summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--37851-8.txt2749
-rw-r--r--37851-8.zipbin0 -> 59629 bytes
-rw-r--r--37851-h.zipbin0 -> 8168987 bytes
-rw-r--r--37851-h/37851-h.htm2868
-rw-r--r--37851-h/images/000large.pngbin0 -> 90903 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/000small.pngbin0 -> 22772 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/001.pngbin0 -> 8331 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/001a.pngbin0 -> 192209 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/002alarge.pngbin0 -> 93669 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/002asmall.pngbin0 -> 24293 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/002b.pngbin0 -> 42189 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/003a.pngbin0 -> 39522 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/003b.pngbin0 -> 30433 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/003c.pngbin0 -> 35374 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/004a.pngbin0 -> 29544 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/004b.pngbin0 -> 16668 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/004c.pngbin0 -> 16813 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/005a.pngbin0 -> 52437 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/005b.pngbin0 -> 15360 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/005c.pngbin0 -> 33772 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/005c1.pngbin0 -> 346 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/005c2.pngbin0 -> 309 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/005c3.pngbin0 -> 340 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/006a.pngbin0 -> 28993 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/006b.pngbin0 -> 20204 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/006c.pngbin0 -> 92631 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/007a.pngbin0 -> 45276 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/007b.pngbin0 -> 16333 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/008large.pngbin0 -> 1441988 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/008small.pngbin0 -> 346177 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/009.pngbin0 -> 174613 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/010.pngbin0 -> 97343 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/011.pngbin0 -> 214209 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/012a.pngbin0 -> 67942 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/012b.pngbin0 -> 55275 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/013.pngbin0 -> 127484 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/014large.pngbin0 -> 1567618 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/014small.pngbin0 -> 377880 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/015a.pngbin0 -> 108438 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/015b.pngbin0 -> 101252 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/015c.pngbin0 -> 39237 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/015d.pngbin0 -> 49639 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/016alarge.pngbin0 -> 76594 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/016asmall.pngbin0 -> 20409 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/016b.pngbin0 -> 146562 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/016c.pngbin0 -> 115520 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/017large.pngbin0 -> 513819 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/017small.pngbin0 -> 144538 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/018large.pngbin0 -> 582279 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/018small.pngbin0 -> 158769 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/019a.pngbin0 -> 70387 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/019b.pngbin0 -> 20065 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/020.pngbin0 -> 35814 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/021a.pngbin0 -> 104677 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/021b.pngbin0 -> 44150 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/022large.pngbin0 -> 254144 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/022small.pngbin0 -> 53115 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/cover.jpgbin0 -> 23112 bytes
-rw-r--r--37851-h/images/supp1.pngbin0 -> 17923 bytes
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
62 files changed, 5633 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/37851-8.txt b/37851-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..111d78d
--- /dev/null
+++ b/37851-8.txt
@@ -0,0 +1,2749 @@
+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: October 26, 2011 [EBook #37851]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3656, 22 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+
+L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913
+
+
+AVEC CE NUMÉRO
+La Petite Illustration CONTENANT L'HOMME QUI ASSASSINA PIÈCE EN 4 ACTES
+par M. Pierre FRONDAIE.
+
+
+LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
+
+
+
+Ce numéro comprend VINGT-QUATRE PAGES.--Il est accompagné de LA PETITE
+ILLUSTRATION, Série-Théâtre n° 2 contenant le texte complet de L'HOMME
+QUI ASSASSINA, de M. Pierre Frondaie.
+
+[Illustration: L'ILLUSTRATION
+_Prix du Numéro: Un Franc._
+SAMEDI 22 MARS 1913
+71e Année.--Nº 3656.]
+
+[Illustration: LA REINE. LE NOUVEAU ROI CONSTANTIN Ier. LE ROI GEORGES
+Ier (qui vient d'être assassiné).
+
+LA FAMILLE ROYALE DE GRÈCE A SALONIQUE
+
+_Photographie prise le jour anniversaire de la naissance du roi Georges
+Ier qui allait être assassiné, dans cette même ville de Salonique
+quelques semaines plus tard._]
+
+[Illustration: La revue de printemps, à Vincennes, le dimanche 16 mars
+Vue panoramique prise de la route de la Pyramide.]
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+LE PERPÉTUEL
+
+M. Étienne Lamy, la semaine dernière, nommé à l'unanimité secrétaire
+perpétuel de l'Académie française, venait de se rasseoir, après nous
+avoir adressé, debout, avec la plus délicate des émotions, les
+remerciements que lui seul méritait. Nous finissions à peine de
+l'adopter par nos bravos, et nous reprenions, avec une allègre et
+distraite ténacité, le travail du dictionnaire au mot: _équivalent..._
+quand une voix s'éleva, une voix douce, serrée, persuasive et grave,
+qui, sans les étouffer, dominait les paroles, une voix à laquelle
+personne ne semblait faire attention, et que, par un privilège
+miraculeux, j'étais seul à percevoir, à entendre en dedans. A peine
+cette voix s'était-elle manifestée, que je l'avais reconnue. C'était
+celle de M. Thureau-Dangin. Elle s'adressait au nouvel élu, et, autant
+qu 'il m'en souvient, elle lui disait à peu près ceci:
+
+«--Mon éminent confrère, mon bien cher ami, monsieur le secrétaire
+perpétuel. C'est fait. Vous me succédez. C'est vous qui prenez ma
+brusque suite... Je ne pensais pas, sincèrement, vous d'accorder
+aussitôt, mais puisqu'il a plu à Dieu de me «recevoir» au premier tour,
+avant la vieillesse, et de m'éviter les longues attentes, mon bonheur
+est très grand et absolu de vous voir occuper la place d'où j'ai le
+mieux aimé l'Académie, et à laquelle j'ai dû d'avoir été compris et
+goûté par tous, d'avoir senti, avec un charme qui me dure, même ici
+parmi les vrais immortels, la sincérité d'une estime cordiale et d'un
+respect dont j'ai tiré les dernières joies permises de ma vie. Bien que
+les trente-sept confrères que j'ai quittés fussent tous dignes de la
+fonction dont ils m'avaient honoré, quelques-uns seulement, je ne vous
+l'apprends pas, étaient capables de la remplir, et, en premier lieu,
+vous, dont la personne nécessaire s'est imposée par la modestie de son
+grand talent aux suffrages de l'Académie dès que je leur eus, par mon
+départ, rendu la liberté, vous que j'aurais choisi, et désigné par
+testament, si cette charge du secrétariat perpétuel m'avait appartenu
+avec le droit de la léguer. Telle qu'elle est, je vous la passe, et
+cette transmission de pouvoirs qui s'opère en secret, de moi à vous,
+entre deux mots du dictionnaire, et sans que rien n'en transpire, me
+cause une joie consolante.
+
+» Je n'ai pas besoin de vous préciser où vous allez et ce qui vous
+attend. Vous le savez. Vous n'ignorez pas qu'en acceptant ce poste envié
+vous tournez avec résolution le dos à la paix, à la paresse, aux appels
+de l'oisiveté. Mais le travail et le devoir ne vous ont jamais fait
+peur. Ils vous ont toujours attiré partout où ils étaient, car vous avez
+éprouvé qu'ils vont et viennent et ne restent pas à la même place. Ils
+en changent exprès, à tout moment. Nous croyons avoir pris avec eux nos
+habitudes, et, sans crier gare, ils nous faussent compagnie. Ils rompent
+avec nos routines et, s'écartant, allant plus loin ou plus haut, nous
+forcent à les suivre, en faisant du chemin, du chemin qui monte. C'est
+leur manière de nous secouer et de nous empêcher de dormir, même sur
+eux. Ainsi, quand d'autres pensaient que peut-être d'avoir fourni
+pendant des années une si belle somme de labeur, d'activité généreuse et
+féconde, pouvait, même sans bulletin de fatigue, donner légitimement
+droit à quelque repos, vous, qui connaissez seul, et mieux que vos plus
+intimes, les ressources et les ardeurs de votre abnégation, vous avez
+estimé au contraire que le passé vous engageait, qu'il n'était que la
+préface du dévouement et l'introduction du sacrifice. Sacrifice agréable
+aussi par instants et glorieux, convenons-en. Vous voilà celui qu'avec
+une affectueuse familiarité on appelle: le Perpétuel. Vous semblez être,
+en vérité, à partir d'aujourd'hui, plus qu'un membre ordinaire; vous
+personnifiez l'Académie, vous la représentez d'une façon continue aux
+côtés du directeur fragile qui change tous les trois mois, tandis que
+vous, permanent, esclave et souverain de toutes les séances, de toutes
+les solennités, de toutes les représentations officielles, rapporteur de
+tous les prix, orateur de tous les discours, vous paraissez le
+personnage investi et consacré, sur lequel se portent les regards de la
+déférence et de l'admiration publique. Vous avez un peu, parmi nous, la
+popularité dont au Paradis bénéficie saint Pierre. En effet, si vous
+n'avez pas les clefs de l'Académie, vous êtes pourtant le plus près de
+la porte et vous savez, le premier, les mots auxquels selon le jour,
+l'heure, elle s'entre-bâille, s'ouvre à demi, ou toute grande, ou reste
+fermée. Vous pourriez faire beaucoup sans vos confrères. Ils ne peuvent
+rien sans vous.
+
+«Depuis 1803, d'où date la création des secrétaires perpétuels, on
+pourrait, a dit assez justement Sainte-Beuve, écrire une histoire de
+l'Académie par chapitres inscrits à leur nom. On a l'Académie sous M.
+Suard, sous M. Raynouard, sous M. Auger, sous M. Andrieux (ce fut court;
+M. Arnault également n'eut qu'un règne très court), enfin sous M.
+Villemain: ce dernier règne depuis trente-deux ans.»
+
+» Quand Sainte-Beuve disait ceci, c'était sous l'Empire, en 1867, époque
+où vous aviez vingt et un ans, et si vous ne pensiez pas que vous seriez
+député quatre ans plus tard, vous étiez encore plus éloigné de vous
+douter que vous succéderiez ici, un jour, à ce même M. Villemain, sous
+le buste duquel, après les six ans de M. Patin, les dix-neuf de Camille
+Doucet, les treize de Gaston Boissier, et mes pauvres cinq petites
+années à moi, si pleines et si rapides, vous viendriez vous asseoir.
+
+» Que votre règne à vous, cher ami, soit heureux, et nombreux, je le
+souhaite, et, je vous le dis tout bas, j'en ai presque obtenu déjà pour
+vous la promesse. Vous allez tellement réussir que vous causeriez une
+vraie déception si vous ne commenciez par bien marquer vous-même tout de
+suite le sérieux dessein que vous avez de détenir au secrétariat
+perpétuel le record de la longévité. Laissez-vous aller à être
+centenaire en confiance. Vous avez toutes les qualités, les dons et les
+vertus qui doivent vous attacher un temps infini à cette fonction de
+mesure, de sagesse, de lenteur ordonnée et de certitude sereine. Vous
+êtes pensif, attentif, réfléchi, sérieux avec tendresse, et quand on
+vous connaît bien, sous la tenue d'une mélancolie qui fait partie de
+votre caractère, et qui en semble la pudeur, vous savez être, aux
+instants qu'il faut, de la plus bienfaisante et spirituelle gaieté. Vous
+êtes resté jeune, plein de flamme, et vos enthousiasmes ne tomberont
+qu'en même temps que vous, et vous êtes artiste aussi, bel ouvrier
+curieux de la pensée et de la phrase, épris de la forme élégante et rare
+sous laquelle l'idée doit exiger toujours qu'on la présente à son
+honneur.
+
+» Vous aurez beaucoup de besogne, des quantités de lettres à lire, à
+écrire, à classer, à retenir, à égarer, à oublier, vous recevrez maintes
+visites, vous craindrez parfois de fléchir sous les dossiers et les
+rapports, vous devrez être accueillant à tous et abolir vos nerfs, et
+vous serez cependant pressé de mille demandes indiscrètes et gêné de
+sollicitations cruelles. On ne vous laissera pas un instant rêveur.
+«Tout faire» est, à dater de ce jour, votre devise, votre obligation
+naturelle. Ah! quand vous proposiez autrefois à l'Assemblée nationale la
+réduction du nombre des fonctionnaires, c'est que vous saviez déjà être
+assez fort à vous tout seul pour abattre le travail de quarante. Et
+voilà votre voeu de jeunesse exaucé.
+
+» Mais, sous la lourde chaîne dont votre résistance d'esprit et d'âme
+allégera le poids, vous savourerez, et souvent, des tranquilles délices
+qui vous dédommageront. A fréquenter davantage ces anciens et vénérables
+bâtiments dont vous serez devenu, même si vous ne les habitez pas, le
+locataire moral, vous éprouverez comme cela m'est arrivé, une quiétude
+singulière, empreinte de noblesse, et nourrie de fierté. Nos vieilles
+cours aimeront vous voir aller, venir au milieu d'elles, comme chez
+vous, et se feront plus placides et plus provinciales quand vous
+traverserez leur désert, et nos grises murailles attireront--pour la
+garder plus longtemps quand vous les longerez--votre ombre discrète et
+hâtive de philosophe chrétien.--et nos pavés, qui sont parmi les
+derniers beaux pavés du passé, du cher vieux Paris, nos pavés, un peu
+inégaux, d'entre lesquels n'est pas arrachée toute l'herbe des quais
+d'autrefois, nos pavés seront sous vos pieds exercés: aussi doux que du
+sable.
+
+» Vous allez connaître et préférer le son méditatif que fait à notre
+horloge l'heure d'aujourd'hui, qui tinte avec la voix triste d'hier.
+Vous allez tout apprendre à nouveau et en détail de l'antique maison,
+vous familiariser avec le dédale de ses corridors, pratiquer ses petits
+escaliers, ses bureaux, ses appartements, ses combles, ses entresols
+studieux à rideaux blancs et à pendules de marbre noir... ses placards
+vitrés, ses souvenirs, ses traditions,... vous allez vous lier
+étroitement avec les pauvres bustes si délaissés, devant lesquels vous
+passerez plus souvent que vos confrères, et en vous arrêtant parfois,
+pour souffler la poussière qui met des cendres à leur front, et songer
+en face de leur détresse à ce qui reste ici-bas des grandes gloires. Et
+quand, redescendant à la fin du jour, pour regagner votre logis de
+l'Aima, vous repasserez entre les deux pots à feu de pierre qui flambent
+et montent la garde dans la cour, à droite et à gauche du seuil, vous
+sentirez, cher ami, que toutes ces choses vous tiennent avec une force
+incroyable au coeur et à la pensée, et qu'elles ont pris à vos yeux,
+depuis que vous vivez en elles, une importance touchante et familiale...
+Et chaque fois qu'aux nombreuses séances publiques vous mettrez, pour
+obéir à l'usage, cet habit couleur de ciguë, qu'auparavant vous
+n'endossiez par corvée que de loin en loin, vous le ferez avec l'espèce
+de sainte coquetterie qu'éprouve le prêtre à se parer de la chasuble en
+soie fleurie d'épis d'or et de roses. Et votre épée elle-même vous sera
+nouvelle, jolie, et plus significative, et moins inutile.
+
+»... Allons, adieu, cher Lamy. Personne ne me voit, mais vous sentez que
+je ne suis pas loin. C'est qu'au début de cette séance, votre première
+de secrétariat perpétuel, j'ai voulu revenir, une petite minute, dans
+cette salle, pour entendre pétiller le feu de bois sous le portrait de
+notre Richelieu et pour m'approcher de vous contre l'estrade. Belle
+réunion. Poincaré est là. Et c'est tout à fait comme de mon temps. Rien
+n'est changé... que moi.»
+
+HENRI LAVEDAN.
+
+_(Reproduction et traduction réservées.)_
+
+
+
+LA REVUE DE PRINTEMPS
+
+La revue de printemps, qui fut si heureusement restituée, l'an passé,
+par le ministre de la Guerre, a offert, dimanche dernier, aux Parisiens,
+le spectacle que depuis quelques semaines ils désiraient de toute leur
+ferveur patriotique. L'occasion souhaitée de manifester allégrement leur
+confiance en l'armée, leur ardente sympathie pour nos soldats, ils l'ont
+saisie avec empressement, en allant admirer à Vincennes les belles
+troupes qui leur étaient présentées.
+
+L'arrivée du chef de l'État, dont la daumont, attelée de six chevaux
+montés par des artilleurs, passa devant les lignes, le martial défilé
+des régiments en tenue de campagne, aux accents familiers du _Chant du
+départ_, de _Sambre-et-Meuse_ et de la _Marche lorraine_, très applaudis
+par manière d'hommage à M. Poincaré, la charge des fantassins, masse
+tumultueuse hérissée de baïonnettes, et des cavaliers lancés au grand
+galop, sabre au clair, firent courir dans la foule immense qui se
+pressait sous les tribunes et tout autour du champ de courses, de longs
+frémissements. Et sans doute, à cet enthousiasme joyeux, se mêlait-il,
+cette année, un sentiment de particulière affection pour nos soldats,
+vers lesquels, plus que jamais, se tourne aujourd'hui notre sollicitude.
+
+
+
+LA PROTECTION DES ÉGLISES
+
+Depuis plusieurs années, une Campagne ardente est poursuivie, dans les
+milieux artistiques, littéraires et politiques, aux fins de protéger les
+trésors d'art que renferme notre beau pays de France. A plusieurs
+reprises, au Parlement, à l'Académie, dans la presse, on a signalé les
+dangereuses répercussions que peuvent avoir eues de récentes lois sur la
+conservation de certains monuments publics, et en particulier des
+églises.
+
+Cette campagne a fini par porter ses fruits, puisque la Chambre a, dans
+une de ses dernières séances, incorporé à la loi de finances un article
+aux ternies duquel sont créées deux caisses alimentées par des legs,
+dons ou subventions, véritables personnalités civiles destinées à
+faciliter l'entretien et la réparation, la première, des monuments
+classés, la seconde, de ceux qui ne le sont point.
+
+Désormais, donc, nos églises ne tomberont plus en ruines, faute d'argent
+pour les restaurer, et l'on n'aura plus le spectacle injuste de
+donateurs, désireux d'empêcher la destruction, dont le cadeau était
+refusé par une municipalité défiante ou sectaire.
+
+C'est, pour une grande partie, sur l'insistance de M. Maurice Barrès,
+dont on sait le noble souci à tout ce qui touche aux choses de l'art,
+que ce texte fut voté. L'éminent académicien avait en effet, à cette
+occasion, prononcé un fort beau discours dans lequel, après avoir
+examiné le problème au point de vue juridique, il s'est plu à donner
+connaissance à la Chambre de certains faits typiques qui venaient à
+l'appui de sa thèse:
+
+_Dans la contrée privilégiée, a-t-il conté, qu'on appelle le jardin de
+la France, il existe une ville aimable entre toutes, où subsiste un
+vestige charmant d'une architecture du quinzième siècle, quelque chose
+d'assez pareil à ce qu'est à Paris la tour Saint-Jacques._
+
+_Les artistes, les catholiques, les citoyens amoureux de leur petite
+ville, ont désiré faire classer cette tour. Le conseil municipal voyait
+la chose avec hostilité; puis, à un instant donné, en présence du grand
+mouvement qui se dessinait, il a dit:_
+
+_«Eh bien! vous voulez la conserver: conservons-la; on peut toujours en
+faire quelque chose; elle peut toujours servir.»_
+
+_Et savez-vous à quoi cette tour, pour laquelle il y a une instance de
+classement, pour laquelle déjà la commission des monuments historiques a
+donné un avis favorable, savez-vous à quoi ils la font servir? Ils y
+installent des latrines publiques!_ (Mouvements divers.) _L'installation
+est commencée, elle se poursuit contre la loi, alors que le classement
+est décidé, est accordé en principe par un avis favorable de la
+commission._
+
+[Illustration: Un acte de vandalisme: les travaux d'aménagement en
+latrines publiques de la tour Saint-Martin, à Vendôme.--_Photographies
+communiquées par M. Maurice Barrès._]
+
+_Il s'agit, messieurs, de la tour Saint-Martin à Vendôme._
+
+_Au cours des travaux, des ossements humains, et même un squelette
+entier, ont été découverts; au lieu de les transporter au cimetière, on
+les a enfouis sous les tuyaux de vidange._ (Vives exclamations.)
+
+«_Eh bien! disent-ils...»--je prends les termes du_ Progrès de
+Loir-et-Cher, _qui fait l'apologie de cette utilisation de la tour
+Saint-Martin--«...eh bien! quoi? nous élevons en terrain bénit un
+temple au Dieu de la digestion._» (Exclamations.--Mouvements divers.)
+
+Nous avons tenu à citer, telles qu'elles figurent au _Journal officiel_,
+les paroles mêmes de M. Maurice Barrès qui a ajouté:
+
+_Pour qu'il n'y ait pas de doute, je tiens les photographies à la
+disposition de mes collègues. J'espère bien qu'il se trouvera un journal
+illustré pour les mettre sous les yeux du public..._
+
+Ces photographies, que nos lecteurs trouveront ici, ont soulevé à la
+Chambre une indignation générale. Mais l'émoi qui s'est manifesté au
+Parlement n'a pas empêché qu'un nouvel acte de vandalisme se produisît à
+Vendôme; et M. Maurice Barrès pouvait annoncer, quelques jours après son
+intervention à la tribune, dans un article de l'_Écho de Paris_, qu'une
+pierre tombale, prise au cimetière de la ville, avait été honteusement
+utilisée pour les bas travaux d'aménagement de la tour Saint-Martin.
+
+Mieux que de longs commentaires, les clichés que nous reproduisons
+démontrent qu'il était grand temps que la Chambre se décidât à régler
+cette émouvante et angoissante question de l'architecture religieuse
+dans notre pays et sauver enfin ces églises de France que des malheureux
+ou des fous voudraient démolir ou--ce qui est pis encore--déshonorer.
+
+P. H.
+
+
+
+A CRISE MINISTÉRIELLE
+
+Le cabinet Aristide Briand, sur lequel on avait fondé tant d'espérances,
+est, depuis mardi, démissionnaire. Un vote du Sénat, fait rare dans les
+annales parlementaires--c'est la troisième fois en vingt-cinq ans--l'a
+mis en minorité, sur la question de la représentation proportionnelle.
+
+[Illustration: M. Paul Peytral, sénateur des Bouches-du-Rhône, dont un
+amendement à la loi électorale a renversé le cabinet Briand. _Phot.
+Pirou, Saint-Germain._]
+
+M. Aristide Briand avait pourtant prononcé, pour défendre un projet que
+la Chambre des députés a adopté un admirable discours, clair, loyal,
+généreux, l'un des plus parfaits, peut-être, de toute sa carrière de
+grand orateur. Et il avait conclu par un éloquent appel à la
+conciliation.
+
+M. Georges Clemenceau, qui s'est posé en adversaire irréductible de la
+réforme projetée dès qu'elle a été soumise au Sénat, répondit au
+président du Conseil, l'attaquant vivement et directement.
+
+C'était maintenant l'heure du scrutin, et, conformément aux règlements,
+le président mit aux voix le premier contre-projet présenté, oeuvre de
+M. Maujan, dont l'article premier portait: _Les membres de la Chambre
+des députés sont élus au scrutin de liste..._
+
+Mais, à cette phrase, M. Peytral voulait ajouter, par un amendement, ces
+mots: _... suivant la règle majoritaire, nul ne pouvant être élu s'il a
+moins de voix que ses concurrents._
+
+C'est ce membre de phrase qui allait provoquer la chute du ministère.
+
+Au premier examen, rien n'apparaît plus juste que la restriction posée
+par M. Peytral. Mais elle contient la négation même, l'antithèse du
+principe accepté par la Chambre: l'adopter, c'était précisément refuser
+formellement à une minorité, quelle que fût son importance, tout droit
+d'avoir un représentant, si son candidat le plus favorisé obtenait une
+seule voix de moins que le dernier candidat de la liste de la majorité.
+Et M. Aristide Briand, de quelques mots nets, soulignait cette
+conséquence:
+
+«L'amendement de M. Peytral, qui semble s'imposer avec une apparence de
+logique, disait-il, est en réalité le rejet absolu de l'offre que je
+vous ai faite. Vous rendez impossible tout effort de conciliation.»
+
+Vaine adjuration: par 161 voix contre 128 et 10 abstentions, sur 289
+votants, l'amendement Peytral était voté.
+
+Le gouvernement, battu, se retirait. Le soir même, M. Aristide Briand
+remettait au président de la République la démission du cabinet.
+
+
+
+NOS ARMOIRIES DIPLOMATIQUES
+
+Une réforme assez intéressante vient d'être réalisée au quai d'Orsay: il
+s'agit des écussons de nos postes diplomatiques.
+
+Jusqu'ici, les chefs de postes diplomatiques ou consulaires n'étaient
+guidés par aucune règle précise; ils choisissaient un modèle à leur
+convenance et la fantaisie individuelle variait les armoiries
+extérieures de nos légations et de nos consulats; le résultat était
+tantôt heureux, tantôt contestable.
+
+Un type officiel et uniforme vient d'être choisi pour les écussons qui
+servent d'insigne national à nos postes de l'étranger. Ce type a été
+exécuté d'après le modèle figurant sur les gardes d'épée et les boutons
+d'uniforme diplomatique: le dessin avait été composé, il y a une dizaine
+d'années, par le maître graveur Chaplain, membre de l'Institut.
+L'éminent artiste, à défaut de disposition visant les emblèmes nationaux
+en dehors du décret du 25 septembre 1870 qui ne réglemente que le type
+et la légende du sceau de l'État, privé des ressources décoratives et
+héraldiques dont dispose une monarchie, avait adopté un symbole sobre et
+de bon goût, figurant le régime politique français.
+
+[Illustration: Les nouvelles armoiries diplomatiques françaises.
+_D'après une composition de Chaplain._]
+
+La composition de Chaplain représente un faisceau de licteurs surmonté
+d'une hache et recouvert d'un bouclier, sur lequel sont gravées les
+initiales R. P.; une couronne de feuillage entoure le motif.
+
+L'exécution des écussons a été confiée à la maison Devambez, et les
+matrices viennent d'être gravées. Dorénavant, l'emblème officiel du
+gouvernement de la République sera uniformément fixé au fronton de tous
+nos édifices diplomatiques et consulaires.
+
+
+
+L'ASSASSINAT DU ROI DE GRÈCE
+
+La mort du roi Georges Ier de Grèce, frappé stupidement cette semaine, à
+Salonique, par la balle d'un fou, a provoqué une sorte de stupeur en
+Europe où cette nouvelle victime du «métier de roi» avait la haute
+estime des gouvernements et la sympathie des peuples.
+
+[Illustration: Le roi de Grèce, Georges Ier, assassiné à Salonique le 18
+mars.--_Phot. Boissonnas et Taponier._]
+
+L'événement, si imprévu et si rapide, a pu être conté en dix lignes de
+dépêche. Le mardi 18 mars, le souverain sortait du palais de son fils,
+le prince Nicolas qu'il venait de visiter et rentrait à pied, selon son
+habitude, en compagnie d'un seul officier, lorsqu'un coup de feu
+retentit. Un homme, que l'aide de camp saisit aussitôt à la gorge,
+venait de tirer à bout portant. Et le roi, bien visé, gisait inanimé sur
+le sol. Il mourut, après quelques minutes, tandis qu'on le transportait
+à l'hôpital militaire.
+
+Si l'assassin, un ancien instituteur grec déséquilibré, nommé Skinas,
+avait attendu deux mois encore, il aurait pu abattre sa victime en
+pleine apothéose. On devait, en effet, au prochain mois de mai, fêter la
+cinquantième année du règne du roi Georges, et Salonique,
+merveilleusement reconquise sur le Turc par la puissance militaire
+grecque ressuscitée, aurait été le cadre émouvant de ce jubilé d'un
+vainqueur.
+
+Car le roi des Hellènes meurt en plein triomphe, au moment le plus
+heureux de sa vie de père et de roi, après avoir connu, grâce aux
+victoires du généralissime, son fils, grâce à la valeur de son armée,
+tellement critiquée depuis la déroute de Larissa, la réalisation
+inespérée des ambitions de son peuple.
+
+Au mois d'octobre 1862, lorsque, à la suite d'une révolte militaire à
+Athènes, le premier souverain de la Grèce indépendante, Othon Ier, dut
+s'embarquer en hâte pour l'exil sur la corvette anglaise _Sylla_, M.
+Bourée, ministre de France à Athènes, écrivait à M. Thouvenel: «La
+question de succession va occuper beaucoup. La dynastie bavaroise est
+jetée par-dessus bord. A qui devra échoir la couronne de Grèce? La Suède
+n'a rien, _le Danemark moins encore_, l'Allemagne est enveloppée dans
+l'aversion qu'on porte à la Bavière; je ne vois que la Belgique ou
+l'Italie.»
+
+Les Grecs demandaient à l'Europe un prince qui ne fût pas Allemand, qui
+possédât une grande fortune et qui fît élever ses enfants dans la
+religion grecque orthodoxe. Des raisons de prévoyante diplomatie firent
+écarter la candidature du prince de Leuchtenberg, parent du tsar, et
+celle du prince Alfred d'Angleterre, second fils de la reine Victoria,
+qui venait d'être élu par les Grecs à une forte majorité. On ne savait
+plus qui proposer ni trouver. Les suffrages des puissances garantes se
+réunirent enfin, en dépit du pronostic de M. Bourée, sur la tête d'un
+prince cadet de la maison de Danemark, le prince Guillaume, qui fut élu
+par les représentants de ses futurs sujets sous le nom de Georges Ier,
+le 31 mars 1863. A la demande de la Turquie, le nouveau souverain prit
+le titre officiel de «roi des Hellènes» et non de roi des Grecs, la
+qualification de Grec étant trop extensive et s'appliquant à de nombreux
+sujets ottomans.
+
+A ce prince de dix-sept ans, sans expérience et que l'on arrachait
+brusquement à ses fonctions d'aspirant dans la marine danoise, on
+offrait une couronne bien pauvre et bien fragile. La Grèce indépendante,
+telle que l'avait délimitée la conférence de Londres, ne comptait guère
+plus de 800.000 habitants; insuffisamment peuplée, ruinée pour longtemps
+par la guerre étrangère et civile qui avait précédé son organisation
+autonome, pillée par les Palikares que la paix avait rendus au
+brigandage, elle était à peine viable, et offrait un aspect analogue à
+celui que présente l'Albanie actuelle à la recherche d'un roi. La partie
+la plus riche du territoire hellénique, la Thessalie, était demeurée
+sous la domination ottomane avec l'Epire et les grandes îles. Ainsi,
+dans la crainte d'affaiblir la Turquie, on avait étrangement compromis
+l'avenir de l'État renaissant, on lui avait enlevé tout moyen de
+reprendre son rôle glorieux d'autrefois, et c'est ce qu'il convient de
+rappeler pour expliquer les difficultés d'évolution de la nation
+émancipée et pour admirer l'espèce de miracle qu'avec des moyens si
+réduits, et après bien des échecs et des angoisses, elle est parvenue à
+réaliser avec le secours de son roi.
+
+[Illustration: Le roi Georges tel que le connaissaient les Parisiens.
+_Photographie prise, place Vendôme, en 1912._]
+
+Ce roi, qui n'était pas riche, et auquel la France, l'Angleterre et la
+Russie avaient dû faire chacune, sur les intérêts de la dette
+hellénique, l'abandon de 4.000 livres sterling pour l'entretien de sa
+cour, portait à son royaume un premier accroissement de territoire, les
+îles Ioniennes, que l'Angleterre cédait à Georges Ier en don de joyeux
+avènement. «Ma force est dans l'amour de mon peuple, dit le jeune
+souverain en montant sur le trône, je veux faire de la Grèce un modèle
+pour les royaumes balkaniques.» La tâche devait être ardue et, pendant
+tout un demi-siècle, en dirigeant, avec la plus souple intelligence et à
+travers tant d'obstacles, les destinées de la nation qui lui avait été
+confiée, il lui fallut s'appliquer à défendre les intérêts et les
+espoirs de son peuple sans encourir le reproche de troubler la paix
+européenne. Il voyagea beaucoup, de capitale en capitale, s'autorisant
+de ses relations de famille et d'amitié pour plaider avec chaleur, avec
+adresse, avec constance toujours, la cause hellène. Cet homme aimable,
+simple, bon vivant, dont la svelte et jeune silhouette d'officier de
+cavalerie et le visage barré par une blonde et forte moustache de
+Gaulois ou de Palikare étaient familiers aux Parisiens, connut, dans son
+palais d'Athènes, des heures terribles et de véritables angoisses
+dynastiques. Il en fut ainsi au cours des difficultés crétoises, des
+désastres de la guerre gréco-turque de 1897, et, récemment encore, il y
+a quatre ans, lors des sommations de la ligue militaire qui l'obligèrent
+à exclure de l'armée les princes, ses fils et petits-fils, et l'héritier
+du trône lui-même. Un autre, sans doute, eût succombé à la tâche devenue
+trop ingrate. Le roi Georges sut persister dans son effort, et ce fut
+heureux pour la Grèce. Il venait d'ailleurs de rencontrer le
+collaborateur du destin, un grand Crétois, M. Venizelos, qui réconcilia
+les partis dans une oeuvre commune de régénération nationale,
+reconstitua l'armée qu'il fit instruire par le général français Eydoux,
+et prépara ainsi les admirables résultats d'aujourd'hui.
+
+Le roi Georges Ier est mort en arrivant au but. Il tombe symboliquement
+à Salonique comme ces victorieux qui expirent en plantant leur drapeau
+sur le mur d'une ville conquise; et lorsque, sur la place de la
+Constitution, devant le palais royal d'Athènes qui prit feu si
+mystérieusement pendant la crise intérieure de 1909, on élèvera un
+monument national au roi Georges, on y inscrira qu'il reconstitua la
+patrie grecque.
+
+Le successeur du souverain mort, le Diadoque d'hier, duc de Sparte,
+maintenant le roi Constantin, est né à Athènes en 1868. De son mariage
+avec la princesse Sophie de Prusse sont nés cinq enfants, dont trois
+princes. Les désastres militaires de 1897, dont on lui fit un moment
+porter la responsabilité, affaiblirent sa popularité et il dut, on se le
+rappelle, abandonner, il y a quatre ans, sur les injonctions de la ligue
+militaire, les fonctions de généralissime. Mais M. Venizelos vint
+remettre chaque chose à sa place et l'héritier du trône à la tête de
+l'armée du roi. Heureusement! Car le Diadoque, au cours de la campagne
+actuelle, s'est révélé un vrai chef de guerre. C'est lui qui a inscrit
+sur le drapeau grec les noms des grandes victoires de Thessalie et
+d'Epire et l'on peut affirmer que le roi Constantin Ier est aujourd'hui,
+par les satisfactions qu'il a données à l'orgueil de son peuple, l'homme
+le plus populaire de son royaume.
+
+ALBÉRIC CAHUET.
+
+
+
+_Le croiseur turc_ Hamidieh--_ce vaisseau errant qui, depuis un mois,
+avait été signalé à Malte, dans les eaux du Levant et jusque dans la mer
+Rouge--vient d'accomplir un raid surprenant, et de jeter le trouble là
+où on ne l'attendait point. Il s'est brusquement présenté, le 12 mars
+dernier, devant Durazzo, puis devant Saint-Jean-de-Médua, où il a coulé
+ou endommagé quelques transports serbes et grecs, chargés de vivres et
+de munitions. Quelques jours auparavant, il avait fait escale à
+Beyrouth. C'est de là qu'un de_ _nos lecteurs, M. Nour El-Dine Beyhum,
+qui a pu être reçu par son commandant, Hussein Raouf bey, nous adresse,
+avec la photographie reproduite ci-dessus, les notes suivantes sur sa
+visite à bord du_ Hamidieh. _Elles prennent un intérêt documentaire, par
+suite de l'apparition inopinée du croiseur dans l'Adriatique, et du fait
+qu'on l'avait prétendu commandé par un Anglais._
+
+[Illustration: Le croiseur cuirassé turc _Hamidieh_ à Beyrouth.]
