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+The Project Gutenberg EBook of Petit traité des punitions et des
+récompenses à l'usage des maîtres et des parents, by Félix Hément
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Petit traité des punitions et des récompenses à l'usage des maîtres et des parents
+
+Author: Félix Hément
+
+Release Date: March 24, 2012 [EBook #39256]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PETIT TRAITÉ DES PUNITIONS ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel, Hélène de Mink, and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
+typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
+et n'a pas été harmonisée.
+
+
+
+
+ PETIT TRAITÉ
+
+ DES
+
+ PUNITIONS & DES RÉCOMPENSES
+
+
+
+
+DU MÊME AUTEUR
+
+
+ Ouvrages couronnés par la Société pour l'instruction
+ élémentaire, adoptés pour les distributions de prix dans les
+ écoles de la ville de Paris, admis par la Commission
+ ministérielle des bibliothèques populaires et scolaires.
+
+Format in-12:
+
+ =Premières notions d'histoire naturelle.= 19e édition,
+ nombreuses figures, cart. 3 fr.
+
+ =Premières notions de cosmographie.= 5e édition, avec
+ figures 1 fr. 50
+
+ =Premières notions de géométrie.= 6e édition, avec
+ figures 1 fr. 50
+
+ =Premières notions de physique et de météorologie.=
+ 4e édition, avec figures 3 fr. 50
+
+ =Menus propos sur les sciences.= 6e édition, avec
+ figures 3 fr. 50
+
+ =Simple discours sur la terre et sur l'homme= (couronné
+ par l'Académie française) 3 fr.
+
+ =De l'instinct et de l'intelligence= (couronné par
+ l'Académie française; prix Montyon), illustré 2 fr.
+
+ =Les étoiles filantes et les bolides= 2 fr. 50
+
+ =La science anecdotique.= 2e édition 1 fr.
+
+Format in-8º:
+
+ =De l'instinct et de l'intelligence= (couronné
+ par l'Académie française; prix Montyon), illustré 3 fr. 50
+
+ =Les infiniment petits=, illustré 1 fr. 50
+
+ =L'origine des êtres vivants=, illustré 2 fr. 50
+
+ =Tableaux géographiques=, avec notice 15 fr. 50
+ La notice seule, illustrée, cartonnée 1 fr. 50
+ (Honoré d'une souscription Ministère de l'Instruction
+ publique.)
+
+ =Tableaux astronomiques=, avec notice. Six tableaux 10 fr.
+ La notice seule, illustrée, cartonnée 1 fr.
+
+
+
+
+ PETIT TRAITÉ
+
+ DES PUNITIONS
+
+ ET DES RÉCOMPENSES
+
+ A L'USAGE DES MAITRES ET DES PARENTS
+
+ Par FÉLIX HÉMENT
+
+ Inspecteur général honoraire de l'Instruction publique
+
+ Lauréat de l'Institut
+
+ AVEC UNE LETTRE DE M. LEGOUVÉ, DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
+
+ PARIS
+
+ GEORGES CARRÉ, ÉDITEUR
+
+ 58, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS
+
+ 1890
+
+
+
+
+A M. FÉLIX HÉMENT
+
+
+MON CHER CONFRÈRE ET AMI,
+
+_Vous me demandez quelques lignes à mettre en tête de votre petit
+Traité. Que voulez-vous que j'y ajoute? il est complet. On y sent
+l'oeuvre d'un homme qui a beaucoup étudié les enfants, beaucoup
+réfléchi sur les enfants, beaucoup pratiqué les enfants, et, de plus,
+ce livre part de la main d'un pédagogue._
+
+_Tout au plus puis-je donc noter ici, quelques petits faits que m'a
+fournis mon expérience personnelle._
+
+_J'ai élevé mes deux enfants, et un peu mes trois petits-enfants,
+jamais je ne leur ai donné une chiquenaude, et pourtant, j'enregistre
+ici comme un titre dont je suis très fier, le mot que m'a dit un jour
+ma fille: «Tu nous aurais fait rentrer dans un trou de souris.»_
+
+_Quelle était donc mon attitude vis-à-vis d'eux? Étais-je donc dur,
+sévère? Nullement. Toutes les occasions d'amusement je les saisissais,
+je les recherchais pour eux; j'étais le_ plus joueur de tous les pères
+avec eux, _mais une fois que le devoir avait parlé, j'étais d'une
+fermeté inflexible_.
+
+_Selon moi, la fermeté paternelle a sa source dans la tendresse. Je ne
+connais rien qui aille si bien ensemble que la familiarité et
+l'autorité. Un axiome célèbre dit_: «Qui aime bien châtie bien.»
+_C'est monstrueux. Bien aimer, c'est bien élever, et bien élever c'est
+corriger, c'est réprimer, c'est contenir, c'est prévenir; c'est punir,
+ce n'est pas châtier._
+
+_Le châtiment corporel a bien plus pour objet de satisfaire la colère
+de celui qui l'applique que de corriger le défaut de celui qui la
+subit. J'ai cependant vu une mère, la plus tendre des mères, faire
+couler le sang de son fils qu'elle adorait, et jamais je n'ai mieux
+compris ce qu'il y avait d'héroïque dans la tendresse, que le jour où
+j'ai vu les lèvres de cette mère toutes rouges du sang de son enfant.
+Elle lui avait mordu le doigt sans hésiter. Pourquoi? Parce qu'il
+avait mordu lui-même, lâchement et cruellement le doigt de son petit
+frère. La figure de cette mère et celle de cet enfant ne sortiront
+jamais de ma mémoire. Le bourreau avait la pâleur d'une martyre, son
+visage exprimait une douleur mille fois plus profonde que celle de son
+fils. Pour lui, il ne dit rien; il la regarda, il comprit et il se
+jeta à son cou._
+
+_En revanche, j'ai connu une jeune fille, à qui son père, dans un
+moment de colère, avait donné un soufflet quand elle avait déjà quinze
+ans, et qui m'a dit, quand elle en avait vingt-cinq_: «Jamais je ne
+lui ai pardonné et je ne lui pardonnerai jamais.»
+
+_Enfin, troisième fait qui rentre directement dans votre théorie:
+L'amiral Jurien de la Gravière m'a dit que la discipline n'avait
+jamais été plus forte dans la marine, que depuis l'abolition des
+châtiments corporels._
+
+_Je m'arrête, mon cher Confrère et Ami, ayant voulu seulement mêler à
+votre solide et excellent ouvrage, quelques faits aussi frappants qui
+s'y rapportent, et surtout saisir l'occasion de témoigner tout haut de
+mes sentiments d'estime et de sympathie pour votre personne._
+
+ E. LEGOUVÉ.
+
+
+
+
+AVANT-PROPOS
+
+
+Personne n'ignore que l'opinion s'est émue, il y a quelque temps, de
+l'excès de travail imposé à nos écoliers de tout ordre et par suite
+duquel ils se trouvaient, comme on dit, surmenés.
+
+Pour donner satisfaction à ce qu'il y avait de légitime dans les
+plaintes des parents et des hygiénistes, les programmes ont été
+remaniés, sinon réduits, et les règlements ont été adoucis de manière
+à mettre les moeurs de l'école en harmonie avec celles de la Société.
+
+Il nous a paru qu'il convenait, à cette occasion, de faire précéder
+les règlements actuels d'un résumé historique et d'une appréciation
+des châtiments et des récompenses scolaires chez les divers peuples,
+aux diverses époques. C'est ce résumé que nous donnons sous le titre
+de _Petit Traité des punitions et des récompenses_, qui sera, nous
+l'espérons, de quelque utilité à la plupart des maîtres et des
+parents.
+
+ F. H.
+
+
+
+
+PETIT TRAITÉ DES PUNITIONS & DES RÉCOMPENSES
+
+
+L'éducation de l'enfant, c'est-à-dire le développement harmonique de
+son âme et de son corps, se fait, soit dans la famille, soit à l'école
+où les enfants se trouvent réunis pour recevoir l'enseignement et les
+soins en commun, soit simultanément à l'école et dans la famille.
+
+Quel que soit le mode adopté, le but auquel on tend est atteint par
+certains moyens dont il importe d'assurer l'efficacité. Par exemple,
+les exercices doivent être convenablement répartis, un temps
+déterminé doit leur être consacré de judicieux intervalles sont
+nécessaires pour les séparer; en un mot il faut établir l'ordre dans
+le travail, puis, veiller à l'exécution de ce travail. Toutes les
+prescriptions, ordres ou défenses, sont renfermées dans un Code nommé
+règlement auquel se conforment maîtres, parents et élèves. C'est la
+loi commune, égale pour tous, protectrice de tous, et que tous ont un
+égal intérêt à respecter et à maintenir. L'autorité du réglement est
+d'autant mieux établie, sur des bases d'autant plus solides, qu'il a
+été inspiré par une préoccupation plus exclusive de la justice. S'il
+est juste, il assure la liberté et l'égalité; l'obéissance qu'on lui
+doit, loin d'être servile et imposée par la force, est au contraire
+une soumission volontaire, recherchée même comme une garantie de
+sécurité, comme une protection que tous invoquent à l'occasion pour
+se défendre contre les injustices dont ils se croient victimes.
+
+Si quelqu'un enfreint la loi, il doit être puni. Il a mal agi, et
+toute action mauvaise entraîne un blâme et un châtiment. De là, les
+peines édictées par la loi. Tandis que dans les lois sociales se
+trouvent inscrits des châtiments contre les coupables, il n'est
+nullement question de récompenses pour les gens de bien. Le
+législateur a pensé, peut-être avec raison, que s'il est inévitable de
+punir le vice, il n'est pas absolument nécessaire de récompenser la
+vertu. La Loi scolaire, elle, punit et récompense; c'est par la
+crainte et l'espérance qu'on gouverne les enfants tout aussi bien que
+les hommes.
+
+L'enfant est un être moral en puissance, la conscience est chez lui en
+germe. Dès lors, nous devons, dès le premier éveil de la conscience,
+nous préoccuper de développer chez lui le sens moral. Ne négligeons
+rien, n'oublions rien de ce qui peut nous faciliter la tâche. «Tout
+est bien, dit Rousseau, sortant des mains de l'Auteur des choses»,
+seulement rien ne sort directement des mains de l'Auteur des choses,
+car tout est bien changé depuis tant de siècles que les hommes
+occupent la terre. L'enfant n'apporte-t-il pas en naissant des
+prédispositions, des aptitudes, des goûts qu'il doit à ses ancêtres
+comme il leur doit les linéaments de son visage? C'est un héritier de
+l'humanité. Tout n'est pas bien mais tout n'est pas mal en lui, et la
+mission de l'éducateur consiste tout à la fois à contrarier les
+mauvaises tendances et à favoriser l'épanouissement des bonnes.
+
+Nous devons nous attacher à lui faire comprendre qu'il y a des choses
+permises et des choses défendues; qu'il doit par suite s'interdire ce
+qui est défendu, et que l'obéissance à la règle, loin d'être pour lui
+un effet de la crainte, doit être l'expression d'un mouvement spontané
+de son âme. Nous contribuerons ensuite à développer et à fortifier
+chez lui le sens moral, à rendre sa conscience de plus en plus
+délicate, en évitant de lui laisser confondre le mérite et le démérite
+avec leurs conséquences, en le pénétrant de cette idée que ce n'est
+pas de la punition mais de la faute qu'il doit être peiné, comme ce
+n'est pas de la récompense mais de la bonne action seule dont il doit
+être satisfait.
