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Rey + +Release Date: October 9, 2011 [EBook #37678] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LOUIS XI *** + + + + +Produced by Hélène de Mink and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + +Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le +typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée +et n'a pas été harmonisée. + +Quelques caractères, en exposant dans l'original, principalement des +références d'archivage, dont la signification n'est pas évidente s'ils +sont accolés à la lettre qui les précéde, ont été mis en accolade dans +cette version électronique, comme p.e. dans «Cartons des Rois, X{ta} +8605». + + + + + LOUIS XI + + ET + + LES ÉTATS PONTIFICAUX DE FRANCE + + AU XVe SIÈCLE + + D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS + + + par + + M. R. REY + + Agrégé d'histoire + + Inspecteur d'Académie à Grenoble + + + GRENOBLE + IMPRIMERIE ALLIER FRÈRES + 26, COURS SAINT-ANDRÉ, 26 + + 1899 + + + + + LOUIS XI + + ET LES ÉTATS PONTIFICAUX DE FRANCE + + AU XVe SIÈCLE + + D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS + + + + +PRÉFACE + + +Il est peu de villes de l'ancien domaine royal, peu de provinces +françaises qui, au point de vue de l'histoire nationale, présentent +autant d'intérêt que la cité d'Avignon et «La Conté de Venaissin», +anciens fiefs temporels du Saint-Siège, mais vivant d'une vie propre, +jouissant de toutes les libertés que donne l'autonomie communale la +plus large, jusqu'à leur incorporation définitive à la République +française (14 septembre 1791). Il faut ajouter, à vrai dire, qu'il +n'est pas d'histoire plus mal connue. + +Placés sur les confins du Languedoc ci de la Provence dont le Rhône et +la Durance constituaient les limites fréquemment contestées, les États +pontificaux de France commandaient la grande route du Nord, vers la +Méditerranée, par la vallée du Rhône; sous les remparts d'Avignon +transitaient toutes les marchandises importées du Levant, +d'Alexandrie, des Indes, et se dirigeant vers les pays du Nord de la +France. Tous les souverains, princes du sang, grands personnages, +capitaines illustres prenaient gîte dans l'ancienne résidence des +papes, et, suivant l'expression de Mlle de Montpensier, les rois de +France se considéraient à Avignon comme chez eux, et, pendant leur +séjour dans la ville, ils en faisaient garder les portes par leurs +propres gardes. + +Anciens territoires démembrés de la Provence et du Languedoc pour +devenir terre papale, «La Conté de Venaissin» et Avignon avaient, avec +les provinces limitrophes, une origine, une langue, des moeurs et des +intérêts communs. Trop pauvres et resserrés dans des limites trop +exiguës, ils ne pouvaient pas se suffire avec les ressources de leur +sol qui, bien que riche et très fertile, n'aurait pas pu alimenter le +quart de la population. C'est donc par leurs voisins, Provençaux, +Languedociens, Bourguignons, Dauphinois, que les sujets des papes +vivaient. De la Bourgogne et du Dauphiné, les blés leur arrivaient par +le Rhône; du Languedoc, les animaux, le bétail, les fruits et le vin; +de Provence, la laine pour la fabrication des draps. En retour, c'est +chez leurs voisins que les produits de l'industrie avignonnaise, +velours, damas, tentures brodées, brocarts, passementerie, toiles, +draps, librairie, trouvaient un placement avantageux. + +Cette communauté des intérêts amenait forcément, d'État à État, des +rapports incessants, et voilà pourquoi, en écrivant l'histoire des +anciens États pontificaux de France dans la seconde moitié du XVe +siècle, c'est l'histoire de la France elle-même que l'on écrit. C'est +un de ses chapitres les plus curieux et les moins explorés que l'on +reconstitue grâce à une abondante correspondance à peu près inédite +tirée des archives déposées au Palais des Papes. + +Durant cette période de l'histoire de notre pays, les Avignonnais et +les Comtadins se trouvent, par la force des événements, par le jeu +même de leurs intérêts et aussi par la position topographique de leur +territoire, mêlés à tous les grands faits de notre passé. Les guerres +civiles et religieuses provoquées par le schisme avaient eu pour +principal théâtre Avignon et quelques localités du Venaissin, et peu à +peu s'était établi un échange fréquent de lettres et d'ambassades +entre les sujets de l'Église et les rois de France. + +La succession du maréchal de Boucicaut, les ravages et les excès de +toutes sortes commis par son frère Geoffroy de Meingre sur les terres +papales mettent en rapports constants le jeune roi Charles VII avec +les Comtadins et les Avignonnais qu'il prend sous sa protection +(1421-1429). + +Avec le dauphin Louis commencent des intrigues politiques qui semblent +préparer tout d'abord une tentative discrète d'incorporation des États +de l'Église à son gouvernement du Dauphiné (1444). Puis ce sont +d'incessants agissements de Louis qu'aucun de nos historiens n'a +soupçonnés et dont la main mise sur le Venaissin et Avignon paraissait +être le but non avoué. Toutes ces négociations entre le dauphin de +Viennois et les États du pape jettent un nouveau jour sur les +rapports de Charles VII et de son fils, et sur l'origine de leur +brouille (1452). + +La politique suivie par Louis XI en 1461, 1464, 1470, 1476, 1479, +vis-à-vis des États de l'Église, constitue l'une des phases les plus +mouvementées de l'histoire des relations de la royauté française avec +le Saint-Siège, et permet de mieux apprécier encore la finesse +politique en même temps que le ton autoritaire et la volonté +impérieuse d'un monarque qui avait pour principe de ne ménager +personne quand il s'agissait de la raison d'État. + +Il y a une politique de Louis XI bien déterminée et uniformément +suivie par lui à l'égard des terres de l'Église et des populations qui +y habitent. Cette politique se dessine d'une façon très nette dans la +correspondance du souverain avec la ville, dans les instructions +données aux ambassadeurs royaux, «escuiers d'escuerie», «sergents +d'armes», maîtres d'hôtel, maréchaux, officiers de la maison du roi, +dont les registres de délibérations du conseil de ville nous ont +précieusement conservé la teneur. Quel est le caractère de cette +politique? Quelle est la nature de ces relations du souverain avec des +populations qui ont les mêmes sentiments et les mêmes aspirations que +les véritables Regnicoles, mais sur lesquelles l'Église exerce un +droit de souveraineté temporelle que les rois de France +reconnaissaient sans se faire illusion sur sa légitimité? Quelle a été +l'action de la royauté sur ce pays sous Louis XI? Ce monarque a-t-il +eu, à l'égard de ces territoires enclavés, une pensée de derrière la +tête que sa correspondance laisse deviner sans trop de peine? Charles +VII, Louis XI, ont-ils été sincères vis-à-vis des sujets du pape? En +un mot, l'attitude de ces deux rois a-t-elle été assez caractérisée +pour pouvoir affirmer qu'ils avaient su asseoir dans le pays les +éléments d'une influence française? Tout le sujet de ce livre est là, +et la période de quarante ans environ (1444-1483) que nous nous sommes +fixée comme cadre d'étude, période féconde en événements de la plus +haute importance historique, est plus que suffisante pour assigner à +la politique de la Cour de France son vrai caractère et pour en +marquer les principaux traits dans les limites où s'exerce son action. + +On pourrait se demander, et avec raison, pourquoi cette partie de +notre histoire a été jusqu'à ce jour délaissée à ce point que les +archives municipales d'Avignon et du Comtat constituent à l'heure +qu'il est un champ de recherches où l'on rencontre à chaque pas +l'inédit. En un mot, on est en droit de se dire: comment un pays, qui +a joué au moyen âge et dans les temps modernes un rôle si +considérable, n'a-t-il pas d'histoire? La raison en est bien simple. +Jusqu'au moment où le Saint-Siège renonça à ses droits sur Avignon, +c'est-à-dire jusqu'à la réunion finale votée par la Constituante, +quelques jours avant sa séparation, le légat, représentant le +Saint-Siège à Avignon, opposa toujours un refus formel à ceux qui +voulaient opérer des recherches dans les archives locales. En voici +une preuve indéniable en même temps qu'une explication fort peu connue +tirée des minutes du conseil de ville. Le 14 octobre 1762, le conseil +de ville assemblé avait décidé de remercier M. Ménard, le savant +auteur de l'histoire de Nîmes, alors membre de l'Académie royale des +Inscriptions, qui avait bien voulu accepter de composer, pour le +compte de la ville, une histoire d'Avignon et du Comtat-Venaissin sur +les documents originaux. Muni d'un congé régulier de deux ans et demi +accordé par Sa Majesté, M. Ménard quitta Paris le 25 septembre 1763 et +arriva à Avignon le 4 octobre, où il demanda à être présenté au +conseil de ville. Mais le légat déclara qu'il fallait au préalable +prendre l'avis de la Cour de Rome. Son Éminence, le cardinal +Torrigiani, ministre, secrétaire d'État, répondit, le 7 décembre 1763: +«que l'histoire d'Avignon était un sujet trop délicat pour le laisser +traiter par un étranger et pour lui donner à son gré l'entrée et la +communication des archives de la ville, et que Sa Sainteté +n'approuvait pas la charge que la ville avait donnée à M. Ménard pour +cette entreprise». Les consuls prièrent alors Mgr Rutati, leur agent à +Rome, d'insister auprès du pape pour obtenir satisfaction; mais la +curie romaine demeura inflexible, et l'affaire en resta là. Quant à +Ménard, il quitta définitivement Avignon, avec une indemnité de 600 +livres que le conseil lui avait accordée pour ses frais de voyage et +d'installation. + +Cette interdiction explique pourquoi il n'y a pas d'histoire de ce +pays, même de valeur moyenne. Les érudits locaux se sont jetés dans +les _Mémoires_, _Recueils de pièces_, _Annales_, où règne un esprit +étroit, une partialité mesquine qui n'ont d'égale que la pénurie des +documents. Le carme Castrucci Fantoni, dont «_l'Histoire d'Avignon_» +est la seule digne de ce nom ne connut pas les archives locales ou ne +voulut pas en tirer profit. On peut en dire autant de «_Cambis +Velleron_», de «_Morenas_» du «_Marquis de Fargues_» et autres auteurs +de mémoires. Fornéry seul avait réuni des éléments précieux et d'une +authenticité incontestable qui sont restés manuscrits, et dont +Pithon-Curt, en plagiaire honteux, a fait une abondante moisson. + +De nos jours, malgré la facilité accordée aux recherches, la plupart +des documents locaux sont restés ignorés. Je ne parle pas seulement +des derniers travaux de M. Charpenne, lourde et indigeste compilation, +sans ordre, sans méthode et sans critique, où ont été rassemblés de +droite et de gauche des extraits pris dans les mémoires manuscrits du +Musée Calvet; je constate que même les auteurs de publications +savantes, comme les «Lettres de Louis XI»[1], ont négligé d'extraire +de nos archives des lettres et actes publics qui concernent l'histoire +du pays, et qui avaient leur place toute marquée dans un travail +destiné à éclairer les sources de notre histoire nationale. On +s'explique ce dédain de la part des collectionneurs pour la période +antérieure à 1789, mais non pour notre époque actuelle. En effet, la +réunion tardive d'Avignon et du Comtat-Venaissin au territoire +français, leur vie à part et hors de l'action directe du pouvoir +royal, alors que l'union politique et territoriale du royaume était un +fait accompli depuis Louis XI, nous expliquent l'absence de documents +relatifs aux États citramontains du Saint-Siège dans les grandes +collections de la Bibliothèque nationale, les collections _Doat_, +_Moreau_, _Fontanieu_, la collection _Legrand_, qui ont été +constituées au XVIIe ou au XVIIIe siècle, c'est-à-dire à une date où +les États pontificaux d'en deçà des monts n'étaient pas encore terre +française. C'est pour la même raison que les rares lettres que nous +avons trouvées à la Bibliothèque nationale, provenant des consuls +d'Avignon, sont dispersées et perdues dans l'ancien fonds français. + + [1] _Lettres de Louis XI, roi de France_, publiées par Vaesen et + Charavay, 5 vol. parus. + +Les documents que nous avons utilisés pour notre travail sont de deux +sortes: 1º Les _Originaux_, lettres, bulles, brefs pontificaux, +correspondance, etc., classés par séries dans les archives communales +et départementales. Les originaux provenant de la _Bibliothèque +nationale_, des _Archives nationales_ et du Ministère des Affaires +étrangères (_Affaires de Rome_); 2º les manuscrits, histoires, +annales, recueils de pièces, bullaires et chartiers, copies de pièces, +etc., que renferment les bibliothèques d'Avignon et de Carpentras. + +_A la Bibliothèque nationale_, nous avons recueilli quelques pièces +dans l'ancien _fonds français_, nos 2896, 3882, 291, 308 (nouvelle +acquisition), 304 (_id._). Les collections Legrand, 6960-6990, et +Suarez, _Avenio politica_, ne renferment rien de spécial à notre +travail. + +_Aux Archives nationales._--Cartons des Rois, X{ta} 8605, folio 95, +registre du Parlement (une pièce). + +_Archives du Ministère des Affaires étrangères._--Affaires de Rome, +VIII, no 154 et volume 358. Correspondance de Rome, 1664, no 157. + +Quant aux archives du Vatican, elles ne possèdent rien ou à peu près +rien en ce qui concerne l'histoire diplomatique du XVe siècle, la +chancellerie pontificale prenant pour règle de ne conserver que les +pièces ayant un intérêt direct et immédiat pour le Saint-Siège. La +correspondance si intéressante des légats et vice-légats avignonnais +n'offre une collection régulière qu'à partir de 1572[2]. Seule la +collection des _Cameralia_ peut être utilement consultée. Nous devons +ajouter toutefois que cette lacune peut être comblée grâce à la +correspondance consulaire (_série A. A._) des archives communales, qui +renferme les minutes des instructions données par la ville à ses +ambassadeurs. Rédigées en latin ou en italien, ces instructions, dont +nous aurons occasion de reproduire plusieurs extraits comme pièces +justificatives, ne sont pas moins remarquables par la netteté et la +précision de la pensée que par l'élégance de la forme diplomatique. + + [2] Je n'aurais garde d'oublier de remercier ici le Révérend Père + Ehrle, conservateur de la Bibliothèque du Vatican, dont les + conseils éclairés et obligeants m'ont été d'un si précieux + secours durant les quelques semaines que nous avons employées à + faire des recherches aux archives vaticanes. Nous avons + dépouillé, aux archives secrètes, la collection des _Miscellanea_ + (3 caisses de documents divers classés sans autre raison que le + format) de 1444 à 1479. Enfin, nous avons compulsé avec soin les + registres _Diaria_ XII, _Diaria_ XIII, de 1463 à 1479. «Librorum + ritualium qui et Cæremoniales vulgo appellantur item Diariorum + Magistrorum Cæremoniarum et aliorum», où l'on trouve de + fréquentes mentions des ambassades envoyées par la Cour de France + auprès du Saint-Siège. + +Mais c'est sans contredit aux archives communales et départementales +que nous devons notre plus ample moisson. Nous avons consulté dans les +archives municipales les séries A. A. (correspondance consulaire, +minutes et dossiers des ambassades), série B. B., série C. C. +(comptes, mandats et pièces de dépenses), série D. D., série E. E. +(affaires militaires, passages de troupes, etc.), série H. H., série +I. I., registres des conseils (1450-1504), registres des procès du +Rhône, 6 volumes in-folio. Les archives départementales ne nous ont +pas été d'un secours moins précieux, bien que l'incendie de 1713 ait +détruit la plus grande partie des pièces originales relatives à +l'histoire du Comtat-Venaissin. Nous avons surtout consulté la série +des délibérations des États; les séries _B. B._, _C. C._; les +cartulaires de l'_Archevêché d'Avignon_, 3 volumes in-folio; les +archives communales de _Carpentras_, de _Pernes_, _Cavaillon_ (_séries +A. A., B. B. et E. E._). Enfin, nous avons recueilli beaucoup de +curieux renseignements et de pièces inédites dans les minutes de +notaires. + +Aux archives des provinces voisines, Languedoc, Provence, Dauphiné, +nous avons trouvé quelques documents[3] dans les séries C. C. et +surtout série B. (_Chambres des Comptes_). + + [3] Nous devons particulièrement remercier de leur obligeance M. + Prudhomme, le savant archiviste de l'Isère, et son collaborateur + M. Pilot de Thorey, qui a bien voulu nous communiquer les bonnes + feuilles des deux volumes qu'il prépare sur les actes de + l'administration de Louis XI relatifs au Dauphiné. + +Nous n'avons point, en donnant ce livre au public lettré, la +prétention de refaire l'oeuvre de nos prédécesseurs, en critiquant ce +qu'il y a d'incomplet et d'insuffisant dans leurs travaux sur la +politique générale de Louis XI. Nous avons simplement voulu, surtout +après le livre de M. Sée[4], combler une lacune et montrer que si le +règne de celui que ses contemporains appelaient l'«universelle +araignée» a été étudié et fouillé dans ses recoins les plus secrets, +il n'en reste pas moins fécond en surprises pour tous ceux que +passionne l'étude de notre histoire nationale. + + Grenoble, février 1899. + + R. REY. + + [4] _Louis XI et les Villes_, par Henri Sée, docteur ès-lettres, + in-8º. Paris, Hachette, 1891. + + + + +CHAPITRE PREMIER + +Coup d'oeil rétrospectif sur les relations de la Cour de France avec +Avignon et le Comté Venaissin pendant la première moitié du XVe +siècle. + +Charles VI.--Benoît XIII.--Le Schisme. + + Caractère général des relations de la Cour de France avec le + Venaissin et l'État d'Avignon pendant le règne de Charles VI et + de Charles VII. Comment les rois de France entendaient la + juridiction temporelle des papes sur ces États. Voyages + princiers à Avignon. Fondation du royal monastère des Célestins + (1395); privilèges accordés. Inviolabilité.--Premières assises + de l'autorité royale à Avignon. + + Le schisme et Benoît XIII. Situation des Avignonnais vis-à-vis du + pape et des cardinaux. Louis d'Orléans et les oncles du roi à + Avignon. Attitude et intervention de Charles VI: premier siège + du Palais (1398). GEOFFROY LE MEINGRE, dit BOUCICAUT. Son rôle + dans les événements militaires dont Avignon est le théâtre + (1398-1399). + + Charles VI prend Benoît XIII sous sa protection. Sa lettre aux + consuls d'Avignon (22 avril 1401). Il se fait le défenseur des + cardinaux et des terres de l'Église. Sa lettre au sire de + Grignan (juin 1401). Captivité et évasion de Benoît XIII (1400, + mars 1403). Traité de paix entre les cardinaux et le pape. + Hommage des Avignonnais à Benoît XIII (10 avril 1403). Retrait + de la soustraction d'obédience (30 juillet 1403). + + Suite des événements provoqués par les agissements de Benoît + XIII.--L'anti-pape et le maréchal de Boucicaut.--Inféodation des + villes du Comtat et prise de possession (mars 1408).--Le second + siège du Palais.--Rodrigues de Luna et les Catalans + (1410-1411).--Intervention de l'Université de Paris.--Charles VI + envoie des secours aux Avignonnais.--Capitulation de la garnison + catalane (27 novembre 1411). + + +La question de savoir si la juridiction temporelle des papes sur «la +Conté de Venaissin» et l'État d'Avignon était reconnue par les rois de +France a provoqué, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des discussions +passionnées. Nous nous garderions bien de reproduire ici les arguments +que chaque parti invoquait à l'appui de sa thèse; mais, nous devons +l'avouer en toute franchise, chez les uns comme chez les autres, la +passion politique a eu une part trop large au détriment de la vérité +historique[5]. + + [5] _Voir Recherches historiques concernant les droits du Pape + sur la Ville et l'État d'Avignon_, 1768, in-8º, avec _Réponse_, + par Agricol. Morau.--Cf. Dupuy, _Traité des droits du + Roi_.--Archives du Ministère des Affaires étrangères, vol. 358, + fo. 36 et suivants. + +Tous les rois de France du XVe siècle ont, sans exception, dans leurs +actes publics comme dans leurs missives et lettres closes, reconnu, +sans aucune réserve, le droit de suzeraineté temporelle du Saint-Siège +sur Avignon et le Venaissin. Dans aucun cas, la légitimité de +possession n'est mise en cause. En informant Yolande d'Aragon, reine +de Sicile et de Provence, qu'il envoie des secours contre les +schismatiques «qui occupent le palais d'Avignon et le chastel d'Oppède +et autres lieux appartenant à notre dit Saint Père[6]», Charles VI +affirme ce droit comme il l'avait affirmé précédemment dans sa lettre +au sire de Grignan, en 1401[7]. Sous Charles VII, la reconnaissance +des droits des souverains pontifes est encore mieux affirmée: «_Et +pour ce que aucuns estans ès marches de par delà ont vouloir et +intention de surprandre sur le patrimoine de l'Église appartenant au +Saint Père le Pappe et de porter dommaige et oppression à la cité +d'Avignon et autres du dit patrimoine_[8].» C'est en ces termes que +Charles VII garantit sa protection aux vassaux de l'Église; et l'acte +même par lequel ce souverain prend sous sa sauvegarde les États +citramontains du Saint-Siège, avec leurs habitants, ne peut laisser +aucun doute sur la sincérité de ses intentions et sur les dispositions +bienveillantes dont il ne cesse de donner des preuves à ses +protégés[9]. Est-ce à dire que, tout en acceptant la domination +temporelle des pontifes de Rome sur cette portion de terre enclavée +dans leur royaume, les rois de France en considérèrent les habitants +comme des étrangers pour lesquels on n'a pas de ménagements à avoir? +Tout autre, au contraire, est le caractère de la politique de nos rois +vis-à-vis des sujets de l'Église. Charles VII ne remporte pas un +succès militaire sans en faire aussitôt part aux Avignonnais; ainsi, +quand il leur annonce, _le 22 juillet 1453_, la capitulation de +Castillon de Guyenne: «_Pour ce que savons que prenez grand plaisir à +oïr en bien de la prospérité de nous et de nostre seigneurie_[10].» +Louis XI déclare dans toutes ses lettres patentes que le Venaissin et +la cité d'Avignon «_sont terres d'Église et du domaine de nostre Saint +Père le Pape_[11]», et qu'il est disposé «_à faire pour les sujets du +Saint-Siège plus que pour ses sujets propres, si mieulx faire se +povoit_[12]». C'est donc comme fils aînés de l'Église, comme rois très +chrétiens et défenseurs des droits de l'Église et de la Papauté que +les rois de France interviennent dans les affaires intérieures du +Comtat et d'Avignon. C'est à ce titre qu'ils s'érigent en tuteurs des +Comtadins et des Avignonnais, en apparence, bien qu'au fond, sans +formuler de revendications écrites, ils se considèrent toujours comme +ayant des droits sur cette partie du domaine de l'Église, que, pour la +première fois, Henri II regardera «_comme ayant été éclipsée de son +royaume_[13]». Mais aucun souverain, pas même Louis XI, quand il +occupa temporairement Avignon et le Comtat, n'a eu l'intention arrêtée +d'annexer ces terres, devenues fiefs temporels de l'Église, d'une +façon définitive et sans retour[14]. Nos rois auraient vu dans cette +incorporation de vive force une atteinte à cette tradition de +franchise et d'honnêteté politiques dont la Maison de France semble +jalouse de conserver le monopole. On peut donc dire que le caractère +des relations de la Cour de France avec les sujets du Saint-Siège se +règle sur l'état même des rapports qui existent entre les rois et la +Papauté. Que le Saint-Siège soit occupé par un pontife favorable aux +intérêts français, les Avignonnais et les Comtadins bénéficient de +toutes les faveurs; que la Cour de France ait, au contraire, à se +plaindre des procédés de la curie romaine, ce sont les vassaux du pape +qui subissent les conséquences de la brouille. La suite des événements +ne fera que confirmer la vérité historique de ce principe. + + [6] 26 juin 1411. Arch. mun., série E.E. Orig. + + [7] 7 juin 1401. Fornéry, _Hist. Ecclés._, mss., fol. 416 et 417. + + [8] 15 mars 1426. Arch. munic., B. 19, no 22. + + [9] Lettres-patentes du roi Charles VII prenant sous sa + protection les États citramontains de l'Église: «Karolus Dei + gratia Francorum rex carissimo primo genito nostro Ludovico, + dalphino Viennensi ac universis et singulis ducibus, principibus, + comitibus, barronibus, militibus, capitaneis armigerorum tam + equitum quam peditum arma gerentibus universis et singulis + nobilibus burgensibus et aliis quibuscumque subditis confederatis + et fidelibus nostris tam infra regnum nostrum quam in + Dalphinatu et aliis quibuscumque locis constitutis, subditis et + benivolis nostris graciam et bonam voluntatem. Noveritis quod + insequendo vestigia predecessorum nostrorum Christianissimorum + regum Francie in mentis nostre conceptu ac scrutinio cordis + revolventes Sanctissimum Dominum nostrum Papam in remotis in + presenti residere ac considerantes Reverendissimum in Christo + patrem Karissimum Consanguineum nostrum nomine Carles Fuxi, + regimen predicte Ecclesie citra montes habeat et volentes ex + certis et quam plurimis causis animum nostrum ad hoc moventibus + civitatem Avinionensem, comitatum Venaissini et alias terras + eisdem adjacentes juncte vel injuncte Sancte Romane Ecclesie + subjetas cum incolis et habitantibus in eisdem quas semper cum + effectu reperimus begnivolas et relatrices honoris et status + progenitorum nostrorum et nostri caras habere et propicias motu + nostro proprio et non ad cujuscumque requisitionem seu instanciam + sed ex nostra pura liberaque et sincera devotione moti per + presentes notum facimus et declaramus ex causis supradictis, + dictas terras, personas et bona subditorum dicte Sancte Romane + ecclesie ita caras et propicias habere censemus et reputamus + sicut terras nostras et subditos nostros ac si essent de nostro + proprio dominio et imperio eisdemque deffensores et protectores + tanquam brachium dextrum ecclesie esse volumus intimantes omnibus + et singulis cujuscumque status, gradus, condicionis, + preheminencie aut dignitatis existant qui contra hanc nostri + animi voluntatem seu declarationem mentis nostre aliquid + attemptaverint in dictis terris et personis vel bonis eorumdem + quod nos onus ulcionis de attemptatis hujusmodi nobis assumemus + et ex inde assuminus et talem et ita celerem provisionem circa ea + dabimus et resistenciam faciemus quod ceteris cedet in exemplum + et nihilominus declarantes nostre mentis intentum quod per + premissa nullum jus, nullumque imperium dominiumque seu aliqualem + juridictionem seu actionem acquirere nobis aut successoribus + nostris aliqualiter intendimus seu volumus in dictis terris et + subditorum sancti domini nostri Pape sed solam indicta fecisse et + facere decrevimus pro pacifico et tranquillo statu illius patrie + quam semper optavimus et optamus mandantes omnibus senescallis et + officiariis subditis nostris ut has nostras litteras publicari + faciatis tociens et ubicumque requisiti fuerint infra dictionem, + imperium et dominium nostrum sine costu voce tube et alias + taliter quod nullus ignoranciam tenoris earumdem pretendere + possit seu contra ire presumat in quantum cupiunt indignationem + nostram evitare et hoc sub pena centum marcharum auri fisco + nostro, irrevocabiliter applicanda quas debita exequtatas + remanere volumus presentanti. In quorum, etc.» Arch. municip., + série A.A. + + [10] Arch. municip., série A.A. Origin. inédit. Voir aux pièc. + justific. + + [11] Voir pièc. justific., no 19. + + [12] _Id._, no 20. + + [13] _Id._, Biblioth. nat. fonds. franc. Nouv. acq., 304. + + [14] Arch. du Ministère des Affaires étrangères, _Correspondance + de Rome_ (8 janvier 1664). _Mém. du Roy à M. de Bourlemont._ Vol. + no 157, fol. 25 et suiv. + +Le règne de Charles V ne nous offre pas de relations bien suivies +entre les États pontificaux de France et la Cour. Les ducs de +Bourgogne et d'Anjou avaient fait, en 1370-71, un premier voyage à +Avignon, où ils avaient reçu du pape une magnifique hospitalité[15]. +La confirmation de la protection royale accordée en 1380[16] à la +Chartreuse de Villeneuve était un premier jalon de la puissance royale +aux portes d'Avignon. L'établissement de la Maison de France, dans la +personne de Louis d'Anjou, frère de Charles V, en Provence, en 1385, +confirmait encore et pouvait rendre plus entreprenantes les visées de +la Cour sur les domaines mêmes de l'Église. Le Saint-Siège en prit +ombrage et eut peur un moment que ce redoutable voisinage ne +l'obligeât à évacuer Avignon[17]. Le voyage de Charles VI en +Languedoc et le séjour qu'il fit dans la cité papale, à deux reprises +différentes, les assurances et gages de paix qu'il donna, +contribuèrent à dissiper les malentendus, et le souverain reçut à +Avignon un accueil vraiment royal. Dès le 19 octobre, tous les +ouvriers de la ville avaient été occupés à tendre des toiles depuis le +Palais apostolique jusqu'au pont du Rhône et à charrier des graviers +de la Durance[18] dans toutes les rues que devait parcourir le cortège +royal[19]. Le roi, accompagné de Louis d'Orléans, son frère, de ses +oncles, les ducs de Berry et de Bourbon, des ministres, des grands +officiers de la Cour, dont le maréchal Boucicaut, fit à Avignon une +entrée triomphale, le 30 octobre 1389, à la nuit tombante, au milieu +des acclamations de la population. C'est pendant son premier séjour à +Avignon que fut couronné Louis II d'Anjou, son neveu, roi de Sicile et +de Jérusalem et comte de Provence[20]. Parti d'Avignon pour continuer +son voyage en Languedoc, Charles VI y était de retour le 31 janvier +«où le pape le festoya[21]», et c'est dans cette entrevue que, s'il +faut en croire un historien[22], le roi promit à Clément VII de le +placer _manu militari_ sur le trône de Rome. Quoi qu'il en soit, le +roi de France prit vis-à-vis du pope et de ses sujets l'engagement +formel de les couvrir de sa protection royale contre les routiers et +les ennemis de l'Église. Ainsi, dès le mois de _novembre 1390_, +Charles VI ayant appris que Jean d'Armagnac, l'allié des Florentins, +avait réuni des gens d'armes pour marcher en Lombardie contre Jean +Galéas, beau-père du duc d'Orléans, et que ces bandes commettaient des +excès sur le terroir pontifical, il dépêcha Jehan d'Estouteville à +Avignon «_pour le faict des vuides des gens d'armes estans en la +compaignie du comte d'Armigniac_[23]». + + [15] Collect. des documents inédits, _Itin. de Philippe le + Hardy_, p. 481-544, et Introduct., XIII, et pp. 63-64. + + [16] _Ordonn. de Charles V. Recueil des Ordonnances_, t. VI, p. + 490, et t. VII, p. 380. Voy. également _Trésor des Chartes_, Reg. + 139, p. 216. + + [17] Douet d'Arcq., _Choix de pièces relatives an règne de + Charles VI_, I, p. 67. Voy. réponse du sénéchal de Beaucaire au + Roy, 1385: «Il est assavoir que le Pappe et les Cardinaux ne sont + pas bien enclinez à la partie du Roy; aucuns d'eulx disans que se + le Roy estoit seigneur du pais qu'il leur faudroit laisser + Avignon.» + + [18] Archiv. de la Ville, t. Ier, fo. 692, vo, 693. + + [19] _Id._, t. Ier, fo. 695. Cf. l'abbé Christophe. _Loc. cit._, + III, p. 110.--_Historia Cælestinorum Avenionensium_, mss., Bibl., + municip. I, fo. 93. _Recueil de Massillian_, mss., t. XVII, fo. 71. + + [20] Jarry, _La vie politique de Louis d'Orléans_, p. 52.--De + Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, I, p. 317. + + [21] Dom Vaissette. X, p. 128. + + [22] Jarry, _La vie politique de Louis d'Orléans_, p. 52. + + [23] Jarry, p. 68, no 2. + +La mort de Clément VII et l'élection de Pierre de Luna, en accentuant +encore le caractère déjà violent du schisme qui divisait l'Église, +allait amener une nouvelle intervention de la Cour de France à +Avignon, Clément VII était mort le 16 septembre 1394; aussitôt Charles +VI dépêcha à Avignon, auprès des cardinaux, un envoyé porteur d'une +lettre du roi, pour les prier de surseoir à toute élection. La lettre, +arrivée le 28, fut remise au cardinal de Florence, mais le même jour, +Pierre de Luna était élu pape sous le nom de Benoît XIII[24]. Vingt-un +cardinaux avaient pris part à son élection, parmi lesquels le cardinal +_de Thury_[25], qui fut plus tard un des ses adversaires les plus +acharnés, et que le concile de Pise envoya en 1409, comme légat, dans +les États pontificaux. Cette élection provoqua à la Cour une +douloureuse surprise, car peu auparavant Charles VI avait fait partir +pour Avignon[26] le _maréchal de Boucicaut_, _Regnault de Roze_ et +_Bertaut_, sous prétexte d'enjoindre à Raymond de Turenne de cesser +ses hostilités contre les cardinaux et ses ravages sur les terres de +l'Église et de la reine de Sicile, mais aussi pour inviter ceux-ci à +différer toute élection. Les envoyés apprirent en route l'élection de +Benoît XIII. Le nouveau pape était un homme de grande science et de +haute intelligence. Diplomate consommé, politique fin et rusé, +caractère indomptable, volonté opiniâtre et inflexible, Pierre de +Luna, à l'encontre du jugement plein de prévention que porte sur lui +un historien allemand contemporain[27], était bien au-dessus des +hommes de son temps. + + [24] _Le Religieux_, II, p. 190.--Cf. P. Ehrle, _Aus den Acten + des Afterconcils von Perpignan_, p. 15, not. 1. + + [25] On l'appelle encore cardinal «de Thuroy». + + [26] Noël Valois, _Raymond-Roger de Beaufort, vicomte de Turenne, + et les Papes d'Avignon_, 1890, p. 28.--Cf. Jarry, _loc. cit._, p. + 128;--Cf. Douet d'Arcq., _loc. cit._, I, p. 139. + + [27] Pastor, _Hist. de la Papauté_, traduct. franç., vol. I, p. + 176. + +Animé tout d'abord d'intentions conciliatrices, Benoît XIII envoya à +la Cour _Egidius de Bellamera_, évêque d'Avignon, et _Pierre +Blau_[28], pour faire savoir à Charles VI qu'il était personnellement +disposé à favoriser l'extinction du schisme[29] priant Sa Majesté de +déléguer auprès de lui une ambassade en vue de s'entendre sur les +moyens à prendre pour mettre fin à un fléau qui désolait l'Église et +la Chrétienté. De son côté, Charles VI chargeait ses ambassadeurs +auprès des rois de Bohême, de Hongrie, d'Angleterre, de Castille, +d'Aragon et de Sicile, de proposer à ces divers souverains la +déposition du pape[30]. «Pour trouver paix et bonne union en nostre +mère saincte Esglise»[31], il convoquait à Paris, pour la +_Purification_, une assemblée des membres du clergé en vue d'examiner +les trois voies proposées pour arriver à l'extinction du schisme, voie +de «cession», de «compromis» ou «d'arbitrage» et voie de «concile +général». Quatre-vingt-sept voix contre vingt-deux adoptèrent la voie +de cession, et l'assemblée décida en outre qu'une ambassade composée +des princes de la famille royale serait envoyée à Avignon auprès de +Benoît XIII, pour obtenir son adhésion à la voie de cession qui +paraissait la plus digne et la plus expéditive[32]. Les princes +reçurent leurs pouvoirs le 29 février 1395; le duc Louis d'Orléans, +pour sa part, devait toucher 3,000 livres par mois pour ses frais de +route[33], mais cette somme était insuffisante, vu les goûts de +dépense du jeune prince qui fut obligé de s'adresser à des banquiers +avignonnais pour solder ses dettes[34]. Les ducs d'Orléans et ses +oncles, les ducs de Berry et de Bourgogne, descendirent de Châlons +à Avignon (en mai 1395) sur un bateau construit dans cette ville. +Un conduisait le conseil du roy; un autre était destiné à +l'échansonnerie; un autre à la panneterie; trois pour la cuisine, +trois pour les gardes-robes, un pour les joyaux du duc, trois pour les +chapelains, trois pour la fruiterie. En tout dix-sept bateaux[35]. Les +ambassadeurs, accompagnés de ce train considérable débarquèrent à +Avignon le 22 mai 1395[36]. Benoît XIII reçut avec beaucoup de +déférence les envoyés de Charles VI, mais les premières entrevues +étant restées sans résultat, les princes, mécontents de l'opiniâtreté +du pape, convoquèrent à Villeneuve les cardinaux, afin de prendre leur +avis sur la voie de cession qu'ils avaient pour mission de faire +prévaloir auprès du pape et de son entourage[37]. La majorité des +cardinaux se prononça pour la voie de cession. Mais Benoît XIII ne +l'accepta pas, et cette fois, les princes mécontents se retirèrent à +Villeneuve[38]. L'incendie d'une partie du pont, qui eut lieu dans la +nuit, fut considéré comme le premier acte de l'alliance des cardinaux +et des Avignonnais avec les ambassadeurs de Charles VI contre +l'obstiné pontife. Une deuxième conférence des cardinaux et des +princes n'ayant pas amené plus de résultat (23 juin 1395)[39], ceux-ci +quittèrent Villeneuve et vinrent prendre gîte à Avignon où une +somptueuse hospitalité leur fut donnée dans les hôtels des cardinaux. +C'est le surlendemain de leur installation dans cette ville qu'ils +fondèrent le _Monastère des Célestins_. Charles V, Charles VI et les +princes de la famille royale avaient toujours manifesté une dévotion +particulière pour les Célestins de Paris[40]. Louis d'Orléans, pour +être agréable à la maison de Luxembourg, érigea une chapelle sur la +sépulture du cardinal Pierre de Luxembourg[41]. Les ducs de Berry et +de Bourgogne assistèrent à la cérémonie avec tous les seigneurs qui +faisaient partie de l'ambassade[42]. Le duc d'Orléans affecta au +nouveau couvent une somme de 2,000 francs, que son procureur auprès de +Benoît XIII, _Alart de Sains_, reçut mission d'employer dans ce sens; +plus tard, il fit donation au même monastère d'une somme de 4,000 +francs[43]. Une autre libéralité de 100 florins en faveur des mêmes +Célestins est mentionnée sous le règne de Charles VI[44]. La nouvelle +fondation fut dès lors désignée sous le nom de «_Royal monastère des +Célestins_». Le 18 mars 1400, par lettres patentes données à Paris, +Charles VI portait, pour les Célestins d'Avignon, exemption de tous +droits, péages, gabelles, leydes, etc., pour le transport des +matériaux nécessaires à la construction des bâtiments de l'église et +du couvent[45]. En novembre 1400, Charles VI les place sous la +sauvegarde royale[46]. Le 6 mai 1407, le duc de Berry permettait aux +religieux Célestins de conduire à Avignon, pour deux ans, des pierres +et tous autres matériaux de construction sans payer de droits. En +1417, le monastère n'était pas achevé, que des lettres du dauphin +Charles, données à Nîmes, mandent à tous péagers, pontonniers, de +laisser passer, tant par eau que par terre, deux radeaux venant de +Savoye par le Rhône, chargés de pièces de bois pour la construction de +l'église et du monastère de Saint-Pierre-de-Luxembourg[47]. Par +lettres-patentes données à Avignon le 20 avril _1420_, Charles VII +confirme les privilèges accordés par son père, Charles VI, aux +Célestins d'Avignon. Cette fondation royale constitue dans l'histoire +des relations des Avignonnais avec la Cour de France un acte de la +plus haute importance. Par là, les rois de France prennent pied à +Avignon. C'est une affirmation matérielle de leur autorité et de leurs +droits sur une ville enclavée dans le domaine de la couronne. Le +monastère et l'église des Célestins étaient un asile inviolable autant +pour les officiers pontificaux que pour les agents de la Cour de +France[48]. Charles VII ne put en faire extraire, pour le livrer à la +justice séculière, Antoine Noir, un des facteurs de Jacques Coeur, qui +y avait trouvé un refuge. Et c'est dans cette même église que, pendant +les difficultés qui surgissaient périodiquement entre le Saint-Siège +et les officiers du Languedoc, à propos des limites du Rhône, les +magistrats avignonnais avaient coutume de porter religieusement les +panonceaux aux armes de la maison de France, quand la populace ameutée +les arrachait pour y substituer celles des papes[49]. + + [28] Jarry, _op. cit._, p. 129. + + [29] _Ibid._ + + [30] _Ibid._ + + [31] Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon, 1er février + 1401. Arch. municip., B. 37, no 69, Cott. XXX. + + [32] _Le Religieux_, II, pp. 118 et suiv.--_Amplissima + Collectio_, VIII, p. 458. + + [33] Jarry, _op. cit._, pp. 131, 132. + + [34] De Circourt, _Rev. des quest. hist._, 1er juillet 1889, p. + 137, not. 2. + + [35] Collect. des Docum. inédits. _Itinér. de Philippe le Hardy_, + p. 552. + + [36] Le P. Ehrle, _op. cit._, p. 22.--Cf. Delaville Le Roux, _La + France en Orient au XVe siècle_, p. 231. + + [37] Ehrle, _op. cit._, pp. 25, 26 et suiv. + + [38] Le P. Ehrle, _op. cit._, pp. 27, 28. + + [39] Le P. Ehrle, p. 30. Voy. la bulle dans du Boullay, _Hist. de + l'Univ. de Paris_, IV, 349. + + [40] Musée des Archiv. Nationales, p. 247. + + [41] _Rec. des Ordonn. des Rois_, VIII, p. 398.--Cf. Jarry, _op. + cit._, p. 201. + + [42] Voir, pour les détails, Fornéry, _Hist. ecclés._, fol. + 617.--_Historia Coelestinorum_, mss. de la Bibl. d'Avignon, I, fo. + 347. «Et Anno _1395_, 25 die Junii ducta Joannès Biturictensis, + Philippus Burgundiæ Avunculi Regis Christianissimi et Ludovicus + dux Aurelianensis frater ipsius regis in civitate Avenionensi + existerunt ut Benedicto 13 abdicationem papatûs suaderent lapidem + primarium... a nomine dicti Regis posuerunt».--Cf. Bullet. de + l'Acad. de Vaucluse.--_Labyrinthe royal de l'Hercule Gaulois + triomphant_, p. 80. + + [43] Jarry, _op. cit._, Pièces justif., XXXI, p. 459. + + [44] Nouvelle collection des Documents inédits, III, p. 281. + + [45] _Rec. des Ordonn._, VIII, p. 426.--_Rec. des Chartes_, Reg. + 156, pièce 9. + + [46] _Rec. des Ordonn._, VIII, p. 398. + + [47] Duhamel, _Les oeuvres d'art du monastère des Célestins_, + Caen, 1886, pp. 4-6. + + [48] Cf. _Un épisode du procès de Jacques Coeur à Avignon_.--Bul. + de l'Acad. de Vaucluse, 1887. + + [49] Arch. municip., _Procès du Rhône_, mss., t. VI. + +Le 10 juillet 1395[50], après un voyage de cent deux jours, qui +n'avait amené aucune solution, les princes quittèrent Avignon, et ce +n'est que le 24 août qu'ils rendirent compte à Charles VI de +l'insuccès de leur ambassade[51]. + + [50] Bibl. nation., fonds. franç., 10431: 594.--Cf. Jarry, _op. + cit._, pp. 132-133. + + [51] Jarry, pp. 165-187. + +La Cour de France était dans le plus grand embarras; d'un côté, +l'Université menaçante[52] sollicitait la soustraction d'obédience; de +l'autre, les princes, et surtout le duc d'Orléans, inclinaient à des +mesures préparatoires avant de recourir à cette solution extrême[53]. +Ni l'ambassade de Regnault, aumônier de Louis d'Orléans (décembre +1396), ni celle des envoyés de Charles VI, auxquels s'étaient joints +ceux des rois de Castille et d'Angleterre (juin 1397), ne purent +triompher de l'obstination de Benoît XIII, qui déclara qu'il était +«_pape romain_» et qu'il ne reconnaîtrait qu'un concile +oecuménique[54]. Toutes ces démarches préliminaires avant de recourir +à la soustraction forcée font, quoi qu'en dise Pastor[55], le plus +grand honneur au duc d'Orléans et au roi, dont Louis était +l'interprète. Le refus obstine du pape n'est point imputable aux +sollicitations de la Cour de France, mais à son caractère irréductible +et à son infatigable énergie. Au mois de mars 1398 eut lieu, entre +Charles VI et Wenceslas, roi des Romains, une entrevue à la suite de +laquelle un dernier effort fut tenté auprès de Benoît XIII, par +l'entremise de Pierre d'Ailly, archevêque de Cambray; mais cette +mission, comme les précédentes, demeura infructueuse, et Pierre +d'Ailly revint à Coblentz rendre compte à Wenceslas du refus de Benoît +XIII d'accepter la voie de cession[56] (juin 1398). Il n'y avait plus +rien à attendre désormais de ce côté, et tous les moyens de +conciliation paraissaient épuisés. Le 28 juillet une assemblée +générale des prélats et du clergé, en présence des oncles du roi (le +duc d'Orléans absent), décida, par 247 voix, que la soustraction +d'obédience devait être immédiate et totale[57]. La décision de +l'assemblée fut promulguée le même jour[58], malgré l'avis de Louis +d'Orléans, qui aurait voulu une sommation préalable. + + [52] Jarry, _op. cit._, p. 188. + + [53] Douet d'Arcq, _op. cit._, I, p. 142. + + [54] _Le Religieux_, II, pp. 528, 530.--Jarry, _op. cit._, p. + 189.--Le P. Ehrle, p. 36.--_Amplissima collectio_, VIII, 554, + 616. + + [55] Pastor dit que l'obstination de Benoît XIII est due en + grande partie à la Cour de France. _Hist. de la Papauté_, + traduct. française, Pastor, I, p. 211, not. 2. + + [56] Jarry, p. 207.--_Amplissima collectio_, VII, 591, + 597.--Froissart, _Edit. de Lettenhove_, XVI, pp. 116, 132. + + [57] Musée des Arch. nat., pp. 243-244.--Jarry, p. 208.--Ehrle, + p. 38. + + [58] _Ordonn. des Rois_, VIII, p. 258.--Du Boulay, _op. cit._, + IV, 850, 853, 863.--_Le Religieux_, 598, 644. + +Quoi qu'il en soit, ce prince n'adhéra à la soustraction que le 19 +octobre 1398, promettant d'employer toute son influence en faveur du +souverain pontife[59]. Mais, cédant à la majorité de l'assemblée, +Charles VI, dès le conseil du roi, avait prescrit des mesures de +rigueur contre les partisans de Benoît XIII, qui devaient être arrêtés +dans toute l'étendue de la sénéchaussée de Beaucaire[60]. Quoi qu'en +dise le P. Ehrle[61], il est incontestable que l'ordre émanait, sinon +du roi lui-même, à qui son état mental ne permettait pas de diriger +les affaires du royaume, du moins du conseil du roi et de ses oncles. +Ce sont deux conseillers du roi, _Rebert Cordelier_ et _Tristan de +Bosc_ qui, le premier dimanche de septembre 1398[62], publient à +Villeneuve la soustraction d'obédience, mettant en demeure tous les +sujets du domaine royal, tant clercs que laïcs, de se soustraire à +l'autorité spirituelle de Benoît XIII. Les cardinaux adhérèrent à la +soustraction, moins sept, dont cinq restèrent fidèles au pape et +s'enfermèrent avec lui dans son palais; les deux autres rentrèrent +chez eux. On ne peut donc nier que si Charles VI et la Cour de France +demeurèrent étrangers aux préparatifs du siège du palais, l'acte de +soustraction d'obédience à Avignon, comme dans le reste du royaume, +n'ait été un acte de l'autorité royale. Deux partis restaient en +présence à Avignon, le parti de Benoît XIII, qui ne comptait que cinq +cardinaux et quelques gens d'armes aragonais qui gardaient le grand +palais; l'autre, le parti des cardinaux, qui s'appuyait sur la +population avignonnaise et disposait de grandes ressources en argent. +Mais les soldats lui manquaient et aussi des chefs habitués au métier +des armes. C'est alors que les cardinaux et les bourgeois avignonnais +firent appel à un chef de Routiers, moins célèbre sans doute que son +frère, mais dont le rôle militaire fut considérable dans les États du +Saint-Siège, au commencement du XVe siècle, _Geoffroy le Meingre_, +frère cadet du maréchal de Boucicaut. + + [59] Jarry, pièc. justificat., XXI, pp. 439 et suiv. + + [60] _Ordonn. des Rois de France_, VIII, p. 274.--Dom Vaissette, + IX, p. 975, not. 2. + + [61] Ehrle, _op. cit._, p. 87. + + [62] Baluze, _Vita pap. Avenion_, C. 1122.--Cf. Ehrle, _op. cit._, + p. 38. + +Le P. Ehrle, qui, dans une étude récente[63], a montré par un savant +commentaire du texte de Froissart rapproché des autres témoignages +contemporains, les contradictions frappantes qui auraient dû ne pas +laisser confondre le maréchal de Boucicaut avec son frère Geoffroy, +n'a pas connu tous les documents permettant d'établir d'une manière +irréfutable la participation de ce chef de bandes au siège du palais. +Les archives municipales renferment plusieurs lettres de ce seigneur +adressées aux Avignonnais, et prouvent que depuis le rôle militaire +qu'il avait joué dans la guerre contre Benoît XIII, Geoffroy Boucicaut +conserva des relations suivies avec les habitants. Il leur écrit en +effet de Boulbon[64], le 17 février.... pour les assurer de ses bons +offices. Le 23 novembre 1400[65], Geoffroy le Meingre, qui était alors +gouverneur du Dauphiné et paraissait jouir d'un grand crédit à la +Cour, fait des offres de service aux syndics de Carpentras: «Et si +vous avez besoin de moy, ou comme conseiller et officier du roy, ou +comme privée personne, je ferois pour vous de bon cuer tout ce que je +pourroys.» Le 9 juillet 14.., Geoffroy, alors à Bridoré, en +Touraine[66], accrédite auprès des syndics d'Avignon Jean de +_Curière_, son capitaine, et Loys _Henryet_, chanoine de Tours, ses +serviteurs, pour recevoir le paiement de 106 marcs d'argent, lesquels +lui avaient été alloués _comme prix de sa vaisselle volée_, par +sentence contre André de Seytres. Celui-ci ayant été mis en prison à +la demande de Boucicaut, puis relâché, Geoffroy le Meingre fait saisir +les blés qui descendaient le Rhône à destination d'Avignon, et comme +les propriétaires desdits blés le citèrent devant le Parlement, +Boucicaut mit en demeure la ville de les désintéresser[67]. + + [63] Ehrle, _Aus den Acten des Afterconcils von Perpignan_, pp. + 78, 80 et suiv.--Cf. Froissart, _Chroniques_, édit. Kervyn de + Lettenhove, XVI, pp. 116, 132.--Baluze, II, 1123, 1124.--Anselme, + _Hist. généalog._, VI, p. 754. + + [64] Arch. municip., série E.E. (liasse non classée). + + [65] Fornéry, _Hist. ecclés._, fol. 558, 559. + + [66] Bridoré près Loches. Arch. départ., série E.E. (liasse non + classée). + + [67] Arch. départ., série E.E. Ces diverses lettres ne portent + pas de date, mais sont toutes postérieures à 1400, 1401. + +Il résulte de l'existence de cette correspondance que Geoffroy le +Meingre, appelé dans le midi par son frère aîné, le maréchal, après +son mariage avec la fille de Raymond de Turenne, en 1393[68], avait +pris possession du château de Boulbon[69] où il commandait quand les +envoyés des cardinaux et des Avignonnais vinrent le prier (septembre +1398) de prendre la direction des opérations militaires contre le +palais occupé par Benoît XIII[70]. En outre, les lettres datées de +_Bridoré_ en Touraine, dont Geoffroy le Meingre était seul seigneur, à +l'adresse des Avignonnais, sont une preuve que des rapports intéressés +rattachaient longtemps encore après le siège de 1398 la ville à son +ancien capitaine. + + [68] On ne peut préciser la date de son arrivée en Provence, mais + ce fut sans doute peu de temps après le mariage de _Boucicaut + Jean_ avec Antoinette de Turenne, qui faisait du maréchal un des + plus riches feudataires du Midi (décembre 1393). Voy. Noël + Valois, _Raymond de Turenne et les Papes d'Avignon_, p. 24. + + [69] Boucicaut, le maréchal, avait acheté le château de + Boulbon.--Noël Valois, _Raymond de Turenne et les Papes + d'Avignon_, p. 24.--L'acte du 7 juillet 1399 dit formellement que + Geoffroy le Meingre commande «in Castris de Bulbono, Aramono et + Valabrega». Bibl. de Carpentras, _Collect. Peiresc._, Reg. LXX, + 3e vol. (fol. 230-257). + + [70] Quod cardinales videntes dominum Johanem (pour Gaufridum) + dictum «le Meingre» fratrem Marescalli Franciæ Boussicaudi in + eorum evocaverunt auxilium. _Le Religieux_, II, p. 652, L. V, 19, + c. 8.--Cf. Ehrle, L. C, pp. 39, 40, 41. + +Geoffroy le Meingre se rendit à l'appel des cardinaux et des +bourgeois d'Avignon avec une bande nombreuse de gens d'armes, parmi +lesquels, au dire de Froissart, aurait figuré Raymond de Turenne, +beau-frère du maréchal de Boucicaut[71]. Il dut y avoir entre le +conseil et le chef des aventuriers un traité passé avec promesse de +fortes sommes à payer, mais aucune trace n'existe de cet engagement +dans les archives communales. C'était donc à titre absolument privé, +et comme capitaine aux gages de la ville et des cardinaux que Geoffroy +le Meingre entreprit le siège du grand palais[72] en septembre 1398. +La Cour de France, dans ce premier siège, n'intervint d'aucune façon +en faveur des Avignonnais et des cardinaux insurgés. C'est là un point +très important à établir, et c'est un contre-sens historique de dire, +comme Jarry, que ce siège fut une honte pour la Couronne qui y resta +étrangère[73]. Une intervention armée, dirigée par le maréchal de +Boucicaut[74] en faveur des Avignonnais contre Benoît XIII n'eût pu se +faire qu'en vertu d'un ordre du roi; or, Charles VI déclare +publiquement en 1401 que jamais il n'a prescrit d'employer la +violence contre le pape[75] ni de le tenir emprisonné. Toute mesure de +ce genre eût certainement été désavouée par le duc d'Orléans. Nous +avons, au surplus, une preuve indiscutable de la neutralité de la Cour +de France durant la lutte engagée, dans un document inédit rapporté +par Peiresc[76]. Le 19 janvier 1399, Pierre de Luna, neveu de Benoît +XIII, capitaine général des galères et des barques du roi d'Aragon, +s'engage par devant les délégués du conseil et de la ville d'Arles, à +ne faire aucun dommage aux terres de Louis, roi de Sicile, ni aux +sujets du roi de France[77]. Le même document désigne comme ennemis du +pape ce «_cives et habitatores Avenionenses_». Cet acte indique donc +d'une façon bien formelle que le roi de France n'a accordé aucun +secours aux adversaires de Benoît XIII, et que les assiégeants ne +comptent dans leurs rangs que des mercenaires aux gages de la ville. + + [71] Qui cito mandato parens et multos stipendiarios francigenas + secum ducens, palacium obsidione cingere maturavit.--_Religieux_, + II, p. 652, V, 19, c. 8.--Froissart, XVI, p. 126.--Noël Valois, + L. C, p. 36. + + [72] Le maître des ports et un certain «Ricardus miles», + compagnon de Boucicaut, sont à la solde de la ville et des + cardinaux. Voy. Ehrle, p. 45.--_Amplissima collectio_, VII, 650, + 651. + + [73] Jarry, _op. cit._, p. 222. + + [74] La présence du maréchal de Boucicaut à Avignon en + _1398-1399_, pendant la durée du siège, est démontrée impossible + par un document produit par Jarry, p. 218, et pièc. justific., le + maréchal étant, jusqu'au mois de juillet 1399, occupé par une + expédition militaire en Guyenne.--Voy. Jarry, _op. cit._, p. + 219.--Delaville le Roux, _op. cit._, p. 357.--_Religieux_, II, + 644, 646.--_Livre des faits du maréchal de Boucicaut_, collection + Petitot, VI, 476, c. 29. + + [75] Nunquam Benedictum ordinavimus neque mandavimus in carcere + quocumque retrudi, includi nec aliquali strictâ custodiâ + coarctari neque contra eum guerram fieri. Voy. Douet d'Arcq, I, + 203.--Ehrle, p. 48, not. 1. + + [76] Bibl. Carpentras, collect. Peiresc, mss., vol. LXXIV, fol. + 417, 443. _Catalog. des mss._, III, p. 28, fol. 417, 443. + + [77] Dom Pedro de Luna était neveu de Benoît XIII. Il fut + archevêque de Tolède de _1404 à 1414_. Arch. des miss, scientif., + série III, vol. XV, p. 6. «In præsentia legatorum a consilio + Civitatis Arelatensis missorum, Petrus de Luna, generalis + capitaneus gallearum, galeotarum et barcharum Armatarum regis + aragonensis, nunc in flumine Rhodano et portu dictæ urbis + existentium, declarat non intentionis suæ inferre damnun vel + oppressionem aliquam vassalis nec terræ Ludovici, Siciliæ Regis, + nec subditis Regis Franciæ. In Castro Trencatalliarum, die 19 + Januarii 1399. Scilicet quod cum non multis retro lapsis + temporibus ad audientiam ejus pervenerit quod Dominus noster + Benedictus christianissimus sacro sanctæ Romanæ ac totius + universitatis Ecclesiæ summus pontifex tam diù et tam ignominiose + in opprobrium christianitatis per _cives_ et _habitatores + Avenionenses_ tractatus fuerit.» Mss. (fol. 418 et vo.). (Collect. + Peiresc, LXXIV, fol. 417, 418 et vo.). + +Le siège fut vigoureusement mené. Dans un assaut donné au palais le 28 +septembre 1398, le pape fut frappé à la main, et le cardinal de +Neufchateau, qui commandait les assaillants, reçut une blessure grave +à laquelle il succomba quelques jours après. Le 22 octobre[78], +Geoffroy le Meingre fit prisonniers deux cardinaux, Martin Salva et le +cardinal de Saint-Adrien, Louis Fieschi, que l'on enferma au château +de Boulbon. Un peu plus tard, les deux captifs se rachetèrent en +payant une rançon de 18,000 francs à Boucicaut, mais il leur fut +interdit de rentrer dans le palais. Le 26 octobre, une tentative pour +pénétrer dans le palais par les cuisines tourna à la déroute des +assiégeants. + + [78] _Le Religieux_, II, pp. 656 et suiv.--_L'Hercule Gaulois + triomphant_ donne un curieux récit du siège, pp. 79, 80, + 81.--_Mémoires de Martin Boysset_.--_Recueil Massilian_, mss. + (extraits).--Ehrle, _loc. cit._, pp. 42, 43 et suiv. + +Au milieu de ces événements militaires, les cardinaux, plus obstinés +que jamais dans la défense de leur cause, envoyaient à Paris trois +d'entre eux, les cardinaux de Préneste (Guy de Malesset), de Thury et +Amédée de Saluces, à la Cour de France (décembre 1398) pour demander à +Charles VI d'envoyer des ambassadeurs aux souverains qui n'avaient pas +encore fait acte d'adhésion à la soustraction d'obédience. On les voit +figurer, le 3 janvier 1399, «à l'Hostel d'Artoys[79]» où ils dînent en +compagnie de Philippe de Bourgogne, et, quelques jours après, le 9 +février, à l'hôtel du cardinal de Bohême, avec les ducs de Berry et de +Bourgogne[80]. C'est à la même date que Martin V appuyait, par renvoi +d'une flotte commandée par Pierre de Luna, les revendications de ses +ambassadeurs, à Avignon d'abord, et auprès de Charles VI ensuite[81]. +Le roi de France ayant adhéré aux propositions du roi d'Aragon, et +pressé de mettre un terme aux désordres dont Avignon était le théâtre, +envoya dans cette ville Gilles Deschamps et Guillaume de Tignonville +pour soumettre à Benoît XIII les propositions arrêtées avec Martin +V[82]. Benoît XIII accepta, le 10 avril 1399, les propositions des +deux souverains; mais, ayant avec quelque raison peu confiance dans +les cardinaux, il refusa de se laisser garder par eux et demanda à +être placé sous la sauvegarde royale[83]. Le 14 avril 1399[84], la +ville d'Avignon s'engage à respecter la protection accordée par +Charles VI à Benoît XIII et aux guerriers et compagnons qu'il a avec +lui dans son palais. Les cardinaux firent la même promesse et tous les +serviteurs attachés à la personne de Benoît XIII s'engagèrent, les 29 +avril, 4 et 20 mai, par serment, à ne pas laisser s'échapper le +pape[85]. Une proposition qui fut faite de confier la surveillance de +la personne du souverain pontife à François de Conzié, au sénéchal de +Beaucaire et au sire de la Voulte fui rejetée. Benoît XIII demanda à +être gardé par le duc d'Orléans, mais ce dernier ne pouvant venir à +Avignon, Charles VI, par lettres patentes du 1er août 1400[86], donna +pleins pouvoirs à cet effet à son frère, qui envoya à Avignon deux de +ses familiers, Robert ou Robinet de Braquemont[87] et Guillaume de +Médulion. Les frais de surveillance et la solde des gens d'armes +devaient être à la charge du pape[88]. D'autre part, le roi confia la +garde des Avignonnais et des habitants à son frère, le duc de Berry. +Benoît XIII approuva ces conditions. Profitant de cette trêve, Charles +VI ne laisse pas de poursuivre activement la paix et l'union de +l'Église. Les ambassadeurs envoyés au delà du Rhin[89], auprès des +électeurs, n'avaient rapporté que des promesses vagues, aucun d'eux +n'ayant voulu donner une réponse ferme sans l'avis des autres princes +allemands qui devaient se réunir à Cologne, le jour de la +Purification[90], pour couronner le duc Robert de Bavière que les +électeurs avaient nommé empereur, le 21 août 1400, à la place de +l'insouciant Wenceslas. Charles VI met les Cardinaux et les syndics +d'Avignon au courant de ses négociations avec les princes allemands et +les autres souverains, et il les engage à envoyer des délégués qui +devront se réunir «avecques ceulx qui seront ordonnez de par nouz et +de par les autres roys et primpces qui ont obéi à _Clément_ et à +_Benedic,_ pour traicter et délibérer d'un commun accord la paix et +l'union de l'Église à la feste de Saint Jehan-Baptiste à Mez ou à +Strasbourt». «Et pour ce que nous avons bonne espérance que par le +plaisir de Dieu à icelle journée se prendra une bonne conclusion sur +le dict faict. Nous vous faisons savoir ces choses et vous prions que +veullez envoyer à la dicte journée». En réponse à cette missive, les +Avignonnais écrivirent à Charles VI, le même mois de février 1400, +pour l'assurer de leur dévouement et de leur ferme intention de hâter, +en ce qu'il leur serait possible, la paix et l'union de l'Église[91]. +Le roi leur fait savoir, dans un nouveau message, qu'il a été très +satisfait de leur lettre et de leur attitude: «avons veu la bonne et +ferme constance et volonté que vous avez eue et avez et aures, si Dieu +plaist, de persévérer et demourer avec nous en la substraction faite +pour si très grant et meure deliberacion, comme vous scavez à +Benedict, dernier esleu en Pappe...». Charles VI informe les +Avignonnais qu'il compte sur une fin prochaine du schisme, et il les +engage à persévérer dans leur attitude: «Et saches de certain que vous +estant et persévérant en ce saint propos en quel vous estes et serez, +se Dieu plaist, comme vous et vrais catholicz. Nous de tout nostre +povoir vous sustendronz.» Il les avertit en même temps que Benoît XIII +a fait courir le bruit en Languedoc que bientôt l'obédience allait lui +être rendue, ce qui est faux, car «avons toujours esté et sommes et +serons au plésir et ayde de nostre seigneur contenz et fermes au faict +de la dite substraction jusques à ce que Nostre Seigneur nous ail +donné paix et union en sa Saincte Église.» + + [79] Collect. des Docum. inédits, _Itin. de Philippe le Hardy_, + p. 283.--Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., fol. 641. + + [80] _Religieux_, II, pp. 676, 680. + + [81] Jarry, _op. cit._, p. 233.--Collect. Peiresc., mss. LXXIV, + 417, 443. + + [82] _Amplissima collectio_, VII, 637, 638.--Ehrle, _op. cit._, + p. 49.--Jarry, _op. cit._, Addit. et correct., p. 364. + + [83] _Amplissima collectio_, VII, 626, 641, 647. + + [84] Massilian, mss., _Recueil des Chartes_, vol. XXI, fol. 341. + + [85] _Amplissima collectio_, VII, 644, 647, 650, 653, 656. + + [86] Douet d'Arcq, I, p. 203. + + [87] Ehrle, p. 48. Pour Robert de Braquemont, voy. Anselme, VII, + pp. 816, 817.--Cf. Delaville le Roux, _loc. cit._, p. 362, not. + 2. + + [88] _Amplissima collectio_, VII, 661, 666.--D'après les Arch. + nation., (K. 55, 10), la sauvegarde royale fut octroyée à Benoît + XIII, le 18 octobre 1400. + + [89] Jarry, p. 255.--Moranvillé, _Relat. de Charles VI arec + l'Allemagne en 1400_.--Bibl. de l'École des Chartes, XLVII. + + [90] _Lettre origin. de Charles VI aux sindics d'Avignon_, 1er + février 1400. Arch. municip., B. 37, no 69, Cott., XXX. + + [91] _Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon_, 22 avril 1401. + Copie d'après Fornéry, _Hist. éccles._, fol 417, 418 et vo. + +Suivant sa promesse contenue dans sa lettre du 22 avril 1401, Charles +VI fit savoir par lettres patentes du 7 juin 1401 au sire de Grignan, +au seigneur de Sault, au sire de Lagarde, qu'il prenait sous sa +protection les terres de l'Église et les habitants, et qu'il leur +était interdit d'y faire aucun dommage: «Nous vous sinifions qu'il +nous desplairoit très grandement que les dits cardinaux, la dite +Église de Rome et leurs sujets fussent grevés ne oppressez par aulcun, +et vous deffendons expressément que vous ne les greviez, dommagiez ne +molestez, ne faictes ne soufrez grever, dommagier ne molester en +quelconque manière que ce soit ne a quelconque personne qui ce voulsit +faire ne donner conseil, confort, faveur ni aides, sachant que si +faictez le contraire, il vous en desplaira très fortement et vous en +fairons pugnir tellement que ce sera exemple aux aultres[92]». La +lettre par laquelle Chartes VI accordait sa protection officielle aux +États du Saint-Siège fut communiquée _in-extenso_ aux syndics de +Carpentras par _Jean Alzérino_, recteur du Venaissin[93], et par les +cardinaux de Saluces et de Thury[94]. + + [92] Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., copie, fol. 416, vo., et 417. + + [93] Id., _id._, mss., 27 juin 1401, fol. 414, vo., et 415. + + [94] Id., _id._, mss., 28 juin 1401, fol. 415, 416;--mss. de + Carpentras, fol. 374. + +Mais au moment où Charles VI se prononçait auprès des Avignonnais +d'une façon si ferme pour le maintien de la soustraction d'obédience, +un mouvement d'opinion en sens contraire se dessinait, à la tête +duquel était le duc d'Orléans[95]. Toutefois, tant que Benoît XIII +serait captif, il était difficile de lui rendre l'obédience, alors +surtout qu'on l'avait dépouillé de sa bulle papale. Le duc d'Orléans +trouva une solution qui tira d'embarras les cardinaux, les Avignonnais +et le pape lui-même. Grâce à la complicité de Robert de Braquemont, +agent du duc[96], Benoît XIII sortit du grand palais où il était +retenu prisonnier depuis quatre ans et six mois, _le 12 mars 1403_, et +gagna la Durance qu'il traversa au lever du jour sur une barque, pour +atterrir au bourg de Château-Renard en Provence, mais dépendant du +diocèse d'Avignon. Cette fuite inattendue produisit parmi les +cardinaux et les Avignonnais une légitime appréhension. Mais Benoît +XIII avait autant d'intérêt que ses ennemis à faire la paix, étant à +bout de ressources et ayant besoin de l'aide de ses sujets. Le 29 mars +1403[97], un traité fut passé à Château-Renard, comprenant un grand +nombre d'articles dont l'énumération est en dehors du point spécial +que nous étudions. Benoît XIII pardonnait aux cardinaux et aux +Avignonnais, et s'engageait à réunir un concile dès que l'obédience +lui serait rendue[98]. Deux cardinaux devaient se transporter à Paris +pour obtenir de Charles VI et des princes la reconnaissance des +articles stipulés dans le traité de Château-Renard, pour le bien de +l'Église et la paix du pays. Benoît XIII, en diplomate consommé, +ramenait à son parti les Avignonnais, et le conseil de ville lui +rendit hommage de fidélité le 10 avril 1403[99]. Quant aux cardinaux, +ils déléguèrent ceux de Préneste et de Saluces, qui arrivèrent à +Paris, le 3 juin 1403, pour demander au roi et à l'assemblée des +prélats «la restitution d'obédience». Pendant ce temps, Benoît XIII, +après avoir séjourné au château du Pont de Sorgues, entrait à +Carpentras le 5 mai 1403[100], et y demeurait jusqu'au 26 juin, époque +où il s'installa provisoirement au Pont de Sorgues, en attendant le +retour des cardinaux envoyés à la Cour. A Paris, deux partis étaient +en présence. Les ducs de Berry, de Bourgogne, le cardinal de Thury et +l'Université étaient pour le maintien de la soustraction[101]. Au +contraire, le duc d'Orléans, les Universités d'Angers, de Montpellier +et de Toulouse étaient pour la restitution d'obédience. Le défenseur +le plus éloquent de ce parti était _Pierre d'Ailly_[102], qui +soutenait contre l'Université de Paris qu'on ne peut se soustraire à +l'obédience du pape, fût-il lui-même suspect d'hérésie[103]. Quant à +l'idée de la convocation d'un concile général, elle avait beaucoup de +partisans, parmi lesquels Jean Gerson, qui prétendait que c'était le +meilleur moyen d'arriver à l'extinction du schisme. Le parti de la +restitution d'obédience, qui avait déjà préparé les éléments de la +réconciliation de Benoît XIII avec la maison de France par +l'ordonnance du 9 juin 1403[104], l'emporta auprès de Charles VI, et +l'obédience fut rendue à Benoît XIII, le 30 juillet 1403[105]. Les +cardinaux, revenus de Paris, avaient devancé l'acte royal en rentrant +dans l'obédience du pape, le 19 juillet précédent. + + [95] Jarry, _loc. cit._, p. 282. + + [96] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 80.--Laurens Drapier, + Ann. mss. d'Avignon, fol. 209.--_Le Religieux_, III, p. 70.--Du + Boullay, V, p. 70.--Ehrle, _op. cit._, p. 63. + + [97] Ehrle, _op. cit._, pp. 70 et suiv. + + [98] _Chroniq. de Charles VI, Le Religieux_, I, 24, c. 8; III, + 100.--_L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81. + + [99] Arch. municip., B. 32, no 32, Cott. O.O. et B. 33. + + [100] De Terris, _Hist. des évêques de Carpentras_, p. + 188.--Benoît XIII resta administrateur de l'évêché de Carpentras + jusqu'en 1411. + + [101] Du Boullay, V, p. 56.--Jarry, p. 283. + + [102] Pastor, _Hist. de la Papauté_, trad. franç., I, p. 196. + + [103] Pastor, _id._, I, p. 195. + + [104] _Recueil des Ordonnances_, VIII, p. 14. + + [105] _Le Religieux_, III, pp. 86, 98.--_Ordonn. des Rois de + France_, VIII, p. 596.--Du Boullay, V, p. 611. + +Quant à Benoît XIII, «_après avoir tracassé un peu à Tarascon et en +Provence_»[106], il se fixa vers la fin de l'été à Salon. C'est là que +Jean Mercier, ambassadeur du duc d'Orléans, vint le trouver le 13 +octobre 1403[107], mais la peste ne tarda pas à l'obliger à changer de +résidence, et Benoît XIII se réfugia dans l'abbaye de Saint-Victor de +Marseille (novembre 1403). + + [106] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81. + + [107] Collect. des Documents inédits, _Itin. de Philippe le + Hardy_, p. 567. + +Ainsi se termine cette première phase de la lutte engagée entre Benoît +XIII et ses adversaires, les Avignonnais et les cardinaux. Pendant +cette période, la Cour de France, opposée aux mesures de rigueur, +avait autant que possible cherché à ménager les uns et les autres, et +sans vouloir prêter aucun appui matériel aux partis en présence, par +déférence pour la personne du pape, qui était directement en cause. +Mais dans la seconde phase (1410-1411), ce n'est pas Benoît XIII, mais +ses parents et ses partisans qui soutiennent dans les terres de +l'Église, les armes à la main, les droits du souverain pontife. C'est +presque une guerre étrangère en plein royaume de France, et c'est ce +qui explique l'intervention militaire de Charles VI en faveur des +Avignonnais et des Comtadins contre les troupes catalanes de +l'anti-pape. + +De Marseille, Benoît XIII s'empresse de désavouer les lettres +qu'il avait pu écrire contre la voie de cession et s'engage, sur +la demande du due d'Orléans, à exécuter les clauses du traité de +Château-Renard[108]. Il se rapproche de plus en plus de la Cour de +France, au point que le bruit se répand que Benoît XIII va être +conduit à Rome sous l'escorte de Boucicaut, alors gouverneur de Gênes +pour Charles VI, et solennellement couronné (1404-1405)[109]. +Personnellement, Benoît XIII avait la ferme intention de se rendre à +Savone ou à Gênes pour avoir une entrevue avec Grégoire XII, son +rival, le pape de Rome[110]. En 1405, il envoyait aux États du Comtat +une ambassade pour demander le vote de subsides afin de lui permettre +d'entreprendre ce voyage «pour l'union de l'Église[111]». En 1406, une +nouvelle ambassade arrivait de Savone, faisant un pressant appel +d'argent au pays pour que Benoît XIII pût aller plus loin, toujours +dans l'intérêt de l'Église[112]. Mais, soit mauvaise volonté, soit +pénurie d'argent, les États ne répondirent pas aux instances réitérées +de leur suzerain. Du reste, ce projet d'entrevue entre les deux +pontifes rivaux qui était bien accueilli, car on y voyait une +intention réciproque de terminer le schisme, n'aboutit pas. Grégoire +XII refusa de se rendre à Savone, où Benoît XIII se trouva seul +(novembre 1407)[113]. Du même coup, le projet prêté à la Cour de +France de faire couronner Benoît XIII à Rome fut définitivement +abandonné à la mort de Louis d'Orléans, qui en était le partisan (23 +novembre 1407)[114]. + + [108] Jarry, _op. cit._, pièces justific. XXIII et XXIV, pp. 444, + 445, 428. + + [109] _Id._, pp. 294, 338. + + [110] Martène et Durand, _Thesaurus novus_, Anecdot. II, col. + 1389.--Pastor, _Hist. de la Papauté_, trad. franç., I, pp. 185, + 186. + + [111] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310. + + [112] Voy. chap. Ier, pp. 16, 17. + + [113] Pastor, _op. cit._, I, p. 186. + + [114] Jarry, _op. cit._, pp. 351, 352. + +Ici se place un événement que divers historiens ont relaté, sur lequel +le P. Ehrle a donné quelques nouveaux éclaircissements, grâce aux +archives du Vatican, et qui, par ses conséquences, se rattache d'une +façon très étroite à l'histoire des États citramontains du +Saint-Siège, dans leurs rapports avec les rois de France et la +papauté. A bout de ressources, obéré et ne sachant plus à qui +s'adresser après la mort du duc d'Orléans, Benoît XIII fit des +ouvertures, en vue de contracter un emprunt, au maréchal de Boucicaut, +gouverneur de Gênes depuis 1401[115], et qui, à ce moment, déçu de ses +espérances et renonçant à l'idée d'une nouvelle expédition en Orient, +avait concentré toute son attention sur les événements intérieurs qui +agitaient la péninsule italienne (1407-1408)[116]. Le prêt eut lieu à +Gênes même le 5 mars 1408[117]. A cette date, Jean le Meingre avança à +Benoît XIII 30,000 francs, pour lesquels le pontife, par une bulle du +_3 février 1408_, reconnut avoir contracté obligation. Le 30 avril +1408, à Porto-Venere, près la Spezzia, Jean le Meingre versa un +nouveau complément de 4,000 francs qu'il avait empruntés à des +marchands gênois. Comme gage de ce prêt, Benoît XIII inféoda au +maréchal, pour une période de deux ans, plusieurs localités, tant de +l'Église romaine que du diocèse d'Avignon[118], parmi lesquelles +_Pernes_, _Bollène_, _Bédarrides_ et _Châteauneuf-Calcernier_[119]. +Le cardinal de Saluces s'opposa vivement à cette inféodation, mais +Boucicaut fit valoir ses droits sur lesdites villes sans retard, et le +10 mars _1408_ il prit possession de Pernes par procureur[120]. Il +résulte même des documents conservés aux archives de cette commune que +le maréchal en personne, se trouvant dans cette ville en 1413, fit +procéder à l'élection des consuls. Cette suzeraineté temporelle de +Boucicaut sur certaines villes des domaines du Saint-Siège donnera +lieu plus tard à d'innombrables et tumultueuses revendications qui ne +prendront fin que sous le règne de Louis XI. + + [115] De Circourt, _Rev. des quest. histor._, 1889, XLVI, + 167.--Delaville Le Roux, I, 403, 404. + + [116] Delaville Le Roux, _La France en Orient au XIVe siècle_, p. + 510. + + [117] Le P. Ehrle, _op. cit._, pp. 95, 96, 97. + + [118] «Et pro quibus idem dominus noster papa certa castra et + loca tam Ecclesiæ romanæ quam Ecclesiæ Avenionensis sibi pignori + tradidit.» Ehrle, p. 97. + + [119] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310.--Chambaud, Ann. + mss., fol. 145. + + [120] Arch. municip. de Pernes. Acte signé par Tholosan, notaire + (Origin.).--Fornéry, _Hist. Civile_, mss., fol. 768.--Gibert, + _Hist. de Pernes_, mss. de Carpentras, fol. 718.--Boucicaut était + alors gouverneur du Languedoc.--Delaville Le Roux, 512-513. + +La mort de Louis d'Orléans porta un coup fatal à l'autorité de Benoît +XIII. Il perdait son protecteur et son meilleur appui à la Cour de +France. Dès le mois de janvier 1408[121], Charles VI mit le pontife en +demeure de rétablir l'union de l'Église avant l'Ascension prochaine, +sous peine de voir la France retirer son appui à Benoît XIII. Le pape +menaça Charles VI des censures ecclésiastiques[122], mais, à la fin de +mai 1408, le roi de France se retira de l'obédience de Benoît XIII, et +avec lui la Hongrie, la Bohême, Wenceslas, Sigismond et la Navarre. En +même temps il convoquait un synode pour fixer les règles à suivre dans +la neutralité de la France[123]. Ces mesures provoquèrent la +défection des cardinaux de Benoît XIII, qui se réunirent à ceux de +Grégoire XII pour fixer l'ouverture d'un concile à Pise le 25 mars +1409. Mais, dès l'année précédente, Benoît XIII, qui ne se sentait +plus en sûreté dans le territoire de Gênes[124], avait gagné +Perpignan, où il convoqua un concile dont les actes font l'objet du +savant commentaire publié par le P. Ehrle[125]. L'année suivante, +Boucicaut et les troupes françaises étaient chassés de Gênes. C'était, +pour la politique française en Italie, un échec regrettable qui +entraînait la ruine de notre influence dans le Nord de la Péninsule et +l'abandon définitif de toute tentative de restauration de la papauté à +Rome[126]. + + [121] Pastor, _op. cit._, I, p. 187. + + [122] _Amplissima collectio_, VII, p. 770. + + [123] Pastor, _op. cit._, I, p. 188. + + [124] D'après certains auteurs, le maréchal aurait facilité son + embarquement. + + [125] Ehrle, _loc. cit._, Aus den Acten, etc. + + [126] Delaville Le Roux, _op. cit._, 512, 513. + +Le concile de Pise s'était ouvert le 25 mars 1409 et, dans sa séance +du 26 juin, avait déposé solennellement Benoît XIII et Grégoire XII, +en procédant à l'élection d'Alexandre V. Réfugié en Espagne, Benoît +XIII se décida à une résistance énergique, et craignant pour sa +personne de rentrer dans le royaume en vue de se fortifier dans son +palais d'Avignon, que ses partisans n'avaient pas complètement +abandonné depuis 1404, il en confia la garde à son neveu, capitaine +expérimenté, vaillant soldat, mais peu scrupuleux sur les moyens à +employer pour avoir la victoire, Rodrigues de Luna. Dès 1409-1410, les +agents de Benoît XIII avaient peu à peu amassé dans le palais des +vivres, provisions, munitions et armes de guerre, en vue d'un siège. +Ils avaient fortifié l'entrée du pont. La garnison catalane avait été +augmentée et renforcée, si bien que dans les premiers mois de 1410, +la cité d'Avignon se trouvait en présence d'une forteresse +inexpugnable, occupée par des guerriers déterminés à toutes les +mesures extrêmes, même à incendier la ville s'il était nécessaire pour +maintenir l'autorité de leur compatriote, Pierre de Luna. + +Le concile de Pise avait envoyé comme légat à Avignon un ancien +cardinal de Benoît XIII, Pierre de Thury (avril 1410)[127], qui était +en même temps recteur du Venaissin. C'est lui qui eut charge de +préparer le siège du palais, avec les élus de la guerre délégués par +le conseil de ville. Les citoyens avignonnais se constituèrent en +troupes assaillantes avec les officiers et soldats que Charles VI +envoya au secours de la ville. Le siège du palais commença au mois de +mai 1410[128], Charles VI avait expédié aux Avignonnais l'Hermite de +la Faye[129], sénéchal de Beaucaire, avec plusieurs compagnies de +soldats. Mais quelque temps après, il leur avait fait donner l'ordre +de se retirer. Abandonnés à leurs propres ressources, le cardinal de +Thury et les élus de la guerre portèrent leurs doléances auprès du roi +qui renvoya le sénéchal et les troupes devant Avignon. A cette force +militaire vinrent se joindre des capitaines aux ordres du roi, +notamment le sieur Randon[130], seigneur de Joyeuse, et Jean Buffart, +qui sont payés par les officiers du roi, sur l'ordre secret de Charles +VI[131]. + + [127] Arch. départ., _Reg. des États_. + + [128] Nouguier fixe le commencement du siège au 27 mai 1410. + + [129] Dom Vaissette, IX, p. 1008.--Ménard, _Hist. de Nîmes_, III, + p. 133. + + [130] Il est désigné «Seigneur de Genguese» (Joyeuse); prit part, + sous Charles VII, aux premières campagnes et assista à la + bataille de Verneuil (1424). + + [131] _Lett. patent. de Charles VI au sénéchal et au viguier de + Beaucaire_ (mai 1411) Arch. municip. B., 39. + +La ville d'Avignon fit appel aux consuls de Carpentras et aux trois +états du Venaissin, qui prêtèrent des bombardes, des balistes et tous +les engins d'artillerie qui étaient à leur disposition[132]. Des +barques expédiées de Valence furent postées au milieu du Rhône, +croisant sous le palais pour empêcher tout secours d'arriver aux +assiégés[133]. Un autre bateau appelé «_la Barbote_» fut placé près de +l'île d'Argenton avec une bombarde qui devait battre en brèche les +ouvrages de défense des Catalans[134]. Le 19 mai 1410 arriva la +«_grande bombarde_[135]» d'Aix, traînée par trente-six chevaux, qui +commença à ouvrir le feu contre le grand palais. Le 13 décembre 1410, +un assaut très vif donné par les troupes avignonnaises causa à +Rodrigues de Luna la mise hors de combat d'un millier d'hommes; la +tour élevée par les Catalans, attaquée par le fer et le feu, +s'écroula, entraînant sous ses décombres de nombreux soldats espagnols +et amenant la rupture d'une partie du pont (décembre 1410)[136]. + +La Cour de France, fatiguée de l'entêtement de Benoît XIII et de la +résistance de ses partisans, embrassa la cause des Avignonnais et +n'épargna rien pour leur assurer la victoire. Le 4 mai 1411, Charles +VI écrit aux sénéchaux de Nîmes et de Beaucaire[137] pour leur +recommander de ne laisser lever, en Languedoc, aucune troupe de gens +d'armes dans le but de porter secours aux Catalans, partisans de +Pierre de Luna, assiégés dans le grand palais d'Avignon. Le 21 +mai[138], le roi envoie une missive aux syndics et au conseil de la +ville d'Avignon, pour les féliciter de leur courage et de la +résistance qu'ils opposent aux Catalans schismatiques: «Il les +autorise à tendre des chaînes au travers du cours du Rhône, au +Pont-Saint-Esprit et ailleurs, comme ils l'ont déjà fait, sans avoir à +solliciter l'autorisation du roi, et ce, en vue d'empêcher tout +secours d'arriver par eau aux Catalans qui, depuis quatorze mois, +tenaient le palais pour le compte de Pierre de Luna.» + + [132] 28 janvier 1411. Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., I; fol. + 425, 426. + + [133] _Id._, mss., I, fol. 424, 425. + + [134] Comptes de la Ville, 1410-1411. + + [135] _Id._ + + [136] _Recueil Massillian_, mss., XVI. + + [137] Arch. municip., B. 39. + + [138] Arch. municip., B. 39. + +Le 11 juin 1411[139], le roi de France donne l'autorisation aux +Avignonnais de lever une décime sur le clergé du royaume, jusqu'à +concurrence de 100,00 livres, pour subvenir aux frais de la guerre qui +avait épuisé les finances publiques et privées de la ville. De son +côté, Benoît XIII faisait appel à ses partisans et compatriotes et, au +mois de _juin 1411_, une flotte, composée de 29 galères et barques +catalanes, se présentait aux embouchures du Rhône pour diriger une +double attaque contre Avignon par le fleuve, et pour renforcer par +terre la garnison du château d'Oppède dont quelques gens d'armes de +Rodrigue avaient pris possession. Mais les consuls d'Arles avaient +fait tendre précipitamment une chaîne pour barrer le fleuve d'une rive +à l'autre. D'un autre côté, un corps d'Avignonnais s'était porté vers +la Durance pour opérer sa jonction avec les troupes du sénéchal de +Provence, qui avait reçu de Yolande d'Aragon, reine de Sicile et de +Jérusalem, l'ordre de s'opposer au passage des Catalans sur les terres +de Provence. Les galères ennemies ne purent franchir le barrage et +durent battre en retraite après avoir débarqué 150 guerriers catalans +qui s'avancèrent jusqu'à la Durance, pour, de là, gagner le terroir +d'Avignon et le Comté. Mais les troupes provençales et avignonnaises +lancées à leur poursuite les rejoignirent sur les bords de la rivière, +dont les eaux, grossies par les pluies, rendaient le passage +impossible. Les Catalans furent taillés en pièces ou faits +prisonniers[140] (juin 1411). En apprenant ce succès, l'Université de +Paris s'empressa d'écrire à la reine de Sicile pour la prier de ne +point relâcher les prisonniers dont la présence à Avignon pourrait +amener le triomphe des schismatiques et hérétiques par l'apport d'un +renfort inespéré. «Nous avons entendu que puis naguères ont esté prins +certains gens d'armes tant chevaliers, escuiers comme autres, qui +venoient de par Pierre de la Lune pour nuire à la ville d'Avignon et à +la terre et conte de Venisse, et aussi à nuire à saincte Église et à +tout le royaume de France, laquelle Église devez avoir moult à +cuer.... Sy est vrai, très puissant Royne, que si les dessus diz gens +d'armes qui pour présent sont soubz vostre puissance estoient delivrez +avant que la guerre d'Avignon fust finie, ce seroit très grand péril +et très grand dommaige pour saincte Église. Et est voir semblable que +par ce moien pourroit estre delivrez le palais d'Avignon des mal +facteurs et scismatiques qui l'occupent indeument.... Pourquoi vous +supplions, très noble et très puissante Royne, qu'il vous plaise +commander et faire défendre que nul dez dessuz diz prisonniers, de +quelque estat qu'il soit, ne soit délivré jusques à ce que aucune fin +soit prinse sur la guerre d'Avignon et du païs d'environ[141].» + + [139] _Id._, B. 39. + + [140] Journal mss. de Bertrand Boisset. Extrait: «Siège du + palais, juin 1411. L'an millia quatre cens ungi et de mes de juin + vengron los Catalans en Proensa et en Arles per mandaments de + l'Anti-papa Peyre de Luna per anar contra ad Avignon et Venesin. + Los quals Cathelans sy meront in terra et monteron a caval per + tirad in Venayssin et foron preses et deconfits per los + Proensalts et los autres que remaron en los fustas que erons vint + dos se monteron per lo rose ad Arles per tirar sen ad Avignon, + mas la _cienta d'Arles mes una Cadena_ a travers de Rose que + passar non la poyron, an se retireron. Vertas es que leur gens y + moureront et mots d'avis feron et gasteron gras en la vigne et + cremeron de masses et de cabanes assas, mas autres bels portamen + non faron, am se retireron.» + + [141] Arch. municip., B. 77, no 36, origin. + +Vers la même époque, Charles VI écrivait aux syndics d'Avignon leur +donnant avis qu'il envoyait au secours de la ville Philippe de +Poitiers, avec charge de leur dire ses intentions, ainsi qu'à la reine +Yolande. Le 26 juin 1411, en lui annonçant l'envoi de Philippe de +Poitiers, Charles VI fait savoir qu'il a donné charge à ce seigneur +«de convocquer et assembler tant de noz hommes vassaulz et subgiez que +bon lui semblera, affin que la besoingne puist prendre plus briefve +conclusion. Et vous prions, très chère et très amée cousine, tant et +si adcertes, que plus povons que nostre dit cousin, vueillez, oir et +croire de ce qu'il vous dira de par nouz touchant cette matière, et +donnez et faire donner par voz gens, officiez et subgiez, à lui et à +ses commis, pour honneur et révérence de Dieu, de nostre dit saint +Père de l'Église, amour et contemplacion de nouz, tout le conseil, +confort, aide et faveur que faire se pourra, et telement que par +vostre bon moyen ceste dite besoingne sortisse bon et brief effect et +prengue la conclusion que nous désirons[142].» + +L'arrivée de Philippe de Poitiers, de son frère, Étienne, «le bâtard +de Poitiers», avec d'autres chevaliers, et surtout l'appui du roi de +France, redoublèrent l'énergie des assaillants. Les syndics, les élus +de la guerre, les conseillers, les habitants de toute classe, les +couvents, les maisons religieuses, les corporations et arts, +rivalisant de zèle et de civisme, donnèrent généreusement tous leurs +trésors, soit en numéraire, soit en oeuvres d'art, statues, +tabernacles, rétables, et les sanctuaires se dépouillèrent +spontanément au profit de la ville pour combattre l'ennemi commun, qui +ne représentait plus seulement l'idée d'un schisme religieux, mais +l'occupation étrangère. Dans les derniers mois de l'été 1411, la ville +contracta des dettes et obligations représentant un chiffre +énorme[143], tel même qu'un demi-siècle après, elle ne s'était pas +encore libérée. Outre les sommes mises à la disposition des élus de la +guerre par Charles VI, un denier fut en outre levé sur chaque paroisse +pour faire face aux besoins journaliers. La mort de Pierre de Thury +(septembre 1411) fit passer la direction de l'administration des États +du Saint-Siège entre les mains de François de Conzie, archevêque de +Narbonne, camérier du pape, qui avait été témoin de tous les +événements depuis l'élection de Benoît XIII. + + [142] Arch. municip., série E. E. + + [143] Reddition des Comptes de Paul Montmartin du temps de la + guerre des Catalans. Arch. municip., B. 39. + +Cependant, réfugiée dans cette forteresse imprenable, la petite +garnison catalane opposait aux assaillants une résistance désespérée. +Toutefois, le manque de renforts, la diminution des vivres, les vides +que les sorties répétées avaient faits dans leurs rangs, et surtout la +perspective de ne voir arriver d'Espagne aucune troupe de secours, +amenèrent Rodrigues de Luna et ses compagnons à parlementer en vue +d'un traité de paix. Une convention fut signée, le 12 novembre 1411, +entre les représentants du Saint-Siège, François de Conzie, vicaire +général du Saint-Siège à Avignon, et dans le comté Venaissin, Jean de +Poitiers, évêque de Valence et de Die, recteur du Venaissin, et +Constantin de Pergula, vicaire de Jean XXII, d'une part, et, d'autre +part, Bernard de Sono, vicomte d'Evola, et Roderic de Luna, commandeur +de l'ordre de Jérusalem, chef des canonniers et combattants du palais. +Assistaient aux pourparlers et préliminaires de la convention Philippe +de Poitiers, chevalier, seigneur d'Aroys et de Dormans, capitaine +général des troupes avignonnaises, envoyé par le roi de France, et +Pierre d'Acygne, sénéchal de Provence, agissant au nom et lieu de +Yolande, reine de Sicile et de Jérusalem. Aux termes de la convention, +voici les principales conditions stipulées[144]: + +1º Il sera permis aux assiégés d'envoyer à leur maître, _Benoît XIII_, +trois officiers pour l'instruire de la position dans laquelle ils se +trouvent, et si dans cinquante jours aucun secours n'est arrivé, ils +s'engagent à remettre aux mains du légat le palais et le château +d'Oppède; + +2º Les assiégeants fourniront, au prix ordinaire, la quantité de +vivres par jour pour chaque personne de la garnison du palais; + +3º Le commandant des troupes aragonaises et catalanes devra donner +pour otages frère Jean _Parda_, chevalier de Rhodes, frère Mathieu +Montelli, frère Pierre de Lacerda, frère Beranger Boyl, messire Pierre +Turella, licencié en droit canon, messire Barthélemy, neveu d'Antoine, +vicomte Jean Pétri, Barthélemy de Montaquesii et Sanche de Sparsa; + +4º Les assiégés ne pourront emporter, lors de leur départ, que les +objets qui leur appartiennent; + +5º Les troupes assiégées et assiégeantes observeront exactement entre +elles la trêve conclue. + + [144] Arch. municip., B. 39, Origin., septembre 1411. + +Tous les personnages ci-dessus désignés apposèrent leur sceau sur +ledit parchemin, au bas de l'acte rédigé par Lamberti, notaire[145]. + + [145] Chambaud, _Recueil_, mss., t. I, fol. 153, 154.--Cf. G. + Fantoni, I, pp. 300, 301, 302. + +Le délai étant expiré, et aucun secours n'étant annoncé pour les +assiégés, ces derniers conclurent une dernière convention le 14 +novembre 1411, aux termes de laquelle ils devaient vider le palais et +le château d'Oppède dans les huit jours qui suivraient. De son côté, +Charles VI accordait, par lettres patentes, sauf-conduit, sauvegarde +et assurance pour le retour des Catalans dans leur pays, sans qu'ils +puissent être recherchés pour aucun crime commis contre notre +Saint-Père et le Saint-Siège apostolique[146]. La garnison catalane +remit le palais au légat, comme il avait été convenu, le 22 novembre +1411[147]; elle se retira de là à Villeneuve et traversa le Languedoc +pour gagner l'Espagne par terre. + + [146] Arch. municip., B. 39. + + [147] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 312. + +Ainsi se termina le second siège du palais, qui avait accumulé sur +Avignon et le Venaissin des monceaux de ruines et des dévastations de +toutes sortes. Dans ces tristes circonstances, Charles VI, après avoir +soutenu et fait triompher par les armes la cause des Avignonnais, +contribua, par divers actes de générosité, à réparer les maux de la +guerre; une somme de 12,000 francs d'argent fut mise par le roi à la +disposition de l'archevêque de Narbonne pour l'employer à la +conservation du palais d'Avignon[148]. Charles VI écrivit en outre au +pape pour le prier de permettre que les 10,000 livres qu'on prélevait +annuellement sur les bénéfices de France fussent employées à +dédommager la ville d'Avignon des dépenses qu'elle avait dû supporter +par suite de la guerre contre les Catalans (décembre 1411)[149]. Ce +sont là les derniers actes par lesquels Charles VI marque son +intervention «ès-parties» d'Avignon. La déposition de Benoît XIII au +concile de Pise fut définitive et solennellement proclamée à Constance +le 26 juillet 1417[150]; l'exil du pape à Paniscola, son dénûment et +l'abandon de sa cause par tous les catholiques, rendirent un peu de +tranquillité aux États du Saint-Siège d'en deçà des Alpes, jusqu'à +l'élection de Martin V, qui se montre, dès ses premiers actes, décidé +à défendre énergiquement les droits de l'Église sur Avignon et le +Venaissin. + + [148] Arch. municip., B. 39. + + [149] _Id._, B. 39. + + [150] Pastor, _op. cit._, p. 24, not. 2. + + + + +CHAPITRE II + +Charles VII.--Les Boucicaut. Le Cardinal de Foix. + + Le dauphin Charles en 1419-1420.--Devenu roi il ne cesse + d'assurer de sa protection les États citramontains du + Saint-Siège.--Nouveaux agissements de Geoffroy le Meingre + (1426-1428).--La succession du maréchal.--Les routiers dans le + Venaissin et dans la vallée du Rhône.--Démêlés entre les sujets + du pape et Boucicaut.--Attitude de Charles VII (janvier + 1426).--Il protège les Avignonnais, tout en appuyant les + revendications de Champerons, seigneur de la Porte (1428). + + Situation des États de l'Église au moment de l'ouverture du + concile de Bâle.--Charles VII appuie ouvertement Alphonse + Carillo, cardinal de Saint-Eustache, qui est le candidat du + concile. Sa lettre aux Avignonnais (1431).--Conflit entre le + pape Eugène IV et les Avignonnais à propos de la nomination de + Marc Condulmaro.--Neutralité de Charles VII (1432). + + Le cardinal Pierre de Foix, légat du Saint-Siège (avril + 1432).--Triomphe de la politique française.--Efforts de Charles + VII pour amener la cessation du schisme et la convocation d'un + concile à Avignon pour l'union des Grecs (1437). + + +Les dernières années du règne de Charles VI, toutes remplies par les +sanglantes rivalités des Armagnacs et des Bourguignons, par l'invasion +étrangère et la honteuse défaite d'Azincourt pour aboutir à +l'humiliant traité de Troyes (1420), expliquent pourquoi les relations +entre les sujets du Saint-Siège et la Cour de France subissent comme +on temps d'arrêt jusqu'au moment où la lutte de la maison de France +avec les Bourguignons amène le dauphin Charles dans le Midi, en 1419. +Le nouveau pape Martin V était, depuis son avènement, prévenu contre +le dauphin par les dénonciations des agents bourguignons, qui +accusaient l'héritier du trône d'être, comme feu son oncle, un ami +dévoué de Benoît XIII. Il ne voyait donc pas sans quelque appréhension +le dauphin venir guerroyer sur les limites des possessions du +Saint-Siège[151], au moment où le prince d'Orange se disposait de son +côté à envahir le Comtat et où les garnisons bourguignonnes, alliées +aux Anglais, occupaient plusieurs places fortes du Midi et de la +vallée du Rhône. Dès 1419, le dauphin Charles demande à emprunter aux +États du Venaissin 6,000 florins d'or[152] et à faire entretenir +pendant quatre mois par les États 1,000 hommes d'armes, les engageant, +de plus, à se liguer avec lui. L'année suivante (1420), Charles +informe le recteur qu'il se dispose à traverser le territoire +pontifical avec 10,000 hommes d'armes, et il l'invite à faire savoir +aux habitants qu'ils doivent prendre les mesures nécessaires pour +protéger leurs récoltes. Le pape Martin V, sur ces entrefaites, se +rapproche du dauphin et envoie à Lyon[153] Pierre d'Ailly, son légat, +qui a une entrevue avec le jeune prince. Ce rapprochement facilita la +tâche du dauphin en lui donnant l'aide des Avignonnais dans l'attaque +dirigée contre Pont-Saint-Esprit (1420). Charles est de passage à +Avignon le 15 avril (1420)[154]. C'est pendant son séjour qu'il +négocia le prêt de l'artillerie de la ville, qui fut conduite devant +Pont-Saint-Esprit[155]. Le 2 mai, le dauphin investit la place, qui +était défendue par une garnison bourguignonne alliée au prince +d'Orange. Après une résistance héroïque, la place fut emportée +d'assaut par les troupes royales qui se déshonorèrent par toutes +sortes d'excès (17 mai 1420)[156]. Le dauphin ne manqua, dans la +suite, aucune occasion de se montrer gardien fidèle des traditions de +la royauté. Une fois sur le trône, il ne se départit jamais de ces +sentiments, n'oubliant point que les rois, ses prédécesseurs, avaient +été appelés «à leur grant gloire et louenge roys tres chrestiens, +vrays champions et principaux deffenseurs de nostre saincte foy +catholique[157]». Ces dispositions, il les montra, on peut le dire, +d'une façon toute particulière dans ses rapports avec les sujets de +l'Église, notamment avec les Avignonnais et les gens du Comté. Dès son +avènement, ayant été informé par les syndics et le conseil de la ville +d'Avignon que quelques seigneurs, dont les châteaux se trouvaient +placés près de la frontière des domaines de l'Église, sous prétexte de +vider les différends qui existaient entre eux, appelaient sous leur +bannière bon nombre de gens d'armes originaires du Dauphiné, qui +commettaient toutes sortes de ravages sur les terres et possessions +de l'Église, le roi mu par cette considération «en faveur d'icelluy +nostre sainct père et ses dits subgectz et mesmement ceulx de la dicte +ville d'Avignon et du dit Comté que tous jours en tous nos affaires +avons trouvez pretz et bien enclinz à faire et donner tant à nouz que +aux nostres toute faveur, ayde et confort à eulx possible toutes fois +que requiz en ont esté», ordonne à tous les gens d'armes qui avaient +quitté la province du Dauphiné de rentrer incontinent dans leurs +foyers «s'en retournant en leurs hostelz et maizons et ès lieux dont +partyz sont pour estre pretz de venir à nous, sur ce à rencontre de +nos diz ennemys, toutefoiz que les manderons[158]». + + [151] _Reg. des délibér. des États_, fol. 219, vo. + + [152] _Id._, fol. 218. + + [153] De Beaucourt, _loc. cit._, I, p. 329. Pierre d'Ailly, + contrairement à ce que dit M. de Beaucourt, ne fut jamais légat à + Avignon. Il était légat en France. + + [154] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1059, not. 4.--Chambaud, _Rec. sur + Avignon_, mss., t. I, fol. 160. + + [155] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1059. + + [156] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1060. + + [157] De Beaucourt, _op. cit._, I, p. 370. Ces expressions sont + d'Isabeau de Bavière. _Rec. des Ordonnances_, X, p. 437. + + [158] Donné au château de Loches, le 22 septembre 1423. Orig. + Arch. municip., B. 36. Voir _Marquis d'Aubais_, pièc. fugitives, + I, p. 94. _Itinér. de Charles VII_. + +Cette agitation seigneuriale, qui menaçait d'entraîner dans ses +guerres privées les sujets du roi pour se jeter sur les terres de +l'Église dès les premières années du règne de Charles VII, était la +conséquence des revendications de Geoffroy le Meingre. Le maréchal, +son frère, pris à Azincourt, puis captif en Angleterre, était mort en +1421, ne pouvant survivre à l'humiliation de sa patrie[159]. Son frère +hérita de ses domaines que lui avait garantis l'acte du 7 juillet +1399[160]. De plus, comme Benoît XIII, réfugié à Paniscola, se mourant +dans le dénûment le plus complet, n'avait jamais pu rembourser à Jean +Boucicaut les 40,000 francs que ce dernier lui avait avancés en +_1408_, Geoffroy, comme héritier, se saisit aussitôt des villes dont +l'inféodation avait été consacrée par le contrat passé à Gênes et à +Porto-Venere entre le pape et le maréchal. Martin V essaya de +s'opposer à cette prise de possession, qui était discutable à coup +sûr, puisque la légitimité de Benoît XIII comme souverain pontife +était elle-même contestée; mais les châteaux et les villes étaient +déjà entre les mains des agents de Boucicaut[161]. Cette prise de +possession ne se fit pas sans violences, et les sujets du pape +protestèrent contre un acte passé sans leur consentement; Charles VII +lui-même intervint et demanda des comptes à Geoffroy dont tous les +vassaux réclamaient la protection royale. Ce dernier fut convoqué à +comparaître devant le Parlement de Toulouse, pour répondre de ses +crimes et forfaits, mais Geoffroy avant fait défaut, le roi lui +confisqua les terres _d'Aramon_[162] et de _Valabrègue_ qu'il avait +reçues à perpétuité. Désormais chassé du Languedoc, Geoffroy s'établit +à poste fixe dans ses domaines de l'Église, où il devenait pour la +papauté un voisin fort gênant. Un premier traité fut passé entre +Geoffroy et les représentants de la Chambre apostolique, qui lui +payèrent une somme considérable, à la condition qu'il mettrait fin aux +actes de brigandage dont il se rendait journellement coupable[163]. +Geoffroy promit, reçut l'argent, feignit le repentir, mais il rompit +aussitôt ses engagements et employa les fonds de la Chambre +apostolique à rassembler une armée de routiers, gens de sac et de +corde, commandés par des capitaines qui se sont fait un nom au milieu +de ces guerres qui ont désolé la vallée du Rhône, de Valence à +Avignon, pendant les premières années du règne de Charles VII. Parmi +eux figurent _Charles de Poitiers_, _Jean Ollivier_, _Saint-Vallier_, +écuyer de l'évêque de Valence, le _bâtard de Valence_, fils de +l'évêque de cette ville, _Anthoine de la Peype_, _Allegret de +Bonnyot_, _Aymard de Clermont_, _Jean de Geys_ et le _bâtard de +Langres_. Bien plus, Geoffroy fait appel à ses compatriotes de +Touraine, et parmi ses meilleurs officiers on trouve Jehan de +_Champerons_, seigneur de la Porte[164]. Cette petite troupe se +grossit promptement d'une foule d'aventuriers de toute origine, +soldats sans emploi, routiers et vagabonds, qui, comme jadis Raymond +de Turenne, considéraient comme une excellente aubaine de guerroyer +contre le pape. Pernes fut saccagé, Vaison livré aux flammes, le +château de Saint-Roman pris d'assaut[165]. Charles VII, prié +d'intervenir, écrivit au sénéchal de Beaucaire, le sieur de Vilar, +pour empêcher qu'aucune entreprise fût dirigée contre Avignon (20 +avril 1426). + + [159] Delaville Le Roux, _loc. cit._, 360-363. + + [160] Manuscrits Peiresc, Bibl. de Carpentras, Reg. LXX, vol. + III, fol. 232, vo. + + [161] Ehrle, _loc. cit._, p. 97. + + [162] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1077. Jean de la Graille, maréchal + de Languedoc, à la tête des milices royales occupa les biens et + domaines de Geoffroy qui fut déclaré coupable de félonie.