+
+Le lundi 3 mars, à 7 h. 1/2 du soir, un navire illuminé, promenant sans
+cesse autour de lui les rayons de ses projecteurs, apparaissait en vue
+de Beyrouth: c'était le _Hamidieh_, qui, peu après, jetait l'ancre en
+rade.
+
+Le lendemain, à peine le bruit de son arrivée s'était-il répandu, qu'une
+foule de curieux gagnait les quais malgré la pluie et le vent, pour
+admirer de loin ce bateau de guerre très estimé. Voulant le voir de plus
+près, je pris un canot, qui me conduisit à bord. Un soldat porta ma
+carte au commandant et m'introduisit dans un salon, où je n'eus pas
+longtemps à attendre. Le commandant, Raouf bey toujours gai et content,
+entra bientôt, la main tendue, et engagea la conversation en anglais, me
+parlant de la beauté du Liban et de la ville que l'on pouvait apercevoir
+par les fenêtres, de la générosité des habitants de Beyrouth, dont il
+avait reçu de nombreux présents: du sucre, du riz, de la farine, des
+cigarettes... S'interrompant un instant, Raouf bey appela un de ses
+officiers, auquel il remit un rouleau de papier de grand format en lui
+disant de le porter à la T. S. F. C'était sans doute un rapport qu'il
+faisait adresser au ministère de la Marine.
+
+Midi ayant sonné, je me levai pour prendre congé; mais le commandant,
+passant dans la salle à manger du bord, me pria de bien vouloir lui
+tenir compagnie et de déjeuner avec lui et ses officiers. A table,
+j'essayai plusieurs fois d'amener l'entretien sur des sujets politiques.
+Mes efforts furent vains: Raouf bey sut toujours détourner la
+conversation, paraissant s'intéresser beaucoup aux changements de
+température, fréquents ce jour-là. Voici le menu du repas servi par le
+maître d'hôtel du _Hamidieh_, un Grec sujet Ottoman: potage aux pattes
+de moutons; omelette; poulet; fèves vertes sautées au beurre; baklavia
+(gâteau du pays); café.
+
+Le déjeuner fini, je demandai au commandant un autographe de lui, qu'il
+m'accorda avec plaisir. Et je me retirai, emportant le souvenir
+ineffaçable de son amabilité et de sa parfaite courtoisie.
+
+[Illustration: Signature autographe de Hussein Raouf bey, commandant du
+_Hamidieh._]
+
+
+
+[Illustration: Silistrie vue de Medjidjié Tabié: au fond, le Danube.]
+
+SILISTRIE ET LE DIFFÉREND BULGARO-ROUMAIN
+
+(LETTRE DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)
+
+_Silistrie, voilà bien l'un de ces noms de villes danubiennes qui, hier
+encore ignorés du tourisme lui-même, doivent au caprice des événements
+de surgir brusquement dans l'histoire. Le différend bulgaro-roumain, en
+ce moment soumis au conseil des ambassadeurs à Saint-Pétersbourg, vient
+de placer Silistrie au premier rang de l'actualité diplomatique et c'est
+de Silistrie que l'un de nos meilleurs écrivains militaires et
+correspondants de guerre, M. Réginald Kann, qui vient de se rendre, pour
+L'Illustration, en Bulgarie, nous a adressé, texte et documents, les
+intéressantes informations de nos trois pages sur la grave et
+inquiétante discussion bulgaro-roumaine._
+
+Silistrie, 5 mars.
+
+ C'était un beau sujet de guerre
+ Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
+
+Les vers du bon La Fontaine s'imposent à l'esprit du voyageur qui
+débarque à Silistrie. Pour s'y rendre, de Sofia, il a fallu accomplir un
+long et fastidieux circuit, car le petit port danubien n'est pas relié
+au réseau ferré bulgare et le service des bateaux à vapeur ne fonctionne
+pas encore en cette saison. On doit donc passer par Rouchtchouk,
+Bucarest et gagner Calarachi, ville roumaine située sur le petit bras du
+fleuve. De ce point il y a encore trois heures de navigation en barque;
+pour remonter le courant, la rame ne suffit pas; les mariniers attachent
+au mât une corde, à l'aide de laquelle ils halent l'embarcation, en
+suivant la berge boueuse d'un pas lent et mal assuré.
+
+[Illustration: Barque faisant le service de Silistrie à Calarachi.]
+
+
+
+LA VILLE DE SILISTRIE
+
+Au débouché dans le grand'bras du Danube, Silistrie apparaît allongée
+sur le rivage. Cette première vision ne manque pas de beauté. Les
+minarets, les peupliers dominant les maisons basses, se découpent en
+pointes élancées sur la pourpre du soleil d'hiver à son déclin:
+Silistrie se montre ainsi comme quelque ville orientale de conte de
+fées. Mais, à mesure qu'on s'approche en luttant contre le flot, le
+mirage s'évanouit, et lorsque, tout transi par la bise glacée qui n'a
+cessé de souffler, on saute enfin à terre, on se sent envahi par la
+pénétrante tristesse du lieu.
+
+Cinq minutes de marche vous conduisent d'un bout à l'autre de la ville,
+dont la lisière est marquée par une large rigole à demi comblée, où des
+enfants turcs et des pourceaux jouent et se poursuivent à travers les
+immondices; ce dépotoir est tout ce qui reste du fossé de l'ancienne
+enceinte, dont les murs ont depuis longtemps disparu.
+
+Le quartier ouest de Silistrie, habité presque exclusivement par des
+Turcs, vaste fouillis de baraques en planches, rappelle la zone
+militaire parisienne; la population en est également misérable; mais,
+sous ses haillons bariolés, le musulman conserve une dignité nonchalante
+qu'ignorent les chiffonniers de l'Occident. Le reste de la ville offre à
+l'oeil une succession de maisons ternes, mal bâties et souvent
+délabrées; les boutiques, les cabarets sont rares et de médiocre
+apparence; la plupart, dont les propriétaires ont été appelés sous les
+drapeaux, sont fermées depuis le commencement de la guerre. On remarque
+à peine l'église, carré de maçonnerie fraîchement badigeonnée, et
+l'hôtel de ville, installé dans le konak, ancienne résidence du dernier
+pacha. Sans le lycée et la caserne, édifices monumentaux et récents, qui
+attestent les efforts des Bulgares pour développer l'instruction et la
+puissance militaire de la nation, on se croirait ici dans une grosse
+bourgade turque du dix-huitième siècle. La tournée d'exploration
+s'achève en moins d'une heure à travers les rues vides, où quelques
+réverbères hésitants s'allument dans le crépuscule. Malgré l'impression
+pénible qui s'en dégage, on ne peut s'empêcher de sourire en songeant
+que cette nécropole a failli déchaîner la guerre et peut-être entraîner
+toute l'Europe en un conflit général. Rappelons dans quelles conditions
+la controverse s'est engagée et sur quels arguments s'appuient les
+antagonistes.
+
+
+
+LA THÈSE ROUMAINE ET LA THESE BULGARE
+
+«Nous avons été les mauvais marchands de tous les traités du siècle
+dernier, disent les Roumains. En 1848, nos frères de Pennsylvanie ont
+secouru l'Autriche contre la Hongrie; pour prix de leur dévouement, les
+Autrichiens les ont soumis à la domination des Hongrois, qui les
+oppriment. De même, en 1877, nous avons secondé les Russes à Plevna et,
+grâce à nous, ils ont pu arracher à la domination turque ces mêmes
+Bulgares, qui se dressent aujourd'hui contre nous. Comment nous en
+a-t-on récompensés? En nous enlevant la riche Bessarabie, peuplée de
+Roumains, pour nous donner la Dobroudja, pays inculte qu'habitaient
+quelques milliers de musulmans et de Bulgares; grâce à l'activité de nos
+colons et aux dépenses que nous nous sommes imposées pour construire le
+port de Constantza et le pont de Cernavoda, un des plus beaux ouvrages
+d'art du monde, nous avons transformé ce désert en une contrée de bon
+rapport, dont la population est aujourd'hui en majorité roumaine. Mais
+le traité de 1878 ne nous a pas accordé la totalité de la province; il
+nous a, en outre, imposé une frontière indéfendable. Or, les Bulgares
+n'ont cessé de réclamer la Dobroudja et leur propagande irrédentiste se
+poursuit sans trêve. La Bulgarie va bientôt doubler son territoire et sa
+population à la suite de ses succès. En échange de notre neutralité, qui
+lui a permis de remporter la victoire, nous demandons une rectification
+de frontière, nous donnant Baltchik sur la mer Noire et Silistrie sur le
+Danube, surtout cette dernière ville, qui est la clef de la Dobroudja et
+que plusieurs négociateurs du traité de Berlin, notamment le délégué
+français, M. Waddington, avaient réclamée pour nous.»
+
+[Illustration:
+---- Chemin de fer.
+==== Routes.
+'*'*' Chemin de fer projeté par la Roumanie si elle obtient
+Silistrie.]
+
+Les Bulgares répondent: «Si les Roumains ont à se plaindre de n'avoir
+pas été bien traités par les Russes en 1877, qu'ils s'en prennent à
+ceux-ci et non à nous qui n'y pouvons rien. D'ailleurs la Dobroudja n'a
+pas été une mauvaise acquisition, à telle enseigne qu'ils ne
+l'échangeraient certes pas aujourd'hui pour la Bessarabie, si on le leur
+offrait; ils ont plutôt gagné au change. Au contraire, les Bulgares ont
+perdu de ce fait une province, où ils se trouvaient en majorité. Ce sont
+donc eux qui ont subi le plus grave préjudice. Cependant nous ne
+songeons pas à revendiquer ce territoire d'abord par respect pour la
+décision du tsar libérateur, ensuite parce que nous reconnaissons
+qu'elle est indispensable à nos voisins. Nous rejetons l'accusation
+d'irrédentisme qu'on porte contre nous; jamais le gouvernement ni
+l'opinion n'ont encouragé aucune campagne de ce genre et on ne peut nous
+rendre responsables des paroles en l'air de quelques chauvins isolés.
+Mais nous nous refusons à céder de nouvelles régions nous appartenant.
+Si la Roumanie voulait profiter du remaniement de la péninsule
+balkanique, il lui fallait prendre sa part des sacrifices que tous les
+autres peuples chrétiens se sont imposés. Pourtant, par esprit de
+conciliation, nous consentons à rectifier la frontière, mais en nous
+refusant à livrer Silistrie, ville purement bulgare et centre
+intellectuel que nous ne pouvons céder. Nous avons été particulièrement
+froissés de voir nos voisins attendre si longtemps pour formuler leurs
+revendications, en venant nous mettre le couteau sur la gorge au moment
+où nous nous trouvions engagés à fond contre les Turcs.»
+
+[Illustration:
+--Chemins de fer.
++ + + + Frontière actuelle.
+-.-. Rectification acceptée par la Bulgarie.
+........ Rectification réclamée par la Roumanie.]
+
+[Illustration: Groupe des fonctionnaires de Silistrie.]
+
+A cette dernière récrimination, les Roumains répliquent que, s'ils ne
+sent pas intervenus plus tôt, c'est parce que l'Europe avait d'abord
+annoncé qu'elle exigerait le maintien du _statu quo_ dans la Péninsule.
+En ce cas, ils n'avaient rien à demander. Mais, du jour où l'Europe a
+modifié son point de vue et admis un remaniement de la carte balkanique,
+la Roumanie avait le droit de se faire entendre et l'a fait, sans qu'on
+puisse lui reprocher de méditer un coup de Jarnac.
+
+Telles sont, dans leur ensemble, les thèses des deux parties. En ce qui
+concerne la ville de Silistrie, la discussion s'appuie sur un ensemble
+de considérations, qui seront soumises aux délégués des puissances
+médiatrices et que nous avons entrepris d'examiner sur l'emplacement
+même du litige.
+
+
+
+LES DROITS HISTORIQUES ET L'ARGUMENT DES NATIONALITÉS
+
+[Illustration: UNE MANIFESTATION A SILISTRIE.--Un jeune étudiant
+harangue la foule réunie pour célébrer l'anniversaire de la libération
+de la Bulgarie du joug ottoman.]
+
+Il suffit de quelques jours de résidence dans une capitale balkanique
+pour se familiariser avec le jargon politique habituellement employé
+dans la discussion des questions d'Orient. Lorsqu'un pays désire opérer
+une annexion territoriale par voie diplomatique, sa procédure se fonde
+invariablement sur les quatre arguments suivants: droits historiques,
+considérations ethniques ou de nationalités, conditions économiques,
+nécessités stratégiques; dans le différend actuel, la discussion n'est
+pas sortie du cadre accoutumé.
+
+Le demandeur commence toujours par faire valoir ses droits historiques:
+c'est l'argument le plus commode. En effet, suivant l'époque à laquelle
+on se place, chaque peuple peut revendiquer non seulement telle ou telle
+région, mais encore la Péninsule entière, ou peu s'en faut. Les Serbes
+de Douchan, les Bulgares du tsar Siméon ont possédé tout le pays
+s'étendant de la mer Egée à l'Adriatique; les Roumains se réclament de
+l'empereur Trajan, les Grecs de Justinien ou d'Alexandre le Grand. Les
+Albanais vont plus loin; ne descendent-ils pas des Pélages, les premiers
+occupants; pour eux, il ne s'agit plus de droits historiques, mais de
+droits... préhistoriques. Malheureusement, la conquête ottomane, en
+courbant toutes les têtes sous le joug commun, est venue niveler ces
+prétentions. D'ailleurs on a tellement usé et abusé des droits
+historiques que l'effet s'en est émoussé. Aussi, n'est-ce sans doute que
+pour se conformer à une vénérable tradition qu'on a vu la Roumanie
+rappeler qu'un de ces volvodes, un certain Mitcho, occupa Silistrie
+pendant une trentaine d'années au quatorzième siècle.
+
+Il n'est guère plus facile d'apprécier l'argument des nationalités, car,
+dans les Balkans, on change son origine à peu de frais. C'est une simple
+question de désinence des noms propres. La terminaison _of_ est bulgare,
+_vitch_ serbe, _esco_ roumaine, _idis_ hellénique. Combien de personnes
+ont mutilé une syllabe pour échapper à l'oppression d'un gouvernement de
+propagande! Combien de Popof sont devenus Popesco ou Popovitch, ou
+inversement!
+
+On voit quel parti il est possible de tirer de pareilles fluctuations.
+«Pourquoi diable, me dit un fonctionnaire roumain, nos voisins
+tiennent-ils tant à Silistrie? Une statistique digne de foi montre que
+plus de la moitié de ses habitants sont étrangers.» Mais les Bulgares
+s'indignent lorsque je leur rapporte ce propos. L'actif secrétaire de la
+mairie de Silistrie court compulser les statistiques et en extrait les
+chiffres suivants: population totale: 12.537. Bulgares, 8.260; Turcs,
+3.780 (y compris environ 500 Tartares et Tziganes); Arméniens. 250;
+Israélites, 165; Roumains, 57; divers, 25. «Si, ajoute-t-il, nous avions
+si peu de nationaux ici, pourquoi aurions-nous fondé cinq écoles
+primaires, deux lycées, une école normale, sans compter les écoles
+primaires supérieures et professionnelles? Notre ville a versé un
+million à l'emprunt de guerre intérieur, alors que la capitale, dix fois
+plus peuplée et plus riche, n'y a contribué que pour 7 millions. Le
+régiment de Silistrie, le valeureux 31e, a mérité à Bounar-Hissar le
+surnom de «régiment des héros». D'ailleurs, c'est demain notre fête
+nationale; vous pourrez voir les habitants de Silistrie réunis et juger
+par vous-même.»
+
+
+
+L'ANNIVERSAIRE DU TRAITÉ DE SAN STEFANO
+
+[Illustration: Soldats se rendant à la cérémonie commémorative du traité
+de San Stefano Ce sont des jeunes gens de la dernière classe appelée,
+s'instruisant au dépôt du 31e régiment.]
+
+Le lendemain j'assiste à la cérémonie commémorative de la libération de
+la Bulgarie qui se déroule sur la grand'place, entre la mairie et la
+mosquée. On a planté quelques poteaux ornés de fanions tricolores. La
+garnison vient se former en carré, puis voici les jeunes filles des
+écoles, qui accompagnent de leurs cantiques le service divin, et toute
+une multitude endimanchée composée presque exclusivement de vieillards,
+de femmes et d'enfants. L'office terminé, la troupe regagne les
+casernes; la foule, au contraire, se resserre autour d'une estrade
+improvisée, du haut de laquelle un jeune étudiant entreprend de la
+haranguer; il s'agit, bien entendu, du différend bulgaro-roumain. Après
+avoir rappelé les événements passés, qui rassemblent en ce jour tous les
+Bulgares, l'orateur expose le sujet du litige actuel. «N'en veuillez pas
+au peuple roumain, s'écrie-t-il, il n'est pour rien dans les
+revendications du gouvernement de Bucarest; seuls des politiciens,
+poussés par des intérêts de parti, ont échafaudé cette oeuvre néfaste.
+Pourquoi veulent-ils nous annexer de force? Qu'avons-nous fait pour
+qu'on nous traite ainsi? Est-ce un crime d'avoir secouru nos frères de
+Macédoine? Tous nos hommes valides sont allés combattre l'ennemi
+séculaire; depuis cinq mois ils souffrent et meurent pour la patrie.
+Allez à la mairie et vous y trouverez affichés les noms de quatre cents
+de nos braves tombés dans les plaines de Thrace, à l'ombre de notre
+drapeau glorieux. Que dirons-nous aux survivants lorsqu'ils rentreront
+dans leurs foyers? Faut-il qu'ils aient combattu et peiné si durement
+pour qu'on les contraigne à devenir Roumains? Est-ce là le prix de leur
+victoire si chèrement acquise?
+
+«Et quel sort vous attendrait sous le régime étranger? Vous faites
+partie d'une nation démocratique, égalitaire, où les biens sont
+justement répartis, où tous jouissent des mêmes droits politiques. La
+Roumanie est un pays féodal; le peuple n'y compte pour rien, le suffrage
+universel n'y existe pas. Les Bulgares de Dobroudja, soumis aux
+Roumains, ont vécu pendant plus de trente ans sous un régime spécial et
+désavantageux. Comme Bulgares, comme hommes libres, nous ne pouvons
+accepter l'annexion.»
+
+Cette allocution, prononcée d'une voix chaude et passionnée, paraissait
+agir profondément sur l'auditoire. Aucune manifestation ne l'accueillit,
+mais un silence morne, mille fois plus impressionnant que des vivats.
+
+
+
+CE QUE VAUT SILISTRIE AUX POINTS DE VUE ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIQUE
+
+Il y a peu de chose à dire de la vie économique de Silistrie. Son port,
+qui desservait autrefois une vaste région, s'est vu amputé d'une partie
+de l'hinterland qui l'alimentait; le traité de 1878, en effet, a fait
+passer la frontière roumaine presque sous ses murs. Depuis lors elle a
+de la peine à vivre.
+
+Il nous reste à examiner la situation au point de vue stratégique.
+Silistrie faisait autrefois partie du quadrilatère du Bas-Danube, avec
+Rouchtchouk, Choumla et Varna. Ces places, quoique fort archaïques,
+jouèrent encore un rôle important au cours de la dernière guerre
+turco-russe. Elles empêchèrent l'armée moscovite de déboucher dans la
+Bulgarie orientale et les obligèrent à passer le fleuve en amont, à
+Sistova. Les progrès de l'artillerie ont, depuis cette époque, rendu les
+défenses du quadrilatère tout à fait inutilisables. Silistrie est
+dominée par un plateau d'une soixantaine de mètres d'altitude, ou, plus
+exactement, par trois éperons qui s'en détachent, s'abaissent en pente
+douce et viennent mourir à quelques pas des premières maisons de la
+ville. Sur ces trois éperons les Turcs ont construit, en 1810, trois
+ouvrages: Medjidjié Tabié, Ordou Tabié et Arab Tabié. Le traité de
+Berlin a laissé les deux premiers en territoire bulgare et donné le
+troisième aux Roumains. J'ai pu longer le fort de Medjidjié Tabié,
+redoute rectangulaire d'environ 600 mètres de développement,
+complètement abandonnée et veuve de ses canons. Le talus s'écroule;
+seule l'escarpe de pierre tient encore bon. Même si la ligne de forts
+était composée d'ouvrages plus modernes et bien armés, elle ne
+présenterait pas une valeur militaire sérieuse, car la frontière, en la
+coupant en deux, la neutralise en quelque sorte pour les Bulgares comme
+pour les Roumains.
+
+[Illustration: Le plateau de Medjidjié Tabié.]
+
+Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que les dernières
+propositions du gouvernement de Sofia aient compris la cession d'Ordou
+Tabié et de Medjidjié Tabié, malgré le dommage qui en résultera pour les
+habitants de Silistrie; ils perdront leurs vignes, leurs vergers et les
+sources qui alimentent la ville. Cette offre n'a pas satisfait les
+Roumains, dont les visées stratégiques sont d'une bien plus grande
+envergure. Les voici:
+
+Afin de défendre la frontière de la Dobroudja contre une offensive
+bulgare dirigée sur Constantza et le pont de Cernavoda, mal protégé par
+une tête de pont insuffisante, les Roumains veulent établir, du Danube à
+la mer Noire, une ligne fortifiée solide. Cette barrière doit
+nécessairement s'appuyer, à ces deux extrémités, à des forteresses de
+premier rang, qui seront les musoirs de la digue, comme Epinal et
+Belfort pour celle de la Moselle, Verdun et Toul pour celle de la Meuse.
+Le point d'appui oriental sera Mangalia, dont la lagune, profonde de 30
+mètres, peut être facilement reliée à la mer et servira de port
+militaire à la flotte de guerre qu'on désire augmenter. Quant au point
+d'appui occidental, il devra être relié à la Roumanie proprement dite
+par un pont de chemin de fer. Or, en amont de Cernavoda, Silistrie est
+le premier point où ce pont peut être construit. C'est là, en effet, que
+commence l'île de Baltea, dont le sol marécageux est trop inconsistant
+pour servir d'infrastructure aux masses métalliques qu'il devrait
+supporter. Silistrie seule, où le fleuve se rétrécit, remplit les
+conditions voulues. La Roumanie ne saurait se passer ni de la ville
+même, où doit aboutir le pont, ni d'une zone environnante de plusieurs
+kilomètres de rayon sur le périmètre de laquelle on construira des forts
+capables de protéger la place contre les projectiles de gros calibre.
+Medjidjié Tabié et Ordou Tabié sont beaucoup trop rapprochées pour
+remplir ce rôle. La frontière nouvelle, au lieu de partir de Medjidjié
+Tabié pour aboutir à la mer, à hauteur de Dobritch, comme on l'a proposé
+récemment à Sofia, commencerait à quelques kilomètres en amont de
+Silistrie et se terminerait à Baltchik.
+
+«Nous répétons, disent les Bulgares, que nous n'avons aucune intention
+hostile à l'égard de la Roumanie. La preuve en est que notre armée ne
+possède pas un seul équipage de pont, tandis que les Roumains ont un
+matériel qui leur permet de jeter un ou deux ponts de bateaux sur le
+Danube et viennent de passer des commandes pour se procurer un
+supplément de matériel. Quant à leur projet concernant Silistrie, il ne
+présente pas seulement un caractère défensif. La ville ainsi transformée
+en forteresse reliée à l'autre rive du Danube par une voie ferrée
+deviendrait un point d'appui offensif extrêmement dangereux pour nous.
+Les armées roumaines qui se concentreraient à l'abri de ses forts se
+trouveraient à pied d'oeuvre pour se jeter au coeur de notre pays. Nous
+ne pouvons vivre sous cette menace constante.»
+
+Nous avons essayé d'exposer les causes du différend, les demandes et les
+arguments des deux nations qu'il met aux prises. Il ne nous appartient
+pas d'exprimer un avis sur le bien-fondé des revendications de l'une ou
+l'autre des parties. Nous nous contenterons de faire observer que la
+question stratégique constitue le fond du litige, qui peut se résumer en
+une seule phrase: la Roumanie obtiendra-t-elle le moyen de construire à
+Silistrie une forteresse défensive et offensive? Tel est le problème qui
+se pose aux puissances médiatrices.
+
+RÉGINALD KANN.
+
+
+
+L'ARMÉE BULGARE
+
+CROQUIS ET IMPRESSIONS D'UN PEINTRE MILITAIRE FRANÇAIS EN THRACE
+
+[Illustration.]
+
+INFANTERIE EN CAMPAGNE
+
+Tambours.--Officier monté.--Jeune clairon du 1er régiment.--Officiers et
+soldats (réserve).
+
+_Page de croquis en couleurs de GEORGES SCOTT._
+
+[Illustration: Le ravitaillement de Tchataldja: un convoi partant de
+Dimotika vers le front. _D'après une aquarelle de GEORGES SCOTT._]
+
+
+
+VISIONS DE GUERRE
+
+UN PEINTRE FRANÇAIS SUR LES CHAMPS DE BATAILLE DE THRACE
+
+Le souci qui doit guider toujours et avant tout un journal tel que
+_L'Illustration_ d'être rapidement et exactement documenté nous imposait
+d'abord, et nécessairement, en présence des événements qui viennent de
+se dérouler à l'Orient de l'Europe, le devoir de recourir à la
+collaboration d'habiles et actifs reporters photographes et
+d'informateurs spécialisés dans les questions militaires. Les articles
+et les photographies de MM. Georges Rémond, Alain de Penennrun, Jean
+Leune, etc. (1), qui ont paru ici depuis le commencement des hostilités
+dans les Balkans, n'ont dû, certes, laisser aux lecteurs qui nous
+avaient fait confiance aucune déception.
+
+(1) L'auteur de cet article n'a pas voulu citer ici son propre nom. Mais
+personne n'a oublié ses remarquables correspondances du Monténégro,
+pendant la première phase des hostilités.--N. D. L. R.
+
+Pourtant, dans le même moment que nous dépêchions vers les lieux où se
+jouaient les destinées de l'empire ottoman ces excellents
+collaborateurs, il nous apparaissait qu'à côté de l'objectif,
+enregistreur exact, mais un peu trop machinal, souvent, des brutales
+réalités, il devait y avoir, sur tous ces champs de bataille, une belle
+moisson à récolter pour un peintre militaire de bonne souche, pénétré
+des traditions du genre, mais soucieux de les rafraîchir aux sources
+vives de la réalité.
+
+Qu'on veuille bien, en effet, remarquer que très peu, parmi nos actuels
+peintres de batailles, ont vu, de leurs yeux vu, les scènes qu'ils nous
+représentent, ou des scènes analogues susceptibles de les inspirer.
+Édouard Detaille, qui vient de disparaître, était l'un des derniers
+survivants des temps héroïques, l'un des derniers qui eussent réellement
+contemplé «la guerre et ses désastres». Et cet accent de vérité qui nous
+saisissait dans les toiles d'un Neuville, d'un Protais, d'un Lagarde,
+risque fort de faire défaut aux oeuvres purement imaginatives de leurs
+successeurs. Les toiles militaires de demain n'auront plus la valeur de
+témoignages.
+
+Cette terrible guerre balkanique, qui nous aura apporté tant d'autres
+enseignements plus graves, pouvait donc, nous semblait-il, fournir à la
+peinture militaire l'occasion d'une sorte de rajeunissement, de
+renaissance. Et c'est pourquoi, dès qu'il nous parut qu'il lui serait
+possible d'avancer jusqu'au front, nous proposions à notre fidèle
+collaborateur Georges Scott de se rendre à l'état-major bulgare.
+L'occasion était trop belle pour qu'il la dédaignât.
+
+Nous avons dit, de reste, quelles difficultés furent opposées aux
+correspondants qui auraient désiré voir de près les opérations. Aucune
+ne fut épargnée à Georges Scott encore que sa réputation d'artiste l'eût
+précédé. A Sofia, qu'il avait gagné, il lui fallut, avant d'obtenir
+l'officielle lettre de recommandation qui devait lui assurer le bon
+accueil de l'état-major, attendre l'accomplissement d'interminables
+formalités. Les hostilités s'achevaient quand il put se mettre en route.
+Mais combien furent plus favorisés que lui? Combien même n'ont pu
+entrevoir ces champs de bataille où s'étaient accomplies d'effroyables
+tueries, et qu'il allait être mis à même, pour sa part, de parcourir en
+détail sous la conduite des meilleurs guides, dont certains avaient pris
+part aux actions qu'ils évoquaient sous ses yeux.
+
+C'est donc surtout l'envers de la guerre qu'a vu Georges Scott. Mais, de
+moins en moins, nous le répétons, les journalistes seront admis à voir
+autre chose, à contempler le combat ou le peu qu'en aperçoivent ceux-là
+mêmes qui le livrent.
+
+Dans ce voyage aux champs de bataille de Thrace, Georges Scott avait
+amassé d'abondants et vivants documents. Vite revenu en France, encore
+sous le coup des fortes impressions qu'il avait ressenties, il se
+mettait à l'oeuvre, au milieu des souvenirs rapportés de là-bas,
+tambours crevés au feu, pièces d'uniformes, dans ce clair atelier de la
+rue Denfert-Rochereau qui est comme un musée militaire en réduction; il
+achevait ses croquis ou ses études, et brossait, dans la fièvre, une
+suite de compositions palpitantes. Toutes ces oeuvres exposées vingt
+jours à la galerie Georges Petit y ont obtenu le plus franc et le plus
+légitime succès, passionnant aussi bien les soldats que nous autres, par
+la nouveauté, l'inattendu des spectacles qu'elles présentaient, par la
+vision, si différente des idées que nous nous en formions d'après de
+classiques et triomphales reproductions, qu'elles nous donnaient de la
+guerre.
+
+Et ce n'était pas une exposition gaie, certes.
+
+Georges Scott lui-même, que l'amour qu'il porte à son art a conquis
+d'avance à tout ce qui touche de près ou de loin aux fastes militaires,
+Georges Scott, ardemment «panachard», fut même pris d'un scrupule, au
+moment où il allait soumettre au jugement du public ces impressions
+souvent cruelles. Au point qu'il crut devoir s'en expliquer dans une
+préface dont il fit précéder son catalogue.
+
+Il ne voulait pas qu'on vît dans cette suite de scènes souvent pénibles
+«une expression symbolique de la guerre».
+
+«D'abord, ajoutait-il, je n'ai vu que le dernier acte de la tragédie,
+l'oeuvre de mort.
+
+» Lorsque je suis arrivé sur le terrain des opérations, le canon était
+sur le point de se taire. Je n'ai donc vu que les tristesses inévitables
+de la guerre en ses heures poignantes, les champs de bataille couverts
+de morts, les convois de blessés et de malades, les ambulances, les
+hôpitaux.»
+
+LES ÉTAPES DE LA VICTOIRE
+
+De fait, la première sensation qu'il a du drame--c'est à Rouchtchouk,
+sitôt franchi le Danube--est affreuse. Les hôpitaux débordent de
+blessés, qui refluent sur la rue sitôt qu'il leur est possible de
+s'évader de la géhenne. Dans la ville, les soldats des milices ont
+remplacé la police et montent leurs gardes coiffés du _bachelik_, cet
+étrange petit capuchon de drap brun, si parfaitement pratique en
+campagne, déclare Scott.
+
+Et puis, à Rouchtchouk encore, la boue apparaît, la boue qui donnera à
+la plupart des scènes retracées plus tard par le pinceau du peintre leur
+aspect caractéristique;--la boue, horrible, enlisante, déprimante, qu'il
+faut avoir vue, affrontée, pour se rendre compte des souffrances
+véritables qu'elle peut causer, de l'obstacle qu'elle peut être aux
+volontés des coeurs les plus vaillants.
+
+De Rouchtchouk, Georges Scott s'en va directement à Mustapha-Pacha. Les
+trains arrivent jusque-là, et c'est la partie aisée du voyage.
+
+On croise en abondance des combattants qui reviennent du feu, des
+blessés, des malades évacués en arrière sur les hôpitaux. Et, dès
+l'abord, l'artiste est frappé de l'allure, de l'aspect, si différents de
+ce qu'il s'attendait à voir, de ces troupes qui ont fait campagne. Où
+sont les corrects uniformes du début? Ces soldats sont vêtus à la diable
+d'effets récoltés au hasard, une fois la tenue régulière détériorée ou
+perdue. Beaucoup arborent des uniformes turcs. La plupart même de ces
+revenants n'ont pas de casquette, plus de coiffure,--le _bachelik_ tout
+au plus, tantôt cache-nez, tantôt capuchon.
+
+A Mustapha, les tableaux de guerre se précisent. La plaine se jalonne de
+villages incendiés. De longs convois de chariots chargés de blessés,
+convergeant vers ce noeud, y produisent un inévitable encombrement, et,
+quelle que soit l'activité du commandement, un peu de désarroi. Ces
+véhicules étranges, attelés de boeufs, bâtis à l'aventure, et qui
+tiennent bon dans cette boue, dans ces fondrières, en vertu d'on ne sait
+quel miracle, vont et viennent, en interminables files, d'un bout à
+l'autre de l'espace monotone, combles d'hommes, de vivres, de munitions.
+Le bruit de leurs roues grinçantes obsède encore, après des semaines,
+celui qui l'a une fois entendu.
+
+Après deux jours de halte, on repart. Une route--une piste, plutôt,
+défoncée, ravinée, un lacis d'ornières--court vers Dimotika, à travers
+les champs fangeux. Sur toutes les choses plane un silence lugubre,
+poignant, que trouble le seul gémissement des chars; car les blessés,
+les malades, les mourants, sur leur litière, n'ont pas une parole, pas
+une plainte, muets comme une armée d'ombres.
+
+Au bord du chemin, de place en place, une voiture s'est écroulée, ses
+roues brisées; on l'a laissée là, abandonnée, amas de bois perdu. Des
+cadavres de buffles achèvent de se décomposer au creux d'une flaque de
+vase, à demi rongés par les chiens.
+
+A Sémely, on trouve un service d'automobiles qui fonctionne vers
+Dimotika: de grosses autos de transports, des fourgons massifs et
+résistants, dont les larges roues s'enfoncent jusqu'au moyeu dans le
+marécage de la piste.
+
+Dimotika est un autre point de concentration, un noeud aussi important,
+et aussi encombré, d'ailleurs, que Mustapha-Pacha. La voie ferrée de
+Tchataldja s'arrête là, en deçà d'Andrinople assiégée. Elle sert
+seulement au transport des hommes, les lourds chariots
+d'approvisionnements continuant, vers Tchataldja, leur route lente.
+
+Dans l'aquarelle reproduite à la page précédente, Georges Scott nous a
+donné une impression de magnifique allure de cette plaine dénudée,
+trempée d'eau, où, sous un ciel brouillé, gros de menaces encore, qui
+verse sur la scène, à travers ses nuages, une pâle lumière hivernale, se
+déroulent jusqu'à perte de vue, vers l'horizon tendu comme un horizon
+marin, les trois lignes serpentantes du convoi, escortées d'hommes en
+armes. A voir ces primitifs véhicules, si admirablement adaptés au pays,
+d'après Georges Scott, en raison de leur simplicité même de structure,
+on dirait la marche en avant de quelque invasion barbare,--n'était
+l'ordre des files, aussi régulièrement alignées que le peut permettre la
+difficulté du terrain.
+
+Arrivé, après un harassant voyage qui lui avait montré les lieux témoins
+des premiers engagements, à Kirk-Kilissé, le peintre y rencontrait et le
+général Savof, commandant en chef des armées bulgares, et le général
+Radko Dimitrief, le vainqueur même des batailles récentes encore. Les
+deux chefs et leurs états-majors firent à ce Français qui leur tombait
+l'accueil le plus charmant. Il eut, pour se documenter, toutes les
+facilités qu'il put désirer, et les indications du cicérone le plus
+obligeant et le mieux documenté: le colonel Stanciof, à qui on l'avait
+confié dès le principe.