+
+
+
+
+I
+
+DES PUNITIONS
+
+
+Il importe bien plus d'ailleurs, en particulier dans nos écoles,
+disons-le tout d'abord, de prévenir que de punir. Il faut tendre, sans
+prétendre y arriver, vers cette classe idéale où l'on ne punit pas. Au
+lieu de se proposer, comme les jeunes maîtres encore inexpérimentés,
+d'obtenir d'abord le silence et l'attention pour donner ensuite
+l'enseignement, c'est le contraire qu'on doit se proposer,
+c'est-à-dire rendre l'enseignement assez attrayant pour intéresser les
+élèves. L'ordre et l'application sont alors des conséquences
+naturelles. Que la leçon soit donnée avec intelligence, mesure et
+goût, on obtiendra par surcroît le silence, l'attention et le travail.
+Ne pas regarder la discipline comme un but à atteindre est un moyen de
+l'obtenir. En général plus l'enseignement est faible, plus la
+discipline est dure.
+
+Bien entendu, cela ne dispense ni de bons règlements, ni de bonnes
+méthodes, ni de bons procédés, en un mot des conditions favorables au
+travail. La tâche du maître sera en outre singulièrement facilitée: 1º
+si la durée des classes est en rapport avec l'âge des enfants; 2º s'il
+existe une judicieuse répartition du travail et du repos; 3º si une
+sage mesure est observée dans la durée et l'intensité des efforts
+exigés des élèves, car nous ne devons pas oublier qu'il faut au
+cerveau, comme à l'estomac, indépendamment de la diversité dans
+l'alimentation, une somme de nourriture qu'il puisse digérer et
+assimiler.
+
+Si rarement qu'on ait à punir, encore faut-il punir quelquefois.
+Occupons-nous donc de la nature des châtiments.
+
+ * * * * *
+
+Depuis l'humanité naissante jusqu'à nos jours, on a surtout fait usage
+des peines corporelles. On a puni l'âme indocile dans le corps qu'elle
+gouverne, au lieu de la châtier directement. On était plus préoccupé
+de l'expiation de la faute que de l'amélioration du coupable. Il a
+fallu, d'une part, l'adoucissement des moeurs, et, d'autre part, une
+idée plus exacte, une appréciation plus saine du châtiment pour
+reconnaître qu'il ne doit être ni une cruauté ni une vengeance, mais
+un moyen offert au coupable de s'amender. Les moeurs scolaires se
+sont ressenties de la transformation des moeurs générales, ainsi qu'on
+voit les grands mouvements de l'Océan gagner les baies les plus
+reculées dans l'intérieur des terres.
+
+Aujourd'hui, dans la plupart des pays civilisés, les châtiments
+corporels sont tombés dans un discrédit sérieux. En Angleterre, où le
+respect de la tradition est excessif, on se relâche cependant des
+rigueurs du fouet traditionnel. Dans un rapport présenté au _Conseil
+d'éducation_ de Londres, le rapporteur s'exprime ainsi: «Nous sommes
+heureux d'annoncer, que le nombre des punitions diminue, spécialement
+en ce qui concerne les punitions corporelles, ce qui tient sans doute
+aux règles établies pour les cas où ces punitions sont permises. Nous
+les verrions même disparaître si les maîtres avaient le droit de
+renvoyer les enfants incorrigibles et intraitables, ce qui est
+impossible dans une école ouverte à tous.»
+
+Par contre, de l'autre côté du Rhin, on semble vouloir en augmenter
+les rigueurs, «en autorisant l'instituteur à infliger des punitions
+corporelles sensibles qui laissent des traces comme les bleus, les
+raies enflées, les ecchymoses». Voici un extrait d'un jugement rendu
+par le tribunal supérieur d'_administration_ de Prusse:
+
+L'instituteur, y est-il dit, est autorisé à infliger des punitions
+corporelles sensibles. Il doit éviter de causer des blessures
+«marquantes», qui mettent en danger la santé de l'élève. Les bleus,
+les raies enflées, les ecchymoses, ne constituent pas de signes
+indiquant des blessures «marquantes»; car chaque correction
+sensible--et l'instituteur est expressément autorisé à infliger une
+correction sensible--laisse des traces pareilles.
+
+L'instituteur n'est pas passible d'une peine s'il châtie un élève
+appartenant à une autre classe que celle qu'il dirige; la punition
+peut être infligée en dehors du local scolaire.
+
+La conduite de l'élève en dehors de l'école est également soumise à la
+discipline scolaire.
+
+L'ecclésiastique de son côté est autorisé quand il donne l'instruction
+religieuse à administrer des punitions sensibles.
+
+La conduite de l'instituteur ne peut devenir l'objet de poursuites que
+lorsqu'il a infligé des blessures marquantes.
+
+Toujours est-il que c'est avec quelque répugnance, et à la dernière
+extrémité qu'on les applique, et en les atténuant, Ceux qui les
+appliquent semblent s'en excuser et les considérer comme un mal
+nécessaire.
+
+ * * * * *
+
+Remarquons en passant qu'un très petit nombre d'animaux mordent ou
+frappent à coups de bec leurs petits qui se conduisent mal. Le plus
+souvent, ils les grondent, et cela suffit ordinairement pour les faire
+rentrer dans le devoir. C'est merveille, par exemple, de voir les
+jeunes poussins obéir à la mère poule.
+
+Elle a un cri pour les rappeler lorsqu'ils s'égarent, un autre cri
+pour les rassurer s'ils ont eu peur à tort; un autre, pour les
+rassembler si un danger se présente. Quel que soit l'ordre donné, ils
+obéissent à la voix maternelle. Comment se fait-il que l'homme, qui
+se qualifie animal raisonnable, ne soit pas conduit uniquement par la
+raison. C'est sans doute parce que de tous les animaux, il est celui
+dont l'éducation première a la plus longue durée et réclame le plus de
+soins. L'éducation des jeunes animaux par leurs parents rentre dans la
+catégorie des actes instinctifs: elle est invariable dans ses moyens
+comme dans sa durée et parfaite quant au but à atteindre. Celle de
+l'enfant, au contraire, se modifie avec le progrès des moeurs et la
+connaissance plus précise de l'hygiène. Les procédés d'éducation
+varient avec le degré de civilisation.
+
+ * * * * *
+
+Le premier châtiment corporel est infligé avec la main. Non moins
+diligente que la parole, la main se lève au moment même où celle-ci
+formule un reproche. Un ébranlement nerveux unique, parti du cerveau,
+se répand dans le corps tout entier et détermine simultanément
+l'ensemble des manifestations de la colère. La main est tout à la fois
+un merveilleux outil au service du corps et un admirable instrument
+aux ordres de l'âme. Ses mouvements ne sont pas moins variés que ses
+usages. Si, d'une part, elle sert à assurer et à guider les pas du
+jeune enfant, elle devient, à l'occasion, envers ce même enfant, un
+instrument de correction.
+
+Nous n'hésitons pas à condamner cette sorte de correction, qu'elle
+qu'en soit la forme: tape, calotte, claque, soufflet, lors même
+qu'elle n'a rien de prémédité ni de suivi, qu'elle résulte d'un
+mouvement de vivacité sans conséquence, parce que, avec une apparence
+anodine, elle présente parfois de graves inconvénients sinon des
+dangers. Les coups sur la tête, le dos ou la face donnés par une main
+brutale, peuvent déterminer des accidents sérieux et le soufflet a de
+plus un caractère dégradant. La face humaine voisine du cerveau,
+centralisant les organes des sens est en rapport direct et intime avec
+l'âme. La personne humaine est empreinte dans le visage plus que dans
+toute autre partie du corps, voilà ce qui rend le visage digne de
+respect. Tout au plus la fessée pourrait être tolérée, et encore pour
+de très jeunes enfants.
+
+Malgré l'aisance de ses mouvements et la vigueur de ses coups, la main
+ne paraît pas toujours suffire à certaines personnes, et tantôt pour
+des motifs de convenance ou de commodité, tantôt pour aggraver la
+souffrance, on l'a armée du bâton, de la baguette, du fouet, de la
+férule ou du martinet.
+
+Ces diverses modifications du châtiment corporel n'étaient pas pour
+lui conquérir des sympathies.
+
+ * * * * *
+
+Chez les Égyptiens, le bâton est l'instrument de correction; comme on
+a pu s'en assurer par les devoirs d'écoliers égyptiens qui se trouvent
+parmi les papyrus du _British Museum_ (Musée de Londres) et qui
+remontent au XVIIe siècle avant notre ère[1]. Parmi les exemples
+d'écriture, on lit: «Celui qui n'écoute pas sera battu;» ailleurs: «Ne
+fais pas un jour de paresse, ou bien on te battra; il y a un dos chez
+le jeune homme, il écoute celui qui le frappe». La menace des coups de
+bâton, revient souvent mais il ne paraît pas que ce soit seulement à
+propos des fautes commises. Il semble que les coups aient eu aussi
+pour but d'encourager l'écolier au travail, d'éveiller son attention
+comme le léger coup de fouet par lequel on excite le cheval et qui est
+comme une caresse stimulante. Les Égyptiens bâtonnent leurs ânes et
+ils ont procédé de même avec les écoliers. Il est même probable que la
+comparaison de l'écolier ignorant à un âne est d'origine égyptienne.
+Le bâton présente peut-être moins de dangers et d'inconvénients que le
+fouet pour un même effort de celui qui frappe.
+
+ [1] _Pédagogie égyptienne_, note de M. Georges Daressy dans la
+ _Revue pédagogique_ (juillet-décembre 1885).
+
+
+ * * * * *
+
+La verge, qui semble avoir été en usage chez les Hébreux, et qui
+pouvait être une baguette ou un bâton, est sans doute empruntée aux
+Égyptiens. Nous disons qu'elle semble avoir été en usage parce que les
+proverbes ou autres passages qui se rapportent aux menaces de la verge
+ne sauraient prouver plus que nos propres proverbes qui ne sont
+d'ailleurs le plus souvent que la répétition des proverbes anciens. Se
+figure-t-on nos descendants, retrouvant des expressions comme
+celles-ci: _donner des verges pour se faire fouetter_, et concluant de
+là qu'on faisait usage de ce mode de punition chez les Français. Or,
+c'est ainsi qu'on raisonne lorsqu'on attribue cet usage aux Hébreux
+parce qu'on lit dans les _proverbes_: _la folie est liée au coeur de
+l'enfant, et la verge de la discipline l'en chassera_, ou bien parce
+que Roboam dit: _mon père vous a battus avec des verges, moi je vous
+châtierai avec des verges de fer_. Quoi qu'il en soit, il est permis
+de croire que les enfants des Hébreux ont reçu le fouet comme ceux des
+autres nations.
+
+ * * * * *
+
+Nous n'avons guère que quelques indications sommaires sur les moyens
+de correction appliqués par les Grecs. Xénophon nous dit, en parlant
+des enfants de Sparte, qu'on les encourage à dérober les fromages sur
+l'autel de Diane Orthie, quitte à les _fouetter_ jusqu'au sang s'ils
+se laissent surprendre. Lycurgue voulait que tout citoyen eût sur
+chaque enfant le droit de correction, et si, _frappé_ par d'autres,
+l'enfant vient se plaindre, etc., c'est le châtiment corporel appliqué
+sans ménagement[2]. Remarquons que les choses se passent ainsi à
+Sparte et qu'on n'en saurait conclure qu'il en ait été de même à
+Athènes; loin de là. Platon ne nous dit rien des corrections, lui qui
+entre pourtant dans de grands détails sur les soins à donner aux
+jeunes enfants et dont les préceptes, disons-le en passant, sont en
+opposition avec les lois les plus élémentaires de l'hygiène[3].