--Cf. + Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 316. + + [163] De Coston, _Hist. de Montélimar_, I, pp. 496, 499. + + [164] Ce seigneur est officiellement nommé dans la bulle + d'excommunication. Mais il dut se retirer avant le siège de + Livron et abandonner la cause de Geoffroy, puisque Charles VII + affirme qu'il n'avait pas quitté la Touraine. Les archives + d'Indre-et-Loire ne contiennent aucun renseignement sur ce + personnage (communication de M. de Grandmaison, archiviste + d'Indre-et-Loire). + + [165] Chambaud, _Rec._, mss., I, fol. 442. + +D'un autre côté, Charles VII, par lettres patentes données à Montluçon +le 11 janvier 1426[166], considérant que Geoffroy le Meingre, dit +Boucicaut, «chevalier est en intencion et volunté de faire guerre en +la Conte de Venisse qui est du patrimoine de nostre mère saincte +Église et des contez de Provence et Forcalquier, qui sont lors Estats +de nostre mère et de nostre très chier frère, le roy de Jérusalem et +de Cécile, son filz, et domagier le pais et subgectz de nostre dit +sainct père et nos ditz mère et frère, a fait souldoyer gens d'armes +et de trait en nostre royaume et Daulphiné, et en nostre conte de +Valentinoys et desjà ayant passé oultre la dite rivière du Rosne et se +efforce de plus faire et a fait entrer dans la terre de l'Église le +sire de Clavaison, Anthoyne de la Peype, chevalier, un nommé Gastonet, +chevalier de Bron, un nommé Montchanu et autres capitaines +rotiers[167], avec grant nombre de gens de Compaigne, lesquels ont +prins aucunes places en la dite terre de l'Église, forcé femes, bouté +feux, tué et murdry plusieurs genz, prins prisonniers, faits plusieurs +courses, maulx et dommaiges innumérables». Charles VII, pour ces +motifs, fait défense à quiconque de ses sujets de porter la guerre +contre Avignon. Comme on le voit par ce document, le roi de France +protège les vassaux de l'Église, mais ce n'est qu'une protection +défensive en ce sens qu'il interdit aux sujets royaux de prendre part +aux ravages commis par les officiers de Boucicaut sur les domaines de +l'Église. Martin V employa d'abord contre ces brigands les armes +spirituelles, et Guillaume Raimundi, prévôt de l'église d'Avignon, en +qualité de commissaire apostolique excommunia en 1426 Geoffroy le +Meingre et ses officiers, qui avaient commis toutes les atrocités +relatées dans les lettres royales du 21 janvier 1426[168]. En même +temps, l'évêque de Montauban, Pierre Cottini, nommé recteur du Comtat, +prit le commandement des milices levées par les États et s'empara, sur +les troupes de Boucicaut, de la ville de Pernes, dont Jehan de +Champerons avait été nommé gouverneur (12 avril 1426). Les habitants +de la communauté furent dispensés de payer les arrérages de tailles +pour tout le temps qu'elle avait été placée sous la domination de +Boucicaut. Mais bientôt, feignant de nouveau la plus grande contrition +et sollicitant le pardon de ses crimes, Geoffroy, grâce à l'entremise +de François de Conzié, légat du Saint-Siège à Avignon qu'il avait +connu à l'époque du premier siège du palais[169] (en 1398-1399), +obtint pour lui et pour ses complices, du pape Martin V, une bulle +d'absolution (23 mai 1426)[170] totale. C'est à la suite de cet accord +que Geoffroy le Meingre se réfugia avec ses bandes dans le château de +Livron et occupa également la forteresse de Narbonne[171] dans le +terroir de Montélimar sur lequel il avait quelques droits par l'oncle +de sa femme Isabelle, Jean de Poitiers, évêque de Valence. La présence +de Boucicaut à Livron dès 1426 est incontestable. Les comptes +consulaires de la ville de Valence[172] portent une dépense de trois +gros pour Champel, Chaponays, etc., envoyés à la Roche de Glun +au-devant d'Humbert, maréchal, allant assiéger Boucicaut dans le +château de Livron (1426). C'est donc vers la fin de cette même année +que les gens d'armes à la solde des Avignonnais viennent mettre le +siège devant cette ville. Bien qu'il n'y eût pas encore de traité +officiel passé entre Humbert et les Avignonnais, la ville d'Avignon +supportait les charges de cette expédition qui fut ruineuse pour la +malheureuse cité. Boucicaut assiégé appela à lui, de l'autre côté du +Rhône, un certain nombre de partisans recrutés dans le royaume, qui +avaient pour but de débloquer _Livron_ et d'attaquer les troupes +pontificales. Le conseil de ville d'Avignon et les élus de la guerre, +qui délibéraient avec eux depuis le siège du palais, traitèrent avec +un capitaine d'aventuriers, _Jean Boulet_, originaire de Saint-Flour +en Auvergne et seigneur de Châteauneuf-de-Melet, pour qu'avec ses gens +celui-ci s'opposât à leur passage. Jean Roulet dut, pour arrêter les +alliés de Boucicaut, non seulement employer les armes, mais encore +acheter la paix. Nous trouvons en effet dans les archives communales +un document établissant que la ville d'Avignon, pour tenir compte «au +dit Jehan Roulet de ses peines et debours», lui régla une indemnité de +4,250 écus d'or de la nouvelle frappe, dont 1,500 lui furent comptés +dans le courant de l'année 1427. Pour le règlement du solde, ledit +Roulet délégua à la ville une somme de 1,430 écus à payer à un certain +Pierre Bovis, sur ce que la communauté d'Avignon lui redevait +encore[173]. Ce n'est donc point en 1428, comme quelques auteurs +l'ont cru, mais bien en 1427, que la ville d'Avignon fit assiéger, par +des gens d'armes à ses gages, Geoffroy le Meingre, dans le château de +Livron. A cette occasion, Martin V n'abandonna pas ses fidèles sujets. +Il envoie auprès d'eux Jean de Rehate et Jean de Puteo pour leur dire +qu'ils n'ont pas à s'effrayer des menaces de leurs ennemis (21 mars +1427)[174]. Il donne pouvoir audit Jean de Rehate d'assigner à la +ville d'Avignon 6,000 florins pour les besoins de la guerre, à prendre +sur les revenus de la Chambre apostolique, tant en Provence qu'en +Savoie[175]. Enfin, dès le mois de février 1427, il avait prescrit à +l'évêque d'Avignon de faire imposition sur le clergé pour subvenir aux +grands frais qu'il convenait de supporter pour se garder contre les +ennemis[176]. Grâce à ces subsides de la curie romaine, les +Avignonnais purent renforcer leurs troupes occupées au siège de +Livron. Un traité fut signé le _31 janvier 1428_ à Lyon, entre Thomas +Busaffi, d'une part, représentant la ville d'Avignon, et _Humbert +Maréchal_, capitaine de gens d'armes, d'autre part, aux conditions +ci-après[177]: 1º ledit Humbert s'engage à défendre les propriétés, +biens, meubles et immeubles et personnes des Avignonnais contre les +troupes de Boucicaut et de ses adhérents avec cent hommes d'armes et +cent hommes de trait (l'homme d'armes aura trois chevaux, un page et +un varlet); 2º chaque homme d'armes recevra 20 florins, monnaie +courante, par mois, et chaque homme de trait à cheval 10 florins par +mois, de même monnaie; 3º ledit Humbert s'oblige à être rendu à Vienne +sous Lyon avec ses troupes, le 15 février prochain _1428_. La paie des +soldats sera due à dater de ce jour; 4º ledit Humbert, dès son arrivée +à Avignon recevra pour son compte la somme de 200 florins de ladite +monnaie; 5º ledit Humbert s'oblige à se retirer, lui et ses gens, à la +première sommation qui lui en sera faite. Il est convenu que ledit +Humbert recevra sur la solde de ses troupes 1,500 florins dans la +ville de Lyon, à-compte du premier mois de solde, et le restant dès +que lui et ses soldats auront passé la rivière de l'Isère; 6º chaque +chevalier ou escuyer banneret qui fera partie des troupes dudit +Humbert recevra double paie. + + [166] Arch. municip., Origin., B. 36, no 37, Cott. N. N. + + [167] On remarque que Jehan de Champerons n'est pas mentionné et + qu'il y en a plusieurs que Giberti (_Hist. mss. de Pernes_, fol. + 729) ne nomme pas. + + [168] Chambaud, _Recueil sur Avignon_, mss., t. I, fol. 442.--Cf. + Giberti, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 315, et mss. de + Carpentras, fol. 723. + + [169] Cottier, _Notice sur les Recteurs_, p. 120.--Cf. + Cambis-Velleron, _Annal._, mss., IV, 32, 34.--Chambaud, _Rec._, + mss., vol. I, fol. 163.--Giberti, _Hist. de Pernes_, mss. de + Carpentras, 721, 722. + + [170] Le texte de la bulle a été publié par Ehrle, _loc. cit._, + pp. 99-100. + + [171] _Cartulaire de Montélimar_, p. 265.--Cf. de Coston, _loc. + cit._ + + [172] Arch. de Valence, C. C., 27, 1426. + + [173] L'acte fut souscrit par la ville le 25 juin 1427. Arch. + municip., Compte de la ville, de septembre 1428, de 1320 écus + d'or pour solde de la somme ci-dessus. + + [174] Arch. municip., B. 36, no 1, Cott. A.A. + + [175] _Id._, B. 37. + + [176] _Id._, B. 34, février 1427. + + [177] Acte passé à Lyon par maître Cordard, notaire apostolique + impérial et royal, le 31 janvier 1428. Arch. municip., B. + 34.--Cf. Chambaud, _Rec. des Chartes_, mss., I, fol. + 40.--_Recueil Massillian_, mss., XXI, fol. 359, 361.--Gauffridi, + _Hist. de Provence_, I, VII, p. 294.--Giberti, _Hist. de Pernes_, + fol. 327, 328. + +Geoffroy Boucicaut ne pouvait pas résister à des forces aussi bien +organisées, commandées par un vaillant officier. Dès le mois de mars +1428, les bandes de Boucicaut, après une résistance inutile, se +dispersèrent et franchirent le Rhône. Les documents font du reste +absolument défaut[178] sur ce point et ne nous permettent pas de dire +comment Geoffroy quitta pour toujours ce pays où son nom était en +exécration. Quoi qu'il en soit, dès le mois de mai 1428, toute guerre +entre Avignon et les Routiers avait pris fin, et Martin V relevait la +ville d'Avignon, les syndics et les citoyens de la promesse par eux +faite à l'évêque de Valence pour raison des dommages causés par leurs +troupes au château de Livron[179] (11 kalendes de juin 1428). Charles +VII intervint quelques mois plus tard en faveur de Jean de Champerons, +seigneur de la Porte, dont quelques biens et héritages avaient été +confisqués par les Avignonnais et les Comtadins: «Veuillez, pour amour +et honneur de nous, faire délivrer à nostre bien aimé escuyer Jehan de +_Champerons_ ses héritaiges et aultres biens meubles, les quelz soubz +umbre du débat qui naguères a esté entre nostre aimé et féal +chevalier, conseiller et chambellan Giefroy le Meingre du Bouciquault, +d'une part, et vous et les habitans de la ville d'Avignon, d'autre, +avaient esté pour empeschiez. Et que avons esté assuré que le dit +_Champerons_ ne s'estoit auculnement entremis ne meslé du débat dessus +dit, mais s'estoit durant icelluy tousjours tenu en nostre pais de +Touraine[180].» Il semblerait donc résulter de ce document que déjà, +avant le siège de Livron, plusieurs des officiers de Geoffroy +l'avaient abandonné, puisqu'il est avéré que Jehan de Champerons se +trouvait en Touraine en 1428. Quant à Boucicaut, il se retira dans sa +terre de Bridoré, dont il avait hérité en 1421, après la mort de son +frère[181]. Il y mourut l'année suivante, en 1429[182], comme +l'indique, d'une façon certaine, une instance en justice reprise à la +fin de 1429 par sa veuve, Isabelle de Poitiers. L'héritage +considérable, en titres il est vrai plutôt qu'en biens immeubles dans +les terres de l'Église, passa à ses deux fils, Jean et Louis, dont les +revendications ultérieures donneront au dauphin Louis un premier +prétexte pour intervenir dans les affaires intérieures du +Venaissin[183]. + + [178] De Coston, _Hist. de Montélimar_, I, 496, 499. + + [179] Arch. municip., B. 36, no 2, Cott. B. + + [180] Donné en nostre chastel de Lezignen, le 5e de novembre + 1428. Orig.--Arch. municip., B. 36. + + [181] Le Maréchal n'avait eu d'Antoinette de Turenne qu'un fils + qui fut tué à la bataille d'Azincourt (1415). + + [182] Arch. de Tours. Communication de M. de Grammaison, + archiviste d'Indre-et-Loire.--Cf. de la Chesnaye des Bois, + Diction. XIII, p. 590, le fait mourir en 1429.--L'abbé Chevalier + fait à tort mourir Geoffroy en 1407. _Répert. des sources + historiq._, p. 339. + + [183] Voy. chap. iv, pp. 96-97. + +Les conséquences du schisme qui divisait l'Église ne devaient pas +tarder à ramener l'attention de Charles VII sur les événements qui se +déroulaient dans les États du Saint-Siège. Martin V, qui avait réussi +à préserver ses domaines de l'invasion de Louis de Châlons, prince +d'Orange, en 1430, et des troupes royales[184], était mort au moment +où allait s'ouvrir le concile de Bâle, le 17 février 1431[185]. Son +successeur, Eugène IV (Gabriel Condulmaro)[186], annonce son élection +aux syndics d'Avignon, par bref du 12 mars 1431[187]. Or, comme le +jour de l'ouverture du concile il n'y avait que douze prélats +présents, il décida de transporter l'assemblée à Bologne, afin de +pouvoir s'occuper plus tranquillement des intérêts de ses domaines +citramontains[188]. En attendant, il engageait les Avignonnais à +prendre conseil du cardinal de Saint-Eustache[189], légat +extraordinaire du Saint-Siège dans cette ville, homme de grande +sagesse, et dans lequel le Saint-Siège avait la plus entière +confiance. Alphonse Carillo, cardinal diacre du titre de +Saint-Eustache, bien que d'origine espagnole[190], avait fait preuve +des sentiments les plus conciliants et les plus bienveillants +vis-à-vis de la Cour de France dans le règlement des différends +soulevés à propos des limites du Rhône, et que le Saint-Siège lui +avait donné mission de résoudre en 1430. Malgré sa nationalité, +Alphonse Carillo était l'homme des intérêts français, et Charles VII +était dans l'obligation de le ménager. Aussi le roi, désireux de voir +nommer à titre définitif, comme légat à Avignon, un haut dignitaire +ecclésiastique, pour servir les desseins de la politique française, +prie les syndics d'Avignon de mettre à profit le crédit et l'influence +dont ils disposent à Rome pour obtenir la nomination du cardinal de +Saint-Eustache à Avignon, «qu'il lui plaise ordonner nostre très cher +et aimé cousin le cardinal de Saint Eustace (_sic_), estant de +présentement en la ville d'Avignon son vicaire, ès partie deça les +monz come avez sceu par nos diz ambassadeurs en passant par la dite +ville. A la quelle requeste nous entendu avons nostre dit Saint Père à +aucunement différer et encores diffère dont nous donne grans +merveilles, attendu les grans biens que à cause de ce pourroyent +advenir à tous les pais de par deça». Charles VII insistait en faisant +valoir les avantages que ce choix procurerait tant au royaume de +France qu'aux États de l'Église; il les invite «à y envoyer pour ce +messagiers exprès qui poursuivront, avec nos ditz ambassadeurs, la +chose au nom de la cité d'Avignon. Nous vous prions bien a certes pour +tout l'amour et bienvueillance qu'avez à nouz et à nostre dit royaume, +et surtout le plaisir et service que nous ferez que ceste chose pour +nostre dit cousin de Saint Eustace et non pour aultre, vous vueillez +poursuivre devers nostre dit Saint Père, de manière quelle sortisse +son effect et y envoyer pour ce faire gens notables. Et ce vueillez +faire telle promte et bonne diligence que nous cognoistrons que vous +avez tousjours le bien de plus en plus de nous et de nostre royaume +dont estes prouchains voisins, comme devez, et le service que en ce +nous ferez recognoistrons en temps et en lieu envers vous et la dite +ville d'Avignon[191]». + + [184] Bref de Martin V, juin 1430. Arch. municip., origin., + B.--Cf. Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, 139 et suiv.--Dom + Vaissette, IX{2}, p. 1107. + + [185] Dareste, _Hist. de France_, III, p. 136.--Mgr Héfelé, + _Hist. des Conc._, XI, pp. 185, 187. + + [186] C'est le véritable nom. Il était d'une noble famille de + Venise et neveu de Grégoire XII qui l'avait fait + cardinal.--Pastor, _loc. cit._, I, p. 293, not. 1. + + [187] Chambaud, _Rec. mss. sur Avignon_, I, fol. 166. + + [188] In futuro bononiensi Concilio cui Deo propicio interesse et + præsidere desideramus de tranquillitate et bono statu Civitatis + nostræ Avenionensis et illarum partium opportune providebimus. + Arch. municip., B. IV. + + [189] Bref du 6 janvier 1431. Arch. municip., B. 36, no 8. + + [190] Reynard Lespinasse, _Armorial de l'État d'Avignon_, p. + 145.--Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115. + + [191] Arch. municip., B. 4, no 24, origin., donné à Selles le + dernier jour de mars 1432. + +Pour complaire à la demande de Charles VII, les Avignonnais +s'empressèrent d'appuyer auprès du Saint-Siège la candidature du +cardinal de Saint-Eustache, mais Eugène IV leur fit savoir que la +présence du cardinal comme légat du Saint-Siège en Espagne était +indispensable au moment où la papauté se trouvait aux prises avec tant +de difficultés[192]. En même temps, pour mettre fin à toutes ces +démarches dictées par la France, Eugène IV annonça à ses sujets d'en +deçà la triple promotion de son frère Marc Condulmaro aux fonctions +d'évêque d'Avignon, de légat du Saint-Siège et de recteur du +Venaissin (31 mars 1432)[193]. Le nouveau légat vint aussitôt prendre +possession de son siège, et les États furent convoqués pour prêter +serment de fidélité. De violentes protestations s'élevèrent à +Carpentras et à Avignon contre le cumul, entre les mains du même +personnage, de fonctions si élevées et qui ne pouvaient pas être +réunies sans préjudice pour les intérêts du pays[194]. En même temps, +on attaquait violemment les moeurs privées du nouveau représentant de +la papauté[195]. La guerre éclata de nouveau dans les domaines de +l'Église. D'un côté, Eugène IV, décidé à maintenir son frère envers et +contre tous; de l'autre, les Avignonnais refusant de reconnaître Marc +Condulmaro et se plaçant sous la protection du concile de Bâle. Le +schisme qui divisait l'Église mettait ainsi les armes à la main aux +partisans du pape contre ceux du concile. La position du roi de France +ne laissait pas d'être embarrassante. Au fond, Charles VII était pour +les Avignonnais et pour le candidat du concile, Alphonse Carillo[196], +mais il lui répugnait d'engager directement la lutte contre le pape. +Aussi, dans ses lettres patentes données à Amboise le 20 juillet +1432[197], Charles VII s'empresse-t-il de déclarer que les sujets du +roi devront garder une stricte neutralité à l'occasion de la querelle +qui s'est élevée entre les sujets de l'Église et leur légat. Dans ce +but, il écrit: «Et pour ce que nous ne sommes pas advertiz des causes +des dites divisions et guerre, ni du bon droit ou tort et querelles +des dites parties ne quelles autres ceste matière peut toucher, et +aussi que pour le faict de noz guerres contre les Anglais, autres +ennemys et adversaires de nous et de nostre royaume, il nous est +besoin de nous ayder et servir en plusieurs et diverses marches et +pays de nos vassaux et subgiectz, aux quelz se appartient, de +entremettre de la dite guerre à Avignon, ne doit faire partie d'un +cousté ne de l'autre, ne nous ne voulons que aucunement s'en +entremettent sans nos congiés et licence.» + + [192] Bref de mars 1432.--Arch. municip., B. IV. «Cum ejus + (Cardinalis Sancti Eustachii) consilio propter gravia imminencia + negocia plurimum indigeamus.» + + [193] _Armorial d'Avignon_, p. 63.--Cf. Cottier, Not. sur les + Recteurs. + + [194] _Reg. des États_, arch. départ., G. 13, fol. 134.--Cf. + _Amplissima collectio_, VIII, 649. + + [195] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, pp. 94, 95. + + [196] Sa lettre du dernier jour de mars 1432 aux syndics + d'Avignon le montre clairement. + + [197] Fornéry, _Hist. ecclés._, fol. 429, 430 (Copie). + +Pendant ce temps, le concile de Bâle, qui avait accueilli très +favorablement la demande d'intervention des Avignonnais, avait +nommé, avec mission temporaire, comme légat d'Avignon, Alphonse +Carillo, cardinal de Saint-Eustache, à la place de Condulmaro,qui +était ennemi du concile (inimicus concilii)[198] (20 juin 1432). Ce +dernier, obligé de quitter son siège, se réfugia à Rome et fut +transféré, peu après, à l'évêché de Tarentaise[199]. C'est ce même +évêque que le pape Eugène IV délégua pour aller chercher les Grecs +à Constantinople, en 1437. Les Avignonnais témoignèrent +publiquement leur reconnaissance aux pères du concile[200]. + + [198] _Amplissima collectio_, VIII, p. 649.--Cf. Fantoni, I. p. + 315.--_Recueil Massilian_, XXII, fol. 57, vo.--Dom Vaissette, IX. + p. 1115.--Cottier, _loc. cit._, p. 124. + + [199] Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 46.--Cf. Cottier, _loc. + cit._, p. 124. + + [200] 25 août 1432. _Amplissima collectio_, VIII, p. + 163.--Massillian, _Collect. Chart._, XXI, fol. 368. + +Cette attitude des Avignonnais, encouragée par Charles VII qui +s'appuyait sur le concile, était un acte de révolte contre la papauté. +Martin V, pour complaire au roi de France et s'assurer son appui, +résolut d'opposer au candidat du concile un prélat énergique, +diplomate de premier ordre et qui était à Rome le confident du +Saint-Siège[201]. Ce choix avait encore une autre importance, il +ramenait au pape les Avignonnais, dont Pierre de Foix était à Rome, +depuis 1428, le protecteur avéré[202]. Le 16 août 1432, Pierre de Foix +était nommé légat du Saint-Siège à Avignon, et le 18 des kalendes de +janvier[203], dans une bulle donnée à Rome, Eugène IV déclare que +l'acte illégal du concile est réparé, puisque la ville est maintenant +placée sous l'autorité du légat pontifical[204]. Pendant ce temps, +Alphonse Carillo avait quitté Avignon pour se rendre à Bâle, laissant +le gouvernement de la ville à Philippe, évêque d'Auch[205]. Le but de +son voyage était de demander au concile les subsides nécessaires pour +soutenir, à main armée, la lutte contre le représentant légitime du +pape. Carillo s'adressa d'abord personnellement au fameux capitaine +de routiers, Rodrigue de Villandrando, comte de Ribaudeo, auquel il +emprunta 2,000 écus d'or[206]. La ville d'Avignon dut se porter +garante, comme il appert d'un acte en date du 6 juin 1442, figurant +dans l'inventaire des papiers de la maison de Bourbon[207]. + + [201] Le P. Albi, _Éloges des Cardinaux français et étrangers_. + Paris, 1664, pp. 81 et suiv. + + [202] Pastor, _loc. cit._, I, p. 282. + + [203] Pierre de Foix, né en 1386 ou 1387, était fils de Gaston de + Foix et d'Éléonore de Navarre, qui fut depuis reine de Navarre, + succédant à son père Jean d'Aragon. Créé cardinal par Benoît + XIII, en 1409, à l'âge de vingt-deux ans, il fut successivement + évêque de Lescar, de Comminges, d'Albano, administrateur de + l'archevêché de Bordeaux et de l'évêché de Dax, archevêque + d'Arles et abbé de Montmajour. Abandonnant le parti de Benoît + XIII, il assista au concile de Constance où il se fit remarquer + comme orateur, prit part à l'élection de Martin V (1417) qui le + légitima comme _cardinal_ en 1419 ou 1418. Il fut envoyé, en + 1425, en Espagne par Martin V, auprès d'Alphonse d'Aragon et fit + preuve d'une grande finesse diplomatique. Ce fut encore lui qui, + par ses voyages en Espagne, en 1426 et 1428, après la mort de + Benoît XIII, obtint que le pseudo-pape Clément VIII (Gilles + Nunoz) se démît (26 juillet 1429). Le succès de cette ambassade + prépara la fin du schisme (Pastor, _loc. cit._, I, p. 282). + Attaché comme cardinal auprès de Martin V, il occupait à Rome une + des situations les plus en vue dans le Sacré-Collège, lorsque + Eugène IV le nomma légat d'Avignon (16 août 1432). Installé dans + son siège par la force des armes (juin 1433), Pierre de Foix + administra avec la plus grande sagesse les États du Saint-Siège + et sut même, dans les circonstances les plus difficiles, + concilier les intérêts de l'Église avec ceux des rois de France. + On ne l'appelait que «le bon légat». A l'inverse des autres, il + résida pendant toute sa carrière à Avignon et embellit la ville + de plusieurs monuments. Savant distingué, il avait réuni une + magnifique collection d'ouvrages, dont beaucoup provenaient de la + bibliothèque de Benoît XIII. Sa biographie est une des pages les + plus intéressantes de l'histoire du pays et se rattache à tous + les événements qui mettent en relations les rois de France avec + les États du Saint-Siège, de 1432 à 1464. Estimé et apprécié des + papes, qui l'avaient maintenu à Avignon, tenu en grande affection + par Charles VII et par Louis XI, le cardinal de Foix mourut à + Avignon, après une assez longue maladie, le 13 décembre 1464. + + Voy. le P. Henry Alby, _Éloge des Cardinaux_, pp. 81 et + suiv.--_Chronique de Saint-Denis_, VI, p. 175.--_Gallia + christiana_, I, pp. 1163, 1164.--_Lettres de Louis XI_, II, p. 21, + not. 1.--Pastor, _Hist. de la Papauté_, I, p. 282.--Delisle, + _Cabinet des Manuscrits_, 1868, I, pp. 494, 497.--Tamizey de + Laroque, _Note tirée de la correspondance de Peiresc_, p. + 182.--Collection des Documents inédits. + + [204] _Amplissima collectio_, VIII, pp. 163, 164, note (a). + + [205] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 95.--Cf. Arch. + municip., Acte du 6 mai 1433 «Cum ipse dominus Cardinalis ad + eamdem sanctam synodum gressus suos direxisset et Reverendissimum + Philippum Archiepiscopum Auxitanensem locumtenentem et + gubernatorem constituisset et deputasset». Ce ne peut être qu'en + décembre ou janvier 1433 que Carillo se rendit à Bâle, puisque + Jean de Poitiers convoque en son nom les États du Venaissin le 2 + décembre 1432. _Reg. des États_, G. 12, fol. 7. + + [206] Quicherat, _loc. cit._, pièces justificat., XIII, pp. 226 + et suiv. + + [207] Invent. des Arch. nation., _Maison de Bourbon_, t. II, p. + 275. + +La désignation de l'archevêque d'Auch comme légat intérimaire eut pour +conséquence de transporter à Avignon la vieille animosité des deux +maisons de Foix et d'Armagnac[208]. C'était une guerre nationale dans +les États de l'Église. Le cardinal de Poix ne recula pas, comme dit +Quicherat, devant remploi de ce qu'on appelait alors «le bras +séculier» et fit appel à ses deux frères, les comtes de Foix et de +Comminges. D'un autre côté, le concile, à l'instigation de Carillo, +écrivit à Rodrigue de Villandrando[209] de faire une diversion du côté +du Languedoc, «invadere patriam linguæ occitaneæ[210]». Rodrigue se +porta au-devant des troupes gasconnes. Pendant ce temps, le comte de +Foix, sous prétexte de repousser les bandes de Rodrigue, faisait voter +70,000 moutons d'or par les États du Languedoc outre les 20,000 déjà +accordés; mais, en réalité, cet argent devait lui servir à s'emparer +d'Avignon[211]. Informé des dispositions du célèbre routier, le +comte de Foix laisse à Villeneuve-les-Avignon son frère le cardinal, +avec quelques gens d'armes, et se porte rapidement vers le +Pont-Saint-Esprit pour franchir le Rhône (mars 1433)[212]. Avignon et +le Venaissin étaient dans la consternation. Les États, réunis à +Carpentras sous la présidence de Jean de Poitiers, votent 10,000 +florins d'or pour la défense du pays et invitent le recteur à aviser +tous les châtelains, bailes et syndics de faire bonne garde, _per +litteras rigorosas et formidabiles_[213] (4 mai 1433). Dans leur +détresse, les Avignonnais, brouillés avec le pape, implorent +l'intervention de Charles VII et se font fort de sa protection auprès +du comte de Foix[214]: «Très hault et puissant prince et redoubté, +qu'il plaise à vostre dite très excellente seigneurie de intercéder +envers le roy, qui est protecteur et bras de l'Église, qu'il luy +plaise nous donner et octroyer provision que nulle violence ne +dommaige ne soient faiz à nostre dit Saint Père le Pape ne à la terre +de l'Église par ledit Comte ne son exercite, et sur ce obtenir lettres +prohibitives qu'ils soient préservez de tout inconvénient que pourroit +advenir.» La ville en même temps se préparait à la résistance, +désignait au nombre de dix ou de douze les Élus de la guerre, +contractait des emprunts et informait le concile de Bâle de la marche +en avant des troupes gasconnes[215]. Forte de 2,000 cavaliers et 200 +fantassins, l'armée du comte de Foix avait envahi le comté par le +nord. Le 12 mai 1433, les gens d'armes gascons entrent à +Malaucène[216], où ils font un certain nombre de prisonniers; ils +occupent Bollène. Personnellement, le candidat était accompagné de +plusieurs conseillers, notamment d'évêques et de plusieurs abbés, dont +le célèbre évêque de Conserans, Tristan d'Aure, auteur de tout le mal. +Ce dernier fait des avances aux Avignonnais et aux Comtadins[217]. +L'Abbé de Lézat se rend auprès de Jean de Poitiers, recteur du comté, +pour lui faire des propositions de paix au nom de son patron. D'abord +hésitants, les gens du Venaissin se rapprochent du parti du nouveau +légat[218]. Le 13 mai 1433, Carpentras et la plupart des villes +ouvrent leurs portes au cardinal qui fait une entrée triomphale à +Monteux et se prépare à emporter d'assaut le château du Pont de +Sorgues, qui était la clef de la défense d'Avignon. Pendant que le +cardinal soumettait ainsi l'un après l'autre les villes et villages de +sa légation, Jean de Grailly[219], captal de Buch, un des plus +audacieux capitaines, de l'armée du Comte de Foix, était venu mettre +le siège devant Avignon[220]. Les assiégeants avaient disposé en +batterie, contre les remparts, des balistes, catapultes, trébuchets et +autres engins de guerre qui lançaient pardessus les murailles +d'énormes quartiers de rochers écrasant maisons et habitants[221]. La +panique s'était emparée des Avignonnais. Les uns, partisans de +Carillo et du concile, soutenaient l'archevêque d'Auch et prêchaient +la résistance à outrance. Les autres, au contraire, gagnés par les +flatteries du cardinal, étaient d'avis d'ouvrir les portes aux +assiégeants. Sur ces entrefaites, une sédition éclata dans la ville +et, grâce à cette diversion, le cardinal entra dans Avignon par la +brèche, sous la bannière de ses frères, pendant que l'archevêque +d'Auch s'enfuyait par une poterne[222] (juin 1433). Quant à Rodrigue +de Villandrando, soit qu'il jugeât ses forces numériquement trop +inférieures à celles du comte de Foix, soit, comme on peut le +présumer, que le cardinal eût acheté sa retraite à prix d'argent[223], +il traversa le Rhône avec ses bandes pour aller ravager le +Rouergue[224]. Ainsi se terminait le siège d'Avignon qui avait mis aux +prises, sur un autre terrain, le pape et les cardinaux dissidents de +Bâle. La victoire restait en définitive au pape de Rome; et la Cour de +France, bien qu'ayant observé une prudente réserve, y trouvait son +compte, car le pays ne pouvait pas désirer un légat plus foncièrement +français et plus dévoué au bien de sa patrie que le cardinal de Foix. +Dans tout le cours de sa longue carrière (1432-1464), sans oublier ce +qu'il devait aux papes et à l'Église, Pierre de Foix servit, avec un +zèle constant, la politique de Charles VII, comme celle du dauphin +Louis, dans les circonstances où les événements le firent négociateur +et arbitre des intérêts opposés. + + [208] Quicherat, _loc. cit._, p. 95. + + [209] 26 mai 1433. D'après Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115, not. + 1.--Cf. Quicherat, _loc. cit._, pp. 94, 95. + + [210] _Testament du cardinal de Foix_.--Chambaud, _Recueil des + Chartes_, mss., I, fol. 47. + + [211] Quicherat, _loc. cit._, p. 97.--Cf. Raynald, _Annal. + ecclés._, t. IX, p. 134, et _Carton des Rois_, p. 450, no 2073. + + [212] _Reg. des Etats_, G. 12, fol. 16-18. + + [213] _Ibid._, G. 12, fol. 19. + + [214] Arch. municip., 13 avril 1433. Lettre inédite des consuls + d'Avignon au comte de Foix (Minute). + + [215] 12 mai 1433. _Amplissima collectio_, VIII, 592, 593. + + [216] Arch. municip. de Malaucène, _Reg. des délibérat. du + Conseil_, fol. 72, vo.--12 mai 1433. _Amplissima collectio_, + VIII, 594. + + [217] _Reg. des délibérat. des États_, G. 12, fol. 11. + + [218] _Amplissima collectio_, VIII, 594. + + [219] Fils de Jean de Grailly, captal de Buch.--Cf. Dom + Vaissette, IX{2}, p. 1114. + + [220]..... et appropinquans civitatem Avenionis per terram et per + aquam obsidionem apponi fecerit personaliter ibi existens cum + multitudine hominum copiosâ. Arch. municip., acte du 6 mai 1433. + + [221] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 98, not. 2. + + [222] Quicherat, _op. cit._, p. 99. + + [223] Ce qui inclinerait à le faire croire ce sont les demandes + fréquentes de grosses sommes d'argent que le cardinal de Foix ne + cessa d'adresser aux États pour payer les frais de la guerre. + _Reg. des États._ + + [224] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115. + +Charles VII ne cessa d'entretenir les meilleurs rapports avec le +nouveau légat. En 1435, sur l'ordre du roi, le gouverneur du +Languedoc, manquant d'argent, dans l'attente du paiement de l'aide +votée par les États, emprunte 10,000 moutons d'or à des marchands +d'Avignon pour secourir Saint-Denys[225]. Mais les agissements des +pères réunis à Bâle ne tardèrent pas à donner au roi une occasion de +faire connaître aux Avignonnais ces dispositions favorables, tout en +mettant à exécution un projet qui répondait aux secrets désirs de +Charles VII. Au mois de juin 1436, le concile de Bâle livré à des +querelles de personnes, était devenu le théâtre de violences +regrettables et de discussions scandaleuses, à ce point que le +cardinal de Pavie, Æneas Sylvius Piccolomini, appelait cette assemblée +«la synagogue de Satan[226]». Charles VII, toujours désireux de mettre +un terme aux divisions qui agitaient l'Église, avait envoyé à Bâle une +ambassade pour demander que le pape fût traité avec respect et +déférence, et qu'une ville fût désignée où seraient convoqués, en vue +d'une union générale, les représentants de l'Église grecque[227]. Lyon +réclamait pour elle, mais le concile hésitait entre Rome, Pise, +Florence et Sienne. Le 7 mai 1433, le concile avait décidé, à une +majorité très contestable, puisque beaucoup de membres ayant pris part +au vote n'avaient pas droit de suffrage, que le concile se tiendrait +soit à Bâle, soit à Avignon, soit dans une ville de Savoie. Le choix +d'Avignon plaisait particulièrement à Charles VII qui voyait là une +occasion d'accroître son prestige personnel et d'attribuer à la +France un rôle prépondérant dans l'apaisement du schisme. Par lettres +du 11 février 1433, le roi de France informa les pères du concile +qu'il se prononçait pour Avignon[228]. Il promettait, à cette +occasion, son concours le plus actif. Il enverrait à l'empereur de +Constantinople des lettres pour l'engager à s'y rendre. Il donnerait +un sauf-conduit aux prélats aragonais et autoriserait la levée d'une +«_décime_» sur les bénéfices ecclésiastiques du royaume pour faire +face à la dépense, mais à la condition que «cette décime» ne pourrait +pas être perçue avant le mois de mai 1437[229]. Les pères du concile +étaient divisés en deux partis. Les uns, notamment les Grecs, +repoussaient le choix d'Avignon pour une ville italienne, autant que +possible une ville maritime, en vue des facilités de transport. Les +cardinaux français et italiens, notamment Louis Alemand, cardinal +d'Arles et le plus fougueux adversaire d'Eugène IV, Tedeschi, +archevêque de Palerme, préconisaient le choix d'Avignon. Enfin, après +un débat tumultueux, le concile décida, le 3 février 1437, que, si +dans cinquante jours la ville d'Avignon n'avait pas compté les 70,000 +ducats d'or dont elle s'était obligée à faire l'avance pour le +transport des Grecs, on renoncerait au projet de transfert dans cette +ville[230]. La communauté s'était mise en mesure de remplir des +engagements écrasants pour ses finances. Charles VII, de son côté, par +lettres patentes données à Montpellier, le 17 avril 1437, et +confirmées le 10 mai suivant[231], prescrivit la levée «d'une décime» +sur les bénéfices des seize personnes ecclésiastiques composant son +conseil, hormis deux, et demanda même à la ville d'avancer au trésor +royal certaines sommes sur ses ressources personnelles pour les frais +occasionnés par la convocation du futur concile[232]. Mais la ville, +malgré l'appel fait à tous ses concitoyens, ne put pas réunir la somme +convenue. Du reste, dans l'intervalle, de graves événements s'étaient +passés au sein du concile. Dans la réunion du 7 mai 1437, les deux +partis, dit Héfelé, semblables à deux armées ennemies en présence, +avaient été sur le point d'en venir aux mains[233]. La minorité, +composée de la partie la plus saine du concile, ayant droit de +suffrage, opta pour les Grecs et le choix d'une ville italienne. Le +décret rendu par elle fut scellé avec le sceau du concile enfermé dans +une armoire dont la serrure avait été forcée, ce qui équivalait à un +faux. Malgré l'opposition de la majorité, composée des prélats +français et de la masse des clercs et abbés n'ayant pas droit de vote, +Eugène IV reconnut valable la décision de la minorité, et le choix +d'Avignon fut définitivement écarté (7 juillet 1437)[234]. C'était un +échec pour Charles VII et pour la France, mais Eugène IV triomphait. +Au fond, le pape, s'il ne s'était jamais ouvertement prononcé contre +le transfert à Avignon, ne partageait pas à cet égard l'opinion de la +majorité des pères qui étaient ses plus ardents ennemis. Le souvenir +des vexations et des déboires de Benoît XIII, dans cette même ville, +hantait l'esprit du souverain pontife; l'accueil fait à son frère par +les Avignonnais en 1432, et leur attachement à Carillo, légat du +concile, n'étaient point de nature à l'encourager à se prononcer pour +Avignon. Et nous croyons les appréhensions du souverain pontife +justement fondées, car le transfert à Avignon, étant données les +dispositions de la majorité, c'était la papauté livrée aux mains des +cardinaux factieux. Cependant les pères restés à Bâle étaient trop +irrités contre Eugène IV pour abandonner la lutte. Le 31 juillet 1437, +ils proclament le pape contumace[235]. Le 18 octobre, ils suppriment +la bulle transférant le concile à Ferrare et, le 14 janvier, ils +prononcent la suspension d'Eugène IV[236]. De son côté, par lettres du +23 janvier 1437, Charles VII défend aux prélats de son royaume et du +Dauphiné de se rendre à Ferrare[237] pour répondre à la convocation du +pape. Le roi ne perdait pas espoir de faire revenir au choix +d'Avignon. A cet effet, il écrivait à Jean Paléologue de s'y rendre, +lui promettant qu'il y viendrait en personne et que, certainement le +pape ne manquerait pas d'y assister[238]. Occupé, dans le courant de +l'automne 1437, au siège de Montereau[239], Charles VII entretient +encore les Avignonnais dans leurs espérances à propos du voyage des +Grecs et de la translation du concile à Avignon: «Et avons tousjours +ferme propos et intencion de aider et donner toute faveur et confort à +vous et à toute la cité d'Avignon, en l'exécution de l'oeuvre +encommencée et ce mestier est vous garder et defendre saucunz vous +vouloient donner empeschement ou porter dommaige à l'occasion de ce, +et d'en escrire à nostre Sainct Père le Pape ou ailleurs ou besoin +seroit.» Il insiste à diverses reprises auprès de l'empereur de +Constantinople en disant que la nation de France avait mis en avant le +choix d'Avignon[240]. + + [225] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 475. + + [226] Héfelé, _loc. cit._, XI, p. 363. + + [227] De Beaucourt, III, p. 339. + + [228] De Beaucourt, III, p. 339. + + [229] _Id._, III, p. 340. + + [230] Héfelé, _loc. cit._, XI, pp. 358, 359. + + [231] Arch. municip., B. 34, no 29, Cott. E.E.--Arch. municip., + B. 34, no 37. Cott. C.C. + + [232] Lettre royale du 5 mai 1437; De Beaucourt, III, p. 475. + + [233] Héfelé, _loc. cit._, XI, p. 362. + + [234] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 34. + + [235] Héfelé, XI, pp. 367, 379, 381. + + [236] _Id._, XI, pp. 367, 381. + + [237] _Rec. des Ordonn._, XIII, pp. 255, 256. + + [238] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 343. + + [239] Charles VII était venu mettre le siège devant Montereau le + 21 septembre 1437.--Cf. de Beaucourt, III, p. 49. + + [240] Donné au siège de Montereau ou Fault-Yonne le dernier jour + de septembre 1437. Orig., Arch. municip., B. 38, no 96. + +Pendant ces pourparlers qui ne devaient pas aboutir, les pères du +concile avaient consommé leur rupture avec le pape. Le 24 janvier +1438, Eugène IV était «suspendu» par l'assemblée de Bâle, et +l'autorité pontificale était transférée au concile[241]. C'était le +triomphe de la suprématie du concile sur la personne du souverain +pontife, idée qui depuis le commencement du schisme, et surtout depuis +Benoît XIII, avait fini par prévaloir dans les moeurs ecclésiastiques. +Comme conséquence, et pour examiner les décisions prises par +l'assemblée de Bâle, Charles VII convoqua à Tours, pour le mois de mai +1438, le clergé de France, qui tint sa réunion à Bourges, le 1er mai +1438. C'est de là que sortit la pragmatique sanction. Ces derniers +événements, qui avaient profondément agité l'Église de France, +mettaient fin au projet de la réunion du concile à Avignon. Mais la +ville avait fait antérieurement des avances pour aller quérir les +Grecs, et demandait, si elle n'avait pas le concile, à être remboursée +de ses débours[242]. Charles VII, qui avait contribué personnellement +à jeter la ville dans ce projet onéreux, donna satisfaction aux +Avignonnais par lettres patentes datées de Bourges le 14 juillet 1438, +en obligeant le paiement, tant dans le royaume qu'en Dauphiné, «de la +décime» imposée sur les bénéfices ecclésiastiques, en vue de +rembourser les 70,000 ducats d'or avancés par la ville et dont le roi +avait profité. «Sur la quelle décime et les denierz que en ystroient +les citoyenz et habitans d'Avignon devoyent estre paiés premièrement +et avant tout euvre de certaine grosse somme de denierz quils ont +payée pour aler quérir les empereur et patriarche de Constantinople et +autres du pays de Grèce et les conduire et amener au dit lieu +d'Avignon ainsi qu'il avait este traicté, accordé et promiz aux dits +citoyens et habitanz d'Avignon.» Mais les avances de la ville furent +partiellement perdues. En 1459[243], les Avignonnais sont obligés +d'envoyer en Savoie, en Dauphiné, à Lyon, à Mâcon, un ambassadeur +spécial, Michel de Valperge, qui, muni d'une lettre de la +collectairie, après l'assentiment de Jehan de Grolée, prévôt de +Montjou, recueille pour le compte des Avignonnais de l'argent partout +où il se trouve: «Je passeray au partir de ceste ville à Machon et à +Lion et à Vienne et pour le pays du Dalfiné et pranderay tout argent +que je troveray prest et tout envoieray jour de An[244].» On voit donc +par ce document que malgré les engagements qu'il avait pris vis-à-vis +de la ville d'Avignon, Charles VII n'avait pu la faire rentrer dans +ses déboursés. Malgré la promulgation de la pragmatique, Charles VII +ne cessa pas d'avoir avec Eugène IV des rapports cordiaux. Bien que le +pape eût excommunié les pères du concile (4 septembre 1439) et que ces +derniers en réponse eussent donné la tiare à Amédée VIII de Savoie +(Félix V) (5 novembre 1439), le roi continua à ne reconnaître comme +légitime que le pape de Rome, pour lequel il montrait la plus grande +déférence, sans toutefois consentir à aucune concession relativement à +la pragmatique. + + [241] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 343. Cette doctrine, + déjà proclamée par le concile en 1433, avait fait d'énormes + progrès dans l'opinion.--Cf. de Beaucourt, III, p. 333; Héfelé, + XI, 274, 276. + + [242] La cité d'Avignon avait donné 300 écus pour amener les + Grecs à Bâle. Cette somme fut confiée à Louis de la Palud, + cardinal de Varambon, qui ne la restitua qu'en 1455 après + d'innombrables réclamations. Arch. municip., Origin., B. 34. + + [243] Lettre inédite de Michel de Valperge aux consuls d'Avignon, + datée de Thonon le 24 septembre 1459. Arch. municip., série A.A. + + [244] Lettre du 24 septembre 1459. Arch. municip., Origin., série + A.A. + +De son côté, Eugène IV se ménageait l'appui de la France. L'année +après que le concile eut été transféré de Florence à Rome (26 avril +1441), Eugène IV envoyait à Charles VII une ambassade avec mission de +passer par Avignon pour saluer le cardinal de Foix, en vue de +témoigner au roi de France toute sa déférence[245]. Le concile de Bâle +tint sa dernière session le 16 mai 1443, en l'absence de Félix V, fixé +à Lausanne. Il n'avait plus à compter, et faiblement encore, que sur +l'appui de l'empire. Son rôle était fini et Eugène IV rentrait à Rome, +le 23 décembre 1443[246], avec le prestige d'une autorité fortifiée. +Néanmoins, les chefs de la majorité, entre autres Louis Alemand, +continuant la lutte, tentèrent de susciter des difficultés au +Saint-Siège dans ses États d'en deçà, ce qui amena le projet de traité +passé entre Eugène IV et le dauphin Louis, en novembre 1444, à l'insu +de Charles VII. + + [245] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 378. + + [246] Héfelé, _loc. cit._, XI, 533.--De Beaucourt, III, p. 383. + + + + +CHAPITRE III + +Le Dauphin Louis et le projet de traité secret avec le Saint-Siège +(novembre 1444). + + Le dauphin Louis.--Première tentative pour s'emparer d'Avignon et + du comté Venaissin.--Négociations entre le Dauphin et le pape + Eugène IV.--Rôle du cardinal de Foix.--Protestation des + États.--Le projet échoue (novembre-décembre 1444). + + +Les relations de Louis XI avec les États pontificaux de France +constituent l'un des chapitres les plus intéressants de ce règne et +l'un des moins connus. Ni Mathieu, ni l'abbé Legrand, ni Duclos n'ont +soupçonné ce côté, cependant si curieux, de la diplomatie secrète d'un +souverain dont ils ont étudié la politique dans ses moindres détails. +Parmi les auteurs contemporains, M. Legeay n'a rien tenté pour combler +cette lacune. Seul, M. de Beaucourt, dans la remarquable étude qu'il a +consacrée aux rapports de Charles VII avec son fils, a indiqué en +quelques lignes les accusations portées contre le dauphin Louis que +son père soupçonnait avec raison de vouloir mettre la main sur les +possessions du Saint-Siège situées sur les bords du Rhône. + +La politique de Louis XI, dans ses rapports avec les États du +Saint-Siège, comprend cinq phases bien caractérisées: + +1º (_1444_). Louis, dauphin, cherche à s'emparer de l'administration +d'Avignon et du Comtat par voie de négociations secrètes engagées dans +ce but avec le pape Eugène IV. + +2º (_De 1447 à 1452_). Le dauphin noue plusieurs intrigues qui doivent +lui faciliter l'occupation du Comté. Il lance indirectement des +expéditions à main armée contre les frontière des États; des violences +sont commises par les officiers et agents du dauphin contre les +personnes et les biens des sujets pontificaux. Il soulève la question +de la succession des Boucicaut et ne s'arrête que devant +l'intervention directe de Charles VII. + +3º (_De 1463 à 1464_). Louis XI se prépare à recueillir la succession +du cardinal de Foix en imposant au Saint-Siège un légat à sa dévotion +qui sera l'instrument de la politique royale à Avignon et dans le +Comté. + +4º (_De 1468 à 1470_). Louis XI, dont les visées ont été déjouées par +le pape à propos de la désignation du successeur du cardinal de Foix, +emploie tous les moyens pour obtenir que la légation d'Avignon soit +donnée au cardinal de Bourbon, archevêque de Lyon. Il y réussit, et +désormais l'influence française est prépondérante dans l'ancienne +ville papale. + +5º (_En 1476_). Le conflit entre le roi et Jules de la Rovère, légat +pontifical, fournit à Louis XI un prétexte suffisant pour menacer +d'une occupation militaire les possessions de l'Église, mais le +serment de fidélité prêté par les Avignonnais au roi de France, à Lyon +(juin 1476), apaise momentanément le mécontentement royal. + +Charles VII avait donné à son fils l'administration du Dauphiné par +lettres du _28 juillet 1440_[247], mais ce n'est qu'en 1445 ou janvier +1446 que, brouillé avec la Cour, Louis se retire définitivement dans +son gouvernement et s'installe à poste fixe à Grenoble où il +administre d'une façon indépendante «battant monnaie, levant des +impôts, créant un parlement, fondant une université, courbant sous sa +volonté le clergé et la noblesse, favorisant et anoblissant les +bourgeois, épousant sans le consentement paternel Charlotte de Savoie, +contractant des alliances avec ses voisins ou leur déclarant la +guerre, exerçant en un mot le pouvoir d'une manière aussi absolue que +si le Dauphiné avait été séparé de la France[248]». Mais auparavant le +dauphin avait dirigé la campagne contre les Suisses, terminée par le +combat de Saint-Jacques (26 août 1444) qui amenait Louis et ses +troupes aux portes de Bâle[249]. Le concile, qui depuis bientôt treize +ans siégeait dans cette ville, n'était plus que l'ombre de +lui-même[250]; son plus puissant appui, Alphonse V, roi d'Aragon, +avait fait sa paix avec Eugène IV qu'il avait reconnu comme pape +légitime, et rappelé les évêques dont l'archevêque de Palerme, +Tedeschi, était une des lumières du concile (juillet 1444). Dans +l'intervalle, le pape Eugène IV était, après dix ans d'exil, rentré à +Florence (28 septembre 1443), et le concile, abandonné successivement +par ses premiers partisans, n'avait plus comme appui que l'Empire. +Néanmoins, malgré son état de «léthargie», l'assemblée était encore +redoutable pour Eugène IV. Il persistait à soutenir Amédée de Savoie, +Félix V, contre le pape légitime, et il avait décidé, le 16 mai 1443, +qu'à trois ans de là le concile serait transféré à Lyon[251]. + + [247] V. Duclos, _Preuves_, p. 20.--Legeay, _Histoire de Louis + XI_, II, p. 444.--Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, p. 255. + + [248] Charavay et Vaesen, _Lett. de Louis XI_, préface, LXV. + + [249] Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, III, p. 37. + + [250] Pastor, _Hist. des Papes_, trad. franç., I, p. 341.--Mgr + Héfelé, _Hist. des Conciles_, VII, p. 809. + + [251] Vaesen, _Rev. des quest. histor._, XXX, pp. 561, + 568.--Pastor, _Hist. des Papes_, I, p. 340, not. 3. + +Toutes ces décisions, bien qu'émanant d'une assemblée discréditée et +sans force morale, n'en étaient pas moins une cause d'agitation +menaçante pour la paix de l'Église et pour la personne du souverain +pontife. Aussi ne faut-il pas chercher ailleurs la raison qui devait +pousser Eugène IV à placer les États pontificaux de France sous la +protection d'un prince assez puissant pour les défendre, dût la +papauté les perdre pour toujours. Le concile soupçonnait sûrement les +intentions du Saint Père, car, par décision du 26 septembre 1437[252], +il interdit formellement l'aliénation d'Avignon et du Comtat dont +Eugène IV, disait-on, voulait se défaire par peur de voir un pape +rival s'y établir. Les vues du pape s'étaient portées sur le dauphin +de France. On ne saurait en douter en présence des témoignages de +sympathie et des faveurs exceptionnelles qu'il accorde au dauphin +Louis, précisément au moment où se termine la campagne contre les +Suisses. Eugène IV alla-t-il, comme l'affirme M. Vallet de +Viriville[253], jusqu'à engager le dauphin à dissoudre le concile? +nous n'en avons aucune preuve. Mais nous savons qu'Eugène IV, par un +rescrit du 29 août 1444[254], conféra au dauphin le titre de +_Gonfanonier de l'Église_. Ce titre était accompagné d'une pension de +15,000 écus romains sur les revenus de la chambre apostolique. Ces +procédés de la part du pape donnaient la mesure de ses intentions sur +le rôle qu'il destinait au dauphin, lorsqu'un événement d'une certaine +gravité, qui eut pour théâtre Avignon même, contribua à rapprocher +encore le Saint-Siège du dauphin de France, et donna naissance à des +négociations secrètes qui devaient aboutir à la cession des États du +Saint-Siège à l'ambitieux fils de Charles VII sous couleur de +protectorat[255]. Le 15 septembre 1444[256], un certain Hugolin +Alemand, parent du cardinal d'Arles, Louis Alemand, un des prélats les +plus influents du concile de Bâle et l'un des ennemis les plus +acharnés d'Eugène IV, se présenta au lever du jour devant les portes +de la ville, à la tête d'une troupe nombreuse de Savoyards armés, +criant: «Vive Savoye et Papa Félix!» Les assaillants mettent garnison +aux portes de la ville et occupent la porte du Pont. Cette tentative +d'occupation d'Avignon à main armée au nom de l'anti-pape Félix V, +avait été organisée secrètement par Louis Alemand et les pères du +concile qui avaient compté sans l'énergie et l'activité toute +militaires du légat d'Eugène IV à Avignon, le cardinal Pierre de Foix; +mais celui-ci faisait bonne garde et pouvait opposer ses fidèles +gascons aux aventuriers savoyards. Le cardinal appela aux armes tous +les citoyens avignonnais et se mit lui-même à la tête des troupes. +Après quelques heures d'une lutte acharnée, les assaillants furent mis +en déroute, poursuivis dans les environs de la ville et pendus en +grand nombre par ordre du cardinal de Foix. Eugène IV, informé de ce +qui s'était passé, ordonna à l'évêque de Conserans, Tristan d'Aure, +alors gouverneur de la place d'Avignon, de poursuivre avec la dernière +rigueur les partisans de l'anti-pape et de ne faire aucun quartier aux +prisonniers[257]. Alarmé par l'audace de ses ennemis, le pape chercha +pour ses États un protecteur, et Vallet de Viriville[258] avance même +que ce titre fut donné au dauphin _Protector Venaissini_, bien +qu'aucune trace de cet acte ne subsiste dans les registres d'Eugène +IV. Aux comptes secrets d'Eugène IV, nous trouvons à la date du 13 +novembre 1444 une dépense de 158 florins et 25 sols pour l'achat de +deux couvertures d'écurie, couleur écarlate, envoyées au dauphin par +le pape comme cadeau de bonne amitié[259]. Ce que l'on ne saurait +nier, c'est qu'à ce moment, et presque aussitôt après l'attaque +d'Hugolin Alemand contre Avignon, le pape et le dauphin durent engager +des pourparlers secrets en vue de la cession à Louis des possessions +de l'Église sur la rive gauche du Rhône. Grâce aux registres des +délibérations des États nous avons pu reconstituer toutes les phases +de ces négociations si curieuses, et faire connaître un épisode de +l'administration du dauphin Louis resté jusqu'à ce jour absolument +inédit[260]. + + [252] Chambaud, _Recueil mss. sur Avignon_, I, fol. 169. + + [253] _Hist. de Charles VII_, III, pp. 37, 38.--Raynaldi, + _Annales ecclés._, t. XXVIII, p. 426.--Lenfant, _Hist. du concile + de Bâle_, II, pp. 101 et suiv. + + [254] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 226.--Charavay et + Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p. 208, pièc. + justificat.--D'après l'abbé Chevalier, ce titre aurait été + conféré le 25 août 1444.--Voy. _Cartul. de Montélimar_, p. 290, + n. 1, et _Cartul. de Saint-Paul-trois-Châteaux_, f. (l x + j)--Legay, _Hist. de Louis XI_, II, p. 444.--Arch. vatic., Reg. + 368, fol. 44, 45. + + [255] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 37.--Voy. Pilot, + _Catalogue des actes du dauphin Louis II, devenu le roi Louis XI, + relatifs à l'administration du Dauphiné, 1437-1483_. 2 vol. avec + supplément, I, no 140. + + [256] Pour cette tentative sur Avignon, voir Chambaud, _Recueil + mss. sur Avignon_, I, fol. 382, 383, et _Hist. mss. sur Avignon_, + fol. 134;--Denis Hale, notaire, fol. 138;--Laurens, _Hist. mss. + d'Avignon_, fol. 296. + + [257] Bref du 5 des kalendes de février 1445; Arch. municip., + Origin.--Voir Fantoni, _Hist. d'Avignon_, p. 333.--Pièces + justific. nos I et II. + + [258] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 226. + + [259] Arch. secrèt. vatic., Reg. 411. + + [260] Vallet de Viriville, _L. cit._, III, p. 226. + +Le 24 novembre 1444, les États du Comtat se réunirent à Carpentras +sous la présidence de Roger de Foix, abbé de Lézat[261], régent du +Comtat et chargé, de la part du cardinal de Foix, son oncle, de faire +aux élus une communication de la plus haute importance. Il expose aux +représentants du pays que le pape Eugène IV a donné au dauphin Louis, +fils du roi de France «le gouvernement et l'administration» du comté +de Venaissin et de la ville d'Avignon: «Dominus noster papa Eugenius +dedit et contulit regimen et gubernacionem presentis comitatûs +Venayssini et civitatis Avenionensis illustrissimo principi domino +Dalphino Viennensi, domini Francorum Regis filio[262].» La déclaration +du régent avait un caractère de sincérité et de gravité particulier, +en ce sens qu'il n'était, dans la circonstance, que le porte-parole du +cardinal de Foix, légat du Saint-Siège à Avignon. Le régent affirmait +que ledit cardinal avait vu, dans les mains d'un camérier secret +envoyé par le souverain pontife, une cédule contenant les principaux +articles de l'acte de donation qui devait être passé entre le +représentant du Saint-Siège et un certain écuyer nommé OPTAMAN(?), +délégué spécialement, à cet effet, à Avignon, comme procureur du +dauphin[263]. En exposant les faits, par ordre du cardinal de Foix, +aux représentants du comté de Venaissin, le régent ne pouvait leur +laisser ignorer que ce projet de cession était très mal vu du dit +cardinal comme de lui-même; il ajoutait qu'il ne voulait pas, en +présence de l'assemblée, se laisser aller à des écarts de langage de +nature à déplaire au pape et au dauphin, mais qu'il ne pouvait +s'empêcher de protester solennellement[264] contre la convention +projetée. Après avoir fait cette déclaration, le régent, suivant +l'usage, quitta la salle des séances pour laisser les élus délibérer +en toute liberté sur les mesures à prendre. Le surlendemain, les États +se réunirent dans le local habituel (26 novembre 1444) pour examiner +la conduite à tenir à la suite des déclarations de Roger de Foix. +Après une longue délibération, ils décidèrent d'envoyer à Avignon, +auprès du cardinal-légat, une véritable commission d'enquête chargée +de provoquer les explications du cardinal et de rapporter sa réponse +aux États[265]. La délégation comprenait _Jehan de Beaudiera_, prieur +de Bédoin, de l'ordre des Bénédictins, licencié ès-lois; pour les +nobles, Gauffredi de Vénasque; pour la judicature de l'Isle, noble de +Sades du Thor; pour la judicature de Valréas, seigneur Pierre Dauphin +junior, juge de Valréas, et pour celle de Carpentras, Bertrand +d'Alauzon et Gérard de Pernes. Les ambassadeurs des trois États se +mirent en route pour Avignon où le cardinal-légat les reçut en +audience et ne fit que leur répéter en détail ce que son neveu Roger +de Foix avait déjà exposé à l'assemblée du pays, en protestant très +énergiquement contre les intentions du Saint-Père. + + [261] Arch. départ., _Reg. des délibér. des États_, G. 14, fol. + 77.--Louis Dauphin était pendant ce temps à Ensisheim où il + soignait une blessure au genou qu'il avait reçue au siège de + Dambach, le 7 octobre 1444. Il passe les mois de novembre et + décembre 1444 à Montbéliard.--_Lettres de Louis XI_, I, 19, not. + 1.--Tuetey, _Les Écorcheurs sous Charles VII_, t. I, pp. 286, + 196. + + [262] _Registre des délibérat. des États_, G. 14, fol. 80. + + [263] Le nom de ce personnage est sans doute mal orthographié + dans le texte du registre qui est du reste d'une écriture + difficile. Il s'agit ici de _Thomas_, écuyer ou scuyer, + originaire d'Écosse, écuyer ordinaire du Dauphin, qui l'avait + amené à sa suite quand il vint prendre le gouvernement du + Dauphiné.--Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 50.--Peut-être est-ce en + récompense de cette mission que le Dauphin, par lettre + d'Ensisheim, du 21 octobre 1444, l'investit à perpétuité de la + châtellenie de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. + + [264] «Iterum etiam dixit et eisdem tribus statibus exposuit quod + eosdem fecerat principaliter coram evocare quûm credat ipsos non + ignorare ymo quasi manifestius esse quod aliqui dicentes quod + dominus papa Eugenius dedit et contulit regimen et gubernacionem + presentis comitatûs Venayssini et civitatis Avenionensis + illustrissimo principi domino Dalphino Viennensi domini Francorum + Regis filio. Et tamen verum est quod prefatus dictus Cardinalis + viderat quamdam cedulam papiream, manu dicti camerarii domini + nostri pape subscriptam, continen_tem_ certa capitula et pacta et + quemdam scutiferum vocatum _Optamanum_ (?) pro presenti dicto + domino Dalphino supra et quod specialiter continebatur in dicta + cedula qualiter dominus noster Papa dabat præfato domino Dalphino + gubernacionem regimen et administracionem dicte patrie Venayssine + et Civitatis Avenionensis. Quare prefatus dictus Cardinalis fuit + intencionis premissa notificari facere dicte patrie. Idcirco + eisdem tribus statibus memoratus dominus Regens premissa + notificavit, dicens primitûs et protestans prefatus dictus Regens + quod non est intentionis dicendi aliqua que forent in prejudicio + et displacentia prefati domini nostri Pape et etiam memorati + dicti Dalphini qui si dixerit voluit habere et non dicta de quo + solemniter fuit protestans.» _Reg. des délibérat. des États_, G. + 14, fol. 80. + + [265] Arch. départ., _Reg. des délibérat. des États_, G. 14, fol. + 80. + +Les délégués rentrèrent à Carpentras le 28 novembre 1444 et, le soir +même, ils rendaient compte de la mission dont ils avaient été +chargés. C'est alors que les États résolurent, en assemblée générale, +d'envoyer au pape une ambassade, à Rome, à l'effet de protester contre +ce projet de cession des domaines de l'Église au dauphin, en déclarant +de la façon la plus formelle que les populations du Venaissin +voulaient rester sous la domination pontificale et sous le +gouvernement du cardinal Pierre de Foix. L'ambassade avait pour +instruction de remontrer au pape: «que le comté de Venayssin et la +ville d'Avignon, étant propriétés de l'Église romaine, offraient un +refuge assuré à tous les chrétiens de l'univers, Français, Anglais, +Espagnols, Allemands qui avaient coutume de la visiter en se rendant à +Rome, d'y demeurer et d'y faire leurs affaires en toute sécurité. Les +bannis de tous les pays trouvaient sur la terre papale un refuge +assuré, et le jour où les États cesseraient d'appartenir au +Saint-Siège, c'en était fait de _cette réputation de ville +hospitalière et libre_ dont Avignon jouissait en pays étrangers[266]». + + [266] Arch. départ, _Reg. des délibérat._, G, 10, fol. 85. + +Il est à croire qu'en présence de l'attitude de ses sujets, tant à +Avignon qu'à Carpentras, Eugène IV renonça à son projet, et les +pourparlers déjà très avancés, comme nous l'avons vu, furent +abandonnés. Aucun document ne nous autorise à croire que Charles +VII ait eu connaissance des relations de son fils avec le souverain +pontife; mais, à coup sûr, comme nous le verrons plus tard, il +n'eût pas manqué de condamner sévèrement ce marché. + +Quoi qu'il en soit, inquiet sans doute de l'agitation que pouvait +provoquer en deçà des Alpes l'aliénation des terres de l'Église, +Eugène IV s'empressa de démentir les affirmations du cardinal de Foix. +Dans un premier bref adressé aux États du Venaissin le 20 novembre +1444[267], il déclare que jamais il n'a eu la pensée d'aliéner les +terres et les droits de l'Église romaine, mais qu'il s'est, au +contraire, toujours efforcé de les étendre, et que les États ont pu +constater qu'il a fait tous les sacrifices possibles pour les protéger +contre les ennemis de l'Église. Il les engage à ne rien croire des +faux bruits qui ont été mis en circulation; il les invite à vivre dans +la fidélité et l'obéissance de l'Église et à se soumettre +respectueusement à l'autorité du légat Pierre de Foix. Ce premier +bref, si on le remarque, est adressé quatre jours avant la séance où +Roger de Foix dénonce aux États la conduite du pape. Aussi il est +vague, sans fait précis, et plutôt destiné à effacer la fâcheuse +impression produite par la divulgation des intentions du Saint-Siège. +Dans un second bref de décembre 1444[268], Eugène IV, voulant dissiper +tout malentendu, fait savoir aux États qu'il a été instruit de +certains propos «disseminatos sermones» répandus au sujet d'un projet +d'aliénation des terres de l'Église au dauphin Louis. Il les informe +qu'il n'a jamais eu l'intention de se séparer d'eux, mais qu'au +contraire il entend conserver ses États sous le gouvernement de +l'Église et du pape, et qu'il veut que désormais, comme dans le +passé, ils ne cessent pas d'obéir au cardinal-légat. Deux brefs +analogues étaient envoyés en même temps, et presque à la même date, +aux consuls d'Avignon, pour les rassurer sur les intentions du +Saint-Siège à leur égard[269]. + + [267] Voy. aux pièces justificat. no III.--_Reg. des délibérat._, + G. 14, fol. 96 (copie). + + [268] Voy. aux pièces justificat. no IV.--_Reg. des délibérat._, + G. 14, fol. 96 (copie). Les originaux des deux brefs ont été + brûlés dans l'incendie qui détruisit les _Archives des États_ à + Carpentras, en 1713. Nous donnons les copies d'après les + _Registres des délibérations des États_. + + [269] Arch. d'Avignon, B. I. Cott. N, 15. Ces deux brefs + originaux, qui figurent à l'inventaire _Pinta_, sont en déficit + dans la boîte I; on les suppose égarés. + +Malgré l'énergie de ces dénégations, et quelque habileté qu'Eugène IV +eût mise à cacher ses desseins, il n'en est pas moins vrai qu'un +projet de cession des États citramontains de l'Église au dauphin +Louis, vers la fin de l'année 1444, a existé, et nous venons d'en +fournir des preuves irréfutables. Quelle a été la part du futur Louis +XI dans ces négociations? Il serait difficile de le dire, et aucun +document ne permet même de le soupçonner. Il est hors de doute que, +dans cette occurrence, l'initiative n'appartient pas au dauphin, qui +certainement était flatté de la confiance du pape, mais à Eugène IV, +qui préférait renoncer au besoin aux possessions de l'Église en deçà +des Alpes que de les voir tomber entre les mains d'un rival suscité et +soutenu par le concile de Bâle. Avec son expérience des hommes et des +choses, son grand bon sens et son énergique volonté, le cardinal-légat +Pierre de Foix comprit le danger que ce projet faisait courir à la +papauté, et c'est certainement son intervention auprès d'Eugène IV qui +amena la rupture des négociations et le maintien des Avignonnais et +des Comtadins sous l'autorité du Saint-Siège. + + + + +CHAPITRE IV + +Le dauphin Louis et ses agissements vis-à-vis des États citramontains +de l'Église + +(1444-1461). + + L'héritage des Boucicaut.--Invasion à main armée du Venaissin par + les agents du Dauphin.--L'expédition de Troyhons + (1450).--Intervention de Charles VII.--Ambassade de Jehan de + Lizac à Avignon (mars 1451).--Mission du cardinal + d'Estouteville (1452).--Les dernières intrigues du dauphin. + + +Malgré l'échec de leur combinaison, le dauphin Louis et Eugène IV n'en +restèrent pas moins d'excellents amis[270]. Fixé désormais dans son +gouvernement du Dauphiné, entouré de familiers sûrs et dévoués, Louis +put donner libre cours à «ce talent d'intrigues et d'agissements +occultes qu'il devait pousser si loin[271]». Naturellement, toute son +attention devait se porter sur ses voisins. Nous le voyons +successivement, dans une pensée politique qui, du reste, lui fait le +plus grand honneur, chercher à étendre vers le midi les limites de son +Dauphiné, comme il travaillera plus tard à pousser plus loin les +frontières de son royaume, tout en donnant aux provinces cette +cohésion qui est la première condition de l'unité territoriale et +politique d'un grand État. + + [270] Le 5 décembre 1445, Louis fait défense aux habitants du + Dauphiné de reconnaître pour pape Amédée de Savoie, qui se + faisait appeler Félix V. Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 65. + + [271] De Beaucourt, _Rev. des questions histor._, vol. XVII, p. + 94. + +La pensée dominante du règne de Louis XI, et que la plupart de ses +historiens ont à peine soupçonnée, c'est l'occupation du littoral de +Provence qui doit donner à la France la prépondérance sur la +Méditerranée. Déjà ce dessein caché se fait jour dans l'administration +du dauphin, et c'est morceau par morceau, peut-on dire, que Louis +cherche à s'annexer successivement les territoires qui séparent le +domaine royal des possessions de la seconde maison d'Anjou. Sur sa +route, il devait rencontrer comme une barrière les terres de l'Église, +mais il n'était pas prince à reculer devant cet obstacle. Un premier +échange avec le duc de Savoie (4 avril 1446)[272] donne à Louis les +comtés de Valentinois et de Diois pour le Faucigny, province éloignée, +sans importance, alors que les pays échangés confinaient aux domaines +de l'Église et donnaient libre accès dans la vallée du Rhône. De là à +mettre la main sur Montélimar, il n'y avait qu'un peu d'adresse +diplomatique et elle ne manquait pas au dauphin. Les papes avaient, il +est vrai, depuis 1228[273] des droits incontestés sur Montélimar que +ne détruisaient pas les prétentions des rois de France sur cette +ville. Une première fois, le dauphin, par lettres patentes datées de +Nancy, le 29 mars 1445, avait abandonné ses droits sur Montélimar en +faveur d'un certain Arrighi, mais la donation n'eut pas de suite[274]. +Le 22 juillet 1446[275], Eugène IV, pour des raisons inconnues renonça +à sa part de droits sur Montélimar en faveur du même Arrighi; mais +comme pour le Venaissin en 1444, cette donation provoqua parmi les +habitants de la seigneurie de Montélimar une vive émotion; une +ambassade fut envoyée auprès du souverain pontife pour lui remontrer +que la portion de ladite seigneurie, appartenant à l'Église, ne +pouvait être aliénée sans compromettre la sécurité d'Avignon et du +comté Venaissin, «cum sit clavis et introitus dicti comitatûs[276]». +L'ambassade obtint l'annulation de la donation consentie à Arrighi, +qui n'était peut-être que le fidéi-commis du dauphin, mais la proie +était trop tentante pour que ce dernier la laissât échapper. On le +voit, à ce moment même, entretenir les relations les plus étroites +avec Eugène IV, qui lui fait payer par Robert Damien, archevêque +d'Aix, une somme de 20,000 florins[277] sur les revenus des églises de +France. Depuis longtemps, d'autre part, Louis négociait des traités +secrets avec le cardinal de Foix, qui avait sans doute pour mission de +préparer les bases d'une convention destinée à mettre Montélimar entre +les mains du dauphin de France. Les conditions du nouveau traité +furent discutées à Romans (mars 1447) entre Louis et Pierre de Foix et +approuvées par le successeur[278] d'Eugène IV, Nicolas V. Mais le +traité définitif ne fut signé que le 13 mai 1447 à Carpentras[279]; il +porte la signature de Louis et de Pierre de Foix. Le dauphin rendait +au pape le château de Grillon et recevait en échange la seigneurie de +Montélimar, ou du moins «la part et porcion que le sieur de Grignen +soulait tenir de Monteil Aymart tenu en fie et hommaige de mon dit +sieur pieca baillée à Nostre Saint-Père le Pape par le dit de +Grignen». C'était, pour la chambre apostolique et la papauté un marché +de dupe[280], car Louis gardait pour lui la part la plus considérable; +en outre, il s'engageait à rendre hommage pour la seigneurie +nouvellement acquise au recteur du Comtat. Il se garda bien de tenir +sa parole et c'est là, nous le verrons plus tard, un des griefs +principaux portés à Rome contre le dauphin, en 1461. Cette acquisition +de Montélimar par le fils du roi de France mettait désormais Avignon +et le Venaissin à sa merci; sa politique, du reste, à ce moment, avait +dans la ville des papes un agent tout dévoué, le cardinal de Foix, et +c'est à coup sûr sous l'inspiration de ce dernier que le conseil de +ville d'Avignon délibère, le 27 avril 1447, d'offrir 50 florins en +vaisselle d'argent «au sérénissime dauphin de Viennois[281]». + + [272] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p. + 375.--Bibl. nat., _Cartul. du Dauphiné_, par Fontanieu.--Cf. de + Beaucourt, IV, p. 230 (la première cession date de novembre + 1444).--Voy. Pilot, _Catalog._, I, nos 169 et 937. + + [273] _Statuts de la Conté Venayssin_, p. 108.--Montélimar, comme + Romans, la baronnie de Saint-Auban et environ quatre-vingts + autres places, étaient comprises dans ce qu'on appelait les + «terres adjacentes», pour lesquelles Louis rendit hommage au pape + en 1456. + + [274] De Coston, _Hist. de Montélimar_, II, p. 11.--De Nancy du + 17 avril 1445. Voy. pour Arrighi, Pilot, _Catalog._, I, p. 57, + not. 5. + + [275] De Coston, _L. cit._, pp. 11 et 15.--Cf. Chevalier, _Cart. + de Montélimar_, c. XIX, p. 279. + + [276] Charavay et Vaesen, _L. cit._, t. I, p. 213. + + [277] Gibert, _Hist. mss. de Pernes_, I, fol. 316, vo. Le 13 des + kalendes de juin 1446, le pape Nicolas V confirma le paiement de + cette somme.--Arch. vatic., _Reg. de Nicolas V_, 385, fol. 3. + + [278] Chorier, _Hist. du Dauphiné_, p. 439.--Le 14 octobre 1447. + Voy. Chevalier, _Cartul. de Montélimar_, p. 289. + + [279] L'abbé Chevalier, _L. cit._, p. 283.--Cf. Arch. de l'Isère, + B. 295, fol. VI, **X.--Legeay, _Hist. de Louis XI_, I, p. + 158.--De Coston, _L. cit._, II, p. 15. + + [280] Fornéry, _Hist. mss. ecclés._, fol. 437, vo. (Instructions + de 1461).--Voy. Pilot, _Catalog._, I. p 153, no 451. Origin. + Arch. de l'Isère, B. 2990, fol. 497.--Le dauphin n'en restait pas + moins astreint, vis-à-vis du Souverain Pontife ou de son légat, à + l'hommage pour la ville de Montélimar.--Voy. la prestation + d'hommage, au nom du dauphin, par Charles de Grolée, le 2 juin + 1455.--Pilot, _Catalog._, 1159. + + [281] Chambaud, _Rec. sur Avignon_, mss., Ann., 1447. + +Cette année même, au mois de novembre 1447, une ambassade est envoyée +à Carpentras par le dauphin. Les archives municipales nous en +fournissent la preuve indéniable[282]. Quel était le but de cette +ambassade? Nous ne saurions le dire, mais le dauphin, ayant des +moulins à Carpentras depuis de longues années[283], profitait +peut-être de ce prétexte pour sonder les dispositions des États et +chercher une cause qui l'amenât à intervenir dans les affaires +intérieures des vassaux du pape. Peut-être encore est-il permis de +supposer qu'il s'agissait de la ratification du traité passé en mai de +la même année? En présence de la pénurie des documents, on peut se +demander, avec quelque raison, si déjà, dès 1447, le dauphin Louis ne +se portait pas en revendicateur des biens et héritages des neveux du +maréchal Boucicaut, les fils de Geoffroy le Meingre, mort en 1429, et +que nous voyons figurer dans un acte authentique du 23 juin 1452 +extrait des archives de Valréas[284] _Louis le Meingre_[285] _et Jean +le Meingre_. Nous croyons donc pouvoir supposer avec quelque fondement +que là est le véritable but de l'envoi à Carpentras des gens du +dauphin en novembre 1447. + + [282] Arch. municip. de Carpentras, Origin., B.B. 66, fol. 35. + + [283] Fornéry, _Hist. ecclés._, mss. d'Avignon, fol. 410; mss. de + Carpentras, fol. 762. + + [284] Arch. municip. de Valréas, copie inédite recueillie par + Achard. + + [285] Il était chambellan du dauphin en 1448, _Lettres de Louis + XI_, p. 220. + +Nous ne croyons pas avoir à revenir sur l'origine de cette question, +assez obscure du reste, que nous avons cherché à élucider ailleurs +autant que les documents à notre disposition nous l'ont permis. +Rappelons seulement en quelques mots l'état de la question au moment +où le dauphin s'établit dans son gouvernement. + +Malgré les efforts et les bonnes dispositions du cardinal de Foix, le +litige qui s'était élevé au sujet de l'attribution des biens de la +succession du maréchal de Boucicaut et de son frère Geoffroy était +resté pendant. A la demande du dauphin, les États se réunirent à +Carpentras, en 1448[286], pour délibérer sur la réponse à faire aux +revendications des héritiers. Les élus ne purent s'entendre. Mais +Louis devient plus pressant et informe l'assemblée du pays que les +Boucicaut l'ont chargé de faire valoir leurs droits[287] et il appuie +sa réclamation par une lettre qu'il confie à deux des familiers de son +hôtel, maître Ferraudiz «maistre des requestes» de l'hôtel du dauphin, +et Anthoyne d'Alauzon, «escuier de son escuerie[288]»; il fait savoir +aux États qu'ils doivent «adjuster plaine foy et créance à tout de ce +que de nostre part ils vous diront». La missive était écrite de Romans +le 15e jour de may 1450. Introduits au sein de l'assemblée les envoyés +y exposèrent l'objet de leur voyage au sujet des Boucicaut, mais +aucune conclusion ne fut prise[289]. + + [286] Arch. municip., _Reg. somm. des délibérat. des États_, fol. + 261. + + [287] _Id._, fol. 135. + + [288] Arch. municip., de Carpentras, B.B. 70, fol. 63.--Voy. aux + pièc. justificat, no VI. Anthoine d'Alauzon figure dans la maison + du dauphin en 1452. _Lettres de Louis XI_, I, p. 229.--Pour + Antoine d'Alauzon, voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 291, not. 2. + + [289] «Et ibidem prefati Domini ambaxiatores exposuerunt eorum + creanciam super facto _Buccicaudorum_ et nihil fuit conclusum.» + +Mécontent de la mauvaise volonté des représentants comtadins, Louis +emploie la menace et fait avancer quelques soldats pour intimider les +officiers pontificaux. Le cardinal de Foix cherche à calmer +l'irritation du dauphin et dépêche auprès de lui le gouverneur +d'Avignon, Tristan d'Aure, évêque de Conserans, qui ne fut pas reçu. +De son côté, le dauphin expédiait au cardinal-légat le sieur +d'Estissac[290], avec mission d'exposer à Pierre de Foix ses +revendications et d'insister pour le paiement d'une somme de 6,000 +fr.; à cette condition il promettait d'oublier ses griefs. Les +exigences de Louis portées à la connaissance des États, ceux-ci +donnèrent pleins pouvoirs au cardinal de traiter pour une somme aussi +modérée que possible (27 octobre 1450). + + [290] Le sire d'Estissac était premier chambellan du dauphin en + 1452. De Beaucourt, V, p. 173, not. 3.--Voy. pour d'Estissac, + Pilot, _Catalog., Actes du dauphin Louis_, I, no 542, pp. + 191-192. + +Au fond, les réclamations présentées aux États par le dauphin de +France, pour le compte des Boucicaut, n'étaient qu'un prétexte que ce +dernier cherchait pour avoir l'air de les mettre dans leur tort, et +avec l'intention calculée de justifier les attaques et les violences +de toutes sortes dont ses propres officiers et lui-même allaient, dans +le même temps, se rendre coupables vis-à-vis des vassaux de sa +Sainteté. Bien décidé à combattre le pouvoir temporel des évêques en +Dauphiné, Louis engageait la lutte sur les propres domaines de +l'Église sans aucun ménagement. Cette résolution se montre partout au +moment même où il refuse de reconnaître la suzeraineté de l'évêque de +Grenoble, coseigneur de la ville, et l'oblige à lui rendre hommage à +lui-même (18 octobre 1450); il suit une politique semblable vis-à-vis +des villes et villages appartenant au Saint-Siège, mais enclavés en +Dauphiné[291]. Nyons, Vinsobres, Mirabel-les-Baronnies étaient en +Dauphiné, mais le dauphin devait prêter hommage pour ces villes au +recteur du Comtat, ouvrir les portes quand le recteur se présentait, +faire arborer pendant un jour les armes des papes au sommet de la tour +de la ville et payer chaque année un marc d'argent. Louis refusa +énergiquement sur tous ces points de donner satisfaction au +Saint-Siège[292]. + + [291] Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, p. 263.--Pour les villes et + autres lieux à raison desquels le dauphin devait hommage au pape, + voy. la prestation d'hommage de Romien de Morimont, écuyer et + procureur du dauphin, au pape Calixte III (1er juin + 1456).--Pilot, _Catalog._, 1239 _bis_, p. 502, et Arch. vatican. + Ex., 20, 23. _Pie II_, fol. 66. Arm. 35.--Voy. aux pièces + justificat., no XII _bis_. + + [292] Instructions après la mort de Calixte III.--Voy. Fornéry, + _Hist. ecclés._, mss., fol. 437 et fol. 453-470.--Cf. + _Pretentiones Papæ super Venaissino contra Regem Franciæ + dalphinum_, Lambert, III, p. 477. + +Presque aux confins de la seigneurie de Montélimar était la terre de +Pierrelatte qui faisait partie du comté Venaissin. Les papes avaient +droit à l'hommage des coseigneurs de cette terre, qui le prêtaient au +recteur du Comtat. Louis secrètement excite les vassaux du Saint-Siège +à la révolte, et à partir de 1450[293] ceux-ci refusent de rendre +hommage au recteur, prétendant qu'ils ne le devaient qu'au dauphin. Ce +premier coup porté aux droits du Saint-Siège fut suivi d'un second +beaucoup plus grave, puisqu'il s'agit d'une véritable confiscation +d'un territoire pontifical. La même année, en effet, à la suite d'une +rixe qui avait éclaté entre les habitants de Caderousse et des sujets +de la couronne, au passage du Rhône, quelques-uns de ces derniers +ayant été blessés ou tués, le dauphin exige des États et du légat une +somme de 4,000 écus comme compensation des torts faits à ses vassaux, +et n'étant qu'à demi satisfait de ces concessions, Louis met la main +sur Pierrelatte[294]. + + [293] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., c. IX, fol. 317 et + vo.--_Somm. des délibérat. des États_, fol. 135. + + [294] La seigneurie de Pierrelatte fut donnée en 1452, par Louis, + à Gabriel de Bernes; elle passa plus tard entre les mains de + Charles _Astars_, secrétaire de Louis XI, après la confiscation + des biens de Gabriel de Bernes. _Lett. de Louis XI_, I, p. + 362.--Louis échangea la seigneurie de Chabrillan contre la + portion de la terre de Pierrelatte que possédait Etienne Morelon + (6 mai 1450). Voy. Pilot, _Catalog._, I, no 756, p. 273, et nos + 58, 759, 760. + +La Chambre apostolique eut à subir également une nouvelle injustice de +la part de Louis. Cette dernière, depuis un temps immémorial, avait le +droit de percevoir à la Palud[295] un ducat par boisseau de blé +transporté sur le Rhône. Le dauphin contesta ce droit et refusa de se +rendre aux observations de la cour de Rome. Ces vexations répétées +produisirent à Avignon et dans tout le Venaissin un vif +mécontentement, et après délibération, il fut décidé qu'une ambassade +serait envoyée simultanément au pape et à Charles VII, avec mission de +dévoiler au roi la conduite odieuse de son fils. La minute de ce +document nous a été heureusement conservée[296]. Le mémoire rédigé +sans aucun doute sous l'inspiration du cardinal de Foix relatait tous +les faits dont il vient d'être parlé. A côté, et pour mieux montrer +combien étaient légitimes les plaintes des Avignonnais et des +Comtadins, le mémoire faisait allusion à quelques menus griefs dont +Louis croyait avoir à se plaindre. Il y était dit entre autres que le +dauphin passant une nuit à la Palud, le capitaine du lieu, ignorant +qui il était, avait refusé de lui ouvrir les portes. Autre grief: un +certain Aynard, dit _le seigneur des Marches_, se tenait dans une tour +appelée le Burset et dépouillait, capturait ou tuait les personnes +d'Avignon et du Venaissin qui venaient à passer à portée de ses gens. +Le cardinal de Foix voulant pourvoir à la sûreté commune, le fit +déguerpir à main armée. Le dauphin prit cet acte de vigueur pour une +«injure personnelle», bien que la tour de Burset fût située en +Provence, dans le domaine du roi de Sicile, et que ce dernier eût +autorisé le légat à expulser ledit seigneur des Marches même _manu +militari_. Le dauphin se plaignait encore d'un outrage qu'il aurait +reçu des habitants de Bollène qui avaient enlevé du territoire de +Bozon, appartenant au Comtat, et hors de sa juridiction, les poteaux +portant ses armes et panonceaux, et réclamait de ce chef une grosse +indemnité pécuniaire. Forts de leur bon droit, les sujets du pape +objectaient à leur tour que les officiers du Dauphiné empiétaient sur +les États du Saint-Père, plantant çà et là les armes de leur seigneur, +comme ils l'avaient fait à Caromb, aux portes de Carpentras, devant un +verger d'oliviers, propriété de François de Ponte. En outre, ils +accordaient à des Comtadins la sauvegarde du dauphin, ainsi que cela +s'était vu naguère pour la garde des tours de Piolenc. + + [295] Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., fol. 437.--Nous avons + trouvé cette mention au sujet du péage de _la Palud_. «Cum autem + nobis innotuit unum antiquum podagium de _La Palu_ vulgariter + nuncupatum prope ripam superiorem fluminis Rodani in dicto + comitatu existens et ad ipsam Cameram pertinens quod per + arrentatores longe tempore fuerat extinctum.» Le pape le + rétablit.--Arch. vatic., _Reg. de Sixte IV_, 656, fol. 76. + + [296] Arch. d'Avignon. _Dossier des Ambassades_, minute, série + A.A. + +Enfin, les mêmes officiers, quoique le château des Pilles fût du +domaine de l'Église et de la juridiction de Valréas, avaient sommé le +seigneur de ce lieu de comparaître devant eux pour souscrire en faveur +du dauphin l'hommage de son fief[297]. + + [297] Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, minute, série + A.A. + +La mesure était comble, et toutes ces plaintes accumulées furent +portées à la connaissance de Charles VII par le pape et par le +cardinal de Foix dans les derniers mois de 1450. Au moment où les +doléances des Avignonnais parvinrent à la Cour, la situation entre le +dauphin et son père était très tendue. Le roi se trouvait, depuis le +commencement de l'hiver, aux Montilz-les-Tours, dont il avait fait sa +résidence de prédilection. C'est là qu'entouré d'une foule de +seigneurs appartenant aux plus anciennes familles de la noblesse +française, Charles VII donnait des fêtes splendides tout en dirigeant +avec habileté les affaires de l'État[298]. C'est au milieu de cette +Cour hostile au dauphin que furent apportées les nouvelles des +attentats dont il s'était rendu coupable vis-à-vis des vassaux du +Saint-Siège. Charles VII, fort courroucé des allures indépendantes de +son fils, le faisait surveiller étroitement; il n'ignorait pas son +projet de mariage avec Charlotte, fille du duc de Savoye, qui était +contre sa volonté. Déjà, un an auparavant (février 1450), Charles VII +avait envoyé auprès de son fils Thibaud de Luce[299], évêque de +Maillezays, chargé de faire au dauphin de vifs reproches sur les +points suivants: «Il avait mécontenté le roy par son attitude à +l'égard des églises du Dauphiné; la rumeur publique l'accusait, en +outre, «de vouloir s'emparer d'Avignon et du Comtat», ce qui serait +contre Dieu et contre l'Église[300].» + + [298] De Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, V, p. 141. + + [299] _Id._, V, p. 141. + + [300] Le manuscrit no 15537, ancien résidu de Saint-Germain (143, + fol. 61), qui renfermait les plaintes portées contre le dauphin, + ayant disparu depuis quelques années de la Bibliothèque + nationale, il faut recourir aux archives locales où l'on en + trouve un résumé que nous donnons plus loin. Voy. arch. municip., + série A.A.--Voy. de Beaucourt, V, p. 141, note 1. + +Les lettres du cardinal de Foix et des consuls d'Avignon durent mettre +le comble à la colère du roi contre son fils, et au mois de février +1451 Charles VII paraît se résoudre à une action énergique. Nous en +trouvons l'indice dans l'envoi simultané de deux ambassadeurs, l'un à +Chambéry, «le Roi d'armes de Normandie», qui devait notifier au duc de +Savoie l'opposition formelle de Charles VII au mariage du dauphin avec +la princesse Charlotte; l'autre, de «Jean de Lizac», premier sergent +d'armes de la maison du roi, qui recevait l'ordre de se rendre en +toute hâte à Avignon pour faire connaître aux syndics de la ville et +au cardinal de Foix les intentions de Sa Majesté. Nous avons pu +retrouver dans les registres des délibérations du conseil de ville la +copie des instructions royales, que nous reproduisons in-extenso, et +la réponse des Avignonnais auxdites instructions: + + «_Instruction de par le Roy à Jehan de Lizac, premier huissier + d'armes dudit sire, sur ce qu'il a affaire par devers le Cardinal + de Foyx et les bourgeoys et habitans de la cité d'Avignon, + touchant la matière dont cy après est faicte mencion:_ + + «Premièrement, s'en yra par ses journées jusques au dit lieu + d'Avignon. Et en son chemin et au dit lieu d'Avignon se informera + et enquerra là où il verra estre affaire et par bons moyens se + aulcuns traictez se sont fais ou font avecques monseigneur le + dalphin ou aultres de par luy, de bailler et mettre ès mains de + mon dit seigneur la ville d'Avignon et conte de Venissy, et par + quelles gens et moyens la chose se doit fere se ainsi est[301]. + + [301] Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, série A.A. + (copie). + + «Item et suppose que les choses dessus dites soyent vrayes + ou non. Après les salutations accoustumées, présentera les + lettres closes que le roy escript au dit cardinal de Foix. + Et après aus dits manans et habitans de la dite ville + d'Avignon. + + «Item et pour sa créance leur dira que dès pieca et puis + naguères nostre saint père (Nicolas V) a fait savoir au roy, + par lettres et de bouche, et espécialement et dernièrement, + par le doyen de Ségobie, les grands maulx et entreprinses + que continuelement se faisoient par les gens du dict + monseigneur le dalphin et de son adveu, sur les terres et + seigneuries de notre dit saint père et de la sainte Église + catholique, et sur ses hommes et subgetz. Et principalement + sur ceulx du dit lieu d'Avignon et du dit conte de Venissy + et autres des dites Marches. Et de ce a esté pareillement + adverti le roy par le dit cardinal d'Avignon, en requérant + instamment au roy provision sur ce. + + «Item dira ledit de Lizac que, après ces choses, le roy a + fait savoir aus dits cardinal et habitans que les + entreprises dessus dites navaient point été faites par adveu + ne de son sceu et consentement, mais en avoit esté et estoit + très desplaisant et courroucé. Et que quant aucuns feroient + ou porteroyent dommage à notre dit Saint-Père et aux terres + et seigneuries de l'Eglise et subgets d'icelle. Et il estoit + requis en ayde qu'il si employeroit en toutes manières + possibles au bien et honneur de notre dit Saint-Père et à la + conservation des droits de ladite Esglise. + + «Item dira que nonobstant toutes ces choses on a puis + naguères rapporté au roy que aulcuns font avecques mon dit + seigneur le dalphin ou avec autres de par luy certains + traictiez ou accors de bailler ou faire bailler à mon dit + seigneur le dalphin les dits villes d'Avignon et conte de + Venissy qui seroit, se ainsi estoit, chose préjudiciable à + notre dit Saint-Père le pappe et en son grant préjudice et + dommage et diminucion des droits et seignories de lui et de + l'Esglise. Et lesquelles choses le roy ne peut bonnement + croire que ainsi soit. + + «Item dira pour celle cause le roy l'envoye par delà + expressément pour les advertir des choses dessus dites et + obvier à icelles. Et pour leur dire et remonstrer que se la + chose advenoit, ce qu'il ne pourroit bonnement croyre, le + roy y prendroit très grant desplaisir et nen pourroit estre + content, et seroit contraint de y donner provision à + l'onneur de notre dit Saint-Père et du Saint-Siège + apostolicque telle qu'il appartiendroit. + + «Item et tout ce qu'il trouvera touchant les choses dessus + dites et aultres deppandans de la matière, rédigera par + escript, et les rapportera au roy pour procéder au surplus + ainsi qu'il appartiendra. + + «Faict aux Montilz-lez-Tours, le VIIIe jour de mars l'an mil + CCCCLI. + + «J. de Laloëre.» + + + _Coppia littere responcionis tradite dicto Johanni de Lizacco primo + hostiario regio:_ + + «Très hault, très puissant prince et très redoubté seigneur. Nous + nous recommandons à vous tant et très humblement que fere povons. + Très haut, très puissant prince et très redoubté seigneur, plaise + vous savoir que nous avons receues vos gracieuses lettres avec + honneur et révérence à nous possible par votre premier huissier + Jehan de Lizac et si avons oye sa créance et bien entendue. + Contenant en partie comme ainsi que comme l'on vous a rapporté que + nous voulions mettre ceste cité d'Avignon hors des mains de + l'Esglise et aultrement. Sur quoy, très humblement vous + rescripvons que au disposer de ce que notre loyalté ne requierre + que jamais n'a esté ne ne sera en notre pensée par ainsi que de + ceste matière avons parlé et en parlement avecques le très + révérend père en Dieu, Monsieur le cardinal de Foix, vicaire et + légat de notre Saint-Père le pappe. Duquel seigneur sommes seurs + et certains que jamais n'a esté ne sera son entencion de le faire. + Et se l'on vouloit entreprendre de faire le contraire, le dit + monseigneur le cardinal et nous y résisterons de notre force et de + tout notre povoyr tous les jours en espérance de votre bon ayde et + confort ainsi que plus à plain avons dit et remonstré audit de + Lizac. Et, au brief, vous certifions plus au long par message + exprès. Lequel monseigneur le cardinal pareillement vous en + rescript. Très hault, très puissant prince et très redoubté + seigneur, de votre bon advisement et très nobles propos sommes + toujours et avons esté bien advisez, donc à votre royal magesté + tant et si humblement que plus povons et remercions, car Dieu + mercy, par votre magesté tant que luy a esté possible de sa + bénigne grâce comme vray bras dextre et protecteur de l'Esglise et + subgets d'icelle, avons esté de plusieurs dangiers et affaires à + ceste cité contraires gardez et préservez. Et aussi avons esté + toujours et encore sommes en bonne espérance que toujours votre + magesté ne daignera penser ou faire souffrir estre fait le + contraire, mais comme avez de bonne coustume votre magesté nous + aura toujours en sa grâce et espéciale recommandacion. Pour ce, + très hault, très puissant prince et très redoubté seigneur, très + humblement vous supplions qu'il vous plaise de nous mander et + enjoindre tous vos très nobles plaisirs et services pour les + acomplir de très bon cuer sans faillir, avec povoir du plaisir de + Dieu qui vous doine bonne vie et longue et acomplissement de vos + très nobles plaisirs. + + «Escript en Avignon le premier jour d'avril.» + +En outre de ses instructions, Jean de Lizac apportait au conseil une +lettre du roy, dont nous reproduisons l'original inédit conservé aux +archives de la ville. + + _Copie de la lettre que Charles VII fit remettre aux consuls + d'Avignon par Jean de Lizac, premier huissier d'armes dudit sire + (8 mars 1451):_ + + «Charles par la grâce de Dieu roi de France, + + «Tres chiers et bons amys, vous savez assez les grans plaintes et + doléances que notre Saint-Père le pappe, par ses lettres et + aultrement nous a despieca, et puis naguères faites touchant les + entreprinses que notre beau filz le dalphin et aultres de par luy + et a son adveu ont puis naguères fait sur ses hommes et subgetz et + sur les terres et seigneuries de l'Esglise. Et pareillement nous + en a escript notre tres chier et amé cousin, le cardinal de Foix, + et aussi nous en avez escript. Sur quoy nous avons fait scavoir + notre voulonté et intencion bien a plain. Néantmoins nous avons + puis naguères entendu que aulcuns traictiez accors et convencions + se maynent et conduisent avec notre dit filz de luy bailler ou à + aultres de par luy la ville d'Avignon et conte de Venissi, + lesquelles choses se elles se mettoyent à exécution seroient au + grant grief préjudice et dommage de notre dit Saint-Père et du + Saint-Siège apostolique veu le conseil que scavez que notre dit + filz a de présent avecques luy, comme avons fait savoir bien + aplain à notre dit cousin le cardinal. Sy vous signifions ces + choses affin que y mettiez remedde et provision convenable. Car se + la chose advenoit, ce que ne pourrions bonnement croyre, nous y + prendrions tres grant desplaisir et serions contrains de y donner + provision à lonneur de notre dit Saint-Père et dudit Saint-Siège + apostolicque telle quil appartiendra. Ainsi que plus à plain avons + dit et déclaré de bouche à Jehan de Lizac escuier, notre serviteur + et premier huissier d'armes, porteur de ces présentes pour le vous + dire et rapporter. Sy le vueillez croire et adjouster foy ad ce + que de par nous vous en dira. + + «Donné aux Montilz lez tours, ce VIIIe jour de mars[302], + + «Charles, + «de la Loëre.» + + [302] Arch. municip., Origin. inéd., série A.A. + +Il ressort des documents produits ci-dessus que Charles VII +soupçonnait fortement son fils de méditer l'occupation des États +citramontains du Saint-Siège et de cacher ses ténébreux desseins, avec +la complicité du cardinal de Foix dont le rôle et l'attitude dans +cette circonstance peuvent paraître très équivoques. Quoi qu'il en +soit, les consuls d'Avignon s'empressèrent d'adresser au roi cette +missive dans laquelle ils se défendaient très énergiquement de vouloir +«mettre ceste cité d'Avignon hors des mains de l'Esglise et +aultrement». Ils donnent comme garantie de la loyauté de leur parole +l'approbation du cardinal-légat: «duquel seigneur sommes seurs et +certains que jamais n'a esté, ne sera son entencion de le faire. Et se +l'on vouloit entreprendre de faire le contraire ledit monseigneur le +cardinal et nous y resisterons de notre force et de tout notre povoyr, +tous les jours en espérance de votre bon ayde et confort, ainsi que +plus a plain avons dit et remonstré au dit de Lizac.» Le conseil de +ville envoyait en outre au roi un messager exprès chargé d'assurer Sa +Majesté, au nom du conseil et du cardinal de Foix, de leurs sentiments +de respectueuse déférence et de dévouement à la couronne[303]. + + [303] Escrit en Avignon le premier jour d'avril 1451.--Arch. + municip., _Dossier des Ambassades_, série A.A. + +Louis, alors en Dauphiné, eut presque aussitôt connaissance des +rapports adressés au roi contre lui. Il en conçut une violente +irritation contre les Avignonnais, et comme nous le verrons dans un +autre chapitre, cette rancune subsistait encore dix ans après, car ce +fut le premier reproche que Louis, devenu roi, adressa aux +ambassadeurs d'Avignon dans l'audience qu'il leur accorda[304] (7 +décembre 1461). Quant au cardinal, avec une grande souplesse +diplomatique, qui est le fond même de son caractère, il sut, sans +déplaire au dauphin, laisser croire à Charles VII que jamais les +droits des papes n'avaient été en d'aussi bonnes mains que les +siennes. En somme, ni du côté de la Savoie, ni du côté d'Avignon, +Charles VII n'obtenait satisfaction. Bien plus, l'attitude et les +nouveaux agissements du dauphin montrèrent chez lui une intention de +plus en plus arrêtée de braver les ordres de son père. + + [304] Voy. chap. v, pp. 128 et suiv. + +En effet, moins de trois mois après l'envoi de l'ambassade à Charles +VII, au moins de juin 1451, la peste sévissait à Avignon et, comme +d'usage, toutes les personnes aisées qui avaient pu se procurer un +logis à la campagne avaient fui le foyer de l'infection. Allemand de +Pazzis[305] et Louis Gaspardini, qui étaient de ce nombre, avaient +cherché un refuge au lieu d'Entraigues[306] (_Inter aquas_) avec leur +famille. + + [305] Allemand de Pazzis était un réfugié florentin qui occupa + avec distinction plusieurs charges municipales à Avignon. Il est + consul en 1461.