+
+Le colonel Stanciof avait primitivement été chargé de conduire aux
+champs de bataille le groupe des attachés militaires étrangers. Lourde
+et délicate tâche! et qui exigeait un tact tout particulier. Car il s'en
+fallait que la concorde, la camaraderie, régnassent entre ces officiers
+représentant des pays si opposés. Entre le groupe «triplice» et le
+groupe «triple entente», on imagine aisément combien il devait être
+difficile de louvoyer sans verser. La mission que remplissait le colonel
+auprès de l'envoyé de _L'Illustration_ était moins périlleuse, et, sans
+doute, moins absorbante aussi.
+
+UNE BATAILLE ÉCRITE A LA PELLE ET A LA PIOCHE
+
+La première observation qui frappa Georges Scott, ce fut l'importance
+que prennent, dans la guerre moderne, les tranchées, les abris divers.
+«C'est, dit-il, une guerre de taupes et de terrassiers.» Il ne s'agit
+plus seulement de creuser le petit fossé, avec sa terre rejetée en
+épaulement, à l'avant, qui suffisait pour se défendre naguère contre les
+balles. Le fusil--on l'a répété à satiété au cours de cette campagne
+meurtrière--le fusil est relativement peu dangereux. C'était de
+longtemps un axiome, et l'on se rappelle le dicton sur le poids de plomb
+qu'avec les armes anciennes il fallait lancer pour tuer son homme. Les
+balles actuellement en usage vous traversent un tireur couché de
+l'épaule au bas-ventre sans lui occasionner le plus souvent de désordres
+graves. Mais l'usage des shrapnells a sensiblement modifié les
+conditions de la bataille: cette pluie dense de mitraille qui crible,
+pouce par pouce, le terrain, défonce et broie les crânes, décervelle et
+tue avec une inéluctable sûreté. Devant la nécessité reconnue de
+protéger le soldat à la tête, les hommes compétents, ceux qui viennent
+de voir la guerre, en arrivent à reconnaître l'utilité du casque,--non
+plus coiffure de parade, mais armure défensive. Georges Scott rapporte
+que, dans les tranchées, nombre d'hommes, en entendant éclater les
+shrapnells, se couvraient la tête de leurs pelles de mineurs!
+
+Mais, en général, les Bulgares aménageaient, dans la paroi antérieure de
+leurs retranchements, deux rangées de cavités: une en haut, petite, où
+ils déposaient leurs munitions, une autre au-dessous, plus large,
+comparable, toutes proportions gardées, à ces sortes d'arches, de
+niches, à ces refuges qui, dans les tunnels, peuvent servir aux
+cantonniers surpris par un train à se garer. Et, au premier éclat, les
+hommes se tapissaient sous ces abris. Quant aux Serbes, ils se
+couvraient en hâte la tête de quelques pelletées de terre.
+
+La plaine entière était remuée, fouillée en tous sens, hérissée de
+parapets. Avec ces lignes, on lisait la bataille comme sur une carte,
+heure par heure, bond par bond, avec une merveilleuse clarté.
+
+A Kirk-Kilissé, Georges Scott avait rencontré ces cavaliers endurants
+dont il nous a donné de si alertes croquis en couleurs. A
+Loule-Bourgas--théâtre de la plus grande bataille de cette guerre--il
+allait avoir comme modèles ces fantassins aux longs manteaux gris de
+fer, chargés à plier, et qui pourtant, à la fin de la première partie de
+cette rude campagne, gardaient encore une martiale contenance.
+
+A Loule-Bourgas, on lui fit explorer aussi méticuleusement qu'à
+Kirk-Kilissé tout le champ de bataille, toujours sillonné par ses
+ouvrages, ses tranchées, ses fortifications temporaires, parcourir les
+lignes turques après les lignes bulgares. Passionnante leçon sur le vif,
+pour cet artiste ardemment épris de toutes les choses militaires. Les
+Bulgares, ici, se mouvaient dans une plaine nue, ondulée à peine, qui ne
+fournissait nul abri naturel, et que fermait au fond, devant eux, une
+véritable muraille, abrupte, quasi inaccessible. Les Turcs étaient
+établis là-haut, dans les conditions les plus favorables, par
+conséquent, voyant venir à leurs pieds les adversaires: la victoire,
+pourtant, demeura à l'armée bulgare.
+
+[Illustration: «Dans les plaines infinies et boueuses de la Thrace.»
+Blessés en route vers les hôpitaux de l'arrière. _D'après une aquarelle
+de GEORGES SCOTT._]
+
+ASPECT D'UNE GARE PENDANT LA GUERRE
+
+_Un train venant de Tchataldja a ramené des blessés et des malades. Ils
+sont transbordés dans les voitures d'ambulance qui vont les conduire aux
+hôpitaux. Des troupes fraîches partent pour le "front" et croisent ceux
+qui en reviennent. Aquarelle de GEORGES SCOTT._
+
+[Illustration: Devant Andrinople: le tsar Ferdinand inspecte les
+positions de l'armée bulgare.--_Phot. de M. Stéphane Tchaprachikof._]
+
+Georges Scott visita encore Bounar-Hissar, et poussa jusqu'à Viza, ayant
+ainsi refait sur les pas des troupes, pour ainsi dire, toute cette
+foudroyante campagne qui conduisit les Bulgares jusqu'à Tchataldja,
+dernier rempart de Constantinople. Puis il s'en revint, chargé de son
+précieux butin, se mettre à l'oeuvre.
+
+L'EXPOSITION DE GEORGES SCOTT
+
+Il y a longtemps, sans doute, qu'on n'avait soumis au jugement du public
+un ensemble de visions aussi directes de la guerre. Le Russe
+Verestchaguine en a, comme à plaisir--par conviction philosophique, pour
+plaider une thèse humanitaire--accumulé les horreurs dans des pages
+inoubliables, mais souvent presque révoltantes. Ici, rien de pareil; une
+série de comptes rendus exacts, par un artiste très vibrant, très doué,
+tout plein d'un sujet qui l'a profondément remué. Cette exposition
+n'était point, je le répète, ne pouvait pas être un spectacle aimable.
+Elle était singulièrement émouvante, tragique parfois.
+
+Dans la plupart de ces compositions, et même des simples croquis
+rehaussés de couleurs ou enlevés seulement à la pointe du crayon, des
+«notes de route», le décor s'harmonise de saisissante façon avec la
+scène qu'il enveloppe.
+
+Des grands ciels largement brossés ou lavés glisse sur des épisodes
+poignants ou lugubres une morne lumière, pâle, hésitante. Très rarement
+un jour blond caresse d'un rayon favorable à l'espoir ces hommes qui
+s'en vont à la mort ou qu'on emporte vers les tables de chirurgie.
+Pourtant, ces deux lamentables blessés qui, d'un pas traînant, «à
+travers les plaines infinies et boueuses de la Thrace», s'en reviennent
+vers des ambulances lointaines, peut-être pour eux inaccessibles,
+cheminent dans un joli crépuscule d'or pâle qui se reflète en étincelles
+aux flaques du sol. Et, de même, une blondeur d'aube éclaire, dans
+l'aquarelle que nous avons reproduite en couleurs sur double page, cette
+saisissante rencontre: un train venant de Tchataldja, lourd de blessés
+et de malades, a déposé sur le quai son triste chargement que des
+voitures, maintenant, vont reprendre pour le conduire vers
+Mustapha-Pacha, d'où se fera l'évacuation sur les ambulances et les
+hôpitaux; un autre convoi, dans le même temps, amenait des troupes
+fraîches que voilà en route pour le front, sitôt débarquées. Des regards
+s'échangent entre ces soldats qui demain... et les autres, ceux qui,
+hier, vaillants, pleins de vie, d'audace, se battaient de si bon coeur
+pour le drapeau et pour la croix. Mais toute cette scène se déroule dans
+le même silence qui pèse partout sur ce pays en guerre, quand n'y gronde
+pas la voix sourde du canon.
+
+Un couchant éclatant s'éploie aussi derrière la _Batterie turque réduite
+au silence, à Karagatch_, une mystérieuse silhouette de machine tendant
+vers cette pourpre sanglante des morceaux de ferraille dépecée, pareils
+à d'impuissants moignons.
+
+Mais ce sont les atmosphères tristes qui dominent, des ciels comme
+voilés encore par les fumées des incendies, d'autres blafards comme des
+suaires, éclairant des scènes indicibles, villages en ruines, pauvres
+morts héroïques injuriés par les animaux faméliques, pour n'avoir pas
+été enterrés assez profond, ou maltraités encore, après la fin suprême,
+par les vivants, traînés comme de la chair vile, demi-nus, derrière
+quelque chariot dont la moisson de cadavres est déjà trop abondante.
+
+«J'aurais voulu, écrit Georges Scott à la fin de sa courte préface,
+j'aurais voulu, pour compléter ces impressions de guerre par un
+contraste équitable, pouvoir aussi donner une idée de l'enthousiasme
+patriotique des troupes au départ et au combat, de l'émulation de
+sacrifice pendant l'action des batailles; j'ai préféré ne montrer que ce
+que j'ai vu, en essayant d'exprimer ces visions avec toute l'exactitude
+possible.»
+
+[Illustration: Aux positions avancées de l'artillerie: debout, le major
+Droumef, un héros de Loule-Bourgas.]
+
+[Illustration: Les tranchées extrêmes de l'infanterie, sous les
+shrapnells turcs.]
+
+PENDANT LES COMBATS DE TCHATALDJA.--(Clichés pris le 20 novembre 1912.)
+_Photographies de M. S. Tchaprachikof._
+
+Pourtant le peintre en a rencontré, de ces régiments stoïques partant au
+front du même air impassible que celui qu'il vit à Dimotika, croisant le
+train des blessés, et il nous donnera, sans doute, quelque jour, après
+avoir mûrement pensé, quelques évocations de ce bel enthousiasme qui
+animait l'armée, le peuple entier, préparé de longtemps à la lutte
+inévitable, et soudain dressé dans un élan furieux, soulevé par la foi
+patriotique et religieuse contre l'ennemi séculaire.
+
+UN SOLDAT PHOTOGRAPHE
+
+A L'ÉTAT-MAJOR BULGARE
+
+Alors que Georges Scott a exploré ainsi, le crayon aux doigts, les
+champs de bataille de Thrace, où se décida le sort de la puissance
+ottomane, un correspondant de marque, et que nous avons eu déjà
+l'occasion de remercier ici de son aimable collaboration, M. Stéphane
+Tchaprachikof, secrétaire de S. M. le tsar Ferdinand, a, depuis le début
+de la campagne, glané, à l'avant des lignes bulgares où ses fonctions
+officielles lui permettaient, à lui, d'accéder, de fort intéressants
+clichés dont il a bien voulu faire bénéficier _L'Illustration_.
+
+Ceux que nous publions aujourd'hui nous font assister à l'action,
+directement.
+
+C'est d'abord une apparition assez curieuse du tsar Ferdinand, visitant
+en tout petit comité les positions les plus avancées de son armée devant
+l'indomptable Andrinople.
+
+Au début de la guerre, en effet, M. Tchaprachikof accompagnait à
+Mustapha-Pacha--la première conquête des Bulgares en terre
+ottomane--puis à Yamboli, le tsar Ferdinand. Exalté, comme tant
+d'autres, par les spectacles dont il avait été témoin, il sollicitait
+alors du souverain l'autorisation de s'engager comme volontaire dans la
+troisième armée. On peut penser qu'elle ne lui fut point marchandée: il
+voulut être incorporé comme simple soldat, ordonnance à l'état-major,
+qu'il rejoignit à Ermenikeui.
+
+Du 17 au 20 novembre, il prenait part à la bataille engagée devant
+Tchataldja.
+
+Le 20, il était envoyé en mission aux avant-postes, à l'endroit le plus
+énergiquement canonné par les batteries turques. Il y demeura tout le
+temps du duel d'artillerie, exposé à la pluie de shrapnells. voyant
+tomber, à son côté, un soldat blessé grièvement. Ce fut alors qu'il prit
+ces clichés dont l'un nous conduit à la position avancée de
+l'artillerie, près du major Droumef, l'un des héros de Loule-Bourgas,
+dont le second nous introduit dans les tranchées extrêmes de
+l'infanterie, au milieu d'hommes si calmes qu'ils s'occupent de
+l'objectif, cependant que les shrapnells meurtriers, sifflant au-dessus
+de leurs têtes, s'en vont retomber un peu plus loin en mitraille et
+accomplir leur oeuvre. Une dernière photographie nous montre l'ensemble
+des mamelons de Tchataldja, où de seules fumées blanches révèlent le
+drame sanglant qui se déroule.
+
+Le soir même de cette journée--hommage à sa vaillance dont il a le droit
+de n'être pas médiocrement fier--il recevait des mains du chef de la
+troisième armée la croix de l'ordre de Bravoure.
+
+Il devait, lors de l'armistice, être appelé à des fonctions qui le
+firent assister à l'un des actes les plus importants de l'histoire
+contemporaine: il fut nommé secrétaire de la commission bulgare chargée
+de discuter les conditions auxquelles, de part et d'autre, on allait
+cesser le feu. Il suivit toutes les négociations, et ce fut lui qui
+rédigea le protocole de suspension des hostilités.
+
+Ces services le désignaient pour suivre à Londres les plénipotentiaires
+bulgares. Traversant tout le pays conquis, il gagna Vienne, puis Paris
+et l'Angleterre: mais, hélas! la mission pacificatrice à laquelle il
+prenait part ne devait pas être couronnée de succès.
+
+GUSTAVE BABIN.
+
+
+
+[Illustration.]
+
+Gnl Savof. Gnl Radko Dimitrief. M. Tchaprachikof.
+
+En haut: l'état-major bulgare à la bataille de Tchataldja, le 17
+novembre.--En bas: le champ de bataille pendant l'action d'artillerie.
+Le dernier cliché fut pris par M. Stéphane Tchaprachikof du même point
+que le croquis panoramique de M. Alain de Penennrun publié dans le
+numéro du 14 décembre dernier. Le document photographique témoigne de
+l'exactitude du dessin.
+
+L'ARMÉE BULGARE
+
+CAVALIERS ET ARTILLEURS (CAMPAGNE DE THRACE)
+
+[Illustration.]
+
+Trompettes du 9e régiment.--Cavalier en
+observation.--Gendarme.--Cavalier du 9e régiment (au centre).--Officiers
+des 9e et 4e régiments. Artilleurs.--Attelage de boeufs traînant une
+pièce d'artillerie. _Page de croquis en couleurs de GEORGES SCOTT._
+
+
+
+LE TRIOMPHE GREC A JANINA
+
+Le deuil dans lequel l'assassinat de son roi vient de plonger la Grèce
+apparaît d'autant plus cruel qu'il succède brutalement pour elle, à une
+suite de succès. de joies, dont la plus vive, sans doute, lui fut donnée
+le 8 mars dernier par la nouvelle de la prise de Janina.
+
+Les premiers renseignements quelque peu détaillés, comme les premiers
+documents graphiques sur la reddition de la place, ont été apportés
+jusqu'à notre Occident lointain par un de nos confrères anglais au prix
+d'un tour de force trop joli, aux yeux des gens du métier, pour que nous
+ne nous empressions pas de le signaler.
+
+M. David Mac Lellan, envoyé spécial du _Daily Mirror_ du côté grec,
+dormait tranquille à Emin Agha, petit village à quelque 90 kilomètres de
+Janina, quand il fut réveillé à la pointe du jour par le bruit du canon.
+Préjugeant que peut-être on livrait à la forteresse le suprême assaut,
+il se précipitait dehors.
+
+[Illustration: Une colonne grecque allant faire son entrée à
+Janina.--_Phot. Rhomaïdes Zeitz._]
+
+[Illustration: La population de Janina venue, avec des drapeaux,
+au-devant des troupes grecques. _Phot. Mac Lellan du_ Daily Mirror.]
+
+Mais déjà les négociations étaient engagées depuis la nuit, les
+conditions fixées pont la capitulation. Déjà, sur sa route, des hommes
+se congratulaient, échangeaient de vigoureuses poignées de main.
+
+Un fourgon qui passait le prit, l'emmena vers la ville. Le bon hasard le
+jeta juste sur un petit groupe qui entourait le général Soutzos, délégué
+par le prince héritier vers les parlementaires ottomans.
+
+Bientôt, Vehid bey, représentant du commandant de Janina, s'avançait
+«lentement, le front baissé vers la terre». Il ne leva les yeux que
+lorsqu'il fut en face du général. Il le fixa un moment et dit: «Je suis
+venu rendre la ville de Janina.»
+
+Le correspondant anglais fut un des premiers à pénétrer dans Janina. La
+joie y éclatait partout, au moins chez les Grecs, car les Turcs furent
+quelques jours avant de se résigner. On dansait dans les rues. Mais les
+casernes. où 12.000 soldats turcs silencieux, abattus, étaient
+maintenant prisonniers, présentaient un pénible spectacle.
+
+Sa tâche de reporter remplie, quand il eut assisté à l'entrée solennelle
+des troupes helléniques, le prince Constantin en tête, M. Mac Lellan
+demanda à voir le Diadoque, lui fit part du succès de sa mission, lui
+exprimant ses craintes de ne pouvoir, en temps utile, faire tenir à son
+journal les documents précieux qu'il venait de conquérir. Et,
+bienveillamment, le prince lui fit donner une automobile pour gagner
+Preveza. De là. un transport de la marine royale le conduisit à Patras,
+d'où il est facile d'atteindre Brindisi. En cinq jours, M. David Mac
+Lellan était à Londres, Et voilà comment, le septième jour après la
+reddition de Janina, le _Daily Mirror_ put en raconter et en présenter à
+ses lecteurs les épisodes marquants.
+
+[Illustration: Un canon victorieux.]
+
+[Illustration: Général Soutros Vehid bey. Vehid bey, représentant du
+commandant de Janina, venant offrir la reddition de la ville au général
+grec Soutzos.--_Phot. du_ Daily Mirror.]
+
+Cette prise de possession officielle, par les Grecs, d'une ville que
+depuis tant d'années, ils ambitionnaient de reconquérir, s'effectua dans
+l'allégresse. La foule était allée, hors des portes de la ville,
+au-devant des vainqueurs, qu'elle escorta jusqu'à leurs quartiers. Les
+canons eux-mêmes, puissants auxiliaires d'une difficile conquête,
+étaient associés à la victoire, leurs longs cols couronnés de lauriers
+et de fleurs, et le premier acte du prince Constantin fut d'aller, salué
+sur son parcours de cris de «Vive la Grèce! Vive le Diadoque!». assister
+au service d'actions de grâces en l'honneur des armes grecques.
+
+La population de Janina sur le passage des troupes grecques pénétrant
+dans la ville.--_Phot. de M. David Mac Lellan_, du Daily Mirror.
+
+
+
+L'OCCUPATION DE JANINA PAR
+L'ARMÉE GRECQUE D'EPIRE
+
+Princes Georges, Andréas et Alexandre. Général Danglis. Le Diadoque.
+Entrée solennelle du diadoque Constantin à Janina le 6 mars.--_Phot.
+Rhomaïdes-Zeitz._
+
+
+
+[Illustration: AU «CONGRÈS DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE».--Le renouvellement
+«musico-plastique» d'un jeu éternel par les jeunes élèves de M.
+Jaques-Dalcroze.]
+
+LA GRACE ET LA FORCE
+
+_Au Congrès de l'éducation physique et des sports qui s'est tenu à Paris
+cette semaine et où la démonstration des diverses méthodes a été suivie
+par des milliers de personnes, nous avons vu à côté de la force
+triompher la grâce; et les jeunes élèves de M. Jaques-Dalcroze, soit au
+grand amphithéâtre de la Sorbonne, soit au théâtre Antoine, nous ont
+véritablement révélé l'esthétique du geste et des attitudes, d'après la
+méthode de «gymnastique rythmique» que nous explique, comme il suit, M.
+Elie Marcuse:_
+
+M. Jaques-Dalcroze est Suisse. Il est né, voici quelque quarante ans, à
+Vienne, de parents genevois. Il y a été l'élève de Bruckner. Il a été, à
+Paris, celui de Léo Delibes. Il a composé un opéra (_Sancho_), un
+opéra-comique (_le Bonhomme Jadis_), de la musique de chambre, des
+recueils de chansons populaires, des recueils de chansons enfantines.
+
+Ayant fait quelque chose pour les enfants, M. Dalcroze aurait voulu que
+les enfants fissent quelque chose pour lui et les voir danser ses
+chansons. C'est alors qu'il fut frappé par l'anarchie des mouvements et
+cette «disharmonie» presque constante entre l'expression mimique et la
+pensée à rendre. De là, son idée de gymnastique rythmique.
+
+Le corps doit être, de l'avis de M. Dalcroze, un instrument apte à
+exprimer les sentiments, à traduire les impressions reçues.
+
+Si le musicien a composé son oeuvre sur tel rythme plutôt que sur tel
+autre, c'est que ce rythme était plus particulier au sentiment qu'il
+éprouvait. A l'audition, le rythme éveillera donc chez l'élève de M.
+Dalcroze un sentiment identique. L'élève s'efforcera d'exprimer ce
+sentiment, en gestes et en attitude.
+
+De prime abord, deux sortes de gens en sont incapables: 1° ceux qui ne
+sont pas musiciens; 2° ceux qui sont musiciens.
+
+Les premiers, étant sourds à la mesure, à la cadence et au rythme, sont
+dans l'impossibilité d'y obéir.
+
+Les seconds sont victimes de l'automatisme. Après avoir, durant quelques
+mesures, accordé leurs mouvements avec la musique, c'est-à-dire après
+avoir reproduit un rythme musical par une série de gestes, ils sont
+tentés, si le rythme nouveau rappelle tel ou tel de ces gestes, à
+répéter mécaniquement et à la file tous les gestes qui suivent dans la
+première série. Mais la musique, dans l'entre-temps, a changé d'allure
+et de direction. Tandis qu'elle poursuit d'un côté, ils s'égarent de
+l'autre. Les voilà perdus.
+
+Les élèves qu'a présentés M. Dalcroze au public parisien sont dégagées
+de cet automatisme. On les voit battre simultanément une certaine mesure
+avec le bras droit, une autre avec le bras gauche, et en marquer une
+troisième dans la vitesse du pas. Chacun de leurs membres, chacune des
+parties de chacun de leurs membres est exercée à jouer différemment dans
+un ensemble harmonisé, comme font, par exemple, les mains sur le
+clavier.
+
+M. Dalcroze esquisse au piano, durant une mesure, un rythme quelconque.
+Ses élèves le traduisent ensuite dans leurs gestes et leur démarche.
+Mais déjà M. Dalcroze leur indique un rythme différent. Elles le
+relieront au premier. Et ainsi, toujours en retard d'une mesure, elles
+obéissent sans se laisser distraire et sans broncher jamais. Aussi,
+voudront-elles «danser» une impression ou un sentiment, une mélodie
+entendue ou celle qui chanterait en elles, elles ne seront plus
+asservies à cet automatisme dont nous parlions tantôt.
+
+«Il y a, dit Platon, des danses qui ont surtout en vue le corps
+lui-même; elles servent à développer sa vigueur, sa souplesse, sa
+beauté; elles exercent chaque membre à se plier et à s'étendre, à se
+prêter docilement, par des mouvements faciles et harmonieux, à toutes
+les figures, à toutes les attitudes qu'on peut exiger.» Tels sont les
+exercices de M. Jaques-Dalcroze. Il ne leur a pas, peut-être, assigné
+d'autres fins. Mais il n'empêche que l'intelligence y participe, la
+volonté et la mémoire, cette mère de tous les arts, au dire des anciens.
+
+M. Jaques-Dalcroze a-t-il rejoint les Grecs sur le chemin de la sagesse?
+Il se réjouit de cette rencontre, mais il se défend bien de l'avoir
+recherchée. Il les a trouvés à la source où lui-même venait puiser un
+peu de fraîcheur et de limpidité.
+
+Il n'a rien imité. Il n'a pas copié les silhouettes de leur céramique.
+Ce pédagogue excellent, ce musicien remarquable ne se promène pas, dans
+le Paris contemporain, chaussé de sandales et vêtu du péplos. Son
+incontestable originalité est plus profonde et plus vraie.
+
+La scène est tendue d'une toile bise, M. Jaques-Dalcroze est en
+redingote, et son instrument est un pleyel. Il parle au public avec
+bonhomie. Il ne conférencie pas: il cause. Il explique sa méthode. Il
+interpelle l'une ou l'autre de ses élèves et la tutoie paternellement.
+Ce sont des fillettes de huit à quinze ans, dont aucune ne se destine à
+la danse et qui vont toutes encore à l'école.
+
+Tantôt, elles étaient en maillots noirs, jambes et pieds nus. Elles
+«solfiaient» les éléments de la gymnastique rythmique. Maintenant, les
+voici portant de courtes tuniques mauves: elles vont faire des
+_réalisations musico-plastiques_. Vous entendez qu'elles vont danser.
+
+M. Jaques-Dalcroze s'assied au piano. Scherzo de Bach, rondo de
+Beethoven: les petites dansent le rondo de Beethoven et le scherzo de
+Bach. M. Dalcroze veut que la danse ne soit pas qu'esthétique, mais
+pathétique encore. Celle des fillettes nous plaît nous émeut.
+
+Et puis, elles jouent. C'est de leur âge. Trois d'entre elles se
+tiennent par la main. Une quatrième les conduit, les rênes hautes. Voilà
+un attelage et son conducteur. Toutes quatre conforment leur allure au
+rythme de la mélodie; mais, tandis que les chevaux font deux pas et
+semblent galoper, le conducteur, lui, n'en fait qu'un et semble vouloir
+les retenir. Mais à la manière de la raison qui réfrènent l'instinct et
+lui cède de ce qu'il faut.
+
+Nous avons tous joué à ce jeu éternel. Le voici renouvelé, moins
+frénétique et plus gracieux.
+
+Et, tandis que les doigts de M. Dalcroze se cabraient sur les touches en
+un accord final, j'admirais dans tout cela, dans le jeu, dans les
+danses, dans les exercices, un clair et classique esprit d'analyse et de
+coordination, une dissociation facile des mouvements, et cette aisance,
+et cette absence d'effort ou plutôt cet effort si bien balancé chez de
+petites filles, saines, simples, qui souriaient, qui souriaient...
+
+Et je me sentais, dans mon fauteuil, un corps paralytique et une âme un
+peu humiliée.
+
+ELIE MARCUSE.
+
+_Avec d'autres groupes de jeunes filles, mercredi, au Vélodrome d'Hiver,
+se manifestèrent les excellents résultats d'autres méthodes de culture
+physique féminine, au premier rang desquelles il faut placer la méthode
+française de M. le professeur Demeny._
+
+_Et, pendant les quatre jours que dura le Congrès, toutes les après-midi
+et même les soirées furent remplies par des démonstrations pratiques où
+triomphèrent tour à tour, dans leurs exercices de force et de souplesse,
+Suédois, Danois, et surtout les admirables équipes françaises présentées
+par l'école de Joinville et par le lieutenant de vaisseau Hébert, le
+génial instructeur des pupilles et des fusiliers de notre marine, le
+directeur demain du Collège d'Athlètes de Reims._
+
+[Illustration: AU CONGRÈS DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE.--Le lancement du
+poids par les fusiliers marins du lieutenant de vaisseau Hébert.]
+
+
+
+LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
+
+STENDHALIANA
+
+On parle un peu moins de Balzac. On parle un peu plus de Stendhal. Sans
+doute on continue de lire Balzac, mais on recommence de lire Stendhal.
+C'est une mode si vous voulez, un goût du jour, une élégance, une équité
+aussi, peut-être. Un monument doit commémorer à Paris le souvenir du
+grand écrivain. La très ancienne maison d'éditions Honoré et Édouard
+Champion entreprend la publication définitive des Oeuvres complètes de
+Stendhal et les deux premiers tomes consacrés à _la Vie de Henri
+Brulard_ viennent de paraître. Enfin, un nouveau prix littéraire, qui
+portera le nom de _Prix Stendhal_, est fondé par la _Revue critique des
+idées et des livres_ dont le numéro du 10 mars est entièrement consacré
+«à celui qui, dit notre confrère, a le mieux représenté au dix-neuvième
+siècle la tradition ardemment psychologique de notre littérature». Il
+suit que le prix Stendhal sera décerné chaque année «au meilleur roman
+psychologique, à la meilleure nouvelle du même caractère, choisis parmi
+les manuscrits inédits présentés au concours». Les romans et nouvelles
+devront être déposés aux bureaux de la revue avant le 10 mai prochain;
+le prix pour le roman est de 2.000 francs et de 500 francs pour la
+nouvelle. En outre, l'ouvrage couronné sera publié par la _Revue
+critique_.
+
+Voici donc un nouveau prix littéraire. Quand nous serons à cent... Le
+geste est d'ailleurs louable. Le patronage est grand. Les satisfactions
+morales offertes aux jeunes écrivains sont appréciables. Il ne s'ensuit
+pas que le jury de la _Revue critique_ pourra chaque année réussir à
+nous révéler un nouveau chef-d'oeuvre. Tous les jurys littéraires qui
+ont le même objet ont échoué les uns après les autres dans cette tâche
+irréalisable. Il ne naît pas un chef-d'oeuvre tous les ans, et il y a
+trop de consécrations obligatoires pour trop peu de génies frais éclos.
+Mais il n'importe! Il faut continuer à créer des prix, beaucoup de prix.
+Ce sera le meilleur et le plus digne moyen de soutenir, parmi les
+difficultés de la carrière, les jeunes écrivains qui manifestent, dès
+leur début, des qualités intéressantes et qui auront peut-être un jour
+du talent et mieux encore. _Le prix Stendhal!_ Cela sonne beau. On
+aimera fort, j'en suis sûr, avoir écrit un livre, un premier livre, qui
+aura été jugé digne de mériter les suffrages posthumes d'Henri Beyle.
+
+_Zislin_
+
+_D'Alsace, il nous vient une fois encore un beau livre qui sera «pour nos
+oeufs de Pâques ce que _l'Histoire d'Alsace_ de l'oncle Hansi a été pour
+nos étrennes». Les dessins de Zislin (2), ainsi présentés dans
+l'éloquente et spirituelle préface de M. Paul Déroulède, ont été choisis
+par le sympathique directeur des _Marches de l'Est_, M. Georges Ducrocq,
+parmi les illustrations--presque toutes sensationnelles en terre
+annexée--dont le courageux artiste mulhousien a enrichi son journal
+satirique _Dur's Elsass_.
+
+(2) _Sourires d'Alsace_, édition des _Marches de l'Est_.
+
+Hansi, Zislin, deux ardents et souples jouteurs dont nous savons les
+audaces et les prisons et qui, par toutes leurs oeuvres cinglantes, nous
+répètent: «Vous voyez que l'esprit français ne meurt pas en Alsace. Plus
+l'immigration accumule autour de nous, annexés, de colères allemandes,
+plus nous demeurons français et traditionnels. Et, puisque le
+pangermanisme nous provoque, à chaque instant, au combat, nous
+combattons le pangermanisme, joyeusement et à la française...» Car il ne
+faut point s'y tromper. Ce n'est point contre tout ce qui est allemand
+en Alsace que la lutte est systématiquement engagée. Zislin écrit en
+légende sous un de ses dessins: «A l'abri de deux arbres, cultures
+française et allemande, l'Alsace-Lorraine était florissante; mais le
+nouveau maître, Pangerman, vint et dit: «Que cet arbre étranger
+disparaisse!...» Et voilà pourquoi ces deux » artistes, formés par la
+pensée française, Hansi et Zislin, ont déclaré la guerre au maître
+Pangerman.
+
+Zislin, on le sait, est né à Mulhouse. Il entra à l'âge de dix-sept ans
+à l'atelier de dessins industriels de son père. Mais une autre voie,
+plus riche en imprévus et en périls, le tentait. De 1902 à 1905 il
+publia un petit hebdomadaire satirique, le «Klapperstei», c'est-à-dire
+le _Bavard_, de Mulhouse. En 1905, éclate la première bombe. On parlait
+fort à cette époque de l'autonomie alsacienne. Zislin lance un placard
+où l'on voit, sous cette légende: «l'Alsace, Etat confédéré», l'aigle de
+Prusse qui enfonce ses serres dans le corps d'une Alsacienne abattue sur
+le sol. Le placard est confisqué et Zislin arrêté, une première fois,
+pour quarante-huit heures. En décembre 1905, le hardi railleur est
+condamné, pour un autre dessin, à 150 marks d'amende. En 1907, il fonde
+«_Dur's Elsass_», dont il est à la fois le directeur et l'unique
+collaborateur. Cette publication atteint et pénètre la masse populaire.
+Le gouvernement impérial s'en rend bien compte; aussi frappe-t-il sans
+pitié le dessinateur qui est condamné à huit mois de prison en 1908, à
+deux mois en 1910, à quinze jours en 1911.
+
+Il y a quinze mois--il faut se rappeler cela--une image du
+_Simplicissimus_, représentant l'évasion du capitaine Lux, portait cette
+légende: «La glorieuse tradition de l'armée française existe toujours.
+Tout comme en 1870, les gaillards savent déguerpir.» La provocation,
+brutale, voulait être cruelle. Instantanément, Zislin saisit son crayon
+de riposte, peuple de pierres tombales un vaste champ de mort avec, sur
+des croix, les noms de Sedan et Waterloo, puis il fait surgir de cet
+ossuaire la foule des tués allemands avec leurs fusils en pièces et,
+au-dessous de l'évocation, il écrit cette phrase courte et formidable, à
+la Cyrano: «Les seuls qui pourraient répondre!»
+
+L'album où nous trouvons cette réplique et où il est prouvé que, si «la
+Force a primé le droit, elle n'est point parvenue à supprimer l'esprit»,
+sera fort goûté chez nous. Ces sourires qui nous viennent d'Alsace
+continuent, et nous être très chers. Et nous conservons toute notre
+tendresse à cette petite Alsacienne de Zislin qui, persécutée par les
+procédés sommaires de séduction de ses trop nombreux prétendants
+pangermanistes, a ce cri de l'âme:
+
+--Décidément, je préfère rester veuve!
+
+ALBÉRIC CAHUET.
+
+_Voir dans_ La Petite Illustration _jointe à ce numéro le compte rendu
+de_ la Poursuite du Bonheur aux États-Unis, _de Mrs B. Van Vorst, de_
+Pékin qui s'en va, _de M. Louis Carpeaux, de_ l'Avant-Guerre, _de M.
+Léon Daudet, et des ouvrages de critique littéraire récemment publiés et
+des autres limes nouveaux._
+
+
+
+LES THÉÂTRES
+
+La Porte-Saint-Martin a repris, avec un succès véritablement triomphal,
+_Cyrano de Bergerac_, le chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand, dont la
+première représentation eut, il y a quinze ans, un retentissement
+universel. On attendait cette reprise avec la double curiosité de voir
+comment cette comédie héroïque réapparaîtrait devant le public quinze
+ans après sa «création» et de juger comment le nouvel interprète de son
+rôle principal, M. Le Bargy, succéderait à l'inoubliable «créateur» M.
+Coquelin. Or la pièce a reparu avec tout son éclat. On n'est plus
+surpris par cette virtuosité constamment renouvelée et par ces traits
+qui partent tantôt de l'esprit et tantôt du coeur, par tant de pensées
+ingénieuses, tant d'images neuves et saisissantes, tant de mots
+pittoresques et tintinnabulants, tant de scènes d'une gaieté héroïque ou
+d'une si douce émotion; on les attend au contraire et, pour ainsi dire,
+on les guette; mais on en est toujours étonné et plus encore ravi. C'est
+indiquer l'accueil fait de nouveau à cette oeuvre si essentiellement
+française. Et l'accueil fait à sa nouvelle interprétation n'a pas été
+moins chaleureux. M. Le Bargy est à souhait un Cyrano batailleur et
+tendre, laid de visage et beau de coeur, et l'on a pu dire que, s'il ne
+fait pas oublier son illustre prédécesseur dans ce rôle, il ne le fait
+pas regretter non plus. Nous reproduirons dans notre prochain numéro une
+photographie en couleurs de ce nouveau Cyrano. Mme Andrée Mégard est une
+souple, jolie et séduisante Roxane. M. Jean Coquelin est toujours un
+parfait Raguenau. MM. Pierre Magnier, Desjardins, Jean Kemm, Etiévant,
+sont à la hauteur des protagonistes dans leurs rôles respectifs de
+Christian, de Guiche, du capitaine des Cadets, de Le Bret.