+
+ [2] Xénophon, _Gouvernement de Sparte_.
+
+ [3] Ainsi il préconise le maillot et l'usage du berceau jusqu'à
+ l'excès. Il voudrait que l'enfant fût dans son berceau comme dans
+ un navire constamment balancé par les vagues.
+
+Nous ne trouvons rien non plus dans Aristote: il est vrai que tout ce
+qui se rapporte à l'éducation du premier âge est traité par lui avec
+un évident amour de l'enfance, et que la tendresse du père laisse
+présumer celle de l'éducateur. Avec Plutarque, au contraire, nous
+sommes exactement renseignés sur le point qui nous intéresse. «C'est
+par la douceur, la persuasion, dit-il, qu'il faut porter au bien la
+jeunesse; les mauvais traitements et les coups ne conviennent qu'à des
+esclaves, et dégradent des hommes libres. A ce régime, l'enfant
+devient comme hébêté[4].» Les Grecs n'en sont pas encore, on le voit,
+à fonder une société protectrice des animaux. Toutefois un progrès
+considérable s'est déjà accompli dans les moeurs.
+
+ [4] _Éducation des enfants_, 16.
+
+
+ * * * * *
+
+Chez les Romains, la chose n'est pas douteuse; les renseignements nous
+viennent de divers côtés. Plaute (234-184 av. J.-C.) dans sa comédie
+des _Bacchis_, met dans la bouche d'un des personnages, ces mots:.....
+«Assis auprès de ton précepteur, tu lisais, et s'il t'arrivait de
+manquer d'une syllabe, ta peau était aussitôt bigarrée comme le
+manteau de la nourrice[5].»
+
+Horace (65-8 av. J.-C.) nous a conservé le nom de ce rude soldat qui
+s'était fait grammairien à cinquante ans, et dont il dit: «... Je me
+souviens des vers que me dictait le _fouetteur_ Orbilius, lorsque
+j'étais enfant...[6]»
+
+ [5] Plaute, _les Bacchis_, acte 3, scène 4.
+
+ [6] Ep. I, liv. II.
+
+«Loin de nous, dit Quintilien (42-120) le châtiment ignominieux qu'on
+inflige aux enfants, quoique l'usage l'autorise... D'abord, il est
+indécent et servile puisqu'à tout autre âge, il constituerait un
+outrage cruel, ensuite, l'élève, sourd aux réprimandes, sera bientôt
+insensible aux coups.»
+
+On pourrait multiplier les citations.
+
+ * * * * *
+
+Tandis que les Romains instruits blâment l'usage de corrections
+corporelles, saint Chrysostome, saint Augustin, les moines s'inspirent
+de la Bible, mal interprétée, pour préconiser ces corrections. Les
+moeurs du moyen âge n'étaient pas faites pour apporter quelque
+adoucissement à ce régime. Nous n'avons pas l'intention de réunir ici
+tous les témoignages qui sont fort nombreux[7]. Nous citerons
+seulement les plus intéressants. Les maîtres ne sont pas désignés
+autrement que par l'épithète de _furieux_ (_furiosus preceptor_) que
+leur avait donné déjà saint Jérôme. Ils ne décolèrent pas, ne cessent
+de frapper pour faire pénétrer dans la tête de pauvres enfants des
+connaissances médiocres et médiocrement enseignées. Un évêque,
+Rathérius (ou Rathier, 974), compose une grammaire qu'il intitule
+_pare-dos_. C'est effectivement le dos qui reçoit le plus de coups, ce
+qui n'empêche que la tête, le visage, les fesses n'en aient leur bonne
+part. Les cheveux, les oreilles semblent aussi appeler les
+tiraillements des maîtres bourreaux.
+
+ [7] Voir une spirituelle et intéressante étude de M. Franck
+ D'Arvert dans la _Revue pédagogique_ (juillet 1885). Voir
+ également l'_Histoire des doctrines de l'éducation_, de M.
+ Compayré.
+
+
+Les esprits doux et sensés s'élèvent contre ces brutalités odieuses.
+
+Saint Anselme (1033-1109) rapporte que, causant avec un abbé qui
+dirigeait les études des écoliers d'un cloître, celui-ci se plaignit
+amèrement des enfants: «Ils sont, dit-il, méchants et incorrigibles.
+Nous ne cessons de les frapper jour et nuit et ils deviennent toujours
+pires.--Eh quoi! lui dit saint Anselme, vous ne cessez de les frapper,
+et que deviennent-ils une fois grands?--Idiots et stupides, répond
+l'abbé.--Voilà une belle éducation, reprend le saint, qui de l'homme
+fait une bête.»
+
+Le doux et pieux Gerson (1363-1429) est l'auteur d'un petit livre dans
+lequel il compare les enfants à de frêles plantes pour lesquelles il
+réclame des soins et une vigilance active. Il se plaint de la disette
+de bons maîtres qui aient pour leurs élèves un coeur de père et qui
+n'usent pas de châtiments corporels.
+
+«Il est plus facile, dit-il, de gagner les enfants par la douceur que
+par la crainte; autrement dit: On prend plus de mouches avec une
+cuillerée de miel qu'avec une tonne de vinaigre.»
+
+Un siècle plus tard, Rodolphe Agricola (1442-1485), disait: «Une école
+ressemble à une prison: ce sont des coups, des pleurs et des
+gémissements sans fin.» Après lui Érasme (1467-1536) continue: «C'est
+à la charrue qu'il faut envoyer de pareils maîtres, dignes d'effrayer
+de leur voix tonnante les boeufs et les ânes..... Oses-tu bien,
+stupide bourreau, déchirer à coups de fouet, des jeunes gens d'esprit
+et de bonne famille, que tu es plus capable de tuer que
+d'instruire!...» Érasme et Rabelais (1483-1553) ont cité, avec les
+mêmes sentiments de réprobation, le collège de Montaigu où régnait le
+bourreau Pierre Tempête tenant en guise de sceptre le fameux fouet
+auquel il dut sa détestable renommée[8].
+
+ [8] L. I, ch. 27.
+
+«..... L'éducation se doit conduire avec une fermeté douce, dit
+Montaigne... Otez-moi la violence et la force; il n'est rien, à mon
+avis, qui abâtardisse et étourdisse si fort une nature bien née...
+Entre autres choses, la discipline de la plupart de nos collèges m'a
+toujours déplu... c'est une vrai prison (geaule) de jeunesse
+captive... Arrivez-y au moment du travail, vous n'entendez (oyez) que
+cris et d'enfants suppliciés et de maîtres enivrés dans leur colère.
+Quelle manière pour éveiller l'appétit envers leur leçon, à ces âmes
+tendres et craintives, que de les y engager avec une trogne
+effroyable, les mains armées de fouets... Combien leurs classes
+seraient plus décemment jonchées de fleurs et de feuilles que de
+tronçons d'osier sanglants!...[9]»
+
+ [9] Montaigne (1533-1592), liv. Ier, chap. XXV.
+
+Le disciple de Montaigne, Charron (1543-1603), l'auteur de _la
+Sagesse_, parle dans le même sens que son maître, quelquefois même il
+lui emprunte ses propres écrits. «..... Nous condamnons, dit-il, tout
+à fait la coutume presque universelle de battre, fouetter, injurier et
+crier après les enfants... préjudiciable et toute contraire au dessein
+que l'on a de les rendre amoureux et poursuivant la vertu, sagesse,
+science, honnêteté. Or cette façon impérieuse et rude leur en fait
+venir la haine, l'horreur et le dépit; puis les effarouche et les
+entête, leur abat et ôte le courage tellement que leur esprit n'est
+plus que servile et bas... Les coups sont pour les bêtes qui
+n'entendent pas raison; les injures et crieries sont pour les
+esclaves...»
+
+Rollin (1661-1741), à son tour, réprouve dans son for intérieur les
+châtiments corporels; son coeur paternel, son âme sensible y
+répugnent, et pourtant il hésite par respect pour les textes bibliques
+que nous avons cités plus haut. Nous l'avons dit, le langage de la
+Bible est surtout figuré, et Varet (1632-1676) de Port-Royal[10],
+interprète les textes plus judicieusement que Rollin lorsqu'il dit:
+«J'estime que la rigueur recommandée par l'Écriture-Sainte s'exerce
+bien plus parfaitement et mieux selon l'esprit de Dieu par le refus
+d'un baiser ou des caresses ordinaires que par les verges.»
+
+ [10] (Varet, _De l'éducation chrétienne des enfants_.)
+
+Locke (1632-1704) veut bien tolérer dans certains cas exceptionnels
+les peines corporelles: L'usage du fouet, dit-il, est une discipline
+servile qui rend le caractère servile[11]. Quelques voix s'élèvent
+dans ce concert de réprobation pour parler en faveur du fouet:
+Mélanchton, Johnson, Goldschmidt déclarent qu'ils n'auraient jamais
+rien appris s'ils n'avaient été fouettés. C'est là une simple
+affirmation sans preuves, et dans tous les cas ce ne sont pas des
+personnalités éminentes.
+
+ [11] Locke, _Pensées sur l'éducation_.
+
+Par contre, Luther protestera, lui qui avait été battu jusqu'à quinze
+fois dans une seule matinée.
+
+«Un enfant intimidé, dit-il, par de mauvais traitements, est irrésolu
+dans tout ce qu'il fait. Celui qui a tremblé devant ses parents
+tremblera toute sa vie devant le bruit d'une feuille que le vent
+soulève.»
+
+
+Qui ne voit que le maître qui frappe un élève compromet tout à la fois
+sa dignité et son autorité? S'il ne se possède pas, s'il s'emporte,
+quel déplorable spectacle ne donne-t-il pas à son élève et dès lors
+quel respect, quelle estime, quelle affection peut-il en attendre? Si,
+au contraire, il est calme, comment osera-t-il brutaliser un enfant ou
+assister impassible à l'exécution qu'il aura ordonnée!
+
+Et pourtant les punitions corporelles continuent à être pratiquées.
+Nul n'en est exempt, pas même les enfants des grands et des rois. On
+le comprendrait à la rigueur dans les masses ignorantes et non
+policées; là, les coups sont et seront toujours d'un usage courant: le
+procédé est commode, sommaire, et expéditif, à la portée de tous,
+tandis que les autres moyens de corrections exigent bien des qualités
+que maître et parents possèdent rarement.
+
+Lorsqu'il fut question de l'éducation du Dauphin, fils de Louis XIV,
+le marquis du Châtelet composa un traité dans lequel on lit: «Il n'est
+point ici question de férule, un Dauphin de France doit être conduit
+par la gloire et par la douceur..... On doit ne le détourner du vice
+que par les charmes de la vertu[12]». Mais malgré ces sages avis, sans
+doute aussi, malgré Bossuet dont tous les contemporains ont loué la
+douceur et qui écrivait au pape Innocent: «C'est par la douceur qu'il
+faut former l'esprit des enfants», on donna pour gouverneur au Dauphin
+ce soldat honnête, mais quinteux, violent, brutal, sans pitié pour
+l'enfance, le duc de Montausier, qui se qualifiait gaîment lui-même
+_exécuteur des hautes oeuvres_, et se livrait envers son royal élève à
+un véritable débordement de coups dont rougirait aujourd'hui un
+charretier. Le fidèle valet de chambre Dubois nous a conservé le récit
+ému de ces scènes odieuses[13]. Se figure-t-on Bossuet spectateur
+indifférent de ces honteuses violences!