--Voy. chap. VIII, p. 203. + + [306] Entraigues, aujourd'hui commune du canton de Monteux, à + quelques kilomètres de Sorgues, et station de la voie ferrée de + Sorgues à Carpentras. + +Sur ces entrefaites, un nomme Pierre Troyhon[307], ancien trésorier du +roi René, organisa une troupe d'hommes d'armes, archers et varlets, +et se porta secrètement avec tout son monde par une marche rapide sur +Entraigues, dans le Venaissin, où il arriva de nuit et quand tout le +monde était couché. Ces brigands se saisirent de Pazzis et de +Gaspardini qui reposaient dans leur chambre, et les firent prisonniers +avec toute leur famille. Ils s'emparèrent de leurs joyaux et de leur +numéraire et abandonnèrent le reste au pillage de leurs gens. Ils +emmenèrent ensuite leurs prisonniers avec leurs femmes et leurs +enfants à travers le Valentinois jusqu'au château d'Ésau[308], qui est +sur les limites du comté, et les retinrent ainsi pendant près de huit +mois, jusqu'au moment où ils purent obtenir leur liberté en acquittant +une rançon de 6,000 écus[309]. Là ne s'arrêtèrent pas les exploits de +Troyhon. La même année, ce détrousseur de grand chemin, fort de +l'appui du dauphin et des héritiers de Boucicaut[310], se jette avec +ses bandes armées sur Valréas, ville importante du Comtat, ravageant +les villages, saccageant les récoltes et faisant de nombreux +prisonniers. Plusieurs d'entre eux, hommes, femmes, enfants, sont +impitoyablement égorgés. Le produit du butin emporté par ces brigands +dans deux incursions successives est évalué à 2,000 écus. La sécurité +même d'Avignon et de Carpentras est menacée et les États se réunissent +pour voter une taille extraordinaire contre Troyhon et ses +routiers[311]. Après Valréas, c'est le tour de La Palud où les bandes +de Troyhon enlèvent et conduisent au château d'Ezahut un noble +personnage appelé Chollet, officier du Saint-Siège, qui ne fut relâché +qu'après une longue détention et moyennant le versement d'une rançon +de 300 écus[312]. + + [307] Le récit de cette attaque à main armée, sinon ordonnée, du + moins favorisée par le dauphin, se trouve dans les instructions + remises par le cardinal de Foix et la ville à Louis _Astouaud_, + envoyé en ambassade auprès de Charles VII, roi de France (en + 1453), à propos de la saisie des biens de Jacques Coeur. Nous + n'en reproduisons pas le texte donné par le _Bulletin de + l'Académie de Vaucluse_, 1887, pp. 105 et suiv. + + [308] _Esau_ serait le château d'_Ezahut_, vieux donjon près + Dieulefit (Drôme). + + [309] «Item post præmissa suæ explicabit Serenitati qualiter, + anno proxime preterito et de mense junii quidam nominatus Petrus + Trohyons, olim thesaurarius Regis Renati cum quibusdam aliis suis + complicibus et armigeris ac archeriis et servitoribus + Illustrissimi Principis domini Delphini, ejus filii, ac si essent + hostes et inimici capitales domini nostri Papæ et Ecclesiæ Romanæ + armati armis offensivis et de jure prohibitis nullâ causâ saltem + legitimâ et ad hoc ipsos impellente intrarunt in Comitatum + Venaissini violenterque et proditorie se de nocte intruserunt + intra quoddam castrum dictum infra dictum comitatum vulgo + nuncupatum castrum de _Interaquis_.» (Origin., Arch. municip., + série A.A.) + + [310] Instructions du cardinal à Louis d'Astaud.--Arch. municip., + _Bull. de l'Acad. de Vaucluse_, 1887, pp. 106, 107.--Gibert, + _Hist. de Pernes_, mss., fol. 307, vo. + + [311] _Reg. somm. des délibérat. des États_, fol. 473 et 521, vo. + + [312] Il est difficile de préciser la date de cette expédition. + Mais le 31 mai 1452, le Conseil décide d'envoyer une députation + au dauphin pour protester contre l'arrestation de quelques + marchands d'Avignon. «Item ulterius suæ explicabit Celsitudini + qualiter post premissa sicut ut premittitur, predictum Trohyonem + et suos adherentes fore facta quidam capitaneus, quondam + capitaneus de Mirandolio in patria Delphinatus, insequendo + vestigia dicti Trohyonis de facto captitavit duos mercatores et + alios duos mercatores cives et habitatores Avinionis cum equis + peccuniis et aliis bonis et jocalibus quos post modo abire + promisit, retentis tamen dictis equis, peccuniis et bonis.» + (Orig., Arch. municip., A.A., _Dossier des Ambassades_.) + +La complicité et l'intervention du dauphin dans ces agressions et ces +menaces multipliées n'étaient pas douteuses, mais elles se manifestent +ostensiblement dans la personne du capitaine de Mirandol, à la solde +de Louis, qui quitte, peu après Troyhon, le Dauphiné pour faire une +incursion dans le Comtat (1452) et enlève deux marchands d'Avignon +avec leurs chevaux, leurs bagages et leur argent. + +Non contents d'user de violence à l'égard des Comtadins, les officiers +du dauphin contestaient la juridiction du légat et refusaient de +rendre à leurs juges naturels les coupables, alors même que l'autorité +pontificale les réclamait sous peine d'excommunication. C'est ainsi +qu'un changeur avignonnais nommé _Sampini_, accusé d'avoir fabriqué de +la fausse monnaie à Montélimar, est emmené dans le Valentinois où les +officiers delphinaux ouvrent une enquête contre lui. Le cardinal de +Foix réclame le faux-monnayeur comme justiciable des tribunaux de son +pays d'origine, mais les officiers du dauphin refusent de rendre leur +captif[313]. Un autre marchand avignonnais, Jérôme de Pélissane, +s'étant rendu coupable d'un délit que nous ne connaissons pas, les +officiers du dauphin demandent à ce qu'il soit livré pour comparaître +devant eux. Le cardinal légat s'y oppose, arguant que ledit de +Pélissane est justiciable de la curie épiscopale d'Avignon. Ce refus +mécontente les officiers de Louis qui lancent contre les sujets du +pape des lettres de représailles[314]. + + [313] Instructions données par la ville à Louis Astouaud, Arch. + municip. (Cf. _Bull. de l'Acad. de Vaucluse_, p. 108).--«Item + explicabit suæ Serenitati qualiter occasione præmissorum + Reverendissimus Dominus cardinalis et Legatus et Civitas etiam + ista per suos ambassiatores omnia et singula prenominata eidem + domino Delphino et suo majori Consilio exponi fecerunt ac + instantissime requisiverunt quod dominus Delphinus et suum + Consilium delphinale quatenus de celeri remedio in premissis + providerent taliter quod dictis prisoneriis cum bonorum ablatorum + integro a dictis carceribus libere abire juberent et dictos + invasores pena debita castigarent quod tamen ab ipsis minime + obtinere potuerunt.» (Orig., Arch. de Vaucluse, A.A., _Dossier + des Ambassades_.) + + [314] «Item ulterius suæ Serenitati exponet qualiter officiales + delphinales recusant tollere quamdam marcham quam super contra + subditos papales laxaverunt inciviliter eo quod officiales + papales ad ipsorum requisitionem voluerunt eo quod non potuerunt + eisdem remittere quamdam causam vertentem in curia episcopali + Avinionis et quemdam Jeronimum de Pelissano mercatorem de + Avinione clericum solutum qui supradicta causa reum...» (Orig., + Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, A.A.) + + «Instructiones traditæ ex parte dominorum scindicorum et Consilii + Civitatis Avinionis domino Ludovico Astoaudi legum egregio doctori + ambassiatori, destinato, ad serenissimum principem dominum + Francorum Regem, continentes ea quæ erunt eidem domino Regi ex + parte civitatis ipsius per ipsum dominum Ludovicum explicanda.» + (Orig., Arch. municip., 1453). + +On peut juger si, en apprenant de pareils actes de brigandage dont +étaient victimes leurs concitoyens, les Avignonnais se crurent +autorisés à s'adresser au roi de France pour en obtenir la répression. +Déjà courroucé contre le dauphin qui semblait prendre à tâche de +braver en toute occasion l'autorité paternelle, Charles VII accueillit +avec beaucoup d'intérêt les délégués d'Avignon qui lui furent envoyés +à Taillebourg d'abord au cours de l'année 1451, après l'expédition de +Troyhon. Au mois de novembre de la même année[315], la ville délégua +auprès de lui le doyen de Ségobie, protonotaire du Saint-Siège, pour +solliciter l'appui du roi contre les entreprises coupables de son +fils. Charles VII, alors à Auzances, leur répondit, le 7 décembre +1451[316]: «Et comme vous avez peu scavoir,.... avons escript et +envoyé de nos genz par delà avecques les provisions qui semblent +convenables pour faire réparer les entreprises qui avoient esté faites +au préjudice de nostre Saint-Père et de ses droiz de vous et autres, +ses subgectz, dont par le dit prothonotaire avons esté advertys et +avons bien espérance que la dite provision deust sortir effect (et de +la faulte sommes desplaisans), car nous vouldrions tousjours +entretenir et favoriser les faiz de nostre dit Saint-Père comme les +nostres et les vostres et ceulx de vostre cité comme de nos propres +subgectz. Et est bien nostre voulonté et entencion de prouchainement y +donner provision et y tenir la main par manière que les dictes +entreprises ne demourent pas longuement sans réparation.» Charles VII +ne se contenta pas de paroles trompeuses à l'adresse des Avignonnais. +Il leur fit offrir par le même doyen de Ségobie un général des troupes +royales pour mettre à la raison Pierre Troyhon et ses complices, mais +le cardinal de Foix qui tenait à ne pas s'aliéner le dauphin et qui +avait probablement ses raisons pour qu'on usât de plus de ménagements, +fit répondre qu'il serait possible d'obtenir satisfaction sans +recourir à des moyens aussi violents, et comme les délais et les +longueurs de la détention étaient loin d'être du goût des prisonniers, +ils se tirèrent eux-mêmes d'embarras en payant une rançon de six mille +écus. + + [315] Orig. inédit., _Arch. d'Avignon_, B. 76, no 59. + + [316] Le 7 décembre 1451. Charles VII était à Auzances. Voy. de + Beaucourt, _Liv. cit._, V, p. 160. + +Dans l'intervalle, du reste, un événement d'une autre gravité s'était +produit, qui avait détourné l'attention du roi des affaires du comté, +c'est l'arrestation de Jacques Coeur en juillet 1451[317]. Nous +laisserons de côté cet épisode du procès de l'Argentier, en ce qui +touche Avignon, les faits ayant été exposés dans une savante étude de +M. Duhamel, archiviste de Vaucluse, d'après les pièces inédites que +possède le dépôt de Vaucluse[318]. Charles VII[319] avait, on le sait, +prescrit dans toutes les villes du royaume la saisie des biens de +l'Argentier. Deux facteurs du célèbre financier, Hugues et Antoine +Noir, avaient trouvé à Avignon un accueil empressé auprès des +banquiers et des changeurs de cette ville[320]. Le cardinal de Foix +ayant refusé de livrer Antoine Noir, protégé par un sauf-conduit du +pape et par l'immunité des Célestins, le roi menaça la ville de +représailles. C'est alors que le cardinal légat et le conseil +envoyèrent à Tours Guillaume Meynier, chargé de justifier auprès de Sa +Majesté la conduite des citoyens avignonnais et du représentant du +Saint-Siège. Le roi montra les meilleures dispositions pour la ville +et invita Guillaume Meynier à s'expliquer devant son conseil, puis le +renvoya en le chargeant, pour ses compatriotes, d'une missive où il +disait: «Assez avez peu cognoistre le grant et bon vouloir que avons +tousjours eu au bien et conservacion des libertez, droiz et terres de +nostre saint père et de l'Église de Romme. Et mesmement en ce qu'il +vous touche et pour la grande amour que avez tousjours eue et montrée +à nous et à nostre seigneurie et à la prospérité d'icelle. Vous avons +tousjours euz et avons en singulière recommandation et remembrance, et +vous vouldrions aider et favoriser en touz vos affaires, ainsi que +naguères vous avons fait savoir[321].» + + [317] Voy. de Beaucourt, _L. cit._, V, pp. 107, 108 et suiv. + + [318] _Bulletin du Comité des travaux historiques_, an. 1886, nos + 1-2, et _Mémoire de l'Acad. de Vaucluse_, 1887, p. 89. + + [319] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 108. + + [320] Voy. _Acad. de Vaucluse_, 1887, p. 95. + + [321] Orig. inédit, Arch. municip., B. 32, no 40, coll. Q.Q.--Aux + Montilz-les-Tours, 15 mars 1452.--Charles VII était aux + Montilz-les-Tours au mois de mars 1452. Voy. _Pièces fugitives du + marquis d'Aubais_, p. 95. + +Telles étaient les dispositions de Charles VII au moment où, profitant +des embarras de son père, le dauphin recommençait ses intrigues. Marié +contre le gré du roi[322], Louis prépara, avec le duc de Savoie, une +expédition contre Sforza, l'allié de Charles VII. Les relations entre +les deux princes s'enveniment de plus en plus et le roi supprime la +pension de son fils (1452). Au mois de septembre, Charles VII, dans le +but d'intimider le duc de Savoie et le dauphin, s'avance vers le Forez +avec une grosse armée. Inquiet pour son gouvernement du Dauphiné, +Louis envoie auprès de son père, Gabriel de Bernès, son conseiller +intime et bien vu du roi, qui l'avait attaché à la personne de son +fils dès l'âge le plus tendre[323]. De Bernès, accompagné de Jean de +Jambes, sire de Montsoreau, rapporta au dauphin ce qui s'était traité +à la Palisse, avec son père; mais Louis, après mille protestations de +soumission, ne voulant rien accorder, le sire de Montsoreau et de +Bernès revinrent trouver le roi, alors à Cleppé, près Feurs (septembre +1452). + + [322] Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 34, not. 1. + + [323] De Beaucourt, _L. cit._, V, pp. 173, 174.--Voy. _Lettres de + Louis XI_, I, pp. 360, 363.--Pour Gabriel de Bernès, voy. Pilot, + _Catalog. des actes du dauphin Louis II_, I. p. 2.--et _id._, pp. + 25, 49, etc.... Pour Jean de Jambes, seigneur de Montsoreau, voy. + Pilot, _Catalog._, no 979 et p. 377, not. 4. + +Dans une nouvelle ambassade confiée au seigneur de Torcy et au même +Jean de Jambes, le roi accentuait ses reproches, faisant indirectement +allusion aux plaintes du pape et des vassaux du Saint-Siège: «Voeult +le Roy que se mon dit seigneur a fait aulcunes choses à l'encontre de +l'Esglise dont nostre Saint Père eust cause raisonnable de se doloir +qu'il les répare telement que nostre saint père, par raison, doibve +estre content[324].» Le dauphin reçut très froidement cette ambassade +et ne fit que des réponses dilatoires. Pendant ces négociations, +Charles VII signait, avec le duc de Savoie, le traité de Cleppé (27 +octobre 1452)[325]. + + [324] Champollion-Figeac, _Collection des Documents inédits_, II, + pp. 192, 193. + + [325] De Beaucourt, V, pp. 176 et suiv.--Vallet de Viriville, _L. + cit._, III, p. 226. + +Après le traité de Cleppé, Louis n'en continua pas moins ses +armements, à la grande colère du roi qui fut un moment sur le point de +marcher contre le Dauphiné[326]. + + [326] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 182. + +Le cardinal d'Estouteville[327], légat du pape, venu en France pour +régler avec le dauphin quelques affaires intéressant la Cour +pontificale apaisa le conflit armé près d'éclater entre le père et le +fils, et s'employa à la pacification, avec l'autorisation de Charles +VII: «Item, en ce qui touche les plaintes que la ville d'Avignon et le +comté de Venisse? (ont faictes), le Roy est content que monseigneur le +cardinal d'Estouteville aye la connaissance de faire reparer tout ce +qui cherra en reparacion, au cas qu'ils averont opportunité de soy +emploier[328].» + + [327] Pour Guillaume d'Estouteville, voy. Anselme, VIII, p. + 91.--De Beaucourt, V, pp. 191, 192;--Pastor, II, p. 7;--Pilot, + _Catalog._, I, p. 342, no 898 _bis._ + + [328] Mathieu d'Escouchy, _Édit. de Beaucourt_, I, p. 441. + +Le cardinal, en diplomate habile, se rendit d'abord à Vienne, en +compagnie de deux conseillers du roi, Élie de Pompadour, évêque +d'Alet, et Gérard le Boursier. En leur présence, et sur les instances +du cardinal, le dauphin consentit à présenter des «excusations et +justifications», et déclara s'en rapporter au cardinal: «Mon dit +seigneur sera content d'appointer avec monseigneur le cardinal sur +toutes les choses qui touchent l'Esglise, en manière que nostre saint +père et les parties se debront estre contentes par raison[329].» +Rappelé en Italie presque aussitôt après, d'Estouteville dut se borner +à régler avec le dauphin la question des démêlés qui avaient éclaté +entre les officiers du pape et ceux du dauphin[330]. La lettre[331] du +10 novembre 1452, tout en témoignant des bonnes dispositions de Louis +à l'égard de l'Église, ne dit rien d'explicite sur les questions à +résoudre. Nous savons toutefois que Louis avait délégué auprès du +cardinal de Foix l'évêque de Conserans, Tristan d'Aure[332], qui dut, +avec Simon Lecouvreur[333], prieur des Célestins d'Avignon, et en bons +termes avec le dauphin, négocier les bases d'un arrangement qui +conciliât les droits du Saint-Siège et les intérêts du dauphin. +Tristan d'Aure, après avoir pris les instructions du légat, revint à +Romans, où se trouvait Louis, accompagné par quelques agents du +cardinal et des délégués du corps de ville: «et ont priz bon +appointement au plaisir de mon dit seigneur vostre fils, de quel serez +tout à plain informé par le dit évesque, et d'autres choses que luy ay +dictes touchant ceste matière pour vous dire. Car je say que Nostre +Saint Père a sa singulière affection et fiance en vous, touchant son +dit pais d'Avignon et tout son Estat, je porte le dit appointement à +nostre dit saint père, affin qu'il y advise comme bon lui semblera et +après de sa bonne volonté sur ce vous fera savoir». + + [329] _Documents inédits_, Champollion-Figeac, II, pp. 189, 190. + + [330] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 183. + + [331] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p. 240. + + [332] Lettre du cardinal d'Estouteville à Charles VII, 22 + novembre 1452. _Lettres de Louis XI_, I, pp. 241, 242. + + [333] _Lettres de Louis XI_, I, p. 35.--Voy. Pilot, _Catalog._, + no 995. Accord conclu entre le dauphin et le cardinal de Foix, + représenté par le cardinal d'Estouteville et l'évêque de + Conserans, au sujet des difficultés qui s'étaient élevées entre + les officiers delphinaux et ceux du pape, à Avignon.--Romans, + novembre 1452. + +L'arrangement portait sur le cas de Troyhon, sur la question des +Boucicaut et la cessation des violences à main armée sur les confins +du Dauphiné et du Venaissin. Troyhon fut invité à restituer les sommes +qu'il s'était indûment appropriées dans ses différentes expéditions, +en 1451-1452. Le brigand s'exécuta, rendit une partie des objets volés +et se montra repentant. Trois ans après, une bulle (décembre +1455)[334] du pape Calixte III, adressée à l'évêque de Vaison, au +doyen de Saint-Pierre et au vicaire général de l'archevêque d'Avignon, +portait commission d'absoudre Pierre Troyhon, «attendu qu'il était +repentant et avait fait quelques restitutions suivant ses facultés». + + [334] Arch. de la ville d'Avignon, Origin., B. 19, Cott. V, 20. + +Restait la question des héritiers Boucicaut ouverte depuis plus de +vingt ans et toujours pendante. Elle fut réglée par le cardinal de +Foix, à la satisfaction des héritiers, sinon du dauphin, qui trouva la +compensation insuffisante. Par acte passé devant notaire, où figurent +le trésorier et le commissaire de la Chambre apostolique, agissant au +nom du pape, et les sieurs _Brutini_ et _Arnulphi_, représentants de +la communauté de Valréas, la Chambre apostolique cède et donne le +droit de «vingtain» qu'elle prélevait sur les blés, avoines, feuilles, +etc... pour payer les 21,000 écus «viginti unius millium scutorum +novorum currentium in regno Franciæ». Moyennant le versement de cette +somme, les deux héritiers de Geoffroy le Meingre, Louis le Meingre, +seigneur de Bridoré[335], et Jean le Meingre, son frère cadet, +chevalier (miles), assistés de leur mère, renoncent à tous les droits +que leur avaient laissés, sur Valréas et autres lieux, leur père +Geoffroy le Meingre et leur oncle paternel (patruus) Jean le Meingre, +dit Boucicaut, maréchal de France, mort en Angleterre en 1421. L'acte, +passé le 23 juin 1452[336] fut ratifié postérieurement. + + [335] Pour le château de Bridoré, voy. Imbert de Batarnay, + _Appendice_, pp. 389 et suiv. Ce château, situé en Touraine, fut + vendu en 1475 à Du Bouchage par Jean Boucicaut. Voy. Anselme, VI, + p. 753, et Imbert de Batarnay, p. 81. + + [336] Arch. de Valréas, copie.--Biblioth. d'Avignon.--Papiers + Achard. + +Par un acte ultérieur, daté du 30 septembre 1453, mentionné dans +l'acte ci-dessus, Louis et Jean reçurent comme premier acompte, à +titre de somme représentative, pour le contingent de la ville de +Pernes, mille cinq cent cinquante florins d'or, montant du revenu du +«vingtain» de la communauté de Pernes, pour un an[337]. Mais la +renonciation définitive des Boucicaut à leurs droits sur cette +communauté ne prit réellement fin que le 5 janvier 1468, par acte +public et notarié en vertu duquel, moyennant un versement de 4,000 +écus d'or du pays, les deux frères Boucicaut signèrent un acquit +général pour toutes les sommes à eux dues[338]. Quant à leur créance +sur Avignon, dont l'origine remontait, à leur dire, au premier siège +du palais, pour certaines avances faites à la ville, par leur père +Geoffroy, elle ne fut éteinte qu'après 1466, à la suite de +l'intervention du pape Paul II et sur la demande d'Alain de Coëtivy, +archevêque d'Avignon, qui fit comprendre les désagréments pouvant +résulter de la non extinction de cette dette, pour la tranquillité et +la bonne administration des États de l'Église[339]. + + [337] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 307, vo.--Arch. de + Pernes, Laurent Michel, notaire. + + [338] Arch. de Pernes.--Chart. origin. signée de Jacques Girardi + et Pierre Lamberti, notaires. + + [339] Bref du pape Paul II, du 2 octobre 1466.--Arch. municip., + B. 36, no 6, Cott. G. + +Le rôle des Boucicaut dans ce pays est terminé[340]. Leurs +revendications plus ou moins fondées avaient servi de prétexte à +maints coups de force, à maintes représailles, sous couleur de droit +et de justice. Louis XI, qui était fixé sur la valeur morale de leurs +revendications, avait trouvé là une excellente occasion d'exercer ce +talent d'intrigues et de menées souterraines qui couvre ses hautes +vues politiques, et il en avait usé sans scrupule pour inquiéter ses +voisins et faire échec à l'autorité paternelle. + + [340] Pour tout ce qui a trait à l'histoire des Boucicaut dans ce + pays, voy. Lambert, _Catalog. des Mss. de Peiresc_, t. II, p. + 472. + +La bonne intelligence qui régnait entre Charles VII et les +Avignonnais, un moment interrompue par l'attitude du cardinal de Foix +et de la ville, dans la question de la saisie des biens de +«l'Argentier[341]», ne tarda pas à être rétablie, comme le montrent +les lettres royales de 1453, relevant les Avignonnais des marques et +représailles que le roi avait laxées précédemment[342]. Tout fut +oublié, même les soupçons de relations suspectes avec le dauphin +Louis. Du reste, les événements militaires dont le sud-ouest de la +France était alors le théâtre, avaient détourné l'attention du roi de +ce côté. Et ce qu'il y a de particulièrement caractéristique dans ces +relations de la Cour de France avec Avignon, à ce moment du réveil +national, c'est de voir Charles VII annoncer aux sujets du pape, en +même temps qu'aux villes royales, le succès de ses armes contre +l'ennemi héréditaire. Le fait est naturel pour les villes du royaume; +il emprunte un tout autre caractère quand il s'agit d'Avignon, placée +sous une domination étrangère. Cette lettre du roi fait autant +d'honneur au souverain qui l'écrivait qu'aux Avignonnais à qui elle +était destinée, et on ne peut pas mieux faire l'éloge de leur +patriotisme et de leurs sentiments français: «Nous vous écrivons ces +choses, leur disait Charles VII, le 22 juillet 1453[343], en leur +annonçant la victoire et la capitulation de Castillon, la mort de +Talbot et de son fils: «tres chiers et grans amis, pour ce que savons +que prenez grant plaisir a oir en bien de la prospérité de nouz et de +nostre seigneurie.» Et il terminait par une phrase consolante pour +l'amour-propre national: «Et avons esperance en Dieu que le surplus du +recouvrement de nostre pais de Guienne se portera bien[344].» + + [341] _Mém. de l'Académie de Vaucluse_, t. VI, ann. 1887. + + [342] Arch. municip., B. (Lettres de marques et de représailles). + + [343] Arch. municip., série A.A.--Voy. aux Pièces justificat., no + XII. + + [344] La même lettre est écrite aux habitants de Lyon.--Cf. de + Beaucourt, _L. cit._, V, p. 276, et not. 3, V, Pièces + justificat., not. XVI, p. 463. + +Moins de trois mois après, Charles VII, maître de Bordeaux, le 19 +octobre 1453, s'empressait de faire connaître aux Avignonnais, dans +leurs moindres détails, les événements militaires qui avaient précédé +la reddition de la ville et la soumission de la Guyenne: «Ainsi grâces +à nostre seigneur nous avons réduit en nostre obeyssance tout nostre +pais et duchié de Guienne. Et à vous escripvons ces choses pour ce que +scavons certainement que avez en bien de nous, et, de la prospérité de +nostre seigneurie prenez très singulier plaisir[345].» Ces lettres ne +nous apprennent rien qui ne soit connu, surtout après la publication +de l'ouvrage de M. de Beaucourt[346], mais elles n'en constituent pas +moins un fait historique digne d'être relevé dans les relations de la +couronne avec les sujets du Saint-Siège. + + [345] Arch. municip., Orig., B. 36, no 27, Cott. C.C. + + [346] De Beaucourt, voy. pp. 272 et suiv. + +La fuite du dauphin, menacé par son père, son installation au château +de Genappe, de 1456 à 1461, expliquent la cessation de toute relation +entre le futur héritier de la couronne et les Avignonnais. Néanmoins, +de sa retraite où il suivait tout ce qui se passait à la Cour, dans le +royaume et chez les autres nations, Louis entretenait des agents à +proximité du Dauphiné, dans le but de susciter quelque révolte dans +cette province dont son père, par lettres patentes du 11 juillet +1457[347], s'était attribué l'administration. C'est ainsi que, par +mesure de haute police, Charles VII écrit à Angelo de Amelia, recteur +du Venaissin[348], pour lui donner l'ordre de faire arrêter, sans +délai, un certain Gascon, nommé Bertrand Salines, qui s'était établi à +Courthézon, château appartenant au prince d'Orange, lequel était +parent et allié de Philippe de Bourgogne. Dans ces projets de +conspiration contre l'autorité royale, les Comtadins et les +Avignonnais ne donnèrent lieu à aucune plainte de la part de Charles +VII, et Thomas de Valsperge écrivait aux consuls, le 23 septembre +1459: «Je vous fès assavoir que de certayn le roy est tousjours en sa +bonne opinion pour Avignon[349].» Nous en avons une preuve dans la +lettre qu'il adresse aux consuls de la ville, le 13 décembre +1460[350], pour réclamer certaines sommes dues par des marchands +d'Avignon, à feu Pierre de Campo-Fregoso, ancien doge de Gênes, +d'abord allié de la France, puis traître à notre cause, et qui avait +trouvé un refuge auprès de Sforza, à Milan. Ayant voulu reprendre à +main armée la ville de Gênes, où commandait alors Jean, duc de +Calabre[351], fils du roi René, au nom de la France, Pierre de +Campo-Fregoso périt dans un combat sous les murs de Gênes (13 +septembre 1459)[352]. Charles VII, informé que ledit Campo-Fregoso +avait une créance importante à Avignon, écrivit aux consuls et au +cardinal de Foix: «Pour les quelles causes et que tousjours avons +favorablement traictez les subgectz et habitans de la ville d'Avignon +et vouldrions leurs droiz et prérogatives leur estre gardez et +entretenuz en nostre royaume.....»; le roi priait les consuls de faire +payer les sommes dues à Campo-Fregoso: «Et en ce tellement fere que +nous ayons cause davoir de bien en mieulx vous et les subgectz de +l'Église, de par delà en nostre especialle recommandacion et qu'il ne +soit besoing que y procedions par autre manière dont fort nous +desplairoit ce que toutesfois se ainsi n'estoit fait raison nous +contraindroit pour la conservacion de nostre droit de le faire et de y +donner telle provision que au cas appartient[353].» + + [347] De Beaucourt, VI, p. 378. Charles VII avait résidé à + Saint-Priest en Dauphiné de décembre 1456 à mai 1457. _Lettres de + Louis XI_, p. 281. + + [348] Lettre du 4 juillet 1459, de Angelo de Amelia à Sforza. + Angelo de Amelia avait été nommé recteur du Venaissin par bref de + Paul II, le 28 novembre 1457. + + [349] Origin., daté de Thonon, 23 septembre 1459, Arch. municip., + série A.A. + + [350] Origin., Arch. municip., B. 37, no 72, Cot. 2.2.2. + + [351] Gênes avait reconnu l'autorité de Jean de Calabre (juin + 1456). Ce dernier était entré dans la ville le 11 mai 1458. + + [352] De Beaucourt, _L. cit._, pp. 247-248.--Pour Pierre de + Campo-Fregoso, voy. de Beaucourt, V, p. 294, not. 1, et p. 302. + Cf. Charavay, _Arch. des Miss._, VII, p. 470. + + [353] Donné à Bourges le 13 décembre 1460 (?).--Arch. municip., + B. 37. + +Il paraît que les Avignonnais et le légat s'empressèrent de satisfaire +à la réclamation du roi, car par lettres patentes du 25 février +1461[354], Charles VII, seigneur de Gênes, fait donation au roi René +de la somme de 5,000 ducats d'or, due par les marchands d'Avignon, à +messire _Perrier de Campo-Frigosio_ et confisquée au profit de Sa +Majesté. La leçon que Charles VII avait donnée à la ville d'Avignon et +au cardinal de Foix, lors du procès de Jacques Coeur (1452-1453), +avait porté ses fruits. Aussi les sujets du pape firent-ils preuve en +cette circonstance des dispositions les plus conciliantes. Moins de +cinq mois après, Charles VII mourait, laissant aux Avignonnais et aux +Comtadins le souvenir de ses bontés royales et de sa protection +généreuse. Louis XI, exilé depuis six ans en Belgique, allait le +remplacer, et ce n'était pas sans une certaine appréhension que la +ville d'Avignon voyait monter sur le trône le rancunier monarque, qui +n'avait point encore oublié les dénonciations portées jadis contre +lui, à son père, par les émissaires de la ville et du cardinal de +Foix. + + [354] Arch. des Bouches-du-Rhône.--Cour des Comptes de Provence, + B. 680.--Cf. Lecoy de la Marche, _Le roi René_, I, p. 294;--de + Beaucourt, VI, p. 349. + + + + +CHAPITRE V + +Louis XI et la succession du Cardinal de Foix à la légation d'Avignon +(1464-1470). + + Caractère des relations des Comtadins et des Avignonnais à + l'avènement de Louis XI.--L'ambassade de Malespine et de Pazzis + à Tours (1461).--La succession du cardinal de Foix.--Rôle du + maréchal Jean d'Armagnac.--Opposition de Louis XI à la + nomination du cardinal d'Avignon, Alain de Coëtivy, comme + légat.--Conflit entre Louis XI et Paul II pour la désignation + d'un légat.--Ambassade de d'Ortigues à Rome (janvier + 1465).--Échec de la politique de Louis XI auprès du + Saint-Siège. + + +Charles VII était mort à Mehun-sur-Yèvre le 22 juillet 1461. Louis, +dauphin, se fit sacrer à Reims le 15 août de la même année, comme roi +de France. + +Pendant les huit années qui précédèrent son avènement, les rapports +avec Avignon et l'État du Venaissin n'avaient été marqués par aucun +fait à signaler. Dans son attitude vis-à-vis de la papauté, Louis +s'était montré jusque-là plutôt respectueux et fils soumis de +l'Église, et depuis l'intervention du cardinal d'Estouteville, rien +dans ses agissements n'avait trahi une pensée ou un dessein hostile +aux vassaux du Saint-Siège. Néanmoins le nouveau monarque n'avait +point pardonné aux Avignonnais, pas plus qu'au cardinal de Foix, les +doléances portées contre lui auprès du roi défunt, et il en avait +gardé un vif ressentiment. Les Avignonnais et le cardinal n'avaient +probablement pas sur ce point la conscience tranquille, et c'est cette +raison qui les décida à envoyer auprès de Louis XI une ambassade +composée de François Malespine et d'Allemand de Pazzis[355], +représentants les plus éloquents de la ville, et de Geoffroy de +Bazilhac, élu de Carcassonne, que le rusé cardinal avait attaché à la +personne des ambassadeurs pour les surveiller et pour être tenu mieux +au courant des dispositions du roi. L'ambassade arriva à Paris[356] au +mois de septembre 1461, et après avoir rencontré bien des difficultés +pour se loger, obtint une audience de Sa Majesté. Un des personnages +qui jouissait auprès du souverain d'un crédit sans limites, le +maréchal d'Armagnac, parent du cardinal de Foix, servit d'introducteur +aux ambassadeurs et leur facilita une première entrevue avec Louis XI. +Le maréchal de Comminges[357] se mettait à leur service pour +complaire, disait-il, à son cousin le cardinal légat; mais, en +réalité, il cherchait, dès cette époque, à entrer en relations avec +les Avignonnais, escomptant la succession du cardinal vieux et +maladif, avec l'espoir de trouver auprès des sujets du Saint-Siège un +appui à Rome, en vue d'assurer à son frère, archevêque d'Auch, la +légation d'Avignon. + + [355] 14 août 1461.--_Reg. des Conseils_, fol. 78. + + [356] Louis XI passa à Paris le mois de septembre 1461 avant de + se rendre à Tours. Voy. _Lettres de Louis XI_, II, p. 17, not. 1. + + [357] Jean de Lescun, bâtard d'Armagnac, fils d'Armand Guilhem de + Lescun et d'Anna d'Armagnac (Thermes), fut attaché au dauphin + dont il devint le confident et le conseiller intime, pendant son + séjour en Dauphiné. Ce sont ses agissements qui contribuèrent + surtout à irriter Charles VII contre son fils. Nommé gouverneur + du Dauphiné par lettres du dauphin datées de Bruges, 24 janvier + 1458 (Voy. Duclos, _Preuves_, p. 160;--Charavay, _Lettres de + Louis XI_, I, p. 100), il administra cette province de 1458 à + 1472 d'une manière vraiment remarquable. C'est lui qui opéra la + réforme municipale de Grenoble, réorganisa le Parlement de cette + ville (1461), fonda le monastère de Sainte-Claire (1469). Il fut + chargé par le roi de délivrer Yolande de Savoie, assiégée par ses + deux beaux-frères dans le château d'Aspremont, 1471 (Voy. M. + Legeay, II, p. 16, et Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, pp. + 273-278, Chorier, _Hist. du Dauphiné_, p. 473). Louis XI le + nomma, dès son avènement, maréchal de France (3 août 1461) et lui + donna le comté de Comminges en 1462. Voy. _Ordon. des Rois de + France_, XV, 626. Il figure au bas d'une ordonnance de Louis XI, + le 14 octobre 1463, avec le titre de «l'_Admiral_» (_Id._, XVI, + p. 91). + + Jean d'Armagnac mourut à la Côte-Saint-André le 9 juin 1473, et + fut enterré dans l'église de Bourg-lès-Valence. + + On peut consulter pour la biographie de ce personnage qui a joué + un rôle si important sous Louis XI, _Gallia Christiana_, I, p. + 1000;--Anselme, _Hist. généalog. grands-off. de la Couronne_, VI, + p. 94;--Charavay et Vaesen. _Depech. de Tomaso Tebaldi_, I, pp. + 267 et suiv.;--de Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, V, p. 142, + not. 1;--Dom Vaissette, _Hist. du Languedoc_, {2}XI, pp. 50, 51. + + Voy. la biographie très complète résumée par Pilot, _Catalog._; I, + pp. 315-316, not. 1. + +Le roi se montra très bienveillant pour les ambassadeurs et les fit +venir près de sa personne, «si près même qu'ils se touchaient», afin +que personne ne pût entendre leur conversation. Après avoir écouté +avec sympathie leurs souhaits de bienvenue, Louis XI leur déclara +qu'il avait à se plaindre d'eux pour des faits passés. Il leur +rappela, en effet, que du vivant de son père («dont Dieu ayt l'âme!») +les Avignonnais, sur les conseils de certains Gascons, l'avaient +accusé, lui, dauphin, d'avoir voulu enlever le comté et la ville +d'Avignon à notre saint père le pape, pour les mettre entre les mains +de son maréchal d'Armagnac. Louis XI protestait énergiquement contre +de pareilles imputations et il déclarait que si telles avaient été ses +intentions, jamais il n'aurait mis le pied dans Avignon et jamais il +ne se serait approché aussi près de la ville. Le roi ajoutait, du +reste, qu'il commettait le soin de recevoir là-dessus les explications +des ambassadeurs à Jean Bureau et qu'il tenait à connaître les noms +des inventeurs de pareilles calomnies[358]. Évidemment, dans ces +plaintes, le roi faisait allusion, sinon à la personne du cardinal de +Foix, du moins à son entourage, composé de Gascons, ses compatriotes. +Mais comme nous l'avons vu dans le précédent chapitre, à propos de +l'ambassade de Jean de Lizac, Charles VII accuse son fils, sans +preuves formelles; c'est un grief vague, peut-être comme un écho des +négociations avortées de 1444; mais, en 1451 rien dans nos documents +ne permet de diriger contre le dauphin une accusation précise. + + [358] Lettre inédite de Malespine et de Pazzis au Conseil de la + ville d'Avignon, du 25 septembre 1461, Arch. municip., série A.A. + (Voy. aux pièces justificat.). L'original de cette lettre est au + point de vue littéraire un précieux spécimen de l'idiome parlé à + Avignon au cours du XVe siècle. L'influence du catalan y est + prépondérante; on y trouve également des vocables et des + tournures qui sont encore en usage dans le «patois local». Nous + en donnons la traduction aux pièces justificat., no XIII. + +Quoiqu'il en soit, si réellement Charles VII avait été avisé des +desseins de son fils sur les possessions du Saint-Siège, ce ne peut +être que par le cardinal de Foix, à l'insu de la ville, ou encore par +l'évêque d'Avignon, Alain de Coëtivy qui était mal vu du dauphin. Il +est aussi de quelque apparence que Charles VII ait voulu, bien que +l'accusation remontât à quelques années, ajouter un grief de plus à +ceux qu'il formulait publiquement contre son fils. + +Les ambassadeurs d'Avignon répondirent avec la plus grande sincérité +au maréchal d'Armagnac, qui les avait invités à dîner, que jamais, à +leur connaissance, la ville n'avait écrit au défunt roi dans le but +d'incriminer son fils; que, dans tous les cas, ils n'avaient jamais +suspecté la loyauté de ses intentions et qu'ils ne pouvaient pas +s'imaginer quel était l'auteur de ces propos mensongers. + +Les envoyés se rendirent ensuite chez Jean Bureau[359] pour lui +demander s'il avait quelque souvenir plus précis de cette affaire. +Celui-ci répondit qu'il lui semblait se rappeler avoir vu quelque +lettre et entendu parler de quelque chose de semblable à l'hôtel du +roi, mais qu'il ne lui restait de ces conversations qu'un souvenir +très vague. Enfin, les mêmes ambassadeurs eurent à ce même sujet une +entrevue avec monseigneur de Boucicaut[360], ami de la ville et du +cardinal de Foix, et maître Pierre Robin. Monseigneur Boucicaut et une +autre personne rappelèrent que feu le roi Charles VII avait envoyé un +ambassadeur à Avignon pour avertir la ville et monseigneur le cardinal +«qu'on était sur le point de leur faire déplaisir et qu'il leur en +donnait avis». Il s'agit sans doute de la mission de Jean de Lizac, en +1451, dont nous avons raconté ailleurs les diverses péripéties. Les +envoyés de la ville, après avoir rappelé ce qui avait été répondu à +cette époque, tant par le conseil que par le cardinal, au roi Charles +VII, rendent compte de leurs démarches, ajoutant que s'il est +nécessaire de dire autre chose ou de produire de plus amples +justifications, le conseil ou monseigneur le cardinal doivent leur +mander leurs instructions, en adressant les lettres à la Cour. Le roi +devait se rendre incessamment à Melun, puis à Amboise et à Tours, où +les ambassadeurs se proposent de le suivre pour être dépêchés le plus +tôt possible «per espachats lo plus tost que porren[361]». En même +temps la lettre à l'adresse des consuls les informait que le nonce, à +Paris, avait eu avec le roi une entrevue, à la suite de laquelle il +avait avisé directement le cardinal de Foix de tout ce que le roi lui +avait dit, et envoyé de plus un messager spécial à Avignon, chargé de +faire connaître la teneur des paroles de Louis XI. + + [359] Jean Bureau était, en 1461, chambellan de Louis XI. Il + avait fait sous Charles VII toute la campagne de Guyenne + (1452-1453). Il mourut le 5 juillet 1463. Anselme, VII, p. 135. + + [360] Monseigneur de Boucicaut. Il s'agit ici de Louis le + Meingre, chambellan de Louis XI et fils de Geoffroy, le même qui + figure dans l'acte de renonciation de 1468. + + [361] Voy. pièces justificat., no XIII (traduction). + +Ce trait caractérise bien la diplomatie de ce temps-là. Le cardinal de +Foix a non seulement visé et modifié à sa guise les instructions +données aux ambassadeurs de la ville, mais il les a fait suivre par un +homme à lui qu'il a instruit de tout. Celui-ci, qui a été mis au +courant par le nonce de tout ce qui s'est traité à Paris, se fait +confier, sous des dehors officieux, les lettres par lesquelles les +ambassadeurs rendent compte à la ville de leur mission, et il est +probable que le cardinal eut connaissance de leur contenu avant les +consuls. Il est vrai que, de leur côté, les ambassadeurs savaient à +qui ils se confiaient. La réponse du roi aux consuls est du 26 +décembre 1461. Après les avoir informés qu'il avait écouté avec +bienveillance et fait ouïr par son conseil leurs compatriotes «sur +tout ce qu'ils ont voulu dire et remonstrer, touchant les matières +dont le cardinal et les consuls leur avaient donné charge», Louis XI +ajoute, pour mieux marquer ses sentiments à leur égard: «et en toutes +autres choses touchant les affaires de la ville d'Avignon et du pais, +sommes tousjours pretz et enclinz de faire et nous emploier au bien +d'iceulx, ainsi que les cas se y offriront, comme par les dessuz +nommez povez estre plus à plain informez[362]». + + [362] Cette lettre ne figure pas aux pièces justificatives, ayant + été donnée par Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, II, p. + 21. Arch. municip., B. 33, no 45. + +L'année suivante, Louis XI accordait au pape une apparence de +satisfaction, un peu tardive, il est vrai, sur les questions que le +cardinal d'Estouteville avait eu charge d'appointer dix ans +auparavant. Par un traité conclu avec le pape Pie II (1462), Louis XI +s'engageait à reconnaître les droits du Saint-Siège sur Pierrelate, La +Palud et autres lieux où il les avait contestés, mais il refusa +postérieurement de ratifier ses engagements et d'en exécuter les +conditions[363]. + + [363] Chambaud, _Recueil sur Avignon_, mss., I, fol. 402, 403. + +Si Louis XI une fois sur le trône s'abstient de toute agression contre +les domaines de l'Église et paraît renoncer à toute pensée d'annexion, +il n'en affiche pas moins la prétention d'y faire prévaloir ses ordres +et ses instructions comme dans les provinces royales, et il veut avoir +la haute main sur l'administration intérieure du Venaissin et +d'Avignon. En un mot, si, comme le dit Legeay[364], il n'a pas +l'intention d'empiéter sur les domaines de l'Église, il ne saurait +admettre que le cardinal légat, représentant la suzeraineté du +Saint-Siège à Avignon, puisse avoir une politique qui aille à +l'encontre des intérêts de la couronne. Louis XI considère le légat du +Saint-Siège comme un subordonné qui doit être plus français que +romain. C'est pourquoi il veut que le pape le consulte toujours sur le +choix du légat, et il ne se gênera pas pour essayer de lui forcer la +main en vue de lui imposer un candidat à son agrément. Les idées du +roi, qui étaient là-dessus celles de son père, et qui caractérisent +nettement la ligne de conduite de presque tous les rois prédécesseurs +et successeurs, à l'égard des États pontificaux de France, se +manifestent franchement au cours de la lutte que la France soutenait +contre les Catalans en faveur du roi d'Aragon. On sait, en effet, que +le 1er mai 1462[365], Louis XI avait signé avec Henri d'Aragon le +traité de Sauveterre, par lequel il s'engageait à lui fournir 700 +lances moyennant 30,000 écus; mais Henri ne pouvant les payer dut +abandonner comme gages, à la France, la Cerdagne et le Roussillon +(1462). + + [364] Legeay, _Hist. de Louis XI_, I, p. 370. + + [365] Dom Vaissette, _Hist. du Languedoc_, XI{2}, p. 47. Voy. + _Bulletin historique et philologique_, année 1895, nos 1 et 2, + pp. 392 et suiv. + +Au cours des hostilités Louis XI fait défense formelle au seigneur de +Clermont, lieutenant du gouverneur du Languedoc, de laisser apporter +des ports de cette province du blé, aux habitants de Barcelone, +rebelles au roi d'Aragon[366]. Louis XI formule la même défense au +cardinal de Foix et sur un ton qui n'admettait pas de réplique. +Inhibition est faite aux Avignonnais d'envoyer «à ceulx de la ville de +Barselonne des vivres, artillerie et autres choses à eux nécessaires». +Et la lettre royale ajoutait: «Nous vous prions bien affectueusement +remontrer aux ditz habitanz de la dite ville d'Avignon et autres des +nacions dessouz dites demourans en icelle, en leur notiffiant ou +faisant notiffier que s'ilz font le contraire nous les réputons dès à +présent noz ennemis et entendons de procéder ou faire procéder à +lencontre d'eulx, ainsi quil appartient en tel cas. Et affin quilz +naient cause d'en prétendre aucune ignorance, vous prions de rechief +que les choses dessus dites faictes crier et publier par cry publique +et à son de trompe, en nous faisant savoir tout ce que aures fait. E +vous nous feres très singulier et agréable plaisir[367].» Nous ne +connaissons pas la réponse du cardinal, mais il est probable qu'elle +fut conforme aux désirs de Sa Majesté, comme celle du gouverneur du +Languedoc[368]. Cette lettre, bien que se rapportant à un fait isolé, +ne laisse pas que d'offrir le plus vif intérêt, en ce sens qu'elle +explique d'une façon logique l'attitude et les agissements si peu +connus de Louis XI dans l'importante question de la succession du +cardinal de Foix et de la désignation de son successeur. + + [366] Dom Vaissette, _Liv. cit._, XI{2}, p. 55.--Voy. H. Sée, + _op. cit._, p. 292. + + [367] Origin. inédit. Donné à Castalno de Médoc, le 21 janvier + (1464). Louis XI était à Castelnau de Médoc le 19 janvier 1464. + _Lettres de Louis XI_, II, not. 1. Arch. municip., série + A.A.--Voy. pièc. justificat., no XIV. + + [368] Dom Vaissette, _Liv. cit._, XI, p. 55. Le lieutenant du + gouverneur écrit au roi en mars 1464 pour lui dire qu'il a obéi à + ses ordres. + +Pierre de Foix, légat du Saint-Siège à Avignon et dans le Venaissin, +occupait ces fonctions depuis trente-deux ans, avec la plus grande +distinction. Diplomate plein de finesse, politique délié, ferme et +prudent, il avait su, sans se brouiller avec le dauphin, préserver de +ses attaques les terres placées sous son autorité et conserver +l'estime de Charles VII; plus tard, Louis XI devenu roi, l'avait +ménagé à la fois par intérêt personnel et pour complaire à son +conseiller et ami, le maréchal d'Armagnac. Succombant sous le double +fardeau de l'âge et des exigences multiples de sa charge, le cardinal +légat se mourait lentement dans son palais, et plusieurs émissaires +intéressés avaient appelé l'attention du roi de France sur une proie +aussi tentante que cette succession[369]. «D'autre part, sire, lui +écrivait le 31 août 1464 Jean de Foix, savez, Monsieur le Cardinal mon +oncle est en grant aage et tousjours maladif, mesmement a esté puis +naguères en tel point quil est cuidé de morir et est à présumer quil +ne vivra guères...., je ne scay, sire, se vous avez jamais pensé +d'avoir Avignon en vostre main, lequel à mon advis, vous seroit bien +séant et qui pourroit mettre au service de mondit sieur le cardinal ou +par la main de Monsieur de Foix ou autrement quelque homme de façon +qui fist résidence avec lui. Or ne fauldroit point davoir le palais +incontinent que le dit Monsieur le Cardinal seroit trépassé, etc.» La +dernière recommandation surtout est à retenir, car elle montre la +pensée tout entière des neveux du cardinal, surtout de Pierre de Foix, +qui ambitionnait sa succession comme légat. Sollicité par le maréchal +d'Armagnac, Louis XI avait pris les devants et dès le mois d'août il +engageait avec le Saint-Siège des négociations pour amener le Saint +Père à donner la légation d'Avignon à un membre du clergé qui fût +_persona grata_ à la Cour de France[370]. + + [369] Lettre de Jehan de Foix au Roy, Voy. Dom Vaissette, _Nouv. + édit._, XII, pp. 92, 93. + + [370] Lettre inédite de Jean d'Armagnac aux consuls d'Avignon du + 22 décembre 1464. Orig. Arch. municip., B. 95, no 73. Voir aux + pièces justificat., no XVII. + +Le premier candidat proposé par Louis XI à l'agrément de Pie II avait +été le propre neveu du cardinal, portant le même prénom et qu'on a +quelquefois confondu avec son oncle le cardinal, Pierre de Foix le +jeune[371]; mais le pape répondit «que pour riens il ne lui +baillerait, pour ce quil estoit mineur d'aage». Sans se décourager de +ce premier échec, Louis XI proposa ensuite l'évêque de Genève, +Jean-Louis de Savoie, frère de la reine, qui fut également refusé. Le +pape fit alors savoir au roi «quil advise quelque évesque ou +arcevesque en son royaulme qui soit à son gré et quil pourvoyra cestuy +là sans autre». + + [371] Pierre de Foix, dit le jeune, né à Pau en 1449, évêque de + Vannes, élu le 17 mai 1475; cardinal de Saint-Sixte en 1476. Il + mourut à Rome le 10 août 1490. + +Déçu dans ses premières démarches, Louis XI s'adressa directement aux +Avignonnais, par l'intermédiaire de son maître d'hôtel Mombardon. Le +26 août 1464, le roi, alors à Noyon, écrivit aux consuls pour les +informer qu'il avait connaissance de la maladie du cardinal, ce dont +il était très «desplaisant. Et pour ce quil est à doubter que de la +dicte maladie il voise de vie à trespas, nous vous advertissons que se +avez daucune chose à faire en quoy nous puissions pour vous employer +nous le ferons de très bon cueur ains que plus amplement nous avons +chargié vous dire à nostre ami et feal conseiller et maistre de nostre +hostel Mombardon, porteur de ces présentes. Si le vueillez croire de +ce quil vous dira sur ce de nostre part[372]». En s'adressant aux +Avignonnais, Louis XI comptait évidemment mettre leur influence au +profit de son candidat qu'il ne leur désignait cependant, pas encore +nominativement. Au même moment, nous voyons arriver à Avignon Jean de +Comminges, maréchal d'Armagnac, accompagné du duc de Calabre, fils du +roi René (août 1464). Le conseil leur offrit une splendide hospitalité +et ne regarda pas à la dépense si l'on en juge par les comptes de la +ville[373]. On ne se tromperait pas en affirmant que le passage du +prince et du maréchal dans la cité papale se rattachait à la question +de la succession du cardinal de Foix. Évidemment ces deux personnages, +dont l'un était le confident le plus intime du roi «son grand +conseil[374]», devaient avoir reçu une mission secrète que nous +devinons facilement et qui avait pour but d'appuyer par paroles la +lettre de Louis XI aux consuls. + + [372] Orig. inédit, Arch. municip., B. 77, no 87, Cott. P.P.P.P. + Voy. aux pièces justificat., no XVI.--Pour Arnaud de Mombardon, + voy. Anselme, II, p. 178.--Cf. Chambaud, mss., VII, fol. 17, et + Massillan, mss., X, fol. 42, vo. + + [373] Mandat de 26 florins 6 gros pour vin et bois fournis au + comte de Comminges, mareschal de France, à l'occasion de son + passage et de celui du duc de Calabre: «hic adfuerunt de mense + augusto proxime præterito», 17 barrals de vin blanc, 18 florins + 14 gros,--13 barrals de vin rouge, 8 florins 16 gros,--2 + charretées de bois, 3 florins, «pro domino duce Calabriæ et aliàs + pro domino marescallo franciæ et pro jucundo adventu + eorum».--_Reg. des Conseils_, III, fol. 128, _Comptes de la + Ville_, Origin., C.C., Mandat du 7 mai 1465. + + [374] Jean de Serres, I, p. 769. + +Le 3 octobre 1464[375] le conseil se réunit pour examiner la réponse +à faire aux lettres royales du 3 août, et il fut décidé qu'un +ambassadeur serait dépêché à Rome pour faire connaître au pape les +intentions de la ville sur ce point; un messager spécial se rendrait +pour le même objet auprès de Louis XI. Au cours de ces négociations, +le vieux cardinal, dont la succession provoquait de si ardentes +compétitions, déclinait de jour en jour, et une issue fatale était +imminente. Vers le milieu de novembre[376], Louis XI fit partir pour +Rome Jehan de Reilhac[377], son secrétaire, auprès du Saint Père, pour +le supplier de donner la légation d'Avignon à Jehan de Lescun, +archevêque d'Auch, frère du maréchal de Comminges[378]. + + [375] _Regist. des délibérat._, Arch. municip., 1464. + + [376] Lettre de Jehan de Comminges aux consuls, pièces + justificat., no XVII. + + [377] Dans l'ouvrage qu'il a consacré à ce personnage, qui a joué + sous Louis XI, Charles VII et Louis XII un rôle important comme + diplomate, M. de Reilhac (I, pp. 183, 184) dit simplement: «C'est + ici que se place une ambassade de Jean de Reillac à Rome et à + Milan. Il reste absent pendant les sept mois qui s'écoulent du 13 + août 1464 au 13 mars suivant, époque où éclata la guerre du Bien + public.» M. de Reilhac ignore le motif de ce voyage à Rome et + pense que ce fut pour représenter Louis XI à l'installation du + nouveau pape, le cardinal Barbo, vénitien qui avait succédé, sous + le nom de Paul II, au pape Pie II, mort le 16 août 1464.--Jean de + Reilhac, dont la femme avait soin du ménage du roi (voy. Charavay + et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, II, p. 56), fit ce voyage à + Rome, comme tant d'autres, à ses propres frais, «et fraya moult + sien, combien qu'il eust peu de bien du Roy». Arch. nat., X{t}a, + 8317, fol. 239. (Cf. de Reilhac, I, pp. 183, 184).--Voy. pour + Jean de Reilhac, Pilot, _Catalog._, 1439, p. 92 et not. 1. + + [378] Jean de Lescun était fils d'Armand Guilhem de Lescun, + seigneur de Sarraziet dans les Landes, et d'Anne + d'Armagnac-Thermes. Il avait deux frères: 1º Garcias Arnaud de + Lescun, seigneur de Sarraziet, et 2º Jean de Lescun, plus connu + sous le nom de Bâtard d'Armagnac, comte de Comminges et + gouverneur du Dauphiné. Cette filiation est absolument prouvée + par les documents conservés aux Archives des Basses-Pyrénées, + notamment par un acte du 18 janvier 1454, dans lequel figurent + les trois frères. + + Jean de Lescun était protonotaire apostolique lorsqu'il fut élu + archevêque d'Auch, en 1453, après la démission de Philippe de + Lévis. Le comte d'Armagnac fit opposition à sa nomination et se + prononça en faveur de Philippe II de Lévis, évêque de Mirepoix. + Charles VII prit fait et cause pour ce dernier, et Jean de Lescun + ne put jouir de sa dignité qu'après la mort du roi, en 1462. + L'avènement de Louis XI à la couronne fut, pour l'archevêque + d'Auch, le commencement de nouvelles faveurs. Son frère, le Bâtard + d'Armagnac, venait d'être créé maréchal de France (3 août 1461) et + richement doté de terres et de pensions. Il est donc assez naturel + que la bienveillance du roi se reportât sur le frère de son + favori. La vie de l'archevêque d'Auch n'offre rien de particulier + à signaler, si ce n'est qu'il parvint à une extrême vieillesse, + étant mort à l'âge de 112 ans, en 1483. Il fut enseveli dans + l'abbaye de Gimont, au diocèse d'Auch, où il décéda. Il est + indifféremment désigné sous les noms de _Lescun_, + _Lescun-Armagnac_, _Armagnac_ et _Bâtard d'Armagnac_. Voy. à son + sujet _Gallia Christiana_, I, p. 1000;--Dom Vaissette, IX, p. + 31;--Charavay et Vaesen, II, p. 280, III, pp. 58, 78;--Mathieu + d'Escouchy, II, p. 275, not. 3.--Anselme, _Hist. généalogique_, + VII, p. 95. + +Au cours du voyage de Jehan de Reilhac à Rome, l'état du vieux +cardinal, depuis longtemps désespéré, s'aggrava, et ses exécuteurs +testamentaires, accourus en toute hâte à Avignon, s'étaient installés +dans le grand palais comme dans une propriété personnelle, suivant la +recommandation qui avait été faite à Louis XI, quelques mois +auparavant, par le neveu du cardinal, Jean de Foix[379]. Évidemment, +il est facile de reconnaître la main du roi dans les diverses +intrigues qui précèdent la mort du cardinal légat à Avignon. Celui-ci +avait fait, le 3 août précédent, son testament politique, dont nous +avons une copie, conservée dans les manuscrits de Chambaud, d'après +l'original[380]. Les trois exécuteurs testamentaires désignés par le +cardinal étaient Pierre de Foix, son neveu, l'évêque de Rieux +(_episcopus Rivensis_), Geoffroy de Bazilhac, et Jean, évêque de Dax +ou Acqs (_episcopus Aquensis_)[381]. Les trois personnages avaient +amené avec eux un train de maison considérable, et même un certain +nombre d'hommes d'armes, leurs compatriotes, Gascons déterminés et +résolus à qui avait été confiée la garde du grand palais, en vue d'une +attaque possible. Cette attitude, que Louis XI encourageait, était +pleine de menaces pour le Saint-Siège, et on pouvait craindre de voir +se produire un conflit sérieux dès que le cardinal de Foix viendrait à +décéder. + + [379] Voy. chap. v, p. 128. + + [380] Voy. Chambaud, _Rec. des Chartes_, mss., I, fol. 49, et + _Rec. d'Avignon_, I, p. 389, et Protocoles de Jacques Girard, + notaire à Avignon, côté Q.Q., fol. 21 et 23. + + [381] Il est constamment appelé Johannes Aquensis in Vasconiâ. + Jean-Baptiste de Foix a été évêque de Dax de 1460 à 1471. A cette + époque il fut transféré à l'évêché de Comminges où il mourut en + 1481. _Gallia Christiana_, édit. de 1870, t. I, 1055, 1104, 1105. + Il était parent du cardinal de Foix, et il est naturel qu'à ce + titre il ait été désigné par ce dernier comme un de ses + exécuteurs testamentaires.--Jean de Foix eut pour successeur à + l'évêché de Dax Pierre de Foix, le jeune, cardinal diacre + (1471-1481). C'est sous l'épiscopat de Jean de Foix que Louis XI + fit son entrée à Dax dont il confirma les privilèges. + +Le grand palais était donc occupé militairement et sans autorisation +du Saint-Siège lorsque le cardinal mourut, le 17 décembre 1464[382]. +Louis XI apprit le décès du cardinal de Foix, presque aussitôt, par +l'avis qui lui en fut donné d'Avignon par courrier spécial. Il se +trouvait alors à Tours[383], où il avait convoqué les États et les +princes pour les faire juges de ses griefs contre le duc de Bretagne +et exposer les droits de la couronne sur cette province. Préoccupé par +cette importante question, et ne voulant pas se mettre en avant +directement après les échecs successifs qu'il avait déjà éprouvés à +Rome, le roi fit écrire sur-le-champ aux Avignonnais par son +conseiller et premier chambellan, Jean d'Armagnac, maréchal de +Comminges, gouverneur du Dauphiné et de Guyenne[384]. Il envoyait en +même temps vers eux, et porteur de ses instructions confidentielles, +le bailli des montagnes du Dauphiné, son conseiller et serviteur[385]. +Le maréchal leur annonçait en ces termes cette ambassade: «Pour vous +dire et remonstrer aucunes choses de par luy et si vous escript bien +au long, en vous priant que vueilliez avoir mon frère l'arcevesque +d'Auch pour recommandé au fait de la légation de la ville et cité +d'Avignon et gouvernement de la conte de Venissy, en la forme et +manière que mon dit seigneur le cardinal la tenoit. Et pour ce, très +chiers et grans amys, je vous prie et requiert que, pour l'honneur du +roy et amour de mon dict frère, vous y vueilliez aider et tenir la +main en tout ce qu'il vous sera possible, tant envers nostre sainct +père que autrepart, et, en temps et lieu, mon dit frère et moy le +recognoistrons envers vous tellement que par raison en devrez estre +contens. Car je vous certifie que je le fais plus pour le bien du pays +que pour le prouffit que j'en espère en avoyr[386].» Le maréchal +insistait vivement, au nom du roi, en faisant le plus grand éloge de +son frère. «Et me semble que c'est l'homme au monde que vous devriez +mieulx vouloyr, veu que vous cognoissez ses conditions et qu'il n'est +pas homme malicieux pour pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que +plus après pourrez être informez par le dit bailli des montaignes de +l'entente du roy, ensemble de la mienne[387].» Le messager était du +reste porteur d'une lettre autographe de Louis XI, dans laquelle il +faisait savoir aux Avignonnais que sa volonté formelle était que la +ville reçût comme légat l'archevêque d'Auch[388]. + + [382] Voy. _Biographie du cardinal de Foix_, ch. v, pp. 141, 142. + + [383] Dareste, _Hist. de France_, III, p. 213. + + [384] C'est à tort qu'Anselme (voy. VII, p. 94) prétend que Jean + d'Armagnac ne porta ces titres qu'après 1464, puisque nous les + voyons figurer au bas de sa lettre. + + [385] Ce magistrat avait une juridiction assez étendue. Nous le + voyons trancher un différend entre les habitants de Gap et les + officiers de l'évêque de cette ville. _Arch. des + Bouches-du-Rhône_, B. 1215, série B. Voy. pour ce magistrat, + Pilot, _Catalog._, no 914 et _passim_. + + [386] Lettre de Jean de Comminges aux consuls, 22 décembre 1464. + Voy. pièces justificat., no XVII. + + [387] Lettre de Jean de Comminges aux consuls, 22 décembre 1464. + Voy. pièces justificat., no XVII. + + [388] Lettres closes signées Louis et Delaloëre. Arch. municip., + B. 4, cott. P-15, sans date. + +Les intentions royales ainsi manifestées par dépêche publique +plongèrent le conseil de ville dans la plus grande perplexité. +L'assemblée ne voulant pas assumer une pareille responsabilité, décida +qu'un ambassadeur serait envoyé à Rome, porteur des instructions de la +ville et de la copie des lettres du roi. Le temps pressait, il fallait +agir sans délai; les décisions du conseil furent rédigées dans un long +mémoire qui devait être confié au sieur d'Ortigues, avec ordre de se +mettre en route dans les premiers jours de janvier 1465[389]. +L'orateur devait exposer au pape Paul II que déjà du vivant du +cardinal de Foix, Louis XI avait, par lettres patentes, prié la ville +d'Avignon d'intercéder auprès de sa sainteté pour que la légation fût +donnée à Pierre de Foix, fils du comte de Foix; que depuis la mort du +vénéré légat le roi avait de nouveau écrit ou fait écrire par ses +officiers pour que ladite légation fût attribuée à l'archevêque +d'Auch; qu'en ce qui concernait Pierre de Foix, le roi avait fait +valoir qu'étant apparenté à plusieurs familles régnantes, non +seulement le comte de Foix, mais le roi d'Aragon, le roi de Navarre, +le roi de Portugal, le roi de Castille, ses parents, ne manqueraient +certainement pas d'intervenir auprès du Saint Père en sa faveur. Il y +était dit qu'«après avoir pris connaissance des lettres du roi, les +consuls, les conseillers et les autres citoyens réunis, considérant +que la provision du vicariat ou de la légation appartient à la libre +volonté du souverain pontife, avaient délibéré de ne pas intervenir et +de n'adresser au saint père aucune prière ou supplique pour quiconque +dans cette matière». En conséquence, le sieur d'Ortigues avait pour +instruction bien précise de faire savoir au pape que cette nomination +lui appartenait uniquement et qu'il eût à y pourvoir à sa guise, comme +dans toutes terres appartenant à l'Église. L'assemblée, réservant son +indépendance, s'en remet en toute confiance à la sagesse du pape, qui +voudra bien nommer un légat favorable à la ville, de façon que la cité +d'Avignon et ses habitants soient heureux et satisfaits de ce +choix[390]. + + [389] Arch. municip., série A.A., _Dossier des Ambassades_. + + [390] Instructions données à d'Ortigues, janvier 1465, série + A.A., _Dossier des Ambassades_. + +De peur d'encourir auprès du Saint-Siège le moindre soupçon d'avoir +voulu favoriser les vues du roi de France, d'Ortigues devait exposer +au pape que le conseil de ville avait répondu à ce dernier que le pape +seul avait qualité pour désigner le titulaire de la légation et que le +devoir de la ville et des habitants était d'obéir respectueusement au +représentant qui serait choisi par Sa Sainteté. Il ajouterait que la +lettre contenant cette réponse avait été portée à la Cour de France +par un docteur de l'Université et un religieux de l'ordre des frères +prêcheurs. La même réponse avait été envoyée au comte de Foix, et +d'Ortigues devait, en outre, remettre une copie de ces lettres à sa +sainteté[391]. Pendant que l'ambassadeur de la ville faisait ses +préparatifs de départ arriva une nouvelle missive de Louis XI qui +défendait à la ville d'accepter comme légat le cardinal d'Avignon, +Alain de Coëtivy, pour plusieurs raisons, et engageait les habitants, +s'il se présentait, à ne le point recevoir[392]. + + [391] Instructions données à d'Ortigues, _Dossier des + Ambassades_, série A.A. + + [392] Original inédit du 26 janvier 1465. Arch. municip., B. 4, + A.A., 25.--Délibérat. du 3 octobre 1464, _Regist. des Conseils_, + III, fol. 132;--Délibérat. du 26 janvier 1465, _Regist. des + Conseils_, III, fol. 137. La ville décidait d'envoyer au roi + Antoine _Symonis_, docteur en théologie de l'ordre des frères + prêcheurs, ou le procureur des Célestins d'Avignon, avec ordre de + se rendre auprès de Sa Majesté, et, après l'audience, d'aller à + Rome pour rapporter à Sa Sainteté tout ce que le roi aurait dit + (III, fol. 138). Le même ambassadeur était porteur d'une réponse + de la ville au comte de Comminges. + +Quelles considérations dictaient la conduite de Louis XI dans cette +occurrence? Était-ce seulement l'appréhension de voir écarter son +protégé? Cette raison ne nous paraît pas suffisante. Du reste, nous +n'avons aucun motif de croire que Paul II ait songé à investir Alain +de cette haute dignité, alors qu'il fallait surtout pour recueillir la +succession difficile du cardinal de Foix un esprit pondéré, ferme et +souple à la fois, qui sût sauvegarder les intérêts du Saint-Siège et +tenir la balance égale entre la papauté et son remuant voisin le roi +de France. Quoi qu'il en soit, Alain n'était point l'homme de la +circonstance. D'un caractère fougueux, violent, ambitieux et +intrigant, Alain occupait l'évêché d'Avignon où il avait été transféré +de Quimper en 1440 ou 1438[393]. C'était le frère de l'amiral de +Charles VII et suspect, de ce chef, à Louis XI. Il s'était montré au +concile de Bâle l'adversaire ardent d'un pape grec «qui n'avait pas +encore rasé sa barbe[394]». Créé cardinal du titre de Sainte-Praxède, +par Nicolas V, le 20 décembre 1448, il avait été envoyé par Calixte +III auprès de Charles VII en qualité de légat _a latere_, pour prêcher +la croisade contre les Turcs (1456). Il parvint même à faire croiser +un certain nombre de seigneurs, mais les démarches irrégulières et +l'attitude hostile du dauphin firent échouer ses préparatifs de +croisade. Louis XI devenu roi l'avait toujours tenu en suspicion[395], +et avec de semblables dispositions, la nomination d'Alain de Coëtivy +ou du «cardinal d'Avignon», comme on l'appelait, aurait +vraisemblablement provoqué entre le Saint-Siège et la Cour de France +un conflit brutal, comme il advint quelques années après à la suite de +la promotion à la légation de Jules de la Rovère. + + [393] Mas Latrie, _Chronologie_, p. 1382.--Cf. Nouguier, _Hist. + des Évêques d'Avignon_, pp. 178, 179, 180, donne la date 1438. + + [394] Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 219. + + [395] Voy. Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, t. I, p. + 114. Louis dit de lui: «le cardinal d'Avignon qui en toutes + choses et mesmement en ceste-cy se montre si fort nostre ennemy». + Il assiste en 1456 à l'entrevue qui eut lieu entre le roi et les + envoyés du dauphin, Gabriel de Bernes et le prieur des Célestins + venant justifier le dauphin. Alain de Coëtivy représentait + Charles VII. De Beaucourt, VI, p. 86.--Il mourut à Rome le 22 + juillet 1474. + +Paul II comprit très certainement le danger d'un choix aussi +hasardeux, et pour couper court à toute nouvelle sollicitation, il fit +savoir le 14 janvier 1465[396] qu'il venait de déléguer, pour remplir +l'intérim de la légation d'Avignon, Constantin de Hérulis, évêque de +Narni, recteur du Comtat, prélat d'une grande science, doué de toutes +les vertus chrétiennes et confident du pape. Le bref qui portait cette +nomination à la connaissance des Avignonnais fut reçu avec la plus +grande satisfaction, et on en comprend les motifs. + + [396] Le bref est du 14 janvier 1465; il fut donc écrit le jour + avant la seconde lettre de Louis XI aux consuls, mais il ne leur + parvint que postérieurement, alors que d'Ortigues n'avait pas + encore quitté Avignon. Quant à Antoine Symonis, en arrivant à + Lyon, au retour de son ambassade à la Cour, il reçut l'ordre de + suspendre son voyage à Rome et de rentrer à Avignon. _Reg. des + Conseils_, III, fol. 138. + +Sollicités d'un côté par le roi de France, craignant de l'autre de +déplaire au pape, ils se trouvaient ainsi délivrés de la lourde +responsabilité qui leur incombait en cette occasion. Le bref +pontifical fait savoir aux Avignonnais que le Saint Père a été avisé +de la présence au palais d'Avignon de Pierre de Foix et de Jean, +évêque d'Acqs, et de la teneur des négociations engagées entre les +citoyens et les héritiers du cardinal. Il loue l'activité, la prudence +et le zèle des habitants et leur dévouement au Saint-Siège. Il les +avise en même temps qu'il vient de nommer lieutenant et gouverneur de +la ville et autres lieux appartenant à la sainte Église l'évêque de +_Narni_, jusqu'à l'arrivée du légat qu'il se proposait d'envoyer +ultérieurement. Enfin, comme conclusion, Paul II engage les +Avignonnais à prévenir Pierre de Foix et Jean, l'évêque d'Acqs, qu'ils +aient à évacuer sans retard le grand palais et à le remettre aux mains +de l'évêque de Narni: «Vobis præcipimus et mandamus ut episcopum et +Petrum prædictos omni studio inducatis ut palatium nostrum quod ab eis +teneri accepimus, dicto episcopo Narniensi sine dilatione +consignent[397].» + + [397] Bref du 14 janvier 1465.--Arch. départ., B. 4. + +La question de la possession du grand palais, ancienne résidence des +papes, était grosse de difficultés. Pierre de Foix, l'évêque d'Acqs, +et les Gascons armés faisaient bonne garde et refusaient de se retirer +même devant la force. C'était malheureusement une tradition parmi les +légats qu'à chaque décès du représentant du Saint-Siège à Avignon, ses +héritiers et successeurs refusaient de rendre le palais aux ordres +venus de Rome. Ému de cette situation et pour obvier à un nouveau +scandale, le conseil de ville avait donné pour mission complémentaire +à d'Ortigues (1464), de demander à Sa Sainteté qu'elle fît défense +formelle, à l'avenir, à ses légats, d'habiter le grand palais, mais +qu'elle voulût bien désigner un capitaine noble et un citoyen de la +ville qui seraient chargés de la garde du palais, avec les émoluments +que Sa Sainteté fixerait elle-même, à percevoir sur les revenus de la +chambre apostolique d'Avignon[398]. + + [398] Instructions de la ville à d'Ortigues envoyé à Rome (1464), + _Dossier des Ambassades_, série A.A. Délibérat. du Conseil du 26 + janvier 1465; _Reg. des délibérat._, III, fol. 138. + +C'était de la politique habile de ne désigner qu'un légat d'un +caractère temporaire comme l'évêque de Narni[399]. Paul II laissait +ainsi à Louis XI l'espoir de lui donner bientôt satisfaction et lui +écrivait en même temps une lettre d'un caractère tout pacifique, +exposant les raisons qui l'avaient amené à déléguer à titre provisoire +l'évêque de Narni. Le souverain pontife, par un nouveau bref du 17 +février 1465, tout en remerciant les Avignonnais de leur dévouement et +de leur fidélité, leur faisait savoir qu'il avait confiance dans +l'esprit religieux et catholique du roi de France, pour être certain +que la tranquillité de ses États ne serait point troublée. Il ajoutait +qu'en agissant comme il l'avait fait, il n'avait eu d'autre pensée que +de sauvegarder l'honneur du Saint-Siège, le gouvernement des États de +l'Église et le repos de la papauté[400]. Il recommandait à nouveau à +la ville de livrer immédiatement le palais à son représentant. Les +négociations entamées avec les héritiers du feu cardinal de Foix +furent laborieuses et difficiles. Enfin, après de nouveaux +pourparlers, les prélats installés dans le palais s'engagèrent par +devant notaire[401], le 2 mars 1465, à remettre purement et simplement +le palais apostolique au pape Paul II ou à son délégué. Ils quittèrent +Avignon dans les premiers jours de mars et le conseil délibéra le 4 +dudit mois, d'accompagner Pierre de Foix jusqu'en dehors des +murailles et de lui présenter au nom de la ville une boîte d'or à +dragées du poids de 15 marcs d'argent, laquelle coûta 112 écus, en le +priant de protéger la ville tant auprès de son père que des princes +dont il se trouvait l'allié[402]. Le 9 février 1465, le cardinal Alain +de Coëtivy[403], évêque d'Avignon, répondant à une lettre que les +consuls de cette ville lui avaient adressée à Rome, le 13 janvier +précédent, les félicite de ce que le palais apostolique est revenu au +pouvoir du souverain pontife, chose qui lui a été très agréable «car +cela a fait qu'il n'y a plus eu qu'un seul troupeau et un seul +pasteur». + + [399] Dans un acte du 16 décembre 1465, l'évêque de Narni + s'intitule: «_Rector Comitatus Venayssini et in Civitate + Avenionensi pro eodem domino nostro Papâ gubernator ac generalis + locum tenens_».--Cf. Chambaud, _Recueil mss. sur Avignon_, fol. + 52;--Protocole de Girard, notaire d'Avignon, fol. 214. + + [400] Bref du 17 février 1465.--Arch. départ., B. 4. + + [401] Protocole de Jacques Girard, notaire à Avignon, côté Q.Q., + fol. 22, 23. + + [402] Arch. municip., Délibérat. du Conseil du 4 mars 1465. fol. + 141. + + [403] Lettre origin. aux consuls, Arch. municip., série A.A. + +Les visées de Louis XI, sur l'administration intérieure des +domaines du Saint-Siège, se trouvaient cette fois encore déjouées; +mais avec cette ténacité et cette persévérance qui caractérisent sa +politique, l'habile monarque ne considérait pas la partie comme +perdue et il allait prendre sa revanche en mettant en avant pour la +légation vacante la candidature de son parent, Charles de Bourbon, +archevêque de Lyon[404]. + + [404] Constantin de Hérulis avait été nommé recteur du Comtat en + 1460 (_Cottier, Hist. des Recteurs_, p. 133). Quelques + historiens, notamment Nouguier (_Hist. des Évêques d'Avignon_), + font succéder directement le cardinal de Bourbon à Pierre de + Foix. Il y a là une erreur grossière, démentie par les documents. + On trouve, en effet, aux comptes de la ville, année 1466-1467 + (Comptes de la ville, C.C.) un mandat de 500 florins à Constantin + de Hérulis, vice-légat, pour ses étrennes de la Noël. Enfin, + c'est le même personnage qui, de 1464 à 1470, est chargé de + régler les différends qui s'étaient produits entre les officiers + du roi et les habitants d'Avignon à propos de la fraude du + sel.--Voy. Arch. des Bouches-du-Rhône, _Reg. de la Cour des + Comptes_, B. 1200. + + + + +CHAPITRE VI + +Louis XI et le conflit avec Jules de la Rovere. + +L'entrevue de Lyon (juin 1476) et ses conséquences. + + Vacance de la légation (1464-1470).--Agissements de Louis XI pour + faire nommer à la légation d'Avignon l'archevêque de Lyon, + Charles de Bourbon.--Satisfaction accordée au roi de + France.--Conditions dans lesquelles Charles de Bourbon est + pourvu de la légation (1470).--Engagements du roi et du légat + vis-à-vis du Saint-Siège.--Révocation des pouvoirs du cardinal + de Bourbon (13 mars 1476).--La légation est donnée à Jules de + la Rovère, neveu de Sixte IV.--Mécontentement de Louis + XI.--Origines du conflit.--Occupation du palais + apostolique.--Les représentants du légat + assiégés.--Intervention militaire de Louis XI (avril-mai + 1476).--Entrevue de Lyon (juin 1476).--Les Avignonnais prêtent + serment de fidélité au roi de France (26 juin 1476).--Succès de + la politique royale.--Conséquences de l'entrevue de Lyon pour + les sujets du Saint-Siège et pour le cardinal de Saint Pierre + ad Vincula.--Son retour à Rome (octobre 1476). + + +La vacance de la légation, après la mort du cardinal de Foix, était +pour Louis XI un encouragement à renouveler ses instances auprès du +pape Paul II, en vue de le faire revenir sur son refus de pourvoir de +cette charge le frère du maréchal d'Armagnac. Le roi n'y manqua pas. +En effet, fort de la promesse de Pie II[405], Louis XI fit partir +pour Rome une ambassade extraordinaire vers la fin de 1465 ou au +commencement de 1466[406]. Les envoyés du roi avaient pour mission de +rappeler à Paul II toutes les démarches et sollicitations dont son +prédécesseur avait été l'objet en faveur de l'archevêque d'Auch: «Erit +ipsis oratoribus cura præcipua ne tot preces ac totiens pro +archiepiscopo auxitano ad legationem avinionensem profusæ cadant +incassùm, dicentque pontifici quid tranquillitas illius provinciæ, +quid altitudo regis, quid conditio temporum, quid pollicitatio Pii +(Pie II) pontificis flagitant[407].» Infructueuses restèrent les +démarches de Louis XI, qui, dès lors, paraît avoir abandonné à son +mauvais sort la candidature du frère de son ami le maréchal. Mais il +ne renonçait pas pour cela à l'idée de faire prévaloir sa volonté à +Rome. La même année, en effet, il adressait aux États du Venaissin une +longue missive[408] pour leur recommander, comme personnage très apte +à la légation, un prélat de sang royal, Charles de Bourbon, archevêque +de Lyon, frère du duc de Bourbon et d'Auvergne, à qui Louis donna le +gouvernement du Languedoc: «Nous avons jà par trois fois escript à +nostre saint père le pape, affin quil vueille pourveoir à la dicte +legacion et administration de Avignon et conte de Venysse, de la +personne de nostre dit cousin comme de la personne que nous povons +cognoistre ad ce plus utile et proffitable, et pour conserver et +tenir en bon estat le fait et les droiz du Saint-Siège appostolique +par deca et les subgectz estans soubz le patrimoine des diz ville et +conté plus requise et nécessaire[409].» Après avoir fait de son cher +et bien aimé cousin un éloge auquel contredisent plusieurs +contemporains[410], le roi les avisait que cette candidature était +désormais la sienne, à l'exclusion de toute autre et «pour ce quelque +chose que nous pourrions avoir escript pour et en faveur d'aultruy». +C'était, on le voit, une renonciation absolue à son ancien protégé +l'archevêque d'Auch. Dans cette lettre, comme dans celles qu'il avait +adressées aux Avignonnais en pareille occurrence, Louis XI cherchait à +mettre dans son jeu le crédit dont les Avignonnais et les Comtadins +disposaient à Rome pour assurer le succès de ses vues politiques: +«Vous priant que y vueillez tenir la main de vostre part et, par +votre ambassade, en escrire à nostre dit saint père, en la faveur de +nostre dit cousin, et tellement que doresnavant vous en doyons avoir +en plus grant amour et benivolence, laquelle vous pourrez avoir et +entretenir de bien en mieulx[411].» En même temps qu'il sollicitait la +recommandation des Avignonnais, en faveur de son parent, Louis XI +envoyait comme ambassadeur à Rome Charles de Bourbon, avec mission de +se présenter au pape, qui l'«aura pour recommandé et le préférera +comme personnage qui est bien en tel cas à préférer à touz autres +prélatz qui en pourroient faire poursuite[412]». Le roi avait adjoint +à l'archevêque de Lyon, comme compagnon de route, Thibaud de +Luxembourg, évêque du Mans, avec pouvoirs donnés par lettres datées +d'Orléans, du 19 octobre 1466[413]. On voit, par le rapprochement des +dates, que l'habile monarque comptait sur l'effet produit par les +lettres des Avignonnais sur l'esprit de Paul II, pour assurer le +succès de sa mission. L'ambassade devait: 1º rappeler au nom du roi, à +Paul II, son respect pour la papauté depuis sa jeunesse, en lui +faisant savoir qu'il regrettait que son père ne se fût pas mieux +comporté à l'égard du Saint-Siège; 2º montrer comment, pour être +agréable au souverain pontife, Louis XI avait, contre l'opinion de +tout son royaume, aboli la pragmatique sanction; 3º témoigner de sa +pleine et entière obéissance au Saint-Siège et donner comme preuve la +révocation des édits et prohibitions rendus à Poitiers; 4º le roi +demande qu'en considération de ses services Sa Sainteté veuille +pourvoir à certaines églises du royaume de France, jusqu'à vingt-cinq +à son gré[414]; 5º enfin, Louis XI terminait par un exposé sommaire +des obligations que l'Église et le Saint-Siège avaient à la royauté. +Cette ambassade marquait d'une façon très apparente les dispositions +bienveillantes de la Cour de France et son désir de voir appeler à +l'administration d'Avignon et du comté l'archevêque de Lyon. Mais les +envoyés du roi quittèrent Rome sans emporter autre chose que des +promesse vagues et dilatoires. + + [405] Paul II avait succédé à Pie II le 31 août 1464. + + [406] _Documents inédits de l'Histoire de France_, publiés par + Champollion-Figeac, II, p. 408.--L'auteur assigne cette date + parce qu'il est dit dans l'art. 3 que le royaume de France fut en + conflagration cette année-là (Ligue du bien public).--_Id._, p. + 406, not. 1. + + [407] _Documents inédits de l'Hist. de France_, + Champollion-Figeac, II, p. 408. + + [408] Lettre de Louis XI aux consuls, V. _Lettres de Louis XI_, + III, 98, 100. + + [409] Cette lettre, tirée des Archives de Vaucluse, série A.A. + commun, no 130, a été donnée par Charavay et Vaesen, III, pp. 98, + 100. Elle est datée de Mehun sur Loyre, le 10 octobre (1466?). + + [410] Charles de Bourbon était né en 1435.--A peine âgé de 11 + ans, il fut promu à l'archevêché de Lyon par le pape Eugène IV, + et, en attendant l'âge canonique, il se contenta du titre de + protonotaire apostolique (Fisquet, _La France pontificale, + Métropole de Lyon_, p 366). Confirmé dans cette haute dignité + ecclésiastique par Eugène IV, le 14 novembre 1446, il prit + possession de son siège le 26 mars 1447, par son vicaire Jean + d'Amanzé, mais il ne commença à exercer son ministère qu'en 1466. + (_Gallia Christiana_, IV, 177, 179;--_Lettres de Louis XI_, III, + p. 75). Il prit d'abord parti contre Louis XI dans la guerre de + la ligue du _Bien public_, puis se réconcilia avec le roi. Sacré + archevêque de Lyon en 1470 par l'archevêque de Bourges, Jean + Cuer, fils de Jacques Cuer, il fut parrain du dauphin (le futur + Charles VIII) et assista à l'entrevue de Pecquigny (Aubéry, _Vie + des Cardinaux_, p. 468), (_Chronique scandaleuse de Jean de + Troyes à l'an 1476_, p. 254). + + Charles de Bourbon fut nommé légat d'Avignon en septembre 1470 + (_Le Musée des arch. nation._, p. 290, no 508, donne par erreur + 1465). Promu évêque de Clermont, il prend possession de ce siège + par procureur le 10 mars 1476, et est créé cardinal du titre de + Saint-Martin des Montagnes, le 18 décembre 1476 (Aubéry, _id._, p. + 569;--Mas Latries, p. 1208), dans la même promotion que Pierre de + Foix le jeune. Il mourut à Lyon le 17 décembre 1488 (_Gallia + Christ._, IV, p., 179, Fisquet, _id._, _Métropole de Lyon_, p. + 371). Quoi qu'en dise Louis XI, qui rappelle dans sa lettre + «carissimo et amatissimo cosino» (_Lettres de Louis XI_, III, p. + 112), Charles de Bourbon avait des moeurs peu édifiantes. Il + laissa une fille naturelle. Louis XI l'avait donné à Édouard IV + comme confesseur, après la paix de Pecquigny (1474) «comme celui + qui l'absoudrait volontiers, sachant bien que le cardinal était + bon compagnon» (Commynes, IV, chap. x).--Voy. pour Charles de + Bourbon, Péricaud aîné, _Rev. du Lyonnais_, IX-X, 1855, p. + 37.--Cf. _Hist. de la Maison de Bourbon_, par de La Mure, édit. + Chantelauze, II, pp. 395 et suiv.--Il est bon d'ajouter que ni de + La Mure, ni Péricaud, ni Chantelauze n'ont connu le rôle du + cardinal de Bourbon comme légat à Avignon. + + [411] _Lettres de Louis XI_, III, pp. 98, 100. + + [412] _Id._ + + [413] Biblioth. nat., mss. lat., 9071, fol. 35. + + [414] Raynaldi, _Annales_, vol. XIX.--ann. 1466, 19 octobre, et + Bibl. nat. mss. lat., 9071, fol. 35. + +Les Avignonnais essayèrent-ils quelque démarche en vue de complaire +aux désirs exprimés dans la lettre royale? Les registres du conseil +n'en portent aucune trace. Mais nous constatons que le retard apporté +par la curie romaine à la nomination de Charles de Bourbon, n'altère +en rien les bons rapports existants. Le 17 juin 1468, la ville +d'Avignon envoya, avec un grand concours de citoyens, les consuls +saluer au débarcadère du Rhône, Blanche-Marie Visconti, épouse de +François Sforza, duc de Milan et de Gênes, que Louis XI «ne réputait +pas seulement soeur, mais fille[415]». «Nous savons que tout ce que +vous avez fait, leur écrivait-elle de Beaucaire, l'avez fait pour +l'onneur du Roy.... nous luy en escripvons en l'en remerciant et +scavons qu'il en scaura à tous ceulx de la ville tres grand gré et +nous vous offrons que s'il est chose en quoy nous puissions pour le +temps à venir faire plaisir à toutz de la dite ville, soit en général +et en particulier, que nous le ferons de tres bon cuer[416]». + + [415] _Lettres de Louis XI au duc de Milan_, Charavay et Vaesen, + III, p. 243. + + [416] Arch. municip., _Reg. des Conseils_, du 17 juin 1468, t. + III, fol. 200. Bonne de Savoie était soeur de Charlotte, reine de + France. Elle épousa, le 9 mai 1468, Galéas-Marie Sforza, fils de + François Sforza. Le mariage fut béni par le cardinal La Balue et + en présence de Charles de Bourbon. Voy. Duclos, _Hist. de Louis + XI_, V;--Péricaud, _Rev. du Lyonnais_, IX, X, p. 369;--_Lettres + de Louis XI_, II, p. 222, note. + + Vers la même époque, Louis XI ayant recommandé deux personnages, + Monténart (?) et Bazille, s'en allant à Avignon, les consuls + répondent qu'ils n'ont aucune nouvelle de Bazille; quant à + Monténart, il avait quitté la ville après une maladie très grave + et depuis on était sans nouvelles de lui. En faisant réponse au + roi ils ajoutaient: «Pourtant sur ce autre chose est en quoy tant + en commun que en particulier puissions vostre dicte Magesté + servir et complaire, en le nous notiffiant, le ferons de tout + nostre petit pouvoir et de tres bon cueur a l'ayde de nostre + seigneur le quel tres haut et tres chrétien prince et tres + redoubté seigneur vous doint bonne et longue vie et le + accomplissement de voz tres haultz et tres nobles désirs[417].» + + [417] Escript en Avignon le pénultième jour de mars 1468.--Orig., + Biblioth. nat., ancien fonds franç., mss. no 2896. + +Divers actes de Louis XI montrent néanmoins que la candidature de +l'archevêque de Lyon était toujours l'objet de ses préoccupations. +Dans une lettre du 21 août 1469, à Falco de Sinnibaldi, envoyé du +Saint-Siège, s'en retournant à Rome, Louis XI recommande, pour le +chapeau de cardinal, l'ancien compagnon de voyage de Charles de +Bourbon, Thibaud de Luxembourg, évêque du Mans, et on trouve cette +phrase caractéristique: «Je le vous obliay à dire, quant je vous +recommande le fait de la légation d'Avignon[418].» «Et pour tant que +j'ay singulière confiance en vous et que vous emploirez voulentiers à +conduire les matières pour les quelles nos diz ambassadeurs s'en vont +par dela, mesmement en celles que cognoistrez que jay au cueur, je +vous prie tant acertez et affectueusement comme je puis et surtout le +service que faire me desirez que vous vueillez tellement emploier à +tenir la main de vostre part envers Nostre dit Saint-Père que la +chose sortisse à ceste fois son effet.» + + [418] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, IV, p. 25. Falco + de Sinnibaldi avait été envoyé comme légat en France, par une + bulle du pape Paul II, datée des kalendes de juin 1470.--Arch. + vatic., _Reg. Cur._ 540 (Paul II). Au moment de l'arrivée du + légat, Louis XI, gravement malade, faisait cadeau à Paul II d'un + calice en or du poids de 24 livres, qui devait être placé à + Saint-Jean-de-Latran et ne pouvait être aliéné (août 1470). _Reg. + vatic. Cur._, no 540. + +L'influence de Sinnibaldi fut probablement de quelque poids sur la +décision de Paul II, qui donna enfin la légation d'Avignon à Charles +de Bourbon (septembre 1470), mais à titre absolument provisoire et +avec les réserves dont Louis XI donne acte au Saint-Siège dans une +lettre en latin, donnée à Amboise, le 26 septembre 1470, la seule de +ce monarque que renferment les archives du Vatican[419]. Mais déjà +temporaire et révocable, la provision de l'archevêque de Lyon se +trouvait singulièrement menacée par la mort de Paul II et l'exaltation +de Sixte IV. + + [419] Charavay, _Arch. des Miss. scientif. et littér._, pp. 445 + et suiv., série III, vol. VII, année 1881.--«Ludovici Francorum + regis juramentum quod Carolus ejus consanguineus et a Pontifice + avinionensis legatus designatus justitiam administrabit et ad' S. + S. bene placitum in ea legatione manebit.»--Arch. vatic., _26 + septembre 1470_, et _Arm._ 35, 20, 4, p. 208, et 12 juin 1472, + _Arm._ 35, 20, 8, pp. 416, 417.--«Litteræ Ludovici Francorum + Regis cum ejus Sigillo cereo in quibus jurat se facturum quod + Carolus Archiepiscopus Lugdunensis Civitatis Avinionensis et + Comitatus Legatus a Paulo II constitutus fideliter legationem + administraret illamque ad Pontificis requisitionem dimittat.» + _Arm._, II. Cap. III.--Arch. du Château-Saint-Ange, _Indice + chronologice_ (394, 1539). + +En 1471, Louis XI et Sixte IV qui, sans être en rapports tendus +jusqu'alors, se tenaient sur une réserve prudente, se rapprochent +parce qu'ils ont besoin l'un de l'autre. Le pape voulait l'appui du +roi pour une croisade; Louis XI comptait sur le Saint-Siège pour +régler l'affaire de la Balue et faire refuser à son frère, Charles de +Berry, la dispense nécessaire en vue d'épouser Marie de Bourgogne. Ce +rapprochement amena Sixte IV à se montrer plus traitable sur la +question de la légation d'Avignon qui n'avait été, comme nous l'avons +vu, confiée qu'à titre provisoire par Paul II à l'archevêque de Lyon. +Louis XI envoie, le 4 novembre 1471, à Sixte IV messire Guillaume +Compaing, archidiacre d'Orléans, et maître Antoine Raquier, notaire, +afin de conclure avec le pape un traité contre tous leurs ennemis +communs. Dans cette ambassade il est encore question d'accorder à +l'archevêque de Lyon, de la maison de Bourbon, la légation d'Avignon, +avec le chapeau de cardinal[420]. + + [420] _Collection Legrand_, XIV, fol. 228 et suiv.--Mss. Bibl. + nat.--Cf. Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 408.--Vaesen, + _Lettres de Louis XI_, V, p. 2, not. 1. + +Sixte IV ratifia le choix de son prédécesseur avec les mêmes réserves, +auxquelles durent souscrire par acte signé le roi de France et son +protégé, Charles de Bourbon. La lettre royale, qui reproduit les mêmes +termes que celle du 26 novembre 1470, fut donnée pour Sixte IV à +Saint-Florentin, le 15 juin 1472[421]. On voit, d'après ce document, +que l'archevêque de Bourbon exerçait la légation d'Avignon et du +Venaissin avec le titre de légat _a latere_ pour une durée qui était +laissée à la convenance du pape et du Saint-Siège. Il promettait au +pape que ledit légat s'acquitterait avec intégrité de sa charge et +rendrait bonne et prompte justice à tous les vassaux du Saint-Siège. +Il est à remarquer que pour la première fois, sans doute à la suite +des grosses difficultés qu'avait soulevées l'occupation du palais +apostolique à la mort du cardinal de Foix, l'obligation était faite au +légat de rendre le palais avec tous les droits et prérogatives +attachés à sa charge, soit au pape vivant, soit à ses successeurs, à +première réquisition et sans différer, avec toute la déférence due à +la personne du souverain pontife. Nous possédons également, grâce à +la copie donnée par Fornéry[422], le texte de l'engagement juré par +Charles de Bourbon, le 4 juillet 1472. Les conditions énumérées +ne font que reproduire celles déjà relatées dans la lettre royale. +Il s'engageait à remettre entre les mains de Sa Sainteté ou de +ses successeurs «le palais», avec tous droits, sous peine +d'excommunication et de parjure, sans contestation et sans +attermoiement[423]. + + [421] Copie d'après Fornéry, _Hist. ecclés._, mss., _Preuves_, + fol. 438. + + [422] Fornéry, B. d'Avignon, mss. I, fol. 439 et vo., et Mss. de + Carpentras, fol. 830. + + [423] «Cum pallatio omnibusque juribus et pertinentes suis + assignabo omnique tempore sub excommunicationis latæ sententiæ + atque parjurii pænis si contra fecero.» Datum Lugduni die 4 + Mensis julii, Anni Domini 1472.--Cf. _Réponse aux Recherches + historiques concernant les droits des Papes_, par Agricol Moreau, + p. 129, no X. + +Bien que pourvu officiellement de la légation, Charles de Bourbon ne +se pressa pas de prendre possession de son siège, qu'il n'occupa du +reste que d'une façon très irrégulière. Annoncé dès le mois d'octobre +1470[424], aux consuls d'Avignon par une lettre de Guillaume de +Châlons, prince d'Orange, le légat ne se présenta pour occuper sa +charge en personne qu'au mois de novembre 1473. La ville, pour fêter +son arrivée, envoya au devant de sa grandeur un brigantin manoeuvré +par douze hommes, qui devait remonter le Rhône jusqu'au +Pont-Saint-Esprit, en même temps qu'une ambassade, composée des +consuls et notables de la ville, allait à cheval à la rencontre du +légat jusqu'au même point. Le 11 novembre 1473 l'archevêque de Lyon, +descendant le Rhône sur le brigantin envoyé par la ville, prit terre +à quelque distance de la ville et s'installa au château du Pont de +Sorgues avant d'occuper le grand palais[425]. + + [424] Arch. municip., série A.A.--Lettre de Guillaume de Châlons + aux consuls, 7 octobre 1470. + + [425] Comptes de la Ville, 1473, 1474. Mandats no 88 et no 96, + série C.C. + +Dans la pensée du pape, le caractère révocable de la provision donnée +à Charles de Bourbon laissait-il entrevoir un remplacement à brève +échéance, ou mieux encore Sixte IV fut-il, dans cette circonstance, +l'instrument docile de son neveu, le célèbre Jules de la Rovère, que +Jean de Serres appelle «instrument fatal des maux de l'Italie» et +ailleurs «puissant d'amis, de réputation, de richesses, naturel +farouche et terrible, inquiet, turbulent, mais magnifique et grand +défenseur de liberté ecclésiastique»[426]? Il est difficile de se +prononcer. Jules de la Rovère avait été appelé à l'évêché de +Carpentras lorsque, à la mort d'Alain de Coëtivy, en 1474[427], il fut +transféré au siège d'Avignon que Sixte IV, par affection pour son +neveu, érigea en archevêché par bulle du 22 novembre 1474[428], avec +les évêchés de Carpentras, de Cavaillon et de Vaison comme +suffragants, alors qu'ils ressortissaient précédemment de l'archevêché +d'Arles. Cette extension de l'autorité spirituelle de l'archevêque +d'Avignon, sa parenté avec le souverain pontife, en faisaient un +adversaire redoutable pour le légat, dont il contrebalançait +l'influence: un conflit ne pouvait manquer de se produire lorsque, +sollicité sans doute par son neveu, Sixte IV, sans penser aux +conséquences d'une pareille mesure, révoqua la faculté accordée à +Charles de Bourbon[429] et lui substitua son neveu Jules de la Rovère, +par bulle du 13 mars 1475. Quelques auteurs ont prétendu que les +pouvoirs conférés au nouveau légat étaient plus étendus que ceux de +son prédécesseur; que son autorité devait se faire sentir jusqu'à +Lyon; qu'il voulait rétablir la suzeraineté temporelle du Saint-Siège +sur la rive droite du Rhône[430]. Rien dans la bulle pontificale +n'autorise ces affirmations, et le texte même du document est conforme +aux formules adoptées en pareil cas par la chancellerie +pontificale[431]. Depuis le XIIIe siècle les légats représentant à +Avignon le Saint-Siège avaient toujours porté les mêmes titres, qui +n'étaient qu'une formule consacrée de diplomatique sans effet dans +l'exercice de leurs fonctions. Du reste, les parlements se montraient +d'une rigueur impitoyable quand il s'agissait de l'enregistrement de +la bulle, et ils n'auraient pas toléré un empiètement sur les droits +du pouvoir laïque. + + [426] Jean de Serres, _Liv. cit., passim_. + + [427] Nouguier, _Hist. chronolog. des évêques d'Avignon_, pp. + 180, 181. + + [428] Origin., Arch. municip., B. 36, no 20.--Nouguier, _Liv. + cit._, pp. 180 et suiv. + + [429] «Venerabilem fratrem nostrum Carolum archiepiscopum + Lugdunensem in nostris civitate Avenionensi et Comitatu + Venayssino ac in illis adjacentibus provinciis civitatibus et + locis pro Romanâ Ecclesiâ gubernatorem et vicarium dudum + appellatum ab ejusdem sibi commisso gubernationis et vicariatûs + officio commissam facultatem revocamus.» Massillian, _Rec. des + Chartes_, vol. XXXI, fol, 393 et seq., mss. Biblioth. Avignon. + + [430] Legeay, _Hist. de Louis XI_, II, pp. 200, 181.--Cf. + Cottier, _Hist. des Recteurs_, 142, 143.--_Recueil des + Ordonnances_, XVIII, p. 196, not. C.--Duclos, _Hist. de Louis + XI_, II, p. 227. + + [431] Jules de la Rovère s'intitule dans un acte de 1476 + «_Julianus Sancti Petri ad Vincula Sacrosanctæ Ecclesiæ Romanæ + presbyter Cardinalis in Civitate Avenionensi et Comitatu + Venayssino nonnullisque aliis provinciis Civitatibus et locis ac + terris illis adjacentibus apostolicæ sedis legatus de latere_». + Arch. municip,. B. 65, no 73, Cott. A.A.A.A. + +Il y a là, selon nous, une confusion de la part des historiens, qui +ont traité la question sans la bien connaître, et dont nous allons +donner l'explication. L'archevêque d'Avignon avait juridiction sur +tous les sujets royaux fixés dans les limites de son diocèse[432]; or, +en ajoutant au diocèse du nouvel archevêque les évêchés de Cavaillon, +de Valréas et de Vaison, Sixte IV donnait par le fait, au sens propre +du mot, à son neveu «des pouvoirs plus étendus». Voilà ce qu'il faut +entendre par cette phrase qui se retrouve dans Duclos, dans Legeay et +les autres. C'est sans doute cette extension d'attribution qui motiva +les plaintes de Charles de Bourbon au roi, car on ne comprendrait pas +qu'il s'agît des attributions de Jules de la Rovère, légat, alors que +la provision de ce dernier ne fut délivrée qu'en mars 1475[433]. Or, +dès le mois de janvier 1475, Louis XI, mécontent des agissements du +pape, avait pris plusieurs ordonnances rigoureuses à l'adresse du +Saint-Siège. Une première ordonnance du 8 janvier 1475[434] instituait +une commission pour examiner les bulles, brefs et rescrits pontificaux +qui seraient contraires aux immunités et privilèges du royaume de +France et en défendait l'enregistrement. En vue de la défense des +libertés de l'église gallicane le roi soumettait au «_placet_» tous +les actes pontificaux. En outre, sans doute pour effrayer Sixte IV, +Louis XI fit écrire à tous les évêques de France pour leur dire qu'ils +ne devaient pas quitter leur résidence, et ce, sous peine de +confiscation et de privation du temporel[435]. + + [432] Voy. notamment p. 359. _Cart. de l'Archevêché_, t. III, + fol. 108.--_Rec. mss._, Massilian, fol. 66, vo. + + [433] Pastor, _Hist. de la Papauté_, IV, pp. 296, 297. + + [434] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, p. 169.--Cf. Pastor, _Hist. + de la Papauté_, IV, pp. 290, 297. + + [435] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, p. 168. + +En même temps, Louis XI, poussé secrètement par son allié, Laurent de +Médicis, provoque une agitation anti-romaine et parle de la prochaine +tenue d'un concile général pour la réforme de l'Église et l'élection +régulière d'un pape à la place du pontife, dont la nomination était +entachée de simonie. Il cherche à gagner à sa cause l'empereur +Frédéric[436]. + + [436] Pastor, _Liv. cit._, IV, p. 296. + +La bulle pontificale du 21 novembre 1474 était sans contredit un acte +d'indépendance de la curie romaine et attentatoire aux libertés de +l'Église gallicane, en ce sens qu'elle portait modification des +circonscriptions ecclésiastiques du royaume de France, sans l'avis +préalable du roi. En effet, de ce chef, la province ecclésiastique +d'Avignon devenait indépendante de Vienne et d'Arles[437], et le +rattachement de l'évêché de Vaison au diocèse de l'archevêché +d'Avignon était une diminution de l'autorité de l'archevêque de Vienne +et de Lyon «primat de France». Bien que plus incliné aux idées +romaines que son père Charles VII, qui professait plutôt les idées +gallicanes, Louis XI ne pouvait décemment rester indifférent en +présence des prétentions de Sixte IV dont la faiblesse expliquait cet +acte de népotisme. Si on ajoute à cette extension d'attributions +l'autorité que le nouvel archevêque tenait de ses prédécesseurs, on +conviendra que l'archevêque d'Avignon était, sinon le supérieur, du +moins l'égal du légat, qui devait désormais compter avec lui. En +effet, depuis 1178, par privilège de Frédéric II, empereur +d'Allemagne, l'évêque d'Avignon était coseigneur de Barbentane, et +avait juridiction temporelle sur ce port, une des principales escales +de la navigation du Rhône[438]. En outre, depuis le Xe siècle, ledit +évêque possédait, comme fiefs temporels sur la rive droite du Rhône, +les localités ci-après avec leurs annexes: _Roquemaure_, _Trueil_ (de +Torcularibus), _Montfaucon_, _Saint-Giniès de Comolas_, +_Saint-Laurent-des-Arbres_, _Lirac_, _Tavel_, _Rochefort_, _Sazes_, +_Pujaut_ (Podium altum), _Sauveterre_, _Villeneuve_, _Les Angles_ et +_Saint-Étienne-de-Candals_[439]. «De tout temps et d'ancienneté les +prédécesseurs arcevesques du dit lieu ont tout droit de justice et +juridiction ecclésiastique sur plusieurs nos subgectz, mananz et +habitanz de plusieurs villes, villaiges et places nous appartenanz +dedans nostre royaume estans du dit diocèse et arcevesché, et ont +accoustumé selon droit commun les dits arcevesques du dit lieu +d'Avignon, davoir toute juridiction cohercion et contrainte non +seulement sur iceulx habitanz des villes de nostre royaume mais aussi +de Provence, du conte de Venisse et dailleurs ou le dit droict se +estant[440].» Ces lettres patentes de Louis XI ne peuvent laisser +aucun doute sur la légitimité des pouvoirs de l'archevêque d'Avignon, +en tant que juge temporel desdits fiefs enclavés dans le royaume de +France. Or, dans de pareilles conditions, ou l'évêque devait se +contenter d'une juridiction temporelle nominale, comme l'avaient fait +la plupart des prédécesseurs de Jules de la Rovère, ou, s'il voulait +prendre au pied de la lettre les droits qu'il tenait de ses fonctions, +il devait se préparer à vivre en état de guerre avec les officiers +royaux, sénéchaux de Beaucaire, maîtres des ports de Villeneuve ou +leurs lieutenants, et le Parlement de Toulouse dont la rigueur était +proverbiale. On comprend, en effet, que les sujets du roi, placés sous +la juridiction temporelle des évêques d'Avignon et poursuivis pour +crimes ou délits de droit commun, récusassent la juridiction +temporelle de leur suzerain spirituel, pour chercher aide et +protection auprès des agents royaux et échapper ainsi à toute +pénalité. De là des conflits incessants, des protestations, et comme +conclusion, des lettres de représailles qui empêchaient l'évêque +d'exercer en toute liberté son droit de juridiction. + + [437] Le P. Armand Jean, _Les Évêques et Archevêques de France_, + 1682-1801; Paris, Picard, 1891, t. I, p. 49. + + [438] Arch. municip., Rhône et Durance, A, Invent. + + [439] _Notes chronolog. sur les villes, villages, paroisses, + églises et autres lieux du diocèse d'Avignon_, mss. de + Massillian, t. I, Dom Vaissette, XII{2}, p. 154.