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+The Project Gutenberg EBook of Louis XI, by R. Rey
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Louis XI
+ et Les États Pontificaux de France
+
+Author: R. Rey
+
+Release Date: October 9, 2011 [EBook #37678]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LOUIS XI ***
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+Produced by Hélène de Mink and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
+typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
+et n'a pas été harmonisée.
+
+Quelques caractères, en exposant dans l'original, principalement des
+références d'archivage, dont la signification n'est pas évidente s'ils
+sont accolés à la lettre qui les précéde, ont été mis en accolade dans
+cette version électronique, comme p.e. dans «Cartons des Rois, X{ta}
+8605».
+
+
+
+
+ LOUIS XI
+
+ ET
+
+ LES ÉTATS PONTIFICAUX DE FRANCE
+
+ AU XVe SIÈCLE
+
+ D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS
+
+
+ par
+
+ M. R. REY
+
+ Agrégé d'histoire
+
+ Inspecteur d'Académie à Grenoble
+
+
+ GRENOBLE
+ IMPRIMERIE ALLIER FRÈRES
+ 26, COURS SAINT-ANDRÉ, 26
+
+ 1899
+
+
+
+
+ LOUIS XI
+
+ ET LES ÉTATS PONTIFICAUX DE FRANCE
+
+ AU XVe SIÈCLE
+
+ D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS
+
+
+
+
+PRÉFACE
+
+
+Il est peu de villes de l'ancien domaine royal, peu de provinces
+françaises qui, au point de vue de l'histoire nationale, présentent
+autant d'intérêt que la cité d'Avignon et «La Conté de Venaissin»,
+anciens fiefs temporels du Saint-Siège, mais vivant d'une vie propre,
+jouissant de toutes les libertés que donne l'autonomie communale la
+plus large, jusqu'à leur incorporation définitive à la République
+française (14 septembre 1791). Il faut ajouter, à vrai dire, qu'il
+n'est pas d'histoire plus mal connue.
+
+Placés sur les confins du Languedoc ci de la Provence dont le Rhône et
+la Durance constituaient les limites fréquemment contestées, les États
+pontificaux de France commandaient la grande route du Nord, vers la
+Méditerranée, par la vallée du Rhône; sous les remparts d'Avignon
+transitaient toutes les marchandises importées du Levant,
+d'Alexandrie, des Indes, et se dirigeant vers les pays du Nord de la
+France. Tous les souverains, princes du sang, grands personnages,
+capitaines illustres prenaient gîte dans l'ancienne résidence des
+papes, et, suivant l'expression de Mlle de Montpensier, les rois de
+France se considéraient à Avignon comme chez eux, et, pendant leur
+séjour dans la ville, ils en faisaient garder les portes par leurs
+propres gardes.
+
+Anciens territoires démembrés de la Provence et du Languedoc pour
+devenir terre papale, «La Conté de Venaissin» et Avignon avaient, avec
+les provinces limitrophes, une origine, une langue, des moeurs et des
+intérêts communs. Trop pauvres et resserrés dans des limites trop
+exiguës, ils ne pouvaient pas se suffire avec les ressources de leur
+sol qui, bien que riche et très fertile, n'aurait pas pu alimenter le
+quart de la population. C'est donc par leurs voisins, Provençaux,
+Languedociens, Bourguignons, Dauphinois, que les sujets des papes
+vivaient. De la Bourgogne et du Dauphiné, les blés leur arrivaient par
+le Rhône; du Languedoc, les animaux, le bétail, les fruits et le vin;
+de Provence, la laine pour la fabrication des draps. En retour, c'est
+chez leurs voisins que les produits de l'industrie avignonnaise,
+velours, damas, tentures brodées, brocarts, passementerie, toiles,
+draps, librairie, trouvaient un placement avantageux.
+
+Cette communauté des intérêts amenait forcément, d'État à État, des
+rapports incessants, et voilà pourquoi, en écrivant l'histoire des
+anciens États pontificaux de France dans la seconde moitié du XVe
+siècle, c'est l'histoire de la France elle-même que l'on écrit. C'est
+un de ses chapitres les plus curieux et les moins explorés que l'on
+reconstitue grâce à une abondante correspondance à peu près inédite
+tirée des archives déposées au Palais des Papes.
+
+Durant cette période de l'histoire de notre pays, les Avignonnais et
+les Comtadins se trouvent, par la force des événements, par le jeu
+même de leurs intérêts et aussi par la position topographique de leur
+territoire, mêlés à tous les grands faits de notre passé. Les guerres
+civiles et religieuses provoquées par le schisme avaient eu pour
+principal théâtre Avignon et quelques localités du Venaissin, et peu à
+peu s'était établi un échange fréquent de lettres et d'ambassades
+entre les sujets de l'Église et les rois de France.
+
+La succession du maréchal de Boucicaut, les ravages et les excès de
+toutes sortes commis par son frère Geoffroy de Meingre sur les terres
+papales mettent en rapports constants le jeune roi Charles VII avec
+les Comtadins et les Avignonnais qu'il prend sous sa protection
+(1421-1429).
+
+Avec le dauphin Louis commencent des intrigues politiques qui semblent
+préparer tout d'abord une tentative discrète d'incorporation des États
+de l'Église à son gouvernement du Dauphiné (1444). Puis ce sont
+d'incessants agissements de Louis qu'aucun de nos historiens n'a
+soupçonnés et dont la main mise sur le Venaissin et Avignon paraissait
+être le but non avoué. Toutes ces négociations entre le dauphin de
+Viennois et les États du pape jettent un nouveau jour sur les
+rapports de Charles VII et de son fils, et sur l'origine de leur
+brouille (1452).
+
+La politique suivie par Louis XI en 1461, 1464, 1470, 1476, 1479,
+vis-à-vis des États de l'Église, constitue l'une des phases les plus
+mouvementées de l'histoire des relations de la royauté française avec
+le Saint-Siège, et permet de mieux apprécier encore la finesse
+politique en même temps que le ton autoritaire et la volonté
+impérieuse d'un monarque qui avait pour principe de ne ménager
+personne quand il s'agissait de la raison d'État.
+
+Il y a une politique de Louis XI bien déterminée et uniformément
+suivie par lui à l'égard des terres de l'Église et des populations qui
+y habitent. Cette politique se dessine d'une façon très nette dans la
+correspondance du souverain avec la ville, dans les instructions
+données aux ambassadeurs royaux, «escuiers d'escuerie», «sergents
+d'armes», maîtres d'hôtel, maréchaux, officiers de la maison du roi,
+dont les registres de délibérations du conseil de ville nous ont
+précieusement conservé la teneur. Quel est le caractère de cette
+politique? Quelle est la nature de ces relations du souverain avec des
+populations qui ont les mêmes sentiments et les mêmes aspirations que
+les véritables Regnicoles, mais sur lesquelles l'Église exerce un
+droit de souveraineté temporelle que les rois de France
+reconnaissaient sans se faire illusion sur sa légitimité? Quelle a été
+l'action de la royauté sur ce pays sous Louis XI? Ce monarque a-t-il
+eu, à l'égard de ces territoires enclavés, une pensée de derrière la
+tête que sa correspondance laisse deviner sans trop de peine? Charles
+VII, Louis XI, ont-ils été sincères vis-à-vis des sujets du pape? En
+un mot, l'attitude de ces deux rois a-t-elle été assez caractérisée
+pour pouvoir affirmer qu'ils avaient su asseoir dans le pays les
+éléments d'une influence française? Tout le sujet de ce livre est là,
+et la période de quarante ans environ (1444-1483) que nous nous sommes
+fixée comme cadre d'étude, période féconde en événements de la plus
+haute importance historique, est plus que suffisante pour assigner à
+la politique de la Cour de France son vrai caractère et pour en
+marquer les principaux traits dans les limites où s'exerce son action.
+
+On pourrait se demander, et avec raison, pourquoi cette partie de
+notre histoire a été jusqu'à ce jour délaissée à ce point que les
+archives municipales d'Avignon et du Comtat constituent à l'heure
+qu'il est un champ de recherches où l'on rencontre à chaque pas
+l'inédit. En un mot, on est en droit de se dire: comment un pays, qui
+a joué au moyen âge et dans les temps modernes un rôle si
+considérable, n'a-t-il pas d'histoire? La raison en est bien simple.
+Jusqu'au moment où le Saint-Siège renonça à ses droits sur Avignon,
+c'est-à-dire jusqu'à la réunion finale votée par la Constituante,
+quelques jours avant sa séparation, le légat, représentant le
+Saint-Siège à Avignon, opposa toujours un refus formel à ceux qui
+voulaient opérer des recherches dans les archives locales. En voici
+une preuve indéniable en même temps qu'une explication fort peu connue
+tirée des minutes du conseil de ville. Le 14 octobre 1762, le conseil
+de ville assemblé avait décidé de remercier M. Ménard, le savant
+auteur de l'histoire de Nîmes, alors membre de l'Académie royale des
+Inscriptions, qui avait bien voulu accepter de composer, pour le
+compte de la ville, une histoire d'Avignon et du Comtat-Venaissin sur
+les documents originaux. Muni d'un congé régulier de deux ans et demi
+accordé par Sa Majesté, M. Ménard quitta Paris le 25 septembre 1763 et
+arriva à Avignon le 4 octobre, où il demanda à être présenté au
+conseil de ville. Mais le légat déclara qu'il fallait au préalable
+prendre l'avis de la Cour de Rome. Son Éminence, le cardinal
+Torrigiani, ministre, secrétaire d'État, répondit, le 7 décembre 1763:
+«que l'histoire d'Avignon était un sujet trop délicat pour le laisser
+traiter par un étranger et pour lui donner à son gré l'entrée et la
+communication des archives de la ville, et que Sa Sainteté
+n'approuvait pas la charge que la ville avait donnée à M. Ménard pour
+cette entreprise». Les consuls prièrent alors Mgr Rutati, leur agent à
+Rome, d'insister auprès du pape pour obtenir satisfaction; mais la
+curie romaine demeura inflexible, et l'affaire en resta là. Quant à
+Ménard, il quitta définitivement Avignon, avec une indemnité de 600
+livres que le conseil lui avait accordée pour ses frais de voyage et
+d'installation.
+
+Cette interdiction explique pourquoi il n'y a pas d'histoire de ce
+pays, même de valeur moyenne. Les érudits locaux se sont jetés dans
+les _Mémoires_, _Recueils de pièces_, _Annales_, où règne un esprit
+étroit, une partialité mesquine qui n'ont d'égale que la pénurie des
+documents. Le carme Castrucci Fantoni, dont «_l'Histoire d'Avignon_»
+est la seule digne de ce nom ne connut pas les archives locales ou ne
+voulut pas en tirer profit. On peut en dire autant de «_Cambis
+Velleron_», de «_Morenas_» du «_Marquis de Fargues_» et autres auteurs
+de mémoires. Fornéry seul avait réuni des éléments précieux et d'une
+authenticité incontestable qui sont restés manuscrits, et dont
+Pithon-Curt, en plagiaire honteux, a fait une abondante moisson.
+
+De nos jours, malgré la facilité accordée aux recherches, la plupart
+des documents locaux sont restés ignorés. Je ne parle pas seulement
+des derniers travaux de M. Charpenne, lourde et indigeste compilation,
+sans ordre, sans méthode et sans critique, où ont été rassemblés de
+droite et de gauche des extraits pris dans les mémoires manuscrits du
+Musée Calvet; je constate que même les auteurs de publications
+savantes, comme les «Lettres de Louis XI»[1], ont négligé d'extraire
+de nos archives des lettres et actes publics qui concernent l'histoire
+du pays, et qui avaient leur place toute marquée dans un travail
+destiné à éclairer les sources de notre histoire nationale. On
+s'explique ce dédain de la part des collectionneurs pour la période
+antérieure à 1789, mais non pour notre époque actuelle. En effet, la
+réunion tardive d'Avignon et du Comtat-Venaissin au territoire
+français, leur vie à part et hors de l'action directe du pouvoir
+royal, alors que l'union politique et territoriale du royaume était un
+fait accompli depuis Louis XI, nous expliquent l'absence de documents
+relatifs aux États citramontains du Saint-Siège dans les grandes
+collections de la Bibliothèque nationale, les collections _Doat_,
+_Moreau_, _Fontanieu_, la collection _Legrand_, qui ont été
+constituées au XVIIe ou au XVIIIe siècle, c'est-à-dire à une date où
+les États pontificaux d'en deçà des monts n'étaient pas encore terre
+française. C'est pour la même raison que les rares lettres que nous
+avons trouvées à la Bibliothèque nationale, provenant des consuls
+d'Avignon, sont dispersées et perdues dans l'ancien fonds français.
+
+ [1] _Lettres de Louis XI, roi de France_, publiées par Vaesen et
+ Charavay, 5 vol. parus.
+
+Les documents que nous avons utilisés pour notre travail sont de deux
+sortes: 1º Les _Originaux_, lettres, bulles, brefs pontificaux,
+correspondance, etc., classés par séries dans les archives communales
+et départementales. Les originaux provenant de la _Bibliothèque
+nationale_, des _Archives nationales_ et du Ministère des Affaires
+étrangères (_Affaires de Rome_); 2º les manuscrits, histoires,
+annales, recueils de pièces, bullaires et chartiers, copies de pièces,
+etc., que renferment les bibliothèques d'Avignon et de Carpentras.
+
+_A la Bibliothèque nationale_, nous avons recueilli quelques pièces
+dans l'ancien _fonds français_, nos 2896, 3882, 291, 308 (nouvelle
+acquisition), 304 (_id._). Les collections Legrand, 6960-6990, et
+Suarez, _Avenio politica_, ne renferment rien de spécial à notre
+travail.
+
+_Aux Archives nationales._--Cartons des Rois, X{ta} 8605, folio 95,
+registre du Parlement (une pièce).
+
+_Archives du Ministère des Affaires étrangères._--Affaires de Rome,
+VIII, no 154 et volume 358. Correspondance de Rome, 1664, no 157.
+
+Quant aux archives du Vatican, elles ne possèdent rien ou à peu près
+rien en ce qui concerne l'histoire diplomatique du XVe siècle, la
+chancellerie pontificale prenant pour règle de ne conserver que les
+pièces ayant un intérêt direct et immédiat pour le Saint-Siège. La
+correspondance si intéressante des légats et vice-légats avignonnais
+n'offre une collection régulière qu'à partir de 1572[2]. Seule la
+collection des _Cameralia_ peut être utilement consultée. Nous devons
+ajouter toutefois que cette lacune peut être comblée grâce à la
+correspondance consulaire (_série A. A._) des archives communales, qui
+renferme les minutes des instructions données par la ville à ses
+ambassadeurs. Rédigées en latin ou en italien, ces instructions, dont
+nous aurons occasion de reproduire plusieurs extraits comme pièces
+justificatives, ne sont pas moins remarquables par la netteté et la
+précision de la pensée que par l'élégance de la forme diplomatique.
+
+ [2] Je n'aurais garde d'oublier de remercier ici le Révérend Père
+ Ehrle, conservateur de la Bibliothèque du Vatican, dont les
+ conseils éclairés et obligeants m'ont été d'un si précieux
+ secours durant les quelques semaines que nous avons employées à
+ faire des recherches aux archives vaticanes. Nous avons
+ dépouillé, aux archives secrètes, la collection des _Miscellanea_
+ (3 caisses de documents divers classés sans autre raison que le
+ format) de 1444 à 1479. Enfin, nous avons compulsé avec soin les
+ registres _Diaria_ XII, _Diaria_ XIII, de 1463 à 1479. «Librorum
+ ritualium qui et Cæremoniales vulgo appellantur item Diariorum
+ Magistrorum Cæremoniarum et aliorum», où l'on trouve de
+ fréquentes mentions des ambassades envoyées par la Cour de France
+ auprès du Saint-Siège.
+
+Mais c'est sans contredit aux archives communales et départementales
+que nous devons notre plus ample moisson. Nous avons consulté dans les
+archives municipales les séries A. A. (correspondance consulaire,
+minutes et dossiers des ambassades), série B. B., série C. C.
+(comptes, mandats et pièces de dépenses), série D. D., série E. E.
+(affaires militaires, passages de troupes, etc.), série H. H., série
+I. I., registres des conseils (1450-1504), registres des procès du
+Rhône, 6 volumes in-folio. Les archives départementales ne nous ont
+pas été d'un secours moins précieux, bien que l'incendie de 1713 ait
+détruit la plus grande partie des pièces originales relatives à
+l'histoire du Comtat-Venaissin. Nous avons surtout consulté la série
+des délibérations des États; les séries _B. B._, _C. C._; les
+cartulaires de l'_Archevêché d'Avignon_, 3 volumes in-folio; les
+archives communales de _Carpentras_, de _Pernes_, _Cavaillon_ (_séries
+A. A., B. B. et E. E._). Enfin, nous avons recueilli beaucoup de
+curieux renseignements et de pièces inédites dans les minutes de
+notaires.
+
+Aux archives des provinces voisines, Languedoc, Provence, Dauphiné,
+nous avons trouvé quelques documents[3] dans les séries C. C. et
+surtout série B. (_Chambres des Comptes_).
+
+ [3] Nous devons particulièrement remercier de leur obligeance M.
+ Prudhomme, le savant archiviste de l'Isère, et son collaborateur
+ M. Pilot de Thorey, qui a bien voulu nous communiquer les bonnes
+ feuilles des deux volumes qu'il prépare sur les actes de
+ l'administration de Louis XI relatifs au Dauphiné.
+
+Nous n'avons point, en donnant ce livre au public lettré, la
+prétention de refaire l'oeuvre de nos prédécesseurs, en critiquant ce
+qu'il y a d'incomplet et d'insuffisant dans leurs travaux sur la
+politique générale de Louis XI. Nous avons simplement voulu, surtout
+après le livre de M. Sée[4], combler une lacune et montrer que si le
+règne de celui que ses contemporains appelaient l'«universelle
+araignée» a été étudié et fouillé dans ses recoins les plus secrets,
+il n'en reste pas moins fécond en surprises pour tous ceux que
+passionne l'étude de notre histoire nationale.
+
+ Grenoble, février 1899.
+
+ R. REY.
+
+ [4] _Louis XI et les Villes_, par Henri Sée, docteur ès-lettres,
+ in-8º. Paris, Hachette, 1891.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER
+
+Coup d'oeil rétrospectif sur les relations de la Cour de France avec
+Avignon et le Comté Venaissin pendant la première moitié du XVe
+siècle.
+
+Charles VI.--Benoît XIII.--Le Schisme.
+
+ Caractère général des relations de la Cour de France avec le
+ Venaissin et l'État d'Avignon pendant le règne de Charles VI et
+ de Charles VII. Comment les rois de France entendaient la
+ juridiction temporelle des papes sur ces États. Voyages
+ princiers à Avignon. Fondation du royal monastère des Célestins
+ (1395); privilèges accordés. Inviolabilité.--Premières assises
+ de l'autorité royale à Avignon.
+
+ Le schisme et Benoît XIII. Situation des Avignonnais vis-à-vis du
+ pape et des cardinaux. Louis d'Orléans et les oncles du roi à
+ Avignon. Attitude et intervention de Charles VI: premier siège
+ du Palais (1398). GEOFFROY LE MEINGRE, dit BOUCICAUT. Son rôle
+ dans les événements militaires dont Avignon est le théâtre
+ (1398-1399).
+
+ Charles VI prend Benoît XIII sous sa protection. Sa lettre aux
+ consuls d'Avignon (22 avril 1401). Il se fait le défenseur des
+ cardinaux et des terres de l'Église. Sa lettre au sire de
+ Grignan (juin 1401). Captivité et évasion de Benoît XIII (1400,
+ mars 1403). Traité de paix entre les cardinaux et le pape.
+ Hommage des Avignonnais à Benoît XIII (10 avril 1403). Retrait
+ de la soustraction d'obédience (30 juillet 1403).
+
+ Suite des événements provoqués par les agissements de Benoît
+ XIII.--L'anti-pape et le maréchal de Boucicaut.--Inféodation des
+ villes du Comtat et prise de possession (mars 1408).--Le second
+ siège du Palais.--Rodrigues de Luna et les Catalans
+ (1410-1411).--Intervention de l'Université de Paris.--Charles VI
+ envoie des secours aux Avignonnais.--Capitulation de la garnison
+ catalane (27 novembre 1411).
+
+
+La question de savoir si la juridiction temporelle des papes sur «la
+Conté de Venaissin» et l'État d'Avignon était reconnue par les rois de
+France a provoqué, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des discussions
+passionnées. Nous nous garderions bien de reproduire ici les arguments
+que chaque parti invoquait à l'appui de sa thèse; mais, nous devons
+l'avouer en toute franchise, chez les uns comme chez les autres, la
+passion politique a eu une part trop large au détriment de la vérité
+historique[5].
+
+ [5] _Voir Recherches historiques concernant les droits du Pape
+ sur la Ville et l'État d'Avignon_, 1768, in-8º, avec _Réponse_,
+ par Agricol. Morau.--Cf. Dupuy, _Traité des droits du
+ Roi_.--Archives du Ministère des Affaires étrangères, vol. 358,
+ fo. 36 et suivants.
+
+Tous les rois de France du XVe siècle ont, sans exception, dans leurs
+actes publics comme dans leurs missives et lettres closes, reconnu,
+sans aucune réserve, le droit de suzeraineté temporelle du Saint-Siège
+sur Avignon et le Venaissin. Dans aucun cas, la légitimité de
+possession n'est mise en cause. En informant Yolande d'Aragon, reine
+de Sicile et de Provence, qu'il envoie des secours contre les
+schismatiques «qui occupent le palais d'Avignon et le chastel d'Oppède
+et autres lieux appartenant à notre dit Saint Père[6]», Charles VI
+affirme ce droit comme il l'avait affirmé précédemment dans sa lettre
+au sire de Grignan, en 1401[7]. Sous Charles VII, la reconnaissance
+des droits des souverains pontifes est encore mieux affirmée: «_Et
+pour ce que aucuns estans ès marches de par delà ont vouloir et
+intention de surprandre sur le patrimoine de l'Église appartenant au
+Saint Père le Pappe et de porter dommaige et oppression à la cité
+d'Avignon et autres du dit patrimoine_[8].» C'est en ces termes que
+Charles VII garantit sa protection aux vassaux de l'Église; et l'acte
+même par lequel ce souverain prend sous sa sauvegarde les États
+citramontains du Saint-Siège, avec leurs habitants, ne peut laisser
+aucun doute sur la sincérité de ses intentions et sur les dispositions
+bienveillantes dont il ne cesse de donner des preuves à ses
+protégés[9]. Est-ce à dire que, tout en acceptant la domination
+temporelle des pontifes de Rome sur cette portion de terre enclavée
+dans leur royaume, les rois de France en considérèrent les habitants
+comme des étrangers pour lesquels on n'a pas de ménagements à avoir?
+Tout autre, au contraire, est le caractère de la politique de nos rois
+vis-à-vis des sujets de l'Église. Charles VII ne remporte pas un
+succès militaire sans en faire aussitôt part aux Avignonnais; ainsi,
+quand il leur annonce, _le 22 juillet 1453_, la capitulation de
+Castillon de Guyenne: «_Pour ce que savons que prenez grand plaisir à
+oïr en bien de la prospérité de nous et de nostre seigneurie_[10].»
+Louis XI déclare dans toutes ses lettres patentes que le Venaissin et
+la cité d'Avignon «_sont terres d'Église et du domaine de nostre Saint
+Père le Pape_[11]», et qu'il est disposé «_à faire pour les sujets du
+Saint-Siège plus que pour ses sujets propres, si mieulx faire se
+povoit_[12]». C'est donc comme fils aînés de l'Église, comme rois très
+chrétiens et défenseurs des droits de l'Église et de la Papauté que
+les rois de France interviennent dans les affaires intérieures du
+Comtat et d'Avignon. C'est à ce titre qu'ils s'érigent en tuteurs des
+Comtadins et des Avignonnais, en apparence, bien qu'au fond, sans
+formuler de revendications écrites, ils se considèrent toujours comme
+ayant des droits sur cette partie du domaine de l'Église, que, pour la
+première fois, Henri II regardera «_comme ayant été éclipsée de son
+royaume_[13]». Mais aucun souverain, pas même Louis XI, quand il
+occupa temporairement Avignon et le Comtat, n'a eu l'intention arrêtée
+d'annexer ces terres, devenues fiefs temporels de l'Église, d'une
+façon définitive et sans retour[14]. Nos rois auraient vu dans cette
+incorporation de vive force une atteinte à cette tradition de
+franchise et d'honnêteté politiques dont la Maison de France semble
+jalouse de conserver le monopole. On peut donc dire que le caractère
+des relations de la Cour de France avec les sujets du Saint-Siège se
+règle sur l'état même des rapports qui existent entre les rois et la
+Papauté. Que le Saint-Siège soit occupé par un pontife favorable aux
+intérêts français, les Avignonnais et les Comtadins bénéficient de
+toutes les faveurs; que la Cour de France ait, au contraire, à se
+plaindre des procédés de la curie romaine, ce sont les vassaux du pape
+qui subissent les conséquences de la brouille. La suite des événements
+ne fera que confirmer la vérité historique de ce principe.
+
+ [6] 26 juin 1411. Arch. mun., série E.E. Orig.
+
+ [7] 7 juin 1401. Fornéry, _Hist. Ecclés._, mss., fol. 416 et 417.
+
+ [8] 15 mars 1426. Arch. munic., B. 19, no 22.
+
+ [9] Lettres-patentes du roi Charles VII prenant sous sa
+ protection les États citramontains de l'Église: «Karolus Dei
+ gratia Francorum rex carissimo primo genito nostro Ludovico,
+ dalphino Viennensi ac universis et singulis ducibus, principibus,
+ comitibus, barronibus, militibus, capitaneis armigerorum tam
+ equitum quam peditum arma gerentibus universis et singulis
+ nobilibus burgensibus et aliis quibuscumque subditis confederatis
+ et fidelibus nostris tam infra regnum nostrum quam in
+ Dalphinatu et aliis quibuscumque locis constitutis, subditis et
+ benivolis nostris graciam et bonam voluntatem. Noveritis quod
+ insequendo vestigia predecessorum nostrorum Christianissimorum
+ regum Francie in mentis nostre conceptu ac scrutinio cordis
+ revolventes Sanctissimum Dominum nostrum Papam in remotis in
+ presenti residere ac considerantes Reverendissimum in Christo
+ patrem Karissimum Consanguineum nostrum nomine Carles Fuxi,
+ regimen predicte Ecclesie citra montes habeat et volentes ex
+ certis et quam plurimis causis animum nostrum ad hoc moventibus
+ civitatem Avinionensem, comitatum Venaissini et alias terras
+ eisdem adjacentes juncte vel injuncte Sancte Romane Ecclesie
+ subjetas cum incolis et habitantibus in eisdem quas semper cum
+ effectu reperimus begnivolas et relatrices honoris et status
+ progenitorum nostrorum et nostri caras habere et propicias motu
+ nostro proprio et non ad cujuscumque requisitionem seu instanciam
+ sed ex nostra pura liberaque et sincera devotione moti per
+ presentes notum facimus et declaramus ex causis supradictis,
+ dictas terras, personas et bona subditorum dicte Sancte Romane
+ ecclesie ita caras et propicias habere censemus et reputamus
+ sicut terras nostras et subditos nostros ac si essent de nostro
+ proprio dominio et imperio eisdemque deffensores et protectores
+ tanquam brachium dextrum ecclesie esse volumus intimantes omnibus
+ et singulis cujuscumque status, gradus, condicionis,
+ preheminencie aut dignitatis existant qui contra hanc nostri
+ animi voluntatem seu declarationem mentis nostre aliquid
+ attemptaverint in dictis terris et personis vel bonis eorumdem
+ quod nos onus ulcionis de attemptatis hujusmodi nobis assumemus
+ et ex inde assuminus et talem et ita celerem provisionem circa ea
+ dabimus et resistenciam faciemus quod ceteris cedet in exemplum
+ et nihilominus declarantes nostre mentis intentum quod per
+ premissa nullum jus, nullumque imperium dominiumque seu aliqualem
+ juridictionem seu actionem acquirere nobis aut successoribus
+ nostris aliqualiter intendimus seu volumus in dictis terris et
+ subditorum sancti domini nostri Pape sed solam indicta fecisse et
+ facere decrevimus pro pacifico et tranquillo statu illius patrie
+ quam semper optavimus et optamus mandantes omnibus senescallis et
+ officiariis subditis nostris ut has nostras litteras publicari
+ faciatis tociens et ubicumque requisiti fuerint infra dictionem,
+ imperium et dominium nostrum sine costu voce tube et alias
+ taliter quod nullus ignoranciam tenoris earumdem pretendere
+ possit seu contra ire presumat in quantum cupiunt indignationem
+ nostram evitare et hoc sub pena centum marcharum auri fisco
+ nostro, irrevocabiliter applicanda quas debita exequtatas
+ remanere volumus presentanti. In quorum, etc.» Arch. municip.,
+ série A.A.
+
+ [10] Arch. municip., série A.A. Origin. inédit. Voir aux pièc.
+ justific.
+
+ [11] Voir pièc. justific., no 19.
+
+ [12] _Id._, no 20.
+
+ [13] _Id._, Biblioth. nat. fonds. franc. Nouv. acq., 304.
+
+ [14] Arch. du Ministère des Affaires étrangères, _Correspondance
+ de Rome_ (8 janvier 1664). _Mém. du Roy à M. de Bourlemont._ Vol.
+ no 157, fol. 25 et suiv.
+
+Le règne de Charles V ne nous offre pas de relations bien suivies
+entre les États pontificaux de France et la Cour. Les ducs de
+Bourgogne et d'Anjou avaient fait, en 1370-71, un premier voyage à
+Avignon, où ils avaient reçu du pape une magnifique hospitalité[15].
+La confirmation de la protection royale accordée en 1380[16] à la
+Chartreuse de Villeneuve était un premier jalon de la puissance royale
+aux portes d'Avignon. L'établissement de la Maison de France, dans la
+personne de Louis d'Anjou, frère de Charles V, en Provence, en 1385,
+confirmait encore et pouvait rendre plus entreprenantes les visées de
+la Cour sur les domaines mêmes de l'Église. Le Saint-Siège en prit
+ombrage et eut peur un moment que ce redoutable voisinage ne
+l'obligeât à évacuer Avignon[17]. Le voyage de Charles VI en
+Languedoc et le séjour qu'il fit dans la cité papale, à deux reprises
+différentes, les assurances et gages de paix qu'il donna,
+contribuèrent à dissiper les malentendus, et le souverain reçut à
+Avignon un accueil vraiment royal. Dès le 19 octobre, tous les
+ouvriers de la ville avaient été occupés à tendre des toiles depuis le
+Palais apostolique jusqu'au pont du Rhône et à charrier des graviers
+de la Durance[18] dans toutes les rues que devait parcourir le cortège
+royal[19]. Le roi, accompagné de Louis d'Orléans, son frère, de ses
+oncles, les ducs de Berry et de Bourbon, des ministres, des grands
+officiers de la Cour, dont le maréchal Boucicaut, fit à Avignon une
+entrée triomphale, le 30 octobre 1389, à la nuit tombante, au milieu
+des acclamations de la population. C'est pendant son premier séjour à
+Avignon que fut couronné Louis II d'Anjou, son neveu, roi de Sicile et
+de Jérusalem et comte de Provence[20]. Parti d'Avignon pour continuer
+son voyage en Languedoc, Charles VI y était de retour le 31 janvier
+«où le pape le festoya[21]», et c'est dans cette entrevue que, s'il
+faut en croire un historien[22], le roi promit à Clément VII de le
+placer _manu militari_ sur le trône de Rome. Quoi qu'il en soit, le
+roi de France prit vis-à-vis du pope et de ses sujets l'engagement
+formel de les couvrir de sa protection royale contre les routiers et
+les ennemis de l'Église. Ainsi, dès le mois de _novembre 1390_,
+Charles VI ayant appris que Jean d'Armagnac, l'allié des Florentins,
+avait réuni des gens d'armes pour marcher en Lombardie contre Jean
+Galéas, beau-père du duc d'Orléans, et que ces bandes commettaient des
+excès sur le terroir pontifical, il dépêcha Jehan d'Estouteville à
+Avignon «_pour le faict des vuides des gens d'armes estans en la
+compaignie du comte d'Armigniac_[23]».
+
+ [15] Collect. des documents inédits, _Itin. de Philippe le
+ Hardy_, p. 481-544, et Introduct., XIII, et pp. 63-64.
+
+ [16] _Ordonn. de Charles V. Recueil des Ordonnances_, t. VI, p.
+ 490, et t. VII, p. 380. Voy. également _Trésor des Chartes_, Reg.
+ 139, p. 216.
+
+ [17] Douet d'Arcq., _Choix de pièces relatives an règne de
+ Charles VI_, I, p. 67. Voy. réponse du sénéchal de Beaucaire au
+ Roy, 1385: «Il est assavoir que le Pappe et les Cardinaux ne sont
+ pas bien enclinez à la partie du Roy; aucuns d'eulx disans que se
+ le Roy estoit seigneur du pais qu'il leur faudroit laisser
+ Avignon.»
+
+ [18] Archiv. de la Ville, t. Ier, fo. 692, vo, 693.
+
+ [19] _Id._, t. Ier, fo. 695. Cf. l'abbé Christophe. _Loc. cit._,
+ III, p. 110.--_Historia Cælestinorum Avenionensium_, mss., Bibl.,
+ municip. I, fo. 93. _Recueil de Massillian_, mss., t. XVII, fo. 71.
+
+ [20] Jarry, _La vie politique de Louis d'Orléans_, p. 52.--De
+ Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, I, p. 317.
+
+ [21] Dom Vaissette. X, p. 128.
+
+ [22] Jarry, _La vie politique de Louis d'Orléans_, p. 52.
+
+ [23] Jarry, p. 68, no 2.
+
+La mort de Clément VII et l'élection de Pierre de Luna, en accentuant
+encore le caractère déjà violent du schisme qui divisait l'Église,
+allait amener une nouvelle intervention de la Cour de France à
+Avignon, Clément VII était mort le 16 septembre 1394; aussitôt Charles
+VI dépêcha à Avignon, auprès des cardinaux, un envoyé porteur d'une
+lettre du roi, pour les prier de surseoir à toute élection. La lettre,
+arrivée le 28, fut remise au cardinal de Florence, mais le même jour,
+Pierre de Luna était élu pape sous le nom de Benoît XIII[24]. Vingt-un
+cardinaux avaient pris part à son élection, parmi lesquels le cardinal
+_de Thury_[25], qui fut plus tard un des ses adversaires les plus
+acharnés, et que le concile de Pise envoya en 1409, comme légat, dans
+les États pontificaux. Cette élection provoqua à la Cour une
+douloureuse surprise, car peu auparavant Charles VI avait fait partir
+pour Avignon[26] le _maréchal de Boucicaut_, _Regnault de Roze_ et
+_Bertaut_, sous prétexte d'enjoindre à Raymond de Turenne de cesser
+ses hostilités contre les cardinaux et ses ravages sur les terres de
+l'Église et de la reine de Sicile, mais aussi pour inviter ceux-ci à
+différer toute élection. Les envoyés apprirent en route l'élection de
+Benoît XIII. Le nouveau pape était un homme de grande science et de
+haute intelligence. Diplomate consommé, politique fin et rusé,
+caractère indomptable, volonté opiniâtre et inflexible, Pierre de
+Luna, à l'encontre du jugement plein de prévention que porte sur lui
+un historien allemand contemporain[27], était bien au-dessus des
+hommes de son temps.
+
+ [24] _Le Religieux_, II, p. 190.--Cf. P. Ehrle, _Aus den Acten
+ des Afterconcils von Perpignan_, p. 15, not. 1.
+
+ [25] On l'appelle encore cardinal «de Thuroy».
+
+ [26] Noël Valois, _Raymond-Roger de Beaufort, vicomte de Turenne,
+ et les Papes d'Avignon_, 1890, p. 28.--Cf. Jarry, _loc. cit._, p.
+ 128;--Cf. Douet d'Arcq., _loc. cit._, I, p. 139.
+
+ [27] Pastor, _Hist. de la Papauté_, traduct. franç., vol. I, p.
+ 176.
+
+Animé tout d'abord d'intentions conciliatrices, Benoît XIII envoya à
+la Cour _Egidius de Bellamera_, évêque d'Avignon, et _Pierre
+Blau_[28], pour faire savoir à Charles VI qu'il était personnellement
+disposé à favoriser l'extinction du schisme[29] priant Sa Majesté de
+déléguer auprès de lui une ambassade en vue de s'entendre sur les
+moyens à prendre pour mettre fin à un fléau qui désolait l'Église et
+la Chrétienté. De son côté, Charles VI chargeait ses ambassadeurs
+auprès des rois de Bohême, de Hongrie, d'Angleterre, de Castille,
+d'Aragon et de Sicile, de proposer à ces divers souverains la
+déposition du pape[30]. «Pour trouver paix et bonne union en nostre
+mère saincte Esglise»[31], il convoquait à Paris, pour la
+_Purification_, une assemblée des membres du clergé en vue d'examiner
+les trois voies proposées pour arriver à l'extinction du schisme, voie
+de «cession», de «compromis» ou «d'arbitrage» et voie de «concile
+général». Quatre-vingt-sept voix contre vingt-deux adoptèrent la voie
+de cession, et l'assemblée décida en outre qu'une ambassade composée
+des princes de la famille royale serait envoyée à Avignon auprès de
+Benoît XIII, pour obtenir son adhésion à la voie de cession qui
+paraissait la plus digne et la plus expéditive[32]. Les princes
+reçurent leurs pouvoirs le 29 février 1395; le duc Louis d'Orléans,
+pour sa part, devait toucher 3,000 livres par mois pour ses frais de
+route[33], mais cette somme était insuffisante, vu les goûts de
+dépense du jeune prince qui fut obligé de s'adresser à des banquiers
+avignonnais pour solder ses dettes[34]. Les ducs d'Orléans et ses
+oncles, les ducs de Berry et de Bourgogne, descendirent de Châlons
+à Avignon (en mai 1395) sur un bateau construit dans cette ville.
+Un conduisait le conseil du roy; un autre était destiné à
+l'échansonnerie; un autre à la panneterie; trois pour la cuisine,
+trois pour les gardes-robes, un pour les joyaux du duc, trois pour les
+chapelains, trois pour la fruiterie. En tout dix-sept bateaux[35]. Les
+ambassadeurs, accompagnés de ce train considérable débarquèrent à
+Avignon le 22 mai 1395[36]. Benoît XIII reçut avec beaucoup de
+déférence les envoyés de Charles VI, mais les premières entrevues
+étant restées sans résultat, les princes, mécontents de l'opiniâtreté
+du pape, convoquèrent à Villeneuve les cardinaux, afin de prendre leur
+avis sur la voie de cession qu'ils avaient pour mission de faire
+prévaloir auprès du pape et de son entourage[37]. La majorité des
+cardinaux se prononça pour la voie de cession. Mais Benoît XIII ne
+l'accepta pas, et cette fois, les princes mécontents se retirèrent à
+Villeneuve[38]. L'incendie d'une partie du pont, qui eut lieu dans la
+nuit, fut considéré comme le premier acte de l'alliance des cardinaux
+et des Avignonnais avec les ambassadeurs de Charles VI contre
+l'obstiné pontife. Une deuxième conférence des cardinaux et des
+princes n'ayant pas amené plus de résultat (23 juin 1395)[39], ceux-ci
+quittèrent Villeneuve et vinrent prendre gîte à Avignon où une
+somptueuse hospitalité leur fut donnée dans les hôtels des cardinaux.
+C'est le surlendemain de leur installation dans cette ville qu'ils
+fondèrent le _Monastère des Célestins_. Charles V, Charles VI et les
+princes de la famille royale avaient toujours manifesté une dévotion
+particulière pour les Célestins de Paris[40]. Louis d'Orléans, pour
+être agréable à la maison de Luxembourg, érigea une chapelle sur la
+sépulture du cardinal Pierre de Luxembourg[41]. Les ducs de Berry et
+de Bourgogne assistèrent à la cérémonie avec tous les seigneurs qui
+faisaient partie de l'ambassade[42]. Le duc d'Orléans affecta au
+nouveau couvent une somme de 2,000 francs, que son procureur auprès de
+Benoît XIII, _Alart de Sains_, reçut mission d'employer dans ce sens;
+plus tard, il fit donation au même monastère d'une somme de 4,000
+francs[43]. Une autre libéralité de 100 florins en faveur des mêmes
+Célestins est mentionnée sous le règne de Charles VI[44]. La nouvelle
+fondation fut dès lors désignée sous le nom de «_Royal monastère des
+Célestins_». Le 18 mars 1400, par lettres patentes données à Paris,
+Charles VI portait, pour les Célestins d'Avignon, exemption de tous
+droits, péages, gabelles, leydes, etc., pour le transport des
+matériaux nécessaires à la construction des bâtiments de l'église et
+du couvent[45]. En novembre 1400, Charles VI les place sous la
+sauvegarde royale[46]. Le 6 mai 1407, le duc de Berry permettait aux
+religieux Célestins de conduire à Avignon, pour deux ans, des pierres
+et tous autres matériaux de construction sans payer de droits. En
+1417, le monastère n'était pas achevé, que des lettres du dauphin
+Charles, données à Nîmes, mandent à tous péagers, pontonniers, de
+laisser passer, tant par eau que par terre, deux radeaux venant de
+Savoye par le Rhône, chargés de pièces de bois pour la construction de
+l'église et du monastère de Saint-Pierre-de-Luxembourg[47]. Par
+lettres-patentes données à Avignon le 20 avril _1420_, Charles VII
+confirme les privilèges accordés par son père, Charles VI, aux
+Célestins d'Avignon. Cette fondation royale constitue dans l'histoire
+des relations des Avignonnais avec la Cour de France un acte de la
+plus haute importance. Par là, les rois de France prennent pied à
+Avignon. C'est une affirmation matérielle de leur autorité et de leurs
+droits sur une ville enclavée dans le domaine de la couronne. Le
+monastère et l'église des Célestins étaient un asile inviolable autant
+pour les officiers pontificaux que pour les agents de la Cour de
+France[48]. Charles VII ne put en faire extraire, pour le livrer à la
+justice séculière, Antoine Noir, un des facteurs de Jacques Coeur, qui
+y avait trouvé un refuge. Et c'est dans cette même église que, pendant
+les difficultés qui surgissaient périodiquement entre le Saint-Siège
+et les officiers du Languedoc, à propos des limites du Rhône, les
+magistrats avignonnais avaient coutume de porter religieusement les
+panonceaux aux armes de la maison de France, quand la populace ameutée
+les arrachait pour y substituer celles des papes[49].
+
+ [28] Jarry, _op. cit._, p. 129.
+
+ [29] _Ibid._
+
+ [30] _Ibid._
+
+ [31] Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon, 1er février
+ 1401. Arch. municip., B. 37, no 69, Cott. XXX.
+
+ [32] _Le Religieux_, II, pp. 118 et suiv.--_Amplissima
+ Collectio_, VIII, p. 458.
+
+ [33] Jarry, _op. cit._, pp. 131, 132.
+
+ [34] De Circourt, _Rev. des quest. hist._, 1er juillet 1889, p.
+ 137, not. 2.
+
+ [35] Collect. des Docum. inédits. _Itinér. de Philippe le Hardy_,
+ p. 552.
+
+ [36] Le P. Ehrle, _op. cit._, p. 22.--Cf. Delaville Le Roux, _La
+ France en Orient au XVe siècle_, p. 231.
+
+ [37] Ehrle, _op. cit._, pp. 25, 26 et suiv.
+
+ [38] Le P. Ehrle, _op. cit._, pp. 27, 28.
+
+ [39] Le P. Ehrle, p. 30. Voy. la bulle dans du Boullay, _Hist. de
+ l'Univ. de Paris_, IV, 349.
+
+ [40] Musée des Archiv. Nationales, p. 247.
+
+ [41] _Rec. des Ordonn. des Rois_, VIII, p. 398.--Cf. Jarry, _op.
+ cit._, p. 201.
+
+ [42] Voir, pour les détails, Fornéry, _Hist. ecclés._, fol.
+ 617.--_Historia Coelestinorum_, mss. de la Bibl. d'Avignon, I, fo.
+ 347. «Et Anno _1395_, 25 die Junii ducta Joannès Biturictensis,
+ Philippus Burgundiæ Avunculi Regis Christianissimi et Ludovicus
+ dux Aurelianensis frater ipsius regis in civitate Avenionensi
+ existerunt ut Benedicto 13 abdicationem papatûs suaderent lapidem
+ primarium... a nomine dicti Regis posuerunt».--Cf. Bullet. de
+ l'Acad. de Vaucluse.--_Labyrinthe royal de l'Hercule Gaulois
+ triomphant_, p. 80.
+
+ [43] Jarry, _op. cit._, Pièces justif., XXXI, p. 459.
+
+ [44] Nouvelle collection des Documents inédits, III, p. 281.
+
+ [45] _Rec. des Ordonn._, VIII, p. 426.--_Rec. des Chartes_, Reg.
+ 156, pièce 9.
+
+ [46] _Rec. des Ordonn._, VIII, p. 398.
+
+ [47] Duhamel, _Les oeuvres d'art du monastère des Célestins_,
+ Caen, 1886, pp. 4-6.
+
+ [48] Cf. _Un épisode du procès de Jacques Coeur à Avignon_.--Bul.
+ de l'Acad. de Vaucluse, 1887.
+
+ [49] Arch. municip., _Procès du Rhône_, mss., t. VI.
+
+Le 10 juillet 1395[50], après un voyage de cent deux jours, qui
+n'avait amené aucune solution, les princes quittèrent Avignon, et ce
+n'est que le 24 août qu'ils rendirent compte à Charles VI de
+l'insuccès de leur ambassade[51].
+
+ [50] Bibl. nation., fonds. franç., 10431: 594.--Cf. Jarry, _op.
+ cit._, pp. 132-133.
+
+ [51] Jarry, pp. 165-187.
+
+La Cour de France était dans le plus grand embarras; d'un côté,
+l'Université menaçante[52] sollicitait la soustraction d'obédience; de
+l'autre, les princes, et surtout le duc d'Orléans, inclinaient à des
+mesures préparatoires avant de recourir à cette solution extrême[53].
+Ni l'ambassade de Regnault, aumônier de Louis d'Orléans (décembre
+1396), ni celle des envoyés de Charles VI, auxquels s'étaient joints
+ceux des rois de Castille et d'Angleterre (juin 1397), ne purent
+triompher de l'obstination de Benoît XIII, qui déclara qu'il était
+«_pape romain_» et qu'il ne reconnaîtrait qu'un concile
+oecuménique[54]. Toutes ces démarches préliminaires avant de recourir
+à la soustraction forcée font, quoi qu'en dise Pastor[55], le plus
+grand honneur au duc d'Orléans et au roi, dont Louis était
+l'interprète. Le refus obstine du pape n'est point imputable aux
+sollicitations de la Cour de France, mais à son caractère irréductible
+et à son infatigable énergie. Au mois de mars 1398 eut lieu, entre
+Charles VI et Wenceslas, roi des Romains, une entrevue à la suite de
+laquelle un dernier effort fut tenté auprès de Benoît XIII, par
+l'entremise de Pierre d'Ailly, archevêque de Cambray; mais cette
+mission, comme les précédentes, demeura infructueuse, et Pierre
+d'Ailly revint à Coblentz rendre compte à Wenceslas du refus de Benoît
+XIII d'accepter la voie de cession[56] (juin 1398). Il n'y avait plus
+rien à attendre désormais de ce côté, et tous les moyens de
+conciliation paraissaient épuisés. Le 28 juillet une assemblée
+générale des prélats et du clergé, en présence des oncles du roi (le
+duc d'Orléans absent), décida, par 247 voix, que la soustraction
+d'obédience devait être immédiate et totale[57]. La décision de
+l'assemblée fut promulguée le même jour[58], malgré l'avis de Louis
+d'Orléans, qui aurait voulu une sommation préalable.
+
+ [52] Jarry, _op. cit._, p. 188.
+
+ [53] Douet d'Arcq, _op. cit._, I, p. 142.
+
+ [54] _Le Religieux_, II, pp. 528, 530.--Jarry, _op. cit._, p.
+ 189.--Le P. Ehrle, p. 36.--_Amplissima collectio_, VIII, 554,
+ 616.
+
+ [55] Pastor dit que l'obstination de Benoît XIII est due en
+ grande partie à la Cour de France. _Hist. de la Papauté_,
+ traduct. française, Pastor, I, p. 211, not. 2.
+
+ [56] Jarry, p. 207.--_Amplissima collectio_, VII, 591,
+ 597.--Froissart, _Edit. de Lettenhove_, XVI, pp. 116, 132.
+
+ [57] Musée des Arch. nat., pp. 243-244.--Jarry, p. 208.--Ehrle,
+ p. 38.
+
+ [58] _Ordonn. des Rois_, VIII, p. 258.--Du Boulay, _op. cit._,
+ IV, 850, 853, 863.--_Le Religieux_, 598, 644.
+
+Quoi qu'il en soit, ce prince n'adhéra à la soustraction que le 19
+octobre 1398, promettant d'employer toute son influence en faveur du
+souverain pontife[59]. Mais, cédant à la majorité de l'assemblée,
+Charles VI, dès le conseil du roi, avait prescrit des mesures de
+rigueur contre les partisans de Benoît XIII, qui devaient être arrêtés
+dans toute l'étendue de la sénéchaussée de Beaucaire[60]. Quoi qu'en
+dise le P. Ehrle[61], il est incontestable que l'ordre émanait, sinon
+du roi lui-même, à qui son état mental ne permettait pas de diriger
+les affaires du royaume, du moins du conseil du roi et de ses oncles.
+Ce sont deux conseillers du roi, _Rebert Cordelier_ et _Tristan de
+Bosc_ qui, le premier dimanche de septembre 1398[62], publient à
+Villeneuve la soustraction d'obédience, mettant en demeure tous les
+sujets du domaine royal, tant clercs que laïcs, de se soustraire à
+l'autorité spirituelle de Benoît XIII. Les cardinaux adhérèrent à la
+soustraction, moins sept, dont cinq restèrent fidèles au pape et
+s'enfermèrent avec lui dans son palais; les deux autres rentrèrent
+chez eux. On ne peut donc nier que si Charles VI et la Cour de France
+demeurèrent étrangers aux préparatifs du siège du palais, l'acte de
+soustraction d'obédience à Avignon, comme dans le reste du royaume,
+n'ait été un acte de l'autorité royale. Deux partis restaient en
+présence à Avignon, le parti de Benoît XIII, qui ne comptait que cinq
+cardinaux et quelques gens d'armes aragonais qui gardaient le grand
+palais; l'autre, le parti des cardinaux, qui s'appuyait sur la
+population avignonnaise et disposait de grandes ressources en argent.
+Mais les soldats lui manquaient et aussi des chefs habitués au métier
+des armes. C'est alors que les cardinaux et les bourgeois avignonnais
+firent appel à un chef de Routiers, moins célèbre sans doute que son
+frère, mais dont le rôle militaire fut considérable dans les États du
+Saint-Siège, au commencement du XVe siècle, _Geoffroy le Meingre_,
+frère cadet du maréchal de Boucicaut.
+
+ [59] Jarry, pièc. justificat., XXI, pp. 439 et suiv.
+
+ [60] _Ordonn. des Rois de France_, VIII, p. 274.--Dom Vaissette,
+ IX, p. 975, not. 2.
+
+ [61] Ehrle, _op. cit._, p. 87.
+
+ [62] Baluze, _Vita pap. Avenion_, C. 1122.--Cf. Ehrle, _op. cit._,
+ p. 38.
+
+Le P. Ehrle, qui, dans une étude récente[63], a montré par un savant
+commentaire du texte de Froissart rapproché des autres témoignages
+contemporains, les contradictions frappantes qui auraient dû ne pas
+laisser confondre le maréchal de Boucicaut avec son frère Geoffroy,
+n'a pas connu tous les documents permettant d'établir d'une manière
+irréfutable la participation de ce chef de bandes au siège du palais.
+Les archives municipales renferment plusieurs lettres de ce seigneur
+adressées aux Avignonnais, et prouvent que depuis le rôle militaire
+qu'il avait joué dans la guerre contre Benoît XIII, Geoffroy Boucicaut
+conserva des relations suivies avec les habitants. Il leur écrit en
+effet de Boulbon[64], le 17 février.... pour les assurer de ses bons
+offices. Le 23 novembre 1400[65], Geoffroy le Meingre, qui était alors
+gouverneur du Dauphiné et paraissait jouir d'un grand crédit à la
+Cour, fait des offres de service aux syndics de Carpentras: «Et si
+vous avez besoin de moy, ou comme conseiller et officier du roy, ou
+comme privée personne, je ferois pour vous de bon cuer tout ce que je
+pourroys.» Le 9 juillet 14.., Geoffroy, alors à Bridoré, en
+Touraine[66], accrédite auprès des syndics d'Avignon Jean de
+_Curière_, son capitaine, et Loys _Henryet_, chanoine de Tours, ses
+serviteurs, pour recevoir le paiement de 106 marcs d'argent, lesquels
+lui avaient été alloués _comme prix de sa vaisselle volée_, par
+sentence contre André de Seytres. Celui-ci ayant été mis en prison à
+la demande de Boucicaut, puis relâché, Geoffroy le Meingre fait saisir
+les blés qui descendaient le Rhône à destination d'Avignon, et comme
+les propriétaires desdits blés le citèrent devant le Parlement,
+Boucicaut mit en demeure la ville de les désintéresser[67].
+
+ [63] Ehrle, _Aus den Acten des Afterconcils von Perpignan_, pp.
+ 78, 80 et suiv.--Cf. Froissart, _Chroniques_, édit. Kervyn de
+ Lettenhove, XVI, pp. 116, 132.--Baluze, II, 1123, 1124.--Anselme,
+ _Hist. généalog._, VI, p. 754.
+
+ [64] Arch. municip., série E.E. (liasse non classée).
+
+ [65] Fornéry, _Hist. ecclés._, fol. 558, 559.
+
+ [66] Bridoré près Loches. Arch. départ., série E.E. (liasse non
+ classée).
+
+ [67] Arch. départ., série E.E. Ces diverses lettres ne portent
+ pas de date, mais sont toutes postérieures à 1400, 1401.
+
+Il résulte de l'existence de cette correspondance que Geoffroy le
+Meingre, appelé dans le midi par son frère aîné, le maréchal, après
+son mariage avec la fille de Raymond de Turenne, en 1393[68], avait
+pris possession du château de Boulbon[69] où il commandait quand les
+envoyés des cardinaux et des Avignonnais vinrent le prier (septembre
+1398) de prendre la direction des opérations militaires contre le
+palais occupé par Benoît XIII[70]. En outre, les lettres datées de
+_Bridoré_ en Touraine, dont Geoffroy le Meingre était seul seigneur, à
+l'adresse des Avignonnais, sont une preuve que des rapports intéressés
+rattachaient longtemps encore après le siège de 1398 la ville à son
+ancien capitaine.
+
+ [68] On ne peut préciser la date de son arrivée en Provence, mais
+ ce fut sans doute peu de temps après le mariage de _Boucicaut
+ Jean_ avec Antoinette de Turenne, qui faisait du maréchal un des
+ plus riches feudataires du Midi (décembre 1393). Voy. Noël
+ Valois, _Raymond de Turenne et les Papes d'Avignon_, p. 24.
+
+ [69] Boucicaut, le maréchal, avait acheté le château de
+ Boulbon.--Noël Valois, _Raymond de Turenne et les Papes
+ d'Avignon_, p. 24.--L'acte du 7 juillet 1399 dit formellement que
+ Geoffroy le Meingre commande «in Castris de Bulbono, Aramono et
+ Valabrega». Bibl. de Carpentras, _Collect. Peiresc._, Reg. LXX,
+ 3e vol. (fol. 230-257).
+
+ [70] Quod cardinales videntes dominum Johanem (pour Gaufridum)
+ dictum «le Meingre» fratrem Marescalli Franciæ Boussicaudi in
+ eorum evocaverunt auxilium. _Le Religieux_, II, p. 652, L. V, 19,
+ c. 8.--Cf. Ehrle, L. C, pp. 39, 40, 41.
+
+Geoffroy le Meingre se rendit à l'appel des cardinaux et des
+bourgeois d'Avignon avec une bande nombreuse de gens d'armes, parmi
+lesquels, au dire de Froissart, aurait figuré Raymond de Turenne,
+beau-frère du maréchal de Boucicaut[71]. Il dut y avoir entre le
+conseil et le chef des aventuriers un traité passé avec promesse de
+fortes sommes à payer, mais aucune trace n'existe de cet engagement
+dans les archives communales. C'était donc à titre absolument privé,
+et comme capitaine aux gages de la ville et des cardinaux que Geoffroy
+le Meingre entreprit le siège du grand palais[72] en septembre 1398.
+La Cour de France, dans ce premier siège, n'intervint d'aucune façon
+en faveur des Avignonnais et des cardinaux insurgés. C'est là un point
+très important à établir, et c'est un contre-sens historique de dire,
+comme Jarry, que ce siège fut une honte pour la Couronne qui y resta
+étrangère[73]. Une intervention armée, dirigée par le maréchal de
+Boucicaut[74] en faveur des Avignonnais contre Benoît XIII n'eût pu se
+faire qu'en vertu d'un ordre du roi; or, Charles VI déclare
+publiquement en 1401 que jamais il n'a prescrit d'employer la
+violence contre le pape[75] ni de le tenir emprisonné. Toute mesure de
+ce genre eût certainement été désavouée par le duc d'Orléans. Nous
+avons, au surplus, une preuve indiscutable de la neutralité de la Cour
+de France durant la lutte engagée, dans un document inédit rapporté
+par Peiresc[76]. Le 19 janvier 1399, Pierre de Luna, neveu de Benoît
+XIII, capitaine général des galères et des barques du roi d'Aragon,
+s'engage par devant les délégués du conseil et de la ville d'Arles, à
+ne faire aucun dommage aux terres de Louis, roi de Sicile, ni aux
+sujets du roi de France[77]. Le même document désigne comme ennemis du
+pape ce «_cives et habitatores Avenionenses_». Cet acte indique donc
+d'une façon bien formelle que le roi de France n'a accordé aucun
+secours aux adversaires de Benoît XIII, et que les assiégeants ne
+comptent dans leurs rangs que des mercenaires aux gages de la ville.
+
+ [71] Qui cito mandato parens et multos stipendiarios francigenas
+ secum ducens, palacium obsidione cingere maturavit.--_Religieux_,
+ II, p. 652, V, 19, c. 8.--Froissart, XVI, p. 126.--Noël Valois,
+ L. C, p. 36.
+
+ [72] Le maître des ports et un certain «Ricardus miles»,
+ compagnon de Boucicaut, sont à la solde de la ville et des
+ cardinaux. Voy. Ehrle, p. 45.--_Amplissima collectio_, VII, 650,
+ 651.
+
+ [73] Jarry, _op. cit._, p. 222.
+
+ [74] La présence du maréchal de Boucicaut à Avignon en
+ _1398-1399_, pendant la durée du siège, est démontrée impossible
+ par un document produit par Jarry, p. 218, et pièc. justific., le
+ maréchal étant, jusqu'au mois de juillet 1399, occupé par une
+ expédition militaire en Guyenne.--Voy. Jarry, _op. cit._, p.
+ 219.--Delaville le Roux, _op. cit._, p. 357.--_Religieux_, II,
+ 644, 646.--_Livre des faits du maréchal de Boucicaut_, collection
+ Petitot, VI, 476, c. 29.
+
+ [75] Nunquam Benedictum ordinavimus neque mandavimus in carcere
+ quocumque retrudi, includi nec aliquali strictâ custodiâ
+ coarctari neque contra eum guerram fieri. Voy. Douet d'Arcq, I,
+ 203.--Ehrle, p. 48, not. 1.
+
+ [76] Bibl. Carpentras, collect. Peiresc, mss., vol. LXXIV, fol.
+ 417, 443. _Catalog. des mss._, III, p. 28, fol. 417, 443.
+
+ [77] Dom Pedro de Luna était neveu de Benoît XIII. Il fut
+ archevêque de Tolède de _1404 à 1414_. Arch. des miss, scientif.,
+ série III, vol. XV, p. 6. «In præsentia legatorum a consilio
+ Civitatis Arelatensis missorum, Petrus de Luna, generalis
+ capitaneus gallearum, galeotarum et barcharum Armatarum regis
+ aragonensis, nunc in flumine Rhodano et portu dictæ urbis
+ existentium, declarat non intentionis suæ inferre damnun vel
+ oppressionem aliquam vassalis nec terræ Ludovici, Siciliæ Regis,
+ nec subditis Regis Franciæ. In Castro Trencatalliarum, die 19
+ Januarii 1399. Scilicet quod cum non multis retro lapsis
+ temporibus ad audientiam ejus pervenerit quod Dominus noster
+ Benedictus christianissimus sacro sanctæ Romanæ ac totius
+ universitatis Ecclesiæ summus pontifex tam diù et tam ignominiose
+ in opprobrium christianitatis per _cives_ et _habitatores
+ Avenionenses_ tractatus fuerit.» Mss. (fol. 418 et vo.). (Collect.
+ Peiresc, LXXIV, fol. 417, 418 et vo.).
+
+Le siège fut vigoureusement mené. Dans un assaut donné au palais le 28
+septembre 1398, le pape fut frappé à la main, et le cardinal de
+Neufchateau, qui commandait les assaillants, reçut une blessure grave
+à laquelle il succomba quelques jours après. Le 22 octobre[78],
+Geoffroy le Meingre fit prisonniers deux cardinaux, Martin Salva et le
+cardinal de Saint-Adrien, Louis Fieschi, que l'on enferma au château
+de Boulbon. Un peu plus tard, les deux captifs se rachetèrent en
+payant une rançon de 18,000 francs à Boucicaut, mais il leur fut
+interdit de rentrer dans le palais. Le 26 octobre, une tentative pour
+pénétrer dans le palais par les cuisines tourna à la déroute des
+assiégeants.
+
+ [78] _Le Religieux_, II, pp. 656 et suiv.--_L'Hercule Gaulois
+ triomphant_ donne un curieux récit du siège, pp. 79, 80,
+ 81.--_Mémoires de Martin Boysset_.--_Recueil Massilian_, mss.
+ (extraits).--Ehrle, _loc. cit._, pp. 42, 43 et suiv.
+
+Au milieu de ces événements militaires, les cardinaux, plus obstinés
+que jamais dans la défense de leur cause, envoyaient à Paris trois
+d'entre eux, les cardinaux de Préneste (Guy de Malesset), de Thury et
+Amédée de Saluces, à la Cour de France (décembre 1398) pour demander à
+Charles VI d'envoyer des ambassadeurs aux souverains qui n'avaient pas
+encore fait acte d'adhésion à la soustraction d'obédience. On les voit
+figurer, le 3 janvier 1399, «à l'Hostel d'Artoys[79]» où ils dînent en
+compagnie de Philippe de Bourgogne, et, quelques jours après, le 9
+février, à l'hôtel du cardinal de Bohême, avec les ducs de Berry et de
+Bourgogne[80]. C'est à la même date que Martin V appuyait, par renvoi
+d'une flotte commandée par Pierre de Luna, les revendications de ses
+ambassadeurs, à Avignon d'abord, et auprès de Charles VI ensuite[81].
+Le roi de France ayant adhéré aux propositions du roi d'Aragon, et
+pressé de mettre un terme aux désordres dont Avignon était le théâtre,
+envoya dans cette ville Gilles Deschamps et Guillaume de Tignonville
+pour soumettre à Benoît XIII les propositions arrêtées avec Martin
+V[82]. Benoît XIII accepta, le 10 avril 1399, les propositions des
+deux souverains; mais, ayant avec quelque raison peu confiance dans
+les cardinaux, il refusa de se laisser garder par eux et demanda à
+être placé sous la sauvegarde royale[83]. Le 14 avril 1399[84], la
+ville d'Avignon s'engage à respecter la protection accordée par
+Charles VI à Benoît XIII et aux guerriers et compagnons qu'il a avec
+lui dans son palais. Les cardinaux firent la même promesse et tous les
+serviteurs attachés à la personne de Benoît XIII s'engagèrent, les 29
+avril, 4 et 20 mai, par serment, à ne pas laisser s'échapper le
+pape[85]. Une proposition qui fut faite de confier la surveillance de
+la personne du souverain pontife à François de Conzié, au sénéchal de
+Beaucaire et au sire de la Voulte fui rejetée. Benoît XIII demanda à
+être gardé par le duc d'Orléans, mais ce dernier ne pouvant venir à
+Avignon, Charles VI, par lettres patentes du 1er août 1400[86], donna
+pleins pouvoirs à cet effet à son frère, qui envoya à Avignon deux de
+ses familiers, Robert ou Robinet de Braquemont[87] et Guillaume de
+Médulion. Les frais de surveillance et la solde des gens d'armes
+devaient être à la charge du pape[88]. D'autre part, le roi confia la
+garde des Avignonnais et des habitants à son frère, le duc de Berry.