+
+ [12] _Traité de l'éducation de Monsg. le Dauphin_, par Paul Hay
+ du Châtelet.
+
+ [13] _Journal de Dubois_, 29 juillet 1671. Bibl. de l'école des
+ Chartes, c. 4, 2e série.
+
+ * * * * *
+
+Encore, si la peine corporelle était efficace ou l'était plus que les
+autres punitions! Mais nullement: elle est sans effet. Où la douceur
+n'a rien obtenu, la violence obtient moins encore. On impose par la
+crainte le silence et l'immobilité, non l'attention et le travail
+fécond. Les Jésuites avaient essayé d'un fouet perfectionné, composé
+de petites ficelles qui effleuraient la peau sans atteindre la chair.
+A quoi bon! Si le fouet ne cause aucun mal, il n'est plus qu'une
+grossière et inutile humiliation, d'une pratique pernicieuse au point
+de vue éducatif. Renonçons une fois pour toutes à des procédés qui
+terrifient l'enfant et le rendent incapable d'attention. Locke dit
+avec autant d'esprit que de raison, qu'il est aussi difficile de fixer
+des idées nettes dans une âme agitée que de bien écrire sur un papier
+qui tremble[14].
+
+ [14] Locke, _Quelques pensées sur l'éducation_.
+
+
+Comment veut-on que l'esprit de l'enfant ne soit pas troublé par les
+menaces et les éclats de la colère, prélude ou accompagnement
+ordinaire des brutalités? La crainte rend l'enfant timide et sournois;
+frapper n'est pas corriger. L'unique souci de l'enfant sera d'éviter
+les coups, et, pour s'y soustraire, il dissimulera ses fautes par le
+mensonge. C'est en ce sens surtout que le châtiment corporel est
+anti-éducatif.
+
+Ce châtiment présente en outre des dangers sérieux: un maître irrité
+ne mesure pas ses coups et, parfois il lui arrivera de dépasser une
+limite prudente et de blesser un enfant sans le vouloir. Un mouvement
+instinctif de celui-ci pour éviter ou parer un coup peut occasionner
+un accident grave. Si, à la rigueur, on use des coups envers les
+animaux, c'est qu'il ne nous est pas facile de nous en faire
+comprendre, d'autant que nous exigeons d'eux des services peu en
+rapport avec leurs aptitudes et souvent contre leur gré. On sait
+combien l'abus est voisin de l'usage[15]; de là les mauvais
+traitements que réprime la loi protectrice des animaux. Mais l'enfant
+est un animal raisonnable, il nous comprend. Dès lors pourquoi nous
+priver bénévolement du concours de ses facultés supérieures et, d'un
+animal raisonnable, ne pas utiliser la raison.
+
+ [15] Pour se convaincre de la facilité avec laquelle on glisse de
+ l'usage à l'abus, il suffit de lire dans les règlements des
+ Jésuites, des Frères, de MM. de Port-Royal, etc., les
+ recommandations aux maîtres, les appels à leur patience, à leur
+ modération. Il est si naturel de se servir d'une arme lorsqu'on
+ la tient à la main! Le châtiment corporel a été souvent un
+ acheminement vers la torture.
+
+
+ * * * * *
+
+Jusqu'ici il n'a été question que de coups, parce qu'en général les
+coups seuls, en y comprenant les tirements d'oreilles, de cheveux et
+pincements, sont regardés comme des châtiments corporels. En réalité,
+on doit comprendre sous cette appellation toute privation de nature à
+porter atteinte à la santé: celle d'une nourriture substantielle, par
+exemple. Mettre un jeune enfant au pain sec et à l'eau, c'est lui
+infliger une punition plus sévère qu'une tape ou qu'un coup de
+baguette, et d'une durée plus longue. La retenue, la privation de
+récréation ou de promenade sont également des punitions corporelles et
+des plus pénibles pour un être qui a si grand besoin de mouvement: en
+outre, ces moyens de correction vont contre le but qu'on se propose,
+car s'il s'agit de réprimer la turbulence, l'immobilité qu'on impose à
+l'enfant ne fait qu'exaspérer le besoin de mouvement qu'il a; c'est
+pour lui un supplice. Laissez-le au contraire épuiser son activité
+afin de le calmer; qu'il dépense sa fougue hors de la classe, afin
+qu'il ne la dépense pas au dedans.
+
+Si, de plus, vous lui donnez à faire des pensums, si vous
+l'assujettissez à une besogne fastidieuse et stérile, vous rendez la
+punition plus dure encore. Ajoutons enfin qu'il y a toujours de
+sérieux inconvénients à donner au travail le caractère d'un châtiment.
+On risque ainsi d'inspirer à l'enfant le dégoût de l'étude et
+l'aversion pour le maître, indépendamment des mauvaises habitudes de
+travail qu'entraîne l'accomplissement d'une tâche rebutante.
+
+En résumé, tout châtiment corporel, quelle qu'en soit la nature, est
+_sans effet sérieux, dangereux_ et _anti-éducatif_. C'est plus qu'il
+n'en faut pour le proscrire.
+
+ * * * * *
+
+Que reste-t-il alors comme moyen d'action?
+
+La privation de certains plaisirs; mais surtout les exhortations et
+les réprimandes.
+
+C'est peu, pensera-t-on peut-être. C'est suffisant, dirons-nous, pour
+qui saura en user avec tact, mesure et convenance, en tenant compte de
+la gravité plus ou moins grande de la faute, de la sensibilité plus ou
+moins vive de l'enfant.
+
+Swift (1667-1745), dans son ingénieux roman de _Gulliver_, fait ainsi
+finement la critique de la discipline scolaire de son temps.
+
+«Il est défendu aux maîtres, dit-il, de châtier les enfants par la
+douleur, ils le font par le retranchement de quelque douceur sensible,
+par la honte, et surtout par la privation de deux ou trois leçons, ce
+qui les mortifie extrêmement, parce qu'alors on les abandonne à
+eux-mêmes, et qu'on fait semblant de ne les pas juger dignes
+d'instruction. La douleur, selon eux, ne sert qu'à les rendre timides,
+défaut très préjudiciable, et dont on ne guérit jamais.»
+
+Gardons-nous en effet de croire que la sévérité des peines en assure
+l'efficacité: la sensibilité physique ou morale s'émousse par l'effet
+de l'habitude. Défions-nous de cette soumission silencieuse obtenue
+par un mot dur ou par la menace d'un châtiment et qui dissimule mal la
+révolte intérieure et le coeur ulcéré.
+
+«On obtient plus, dit Plutarque, par les éloges et les réprimandes que
+par les rigueurs si l'on a soin de les employer tour à tour, celles-ci
+pour détourner du mal, ceux-là, pour encourager au bien.» «Je veux,
+dit à son tour Quintilien, qu'on me donne un enfant qui soit sensible
+à la louange, que la gloire enflamme, à qui une défaite arrache des
+larmes..... Un reproche, une réprimande le touchera au vif, le
+sentiment de l'honneur l'aiguillonnera»[16].
+
+ [16] Quintilien, _Institution oratoire_, l. I.
+
+Un reproche adressé sans amertume, sinon sans gravité et sans
+tristesse, produit une vive impression sur l'enfant surtout si en lui
+adressant on s'attache à lui faire reconnaître sa faute et qu'on lui
+inspire le désir de s'amender. Le châtiment doit être pour celui qui a
+commis une faute un moyen de se relever. En éducation, tout doit
+servir à l'éducation.
+
+Malheureusement peu de gens savent adresser des reproches, les
+formuler, les graduer, prendre le ton nécessaire, choisir le moment
+convenable, l'occasion propice, les circonstances favorables. Il y a
+un art de punir. N'ajoutez pas l'insulte au reproche, comme on le fait
+d'ordinaire, car vous aggravez ainsi la punition, et vous en épuisez
+bientôt l'effet, si bien que vous serez désarmé pour l'avenir; surtout
+n'y revenez pas à plusieurs reprises comme ces parents qui, à toute
+occasion, renouvellent leurs plaintes, invitent les parents, les amis,
+les étrangers même à s'associer à eux pour accabler l'enfant. C'est
+comme une blessure que vous rouvrez, c'est un supplice incessamment
+renouvelé, ce n'est plus un reproche, mais une succession de
+reproches, une série d'humiliations, A l'entrée de chaque visiteur, on
+entend: savez-vous ce qu'a fait Jules?--Il a fait telle
+chose.--Grondez-le donc. Puis, on compare Jules à Paul qui est bien
+autrement sage, qui donne à ses parents de si vives satisfactions,
+etc. Heureusement que les enfants, moins soucieux que leurs parents de
+la prétendue sagesse qu'on leur accorde, ne s'en aiment pas moins, car
+les parents font tout ce qui est nécessaire pour éveiller chez leurs
+enfants des sentiments de haine, d'envie et de jalousie.
+
+
+_Conditions auxquelles doivent satisfaire les punitions._
+
+Avant de donner quelques indications sur la manière dont on doit
+procéder dans l'application, il nous semble indispensable d'énumérer
+les conditions auxquelles doivent satisfaire les punitions en général.
+Ces conditions sont au moins aussi essentielles que les punitions
+mêmes et il est absolument nécessaire de s'y conformer si l'on veut
+assurer l'efficacité de ces dernières.
+
+Nous ne dirons pas qu'une punition doit être juste; cela va de soi.
+Quand elle est injuste, c'est que parents ou maîtres se sont trompés;
+nous ne saurions admettre un instant que de propos délibéré ils
+veuillent commettre une injustice. «C'est perdre toute confiance dans
+l'esprit des enfants, dit La Bruyère, et leur devenir inutile, que de
+les punir des fautes qu'ils n'ont point faites ou même sévèrement de
+celles qui sont légères. Ils savent précisément et mieux que personne
+ce qu'ils méritent, et ils ne méritent guère que ce qu'ils craignent:
+ils connaissent si c'est à tort ou avec raison qu'on les châtie et ne
+se gâtent pas moins des peines mal ordonnées que de l'impunité[17].»
+
+ [17] La Bruyère, _De l'homme_, XI.
+
+
+Point de punitions générales dans les classes; mieux vaut laisser un
+coupable impuni que punir des innocents afin de pouvoir l'atteindre.
+Ajoutons que le plus souvent la punition sera beaucoup plus dure pour
+ceux-ci qu'elle ne sera efficace pour celui-là.
+
+
+1º.--_Les punitions doivent être rares._
+
+La fréquence des punitions en diminue l'effet. L'élève s'y accoutume:
+or comme nous voulons faire appel aux sentiments délicats et élevés,
+nous ne devons le faire qu'avec de grands ménagements, afin de
+conserver à l'enfant toute sa fraîcheur d'impression et toute sa
+sensibilité.
+
+«..... Si vous avez envie, dit excellemment Montaigne, qu'il craigne
+la honte et le châtiment, ne l'y endurcissez pas: endurcissez-le à la
+sueur et au froid, au vent, au soleil, et aux hasards qu'il lui faut
+mépriser...[18]»
+
+ [18] Montaigne, l. I, ch. XXV.
+
+
+2º.--_Toute punition infligée doit être exactement subie._
+
+Pas d'indécision à cet égard. La certitude de la punition importe bien
+plus que la rigueur. Réfléchissez mûrement avant d'infliger un
+châtiment, mais, la décision prise, ne cédez ni aux cris, ni aux
+supplications, car si vous manquez de fermeté une seule fois, votre
+autorité est perdue. Dès que l'enfant se sera aperçu qu'il peut vous
+fléchir en vous lassant, vous n'aurez plus d'action sur lui, tandis
+que s'il est convaincu de son impuissance, s'il désespère de vaincre
+votre résistance, il n'essaiera plus de lutter, il se résignera.