--Les évêques + d'Avignon déléguaient généralement un official forain chargé de + régler les affaires ecclésiastiques dans la partie de la province + du Languedoc qui ressortissait de l'archevêché d'Avignon. On + trouve, en _1614_, un arrêt du Parlement de Toulouse maintenant + dans ses fonctions _Thomas Duret_, qui en avait été chargé par + l'archevêque d'Avignon, Etienne Dulcis. Arch. de la + Haute-Garonne, _Invent. Parlement_, série B, 329. + + [440] Lettres de Louis XI données à Thouars le 27 janvier 1481. + Orig. _Cartul. de l'Archevêché_, III, fol. 108. + +Quant à la question de conflit à propos de certains territoires +riverains du Rhône, dont la délimitation et les droits «de pâturage et +de bûcherage» étaient contestés entre les officiers royaux et le +représentant du Saint-Siège[441], Jules de la Rovère ne pouvait en +avoir la responsabilité, attendu que depuis longtemps des +dissentiments existaient entre le sénéchal de Beaucaire et de Nîmes et +les officiers pontificaux. Des attaques à main armée avaient été +dirigées par les sénéchaux de Beaucaire et de Nîmes contre le terroir +d'Avignon, sous forme de représailles et de droits de marque, sous +prétexte d'une dette que les papalins auraient refusé de solder à +Gabriel de Bernes, alors qu'il était constant que la cité d'Avignon +n'avait jamais refusé de se libérer[442]. Enfin, la ville se plaignait +avec quelque apparence de raison que les officiers du roi +s'opposassent, par vexation, à la construction de «pallières et +taudis» sur la rive gauche du Rhône dont le courant impétueux ne +cessait de menacer les remparts et fortifications qui garantissaient +la sécurité de la ville et de son territoire. + + [441] Il s'agissait des îles d'Argenton, de Flesche, du Mouton, + de Barusin, du Château-Sables, de la Barthelasse, du Contrat, + _Invent._ A. Rhône et Durance. A la suite de l'entrevue de Lyon, + Louis XI nomma une commission composée de l'archevêque de Vienne, + de Pierre Arivel, président du Parlement de Grenoble, et du + Bâtard de Comminges et Jean de Moncade, juge-mage, pour régler le + différend, juin 1476. Arch. municip., B. 70. + + [442] Les Valperge ou Valpergue, d'origine lombarde (de Ropol + près Verceil) étaient coseigneurs de Caumont. Gabriel de Bernes, + seigneur de Ropol, réclamait à la ville 2,200 écus représentant + le fonds et les arrérages de la pension qui lui était due. Les + consuls ayant refusé de payer, les officiers royaux lancèrent des + lettres de représailles contre Avignon (juin 1475). Le 27 du même + mois, la ville s'acquitta d'une partie de la somme.--Cf. + _Amplissima Collectio_, II, pp. 1509, 1511.--Délib. du Conseil de + ville du 21 juin 1475. + +Les conflits entre riverains prirent même, au cours de l'année 1475, +un caractère tel de violence que le conseil de ville décida d'en +référer au pape, avec menace des censures ecclésiastiques[443]. De +leur côté les officiers du Languedoc, défenseurs des droits du roi, +maintenaient énergiquement leurs revendications et le juge-mage de +Beaucaire écrivait à Jean Bourré, président des États du Languedoc, +«touchant l'occupation que ceulx d'Avignon veullent faire du Rosne et +des isles d'icelluy[444]». Il montrait pour le roi l'importance qu'il +y avait à conserver la possession des terrains limitrophes du fleuve +et des îles voisines, «et le bon droit que le roy a». Le 9 juillet +1475[445], Sixte IV adressait à Louis XI une nouvelle lettre plus +pressante, dans laquelle il l'engageait à donner des ordres immédiats +pour que ses officiers du Languedoc cessassent d'inquiéter et de +molester les vassaux du Saint-Siège. Le roi de France n'ayant pris +aucune mesure pour donner satisfaction au souverain pontife, celui-ci +fulmina contre les officiers royaux une sentence d'excommunication (9 +décembre 1475)[446]. + + [443] Arch. municip., _Reg. des délibérat._, 19 juin 1475. + + [444] Dom Vaissette, XII{2}, _Preuves_, pp. 180, 181, 10 avril + 1475. + + [445] _Amplissima Collectio_, II, p. 1508. + + [446] 9 décembre 1475. Arch. municip., B. 19, no 17.--Les + conflits entre les rois de France et le pape à propos de la + délimitation de leurs droits sur les bords du Rhône durèrent + plusieurs siècles et donnèrent lieu à d'interminables procès. En + 1430-1431, sous Eugène IV, le cardinal de Saint-Eustache fut + chargé de régler le différend (Voy. Dom Vaissette, IX, pp. 1111, + 1112);--Chambaud, _Recueil sur Avignon_ (mss. I, fol. 164, + 165);--Ménard, _Hist. de Nîmes_, III, pp. 179, 377, + 378;--Massillian, XXII, fol. 57, vo.--Voy. _Procès du Rhône_, + mss., t. VI, fol. 150, 168, 169, 173. + + En 1430, un notaire royal ayant voulu instrumenter à Avignon, + reçut l'ordre de s'éloigner, et, détail curieux, il signa + désormais ses actes du milieu du lit du Rhône: _datum supra + Rhodanum, in quâdam barcâ ante turrim capitis pontis Villæ-novæ + prope Avinionem_. Voy. _Procès du Rhône_, t. VI, fol. 154. Charles + VI, par acte authentique de mars _1366_, avait reconnu au pape la + possession du lit du Rhône jusqu'à la chapelle de Saint-Nicolas + (Arch. municip., Orig., B. 68, no 27), et lorsqu'il y avait des + différends entre Avignonnais et sujets royaux, le conservateur des + privilèges apostoliques devait se transporter à cette chapelle et + y rendre ses jugements (Voy. _Enquête sur le Rhône_, Arch. + municip., B. 67, no 108); mais cette légitimité de possession du + souverain pontife était très fréquemment contestée, et le + Parlement de Paris dut intervenir pour trancher définitivement la + question (Voy. Arch. nation., X{ta} 8605, fol. 95, Ordonnance du + 30 janvier 1443). + +Ces explications étaient indispensables pour montrer l'origine du +conflit à propos des limites du Rhône, au moment où Sixte IV allait +appeler son neveu à la légation d'Avignon, et permettent de démêler ce +qu'il y a de fondé dans les accusations portées par les historiens +contre Jules de la Rovère sur ce point. Lorsque donc, quelques mois +plus tard, le cardinal de Saint-Pierre aux Liens se rendit à Lyon pour +porter ses doléances à Louis XI, il ne faisait que lui exposer des +griefs déjà anciens et qu'il n'avait en rien contribué à susciter. +Enfin, s'il se plaignait au roi de la sévérité outrée du Parlement de +Toulouse à l'égard des sujets pontificaux, lorsque quelque atteinte +était portée par eux aux prérogatives royales, ces plaintes étaient de +tout point fondées[447]. + + [447] On peut juger par un exemple de cette sévérité. En 1491 + (septembre), quelques habitants d'Avignon ayant démoli les degrés + d'une arche du pont (partie française), le maître des ports cita + le légat, les consuls et citoyens à comparaître devant le + Parlement de Toulouse qui, par arrêt du 7 septembre 1491, + condamna lesdites personnes à rétablir les degrés démolis et à + payer au roi une amende de 400 livres. Les Avignonnais en + appelèrent à Charles VIII qui, par lettres patentes, donna + suspension de l'exécution de l'arrêt. Le Parlement passa outre à + l'ordre royal et décida que l'arrêt serait exécuté. Arch. + municip., B. 64, no 36. + +En réalité, toutes les explications données jusqu'ici, pour justifier +le mécontentement du roi du retrait de la légation à Charles de +Bourbon, ne sont que de peu de poids et ne suffiraient pas pour rendre +plausible l'hostilité de la Cour de France et le parti pris de +recourir aux voies de fait contre le Saint-Siège dans la personne de +son légat et dans son propre domaine. Ce que Louis XI ne pouvait +pardonner à Sixte IV, c'était d'avoir manqué à ses engagements +vis-à-vis du roi et d'avoir porté une grave atteinte à l'influence +française dans les terres qui confinaient à la Provence, au moment où +Louis XI espérait mettre la main sur l'héritage du roi René. +Désormais, au lieu d'avoir à Avignon un représentant dévoué à ses +intérêts, la France allait se heurter à un ennemi habile, implacable, +que l'on accusait encore sans preuves d'entretenir avec le Téméraire +des intelligences secrètes, et de favoriser la cession des domaines de +la maison d'Anjou au duc de Bourgogne[448]. Tous les calculs +politiques de Louis XI se trouvaient ainsi déjoués, par suite de la +mauvaise volonté du pape, et on comprend qu'il en conçut une vive +irritation. + + [448] Ce sont les raisons données par Legeay, _Hist. de Louis + XI_, II, p. 200.--Cf. abbé Christophe, _Hist. de la Papauté au + XVe siècle_, II, p. 248. + + Cependant l'administration du cardinal de Bourbon, ou plutôt de + ses représentants à Avignon et à Carpentras, n'allait pas sans + quelques difficultés. Absent depuis plusieurs mois du siège de sa + légation, l'archevêque de Lyon avait délégué comme lieutenant à + Carpentras l'évêque de Narbonne[449]. A Avignon, il avait + constitué comme son fondé de pouvoir Édouard de Messiaco, abbé de + l'Isle-Barbe (13 décembre 1475). Les rapports entre le conseil de + ville et les délégués du légat étaient assez tendus par suite de + quelques questions d'ordre local. Le représentant du légat + reprochait au conseil: 1º de n'avoir pas procédé, comme le voulait + la charte municipale de 1411, au renouvellement annuel des + conseillers[450]; 2º de n'avoir pas voté au légat le présent + annuel de 500 florins, qui selon la tradition lui était offert la + veille de la Noël[451]; 3º il se plaignait en outre de ce que des + officiers avaient été créés directement par le Saint-Siège, sans + autorisation du légat; 4º de ce que les Florentins avaient obtenu + du Saint-Siège une exemption, au mépris du légat; 5º de ce qu'un + bref apostolique avait interdit à l'évêque de Narbonne de + s'immiscer dans les affaires intérieures du Gouvernement[451]. + L'évêque de Cavaillon se fit, auprès du conseil, l'organe de ces + plaintes. Celui-ci, qui louvoyait entre les deux influences, + décida le 13 décembre de surseoir à toute décision jusqu'au retour + des consuls et d'une partie des conseillers que la peste tenait + pour le moment éloignés de la ville. Quelques jours après, + l'assemblée municipale se réunit (le 18 décembre)[452] et la + mutation des conseillers fut opérée en présence de l'abbé de + l'Isle de Barbe, délégué du légat, et par son ordre. Le 10 janvier + 1476, le conseil décida de prendre des informations à Rome au + sujet de la bulle concernant la mutation des conseillers, qu'une + rature avait rendue suspecte de fausseté, et où le mois précédent + on avait délégué à cet effet Pierre Baroncelli comme ambassadeur + extraordinaire[453]. Le 24 janvier, le conseil procède à la + nomination des capitaines des paroisses, en vertu d'un bref que + Pierre Baroncelli avait rapporté de Rome avec des lettres de Jules + de la Rovère, archevêque d'Avignon. Il est probable que Baroncelli + avait été chargé par Jules de la Rovère d'une mission secrète pour + le conseil et les États, peut-être de leur faire pressentir la + prochaine venue du cardinal en qualité de légat, car dès son + arrivée, et par ordre de l'évêque de Carcassonne, Pierre + Baroncelli avait été jeté en prison. La ville députa aussitôt + auprès de l'évêque Pierre de Merulis, primicier de l'Université, + et Jean Martini, bourgeois, pour obtenir l'élargissement de + l'ambassadeur. D'autre part, le 3 février, le conseil fit de + pressantes instances auprès de l'abbé de l'Isle Barbe dans le même + but. Sixte IV lui-même, dans un bref menaçant, informa les consuls + qu'il avait donné l'ordre de relâcher sans délai Pierre + Baroncelli[454], se réservant de faire châtier l'auteur de + l'emprisonnement[455]. Le conflit était désormais inévitable entre + le Saint-Siège et son légat à Avignon, et forcément la Cour de + France allait être amenée à soutenir ce dernier contre le pape et + contre son rival et successeur désigné, Jules de la Rovère. Louis + XI, toujours à l'affût des desseins secrets de la Cour de Rome, + s'efforçait de provoquer une certaine agitation dans le clergé de + France et parmi les cardinaux du sacré collège. Au mois de mars + 1476, pendant que Jules de la Rovère se rendait à Avignon, on + trouva affichée à la porte de la basilique de Saint-Pierre une + proclamation du roi de France enjoignant à tous cardinaux, prélats + et évêques de se trouver à Lyon, le 1er mai, afin d'y délibérer + sur la tenue d'un concile[456]. Une ambassade française fut même + envoyée à Rome, à ce sujet, au mois d'avril 1476[457], mais Sixte + IV refusa de la recevoir. Comme le fait justement observer Pastor, + il y a une corrélation indiscutable entre ces tentatives de + pression et d'intimidation que Louis XI cherchait à exercer sur + les membres de l'Église et l'envoi en France de Jules de la + Rovère[458]. Ce dernier avait quitté Rome le 19 février 1476. + + [449] Cottier, _Not. sur les Recteurs_, pp. 142, 143.--Cf. abbé + Christophe, _Hist. de la Papauté au XVe siècle_, II, p. 248. + + [450] La charte communale de 1411 avait posé le principe du + renouvellement annuel des conseillers par moitié; mais divers + faits montrent que dans la pratique et depuis nombre d'années on + ne se conformait pas aux prescriptions de cette charte, puisqu'il + est question de la subrogation de certains citoyens à des + conseillers qui étaient morts dans leurs fonctions. Le légat ne + faisait donc que demander le retour à la légalité. Le 21 avril + 1476, Sixte IV approuve l'élection de deux conseillers à la place + de deux qui étaient morts. + + [451] _Amplissima Collectio_, II, p. 1514, _Epistol._ LXXX. + + [452] _Reg. somm. des délibérat._, décembre 1475. + + [453] _Reg. somm. des délibérat._, janvier 1476. + + [454] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 1476.--Arch. muicip., + _Invent_. + + [455] Arch. municip., _Invent_. imprimé. + + [456] Pastor, _Hist. de la Papauté_, IV, p. 298. + + [457] _Id._, IV, p. 298. + + [458] _Id._, IV, pp. 296, 297. Pastor fait remarquer avec raison + que cette mission si importante de Jules de la Rovère en France + est ignorée de la plupart de ses biographes, notamment de + _Brosch_ (IV, p. 298). Pour la première fois, grâce aux Registres + du Conseil de la ville d'Avignon, nous avons pu reconstituer le + rôle et les agissements de Jules de la Rovère (de mars à + septembre 1476) dans les affaires d'Avignon. + +La guerre devenait dès lors inévitable, et les partis commençaient à +s'y préparer. Le 12 mars 1476, le conseil est avisé de la prochaine +venue de Jules de la Rovère à Avignon, mais l'assemblée ignorait +encore la nouvelle, tenue secrète, du remplacement de l'archevêque de +Lyon à la légation. Celui-ci, mis au courant de ce qui se tramait à +Rome contre son autorité, avait pris les devants, et le 17 avril[459] +1476, on annonçait l'arrivée à Avignon, par le Rhône, d'une grande +barque chargée de douze tonneaux de vin et de vingt à vingt-cinq +salmées de blé, destinés à l'approvisionnement du grand palais. Avisé +aussitôt, le conseil décide que le tout sera mis en entrepôt et en +lieu sûr, _attendu que cette affectation de se servir d'une voie +étrangère pour les denrées dont il a besoin ne fait rien augurer de +bon pour la ville, d'autant plus qu'on sait qu'il donne certains +signaux par des feux allumés du haut de la tour de Trolhas_[460]. + + [459] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 1475-1476. + + [460] La tour appelée aujourd'hui «Trouillas». + +Le 19 avril 1476, le conseil est informé de l'approche de Jules de la +Rovère, neveu du pape, archevêque d'Avignon, en qualité de _légat +gouverneur d'Avignon et du Comtat_, et de son intention d'occuper le +grand palais, et d'en faire sortir incontinent ceux qui le détiennent +pour le compte de l'archevêque de Lyon. Le conseil délibère aussitôt +que les consuls et douze députés des plus notables auront plein +pouvoir pour établir une garnison aux portes et aux autres points de +la ville où besoin sera, et que des mesures seront prises incessamment +pour pourvoir à la sécurité de la ville et de ses habitants. Les +députés désignés furent: Louis Merulis, primicier de l'Université; +Guillaume Ricci, docteur; Antoine Ortigues, Girard de Sades, François +Malépine, Baptiste de Brancas, Pierre Baroncelli, Louis Pérussis, +Antoine Simonis, Veran Malhardi, Étienne de Gubernatis et Jean +Martini. Le 29 avril suivant[461], le conseil décide de notifier cette +décision à l'archevêque de Vienne, pro-lieutenant du cardinal de +Bourbon, et députe une ambassade au seigneur de Beaujeu[462], et à +l'archevêque de Narbonne, qui étaient au pont de Sorgues, pour tâcher +de pacifier les choses. C'est au milieu de cette agitation que le +nouveau légat pontifical arriva à Avignon, où il fut reçu avec la +déférence que commandaient ses nouvelles fonctions et sa parenté avec +la personne du souverain pontife. + + [461] Arch. municip., _Reg. des délibérat_. (avril 1476). + + [462] Pierre II de Bourbon-Beaujeu était le frère de Charles, + archevêque de Lyon, et gendre de Louis XI. Voy. Delachesnaye des + Bois, III, p. 476;--Anselme, I, p. 315. + +De son côté, Louis XI n'était pas resté inactif, et son intervention, +à ce moment, avait, s'il faut en croire Belleforest[463], un double +but; intimider le pape et peser sur l'esprit du roi René dont les +ambassadeurs étaient partis secrètement pour aller offrir au duc de +Bourgogne son héritage, après avoir rejeté et divulgué audit duc +toutes les propositions à lui faites par Louis XI[464]. Mais on sait +comment la défaite du Téméraire à Granson détacha du duc de Bourgogne +tous ses alliés, et René, dont les ambassadeurs avaient été pris et +les projets dévoilés, n'avait plus qu'à solliciter son pardon. Ce fut +l'épilogue du combat de Granson (1476). + + [463] Belleforest, II, p. 126. + + [464] Commines, _Édit. Chantelauze_, V, c. i, p. 306, et V, c. + ii, p. 311.--Cf. Muller, _Hist. des Suisses_, X, p. + 127;--Raynald, _Annal. ecclésiast._, 1476, §§ 1, 3;--César de + Nostredame, _Hist. de Provence_, VI, p. 640; Sismondi, _Hist. des + Français_, XIV, p. 476. + +Mais Louis XI n'avait pas attendu une solution que donnât à ses +visées politiques le sort des armes. Au mois d'avril 1476, par +ordre du roi, des troupes du Languedoc furent mises en mouvement +et portées sur la rive droite du Rhône, avec ordre d'amasser une +grande quantité de vivres et d'approvisionnements de toutes sortes à +Villeneuve-lès-Avignon[465]. L'avant-garde de l'armée royale, +commandée par le capitaine Bertrand de Codolet, se présenta au pont +du Rhône pour attaquer le terroir d'Avignon. Quant au représentant du +légat, l'archevêque de Lyon, il avait fait occuper le palais +apostolique par une garnison de soixante hommes, archers et +arbalétriers, fournis par le roi de France et à la solde de 4 livres +par jour. Dans cette forteresse inexpugnable la petite garnison +française entretenait des signaux avec les soldats de l'armée royale +campés sur la rive droite du Rhône, et leur fournissait des +renseignements utiles pour l'attaque des remparts. Vers la même date, +et pour appuyer les troupes massées sur la rive droite du fleuve, +Louis XI faisait diriger par voie rapide toute son artillerie +disponible, traînée par plus de quarante-quatre chevaux, sur +Avignon[466]. L'amiral de Bourbon, frère de l'archevêque de Lyon, +avait été chargé du commandement de l'armée «laquelle nous avions +envoyée ès marches de par dellà et près de la dite ville pour obvier à +la mauvaise entreprinse du dit cardinal alyé à nos ennemis[467]». + + [465] Ménard, _Hist. de Nîmes_, III, p. 253.--Ménard, _Preuves_, + III, p. 328. «A noble homme Guisarnaut de Gaube par mandement du + Roy nostre Sire, en faisant mettre sus gens de guerre, assembler + et mettre sus aussy porter vivres de plusieurs contrées du dit + diocèse au dit lieu de Villeneuve-les-Avignon pour secourir à + l'armée que le Roy nostre dit seigneur y avoit envoyée contre + ceux d'Avignon au moys d'avril passé, etc. LXXVIII, livr. + tournois.» + + «A Monseigneur Messire Philippe Gervais au moys d'avril dernier + passé par plusieurs journées à fere assembler et porter vivres et + artillerie de plusieurs lieux et contrées du dit diocèse aux gens + de guerre pour lors de par le dit seigneur envoyez à + Villeneuve-lès-Avignon contre ceulx d'Avignon. X livres.» + _Preuves_, III. p. 328. + + [466] Toute cette artillerie fut reconduite vers Lyon le 4 mai + 1476. _Comptes de la Ville_, C.C., 1476. + + [467] _Lettres patent. de Louis XI_, Origin., Arch. de l'Isère, + du 4 septembre 1476, série B. + +Aucun des historiens, en mentionnant cette prise d'armes du roi de +France contre les domaines du Saint-Siège, n'a connu réellement les +faits tels qu'ils se sont passés. Presque tous affirment que Louis XI +occupa Avignon et le comté, et ne sont pas éloignés de croire que, +dans la pensée du roi, cette tentative d'occupation à main armée +n'était que le prélude d'une annexion définitive, et que le +Saint-Siège fut même menacé de perdre Avignon par la faute de son +légat[468]. Il y a là une exagération évidente, conséquence de +l'ignorance des archives locales, qui vont nous permettre de mettre, +pour la première fois, sous leur vrai jour, les événements politiques +et militaires si peu connus de cette période de l'histoire des États +citramontains de l'Église. + + [468] Fantoni, _Liv. cit._, p. 345.--Cottier, _Notes sur les + Recteurs_, pp. 142, 143.--Cf. Morenas, _Lettr. histor._, p. + 12.--Charpenne, I, préface.--Cf. notamment Pastor (IV, p. 297) + qu'on est étonné de voir partager cette opinion fausse. + +Un document inédit et de la plus incontestable authenticité, renfermé +dans la caisse d'Avignon, parmi les papiers constituant le fonds de +l'inventaire de la Chambre des Comptes de Grenoble, nous apporte sur +les agissements de Jules de la Rovère, dans les événements qui vont +suivre, des renseignements forts curieux, que quelques historiens ont +soupçonnés, et qui n'expliquent que trop les griefs de Louis XI contre +la curie romaine et son représentant, le cardinal de Saint-Pierre ad +Vincula. Un certain Jean Aubert, dit de Montclus, seigneur et +chevalier de Montclus, avait été laissé à Avignon comme agent secret +du légat Charles de Bourbon, avec mission de le renseigner sur tout ce +qu'il pourrait saisir des desseins de Jules de la Rovère. Grâce à un +espionnage savamment dissimulé, ledit de Montclus ne tarda pas à +apprendre que le nouveau légat avait envoyé auprès de Charles le +Téméraire, duc de Bourgogne, son vicaire à Avignon, le sieur de +Lyennans, «lequel était revenu porteur de certaines lettres de créance +et instructions signées et scellées du seing et scel du dit duc de +Bourgogne adreçans au pape et au dit cardinal lesquelles lettres et +instructions estoient au grand dangier et préjudice[469]» de la +personne du roi et du royaume de France; que, pour mettre à exécution +ces mauvais desseins et entreprises, certaine alliance avait été +contractée entre ledit cardinal, le duc de Bourgogne et d'autres +ennemis du royaume (et ce disant, Louis XI fait évidemment allusion au +roi René). Au dire de Louis XI, le cardinal de Saint-Pierre aux Liens +était venu en Avignon pour mettre la main sur le palais apostolique, +en chasser la garnison française que le légat Charles de Bourbon avait +préposée à sa garde, et par la possession de cette forteresse +inexpugnable, barrer aux armées royales la route de Provence. On ne +saurait, en cette occurence, mettre en doute les accusations de Louis +XI contre le cardinal de Saint-Pierre ad Vincula, car ce sont ces +projets secrets que Baroncelli avait dû communiquer aux différents +corps élus d'Avignon et du comté, et qui motivèrent la délibération du +conseil de ville d'Avignon du 17 avril 1476[470]. + + [469] Arch. de l'Isère, _Titres du Comtat Venaissin_, série + B.--Voy. Pilot. _Catalog. des Actes du roi Louis XI_, II, p. 248, + no 1667.--Tours, 4 septembre 1476. + + [470] Délibérat. du 17 avril 1476, _Reg. des Conseils_, IV. + +Louis XI, informé de ce qui se tramait à Avignon par ledit seigneur +de Montclus, voulut intimider la curie romaine en mandant à Lyon, où +il se trouvait (mai 1476), le sieur de Montclus et le propre vicaire +de Jules de la Rovère, de Lyennans, les invitant à venir se justifier +auprès de lui. Le cardinal de Saint-Pierre aux Liens, dont la trahison +à l'égard de Louis XI n'était pas douteuse, pour empêcher son vicaire +de rien divulguer de la mission secrète qu'il avait remplie auprès du +duc de Bourgogne, s'empressa de faire incarcérer ledit de Lyennans, +comme témoin compromettant. Puis, sachant que le seigneur de Montclus, +en sa qualité de représentant de Charles de Bourbon, avait des +intelligences avec le capitaine qui gardait le palais, il tenta par +des promesses et toutes sortes de moyens de le gagner à sa cause. +N'ayant pu réussir dans son dessein, Jules de la Rovère, très irrité +contre le sieur de Montclus, le fit venir au petit palais[471], en +présence de l'évêque de Cavaillon, des évêques italiens qui avaient +accompagné le nouveau légat, des consuls et autres personnages +notables de la ville, et devant tous les assistants le cardinal entra +dans une violente colère, déclarant au sieur Montclus que s'il ne lui +faisait pas remettre incontinent le palais apostolique en obligeant +les gens de Charles de Bourbon à l'évacuer, «il luy feroit coupper la +teste et qu'il ne luy tenoit à guères qu'il ne le fist gecter par la +fenestre en la rivière du Rosne et que c'estoit le dit suppliant qui +les y avait mis et que par luy se conduisoient[472]». De Montclus, +sans s'intimider des menaces du cardinal, répondit que c'était à tort +qu'on l'accusait de maintenir dans le palais la garnison française; +qu'il n'avait point charge de traiter cette question, et que le mieux +était pour le cardinal de s'entendre avec les ambassadeurs du roi de +France, qui se trouvaient en ce moment à Avignon. Mécontent de cette +réponse et aveuglé par la colère, Jules de la Rovère donna l'ordre de +s'emparer sur-le-champ de la personne dudit de Montclus, et de +l'enfermer dans la prison du petit palais; il le fit lier et attacher +avec de gros fers aux pieds, et «loger en une grosse tour estroitement +et durement detenu en grant detresse de sa personne, couchier sur le +plastre comme s'il estoit ennemy de la foy et mecréant, garder par +certains habitans de la dite ville, piller et desrober tous ses biens +meubles qui estoient de bonne valeur estans en certaine maison qu'il +avoit au dit Avignon. Et contre toute forme de justice inhumainement +et cruellement feist tourmenter et mettre en gehayne et torture le dit +suppliant cuidant par ce moyen recouvrer le dit palais et que pour +éviter la mort du dit suppliant le capitaine et autres estans de dans +le dit palais eussent rendu au dit cardinal le dit palais et que faire +ne vouloirent[473]». + + [471] Le petit palais, dont il est souvent question, était la + résidence des évêques d'Avignon, après que les papes et, après + eux, leurs légats se furent établis dans le grand palais, ou + palais des papes actuel. Il fut reconstruit par Jules de la + Rovère sur le même emplacement et sert aujourd'hui de petit + séminaire. Le Rhône coulait sous les fenêtres du palais. + + [472] _Lettres de Louis XI_, Docum. cité.--Arch. de l'Isère, + série B. + + [473] _Lettres de Louis XI_, Docum. cité. + +Cependant, comprenant que la détention dudit Montclus était illégale, +et que la ville et les habitants d'Avignon pourraient supporter les +conséquences d'un aussi grave abus d'autorité, au moment où l'armée +envoyée par Louis XI approchait de la ville[474], Jules de la Rovère +laissa entendre que de Montclus n'avait été mis en prison que pour +obtenir le recouvrement du palais indûment retenu, puisque, en +exécution des engagements pris par le roi et le légat en 1472, ledit +palais devait être rendu à première réquisition du Saint-Siège. Il +ajoutait, en outre, que ce faisant il avait voulu complaire à un +certain nombre d'habitants d'Avignon, ennemis du roi de France, qui +étaient débiteurs vis-à-vis de lui de certaines sommes qu'il avait +donné charge d'aller recueillir, en vertu d'une obligation déjà +ancienne, et après sommation faite par lettres patentes aux officiers +du Saint-Siège. Sous ce dernier prétexte, Jules de la Rovère fit +appliquer la torture audit sieur de Montclus, pour le forcer à +déclarer que lesdites lettres obligatoires adressées par Louis XI à la +ville «estoient induement faictes et forgées», alors que lesdites +obligations avaient été souscrites par la ville avant la naissance +dudit de Montclus et ne le touchaient en quoi que ce soit[475]. La +torture, appliquée avec tous les raffinements en usage chez les +bourreaux du Saint-Siège, alla jusqu'à la séparation des membres pour +contraindre Montclus à dire des choses «à l'appétit et vouloir» de ses +persécuteurs. Le malheureux prisonnier faillit en mourir. Ce que +voyant, le cardinal de Saint-Pierre _ad Vincula_, les habitants et +consuls de la ville d'Avignon, émus sans doute à l'idée qu'un +traitement aussi barbare et le trépas qui s'en suivrait engageaient +gravement la responsabilité de la ville aux yeux du roi de France, +cessèrent de torturer leur prisonnier. Quant à Jules de la Rovère, il +trouva moyen de parlementer avec l'amiral de Bourbon, commandant +l'armée royale, et partit d'Avignon pour venir à Lyon trouver le roi. + + [474] Avril 1476. + + [475] Louis XI fait certainement allusion à l'obligation que la + ville avait contractée vis-à-vis du seigneur de Ropol, Louis de + Valspergues, représentant de Michel et de Jean de Valspergues, + coseigneurs de Caumont, à qui il était dû une somme assez forte + par la ville (soit 3,000 écus) et par un citoyen, Allemand de + Pazzis, qui avait fait faillite. Louis XI avait écrit aux consuls + pour réclamer le paiement de cette dette en faveur de Louis de + Valspergues. + +Mais les consuls et les habitants d'Avignon comprenant enfin tout +l'odieux de leur conduite, afin d'apaiser la colère du roi «et les +dites deshonnestes faultes assoupper», envoyèrent auprès dudit de +Montclus, enfermé dans la tour de l'auditeur, une délégation qui se +composait de maître Tulle, docteur et juge de ladite ville, de maître +Accurse Meynier et d'Etienne Sedile, notaire de la cour de +Saint-Pierre et autres officiers, et de plusieurs autres notables +citoyens. Le juge de Saint-Pierre délivra sur-le-champ ledit de +Montclus comme innocent et sans charge aucune, en lui en donnant acte +par lettres que ledit suppliant avait requises «pour sa descharge et +s'en aider en temps et lieu». Tels sont les événements qui se +passaient à Avignon au moment où Louis XI, déjà très mécontent, +dirigeait des forces sur les terres du Saint-Siège, et on comprend dès +lors que l'accueil fait par lui à Jules de la Rovère n'ait pas été +précisément très amical. + +A l'annonce des mouvements de troupes qui se dessinaient de l'autre +côté du Rhône, et des préparatifs de siège du palais apostolique, le +conseil de ville d'Avignon décida de faire garder les portes et les +remparts par une garnison de soixante hommes d'armes pendant huit +jours, et de leur payer à cette occasion 60 florins. Le soin de +constituer cette force armée fut confié à Marot Borgognon qui, ne +trouvant personne dans le pays, fut obligé d'envoyer quérir à +Tarascon, à Aix et à Marseille, des aventuriers pour concourir à la +défense de la ville[476]. Gaspard de Sarrachani et son frère Thomas +furent chargés de couvrir tous les passages du Rhône qui mettaient en +communication le terroir d'Avignon avec la rive languedocienne[477]. +Les bacs à traille notamment devaient être l'objet d'une surveillance +rigoureuse. Quant à l'intérieur de la ville, les consuls avaient pris +toutes leurs mesures pour la mettre à l'abri d'un coup de main. Le +conseil avait fait fabriquer neuf couleuvrines qu'il avait placées +dans l'hôtel de ville[478], en refusant énergiquement de les laisser +transporter au grand palais[479]. Comme le bruit s'était répandu qu'un +assaut devait être livré au palais, les consuls donnèrent charge à +Marot Borgognon et à Antoine Simon, avec un certain nombre de +compagnons, de garder les passages près de la tour Trolhas par où +pouvaient s'introduire des troupes royales destinées à renforcer la +petite garnison fidèle à Charles de Bourbon. Borgognon et Simon avec +leurs hommes d'armes veillèrent pendant quinze jours et quinze nuits, +et outre les désagréments d'une pareille faction, ils encoururent la +disgrâce du seigneur de Lyon (Charles de Bourbon)[480]. + + [476] Comptes de la Ville où se trouve le détail de la dépense, + no 283 du Compte de 1476. + + [477] Comptes de la ville, annexe du 58e mandat. Comptes de 1477, + 1478. + + [478] 26 juin 1477. Mandat de 16 florins à Albergas Basilic, + marchand d'Avignon, pour neuf couleuvrines qu'il avait vendues à + la ville sous le consulat de Thomas Busaffi. Arch. municip., + Comptes, C.C., Mandat no 101, 1477, 1478. + + [479] _Reg. des délibérat._, du 1er mai 1476. + + [480] «Item quant es vengut au bruch del siège del Palais, les + consols en la compaignie de Messires Anthony Symon me doneron + charge ambe «certans» compaignons de guarda los passaiges au pres + de la torre de Troulhas la hout ieu ay demorat xiiii ou xv jours + et jor et nuyt. Et oltre los malo jors et malas nuytz enay + aquestat la mala gracia de monsegnor de Lyon comme tout lo mont + sap.» _Comptes de la Ville_, C.C., no 283. + + C'est à cette occasion qu'il y eut quelques escarmouches entre les + assiégés et les soldats placés par la ville autour du palais. Il + n'est parlé que de blessures légères, du reste. Le 14 mai 1478, + les consuls payèrent un mandat de 3 florins à Antoine Massebon + «pro vulnere illato et facto per illos de magno palacio, tempore + guerre domini Lugdunensis.» G. G., no 405. Il n'y eut donc pas à + proprement parler de siège du palais en avril-mai 1476, mais + seulement quelques arquebusades échangées sans grand dommage. + +Tels sont, dans toute leur simplicité, les événements militaires dont +les États du Saint-Siège furent le théâtre en avril-mai 1476, et +auxquels on avait donné une portée et un caractère contraires de tous +points à la vérité historique. S'il n'y eut pas, en réalité, +occupation _manu militari_ du comté et d'Avignon par les troupes du +roi de France, toutes les mesures furent prises pour l'effectuer. +L'attitude du roi René[481] d'abord, et de Jules de la Rovère ensuite, +suspendit les préparatifs belliqueux de Louis XI et donna aux +événements une tournure pacifique. Dès le 11 avril 1476, René d'Anjou +promit aux ambassadeurs du roi de n'avoir jamais plus d'intelligence +avec Charles le Téméraire, ni avec les autres ennemis de la couronne. +Il prit l'engagement de se rendre à Lyon pour assister à l'entrevue à +laquelle l'avait convié Louis XI, et prépara l'entrevue de Jules de la +Rovère avec le monarque. Les troupes royales furent incontinent +rappelées[482], et nous voyons quelques jours après les Avignonnais se +porter caution pour l'archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, d'une +somme de 3,200 livres que ledit cardinal devait payer au roi de +France. Charles de Bourbon figure dans l'acte avec les titres de +_gubernator civitatis Avinionensis et Comitatûs_ et avec le titre de +_legatus a latere_[483]. Le 9 mai, le roi René qui, en passant, avait +eu un entretien avec Jules de la Rovère, arrivait à Lyon, où Louis XI +lui fit les honneurs d'une hospitalité vraiment royale. Les deux rois +vécurent dans la plus grande intimité, se montrant ensemble à la foire +avec les plus belles dames de la ville[484], et parurent parfaitement +réconciliés. Les compagnons du roi René, entre autres Palamède de +Forbin, reçurent des cadeaux des deux côtés. Celui-ci eut même du roi +René 4,000 livres de pension annuelle, et c'est en reconnaissance de +ces gracieusetés que les ambassadeurs provençaux s'employèrent de leur +mieux pour amener une cessation d'hostilités entre Louis XI et Sixte +IV[485]. + + [481] Lecoy de la Marche, _Le Roi René_, II, p. 359. + + [482] Legeay, II, p. 200. + + [483] Instrument relatant un contrat passé entre Jehan de Foix, + seigneur de Maille, pour le roi Louis XI, et Edouard de Messiaco, + abbé de l'Isle-Barbe, lieutenant de Charles de Bourbon. Arch. + municip., B.77, Origin. parchemin. + + [484] Commines, V, II, p. 311.--Cf. Lecoy de la Marche, I, 412, + 413. + + [485] Lecoy de la Marche, I, p. 554. + +C'est au milieu de ces démonstrations d'amitié sincère entre les deux +rois que Jules de la Rovère arriva à Lyon, pour s'entretenir avec +Louis XI des difficultés pendantes avec le Saint-Siège. Le roi le +reçut fort mal d'abord[486], mais finit par l'écouter, sur les +instances du roi René, et exigea en premier lieu: 1º que Jules de la +Rovère renoncerait à sa légation et restituerait à Charles de Bourbon +la provision que le pape lui avait retirée au mois de mars 1476, et 2º +que les Avignonnais enverraient à Lyon une députation chargée de +prêter, au nom de la ville, serment de fidélité à la couronne[487]. + + [486] Aubéry, _Vie des Cardinaux_, p. 469. Pendant les mois qui + précèdent, Jules de la Rovère recevait de Sixte IV, son oncle, + une pension de 104 ducats d'or par mois (mars-mai 1476). Arch. + vat., _Reg._ 492. + + Le 11 juin 1476, une somme de 40 florins d'or est payée par le + trésorier de la Chambre apostolique à Christophe de Bergame, + _maître coureur_, qui est envoyé auprès du légat Jules de la + Rovère avec les brefs. Arch. vat., _Reg._ 493, fol. CLXXXD, etc. + + [487] Chambaud, _Ann._, mss., fol. 390. + +L'orgueilleux cardinal-légat s'humilia pour ménager le Saint-Siège et +les domaines de l'Église, et le 10 juin il fit tenir aux consuls +d'Avignon des lettres patentes leur enjoignant de reconnaître pour +légat Charles de Bourbon, archevêque et comte de Lyon[488]. Quelques +jours plus tard, le 18 juin 1476, Jules de la Rovère écrivait de +nouveau aux consuls[489] pour les informer que le serment de fidélité +exigé par le roi avait été prêté suivant la formule convenue, mais que +sa majesté entendait qu'il fût prêté en outre par le conseil de ville +comme représentant de la collectivité des habitants. En conséquence, +il leur faisait tenir une copie dudit serment, qui devait être +adressée à lui-même, revêtue de la signature des membres du conseil, +avec défense expresse d'y introduire la moindre variante[490]. «Et ont +juré Guillaume Ricci, François Peruzzi, Antoine Ortigues, Antoine de +Damiani, en présence de l'archevêque de Lyon, de M. l'admiral de +France, son frère, que dans la ville d'Avignon on ne souffrira aucune +personne qui puisse nuire au roi et à ses États, et on n'y prendra +point parti pour ses ennemys déclarés qui sont le duc de Bourgogne, le +roi Fernand, le roi d'Aragon et le roi d'Espagne, son fils, au moyen +de quoy le dit amiral et le vice-chancelier ont promis au nom du roi +de France de garantir la ville d'Avignon de toute oppression qu'on +pourrait vouloir faire aux sujets de Notre Saint Père, ainsi que des +attaques de ses ennemis». Les consuls et conseillers firent également +le même serment, sauf toutefois certaines réserves en ce qui touchait +l'obéissance et la fidélité au pape et son droit de souveraineté. Bien +que cette condition ne fût point stipulée dans l'acte, le grand palais +d'Avignon devait être occupé provisoirement, au nom du légat Charles +de Bourbon, par une garnison de soldats royaux, ce qui était pour la +cité papale une humiliante obligation, en même temps qu'une +perpétuelle cause de conflits. Quant au caractère même et à la portée +du serment des Avignonnais prêté à un souverain qui n'était pas le +leur, il ne faut pas s'y méprendre; il liait l'un vis-à-vis de l'autre +les contractants par acte public, et les Avignonnais ne manqueront +pas de s'en prévaloir dans une circonstance où la tranquillité de la +ville et la sûreté de ses citoyens se trouvent menacées par les +attaques du sacrilège Bernard de Gorland (1479-1480). Et il faut dire, +à l'éloge de Louis XI, que le roi de France ne faillit pas aux +engagements pris à Lyon[491]. + + [488] Copie en latin de la lettre du 18 juin 1486. Arch. + municip., série A.A. + + [489] Lettre de Jules de la Rovère aux consuls de Lyon, 18 juin + 1476. + + [490] Voici la formule du serment en latin: «Forma juramenti. + Juraverunt Guillelmus Ricii, Franciscus Peruzzi, Antonius Urtice, + Antonius de Damianis oratores, Regi clarissimo, in manibus domini + vice cancellarii, presentibus reverendissimo domino Lugdunensi et + domino admirato, quod in civitate Avinionensi nullum recipient + exercitum inimicorum prefati clarissimi regis qui possit nocere + persone nec statui ipsius clarissimi Regis. Inimici autem + declarati sunt dux Burgundie, Rex Ferdinandus, rex Aragonum et + Rex Yspaine, filius ipsius regis Aragonum, hoc mediante quod + prefati domini admiratus et vice cancellarius, nomine prefati + clarissimi domini Regis, promiserunt etiam civitatem Avinionis + conservare ab omnibus oppositionibus, illamque defendere contra + omnes emulos Sanctissimi domini nostri Pape et civitatis predicte + ac inimicos eorumdem et ita facere firmaverunt Simile juramentum + prestabunt consules et consiliarii dicte civitatis et literas + illius expedient in forma patento sub sigillo dicte civitatis + quas ad primum mandabunt reverendissimo domino.» Arch. de la + ville, série A.A. + + [491] Lettre des Avignonnais à Monseigneur du Bouchage, 30 + janvier 1479, Origin., B. nation., _Anc. fonds franç._, mss., no + 2896, fol. 90.--Cf. Bernard de Mandrot, pp. 320, 321. + +La question de la légation elle-même était laissée en suspens, mais +Jules de la Rovère promettait tacitement au roi et à son rival, +l'archevêque de Lyon de se rendre prochainement à Rome pour solliciter +de son oncle Sixte IV le chapeau de cardinal en faveur de Charles de +Bourbon, qui ne demandait rien de plus. L'entrevue de Lyon (mai-juin +1476) fut pour la politique de Louis XI un triomphe complet. Il avait +obtenu du roi René, sinon la substitution du roi de France à Charles +du Maine comme héritier de la Provence, au moins un engagement tacite +dont Palamède de Forbins fut le garant[492]. René ne voulut pas se +lier par un acte, contrairement à ce qu'affirme l'auteur de l'histoire +des Célestins[493], mais c'était le bruit public que le vieux roi +avait donné à Louis XI la promesse formelle de la cession de la +Provence à la couronne, à la mort de Charles du Maine, institué +héritier par testament du 28 juillet 1475[494]. Comblé de présents et +d'honneurs, René avait quitté Lyon le 9 juin 1476, laissant Jules de +la Rovère débattre avec Louis XI les questions qui intéressaient +spécialement les états pontificaux et la légation[495]. + + [492] Lecoy de la Marche, _Liv. cit._, I, pp. 412, 413. + + [493] «Alii scribunt quod Renatus rex dùm esset Lugduni, + Ludovicum regem nepoti suo Carolo substituit, substitutionem suam + scripsit litteris miro picturæ artificio azureo colore + conspicuam.» _Historia Cælestinorum._, mss., Bibl. Avignon, t. I, + fol. 697. + + [494] Mathieu, _Hist. de Louis XI_, p. 345;--Legeay, _Hist. de + Louis XI_, p. 204. + + [495] Lecoy de la Marche, II, p. 483. + +Le rusé cardinal n'eut pas lieu de se plaindre des procédés de Louis +XI à son égard, car il obtenait de lui plus qu'il ne pouvait espérer, +surtout après la réception qui lui avait été faite. Son ton résolu et +prompt à la riposte, sa rouerie diplomatique, dissimulée sous une +apparente soumission, avaient produit sur l'esprit du roi une +impression très favorable, et Louis XI, après ces quelques semaines +d'entrevue, n'hésitait pas à appeler le cardinal de Saint-Pierre aux +Liens son «très cher et grant amy». Par lettres patentes données à +Lyon le 15 juin 1476, le roi «voulant mettre un terme aux grans +faultes, fraudes, abuz, déceptions et exactions de toute espèce qui se +commettoient à la Cour de Rome au détriment de tous ceux qui venoient +à besougner à cause de la diversité des personnages auxquels ils +s'adressaient, déclare que désormais toutes les personnes qui auront à +se pourvoir en Cour de Rome se addressent a son très cher et grant amy +le cardinal de Saint-Pierre _ad Vincula_[496]». Louis XI accordait en +outre à Jules de la Rovère l'autorisation d'exercer dans le royaume +ses facultés de légat, bien que ledit légat «ne luy en ait demandé la +permission, comme il est de coutume, et sans qu'il soit tiré à +conséquence[497]». En outre, par d'autres lettres patentes, données à +Lyon le 21 juin 1476, Louis XI autorisait le cardinal de Saint-Pierre +ad Vincula à posséder dans le royaume de France tous les bénéfices +dont il avait été ou pouvait être pourvu, archevêchés, évêchés, +abbayes et autres dignités et bénéfices quelconques, et à quelque +valeur et estimation qu'ils pussent monter. Dans les raisons qui +poussaient le roi à octroyer cette faveur, Louis XI parlait «de la +grant et singulière amour et amitié que avons a lui. Et en faveur de +plusieurs grans louables et notables services dignes de recommandacion +qu'il nous a faiz et espérons qu'il nous face au temps advenir[498]». +Enfin, six semaines après l'entrevue de Lyon, Jules de la Rovère +affermissait encore ses bons rapports avec le roi de France en +accordant la dispense pour le mariage de Louis d'Orléans (futur Louis +XII) avec Jeanne de France, fille de Louis XI[499]. + + [496] Bibl. nation., _Ancien fonds franç._, no 3882, fol. + 209;--_Musée des arch. nation._, p. 286. + + [497] Bibl. nation., _Ancien fonds franç._, mss. + 294;--_Catalog._, I, p. 538. + + [498] Extrait des minutes de Jean Robini, notaire (Lettres + vidimées le 13 juin 1485). Voy. aux pièc. justificat., no XXI. + + [499] De Mauldes, _Collect. des Docum. inédits; Les Procédures + politiques sous Louis XII_, pp. 926, 929. + +L'entrevue de Lyon, grâce à l'influence du cardinal de Saint-Pierre +aux Liens sur l'esprit du roi, fut féconde en résultats heureux pour +les Avignonnais. Par lettres patentes données à Lyon le 21 juin +1476[500], Louis XI accorda aux sujets du pape le droit de construire +des «palières» pour protéger leur terroir contre les débordements +périodiques du Rhône. Ce droit, qui avait déjà été consacré par +lettres données à Compiègne, le 7 février 1470 et le 26 janvier +1474[501], était contesté par les officiers de la couronne, et à +diverses reprises les Avignonnais avaient fait appel à la justice du +roi pour la sauvegarde de leurs propriétés. «Pourquoy nous les choses +dessus dictes considérées, inclinanz liberallement à la supplicacion +et requeste que sur ce nous a este faite par nostre tres chier et +grant ami le cardinal _Sancti Petri ad Vincula_, légat du Saint-Siège +apostolique estant nagueres par devers nouz à Iceulx supplianz pour +ces causes et considéracionz et autres à ce nous mouvanz avons octroye +et octroyons de grace espécial par ces presentes que la sus dite +palière, taudiz, et reparacionz par eulx ainsi faictes du coste de +leurs terres sur le rivage de la dite rivière du Rosne soient et +demeurent en l'estat quelles sont de present tant quelles pourront +durer, sanz que Iceulx supplianz soyent ou puissent estre contrainz à +Icelles démolir ne abatre, ne que pour icelles avoir faict faire, ils +en soyent molestez ne travaillez par aulcunz noz officiers soubz umbre +des sus dites multes ou peines declairées ou à declairer en quelque +manière que ce soit ou puisse estre. Et lesquelles peines et multes +saucunes estoient declairées nous voulons au cas dessuz dit estre +nulles et de nulle valeur. Et icelles avons abolies et abolissons par +ces présentes pourveu toutes foys que les ditz d'Avignon ne feront +faire doresenavant sur la dite palière aucunes reparacions en quelque +manière que ce soit. Et quant la dite palière sera rompue et desmolie +iceulx de Avignon ne la feront ne pourront reffaire sanz noz vouloir +congié et licence[502].» Cette concession royale avait aux yeux de la +ville bien plus d'importance qu'on ne le croirait généralement, car +outre la nécessité de pouvoir élever des «pallières et taudis» en vue +de préserver les terres des débordements subits, au moment de la fonte +des neiges et des orages dans la région cévénole, il y avait encore à +sauvegarder l'intérêt même de la navigation, qui était au XVe siècle +l'unique voie de communication entre le nord et le midi de la France. +Or, le Rhône ayant toujours eu une tendance bien marquée à se jeter +vers la rive droite, les Avignonnais attachaient la plus grande +importance à pouvoir effectuer en toute liberté des digues en terre et +en fascines dites, «pallières», pour ramener sur la rive gauche le +courant principal du fleuve, que suivaient les barques de marchandises +allant d'Arles et de Tarascon sur Lyon. La ville accueillit la +décision de Louis XI comme un grand bienfait, et c'est une des mesures +que Gilles de Berton et Louis de Merulis, de retour d'une ambassade +auprès de Louis XI, feront valoir auprès des membres du conseil de +ville pour marquer la bienveillance du roi à l'endroit de la +cité[503]. + + [500] Donné à Lyon sur le Rosne, le XXIe jour de juing 1476. + Orig. Arch. municip., B. 64, no 44, Cott. V.V. + + [501] Bibl. nation. _Invent._, III, 3882, fol. 16. + + [502] 21 juin 1476, à Lyon. On trouve des lettres ayant le même + objet du 7 février 1470 (B. 65) et de janvier 1474 (B. 65) et de + Selles en Poitou du 20 avril 1469 (B. 64). + + [503] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 19 mai 1479. + +A la question de droit de pallières était liée celle du pontonage du +Rhône. Cette dernière avait pour Avignon un intérêt capital, car c'est +par le grand pont de pierre, construit sur le Rhône vers la fin du +XIIe siècle, que se faisaient les échanges de denrées et de +marchandises entre les Avignonnais et la rive languedocienne. Beaucoup +d'Avignonnais possédaient des domaines sur la rive droite, dans les +limites du diocèse d'Avignon, et c'est du Languedoc que la ville +recevait une bonne part des céréales, du vin et du bétail nécessaires +à l'alimentation de ses habitants. La rupture ou l'interdiction du +pont était, pour la ville, une cause de ruine et de disette[504]. Or, +la cité d'Avignon, aux termes des lettres patentes du roi Charles +V[505], n'avait la propriété du pont que jusqu'à la chapelle, +aujourd'hui encore existante, de _Saint Nicolas_[506], c'est-à-dire +après la deuxième arche; l'autre partie, de beaucoup la plus longue, +était terre royale, et les officiers du roi et maîtres des ports de +Villeneuve en avaient la surveillance et la garde. Les Avignonnais, +dès 1451[507], avaient prié le cardinal d'Estouteville d'intervenir +auprès de Charles VII, pour faire savoir au roi que la ville étant +dans l'intention de reconstruire quelques parties du pont qui +menaçaient ruine, priait sa majesté de donner un avis favorable à la +requête et d'autoriser l'affectation du produit des péages à la +reconstruction et à l'entretien dudit pont. C'est à Lyon encore que +Louis XI, par lettres patentes du 21 juin 1476[508], décida que le +produit du péage du pont d'Avignon, tant du côté de la ville que du +côté du royaume, appartiendrait aux officiers royaux, lesquels +seraient tenus d'en employer les sommes à l'entretien du pont, +conformément à un tarif convenu[509]. + + [504] On peut en juger par l'affolement de la ville sous Henri + IV, lorsque Montmorency, gouverneur du Languedoc, en réponse aux + mesures de rigueur du vice-légat, avait fait fermer le passage du + côté de la rive droite. Voy, Barbier de Xivrey, VII, p. 117, + _Lettres de Henri IV_. + + [505] Arch. municip., Origin.;--_Bullar. Avinion._ + + [506] C'est au-dessous de cette chapelle que dès le XVIe siècle + fut installée la douane chargée de plomber les étoffes de soie + sortant d'Avignon. + + [507] _Annal. d'Avignon_, mss. Chambaud, fol. 173. + + [508] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, pp. 197 et suiv. + + [509] Il y a également d'autres lettres de Louis XI pour le même + objet du 21 juin 1476. Arch. municip., B. 68. + +Mais le plus grand acte de la générosité royale à l'égard des +Avignonnais et Comtadins, au XVe siècle, fut sans contredit signé à +Lyon, sur la demande de Jules de la Rovère; des lettres patentes du 21 +juin 1476 portaient suppression de toutes lettres de marques et de +représailles laxées à l'encontre des Avignonnais et autres sujets du +Saint-Siège par les officiers de la couronne. Et il faut reconnaître +que ces derniers en abusaient quelque peu, et souvent pour des causes +non justifiées. Ce droit barbare, qui donnait à la partie lésée, ou +soi-disant lésée, le droit de se saisir des biens meubles et immeubles +et des personnes originaires du même pays que la partie offensante, +jusqu'à concurrence de la valeur estimative du dommage causé, était +pour les états citramontains du Saint-Siège une vraie mise en +quarantaine qui suspendait la vie même de la cité papale et de ses +annexes. Ces moyens de coercition étaient d'autant moins admissibles +que l'Église répugnait à les employer[510]. Or, il n'y avait pas +d'année où les Avignonnais ne fussent frappés de représailles, à la +demande de quelque créancier dont les titres étaient parfois +contestables, comme nous l'avons vu pour Gabriel de Bernes, ou de +marchands de passage, qui se plaignaient d'avoir été volés par quelque +filou, au moment des grandes foires, et obtenaient des lettres de +représailles contre la ville et ses habitants. Bien misérable alors +était la condition des sujets du pape. Tout commerce était suspendu, +toute transaction avec le dehors interdite. Bien plus, pour les états +pontificaux de France, leur condition, par suite de la délimitation +topographique, était intolérable. La plupart des terres cultivables +des Avignonnais étant situées au delà de la Durance, c'est-à-dire en +Provence, ou par delà le Rhône, c'est-à-dire en Languedoc, les +propriétaires ne pouvaient transporter leurs produits chez eux sans +risquer de voir les officiers royaux en opérer la saisie sur la +demande d'un simple particulier, qui avait obtenu contre la +collectivité des citoyens avignonnais des lettres de représailles. +L'abus était tellement monstrueux que déjà, à diverses reprises, +Charles VII avait suspendu, en 1442[511] et le 13 juin 1443[512], les +lettres de marques délivrées contre Avignon. Il arriva même que des +officiers royaux peu délicats trafiquaient de leur autorité pour laxer +des représailles contre les Avignonnais inoffensifs, sous les +prétextes les plus futiles, et partageaient avec le demandeur une +partie de la prise. Le 10 novembre 1456, Charles VII délivre des +lettres patentes par lesquelles il révoque les représailles laxées par +le viguier de Villeneuve contre les habitants d'Avignon, «attendu que +ledit Viguier a faict sous vans abuz et exploiz voluntairement de son +auctorité privée sans auctorité, commission ne mandement[513]». + + [510] Voy. René de Mas Latrie, _Les droits de marques et de + représailles au moyen âge_, Bibl. de l'École des Chartes, 27e + ann., 6e série, t. II, 1865, p. 541. + + [511] Arch. municip., B. 51, no 64. + + [512] _Id._, B. 50. Voy. X{ta} 8605, Arch. nat., pièces + justificat. + + [513] _Id._, B. 50. + +En accordant aux sujets pontificaux les lettres patentes du 26 juin +1476, Louis XI mettait les Avignonnais à l'abri de l'arbitraire des +agents subalternes de la couronne, mais il ne se gêna pas, pour cela, +d'y recourir lui-même, lorsqu'il jugea les Avignonnais, ses amis, +coupables d'avoir attenté à la toute-puissance royale. «Attendu que +matière de marques est une espèce de guerre, et que la continuacion +d'icelle est une destruction de ce pais et subjectz et de la chose +publique, d'autant que les ditz habitanz d'Avignon et seigneurie, et +ont bonne intention et voulonté de touzjours ainsy faire et continuer, +et que si aulcunz abuz de justice ont este faiz et commis, par cy +devant par les ditz d'Avignon à l'encontre de nos ditz officiers et +subjectz ce a été par ceulx qui ont eu par aucun temps administration +de la justice et aultres particuliers du dit lieu au desceu et sans le +consentement du corps et communauté de la dicte ville. Il nous plaist +les dites marques et représailles mettre au néant affin que +marchandise se puisse remettre entre nos subjectz et eulx, et que noz +ditz subjectz et ceulx du dit Avignon et conte de Venissy puissent +fréquenter et commerser ensemble comme ils souloient faire le temps +passé. Savoir faisons que nous, considérant les choses dessus dites et +mesmement que la dite ville d'Avignon et conte de Venissy est +«neument» de la terre de l'Église et à nostre saint père le pape, +parquoy vouldrions les habitans et subjectz d'icelle estre +favorablement traictez. Eu sur ce advis conseil et meure délibéracion +avec les gens de nostre grant conseil avons declairé et ordonné +déclairons et ordonnons par ces presentes que aucune marque ne soyt +desormais extraite à l'encontre des dits d'Avignon et conte de +Venissy, ne aulcun deux et non quelle soyt adjugiée et declairée par +nous et les gens de nos grant conseil ou par l'une de nos courtz de +Parlement en quelque manière ou pour quelconque cause ou occasion +quelle soit ou puisse estre octroyée[514].» En accordant cette +immunité aux sujets du Saint-Siège, Louis XI donnait satisfaction au +pape qui avait déjà fait entendre maintes fois à ce sujet ses +protestations; il mettait un terme aux vexations et aux insolences de +ses agents subalternes; malheureusement, comme toutes les faveurs +royales, les lettres de Lyon comportaient des restrictions dont les +bénéficiaires ne devaient pas tarder à pâtir. + + [514] Origin., Arch. municip., B. 50.--Ces lettres furent + enregistrées par le Parlement de Grenoble le 15 juin 1479. Arch. + départ. de l'Isère, _Reg._, Cott. I, fol. 326. _Invent. de la + Chambre des Comptes._ Voy. Pilot, _Catalog._, 1665, p. 247, 21 + juin 1476.--_Id._ II, nos 1747-1748, p. 291. De Montargis, 8 mai + 1479. + +En se séparant, après une entrevue de plusieurs semaines (mai-juin +1476), chacun des contractants emportait des concessions ou des +promesses inespérées; le vieux roi René, une pension viagère, 40.000 +écus et l'assurance de la mise en liberté de sa soeur, prisonnière en +Angleterre[515]; Louis XI avait la perspective de mettre bientôt la +main sur la Provence et de préparer à la couronne la domination de la +Méditerranée[516]. Il avait aussi la satisfaction de voir régler d'une +façon pacifique son conflit avec Rome. Quant à Jules de la Rovère, +tout en reconnaissant à Charles de Bourbon la qualité de légat _a +latere_, il était maintenu dans sa légation d'Avignon et obtenait pour +ses administrés de précieux privilèges. Le conseil de ville +reconnaissant, délibéra, le 7 août 1476, de voter 2,000 florins au +cardinal légat pour le remercier de ses bons offices[517]. Jules de la +Rovère rentra de son voyage en France au commencement de l'automne, le +4 octobre 1476. Il arriva à Foligno, où le pape et les cardinaux le +complimentèrent sur le succès de sa mission[518]. Désireux de tenir +ses engagements, Sixte IV créa Charles de Bourbon cardinal le 18 +décembre 1476. + + [515] Marguerite d'Anjou libérée au traité de Pecquigny, 1475. + + [516] Mathieu, _Hist. de Louis XI_, p. 345. «Avant que de partir + contenta le Roy des asseurances qu'il desirait pour adjuster la + Provence à la couronne.» + + [517] _Reg. des délibérat. du Conseil_, 1476. + + [518] Pastor, _Hist. de la Papauté_, IV, p. 297 et note 6. + +Quant aux Avignonnais, ils reçurent les compliments les plus flatteurs +du Saint Père, pour la correction de leur attitude dans le conflit qui +avait un instant mis aux prises le Saint-Siège avec la Cour de France. +«Vous avez fait, leur écrivait le souverain pontife, ce qu'il +convenait et ce que nous attendions de vous. Nous vous exhortons à +persévérer dans ces sentiments, et vous pouvez comprendre que les +dispositions du Saint-Siège et les nôtres vous seront de plus en plus +favorables[519].» + + [519] «Fecistis enim quod decuit et quod de vobis sperabamus. + Perseverate igitur, vos hortamur in dies magis, ex quo nos et + sedem ipsam semper fieri poterit, in rebus vestris propitios + sentietis.» Datum Rheate, XVII, octobre 1476. Arch. municip. + Origin., B. 50. + +Mais des événements autrement graves allaient détourner Louis XI des +affaires de Rome. A ce moment, en effet (janvier 1477), toute son +attention était portée sur la lutte décisive qui se livrait sous les +murs de Nancy, et où son plus redoutable ennemi, Charles le Téméraire, +devait périr si misérablement, enseveli dans sa défaite. On comprend +que les historiens de ce grand règne aient passé sous silence des +faits d'un ordre secondaire, au milieu de cet ébranlement général du +royaume, et c'était une raison de plus pour nous de les faire revivre +d'après des documents nouveaux. + + + + +CHAPITRE VII + +Les dernières années de Louis XI (1476-1483). + +Caractère général de la politique à l'égard d'Avignon. + +Bernard de Guerlands et Jehan de Tinteville. + +Faveurs royales. + + Les dernières années de Louis XI.--Les tentatives des Routiers et + des Florentins sur Avignon et le Comté.--Le sacrilège Bernard + de Guerlands (1478-1479).--Les consuls s'adressent à + Monseigneur du Bouchage.--Intervention de Louis XI qui protège + les sujets du Saint-Siège (février-mars 1479).--Nouvelle + attaque de Jehan de Tinteville ou Dinteville + (1480-1481).--Petitjean maître d'hôtel du roi à Avignon + (1481).--Politique équivoque de Louis XI.--Il désavoue + Tinteville (janvier 1483). Mort de Louis XI.--Sentiments des + Avignonnais.--Funérailles du roi célébrées à Avignon (24 + septembre 1483).--Privilèges divers accordés par Louis XI aux + Avignonnais.--Il protège le commerce et la navigation.--Lettres + des 24 mai 1482 et avril 1480.--Il confirme les privilèges du + péage à sel (26 janvier 1478).--27 janvier 1481.--Résumé et + conclusion. + + +Forts de l'appui du roi et des engagements pris à Lyon, les sujets du +pape, dès 1478-1479, font appel aux promesses du roi et sollicitent +son intervention pour rétablir l'ordre et la sécurité dans le pays +qu'il a pris sous sa protection. Voici dans quelles circonstances. La +conspiration des Pazzi, qui avait éclaté à Florence[520] contre les +Médicis, 26 avril 1478, et amené la pendaison de l'archevêque de Pise +et du comte Riario, neveu de Sixte IV, eut pour conséquence de pousser +à l'exil un grand nombre de familles florentines qui, redoutant des +représailles de leurs ennemis politiques, vinrent se fixer à Avignon, +où étaient, depuis longtemps déjà, établis bon nombre de leurs +compatriotes occupant de hautes situations dans le commerce, dans la +finance et dans l'industrie. Les nouveaux venus espéraient à leur tour +trouver dans la cité papale un refuge contre les persécutions[521]. +Malheureusement, les rapports commerciaux, si fréquents entre Avignon +et Florence[522], ouvraient une route commode aux ennemis des familles +émigrées, et dans les derniers mois de 1478, des bandes armées, +composées en grande partie d'aventuriers florentins, faisant cause +commune avec les routiers de Provence, envahirent le comté, sous la +conduite d'un certain Bernard de Guerlandz ou Gorlands[523], +originaire de l'Isle en Venisse, et s'inspirant des exploits +légendaires de feu Raymond de Turenne, commirent dans les terres de +l'Église tous les excès imaginables dont étaient coutumières en +pareille occurrence les vieilles bandes de routiers. Les documents que +nous produisons sont d'accord pour fixer le nombre de ces malandrins à +XVe (1,500) «tant à pied qu'à cheval». Tout d'abord Guerlands et ses +compagnons de pillage, suivant la coutume d'alors, se donnaient pour +des Anglais envoyés par le roi «en ses marches» «soy disant estre en +nostre service soubz umbre de nous, comme si a icelluy (Guerlands) en +ussions donné congié et un exprès mandement[524]». A cet impudent +mensonge, les brigands ajoutaient qu'ils étaient envoyés au secours +des Florentins et qu'ils avaient la permission de traverser le pays. A +la tête de ces routiers se trouvait, avec Bernard, Luc de Cambis, +banquier florentin depuis longtemps établi à Avignon. Le point de +concentration de cette expédition fut Lyon, et le pourvoyeur des +aventuriers un certain Florentin, Bundelmunti, qui fit les avances +d'argent en passant au Pont-Saint-Esprit. Si l'on donne crédit au +récit des doléances portées par les consuls d'Avignon dans leur lettre +à Monseigneur du Bouchage[525], chambellan et conseiller du roi, ces +aventuriers d'au delà des Alpes dépassèrent en cruauté et en +dévastations tout ce que l'on avait vu jusque-là. «Pris par force cinq +ou six places fortes où ils ont fait et font incessamment beaucoup de +maulx, tuer genz, violler femmes et filles pucelles de quelque aige +qu'elles soyent, brûler maisons et genz, desrober marchans sur chemin, +prendre bestial et mesnaige des pouvres gens et les vendre de fait et +tant de maulx que l'on n'en debvroit pas faire tant en terres de +Turcz.» Les consuls d'Avignon insistent très vivement auprès du favori +de Louis XI pour obtenir sans délai l'appui de sa majesté en hommes de +guerre: «en vous suppliant que vostre plaisir soit de addresser le dit +pourteur au roy et luy remonstrer les susdites oppressions et +violences et luy recommander tres humblement la cité, terres et +subgectz de l'Église, comme ses tres humbles et bons serviteurs et +alliez et luy supplier qu'il plaise en commandant le dit Bernard estre +pugny de ses grans forffaitz pour en donner exemple aux autres et luy +plaise de nous garder de toutes offences et oppressions ainsi que sa +dite Magesté nous a promis au moyen du serrement que derrenièrement +luy feismes à Lyon[526].» Pour montrer leurs sentiments d'obéissance +et de fidélité à l'égard de sa majesté, les consuls ajoutent que si +ledit Bernard de Guerlandz avait eu mandement du roi, la ville +certainement se serait empressée de lui donner passage, comme elle l'a +toujours fait pour ceux des capitaines qui étaient porteurs d'un ordre +royal. + + [520] Guillaume Pazzi se réfugia à Lyon où il y avait déjà + beaucoup de Florentins établis à demeure. D'autres Florentins + plus ou moins compromis vinrent les y rejoindre. Voy. Perricaud, + _Rev. du Lyonnais_, 1855, IX, X, p. 457. + + [521] Chambaud, _Hist. d'Avignon_, mss., III, fol. 149. Fantoni, + _op. citat._, p. 344. + + [522] Desjardins, _Nég. avec la Tosc._, V, chap. II, 69. + + [523] On trouve _Gorland_, _Guerland_, _Guerlands_. + + [524] Lettre de Louis XI au Maistre des Ports, Bastard de + Comminges; pièc. justificat., XIX. + + [525] Lettre des Avignonnais à Monseigneur du Bouchage.--Cf. + _Imbert de Batarnay_, par Bernard de Mandrot, p. 320.--Imbert de + Batarnay, seigneur du Bouchage, conseiller des rois Louis XI, + Charles VIII, Louis XII et François Ier. C'est ce personnage qui + fait l'objet du livre de M. Bernard de Mandrot, Paris, 1886, + in-fo.--Voy. pour ce personnage, Pilot, _Catalog._, 1290, p. 4, + not. 3. + + [526] Lettre inédite, Origin., B. nat., fonds français, mss., no + 2896, fol. 90.--Cette lettre ayant été donnée par M. Bernard de + Mandrot (Voy. Imbert de Batarnay, pp. 320, 321), nous n'avons pas + cru devoir en reproduire le texte aux pièces justificatives. + +La diplomatie de Louis XI a des côtés tellement ténébreux qu'il est +parfois difficile d'en suivre les trames et que, dans tous les cas, on +a quelque raison de douter de sa bonne foi politique. Or, à ce moment, +la question des guerres civiles qui déchiraient la république +florentine avait fait de Sixte IV et du roi de France deux champions +prenant parti pour l'un des deux adversaires. En apprenant la mort +violente de son neveu Riario, le pape, furieux de cet acte de justice +sommaire, déclara la guerre aux Florentins. Une bulle de juillet 1479 +portait que lesdits Florentins ne pourraient être admis à aucun office +séculier ni dans aucun conseil élu; que s'il y en avait quelqu'un dans +les États du Saint-Siège, il devait s'en démettre sur-le-champ, +menaçant d'excommunication ceux d'Avignon qui leur commettraient +lesdits offices. Finalement, la bulle interdisait aux Florentins +fugitifs l'accès d'Avignon et de son territoire.[527] + + [527] Arch. municip., Origin., B. 31.--Les Florentins ne purent + occuper d'emploi public que par bulle de Sixte IV du 10 mars + 1484. Ils en avaient été exclus en 1478. + +Louis XI, au contraire, en relations depuis longtemps très suivies +avec les Médicis, «Lyonnet de Médicis, son compère[528],» désireux de +voir s'apaiser le conflit, proposa sa médiation, offrant de convoquer +à Lyon un concile qui servirait d'arbitre entre les deux partis et où +l'on s'occuperait également de préparer une croisade contre les +Turcs[529]. A ces avances, Sixte IV n'avait répondu que d'une façon +très évasive et formulant à l'égard des Florentins des exigences +inacceptables. En recevant la nouvelle des ravages commis par les +aventuriers florentins dans le comté et le terroir d'Avignon, Louis XI +ne montra pas une grande surprise, mais plutôt l'attitude d'un homme +qui connaît les dessous secrets de cette chevauchée et qui, tout en +étant complice, s'empresse de la désavouer et de décliner toute +participation à des actes de brigandage à main armée. Comme l'envoyé +de la ville lui expliquait que c'étaient des Anglais qui disaient +aller au service des Florentins, le roi répondit «que c'estoient des +trez (traits) de son compère Lyonnet de Médicis et qu'il avoit faict +faire tout cecy sans son sceu dont il monstra n'estre pas contant et +me dit qu'il vouldroit garder ceulx d'Avignon et du comté de Venisse +comme ses propres subgectz et mieulx, se mieulx povait. Et, en effet, +dist quil vouloit que tous ses officiers tant du royaume que de +Dalphiné vous donnassent tout l'ayde et faveur que leur vouldriez +demander pour leur faire reparer les dommaiges faitz et faire vuyder +hors de la terre de l'Esglise, car il n'entendit oncques quils y +entrassent ne feissent nul dommaige et quil ne les advouoit ne vouloit +soutenir en façon quelconque[530].» Et en effet le roi donne aussitôt +des ordres à Monseigneur du Bouchage et au comte de Castres pour que +les lettres nécessaires aux consuls et habitants d'Avignon fussent +expédiées le plus promptement possible. On remarquera qu'au cours de +cette lettre, qui ne fait que reproduire en termes brefs la +conversation échangée sur ce sujet entre Louis XI et Baptiste Bézégat, +chargé de représenter les intérêts de la cité, le roi parle à peine du +Saint-Siège et qu'il n'envisage au contraire que les justes doléances +des Avignonnais. Son langage vis-à-vis d'eux pouvait ne pas manquer de +sincérité, mais l'empressement qu'il met à désavouer les exploits des +bandes de Bernard de Guerlands, son insistance à laisser croire que +tout s'est fait à son insu, donnent facilement créance à cette +hypothèse que Louis XI, s'il n'a pas favorisé la tentative de +Guerlands, ne l'a pas désapprouvée, s'applaudissant peut-être de voir +une bande d'aventuriers saccager les terres du Saint-Siège pour amener +Sixte IV à composition[531]. La lettre de Bézégat aux consuls est du 9 +février 1479. Dès le 7 du même mois, Louis XI écrivait à Bernard, +bâtard de Comminges[532], maître des ports, une lettre où il relatait +tous les excès commis par Guerlands et ses hommes et en reproduisant +le texte même de la supplique adressée, le 30 janvier précédent, par +la ville d'Avignon à Monseigneur du Bouchage. «Et pour ce que +n'entendons aucunement la dite cite ne les habitans d'icelle et du dit +conte, _comme noz confédérés, aliez et dévotz de nostre couronne_, +soient vexez ne opprimes en quelque manière que ce soit mesmement +comme à terre de saincte mère Esglise a cuy nostre désir ne serche que +servir, obeyr et complaire et que aussi en justice tous excès, +violences, forces et aultres maulx et roberies ne se doibvent +souffrir, vous mandons que veues ces presentes sur tant que desirez +nous complaire que incontinent et sans delay, faictes vuyder le dit +Bernard avec ses dits complices hors la «dicte conte[533].» Mais +quelque activité que montrât le roi dans cette circonstance, +l'occupation des terres papales se prolongea jusqu'au mois de mai +1472. Dans l'intervalle, la ville dut se défendre elle-même et faire +garder les portes et les remparts pour éviter une surprise des +routiers[534]. Enfin, au mois de mai 1479, Louis XI, à la suite d'une +nouvelle ambassade que lui avait envoyée la ville, composée de Gilles +de Berton, premier consul, et de Louis Merulis, deuxième consul, +intima l'ordre au parlement de Grenoble de faire poursuivre avec la +dernière rigueur les partisans de Guerlands, prescrivant par lettres +patentes datées de Montargis, le 8 mai 1479[535], de donner aux sujets +du Saint-Siège tous les secours dont ils auraient besoin. Quelques +compagnies de troupes royales envoyées du Dauphiné poursuivirent les +routiers de Guerlands et les expulsèrent du territoire pontifical. + + [528] Lettre de Bézégat aux consuls d'Avignon, du 9 février 1479. + Voy. pièces justificat., no XX.--Cf. Huillard-Breholles, _Rev. + des Soc. sav._, 1861, p. 314. + + [529] Dareste, _Hist. de France_, III, pp. 298, 299.--Cf. + Huillard-Breholles, Louis XI protecteur de la Confédération + italienne, _Rev. des Soc. sav._, 1861, 2e série, p. 317. + + [530] Lettre de Baptiste Bézégat aux consuls, 7 février 1479. + Pièces justificat., XX. + + [531] En janvier 1479 une ambassade composée de Guy d'Arpajon et + d'Antoine de Morlbon, premier président au Parlement de Toulouse, + envoyée par le roi auprès de Sixte IV dans un but pacifique, + échoua dans sa mission. La paix ne fut définitive qu'en décembre + 1482.--Cf. H. Bréholles, _Rev. des Soc. sav._, 1861, p. 331. + + [532] Le Bastard de Comminges, maître des ports de Languedoc, + figure parmi les commissaires royaux chargés (en 1476, juin) de + régler les différends au sujet des limites du Rhône. Voy. Arch. + municip., _Invent._, B. 70, no 2351. + + [533] Louis XI au Bastard de Comminges, 7 février 1479. Orig. + inéd., Arch. municip., série A.A., pièc. justificat., XIX. + + [534] Mandat de 27 florins 1/2 à Thomas de Sarrachino «pro + custodia dicti portalis (Saint-Lazare) pro timore guerce Bernardi + de Gorlans». Arch., Comptes C.C., ann. 1479, mandat no 76. + + [535] Arch. de l'Isère, _Reg._, Cott. I, fol. 320. L'arrêt de + l'Enregistrement est du 15 juin suivant. _Invent. de la Chambre + des Comptes._--Pilot, _Catalog._, II, p. 291, no 1749--M. de + Mandrot (_Imbert de Batarnay_, p. 320) place par erreur en 1483 + cette ambassade qui est bien, nous en avons la preuve, en 1479. + Voy. Pilot, _Catalog._, II, p. 292, not. 1. + +L'enquête faite sur cette entreprise avortée, par les officiers +pontificaux et les représentants de l'autorité municipale, n'amena +aucune découverte sur les vrais mobiles de l'expédition, et on ne +trouva aucune trace de la main de Louis XI dans cette mystérieuse +tentative dirigée contre la ville. Le vendredi 12 février 1479, les +juges, assistés des consuls Antoine Lartessuti, Gilles de Berton et +Paul Ayduci, et de plusieurs conseillers, procédèrent _manu militari_ +à l'arrestation de François Perussis, de Michel Dini, chez qui on +apposa les scellés, de Jean Bisquiri, de Boniface Pérussis, dont on +fut obligé d'enfoncer la porte pour le prendre, de Jean Syriasi, +facteur de Bundelmunti, qui menaça de tuer tout le monde en criant: +«Al sanguo del Dio, se non lassate la mya porta, vy tuaro!» Il fallut +briser sa porte et le faire ligotter par les soldats. Luc de Cambis +fit de même, jetant des pierres par les fenêtres, il cassa le bras +d'un soldat de l'escorte. Il fallut l'enchaîner pour le porter à la +prison où on l'enferma avec ses complices[536]. + + [536] Achard, _Rec. sur Avignon_, mss., vol. I, A.D.--La famille + de Cambis, d'origine florentine, s'était fixée à Avignon vers + 1448, dans la personne de Luc de Cambis, qui avait épousé Marie + Pazzi de la famille ennemie implacable des Médicis. Voy. + Barjavel, _Diction. biograp._, I, p. 333. + +Les lettres saisies chez les conjurés révélèrent les préparatifs faits +à Lyon. Allemand de Pazzis, témoin important, refusa de parler, même +sous la menace de voir sa maison occupée par des garnisaires. Quant à +Cambis, il répondit qu'il n'ignorait pas que Bernard de Guerlands +était un aventurier chassé des compagnies du roi de France, mais il +refusa de dire qui l'avait armé contre le Comtat et qui lui avait +fourni l'argent. Tous ces prisonniers devaient être mis au secret, de +manière à ne pouvoir s'entendre, mais la consigne ne fut pas observée, +et les juges les trouvèrent conversant avec le vicaire général de +l'archevêque et d'autres Florentins, citoyens avignonnais. Il est +difficile, en l'absence de preuves, d'accuser Louis XI d'avoir +contribué de son argent à encourager les projets de Guerlands et de +ses alliés les Florentins. Mais, en écartant l'hypothèse d'une +intervention directe, il n'est pas possible d'admettre que le roi ait +pu ignorer la formation d'un corps d'aventuriers à Lyon, destiné à +molester les sujets du pape et à inquiéter la papauté elle-même à un +moment où la mésintelligence régnait entre les deux cours? Si donc, au +début, Louis XI ne prêta aucun appui matériel à l'expédition, il ne +fut peut-être pas sans en éprouver quelque satisfaction intérieure. + +Les dernières années de Louis XI sont marquées, dans l'histoire des +Étais pontificaux de France, par un redoublement d'attaques de la part +de routiers et d'aventuriers dont l'audace paraît défier toute +répression, et que l'attitude du roi semble encourager secrètement. +Dans le cas de Jehan de _Tinteville_ ou _Dinteville_ (1480-1482), chef +d'une bande qui saccagea le terroir d'Avignon et de Carpentras, et mit +en péril l'existence même de la ville, Louis XI, comme pour Bernard de +Guerlands, garde une réserve de nature à faire naître bien des +soupçons. Jehan de Tinteville, sur lequel nous ne possédons que de +rares documents, paraît avoir été d'origine champenoise[537]. Était-ce +un agent secret de Louis XI, comme on a pu le supposer? Était-ce un +de ces soldats d'aventure, que les hasards de la guerre avaient +conduit dans le midi? On ne peut répondre que par des conjectures. +Quoi qu'il en soit, nous le trouvons à Avignon vers 1480. Là, ledit +sieur de Tinteville, menant joyeuse vie, avait contracté de nombreuses +dettes, si bien que ses créanciers firent saisir ses biens, après quoi +il fut expulsé de la ville. Tinteville, sujet du roi de France, porte +ses doléances à Louis XI, en accusant les Avignonnais de lui détenir +injustement ses biens. «Ce neantmoings iceluy de Dinteville s'estoit +puis naguères tiré par devers nous et soubz couleur de ce quil nous +avoit donné entendre que les ditz habitanz lui detenoient ses ditz +biens par force sans les luy voloir faire rendre ne restituer avoit +obtenu comme il disoit noz aultres lettres en forme de marque à +rencontre des ditz habitanz et autres subgectz de nostre tres saint +père le pape au moyen desquelles le dit de Dinteville avoit fait +grande assemblée de gens de guerre deschelles et aultres armes et +bastons et entrera par force et en puissance darmes en la dite ville +et autres places de nostre sainct père ou prendera par force des biens +des dits habitantz jusqua la valleur de ses ditz biens[538].» Mais les +consuls d'Avignon, prévenus, avaient pris toutes leurs mesures pour +résister à un assaut imprévu. Les remparts avaient été garnis de +plusieurs bombardes et couleuvrines[539], une garde composée de gens +d'armes et de citoyens défendait chaque porte, si bien que Tinteville +et ses compagnons durent se borner à ravager les environs +d'Avignon[540]. Fatigués de ces incursions, les habitants se +constituèrent en corps de troupes, donnèrent la chasse à Tinteville +qui, battu et fait prisonnier, fut amené à Avignon où on le jeta, +chargé de chaînes dans les basses fosses du palais apostolique. + + [537] On trouve un Gaucher de Tinteville ou d'Inteville mentionné + dans les mémoires de Philippe de Commines (1495, p. 199); un + Pierre de Tinteville chargé d'une mission par Louis XI auprès des + habitants de Troyes (2 juin 1465). Voy. Anselme, VIII, 719--Cf. + _Lettres de Louis XI_, II, p. 313.--Les archives de l'Aube font + mention (liasse G, 831) d'un mandement de Charles VII du 12 août + 1437, où il est question des habitants de Saint-Lyé, maltraités + par des gens de guerre envoyés par _Jean de Dinteville_, menés au + château de Payns et rançonnés. Il nous paraît difficile + d'admettre que ce soit le même personnage dont il est parlé ici, + mais il paraît probable qu'il s'agit de la même famille. Voy. + pour un autre Dinteville (_Catalog. des actes de François Ier_, 4 + décembre 1516-28 novembre 1520). + + [538] 15 octobre 1482. Arch. municip., B. 51, no 52. + + [539] Détail des dépenses d'artillerie «pro honore et utilitate + ac deffensione dicte civitatis». Comptes du 12 octobre 1480-82, + mandat no 14, et détail des dépenses faites pour les gens + d'armes, 6e mandat, 1481-82. + + [540] En 1481, le même _Tinteville_ fut fustigé à Carpentras, + Arch. municip., B.B. 98. + +C'est alors qu'intervient Louis XI, et c'est pour cette raison +peut-être qu'on a voulu voir dans cette intervention la poursuite d'un +dessein secret du monarque dont ledit de Tinteville n'aurait été que +l'instrument. Louis XI dépêcha à Avignon à quelques semaines +d'intervalle deux ambassadeurs avec des instructions pour les consuls. +Un maître d'hôtel du roi, Petit-Jean, arriva dans cette ville au mois +de mai 1481, porteur de lettres de sa majesté, pour le fait de +Tinteville[541]. Les lettres furent communiquées au conseil. Louis XI +désavouait ledit Tinteville publiquement, condamnait tous ses méfaits, +mais tout en le désavouant, il demandait l'élargissement immédiat du +prisonnier, qui était son sujet et vassal: «Sans avoir regart qu'il +feust nostre vassal et subgect et qui pis est votre legat a fait +pendre et noyer plusieurs des gens et autres gitter de la roche au +Rosne tres deshonnestement sans avoir consideracion quilz feussent de +nostre royaume, dont sommes tres mal contens[542].» Le conseil +s'excusa auprès de l'envoyé du roi en se retranchant derrière +l'autorité du légat, sous la juridiction duquel était placé le détenu. +Petit-Jean fut bien traité, choyé; la ville lui fit remettre deux écus +d'or par Guillaume Anequin, courrier de la maison de ville, et lui +offrit, le 31 mai 1481, un banquet somptueux qui coûta 95 florins à la +caisse municipale[543]. + + [541] Comptes de la ville, G.G., 1481, 1482.--Le 26 septembre + 1481 fut fait mandat de deux écus d'or au coin du roi à Guillaume + Anequin, un des courriers de l'hôtel de ville, pour les donner à + Petit-Jean envoyé du roi de France, qui avait apporté de sa part + des lettres à la ville au sujet de Jean de Tinteville, détenu + dans le palais apostolique.--Comptes de la ville, mandat no 59. + + [542] Lettr. origin. inédit. du 7 septembre 1481. Pièces + justificat., no XXI. + + [543] Comptes de la ville, ann. 1481, mandat no 293. + +L'ambassadeur rentra à la cour sans avoir obtenu ce qu'il avait charge +de solliciter; mais, le 19 novembre 1481, un nouvel émissaire de Louis +XI, Jean de Loqueto[544], conseiller du roi, arrivait en solliciteur +auprès du légat qui, après divers pourparlers, accorda l'élargissement +de Tinteville. + + [544] Jean de Loqueto était descendu à l'hôtellerie de la Fleur + de Lys où la ville paya toutes ses dépenses. Ann. 1481, mandat no + 105. + +Ce furent le comté et les terres voisines qui en pâtirent, car à peine +rendu à la liberté, Tinteville appela à lui ses anciens compagnons de +pillage et commit, soit en Dauphiné, soit dans les terres de l'Église, +de tels excès que Louis XI dut intervenir une deuxième fois: «Comme +nous avons été presentement advertiz que Jehan de Tinteville et +plusieurs autres gens de guerre tant de nos ordonnances que de ceulx +qui ont été cassez et aultres pillars et gens de mauvais gouvernement +se soyent transportez et transportent encores de jour en jour en noz +pais et illec proumenent à grans despens eulx, leurs gens et chevaulx +sans vouloir aucune chose paier de leurs despenses, mais qui pis est, +battent, rançonnent, pillent, fourragent, destroussent gens et font +plusieurs autres maulx et exactions indines (indignes). Aussi ledit +_Detinteville_ et aultres complisses menacent chascun jour destourber, +piller et dégaster les dits biens circonvoisins de la cité d'Avignon +et aultres pais encores et seigneuries de nostre sainct père le pape +avec tres grand desplaisance et tres grand foulle, grief, préjudice et +dommaige de nous et de la chose publique, à nostre pais et aussi des +ditz[545].» Dans ses lettres patentes datées du Montilz-les-Tours, le +31 janvier 1483, Louis XI donnait des ordres très sévères à ses +officiers pour que l'entrée des terres de l'Église, comme des +provinces de la couronne, fût interdite à Tinteville et à ses gens +d'armes et qu'on prît de promptes et énergiques mesures pour leur +faire évacuer sans délai les lieux qu'ils occupaient. Les ravages n'en +continuèrent pas moins, et ce fut sous le règne de Charles VIII +seulement que, sur les nouvelles instances des consuls d'Avignon, le +duc de Longueville[546], gouverneur du Dauphiné, donna des ordres à +tous les officiers royaux pour que l'on s'emparât de la personne de +Tinteville. Celui-ci, après de longues pérégrinations, fut, en dernier +lieu, capturé et conduit, enchaîné, à Grenoble par Aymar de Viro, qui +reçut de la ville d'Avignon, à titre de présent, une somme de 100 +florins et 2 gros pour les dépenses qu'il avait faites (1484)[547]. + + [545] Donné à Montilz-les-Tours le pénultième de janvier 1483. + Arch. municip., B, 19, nos 23 et 24. + + [546] Arch. municip., B. 19, no 30. + + [547] _Id._, B. 19, no 29.--Voy. _Lo Libre de la guerra de + Tinteville_, no 261 du Compte de 1483. Le 14 février 1484, la + ville fait payer 153 florins à Gaspar de _Sarrachano_, pour la + solde de 9 hommes qui avaient gardé le château de Mornas pour + voir si Tinteville et ses compagnons descendaient par la vallée + du Rhône pour surprendre Avignon, mandat no 168. + +Les lettres du 31 janvier 1483 constituent le dernier acte de +l'administration de Louis XI qui ait quelque rapport avec les terres +du Saint-Siège et les habitants d'Avignon. + +A la mort du roi (30 août 1483), les Avignonnais et les Comtadins +voulurent rendre un dernier et pieux hommage à la mémoire d'un +monarque dont l'activité infatigable s'était portée, à diverses +reprises, sur les affaires intérieures de leur pays, mais qui, en +somme, avait usé dans ses rapports d'une politique plus bienveillante +que tracassière et qui, tout en voulant gouverner à son gré les +événements dans les domaines du Saint-Siège, avait fait sentir aux +vassaux du souverain pontife, autant, sinon plus, qu'à ses propres +sujets, les bienfaits de sa royale protection. Les obsèques de Louis +XI furent célébrées à Avignon en l'église des Cordeliers, le 24 +septembre 1483. La ville fournit de ses deniers cent torches neuves, à +quatre florins la douzaine. Sur chaque torche étaient appliquées à la +cire rouge les armes du roi de France à côté de l'écusson de la ville; +quatre cents grandes armes du roi servirent à décorer l'autel. La +dépense totale s'éleva à 65 florins 17 sols[548]. + + [548] Comptes de la ville, C.C., 1483-1484, mandat no 110. + +Au cours de son règne, Louis XI avait accordé aux Avignonnais et aux +Comtadins divers privilèges qui dénotent chez lui le dessein bien +arrêté de faire pour les sujets du pape ce qu'il faisait pour les +siens, et «mieulx, se mieulx povoit». Suspension de lettres de marques +et de représailles, liberté d'édification des «pallières», +application du produit du pontonage à l'entretien du grand pont du +Rhône, tels sont les bénéfices directs de l'entrevue de Lyon (juin +1476). Peu après, par lettres du 26 janvier 1478[549], Louis XI +confirme le privilège qu'avaient vingt-trois particuliers et quelques +couvents et monastères d'Avignon[550] de prélever sur le sel apporté +d'Aigues-Mortes et remontant le Rhône par bateaux un certain nombre de +minots sans payer les droits de gabelle aux officiers royaux[551]. +Ces derniers ayant frappé lesdits particuliers d'une amende de 50 +marcs et fait saisir leurs biens. Louis XI, par lettres patentes +annule lesdites amendes et maintient les particuliers et ordres +religieux dans leurs prérogatives et privilèges. «Et pour ce qui est +en leur tres grand grief, prejudice et dommaige et pourroit estre +cause de faire cesser le divin service en aucune des dites Esglises +parce que le dit droit de péage est le principal revenu qu'ils aient +pour leur vivre et entretenement... Voulons et debvons les faiz et +affaires des dictes Esglises tant de nostre royaume que hors icelluy +estre favorablement traictez afin que les susditz religieux et autres +ecclesiastiques soient tousjours plus enclinz a prier Dieu pour nouz, +nostre postérité et lignée....» + + [549] Arch. municip., B. 69, no 16 (copie). + + [550] Charles VI avait accordé ce privilège aux Célestins du + royaume, 26 septembre 1413, et Charles VII le 15 février 1461 + (_Rec. des Ordonnances_, XV, p. 325). François Ier les confirme à + nouveau, 8 janvier 1517, _Catalog. des actes de François Ier_, I, + p. 133. + + C'étaient: + + La Chartreuse du Val de Bénédiction, à Villeneuve-lès-Avignon; + Le Chapitre de Notre-Dame des Doms, à Avignon; + La Collégiale de Notre-Dame de Villeneuve; + La Collégiale de Saint-Didier, à Avignon; + La Collégiale de Saint-Pierre, à Avignon; + La Collégiale de Saint-Agricol, à Avignon; + Les Couvents des Célestins d'Avignon et de Gentilly; + La Chartreuse de Bonpas; + La Commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem, à Avignon; + Le Couvent des Jacobins d'Avignon; + Les Couvents de Sainte-Catherine, Saint-Laurens et Saint-Véran + d'Avignon; + Le Couvent de Sainte-Madeleine, à Carpentras; + Les Administrateurs et les Frères de l'Hôpital Saint-Benoît + d'Avignon; + Les Orphelins de l'Aumône, à Avignon; + Les Orphelins de la petite Fusterie; + Les Seigneurs de Montfort et d'Aiguières; + Pierre de Sade, Thomas Busaffi et Tronchin, escuyer. + Arch. municip., B. 69, no 16 + + [551] Les rois de France avaient de tout temps à Avignon des + agents pour la gabelle du sel. + +Dans la question des limites du Rhône et de la navigation, Louis XI, +qui avait déjà donné à Lyon des preuves non équivoques de ses bonnes +dispositions à l'encontre des Avignonnais, accorde, au mois d'avril +1480, à la sollicitation de Jules de la Rovère, une faveur +exceptionnelle aux sujets du pape contre laquelle protestaient les +officiers royaux comme une renonciation des droits du roi sur la rive +droite du fleuve[552]. Le maître des ports de Villeneuve-lès-Avignon +ayant fait accoter un moulin à l'une des arches du pont, ce qui +constituait pour la navigation un danger permanent «parce que les ditz +molinz qui ainsi y seroient édiffiez et mis retiendroient et +empescheroient le cours de l'eau de la dite rivière en manière que la +dite eau pourroit estre cause pour la grant habondance et impetuosite +d'icelle, faire desmolir et abastre le dit pont», bien que le maître +des ports prétendît que, de par ses fonctions, il avait autorité sur +la rive du Rhône et que le lit où coulait le fleuve faisait partie du +royaume, néanmoins, Louis XI, «considérant que s'il estoit permis et +souffrir faire tenir et construire les ditz moulins ou aultrez près du +dit pont et les ataicher à la dicte arche, iceulx moulins peussent +estre cause de faire rompre et desmolir icelle arche et les autres +arches du dit pont, lesquelles ainsi estoit à granz difficultez et +sans granz fraiz se pourront rediffier à cause de l'impetuosité du dit +Rosne qui seroit au grand grief, prejudice et dommaige de nostre dict +Sainct Père et des dits recteurs et gouverneurs du dit pont et des +mananz et habitanz de la dite ville et cite d'Avignon et de toute la +chose publique du pays et environ», Louis XI donne l'ordre de démolir +ledit moulin et de le transporter là où on avait auparavant la coutume +de le placer. «Et se les ditz moulinz ou aulcuns deux y avoient este +miz, affichez et ataichez, quils les ostent ou facent oster et mectre +ailleurs incontinent et sans delay, et remettez ès lieux où ils +souloient estre le temps passé.» + + [552] Donné à Tours le..... jour d'avril 1480, avant Pâques. + Arch. municip,, B. 63, no 19, Cott. T., Origin.