label">[259]</span></a> Perroniana pag. 44.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_260_260" id="Footnote_260_260"></a><a href="#FNanchor_260_260"><span class="label">[260]</span></a> Juven. Satyr. 6. <small>V</small>. 324. +325.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_261_261" id="Footnote_261_261"></a><a href="#FNanchor_261_261"><span class="label">[261]</span></a> Martial. Epigr. 7. lib. 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_262_262" id="Footnote_262_262"></a><a href="#FNanchor_262_262"><span class="label">[262]</span></a> Lib. 11. Epigr. 82.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_263_263" id="Footnote_263_263"></a><a href="#FNanchor_263_263"><span class="label">[263]</span></a> L. 30. ff. de divers. Regul. jur.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_264_264" id="Footnote_264_264"></a><a href="#FNanchor_264_264"><span class="label">[264]</span></a> L. Si pœnam ff. de verbor. obligationib.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_265_265" id="Footnote_265_265"></a><a href="#FNanchor_265_265"><span class="label">[265]</span></a> Capitul. 5. Decretal. lib. 4. tit. 15. de Frigidis & +Maleficiatis.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_266_266" id="Footnote_266_266"></a><a href="#FNanchor_266_266"><span class="label">[266]</span></a> Metamorphos. lib. 9. <small>V</small>. 465.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_267_267" id="Footnote_267_267"></a><a href="#FNanchor_267_267"><span class="label">[267]</span></a> Ovid. fast. lib. 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_268_268" id="Footnote_268_268"></a><a href="#FNanchor_268_268"><span class="label">[268]</span></a> St. Romuald. Tresor Hist. & +Chronol. in fol. tom. 1. pag. 93.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_269_269" id="Footnote_269_269"></a><a href="#FNanchor_269_269"><span class="label">[269]</span></a> Ibid. pag. 231.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_270_270" id="Footnote_270_270"></a><a href="#FNanchor_270_270"><span class="label">[270]</span></a> Genes. ch. 21.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_271_271" id="Footnote_271_271"></a><a href="#FNanchor_271_271"><span class="label">[271]</span></a> 1. Samuel. ch. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_272_272" id="Footnote_272_272"></a><a href="#FNanchor_272_272"><span class="label">[272]</span></a> Esae. ch. 54. <small>V</small>. 1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_273_273" id="Footnote_273_273"></a><a href="#FNanchor_273_273"><span class="label">[273]</span></a> L. 1. . usque ade 5. ff. de injuriis & famosis libellis +lib. 47. tit. 10.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_274_274" id="Footnote_274_274"></a><a href="#FNanchor_274_274"><span class="label">[274]</span></a> Sext. decretal. lib. 5. tit. de regul. +jur. Regula 25.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_275_275" id="Footnote_275_275"></a><a href="#FNanchor_275_275"><span class="label">[275]</span></a> Novell. 22. cap. per occasionem. 6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_276_276" id="Footnote_276_276"></a><a href="#FNanchor_276_276"><span class="label">[276]</span></a> Lib. 2. +Epist. 2. <small>V</small>. 18.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_277_277" id="Footnote_277_277"></a><a href="#FNanchor_277_277"><span class="label">[277]</span></a> L. 6. de Appellat.</p></div> + +</div> +<hr class="full" /> + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of Project Gutenberg's Trait des eunuques, by Charles Ancillon + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT DES EUNUQUES *** + +***** This file should be named 39320-h.htm or 39320-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/9/3/2/39320/ + +Produced by Chuck Greif and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (from scanned +pages available at http://gallica.bnf.fr/) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/39320-h/images/colophon.png b/39320-h/images/colophon.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6c65b1c --- /dev/null +++ b/39320-h/images/colophon.png diff --git a/39320-h/images/ill_pg018.png b/39320-h/images/ill_pg018.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0b6c5d0 --- /dev/null +++ b/39320-h/images/ill_pg018.png diff --git a/39320-h/images/ill_pg028.png b/39320-h/images/ill_pg028.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..da5fb11 --- /dev/null +++ b/39320-h/images/ill_pg028.png diff --git a/39320-h/images/ill_pg084.png b/39320-h/images/ill_pg084.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a8b797a --- /dev/null +++ b/39320-h/images/ill_pg084.png diff --git a/39320-h/images/ill_pg152.png b/39320-h/images/ill_pg152.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a729e29 --- /dev/null +++ b/39320-h/images/ill_pg152.png diff --git a/39320-h/images/ill_pg164.png b/39320-h/images/ill_pg164.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..987d665 --- /dev/null +++ b/39320-h/images/ill_pg164.png diff --git a/39320-h/images/ill_pg174.png b/39320-h/images/ill_pg174.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d1d8174 --- /dev/null +++ b/39320-h/images/ill_pg174.png diff --git a/39320-h/images/ill_pg177.png b/39320-h/images/ill_pg177.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ea1476b --- /dev/null +++ b/39320-h/images/ill_pg177.png diff --git a/39320-h/images/ill_pg182.png b/39320-h/images/ill_pg182.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6f03189 --- /dev/null +++ b/39320-h/images/ill_pg182.png diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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