+
+Que de fois nous avons entendu des mères trop vives et trop tendres,
+s'écrier: Gaston, si tu fais cela, tu seras privé de dessert; mais le
+moment d'après, la peine était levée et à partir de ce moment l'enfant
+savait qu'il n'avait plus à redouter l'exécution des menaces. Sans le
+vouloir, inconsciemment, la mère lui avait laissé voir sa faiblesse.
+
+«Que tous vos refus soient irrévocables, dit Rousseau, que le _non_
+prononcé soit un mur d'airain, contre lequel l'enfant n'aura pas
+épuisé cinq ou six fois ses forces qu'il ne tentera plus de
+renverser[19]».
+
+ [19] Rousseau (1712-1778), _Émile_, livre II.
+
+Nous donnons des instructions générales qui souffrent des exceptions.
+La justice n'exclut pas la miséricorde. Il faut rester inflexible tant
+qu'on ne voit chez l'enfant qu'un désir d'échapper à une punition
+comme on évite ce qui est désagréable, mais on peut céder devant les
+signes d'un repentir évident, d'un regret sincère de la faute commise
+et d'une douleur vraie.
+
+
+3º.--_La punition doit suivre de très près la faute._
+
+L'enfant agit et pense rapidement. La faute qu'il a commise, il
+l'oublie l'instant d'après. Tout est pour lui à courte échéance: le
+passé et l'avenir. Il vit surtout dans le présent. Que tout châtiment
+suive donc de très près la faute et même s'il se peut, qu'il la suive
+immédiatement et comme une conséquence. L'efficacité en sera d'autant
+plus certaine. Un enfant qui ressent une douleur parce qu'il a touché
+à un objet malgré la défense qui lui en a été faite, associe plus
+étroitement dans son esprit la faute et le châtiment, comme la cause
+et l'effet. Il ne désobéira pas de si tôt; le voilà doublement averti
+et qui se tient mieux sur ses gardes: _chat échaudé craint l'eau
+froide_, dit le proverbe. Malheureusement on ne peut que bien rarement
+tirer parti de ce que nous appelons les _punitions-conséquences_,
+d'abord parce que toute faute n'en comporte pas nécessairement, puis,
+à cause des dangers qu'elles présentent souvent. Laisser, par exemple,
+un enfant se brûler pour qu'il ne touche pas au feu, c'est courir un
+trop grand risque pour un trop faible résultat. Avec un pareil mode de
+correction, l'enfant aurait le temps de mourir avant d'avoir appris à
+vivre.
+
+«Faire la part de l'expérience personnelle, dit M. Gréard, rien de
+mieux; elle est la rançon de la liberté. Mais attendre que le jeune
+homme s'instruise exclusivement par ses propres fautes, n'est-ce pas
+la plus dangereuse des chimères?[20]» Qui donc a pu se passer de
+l'expérience d'autrui? Notre expérience se compose de celle de
+l'humanité et de la nôtre; les deux sont nécessaires. Attendre que
+l'expérience résulte du jeu des événements, c'est réduire l'enfant à
+n'être qu'une chose ou qu'un être inconscient; c'est le priver
+bénévolement du facteur le plus important, la pensée, ou ne la faire
+intervenir que par la réflexion après coup. «C'est le résultat d'un
+acte, dit M. Gréard, qui en détermine la nature et la valeur..... Il
+s'agit non de bien faire, mais d'être adroit[21].» Cela rappelle le
+cas des enfants de Sparte punis non du larcin mais de leur
+maladresse. Où est l'idée de responsabilité du moment que je ne compte
+que pour une chose. S'il y avait en cela une idée morale on pourrait
+la désigner sous le nom de morale de l'habileté; ce serait une variété
+de la morale de l'intérêt.
+
+ [20] Gréard, _de l'esprit de discipline_.
+
+ [21] Id.
+
+Remarquons d'autre part que l'enfant victime des choses, s'irrite mais
+ne s'éclaire pas; s'il se heurte contre un meuble, il frappera
+volontiers le meuble et ne s'en prendra pas à lui-même. A proprement
+parler, il ne s'agit pas ici de l'expérience telle qu'on l'entend
+d'ordinaire et qu'on pourrait appeler générale, mais d'une expérience
+particulière. La nécessité n'en est pas douteuse mais elle ne comporte
+pas l'idée de devoir, la notion du mérite et du démérite. C'est une
+expérience d'ordre inférieur.
+
+
+4º.--_La punition doit être proportionnée à la faute._
+
+Gardons-nous de donner aux fautes une valeur fictive qui résulte de ce
+que l'enfant et nous ne l'envisageons pas de la même manière. Tâchons
+de voir les choses du même oeil, non à notre point de vue, mais au
+sien, afin qu'il ne se croie pas victime d'un excès de sévérité.
+
+«L'enfant, dit Rousseau, a des manières de voir, de penser, de sentir,
+qui lui sont propres; rien n'est moins sensé que d'y vouloir
+substituer les nôtres; et j'aimerais autant exiger qu'un enfant eût
+cinq pieds de haut, que du jugement, à dix ans[22].» La proportion
+dont nous parlons est assez difficile à garder parce qu'il faut
+l'entendre comme l'enfant lui-même. Il ne s'agit pas de juger la
+faute avec notre jugement et notre expérience mais comme l'enfant la
+juge avec son défaut ou son rudiment de jugement et d'expérience. Il
+sait fort bien, par exemple, que la préméditation ou la récidive
+constituent des aggravations de la faute; il comprendra moins la
+gravité d'une faute due à la paresse ou au défaut d'attention. Nous
+devons attacher plus d'importance à lui faire sentir les inconvénients
+de la paresse qu'à le punir d'avoir été paresseux. De même le besoin
+d'activité physique qu'il éprouve le rend très indulgent pour sa
+turbulence et lui fait éprouver des mouvements d'humeur lorsqu'on l'en
+punit. Il se sent incapable de se contraindre et de gouverner son
+corps.
+
+ [22] Rousseau, _Émile_, livre second.
+
+
+5º.--_La punition doit être proportionnée à la sensibilité de
+l'enfant; elle doit varier avec l'âge._
+
+Le tempérament, la complexion, la sensibilité des enfants sont choses
+très variables; la même punition est plus ou moins rigoureuse selon
+que celui qui la subit est plus ou moins délicat. Une étude attentive
+de chaque enfant nous permettra de distribuer équitablement les
+peines. Quand cette étude devrait nous coûter beaucoup, il n'y a pas à
+hésiter; cela fait partie de la mission de l'éducateur. D'ailleurs
+nous trouverons dans les résultats la compensation de nos efforts et
+de nos peines. Une punition de même nature peut être variée dans le
+degré et la forme, il sera donc facile de dresser une échelle pour
+chaque sorte de punition. Toutefois, hâtons-nous d'ajouter que tout
+ne sera pas résolu par un tarif; n'attribuons pas aux procédés une
+action plus efficace que celle qu'ils comportent, et ne perdons pas de
+vue un seul instant que notre mission est d'éveiller d'abord, de
+cultiver ensuite le sens moral. Nous devons pour ainsi dire couver
+l'enfant, le maintenir dans une atmosphère morale qui est pour son âme
+ce que sont pour son corps les soins tendres, empressés, attentifs de
+sa mère. A peine sera-t-il abattu qu'il faudra se hâter de le relever,
+car rien ne doit durer pour l'enfant, surtout si les fautes qu'il
+commet sont la conséquence de la légéreté naturelle à son âge.
+
+ * * * * *
+
+Ces principes admis, passons à l'application.
+
+L'enfant commet-il des étourderies légères, nous feindrons de ne pas
+voir ou de ne pas entendre une première fois, nous tolérerons
+beaucoup, surtout si l'enfant est jeune, d'un tempérament ardent,
+d'une santé robuste.
+
+«N'oublions pas, comme dit Plutarque avec sa bonté accoutumée, que
+nous avons été jeunes et sachons pardonner aux enfants les fautes qui
+échappent à la faiblesse de leur âge.» Il va même jusqu'à conseiller
+certaines ruses: «L'âge, dit-il, rend notre vue plus faible et notre
+ouïe plus dure; n'est-ce-pas une occasion de tirer parti de nos
+infirmités pour ne voir et n'entendre qu'à demi.»
+
+ * * * * *
+
+Les étourderies se multiplient-elles par trop, le maître donne un
+avertissement. S'il aime les enfants, s'il est bon et juste, doux et
+ferme, s'il se plaint sans humeur, gronde sans dureté, corrige sans
+emportement, il sera aimé et respecté de ses élèves et l'avertissement
+suffira.
+
+«A Port-Royal, on recommandait aux maîtres de supporter patiemment les
+fautes et les faiblesses des enfants, de ne pas se montrer trop exacts
+avec eux, ni s'inquiéter trop, de se contenter de les préserver des
+fautes principales et de fermer les yeux sur leurs petits
+manquements»[23]. De son côté, le P. Lamy, ajoute: «Pour ramener les
+enfants à leurs devoirs, une caresse, une menace, l'espérance d'une
+récompense ou la crainte d'une humiliation font plus d'effet que les
+verges[24].»
+
+ [23] Carré, _Les pédagogues de Port-Royal_.
+
+ [24] Le P. Lamy, de l'Oratoire: _Entretien sur les sciences_.
+
+J'ai souvent regretté que, dans les établissements scolaires et dans
+la famille, on ne permît pas aux enfants de converser sans faire trop
+de bruit pendant les repas. Le silence est dans ce cas un châtiment,
+en même temps qu'une contravention à l'hygiène.
+
+Les nouveaux règlements tout à la fois sensés et paternels permettent
+la conversation à voix basse pendant les repas. Bien des punitions
+seront ainsi évitées. On ne doit pas craindre d'autoriser ce qui est
+juste; s'il en résulte des inconvénients, ils seront toujours
+inférieurs aux avantages. En supprimant les prétextes et les occasions
+d'infraction, non seulement on a plus rarement à donner des
+punitions, mais le règlement acquiert plus d'autorité parce qu'il est
+plus juste.
+
+Certaines punitions, ridicules ou inconvenantes, doivent être
+proscrites à l'égal des punitions corporelles. Ainsi, dans certaines
+maisons, les enfants sont condamnés à baiser la terre, ou à se couvrir
+le visage avec leur tablier ou prendre une attitude génante. A
+Port-Royal-des-Champs, certaines punitions étaient entourées d'un
+appareil d'une solennité puérile. Il faut éviter tout ce qui ôte de la
+gravité à un châtiment.
+
+ * * * * *
+
+Résumons ce qui précède en formulant un code de punitions:
+
+En premier lieu, la réprimande dont on variera la forme de manière à
+la rendre plus ou moins sévère. Elle ne sera publique que dans des
+cas très exceptionnels par la gravité.
+
+Puis, le pensum consistant en un certain nombre de lignes d'une
+écriture _appliquée_.
+
+Enfin, la privation d'un plaisir tel que promenade, jeu, friandises,
+spectacles, objets divers de toilette ou d'agrément.