--Cf. Pilot, + _Catalog._, II, 1754 _bis_, p. 295. + +A la suite des diverses ambassades qui lui furent envoyées par la +ville au moment des affaires de Tinteville, en 1481[553], Louis XI +confirma aux Avignonnais le privilège que leur avaient accordé les +rois, ses prédécesseurs, et que maintinrent ses successeurs, de +transporter de leurs terres situées dans le royaume de France tous les +produits nécessaires à leur alimentation, blé, vin, légumes, viande, +fruits, etc., librement et sans payer aucun droit[554]. On comprend +quelle était l'importance de cette liberté de transit pour les +Avignonnais qui vivaient exclusivement des produits importés. La +mauvaise volonté, l'esprit jaloux et tracassier des officiers royaux +pouvaient, au passage du Rhône ou de la Durance, par suite d'exigences +fiscales et de droits de douane exorbitants, suspendre l'entrée des +produits du sol qui alimentaient les marchés d'Avignon et affamer les +habitants, mesures restrictives dont l'application était facile toutes +les fois que, par suite des mauvaises récoltes en Bourgogne, Dauphiné +ou Languedoc, le transport des céréales était interdit. Louis XI, +tenant compte que les vassaux du Saint-Siège avaient coutume de payer +régulièrement les aydes et autres impôts pour les terres à eux +appartenant enclavées dans les domaines de la couronne, donna toute +facilité aux réclamants. Cette revendication légitime des Avignonnais +et des Comtadins fut confirmées à nouveau par lettres patentes datées +du Plessis du Parc-les-Tours, le 23 mai 1482. Louis XI écrivait à ses +officiers, sénéchaux, maîtres des ports ou à leurs lieutenants, pour +que «aux dits suppliants vous leur souffriez et laissez prendre et +faire prendre, lever et cuillir, quant bon leur semblera, leurs dits +bledz, vins et autres fruictz creuz et qui croistront en leurs dits +heritaiges, terres et possessions, quelque part quils soyent situez +et assiz en nostre dit royaume, pays et seigneuries et iceulx mener et +conduire en la dite ville et cité d'Avignon pour leur vivre et +substantation ainz quils ont accoustumé de faire, sans leur faire +mettre ou donner ne souffrir estre fait, mis ou donné aucun arrest +destourbier ou empeschement au contraire[555]». + + [553] Ambassades de Bernard de Codertio, 1er septembre 1481. + + [554] Cette franchise avait déjà été accordée aux Avignonnais par + Charles VII, novembre 1432. + + [555] Arch. municip., Origin., B. 47, no 7, Cott. G. + + + + +RESUME ET CONCLUSIONS + + +Au XVe siècle, la situation politique des états citramontains de +l'Église offre un caractère particulier que nous avons étudié dans ses +moindres détails. Cette organisation reste ce qu'elle était, à peu de +chose près, jusqu'à la réunion définitive de ces états à la France. +Par l'essence même de sa constitution municipale, par l'étendue des +pouvoirs de ses magistrats, par l'indépendance et l'autorité de son +corps de ville, par la prépondérance des corps de métiers, Avignon, au +XVe siècle, constitue une sorte de république italienne d'en deçà des +monts, avec tous les privilèges et les prérogatives d'une ville libre +placée sous la suzeraineté temporelle du Saint-Siège mais en pleine +possession de son autonomie communale. Quant au Comtat Venaissin, son +indépendance n'en est pas moins réelle et non moins franchement +affirmée au sein des états. La vie municipale n'y est pas moins +intense qu'à Avignon; l'esprit de solidarité dans ce qu'il a de plus +étroit anime ses représentants, et, comme à Avignon, l'autorité papale +y est surtout honorifique et nominale. C'est l'assemblée des élus du +pays qui a entre ses mains le gouvernement du pays. + + +I + +Comment les rois de France considéraient-ils, dans leurs rapports avec +la couronne, les villes et territoires du domaine de l'Église? + +Depuis Charles VI aucun souverain n'élève de prétentions sur la +légitimité de possession du Saint-Siège. Tous proclament Avignon et +«la Conté de Venisse» «territoire et patrimoine de l'Église», et, à ce +titre, ils considèrent comme un devoir pour la royauté, «fille aînée +et bras droit de l'Église», d'assurer aux vassaux du Saint-Siège une +protection effective. Il est à constater que dans aucune circonstance +ils n'ont failli à cet engagement. Charles VI, qui était d'abord resté +neutre dans la lutte entre les cardinaux et les Avignonnais contre +Benoît XIII, envoie des secours en hommes en argent et munitions dès +que la guerre, par l'arrivée des renforts catalans et aragonais, +menace l'existence même de la cité avignonnaise. Charles VII, par +lettres patentes de 1423, 1426, 1428, 1451 et autres, déclare que les +états de l'Église sont placés sous la protection royale, «et nous +vouldrions tousjours entretenir et favoriser les faiz de vostre cité +comme de nos propres subgectz» (1451). Louis XI, qui avait eu à se +plaindre des Avignonnais, oublie les injures faites au dauphin, +accueille avec la plus grande affabilité leurs ambassadeurs et les +appelle «ses confédérez, aliez et devotz de sa couronne». Il les +protège par des envois de gens d'armes contre les attaques des +routiers et les comble de privilèges et de faveurs. Il ne fait que +confirmer les actes de générosité de ses prédécesseurs vis-à-vis +d'Avignon et du comté. Faut-il conclure de cette politique +uniformément suivie qu'il n'avait pas intérieurement conscience de ses +droits sur Avignon, par cette raison que dans aucun document public, +jusqu'à Henri II, il n'est fait allusion aux revendications de la +couronne sur cette partie des domaines de l'Église? ou bien faut-il +admettre que si Louis XI a toujours traité si favorablement les +Avignonnais c'est qu'il voulait, ce faisant, être agréable au +Saint-Siège? Cette seconde raison ne nous semble pas suffisante et +nous sommes convaincus que si Charles VII et Louis XI ne se sont +jamais prévalus des droits de la couronne sur les états citramontains +de l'Église, c'est qu'ils en considéraient l'aliénation comme +temporaire et qu'ils ne voyaient là qu'un apanage de la couronne donné +en hommage aux souverains pontifes mais dont les rois de France +étaient en réalité les souverains naturels. Dans tous leurs actes, +comme nous allons l'exposer sommairement, les rois de France ne +traitent pas les Avignonnais ou les Comtadins autrement que les vrais +regnicoles. + + +II + +Charles VII et son fils interviennent dans l'administration intérieure +de la ville et les parlements royaux ne craignent pas de contrecarrer +ouvertement l'autorité du légat. Charles VII, le premier, veut avoir +un agent royal dans le conseil de ville, qui le tiendra au courant de +tout ce qui se dira et se fera au sein de cette assemblée et +surveillera le représentant du Saint-Siège. Il propose Pierre Arcet et +Martin Héron, son valet de chambre, pour occuper à Avignon les +délicates fonctions de viguier. Louis XI, suivant la politique de son +père, obtient la même charge pour son maître d'hôtel Raymond de +Mombardon. A une époque où Louis XI cherche à transformer, dans toutes +les villes du royaume, les magistrats municipaux en agents royaux, +cette tentative est à noter, car elle montre chez ce monarque un +calcul bien arrêté de faire sentir l'action royale à Avignon comme +ailleurs. Mais le soin jaloux qu'avaient les Avignonnais de maintenir +intactes leurs institutions locales, aussi bien vis-à-vis des papes +que contre les tentatives des rois de France, devait déjouer toutes +les ruses du monarque pour arriver à ses fins. + +Louis XI et son père, quand un événement important pour la couronne +vient à se produire, ne manquent jamais d'en faire part aux +Avignonnais, absolument comme aux villes du royaume, pensant bien que +rien de ce qui intéresse la patrie française ne leur est étranger. En +même temps qu'il annonce aux Lyonnais la victoire de Castillon et la +conquête de la Guyenne (1453), Charles VII avise les syndics d'Avignon +et les conseillers du succès de ses armes et de la déroute des +Anglais. A-t-il à se plaindre des agissements de son fils, le dauphin +Louis, et de ses projets ténébreux sur les états de l'Église, vite il +les met en garde et leur envoie plusieurs ambassadeurs pour leur +donner à entendre leurs véritables intérêts. Louis XI multiplie les +missions diplomatiques à Avignon et les agents secrets. Il emploie le +crédit des Avignonnais en Cour de Rome pour forcer la main au pape, +quand il désire faire donner la légation à un candidat de son choix. +Ses ambassadeurs sont reçus avec un appareil princier. Le bailli des +montagnes du Dauphiné, le maréchal de Comminges, Petit-Jean, Jean de +Loqueto, agents du roi, sont traités avec toutes sortes d'égards. Les +sénéchaux royaux sont comblés de cadeaux et de «pots de vin». Le +sénéchal de Languedoc, qui avait défendu auprès de Louis XI les +intérêts de la ville, reçoit pour sa dame une magnifique pièce de +velours cramoisi tissée à Avignon. Quand le roi de France meurt, ses +obsèques solennelles sont célébrées à la Métropole, aux frais de la +ville. + + +III + +Il n'est pas de ville du domaine royal qui ait été dotée plus +qu'Avignon de beaux privilèges et l'objet des plus grandes faveurs +royales. Charles V et Charles VI donnent aux Avignonnais le droit de +faire transporter par eau, dans leur ville, tous les matériaux +nécessaires à la construction et aux réparations de leurs maisons. +Louis XI confirme ce droit (1477) et permet en outre aux habitants de +construire un radeau et de tirer deux cents quintaux de fer du +royaume, sans payer de droit pour réparer le pont démoli en partie par +une inondation (1479). Il les autorise à élever des pallières pour +protéger leur terroir et décide que le produit du pontonage sera +appliqué à l'entretien du pont (1476). Bien mieux, le maître du port +de Villeneuve ayant fait établir un moulin accoté à une arche du pont, +de façon à gêner la navigation, Louis XI, sur la réclamation des +Avignonnais, ordonne la démolition immédiate dudit moulin (1480). + +Au moment où ce roi accordait aux habitants de Verdun, ville +étrangère, le droit de transporter dans leur ville le blé qu'ils +auront acheté dans le royaume, Louis XI octroie la même faveur aux +Avignonnais (mars 1461). Il confirme dans leurs prérogatives les +vingt-cinq particuliers ou couvents d'Avignon qui avaient le droit de +prélever leur provision sur les bateaux employés au tirage du sel sur +le Rhône, et cela sans payer de droits (1478). + +En matière de commerce et d'échanges les Avignonnais sont traités sur +le pied des regnicoles et leurs affaires sont placées sous la +protection du roi de France. Ils conduisent par barque, sur le Rhône, +leurs marchandises jusqu'à Arles et à la mer, et du côté de Lyon; ils +envoient à dos de mulet en Languedoc et en Dauphiné leurs soieries, +étoffes brodées, si recherchées pour les bannières et tentures, sans +payer d'autres droits ou péages que ceux accoutumés, et qu'acquittent +les sujets du roi. Ce n'est point chez Louis XI un calcul, au moment +où il cherchait par tous les moyens à attirer les étrangers pour +accroître la prospérité du commerce français. Cette attitude de la +couronne vis-à-vis des sujets du pape, en matière de relations +mercantiles, est une tradition. Un sieur de Grignan ayant arrêté en +Dauphiné un marchand avignonnais, et lui ayant volé plusieurs balles +de drap, Charles VII donne des ordres pour que le sieur de Grignan +soit mis en demeure de restituer le produit de son vol, et le roi fait +des excuses aux consuls d'Avignon (1428). + +Charles VII, Louis XI (1476, 1479, 1481), défendent à quiconque de +«laxer» des lettres de marques ou de représailles contre les +Avignonnais et les Comtadins, à l'occasion de revendications en +matière commerciale sans expresse licence et permission de Leur +Majesté. Charles VII enjoint aux sénéchaux et maîtres des ports de +permettre aux habitants du Languedoc de se rendre aux foires d'Avignon +(1424). Louis XI veut que les sujets du pape puissent «commerser et +fréquenter ensemble comme ils souloient faire le temps passé» (1461). +Bien plus, il casse et annule les lettres de représailles «laxées» +contre les Avignonnais. L'évêque de Gap ayant laxé des représailles +contre Avignon, les habitants s'adressent au roi, lequel écrit au +gouverneur du Dauphiné pour que suspension soit faite de l'exécution +desdites lettres jusqu'à «Pâques prochains venanz». + +Dans les questions qui le regardaient personnellement et lorsqu'il +avait à se plaindre des Avignonnais ou des Comtadins dans les affaires +d'extradition, d'incarcération, de dettes, etc., Louis XI recourait, +il est vrai, aux lettres de représailles, mais ce n'étaient là que des +mesures de rigueur passagères, conséquence d'un moment de mauvaise +humeur ou d'emportement, et jamais elles ne recevaient d'exécution. +Généralement, ce procédé d'intimidation amenait les Avignonnais à +solliciter leur pardon, et la bonne harmonie dans les relations était +aussitôt rétablie. + +Telle est à grands traits la politique de Louis XI dans ses rapports +avec les sujets de l'Église; son père et lui prennent à tâche de +gagner à leur cause les Avignonnais et les Comtadins; ils les comblent +de bienfaits; ils les associent à tous les événements de la couronne; +ils favorisent et protègent leur commerce. Ils se font juges et +arbitres de leurs différends; ils traitent directement avec eux par +ambassades ou par dépêches les affaires les plus importantes en dehors +du légat. Ils ne contestent pas ouvertement la suzeraineté temporelle +du Saint-Siège sur le pays, mais par leur tutelle effective, par leur +intervention constante, ils tendent à la transformer en une simple +formule. Voyons maintenant ce qu'en échange de leurs bons procédés ils +exigent des habitants. + + +IV + +Charles VII et son fils prétendent exercer, à Avignon et dans toute +l'étendue des états pontificaux d'en deçà des monts, le droit de +réquisition et ils le pratiquent en réalité ni plus ni moins que s'il +s'agissait des villes de leur propre royaume. Le dauphin Charles +emprunte à la ville son artillerie pour forcer la garnison de +Pont-Saint-Esprit (1420). Comme pour Reims, Amiens, Orléans, villes +royales, Louis XI réquisitionne les chevaux nécessaires pour le +transport de son artillerie à Lyon, et c'est la ville d'Avignon qui en +solde la dépense (1476). + +L'armée royale envoyée en Roussillon en 1473 manque de blé; c'est aux +Avignonnais que les officiers de Louis XI s'adressent pour en avoir, +et leur complaisance sauve l'armée en détresse. + +En matière de finances, Charles VII et Louis XI ne se montrent pas +plus scrupuleux avec les sujets du pape qu'avec les leurs propres; +Charles VII contracte avec la ville d'Avignon plusieurs emprunts. Le +dauphin Louis demande 1,000 livres une première fois; il en reçoit +5,000 comme indemnité de règlement de compte pour l'héritage de +Boucicaut. Il exige (1476) que les Avignonnais servent de caution à +Charles de Bourbon, archevêque de Lyon et légat d'Avignon, pour une +somme de 3,200 livres dont ce dernier fait l'avance au souverain. + + +V + +Charles VII et son successeur s'attribuent sur les états du +Saint-Siège enclavés dans leur royaume un droit de haute police, et +ils considèrent que les rapports fréquents de voisinage rendent ce +contrôle indispensable. Dans le cas où la cour de France a à se +plaindre du pape, les Avignonnais et les Comtadins supportent les +conséquences du conflit, et aucun des deux souverains n'hésite à user +des voies de fait vis-à-vis des sujets de Sa Sainteté pour amener le +souverain pontife à de meilleurs sentiments à l'égard de la France. + +La situation topographique d'Avignon «assise ès extrémités du royaume» +et confinant à la fois au Languedoc, à la Provence et au Dauphiné, en +faisait un lieu de refuge pour les bannis, malfaiteurs, réfugiés +politiques, faux-monnayeurs, criminels de droit commun ou de +lèse-majesté, contumaces et autres vagabonds qui échappaient à la +justice royale. Les faux-saulniers trouvaient dans la cité papale un +asile assuré, et la qualité de ville étrangère faisait aussi d'Avignon +un centre de contrebande douanière destiné à dissimuler les +certificats d'origine des marchandises importées et exportées. Louis +XI, dans ces conditions, ne considère pas que la violation des +frontières puisse être opposée à la raison d'état. Charles VII +n'hésite pas à laxer des représailles contre les Avignonnais qui +différaient de livrer les compagnons de Jacques Coeur couverts par +l'immunité du couvent des Célestins. Louis XI use du même moyen quand +il découvre la trahison de Jules de la Rovère. En 1481, un certain +clerc non marié, Jean de Vaux, coupable de lèse-majesté, s'étant +réfugié dans une église d'Avignon, les agents du roi pénètrent dans la +ville pour s'emparer de sa personne. Sixte IV intervient; il adresse +un bref à Jean Rose, notaire, pour être lu en conseil de ville, +déclarant qu'on attente ouvertement aux privilèges de l'Église qu'en +sa qualité de pasteur il est obligé de sauvegarder. Il engage vivement +les habitants à résister aux ordres du roi et leur ordonne de faire +réintégrer dans l'église ledit Jean de Vaux, dans le cas où il en +aurait été arraché. Louis XI, furieux contre le pape et les +Avignonnais met la ville en interdit (1481). Même quand ils ne sont +pas coupables, les habitants d'Avignon demeurent toujours responsables +en cas d'atteinte portée aux droits du roi, et on leur demande compte +des abus et des excès de pouvoir des officiers pontificaux. + + +VI + +Après avoir nettement établi les rapports de la cour de France avec +les vassaux du Saint-Siège dans cette seconde partie du XVe siècle, il +nous reste maintenant, comme terme de cette conclusion, à fixer le +caractère de la politique de Louis XI dans ses rapports avec Rome pour +la solution des questions qui se rattachent aux affaires intérieures +et extérieures des états pontificaux de France. En un mot, il s'agit +pour nous de déterminer dans quelles limites le monarque permettait au +Saint-Siège de désigner le représentant de son autorité temporelle +dans les villes et territoires dont il avait charge; et aussi quelles +garanties il exigeait, en retour, pour s'assurer de la fidélité +politique des hommes qu'il considérait comme ses sujets propres mais +qui étaient placés, en fait, sous une domination étrangère? + +Lorsqu'un conflit, et cela arrivait fréquemment, s'élevait entre +l'autorité pontificale et ses administrés, Charles VII et Louis XI +s'étaient fait une règle de ne jamais intervenir, même lorsque le +mécontentement de la population avignonnaise prenait le caractère d'un +soulèvement grave. Quand la nomination, comme légat du Saint-Siège à +Avignon, de Marc Condulmaro (1431-1432) provoque une prise d'armes +contre la décision du pape, Charles VII défend, sous les peines les +plus sévères, à ses sujets de se mêler à l'émeute. Il ne veut prendre +parti pour personne, bien qu'il ait un candidat; il se montre +souverain respectueux et fils soumis de l'Église. C'est un fait +historique sans conteste que, jusqu'à Louis XIV, jamais les rois de +France ne veulent intervenir dans les querelles intérieures du pape +avec ses propres sujets. + +Charles VII, le premier, pose comme un principe que le pape doit tenir +compte de l'agrément de la cour de France dans la désignation du légat +placé à la tête de l'administration des états pontificaux de France. +Il insiste pour le choix de Carillo, cardinal de Saint-Eustache, mais +sans succès. Louis XI reprend la même politique, mais il se montre +exigeant, importun et autoritaire avec le Saint-Siège. Il propose, +l'un après l'autre, plusieurs évêques ou archevêques que le pape +écarte systématiquement. Le roi se fâche, et suivant cette politique +occulte qui est le plus grand ressort de sa diplomatie, il pousse en +secret les Avignonnais à la révolte contre leur évêque, Alain de +Coëtivy, et il les engage à refuser de le recevoir, au cas où le pape +voudrait le leur imposer. Mais, malgré ses efforts, il n'obtient qu'un +demi-succès, le Saint-Siège ayant l'habileté de confier la légation à +un légat intérimaire pour ne pas pousser plus loin le conflit et en +venir aux voies de fait. C'est que Louis XI voyait là une raison +d'état à faire prévaloir. Il voulait avoir la haute main sur le légat, +lui donner des ordres, comme au cardinal de Foix en 1463, au moment du +siège de Barcelone, en faire un serviteur dévoué des intérêts +français. Il comprenait le danger d'avoir une portion de territoire +enclavée en son royaume ouverte à l'influence étrangère, aux ordres de +Rome, et où un gouverneur brouillon et remuant pouvait compromettre le +succès de la politique royale. La nomination de Charles de Bourbon +(1470) est un triomphe pour la diplomatie de Louis XI; la substitution +de Jules de la Rovère une cause de conflit (1476). La suzeraineté +temporelle des papes sur Avignon est même un moment menacée. + + +VII + +Dans toute la correspondance qu'ils entretiennent avec la cour, les +consuls assurent Charles VII et Louis XI de leur absolu dévouement à +la couronne. Les ambassadeurs que la ville envoie auprès de chacun +d'eux, à son avènement, se confondent en protestations d'hommage et de +respect pour sa personne. Ils se disent eux-mêmes, dans toutes les +occasions, les dévots et loyaux sujets de Sa Majesté et jamais ils ne +laissent échapper une occasion de rappeler les services qu'ils ont +rendus à la couronne. + +Ces rappels réitérés des services rendus finissent même par paraître +importuns et en rabaissent singulièrement le mérite. Il n'y a pas, +toutefois, à mettre sur ce point leur bonne foi en doute. Leur +attachement à la couronne, s'il est quelque peu intéressé, est +sincère; mais, pour la forme, la ville en s'adressant au roi n'oublie +pas, ou plutôt affecte de ne pas oublier qu'elle est placée sous la +suzeraineté temporelle du souverain pontife. C'est l'idée qui préside +à toutes les négociations avec la cour de France. Charles VI, Charles +VII ne mettent pas en doute les déclarations amicales de la ville. +Louis XI, plus politique, et qui savait que la défiance est la +première condition d'une bonne diplomatie, exige des gages qu'il +demandait parfois aux villes du domaine. Après ce qui s'était passé à +Avignon en avril 1476, il ne se contente plus d'assurances et de +formules de soumission. Il exige un serment de fidélité à la couronne +et à la personne du roi, en bonne et due forme au bas duquel les +consuls et les conseillers apposeront leur signature. Il veut que les +Avignonnais s'engagent à ne pas recevoir les ennemis du roi, qu'il +prend soin d'énumérer. En revanche, le roi promet de respecter les +privilèges de la ville et de la protéger contre ses ennemis et ceux de +l'Église, mais avec réserve des droits des papes sur la ville, _salvo +jure papali_. + +Louis XI, par cet engagement, liait la ville à sa politique et +l'obligeait à n'avoir pas d'autres intérêts que ceux de la couronne, +sous peine de se parjurer, ce qui, dans les moments de colère du roi, +pouvait avoir les plus graves conséquences. Le roi de France était +donc reconnu comme le protecteur officiel de la ville et du pays. Il +avait le contrôle et la haute direction de ses affaires; sa vie +commerciale et industrielle était entre ses mains. Son prestige et sa +force étaient la sauvegarde des vassaux du pape, trop faibles pour se +défendre, et qui ne pouvaient attendre de Rome que des armes +spirituelles. Le protectorat du Saint-Siège sur ses états +citramontains tend donc de plus en plus à ne devenir, au XVe siècle, +qu'une formule sans portée, que l'on maintient par déférence pour le +chef de l'Église, qui ne cesse pas de figurer dans tous les actes de +chancellerie, mais la haute bourgeoisie avignonnaise comprend qu'elle +a tout intérêt à redevenir française: elle favorise la politique du +roi. + + + + +PIÈCES JUSTIFICATIVES + + +No I + +_Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure._ + + Février 1444. + +Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Tristando, +electo Conseranensi, salutem et apostolicam benedictionem. Cum contra +nonnullos iniquitatis filios, qui dudum civitatem nostram Avinionensem +et comitatum Venaysinum per insultum et tumultum, manu armata, nomine +perditionis alumni Amedei, olim ducis Sabaudie, qui se Felicem V ausu +sacrilego nominare praesumit, occupare et a nobis ac Romana Ecclesia +inferre conati sunt ac eos etiam, qui illis dederunt auxilium, +consilium vel favorem, nec non contra omnes et singulos scismaticos, +qui prefato Amedeo adhererent aut consentirent vel obedirent, +procedendi ac illos debita pena mulctandi et puniendi concessimus +facultatem, Nos, volentes statui tuo salubriter providere, tenore +presentium volumus et tibi concedimus quod per quamcumque +procurationem per te aut de mandato tuo de praedictis fiendam, etiam +si membrorum multitudo vel personalis pena sequeretur, nullam +irregularitatis aut infamie maculam sive notam incurras, neque in +aliquam penam a jure vel ab homine statutam incidas, occasione +praefata; nos enim omnes et singulas leges et canonicas sanctiones in +personas ecclesiasticas perpetrantes talia promulgatas quocum personam +tuam in exequendis tibi per nos commissis duntaxat suspendimus per +praesentes, volentes ut illis ullatenus sis astrictus. Nulli ergo +omnino hominum liceat hanc paginam nostre concessionis suspensionis +et voluntatis infringere vel ei ausu temerario contra ire. Si quis +autem hoc attemptare praesumpserit, indignationem Omnipotentis Dei et +beatorum Petri et Pauli apostolorum ejus se noverit incursurum. Datum +Rome apud Sanctum Petrum, anno incarnationis dominice millesimo +quadringentesimo quadragesimo quarto, quinto kalendas februarii, +pontificatus nostri anno quartodecimo. + + _De curia_ + + JO SYNODI. + +(Arch. vat., Eugenii IV. Regest. 20, 9. vol., 368, fol. 77.) + + +No II + +_Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure._ + + Février 1444. + +Eugenius episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Tristando, +electo Conseranensi, salutem et apostolicam benedictionem. De tua +probitate, fide et devotione gerentes in domino fiduciam, speramus +indubie quod ea que tibi committenda duxerimus ad nostrum et Romane +Ecclesie statum et honorem laudabiliter exequeris. Cum igitur dudum +nonnulli iniquitatis filii quodam Ugolino Alamani duce per insultus et +proditionem facto tumultu manu armata civitatem nostram Avinionensem +et comitatum Venaysini adversus nos et Romanam Ecclesiam insurgentes, +cum suis fautoribus complicibus et sequacibus ac cum vexillis +perditionis alumni Amedei olim ducis Sabaudie, qui se Felicem V ausu +sacrilego nominari praesumit, conati fuerint occupare, nos volentes, +prout suadet justitia, ut illi, qui talia ausi sunt attemptare, +animadversione debita puniantur, tibi contra omnes et singulas +personas civitates et comitatus praedictorum, qui dicto insultui et +tumultui contra nos et ipsam ecclesiam interfuerunt aut dederunt ad ea +publice vel oculte auxilium consilium vel favorem vel scientes non +revelaverunt, cujuscumque status, gradus, ordinis vel conditionis +fuerint, nec non contra omnes scismaticos tam laicos quam clericos +adherentes prefato Amedeo aut ejus et Basilien fautores et sequaces +ubilibet constitutos auctoritate nostra procedendi ac ipsos et ipsorum +quemlibet per arrestationem bonorum et personarum captionem et +cohertionem ac officiorum, beneficiorum et dignitatum suorum +quorumlibet privationem et ab eisdem amotionem nec non bonorum +temporalium confiscationem tam civiliter et criminaliter puniendi, +condemnandi et mulctandi, prout delictorum qualitas exegerit et +justitia suadebit; invocato ad hoc, cum opus fuerit, auxilio brachii +secularis, nec non beneficia ipsa que per hujusmodi privationem +vaccare contigerit, quecumque, quotiescumque et qualiacumque fuerint, +etiamsi dispositioni apostolice fuerint reservata, aliis idoneis +personis, prout tibi visum fuerit, eadem auctoritate conferendi et de +illis etiam providendi; insuper quoque illis qui ad sanam mentem +redierint a quibuscumque processibus sententiis per te aut +quomodolibet illatis et inflictis absolvendi et in pristinum statum +restituendi et reponendi ac cum eis super irregularitate quacumque per +eos praemissorum occasione contracta dispensandi et habilitandi ad sua +et alia beneficia ecclesiastica quolibet imposterum obtinendi plenam +et liberam eadem auctoritate concedimus tenore praesentium facultatem +Datum Rome, apud Sanctum Petrum anno Incarnationis millesimo +quadringentesimo quadragesimo quarto, quinto kal. februarii +pontificatus nostri anno quartodecimo. + + _De curia_ + + JO. SYNODI. + +(Arch. vat., Eugenii IV. Regest. 20, 9. vol. 368, f. 79.) + + +No III + +_Bref d'Eugène IV aux Syndics d'Avignon._ + +Dilectis filiis Tribus Statibus comitatûs nostri Venayssini, Eugenius +Papa IIII. + + 20 novembre 1444. + +Dilecti filii, salutem et apostolicam benedictionem. + +Intelleximus, dilecti filii, nonnullam suspicionem esse inter multos +exortam et verba quedam dissipata nos velle alienare comitatum nostrum +Venayssinum et a potestate nostra abdicare; que fama admodum +displicuit nobis, cum nil sit eorum que multi forsan arbitrantur. +Nunquam enim fuit nobis animus neque est etiam neque erit alienandi +terras et jura Ecclesie Romane sed potius augendi. Et notum vobis +debet esse nos non solum non alienasse bona Ecclesie nobis desuper +credita sed pro eorum recuperatione bella adversûs eorum occupatores +suscepisse. Itaque bono animo vos esse volumus et securos vivere quod +nunquam intendimus separare vos ab obedientia et subjectione Sancte +Romane Ecclesie, sed conservare vos in vocacione qua vocati estis. +Velitis igitur perseverare in obediencia et devocione vestra solita +erga nos et prefatam Ecclesiam ac parere legato vestro. Vicario +nostro, ut tanquam boni filii nostri, vivatis semper a nobis et Sede +apostolica merito commendandi. + +Datum Rome, apud Sanctum Petrum, sub annulo nostro secreto, die +vicesima mensis novembris, pontificatûs nostri anno quartodecimo. + + POGGIUS. + +(Reg. des Etats, C. 14, fol. 98, copie.) + + +No IV + +_Bref d'Eugène IV aux Trois États de la Conté de Venayssin._ + + Décembre 1444. + +Dilectis filiis Tribus Statibus comitatûs nostri Venayssini. + +Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis Tribus +Statibus comitatûs nostri Venayssini salutem et apostolicam +benedictionem. Scripsimus vobis nuper propter certam famam tunc nuper +exortam nostre intentionis esse et velle tenere vos sub nostro et +Ecclesie romane regimine ac devotione et obedientia ac nolle vos +alienare ab Ecclesia, quia intelleximus disseminatos sermones de +certis capitulis cum dilecto filio nobili viro Ludovico, delphino +Viennensi nostro non pactis iterùm facimus vos certiores nos nullomodo +intendere aut velle alienare aut separare vos a nobis et prefata +Ecclesia aut alicui alteri subjicere, sed intendimus conservare vos +sub nostro et Ecclesiæ regimine et gubernacione prout actenûs fuistis +quod vobis futurum ad certitudinem et consolacionem vestram volemus +quod venerabili fratri nostro Petro, episcopo Albanensi, legato +nostro, in omnibus sicut antea, pareatis. + +Datum Rome, apud Sanctum Petrum, anno Incarnationis dominice millesimo +quadringentesimo quadragesimo quarto pridie calendas decembris, +pontificatûs nostri anno quartodecimo. + +(Reg. des États, C. 14, fol. 96, copie) + + +No V + +_Charles VII aux Syndics d'Avignon._ + + 26 janvier 1448 (?) + +Tres chers et bien amez, nous avons receu les lectres que nous avez +escriptes par maistre Jacques Guillot d'Orléans et Jehan Tronchin, que +avez envoiez devers nous et oy ce que ilz nous ont dict de vostre +part, aux quels nous avons faict response ainsy que en la manière que +par eulx pourrez scavoir plus a plain, par quoy ne vous escripvons +plus avant fors que tousjours aurons vous et vos affaires pour bien +recommandez. + +Donné à Rouen le 26 janvier. + + CHARLES, + + Bude. + +(Arch. municip., Origin., R. 33, no 41, Cott. R.R.) + + +No VI + +_Lettre du dauphin Louis aux élus de Carpentras._ + + 14 mai 1451. + + Le Dauphin de Viennoys, + +Tres chiers et grans amys, presentement envoyons par delà noz amez et +feaulx conseilliers maistre Ferraudiz, maistre des requestes de nostre +hostel et Anthoyne d'Alauzon escuier de nostre escuerie, ausquelz +avons chargé vous dire aucunes choses de par nous que veillez adjoster +plaine foy et créance a tout ce que de nostre part ilz vous diront. +Tres chiers et grans amys, Nostre Seigneur soit garde de vos. + +Escript à Romans le XVe jour de may. + + LOYS. + +Et ibidem prefati domini ambaxiatores exposuerunt eorum creanciam +super facto Buccicaudorum et nihil fuit conclusum. + +(Arch. municip. de Carpentras, B.B. 70, fol. 63, copie.) + + +No VII + +_Charles VII aux Syndics d'Avignon._ + + 5 mars 1452. + +Tres chiers et bons amis, nous avons receu vos lectres par maistre +Garcias de Lamothe porteur de cestes et oy ce quil nous a dit de par +vous, sur quoy lui avons faict response tele que par luy pourrez +scavoir et povez estre certainz que tousjours vouldrions garder et +deffendre vous et autres subgectz de l'Eglise et les aider et +favoriser comme les nostres propres. Ainsi que plus à plain l'avons +dit au dit Garcias de Lamothe pour le vous rapporter. + +Donné à la Roche-Saint-Quentin le 5 mars. + + CHARLES. + + Régis. + +A nos chiers et bons amis les Sindicz et Conseil de la Cité d'Avignon. + +(Arch. municip., Origin., B. 32, no 42, Cott. S.S.) + +Au mois de mars _1452_ Charles VII était au château des +Roches-Saint-Quentin, chez Jean de Puy, l'un de ses plus anciens +maîtres des Comptes (De Beaucourt, V, p. 78.) + + +No VIII + +_Charles VII aux Syndics d'Avignon._ + +A noz tres chiers et espéciaulx amis les Sindicz et Conseil de la cité +d'Avignon. + +Tres chiers et especiaulx amis, nous avons recues les lectres que +escriptes nous avez par maistre Guillaume Mesnier, licencié ès lois et +ouy ce qu'il nous a dit de par vous et depuis l'avons fait ouyr bien +au long par les genz de nostre conseil sur tout ce qu'il a remonstré +et requiz de par vous; ainz avez pu congnoistre le grant et bon +vouloir que avons tousjours eu au bien et conservacion de libertez, +droiz et terres de nostre Saint Père et de l'Église de Romme. Et +mesmement en ce qu'il vous touche et pour la grande amour que avez +tousjours eue et monstrée à nous et à nostre seigneurie et à la +prospérité d'icelle, vous avons tousjours euz et avons en singulière +recommandacion et remembrance et vous vouldrions aider et favoriser en +touz vos affaires ains que naguères vous avons fait savoir. Et sur les +choses par le dit maistre Guillaume Mesnier a nous proposées lui avons +fait faire response comme il vous pourra plus a plain dire. + +Donné aux Montilz lès Tours le XVe jour de mars. + + CHARLES. + + Rolant. + +(Arch. municip., Origin., B. 32, no 40, Cott. q.q.) + + +No IX + +_Charles VII aux Syndics d'Avignon._ + +Chierz et bien amys, nous avons escript puis naguères à nostre Sainct +Père le Pape en faveur et recommandacion de nostre bien amé Pierre +Arcet, escuier, touchant la Viguerie d'Avignon, laquelle viguerie +iceluy, nostre Sainct Père, à nostre requeste et prière, a donnée au +dit Arcet, comme il vous pourra plus a plain apparoir par les bulles +d'icelluy nostre Sainct Père. Et pour ce vous prions tres acertes que +pour amour et contemplacion de nouz vueilliez recevoir et mectre en +possession et saisine du dit office de viguier le dit Arcet. Et vous +nouz ferez ung tres agréable plaisir et en auronz vos affaires enverz +nous en plus espécial recommandacion. + +Donné à Chinon le XVIIe jour de mars. + + CHARLES. + + Giraudeau. + +(Arch. municip., Origin., B. 7, no 36, Cott. N.N.) + + +No X + +_Charles VII aux Syndics d'Avignon._ + + 19 mars 1452 (?) + +Chiers et bien amez, nous escripvons présentement par devers vous en +faveur de nostre bien amé varlet de chambre Martin Héron, dont avez +cognoissance touchant l'office de viguier de la ville d'Avignon. Si +vous prions bien acertez que pour contemplacion de nous, vous vueillez +tenir la main envers nostre Saint Père le Pape pour le dit Martin. A +ce quil lui plaise donner au dit Martin icelluy office de viguier pour +ceste année présente et vous nous ferez tres agréable et grant +plaisir. + +Donné aux Montilz les Tours le XIXe jour de mars. + + CHARLES. + + Rolant. + +A nos chers et bien amez les Sindicz de la ville et cité d'Avignon. + +(Arch. municip., Origin., B. 8, no 72, Cott. A.A.A.A.) + + +No XI + +_Charles VII aux Syndics d'Avignon._ + + 15 mai 1452 (?) + +Chiers et bons amis, autres foiz vous avons escript en faveur de +nostre bien amé varlet de chambre Martin Héron, dont vous avez assez +cognoissance, touchant l'office de viguier de la ville d'Avignon, à ce +que voulsissiez tenir la main envers nostre tres Saint Père le Pape +pour le dit Martin et que en contemplacion de nous il lui pleust +donner au dit Martin le dit office de viguier pour ceste année +présente. Si vous prions que le vueillez faire, et telement vous y +employer que la chose sortisse effect, comme povez appercevoir que +singulièrement le desirons. Et vous nous ferez tres agréable plaisir. + +Donné aux Roches-Saint-Quentin le XVe jour de may. + + CHARLES. + + Badouilier. + +(Arch. municip., Origin., B. 8, no 72, Cott. A.A.A.A.) + + +No XII + +_Charles VII, roi de France, à la Ville d'Avignon._ + + 22 juillet 1453. + + A Nos tres chers et grans amis les bourgois et habitans de la + ville et cité d'Avignon. + +Charles, par la grace de Dieu roy de France. Tres chiers et grans +amis, pour ce que scavons que prenez grant plaisir a oir en bien de la +prospérité de nous et de nostre seigneurie, nous vous signiffions que +mardi, XVIIe jour de ce mois de juillet, le sire de Talbot, +accompaigné du sire de Lisle son filz, du sire de Candalle, filz de +Gaston de Foix, jadiz captal de Buch, du sire des Molins et de +plusieurs autres anglois et gascons, jusques au nombre de six à sept +mille, vindrent samedi précédent. Et tantost après l'armée des ditz +angloiz vindrent en grant ordonnance à bannières et estendars +desploiez donner l'assault à nos dictes gens, qui estoient en leur +champ devant la dicte place. Et dura icellui assault plus d'une heure, +combatans main a main; mais graces à Notre Seigneur, les ditz angloiz +trouvèrent tele résistance que les bannières de Saint-George et du Roy +d'Angleterre avec l'estendart du dit Talbot et autres furent gaignées +par nos dictes gens. Et furent ilec les dits sire de Talbot, son filz +et autres en grant nombre mors sur la place, le dit sire de Molins et +le neveu du dit Talbot et autres prins. Et le seurpleus des ditz +angloiz se mirent en fuyte et se retrairent les ungs dedans la dicte +place, les autres en leurs navires et autre part, où ilz peurent +prendre chemin et furent suiviz et chacez par nos dictes genz, +telement que après la chose faicte en ont été plusieurs mors et noyez +et beaucoup de prisonniers des quelz on n'a encores peu bonnement +savoir le nombre. Des quelles choses avons rendu et rendons graces a +Nostre Seigneur. Et ung fois avant que les dictes nouvelles nous +feussent venues beau cousin de Clermont notre lieutenant en Guienne, +qui est d'autre costé au pais de Medoc près de la ville de Bourdeaulx, +accompaigné de beaux cousins de Foix, Delebret, Dornal, Poton et +d'autres nos genz de guerre en bien grant nombre nous a escript quilz +exploictent fort au dit pais sur nos ditz ennemis et quil n'y a +encores eu jusques cy personne que leur ait porté nuysance. Et si +avons grant nombre de bon navire bien équippé en la rivière de Gironde +et telement que nos diz ennemis sont a présent en grant subjection. Et +avons espérance en Dieu que le seurplus du recouvrement de notre pais +de Guienne se portera bien. + +Donné à la Rochefoucault le XXIIe jour de juillet. + +Depuis noz lectres escriptes, nous sont venues nouvelles certaines que +nos dits gens de guerre ont mise la dicte place de Castillon en +composicion, en la quelle estoient le dit sire de Candale, le sire de +Montferrand et autres jusques au nombre de deux mille combatans tant +angloiz que gascons qui se sont tous renduz prisonniers à nostre +mercy. Et plus tost vous eussions escript de nos dites nouvelles se +neust este pour actendre la conclusion du dit Castillon. + +Donné comme dessus. + + CHARLES. + + Delaloëre. + +(Arch. municip., Origin., série A.A.) + +Voy. de Beaucourt, V, p. 276 et note 3.--La même lettre est adressée +aux habitants de Lyon, et donnée comme pièce justificative, no XVI, p. +463 (de Beaucourt, V, p. 463.) + + +No XII (_bis_) + +_Prestation d'hommage de Romieu de Morimont._ + +In nomine Domini amen. Noverint universi et singuli presentes +pariterque futuri per hoc verum et publicum instrumentum quod anno a +nativitate Domini millesimo cccclvi indictione quarta, die quinta +mensis augusti, Pontificatus vero Sanctissimi in Christo patris et +domini nostri domini Calisti divina providentia pape tertii anno +secundo, nobilis vir _Romeus de Miremont_ scutifer et procurator +illustrissimi principis domini Ludovici, Regis Francorum primogeniti, +delphini Viennensis comitisque Valentinensis et Diensis constitutus, +genuflexus ante pedes Sanctissimi domini nostri Calisti pape tertii +prefati cum summa reverentia, exposuit se procuratorem dicti domini +Delphini et ab eo destinatum ad Suam Sanctitatem faciendamque debitam +reverentiam et recognoscendum feudum homagium ligium et fidelitatem +nonnuliorum castrorum et locorum infrascriptorum instrumentorum +nominatorum et designatorum, que castra et loca sui quondam +predecessores a Romana ecclesia tenuerunt in feudum ac petendum et +obtinendum remissionem liberationem et quictationem censuum occasione +predicta camere debitorum aliquibus temporibus hactenus forsitan non +solutorum et primo ibidem mandatum suum procurations sigillo magno +rotundo ipsius domini Dalphini impendenti in pergameno scriptum Sue +Sanctitati ibidem exhibuit ac produxit cujus quidem tenor de verbo ad +verbum sequitur et est talis. Ludovicus Regis Francorum primogenitus, +Dalphinus Viennensis comesque Valentinensis et Diensis, universis +presentibus et futuris notum fieri volumus quod nos animadvertentes +nil salubrius esse quam que sunt Dei Deo Cesarisque Cesari reddere, +volentes igitur Sancte Sedi Apostolice et ecclesie Dei sancte de hiis +que sub dominio eorundem in feudum tenemus homagium reddere fidele, +de nobilitate, moribus et providentia dilecti et fidelis domestici +nostri Romei de Miremont, scutiferie nostre scutiferum, ab experto +plene confisi, eundem Miremont presentem coram nobis et onus +suscipientem auctorem et negotii hujus gestorem specialiter +ordinavimus et ordinamus, ipsi expresse injungentes ut ad Sanctam +Sedem Apostolicam, quamcitius poterit, se transferat et Sanctitati +domini nostri pape Calisti tertii aut illi vel illis quibus jure et +consuetudine similia pertinent vel per Sanctitatem suam ad hoc +commitentur universaliter et generaliter de omnibus que sub feudo +nobili dicte sedis et ecclesie sancte _in Delphinatu et comitatibus +nostris predictis moventur_ homagium et recognitionem cum +solemnitatibus et aliis in talibus fieri usitatis realiter, nomine et +vice nostri, reddat et faciat denominationem et decertationem +predictorum omnium sub dicto feudo moventium, si opus fuerit, tradendo +literas publicas de hiis que egerit bullasque protectionis in forma +militantis ecclesie aut alias in similibus dari solitas obtinendo, +aliaque agendo, petendo pro tractando et obtinendo que nos agere +postulare pertractare et obtinere possemus, si presentes et +personaliter interessemus, et que negotiorum predictorum merita +postulant et requirunt, etiamsi essent talia que mandatum exigerent +magis speciale, vices nostras quoad predicta per presentes sibi +totaliter committentes et plenam in hiis ex certa scientia et +deliberatione prehabita attribuentes potestatem, promittentes in verbo +principis et sub juramento corporali dictum homagium, et quicquid per +dictum scutiferum artum, dictum, pertractatum, petitum et juratum +fuerit perpetuo ratum et gratum habere tenereque et observare +inconcussum. In quorum testimonium sigillum nostrum, in absentia magni +ordinatum, presentibus duximus apponendum. Datum in Sancto Antonio +Viennensi, die prima mensis junii, anno domini millesimo CCCCLVI +iuramento fidelitatis in animam et sub honore nostris prout in +similibus homagiis solitum est prestare nec non. Datum ut supra +Astaris per Dominum Delphinum, domino Montis Albani, gubernatore et +marescallo Delphinatus et aliis presentibus Astaris. Exinde vero +duorum transumptorum duo publica instrumenta per reverendum in +Christo patrem dominum Siboudum Alamandi, episcopum Gratianopolitanum, +factorum et auctenticorum super feudis homagiis et ligiis et +fidelitatibus castrorum et locorum predictorum exhibuit quibus quidem +transumptis auctenticis sigilla propria ipsius domini Episcopi erant +appensa, quorum quidem transumptorum tenor de verbo ad verbum sequitur +et est talis. + +(Arch. vat., t. XXXIII, p. 66, Armor. 35.) + + +No XIII + +_Lettre d'Allemand de Pazzis et de François Malespine aux Consuls +d'Avignon._ + +(Traduction). + + A respectables et nobles Mes seigneurs les Consuls de la Cité + d'Avignon. + +Tres respectables seigneurs, nous nous recommandons à votre bonne +grâce en vous avisant comme nous arrivâmes ici samedi dernier, en +grand peine de trouver logis, à cause de la grande multitude de gens +venus pour faire leurs adieux. Grâce soit rendue à Monseigneur le +Maréchal lequel nous a fait très bon accueil en considération de +Monseigneur le Cardinal (Pierre de Foix) et de la ville, et le +lendemain matin nous fit avoir audience du Roi. Celui-ci nous vit +volontiers et nous fit aussi un très grand accueil. Après avoir vu nos +lettres et avant que nous eussions rien autrement pu lui dire, il nous +appela près de lui, mais si près que nous nous touchions l'un l'autre, +et cela afin que personne ne pût entendre ce qu'il nous disait. Il +nous dit que nous étions les bienvenus, mais que lui ne pouvait +entendre à cette heure ni, par aventure, de tout le jour, mais +qu'avant de nous entendre, il voulait savoir de nous ce que nous +savions bien, qu'étant en son pays du Dauphiné, quelqu'un nous avait +dit et avisé la ville d'Avignon qu'il y avait quelques gascons qui +devaient faire en sorte que la ville passât, pour son compte, au +pouvoir de son maréchal d'Armagnac et que eux l'avaient notifié et +fait dire au Roi son père (dont Dieu ait l'âme) et qu'il voulait que +nous lui disions quel était cet inventeur qui nous avait dit et +dénoncé un pareil projet, car jamais il n'avait eu une telle intention +et que si la chose avait été vraie il n'aurait pas été assez téméraire +pour de sa vie mettre les pieds dans Avignon ni pour en passer aussi +proche qu'il l'a fait. Qu'il commet à Monseigneur le Maréchal et à +Messire Jean Bureu le soin de nous entendre à cet égard et que nous +eussions à leur dire qui sont ceux qui nous ont donné cet avis et qui +sont les inventeurs d'une pareille chose. Là-dessus le Roi nous a +laissés pour aller à la messe, puis diner, puis après dîner, aller aux +joutes que Monseigneur de Bourgogne faisait faire; et le soir, à un +banquet. Le tout a été un grand triomphe, et dans le même jour nous +dinâmes avec Monseigneur le Maréchal, nous lui affirmâmes en lui +disant que nous ne savions en vérité qui était l'auteur de l'avis dont +le Roi nous avait parlé, que jamais la Ville n'avait écrit au Roi son +père qu'elle le soupçonnât en aucune manière du monde, et que par +conséquent nous ne savions pas davantage qui était l'inventeur de la +chose. Nous fûmes également chez Maître Jean Bureu pour l'informer de +la même manière. Il nous répliqua qu'il lui semblait se souvenir +d'avoir vu quelque lettre et entendu parler de quelque chose de +semblable à l'hôtel du Roi, mais qu'il ne s'en rappelait pas +nettement. Que toutefois il rapporterait au Roi ce que nous lui +disions. Depuis, nous trouvant ensemble en présence de Monseigneur +Boucicaut qui veut le bien et l'honneur de Monseigneur (le Cardinal de +Foix) et de la ville et de maître Pierre Robin, pour aviser à cela et +chercher si personne ne se rappelait rien à ce sujet. Monseigneur +Boucicaut et quelque autre d'entre eux rappela que le Roi mort envoya +à Avignon avertir et aviser Monseigneur (le Légat) et la ville qu'il +avait vent qu'on devait nous faire déplaisir et qu'il nous en donnait +avis et que si nous avions besoin de quelque chose il nous viendrait +en aide par gens et par tout ce que nous lui demanderions. Il nous est +aussi revenu en mémoire que la ville répondit au Roi en le remerciant +et que nous n'avions besoin ni de gens ni de rien autre et il nous +semble que jamais la ville n'a écrit autre chose au feu Roi. En sorte +que, s'ils ne sont pas contents de la réponse, que nous avons déjà +faite, nous leur dirons ce qui nous est revenu à la mémoire comme il +vient d'être dit. S'il paraît à Monseigneur (le Cardinal de Foix) et à +vous autres que nous ne devons dire autre chose ou faire d'autres +justifications soit par lettres, soit autrement, mandez-nous le et +nous fairons ainsi que vous commanderez. Adressez les lettres à la +Cour, car le Roi doit partir demain ou le jour d'après pour se diriger +sur Melun, de Melun à Amboise où sont les Reines en tirant à Tours; +nous suivrons pour être dépêchés le plus tôt possible. Monseigneur le +Légat répond également à Monseigneur le Cardinal (de Foix) et l'avise +de tout avec encore plus de détails, car lui a aujourd'hui parlé au +Roi en tête à tête et, comme je vous l'ai dit, avise Monseigneur de +tout ce que le Roi lui a dit vous pourrez le savoir par lui, ainsi que +par le porteur de la présente qui est au service de Monseigneur, +lequel sait tout et par lui vous serez pleinement informés de tout (!) +Monseigneur le Sénéchal de Provence n'est pas encore arrivé ici; je +crois qu'il attend le Roi sur la route parce que le bruit avait couru +que le Roi était parti huit jours avant. Nous ne voyons pas autre +chose à vous dire, que Notre Seigneur vous garde. Recommandez-nous +très humblement à la bonne grâce de Monseigneur (le Cardinal) et à mes +seigneurs les Conseillers. + + Vos humbles serviteurs. + + Allemand de Pazzis: Fr. Malespine, + + Ecrit à Paris, le 15 de septembre (1462). + + +No XIV + +_Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix._ + + 21 janvier 1464. + +Cardinal de Foix, Tres cher et féal cousin, nous avons entant que +aucuns des habitans de la ville d'Avignon et autres tant des nacions +d'Alemaigne, Florence, Venise, Gennes, que autres, demourans et +habitans en la dicte ville d'Avignon, ont donné et donnent chacun jour +de grans pors et faveurs a ceulx de la ville de Barselonne et leur ont +envoyé et envoyent des vivres, artillerie et autres choses à eux +nécessaires. Et pour ce que nous tenons et repputons les dits de +Barselonne et leur aliez et adhérans et aussi tous ceulx qui les +avitaillent ne favorisent en aucune manière noz ennemis et +adversaires, nous vous prions bien affectueusement que vous vueilliés +ces choses remonstrer ou faire remonstrer aus dits habitans de la +dicte ville d'Avignon et autres des nacions dessus dites demourans en +icelle, en leur nottiffiant ou faisant notiffier que se ilz font le +contraire nous les réputons dès à présent noz ennemis et entendons de +procéder ou faire procéder à lencontre d'eulx ainsi quil appartient en +tel cas. Et affin quilz n'aient cause d'en prétendre aucune ignorance, +vous prions de rechief que les choses dessus dites faictes crier et +publier par cry publique et à son de trompe en nous faisant savoir +tout ce que aurez fait. Et vous nous ferés tres singulier et agréable +plaisir. + +Doné à Castelno de Médoc le XXIe jour de janvier. + + LOYS. + + Binon. + +(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, série A.A.) + + +No XV + +_Louis XI aux Consuls d'Avignon._ + + A nos tres chers et grans amys les Consulz, bourgoys, manans et + habitans de la ville et cité d'Avignon et de la Conté de Venisy. + +Tres chers et grans amis, nostre très cher et très amé cousin le _duc +de Bourbon_ et d'Auvergne, nostre lieutenant et gouverneur en nostre +pais de Languedoc, nous a dit et remonstré que à vostre pourchaz, +instigacion et requeste le Recteur d'Avignon a puis naguères prins à +force et port d'armes les places d'Albignan et Auriol que paravant +tenoit nostre bien amé le sieur de Vergères, escuier d'escuerie de +nostre dit frère et cousin. Et pour ce que désirons les besongnes et +affères du dit sieur de Vergeres estre favorablement traictées tant en +faveur de ce qu'il est nostre serviteur et subgect du bon droit que +entendons quil a ès dites places que en contemplacion de nostre frère +et cousin qui sur ce nous a requiz, nous vous prions tres acertes et +sur touz les plaisirs que fére nous désirez que vous tenez la main +envers le dit Recteur auquel escripvons présentement de ceste matière +en manière quil soyt content de bailler et delivrer au dit escuyer la +joyssance des dictes places au moins jusques à ce que par justice ses +droitz et tiltres sur tout veuz et visitez aultrement en soit ordonné. +Et tellement faictes que le dit escuier cognoisse par effect noz +prières luy avoir prouffité envers vous. Et en ce faisant vous nouz +ferez tres singulier et agréable plaisir lequel recognoistrons envers +vous en pareil cas ou greigneur quant d'aucunes choses nous requerrez. + +Donné à Chartres, le XXe jour de juing. + + LOYS. + + Toustain. + +(Arch. municip., Origin., Boîte des Catalans.) + + +No XVI + +_Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon._ + + 26 août 1464. + +Loys par la grace de Dieu, roy de France. Tres chiers et grans amis, +nous avons sceu la maladie de nostre chier et féal cousin le Cardinal +de Foix dont avons esté et sommes tres desplaisans; et pour ce qu'il +est à doubter que de la dicte maladie il voise de vie à trespas, nous +vous advertissons que se avez d'aucune chose afaire, en quoy nous +puissions pour vous employer, nous le ferons de très bon cueur, ainsi +que plus amplement nous avons chargié vous dire à nostre amé et féal +conseiller et maistre de nostre hostel Mombardon, porteur de ces +présentes. Si le vueillez croire de ce qu'il vous dira sur ce de +nostre part. + +Donné à Nouyon le XXVIe jour d'aoust. + + LOYS. + +A noz tres chiers et grans amis les Consulz et gouverneurs de la ville +et cite d'Avignon. + +(Arch. municip., Origin., B. 77, no 87, Cott. P.P.P.P.) + + +No XVII + +_Lettre de Jean d'Armagnac, maréchal de Comminges, aux Consuls +d'Avignon._ + + 22 décembre 1464. + + A mes tres chiers et grans amys les viguier, consulz et autres + bourgeoiz, manans et habitans de la ville et cité d'Avignon. + +Tres chiers et grans amys, je me recommande à vous tant comme je puis +et vous plaise savoir que aujourdhuy XXIIe jour du moys de décembre +sont venues nouvelles au Roy, que Dieu a fait son commandement de feu +Monseigneur le Cardinal de Foix, auquel Dieu par sa grâce face mercy +et pour vous advertir de son vouloir et intention, il envoye devers +vous le bailli des Montaignes du Daulphiné, son conseiller et +serviteur, pour vous dire et remonstrer aucunes choses de par luy et +si vous escript bien au long en vous priant que vueilliez avoir mon +frère l'arcevesque d'Auch pour recommandé au fait de la legation de +la ville et cité d'Avignon et gouvernement de la Conté de Venissy en +la forme, et manière que mon dict seigneur le Cardinal la tenoit. Et +pour ce, très chiers et grans amys, je vous prie et requiert que, pour +l'honneur du Roy et amour de mon dict frère et de moy, vous y +vueilliez aider et tenir la main en tout ce qu'il vous sera possible +tant envers Nostre Sainct Père que autrepart et en temps et lieu mon +dict frère et moy le recognoistrons envers vous tellement que par +raison en devrez estre contens. Car je vous certifie que je le faiz +plus pour le bien du Pays que pour le prouffit que j'en espère en +avoyr. Et pour vous donner le cas à entendre, le Roy a escript +d'autrefois au Pape en faveur depré Monseigneur de Foix, en luy priant +qu'il luy voulsist bailler le gouvernement après le trespas de mon +dict seigneur le Cardinal, mais il lui feist responce que pour riens +il ne luy bailleroit pour ce qu'il estoit mineur d'aage; et après +quant le Roy a veu la responce de nostre dict Sainct Père, il y a +escript en faveur de l'évesque de Genève, frère de la Royne, pour +lequel il luy a faict semblable responce et que pour riens n'y +commettroit l'un ne l'autre, mais il lui a bien fait savoir qu'il +advise quelque évesque ou arcevesque en son royaulme qui soit à son +gré et qu'il pourvoira cestuy là sans autre. Et pour celle cause le +Roy a envoyé, passé a six sepmaines, messire Jehan de Reillat, son +secretaire devers Nostre dict Sainct Père pour le supplier et requérir +qu'il luy plaist que à sa requeste, vueille pourveoir mon dict frère +de la dicte légation et gouvernement sans autre; et me semble que +c'est l'homme au monde que vous devriez mieulx vouloyr, veu que vous +cognoissez ses conditions et qu'il n'est pas homme malicieux pour +pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que plus après pourrez estre +informez par le dict bailli des Montaignes, de l'entente du Roy avey +ensemble de la mienne. Si vous prie, tres chiers et grans amys, que le +vuelliez croire de tout ce qu'il vous dira, comme feriez à moy mesme +si je y estoye en personne. Et tousjours, si aucune chose vous plaist +que pour vous fere puisse, faictes le moy scavoir et je l'acompliray +de tres bon cuer. Au plaisir de Dieu qui, très chers et grans amys, +vous doint ce que désirez. + +Escript à Tours le XXIIe jour de décembre. + + Le tout vostre, + + Le Conte de Commenge, mareschal de France, conseiller et premier + chambellan du Roy, lieutenant-général et gouverneur de par luy en + ses pays du Daulphiné et duchié de Guienne. + + JEHAN. + +(Origin., Arch. municip. d'Avignon, boîte 95, no 73.) + + +No XVIII + +_Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la Rovère._ + + Lyon, 21 juin 1476. + +Loys par la grace de Dieu roy de France à tous noz justiciers ou à +leurs lieutenants salut. Nostre tres chier et grant amy le cardinal de +Saint Pierre _ad Vincula_, nous a fait dire qu'il a esté adverty que +pour ce qu'il n'est natif de notre royaume, il ne peut bonnement tenir +selon les ordonnances royaulx sur ce faites, aucuns beneffices de +nostre royaume s'il n'est, quant à ce, de nous habilité; et pour ceste +cause il nous a humblement fait requerir noz grace et provision +convenables lui estre sur ce imparties. Savoir vous faisons que nous +inclinant libéralement et vouluntiers à sa requeste pour la grant et +singulière amour et amitié que avons à lui et en faveur de plusieurs +grans, louables et notables services dignes de recommandation qu'il +nous a faiz et espérons qu'il nous face au temps advenir, et afin +qu'il ait désormais mieulx les faiz et affaires de nous et des subgetz +de nostre royaume pour espécialement et singulierement recommandez et +qu'il ait beneffices en icellui, dont il se puisse plus honorablement +entretenir icellui cardinal, pour ces causes et autres à ce nous +mouvans, avons octroyé et octroyons, voulons et nous plaist de grace +espécial par ces présentes quil puisse et lui loise avoir, tenir et +posséder en notre dit royaume tous les beneffices dont il a esté et +sera justement et canoniquement pourveu en icellui, soient +archeveschez, éveschez, abbayes et autres dignitez et beneffices +quelzconques, quelz quilz soient et à quelque valeur et extimation +quilz puissent valoir et monter. Et quant à ce l'avons habilité et +habilitons de nostre dite grace espécial par ces dites presentes, non +obstant qu'il ne soit natif de nostre dit royaume et lesdites +ordonnances royaulx, et sans préjudice dicelles en autres choses et +quelz conques autres ordonnances, mandement ou deffences à ce +contraires, que ne voulons quant a ce lui nuyre ne préjudicier en +aucune manière. Et vous mandons et enjoignons et à chacun de vous sur +ce requis et comme à lui appartiendra que de nos présentz grace, +habilitation et octroy vous le faites souffrez et laissez joyr et user +pleinement et paisiblement, sans lui mettre ou donner ne souffrir +estre fait mis ou donné aucun destourbier ou empeschement au +contraire, lequel se fait mis ou donné lui avoit esté ou estoit si +l'ostez et mettez ou faites oster et mettre incontinent et sans délay +à plaine délivrance et au premier estat et deu. Car ainsi nous plaist +il et voulons estre fait. Donné à Lyon sur le Rosne, le XXIe jour de +juing l'an de grace mil CCCC soixante seze et de nostre regne le +quinziesme. Par le Roy. + + NICOT. + +(Copie extraite des minutes de Jean Robini, notaire à Avignon.) + + +No XIX + +_Lettre de Louis XI au bâtard de Comminges._ + + A notre amé et féal cousin le maistre des ports (..........) + Bastard de Comminges. + + Notre aimé et feal, nous avons sceu, par noz chiers et biens aimes + aliez, les Consuls et habitans de la cité d'Avignon que ung nommé + Bernard de Guerlandz avecques XV hommes de guerre tant à pied que + à cheval soy disant estre en notre service et sous umbre de nous + comme se à iceluy en eussions donné congié ou exprès mandement, + que desavouons expressement par ces présentes, de fait, par force + et violence cest mis avecques les dits gens dedans le Conté de + Venycy, prins places, tuez gens, violez femmes et filles pucelles, + bruler maisons, desrober marchans et faitz autres infinitz maulx, + dont sommes fort mal contens de luy et de ses dits complices. Et + pour ce que n'entendons aucunement la dite cité ne les habitans + d'icelle et dud. Conté, comme noz confédérés, aliez et devotz de + notre couronne, soient vexés ne opprimés en quelque maniere que ce + soit, meismement comme de terre de Saincte mère Esglise a cuy + nostre desir ne sache que servir, obéyr et complaire, et que aussi + en justice tous excès, violences, forces et autres maulx et + roberies ne se doibvent souffrir, vous mandons que veues ces + présentes sur tant que désirés nous complaire, que incontinent et + sans délay faictes vuyder le dit Bernard avecques ses dits + complices hors la dicte conté. A quoy vous donnons plain povoir et + mandement espécial par ces présentes, en réintégrant ou faisant + réintégrer ung chacung à votre povoir, selon debvoir et justice et + ce par toutes voyes deues et raisonnables, et se ilz ne vous + obéyssent incontinent se y procédez par main armée jusques ad ce + que la dicte Conté du tout en soit à pleine delivrance, et + tellement qu'ilz n'ayent plus cause den revenir plaintifs à nous. + Mandons et commandons a tous noz justiciers et officiers que en ce + faisant vous obéyssent et entendent. Et faictes, cessantz toutes + exqusations, quil n'y ait point de faulte, et que plus n'en oyons + parler.--Donné au Plesseys du parc les Tours, le 7e jour de + février. + + LOYS. + + Courtin. + + (Arch. municip., Origin., série A.A.) + + + No XX + + _Lettre de Baptyste de Béségat aux Consuls d'Avignon._ + + 9 février 1479. + + A Messieurs les Consuls d'Avignon. + + Messieurs les Conseuls, de tout mon cuer à vous me recommande. Par + Guillaume présent porteur ay receu voz lettres, lequel ariva jeudi + au soir icy et pourceque le Roy estoit parti des Forges pour venir + au Plesseis du parc, la où il arriva vendredi au soir bien tart, + ne fut possible présenter vos lettres jusques à samedi à sa messe. + Et receu quil eut vos lettres m'apella et me demanda quelx gens + sont ce qui sont entres en la Conté de Venise. Je luy respondi: + Sire ce sont les Angloys qui ont passé par votre royaume qui + disoient aller au service des Florentins.--Lors me respondit que + c'estoient des trez (traits) de son compère Lyonnet de Medicy et + qu'il avoit fait faire tout cecy sans son sceu, dont il monstra + n'estre pas contant et me dist quil vouldroit garder ceulx + d'Avignon et du conté de Venisse comme ses propres subgets et + mieulx, se mieulx povoit. Et en effect dist quil vouloit que tous + ses officiers tant du Royaume que de Dalphiné vous donnassent tout + l'ayde et faveur que leur vouldriez demander pour leur faire + réparer les domaiges faitz, et faire vuyder hors de la terre de + l'Eglise, car il n'entendit oncques quils y entrassent ne feissent + nul dommaige et qu'il ne les vouloit soustenir en façon quelconque + et sur ce me dist quil avoit commandé à Monsieur Dubochaige et à + Monsieur le conte de Castres que toutes telles lettres que vous + seroient nécessaires vous fussent faictes et commanda au + secrétaire ainsi le faire. Et sur ce a esté poursuivy et fait la + response telle que vous verrez et comme il escrit au Séneschal de + Beaucaire et maistre des ports, lequel il fait commissaire pour + faire saillir le cappitaine hors de la terre de l'Eglise et en + faire telle raison comme en cas appartiendra, comme verrez par les + lettres qu'il luy escript. + + L'expedition na pas esté si briesve comme je eusse bien voulu et + n'a pas tenu à solliciter, comme vous pourra dire le dit porteur, + qui a veu tout le demene et part ce matin IXe jour. Et si chose + voulez que pour vous faire puisse, mandez le moy pour l'acomplir à + layde Nostre Seigneur, qui vous donne ce que desirez. + + Escript à Tours le dit IXe jour de février. + + Le tout plus que votre + + _Signé_: Batyte de BESEGAT? + + + Antoine Vela baille IIII écus à + Guillaume et ung autre écu au + secrétaire pour vos lettres. + + Je vous envoye les lettres du + Roy sans cire affin que les lisiez + car il n'a point de coustume de + y mettre cire. + + (Arch. municip., Original, série A.A.) + + + No XXI + + _Lettre de Louis XI aux consuls et habitans d'Avignon._ + + 7 septembre 1481? + + A noz chers et bons amys les consolz, mannans et habitans de la + cité d'Avignon. + +Tres chers et bons amis, nous avons sceu les grans excez faiz en la +personne de Tinteville par la cruelle et mauvaise torture que on luy a +donnée à diverses foiz par delà. Sans avoir regart quil feust notre +vassal et subgect et qui pis est vostre légat a fait pendre et noyer +plusieurs ses gens et autres gitter de la Roche au Rosne tres +deshonnestement sans avoir considéracion quilz feussent de notre +royaulme, dont sommes tres mal contens, délibérez de ne laisser pas la +chose ainsi. Et pour ce que ledit Tinteville est notre serviteur +désirons l'avoir. Et à ceste cause vous prions nous le envoyer. Et +quil ny ait point de faulte. Car si faulte y a, nous nous en prandrons +à vous par faczon que ny prendrez point de plaisir. Tres chers et bons +amis Notre Seigneur vous ait en sa sainte garde. + +Donné au Plessis du parc le VIIe jour de septembre. + + LOYS. + + Gilberti. + +(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, série A.A.) + + +No XXII + +_Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon._ + + 19 septembre 1481. + + A noz chers et bons amys les consols gens de conseil manans et + habitans d'Avignon. + +Tres chers et bons amys, nous avons receu vos lettres par lesquelles +vous excusez du fait de Tinteville, lequel, comme par autres vous +avons escript, veu quil est notre subgect et serviteur, voulons avoir, +vous advisant que si faulte y a nous en prendrons à vous de ceulx que +votre légat a fait pendre et noyer sans avoir regart qu'ils fussent de +notre reaulme. Nous savons bien ou nous en devons prendre. + +Donné au Plessys du parc lez Tours le XIXe de septembre. + + LOYS. + + Gilberti. + +(Arch. municip. de la ville d'Avignon, Origin., série A.A.) + + + + +TABLE DES MATIÈRES + + PAGES. + + PRÉFACE i à x + + CHAPITRE PREMIER.--_Coup d'oeil rétrospectif sur les + relations de la Cour de France avec Avignon et le Comté + Venaissin pendant la première moitié du XVe siècle.--Charles + VI. Benoît XIII. Le schisme._--Caractère général des + relations de la Cour de France avec le Venaissin et l'État + d'Avignon pendant le règne de Charles VI et de Charles VII. + Comment les rois de France entendaient la juridiction + temporelle des papes sur ces États. Voyages princiers à + Avignon. Fondation du royal monastère des Célestins (1395); + privilèges accordés. Inviolabilité.--Premières assises de + l'autorité royale à Avignon.--Le schisme et Benoît XIII. + Situation des Avignonnais vis-à-vis du pape et des + cardinaux. Louis d'Orléans et les oncles du roi à Avignon. + Attitude et intervention de Charles VI: premier siège du + Palais (1398). GEOFFROY LE MEINGRE, dit BOUCICAUT. Son rôle + dans les événements militaires dont Avignon est le théâtre + (1398-1399).--Charles VI prend Benoît XIII sous sa + protection. Sa lettre aux consuls d'Avignon (22 avril 1401). + Il se fait le défenseur des cardinaux et des terres de + l'Église. Sa lettre au sire de Grignan (juin 1401). + Captivité et évasion de Benoît XIII (1400, mars 1403). + Traité de paix entre les cardinaux et le pape. Hommage des + Avignonnais à Benoît XIII (10 avril 1403). Retrait de la + soustraction d'obédience (30 juillet 1403).--Suite des + événements provoqués par les agissements de Benoît + XIII.--L'anti-pape et le maréchal de Boucicaut.--Inféodation + des villes du Comtat et prise de possession (mars 1408).--Le + second siège du Palais.--Rodrigues de Luna et les Catalans + (1410-1411).--Intervention de l'Université de + Paris.--Charles VI envoie des secours aux + Avignonnais.--Capitulation de la garnison catalane (27 + novembre 1411). 1 à 41 + + CHAPITRE II.--_Charles VII._--_Les Boucicaut._--_Le Cardinal + de Foix._--Le dauphin Charles en 1419-1420.--Devenu roi il + ne cesse d'assurer de sa protection les États citramontains + du Saint-Siège.--Nouveaux agissements de Geoffroy le Meingre + (1426-1428).--La succession du maréchal.--Les routiers dans + le Venaissin et dans la vallée du Rhône.--Démêlés entre les + sujets du pape et Boucicaut.--Attitude de Charles VII + (janvier 1426).--Il protège les Avignonnais, tout en + appuyant les revendications de Champerons, seigneur de la + Porte (1428).--Situation des États de l'Église au moment de + l'ouverture du concile de Bâle.--Charles VII appuie + ouvertement Alphonse Carillo, cardinal de Saint-Eustache, + qui est le candidat du concile. Sa lettre aux Avignonnais + (1431).--Conflit entre le pape Eugène IV et les Avignonnais + à propos de la nomination de Marc Condulmaro.--Neutralité de + Charles VII (1432).--Le cardinal Pierre de Foix, légat du + Saint-Siège (avril 1432).--Triomphe de la politique + française.--Efforts de Charles VII pour amener la cessation + du schisme et la convocation d'un concile à Avignon pour + l'union des Grecs (1437) 42 à 71 + + CHAPITRE III.--_Le Dauphin Louis et le projet de traité + secret avec le Saint-Siège (novembre 1444)._--Le dauphin + Louis.--Première tentative pour s'emparer d'Avignon et du + comté Venaissin.--Négociations entre le Dauphin et le pape + Eugène IV.--Rôle du cardinal de Foix.--Protestation des + États.--Le projet échoue (novembre-décembre 1444) 72 à 83 + + CHAPITRE IV.--_Le dauphin Louis et ses agissements vis-à-vis + des États citramontains de l'Église + (1444-1461)._--L'héritage des Boucicaut.--Invasion à main + armée du Venaissin par les agents du Dauphin.--L'expédition + de Troyhons (1450).--Intervention de Charles VII.--Ambassade + de Jehan de Lizac à Avignon (mars 1451).--Mission du + cardinal d'Estouteville (1452).--Les dernières intrigues du + Dauphin 84 à 118 + + CHAPITRE V.--_Louis XI et la succession du Cardinal de Foix + à la légation d'Avignon (1464-1470)._--Caractère des + relations des Comtadins et des Avignonnais à l'avènement de + Louis XI.--L'ambassade de Malespine et de Pazzis à Tours + (1461).--La succession du cardinal de Foix.--Rôle du + maréchal Jean d'Armagnac.--Opposition de Louis XI à la + nomination du cardinal d'Avignon, Alain de Coëtivy, comme + légat.--Conflit entre Louis XI et Paul II pour la + désignation d'un légat.--Ambassade de d'Orligues à Rome + (janvier 1465).--Échec de la politique de Louis XI auprès du + Saint-Siège 119 à 142 + + CHAPITRE VI.--_Louis XI et le conflit avec Jules de la + Rovère.--L'entrevue de Lyon (juin 1476) et ses + conséquences._--Vacance de la légation + (1464-1470).--Agissements de Louis XI pour faire nommer à la + légation d'Avignon l'archevêque de Lyon, Charles de + Bourbon.--Satisfaction accordée au roi de + France.--Conditions dans lesquelles Charles de Bourbon est + pourvu de la légation (1470).--Engagements du roi et du + légat vis-à-vis du Saint-Siège.--Révocation des pouvoirs du + cardinal de Bourbon (13 mars 1476).--La légation est donnée + à Jules de la Rovère, neveu de Sixte IV.--Mécontentement de + Louis XI.--Origines du conflit.--Occupation du palais + apostolique.--Les représentants du légat + assiégés.--Intervention militaire de Louis XI (avril-mai + 1476).--Entrevue de Lyon (juin 1476).--Les Avignonnais + prêtent serment de fidélité au roi de France (26 juin + 1476).--Succès de la politique royale.--Conséquences de + l'entrevue de Lyon pour les sujets du Saint-Siège et pour le + cardinal de Saint Pierre ad Vincula.--Son retour à Rome + (octobre 1476) 143 à 190 + + CHAPITRE VII.--_Les dernières années de Louis XI + (1476-1483).--Caractère général de la politique à l'égard + d'Avignon.--Bernard de Guerlands et Jehan de + Tinteville.--Faveurs royales._--Les dernières années de + Louis XI.--Les tentatives des Routiers et des Florentins sur + Avignon et le Comté.--Le sacrilège Bernard de Guerlands + (1478-1479).--Les consuls s'adressent à Monseigneur du + Bouchage.--Intervention de Louis XI qui protège les sujets + du Saint-Siège (février-mars 1479).--Nouvelle attaque de + Jehan de Tinteville ou Dinteville (1480-1481).--Petitjean + maître d'hôtel du roi à Avignon (1481).--Politique équivoque + de Louis XI.--Il désavoue Tinteville (janvier 1483).--Mort + de Louis XI.--Sentiments des Avignonnais.--Funérailles du + roi célébrées à Avignon (24 septembre 1483).--Privilèges + divers accordés par Louis XI aux Avignonnais.--Il protège le + commerce et la navigation.--Lettres des 24 mai 1482 et avril + 1480.--Il confirme les privilèges du péage à sel (26 janvier + 1478).--27 janvier 1481 191 à 210 + + RÉSUMÉ ET CONCLUSION 211 à 223 + + + + +TABLE DES PIÈCES JUSTIFICATIVES + + + PAGES. + + I. Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure, + évêque de Conserans et gouverneur d'Avignon + (février 1444) 224 + + II. Id., du même au même 225 + + III. Bref d'Eugène IV aux Sindics d'Avignon (20 novembre + 1444) 227 + + IV. Bref d'Eugène IV aux Trois États de la Conté de + Venayssin (décembre 1444) 228 + + V. Charles VII aux Sindics d'Avignon (26 janvier 1448?) 229 + + VI. Lettre du dauphin Louis aux États de Carpentras + (15 mai 1451) 229 + + VII. Charles VII aux Sindics d'Avignon (5 mars 1452) 230 + + VIII. Charles VII aux Sindics d'Avignon (12 mars?) 230 + + IX. Charles VII aux Sindics d'Avignon (22 mars?) 231 + + X. Charles VII aux Sindics d'Avignon (19 mars 1452?) 232 + + XI. Charles VII aux Sindics d'Avignon (15 mai 1452?) 232 + + XII. Charles VII à la ville d'Avignon (22 juillet 1453) 233 + + XII _bis._ Prestation d'hommage de Romieu de Morimont au + pape Nicolas V (1er juin 1456) 235 + + XIII. Lettre d'Allemand de Pazzi et de François Malespine + aux Consuls d'Avignon (15 septembre 1462) 237 + + XIV. Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix (21 janvier + 1464) 239 + + XV. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (21 juin?) 240 + + XVI. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (26 août + 1464) 241 + + XVII. Lettre de Jean d'Armagnac, maréchal de Comminges, + aux Consuls d'Avignon (22 septembre 1464) 242 + + XVIII. Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la + Rovère (21 juin 1476) 244 + + XIX. Lettre de Louis XI au bâtard de Comminges 246 + + XX. Lettre de Baptiste Béségat aux Consuls d'Avignon + (9 février 1479) 247 + + XXI. Lettre de Louis XI aux Consuls et habitants d'Avignon + (7 septembre 1481?) 249 + + XXII. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (19 septembre + 1481) 250 + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Louis XI, by R. Rey + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LOUIS XI *** + +***** This file should be named 37678-8.txt or 37678-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/7/6/7/37678/ + +Produced by Hélène de Mink and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Rey + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Louis XI + et Les États Pontificaux de France + +Author: R. Rey + +Release Date: October 9, 2011 [EBook #37678] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LOUIS XI *** + + + + +Produced by Hélène de Mink and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + +<div class="box"> +<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. +L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. +Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p></div> + +<p class="p4"><a name="Page_I" id="Page_I"></a></p> + +<h1><span class="sper">LOUIS XI</span><br /> +<small>ET</small><br /> +<small>LES ÉTATS PONTIFICAUX DE FRANCE</small><br /> +<small>AU XV<sup>e</sup> SIÈCLE</small></h1> + +<p class="p4 center"><b>D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS</b></p> + +<p class="center"><small><b>par</b></small></p> + +<p class="center"><big><b>M. R. REY</b></big></p> + +<p class="center"><small><b>Agrégé d'histoire</b></small></p> + +<p class="center"><small><b>Inspecteur d'Académie à Grenoble</b></small></p> + +<hr class="c5" /> +<p class="p4 center"><big><b>GRENOBLE</b></big><br /> +<b>IMPRIMERIE ALLIER FRÈRES</b><br /> +<small><b>26, COURS SAINT-ANDRÉ, 26</b></small></p> + +<p class="p2 center"><b>1899</b></p> + +<p><a name="Page_II" id="Page_II"></a></p> + +<p class="p6"><span class="pagenum"><a name="Page_III" id="Page_III">III</a></span></p> + +<h2><span class="sper">LOUIS XI</span><br /> +ET LES ÉTATS PONTIFICAUX DE FRANCE<br /> +<small>AU XV<sup>e</sup> SIÈCLE</small><br /> +<small>D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS</small></h2> + +<h3 class="p4">PRÉFACE</h3> + +<hr class="c5" /> + +<p class="p2">Il est peu de villes de l'ancien domaine royal, peu +de provinces françaises qui, au point de vue de +l'histoire nationale, présentent autant d'intérêt +que la cité d'Avignon et «La Conté de Venaissin», anciens +fiefs temporels du Saint-Siège, mais vivant d'une +vie propre, jouissant de toutes les libertés que donne +l'autonomie communale la plus large, jusqu'à leur incorporation +définitive à la République française (14 septembre +1791). Il faut ajouter, à vrai dire, qu'il n'est pas +d'histoire plus mal connue.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_IV" id="Page_IV">IV</a></span> +Placés sur les confins du Languedoc ci de la Provence +dont le Rhône et la Durance constituaient les limites fréquemment +contestées, les États pontificaux de France +commandaient la grande route du Nord, vers la Méditerranée, +par la vallée du Rhône; sous les remparts d'Avignon +transitaient toutes les marchandises importées du +Levant, d'Alexandrie, des Indes, et se dirigeant vers les +pays du Nord de la France. Tous les souverains, princes +du sang, grands personnages, capitaines illustres prenaient +gîte dans l'ancienne résidence des papes, et, suivant +l'expression de M<sup>lle</sup> de Montpensier, les rois de +France se considéraient à Avignon comme chez eux, et, +pendant leur séjour dans la ville, ils en faisaient garder +les portes par leurs propres gardes.</p> + +<p>Anciens territoires démembrés de la Provence et du +Languedoc pour devenir terre papale, «La Conté de Venaissin» +et Avignon avaient, avec les provinces limitrophes, +une origine, une langue, des mœurs et des intérêts +communs. Trop pauvres et resserrés dans des limites +trop exiguës, ils ne pouvaient pas se suffire avec les ressources +de leur sol qui, bien que riche et très fertile, +n'aurait pas pu alimenter le quart de la population. C'est +donc par leurs voisins, Provençaux, Languedociens, Bourguignons, +Dauphinois, que les sujets des papes vivaient. +De la Bourgogne et du Dauphiné, les blés leur arrivaient +par le Rhône; du Languedoc, les animaux, le bétail, les +fruits et le vin; de Provence, la laine pour la fabrication +des draps. En retour, c'est chez leurs voisins que les +produits de l'industrie avignonnaise, velours, damas, tentures +brodées, brocarts, passementerie, toiles, draps, +librairie, trouvaient un placement avantageux.</p> + +<p>Cette communauté des intérêts amenait forcément, +<span class="pagenum"><a name="Page_V" id="Page_V">V</a></span> +d'État à État, des rapports incessants, et voilà pourquoi, +en écrivant l'histoire des anciens États pontificaux de +France dans la seconde moitié du <span class="smcap">xv</span><sup>e</sup> siècle, c'est l'histoire +de la France elle-même que l'on écrit. C'est un de +ses chapitres les plus curieux et les moins explorés que +l'on reconstitue grâce à une abondante correspondance +à peu près inédite tirée des archives déposées au Palais +des Papes.</p> + +<p>Durant cette période de l'histoire de notre pays, les +Avignonnais et les Comtadins se trouvent, par la force +des événements, par le jeu même de leurs intérêts et +aussi par la position topographique de leur territoire, +mêlés à tous les grands faits de notre passé. Les guerres +civiles et religieuses provoquées par le schisme avaient +eu pour principal théâtre Avignon et quelques localités +du Venaissin, et peu à peu s'était établi un échange fréquent +de lettres et d'ambassades entre les sujets de l'Église +et les rois de France.</p> + +<p>La succession du maréchal de Boucicaut, les ravages +et les excès de toutes sortes commis par son frère Geoffroy +de Meingre sur les terres papales mettent en rapports +constants le jeune roi Charles VII avec les Comtadins +et les Avignonnais qu'il prend sous sa protection +(1421-1429).</p> + +<p>Avec le dauphin Louis commencent des intrigues politiques +qui semblent préparer tout d'abord une tentative +discrète d'incorporation des États de l'Église à son gouvernement +du Dauphiné (1444). Puis ce sont d'incessants +agissements de Louis qu'aucun de nos historiens n'a +soupçonnés et dont la main mise sur le Venaissin et Avignon +paraissait être le but non avoué. Toutes ces négociations +entre le dauphin de Viennois et les États du +<span class="pagenum"><a name="Page_VI" id="Page_VI">VI</a></span> +pape jettent un nouveau jour sur les rapports de Charles +VII et de son fils, et sur l'origine de leur brouille +(1452).</p> + +<p>La politique suivie par Louis XI en 1461, 1464, 1470, +1476, 1479, vis-à-vis des États de l'Église, constitue l'une +des phases les plus mouvementées de l'histoire des relations +de la royauté française avec le Saint-Siège, et +permet de mieux apprécier encore la finesse politique en +même temps que le ton autoritaire et la volonté impérieuse +d'un monarque qui avait pour principe de ne ménager +personne quand il s'agissait de la raison d'État.</p> + +<p>Il y a une politique de Louis XI bien déterminée et +uniformément suivie par lui à l'égard des terres de l'Église +et des populations qui y habitent. Cette politique se dessine +d'une façon très nette dans la correspondance du +souverain avec la ville, dans les instructions données aux +ambassadeurs royaux, «escuiers d'escuerie», «sergents +d'armes», maîtres d'hôtel, maréchaux, officiers de la +maison du roi, dont les registres de délibérations du +conseil de ville nous ont précieusement conservé la +teneur. Quel est le caractère de cette politique? Quelle +est la nature de ces relations du souverain avec des populations +qui ont les mêmes sentiments et les mêmes +aspirations que les véritables Regnicoles, mais sur lesquelles +l'Église exerce un droit de souveraineté temporelle +que les rois de France reconnaissaient sans se faire +illusion sur sa légitimité? Quelle a été l'action de la royauté +sur ce pays sous Louis XI? Ce monarque a-t-il eu, à l'égard +de ces territoires enclavés, une pensée de derrière la tête +que sa correspondance laisse deviner sans trop de peine? +Charles VII, Louis XI, ont-ils été sincères vis-à-vis des +sujets du pape? En un mot, l'attitude de ces deux rois +<span class="pagenum"><a name="Page_VII" id="Page_VII">VII</a></span> +a-t-elle été assez caractérisée pour pouvoir affirmer qu'ils +avaient su asseoir dans le pays les éléments d'une influence +française? Tout le sujet de ce livre est là, et la +période de quarante ans environ (1444-1483) que nous +nous sommes fixée comme cadre d'étude, période féconde +en événements de la plus haute importance historique, +est plus que suffisante pour assigner à la politique de la +Cour de France son vrai caractère et pour en marquer +les principaux traits dans les limites où s'exerce son +action.</p> + +<p>On pourrait se demander, et avec raison, pourquoi +cette partie de notre histoire a été jusqu'à ce jour délaissée +à ce point que les archives municipales d'Avignon et du +Comtat constituent à l'heure qu'il est un champ de +recherches où l'on rencontre à chaque pas l'inédit. En +un mot, on est en droit de se dire: comment un pays, qui +a joué au moyen âge et dans les temps modernes un rôle +si considérable, n'a-t-il pas d'histoire? La raison en est +bien simple. Jusqu'au moment où le Saint-Siège renonça +à ses droits sur Avignon, c'est-à-dire jusqu'à la réunion +finale votée par la Constituante, quelques jours avant sa +séparation, le légat, représentant le Saint-Siège à +Avignon, opposa toujours un refus formel à ceux qui +voulaient opérer des recherches dans les archives locales. +En voici une preuve indéniable en même temps qu'une +explication fort peu connue tirée des minutes du conseil +de ville. Le 14 octobre 1762, le conseil de ville assemblé +avait décidé de remercier M. Ménard, le savant auteur +de l'histoire de Nîmes, alors membre de l'Académie +royale des Inscriptions, qui avait bien voulu accepter de +composer, pour le compte de la ville, une histoire +d'Avignon et du Comtat-Venaissin sur les documents +<span class="pagenum"><a name="Page_VIII" id="Page_VIII">VIII</a></span> +originaux. Muni d'un congé régulier de deux ans et demi +accordé par Sa Majesté, M. Ménard quitta Paris le +25 septembre 1763 et arriva à Avignon le 4 octobre, où +il demanda à être présenté au conseil de ville. Mais le +légat déclara qu'il fallait au préalable prendre l'avis de +la Cour de Rome. Son Éminence, le cardinal Torrigiani, +ministre, secrétaire d'État, répondit, le 7 décembre 1763: +«que l'histoire d'Avignon était un sujet trop délicat pour +le laisser traiter par un étranger et pour lui donner à +son gré l'entrée et la communication des archives de la +ville, et que Sa Sainteté n'approuvait pas la charge +que la ville avait donnée à M. Ménard pour cette +entreprise». Les consuls prièrent alors M<sup>gr</sup> Rutati, +leur agent à Rome, d'insister auprès du pape pour +obtenir satisfaction; mais la curie romaine demeura +inflexible, et l'affaire en resta là. Quant à Ménard, il +quitta définitivement Avignon, avec une indemnité de +600 livres que le conseil lui avait accordée pour ses frais +de voyage et d'installation.</p> + +<p>Cette interdiction explique pourquoi il n'y a pas +d'histoire de ce pays, même de valeur moyenne. Les +érudits locaux se sont jetés dans les <i>Mémoires</i>, <i>Recueils +de pièces</i>, <i>Annales</i>, où règne un esprit étroit, une partialité +mesquine qui n'ont d'égale que la pénurie des documents. +Le carme Castrucci Fantoni, dont «<i>l'Histoire d'Avignon</i>» +est la seule digne de ce nom ne connut pas les archives +locales ou ne voulut pas en tirer profit. On peut en dire +autant de «<i>Cambis Velleron</i>», de «<i>Morenas</i>» du «<i>Marquis +de Fargues</i>» et autres auteurs de mémoires. Fornéry seul +avait réuni des éléments précieux et d'une authenticité +incontestable qui sont restés manuscrits, et dont Pithon-Curt, +en plagiaire honteux, a fait une abondante moisson.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_IX" id="Page_IX">IX</a></span> +De nos jours, malgré la facilité accordée aux recherches, +la plupart des documents locaux sont restés ignorés. Je +ne parle pas seulement des derniers travaux de M. Charpenne, +lourde et indigeste compilation, sans ordre, sans +méthode et sans critique, où ont été rassemblés de droite +et de gauche des extraits pris dans les mémoires +manuscrits du Musée Calvet; je constate que même les +auteurs de publications savantes, comme les «Lettres de +Louis XI» <a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, ont négligé d'extraire de nos archives des +lettres et actes publics qui concernent l'histoire du pays, +et qui avaient leur place toute marquée dans un travail +destiné à éclairer les sources de notre histoire nationale. +On s'explique ce dédain de la part des collectionneurs +pour la période antérieure à 1789, mais non pour notre +époque actuelle. En effet, la réunion tardive d'Avignon et +du Comtat-Venaissin au territoire français, leur vie à +part et hors de l'action directe du pouvoir royal, alors que +l'union politique et territoriale du royaume était un fait +accompli depuis Louis XI, nous expliquent l'absence de +documents relatifs aux États citramontains du Saint-Siège +dans les grandes collections de la Bibliothèque nationale, +les collections <i>Doat</i>, <i>Moreau</i>, <i>Fontanieu</i>, la collection +<i>Legrand</i>, qui ont été constituées au <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> ou au +<span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, c'est-à-dire à une date où les États pontificaux +d'en deçà des monts n'étaient pas encore terre +française. C'est pour la même raison que les rares lettres +que nous avons trouvées à la Bibliothèque nationale, +provenant des consuls d'Avignon, sont dispersées et +perdues dans l'ancien fonds français.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_X" id="Page_X">X</a></span></p> + +<p>Les documents que nous avons utilisés pour notre +travail sont de deux sortes: 1<sup>o</sup> Les <i>Originaux</i>, lettres, +bulles, brefs pontificaux, correspondance, etc., classés +par séries dans les archives communales et départementales. +Les originaux provenant de la <i>Bibliothèque +nationale</i>, des <i>Archives nationales</i> et du Ministère des +Affaires étrangères (<i>Affaires de Rome</i>); 2<sup>o</sup> les manuscrits, +histoires, annales, recueils de pièces, bullaires et chartiers, +copies de pièces, etc., que renferment les bibliothèques +d'Avignon et de Carpentras.</p> + +<p><i>A la Bibliothèque nationale</i>, nous avons recueilli +quelques pièces dans l'ancien <i>fonds français</i>, n<sup>os</sup> 2896, +3882, 291, 308 (nouvelle acquisition), 304 (<i>id.</i>). Les +collections Legrand, 6960-6990, et Suarez, <i>Avenio politica</i>, +ne renferment rien de spécial à notre travail.</p> + +<p><i>Aux Archives nationales.</i>—Cartons des Rois, X<sup>ta</sup> 8605, +folio 95, registre du Parlement (une pièce).</p> + +<p><i>Archives du Ministère des Affaires étrangères.</i>—Affaires +de Rome, VIII, n<sup>o</sup> 154 et volume 358. Correspondance de +Rome, 1664, n<sup>o</sup> 157.</p> + +<p>Quant aux archives du Vatican, elles ne possèdent rien +ou à peu près rien en ce qui concerne l'histoire diplomatique +du <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle, la chancellerie pontificale prenant pour +règle de ne conserver que les pièces ayant un intérêt +direct et immédiat pour le Saint-Siège. La correspondance +si intéressante des légats et vice-légats avignonnais +n'offre une collection régulière qu'à partir de 1572 <a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>. Seule +<span class="pagenum"><a name="Page_XI" id="Page_XI">XI</a></span> +la collection des <i>Cameralia</i> peut être utilement consultée. +Nous devons ajouter toutefois que cette lacune peut être +comblée grâce à la correspondance consulaire (<i>série A. A.</i>) +des archives communales, qui renferme les minutes des +instructions données par la ville à ses ambassadeurs. +Rédigées en latin ou en italien, ces instructions, dont +nous aurons occasion de reproduire plusieurs extraits +comme pièces justificatives, ne sont pas moins remarquables +par la netteté et la précision de la pensée que +par l'élégance de la forme diplomatique.</p> + +<p>Mais c'est sans contredit aux archives communales et +départementales que nous devons notre plus ample +moisson. Nous avons consulté dans les archives municipales +les séries A. A. (correspondance consulaire, minutes +et dossiers des ambassades), série B. B., série C. C. +(comptes, mandats et pièces de dépenses), série D. D., +série E. E. (affaires militaires, passages de troupes, etc.), +série H. H., série I. I., registres des conseils (1450-1504), +registres des procès du Rhône, 6 volumes in-folio. Les +archives départementales ne nous ont pas été d'un +secours moins précieux, bien que l'incendie de 1713 ait +détruit la plus grande partie des pièces originales +relatives à l'histoire du Comtat-Venaissin. Nous avons +surtout consulté la série des délibérations des États; les +<span class="pagenum"><a name="Page_XII" id="Page_XII">XII</a></span> +séries <i>B. B.</i>, <i>C. C.</i>; les cartulaires de l'<i>Archevêché +d'Avignon</i>, 3 volumes in-folio; les archives communales +de <i>Carpentras</i>, de <i>Pernes</i>, <i>Cavaillon</i> (<i>séries A. A., B. B. +et E. E.</i>). Enfin, nous avons recueilli beaucoup de curieux +renseignements et de pièces inédites dans les minutes de +notaires.</p> + +<p>Aux archives des provinces voisines, Languedoc, +Provence, Dauphiné, nous avons trouvé quelques documents <a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> +dans les séries C. C. et surtout série B. (<i>Chambres +des Comptes</i>).</p> + +<p>Nous n'avons point, en donnant ce livre au public lettré, +la prétention de refaire l'œuvre de nos prédécesseurs, en +critiquant ce qu'il y a d'incomplet et d'insuffisant dans +leurs travaux sur la politique générale de Louis XI. Nous +avons simplement voulu, surtout après le livre de M. Sée <a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, +combler une lacune et montrer que si le règne de celui +que ses contemporains appelaient l'«universelle araignée» +a été étudié et fouillé dans ses recoins les plus secrets, il +n'en reste pas moins fécond en surprises pour tous ceux +que passionne l'étude de notre histoire nationale.</p> + +<p class="left5">Grenoble, février 1899.</p> + +<p class="right"><span class="smcap">R. Rey.</span></p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">1</a></span></p> + +<h2>CHAPITRE PREMIER</h2> + +<p class="center">Coup d'œil rétrospectif sur les relations<br /> +de la Cour de France avec Avignon<br /> +et le Comté Venaissin<br /> +pendant la première moitié du XV<sup>e</sup> siècle.</p> + +<p class="center">Charles VI.—Benoît XIII.—Le Schisme.</p> + +<p class="hanging content">Caractère général des relations de la Cour de France avec le +Venaissin et l'État d'Avignon pendant le règne de Charles VI et +de Charles VII. Comment les rois de France entendaient la juridiction +temporelle des papes sur ces États. Voyages princiers à +Avignon. Fondation du royal monastère des Célestins (1395); +privilèges accordés. Inviolabilité.—Premières assises de l'autorité +royale à Avignon.</p> + +<p class="hanging content">Le schisme et Benoît XIII. Situation des Avignonnais vis-à-vis du +pape et des cardinaux. Louis d'Orléans et les oncles du roi à +Avignon. Attitude et intervention de Charles VI: premier siège +du Palais (1398). <span class="smcap">Geoffroy le Meingre</span>, dit <span class="smcap">Boucicaut</span>. Son rôle +dans les événements militaires dont Avignon est le théâtre (1398-1399).</p> + +<p class="hanging content">Charles VI prend Benoît XIII sous sa protection. Sa lettre aux +consuls d'Avignon (22 avril 1401). Il se fait le défenseur des +cardinaux et des terres de l'Église. Sa lettre au sire de Grignan +(juin 1401). Captivité et évasion de Benoît XIII (1400, mars 1403). +Traité de paix entre les cardinaux et le pape. Hommage des +Avignonnais à Benoît XIII (10 avril 1403). Retrait de la soustraction +d'obédience (30 juillet 1403).</p> + +<p class="hanging content">Suite des événements provoqués par les agissements de Benoît XIII.—L'anti-pape +et le maréchal de Boucicaut.—Inféodation des +villes du Comtat et prise de possession (mars 1408).—Le second +<span class="pagenum"><a name="Page_2" id="Page_2">2</a></span> +siège du Palais.—Rodrigues de Luna et les Catalans (1410-1411).—Intervention +de l'Université de Paris.—Charles VI +envoie des secours aux Avignonnais.—Capitulation de la garnison +catalane (27 novembre 1411).</p> + +<p class="p2">La question de savoir si la juridiction temporelle des +papes sur «la Conté de Venaissin» et l'État d'Avignon +était reconnue par les rois de France a provoqué, aux +<span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> et <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> siècles, des discussions passionnées. Nous +nous garderions bien de reproduire ici les arguments que +chaque parti invoquait à l'appui de sa thèse; mais, nous +devons l'avouer en toute franchise, chez les uns comme +chez les autres, la passion politique a eu une part trop +large au détriment de la vérité historique <a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<p>Tous les rois de France du <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle ont, sans exception, +dans leurs actes publics comme dans leurs missives +et lettres closes, reconnu, sans aucune réserve, le droit +de suzeraineté temporelle du Saint-Siège sur Avignon et +le Venaissin. Dans aucun cas, la légitimité de possession +n'est mise en cause. En informant Yolande d'Aragon, +reine de Sicile et de Provence, qu'il envoie des secours +contre les schismatiques «qui occupent le palais d'Avignon +et le chastel d'Oppède et autres lieux appartenant +à notre dit Saint Père <a name="FNanchor_6" id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>», Charles VI affirme ce droit +comme il l'avait affirmé précédemment dans sa lettre au +sire de Grignan, en 1401 <a name="FNanchor_7" id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. Sous Charles VII, la reconnaissance +<span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">3</a></span> +des droits des souverains pontifes est encore +mieux affirmée: «<i>Et pour ce que aucuns estans ès marches +de par delà ont vouloir et intention de surprandre sur le +patrimoine de l'Église appartenant au Saint Père le +Pappe et de porter dommaige et oppression à la cité d'Avignon +et autres du dit patrimoine</i> <a name="FNanchor_8" id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.» C'est en ces termes +que Charles VII garantit sa protection aux vassaux de l'Église; +et l'acte même par lequel ce souverain prend sous sa +sauvegarde les États citramontains du Saint-Siège, avec +leurs habitants, ne peut laisser aucun doute sur la sincérité +de ses intentions et sur les dispositions bienveillantes dont +il ne cesse de donner des preuves à ses protégés <a name="FNanchor_9" id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>. Est-ce +<span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">4</a></span> +à dire que, tout en acceptant la domination temporelle +des pontifes de Rome sur cette portion de terre enclavée +dans leur royaume, les rois de France en considérèrent +les habitants comme des étrangers pour lesquels on n'a +pas de ménagements à avoir? Tout autre, au contraire, +est le caractère de la politique de nos rois vis-à-vis des +sujets de l'Église. Charles VII ne remporte pas un succès +militaire sans en faire aussitôt part aux Avignonnais; ainsi, +quand il leur annonce, <i>le 22 juillet 1453</i>, la capitulation +<span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">5</a></span> +de Castillon de Guyenne: «<i>Pour ce que savons que prenez +grand plaisir à oïr en bien de la prospérité de nous et +de nostre seigneurie</i> <a name="FNanchor_10" id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>.» Louis XI déclare dans toutes +ses lettres patentes que le Venaissin et la cité d'Avignon +«<i>sont terres d'Église et du domaine de nostre Saint Père +le Pape</i> <a name="FNanchor_11" id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>», et qu'il est disposé «<i>à faire pour les sujets +du Saint-Siège plus que pour ses sujets propres, si mieulx +faire se povoit</i> <a name="FNanchor_12" id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>». C'est donc comme fils aînés de l'Église, +comme rois très chrétiens et défenseurs des droits +de l'Église et de la Papauté que les rois de France interviennent +dans les affaires intérieures du Comtat et d'Avignon. +C'est à ce titre qu'ils s'érigent en tuteurs des Comtadins +et des Avignonnais, en apparence, bien qu'au fond, +sans formuler de revendications écrites, ils se considèrent +toujours comme ayant des droits sur cette partie du domaine +de l'Église, que, pour la première fois, Henri II +regardera «<i>comme ayant été éclipsée de son royaume</i> <a name="FNanchor_13" id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>». +Mais aucun souverain, pas même Louis XI, quand il +occupa temporairement Avignon et le Comtat, n'a eu l'intention +arrêtée d'annexer ces terres, devenues fiefs temporels +de l'Église, d'une façon définitive et sans retour <a name="FNanchor_14" id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>. +Nos rois auraient vu dans cette incorporation de vive +force une atteinte à cette tradition de franchise et d'honnêteté +politiques dont la Maison de France semble jalouse +<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">6</a></span> +de conserver le monopole. On peut donc dire que le caractère +des relations de la Cour de France avec les sujets +du Saint-Siège se règle sur l'état même des rapports qui +existent entre les rois et la Papauté. Que le Saint-Siège +soit occupé par un pontife favorable aux intérêts français, +les Avignonnais et les Comtadins bénéficient de toutes les +faveurs; que la Cour de France ait, au contraire, à se +plaindre des procédés de la curie romaine, ce sont les +vassaux du pape qui subissent les conséquences de la +brouille. La suite des événements ne fera que confirmer +la vérité historique de ce principe.</p> + +<p>Le règne de Charles V ne nous offre pas de relations +bien suivies entre les États pontificaux de France et la +Cour. Les ducs de Bourgogne et d'Anjou avaient fait, en +1370-71, un premier voyage à Avignon, où ils avaient +reçu du pape une magnifique hospitalité <a name="FNanchor_15" id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>. La confirmation +de la protection royale accordée en 1380 <a name="FNanchor_16" id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> à la Chartreuse +de Villeneuve était un premier jalon de la puissance +royale aux portes d'Avignon. L'établissement de la Maison +de France, dans la personne de Louis d'Anjou, frère +de Charles V, en Provence, en 1385, confirmait encore et +pouvait rendre plus entreprenantes les visées de la Cour +sur les domaines mêmes de l'Église. Le Saint-Siège en +prit ombrage et eut peur un moment que ce redoutable +voisinage ne l'obligeât à évacuer Avignon <a name="FNanchor_17" id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>. Le voyage de +<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">7</a></span> +Charles VI en Languedoc et le séjour qu'il fit dans la +cité papale, à deux reprises différentes, les assurances et +gages de paix qu'il donna, contribuèrent à dissiper les +malentendus, et le souverain reçut à Avignon un accueil +vraiment royal. Dès le 19 octobre, tous les ouvriers de la +ville avaient été occupés à tendre des toiles depuis le +Palais apostolique jusqu'au pont du Rhône et à charrier +des graviers de la Durance <a name="FNanchor_18" id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a> dans toutes les rues que devait +parcourir le cortège royal <a name="FNanchor_19" id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>. Le roi, accompagné de +Louis d'Orléans, son frère, de ses oncles, les ducs de +Berry et de Bourbon, des ministres, des grands officiers +de la Cour, dont le maréchal Boucicaut, fit à Avignon +une entrée triomphale, le 30 octobre 1389, à la nuit tombante, +au milieu des acclamations de la population. C'est +pendant son premier séjour à Avignon que fut couronné +Louis II d'Anjou, son neveu, roi de Sicile et de Jérusalem +et comte de Provence <a name="FNanchor_20" id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>. Parti d'Avignon pour continuer +son voyage en Languedoc, Charles VI y était de retour le +31 janvier «où le pape le festoya <a name="FNanchor_21" id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>», et c'est dans cette +entrevue que, s'il faut en croire un historien <a name="FNanchor_22" id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>, le roi promit +à Clément VII de le placer <i>manu militari</i> sur le trône +de Rome. Quoi qu'il en soit, le roi de France prit vis-à-vis +<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">8</a></span> +du pope et de ses sujets l'engagement formel de les +couvrir de sa protection royale contre les routiers et les +ennemis de l'Église. Ainsi, dès le mois de <i>novembre 1390</i>, +Charles VI ayant appris que Jean d'Armagnac, l'allié des +Florentins, avait réuni des gens d'armes pour marcher en +Lombardie contre Jean Galéas, beau-père du duc d'Orléans, +et que ces bandes commettaient des excès sur le +terroir pontifical, il dépêcha Jehan d'Estouteville à Avignon +«<i>pour le faict des vuides des gens d'armes estans +en la compaignie du comte d'Armigniac</i> <a name="FNanchor_23" id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>».</p> + +<p>La mort de Clément VII et l'élection de Pierre de Luna, +en accentuant encore le caractère déjà violent du schisme +qui divisait l'Église, allait amener une nouvelle intervention +de la Cour de France à Avignon, Clément VII était +mort le 16 septembre 1394; aussitôt Charles VI dépêcha à +Avignon, auprès des cardinaux, un envoyé porteur d'une +lettre du roi, pour les prier de surseoir à toute élection. +La lettre, arrivée le 28, fut remise au cardinal de Florence, +mais le même jour, Pierre de Luna était élu pape +sous le nom de Benoît XIII <a name="FNanchor_24" id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>. Vingt-un cardinaux avaient +pris part à son élection, parmi lesquels le cardinal +<i>de Thury</i> <a name="FNanchor_25" id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, qui fut plus tard un des ses adversaires les plus +acharnés, et que le concile de Pise envoya en 1409, +comme légat, dans les États pontificaux. Cette élection +provoqua à la Cour une douloureuse surprise, car peu +auparavant Charles VI avait fait partir pour Avignon <a name="FNanchor_26" id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a> le +<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">9</a></span> +<i>maréchal de Boucicaut</i>, <i>Regnault de Roze</i> et <i>Bertaut</i>, sous +prétexte d'enjoindre à Raymond de Turenne de cesser ses +hostilités contre les cardinaux et ses ravages sur les terres +de l'Église et de la reine de Sicile, mais aussi pour +inviter ceux-ci à différer toute élection. Les envoyés +apprirent en route l'élection de Benoît XIII. Le nouveau +pape était un homme de grande science et de haute +intelligence. Diplomate consommé, politique fin et rusé, +caractère indomptable, volonté opiniâtre et inflexible, +Pierre de Luna, à l'encontre du jugement plein de +prévention que porte sur lui un historien allemand +contemporain <a name="FNanchor_27" id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>, était bien au-dessus des hommes de son +temps.