+
+[Illustration: Hélène Ardouin (Mlle Vera Sergine) et Sébasien Real (M.
+L. Rozenberg) au 4e acte de la nouvelle pièce de M. Alfred Capus:
+_Hélène Ardouin_, tirée de son remarquable roman; _Robinson_, et joué
+sur la scène du Vaudeville.--_Phot. Bert_.]
+
+Au Vaudeville M. Alfred Capus, que l'on n'avait pas applaudi depuis les
+Favorites aux Variétés et depuis _En Garde!_ à la Renaissance, a fait
+représenter une pièce nouvelle qui a, dès son apparition, conquis la
+faveur du public, mais qui intéressera particulièrement tous nos
+lecteurs: _Hélène. Ardouin_. C'est en effet l'héroïne du roman
+_Robinson_, paru dans _L'Illustration_ en 1910, qui a fourni le titre de
+cette belle et touchante comédie, et l'on peut voir autour de la
+protagoniste, admirablement incarnée par Mlle Vera Sergine, évoluer sur
+la scène du Vaudeville les principaux personnages du livre.
+
+C'est une émouvante histoire d'amour, et d'autant plus émouvante qu'elle
+se déroule parmi des êtres de condition moyenne, au milieu des réalités
+de l'existence quotidienne, mais celles-ci dépeintes et ceux-là animés
+avec une rare expérience de la vie, une profonde intuition
+psychologique, et la plus clairvoyante philosophie. Le partenaire de
+Mlle Sergine, M. Rozenberg, a composé avec beaucoup de mesure et de tact
+le personnage attachant et curieux de Sébastien Real.
+
+La carrière de _l'Homme qui assassina_, au théâtre Antoine, se poursuit
+fort brillante, avec une nouvelle interprète du rôle principal. A Mlle
+Madeleine Lely, appelée par des engagements antérieurs sur une autre
+scène, a succédé, en effet, pour incarner lady Falkland, la femme même
+de l'auteur, M. Pierre Frondaie. Mme Michèle--c'est le nom de théâtre
+de Mme Pierre Frondaie--tient ce rôle, déjà si émouvant par lui-même,
+avec une beauté et une force d'expression qui lui valent chaque soir,
+auprès de M. Gémier en colonel de Sévigné, les plus légitimes et les
+plus chaleureux applaudissements.
+
+
+
+LA CAMPAGNE D'UN AVIATEUR BULGARE
+
+On n'a eu jusqu'à présent que des renseignements assez rares sur le rôle
+joué par les aéroplanes durant la guerre balkanique. Les états-majors
+des armées coalisées comme de l'armée turque n'ont point fait connaître
+les services qu'ont pu leur rendre les reconnaissances aériennes.
+Quelques sorties heureuses ont été, de loin en loin, signalées; et l'on
+a appris, récemment, par une brève information, la chute à Andrinople
+d'un aviateur bulgare, immédiatement fait prisonnier. Les alliés
+disposaient pourtant de quelques appareils, dont les pilotes ont, dans
+l'ensemble, rempli leur mission avec succès. Une lettre adressée par
+l'un d'eux, le lieutenant Siméon Pétrof, à des amis de France, qui
+veulent bien nous la communiquer, nous apporte sur ce point un
+témoignage précis.
+
+[Illustration: Le lieutenant Siméon Pétrof.]
+
+Le lieutenant Pétrof, du 4e régiment d'artillerie bulgare, fils du
+colonel Pétrof, directeur de l'École militaire de Sofia, mort il y a
+quelques années, venait d'accomplir un stage de quatre mois à l'école
+Blériot d'Etampes, où il avait brillamment passé son brevet, lorsque la
+guerre commença. Envoyé, dès le début des hostilités, à Mustapha-Pacha,
+il reçut l'ordre, le 7 novembre, d'aller reconnaître les défenses
+d'Andrinople. Il partit à 5 heures du soir, et il faisait nuit lorsqu'il
+parvint au-dessus des positions ennemies. «Tout à coup, écrit-il, je
+remarquai que les Turcs tiraient sur moi. Un instant après, une terrible
+détonation éclatait au-dessus de ma tête: c'étaient les shrapnells
+lancés par les obusiers turcs. Instinctivement je détournai mon
+appareil, et je me dirigeai vers la ville, dont je fis deux fois le
+tour.» Tous les fusils de la garnison, dont le lieutenant Pétrof
+apercevait les feux, le saluèrent de balles; aucune ne l'atteignit, et
+il put revenir sans accident dans les lignes bulgares, après un voyage
+de 74 kilomètres.
+
+
+
+[Illustration: Au milieu des décombres, les maisons à l'épreuve du feu.]
+
+[Illustration: Les palissades élevées pour délimiter les propriétés.]
+
+[Illustration: La reconstruction d'une maison, 48 heures après
+l'incendie.]
+
+UN INCENDIE GIGANTESQUE A TOKIO.--_Phot. J. du Mesle_.
+
+Le 9 novembre, le courageux pilote effectuait une nouvelle
+reconnaissance au-dessus d'Andrinople, et, le 16, il se rendait de
+Mustapha-Pacha à Tchorlou, franchissant en 1 h. 45 minutes 180
+kilomètres. De Tchorlou, il partait, le 23 du même mois, pour Kadaktcha,
+à 10 kilomètres de Tchataldja, où il se présentait au général Dimitrief.
+Là, les pourparlers entrepris pour la conclusion de l'armistice
+devaient, à son grand regret, le contraindre à l'inaction.
+
+Et le lieutenant Pétrof, contant ensuite, dans sa lettre, la marche
+foudroyante des troupes bulgares, conclut par ce mot significatif: «Moi,
+avec mon aéroplane, je n'ai pas pu attraper cette armée qui avançait si
+vite...»
+
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LE CHARBON FRANÇAIS. Le tableau suivant, récemment dressé par le
+syndicat des Houillères de France, nous fait connaître les mouvements de
+la production et de la consommation du charbon en France, depuis près
+d'un siècle.
+
+ Production
+ Années. française. Consommation.
+
+ Milliers de tonnes.
+
+ 1820......... 1.000 1.300
+ 1840......... 3.000 4.000
+ 1860......... 8.000 14.000
+ 1880......... 19.000 28.000
+ 1890......... 26.000 36.000
+ 1900......... 32.000 48.000
+ 1910......... 38.000 56.000
+ 1911......... 39.000 59.000
+
+Comme on voit, notre situation s'est grandement améliorée au cours des
+trente dernières années.
+
+Depuis 1880, la production française a doublé, ainsi que la
+consommation; dans cette période, la proportion de combustibles
+étrangers dans la consommation totale a seulement passé de 32 à 34%.
+
+Quant à notre exportation, elle reste sensiblement stationnaire et très
+minime: 900 tonnes en 1900; 1.700 en 1910; 500 en 1911.
+
+Sur les 39 millions de tonnes extraites des mines françaises en 1911, 26
+millions ont été fournis par le bassin du Nord et du Pas-de-Calais.
+
+LES VICTIMES DES ALPES.
+
+D'après un relevé du Club alpin allemand, 1.117 personnes ont péri dans
+les Alpes au cours des douze dernières années (1900-1912).
+
+Le nombre des victimes, qui avait atteint 132 en 1911 et 128 en 1910,
+fut seulement de 95 en 1912.
+
+Sur ces 95 victimes, dont 6 femmes, 36 se tuèrent en Allemagne, 26 aux
+environs de Vienne, 29 dans le Tyrol, 4 en Suisse et en France.
+
+On compte: 53 personnes tombées dans un précipice, 13 englouties par des
+avalanches, 8 mortes de froid.
+
+Trois touristes ont trouvé la mort en même temps dans le massif du
+Mont-Blanc le 15 août 1912: M. Jones, de Cambridge, sa femme et son
+guide.
+
+Comme toujours, la très grande majorité de ces accidents sont dus à des
+imprudences ou à des maladresses peu excusables.
+
+
+
+UN INCENDIE À TOKIO.
+
+Un incendie considérable, comme on n'en voit guère qu'au Japon, a éclaté
+à Tokio dans la nuit du 19 au 20 février et a consumé un quartier du
+district de Kanda deux fois plus étendu que le fameux Yoshiwara,
+également détruit par le feu il y a quelques mois. Poussées par un vent
+violent, favorisées par la légèreté des constructions faites de bois et
+de papier, les flammes ont dévoré en cinq ou six heures environ trois
+mille maisons parmi lesquelles se trouvaient un grand nombre d'écoles et
+une église catholique française. Sur ce vaste champ de ruines, où il est
+souvent difficile de distinguer les rues, les _dodzo_ ou magasins à
+l'épreuve du feu sont seuls restés debout.
+
+On chercherait en vain des mobiliers arrachés au désastre; les habitants
+ont eu le sentiment très net de leur impuissance, et nul n'a essayé de
+déménager. Aussi, le nombre des accidents de personnes fut fort
+restreint; on compte seulement quelques blessés et un mort.
+
+Le brasier à peine éteint, on vit les sinistrés se promener au milieu
+des débris fumants pour tâcher de reconnaître l'emplacement de leur
+demeure. Ici, un propriétaire marque son coin avec une carte de visite
+attachée à une baguette fichée en terre; ailleurs, des palissades
+s'élèvent pour délimiter les propriétés et reconstituent le tracé des
+rues.
+
+Tous ces gens, d'ailleurs, vont et viennent comme s'ils vaquaient à
+leurs occupations ordinaires. La catastrophe semble n'avoir guère touché
+leur impassibilité fataliste et l'on sent qu'à bref délai un quartier
+neuf, tout aussi japonais et fragile, se dressera sur l'enclos
+aujourd'hui couvert de cendres.
+
+
+
+LA TRUFFE FRANÇAISE.
+
+La campagne trufficole est close ou à peu près, car les quelques truffes
+qu'on déterre maintenant ça et là ne peuvent compter comme une récolte
+sérieuse.
+
+La récolte de la truffe qui, cette année, avait commencé de très bonne
+heure, finit donc, par contre, très tôt. En effet, certaines années on
+creuse des truffes jusqu'au 15 avril. Les truffes tardives sont, en
+général, particulièrement savoureuses et parfumées, mais leur volume est
+moindre.
+
+Malgré l'arrêt prématuré de la production trufficole, la campagne aura
+été excellente et, dans toutes les régions où la précieuse cryptogame se
+récolte, les trufficulteurs se sont montrés particulièrement satisfaits.
+Partout la truffe a été abondante et de qualité parfaite. L'an dernier,
+au contraire, la campagne trufficole fut désastreuse. Ceci était dû à
+l'été exceptionnellement chaud de 1911. Pour qu'il y ait de la truffe,
+il faut qu'il pleuve au mois d'août. Or, en 1911, dans certains
+départements méridionaux comme le Vaucluse, qui est aujourd'hui le plus
+grand producteur de truffes de France, il n'était pas tombé une goutte
+d'eau pendant quatre mois.
+
+L'abondance de la truffe est une richesse pour le pays, car il n'y a
+qu'en France qu'on rencontre la belle truffe d'un beau noir dont la
+chair est marbrée de mille veines blanches, la _Tuber melanosporum_,
+dénommée couramment truffe du Périgord. Or, la récolte de celle-ci se
+monte en moyenne à plus de 3 millions de kilogrammes.
+
+La production de la truffe a augmenté depuis cinquante ans d'une façon
+progressive. Elle augmente d'année en année, car, chaque année, on
+plante de nouveaux chênes truffiers. C'est ainsi qu'en 1892 la
+statistique portait pour le Vaucluse une production annuelle de 470.000
+kilogrammes et en 1903 de 716.000 kilogrammes, soit une augmentation de
+250.000 kilogrammes en onze ans. En Dordogne les chiffres nous montrent
+également l'augmentation formidable de la production de la truffe qui de
+160.000 kilogrammes en 1892 est montée à 420.000 kilogramme.
+
+Malgré cela, la truffe n'a pas diminué de prix, parce que plus sa
+production augmente plus sa consommation croît en proportion. Peu de
+produits jouissent d'une telle faveur. Et cette faveur n'est pas
+imméritée, avouons-le...
+
+
+
+LE TOMBEAU DE SAINTE-HÉLÈNE.
+
+Dans son ouvrage, dont nous avons rendu compte récemment, sur les
+lendemains de Sainte-Hélène: _Après la mort de l'empereur_, notre
+collaborateur Albéric Cahuet a dit, d'après des documents actuels,
+comment les domaines français de Sainte-Hélène (la maison de la
+captivité et le tombeau de Napoléon acquis en 1858 par Napoléon III au
+prix de 178.600 francs) se trouvaient sur le point d'être condamnés à
+l'abandon et à un prompt anéantissement par suite de l'insuffisance de
+crédits d'entretien qu'il est question de réduire encore, sinon de
+complètement supprimer. Ces crédits figurent actuellement au budget pour
+6.000 francs (entretien d'un gérant, qui est en même temps notre agent
+consulaire à Sainte-Hélène) au chapitre: «Personnel des services
+extérieurs», et pour 3.000 francs au chapitre: «Entretien des immeubles
+à l'étranger.» Ces 3,000 francs servent à payer à la fois les salaires
+des gardiens, les réparations et les impôts. Or, la maison de Longwood,
+reconstituée à grands frais de 1858 à 1860 par une mission spécialement
+envoyée de France, menace maintenant ruine et il est question de
+supprimer le dernier gardien qui protège le tombeau--toujours très
+visité et avec beaucoup de recueillement, par les voyageurs--contre les
+incursions de bestiaux des domaines voisins.
+
+Ces faits auxquels notre confrère le _Matin_ a donné sa grande publicité
+ont vivement ému tous ceux qui considèrent que le souvenir de
+Sainte-Hélène demeure un grand souvenir français.
+
+Parmi les nombreuses lettres que notre collaborateur a reçues à cette
+occasion, il en est une, particulièrement touchante, qui lui a été
+adressée par le petit-fils d'un des vieux soldats de la Grande Armée, M.
+Jules Delaunay, à Dozulé (Calvados), et que nous croyons intéressant de
+reproduire. M. Jules Delaunay écrit:
+
+«Voulez-vous me permettre, monsieur, de vous soumettre une idée?
+
+» Est-ce que ce n'est pas un devoir sacré pour les descendants des
+soldats de Napoléon, de ceux qui eurent «sa dernière pensée», de se
+réunir et de contribuer à l'entretien de la maison qui a vu mourir le
+héros et de la tombe qui a contenu son cercueil?
+
+» Une société s'est formée pour conserver Versailles, c'est bien, mais
+ce qui serait bien aussi, à mon avis du moins, ce serait de conserver,
+de restaurer le domaine français de Sainte-Hélène. Nous avons des
+descendants des maréchaux du premier Empire. Que l'un d'eux prenne la
+présidence d'honneur de cette Société et vous verrez accourir à son
+appel tous les enfants de ceux qui entrèrent à la suite des aigles d'or
+dans les capitales de l'Europe.
+
+» Il va sans dire que cette société n'aurait aucun but politique; ce
+serait la rabaisser; si tous les descendants des soldats du premier
+Empire ont le droit d'avoir l'opinion que bon leur semble, aucun ne peut
+renier la parcelle de gloire, si petite soit-elle, que son ancêtre lui a
+léguée; c'est faire à nouveau briller cette étincelle que de s'associer
+pour conserver à la postérité le lieu et la maison qui ont vu le martyre
+et l'agonie du plus grand capitaine des temps modernes.»
+
+Le dernier abri de l'empereur prisonnier et son tombeau de Sainte-Hélène
+entretenus par les soins des descendants de ses maréchaux et des plus
+humbles parmi ses vieux soldats, voilà, évidemment, qui ajouterait une
+jolie page de sentiment à la légende de l'Aigle.
+
+
+
+INFLUENCE MINIME DU SOLEIL SUR L'ABONDANCE DES RÉCOLTES.
+
+L'assimilation du carbone par les plantes s'opère sous l'influence des
+radiations solaires, et quand on l'étudié en atmosphère confinée on
+constate qu'elle est plus grande à la lumière directe qu'à la lumière
+diffuse.
+
+Il semblerait donc qu'un ciel couvert est un obstacle à la décomposition
+de l'acide carbonique de l'air, et, par suite, à l'accroissement de la
+matière végétale. Or, les régions à nébulosité fréquente ont souvent une
+végétation plus puissante que les autres, c'est-à-dire à climat humide.
+
+Pour expliquer cette apparente contradiction, on admet que l'efficacité
+de l'eau est incomparablement plus grande que celle de la lumière, et
+que la végétation souffre moins de la rareté de soleil que de la rareté
+d'eau.
+
+M. Muntz, membre de l'Académie des sciences, a étudié ce phénomène avec
+une précision toute scientifique, en observant un champ de luzerne, à
+Meudon, au cours des étés 1910, 1911, 1912. Deux de ces étés, 1910 et
+1912, ont été d'une extrême humidité; celui de 1911 a été marqué par une
+sécheresse exceptionnelle.
+
+L'accroissement, par jour et par mètre carré, de matière végétale sèche
+a varié dans les proportions suivantes: sur la partie du champ
+abandonnée aux caprices atmosphériques:
+
+ 1910............ 5 gr. 24
+ 1911............ 1 gr. 24
+ 1912............ 3 gr. 12
+
+Une autre partie de la culture fut arrosée régulièrement à raison de 40
+litres d'eau par jour et par mètre carré. On relève les accroissements
+sensiblement différents des premiers:
+
+ 1910............ 10 gr. 56
+ 1911............ 7 gr.
+ 1912............ 9 gr. 42
+
+Dans les deux cas, c'est donc l'année 1911, la plus ensoleillée, qui a
+produit la plus faible récolte.
+
+LES FORCES NAVALES HELLÉNIQUES.
+
+Un récent article sur les opérations navales dans la guerre des Balkans,
+paru dans notre numéro du 22 février, établissait le compte des navires
+de la flotte hellénique et faisait figurer dans cette énumération huit
+contre-torpilleurs de construction récente.
+
+Un de nos lecteurs d'Alexandrie, le docteur A. Londo-Leondopoulo, qui
+appartient à une famille largement représentée tant dans la marine que
+dans l'armée grecques, nous fait observer que ces unités sont
+actuellement au nombre de 14, dont 4 de 1.000 tonnes et 4 de 300 tonnes
+construites en Angleterre, et 2 de 600 tonnes et 4 de 300 tonnes
+construites en Allemagne. A ces forces, on peut ajouter le _Nicopolis_,
+l'ancien _Attalia_ turc, coulé par son équipage à Preveza, depuis
+renfloué et remis en service actif.
+
+
+
+«MARIE-MADELEINE» DE MAETERLINCK À NICE.--Les miraculés insultent
+Marie-Madeleine convertie et qui refuse de sauver Jésus par un nouveau
+péché.
+
+UNE NOUVELLE OEUVRE DE MAETERLINCK
+
+_Mardi soir, au théâtre du Casino municipal de Nice, a été représenté
+pour la première fois dans le texte original français_ Marie-Madeleine,
+_le nouveau drame de Maurice Maeterlinck. Notre collaborateur Gérard
+Harry, l'ami et biographe du célèbre dramaturge et poète, qui assistait
+à cette représentation, nous écrit:_
+
+Maeterlinck a vraiment renouvelé, par une trouvaille psychologique,
+l'aventure de la courtisane de Magdala, si souvent traitée en prose ou
+en vers, C'est, dans sa version, la belle pécheresse convertie qui tient
+entre les mains le sort de Jésus arrêté, bafoué, battu et prêt à marcher
+au suprême supplice. Mais elle ne peut le sauver qu'à la condition de
+retomber dans le péché abominable, en se livrant aux caresses du tribun
+militaire romain Lucius Verus, le geôlier du Nazaréen. Jésus lui-même
+voudrait-il échapper aux bourreaux, moyennant l'avilissement de
+l'exemplaire femme impure à laquelle sa grâce a rendu en quelque sorte
+la chasteté, la vertu d'une vierge? Non. Ce serait la ruine de l'idéal
+auquel il a voué sa vie. Périsse le corps du divin moraliste plutôt que
+sa pure morale!... Ainsi pense et en décide Marie-Madeleine, après un
+rude combat contre elle-même et malgré les outrages et les menaces dont
+l'accablent à la fois Lucius Verus, l'amant repoussé, et une foule de
+lépreux, bossus, aveugles, paralytiques, que le Nazaréen a guéris.
+
+Ce magnifique drame, encadré de décors de M. Dethomas, est interprété
+avec une rare perfection d'allures et d'expression, notamment par Mme
+Georgette Leblanc-Maeterlinck et M. Jacques Fenoux de la
+Comédie-Française.
+
+_Marie-Madeleine_, acclamée à Nice. va parcourir l'Europe, comme
+spectacle inaugural du «théâtre Maeterlinck» que Mme Georgette Leblanc
+fonde pour la représentation itinérante de tout ce que l'auteur de
+_Marie-Madeleine_ a écrit pour des publics épris de ce qu'on appelle
+souvent «art exceptionnel», parce que c'est du très grand art.
+
+GÉRARD HARRY.
+
+
+
+POUR NOTRE ARTILLERIE
+
+LE TRACTEUR AUTOMOBILE
+
+C'est cette semaine que se terminait le concours de tracteurs
+automobiles à quatre roues motrices organisé du 6 au 20 mars par le
+ministère de la Guerre. Pour n'avoir pas fait beaucoup de bruit, ce
+concours n'en a pas moins donné, au point de vue militaire, des
+résultats fort intéressants Il s'agissait de choisir parmi les modèles
+existants un véhicule automobile capable de remorquer dans de mauvais
+chemins, et même à travers champs, une charge de 15 tonnes (un wagon et
+demi de marchandises). Le service de l'artillerie a, en effet, reconnu
+depuis longtemps la nécessité de suivre l'exemple de l'Autriche et de
+trouver le moyen d'installer rapidement sur le champ de bataille
+l'artillerie lourde, l'artillerie de gros calibre que les chevaux ne
+parviennent pas à amener en temps utile sur la ligne de feu. Les lourdes
+voitures qui constituent ces convois nécessitent en effet d'énormes
+attelages peu maniables, à peu près incapables de se déplacer à une
+allure autre que le pas; elles occupent des longueurs formidables et
+encombrent les routes d'une façon fâcheuse. Ajoutons que le
+développement des impedimenta de nos armées est devenu tel que la
+réquisition n'arrive plus que difficilement à fournir les chevaux
+nécessaires. C'est pour ces raisons que l'administration de la Guerre
+s'est trouvée forcée de recourir à la traction mécanique et qu'elle a
+constitué un concours de tracteurs.
+
+Les conditions à remplir étaient malheureusement assez difficiles, et
+l'on se trouvait en outre forcé d'aboutir dans les deux ou trois
+premiers mois de l'année de façon à pouvoir inscrire au budget de 1913
+les crédits nécessaires et à faire construire les voitures avant 1914.
+
+Il est résulté de là que les constructeurs n'ont pas eu le temps de
+construire des voitures nouvelles et qu'ils ont dû amener au concours
+celles qu'ils possédaient déjà. Dans ces conditions, trois tracteurs
+seulement ont pu prendre part aux épreuves. Un seul d'entre eux au reste
+satisfaisait complètement aux exigences du programme; c'est le tracteur
+Chatillon-Panhard qui avait déjà participé antérieurement aux manoeuvres
+de l'Ouest ainsi qu'à de nombreux essais exécutés tant à Vincennes qu'à
+Satory.
+
+Le concours actuel comprenait un certain nombre de parcours sur des
+routes plus ou moins accidentées, mais ne présentant pas de difficultés
+exceptionnelles; il comprenait aussi ce qu'on pouvait appeler une série
+d'exercices _acrobatiques_. C'est ainsi que le tracteur, constituant
+avec ses remorques un train de 22 tonnes, a remonté près de
+Neauphle-le-Château une rampe de 13 à 14% (l'équivalent de la rue Le
+Nôtre au Trocadéro) A Nogent-sur-Marne, le tracteur seul a gravi la
+rampe de 18% de la rue Bauyn-de-Péreuse. On a également réussi à lui
+faire passer un arbre de 40 centimètres de diamètre couché en travers de
+la route, etc., etc.
+
+La photographie que nous reproduisons montre un train de voitures de 220
+évoluant dans les terrains mouvants qui se trouvent au fond du terrain
+de manoeuvre de Vincennes La commission d'expérience a même été jusqu'à
+faire franchir au tracteur une mare d'un mètre de profondeur.
+
+De pareilles exigences paraîtront peut-être excessives, car des efforts
+de ce genre ne seront pas habituellement demandés à notre nouveau
+matériel automobile, mais il était bon de savoir dès maintenant jusqu'où
+l'on pouvait aller de manière à établir définitivement le programme du
+futur concours de février 1914.
+
+[Illustration: Tracteur automobile remorquant un train de voitures
+d'artillerie de 22 tonnes au polygone de Vincennes.]
+
+On peut dire dès aujourd'hui que les résultats obtenus sont excellents
+et que le problème de l'artillerie lourde automobile est désormais
+résolu Une première solution est acquise et notre armée possédera
+prochainement un tracteur de 7 tonnes capable, grâce à ses larges roues,
+de circuler dans les plus mauvais chemins de terre, voire en plein
+champ, et de remplacer avantageusement les monstres de 10 ou 11 tonnes
+si dangereux pour la conservation des ponts et des routes de notre pays.
+
+
+
+L'OBUSIER LÉGER
+
+Le ministre de la Guerre vient de trancher une grave question qui
+préoccupait depuis longtemps l'artillerie et l'état-major de l'armée, la
+question de l'obusier léger de campagne.
+
+On sait qu'en raison de la grande vitesse initiale de son projectile la
+trajectoire de notre canon de campagne de 75 est entièrement tendue.
+C'est là une qualité en terrain plat et découvert, car la zone
+dangereuse des balles lancées par le shrapnell, au moment où il éclate,
+est alors beaucoup plus considérable et le terrain se trouve beaucoup
+mieux battu. A ce point de vue, notre canon est sensiblement supérieur
+au canon allemand, mais il a, par contre, les défauts de ses qualités:
+quand on l'emploie en terrain très accidenté ou contre des couverts, des
+obstacles peu élevés suffisent à créer des zones de protection très
+étendues où l'adversaire peut se réfugier, se mettant ainsi complètement
+à l'abri des feux de l'artillerie.
+
+Les Allemands, dont le canon présente le même inconvénient, bien qu'à un
+degré un peu moindre puisque la trajectoire n'est pas aussi tendue, ont
+paré à cette difficulté en adoptant dès 1898 un obusier léger de
+campagne du calibre de 105mm. Cette bouche à feu, qui possède une
+vitesse initiale beaucoup moindre que celle du canon (300 mètres au lieu
+de 465), peut alors exécuter facilement du tir courbe, ses projectiles
+venant s'élever au-dessus de l'obstacle pour retomber ensuite en arrière
+de ce dernier.
+
+Le corps d'armée allemand, qui possédait d'abord 3 batteries de ce genre
+(18 pièces), en possède aujourd'hui 6 batteries (36 pièces), alors que
+nous ne disposions d'aucune bouche à feu de ce genre. Il y avait là pour
+notre artillerie une cause sérieuse d'infériorité à laquelle on
+cherchait depuis longtemps à remédier. Dans ces derniers mois,
+l'administration de la Guerre paraissait s'être ralliée à l'adoption
+d'un obusier de 105, construit par les usines Schneider, du Creusot,
+obusier qui avait donné aux essais d'excellents résultats. La commission
+du budget prévoyait de ce chef une dépense d'environ 80 millions et l'on
+reconnaissait la nécessité de créer de nouvelles batteries de campagne
+ou de transformer des batteries de 75 en batteries de 105, lorsqu'une
+solution très ingénieuse est intervenue qui a tranché la difficulté de
+la façon la plus simple.
+
+Pour obtenir une trajectoire peu tendue, il faut n'imprimer au
+projectile qu'une vitesse réduite. On aurait donc pu donner au canon de
+75 une trajectoire courbe en réduisant sa charge et par suite sa
+vitesse, mais c'était obliger le personnel à exécuter sur le champ de
+bataille des manipulations de poudres toujours un peu litigieuses. Il
+fallait de plus retirer le projectile de sa douille en laiton, le
+_dessertir_, pour vider en partie la douille, puis replacer le
+projectile sur sa douille et le _ressertir_; tout cela nécessitait
+l'emploi d'un appareil spécial dont on a beaucoup parlé depuis quelque
+temps, le _dessertisseur_.
+
+De pareilles opérations sont relativement faciles, mais elles n'en
+constituent pas moins un travail d'atelier qui n'est pas tout à fait à
+sa place sous le feu ennemi. Un officier d'artillerie, le capitaine
+Malandrin, s'est alors demandé s'il ne serait pas plus pratique de
+laisser la cartouche du 75 telle quelle et de trouver un moyen de
+_ralentir_ le projectile. Cela revenait en effet au même que d'imprimer
+au projectile une vitesse moindre. La difficulté était de découvrir le
+moyen en question et surtout de découvrir un moyen suffisamment simple.
+Le capitaine Malandrin y réussit au delà de toute espérance et, à
+l'heure actuelle, il est devenu possible de donner aux obus de 75 une
+trajectoire aussi courbe que celle des obusiers allemands. La
+manipulation à effectuer ne complique en aucune façon les opérations
+préliminaires du tir; elle ne prête donc nullement aux critiques que
+suscitait la modification de la charge sous le feu.
+
+Il en résulte qu'à l'heure actuelle notre artillerie possède autant
+d'obusiers que de canons, alors que le corps d'armée allemand ne dispose
+que de 36 obusiers légers. Et cette heureuse transformation ne coûtera
+pas un demi-million, alors que la création des obusiers en eût demandé
+quatre-vingts.
+
+
+
+[Illustration: MIDI DANS LA JUNGLE, par Henriot.]
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3656, 22 ***
+
+***** This file should be named 37851-8.txt or 37851-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/7/8/5/37851/
+
+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/37851-8.zip b/37851-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..0f81bc2
--- /dev/null
+++ b/37851-8.zip
Binary files differ
diff --git a/37851-h.zip b/37851-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..b1c0715
--- /dev/null
+++ b/37851-h.zip
Binary files differ
diff --git a/37851-h/37851-h.htm b/37851-h/37851-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..69da4e0
--- /dev/null
+++ b/37851-h/37851-h.htm
@@ -0,0 +1,2868 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1">
+ <title>The Project Gutenberg eBook of L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913 by Various</title>
+
+<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg">
+
+<style type="text/css">
+
+
+body {margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;}
+p {text-align: justify}
+blockquote {text-align: justify}
+
+hr {width: 50%; text-align: center}
+hr.full {width: 100%}
+hr.short {width: 10%; text-align: center}
+
+.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%;
+ float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; width: 80px; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left}
+
+.sc {font-variant: small-caps}
+.lef {float: left}
+.mid {text-align: center}
+.rig {float: right}
+.sml {font-size: 10pt}
+.overl {font-size: 10pt; text-decoration: overline; text-align: center}
+.cont {width: 650px}
+.somm {float: left; width: 300px; font-size: 10pt; padding: 1em}
+.suppl {color: #5A5047; background-color: #EEE2CA }
+
+
+span.pagenum {font-size: 70%; left: 91%; right: 1%; position: absolute}
+span.linenum {font-size: 70%; right: 91%; left: 1%; position: absolute}
+
+.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%;
+ text-align: left}
+.poem .stanza {margin: 1em 0em}
+.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;}
+.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em}
+.poem p.i2 {margin-left: 1em}
+.poem p.i4 {margin-left: 2em}
+.poem p.i6 {margin-left: 3em}
+.poem p.i8 {margin-left: 4em}
+.poem p.i10 {margin-left: 5em}
+.poem p.i12 {margin-left: 6em}
+.poem p.i14 {margin-left: 7em}
+.poem p.i16 {margin-left: 8em}
+.poem p.i18 {margin-left: 9em}
+.poem p.i20 {margin-left: 10em}
+.poem p.i30 {margin-left: 15em}
+
+
+
+</style>
+</head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: October 26, 2011 [EBook #37851]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3656, 22 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+
+
+
+
+<p>L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<div class="sml">
+<p>Ce numéro comprend <span class="sc">vingt-quatre pages</span>.--Il est accompagné de LA PETITE
+ILLUSTRATION, Série-Théâtre n° 2 contenant le texte complet de <span class="sc">L'Homme
+qui assassina</span>, de M. Pierre Frondaie.</p>
+</div>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b><span class="sc">La reine. Le nouveau roi Constantin I</span>er. <span class="sc">Le roi Georges
+I</span>er (qui vient d'être assassiné).</b></p>
+
+<h3>LA FAMILLE ROYALE DE GRÈCE A SALONIQUE</h3>
+
+<p><i>Photographie prise le jour anniversaire de la naissance du roi Georges
+Ier qui allait être assassiné, dans cette même ville de Salonique
+quelques semaines plus tard.</i></p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002asmall.png"><br><a href="images/002alarge.png">(Agrandissement)</a><br><b>La revue de printemps, à Vincennes, le dimanche 16 mars
+Vue panoramique prise de la route de la Pyramide.</b></p>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4>LE PERPÉTUEL</h4>
+
+<p>M. Étienne Lamy, la semaine dernière, nommé à l'unanimité secrétaire
+perpétuel de l'Académie française, venait de se rasseoir, après nous
+avoir adressé, debout, avec la plus délicate des émotions, les
+remerciements que lui seul méritait. Nous finissions à peine de
+l'adopter par nos bravos, et nous reprenions, avec une allègre et
+distraite ténacité, le travail du dictionnaire au mot: <i>équivalent...</i>
+quand une voix s'éleva, une voix douce, serrée, persuasive et grave,
+qui, sans les étouffer, dominait les paroles, une voix à laquelle
+personne ne semblait faire attention, et que, par un privilège
+miraculeux, j'étais seul à percevoir, à entendre en dedans. A peine
+cette voix s'était-elle manifestée, que je l'avais reconnue. C'était
+celle de M. Thureau-Dangin. Elle s'adressait au nouvel élu, et, autant
+qu 'il m'en souvient, elle lui disait à peu près ceci:</p>
+
+<p>«--Mon éminent confrère, mon bien cher ami, monsieur le secrétaire
+perpétuel. C'est fait. Vous me succédez. C'est vous qui prenez ma
+brusque suite... Je ne pensais pas, sincèrement, vous d'accorder
+aussitôt, mais puisqu'il a plu à Dieu de me «recevoir» au premier tour,
+avant la vieillesse, et de m'éviter les longues attentes, mon bonheur
+est très grand et absolu de vous voir occuper la place d'où j'ai le
+mieux aimé l'Académie, et à laquelle j'ai dû d'avoir été compris et
+goûté par tous, d'avoir senti, avec un charme qui me dure, même ici
+parmi les vrais immortels, la sincérité d'une estime cordiale et d'un
+respect dont j'ai tiré les dernières joies permises de ma vie. Bien que
+les trente-sept confrères que j'ai quittés fussent tous dignes de la
+fonction dont ils m'avaient honoré, quelques-uns seulement, je ne vous
+l'apprends pas, étaient capables de la remplir, et, en premier lieu,
+vous, dont la personne nécessaire s'est imposée par la modestie de son
+grand talent aux suffrages de l'Académie dès que je leur eus, par mon
+départ, rendu la liberté, vous que j'aurais choisi, et désigné par
+testament, si cette charge du secrétariat perpétuel m'avait appartenu
+avec le droit de la léguer. Telle qu'elle est, je vous la passe, et
+cette transmission de pouvoirs qui s'opère en secret, de moi à vous,
+entre deux mots du dictionnaire, et sans que rien n'en transpire, me
+cause une joie consolante.</p>
+
+<p>» Je n'ai pas besoin de vous préciser où vous allez et ce qui vous
+attend. Vous le savez. Vous n'ignorez pas qu'en acceptant ce poste envié
+vous tournez avec résolution le dos à la paix, à la paresse, aux appels
+de l'oisiveté. Mais le travail et le devoir ne vous ont jamais fait
+peur. Ils vous ont toujours attiré partout où ils étaient, car vous avez
+éprouvé qu'ils vont et viennent et ne restent pas à la même place. Ils
+en changent exprès, à tout moment. Nous croyons avoir pris avec eux nos
+habitudes, et, sans crier gare, ils nous faussent compagnie. Ils rompent
+avec nos routines et, s'écartant, allant plus loin ou plus haut, nous
+forcent à les suivre, en faisant du chemin, du chemin qui monte. C'est
+leur manière de nous secouer et de nous empêcher de dormir, même sur
+eux. Ainsi, quand d'autres pensaient que peut-être d'avoir fourni
+pendant des années une si belle somme de labeur, d'activité généreuse et
+féconde, pouvait, même sans bulletin de fatigue, donner légitimement
+droit à quelque repos, vous, qui connaissez seul, et mieux que vos plus
+intimes, les ressources et les ardeurs de votre abnégation, vous avez
+estimé au contraire que le passé vous engageait, qu'il n'était que la
+préface du dévouement et l'introduction du sacrifice. Sacrifice agréable
+aussi par instants et glorieux, convenons-en. Vous voilà celui qu'avec
+une affectueuse familiarité on appelle: le Perpétuel. Vous semblez être,
+en vérité, à partir d'aujourd'hui, plus qu'un membre ordinaire; vous
+personnifiez l'Académie, vous la représentez d'une façon continue aux
+côtés du directeur fragile qui change tous les trois mois, tandis que
+vous, permanent, esclave et souverain de toutes les séances, de toutes
+les solennités, de toutes les représentations officielles, rapporteur de
+tous les prix, orateur de tous les discours, vous paraissez le
+personnage investi et consacré, sur lequel se portent les regards de la
+déférence et de l'admiration publique. Vous avez un peu, parmi nous, la
+popularité dont au Paradis bénéficie saint Pierre. En effet, si vous
+n'avez pas les clefs de l'Académie, vous êtes pourtant le plus près de
+la porte et vous savez, le premier, les mots auxquels selon le jour,
+l'heure, elle s'entre-bâille, s'ouvre à demi, ou toute grande, ou reste
+fermée. Vous pourriez faire beaucoup sans vos confrères. Ils ne peuvent
+rien sans vous.</p>
+
+<p>«Depuis 1803, d'où date la création des secrétaires perpétuels, on
+pourrait, a dit assez justement Sainte-Beuve, écrire une histoire de
+l'Académie par chapitres inscrits à leur nom. On a l'Académie sous M.