+Benoît XIII approuva ces conditions. Profitant de cette trêve, Charles
+VI ne laisse pas de poursuivre activement la paix et l'union de
+l'Église. Les ambassadeurs envoyés au delà du Rhin[89], auprès des
+électeurs, n'avaient rapporté que des promesses vagues, aucun d'eux
+n'ayant voulu donner une réponse ferme sans l'avis des autres princes
+allemands qui devaient se réunir à Cologne, le jour de la
+Purification[90], pour couronner le duc Robert de Bavière que les
+électeurs avaient nommé empereur, le 21 août 1400, à la place de
+l'insouciant Wenceslas. Charles VI met les Cardinaux et les syndics
+d'Avignon au courant de ses négociations avec les princes allemands et
+les autres souverains, et il les engage à envoyer des délégués qui
+devront se réunir «avecques ceulx qui seront ordonnez de par nouz et
+de par les autres roys et primpces qui ont obéi à _Clément_ et à
+_Benedic,_ pour traicter et délibérer d'un commun accord la paix et
+l'union de l'Église à la feste de Saint Jehan-Baptiste à Mez ou à
+Strasbourt». «Et pour ce que nous avons bonne espérance que par le
+plaisir de Dieu à icelle journée se prendra une bonne conclusion sur
+le dict faict. Nous vous faisons savoir ces choses et vous prions que
+veullez envoyer à la dicte journée». En réponse à cette missive, les
+Avignonnais écrivirent à Charles VI, le même mois de février 1400,
+pour l'assurer de leur dévouement et de leur ferme intention de hâter,
+en ce qu'il leur serait possible, la paix et l'union de l'Église[91].
+Le roi leur fait savoir, dans un nouveau message, qu'il a été très
+satisfait de leur lettre et de leur attitude: «avons veu la bonne et
+ferme constance et volonté que vous avez eue et avez et aures, si Dieu
+plaist, de persévérer et demourer avec nous en la substraction faite
+pour si très grant et meure deliberacion, comme vous scavez à
+Benedict, dernier esleu en Pappe...». Charles VI informe les
+Avignonnais qu'il compte sur une fin prochaine du schisme, et il les
+engage à persévérer dans leur attitude: «Et saches de certain que vous
+estant et persévérant en ce saint propos en quel vous estes et serez,
+se Dieu plaist, comme vous et vrais catholicz. Nous de tout nostre
+povoir vous sustendronz.» Il les avertit en même temps que Benoît XIII
+a fait courir le bruit en Languedoc que bientôt l'obédience allait lui
+être rendue, ce qui est faux, car «avons toujours esté et sommes et
+serons au plésir et ayde de nostre seigneur contenz et fermes au faict
+de la dite substraction jusques à ce que Nostre Seigneur nous ail
+donné paix et union en sa Saincte Église.»
+
+ [79] Collect. des Docum. inédits, _Itin. de Philippe le Hardy_,
+ p. 283.--Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., fol. 641.
+
+ [80] _Religieux_, II, pp. 676, 680.
+
+ [81] Jarry, _op. cit._, p. 233.--Collect. Peiresc., mss. LXXIV,
+ 417, 443.
+
+ [82] _Amplissima collectio_, VII, 637, 638.--Ehrle, _op. cit._,
+ p. 49.--Jarry, _op. cit._, Addit. et correct., p. 364.
+
+ [83] _Amplissima collectio_, VII, 626, 641, 647.
+
+ [84] Massilian, mss., _Recueil des Chartes_, vol. XXI, fol. 341.
+
+ [85] _Amplissima collectio_, VII, 644, 647, 650, 653, 656.
+
+ [86] Douet d'Arcq, I, p. 203.
+
+ [87] Ehrle, p. 48. Pour Robert de Braquemont, voy. Anselme, VII,
+ pp. 816, 817.--Cf. Delaville le Roux, _loc. cit._, p. 362, not.
+ 2.
+
+ [88] _Amplissima collectio_, VII, 661, 666.--D'après les Arch.
+ nation., (K. 55, 10), la sauvegarde royale fut octroyée à Benoît
+ XIII, le 18 octobre 1400.
+
+ [89] Jarry, p. 255.--Moranvillé, _Relat. de Charles VI arec
+ l'Allemagne en 1400_.--Bibl. de l'École des Chartes, XLVII.
+
+ [90] _Lettre origin. de Charles VI aux sindics d'Avignon_, 1er
+ février 1400. Arch. municip., B. 37, no 69, Cott., XXX.
+
+ [91] _Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon_, 22 avril 1401.
+ Copie d'après Fornéry, _Hist. éccles._, fol 417, 418 et vo.
+
+Suivant sa promesse contenue dans sa lettre du 22 avril 1401, Charles
+VI fit savoir par lettres patentes du 7 juin 1401 au sire de Grignan,
+au seigneur de Sault, au sire de Lagarde, qu'il prenait sous sa
+protection les terres de l'Église et les habitants, et qu'il leur
+était interdit d'y faire aucun dommage: «Nous vous sinifions qu'il
+nous desplairoit très grandement que les dits cardinaux, la dite
+Église de Rome et leurs sujets fussent grevés ne oppressez par aulcun,
+et vous deffendons expressément que vous ne les greviez, dommagiez ne
+molestez, ne faictes ne soufrez grever, dommagier ne molester en
+quelconque manière que ce soit ne a quelconque personne qui ce voulsit
+faire ne donner conseil, confort, faveur ni aides, sachant que si
+faictez le contraire, il vous en desplaira très fortement et vous en
+fairons pugnir tellement que ce sera exemple aux aultres[92]». La
+lettre par laquelle Chartes VI accordait sa protection officielle aux
+États du Saint-Siège fut communiquée _in-extenso_ aux syndics de
+Carpentras par _Jean Alzérino_, recteur du Venaissin[93], et par les
+cardinaux de Saluces et de Thury[94].
+
+ [92] Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., copie, fol. 416, vo., et 417.
+
+ [93] Id., _id._, mss., 27 juin 1401, fol. 414, vo., et 415.
+
+ [94] Id., _id._, mss., 28 juin 1401, fol. 415, 416;--mss. de
+ Carpentras, fol. 374.
+
+Mais au moment où Charles VI se prononçait auprès des Avignonnais
+d'une façon si ferme pour le maintien de la soustraction d'obédience,
+un mouvement d'opinion en sens contraire se dessinait, à la tête
+duquel était le duc d'Orléans[95]. Toutefois, tant que Benoît XIII
+serait captif, il était difficile de lui rendre l'obédience, alors
+surtout qu'on l'avait dépouillé de sa bulle papale. Le duc d'Orléans
+trouva une solution qui tira d'embarras les cardinaux, les Avignonnais
+et le pape lui-même. Grâce à la complicité de Robert de Braquemont,
+agent du duc[96], Benoît XIII sortit du grand palais où il était
+retenu prisonnier depuis quatre ans et six mois, _le 12 mars 1403_, et
+gagna la Durance qu'il traversa au lever du jour sur une barque, pour
+atterrir au bourg de Château-Renard en Provence, mais dépendant du
+diocèse d'Avignon. Cette fuite inattendue produisit parmi les
+cardinaux et les Avignonnais une légitime appréhension. Mais Benoît
+XIII avait autant d'intérêt que ses ennemis à faire la paix, étant à
+bout de ressources et ayant besoin de l'aide de ses sujets. Le 29 mars
+1403[97], un traité fut passé à Château-Renard, comprenant un grand
+nombre d'articles dont l'énumération est en dehors du point spécial
+que nous étudions. Benoît XIII pardonnait aux cardinaux et aux
+Avignonnais, et s'engageait à réunir un concile dès que l'obédience
+lui serait rendue[98]. Deux cardinaux devaient se transporter à Paris
+pour obtenir de Charles VI et des princes la reconnaissance des
+articles stipulés dans le traité de Château-Renard, pour le bien de
+l'Église et la paix du pays. Benoît XIII, en diplomate consommé,
+ramenait à son parti les Avignonnais, et le conseil de ville lui
+rendit hommage de fidélité le 10 avril 1403[99]. Quant aux cardinaux,
+ils déléguèrent ceux de Préneste et de Saluces, qui arrivèrent à
+Paris, le 3 juin 1403, pour demander au roi et à l'assemblée des
+prélats «la restitution d'obédience». Pendant ce temps, Benoît XIII,
+après avoir séjourné au château du Pont de Sorgues, entrait à
+Carpentras le 5 mai 1403[100], et y demeurait jusqu'au 26 juin, époque
+où il s'installa provisoirement au Pont de Sorgues, en attendant le
+retour des cardinaux envoyés à la Cour. A Paris, deux partis étaient
+en présence. Les ducs de Berry, de Bourgogne, le cardinal de Thury et
+l'Université étaient pour le maintien de la soustraction[101]. Au
+contraire, le duc d'Orléans, les Universités d'Angers, de Montpellier
+et de Toulouse étaient pour la restitution d'obédience. Le défenseur
+le plus éloquent de ce parti était _Pierre d'Ailly_[102], qui
+soutenait contre l'Université de Paris qu'on ne peut se soustraire à
+l'obédience du pape, fût-il lui-même suspect d'hérésie[103]. Quant à
+l'idée de la convocation d'un concile général, elle avait beaucoup de
+partisans, parmi lesquels Jean Gerson, qui prétendait que c'était le
+meilleur moyen d'arriver à l'extinction du schisme. Le parti de la
+restitution d'obédience, qui avait déjà préparé les éléments de la
+réconciliation de Benoît XIII avec la maison de France par
+l'ordonnance du 9 juin 1403[104], l'emporta auprès de Charles VI, et
+l'obédience fut rendue à Benoît XIII, le 30 juillet 1403[105]. Les
+cardinaux, revenus de Paris, avaient devancé l'acte royal en rentrant
+dans l'obédience du pape, le 19 juillet précédent.
+
+ [95] Jarry, _loc. cit._, p. 282.
+
+ [96] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 80.--Laurens Drapier,
+ Ann. mss. d'Avignon, fol. 209.--_Le Religieux_, III, p. 70.--Du
+ Boullay, V, p. 70.--Ehrle, _op. cit._, p. 63.
+
+ [97] Ehrle, _op. cit._, pp. 70 et suiv.
+
+ [98] _Chroniq. de Charles VI, Le Religieux_, I, 24, c. 8; III,
+ 100.--_L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81.
+
+ [99] Arch. municip., B. 32, no 32, Cott. O.O. et B. 33.
+
+ [100] De Terris, _Hist. des évêques de Carpentras_, p.
+ 188.--Benoît XIII resta administrateur de l'évêché de Carpentras
+ jusqu'en 1411.
+
+ [101] Du Boullay, V, p. 56.--Jarry, p. 283.
+
+ [102] Pastor, _Hist. de la Papauté_, trad. franç., I, p. 196.
+
+ [103] Pastor, _id._, I, p. 195.
+
+ [104] _Recueil des Ordonnances_, VIII, p. 14.
+
+ [105] _Le Religieux_, III, pp. 86, 98.--_Ordonn. des Rois de
+ France_, VIII, p. 596.--Du Boullay, V, p. 611.
+
+Quant à Benoît XIII, «_après avoir tracassé un peu à Tarascon et en
+Provence_»[106], il se fixa vers la fin de l'été à Salon. C'est là que
+Jean Mercier, ambassadeur du duc d'Orléans, vint le trouver le 13
+octobre 1403[107], mais la peste ne tarda pas à l'obliger à changer de
+résidence, et Benoît XIII se réfugia dans l'abbaye de Saint-Victor de
+Marseille (novembre 1403).
+
+ [106] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81.
+
+ [107] Collect. des Documents inédits, _Itin. de Philippe le
+ Hardy_, p. 567.
+
+Ainsi se termine cette première phase de la lutte engagée entre Benoît
+XIII et ses adversaires, les Avignonnais et les cardinaux. Pendant
+cette période, la Cour de France, opposée aux mesures de rigueur,
+avait autant que possible cherché à ménager les uns et les autres, et
+sans vouloir prêter aucun appui matériel aux partis en présence, par
+déférence pour la personne du pape, qui était directement en cause.
+Mais dans la seconde phase (1410-1411), ce n'est pas Benoît XIII, mais
+ses parents et ses partisans qui soutiennent dans les terres de
+l'Église, les armes à la main, les droits du souverain pontife. C'est
+presque une guerre étrangère en plein royaume de France, et c'est ce
+qui explique l'intervention militaire de Charles VI en faveur des
+Avignonnais et des Comtadins contre les troupes catalanes de
+l'anti-pape.
+
+De Marseille, Benoît XIII s'empresse de désavouer les lettres
+qu'il avait pu écrire contre la voie de cession et s'engage, sur
+la demande du due d'Orléans, à exécuter les clauses du traité de
+Château-Renard[108]. Il se rapproche de plus en plus de la Cour de
+France, au point que le bruit se répand que Benoît XIII va être
+conduit à Rome sous l'escorte de Boucicaut, alors gouverneur de Gênes
+pour Charles VI, et solennellement couronné (1404-1405)[109].
+Personnellement, Benoît XIII avait la ferme intention de se rendre à
+Savone ou à Gênes pour avoir une entrevue avec Grégoire XII, son
+rival, le pape de Rome[110]. En 1405, il envoyait aux États du Comtat
+une ambassade pour demander le vote de subsides afin de lui permettre
+d'entreprendre ce voyage «pour l'union de l'Église[111]». En 1406, une
+nouvelle ambassade arrivait de Savone, faisant un pressant appel
+d'argent au pays pour que Benoît XIII pût aller plus loin, toujours
+dans l'intérêt de l'Église[112]. Mais, soit mauvaise volonté, soit
+pénurie d'argent, les États ne répondirent pas aux instances réitérées
+de leur suzerain. Du reste, ce projet d'entrevue entre les deux
+pontifes rivaux qui était bien accueilli, car on y voyait une
+intention réciproque de terminer le schisme, n'aboutit pas. Grégoire
+XII refusa de se rendre à Savone, où Benoît XIII se trouva seul
+(novembre 1407)[113]. Du même coup, le projet prêté à la Cour de
+France de faire couronner Benoît XIII à Rome fut définitivement
+abandonné à la mort de Louis d'Orléans, qui en était le partisan (23
+novembre 1407)[114].
+
+ [108] Jarry, _op. cit._, pièces justific. XXIII et XXIV, pp. 444,
+ 445, 428.
+
+ [109] _Id._, pp. 294, 338.
+
+ [110] Martène et Durand, _Thesaurus novus_, Anecdot. II, col.
+ 1389.--Pastor, _Hist. de la Papauté_, trad. franç., I, pp. 185,
+ 186.
+
+ [111] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310.
+
+ [112] Voy. chap. Ier, pp. 16, 17.
+
+ [113] Pastor, _op. cit._, I, p. 186.
+
+ [114] Jarry, _op. cit._, pp. 351, 352.
+
+Ici se place un événement que divers historiens ont relaté, sur lequel
+le P. Ehrle a donné quelques nouveaux éclaircissements, grâce aux
+archives du Vatican, et qui, par ses conséquences, se rattache d'une
+façon très étroite à l'histoire des États citramontains du
+Saint-Siège, dans leurs rapports avec les rois de France et la
+papauté. A bout de ressources, obéré et ne sachant plus à qui
+s'adresser après la mort du duc d'Orléans, Benoît XIII fit des
+ouvertures, en vue de contracter un emprunt, au maréchal de Boucicaut,
+gouverneur de Gênes depuis 1401[115], et qui, à ce moment, déçu de ses
+espérances et renonçant à l'idée d'une nouvelle expédition en Orient,
+avait concentré toute son attention sur les événements intérieurs qui
+agitaient la péninsule italienne (1407-1408)[116]. Le prêt eut lieu à
+Gênes même le 5 mars 1408[117]. A cette date, Jean le Meingre avança à
+Benoît XIII 30,000 francs, pour lesquels le pontife, par une bulle du
+_3 février 1408_, reconnut avoir contracté obligation. Le 30 avril
+1408, à Porto-Venere, près la Spezzia, Jean le Meingre versa un
+nouveau complément de 4,000 francs qu'il avait empruntés à des
+marchands gênois. Comme gage de ce prêt, Benoît XIII inféoda au
+maréchal, pour une période de deux ans, plusieurs localités, tant de
+l'Église romaine que du diocèse d'Avignon[118], parmi lesquelles
+_Pernes_, _Bollène_, _Bédarrides_ et _Châteauneuf-Calcernier_[119].
+Le cardinal de Saluces s'opposa vivement à cette inféodation, mais
+Boucicaut fit valoir ses droits sur lesdites villes sans retard, et le
+10 mars _1408_ il prit possession de Pernes par procureur[120]. Il
+résulte même des documents conservés aux archives de cette commune que
+le maréchal en personne, se trouvant dans cette ville en 1413, fit
+procéder à l'élection des consuls. Cette suzeraineté temporelle de
+Boucicaut sur certaines villes des domaines du Saint-Siège donnera
+lieu plus tard à d'innombrables et tumultueuses revendications qui ne
+prendront fin que sous le règne de Louis XI.
+
+ [115] De Circourt, _Rev. des quest. histor._, 1889, XLVI,
+ 167.--Delaville Le Roux, I, 403, 404.
+
+ [116] Delaville Le Roux, _La France en Orient au XIVe siècle_, p.
+ 510.
+
+ [117] Le P. Ehrle, _op. cit._, pp. 95, 96, 97.
+
+ [118] «Et pro quibus idem dominus noster papa certa castra et
+ loca tam Ecclesiæ romanæ quam Ecclesiæ Avenionensis sibi pignori
+ tradidit.» Ehrle, p. 97.
+
+ [119] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310.--Chambaud, Ann.
+ mss., fol. 145.
+
+ [120] Arch. municip. de Pernes. Acte signé par Tholosan, notaire
+ (Origin.).--Fornéry, _Hist. Civile_, mss., fol. 768.--Gibert,
+ _Hist. de Pernes_, mss. de Carpentras, fol. 718.--Boucicaut était
+ alors gouverneur du Languedoc.--Delaville Le Roux, 512-513.
+
+La mort de Louis d'Orléans porta un coup fatal à l'autorité de Benoît
+XIII. Il perdait son protecteur et son meilleur appui à la Cour de
+France. Dès le mois de janvier 1408[121], Charles VI mit le pontife en
+demeure de rétablir l'union de l'Église avant l'Ascension prochaine,
+sous peine de voir la France retirer son appui à Benoît XIII. Le pape
+menaça Charles VI des censures ecclésiastiques[122], mais, à la fin de
+mai 1408, le roi de France se retira de l'obédience de Benoît XIII, et
+avec lui la Hongrie, la Bohême, Wenceslas, Sigismond et la Navarre. En
+même temps il convoquait un synode pour fixer les règles à suivre dans
+la neutralité de la France[123]. Ces mesures provoquèrent la
+défection des cardinaux de Benoît XIII, qui se réunirent à ceux de
+Grégoire XII pour fixer l'ouverture d'un concile à Pise le 25 mars
+1409. Mais, dès l'année précédente, Benoît XIII, qui ne se sentait
+plus en sûreté dans le territoire de Gênes[124], avait gagné
+Perpignan, où il convoqua un concile dont les actes font l'objet du
+savant commentaire publié par le P. Ehrle[125]. L'année suivante,
+Boucicaut et les troupes françaises étaient chassés de Gênes. C'était,
+pour la politique française en Italie, un échec regrettable qui
+entraînait la ruine de notre influence dans le Nord de la Péninsule et
+l'abandon définitif de toute tentative de restauration de la papauté à
+Rome[126].
+
+ [121] Pastor, _op. cit._, I, p. 187.
+
+ [122] _Amplissima collectio_, VII, p. 770.
+
+ [123] Pastor, _op. cit._, I, p. 188.
+
+ [124] D'après certains auteurs, le maréchal aurait facilité son
+ embarquement.
+
+ [125] Ehrle, _loc. cit._, Aus den Acten, etc.
+
+ [126] Delaville Le Roux, _op. cit._, 512, 513.
+
+Le concile de Pise s'était ouvert le 25 mars 1409 et, dans sa séance
+du 26 juin, avait déposé solennellement Benoît XIII et Grégoire XII,
+en procédant à l'élection d'Alexandre V. Réfugié en Espagne, Benoît
+XIII se décida à une résistance énergique, et craignant pour sa
+personne de rentrer dans le royaume en vue de se fortifier dans son
+palais d'Avignon, que ses partisans n'avaient pas complètement
+abandonné depuis 1404, il en confia la garde à son neveu, capitaine
+expérimenté, vaillant soldat, mais peu scrupuleux sur les moyens à
+employer pour avoir la victoire, Rodrigues de Luna. Dès 1409-1410, les
+agents de Benoît XIII avaient peu à peu amassé dans le palais des
+vivres, provisions, munitions et armes de guerre, en vue d'un siège.
+Ils avaient fortifié l'entrée du pont. La garnison catalane avait été
+augmentée et renforcée, si bien que dans les premiers mois de 1410,
+la cité d'Avignon se trouvait en présence d'une forteresse
+inexpugnable, occupée par des guerriers déterminés à toutes les
+mesures extrêmes, même à incendier la ville s'il était nécessaire pour
+maintenir l'autorité de leur compatriote, Pierre de Luna.
+
+Le concile de Pise avait envoyé comme légat à Avignon un ancien
+cardinal de Benoît XIII, Pierre de Thury (avril 1410)[127], qui était
+en même temps recteur du Venaissin. C'est lui qui eut charge de
+préparer le siège du palais, avec les élus de la guerre délégués par
+le conseil de ville. Les citoyens avignonnais se constituèrent en
+troupes assaillantes avec les officiers et soldats que Charles VI
+envoya au secours de la ville. Le siège du palais commença au mois de
+mai 1410[128], Charles VI avait expédié aux Avignonnais l'Hermite de
+la Faye[129], sénéchal de Beaucaire, avec plusieurs compagnies de
+soldats. Mais quelque temps après, il leur avait fait donner l'ordre
+de se retirer. Abandonnés à leurs propres ressources, le cardinal de
+Thury et les élus de la guerre portèrent leurs doléances auprès du roi
+qui renvoya le sénéchal et les troupes devant Avignon. A cette force
+militaire vinrent se joindre des capitaines aux ordres du roi,
+notamment le sieur Randon[130], seigneur de Joyeuse, et Jean Buffart,
+qui sont payés par les officiers du roi, sur l'ordre secret de Charles
+VI[131].
+
+ [127] Arch. départ., _Reg. des États_.
+
+ [128] Nouguier fixe le commencement du siège au 27 mai 1410.
+
+ [129] Dom Vaissette, IX, p. 1008.--Ménard, _Hist. de Nîmes_, III,
+ p. 133.
+
+ [130] Il est désigné «Seigneur de Genguese» (Joyeuse); prit part,
+ sous Charles VII, aux premières campagnes et assista à la
+ bataille de Verneuil (1424).
+
+ [131] _Lett. patent. de Charles VI au sénéchal et au viguier de
+ Beaucaire_ (mai 1411) Arch. municip. B., 39.
+
+La ville d'Avignon fit appel aux consuls de Carpentras et aux trois
+états du Venaissin, qui prêtèrent des bombardes, des balistes et tous
+les engins d'artillerie qui étaient à leur disposition[132]. Des
+barques expédiées de Valence furent postées au milieu du Rhône,
+croisant sous le palais pour empêcher tout secours d'arriver aux
+assiégés[133]. Un autre bateau appelé «_la Barbote_» fut placé près de
+l'île d'Argenton avec une bombarde qui devait battre en brèche les
+ouvrages de défense des Catalans[134]. Le 19 mai 1410 arriva la
+«_grande bombarde_[135]» d'Aix, traînée par trente-six chevaux, qui
+commença à ouvrir le feu contre le grand palais. Le 13 décembre 1410,
+un assaut très vif donné par les troupes avignonnaises causa à
+Rodrigues de Luna la mise hors de combat d'un millier d'hommes; la
+tour élevée par les Catalans, attaquée par le fer et le feu,
+s'écroula, entraînant sous ses décombres de nombreux soldats espagnols
+et amenant la rupture d'une partie du pont (décembre 1410)[136].
+
+La Cour de France, fatiguée de l'entêtement de Benoît XIII et de la
+résistance de ses partisans, embrassa la cause des Avignonnais et
+n'épargna rien pour leur assurer la victoire. Le 4 mai 1411, Charles
+VI écrit aux sénéchaux de Nîmes et de Beaucaire[137] pour leur
+recommander de ne laisser lever, en Languedoc, aucune troupe de gens
+d'armes dans le but de porter secours aux Catalans, partisans de
+Pierre de Luna, assiégés dans le grand palais d'Avignon. Le 21
+mai[138], le roi envoie une missive aux syndics et au conseil de la
+ville d'Avignon, pour les féliciter de leur courage et de la
+résistance qu'ils opposent aux Catalans schismatiques: «Il les
+autorise à tendre des chaînes au travers du cours du Rhône, au
+Pont-Saint-Esprit et ailleurs, comme ils l'ont déjà fait, sans avoir à
+solliciter l'autorisation du roi, et ce, en vue d'empêcher tout
+secours d'arriver par eau aux Catalans qui, depuis quatorze mois,
+tenaient le palais pour le compte de Pierre de Luna.»
+
+ [132] 28 janvier 1411. Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., I; fol.
+ 425, 426.
+
+ [133] _Id._, mss., I, fol. 424, 425.
+
+ [134] Comptes de la Ville, 1410-1411.
+
+ [135] _Id._
+
+ [136] _Recueil Massillian_, mss., XVI.
+
+ [137] Arch. municip., B. 39.
+
+ [138] Arch. municip., B. 39.
+
+Le 11 juin 1411[139], le roi de France donne l'autorisation aux
+Avignonnais de lever une décime sur le clergé du royaume, jusqu'à
+concurrence de 100,00 livres, pour subvenir aux frais de la guerre qui
+avait épuisé les finances publiques et privées de la ville. De son
+côté, Benoît XIII faisait appel à ses partisans et compatriotes et, au
+mois de _juin 1411_, une flotte, composée de 29 galères et barques
+catalanes, se présentait aux embouchures du Rhône pour diriger une
+double attaque contre Avignon par le fleuve, et pour renforcer par
+terre la garnison du château d'Oppède dont quelques gens d'armes de
+Rodrigue avaient pris possession. Mais les consuls d'Arles avaient
+fait tendre précipitamment une chaîne pour barrer le fleuve d'une rive
+à l'autre. D'un autre côté, un corps d'Avignonnais s'était porté vers
+la Durance pour opérer sa jonction avec les troupes du sénéchal de
+Provence, qui avait reçu de Yolande d'Aragon, reine de Sicile et de
+Jérusalem, l'ordre de s'opposer au passage des Catalans sur les terres
+de Provence. Les galères ennemies ne purent franchir le barrage et
+durent battre en retraite après avoir débarqué 150 guerriers catalans
+qui s'avancèrent jusqu'à la Durance, pour, de là, gagner le terroir
+d'Avignon et le Comté. Mais les troupes provençales et avignonnaises
+lancées à leur poursuite les rejoignirent sur les bords de la rivière,
+dont les eaux, grossies par les pluies, rendaient le passage
+impossible. Les Catalans furent taillés en pièces ou faits
+prisonniers[140] (juin 1411). En apprenant ce succès, l'Université de
+Paris s'empressa d'écrire à la reine de Sicile pour la prier de ne
+point relâcher les prisonniers dont la présence à Avignon pourrait
+amener le triomphe des schismatiques et hérétiques par l'apport d'un
+renfort inespéré. «Nous avons entendu que puis naguères ont esté prins
+certains gens d'armes tant chevaliers, escuiers comme autres, qui
+venoient de par Pierre de la Lune pour nuire à la ville d'Avignon et à
+la terre et conte de Venisse, et aussi à nuire à saincte Église et à
+tout le royaume de France, laquelle Église devez avoir moult à
+cuer.... Sy est vrai, très puissant Royne, que si les dessus diz gens
+d'armes qui pour présent sont soubz vostre puissance estoient delivrez
+avant que la guerre d'Avignon fust finie, ce seroit très grand péril
+et très grand dommaige pour saincte Église. Et est voir semblable que
+par ce moien pourroit estre delivrez le palais d'Avignon des mal
+facteurs et scismatiques qui l'occupent indeument.... Pourquoi vous
+supplions, très noble et très puissante Royne, qu'il vous plaise
+commander et faire défendre que nul dez dessuz diz prisonniers, de
+quelque estat qu'il soit, ne soit délivré jusques à ce que aucune fin
+soit prinse sur la guerre d'Avignon et du païs d'environ[141].»
+
+ [139] _Id._, B. 39.
+
+ [140] Journal mss. de Bertrand Boisset. Extrait: «Siège du
+ palais, juin 1411. L'an millia quatre cens ungi et de mes de juin
+ vengron los Catalans en Proensa et en Arles per mandaments de
+ l'Anti-papa Peyre de Luna per anar contra ad Avignon et Venesin.
+ Los quals Cathelans sy meront in terra et monteron a caval per
+ tirad in Venayssin et foron preses et deconfits per los
+ Proensalts et los autres que remaron en los fustas que erons vint
+ dos se monteron per lo rose ad Arles per tirar sen ad Avignon,
+ mas la _cienta d'Arles mes una Cadena_ a travers de Rose que
+ passar non la poyron, an se retireron. Vertas es que leur gens y
+ moureront et mots d'avis feron et gasteron gras en la vigne et
+ cremeron de masses et de cabanes assas, mas autres bels portamen
+ non faron, am se retireron.»
+
+ [141] Arch. municip., B. 77, no 36, origin.
+
+Vers la même époque, Charles VI écrivait aux syndics d'Avignon leur
+donnant avis qu'il envoyait au secours de la ville Philippe de
+Poitiers, avec charge de leur dire ses intentions, ainsi qu'à la reine
+Yolande. Le 26 juin 1411, en lui annonçant l'envoi de Philippe de
+Poitiers, Charles VI fait savoir qu'il a donné charge à ce seigneur
+«de convocquer et assembler tant de noz hommes vassaulz et subgiez que
+bon lui semblera, affin que la besoingne puist prendre plus briefve
+conclusion. Et vous prions, très chère et très amée cousine, tant et
+si adcertes, que plus povons que nostre dit cousin, vueillez, oir et
+croire de ce qu'il vous dira de par nouz touchant cette matière, et
+donnez et faire donner par voz gens, officiez et subgiez, à lui et à
+ses commis, pour honneur et révérence de Dieu, de nostre dit saint
+Père de l'Église, amour et contemplacion de nouz, tout le conseil,
+confort, aide et faveur que faire se pourra, et telement que par
+vostre bon moyen ceste dite besoingne sortisse bon et brief effect et
+prengue la conclusion que nous désirons[142].»
+
+L'arrivée de Philippe de Poitiers, de son frère, Étienne, «le bâtard
+de Poitiers», avec d'autres chevaliers, et surtout l'appui du roi de
+France, redoublèrent l'énergie des assaillants. Les syndics, les élus
+de la guerre, les conseillers, les habitants de toute classe, les
+couvents, les maisons religieuses, les corporations et arts,
+rivalisant de zèle et de civisme, donnèrent généreusement tous leurs
+trésors, soit en numéraire, soit en oeuvres d'art, statues,
+tabernacles, rétables, et les sanctuaires se dépouillèrent
+spontanément au profit de la ville pour combattre l'ennemi commun, qui
+ne représentait plus seulement l'idée d'un schisme religieux, mais
+l'occupation étrangère. Dans les derniers mois de l'été 1411, la ville
+contracta des dettes et obligations représentant un chiffre
+énorme[143], tel même qu'un demi-siècle après, elle ne s'était pas
+encore libérée. Outre les sommes mises à la disposition des élus de la
+guerre par Charles VI, un denier fut en outre levé sur chaque paroisse
+pour faire face aux besoins journaliers. La mort de Pierre de Thury
+(septembre 1411) fit passer la direction de l'administration des États
+du Saint-Siège entre les mains de François de Conzie, archevêque de
+Narbonne, camérier du pape, qui avait été témoin de tous les
+événements depuis l'élection de Benoît XIII.
+
+ [142] Arch. municip., série E. E.
+
+ [143] Reddition des Comptes de Paul Montmartin du temps de la
+ guerre des Catalans. Arch. municip., B. 39.
+
+Cependant, réfugiée dans cette forteresse imprenable, la petite
+garnison catalane opposait aux assaillants une résistance désespérée.
+Toutefois, le manque de renforts, la diminution des vivres, les vides
+que les sorties répétées avaient faits dans leurs rangs, et surtout la
+perspective de ne voir arriver d'Espagne aucune troupe de secours,
+amenèrent Rodrigues de Luna et ses compagnons à parlementer en vue
+d'un traité de paix. Une convention fut signée, le 12 novembre 1411,
+entre les représentants du Saint-Siège, François de Conzie, vicaire
+général du Saint-Siège à Avignon, et dans le comté Venaissin, Jean de
+Poitiers, évêque de Valence et de Die, recteur du Venaissin, et
+Constantin de Pergula, vicaire de Jean XXII, d'une part, et, d'autre
+part, Bernard de Sono, vicomte d'Evola, et Roderic de Luna, commandeur
+de l'ordre de Jérusalem, chef des canonniers et combattants du palais.
+Assistaient aux pourparlers et préliminaires de la convention Philippe
+de Poitiers, chevalier, seigneur d'Aroys et de Dormans, capitaine
+général des troupes avignonnaises, envoyé par le roi de France, et
+Pierre d'Acygne, sénéchal de Provence, agissant au nom et lieu de
+Yolande, reine de Sicile et de Jérusalem. Aux termes de la convention,
+voici les principales conditions stipulées[144]:
+
+1º Il sera permis aux assiégés d'envoyer à leur maître, _Benoît XIII_,
+trois officiers pour l'instruire de la position dans laquelle ils se
+trouvent, et si dans cinquante jours aucun secours n'est arrivé, ils
+s'engagent à remettre aux mains du légat le palais et le château
+d'Oppède;
+
+2º Les assiégeants fourniront, au prix ordinaire, la quantité de
+vivres par jour pour chaque personne de la garnison du palais;
+
+3º Le commandant des troupes aragonaises et catalanes devra donner
+pour otages frère Jean _Parda_, chevalier de Rhodes, frère Mathieu
+Montelli, frère Pierre de Lacerda, frère Beranger Boyl, messire Pierre
+Turella, licencié en droit canon, messire Barthélemy, neveu d'Antoine,
+vicomte Jean Pétri, Barthélemy de Montaquesii et Sanche de Sparsa;
+
+4º Les assiégés ne pourront emporter, lors de leur départ, que les
+objets qui leur appartiennent;
+
+5º Les troupes assiégées et assiégeantes observeront exactement entre
+elles la trêve conclue.
+
+ [144] Arch. municip., B. 39, Origin., septembre 1411.
+
+Tous les personnages ci-dessus désignés apposèrent leur sceau sur
+ledit parchemin, au bas de l'acte rédigé par Lamberti, notaire[145].
+
+ [145] Chambaud, _Recueil_, mss., t. I, fol. 153, 154.--Cf. G.
+ Fantoni, I, pp. 300, 301, 302.
+
+Le délai étant expiré, et aucun secours n'étant annoncé pour les
+assiégés, ces derniers conclurent une dernière convention le 14
+novembre 1411, aux termes de laquelle ils devaient vider le palais et
+le château d'Oppède dans les huit jours qui suivraient. De son côté,
+Charles VI accordait, par lettres patentes, sauf-conduit, sauvegarde
+et assurance pour le retour des Catalans dans leur pays, sans qu'ils
+puissent être recherchés pour aucun crime commis contre notre
+Saint-Père et le Saint-Siège apostolique[146]. La garnison catalane
+remit le palais au légat, comme il avait été convenu, le 22 novembre
+1411[147]; elle se retira de là à Villeneuve et traversa le Languedoc
+pour gagner l'Espagne par terre.
+
+ [146] Arch. municip., B. 39.
+
+ [147] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 312.
+
+Ainsi se termina le second siège du palais, qui avait accumulé sur
+Avignon et le Venaissin des monceaux de ruines et des dévastations de
+toutes sortes. Dans ces tristes circonstances, Charles VI, après avoir
+soutenu et fait triompher par les armes la cause des Avignonnais,
+contribua, par divers actes de générosité, à réparer les maux de la
+guerre; une somme de 12,000 francs d'argent fut mise par le roi à la
+disposition de l'archevêque de Narbonne pour l'employer à la
+conservation du palais d'Avignon[148]. Charles VI écrivit en outre au
+pape pour le prier de permettre que les 10,000 livres qu'on prélevait
+annuellement sur les bénéfices de France fussent employées à
+dédommager la ville d'Avignon des dépenses qu'elle avait dû supporter
+par suite de la guerre contre les Catalans (décembre 1411)[149]. Ce
+sont là les derniers actes par lesquels Charles VI marque son
+intervention «ès-parties» d'Avignon. La déposition de Benoît XIII au
+concile de Pise fut définitive et solennellement proclamée à Constance
+le 26 juillet 1417[150]; l'exil du pape à Paniscola, son dénûment et
+l'abandon de sa cause par tous les catholiques, rendirent un peu de
+tranquillité aux États du Saint-Siège d'en deçà des Alpes, jusqu'à
+l'élection de Martin V, qui se montre, dès ses premiers actes, décidé
+à défendre énergiquement les droits de l'Église sur Avignon et le
+Venaissin.
+
+ [148] Arch. municip., B. 39.
+
+ [149] _Id._, B. 39.
+
+ [150] Pastor, _op. cit._, p. 24, not. 2.
+
+
+
+
+CHAPITRE II
+
+Charles VII.--Les Boucicaut. Le Cardinal de Foix.
+
+ Le dauphin Charles en 1419-1420.--Devenu roi il ne cesse
+ d'assurer de sa protection les États citramontains du
+ Saint-Siège.--Nouveaux agissements de Geoffroy le Meingre
+ (1426-1428).--La succession du maréchal.--Les routiers dans le
+ Venaissin et dans la vallée du Rhône.--Démêlés entre les sujets
+ du pape et Boucicaut.--Attitude de Charles VII (janvier
+ 1426).--Il protège les Avignonnais, tout en appuyant les
+ revendications de Champerons, seigneur de la Porte (1428).
+
+ Situation des États de l'Église au moment de l'ouverture du
+ concile de Bâle.--Charles VII appuie ouvertement Alphonse
+ Carillo, cardinal de Saint-Eustache, qui est le candidat du
+ concile. Sa lettre aux Avignonnais (1431).--Conflit entre le
+ pape Eugène IV et les Avignonnais à propos de la nomination de
+ Marc Condulmaro.--Neutralité de Charles VII (1432).
+
+ Le cardinal Pierre de Foix, légat du Saint-Siège (avril
+ 1432).--Triomphe de la politique française.--Efforts de Charles
+ VII pour amener la cessation du schisme et la convocation d'un
+ concile à Avignon pour l'union des Grecs (1437).
+
+
+Les dernières années du règne de Charles VI, toutes remplies par les
+sanglantes rivalités des Armagnacs et des Bourguignons, par l'invasion
+étrangère et la honteuse défaite d'Azincourt pour aboutir à
+l'humiliant traité de Troyes (1420), expliquent pourquoi les relations
+entre les sujets du Saint-Siège et la Cour de France subissent comme
+on temps d'arrêt jusqu'au moment où la lutte de la maison de France
+avec les Bourguignons amène le dauphin Charles dans le Midi, en 1419.
+Le nouveau pape Martin V était, depuis son avènement, prévenu contre
+le dauphin par les dénonciations des agents bourguignons, qui
+accusaient l'héritier du trône d'être, comme feu son oncle, un ami
+dévoué de Benoît XIII. Il ne voyait donc pas sans quelque appréhension
+le dauphin venir guerroyer sur les limites des possessions du
+Saint-Siège[151], au moment où le prince d'Orange se disposait de son
+côté à envahir le Comtat et où les garnisons bourguignonnes, alliées
+aux Anglais, occupaient plusieurs places fortes du Midi et de la
+vallée du Rhône. Dès 1419, le dauphin Charles demande à emprunter aux
+États du Venaissin 6,000 florins d'or[152] et à faire entretenir
+pendant quatre mois par les États 1,000 hommes d'armes, les engageant,
+de plus, à se liguer avec lui. L'année suivante (1420), Charles
+informe le recteur qu'il se dispose à traverser le territoire
+pontifical avec 10,000 hommes d'armes, et il l'invite à faire savoir
+aux habitants qu'ils doivent prendre les mesures nécessaires pour
+protéger leurs récoltes. Le pape Martin V, sur ces entrefaites, se
+rapproche du dauphin et envoie à Lyon[153] Pierre d'Ailly, son légat,
+qui a une entrevue avec le jeune prince. Ce rapprochement facilita la
+tâche du dauphin en lui donnant l'aide des Avignonnais dans l'attaque
+dirigée contre Pont-Saint-Esprit (1420). Charles est de passage à
+Avignon le 15 avril (1420)[154]. C'est pendant son séjour qu'il
+négocia le prêt de l'artillerie de la ville, qui fut conduite devant
+Pont-Saint-Esprit[155]. Le 2 mai, le dauphin investit la place, qui
+était défendue par une garnison bourguignonne alliée au prince
+d'Orange. Après une résistance héroïque, la place fut emportée
+d'assaut par les troupes royales qui se déshonorèrent par toutes
+sortes d'excès (17 mai 1420)[156]. Le dauphin ne manqua, dans la
+suite, aucune occasion de se montrer gardien fidèle des traditions de
+la royauté. Une fois sur le trône, il ne se départit jamais de ces
+sentiments, n'oubliant point que les rois, ses prédécesseurs, avaient
+été appelés «à leur grant gloire et louenge roys tres chrestiens,
+vrays champions et principaux deffenseurs de nostre saincte foy
+catholique[157]». Ces dispositions, il les montra, on peut le dire,
+d'une façon toute particulière dans ses rapports avec les sujets de
+l'Église, notamment avec les Avignonnais et les gens du Comté. Dès son
+avènement, ayant été informé par les syndics et le conseil de la ville
+d'Avignon que quelques seigneurs, dont les châteaux se trouvaient
+placés près de la frontière des domaines de l'Église, sous prétexte de
+vider les différends qui existaient entre eux, appelaient sous leur
+bannière bon nombre de gens d'armes originaires du Dauphiné, qui
+commettaient toutes sortes de ravages sur les terres et possessions
+de l'Église, le roi mu par cette considération «en faveur d'icelluy
+nostre sainct père et ses dits subgectz et mesmement ceulx de la dicte
+ville d'Avignon et du dit Comté que tous jours en tous nos affaires
+avons trouvez pretz et bien enclinz à faire et donner tant à nouz que
+aux nostres toute faveur, ayde et confort à eulx possible toutes fois
+que requiz en ont esté», ordonne à tous les gens d'armes qui avaient
+quitté la province du Dauphiné de rentrer incontinent dans leurs
+foyers «s'en retournant en leurs hostelz et maizons et ès lieux dont
+partyz sont pour estre pretz de venir à nous, sur ce à rencontre de
+nos diz ennemys, toutefoiz que les manderons[158]».
+
+ [151] _Reg. des délibér. des États_, fol. 219, vo.
+
+ [152] _Id._, fol. 218.
+
+ [153] De Beaucourt, _loc. cit._, I, p. 329. Pierre d'Ailly,
+ contrairement à ce que dit M. de Beaucourt, ne fut jamais légat à
+ Avignon. Il était légat en France.
+
+ [154] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1059, not. 4.--Chambaud, _Rec. sur
+ Avignon_, mss., t. I, fol. 160.
+
+ [155] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1059.
+
+ [156] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1060.
+
+ [157] De Beaucourt, _op. cit._, I, p. 370. Ces expressions sont
+ d'Isabeau de Bavière. _Rec. des Ordonnances_, X, p. 437.
+
+ [158] Donné au château de Loches, le 22 septembre 1423. Orig.
+ Arch. municip., B. 36. Voir _Marquis d'Aubais_, pièc. fugitives,
+ I, p. 94. _Itinér. de Charles VII_.
+
+Cette agitation seigneuriale, qui menaçait d'entraîner dans ses
+guerres privées les sujets du roi pour se jeter sur les terres de
+l'Église dès les premières années du règne de Charles VII, était la
+conséquence des revendications de Geoffroy le Meingre. Le maréchal,
+son frère, pris à Azincourt, puis captif en Angleterre, était mort en
+1421, ne pouvant survivre à l'humiliation de sa patrie[159]. Son frère
+hérita de ses domaines que lui avait garantis l'acte du 7 juillet
+1399[160]. De plus, comme Benoît XIII, réfugié à Paniscola, se mourant
+dans le dénûment le plus complet, n'avait jamais pu rembourser à Jean
+Boucicaut les 40,000 francs que ce dernier lui avait avancés en
+_1408_, Geoffroy, comme héritier, se saisit aussitôt des villes dont
+l'inféodation avait été consacrée par le contrat passé à Gênes et à
+Porto-Venere entre le pape et le maréchal. Martin V essaya de
+s'opposer à cette prise de possession, qui était discutable à coup
+sûr, puisque la légitimité de Benoît XIII comme souverain pontife
+était elle-même contestée; mais les châteaux et les villes étaient
+déjà entre les mains des agents de Boucicaut[161]. Cette prise de
+possession ne se fit pas sans violences, et les sujets du pape
+protestèrent contre un acte passé sans leur consentement; Charles VII
+lui-même intervint et demanda des comptes à Geoffroy dont tous les
+vassaux réclamaient la protection royale. Ce dernier fut convoqué à
+comparaître devant le Parlement de Toulouse, pour répondre de ses
+crimes et forfaits, mais Geoffroy avant fait défaut, le roi lui
+confisqua les terres _d'Aramon_[162] et de _Valabrègue_ qu'il avait
+reçues à perpétuité. Désormais chassé du Languedoc, Geoffroy s'établit
+à poste fixe dans ses domaines de l'Église, où il devenait pour la
+papauté un voisin fort gênant. Un premier traité fut passé entre
+Geoffroy et les représentants de la Chambre apostolique, qui lui
+payèrent une somme considérable, à la condition qu'il mettrait fin aux
+actes de brigandage dont il se rendait journellement coupable[163].
+Geoffroy promit, reçut l'argent, feignit le repentir, mais il rompit
+aussitôt ses engagements et employa les fonds de la Chambre
+apostolique à rassembler une armée de routiers, gens de sac et de
+corde, commandés par des capitaines qui se sont fait un nom au milieu
+de ces guerres qui ont désolé la vallée du Rhône, de Valence à
+Avignon, pendant les premières années du règne de Charles VII. Parmi
+eux figurent _Charles de Poitiers_, _Jean Ollivier_, _Saint-Vallier_,
+écuyer de l'évêque de Valence, le _bâtard de Valence_, fils de
+l'évêque de cette ville, _Anthoine de la Peype_, _Allegret de
+Bonnyot_, _Aymard de Clermont_, _Jean de Geys_ et le _bâtard de
+Langres_. Bien plus, Geoffroy fait appel à ses compatriotes de
+Touraine, et parmi ses meilleurs officiers on trouve Jehan de
+_Champerons_, seigneur de la Porte[164]. Cette petite troupe se
+grossit promptement d'une foule d'aventuriers de toute origine,
+soldats sans emploi, routiers et vagabonds, qui, comme jadis Raymond
+de Turenne, considéraient comme une excellente aubaine de guerroyer
+contre le pape. Pernes fut saccagé, Vaison livré aux flammes, le
+château de Saint-Roman pris d'assaut[165]. Charles VII, prié
+d'intervenir, écrivit au sénéchal de Beaucaire, le sieur de Vilar,
+pour empêcher qu'aucune entreprise fût dirigée contre Avignon (20
+avril 1426).
+
+ [159] Delaville Le Roux, _loc. cit._, 360-363.
+
+ [160] Manuscrits Peiresc, Bibl. de Carpentras, Reg. LXX, vol.
+ III, fol. 232, vo.
+
+ [161] Ehrle, _loc. cit._, p. 97.
+
+ [162] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1077. Jean de la Graille, maréchal
+ de Languedoc, à la tête des milices royales occupa les biens et
+ domaines de Geoffroy qui fut déclaré coupable de félonie.--Cf.
+ Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 316.
+
+ [163] De Coston, _Hist. de Montélimar_, I, pp. 496, 499.
+
+ [164] Ce seigneur est officiellement nommé dans la bulle
+ d'excommunication. Mais il dut se retirer avant le siège de
+ Livron et abandonner la cause de Geoffroy, puisque Charles VII
+ affirme qu'il n'avait pas quitté la Touraine. Les archives
+ d'Indre-et-Loire ne contiennent aucun renseignement sur ce
+ personnage (communication de M. de Grandmaison, archiviste
+ d'Indre-et-Loire).
+
+ [165] Chambaud, _Rec._, mss., I, fol. 442.
+
+D'un autre côté, Charles VII, par lettres patentes données à Montluçon
+le 11 janvier 1426[166], considérant que Geoffroy le Meingre, dit
+Boucicaut, «chevalier est en intencion et volunté de faire guerre en
+la Conte de Venisse qui est du patrimoine de nostre mère saincte
+Église et des contez de Provence et Forcalquier, qui sont lors Estats
+de nostre mère et de nostre très chier frère, le roy de Jérusalem et
+de Cécile, son filz, et domagier le pais et subgectz de nostre dit
+sainct père et nos ditz mère et frère, a fait souldoyer gens d'armes
+et de trait en nostre royaume et Daulphiné, et en nostre conte de
+Valentinoys et desjà ayant passé oultre la dite rivière du Rosne et se
+efforce de plus faire et a fait entrer dans la terre de l'Église le
+sire de Clavaison, Anthoyne de la Peype, chevalier, un nommé Gastonet,
+chevalier de Bron, un nommé Montchanu et autres capitaines
+rotiers[167], avec grant nombre de gens de Compaigne, lesquels ont
+prins aucunes places en la dite terre de l'Église, forcé femes, bouté
+feux, tué et murdry plusieurs genz, prins prisonniers, faits plusieurs
+courses, maulx et dommaiges innumérables». Charles VII, pour ces
+motifs, fait défense à quiconque de ses sujets de porter la guerre
+contre Avignon. Comme on le voit par ce document, le roi de France
+protège les vassaux de l'Église, mais ce n'est qu'une protection
+défensive en ce sens qu'il interdit aux sujets royaux de prendre part
+aux ravages commis par les officiers de Boucicaut sur les domaines de
+l'Église. Martin V employa d'abord contre ces brigands les armes
+spirituelles, et Guillaume Raimundi, prévôt de l'église d'Avignon, en
+qualité de commissaire apostolique excommunia en 1426 Geoffroy le
+Meingre et ses officiers, qui avaient commis toutes les atrocités
+relatées dans les lettres royales du 21 janvier 1426[168]. En même
+temps, l'évêque de Montauban, Pierre Cottini, nommé recteur du Comtat,
+prit le commandement des milices levées par les États et s'empara, sur
+les troupes de Boucicaut, de la ville de Pernes, dont Jehan de
+Champerons avait été nommé gouverneur (12 avril 1426). Les habitants
+de la communauté furent dispensés de payer les arrérages de tailles
+pour tout le temps qu'elle avait été placée sous la domination de
+Boucicaut. Mais bientôt, feignant de nouveau la plus grande contrition
+et sollicitant le pardon de ses crimes, Geoffroy, grâce à l'entremise
+de François de Conzié, légat du Saint-Siège à Avignon qu'il avait
+connu à l'époque du premier siège du palais[169] (en 1398-1399),
+obtint pour lui et pour ses complices, du pape Martin V, une bulle
+d'absolution (23 mai 1426)[170] totale. C'est à la suite de cet accord
+que Geoffroy le Meingre se réfugia avec ses bandes dans le château de
+Livron et occupa également la forteresse de Narbonne[171] dans le
+terroir de Montélimar sur lequel il avait quelques droits par l'oncle
+de sa femme Isabelle, Jean de Poitiers, évêque de Valence. La présence
+de Boucicaut à Livron dès 1426 est incontestable. Les comptes
+consulaires de la ville de Valence[172] portent une dépense de trois
+gros pour Champel, Chaponays, etc., envoyés à la Roche de Glun
+au-devant d'Humbert, maréchal, allant assiéger Boucicaut dans le
+château de Livron (1426). C'est donc vers la fin de cette même année
+que les gens d'armes à la solde des Avignonnais viennent mettre le
+siège devant cette ville. Bien qu'il n'y eût pas encore de traité
+officiel passé entre Humbert et les Avignonnais, la ville d'Avignon
+supportait les charges de cette expédition qui fut ruineuse pour la
+malheureuse cité. Boucicaut assiégé appela à lui, de l'autre côté du
+Rhône, un certain nombre de partisans recrutés dans le royaume, qui
+avaient pour but de débloquer _Livron_ et d'attaquer les troupes
+pontificales. Le conseil de ville d'Avignon et les élus de la guerre,
+qui délibéraient avec eux depuis le siège du palais, traitèrent avec
+un capitaine d'aventuriers, _Jean Boulet_, originaire de Saint-Flour
+en Auvergne et seigneur de Châteauneuf-de-Melet, pour qu'avec ses gens
+celui-ci s'opposât à leur passage. Jean Roulet dut, pour arrêter les
+alliés de Boucicaut, non seulement employer les armes, mais encore
+acheter la paix. Nous trouvons en effet dans les archives communales
+un document établissant que la ville d'Avignon, pour tenir compte «au
+dit Jehan Roulet de ses peines et debours», lui régla une indemnité de
+4,250 écus d'or de la nouvelle frappe, dont 1,500 lui furent comptés
+dans le courant de l'année 1427. Pour le règlement du solde, ledit
+Roulet délégua à la ville une somme de 1,430 écus à payer à un certain
+Pierre Bovis, sur ce que la communauté d'Avignon lui redevait
+encore[173]. Ce n'est donc point en 1428, comme quelques auteurs
+l'ont cru, mais bien en 1427, que la ville d'Avignon fit assiéger, par
+des gens d'armes à ses gages, Geoffroy le Meingre, dans le château de
+Livron. A cette occasion, Martin V n'abandonna pas ses fidèles sujets.
+Il envoie auprès d'eux Jean de Rehate et Jean de Puteo pour leur dire
+qu'ils n'ont pas à s'effrayer des menaces de leurs ennemis (21 mars
+1427)[174]. Il donne pouvoir audit Jean de Rehate d'assigner à la
+ville d'Avignon 6,000 florins pour les besoins de la guerre, à prendre
+sur les revenus de la Chambre apostolique, tant en Provence qu'en
+Savoie[175]. Enfin, dès le mois de février 1427, il avait prescrit à
+l'évêque d'Avignon de faire imposition sur le clergé pour subvenir aux
+grands frais qu'il convenait de supporter pour se garder contre les
+ennemis[176]. Grâce à ces subsides de la curie romaine, les
+Avignonnais purent renforcer leurs troupes occupées au siège de
+Livron. Un traité fut signé le _31 janvier 1428_ à Lyon, entre Thomas
+Busaffi, d'une part, représentant la ville d'Avignon, et _Humbert
+Maréchal_, capitaine de gens d'armes, d'autre part, aux conditions
+ci-après[177]: 1º ledit Humbert s'engage à défendre les propriétés,
+biens, meubles et immeubles et personnes des Avignonnais contre les
+troupes de Boucicaut et de ses adhérents avec cent hommes d'armes et
+cent hommes de trait (l'homme d'armes aura trois chevaux, un page et
+un varlet); 2º chaque homme d'armes recevra 20 florins, monnaie
+courante, par mois, et chaque homme de trait à cheval 10 florins par
+mois, de même monnaie; 3º ledit Humbert s'oblige à être rendu à Vienne
+sous Lyon avec ses troupes, le 15 février prochain _1428_. La paie des
+soldats sera due à dater de ce jour; 4º ledit Humbert, dès son arrivée
+à Avignon recevra pour son compte la somme de 200 florins de ladite
+monnaie; 5º ledit Humbert s'oblige à se retirer, lui et ses gens, à la
+première sommation qui lui en sera faite. Il est convenu que ledit
+Humbert recevra sur la solde de ses troupes 1,500 florins dans la
+ville de Lyon, à-compte du premier mois de solde, et le restant dès
+que lui et ses soldats auront passé la rivière de l'Isère; 6º chaque
+chevalier ou escuyer banneret qui fera partie des troupes dudit
+Humbert recevra double paie.
+
+ [166] Arch. municip., Origin., B. 36, no 37, Cott. N. N.
+
+ [167] On remarque que Jehan de Champerons n'est pas mentionné et
+ qu'il y en a plusieurs que Giberti (_Hist. mss. de Pernes_, fol.
+ 729) ne nomme pas.
+
+ [168] Chambaud, _Recueil sur Avignon_, mss., t. I, fol. 442.--Cf.
+ Giberti, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 315, et mss. de
+ Carpentras, fol. 723.
+
+ [169] Cottier, _Notice sur les Recteurs_, p. 120.--Cf.
+ Cambis-Velleron, _Annal._, mss., IV, 32, 34.--Chambaud, _Rec._,
+ mss., vol. I, fol. 163.--Giberti, _Hist. de Pernes_, mss. de
+ Carpentras, 721, 722.
+
+ [170] Le texte de la bulle a été publié par Ehrle, _loc. cit._,
+ pp. 99-100.
+
+ [171] _Cartulaire de Montélimar_, p. 265.--Cf. de Coston, _loc.
+ cit._
+
+ [172] Arch. de Valence, C. C., 27, 1426.
+
+ [173] L'acte fut souscrit par la ville le 25 juin 1427. Arch.
+ municip., Compte de la ville, de septembre 1428, de 1320 écus
+ d'or pour solde de la somme ci-dessus.
+
+ [174] Arch. municip., B. 36, no 1, Cott. A.A.
+
+ [175] _Id._, B. 37.
+
+ [176] _Id._, B. 34, février 1427.
+
+ [177] Acte passé à Lyon par maître Cordard, notaire apostolique
+ impérial et royal, le 31 janvier 1428. Arch. municip., B.
+ 34.--Cf. Chambaud, _Rec. des Chartes_, mss., I, fol.
+ 40.--_Recueil Massillian_, mss., XXI, fol. 359, 361.--Gauffridi,
+ _Hist. de Provence_, I, VII, p. 294.--Giberti, _Hist. de Pernes_,
+ fol. 327, 328.
+
+Geoffroy Boucicaut ne pouvait pas résister à des forces aussi bien
+organisées, commandées par un vaillant officier. Dès le mois de mars
+1428, les bandes de Boucicaut, après une résistance inutile, se
+dispersèrent et franchirent le Rhône. Les documents font du reste
+absolument défaut[178] sur ce point et ne nous permettent pas de dire
+comment Geoffroy quitta pour toujours ce pays où son nom était en
+exécration. Quoi qu'il en soit, dès le mois de mai 1428, toute guerre
+entre Avignon et les Routiers avait pris fin, et Martin V relevait la
+ville d'Avignon, les syndics et les citoyens de la promesse par eux
+faite à l'évêque de Valence pour raison des dommages causés par leurs
+troupes au château de Livron[179] (11 kalendes de juin 1428). Charles
+VII intervint quelques mois plus tard en faveur de Jean de Champerons,
+seigneur de la Porte, dont quelques biens et héritages avaient été
+confisqués par les Avignonnais et les Comtadins: «Veuillez, pour amour
+et honneur de nous, faire délivrer à nostre bien aimé escuyer Jehan de
+_Champerons_ ses héritaiges et aultres biens meubles, les quelz soubz
+umbre du débat qui naguères a esté entre nostre aimé et féal
+chevalier, conseiller et chambellan Giefroy le Meingre du Bouciquault,
+d'une part, et vous et les habitans de la ville d'Avignon, d'autre,
+avaient esté pour empeschiez. Et que avons esté assuré que le dit
+_Champerons_ ne s'estoit auculnement entremis ne meslé du débat dessus
+dit, mais s'estoit durant icelluy tousjours tenu en nostre pais de
+Touraine[180].» Il semblerait donc résulter de ce document que déjà,
+avant le siège de Livron, plusieurs des officiers de Geoffroy
+l'avaient abandonné, puisqu'il est avéré que Jehan de Champerons se
+trouvait en Touraine en 1428. Quant à Boucicaut, il se retira dans sa
+terre de Bridoré, dont il avait hérité en 1421, après la mort de son
+frère[181]. Il y mourut l'année suivante, en 1429[182], comme
+l'indique, d'une façon certaine, une instance en justice reprise à la
+fin de 1429 par sa veuve, Isabelle de Poitiers. L'héritage
+considérable, en titres il est vrai plutôt qu'en biens immeubles dans
+les terres de l'Église, passa à ses deux fils, Jean et Louis, dont les
+revendications ultérieures donneront au dauphin Louis un premier
+prétexte pour intervenir dans les affaires intérieures du
+Venaissin[183].
+
+ [178] De Coston, _Hist. de Montélimar_, I, 496, 499.
+
+ [179] Arch. municip., B. 36, no 2, Cott. B.
+
+ [180] Donné en nostre chastel de Lezignen, le 5e de novembre
+ 1428. Orig.--Arch. municip., B. 36.
+
+ [181] Le Maréchal n'avait eu d'Antoinette de Turenne qu'un fils
+ qui fut tué à la bataille d'Azincourt (1415).
+
+ [182] Arch. de Tours. Communication de M. de Grammaison,
+ archiviste d'Indre-et-Loire.--Cf. de la Chesnaye des Bois,
+ Diction. XIII, p. 590, le fait mourir en 1429.--L'abbé Chevalier
+ fait à tort mourir Geoffroy en 1407. _Répert. des sources
+ historiq._, p. 339.
+
+ [183] Voy. chap. iv, pp. 96-97.
+
+Les conséquences du schisme qui divisait l'Église ne devaient pas
+tarder à ramener l'attention de Charles VII sur les événements qui se
+déroulaient dans les États du Saint-Siège. Martin V, qui avait réussi
+à préserver ses domaines de l'invasion de Louis de Châlons, prince
+d'Orange, en 1430, et des troupes royales[184], était mort au moment
+où allait s'ouvrir le concile de Bâle, le 17 février 1431[185]. Son
+successeur, Eugène IV (Gabriel Condulmaro)[186], annonce son élection
+aux syndics d'Avignon, par bref du 12 mars 1431[187]. Or, comme le
+jour de l'ouverture du concile il n'y avait que douze prélats
+présents, il décida de transporter l'assemblée à Bologne, afin de
+pouvoir s'occuper plus tranquillement des intérêts de ses domaines
+citramontains[188]. En attendant, il engageait les Avignonnais à
+prendre conseil du cardinal de Saint-Eustache[189], légat
+extraordinaire du Saint-Siège dans cette ville, homme de grande
+sagesse, et dans lequel le Saint-Siège avait la plus entière
+confiance. Alphonse Carillo, cardinal diacre du titre de
+Saint-Eustache, bien que d'origine espagnole[190], avait fait preuve
+des sentiments les plus conciliants et les plus bienveillants
+vis-à-vis de la Cour de France dans le règlement des différends
+soulevés à propos des limites du Rhône, et que le Saint-Siège lui
+avait donné mission de résoudre en 1430. Malgré sa nationalité,
+Alphonse Carillo était l'homme des intérêts français, et Charles VII
+était dans l'obligation de le ménager. Aussi le roi, désireux de voir
+nommer à titre définitif, comme légat à Avignon, un haut dignitaire
+ecclésiastique, pour servir les desseins de la politique française,
+prie les syndics d'Avignon de mettre à profit le crédit et l'influence
+dont ils disposent à Rome pour obtenir la nomination du cardinal de
+Saint-Eustache à Avignon, «qu'il lui plaise ordonner nostre très cher
+et aimé cousin le cardinal de Saint Eustace (_sic_), estant de
+présentement en la ville d'Avignon son vicaire, ès partie deça les
+monz come avez sceu par nos diz ambassadeurs en passant par la dite
+ville. A la quelle requeste nous entendu avons nostre dit Saint Père à
+aucunement différer et encores diffère dont nous donne grans
+merveilles, attendu les grans biens que à cause de ce pourroyent
+advenir à tous les pais de par deça». Charles VII insistait en faisant
+valoir les avantages que ce choix procurerait tant au royaume de
+France qu'aux États de l'Église; il les invite «à y envoyer pour ce
+messagiers exprès qui poursuivront, avec nos ditz ambassadeurs, la
+chose au nom de la cité d'Avignon. Nous vous prions bien a certes pour
+tout l'amour et bienvueillance qu'avez à nouz et à nostre dit royaume,
+et surtout le plaisir et service que nous ferez que ceste chose pour
+nostre dit cousin de Saint Eustace et non pour aultre, vous vueillez
+poursuivre devers nostre dit Saint Père, de manière quelle sortisse
+son effect et y envoyer pour ce faire gens notables. Et ce vueillez
+faire telle promte et bonne diligence que nous cognoistrons que vous
+avez tousjours le bien de plus en plus de nous et de nostre royaume
+dont estes prouchains voisins, comme devez, et le service que en ce
+nous ferez recognoistrons en temps et en lieu envers vous et la dite
+ville d'Avignon[191]».
+
+ [184] Bref de Martin V, juin 1430. Arch. municip., origin.,
+ B.--Cf. Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, 139 et suiv.--Dom
+ Vaissette, IX{2}, p. 1107.