</p> + +<p>Animé tout d'abord d'intentions conciliatrices, Benoît +XIII envoya à la Cour <i>Egidius de Bellamera</i>, évêque +d'Avignon, et <i>Pierre Blau</i> <a name="FNanchor_28" id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>, pour faire savoir à Charles VI +qu'il était personnellement disposé à favoriser l'extinction +du schisme <a name="FNanchor_29" id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a> priant Sa Majesté de déléguer auprès de +lui une ambassade en vue de s'entendre sur les moyens à +prendre pour mettre fin à un fléau qui désolait l'Église et +la Chrétienté. De son côté, Charles VI chargeait ses +ambassadeurs auprès des rois de Bohême, de Hongrie, +d'Angleterre, de Castille, d'Aragon et de Sicile, de +proposer à ces divers souverains la déposition du pape <a name="FNanchor_30" id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>. +«Pour trouver paix et bonne union en nostre mère +saincte Esglise» <a name="FNanchor_31" id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>, il convoquait à Paris, pour la <i>Purification</i>, +<span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">10</a></span> +une assemblée des membres du clergé en vue +d'examiner les trois voies proposées pour arriver à +l'extinction du schisme, voie de «cession», de «compromis» +ou «d'arbitrage» et voie de «concile général». +Quatre-vingt-sept voix contre vingt-deux adoptèrent la +voie de cession, et l'assemblée décida en outre qu'une +ambassade composée des princes de la famille royale +serait envoyée à Avignon auprès de Benoît XIII, pour +obtenir son adhésion à la voie de cession qui paraissait la +plus digne et la plus expéditive <a name="FNanchor_32" id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>. Les princes reçurent +leurs pouvoirs le 29 février 1395; le duc Louis d'Orléans, +pour sa part, devait toucher 3,000 livres par mois pour +ses frais de route <a name="FNanchor_33" id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>, mais cette somme était insuffisante, +vu les goûts de dépense du jeune prince qui fut obligé +de s'adresser à des banquiers avignonnais pour solder +ses dettes <a name="FNanchor_34" id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>. Les ducs d'Orléans et ses oncles, les ducs de +Berry et de Bourgogne, descendirent de Châlons à +Avignon (en mai 1395) sur un bateau construit dans +cette ville. Un conduisait le conseil du roy; un autre +était destiné à l'échansonnerie; un autre à la panneterie; +trois pour la cuisine, trois pour les gardes-robes, un pour +les joyaux du duc, trois pour les chapelains, trois pour la +fruiterie. En tout dix-sept bateaux <a name="FNanchor_35" id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>. Les ambassadeurs, +accompagnés de ce train considérable débarquèrent +à Avignon le 22 mai 1395 <a name="FNanchor_36" id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>. Benoît XIII reçut avec +<span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">11</a></span> +beaucoup de déférence les envoyés de Charles VI, mais +les premières entrevues étant restées sans résultat, +les princes, mécontents de l'opiniâtreté du pape, +convoquèrent à Villeneuve les cardinaux, afin de prendre +leur avis sur la voie de cession qu'ils avaient pour mission +de faire prévaloir auprès du pape et de son entourage <a name="FNanchor_37" id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>. +La majorité des cardinaux se prononça pour la voie de +cession. Mais Benoît XIII ne l'accepta pas, et cette fois, +les princes mécontents se retirèrent à Villeneuve <a name="FNanchor_38" id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>. +L'incendie d'une partie du pont, qui eut lieu dans la +nuit, fut considéré comme le premier acte de l'alliance +des cardinaux et des Avignonnais avec les ambassadeurs +de Charles VI contre l'obstiné pontife. Une deuxième +conférence des cardinaux et des princes n'ayant pas +amené plus de résultat (23 juin 1395) <a name="FNanchor_39" id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, ceux-ci quittèrent +Villeneuve et vinrent prendre gîte à Avignon où une +somptueuse hospitalité leur fut donnée dans les hôtels des +cardinaux. C'est le surlendemain de leur installation dans +cette ville qu'ils fondèrent le <i>Monastère des Célestins</i>. +Charles V, Charles VI et les princes de la famille royale +avaient toujours manifesté une dévotion particulière pour +les Célestins de Paris <a name="FNanchor_40" id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>. Louis d'Orléans, pour être agréable +à la maison de Luxembourg, érigea une chapelle sur la +sépulture du cardinal Pierre de Luxembourg <a name="FNanchor_41" id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>. Les ducs +de Berry et de Bourgogne assistèrent à la cérémonie +<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">12</a></span> +avec tous les seigneurs qui faisaient partie de l'ambassade <a name="FNanchor_42" id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>. +Le duc d'Orléans affecta au nouveau couvent une somme +de 2,000 francs, que son procureur auprès de Benoît +XIII, <i>Alart de Sains</i>, reçut mission d'employer dans +ce sens; plus tard, il fit donation au même monastère +d'une somme de 4,000 francs <a name="FNanchor_43" id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>. Une autre libéralité de +100 florins en faveur des mêmes Célestins est mentionnée +sous le règne de Charles VI <a name="FNanchor_44" id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>. La nouvelle fondation fut +dès lors désignée sous le nom de «<i>Royal monastère des +Célestins</i>». Le 18 mars 1400, par lettres patentes données +à Paris, Charles VI portait, pour les Célestins d'Avignon, +exemption de tous droits, péages, gabelles, leydes, etc., +pour le transport des matériaux nécessaires à la construction +des bâtiments de l'église et du couvent <a name="FNanchor_45" id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>. En novembre +1400, Charles VI les place sous la sauvegarde royale <a name="FNanchor_46" id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>. Le +6 mai 1407, le duc de Berry permettait aux religieux +Célestins de conduire à Avignon, pour deux ans, des +pierres et tous autres matériaux de construction sans +payer de droits. En 1417, le monastère n'était pas achevé, +que des lettres du dauphin Charles, données à Nîmes, +<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">13</a></span> +mandent à tous péagers, pontonniers, de laisser passer, +tant par eau que par terre, deux radeaux venant de +Savoye par le Rhône, chargés de pièces de bois pour la +construction de l'église et du monastère de Saint-Pierre-de-Luxembourg <a name="FNanchor_47" id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>. +Par lettres-patentes données à Avignon +le 20 avril <i>1420</i>, Charles VII confirme les privilèges +accordés par son père, Charles VI, aux Célestins d'Avignon. +Cette fondation royale constitue dans l'histoire des +relations des Avignonnais avec la Cour de France un acte +de la plus haute importance. Par là, les rois de France +prennent pied à Avignon. C'est une affirmation matérielle +de leur autorité et de leurs droits sur une ville enclavée +dans le domaine de la couronne. Le monastère et l'église +des Célestins étaient un asile inviolable autant pour les +officiers pontificaux que pour les agents de la Cour de +France <a name="FNanchor_48" id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>. Charles VII ne put en faire extraire, pour le +livrer à la justice séculière, Antoine Noir, un des facteurs +de Jacques Cœur, qui y avait trouvé un refuge. Et c'est +dans cette même église que, pendant les difficultés qui +surgissaient périodiquement entre le Saint-Siège et les +officiers du Languedoc, à propos des limites du Rhône, +les magistrats avignonnais avaient coutume de porter +religieusement les panonceaux aux armes de la maison +de France, quand la populace ameutée les arrachait +pour y substituer celles des papes <a name="FNanchor_49" id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>.</p> + +<p>Le 10 juillet 1395 <a name="FNanchor_50" id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>, après un voyage de cent deux jours, +<span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">14</a></span> +qui n'avait amené aucune solution, les princes quittèrent +Avignon, et ce n'est que le 24 août qu'ils rendirent +compte à Charles VI de l'insuccès de leur ambassade <a name="FNanchor_51" id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>.</p> + +<p>La Cour de France était dans le plus grand embarras; +d'un côté, l'Université menaçante <a name="FNanchor_52" id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a> sollicitait la soustraction +d'obédience; de l'autre, les princes, et surtout le duc +d'Orléans, inclinaient à des mesures préparatoires avant +de recourir à cette solution extrême <a name="FNanchor_53" id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>. Ni l'ambassade de +Regnault, aumônier de Louis d'Orléans (décembre 1396), +ni celle des envoyés de Charles VI, auxquels s'étaient +joints ceux des rois de Castille et d'Angleterre (juin 1397), +ne purent triompher de l'obstination de Benoît XIII, qui +déclara qu'il était «<i>pape romain</i>» et qu'il ne reconnaîtrait +qu'un concile œcuménique <a name="FNanchor_54" id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>. Toutes ces démarches +préliminaires avant de recourir à la soustraction forcée +font, quoi qu'en dise Pastor <a name="FNanchor_55" id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>, le plus grand honneur au +duc d'Orléans et au roi, dont Louis était l'interprète. Le +refus obstine du pape n'est point imputable aux sollicitations +de la Cour de France, mais à son caractère irréductible +et à son infatigable énergie. Au mois de mars +1398 eut lieu, entre Charles VI et Wenceslas, roi des +Romains, une entrevue à la suite de laquelle un dernier +effort fut tenté auprès de Benoît XIII, par l'entremise de +Pierre d'Ailly, archevêque de Cambray; mais cette mission, +<span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">15</a></span> +comme les précédentes, demeura infructueuse, et +Pierre d'Ailly revint à Coblentz rendre compte à Wenceslas +du refus de Benoît XIII d'accepter la voie de cession <a name="FNanchor_56" id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a> +(juin 1398). Il n'y avait plus rien à attendre désormais +de ce côté, et tous les moyens de conciliation paraissaient +épuisés. Le 28 juillet une assemblée générale des +prélats et du clergé, en présence des oncles du roi (le +duc d'Orléans absent), décida, par 247 voix, que la soustraction +d'obédience devait être immédiate et totale <a name="FNanchor_57" id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>. La +décision de l'assemblée fut promulguée le même jour <a name="FNanchor_58" id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>, +malgré l'avis de Louis d'Orléans, qui aurait voulu une +sommation préalable.</p> + +<p>Quoi qu'il en soit, ce prince n'adhéra à la soustraction +que le 19 octobre 1398, promettant d'employer toute son +influence en faveur du souverain pontife <a name="FNanchor_59" id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>. Mais, cédant +à la majorité de l'assemblée, Charles VI, dès le conseil +du roi, avait prescrit des mesures de rigueur contre les +partisans de Benoît XIII, qui devaient être arrêtés dans +toute l'étendue de la sénéchaussée de Beaucaire <a name="FNanchor_60" id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>. Quoi +qu'en dise le P. Ehrle <a name="FNanchor_61" id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>, il est incontestable que l'ordre +émanait, sinon du roi lui-même, à qui son état mental +ne permettait pas de diriger les affaires du royaume, du +moins du conseil du roi et de ses oncles. Ce sont deux +<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">16</a></span> +conseillers du roi, <i>Rebert Cordelier</i> et <i>Tristan de Bosc</i> qui, +le premier dimanche de septembre 1398 <a name="FNanchor_62" id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>, publient à Villeneuve +la soustraction d'obédience, mettant en demeure +tous les sujets du domaine royal, tant clercs que laïcs, de +se soustraire à l'autorité spirituelle de Benoît XIII. Les +cardinaux adhérèrent à la soustraction, moins sept, dont +cinq restèrent fidèles au pape et s'enfermèrent avec lui +dans son palais; les deux autres rentrèrent chez eux. On +ne peut donc nier que si Charles VI et la Cour de France +demeurèrent étrangers aux préparatifs du siège du palais, +l'acte de soustraction d'obédience à Avignon, comme +dans le reste du royaume, n'ait été un acte de l'autorité +royale. Deux partis restaient en présence à Avignon, le +parti de Benoît XIII, qui ne comptait que cinq cardinaux +et quelques gens d'armes aragonais qui gardaient le +grand palais; l'autre, le parti des cardinaux, qui s'appuyait +sur la population avignonnaise et disposait de +grandes ressources en argent. Mais les soldats lui manquaient +et aussi des chefs habitués au métier des armes. +C'est alors que les cardinaux et les bourgeois avignonnais +firent appel à un chef de Routiers, moins célèbre sans +doute que son frère, mais dont le rôle militaire fut considérable +dans les États du Saint-Siège, au commencement +du <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle, <i>Geoffroy le Meingre</i>, frère cadet du maréchal +de Boucicaut.</p> + +<p>Le P. Ehrle, qui, dans une étude récente <a name="FNanchor_63" id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>, a montré +<span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">17</a></span> +par un savant commentaire du texte de Froissart rapproché +des autres témoignages contemporains, les contradictions +frappantes qui auraient dû ne pas laisser confondre +le maréchal de Boucicaut avec son frère Geoffroy, n'a +pas connu tous les documents permettant d'établir d'une +manière irréfutable la participation de ce chef de bandes +au siège du palais. Les archives municipales renferment +plusieurs lettres de ce seigneur adressées aux Avignonnais, +et prouvent que depuis le rôle militaire qu'il avait +joué dans la guerre contre Benoît XIII, Geoffroy Boucicaut +conserva des relations suivies avec les habitants. Il +leur écrit en effet de Boulbon <a name="FNanchor_64" id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>, le 17 février.... pour +les assurer de ses bons offices. Le 23 novembre 1400 <a name="FNanchor_65" id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>, +Geoffroy le Meingre, qui était alors gouverneur du Dauphiné +et paraissait jouir d'un grand crédit à la Cour, fait +des offres de service aux syndics de Carpentras: «Et si +vous avez besoin de moy, ou comme conseiller et officier +du roy, ou comme privée personne, je ferois pour +vous de bon cuer tout ce que je pourroys.» Le 9 juillet +14.., Geoffroy, alors à Bridoré, en Touraine <a name="FNanchor_66" id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>, accrédite +auprès des syndics d'Avignon Jean de <i>Curière</i>, son capitaine, +et Loys <i>Henryet</i>, chanoine de Tours, ses serviteurs, +pour recevoir le paiement de 106 marcs d'argent, lesquels +lui avaient été alloués <i>comme prix de sa vaisselle volée</i>, +par sentence contre André de Seytres. Celui-ci ayant été +mis en prison à la demande de Boucicaut, puis relâché, +Geoffroy le Meingre fait saisir les blés qui descendaient le +<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">18</a></span> +Rhône à destination d'Avignon, et comme les propriétaires +desdits blés le citèrent devant le Parlement, Boucicaut +mit en demeure la ville de les désintéresser <a name="FNanchor_67" id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>.</p> + +<p>Il résulte de l'existence de cette correspondance que +Geoffroy le Meingre, appelé dans le midi par son frère +aîné, le maréchal, après son mariage avec la fille de Raymond +de Turenne, en 1393 <a name="FNanchor_68" id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, avait pris possession du +château de Boulbon <a name="FNanchor_69" id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a> où il commandait quand les envoyés +des cardinaux et des Avignonnais vinrent le prier (septembre +1398) de prendre la direction des opérations militaires +contre le palais occupé par Benoît XIII <a name="FNanchor_70" id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>. En outre, +les lettres datées de <i>Bridoré</i> en Touraine, dont Geoffroy +le Meingre était seul seigneur, à l'adresse des Avignonnais, +sont une preuve que des rapports intéressés rattachaient +longtemps encore après le siège de 1398 la ville à +son ancien capitaine.</p> + +<p>Geoffroy le Meingre se rendit à l'appel des cardinaux +<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">19</a></span> +et des bourgeois d'Avignon avec une bande nombreuse +de gens d'armes, parmi lesquels, au dire de Froissart, aurait +figuré Raymond de Turenne, beau-frère du maréchal +de Boucicaut <a name="FNanchor_71" id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>. Il dut y avoir entre le conseil et le chef +des aventuriers un traité passé avec promesse de fortes +sommes à payer, mais aucune trace n'existe de cet engagement +dans les archives communales. C'était donc à +titre absolument privé, et comme capitaine aux gages de +la ville et des cardinaux que Geoffroy le Meingre entreprit +le siège du grand palais <a name="FNanchor_72" id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a> en septembre 1398. La +Cour de France, dans ce premier siège, n'intervint d'aucune +façon en faveur des Avignonnais et des cardinaux +insurgés. C'est là un point très important à établir, et +c'est un contre-sens historique de dire, comme Jarry, que +ce siège fut une honte pour la Couronne qui y resta étrangère <a name="FNanchor_73" id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>. +Une intervention armée, dirigée par le maréchal +de Boucicaut <a name="FNanchor_74" id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a> en faveur des Avignonnais contre Benoît +XIII n'eût pu se faire qu'en vertu d'un ordre du roi; or, +Charles VI déclare publiquement en 1401 que jamais il +<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">20</a></span> +n'a prescrit d'employer la violence contre le pape <a name="FNanchor_75" id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a> ni de +le tenir emprisonné. Toute mesure de ce genre eût certainement +été désavouée par le duc d'Orléans. Nous +avons, au surplus, une preuve indiscutable de la neutralité +de la Cour de France durant la lutte engagée, dans +un document inédit rapporté par Peiresc <a name="FNanchor_76" id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>. Le 19 janvier +1399, Pierre de Luna, neveu de Benoît XIII, capitaine +général des galères et des barques du roi d'Aragon, s'engage +par devant les délégués du conseil et de la ville +d'Arles, à ne faire aucun dommage aux terres de Louis, +roi de Sicile, ni aux sujets du roi de France <a name="FNanchor_77" id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>. Le même +document désigne comme ennemis du pape ce «<i>cives et habitatores +Avenionenses</i>». Cet acte indique donc d'une +façon bien formelle que le roi de France n'a accordé aucun +<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">21</a></span> +secours aux adversaires de Benoît XIII, et que les +assiégeants ne comptent dans leurs rangs que des mercenaires +aux gages de la ville.</p> + +<p>Le siège fut vigoureusement mené. Dans un assaut +donné au palais le 28 septembre 1398, le pape fut frappé +à la main, et le cardinal de Neufchateau, qui commandait +les assaillants, reçut une blessure grave à laquelle il +succomba quelques jours après. Le 22 octobre <a name="FNanchor_78" id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>, Geoffroy +le Meingre fit prisonniers deux cardinaux, Martin Salva +et le cardinal de Saint-Adrien, Louis Fieschi, que l'on +enferma au château de Boulbon. Un peu plus tard, les +deux captifs se rachetèrent en payant une rançon de +18,000 francs à Boucicaut, mais il leur fut interdit de rentrer +dans le palais. Le 26 octobre, une tentative pour +pénétrer dans le palais par les cuisines tourna à la déroute +des assiégeants.</p> + +<p>Au milieu de ces événements militaires, les cardinaux, +plus obstinés que jamais dans la défense de leur cause, +envoyaient à Paris trois d'entre eux, les cardinaux de +Préneste (Guy de Malesset), de Thury et Amédée de Saluces, +à la Cour de France (décembre 1398) pour demander +à Charles VI d'envoyer des ambassadeurs aux souverains +qui n'avaient pas encore fait acte d'adhésion à la +soustraction d'obédience. On les voit figurer, le 3 janvier +1399, «à l'Hostel d'Artoys <a name="FNanchor_79" id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>» où ils dînent en compagnie +de Philippe de Bourgogne, et, quelques jours après, le +<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">22</a></span> +9 février, à l'hôtel du cardinal de Bohême, avec les ducs +de Berry et de Bourgogne <a name="FNanchor_80" id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>. C'est à la même date que +Martin V appuyait, par renvoi d'une flotte commandée +par Pierre de Luna, les revendications de ses ambassadeurs, +à Avignon d'abord, et auprès de Charles VI ensuite <a name="FNanchor_81" id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>. +Le roi de France ayant adhéré aux propositions du roi +d'Aragon, et pressé de mettre un terme aux désordres +dont Avignon était le théâtre, envoya dans cette ville +Gilles Deschamps et Guillaume de Tignonville pour soumettre +à Benoît XIII les propositions arrêtées avec Martin +V <a name="FNanchor_82" id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>. Benoît XIII accepta, le 10 avril 1399, les propositions +des deux souverains; mais, ayant avec quelque +raison peu confiance dans les cardinaux, il refusa de se +laisser garder par eux et demanda à être placé sous la +sauvegarde royale <a name="FNanchor_83" id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>. Le 14 avril 1399 <a name="FNanchor_84" id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>, la ville d'Avignon +s'engage à respecter la protection accordée par Charles +VI à Benoît XIII et aux guerriers et compagnons qu'il a +avec lui dans son palais. Les cardinaux firent la même +promesse et tous les serviteurs attachés à la personne de +Benoît XIII s'engagèrent, les 29 avril, 4 et 20 mai, par +serment, à ne pas laisser s'échapper le pape <a name="FNanchor_85" id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a>. Une proposition +qui fut faite de confier la surveillance de la personne +du souverain pontife à François de Conzié, au sénéchal +de Beaucaire et au sire de la Voulte fui rejetée. Benoît XIII +demanda à être gardé par le duc d'Orléans, mais ce +<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">23</a></span> +dernier ne pouvant venir à Avignon, Charles VI, par +lettres patentes du 1<sup>er</sup> août 1400 <a name="FNanchor_86" id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>, donna pleins pouvoirs +à cet effet à son frère, qui envoya à Avignon deux de ses +familiers, Robert ou Robinet de Braquemont <a name="FNanchor_87" id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a> et Guillaume +de Médulion. Les frais de surveillance et la solde +des gens d'armes devaient être à la charge du pape <a name="FNanchor_88" id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>. +D'autre part, le roi confia la garde des Avignonnais et des +habitants à son frère, le duc de Berry. Benoît XIII approuva +ces conditions. Profitant de cette trêve, Charles VI +ne laisse pas de poursuivre activement la paix et l'union +de l'Église. Les ambassadeurs envoyés au delà du Rhin <a name="FNanchor_89" id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>, +auprès des électeurs, n'avaient rapporté que des promesses +vagues, aucun d'eux n'ayant voulu donner une réponse +ferme sans l'avis des autres princes allemands qui devaient +se réunir à Cologne, le jour de la Purification <a name="FNanchor_90" id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>, pour couronner +le duc Robert de Bavière que les électeurs avaient +nommé empereur, le 21 août 1400, à la place de l'insouciant +Wenceslas. Charles VI met les Cardinaux et les +syndics d'Avignon au courant de ses négociations avec +les princes allemands et les autres souverains, et il les engage +à envoyer des délégués qui devront se réunir +«avecques ceulx qui seront ordonnez de par nouz et de +par les autres roys et primpces qui ont obéi à <i>Clément</i> +<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">24</a></span> +et à <i>Benedic,</i> pour traicter et délibérer d'un commun +accord la paix et l'union de l'Église à la feste de Saint +Jehan-Baptiste à Mez ou à Strasbourt». «Et pour ce +que nous avons bonne espérance que par le plaisir de +Dieu à icelle journée se prendra une bonne conclusion +sur le dict faict. Nous vous faisons savoir ces choses et +vous prions que veullez envoyer à la dicte journée». +En réponse à cette missive, les Avignonnais écrivirent à +Charles VI, le même mois de février 1400, pour l'assurer +de leur dévouement et de leur ferme intention de hâter, +en ce qu'il leur serait possible, la paix et l'union de l'Église <a name="FNanchor_91" id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>. +Le roi leur fait savoir, dans un nouveau message, +qu'il a été très satisfait de leur lettre et de leur attitude: +«avons veu la bonne et ferme constance et volonté que +vous avez eue et avez et aures, si Dieu plaist, de persévérer +et demourer avec nous en la substraction faite +pour si très grant et meure deliberacion, comme vous +scavez à Benedict, dernier esleu en Pappe...». Charles +VI informe les Avignonnais qu'il compte sur une fin +prochaine du schisme, et il les engage à persévérer dans +leur attitude: «Et saches de certain que vous estant et +persévérant en ce saint propos en quel vous estes et +serez, se Dieu plaist, comme vous et vrais catholicz. +Nous de tout nostre povoir vous sustendronz.» Il les +avertit en même temps que Benoît XIII a fait courir le +bruit en Languedoc que bientôt l'obédience allait lui être +rendue, ce qui est faux, car «avons toujours esté et sommes +et serons au plésir et ayde de nostre seigneur contenz +et fermes au faict de la dite substraction jusques à +<span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">25</a></span> +ce que Nostre Seigneur nous ail donné paix et union en +sa Saincte Église.»</p> + +<p>Suivant sa promesse contenue dans sa lettre du 22 +avril 1401, Charles VI fit savoir par lettres patentes du +7 juin 1401 au sire de Grignan, au seigneur de Sault, +au sire de Lagarde, qu'il prenait sous sa protection les +terres de l'Église et les habitants, et qu'il leur était interdit +d'y faire aucun dommage: «Nous vous sinifions qu'il +nous desplairoit très grandement que les dits cardinaux, +la dite Église de Rome et leurs sujets fussent +grevés ne oppressez par aulcun, et vous deffendons expressément +que vous ne les greviez, dommagiez ne +molestez, ne faictes ne soufrez grever, dommagier ne +molester en quelconque manière que ce soit ne a quelconque +personne qui ce voulsit faire ne donner conseil, +confort, faveur ni aides, sachant que si faictez le contraire, +il vous en desplaira très fortement et vous en +fairons pugnir tellement que ce sera exemple aux aultres <a name="FNanchor_92" id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>». +La lettre par laquelle Chartes VI accordait sa +protection officielle aux États du Saint-Siège fut communiquée +<i>in-extenso</i> aux syndics de Carpentras par <i>Jean +Alzérino</i>, recteur du Venaissin <a name="FNanchor_93" id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>, et par les cardinaux de +Saluces et de Thury <a name="FNanchor_94" id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>.</p> + +<p>Mais au moment où Charles VI se prononçait auprès +des Avignonnais d'une façon si ferme pour le maintien de +la soustraction d'obédience, un mouvement d'opinion en +sens contraire se dessinait, à la tête duquel était le duc +<span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">26</a></span> +d'Orléans <a name="FNanchor_95" id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>. Toutefois, tant que Benoît XIII serait captif, +il était difficile de lui rendre l'obédience, alors surtout +qu'on l'avait dépouillé de sa bulle papale. Le duc +d'Orléans trouva une solution qui tira d'embarras les +cardinaux, les Avignonnais et le pape lui-même. Grâce à +la complicité de Robert de Braquemont, agent du duc <a name="FNanchor_96" id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>, +Benoît XIII sortit du grand palais où il était retenu +prisonnier depuis quatre ans et six mois, <i>le 12 mars 1403</i>, +et gagna la Durance qu'il traversa au lever du jour sur +une barque, pour atterrir au bourg de Château-Renard en +Provence, mais dépendant du diocèse d'Avignon. Cette +fuite inattendue produisit parmi les cardinaux et les +Avignonnais une légitime appréhension. Mais Benoît XIII +avait autant d'intérêt que ses ennemis à faire la paix, étant +à bout de ressources et ayant besoin de l'aide de ses sujets. +Le 29 mars 1403 <a name="FNanchor_97" id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>, un traité fut passé à Château-Renard, +comprenant un grand nombre d'articles dont l'énumération +est en dehors du point spécial que nous étudions. Benoît +XIII pardonnait aux cardinaux et aux Avignonnais, et +s'engageait à réunir un concile dès que l'obédience lui +serait rendue <a name="FNanchor_98" id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>. Deux cardinaux devaient se transporter à +Paris pour obtenir de Charles VI et des princes la +reconnaissance des articles stipulés dans le traité de +Château-Renard, pour le bien de l'Église et la paix du +pays. Benoît XIII, en diplomate consommé, ramenait à +son parti les Avignonnais, et le conseil de ville lui rendit +<span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">27</a></span> +hommage de fidélité le 10 avril 1403 <a name="FNanchor_99" id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>. Quant aux +cardinaux, ils déléguèrent ceux de Préneste et de Saluces, +qui arrivèrent à Paris, le 3 juin 1403, pour demander au +roi et à l'assemblée des prélats «la restitution d'obédience». +Pendant ce temps, Benoît XIII, après avoir +séjourné au château du Pont de Sorgues, entrait à +Carpentras le 5 mai 1403 <a name="FNanchor_100" id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>, et y demeurait jusqu'au 26 juin, +époque où il s'installa provisoirement au Pont de Sorgues, +en attendant le retour des cardinaux envoyés à la Cour. +A Paris, deux partis étaient en présence. Les ducs de +Berry, de Bourgogne, le cardinal de Thury et l'Université +étaient pour le maintien de la soustraction <a name="FNanchor_101" id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a>. Au contraire, +le duc d'Orléans, les Universités d'Angers, de Montpellier +et de Toulouse étaient pour la restitution d'obédience. +Le défenseur le plus éloquent de ce parti était <i>Pierre +d'Ailly</i> <a name="FNanchor_102" id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>, qui soutenait contre l'Université de Paris qu'on +ne peut se soustraire à l'obédience du pape, fût-il lui-même +suspect d'hérésie <a name="FNanchor_103" id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a>. Quant à l'idée de la convocation +d'un concile général, elle avait beaucoup de partisans, +parmi lesquels Jean Gerson, qui prétendait que c'était le +meilleur moyen d'arriver à l'extinction du schisme. Le +parti de la restitution d'obédience, qui avait déjà préparé +les éléments de la réconciliation de Benoît XIII avec la +maison de France par l'ordonnance du 9 juin 1403 <a name="FNanchor_104" id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>, +l'emporta auprès de Charles VI, et l'obédience fut rendue +<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">28</a></span> +à Benoît XIII, le 30 juillet 1403 <a name="FNanchor_105" id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>. Les cardinaux, revenus +de Paris, avaient devancé l'acte royal en rentrant dans +l'obédience du pape, le 19 juillet précédent.</p> + +<p>Quant à Benoît XIII, «<i>après avoir tracassé un peu à +Tarascon et en Provence</i>» <a name="FNanchor_106" id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a>, il se fixa vers la fin de l'été à +Salon. C'est là que Jean Mercier, ambassadeur du duc +d'Orléans, vint le trouver le 13 octobre 1403 <a name="FNanchor_107" id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>, mais la +peste ne tarda pas à l'obliger à changer de résidence, et +Benoît XIII se réfugia dans l'abbaye de Saint-Victor de +Marseille (novembre 1403).</p> + +<p>Ainsi se termine cette première phase de la lutte +engagée entre Benoît XIII et ses adversaires, les Avignonnais +et les cardinaux. Pendant cette période, la Cour +de France, opposée aux mesures de rigueur, avait +autant que possible cherché à ménager les uns et les +autres, et sans vouloir prêter aucun appui matériel aux +partis en présence, par déférence pour la personne du +pape, qui était directement en cause. Mais dans la seconde +phase (1410-1411), ce n'est pas Benoît XIII, mais ses +parents et ses partisans qui soutiennent dans les terres +de l'Église, les armes à la main, les droits du souverain +pontife. C'est presque une guerre étrangère en plein +royaume de France, et c'est ce qui explique l'intervention +militaire de Charles VI en faveur des Avignonnais et des +Comtadins contre les troupes catalanes de l'anti-pape.</p> + +<p>De Marseille, Benoît XIII s'empresse de désavouer les +lettres qu'il avait pu écrire contre la voie de cession et +<span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">29</a></span> +s'engage, sur la demande du due d'Orléans, à exécuter +les clauses du traité de Château-Renard <a name="FNanchor_108" id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>. Il se rapproche +de plus en plus de la Cour de France, au point que le +bruit se répand que Benoît XIII va être conduit à Rome +sous l'escorte de Boucicaut, alors gouverneur de Gênes +pour Charles VI, et solennellement couronné (1404-1405) <a name="FNanchor_109" id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>. +Personnellement, Benoît XIII avait la ferme intention de +se rendre à Savone ou à Gênes pour avoir une entrevue +avec Grégoire XII, son rival, le pape de Rome <a name="FNanchor_110" id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a>. En +1405, il envoyait aux États du Comtat une ambassade +pour demander le vote de subsides afin de lui permettre +d'entreprendre ce voyage «pour l'union de l'Église <a name="FNanchor_111" id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>». +En 1406, une nouvelle ambassade arrivait de Savone, faisant +un pressant appel d'argent au pays pour que Benoît +XIII pût aller plus loin, toujours dans l'intérêt de +l'Église <a name="FNanchor_112" id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>. Mais, soit mauvaise volonté, soit pénurie d'argent, +les États ne répondirent pas aux instances réitérées +de leur suzerain. Du reste, ce projet d'entrevue entre les +deux pontifes rivaux qui était bien accueilli, car on y +voyait une intention réciproque de terminer le schisme, +n'aboutit pas. Grégoire XII refusa de se rendre à Savone, +où Benoît XIII se trouva seul (novembre 1407) <a name="FNanchor_113" id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>. Du même +coup, le projet prêté à la Cour de France de faire couronner +Benoît XIII à Rome fut définitivement abandonné +<span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">30</a></span> +à la mort de Louis d'Orléans, qui en était le partisan +(23 novembre 1407) <a name="FNanchor_114" id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>.</p> + +<p>Ici se place un événement que divers historiens ont +relaté, sur lequel le P. Ehrle a donné quelques nouveaux +éclaircissements, grâce aux archives du Vatican, et qui, +par ses conséquences, se rattache d'une façon très étroite +à l'histoire des États citramontains du Saint-Siège, dans +leurs rapports avec les rois de France et la papauté. A +bout de ressources, obéré et ne sachant plus à qui s'adresser +après la mort du duc d'Orléans, Benoît XIII fit des +ouvertures, en vue de contracter un emprunt, au maréchal +de Boucicaut, gouverneur de Gênes depuis 1401 <a name="FNanchor_115" id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>, et +qui, à ce moment, déçu de ses espérances et renonçant à +l'idée d'une nouvelle expédition en Orient, avait concentré +toute son attention sur les événements intérieurs qui +agitaient la péninsule italienne (1407-1408) <a name="FNanchor_116" id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>. Le prêt eut +lieu à Gênes même le 5 mars 1408 <a name="FNanchor_117" id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>. A cette date, Jean +le Meingre avança à Benoît XIII 30,000 francs, pour lesquels +le pontife, par une bulle du <i>3 février 1408</i>, reconnut +avoir contracté obligation. Le 30 avril 1408, à Porto-Venere, +près la Spezzia, Jean le Meingre versa un nouveau +complément de 4,000 francs qu'il avait empruntés à +des marchands gênois. Comme gage de ce prêt, Benoît +XIII inféoda au maréchal, pour une période de deux +ans, plusieurs localités, tant de l'Église romaine que du +diocèse d'Avignon <a name="FNanchor_118" id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>, parmi lesquelles <i>Pernes</i>, <i>Bollène</i>, +<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">31</a></span> +<i>Bédarrides</i> et <i>Châteauneuf-Calcernier</i> <a name="FNanchor_119" id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>. Le cardinal de +Saluces s'opposa vivement à cette inféodation, mais Boucicaut +fit valoir ses droits sur lesdites villes sans retard, +et le 10 mars <i>1408</i> il prit possession de Pernes par procureur <a name="FNanchor_120" id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>. +Il résulte même des documents conservés aux +archives de cette commune que le maréchal en personne, +se trouvant dans cette ville en 1413, fit procéder à l'élection +des consuls. Cette suzeraineté temporelle de Boucicaut +sur certaines villes des domaines du Saint-Siège +donnera lieu plus tard à d'innombrables et tumultueuses +revendications qui ne prendront fin que sous le règne de +Louis XI.</p> + +<p>La mort de Louis d'Orléans porta un coup fatal à l'autorité +de Benoît XIII. Il perdait son protecteur et son +meilleur appui à la Cour de France. Dès le mois de janvier +1408 <a name="FNanchor_121" id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>, Charles VI mit le pontife en demeure de rétablir +l'union de l'Église avant l'Ascension prochaine, sous +peine de voir la France retirer son appui à Benoît XIII. +Le pape menaça Charles VI des censures ecclésiastiques <a name="FNanchor_122" id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>, +mais, à la fin de mai 1408, le roi de France se retira +de l'obédience de Benoît XIII, et avec lui la Hongrie, la +Bohême, Wenceslas, Sigismond et la Navarre. En même +temps il convoquait un synode pour fixer les règles à suivre +dans la neutralité de la France <a name="FNanchor_123" id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a>. Ces mesures provoquèrent +<span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">32</a></span> +la défection des cardinaux de Benoît XIII, qui +se réunirent à ceux de Grégoire XII pour fixer l'ouverture +d'un concile à Pise le 25 mars 1409. Mais, dès l'année +précédente, Benoît XIII, qui ne se sentait plus en +sûreté dans le territoire de Gênes <a name="FNanchor_124" id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>, avait gagné Perpignan, +où il convoqua un concile dont les actes font +l'objet du savant commentaire publié par le P. Ehrle <a name="FNanchor_125" id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>. +L'année suivante, Boucicaut et les troupes françaises +étaient chassés de Gênes. C'était, pour la politique française +en Italie, un échec regrettable qui entraînait la +ruine de notre influence dans le Nord de la Péninsule et +l'abandon définitif de toute tentative de restauration de la +papauté à Rome <a name="FNanchor_126" id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>.</p> + +<p>Le concile de Pise s'était ouvert le 25 mars 1409 et, +dans sa séance du 26 juin, avait déposé solennellement +Benoît XIII et Grégoire XII, en procédant à l'élection +d'Alexandre V. Réfugié en Espagne, Benoît XIII se +décida à une résistance énergique, et craignant pour sa +personne de rentrer dans le royaume en vue de se +fortifier dans son palais d'Avignon, que ses partisans +n'avaient pas complètement abandonné depuis 1404, il en +confia la garde à son neveu, capitaine expérimenté, +vaillant soldat, mais peu scrupuleux sur les moyens à +employer pour avoir la victoire, Rodrigues de Luna. Dès +1409-1410, les agents de Benoît XIII avaient peu à peu +amassé dans le palais des vivres, provisions, munitions et +armes de guerre, en vue d'un siège. Ils avaient fortifié +l'entrée du pont. La garnison catalane avait été augmentée +<span class="pagenum"><a name="Page_33" id="Page_33">33</a></span> +et renforcée, si bien que dans les premiers mois de 1410, +la cité d'Avignon se trouvait en présence d'une forteresse +inexpugnable, occupée par des guerriers déterminés à +toutes les mesures extrêmes, même à incendier la ville +s'il était nécessaire pour maintenir l'autorité de leur +compatriote, Pierre de Luna.</p> + +<p>Le concile de Pise avait envoyé comme légat à Avignon +un ancien cardinal de Benoît XIII, Pierre de Thury +(avril 1410) <a name="FNanchor_127" id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>, qui était en même temps recteur du +Venaissin. C'est lui qui eut charge de préparer le siège +du palais, avec les élus de la guerre délégués par le +conseil de ville. Les citoyens avignonnais se constituèrent +en troupes assaillantes avec les officiers et soldats +que Charles VI envoya au secours de la ville. Le siège +du palais commença au mois de mai 1410 <a name="FNanchor_128" id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>, Charles VI +avait expédié aux Avignonnais l'Hermite de la Faye <a name="FNanchor_129" id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>, +sénéchal de Beaucaire, avec plusieurs compagnies de +soldats. Mais quelque temps après, il leur avait fait +donner l'ordre de se retirer. Abandonnés à leurs propres +ressources, le cardinal de Thury et les élus de la guerre +portèrent leurs doléances auprès du roi qui renvoya le +sénéchal et les troupes devant Avignon. A cette force +militaire vinrent se joindre des capitaines aux ordres du +roi, notamment le sieur Randon <a name="FNanchor_130" id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>, seigneur de Joyeuse, +<span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">34</a></span> +et Jean Buffart, qui sont payés par les officiers du roi, +sur l'ordre secret de Charles VI <a name="FNanchor_131" id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>.</p> + +<p>La ville d'Avignon fit appel aux consuls de Carpentras +et aux trois états du Venaissin, qui prêtèrent des +bombardes, des balistes et tous les engins d'artillerie +qui étaient à leur disposition <a name="FNanchor_132" id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a>. Des barques expédiées de +Valence furent postées au milieu du Rhône, croisant sous +le palais pour empêcher tout secours d'arriver aux +assiégés <a name="FNanchor_133" id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>. Un autre bateau appelé «<i>la Barbote</i>» fut placé +près de l'île d'Argenton avec une bombarde qui devait +battre en brèche les ouvrages de défense des Catalans <a name="FNanchor_134" id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a>. +Le 19 mai 1410 arriva la «<i>grande bombarde</i> <a name="FNanchor_135" id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a>» d'Aix, +traînée par trente-six chevaux, qui commença à ouvrir +le feu contre le grand palais. Le 13 décembre 1410, un +assaut très vif donné par les troupes avignonnaises +causa à Rodrigues de Luna la mise hors de combat d'un +millier d'hommes; la tour élevée par les Catalans, +attaquée par le fer et le feu, s'écroula, entraînant sous +ses décombres de nombreux soldats espagnols et amenant +la rupture d'une partie du pont (décembre 1410) <a name="FNanchor_136" id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>.</p> + +<p>La Cour de France, fatiguée de l'entêtement de Benoît +XIII et de la résistance de ses partisans, embrassa la +cause des Avignonnais et n'épargna rien pour leur assurer +la victoire. Le 4 mai 1411, Charles VI écrit aux sénéchaux +de Nîmes et de Beaucaire <a name="FNanchor_137" id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a> pour leur recommander +<span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">35</a></span> +de ne laisser lever, en Languedoc, aucune troupe de +gens d'armes dans le but de porter secours aux Catalans, +partisans de Pierre de Luna, assiégés dans le grand palais +d'Avignon. Le 21 mai <a name="FNanchor_138" id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>, le roi envoie une missive aux +syndics et au conseil de la ville d'Avignon, pour les féliciter +de leur courage et de la résistance qu'ils opposent +aux Catalans schismatiques: «Il les autorise à tendre des +chaînes au travers du cours du Rhône, au Pont-Saint-Esprit +et ailleurs, comme ils l'ont déjà fait, sans avoir à +solliciter l'autorisation du roi, et ce, en vue d'empêcher +tout secours d'arriver par eau aux Catalans qui, +depuis quatorze mois, tenaient le palais pour le compte +de Pierre de Luna.»</p> + +<p>Le 11 juin 1411 <a name="FNanchor_139" id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>, le roi de France donne l'autorisation +aux Avignonnais de lever une décime sur le clergé du +royaume, jusqu'à concurrence de 100,00 livres, pour +subvenir aux frais de la guerre qui avait épuisé les finances +publiques et privées de la ville. De son côté, Benoît +XIII faisait appel à ses partisans et compatriotes et, au +mois de <i>juin 1411</i>, une flotte, composée de 29 galères et +barques catalanes, se présentait aux embouchures du +Rhône pour diriger une double attaque contre Avignon +par le fleuve, et pour renforcer par terre la garnison du +château d'Oppède dont quelques gens d'armes de Rodrigue +avaient pris possession. Mais les consuls d'Arles +avaient fait tendre précipitamment une chaîne pour barrer +le fleuve d'une rive à l'autre. D'un autre côté, un corps +d'Avignonnais s'était porté vers la Durance pour opérer +sa jonction avec les troupes du sénéchal de Provence, qui +<span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">36</a></span> +avait reçu de Yolande d'Aragon, reine de Sicile et de Jérusalem, +l'ordre de s'opposer au passage des Catalans sur +les terres de Provence. Les galères ennemies ne purent +franchir le barrage et durent battre en retraite après +avoir débarqué 150 guerriers catalans qui s'avancèrent +jusqu'à la Durance, pour, de là, gagner le terroir d'Avignon +et le Comté. Mais les troupes provençales et avignonnaises +lancées à leur poursuite les rejoignirent sur +les bords de la rivière, dont les eaux, grossies par les +pluies, rendaient le passage impossible. Les Catalans +furent taillés en pièces ou faits prisonniers <a name="FNanchor_140" id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a> (juin 1411). +En apprenant ce succès, l'Université de Paris s'empressa +d'écrire à la reine de Sicile pour la prier de ne point relâcher +les prisonniers dont la présence à Avignon pourrait +amener le triomphe des schismatiques et hérétiques par +l'apport d'un renfort inespéré. «Nous avons entendu que +puis naguères ont esté prins certains gens d'armes +tant chevaliers, escuiers comme autres, qui venoient +de par Pierre de la Lune pour nuire à la ville d'Avignon +et à la terre et conte de Venisse, et aussi à nuire à +saincte Église et à tout le royaume de France, laquelle +<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">37</a></span> +Église devez avoir moult à cuer.... Sy est vrai, très +puissant Royne, que si les dessus diz gens d'armes qui +pour présent sont soubz vostre puissance estoient delivrez +avant que la guerre d'Avignon fust finie, ce seroit +très grand péril et très grand dommaige pour saincte +Église. Et est voir semblable que par ce moien pourroit +estre delivrez le palais d'Avignon des mal facteurs et +scismatiques qui l'occupent indeument.... Pourquoi +vous supplions, très noble et très puissante Royne, qu'il +vous plaise commander et faire défendre que nul dez +dessuz diz prisonniers, de quelque estat qu'il soit, ne +soit délivré jusques à ce que aucune fin soit prinse sur +la guerre d'Avignon et du païs d'environ <a name="FNanchor_141" id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>.»</p> + +<p>Vers la même époque, Charles VI écrivait aux syndics +d'Avignon leur donnant avis qu'il envoyait au secours de +la ville Philippe de Poitiers, avec charge de leur dire ses +intentions, ainsi qu'à la reine Yolande. Le 26 juin 1411, +en lui annonçant l'envoi de Philippe de Poitiers, Charles VI +fait savoir qu'il a donné charge à ce seigneur «de convocquer +et assembler tant de noz hommes vassaulz et +subgiez que bon lui semblera, affin que la besoingne +puist prendre plus briefve conclusion. Et vous prions, +très chère et très amée cousine, tant et si adcertes, que +plus povons que nostre dit cousin, vueillez, oir et croire +de ce qu'il vous dira de par nouz touchant cette matière, +et donnez et faire donner par voz gens, officiez +et subgiez, à lui et à ses commis, pour honneur et révérence +de Dieu, de nostre dit saint Père de l'Église, +amour et contemplacion de nouz, tout le conseil, confort, +aide et faveur que faire se pourra, et telement que +<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">38</a></span> +par vostre bon moyen ceste dite besoingne sortisse bon +et brief effect et prengue la conclusion que nous désirons <a name="FNanchor_142" id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>.»</p> + +<p>L'arrivée de Philippe de Poitiers, de son frère, Étienne, +«le bâtard de Poitiers», avec d'autres chevaliers, et surtout +l'appui du roi de France, redoublèrent l'énergie des assaillants. +Les syndics, les élus de la guerre, les conseillers, +les habitants de toute classe, les couvents, les maisons +religieuses, les corporations et arts, rivalisant de zèle +et de civisme, donnèrent généreusement tous leurs trésors, +soit en numéraire, soit en œuvres d'art, statues, tabernacles, +rétables, et les sanctuaires se dépouillèrent +spontanément au profit de la ville pour combattre l'ennemi +commun, qui ne représentait plus seulement l'idée +d'un schisme religieux, mais l'occupation étrangère. Dans +les derniers mois de l'été 1411, la ville contracta des +dettes et obligations représentant un chiffre énorme <a name="FNanchor_143" id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>, tel +même qu'un demi-siècle après, elle ne s'était pas encore +libérée. Outre les sommes mises à la disposition des élus +de la guerre par Charles VI, un denier fut en outre levé +sur chaque paroisse pour faire face aux besoins journaliers. +La mort de Pierre de Thury (septembre 1411) fit +passer la direction de l'administration des États du Saint-Siège +entre les mains de François de Conzie, archevêque +de Narbonne, camérier du pape, qui avait été témoin de +tous les événements depuis l'élection de Benoît XIII.</p> + +<p>Cependant, réfugiée dans cette forteresse imprenable, +la petite garnison catalane opposait aux assaillants une +<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">39</a></span> +résistance désespérée. Toutefois, le manque de renforts, +la diminution des vivres, les vides que les sorties répétées +avaient faits dans leurs rangs, et surtout la perspective +de ne voir arriver d'Espagne aucune troupe de secours, +amenèrent Rodrigues de Luna et ses compagnons +à parlementer en vue d'un traité de paix. Une convention +fut signée, le 12 novembre 1411, entre les représentants +du Saint-Siège, François de Conzie, vicaire général du +Saint-Siège à Avignon, et dans le comté Venaissin, Jean +de Poitiers, évêque de Valence et de Die, recteur du +Venaissin, et Constantin de Pergula, vicaire de Jean XXII, +d'une part, et, d'autre part, Bernard de Sono, vicomte +d'Evola, et Roderic de Luna, commandeur de l'ordre de +Jérusalem, chef des canonniers et combattants du palais. +Assistaient aux pourparlers et préliminaires de la convention +Philippe de Poitiers, chevalier, seigneur d'Aroys et +de Dormans, capitaine général des troupes avignonnaises, +envoyé par le roi de France, et Pierre d'Acygne, +sénéchal de Provence, agissant au nom et lieu de Yolande, +reine de Sicile et de Jérusalem. Aux termes de la convention, +voici les principales conditions stipulées <a name="FNanchor_144" id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>:</p> + +<p>1<sup>o</sup> Il sera permis aux assiégés d'envoyer à leur maître, +<i>Benoît XIII</i>, trois officiers pour l'instruire de la position +dans laquelle ils se trouvent, et si dans cinquante jours +aucun secours n'est arrivé, ils s'engagent à remettre aux +mains du légat le palais et le château d'Oppède;</p> + +<p>2<sup>o</sup> Les assiégeants fourniront, au prix ordinaire, la +quantité de vivres par jour pour chaque personne de la +garnison du palais;</p> + +<p>3<sup>o</sup> Le commandant des troupes aragonaises et catalanes +<span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">40</a></span> +devra donner pour otages frère Jean <i>Parda</i>, chevalier +de Rhodes, frère Mathieu Montelli, frère Pierre de +Lacerda, frère Beranger Boyl, messire Pierre Turella, +licencié en droit canon, messire Barthélemy, neveu +d'Antoine, vicomte Jean Pétri, Barthélemy de Montaquesii +et Sanche de Sparsa;</p> + +<p>4<sup>o</sup> Les assiégés ne pourront emporter, lors de leur départ, +que les objets qui leur appartiennent;</p> + +<p>5<sup>o</sup> Les troupes assiégées et assiégeantes observeront +exactement entre elles la trêve conclue.</p> + +<p>Tous les personnages ci-dessus désignés apposèrent +leur sceau sur ledit parchemin, au bas de l'acte rédigé +par Lamberti, notaire <a name="FNanchor_145" id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>.</p> + +<p>Le délai étant expiré, et aucun secours n'étant annoncé +pour les assiégés, ces derniers conclurent une dernière +convention le 14 novembre 1411, aux termes de laquelle +ils devaient vider le palais et le château d'Oppède dans +les huit jours qui suivraient. De son côté, Charles VI +accordait, par lettres patentes, sauf-conduit, sauvegarde +et assurance pour le retour des Catalans dans leur pays, +sans qu'ils puissent être recherchés pour aucun crime +commis contre notre Saint-Père et le Saint-Siège apostolique <a name="FNanchor_146" id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a>. +La garnison catalane remit le palais au légat, +comme il avait été convenu, le 22 novembre 1411 <a name="FNanchor_147" id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>; elle +se retira de là à Villeneuve et traversa le Languedoc pour +gagner l'Espagne par terre.</p> + +<p>Ainsi se termina le second siège du palais, qui avait +accumulé sur Avignon et le Venaissin des monceaux de +<span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">41</a></span> +ruines et des dévastations de toutes sortes. Dans ces +tristes circonstances, Charles VI, après avoir soutenu et +fait triompher par les armes la cause des Avignonnais, +contribua, par divers actes de générosité, à réparer les +maux de la guerre; une somme de 12,000 francs d'argent +fut mise par le roi à la disposition de l'archevêque de +Narbonne pour l'employer à la conservation du palais +d'Avignon <a name="FNanchor_148" id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>. Charles VI écrivit en outre au pape pour le +prier de permettre que les 10,000 livres qu'on prélevait +annuellement sur les bénéfices de France fussent employées +à dédommager la ville d'Avignon des dépenses +qu'elle avait dû supporter par suite de la guerre contre +les Catalans (décembre 1411) <a name="FNanchor_149" id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>. Ce sont là les derniers +actes par lesquels Charles VI marque son intervention +«ès-parties» d'Avignon. La déposition de Benoît XIII au +concile de Pise fut définitive et solennellement proclamée +à Constance le 26 juillet 1417 <a name="FNanchor_150" id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>; l'exil du pape à Paniscola, +son dénûment et l'abandon de sa cause par tous les catholiques, +rendirent un peu de tranquillité aux États du +Saint-Siège d'en deçà des Alpes, jusqu'à l'élection de +Martin V, qui se montre, dès ses premiers actes, décidé +à défendre énergiquement les droits de l'Église sur +Avignon et le Venaissin.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">42</a></span></p> + +<h2>CHAPITRE II</h2> + +<p class="center">Charles VII.—Les Boucicaut.<br /> +Le Cardinal de Foix.</p> + +<p class="hanging content">Le dauphin Charles en 1419-1420.—Devenu roi il ne cesse d'assurer +de sa protection les États citramontains du Saint-Siège.—Nouveaux +agissements de Geoffroy le Meingre (1426-1428).—La +succession du maréchal.—Les routiers dans le Venaissin et +dans la vallée du Rhône.—Démêlés entre les sujets du pape et +Boucicaut.—Attitude de Charles VII (janvier 1426).—Il protège +les Avignonnais, tout en appuyant les revendications de Champerons, +seigneur de la Porte (1428).</p> + +<p class="hanging content">Situation des États de l'Église au moment de l'ouverture du concile +de Bâle.—Charles VII appuie ouvertement Alphonse +Carillo, cardinal de Saint-Eustache, qui est le candidat du concile. +Sa lettre aux Avignonnais (1431).—Conflit entre le pape +Eugène IV et les Avignonnais à propos de la nomination de +Marc Condulmaro.—Neutralité de Charles VII (1432).</p> + +<p class="hanging content">Le cardinal Pierre de Foix, légat du Saint-Siège (avril 1432).—Triomphe +de la politique française.—Efforts de Charles VII +pour amener la cessation du schisme et la convocation d'un +concile à Avignon pour l'union des Grecs (1437).</p> + +<p class="p2">Les dernières années du règne de Charles VI, toutes +remplies par les sanglantes rivalités des Armagnacs et +des Bourguignons, par l'invasion étrangère et la honteuse +défaite d'Azincourt pour aboutir à l'humiliant traité de +Troyes (1420), expliquent pourquoi les relations entre les +sujets du Saint-Siège et la Cour de France subissent +<span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">43</a></span> +comme on temps d'arrêt jusqu'au moment où la lutte de +la maison de France avec les Bourguignons amène le +dauphin Charles dans le Midi, en 1419. Le nouveau +pape Martin V était, depuis son avènement, prévenu +contre le dauphin par les dénonciations des agents +bourguignons, qui accusaient l'héritier du trône d'être, +comme feu son oncle, un ami dévoué de Benoît XIII. Il +ne voyait donc pas sans quelque appréhension le dauphin +venir guerroyer sur les limites des possessions du +Saint-Siège <a name="FNanchor_151" id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>, au moment où le prince d'Orange se +disposait de son côté à envahir le Comtat et où les +garnisons bourguignonnes, alliées aux Anglais, occupaient +plusieurs places fortes du Midi et de la vallée du +Rhône. Dès 1419, le dauphin Charles demande à emprunter +aux États du Venaissin 6,000 florins d'or <a name="FNanchor_152" id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a> et à faire +entretenir pendant quatre mois par les États 1,000 hommes +d'armes, les engageant, de plus, à se liguer avec lui. +L'année suivante (1420), Charles informe le recteur qu'il +se dispose à traverser le territoire pontifical avec +10,000 hommes d'armes, et il l'invite à faire savoir aux +habitants qu'ils doivent prendre les mesures nécessaires +pour protéger leurs récoltes. Le pape Martin V, sur ces +entrefaites, se rapproche du dauphin et envoie à Lyon <a name="FNanchor_153" id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a> +Pierre d'Ailly, son légat, qui a une entrevue avec le +jeune prince. Ce rapprochement facilita la tâche du +dauphin en lui donnant l'aide des Avignonnais dans +l'attaque dirigée contre Pont-Saint-Esprit (1420). Charles +<span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">44</a></span> +est de passage à Avignon le 15 avril (1420) <a name="FNanchor_154" id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>. C'est +pendant son séjour qu'il négocia le prêt de l'artillerie de +la ville, qui fut conduite devant Pont-Saint-Esprit <a name="FNanchor_155" id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a>. Le +2 mai, le dauphin investit la place, qui était défendue par +une garnison bourguignonne alliée au prince d'Orange. +Après une résistance héroïque, la place fut emportée +d'assaut par les troupes royales qui se déshonorèrent par +toutes sortes d'excès (17 mai 1420) <a name="FNanchor_156" id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>. Le dauphin ne +manqua, dans la suite, aucune occasion de se montrer +gardien fidèle des traditions de la royauté. Une fois sur +le trône, il ne se départit jamais de ces sentiments, n'oubliant +point que les rois, ses prédécesseurs, avaient été +appelés «à leur grant gloire et louenge roys tres chrestiens, +vrays champions et principaux deffenseurs de +nostre saincte foy catholique <a name="FNanchor_157" id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>». Ces dispositions, +il les montra, on peut le dire, d'une façon toute particulière +dans ses rapports avec les sujets de l'Église, +notamment avec les Avignonnais et les gens du Comté. +Dès son avènement, ayant été informé par les syndics +et le conseil de la ville d'Avignon que quelques seigneurs, +dont les châteaux se trouvaient placés près de la frontière +des domaines de l'Église, sous prétexte de vider les +différends qui existaient entre eux, appelaient sous leur +bannière bon nombre de gens d'armes originaires du +Dauphiné, qui commettaient toutes sortes de ravages sur +<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">45</a></span> +les terres et possessions de l'Église, le roi mu par cette +considération «en faveur d'icelluy nostre sainct père et +ses dits subgectz et mesmement ceulx de la dicte ville +d'Avignon et du dit Comté que tous jours en tous nos +affaires avons trouvez pretz et bien enclinz à faire et +donner tant à nouz que aux nostres toute faveur, ayde +et confort à eulx possible toutes fois que requiz en ont +esté», ordonne à tous les gens d'armes qui avaient +quitté la province du Dauphiné de rentrer incontinent +dans leurs foyers «s'en retournant en leurs hostelz et +maizons et ès lieux dont partyz sont pour estre pretz +de venir à nous, sur ce à rencontre de nos diz ennemys, +toutefoiz que les manderons <a name="FNanchor_158" id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>».</p> + +<p>Cette agitation seigneuriale, qui menaçait d'entraîner +dans ses guerres privées les sujets du roi pour se jeter +sur les terres de l'Église dès les premières années du +règne de Charles VII, était la conséquence des revendications +de Geoffroy le Meingre. Le maréchal, son frère, +pris à Azincourt, puis captif en Angleterre, était mort en +1421, ne pouvant survivre à l'humiliation de sa patrie <a name="FNanchor_159" id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a>. +Son frère hérita de ses domaines que lui avait garantis +l'acte du 7 juillet 1399 <a name="FNanchor_160" id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a>. De plus, comme Benoît XIII, réfugié +à Paniscola, se mourant dans le dénûment le plus +complet, n'avait jamais pu rembourser à Jean Boucicaut +les 40,000 francs que ce dernier lui avait avancés en <i>1408</i>, +Geoffroy, comme héritier, se saisit aussitôt des villes +<span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">46</a></span> +dont l'inféodation avait été consacrée par le contrat passé +à Gênes et à Porto-Venere entre le pape et le maréchal. +Martin V essaya de s'opposer à cette prise de possession, +qui était discutable à coup sûr, puisque la légitimité de +Benoît XIII comme souverain pontife était elle-même +contestée; mais les châteaux et les villes étaient déjà +entre les mains des agents de Boucicaut <a name="FNanchor_161" id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>. Cette prise de +possession ne se fit pas sans violences, et les sujets du +pape protestèrent contre un acte passé sans leur +consentement; Charles VII lui-même intervint et demanda +des comptes à Geoffroy dont tous les vassaux réclamaient +la protection royale. Ce dernier fut convoqué à comparaître +devant le Parlement de Toulouse, pour répondre +de ses crimes et forfaits, mais Geoffroy avant fait défaut, +le roi lui confisqua les terres <i>d'Aramon</i> <a name="FNanchor_162" id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a> et de <i>Valabrègue</i> +qu'il avait reçues à perpétuité. Désormais chassé du +Languedoc, Geoffroy s'établit à poste fixe dans ses +domaines de l'Église, où il devenait pour la papauté un +voisin fort gênant. Un premier traité fut passé entre +Geoffroy et les représentants de la Chambre apostolique, +qui lui payèrent une somme considérable, à la condition +qu'il mettrait fin aux actes de brigandage dont il se +rendait journellement coupable <a name="FNanchor_163" id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>. Geoffroy promit, reçut +l'argent, feignit le repentir, mais il rompit aussitôt ses +engagements et employa les fonds de la Chambre +apostolique à rassembler une armée de routiers, gens de +<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">47</a></span> +sac et de corde, commandés par des capitaines qui se +sont fait un nom au milieu de ces guerres qui ont désolé +la vallée du Rhône, de Valence à Avignon, pendant les +premières années du règne de Charles VII. Parmi eux +figurent <i>Charles de Poitiers</i>, <i>Jean Ollivier</i>, <i>Saint-Vallier</i>, +écuyer de l'évêque de Valence, le <i>bâtard de Valence</i>, fils +de l'évêque de cette ville, <i>Anthoine de la Peype</i>, <i>Allegret +de Bonnyot</i>, <i>Aymard de Clermont</i>, <i>Jean de Geys</i> et le <i>bâtard +de Langres</i>. Bien plus, Geoffroy fait appel à ses compatriotes +de Touraine, et parmi ses meilleurs officiers on +trouve Jehan de <i>Champerons</i>, seigneur de la Porte <a name="FNanchor_164" id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>. +Cette petite troupe se grossit promptement d'une foule +d'aventuriers de toute origine, soldats sans emploi, +routiers et vagabonds, qui, comme jadis Raymond de +Turenne, considéraient comme une excellente aubaine de +guerroyer contre le pape. Pernes fut saccagé, Vaison +livré aux flammes, le château de Saint-Roman pris +d'assaut <a name="FNanchor_165" id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>. Charles VII, prié d'intervenir, écrivit au +sénéchal de Beaucaire, le sieur de Vilar, pour empêcher +qu'aucune entreprise fût dirigée contre Avignon +(20 avril 1426).</p> + +<p>D'un autre côté, Charles VII, par lettres patentes +données à Montluçon le 11 janvier 1426 <a name="FNanchor_166" id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a>, considérant +que Geoffroy le Meingre, dit Boucicaut, «chevalier est +<span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">48</a></span> +en intencion et volunté de faire guerre en la Conte de +Venisse qui est du patrimoine de nostre mère saincte +Église et des contez de Provence et Forcalquier, qui sont +lors Estats de nostre mère et de nostre très chier frère, +le roy de Jérusalem et de Cécile, son filz, et domagier +le pais et subgectz de nostre dit sainct père et nos ditz +mère et frère, a fait souldoyer gens d'armes et de trait +en nostre royaume et Daulphiné, et en nostre conte de +Valentinoys et desjà ayant passé oultre la dite rivière +du Rosne et se efforce de plus faire et a fait entrer +dans la terre de l'Église le sire de Clavaison, Anthoyne +de la Peype, chevalier, un nommé Gastonet, chevalier de Bron, un nommé Montchanu et autres capitaines +rotiers <a name="FNanchor_167" id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>, avec grant nombre de gens de Compaigne, +lesquels ont prins aucunes places en la dite terre de +l'Église, forcé femes, bouté feux, tué et murdry plusieurs +genz, prins prisonniers, faits plusieurs courses, +maulx et dommaiges innumérables». Charles VII, pour +ces motifs, fait défense à quiconque de ses sujets de +porter la guerre contre Avignon. Comme on le voit par +ce document, le roi de France protège les vassaux de +l'Église, mais ce n'est qu'une protection défensive en ce +sens qu'il interdit aux sujets royaux de prendre part aux +ravages commis par les officiers de Boucicaut sur les +domaines de l'Église. Martin V employa d'abord contre +ces brigands les armes spirituelles, et Guillaume Raimundi, +prévôt de l'église d'Avignon, en qualité de +commissaire apostolique excommunia en 1426 Geoffroy +<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">49</a></span> +le Meingre et ses officiers, qui avaient commis toutes les +atrocités relatées dans les lettres royales du 21 janvier +1426 <a name="FNanchor_168" id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a>. En même temps, l'évêque de Montauban, +Pierre Cottini, nommé recteur du Comtat, prit le +commandement des milices levées par les États et +s'empara, sur les troupes de Boucicaut, de la ville de +Pernes, dont Jehan de Champerons avait été nommé +gouverneur (12 avril 1426). Les habitants de la communauté +furent dispensés de payer les arrérages de tailles +pour tout le temps qu'elle avait été placée sous la +domination de Boucicaut. Mais bientôt, feignant de +nouveau la plus grande contrition et sollicitant le pardon +de ses crimes, Geoffroy, grâce à l'entremise de François +de Conzié, légat du Saint-Siège à Avignon qu'il avait +connu à l'époque du premier siège du palais <a name="FNanchor_169" id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a> (en 1398-1399), +obtint pour lui et pour ses complices, du pape +Martin V, une bulle d'absolution (23 mai 1426) <a name="FNanchor_170" id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a> totale. +C'est à la suite de cet accord que Geoffroy le Meingre se +réfugia avec ses bandes dans le château de Livron et +occupa également la forteresse de Narbonne <a name="FNanchor_171" id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a> dans le +terroir de Montélimar sur lequel il avait quelques droits +par l'oncle de sa femme Isabelle, Jean de Poitiers, évêque +de Valence. La présence de Boucicaut à Livron dès 1426 +est incontestable. Les comptes consulaires de la ville de +<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">50</a></span> +Valence <a name="FNanchor_172" id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a> portent une dépense de trois gros pour +Champel, Chaponays, etc., envoyés à la Roche de Glun +au-devant d'Humbert, maréchal, allant assiéger Boucicaut +dans le château de Livron (1426). C'est donc vers la fin de +cette même année que les gens d'armes à la solde des +Avignonnais viennent mettre le siège devant cette ville. +Bien qu'il n'y eût pas encore de traité officiel passé entre +Humbert et les Avignonnais, la ville d'Avignon supportait +les charges de cette expédition qui fut ruineuse pour la +malheureuse cité. Boucicaut assiégé appela à lui, de +l'autre côté du Rhône, un certain nombre de partisans +recrutés dans le royaume, qui avaient pour but de +débloquer <i>Livron</i> et d'attaquer les troupes pontificales. +Le conseil de ville d'Avignon et les élus de la guerre, qui +délibéraient avec eux depuis le siège du palais, traitèrent +avec un capitaine d'aventuriers, <i>Jean Boulet</i>, originaire de +Saint-Flour en Auvergne et seigneur de Châteauneuf-de-Melet, +pour qu'avec ses gens celui-ci s'opposât à leur +passage. Jean Roulet dut, pour arrêter les alliés de +Boucicaut, non seulement employer les armes, mais +encore acheter la paix. Nous trouvons en effet dans les +archives communales un document établissant que la +ville d'Avignon, pour tenir compte «au dit Jehan Roulet +de ses peines et debours», lui régla une indemnité de +4,250 écus d'or de la nouvelle frappe, dont 1,500 lui +furent comptés dans le courant de l'année 1427. Pour le +règlement du solde, ledit Roulet délégua à la ville une +somme de 1,430 écus à payer à un certain Pierre Bovis, +sur ce que la communauté d'Avignon lui redevait encore <a name="FNanchor_173" id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>. +<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">51</a></span> +Ce n'est donc point en 1428, comme quelques auteurs l'ont +cru, mais bien en 1427, que la ville d'Avignon fit assiéger, +par des gens d'armes à ses gages, Geoffroy le Meingre, +dans le château de Livron. A cette occasion, Martin V +n'abandonna pas ses fidèles sujets. Il envoie auprès d'eux +Jean de Rehate et Jean de Puteo pour leur dire qu'ils +n'ont pas à s'effrayer des menaces de leurs ennemis +(21 mars 1427) <a name="FNanchor_174" id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a>. Il donne pouvoir audit Jean de Rehate +d'assigner à la ville d'Avignon 6,000 florins pour les +besoins de la guerre, à prendre sur les revenus de la +Chambre apostolique, tant en Provence qu'en Savoie <a name="FNanchor_175" id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>. +Enfin, dès le mois de février 1427, il avait prescrit à +l'évêque d'Avignon de faire imposition sur le clergé pour +subvenir aux grands frais qu'il convenait de supporter +pour se garder contre les ennemis <a name="FNanchor_176" id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>. Grâce à ces subsides +de la curie romaine, les Avignonnais purent renforcer +leurs troupes occupées au siège de Livron. Un traité fut +signé le <i>31 janvier 1428</i> à Lyon, entre Thomas Busaffi, +d'une part, représentant la ville d'Avignon, et <i>Humbert +Maréchal</i>, capitaine de gens d'armes, d'autre part, aux +conditions ci-après <a name="FNanchor_177" id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>: 1<sup>o</sup> ledit Humbert s'engage à +défendre les propriétés, biens, meubles et immeubles et +personnes des Avignonnais contre les troupes de Boucicaut +et de ses adhérents avec cent hommes d'armes et +<span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">52</a></span> +cent hommes de trait (l'homme d'armes aura trois chevaux, +un page et un varlet); 2<sup>o</sup> chaque homme d'armes +recevra 20 florins, monnaie courante, par mois, et +chaque homme de trait à cheval 10 florins par mois, de +même monnaie; 3<sup>o</sup> ledit Humbert s'oblige à être rendu à +Vienne sous Lyon avec ses troupes, le 15 février prochain +<i>1428</i>. La paie des soldats sera due à dater de ce jour; +4<sup>o</sup> ledit Humbert, dès son arrivée à Avignon recevra pour +son compte la somme de 200 florins de ladite monnaie; +5<sup>o</sup> ledit Humbert s'oblige à se retirer, lui et ses gens, à +la première sommation qui lui en sera faite. Il est convenu +que ledit Humbert recevra sur la solde de ses troupes +1,500 florins dans la ville de Lyon, à-compte du premier +mois de solde, et le restant dès que lui et ses soldats +auront passé la rivière de l'Isère; 6<sup>o</sup> chaque chevalier ou +escuyer banneret qui fera partie des troupes dudit +Humbert recevra double paie.</p> + +<p>Geoffroy Boucicaut ne pouvait pas résister à des forces +aussi bien organisées, commandées par un vaillant officier. +Dès le mois de mars 1428, les bandes de Boucicaut, +après une résistance inutile, se dispersèrent et franchirent +le Rhône. Les documents font du reste absolument +défaut <a name="FNanchor_178" id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a> sur ce point et ne nous permettent pas de dire +comment Geoffroy quitta pour toujours ce pays où son +nom était en exécration. Quoi qu'il en soit, dès le mois de +mai 1428, toute guerre entre Avignon et les Routiers avait +pris fin, et Martin V relevait la ville d'Avignon, les syndics +et les citoyens de la promesse par eux faite à l'évêque +de Valence pour raison des dommages causés par +<span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">53</a></span> +leurs troupes au château de Livron <a name="FNanchor_179" id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a> (11 kalendes de juin +1428). Charles VII intervint quelques mois plus tard en +faveur de Jean de Champerons, seigneur de la Porte, +dont quelques biens et héritages avaient été confisqués +par les Avignonnais et les Comtadins: «Veuillez, pour +amour et honneur de nous, faire délivrer à nostre bien +aimé escuyer Jehan de <i>Champerons</i> ses héritaiges et +aultres biens meubles, les quelz soubz umbre du débat +qui naguères a esté entre nostre aimé et féal chevalier, +conseiller et chambellan Giefroy le Meingre du Bouciquault, +d'une part, et vous et les habitans de la ville +d'Avignon, d'autre, avaient esté pour empeschiez. Et +que avons esté assuré que le dit <i>Champerons</i> ne s'estoit +auculnement entremis ne meslé du débat dessus dit, +mais s'estoit durant icelluy tousjours tenu en nostre +pais de Touraine <a name="FNanchor_180" id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>.» Il semblerait donc résulter de ce +document que déjà, avant le siège de Livron, plusieurs +des officiers de Geoffroy l'avaient abandonné, puisqu'il +est avéré que Jehan de Champerons se trouvait en Touraine +en 1428. Quant à Boucicaut, il se retira dans sa +terre de Bridoré, dont il avait hérité en 1421, après la +mort de son frère <a name="FNanchor_181" id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>. Il y mourut l'année suivante, en +1429 <a name="FNanchor_182" id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>, comme l'indique, d'une façon certaine, une instance +en justice reprise à la fin de 1429 par sa veuve, Isabelle +<span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">54</a></span> +de Poitiers. L'héritage considérable, en titres il est +vrai plutôt qu'en biens immeubles dans les terres de +l'Église, passa à ses deux fils, Jean et Louis, dont les revendications +ultérieures donneront au dauphin Louis +un premier prétexte pour intervenir dans les affaires intérieures +du Venaissin <a name="FNanchor_183" id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>.</p> + +<p>Les conséquences du schisme qui divisait l'Église ne +devaient pas tarder à ramener l'attention de Charles VII +sur les événements qui se déroulaient dans les États du +Saint-Siège. Martin V, qui avait réussi à préserver ses +domaines de l'invasion de Louis de Châlons, prince +d'Orange, en 1430, et des troupes royales <a name="FNanchor_184" id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>, était mort au +moment où allait s'ouvrir le concile de Bâle, le 17 février +1431 <a name="FNanchor_185" id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>. Son successeur, Eugène IV (Gabriel Condulmaro) <a name="FNanchor_186" id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>, +annonce son élection aux syndics d'Avignon, par bref du +12 mars 1431 <a name="FNanchor_187" id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>. Or, comme le jour de l'ouverture du concile +il n'y avait que douze prélats présents, il décida de +transporter l'assemblée à Bologne, afin de pouvoir s'occuper +plus tranquillement des intérêts de ses domaines +citramontains <a name="FNanchor_188" id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a>. En attendant, il engageait les Avignonnais +<span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">55</a></span> +à prendre conseil du cardinal de Saint-Eustache <a name="FNanchor_189" id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a>, +légat extraordinaire du Saint-Siège dans cette ville, +homme de grande sagesse, et dans lequel le Saint-Siège +avait la plus entière confiance. Alphonse Carillo, cardinal +diacre du titre de Saint-Eustache, bien que d'origine +espagnole <a name="FNanchor_190" id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>, avait fait preuve des sentiments les plus +conciliants et les plus bienveillants vis-à-vis de la Cour +de France dans le règlement des différends soulevés à +propos des limites du Rhône, et que le Saint-Siège lui +avait donné mission de résoudre en 1430. Malgré sa nationalité, +Alphonse Carillo était l'homme des intérêts +français, et Charles VII était dans l'obligation de le ménager. +Aussi le roi, désireux de voir nommer à titre définitif, +comme légat à Avignon, un haut dignitaire ecclésiastique, +pour servir les desseins de la politique française, +prie les syndics d'Avignon de mettre à profit le +crédit et l'influence dont ils disposent à Rome pour obtenir +la nomination du cardinal de Saint-Eustache à Avignon, +«qu'il lui plaise ordonner nostre très cher et aimé +cousin le cardinal de Saint Eustace (<i>sic</i>), estant de présentement +en la ville d'Avignon son vicaire, ès partie +deça les monz come avez sceu par nos diz ambassadeurs +en passant par la dite ville. A la quelle requeste +nous entendu avons nostre dit Saint Père à aucunement +différer et encores diffère dont nous donne grans +merveilles, attendu les grans biens que à cause de ce +pourroyent advenir à tous les pais de par deça». +Charles VII insistait en faisant valoir les avantages que +<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">56</a></span> +ce choix procurerait tant au royaume de France qu'aux +États de l'Église; il les invite «à y envoyer pour ce messagiers +exprès qui poursuivront, avec nos ditz ambassadeurs, +la chose au nom de la cité d'Avignon. Nous +vous prions bien a certes pour tout l'amour et bienvueillance +qu'avez à nouz et à nostre dit royaume, et surtout +le plaisir et service que nous ferez que ceste chose +pour nostre dit cousin de Saint Eustace et non pour +aultre, vous vueillez poursuivre devers nostre dit Saint +Père, de manière quelle sortisse son effect et y envoyer +pour ce faire gens notables. Et ce vueillez faire telle +promte et bonne diligence que nous cognoistrons que +vous avez tousjours le bien de plus en plus de nous et +de nostre royaume dont estes prouchains voisins, +comme devez, et le service que en ce nous ferez recognoistrons +en temps et en lieu envers vous et la dite +ville d'Avignon <a name="FNanchor_191" id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>».</p> + +<p>Pour complaire à la demande de Charles VII, les Avignonnais +s'empressèrent d'appuyer auprès du Saint-Siège +la candidature du cardinal de Saint-Eustache, mais Eugène +IV leur fit savoir que la présence du cardinal comme +légat du Saint-Siège en Espagne était indispensable au +moment où la papauté se trouvait aux prises avec tant de +difficultés <a name="FNanchor_192" id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>. En même temps, pour mettre fin à toutes ces +démarches dictées par la France, Eugène IV annonça à +ses sujets d'en deçà la triple promotion de son frère Marc +Condulmaro aux fonctions d'évêque d'Avignon, de légat +<span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">57</a></span> +du Saint-Siège et de recteur du Venaissin (31 mars 1432) <a name="FNanchor_193" id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>. +Le nouveau légat vint aussitôt prendre possession de +son siège, et les États furent convoqués pour prêter serment +de fidélité. De violentes protestations s'élevèrent à +Carpentras et à Avignon contre le cumul, entre les mains +du même personnage, de fonctions si élevées et qui ne +pouvaient pas être réunies sans préjudice pour les intérêts +du pays <a name="FNanchor_194" id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>. En même temps, on attaquait violemment +les mœurs privées du nouveau représentant de la papauté <a name="FNanchor_195" id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>. +La guerre éclata de nouveau dans les domaines +de l'Église. D'un côté, Eugène IV, décidé à maintenir +son frère envers et contre tous; de l'autre, les Avignonnais +refusant de reconnaître Marc Condulmaro et se plaçant +sous la protection du concile de Bâle. Le schisme +qui divisait l'Église mettait ainsi les armes à la main aux +partisans du pape contre ceux du concile. La position du +roi de France ne laissait pas d'être embarrassante. Au +fond, Charles VII était pour les Avignonnais et pour +le candidat du concile, Alphonse Carillo <a name="FNanchor_196" id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>, mais il lui répugnait +d'engager directement la lutte contre le pape. +Aussi, dans ses lettres patentes données à Amboise le +20 juillet 1432 <a name="FNanchor_197" id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>, Charles VII s'empresse-t-il de déclarer +que les sujets du roi devront garder une stricte neutralité +à l'occasion de la querelle qui s'est élevée entre les +<span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">58</a></span> +sujets de l'Église et leur légat. Dans ce but, il écrit: +«Et pour ce que nous ne sommes pas advertiz des +causes des dites divisions et guerre, ni du bon droit ou +tort et querelles des dites parties ne quelles autres +ceste matière peut toucher, et aussi que pour le faict +de noz guerres contre les Anglais, autres ennemys et +adversaires de nous et de nostre royaume, il nous est +besoin de nous ayder et servir en plusieurs et diverses +marches et pays de nos vassaux et subgiectz, aux quelz +se appartient, de entremettre de la dite guerre à Avignon, +ne doit faire partie d'un cousté ne de l'autre, ne nous +ne voulons que aucunement s'en entremettent sans nos +congiés et licence.»</p> + +<p>Pendant ce temps, le concile de Bâle, qui avait accueilli +très favorablement la demande d'intervention des Avignonnais, +avait nommé, avec mission temporaire, comme +légat d'Avignon, Alphonse Carillo, cardinal de Saint-Eustache, +à la place de Condulmaro,qui était ennemi du concile +(inimicus concilii) <a name="FNanchor_198" id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a> (20 juin 1432). Ce dernier, obligé +de quitter son siège, se réfugia à Rome et fut transféré, +peu après, à l'évêché de Tarentaise <a name="FNanchor_199" id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>. C'est ce même +évêque que le pape Eugène IV délégua pour aller chercher +les Grecs à Constantinople, en 1437. Les Avignonnais +témoignèrent publiquement leur reconnaissance aux +pères du concile <a name="FNanchor_200" id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">59</a></span> +Cette attitude des Avignonnais, encouragée par Charles +VII qui s'appuyait sur le concile, était un acte de +révolte contre la papauté. Martin V, pour complaire au +roi de France et s'assurer son appui, résolut d'opposer au +candidat du concile un prélat énergique, diplomate de +premier ordre et qui était à Rome le confident du Saint-Siège <a name="FNanchor_201" id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>. +Ce choix avait encore une autre importance, il +ramenait au pape les Avignonnais, dont Pierre de Foix +était à Rome, depuis 1428, le protecteur avéré <a name="FNanchor_202" id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>. Le +16 août 1432, Pierre de Foix était nommé légat du Saint-Siège +à Avignon, et le 18 des kalendes de janvier <a name="FNanchor_203" id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>, dans +<span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">60</a></span> +une bulle donnée à Rome, Eugène IV déclare que l'acte +illégal du concile est réparé, puisque la ville est maintenant +placée sous l'autorité du légat pontifical <a name="FNanchor_204" id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a>. Pendant +ce temps, Alphonse Carillo avait quitté Avignon pour se +rendre à Bâle, laissant le gouvernement de la ville à +Philippe, évêque d'Auch <a name="FNanchor_205" id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>. Le but de son voyage était de +demander au concile les subsides nécessaires pour soutenir, +à main armée, la lutte contre le représentant légitime +du pape. Carillo s'adressa d'abord personnellement +<span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">61</a></span> +au fameux capitaine de routiers, Rodrigue de Villandrando, +comte de Ribaudeo, auquel il emprunta +2,000 écus d'or <a name="FNanchor_206" id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a>. La ville d'Avignon dut se porter garante, +comme il appert d'un acte en date du 6 juin 1442, +figurant dans l'inventaire des papiers de la maison de +Bourbon <a name="FNanchor_207" id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>.</p> + +<p>La désignation de l'archevêque d'Auch comme légat +intérimaire eut pour conséquence de transporter à Avignon +la vieille animosité des deux maisons de Foix et +d'Armagnac <a name="FNanchor_208" id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a>. C'était une guerre nationale dans les États +de l'Église. Le cardinal de Poix ne recula pas, comme +dit Quicherat, devant remploi de ce qu'on appelait alors +«le bras séculier» et fit appel à ses deux frères, les +comtes de Foix et de Comminges. D'un autre côté, le +concile, à l'instigation de Carillo, écrivit à Rodrigue de +Villandrando <a name="FNanchor_209" id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a> de faire une diversion du côté du Languedoc, +«invadere patriam linguæ occitaneæ <a name="FNanchor_210" id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>». Rodrigue +se porta au-devant des troupes gasconnes. Pendant ce +temps, le comte de Foix, sous prétexte de repousser les +bandes de Rodrigue, faisait voter 70,000 moutons d'or +par les États du Languedoc outre les 20,000 déjà accordés; +mais, en réalité, cet argent devait lui servir à s'emparer +d'Avignon <a name="FNanchor_211" id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a>. Informé des dispositions du célèbre +<span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">62</a></span> +routier, le comte de Foix laisse à Villeneuve-les-Avignon +son frère le cardinal, avec quelques gens d'armes, +et se porte rapidement vers le Pont-Saint-Esprit pour +franchir le Rhône (mars 1433) <a name="FNanchor_212" id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>. Avignon et le Venaissin +étaient dans la consternation. Les États, réunis à Carpentras +sous la présidence de Jean de Poitiers, votent +10,000 florins d'or pour la défense du pays et invitent le +recteur à aviser tous les châtelains, bailes et syndics de +faire bonne garde, <i>per litteras rigorosas et formidabiles</i> <a name="FNanchor_213" id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a> +(4 mai 1433). Dans leur détresse, les Avignonnais, brouillés +avec le pape, implorent l'intervention de Charles VII +et se font fort de sa protection auprès du comte de Foix <a name="FNanchor_214" id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a>: +«Très hault et puissant prince et redoubté, qu'il plaise à +vostre dite très excellente seigneurie de intercéder envers +le roy, qui est protecteur et bras de l'Église, qu'il +luy plaise nous donner et octroyer provision que nulle +violence ne dommaige ne soient faiz à nostre dit Saint +Père le Pape ne à la terre de l'Église par ledit Comte +ne son exercite, et sur ce obtenir lettres prohibitives +qu'ils soient préservez de tout inconvénient que pourroit +advenir.» La ville en même temps se préparait à la +résistance, désignait au nombre de dix ou de douze les +Élus de la guerre, contractait des emprunts et informait +le concile de Bâle de la marche en avant des troupes gasconnes <a name="FNanchor_215" id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>. +Forte de 2,000 cavaliers et 200 fantassins, l'armée +du comte de Foix avait envahi le comté par le nord. +Le 12 mai 1433, les gens d'armes gascons entrent à Malaucène <a name="FNanchor_216" id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>, +<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">63</a></span> +où ils font un certain nombre de prisonniers; +ils occupent Bollène. Personnellement, le candidat était +accompagné de plusieurs conseillers, notamment d'évêques +et de plusieurs abbés, dont le célèbre évêque de Conserans, +Tristan d'Aure, auteur de tout le mal. Ce dernier +fait des avances aux Avignonnais et aux Comtadins <a name="FNanchor_217" id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a>. +L'Abbé de Lézat se rend auprès de Jean de Poitiers, recteur +du comté, pour lui faire des propositions de paix au +nom de son patron. D'abord hésitants, les gens du Venaissin +se rapprochent du parti du nouveau légat <a name="FNanchor_218" id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a>. Le 13 mai +1433, Carpentras et la plupart des villes ouvrent leurs +portes au cardinal qui fait une entrée triomphale à Monteux +et se prépare à emporter d'assaut le château du +Pont de Sorgues, qui était la clef de la défense d'Avignon. +Pendant que le cardinal soumettait ainsi l'un +après l'autre les villes et villages de sa légation, Jean de +Grailly <a name="FNanchor_219" id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>, captal de Buch, un des plus audacieux capitaines, +de l'armée du Comte de Foix, était venu mettre le +siège devant Avignon <a name="FNanchor_220" id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>. Les assiégeants avaient disposé +en batterie, contre les remparts, des balistes, catapultes, +trébuchets et autres engins de guerre qui lançaient pardessus +les murailles d'énormes quartiers de rochers écrasant +maisons et habitants <a name="FNanchor_221" id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>. La panique s'était emparée +<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">64</a></span> +des Avignonnais. Les uns, partisans de Carillo et du concile, +soutenaient l'archevêque d'Auch et prêchaient la +résistance à outrance. Les autres, au contraire, gagnés +par les flatteries du cardinal, étaient d'avis d'ouvrir les +portes aux assiégeants. Sur ces entrefaites, une sédition +éclata dans la ville et, grâce à cette diversion, le cardinal +entra dans Avignon par la brèche, sous la bannière de +ses frères, pendant que l'archevêque d'Auch s'enfuyait +par une poterne <a name="FNanchor_222" id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a> (juin 1433). Quant à Rodrigue de Villandrando, +soit qu'il jugeât ses forces numériquement +trop inférieures à celles du comte de Foix, soit, comme +on peut le présumer, que le cardinal eût acheté sa retraite +à prix d'argent <a name="FNanchor_223" id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a>, il traversa le Rhône avec ses bandes +pour aller ravager le Rouergue <a name="FNanchor_224" id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>. Ainsi se terminait le +siège d'Avignon qui avait mis aux prises, sur un autre +terrain, le pape et les cardinaux dissidents de Bâle. La +victoire restait en définitive au pape de Rome; et la Cour +de France, bien qu'ayant observé une prudente réserve, +y trouvait son compte, car le pays ne pouvait pas désirer +un légat plus foncièrement français et plus dévoué au +bien de sa patrie que le cardinal de Foix. Dans tout le +cours de sa longue carrière (1432-1464), sans oublier ce +qu'il devait aux papes et à l'Église, Pierre de Foix servit, +avec un zèle constant, la politique de Charles VII, comme +celle du dauphin Louis, dans les circonstances où les +événements le firent négociateur et arbitre des intérêts +opposés.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">65</a></span> +Charles VII ne cessa d'entretenir les meilleurs rapports +avec le nouveau légat. En 1435, sur l'ordre du roi, le gouverneur +du Languedoc, manquant d'argent, dans l'attente +du paiement de l'aide votée par les États, emprunte +10,000 moutons d'or à des marchands d'Avignon pour +secourir Saint-Denys <a name="FNanchor_225" id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a>. Mais les agissements des pères +réunis à Bâle ne tardèrent pas à donner au roi une occasion +de faire connaître aux Avignonnais ces dispositions +favorables, tout en mettant à exécution un projet qui répondait +aux secrets désirs de Charles VII. Au mois de +juin 1436, le concile de Bâle livré à des querelles de +personnes, était devenu le théâtre de violences regrettables +et de discussions scandaleuses, à ce point que le +cardinal de Pavie, Æneas Sylvius Piccolomini, appelait +cette assemblée «la synagogue de Satan <a name="FNanchor_226" id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>». Charles VII, +toujours désireux de mettre un terme aux divisions qui +agitaient l'Église, avait envoyé à Bâle une ambassade +pour demander que le pape fût traité avec respect et déférence, +et qu'une ville fût désignée où seraient convoqués, +en vue d'une union générale, les représentants de +l'Église grecque <a name="FNanchor_227" id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a>. Lyon réclamait pour elle, mais le concile +hésitait entre Rome, Pise, Florence et Sienne. Le +7 mai 1433, le concile avait décidé, à une majorité très +contestable, puisque beaucoup de membres ayant pris +part au vote n'avaient pas droit de suffrage, que le concile +se tiendrait soit à Bâle, soit à Avignon, soit dans une +ville de Savoie. Le choix d'Avignon plaisait particulièrement +à Charles VII qui voyait là une occasion d'accroître +<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">66</a></span> +son prestige personnel et d'attribuer à la France un rôle +prépondérant dans l'apaisement du schisme. Par lettres +du 11 février 1433, le roi de France informa les pères du +concile qu'il se prononçait pour Avignon <a name="FNanchor_228" id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a>. Il promettait, +à cette occasion, son concours le plus actif. Il enverrait à +l'empereur de Constantinople des lettres pour l'engager +à s'y rendre. Il donnerait un sauf-conduit aux prélats +aragonais et autoriserait la levée d'une «<i>décime</i>» sur +les bénéfices ecclésiastiques du royaume pour faire face à +la dépense, mais à la condition que «cette décime» ne +pourrait pas être perçue avant le mois de mai 1437 <a name="FNanchor_229" id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a>. Les +pères du concile étaient divisés en deux partis. Les uns, +notamment les Grecs, repoussaient le choix d'Avignon +pour une ville italienne, autant que possible une ville +maritime, en vue des facilités de transport. Les cardinaux +français et italiens, notamment Louis Alemand, cardinal +d'Arles et le plus fougueux adversaire d'Eugène IV, Tedeschi, +archevêque de Palerme, préconisaient le choix +d'Avignon. Enfin, après un débat tumultueux, le concile +décida, le 3 février 1437, que, si dans cinquante jours la +ville d'Avignon n'avait pas compté les 70,000 ducats +d'or dont elle s'était obligée à faire l'avance pour le transport +des Grecs, on renoncerait au projet de transfert +dans cette ville <a name="FNanchor_230" id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a>. La communauté s'était mise en mesure +de remplir des engagements écrasants pour ses finances. +Charles VII, de son côté, par lettres patentes données à +Montpellier, le 17 avril 1437, et confirmées le 10 mai suivant <a name="FNanchor_231" id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a>, +prescrivit la levée «d'une décime» sur les bénéfices +<span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">67</a></span> +des seize personnes ecclésiastiques composant son conseil, +hormis deux, et demanda même à la ville d'avancer +au trésor royal certaines sommes sur ses ressources personnelles +pour les frais occasionnés par la convocation du +futur concile <a name="FNanchor_232" id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>. Mais la ville, malgré l'appel fait à tous +ses concitoyens, ne put pas réunir la somme convenue. +Du reste, dans l'intervalle, de graves événements s'étaient +passés au sein du concile. Dans la réunion du 7 mai 1437, +les deux partis, dit Héfelé, semblables à deux armées +ennemies en présence, avaient été sur le point d'en venir +aux mains <a name="FNanchor_233" id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>. La minorité, composée de la partie la plus +saine du concile, ayant droit de suffrage, opta pour les +Grecs et le choix d'une ville italienne. Le décret rendu +par elle fut scellé avec le sceau du concile enfermé dans +une armoire dont la serrure avait été forcée, ce qui équivalait +à un faux. Malgré l'opposition de la majorité, composée +des prélats français et de la masse des clercs et +abbés n'ayant pas droit de vote, Eugène IV reconnut +valable la décision de la minorité, et le choix d'Avignon +fut définitivement écarté (7 juillet 1437) <a name="FNanchor_234" id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a>. C'était un échec +pour Charles VII et pour la France, mais Eugène IV +triomphait. Au fond, le pape, s'il ne s'était jamais ouvertement +prononcé contre le transfert à Avignon, ne partageait +pas à cet égard l'opinion de la majorité des pères +qui étaient ses plus ardents ennemis. Le souvenir des +vexations et des déboires de Benoît XIII, dans cette +même ville, hantait l'esprit du souverain pontife; l'accueil +fait à son frère par les Avignonnais en 1432, et leur attachement +<span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">68</a></span> +à Carillo, légat du concile, n'étaient point de +nature à l'encourager à se prononcer pour Avignon. Et +nous croyons les appréhensions du souverain pontife justement +fondées, car le transfert à Avignon, étant données +les dispositions de la majorité, c'était la papauté livrée +aux mains des cardinaux factieux. Cependant les pères +restés à Bâle étaient trop irrités contre Eugène IV pour +abandonner la lutte. Le 31 juillet 1437, ils proclament le +pape contumace <a name="FNanchor_235" id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a>. Le 18 octobre, ils suppriment la bulle +transférant le concile à Ferrare et, le 14 janvier, ils prononcent +la suspension d'Eugène IV <a name="FNanchor_236" id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a>. De son côté, par +lettres du 23 janvier 1437, Charles VII défend aux prélats +de son royaume et du Dauphiné de se rendre à Ferrare <a name="FNanchor_237" id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a> +pour répondre à la convocation du pape. Le roi ne perdait +pas espoir de faire revenir au choix d'Avignon. A cet +effet, il écrivait à Jean Paléologue de s'y rendre, lui promettant +qu'il y viendrait en personne et que, certainement +le pape ne manquerait pas d'y assister <a name="FNanchor_238" id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a>. Occupé, +dans le courant de l'automne 1437, au siège de Montereau <a name="FNanchor_239" id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>, +Charles VII entretient encore les Avignonnais +dans leurs espérances à propos du voyage des Grecs et +de la translation du concile à Avignon: «Et avons tousjours +ferme propos et intencion de aider et donner +toute faveur et confort à vous et à toute la cité d'Avignon, +en l'exécution de l'œuvre encommencée et ce +mestier est vous garder et defendre saucunz vous vouloient +<span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">69</a></span> +donner empeschement ou porter dommaige à +l'occasion de ce, et d'en escrire à nostre Sainct Père le +Pape ou ailleurs ou besoin seroit.» Il insiste à diverses +reprises auprès de l'empereur de Constantinople en disant +que la nation de France avait mis en avant le choix +d'Avignon <a name="FNanchor_240" id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a>.