+
+Si simple que soit ce code, il peut être simplifié. Nous avons à
+l'école Turgot un mode de punitions et de récompenses qui consiste
+uniquement en une inscription sur le cahier de notes de l'enfant. Tel
+élève a mérité une punition ou une récompense; on écrit sur son livret
+_une punition_ ou _une récompense_. C'est la punition sans châtiment,
+la récompense sans avantage matériel. Un grand nombre d'élèves
+préféreraient un châtiment à la simple inscription de la punition,
+tant il est vrai que ce n'est pas la rigueur de la peine qui en fait
+l'efficacité et «qu'il n'y a de pénétrant, de durable et de salutaire,
+comme le dit M. Gréard avec sa netteté et sa précision accoutumées,
+que le sentiment de la faute attaché d'une main sûre à la conscience
+du coupable». C'est bien là la vraie punition: si l'enfant n'éprouve
+pas de honte à la subir, elle a beau être dure, l'enfant redoutera la
+douleur, l'ennui, les privations, mais la peine sera sans effet moral.
+
+Pour un devoir mal écrit faute de soin et sans mauvaise intention,
+n'infligeons pas de punition, mais donnons simplement le devoir à
+recommencer.
+
+Quant aux leçons à apprendre ou aux exercices de mémoire que l'enfant
+ne saurait pas par coeur, nous devons nous assurer s'il a fait des
+efforts suffisants et s'il a une mémoire ingrate; dans ce cas, il
+faut venir à son aide, en divisant la tâche, en la diminuant, en lui
+indiquant certains procédés qui la facilitent. Dans le cas contraire,
+s'il y a paresse évidente, l'enfant sera puni sans être dispensé pour
+cela de remplir sa tâche.
+
+Dans la graduation des punitions, nous devons tenir compte des goûts
+particuliers des enfants, car il se peut qu'un enfant accepte
+volontiers ce qu'un autre regarde comme une aggravation de la peine.
+Tel enfant attachera plus d'importance à une promenade qu'à la
+possession d'un objet, tandis que tel autre préfèrera l'objet à la
+promenade.
+
+ * * * * *
+
+Supposons maintenant que l'enfant ait commis une faute grave, qu'il se
+soit attiré une remontrance exceptionnelle, voici comment nous
+procédons: nous le conduisons dans un endroit dont il n'a pas
+habituellement l'accès et qui, en conséquence, ne lui est pas
+familier, c'est une pièce éclairée d'un demi-jour et située dans un
+lieu retiré. Nous voulons exercer sur lui une première impression par
+le milieu. Nous prenons un air grave et résigné. Nous le faisons
+asseoir en face de nous, nous lui prenons les mains, en le fixant avec
+insistance dans les yeux, nous lui parlons avec douceur, lentement,
+d'une manière un peu monotone afin de l'assoupir peu à peu. Dans ce
+demi-sommeil, la volonté de l'enfant s'affaiblit. Nous lui parlons
+alors de la faute qu'il a commise, nous lui en faisons comprendre la
+gravité, nous lui en montrons les conséquences, en lui faisant
+craindre que la tendresse de ses parents, la confiance, l'estime, la
+sympathie de ses amis et de ses maîtres ne s'en trouve diminuée. Nous
+lui inspirons le regret de l'avoir commise, le désir de se faire
+pardonner et la résolution de se corriger.
+
+L'enfant est somnolent; dans son corps inerte, son esprit vacille pour
+ainsi dire, il sent sa volonté lui échapper, en quelque sorte; c'est
+alors que, mis dans l'impossibilité de nous résister, il se trouve
+tout à fait préparé à recevoir nos avis et à suivre nos conseils. Loin
+de nous la pensée de substituer notre volonté à la sienne, d'affaiblir
+en lui le sentiment de la responsabilité: nous le désarmons mais
+seulement pour qu'il ne résiste pas, nous le subjuguons sans
+l'anéantir. Il comprend nos raisonnements, il les suit, il se les
+approprie; nous sommes parvenu à pénétrer dans une place qui n'est
+plus défendue. Puis, lorsque l'impression est faite dans son esprit,
+les entraves sont enlevées, il s'éveille, il est libre, il est
+meilleur.
+
+Nous n'agissons pas autrement pour détruire des habitudes vicieuses,
+des défauts de caractère, des affections maladives[25]. L'enfant est
+pour nous, dans tous ces divers cas, un malade au moral ou au
+physique, par cela seul que maladies ou vices tiennent d'une
+organisation défectueuse par quelque côté, qu'il doit souvent, il faut
+bien le dire, à la négligence, à l'incurie ou aux vices de ses
+parents. A l'éducateur de rétablir l'équilibre de ce corps et de cet
+esprit, mais bien entendu, avec le concours du malade. Lentement et
+progressivement, nous amenons l'enfant à sentir les inconvénients ou
+les dangers de son état et la nécessité d'y porter remède. Nous
+insistons, nous martelons nos enseignements dans son esprit. Il nous
+écoute, il nous comprend, il se laisse persuader dans son
+demi-sommeil, et, revenu à la réalité, il se trouve dans la situation
+de ceux qu'un rêve a obsédés. Une première amélioration s'est
+produite, le mauvais pli a été défait, comme par un effort mécanique
+un bâton tordu se trouve rectifié.
+
+ [25] M. le docteur Aug. Voisin, médecin à la Salpétrière, à
+ Paris, M. le professeur Bernheim, et M. le docteur Liébault, de
+ Nancy, ont combattu avec succès, chez plusieurs enfants, des
+ habitudes vicieuses, la chorée, l'incontinence nocturne d'urine,
+ des tics, la grossièreté des manières et du langage, la paresse
+ invétérée, l'incapacité d'attention, etc.
+
+
+Nous revenons à la charge à plusieurs reprises, et, chaque fois,
+l'amélioration s'accentue. Des enfants grossiers, turbulents,
+indociles, paresseux, sont ainsi transformés: on a raison de leur trop
+grande vivacité, de leur nature emportée, ou de leur apathie. C'est là
+un traitement, qu'on pourrait désigner sous le nom d'_orthopédie
+morale_.
+
+Parfois il faut beaucoup de temps et encore plus de patience mais la
+guérison vient à la fin. Si elle est incomplète, si l'enfant retombe
+dans sa faute, on recommence le traitement jusqu'à ce qu'on ait
+triomphé de la cause du mal. Toutefois les cas de récidive sont rares,
+car une première amélioration obtenue rend plus facile une
+amélioration plus grande, comme les exercices répétés d'une
+gymnastique méthodique superposent leurs effets et accroissent les
+forces d'une manière continue. Il se produit dans l'ordre moral
+quelque chose d'analogue aux intérêts composés; chaque progrès dans le
+bien est la source d'un progrès nouveau, et la nature humaine continue
+ainsi son redressement d'elle-même, par sa propre puissance, quand la
+première impulsion a été donnée. L'homme devient le collaborateur
+conscient ou non de ceux qui suscitent en lui de bons sentiments. De
+même que le grain mis en terre donne naissance à un épi, de même une
+bonne pensée déposée dans un esprit convenablement préparé y devient
+le germe d'autres pensées bienfaisantes. L'esprit, comme le corps, a
+des ressources propres qui ne lui viennent pas du dehors et lui
+permettent de lutter contre le mal ainsi que le corps lutte contre la
+maladie. Nos conseils, nos remèdes, ne font qu'aider cette action qui
+se poursuit naturellement[26].
+
+ [26] Nous lisons dans le rapport cité plus haut, page 16:
+
+ «Nous avons cependant fait un pas dans cette voie par la création
+ d'une école pour les vagabonds incorrigibles et les enfants
+ indisciplinables. Nous espérons beaucoup de ce nouvel
+ établissement. Nous croyons que quelques semaines de séjour, par
+ ordre d'un magistrat, et avec le consentement des parents,
+ triompheront presque toujours de l'esprit de désordre et
+ prépareront l'enfant à suivre les travaux de l'école. On évitera
+ ainsi les frais d'un long internat dans une école industrielle de
+ répression.» C'est précisément à ces enfants, dits incorrigibles,
+ et qui ne sont _qu'incorrigés_, que convient le traitement dont
+ nous parlons. Nous le croyons préférable au séjour détestable dans
+ la plupart des maisons de correction, où on ne corrige pas, au
+ contraire.
+
+
+
+
+II
+
+LES RÉCOMPENSES
+
+
+Nous avons réduit les punitions à la privation de certains plaisirs et
+aux réprimandes, et même à moins que cela. Nous ne serons pas moins
+sobre de récompenses. Il suffit de prendre la contre-partie, de borner
+les récompenses à certains plaisirs et à des approbations ou des
+éloges. Ne soyons pas surpris de cette pénurie de moyens; l'abondance
+ni la variété ne sont des signes de puissance, et, de même que la
+rigueur des peines n'en assure pas l'efficacité, l'exagération des
+marques d'approbation ou la valeur des objets et des avantages
+accordés ne donne pas plus de prix aux récompenses.
+
+ * * * * *
+
+L'idéal à réaliser consisterait en un mode de récompense sans valeur
+vénale ou matérielle et dont l'effet concourrait à l'éducation de
+l'enfant, c'est-à-dire à son amélioration morale, car en matière
+d'éducation, nous ne saurions trop le répéter, tout doit servir à
+l'éducation. Le bien devrait être fait pour l'amour du bien et non
+pour les avantages qu'on en peut retirer, lesquels viennent par
+surcroît. Nous savons que c'est là un idéal mais lors même qu'un but
+ne peut être tout à fait atteint, l'effort n'est pas inutile; nous
+devenons meilleur rien qu'en cherchant à le devenir. Si donc nous
+voulons améliorer l'enfant, la première condition pour obtenir ce
+résultat, c'est de le croire capable de désintéressement, de
+dévouement, d'élévation, etc. Comment entreprendre une tâche si l'on
+n'a la certitude ou au moins l'espérance de l'accomplir; quelle plus
+déplorable disposition que le scepticisme chez un éducateur; quelle
+peut être son action s'il n'a la conviction.
+
+On croit généralement que l'enfant a des défauts qui lui sont propres;
+on s'en va répétant après La Fontaine que «cet âge est sans pitié».
+Persuadons-nous bien au contraire que leurs défauts sont les nôtres,
+que nous sommes une même personne à tous les moments de notre
+existence, seulement l'enfant donne un libre cours à ses pensées comme
+à ses mouvements; il ne sait pas encore pratiquer la réserve ni la
+modestie, et manifeste spontanément ses désirs. Ses défauts sont plus
+évidents parce qu'il n'a pas encore appris à les combattre ou à les
+dissimuler. Dans les reproches que nous leur adressons combien
+pourraient être justement retournés contre nous. Avons-nous toujours
+eu soin d'éveiller leur conscience et de la développer une fois
+éveillée? Loin de là, il arrive souvent qu'on la fait dévier comme on
+fait dévier leur intelligence par les préjugés; comme on fait dévier
+leurs jambes par le maillot et la marche hâtive. Que de bien n'y
+aurait-il pas à faire rien qu'en évitant le mal que l'on cause
+inconsciemment lorsqu'on altère le sens naturellement droit de
+l'enfant!
+
+Au lieu, par exemple, de nous borner à le louer de ce qu'il a fait de
+bien, nous ajoutons un avantage matériel qui diminue la valeur morale
+de l'éloge et lui ôte une part de son action éducatrice. «Ne
+promettez jamais aux enfants, dit Fénelon, pour récompenses des
+ajustements et des friandises; c'est faire deux maux: le premier de
+leur inspirer l'estime de ce qu'ils doivent mépriser et le second de
+nous ôter le moyen d'établir d'autres récompenses qui facilitaient
+votre travail[27].» Lorsque nous disons à l'enfant: si tu fais bien
+ton devoir, tu auras des fruits, des gâteaux, des jouets, des bijoux,
+il travaille non pour le plaisir de l'étude, mais en vue de l'avantage
+promis. «Toute idée de devoir disparaît, dit Madame Guizot, un calcul
+intéressé en prend la place, occupe seul son esprit, la tâche pourra
+bien être faite, mais l'enfant n'aura point appris à bien faire[28].»