+
+ [185] Dareste, _Hist. de France_, III, p. 136.--Mgr Héfelé,
+ _Hist. des Conc._, XI, pp. 185, 187.
+
+ [186] C'est le véritable nom. Il était d'une noble famille de
+ Venise et neveu de Grégoire XII qui l'avait fait
+ cardinal.--Pastor, _loc. cit._, I, p. 293, not. 1.
+
+ [187] Chambaud, _Rec. mss. sur Avignon_, I, fol. 166.
+
+ [188] In futuro bononiensi Concilio cui Deo propicio interesse et
+ præsidere desideramus de tranquillitate et bono statu Civitatis
+ nostræ Avenionensis et illarum partium opportune providebimus.
+ Arch. municip., B. IV.
+
+ [189] Bref du 6 janvier 1431. Arch. municip., B. 36, no 8.
+
+ [190] Reynard Lespinasse, _Armorial de l'État d'Avignon_, p.
+ 145.--Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115.
+
+ [191] Arch. municip., B. 4, no 24, origin., donné à Selles le
+ dernier jour de mars 1432.
+
+Pour complaire à la demande de Charles VII, les Avignonnais
+s'empressèrent d'appuyer auprès du Saint-Siège la candidature du
+cardinal de Saint-Eustache, mais Eugène IV leur fit savoir que la
+présence du cardinal comme légat du Saint-Siège en Espagne était
+indispensable au moment où la papauté se trouvait aux prises avec tant
+de difficultés[192]. En même temps, pour mettre fin à toutes ces
+démarches dictées par la France, Eugène IV annonça à ses sujets d'en
+deçà la triple promotion de son frère Marc Condulmaro aux fonctions
+d'évêque d'Avignon, de légat du Saint-Siège et de recteur du
+Venaissin (31 mars 1432)[193]. Le nouveau légat vint aussitôt prendre
+possession de son siège, et les États furent convoqués pour prêter
+serment de fidélité. De violentes protestations s'élevèrent à
+Carpentras et à Avignon contre le cumul, entre les mains du même
+personnage, de fonctions si élevées et qui ne pouvaient pas être
+réunies sans préjudice pour les intérêts du pays[194]. En même temps,
+on attaquait violemment les moeurs privées du nouveau représentant de
+la papauté[195]. La guerre éclata de nouveau dans les domaines de
+l'Église. D'un côté, Eugène IV, décidé à maintenir son frère envers et
+contre tous; de l'autre, les Avignonnais refusant de reconnaître Marc
+Condulmaro et se plaçant sous la protection du concile de Bâle. Le
+schisme qui divisait l'Église mettait ainsi les armes à la main aux
+partisans du pape contre ceux du concile. La position du roi de France
+ne laissait pas d'être embarrassante. Au fond, Charles VII était pour
+les Avignonnais et pour le candidat du concile, Alphonse Carillo[196],
+mais il lui répugnait d'engager directement la lutte contre le pape.
+Aussi, dans ses lettres patentes données à Amboise le 20 juillet
+1432[197], Charles VII s'empresse-t-il de déclarer que les sujets du
+roi devront garder une stricte neutralité à l'occasion de la querelle
+qui s'est élevée entre les sujets de l'Église et leur légat. Dans ce
+but, il écrit: «Et pour ce que nous ne sommes pas advertiz des causes
+des dites divisions et guerre, ni du bon droit ou tort et querelles
+des dites parties ne quelles autres ceste matière peut toucher, et
+aussi que pour le faict de noz guerres contre les Anglais, autres
+ennemys et adversaires de nous et de nostre royaume, il nous est
+besoin de nous ayder et servir en plusieurs et diverses marches et
+pays de nos vassaux et subgiectz, aux quelz se appartient, de
+entremettre de la dite guerre à Avignon, ne doit faire partie d'un
+cousté ne de l'autre, ne nous ne voulons que aucunement s'en
+entremettent sans nos congiés et licence.»
+
+ [192] Bref de mars 1432.--Arch. municip., B. IV. «Cum ejus
+ (Cardinalis Sancti Eustachii) consilio propter gravia imminencia
+ negocia plurimum indigeamus.»
+
+ [193] _Armorial d'Avignon_, p. 63.--Cf. Cottier, Not. sur les
+ Recteurs.
+
+ [194] _Reg. des États_, arch. départ., G. 13, fol. 134.--Cf.
+ _Amplissima collectio_, VIII, 649.
+
+ [195] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, pp. 94, 95.
+
+ [196] Sa lettre du dernier jour de mars 1432 aux syndics
+ d'Avignon le montre clairement.
+
+ [197] Fornéry, _Hist. ecclés._, fol. 429, 430 (Copie).
+
+Pendant ce temps, le concile de Bâle, qui avait accueilli très
+favorablement la demande d'intervention des Avignonnais, avait
+nommé, avec mission temporaire, comme légat d'Avignon, Alphonse
+Carillo, cardinal de Saint-Eustache, à la place de Condulmaro,qui
+était ennemi du concile (inimicus concilii)[198] (20 juin 1432). Ce
+dernier, obligé de quitter son siège, se réfugia à Rome et fut
+transféré, peu après, à l'évêché de Tarentaise[199]. C'est ce même
+évêque que le pape Eugène IV délégua pour aller chercher les Grecs
+à Constantinople, en 1437. Les Avignonnais témoignèrent
+publiquement leur reconnaissance aux pères du concile[200].
+
+ [198] _Amplissima collectio_, VIII, p. 649.--Cf. Fantoni, I. p.
+ 315.--_Recueil Massilian_, XXII, fol. 57, vo.--Dom Vaissette, IX.
+ p. 1115.--Cottier, _loc. cit._, p. 124.
+
+ [199] Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 46.--Cf. Cottier, _loc.
+ cit._, p. 124.
+
+ [200] 25 août 1432. _Amplissima collectio_, VIII, p.
+ 163.--Massillian, _Collect. Chart._, XXI, fol. 368.
+
+Cette attitude des Avignonnais, encouragée par Charles VII qui
+s'appuyait sur le concile, était un acte de révolte contre la papauté.
+Martin V, pour complaire au roi de France et s'assurer son appui,
+résolut d'opposer au candidat du concile un prélat énergique,
+diplomate de premier ordre et qui était à Rome le confident du
+Saint-Siège[201]. Ce choix avait encore une autre importance, il
+ramenait au pape les Avignonnais, dont Pierre de Foix était à Rome,
+depuis 1428, le protecteur avéré[202]. Le 16 août 1432, Pierre de Foix
+était nommé légat du Saint-Siège à Avignon, et le 18 des kalendes de
+janvier[203], dans une bulle donnée à Rome, Eugène IV déclare que
+l'acte illégal du concile est réparé, puisque la ville est maintenant
+placée sous l'autorité du légat pontifical[204]. Pendant ce temps,
+Alphonse Carillo avait quitté Avignon pour se rendre à Bâle, laissant
+le gouvernement de la ville à Philippe, évêque d'Auch[205]. Le but de
+son voyage était de demander au concile les subsides nécessaires pour
+soutenir, à main armée, la lutte contre le représentant légitime du
+pape. Carillo s'adressa d'abord personnellement au fameux capitaine
+de routiers, Rodrigue de Villandrando, comte de Ribaudeo, auquel il
+emprunta 2,000 écus d'or[206]. La ville d'Avignon dut se porter
+garante, comme il appert d'un acte en date du 6 juin 1442, figurant
+dans l'inventaire des papiers de la maison de Bourbon[207].
+
+ [201] Le P. Albi, _Éloges des Cardinaux français et étrangers_.
+ Paris, 1664, pp. 81 et suiv.
+
+ [202] Pastor, _loc. cit._, I, p. 282.
+
+ [203] Pierre de Foix, né en 1386 ou 1387, était fils de Gaston de
+ Foix et d'Éléonore de Navarre, qui fut depuis reine de Navarre,
+ succédant à son père Jean d'Aragon. Créé cardinal par Benoît
+ XIII, en 1409, à l'âge de vingt-deux ans, il fut successivement
+ évêque de Lescar, de Comminges, d'Albano, administrateur de
+ l'archevêché de Bordeaux et de l'évêché de Dax, archevêque
+ d'Arles et abbé de Montmajour. Abandonnant le parti de Benoît
+ XIII, il assista au concile de Constance où il se fit remarquer
+ comme orateur, prit part à l'élection de Martin V (1417) qui le
+ légitima comme _cardinal_ en 1419 ou 1418. Il fut envoyé, en
+ 1425, en Espagne par Martin V, auprès d'Alphonse d'Aragon et fit
+ preuve d'une grande finesse diplomatique. Ce fut encore lui qui,
+ par ses voyages en Espagne, en 1426 et 1428, après la mort de
+ Benoît XIII, obtint que le pseudo-pape Clément VIII (Gilles
+ Nunoz) se démît (26 juillet 1429). Le succès de cette ambassade
+ prépara la fin du schisme (Pastor, _loc. cit._, I, p. 282).
+ Attaché comme cardinal auprès de Martin V, il occupait à Rome une
+ des situations les plus en vue dans le Sacré-Collège, lorsque
+ Eugène IV le nomma légat d'Avignon (16 août 1432). Installé dans
+ son siège par la force des armes (juin 1433), Pierre de Foix
+ administra avec la plus grande sagesse les États du Saint-Siège
+ et sut même, dans les circonstances les plus difficiles,
+ concilier les intérêts de l'Église avec ceux des rois de France.
+ On ne l'appelait que «le bon légat». A l'inverse des autres, il
+ résida pendant toute sa carrière à Avignon et embellit la ville
+ de plusieurs monuments. Savant distingué, il avait réuni une
+ magnifique collection d'ouvrages, dont beaucoup provenaient de la
+ bibliothèque de Benoît XIII. Sa biographie est une des pages les
+ plus intéressantes de l'histoire du pays et se rattache à tous
+ les événements qui mettent en relations les rois de France avec
+ les États du Saint-Siège, de 1432 à 1464. Estimé et apprécié des
+ papes, qui l'avaient maintenu à Avignon, tenu en grande affection
+ par Charles VII et par Louis XI, le cardinal de Foix mourut à
+ Avignon, après une assez longue maladie, le 13 décembre 1464.
+
+ Voy. le P. Henry Alby, _Éloge des Cardinaux_, pp. 81 et
+ suiv.--_Chronique de Saint-Denis_, VI, p. 175.--_Gallia
+ christiana_, I, pp. 1163, 1164.--_Lettres de Louis XI_, II, p. 21,
+ not. 1.--Pastor, _Hist. de la Papauté_, I, p. 282.--Delisle,
+ _Cabinet des Manuscrits_, 1868, I, pp. 494, 497.--Tamizey de
+ Laroque, _Note tirée de la correspondance de Peiresc_, p.
+ 182.--Collection des Documents inédits.
+
+ [204] _Amplissima collectio_, VIII, pp. 163, 164, note (a).
+
+ [205] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 95.--Cf. Arch.
+ municip., Acte du 6 mai 1433 «Cum ipse dominus Cardinalis ad
+ eamdem sanctam synodum gressus suos direxisset et Reverendissimum
+ Philippum Archiepiscopum Auxitanensem locumtenentem et
+ gubernatorem constituisset et deputasset». Ce ne peut être qu'en
+ décembre ou janvier 1433 que Carillo se rendit à Bâle, puisque
+ Jean de Poitiers convoque en son nom les États du Venaissin le 2
+ décembre 1432. _Reg. des États_, G. 12, fol. 7.
+
+ [206] Quicherat, _loc. cit._, pièces justificat., XIII, pp. 226
+ et suiv.
+
+ [207] Invent. des Arch. nation., _Maison de Bourbon_, t. II, p.
+ 275.
+
+La désignation de l'archevêque d'Auch comme légat intérimaire eut pour
+conséquence de transporter à Avignon la vieille animosité des deux
+maisons de Foix et d'Armagnac[208]. C'était une guerre nationale dans
+les États de l'Église. Le cardinal de Poix ne recula pas, comme dit
+Quicherat, devant remploi de ce qu'on appelait alors «le bras
+séculier» et fit appel à ses deux frères, les comtes de Foix et de
+Comminges. D'un autre côté, le concile, à l'instigation de Carillo,
+écrivit à Rodrigue de Villandrando[209] de faire une diversion du côté
+du Languedoc, «invadere patriam linguæ occitaneæ[210]». Rodrigue se
+porta au-devant des troupes gasconnes. Pendant ce temps, le comte de
+Foix, sous prétexte de repousser les bandes de Rodrigue, faisait voter
+70,000 moutons d'or par les États du Languedoc outre les 20,000 déjà
+accordés; mais, en réalité, cet argent devait lui servir à s'emparer
+d'Avignon[211]. Informé des dispositions du célèbre routier, le
+comte de Foix laisse à Villeneuve-les-Avignon son frère le cardinal,
+avec quelques gens d'armes, et se porte rapidement vers le
+Pont-Saint-Esprit pour franchir le Rhône (mars 1433)[212]. Avignon et
+le Venaissin étaient dans la consternation. Les États, réunis à
+Carpentras sous la présidence de Jean de Poitiers, votent 10,000
+florins d'or pour la défense du pays et invitent le recteur à aviser
+tous les châtelains, bailes et syndics de faire bonne garde, _per
+litteras rigorosas et formidabiles_[213] (4 mai 1433). Dans leur
+détresse, les Avignonnais, brouillés avec le pape, implorent
+l'intervention de Charles VII et se font fort de sa protection auprès
+du comte de Foix[214]: «Très hault et puissant prince et redoubté,
+qu'il plaise à vostre dite très excellente seigneurie de intercéder
+envers le roy, qui est protecteur et bras de l'Église, qu'il luy
+plaise nous donner et octroyer provision que nulle violence ne
+dommaige ne soient faiz à nostre dit Saint Père le Pape ne à la terre
+de l'Église par ledit Comte ne son exercite, et sur ce obtenir lettres
+prohibitives qu'ils soient préservez de tout inconvénient que pourroit
+advenir.» La ville en même temps se préparait à la résistance,
+désignait au nombre de dix ou de douze les Élus de la guerre,
+contractait des emprunts et informait le concile de Bâle de la marche
+en avant des troupes gasconnes[215]. Forte de 2,000 cavaliers et 200
+fantassins, l'armée du comte de Foix avait envahi le comté par le
+nord. Le 12 mai 1433, les gens d'armes gascons entrent à
+Malaucène[216], où ils font un certain nombre de prisonniers; ils
+occupent Bollène. Personnellement, le candidat était accompagné de
+plusieurs conseillers, notamment d'évêques et de plusieurs abbés, dont
+le célèbre évêque de Conserans, Tristan d'Aure, auteur de tout le mal.
+Ce dernier fait des avances aux Avignonnais et aux Comtadins[217].
+L'Abbé de Lézat se rend auprès de Jean de Poitiers, recteur du comté,
+pour lui faire des propositions de paix au nom de son patron. D'abord
+hésitants, les gens du Venaissin se rapprochent du parti du nouveau
+légat[218]. Le 13 mai 1433, Carpentras et la plupart des villes
+ouvrent leurs portes au cardinal qui fait une entrée triomphale à
+Monteux et se prépare à emporter d'assaut le château du Pont de
+Sorgues, qui était la clef de la défense d'Avignon. Pendant que le
+cardinal soumettait ainsi l'un après l'autre les villes et villages de
+sa légation, Jean de Grailly[219], captal de Buch, un des plus
+audacieux capitaines, de l'armée du Comte de Foix, était venu mettre
+le siège devant Avignon[220]. Les assiégeants avaient disposé en
+batterie, contre les remparts, des balistes, catapultes, trébuchets et
+autres engins de guerre qui lançaient pardessus les murailles
+d'énormes quartiers de rochers écrasant maisons et habitants[221]. La
+panique s'était emparée des Avignonnais. Les uns, partisans de
+Carillo et du concile, soutenaient l'archevêque d'Auch et prêchaient
+la résistance à outrance. Les autres, au contraire, gagnés par les
+flatteries du cardinal, étaient d'avis d'ouvrir les portes aux
+assiégeants. Sur ces entrefaites, une sédition éclata dans la ville
+et, grâce à cette diversion, le cardinal entra dans Avignon par la
+brèche, sous la bannière de ses frères, pendant que l'archevêque
+d'Auch s'enfuyait par une poterne[222] (juin 1433). Quant à Rodrigue
+de Villandrando, soit qu'il jugeât ses forces numériquement trop
+inférieures à celles du comte de Foix, soit, comme on peut le
+présumer, que le cardinal eût acheté sa retraite à prix d'argent[223],
+il traversa le Rhône avec ses bandes pour aller ravager le
+Rouergue[224]. Ainsi se terminait le siège d'Avignon qui avait mis aux
+prises, sur un autre terrain, le pape et les cardinaux dissidents de
+Bâle. La victoire restait en définitive au pape de Rome; et la Cour de
+France, bien qu'ayant observé une prudente réserve, y trouvait son
+compte, car le pays ne pouvait pas désirer un légat plus foncièrement
+français et plus dévoué au bien de sa patrie que le cardinal de Foix.
+Dans tout le cours de sa longue carrière (1432-1464), sans oublier ce
+qu'il devait aux papes et à l'Église, Pierre de Foix servit, avec un
+zèle constant, la politique de Charles VII, comme celle du dauphin
+Louis, dans les circonstances où les événements le firent négociateur
+et arbitre des intérêts opposés.
+
+ [208] Quicherat, _loc. cit._, p. 95.
+
+ [209] 26 mai 1433. D'après Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115, not.
+ 1.--Cf. Quicherat, _loc. cit._, pp. 94, 95.
+
+ [210] _Testament du cardinal de Foix_.--Chambaud, _Recueil des
+ Chartes_, mss., I, fol. 47.
+
+ [211] Quicherat, _loc. cit._, p. 97.--Cf. Raynald, _Annal.
+ ecclés._, t. IX, p. 134, et _Carton des Rois_, p. 450, no 2073.
+
+ [212] _Reg. des Etats_, G. 12, fol. 16-18.
+
+ [213] _Ibid._, G. 12, fol. 19.
+
+ [214] Arch. municip., 13 avril 1433. Lettre inédite des consuls
+ d'Avignon au comte de Foix (Minute).
+
+ [215] 12 mai 1433. _Amplissima collectio_, VIII, 592, 593.
+
+ [216] Arch. municip. de Malaucène, _Reg. des délibérat. du
+ Conseil_, fol. 72, vo.--12 mai 1433. _Amplissima collectio_,
+ VIII, 594.
+
+ [217] _Reg. des délibérat. des États_, G. 12, fol. 11.
+
+ [218] _Amplissima collectio_, VIII, 594.
+
+ [219] Fils de Jean de Grailly, captal de Buch.--Cf. Dom
+ Vaissette, IX{2}, p. 1114.
+
+ [220]..... et appropinquans civitatem Avenionis per terram et per
+ aquam obsidionem apponi fecerit personaliter ibi existens cum
+ multitudine hominum copiosâ. Arch. municip., acte du 6 mai 1433.
+
+ [221] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 98, not. 2.
+
+ [222] Quicherat, _op. cit._, p. 99.
+
+ [223] Ce qui inclinerait à le faire croire ce sont les demandes
+ fréquentes de grosses sommes d'argent que le cardinal de Foix ne
+ cessa d'adresser aux États pour payer les frais de la guerre.
+ _Reg. des États._
+
+ [224] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115.
+
+Charles VII ne cessa d'entretenir les meilleurs rapports avec le
+nouveau légat. En 1435, sur l'ordre du roi, le gouverneur du
+Languedoc, manquant d'argent, dans l'attente du paiement de l'aide
+votée par les États, emprunte 10,000 moutons d'or à des marchands
+d'Avignon pour secourir Saint-Denys[225]. Mais les agissements des
+pères réunis à Bâle ne tardèrent pas à donner au roi une occasion de
+faire connaître aux Avignonnais ces dispositions favorables, tout en
+mettant à exécution un projet qui répondait aux secrets désirs de
+Charles VII. Au mois de juin 1436, le concile de Bâle livré à des
+querelles de personnes, était devenu le théâtre de violences
+regrettables et de discussions scandaleuses, à ce point que le
+cardinal de Pavie, Æneas Sylvius Piccolomini, appelait cette assemblée
+«la synagogue de Satan[226]». Charles VII, toujours désireux de mettre
+un terme aux divisions qui agitaient l'Église, avait envoyé à Bâle une
+ambassade pour demander que le pape fût traité avec respect et
+déférence, et qu'une ville fût désignée où seraient convoqués, en vue
+d'une union générale, les représentants de l'Église grecque[227]. Lyon
+réclamait pour elle, mais le concile hésitait entre Rome, Pise,
+Florence et Sienne. Le 7 mai 1433, le concile avait décidé, à une
+majorité très contestable, puisque beaucoup de membres ayant pris part
+au vote n'avaient pas droit de suffrage, que le concile se tiendrait
+soit à Bâle, soit à Avignon, soit dans une ville de Savoie. Le choix
+d'Avignon plaisait particulièrement à Charles VII qui voyait là une
+occasion d'accroître son prestige personnel et d'attribuer à la
+France un rôle prépondérant dans l'apaisement du schisme. Par lettres
+du 11 février 1433, le roi de France informa les pères du concile
+qu'il se prononçait pour Avignon[228]. Il promettait, à cette
+occasion, son concours le plus actif. Il enverrait à l'empereur de
+Constantinople des lettres pour l'engager à s'y rendre. Il donnerait
+un sauf-conduit aux prélats aragonais et autoriserait la levée d'une
+«_décime_» sur les bénéfices ecclésiastiques du royaume pour faire
+face à la dépense, mais à la condition que «cette décime» ne pourrait
+pas être perçue avant le mois de mai 1437[229]. Les pères du concile
+étaient divisés en deux partis. Les uns, notamment les Grecs,
+repoussaient le choix d'Avignon pour une ville italienne, autant que
+possible une ville maritime, en vue des facilités de transport. Les
+cardinaux français et italiens, notamment Louis Alemand, cardinal
+d'Arles et le plus fougueux adversaire d'Eugène IV, Tedeschi,
+archevêque de Palerme, préconisaient le choix d'Avignon. Enfin, après
+un débat tumultueux, le concile décida, le 3 février 1437, que, si
+dans cinquante jours la ville d'Avignon n'avait pas compté les 70,000
+ducats d'or dont elle s'était obligée à faire l'avance pour le
+transport des Grecs, on renoncerait au projet de transfert dans cette
+ville[230]. La communauté s'était mise en mesure de remplir des
+engagements écrasants pour ses finances. Charles VII, de son côté, par
+lettres patentes données à Montpellier, le 17 avril 1437, et
+confirmées le 10 mai suivant[231], prescrivit la levée «d'une décime»
+sur les bénéfices des seize personnes ecclésiastiques composant son
+conseil, hormis deux, et demanda même à la ville d'avancer au trésor
+royal certaines sommes sur ses ressources personnelles pour les frais
+occasionnés par la convocation du futur concile[232]. Mais la ville,
+malgré l'appel fait à tous ses concitoyens, ne put pas réunir la somme
+convenue. Du reste, dans l'intervalle, de graves événements s'étaient
+passés au sein du concile. Dans la réunion du 7 mai 1437, les deux
+partis, dit Héfelé, semblables à deux armées ennemies en présence,
+avaient été sur le point d'en venir aux mains[233]. La minorité,
+composée de la partie la plus saine du concile, ayant droit de
+suffrage, opta pour les Grecs et le choix d'une ville italienne. Le
+décret rendu par elle fut scellé avec le sceau du concile enfermé dans
+une armoire dont la serrure avait été forcée, ce qui équivalait à un
+faux. Malgré l'opposition de la majorité, composée des prélats
+français et de la masse des clercs et abbés n'ayant pas droit de vote,
+Eugène IV reconnut valable la décision de la minorité, et le choix
+d'Avignon fut définitivement écarté (7 juillet 1437)[234]. C'était un
+échec pour Charles VII et pour la France, mais Eugène IV triomphait.
+Au fond, le pape, s'il ne s'était jamais ouvertement prononcé contre
+le transfert à Avignon, ne partageait pas à cet égard l'opinion de la
+majorité des pères qui étaient ses plus ardents ennemis. Le souvenir
+des vexations et des déboires de Benoît XIII, dans cette même ville,
+hantait l'esprit du souverain pontife; l'accueil fait à son frère par
+les Avignonnais en 1432, et leur attachement à Carillo, légat du
+concile, n'étaient point de nature à l'encourager à se prononcer pour
+Avignon. Et nous croyons les appréhensions du souverain pontife
+justement fondées, car le transfert à Avignon, étant données les
+dispositions de la majorité, c'était la papauté livrée aux mains des
+cardinaux factieux. Cependant les pères restés à Bâle étaient trop
+irrités contre Eugène IV pour abandonner la lutte. Le 31 juillet 1437,
+ils proclament le pape contumace[235]. Le 18 octobre, ils suppriment
+la bulle transférant le concile à Ferrare et, le 14 janvier, ils
+prononcent la suspension d'Eugène IV[236]. De son côté, par lettres du
+23 janvier 1437, Charles VII défend aux prélats de son royaume et du
+Dauphiné de se rendre à Ferrare[237] pour répondre à la convocation du
+pape. Le roi ne perdait pas espoir de faire revenir au choix
+d'Avignon. A cet effet, il écrivait à Jean Paléologue de s'y rendre,
+lui promettant qu'il y viendrait en personne et que, certainement le
+pape ne manquerait pas d'y assister[238]. Occupé, dans le courant de
+l'automne 1437, au siège de Montereau[239], Charles VII entretient
+encore les Avignonnais dans leurs espérances à propos du voyage des
+Grecs et de la translation du concile à Avignon: «Et avons tousjours
+ferme propos et intencion de aider et donner toute faveur et confort à
+vous et à toute la cité d'Avignon, en l'exécution de l'oeuvre
+encommencée et ce mestier est vous garder et defendre saucunz vous
+vouloient donner empeschement ou porter dommaige à l'occasion de ce,
+et d'en escrire à nostre Sainct Père le Pape ou ailleurs ou besoin
+seroit.» Il insiste à diverses reprises auprès de l'empereur de
+Constantinople en disant que la nation de France avait mis en avant le
+choix d'Avignon[240].
+
+ [225] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 475.
+
+ [226] Héfelé, _loc. cit._, XI, p. 363.
+
+ [227] De Beaucourt, III, p. 339.
+
+ [228] De Beaucourt, III, p. 339.
+
+ [229] _Id._, III, p. 340.
+
+ [230] Héfelé, _loc. cit._, XI, pp. 358, 359.
+
+ [231] Arch. municip., B. 34, no 29, Cott. E.E.--Arch. municip.,
+ B. 34, no 37. Cott. C.C.
+
+ [232] Lettre royale du 5 mai 1437; De Beaucourt, III, p. 475.
+
+ [233] Héfelé, _loc. cit._, XI, p. 362.
+
+ [234] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 34.
+
+ [235] Héfelé, XI, pp. 367, 379, 381.
+
+ [236] _Id._, XI, pp. 367, 381.
+
+ [237] _Rec. des Ordonn._, XIII, pp. 255, 256.
+
+ [238] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 343.
+
+ [239] Charles VII était venu mettre le siège devant Montereau le
+ 21 septembre 1437.--Cf. de Beaucourt, III, p. 49.
+
+ [240] Donné au siège de Montereau ou Fault-Yonne le dernier jour
+ de septembre 1437. Orig., Arch. municip., B. 38, no 96.
+
+Pendant ces pourparlers qui ne devaient pas aboutir, les pères du
+concile avaient consommé leur rupture avec le pape. Le 24 janvier
+1438, Eugène IV était «suspendu» par l'assemblée de Bâle, et
+l'autorité pontificale était transférée au concile[241]. C'était le
+triomphe de la suprématie du concile sur la personne du souverain
+pontife, idée qui depuis le commencement du schisme, et surtout depuis
+Benoît XIII, avait fini par prévaloir dans les moeurs ecclésiastiques.
+Comme conséquence, et pour examiner les décisions prises par
+l'assemblée de Bâle, Charles VII convoqua à Tours, pour le mois de mai
+1438, le clergé de France, qui tint sa réunion à Bourges, le 1er mai
+1438. C'est de là que sortit la pragmatique sanction. Ces derniers
+événements, qui avaient profondément agité l'Église de France,
+mettaient fin au projet de la réunion du concile à Avignon. Mais la
+ville avait fait antérieurement des avances pour aller quérir les
+Grecs, et demandait, si elle n'avait pas le concile, à être remboursée
+de ses débours[242]. Charles VII, qui avait contribué personnellement
+à jeter la ville dans ce projet onéreux, donna satisfaction aux
+Avignonnais par lettres patentes datées de Bourges le 14 juillet 1438,
+en obligeant le paiement, tant dans le royaume qu'en Dauphiné, «de la
+décime» imposée sur les bénéfices ecclésiastiques, en vue de
+rembourser les 70,000 ducats d'or avancés par la ville et dont le roi
+avait profité. «Sur la quelle décime et les denierz que en ystroient
+les citoyenz et habitans d'Avignon devoyent estre paiés premièrement
+et avant tout euvre de certaine grosse somme de denierz quils ont
+payée pour aler quérir les empereur et patriarche de Constantinople et
+autres du pays de Grèce et les conduire et amener au dit lieu
+d'Avignon ainsi qu'il avait este traicté, accordé et promiz aux dits
+citoyens et habitanz d'Avignon.» Mais les avances de la ville furent
+partiellement perdues. En 1459[243], les Avignonnais sont obligés
+d'envoyer en Savoie, en Dauphiné, à Lyon, à Mâcon, un ambassadeur
+spécial, Michel de Valperge, qui, muni d'une lettre de la
+collectairie, après l'assentiment de Jehan de Grolée, prévôt de
+Montjou, recueille pour le compte des Avignonnais de l'argent partout
+où il se trouve: «Je passeray au partir de ceste ville à Machon et à
+Lion et à Vienne et pour le pays du Dalfiné et pranderay tout argent
+que je troveray prest et tout envoieray jour de An[244].» On voit donc
+par ce document que malgré les engagements qu'il avait pris vis-à-vis
+de la ville d'Avignon, Charles VII n'avait pu la faire rentrer dans
+ses déboursés. Malgré la promulgation de la pragmatique, Charles VII
+ne cessa pas d'avoir avec Eugène IV des rapports cordiaux. Bien que le
+pape eût excommunié les pères du concile (4 septembre 1439) et que ces
+derniers en réponse eussent donné la tiare à Amédée VIII de Savoie
+(Félix V) (5 novembre 1439), le roi continua à ne reconnaître comme
+légitime que le pape de Rome, pour lequel il montrait la plus grande
+déférence, sans toutefois consentir à aucune concession relativement à
+la pragmatique.
+
+ [241] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 343. Cette doctrine,
+ déjà proclamée par le concile en 1433, avait fait d'énormes
+ progrès dans l'opinion.--Cf. de Beaucourt, III, p. 333; Héfelé,
+ XI, 274, 276.
+
+ [242] La cité d'Avignon avait donné 300 écus pour amener les
+ Grecs à Bâle. Cette somme fut confiée à Louis de la Palud,
+ cardinal de Varambon, qui ne la restitua qu'en 1455 après
+ d'innombrables réclamations. Arch. municip., Origin., B. 34.
+
+ [243] Lettre inédite de Michel de Valperge aux consuls d'Avignon,
+ datée de Thonon le 24 septembre 1459. Arch. municip., série A.A.
+
+ [244] Lettre du 24 septembre 1459. Arch. municip., Origin., série
+ A.A.
+
+De son côté, Eugène IV se ménageait l'appui de la France. L'année
+après que le concile eut été transféré de Florence à Rome (26 avril
+1441), Eugène IV envoyait à Charles VII une ambassade avec mission de
+passer par Avignon pour saluer le cardinal de Foix, en vue de
+témoigner au roi de France toute sa déférence[245]. Le concile de Bâle
+tint sa dernière session le 16 mai 1443, en l'absence de Félix V, fixé
+à Lausanne. Il n'avait plus à compter, et faiblement encore, que sur
+l'appui de l'empire. Son rôle était fini et Eugène IV rentrait à Rome,
+le 23 décembre 1443[246], avec le prestige d'une autorité fortifiée.
+Néanmoins, les chefs de la majorité, entre autres Louis Alemand,
+continuant la lutte, tentèrent de susciter des difficultés au
+Saint-Siège dans ses États d'en deçà, ce qui amena le projet de traité
+passé entre Eugène IV et le dauphin Louis, en novembre 1444, à l'insu
+de Charles VII.
+
+ [245] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 378.
+
+ [246] Héfelé, _loc. cit._, XI, 533.--De Beaucourt, III, p. 383.
+
+
+
+
+CHAPITRE III
+
+Le Dauphin Louis et le projet de traité secret avec le Saint-Siège
+(novembre 1444).
+
+ Le dauphin Louis.--Première tentative pour s'emparer d'Avignon et
+ du comté Venaissin.--Négociations entre le Dauphin et le pape
+ Eugène IV.--Rôle du cardinal de Foix.--Protestation des
+ États.--Le projet échoue (novembre-décembre 1444).
+
+
+Les relations de Louis XI avec les États pontificaux de France
+constituent l'un des chapitres les plus intéressants de ce règne et
+l'un des moins connus. Ni Mathieu, ni l'abbé Legrand, ni Duclos n'ont
+soupçonné ce côté, cependant si curieux, de la diplomatie secrète d'un
+souverain dont ils ont étudié la politique dans ses moindres détails.
+Parmi les auteurs contemporains, M. Legeay n'a rien tenté pour combler
+cette lacune. Seul, M. de Beaucourt, dans la remarquable étude qu'il a
+consacrée aux rapports de Charles VII avec son fils, a indiqué en
+quelques lignes les accusations portées contre le dauphin Louis que
+son père soupçonnait avec raison de vouloir mettre la main sur les
+possessions du Saint-Siège situées sur les bords du Rhône.
+
+La politique de Louis XI, dans ses rapports avec les États du
+Saint-Siège, comprend cinq phases bien caractérisées:
+
+1º (_1444_). Louis, dauphin, cherche à s'emparer de l'administration
+d'Avignon et du Comtat par voie de négociations secrètes engagées dans
+ce but avec le pape Eugène IV.
+
+2º (_De 1447 à 1452_). Le dauphin noue plusieurs intrigues qui doivent
+lui faciliter l'occupation du Comté. Il lance indirectement des
+expéditions à main armée contre les frontière des États; des violences
+sont commises par les officiers et agents du dauphin contre les
+personnes et les biens des sujets pontificaux. Il soulève la question
+de la succession des Boucicaut et ne s'arrête que devant
+l'intervention directe de Charles VII.
+
+3º (_De 1463 à 1464_). Louis XI se prépare à recueillir la succession
+du cardinal de Foix en imposant au Saint-Siège un légat à sa dévotion
+qui sera l'instrument de la politique royale à Avignon et dans le
+Comté.
+
+4º (_De 1468 à 1470_). Louis XI, dont les visées ont été déjouées par
+le pape à propos de la désignation du successeur du cardinal de Foix,
+emploie tous les moyens pour obtenir que la légation d'Avignon soit
+donnée au cardinal de Bourbon, archevêque de Lyon. Il y réussit, et
+désormais l'influence française est prépondérante dans l'ancienne
+ville papale.
+
+5º (_En 1476_). Le conflit entre le roi et Jules de la Rovère, légat
+pontifical, fournit à Louis XI un prétexte suffisant pour menacer
+d'une occupation militaire les possessions de l'Église, mais le
+serment de fidélité prêté par les Avignonnais au roi de France, à Lyon
+(juin 1476), apaise momentanément le mécontentement royal.
+
+Charles VII avait donné à son fils l'administration du Dauphiné par
+lettres du _28 juillet 1440_[247], mais ce n'est qu'en 1445 ou janvier
+1446 que, brouillé avec la Cour, Louis se retire définitivement dans
+son gouvernement et s'installe à poste fixe à Grenoble où il
+administre d'une façon indépendante «battant monnaie, levant des
+impôts, créant un parlement, fondant une université, courbant sous sa
+volonté le clergé et la noblesse, favorisant et anoblissant les
+bourgeois, épousant sans le consentement paternel Charlotte de Savoie,
+contractant des alliances avec ses voisins ou leur déclarant la
+guerre, exerçant en un mot le pouvoir d'une manière aussi absolue que
+si le Dauphiné avait été séparé de la France[248]». Mais auparavant le
+dauphin avait dirigé la campagne contre les Suisses, terminée par le
+combat de Saint-Jacques (26 août 1444) qui amenait Louis et ses
+troupes aux portes de Bâle[249]. Le concile, qui depuis bientôt treize
+ans siégeait dans cette ville, n'était plus que l'ombre de
+lui-même[250]; son plus puissant appui, Alphonse V, roi d'Aragon,
+avait fait sa paix avec Eugène IV qu'il avait reconnu comme pape
+légitime, et rappelé les évêques dont l'archevêque de Palerme,
+Tedeschi, était une des lumières du concile (juillet 1444). Dans
+l'intervalle, le pape Eugène IV était, après dix ans d'exil, rentré à
+Florence (28 septembre 1443), et le concile, abandonné successivement
+par ses premiers partisans, n'avait plus comme appui que l'Empire.
+Néanmoins, malgré son état de «léthargie», l'assemblée était encore
+redoutable pour Eugène IV. Il persistait à soutenir Amédée de Savoie,
+Félix V, contre le pape légitime, et il avait décidé, le 16 mai 1443,
+qu'à trois ans de là le concile serait transféré à Lyon[251].
+
+ [247] V. Duclos, _Preuves_, p. 20.--Legeay, _Histoire de Louis
+ XI_, II, p. 444.--Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, p. 255.
+
+ [248] Charavay et Vaesen, _Lett. de Louis XI_, préface, LXV.
+
+ [249] Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, III, p. 37.
+
+ [250] Pastor, _Hist. des Papes_, trad. franç., I, p. 341.--Mgr
+ Héfelé, _Hist. des Conciles_, VII, p. 809.
+
+ [251] Vaesen, _Rev. des quest. histor._, XXX, pp. 561,
+ 568.--Pastor, _Hist. des Papes_, I, p. 340, not. 3.
+
+Toutes ces décisions, bien qu'émanant d'une assemblée discréditée et
+sans force morale, n'en étaient pas moins une cause d'agitation
+menaçante pour la paix de l'Église et pour la personne du souverain
+pontife. Aussi ne faut-il pas chercher ailleurs la raison qui devait
+pousser Eugène IV à placer les États pontificaux de France sous la
+protection d'un prince assez puissant pour les défendre, dût la
+papauté les perdre pour toujours. Le concile soupçonnait sûrement les
+intentions du Saint Père, car, par décision du 26 septembre 1437[252],
+il interdit formellement l'aliénation d'Avignon et du Comtat dont
+Eugène IV, disait-on, voulait se défaire par peur de voir un pape
+rival s'y établir. Les vues du pape s'étaient portées sur le dauphin
+de France. On ne saurait en douter en présence des témoignages de
+sympathie et des faveurs exceptionnelles qu'il accorde au dauphin
+Louis, précisément au moment où se termine la campagne contre les
+Suisses. Eugène IV alla-t-il, comme l'affirme M. Vallet de
+Viriville[253], jusqu'à engager le dauphin à dissoudre le concile?
+nous n'en avons aucune preuve. Mais nous savons qu'Eugène IV, par un
+rescrit du 29 août 1444[254], conféra au dauphin le titre de
+_Gonfanonier de l'Église_. Ce titre était accompagné d'une pension de
+15,000 écus romains sur les revenus de la chambre apostolique. Ces
+procédés de la part du pape donnaient la mesure de ses intentions sur
+le rôle qu'il destinait au dauphin, lorsqu'un événement d'une certaine
+gravité, qui eut pour théâtre Avignon même, contribua à rapprocher
+encore le Saint-Siège du dauphin de France, et donna naissance à des
+négociations secrètes qui devaient aboutir à la cession des États du
+Saint-Siège à l'ambitieux fils de Charles VII sous couleur de
+protectorat[255]. Le 15 septembre 1444[256], un certain Hugolin
+Alemand, parent du cardinal d'Arles, Louis Alemand, un des prélats les
+plus influents du concile de Bâle et l'un des ennemis les plus
+acharnés d'Eugène IV, se présenta au lever du jour devant les portes
+de la ville, à la tête d'une troupe nombreuse de Savoyards armés,
+criant: «Vive Savoye et Papa Félix!» Les assaillants mettent garnison
+aux portes de la ville et occupent la porte du Pont. Cette tentative
+d'occupation d'Avignon à main armée au nom de l'anti-pape Félix V,
+avait été organisée secrètement par Louis Alemand et les pères du
+concile qui avaient compté sans l'énergie et l'activité toute
+militaires du légat d'Eugène IV à Avignon, le cardinal Pierre de Foix;
+mais celui-ci faisait bonne garde et pouvait opposer ses fidèles
+gascons aux aventuriers savoyards. Le cardinal appela aux armes tous
+les citoyens avignonnais et se mit lui-même à la tête des troupes.
+Après quelques heures d'une lutte acharnée, les assaillants furent mis
+en déroute, poursuivis dans les environs de la ville et pendus en
+grand nombre par ordre du cardinal de Foix. Eugène IV, informé de ce
+qui s'était passé, ordonna à l'évêque de Conserans, Tristan d'Aure,
+alors gouverneur de la place d'Avignon, de poursuivre avec la dernière
+rigueur les partisans de l'anti-pape et de ne faire aucun quartier aux
+prisonniers[257]. Alarmé par l'audace de ses ennemis, le pape chercha
+pour ses États un protecteur, et Vallet de Viriville[258] avance même
+que ce titre fut donné au dauphin _Protector Venaissini_, bien
+qu'aucune trace de cet acte ne subsiste dans les registres d'Eugène
+IV. Aux comptes secrets d'Eugène IV, nous trouvons à la date du 13
+novembre 1444 une dépense de 158 florins et 25 sols pour l'achat de
+deux couvertures d'écurie, couleur écarlate, envoyées au dauphin par
+le pape comme cadeau de bonne amitié[259]. Ce que l'on ne saurait
+nier, c'est qu'à ce moment, et presque aussitôt après l'attaque
+d'Hugolin Alemand contre Avignon, le pape et le dauphin durent engager
+des pourparlers secrets en vue de la cession à Louis des possessions
+de l'Église sur la rive gauche du Rhône. Grâce aux registres des
+délibérations des États nous avons pu reconstituer toutes les phases
+de ces négociations si curieuses, et faire connaître un épisode de
+l'administration du dauphin Louis resté jusqu'à ce jour absolument
+inédit[260].
+
+ [252] Chambaud, _Recueil mss. sur Avignon_, I, fol. 169.
+
+ [253] _Hist. de Charles VII_, III, pp. 37, 38.--Raynaldi,
+ _Annales ecclés._, t. XXVIII, p. 426.--Lenfant, _Hist. du concile
+ de Bâle_, II, pp. 101 et suiv.
+
+ [254] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 226.--Charavay et
+ Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p. 208, pièc.
+ justificat.--D'après l'abbé Chevalier, ce titre aurait été
+ conféré le 25 août 1444.--Voy. _Cartul. de Montélimar_, p. 290,
+ n. 1, et _Cartul. de Saint-Paul-trois-Châteaux_, f. (l x
+ j)--Legay, _Hist. de Louis XI_, II, p. 444.--Arch. vatic., Reg.
+ 368, fol. 44, 45.
+
+ [255] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 37.--Voy. Pilot,
+ _Catalogue des actes du dauphin Louis II, devenu le roi Louis XI,
+ relatifs à l'administration du Dauphiné, 1437-1483_. 2 vol. avec
+ supplément, I, no 140.
+
+ [256] Pour cette tentative sur Avignon, voir Chambaud, _Recueil
+ mss. sur Avignon_, I, fol. 382, 383, et _Hist. mss. sur Avignon_,
+ fol. 134;--Denis Hale, notaire, fol. 138;--Laurens, _Hist. mss.
+ d'Avignon_, fol. 296.
+
+ [257] Bref du 5 des kalendes de février 1445; Arch. municip.,
+ Origin.--Voir Fantoni, _Hist. d'Avignon_, p. 333.--Pièces
+ justific. nos I et II.
+
+ [258] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 226.
+
+ [259] Arch. secrèt. vatic., Reg. 411.
+
+ [260] Vallet de Viriville, _L. cit._, III, p. 226.
+
+Le 24 novembre 1444, les États du Comtat se réunirent à Carpentras
+sous la présidence de Roger de Foix, abbé de Lézat[261], régent du
+Comtat et chargé, de la part du cardinal de Foix, son oncle, de faire
+aux élus une communication de la plus haute importance. Il expose aux
+représentants du pays que le pape Eugène IV a donné au dauphin Louis,
+fils du roi de France «le gouvernement et l'administration» du comté
+de Venaissin et de la ville d'Avignon: «Dominus noster papa Eugenius
+dedit et contulit regimen et gubernacionem presentis comitatûs
+Venayssini et civitatis Avenionensis illustrissimo principi domino
+Dalphino Viennensi, domini Francorum Regis filio[262].» La déclaration
+du régent avait un caractère de sincérité et de gravité particulier,
+en ce sens qu'il n'était, dans la circonstance, que le porte-parole du
+cardinal de Foix, légat du Saint-Siège à Avignon. Le régent affirmait
+que ledit cardinal avait vu, dans les mains d'un camérier secret
+envoyé par le souverain pontife, une cédule contenant les principaux
+articles de l'acte de donation qui devait être passé entre le
+représentant du Saint-Siège et un certain écuyer nommé OPTAMAN(?),
+délégué spécialement, à cet effet, à Avignon, comme procureur du
+dauphin[263]. En exposant les faits, par ordre du cardinal de Foix,
+aux représentants du comté de Venaissin, le régent ne pouvait leur
+laisser ignorer que ce projet de cession était très mal vu du dit
+cardinal comme de lui-même; il ajoutait qu'il ne voulait pas, en
+présence de l'assemblée, se laisser aller à des écarts de langage de
+nature à déplaire au pape et au dauphin, mais qu'il ne pouvait
+s'empêcher de protester solennellement[264] contre la convention
+projetée. Après avoir fait cette déclaration, le régent, suivant
+l'usage, quitta la salle des séances pour laisser les élus délibérer
+en toute liberté sur les mesures à prendre. Le surlendemain, les États
+se réunirent dans le local habituel (26 novembre 1444) pour examiner
+la conduite à tenir à la suite des déclarations de Roger de Foix.
+Après une longue délibération, ils décidèrent d'envoyer à Avignon,
+auprès du cardinal-légat, une véritable commission d'enquête chargée
+de provoquer les explications du cardinal et de rapporter sa réponse
+aux États[265]. La délégation comprenait _Jehan de Beaudiera_, prieur
+de Bédoin, de l'ordre des Bénédictins, licencié ès-lois; pour les
+nobles, Gauffredi de Vénasque; pour la judicature de l'Isle, noble de
+Sades du Thor; pour la judicature de Valréas, seigneur Pierre Dauphin
+junior, juge de Valréas, et pour celle de Carpentras, Bertrand
+d'Alauzon et Gérard de Pernes. Les ambassadeurs des trois États se
+mirent en route pour Avignon où le cardinal-légat les reçut en
+audience et ne fit que leur répéter en détail ce que son neveu Roger
+de Foix avait déjà exposé à l'assemblée du pays, en protestant très
+énergiquement contre les intentions du Saint-Père.
+
+ [261] Arch. départ., _Reg. des délibér. des États_, G. 14, fol.
+ 77.--Louis Dauphin était pendant ce temps à Ensisheim où il
+ soignait une blessure au genou qu'il avait reçue au siège de
+ Dambach, le 7 octobre 1444. Il passe les mois de novembre et
+ décembre 1444 à Montbéliard.--_Lettres de Louis XI_, I, 19, not.
+ 1.--Tuetey, _Les Écorcheurs sous Charles VII_, t. I, pp. 286,
+ 196.
+
+ [262] _Registre des délibérat. des États_, G. 14, fol. 80.
+
+ [263] Le nom de ce personnage est sans doute mal orthographié
+ dans le texte du registre qui est du reste d'une écriture
+ difficile. Il s'agit ici de _Thomas_, écuyer ou scuyer,
+ originaire d'Écosse, écuyer ordinaire du Dauphin, qui l'avait
+ amené à sa suite quand il vint prendre le gouvernement du
+ Dauphiné.--Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 50.--Peut-être est-ce en
+ récompense de cette mission que le Dauphin, par lettre
+ d'Ensisheim, du 21 octobre 1444, l'investit à perpétuité de la
+ châtellenie de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs.
+
+ [264] «Iterum etiam dixit et eisdem tribus statibus exposuit quod
+ eosdem fecerat principaliter coram evocare quûm credat ipsos non
+ ignorare ymo quasi manifestius esse quod aliqui dicentes quod
+ dominus papa Eugenius dedit et contulit regimen et gubernacionem
+ presentis comitatûs Venayssini et civitatis Avenionensis
+ illustrissimo principi domino Dalphino Viennensi domini Francorum
+ Regis filio. Et tamen verum est quod prefatus dictus Cardinalis
+ viderat quamdam cedulam papiream, manu dicti camerarii domini
+ nostri pape subscriptam, continen_tem_ certa capitula et pacta et
+ quemdam scutiferum vocatum _Optamanum_ (?) pro presenti dicto
+ domino Dalphino supra et quod specialiter continebatur in dicta
+ cedula qualiter dominus noster Papa dabat præfato domino Dalphino
+ gubernacionem regimen et administracionem dicte patrie Venayssine
+ et Civitatis Avenionensis. Quare prefatus dictus Cardinalis fuit
+ intencionis premissa notificari facere dicte patrie. Idcirco
+ eisdem tribus statibus memoratus dominus Regens premissa
+ notificavit, dicens primitûs et protestans prefatus dictus Regens
+ quod non est intentionis dicendi aliqua que forent in prejudicio
+ et displacentia prefati domini nostri Pape et etiam memorati
+ dicti Dalphini qui si dixerit voluit habere et non dicta de quo
+ solemniter fuit protestans.» _Reg. des délibérat. des États_, G.
+ 14, fol. 80.
+
+ [265] Arch. départ., _Reg. des délibérat. des États_, G. 14, fol.
+ 80.
+
+Les délégués rentrèrent à Carpentras le 28 novembre 1444 et, le soir
+même, ils rendaient compte de la mission dont ils avaient été
+chargés. C'est alors que les États résolurent, en assemblée générale,
+d'envoyer au pape une ambassade, à Rome, à l'effet de protester contre
+ce projet de cession des domaines de l'Église au dauphin, en déclarant
+de la façon la plus formelle que les populations du Venaissin
+voulaient rester sous la domination pontificale et sous le
+gouvernement du cardinal Pierre de Foix. L'ambassade avait pour
+instruction de remontrer au pape: «que le comté de Venayssin et la
+ville d'Avignon, étant propriétés de l'Église romaine, offraient un
+refuge assuré à tous les chrétiens de l'univers, Français, Anglais,
+Espagnols, Allemands qui avaient coutume de la visiter en se rendant à
+Rome, d'y demeurer et d'y faire leurs affaires en toute sécurité. Les
+bannis de tous les pays trouvaient sur la terre papale un refuge
+assuré, et le jour où les États cesseraient d'appartenir au
+Saint-Siège, c'en était fait de _cette réputation de ville
+hospitalière et libre_ dont Avignon jouissait en pays étrangers[266]».
+
+ [266] Arch. départ, _Reg. des délibérat._, G, 10, fol. 85.
+
+Il est à croire qu'en présence de l'attitude de ses sujets, tant à
+Avignon qu'à Carpentras, Eugène IV renonça à son projet, et les
+pourparlers déjà très avancés, comme nous l'avons vu, furent
+abandonnés. Aucun document ne nous autorise à croire que Charles
+VII ait eu connaissance des relations de son fils avec le souverain
+pontife; mais, à coup sûr, comme nous le verrons plus tard, il
+n'eût pas manqué de condamner sévèrement ce marché.
+
+Quoi qu'il en soit, inquiet sans doute de l'agitation que pouvait
+provoquer en deçà des Alpes l'aliénation des terres de l'Église,
+Eugène IV s'empressa de démentir les affirmations du cardinal de Foix.
+Dans un premier bref adressé aux États du Venaissin le 20 novembre
+1444[267], il déclare que jamais il n'a eu la pensée d'aliéner les
+terres et les droits de l'Église romaine, mais qu'il s'est, au
+contraire, toujours efforcé de les étendre, et que les États ont pu
+constater qu'il a fait tous les sacrifices possibles pour les protéger
+contre les ennemis de l'Église. Il les engage à ne rien croire des
+faux bruits qui ont été mis en circulation; il les invite à vivre dans
+la fidélité et l'obéissance de l'Église et à se soumettre
+respectueusement à l'autorité du légat Pierre de Foix. Ce premier
+bref, si on le remarque, est adressé quatre jours avant la séance où
+Roger de Foix dénonce aux États la conduite du pape. Aussi il est
+vague, sans fait précis, et plutôt destiné à effacer la fâcheuse
+impression produite par la divulgation des intentions du Saint-Siège.
+Dans un second bref de décembre 1444[268], Eugène IV, voulant dissiper
+tout malentendu, fait savoir aux États qu'il a été instruit de
+certains propos «disseminatos sermones» répandus au sujet d'un projet
+d'aliénation des terres de l'Église au dauphin Louis. Il les informe
+qu'il n'a jamais eu l'intention de se séparer d'eux, mais qu'au
+contraire il entend conserver ses États sous le gouvernement de
+l'Église et du pape, et qu'il veut que désormais, comme dans le
+passé, ils ne cessent pas d'obéir au cardinal-légat. Deux brefs
+analogues étaient envoyés en même temps, et presque à la même date,
+aux consuls d'Avignon, pour les rassurer sur les intentions du
+Saint-Siège à leur égard[269].
+
+ [267] Voy. aux pièces justificat. no III.--_Reg. des délibérat._,
+ G. 14, fol. 96 (copie).
+
+ [268] Voy. aux pièces justificat. no IV.--_Reg. des délibérat._,
+ G. 14, fol. 96 (copie). Les originaux des deux brefs ont été
+ brûlés dans l'incendie qui détruisit les _Archives des États_ à
+ Carpentras, en 1713. Nous donnons les copies d'après les
+ _Registres des délibérations des États_.
+
+ [269] Arch. d'Avignon, B. I. Cott. N, 15. Ces deux brefs
+ originaux, qui figurent à l'inventaire _Pinta_, sont en déficit
+ dans la boîte I; on les suppose égarés.
+
+Malgré l'énergie de ces dénégations, et quelque habileté qu'Eugène IV
+eût mise à cacher ses desseins, il n'en est pas moins vrai qu'un
+projet de cession des États citramontains de l'Église au dauphin
+Louis, vers la fin de l'année 1444, a existé, et nous venons d'en
+fournir des preuves irréfutables. Quelle a été la part du futur Louis
+XI dans ces négociations? Il serait difficile de le dire, et aucun
+document ne permet même de le soupçonner. Il est hors de doute que,
+dans cette occurrence, l'initiative n'appartient pas au dauphin, qui
+certainement était flatté de la confiance du pape, mais à Eugène IV,
+qui préférait renoncer au besoin aux possessions de l'Église en deçà
+des Alpes que de les voir tomber entre les mains d'un rival suscité et
+soutenu par le concile de Bâle. Avec son expérience des hommes et des
+choses, son grand bon sens et son énergique volonté, le cardinal-légat
+Pierre de Foix comprit le danger que ce projet faisait courir à la
+papauté, et c'est certainement son intervention auprès d'Eugène IV qui
+amena la rupture des négociations et le maintien des Avignonnais et
+des Comtadins sous l'autorité du Saint-Siège.
+
+
+
+
+CHAPITRE IV
+
+Le dauphin Louis et ses agissements vis-à-vis des États citramontains
+de l'Église
+
+(1444-1461).
+
+ L'héritage des Boucicaut.--Invasion à main armée du Venaissin par
+ les agents du Dauphin.--L'expédition de Troyhons
+ (1450).--Intervention de Charles VII.--Ambassade de Jehan de
+ Lizac à Avignon (mars 1451).--Mission du cardinal
+ d'Estouteville (1452).--Les dernières intrigues du dauphin.
+
+
+Malgré l'échec de leur combinaison, le dauphin Louis et Eugène IV n'en
+restèrent pas moins d'excellents amis[270]. Fixé désormais dans son
+gouvernement du Dauphiné, entouré de familiers sûrs et dévoués, Louis
+put donner libre cours à «ce talent d'intrigues et d'agissements
+occultes qu'il devait pousser si loin[271]». Naturellement, toute son
+attention devait se porter sur ses voisins. Nous le voyons
+successivement, dans une pensée politique qui, du reste, lui fait le
+plus grand honneur, chercher à étendre vers le midi les limites de son
+Dauphiné, comme il travaillera plus tard à pousser plus loin les
+frontières de son royaume, tout en donnant aux provinces cette
+cohésion qui est la première condition de l'unité territoriale et
+politique d'un grand État.
+
+ [270] Le 5 décembre 1445, Louis fait défense aux habitants du
+ Dauphiné de reconnaître pour pape Amédée de Savoie, qui se
+ faisait appeler Félix V. Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 65.
+
+ [271] De Beaucourt, _Rev. des questions histor._, vol. XVII, p.
+ 94.
+
+La pensée dominante du règne de Louis XI, et que la plupart de ses
+historiens ont à peine soupçonnée, c'est l'occupation du littoral de
+Provence qui doit donner à la France la prépondérance sur la
+Méditerranée. Déjà ce dessein caché se fait jour dans l'administration
+du dauphin, et c'est morceau par morceau, peut-on dire, que Louis
+cherche à s'annexer successivement les territoires qui séparent le
+domaine royal des possessions de la seconde maison d'Anjou. Sur sa
+route, il devait rencontrer comme une barrière les terres de l'Église,
+mais il n'était pas prince à reculer devant cet obstacle. Un premier
+échange avec le duc de Savoie (4 avril 1446)[272] donne à Louis les
+comtés de Valentinois et de Diois pour le Faucigny, province éloignée,
+sans importance, alors que les pays échangés confinaient aux domaines
+de l'Église et donnaient libre accès dans la vallée du Rhône. De là à
+mettre la main sur Montélimar, il n'y avait qu'un peu d'adresse
+diplomatique et elle ne manquait pas au dauphin. Les papes avaient, il
+est vrai, depuis 1228[273] des droits incontestés sur Montélimar que
+ne détruisaient pas les prétentions des rois de France sur cette
+ville. Une première fois, le dauphin, par lettres patentes datées de
+Nancy, le 29 mars 1445, avait abandonné ses droits sur Montélimar en
+faveur d'un certain Arrighi, mais la donation n'eut pas de suite[274].
+Le 22 juillet 1446[275], Eugène IV, pour des raisons inconnues renonça
+à sa part de droits sur Montélimar en faveur du même Arrighi; mais
+comme pour le Venaissin en 1444, cette donation provoqua parmi les
+habitants de la seigneurie de Montélimar une vive émotion; une
+ambassade fut envoyée auprès du souverain pontife pour lui remontrer
+que la portion de ladite seigneurie, appartenant à l'Église, ne
+pouvait être aliénée sans compromettre la sécurité d'Avignon et du
+comté Venaissin, «cum sit clavis et introitus dicti comitatûs[276]».
+L'ambassade obtint l'annulation de la donation consentie à Arrighi,
+qui n'était peut-être que le fidéi-commis du dauphin, mais la proie
+était trop tentante pour que ce dernier la laissât échapper. On le
+voit, à ce moment même, entretenir les relations les plus étroites
+avec Eugène IV, qui lui fait payer par Robert Damien, archevêque
+d'Aix, une somme de 20,000 florins[277] sur les revenus des églises de
+France. Depuis longtemps, d'autre part, Louis négociait des traités
+secrets avec le cardinal de Foix, qui avait sans doute pour mission de
+préparer les bases d'une convention destinée à mettre Montélimar entre
+les mains du dauphin de France. Les conditions du nouveau traité
+furent discutées à Romans (mars 1447) entre Louis et Pierre de Foix et
+approuvées par le successeur[278] d'Eugène IV, Nicolas V. Mais le
+traité définitif ne fut signé que le 13 mai 1447 à Carpentras[279]; il
+porte la signature de Louis et de Pierre de Foix. Le dauphin rendait
+au pape le château de Grillon et recevait en échange la seigneurie de
+Montélimar, ou du moins «la part et porcion que le sieur de Grignen
+soulait tenir de Monteil Aymart tenu en fie et hommaige de mon dit
+sieur pieca baillée à Nostre Saint-Père le Pape par le dit de
+Grignen». C'était, pour la chambre apostolique et la papauté un marché
+de dupe[280], car Louis gardait pour lui la part la plus considérable;
+en outre, il s'engageait à rendre hommage pour la seigneurie
+nouvellement acquise au recteur du Comtat. Il se garda bien de tenir
+sa parole et c'est là, nous le verrons plus tard, un des griefs
+principaux portés à Rome contre le dauphin, en 1461. Cette acquisition
+de Montélimar par le fils du roi de France mettait désormais Avignon
+et le Venaissin à sa merci; sa politique, du reste, à ce moment, avait
+dans la ville des papes un agent tout dévoué, le cardinal de Foix, et
+c'est à coup sûr sous l'inspiration de ce dernier que le conseil de
+ville d'Avignon délibère, le 27 avril 1447, d'offrir 50 florins en
+vaisselle d'argent «au sérénissime dauphin de Viennois[281]».
+
+ [272] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p.
+ 375.--Bibl. nat., _Cartul. du Dauphiné_, par Fontanieu.--Cf. de
+ Beaucourt, IV, p. 230 (la première cession date de novembre
+ 1444).--Voy. Pilot, _Catalog._, I, nos 169 et 937.
+
+ [273] _Statuts de la Conté Venayssin_, p. 108.--Montélimar, comme
+ Romans, la baronnie de Saint-Auban et environ quatre-vingts
+ autres places, étaient comprises dans ce qu'on appelait les
+ «terres adjacentes», pour lesquelles Louis rendit hommage au pape
+ en 1456.
+
+ [274] De Coston, _Hist. de Montélimar_, II, p. 11.--De Nancy du
+ 17 avril 1445. Voy. pour Arrighi, Pilot, _Catalog._, I, p. 57,
+ not. 5.
+
+ [275] De Coston, _L. cit._, pp. 11 et 15.--Cf. Chevalier, _Cart.
+ de Montélimar_, c. XIX, p. 279.
+
+ [276] Charavay et Vaesen, _L. cit._, t. I, p. 213.
+
+ [277] Gibert, _Hist. mss. de Pernes_, I, fol. 316, vo. Le 13 des
+ kalendes de juin 1446, le pape Nicolas V confirma le paiement de
+ cette somme.--Arch. vatic., _Reg. de Nicolas V_, 385, fol. 3.
+
+ [278] Chorier, _Hist. du Dauphiné_, p. 439.--Le 14 octobre 1447.
+ Voy. Chevalier, _Cartul. de Montélimar_, p. 289.
+
+ [279] L'abbé Chevalier, _L. cit._, p. 283.--Cf. Arch. de l'Isère,
+ B. 295, fol. VI, **X.--Legeay, _Hist. de Louis XI_, I, p.
+ 158.--De Coston, _L. cit._, II, p. 15.
+
+ [280] Fornéry, _Hist. mss. ecclés._, fol. 437, vo. (Instructions
+ de 1461).--Voy. Pilot, _Catalog._, I. p 153, no 451. Origin.
+ Arch. de l'Isère, B. 2990, fol. 497.--Le dauphin n'en restait pas
+ moins astreint, vis-à-vis du Souverain Pontife ou de son légat, à
+ l'hommage pour la ville de Montélimar.--Voy. la prestation
+ d'hommage, au nom du dauphin, par Charles de Grolée, le 2 juin
+ 1455.--Pilot, _Catalog._, 1159.
+
+ [281] Chambaud, _Rec. sur Avignon_, mss., Ann., 1447.
+
+Cette année même, au mois de novembre 1447, une ambassade est envoyée
+à Carpentras par le dauphin. Les archives municipales nous en
+fournissent la preuve indéniable[282]. Quel était le but de cette
+ambassade? Nous ne saurions le dire, mais le dauphin, ayant des
+moulins à Carpentras depuis de longues années[283], profitait
+peut-être de ce prétexte pour sonder les dispositions des États et
+chercher une cause qui l'amenât à intervenir dans les affaires
+intérieures des vassaux du pape. Peut-être encore est-il permis de
+supposer qu'il s'agissait de la ratification du traité passé en mai de
+la même année? En présence de la pénurie des documents, on peut se
+demander, avec quelque raison, si déjà, dès 1447, le dauphin Louis ne
+se portait pas en revendicateur des biens et héritages des neveux du
+maréchal Boucicaut, les fils de Geoffroy le Meingre, mort en 1429, et
+que nous voyons figurer dans un acte authentique du 23 juin 1452
+extrait des archives de Valréas[284] _Louis le Meingre_[285] _et Jean
+le Meingre_. Nous croyons donc pouvoir supposer avec quelque fondement
+que là est le véritable but de l'envoi à Carpentras des gens du
+dauphin en novembre 1447.