</p> + +<p>Pendant ces pourparlers qui ne devaient pas aboutir, +les pères du concile avaient consommé leur rupture avec +le pape. Le 24 janvier 1438, Eugène IV était «suspendu» +par l'assemblée de Bâle, et l'autorité pontificale était +transférée au concile <a name="FNanchor_241" id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>. C'était le triomphe de la suprématie +du concile sur la personne du souverain pontife, +idée qui depuis le commencement du schisme, et surtout +depuis Benoît XIII, avait fini par prévaloir dans les +mœurs ecclésiastiques. Comme conséquence, et pour +examiner les décisions prises par l'assemblée de Bâle, +Charles VII convoqua à Tours, pour le mois de mai 1438, +le clergé de France, qui tint sa réunion à Bourges, le +1<sup>er</sup> mai 1438. C'est de là que sortit la pragmatique sanction. +Ces derniers événements, qui avaient profondément +agité l'Église de France, mettaient fin au projet de la +réunion du concile à Avignon. Mais la ville avait fait +antérieurement des avances pour aller quérir les Grecs, +et demandait, si elle n'avait pas le concile, à être remboursée +de ses débours <a name="FNanchor_242" id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a>. Charles VII, qui avait contribué +<span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">70</a></span> +personnellement à jeter la ville dans ce projet onéreux, +donna satisfaction aux Avignonnais par lettres patentes +datées de Bourges le 14 juillet 1438, en obligeant le +paiement, tant dans le royaume qu'en Dauphiné, «de la +décime» imposée sur les bénéfices ecclésiastiques, en +vue de rembourser les 70,000 ducats d'or avancés par la +ville et dont le roi avait profité. «Sur la quelle décime et +les denierz que en ystroient les citoyenz et habitans +d'Avignon devoyent estre paiés premièrement et avant +tout euvre de certaine grosse somme de denierz quils +ont payée pour aler quérir les empereur et patriarche de +Constantinople et autres du pays de Grèce et les conduire +et amener au dit lieu d'Avignon ainsi qu'il avait +este traicté, accordé et promiz aux dits citoyens et habitanz +d'Avignon.» Mais les avances de la ville furent +partiellement perdues. En 1459 <a name="FNanchor_243" id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a>, les Avignonnais sont +obligés d'envoyer en Savoie, en Dauphiné, à Lyon, à +Mâcon, un ambassadeur spécial, Michel de Valperge, qui, +muni d'une lettre de la collectairie, après l'assentiment de +Jehan de Grolée, prévôt de Montjou, recueille pour le +compte des Avignonnais de l'argent partout où il se +trouve: «Je passeray au partir de ceste ville à Machon +et à Lion et à Vienne et pour le pays du Dalfiné et pranderay +tout argent que je troveray prest et tout envoieray +jour de An <a name="FNanchor_244" id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a>.» On voit donc par ce document que +malgré les engagements qu'il avait pris vis-à-vis de la +<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">71</a></span> +ville d'Avignon, Charles VII n'avait pu la faire rentrer +dans ses déboursés. Malgré la promulgation de la pragmatique, +Charles VII ne cessa pas d'avoir avec Eugène IV +des rapports cordiaux. Bien que le pape eût excommunié +les pères du concile (4 septembre 1439) et que ces derniers +en réponse eussent donné la tiare à Amédée VIII +de Savoie (Félix V) (5 novembre 1439), le roi continua à +ne reconnaître comme légitime que le pape de Rome, +pour lequel il montrait la plus grande déférence, sans +toutefois consentir à aucune concession relativement à la +pragmatique.</p> + +<p>De son côté, Eugène IV se ménageait l'appui de la +France. L'année après que le concile eut été transféré de +Florence à Rome (26 avril 1441), Eugène IV envoyait à +Charles VII une ambassade avec mission de passer par +Avignon pour saluer le cardinal de Foix, en vue de témoigner +au roi de France toute sa déférence <a name="FNanchor_245" id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a>. Le concile de +Bâle tint sa dernière session le 16 mai 1443, en l'absence +de Félix V, fixé à Lausanne. Il n'avait plus à compter, et +faiblement encore, que sur l'appui de l'empire. Son rôle +était fini et Eugène IV rentrait à Rome, le 23 décembre +1443 <a name="FNanchor_246" id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[246]</a>, avec le prestige d'une autorité fortifiée. Néanmoins, +les chefs de la majorité, entre autres Louis Alemand, +continuant la lutte, tentèrent de susciter des +difficultés au Saint-Siège dans ses États d'en deçà, ce qui +amena le projet de traité passé entre Eugène IV et +le dauphin Louis, en novembre 1444, à l'insu de Charles +VII.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">72</a></span></p> + +<h2>CHAPITRE III</h2> + +<p class="center">Le Dauphin Louis et le projet de traité secret<br /> +avec le Saint-Siège (novembre 1444).</p> + +<p class="hanging content">Le dauphin Louis.—Première tentative pour s'emparer d'Avignon +et du comté Venaissin.—Négociations entre le Dauphin et le +pape Eugène IV.—Rôle du cardinal de Foix.—Protestation +des États.—Le projet échoue (novembre-décembre 1444).</p> + +<p class="p2">Les relations de Louis XI avec les États pontificaux de +France constituent l'un des chapitres les plus intéressants +de ce règne et l'un des moins connus. Ni Mathieu, +ni l'abbé Legrand, ni Duclos n'ont soupçonné ce côté, +cependant si curieux, de la diplomatie secrète d'un souverain +dont ils ont étudié la politique dans ses moindres +détails. Parmi les auteurs contemporains, M. Legeay n'a +rien tenté pour combler cette lacune. Seul, M. de Beaucourt, +dans la remarquable étude qu'il a consacrée aux +rapports de Charles VII avec son fils, a indiqué en quelques +lignes les accusations portées contre le dauphin +Louis que son père soupçonnait avec raison de vouloir +mettre la main sur les possessions du Saint-Siège situées +sur les bords du Rhône.</p> + +<p>La politique de Louis XI, dans ses rapports avec les +États du Saint-Siège, comprend cinq phases bien caractérisées:</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">73</a></span> +1<sup>o</sup> (<i>1444</i>). Louis, dauphin, cherche à s'emparer de +l'administration d'Avignon et du Comtat par voie de +négociations secrètes engagées dans ce but avec le pape +Eugène IV.</p> + +<p>2<sup>o</sup> (<i>De 1447 à 1452</i>). Le dauphin noue plusieurs intrigues +qui doivent lui faciliter l'occupation du Comté. Il +lance indirectement des expéditions à main armée contre +les frontière des États; des violences sont commises par +les officiers et agents du dauphin contre les personnes et +les biens des sujets pontificaux. Il soulève la question de +la succession des Boucicaut et ne s'arrête que devant +l'intervention directe de Charles VII.</p> + +<p>3<sup>o</sup> (<i>De 1463 à 1464</i>). Louis XI se prépare à recueillir +la succession du cardinal de Foix en imposant au Saint-Siège +un légat à sa dévotion qui sera l'instrument de la +politique royale à Avignon et dans le Comté.</p> + +<p>4<sup>o</sup> (<i>De 1468 à 1470</i>). Louis XI, dont les visées ont été +déjouées par le pape à propos de la désignation du successeur +du cardinal de Foix, emploie tous les moyens pour +obtenir que la légation d'Avignon soit donnée au cardinal +de Bourbon, archevêque de Lyon. Il y réussit, et désormais +l'influence française est prépondérante dans l'ancienne +ville papale.</p> + +<p>5<sup>o</sup> (<i>En 1476</i>). Le conflit entre le roi et Jules de la Rovère, +légat pontifical, fournit à Louis XI un prétexte suffisant +pour menacer d'une occupation militaire les possessions +de l'Église, mais le serment de fidélité prêté par les +Avignonnais au roi de France, à Lyon (juin 1476), apaise +momentanément le mécontentement royal.</p> + +<p>Charles VII avait donné à son fils l'administration du +<span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">74</a></span> +Dauphiné par lettres du <i>28 juillet 1440</i> <a name="FNanchor_247" id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a>, mais ce n'est +qu'en 1445 ou janvier 1446 que, brouillé avec la Cour, +Louis se retire définitivement dans son gouvernement et +s'installe à poste fixe à Grenoble où il administre d'une +façon indépendante «battant monnaie, levant des impôts, +créant un parlement, fondant une université, courbant +sous sa volonté le clergé et la noblesse, favorisant et +anoblissant les bourgeois, épousant sans le consentement +paternel Charlotte de Savoie, contractant des +alliances avec ses voisins ou leur déclarant la guerre, +exerçant en un mot le pouvoir d'une manière aussi +absolue que si le Dauphiné avait été séparé de la +France <a name="FNanchor_248" id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a>». Mais auparavant le dauphin avait dirigé la +campagne contre les Suisses, terminée par le combat de +Saint-Jacques (26 août 1444) qui amenait Louis et ses +troupes aux portes de Bâle <a name="FNanchor_249" id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a>. Le concile, qui depuis bientôt +treize ans siégeait dans cette ville, n'était plus que l'ombre +de lui-même <a name="FNanchor_250" id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a>; son plus puissant appui, Alphonse V, roi +d'Aragon, avait fait sa paix avec Eugène IV qu'il avait +reconnu comme pape légitime, et rappelé les évêques +dont l'archevêque de Palerme, Tedeschi, était une des +lumières du concile (juillet 1444). Dans l'intervalle, le +pape Eugène IV était, après dix ans d'exil, rentré à Florence +(28 septembre 1443), et le concile, abandonné successivement +par ses premiers partisans, n'avait plus +comme appui que l'Empire. Néanmoins, malgré son état +<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">75</a></span> +de «léthargie», l'assemblée était encore redoutable pour +Eugène IV. Il persistait à soutenir Amédée de Savoie, +Félix V, contre le pape légitime, et il avait décidé, le +16 mai 1443, qu'à trois ans de là le concile serait transféré +à Lyon <a name="FNanchor_251" id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a>.</p> + +<p>Toutes ces décisions, bien qu'émanant d'une assemblée +discréditée et sans force morale, n'en étaient pas moins +une cause d'agitation menaçante pour la paix de l'Église +et pour la personne du souverain pontife. Aussi ne faut-il +pas chercher ailleurs la raison qui devait pousser +Eugène IV à placer les États pontificaux de France sous +la protection d'un prince assez puissant pour les défendre, +dût la papauté les perdre pour toujours. Le concile soupçonnait +sûrement les intentions du Saint Père, car, par +décision du 26 septembre 1437 <a name="FNanchor_252" id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a>, il interdit formellement +l'aliénation d'Avignon et du Comtat dont Eugène IV, +disait-on, voulait se défaire par peur de voir un pape +rival s'y établir. Les vues du pape s'étaient portées sur le +dauphin de France. On ne saurait en douter en présence +des témoignages de sympathie et des faveurs exceptionnelles +qu'il accorde au dauphin Louis, précisément au +moment où se termine la campagne contre les Suisses. +Eugène IV alla-t-il, comme l'affirme M. Vallet de Viriville <a name="FNanchor_253" id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[253]</a>, +jusqu'à engager le dauphin à dissoudre le concile? +nous n'en avons aucune preuve. Mais nous savons +<span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">76</a></span> +qu'Eugène IV, par un rescrit du 29 août 1444 <a name="FNanchor_254" id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[254]</a>, conféra +au dauphin le titre de <i>Gonfanonier de l'Église</i>. Ce titre +était accompagné d'une pension de 15,000 écus romains +sur les revenus de la chambre apostolique. Ces procédés +de la part du pape donnaient la mesure de ses intentions +sur le rôle qu'il destinait au dauphin, lorsqu'un événement +d'une certaine gravité, qui eut pour théâtre Avignon +même, contribua à rapprocher encore le Saint-Siège du +dauphin de France, et donna naissance à des négociations +secrètes qui devaient aboutir à la cession des États du +Saint-Siège à l'ambitieux fils de Charles VII sous couleur +de protectorat <a name="FNanchor_255" id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[255]</a>. Le 15 septembre 1444 <a name="FNanchor_256" id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a>, un certain +Hugolin Alemand, parent du cardinal d'Arles, Louis +Alemand, un des prélats les plus influents du concile de +Bâle et l'un des ennemis les plus acharnés d'Eugène IV, +se présenta au lever du jour devant les portes de la ville, +à la tête d'une troupe nombreuse de Savoyards armés, +criant: «Vive Savoye et Papa Félix!» Les assaillants +mettent garnison aux portes de la ville et occupent la +porte du Pont. Cette tentative d'occupation d'Avignon +<span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">77</a></span> +à main armée au nom de l'anti-pape Félix V, avait +été organisée secrètement par Louis Alemand et les +pères du concile qui avaient compté sans l'énergie et +l'activité toute militaires du légat d'Eugène IV à Avignon, +le cardinal Pierre de Foix; mais celui-ci faisait bonne +garde et pouvait opposer ses fidèles gascons aux aventuriers +savoyards. Le cardinal appela aux armes tous les +citoyens avignonnais et se mit lui-même à la tête des +troupes. Après quelques heures d'une lutte acharnée, les +assaillants furent mis en déroute, poursuivis dans les +environs de la ville et pendus en grand nombre par +ordre du cardinal de Foix. Eugène IV, informé de ce qui +s'était passé, ordonna à l'évêque de Conserans, Tristan +d'Aure, alors gouverneur de la place d'Avignon, de poursuivre +avec la dernière rigueur les partisans de l'anti-pape +et de ne faire aucun quartier aux prisonniers <a name="FNanchor_257" id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a>. +Alarmé par l'audace de ses ennemis, le pape chercha +pour ses États un protecteur, et Vallet de Viriville <a name="FNanchor_258" id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[258]</a> avance +même que ce titre fut donné au dauphin <i>Protector +Venaissini</i>, bien qu'aucune trace de cet acte ne subsiste +dans les registres d'Eugène IV. Aux comptes secrets +d'Eugène IV, nous trouvons à la date du 13 novembre 1444 +une dépense de 158 florins et 25 sols pour l'achat de deux +couvertures d'écurie, couleur écarlate, envoyées au dauphin +par le pape comme cadeau de bonne amitié <a name="FNanchor_259" id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a>. Ce que +l'on ne saurait nier, c'est qu'à ce moment, et presque +aussitôt après l'attaque d'Hugolin Alemand contre Avignon, +le pape et le dauphin durent engager des pourparlers +<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">78</a></span> +secrets en vue de la cession à Louis des possessions +de l'Église sur la rive gauche du Rhône. Grâce aux +registres des délibérations des États nous avons pu +reconstituer toutes les phases de ces négociations si +curieuses, et faire connaître un épisode de l'administration +du dauphin Louis resté jusqu'à ce jour absolument +inédit <a name="FNanchor_260" id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a>.</p> + +<p>Le 24 novembre 1444, les États du Comtat se réunirent +à Carpentras sous la présidence de Roger de Foix, abbé +de Lézat <a name="FNanchor_261" id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a>, régent du Comtat et chargé, de la part du +cardinal de Foix, son oncle, de faire aux élus une communication +de la plus haute importance. Il expose aux +représentants du pays que le pape Eugène IV a donné au +dauphin Louis, fils du roi de France «le gouvernement +et l'administration» du comté de Venaissin et de la ville +d'Avignon: «Dominus noster papa Eugenius dedit et +contulit regimen et gubernacionem presentis comitatûs +Venayssini et civitatis Avenionensis illustrissimo principi +domino Dalphino Viennensi, domini Francorum +Regis filio <a name="FNanchor_262" id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a>.» La déclaration du régent avait un caractère +de sincérité et de gravité particulier, en ce sens qu'il +n'était, dans la circonstance, que le porte-parole du cardinal +de Foix, légat du Saint-Siège à Avignon. Le régent +affirmait que ledit cardinal avait vu, dans les mains d'un +<span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">79</a></span> +camérier secret envoyé par le souverain pontife, une +cédule contenant les principaux articles de l'acte de donation +qui devait être passé entre le représentant du +Saint-Siège et un certain écuyer nommé <span class="smcap">Optaman</span>(?), délégué +spécialement, à cet effet, à Avignon, comme procureur +du dauphin <a name="FNanchor_263" id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a>. En exposant les faits, par ordre du +cardinal de Foix, aux représentants du comté de Venaissin, +le régent ne pouvait leur laisser ignorer que ce projet +de cession était très mal vu du dit cardinal comme de lui-même; +il ajoutait qu'il ne voulait pas, en présence de +l'assemblée, se laisser aller à des écarts de langage de +nature à déplaire au pape et au dauphin, mais qu'il ne +pouvait s'empêcher de protester solennellement <a name="FNanchor_264" id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a> contre +<span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">80</a></span> +la convention projetée. Après avoir fait cette déclaration, +le régent, suivant l'usage, quitta la salle des séances pour +laisser les élus délibérer en toute liberté sur les mesures +à prendre. Le surlendemain, les États se réunirent dans +le local habituel (26 novembre 1444) pour examiner la +conduite à tenir à la suite des déclarations de Roger de +Foix. Après une longue délibération, ils décidèrent d'envoyer +à Avignon, auprès du cardinal-légat, une véritable +commission d'enquête chargée de provoquer les explications +du cardinal et de rapporter sa réponse aux États <a name="FNanchor_265" id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>. +La délégation comprenait <i>Jehan de Beaudiera</i>, prieur de +Bédoin, de l'ordre des Bénédictins, licencié ès-lois; pour +les nobles, Gauffredi de Vénasque; pour la judicature de +l'Isle, noble de Sades du Thor; pour la judicature de +Valréas, seigneur Pierre Dauphin junior, juge de Valréas, +et pour celle de Carpentras, Bertrand d'Alauzon et +Gérard de Pernes. Les ambassadeurs des trois États se +mirent en route pour Avignon où le cardinal-légat les +reçut en audience et ne fit que leur répéter en détail ce +que son neveu Roger de Foix avait déjà exposé à l'assemblée +du pays, en protestant très énergiquement contre +les intentions du Saint-Père.</p> + +<p>Les délégués rentrèrent à Carpentras le 28 novembre +1444 et, le soir même, ils rendaient compte de la mission +<span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">81</a></span> +dont ils avaient été chargés. C'est alors que les États résolurent, +en assemblée générale, d'envoyer au pape une +ambassade, à Rome, à l'effet de protester contre ce projet +de cession des domaines de l'Église au dauphin, en déclarant +de la façon la plus formelle que les populations du +Venaissin voulaient rester sous la domination pontificale +et sous le gouvernement du cardinal Pierre de Foix. +L'ambassade avait pour instruction de remontrer au +pape: «que le comté de Venayssin et la ville d'Avignon, +étant propriétés de l'Église romaine, offraient un refuge +assuré à tous les chrétiens de l'univers, Français, Anglais, +Espagnols, Allemands qui avaient coutume de la +visiter en se rendant à Rome, d'y demeurer et d'y faire +leurs affaires en toute sécurité. Les bannis de tous les +pays trouvaient sur la terre papale un refuge assuré, +et le jour où les États cesseraient d'appartenir au Saint-Siège, +c'en était fait de <i>cette réputation de ville hospitalière +et libre</i> dont Avignon jouissait en pays étrangers <a name="FNanchor_266" id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a>».</p> + +<p>Il est à croire qu'en présence de l'attitude de ses sujets, +tant à Avignon qu'à Carpentras, Eugène IV renonça à +son projet, et les pourparlers déjà très avancés, comme +nous l'avons vu, furent abandonnés. Aucun document ne +nous autorise à croire que Charles VII ait eu connaissance +des relations de son fils avec le souverain pontife; +mais, à coup sûr, comme nous le verrons plus tard, +il n'eût pas manqué de condamner sévèrement ce +marché.</p> + +<p>Quoi qu'il en soit, inquiet sans doute de l'agitation que +pouvait provoquer en deçà des Alpes l'aliénation des +<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">82</a></span> +terres de l'Église, Eugène IV s'empressa de démentir +les affirmations du cardinal de Foix. Dans un premier bref +adressé aux États du Venaissin le 20 novembre 1444 <a name="FNanchor_267" id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a>, il +déclare que jamais il n'a eu la pensée d'aliéner les terres +et les droits de l'Église romaine, mais qu'il s'est, au contraire, +toujours efforcé de les étendre, et que les États +ont pu constater qu'il a fait tous les sacrifices possibles +pour les protéger contre les ennemis de l'Église. Il les +engage à ne rien croire des faux bruits qui ont été mis +en circulation; il les invite à vivre dans la fidélité et +l'obéissance de l'Église et à se soumettre respectueusement +à l'autorité du légat Pierre de Foix. Ce premier +bref, si on le remarque, est adressé quatre jours avant la +séance où Roger de Foix dénonce aux États la conduite +du pape. Aussi il est vague, sans fait précis, et plutôt +destiné à effacer la fâcheuse impression produite par la +divulgation des intentions du Saint-Siège. Dans un second +bref de décembre 1444 <a name="FNanchor_268" id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a>, Eugène IV, voulant dissiper +tout malentendu, fait savoir aux États qu'il a été +instruit de certains propos «disseminatos sermones» répandus +au sujet d'un projet d'aliénation des terres de +l'Église au dauphin Louis. Il les informe qu'il n'a jamais +eu l'intention de se séparer d'eux, mais qu'au contraire +il entend conserver ses États sous le gouvernement de +l'Église et du pape, et qu'il veut que désormais, comme +<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">83</a></span> +dans le passé, ils ne cessent pas d'obéir au cardinal-légat. +Deux brefs analogues étaient envoyés en même temps, +et presque à la même date, aux consuls d'Avignon, pour +les rassurer sur les intentions du Saint-Siège à leur +égard <a name="FNanchor_269" id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a>.</p> + +<p>Malgré l'énergie de ces dénégations, et quelque habileté +qu'Eugène IV eût mise à cacher ses desseins, il n'en +est pas moins vrai qu'un projet de cession des États +citramontains de l'Église au dauphin Louis, vers la fin de +l'année 1444, a existé, et nous venons d'en fournir des +preuves irréfutables. Quelle a été la part du futur Louis XI +dans ces négociations? Il serait difficile de le dire, et aucun +document ne permet même de le soupçonner. Il est +hors de doute que, dans cette occurrence, l'initiative n'appartient +pas au dauphin, qui certainement était flatté de +la confiance du pape, mais à Eugène IV, qui préférait +renoncer au besoin aux possessions de l'Église en deçà +des Alpes que de les voir tomber entre les mains d'un +rival suscité et soutenu par le concile de Bâle. Avec son +expérience des hommes et des choses, son grand bon +sens et son énergique volonté, le cardinal-légat Pierre +de Foix comprit le danger que ce projet faisait courir à la +papauté, et c'est certainement son intervention auprès +d'Eugène IV qui amena la rupture des négociations et le +maintien des Avignonnais et des Comtadins sous l'autorité +du Saint-Siège.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">84</a></span></p> + +<h2>CHAPITRE IV</h2> + +<p class="center">Le dauphin Louis et ses agissements vis-à-vis<br /> +des États citramontains de l'Église</p> + +<p class="center">(1444-1461).</p> + +<p class="hanging content">L'héritage des Boucicaut.—Invasion à main armée du Venaissin +par les agents du Dauphin.—L'expédition de Troyhons (1450).—Intervention +de Charles VII.—Ambassade de Jehan de Lizac +à Avignon (mars 1451).—Mission du cardinal d'Estouteville +(1452).—Les dernières intrigues du dauphin.</p> + +<p class="p2">Malgré l'échec de leur combinaison, le dauphin Louis +et Eugène IV n'en restèrent pas moins d'excellents amis <a name="FNanchor_270" id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>. +Fixé désormais dans son gouvernement du Dauphiné, +entouré de familiers sûrs et dévoués, Louis put donner libre +cours à «ce talent d'intrigues et d'agissements occultes +qu'il devait pousser si loin <a name="FNanchor_271" id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>». Naturellement, toute son +attention devait se porter sur ses voisins. Nous le voyons +successivement, dans une pensée politique qui, du reste, +lui fait le plus grand honneur, chercher à étendre vers le +midi les limites de son Dauphiné, comme il travaillera +plus tard à pousser plus loin les frontières de son royaume, +<span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">85</a></span> +tout en donnant aux provinces cette cohésion qui est la +première condition de l'unité territoriale et politique d'un +grand État.</p> + +<p>La pensée dominante du règne de Louis XI, et que la +plupart de ses historiens ont à peine soupçonnée, c'est l'occupation +du littoral de Provence qui doit donner à la +France la prépondérance sur la Méditerranée. Déjà ce +dessein caché se fait jour dans l'administration du dauphin, +et c'est morceau par morceau, peut-on dire, que +Louis cherche à s'annexer successivement les territoires +qui séparent le domaine royal des possessions de la seconde +maison d'Anjou. Sur sa route, il devait rencontrer +comme une barrière les terres de l'Église, mais il n'était +pas prince à reculer devant cet obstacle. Un premier +échange avec le duc de Savoie (4 avril 1446) <a name="FNanchor_272" id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a> donne à +Louis les comtés de Valentinois et de Diois pour le Faucigny, +province éloignée, sans importance, alors que les +pays échangés confinaient aux domaines de l'Église et +donnaient libre accès dans la vallée du Rhône. De là à +mettre la main sur Montélimar, il n'y avait qu'un peu +d'adresse diplomatique et elle ne manquait pas au dauphin. +Les papes avaient, il est vrai, depuis 1228 <a name="FNanchor_273" id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a> des +droits incontestés sur Montélimar que ne détruisaient pas +les prétentions des rois de France sur cette ville. Une +première fois, le dauphin, par lettres patentes datées de +<span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">86</a></span> +Nancy, le 29 mars 1445, avait abandonné ses droits sur +Montélimar en faveur d'un certain Arrighi, mais la donation +n'eut pas de suite <a name="FNanchor_274" id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a>. Le 22 juillet 1446 <a name="FNanchor_275" id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a>, Eugène IV, +pour des raisons inconnues renonça à sa part de droits sur +Montélimar en faveur du même Arrighi; mais comme +pour le Venaissin en 1444, cette donation provoqua parmi +les habitants de la seigneurie de Montélimar une vive +émotion; une ambassade fut envoyée auprès du souverain +pontife pour lui remontrer que la portion de ladite seigneurie, +appartenant à l'Église, ne pouvait être aliénée +sans compromettre la sécurité d'Avignon et du comté +Venaissin, «cum sit clavis et introitus dicti comitatûs <a name="FNanchor_276" id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a>». +L'ambassade obtint l'annulation de la donation consentie +à Arrighi, qui n'était peut-être que le fidéi-commis du +dauphin, mais la proie était trop tentante pour que ce +dernier la laissât échapper. On le voit, à ce moment +même, entretenir les relations les plus étroites avec Eugène +IV, qui lui fait payer par Robert Damien, archevêque +d'Aix, une somme de 20,000 florins <a name="FNanchor_277" id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a> sur les revenus +des églises de France. Depuis longtemps, d'autre part, +Louis négociait des traités secrets avec le cardinal de +Foix, qui avait sans doute pour mission de préparer les +bases d'une convention destinée à mettre Montélimar +entre les mains du dauphin de France. Les conditions du +<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">87</a></span> +nouveau traité furent discutées à Romans (mars 1447) +entre Louis et Pierre de Foix et approuvées par le successeur <a name="FNanchor_278" id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a> +d'Eugène IV, Nicolas V. Mais le traité définitif ne +fut signé que le 13 mai 1447 à Carpentras <a name="FNanchor_279" id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a>; il porte la signature +de Louis et de Pierre de Foix. Le dauphin rendait +au pape le château de Grillon et recevait en échange +la seigneurie de Montélimar, ou du moins «la part et +porcion que le sieur de Grignen soulait tenir de Monteil +Aymart tenu en fie et hommaige de mon dit sieur pieca +baillée à Nostre Saint-Père le Pape par le dit de Grignen». +C'était, pour la chambre apostolique et la papauté +un marché de dupe <a name="FNanchor_280" id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a>, car Louis gardait pour lui la +part la plus considérable; en outre, il s'engageait à rendre +hommage pour la seigneurie nouvellement acquise +au recteur du Comtat. Il se garda bien de tenir sa parole +et c'est là, nous le verrons plus tard, un des griefs principaux +portés à Rome contre le dauphin, en 1461. Cette +acquisition de Montélimar par le fils du roi de France +mettait désormais Avignon et le Venaissin à sa merci; +sa politique, du reste, à ce moment, avait dans la ville des +papes un agent tout dévoué, le cardinal de Foix, et c'est +<span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">88</a></span> +à coup sûr sous l'inspiration de ce dernier que le conseil +de ville d'Avignon délibère, le 27 avril 1447, d'offrir +50 florins en vaisselle d'argent «au sérénissime dauphin +de Viennois <a name="FNanchor_281" id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a>».</p> + +<p>Cette année même, au mois de novembre 1447, une +ambassade est envoyée à Carpentras par le dauphin. Les +archives municipales nous en fournissent la preuve indéniable <a name="FNanchor_282" id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a>. +Quel était le but de cette ambassade? Nous ne +saurions le dire, mais le dauphin, ayant des moulins à +Carpentras depuis de longues années <a name="FNanchor_283" id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a>, profitait peut-être +de ce prétexte pour sonder les dispositions des États et +chercher une cause qui l'amenât à intervenir dans les affaires +intérieures des vassaux du pape. Peut-être encore +est-il permis de supposer qu'il s'agissait de la ratification +du traité passé en mai de la même année? En présence +de la pénurie des documents, on peut se demander, avec +quelque raison, si déjà, dès 1447, le dauphin Louis ne se +portait pas en revendicateur des biens et héritages des +neveux du maréchal Boucicaut, les fils de Geoffroy le +Meingre, mort en 1429, et que nous voyons figurer dans +un acte authentique du 23 juin 1452 extrait des archives +de Valréas <a name="FNanchor_284" id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a> <i>Louis le Meingre</i> <a name="FNanchor_285" id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a> <i>et Jean le Meingre</i>. Nous +croyons donc pouvoir supposer avec quelque fondement +que là est le véritable but de l'envoi à Carpentras des +gens du dauphin en novembre 1447.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">89</a></span> +Nous ne croyons pas avoir à revenir sur l'origine de +cette question, assez obscure du reste, que nous avons +cherché à élucider ailleurs autant que les documents à +notre disposition nous l'ont permis. Rappelons seulement +en quelques mots l'état de la question au moment où le +dauphin s'établit dans son gouvernement.</p> + +<p>Malgré les efforts et les bonnes dispositions du cardinal +de Foix, le litige qui s'était élevé au sujet de l'attribution +des biens de la succession du maréchal de Boucicaut et +de son frère Geoffroy était resté pendant. A la demande +du dauphin, les États se réunirent à Carpentras, en 1448 <a name="FNanchor_286" id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a>, +pour délibérer sur la réponse à faire aux revendications +des héritiers. Les élus ne purent s'entendre. Mais Louis +devient plus pressant et informe l'assemblée du pays que +les Boucicaut l'ont chargé de faire valoir leurs droits <a name="FNanchor_287" id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a> et +il appuie sa réclamation par une lettre qu'il confie à deux +des familiers de son hôtel, maître Ferraudiz «maistre des +requestes» de l'hôtel du dauphin, et Anthoyne d'Alauzon, +«escuier de son escuerie <a name="FNanchor_288" id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a>»; il fait savoir aux États qu'ils +doivent «adjuster plaine foy et créance à tout de ce que +de nostre part ils vous diront». La missive était écrite +de Romans le 15<sup>e</sup> jour de may 1450. Introduits au sein +de l'assemblée les envoyés y exposèrent l'objet de leur +voyage au sujet des Boucicaut, mais aucune conclusion +ne fut prise <a name="FNanchor_289" id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">90</a></span> +Mécontent de la mauvaise volonté des représentants +comtadins, Louis emploie la menace et fait avancer quelques +soldats pour intimider les officiers pontificaux. Le +cardinal de Foix cherche à calmer l'irritation du dauphin +et dépêche auprès de lui le gouverneur d'Avignon, Tristan +d'Aure, évêque de Conserans, qui ne fut pas reçu. +De son côté, le dauphin expédiait au cardinal-légat le +sieur d'Estissac <a name="FNanchor_290" id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a>, avec mission d'exposer à Pierre de +Foix ses revendications et d'insister pour le paiement +d'une somme de 6,000 fr.; à cette condition il promettait +d'oublier ses griefs. Les exigences de Louis portées à la +connaissance des États, ceux-ci donnèrent pleins pouvoirs +au cardinal de traiter pour une somme aussi modérée que +possible (27 octobre 1450).</p> + +<p>Au fond, les réclamations présentées aux États par le +dauphin de France, pour le compte des Boucicaut, n'étaient +qu'un prétexte que ce dernier cherchait pour avoir l'air +de les mettre dans leur tort, et avec l'intention calculée +de justifier les attaques et les violences de toutes sortes +dont ses propres officiers et lui-même allaient, dans le +même temps, se rendre coupables vis-à-vis des vassaux +de sa Sainteté. Bien décidé à combattre le pouvoir temporel +des évêques en Dauphiné, Louis engageait la lutte +sur les propres domaines de l'Église sans aucun ménagement. +Cette résolution se montre partout au moment +même où il refuse de reconnaître la suzeraineté de +l'évêque de Grenoble, coseigneur de la ville, et l'oblige +à lui rendre hommage à lui-même (18 octobre 1450); il +<span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">91</a></span> +suit une politique semblable vis-à-vis des villes et villages +appartenant au Saint-Siège, mais enclavés en Dauphiné <a name="FNanchor_291" id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>. +Nyons, Vinsobres, Mirabel-les-Baronnies étaient en Dauphiné, +mais le dauphin devait prêter hommage pour ces +villes au recteur du Comtat, ouvrir les portes quand le +recteur se présentait, faire arborer pendant un jour les +armes des papes au sommet de la tour de la ville et payer +chaque année un marc d'argent. Louis refusa énergiquement +sur tous ces points de donner satisfaction au +Saint-Siège <a name="FNanchor_292" id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a>.</p> + +<p>Presque aux confins de la seigneurie de Montélimar +était la terre de Pierrelatte qui faisait partie du comté +Venaissin. Les papes avaient droit à l'hommage des +coseigneurs de cette terre, qui le prêtaient au recteur du +Comtat. Louis secrètement excite les vassaux du Saint-Siège +à la révolte, et à partir de 1450 <a name="FNanchor_293" id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a> ceux-ci refusent +de rendre hommage au recteur, prétendant qu'ils ne le +devaient qu'au dauphin. Ce premier coup porté aux +droits du Saint-Siège fut suivi d'un second beaucoup plus +grave, puisqu'il s'agit d'une véritable confiscation d'un +territoire pontifical. La même année, en effet, à la suite +d'une rixe qui avait éclaté entre les habitants de Caderousse +<span class="pagenum"><a name="Page_92" id="Page_92">92</a></span> +et des sujets de la couronne, au passage du +Rhône, quelques-uns de ces derniers ayant été blessés +ou tués, le dauphin exige des États et du légat une +somme de 4,000 écus comme compensation des torts faits +à ses vassaux, et n'étant qu'à demi satisfait de ces concessions, +Louis met la main sur Pierrelatte <a name="FNanchor_294" id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a>.</p> + +<p>La Chambre apostolique eut à subir également une +nouvelle injustice de la part de Louis. Cette dernière, +depuis un temps immémorial, avait le droit de percevoir +à la Palud <a name="FNanchor_295" id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a> un ducat par boisseau de blé transporté sur +le Rhône. Le dauphin contesta ce droit et refusa de se +rendre aux observations de la cour de Rome. Ces vexations +répétées produisirent à Avignon et dans tout le +Venaissin un vif mécontentement, et après délibération, +il fut décidé qu'une ambassade serait envoyée simultanément +au pape et à Charles VII, avec mission de dévoiler +au roi la conduite odieuse de son fils. La minute de ce document +nous a été heureusement conservée <a name="FNanchor_296" id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a>. Le mémoire +rédigé sans aucun doute sous l'inspiration du cardinal +<span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">93</a></span> +de Foix relatait tous les faits dont il vient d'être parlé. +A côté, et pour mieux montrer combien étaient légitimes +les plaintes des Avignonnais et des Comtadins, le +mémoire faisait allusion à quelques menus griefs dont +Louis croyait avoir à se plaindre. Il y était dit entre autres +que le dauphin passant une nuit à la Palud, le capitaine +du lieu, ignorant qui il était, avait refusé de lui ouvrir les +portes. Autre grief: un certain Aynard, dit <i>le seigneur +des Marches</i>, se tenait dans une tour appelée le +Burset et dépouillait, capturait ou tuait les personnes +d'Avignon et du Venaissin qui venaient à passer à portée +de ses gens. Le cardinal de Foix voulant pourvoir à la +sûreté commune, le fit déguerpir à main armée. Le dauphin +prit cet acte de vigueur pour une «injure personnelle», +bien que la tour de Burset fût située en Provence, +dans le domaine du roi de Sicile, et que ce dernier eût +autorisé le légat à expulser ledit seigneur des Marches +même <i>manu militari</i>. Le dauphin se plaignait encore d'un +outrage qu'il aurait reçu des habitants de Bollène qui +avaient enlevé du territoire de Bozon, appartenant au +Comtat, et hors de sa juridiction, les poteaux portant +ses armes et panonceaux, et réclamait de ce chef une +grosse indemnité pécuniaire. Forts de leur bon droit, +les sujets du pape objectaient à leur tour que les officiers +du Dauphiné empiétaient sur les États du Saint-Père, +plantant çà et là les armes de leur seigneur, +comme ils l'avaient fait à Caromb, aux portes de Carpentras, +devant un verger d'oliviers, propriété de François +de Ponte. En outre, ils accordaient à des Comtadins la +sauvegarde du dauphin, ainsi que cela s'était vu naguère +pour la garde des tours de Piolenc.</p> + +<p>Enfin, les mêmes officiers, quoique le château des +<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">94</a></span> +Pilles fût du domaine de l'Église et de la juridiction de +Valréas, avaient sommé le seigneur de ce lieu de comparaître +devant eux pour souscrire en faveur du dauphin +l'hommage de son fief <a name="FNanchor_297" id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a>.</p> + +<p>La mesure était comble, et toutes ces plaintes accumulées +furent portées à la connaissance de Charles VII par +le pape et par le cardinal de Foix dans les derniers mois +de 1450. Au moment où les doléances des Avignonnais +parvinrent à la Cour, la situation entre le dauphin et son +père était très tendue. Le roi se trouvait, depuis le commencement +de l'hiver, aux Montilz-les-Tours, dont il +avait fait sa résidence de prédilection. C'est là qu'entouré +d'une foule de seigneurs appartenant aux plus anciennes +familles de la noblesse française, Charles VII donnait des +fêtes splendides tout en dirigeant avec habileté les affaires +de l'État <a name="FNanchor_298" id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a>. C'est au milieu de cette Cour hostile au dauphin +que furent apportées les nouvelles des attentats +dont il s'était rendu coupable vis-à-vis des vassaux du +Saint-Siège. Charles VII, fort courroucé des allures indépendantes +de son fils, le faisait surveiller étroitement; il +n'ignorait pas son projet de mariage avec Charlotte, fille +du duc de Savoye, qui était contre sa volonté. Déjà, un +an auparavant (février 1450), Charles VII avait envoyé +auprès de son fils Thibaud de Luce <a name="FNanchor_299" id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a>, évêque de Maillezays, +chargé de faire au dauphin de vifs reproches sur +les points suivants: «Il avait mécontenté le roy par son +attitude à l'égard des églises du Dauphiné; la rumeur +publique l'accusait, en outre, «de vouloir s'emparer +<span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">95</a></span> +d'Avignon et du Comtat», ce qui serait contre Dieu et +contre l'Église <a name="FNanchor_300" id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a>.»</p> + +<p>Les lettres du cardinal de Foix et des consuls d'Avignon +durent mettre le comble à la colère du roi contre +son fils, et au mois de février 1451 Charles VII paraît se +résoudre à une action énergique. Nous en trouvons l'indice +dans l'envoi simultané de deux ambassadeurs, l'un à +Chambéry, «le Roi d'armes de Normandie», qui devait +notifier au duc de Savoie l'opposition formelle de Charles +VII au mariage du dauphin avec la princesse Charlotte; +l'autre, de «Jean de Lizac», premier sergent +d'armes de la maison du roi, qui recevait l'ordre de se +rendre en toute hâte à Avignon pour faire connaître aux +syndics de la ville et au cardinal de Foix les intentions de +Sa Majesté. Nous avons pu retrouver dans les registres +des délibérations du conseil de ville la copie des instructions +royales, que nous reproduisons in-extenso, et la réponse +des Avignonnais auxdites instructions:</p> + +<div class="blockquote"> +<p>«<i>Instruction de par le Roy à Jehan de Lizac, premier +huissier d'armes dudit sire, sur ce qu'il a affaire par +devers le Cardinal de Foyx et les bourgeoys et habitans +de la cité d'Avignon, touchant la matière dont cy après +est faicte mencion:</i></p> + +<p>«Premièrement, s'en yra par ses journées jusques au +dit lieu d'Avignon. Et en son chemin et au dit lieu +<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">96</a></span> +d'Avignon se informera et enquerra là où il verra +estre affaire et par bons moyens se aulcuns traictez se +sont fais ou font avecques monseigneur le dalphin ou +aultres de par luy, de bailler et mettre ès mains de +mon dit seigneur la ville d'Avignon et conte de Venissy, +et par quelles gens et moyens la chose se doit +fere se ainsi est <a name="FNanchor_301" id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a>.</p> + +<p>«Item et suppose que les choses dessus dites soyent +vrayes ou non. Après les salutations accoustumées, +présentera les lettres closes que le roy escript au dit +cardinal de Foix. Et après aus dits manans et habitans +de la dite ville d'Avignon.</p> + +<p>«Item et pour sa créance leur dira que dès pieca et +puis naguères nostre saint père (Nicolas V) a fait savoir +au roy, par lettres et de bouche, et espécialement et +dernièrement, par le doyen de Ségobie, les grands +maulx et entreprinses que continuelement se faisoient +par les gens du dict monseigneur le dalphin et de son +adveu, sur les terres et seigneuries de notre dit saint +père et de la sainte Église catholique, et sur ses +hommes et subgetz. Et principalement sur ceulx du +dit lieu d'Avignon et du dit conte de Venissy et autres +des dites Marches. Et de ce a esté pareillement adverti +le roy par le dit cardinal d'Avignon, en requérant instamment +au roy provision sur ce.</p> + +<p>«Item dira ledit de Lizac que, après ces choses, le roy +a fait savoir aus dits cardinal et habitans que les entreprises +dessus dites navaient point été faites par adveu +ne de son sceu et consentement, mais en avoit esté +et estoit très desplaisant et courroucé. Et que quant aucuns +<span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">97</a></span> +feroient ou porteroyent dommage à notre dit +Saint-Père et aux terres et seigneuries de l'Eglise et +subgets d'icelle. Et il estoit requis en ayde qu'il si employeroit +en toutes manières possibles au bien et honneur +de notre dit Saint-Père et à la conservation des +droits de ladite Esglise.</p> + +<p>«Item dira que nonobstant toutes ces choses on a puis +naguères rapporté au roy que aulcuns font avecques +mon dit seigneur le dalphin ou avec autres de par luy +certains traictiez ou accors de bailler ou faire bailler à +mon dit seigneur le dalphin les dits villes d'Avignon et +conte de Venissy qui seroit, se ainsi estoit, chose préjudiciable +à notre dit Saint-Père le pappe et en son grant +préjudice et dommage et diminucion des droits et seignories +de lui et de l'Esglise. Et lesquelles choses le roy +ne peut bonnement croire que ainsi soit.</p> + +<p>«Item dira pour celle cause le roy l'envoye par delà +expressément pour les advertir des choses dessus dites +et obvier à icelles. Et pour leur dire et remonstrer que +se la chose advenoit, ce qu'il ne pourroit bonnement +croyre, le roy y prendroit très grant desplaisir et nen +pourroit estre content, et seroit contraint de y donner +provision à l'onneur de notre dit Saint-Père et du Saint-Siège +apostolicque telle qu'il appartiendroit.</p> + +<p>«Item et tout ce qu'il trouvera touchant les choses dessus +dites et aultres deppandans de la matière, rédigera +par escript, et les rapportera au roy pour procéder au +surplus ainsi qu'il appartiendra.</p> + +<p>«Faict aux Montilz-lez-Tours, le <span class="smcap">VIII</span><sup>e</sup> jour de mars l'an +mil <span class="smcap">CCCCLI</span>.</p> + +<p class="right">«J. de Laloëre.»</p> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">98</a></span></p> +<div class="blockquote"> +<p class="center"><i>Coppia littere responcionis tradite dicto Johanni +de Lizacco primo hostiario regio:</i></p> + +<p>«Très hault, très puissant prince et très redoubté seigneur. +Nous nous recommandons à vous tant et très +humblement que fere povons. Très haut, très puissant +prince et très redoubté seigneur, plaise vous savoir que +nous avons receues vos gracieuses lettres avec honneur +et révérence à nous possible par votre premier huissier +Jehan de Lizac et si avons oye sa créance et bien entendue. +Contenant en partie comme ainsi que comme +l'on vous a rapporté que nous voulions mettre ceste +cité d'Avignon hors des mains de l'Esglise et aultrement. +Sur quoy, très humblement vous rescripvons que +au disposer de ce que notre loyalté ne requierre que +jamais n'a esté ne ne sera en notre pensée par ainsi +que de ceste matière avons parlé et en parlement avecques +le très révérend père en Dieu, Monsieur le cardinal +de Foix, vicaire et légat de notre Saint-Père le pappe. +Duquel seigneur sommes seurs et certains que jamais +n'a esté ne sera son entencion de le faire. Et se l'on +vouloit entreprendre de faire le contraire, le dit monseigneur +le cardinal et nous y résisterons de notre +force et de tout notre povoyr tous les jours en espérance +de votre bon ayde et confort ainsi que plus à plain +avons dit et remonstré audit de Lizac. Et, au brief, vous +certifions plus au long par message exprès. Lequel +monseigneur le cardinal pareillement vous en rescript. +Très hault, très puissant prince et très redoubté seigneur, +de votre bon advisement et très nobles propos +sommes toujours et avons esté bien advisez, donc à +votre royal magesté tant et si humblement que plus povons +<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">99</a></span> +et remercions, car Dieu mercy, par votre magesté +tant que luy a esté possible de sa bénigne grâce comme +vray bras dextre et protecteur de l'Esglise et subgets +d'icelle, avons esté de plusieurs dangiers et affaires à +ceste cité contraires gardez et préservez. Et aussi avons +esté toujours et encore sommes en bonne espérance +que toujours votre magesté ne daignera penser ou faire +souffrir estre fait le contraire, mais comme avez de +bonne coustume votre magesté nous aura toujours en +sa grâce et espéciale recommandacion. Pour ce, très +hault, très puissant prince et très redoubté seigneur, +très humblement vous supplions qu'il vous plaise de +nous mander et enjoindre tous vos très nobles plaisirs +et services pour les acomplir de très bon cuer sans +faillir, avec povoir du plaisir de Dieu qui vous doine +bonne vie et longue et acomplissement de vos très +nobles plaisirs.</p> + +<p>«Escript en Avignon le premier jour d'avril.»</p> +</div> + +<p>En outre de ses instructions, Jean de Lizac apportait au +conseil une lettre du roy, dont nous reproduisons +l'original inédit conservé aux archives de la ville.</p> + +<div class="blockquote"> +<p class="hanging"><i>Copie de la lettre que Charles VII fit remettre aux consuls +d'Avignon par Jean de Lizac, premier huissier d'armes +dudit sire (8 mars 1451):</i></p> + +<p>«Charles par la grâce de Dieu roi de France,</p> + +<p>«Tres chiers et bons amys, vous savez assez les grans +plaintes et doléances que notre Saint-Père le pappe, par +ses lettres et aultrement nous a despieca, et puis +naguères faites touchant les entreprinses que notre +<span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">100</a></span> +beau filz le dalphin et aultres de par luy et a son +adveu ont puis naguères fait sur ses hommes et subgetz +et sur les terres et seigneuries de l'Esglise. Et pareillement +nous en a escript notre tres chier et amé cousin, +le cardinal de Foix, et aussi nous en avez escript. Sur +quoy nous avons fait scavoir notre voulonté et intencion +bien a plain. Néantmoins nous avons puis naguères +entendu que aulcuns traictiez accors et convencions se +maynent et conduisent avec notre dit filz de luy bailler +ou à aultres de par luy la ville d'Avignon et conte de +Venissi, lesquelles choses se elles se mettoyent à exécution +seroient au grant grief préjudice et dommage de +notre dit Saint-Père et du Saint-Siège apostolique veu le +conseil que scavez que notre dit filz a de présent +avecques luy, comme avons fait savoir bien aplain à +notre dit cousin le cardinal. Sy vous signifions ces +choses affin que y mettiez remedde et provision convenable. +Car se la chose advenoit, ce que ne pourrions +bonnement croyre, nous y prendrions tres grant desplaisir +et serions contrains de y donner provision à +lonneur de notre dit Saint-Père et dudit Saint-Siège +apostolicque telle quil appartiendra. Ainsi que plus à +plain avons dit et déclaré de bouche à Jehan de Lizac +escuier, notre serviteur et premier huissier d'armes, +porteur de ces présentes pour le vous dire et rapporter. +Sy le vueillez croire et adjouster foy ad ce que de par +nous vous en dira.</p> + +<p>«Donné aux Montilz lez tours, ce <span class="smcap">VIII</span><sup>e</sup> jour de mars <a name="FNanchor_302" id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a>,</p> + +<p class="left60">«Charles,<br /> +<span class="i2">«de la Loëre.»</span></p> +</div> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">101</a></span> +Il ressort des documents produits ci-dessus que +Charles VII soupçonnait fortement son fils de méditer +l'occupation des États citramontains du Saint-Siège et de +cacher ses ténébreux desseins, avec la complicité du cardinal +de Foix dont le rôle et l'attitude dans cette circonstance +peuvent paraître très équivoques. Quoi qu'il en +soit, les consuls d'Avignon s'empressèrent d'adresser au +roi cette missive dans laquelle ils se défendaient très +énergiquement de vouloir «mettre ceste cité d'Avignon +hors des mains de l'Esglise et aultrement». Ils donnent +comme garantie de la loyauté de leur parole l'approbation +du cardinal-légat: «duquel seigneur sommes seurs +et certains que jamais n'a esté, ne sera son entencion +de le faire. Et se l'on vouloit entreprendre de faire le +contraire ledit monseigneur le cardinal et nous y resisterons +de notre force et de tout notre povoyr, tous les +jours en espérance de votre bon ayde et confort, ainsi +que plus a plain avons dit et remonstré au dit de Lizac.» +Le conseil de ville envoyait en outre au roi un messager +exprès chargé d'assurer Sa Majesté, au nom du conseil et +du cardinal de Foix, de leurs sentiments de respectueuse +déférence et de dévouement à la couronne <a name="FNanchor_303" id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a>.</p> + +<p>Louis, alors en Dauphiné, eut presque aussitôt connaissance +des rapports adressés au roi contre lui. Il en conçut +une violente irritation contre les Avignonnais, et comme +nous le verrons dans un autre chapitre, cette rancune +subsistait encore dix ans après, car ce fut le premier +reproche que Louis, devenu roi, adressa aux ambassadeurs +d'Avignon dans l'audience qu'il leur accorda <a name="FNanchor_304" id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a> +<span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">102</a></span> +(7 décembre 1461). Quant au cardinal, avec une grande +souplesse diplomatique, qui est le fond même de son +caractère, il sut, sans déplaire au dauphin, laisser croire +à Charles VII que jamais les droits des papes n'avaient +été en d'aussi bonnes mains que les siennes. En somme, +ni du côté de la Savoie, ni du côté d'Avignon, Charles VII +n'obtenait satisfaction. Bien plus, l'attitude et les nouveaux +agissements du dauphin montrèrent chez lui une intention +de plus en plus arrêtée de braver les ordres de son +père.</p> + +<p>En effet, moins de trois mois après l'envoi de l'ambassade +à Charles VII, au moins de juin 1451, la peste +sévissait à Avignon et, comme d'usage, toutes les personnes +aisées qui avaient pu se procurer un logis à la +campagne avaient fui le foyer de l'infection. Allemand de +Pazzis <a name="FNanchor_305" id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a> et Louis Gaspardini, qui étaient de ce nombre, +avaient cherché un refuge au lieu d'Entraigues <a name="FNanchor_306" id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a> (<i>Inter +aquas</i>) avec leur famille.</p> + +<p>Sur ces entrefaites, un nomme Pierre Troyhon <a name="FNanchor_307" id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a>, ancien +trésorier du roi René, organisa une troupe d'hommes +<span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">103</a></span> +d'armes, archers et varlets, et se porta secrètement +avec tout son monde par une marche rapide sur Entraigues, +dans le Venaissin, où il arriva de nuit et quand +tout le monde était couché. Ces brigands se saisirent de +Pazzis et de Gaspardini qui reposaient dans leur chambre, +et les firent prisonniers avec toute leur famille. Ils s'emparèrent +de leurs joyaux et de leur numéraire et abandonnèrent +le reste au pillage de leurs gens. Ils emmenèrent +ensuite leurs prisonniers avec leurs femmes et leurs +enfants à travers le Valentinois jusqu'au château d'Ésau <a name="FNanchor_308" id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a>, +qui est sur les limites du comté, et les retinrent ainsi pendant +près de huit mois, jusqu'au moment où ils purent +obtenir leur liberté en acquittant une rançon de 6,000 écus <a name="FNanchor_309" id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a>. +Là ne s'arrêtèrent pas les exploits de Troyhon. La même +année, ce détrousseur de grand chemin, fort de l'appui +du dauphin et des héritiers de Boucicaut <a name="FNanchor_310" id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a>, se jette avec +ses bandes armées sur Valréas, ville importante du Comtat, +ravageant les villages, saccageant les récoltes et faisant +<span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">104</a></span> +de nombreux prisonniers. Plusieurs d'entre eux, hommes, +femmes, enfants, sont impitoyablement égorgés. +Le produit du butin emporté par ces brigands dans deux +incursions successives est évalué à 2,000 écus. La sécurité +même d'Avignon et de Carpentras est menacée et les +États se réunissent pour voter une taille extraordinaire +contre Troyhon et ses routiers <a name="FNanchor_311" id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>. Après Valréas, c'est le +tour de La Palud où les bandes de Troyhon enlèvent et +conduisent au château d'Ezahut un noble personnage appelé +Chollet, officier du Saint-Siège, qui ne fut relâché +qu'après une longue détention et moyennant le versement +d'une rançon de 300 écus <a name="FNanchor_312" id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a>.</p> + +<p>La complicité et l'intervention du dauphin dans ces +agressions et ces menaces multipliées n'étaient pas douteuses, +mais elles se manifestent ostensiblement dans la personne +du capitaine de Mirandol, à la solde de Louis, qui +quitte, peu après Troyhon, le Dauphiné pour faire une incursion +dans le Comtat (1452) et enlève deux marchands d'Avignon +avec leurs chevaux, leurs bagages et leur argent.</p> + +<p>Non contents d'user de violence à l'égard des Comtadins, +les officiers du dauphin contestaient la juridiction +<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">105</a></span> +du légat et refusaient de rendre à leurs juges naturels les +coupables, alors même que l'autorité pontificale les réclamait +sous peine d'excommunication. C'est ainsi qu'un +changeur avignonnais nommé <i>Sampini</i>, accusé d'avoir +fabriqué de la fausse monnaie à Montélimar, est emmené +dans le Valentinois où les officiers delphinaux ouvrent +une enquête contre lui. Le cardinal de Foix réclame le +faux-monnayeur comme justiciable des tribunaux de son +pays d'origine, mais les officiers du dauphin refusent de +rendre leur captif <a name="FNanchor_313" id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a>. Un autre marchand avignonnais, +Jérôme de Pélissane, s'étant rendu coupable d'un délit +que nous ne connaissons pas, les officiers du dauphin demandent +à ce qu'il soit livré pour comparaître devant eux. +Le cardinal légat s'y oppose, arguant que ledit de Pélissane +est justiciable de la curie épiscopale d'Avignon. Ce +refus mécontente les officiers de Louis qui lancent contre +les sujets du pape des lettres de représailles <a name="FNanchor_314" id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">106</a></span> +On peut juger si, en apprenant de pareils actes de brigandage +dont étaient victimes leurs concitoyens, les Avignonnais +se crurent autorisés à s'adresser au roi de +France pour en obtenir la répression. Déjà courroucé +contre le dauphin qui semblait prendre à tâche de braver +en toute occasion l'autorité paternelle, Charles VII accueillit +avec beaucoup d'intérêt les délégués d'Avignon +qui lui furent envoyés à Taillebourg d'abord au cours +de l'année 1451, après l'expédition de Troyhon. Au mois +de novembre de la même année <a name="FNanchor_315" id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a>, la ville délégua auprès +de lui le doyen de Ségobie, protonotaire du Saint-Siège, +pour solliciter l'appui du roi contre les entreprises coupables +de son fils. Charles VII, alors à Auzances, leur répondit, +le 7 décembre 1451 <a name="FNanchor_316" id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a>: «Et comme vous avez peu +scavoir,.... avons escript et envoyé de nos genz par +delà avecques les provisions qui semblent convenables +pour faire réparer les entreprises qui avoient esté faites +au préjudice de nostre Saint-Père et de ses droiz de vous +et autres, ses subgectz, dont par le dit prothonotaire +avons esté advertys et avons bien espérance que la dite +provision deust sortir effect (et de la faulte sommes +<span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">107</a></span> +desplaisans), car nous vouldrions tousjours entretenir +et favoriser les faiz de nostre dit Saint-Père comme les +nostres et les vostres et ceulx de vostre cité comme de +nos propres subgectz. Et est bien nostre voulonté et +entencion de prouchainement y donner provision et y +tenir la main par manière que les dictes entreprises ne +demourent pas longuement sans réparation.» Charles VII +ne se contenta pas de paroles trompeuses à l'adresse +des Avignonnais. Il leur fit offrir par le même doyen de +Ségobie un général des troupes royales pour mettre à la +raison Pierre Troyhon et ses complices, mais le cardinal +de Foix qui tenait à ne pas s'aliéner le dauphin et qui +avait probablement ses raisons pour qu'on usât de plus de +ménagements, fit répondre qu'il serait possible d'obtenir +satisfaction sans recourir à des moyens aussi violents, et +comme les délais et les longueurs de la détention étaient +loin d'être du goût des prisonniers, ils se tirèrent eux-mêmes +d'embarras en payant une rançon de six mille écus.</p> + +<p>Dans l'intervalle, du reste, un événement d'une autre +gravité s'était produit, qui avait détourné l'attention du +roi des affaires du comté, c'est l'arrestation de Jacques +Cœur en juillet 1451 <a name="FNanchor_317" id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a>. Nous laisserons de côté cet épisode +du procès de l'Argentier, en ce qui touche Avignon, les +faits ayant été exposés dans une savante étude de M. Duhamel, +archiviste de Vaucluse, d'après les pièces inédites +que possède le dépôt de Vaucluse <a name="FNanchor_318" id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[318]</a>. Charles VII <a name="FNanchor_319" id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[319]</a> avait, +on le sait, prescrit dans toutes les villes du royaume la +<span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">108</a></span> +saisie des biens de l'Argentier. Deux facteurs du célèbre +financier, Hugues et Antoine Noir, avaient trouvé à Avignon +un accueil empressé auprès des banquiers et des +changeurs de cette ville <a name="FNanchor_320" id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[320]</a>. Le cardinal de Foix ayant refusé +de livrer Antoine Noir, protégé par un sauf-conduit +du pape et par l'immunité des Célestins, le roi menaça la +ville de représailles. C'est alors que le cardinal légat et +le conseil envoyèrent à Tours Guillaume Meynier, chargé +de justifier auprès de Sa Majesté la conduite des citoyens +avignonnais et du représentant du Saint-Siège. Le roi +montra les meilleures dispositions pour la ville et invita +Guillaume Meynier à s'expliquer devant son conseil, puis +le renvoya en le chargeant, pour ses compatriotes, d'une +missive où il disait: «Assez avez peu cognoistre le grant +et bon vouloir que avons tousjours eu au bien et conservacion +des libertez, droiz et terres de nostre saint +père et de l'Église de Romme. Et mesmement en ce +qu'il vous touche et pour la grande amour que avez +tousjours eue et montrée à nous et à nostre seigneurie +et à la prospérité d'icelle. Vous avons tousjours euz et +avons en singulière recommandation et remembrance, +et vous vouldrions aider et favoriser en touz vos affaires, +ainsi que naguères vous avons fait savoir <a name="FNanchor_321" id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[321]</a>.»</p> + +<p>Telles étaient les dispositions de Charles VII au moment +où, profitant des embarras de son père, le dauphin recommençait +ses intrigues. Marié contre le gré du roi <a name="FNanchor_322" id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[322]</a>, +<span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">109</a></span> +Louis prépara, avec le duc de Savoie, une expédition +contre Sforza, l'allié de Charles VII. Les relations entre +les deux princes s'enveniment de plus en plus et le roi +supprime la pension de son fils (1452). Au mois de septembre, +Charles VII, dans le but d'intimider le duc de +Savoie et le dauphin, s'avance vers le Forez avec une +grosse armée. Inquiet pour son gouvernement du Dauphiné, +Louis envoie auprès de son père, Gabriel de Bernès, +son conseiller intime et bien vu du roi, qui l'avait attaché +à la personne de son fils dès l'âge le plus tendre <a name="FNanchor_323" id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[323]</a>. De +Bernès, accompagné de Jean de Jambes, sire de Montsoreau, +rapporta au dauphin ce qui s'était traité à la Palisse, +avec son père; mais Louis, après mille protestations +de soumission, ne voulant rien accorder, le sire de Montsoreau +et de Bernès revinrent trouver le roi, alors à +Cleppé, près Feurs (septembre 1452).</p> + +<p>Dans une nouvelle ambassade confiée au seigneur de +Torcy et au même Jean de Jambes, le roi accentuait ses +reproches, faisant indirectement allusion aux plaintes du +pape et des vassaux du Saint-Siège: «Voeult le Roy que +se mon dit seigneur a fait aulcunes choses à l'encontre +de l'Esglise dont nostre Saint Père eust cause raisonnable +de se doloir qu'il les répare telement que nostre +saint père, par raison, doibve estre content <a name="FNanchor_324" id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[324]</a>.» Le dauphin +reçut très froidement cette ambassade et ne fit que +<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">110</a></span> +des réponses dilatoires. Pendant ces négociations, Charles +VII signait, avec le duc de Savoie, le traité de Cleppé +(27 octobre 1452) <a name="FNanchor_325" id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[325]</a>.</p> + +<p>Après le traité de Cleppé, Louis n'en continua pas +moins ses armements, à la grande colère du roi qui fut +un moment sur le point de marcher contre le Dauphiné <a name="FNanchor_326" id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[326]</a>.</p> + +<p>Le cardinal d'Estouteville <a name="FNanchor_327" id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[327]</a>, légat du pape, venu en +France pour régler avec le dauphin quelques affaires +intéressant la Cour pontificale apaisa le conflit armé près +d'éclater entre le père et le fils, et s'employa à la pacification, +avec l'autorisation de Charles VII: «Item, en ce +qui touche les plaintes que la ville d'Avignon et le +comté de Venisse? (ont faictes), le Roy est content que +monseigneur le cardinal d'Estouteville aye la connaissance +de faire reparer tout ce qui cherra en reparacion, +au cas qu'ils averont opportunité de soy emploier <a name="FNanchor_328" id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[328]</a>.»</p> + +<p>Le cardinal, en diplomate habile, se rendit d'abord à +Vienne, en compagnie de deux conseillers du roi, Élie de +Pompadour, évêque d'Alet, et Gérard le Boursier. En +leur présence, et sur les instances du cardinal, le dauphin +consentit à présenter des «excusations et justifications», +et déclara s'en rapporter au cardinal: «Mon dit +seigneur sera content d'appointer avec monseigneur le +<span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">111</a></span> +cardinal sur toutes les choses qui touchent l'Esglise, en +manière que nostre saint père et les parties se debront +estre contentes par raison <a name="FNanchor_329" id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[329]</a>.» Rappelé en Italie presque +aussitôt après, d'Estouteville dut se borner à régler avec +le dauphin la question des démêlés qui avaient éclaté +entre les officiers du pape et ceux du dauphin <a name="FNanchor_330" id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[330]</a>. La lettre <a name="FNanchor_331" id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[331]</a> +du 10 novembre 1452, tout en témoignant des bonnes +dispositions de Louis à l'égard de l'Église, ne dit rien +d'explicite sur les questions à résoudre. Nous savons +toutefois que Louis avait délégué auprès du cardinal de +Foix l'évêque de Conserans, Tristan d'Aure <a name="FNanchor_332" id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[332]</a>, qui dut, +avec Simon Lecouvreur <a name="FNanchor_333" id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[333]</a>, prieur des Célestins d'Avignon, +et en bons termes avec le dauphin, négocier les bases +d'un arrangement qui conciliât les droits du Saint-Siège +et les intérêts du dauphin. Tristan d'Aure, après avoir +pris les instructions du légat, revint à Romans, où se +trouvait Louis, accompagné par quelques agents du cardinal +et des délégués du corps de ville: «et ont priz bon +appointement au plaisir de mon dit seigneur vostre fils, +de quel serez tout à plain informé par le dit évesque, +et d'autres choses que luy ay dictes touchant ceste +matière pour vous dire. Car je say que Nostre Saint +Père a sa singulière affection et fiance en vous, touchant +<span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">112</a></span> +son dit pais d'Avignon et tout son Estat, je porte +le dit appointement à nostre dit saint père, affin qu'il y +advise comme bon lui semblera et après de sa bonne +volonté sur ce vous fera savoir».</p> + +<p>L'arrangement portait sur le cas de Troyhon, sur la +question des Boucicaut et la cessation des violences à +main armée sur les confins du Dauphiné et du Venaissin. +Troyhon fut invité à restituer les sommes qu'il +s'était indûment appropriées dans ses différentes expéditions, +en 1451-1452. Le brigand s'exécuta, rendit une +partie des objets volés et se montra repentant. Trois ans +après, une bulle (décembre 1455) <a name="FNanchor_334" id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[334]</a> du pape Calixte III, +adressée à l'évêque de Vaison, au doyen de Saint-Pierre +et au vicaire général de l'archevêque d'Avignon, portait +commission d'absoudre Pierre Troyhon, «attendu qu'il +était repentant et avait fait quelques restitutions suivant +ses facultés».</p> + +<p>Restait la question des héritiers Boucicaut ouverte depuis +plus de vingt ans et toujours pendante. Elle fut +réglée par le cardinal de Foix, à la satisfaction des héritiers, +sinon du dauphin, qui trouva la compensation +insuffisante. Par acte passé devant notaire, où figurent +le trésorier et le commissaire de la Chambre apostolique, +agissant au nom du pape, et les sieurs <i>Brutini</i> et <i>Arnulphi</i>, +représentants de la communauté de Valréas, la +Chambre apostolique cède et donne le droit de «vingtain» +qu'elle prélevait sur les blés, avoines, feuilles, etc... +pour payer les 21,000 écus «viginti unius millium scutorum +novorum currentium in regno Franciæ». Moyennant +le versement de cette somme, les deux héritiers de +<span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">113</a></span> +Geoffroy le Meingre, Louis le Meingre, seigneur de +Bridoré <a name="FNanchor_335" id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[335]</a>, et Jean le Meingre, son frère cadet, chevalier +(miles), assistés de leur mère, renoncent à tous les droits +que leur avaient laissés, sur Valréas et autres lieux, leur +père Geoffroy le Meingre et leur oncle paternel (patruus) +Jean le Meingre, dit Boucicaut, maréchal de France, +mort en Angleterre en 1421. L'acte, passé le 23 juin +1452 <a name="FNanchor_336" id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[336]</a> fut ratifié postérieurement.</p> + +<p>Par un acte ultérieur, daté du 30 septembre 1453, +mentionné dans l'acte ci-dessus, Louis et Jean reçurent +comme premier acompte, à titre de somme représentative, +pour le contingent de la ville de Pernes, mille cinq cent +cinquante florins d'or, montant du revenu du «vingtain» +de la communauté de Pernes, pour un an <a name="FNanchor_337" id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[337]</a>. Mais la +renonciation définitive des Boucicaut à leurs droits sur +cette communauté ne prit réellement fin que le 5 janvier +1468, par acte public et notarié en vertu duquel, +moyennant un versement de 4,000 écus d'or du pays, les +deux frères Boucicaut signèrent un acquit général pour +toutes les sommes à eux dues <a name="FNanchor_338" id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[338]</a>. Quant à leur créance +sur Avignon, dont l'origine remontait, à leur dire, au +premier siège du palais, pour certaines avances faites à +la ville, par leur père Geoffroy, elle ne fut éteinte qu'après +<span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">114</a></span> +1466, à la suite de l'intervention du pape Paul II et +sur la demande d'Alain de Coëtivy, archevêque d'Avignon, +qui fit comprendre les désagréments pouvant +résulter de la non extinction de cette dette, pour la +tranquillité et la bonne administration des États de +l'Église <a name="FNanchor_339" id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[339]</a>.</p> + +<p>Le rôle des Boucicaut dans ce pays est terminé <a name="FNanchor_340" id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[340]</a>. Leurs +revendications plus ou moins fondées avaient servi de +prétexte à maints coups de force, à maintes représailles, +sous couleur de droit et de justice. Louis XI, qui était +fixé sur la valeur morale de leurs revendications, avait +trouvé là une excellente occasion d'exercer ce talent d'intrigues +et de menées souterraines qui couvre ses hautes +vues politiques, et il en avait usé sans scrupule pour +inquiéter ses voisins et faire échec à l'autorité paternelle.</p> + +<p>La bonne intelligence qui régnait entre Charles VII et +les Avignonnais, un moment interrompue par l'attitude +du cardinal de Foix et de la ville, dans la question de la +saisie des biens de «l'Argentier <a name="FNanchor_341" id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[341]</a>», ne tarda pas à être +rétablie, comme le montrent les lettres royales de 1453, +relevant les Avignonnais des marques et représailles que +le roi avait laxées précédemment <a name="FNanchor_342" id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[342]</a>. Tout fut oublié, même +les soupçons de relations suspectes avec le dauphin Louis. +Du reste, les événements militaires dont le sud-ouest de +<span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">115</a></span> +la France était alors le théâtre, avaient détourné l'attention +du roi de ce côté. Et ce qu'il y a de particulièrement +caractéristique dans ces relations de la Cour de +France avec Avignon, à ce moment du réveil national, +c'est de voir Charles VII annoncer aux sujets du pape, +en même temps qu'aux villes royales, le succès de ses +armes contre l'ennemi héréditaire. Le fait est naturel +pour les villes du royaume; il emprunte un tout autre +caractère quand il s'agit d'Avignon, placée sous une +domination étrangère. Cette lettre du roi fait autant +d'honneur au souverain qui l'écrivait qu'aux Avignonnais +à qui elle était destinée, et on ne peut pas mieux faire +l'éloge de leur patriotisme et de leurs sentiments français: +«Nous vous écrivons ces choses, leur disait +Charles VII, le 22 juillet 1453 <a name="FNanchor_343" id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[343]</a>, en leur annonçant la victoire +et la capitulation de Castillon, la mort de Talbot et +de son fils: «tres chiers et grans amis, pour ce que savons +que prenez grant plaisir a oir en bien de la prospérité +de nouz et de nostre seigneurie.» Et il terminait par une +phrase consolante pour l'amour-propre national: «Et +avons esperance en Dieu que le surplus du recouvrement +de nostre pais de Guienne se portera bien <a name="FNanchor_344" id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[344]</a>.»</p> + +<p>Moins de trois mois après, Charles VII, maître de Bordeaux, +le 19 octobre 1453, s'empressait de faire connaître +aux Avignonnais, dans leurs moindres détails, les événements +militaires qui avaient précédé la reddition de la +ville et la soumission de la Guyenne: «Ainsi grâces à +<span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">116</a></span> +nostre seigneur nous avons réduit en nostre obeyssance +tout nostre pais et duchié de Guienne. Et à vous +escripvons ces choses pour ce que scavons certainement +que avez en bien de nous, et, de la prospérité de nostre +seigneurie prenez très singulier plaisir <a name="FNanchor_345" id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[345]</a>.» Ces lettres +ne nous apprennent rien qui ne soit connu, surtout après +la publication de l'ouvrage de M. de Beaucourt <a name="FNanchor_346" id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[346]</a>, mais +elles n'en constituent pas moins un fait historique digne +d'être relevé dans les relations de la couronne avec les +sujets du Saint-Siège.</p> + +<p>La fuite du dauphin, menacé par son père, son installation +au château de Genappe, de 1456 à 1461, expliquent +la cessation de toute relation entre le futur héritier de la +couronne et les Avignonnais. Néanmoins, de sa retraite +où il suivait tout ce qui se passait à la Cour, dans le +royaume et chez les autres nations, Louis entretenait des +agents à proximité du Dauphiné, dans le but de susciter +quelque révolte dans cette province dont son père, par +lettres patentes du 11 juillet 1457 <a name="FNanchor_347" id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[347]</a>, s'était attribué l'administration. +C'est ainsi que, par mesure de haute police, +Charles VII écrit à Angelo de Amelia, recteur du Venaissin <a name="FNanchor_348" id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[348]</a>, +pour lui donner l'ordre de faire arrêter, sans +délai, un certain Gascon, nommé Bertrand Salines, qui +s'était établi à Courthézon, château appartenant au prince +d'Orange, lequel était parent et allié de Philippe de Bourgogne. +<span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">117</a></span> +Dans ces projets de conspiration contre l'autorité +royale, les Comtadins et les Avignonnais ne donnèrent +lieu à aucune plainte de la part de Charles VII, et Thomas +de Valsperge écrivait aux consuls, le 23 septembre 1459: +«Je vous fès assavoir que de certayn le roy est tousjours +en sa bonne opinion pour Avignon <a name="FNanchor_349" id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[349]</a>.» Nous en avons +une preuve dans la lettre qu'il adresse aux consuls de la +ville, le 13 décembre 1460 <a name="FNanchor_350" id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[350]</a>, pour réclamer certaines +sommes dues par des marchands d'Avignon, à feu Pierre +de Campo-Fregoso, ancien doge de Gênes, d'abord allié +de la France, puis traître à notre cause, et qui avait +trouvé un refuge auprès de Sforza, à Milan. Ayant voulu +reprendre à main armée la ville de Gênes, où commandait +alors Jean, duc de Calabre <a name="FNanchor_351" id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[351]</a>, fils du roi René, au +nom de la France, Pierre de Campo-Fregoso périt dans +un combat sous les murs de Gênes (13 septembre 1459) <a name="FNanchor_352" id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[352]</a>. +Charles VII, informé que ledit Campo-Fregoso avait une +créance importante à Avignon, écrivit aux consuls et au +cardinal de Foix: «Pour les quelles causes et que tousjours +avons favorablement traictez les subgectz et habitans +de la ville d'Avignon et vouldrions leurs droiz et +prérogatives leur estre gardez et entretenuz en nostre +royaume.....»; le roi priait les consuls de faire payer +les sommes dues à Campo-Fregoso: «Et en ce tellement +fere que nous ayons cause davoir de bien en mieulx +<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">118</a></span> +vous et les subgectz de l'Église, de par delà en nostre +especialle recommandacion et qu'il ne soit besoing que +y procedions par autre manière dont fort nous desplairoit +ce que toutesfois se ainsi n'estoit fait raison nous +contraindroit pour la conservacion de nostre droit de +le faire et de y donner telle provision que au cas appartient <a name="FNanchor_353" id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[353]</a>.»</p> + +<p>Il paraît que les Avignonnais et le légat s'empressèrent +de satisfaire à la réclamation du roi, car par lettres +patentes du 25 février 1461 <a name="FNanchor_354" id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[354]</a>, Charles VII, seigneur de +Gênes, fait donation au roi René de la somme de 5,000 ducats +d'or, due par les marchands d'Avignon, à messire +<i>Perrier de Campo-Frigosio</i> et confisquée au profit de +Sa Majesté. La leçon que Charles VII avait donnée à la +ville d'Avignon et au cardinal de Foix, lors du procès de +Jacques Cœur (1452-1453), avait porté ses fruits. Aussi +les sujets du pape firent-ils preuve en cette circonstance +des dispositions les plus conciliantes. Moins de cinq mois +après, Charles VII mourait, laissant aux Avignonnais et +aux Comtadins le souvenir de ses bontés royales et de sa +protection généreuse. Louis XI, exilé depuis six ans en +Belgique, allait le remplacer, et ce n'était pas sans une +certaine appréhension que la ville d'Avignon voyait +monter sur le trône le rancunier monarque, qui n'avait +point encore oublié les dénonciations portées jadis contre +lui, à son père, par les émissaires de la ville et du cardinal +de Foix.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">119</a></span></p> + +<h2>CHAPITRE V</h2> + +<p class="center">Louis XI et la succession du Cardinal de Foix<br /> +à la légation d'Avignon<br /> +(1464-1470).</p> + +<p class="hanging content">Caractère des relations des Comtadins et des Avignonnais à l'avènement +de Louis XI.—L'ambassade de Malespine et de Pazzis +à Tours (1461).—La succession du cardinal de Foix.—Rôle du +maréchal Jean d'Armagnac.—Opposition de Louis XI à la +nomination du cardinal d'Avignon, Alain de Coëtivy, comme +légat.—Conflit entre Louis XI et Paul II pour la désignation +d'un légat.—Ambassade de d'Ortigues à Rome (janvier 1465).—Échec +de la politique de Louis XI auprès du Saint-Siège.</p> + +<p class="p2">Charles VII était mort à Mehun-sur-Yèvre le 22 juillet +1461. Louis, dauphin, se fit sacrer à Reims le 15 août +de la même année, comme roi de France.</p> + +<p>Pendant les huit années qui précédèrent son avènement, +les rapports avec Avignon et l'État du Venaissin +n'avaient été marqués par aucun fait à signaler. Dans son +attitude vis-à-vis de la papauté, Louis s'était montré jusque-là +plutôt respectueux et fils soumis de l'Église, et +depuis l'intervention du cardinal d'Estouteville, rien dans +ses agissements n'avait trahi une pensée ou un dessein +hostile aux vassaux du Saint-Siège. Néanmoins le nouveau +monarque n'avait point pardonné aux Avignonnais, +pas plus qu'au cardinal de Foix, les doléances portées +<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">120</a></span> +contre lui auprès du roi défunt, et il en avait gardé un vif +ressentiment. Les Avignonnais et le cardinal n'avaient +probablement pas sur ce point la conscience tranquille, et +c'est cette raison qui les décida à envoyer auprès de +Louis XI une ambassade composée de François Malespine +et d'Allemand de Pazzis <a name="FNanchor_355" id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[355]</a>, représentants les plus +éloquents de la ville, et de Geoffroy de Bazilhac, élu de +Carcassonne, que le rusé cardinal avait attaché à la +personne des ambassadeurs pour les surveiller et pour +être tenu mieux au courant des dispositions du roi. +L'ambassade arriva à Paris <a name="FNanchor_356" id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[356]</a> au mois de septembre 1461, +et après avoir rencontré bien des difficultés pour se loger, +obtint une audience de Sa Majesté. Un des personnages +qui jouissait auprès du souverain d'un crédit sans limites, +le maréchal d'Armagnac, parent du cardinal de Foix, +servit d'introducteur aux ambassadeurs et leur facilita une +première entrevue avec Louis XI. Le maréchal de Comminges <a name="FNanchor_357" id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[357]</a> +se mettait à leur service pour complaire, disait-il, +<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">121</a></span> +à son cousin le cardinal légat; mais, en réalité, il +cherchait, dès cette époque, à entrer en relations avec les +Avignonnais, escomptant la succession du cardinal vieux +et maladif, avec l'espoir de trouver auprès des sujets du +Saint-Siège un appui à Rome, en vue d'assurer à son +frère, archevêque d'Auch, la légation d'Avignon.</p> + +<p>Le roi se montra très bienveillant pour les ambassadeurs +et les fit venir près de sa personne, «si près même +qu'ils se touchaient», afin que personne ne pût entendre +leur conversation. Après avoir écouté avec sympathie +leurs souhaits de bienvenue, Louis XI leur déclara +qu'il avait à se plaindre d'eux pour des faits passés. Il +leur rappela, en effet, que du vivant de son père («dont +Dieu ayt l'âme!») les Avignonnais, sur les conseils de +certains Gascons, l'avaient accusé, lui, dauphin, d'avoir +voulu enlever le comté et la ville d'Avignon à notre saint +père le pape, pour les mettre entre les mains de son +maréchal d'Armagnac. Louis XI protestait énergiquement +<span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">122</a></span> +contre de pareilles imputations et il déclarait que +si telles avaient été ses intentions, jamais il n'aurait mis +le pied dans Avignon et jamais il ne se serait approché +aussi près de la ville. Le roi ajoutait, du reste, qu'il commettait +le soin de recevoir là-dessus les explications des +ambassadeurs à Jean Bureau et qu'il tenait à connaître +les noms des inventeurs de pareilles calomnies <a name="FNanchor_358" id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[358]</a>. Évidemment, +dans ces plaintes, le roi faisait allusion, sinon à la +personne du cardinal de Foix, du moins à son entourage, +composé de Gascons, ses compatriotes. Mais comme nous +l'avons vu dans le précédent chapitre, à propos de l'ambassade +de Jean de Lizac, Charles VII accuse son fils, +sans preuves formelles; c'est un grief vague, peut-être +comme un écho des négociations avortées de 1444; +mais, en 1451 rien dans nos documents ne permet +de diriger contre le dauphin une accusation précise.</p> + +<p>Quoiqu'il en soit, si réellement Charles VII avait été +avisé des desseins de son fils sur les possessions du +Saint-Siège, ce ne peut être que par le cardinal de Foix, +à l'insu de la ville, ou encore par l'évêque d'Avignon, +Alain de Coëtivy qui était mal vu du dauphin. Il est +aussi de quelque apparence que Charles VII ait voulu, +bien que l'accusation remontât à quelques années, ajouter +un grief de plus à ceux qu'il formulait publiquement contre +son fils.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">123</a></span> +Les ambassadeurs d'Avignon répondirent avec la plus +grande sincérité au maréchal d'Armagnac, qui les avait +invités à dîner, que jamais, à leur connaissance, la ville +n'avait écrit au défunt roi dans le but d'incriminer son +fils; que, dans tous les cas, ils n'avaient jamais suspecté +la loyauté de ses intentions et qu'ils ne pouvaient pas +s'imaginer quel était l'auteur de ces propos mensongers.</p> + +<p>Les envoyés se rendirent ensuite chez Jean Bureau <a name="FNanchor_359" id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[359]</a> +pour lui demander s'il avait quelque souvenir plus précis +de cette affaire. Celui-ci répondit qu'il lui semblait se +rappeler avoir vu quelque lettre et entendu parler de +quelque chose de semblable à l'hôtel du roi, mais qu'il +ne lui restait de ces conversations qu'un souvenir très +vague. Enfin, les mêmes ambassadeurs eurent à ce même +sujet une entrevue avec monseigneur de Boucicaut <a name="FNanchor_360" id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[360]</a>, ami +de la ville et du cardinal de Foix, et maître Pierre Robin. +Monseigneur Boucicaut et une autre personne rappelèrent +que feu le roi Charles VII avait envoyé un ambassadeur +à Avignon pour avertir la ville et monseigneur le +cardinal «qu'on était sur le point de leur faire déplaisir +et qu'il leur en donnait avis». Il s'agit sans doute de la +mission de Jean de Lizac, en 1451, dont nous avons +raconté ailleurs les diverses péripéties. Les envoyés de +la ville, après avoir rappelé ce qui avait été répondu à +cette époque, tant par le conseil que par le cardinal, au +<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">124</a></span> +roi Charles VII, rendent compte de leurs démarches, +ajoutant que s'il est nécessaire de dire autre chose ou de +produire de plus amples justifications, le conseil ou monseigneur +le cardinal doivent leur mander leurs instructions, +en adressant les lettres à la Cour. Le roi devait se +rendre incessamment à Melun, puis à Amboise et à +Tours, où les ambassadeurs se proposent de le suivre +pour être dépêchés le plus tôt possible «per espachats lo +plus tost que porren <a name="FNanchor_361" id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[361]</a>». En même temps la lettre à +l'adresse des consuls les informait que le nonce, à Paris, +avait eu avec le roi une entrevue, à la suite de laquelle il +avait avisé directement le cardinal de Foix de tout ce +que le roi lui avait dit, et envoyé de plus un messager +spécial à Avignon, chargé de faire connaître la teneur des +paroles de Louis XI.</p> + +<p>Ce trait caractérise bien la diplomatie de ce temps-là. +Le cardinal de Foix a non seulement visé et modifié à sa +guise les instructions données aux ambassadeurs de la +ville, mais il les a fait suivre par un homme à lui qu'il a +instruit de tout. Celui-ci, qui a été mis au courant par le +nonce de tout ce qui s'est traité à Paris, se fait confier, +sous des dehors officieux, les lettres par lesquelles les +ambassadeurs rendent compte à la ville de leur mission, +et il est probable que le cardinal eut connaissance de +leur contenu avant les consuls. Il est vrai que, de leur +côté, les ambassadeurs savaient à qui ils se confiaient. +La réponse du roi aux consuls est du 26 décembre 1461. +Après les avoir informés qu'il avait écouté avec bienveillance +et fait ouïr par son conseil leurs compatriotes +«sur tout ce qu'ils ont voulu dire et remonstrer, touchant +<span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">125</a></span> +les matières dont le cardinal et les consuls leur avaient +donné charge», Louis XI ajoute, pour mieux marquer +ses sentiments à leur égard: «et en toutes autres choses +touchant les affaires de la ville d'Avignon et du pais, +sommes tousjours pretz et enclinz de faire et nous emploier +au bien d'iceulx, ainsi que les cas se y offriront, +comme par les dessuz nommez povez estre plus à +plain informez <a name="FNanchor_362" id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[362]</a>».</p> + +<p>L'année suivante, Louis XI accordait au pape une +apparence de satisfaction, un peu tardive, il est vrai, sur +les questions que le cardinal d'Estouteville avait eu +charge d'appointer dix ans auparavant. Par un traité +conclu avec le pape Pie II (1462), Louis XI s'engageait +à reconnaître les droits du Saint-Siège sur Pierrelate, La +Palud et autres lieux où il les avait contestés, mais il +refusa postérieurement de ratifier ses engagements et +d'en exécuter les conditions <a name="FNanchor_363" id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[363]</a>.</p> + +<p>Si Louis XI une fois sur le trône s'abstient de toute +agression contre les domaines de l'Église et paraît renoncer +à toute pensée d'annexion, il n'en affiche pas moins +la prétention d'y faire prévaloir ses ordres et ses instructions +comme dans les provinces royales, et il veut avoir +la haute main sur l'administration intérieure du Venaissin +et d'Avignon. En un mot, si, comme le dit Legeay <a name="FNanchor_364" id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[364]</a>, +il n'a pas l'intention d'empiéter sur les domaines de +l'Église, il ne saurait admettre que le cardinal légat, représentant +la suzeraineté du Saint-Siège à Avignon, +<span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">126</a></span> +puisse avoir une politique qui aille à l'encontre des intérêts +de la couronne. Louis XI considère le légat du Saint-Siège +comme un subordonné qui doit être plus français +que romain. C'est pourquoi il veut que le pape le consulte +toujours sur le choix du légat, et il ne se gênera pas +pour essayer de lui forcer la main en vue de lui imposer +un candidat à son agrément. Les idées du roi, qui étaient +là-dessus celles de son père, et qui caractérisent nettement +la ligne de conduite de presque tous les rois prédécesseurs +et successeurs, à l'égard des États pontificaux +de France, se manifestent franchement au cours de la +lutte que la France soutenait contre les Catalans en faveur +du roi d'Aragon. On sait, en effet, que le 1<sup>er</sup> mai 1462 <a name="FNanchor_365" id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[365]</a>, +Louis XI avait signé avec Henri d'Aragon le traité de +Sauveterre, par lequel il s'engageait à lui fournir +700 lances moyennant 30,000 écus; mais Henri ne pouvant +les payer dut abandonner comme gages, à la France, +la Cerdagne et le Roussillon (1462).</p> + +<p>Au cours des hostilités Louis XI fait défense formelle +au seigneur de Clermont, lieutenant du gouverneur du +Languedoc, de laisser apporter des ports de cette province +du blé, aux habitants de Barcelone, rebelles au roi +d'Aragon <a name="FNanchor_366" id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[366]</a>. Louis XI formule la même défense au cardinal +de Foix et sur un ton qui n'admettait pas de réplique. +Inhibition est faite aux Avignonnais d'envoyer «à +ceulx de la ville de Barselonne des vivres, artillerie et +autres choses à eux nécessaires». Et la lettre royale +<span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">127</a></span> +ajoutait: «Nous vous prions bien affectueusement +remontrer aux ditz habitanz de la dite ville d'Avignon et +autres des nacions dessouz dites demourans en icelle, +en leur notiffiant ou faisant notiffier que s'ilz font le +contraire nous les réputons dès à présent noz ennemis +et entendons de procéder ou faire procéder à lencontre +d'eulx, ainsi quil appartient en tel cas. Et affin quilz +naient cause d'en prétendre aucune ignorance, vous +prions de rechief que les choses dessus dites faictes +crier et publier par cry publique et à son de trompe, en +nous faisant savoir tout ce que aures fait. E vous nous +feres très singulier et agréable plaisir <a name="FNanchor_367" id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[367]</a>.» Nous ne connaissons +pas la réponse du cardinal, mais il est probable +qu'elle fut conforme aux désirs de Sa Majesté, comme +celle du gouverneur du Languedoc <a name="FNanchor_368" id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[368]</a>. Cette lettre, bien +que se rapportant à un fait isolé, ne laisse pas que d'offrir +le plus vif intérêt, en ce sens qu'elle explique d'une façon +logique l'attitude et les agissements si peu connus de +Louis XI dans l'importante question de la succession +du cardinal de Foix et de la désignation de son successeur.</p> + +<p>Pierre de Foix, légat du Saint-Siège à Avignon et dans +le Venaissin, occupait ces fonctions depuis trente-deux +ans, avec la plus grande distinction. Diplomate plein de +finesse, politique délié, ferme et prudent, il avait su, sans +se brouiller avec le dauphin, préserver de ses attaques les +<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">128</a></span> +terres placées sous son autorité et conserver l'estime de +Charles VII; plus tard, Louis XI devenu roi, l'avait +ménagé à la fois par intérêt personnel et pour complaire +à son conseiller et ami, le maréchal d'Armagnac. Succombant +sous le double fardeau de l'âge et des exigences +multiples de sa charge, le cardinal légat se mourait lentement +dans son palais, et plusieurs émissaires intéressés +avaient appelé l'attention du roi de France sur une proie +aussi tentante que cette succession <a name="FNanchor_369" id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[369]</a>. «D'autre part, +sire, lui écrivait le 31 août 1464 Jean de Foix, +savez, Monsieur le Cardinal mon oncle est en grant aage +et tousjours maladif, mesmement a esté puis naguères +en tel point quil est cuidé de morir et est à présumer +quil ne vivra guères...., je ne scay, sire, se vous avez +jamais pensé d'avoir Avignon en vostre main, lequel +à mon advis, vous seroit bien séant et qui pourroit +mettre au service de mondit sieur le cardinal ou par la +main de Monsieur de Foix ou autrement quelque +homme de façon qui fist résidence avec lui. Or ne fauldroit +point davoir le palais incontinent que le dit Monsieur +le Cardinal seroit trépassé, etc.» La dernière +recommandation surtout est à retenir, car elle montre la +pensée tout entière des neveux du cardinal, surtout de +Pierre de Foix, qui ambitionnait sa succession comme +légat. Sollicité par le maréchal d'Armagnac, Louis XI +avait pris les devants et dès le mois d'août il engageait +avec le Saint-Siège des négociations pour amener le +Saint Père à donner la légation d'Avignon à un membre +<span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">129</a></span> +du clergé qui fût <i>persona grata</i> à la Cour de France <a name="FNanchor_370" id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[370]</a>.