+Suard, sous M. Raynouard, sous M. Auger, sous M. Andrieux (ce fut court;
+M. Arnault également n'eut qu'un règne très court), enfin sous M.
+Villemain: ce dernier règne depuis trente-deux ans.»</p>
+
+<p>» Quand Sainte-Beuve disait ceci, c'était sous l'Empire, en 1867, époque
+où vous aviez vingt et un ans, et si vous ne pensiez pas que vous seriez
+député quatre ans plus tard, vous étiez encore plus éloigné de vous
+douter que vous succéderiez ici, un jour, à ce même M. Villemain, sous
+le buste duquel, après les six ans de M. Patin, les dix-neuf de Camille
+Doucet, les treize de Gaston Boissier, et mes pauvres cinq petites
+années à moi, si pleines et si rapides, vous viendriez vous asseoir.</p>
+
+<p>» Que votre règne à vous, cher ami, soit heureux, et nombreux, je le
+souhaite, et, je vous le dis tout bas, j'en ai presque obtenu déjà pour
+vous la promesse. Vous allez tellement réussir que vous causeriez une
+vraie déception si vous ne commenciez par bien marquer vous-même tout de
+suite le sérieux dessein que vous avez de détenir au secrétariat
+perpétuel le record de la longévité. Laissez-vous aller à être
+centenaire en confiance. Vous avez toutes les qualités, les dons et les
+vertus qui doivent vous attacher un temps infini à cette fonction de
+mesure, de sagesse, de lenteur ordonnée et de certitude sereine. Vous
+êtes pensif, attentif, réfléchi, sérieux avec tendresse, et quand on
+vous connaît bien, sous la tenue d'une mélancolie qui fait partie de
+votre caractère, et qui en semble la pudeur, vous savez être, aux
+instants qu'il faut, de la plus bienfaisante et spirituelle gaieté. Vous
+êtes resté jeune, plein de flamme, et vos enthousiasmes ne tomberont
+qu'en même temps que vous, et vous êtes artiste aussi, bel ouvrier
+curieux de la pensée et de la phrase, épris de la forme élégante et rare
+sous laquelle l'idée doit exiger toujours qu'on la présente à son
+honneur.</p>
+
+<p>» Vous aurez beaucoup de besogne, des quantités de lettres à lire, à
+écrire, à classer, à retenir, à égarer, à oublier, vous recevrez maintes
+visites, vous craindrez parfois de fléchir sous les dossiers et les
+rapports, vous devrez être accueillant à tous et abolir vos nerfs, et
+vous serez cependant pressé de mille demandes indiscrètes et gêné de
+sollicitations cruelles. On ne vous laissera pas un instant rêveur.
+«Tout faire» est, à dater de ce jour, votre devise, votre obligation
+naturelle. Ah! quand vous proposiez autrefois à l'Assemblée nationale la
+réduction du nombre des fonctionnaires, c'est que vous saviez déjà être
+assez fort à vous tout seul pour abattre le travail de quarante. Et
+voilà votre voeu de jeunesse exaucé.</p>
+
+<p>» Mais, sous la lourde chaîne dont votre résistance d'esprit et d'âme
+allégera le poids, vous savourerez, et souvent, des tranquilles délices
+qui vous dédommageront. A fréquenter davantage ces anciens et vénérables
+bâtiments dont vous serez devenu, même si vous ne les habitez pas, le
+locataire moral, vous éprouverez comme cela m'est arrivé, une quiétude
+singulière, empreinte de noblesse, et nourrie de fierté. Nos vieilles
+cours aimeront vous voir aller, venir au milieu d'elles, comme chez
+vous, et se feront plus placides et plus provinciales quand vous
+traverserez leur désert, et nos grises murailles attireront--pour la
+garder plus longtemps quand vous les longerez--votre ombre discrète et
+hâtive de philosophe chrétien. --et nos pavés, qui sont parmi les
+derniers beaux pavés du passé, du cher vieux Paris, nos pavés, un peu
+inégaux, d'entre lesquels n'est pas arrachée toute l'herbe des quais
+d'autrefois, nos pavés seront sous vos pieds exercés: aussi doux que du
+sable.</p>
+
+<p>» Vous allez connaître et préférer le son méditatif que fait à notre
+horloge l'heure d'aujourd'hui, qui tinte avec la voix triste d'hier.
+Vous allez tout apprendre à nouveau et en détail de l'antique maison,
+vous familiariser avec le dédale de ses corridors, pratiquer ses petits
+escaliers, ses bureaux, ses appartements, ses combles, ses entresols
+studieux à rideaux blancs et à pendules de marbre noir... ses placards
+vitrés, ses souvenirs, ses traditions,... vous allez vous lier
+étroitement avec les pauvres bustes si délaissés, devant lesquels vous
+passerez plus souvent que vos confrères, et en vous arrêtant parfois,
+pour souffler la poussière qui met des cendres à leur front, et songer
+en face de leur détresse à ce qui reste ici-bas des grandes gloires. Et
+quand, redescendant à la fin du jour, pour regagner votre logis de
+l'Aima, vous repasserez entre les deux pots à feu de pierre qui flambent
+et montent la garde dans la cour, à droite et à gauche du seuil, vous
+sentirez, cher ami, que toutes ces choses vous tiennent avec une force
+incroyable au coeur et à la pensée, et qu'elles ont pris à vos yeux,
+depuis que vous vivez en elles, une importance touchante et familiale...
+Et chaque fois qu'aux nombreuses séances publiques vous mettrez, pour
+obéir à l'usage, cet habit couleur de ciguë, qu'auparavant vous
+n'endossiez par corvée que de loin en loin, vous le ferez avec l'espèce
+de sainte coquetterie qu'éprouve le prêtre à se parer de la chasuble en
+soie fleurie d'épis d'or et de roses. Et votre épée elle-même vous sera
+nouvelle, jolie, et plus significative, et moins inutile.</p>
+
+<p>»... Allons, adieu, cher Lamy. Personne ne me voit, mais vous sentez que
+je ne suis pas loin. C'est qu'au début de cette séance, votre première
+de secrétariat perpétuel, j'ai voulu revenir, une petite minute, dans
+cette salle, pour entendre pétiller le feu de bois sous le portrait de
+notre Richelieu et pour m'approcher de vous contre l'estrade. Belle
+réunion. Poincaré est là. Et c'est tout à fait comme de mon temps. Rien
+n'est changé... que moi.»<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Henri Lavedan.</span></span><br>
+
+<i>(Reproduction et traduction réservées.)</i></p><br><br>
+
+<h3>LA REVUE DE PRINTEMPS</h3>
+
+<p>La revue de printemps, qui fut si heureusement restituée, l'an passé,
+par le ministre de la Guerre, a offert, dimanche dernier, aux Parisiens,
+le spectacle que depuis quelques semaines ils désiraient de toute leur
+ferveur patriotique. L'occasion souhaitée de manifester allégrement leur
+confiance en l'armée, leur ardente sympathie pour nos soldats, ils l'ont
+saisie avec empressement, en allant admirer à Vincennes les belles
+troupes qui leur étaient présentées.</p>
+
+<p>L'arrivée du chef de l'État, dont la daumont, attelée de six chevaux
+montés par des artilleurs, passa devant les lignes, le martial défilé
+des régiments en tenue de campagne, aux accents familiers du <i>Chant du
+départ</i>, de <i>Sambre-et-Meuse</i> et de la <i>Marche lorraine</i>, très applaudis
+par manière d'hommage à M. Poincaré, la charge des fantassins, masse
+tumultueuse hérissée de baïonnettes, et des cavaliers lancés au grand
+galop, sabre au clair, firent courir dans la foule immense qui se
+pressait sous les tribunes et tout autour du champ de courses, de longs
+frémissements. Et sans doute, à cet enthousiasme joyeux, se mêlait-il,
+cette année, un sentiment de particulière affection pour nos soldats,
+vers lesquels, plus que jamais, se tourne aujourd'hui notre sollicitude.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LA PROTECTION DES ÉGLISES</h3>
+
+<p>Depuis plusieurs années, une Campagne ardente est poursuivie, dans les
+milieux artistiques, littéraires et politiques, aux fins de protéger les
+trésors d'art que renferme notre beau pays de France. A plusieurs
+reprises, au Parlement, à l'Académie, dans la presse, on a signalé les
+dangereuses répercussions que peuvent avoir eues de récentes lois sur la
+conservation de certains monuments publics, et en particulier des
+églises.</p>
+
+<p>Cette campagne a fini par porter ses fruits, puisque la Chambre a, dans
+une de ses dernières séances, incorporé à la loi de finances un article
+aux ternies duquel sont créées deux caisses alimentées par des legs,
+dons ou subventions, véritables personnalités civiles destinées à
+faciliter l'entretien et la réparation, la première, des monuments
+classés, la seconde, de ceux qui ne le sont point.</p>
+
+<p>Désormais, donc, nos églises ne tomberont plus en ruines, faute d'argent
+pour les restaurer, et l'on n'aura plus le spectacle injuste de
+donateurs, désireux d'empêcher la destruction, dont le cadeau était
+refusé par une municipalité défiante ou sectaire.</p>
+
+<p>C'est, pour une grande partie, sur l'insistance de M. Maurice Barrès,
+dont on sait le noble souci à tout ce qui touche aux choses de l'art,
+que ce texte fut voté. L'éminent académicien avait en effet, à cette
+occasion, prononcé un fort beau discours dans lequel, après avoir
+examiné le problème au point de vue juridique, il s'est plu à donner
+connaissance à la Chambre de certains faits typiques qui venaient à
+l'appui de sa thèse:</p>
+
+
+
+<p><i>Dans la contrée privilégiée, a-t-il conté, qu'on appelle le jardin de
+la France, il existe une ville aimable entre toutes, où subsiste un
+vestige charmant d'une architecture du quinzième siècle, quelque chose
+d'assez pareil à ce qu'est à Paris la tour Saint-Jacques.</i></p>
+
+<p><i>Les artistes, les catholiques, les citoyens amoureux de leur petite
+ville, ont désiré faire classer cette tour. Le conseil municipal voyait
+la chose avec hostilité; puis, à un instant donné, en présence du grand
+mouvement qui se dessinait, il a dit:</i></p>
+
+<p><i>«Eh bien! vous voulez la conserver: conservons-la; on peut toujours en
+faire quelque chose; elle peut toujours servir.»</i></p>
+
+<p><i>Et savez-vous à quoi cette tour, pour laquelle il y a une instance de
+classement, pour laquelle déjà la commission des monuments historiques a
+donné un avis favorable, savez-vous à quoi ils la font servir? Ils y
+installent des latrines publiques!</i> (Mouvements divers.) <i>L'installation
+est commencée, elle se poursuit contre la loi, alors que le classement
+est décidé, est accordé en principe par un avis favorable de la
+commission.</i></p>
+
+<p><i>Il s'agit, messieurs, de la tour Saint-Martin à Vendôme.</i></p>
+
+<p><i>Au cours des travaux, des ossements humains, et même un squelette
+entier, ont été découverts; au lieu de les transporter au cimetière, on
+les a enfouis sous les tuyaux de vidange.</i> (Vives exclamations.)</p>
+
+<p>«<i>Eh bien! disent-ils...»--je prends les termes du</i> Progrès de
+Loir-et-Cher, <i>qui fait l'apologie de cette utilisation de la tour
+Saint-Martin--«...eh bien! quoi? nous élevons en terrain bénit un
+temple au Dieu de la digestion.</i>» (Exclamations.--Mouvements divers.)</p>
+
+<p>Nous avons tenu à citer, telles qu'elles figurent au <i>Journal officiel</i>,
+les paroles mêmes de M. Maurice Barrès qui a ajouté:</p>
+
+<p><i>Pour qu'il n'y ait pas de doute, je tiens les photographies à la
+disposition de mes collègues. J'espère bien qu'il se trouvera un journal
+illustré pour les mettre sous les yeux du public...</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002b.png"><br><b>Un acte de vandalisme: les travaux d'aménagement en<br>
+latrines publiquesde la tour Saint-Martin, à Vendôme.</b><br>--<i>Photographies
+communiquées par M. Maurice Barrès.</i></p>
+
+<p>Ces photographies, que nos lecteurs trouveront ici, ont soulevé à la
+Chambre une indignation générale. Mais l'émoi qui s'est manifesté au
+Parlement n'a pas empêché qu'un nouvel acte de vandalisme se produisît à
+Vendôme; et M. Maurice Barrès pouvait annoncer, quelques jours après son
+intervention à la tribune, dans un article de l'<i>Écho de Paris</i>, qu'une
+pierre tombale, prise au cimetière de la ville, avait été honteusement
+utilisée pour les bas travaux d'aménagement de la tour Saint-Martin.</p>
+
+<p>Mieux que de longs commentaires, les clichés que nous reproduisons
+démontrent qu'il était grand temps que la Chambre se décidât à régler
+cette émouvante et angoissante question de l'architecture religieuse
+dans notre pays et sauver enfin ces églises de France que des malheureux
+ou des fous voudraient démolir ou--ce qui est pis encore--déshonorer.</p>
+
+<p>P. H.</p>
+<br><br>
+<h3>LA CRISE MINISTÉRIELLE</h3>
+
+<p>Le cabinet Aristide Briand, sur lequel on avait fondé tant d'espérances,
+est, depuis mardi, démissionnaire. Un vote du Sénat, fait rare dans les
+annales parlementaires--c'est la troisième fois en vingt-cinq ans--l'a
+mis en minorité, sur la question de la représentation proportionnelle.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/003a.png"><br><b>
+M. Paul Peytral, sénateur des Bouches-<br>
+du-Rhône, dont un amendement à la loi<br>
+électorale a renversé le cabinet Briand.</b>
+<br><i>Phot. Pirou, Saint-Germain.</i></p>
+
+<p>M. Aristide Briand avait pourtant prononcé, pour défendre un projet que
+la Chambre des députés a adopté un admirable discours, clair, loyal,
+généreux, l'un des plus parfaits, peut-être, de toute sa carrière de
+grand orateur. Et il avait conclu par un éloquent appel à la
+conciliation.</p>
+
+<p>M. Georges Clemenceau, qui s'est posé en adversaire irréductible de la
+réforme projetée dès qu'elle a été soumise au Sénat, répondit au
+président du Conseil, l'attaquant vivement et directement.</p>
+
+<p>C'était maintenant l'heure du scrutin, et, conformément aux règlements,
+le président mit aux voix le premier contre-projet présenté, oeuvre de
+M. Maujan, dont l'article premier portait: <i>Les membres de la Chambre
+des députés sont élus au scrutin de liste...</i></p>
+
+<p>Mais, à cette phrase, M. Peytral voulait ajouter, par un amendement, ces
+mots: <i>... suivant la règle majoritaire, nul ne pouvant être élu s'il a
+moins de voix que ses concurrents.</i></p>
+
+<p>C'est ce membre de phrase qui allait provoquer la chute du ministère.</p>
+
+<p>Au premier examen, rien n'apparaît plus juste que la restriction posée
+par M. Peytral. Mais elle contient la négation même, l'antithèse du
+principe accepté par la Chambre: l'adopter, c'était précisément refuser
+formellement à une minorité, quelle que fût son importance, tout droit
+d'avoir un représentant, si son candidat le plus favorisé obtenait une
+seule voix de moins que le dernier candidat de la liste de la majorité.
+Et M. Aristide Briand, de quelques mots nets, soulignait cette
+conséquence:</p>
+
+<p>«L'amendement de M. Peytral, qui semble s'imposer avec une apparence de
+logique, disait-il, est en réalité le rejet absolu de l'offre que je
+vous ai faite. Vous rendez impossible tout effort de conciliation.»</p>
+
+<p>Vaine adjuration: par 161 voix contre 128 et 10 abstentions, sur 289
+votants, l'amendement Peytral était voté.</p>
+
+<p>Le gouvernement, battu, se retirait. Le soir même, M. Aristide Briand
+remettait au président de la République la démission du cabinet.</p>
+
+<h3>NOS ARMOIRIES DIPLOMATIQUES</h3>
+
+<p>Une réforme assez intéressante vient d'être réalisée au quai d'Orsay: il
+s'agit des écussons de nos postes diplomatiques.</p>
+
+<p>Jusqu'ici, les chefs de postes diplomatiques ou consulaires n'étaient
+guidés par aucune règle précise; ils choisissaient un modèle à leur
+convenance et la fantaisie individuelle variait les armoiries
+extérieures de nos légations et de nos consulats; le résultat était
+tantôt heureux, tantôt contestable.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/003b.png"><br><b>
+Les nouvelles armoiries diplomatiques<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;françaises.</b><br>
+<i>D'après une composition de Chaplain.</i></p>
+
+<p>Un type officiel et uniforme vient d'être choisi pour les écussons qui
+servent d'insigne national à nos postes de l'étranger. Ce type a été
+exécuté d'après le modèle figurant sur les gardes d'épée et les boutons
+d'uniforme diplomatique: le dessin avait été composé, il y a une dizaine
+d'années, par le maître graveur Chaplain, membre de l'Institut.
+L'éminent artiste, à défaut de disposition visant les emblèmes nationaux
+en dehors du décret du 25 septembre 1870 qui ne réglemente que le type
+et la légende du sceau de l'État, privé des ressources décoratives et
+héraldiques dont dispose une monarchie, avait adopté un symbole sobre et
+de bon goût, figurant le régime politique français.</p>
+
+<p>La composition de Chaplain représente un faisceau de licteurs surmonté
+d'une hache et recouvert d'un bouclier, sur lequel sont gravées les
+initiales R. P.; une couronne de feuillage entoure le motif.</p>
+
+<p>L'exécution des écussons a été confiée à la maison Devambez, et les
+matrices viennent d'être gravées. Dorénavant, l'emblème officiel du
+gouvernement de la République sera uniformément fixé au fronton de tous
+nos édifices diplomatiques et consulaires.</p>
+
+<h3>L'ASSASSINAT DU ROI DE GRÈCE</h3>
+
+<p>La mort du roi Georges Ier de Grèce, frappé stupidement cette semaine, à
+Salonique, par la balle d'un fou, a provoqué une sorte de stupeur en
+Europe où cette nouvelle victime du «métier de roi» avait la haute
+estime des gouvernements et la sympathie des peuples.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/003c.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le roi de Grèce, Georges Ier, assassiné<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;à Salonique le 18 mars.</b><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot. Boissonnas et Taponier.</i></p>
+
+<p>L'événement, si imprévu et si rapide, a pu être conté en dix lignes de
+dépêche. Le mardi 18 mars, le souverain sortait du palais de son fils,
+le prince Nicolas qu'il venait de visiter et rentrait à pied, selon son
+habitude, en compagnie d'un seul officier, lorsqu'un coup de feu
+retentit. Un homme, que l'aide de camp saisit aussitôt à la gorge,
+venait de tirer à bout portant. Et le roi, bien visé, gisait inanimé sur
+le sol. Il mourut, après quelques minutes, tandis qu'on le transportait
+à l'hôpital militaire.</p>
+
+<p>Si l'assassin, un ancien instituteur grec déséquilibré, nommé Skinas,
+avait attendu deux mois encore, il aurait pu abattre sa victime en
+pleine apothéose. On devait, en effet, au prochain mois de mai, fêter la
+cinquantième année du règne du roi Georges, et Salonique,
+merveilleusement reconquise sur le Turc par la puissance militaire
+grecque ressuscitée, aurait été le cadre émouvant de ce jubilé d'un
+vainqueur.</p>
+
+<p>Car le roi des Hellènes meurt en plein triomphe, au moment le plus
+heureux de sa vie de père et de roi, après avoir connu, grâce aux
+victoires du généralissime, son fils, grâce à la valeur de son armée,
+tellement critiquée depuis la déroute de Larissa, la réalisation
+inespérée des ambitions de son peuple.</p>
+
+<p>Au mois d'octobre 1862, lorsque, à la suite d'une révolte militaire à
+Athènes, le premier souverain de la Grèce indépendante, Othon Ier, dut
+s'embarquer en hâte pour l'exil sur la corvette anglaise <i>Sylla</i>, M.
+Bourée, ministre de France à Athènes, écrivait à M. Thouvenel: «La
+question de succession va occuper beaucoup. La dynastie bavaroise est
+jetée par-dessus bord. A qui devra échoir la couronne de Grèce? La Suède
+n'a rien, <i>le Danemark moins encore</i>, l'Allemagne est enveloppée dans
+l'aversion qu'on porte à la Bavière; je ne vois que la Belgique ou
+l'Italie.»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004a.png"><br><b>
+Le roi Georges tel que le connaissaient les Parisiens.</b><br>
+<i>Photographie prise, place Vendôme, en 1912.</i></p>
+
+<p>Les Grecs demandaient à l'Europe un prince qui ne fût pas Allemand, qui
+possédât une grande fortune et qui fît élever ses enfants dans la
+religion grecque orthodoxe. Des raisons de prévoyante diplomatie firent
+écarter la candidature du prince de Leuchtenberg, parent du tsar, et
+celle du prince Alfred d'Angleterre, second fils de la reine Victoria,
+qui venait d'être élu par les Grecs à une forte majorité. On ne savait
+plus qui proposer ni trouver. Les suffrages des puissances garantes se
+réunirent enfin, en dépit du pronostic de M. Bourée, sur la tête d'un
+prince cadet de la maison de Danemark, le prince Guillaume, qui fut élu
+par les représentants de ses futurs sujets sous le nom de Georges Ier,
+le 31 mars 1863. A la demande de la Turquie, le nouveau souverain prit
+le titre officiel de «roi des Hellènes» et non de roi des Grecs, la
+qualification de Grec étant trop extensive et s'appliquant à de nombreux
+sujets ottomans.</p>
+
+<p>A ce prince de dix-sept ans, sans expérience et que l'on arrachait
+brusquement à ses fonctions d'aspirant dans la marine danoise, on
+offrait une couronne bien pauvre et bien fragile. La Grèce indépendante,
+telle que l'avait délimitée la conférence de Londres, ne comptait guère
+plus de 800.000 habitants; insuffisamment peuplée, ruinée pour longtemps
+par la guerre étrangère et civile qui avait précédé son organisation
+autonome, pillée par les Palikares que la paix avait rendus au
+brigandage, elle était à peine viable, et offrait un aspect analogue à
+celui que présente l'Albanie actuelle à la recherche d'un roi. La partie
+la plus riche du territoire hellénique, la Thessalie, était demeurée
+sous la domination ottomane avec l'Epire et les grandes îles. Ainsi,
+dans la crainte d'affaiblir la Turquie, on avait étrangement compromis
+l'avenir de l'État renaissant, on lui avait enlevé tout moyen de
+reprendre son rôle glorieux d'autrefois, et c'est ce qu'il convient de
+rappeler pour expliquer les difficultés d'évolution de la nation
+émancipée et pour admirer l'espèce de miracle qu'avec des moyens si
+réduits, et après bien des échecs et des angoisses, elle est parvenue à
+réaliser avec le secours de son roi.</p>
+
+<p>Ce roi, qui n'était pas riche, et auquel la France, l'Angleterre et la
+Russie avaient dû faire chacune, sur les intérêts de la dette
+hellénique, l'abandon de 4.000 livres sterling pour l'entretien de sa
+cour, portait à son royaume un premier accroissement de territoire, les
+îles Ioniennes, que l'Angleterre cédait à Georges Ier en don de joyeux
+avènement. «Ma force est dans l'amour de mon peuple, dit le jeune
+souverain en montant sur le trône, je veux faire de la Grèce un modèle
+pour les royaumes balkaniques.» La tâche devait être ardue et, pendant
+tout un demi-siècle, en dirigeant, avec la plus souple intelligence et à
+travers tant d'obstacles, les destinées de la nation qui lui avait été
+confiée, il lui fallut s'appliquer à défendre les intérêts et les
+espoirs de son peuple sans encourir le reproche de troubler la paix
+européenne. Il voyagea beaucoup, de capitale en capitale, s'autorisant
+de ses relations de famille et d'amitié pour plaider avec chaleur, avec
+adresse, avec constance toujours, la cause hellène. Cet homme aimable,
+simple, bon vivant, dont la svelte et jeune silhouette d'officier de
+cavalerie et le visage barré par une blonde et forte moustache de
+Gaulois ou de Palikare étaient familiers aux Parisiens, connut, dans son
+palais d'Athènes, des heures terribles et de véritables angoisses
+dynastiques. Il en fut ainsi au cours des difficultés crétoises, des
+désastres de la guerre gréco-turque de 1897, et, récemment encore, il y
+a quatre ans, lors des sommations de la ligue militaire qui l'obligèrent
+à exclure de l'armée les princes, ses fils et petits-fils, et l'héritier
+du trône lui-même. Un autre, sans doute, eût succombé à la tâche devenue
+trop ingrate. Le roi Georges sut persister dans son effort, et ce fut
+heureux pour la Grèce. Il venait d'ailleurs de rencontrer le
+collaborateur du destin, un grand Crétois, M. Venizelos, qui réconcilia
+les partis dans une oeuvre commune de régénération nationale,
+reconstitua l'armée qu'il fit instruire par le général français Eydoux,
+et prépara ainsi les admirables résultats d'aujourd'hui.</p>
+
+<p>Le roi Georges Ier est mort en arrivant au but. Il tombe symboliquement
+à Salonique comme ces victorieux qui expirent en plantant leur drapeau
+sur le mur d'une ville conquise; et lorsque, sur la place de la
+Constitution, devant le palais royal d'Athènes qui prit feu si
+mystérieusement pendant la crise intérieure de 1909, on élèvera un
+monument national au roi Georges, on y inscrira qu'il reconstitua la
+patrie grecque.</p>
+
+<p>Le successeur du souverain mort, le Diadoque d'hier, duc de Sparte,
+maintenant le roi Constantin, est né à Athènes en 1868. De son mariage
+avec la princesse Sophie de Prusse sont nés cinq enfants, dont trois
+princes. Les désastres militaires de 1897, dont on lui fit un moment
+porter la responsabilité, affaiblirent sa popularité et il dut, on se le
+rappelle, abandonner, il y a quatre ans, sur les injonctions de la ligue
+militaire, les fonctions de généralissime. Mais M. Venizelos vint
+remettre chaque chose à sa place et l'héritier du trône à la tête de
+l'armée du roi. Heureusement! Car le Diadoque, au cours de la campagne
+actuelle, s'est révélé un vrai chef de guerre. C'est lui qui a inscrit
+sur le drapeau grec les noms des grandes victoires de Thessalie et
+d'Epire et l'on peut affirmer que le roi Constantin Ier est aujourd'hui,
+par les satisfactions qu'il a données à l'orgueil de son peuple, l'homme
+le plus populaire de son royaume.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Albéric Cahuet.</span></span></p><br><br>
+
+<p><i>Le croiseur turc</i> Hamidieh--<i>ce vaisseau errant qui, depuis un mois,
+avait été signalé à Malte, dans les eaux du Levant et jusque dans la mer
+Rouge--vient d'accomplir un raid surprenant, et de jeter le trouble là
+où on ne l'attendait point. Il s'est brusquement présenté, le 12 mars
+dernier, devant Durazzo, puis devant Saint-Jean-de-Médua, où il a coulé
+ou endommagé quelques transports serbes et grecs, chargés de vivres et
+de munitions. Quelques jours auparavant, il avait fait escale à
+Beyrouth. C'est de là qu'un de</i> <i>nos lecteurs, M. Nour El-Dine Beyhum,
+qui a pu être reçu par son commandant, Hussein Raouf bey, nous adresse,
+avec la photographie reproduite ci-dessus, les notes suivantes sur sa
+visite à bord du</i> Hamidieh. <i>Elles prennent un intérêt documentaire, par
+suite de l'apparition inopinée du croiseur dans l'Adriatique, et du fait
+qu'on l'avait prétendu commandé par un Anglais.</i></p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/004b.png"><br><b>
+Le croiseur cuirassé turc <i>Hamidieh</i> à Beyrouth.</b></p>
+
+<p>Le lundi 3 mars, à 7 h. 1/2 du soir, un navire illuminé, promenant sans
+cesse autour de lui les rayons de ses projecteurs, apparaissait en vue
+de Beyrouth: c'était le <i>Hamidieh</i>, qui, peu après, jetait l'ancre en
+rade.</p>
+
+<p>Le lendemain, à peine le bruit de son arrivée s'était-il répandu, qu'une
+foule de curieux gagnait les quais malgré la pluie et le vent, pour
+admirer de loin ce bateau de guerre très estimé. Voulant le voir de plus
+près, je pris un canot, qui me conduisit à bord. Un soldat porta ma
+carte au commandant et m'introduisit dans un salon, où je n'eus pas
+longtemps à attendre. Le commandant, Raouf bey toujours gai et content,
+entra bientôt, la main tendue, et engagea la conversation en anglais, me
+parlant de la beauté du Liban et de la ville que l'on pouvait apercevoir
+par les fenêtres, de la générosité des habitants de Beyrouth, dont il
+avait reçu de nombreux présents: du sucre, du riz, de la farine, des
+cigarettes... S'interrompant un instant, Raouf bey appela un de ses
+officiers, auquel il remit un rouleau de papier de grand format en lui
+disant de le porter à la T. S. F. C'était sans doute un rapport qu'il
+faisait adresser au ministère de la Marine.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/004c.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Signature autographe de Hussein Raouf bey,<br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;commandant du <i>Hamidieh.</i></b></p>
+
+<p>Midi ayant sonné, je me levai pour prendre congé; mais le commandant,
+passant dans la salle à manger du bord, me pria de bien vouloir lui
+tenir compagnie et de déjeuner avec lui et ses officiers. A table,
+j'essayai plusieurs fois d'amener l'entretien sur des sujets politiques.