+
+ [282] Arch. municip. de Carpentras, Origin., B.B. 66, fol. 35.
+
+ [283] Fornéry, _Hist. ecclés._, mss. d'Avignon, fol. 410; mss. de
+ Carpentras, fol. 762.
+
+ [284] Arch. municip. de Valréas, copie inédite recueillie par
+ Achard.
+
+ [285] Il était chambellan du dauphin en 1448, _Lettres de Louis
+ XI_, p. 220.
+
+Nous ne croyons pas avoir à revenir sur l'origine de cette question,
+assez obscure du reste, que nous avons cherché à élucider ailleurs
+autant que les documents à notre disposition nous l'ont permis.
+Rappelons seulement en quelques mots l'état de la question au moment
+où le dauphin s'établit dans son gouvernement.
+
+Malgré les efforts et les bonnes dispositions du cardinal de Foix, le
+litige qui s'était élevé au sujet de l'attribution des biens de la
+succession du maréchal de Boucicaut et de son frère Geoffroy était
+resté pendant. A la demande du dauphin, les États se réunirent à
+Carpentras, en 1448[286], pour délibérer sur la réponse à faire aux
+revendications des héritiers. Les élus ne purent s'entendre. Mais
+Louis devient plus pressant et informe l'assemblée du pays que les
+Boucicaut l'ont chargé de faire valoir leurs droits[287] et il appuie
+sa réclamation par une lettre qu'il confie à deux des familiers de son
+hôtel, maître Ferraudiz «maistre des requestes» de l'hôtel du dauphin,
+et Anthoyne d'Alauzon, «escuier de son escuerie[288]»; il fait savoir
+aux États qu'ils doivent «adjuster plaine foy et créance à tout de ce
+que de nostre part ils vous diront». La missive était écrite de Romans
+le 15e jour de may 1450. Introduits au sein de l'assemblée les envoyés
+y exposèrent l'objet de leur voyage au sujet des Boucicaut, mais
+aucune conclusion ne fut prise[289].
+
+ [286] Arch. municip., _Reg. somm. des délibérat. des États_, fol.
+ 261.
+
+ [287] _Id._, fol. 135.
+
+ [288] Arch. municip., de Carpentras, B.B. 70, fol. 63.--Voy. aux
+ pièc. justificat, no VI. Anthoine d'Alauzon figure dans la maison
+ du dauphin en 1452. _Lettres de Louis XI_, I, p. 229.--Pour
+ Antoine d'Alauzon, voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 291, not. 2.
+
+ [289] «Et ibidem prefati Domini ambaxiatores exposuerunt eorum
+ creanciam super facto _Buccicaudorum_ et nihil fuit conclusum.»
+
+Mécontent de la mauvaise volonté des représentants comtadins, Louis
+emploie la menace et fait avancer quelques soldats pour intimider les
+officiers pontificaux. Le cardinal de Foix cherche à calmer
+l'irritation du dauphin et dépêche auprès de lui le gouverneur
+d'Avignon, Tristan d'Aure, évêque de Conserans, qui ne fut pas reçu.
+De son côté, le dauphin expédiait au cardinal-légat le sieur
+d'Estissac[290], avec mission d'exposer à Pierre de Foix ses
+revendications et d'insister pour le paiement d'une somme de 6,000
+fr.; à cette condition il promettait d'oublier ses griefs. Les
+exigences de Louis portées à la connaissance des États, ceux-ci
+donnèrent pleins pouvoirs au cardinal de traiter pour une somme aussi
+modérée que possible (27 octobre 1450).
+
+ [290] Le sire d'Estissac était premier chambellan du dauphin en
+ 1452. De Beaucourt, V, p. 173, not. 3.--Voy. pour d'Estissac,
+ Pilot, _Catalog., Actes du dauphin Louis_, I, no 542, pp.
+ 191-192.
+
+Au fond, les réclamations présentées aux États par le dauphin de
+France, pour le compte des Boucicaut, n'étaient qu'un prétexte que ce
+dernier cherchait pour avoir l'air de les mettre dans leur tort, et
+avec l'intention calculée de justifier les attaques et les violences
+de toutes sortes dont ses propres officiers et lui-même allaient, dans
+le même temps, se rendre coupables vis-à-vis des vassaux de sa
+Sainteté. Bien décidé à combattre le pouvoir temporel des évêques en
+Dauphiné, Louis engageait la lutte sur les propres domaines de
+l'Église sans aucun ménagement. Cette résolution se montre partout au
+moment même où il refuse de reconnaître la suzeraineté de l'évêque de
+Grenoble, coseigneur de la ville, et l'oblige à lui rendre hommage à
+lui-même (18 octobre 1450); il suit une politique semblable vis-à-vis
+des villes et villages appartenant au Saint-Siège, mais enclavés en
+Dauphiné[291]. Nyons, Vinsobres, Mirabel-les-Baronnies étaient en
+Dauphiné, mais le dauphin devait prêter hommage pour ces villes au
+recteur du Comtat, ouvrir les portes quand le recteur se présentait,
+faire arborer pendant un jour les armes des papes au sommet de la tour
+de la ville et payer chaque année un marc d'argent. Louis refusa
+énergiquement sur tous ces points de donner satisfaction au
+Saint-Siège[292].
+
+ [291] Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, p. 263.--Pour les villes et
+ autres lieux à raison desquels le dauphin devait hommage au pape,
+ voy. la prestation d'hommage de Romien de Morimont, écuyer et
+ procureur du dauphin, au pape Calixte III (1er juin
+ 1456).--Pilot, _Catalog._, 1239 _bis_, p. 502, et Arch. vatican.
+ Ex., 20, 23. _Pie II_, fol. 66. Arm. 35.--Voy. aux pièces
+ justificat., no XII _bis_.
+
+ [292] Instructions après la mort de Calixte III.--Voy. Fornéry,
+ _Hist. ecclés._, mss., fol. 437 et fol. 453-470.--Cf.
+ _Pretentiones Papæ super Venaissino contra Regem Franciæ
+ dalphinum_, Lambert, III, p. 477.
+
+Presque aux confins de la seigneurie de Montélimar était la terre de
+Pierrelatte qui faisait partie du comté Venaissin. Les papes avaient
+droit à l'hommage des coseigneurs de cette terre, qui le prêtaient au
+recteur du Comtat. Louis secrètement excite les vassaux du Saint-Siège
+à la révolte, et à partir de 1450[293] ceux-ci refusent de rendre
+hommage au recteur, prétendant qu'ils ne le devaient qu'au dauphin. Ce
+premier coup porté aux droits du Saint-Siège fut suivi d'un second
+beaucoup plus grave, puisqu'il s'agit d'une véritable confiscation
+d'un territoire pontifical. La même année, en effet, à la suite d'une
+rixe qui avait éclaté entre les habitants de Caderousse et des sujets
+de la couronne, au passage du Rhône, quelques-uns de ces derniers
+ayant été blessés ou tués, le dauphin exige des États et du légat une
+somme de 4,000 écus comme compensation des torts faits à ses vassaux,
+et n'étant qu'à demi satisfait de ces concessions, Louis met la main
+sur Pierrelatte[294].
+
+ [293] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., c. IX, fol. 317 et
+ vo.--_Somm. des délibérat. des États_, fol. 135.
+
+ [294] La seigneurie de Pierrelatte fut donnée en 1452, par Louis,
+ à Gabriel de Bernes; elle passa plus tard entre les mains de
+ Charles _Astars_, secrétaire de Louis XI, après la confiscation
+ des biens de Gabriel de Bernes. _Lett. de Louis XI_, I, p.
+ 362.--Louis échangea la seigneurie de Chabrillan contre la
+ portion de la terre de Pierrelatte que possédait Etienne Morelon
+ (6 mai 1450). Voy. Pilot, _Catalog._, I, no 756, p. 273, et nos
+ 58, 759, 760.
+
+La Chambre apostolique eut à subir également une nouvelle injustice de
+la part de Louis. Cette dernière, depuis un temps immémorial, avait le
+droit de percevoir à la Palud[295] un ducat par boisseau de blé
+transporté sur le Rhône. Le dauphin contesta ce droit et refusa de se
+rendre aux observations de la cour de Rome. Ces vexations répétées
+produisirent à Avignon et dans tout le Venaissin un vif
+mécontentement, et après délibération, il fut décidé qu'une ambassade
+serait envoyée simultanément au pape et à Charles VII, avec mission de
+dévoiler au roi la conduite odieuse de son fils. La minute de ce
+document nous a été heureusement conservée[296]. Le mémoire rédigé
+sans aucun doute sous l'inspiration du cardinal de Foix relatait tous
+les faits dont il vient d'être parlé. A côté, et pour mieux montrer
+combien étaient légitimes les plaintes des Avignonnais et des
+Comtadins, le mémoire faisait allusion à quelques menus griefs dont
+Louis croyait avoir à se plaindre. Il y était dit entre autres que le
+dauphin passant une nuit à la Palud, le capitaine du lieu, ignorant
+qui il était, avait refusé de lui ouvrir les portes. Autre grief: un
+certain Aynard, dit _le seigneur des Marches_, se tenait dans une tour
+appelée le Burset et dépouillait, capturait ou tuait les personnes
+d'Avignon et du Venaissin qui venaient à passer à portée de ses gens.
+Le cardinal de Foix voulant pourvoir à la sûreté commune, le fit
+déguerpir à main armée. Le dauphin prit cet acte de vigueur pour une
+«injure personnelle», bien que la tour de Burset fût située en
+Provence, dans le domaine du roi de Sicile, et que ce dernier eût
+autorisé le légat à expulser ledit seigneur des Marches même _manu
+militari_. Le dauphin se plaignait encore d'un outrage qu'il aurait
+reçu des habitants de Bollène qui avaient enlevé du territoire de
+Bozon, appartenant au Comtat, et hors de sa juridiction, les poteaux
+portant ses armes et panonceaux, et réclamait de ce chef une grosse
+indemnité pécuniaire. Forts de leur bon droit, les sujets du pape
+objectaient à leur tour que les officiers du Dauphiné empiétaient sur
+les États du Saint-Père, plantant çà et là les armes de leur seigneur,
+comme ils l'avaient fait à Caromb, aux portes de Carpentras, devant un
+verger d'oliviers, propriété de François de Ponte. En outre, ils
+accordaient à des Comtadins la sauvegarde du dauphin, ainsi que cela
+s'était vu naguère pour la garde des tours de Piolenc.
+
+ [295] Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., fol. 437.--Nous avons
+ trouvé cette mention au sujet du péage de _la Palud_. «Cum autem
+ nobis innotuit unum antiquum podagium de _La Palu_ vulgariter
+ nuncupatum prope ripam superiorem fluminis Rodani in dicto
+ comitatu existens et ad ipsam Cameram pertinens quod per
+ arrentatores longe tempore fuerat extinctum.» Le pape le
+ rétablit.--Arch. vatic., _Reg. de Sixte IV_, 656, fol. 76.
+
+ [296] Arch. d'Avignon. _Dossier des Ambassades_, minute, série
+ A.A.
+
+Enfin, les mêmes officiers, quoique le château des Pilles fût du
+domaine de l'Église et de la juridiction de Valréas, avaient sommé le
+seigneur de ce lieu de comparaître devant eux pour souscrire en faveur
+du dauphin l'hommage de son fief[297].
+
+ [297] Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, minute, série
+ A.A.
+
+La mesure était comble, et toutes ces plaintes accumulées furent
+portées à la connaissance de Charles VII par le pape et par le
+cardinal de Foix dans les derniers mois de 1450. Au moment où les
+doléances des Avignonnais parvinrent à la Cour, la situation entre le
+dauphin et son père était très tendue. Le roi se trouvait, depuis le
+commencement de l'hiver, aux Montilz-les-Tours, dont il avait fait sa
+résidence de prédilection. C'est là qu'entouré d'une foule de
+seigneurs appartenant aux plus anciennes familles de la noblesse
+française, Charles VII donnait des fêtes splendides tout en dirigeant
+avec habileté les affaires de l'État[298]. C'est au milieu de cette
+Cour hostile au dauphin que furent apportées les nouvelles des
+attentats dont il s'était rendu coupable vis-à-vis des vassaux du
+Saint-Siège. Charles VII, fort courroucé des allures indépendantes de
+son fils, le faisait surveiller étroitement; il n'ignorait pas son
+projet de mariage avec Charlotte, fille du duc de Savoye, qui était
+contre sa volonté. Déjà, un an auparavant (février 1450), Charles VII
+avait envoyé auprès de son fils Thibaud de Luce[299], évêque de
+Maillezays, chargé de faire au dauphin de vifs reproches sur les
+points suivants: «Il avait mécontenté le roy par son attitude à
+l'égard des églises du Dauphiné; la rumeur publique l'accusait, en
+outre, «de vouloir s'emparer d'Avignon et du Comtat», ce qui serait
+contre Dieu et contre l'Église[300].»
+
+ [298] De Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, V, p. 141.
+
+ [299] _Id._, V, p. 141.
+
+ [300] Le manuscrit no 15537, ancien résidu de Saint-Germain (143,
+ fol. 61), qui renfermait les plaintes portées contre le dauphin,
+ ayant disparu depuis quelques années de la Bibliothèque
+ nationale, il faut recourir aux archives locales où l'on en
+ trouve un résumé que nous donnons plus loin. Voy. arch. municip.,
+ série A.A.--Voy. de Beaucourt, V, p. 141, note 1.
+
+Les lettres du cardinal de Foix et des consuls d'Avignon durent mettre
+le comble à la colère du roi contre son fils, et au mois de février
+1451 Charles VII paraît se résoudre à une action énergique. Nous en
+trouvons l'indice dans l'envoi simultané de deux ambassadeurs, l'un à
+Chambéry, «le Roi d'armes de Normandie», qui devait notifier au duc de
+Savoie l'opposition formelle de Charles VII au mariage du dauphin avec
+la princesse Charlotte; l'autre, de «Jean de Lizac», premier sergent
+d'armes de la maison du roi, qui recevait l'ordre de se rendre en
+toute hâte à Avignon pour faire connaître aux syndics de la ville et
+au cardinal de Foix les intentions de Sa Majesté. Nous avons pu
+retrouver dans les registres des délibérations du conseil de ville la
+copie des instructions royales, que nous reproduisons in-extenso, et
+la réponse des Avignonnais auxdites instructions:
+
+ «_Instruction de par le Roy à Jehan de Lizac, premier huissier
+ d'armes dudit sire, sur ce qu'il a affaire par devers le Cardinal
+ de Foyx et les bourgeoys et habitans de la cité d'Avignon,
+ touchant la matière dont cy après est faicte mencion:_
+
+ «Premièrement, s'en yra par ses journées jusques au dit lieu
+ d'Avignon. Et en son chemin et au dit lieu d'Avignon se informera
+ et enquerra là où il verra estre affaire et par bons moyens se
+ aulcuns traictez se sont fais ou font avecques monseigneur le
+ dalphin ou aultres de par luy, de bailler et mettre ès mains de
+ mon dit seigneur la ville d'Avignon et conte de Venissy, et par
+ quelles gens et moyens la chose se doit fere se ainsi est[301].
+
+ [301] Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, série A.A.
+ (copie).
+
+ «Item et suppose que les choses dessus dites soyent vrayes
+ ou non. Après les salutations accoustumées, présentera les
+ lettres closes que le roy escript au dit cardinal de Foix.
+ Et après aus dits manans et habitans de la dite ville
+ d'Avignon.
+
+ «Item et pour sa créance leur dira que dès pieca et puis
+ naguères nostre saint père (Nicolas V) a fait savoir au roy,
+ par lettres et de bouche, et espécialement et dernièrement,
+ par le doyen de Ségobie, les grands maulx et entreprinses
+ que continuelement se faisoient par les gens du dict
+ monseigneur le dalphin et de son adveu, sur les terres et
+ seigneuries de notre dit saint père et de la sainte Église
+ catholique, et sur ses hommes et subgetz. Et principalement
+ sur ceulx du dit lieu d'Avignon et du dit conte de Venissy
+ et autres des dites Marches. Et de ce a esté pareillement
+ adverti le roy par le dit cardinal d'Avignon, en requérant
+ instamment au roy provision sur ce.
+
+ «Item dira ledit de Lizac que, après ces choses, le roy a
+ fait savoir aus dits cardinal et habitans que les
+ entreprises dessus dites navaient point été faites par adveu
+ ne de son sceu et consentement, mais en avoit esté et estoit
+ très desplaisant et courroucé. Et que quant aucuns feroient
+ ou porteroyent dommage à notre dit Saint-Père et aux terres
+ et seigneuries de l'Eglise et subgets d'icelle. Et il estoit
+ requis en ayde qu'il si employeroit en toutes manières
+ possibles au bien et honneur de notre dit Saint-Père et à la
+ conservation des droits de ladite Esglise.
+
+ «Item dira que nonobstant toutes ces choses on a puis
+ naguères rapporté au roy que aulcuns font avecques mon dit
+ seigneur le dalphin ou avec autres de par luy certains
+ traictiez ou accors de bailler ou faire bailler à mon dit
+ seigneur le dalphin les dits villes d'Avignon et conte de
+ Venissy qui seroit, se ainsi estoit, chose préjudiciable à
+ notre dit Saint-Père le pappe et en son grant préjudice et
+ dommage et diminucion des droits et seignories de lui et de
+ l'Esglise. Et lesquelles choses le roy ne peut bonnement
+ croire que ainsi soit.
+
+ «Item dira pour celle cause le roy l'envoye par delà
+ expressément pour les advertir des choses dessus dites et
+ obvier à icelles. Et pour leur dire et remonstrer que se la
+ chose advenoit, ce qu'il ne pourroit bonnement croyre, le
+ roy y prendroit très grant desplaisir et nen pourroit estre
+ content, et seroit contraint de y donner provision à
+ l'onneur de notre dit Saint-Père et du Saint-Siège
+ apostolicque telle qu'il appartiendroit.
+
+ «Item et tout ce qu'il trouvera touchant les choses dessus
+ dites et aultres deppandans de la matière, rédigera par
+ escript, et les rapportera au roy pour procéder au surplus
+ ainsi qu'il appartiendra.
+
+ «Faict aux Montilz-lez-Tours, le VIIIe jour de mars l'an mil
+ CCCCLI.
+
+ «J. de Laloëre.»
+
+
+ _Coppia littere responcionis tradite dicto Johanni de Lizacco primo
+ hostiario regio:_
+
+ «Très hault, très puissant prince et très redoubté seigneur. Nous
+ nous recommandons à vous tant et très humblement que fere povons.
+ Très haut, très puissant prince et très redoubté seigneur, plaise
+ vous savoir que nous avons receues vos gracieuses lettres avec
+ honneur et révérence à nous possible par votre premier huissier
+ Jehan de Lizac et si avons oye sa créance et bien entendue.
+ Contenant en partie comme ainsi que comme l'on vous a rapporté que
+ nous voulions mettre ceste cité d'Avignon hors des mains de
+ l'Esglise et aultrement. Sur quoy, très humblement vous
+ rescripvons que au disposer de ce que notre loyalté ne requierre
+ que jamais n'a esté ne ne sera en notre pensée par ainsi que de
+ ceste matière avons parlé et en parlement avecques le très
+ révérend père en Dieu, Monsieur le cardinal de Foix, vicaire et
+ légat de notre Saint-Père le pappe. Duquel seigneur sommes seurs
+ et certains que jamais n'a esté ne sera son entencion de le faire.
+ Et se l'on vouloit entreprendre de faire le contraire, le dit
+ monseigneur le cardinal et nous y résisterons de notre force et de
+ tout notre povoyr tous les jours en espérance de votre bon ayde et
+ confort ainsi que plus à plain avons dit et remonstré audit de
+ Lizac. Et, au brief, vous certifions plus au long par message
+ exprès. Lequel monseigneur le cardinal pareillement vous en
+ rescript. Très hault, très puissant prince et très redoubté
+ seigneur, de votre bon advisement et très nobles propos sommes
+ toujours et avons esté bien advisez, donc à votre royal magesté
+ tant et si humblement que plus povons et remercions, car Dieu
+ mercy, par votre magesté tant que luy a esté possible de sa
+ bénigne grâce comme vray bras dextre et protecteur de l'Esglise et
+ subgets d'icelle, avons esté de plusieurs dangiers et affaires à
+ ceste cité contraires gardez et préservez. Et aussi avons esté
+ toujours et encore sommes en bonne espérance que toujours votre
+ magesté ne daignera penser ou faire souffrir estre fait le
+ contraire, mais comme avez de bonne coustume votre magesté nous
+ aura toujours en sa grâce et espéciale recommandacion. Pour ce,
+ très hault, très puissant prince et très redoubté seigneur, très
+ humblement vous supplions qu'il vous plaise de nous mander et
+ enjoindre tous vos très nobles plaisirs et services pour les
+ acomplir de très bon cuer sans faillir, avec povoir du plaisir de
+ Dieu qui vous doine bonne vie et longue et acomplissement de vos
+ très nobles plaisirs.
+
+ «Escript en Avignon le premier jour d'avril.»
+
+En outre de ses instructions, Jean de Lizac apportait au conseil une
+lettre du roy, dont nous reproduisons l'original inédit conservé aux
+archives de la ville.
+
+ _Copie de la lettre que Charles VII fit remettre aux consuls
+ d'Avignon par Jean de Lizac, premier huissier d'armes dudit sire
+ (8 mars 1451):_
+
+ «Charles par la grâce de Dieu roi de France,
+
+ «Tres chiers et bons amys, vous savez assez les grans plaintes et
+ doléances que notre Saint-Père le pappe, par ses lettres et
+ aultrement nous a despieca, et puis naguères faites touchant les
+ entreprinses que notre beau filz le dalphin et aultres de par luy
+ et a son adveu ont puis naguères fait sur ses hommes et subgetz et
+ sur les terres et seigneuries de l'Esglise. Et pareillement nous
+ en a escript notre tres chier et amé cousin, le cardinal de Foix,
+ et aussi nous en avez escript. Sur quoy nous avons fait scavoir
+ notre voulonté et intencion bien a plain. Néantmoins nous avons
+ puis naguères entendu que aulcuns traictiez accors et convencions
+ se maynent et conduisent avec notre dit filz de luy bailler ou à
+ aultres de par luy la ville d'Avignon et conte de Venissi,
+ lesquelles choses se elles se mettoyent à exécution seroient au
+ grant grief préjudice et dommage de notre dit Saint-Père et du
+ Saint-Siège apostolique veu le conseil que scavez que notre dit
+ filz a de présent avecques luy, comme avons fait savoir bien
+ aplain à notre dit cousin le cardinal. Sy vous signifions ces
+ choses affin que y mettiez remedde et provision convenable. Car se
+ la chose advenoit, ce que ne pourrions bonnement croyre, nous y
+ prendrions tres grant desplaisir et serions contrains de y donner
+ provision à lonneur de notre dit Saint-Père et dudit Saint-Siège
+ apostolicque telle quil appartiendra. Ainsi que plus à plain avons
+ dit et déclaré de bouche à Jehan de Lizac escuier, notre serviteur
+ et premier huissier d'armes, porteur de ces présentes pour le vous
+ dire et rapporter. Sy le vueillez croire et adjouster foy ad ce
+ que de par nous vous en dira.
+
+ «Donné aux Montilz lez tours, ce VIIIe jour de mars[302],
+
+ «Charles,
+ «de la Loëre.»
+
+ [302] Arch. municip., Origin. inéd., série A.A.
+
+Il ressort des documents produits ci-dessus que Charles VII
+soupçonnait fortement son fils de méditer l'occupation des États
+citramontains du Saint-Siège et de cacher ses ténébreux desseins, avec
+la complicité du cardinal de Foix dont le rôle et l'attitude dans
+cette circonstance peuvent paraître très équivoques. Quoi qu'il en
+soit, les consuls d'Avignon s'empressèrent d'adresser au roi cette
+missive dans laquelle ils se défendaient très énergiquement de vouloir
+«mettre ceste cité d'Avignon hors des mains de l'Esglise et
+aultrement». Ils donnent comme garantie de la loyauté de leur parole
+l'approbation du cardinal-légat: «duquel seigneur sommes seurs et
+certains que jamais n'a esté, ne sera son entencion de le faire. Et se
+l'on vouloit entreprendre de faire le contraire ledit monseigneur le
+cardinal et nous y resisterons de notre force et de tout notre povoyr,
+tous les jours en espérance de votre bon ayde et confort, ainsi que
+plus a plain avons dit et remonstré au dit de Lizac.» Le conseil de
+ville envoyait en outre au roi un messager exprès chargé d'assurer Sa
+Majesté, au nom du conseil et du cardinal de Foix, de leurs sentiments
+de respectueuse déférence et de dévouement à la couronne[303].
+
+ [303] Escrit en Avignon le premier jour d'avril 1451.--Arch.
+ municip., _Dossier des Ambassades_, série A.A.
+
+Louis, alors en Dauphiné, eut presque aussitôt connaissance des
+rapports adressés au roi contre lui. Il en conçut une violente
+irritation contre les Avignonnais, et comme nous le verrons dans un
+autre chapitre, cette rancune subsistait encore dix ans après, car ce
+fut le premier reproche que Louis, devenu roi, adressa aux
+ambassadeurs d'Avignon dans l'audience qu'il leur accorda[304] (7
+décembre 1461). Quant au cardinal, avec une grande souplesse
+diplomatique, qui est le fond même de son caractère, il sut, sans
+déplaire au dauphin, laisser croire à Charles VII que jamais les
+droits des papes n'avaient été en d'aussi bonnes mains que les
+siennes. En somme, ni du côté de la Savoie, ni du côté d'Avignon,
+Charles VII n'obtenait satisfaction. Bien plus, l'attitude et les
+nouveaux agissements du dauphin montrèrent chez lui une intention de
+plus en plus arrêtée de braver les ordres de son père.
+
+ [304] Voy. chap. v, pp. 128 et suiv.
+
+En effet, moins de trois mois après l'envoi de l'ambassade à Charles
+VII, au moins de juin 1451, la peste sévissait à Avignon et, comme
+d'usage, toutes les personnes aisées qui avaient pu se procurer un
+logis à la campagne avaient fui le foyer de l'infection. Allemand de
+Pazzis[305] et Louis Gaspardini, qui étaient de ce nombre, avaient
+cherché un refuge au lieu d'Entraigues[306] (_Inter aquas_) avec leur
+famille.
+
+ [305] Allemand de Pazzis était un réfugié florentin qui occupa
+ avec distinction plusieurs charges municipales à Avignon. Il est
+ consul en 1461.--Voy. chap. VIII, p. 203.
+
+ [306] Entraigues, aujourd'hui commune du canton de Monteux, à
+ quelques kilomètres de Sorgues, et station de la voie ferrée de
+ Sorgues à Carpentras.
+
+Sur ces entrefaites, un nomme Pierre Troyhon[307], ancien trésorier du
+roi René, organisa une troupe d'hommes d'armes, archers et varlets,
+et se porta secrètement avec tout son monde par une marche rapide sur
+Entraigues, dans le Venaissin, où il arriva de nuit et quand tout le
+monde était couché. Ces brigands se saisirent de Pazzis et de
+Gaspardini qui reposaient dans leur chambre, et les firent prisonniers
+avec toute leur famille. Ils s'emparèrent de leurs joyaux et de leur
+numéraire et abandonnèrent le reste au pillage de leurs gens. Ils
+emmenèrent ensuite leurs prisonniers avec leurs femmes et leurs
+enfants à travers le Valentinois jusqu'au château d'Ésau[308], qui est
+sur les limites du comté, et les retinrent ainsi pendant près de huit
+mois, jusqu'au moment où ils purent obtenir leur liberté en acquittant
+une rançon de 6,000 écus[309]. Là ne s'arrêtèrent pas les exploits de
+Troyhon. La même année, ce détrousseur de grand chemin, fort de
+l'appui du dauphin et des héritiers de Boucicaut[310], se jette avec
+ses bandes armées sur Valréas, ville importante du Comtat, ravageant
+les villages, saccageant les récoltes et faisant de nombreux
+prisonniers. Plusieurs d'entre eux, hommes, femmes, enfants, sont
+impitoyablement égorgés. Le produit du butin emporté par ces brigands
+dans deux incursions successives est évalué à 2,000 écus. La sécurité
+même d'Avignon et de Carpentras est menacée et les États se réunissent
+pour voter une taille extraordinaire contre Troyhon et ses
+routiers[311]. Après Valréas, c'est le tour de La Palud où les bandes
+de Troyhon enlèvent et conduisent au château d'Ezahut un noble
+personnage appelé Chollet, officier du Saint-Siège, qui ne fut relâché
+qu'après une longue détention et moyennant le versement d'une rançon
+de 300 écus[312].
+
+ [307] Le récit de cette attaque à main armée, sinon ordonnée, du
+ moins favorisée par le dauphin, se trouve dans les instructions
+ remises par le cardinal de Foix et la ville à Louis _Astouaud_,
+ envoyé en ambassade auprès de Charles VII, roi de France (en
+ 1453), à propos de la saisie des biens de Jacques Coeur. Nous
+ n'en reproduisons pas le texte donné par le _Bulletin de
+ l'Académie de Vaucluse_, 1887, pp. 105 et suiv.
+
+ [308] _Esau_ serait le château d'_Ezahut_, vieux donjon près
+ Dieulefit (Drôme).
+
+ [309] «Item post præmissa suæ explicabit Serenitati qualiter,
+ anno proxime preterito et de mense junii quidam nominatus Petrus
+ Trohyons, olim thesaurarius Regis Renati cum quibusdam aliis suis
+ complicibus et armigeris ac archeriis et servitoribus
+ Illustrissimi Principis domini Delphini, ejus filii, ac si essent
+ hostes et inimici capitales domini nostri Papæ et Ecclesiæ Romanæ
+ armati armis offensivis et de jure prohibitis nullâ causâ saltem
+ legitimâ et ad hoc ipsos impellente intrarunt in Comitatum
+ Venaissini violenterque et proditorie se de nocte intruserunt
+ intra quoddam castrum dictum infra dictum comitatum vulgo
+ nuncupatum castrum de _Interaquis_.» (Origin., Arch. municip.,
+ série A.A.)
+
+ [310] Instructions du cardinal à Louis d'Astaud.--Arch. municip.,
+ _Bull. de l'Acad. de Vaucluse_, 1887, pp. 106, 107.--Gibert,
+ _Hist. de Pernes_, mss., fol. 307, vo.
+
+ [311] _Reg. somm. des délibérat. des États_, fol. 473 et 521, vo.
+
+ [312] Il est difficile de préciser la date de cette expédition.
+ Mais le 31 mai 1452, le Conseil décide d'envoyer une députation
+ au dauphin pour protester contre l'arrestation de quelques
+ marchands d'Avignon. «Item ulterius suæ explicabit Celsitudini
+ qualiter post premissa sicut ut premittitur, predictum Trohyonem
+ et suos adherentes fore facta quidam capitaneus, quondam
+ capitaneus de Mirandolio in patria Delphinatus, insequendo
+ vestigia dicti Trohyonis de facto captitavit duos mercatores et
+ alios duos mercatores cives et habitatores Avinionis cum equis
+ peccuniis et aliis bonis et jocalibus quos post modo abire
+ promisit, retentis tamen dictis equis, peccuniis et bonis.»
+ (Orig., Arch. municip., A.A., _Dossier des Ambassades_.)
+
+La complicité et l'intervention du dauphin dans ces agressions et ces
+menaces multipliées n'étaient pas douteuses, mais elles se manifestent
+ostensiblement dans la personne du capitaine de Mirandol, à la solde
+de Louis, qui quitte, peu après Troyhon, le Dauphiné pour faire une
+incursion dans le Comtat (1452) et enlève deux marchands d'Avignon
+avec leurs chevaux, leurs bagages et leur argent.
+
+Non contents d'user de violence à l'égard des Comtadins, les officiers
+du dauphin contestaient la juridiction du légat et refusaient de
+rendre à leurs juges naturels les coupables, alors même que l'autorité
+pontificale les réclamait sous peine d'excommunication. C'est ainsi
+qu'un changeur avignonnais nommé _Sampini_, accusé d'avoir fabriqué de
+la fausse monnaie à Montélimar, est emmené dans le Valentinois où les
+officiers delphinaux ouvrent une enquête contre lui. Le cardinal de
+Foix réclame le faux-monnayeur comme justiciable des tribunaux de son
+pays d'origine, mais les officiers du dauphin refusent de rendre leur
+captif[313]. Un autre marchand avignonnais, Jérôme de Pélissane,
+s'étant rendu coupable d'un délit que nous ne connaissons pas, les
+officiers du dauphin demandent à ce qu'il soit livré pour comparaître
+devant eux. Le cardinal légat s'y oppose, arguant que ledit de
+Pélissane est justiciable de la curie épiscopale d'Avignon. Ce refus
+mécontente les officiers de Louis qui lancent contre les sujets du
+pape des lettres de représailles[314].
+
+ [313] Instructions données par la ville à Louis Astouaud, Arch.
+ municip. (Cf. _Bull. de l'Acad. de Vaucluse_, p. 108).--«Item
+ explicabit suæ Serenitati qualiter occasione præmissorum
+ Reverendissimus Dominus cardinalis et Legatus et Civitas etiam
+ ista per suos ambassiatores omnia et singula prenominata eidem
+ domino Delphino et suo majori Consilio exponi fecerunt ac
+ instantissime requisiverunt quod dominus Delphinus et suum
+ Consilium delphinale quatenus de celeri remedio in premissis
+ providerent taliter quod dictis prisoneriis cum bonorum ablatorum
+ integro a dictis carceribus libere abire juberent et dictos
+ invasores pena debita castigarent quod tamen ab ipsis minime
+ obtinere potuerunt.» (Orig., Arch. de Vaucluse, A.A., _Dossier
+ des Ambassades_.)
+
+ [314] «Item ulterius suæ Serenitati exponet qualiter officiales
+ delphinales recusant tollere quamdam marcham quam super contra
+ subditos papales laxaverunt inciviliter eo quod officiales
+ papales ad ipsorum requisitionem voluerunt eo quod non potuerunt
+ eisdem remittere quamdam causam vertentem in curia episcopali
+ Avinionis et quemdam Jeronimum de Pelissano mercatorem de
+ Avinione clericum solutum qui supradicta causa reum...» (Orig.,
+ Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, A.A.)
+
+ «Instructiones traditæ ex parte dominorum scindicorum et Consilii
+ Civitatis Avinionis domino Ludovico Astoaudi legum egregio doctori
+ ambassiatori, destinato, ad serenissimum principem dominum
+ Francorum Regem, continentes ea quæ erunt eidem domino Regi ex
+ parte civitatis ipsius per ipsum dominum Ludovicum explicanda.»
+ (Orig., Arch. municip., 1453).
+
+On peut juger si, en apprenant de pareils actes de brigandage dont
+étaient victimes leurs concitoyens, les Avignonnais se crurent
+autorisés à s'adresser au roi de France pour en obtenir la répression.
+Déjà courroucé contre le dauphin qui semblait prendre à tâche de
+braver en toute occasion l'autorité paternelle, Charles VII accueillit
+avec beaucoup d'intérêt les délégués d'Avignon qui lui furent envoyés
+à Taillebourg d'abord au cours de l'année 1451, après l'expédition de
+Troyhon. Au mois de novembre de la même année[315], la ville délégua
+auprès de lui le doyen de Ségobie, protonotaire du Saint-Siège, pour
+solliciter l'appui du roi contre les entreprises coupables de son
+fils. Charles VII, alors à Auzances, leur répondit, le 7 décembre
+1451[316]: «Et comme vous avez peu scavoir,.... avons escript et
+envoyé de nos genz par delà avecques les provisions qui semblent
+convenables pour faire réparer les entreprises qui avoient esté faites
+au préjudice de nostre Saint-Père et de ses droiz de vous et autres,
+ses subgectz, dont par le dit prothonotaire avons esté advertys et
+avons bien espérance que la dite provision deust sortir effect (et de
+la faulte sommes desplaisans), car nous vouldrions tousjours
+entretenir et favoriser les faiz de nostre dit Saint-Père comme les
+nostres et les vostres et ceulx de vostre cité comme de nos propres
+subgectz. Et est bien nostre voulonté et entencion de prouchainement y
+donner provision et y tenir la main par manière que les dictes
+entreprises ne demourent pas longuement sans réparation.» Charles VII
+ne se contenta pas de paroles trompeuses à l'adresse des Avignonnais.
+Il leur fit offrir par le même doyen de Ségobie un général des troupes
+royales pour mettre à la raison Pierre Troyhon et ses complices, mais
+le cardinal de Foix qui tenait à ne pas s'aliéner le dauphin et qui
+avait probablement ses raisons pour qu'on usât de plus de ménagements,
+fit répondre qu'il serait possible d'obtenir satisfaction sans
+recourir à des moyens aussi violents, et comme les délais et les
+longueurs de la détention étaient loin d'être du goût des prisonniers,
+ils se tirèrent eux-mêmes d'embarras en payant une rançon de six mille
+écus.
+
+ [315] Orig. inédit., _Arch. d'Avignon_, B. 76, no 59.
+
+ [316] Le 7 décembre 1451. Charles VII était à Auzances. Voy. de
+ Beaucourt, _Liv. cit._, V, p. 160.
+
+Dans l'intervalle, du reste, un événement d'une autre gravité s'était
+produit, qui avait détourné l'attention du roi des affaires du comté,
+c'est l'arrestation de Jacques Coeur en juillet 1451[317]. Nous
+laisserons de côté cet épisode du procès de l'Argentier, en ce qui
+touche Avignon, les faits ayant été exposés dans une savante étude de
+M. Duhamel, archiviste de Vaucluse, d'après les pièces inédites que
+possède le dépôt de Vaucluse[318]. Charles VII[319] avait, on le sait,
+prescrit dans toutes les villes du royaume la saisie des biens de
+l'Argentier. Deux facteurs du célèbre financier, Hugues et Antoine
+Noir, avaient trouvé à Avignon un accueil empressé auprès des
+banquiers et des changeurs de cette ville[320]. Le cardinal de Foix
+ayant refusé de livrer Antoine Noir, protégé par un sauf-conduit du
+pape et par l'immunité des Célestins, le roi menaça la ville de
+représailles. C'est alors que le cardinal légat et le conseil
+envoyèrent à Tours Guillaume Meynier, chargé de justifier auprès de Sa
+Majesté la conduite des citoyens avignonnais et du représentant du
+Saint-Siège. Le roi montra les meilleures dispositions pour la ville
+et invita Guillaume Meynier à s'expliquer devant son conseil, puis le
+renvoya en le chargeant, pour ses compatriotes, d'une missive où il
+disait: «Assez avez peu cognoistre le grant et bon vouloir que avons
+tousjours eu au bien et conservacion des libertez, droiz et terres de
+nostre saint père et de l'Église de Romme. Et mesmement en ce qu'il
+vous touche et pour la grande amour que avez tousjours eue et montrée
+à nous et à nostre seigneurie et à la prospérité d'icelle. Vous avons
+tousjours euz et avons en singulière recommandation et remembrance, et
+vous vouldrions aider et favoriser en touz vos affaires, ainsi que
+naguères vous avons fait savoir[321].»
+
+ [317] Voy. de Beaucourt, _L. cit._, V, pp. 107, 108 et suiv.
+
+ [318] _Bulletin du Comité des travaux historiques_, an. 1886, nos
+ 1-2, et _Mémoire de l'Acad. de Vaucluse_, 1887, p. 89.
+
+ [319] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 108.
+
+ [320] Voy. _Acad. de Vaucluse_, 1887, p. 95.
+
+ [321] Orig. inédit, Arch. municip., B. 32, no 40, coll. Q.Q.--Aux
+ Montilz-les-Tours, 15 mars 1452.--Charles VII était aux
+ Montilz-les-Tours au mois de mars 1452. Voy. _Pièces fugitives du
+ marquis d'Aubais_, p. 95.
+
+Telles étaient les dispositions de Charles VII au moment où, profitant
+des embarras de son père, le dauphin recommençait ses intrigues. Marié
+contre le gré du roi[322], Louis prépara, avec le duc de Savoie, une
+expédition contre Sforza, l'allié de Charles VII. Les relations entre
+les deux princes s'enveniment de plus en plus et le roi supprime la
+pension de son fils (1452). Au mois de septembre, Charles VII, dans le
+but d'intimider le duc de Savoie et le dauphin, s'avance vers le Forez
+avec une grosse armée. Inquiet pour son gouvernement du Dauphiné,
+Louis envoie auprès de son père, Gabriel de Bernès, son conseiller
+intime et bien vu du roi, qui l'avait attaché à la personne de son
+fils dès l'âge le plus tendre[323]. De Bernès, accompagné de Jean de
+Jambes, sire de Montsoreau, rapporta au dauphin ce qui s'était traité
+à la Palisse, avec son père; mais Louis, après mille protestations de
+soumission, ne voulant rien accorder, le sire de Montsoreau et de
+Bernès revinrent trouver le roi, alors à Cleppé, près Feurs (septembre
+1452).
+
+ [322] Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 34, not. 1.
+
+ [323] De Beaucourt, _L. cit._, V, pp. 173, 174.--Voy. _Lettres de
+ Louis XI_, I, pp. 360, 363.--Pour Gabriel de Bernès, voy. Pilot,
+ _Catalog. des actes du dauphin Louis II_, I. p. 2.--et _id._, pp.
+ 25, 49, etc.... Pour Jean de Jambes, seigneur de Montsoreau, voy.
+ Pilot, _Catalog._, no 979 et p. 377, not. 4.
+
+Dans une nouvelle ambassade confiée au seigneur de Torcy et au même
+Jean de Jambes, le roi accentuait ses reproches, faisant indirectement
+allusion aux plaintes du pape et des vassaux du Saint-Siège: «Voeult
+le Roy que se mon dit seigneur a fait aulcunes choses à l'encontre de
+l'Esglise dont nostre Saint Père eust cause raisonnable de se doloir
+qu'il les répare telement que nostre saint père, par raison, doibve
+estre content[324].» Le dauphin reçut très froidement cette ambassade
+et ne fit que des réponses dilatoires. Pendant ces négociations,
+Charles VII signait, avec le duc de Savoie, le traité de Cleppé (27
+octobre 1452)[325].
+
+ [324] Champollion-Figeac, _Collection des Documents inédits_, II,
+ pp. 192, 193.
+
+ [325] De Beaucourt, V, pp. 176 et suiv.--Vallet de Viriville, _L.
+ cit._, III, p. 226.
+
+Après le traité de Cleppé, Louis n'en continua pas moins ses
+armements, à la grande colère du roi qui fut un moment sur le point de
+marcher contre le Dauphiné[326].
+
+ [326] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 182.
+
+Le cardinal d'Estouteville[327], légat du pape, venu en France pour
+régler avec le dauphin quelques affaires intéressant la Cour
+pontificale apaisa le conflit armé près d'éclater entre le père et le
+fils, et s'employa à la pacification, avec l'autorisation de Charles
+VII: «Item, en ce qui touche les plaintes que la ville d'Avignon et le
+comté de Venisse? (ont faictes), le Roy est content que monseigneur le
+cardinal d'Estouteville aye la connaissance de faire reparer tout ce
+qui cherra en reparacion, au cas qu'ils averont opportunité de soy
+emploier[328].»
+
+ [327] Pour Guillaume d'Estouteville, voy. Anselme, VIII, p.
+ 91.--De Beaucourt, V, pp. 191, 192;--Pastor, II, p. 7;--Pilot,
+ _Catalog._, I, p. 342, no 898 _bis._
+
+ [328] Mathieu d'Escouchy, _Édit. de Beaucourt_, I, p. 441.
+
+Le cardinal, en diplomate habile, se rendit d'abord à Vienne, en
+compagnie de deux conseillers du roi, Élie de Pompadour, évêque
+d'Alet, et Gérard le Boursier. En leur présence, et sur les instances
+du cardinal, le dauphin consentit à présenter des «excusations et
+justifications», et déclara s'en rapporter au cardinal: «Mon dit
+seigneur sera content d'appointer avec monseigneur le cardinal sur
+toutes les choses qui touchent l'Esglise, en manière que nostre saint
+père et les parties se debront estre contentes par raison[329].»
+Rappelé en Italie presque aussitôt après, d'Estouteville dut se borner
+à régler avec le dauphin la question des démêlés qui avaient éclaté
+entre les officiers du pape et ceux du dauphin[330]. La lettre[331] du
+10 novembre 1452, tout en témoignant des bonnes dispositions de Louis
+à l'égard de l'Église, ne dit rien d'explicite sur les questions à
+résoudre. Nous savons toutefois que Louis avait délégué auprès du
+cardinal de Foix l'évêque de Conserans, Tristan d'Aure[332], qui dut,
+avec Simon Lecouvreur[333], prieur des Célestins d'Avignon, et en bons
+termes avec le dauphin, négocier les bases d'un arrangement qui
+conciliât les droits du Saint-Siège et les intérêts du dauphin.
+Tristan d'Aure, après avoir pris les instructions du légat, revint à
+Romans, où se trouvait Louis, accompagné par quelques agents du
+cardinal et des délégués du corps de ville: «et ont priz bon
+appointement au plaisir de mon dit seigneur vostre fils, de quel serez
+tout à plain informé par le dit évesque, et d'autres choses que luy ay
+dictes touchant ceste matière pour vous dire. Car je say que Nostre
+Saint Père a sa singulière affection et fiance en vous, touchant son
+dit pais d'Avignon et tout son Estat, je porte le dit appointement à
+nostre dit saint père, affin qu'il y advise comme bon lui semblera et
+après de sa bonne volonté sur ce vous fera savoir».
+
+ [329] _Documents inédits_, Champollion-Figeac, II, pp. 189, 190.
+
+ [330] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 183.
+
+ [331] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p. 240.
+
+ [332] Lettre du cardinal d'Estouteville à Charles VII, 22
+ novembre 1452. _Lettres de Louis XI_, I, pp. 241, 242.
+
+ [333] _Lettres de Louis XI_, I, p. 35.--Voy. Pilot, _Catalog._,
+ no 995. Accord conclu entre le dauphin et le cardinal de Foix,
+ représenté par le cardinal d'Estouteville et l'évêque de
+ Conserans, au sujet des difficultés qui s'étaient élevées entre
+ les officiers delphinaux et ceux du pape, à Avignon.--Romans,
+ novembre 1452.
+
+L'arrangement portait sur le cas de Troyhon, sur la question des
+Boucicaut et la cessation des violences à main armée sur les confins
+du Dauphiné et du Venaissin. Troyhon fut invité à restituer les sommes
+qu'il s'était indûment appropriées dans ses différentes expéditions,
+en 1451-1452. Le brigand s'exécuta, rendit une partie des objets volés
+et se montra repentant. Trois ans après, une bulle (décembre
+1455)[334] du pape Calixte III, adressée à l'évêque de Vaison, au
+doyen de Saint-Pierre et au vicaire général de l'archevêque d'Avignon,
+portait commission d'absoudre Pierre Troyhon, «attendu qu'il était
+repentant et avait fait quelques restitutions suivant ses facultés».
+
+ [334] Arch. de la ville d'Avignon, Origin., B. 19, Cott. V, 20.
+
+Restait la question des héritiers Boucicaut ouverte depuis plus de
+vingt ans et toujours pendante. Elle fut réglée par le cardinal de
+Foix, à la satisfaction des héritiers, sinon du dauphin, qui trouva la
+compensation insuffisante. Par acte passé devant notaire, où figurent
+le trésorier et le commissaire de la Chambre apostolique, agissant au
+nom du pape, et les sieurs _Brutini_ et _Arnulphi_, représentants de
+la communauté de Valréas, la Chambre apostolique cède et donne le
+droit de «vingtain» qu'elle prélevait sur les blés, avoines, feuilles,
+etc... pour payer les 21,000 écus «viginti unius millium scutorum
+novorum currentium in regno Franciæ». Moyennant le versement de cette
+somme, les deux héritiers de Geoffroy le Meingre, Louis le Meingre,
+seigneur de Bridoré[335], et Jean le Meingre, son frère cadet,
+chevalier (miles), assistés de leur mère, renoncent à tous les droits
+que leur avaient laissés, sur Valréas et autres lieux, leur père
+Geoffroy le Meingre et leur oncle paternel (patruus) Jean le Meingre,
+dit Boucicaut, maréchal de France, mort en Angleterre en 1421. L'acte,
+passé le 23 juin 1452[336] fut ratifié postérieurement.
+
+ [335] Pour le château de Bridoré, voy. Imbert de Batarnay,
+ _Appendice_, pp. 389 et suiv. Ce château, situé en Touraine, fut
+ vendu en 1475 à Du Bouchage par Jean Boucicaut. Voy. Anselme, VI,
+ p. 753, et Imbert de Batarnay, p. 81.
+
+ [336] Arch. de Valréas, copie.--Biblioth. d'Avignon.--Papiers
+ Achard.
+
+Par un acte ultérieur, daté du 30 septembre 1453, mentionné dans
+l'acte ci-dessus, Louis et Jean reçurent comme premier acompte, à
+titre de somme représentative, pour le contingent de la ville de
+Pernes, mille cinq cent cinquante florins d'or, montant du revenu du
+«vingtain» de la communauté de Pernes, pour un an[337]. Mais la
+renonciation définitive des Boucicaut à leurs droits sur cette
+communauté ne prit réellement fin que le 5 janvier 1468, par acte
+public et notarié en vertu duquel, moyennant un versement de 4,000
+écus d'or du pays, les deux frères Boucicaut signèrent un acquit
+général pour toutes les sommes à eux dues[338]. Quant à leur créance
+sur Avignon, dont l'origine remontait, à leur dire, au premier siège
+du palais, pour certaines avances faites à la ville, par leur père
+Geoffroy, elle ne fut éteinte qu'après 1466, à la suite de
+l'intervention du pape Paul II et sur la demande d'Alain de Coëtivy,
+archevêque d'Avignon, qui fit comprendre les désagréments pouvant
+résulter de la non extinction de cette dette, pour la tranquillité et
+la bonne administration des États de l'Église[339].
+
+ [337] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 307, vo.--Arch. de
+ Pernes, Laurent Michel, notaire.
+
+ [338] Arch. de Pernes.--Chart. origin. signée de Jacques Girardi
+ et Pierre Lamberti, notaires.
+
+ [339] Bref du pape Paul II, du 2 octobre 1466.--Arch. municip.,
+ B. 36, no 6, Cott. G.
+
+Le rôle des Boucicaut dans ce pays est terminé[340]. Leurs
+revendications plus ou moins fondées avaient servi de prétexte à
+maints coups de force, à maintes représailles, sous couleur de droit
+et de justice. Louis XI, qui était fixé sur la valeur morale de leurs
+revendications, avait trouvé là une excellente occasion d'exercer ce
+talent d'intrigues et de menées souterraines qui couvre ses hautes
+vues politiques, et il en avait usé sans scrupule pour inquiéter ses
+voisins et faire échec à l'autorité paternelle.
+
+ [340] Pour tout ce qui a trait à l'histoire des Boucicaut dans ce
+ pays, voy. Lambert, _Catalog. des Mss. de Peiresc_, t. II, p.
+ 472.
+
+La bonne intelligence qui régnait entre Charles VII et les
+Avignonnais, un moment interrompue par l'attitude du cardinal de Foix
+et de la ville, dans la question de la saisie des biens de
+«l'Argentier[341]», ne tarda pas à être rétablie, comme le montrent
+les lettres royales de 1453, relevant les Avignonnais des marques et
+représailles que le roi avait laxées précédemment[342]. Tout fut
+oublié, même les soupçons de relations suspectes avec le dauphin
+Louis. Du reste, les événements militaires dont le sud-ouest de la
+France était alors le théâtre, avaient détourné l'attention du roi de
+ce côté. Et ce qu'il y a de particulièrement caractéristique dans ces
+relations de la Cour de France avec Avignon, à ce moment du réveil
+national, c'est de voir Charles VII annoncer aux sujets du pape, en
+même temps qu'aux villes royales, le succès de ses armes contre
+l'ennemi héréditaire. Le fait est naturel pour les villes du royaume;
+il emprunte un tout autre caractère quand il s'agit d'Avignon, placée
+sous une domination étrangère. Cette lettre du roi fait autant
+d'honneur au souverain qui l'écrivait qu'aux Avignonnais à qui elle
+était destinée, et on ne peut pas mieux faire l'éloge de leur
+patriotisme et de leurs sentiments français: «Nous vous écrivons ces
+choses, leur disait Charles VII, le 22 juillet 1453[343], en leur
+annonçant la victoire et la capitulation de Castillon, la mort de
+Talbot et de son fils: «tres chiers et grans amis, pour ce que savons
+que prenez grant plaisir a oir en bien de la prospérité de nouz et de
+nostre seigneurie.» Et il terminait par une phrase consolante pour
+l'amour-propre national: «Et avons esperance en Dieu que le surplus du
+recouvrement de nostre pais de Guienne se portera bien[344].»
+
+ [341] _Mém. de l'Académie de Vaucluse_, t. VI, ann. 1887.
+
+ [342] Arch. municip., B. (Lettres de marques et de représailles).
+
+ [343] Arch. municip., série A.A.--Voy. aux Pièces justificat., no
+ XII.
+
+ [344] La même lettre est écrite aux habitants de Lyon.--Cf. de
+ Beaucourt, _L. cit._, V, p. 276, et not. 3, V, Pièces
+ justificat., not. XVI, p. 463.
+
+Moins de trois mois après, Charles VII, maître de Bordeaux, le 19
+octobre 1453, s'empressait de faire connaître aux Avignonnais, dans
+leurs moindres détails, les événements militaires qui avaient précédé
+la reddition de la ville et la soumission de la Guyenne: «Ainsi grâces
+à nostre seigneur nous avons réduit en nostre obeyssance tout nostre
+pais et duchié de Guienne. Et à vous escripvons ces choses pour ce que
+scavons certainement que avez en bien de nous, et, de la prospérité de
+nostre seigneurie prenez très singulier plaisir[345].» Ces lettres ne
+nous apprennent rien qui ne soit connu, surtout après la publication
+de l'ouvrage de M. de Beaucourt[346], mais elles n'en constituent pas
+moins un fait historique digne d'être relevé dans les relations de la
+couronne avec les sujets du Saint-Siège.
+
+ [345] Arch. municip., Orig., B. 36, no 27, Cott. C.C.
+
+ [346] De Beaucourt, voy. pp. 272 et suiv.
+
+La fuite du dauphin, menacé par son père, son installation au château
+de Genappe, de 1456 à 1461, expliquent la cessation de toute relation
+entre le futur héritier de la couronne et les Avignonnais. Néanmoins,
+de sa retraite où il suivait tout ce qui se passait à la Cour, dans le
+royaume et chez les autres nations, Louis entretenait des agents à
+proximité du Dauphiné, dans le but de susciter quelque révolte dans
+cette province dont son père, par lettres patentes du 11 juillet
+1457[347], s'était attribué l'administration. C'est ainsi que, par
+mesure de haute police, Charles VII écrit à Angelo de Amelia, recteur
+du Venaissin[348], pour lui donner l'ordre de faire arrêter, sans
+délai, un certain Gascon, nommé Bertrand Salines, qui s'était établi à
+Courthézon, château appartenant au prince d'Orange, lequel était
+parent et allié de Philippe de Bourgogne. Dans ces projets de
+conspiration contre l'autorité royale, les Comtadins et les
+Avignonnais ne donnèrent lieu à aucune plainte de la part de Charles
+VII, et Thomas de Valsperge écrivait aux consuls, le 23 septembre
+1459: «Je vous fès assavoir que de certayn le roy est tousjours en sa
+bonne opinion pour Avignon[349].» Nous en avons une preuve dans la
+lettre qu'il adresse aux consuls de la ville, le 13 décembre
+1460[350], pour réclamer certaines sommes dues par des marchands
+d'Avignon, à feu Pierre de Campo-Fregoso, ancien doge de Gênes,
+d'abord allié de la France, puis traître à notre cause, et qui avait
+trouvé un refuge auprès de Sforza, à Milan. Ayant voulu reprendre à
+main armée la ville de Gênes, où commandait alors Jean, duc de
+Calabre[351], fils du roi René, au nom de la France, Pierre de
+Campo-Fregoso périt dans un combat sous les murs de Gênes (13
+septembre 1459)[352]. Charles VII, informé que ledit Campo-Fregoso
+avait une créance importante à Avignon, écrivit aux consuls et au
+cardinal de Foix: «Pour les quelles causes et que tousjours avons
+favorablement traictez les subgectz et habitans de la ville d'Avignon
+et vouldrions leurs droiz et prérogatives leur estre gardez et
+entretenuz en nostre royaume.....»; le roi priait les consuls de faire
+payer les sommes dues à Campo-Fregoso: «Et en ce tellement fere que
+nous ayons cause davoir de bien en mieulx vous et les subgectz de
+l'Église, de par delà en nostre especialle recommandacion et qu'il ne
+soit besoing que y procedions par autre manière dont fort nous
+desplairoit ce que toutesfois se ainsi n'estoit fait raison nous
+contraindroit pour la conservacion de nostre droit de le faire et de y
+donner telle provision que au cas appartient[353].»
+
+ [347] De Beaucourt, VI, p. 378. Charles VII avait résidé à
+ Saint-Priest en Dauphiné de décembre 1456 à mai 1457. _Lettres de
+ Louis XI_, p. 281.
+
+ [348] Lettre du 4 juillet 1459, de Angelo de Amelia à Sforza.
+ Angelo de Amelia avait été nommé recteur du Venaissin par bref de
+ Paul II, le 28 novembre 1457.
+
+ [349] Origin., daté de Thonon, 23 septembre 1459, Arch. municip.,
+ série A.A.
+
+ [350] Origin., Arch. municip., B. 37, no 72, Cot. 2.2.2.
+
+ [351] Gênes avait reconnu l'autorité de Jean de Calabre (juin
+ 1456). Ce dernier était entré dans la ville le 11 mai 1458.
+
+ [352] De Beaucourt, _L. cit._, pp. 247-248.--Pour Pierre de
+ Campo-Fregoso, voy. de Beaucourt, V, p. 294, not. 1, et p. 302.
+ Cf. Charavay, _Arch. des Miss._, VII, p. 470.
+
+ [353] Donné à Bourges le 13 décembre 1460 (?).--Arch. municip.,
+ B. 37.
+
+Il paraît que les Avignonnais et le légat s'empressèrent de satisfaire
+à la réclamation du roi, car par lettres patentes du 25 février
+1461[354], Charles VII, seigneur de Gênes, fait donation au roi René
+de la somme de 5,000 ducats d'or, due par les marchands d'Avignon, à
+messire _Perrier de Campo-Frigosio_ et confisquée au profit de Sa
+Majesté. La leçon que Charles VII avait donnée à la ville d'Avignon et
+au cardinal de Foix, lors du procès de Jacques Coeur (1452-1453),
+avait porté ses fruits. Aussi les sujets du pape firent-ils preuve en
+cette circonstance des dispositions les plus conciliantes. Moins de
+cinq mois après, Charles VII mourait, laissant aux Avignonnais et aux
+Comtadins le souvenir de ses bontés royales et de sa protection
+généreuse. Louis XI, exilé depuis six ans en Belgique, allait le
+remplacer, et ce n'était pas sans une certaine appréhension que la
+ville d'Avignon voyait monter sur le trône le rancunier monarque, qui
+n'avait point encore oublié les dénonciations portées jadis contre
+lui, à son père, par les émissaires de la ville et du cardinal de
+Foix.
+
+ [354] Arch. des Bouches-du-Rhône.--Cour des Comptes de Provence,
+ B. 680.--Cf. Lecoy de la Marche, _Le roi René_, I, p. 294;--de
+ Beaucourt, VI, p. 349.
+
+
+
+
+CHAPITRE V
+
+Louis XI et la succession du Cardinal de Foix à la légation d'Avignon
+(1464-1470).
+
+ Caractère des relations des Comtadins et des Avignonnais à
+ l'avènement de Louis XI.--L'ambassade de Malespine et de Pazzis
+ à Tours (1461).--La succession du cardinal de Foix.--Rôle du
+ maréchal Jean d'Armagnac.--Opposition de Louis XI à la
+ nomination du cardinal d'Avignon, Alain de Coëtivy, comme
+ légat.--Conflit entre Louis XI et Paul II pour la désignation
+ d'un légat.--Ambassade de d'Ortigues à Rome (janvier
+ 1465).--Échec de la politique de Louis XI auprès du
+ Saint-Siège.
+
+
+Charles VII était mort à Mehun-sur-Yèvre le 22 juillet 1461. Louis,
+dauphin, se fit sacrer à Reims le 15 août de la même année, comme roi
+de France.
+
+Pendant les huit années qui précédèrent son avènement, les rapports
+avec Avignon et l'État du Venaissin n'avaient été marqués par aucun
+fait à signaler. Dans son attitude vis-à-vis de la papauté, Louis
+s'était montré jusque-là plutôt respectueux et fils soumis de
+l'Église, et depuis l'intervention du cardinal d'Estouteville, rien
+dans ses agissements n'avait trahi une pensée ou un dessein hostile
+aux vassaux du Saint-Siège. Néanmoins le nouveau monarque n'avait
+point pardonné aux Avignonnais, pas plus qu'au cardinal de Foix, les
+doléances portées contre lui auprès du roi défunt, et il en avait
+gardé un vif ressentiment. Les Avignonnais et le cardinal n'avaient
+probablement pas sur ce point la conscience tranquille, et c'est cette
+raison qui les décida à envoyer auprès de Louis XI une ambassade
+composée de François Malespine et d'Allemand de Pazzis[355],
+représentants les plus éloquents de la ville, et de Geoffroy de
+Bazilhac, élu de Carcassonne, que le rusé cardinal avait attaché à la
+personne des ambassadeurs pour les surveiller et pour être tenu mieux
+au courant des dispositions du roi. L'ambassade arriva à Paris[356] au
+mois de septembre 1461, et après avoir rencontré bien des difficultés
+pour se loger, obtint une audience de Sa Majesté. Un des personnages
+qui jouissait auprès du souverain d'un crédit sans limites, le
+maréchal d'Armagnac, parent du cardinal de Foix, servit d'introducteur
+aux ambassadeurs et leur facilita une première entrevue avec Louis XI.
+Le maréchal de Comminges[357] se mettait à leur service pour
+complaire, disait-il, à son cousin le cardinal légat; mais, en
+réalité, il cherchait, dès cette époque, à entrer en relations avec
+les Avignonnais, escomptant la succession du cardinal vieux et
+maladif, avec l'espoir de trouver auprès des sujets du Saint-Siège un
+appui à Rome, en vue d'assurer à son frère, archevêque d'Auch, la
+légation d'Avignon.
+
+ [355] 14 août 1461.--_Reg. des Conseils_, fol. 78.
+
+ [356] Louis XI passa à Paris le mois de septembre 1461 avant de
+ se rendre à Tours. Voy. _Lettres de Louis XI_, II, p. 17, not. 1.
+
+ [357] Jean de Lescun, bâtard d'Armagnac, fils d'Armand Guilhem de
+ Lescun et d'Anna d'Armagnac (Thermes), fut attaché au dauphin
+ dont il devint le confident et le conseiller intime, pendant son
+ séjour en Dauphiné. Ce sont ses agissements qui contribuèrent
+ surtout à irriter Charles VII contre son fils. Nommé gouverneur
+ du Dauphiné par lettres du dauphin datées de Bruges, 24 janvier
+ 1458 (Voy. Duclos, _Preuves_, p. 160;--Charavay, _Lettres de
+ Louis XI_, I, p. 100), il administra cette province de 1458 à
+ 1472 d'une manière vraiment remarquable. C'est lui qui opéra la
+ réforme municipale de Grenoble, réorganisa le Parlement de cette
+ ville (1461), fonda le monastère de Sainte-Claire (1469). Il fut
+ chargé par le roi de délivrer Yolande de Savoie, assiégée par ses
+ deux beaux-frères dans le château d'Aspremont, 1471 (Voy. M.
+ Legeay, II, p. 16, et Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, pp.
+ 273-278, Chorier, _Hist. du Dauphiné_, p. 473). Louis XI le
+ nomma, dès son avènement, maréchal de France (3 août 1461) et lui
+ donna le comté de Comminges en 1462. Voy. _Ordon. des Rois de
+ France_, XV, 626. Il figure au bas d'une ordonnance de Louis XI,
+ le 14 octobre 1463, avec le titre de «l'_Admiral_» (_Id._, XVI,
+ p. 91).
+
+ Jean d'Armagnac mourut à la Côte-Saint-André le 9 juin 1473, et
+ fut enterré dans l'église de Bourg-lès-Valence.
+
+ On peut consulter pour la biographie de ce personnage qui a joué
+ un rôle si important sous Louis XI, _Gallia Christiana_, I, p.
+ 1000;--Anselme, _Hist. généalog. grands-off. de la Couronne_, VI,
+ p. 94;--Charavay et Vaesen. _Depech. de Tomaso Tebaldi_, I, pp.
+ 267 et suiv.;--de Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, V, p. 142,
+ not. 1;--Dom Vaissette, _Hist. du Languedoc_, {2}XI, pp. 50, 51.