+«Il faut éviter, dit Locke, de cajoler les enfants en leur donnant
+comme récompenses certaines choses qui leur plaisent pour les engager
+à s'acquitter de leur devoir... on ne fait qu'autoriser par là leur
+amour pour le plaisir et entretenir une dangereuse inclination[29].»
+
+ [27] _Éducation des filles_, chapitre V.
+
+ [28] Mme Guizot, _Éducation domestique_, lettre XVIII.
+
+ [29] Locke, _Conseils sur l'Éducation_, ch. III, § 1.
+
+Certains pensent que l'enfant prend ainsi l'habitude du bien et que
+l'habitude une fois prise, il fait par goût ce qu'il a d'abord fait
+par intérêt. Or, l'habitude nous dispense précisément d'agir
+consciemment et volontairement; c'est en quelque sorte un instinct
+acquis. Où donc est alors le profit moral? L'habitude succède à des
+actes volontaires répétés, elle en est la conséquence mais le
+contraire n'est pas vrai. On ne fait pas l'apprentissage d'une qualité
+en pratiquant le défaut opposé. Agir souvent dans un but intéressé
+mènera à prendre l'habitude d'agir toujours par intérêt.
+
+ * * * * *
+
+Il est vrai que la plus simple approbation, l'éloge le plus discret ne
+va pas sans flatter la vanité de celui qui le reçoit, que, dès lors,
+un intérêt s'y trouve attaché. La seule récompense idéale pure
+consiste dans la satisfaction du for intérieur. Celui qui s'en
+contente n'en connaît pas de plus haute et qui lui cause une joie
+aussi complète. C'est la jouissance exquise des natures délicates et
+élevées. Aussi, devons-nous nous efforcer de développer chez l'enfant
+le sentiment de l'honneur, le respect de soi, la sensibilité de la
+conscience. L'estime de soi-même, le souci de sa réputation ne doivent
+pas être confondus avec la vanité ou l'orgueil, c'est le fondement de
+la dignité humaine. «De tous les motifs propres à toucher une âme
+raisonnable, dit Locke, il n'y en a pas de plus puissants que
+l'honneur et la honte..... Si donc vous pouvez inspirer aux enfants
+l'amour de la réputation et les rendre sensibles à la honte, vous
+aurez mis dans leur âme un principe qui les portera continuellement au
+bien[30].»
+
+ [30] Locke, _Pensées sur l'éducation_, chap. III, § 1.
+
+Toute récompense autre que la satisfaction du devoir accompli entraîne
+avec elle un avantage ou un profit; elle excitera donc chez l'enfant
+des appétits malsains ou la gourmandise ou la vanité ou la cupidité
+ou l'amour du plaisir. Donner à l'enfant des mets qu'il aime, des
+gâteaux, des sucreries, des fruits comme récompense d'un travail bien
+fait, d'une leçon bien sue, c'est le rendre gourmand; lui accorder un
+bijou, une parure, un vêtement nouveau, c'est le rendre vain; lui
+donner de l'argent est bien autrement grave; aussi nous sommes d'avis
+qu'il n'en faut jamais donner aux enfants. Ils n'en connaissent pas la
+valeur, ne l'ayant pas gagné; l'argent devient pour eux un complice
+docile de leurs fantaisies: il leur permet de satisfaire des caprices,
+de vaincre des résistances et les prépare ainsi à la vie facile; voilà
+le danger. L'argent qui n'est pas sanctifié, en quelque sorte, par le
+travail, est essentiellement corrupteur. «Mon fils, disait, avec une
+singulière force d'expression, un homme du siècle dernier, l'argent,
+ça pue.»
+
+Restent les plaisirs en général, tels que la promenade, les
+spectacles, les jeux, mais n'est-ce pas inspirer l'amour du plaisir
+que d'accorder un plaisir comme récompense? Quoi qu'on fasse, la
+récompense ne va pas sans un salaire; ainsi l'exige la bête qui habite
+en chacun de nous et qui chez l'enfant est particulièrement exigeante.
+Le seul parti à prendre c'est de réduire le salaire le plus possible,
+et, d'autant plus, que l'enfant est plus âgé.
+
+ * * * * *
+
+N'exagérons pas, examinons les choses avec calme: les motifs qui
+déterminent nos actions sont toujours complexes comme notre nature;
+il n'en saurait être autrement; l'homme ne peut être moral d'une
+manière absolue. Lorsque le sauveteur arrache une personne en danger
+de se noyer, il éprouve certainement une joie très vive de sa bonne
+action, mais à cette joie pour ainsi dire instinctive, se mêle bientôt
+la pensée de la récompense qu'il pourra recevoir et le plaisir de
+recueillir les applaudissements de la foule; le soldat marche au
+combat par obéissance, par amour de la gloire, par amour de la patrie,
+par désir de vaincre et avec l'espoir d'un grade ou de la croix. Tous
+ces mobiles coexistent et agissent simultanément avec des intensités
+différentes et variables; même la soeur de charité et le martyr ne
+sont pas exempts, nous ne dirons pas de ces faiblesses, mais de ces
+sentiments, de ces impulsions diverses de notre nature complexe, car
+ils ont l'espoir de gagner le ciel, qui est une récompense d'une
+valeur infinie.
+
+Ainsi, toute bonne action n'est pas absolument bonne, il y a toujours
+un motif intéressé auquel donne satisfaction la récompense concrète.
+
+ * * * * *
+
+Ces préliminaires établis, nous allons chercher les conditions
+auxquelles doivent satisfaire les récompenses.[31]
+
+ [31] Nous ne dirons pas quelles doivent être justes pas plus que
+ nous ne l'avons dit à propos des châtiments, parce que cela va de
+ soi.
+
+
+1º _Elles doivent être rares._
+
+Chacun sait que la facilité avec laquelle on obtient ce qu'on désire
+en diminue le prix et détermine bientôt la satiété. Même lorsque les
+choses n'ont pas de valeur intrinsèque, la difficulté de les obtenir
+leur en donne une fictive, et si elles en ont une, elle se trouvera
+rehaussée. Le désir s'accroît en même temps que les difficultés. Si
+l'on se montre trop prodigue de récompenses, non seulement les enfants
+y deviennent indifférents, mais ce qui est plus grave, ils prennent de
+la suffisance et un sentiment de sécurité qui affaiblissent en eux
+tout ressort et les rendent impertinents et paresseux.
+
+
+2º.--_Les récompenses doivent être graduées._
+
+L'éloge pur et simple, tout en conservant sa valeur relative, doit
+être mesuré. Les nuances seront indiquées surtout par la force et la
+précision des termes, depuis la plus faible marque d'approbation
+jusqu'à la plus flatteuse. N'ajoutez pas de développement; ne dites
+que ce qui est nécessaire pour justifier l'éloge. Rien de trop.
+
+Si, par exception, l'éloge est rendu public, ce doit être parce qu'il
+est de nature à produire une excitation salutaire sur l'ensemble des
+écoliers plutôt que pour causer à celui qui l'aura mérité une
+satisfaction plus vive.
+
+«En louant les compositions de ses élèves le maître ne doit être ni
+avare ni prodigue de compliments, de peur de leur inspirer ou le
+dégoût du travail ou trop de sécurité[32]».
+
+ [32] Quintilien, l. II, ch. II.
+
+«Quoiqu'il soit fort bon d'augmenter l'ardeur que les enfants ont pour
+l'étude par les justes louanges qu'on leur donne, il le faut
+néanmoins faire sobrement, de peur de leur donner de la vanité et de
+les remplir d'une secrète et dangereuse opinion de leur prétendue
+suffisance[33].»
+
+ [33] Coustel, _Éducation des enfants_, chap. IV.
+
+L'amour-propre ou, si l'on veut, l'estime de soi-même est un mobile
+excellent dont l'excès seul, c'est-à-dire la présomption ou l'orgueil
+est à redouter. L'éloge public est par lui-même excessif; ceux qui
+l'entendent en aggravent les effets en renchérissant sur l'éloge, en y
+ajoutant leur propre approbation. Rien de plus fréquent que cette
+complaisance inconsciente des hommes par laquelle ils conspirent à
+élever davantage celui qui a déjà été élevé. Nous appuyons sur l'éloge
+comme sur le blâme. En outre, l'éloge public excite l'envie, la
+jalousie des émules ou des rivaux. «En tâchant de leur donner de
+l'émulation, disent MM. de Port-Royal, il faut bien prendre garde de
+ne pas faire naître de l'envie pour les bonnes qualités qu'ils
+remarquent dans leurs compagnons, et qui leur manquent[34].»
+
+ [34] Coustel, _Éducation des enfants_, chap. IV.
+
+ * * * * *
+
+Puisque nous parlons d'émulation, distinguons celle entre les
+personnes de celle qui est relative aux choses. Dire à l'écolier, un
+tel a mieux fait que vous, il aura tels avantages, voilà qui lui
+inspirera de mauvais sentiments, et qui embarrassera son camarade plus
+intelligent ou plus heureux. L'élève est-il paresseux? on ne
+l'excitera pas au travail par ce moyen, et s'il pèche par le défaut
+d'intelligence, ou par l'incapacité d'attention, on ne parviendra
+ainsi qu'à lui inspirer le dégoût de l'étude, comme il arrive qu'on se
+désintéresse d'un travail auquel on s'est appliqué et où l'on n'a pas
+réussi malgré ses efforts. Il n'y a aucun inconvénient au contraire, à
+dire à l'enfant: tu as mieux fait ton devoir, tu peux le mieux faire
+encore. Ce mode d'émulation est même le seul qui puisse être employé
+lorsque l'enfant est élevé dans la famille.
+
+Malgré les inconvénients que présente l'éloge, c'est un levier trop
+puissant pour renoncer à s'en servir. Nous ne tenons à rien tant qu'à
+l'approbation de nos semblables; elle nous est tellement précieuse que
+nous sommes sensibles même à celle des hommes que nous ne connaissons
+pas ou, qui pis est, que nous n'estimons pas.
+
+
+3º.--_Il faut être très réservé dans le nombre et très scrupuleux dans
+le choix des avantages attachés aux récompenses._
+
+Nous avons indiqué déjà les écueils qu'il faut craindre en accordant
+des récompenses vénales. Il importe d'en user avec beaucoup de
+discrétion, de faire en sorte que l'avantage soit plutôt une
+conséquence naturelle qu'un appoint ou un salaire. L'effet nuisible en
+sera atténué si l'on donne à l'enfant des objets plutôt utiles
+qu'agréables, tels que des livres ou des vêtements, toutefois on
+choisira des livres de lecture plutôt que d'étude, des vêtements plus
+agréables que nécessaires et on aura soin d'éviter, dans ces divers
+objets, la fausse élégance et le luxe de mauvais aloi; par là encore,
+on contribuera a l'éducation des enfants, en développant le goût.
+
+ * * * * *
+
+Parmi les plaisirs, il y a un choix à faire: non seulement il faut
+tenir compte de l'âge, du sexe, du goût, du degré de sensibilité de
+l'enfant, mais d'une manière générale, il faut lui épargner tout
+spectacle qui est de nature à causer des émotions trop fortes ou à
+fausser son jugement. Les impressions reçues dans l'enfance, sont
+toujours très vives, et si elles sont violentes, elles exercent sur
+l'esprit une influence funeste qui persiste jusque dans l'âge mûr, et
+peuvent occasionner des troubles sérieux. Ce que nous disons des
+spectacles s'applique également aux livres; l'enfant s'attache
+fortement au livre qu'il aime, il y revient sans éprouver de
+lassitude ni d'ennui, il relit les passages qui lui ont plu, aussi
+importe-t-il de mesurer l'émotion à son jeune et tendre coeur. Les
+vibrations violentes brisent la corde sonore délicate.