+Mes efforts furent vains: Raouf bey sut toujours détourner la
+conversation, paraissant s'intéresser beaucoup aux changements de
+température, fréquents ce jour-là. Voici le menu du repas servi par le
+maître d'hôtel du <i>Hamidieh</i>, un Grec sujet Ottoman: potage aux pattes
+de moutons; omelette; poulet; fèves vertes sautées au beurre; baklavia
+(gâteau du pays); café.</p>
+
+<p>Le déjeuner fini, je demandai au commandant un autographe de lui, qu'il
+m'accorda avec plaisir. Et je me retirai, emportant le souvenir
+ineffaçable de son amabilité et de sa parfaite courtoisie.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005a.png"><br><b>Silistrie vue de Medjidjié Tabié: au fond, le Danube.</b></p>
+
+<h3>SILISTRIE ET LE DIFFÉREND BULGARO-ROUMAIN</h3>
+
+<p class="mid"><span class="sc">(lettre de notre envoyé spécial)</span></p>
+
+<p><i>Silistrie, voilà bien l'un de ces noms de villes danubiennes qui, hier
+encore ignorés du tourisme lui-même, doivent au caprice des événements
+de surgir brusquement dans l'histoire. Le différend bulgaro-roumain, en
+ce moment soumis au conseil des ambassadeurs à Saint-Pétersbourg, vient
+de placer Silistrie au premier rang de l'actualité diplomatique et c'est
+de Silistrie que l'un de nos meilleurs écrivains militaires et
+correspondants de guerre, M. Réginald Kann, qui vient de se rendre, pour
+L'Illustration, en Bulgarie, nous a adressé, texte et documents, les
+intéressantes informations de nos trois pages sur la grave et
+inquiétante discussion bulgaro-roumaine.</i></p>
+
+<p>Silistrie, 5 mars.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i30"> C'était un beau sujet de guerre</p>
+<p class="i14"> Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.</p>
+</div></div>
+
+<p>Les vers du bon La Fontaine s'imposent à l'esprit du voyageur qui
+débarque à Silistrie. Pour s'y rendre, de Sofia, il a fallu accomplir un
+long et fastidieux circuit, car le petit port danubien n'est pas relié
+au réseau ferré bulgare et le service des bateaux à vapeur ne fonctionne
+pas encore en cette saison. On doit donc passer par Rouchtchouk,
+Bucarest et gagner Calarachi, ville roumaine située sur le petit bras du
+fleuve. De ce point il y a encore trois heures de navigation en barque;
+pour remonter le courant, la rame ne suffit pas; les mariniers attachent
+au mât une corde, à l'aide de laquelle ils halent l'embarcation, en
+suivant la berge boueuse d'un pas lent et mal assuré.</p>
+
+<h4>LA VILLE DE SILISTRIE</h4>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/005b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Barque faisant le service de Silistrie à<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Calarachi.</b></p>
+
+
+
+<p>Au débouché dans le grand'bras du Danube, Silistrie apparaît allongée
+sur le rivage. Cette première vision ne manque pas de beauté. Les
+minarets, les peupliers dominant les maisons basses, se découpent en
+pointes élancées sur la pourpre du soleil d'hiver à son déclin:
+Silistrie se montre ainsi comme quelque ville orientale de conte de
+fées. Mais, à mesure qu'on s'approche en luttant contre le flot, le
+mirage s'évanouit, et lorsque, tout transi par la bise glacée qui n'a
+cessé de souffler, on saute enfin à terre, on se sent envahi par la
+pénétrante tristesse du lieu.</p>
+
+<p>Cinq minutes de marche vous conduisent d'un bout à l'autre de la ville,
+dont la lisière est marquée par une large rigole à demi comblée, où des
+enfants turcs et des pourceaux jouent et se poursuivent à travers les
+immondices; ce dépotoir est tout ce qui reste du fossé de l'ancienne
+enceinte, dont les murs ont depuis longtemps disparu.</p>
+
+<p>Le quartier ouest de Silistrie, habité presque exclusivement par des
+Turcs, vaste fouillis de baraques en planches, rappelle la zone
+militaire parisienne; la population en est également misérable; mais,
+sous ses haillons bariolés, le musulman conserve une dignité nonchalante
+qu'ignorent les chiffonniers de l'Occident. Le reste de la ville offre à
+l'oeil une succession de maisons ternes, mal bâties et souvent
+délabrées; les boutiques, les cabarets sont rares et de médiocre
+apparence; la plupart, dont les propriétaires ont été appelés sous les
+drapeaux, sont fermées depuis le commencement de la guerre. On remarque
+à peine l'église, carré de maçonnerie fraîchement badigeonnée, et
+l'hôtel de ville, installé dans le konak, ancienne résidence du dernier
+pacha. Sans le lycée et la caserne, édifices monumentaux et récents, qui
+attestent les efforts des Bulgares pour développer l'instruction et la
+puissance militaire de la nation, on se croirait ici dans une grosse
+bourgade turque du dix-huitième siècle. La tournée d'exploration
+s'achève en moins d'une heure à travers les rues vides, où quelques
+réverbères hésitants s'allument dans le crépuscule. Malgré l'impression
+pénible qui s'en dégage, on ne peut s'empêcher de sourire en songeant
+que cette nécropole a failli déchaîner la guerre et peut-être entraîner
+toute l'Europe en un conflit général. Rappelons dans quelles conditions
+la controverse s'est engagée et sur quels arguments s'appuient les
+antagonistes.</p>
+
+<h4>LA THÈSE ROUMAINE ET LA THESE BULGARE</h4>
+
+<p>«Nous avons été les mauvais marchands de tous les traités du siècle
+dernier, disent les Roumains. En 1848, nos frères de Pennsylvanie ont
+secouru l'Autriche contre la Hongrie; pour prix de leur dévouement, les
+Autrichiens les ont soumis à la domination des Hongrois, qui les
+oppriment. De même, en 1877, nous avons secondé les Russes à Plevna et,
+grâce à nous, ils ont pu arracher à la domination turque ces mêmes
+Bulgares, qui se dressent aujourd'hui contre nous. Comment nous en
+a-t-on récompensés? En nous enlevant la riche Bessarabie, peuplée de
+Roumains, pour nous donner la Dobroudja, pays inculte qu'habitaient
+quelques milliers de musulmans et de Bulgares; grâce à l'activité de nos
+colons et aux dépenses que nous nous sommes imposées pour construire le
+port de Constantza et le pont de Cernavoda, un des plus beaux ouvrages
+d'art du monde, nous avons transformé ce désert en une contrée de bon
+rapport, dont la population est aujourd'hui en majorité roumaine. Mais
+le traité de 1878 ne nous a pas accordé la totalité de la province; il
+nous a, en outre, imposé une frontière indéfendable. Or, les Bulgares
+n'ont cessé de réclamer la Dobroudja et leur propagande irrédentiste se
+poursuit sans trêve. La Bulgarie va bientôt doubler son territoire et sa
+population à la suite de ses succès. En échange de notre neutralité, qui
+lui a permis de remporter la victoire, nous demandons une rectification
+de frontière, nous donnant Baltchik sur la mer Noire et Silistrie sur le
+Danube, surtout cette dernière ville, qui est la clef de la Dobroudja et
+que plusieurs négociateurs du traité de Berlin, notamment le délégué
+français, M. Waddington, avaient réclamée pour nous.»</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/005c.png"><br>
+<img alt="" src="images/005c1.png"><b>Chemin de fer.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+<img alt="" src="images/005c2.png">Routes.<br>
+<img alt="" src="images/005c3.png">Chemin de fer projeté par la Roumanie<br> si elle obtient
+Silistrie.</b></p>
+
+<p>Les Bulgares répondent: «Si les Roumains ont à se plaindre de n'avoir
+pas été bien traités par les Russes en 1877, qu'ils s'en prennent à
+ceux-ci et non à nous qui n'y pouvons rien. D'ailleurs la Dobroudja n'a
+pas été une mauvaise acquisition, à telle enseigne qu'ils ne
+l'échangeraient certes pas aujourd'hui pour la Bessarabie, si on le leur
+offrait; ils ont plutôt gagné au change. Au contraire, les Bulgares ont
+perdu de ce fait une province, où ils se trouvaient en majorité. Ce sont
+donc eux qui ont subi le plus grave préjudice. Cependant nous ne
+songeons pas à revendiquer ce territoire d'abord par respect pour la
+décision du tsar libérateur, ensuite parce que nous reconnaissons
+qu'elle est indispensable à nos voisins. Nous rejetons l'accusation
+d'irrédentisme qu'on porte contre nous; jamais le gouvernement ni
+l'opinion n'ont encouragé aucune campagne de ce genre et on ne peut nous
+rendre responsables des paroles en l'air de quelques chauvins isolés.
+Mais nous nous refusons à céder de nouvelles régions nous appartenant.
+Si la Roumanie voulait profiter du remaniement de la péninsule
+balkanique, il lui fallait prendre sa part des sacrifices que tous les
+autres peuples chrétiens se sont imposés. Pourtant, par esprit de
+conciliation, nous consentons à rectifier la frontière, mais en nous
+refusant à livrer Silistrie, ville purement bulgare et centre
+intellectuel que nous ne pouvons céder. Nous avons été particulièrement
+froissés de voir nos voisins attendre si longtemps pour formuler leurs
+revendications, en venant nous mettre le couteau sur la gorge au moment
+où nous nous trouvions engagés à fond contre les Turcs.»</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="illustration">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<img alt="" src="images/005c1.png"><b>
+Chemins de fer.<br>
+++++++ Frontière actuelle.<br>
+-.-.-.-. Rectification acceptée par la Bulgarie.<br>
+........ Rectification réclamée par la Roumanie.</b></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006b.png"><br><b>Groupe des fonctionnaires de Silistrie.</b></p>
+
+<p>A cette dernière récrimination, les Roumains répliquent que, s'ils ne
+sent pas intervenus plus tôt, c'est parce que l'Europe avait d'abord
+annoncé qu'elle exigerait le maintien du <i>statu quo</i> dans la Péninsule.
+En ce cas, ils n'avaient rien à demander. Mais, du jour où l'Europe a
+modifié son point de vue et admis un remaniement de la carte balkanique,
+la Roumanie avait le droit de se faire entendre et l'a fait, sans qu'on
+puisse lui reprocher de méditer un coup de Jarnac.</p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>Telles sont, dans leur ensemble, les thèses des deux parties. En ce qui
+concerne la ville de Silistrie, la discussion s'appuie sur un ensemble
+de considérations, qui seront soumises aux délégués des puissances
+médiatrices et que nous avons entrepris d'examiner sur l'emplacement
+même du litige.</p>
+
+<h4>LES DROITS HISTORIQUES ET L'ARGUMENT DES NATIONALITÉS</h4>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006c.png"><br><b>UNE MANIFESTATION A SILISTRIE.<br>--Un jeune étudiant
+harangue la foule réunie pour célébrer l'anniversaire<br> de la libération
+de la Bulgarie du joug ottoman.</b></p>
+
+<p>Il suffit de quelques jours de résidence dans une capitale balkanique
+pour se familiariser avec le jargon politique habituellement employé
+dans la discussion des questions d'Orient. Lorsqu'un pays désire opérer
+une annexion territoriale par voie diplomatique, sa procédure se fonde
+invariablement sur les quatre arguments suivants: droits historiques,
+considérations ethniques ou de nationalités, conditions économiques,
+nécessités stratégiques; dans le différend actuel, la discussion n'est
+pas sortie du cadre accoutumé.</p>
+
+<p>Le demandeur commence toujours par faire valoir ses droits historiques:
+c'est l'argument le plus commode. En effet, suivant l'époque à laquelle
+on se place, chaque peuple peut revendiquer non seulement telle ou telle
+région, mais encore la Péninsule entière, ou peu s'en faut. Les Serbes
+de Douchan, les Bulgares du tsar Siméon ont possédé tout le pays
+s'étendant de la mer Egée à l'Adriatique; les Roumains se réclament de
+l'empereur Trajan, les Grecs de Justinien ou d'Alexandre le Grand. Les
+Albanais vont plus loin; ne descendent-ils pas des Pélages, les premiers
+occupants; pour eux, il ne s'agit plus de droits historiques, mais de
+droits... préhistoriques. Malheureusement, la conquête ottomane, en
+courbant toutes les têtes sous le joug commun, est venue niveler ces
+prétentions. D'ailleurs on a tellement usé et abusé des droits
+historiques que l'effet s'en est émoussé. Aussi, n'est-ce sans doute que
+pour se conformer à une vénérable tradition qu'on a vu la Roumanie
+rappeler qu'un de ces volvodes, un certain Mitcho, occupa Silistrie
+pendant une trentaine d'années au quatorzième siècle.</p>
+
+<p>Il n'est guère plus facile d'apprécier l'argument des nationalités, car,
+dans les Balkans, on change son origine à peu de frais. C'est une simple
+question de désinence des noms propres. La terminaison <i>of</i> est bulgare,
+<i>vitch</i> serbe, <i>esco</i> roumaine, <i>idis</i> hellénique. Combien de personnes
+ont mutilé une syllabe pour échapper à l'oppression d'un gouvernement de
+propagande! Combien de Popof sont devenus Popesco ou Popovitch, ou
+inversement!</p>
+
+<p>On voit quel parti il est possible de tirer de pareilles fluctuations.
+«Pourquoi diable, me dit un fonctionnaire roumain, nos voisins
+tiennent-ils tant à Silistrie? Une statistique digne de foi montre que
+plus de la moitié de ses habitants sont étrangers.» Mais les Bulgares
+s'indignent lorsque je leur rapporte ce propos. L'actif secrétaire de la
+mairie de Silistrie court compulser les statistiques et en extrait les
+chiffres suivants: population totale: 12.537. Bulgares, 8.260; Turcs,
+3.780 (y compris environ 500 Tartares et Tziganes); Arméniens. 250;
+Israélites, 165; Roumains, 57; divers, 25. «Si, ajoute-t-il, nous avions
+si peu de nationaux ici, pourquoi aurions-nous fondé cinq écoles
+primaires, deux lycées, une école normale, sans compter les écoles
+primaires supérieures et professionnelles? Notre ville a versé un
+million à l'emprunt de guerre intérieur, alors que la capitale, dix fois
+plus peuplée et plus riche, n'y a contribué que pour 7 millions. Le
+régiment de Silistrie, le valeureux 31e, a mérité à Bounar-Hissar le
+surnom de «régiment des héros». D'ailleurs, c'est demain notre fête
+nationale; vous pourrez voir les habitants de Silistrie réunis et juger
+par vous-même.»</p>
+
+<h4>L'ANNIVERSAIRE DU TRAITÉ DE SAN STEFANO</h4>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007a.png"><br><b>Soldats se rendant à la cérémonie commémorative du traité<br>
+de San Stefano Ce sont des jeunes gens de la dernière classe<br> appelée,
+s'instruisant au dépôt du 31e régiment.</b></p>
+
+<p>Le lendemain j'assiste à la cérémonie commémorative de la libération de
+la Bulgarie qui se déroule sur la grand'place, entre la mairie et la
+mosquée. On a planté quelques poteaux ornés de fanions tricolores. La
+garnison vient se former en carré, puis voici les jeunes filles des
+écoles, qui accompagnent de leurs cantiques le service divin, et toute
+une multitude endimanchée composée presque exclusivement de vieillards,
+de femmes et d'enfants. L'office terminé, la troupe regagne les
+casernes; la foule, au contraire, se resserre autour d'une estrade
+improvisée, du haut de laquelle un jeune étudiant entreprend de la
+haranguer; il s'agit, bien entendu, du différend bulgaro-roumain. Après
+avoir rappelé les événements passés, qui rassemblent en ce jour tous les
+Bulgares, l'orateur expose le sujet du litige actuel. «N'en veuillez pas
+au peuple roumain, s'écrie-t-il, il n'est pour rien dans les
+revendications du gouvernement de Bucarest; seuls des politiciens,
+poussés par des intérêts de parti, ont échafaudé cette oeuvre néfaste.
+Pourquoi veulent-ils nous annexer de force? Qu'avons-nous fait pour
+qu'on nous traite ainsi? Est-ce un crime d'avoir secouru nos frères de
+Macédoine? Tous nos hommes valides sont allés combattre l'ennemi
+séculaire; depuis cinq mois ils souffrent et meurent pour la patrie.
+Allez à la mairie et vous y trouverez affichés les noms de quatre cents
+de nos braves tombés dans les plaines de Thrace, à l'ombre de notre
+drapeau glorieux. Que dirons-nous aux survivants lorsqu'ils rentreront
+dans leurs foyers? Faut-il qu'ils aient combattu et peiné si durement
+pour qu'on les contraigne à devenir Roumains? Est-ce là le prix de leur
+victoire si chèrement acquise?</p>
+
+<p>«Et quel sort vous attendrait sous le régime étranger? Vous faites
+partie d'une nation démocratique, égalitaire, où les biens sont
+justement répartis, où tous jouissent des mêmes droits politiques. La
+Roumanie est un pays féodal; le peuple n'y compte pour rien, le suffrage
+universel n'y existe pas. Les Bulgares de Dobroudja, soumis aux
+Roumains, ont vécu pendant plus de trente ans sous un régime spécial et
+désavantageux. Comme Bulgares, comme hommes libres, nous ne pouvons
+accepter l'annexion.»</p>
+
+<p>Cette allocution, prononcée d'une voix chaude et passionnée, paraissait
+agir profondément sur l'auditoire. Aucune manifestation ne l'accueillit,
+mais un silence morne, mille fois plus impressionnant que des vivats.</p>
+
+<h4>CE QUE VAUT SILISTRIE AUX POINTS DE VUE ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIQUE</h4>
+
+<p>Il y a peu de chose à dire de la vie économique de Silistrie. Son port,
+qui desservait autrefois une vaste région, s'est vu amputé d'une partie
+de l'hinterland qui l'alimentait; le traité de 1878, en effet, a fait
+passer la frontière roumaine presque sous ses murs. Depuis lors elle a
+de la peine à vivre.</p>
+
+<p>Il nous reste à examiner la situation au point de vue stratégique.
+Silistrie faisait autrefois partie du quadrilatère du Bas-Danube, avec
+Rouchtchouk, Choumla et Varna. Ces places, quoique fort archaïques,
+jouèrent encore un rôle important au cours de la dernière guerre
+turco-russe. Elles empêchèrent l'armée moscovite de déboucher dans la
+Bulgarie orientale et les obligèrent à passer le fleuve en amont, à
+Sistova. Les progrès de l'artillerie ont, depuis cette époque, rendu les
+défenses du quadrilatère tout à fait inutilisables. Silistrie est
+dominée par un plateau d'une soixantaine de mètres d'altitude, ou, plus
+exactement, par trois éperons qui s'en détachent, s'abaissent en pente
+douce et viennent mourir à quelques pas des premières maisons de la
+ville. Sur ces trois éperons les Turcs ont construit, en 1810, trois
+ouvrages: Medjidjié Tabié, Ordou Tabié et Arab Tabié. Le traité de
+Berlin a laissé les deux premiers en territoire bulgare et donné le
+troisième aux Roumains. J'ai pu longer le fort de Medjidjié Tabié,
+redoute rectangulaire d'environ 600 mètres de développement,
+complètement abandonnée et veuve de ses canons. Le talus s'écroule;
+seule l'escarpe de pierre tient encore bon. Même si la ligne de forts
+était composée d'ouvrages plus modernes et bien armés, elle ne
+présenterait pas une valeur militaire sérieuse, car la frontière, en la
+coupant en deux, la neutralise en quelque sorte pour les Bulgares comme
+pour les Roumains.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/007b.png"><br>
+<b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le plateau de Medjidjié Tabié.</b></p>
+
+<p>Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que les dernières
+propositions du gouvernement de Sofia aient compris la cession d'Ordou
+Tabié et de Medjidjié Tabié, malgré le dommage qui en résultera pour les
+habitants de Silistrie; ils perdront leurs vignes, leurs vergers et les
+sources qui alimentent la ville. Cette offre n'a pas satisfait les
+Roumains, dont les visées stratégiques sont d'une bien plus grande
+envergure. Les voici:</p>
+
+<p>Afin de défendre la frontière de la Dobroudja contre une offensive
+bulgare dirigée sur Constantza et le pont de Cernavoda, mal protégé par
+une tête de pont insuffisante, les Roumains veulent établir, du Danube à
+la mer Noire, une ligne fortifiée solide. Cette barrière doit
+nécessairement s'appuyer, à ces deux extrémités, à des forteresses de
+premier rang, qui seront les musoirs de la digue, comme Epinal et
+Belfort pour celle de la Moselle, Verdun et Toul pour celle de la Meuse.
+Le point d'appui oriental sera Mangalia, dont la lagune, profonde de 30
+mètres, peut être facilement reliée à la mer et servira de port
+militaire à la flotte de guerre qu'on désire augmenter. Quant au point
+d'appui occidental, il devra être relié à la Roumanie proprement dite
+par un pont de chemin de fer. Or, en amont de Cernavoda, Silistrie est
+le premier point où ce pont peut être construit. C'est là, en effet, que
+commence l'île de Baltea, dont le sol marécageux est trop inconsistant
+pour servir d'infrastructure aux masses métalliques qu'il devrait
+supporter. Silistrie seule, où le fleuve se rétrécit, remplit les
+conditions voulues. La Roumanie ne saurait se passer ni de la ville
+même, où doit aboutir le pont, ni d'une zone environnante de plusieurs
+kilomètres de rayon sur le périmètre de laquelle on construira des forts
+capables de protéger la place contre les projectiles de gros calibre.
+Medjidjié Tabié et Ordou Tabié sont beaucoup trop rapprochées pour
+remplir ce rôle. La frontière nouvelle, au lieu de partir de Medjidjié
+Tabié pour aboutir à la mer, à hauteur de Dobritch, comme on l'a proposé
+récemment à Sofia, commencerait à quelques kilomètres en amont de
+Silistrie et se terminerait à Baltchik.</p>
+
+<p>«Nous répétons, disent les Bulgares, que nous n'avons aucune intention
+hostile à l'égard de la Roumanie. La preuve en est que notre armée ne
+possède pas un seul équipage de pont, tandis que les Roumains ont un
+matériel qui leur permet de jeter un ou deux ponts de bateaux sur le
+Danube et viennent de passer des commandes pour se procurer un
+supplément de matériel. Quant à leur projet concernant Silistrie, il ne
+présente pas seulement un caractère défensif. La ville ainsi transformée
+en forteresse reliée à l'autre rive du Danube par une voie ferrée
+deviendrait un point d'appui offensif extrêmement dangereux pour nous.
+Les armées roumaines qui se concentreraient à l'abri de ses forts se
+trouveraient à pied d'oeuvre pour se jeter au coeur de notre pays. Nous
+ne pouvons vivre sous cette menace constante.»</p>
+
+<p>Nous avons essayé d'exposer les causes du différend, les demandes et les
+arguments des deux nations qu'il met aux prises. Il ne nous appartient
+pas d'exprimer un avis sur le bien-fondé des revendications de l'une ou
+l'autre des parties. Nous nous contenterons de faire observer que la
+question stratégique constitue le fond du litige, qui peut se résumer en
+une seule phrase: la Roumanie obtiendra-t-elle le moyen de construire à
+Silistrie une forteresse défensive et offensive? Tel est le problème qui
+se pose aux puissances médiatrices.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Réginald Kann.</span></span></p><br><br>
+
+<h2>L'ARMÉE BULGARE</h2>
+
+<p class="mid"><span class="sc"><b>CROQUIS ET IMPRESSIONS D'UN PEINTRE MILITAIRE FRANÇAIS EN THRACE</b></span></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008small.png"><br><a href="images/008large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<h4>INFANTERIE EN CAMPAGNE</h4>
+
+<p class="mid">Tambours.--Officier monté.--Jeune clairon du 1er régiment.--Officiers et
+soldats (réserve).</p>
+
+<p class="mid"><span class="sml"><i>Page de croquis en couleurs de <span class="sc">Georges Scott.</span></i></span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009.png"><br><b>Le ravitaillement de Tchataldja: un convoi partant de
+Dimotika vers le front.</b><br> <i>D'après une aquarelle de GEORGES SCOTT.</i></p>
+
+<h3>VISIONS DE GUERRE</h3>
+
+<h4>UN PEINTRE FRANÇAIS SUR LES CHAMPS DE BATAILLE DE THRACE</h4>
+
+<p>Le souci qui doit guider toujours et avant tout un journal tel que
+<i>L'Illustration</i> d'être rapidement et exactement documenté nous imposait
+d'abord, et nécessairement, en présence des événements qui viennent de
+se dérouler à l'Orient de l'Europe, le devoir de recourir à la
+collaboration d'habiles et actifs reporters photographes et
+d'informateurs spécialisés dans les questions militaires. Les articles
+et les photographies de MM. Georges Rémond, Alain de Penennrun, Jean
+Leune, etc. (1), qui ont paru ici depuis le commencement des hostilités
+dans les Balkans, n'ont dû, certes, laisser aux lecteurs qui nous
+avaient fait confiance aucune déception.</p>
+
+<blockquote>(1) L'auteur de cet article n'a pas voulu citer ici son propre nom. Mais
+personne n'a oublié ses remarquables correspondances du Monténégro,
+pendant la première phase des hostilités.<br>--N. D. L. R.</blockquote>
+
+<p>Pourtant, dans le même moment que nous dépêchions vers les lieux où se
+jouaient les destinées de l'empire ottoman ces excellents
+collaborateurs, il nous apparaissait qu'à côté de l'objectif,
+enregistreur exact, mais un peu trop machinal, souvent, des brutales
+réalités, il devait y avoir, sur tous ces champs de bataille, une belle
+moisson à récolter pour un peintre militaire de bonne souche, pénétré
+des traditions du genre, mais soucieux de les rafraîchir aux sources
+vives de la réalité.</p>
+
+<p>Qu'on veuille bien, en effet, remarquer que très peu, parmi nos actuels
+peintres de batailles, ont vu, de leurs yeux vu, les scènes qu'ils nous
+représentent, ou des scènes analogues susceptibles de les inspirer.
+Édouard Detaille, qui vient de disparaître, était l'un des derniers
+survivants des temps héroïques, l'un des derniers qui eussent réellement
+contemplé «la guerre et ses désastres». Et cet accent de vérité qui nous
+saisissait dans les toiles d'un Neuville, d'un Protais, d'un Lagarde,
+risque fort de faire défaut aux oeuvres purement imaginatives de leurs
+successeurs. Les toiles militaires de demain n'auront plus la valeur de
+témoignages.</p>
+
+<p>Cette terrible guerre balkanique, qui nous aura apporté tant d'autres
+enseignements plus graves, pouvait donc, nous semblait-il, fournir à la
+peinture militaire l'occasion d'une sorte de rajeunissement, de
+renaissance. Et c'est pourquoi, dès qu'il nous parut qu'il lui serait
+possible d'avancer jusqu'au front, nous proposions à notre fidèle
+collaborateur Georges Scott de se rendre à l'état-major bulgare.
+L'occasion était trop belle pour qu'il la dédaignât.</p>
+
+<p>Nous avons dit, de reste, quelles difficultés furent opposées aux
+correspondants qui auraient désiré voir de près les opérations. Aucune
+ne fut épargnée à Georges Scott encore que sa réputation d'artiste l'eût
+précédé. A Sofia, qu'il avait gagné, il lui fallut, avant d'obtenir
+l'officielle lettre de recommandation qui devait lui assurer le bon
+accueil de l'état-major, attendre l'accomplissement d'interminables
+formalités. Les hostilités s'achevaient quand il put se mettre en route.
+Mais combien furent plus favorisés que lui? Combien même n'ont pu
+entrevoir ces champs de bataille où s'étaient accomplies d'effroyables
+tueries, et qu'il allait être mis à même, pour sa part, de parcourir en
+détail sous la conduite des meilleurs guides, dont certains avaient pris
+part aux actions qu'ils évoquaient sous ses yeux.</p>
+
+<p>C'est donc surtout l'envers de la guerre qu'a vu Georges Scott. Mais, de
+moins en moins, nous le répétons, les journalistes seront admis à voir
+autre chose, à contempler le combat ou le peu qu'en aperçoivent ceux-là
+mêmes qui le livrent.</p>
+
+<p>Dans ce voyage aux champs de bataille de Thrace, Georges Scott avait
+amassé d'abondants et vivants documents. Vite revenu en France, encore
+sous le coup des fortes impressions qu'il avait ressenties, il se
+mettait à l'oeuvre, au milieu des souvenirs rapportés de là-bas,
+tambours crevés au feu, pièces d'uniformes, dans ce clair atelier de la
+rue Denfert-Rochereau qui est comme un musée militaire en réduction; il
+achevait ses croquis ou ses études, et brossait, dans la fièvre, une
+suite de compositions palpitantes. Toutes ces oeuvres exposées vingt
+jours à la galerie Georges Petit y ont obtenu le plus franc et le plus
+légitime succès, passionnant aussi bien les soldats que nous autres, par
+la nouveauté, l'inattendu des spectacles qu'elles présentaient, par la
+vision, si différente des idées que nous nous en formions d'après de
+classiques et triomphales reproductions, qu'elles nous donnaient de la
+guerre.</p>
+
+<p>Et ce n'était pas une exposition gaie, certes.</p>
+
+<p>Georges Scott lui-même, que l'amour qu'il porte à son art a conquis
+d'avance à tout ce qui touche de près ou de loin aux fastes militaires,
+Georges Scott, ardemment «panachard», fut même pris d'un scrupule, au
+moment où il allait soumettre au jugement du public ces impressions
+souvent cruelles. Au point qu'il crut devoir s'en expliquer dans une
+préface dont il fit précéder son catalogue.</p>
+
+<p>Il ne voulait pas qu'on vît dans cette suite de scènes souvent pénibles
+«une expression symbolique de la guerre».</p>
+
+<p>«D'abord, ajoutait-il, je n'ai vu que le dernier acte de la tragédie,
+l'oeuvre de mort.</p>
+
+<p>» Lorsque je suis arrivé sur le terrain des opérations, le canon était
+sur le point de se taire. Je n'ai donc vu que les tristesses inévitables
+de la guerre en ses heures poignantes, les champs de bataille couverts
+de morts, les convois de blessés et de malades, les ambulances, les
+hôpitaux.»</p>
+
+<h4>LES ÉTAPES DE LA VICTOIRE</h4>
+
+<p>De fait, la première sensation qu'il a du drame--c'est à Rouchtchouk,
+sitôt franchi le Danube--est affreuse. Les hôpitaux débordent de
+blessés, qui refluent sur la rue sitôt qu'il leur est possible de
+s'évader de la géhenne. Dans la ville, les soldats des milices ont
+remplacé la police et montent leurs gardes coiffés du <i>bachelik</i>, cet
+étrange petit capuchon de drap brun, si parfaitement pratique en
+campagne, déclare Scott.</p>
+
+<p>Et puis, à Rouchtchouk encore, la boue apparaît, la boue qui donnera à
+la plupart des scènes retracées plus tard par le pinceau du peintre leur
+aspect caractéristique;--la boue, horrible, enlisante, déprimante, qu'il
+faut avoir vue, affrontée, pour se rendre compte des souffrances
+véritables qu'elle peut causer, de l'obstacle qu'elle peut être aux
+volontés des coeurs les plus vaillants.</p>
+
+<p>De Rouchtchouk, Georges Scott s'en va directement à Mustapha-Pacha. Les
+trains arrivent jusque-là, et c'est la partie aisée du voyage.</p>
+
+<p>On croise en abondance des combattants qui reviennent du feu, des
+blessés, des malades évacués en arrière sur les hôpitaux. Et, dès
+l'abord, l'artiste est frappé de l'allure, de l'aspect, si différents de
+ce qu'il s'attendait à voir, de ces troupes qui ont fait campagne. Où
+sont les corrects uniformes du début? Ces soldats sont vêtus à la diable
+d'effets récoltés au hasard, une fois la tenue régulière détériorée ou
+perdue. Beaucoup arborent des uniformes turcs. La plupart même de ces
+revenants n'ont pas de casquette, plus de coiffure,--le <i>bachelik</i> tout
+au plus, tantôt cache-nez, tantôt capuchon.</p>
+
+<p>A Mustapha, les tableaux de guerre se précisent. La plaine se jalonne de
+villages incendiés. De longs convois de chariots chargés de blessés,
+convergeant vers ce noeud, y produisent un inévitable encombrement, et,
+quelle que soit l'activité du commandement, un peu de désarroi. Ces
+véhicules étranges, attelés de boeufs, bâtis à l'aventure, et qui
+tiennent bon dans cette boue, dans ces fondrières, en vertu d'on ne sait
+quel miracle, vont et viennent, en interminables files, d'un bout à
+l'autre de l'espace monotone, combles d'hommes, de vivres, de munitions.
+Le bruit de leurs roues grinçantes obsède encore, après des semaines,
+celui qui l'a une fois entendu.</p>
+
+<p>Après deux jours de halte, on repart. Une route --une piste, plutôt,
+défoncée, ravinée, un lacis d'ornières--court vers Dimotika, à travers
+les champs fangeux. Sur toutes les choses plane un silence lugubre,
+poignant, que trouble le seul gémissement des chars; car les blessés,
+les malades, les mourants, sur leur litière, n'ont pas une parole, pas
+une plainte, muets comme une armée d'ombres.</p>
+
+<p>Au bord du chemin, de place en place, une voiture s'est écroulée, ses
+roues brisées; on l'a laissée là, abandonnée, amas de bois perdu. Des
+cadavres de buffles achèvent de se décomposer au creux d'une flaque de
+vase, à demi rongés par les chiens.</p>
+
+<p>A Sémely, on trouve un service d'automobiles qui fonctionne vers
+Dimotika: de grosses autos de transports, des fourgons massifs et
+résistants, dont les larges roues s'enfoncent jusqu'au moyeu dans le
+marécage de la piste.</p>
+
+<p>Dimotika est un autre point de concentration, un noeud aussi important,
+et aussi encombré, d'ailleurs, que Mustapha-Pacha. La voie ferrée de
+Tchataldja s'arrête là, en deçà d'Andrinople assiégée. Elle sert
+seulement au transport des hommes, les lourds chariots
+d'approvisionnements continuant, vers Tchataldja, leur route lente.</p>
+
+<p>Dans l'aquarelle reproduite à la page précédente, Georges Scott nous a
+donné une impression de magnifique allure de cette plaine dénudée,
+trempée d'eau, où, sous un ciel brouillé, gros de menaces encore, qui
+verse sur la scène, à travers ses nuages, une pâle lumière hivernale, se
+déroulent jusqu'à perte de vue, vers l'horizon tendu comme un horizon
+marin, les trois lignes serpentantes du convoi, escortées d'hommes en
+armes. A voir ces primitifs véhicules, si admirablement adaptés au pays,
+d'après Georges Scott, en raison de leur simplicité même de structure,
+on dirait la marche en avant de quelque invasion barbare,--n'était
+l'ordre des files, aussi régulièrement alignées que le peut permettre la
+difficulté du terrain.</p>
+
+<p>Arrivé, après un harassant voyage qui lui avait montré les lieux témoins
+des premiers engagements, à Kirk-Kilissé, le peintre y rencontrait et le
+général Savof, commandant en chef des armées bulgares, et le général
+Radko Dimitrief, le vainqueur même des batailles récentes encore. Les
+deux chefs et leurs états-majors firent à ce Français qui leur tombait
+l'accueil le plus charmant. Il eut, pour se documenter, toutes les
+facilités qu'il put désirer, et les indications du cicérone le plus
+obligeant et le mieux documenté: le colonel Stanciof, à qui on l'avait
+confié dès le principe.</p>
+
+<p>Le colonel Stanciof avait primitivement été chargé de conduire aux
+champs de bataille le groupe des attachés militaires étrangers. Lourde
+et délicate tâche! et qui exigeait un tact tout particulier. Car il s'en
+fallait que la concorde, la camaraderie, régnassent entre ces officiers
+représentant des pays si opposés. Entre le groupe «triplice» et le
+groupe «triple entente», on imagine aisément combien il devait être
+difficile de louvoyer sans verser. La mission que remplissait le colonel
+auprès de l'envoyé de <i>L'Illustration</i> était moins périlleuse, et, sans
+doute, moins absorbante aussi.</p>
+
+<h4>UNE BATAILLE ÉCRITE A LA PELLE ET A LA PIOCHE</h4>
+
+<p>La première observation qui frappa Georges Scott, ce fut l'importance
+que prennent, dans la guerre moderne, les tranchées, les abris divers.
+«C'est, dit-il, une guerre de taupes et de terrassiers.» Il ne s'agit
+plus seulement de creuser le petit fossé, avec sa terre rejetée en
+épaulement, à l'avant, qui suffisait pour se défendre naguère contre les
+balles. Le fusil--on l'a répété à satiété au cours de cette campagne
+meurtrière--le fusil est relativement peu dangereux. C'était de
+longtemps un axiome, et l'on se rappelle le dicton sur le poids de plomb
+qu'avec les armes anciennes il fallait lancer pour tuer son homme. Les
+balles actuellement en usage vous traversent un tireur couché de
+l'épaule au bas-ventre sans lui occasionner le plus souvent de désordres
+graves. Mais l'usage des shrapnells a sensiblement modifié les
+conditions de la bataille: cette pluie dense de mitraille qui crible,
+pouce par pouce, le terrain, défonce et broie les crânes, décervelle et
+tue avec une inéluctable sûreté. Devant la nécessité reconnue de
+protéger le soldat à la tête, les hommes compétents, ceux qui viennent
+de voir la guerre, en arrivent à reconnaître l'utilité du casque,--non
+plus coiffure de parade, mais armure défensive. Georges Scott rapporte
+que, dans les tranchées, nombre d'hommes, en entendant éclater les
+shrapnells, se couvraient la tête de leurs pelles de mineurs!</p>
+
+<p>Mais, en général, les Bulgares aménageaient, dans la paroi antérieure de
+leurs retranchements, deux rangées de cavités: une en haut, petite, où
+ils déposaient leurs munitions, une autre au-dessous, plus large,
+comparable, toutes proportions gardées, à ces sortes d'arches, de
+niches, à ces refuges qui, dans les tunnels, peuvent servir aux
+cantonniers surpris par un train à se garer. Et, au premier éclat, les
+hommes se tapissaient sous ces abris. Quant aux Serbes, ils se
+couvraient en hâte la tête de quelques pelletées de terre.</p>
+
+<p>La plaine entière était remuée, fouillée en tous sens, hérissée de
+parapets. Avec ces lignes, on lisait la bataille comme sur une carte,
+heure par heure, bond par bond, avec une merveilleuse clarté.</p>
+
+<p>A Kirk-Kilissé, Georges Scott avait rencontré ces cavaliers endurants
+dont il nous a donné de si alertes croquis en couleurs. A
+Loule-Bourgas--théâtre de la plus grande bataille de cette guerre--il
+allait avoir comme modèles ces fantassins aux longs manteaux gris de
+fer, chargés à plier, et qui pourtant, à la fin de la première partie de
+cette rude campagne, gardaient encore une martiale contenance.</p>
+
+<p>A Loule-Bourgas, on lui fit explorer aussi méticuleusement qu'à
+Kirk-Kilissé tout le champ de bataille, toujours sillonné par ses
+ouvrages, ses tranchées, ses fortifications temporaires, parcourir les
+lignes turques après les lignes bulgares. Passionnante leçon sur le vif,
+pour cet artiste ardemment épris de toutes les choses militaires. Les
+Bulgares, ici, se mouvaient dans une plaine nue, ondulée à peine, qui ne
+fournissait nul abri naturel, et que fermait au fond, devant eux, une
+véritable muraille, abrupte, quasi inaccessible. Les Turcs étaient
+établis là-haut, dans les conditions les plus favorables, par
+conséquent, voyant venir à leurs pieds les adversaires: la victoire,
+pourtant, demeura à l'armée bulgare.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"><br><b>«Dans les plaines infinies et boueuses de la Thrace.»<br>
+Blessés en route vers les hôpitaux de l'arrière.</b><br><i>D'après une aquarelle
+de <span class="sc">Georges Scott.</span></i></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011.png"><br><b>ASPECT D'UNE GARE PENDANT LA GUERRE</b></p>
+
+<p><i>Un train venant de Tchataldja a ramené des blessés et des malades. Ils
+sont transbordés dans les voitures d'ambulance qui vont les conduire aux
+hôpitaux. Des troupes fraîches partent pour le "front" et croisent ceux
+qui en reviennent. Aquarelle de <span class="sc">GEORGES SCOTT</span>.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012a.png"><br><b>Devant Andrinople: le tsar Ferdinand inspecte les
+positions de l'armée bulgare.</b><br>--<i>Phot. de M. Stéphane Tchaprachikof.</i></p>
+
+<p>Georges Scott visita encore Bounar-Hissar, et poussa jusqu'à Viza, ayant
+ainsi refait sur les pas des troupes, pour ainsi dire, toute cette
+foudroyante campagne qui conduisit les Bulgares jusqu'à Tchataldja,
+dernier rempart de Constantinople. Puis il s'en revint, chargé de son
+précieux butin, se mettre à l'oeuvre.</p>
+
+<h4>L'EXPOSITION DE GEORGES SCOTT</h4>
+
+<p>Il y a longtemps, sans doute, qu'on n'avait soumis au jugement du public
+un ensemble de visions aussi directes de la guerre. Le Russe
+Verestchaguine en a, comme à plaisir--par conviction philosophique, pour
+plaider une thèse humanitaire--accumulé les horreurs dans des pages
+inoubliables, mais souvent presque révoltantes. Ici, rien de pareil; une
+série de comptes rendus exacts, par un artiste très vibrant, très doué,
+tout plein d'un sujet qui l'a profondément remué. Cette exposition
+n'était point, je le répète, ne pouvait pas être un spectacle aimable.