+
+ Voy. la biographie très complète résumée par Pilot, _Catalog._; I,
+ pp. 315-316, not. 1.
+
+Le roi se montra très bienveillant pour les ambassadeurs et les fit
+venir près de sa personne, «si près même qu'ils se touchaient», afin
+que personne ne pût entendre leur conversation. Après avoir écouté
+avec sympathie leurs souhaits de bienvenue, Louis XI leur déclara
+qu'il avait à se plaindre d'eux pour des faits passés. Il leur
+rappela, en effet, que du vivant de son père («dont Dieu ayt l'âme!»)
+les Avignonnais, sur les conseils de certains Gascons, l'avaient
+accusé, lui, dauphin, d'avoir voulu enlever le comté et la ville
+d'Avignon à notre saint père le pape, pour les mettre entre les mains
+de son maréchal d'Armagnac. Louis XI protestait énergiquement contre
+de pareilles imputations et il déclarait que si telles avaient été ses
+intentions, jamais il n'aurait mis le pied dans Avignon et jamais il
+ne se serait approché aussi près de la ville. Le roi ajoutait, du
+reste, qu'il commettait le soin de recevoir là-dessus les explications
+des ambassadeurs à Jean Bureau et qu'il tenait à connaître les noms
+des inventeurs de pareilles calomnies[358]. Évidemment, dans ces
+plaintes, le roi faisait allusion, sinon à la personne du cardinal de
+Foix, du moins à son entourage, composé de Gascons, ses compatriotes.
+Mais comme nous l'avons vu dans le précédent chapitre, à propos de
+l'ambassade de Jean de Lizac, Charles VII accuse son fils, sans
+preuves formelles; c'est un grief vague, peut-être comme un écho des
+négociations avortées de 1444; mais, en 1451 rien dans nos documents
+ne permet de diriger contre le dauphin une accusation précise.
+
+ [358] Lettre inédite de Malespine et de Pazzis au Conseil de la
+ ville d'Avignon, du 25 septembre 1461, Arch. municip., série A.A.
+ (Voy. aux pièces justificat.). L'original de cette lettre est au
+ point de vue littéraire un précieux spécimen de l'idiome parlé à
+ Avignon au cours du XVe siècle. L'influence du catalan y est
+ prépondérante; on y trouve également des vocables et des
+ tournures qui sont encore en usage dans le «patois local». Nous
+ en donnons la traduction aux pièces justificat., no XIII.
+
+Quoiqu'il en soit, si réellement Charles VII avait été avisé des
+desseins de son fils sur les possessions du Saint-Siège, ce ne peut
+être que par le cardinal de Foix, à l'insu de la ville, ou encore par
+l'évêque d'Avignon, Alain de Coëtivy qui était mal vu du dauphin. Il
+est aussi de quelque apparence que Charles VII ait voulu, bien que
+l'accusation remontât à quelques années, ajouter un grief de plus à
+ceux qu'il formulait publiquement contre son fils.
+
+Les ambassadeurs d'Avignon répondirent avec la plus grande sincérité
+au maréchal d'Armagnac, qui les avait invités à dîner, que jamais, à
+leur connaissance, la ville n'avait écrit au défunt roi dans le but
+d'incriminer son fils; que, dans tous les cas, ils n'avaient jamais
+suspecté la loyauté de ses intentions et qu'ils ne pouvaient pas
+s'imaginer quel était l'auteur de ces propos mensongers.
+
+Les envoyés se rendirent ensuite chez Jean Bureau[359] pour lui
+demander s'il avait quelque souvenir plus précis de cette affaire.
+Celui-ci répondit qu'il lui semblait se rappeler avoir vu quelque
+lettre et entendu parler de quelque chose de semblable à l'hôtel du
+roi, mais qu'il ne lui restait de ces conversations qu'un souvenir
+très vague. Enfin, les mêmes ambassadeurs eurent à ce même sujet une
+entrevue avec monseigneur de Boucicaut[360], ami de la ville et du
+cardinal de Foix, et maître Pierre Robin. Monseigneur Boucicaut et une
+autre personne rappelèrent que feu le roi Charles VII avait envoyé un
+ambassadeur à Avignon pour avertir la ville et monseigneur le cardinal
+«qu'on était sur le point de leur faire déplaisir et qu'il leur en
+donnait avis». Il s'agit sans doute de la mission de Jean de Lizac, en
+1451, dont nous avons raconté ailleurs les diverses péripéties. Les
+envoyés de la ville, après avoir rappelé ce qui avait été répondu à
+cette époque, tant par le conseil que par le cardinal, au roi Charles
+VII, rendent compte de leurs démarches, ajoutant que s'il est
+nécessaire de dire autre chose ou de produire de plus amples
+justifications, le conseil ou monseigneur le cardinal doivent leur
+mander leurs instructions, en adressant les lettres à la Cour. Le roi
+devait se rendre incessamment à Melun, puis à Amboise et à Tours, où
+les ambassadeurs se proposent de le suivre pour être dépêchés le plus
+tôt possible «per espachats lo plus tost que porren[361]». En même
+temps la lettre à l'adresse des consuls les informait que le nonce, à
+Paris, avait eu avec le roi une entrevue, à la suite de laquelle il
+avait avisé directement le cardinal de Foix de tout ce que le roi lui
+avait dit, et envoyé de plus un messager spécial à Avignon, chargé de
+faire connaître la teneur des paroles de Louis XI.
+
+ [359] Jean Bureau était, en 1461, chambellan de Louis XI. Il
+ avait fait sous Charles VII toute la campagne de Guyenne
+ (1452-1453). Il mourut le 5 juillet 1463. Anselme, VII, p. 135.
+
+ [360] Monseigneur de Boucicaut. Il s'agit ici de Louis le
+ Meingre, chambellan de Louis XI et fils de Geoffroy, le même qui
+ figure dans l'acte de renonciation de 1468.
+
+ [361] Voy. pièces justificat., no XIII (traduction).
+
+Ce trait caractérise bien la diplomatie de ce temps-là. Le cardinal de
+Foix a non seulement visé et modifié à sa guise les instructions
+données aux ambassadeurs de la ville, mais il les a fait suivre par un
+homme à lui qu'il a instruit de tout. Celui-ci, qui a été mis au
+courant par le nonce de tout ce qui s'est traité à Paris, se fait
+confier, sous des dehors officieux, les lettres par lesquelles les
+ambassadeurs rendent compte à la ville de leur mission, et il est
+probable que le cardinal eut connaissance de leur contenu avant les
+consuls. Il est vrai que, de leur côté, les ambassadeurs savaient à
+qui ils se confiaient. La réponse du roi aux consuls est du 26
+décembre 1461. Après les avoir informés qu'il avait écouté avec
+bienveillance et fait ouïr par son conseil leurs compatriotes «sur
+tout ce qu'ils ont voulu dire et remonstrer, touchant les matières
+dont le cardinal et les consuls leur avaient donné charge», Louis XI
+ajoute, pour mieux marquer ses sentiments à leur égard: «et en toutes
+autres choses touchant les affaires de la ville d'Avignon et du pais,
+sommes tousjours pretz et enclinz de faire et nous emploier au bien
+d'iceulx, ainsi que les cas se y offriront, comme par les dessuz
+nommez povez estre plus à plain informez[362]».
+
+ [362] Cette lettre ne figure pas aux pièces justificatives, ayant
+ été donnée par Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, II, p.
+ 21. Arch. municip., B. 33, no 45.
+
+L'année suivante, Louis XI accordait au pape une apparence de
+satisfaction, un peu tardive, il est vrai, sur les questions que le
+cardinal d'Estouteville avait eu charge d'appointer dix ans
+auparavant. Par un traité conclu avec le pape Pie II (1462), Louis XI
+s'engageait à reconnaître les droits du Saint-Siège sur Pierrelate, La
+Palud et autres lieux où il les avait contestés, mais il refusa
+postérieurement de ratifier ses engagements et d'en exécuter les
+conditions[363].
+
+ [363] Chambaud, _Recueil sur Avignon_, mss., I, fol. 402, 403.
+
+Si Louis XI une fois sur le trône s'abstient de toute agression contre
+les domaines de l'Église et paraît renoncer à toute pensée d'annexion,
+il n'en affiche pas moins la prétention d'y faire prévaloir ses ordres
+et ses instructions comme dans les provinces royales, et il veut avoir
+la haute main sur l'administration intérieure du Venaissin et
+d'Avignon. En un mot, si, comme le dit Legeay[364], il n'a pas
+l'intention d'empiéter sur les domaines de l'Église, il ne saurait
+admettre que le cardinal légat, représentant la suzeraineté du
+Saint-Siège à Avignon, puisse avoir une politique qui aille à
+l'encontre des intérêts de la couronne. Louis XI considère le légat du
+Saint-Siège comme un subordonné qui doit être plus français que
+romain. C'est pourquoi il veut que le pape le consulte toujours sur le
+choix du légat, et il ne se gênera pas pour essayer de lui forcer la
+main en vue de lui imposer un candidat à son agrément. Les idées du
+roi, qui étaient là-dessus celles de son père, et qui caractérisent
+nettement la ligne de conduite de presque tous les rois prédécesseurs
+et successeurs, à l'égard des États pontificaux de France, se
+manifestent franchement au cours de la lutte que la France soutenait
+contre les Catalans en faveur du roi d'Aragon. On sait, en effet, que
+le 1er mai 1462[365], Louis XI avait signé avec Henri d'Aragon le
+traité de Sauveterre, par lequel il s'engageait à lui fournir 700
+lances moyennant 30,000 écus; mais Henri ne pouvant les payer dut
+abandonner comme gages, à la France, la Cerdagne et le Roussillon
+(1462).
+
+ [364] Legeay, _Hist. de Louis XI_, I, p. 370.
+
+ [365] Dom Vaissette, _Hist. du Languedoc_, XI{2}, p. 47. Voy.
+ _Bulletin historique et philologique_, année 1895, nos 1 et 2,
+ pp. 392 et suiv.
+
+Au cours des hostilités Louis XI fait défense formelle au seigneur de
+Clermont, lieutenant du gouverneur du Languedoc, de laisser apporter
+des ports de cette province du blé, aux habitants de Barcelone,
+rebelles au roi d'Aragon[366]. Louis XI formule la même défense au
+cardinal de Foix et sur un ton qui n'admettait pas de réplique.
+Inhibition est faite aux Avignonnais d'envoyer «à ceulx de la ville de
+Barselonne des vivres, artillerie et autres choses à eux nécessaires».
+Et la lettre royale ajoutait: «Nous vous prions bien affectueusement
+remontrer aux ditz habitanz de la dite ville d'Avignon et autres des
+nacions dessouz dites demourans en icelle, en leur notiffiant ou
+faisant notiffier que s'ilz font le contraire nous les réputons dès à
+présent noz ennemis et entendons de procéder ou faire procéder à
+lencontre d'eulx, ainsi quil appartient en tel cas. Et affin quilz
+naient cause d'en prétendre aucune ignorance, vous prions de rechief
+que les choses dessus dites faictes crier et publier par cry publique
+et à son de trompe, en nous faisant savoir tout ce que aures fait. E
+vous nous feres très singulier et agréable plaisir[367].» Nous ne
+connaissons pas la réponse du cardinal, mais il est probable qu'elle
+fut conforme aux désirs de Sa Majesté, comme celle du gouverneur du
+Languedoc[368]. Cette lettre, bien que se rapportant à un fait isolé,
+ne laisse pas que d'offrir le plus vif intérêt, en ce sens qu'elle
+explique d'une façon logique l'attitude et les agissements si peu
+connus de Louis XI dans l'importante question de la succession du
+cardinal de Foix et de la désignation de son successeur.
+
+ [366] Dom Vaissette, _Liv. cit._, XI{2}, p. 55.--Voy. H. Sée,
+ _op. cit._, p. 292.
+
+ [367] Origin. inédit. Donné à Castalno de Médoc, le 21 janvier
+ (1464). Louis XI était à Castelnau de Médoc le 19 janvier 1464.
+ _Lettres de Louis XI_, II, not. 1. Arch. municip., série
+ A.A.--Voy. pièc. justificat., no XIV.
+
+ [368] Dom Vaissette, _Liv. cit._, XI, p. 55. Le lieutenant du
+ gouverneur écrit au roi en mars 1464 pour lui dire qu'il a obéi à
+ ses ordres.
+
+Pierre de Foix, légat du Saint-Siège à Avignon et dans le Venaissin,
+occupait ces fonctions depuis trente-deux ans, avec la plus grande
+distinction. Diplomate plein de finesse, politique délié, ferme et
+prudent, il avait su, sans se brouiller avec le dauphin, préserver de
+ses attaques les terres placées sous son autorité et conserver
+l'estime de Charles VII; plus tard, Louis XI devenu roi, l'avait
+ménagé à la fois par intérêt personnel et pour complaire à son
+conseiller et ami, le maréchal d'Armagnac. Succombant sous le double
+fardeau de l'âge et des exigences multiples de sa charge, le cardinal
+légat se mourait lentement dans son palais, et plusieurs émissaires
+intéressés avaient appelé l'attention du roi de France sur une proie
+aussi tentante que cette succession[369]. «D'autre part, sire, lui
+écrivait le 31 août 1464 Jean de Foix, savez, Monsieur le Cardinal mon
+oncle est en grant aage et tousjours maladif, mesmement a esté puis
+naguères en tel point quil est cuidé de morir et est à présumer quil
+ne vivra guères...., je ne scay, sire, se vous avez jamais pensé
+d'avoir Avignon en vostre main, lequel à mon advis, vous seroit bien
+séant et qui pourroit mettre au service de mondit sieur le cardinal ou
+par la main de Monsieur de Foix ou autrement quelque homme de façon
+qui fist résidence avec lui. Or ne fauldroit point davoir le palais
+incontinent que le dit Monsieur le Cardinal seroit trépassé, etc.» La
+dernière recommandation surtout est à retenir, car elle montre la
+pensée tout entière des neveux du cardinal, surtout de Pierre de Foix,
+qui ambitionnait sa succession comme légat. Sollicité par le maréchal
+d'Armagnac, Louis XI avait pris les devants et dès le mois d'août il
+engageait avec le Saint-Siège des négociations pour amener le Saint
+Père à donner la légation d'Avignon à un membre du clergé qui fût
+_persona grata_ à la Cour de France[370].
+
+ [369] Lettre de Jehan de Foix au Roy, Voy. Dom Vaissette, _Nouv.
+ édit._, XII, pp. 92, 93.
+
+ [370] Lettre inédite de Jean d'Armagnac aux consuls d'Avignon du
+ 22 décembre 1464. Orig. Arch. municip., B. 95, no 73. Voir aux
+ pièces justificat., no XVII.
+
+Le premier candidat proposé par Louis XI à l'agrément de Pie II avait
+été le propre neveu du cardinal, portant le même prénom et qu'on a
+quelquefois confondu avec son oncle le cardinal, Pierre de Foix le
+jeune[371]; mais le pape répondit «que pour riens il ne lui
+baillerait, pour ce quil estoit mineur d'aage». Sans se décourager de
+ce premier échec, Louis XI proposa ensuite l'évêque de Genève,
+Jean-Louis de Savoie, frère de la reine, qui fut également refusé. Le
+pape fit alors savoir au roi «quil advise quelque évesque ou
+arcevesque en son royaulme qui soit à son gré et quil pourvoyra cestuy
+là sans autre».
+
+ [371] Pierre de Foix, dit le jeune, né à Pau en 1449, évêque de
+ Vannes, élu le 17 mai 1475; cardinal de Saint-Sixte en 1476. Il
+ mourut à Rome le 10 août 1490.
+
+Déçu dans ses premières démarches, Louis XI s'adressa directement aux
+Avignonnais, par l'intermédiaire de son maître d'hôtel Mombardon. Le
+26 août 1464, le roi, alors à Noyon, écrivit aux consuls pour les
+informer qu'il avait connaissance de la maladie du cardinal, ce dont
+il était très «desplaisant. Et pour ce quil est à doubter que de la
+dicte maladie il voise de vie à trespas, nous vous advertissons que se
+avez daucune chose à faire en quoy nous puissions pour vous employer
+nous le ferons de très bon cueur ains que plus amplement nous avons
+chargié vous dire à nostre ami et feal conseiller et maistre de nostre
+hostel Mombardon, porteur de ces présentes. Si le vueillez croire de
+ce quil vous dira sur ce de nostre part[372]». En s'adressant aux
+Avignonnais, Louis XI comptait évidemment mettre leur influence au
+profit de son candidat qu'il ne leur désignait cependant, pas encore
+nominativement. Au même moment, nous voyons arriver à Avignon Jean de
+Comminges, maréchal d'Armagnac, accompagné du duc de Calabre, fils du
+roi René (août 1464). Le conseil leur offrit une splendide hospitalité
+et ne regarda pas à la dépense si l'on en juge par les comptes de la
+ville[373]. On ne se tromperait pas en affirmant que le passage du
+prince et du maréchal dans la cité papale se rattachait à la question
+de la succession du cardinal de Foix. Évidemment ces deux personnages,
+dont l'un était le confident le plus intime du roi «son grand
+conseil[374]», devaient avoir reçu une mission secrète que nous
+devinons facilement et qui avait pour but d'appuyer par paroles la
+lettre de Louis XI aux consuls.
+
+ [372] Orig. inédit, Arch. municip., B. 77, no 87, Cott. P.P.P.P.
+ Voy. aux pièces justificat., no XVI.--Pour Arnaud de Mombardon,
+ voy. Anselme, II, p. 178.--Cf. Chambaud, mss., VII, fol. 17, et
+ Massillan, mss., X, fol. 42, vo.
+
+ [373] Mandat de 26 florins 6 gros pour vin et bois fournis au
+ comte de Comminges, mareschal de France, à l'occasion de son
+ passage et de celui du duc de Calabre: «hic adfuerunt de mense
+ augusto proxime præterito», 17 barrals de vin blanc, 18 florins
+ 14 gros,--13 barrals de vin rouge, 8 florins 16 gros,--2
+ charretées de bois, 3 florins, «pro domino duce Calabriæ et aliàs
+ pro domino marescallo franciæ et pro jucundo adventu
+ eorum».--_Reg. des Conseils_, III, fol. 128, _Comptes de la
+ Ville_, Origin., C.C., Mandat du 7 mai 1465.
+
+ [374] Jean de Serres, I, p. 769.
+
+Le 3 octobre 1464[375] le conseil se réunit pour examiner la réponse
+à faire aux lettres royales du 3 août, et il fut décidé qu'un
+ambassadeur serait dépêché à Rome pour faire connaître au pape les
+intentions de la ville sur ce point; un messager spécial se rendrait
+pour le même objet auprès de Louis XI. Au cours de ces négociations,
+le vieux cardinal, dont la succession provoquait de si ardentes
+compétitions, déclinait de jour en jour, et une issue fatale était
+imminente. Vers le milieu de novembre[376], Louis XI fit partir pour
+Rome Jehan de Reilhac[377], son secrétaire, auprès du Saint Père, pour
+le supplier de donner la légation d'Avignon à Jehan de Lescun,
+archevêque d'Auch, frère du maréchal de Comminges[378].
+
+ [375] _Regist. des délibérat._, Arch. municip., 1464.
+
+ [376] Lettre de Jehan de Comminges aux consuls, pièces
+ justificat., no XVII.
+
+ [377] Dans l'ouvrage qu'il a consacré à ce personnage, qui a joué
+ sous Louis XI, Charles VII et Louis XII un rôle important comme
+ diplomate, M. de Reilhac (I, pp. 183, 184) dit simplement: «C'est
+ ici que se place une ambassade de Jean de Reillac à Rome et à
+ Milan. Il reste absent pendant les sept mois qui s'écoulent du 13
+ août 1464 au 13 mars suivant, époque où éclata la guerre du Bien
+ public.» M. de Reilhac ignore le motif de ce voyage à Rome et
+ pense que ce fut pour représenter Louis XI à l'installation du
+ nouveau pape, le cardinal Barbo, vénitien qui avait succédé, sous
+ le nom de Paul II, au pape Pie II, mort le 16 août 1464.--Jean de
+ Reilhac, dont la femme avait soin du ménage du roi (voy. Charavay
+ et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, II, p. 56), fit ce voyage à
+ Rome, comme tant d'autres, à ses propres frais, «et fraya moult
+ sien, combien qu'il eust peu de bien du Roy». Arch. nat., X{t}a,
+ 8317, fol. 239. (Cf. de Reilhac, I, pp. 183, 184).--Voy. pour
+ Jean de Reilhac, Pilot, _Catalog._, 1439, p. 92 et not. 1.
+
+ [378] Jean de Lescun était fils d'Armand Guilhem de Lescun,
+ seigneur de Sarraziet dans les Landes, et d'Anne
+ d'Armagnac-Thermes. Il avait deux frères: 1º Garcias Arnaud de
+ Lescun, seigneur de Sarraziet, et 2º Jean de Lescun, plus connu
+ sous le nom de Bâtard d'Armagnac, comte de Comminges et
+ gouverneur du Dauphiné. Cette filiation est absolument prouvée
+ par les documents conservés aux Archives des Basses-Pyrénées,
+ notamment par un acte du 18 janvier 1454, dans lequel figurent
+ les trois frères.
+
+ Jean de Lescun était protonotaire apostolique lorsqu'il fut élu
+ archevêque d'Auch, en 1453, après la démission de Philippe de
+ Lévis. Le comte d'Armagnac fit opposition à sa nomination et se
+ prononça en faveur de Philippe II de Lévis, évêque de Mirepoix.
+ Charles VII prit fait et cause pour ce dernier, et Jean de Lescun
+ ne put jouir de sa dignité qu'après la mort du roi, en 1462.
+ L'avènement de Louis XI à la couronne fut, pour l'archevêque
+ d'Auch, le commencement de nouvelles faveurs. Son frère, le Bâtard
+ d'Armagnac, venait d'être créé maréchal de France (3 août 1461) et
+ richement doté de terres et de pensions. Il est donc assez naturel
+ que la bienveillance du roi se reportât sur le frère de son
+ favori. La vie de l'archevêque d'Auch n'offre rien de particulier
+ à signaler, si ce n'est qu'il parvint à une extrême vieillesse,
+ étant mort à l'âge de 112 ans, en 1483. Il fut enseveli dans
+ l'abbaye de Gimont, au diocèse d'Auch, où il décéda. Il est
+ indifféremment désigné sous les noms de _Lescun_,
+ _Lescun-Armagnac_, _Armagnac_ et _Bâtard d'Armagnac_. Voy. à son
+ sujet _Gallia Christiana_, I, p. 1000;--Dom Vaissette, IX, p.
+ 31;--Charavay et Vaesen, II, p. 280, III, pp. 58, 78;--Mathieu
+ d'Escouchy, II, p. 275, not. 3.--Anselme, _Hist. généalogique_,
+ VII, p. 95.
+
+Au cours du voyage de Jehan de Reilhac à Rome, l'état du vieux
+cardinal, depuis longtemps désespéré, s'aggrava, et ses exécuteurs
+testamentaires, accourus en toute hâte à Avignon, s'étaient installés
+dans le grand palais comme dans une propriété personnelle, suivant la
+recommandation qui avait été faite à Louis XI, quelques mois
+auparavant, par le neveu du cardinal, Jean de Foix[379]. Évidemment,
+il est facile de reconnaître la main du roi dans les diverses
+intrigues qui précèdent la mort du cardinal légat à Avignon. Celui-ci
+avait fait, le 3 août précédent, son testament politique, dont nous
+avons une copie, conservée dans les manuscrits de Chambaud, d'après
+l'original[380]. Les trois exécuteurs testamentaires désignés par le
+cardinal étaient Pierre de Foix, son neveu, l'évêque de Rieux
+(_episcopus Rivensis_), Geoffroy de Bazilhac, et Jean, évêque de Dax
+ou Acqs (_episcopus Aquensis_)[381]. Les trois personnages avaient
+amené avec eux un train de maison considérable, et même un certain
+nombre d'hommes d'armes, leurs compatriotes, Gascons déterminés et
+résolus à qui avait été confiée la garde du grand palais, en vue d'une
+attaque possible. Cette attitude, que Louis XI encourageait, était
+pleine de menaces pour le Saint-Siège, et on pouvait craindre de voir
+se produire un conflit sérieux dès que le cardinal de Foix viendrait à
+décéder.
+
+ [379] Voy. chap. v, p. 128.
+
+ [380] Voy. Chambaud, _Rec. des Chartes_, mss., I, fol. 49, et
+ _Rec. d'Avignon_, I, p. 389, et Protocoles de Jacques Girard,
+ notaire à Avignon, côté Q.Q., fol. 21 et 23.
+
+ [381] Il est constamment appelé Johannes Aquensis in Vasconiâ.
+ Jean-Baptiste de Foix a été évêque de Dax de 1460 à 1471. A cette
+ époque il fut transféré à l'évêché de Comminges où il mourut en
+ 1481. _Gallia Christiana_, édit. de 1870, t. I, 1055, 1104, 1105.
+ Il était parent du cardinal de Foix, et il est naturel qu'à ce
+ titre il ait été désigné par ce dernier comme un de ses
+ exécuteurs testamentaires.--Jean de Foix eut pour successeur à
+ l'évêché de Dax Pierre de Foix, le jeune, cardinal diacre
+ (1471-1481). C'est sous l'épiscopat de Jean de Foix que Louis XI
+ fit son entrée à Dax dont il confirma les privilèges.
+
+Le grand palais était donc occupé militairement et sans autorisation
+du Saint-Siège lorsque le cardinal mourut, le 17 décembre 1464[382].
+Louis XI apprit le décès du cardinal de Foix, presque aussitôt, par
+l'avis qui lui en fut donné d'Avignon par courrier spécial. Il se
+trouvait alors à Tours[383], où il avait convoqué les États et les
+princes pour les faire juges de ses griefs contre le duc de Bretagne
+et exposer les droits de la couronne sur cette province. Préoccupé par
+cette importante question, et ne voulant pas se mettre en avant
+directement après les échecs successifs qu'il avait déjà éprouvés à
+Rome, le roi fit écrire sur-le-champ aux Avignonnais par son
+conseiller et premier chambellan, Jean d'Armagnac, maréchal de
+Comminges, gouverneur du Dauphiné et de Guyenne[384]. Il envoyait en
+même temps vers eux, et porteur de ses instructions confidentielles,
+le bailli des montagnes du Dauphiné, son conseiller et serviteur[385].
+Le maréchal leur annonçait en ces termes cette ambassade: «Pour vous
+dire et remonstrer aucunes choses de par luy et si vous escript bien
+au long, en vous priant que vueilliez avoir mon frère l'arcevesque
+d'Auch pour recommandé au fait de la légation de la ville et cité
+d'Avignon et gouvernement de la conte de Venissy, en la forme et
+manière que mon dit seigneur le cardinal la tenoit. Et pour ce, très
+chiers et grans amys, je vous prie et requiert que, pour l'honneur du
+roy et amour de mon dict frère, vous y vueilliez aider et tenir la
+main en tout ce qu'il vous sera possible, tant envers nostre sainct
+père que autrepart, et, en temps et lieu, mon dit frère et moy le
+recognoistrons envers vous tellement que par raison en devrez estre
+contens. Car je vous certifie que je le fais plus pour le bien du pays
+que pour le prouffit que j'en espère en avoyr[386].» Le maréchal
+insistait vivement, au nom du roi, en faisant le plus grand éloge de
+son frère. «Et me semble que c'est l'homme au monde que vous devriez
+mieulx vouloyr, veu que vous cognoissez ses conditions et qu'il n'est
+pas homme malicieux pour pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que
+plus après pourrez être informez par le dit bailli des montaignes de
+l'entente du roy, ensemble de la mienne[387].» Le messager était du
+reste porteur d'une lettre autographe de Louis XI, dans laquelle il
+faisait savoir aux Avignonnais que sa volonté formelle était que la
+ville reçût comme légat l'archevêque d'Auch[388].
+
+ [382] Voy. _Biographie du cardinal de Foix_, ch. v, pp. 141, 142.
+
+ [383] Dareste, _Hist. de France_, III, p. 213.
+
+ [384] C'est à tort qu'Anselme (voy. VII, p. 94) prétend que Jean
+ d'Armagnac ne porta ces titres qu'après 1464, puisque nous les
+ voyons figurer au bas de sa lettre.
+
+ [385] Ce magistrat avait une juridiction assez étendue. Nous le
+ voyons trancher un différend entre les habitants de Gap et les
+ officiers de l'évêque de cette ville. _Arch. des
+ Bouches-du-Rhône_, B. 1215, série B. Voy. pour ce magistrat,
+ Pilot, _Catalog._, no 914 et _passim_.
+
+ [386] Lettre de Jean de Comminges aux consuls, 22 décembre 1464.
+ Voy. pièces justificat., no XVII.
+
+ [387] Lettre de Jean de Comminges aux consuls, 22 décembre 1464.
+ Voy. pièces justificat., no XVII.
+
+ [388] Lettres closes signées Louis et Delaloëre. Arch. municip.,
+ B. 4, cott. P-15, sans date.
+
+Les intentions royales ainsi manifestées par dépêche publique
+plongèrent le conseil de ville dans la plus grande perplexité.
+L'assemblée ne voulant pas assumer une pareille responsabilité, décida
+qu'un ambassadeur serait envoyé à Rome, porteur des instructions de la
+ville et de la copie des lettres du roi. Le temps pressait, il fallait
+agir sans délai; les décisions du conseil furent rédigées dans un long
+mémoire qui devait être confié au sieur d'Ortigues, avec ordre de se
+mettre en route dans les premiers jours de janvier 1465[389].
+L'orateur devait exposer au pape Paul II que déjà du vivant du
+cardinal de Foix, Louis XI avait, par lettres patentes, prié la ville
+d'Avignon d'intercéder auprès de sa sainteté pour que la légation fût
+donnée à Pierre de Foix, fils du comte de Foix; que depuis la mort du
+vénéré légat le roi avait de nouveau écrit ou fait écrire par ses
+officiers pour que ladite légation fût attribuée à l'archevêque
+d'Auch; qu'en ce qui concernait Pierre de Foix, le roi avait fait
+valoir qu'étant apparenté à plusieurs familles régnantes, non
+seulement le comte de Foix, mais le roi d'Aragon, le roi de Navarre,
+le roi de Portugal, le roi de Castille, ses parents, ne manqueraient
+certainement pas d'intervenir auprès du Saint Père en sa faveur. Il y
+était dit qu'«après avoir pris connaissance des lettres du roi, les
+consuls, les conseillers et les autres citoyens réunis, considérant
+que la provision du vicariat ou de la légation appartient à la libre
+volonté du souverain pontife, avaient délibéré de ne pas intervenir et
+de n'adresser au saint père aucune prière ou supplique pour quiconque
+dans cette matière». En conséquence, le sieur d'Ortigues avait pour
+instruction bien précise de faire savoir au pape que cette nomination
+lui appartenait uniquement et qu'il eût à y pourvoir à sa guise, comme
+dans toutes terres appartenant à l'Église. L'assemblée, réservant son
+indépendance, s'en remet en toute confiance à la sagesse du pape, qui
+voudra bien nommer un légat favorable à la ville, de façon que la cité
+d'Avignon et ses habitants soient heureux et satisfaits de ce
+choix[390].
+
+ [389] Arch. municip., série A.A., _Dossier des Ambassades_.
+
+ [390] Instructions données à d'Ortigues, janvier 1465, série
+ A.A., _Dossier des Ambassades_.
+
+De peur d'encourir auprès du Saint-Siège le moindre soupçon d'avoir
+voulu favoriser les vues du roi de France, d'Ortigues devait exposer
+au pape que le conseil de ville avait répondu à ce dernier que le pape
+seul avait qualité pour désigner le titulaire de la légation et que le
+devoir de la ville et des habitants était d'obéir respectueusement au
+représentant qui serait choisi par Sa Sainteté. Il ajouterait que la
+lettre contenant cette réponse avait été portée à la Cour de France
+par un docteur de l'Université et un religieux de l'ordre des frères
+prêcheurs. La même réponse avait été envoyée au comte de Foix, et
+d'Ortigues devait, en outre, remettre une copie de ces lettres à sa
+sainteté[391]. Pendant que l'ambassadeur de la ville faisait ses
+préparatifs de départ arriva une nouvelle missive de Louis XI qui
+défendait à la ville d'accepter comme légat le cardinal d'Avignon,
+Alain de Coëtivy, pour plusieurs raisons, et engageait les habitants,
+s'il se présentait, à ne le point recevoir[392].
+
+ [391] Instructions données à d'Ortigues, _Dossier des
+ Ambassades_, série A.A.
+
+ [392] Original inédit du 26 janvier 1465. Arch. municip., B. 4,
+ A.A., 25.--Délibérat. du 3 octobre 1464, _Regist. des Conseils_,
+ III, fol. 132;--Délibérat. du 26 janvier 1465, _Regist. des
+ Conseils_, III, fol. 137. La ville décidait d'envoyer au roi
+ Antoine _Symonis_, docteur en théologie de l'ordre des frères
+ prêcheurs, ou le procureur des Célestins d'Avignon, avec ordre de
+ se rendre auprès de Sa Majesté, et, après l'audience, d'aller à
+ Rome pour rapporter à Sa Sainteté tout ce que le roi aurait dit
+ (III, fol. 138). Le même ambassadeur était porteur d'une réponse
+ de la ville au comte de Comminges.
+
+Quelles considérations dictaient la conduite de Louis XI dans cette
+occurrence? Était-ce seulement l'appréhension de voir écarter son
+protégé? Cette raison ne nous paraît pas suffisante. Du reste, nous
+n'avons aucun motif de croire que Paul II ait songé à investir Alain
+de cette haute dignité, alors qu'il fallait surtout pour recueillir la
+succession difficile du cardinal de Foix un esprit pondéré, ferme et
+souple à la fois, qui sût sauvegarder les intérêts du Saint-Siège et
+tenir la balance égale entre la papauté et son remuant voisin le roi
+de France. Quoi qu'il en soit, Alain n'était point l'homme de la
+circonstance. D'un caractère fougueux, violent, ambitieux et
+intrigant, Alain occupait l'évêché d'Avignon où il avait été transféré
+de Quimper en 1440 ou 1438[393]. C'était le frère de l'amiral de
+Charles VII et suspect, de ce chef, à Louis XI. Il s'était montré au
+concile de Bâle l'adversaire ardent d'un pape grec «qui n'avait pas
+encore rasé sa barbe[394]». Créé cardinal du titre de Sainte-Praxède,
+par Nicolas V, le 20 décembre 1448, il avait été envoyé par Calixte
+III auprès de Charles VII en qualité de légat _a latere_, pour prêcher
+la croisade contre les Turcs (1456). Il parvint même à faire croiser
+un certain nombre de seigneurs, mais les démarches irrégulières et
+l'attitude hostile du dauphin firent échouer ses préparatifs de
+croisade. Louis XI devenu roi l'avait toujours tenu en suspicion[395],
+et avec de semblables dispositions, la nomination d'Alain de Coëtivy
+ou du «cardinal d'Avignon», comme on l'appelait, aurait
+vraisemblablement provoqué entre le Saint-Siège et la Cour de France
+un conflit brutal, comme il advint quelques années après à la suite de
+la promotion à la légation de Jules de la Rovère.
+
+ [393] Mas Latrie, _Chronologie_, p. 1382.--Cf. Nouguier, _Hist.
+ des Évêques d'Avignon_, pp. 178, 179, 180, donne la date 1438.
+
+ [394] Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 219.
+
+ [395] Voy. Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, t. I, p.
+ 114. Louis dit de lui: «le cardinal d'Avignon qui en toutes
+ choses et mesmement en ceste-cy se montre si fort nostre ennemy».
+ Il assiste en 1456 à l'entrevue qui eut lieu entre le roi et les
+ envoyés du dauphin, Gabriel de Bernes et le prieur des Célestins
+ venant justifier le dauphin. Alain de Coëtivy représentait
+ Charles VII. De Beaucourt, VI, p. 86.--Il mourut à Rome le 22
+ juillet 1474.
+
+Paul II comprit très certainement le danger d'un choix aussi
+hasardeux, et pour couper court à toute nouvelle sollicitation, il fit
+savoir le 14 janvier 1465[396] qu'il venait de déléguer, pour remplir
+l'intérim de la légation d'Avignon, Constantin de Hérulis, évêque de
+Narni, recteur du Comtat, prélat d'une grande science, doué de toutes
+les vertus chrétiennes et confident du pape. Le bref qui portait cette
+nomination à la connaissance des Avignonnais fut reçu avec la plus
+grande satisfaction, et on en comprend les motifs.
+
+ [396] Le bref est du 14 janvier 1465; il fut donc écrit le jour
+ avant la seconde lettre de Louis XI aux consuls, mais il ne leur
+ parvint que postérieurement, alors que d'Ortigues n'avait pas
+ encore quitté Avignon. Quant à Antoine Symonis, en arrivant à
+ Lyon, au retour de son ambassade à la Cour, il reçut l'ordre de
+ suspendre son voyage à Rome et de rentrer à Avignon. _Reg. des
+ Conseils_, III, fol. 138.
+
+Sollicités d'un côté par le roi de France, craignant de l'autre de
+déplaire au pape, ils se trouvaient ainsi délivrés de la lourde
+responsabilité qui leur incombait en cette occasion. Le bref
+pontifical fait savoir aux Avignonnais que le Saint Père a été avisé
+de la présence au palais d'Avignon de Pierre de Foix et de Jean,
+évêque d'Acqs, et de la teneur des négociations engagées entre les
+citoyens et les héritiers du cardinal. Il loue l'activité, la prudence
+et le zèle des habitants et leur dévouement au Saint-Siège. Il les
+avise en même temps qu'il vient de nommer lieutenant et gouverneur de
+la ville et autres lieux appartenant à la sainte Église l'évêque de
+_Narni_, jusqu'à l'arrivée du légat qu'il se proposait d'envoyer
+ultérieurement. Enfin, comme conclusion, Paul II engage les
+Avignonnais à prévenir Pierre de Foix et Jean, l'évêque d'Acqs, qu'ils
+aient à évacuer sans retard le grand palais et à le remettre aux mains
+de l'évêque de Narni: «Vobis præcipimus et mandamus ut episcopum et
+Petrum prædictos omni studio inducatis ut palatium nostrum quod ab eis
+teneri accepimus, dicto episcopo Narniensi sine dilatione
+consignent[397].»
+
+ [397] Bref du 14 janvier 1465.--Arch. départ., B. 4.
+
+La question de la possession du grand palais, ancienne résidence des
+papes, était grosse de difficultés. Pierre de Foix, l'évêque d'Acqs,
+et les Gascons armés faisaient bonne garde et refusaient de se retirer
+même devant la force. C'était malheureusement une tradition parmi les
+légats qu'à chaque décès du représentant du Saint-Siège à Avignon, ses
+héritiers et successeurs refusaient de rendre le palais aux ordres
+venus de Rome. Ému de cette situation et pour obvier à un nouveau
+scandale, le conseil de ville avait donné pour mission complémentaire
+à d'Ortigues (1464), de demander à Sa Sainteté qu'elle fît défense
+formelle, à l'avenir, à ses légats, d'habiter le grand palais, mais
+qu'elle voulût bien désigner un capitaine noble et un citoyen de la
+ville qui seraient chargés de la garde du palais, avec les émoluments
+que Sa Sainteté fixerait elle-même, à percevoir sur les revenus de la
+chambre apostolique d'Avignon[398].
+
+ [398] Instructions de la ville à d'Ortigues envoyé à Rome (1464),
+ _Dossier des Ambassades_, série A.A. Délibérat. du Conseil du 26
+ janvier 1465; _Reg. des délibérat._, III, fol. 138.
+
+C'était de la politique habile de ne désigner qu'un légat d'un
+caractère temporaire comme l'évêque de Narni[399]. Paul II laissait
+ainsi à Louis XI l'espoir de lui donner bientôt satisfaction et lui
+écrivait en même temps une lettre d'un caractère tout pacifique,
+exposant les raisons qui l'avaient amené à déléguer à titre provisoire
+l'évêque de Narni. Le souverain pontife, par un nouveau bref du 17
+février 1465, tout en remerciant les Avignonnais de leur dévouement et
+de leur fidélité, leur faisait savoir qu'il avait confiance dans
+l'esprit religieux et catholique du roi de France, pour être certain
+que la tranquillité de ses États ne serait point troublée. Il ajoutait
+qu'en agissant comme il l'avait fait, il n'avait eu d'autre pensée que
+de sauvegarder l'honneur du Saint-Siège, le gouvernement des États de
+l'Église et le repos de la papauté[400]. Il recommandait à nouveau à
+la ville de livrer immédiatement le palais à son représentant. Les
+négociations entamées avec les héritiers du feu cardinal de Foix
+furent laborieuses et difficiles. Enfin, après de nouveaux
+pourparlers, les prélats installés dans le palais s'engagèrent par
+devant notaire[401], le 2 mars 1465, à remettre purement et simplement
+le palais apostolique au pape Paul II ou à son délégué. Ils quittèrent
+Avignon dans les premiers jours de mars et le conseil délibéra le 4
+dudit mois, d'accompagner Pierre de Foix jusqu'en dehors des
+murailles et de lui présenter au nom de la ville une boîte d'or à
+dragées du poids de 15 marcs d'argent, laquelle coûta 112 écus, en le
+priant de protéger la ville tant auprès de son père que des princes
+dont il se trouvait l'allié[402]. Le 9 février 1465, le cardinal Alain
+de Coëtivy[403], évêque d'Avignon, répondant à une lettre que les
+consuls de cette ville lui avaient adressée à Rome, le 13 janvier
+précédent, les félicite de ce que le palais apostolique est revenu au
+pouvoir du souverain pontife, chose qui lui a été très agréable «car
+cela a fait qu'il n'y a plus eu qu'un seul troupeau et un seul
+pasteur».
+
+ [399] Dans un acte du 16 décembre 1465, l'évêque de Narni
+ s'intitule: «_Rector Comitatus Venayssini et in Civitate
+ Avenionensi pro eodem domino nostro Papâ gubernator ac generalis
+ locum tenens_».--Cf. Chambaud, _Recueil mss. sur Avignon_, fol.
+ 52;--Protocole de Girard, notaire d'Avignon, fol. 214.
+
+ [400] Bref du 17 février 1465.--Arch. départ., B. 4.
+
+ [401] Protocole de Jacques Girard, notaire à Avignon, côté Q.Q.,
+ fol. 22, 23.
+
+ [402] Arch. municip., Délibérat. du Conseil du 4 mars 1465. fol.
+ 141.
+
+ [403] Lettre origin. aux consuls, Arch. municip., série A.A.
+
+Les visées de Louis XI, sur l'administration intérieure des
+domaines du Saint-Siège, se trouvaient cette fois encore déjouées;
+mais avec cette ténacité et cette persévérance qui caractérisent sa
+politique, l'habile monarque ne considérait pas la partie comme
+perdue et il allait prendre sa revanche en mettant en avant pour la
+légation vacante la candidature de son parent, Charles de Bourbon,
+archevêque de Lyon[404].
+
+ [404] Constantin de Hérulis avait été nommé recteur du Comtat en
+ 1460 (_Cottier, Hist. des Recteurs_, p. 133). Quelques
+ historiens, notamment Nouguier (_Hist. des Évêques d'Avignon_),
+ font succéder directement le cardinal de Bourbon à Pierre de
+ Foix. Il y a là une erreur grossière, démentie par les documents.
+ On trouve, en effet, aux comptes de la ville, année 1466-1467
+ (Comptes de la ville, C.C.) un mandat de 500 florins à Constantin
+ de Hérulis, vice-légat, pour ses étrennes de la Noël. Enfin,
+ c'est le même personnage qui, de 1464 à 1470, est chargé de
+ régler les différends qui s'étaient produits entre les officiers
+ du roi et les habitants d'Avignon à propos de la fraude du
+ sel.--Voy. Arch. des Bouches-du-Rhône, _Reg. de la Cour des
+ Comptes_, B. 1200.
+
+
+
+
+CHAPITRE VI
+
+Louis XI et le conflit avec Jules de la Rovere.
+
+L'entrevue de Lyon (juin 1476) et ses conséquences.
+
+ Vacance de la légation (1464-1470).--Agissements de Louis XI pour
+ faire nommer à la légation d'Avignon l'archevêque de Lyon,
+ Charles de Bourbon.--Satisfaction accordée au roi de
+ France.--Conditions dans lesquelles Charles de Bourbon est
+ pourvu de la légation (1470).--Engagements du roi et du légat
+ vis-à-vis du Saint-Siège.--Révocation des pouvoirs du cardinal
+ de Bourbon (13 mars 1476).--La légation est donnée à Jules de
+ la Rovère, neveu de Sixte IV.--Mécontentement de Louis
+ XI.--Origines du conflit.--Occupation du palais
+ apostolique.--Les représentants du légat
+ assiégés.--Intervention militaire de Louis XI (avril-mai
+ 1476).--Entrevue de Lyon (juin 1476).--Les Avignonnais prêtent
+ serment de fidélité au roi de France (26 juin 1476).--Succès de
+ la politique royale.--Conséquences de l'entrevue de Lyon pour
+ les sujets du Saint-Siège et pour le cardinal de Saint Pierre
+ ad Vincula.--Son retour à Rome (octobre 1476).
+
+
+La vacance de la légation, après la mort du cardinal de Foix, était
+pour Louis XI un encouragement à renouveler ses instances auprès du
+pape Paul II, en vue de le faire revenir sur son refus de pourvoir de
+cette charge le frère du maréchal d'Armagnac. Le roi n'y manqua pas.
+En effet, fort de la promesse de Pie II[405], Louis XI fit partir
+pour Rome une ambassade extraordinaire vers la fin de 1465 ou au
+commencement de 1466[406]. Les envoyés du roi avaient pour mission de
+rappeler à Paul II toutes les démarches et sollicitations dont son
+prédécesseur avait été l'objet en faveur de l'archevêque d'Auch: «Erit
+ipsis oratoribus cura præcipua ne tot preces ac totiens pro
+archiepiscopo auxitano ad legationem avinionensem profusæ cadant
+incassùm, dicentque pontifici quid tranquillitas illius provinciæ,
+quid altitudo regis, quid conditio temporum, quid pollicitatio Pii
+(Pie II) pontificis flagitant[407].» Infructueuses restèrent les
+démarches de Louis XI, qui, dès lors, paraît avoir abandonné à son
+mauvais sort la candidature du frère de son ami le maréchal. Mais il
+ne renonçait pas pour cela à l'idée de faire prévaloir sa volonté à
+Rome. La même année, en effet, il adressait aux États du Venaissin une
+longue missive[408] pour leur recommander, comme personnage très apte
+à la légation, un prélat de sang royal, Charles de Bourbon, archevêque
+de Lyon, frère du duc de Bourbon et d'Auvergne, à qui Louis donna le
+gouvernement du Languedoc: «Nous avons jà par trois fois escript à
+nostre saint père le pape, affin quil vueille pourveoir à la dicte
+legacion et administration de Avignon et conte de Venysse, de la
+personne de nostre dit cousin comme de la personne que nous povons
+cognoistre ad ce plus utile et proffitable, et pour conserver et
+tenir en bon estat le fait et les droiz du Saint-Siège appostolique
+par deca et les subgectz estans soubz le patrimoine des diz ville et
+conté plus requise et nécessaire[409].» Après avoir fait de son cher
+et bien aimé cousin un éloge auquel contredisent plusieurs
+contemporains[410], le roi les avisait que cette candidature était
+désormais la sienne, à l'exclusion de toute autre et «pour ce quelque
+chose que nous pourrions avoir escript pour et en faveur d'aultruy».
+C'était, on le voit, une renonciation absolue à son ancien protégé
+l'archevêque d'Auch. Dans cette lettre, comme dans celles qu'il avait
+adressées aux Avignonnais en pareille occurrence, Louis XI cherchait à
+mettre dans son jeu le crédit dont les Avignonnais et les Comtadins
+disposaient à Rome pour assurer le succès de ses vues politiques:
+«Vous priant que y vueillez tenir la main de vostre part et, par
+votre ambassade, en escrire à nostre dit saint père, en la faveur de
+nostre dit cousin, et tellement que doresnavant vous en doyons avoir
+en plus grant amour et benivolence, laquelle vous pourrez avoir et
+entretenir de bien en mieulx[411].» En même temps qu'il sollicitait la
+recommandation des Avignonnais, en faveur de son parent, Louis XI
+envoyait comme ambassadeur à Rome Charles de Bourbon, avec mission de
+se présenter au pape, qui l'«aura pour recommandé et le préférera
+comme personnage qui est bien en tel cas à préférer à touz autres
+prélatz qui en pourroient faire poursuite[412]». Le roi avait adjoint
+à l'archevêque de Lyon, comme compagnon de route, Thibaud de
+Luxembourg, évêque du Mans, avec pouvoirs donnés par lettres datées
+d'Orléans, du 19 octobre 1466[413]. On voit, par le rapprochement des
+dates, que l'habile monarque comptait sur l'effet produit par les
+lettres des Avignonnais sur l'esprit de Paul II, pour assurer le
+succès de sa mission. L'ambassade devait: 1º rappeler au nom du roi, à
+Paul II, son respect pour la papauté depuis sa jeunesse, en lui
+faisant savoir qu'il regrettait que son père ne se fût pas mieux
+comporté à l'égard du Saint-Siège; 2º montrer comment, pour être
+agréable au souverain pontife, Louis XI avait, contre l'opinion de
+tout son royaume, aboli la pragmatique sanction; 3º témoigner de sa
+pleine et entière obéissance au Saint-Siège et donner comme preuve la
+révocation des édits et prohibitions rendus à Poitiers; 4º le roi
+demande qu'en considération de ses services Sa Sainteté veuille
+pourvoir à certaines églises du royaume de France, jusqu'à vingt-cinq
+à son gré[414]; 5º enfin, Louis XI terminait par un exposé sommaire
+des obligations que l'Église et le Saint-Siège avaient à la royauté.
+Cette ambassade marquait d'une façon très apparente les dispositions
+bienveillantes de la Cour de France et son désir de voir appeler à
+l'administration d'Avignon et du comté l'archevêque de Lyon. Mais les
+envoyés du roi quittèrent Rome sans emporter autre chose que des
+promesse vagues et dilatoires.
+
+ [405] Paul II avait succédé à Pie II le 31 août 1464.
+
+ [406] _Documents inédits de l'Histoire de France_, publiés par
+ Champollion-Figeac, II, p. 408.--L'auteur assigne cette date
+ parce qu'il est dit dans l'art. 3 que le royaume de France fut en
+ conflagration cette année-là (Ligue du bien public).--_Id._, p.
+ 406, not. 1.
+
+ [407] _Documents inédits de l'Hist. de France_,
+ Champollion-Figeac, II, p. 408.
+
+ [408] Lettre de Louis XI aux consuls, V. _Lettres de Louis XI_,
+ III, 98, 100.
+
+ [409] Cette lettre, tirée des Archives de Vaucluse, série A.A.
+ commun, no 130, a été donnée par Charavay et Vaesen, III, pp. 98,
+ 100. Elle est datée de Mehun sur Loyre, le 10 octobre (1466?).
+
+ [410] Charles de Bourbon était né en 1435.--A peine âgé de 11
+ ans, il fut promu à l'archevêché de Lyon par le pape Eugène IV,
+ et, en attendant l'âge canonique, il se contenta du titre de
+ protonotaire apostolique (Fisquet, _La France pontificale,
+ Métropole de Lyon_, p 366). Confirmé dans cette haute dignité
+ ecclésiastique par Eugène IV, le 14 novembre 1446, il prit
+ possession de son siège le 26 mars 1447, par son vicaire Jean
+ d'Amanzé, mais il ne commença à exercer son ministère qu'en 1466.
+ (_Gallia Christiana_, IV, 177, 179;--_Lettres de Louis XI_, III,
+ p. 75). Il prit d'abord parti contre Louis XI dans la guerre de
+ la ligue du _Bien public_, puis se réconcilia avec le roi. Sacré
+ archevêque de Lyon en 1470 par l'archevêque de Bourges, Jean
+ Cuer, fils de Jacques Cuer, il fut parrain du dauphin (le futur
+ Charles VIII) et assista à l'entrevue de Pecquigny (Aubéry, _Vie
+ des Cardinaux_, p. 468), (_Chronique scandaleuse de Jean de
+ Troyes à l'an 1476_, p. 254).
+
+ Charles de Bourbon fut nommé légat d'Avignon en septembre 1470
+ (_Le Musée des arch. nation._, p. 290, no 508, donne par erreur
+ 1465). Promu évêque de Clermont, il prend possession de ce siège
+ par procureur le 10 mars 1476, et est créé cardinal du titre de
+ Saint-Martin des Montagnes, le 18 décembre 1476 (Aubéry, _id._, p.
+ 569;--Mas Latries, p. 1208), dans la même promotion que Pierre de
+ Foix le jeune. Il mourut à Lyon le 17 décembre 1488 (_Gallia
+ Christ._, IV, p., 179, Fisquet, _id._, _Métropole de Lyon_, p.
+ 371). Quoi qu'en dise Louis XI, qui rappelle dans sa lettre
+ «carissimo et amatissimo cosino» (_Lettres de Louis XI_, III, p.
+ 112), Charles de Bourbon avait des moeurs peu édifiantes. Il
+ laissa une fille naturelle. Louis XI l'avait donné à Édouard IV
+ comme confesseur, après la paix de Pecquigny (1474) «comme celui
+ qui l'absoudrait volontiers, sachant bien que le cardinal était
+ bon compagnon» (Commynes, IV, chap. x).--Voy. pour Charles de
+ Bourbon, Péricaud aîné, _Rev. du Lyonnais_, IX-X, 1855, p.
+ 37.--Cf. _Hist. de la Maison de Bourbon_, par de La Mure, édit.
+ Chantelauze, II, pp. 395 et suiv.--Il est bon d'ajouter que ni de
+ La Mure, ni Péricaud, ni Chantelauze n'ont connu le rôle du
+ cardinal de Bourbon comme légat à Avignon.
+
+ [411] _Lettres de Louis XI_, III, pp. 98, 100.
+
+ [412] _Id._
+
+ [413] Biblioth. nat., mss. lat., 9071, fol. 35.
+
+ [414] Raynaldi, _Annales_, vol. XIX.--ann. 1466, 19 octobre, et
+ Bibl. nat. mss. lat., 9071, fol. 35.
+
+Les Avignonnais essayèrent-ils quelque démarche en vue de complaire
+aux désirs exprimés dans la lettre royale? Les registres du conseil
+n'en portent aucune trace. Mais nous constatons que le retard apporté
+par la curie romaine à la nomination de Charles de Bourbon, n'altère
+en rien les bons rapports existants. Le 17 juin 1468, la ville
+d'Avignon envoya, avec un grand concours de citoyens, les consuls
+saluer au débarcadère du Rhône, Blanche-Marie Visconti, épouse de
+François Sforza, duc de Milan et de Gênes, que Louis XI «ne réputait
+pas seulement soeur, mais fille[415]». «Nous savons que tout ce que
+vous avez fait, leur écrivait-elle de Beaucaire, l'avez fait pour
+l'onneur du Roy.... nous luy en escripvons en l'en remerciant et
+scavons qu'il en scaura à tous ceulx de la ville tres grand gré et
+nous vous offrons que s'il est chose en quoy nous puissions pour le
+temps à venir faire plaisir à toutz de la dite ville, soit en général
+et en particulier, que nous le ferons de tres bon cuer[416]».
+
+ [415] _Lettres de Louis XI au duc de Milan_, Charavay et Vaesen,
+ III, p. 243.
+
+ [416] Arch. municip., _Reg. des Conseils_, du 17 juin 1468, t.
+ III, fol. 200. Bonne de Savoie était soeur de Charlotte, reine de
+ France. Elle épousa, le 9 mai 1468, Galéas-Marie Sforza, fils de
+ François Sforza. Le mariage fut béni par le cardinal La Balue et
+ en présence de Charles de Bourbon. Voy. Duclos, _Hist. de Louis
+ XI_, V;--Péricaud, _Rev. du Lyonnais_, IX, X, p. 369;--_Lettres
+ de Louis XI_, II, p. 222, note.
+
+ Vers la même époque, Louis XI ayant recommandé deux personnages,
+ Monténart (?) et Bazille, s'en allant à Avignon, les consuls
+ répondent qu'ils n'ont aucune nouvelle de Bazille; quant à
+ Monténart, il avait quitté la ville après une maladie très grave
+ et depuis on était sans nouvelles de lui. En faisant réponse au
+ roi ils ajoutaient: «Pourtant sur ce autre chose est en quoy tant
+ en commun que en particulier puissions vostre dicte Magesté
+ servir et complaire, en le nous notiffiant, le ferons de tout
+ nostre petit pouvoir et de tres bon cueur a l'ayde de nostre
+ seigneur le quel tres haut et tres chrétien prince et tres
+ redoubté seigneur vous doint bonne et longue vie et le
+ accomplissement de voz tres haultz et tres nobles désirs[417].»
+
+ [417] Escript en Avignon le pénultième jour de mars 1468.--Orig.,
+ Biblioth. nat., ancien fonds franç., mss. no 2896.
+
+Divers actes de Louis XI montrent néanmoins que la candidature de
+l'archevêque de Lyon était toujours l'objet de ses préoccupations.
+Dans une lettre du 21 août 1469, à Falco de Sinnibaldi, envoyé du
+Saint-Siège, s'en retournant à Rome, Louis XI recommande, pour le
+chapeau de cardinal, l'ancien compagnon de voyage de Charles de
+Bourbon, Thibaud de Luxembourg, évêque du Mans, et on trouve cette
+phrase caractéristique: «Je le vous obliay à dire, quant je vous
+recommande le fait de la légation d'Avignon[418].» «Et pour tant que
+j'ay singulière confiance en vous et que vous emploirez voulentiers à
+conduire les matières pour les quelles nos diz ambassadeurs s'en vont
+par dela, mesmement en celles que cognoistrez que jay au cueur, je
+vous prie tant acertez et affectueusement comme je puis et surtout le
+service que faire me desirez que vous vueillez tellement emploier à
+tenir la main de vostre part envers Nostre dit Saint-Père que la
+chose sortisse à ceste fois son effet.»
+
+ [418] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, IV, p. 25. Falco
+ de Sinnibaldi avait été envoyé comme légat en France, par une
+ bulle du pape Paul II, datée des kalendes de juin 1470.--Arch.
+ vatic., _Reg. Cur._ 540 (Paul II). Au moment de l'arrivée du
+ légat, Louis XI, gravement malade, faisait cadeau à Paul II d'un
+ calice en or du poids de 24 livres, qui devait être placé à
+ Saint-Jean-de-Latran et ne pouvait être aliéné (août 1470). _Reg.
+ vatic. Cur._, no 540.
+
+L'influence de Sinnibaldi fut probablement de quelque poids sur la
+décision de Paul II, qui donna enfin la légation d'Avignon à Charles
+de Bourbon (septembre 1470), mais à titre absolument provisoire et
+avec les réserves dont Louis XI donne acte au Saint-Siège dans une
+lettre en latin, donnée à Amboise, le 26 septembre 1470, la seule de
+ce monarque que renferment les archives du Vatican[419]. Mais déjà
+temporaire et révocable, la provision de l'archevêque de Lyon se
+trouvait singulièrement menacée par la mort de Paul II et l'exaltation
+de Sixte IV.
+
+ [419] Charavay, _Arch. des Miss. scientif. et littér._, pp. 445
+ et suiv., série III, vol. VII, année 1881.--«Ludovici Francorum
+ regis juramentum quod Carolus ejus consanguineus et a Pontifice
+ avinionensis legatus designatus justitiam administrabit et ad' S.
+ S. bene placitum in ea legatione manebit.»--Arch. vatic., _26
+ septembre 1470_, et _Arm._ 35, 20, 4, p. 208, et 12 juin 1472,
+ _Arm._ 35, 20, 8, pp. 416, 417.--«Litteræ Ludovici Francorum
+ Regis cum ejus Sigillo cereo in quibus jurat se facturum quod
+ Carolus Archiepiscopus Lugdunensis Civitatis Avinionensis et
+ Comitatus Legatus a Paulo II constitutus fideliter legationem
+ administraret illamque ad Pontificis requisitionem dimittat.»
+ _Arm._, II. Cap. III.--Arch. du Château-Saint-Ange, _Indice
+ chronologice_ (394, 1539).
+
+En 1471, Louis XI et Sixte IV qui, sans être en rapports tendus
+jusqu'alors, se tenaient sur une réserve prudente, se rapprochent
+parce qu'ils ont besoin l'un de l'autre. Le pape voulait l'appui du
+roi pour une croisade; Louis XI comptait sur le Saint-Siège pour
+régler l'affaire de la Balue et faire refuser à son frère, Charles de
+Berry, la dispense nécessaire en vue d'épouser Marie de Bourgogne. Ce
+rapprochement amena Sixte IV à se montrer plus traitable sur la
+question de la légation d'Avignon qui n'avait été, comme nous l'avons
+vu, confiée qu'à titre provisoire par Paul II à l'archevêque de Lyon.
+Louis XI envoie, le 4 novembre 1471, à Sixte IV messire Guillaume
+Compaing, archidiacre d'Orléans, et maître Antoine Raquier, notaire,
+afin de conclure avec le pape un traité contre tous leurs ennemis
+communs. Dans cette ambassade il est encore question d'accorder à
+l'archevêque de Lyon, de la maison de Bourbon, la légation d'Avignon,
+avec le chapeau de cardinal[420].
+
+ [420] _Collection Legrand_, XIV, fol. 228 et suiv.--Mss. Bibl.
+ nat.--Cf. Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 408.--Vaesen,
+ _Lettres de Louis XI_, V, p. 2, not. 1.
+
+Sixte IV ratifia le choix de son prédécesseur avec les mêmes réserves,
+auxquelles durent souscrire par acte signé le roi de France et son
+protégé, Charles de Bourbon. La lettre royale, qui reproduit les mêmes
+termes que celle du 26 novembre 1470, fut donnée pour Sixte IV à
+Saint-Florentin, le 15 juin 1472[421]. On voit, d'après ce document,
+que l'archevêque de Bourbon exerçait la légation d'Avignon et du
+Venaissin avec le titre de légat _a latere_ pour une durée qui était
+laissée à la convenance du pape et du Saint-Siège. Il promettait au
+pape que ledit légat s'acquitterait avec intégrité de sa charge et
+rendrait bonne et prompte justice à tous les vassaux du Saint-Siège.
+Il est à remarquer que pour la première fois, sans doute à la suite
+des grosses difficultés qu'avait soulevées l'occupation du palais
+apostolique à la mort du cardinal de Foix, l'obligation était faite au
+légat de rendre le palais avec tous les droits et prérogatives
+attachés à sa charge, soit au pape vivant, soit à ses successeurs, à
+première réquisition et sans différer, avec toute la déférence due à
+la personne du souverain pontife. Nous possédons également, grâce à
+la copie donnée par Fornéry[422], le texte de l'engagement juré par
+Charles de Bourbon, le 4 juillet 1472. Les conditions énumérées
+ne font que reproduire celles déjà relatées dans la lettre royale.
+Il s'engageait à remettre entre les mains de Sa Sainteté ou de
+ses successeurs «le palais», avec tous droits, sous peine
+d'excommunication et de parjure, sans contestation et sans
+attermoiement[423].
+
+ [421] Copie d'après Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., _Preuves_,
+ fol. 438.
+
+ [422] Fornéry, B. d'Avignon, mss. I, fol. 439 et vo., et Mss. de
+ Carpentras, fol. 830.
+
+ [423] «Cum pallatio omnibusque juribus et pertinentes suis
+ assignabo omnique tempore sub excommunicationis latæ sententiæ
+ atque parjurii pænis si contra fecero.» Datum Lugduni die 4
+ Mensis julii, Anni Domini 1472.--Cf. _Réponse aux Recherches
+ historiques concernant les droits des Papes_, par Agricol Moreau,
+ p. 129, no X.
+
+Bien que pourvu officiellement de la légation, Charles de Bourbon ne
+se pressa pas de prendre possession de son siège, qu'il n'occupa du
+reste que d'une façon très irrégulière. Annoncé dès le mois d'octobre
+1470[424], aux consuls d'Avignon par une lettre de Guillaume de
+Châlons, prince d'Orange, le légat ne se présenta pour occuper sa
+charge en personne qu'au mois de novembre 1473. La ville, pour fêter
+son arrivée, envoya au devant de sa grandeur un brigantin manoeuvré
+par douze hommes, qui devait remonter le Rhône jusqu'au
+Pont-Saint-Esprit, en même temps qu'une ambassade, composée des
+consuls et notables de la ville, allait à cheval à la rencontre du
+légat jusqu'au même point. Le 11 novembre 1473 l'archevêque de Lyon,
+descendant le Rhône sur le brigantin envoyé par la ville, prit terre
+à quelque distance de la ville et s'installa au château du Pont de
+Sorgues avant d'occuper le grand palais[425].
+
+ [424] Arch. municip., série A.A.--Lettre de Guillaume de Châlons
+ aux consuls, 7 octobre 1470.