+
+ * * * * *
+
+Les promenades sont d'excellentes récompenses; elles satisfont au
+besoin d'exercice; elles peuvent être associées à des jeux. C'est un
+plaisir simple, naturel, hygiénique qui ne laisse aucune amertume
+après lui, qui apaise, qui calme les excitations maladives causées par
+la vie sédentaire et le surmenage.
+
+ * * * * *
+
+Dans ces derniers temps, l'usage s'est répandu d'accorder en
+récompense des livrets de caisse d'épargne, dans l'espoir de créer
+des habitudes d'ordre et d'économie dans des familles peu aisées où
+ces qualités sont plus particulièrement nécessaires et où elles font
+généralement défaut. Le but est louable mais ne doit-on pas craindre
+de paralyser ainsi les élans généreux de l'enfant et de l'accoutumer
+prématurément à une économie qui peut dégénérer en avarice. L'esprit
+d'économie ne se crée pas avec de l'argent donné et n'est pas une
+qualité qui se développe dans l'enfance. Nous n'attachons de valeur à
+l'argent que s'il représente un salaire, le prix d'un travail, s'il
+nous a coûté quelque peine à acquérir; alors seulement nous ne le
+gaspillons pas. On ne suscite pas plus dans l'esprit d'un enfant les
+goûts ou les idées de l'âge mûr qu'on ne peut lui donner la taille
+qu'il atteindra à cet âge, et il y a beaucoup à parier qu'on produira
+chez lui des déviations morales comme on lui tord les jambes en
+voulant le faire marcher trop tôt.
+
+ * * * * *
+
+Le _bon point_ est une des récompenses fort en usage dans nos
+établissements scolaires. Il y en a de diverses sortes et de valeur
+différentes qui composent un système analogue à celui de notre
+monnaie. Récemment ils ont été illustrés et représentent soit des
+personnages illustres, soit des animaux, des plantes ou des faits
+historiques. D'un côté se trouve l'image, de l'autre une biographie ou
+une explication. Cette innovation est bonne. Les dessins sont en
+général convenablement exécutés et les notes suffisamment exactes; le
+seul point défectueux est le défaut d'appropriation à l'âge et au
+degré de culture de l'enfant; notes et dessins ne sont pas, en
+général, assez simples.
+
+ * * * * *
+
+Nous n'avons pas de goût pour les _croix_ et en général pour les
+distinctions honorifiques; ce mode de récompense ne convient pas à des
+enfants; il n'est pas bon de leur faire singer les hommes, de les
+familiariser avec ce que les hommes respectent, car on peut craindre
+d'émousser ainsi le sentiment de l'honneur. Si ce sont des
+récompenses, la durée en est trop longue et persiste après que la
+cause de la récompense a cessé d'exister; si ce sont des insignes qui
+donnent à l'enfant, parmi ses camarades, un rang mérité par le travail
+ou la conduite, nous leur préférons ceux qui sont en usage dans
+l'armée, les galons.
+
+ * * * * *
+
+Les bons points servent, dans certains cas, _d'exemptions_,
+c'est-à-dire de moyen de s'exempter des punitions. Dans la balance de
+la justice, la récompense et la punition sont choses de nature
+différente et qui ne se peuvent faire équilibre. Ce qui ne s'ajoute
+pas ne saurait non plus se retrancher. L'exemption a été conquise par
+le travail tandis que la punition est la conséquence de la légèreté,
+de la paresse, etc. Il n'y a pas là de parité et par conséquent
+d'échange possible, sans blesser le sens moral. Toute punition doit
+être subie. Il est permis de regretter qu'un bon élève ait eu un
+moment de faiblesse, mais alors il eût mieux valu ne pas le punir.
+
+ * * * * *
+
+L'inscription au _tableau d'honneur_ est une forme de l'éloge public;
+il en présente les inconvénients et nous semble devoir être écarté
+comme moyen de récompenser. A plus forte raison devons-nous redouter
+les _distributions solennelles de prix_. Le plus souvent on voit
+l'intelligence, le travail facile récompensés au détriment des efforts
+sérieux. Ajoutons que la présence des parents, leurs exigences
+illégitimes ont complétement faussé le caractère de ces cérémonies; ce
+ne sont plus des distributions de prix mais des distributions de
+livres. La coutume a passé des établissements privés aux
+établissements publics. Les parents se sentent, avec raison
+d'ailleurs, solidaires de leurs enfants, ils sont fiers des succès que
+ceux-ci remportent, ils s'en attribuent une part, et, par contre, ils
+se sentent atteints par les insuccès et accusent volontiers les
+maîtres de partialité. Dans les réprimandes qu'ils adressent à cette
+occasion aux enfants, on sent la révolte de l'amour propre blessé,
+plus encore que tout autre sentiment. Ils veulent le succès avant
+tout, et l'enfant est blâmé pour n'avoir pas réussi, lors même que sa
+conduite et son travail n'ont rien laissé à désirer. Les maîtres ont
+la faiblesse de sacrifier à ces vues étroites: ils multiplient les
+récompenses, et chaque élève, à fort peu près, emporte un témoignage
+sinon de satisfaction du maître, au moins de contentement pour les
+parents.
+
+ * * * * *
+
+Un établissement qui jouit d'une réputation méritée[35] a voulu réagir
+contre cette détestable coutume. Nous avons dit plus haut qu'à
+_l'École Turgot_ on a mis en pratique le mode des récompenses sans
+avantages matériels et des punitions sans châtiments. Les unes et les
+autres se bornent à des inscriptions sur le livret de l'écolier. Voilà
+des améliorations notables, mais dont il ne faut pas pourtant exagérer
+l'importance.
+
+ [35] _L'école Alsacienne._
+
+ * * * * *
+
+Dans l'application, nous procéderons de la manière suivante:
+
+Pour les simples encouragements, les notes habituelles suffisent:
+_passable_, _assez bien_, _bien_, _très bien_, écrites ou énoncées.
+L'accent y ajoutera beaucoup; un sourire approbateur suffira à
+l'enfant doux et sensible.
+
+Ces notes pourront être données à l'enfant seul ou en présence de
+toute la classe.
+
+Une action très méritoire sera portée à l'ordre du jour de l'école, et
+l'éloge en sera fait publiquement devant le personnel scolaire tout
+entier.
+
+Une classe tout entière pourra être récompensée dans certains cas
+exceptionnels.
+
+Dans la famille, l'enfant pourra obtenir non à cause de son travail
+mais pour la satisfaction qu'il aura donnée à ses parents, soit des
+objets, soit une partie de plaisir.
+
+
+
+
+APPENDICE
+
+
+
+
+EXTRAIT DU RÈGLEMENT DES ÉCOLES PRIMAIRES DE LA SEINE
+
+
+ARTICLE 18
+
+Les punitions admises dans les écoles publiques sont:
+
+1º Les mauvais points;
+
+2º La réprimande;
+
+3º La privation partielle de la récréation;
+
+4º La retenue après la classe;
+
+5º L'imposition d'un court devoir supplémentaire dans la famille;
+
+6º L'exclusion d'un ou deux jours sous la seule responsabilité du
+directeur de l'école. Avis en sera donné à la famille, à l'inspecteur
+primaire et à la mairie.
+
+Dans le cas d'inconduite notoire cette peine pourra être portée de
+deux à huit jours avec l'assentiment de l'inspecteur primaire. Avis en
+sera donné à la mairie et aux parents.
+
+Cette punition pourra entraîner d'urgence pour l'élève le changement
+d'école.
+
+Une exclusion de plus longue durée ne pourra être prononcée que par
+l'inspecteur d'Académie.
+
+ * * * * *
+
+Les récompenses sont de deux sortes:
+
+1º Les récompenses permanentes qui sont mises pendant toute l'année à
+la disposition de l'instituteur:
+
+2º Les prix et livrets de la Caisse d'épargne, qui sont attribués à la
+fin de l'année scolaire, en distribution solennelle.
+
+Les récompenses permanentes appelées communément «récompenses
+scolaires», consistent en bons points de diverses valeurs, images,
+objets de papeterie, etc.
+
+Ces images et objets divers sont distribués chaque mois aux élèves en
+échange de bons points qu'ils ont obtenus.
+
+Un règlement du 14 juin 1884 détermine les conditions dans lesquelles
+s'opère cet échange.
+
+
+Les prix donnés en distribution solennelle sont choisis de manière à
+intéresser et amuser l'élève tout en concourant à son instruction et à
+son éducation morale.
+
+En moyenne, le nombre attribué à chaque école est calculé à raison de
+un pour trois élèves; ces prix sont de valeurs différentes.
+
+
+
+
+EXTRAIT DU PROJET DE RÈGLEMENT
+
+Délibéré en Conseil supérieur
+
+POUR LES LYCÉES ET COLLÈGES
+
+
+Les élèves sont autorisés à causer entre eux pendant les repas, dans
+les mouvements et pendant les exercices gymnastiques. Le bruit ne sera
+pas toléré;
+
+Les punitions auront toujours un caractère moral et réparateur. Le
+piquet, les pensums, les privations de récréation, sauf l'exception
+des retenues du jeudi et du dimanche prévues à l'article suivant, la
+retenue de promenade sont formellement interdits. La mise à l'ordre du
+jour, comme peine disciplinaire, est supprimée;
+
+3º Les seules punitions autorisées sont les suivantes:
+
+ _a._ La mauvaise note;
+
+ _b._ La leçon à rapprendre en totalité ou en partie;
+
+ _c._ Le devoir à refaire en totalité ou en partie;
+
+ _d._ Le devoir extraordinaire;
+
+ _e._ La retenue du jeudi et du dimanche;
+
+ _f._ La privation de sortie;
+
+ _g._ L'exclusion de la classe ou de l'étude;
+
+ _h._ L'exclusion temporaire ou définitive de l'établissement.
+
+. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+Les prix et accessits seront décernés d'après le total des notes
+obtenues par tous les élèves dans les compositions, les compositions
+finales ayant un coefficient double.
+
+Selon le travail des élèves et la valeur des compositions, il pourra
+n'être attribué aucun prix, ou, au contraire, en être attribué plus
+de deux dans une faculté donnée.
+
+Tous les élèves ayant bien travaillé et convenablement réussi pourront
+être nommés à la distribution des prix, à condition d'avoir atteint
+une moyenne déterminée.
+
+Le nom de _prix d'excellence_ est réservé à des prix d'ensemble
+décernés aux élèves qui, dans chaque classe et chaque division, auront
+le mieux satisfait à tous leurs devoirs.
+
+Le prix d'excellence sera décerné par un vote de l'ensemble des
+maîtres de chaque classe et de chaque division. Il pourra y avoir un
+prix distinct pour les externes.
+
+Les notes obtenues dans les exercices physiques entrent en ligne de
+compte pour le prix d'excellence.
+
+
+Tours, imp. Deslis Frères, 6, rue Gambetta.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Petit traité des punitions et des
+récompenses à l'usage des maîtres et des parents, by Félix Hément
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PETIT TRAITÉ DES PUNITIONS ***
+
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+Produced by Laurent Vogel, Hélène de Mink, and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+will be renamed.
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+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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+
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+
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+
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+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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