+Elle était singulièrement émouvante, tragique parfois.</p>
+
+<p>Dans la plupart de ces compositions, et même des simples croquis
+rehaussés de couleurs ou enlevés seulement à la pointe du crayon, des
+«notes de route», le décor s'harmonise de saisissante façon avec la
+scène qu'il enveloppe.</p>
+
+<p>Des grands ciels largement brossés ou lavés glisse sur des épisodes
+poignants ou lugubres une morne lumière, pâle, hésitante. Très rarement
+un jour blond caresse d'un rayon favorable à l'espoir ces hommes qui
+s'en vont à la mort ou qu'on emporte vers les tables de chirurgie.
+Pourtant, ces deux lamentables blessés qui, d'un pas traînant, «à
+travers les plaines infinies et boueuses de la Thrace», s'en reviennent
+vers des ambulances lointaines, peut-être pour eux inaccessibles,
+cheminent dans un joli crépuscule d'or pâle qui se reflète en étincelles
+aux flaques du sol. Et, de même, une blondeur d'aube éclaire, dans
+l'aquarelle que nous avons reproduite en couleurs sur double page, cette
+saisissante rencontre: un train venant de Tchataldja, lourd de blessés
+et de malades, a déposé sur le quai son triste chargement que des
+voitures, maintenant, vont reprendre pour le conduire vers
+Mustapha-Pacha, d'où se fera l'évacuation sur les ambulances et les
+hôpitaux; un autre convoi, dans le même temps, amenait des troupes
+fraîches que voilà en route pour le front, sitôt débarquées. Des regards
+s'échangent entre ces soldats qui demain... et les autres, ceux qui,
+hier, vaillants, pleins de vie, d'audace, se battaient de si bon coeur
+pour le drapeau et pour la croix. Mais toute cette scène se déroule dans
+le même silence qui pèse partout sur ce pays en guerre, quand n'y gronde
+pas la voix sourde du canon.</p>
+
+<p>Un couchant éclatant s'éploie aussi derrière la <i>Batterie turque réduite
+au silence, à Karagatch</i>, une mystérieuse silhouette de machine tendant
+vers cette pourpre sanglante des morceaux de ferraille dépecée, pareils
+à d'impuissants moignons.</p>
+
+<p>Mais ce sont les atmosphères tristes qui dominent, des ciels comme
+voilés encore par les fumées des incendies, d'autres blafards comme des
+suaires, éclairant des scènes indicibles, villages en ruines, pauvres
+morts héroïques injuriés par les animaux faméliques, pour n'avoir pas
+été enterrés assez profond, ou maltraités encore, après la fin suprême,
+par les vivants, traînés comme de la chair vile, demi-nus, derrière
+quelque chariot dont la moisson de cadavres est déjà trop abondante.</p>
+
+<p>«J'aurais voulu, écrit Georges Scott à la fin de sa courte préface,
+j'aurais voulu, pour compléter ces impressions de guerre par un
+contraste équitable, pouvoir aussi donner une idée de l'enthousiasme
+patriotique des troupes au départ et au combat, de l'émulation de
+sacrifice pendant l'action des batailles; j'ai préféré ne montrer que ce
+que j'ai vu, en essayant d'exprimer ces visions avec toute l'exactitude
+possible.»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012b.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="illustration">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Aux positions avancées de l'artillerie: debout, le major
+Droumef, un héros de Loule-Bourgas.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Les tranchées extrêmes de l'infanterie, sous les
+shrapnells turcs.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><b>PENDANT LES COMBATS DE TCHATALDJA.</b><br>
+--(Clichés pris le 20 novembre 1912.)<br>
+<i>Photographies de M. S. Tchaprachikof.</i></p>
+
+<p>Pourtant le peintre en a rencontré, de ces régiments stoïques partant au
+front du même air impassible que celui qu'il vit à Dimotika, croisant le
+train des blessés, et il nous donnera, sans doute, quelque jour, après
+avoir mûrement pensé, quelques évocations de ce bel enthousiasme qui
+animait l'armée, le peuple entier, préparé de longtemps à la lutte
+inévitable, et soudain dressé dans un élan furieux, soulevé par la foi
+patriotique et religieuse contre l'ennemi séculaire.</p>
+
+<h3>UN SOLDAT PHOTOGRAPHE</h3>
+
+<h4><span class="sc">A l'état-major bulgare</span></h4>
+
+<p>Alors que Georges Scott a exploré ainsi, le crayon aux doigts, les
+champs de bataille de Thrace, où se décida le sort de la puissance
+ottomane, un correspondant de marque, et que nous avons eu déjà
+l'occasion de remercier ici de son aimable collaboration, M. Stéphane
+Tchaprachikof, secrétaire de S. M. le tsar Ferdinand, a, depuis le début
+de la campagne, glané, à l'avant des lignes bulgares où ses fonctions
+officielles lui permettaient, à lui, d'accéder, de fort intéressants
+clichés dont il a bien voulu faire bénéficier <i>L'Illustration</i>.</p>
+
+<p>Ceux que nous publions aujourd'hui nous font assister à l'action,
+directement.</p>
+
+<p>C'est d'abord une apparition assez curieuse du tsar Ferdinand, visitant
+en tout petit comité les positions les plus avancées de son armée devant
+l'indomptable Andrinople.</p>
+
+<p>Au début de la guerre, en effet, M. Tchaprachikof accompagnait à
+Mustapha-Pacha--la première conquête des Bulgares en terre
+ottomane--puis à Yamboli, le tsar Ferdinand. Exalté, comme tant
+d'autres, par les spectacles dont il avait été témoin, il sollicitait
+alors du souverain l'autorisation de s'engager comme volontaire dans la
+troisième armée. On peut penser qu'elle ne lui fut point marchandée: il
+voulut être incorporé comme simple soldat, ordonnance à l'état-major,
+qu'il rejoignit à Ermenikeui.</p>
+
+<p>Du 17 au 20 novembre, il prenait part à la bataille engagée devant
+Tchataldja.</p>
+
+<p>Le 20, il était envoyé en mission aux avant-postes, à l'endroit le plus
+énergiquement canonné par les batteries turques. Il y demeura tout le
+temps du duel d'artillerie, exposé à la pluie de shrapnells. voyant
+tomber, à son côté, un soldat blessé grièvement. Ce fut alors qu'il prit
+ces clichés dont l'un nous conduit à la position avancée de
+l'artillerie, près du major Droumef, l'un des héros de Loule-Bourgas,
+dont le second nous introduit dans les tranchées extrêmes de
+l'infanterie, au milieu d'hommes si calmes qu'ils s'occupent de
+l'objectif, cependant que les shrapnells meurtriers, sifflant au-dessus
+de leurs têtes, s'en vont retomber un peu plus loin en mitraille et
+accomplir leur oeuvre. Une dernière photographie nous montre l'ensemble
+des mamelons de Tchataldja, où de seules fumées blanches révèlent le
+drame sanglant qui se déroule.</p>
+
+<p>Le soir même de cette journée--hommage à sa vaillance dont il a le droit
+de n'être pas médiocrement fier--il recevait des mains du chef de la
+troisième armée la croix de l'ordre de Bravoure.</p>
+
+<p>Il devait, lors de l'armistice, être appelé à des fonctions qui le
+firent assister à l'un des actes les plus importants de l'histoire
+contemporaine: il fut nommé secrétaire de la commission bulgare chargée
+de discuter les conditions auxquelles, de part et d'autre, on allait
+cesser le feu. Il suivit toutes les négociations, et ce fut lui qui
+rédigea le protocole de suspension des hostilités.</p>
+
+<p>Ces services le désignaient pour suivre à Londres les plénipotentiaires
+bulgares. Traversant tout le pays conquis, il gagna Vienne, puis Paris
+et l'Angleterre: mais, hélas! la mission pacificatrice à laquelle il
+prenait part ne devait pas être couronnée de succès.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Gustave Babin.</span></span></p><br><br>
+
+<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gnl Savof. Gnl Radko Dimitrief.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; M. Tchaprachikof.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013.png"><br>
+
+<b>En haut: l'état-major bulgare à la bataille de Tchataldja, le 17
+novembre.--En bas: le champ de bataille pendant l'action d'artillerie.
+Le dernier cliché fut pris par M. Stéphane Tchaprachikof du même point
+que le croquis panoramique de M. Alain de Penennrun publié dans le
+numéro du 14 décembre dernier. Le document photographique témoigne de
+l'exactitude du dessin.</b></p>
+
+<br><br>
+
+<h2>L'ARMÉE BULGARE</h2>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014small.png"><br><a href="images/014large.png">(Agrandissement)</a><br>
+
+<b>CAVALIERS ET ARTILLEURS (CAMPAGNE DE THRACE)<br>
+
+Trompettes du 9e régiment.--Cavalier en
+observation.--Gendarme.--Cavalier du 9e régiment (au centre).--Officiers
+des 9e et 4e régiments. Artilleurs.--Attelage de boeufs traînant une
+pièce d'artillerie.</b><br> <i>Page de croquis en couleurs de <span class="sc">Georges Scott</span>.</i></p>
+<br><br>
+
+<h3>LE TRIOMPHE GREC A JANINA</h3>
+
+<p>Le deuil dans lequel l'assassinat de son roi vient de plonger la Grèce
+apparaît d'autant plus cruel qu'il succède brutalement pour elle, à une
+suite de succès. de joies, dont la plus vive, sans doute, lui fut donnée
+le 8 mars dernier par la nouvelle de la prise de Janina.</p>
+
+<p>Les premiers renseignements quelque peu détaillés, comme les premiers
+documents graphiques sur la reddition de la place, ont été apportés
+jusqu'à notre Occident lointain par un de nos confrères anglais au prix
+d'un tour de force trop joli, aux yeux des gens du métier, pour que nous
+ne nous empressions pas de le signaler.</p>
+
+<p>M. David Mac Lellan, envoyé spécial du <i>Daily Mirror</i> du côté grec,
+dormait tranquille à Emin Agha, petit village à quelque 90 kilomètres de
+Janina, quand il fut réveillé à la pointe du jour par le bruit du canon.
+Préjugeant que peut-être on livrait à la forteresse le suprême assaut,
+il se précipitait dehors.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015a.png"><br><b>Une colonne grecque allant faire son entrée à
+Janina.</b>--<i>Phot. Rhomaïdes Zeitz.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015b.png"><br><b>La population de Janina venue, avec des drapeaux,
+au-devant des troupes grecques.</b><br> <i>Phot. Mac Lellan du</i> Daily Mirror.</p>
+
+<p>Mais déjà les négociations étaient engagées depuis la nuit, les
+conditions fixées pont la capitulation. Déjà, sur sa route, des hommes
+se congratulaient, échangeaient de vigoureuses poignées de main.</p>
+
+<p>Un fourgon qui passait le prit, l'emmena vers la ville. Le bon hasard le
+jeta juste sur un petit groupe qui entourait le général Soutzos, délégué
+par le prince héritier vers les parlementaires ottomans.</p>
+
+<p>Bientôt, Vehid bey, représentant du commandant de Janina, s'avançait
+«lentement, le front baissé vers la terre». Il ne leva les yeux que
+lorsqu'il fut en face du général. Il le fixa un moment et dit: «Je suis
+venu rendre la ville de Janina.»</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/015d.png"><br><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Un canon victorieux.</b></p>
+
+<p>Le correspondant anglais fut un des premiers à pénétrer dans Janina. La
+joie y éclatait partout, au moins chez les Grecs, car les Turcs furent
+quelques jours avant de se résigner. On dansait dans les rues. Mais les
+casernes. où 12.000 soldats turcs silencieux, abattus, étaient
+maintenant prisonniers, présentaient un pénible spectacle</p>
+
+<p>Sa tâche de reporter remplie, quand il eut assisté à l'entrée solennelle
+des troupes helléniques, le prince Constantin en tête, M. Mac Lellan
+demanda à voir le Diadoque, lui fit part du succès de sa mission, lui
+exprimant ses craintes de ne pouvoir, en temps utile, faire tenir à son
+journal les documents précieux qu'il venait de conquérir. Et,
+bienveillamment, le prince lui fit donner une automobile pour gagner
+Preveza. De là. un transport de la marine royale le conduisit à Patras,
+d'où il est facile d'atteindre Brindisi. En cinq jours, M. David Mac
+Lellan était à Londres, Et voilà comment, le septième jour après la
+reddition de Janina, le <i>Daily Mirror</i> put en raconter et en présenter à
+ses lecteurs les épisodes marquants.</p>
+
+
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/015c.png"><br><span class="sml">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Général Soutros&nbsp;&nbsp;Vehid bey.</span><br>
+<b>Vehid bey, représentant du
+commandant de Janina, venant<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;offrir la reddition de la ville au général
+grec Soutzos.</b><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot. du</i> Daily Mirror.</p>
+
+<p>Cette prise de possession officielle, par les Grecs, d'une ville que
+depuis tant d'années, ils ambitionnaient de reconquérir, s'effectua dans
+l'allégresse. La foule était allée, hors des portes de la ville,
+au-devant des vainqueurs, qu'elle escorta jusqu'à leurs quartiers. Les
+canons eux-mêmes, puissants auxiliaires d'une difficile conquête,
+étaient associés à la victoire, leurs longs cols couronnés de lauriers
+et de fleurs, et le premier acte du prince Constantin fut d'aller, salué
+sur son parcours de cris de «Vive la Grèce! Vive le Diadoque!». assister
+au service d'actions de grâces en l'honneur des armes grecques.</p>
+
+
+
+<h3>L'OCCUPATION DE JANINA PAR
+L'ARMÉE GRECQUE D'EPIRE</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016asmall.png"><br><a href="images/016alarge.png">(Agrandissement)</a><br><b>
+Une vue panoramique de la ville de Janina.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016b.png"><br>
+<b>La population de Janina sur le passage des troupes grecques pénétrant
+dans la ville.</b><br>--<i>Phot. de M. David Mac Lellan</i>, du Daily Mirror.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016c.png"><br><span class="sml">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Princes Georges, Andréas et Alexandre. Général Danglis.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le Diadoque.</span><br>
+<b>Entrée solennelle du diadoque Constantin à Janina le 6 mars</b>.--<i>Phot.
+Rhomaïdes-Zeitz.</i></p>
+
+
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/017small.png"><br><a href="images/017large.png">(Agrandissement)</a><br><b>AU «CONGRÈS DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE».--Le renouvellement<br>
+«musico-plastique» d'un jeu éternel par les jeunes élèves de M.
+Jaques-Dalcroze.</b></p>
+
+<h3>LA GRACE ET LA FORCE</h3>
+
+<p><i>Au Congrès de l'éducation physique et des sports qui s'est tenu à Paris
+cette semaine et où la démonstration des diverses méthodes a été suivie
+par des milliers de personnes, nous avons vu à côté de la force
+triompher la grâce; et les jeunes élèves de M. Jaques-Dalcroze, soit au
+grand amphithéâtre de la Sorbonne, soit au théâtre Antoine, nous ont
+véritablement révélé l'esthétique du geste et des attitudes, d'après la
+méthode de «gymnastique rythmique» que nous explique, comme il suit, M.
+Elie Marcuse:</i></p>
+
+<p>M. Jaques-Dalcroze est Suisse. Il est né, voici quelque quarante ans, à
+Vienne, de parents genevois. Il y a été l'élève de Bruckner. Il a été, à
+Paris, celui de Léo Delibes. Il a composé un opéra (<i>Sancho</i>), un
+opéra-comique (<i>le Bonhomme Jadis</i>), de la musique de chambre, des
+recueils de chansons populaires, des recueils de chansons enfantines.</p>
+
+<p>Ayant fait quelque chose pour les enfants, M. Dalcroze aurait voulu que
+les enfants fissent quelque chose pour lui et les voir danser ses
+chansons. C'est alors qu'il fut frappé par l'anarchie des mouvements et
+cette «disharmonie» presque constante entre l'expression mimique et la
+pensée à rendre. De là, son idée de gymnastique rythmique.</p>
+
+<p>Le corps doit être, de l'avis de M. Dalcroze, un instrument apte à
+exprimer les sentiments, à traduire les impressions reçues.</p>
+
+<p>Si le musicien a composé son oeuvre sur tel rythme plutôt que sur tel
+autre, c'est que ce rythme était plus particulier au sentiment qu'il
+éprouvait. A l'audition, le rythme éveillera donc chez l'élève de M.
+Dalcroze un sentiment identique. L'élève s'efforcera d'exprimer ce
+sentiment, en gestes et en attitude.</p>
+
+<p>De prime abord, deux sortes de gens en sont incapables: 1° ceux qui ne
+sont pas musiciens; 2° ceux qui sont musiciens.</p>
+
+<p>Les premiers, étant sourds à la mesure, à la cadence et au rythme, sont
+dans l'impossibilité d'y obéir.</p>
+
+<p>Les seconds sont victimes de l'automatisme. Après avoir, durant quelques
+mesures, accordé leurs mouvements avec la musique, c'est-à-dire après
+avoir reproduit un rythme musical par une série de gestes, ils sont
+tentés, si le rythme nouveau rappelle tel ou tel de ces gestes, à
+répéter mécaniquement et à la file tous les gestes qui suivent dans la
+première série. Mais la musique, dans l'entre-temps, a changé d'allure
+et de direction. Tandis qu'elle poursuit d'un côté, ils s'égarent de
+l'autre. Les voilà perdus.</p>
+
+<p>Les élèves qu'a présentés M. Dalcroze au public parisien sont dégagées
+de cet automatisme. On les voit battre simultanément une certaine mesure
+avec le bras droit, une autre avec le bras gauche, et en marquer une
+troisième dans la vitesse du pas. Chacun de leurs membres, chacune des
+parties de chacun de leurs membres est exercée à jouer différemment dans
+un ensemble harmonisé, comme font, par exemple, les mains sur le
+clavier.</p>
+
+<p>M. Dalcroze esquisse au piano, durant une mesure, un rythme quelconque.
+Ses élèves le traduisent ensuite dans leurs gestes et leur démarche.
+Mais déjà M. Dalcroze leur indique un rythme différent. Elles le
+relieront au premier. Et ainsi, toujours en retard d'une mesure, elles
+obéissent sans se laisser distraire et sans broncher jamais. Aussi,
+voudront-elles «danser» une impression ou un sentiment, une mélodie
+entendue ou celle qui chanterait en elles, elles ne seront plus
+asservies à cet automatisme dont nous parlions tantôt.</p>
+
+<p>«Il y a, dit Platon, des danses qui ont surtout en vue le corps
+lui-même; elles servent à développer sa vigueur, sa souplesse, sa
+beauté; elles exercent chaque membre à se plier et à s'étendre, à se
+prêter docilement, par des mouvements faciles et harmonieux, à toutes
+les figures, à toutes les attitudes qu'on peut exiger.» Tels sont les
+exercices de M. Jaques-Dalcroze. Il ne leur a pas, peut-être, assigné
+d'autres fins. Mais il n'empêche que l'intelligence y participe, la
+volonté et la mémoire, cette mère de tous les arts, au dire des anciens.</p>
+
+<p>M. Jaques-Dalcroze a-t-il rejoint les Grecs sur le chemin de la sagesse?
+Il se réjouit de cette rencontre, mais il se défend bien de l'avoir
+recherchée. Il les a trouvés à la source où lui-même venait puiser un
+peu de fraîcheur et de limpidité.</p>
+
+<p>Il n'a rien imité. Il n'a pas copié les silhouettes de leur céramique.
+Ce pédagogue excellent, ce musicien remarquable ne se promène pas, dans
+le Paris contemporain, chaussé de sandales et vêtu du péplos. Son
+incontestable originalité est plus profonde et plus vraie.</p>
+
+<p>La scène est tendue d'une toile bise, M. Jaques-Dalcroze est en
+redingote, et son instrument est un pleyel. Il parle au public avec
+bonhomie. Il ne conférencie pas: il cause. Il explique sa méthode. Il
+interpelle l'une ou l'autre de ses élèves et la tutoie paternellement.
+Ce sont des fillettes de huit à quinze ans, dont aucune ne se destine à
+la danse et qui vont toutes encore à l'école.</p>
+
+<p>Tantôt, elles étaient en maillots noirs, jambes et pieds nus. Elles
+«solfiaient» les éléments de la gymnastique rythmique. Maintenant, les
+voici portant de courtes tuniques mauves: elles vont faire des
+<i>réalisations musico-plastiques</i>. Vous entendez qu'elles vont danser.</p>
+
+<p>M. Jaques-Dalcroze s'assied au piano. Scherzo de Bach, rondo de
+Beethoven: les petites dansent le rondo de Beethoven et le scherzo de
+Bach. M. Dalcroze veut que la danse ne soit pas qu'esthétique, mais
+pathétique encore. Celle des fillettes nous plaît nous émeut.</p>
+
+<p>Et puis, elles jouent. C'est de leur âge. Trois d'entre elles se
+tiennent par la main. Une quatrième les conduit, les rênes hautes. Voilà
+un attelage et son conducteur. Toutes quatre conforment leur allure au
+rythme de la mélodie; mais, tandis que les chevaux font deux pas et
+semblent galoper, le conducteur, lui, n'en fait qu'un et semble vouloir
+les retenir. Mais à la manière de la raison qui réfrènent l'instinct et
+lui cède de ce qu'il faut.</p>
+
+<p>Nous avons tous joué à ce jeu éternel. Le voici renouvelé, moins
+frénétique et plus gracieux.</p>
+
+<p>Et, tandis que les doigts de M. Dalcroze se cabraient sur les touches en
+un accord final, j'admirais dans tout cela, dans le jeu, dans les
+danses, dans les exercices, un clair et classique esprit d'analyse et de
+coordination, une dissociation facile des mouvements, et cette aisance,
+et cette absence d'effort ou plutôt cet effort si bien balancé chez de
+petites filles, saines, simples, qui souriaient, qui souriaient...</p>
+
+<p>Et je me sentais, dans mon fauteuil, un corps paralytique et une âme un
+peu humiliée.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Elie Marcuse.</span></span></p><br><br>
+
+<p><i>Avec d'autres groupes de jeunes filles, mercredi, au Vélodrome d'Hiver,
+se manifestèrent les excellents résultats d'autres méthodes de culture
+physique féminine, au premier rang desquelles il faut placer la méthode
+française de M. le professeur Demeny.</i></p>
+
+<p><i>Et, pendant les quatre jours que dura le Congrès, toutes les après-midi
+et même les soirées furent remplies par des démonstrations pratiques où
+triomphèrent tour à tour, dans leurs exercices de force et de souplesse,
+Suédois, Danois, et surtout les admirables équipes françaises présentées
+par l'école de Joinville et par le lieutenant de vaisseau Hébert, le
+génial instructeur des pupilles et des fusiliers de notre marine, le
+directeur demain du Collège d'Athlètes de Reims.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/018small.png"><br><a href="images/018large.png">(Agrandissement)</a><br><b>AU CONGRÈS DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE.<br>--Le lancement du
+poids par les fusiliers marins du lieutenant de vaisseau Hébert.</b></p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LES LIVRES &amp; LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<p class="mid"><span class="sc">Stendhaliana</span></p>
+
+<p>On parle un peu moins de Balzac. On parle un peu plus de Stendhal. Sans
+doute on continue de lire Balzac, mais on recommence de lire Stendhal.
+C'est une mode si vous voulez, un goût du jour, une élégance, une équité
+aussi, peut-être. Un monument doit commémorer à Paris le souvenir du
+grand écrivain. La très ancienne maison d'éditions Honoré et Édouard
+Champion entreprend la publication définitive des Oeuvres complètes de
+Stendhal et les deux premiers tomes consacrés à <i>la Vie de Henri
+Brulard</i> viennent de paraître. Enfin, un nouveau prix littéraire, qui
+portera le nom de <i>Prix Stendhal</i>, est fondé par la <i>Revue critique des
+idées et des livres</i> dont le numéro du 10 mars est entièrement consacré
+«à celui qui, dit notre confrère, a le mieux représenté au dix-neuvième
+siècle la tradition ardemment psychologique de notre littérature». Il
+suit que le prix Stendhal sera décerné chaque année «au meilleur roman
+psychologique, à la meilleure nouvelle du même caractère, choisis parmi
+les manuscrits inédits présentés au concours». Les romans et nouvelles
+devront être déposés aux bureaux de la revue avant le 10 mai prochain;
+le prix pour le roman est de 2.000 francs et de 500 francs pour la
+nouvelle. En outre, l'ouvrage couronné sera publié par la <i>Revue
+critique</i>.</p>
+
+<p>Voici donc un nouveau prix littéraire. Quand nous serons à cent... Le
+geste est d'ailleurs louable. Le patronage est grand. Les satisfactions
+morales offertes aux jeunes écrivains sont appréciables. Il ne s'ensuit
+pas que le jury de la <i>Revue critique</i> pourra chaque année réussir à
+nous révéler un nouveau chef-d'oeuvre. Tous les jurys littéraires qui
+ont le même objet ont échoué les uns après les autres dans cette tâche
+irréalisable. Il ne naît pas un chef-d'oeuvre tous les ans, et il y a
+trop de consécrations obligatoires pour trop peu de génies frais éclos.
+Mais il n'importe! Il faut continuer à créer des prix, beaucoup de prix.
+Ce sera le meilleur et le plus digne moyen de soutenir, parmi les
+difficultés de la carrière, les jeunes écrivains qui manifestent, dès
+leur début, des qualités intéressantes et qui auront peut-être un jour
+du talent et mieux encore. <i>Le prix Stendhal!</i> Cela sonne beau. On
+aimera fort, j'en suis sûr, avoir écrit un livre, un premier livre, qui
+aura été jugé digne de mériter les suffrages posthumes d'Henri Beyle.</p>
+
+<p class="mid"><span class="sc">Zislin</span></p>
+
+<p>D'Alsace, il nous vient une fois encore un beau livre qui sera «pour nos
+oeufs de Pâques ce que <i>l'Histoire d'Alsace</i> de l'oncle Hansi a été pour
+nos étrennes». Les dessins de Zislin (2), ainsi présentés dans
+l'éloquente et spirituelle préface de M. Paul Déroulède, ont été choisis
+par le sympathique directeur des <i>Marches de l'Est</i>, M. Georges Ducrocq,
+parmi les illustrations--presque toutes sensationnelles en terre
+annexée--dont le courageux artiste mulhousien a enrichi son journal
+satirique <i>Dur's Elsass</i>.</p>
+
+<blockquote>(2) <i>Sourires d'Alsace</i>, édition des <i>Marches de l'Est</i>.</blockquote>
+
+<p>Hansi, Zislin, deux ardents et souples jouteurs dont nous savons les
+audaces et les prisons et qui, par toutes leurs oeuvres cinglantes, nous
+répètent: «Vous voyez que l'esprit français ne meurt pas en Alsace. Plus
+l'immigration accumule autour de nous, annexés, de colères allemandes,
+plus nous demeurons français et traditionnels. Et, puisque le
+pangermanisme nous provoque, à chaque instant, au combat, nous
+combattons le pangermanisme, joyeusement et à la française...» Car il ne
+faut point s'y tromper. Ce n'est point contre tout ce qui est allemand
+en Alsace que la lutte est systématiquement engagée. Zislin écrit en
+légende sous un de ses dessins: «A l'abri de deux arbres, cultures
+française et allemande, l'Alsace-Lorraine était florissante; mais le
+nouveau maître, Pangerman, vint et dit: «Que cet arbre étranger
+disparaisse!...» Et voilà pourquoi ces deux » artistes, formés par la
+pensée française, Hansi et Zislin, ont déclaré la guerre au maître
+Pangerman.</p>
+
+<p>Zislin, on le sait, est né à Mulhouse. Il entra à l'âge de dix-sept ans
+à l'atelier de dessins industriels de son père. Mais une autre voie,
+plus riche en imprévus et en périls, le tentait. De 1902 à 1905 il
+publia un petit hebdomadaire satirique, le «Klapperstei», c'est-à-dire
+le <i>Bavard</i>, de Mulhouse. En 1905, éclate la première bombe. On parlait
+fort à cette époque de l'autonomie alsacienne. Zislin lance un placard
+où l'on voit, sous cette légende: «l'Alsace, Etat confédéré», l'aigle de
+Prusse qui enfonce ses serres dans le corps d'une Alsacienne abattue sur
+le sol. Le placard est confisqué et Zislin arrêté, une première fois,
+pour quarante-huit heures. En décembre 1905, le hardi railleur est
+condamné, pour un autre dessin, à 150 marks d'amende. En 1907, il fonde
+«<i>Dur's Elsass</i>», dont il est à la fois le directeur et l'unique
+collaborateur. Cette publication atteint et pénètre la masse populaire.
+Le gouvernement impérial s'en rend bien compte; aussi frappe-t-il sans
+pitié le dessinateur qui est condamné à huit mois de prison en 1908, à
+deux mois en 1910, à quinze jours en 1911.</p>
+
+<p>Il y a quinze mois--il faut se rappeler cela--une image du
+<i>Simplicissimus</i>, représentant l'évasion du capitaine Lux, portait cette
+légende: «La glorieuse tradition de l'armée française existe toujours.
+Tout comme en 1870, les gaillards savent déguerpir.» La provocation,
+brutale, voulait être cruelle. Instantanément, Zislin saisit son crayon
+de riposte, peuple de pierres tombales un vaste champ de mort avec, sur
+des croix, les noms de Sedan et Waterloo, puis il fait surgir de cet
+ossuaire la foule des tués allemands avec leurs fusils en pièces et,
+au-dessous de l'évocation, il écrit cette phrase courte et formidable, à
+la Cyrano: «Les seuls qui pourraient répondre!»</p>
+
+<p>L'album où nous trouvons cette réplique et où il est prouvé que, si «la
+Force a primé le droit, elle n'est point parvenue à supprimer l'esprit»,
+sera fort goûté chez nous. Ces sourires qui nous viennent d'Alsace
+continuent, et nous être très chers. Et nous conservons toute notre
+tendresse à cette petite Alsacienne de Zislin qui, persécutée par les
+procédés sommaires de séduction de ses trop nombreux prétendants
+pangermanistes, a ce cri de l'âme:</p>
+
+<p>--Décidément, je préfère rester veuve!<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Albéric Cahuet.</span></span></p><br><br>
+
+<p><i>Voir dans</i> La Petite Illustration <i>jointe à ce numéro le compte rendu
+de</i> la Poursuite du Bonheur aux États-Unis, <i>de Mrs B. Van Vorst, de</i>
+Pékin qui s'en va, <i>de M. Louis Carpeaux, de</i> l'Avant-Guerre, <i>de M.
+Léon Daudet, et des ouvrages de critique littéraire récemment publiés et
+des autres limes nouveaux.</i></p>
+<br><br>
+
+<h4>LES THÉÂTRES</h4>
+
+<p>La Porte-Saint-Martin a repris, avec un succès véritablement triomphal,
+<i>Cyrano de Bergerac</i>, le chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand, dont la
+première représentation eut, il y a quinze ans, un retentissement
+universel. On attendait cette reprise avec la double curiosité de voir
+comment cette comédie héroïque réapparaîtrait devant le public quinze
+ans après sa «création» et de juger comment le nouvel interprète de son
+rôle principal, M. Le Bargy, succéderait à l'inoubliable «créateur» M.
+Coquelin. Or la pièce a reparu avec tout son éclat. On n'est plus
+surpris par cette virtuosité constamment renouvelée et par ces traits
+qui partent tantôt de l'esprit et tantôt du coeur, par tant de pensées
+ingénieuses, tant d'images neuves et saisissantes, tant de mots
+pittoresques et tintinnabulants, tant de scènes d'une gaieté héroïque ou
+d'une si douce émotion; on les attend au contraire et, pour ainsi dire,
+on les guette; mais on en est toujours étonné et plus encore ravi. C'est
+indiquer l'accueil fait de nouveau à cette oeuvre si essentiellement
+française. Et l'accueil fait à sa nouvelle interprétation n'a pas été
+moins chaleureux. M. Le Bargy est à souhait un Cyrano batailleur et
+tendre, laid de visage et beau de coeur, et l'on a pu dire que, s'il ne
+fait pas oublier son illustre prédécesseur dans ce rôle, il ne le fait
+pas regretter non plus. Nous reproduirons dans notre prochain numéro une
+photographie en couleurs de ce nouveau Cyrano. Mme Andrée Mégard est une
+souple, jolie et séduisante Roxane. M. Jean Coquelin est toujours un
+parfait Raguenau. MM. Pierre Magnier, Desjardins, Jean Kemm, Etiévant,
+sont à la hauteur des protagonistes dans leurs rôles respectifs de
+Christian, de Guiche, du capitaine des Cadets, de Le Bret.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/019a.png"><br>
+<b>Hélène Ardouin (Mlle Vera Sergine) et Sébasien Real<br>
+(M. L. Rozenberg) au 4e acte de la nouvelle pièce de M. Alfred Capus:<br>
+<i>Hélène Ardouin</i>, tirée de son remarquable roman; <i>Robinson</i>, et joué<br>
+sur la scène du Vaudeville.</b><i>Phot. Bert</i>.</p>
+
+<p>Au Vaudeville M. Alfred Capus, que l'on n'avait pas applaudi depuis les
+Favorites aux Variétés et depuis <i>En Garde!</i> à la Renaissance, a fait
+représenter une pièce nouvelle qui a, dès son apparition, conquis la
+faveur du public, mais qui intéressera particulièrement tous nos
+lecteurs: <i>Hélène. Ardouin</i>. C'est en effet l'héroïne du roman
+<i>Robinson</i>, paru dans <i>L'Illustration</i> en 1910, qui a fourni le titre de
+cette belle et touchante comédie, et l'on peut voir autour de la
+protagoniste, admirablement incarnée par Mlle Vera Sergine, évoluer sur
+la scène du Vaudeville les principaux personnages du livre.</p>
+
+<p>C'est une émouvante histoire d'amour, et d'autant plus émouvante qu'elle
+se déroule parmi des êtres de condition moyenne, au milieu des réalités
+de l'existence quotidienne, mais celles-ci dépeintes et ceux-là animés
+avec une rare expérience de la vie, une profonde intuition
+psychologique, et la plus clairvoyante philosophie. Le partenaire de
+Mlle Sergine, M. Rozenberg, a composé avec beaucoup de mesure et de tact
+le personnage attachant et curieux de Sébastien Real.</p>
+
+<p>La carrière de <i>l'Homme qui assassina</i>, au théâtre Antoine, se poursuit
+fort brillante, avec une nouvelle interprète du rôle principal. A Mlle
+Madeleine Lely, appelée par des engagements antérieurs sur une autre
+scène, a succédé, en effet, pour incarner lady Falkland, la femme même
+de l'auteur, M. Pierre Frondaie. Mme Michèle --c'est le nom de théâtre
+de Mme Pierre Frondaie--tient ce rôle, déjà si émouvant par lui-même,
+avec une beauté et une force d'expression qui lui valent chaque soir,
+auprès de M. Gémier en colonel de Sévigné, les plus légitimes et les
+plus chaleureux applaudissements.</p>
+
+<h3>LA CAMPAGNE D'UN AVIATEUR BULGARE</h3>
+
+<p>On n'a eu jusqu'à présent que des renseignements assez rares sur le rôle
+joué par les aéroplanes durant la guerre balkanique. Les états-majors
+des armées coalisées comme de l'armée turque n'ont point fait connaître
+les services qu'ont pu leur rendre les reconnaissances aériennes.