+
+ [425] Comptes de la Ville, 1473, 1474. Mandats no 88 et no 96,
+ série C.C.
+
+Dans la pensée du pape, le caractère révocable de la provision donnée
+à Charles de Bourbon laissait-il entrevoir un remplacement à brève
+échéance, ou mieux encore Sixte IV fut-il, dans cette circonstance,
+l'instrument docile de son neveu, le célèbre Jules de la Rovère, que
+Jean de Serres appelle «instrument fatal des maux de l'Italie» et
+ailleurs «puissant d'amis, de réputation, de richesses, naturel
+farouche et terrible, inquiet, turbulent, mais magnifique et grand
+défenseur de liberté ecclésiastique»[426]? Il est difficile de se
+prononcer. Jules de la Rovère avait été appelé à l'évêché de
+Carpentras lorsque, à la mort d'Alain de Coëtivy, en 1474[427], il fut
+transféré au siège d'Avignon que Sixte IV, par affection pour son
+neveu, érigea en archevêché par bulle du 22 novembre 1474[428], avec
+les évêchés de Carpentras, de Cavaillon et de Vaison comme
+suffragants, alors qu'ils ressortissaient précédemment de l'archevêché
+d'Arles. Cette extension de l'autorité spirituelle de l'archevêque
+d'Avignon, sa parenté avec le souverain pontife, en faisaient un
+adversaire redoutable pour le légat, dont il contrebalançait
+l'influence: un conflit ne pouvait manquer de se produire lorsque,
+sollicité sans doute par son neveu, Sixte IV, sans penser aux
+conséquences d'une pareille mesure, révoqua la faculté accordée à
+Charles de Bourbon[429] et lui substitua son neveu Jules de la Rovère,
+par bulle du 13 mars 1475. Quelques auteurs ont prétendu que les
+pouvoirs conférés au nouveau légat étaient plus étendus que ceux de
+son prédécesseur; que son autorité devait se faire sentir jusqu'à
+Lyon; qu'il voulait rétablir la suzeraineté temporelle du Saint-Siège
+sur la rive droite du Rhône[430]. Rien dans la bulle pontificale
+n'autorise ces affirmations, et le texte même du document est conforme
+aux formules adoptées en pareil cas par la chancellerie
+pontificale[431]. Depuis le XIIIe siècle les légats représentant à
+Avignon le Saint-Siège avaient toujours porté les mêmes titres, qui
+n'étaient qu'une formule consacrée de diplomatique sans effet dans
+l'exercice de leurs fonctions. Du reste, les parlements se montraient
+d'une rigueur impitoyable quand il s'agissait de l'enregistrement de
+la bulle, et ils n'auraient pas toléré un empiètement sur les droits
+du pouvoir laïque.
+
+ [426] Jean de Serres, _Liv. cit., passim_.
+
+ [427] Nouguier, _Hist. chronolog. des évêques d'Avignon_, pp.
+ 180, 181.
+
+ [428] Origin., Arch. municip., B. 36, no 20.--Nouguier, _Liv.
+ cit._, pp. 180 et suiv.
+
+ [429] «Venerabilem fratrem nostrum Carolum archiepiscopum
+ Lugdunensem in nostris civitate Avenionensi et Comitatu
+ Venayssino ac in illis adjacentibus provinciis civitatibus et
+ locis pro Romanâ Ecclesiâ gubernatorem et vicarium dudum
+ appellatum ab ejusdem sibi commisso gubernationis et vicariatûs
+ officio commissam facultatem revocamus.» Massillian, _Rec. des
+ Chartes_, vol. XXXI, fol, 393 et seq., mss. Biblioth. Avignon.
+
+ [430] Legeay, _Hist. de Louis XI_, II, pp. 200, 181.--Cf.
+ Cottier, _Hist. des Recteurs_, 142, 143.--_Recueil des
+ Ordonnances_, XVIII, p. 196, not. C.--Duclos, _Hist. de Louis
+ XI_, II, p. 227.
+
+ [431] Jules de la Rovère s'intitule dans un acte de 1476
+ «_Julianus Sancti Petri ad Vincula Sacrosanctæ Ecclesiæ Romanæ
+ presbyter Cardinalis in Civitate Avenionensi et Comitatu
+ Venayssino nonnullisque aliis provinciis Civitatibus et locis ac
+ terris illis adjacentibus apostolicæ sedis legatus de latere_».
+ Arch. municip,. B. 65, no 73, Cott. A.A.A.A.
+
+Il y a là, selon nous, une confusion de la part des historiens, qui
+ont traité la question sans la bien connaître, et dont nous allons
+donner l'explication. L'archevêque d'Avignon avait juridiction sur
+tous les sujets royaux fixés dans les limites de son diocèse[432]; or,
+en ajoutant au diocèse du nouvel archevêque les évêchés de Cavaillon,
+de Valréas et de Vaison, Sixte IV donnait par le fait, au sens propre
+du mot, à son neveu «des pouvoirs plus étendus». Voilà ce qu'il faut
+entendre par cette phrase qui se retrouve dans Duclos, dans Legeay et
+les autres. C'est sans doute cette extension d'attribution qui motiva
+les plaintes de Charles de Bourbon au roi, car on ne comprendrait pas
+qu'il s'agît des attributions de Jules de la Rovère, légat, alors que
+la provision de ce dernier ne fut délivrée qu'en mars 1475[433]. Or,
+dès le mois de janvier 1475, Louis XI, mécontent des agissements du
+pape, avait pris plusieurs ordonnances rigoureuses à l'adresse du
+Saint-Siège. Une première ordonnance du 8 janvier 1475[434] instituait
+une commission pour examiner les bulles, brefs et rescrits pontificaux
+qui seraient contraires aux immunités et privilèges du royaume de
+France et en défendait l'enregistrement. En vue de la défense des
+libertés de l'église gallicane le roi soumettait au «_placet_» tous
+les actes pontificaux. En outre, sans doute pour effrayer Sixte IV,
+Louis XI fit écrire à tous les évêques de France pour leur dire qu'ils
+ne devaient pas quitter leur résidence, et ce, sous peine de
+confiscation et de privation du temporel[435].
+
+ [432] Voy. notamment p. 359. _Cart. de l'Archevêché_, t. III,
+ fol. 108.--_Rec. mss._, Massilian, fol. 66, vo.
+
+ [433] Pastor, _Hist. de la Papauté_, IV, pp. 296, 297.
+
+ [434] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, p. 169.--Cf. Pastor, _Hist.
+ de la Papauté_, IV, pp. 290, 297.
+
+ [435] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, p. 168.
+
+En même temps, Louis XI, poussé secrètement par son allié, Laurent de
+Médicis, provoque une agitation anti-romaine et parle de la prochaine
+tenue d'un concile général pour la réforme de l'Église et l'élection
+régulière d'un pape à la place du pontife, dont la nomination était
+entachée de simonie. Il cherche à gagner à sa cause l'empereur
+Frédéric[436].
+
+ [436] Pastor, _Liv. cit._, IV, p. 296.
+
+La bulle pontificale du 21 novembre 1474 était sans contredit un acte
+d'indépendance de la curie romaine et attentatoire aux libertés de
+l'Église gallicane, en ce sens qu'elle portait modification des
+circonscriptions ecclésiastiques du royaume de France, sans l'avis
+préalable du roi. En effet, de ce chef, la province ecclésiastique
+d'Avignon devenait indépendante de Vienne et d'Arles[437], et le
+rattachement de l'évêché de Vaison au diocèse de l'archevêché
+d'Avignon était une diminution de l'autorité de l'archevêque de Vienne
+et de Lyon «primat de France». Bien que plus incliné aux idées
+romaines que son père Charles VII, qui professait plutôt les idées
+gallicanes, Louis XI ne pouvait décemment rester indifférent en
+présence des prétentions de Sixte IV dont la faiblesse expliquait cet
+acte de népotisme. Si on ajoute à cette extension d'attributions
+l'autorité que le nouvel archevêque tenait de ses prédécesseurs, on
+conviendra que l'archevêque d'Avignon était, sinon le supérieur, du
+moins l'égal du légat, qui devait désormais compter avec lui. En
+effet, depuis 1178, par privilège de Frédéric II, empereur
+d'Allemagne, l'évêque d'Avignon était coseigneur de Barbentane, et
+avait juridiction temporelle sur ce port, une des principales escales
+de la navigation du Rhône[438]. En outre, depuis le Xe siècle, ledit
+évêque possédait, comme fiefs temporels sur la rive droite du Rhône,
+les localités ci-après avec leurs annexes: _Roquemaure_, _Trueil_ (de
+Torcularibus), _Montfaucon_, _Saint-Giniès de Comolas_,
+_Saint-Laurent-des-Arbres_, _Lirac_, _Tavel_, _Rochefort_, _Sazes_,
+_Pujaut_ (Podium altum), _Sauveterre_, _Villeneuve_, _Les Angles_ et
+_Saint-Étienne-de-Candals_[439]. «De tout temps et d'ancienneté les
+prédécesseurs arcevesques du dit lieu ont tout droit de justice et
+juridiction ecclésiastique sur plusieurs nos subgectz, mananz et
+habitanz de plusieurs villes, villaiges et places nous appartenanz
+dedans nostre royaume estans du dit diocèse et arcevesché, et ont
+accoustumé selon droit commun les dits arcevesques du dit lieu
+d'Avignon, davoir toute juridiction cohercion et contrainte non
+seulement sur iceulx habitanz des villes de nostre royaume mais aussi
+de Provence, du conte de Venisse et dailleurs ou le dit droict se
+estant[440].» Ces lettres patentes de Louis XI ne peuvent laisser
+aucun doute sur la légitimité des pouvoirs de l'archevêque d'Avignon,
+en tant que juge temporel desdits fiefs enclavés dans le royaume de
+France. Or, dans de pareilles conditions, ou l'évêque devait se
+contenter d'une juridiction temporelle nominale, comme l'avaient fait
+la plupart des prédécesseurs de Jules de la Rovère, ou, s'il voulait
+prendre au pied de la lettre les droits qu'il tenait de ses fonctions,
+il devait se préparer à vivre en état de guerre avec les officiers
+royaux, sénéchaux de Beaucaire, maîtres des ports de Villeneuve ou
+leurs lieutenants, et le Parlement de Toulouse dont la rigueur était
+proverbiale. On comprend, en effet, que les sujets du roi, placés sous
+la juridiction temporelle des évêques d'Avignon et poursuivis pour
+crimes ou délits de droit commun, récusassent la juridiction
+temporelle de leur suzerain spirituel, pour chercher aide et
+protection auprès des agents royaux et échapper ainsi à toute
+pénalité. De là des conflits incessants, des protestations, et comme
+conclusion, des lettres de représailles qui empêchaient l'évêque
+d'exercer en toute liberté son droit de juridiction.
+
+ [437] Le P. Armand Jean, _Les Évêques et Archevêques de France_,
+ 1682-1801; Paris, Picard, 1891, t. I, p. 49.
+
+ [438] Arch. municip., Rhône et Durance, A, Invent.
+
+ [439] _Notes chronolog. sur les villes, villages, paroisses,
+ églises et autres lieux du diocèse d'Avignon_, mss. de
+ Massillian, t. I, Dom Vaissette, XII{2}, p. 154.--Les évêques
+ d'Avignon déléguaient généralement un official forain chargé de
+ régler les affaires ecclésiastiques dans la partie de la province
+ du Languedoc qui ressortissait de l'archevêché d'Avignon. On
+ trouve, en _1614_, un arrêt du Parlement de Toulouse maintenant
+ dans ses fonctions _Thomas Duret_, qui en avait été chargé par
+ l'archevêque d'Avignon, Etienne Dulcis. Arch. de la
+ Haute-Garonne, _Invent. Parlement_, série B, 329.
+
+ [440] Lettres de Louis XI données à Thouars le 27 janvier 1481.
+ Orig. _Cartul. de l'Archevêché_, III, fol. 108.
+
+Quant à la question de conflit à propos de certains territoires
+riverains du Rhône, dont la délimitation et les droits «de pâturage et
+de bûcherage» étaient contestés entre les officiers royaux et le
+représentant du Saint-Siège[441], Jules de la Rovère ne pouvait en
+avoir la responsabilité, attendu que depuis longtemps des
+dissentiments existaient entre le sénéchal de Beaucaire et de Nîmes et
+les officiers pontificaux. Des attaques à main armée avaient été
+dirigées par les sénéchaux de Beaucaire et de Nîmes contre le terroir
+d'Avignon, sous forme de représailles et de droits de marque, sous
+prétexte d'une dette que les papalins auraient refusé de solder à
+Gabriel de Bernes, alors qu'il était constant que la cité d'Avignon
+n'avait jamais refusé de se libérer[442]. Enfin, la ville se plaignait
+avec quelque apparence de raison que les officiers du roi
+s'opposassent, par vexation, à la construction de «pallières et
+taudis» sur la rive gauche du Rhône dont le courant impétueux ne
+cessait de menacer les remparts et fortifications qui garantissaient
+la sécurité de la ville et de son territoire.
+
+ [441] Il s'agissait des îles d'Argenton, de Flesche, du Mouton,
+ de Barusin, du Château-Sables, de la Barthelasse, du Contrat,
+ _Invent._ A. Rhône et Durance. A la suite de l'entrevue de Lyon,
+ Louis XI nomma une commission composée de l'archevêque de Vienne,
+ de Pierre Arivel, président du Parlement de Grenoble, et du
+ Bâtard de Comminges et Jean de Moncade, juge-mage, pour régler le
+ différend, juin 1476. Arch. municip., B. 70.
+
+ [442] Les Valperge ou Valpergue, d'origine lombarde (de Ropol
+ près Verceil) étaient coseigneurs de Caumont. Gabriel de Bernes,
+ seigneur de Ropol, réclamait à la ville 2,200 écus représentant
+ le fonds et les arrérages de la pension qui lui était due. Les
+ consuls ayant refusé de payer, les officiers royaux lancèrent des
+ lettres de représailles contre Avignon (juin 1475). Le 27 du même
+ mois, la ville s'acquitta d'une partie de la somme.--Cf.
+ _Amplissima Collectio_, II, pp. 1509, 1511.--Délib. du Conseil de
+ ville du 21 juin 1475.
+
+Les conflits entre riverains prirent même, au cours de l'année 1475,
+un caractère tel de violence que le conseil de ville décida d'en
+référer au pape, avec menace des censures ecclésiastiques[443]. De
+leur côté les officiers du Languedoc, défenseurs des droits du roi,
+maintenaient énergiquement leurs revendications et le juge-mage de
+Beaucaire écrivait à Jean Bourré, président des États du Languedoc,
+«touchant l'occupation que ceulx d'Avignon veullent faire du Rosne et
+des isles d'icelluy[444]». Il montrait pour le roi l'importance qu'il
+y avait à conserver la possession des terrains limitrophes du fleuve
+et des îles voisines, «et le bon droit que le roy a». Le 9 juillet
+1475[445], Sixte IV adressait à Louis XI une nouvelle lettre plus
+pressante, dans laquelle il l'engageait à donner des ordres immédiats
+pour que ses officiers du Languedoc cessassent d'inquiéter et de
+molester les vassaux du Saint-Siège. Le roi de France n'ayant pris
+aucune mesure pour donner satisfaction au souverain pontife, celui-ci
+fulmina contre les officiers royaux une sentence d'excommunication (9
+décembre 1475)[446].
+
+ [443] Arch. municip., _Reg. des délibérat._, 19 juin 1475.
+
+ [444] Dom Vaissette, XII{2}, _Preuves_, pp. 180, 181, 10 avril
+ 1475.
+
+ [445] _Amplissima Collectio_, II, p. 1508.
+
+ [446] 9 décembre 1475. Arch. municip., B. 19, no 17.--Les
+ conflits entre les rois de France et le pape à propos de la
+ délimitation de leurs droits sur les bords du Rhône durèrent
+ plusieurs siècles et donnèrent lieu à d'interminables procès. En
+ 1430-1431, sous Eugène IV, le cardinal de Saint-Eustache fut
+ chargé de régler le différend (Voy. Dom Vaissette, IX, pp. 1111,
+ 1112);--Chambaud, _Recueil sur Avignon_ (mss. I, fol. 164,
+ 165);--Ménard, _Hist. de Nîmes_, III, pp. 179, 377,
+ 378;--Massillian, XXII, fol. 57, vo.--Voy. _Procès du Rhône_,
+ mss., t. VI, fol. 150, 168, 169, 173.
+
+ En 1430, un notaire royal ayant voulu instrumenter à Avignon,
+ reçut l'ordre de s'éloigner, et, détail curieux, il signa
+ désormais ses actes du milieu du lit du Rhône: _datum supra
+ Rhodanum, in quâdam barcâ ante turrim capitis pontis Villæ-novæ
+ prope Avinionem_. Voy. _Procès du Rhône_, t. VI, fol. 154. Charles
+ VI, par acte authentique de mars _1366_, avait reconnu au pape la
+ possession du lit du Rhône jusqu'à la chapelle de Saint-Nicolas
+ (Arch. municip., Orig., B. 68, no 27), et lorsqu'il y avait des
+ différends entre Avignonnais et sujets royaux, le conservateur des
+ privilèges apostoliques devait se transporter à cette chapelle et
+ y rendre ses jugements (Voy. _Enquête sur le Rhône_, Arch.
+ municip., B. 67, no 108); mais cette légitimité de possession du
+ souverain pontife était très fréquemment contestée, et le
+ Parlement de Paris dut intervenir pour trancher définitivement la
+ question (Voy. Arch. nation., X{ta} 8605, fol. 95, Ordonnance du
+ 30 janvier 1443).
+
+Ces explications étaient indispensables pour montrer l'origine du
+conflit à propos des limites du Rhône, au moment où Sixte IV allait
+appeler son neveu à la légation d'Avignon, et permettent de démêler ce
+qu'il y a de fondé dans les accusations portées par les historiens
+contre Jules de la Rovère sur ce point. Lorsque donc, quelques mois
+plus tard, le cardinal de Saint-Pierre aux Liens se rendit à Lyon pour
+porter ses doléances à Louis XI, il ne faisait que lui exposer des
+griefs déjà anciens et qu'il n'avait en rien contribué à susciter.
+Enfin, s'il se plaignait au roi de la sévérité outrée du Parlement de
+Toulouse à l'égard des sujets pontificaux, lorsque quelque atteinte
+était portée par eux aux prérogatives royales, ces plaintes étaient de
+tout point fondées[447].
+
+ [447] On peut juger par un exemple de cette sévérité. En 1491
+ (septembre), quelques habitants d'Avignon ayant démoli les degrés
+ d'une arche du pont (partie française), le maître des ports cita
+ le légat, les consuls et citoyens à comparaître devant le
+ Parlement de Toulouse qui, par arrêt du 7 septembre 1491,
+ condamna lesdites personnes à rétablir les degrés démolis et à
+ payer au roi une amende de 400 livres. Les Avignonnais en
+ appelèrent à Charles VIII qui, par lettres patentes, donna
+ suspension de l'exécution de l'arrêt. Le Parlement passa outre à
+ l'ordre royal et décida que l'arrêt serait exécuté. Arch.
+ municip., B. 64, no 36.
+
+En réalité, toutes les explications données jusqu'ici, pour justifier
+le mécontentement du roi du retrait de la légation à Charles de
+Bourbon, ne sont que de peu de poids et ne suffiraient pas pour rendre
+plausible l'hostilité de la Cour de France et le parti pris de
+recourir aux voies de fait contre le Saint-Siège dans la personne de
+son légat et dans son propre domaine. Ce que Louis XI ne pouvait
+pardonner à Sixte IV, c'était d'avoir manqué à ses engagements
+vis-à-vis du roi et d'avoir porté une grave atteinte à l'influence
+française dans les terres qui confinaient à la Provence, au moment où
+Louis XI espérait mettre la main sur l'héritage du roi René.
+Désormais, au lieu d'avoir à Avignon un représentant dévoué à ses
+intérêts, la France allait se heurter à un ennemi habile, implacable,
+que l'on accusait encore sans preuves d'entretenir avec le Téméraire
+des intelligences secrètes, et de favoriser la cession des domaines de
+la maison d'Anjou au duc de Bourgogne[448]. Tous les calculs
+politiques de Louis XI se trouvaient ainsi déjoués, par suite de la
+mauvaise volonté du pape, et on comprend qu'il en conçut une vive
+irritation.
+
+ [448] Ce sont les raisons données par Legeay, _Hist. de Louis
+ XI_, II, p. 200.--Cf. abbé Christophe, _Hist. de la Papauté au
+ XVe siècle_, II, p. 248.
+
+ Cependant l'administration du cardinal de Bourbon, ou plutôt de
+ ses représentants à Avignon et à Carpentras, n'allait pas sans
+ quelques difficultés. Absent depuis plusieurs mois du siège de sa
+ légation, l'archevêque de Lyon avait délégué comme lieutenant à
+ Carpentras l'évêque de Narbonne[449]. A Avignon, il avait
+ constitué comme son fondé de pouvoir Édouard de Messiaco, abbé de
+ l'Isle-Barbe (13 décembre 1475). Les rapports entre le conseil de
+ ville et les délégués du légat étaient assez tendus par suite de
+ quelques questions d'ordre local. Le représentant du légat
+ reprochait au conseil: 1º de n'avoir pas procédé, comme le voulait
+ la charte municipale de 1411, au renouvellement annuel des
+ conseillers[450]; 2º de n'avoir pas voté au légat le présent
+ annuel de 500 florins, qui selon la tradition lui était offert la
+ veille de la Noël[451]; 3º il se plaignait en outre de ce que des
+ officiers avaient été créés directement par le Saint-Siège, sans
+ autorisation du légat; 4º de ce que les Florentins avaient obtenu
+ du Saint-Siège une exemption, au mépris du légat; 5º de ce qu'un
+ bref apostolique avait interdit à l'évêque de Narbonne de
+ s'immiscer dans les affaires intérieures du Gouvernement[451].
+ L'évêque de Cavaillon se fit, auprès du conseil, l'organe de ces
+ plaintes. Celui-ci, qui louvoyait entre les deux influences,
+ décida le 13 décembre de surseoir à toute décision jusqu'au retour
+ des consuls et d'une partie des conseillers que la peste tenait
+ pour le moment éloignés de la ville. Quelques jours après,
+ l'assemblée municipale se réunit (le 18 décembre)[452] et la
+ mutation des conseillers fut opérée en présence de l'abbé de
+ l'Isle de Barbe, délégué du légat, et par son ordre. Le 10 janvier
+ 1476, le conseil décida de prendre des informations à Rome au
+ sujet de la bulle concernant la mutation des conseillers, qu'une
+ rature avait rendue suspecte de fausseté, et où le mois précédent
+ on avait délégué à cet effet Pierre Baroncelli comme ambassadeur
+ extraordinaire[453]. Le 24 janvier, le conseil procède à la
+ nomination des capitaines des paroisses, en vertu d'un bref que
+ Pierre Baroncelli avait rapporté de Rome avec des lettres de Jules
+ de la Rovère, archevêque d'Avignon. Il est probable que Baroncelli
+ avait été chargé par Jules de la Rovère d'une mission secrète pour
+ le conseil et les États, peut-être de leur faire pressentir la
+ prochaine venue du cardinal en qualité de légat, car dès son
+ arrivée, et par ordre de l'évêque de Carcassonne, Pierre
+ Baroncelli avait été jeté en prison. La ville députa aussitôt
+ auprès de l'évêque Pierre de Merulis, primicier de l'Université,
+ et Jean Martini, bourgeois, pour obtenir l'élargissement de
+ l'ambassadeur. D'autre part, le 3 février, le conseil fit de
+ pressantes instances auprès de l'abbé de l'Isle Barbe dans le même
+ but. Sixte IV lui-même, dans un bref menaçant, informa les consuls
+ qu'il avait donné l'ordre de relâcher sans délai Pierre
+ Baroncelli[454], se réservant de faire châtier l'auteur de
+ l'emprisonnement[455]. Le conflit était désormais inévitable entre
+ le Saint-Siège et son légat à Avignon, et forcément la Cour de
+ France allait être amenée à soutenir ce dernier contre le pape et
+ contre son rival et successeur désigné, Jules de la Rovère. Louis
+ XI, toujours à l'affût des desseins secrets de la Cour de Rome,
+ s'efforçait de provoquer une certaine agitation dans le clergé de
+ France et parmi les cardinaux du sacré collège. Au mois de mars
+ 1476, pendant que Jules de la Rovère se rendait à Avignon, on
+ trouva affichée à la porte de la basilique de Saint-Pierre une
+ proclamation du roi de France enjoignant à tous cardinaux, prélats
+ et évêques de se trouver à Lyon, le 1er mai, afin d'y délibérer
+ sur la tenue d'un concile[456]. Une ambassade française fut même
+ envoyée à Rome, à ce sujet, au mois d'avril 1476[457], mais Sixte
+ IV refusa de la recevoir. Comme le fait justement observer Pastor,
+ il y a une corrélation indiscutable entre ces tentatives de
+ pression et d'intimidation que Louis XI cherchait à exercer sur
+ les membres de l'Église et l'envoi en France de Jules de la
+ Rovère[458]. Ce dernier avait quitté Rome le 19 février 1476.
+
+ [449] Cottier, _Not. sur les Recteurs_, pp. 142, 143.--Cf. abbé
+ Christophe, _Hist. de la Papauté au XVe siècle_, II, p. 248.
+
+ [450] La charte communale de 1411 avait posé le principe du
+ renouvellement annuel des conseillers par moitié; mais divers
+ faits montrent que dans la pratique et depuis nombre d'années on
+ ne se conformait pas aux prescriptions de cette charte, puisqu'il
+ est question de la subrogation de certains citoyens à des
+ conseillers qui étaient morts dans leurs fonctions. Le légat ne
+ faisait donc que demander le retour à la légalité. Le 21 avril
+ 1476, Sixte IV approuve l'élection de deux conseillers à la place
+ de deux qui étaient morts.
+
+ [451] _Amplissima Collectio_, II, p. 1514, _Epistol._ LXXX.
+
+ [452] _Reg. somm. des délibérat._, décembre 1475.
+
+ [453] _Reg. somm. des délibérat._, janvier 1476.
+
+ [454] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 1476.--Arch. muicip.,
+ _Invent_.
+
+ [455] Arch. municip., _Invent_. imprimé.
+
+ [456] Pastor, _Hist. de la Papauté_, IV, p. 298.
+
+ [457] _Id._, IV, p. 298.
+
+ [458] _Id._, IV, pp. 296, 297. Pastor fait remarquer avec raison
+ que cette mission si importante de Jules de la Rovère en France
+ est ignorée de la plupart de ses biographes, notamment de
+ _Brosch_ (IV, p. 298). Pour la première fois, grâce aux Registres
+ du Conseil de la ville d'Avignon, nous avons pu reconstituer le
+ rôle et les agissements de Jules de la Rovère (de mars à
+ septembre 1476) dans les affaires d'Avignon.
+
+La guerre devenait dès lors inévitable, et les partis commençaient à
+s'y préparer. Le 12 mars 1476, le conseil est avisé de la prochaine
+venue de Jules de la Rovère à Avignon, mais l'assemblée ignorait
+encore la nouvelle, tenue secrète, du remplacement de l'archevêque de
+Lyon à la légation. Celui-ci, mis au courant de ce qui se tramait à
+Rome contre son autorité, avait pris les devants, et le 17 avril[459]
+1476, on annonçait l'arrivée à Avignon, par le Rhône, d'une grande
+barque chargée de douze tonneaux de vin et de vingt à vingt-cinq
+salmées de blé, destinés à l'approvisionnement du grand palais. Avisé
+aussitôt, le conseil décide que le tout sera mis en entrepôt et en
+lieu sûr, _attendu que cette affectation de se servir d'une voie
+étrangère pour les denrées dont il a besoin ne fait rien augurer de
+bon pour la ville, d'autant plus qu'on sait qu'il donne certains
+signaux par des feux allumés du haut de la tour de Trolhas_[460].
+
+ [459] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 1475-1476.
+
+ [460] La tour appelée aujourd'hui «Trouillas».
+
+Le 19 avril 1476, le conseil est informé de l'approche de Jules de la
+Rovère, neveu du pape, archevêque d'Avignon, en qualité de _légat
+gouverneur d'Avignon et du Comtat_, et de son intention d'occuper le
+grand palais, et d'en faire sortir incontinent ceux qui le détiennent
+pour le compte de l'archevêque de Lyon. Le conseil délibère aussitôt
+que les consuls et douze députés des plus notables auront plein
+pouvoir pour établir une garnison aux portes et aux autres points de
+la ville où besoin sera, et que des mesures seront prises incessamment
+pour pourvoir à la sécurité de la ville et de ses habitants. Les
+députés désignés furent: Louis Merulis, primicier de l'Université;
+Guillaume Ricci, docteur; Antoine Ortigues, Girard de Sades, François
+Malépine, Baptiste de Brancas, Pierre Baroncelli, Louis Pérussis,
+Antoine Simonis, Veran Malhardi, Étienne de Gubernatis et Jean
+Martini. Le 29 avril suivant[461], le conseil décide de notifier cette
+décision à l'archevêque de Vienne, pro-lieutenant du cardinal de
+Bourbon, et députe une ambassade au seigneur de Beaujeu[462], et à
+l'archevêque de Narbonne, qui étaient au pont de Sorgues, pour tâcher
+de pacifier les choses. C'est au milieu de cette agitation que le
+nouveau légat pontifical arriva à Avignon, où il fut reçu avec la
+déférence que commandaient ses nouvelles fonctions et sa parenté avec
+la personne du souverain pontife.
+
+ [461] Arch. municip., _Reg. des délibérat_. (avril 1476).
+
+ [462] Pierre II de Bourbon-Beaujeu était le frère de Charles,
+ archevêque de Lyon, et gendre de Louis XI. Voy. Delachesnaye des
+ Bois, III, p. 476;--Anselme, I, p. 315.
+
+De son côté, Louis XI n'était pas resté inactif, et son intervention,
+à ce moment, avait, s'il faut en croire Belleforest[463], un double
+but; intimider le pape et peser sur l'esprit du roi René dont les
+ambassadeurs étaient partis secrètement pour aller offrir au duc de
+Bourgogne son héritage, après avoir rejeté et divulgué audit duc
+toutes les propositions à lui faites par Louis XI[464]. Mais on sait
+comment la défaite du Téméraire à Granson détacha du duc de Bourgogne
+tous ses alliés, et René, dont les ambassadeurs avaient été pris et
+les projets dévoilés, n'avait plus qu'à solliciter son pardon. Ce fut
+l'épilogue du combat de Granson (1476).
+
+ [463] Belleforest, II, p. 126.
+
+ [464] Commines, _Édit. Chantelauze_, V, c. i, p. 306, et V, c.
+ ii, p. 311.--Cf. Muller, _Hist. des Suisses_, X, p.
+ 127;--Raynald, _Annal. ecclésiast._, 1476, §§ 1, 3;--César de
+ Nostredame, _Hist. de Provence_, VI, p. 640; Sismondi, _Hist. des
+ Français_, XIV, p. 476.
+
+Mais Louis XI n'avait pas attendu une solution que donnât à ses
+visées politiques le sort des armes. Au mois d'avril 1476, par
+ordre du roi, des troupes du Languedoc furent mises en mouvement
+et portées sur la rive droite du Rhône, avec ordre d'amasser une
+grande quantité de vivres et d'approvisionnements de toutes sortes à
+Villeneuve-lès-Avignon[465]. L'avant-garde de l'armée royale,
+commandée par le capitaine Bertrand de Codolet, se présenta au pont
+du Rhône pour attaquer le terroir d'Avignon. Quant au représentant du
+légat, l'archevêque de Lyon, il avait fait occuper le palais
+apostolique par une garnison de soixante hommes, archers et
+arbalétriers, fournis par le roi de France et à la solde de 4 livres
+par jour. Dans cette forteresse inexpugnable la petite garnison
+française entretenait des signaux avec les soldats de l'armée royale
+campés sur la rive droite du Rhône, et leur fournissait des
+renseignements utiles pour l'attaque des remparts. Vers la même date,
+et pour appuyer les troupes massées sur la rive droite du fleuve,
+Louis XI faisait diriger par voie rapide toute son artillerie
+disponible, traînée par plus de quarante-quatre chevaux, sur
+Avignon[466]. L'amiral de Bourbon, frère de l'archevêque de Lyon,
+avait été chargé du commandement de l'armée «laquelle nous avions
+envoyée ès marches de par dellà et près de la dite ville pour obvier à
+la mauvaise entreprinse du dit cardinal alyé à nos ennemis[467]».
+
+ [465] Ménard, _Hist. de Nîmes_, III, p. 253.--Ménard, _Preuves_,
+ III, p. 328. «A noble homme Guisarnaut de Gaube par mandement du
+ Roy nostre Sire, en faisant mettre sus gens de guerre, assembler
+ et mettre sus aussy porter vivres de plusieurs contrées du dit
+ diocèse au dit lieu de Villeneuve-les-Avignon pour secourir à
+ l'armée que le Roy nostre dit seigneur y avoit envoyée contre
+ ceux d'Avignon au moys d'avril passé, etc. LXXVIII, livr.
+ tournois.»
+
+ «A Monseigneur Messire Philippe Gervais au moys d'avril dernier
+ passé par plusieurs journées à fere assembler et porter vivres et
+ artillerie de plusieurs lieux et contrées du dit diocèse aux gens
+ de guerre pour lors de par le dit seigneur envoyez à
+ Villeneuve-lès-Avignon contre ceulx d'Avignon. X livres.»
+ _Preuves_, III. p. 328.
+
+ [466] Toute cette artillerie fut reconduite vers Lyon le 4 mai
+ 1476. _Comptes de la Ville_, C.C., 1476.
+
+ [467] _Lettres patent. de Louis XI_, Origin., Arch. de l'Isère,
+ du 4 septembre 1476, série B.
+
+Aucun des historiens, en mentionnant cette prise d'armes du roi de
+France contre les domaines du Saint-Siège, n'a connu réellement les
+faits tels qu'ils se sont passés. Presque tous affirment que Louis XI
+occupa Avignon et le comté, et ne sont pas éloignés de croire que,
+dans la pensée du roi, cette tentative d'occupation à main armée
+n'était que le prélude d'une annexion définitive, et que le
+Saint-Siège fut même menacé de perdre Avignon par la faute de son
+légat[468]. Il y a là une exagération évidente, conséquence de
+l'ignorance des archives locales, qui vont nous permettre de mettre,
+pour la première fois, sous leur vrai jour, les événements politiques
+et militaires si peu connus de cette période de l'histoire des États
+citramontains de l'Église.
+
+ [468] Fantoni, _Liv. cit._, p. 345.--Cottier, _Notes sur les
+ Recteurs_, pp. 142, 143.--Cf. Morenas, _Lettr. histor._, p.
+ 12.--Charpenne, I, préface.--Cf. notamment Pastor (IV, p. 297)
+ qu'on est étonné de voir partager cette opinion fausse.
+
+Un document inédit et de la plus incontestable authenticité, renfermé
+dans la caisse d'Avignon, parmi les papiers constituant le fonds de
+l'inventaire de la Chambre des Comptes de Grenoble, nous apporte sur
+les agissements de Jules de la Rovère, dans les événements qui vont
+suivre, des renseignements forts curieux, que quelques historiens ont
+soupçonnés, et qui n'expliquent que trop les griefs de Louis XI contre
+la curie romaine et son représentant, le cardinal de Saint-Pierre ad
+Vincula. Un certain Jean Aubert, dit de Montclus, seigneur et
+chevalier de Montclus, avait été laissé à Avignon comme agent secret
+du légat Charles de Bourbon, avec mission de le renseigner sur tout ce
+qu'il pourrait saisir des desseins de Jules de la Rovère. Grâce à un
+espionnage savamment dissimulé, ledit de Montclus ne tarda pas à
+apprendre que le nouveau légat avait envoyé auprès de Charles le
+Téméraire, duc de Bourgogne, son vicaire à Avignon, le sieur de
+Lyennans, «lequel était revenu porteur de certaines lettres de créance
+et instructions signées et scellées du seing et scel du dit duc de
+Bourgogne adreçans au pape et au dit cardinal lesquelles lettres et
+instructions estoient au grand dangier et préjudice[469]» de la
+personne du roi et du royaume de France; que, pour mettre à exécution
+ces mauvais desseins et entreprises, certaine alliance avait été
+contractée entre ledit cardinal, le duc de Bourgogne et d'autres
+ennemis du royaume (et ce disant, Louis XI fait évidemment allusion au
+roi René). Au dire de Louis XI, le cardinal de Saint-Pierre aux Liens
+était venu en Avignon pour mettre la main sur le palais apostolique,
+en chasser la garnison française que le légat Charles de Bourbon avait
+préposée à sa garde, et par la possession de cette forteresse
+inexpugnable, barrer aux armées royales la route de Provence. On ne
+saurait, en cette occurence, mettre en doute les accusations de Louis
+XI contre le cardinal de Saint-Pierre ad Vincula, car ce sont ces
+projets secrets que Baroncelli avait dû communiquer aux différents
+corps élus d'Avignon et du comté, et qui motivèrent la délibération du
+conseil de ville d'Avignon du 17 avril 1476[470].
+
+ [469] Arch. de l'Isère, _Titres du Comtat Venaissin_, série
+ B.--Voy. Pilot. _Catalog. des Actes du roi Louis XI_, II, p. 248,
+ no 1667.--Tours, 4 septembre 1476.
+
+ [470] Délibérat. du 17 avril 1476, _Reg. des Conseils_, IV.
+
+Louis XI, informé de ce qui se tramait à Avignon par ledit seigneur
+de Montclus, voulut intimider la curie romaine en mandant à Lyon, où
+il se trouvait (mai 1476), le sieur de Montclus et le propre vicaire
+de Jules de la Rovère, de Lyennans, les invitant à venir se justifier
+auprès de lui. Le cardinal de Saint-Pierre aux Liens, dont la trahison
+à l'égard de Louis XI n'était pas douteuse, pour empêcher son vicaire
+de rien divulguer de la mission secrète qu'il avait remplie auprès du
+duc de Bourgogne, s'empressa de faire incarcérer ledit de Lyennans,
+comme témoin compromettant. Puis, sachant que le seigneur de Montclus,
+en sa qualité de représentant de Charles de Bourbon, avait des
+intelligences avec le capitaine qui gardait le palais, il tenta par
+des promesses et toutes sortes de moyens de le gagner à sa cause.
+N'ayant pu réussir dans son dessein, Jules de la Rovère, très irrité
+contre le sieur de Montclus, le fit venir au petit palais[471], en
+présence de l'évêque de Cavaillon, des évêques italiens qui avaient
+accompagné le nouveau légat, des consuls et autres personnages
+notables de la ville, et devant tous les assistants le cardinal entra
+dans une violente colère, déclarant au sieur Montclus que s'il ne lui
+faisait pas remettre incontinent le palais apostolique en obligeant
+les gens de Charles de Bourbon à l'évacuer, «il luy feroit coupper la
+teste et qu'il ne luy tenoit à guères qu'il ne le fist gecter par la
+fenestre en la rivière du Rosne et que c'estoit le dit suppliant qui
+les y avait mis et que par luy se conduisoient[472]». De Montclus,
+sans s'intimider des menaces du cardinal, répondit que c'était à tort
+qu'on l'accusait de maintenir dans le palais la garnison française;
+qu'il n'avait point charge de traiter cette question, et que le mieux
+était pour le cardinal de s'entendre avec les ambassadeurs du roi de
+France, qui se trouvaient en ce moment à Avignon. Mécontent de cette
+réponse et aveuglé par la colère, Jules de la Rovère donna l'ordre de
+s'emparer sur-le-champ de la personne dudit de Montclus, et de
+l'enfermer dans la prison du petit palais; il le fit lier et attacher
+avec de gros fers aux pieds, et «loger en une grosse tour estroitement
+et durement detenu en grant detresse de sa personne, couchier sur le
+plastre comme s'il estoit ennemy de la foy et mecréant, garder par
+certains habitans de la dite ville, piller et desrober tous ses biens
+meubles qui estoient de bonne valeur estans en certaine maison qu'il
+avoit au dit Avignon. Et contre toute forme de justice inhumainement
+et cruellement feist tourmenter et mettre en gehayne et torture le dit
+suppliant cuidant par ce moyen recouvrer le dit palais et que pour
+éviter la mort du dit suppliant le capitaine et autres estans de dans
+le dit palais eussent rendu au dit cardinal le dit palais et que faire
+ne vouloirent[473]».
+
+ [471] Le petit palais, dont il est souvent question, était la
+ résidence des évêques d'Avignon, après que les papes et, après
+ eux, leurs légats se furent établis dans le grand palais, ou
+ palais des papes actuel. Il fut reconstruit par Jules de la
+ Rovère sur le même emplacement et sert aujourd'hui de petit
+ séminaire. Le Rhône coulait sous les fenêtres du palais.
+
+ [472] _Lettres de Louis XI_, Docum. cité.--Arch. de l'Isère,
+ série B.
+
+ [473] _Lettres de Louis XI_, Docum. cité.
+
+Cependant, comprenant que la détention dudit Montclus était illégale,
+et que la ville et les habitants d'Avignon pourraient supporter les
+conséquences d'un aussi grave abus d'autorité, au moment où l'armée
+envoyée par Louis XI approchait de la ville[474], Jules de la Rovère
+laissa entendre que de Montclus n'avait été mis en prison que pour
+obtenir le recouvrement du palais indûment retenu, puisque, en
+exécution des engagements pris par le roi et le légat en 1472, ledit
+palais devait être rendu à première réquisition du Saint-Siège. Il
+ajoutait, en outre, que ce faisant il avait voulu complaire à un
+certain nombre d'habitants d'Avignon, ennemis du roi de France, qui
+étaient débiteurs vis-à-vis de lui de certaines sommes qu'il avait
+donné charge d'aller recueillir, en vertu d'une obligation déjà
+ancienne, et après sommation faite par lettres patentes aux officiers
+du Saint-Siège. Sous ce dernier prétexte, Jules de la Rovère fit
+appliquer la torture audit sieur de Montclus, pour le forcer à
+déclarer que lesdites lettres obligatoires adressées par Louis XI à la
+ville «estoient induement faictes et forgées», alors que lesdites
+obligations avaient été souscrites par la ville avant la naissance
+dudit de Montclus et ne le touchaient en quoi que ce soit[475]. La
+torture, appliquée avec tous les raffinements en usage chez les
+bourreaux du Saint-Siège, alla jusqu'à la séparation des membres pour
+contraindre Montclus à dire des choses «à l'appétit et vouloir» de ses
+persécuteurs. Le malheureux prisonnier faillit en mourir. Ce que
+voyant, le cardinal de Saint-Pierre _ad Vincula_, les habitants et
+consuls de la ville d'Avignon, émus sans doute à l'idée qu'un
+traitement aussi barbare et le trépas qui s'en suivrait engageaient
+gravement la responsabilité de la ville aux yeux du roi de France,
+cessèrent de torturer leur prisonnier. Quant à Jules de la Rovère, il
+trouva moyen de parlementer avec l'amiral de Bourbon, commandant
+l'armée royale, et partit d'Avignon pour venir à Lyon trouver le roi.
+
+ [474] Avril 1476.
+
+ [475] Louis XI fait certainement allusion à l'obligation que la
+ ville avait contractée vis-à-vis du seigneur de Ropol, Louis de
+ Valspergues, représentant de Michel et de Jean de Valspergues,
+ coseigneurs de Caumont, à qui il était dû une somme assez forte
+ par la ville (soit 3,000 écus) et par un citoyen, Allemand de
+ Pazzis, qui avait fait faillite. Louis XI avait écrit aux consuls
+ pour réclamer le paiement de cette dette en faveur de Louis de
+ Valspergues.
+
+Mais les consuls et les habitants d'Avignon comprenant enfin tout
+l'odieux de leur conduite, afin d'apaiser la colère du roi «et les
+dites deshonnestes faultes assoupper», envoyèrent auprès dudit de
+Montclus, enfermé dans la tour de l'auditeur, une délégation qui se
+composait de maître Tulle, docteur et juge de ladite ville, de maître
+Accurse Meynier et d'Etienne Sedile, notaire de la cour de
+Saint-Pierre et autres officiers, et de plusieurs autres notables
+citoyens. Le juge de Saint-Pierre délivra sur-le-champ ledit de
+Montclus comme innocent et sans charge aucune, en lui en donnant acte
+par lettres que ledit suppliant avait requises «pour sa descharge et
+s'en aider en temps et lieu». Tels sont les événements qui se
+passaient à Avignon au moment où Louis XI, déjà très mécontent,
+dirigeait des forces sur les terres du Saint-Siège, et on comprend dès
+lors que l'accueil fait par lui à Jules de la Rovère n'ait pas été
+précisément très amical.
+
+A l'annonce des mouvements de troupes qui se dessinaient de l'autre
+côté du Rhône, et des préparatifs de siège du palais apostolique, le
+conseil de ville d'Avignon décida de faire garder les portes et les
+remparts par une garnison de soixante hommes d'armes pendant huit
+jours, et de leur payer à cette occasion 60 florins. Le soin de
+constituer cette force armée fut confié à Marot Borgognon qui, ne
+trouvant personne dans le pays, fut obligé d'envoyer quérir à
+Tarascon, à Aix et à Marseille, des aventuriers pour concourir à la
+défense de la ville[476]. Gaspard de Sarrachani et son frère Thomas
+furent chargés de couvrir tous les passages du Rhône qui mettaient en
+communication le terroir d'Avignon avec la rive languedocienne[477].
+Les bacs à traille notamment devaient être l'objet d'une surveillance
+rigoureuse. Quant à l'intérieur de la ville, les consuls avaient pris
+toutes leurs mesures pour la mettre à l'abri d'un coup de main. Le
+conseil avait fait fabriquer neuf couleuvrines qu'il avait placées
+dans l'hôtel de ville[478], en refusant énergiquement de les laisser
+transporter au grand palais[479]. Comme le bruit s'était répandu qu'un
+assaut devait être livré au palais, les consuls donnèrent charge à
+Marot Borgognon et à Antoine Simon, avec un certain nombre de
+compagnons, de garder les passages près de la tour Trolhas par où
+pouvaient s'introduire des troupes royales destinées à renforcer la
+petite garnison fidèle à Charles de Bourbon. Borgognon et Simon avec
+leurs hommes d'armes veillèrent pendant quinze jours et quinze nuits,
+et outre les désagréments d'une pareille faction, ils encoururent la
+disgrâce du seigneur de Lyon (Charles de Bourbon)[480].
+
+ [476] Comptes de la Ville où se trouve le détail de la dépense,
+ no 283 du Compte de 1476.
+
+ [477] Comptes de la ville, annexe du 58e mandat. Comptes de 1477,
+ 1478.
+
+ [478] 26 juin 1477. Mandat de 16 florins à Albergas Basilic,
+ marchand d'Avignon, pour neuf couleuvrines qu'il avait vendues à
+ la ville sous le consulat de Thomas Busaffi. Arch. municip.,
+ Comptes, C.C., Mandat no 101, 1477, 1478.
+
+ [479] _Reg. des délibérat._, du 1er mai 1476.
+
+ [480] «Item quant es vengut au bruch del siège del Palais, les
+ consols en la compaignie de Messires Anthony Symon me doneron
+ charge ambe «certans» compaignons de guarda los passaiges au pres
+ de la torre de Troulhas la hout ieu ay demorat xiiii ou xv jours
+ et jor et nuyt. Et oltre los malo jors et malas nuytz enay
+ aquestat la mala gracia de monsegnor de Lyon comme tout lo mont
+ sap.» _Comptes de la Ville_, C.C., no 283.
+
+ C'est à cette occasion qu'il y eut quelques escarmouches entre les
+ assiégés et les soldats placés par la ville autour du palais. Il
+ n'est parlé que de blessures légères, du reste. Le 14 mai 1478,
+ les consuls payèrent un mandat de 3 florins à Antoine Massebon
+ «pro vulnere illato et facto per illos de magno palacio, tempore
+ guerre domini Lugdunensis.» G. G., no 405. Il n'y eut donc pas à
+ proprement parler de siège du palais en avril-mai 1476, mais
+ seulement quelques arquebusades échangées sans grand dommage.
+
+Tels sont, dans toute leur simplicité, les événements militaires dont
+les États du Saint-Siège furent le théâtre en avril-mai 1476, et
+auxquels on avait donné une portée et un caractère contraires de tous
+points à la vérité historique. S'il n'y eut pas, en réalité,
+occupation _manu militari_ du comté et d'Avignon par les troupes du
+roi de France, toutes les mesures furent prises pour l'effectuer.
+L'attitude du roi René[481] d'abord, et de Jules de la Rovère ensuite,
+suspendit les préparatifs belliqueux de Louis XI et donna aux
+événements une tournure pacifique. Dès le 11 avril 1476, René d'Anjou
+promit aux ambassadeurs du roi de n'avoir jamais plus d'intelligence
+avec Charles le Téméraire, ni avec les autres ennemis de la couronne.
+Il prit l'engagement de se rendre à Lyon pour assister à l'entrevue à
+laquelle l'avait convié Louis XI, et prépara l'entrevue de Jules de la
+Rovère avec le monarque. Les troupes royales furent incontinent
+rappelées[482], et nous voyons quelques jours après les Avignonnais se
+porter caution pour l'archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, d'une
+somme de 3,200 livres que ledit cardinal devait payer au roi de
+France. Charles de Bourbon figure dans l'acte avec les titres de
+_gubernator civitatis Avinionensis et Comitatûs_ et avec le titre de
+_legatus a latere_[483]. Le 9 mai, le roi René qui, en passant, avait
+eu un entretien avec Jules de la Rovère, arrivait à Lyon, où Louis XI
+lui fit les honneurs d'une hospitalité vraiment royale. Les deux rois
+vécurent dans la plus grande intimité, se montrant ensemble à la foire
+avec les plus belles dames de la ville[484], et parurent parfaitement
+réconciliés. Les compagnons du roi René, entre autres Palamède de
+Forbin, reçurent des cadeaux des deux côtés. Celui-ci eut même du roi
+René 4,000 livres de pension annuelle, et c'est en reconnaissance de
+ces gracieusetés que les ambassadeurs provençaux s'employèrent de leur
+mieux pour amener une cessation d'hostilités entre Louis XI et Sixte
+IV[485].
+
+ [481] Lecoy de la Marche, _Le Roi René_, II, p. 359.
+
+ [482] Legeay, II, p. 200.
+
+ [483] Instrument relatant un contrat passé entre Jehan de Foix,
+ seigneur de Maille, pour le roi Louis XI, et Edouard de Messiaco,
+ abbé de l'Isle-Barbe, lieutenant de Charles de Bourbon. Arch.
+ municip., B.77, Origin. parchemin.
+
+ [484] Commines, V, II, p. 311.--Cf. Lecoy de la Marche, I, 412,
+ 413.
+
+ [485] Lecoy de la Marche, I, p. 554.
+
+C'est au milieu de ces démonstrations d'amitié sincère entre les deux
+rois que Jules de la Rovère arriva à Lyon, pour s'entretenir avec
+Louis XI des difficultés pendantes avec le Saint-Siège. Le roi le
+reçut fort mal d'abord[486], mais finit par l'écouter, sur les
+instances du roi René, et exigea en premier lieu: 1º que Jules de la
+Rovère renoncerait à sa légation et restituerait à Charles de Bourbon
+la provision que le pape lui avait retirée au mois de mars 1476, et 2º
+que les Avignonnais enverraient à Lyon une députation chargée de
+prêter, au nom de la ville, serment de fidélité à la couronne[487].
+
+ [486] Aubéry, _Vie des Cardinaux_, p. 469. Pendant les mois qui
+ précèdent, Jules de la Rovère recevait de Sixte IV, son oncle,
+ une pension de 104 ducats d'or par mois (mars-mai 1476). Arch.
+ vat., _Reg._ 492.
+
+ Le 11 juin 1476, une somme de 40 florins d'or est payée par le
+ trésorier de la Chambre apostolique à Christophe de Bergame,
+ _maître coureur_, qui est envoyé auprès du légat Jules de la
+ Rovère avec les brefs. Arch. vat., _Reg._ 493, fol. CLXXXD, etc.
+
+ [487] Chambaud, _Ann._, mss., fol. 390.
+
+L'orgueilleux cardinal-légat s'humilia pour ménager le Saint-Siège et
+les domaines de l'Église, et le 10 juin il fit tenir aux consuls
+d'Avignon des lettres patentes leur enjoignant de reconnaître pour
+légat Charles de Bourbon, archevêque et comte de Lyon[488]. Quelques
+jours plus tard, le 18 juin 1476, Jules de la Rovère écrivait de
+nouveau aux consuls[489] pour les informer que le serment de fidélité
+exigé par le roi avait été prêté suivant la formule convenue, mais que
+sa majesté entendait qu'il fût prêté en outre par le conseil de ville
+comme représentant de la collectivité des habitants. En conséquence,
+il leur faisait tenir une copie dudit serment, qui devait être
+adressée à lui-même, revêtue de la signature des membres du conseil,
+avec défense expresse d'y introduire la moindre variante[490]. «Et ont
+juré Guillaume Ricci, François Peruzzi, Antoine Ortigues, Antoine de
+Damiani, en présence de l'archevêque de Lyon, de M. l'admiral de
+France, son frère, que dans la ville d'Avignon on ne souffrira aucune
+personne qui puisse nuire au roi et à ses États, et on n'y prendra
+point parti pour ses ennemys déclarés qui sont le duc de Bourgogne, le
+roi Fernand, le roi d'Aragon et le roi d'Espagne, son fils, au moyen
+de quoy le dit amiral et le vice-chancelier ont promis au nom du roi
+de France de garantir la ville d'Avignon de toute oppression qu'on
+pourrait vouloir faire aux sujets de Notre Saint Père, ainsi que des
+attaques de ses ennemis». Les consuls et conseillers firent également
+le même serment, sauf toutefois certaines réserves en ce qui touchait
+l'obéissance et la fidélité au pape et son droit de souveraineté. Bien
+que cette condition ne fût point stipulée dans l'acte, le grand palais
+d'Avignon devait être occupé provisoirement, au nom du légat Charles
+de Bourbon, par une garnison de soldats royaux, ce qui était pour la
+cité papale une humiliante obligation, en même temps qu'une
+perpétuelle cause de conflits. Quant au caractère même et à la portée
+du serment des Avignonnais prêté à un souverain qui n'était pas le
+leur, il ne faut pas s'y méprendre; il liait l'un vis-à-vis de l'autre
+les contractants par acte public, et les Avignonnais ne manqueront
+pas de s'en prévaloir dans une circonstance où la tranquillité de la
+ville et la sûreté de ses citoyens se trouvent menacées par les
+attaques du sacrilège Bernard de Gorland (1479-1480). Et il faut dire,
+à l'éloge de Louis XI, que le roi de France ne faillit pas aux
+engagements pris à Lyon[491].
+
+ [488] Copie en latin de la lettre du 18 juin 1486. Arch.
+ municip., série A.A.
+
+ [489] Lettre de Jules de la Rovère aux consuls de Lyon, 18 juin
+ 1476.
+
+ [490] Voici la formule du serment en latin: «Forma juramenti.
+ Juraverunt Guillelmus Ricii, Franciscus Peruzzi, Antonius Urtice,
+ Antonius de Damianis oratores, Regi clarissimo, in manibus domini
+ vice cancellarii, presentibus reverendissimo domino Lugdunensi et
+ domino admirato, quod in civitate Avinionensi nullum recipient
+ exercitum inimicorum prefati clarissimi regis qui possit nocere
+ persone nec statui ipsius clarissimi Regis. Inimici autem
+ declarati sunt dux Burgundie, Rex Ferdinandus, rex Aragonum et
+ Rex Yspaine, filius ipsius regis Aragonum, hoc mediante quod
+ prefati domini admiratus et vice cancellarius, nomine prefati
+ clarissimi domini Regis, promiserunt etiam civitatem Avinionis
+ conservare ab omnibus oppositionibus, illamque defendere contra
+ omnes emulos Sanctissimi domini nostri Pape et civitatis predicte
+ ac inimicos eorumdem et ita facere firmaverunt Simile juramentum
+ prestabunt consules et consiliarii dicte civitatis et literas
+ illius expedient in forma patento sub sigillo dicte civitatis
+ quas ad primum mandabunt reverendissimo domino.» Arch. de la
+ ville, série A.A.
+
+ [491] Lettre des Avignonnais à Monseigneur du Bouchage, 30
+ janvier 1479, Origin., B. nation., _Anc. fonds franç._, mss., no
+ 2896, fol. 90.--Cf. Bernard de Mandrot, pp. 320, 321.
+
+La question de la légation elle-même était laissée en suspens, mais
+Jules de la Rovère promettait tacitement au roi et à son rival,
+l'archevêque de Lyon de se rendre prochainement à Rome pour solliciter
+de son oncle Sixte IV le chapeau de cardinal en faveur de Charles de
+Bourbon, qui ne demandait rien de plus. L'entrevue de Lyon (mai-juin
+1476) fut pour la politique de Louis XI un triomphe complet. Il avait
+obtenu du roi René, sinon la substitution du roi de France à Charles
+du Maine comme héritier de la Provence, au moins un engagement tacite
+dont Palamède de Forbins fut le garant[492]. René ne voulut pas se
+lier par un acte, contrairement à ce qu'affirme l'auteur de l'histoire
+des Célestins[493], mais c'était le bruit public que le vieux roi
+avait donné à Louis XI la promesse formelle de la cession de la
+Provence à la couronne, à la mort de Charles du Maine, institué
+héritier par testament du 28 juillet 1475[494]. Comblé de présents et
+d'honneurs, René avait quitté Lyon le 9 juin 1476, laissant Jules de
+la Rovère débattre avec Louis XI les questions qui intéressaient
+spécialement les états pontificaux et la légation[495].
+
+ [492] Lecoy de la Marche, _Liv. cit._, I, pp. 412, 413.
+
+ [493] «Alii scribunt quod Renatus rex dùm esset Lugduni,
+ Ludovicum regem nepoti suo Carolo substituit, substitutionem suam
+ scripsit litteris miro picturæ artificio azureo colore
+ conspicuam.» _Historia Cælestinorum._, mss., Bibl. Avignon, t. I,
+ fol. 697.
+
+ [494] Mathieu, _Hist. de Louis XI_, p. 345;--Legeay, _Hist. de
+ Louis XI_, p. 204.
+
+ [495] Lecoy de la Marche, II, p. 483.
+
+Le rusé cardinal n'eut pas lieu de se plaindre des procédés de Louis
+XI à son égard, car il obtenait de lui plus qu'il ne pouvait espérer,
+surtout après la réception qui lui avait été faite. Son ton résolu et
+prompt à la riposte, sa rouerie diplomatique, dissimulée sous une
+apparente soumission, avaient produit sur l'esprit du roi une
+impression très favorable, et Louis XI, après ces quelques semaines
+d'entrevue, n'hésitait pas à appeler le cardinal de Saint-Pierre aux
+Liens son «très cher et grant amy». Par lettres patentes données à
+Lyon le 15 juin 1476, le roi «voulant mettre un terme aux grans
+faultes, fraudes, abuz, déceptions et exactions de toute espèce qui se
+commettoient à la Cour de Rome au détriment de tous ceux qui venoient
+à besougner à cause de la diversité des personnages auxquels ils
+s'adressaient, déclare que désormais toutes les personnes qui auront à
+se pourvoir en Cour de Rome se addressent a son très cher et grant amy
+le cardinal de Saint-Pierre _ad Vincula_[496]». Louis XI accordait en
+outre à Jules de la Rovère l'autorisation d'exercer dans le royaume
+ses facultés de légat, bien que ledit légat «ne luy en ait demandé la
+permission, comme il est de coutume, et sans qu'il soit tiré à
+conséquence[497]». En outre, par d'autres lettres patentes, données à
+Lyon le 21 juin 1476, Louis XI autorisait le cardinal de Saint-Pierre
+ad Vincula à posséder dans le royaume de France tous les bénéfices
+dont il avait été ou pouvait être pourvu, archevêchés, évêchés,
+abbayes et autres dignités et bénéfices quelconques, et à quelque
+valeur et estimation qu'ils pussent monter. Dans les raisons qui
+poussaient le roi à octroyer cette faveur, Louis XI parlait «de la
+grant et singulière amour et amitié que avons a lui. Et en faveur de
+plusieurs grans louables et notables services dignes de recommandacion
+qu'il nous a faiz et espérons qu'il nous face au temps advenir[498]».
+Enfin, six semaines après l'entrevue de Lyon, Jules de la Rovère
+affermissait encore ses bons rapports avec le roi de France en
+accordant la dispense pour le mariage de Louis d'Orléans (futur Louis
+XII) avec Jeanne de France, fille de Louis XI[499].
+
+ [496] Bibl. nation., _Ancien fonds franç._, no 3882, fol.
+ 209;--_Musée des arch. nation._, p. 286.
+
+ [497] Bibl. nation., _Ancien fonds franç._, mss.
+ 294;--_Catalog._, I, p. 538.
+
+ [498] Extrait des minutes de Jean Robini, notaire (Lettres
+ vidimées le 13 juin 1485). Voy. aux pièc. justificat., no XXI.
+
+ [499] De Mauldes, _Collect. des Docum. inédits; Les Procédures
+ politiques sous Louis XII_, pp. 926, 929.
+
+L'entrevue de Lyon, grâce à l'influence du cardinal de Saint-Pierre
+aux Liens sur l'esprit du roi, fut féconde en résultats heureux pour
+les Avignonnais. Par lettres patentes données à Lyon le 21 juin
+1476[500], Louis XI accorda aux sujets du pape le droit de construire
+des «palières» pour protéger leur terroir contre les débordements
+périodiques du Rhône. Ce droit, qui avait déjà été consacré par
+lettres données à Compiègne, le 7 février 1470 et le 26 janvier
+1474[501], était contesté par les officiers de la couronne, et à
+diverses reprises les Avignonnais avaient fait appel à la justice du
+roi pour la sauvegarde de leurs propriétés. «Pourquoy nous les choses
+dessus dictes considérées, inclinanz liberallement à la supplicacion
+et requeste que sur ce nous a este faite par nostre tres chier et
+grant ami le cardinal _Sancti Petri ad Vincula_, légat du Saint-Siège
+apostolique estant nagueres par devers nouz à Iceulx supplianz pour
+ces causes et considéracionz et autres à ce nous mouvanz avons octroye
+et octroyons de grace espécial par ces presentes que la sus dite
+palière, taudiz, et reparacionz par eulx ainsi faictes du coste de
+leurs terres sur le rivage de la dite rivière du Rosne soient et
+demeurent en l'estat quelles sont de present tant quelles pourront
+durer, sanz que Iceulx supplianz soyent ou puissent estre contrainz à
+Icelles démolir ne abatre, ne que pour icelles avoir faict faire, ils
+en soyent molestez ne travaillez par aulcunz noz officiers soubz umbre
+des sus dites multes ou peines declairées ou à declairer en quelque
+manière que ce soit ou puisse estre. Et lesquelles peines et multes
+saucunes estoient declairées nous voulons au cas dessuz dit estre
+nulles et de nulle valeur. Et icelles avons abolies et abolissons par
+ces présentes pourveu toutes foys que les ditz d'Avignon ne feront
+faire doresenavant sur la dite palière aucunes reparacions en quelque
+manière que ce soit. Et quant la dite palière sera rompue et desmolie
+iceulx de Avignon ne la feront ne pourront reffaire sanz noz vouloir
+congié et licence[502].» Cette concession royale avait aux yeux de la
+ville bien plus d'importance qu'on ne le croirait généralement, car
+outre la nécessité de pouvoir élever des «pallières et taudis» en vue
+de préserver les terres des débordements subits, au moment de la fonte
+des neiges et des orages dans la région cévénole, il y avait encore à
+sauvegarder l'intérêt même de la navigation, qui était au XVe siècle
+l'unique voie de communication entre le nord et le midi de la France.
+Or, le Rhône ayant toujours eu une tendance bien marquée à se jeter
+vers la rive droite, les Avignonnais attachaient la plus grande
+importance à pouvoir effectuer en toute liberté des digues en terre et
+en fascines dites, «pallières», pour ramener sur la rive gauche le
+courant principal du fleuve, que suivaient les barques de marchandises
+allant d'Arles et de Tarascon sur Lyon. La ville accueillit la
+décision de Louis XI comme un grand bienfait, et c'est une des mesures
+que Gilles de Berton et Louis de Merulis, de retour d'une ambassade
+auprès de Louis XI, feront valoir auprès des membres du conseil de
+ville pour marquer la bienveillance du roi à l'endroit de la
+cité[503].
+
+ [500] Donné à Lyon sur le Rosne, le XXIe jour de juing 1476.
+ Orig. Arch. municip., B. 64, no 44, Cott. V.V.
+
+ [501] Bibl. nation. _Invent._, III, 3882, fol. 16.
+
+ [502] 21 juin 1476, à Lyon. On trouve des lettres ayant le même
+ objet du 7 février 1470 (B. 65) et de janvier 1474 (B. 65) et de
+ Selles en Poitou du 20 avril 1469 (B. 64).
+
+ [503] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 19 mai 1479.
+
+A la question de droit de pallières était liée celle du pontonage du
+Rhône. Cette dernière avait pour Avignon un intérêt capital, car c'est
+par le grand pont de pierre, construit sur le Rhône vers la fin du
+XIIe siècle, que se faisaient les échanges de denrées et de
+marchandises entre les Avignonnais et la rive languedocienne. Beaucoup
+d'Avignonnais possédaient des domaines sur la rive droite, dans les
+limites du diocèse d'Avignon, et c'est du Languedoc que la ville
+recevait une bonne part des céréales, du vin et du bétail nécessaires
+à l'alimentation de ses habitants. La rupture ou l'interdiction du
+pont était, pour la ville, une cause de ruine et de disette[504]. Or,
+la cité d'Avignon, aux termes des lettres patentes du roi Charles
+V[505], n'avait la propriété du pont que jusqu'à la chapelle,
+aujourd'hui encore existante, de _Saint Nicolas_[506], c'est-à-dire
+après la deuxième arche; l'autre partie, de beaucoup la plus longue,
+était terre royale, et les officiers du roi et maîtres des ports de
+Villeneuve en avaient la surveillance et la garde. Les Avignonnais,
+dès 1451[507], avaient prié le cardinal d'Estouteville d'intervenir
+auprès de Charles VII, pour faire savoir au roi que la ville étant
+dans l'intention de reconstruire quelques parties du pont qui
+menaçaient ruine, priait sa majesté de donner un avis favorable à la
+requête et d'autoriser l'affectation du produit des péages à la
+reconstruction et à l'entretien dudit pont. C'est à Lyon encore que
+Louis XI, par lettres patentes du 21 juin 1476[508], décida que le
+produit du péage du pont d'Avignon, tant du côté de la ville que du
+côté du royaume, appartiendrait aux officiers royaux, lesquels
+seraient tenus d'en employer les sommes à l'entretien du pont,
+conformément à un tarif convenu[509].
+
+ [504] On peut en juger par l'affolement de la ville sous Henri
+ IV, lorsque Montmorency, gouverneur du Languedoc, en réponse aux
+ mesures de rigueur du vice-légat, avait fait fermer le passage du
+ côté de la rive droite. Voy, Barbier de Xivrey, VII, p. 117,
+ _Lettres de Henri IV_.
+
+ [505] Arch. municip., Origin.;--_Bullar. Avinion._
+
+ [506] C'est au-dessous de cette chapelle que dès le XVIe siècle
+ fut installée la douane chargée de plomber les étoffes de soie
+ sortant d'Avignon.
+
+ [507] _Annal. d'Avignon_, mss. Chambaud, fol. 173.
+
+ [508] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, pp. 197 et suiv.
+
+ [509] Il y a également d'autres lettres de Louis XI pour le même
+ objet du 21 juin 1476. Arch. municip., B. 68.
+
+Mais le plus grand acte de la générosité royale à l'égard des
+Avignonnais et Comtadins, au XVe siècle, fut sans contredit signé à
+Lyon, sur la demande de Jules de la Rovère; des lettres patentes du 21
+juin 1476 portaient suppression de toutes lettres de marques et de
+représailles laxées à l'encontre des Avignonnais et autres sujets du
+Saint-Siège par les officiers de la couronne. Et il faut reconnaître
+que ces derniers en abusaient quelque peu, et souvent pour des causes
+non justifiées. Ce droit barbare, qui donnait à la partie lésée, ou
+soi-disant lésée, le droit de se saisir des biens meubles et immeubles
+et des personnes originaires du même pays que la partie offensante,
+jusqu'à concurrence de la valeur estimative du dommage causé, était
+pour les états citramontains du Saint-Siège une vraie mise en
+quarantaine qui suspendait la vie même de la cité papale et de ses
+annexes. Ces moyens de coercition étaient d'autant moins admissibles
+que l'Église répugnait à les employer[510]. Or, il n'y avait pas
+d'année où les Avignonnais ne fussent frappés de représailles, à la
+demande de quelque créancier dont les titres étaient parfois
+contestables, comme nous l'avons vu pour Gabriel de Bernes, ou de
+marchands de passage, qui se plaignaient d'avoir été volés par quelque
+filou, au moment des grandes foires, et obtenaient des lettres de
+représailles contre la ville et ses habitants. Bien misérable alors
+était la condition des sujets du pape. Tout commerce était suspendu,
+toute transaction avec le dehors interdite. Bien plus, pour les états
+pontificaux de France, leur condition, par suite de la délimitation
+topographique, était intolérable. La plupart des terres cultivables
+des Avignonnais étant situées au delà de la Durance, c'est-à-dire en
+Provence, ou par delà le Rhône, c'est-à-dire en Languedoc, les
+propriétaires ne pouvaient transporter leurs produits chez eux sans
+risquer de voir les officiers royaux en opérer la saisie sur la
+demande d'un simple particulier, qui avait obtenu contre la
+collectivité des citoyens avignonnais des lettres de représailles.
+L'abus était tellement monstrueux que déjà, à diverses reprises,
+Charles VII avait suspendu, en 1442[511] et le 13 juin 1443[512], les
+lettres de marques délivrées contre Avignon. Il arriva même que des
+officiers royaux peu délicats trafiquaient de leur autorité pour laxer
+des représailles contre les Avignonnais inoffensifs, sous les
+prétextes les plus futiles, et partageaient avec le demandeur une
+partie de la prise. Le 10 novembre 1456, Charles VII délivre des
+lettres patentes par lesquelles il révoque les représailles laxées par
+le viguier de Villeneuve contre les habitants d'Avignon, «attendu que
+ledit Viguier a faict sous vans abuz et exploiz voluntairement de son
+auctorité privée sans auctorité, commission ne mandement[513]».
+
+ [510] Voy. René de Mas Latrie, _Les droits de marques et de
+ représailles au moyen âge_, Bibl. de l'École des Chartes, 27e
+ ann., 6e série, t. II, 1865, p. 541.
+
+ [511] Arch. municip., B. 51, no 64.
+
+ [512] _Id._, B. 50. Voy. X{ta} 8605, Arch. nat., pièces
+ justificat.
+
+ [513] _Id._, B. 50.
+
+En accordant aux sujets pontificaux les lettres patentes du 26 juin
+1476, Louis XI mettait les Avignonnais à l'abri de l'arbitraire des
+agents subalternes de la couronne, mais il ne se gêna pas, pour cela,
+d'y recourir lui-même, lorsqu'il jugea les Avignonnais, ses amis,
+coupables d'avoir attenté à la toute-puissance royale. «Attendu que
+matière de marques est une espèce de guerre, et que la continuacion
+d'icelle est une destruction de ce pais et subjectz et de la chose
+publique, d'autant que les ditz habitanz d'Avignon et seigneurie, et
+ont bonne intention et voulonté de touzjours ainsy faire et continuer,
+et que si aulcunz abuz de justice ont este faiz et commis, par cy
+devant par les ditz d'Avignon à l'encontre de nos ditz officiers et
+subjectz ce a été par ceulx qui ont eu par aucun temps administration
+de la justice et aultres particuliers du dit lieu au desceu et sans le
+consentement du corps et communauté de la dicte ville. Il nous plaist
+les dites marques et représailles mettre au néant affin que
+marchandise se puisse remettre entre nos subjectz et eulx, et que noz
+ditz subjectz et ceulx du dit Avignon et conte de Venissy puissent
+fréquenter et commerser ensemble comme ils souloient faire le temps
+passé. Savoir faisons que nous, considérant les choses dessus dites et
+mesmement que la dite ville d'Avignon et conte de Venissy est
+«neument» de la terre de l'Église et à nostre saint père le pape,
+parquoy vouldrions les habitans et subjectz d'icelle estre
+favorablement traictez. Eu sur ce advis conseil et meure délibéracion
+avec les gens de nostre grant conseil avons declairé et ordonné
+déclairons et ordonnons par ces presentes que aucune marque ne soyt
+desormais extraite à l'encontre des dits d'Avignon et conte de
+Venissy, ne aulcun deux et non quelle soyt adjugiée et declairée par
+nous et les gens de nos grant conseil ou par l'une de nos courtz de
+Parlement en quelque manière ou pour quelconque cause ou occasion
+quelle soit ou puisse estre octroyée[514].» En accordant cette
+immunité aux sujets du Saint-Siège, Louis XI donnait satisfaction au
+pape qui avait déjà fait entendre maintes fois à ce sujet ses
+protestations; il mettait un terme aux vexations et aux insolences de
+ses agents subalternes; malheureusement, comme toutes les faveurs
+royales, les lettres de Lyon comportaient des restrictions dont les
+bénéficiaires ne devaient pas tarder à pâtir.
+
+ [514] Origin., Arch. municip., B. 50.--Ces lettres furent
+ enregistrées par le Parlement de Grenoble le 15 juin 1479. Arch.
+ départ. de l'Isère, _Reg._, Cott. I, fol. 326. _Invent. de la
+ Chambre des Comptes._ Voy. Pilot, _Catalog._, 1665, p. 247, 21
+ juin 1476.--_Id._ II, nos 1747-1748, p. 291. De Montargis, 8 mai
+ 1479.
+
+En se séparant, après une entrevue de plusieurs semaines (mai-juin
+1476), chacun des contractants emportait des concessions ou des
+promesses inespérées; le vieux roi René, une pension viagère, 40.000
+écus et l'assurance de la mise en liberté de sa soeur, prisonnière en
+Angleterre[515]; Louis XI avait la perspective de mettre bientôt la
+main sur la Provence et de préparer à la couronne la domination de la
+Méditerranée[516]. Il avait aussi la satisfaction de voir régler d'une
+façon pacifique son conflit avec Rome. Quant à Jules de la Rovère,
+tout en reconnaissant à Charles de Bourbon la qualité de légat _a
+latere_, il était maintenu dans sa légation d'Avignon et obtenait pour
+ses administrés de précieux privilèges. Le conseil de ville
+reconnaissant, délibéra, le 7 août 1476, de voter 2,000 florins au
+cardinal légat pour le remercier de ses bons offices[517]. Jules de la
+Rovère rentra de son voyage en France au commencement de l'automne, le
+4 octobre 1476. Il arriva à Foligno, où le pape et les cardinaux le
+complimentèrent sur le succès de sa mission[518]. Désireux de tenir
+ses engagements, Sixte IV créa Charles de Bourbon cardinal le 18
+décembre 1476.
+
+ [515] Marguerite d'Anjou libérée au traité de Pecquigny, 1475.
+
+ [516] Mathieu, _Hist. de Louis XI_, p. 345. «Avant que de partir
+ contenta le Roy des asseurances qu'il desirait pour adjuster la
+ Provence à la couronne.»
+
+ [517] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 1476.
+
+ [518] Pastor, _Hist. de la Papauté_, IV, p. 297 et note 6.
+
+Quant aux Avignonnais, ils reçurent les compliments les plus flatteurs
+du Saint Père, pour la correction de leur attitude dans le conflit qui
+avait un instant mis aux prises le Saint-Siège avec la Cour de France.
+«Vous avez fait, leur écrivait le souverain pontife, ce qu'il
+convenait et ce que nous attendions de vous. Nous vous exhortons à
+persévérer dans ces sentiments, et vous pouvez comprendre que les
+dispositions du Saint-Siège et les nôtres vous seront de plus en plus
+favorables[519].»
+
+ [519] «Fecistis enim quod decuit et quod de vobis sperabamus.
+ Perseverate igitur, vos hortamur in dies magis, ex quo nos et
+ sedem ipsam semper fieri poterit, in rebus vestris propitios
+ sentietis.» Datum Rheate, XVII, octobre 1476. Arch. municip.
+ Origin., B. 50.
+
+Mais des événements autrement graves allaient détourner Louis XI des
+affaires de Rome. A ce moment, en effet (janvier 1477), toute son
+attention était portée sur la lutte décisive qui se livrait sous les
+murs de Nancy, et où son plus redoutable ennemi, Charles le Téméraire,
+devait périr si misérablement, enseveli dans sa défaite. On comprend
+que les historiens de ce grand règne aient passé sous silence des
+faits d'un ordre secondaire, au milieu de cet ébranlement général du
+royaume, et c'était une raison de plus pour nous de les faire revivre
+d'après des documents nouveaux.
+
+
+
+
+CHAPITRE VII
+
+Les dernières années de Louis XI (1476-1483).
+
+Caractère général de la politique à l'égard d'Avignon.
+
+Bernard de Guerlands et Jehan de Tinteville.
+
+Faveurs royales.
+
+ Les dernières années de Louis XI.--Les tentatives des Routiers et
+ des Florentins sur Avignon et le Comté.--Le sacrilège Bernard
+ de Guerlands (1478-1479).--Les consuls s'adressent à
+ Monseigneur du Bouchage.--Intervention de Louis XI qui protège
+ les sujets du Saint-Siège (février-mars 1479).--Nouvelle
+ attaque de Jehan de Tinteville ou Dinteville
+ (1480-1481).--Petitjean maître d'hôtel du roi à Avignon
+ (1481).--Politique équivoque de Louis XI.--Il désavoue
+ Tinteville (janvier 1483). Mort de Louis XI.--Sentiments des
+ Avignonnais.--Funérailles du roi célébrées à Avignon (24
+ septembre 1483).--Privilèges divers accordés par Louis XI aux
+ Avignonnais.--Il protège le commerce et la navigation.--Lettres
+ des 24 mai 1482 et avril 1480.--Il confirme les privilèges du
+ péage à sel (26 janvier 1478).--27 janvier 1481.--Résumé et
+ conclusion.
+
+
+Forts de l'appui du roi et des engagements pris à Lyon, les sujets du
+pape, dès 1478-1479, font appel aux promesses du roi et sollicitent
+son intervention pour rétablir l'ordre et la sécurité dans le pays
+qu'il a pris sous sa protection. Voici dans quelles circonstances. La
+conspiration des Pazzi, qui avait éclaté à Florence[520] contre les
+Médicis, 26 avril 1478, et amené la pendaison de l'archevêque de Pise
+et du comte Riario, neveu de Sixte IV, eut pour conséquence de pousser
+à l'exil un grand nombre de familles florentines qui, redoutant des
+représailles de leurs ennemis politiques, vinrent se fixer à Avignon,
+où étaient, depuis longtemps déjà, établis bon nombre de leurs
+compatriotes occupant de hautes situations dans le commerce, dans la
+finance et dans l'industrie. Les nouveaux venus espéraient à leur tour
+trouver dans la cité papale un refuge contre les persécutions[521].
+Malheureusement, les rapports commerciaux, si fréquents entre Avignon
+et Florence[522], ouvraient une route commode aux ennemis des familles
+émigrées, et dans les derniers mois de 1478, des bandes armées,
+composées en grande partie d'aventuriers florentins, faisant cause
+commune avec les routiers de Provence, envahirent le comté, sous la
+conduite d'un certain Bernard de Guerlandz ou Gorlands[523],
+originaire de l'Isle en Venisse, et s'inspirant des exploits
+légendaires de feu Raymond de Turenne, commirent dans les terres de
+l'Église tous les excès imaginables dont étaient coutumières en
+pareille occurrence les vieilles bandes de routiers. Les documents que
+nous produisons sont d'accord pour fixer le nombre de ces malandrins à
+XVe (1,500) «tant à pied qu'à cheval». Tout d'abord Guerlands et ses
+compagnons de pillage, suivant la coutume d'alors, se donnaient pour
+des Anglais envoyés par le roi «en ses marches» «soy disant estre en
+nostre service soubz umbre de nous, comme si a icelluy (Guerlands) en
+ussions donné congié et un exprès mandement[524]». A cet impudent
+mensonge, les brigands ajoutaient qu'ils étaient envoyés au secours
+des Florentins et qu'ils avaient la permission de traverser le pays. A
+la tête de ces routiers se trouvait, avec Bernard, Luc de Cambis,
+banquier florentin depuis longtemps établi à Avignon. Le point de
+concentration de cette expédition fut Lyon, et le pourvoyeur des
+aventuriers un certain Florentin, Bundelmunti, qui fit les avances
+d'argent en passant au Pont-Saint-Esprit. Si l'on donne crédit au
+récit des doléances portées par les consuls d'Avignon dans leur lettre
+à Monseigneur du Bouchage[525], chambellan et conseiller du roi, ces
+aventuriers d'au delà des Alpes dépassèrent en cruauté et en
+dévastations tout ce que l'on avait vu jusque-là. «Pris par force cinq
+ou six places fortes où ils ont fait et font incessamment beaucoup de
+maulx, tuer genz, violler femmes et filles pucelles de quelque aige
+qu'elles soyent, brûler maisons et genz, desrober marchans sur chemin,
+prendre bestial et mesnaige des pouvres gens et les vendre de fait et
+tant de maulx que l'on n'en debvroit pas faire tant en terres de
+Turcz.» Les consuls d'Avignon insistent très vivement auprès du favori
+de Louis XI pour obtenir sans délai l'appui de sa majesté en hommes de
+guerre: «en vous suppliant que vostre plaisir soit de addresser le dit
+pourteur au roy et luy remonstrer les susdites oppressions et
+violences et luy recommander tres humblement la cité, terres et
+subgectz de l'Église, comme ses tres humbles et bons serviteurs et
+alliez et luy supplier qu'il plaise en commandant le dit Bernard estre
+pugny de ses grans forffaitz pour en donner exemple aux autres et luy
+plaise de nous garder de toutes offences et oppressions ainsi que sa
+dite Magesté nous a promis au moyen du serrement que derrenièrement
+luy feismes à Lyon[526].» Pour montrer leurs sentiments d'obéissance
+et de fidélité à l'égard de sa majesté, les consuls ajoutent que si
+ledit Bernard de Guerlandz avait eu mandement du roi, la ville
+certainement se serait empressée de lui donner passage, comme elle l'a
+toujours fait pour ceux des capitaines qui étaient porteurs d'un ordre
+royal.
+
+ [520] Guillaume Pazzi se réfugia à Lyon où il y avait déjà
+ beaucoup de Florentins établis à demeure. D'autres Florentins
+ plus ou moins compromis vinrent les y rejoindre. Voy. Perricaud,
+ _Rev. du Lyonnais_, 1855, IX, X, p. 457.
+
+ [521] Chambaud, _Hist. d'Avignon_, mss., III, fol. 149. Fantoni,
+ _op. citat._, p. 344.
+
+ [522] Desjardins, _Nég. avec la Tosc._, V, chap. II, 69.
+
+ [523] On trouve _Gorland_, _Guerland_, _Guerlands_.
+
+ [524] Lettre de Louis XI au Maistre des Ports, Bastard de
+ Comminges; pièc. justificat., XIX.
+
+ [525] Lettre des Avignonnais à Monseigneur du Bouchage.--Cf.
+ _Imbert de Batarnay_, par Bernard de Mandrot, p. 320.--Imbert de
+ Batarnay, seigneur du Bouchage, conseiller des rois Louis XI,
+ Charles VIII, Louis XII et François Ier. C'est ce personnage qui
+ fait l'objet du livre de M. Bernard de Mandrot, Paris, 1886,
+ in-fo.--Voy. pour ce personnage, Pilot, _Catalog._, 1290, p. 4,
+ not. 3.
+
+ [526] Lettre inédite, Origin., B. nat., fonds français, mss., no
+ 2896, fol. 90.--Cette lettre ayant été donnée par M. Bernard de
+ Mandrot (Voy. Imbert de Batarnay, pp. 320, 321), nous n'avons pas
+ cru devoir en reproduire le texte aux pièces justificatives.
+
+La diplomatie de Louis XI a des côtés tellement ténébreux qu'il est
+parfois difficile d'en suivre les trames et que, dans tous les cas, on
+a quelque raison de douter de sa bonne foi politique. Or, à ce moment,
+la question des guerres civiles qui déchiraient la république
+florentine avait fait de Sixte IV et du roi de France deux champions
+prenant parti pour l'un des deux adversaires. En apprenant la mort
+violente de son neveu Riario, le pape, furieux de cet acte de justice
+sommaire, déclara la guerre aux Florentins. Une bulle de juillet 1479
+portait que lesdits Florentins ne pourraient être admis à aucun office
+séculier ni dans aucun conseil élu; que s'il y en avait quelqu'un dans
+les États du Saint-Siège, il devait s'en démettre sur-le-champ,
+menaçant d'excommunication ceux d'Avignon qui leur commettraient
+lesdits offices. Finalement, la bulle interdisait aux Florentins
+fugitifs l'accès d'Avignon et de son territoire.[527]
+
+ [527] Arch. municip., Origin., B. 31.--Les Florentins ne purent
+ occuper d'emploi public que par bulle de Sixte IV du 10 mars
+ 1484. Ils en avaient été exclus en 1478.
+
+Louis XI, au contraire, en relations depuis longtemps très suivies
+avec les Médicis, «Lyonnet de Médicis, son compère[528],» désireux de
+voir s'apaiser le conflit, proposa sa médiation, offrant de convoquer
+à Lyon un concile qui servirait d'arbitre entre les deux partis et où
+l'on s'occuperait également de préparer une croisade contre les
+Turcs[529]. A ces avances, Sixte IV n'avait répondu que d'une façon
+très évasive et formulant à l'égard des Florentins des exigences
+inacceptables. En recevant la nouvelle des ravages commis par les
+aventuriers florentins dans le comté et le terroir d'Avignon, Louis XI
+ne montra pas une grande surprise, mais plutôt l'attitude d'un homme
+qui connaît les dessous secrets de cette chevauchée et qui, tout en
+étant complice, s'empresse de la désavouer et de décliner toute
+participation à des actes de brigandage à main armée. Comme l'envoyé
+de la ville lui expliquait que c'étaient des Anglais qui disaient
+aller au service des Florentins, le roi répondit «que c'estoient des
+trez (traits) de son compère Lyonnet de Médicis et qu'il avoit faict
+faire tout cecy sans son sceu dont il monstra n'estre pas contant et
+me dit qu'il vouldroit garder ceulx d'Avignon et du comté de Venisse
+comme ses propres subgectz et mieulx, se mieulx povait. Et, en effet,
+dist quil vouloit que tous ses officiers tant du royaume que de
+Dalphiné vous donnassent tout l'ayde et faveur que leur vouldriez
+demander pour leur faire reparer les dommaiges faitz et faire vuyder
+hors de la terre de l'Esglise, car il n'entendit oncques quils y
+entrassent ne feissent nul dommaige et quil ne les advouoit ne vouloit
+soutenir en façon quelconque[530].» Et en effet le roi donne aussitôt
+des ordres à Monseigneur du Bouchage et au comte de Castres pour que
+les lettres nécessaires aux consuls et habitants d'Avignon fussent
+expédiées le plus promptement possible. On remarquera qu'au cours de
+cette lettre, qui ne fait que reproduire en termes brefs la
+conversation échangée sur ce sujet entre Louis XI et Baptiste Bézégat,
+chargé de représenter les intérêts de la cité, le roi parle à peine du
+Saint-Siège et qu'il n'envisage au contraire que les justes doléances
+des Avignonnais. Son langage vis-à-vis d'eux pouvait ne pas manquer de
+sincérité, mais l'empressement qu'il met à désavouer les exploits des
+bandes de Bernard de Guerlands, son insistance à laisser croire que
+tout s'est fait à son insu, donnent facilement créance à cette
+hypothèse que Louis XI, s'il n'a pas favorisé la tentative de
+Guerlands, ne l'a pas désapprouvée, s'applaudissant peut-être de voir
+une bande d'aventuriers saccager les terres du Saint-Siège pour amener
+Sixte IV à composition[531]. La lettre de Bézégat aux consuls est du 9
+février 1479. Dès le 7 du même mois, Louis XI écrivait à Bernard,
+bâtard de Comminges[532], maître des ports, une lettre où il relatait
+tous les excès commis par Guerlands et ses hommes et en reproduisant
+le texte même de la supplique adressée, le 30 janvier précédent, par
+la ville d'Avignon à Monseigneur du Bouchage. «Et pour ce que
+n'entendons aucunement la dite cite ne les habitans d'icelle et du dit
+conte, _comme noz confédérés, aliez et dévotz de nostre couronne_,
+soient vexez ne opprimes en quelque manière que ce soit mesmement
+comme à terre de saincte mère Esglise a cuy nostre désir ne serche que
+servir, obeyr et complaire et que aussi en justice tous excès,
+violences, forces et aultres maulx et roberies ne se doibvent
+souffrir, vous mandons que veues ces presentes sur tant que desirez
+nous complaire que incontinent et sans delay, faictes vuyder le dit
+Bernard avec ses dits complices hors la «dicte conte[533].» Mais
+quelque activité que montrât le roi dans cette circonstance,
+l'occupation des terres papales se prolongea jusqu'au mois de mai
+1472. Dans l'intervalle, la ville dut se défendre elle-même et faire
+garder les portes et les remparts pour éviter une surprise des
+routiers[534]. Enfin, au mois de mai 1479, Louis XI, à la suite d'une
+nouvelle ambassade que lui avait envoyée la ville, composée de Gilles
+de Berton, premier consul, et de Louis Merulis, deuxième consul,
+intima l'ordre au parlement de Grenoble de faire poursuivre avec la
+dernière rigueur les partisans de Guerlands, prescrivant par lettres
+patentes datées de Montargis, le 8 mai 1479[535], de donner aux sujets
+du Saint-Siège tous les secours dont ils auraient besoin. Quelques
+compagnies de troupes royales envoyées du Dauphiné poursuivirent les
+routiers de Guerlands et les expulsèrent du territoire pontifical.
+
+ [528] Lettre de Bézégat aux consuls d'Avignon, du 9 février 1479.
+ Voy. pièces justificat., no XX.--Cf. Huillard-Breholles, _Rev.
+ des Soc. sav._, 1861, p. 314.
+
+ [529] Dareste, _Hist. de France_, III, pp. 298, 299.--Cf.
+ Huillard-Breholles, Louis XI protecteur de la Confédération
+ italienne, _Rev. des Soc. sav._, 1861, 2e série, p. 317.
+
+ [530] Lettre de Baptiste Bézégat aux consuls, 7 février 1479.
+ Pièces justificat., XX.
+
+ [531] En janvier 1479 une ambassade composée de Guy d'Arpajon et
+ d'Antoine de Morlbon, premier président au Parlement de Toulouse,
+ envoyée par le roi auprès de Sixte IV dans un but pacifique,
+ échoua dans sa mission. La paix ne fut définitive qu'en décembre
+ 1482.--Cf. H. Bréholles, _Rev. des Soc. sav._, 1861, p. 331.
+
+ [532] Le Bastard de Comminges, maître des ports de Languedoc,
+ figure parmi les commissaires royaux chargés (en 1476, juin) de
+ régler les différends au sujet des limites du Rhône. Voy. Arch.
+ municip., _Invent._, B. 70, no 2351.
+
+ [533] Louis XI au Bastard de Comminges, 7 février 1479. Orig.
+ inéd., Arch. municip., série A.A., pièc. justificat., XIX.
+
+ [534] Mandat de 27 florins 1/2 à Thomas de Sarrachino «pro
+ custodia dicti portalis (Saint-Lazare) pro timore guerce Bernardi
+ de Gorlans». Arch., Comptes C.C., ann. 1479, mandat no 76.
+
+ [535] Arch. de l'Isère, _Reg._, Cott. I, fol. 320. L'arrêt de
+ l'Enregistrement est du 15 juin suivant. _Invent. de la Chambre
+ des Comptes._--Pilot, _Catalog._, II, p. 291, no 1749--M. de
+ Mandrot (_Imbert de Batarnay_, p. 320) place par erreur en 1483
+ cette ambassade qui est bien, nous en avons la preuve, en 1479.
+ Voy. Pilot, _Catalog._, II, p. 292, not. 1.
+
+L'enquête faite sur cette entreprise avortée, par les officiers
+pontificaux et les représentants de l'autorité municipale, n'amena
+aucune découverte sur les vrais mobiles de l'expédition, et on ne
+trouva aucune trace de la main de Louis XI dans cette mystérieuse
+tentative dirigée contre la ville. Le vendredi 12 février 1479, les
+juges, assistés des consuls Antoine Lartessuti, Gilles de Berton et
+Paul Ayduci, et de plusieurs conseillers, procédèrent _manu militari_
+à l'arrestation de François Perussis, de Michel Dini, chez qui on
+apposa les scellés, de Jean Bisquiri, de Boniface Pérussis, dont on
+fut obligé d'enfoncer la porte pour le prendre, de Jean Syriasi,
+facteur de Bundelmunti, qui menaça de tuer tout le monde en criant:
+«Al sanguo del Dio, se non lassate la mya porta, vy tuaro!» Il fallut
+briser sa porte et le faire ligotter par les soldats. Luc de Cambis
+fit de même, jetant des pierres par les fenêtres, il cassa le bras
+d'un soldat de l'escorte. Il fallut l'enchaîner pour le porter à la
+prison où on l'enferma avec ses complices[536].
+
+ [536] Achard, _Rec. sur Avignon_, mss., vol. I, A.D.--La famille
+ de Cambis, d'origine florentine, s'était fixée à Avignon vers
+ 1448, dans la personne de Luc de Cambis, qui avait épousé Marie
+ Pazzi de la famille ennemie implacable des Médicis. Voy.
+ Barjavel, _Diction. biograp._, I, p. 333.
+
+Les lettres saisies chez les conjurés révélèrent les préparatifs faits
+à Lyon. Allemand de Pazzis, témoin important, refusa de parler, même
+sous la menace de voir sa maison occupée par des garnisaires. Quant à
+Cambis, il répondit qu'il n'ignorait pas que Bernard de Guerlands
+était un aventurier chassé des compagnies du roi de France, mais il
+refusa de dire qui l'avait armé contre le Comtat et qui lui avait
+fourni l'argent. Tous ces prisonniers devaient être mis au secret, de
+manière à ne pouvoir s'entendre, mais la consigne ne fut pas observée,
+et les juges les trouvèrent conversant avec le vicaire général de
+l'archevêque et d'autres Florentins, citoyens avignonnais. Il est
+difficile, en l'absence de preuves, d'accuser Louis XI d'avoir
+contribué de son argent à encourager les projets de Guerlands et de
+ses alliés les Florentins. Mais, en écartant l'hypothèse d'une
+intervention directe, il n'est pas possible d'admettre que le roi ait
+pu ignorer la formation d'un corps d'aventuriers à Lyon, destiné à
+molester les sujets du pape et à inquiéter la papauté elle-même à un
+moment où la mésintelligence régnait entre les deux cours? Si donc, au
+début, Louis XI ne prêta aucun appui matériel à l'expédition, il ne
+fut peut-être pas sans en éprouver quelque satisfaction intérieure.
+
+Les dernières années de Louis XI sont marquées, dans l'histoire des
+Étais pontificaux de France, par un redoublement d'attaques de la part
+de routiers et d'aventuriers dont l'audace paraît défier toute
+répression, et que l'attitude du roi semble encourager secrètement.
+Dans le cas de Jehan de _Tinteville_ ou _Dinteville_ (1480-1482), chef
+d'une bande qui saccagea le terroir d'Avignon et de Carpentras, et mit
+en péril l'existence même de la ville, Louis XI, comme pour Bernard de
+Guerlands, garde une réserve de nature à faire naître bien des
+soupçons. Jehan de Tinteville, sur lequel nous ne possédons que de
+rares documents, paraît avoir été d'origine champenoise[537]. Était-ce
+un agent secret de Louis XI, comme on a pu le supposer? Était-ce un
+de ces soldats d'aventure, que les hasards de la guerre avaient
+conduit dans le midi? On ne peut répondre que par des conjectures.
+Quoi qu'il en soit, nous le trouvons à Avignon vers 1480. Là, ledit
+sieur de Tinteville, menant joyeuse vie, avait contracté de nombreuses
+dettes, si bien que ses créanciers firent saisir ses biens, après quoi
+il fut expulsé de la ville. Tinteville, sujet du roi de France, porte
+ses doléances à Louis XI, en accusant les Avignonnais de lui détenir
+injustement ses biens. «Ce neantmoings iceluy de Dinteville s'estoit
+puis naguères tiré par devers nous et soubz couleur de ce quil nous
+avoit donné entendre que les ditz habitanz lui detenoient ses ditz
+biens par force sans les luy voloir faire rendre ne restituer avoit
+obtenu comme il disoit noz aultres lettres en forme de marque à
+rencontre des ditz habitanz et autres subgectz de nostre tres saint
+père le pape au moyen desquelles le dit de Dinteville avoit fait
+grande assemblée de gens de guerre deschelles et aultres armes et
+bastons et entrera par force et en puissance darmes en la dite ville
+et autres places de nostre sainct père ou prendera par force des biens
+des dits habitantz jusqua la valleur de ses ditz biens[538].» Mais les
+consuls d'Avignon, prévenus, avaient pris toutes leurs mesures pour
+résister à un assaut imprévu. Les remparts avaient été garnis de
+plusieurs bombardes et couleuvrines[539], une garde composée de gens
+d'armes et de citoyens défendait chaque porte, si bien que Tinteville
+et ses compagnons durent se borner à ravager les environs
+d'Avignon[540]. Fatigués de ces incursions, les habitants se
+constituèrent en corps de troupes, donnèrent la chasse à Tinteville
+qui, battu et fait prisonnier, fut amené à Avignon où on le jeta,
+chargé de chaînes dans les basses fosses du palais apostolique.
+
+ [537] On trouve un Gaucher de Tinteville ou d'Inteville mentionné
+ dans les mémoires de Philippe de Commines (1495, p. 199); un
+ Pierre de Tinteville chargé d'une mission par Louis XI auprès des
+ habitants de Troyes (2 juin 1465). Voy. Anselme, VIII, 719--Cf.
+ _Lettres de Louis XI_, II, p. 313.--Les archives de l'Aube font
+ mention (liasse G, 831) d'un mandement de Charles VII du 12 août
+ 1437, où il est question des habitants de Saint-Lyé, maltraités
+ par des gens de guerre envoyés par _Jean de Dinteville_, menés au
+ château de Payns et rançonnés. Il nous paraît difficile
+ d'admettre que ce soit le même personnage dont il est parlé ici,
+ mais il paraît probable qu'il s'agit de la même famille. Voy.
+ pour un autre Dinteville (_Catalog. des actes de François Ier_, 4
+ décembre 1516-28 novembre 1520).
+
+ [538] 15 octobre 1482. Arch. municip., B. 51, no 52.
+
+ [539] Détail des dépenses d'artillerie «pro honore et utilitate
+ ac deffensione dicte civitatis». Comptes du 12 octobre 1480-82,
+ mandat no 14, et détail des dépenses faites pour les gens
+ d'armes, 6e mandat, 1481-82.
+
+ [540] En 1481, le même _Tinteville_ fut fustigé à Carpentras,
+ Arch. municip., B.B. 98.
+
+C'est alors qu'intervient Louis XI, et c'est pour cette raison
+peut-être qu'on a voulu voir dans cette intervention la poursuite d'un
+dessein secret du monarque dont ledit de Tinteville n'aurait été que
+l'instrument. Louis XI dépêcha à Avignon à quelques semaines
+d'intervalle deux ambassadeurs avec des instructions pour les consuls.
+Un maître d'hôtel du roi, Petit-Jean, arriva dans cette ville au mois
+de mai 1481, porteur de lettres de sa majesté, pour le fait de
+Tinteville[541]. Les lettres furent communiquées au conseil. Louis XI
+désavouait ledit Tinteville publiquement, condamnait tous ses méfaits,
+mais tout en le désavouant, il demandait l'élargissement immédiat du
+prisonnier, qui était son sujet et vassal: «Sans avoir regart qu'il
+feust nostre vassal et subgect et qui pis est votre legat a fait
+pendre et noyer plusieurs des gens et autres gitter de la roche au
+Rosne tres deshonnestement sans avoir consideracion quilz feussent de
+nostre royaume, dont sommes tres mal contens[542].» Le conseil
+s'excusa auprès de l'envoyé du roi en se retranchant derrière
+l'autorité du légat, sous la juridiction duquel était placé le détenu.
+Petit-Jean fut bien traité, choyé; la ville lui fit remettre deux écus
+d'or par Guillaume Anequin, courrier de la maison de ville, et lui
+offrit, le 31 mai 1481, un banquet somptueux qui coûta 95 florins à la
+caisse municipale[543].
+
+ [541] Comptes de la ville, G.G., 1481, 1482.--Le 26 septembre
+ 1481 fut fait mandat de deux écus d'or au coin du roi à Guillaume
+ Anequin, un des courriers de l'hôtel de ville, pour les donner à
+ Petit-Jean envoyé du roi de France, qui avait apporté de sa part
+ des lettres à la ville au sujet de Jean de Tinteville, détenu
+ dans le palais apostolique.--Comptes de la ville, mandat no 59.
+
+ [542] Lettr. origin. inédit. du 7 septembre 1481. Pièces
+ justificat., no XXI.
+
+ [543] Comptes de la ville, ann. 1481, mandat no 293.
+
+L'ambassadeur rentra à la cour sans avoir obtenu ce qu'il avait charge
+de solliciter; mais, le 19 novembre 1481, un nouvel émissaire de Louis
+XI, Jean de Loqueto[544], conseiller du roi, arrivait en solliciteur
+auprès du légat qui, après divers pourparlers, accorda l'élargissement
+de Tinteville.
+
+ [544] Jean de Loqueto était descendu à l'hôtellerie de la Fleur
+ de Lys où la ville paya toutes ses dépenses. Ann. 1481, mandat no
+ 105.
+
+Ce furent le comté et les terres voisines qui en pâtirent, car à peine
+rendu à la liberté, Tinteville appela à lui ses anciens compagnons de
+pillage et commit, soit en Dauphiné, soit dans les terres de l'Église,
+de tels excès que Louis XI dut intervenir une deuxième fois: «Comme
+nous avons été presentement advertiz que Jehan de Tinteville et
+plusieurs autres gens de guerre tant de nos ordonnances que de ceulx
+qui ont été cassez et aultres pillars et gens de mauvais gouvernement
+se soyent transportez et transportent encores de jour en jour en noz
+pais et illec proumenent à grans despens eulx, leurs gens et chevaulx
+sans vouloir aucune chose paier de leurs despenses, mais qui pis est,
+battent, rançonnent, pillent, fourragent, destroussent gens et font
+plusieurs autres maulx et exactions indines (indignes). Aussi ledit
+_Detinteville_ et aultres complisses menacent chascun jour destourber,
+piller et dégaster les dits biens circonvoisins de la cité d'Avignon
+et aultres pais encores et seigneuries de nostre sainct père le pape
+avec tres grand desplaisance et tres grand foulle, grief, préjudice et
+dommaige de nous et de la chose publique, à nostre pais et aussi des
+ditz[545].» Dans ses lettres patentes datées du Montilz-les-Tours, le
+31 janvier 1483, Louis XI donnait des ordres très sévères à ses
+officiers pour que l'entrée des terres de l'Église, comme des
+provinces de la couronne, fût interdite à Tinteville et à ses gens
+d'armes et qu'on prît de promptes et énergiques mesures pour leur
+faire évacuer sans délai les lieux qu'ils occupaient. Les ravages n'en
+continuèrent pas moins, et ce fut sous le règne de Charles VIII
+seulement que, sur les nouvelles instances des consuls d'Avignon, le
+duc de Longueville[546], gouverneur du Dauphiné, donna des ordres à
+tous les officiers royaux pour que l'on s'emparât de la personne de
+Tinteville. Celui-ci, après de longues pérégrinations, fut, en dernier
+lieu, capturé et conduit, enchaîné, à Grenoble par Aymar de Viro, qui
+reçut de la ville d'Avignon, à titre de présent, une somme de 100
+florins et 2 gros pour les dépenses qu'il avait faites (1484)[547].
+
+ [545] Donné à Montilz-les-Tours le pénultième de janvier 1483.
+ Arch. municip., B, 19, nos 23 et 24.
+
+ [546] Arch. municip., B. 19, no 30.
+
+ [547] _Id._, B. 19, no 29.--Voy. _Lo Libre de la guerra de
+ Tinteville_, no 261 du Compte de 1483. Le 14 février 1484, la
+ ville fait payer 153 florins à Gaspar de _Sarrachano_, pour la
+ solde de 9 hommes qui avaient gardé le château de Mornas pour
+ voir si Tinteville et ses compagnons descendaient par la vallée
+ du Rhône pour surprendre Avignon, mandat no 168.
+
+Les lettres du 31 janvier 1483 constituent le dernier acte de
+l'administration de Louis XI qui ait quelque rapport avec les terres
+du Saint-Siège et les habitants d'Avignon.
+
+A la mort du roi (30 août 1483), les Avignonnais et les Comtadins
+voulurent rendre un dernier et pieux hommage à la mémoire d'un
+monarque dont l'activité infatigable s'était portée, à diverses
+reprises, sur les affaires intérieures de leur pays, mais qui, en
+somme, avait usé dans ses rapports d'une politique plus bienveillante
+que tracassière et qui, tout en voulant gouverner à son gré les
+événements dans les domaines du Saint-Siège, avait fait sentir aux
+vassaux du souverain pontife, autant, sinon plus, qu'à ses propres
+sujets, les bienfaits de sa royale protection. Les obsèques de Louis
+XI furent célébrées à Avignon en l'église des Cordeliers, le 24
+septembre 1483. La ville fournit de ses deniers cent torches neuves, à
+quatre florins la douzaine. Sur chaque torche étaient appliquées à la
+cire rouge les armes du roi de France à côté de l'écusson de la ville;
+quatre cents grandes armes du roi servirent à décorer l'autel. La
+dépense totale s'éleva à 65 florins 17 sols[548].
+
+ [548] Comptes de la ville, C.C., 1483-1484, mandat no 110.
+
+Au cours de son règne, Louis XI avait accordé aux Avignonnais et aux
+Comtadins divers privilèges qui dénotent chez lui le dessein bien
+arrêté de faire pour les sujets du pape ce qu'il faisait pour les
+siens, et «mieulx, se mieulx povoit». Suspension de lettres de marques
+et de représailles, liberté d'édification des «pallières»,
+application du produit du pontonage à l'entretien du grand pont du
+Rhône, tels sont les bénéfices directs de l'entrevue de Lyon (juin
+1476). Peu après, par lettres du 26 janvier 1478[549], Louis XI
+confirme le privilège qu'avaient vingt-trois particuliers et quelques
+couvents et monastères d'Avignon[550] de prélever sur le sel apporté
+d'Aigues-Mortes et remontant le Rhône par bateaux un certain nombre de
+minots sans payer les droits de gabelle aux officiers royaux[551].
+Ces derniers ayant frappé lesdits particuliers d'une amende de 50
+marcs et fait saisir leurs biens. Louis XI, par lettres patentes
+annule lesdites amendes et maintient les particuliers et ordres
+religieux dans leurs prérogatives et privilèges. «Et pour ce qui est
+en leur tres grand grief, prejudice et dommaige et pourroit estre
+cause de faire cesser le divin service en aucune des dites Esglises
+parce que le dit droit de péage est le principal revenu qu'ils aient
+pour leur vivre et entretenement... Voulons et debvons les faiz et
+affaires des dictes Esglises tant de nostre royaume que hors icelluy
+estre favorablement traictez afin que les susditz religieux et autres
+ecclesiastiques soient tousjours plus enclinz a prier Dieu pour nouz,
+nostre postérité et lignée....»
+
+ [549] Arch. municip., B. 69, no 16 (copie).
+
+ [550] Charles VI avait accordé ce privilège aux Célestins du
+ royaume, 26 septembre 1413, et Charles VII le 15 février 1461
+ (_Rec. des Ordonnances_, XV, p. 325). François Ier les confirme à
+ nouveau, 8 janvier 1517, _Catalog. des actes de François Ier_, I,
+ p. 133.
+
+ C'étaient:
+
+ La Chartreuse du Val de Bénédiction, à Villeneuve-lès-Avignon;
+ Le Chapitre de Notre-Dame des Doms, à Avignon;
+ La Collégiale de Notre-Dame de Villeneuve;
+ La Collégiale de Saint-Didier, à Avignon;
+ La Collégiale de Saint-Pierre, à Avignon;
+ La Collégiale de Saint-Agricol, à Avignon;
+ Les Couvents des Célestins d'Avignon et de Gentilly;
+ La Chartreuse de Bonpas;
+ La Commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem, à Avignon;
+ Le Couvent des Jacobins d'Avignon;
+ Les Couvents de Sainte-Catherine, Saint-Laurens et Saint-Véran
+ d'Avignon;
+ Le Couvent de Sainte-Madeleine, à Carpentras;
+ Les Administrateurs et les Frères de l'Hôpital Saint-Benoît
+ d'Avignon;
+ Les Orphelins de l'Aumône, à Avignon;
+ Les Orphelins de la petite Fusterie;
+ Les Seigneurs de Montfort et d'Aiguières;
+ Pierre de Sade, Thomas Busaffi et Tronchin, escuyer.
+ Arch. municip., B. 69, no 16
+
+ [551] Les rois de France avaient de tout temps à Avignon des
+ agents pour la gabelle du sel.
+
+Dans la question des limites du Rhône et de la navigation, Louis XI,
+qui avait déjà donné à Lyon des preuves non équivoques de ses bonnes
+dispositions à l'encontre des Avignonnais, accorde, au mois d'avril
+1480, à la sollicitation de Jules de la Rovère, une faveur
+exceptionnelle aux sujets du pape contre laquelle protestaient les
+officiers royaux comme une renonciation des droits du roi sur la rive
+droite du fleuve[552]. Le maître des ports de Villeneuve-lès-Avignon
+ayant fait accoter un moulin à l'une des arches du pont, ce qui
+constituait pour la navigation un danger permanent «parce que les ditz
+molinz qui ainsi y seroient édiffiez et mis retiendroient et
+empescheroient le cours de l'eau de la dite rivière en manière que la
+dite eau pourroit estre cause pour la grant habondance et impetuosite
+d'icelle, faire desmolir et abastre le dit pont», bien que le maître
+des ports prétendît que, de par ses fonctions, il avait autorité sur
+la rive du Rhône et que le lit où coulait le fleuve faisait partie du
+royaume, néanmoins, Louis XI, «considérant que s'il estoit permis et
+souffrir faire tenir et construire les ditz moulins ou aultrez près du
+dit pont et les ataicher à la dicte arche, iceulx moulins peussent
+estre cause de faire rompre et desmolir icelle arche et les autres
+arches du dit pont, lesquelles ainsi estoit à granz difficultez et
+sans granz fraiz se pourront rediffier à cause de l'impetuosité du dit
+Rosne qui seroit au grand grief, prejudice et dommaige de nostre dict
+Sainct Père et des dits recteurs et gouverneurs du dit pont et des
+mananz et habitanz de la dite ville et cite d'Avignon et de toute la
+chose publique du pays et environ», Louis XI donne l'ordre de démolir
+ledit moulin et de le transporter là où on avait auparavant la coutume
+de le placer. «Et se les ditz moulinz ou aulcuns deux y avoient este
+miz, affichez et ataichez, quils les ostent ou facent oster et mectre
+ailleurs incontinent et sans delay, et remettez ès lieux où ils
+souloient estre le temps passé.»
+
+ [552] Donné à Tours le..... jour d'avril 1480, avant Pâques.
+ Arch. municip,, B. 63, no 19, Cott. T., Origin.--Cf. Pilot,
+ _Catalog._, II, 1754 _bis_, p. 295.
+
+A la suite des diverses ambassades qui lui furent envoyées par la
+ville au moment des affaires de Tinteville, en 1481[553], Louis XI
+confirma aux Avignonnais le privilège que leur avaient accordé les
+rois, ses prédécesseurs, et que maintinrent ses successeurs, de
+transporter de leurs terres situées dans le royaume de France tous les
+produits nécessaires à leur alimentation, blé, vin, légumes, viande,
+fruits, etc., librement et sans payer aucun droit[554]. On comprend
+quelle était l'importance de cette liberté de transit pour les
+Avignonnais qui vivaient exclusivement des produits importés. La
+mauvaise volonté, l'esprit jaloux et tracassier des officiers royaux
+pouvaient, au passage du Rhône ou de la Durance, par suite d'exigences
+fiscales et de droits de douane exorbitants, suspendre l'entrée des
+produits du sol qui alimentaient les marchés d'Avignon et affamer les
+habitants, mesures restrictives dont l'application était facile toutes
+les fois que, par suite des mauvaises récoltes en Bourgogne, Dauphiné
+ou Languedoc, le transport des céréales était interdit. Louis XI,
+tenant compte que les vassaux du Saint-Siège avaient coutume de payer
+régulièrement les aydes et autres impôts pour les terres à eux
+appartenant enclavées dans les domaines de la couronne, donna toute
+facilité aux réclamants. Cette revendication légitime des Avignonnais
+et des Comtadins fut confirmées à nouveau par lettres patentes datées
+du Plessis du Parc-les-Tours, le 23 mai 1482. Louis XI écrivait à ses
+officiers, sénéchaux, maîtres des ports ou à leurs lieutenants, pour
+que «aux dits suppliants vous leur souffriez et laissez prendre et
+faire prendre, lever et cuillir, quant bon leur semblera, leurs dits
+bledz, vins et autres fruictz creuz et qui croistront en leurs dits
+heritaiges, terres et possessions, quelque part quils soyent situez
+et assiz en nostre dit royaume, pays et seigneuries et iceulx mener et
+conduire en la dite ville et cité d'Avignon pour leur vivre et
+substantation ainz quils ont accoustumé de faire, sans leur faire
+mettre ou donner ne souffrir estre fait, mis ou donné aucun arrest
+destourbier ou empeschement au contraire[555]».
+
+ [553] Ambassades de Bernard de Codertio, 1er septembre 1481.
+
+ [554] Cette franchise avait déjà été accordée aux Avignonnais par
+ Charles VII, novembre 1432.
+
+ [555] Arch. municip., Origin., B. 47, no 7, Cott. G.
+
+
+
+
+RESUME ET CONCLUSIONS
+
+
+Au XVe siècle, la situation politique des états citramontains de
+l'Église offre un caractère particulier que nous avons étudié dans ses
+moindres détails. Cette organisation reste ce qu'elle était, à peu de
+chose près, jusqu'à la réunion définitive de ces états à la France.
+Par l'essence même de sa constitution municipale, par l'étendue des
+pouvoirs de ses magistrats, par l'indépendance et l'autorité de son
+corps de ville, par la prépondérance des corps de métiers, Avignon, au
+XVe siècle, constitue une sorte de république italienne d'en deçà des
+monts, avec tous les privilèges et les prérogatives d'une ville libre
+placée sous la suzeraineté temporelle du Saint-Siège mais en pleine
+possession de son autonomie communale. Quant au Comtat Venaissin, son
+indépendance n'en est pas moins réelle et non moins franchement
+affirmée au sein des états. La vie municipale n'y est pas moins
+intense qu'à Avignon; l'esprit de solidarité dans ce qu'il a de plus
+étroit anime ses représentants, et, comme à Avignon, l'autorité papale
+y est surtout honorifique et nominale. C'est l'assemblée des élus du
+pays qui a entre ses mains le gouvernement du pays.
+
+
+I
+
+Comment les rois de France considéraient-ils, dans leurs rapports avec
+la couronne, les villes et territoires du domaine de l'Église?
+
+Depuis Charles VI aucun souverain n'élève de prétentions sur la
+légitimité de possession du Saint-Siège. Tous proclament Avignon et
+«la Conté de Venisse» «territoire et patrimoine de l'Église», et, à ce
+titre, ils considèrent comme un devoir pour la royauté, «fille aînée
+et bras droit de l'Église», d'assurer aux vassaux du Saint-Siège une
+protection effective. Il est à constater que dans aucune circonstance
+ils n'ont failli à cet engagement. Charles VI, qui était d'abord resté
+neutre dans la lutte entre les cardinaux et les Avignonnais contre
+Benoît XIII, envoie des secours en hommes en argent et munitions dès
+que la guerre, par l'arrivée des renforts catalans et aragonais,
+menace l'existence même de la cité avignonnaise. Charles VII, par
+lettres patentes de 1423, 1426, 1428, 1451 et autres, déclare que les
+états de l'Église sont placés sous la protection royale, «et nous
+vouldrions tousjours entretenir et favoriser les faiz de vostre cité
+comme de nos propres subgectz» (1451). Louis XI, qui avait eu à se
+plaindre des Avignonnais, oublie les injures faites au dauphin,
+accueille avec la plus grande affabilité leurs ambassadeurs et les
+appelle «ses confédérez, aliez et devotz de sa couronne». Il les
+protège par des envois de gens d'armes contre les attaques des
+routiers et les comble de privilèges et de faveurs. Il ne fait que
+confirmer les actes de générosité de ses prédécesseurs vis-à-vis
+d'Avignon et du comté. Faut-il conclure de cette politique
+uniformément suivie qu'il n'avait pas intérieurement conscience de ses
+droits sur Avignon, par cette raison que dans aucun document public,
+jusqu'à Henri II, il n'est fait allusion aux revendications de la
+couronne sur cette partie des domaines de l'Église? ou bien faut-il
+admettre que si Louis XI a toujours traité si favorablement les
+Avignonnais c'est qu'il voulait, ce faisant, être agréable au
+Saint-Siège? Cette seconde raison ne nous semble pas suffisante et
+nous sommes convaincus que si Charles VII et Louis XI ne se sont
+jamais prévalus des droits de la couronne sur les états citramontains
+de l'Église, c'est qu'ils en considéraient l'aliénation comme
+temporaire et qu'ils ne voyaient là qu'un apanage de la couronne donné
+en hommage aux souverains pontifes mais dont les rois de France
+étaient en réalité les souverains naturels. Dans tous leurs actes,
+comme nous allons l'exposer sommairement, les rois de France ne
+traitent pas les Avignonnais ou les Comtadins autrement que les vrais
+regnicoles.
+
+
+II
+
+Charles VII et son fils interviennent dans l'administration intérieure
+de la ville et les parlements royaux ne craignent pas de contrecarrer
+ouvertement l'autorité du légat. Charles VII, le premier, veut avoir
+un agent royal dans le conseil de ville, qui le tiendra au courant de
+tout ce qui se dira et se fera au sein de cette assemblée et
+surveillera le représentant du Saint-Siège. Il propose Pierre Arcet et
+Martin Héron, son valet de chambre, pour occuper à Avignon les
+délicates fonctions de viguier. Louis XI, suivant la politique de son
+père, obtient la même charge pour son maître d'hôtel Raymond de
+Mombardon. A une époque où Louis XI cherche à transformer, dans toutes
+les villes du royaume, les magistrats municipaux en agents royaux,
+cette tentative est à noter, car elle montre chez ce monarque un
+calcul bien arrêté de faire sentir l'action royale à Avignon comme
+ailleurs. Mais le soin jaloux qu'avaient les Avignonnais de maintenir
+intactes leurs institutions locales, aussi bien vis-à-vis des papes
+que contre les tentatives des rois de France, devait déjouer toutes
+les ruses du monarque pour arriver à ses fins.
+
+Louis XI et son père, quand un événement important pour la couronne
+vient à se produire, ne manquent jamais d'en faire part aux
+Avignonnais, absolument comme aux villes du royaume, pensant bien que
+rien de ce qui intéresse la patrie française ne leur est étranger. En
+même temps qu'il annonce aux Lyonnais la victoire de Castillon et la
+conquête de la Guyenne (1453), Charles VII avise les syndics d'Avignon
+et les conseillers du succès de ses armes et de la déroute des
+Anglais. A-t-il à se plaindre des agissements de son fils, le dauphin
+Louis, et de ses projets ténébreux sur les états de l'Église, vite il
+les met en garde et leur envoie plusieurs ambassadeurs pour leur
+donner à entendre leurs véritables intérêts. Louis XI multiplie les
+missions diplomatiques à Avignon et les agents secrets. Il emploie le
+crédit des Avignonnais en Cour de Rome pour forcer la main au pape,
+quand il désire faire donner la légation à un candidat de son choix.
+Ses ambassadeurs sont reçus avec un appareil princier. Le bailli des
+montagnes du Dauphiné, le maréchal de Comminges, Petit-Jean, Jean de
+Loqueto, agents du roi, sont traités avec toutes sortes d'égards. Les
+sénéchaux royaux sont comblés de cadeaux et de «pots de vin». Le
+sénéchal de Languedoc, qui avait défendu auprès de Louis XI les
+intérêts de la ville, reçoit pour sa dame une magnifique pièce de
+velours cramoisi tissée à Avignon. Quand le roi de France meurt, ses
+obsèques solennelles sont célébrées à la Métropole, aux frais de la
+ville.
+
+
+III
+
+Il n'est pas de ville du domaine royal qui ait été dotée plus
+qu'Avignon de beaux privilèges et l'objet des plus grandes faveurs
+royales. Charles V et Charles VI donnent aux Avignonnais le droit de
+faire transporter par eau, dans leur ville, tous les matériaux
+nécessaires à la construction et aux réparations de leurs maisons.
+Louis XI confirme ce droit (1477) et permet en outre aux habitants de
+construire un radeau et de tirer deux cents quintaux de fer du
+royaume, sans payer de droit pour réparer le pont démoli en partie par
+une inondation (1479). Il les autorise à élever des pallières pour
+protéger leur terroir et décide que le produit du pontonage sera
+appliqué à l'entretien du pont (1476). Bien mieux, le maître du port
+de Villeneuve ayant fait établir un moulin accoté à une arche du pont,
+de façon à gêner la navigation, Louis XI, sur la réclamation des
+Avignonnais, ordonne la démolition immédiate dudit moulin (1480).
+
+Au moment où ce roi accordait aux habitants de Verdun, ville
+étrangère, le droit de transporter dans leur ville le blé qu'ils
+auront acheté dans le royaume, Louis XI octroie la même faveur aux
+Avignonnais (mars 1461). Il confirme dans leurs prérogatives les
+vingt-cinq particuliers ou couvents d'Avignon qui avaient le droit de
+prélever leur provision sur les bateaux employés au tirage du sel sur
+le Rhône, et cela sans payer de droits (1478).
+
+En matière de commerce et d'échanges les Avignonnais sont traités sur
+le pied des regnicoles et leurs affaires sont placées sous la
+protection du roi de France. Ils conduisent par barque, sur le Rhône,
+leurs marchandises jusqu'à Arles et à la mer, et du côté de Lyon; ils
+envoient à dos de mulet en Languedoc et en Dauphiné leurs soieries,
+étoffes brodées, si recherchées pour les bannières et tentures, sans
+payer d'autres droits ou péages que ceux accoutumés, et qu'acquittent
+les sujets du roi. Ce n'est point chez Louis XI un calcul, au moment
+où il cherchait par tous les moyens à attirer les étrangers pour
+accroître la prospérité du commerce français. Cette attitude de la
+couronne vis-à-vis des sujets du pape, en matière de relations
+mercantiles, est une tradition. Un sieur de Grignan ayant arrêté en
+Dauphiné un marchand avignonnais, et lui ayant volé plusieurs balles
+de drap, Charles VII donne des ordres pour que le sieur de Grignan
+soit mis en demeure de restituer le produit de son vol, et le roi fait
+des excuses aux consuls d'Avignon (1428).
+
+Charles VII, Louis XI (1476, 1479, 1481), défendent à quiconque de
+«laxer» des lettres de marques ou de représailles contre les
+Avignonnais et les Comtadins, à l'occasion de revendications en
+matière commerciale sans expresse licence et permission de Leur
+Majesté. Charles VII enjoint aux sénéchaux et maîtres des ports de
+permettre aux habitants du Languedoc de se rendre aux foires d'Avignon
+(1424). Louis XI veut que les sujets du pape puissent «commerser et
+fréquenter ensemble comme ils souloient faire le temps passé» (1461).
+Bien plus, il casse et annule les lettres de représailles «laxées»
+contre les Avignonnais. L'évêque de Gap ayant laxé des représailles
+contre Avignon, les habitants s'adressent au roi, lequel écrit au
+gouverneur du Dauphiné pour que suspension soit faite de l'exécution
+desdites lettres jusqu'à «Pâques prochains venanz».
+
+Dans les questions qui le regardaient personnellement et lorsqu'il
+avait à se plaindre des Avignonnais ou des Comtadins dans les affaires
+d'extradition, d'incarcération, de dettes, etc., Louis XI recourait,
+il est vrai, aux lettres de représailles, mais ce n'étaient là que des
+mesures de rigueur passagères, conséquence d'un moment de mauvaise
+humeur ou d'emportement, et jamais elles ne recevaient d'exécution.
+Généralement, ce procédé d'intimidation amenait les Avignonnais à
+solliciter leur pardon, et la bonne harmonie dans les relations était
+aussitôt rétablie.
+
+Telle est à grands traits la politique de Louis XI dans ses rapports
+avec les sujets de l'Église; son père et lui prennent à tâche de
+gagner à leur cause les Avignonnais et les Comtadins; ils les comblent
+de bienfaits; ils les associent à tous les événements de la couronne;
+ils favorisent et protègent leur commerce. Ils se font juges et
+arbitres de leurs différends; ils traitent directement avec eux par
+ambassades ou par dépêches les affaires les plus importantes en dehors
+du légat. Ils ne contestent pas ouvertement la suzeraineté temporelle
+du Saint-Siège sur le pays, mais par leur tutelle effective, par leur
+intervention constante, ils tendent à la transformer en une simple
+formule. Voyons maintenant ce qu'en échange de leurs bons procédés ils
+exigent des habitants.
+
+
+IV
+
+Charles VII et son fils prétendent exercer, à Avignon et dans toute
+l'étendue des états pontificaux d'en deçà des monts, le droit de
+réquisition et ils le pratiquent en réalité ni plus ni moins que s'il
+s'agissait des villes de leur propre royaume. Le dauphin Charles
+emprunte à la ville son artillerie pour forcer la garnison de
+Pont-Saint-Esprit (1420). Comme pour Reims, Amiens, Orléans, villes
+royales, Louis XI réquisitionne les chevaux nécessaires pour le
+transport de son artillerie à Lyon, et c'est la ville d'Avignon qui en
+solde la dépense (1476).
+
+L'armée royale envoyée en Roussillon en 1473 manque de blé; c'est aux
+Avignonnais que les officiers de Louis XI s'adressent pour en avoir,
+et leur complaisance sauve l'armée en détresse.
+
+En matière de finances, Charles VII et Louis XI ne se montrent pas
+plus scrupuleux avec les sujets du pape qu'avec les leurs propres;
+Charles VII contracte avec la ville d'Avignon plusieurs emprunts. Le
+dauphin Louis demande 1,000 livres une première fois; il en reçoit
+5,000 comme indemnité de règlement de compte pour l'héritage de
+Boucicaut. Il exige (1476) que les Avignonnais servent de caution à
+Charles de Bourbon, archevêque de Lyon et légat d'Avignon, pour une
+somme de 3,200 livres dont ce dernier fait l'avance au souverain.
+
+
+V
+
+Charles VII et son successeur s'attribuent sur les états du
+Saint-Siège enclavés dans leur royaume un droit de haute police, et
+ils considèrent que les rapports fréquents de voisinage rendent ce
+contrôle indispensable. Dans le cas où la cour de France a à se
+plaindre du pape, les Avignonnais et les Comtadins supportent les
+conséquences du conflit, et aucun des deux souverains n'hésite à user
+des voies de fait vis-à-vis des sujets de Sa Sainteté pour amener le
+souverain pontife à de meilleurs sentiments à l'égard de la France.
+
+La situation topographique d'Avignon «assise ès extrémités du royaume»
+et confinant à la fois au Languedoc, à la Provence et au Dauphiné, en
+faisait un lieu de refuge pour les bannis, malfaiteurs, réfugiés
+politiques, faux-monnayeurs, criminels de droit commun ou de
+lèse-majesté, contumaces et autres vagabonds qui échappaient à la
+justice royale. Les faux-saulniers trouvaient dans la cité papale un
+asile assuré, et la qualité de ville étrangère faisait aussi d'Avignon
+un centre de contrebande douanière destiné à dissimuler les
+certificats d'origine des marchandises importées et exportées. Louis
+XI, dans ces conditions, ne considère pas que la violation des
+frontières puisse être opposée à la raison d'état. Charles VII
+n'hésite pas à laxer des représailles contre les Avignonnais qui
+différaient de livrer les compagnons de Jacques Coeur couverts par
+l'immunité du couvent des Célestins. Louis XI use du même moyen quand
+il découvre la trahison de Jules de la Rovère. En 1481, un certain
+clerc non marié, Jean de Vaux, coupable de lèse-majesté, s'étant
+réfugié dans une église d'Avignon, les agents du roi pénètrent dans la
+ville pour s'emparer de sa personne. Sixte IV intervient; il adresse
+un bref à Jean Rose, notaire, pour être lu en conseil de ville,
+déclarant qu'on attente ouvertement aux privilèges de l'Église qu'en
+sa qualité de pasteur il est obligé de sauvegarder. Il engage vivement
+les habitants à résister aux ordres du roi et leur ordonne de faire
+réintégrer dans l'église ledit Jean de Vaux, dans le cas où il en
+aurait été arraché. Louis XI, furieux contre le pape et les
+Avignonnais met la ville en interdit (1481). Même quand ils ne sont
+pas coupables, les habitants d'Avignon demeurent toujours responsables
+en cas d'atteinte portée aux droits du roi, et on leur demande compte
+des abus et des excès de pouvoir des officiers pontificaux.