+Quelques sorties heureuses ont été, de loin en loin, signalées; et l'on
+a appris, récemment, par une brève information, la chute à Andrinople
+d'un aviateur bulgare, immédiatement fait prisonnier. Les alliés
+disposaient pourtant de quelques appareils, dont les pilotes ont, dans
+l'ensemble, rempli leur mission avec succès. Une lettre adressée par
+l'un d'eux, le lieutenant Siméon Pétrof, à des amis de France, qui
+veulent bien nous la communiquer, nous apporte sur ce point un
+témoignage précis.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/019b.png"><br><b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le lieutenant Siméon Pétrof.</b></p>
+
+<p>Le lieutenant Pétrof, du 4e régiment d'artillerie bulgare, fils du
+colonel Pétrof, directeur de l'École militaire de Sofia, mort il y a
+quelques années, venait d'accomplir un stage de quatre mois à l'école
+Blériot d'Etampes, où il avait brillamment passé son brevet, lorsque la
+guerre commença. Envoyé, dès le début des hostilités, à Mustapha-Pacha,
+il reçut l'ordre, le 7 novembre, d'aller reconnaître les défenses
+d'Andrinople. Il partit à 5 heures du soir, et il faisait nuit lorsqu'il
+parvint au-dessus des positions ennemies. «Tout à coup, écrit-il, je
+remarquai que les Turcs tiraient sur moi. Un instant après, une terrible
+détonation éclatait au-dessus de ma tête: c'étaient les shrapnells
+lancés par les obusiers turcs. Instinctivement je détournai mon
+appareil, et je me dirigeai vers la ville, dont je fis deux fois le
+tour.» Tous les fusils de la garnison, dont le lieutenant Pétrof
+apercevait les feux, le saluèrent de balles; aucune ne l'atteignit, et
+il put revenir sans accident dans les lignes bulgares, après un voyage
+de 74 kilomètres.</p>
+
+<p>Le 9 novembre, le courageux pilote effectuait une nouvelle
+reconnaissance au-dessus d'Andrinople, et, le 16, il se rendait de
+Mustapha-Pacha à Tchorlou, franchissant en 1 h. 45 minutes 180
+kilomètres. De Tchorlou, il partait, le 23 du même mois, pour Kadaktcha,
+à 10 kilomètres de Tchataldja, où il se présentait au général Dimitrief.
+Là, les pourparlers entrepris pour la conclusion de l'armistice
+devaient, à son grand regret, le contraindre à l'inaction.</p>
+
+<p>Et le lieutenant Pétrof, contant ensuite, dans sa lettre, la marche
+foudroyante des troupes bulgares, conclut par ce mot significatif: «Moi,
+avec mon aéroplane, je n'ai pas pu attraper cette armée qui avançait si
+vite...»</p><br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<p class="rig"><span class="sc">Le charbon français.</span></p><br><br>
+
+<p>Le tableau suivant, récemment dressé par le
+syndicat des Houillères de France, nous fait connaître les mouvements de
+la production et de la consommation du charbon en France, depuis près
+d'un siècle.</p>
+
+<pre>
+ Production
+ Années. française. Consommation.
+ Milliers de tonnes.
+
+ 1820......... 1.000 1.300
+ 1840......... 3.000 4.000
+ 1860......... 8.000 14.000
+ 1880......... 19.000 28.000
+ 1890......... 26.000 36.000
+ 1900......... 32.000 48.000
+ 1910......... 38.000 56.000
+ 1911......... 39.000 59.000
+</pre>
+
+<p>Comme on voit, notre situation s'est grandement améliorée au cours des
+trente dernières années.</p>
+
+<p>Depuis 1880, la production française a doublé, ainsi que la
+consommation; dans cette période, la proportion de combustibles
+étrangers dans la consommation totale a seulement passé de 32 à 34%.</p>
+
+<p>Quant à notre exportation, elle reste sensiblement stationnaire et très
+minime: 900 tonnes en 1900; 1.700 en 1910; 500 en 1911.</p>
+
+<p>Sur les 39 millions de tonnes extraites des mines françaises en 1911, 26
+millions ont été fournis par le bassin du Nord et du Pas-de-Calais.</p>
+
+<p><span class="sc">Les victimes des Alpes.</span></p>
+
+<p>D'après un relevé du Club alpin allemand, 1.117 personnes ont péri dans
+les Alpes au cours des douze dernières années (1900-1912).</p>
+
+<p>Le nombre des victimes, qui avait atteint 132 en 1911 et 128 en 1910,
+fut seulement de 95 en 1912.</p>
+
+<p>Sur ces 95 victimes, dont 6 femmes, 36 se tuèrent en Allemagne, 26 aux
+environs de Vienne, 29 dans le Tyrol, 4 en Suisse et en France.</p>
+
+<p>On compte: 53 personnes tombées dans un précipice, 13 englouties par des
+avalanches, 8 mortes de froid.</p>
+
+<p>Trois touristes ont trouvé la mort en même temps dans le massif du
+Mont-Blanc le 15 août 1912: M. Jones, de Cambridge, sa femme et son
+guide.</p>
+
+<p>Comme toujours, la très grande majorité de ces accidents sont dus à des
+imprudences ou à des maladresses peu excusables.</p>
+
+<p class="rig"><span class="sc">Un incendie à Tokio.</span></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/020.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="10" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="illustration">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Au milieu des décombres, les maisons à l'épreuve du feu.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<b>Les palissades élevées pour délimiter les propriétés.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>La reconstruction d'une maison, 48 heures après
+l'incendie.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><b>UN INCENDIE GIGANTESQUE A TOKIO.</b>--<i>Phot. J. du Mesle</i>.</p>
+
+<p>Un incendie considérable, comme on n'en voit guère qu'au Japon, a éclaté
+à Tokio dans la nuit du 19 au 20 février et a consumé un quartier du
+district de Kanda deux fois plus étendu que le fameux Yoshiwara,
+également détruit par le feu il y a quelques mois. Poussées par un vent
+violent, favorisées par la légèreté des constructions faites de bois et
+de papier, les flammes ont dévoré en cinq ou six heures environ trois
+mille maisons parmi lesquelles se trouvaient un grand nombre d'écoles et
+une église catholique française. Sur ce vaste champ de ruines, où il est
+souvent difficile de distinguer les rues, les <i>dodzo</i> ou magasins à
+l'épreuve du feu sont seuls restés debout.</p>
+
+<p>On chercherait en vain des mobiliers arrachés au désastre; les habitants
+ont eu le sentiment très net de leur impuissance, et nul n'a essayé de
+déménager. Aussi, le nombre des accidents de personnes fut fort
+restreint; on compte seulement quelques blessés et un mort.</p>
+
+<p>Le brasier à peine éteint, on vit les sinistrés se promener au milieu
+des débris fumants pour tâcher de reconnaître l'emplacement de leur
+demeure. Ici, un propriétaire marque son coin avec une carte de visite
+attachée à une baguette fichée en terre; ailleurs, des palissades
+s'élèvent pour délimiter les propriétés et reconstituent le tracé des
+rues.</p>
+
+<p>Tous ces gens, d'ailleurs, vont et viennent comme s'ils vaquaient à
+leurs occupations ordinaires. La catastrophe semble n'avoir guère touché
+leur impassibilité fataliste et l'on sent qu'à bref délai un quartier
+neuf, tout aussi japonais et fragile, se dressera sur l'enclos
+aujourd'hui couvert de cendres.</p>
+
+<p class="rig"><span class="sc">La truffe française,</span></p><br><br>
+
+<p>La campagne trufficole est close ou à peu près, car les quelques truffes
+qu'on déterre maintenant ça et là ne peuvent compter comme une récolte
+sérieuse.</p>
+
+<p>La récolte de la truffe qui, cette année, avait commencé de très bonne
+heure, finit donc, par contre, très tôt. En effet, certaines années on
+creuse des truffes jusqu'au 15 avril. Les truffes tardives sont, en
+général, particulièrement savoureuses et parfumées, mais leur volume est
+moindre.</p>
+
+<p>Malgré l'arrêt prématuré de la production trufficole, la campagne aura
+été excellente et, dans toutes les régions où la précieuse cryptogame se
+récolte, les trufficulteurs se sont montrés particulièrement satisfaits.
+Partout la truffe a été abondante et de qualité parfaite. L'an dernier,
+au contraire, la campagne trufficole fut désastreuse. Ceci était dû à
+l'été exceptionnellement chaud de 1911. Pour qu'il y ait de la truffe,
+il faut qu'il pleuve au mois d'août. Or, en 1911, dans certains
+départements méridionaux comme le Vaucluse, qui est aujourd'hui le plus
+grand producteur de truffes de France, il n'était pas tombé une goutte
+d'eau pendant quatre mois.</p>
+
+<p>L'abondance de la truffe est une richesse pour le pays, car il n'y a
+qu'en France qu'on rencontre la belle truffe d'un beau noir dont la
+chair est marbrée de mille veines blanches, la <i>Tuber melanosporum</i>,
+dénommée couramment truffe du Périgord. Or, la récolte de celle-ci se
+monte en moyenne à plus de 3 millions de kilogrammes.</p>
+
+<p>La production de la truffe a augmenté depuis cinquante ans d'une façon
+progressive. Elle augmente d'année en année, car, chaque année, on
+plante de nouveaux chênes truffiers. C'est ainsi qu'en 1892 la
+statistique portait pour le Vaucluse une production annuelle de 470.000
+kilogrammes et en 1903 de 716.000 kilogrammes, soit une augmentation de
+250.000 kilogrammes en onze ans. En Dordogne les chiffres nous montrent
+également l'augmentation formidable de la production de la truffe qui de
+160.000 kilogrammes en 1892 est montée à 420.000 kilogramme.</p>
+
+<p>Malgré cela, la truffe n'a pas diminué de prix, parce que plus sa
+production augmente plus sa consommation croît en proportion. Peu de
+produits jouissent d'une telle faveur. Et cette faveur n'est pas
+imméritée, avouons-le...</p>
+
+<p class="rig"><span class="sc">Le tombeau de Sainte-Hélène.</span></p><br><br>
+
+<p>Dans son ouvrage, dont nous avons rendu compte récemment, sur les
+lendemains de Sainte-Hélène: <i>Après la mort de l'empereur</i>, notre
+collaborateur Albéric Cahuet a dit, d'après des documents actuels,
+comment les domaines français de Sainte-Hélène (la maison de la
+captivité et le tombeau de Napoléon acquis en 1858 par Napoléon III au
+prix de 178.600 francs) se trouvaient sur le point d'être condamnés à
+l'abandon et à un prompt anéantissement par suite de l'insuffisance de
+crédits d'entretien qu'il est question de réduire encore, sinon de
+complètement supprimer. Ces crédits figurent actuellement au budget pour
+6.000 francs (entretien d'un gérant, qui est en même temps notre agent
+consulaire à Sainte-Hélène) au chapitre: «Personnel des services
+extérieurs», et pour 3.000 francs au chapitre: «Entretien des immeubles
+à l'étranger.» Ces 3,000 francs servent à payer à la fois les salaires
+des gardiens, les réparations et les impôts. Or, la maison de Longwood,
+reconstituée à grands frais de 1858 à 1860 par une mission spécialement
+envoyée de France, menace maintenant ruine et il est question de
+supprimer le dernier gardien qui protège le tombeau --toujours très
+visité et avec beaucoup de recueillement, par les voyageurs--contre les
+incursions de bestiaux des domaines voisins.</p>
+
+<p>Ces faits auxquels notre confrère le <i>Matin</i> a donné sa grande publicité
+ont vivement ému tous ceux qui considèrent que le souvenir de
+Sainte-Hélène demeure un grand souvenir français.</p>
+
+<p>Parmi les nombreuses lettres que notre collaborateur a reçues à cette
+occasion, il en est une, particulièrement touchante, qui lui a été
+adressée par le petit-fils d'un des vieux soldats de la Grande Armée, M.
+Jules Delaunay, à Dozulé (Calvados), et que nous croyons intéressant de
+reproduire. M. Jules Delaunay écrit:</p>
+
+<p>«Voulez-vous me permettre, monsieur, de vous soumettre une idée?</p>
+
+<p>» Est-ce que ce n'est pas un devoir sacré pour les descendants des
+soldats de Napoléon, de ceux qui eurent «sa dernière pensée», de se
+réunir et de contribuer à l'entretien de la maison qui a vu mourir le
+héros et de la tombe qui a contenu son cercueil?</p>
+
+<p>» Une société s'est formée pour conserver Versailles, c'est bien, mais
+ce qui serait bien aussi, à mon avis du moins, ce serait de conserver,
+de restaurer le domaine français de Sainte-Hélène. Nous avons des
+descendants des maréchaux du premier Empire. Que l'un d'eux prenne la
+présidence d'honneur de cette Société et vous verrez accourir à son
+appel tous les enfants de ceux qui entrèrent à la suite des aigles d'or
+dans les capitales de l'Europe.</p>
+
+<p>» Il va sans dire que cette société n'aurait aucun but politique; ce
+serait la rabaisser; si tous les descendants des soldats du premier
+Empire ont le droit d'avoir l'opinion que bon leur semble, aucun ne peut
+renier la parcelle de gloire, si petite soit-elle, que son ancêtre lui a
+léguée; c'est faire à nouveau briller cette étincelle que de s'associer
+pour conserver à la postérité le lieu et la maison qui ont vu le martyre
+et l'agonie du plus grand capitaine des temps modernes.»</p>
+
+<p>Le dernier abri de l'empereur prisonnier et son tombeau de Sainte-Hélène
+entretenus par les soins des descendants de ses maréchaux et des plus
+humbles parmi ses vieux soldats, voilà, évidemment, qui ajouterait une
+jolie page de sentiment à la légende de l'Aigle.</p>
+
+<p class="rig"><span class="sc">Influence minime du soleil sur l'abondance des récoltes.</span></p><br><br>
+
+<p>L'assimilation du carbone par les plantes s'opère sous l'influence des
+radiations solaires, et quand on l'étudié en atmosphère confinée on
+constate qu'elle est plus grande à la lumière directe qu'à la lumière
+diffuse.</p>
+
+<p>Il semblerait donc qu'un ciel couvert est un obstacle à la décomposition
+de l'acide carbonique de l'air, et, par suite, à l'accroissement de la
+matière végétale. Or, les régions à nébulosité fréquente ont souvent une
+végétation plus puissante que les autres, c'est-à-dire à climat humide.</p>
+
+<p>Pour expliquer cette apparente contradiction, on admet que l'efficacité
+de l'eau est incomparablement plus grande que celle de la lumière, et
+que la végétation souffre moins de la rareté de soleil que de la rareté
+d'eau.</p>
+
+<p>M. Muntz, membre de l'Académie des sciences, a étudié ce phénomène avec
+une précision toute scientifique, en observant un champ de luzerne, à
+Meudon, au cours des étés 1910, 1911, 1912. Deux de ces étés, 1910 et
+1912, ont été d'une extrême humidité; celui de 1911 a été marqué par une
+sécheresse exceptionnelle.</p>
+
+<p>L'accroissement, par jour et par mètre carré, de matière végétale sèche
+a varié dans les proportions suivantes: sur la partie du champ
+abandonnée aux caprices atmosphériques:</p>
+
+<pre>
+ 1910............ 5 gr. 24
+ 1911............ 1 gr. 24
+ 1912............ 3 gr. 12
+</pre>
+
+<p>Une autre partie de la culture fut arrosée régulièrement à raison de 40
+litres d'eau par jour et par mètre carré. On relève les accroissements
+sensiblement différents des premiers:</p>
+
+<pre>
+ 1910............ 10 gr. 56
+ 1911............ 7 gr.
+ 1912............ 9 gr. 42
+</pre>
+
+<p>Dans les deux cas, c'est donc l'année 1911, la plus ensoleillée, qui a
+produit la plus faible récolte.</p>
+
+<p class="rig"><span class="sc">Les forces navales helléniques.</span></p><br><br>
+
+<p>Un récent article sur les opérations navales dans la guerre des Balkans,
+paru dans notre numéro du 22 février, établissait le compte des navires
+de la flotte hellénique et faisait figurer dans cette énumération huit
+contre-torpilleurs de construction récente.</p>
+
+<p>Un de nos lecteurs d'Alexandrie, le docteur A. Londo-Leondopoulo, qui
+appartient à une famille largement représentée tant dans la marine que
+dans l'armée grecques, nous fait observer que ces unités sont
+actuellement au nombre de 14, dont 4 de 1.000 tonnes et 4 de 300 tonnes
+construites en Angleterre, et 2 de 600 tonnes et 4 de 300 tonnes
+construites en Allemagne. A ces forces, on peut ajouter le <i>Nicopolis</i>,
+l'ancien <i>Attalia</i> turc, coulé par son équipage à Preveza, depuis
+renfloué et remis en service actif.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/021a.png"><br><b><span class="sc">«Marie-Madeleine» de Maeterlinck à Nice.</span>--Les miraculés insultent
+Marie-Madeleine convertie et qui refuse de sauver Jésus par un nouveau
+péché.</b></p>
+
+<h3>UNE NOUVELLE OEUVRE DE MAETERLINCK</h3>
+
+<p><i>Mardi soir, au théâtre du Casino municipal de Nice, a été représenté
+pour la première fois dans le texte original français</i> Marie-Madeleine,
+<i>le nouveau drame de Maurice Maeterlinck. Notre collaborateur Gérard
+Harry, l'ami et biographe du célèbre dramaturge et poète, qui assistait
+à cette représentation, nous écrit:</i></p>
+
+<p>Maeterlinck a vraiment renouvelé, par une trouvaille psychologique,
+l'aventure de la courtisane de Magdala, si souvent traitée en prose ou
+en vers, C'est, dans sa version, la belle pécheresse convertie qui tient
+entre les mains le sort de Jésus arrêté, bafoué, battu et prêt à marcher
+au suprême supplice. Mais elle ne peut le sauver qu'à la condition de
+retomber dans le péché abominable, en se livrant aux caresses du tribun
+militaire romain Lucius Verus, le geôlier du Nazaréen. Jésus lui-même
+voudrait-il échapper aux bourreaux, moyennant l'avilissement de
+l'exemplaire femme impure à laquelle sa grâce a rendu en quelque sorte
+la chasteté, la vertu d'une vierge? Non. Ce serait la ruine de l'idéal
+auquel il a voué sa vie. Périsse le corps du divin moraliste plutôt que
+sa pure morale!... Ainsi pense et en décide Marie-Madeleine, après un
+rude combat contre elle-même et malgré les outrages et les menaces dont
+l'accablent à la fois Lucius Verus, l'amant repoussé, et une foule de
+lépreux, bossus, aveugles, paralytiques, que le Nazaréen a guéris.</p>
+
+<p>Ce magnifique drame, encadré de décors de M. Dethomas, est interprété
+avec une rare perfection d'allures et d'expression, notamment par Mme
+Georgette Leblanc-Maeterlinck et M. Jacques Fenoux de la
+Comédie-Française.</p>
+
+<p><i>Marie-Madeleine</i>, acclamée à Nice. va parcourir l'Europe, comme
+spectacle inaugural du «théâtre Maeterlinck» que Mme Georgette Leblanc
+fonde pour la représentation itinérante de tout ce que l'auteur de
+<i>Marie-Madeleine</i> a écrit pour des publics épris de ce qu'on appelle
+souvent «art exceptionnel», parce que c'est du très grand art.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Gérard Harry.</span></span></p><br><br>
+
+<h3>POUR NOTRE ARTILLERIE</h3>
+
+<h4>LE TRACTEUR AUTOMOBILE</h4>
+
+<p>C'est cette semaine que se terminait le concours de tracteurs
+automobiles à quatre roues motrices organisé du 6 au 20 mars par le
+ministère de la Guerre. Pour n'avoir pas fait beaucoup de bruit, ce
+concours n'en a pas moins donné, au point de vue militaire, des
+résultats fort intéressants Il s'agissait de choisir parmi les modèles
+existants un véhicule automobile capable de remorquer dans de mauvais
+chemins, et même à travers champs, une charge de 15 tonnes (un wagon et
+demi de marchandises). Le service de l'artillerie a, en effet, reconnu
+depuis longtemps la nécessité de suivre l'exemple de l'Autriche et de
+trouver le moyen d'installer rapidement sur le champ de bataille
+l'artillerie lourde, l'artillerie de gros calibre que les chevaux ne
+parviennent pas à amener en temps utile sur la ligne de feu. Les lourdes
+voitures qui constituent ces convois nécessitent en effet d'énormes
+attelages peu maniables, à peu près incapables de se déplacer à une
+allure autre que le pas; elles occupent des longueurs formidables et
+encombrent les routes d'une façon fâcheuse. Ajoutons que le
+développement des impedimenta de nos armées est devenu tel que la
+réquisition n'arrive plus que difficilement à fournir les chevaux
+nécessaires. C'est pour ces raisons que l'administration de la Guerre
+s'est trouvée forcée de recourir à la traction mécanique et qu'elle a
+constitué un concours de tracteurs.</p>
+
+<p>Les conditions à remplir étaient malheureusement assez difficiles, et
+l'on se trouvait en outre forcé d'aboutir dans les deux ou trois
+premiers mois de l'année de façon à pouvoir inscrire au budget de 1913
+les crédits nécessaires et à faire construire les voitures avant 1914.</p>
+
+<p>Il est résulté de là que les constructeurs n'ont pas eu le temps de
+construire des voitures nouvelles et qu'ils ont dû amener au concours
+celles qu'ils possédaient déjà. Dans ces conditions, trois tracteurs
+seulement ont pu prendre part aux épreuves. Un seul d'entre eux au reste
+satisfaisait complètement aux exigences du programme; c'est le tracteur
+Chatillon-Panhard qui avait déjà participé antérieurement aux manoeuvres
+de l'Ouest ainsi qu'à de nombreux essais exécutés tant à Vincennes qu'à
+Satory.</p>
+
+<p>Le concours actuel comprenait un certain nombre de parcours sur des
+routes plus ou moins accidentées, mais ne présentant pas de difficultés
+exceptionnelles; il comprenait aussi ce qu'on pouvait appeler une série
+d'exercices <i>acrobatiques</i>. C'est ainsi que le tracteur, constituant
+avec ses remorques un train de 22 tonnes, a remonté près de
+Neauphle-le-Château une rampe de 13 à 14% (l'équivalent de la rue Le
+Nôtre au Trocadéro) A Nogent-sur-Marne, le tracteur seul a gravi la
+rampe de 18% de la rue Bauyn-de-Péreuse. On a également réussi à lui
+faire passer un arbre de 40 centimètres de diamètre couché en travers de
+la route, etc., etc.</p>
+
+<p>La photographie que nous reproduisons montre un train de voitures de 220
+évoluant dans les terrains mouvants qui se trouvent au fond du terrain
+de manoeuvre de Vincennes La commission d'expérience a même été jusqu'à
+faire franchir au tracteur une mare d'un mètre de profondeur.</p>
+
+<p>De pareilles exigences paraîtront peut-être excessives, car des efforts
+de ce genre ne seront pas habituellement demandés à notre nouveau
+matériel automobile, mais il était bon de savoir dès maintenant jusqu'où
+l'on pouvait aller de manière à établir définitivement le programme du
+futur concours de février 1914.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/021b.png"><br><b>Tracteur automobile remorquant un train de voitures<br>
+d'artillerie de 22 tonnes au polygone de Vincennes.</b></p>
+
+<p>On peut dire dès aujourd'hui que les résultats obtenus sont excellents
+et que le problème de l'artillerie lourde automobile est désormais
+résolu Une première solution est acquise et notre armée possédera
+prochainement un tracteur de 7 tonnes capable, grâce à ses larges roues,
+de circuler dans les plus mauvais chemins de terre, voire en plein
+champ, et de remplacer avantageusement les monstres de 10 ou 11 tonnes
+si dangereux pour la conservation des ponts et des routes de notre pays.</p>
+
+<p class="mid"><span class="sc">l'obusier léger</span></p>
+
+<p>Le ministre de la Guerre vient de trancher une grave question qui
+préoccupait depuis longtemps l'artillerie et l'état-major de l'armée, la
+question de l'obusier léger de campagne.</p>
+
+<p>On sait qu'en raison de la grande vitesse initiale de son projectile la
+trajectoire de notre canon de campagne de 75 est entièrement tendue.
+C'est là une qualité en terrain plat et découvert, car la zone
+dangereuse des balles lancées par le shrapnell, au moment où il éclate,
+est alors beaucoup plus considérable et le terrain se trouve beaucoup
+mieux battu. A ce point de vue, notre canon est sensiblement supérieur
+au canon allemand, mais il a, par contre, les défauts de ses qualités:
+quand on l'emploie en terrain très accidenté ou contre des couverts, des
+obstacles peu élevés suffisent à créer des zones de protection très
+étendues où l'adversaire peut se réfugier, se mettant ainsi complètement
+à l'abri des feux de l'artillerie.</p>
+
+<p>Les Allemands, dont le canon présente le même inconvénient, bien qu'à un
+degré un peu moindre puisque la trajectoire n'est pas aussi tendue, ont
+paré à cette difficulté en adoptant dès 1898 un obusier léger de
+campagne du calibre de 105mm. Cette bouche à feu, qui possède une
+vitesse initiale beaucoup moindre que celle du canon (300 mètres au lieu
+de 465), peut alors exécuter facilement du tir courbe, ses projectiles
+venant s'élever au-dessus de l'obstacle pour retomber ensuite en arrière
+de ce dernier.</p>
+
+<p>Le corps d'armée allemand, qui possédait d'abord 3 batteries de ce genre
+(18 pièces), en possède aujourd'hui 6 batteries (36 pièces), alors que
+nous ne disposions d'aucune bouche à feu de ce genre. Il y avait là pour
+notre artillerie une cause sérieuse d'infériorité à laquelle on
+cherchait depuis longtemps à remédier. Dans ces derniers mois,
+l'administration de la Guerre paraissait s'être ralliée à l'adoption
+d'un obusier de 105, construit par les usines Schneider, du Creusot,
+obusier qui avait donné aux essais d'excellents résultats. La commission
+du budget prévoyait de ce chef une dépense d'environ 80 millions et l'on
+reconnaissait la nécessité de créer de nouvelles batteries de campagne
+ou de transformer des batteries de 75 en batteries de 105, lorsqu'une
+solution très ingénieuse est intervenue qui a tranché la difficulté de
+la façon la plus simple.</p>
+
+<p>Pour obtenir une trajectoire peu tendue, il faut n'imprimer au
+projectile qu'une vitesse réduite. On aurait donc pu donner au canon de
+75 une trajectoire courbe en réduisant sa charge et par suite sa
+vitesse, mais c'était obliger le personnel à exécuter sur le champ de
+bataille des manipulations de poudres toujours un peu litigieuses. Il
+fallait de plus retirer le projectile de sa douille en laiton, le
+<i>dessertir</i>, pour vider en partie la douille, puis replacer le
+projectile sur sa douille et le <i>ressertir</i>; tout cela nécessitait
+l'emploi d'un appareil spécial dont on a beaucoup parlé depuis quelque
+temps, le <i>dessertisseur</i>.</p>
+
+<p>De pareilles opérations sont relativement faciles, mais elles n'en
+constituent pas moins un travail d'atelier qui n'est pas tout à fait à
+sa place sous le feu ennemi. Un officier d'artillerie, le capitaine
+Malandrin, s'est alors demandé s'il ne serait pas plus pratique de
+laisser la cartouche du 75 telle quelle et de trouver un moyen de
+<i>ralentir</i> le projectile. Cela revenait en effet au même que d'imprimer
+au projectile une vitesse moindre. La difficulté était de découvrir le
+moyen en question et surtout de découvrir un moyen suffisamment simple.
+Le capitaine Malandrin y réussit au delà de toute espérance et, à
+l'heure actuelle, il est devenu possible de donner aux obus de 75 une
+trajectoire aussi courbe que celle des obusiers allemands. La
+manipulation à effectuer ne complique en aucune façon les opérations
+préliminaires du tir; elle ne prête donc nullement aux critiques que
+suscitait la modification de la charge sous le feu.</p>
+
+<p>Il en résulte qu'à l'heure actuelle notre artillerie possède autant
+d'obusiers que de canons, alors que le corps d'armée allemand ne dispose
+que de 36 obusiers légers. Et cette heureuse transformation ne coûtera
+pas un demi-million, alors que la création des obusiers en eût demandé
+quatre-vingts.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/022small.png"><br><a href="images/022large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+
+<br><br>
+
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3656, 22 ***
+
+***** This file should be named 37851-h.htm or 37851-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/7/8/5/37851/
+
+Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>
+
+
diff --git a/37851-h/images/000large.png b/37851-h/images/000large.png
new file mode 100644
index 0000000..aeede72
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/000large.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/000small.png b/37851-h/images/000small.png
new file mode 100644
index 0000000..0c2e509
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/000small.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/001.png b/37851-h/images/001.png
new file mode 100644
index 0000000..3b2ca2c
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/001.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/001a.png b/37851-h/images/001a.png
new file mode 100644
index 0000000..fa9d095
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/001a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/002alarge.png b/37851-h/images/002alarge.png
new file mode 100644
index 0000000..fda4c0c
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/002alarge.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/002asmall.png b/37851-h/images/002asmall.png
new file mode 100644
index 0000000..e1ca384
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/002asmall.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/002b.png b/37851-h/images/002b.png
new file mode 100644
index 0000000..22b34c5
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/002b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/003a.png b/37851-h/images/003a.png
new file mode 100644
index 0000000..91a3389
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/003a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/003b.png b/37851-h/images/003b.png
new file mode 100644
index 0000000..75cd4c5
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/003b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/003c.png b/37851-h/images/003c.png
new file mode 100644
index 0000000..567b12e
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/003c.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/004a.png b/37851-h/images/004a.png
new file mode 100644
index 0000000..686602d
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/004a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/004b.png b/37851-h/images/004b.png
new file mode 100644
index 0000000..1e3b448
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/004b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/004c.png b/37851-h/images/004c.png
new file mode 100644
index 0000000..c4254e1
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/004c.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/005a.png b/37851-h/images/005a.png
new file mode 100644
index 0000000..3c364e2
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/005a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/005b.png b/37851-h/images/005b.png
new file mode 100644
index 0000000..3c88190
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/005b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/005c.png b/37851-h/images/005c.png
new file mode 100644
index 0000000..28c4517
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/005c.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/005c1.png b/37851-h/images/005c1.png
new file mode 100644
index 0000000..6b89a1f
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/005c1.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/005c2.png b/37851-h/images/005c2.png
new file mode 100644
index 0000000..bc697b9
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/005c2.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/005c3.png b/37851-h/images/005c3.png
new file mode 100644
index 0000000..8aff6d4
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/005c3.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/006a.png b/37851-h/images/006a.png
new file mode 100644
index 0000000..72bdef4
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/006a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/006b.png b/37851-h/images/006b.png
new file mode 100644
index 0000000..9ad5281
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/006b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/006c.png b/37851-h/images/006c.png
new file mode 100644
index 0000000..28e5093
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/006c.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/007a.png b/37851-h/images/007a.png
new file mode 100644
index 0000000..3912d41
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/007a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/007b.png b/37851-h/images/007b.png
new file mode 100644
index 0000000..d15a045
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/007b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/008large.png b/37851-h/images/008large.png
new file mode 100644
index 0000000..3f82445
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/008large.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/008small.png b/37851-h/images/008small.png
new file mode 100644
index 0000000..9dead15
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/008small.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/009.png b/37851-h/images/009.png
new file mode 100644
index 0000000..2269501
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/009.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/010.png b/37851-h/images/010.png
new file mode 100644
index 0000000..5939bdc
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/010.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/011.png b/37851-h/images/011.png
new file mode 100644
index 0000000..2c3fb8b
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/011.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/012a.png b/37851-h/images/012a.png
new file mode 100644
index 0000000..604c786
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/012a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/012b.png b/37851-h/images/012b.png
new file mode 100644
index 0000000..83cd706
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/012b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/013.png b/37851-h/images/013.png
new file mode 100644
index 0000000..2821551
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/013.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/014large.png b/37851-h/images/014large.png
new file mode 100644
index 0000000..05ae478
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/014large.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/014small.png b/37851-h/images/014small.png
new file mode 100644
index 0000000..2166289
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/014small.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/015a.png b/37851-h/images/015a.png
new file mode 100644
index 0000000..0e09c9e
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/015a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/015b.png b/37851-h/images/015b.png
new file mode 100644
index 0000000..6ae2e58
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/015b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/015c.png b/37851-h/images/015c.png
new file mode 100644
index 0000000..919033b
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/015c.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/015d.png b/37851-h/images/015d.png
new file mode 100644
index 0000000..78eee5a
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/015d.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/016alarge.png b/37851-h/images/016alarge.png
new file mode 100644
index 0000000..887e669
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/016alarge.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/016asmall.png b/37851-h/images/016asmall.png
new file mode 100644
index 0000000..9194884
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/016asmall.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/016b.png b/37851-h/images/016b.png
new file mode 100644
index 0000000..0e509e5
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/016b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/016c.png b/37851-h/images/016c.png
new file mode 100644
index 0000000..726691b
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/016c.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/017large.png b/37851-h/images/017large.png
new file mode 100644
index 0000000..ad10075
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/017large.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/017small.png b/37851-h/images/017small.png
new file mode 100644
index 0000000..eb1e325
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/017small.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/018large.png b/37851-h/images/018large.png
new file mode 100644
index 0000000..c4ff251
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/018large.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/018small.png b/37851-h/images/018small.png
new file mode 100644
index 0000000..b00839f
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/018small.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/019a.png b/37851-h/images/019a.png
new file mode 100644
index 0000000..c97308d
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/019a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/019b.png b/37851-h/images/019b.png
new file mode 100644
index 0000000..e352738
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/019b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/020.png b/37851-h/images/020.png
new file mode 100644
index 0000000..fd5721b
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/020.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/021a.png b/37851-h/images/021a.png
new file mode 100644
index 0000000..91597ca
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/021a.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/021b.png b/37851-h/images/021b.png
new file mode 100644
index 0000000..14951aa
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/021b.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/022large.png b/37851-h/images/022large.png
new file mode 100644
index 0000000..ba69093
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/022large.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/022small.png b/37851-h/images/022small.png
new file mode 100644
index 0000000..7d4869a
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/022small.png
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/cover.jpg b/37851-h/images/cover.jpg
new file mode 100644
index 0000000..20ed5d2
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/cover.jpg
Binary files differ
diff --git a/37851-h/images/supp1.png b/37851-h/images/supp1.png
new file mode 100644
index 0000000..afa3544
--- /dev/null
+++ b/37851-h/images/supp1.png
Binary files differ
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..cfd8ac8
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #37851 (https://www.gutenberg.org/ebooks/37851)