+
+
+VI
+
+Après avoir nettement établi les rapports de la cour de France avec
+les vassaux du Saint-Siège dans cette seconde partie du XVe siècle, il
+nous reste maintenant, comme terme de cette conclusion, à fixer le
+caractère de la politique de Louis XI dans ses rapports avec Rome pour
+la solution des questions qui se rattachent aux affaires intérieures
+et extérieures des états pontificaux de France. En un mot, il s'agit
+pour nous de déterminer dans quelles limites le monarque permettait au
+Saint-Siège de désigner le représentant de son autorité temporelle
+dans les villes et territoires dont il avait charge; et aussi quelles
+garanties il exigeait, en retour, pour s'assurer de la fidélité
+politique des hommes qu'il considérait comme ses sujets propres mais
+qui étaient placés, en fait, sous une domination étrangère?
+
+Lorsqu'un conflit, et cela arrivait fréquemment, s'élevait entre
+l'autorité pontificale et ses administrés, Charles VII et Louis XI
+s'étaient fait une règle de ne jamais intervenir, même lorsque le
+mécontentement de la population avignonnaise prenait le caractère d'un
+soulèvement grave. Quand la nomination, comme légat du Saint-Siège à
+Avignon, de Marc Condulmaro (1431-1432) provoque une prise d'armes
+contre la décision du pape, Charles VII défend, sous les peines les
+plus sévères, à ses sujets de se mêler à l'émeute. Il ne veut prendre
+parti pour personne, bien qu'il ait un candidat; il se montre
+souverain respectueux et fils soumis de l'Église. C'est un fait
+historique sans conteste que, jusqu'à Louis XIV, jamais les rois de
+France ne veulent intervenir dans les querelles intérieures du pape
+avec ses propres sujets.
+
+Charles VII, le premier, pose comme un principe que le pape doit tenir
+compte de l'agrément de la cour de France dans la désignation du légat
+placé à la tête de l'administration des états pontificaux de France.
+Il insiste pour le choix de Carillo, cardinal de Saint-Eustache, mais
+sans succès. Louis XI reprend la même politique, mais il se montre
+exigeant, importun et autoritaire avec le Saint-Siège. Il propose,
+l'un après l'autre, plusieurs évêques ou archevêques que le pape
+écarte systématiquement. Le roi se fâche, et suivant cette politique
+occulte qui est le plus grand ressort de sa diplomatie, il pousse en
+secret les Avignonnais à la révolte contre leur évêque, Alain de
+Coëtivy, et il les engage à refuser de le recevoir, au cas où le pape
+voudrait le leur imposer. Mais, malgré ses efforts, il n'obtient qu'un
+demi-succès, le Saint-Siège ayant l'habileté de confier la légation à
+un légat intérimaire pour ne pas pousser plus loin le conflit et en
+venir aux voies de fait. C'est que Louis XI voyait là une raison
+d'état à faire prévaloir. Il voulait avoir la haute main sur le légat,
+lui donner des ordres, comme au cardinal de Foix en 1463, au moment du
+siège de Barcelone, en faire un serviteur dévoué des intérêts
+français. Il comprenait le danger d'avoir une portion de territoire
+enclavée en son royaume ouverte à l'influence étrangère, aux ordres de
+Rome, et où un gouverneur brouillon et remuant pouvait compromettre le
+succès de la politique royale. La nomination de Charles de Bourbon
+(1470) est un triomphe pour la diplomatie de Louis XI; la substitution
+de Jules de la Rovère une cause de conflit (1476). La suzeraineté
+temporelle des papes sur Avignon est même un moment menacée.
+
+
+VII
+
+Dans toute la correspondance qu'ils entretiennent avec la cour, les
+consuls assurent Charles VII et Louis XI de leur absolu dévouement à
+la couronne. Les ambassadeurs que la ville envoie auprès de chacun
+d'eux, à son avènement, se confondent en protestations d'hommage et de
+respect pour sa personne. Ils se disent eux-mêmes, dans toutes les
+occasions, les dévots et loyaux sujets de Sa Majesté et jamais ils ne
+laissent échapper une occasion de rappeler les services qu'ils ont
+rendus à la couronne.
+
+Ces rappels réitérés des services rendus finissent même par paraître
+importuns et en rabaissent singulièrement le mérite. Il n'y a pas,
+toutefois, à mettre sur ce point leur bonne foi en doute. Leur
+attachement à la couronne, s'il est quelque peu intéressé, est
+sincère; mais, pour la forme, la ville en s'adressant au roi n'oublie
+pas, ou plutôt affecte de ne pas oublier qu'elle est placée sous la
+suzeraineté temporelle du souverain pontife. C'est l'idée qui préside
+à toutes les négociations avec la cour de France. Charles VI, Charles
+VII ne mettent pas en doute les déclarations amicales de la ville.
+Louis XI, plus politique, et qui savait que la défiance est la
+première condition d'une bonne diplomatie, exige des gages qu'il
+demandait parfois aux villes du domaine. Après ce qui s'était passé à
+Avignon en avril 1476, il ne se contente plus d'assurances et de
+formules de soumission. Il exige un serment de fidélité à la couronne
+et à la personne du roi, en bonne et due forme au bas duquel les
+consuls et les conseillers apposeront leur signature. Il veut que les
+Avignonnais s'engagent à ne pas recevoir les ennemis du roi, qu'il
+prend soin d'énumérer. En revanche, le roi promet de respecter les
+privilèges de la ville et de la protéger contre ses ennemis et ceux de
+l'Église, mais avec réserve des droits des papes sur la ville, _salvo
+jure papali_.
+
+Louis XI, par cet engagement, liait la ville à sa politique et
+l'obligeait à n'avoir pas d'autres intérêts que ceux de la couronne,
+sous peine de se parjurer, ce qui, dans les moments de colère du roi,
+pouvait avoir les plus graves conséquences. Le roi de France était
+donc reconnu comme le protecteur officiel de la ville et du pays. Il
+avait le contrôle et la haute direction de ses affaires; sa vie
+commerciale et industrielle était entre ses mains. Son prestige et sa
+force étaient la sauvegarde des vassaux du pape, trop faibles pour se
+défendre, et qui ne pouvaient attendre de Rome que des armes
+spirituelles. Le protectorat du Saint-Siège sur ses états
+citramontains tend donc de plus en plus à ne devenir, au XVe siècle,
+qu'une formule sans portée, que l'on maintient par déférence pour le
+chef de l'Église, qui ne cesse pas de figurer dans tous les actes de
+chancellerie, mais la haute bourgeoisie avignonnaise comprend qu'elle
+a tout intérêt à redevenir française: elle favorise la politique du
+roi.
+
+
+
+
+PIÈCES JUSTIFICATIVES
+
+
+No I
+
+_Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure._
+
+ Février 1444.
+
+Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Tristando,
+electo Conseranensi, salutem et apostolicam benedictionem. Cum contra
+nonnullos iniquitatis filios, qui dudum civitatem nostram Avinionensem
+et comitatum Venaysinum per insultum et tumultum, manu armata, nomine
+perditionis alumni Amedei, olim ducis Sabaudie, qui se Felicem V ausu
+sacrilego nominare praesumit, occupare et a nobis ac Romana Ecclesia
+inferre conati sunt ac eos etiam, qui illis dederunt auxilium,
+consilium vel favorem, nec non contra omnes et singulos scismaticos,
+qui prefato Amedeo adhererent aut consentirent vel obedirent,
+procedendi ac illos debita pena mulctandi et puniendi concessimus
+facultatem, Nos, volentes statui tuo salubriter providere, tenore
+presentium volumus et tibi concedimus quod per quamcumque
+procurationem per te aut de mandato tuo de praedictis fiendam, etiam
+si membrorum multitudo vel personalis pena sequeretur, nullam
+irregularitatis aut infamie maculam sive notam incurras, neque in
+aliquam penam a jure vel ab homine statutam incidas, occasione
+praefata; nos enim omnes et singulas leges et canonicas sanctiones in
+personas ecclesiasticas perpetrantes talia promulgatas quocum personam
+tuam in exequendis tibi per nos commissis duntaxat suspendimus per
+praesentes, volentes ut illis ullatenus sis astrictus. Nulli ergo
+omnino hominum liceat hanc paginam nostre concessionis suspensionis
+et voluntatis infringere vel ei ausu temerario contra ire. Si quis
+autem hoc attemptare praesumpserit, indignationem Omnipotentis Dei et
+beatorum Petri et Pauli apostolorum ejus se noverit incursurum. Datum
+Rome apud Sanctum Petrum, anno incarnationis dominice millesimo
+quadringentesimo quadragesimo quarto, quinto kalendas februarii,
+pontificatus nostri anno quartodecimo.
+
+ _De curia_
+
+ JO SYNODI.
+
+(Arch. vat., Eugenii IV. Regest. 20, 9. vol., 368, fol. 77.)
+
+
+No II
+
+_Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure._
+
+ Février 1444.
+
+Eugenius episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Tristando,
+electo Conseranensi, salutem et apostolicam benedictionem. De tua
+probitate, fide et devotione gerentes in domino fiduciam, speramus
+indubie quod ea que tibi committenda duxerimus ad nostrum et Romane
+Ecclesie statum et honorem laudabiliter exequeris. Cum igitur dudum
+nonnulli iniquitatis filii quodam Ugolino Alamani duce per insultus et
+proditionem facto tumultu manu armata civitatem nostram Avinionensem
+et comitatum Venaysini adversus nos et Romanam Ecclesiam insurgentes,
+cum suis fautoribus complicibus et sequacibus ac cum vexillis
+perditionis alumni Amedei olim ducis Sabaudie, qui se Felicem V ausu
+sacrilego nominari praesumit, conati fuerint occupare, nos volentes,
+prout suadet justitia, ut illi, qui talia ausi sunt attemptare,
+animadversione debita puniantur, tibi contra omnes et singulas
+personas civitates et comitatus praedictorum, qui dicto insultui et
+tumultui contra nos et ipsam ecclesiam interfuerunt aut dederunt ad ea
+publice vel oculte auxilium consilium vel favorem vel scientes non
+revelaverunt, cujuscumque status, gradus, ordinis vel conditionis
+fuerint, nec non contra omnes scismaticos tam laicos quam clericos
+adherentes prefato Amedeo aut ejus et Basilien fautores et sequaces
+ubilibet constitutos auctoritate nostra procedendi ac ipsos et ipsorum
+quemlibet per arrestationem bonorum et personarum captionem et
+cohertionem ac officiorum, beneficiorum et dignitatum suorum
+quorumlibet privationem et ab eisdem amotionem nec non bonorum
+temporalium confiscationem tam civiliter et criminaliter puniendi,
+condemnandi et mulctandi, prout delictorum qualitas exegerit et
+justitia suadebit; invocato ad hoc, cum opus fuerit, auxilio brachii
+secularis, nec non beneficia ipsa que per hujusmodi privationem
+vaccare contigerit, quecumque, quotiescumque et qualiacumque fuerint,
+etiamsi dispositioni apostolice fuerint reservata, aliis idoneis
+personis, prout tibi visum fuerit, eadem auctoritate conferendi et de
+illis etiam providendi; insuper quoque illis qui ad sanam mentem
+redierint a quibuscumque processibus sententiis per te aut
+quomodolibet illatis et inflictis absolvendi et in pristinum statum
+restituendi et reponendi ac cum eis super irregularitate quacumque per
+eos praemissorum occasione contracta dispensandi et habilitandi ad sua
+et alia beneficia ecclesiastica quolibet imposterum obtinendi plenam
+et liberam eadem auctoritate concedimus tenore praesentium facultatem
+Datum Rome, apud Sanctum Petrum anno Incarnationis millesimo
+quadringentesimo quadragesimo quarto, quinto kal. februarii
+pontificatus nostri anno quartodecimo.
+
+ _De curia_
+
+ JO. SYNODI.
+
+(Arch. vat., Eugenii IV. Regest. 20, 9. vol. 368, f. 79.)
+
+
+No III
+
+_Bref d'Eugène IV aux Syndics d'Avignon._
+
+Dilectis filiis Tribus Statibus comitatûs nostri Venayssini, Eugenius
+Papa IIII.
+
+ 20 novembre 1444.
+
+Dilecti filii, salutem et apostolicam benedictionem.
+
+Intelleximus, dilecti filii, nonnullam suspicionem esse inter multos
+exortam et verba quedam dissipata nos velle alienare comitatum nostrum
+Venayssinum et a potestate nostra abdicare; que fama admodum
+displicuit nobis, cum nil sit eorum que multi forsan arbitrantur.
+Nunquam enim fuit nobis animus neque est etiam neque erit alienandi
+terras et jura Ecclesie Romane sed potius augendi. Et notum vobis
+debet esse nos non solum non alienasse bona Ecclesie nobis desuper
+credita sed pro eorum recuperatione bella adversûs eorum occupatores
+suscepisse. Itaque bono animo vos esse volumus et securos vivere quod
+nunquam intendimus separare vos ab obedientia et subjectione Sancte
+Romane Ecclesie, sed conservare vos in vocacione qua vocati estis.
+Velitis igitur perseverare in obediencia et devocione vestra solita
+erga nos et prefatam Ecclesiam ac parere legato vestro. Vicario
+nostro, ut tanquam boni filii nostri, vivatis semper a nobis et Sede
+apostolica merito commendandi.
+
+Datum Rome, apud Sanctum Petrum, sub annulo nostro secreto, die
+vicesima mensis novembris, pontificatûs nostri anno quartodecimo.
+
+ POGGIUS.
+
+(Reg. des Etats, C. 14, fol. 98, copie.)
+
+
+No IV
+
+_Bref d'Eugène IV aux Trois États de la Conté de Venayssin._
+
+ Décembre 1444.
+
+Dilectis filiis Tribus Statibus comitatûs nostri Venayssini.
+
+Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis Tribus
+Statibus comitatûs nostri Venayssini salutem et apostolicam
+benedictionem. Scripsimus vobis nuper propter certam famam tunc nuper
+exortam nostre intentionis esse et velle tenere vos sub nostro et
+Ecclesie romane regimine ac devotione et obedientia ac nolle vos
+alienare ab Ecclesia, quia intelleximus disseminatos sermones de
+certis capitulis cum dilecto filio nobili viro Ludovico, delphino
+Viennensi nostro non pactis iterùm facimus vos certiores nos nullomodo
+intendere aut velle alienare aut separare vos a nobis et prefata
+Ecclesia aut alicui alteri subjicere, sed intendimus conservare vos
+sub nostro et Ecclesiæ regimine et gubernacione prout actenûs fuistis
+quod vobis futurum ad certitudinem et consolacionem vestram volemus
+quod venerabili fratri nostro Petro, episcopo Albanensi, legato
+nostro, in omnibus sicut antea, pareatis.
+
+Datum Rome, apud Sanctum Petrum, anno Incarnationis dominice millesimo
+quadringentesimo quadragesimo quarto pridie calendas decembris,
+pontificatûs nostri anno quartodecimo.
+
+(Reg. des États, C. 14, fol. 96, copie)
+
+
+No V
+
+_Charles VII aux Syndics d'Avignon._
+
+ 26 janvier 1448 (?)
+
+Tres chers et bien amez, nous avons receu les lectres que nous avez
+escriptes par maistre Jacques Guillot d'Orléans et Jehan Tronchin, que
+avez envoiez devers nous et oy ce que ilz nous ont dict de vostre
+part, aux quels nous avons faict response ainsy que en la manière que
+par eulx pourrez scavoir plus a plain, par quoy ne vous escripvons
+plus avant fors que tousjours aurons vous et vos affaires pour bien
+recommandez.
+
+Donné à Rouen le 26 janvier.
+
+ CHARLES,
+
+ Bude.
+
+(Arch. municip., Origin., R. 33, no 41, Cott. R.R.)
+
+
+No VI
+
+_Lettre du dauphin Louis aux élus de Carpentras._
+
+ 14 mai 1451.
+
+ Le Dauphin de Viennoys,
+
+Tres chiers et grans amys, presentement envoyons par delà noz amez et
+feaulx conseilliers maistre Ferraudiz, maistre des requestes de nostre
+hostel et Anthoyne d'Alauzon escuier de nostre escuerie, ausquelz
+avons chargé vous dire aucunes choses de par nous que veillez adjoster
+plaine foy et créance a tout ce que de nostre part ilz vous diront.
+Tres chiers et grans amys, Nostre Seigneur soit garde de vos.
+
+Escript à Romans le XVe jour de may.
+
+ LOYS.
+
+Et ibidem prefati domini ambaxiatores exposuerunt eorum creanciam
+super facto Buccicaudorum et nihil fuit conclusum.
+
+(Arch. municip. de Carpentras, B.B. 70, fol. 63, copie.)
+
+
+No VII
+
+_Charles VII aux Syndics d'Avignon._
+
+ 5 mars 1452.
+
+Tres chiers et bons amis, nous avons receu vos lectres par maistre
+Garcias de Lamothe porteur de cestes et oy ce quil nous a dit de par
+vous, sur quoy lui avons faict response tele que par luy pourrez
+scavoir et povez estre certainz que tousjours vouldrions garder et
+deffendre vous et autres subgectz de l'Eglise et les aider et
+favoriser comme les nostres propres. Ainsi que plus à plain l'avons
+dit au dit Garcias de Lamothe pour le vous rapporter.
+
+Donné à la Roche-Saint-Quentin le 5 mars.
+
+ CHARLES.
+
+ Régis.
+
+A nos chiers et bons amis les Sindicz et Conseil de la Cité d'Avignon.
+
+(Arch. municip., Origin., B. 32, no 42, Cott. S.S.)
+
+Au mois de mars _1452_ Charles VII était au château des
+Roches-Saint-Quentin, chez Jean de Puy, l'un de ses plus anciens
+maîtres des Comptes (De Beaucourt, V, p. 78.)
+
+
+No VIII
+
+_Charles VII aux Syndics d'Avignon._
+
+A noz tres chiers et espéciaulx amis les Sindicz et Conseil de la cité
+d'Avignon.
+
+Tres chiers et especiaulx amis, nous avons recues les lectres que
+escriptes nous avez par maistre Guillaume Mesnier, licencié ès lois et
+ouy ce qu'il nous a dit de par vous et depuis l'avons fait ouyr bien
+au long par les genz de nostre conseil sur tout ce qu'il a remonstré
+et requiz de par vous; ainz avez pu congnoistre le grant et bon
+vouloir que avons tousjours eu au bien et conservacion de libertez,
+droiz et terres de nostre Saint Père et de l'Église de Romme. Et
+mesmement en ce qu'il vous touche et pour la grande amour que avez
+tousjours eue et monstrée à nous et à nostre seigneurie et à la
+prospérité d'icelle, vous avons tousjours euz et avons en singulière
+recommandacion et remembrance et vous vouldrions aider et favoriser en
+touz vos affaires ains que naguères vous avons fait savoir. Et sur les
+choses par le dit maistre Guillaume Mesnier a nous proposées lui avons
+fait faire response comme il vous pourra plus a plain dire.
+
+Donné aux Montilz lès Tours le XVe jour de mars.
+
+ CHARLES.
+
+ Rolant.
+
+(Arch. municip., Origin., B. 32, no 40, Cott. q.q.)
+
+
+No IX
+
+_Charles VII aux Syndics d'Avignon._
+
+Chierz et bien amys, nous avons escript puis naguères à nostre Sainct
+Père le Pape en faveur et recommandacion de nostre bien amé Pierre
+Arcet, escuier, touchant la Viguerie d'Avignon, laquelle viguerie
+iceluy, nostre Sainct Père, à nostre requeste et prière, a donnée au
+dit Arcet, comme il vous pourra plus a plain apparoir par les bulles
+d'icelluy nostre Sainct Père. Et pour ce vous prions tres acertes que
+pour amour et contemplacion de nouz vueilliez recevoir et mectre en
+possession et saisine du dit office de viguier le dit Arcet. Et vous
+nouz ferez ung tres agréable plaisir et en auronz vos affaires enverz
+nous en plus espécial recommandacion.
+
+Donné à Chinon le XVIIe jour de mars.
+
+ CHARLES.
+
+ Giraudeau.
+
+(Arch. municip., Origin., B. 7, no 36, Cott. N.N.)
+
+
+No X
+
+_Charles VII aux Syndics d'Avignon._
+
+ 19 mars 1452 (?)
+
+Chiers et bien amez, nous escripvons présentement par devers vous en
+faveur de nostre bien amé varlet de chambre Martin Héron, dont avez
+cognoissance touchant l'office de viguier de la ville d'Avignon. Si
+vous prions bien acertez que pour contemplacion de nous, vous vueillez
+tenir la main envers nostre Saint Père le Pape pour le dit Martin. A
+ce quil lui plaise donner au dit Martin icelluy office de viguier pour
+ceste année présente et vous nous ferez tres agréable et grant
+plaisir.
+
+Donné aux Montilz les Tours le XIXe jour de mars.
+
+ CHARLES.
+
+ Rolant.
+
+A nos chers et bien amez les Sindicz de la ville et cité d'Avignon.
+
+(Arch. municip., Origin., B. 8, no 72, Cott. A.A.A.A.)
+
+
+No XI
+
+_Charles VII aux Syndics d'Avignon._
+
+ 15 mai 1452 (?)
+
+Chiers et bons amis, autres foiz vous avons escript en faveur de
+nostre bien amé varlet de chambre Martin Héron, dont vous avez assez
+cognoissance, touchant l'office de viguier de la ville d'Avignon, à ce
+que voulsissiez tenir la main envers nostre tres Saint Père le Pape
+pour le dit Martin et que en contemplacion de nous il lui pleust
+donner au dit Martin le dit office de viguier pour ceste année
+présente. Si vous prions que le vueillez faire, et telement vous y
+employer que la chose sortisse effect, comme povez appercevoir que
+singulièrement le desirons. Et vous nous ferez tres agréable plaisir.
+
+Donné aux Roches-Saint-Quentin le XVe jour de may.
+
+ CHARLES.
+
+ Badouilier.
+
+(Arch. municip., Origin., B. 8, no 72, Cott. A.A.A.A.)
+
+
+No XII
+
+_Charles VII, roi de France, à la Ville d'Avignon._
+
+ 22 juillet 1453.
+
+ A Nos tres chers et grans amis les bourgois et habitans de la
+ ville et cité d'Avignon.
+
+Charles, par la grace de Dieu roy de France. Tres chiers et grans
+amis, pour ce que scavons que prenez grant plaisir a oir en bien de la
+prospérité de nous et de nostre seigneurie, nous vous signiffions que
+mardi, XVIIe jour de ce mois de juillet, le sire de Talbot,
+accompaigné du sire de Lisle son filz, du sire de Candalle, filz de
+Gaston de Foix, jadiz captal de Buch, du sire des Molins et de
+plusieurs autres anglois et gascons, jusques au nombre de six à sept
+mille, vindrent samedi précédent. Et tantost après l'armée des ditz
+angloiz vindrent en grant ordonnance à bannières et estendars
+desploiez donner l'assault à nos dictes gens, qui estoient en leur
+champ devant la dicte place. Et dura icellui assault plus d'une heure,
+combatans main a main; mais graces à Notre Seigneur, les ditz angloiz
+trouvèrent tele résistance que les bannières de Saint-George et du Roy
+d'Angleterre avec l'estendart du dit Talbot et autres furent gaignées
+par nos dictes gens. Et furent ilec les dits sire de Talbot, son filz
+et autres en grant nombre mors sur la place, le dit sire de Molins et
+le neveu du dit Talbot et autres prins. Et le seurpleus des ditz
+angloiz se mirent en fuyte et se retrairent les ungs dedans la dicte
+place, les autres en leurs navires et autre part, où ilz peurent
+prendre chemin et furent suiviz et chacez par nos dictes genz,
+telement que après la chose faicte en ont été plusieurs mors et noyez
+et beaucoup de prisonniers des quelz on n'a encores peu bonnement
+savoir le nombre. Des quelles choses avons rendu et rendons graces a
+Nostre Seigneur. Et ung fois avant que les dictes nouvelles nous
+feussent venues beau cousin de Clermont notre lieutenant en Guienne,
+qui est d'autre costé au pais de Medoc près de la ville de Bourdeaulx,
+accompaigné de beaux cousins de Foix, Delebret, Dornal, Poton et
+d'autres nos genz de guerre en bien grant nombre nous a escript quilz
+exploictent fort au dit pais sur nos ditz ennemis et quil n'y a
+encores eu jusques cy personne que leur ait porté nuysance. Et si
+avons grant nombre de bon navire bien équippé en la rivière de Gironde
+et telement que nos diz ennemis sont a présent en grant subjection. Et
+avons espérance en Dieu que le seurplus du recouvrement de notre pais
+de Guienne se portera bien.
+
+Donné à la Rochefoucault le XXIIe jour de juillet.
+
+Depuis noz lectres escriptes, nous sont venues nouvelles certaines que
+nos dits gens de guerre ont mise la dicte place de Castillon en
+composicion, en la quelle estoient le dit sire de Candale, le sire de
+Montferrand et autres jusques au nombre de deux mille combatans tant
+angloiz que gascons qui se sont tous renduz prisonniers à nostre
+mercy. Et plus tost vous eussions escript de nos dites nouvelles se
+neust este pour actendre la conclusion du dit Castillon.
+
+Donné comme dessus.
+
+ CHARLES.
+
+ Delaloëre.
+
+(Arch. municip., Origin., série A.A.)
+
+Voy. de Beaucourt, V, p. 276 et note 3.--La même lettre est adressée
+aux habitants de Lyon, et donnée comme pièce justificative, no XVI, p.
+463 (de Beaucourt, V, p. 463.)
+
+
+No XII (_bis_)
+
+_Prestation d'hommage de Romieu de Morimont._
+
+In nomine Domini amen. Noverint universi et singuli presentes
+pariterque futuri per hoc verum et publicum instrumentum quod anno a
+nativitate Domini millesimo cccclvi indictione quarta, die quinta
+mensis augusti, Pontificatus vero Sanctissimi in Christo patris et
+domini nostri domini Calisti divina providentia pape tertii anno
+secundo, nobilis vir _Romeus de Miremont_ scutifer et procurator
+illustrissimi principis domini Ludovici, Regis Francorum primogeniti,
+delphini Viennensis comitisque Valentinensis et Diensis constitutus,
+genuflexus ante pedes Sanctissimi domini nostri Calisti pape tertii
+prefati cum summa reverentia, exposuit se procuratorem dicti domini
+Delphini et ab eo destinatum ad Suam Sanctitatem faciendamque debitam
+reverentiam et recognoscendum feudum homagium ligium et fidelitatem
+nonnuliorum castrorum et locorum infrascriptorum instrumentorum
+nominatorum et designatorum, que castra et loca sui quondam
+predecessores a Romana ecclesia tenuerunt in feudum ac petendum et
+obtinendum remissionem liberationem et quictationem censuum occasione
+predicta camere debitorum aliquibus temporibus hactenus forsitan non
+solutorum et primo ibidem mandatum suum procurations sigillo magno
+rotundo ipsius domini Dalphini impendenti in pergameno scriptum Sue
+Sanctitati ibidem exhibuit ac produxit cujus quidem tenor de verbo ad
+verbum sequitur et est talis. Ludovicus Regis Francorum primogenitus,
+Dalphinus Viennensis comesque Valentinensis et Diensis, universis
+presentibus et futuris notum fieri volumus quod nos animadvertentes
+nil salubrius esse quam que sunt Dei Deo Cesarisque Cesari reddere,
+volentes igitur Sancte Sedi Apostolice et ecclesie Dei sancte de hiis
+que sub dominio eorundem in feudum tenemus homagium reddere fidele,
+de nobilitate, moribus et providentia dilecti et fidelis domestici
+nostri Romei de Miremont, scutiferie nostre scutiferum, ab experto
+plene confisi, eundem Miremont presentem coram nobis et onus
+suscipientem auctorem et negotii hujus gestorem specialiter
+ordinavimus et ordinamus, ipsi expresse injungentes ut ad Sanctam
+Sedem Apostolicam, quamcitius poterit, se transferat et Sanctitati
+domini nostri pape Calisti tertii aut illi vel illis quibus jure et
+consuetudine similia pertinent vel per Sanctitatem suam ad hoc
+commitentur universaliter et generaliter de omnibus que sub feudo
+nobili dicte sedis et ecclesie sancte _in Delphinatu et comitatibus
+nostris predictis moventur_ homagium et recognitionem cum
+solemnitatibus et aliis in talibus fieri usitatis realiter, nomine et
+vice nostri, reddat et faciat denominationem et decertationem
+predictorum omnium sub dicto feudo moventium, si opus fuerit, tradendo
+literas publicas de hiis que egerit bullasque protectionis in forma
+militantis ecclesie aut alias in similibus dari solitas obtinendo,
+aliaque agendo, petendo pro tractando et obtinendo que nos agere
+postulare pertractare et obtinere possemus, si presentes et
+personaliter interessemus, et que negotiorum predictorum merita
+postulant et requirunt, etiamsi essent talia que mandatum exigerent
+magis speciale, vices nostras quoad predicta per presentes sibi
+totaliter committentes et plenam in hiis ex certa scientia et
+deliberatione prehabita attribuentes potestatem, promittentes in verbo
+principis et sub juramento corporali dictum homagium, et quicquid per
+dictum scutiferum artum, dictum, pertractatum, petitum et juratum
+fuerit perpetuo ratum et gratum habere tenereque et observare
+inconcussum. In quorum testimonium sigillum nostrum, in absentia magni
+ordinatum, presentibus duximus apponendum. Datum in Sancto Antonio
+Viennensi, die prima mensis junii, anno domini millesimo CCCCLVI
+iuramento fidelitatis in animam et sub honore nostris prout in
+similibus homagiis solitum est prestare nec non. Datum ut supra
+Astaris per Dominum Delphinum, domino Montis Albani, gubernatore et
+marescallo Delphinatus et aliis presentibus Astaris. Exinde vero
+duorum transumptorum duo publica instrumenta per reverendum in
+Christo patrem dominum Siboudum Alamandi, episcopum Gratianopolitanum,
+factorum et auctenticorum super feudis homagiis et ligiis et
+fidelitatibus castrorum et locorum predictorum exhibuit quibus quidem
+transumptis auctenticis sigilla propria ipsius domini Episcopi erant
+appensa, quorum quidem transumptorum tenor de verbo ad verbum sequitur
+et est talis.
+
+(Arch. vat., t. XXXIII, p. 66, Armor. 35.)
+
+
+No XIII
+
+_Lettre d'Allemand de Pazzis et de François Malespine aux Consuls
+d'Avignon._
+
+(Traduction).
+
+ A respectables et nobles Mes seigneurs les Consuls de la Cité
+ d'Avignon.
+
+Tres respectables seigneurs, nous nous recommandons à votre bonne
+grâce en vous avisant comme nous arrivâmes ici samedi dernier, en
+grand peine de trouver logis, à cause de la grande multitude de gens
+venus pour faire leurs adieux. Grâce soit rendue à Monseigneur le
+Maréchal lequel nous a fait très bon accueil en considération de
+Monseigneur le Cardinal (Pierre de Foix) et de la ville, et le
+lendemain matin nous fit avoir audience du Roi. Celui-ci nous vit
+volontiers et nous fit aussi un très grand accueil. Après avoir vu nos
+lettres et avant que nous eussions rien autrement pu lui dire, il nous
+appela près de lui, mais si près que nous nous touchions l'un l'autre,
+et cela afin que personne ne pût entendre ce qu'il nous disait. Il
+nous dit que nous étions les bienvenus, mais que lui ne pouvait
+entendre à cette heure ni, par aventure, de tout le jour, mais
+qu'avant de nous entendre, il voulait savoir de nous ce que nous
+savions bien, qu'étant en son pays du Dauphiné, quelqu'un nous avait
+dit et avisé la ville d'Avignon qu'il y avait quelques gascons qui
+devaient faire en sorte que la ville passât, pour son compte, au
+pouvoir de son maréchal d'Armagnac et que eux l'avaient notifié et
+fait dire au Roi son père (dont Dieu ait l'âme) et qu'il voulait que
+nous lui disions quel était cet inventeur qui nous avait dit et
+dénoncé un pareil projet, car jamais il n'avait eu une telle intention
+et que si la chose avait été vraie il n'aurait pas été assez téméraire
+pour de sa vie mettre les pieds dans Avignon ni pour en passer aussi
+proche qu'il l'a fait. Qu'il commet à Monseigneur le Maréchal et à
+Messire Jean Bureu le soin de nous entendre à cet égard et que nous
+eussions à leur dire qui sont ceux qui nous ont donné cet avis et qui
+sont les inventeurs d'une pareille chose. Là-dessus le Roi nous a
+laissés pour aller à la messe, puis diner, puis après dîner, aller aux
+joutes que Monseigneur de Bourgogne faisait faire; et le soir, à un
+banquet. Le tout a été un grand triomphe, et dans le même jour nous
+dinâmes avec Monseigneur le Maréchal, nous lui affirmâmes en lui
+disant que nous ne savions en vérité qui était l'auteur de l'avis dont
+le Roi nous avait parlé, que jamais la Ville n'avait écrit au Roi son
+père qu'elle le soupçonnât en aucune manière du monde, et que par
+conséquent nous ne savions pas davantage qui était l'inventeur de la
+chose. Nous fûmes également chez Maître Jean Bureu pour l'informer de
+la même manière. Il nous répliqua qu'il lui semblait se souvenir
+d'avoir vu quelque lettre et entendu parler de quelque chose de
+semblable à l'hôtel du Roi, mais qu'il ne s'en rappelait pas
+nettement. Que toutefois il rapporterait au Roi ce que nous lui
+disions. Depuis, nous trouvant ensemble en présence de Monseigneur
+Boucicaut qui veut le bien et l'honneur de Monseigneur (le Cardinal de
+Foix) et de la ville et de maître Pierre Robin, pour aviser à cela et
+chercher si personne ne se rappelait rien à ce sujet. Monseigneur
+Boucicaut et quelque autre d'entre eux rappela que le Roi mort envoya
+à Avignon avertir et aviser Monseigneur (le Légat) et la ville qu'il
+avait vent qu'on devait nous faire déplaisir et qu'il nous en donnait
+avis et que si nous avions besoin de quelque chose il nous viendrait
+en aide par gens et par tout ce que nous lui demanderions. Il nous est
+aussi revenu en mémoire que la ville répondit au Roi en le remerciant
+et que nous n'avions besoin ni de gens ni de rien autre et il nous
+semble que jamais la ville n'a écrit autre chose au feu Roi. En sorte
+que, s'ils ne sont pas contents de la réponse, que nous avons déjà
+faite, nous leur dirons ce qui nous est revenu à la mémoire comme il
+vient d'être dit. S'il paraît à Monseigneur (le Cardinal de Foix) et à
+vous autres que nous ne devons dire autre chose ou faire d'autres
+justifications soit par lettres, soit autrement, mandez-nous le et
+nous fairons ainsi que vous commanderez. Adressez les lettres à la
+Cour, car le Roi doit partir demain ou le jour d'après pour se diriger
+sur Melun, de Melun à Amboise où sont les Reines en tirant à Tours;
+nous suivrons pour être dépêchés le plus tôt possible. Monseigneur le
+Légat répond également à Monseigneur le Cardinal (de Foix) et l'avise
+de tout avec encore plus de détails, car lui a aujourd'hui parlé au
+Roi en tête à tête et, comme je vous l'ai dit, avise Monseigneur de
+tout ce que le Roi lui a dit vous pourrez le savoir par lui, ainsi que
+par le porteur de la présente qui est au service de Monseigneur,
+lequel sait tout et par lui vous serez pleinement informés de tout (!)
+Monseigneur le Sénéchal de Provence n'est pas encore arrivé ici; je
+crois qu'il attend le Roi sur la route parce que le bruit avait couru
+que le Roi était parti huit jours avant. Nous ne voyons pas autre
+chose à vous dire, que Notre Seigneur vous garde. Recommandez-nous
+très humblement à la bonne grâce de Monseigneur (le Cardinal) et à mes
+seigneurs les Conseillers.
+
+ Vos humbles serviteurs.
+
+ Allemand de Pazzis: Fr. Malespine,
+
+ Ecrit à Paris, le 15 de septembre (1462).
+
+
+No XIV
+
+_Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix._
+
+ 21 janvier 1464.
+
+Cardinal de Foix, Tres cher et féal cousin, nous avons entant que
+aucuns des habitans de la ville d'Avignon et autres tant des nacions
+d'Alemaigne, Florence, Venise, Gennes, que autres, demourans et
+habitans en la dicte ville d'Avignon, ont donné et donnent chacun jour
+de grans pors et faveurs a ceulx de la ville de Barselonne et leur ont
+envoyé et envoyent des vivres, artillerie et autres choses à eux
+nécessaires. Et pour ce que nous tenons et repputons les dits de
+Barselonne et leur aliez et adhérans et aussi tous ceulx qui les
+avitaillent ne favorisent en aucune manière noz ennemis et
+adversaires, nous vous prions bien affectueusement que vous vueilliés
+ces choses remonstrer ou faire remonstrer aus dits habitans de la
+dicte ville d'Avignon et autres des nacions dessus dites demourans en
+icelle, en leur nottiffiant ou faisant notiffier que se ilz font le
+contraire nous les réputons dès à présent noz ennemis et entendons de
+procéder ou faire procéder à lencontre d'eulx ainsi quil appartient en
+tel cas. Et affin quilz n'aient cause d'en prétendre aucune ignorance,
+vous prions de rechief que les choses dessus dites faictes crier et
+publier par cry publique et à son de trompe en nous faisant savoir
+tout ce que aurez fait. Et vous nous ferés tres singulier et agréable
+plaisir.
+
+Doné à Castelno de Médoc le XXIe jour de janvier.
+
+ LOYS.
+
+ Binon.
+
+(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, série A.A.)
+
+
+No XV
+
+_Louis XI aux Consuls d'Avignon._
+
+ A nos tres chers et grans amys les Consulz, bourgoys, manans et
+ habitans de la ville et cité d'Avignon et de la Conté de Venisy.
+
+Tres chers et grans amis, nostre très cher et très amé cousin le _duc
+de Bourbon_ et d'Auvergne, nostre lieutenant et gouverneur en nostre
+pais de Languedoc, nous a dit et remonstré que à vostre pourchaz,
+instigacion et requeste le Recteur d'Avignon a puis naguères prins à
+force et port d'armes les places d'Albignan et Auriol que paravant
+tenoit nostre bien amé le sieur de Vergères, escuier d'escuerie de
+nostre dit frère et cousin. Et pour ce que désirons les besongnes et
+affères du dit sieur de Vergeres estre favorablement traictées tant en
+faveur de ce qu'il est nostre serviteur et subgect du bon droit que
+entendons quil a ès dites places que en contemplacion de nostre frère
+et cousin qui sur ce nous a requiz, nous vous prions tres acertes et
+sur touz les plaisirs que fére nous désirez que vous tenez la main
+envers le dit Recteur auquel escripvons présentement de ceste matière
+en manière quil soyt content de bailler et delivrer au dit escuyer la
+joyssance des dictes places au moins jusques à ce que par justice ses
+droitz et tiltres sur tout veuz et visitez aultrement en soit ordonné.
+Et tellement faictes que le dit escuier cognoisse par effect noz
+prières luy avoir prouffité envers vous. Et en ce faisant vous nouz
+ferez tres singulier et agréable plaisir lequel recognoistrons envers
+vous en pareil cas ou greigneur quant d'aucunes choses nous requerrez.
+
+Donné à Chartres, le XXe jour de juing.
+
+ LOYS.
+
+ Toustain.
+
+(Arch. municip., Origin., Boîte des Catalans.)
+
+
+No XVI
+
+_Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon._
+
+ 26 août 1464.
+
+Loys par la grace de Dieu, roy de France. Tres chiers et grans amis,
+nous avons sceu la maladie de nostre chier et féal cousin le Cardinal
+de Foix dont avons esté et sommes tres desplaisans; et pour ce qu'il
+est à doubter que de la dicte maladie il voise de vie à trespas, nous
+vous advertissons que se avez d'aucune chose afaire, en quoy nous
+puissions pour vous employer, nous le ferons de très bon cueur, ainsi
+que plus amplement nous avons chargié vous dire à nostre amé et féal
+conseiller et maistre de nostre hostel Mombardon, porteur de ces
+présentes. Si le vueillez croire de ce qu'il vous dira sur ce de
+nostre part.
+
+Donné à Nouyon le XXVIe jour d'aoust.
+
+ LOYS.
+
+A noz tres chiers et grans amis les Consulz et gouverneurs de la ville
+et cite d'Avignon.
+
+(Arch. municip., Origin., B. 77, no 87, Cott. P.P.P.P.)
+
+
+No XVII
+
+_Lettre de Jean d'Armagnac, maréchal de Comminges, aux Consuls
+d'Avignon._
+
+ 22 décembre 1464.
+
+ A mes tres chiers et grans amys les viguier, consulz et autres
+ bourgeoiz, manans et habitans de la ville et cité d'Avignon.
+
+Tres chiers et grans amys, je me recommande à vous tant comme je puis
+et vous plaise savoir que aujourdhuy XXIIe jour du moys de décembre
+sont venues nouvelles au Roy, que Dieu a fait son commandement de feu
+Monseigneur le Cardinal de Foix, auquel Dieu par sa grâce face mercy
+et pour vous advertir de son vouloir et intention, il envoye devers
+vous le bailli des Montaignes du Daulphiné, son conseiller et
+serviteur, pour vous dire et remonstrer aucunes choses de par luy et
+si vous escript bien au long en vous priant que vueilliez avoir mon
+frère l'arcevesque d'Auch pour recommandé au fait de la legation de
+la ville et cité d'Avignon et gouvernement de la Conté de Venissy en
+la forme, et manière que mon dict seigneur le Cardinal la tenoit. Et
+pour ce, très chiers et grans amys, je vous prie et requiert que, pour
+l'honneur du Roy et amour de mon dict frère et de moy, vous y
+vueilliez aider et tenir la main en tout ce qu'il vous sera possible
+tant envers Nostre Sainct Père que autrepart et en temps et lieu mon
+dict frère et moy le recognoistrons envers vous tellement que par
+raison en devrez estre contens. Car je vous certifie que je le faiz
+plus pour le bien du Pays que pour le prouffit que j'en espère en
+avoyr. Et pour vous donner le cas à entendre, le Roy a escript
+d'autrefois au Pape en faveur depré Monseigneur de Foix, en luy priant
+qu'il luy voulsist bailler le gouvernement après le trespas de mon
+dict seigneur le Cardinal, mais il lui feist responce que pour riens
+il ne luy bailleroit pour ce qu'il estoit mineur d'aage; et après
+quant le Roy a veu la responce de nostre dict Sainct Père, il y a
+escript en faveur de l'évesque de Genève, frère de la Royne, pour
+lequel il luy a faict semblable responce et que pour riens n'y
+commettroit l'un ne l'autre, mais il lui a bien fait savoir qu'il
+advise quelque évesque ou arcevesque en son royaulme qui soit à son
+gré et qu'il pourvoira cestuy là sans autre. Et pour celle cause le
+Roy a envoyé, passé a six sepmaines, messire Jehan de Reillat, son
+secretaire devers Nostre dict Sainct Père pour le supplier et requérir
+qu'il luy plaist que à sa requeste, vueille pourveoir mon dict frère
+de la dicte légation et gouvernement sans autre; et me semble que
+c'est l'homme au monde que vous devriez mieulx vouloyr, veu que vous
+cognoissez ses conditions et qu'il n'est pas homme malicieux pour
+pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que plus après pourrez estre
+informez par le dict bailli des Montaignes, de l'entente du Roy avey
+ensemble de la mienne. Si vous prie, tres chiers et grans amys, que le
+vuelliez croire de tout ce qu'il vous dira, comme feriez à moy mesme
+si je y estoye en personne. Et tousjours, si aucune chose vous plaist
+que pour vous fere puisse, faictes le moy scavoir et je l'acompliray
+de tres bon cuer. Au plaisir de Dieu qui, très chers et grans amys,
+vous doint ce que désirez.
+
+Escript à Tours le XXIIe jour de décembre.
+
+ Le tout vostre,
+
+ Le Conte de Commenge, mareschal de France, conseiller et premier
+ chambellan du Roy, lieutenant-général et gouverneur de par luy en
+ ses pays du Daulphiné et duchié de Guienne.
+
+ JEHAN.
+
+(Origin., Arch. municip. d'Avignon, boîte 95, no 73.)
+
+
+No XVIII
+
+_Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la Rovère._
+
+ Lyon, 21 juin 1476.
+
+Loys par la grace de Dieu roy de France à tous noz justiciers ou à
+leurs lieutenants salut. Nostre tres chier et grant amy le cardinal de
+Saint Pierre _ad Vincula_, nous a fait dire qu'il a esté adverty que
+pour ce qu'il n'est natif de notre royaume, il ne peut bonnement tenir
+selon les ordonnances royaulx sur ce faites, aucuns beneffices de
+nostre royaume s'il n'est, quant à ce, de nous habilité; et pour ceste
+cause il nous a humblement fait requerir noz grace et provision
+convenables lui estre sur ce imparties. Savoir vous faisons que nous
+inclinant libéralement et vouluntiers à sa requeste pour la grant et
+singulière amour et amitié que avons à lui et en faveur de plusieurs
+grans, louables et notables services dignes de recommandation qu'il
+nous a faiz et espérons qu'il nous face au temps advenir, et afin
+qu'il ait désormais mieulx les faiz et affaires de nous et des subgetz
+de nostre royaume pour espécialement et singulierement recommandez et
+qu'il ait beneffices en icellui, dont il se puisse plus honorablement
+entretenir icellui cardinal, pour ces causes et autres à ce nous
+mouvans, avons octroyé et octroyons, voulons et nous plaist de grace
+espécial par ces présentes quil puisse et lui loise avoir, tenir et
+posséder en notre dit royaume tous les beneffices dont il a esté et
+sera justement et canoniquement pourveu en icellui, soient
+archeveschez, éveschez, abbayes et autres dignitez et beneffices
+quelzconques, quelz quilz soient et à quelque valeur et extimation
+quilz puissent valoir et monter. Et quant à ce l'avons habilité et
+habilitons de nostre dite grace espécial par ces dites presentes, non
+obstant qu'il ne soit natif de nostre dit royaume et lesdites
+ordonnances royaulx, et sans préjudice dicelles en autres choses et
+quelz conques autres ordonnances, mandement ou deffences à ce
+contraires, que ne voulons quant a ce lui nuyre ne préjudicier en
+aucune manière. Et vous mandons et enjoignons et à chacun de vous sur
+ce requis et comme à lui appartiendra que de nos présentz grace,
+habilitation et octroy vous le faites souffrez et laissez joyr et user
+pleinement et paisiblement, sans lui mettre ou donner ne souffrir
+estre fait mis ou donné aucun destourbier ou empeschement au
+contraire, lequel se fait mis ou donné lui avoit esté ou estoit si
+l'ostez et mettez ou faites oster et mettre incontinent et sans délay
+à plaine délivrance et au premier estat et deu. Car ainsi nous plaist
+il et voulons estre fait. Donné à Lyon sur le Rosne, le XXIe jour de
+juing l'an de grace mil CCCC soixante seze et de nostre regne le
+quinziesme. Par le Roy.
+
+ NICOT.
+
+(Copie extraite des minutes de Jean Robini, notaire à Avignon.)
+
+
+No XIX
+
+_Lettre de Louis XI au bâtard de Comminges._
+
+ A notre amé et féal cousin le maistre des ports (..........)
+ Bastard de Comminges.
+
+ Notre aimé et feal, nous avons sceu, par noz chiers et biens aimes
+ aliez, les Consuls et habitans de la cité d'Avignon que ung nommé
+ Bernard de Guerlandz avecques XV hommes de guerre tant à pied que
+ à cheval soy disant estre en notre service et sous umbre de nous
+ comme se à iceluy en eussions donné congié ou exprès mandement,
+ que desavouons expressement par ces présentes, de fait, par force
+ et violence cest mis avecques les dits gens dedans le Conté de
+ Venycy, prins places, tuez gens, violez femmes et filles pucelles,
+ bruler maisons, desrober marchans et faitz autres infinitz maulx,
+ dont sommes fort mal contens de luy et de ses dits complices. Et
+ pour ce que n'entendons aucunement la dite cité ne les habitans
+ d'icelle et dud. Conté, comme noz confédérés, aliez et devotz de
+ notre couronne, soient vexés ne opprimés en quelque maniere que ce
+ soit, meismement comme de terre de Saincte mère Esglise a cuy
+ nostre desir ne sache que servir, obéyr et complaire, et que aussi
+ en justice tous excès, violences, forces et autres maulx et
+ roberies ne se doibvent souffrir, vous mandons que veues ces
+ présentes sur tant que désirés nous complaire, que incontinent et
+ sans délay faictes vuyder le dit Bernard avecques ses dits
+ complices hors la dicte conté. A quoy vous donnons plain povoir et
+ mandement espécial par ces présentes, en réintégrant ou faisant
+ réintégrer ung chacung à votre povoir, selon debvoir et justice et
+ ce par toutes voyes deues et raisonnables, et se ilz ne vous
+ obéyssent incontinent se y procédez par main armée jusques ad ce
+ que la dicte Conté du tout en soit à pleine delivrance, et
+ tellement qu'ilz n'ayent plus cause den revenir plaintifs à nous.
+ Mandons et commandons a tous noz justiciers et officiers que en ce
+ faisant vous obéyssent et entendent. Et faictes, cessantz toutes
+ exqusations, quil n'y ait point de faulte, et que plus n'en oyons
+ parler.--Donné au Plesseys du parc les Tours, le 7e jour de
+ février.
+
+ LOYS.
+
+ Courtin.
+
+ (Arch. municip., Origin., série A.A.)
+
+
+ No XX
+
+ _Lettre de Baptyste de Béségat aux Consuls d'Avignon._
+
+ 9 février 1479.
+
+ A Messieurs les Consuls d'Avignon.
+
+ Messieurs les Conseuls, de tout mon cuer à vous me recommande. Par
+ Guillaume présent porteur ay receu voz lettres, lequel ariva jeudi
+ au soir icy et pourceque le Roy estoit parti des Forges pour venir
+ au Plesseis du parc, la où il arriva vendredi au soir bien tart,
+ ne fut possible présenter vos lettres jusques à samedi à sa messe.
+ Et receu quil eut vos lettres m'apella et me demanda quelx gens
+ sont ce qui sont entres en la Conté de Venise. Je luy respondi:
+ Sire ce sont les Angloys qui ont passé par votre royaume qui
+ disoient aller au service des Florentins.--Lors me respondit que
+ c'estoient des trez (traits) de son compère Lyonnet de Medicy et
+ qu'il avoit fait faire tout cecy sans son sceu, dont il monstra
+ n'estre pas contant et me dist quil vouldroit garder ceulx
+ d'Avignon et du conté de Venisse comme ses propres subgets et
+ mieulx, se mieulx povoit. Et en effect dist quil vouloit que tous
+ ses officiers tant du Royaume que de Dalphiné vous donnassent tout
+ l'ayde et faveur que leur vouldriez demander pour leur faire
+ réparer les domaiges faitz, et faire vuyder hors de la terre de
+ l'Eglise, car il n'entendit oncques quils y entrassent ne feissent
+ nul dommaige et qu'il ne les vouloit soustenir en façon quelconque
+ et sur ce me dist quil avoit commandé à Monsieur Dubochaige et à
+ Monsieur le conte de Castres que toutes telles lettres que vous
+ seroient nécessaires vous fussent faictes et commanda au
+ secrétaire ainsi le faire. Et sur ce a esté poursuivy et fait la
+ response telle que vous verrez et comme il escrit au Séneschal de
+ Beaucaire et maistre des ports, lequel il fait commissaire pour
+ faire saillir le cappitaine hors de la terre de l'Eglise et en
+ faire telle raison comme en cas appartiendra, comme verrez par les
+ lettres qu'il luy escript.
+
+ L'expedition na pas esté si briesve comme je eusse bien voulu et
+ n'a pas tenu à solliciter, comme vous pourra dire le dit porteur,
+ qui a veu tout le demene et part ce matin IXe jour. Et si chose
+ voulez que pour vous faire puisse, mandez le moy pour l'acomplir à
+ layde Nostre Seigneur, qui vous donne ce que desirez.
+
+ Escript à Tours le dit IXe jour de février.
+
+ Le tout plus que votre
+
+ _Signé_: Batyte de BESEGAT?
+
+
+ Antoine Vela baille IIII écus à
+ Guillaume et ung autre écu au
+ secrétaire pour vos lettres.
+
+ Je vous envoye les lettres du
+ Roy sans cire affin que les lisiez
+ car il n'a point de coustume de
+ y mettre cire.
+
+ (Arch. municip., Original, série A.A.)
+
+
+ No XXI
+
+ _Lettre de Louis XI aux consuls et habitans d'Avignon._
+
+ 7 septembre 1481?
+
+ A noz chers et bons amys les consolz, mannans et habitans de la
+ cité d'Avignon.
+
+Tres chers et bons amis, nous avons sceu les grans excez faiz en la
+personne de Tinteville par la cruelle et mauvaise torture que on luy a
+donnée à diverses foiz par delà. Sans avoir regart quil feust notre
+vassal et subgect et qui pis est vostre légat a fait pendre et noyer
+plusieurs ses gens et autres gitter de la Roche au Rosne tres
+deshonnestement sans avoir considéracion quilz feussent de notre
+royaulme, dont sommes tres mal contens, délibérez de ne laisser pas la
+chose ainsi. Et pour ce que ledit Tinteville est notre serviteur
+désirons l'avoir. Et à ceste cause vous prions nous le envoyer. Et
+quil ny ait point de faulte. Car si faulte y a, nous nous en prandrons
+à vous par faczon que ny prendrez point de plaisir. Tres chers et bons
+amis Notre Seigneur vous ait en sa sainte garde.
+
+Donné au Plessis du parc le VIIe jour de septembre.
+
+ LOYS.
+
+ Gilberti.
+
+(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, série A.A.)
+
+
+No XXII
+
+_Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon._
+
+ 19 septembre 1481.
+
+ A noz chers et bons amys les consols gens de conseil manans et
+ habitans d'Avignon.
+
+Tres chers et bons amys, nous avons receu vos lettres par lesquelles
+vous excusez du fait de Tinteville, lequel, comme par autres vous
+avons escript, veu quil est notre subgect et serviteur, voulons avoir,
+vous advisant que si faulte y a nous en prendrons à vous de ceulx que
+votre légat a fait pendre et noyer sans avoir regart qu'ils fussent de
+notre reaulme. Nous savons bien ou nous en devons prendre.
+
+Donné au Plessys du parc lez Tours le XIXe de septembre.
+
+ LOYS.
+
+ Gilberti.
+
+(Arch. municip. de la ville d'Avignon, Origin., série A.A.)
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+ PAGES.
+
+ PRÉFACE i à x
+
+ CHAPITRE PREMIER.--_Coup d'oeil rétrospectif sur les
+ relations de la Cour de France avec Avignon et le Comté
+ Venaissin pendant la première moitié du XVe siècle.--Charles
+ VI. Benoît XIII. Le schisme._--Caractère général des
+ relations de la Cour de France avec le Venaissin et l'État
+ d'Avignon pendant le règne de Charles VI et de Charles VII.
+ Comment les rois de France entendaient la juridiction
+ temporelle des papes sur ces États. Voyages princiers à
+ Avignon. Fondation du royal monastère des Célestins (1395);
+ privilèges accordés. Inviolabilité.--Premières assises de
+ l'autorité royale à Avignon.--Le schisme et Benoît XIII.
+ Situation des Avignonnais vis-à-vis du pape et des
+ cardinaux. Louis d'Orléans et les oncles du roi à Avignon.
+ Attitude et intervention de Charles VI: premier siège du
+ Palais (1398). GEOFFROY LE MEINGRE, dit BOUCICAUT. Son rôle
+ dans les événements militaires dont Avignon est le théâtre
+ (1398-1399).--Charles VI prend Benoît XIII sous sa
+ protection. Sa lettre aux consuls d'Avignon (22 avril 1401).
+ Il se fait le défenseur des cardinaux et des terres de
+ l'Église. Sa lettre au sire de Grignan (juin 1401).
+ Captivité et évasion de Benoît XIII (1400, mars 1403).
+ Traité de paix entre les cardinaux et le pape. Hommage des
+ Avignonnais à Benoît XIII (10 avril 1403). Retrait de la
+ soustraction d'obédience (30 juillet 1403).--Suite des
+ événements provoqués par les agissements de Benoît
+ XIII.--L'anti-pape et le maréchal de Boucicaut.--Inféodation
+ des villes du Comtat et prise de possession (mars 1408).--Le
+ second siège du Palais.--Rodrigues de Luna et les Catalans
+ (1410-1411).--Intervention de l'Université de
+ Paris.--Charles VI envoie des secours aux
+ Avignonnais.--Capitulation de la garnison catalane (27
+ novembre 1411). 1 à 41
+
+ CHAPITRE II.--_Charles VII._--_Les Boucicaut._--_Le Cardinal
+ de Foix._--Le dauphin Charles en 1419-1420.--Devenu roi il
+ ne cesse d'assurer de sa protection les États citramontains
+ du Saint-Siège.--Nouveaux agissements de Geoffroy le Meingre
+ (1426-1428).--La succession du maréchal.--Les routiers dans
+ le Venaissin et dans la vallée du Rhône.--Démêlés entre les
+ sujets du pape et Boucicaut.--Attitude de Charles VII
+ (janvier 1426).--Il protège les Avignonnais, tout en
+ appuyant les revendications de Champerons, seigneur de la
+ Porte (1428).--Situation des États de l'Église au moment de
+ l'ouverture du concile de Bâle.--Charles VII appuie
+ ouvertement Alphonse Carillo, cardinal de Saint-Eustache,
+ qui est le candidat du concile. Sa lettre aux Avignonnais
+ (1431).--Conflit entre le pape Eugène IV et les Avignonnais
+ à propos de la nomination de Marc Condulmaro.--Neutralité de
+ Charles VII (1432).--Le cardinal Pierre de Foix, légat du
+ Saint-Siège (avril 1432).--Triomphe de la politique
+ française.--Efforts de Charles VII pour amener la cessation
+ du schisme et la convocation d'un concile à Avignon pour
+ l'union des Grecs (1437) 42 à 71
+
+ CHAPITRE III.--_Le Dauphin Louis et le projet de traité
+ secret avec le Saint-Siège (novembre 1444)._--Le dauphin
+ Louis.--Première tentative pour s'emparer d'Avignon et du
+ comté Venaissin.--Négociations entre le Dauphin et le pape
+ Eugène IV.--Rôle du cardinal de Foix.--Protestation des
+ États.--Le projet échoue (novembre-décembre 1444) 72 à 83
+
+ CHAPITRE IV.--_Le dauphin Louis et ses agissements vis-à-vis
+ des États citramontains de l'Église
+ (1444-1461)._--L'héritage des Boucicaut.--Invasion à main
+ armée du Venaissin par les agents du Dauphin.--L'expédition
+ de Troyhons (1450).--Intervention de Charles VII.--Ambassade
+ de Jehan de Lizac à Avignon (mars 1451).--Mission du
+ cardinal d'Estouteville (1452).--Les dernières intrigues du
+ Dauphin 84 à 118
+
+ CHAPITRE V.--_Louis XI et la succession du Cardinal de Foix
+ à la légation d'Avignon (1464-1470)._--Caractère des
+ relations des Comtadins et des Avignonnais à l'avènement de
+ Louis XI.--L'ambassade de Malespine et de Pazzis à Tours
+ (1461).--La succession du cardinal de Foix.--Rôle du
+ maréchal Jean d'Armagnac.--Opposition de Louis XI à la
+ nomination du cardinal d'Avignon, Alain de Coëtivy, comme
+ légat.--Conflit entre Louis XI et Paul II pour la
+ désignation d'un légat.--Ambassade de d'Orligues à Rome
+ (janvier 1465).--Échec de la politique de Louis XI auprès du
+ Saint-Siège 119 à 142
+
+ CHAPITRE VI.--_Louis XI et le conflit avec Jules de la
+ Rovère.--L'entrevue de Lyon (juin 1476) et ses
+ conséquences._--Vacance de la légation
+ (1464-1470).--Agissements de Louis XI pour faire nommer à la
+ légation d'Avignon l'archevêque de Lyon, Charles de
+ Bourbon.--Satisfaction accordée au roi de
+ France.--Conditions dans lesquelles Charles de Bourbon est
+ pourvu de la légation (1470).--Engagements du roi et du
+ légat vis-à-vis du Saint-Siège.--Révocation des pouvoirs du
+ cardinal de Bourbon (13 mars 1476).--La légation est donnée
+ à Jules de la Rovère, neveu de Sixte IV.--Mécontentement de
+ Louis XI.--Origines du conflit.--Occupation du palais
+ apostolique.--Les représentants du légat
+ assiégés.--Intervention militaire de Louis XI (avril-mai
+ 1476).--Entrevue de Lyon (juin 1476).--Les Avignonnais
+ prêtent serment de fidélité au roi de France (26 juin
+ 1476).--Succès de la politique royale.--Conséquences de
+ l'entrevue de Lyon pour les sujets du Saint-Siège et pour le
+ cardinal de Saint Pierre ad Vincula.--Son retour à Rome
+ (octobre 1476) 143 à 190
+
+ CHAPITRE VII.--_Les dernières années de Louis XI
+ (1476-1483).--Caractère général de la politique à l'égard
+ d'Avignon.--Bernard de Guerlands et Jehan de
+ Tinteville.--Faveurs royales._--Les dernières années de
+ Louis XI.--Les tentatives des Routiers et des Florentins sur
+ Avignon et le Comté.--Le sacrilège Bernard de Guerlands
+ (1478-1479).--Les consuls s'adressent à Monseigneur du
+ Bouchage.--Intervention de Louis XI qui protège les sujets
+ du Saint-Siège (février-mars 1479).--Nouvelle attaque de
+ Jehan de Tinteville ou Dinteville (1480-1481).--Petitjean
+ maître d'hôtel du roi à Avignon (1481).--Politique équivoque
+ de Louis XI.--Il désavoue Tinteville (janvier 1483).--Mort
+ de Louis XI.--Sentiments des Avignonnais.--Funérailles du
+ roi célébrées à Avignon (24 septembre 1483).--Privilèges
+ divers accordés par Louis XI aux Avignonnais.--Il protège le
+ commerce et la navigation.--Lettres des 24 mai 1482 et avril
+ 1480.--Il confirme les privilèges du péage à sel (26 janvier
+ 1478).--27 janvier 1481 191 à 210
+
+ RÉSUMÉ ET CONCLUSION 211 à 223
+
+
+
+
+TABLE DES PIÈCES JUSTIFICATIVES
+
+
+ PAGES.
+
+ I. Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure,
+ évêque de Conserans et gouverneur d'Avignon
+ (février 1444) 224
+
+ II. Id., du même au même 225
+
+ III. Bref d'Eugène IV aux Sindics d'Avignon (20 novembre
+ 1444) 227
+
+ IV. Bref d'Eugène IV aux Trois États de la Conté de
+ Venayssin (décembre 1444) 228
+
+ V. Charles VII aux Sindics d'Avignon (26 janvier 1448?) 229
+
+ VI. Lettre du dauphin Louis aux États de Carpentras
+ (15 mai 1451) 229
+
+ VII. Charles VII aux Sindics d'Avignon (5 mars 1452) 230
+
+ VIII. Charles VII aux Sindics d'Avignon (12 mars?) 230
+
+ IX. Charles VII aux Sindics d'Avignon (22 mars?) 231
+
+ X. Charles VII aux Sindics d'Avignon (19 mars 1452?) 232
+
+ XI. Charles VII aux Sindics d'Avignon (15 mai 1452?) 232
+
+ XII. Charles VII à la ville d'Avignon (22 juillet 1453) 233
+
+ XII _bis._ Prestation d'hommage de Romieu de Morimont au
+ pape Nicolas V (1er juin 1456) 235
+
+ XIII. Lettre d'Allemand de Pazzi et de François Malespine
+ aux Consuls d'Avignon (15 septembre 1462) 237
+
+ XIV. Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix (21 janvier
+ 1464) 239
+
+ XV. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (21 juin?) 240
+
+ XVI. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (26 août
+ 1464) 241
+
+ XVII. Lettre de Jean d'Armagnac, maréchal de Comminges,
+ aux Consuls d'Avignon (22 septembre 1464) 242
+
+ XVIII. Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la
+ Rovère (21 juin 1476) 244
+
+ XIX. Lettre de Louis XI au bâtard de Comminges 246
+
+ XX. Lettre de Baptiste Béségat aux Consuls d'Avignon
+ (9 février 1479) 247
+
+ XXI. Lettre de Louis XI aux Consuls et habitants d'Avignon
+ (7 septembre 1481?) 249
+
+ XXII. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (19 septembre
+ 1481) 250
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Louis XI, by R. Rey
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LOUIS XI ***
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
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+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
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+
+
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+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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