</p> + +<p>Le premier candidat proposé par Louis XI à l'agrément +de Pie II avait été le propre neveu du cardinal, portant +le même prénom et qu'on a quelquefois confondu avec +son oncle le cardinal, Pierre de Foix le jeune <a name="FNanchor_371" id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[371]</a>; mais le +pape répondit «que pour riens il ne lui baillerait, pour ce +quil estoit mineur d'aage». Sans se décourager de ce +premier échec, Louis XI proposa ensuite l'évêque de +Genève, Jean-Louis de Savoie, frère de la reine, qui fut +également refusé. Le pape fit alors savoir au roi «quil +advise quelque évesque ou arcevesque en son royaulme +qui soit à son gré et quil pourvoyra cestuy là sans +autre».</p> + +<p>Déçu dans ses premières démarches, Louis XI s'adressa +directement aux Avignonnais, par l'intermédiaire de son +maître d'hôtel Mombardon. Le 26 août 1464, le roi, alors +à Noyon, écrivit aux consuls pour les informer qu'il avait +connaissance de la maladie du cardinal, ce dont il était +très «desplaisant. Et pour ce quil est à doubter que +de la dicte maladie il voise de vie à trespas, nous vous +advertissons que se avez daucune chose à faire en quoy +nous puissions pour vous employer nous le ferons de +très bon cueur ains que plus amplement nous avons +chargié vous dire à nostre ami et feal conseiller et +maistre de nostre hostel Mombardon, porteur de ces +<span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">130</a></span> +présentes. Si le vueillez croire de ce quil vous dira sur +ce de nostre part <a name="FNanchor_372" id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[372]</a>». En s'adressant aux Avignonnais, +Louis XI comptait évidemment mettre leur influence au +profit de son candidat qu'il ne leur désignait cependant, +pas encore nominativement. Au même moment, nous +voyons arriver à Avignon Jean de Comminges, maréchal +d'Armagnac, accompagné du duc de Calabre, fils du roi +René (août 1464). Le conseil leur offrit une splendide +hospitalité et ne regarda pas à la dépense si l'on en juge +par les comptes de la ville <a name="FNanchor_373" id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[373]</a>. On ne se tromperait pas en +affirmant que le passage du prince et du maréchal dans +la cité papale se rattachait à la question de la succession +du cardinal de Foix. Évidemment ces deux personnages, +dont l'un était le confident le plus intime du roi «son +grand conseil <a name="FNanchor_374" id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[374]</a>», devaient avoir reçu une mission secrète +que nous devinons facilement et qui avait pour but +d'appuyer par paroles la lettre de Louis XI aux +consuls.</p> + +<p>Le 3 octobre 1464 <a name="FNanchor_375" id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[375]</a> le conseil se réunit pour examiner +<span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">131</a></span> +la réponse à faire aux lettres royales du 3 août, et il fut +décidé qu'un ambassadeur serait dépêché à Rome pour +faire connaître au pape les intentions de la ville sur ce +point; un messager spécial se rendrait pour le même +objet auprès de Louis XI. Au cours de ces négociations, +le vieux cardinal, dont la succession provoquait de si +ardentes compétitions, déclinait de jour en jour, et une +issue fatale était imminente. Vers le milieu de novembre <a name="FNanchor_376" id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[376]</a>, +Louis XI fit partir pour Rome Jehan de Reilhac <a name="FNanchor_377" id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[377]</a>, son +secrétaire, auprès du Saint Père, pour le supplier de +donner la légation d'Avignon à Jehan de Lescun, archevêque +d'Auch, frère du maréchal de Comminges <a name="FNanchor_378" id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[378]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">132</a></span> +Au cours du voyage de Jehan de Reilhac à Rome, +l'état du vieux cardinal, depuis longtemps désespéré, +s'aggrava, et ses exécuteurs testamentaires, accourus en +toute hâte à Avignon, s'étaient installés dans le grand +palais comme dans une propriété personnelle, suivant la +recommandation qui avait été faite à Louis XI, quelques +mois auparavant, par le neveu du cardinal, Jean de Foix <a name="FNanchor_379" id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[379]</a>. +Évidemment, il est facile de reconnaître la main du roi +dans les diverses intrigues qui précèdent la mort du cardinal +légat à Avignon. Celui-ci avait fait, le 3 août précédent, +son testament politique, dont nous avons une copie, +conservée dans les manuscrits de Chambaud, d'après +<span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">133</a></span> +l'original <a name="FNanchor_380" id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[380]</a>. Les trois exécuteurs testamentaires désignés +par le cardinal étaient Pierre de Foix, son neveu, l'évêque +de Rieux (<i>episcopus Rivensis</i>), Geoffroy de Bazilhac, +et Jean, évêque de Dax ou Acqs (<i>episcopus Aquensis</i>) <a name="FNanchor_381" id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[381]</a>. +Les trois personnages avaient amené avec eux un train +de maison considérable, et même un certain nombre +d'hommes d'armes, leurs compatriotes, Gascons déterminés +et résolus à qui avait été confiée la garde du grand +palais, en vue d'une attaque possible. Cette attitude, que +Louis XI encourageait, était pleine de menaces pour le +Saint-Siège, et on pouvait craindre de voir se produire +un conflit sérieux dès que le cardinal de Foix viendrait à +décéder.</p> + +<p>Le grand palais était donc occupé militairement et +sans autorisation du Saint-Siège lorsque le cardinal +mourut, le 17 décembre 1464 <a name="FNanchor_382" id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[382]</a>. Louis XI apprit le décès +du cardinal de Foix, presque aussitôt, par l'avis qui lui +en fut donné d'Avignon par courrier spécial. Il se trouvait +alors à Tours <a name="FNanchor_383" id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[383]</a>, où il avait convoqué les États et les +<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">134</a></span> +princes pour les faire juges de ses griefs contre le duc +de Bretagne et exposer les droits de la couronne sur +cette province. Préoccupé par cette importante question, +et ne voulant pas se mettre en avant directement après +les échecs successifs qu'il avait déjà éprouvés à Rome, le +roi fit écrire sur-le-champ aux Avignonnais par son conseiller +et premier chambellan, Jean d'Armagnac, maréchal +de Comminges, gouverneur du Dauphiné et de +Guyenne <a name="FNanchor_384" id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[384]</a>. Il envoyait en même temps vers eux, et porteur +de ses instructions confidentielles, le bailli des +montagnes du Dauphiné, son conseiller et serviteur <a name="FNanchor_385" id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[385]</a>. Le +maréchal leur annonçait en ces termes cette ambassade: +«Pour vous dire et remonstrer aucunes choses de par +luy et si vous escript bien au long, en vous priant que +vueilliez avoir mon frère l'arcevesque d'Auch pour +recommandé au fait de la légation de la ville et cité +d'Avignon et gouvernement de la conte de Venissy, en +la forme et manière que mon dit seigneur le cardinal +la tenoit. Et pour ce, très chiers et grans amys, je vous +prie et requiert que, pour l'honneur du roy et amour +de mon dict frère, vous y vueilliez aider et tenir la +main en tout ce qu'il vous sera possible, tant envers +nostre sainct père que autrepart, et, en temps et lieu, +mon dit frère et moy le recognoistrons envers vous +<span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">135</a></span> +tellement que par raison en devrez estre contens. Car +je vous certifie que je le fais plus pour le bien du pays +que pour le prouffit que j'en espère en avoyr <a name="FNanchor_386" id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[386]</a>.» Le +maréchal insistait vivement, au nom du roi, en faisant le +plus grand éloge de son frère. «Et me semble que c'est +l'homme au monde que vous devriez mieulx vouloyr, +veu que vous cognoissez ses conditions et qu'il n'est +pas homme malicieux pour pourchasser aucun dommage +au pays, ainsi que plus après pourrez être informez +par le dit bailli des montaignes de l'entente du +roy, ensemble de la mienne <a name="FNanchor_387" id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[387]</a>.» Le messager était du +reste porteur d'une lettre autographe de Louis XI, dans +laquelle il faisait savoir aux Avignonnais que sa volonté +formelle était que la ville reçût comme légat l'archevêque +d'Auch <a name="FNanchor_388" id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[388]</a>.</p> + +<p>Les intentions royales ainsi manifestées par dépêche +publique plongèrent le conseil de ville dans la plus +grande perplexité. L'assemblée ne voulant pas assumer +une pareille responsabilité, décida qu'un ambassadeur +serait envoyé à Rome, porteur des instructions de la +ville et de la copie des lettres du roi. Le temps pressait, +il fallait agir sans délai; les décisions du conseil furent +rédigées dans un long mémoire qui devait être confié au +sieur d'Ortigues, avec ordre de se mettre en route dans +les premiers jours de janvier 1465 <a name="FNanchor_389" id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[389]</a>. L'orateur devait +<span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">136</a></span> +exposer au pape Paul II que déjà du vivant du cardinal +de Foix, Louis XI avait, par lettres patentes, prié la ville +d'Avignon d'intercéder auprès de sa sainteté pour que +la légation fût donnée à Pierre de Foix, fils du comte de +Foix; que depuis la mort du vénéré légat le roi avait de +nouveau écrit ou fait écrire par ses officiers pour que +ladite légation fût attribuée à l'archevêque d'Auch; qu'en +ce qui concernait Pierre de Foix, le roi avait fait valoir +qu'étant apparenté à plusieurs familles régnantes, non +seulement le comte de Foix, mais le roi d'Aragon, le roi +de Navarre, le roi de Portugal, le roi de Castille, ses +parents, ne manqueraient certainement pas d'intervenir +auprès du Saint Père en sa faveur. Il y était dit qu'«après +avoir pris connaissance des lettres du roi, les consuls, +les conseillers et les autres citoyens réunis, considérant +que la provision du vicariat ou de la légation appartient +à la libre volonté du souverain pontife, avaient +délibéré de ne pas intervenir et de n'adresser au saint +père aucune prière ou supplique pour quiconque dans +cette matière». En conséquence, le sieur d'Ortigues +avait pour instruction bien précise de faire savoir au pape +que cette nomination lui appartenait uniquement et qu'il +eût à y pourvoir à sa guise, comme dans toutes terres +appartenant à l'Église. L'assemblée, réservant son indépendance, +s'en remet en toute confiance à la sagesse du +pape, qui voudra bien nommer un légat favorable à la +ville, de façon que la cité d'Avignon et ses habitants +soient heureux et satisfaits de ce choix <a name="FNanchor_390" id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[390]</a>.</p> + +<p>De peur d'encourir auprès du Saint-Siège le moindre +<span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">137</a></span> +soupçon d'avoir voulu favoriser les vues du roi de France, +d'Ortigues devait exposer au pape que le conseil de ville +avait répondu à ce dernier que le pape seul avait qualité +pour désigner le titulaire de la légation et que le devoir +de la ville et des habitants était d'obéir respectueusement +au représentant qui serait choisi par Sa Sainteté. Il ajouterait +que la lettre contenant cette réponse avait été +portée à la Cour de France par un docteur de l'Université +et un religieux de l'ordre des frères prêcheurs. La même +réponse avait été envoyée au comte de Foix, et d'Ortigues +devait, en outre, remettre une copie de ces lettres à sa +sainteté <a name="FNanchor_391" id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[391]</a>. Pendant que l'ambassadeur de la ville faisait +ses préparatifs de départ arriva une nouvelle missive de +Louis XI qui défendait à la ville d'accepter comme légat +le cardinal d'Avignon, Alain de Coëtivy, pour plusieurs +raisons, et engageait les habitants, s'il se présentait, à ne +le point recevoir <a name="FNanchor_392" id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[392]</a>.</p> + +<p>Quelles considérations dictaient la conduite de Louis XI +dans cette occurrence? Était-ce seulement l'appréhension +de voir écarter son protégé? Cette raison ne nous paraît +pas suffisante. Du reste, nous n'avons aucun motif de +<span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">138</a></span> +croire que Paul II ait songé à investir Alain de cette haute +dignité, alors qu'il fallait surtout pour recueillir la succession +difficile du cardinal de Foix un esprit pondéré, ferme +et souple à la fois, qui sût sauvegarder les intérêts du +Saint-Siège et tenir la balance égale entre la papauté et +son remuant voisin le roi de France. Quoi qu'il en soit, +Alain n'était point l'homme de la circonstance. D'un caractère +fougueux, violent, ambitieux et intrigant, Alain +occupait l'évêché d'Avignon où il avait été transféré de +Quimper en 1440 ou 1438 <a name="FNanchor_393" id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[393]</a>. C'était le frère de l'amiral de +Charles VII et suspect, de ce chef, à Louis XI. Il s'était +montré au concile de Bâle l'adversaire ardent d'un pape +grec «qui n'avait pas encore rasé sa barbe <a name="FNanchor_394" id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">[394]</a>». Créé cardinal +du titre de Sainte-Praxède, par Nicolas V, le +20 décembre 1448, il avait été envoyé par Calixte III +auprès de Charles VII en qualité de légat <i>a latere</i>, pour +prêcher la croisade contre les Turcs (1456). Il parvint +même à faire croiser un certain nombre de seigneurs, +mais les démarches irrégulières et l'attitude hostile du +dauphin firent échouer ses préparatifs de croisade. +Louis XI devenu roi l'avait toujours tenu en suspicion <a name="FNanchor_395" id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">[395]</a>, +et avec de semblables dispositions, la nomination d'Alain +de Coëtivy ou du «cardinal d'Avignon», comme on +<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">139</a></span> +l'appelait, aurait vraisemblablement provoqué entre le +Saint-Siège et la Cour de France un conflit brutal, comme +il advint quelques années après à la suite de la promotion +à la légation de Jules de la Rovère.</p> + +<p>Paul II comprit très certainement le danger d'un choix +aussi hasardeux, et pour couper court à toute nouvelle +sollicitation, il fit savoir le 14 janvier 1465 <a name="FNanchor_396" id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">[396]</a> qu'il venait +de déléguer, pour remplir l'intérim de la légation d'Avignon, +Constantin de Hérulis, évêque de Narni, recteur +du Comtat, prélat d'une grande science, doué de toutes +les vertus chrétiennes et confident du pape. Le bref qui +portait cette nomination à la connaissance des Avignonnais +fut reçu avec la plus grande satisfaction, et on en +comprend les motifs.</p> + +<p>Sollicités d'un côté par le roi de France, craignant de +l'autre de déplaire au pape, ils se trouvaient ainsi délivrés +de la lourde responsabilité qui leur incombait en cette +occasion. Le bref pontifical fait savoir aux Avignonnais +que le Saint Père a été avisé de la présence au palais +d'Avignon de Pierre de Foix et de Jean, évêque d'Acqs, +et de la teneur des négociations engagées entre les +citoyens et les héritiers du cardinal. Il loue l'activité, la +prudence et le zèle des habitants et leur dévouement au +Saint-Siège. Il les avise en même temps qu'il vient de +nommer lieutenant et gouverneur de la ville et autres +<span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">140</a></span> +lieux appartenant à la sainte Église l'évêque de <i>Narni</i>, +jusqu'à l'arrivée du légat qu'il se proposait d'envoyer +ultérieurement. Enfin, comme conclusion, Paul II engage +les Avignonnais à prévenir Pierre de Foix et Jean, l'évêque +d'Acqs, qu'ils aient à évacuer sans retard le grand +palais et à le remettre aux mains de l'évêque de Narni: +«Vobis præcipimus et mandamus ut episcopum et +Petrum prædictos omni studio inducatis ut palatium +nostrum quod ab eis teneri accepimus, dicto episcopo +Narniensi sine dilatione consignent <a name="FNanchor_397" id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">[397]</a>.»</p> + +<p>La question de la possession du grand palais, ancienne +résidence des papes, était grosse de difficultés. Pierre de +Foix, l'évêque d'Acqs, et les Gascons armés faisaient +bonne garde et refusaient de se retirer même devant la +force. C'était malheureusement une tradition parmi les +légats qu'à chaque décès du représentant du Saint-Siège +à Avignon, ses héritiers et successeurs refusaient de +rendre le palais aux ordres venus de Rome. Ému de +cette situation et pour obvier à un nouveau scandale, le +conseil de ville avait donné pour mission complémentaire +à d'Ortigues (1464), de demander à Sa Sainteté +qu'elle fît défense formelle, à l'avenir, à ses légats, d'habiter +le grand palais, mais qu'elle voulût bien désigner un +capitaine noble et un citoyen de la ville qui seraient +chargés de la garde du palais, avec les émoluments que +Sa Sainteté fixerait elle-même, à percevoir sur les revenus +de la chambre apostolique d'Avignon <a name="FNanchor_398" id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">[398]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">141</a></span> +C'était de la politique habile de ne désigner qu'un légat +d'un caractère temporaire comme l'évêque de Narni <a name="FNanchor_399" id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">[399]</a>. +Paul II laissait ainsi à Louis XI l'espoir de lui donner +bientôt satisfaction et lui écrivait en même temps une +lettre d'un caractère tout pacifique, exposant les raisons +qui l'avaient amené à déléguer à titre provisoire l'évêque +de Narni. Le souverain pontife, par un nouveau bref du +17 février 1465, tout en remerciant les Avignonnais de +leur dévouement et de leur fidélité, leur faisait savoir +qu'il avait confiance dans l'esprit religieux et catholique +du roi de France, pour être certain que la tranquillité de +ses États ne serait point troublée. Il ajoutait qu'en agissant +comme il l'avait fait, il n'avait eu d'autre pensée que de +sauvegarder l'honneur du Saint-Siège, le gouvernement +des États de l'Église et le repos de la papauté <a name="FNanchor_400" id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">[400]</a>. Il recommandait +à nouveau à la ville de livrer immédiatement le +palais à son représentant. Les négociations entamées avec +les héritiers du feu cardinal de Foix furent laborieuses et +difficiles. Enfin, après de nouveaux pourparlers, les prélats +installés dans le palais s'engagèrent par devant +notaire <a name="FNanchor_401" id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">[401]</a>, le 2 mars 1465, à remettre purement et simplement +le palais apostolique au pape Paul II ou à son +délégué. Ils quittèrent Avignon dans les premiers jours +de mars et le conseil délibéra le 4 dudit mois, d'accompagner +<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">142</a></span> +Pierre de Foix jusqu'en dehors des murailles et +de lui présenter au nom de la ville une boîte d'or à dragées +du poids de 15 marcs d'argent, laquelle coûta 112 écus, +en le priant de protéger la ville tant auprès de son père que +des princes dont il se trouvait l'allié <a name="FNanchor_402" id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">[402]</a>. Le 9 février 1465, le +cardinal Alain de Coëtivy <a name="FNanchor_403" id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">[403]</a>, évêque d'Avignon, répondant +à une lettre que les consuls de cette ville lui avaient +adressée à Rome, le 13 janvier précédent, les félicite de +ce que le palais apostolique est revenu au pouvoir du souverain +pontife, chose qui lui a été très agréable «car cela +a fait qu'il n'y a plus eu qu'un seul troupeau et un seul +pasteur».</p> + +<p>Les visées de Louis XI, sur l'administration intérieure +des domaines du Saint-Siège, se trouvaient cette fois +encore déjouées; mais avec cette ténacité et cette persévérance +qui caractérisent sa politique, l'habile monarque +ne considérait pas la partie comme perdue et il allait +prendre sa revanche en mettant en avant pour la légation +vacante la candidature de son parent, Charles de Bourbon, +archevêque de Lyon <a name="FNanchor_404" id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">[404]</a>.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">143</a></span></p> + +<h2>CHAPITRE VI</h2> + +<p class="center">Louis XI et le conflit avec Jules de la Rovere.<br /> +L'entrevue de Lyon (juin 1476)<br /> +et ses conséquences.</p> + +<p class="hanging content">Vacance de la légation (1464-1470).—Agissements de Louis XI +pour faire nommer à la légation d'Avignon l'archevêque de Lyon, +Charles de Bourbon.—Satisfaction accordée au roi de France.—Conditions +dans lesquelles Charles de Bourbon est pourvu de +la légation (1470).—Engagements du roi et du légat vis-à-vis +du Saint-Siège.—Révocation des pouvoirs du cardinal de +Bourbon (13 mars 1476).—La légation est donnée à Jules de la +Rovère, neveu de Sixte IV.—Mécontentement de Louis XI.—Origines +du conflit.—Occupation du palais apostolique.—Les +représentants du légat assiégés.—Intervention militaire de +Louis XI (avril-mai 1476).—Entrevue de Lyon (juin 1476).—Les +Avignonnais prêtent serment de fidélité au roi de France (26 juin +1476).—Succès de la politique royale.—Conséquences de l'entrevue +de Lyon pour les sujets du Saint-Siège et pour le cardinal +de Saint Pierre ad Vincula.—Son retour à Rome (octobre 1476).</p> + +<p class="p2">La vacance de la légation, après la mort du cardinal de +Foix, était pour Louis XI un encouragement à renouveler +ses instances auprès du pape Paul II, en vue de le faire +revenir sur son refus de pourvoir de cette charge le frère +du maréchal d'Armagnac. Le roi n'y manqua pas. En +effet, fort de la promesse de Pie II <a name="FNanchor_405" id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">[405]</a>, Louis XI fit partir +<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">144</a></span> +pour Rome une ambassade extraordinaire vers la fin de +1465 ou au commencement de 1466 <a name="FNanchor_406" id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">[406]</a>. Les envoyés du roi +avaient pour mission de rappeler à Paul II toutes les démarches +et sollicitations dont son prédécesseur avait été +l'objet en faveur de l'archevêque d'Auch: «Erit ipsis +oratoribus cura præcipua ne tot preces ac totiens pro +archiepiscopo auxitano ad legationem avinionensem +profusæ cadant incassùm, dicentque pontifici quid +tranquillitas illius provinciæ, quid altitudo regis, quid +conditio temporum, quid pollicitatio Pii (Pie II) pontificis +flagitant <a name="FNanchor_407" id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">[407]</a>.» Infructueuses restèrent les démarches +de Louis XI, qui, dès lors, paraît avoir abandonné à son +mauvais sort la candidature du frère de son ami le +maréchal. Mais il ne renonçait pas pour cela à l'idée de +faire prévaloir sa volonté à Rome. La même année, en +effet, il adressait aux États du Venaissin une longue missive <a name="FNanchor_408" id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">[408]</a> +pour leur recommander, comme personnage très +apte à la légation, un prélat de sang royal, Charles de +Bourbon, archevêque de Lyon, frère du duc de Bourbon +et d'Auvergne, à qui Louis donna le gouvernement du +Languedoc: «Nous avons jà par trois fois escript à +nostre saint père le pape, affin quil vueille pourveoir à +la dicte legacion et administration de Avignon et conte +de Venysse, de la personne de nostre dit cousin +comme de la personne que nous povons cognoistre ad +<span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">145</a></span> +ce plus utile et proffitable, et pour conserver et tenir +en bon estat le fait et les droiz du Saint-Siège appostolique +par deca et les subgectz estans soubz le patrimoine +des diz ville et conté plus requise et nécessaire <a name="FNanchor_409" id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">[409]</a>.» +Après avoir fait de son cher et bien aimé +cousin un éloge auquel contredisent plusieurs contemporains <a name="FNanchor_410" id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">[410]</a>, +le roi les avisait que cette candidature était désormais +la sienne, à l'exclusion de toute autre et «pour +ce quelque chose que nous pourrions avoir escript pour +et en faveur d'aultruy». C'était, on le voit, une renonciation +absolue à son ancien protégé l'archevêque d'Auch. +Dans cette lettre, comme dans celles qu'il avait adressées +aux Avignonnais en pareille occurrence, Louis XI cherchait +à mettre dans son jeu le crédit dont les Avignonnais +et les Comtadins disposaient à Rome pour assurer +le succès de ses vues politiques: «Vous priant que y +<span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">146</a></span> +vueillez tenir la main de vostre part et, par votre ambassade, +en escrire à nostre dit saint père, en la faveur +de nostre dit cousin, et tellement que doresnavant +vous en doyons avoir en plus grant amour et benivolence, +laquelle vous pourrez avoir et entretenir de bien +en mieulx <a name="FNanchor_411" id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">[411]</a>.» En même temps qu'il sollicitait la recommandation +des Avignonnais, en faveur de son parent, +Louis XI envoyait comme ambassadeur à Rome Charles +de Bourbon, avec mission de se présenter au pape, +qui l'«aura pour recommandé et le préférera comme +personnage qui est bien en tel cas à préférer à touz +autres prélatz qui en pourroient faire poursuite <a name="FNanchor_412" id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">[412]</a>». Le +roi avait adjoint à l'archevêque de Lyon, comme compagnon +de route, Thibaud de Luxembourg, évêque du +<span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">147</a></span> +Mans, avec pouvoirs donnés par lettres datées d'Orléans, +du 19 octobre 1466 <a name="FNanchor_413" id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">[413]</a>. On voit, par le rapprochement +des dates, que l'habile monarque comptait sur l'effet produit +par les lettres des Avignonnais sur l'esprit de +Paul II, pour assurer le succès de sa mission. L'ambassade +devait: 1<sup>o</sup> rappeler au nom du roi, à Paul II, +son respect pour la papauté depuis sa jeunesse, en lui +faisant savoir qu'il regrettait que son père ne se fût pas +mieux comporté à l'égard du Saint-Siège; 2<sup>o</sup> montrer +comment, pour être agréable au souverain pontife, +Louis XI avait, contre l'opinion de tout son royaume, +aboli la pragmatique sanction; 3<sup>o</sup> témoigner de sa pleine +et entière obéissance au Saint-Siège et donner comme +preuve la révocation des édits et prohibitions rendus à +Poitiers; 4<sup>o</sup> le roi demande qu'en considération de ses +services Sa Sainteté veuille pourvoir à certaines églises +du royaume de France, jusqu'à vingt-cinq à son gré <a name="FNanchor_414" id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">[414]</a>; +5<sup>o</sup> enfin, Louis XI terminait par un exposé sommaire des +obligations que l'Église et le Saint-Siège avaient à la +royauté. Cette ambassade marquait d'une façon très apparente +les dispositions bienveillantes de la Cour de France +et son désir de voir appeler à l'administration d'Avignon +et du comté l'archevêque de Lyon. Mais les envoyés du +roi quittèrent Rome sans emporter autre chose que des +promesse vagues et dilatoires.</p> + +<p>Les Avignonnais essayèrent-ils quelque démarche en +vue de complaire aux désirs exprimés dans la lettre +royale? Les registres du conseil n'en portent aucune +<span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">148</a></span> +trace. Mais nous constatons que le retard apporté par la +curie romaine à la nomination de Charles de Bourbon, +n'altère en rien les bons rapports existants. Le 17 juin 1468, +la ville d'Avignon envoya, avec un grand concours de +citoyens, les consuls saluer au débarcadère du Rhône, +Blanche-Marie Visconti, épouse de François Sforza, duc +de Milan et de Gênes, que Louis XI «ne réputait pas +seulement sœur, mais fille <a name="FNanchor_415" id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">[415]</a>». «Nous savons que tout ce +que vous avez fait, leur écrivait-elle de Beaucaire, +l'avez fait pour l'onneur du Roy.... nous luy en escripvons +en l'en remerciant et scavons qu'il en scaura à +tous ceulx de la ville tres grand gré et nous vous +offrons que s'il est chose en quoy nous puissions pour +le temps à venir faire plaisir à toutz de la dite ville, soit +en général et en particulier, que nous le ferons de tres +bon cuer <a name="FNanchor_416" id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">[416]</a>».</p> + +<p>416 2: Arch. municip., <i>Reg. des Conseils</i>, du 17 juin 1468, t. III, fol. +200. Bonne de Savoie était sœur de Charlotte, reine de France. +Elle épousa, le 9 mai 1468, Galéas-Marie Sforza, fils de François +Sforza. Le mariage fut béni par le cardinal La Balue et en présence +de Charles de Bourbon. Voy. Duclos, <i>Hist. de Louis XI</i>, V;—Péricaud, +<i>Rev. du Lyonnais</i>, IX, X, p. 369;—<i>Lettres de Louis XI</i>, +II, p. 222, note.</p> + +<p>Vers la même époque, Louis XI ayant recommandé +deux personnages, Monténart (?) et Bazille, s'en allant à +Avignon, les consuls répondent qu'ils n'ont aucune nouvelle +de Bazille; quant à Monténart, il avait quitté la +ville après une maladie très grave et depuis on était sans +nouvelles de lui. En faisant réponse au roi ils ajoutaient: +«Pourtant sur ce autre chose est en quoy tant en commun +que en particulier puissions vostre dicte Magesté +<span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">149</a></span> +servir et complaire, en le nous notiffiant, le ferons de +tout nostre petit pouvoir et de tres bon cueur a l'ayde +de nostre seigneur le quel tres haut et tres chrétien +prince et tres redoubté seigneur vous doint bonne et +longue vie et le accomplissement de voz tres haultz et +tres nobles désirs <a name="FNanchor_417" id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">[417]</a>.»</p> + +<p>Divers actes de Louis XI montrent néanmoins que la +candidature de l'archevêque de Lyon était toujours l'objet +de ses préoccupations. Dans une lettre du 21 août 1469, +à Falco de Sinnibaldi, envoyé du Saint-Siège, s'en retournant +à Rome, Louis XI recommande, pour le chapeau de +cardinal, l'ancien compagnon de voyage de Charles de +Bourbon, Thibaud de Luxembourg, évêque du Mans, et +on trouve cette phrase caractéristique: «Je le vous +obliay à dire, quant je vous recommande le fait de la +légation d'Avignon <a name="FNanchor_418" id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">[418]</a>.» «Et pour tant que j'ay singulière +confiance en vous et que vous emploirez voulentiers +à conduire les matières pour les quelles nos diz +ambassadeurs s'en vont par dela, mesmement en +celles que cognoistrez que jay au cueur, je vous prie +tant acertez et affectueusement comme je puis et surtout +le service que faire me desirez que vous vueillez +tellement emploier à tenir la main de vostre part +<span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">150</a></span> +envers Nostre dit Saint-Père que la chose sortisse à +ceste fois son effet.»</p> + +<p>L'influence de Sinnibaldi fut probablement de quelque +poids sur la décision de Paul II, qui donna enfin la légation +d'Avignon à Charles de Bourbon (septembre 1470), +mais à titre absolument provisoire et avec les réserves dont +Louis XI donne acte au Saint-Siège dans une lettre en +latin, donnée à Amboise, le 26 septembre 1470, la seule +de ce monarque que renferment les archives du Vatican <a name="FNanchor_419" id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">[419]</a>. +Mais déjà temporaire et révocable, la provision de l'archevêque +de Lyon se trouvait singulièrement menacée par la +mort de Paul II et l'exaltation de Sixte IV.</p> + +<p>En 1471, Louis XI et Sixte IV qui, sans être en rapports +tendus jusqu'alors, se tenaient sur une réserve prudente, +se rapprochent parce qu'ils ont besoin l'un de l'autre. Le +pape voulait l'appui du roi pour une croisade; Louis XI +comptait sur le Saint-Siège pour régler l'affaire de la +Balue et faire refuser à son frère, Charles de Berry, la +dispense nécessaire en vue d'épouser Marie de Bourgogne. +Ce rapprochement amena Sixte IV à se montrer +plus traitable sur la question de la légation d'Avignon +<span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">151</a></span> +qui n'avait été, comme nous l'avons vu, confiée qu'à titre +provisoire par Paul II à l'archevêque de Lyon. Louis XI +envoie, le 4 novembre 1471, à Sixte IV messire Guillaume +Compaing, archidiacre d'Orléans, et maître Antoine +Raquier, notaire, afin de conclure avec le pape un traité +contre tous leurs ennemis communs. Dans cette ambassade +il est encore question d'accorder à l'archevêque de +Lyon, de la maison de Bourbon, la légation d'Avignon, +avec le chapeau de cardinal <a name="FNanchor_420" id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">[420]</a>.</p> + +<p>Sixte IV ratifia le choix de son prédécesseur avec les +mêmes réserves, auxquelles durent souscrire par acte +signé le roi de France et son protégé, Charles de Bourbon. +La lettre royale, qui reproduit les mêmes termes que +celle du 26 novembre 1470, fut donnée pour Sixte IV à +Saint-Florentin, le 15 juin 1472 <a name="FNanchor_421" id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">[421]</a>. On voit, d'après ce document, +que l'archevêque de Bourbon exerçait la légation +d'Avignon et du Venaissin avec le titre de légat +<i>a latere</i> pour une durée qui était laissée à la convenance +du pape et du Saint-Siège. Il promettait au pape que ledit +légat s'acquitterait avec intégrité de sa charge et rendrait +bonne et prompte justice à tous les vassaux du Saint-Siège. +Il est à remarquer que pour la première fois, sans +doute à la suite des grosses difficultés qu'avait soulevées +l'occupation du palais apostolique à la mort du cardinal +de Foix, l'obligation était faite au légat de rendre le palais +avec tous les droits et prérogatives attachés à sa charge, +soit au pape vivant, soit à ses successeurs, à première +réquisition et sans différer, avec toute la déférence due à +<span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">152</a></span> +la personne du souverain pontife. Nous possédons également, +grâce à la copie donnée par Fornéry <a name="FNanchor_422" id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">[422]</a>, le texte de +l'engagement juré par Charles de Bourbon, le 4 juillet +1472. Les conditions énumérées ne font que reproduire +celles déjà relatées dans la lettre royale. Il s'engageait à +remettre entre les mains de Sa Sainteté ou de ses successeurs +«le palais», avec tous droits, sous peine d'excommunication +et de parjure, sans contestation et sans attermoiement <a name="FNanchor_423" id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">[423]</a>.</p> + +<p>Bien que pourvu officiellement de la légation, Charles +de Bourbon ne se pressa pas de prendre possession de +son siège, qu'il n'occupa du reste que d'une façon très +irrégulière. Annoncé dès le mois d'octobre 1470 <a name="FNanchor_424" id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">[424]</a>, aux +consuls d'Avignon par une lettre de Guillaume de Châlons, +prince d'Orange, le légat ne se présenta pour occuper +sa charge en personne qu'au mois de novembre 1473. +La ville, pour fêter son arrivée, envoya au devant de sa +grandeur un brigantin manœuvré par douze hommes, +qui devait remonter le Rhône jusqu'au Pont-Saint-Esprit, +en même temps qu'une ambassade, composée des consuls +et notables de la ville, allait à cheval à la rencontre du légat +jusqu'au même point. Le 11 novembre 1473 l'archevêque +de Lyon, descendant le Rhône sur le brigantin envoyé +<span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">153</a></span> +par la ville, prit terre à quelque distance de la ville et +s'installa au château du Pont de Sorgues avant d'occuper +le grand palais <a name="FNanchor_425" id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">[425]</a>.</p> + +<p>Dans la pensée du pape, le caractère révocable de la +provision donnée à Charles de Bourbon laissait-il entrevoir +un remplacement à brève échéance, ou mieux encore +Sixte IV fut-il, dans cette circonstance, l'instrument +docile de son neveu, le célèbre Jules de la Rovère, que Jean +de Serres appelle «instrument fatal des maux de l'Italie» +et ailleurs «puissant d'amis, de réputation, de richesses, +naturel farouche et terrible, inquiet, turbulent, mais magnifique +et grand défenseur de liberté ecclésiastique» <a name="FNanchor_426" id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">[426]</a>? +Il est difficile de se prononcer. Jules de la Rovère avait été +appelé à l'évêché de Carpentras lorsque, à la mort d'Alain +de Coëtivy, en 1474 <a name="FNanchor_427" id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">[427]</a>, il fut transféré au siège d'Avignon +que Sixte IV, par affection pour son neveu, érigea en archevêché +par bulle du 22 novembre 1474 <a name="FNanchor_428" id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">[428]</a>, avec les évêchés +de Carpentras, de Cavaillon et de Vaison comme +suffragants, alors qu'ils ressortissaient précédemment +de l'archevêché d'Arles. Cette extension de l'autorité +spirituelle de l'archevêque d'Avignon, sa parenté +avec le souverain pontife, en faisaient un adversaire redoutable +pour le légat, dont il contrebalançait l'influence: +un conflit ne pouvait manquer de se produire lorsque, +sollicité sans doute par son neveu, Sixte IV, sans penser +aux conséquences d'une pareille mesure, révoqua la +<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">154</a></span> +faculté accordée à Charles de Bourbon <a name="FNanchor_429" id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">[429]</a> et lui substitua +son neveu Jules de la Rovère, par bulle du 13 mars 1475. +Quelques auteurs ont prétendu que les pouvoirs conférés +au nouveau légat étaient plus étendus que ceux de +son prédécesseur; que son autorité devait se faire sentir +jusqu'à Lyon; qu'il voulait rétablir la suzeraineté temporelle +du Saint-Siège sur la rive droite du Rhône <a name="FNanchor_430" id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">[430]</a>. Rien +dans la bulle pontificale n'autorise ces affirmations, et le +texte même du document est conforme aux formules +adoptées en pareil cas par la chancellerie pontificale <a name="FNanchor_431" id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">[431]</a>. +Depuis le <span class="smcap">XIII</span><sup>e</sup> siècle les légats représentant à Avignon le +Saint-Siège avaient toujours porté les mêmes titres, qui +n'étaient qu'une formule consacrée de diplomatique sans +effet dans l'exercice de leurs fonctions. Du reste, les parlements +se montraient d'une rigueur impitoyable quand +il s'agissait de l'enregistrement de la bulle, et ils n'auraient +pas toléré un empiètement sur les droits du pouvoir +laïque.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">155</a></span> +Il y a là, selon nous, une confusion de la part des historiens, +qui ont traité la question sans la bien connaître, +et dont nous allons donner l'explication. L'archevêque +d'Avignon avait juridiction sur tous les sujets royaux +fixés dans les limites de son diocèse <a name="FNanchor_432" id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">[432]</a>; or, en ajoutant +au diocèse du nouvel archevêque les évêchés de Cavaillon, +de Valréas et de Vaison, Sixte IV donnait par le fait, au +sens propre du mot, à son neveu «des pouvoirs plus +étendus». Voilà ce qu'il faut entendre par cette phrase +qui se retrouve dans Duclos, dans Legeay et les autres. +C'est sans doute cette extension d'attribution qui motiva +les plaintes de Charles de Bourbon au roi, car on ne +comprendrait pas qu'il s'agît des attributions de Jules de +la Rovère, légat, alors que la provision de ce dernier ne +fut délivrée qu'en mars 1475 <a name="FNanchor_433" id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">[433]</a>. Or, dès le mois de janvier +1475, Louis XI, mécontent des agissements du pape, +avait pris plusieurs ordonnances rigoureuses à l'adresse +du Saint-Siège. Une première ordonnance du 8 janvier +1475 <a name="FNanchor_434" id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">[434]</a> instituait une commission pour examiner les +bulles, brefs et rescrits pontificaux qui seraient contraires +aux immunités et privilèges du royaume de France et en +défendait l'enregistrement. En vue de la défense des +libertés de l'église gallicane le roi soumettait au «<i>placet</i>» +tous les actes pontificaux. En outre, sans doute pour +effrayer Sixte IV, Louis XI fit écrire à tous les évêques +de France pour leur dire qu'ils ne devaient pas quitter +<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">156</a></span> +leur résidence, et ce, sous peine de confiscation et de privation +du temporel <a name="FNanchor_435" id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">[435]</a>.</p> + +<p>En même temps, Louis XI, poussé secrètement par son +allié, Laurent de Médicis, provoque une agitation anti-romaine +et parle de la prochaine tenue d'un concile +général pour la réforme de l'Église et l'élection régulière +d'un pape à la place du pontife, dont la nomination était +entachée de simonie. Il cherche à gagner à sa cause +l'empereur Frédéric <a name="FNanchor_436" id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">[436]</a>.</p> + +<p>La bulle pontificale du 21 novembre 1474 était sans +contredit un acte d'indépendance de la curie romaine et +attentatoire aux libertés de l'Église gallicane, en ce sens +qu'elle portait modification des circonscriptions ecclésiastiques +du royaume de France, sans l'avis préalable du +roi. En effet, de ce chef, la province ecclésiastique d'Avignon +devenait indépendante de Vienne et d'Arles <a name="FNanchor_437" id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">[437]</a>, et le +rattachement de l'évêché de Vaison au diocèse de l'archevêché +d'Avignon était une diminution de l'autorité de +l'archevêque de Vienne et de Lyon «primat de France». +Bien que plus incliné aux idées romaines que son père +Charles VII, qui professait plutôt les idées gallicanes, +Louis XI ne pouvait décemment rester indifférent en présence +des prétentions de Sixte IV dont la faiblesse expliquait +cet acte de népotisme. Si on ajoute à cette extension +d'attributions l'autorité que le nouvel archevêque +tenait de ses prédécesseurs, on conviendra que l'archevêque +d'Avignon était, sinon le supérieur, du moins +<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">157</a></span> +l'égal du légat, qui devait désormais compter avec lui. +En effet, depuis 1178, par privilège de Frédéric II, empereur +d'Allemagne, l'évêque d'Avignon était coseigneur de +Barbentane, et avait juridiction temporelle sur ce port, +une des principales escales de la navigation du Rhône <a name="FNanchor_438" id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">[438]</a>. +En outre, depuis le <span class="smcap">X</span><sup>e</sup> siècle, ledit évêque possédait, +comme fiefs temporels sur la rive droite du Rhône, les +localités ci-après avec leurs annexes: <i>Roquemaure</i>, +<i>Trueil</i> (de Torcularibus), <i>Montfaucon</i>, <i>Saint-Giniès de +Comolas</i>, <i>Saint-Laurent-des-Arbres</i>, <i>Lirac</i>, <i>Tavel</i>, <i>Rochefort</i>, +<i>Sazes</i>, <i>Pujaut</i> (Podium altum), <i>Sauveterre</i>, <i>Villeneuve</i>, +<i>Les Angles</i> et <i>Saint-Étienne-de-Candals</i> <a name="FNanchor_439" id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">[439]</a>. «De tout temps +et d'ancienneté les prédécesseurs arcevesques du dit +lieu ont tout droit de justice et juridiction ecclésiastique +sur plusieurs nos subgectz, mananz et habitanz de plusieurs +villes, villaiges et places nous appartenanz dedans +nostre royaume estans du dit diocèse et arcevesché, et +ont accoustumé selon droit commun les dits arcevesques +du dit lieu d'Avignon, davoir toute juridiction +cohercion et contrainte non seulement sur iceulx habitanz +des villes de nostre royaume mais aussi de Provence, +du conte de Venisse et dailleurs ou le dit droict +<span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">158</a></span> +se estant <a name="FNanchor_440" id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">[440]</a>.» Ces lettres patentes de Louis XI ne peuvent +laisser aucun doute sur la légitimité des pouvoirs de +l'archevêque d'Avignon, en tant que juge temporel desdits +fiefs enclavés dans le royaume de France. Or, dans de +pareilles conditions, ou l'évêque devait se contenter d'une +juridiction temporelle nominale, comme l'avaient fait la +plupart des prédécesseurs de Jules de la Rovère, ou, s'il +voulait prendre au pied de la lettre les droits qu'il tenait +de ses fonctions, il devait se préparer à vivre en état de +guerre avec les officiers royaux, sénéchaux de Beaucaire, +maîtres des ports de Villeneuve ou leurs lieutenants, +et le Parlement de Toulouse dont la rigueur était proverbiale. +On comprend, en effet, que les sujets du roi, +placés sous la juridiction temporelle des évêques d'Avignon +et poursuivis pour crimes ou délits de droit commun, +récusassent la juridiction temporelle de leur suzerain +spirituel, pour chercher aide et protection auprès des +agents royaux et échapper ainsi à toute pénalité. De là +des conflits incessants, des protestations, et comme conclusion, +des lettres de représailles qui empêchaient l'évêque +d'exercer en toute liberté son droit de juridiction.</p> + +<p>Quant à la question de conflit à propos de certains territoires +riverains du Rhône, dont la délimitation et les +droits «de pâturage et de bûcherage» étaient contestés +entre les officiers royaux et le représentant du Saint-Siège <a name="FNanchor_441" id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">[441]</a>, +Jules de la Rovère ne pouvait en avoir la responsabilité, +<span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">159</a></span> +attendu que depuis longtemps des dissentiments +existaient entre le sénéchal de Beaucaire et de Nîmes et +les officiers pontificaux. Des attaques à main armée +avaient été dirigées par les sénéchaux de Beaucaire et de +Nîmes contre le terroir d'Avignon, sous forme de représailles +et de droits de marque, sous prétexte d'une dette +que les papalins auraient refusé de solder à Gabriel de +Bernes, alors qu'il était constant que la cité d'Avignon +n'avait jamais refusé de se libérer <a name="FNanchor_442" id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">[442]</a>. Enfin, la ville se +plaignait avec quelque apparence de raison que les officiers +du roi s'opposassent, par vexation, à la construction +de «pallières et taudis» sur la rive gauche du Rhône +dont le courant impétueux ne cessait de menacer les +remparts et fortifications qui garantissaient la sécurité de +la ville et de son territoire.</p> + +<p>Les conflits entre riverains prirent même, au cours de +l'année 1475, un caractère tel de violence que le conseil +de ville décida d'en référer au pape, avec menace des +censures ecclésiastiques <a name="FNanchor_443" id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">[443]</a>. De leur côté les officiers du +Languedoc, défenseurs des droits du roi, maintenaient +<span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">160</a></span> +énergiquement leurs revendications et le juge-mage de +Beaucaire écrivait à Jean Bourré, président des États du +Languedoc, «touchant l'occupation que ceulx d'Avignon +veullent faire du Rosne et des isles d'icelluy <a name="FNanchor_444" id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">[444]</a>». Il montrait +pour le roi l'importance qu'il y avait à conserver la +possession des terrains limitrophes du fleuve et des îles +voisines, «et le bon droit que le roy a». Le 9 juillet +1475 <a name="FNanchor_445" id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">[445]</a>, Sixte IV adressait à Louis XI une nouvelle lettre +plus pressante, dans laquelle il l'engageait à donner des +ordres immédiats pour que ses officiers du Languedoc +cessassent d'inquiéter et de molester les vassaux du +Saint-Siège. Le roi de France n'ayant pris aucune mesure +pour donner satisfaction au souverain pontife, celui-ci +fulmina contre les officiers royaux une sentence d'excommunication +(9 décembre 1475) <a name="FNanchor_446" id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">[446]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">161</a></span> +Ces explications étaient indispensables pour montrer +l'origine du conflit à propos des limites du Rhône, au +moment où Sixte IV allait appeler son neveu à la légation +d'Avignon, et permettent de démêler ce qu'il y a de +fondé dans les accusations portées par les historiens contre +Jules de la Rovère sur ce point. Lorsque donc, quelques +mois plus tard, le cardinal de Saint-Pierre aux Liens +se rendit à Lyon pour porter ses doléances à Louis XI, il +ne faisait que lui exposer des griefs déjà anciens et qu'il +n'avait en rien contribué à susciter. Enfin, s'il se plaignait +au roi de la sévérité outrée du Parlement de Toulouse à +l'égard des sujets pontificaux, lorsque quelque atteinte +était portée par eux aux prérogatives royales, ces plaintes +étaient de tout point fondées <a name="FNanchor_447" id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">[447]</a>.</p> + +<p>En réalité, toutes les explications données jusqu'ici, +pour justifier le mécontentement du roi du retrait de la +légation à Charles de Bourbon, ne sont que de peu de +poids et ne suffiraient pas pour rendre plausible l'hostilité +<span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">162</a></span> +de la Cour de France et le parti pris de recourir aux voies +de fait contre le Saint-Siège dans la personne de son légat +et dans son propre domaine. Ce que Louis XI ne pouvait +pardonner à Sixte IV, c'était d'avoir manqué à ses engagements +vis-à-vis du roi et d'avoir porté une grave atteinte +à l'influence française dans les terres qui confinaient +à la Provence, au moment où Louis XI espérait mettre +la main sur l'héritage du roi René. Désormais, au lieu +d'avoir à Avignon un représentant dévoué à ses intérêts, +la France allait se heurter à un ennemi habile, implacable, +que l'on accusait encore sans preuves d'entretenir +avec le Téméraire des intelligences secrètes, et de favoriser +la cession des domaines de la maison d'Anjou au +duc de Bourgogne <a name="FNanchor_448" id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">[448]</a>. Tous les calculs politiques de Louis XI +se trouvaient ainsi déjoués, par suite de la mauvaise volonté +du pape, et on comprend qu'il en conçut une vive +irritation. +. +Cependant l'administration du cardinal de Bourbon, ou +plutôt de ses représentants à Avignon et à Carpentras, +n'allait pas sans quelques difficultés. Absent depuis plusieurs +mois du siège de sa légation, l'archevêque de Lyon +avait délégué comme lieutenant à Carpentras l'évêque de +Narbonne <a name="FNanchor_449" id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">[449]</a>. A Avignon, il avait constitué comme son fondé +de pouvoir Édouard de Messiaco, abbé de l'Isle-Barbe +(13 décembre 1475). Les rapports entre le conseil de ville +et les délégués du légat étaient assez tendus par suite de +<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">163</a></span> +quelques questions d'ordre local. Le représentant du +légat reprochait au conseil: 1<sup>o</sup> de n'avoir pas procédé, +comme le voulait la charte municipale de 1411, au renouvellement +annuel des conseillers <a name="FNanchor_450" id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">[450]</a>; 2<sup>o</sup> de n'avoir pas voté +au légat le présent annuel de 500 florins, qui selon la tradition +lui était offert la veille de la Noël <a name="FNanchor_451" id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">[451]</a>; 3<sup>o</sup> il se +plaignait en outre de ce que des officiers avaient été +créés directement par le Saint-Siège, sans autorisation +du légat; 4<sup>o</sup> de ce que les Florentins avaient obtenu +du Saint-Siège une exemption, au mépris du légat; +5<sup>o</sup> de ce qu'un bref apostolique avait interdit à l'évêque +de Narbonne de s'immiscer dans les affaires intérieures +du Gouvernement<a href="#FNanchor_451">451</a>. L'évêque de Cavaillon se +fit, auprès du conseil, l'organe de ces plaintes. Celui-ci, +qui louvoyait entre les deux influences, décida le +13 décembre de surseoir à toute décision jusqu'au retour +des consuls et d'une partie des conseillers que +la peste tenait pour le moment éloignés de la ville. +Quelques jours après, l'assemblée municipale se réunit +(le 18 décembre) <a name="FNanchor_452" id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">[452]</a> et la mutation des conseillers fut opérée +en présence de l'abbé de l'Isle de Barbe, délégué du +légat, et par son ordre. Le 10 janvier 1476, le conseil +décida de prendre des informations à Rome au sujet de +<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">164</a></span> +la bulle concernant la mutation des conseillers, qu'une +rature avait rendue suspecte de fausseté, et où le mois +précédent on avait délégué à cet effet Pierre Baroncelli +comme ambassadeur extraordinaire <a name="FNanchor_453" id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">[453]</a>. Le 24 janvier, le +conseil procède à la nomination des capitaines des paroisses, +en vertu d'un bref que Pierre Baroncelli avait rapporté +de Rome avec des lettres de Jules de la Rovère, archevêque +d'Avignon. Il est probable que Baroncelli avait +été chargé par Jules de la Rovère d'une mission secrète +pour le conseil et les États, peut-être de leur faire pressentir +la prochaine venue du cardinal en qualité de légat, +car dès son arrivée, et par ordre de l'évêque de Carcassonne, +Pierre Baroncelli avait été jeté en prison. La ville +députa aussitôt auprès de l'évêque Pierre de Merulis, primicier +de l'Université, et Jean Martini, bourgeois, pour +obtenir l'élargissement de l'ambassadeur. D'autre part, +le 3 février, le conseil fit de pressantes instances auprès +de l'abbé de l'Isle Barbe dans le même but. Sixte IV lui-même, +dans un bref menaçant, informa les consuls qu'il +avait donné l'ordre de relâcher sans délai Pierre Baroncelli <a name="FNanchor_454" id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">[454]</a>, +se réservant de faire châtier l'auteur de l'emprisonnement <a name="FNanchor_455" id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">[455]</a>. +Le conflit était désormais inévitable entre +le Saint-Siège et son légat à Avignon, et forcément la +Cour de France allait être amenée à soutenir ce dernier +contre le pape et contre son rival et successeur désigné, +Jules de la Rovère. Louis XI, toujours à l'affût des desseins +secrets de la Cour de Rome, s'efforçait de provoquer +une certaine agitation dans le clergé de France et parmi +<span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">165</a></span> +les cardinaux du sacré collège. Au mois de mars 1476, +pendant que Jules de la Rovère se rendait à Avignon, on +trouva affichée à la porte de la basilique de Saint-Pierre +une proclamation du roi de France enjoignant à tous cardinaux, +prélats et évêques de se trouver à Lyon, le +1<sup>er</sup> mai, afin d'y délibérer sur la tenue d'un concile <a name="FNanchor_456" id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">[456]</a>. Une +ambassade française fut même envoyée à Rome, à ce sujet, +au mois d'avril 1476 <a name="FNanchor_457" id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">[457]</a>, mais Sixte IV refusa de la +recevoir. Comme le fait justement observer Pastor, il y +a une corrélation indiscutable entre ces tentatives de +pression et d'intimidation que Louis XI cherchait à exercer +sur les membres de l'Église et l'envoi en France de +Jules de la Rovère <a name="FNanchor_458" id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">[458]</a>. Ce dernier avait quitté Rome le +19 février 1476.</p> + +<p>La guerre devenait dès lors inévitable, et les partis +commençaient à s'y préparer. Le 12 mars 1476, le conseil +est avisé de la prochaine venue de Jules de la Rovère à +Avignon, mais l'assemblée ignorait encore la nouvelle, +tenue secrète, du remplacement de l'archevêque de Lyon +à la légation. Celui-ci, mis au courant de ce qui se tramait +à Rome contre son autorité, avait pris les devants, et +le 17 avril <a name="FNanchor_459" id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">[459]</a> 1476, on annonçait l'arrivée à Avignon, par +le Rhône, d'une grande barque chargée de douze tonneaux +<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">166</a></span> + de vin et de vingt à vingt-cinq salmées de blé, destinés +à l'approvisionnement du grand palais. Avisé aussitôt, +le conseil décide que le tout sera mis en entrepôt et +en lieu sûr, <i>attendu que cette affectation de se servir +d'une voie étrangère pour les denrées dont il a besoin ne +fait rien augurer de bon pour la ville, d'autant plus qu'on +sait qu'il donne certains signaux par des feux allumés du +haut de la tour de Trolhas</i> <a name="FNanchor_460" id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">[460]</a>.</p> + +<p>Le 19 avril 1476, le conseil est informé de l'approche +de Jules de la Rovère, neveu du pape, archevêque +d'Avignon, en qualité de <i>légat gouverneur d'Avignon et du +Comtat</i>, et de son intention d'occuper le grand palais, et +d'en faire sortir incontinent ceux qui le détiennent pour +le compte de l'archevêque de Lyon. Le conseil délibère +aussitôt que les consuls et douze députés des plus notables +auront plein pouvoir pour établir une garnison aux +portes et aux autres points de la ville où besoin sera, et +que des mesures seront prises incessamment pour pourvoir +à la sécurité de la ville et de ses habitants. Les députés +désignés furent: Louis Merulis, primicier de l'Université; +Guillaume Ricci, docteur; Antoine Ortigues, Girard de +Sades, François Malépine, Baptiste de Brancas, Pierre +Baroncelli, Louis Pérussis, Antoine Simonis, Veran Malhardi, +Étienne de Gubernatis et Jean Martini. Le 29 avril +suivant <a name="FNanchor_461" id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">[461]</a>, le conseil décide de notifier cette décision à +l'archevêque de Vienne, pro-lieutenant du cardinal de +Bourbon, et députe une ambassade au seigneur de Beaujeu <a name="FNanchor_462" id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">[462]</a>, +et à l'archevêque de Narbonne, qui étaient au pont +<span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">167</a></span> +de Sorgues, pour tâcher de pacifier les choses. C'est au +milieu de cette agitation que le nouveau légat pontifical +arriva à Avignon, où il fut reçu avec la déférence que +commandaient ses nouvelles fonctions et sa parenté avec +la personne du souverain pontife.</p> + +<p>De son côté, Louis XI n'était pas resté inactif, et son +intervention, à ce moment, avait, s'il faut en croire Belleforest <a name="FNanchor_463" id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">[463]</a>, +un double but; intimider le pape et peser sur +l'esprit du roi René dont les ambassadeurs étaient partis +secrètement pour aller offrir au duc de Bourgogne son +héritage, après avoir rejeté et divulgué audit duc toutes +les propositions à lui faites par Louis XI <a name="FNanchor_464" id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">[464]</a>. Mais on sait +comment la défaite du Téméraire à Granson détacha +du duc de Bourgogne tous ses alliés, et René, dont les +ambassadeurs avaient été pris et les projets dévoilés, +n'avait plus qu'à solliciter son pardon. Ce fut l'épilogue +du combat de Granson (1476).</p> + +<p>Mais Louis XI n'avait pas attendu une solution que +donnât à ses visées politiques le sort des armes. Au mois +d'avril 1476, par ordre du roi, des troupes du Languedoc +furent mises en mouvement et portées sur la rive droite +du Rhône, avec ordre d'amasser une grande quantité de +vivres et d'approvisionnements de toutes sortes à Villeneuve-lès-Avignon <a name="FNanchor_465" id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">[465]</a>. +L'avant-garde de l'armée royale, +<span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">168</a></span> +commandée par le capitaine Bertrand de Codolet, se présenta +au pont du Rhône pour attaquer le terroir d'Avignon. +Quant au représentant du légat, l'archevêque de +Lyon, il avait fait occuper le palais apostolique par une +garnison de soixante hommes, archers et arbalétriers, +fournis par le roi de France et à la solde de 4 livres par +jour. Dans cette forteresse inexpugnable la petite garnison +française entretenait des signaux avec les soldats de +l'armée royale campés sur la rive droite du Rhône, et +leur fournissait des renseignements utiles pour l'attaque +des remparts. Vers la même date, et pour appuyer les +troupes massées sur la rive droite du fleuve, Louis XI faisait +diriger par voie rapide toute son artillerie disponible, +traînée par plus de quarante-quatre chevaux, sur Avignon <a name="FNanchor_466" id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">[466]</a>. +L'amiral de Bourbon, frère de l'archevêque de +Lyon, avait été chargé du commandement de l'armée +«laquelle nous avions envoyée ès marches de par dellà +et près de la dite ville pour obvier à la mauvaise entreprinse +du dit cardinal alyé à nos ennemis <a name="FNanchor_467" id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">[467]</a>».</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">169</a></span> +Aucun des historiens, en mentionnant cette prise d'armes +du roi de France contre les domaines du Saint-Siège, +n'a connu réellement les faits tels qu'ils se sont +passés. Presque tous affirment que Louis XI occupa Avignon +et le comté, et ne sont pas éloignés de croire que, +dans la pensée du roi, cette tentative d'occupation à main +armée n'était que le prélude d'une annexion définitive, +et que le Saint-Siège fut même menacé de perdre Avignon +par la faute de son légat <a name="FNanchor_468" id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">[468]</a>. Il y a là une exagération +évidente, conséquence de l'ignorance des archives locales, +qui vont nous permettre de mettre, pour la première +fois, sous leur vrai jour, les événements politiques et militaires +si peu connus de cette période de l'histoire des +États citramontains de l'Église.</p> + +<p>Un document inédit et de la plus incontestable authenticité, +renfermé dans la caisse d'Avignon, parmi les papiers +constituant le fonds de l'inventaire de la Chambre +des Comptes de Grenoble, nous apporte sur les agissements +de Jules de la Rovère, dans les événements qui +vont suivre, des renseignements forts curieux, que quelques +historiens ont soupçonnés, et qui n'expliquent que +trop les griefs de Louis XI contre la curie romaine et son +représentant, le cardinal de Saint-Pierre ad Vincula. Un +certain Jean Aubert, dit de Montclus, seigneur et chevalier +de Montclus, avait été laissé à Avignon comme agent +secret du légat Charles de Bourbon, avec mission de le +renseigner sur tout ce qu'il pourrait saisir des desseins +<span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">170</a></span> +de Jules de la Rovère. Grâce à un espionnage savamment +dissimulé, ledit de Montclus ne tarda pas à apprendre +que le nouveau légat avait envoyé auprès de Charles +le Téméraire, duc de Bourgogne, son vicaire à Avignon, +le sieur de Lyennans, «lequel était revenu porteur de +certaines lettres de créance et instructions signées et +scellées du seing et scel du dit duc de Bourgogne adreçans +au pape et au dit cardinal lesquelles lettres et instructions +estoient au grand dangier et préjudice <a name="FNanchor_469" id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">[469]</a>» de +la personne du roi et du royaume de France; que, pour +mettre à exécution ces mauvais desseins et entreprises, +certaine alliance avait été contractée entre ledit cardinal, +le duc de Bourgogne et d'autres ennemis du royaume (et +ce disant, Louis XI fait évidemment allusion au roi René). +Au dire de Louis XI, le cardinal de Saint-Pierre aux +Liens était venu en Avignon pour mettre la main sur le +palais apostolique, en chasser la garnison française que +le légat Charles de Bourbon avait préposée à sa garde, et +par la possession de cette forteresse inexpugnable, barrer +aux armées royales la route de Provence. On ne saurait, +en cette occurence, mettre en doute les accusations +de Louis XI contre le cardinal de Saint-Pierre ad Vincula, +car ce sont ces projets secrets que Baroncelli avait dû +communiquer aux différents corps élus d'Avignon et du +comté, et qui motivèrent la délibération du conseil de +ville d'Avignon du 17 avril 1476 <a name="FNanchor_470" id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">[470]</a>.</p> + +<p>Louis XI, informé de ce qui se tramait à Avignon par +<span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">171</a></span> +ledit seigneur de Montclus, voulut intimider la curie romaine +en mandant à Lyon, où il se trouvait (mai 1476), le +sieur de Montclus et le propre vicaire de Jules de la Rovère, +de Lyennans, les invitant à venir se justifier auprès +de lui. Le cardinal de Saint-Pierre aux Liens, dont la trahison +à l'égard de Louis XI n'était pas douteuse, pour +empêcher son vicaire de rien divulguer de la mission +secrète qu'il avait remplie auprès du duc de Bourgogne, +s'empressa de faire incarcérer ledit de Lyennans, comme +témoin compromettant. Puis, sachant que le seigneur de +Montclus, en sa qualité de représentant de Charles de +Bourbon, avait des intelligences avec le capitaine qui gardait +le palais, il tenta par des promesses et toutes sortes +de moyens de le gagner à sa cause. N'ayant pu réussir +dans son dessein, Jules de la Rovère, très irrité contre le +sieur de Montclus, le fit venir au petit palais <a name="FNanchor_471" id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">[471]</a>, en présence +de l'évêque de Cavaillon, des évêques italiens qui avaient +accompagné le nouveau légat, des consuls et autres personnages +notables de la ville, et devant tous les assistants +le cardinal entra dans une violente colère, déclarant au +sieur Montclus que s'il ne lui faisait pas remettre incontinent +le palais apostolique en obligeant les gens de Charles +de Bourbon à l'évacuer, «il luy feroit coupper la teste et +qu'il ne luy tenoit à guères qu'il ne le fist gecter par la +fenestre en la rivière du Rosne et que c'estoit le dit +suppliant qui les y avait mis et que par luy se conduisoient <a name="FNanchor_472" id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">[472]</a>». +<span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">172</a></span> +De Montclus, sans s'intimider des menaces +du cardinal, répondit que c'était à tort qu'on l'accusait de +maintenir dans le palais la garnison française; qu'il +n'avait point charge de traiter cette question, et que le +mieux était pour le cardinal de s'entendre avec les ambassadeurs +du roi de France, qui se trouvaient en ce moment +à Avignon. Mécontent de cette réponse et aveuglé par la +colère, Jules de la Rovère donna l'ordre de s'emparer sur-le-champ +de la personne dudit de Montclus, et de l'enfermer +dans la prison du petit palais; il le fit lier et attacher +avec de gros fers aux pieds, et «loger en une grosse tour +estroitement et durement detenu en grant detresse de +sa personne, couchier sur le plastre comme s'il estoit +ennemy de la foy et mecréant, garder par certains +habitans de la dite ville, piller et desrober tous ses biens +meubles qui estoient de bonne valeur estans en certaine +maison qu'il avoit au dit Avignon. Et contre toute forme +de justice inhumainement et cruellement feist tourmenter +et mettre en gehayne et torture le dit suppliant cuidant +par ce moyen recouvrer le dit palais et que pour +éviter la mort du dit suppliant le capitaine et autres +estans de dans le dit palais eussent rendu au dit cardinal +le dit palais et que faire ne vouloirent <a name="FNanchor_473" id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">[473]</a>».</p> + +<p>Cependant, comprenant que la détention dudit Montclus +était illégale, et que la ville et les habitants d'Avignon +pourraient supporter les conséquences d'un aussi +grave abus d'autorité, au moment où l'armée envoyée par +Louis XI approchait de la ville <a name="FNanchor_474" id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">[474]</a>, Jules de la Rovère laissa +<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">173</a></span> +entendre que de Montclus n'avait été mis en prison que +pour obtenir le recouvrement du palais indûment retenu, +puisque, en exécution des engagements pris par le roi et +le légat en 1472, ledit palais devait être rendu à première +réquisition du Saint-Siège. Il ajoutait, en outre, que ce +faisant il avait voulu complaire à un certain nombre d'habitants +d'Avignon, ennemis du roi de France, qui étaient +débiteurs vis-à-vis de lui de certaines sommes qu'il avait +donné charge d'aller recueillir, en vertu d'une obligation +déjà ancienne, et après sommation faite par lettres patentes +aux officiers du Saint-Siège. Sous ce dernier prétexte, +Jules de la Rovère fit appliquer la torture audit sieur de +Montclus, pour le forcer à déclarer que lesdites lettres +obligatoires adressées par Louis XI à la ville «estoient +induement faictes et forgées», alors que lesdites obligations +avaient été souscrites par la ville avant la naissance +dudit de Montclus et ne le touchaient en quoi que ce soit <a name="FNanchor_475" id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">[475]</a>. +La torture, appliquée avec tous les raffinements en usage +chez les bourreaux du Saint-Siège, alla jusqu'à la séparation +des membres pour contraindre Montclus à dire des +choses «à l'appétit et vouloir» de ses persécuteurs. Le +malheureux prisonnier faillit en mourir. Ce que voyant, +le cardinal de Saint-Pierre <i>ad Vincula</i>, les habitants et +consuls de la ville d'Avignon, émus sans doute à l'idée +qu'un traitement aussi barbare et le trépas qui s'en suivrait +<span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">174</a></span> +engageaient gravement la responsabilité de la ville aux +yeux du roi de France, cessèrent de torturer leur prisonnier. +Quant à Jules de la Rovère, il trouva moyen de parlementer +avec l'amiral de Bourbon, commandant l'armée +royale, et partit d'Avignon pour venir à Lyon trouver le +roi.</p> + +<p>Mais les consuls et les habitants d'Avignon comprenant +enfin tout l'odieux de leur conduite, afin d'apaiser la colère +du roi «et les dites deshonnestes faultes assoupper», +envoyèrent auprès dudit de Montclus, enfermé dans la +tour de l'auditeur, une délégation qui se composait de +maître Tulle, docteur et juge de ladite ville, de maître +Accurse Meynier et d'Etienne Sedile, notaire de la cour +de Saint-Pierre et autres officiers, et de plusieurs autres +notables citoyens. Le juge de Saint-Pierre délivra sur-le-champ +ledit de Montclus comme innocent et sans charge +aucune, en lui en donnant acte par lettres que ledit suppliant +avait requises «pour sa descharge et s'en aider en +temps et lieu». Tels sont les événements qui se passaient +à Avignon au moment où Louis XI, déjà très mécontent, +dirigeait des forces sur les terres du Saint-Siège, et on +comprend dès lors que l'accueil fait par lui à Jules de la +Rovère n'ait pas été précisément très amical.</p> + +<p>A l'annonce des mouvements de troupes qui se dessinaient +de l'autre côté du Rhône, et des préparatifs de +siège du palais apostolique, le conseil de ville d'Avignon +décida de faire garder les portes et les remparts par une +garnison de soixante hommes d'armes pendant huit jours, +et de leur payer à cette occasion 60 florins. Le soin de +constituer cette force armée fut confié à Marot Borgognon +qui, ne trouvant personne dans le pays, fut obligé +d'envoyer quérir à Tarascon, à Aix et à Marseille, des +<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">175</a></span> +aventuriers pour concourir à la défense de la ville <a name="FNanchor_476" id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">[476]</a>. Gaspard +de Sarrachani et son frère Thomas furent chargés +de couvrir tous les passages du Rhône qui mettaient en +communication le terroir d'Avignon avec la rive languedocienne <a name="FNanchor_477" id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">[477]</a>. +Les bacs à traille notamment devaient être +l'objet d'une surveillance rigoureuse. Quant à l'intérieur +de la ville, les consuls avaient pris toutes leurs mesures +pour la mettre à l'abri d'un coup de main. Le conseil +avait fait fabriquer neuf couleuvrines qu'il avait placées +dans l'hôtel de ville <a name="FNanchor_478" id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">[478]</a>, en refusant énergiquement de les +laisser transporter au grand palais <a name="FNanchor_479" id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">[479]</a>. Comme le bruit s'était +répandu qu'un assaut devait être livré au palais, les +consuls donnèrent charge à Marot Borgognon et à Antoine +Simon, avec un certain nombre de compagnons, de +garder les passages près de la tour Trolhas par où pouvaient +s'introduire des troupes royales destinées à renforcer +la petite garnison fidèle à Charles de Bourbon. Borgognon +et Simon avec leurs hommes d'armes veillèrent +pendant quinze jours et quinze nuits, et outre les désagréments +d'une pareille faction, ils encoururent la disgrâce +du seigneur de Lyon (Charles de Bourbon) <a name="FNanchor_480" id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">[480]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">176</a></span> +Tels sont, dans toute leur simplicité, les événements +militaires dont les États du Saint-Siège furent le théâtre +en avril-mai 1476, et auxquels on avait donné une portée +et un caractère contraires de tous points à la vérité historique. +S'il n'y eut pas, en réalité, occupation <i>manu militari</i> +du comté et d'Avignon par les troupes du roi de +France, toutes les mesures furent prises pour l'effectuer. +L'attitude du roi René <a name="FNanchor_481" id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">[481]</a> d'abord, et de Jules de la Rovère +ensuite, suspendit les préparatifs belliqueux de Louis XI +et donna aux événements une tournure pacifique. Dès le +11 avril 1476, René d'Anjou promit aux ambassadeurs du +roi de n'avoir jamais plus d'intelligence avec Charles le +Téméraire, ni avec les autres ennemis de la couronne. Il +prit l'engagement de se rendre à Lyon pour assister à +l'entrevue à laquelle l'avait convié Louis XI, et prépara +l'entrevue de Jules de la Rovère avec le monarque. Les +troupes royales furent incontinent rappelées <a name="FNanchor_482" id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">[482]</a>, et nous +voyons quelques jours après les Avignonnais se porter +caution pour l'archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, +d'une somme de 3,200 livres que ledit cardinal devait +<span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">177</a></span> +payer au roi de France. Charles de Bourbon figure dans +l'acte avec les titres de <i>gubernator civitatis Avinionensis +et Comitatûs</i> et avec le titre de <i>legatus a latere</i> <a name="FNanchor_483" id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">[483]</a>. Le +9 mai, le roi René qui, en passant, avait eu un entretien +avec Jules de la Rovère, arrivait à Lyon, où Louis XI lui +fit les honneurs d'une hospitalité vraiment royale. Les +deux rois vécurent dans la plus grande intimité, se montrant +ensemble à la foire avec les plus belles dames de la +ville <a name="FNanchor_484" id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">[484]</a>, et parurent parfaitement réconciliés. Les compagnons +du roi René, entre autres Palamède de Forbin, reçurent +des cadeaux des deux côtés. Celui-ci eut même du +roi René 4,000 livres de pension annuelle, et c'est en +reconnaissance de ces gracieusetés que les ambassadeurs +provençaux s'employèrent de leur mieux pour amener +une cessation d'hostilités entre Louis XI et Sixte IV <a name="FNanchor_485" id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">[485]</a>.</p> + +<p>C'est au milieu de ces démonstrations d'amitié sincère +entre les deux rois que Jules de la Rovère arriva à Lyon, +pour s'entretenir avec Louis XI des difficultés pendantes +avec le Saint-Siège. Le roi le reçut fort mal d'abord <a name="FNanchor_486" id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">[486]</a>, +mais finit par l'écouter, sur les instances du roi René, et +<span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">178</a></span> +exigea en premier lieu: 1<sup>o</sup> que Jules de la Rovère renoncerait +à sa légation et restituerait à Charles de Bourbon +la provision que le pape lui avait retirée au mois de mars +1476, et 2<sup>o</sup> que les Avignonnais enverraient à Lyon une +députation chargée de prêter, au nom de la ville, serment +de fidélité à la couronne <a name="FNanchor_487" id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">[487]</a>.</p> + +<p>L'orgueilleux cardinal-légat s'humilia pour ménager le +Saint-Siège et les domaines de l'Église, et le 10 juin il fit +tenir aux consuls d'Avignon des lettres patentes leur enjoignant +de reconnaître pour légat Charles de Bourbon, +archevêque et comte de Lyon <a name="FNanchor_488" id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">[488]</a>. Quelques jours plus tard, +le 18 juin 1476, Jules de la Rovère écrivait de nouveau +aux consuls <a name="FNanchor_489" id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">[489]</a> pour les informer que le serment de fidélité +exigé par le roi avait été prêté suivant la formule convenue, +mais que sa majesté entendait qu'il fût prêté en outre +par le conseil de ville comme représentant de la collectivité +des habitants. En conséquence, il leur faisait tenir +une copie dudit serment, qui devait être adressée à lui-même, +revêtue de la signature des membres du conseil, +avec défense expresse d'y introduire la moindre variante <a name="FNanchor_490" id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">[490]</a>. +«Et ont juré Guillaume Ricci, François Peruzzi, Antoine +Ortigues, Antoine de Damiani, en présence de l'archevêque +de Lyon, de M. l'admiral de France, son frère, +que dans la ville d'Avignon on ne souffrira aucune +personne qui puisse nuire au roi et à ses États, et on +n'y prendra point parti pour ses ennemys déclarés qui +sont le duc de Bourgogne, le roi Fernand, le roi d'Aragon +<span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">179</a></span> +et le roi d'Espagne, son fils, au moyen de quoy le +dit amiral et le vice-chancelier ont promis au nom du +roi de France de garantir la ville d'Avignon de toute +oppression qu'on pourrait vouloir faire aux sujets de Notre +Saint Père, ainsi que des attaques de ses ennemis». +Les consuls et conseillers firent également le même serment, +sauf toutefois certaines réserves en ce qui touchait +l'obéissance et la fidélité au pape et son droit de souveraineté. +Bien que cette condition ne fût point stipulée dans +l'acte, le grand palais d'Avignon devait être occupé provisoirement, +au nom du légat Charles de Bourbon, par +une garnison de soldats royaux, ce qui était pour la cité +papale une humiliante obligation, en même temps qu'une +perpétuelle cause de conflits. Quant au caractère même et +à la portée du serment des Avignonnais prêté à un souverain +qui n'était pas le leur, il ne faut pas s'y méprendre; il +liait l'un vis-à-vis de l'autre les contractants par acte public, +<span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">180</a></span> +et les Avignonnais ne manqueront pas de s'en prévaloir +dans une circonstance où la tranquillité de la ville et +la sûreté de ses citoyens se trouvent menacées par les +attaques du sacrilège Bernard de Gorland (1479-1480). Et +il faut dire, à l'éloge de Louis XI, que le roi de France ne +faillit pas aux engagements pris à Lyon <a name="FNanchor_491" id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">[491]</a>.</p> + +<p>La question de la légation elle-même était laissée en +suspens, mais Jules de la Rovère promettait tacitement +au roi et à son rival, l'archevêque de Lyon de se rendre +prochainement à Rome pour solliciter de son oncle Sixte IV +le chapeau de cardinal en faveur de Charles de Bourbon, +qui ne demandait rien de plus. L'entrevue de Lyon (mai-juin +1476) fut pour la politique de Louis XI un triomphe +complet. Il avait obtenu du roi René, sinon la substitution +du roi de France à Charles du Maine comme héritier de la +Provence, au moins un engagement tacite dont Palamède +de Forbins fut le garant <a name="FNanchor_492" id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">[492]</a>. René ne voulut pas se lier par un +acte, contrairement à ce qu'affirme l'auteur de l'histoire +des Célestins <a name="FNanchor_493" id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">[493]</a>, mais c'était le bruit public que le vieux +roi avait donné à Louis XI la promesse formelle de la +cession de la Provence à la couronne, à la mort de Charles +du Maine, institué héritier par testament du 28 juillet 1475 <a name="FNanchor_494" id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">[494]</a>. +Comblé de présents et d'honneurs, René avait quitté Lyon +<span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">181</a></span> +le 9 juin 1476, laissant Jules de la Rovère débattre avec +Louis XI les questions qui intéressaient spécialement les +états pontificaux et la légation <a name="FNanchor_495" id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">[495]</a>.</p> + +<p>Le rusé cardinal n'eut pas lieu de se plaindre des procédés +de Louis XI à son égard, car il obtenait de lui plus +qu'il ne pouvait espérer, surtout après la réception qui +lui avait été faite. Son ton résolu et prompt à la riposte, +sa rouerie diplomatique, dissimulée sous une apparente +soumission, avaient produit sur l'esprit du roi une impression +très favorable, et Louis XI, après ces quelques +semaines d'entrevue, n'hésitait pas à appeler le cardinal +de Saint-Pierre aux Liens son «très cher et grant amy». +Par lettres patentes données à Lyon le 15 juin 1476, le +roi «voulant mettre un terme aux grans faultes, fraudes, +abuz, déceptions et exactions de toute espèce qui se +commettoient à la Cour de Rome au détriment de tous +ceux qui venoient à besougner à cause de la diversité +des personnages auxquels ils s'adressaient, déclare +que désormais toutes les personnes qui auront à se pourvoir +en Cour de Rome se addressent a son très cher et +grant amy le cardinal de Saint-Pierre <i>ad Vincula</i> <a name="FNanchor_496" id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">[496]</a>». +Louis XI accordait en outre à Jules de la Rovère l'autorisation +d'exercer dans le royaume ses facultés de légat, +bien que ledit légat «ne luy en ait demandé la permission, +comme il est de coutume, et sans qu'il soit tiré à conséquence <a name="FNanchor_497" id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">[497]</a>». +En outre, par d'autres lettres patentes, +données à Lyon le 21 juin 1476, Louis XI autorisait le cardinal +<span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">182</a></span> +de Saint-Pierre ad Vincula à posséder dans le royaume +de France tous les bénéfices dont il avait été ou pouvait +être pourvu, archevêchés, évêchés, abbayes et autres +dignités et bénéfices quelconques, et à quelque valeur et +estimation qu'ils pussent monter. Dans les raisons qui +poussaient le roi à octroyer cette faveur, Louis XI parlait +«de la grant et singulière amour et amitié que avons a +lui. Et en faveur de plusieurs grans louables et notables +services dignes de recommandacion qu'il nous a +faiz et espérons qu'il nous face au temps advenir <a name="FNanchor_498" id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">[498]</a>». +Enfin, six semaines après l'entrevue de Lyon, Jules de la +Rovère affermissait encore ses bons rapports avec le roi +de France en accordant la dispense pour le mariage de +Louis d'Orléans (futur Louis XII) avec Jeanne de France, +fille de Louis XI <a name="FNanchor_499" id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">[499]</a>.</p> + +<p>L'entrevue de Lyon, grâce à l'influence du cardinal de +Saint-Pierre aux Liens sur l'esprit du roi, fut féconde en +résultats heureux pour les Avignonnais. Par lettres patentes +données à Lyon le 21 juin 1476 <a name="FNanchor_500" id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">[500]</a>, Louis XI accorda +aux sujets du pape le droit de construire des «palières» +pour protéger leur terroir contre les débordements périodiques +du Rhône. Ce droit, qui avait déjà été consacré par +lettres données à Compiègne, le 7 février 1470 et le 26 janvier +1474 <a name="FNanchor_501" id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">[501]</a>, était contesté par les officiers de la couronne, +et à diverses reprises les Avignonnais avaient fait appel à +<span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">183</a></span> +la justice du roi pour la sauvegarde de leurs propriétés. +«Pourquoy nous les choses dessus dictes considérées, +inclinanz liberallement à la supplicacion et requeste que +sur ce nous a este faite par nostre tres chier et grant +ami le cardinal <i>Sancti Petri ad Vincula</i>, légat du Saint-Siège +apostolique estant nagueres par devers nouz à +Iceulx supplianz pour ces causes et considéracionz et +autres à ce nous mouvanz avons octroye et octroyons +de grace espécial par ces presentes que la sus dite palière, +taudiz, et reparacionz par eulx ainsi faictes du +coste de leurs terres sur le rivage de la dite rivière du +Rosne soient et demeurent en l'estat quelles sont de +present tant quelles pourront durer, sanz que Iceulx supplianz +soyent ou puissent estre contrainz à Icelles démolir +ne abatre, ne que pour icelles avoir faict faire, ils +en soyent molestez ne travaillez par aulcunz noz officiers +soubz umbre des sus dites multes ou peines declairées +ou à declairer en quelque manière que ce soit ou +puisse estre. Et lesquelles peines et multes saucunes +estoient declairées nous voulons au cas dessuz dit estre +nulles et de nulle valeur. Et icelles avons abolies et +abolissons par ces présentes pourveu toutes foys que +les ditz d'Avignon ne feront faire doresenavant sur la +dite palière aucunes reparacions en quelque manière +que ce soit. Et quant la dite palière sera rompue et desmolie +iceulx de Avignon ne la feront ne pourront reffaire +sanz noz vouloir congié et licence <a name="FNanchor_502" id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">[502]</a>.» Cette concession +royale avait aux yeux de la ville bien plus d'importance +<span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">184</a></span> +qu'on ne le croirait généralement, car outre la nécessité +de pouvoir élever des «pallières et taudis» en vue de préserver +les terres des débordements subits, au moment de +la fonte des neiges et des orages dans la région cévénole, +il y avait encore à sauvegarder l'intérêt même de la navigation, +qui était au <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle l'unique voie de communication +entre le nord et le midi de la France. Or, le +Rhône ayant toujours eu une tendance bien marquée à +se jeter vers la rive droite, les Avignonnais attachaient la +plus grande importance à pouvoir effectuer en toute liberté +des digues en terre et en fascines dites, «pallières», pour +ramener sur la rive gauche le courant principal du fleuve, +que suivaient les barques de marchandises allant d'Arles +et de Tarascon sur Lyon. La ville accueillit la décision de +Louis XI comme un grand bienfait, et c'est une des mesures +que Gilles de Berton et Louis de Merulis, de retour +d'une ambassade auprès de Louis XI, feront valoir auprès +des membres du conseil de ville pour marquer la bienveillance +du roi à l'endroit de la cité <a name="FNanchor_503" id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">[503]</a>.</p> + +<p>A la question de droit de pallières était liée celle du +pontonage du Rhône. Cette dernière avait pour Avignon +un intérêt capital, car c'est par le grand pont de pierre, +construit sur le Rhône vers la fin du <span class="smcap">XII</span><sup>e</sup> siècle, que se faisaient +les échanges de denrées et de marchandises entre +les Avignonnais et la rive languedocienne. Beaucoup +d'Avignonnais possédaient des domaines sur la rive droite, +dans les limites du diocèse d'Avignon, et c'est du Languedoc +que la ville recevait une bonne part des céréales, +du vin et du bétail nécessaires à l'alimentation de ses +habitants. La rupture ou l'interdiction du pont était, pour +<span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">185</a></span> +la ville, une cause de ruine et de disette <a name="FNanchor_504" id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">[504]</a>. Or, la cité +d'Avignon, aux termes des lettres patentes du roi Charles V <a name="FNanchor_505" id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">[505]</a>, +n'avait la propriété du pont que jusqu'à la chapelle, +aujourd'hui encore existante, de <i>Saint Nicolas</i> <a name="FNanchor_506" id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">[506]</a>, +c'est-à-dire après la deuxième arche; l'autre partie, de +beaucoup la plus longue, était terre royale, et les officiers +du roi et maîtres des ports de Villeneuve en avaient la +surveillance et la garde. Les Avignonnais, dès 1451 <a name="FNanchor_507" id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">[507]</a>, +avaient prié le cardinal d'Estouteville d'intervenir auprès +de Charles VII, pour faire savoir au roi que la ville étant +dans l'intention de reconstruire quelques parties du pont +qui menaçaient ruine, priait sa majesté de donner un avis +favorable à la requête et d'autoriser l'affectation du produit +des péages à la reconstruction et à l'entretien dudit +pont. C'est à Lyon encore que Louis XI, par lettres patentes +du 21 juin 1476 <a name="FNanchor_508" id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">[508]</a>, décida que le produit du péage +du pont d'Avignon, tant du côté de la ville que du côté du +royaume, appartiendrait aux officiers royaux, lesquels seraient +tenus d'en employer les sommes à l'entretien du +pont, conformément à un tarif convenu <a name="FNanchor_509" id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">[509]</a>.</p> + +<p>Mais le plus grand acte de la générosité royale à l'égard +<span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">186</a></span> +des Avignonnais et Comtadins, au <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle, fut sans +contredit signé à Lyon, sur la demande de Jules de la +Rovère; des lettres patentes du 21 juin 1476 portaient +suppression de toutes lettres de marques et de représailles +laxées à l'encontre des Avignonnais et autres sujets +du Saint-Siège par les officiers de la couronne. Et il faut +reconnaître que ces derniers en abusaient quelque peu, et +souvent pour des causes non justifiées. Ce droit barbare, +qui donnait à la partie lésée, ou soi-disant lésée, le droit +de se saisir des biens meubles et immeubles et des personnes +originaires du même pays que la partie offensante, +jusqu'à concurrence de la valeur estimative du dommage +causé, était pour les états citramontains du Saint-Siège +une vraie mise en quarantaine qui suspendait la vie +même de la cité papale et de ses annexes. Ces moyens de +coercition étaient d'autant moins admissibles que l'Église +répugnait à les employer <a name="FNanchor_510" id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">[510]</a>. Or, il n'y avait pas d'année où +les Avignonnais ne fussent frappés de représailles, à la +demande de quelque créancier dont les titres étaient parfois +contestables, comme nous l'avons vu pour Gabriel de +Bernes, ou de marchands de passage, qui se plaignaient +d'avoir été volés par quelque filou, au moment des grandes +foires, et obtenaient des lettres de représailles contre la +ville et ses habitants. Bien misérable alors était la condition +des sujets du pape. Tout commerce était suspendu, +toute transaction avec le dehors interdite. Bien plus, pour +les états pontificaux de France, leur condition, par suite +de la délimitation topographique, était intolérable. La +<span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">187</a></span> +plupart des terres cultivables des Avignonnais étant +situées au delà de la Durance, c'est-à-dire en Provence, +ou par delà le Rhône, c'est-à-dire en Languedoc, les propriétaires +ne pouvaient transporter leurs produits chez +eux sans risquer de voir les officiers royaux en opérer la +saisie sur la demande d'un simple particulier, qui avait +obtenu contre la collectivité des citoyens avignonnais des +lettres de représailles. L'abus était tellement monstrueux +que déjà, à diverses reprises, Charles VII avait suspendu, +en 1442 <a name="FNanchor_511" id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">[511]</a> et le 13 juin 1443 <a name="FNanchor_512" id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">[512]</a>, les lettres de marques délivrées +contre Avignon. Il arriva même que des officiers +royaux peu délicats trafiquaient de leur autorité pour +laxer des représailles contre les Avignonnais inoffensifs, +sous les prétextes les plus futiles, et partageaient +avec le demandeur une partie de la prise. Le 10 novembre +1456, Charles VII délivre des lettres patentes par lesquelles +il révoque les représailles laxées par le viguier +de Villeneuve contre les habitants d'Avignon, «attendu +que ledit Viguier a faict sous vans abuz et exploiz voluntairement +de son auctorité privée sans auctorité, commission +ne mandement <a name="FNanchor_513" id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">[513]</a>».</p> + +<p>En accordant aux sujets pontificaux les lettres patentes +du 26 juin 1476, Louis XI mettait les Avignonnais à l'abri +de l'arbitraire des agents subalternes de la couronne, +mais il ne se gêna pas, pour cela, d'y recourir lui-même, +lorsqu'il jugea les Avignonnais, ses amis, coupables +d'avoir attenté à la toute-puissance royale. «Attendu que +matière de marques est une espèce de guerre, et que +<span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">188</a></span> +la continuacion d'icelle est une destruction de ce pais et +subjectz et de la chose publique, d'autant que les ditz +habitanz d'Avignon et seigneurie, et ont bonne intention +et voulonté de touzjours ainsy faire et continuer, et +que si aulcunz abuz de justice ont este faiz et commis, +par cy devant par les ditz d'Avignon à l'encontre de +nos ditz officiers et subjectz ce a été par ceulx qui ont +eu par aucun temps administration de la justice et +aultres particuliers du dit lieu au desceu et sans le consentement +du corps et communauté de la dicte ville. Il +nous plaist les dites marques et représailles mettre au +néant affin que marchandise se puisse remettre entre +nos subjectz et eulx, et que noz ditz subjectz et ceulx +du dit Avignon et conte de Venissy puissent fréquenter +et commerser ensemble comme ils souloient faire le +temps passé. Savoir faisons que nous, considérant les +choses dessus dites et mesmement que la dite ville +d'Avignon et conte de Venissy est «neument» de la +terre de l'Église et à nostre saint père le pape, parquoy +vouldrions les habitans et subjectz d'icelle estre favorablement +traictez. Eu sur ce advis conseil et meure délibéracion +avec les gens de nostre grant conseil avons +declairé et ordonné déclairons et ordonnons par ces +presentes que aucune marque ne soyt desormais +extraite à l'encontre des dits d'Avignon et conte de +Venissy, ne aulcun deux et non quelle soyt adjugiée et +declairée par nous et les gens de nos grant conseil ou +par l'une de nos courtz de Parlement en quelque +manière ou pour quelconque cause ou occasion quelle +soit ou puisse estre octroyée <a name="FNanchor_514" id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">[514]</a>.» En accordant cette +<span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">189</a></span> +immunité aux sujets du Saint-Siège, Louis XI donnait +satisfaction au pape qui avait déjà fait entendre maintes +fois à ce sujet ses protestations; il mettait un terme +aux vexations et aux insolences de ses agents subalternes; +malheureusement, comme toutes les faveurs +royales, les lettres de Lyon comportaient des restrictions +dont les bénéficiaires ne devaient pas tarder à pâtir.</p> + +<p>En se séparant, après une entrevue de plusieurs semaines +(mai-juin 1476), chacun des contractants emportait +des concessions ou des promesses inespérées; le +vieux roi René, une pension viagère, 40.000 écus et +l'assurance de la mise en liberté de sa sœur, prisonnière +en Angleterre <a name="FNanchor_515" id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">[515]</a>; Louis XI avait la perspective de mettre +bientôt la main sur la Provence et de préparer à la couronne +la domination de la Méditerranée <a name="FNanchor_516" id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">[516]</a>. Il avait aussi +la satisfaction de voir régler d'une façon pacifique son +conflit avec Rome. Quant à Jules de la Rovère, tout en +reconnaissant à Charles de Bourbon la qualité de légat <i>a +latere</i>, il était maintenu dans sa légation d'Avignon et +obtenait pour ses administrés de précieux privilèges. Le +conseil de ville reconnaissant, délibéra, le 7 août 1476, de +voter 2,000 florins au cardinal légat pour le remercier de +ses bons offices <a name="FNanchor_517" id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">[517]</a>. Jules de la Rovère rentra de son voyage +en France au commencement de l'automne, le 4 octobre +1476. Il arriva à Foligno, où le pape et les cardinaux +<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">190</a></span> +le complimentèrent sur le succès de sa mission <a name="FNanchor_518" id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">[518]</a>. Désireux +de tenir ses engagements, Sixte IV créa Charles de Bourbon +cardinal le 18 décembre 1476.</p> + +<p>Quant aux Avignonnais, ils reçurent les compliments les +plus flatteurs du Saint Père, pour la correction de leur +attitude dans le conflit qui avait un instant mis aux +prises le Saint-Siège avec la Cour de France. «Vous +avez fait, leur écrivait le souverain pontife, ce qu'il +convenait et ce que nous attendions de vous. Nous +vous exhortons à persévérer dans ces sentiments, et +vous pouvez comprendre que les dispositions du Saint-Siège +et les nôtres vous seront de plus en plus favorables <a name="FNanchor_519" id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">[519]</a>.»</p> + +<p>Mais des événements autrement graves allaient détourner +Louis XI des affaires de Rome. A ce moment, en effet +(janvier 1477), toute son attention était portée sur la lutte +décisive qui se livrait sous les murs de Nancy, et où son +plus redoutable ennemi, Charles le Téméraire, devait +périr si misérablement, enseveli dans sa défaite. On comprend +que les historiens de ce grand règne aient passé +sous silence des faits d'un ordre secondaire, au milieu de +cet ébranlement général du royaume, et c'était une raison +de plus pour nous de les faire revivre d'après des documents +nouveaux.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">191</a></span></p> + +<h2>CHAPITRE VII</h2> + +<p class="center">Les dernières années de Louis XI (1476-1483).<br /> +Caractère général de la politique<br /> +à l'égard d'Avignon.<br /> +Bernard de Guerlands et Jehan de Tinteville.<br /> +Faveurs royales.</p> + +<p class="hanging content">Les dernières années de Louis XI.—Les tentatives des Routiers +et des Florentins sur Avignon et le Comté.—Le sacrilège +Bernard de Guerlands (1478-1479).—Les consuls s'adressent à +Monseigneur du Bouchage.—Intervention de Louis XI qui +protège les sujets du Saint-Siège (février-mars 1479).—Nouvelle +attaque de Jehan de Tinteville ou Dinteville (1480-1481).—Petitjean +maître d'hôtel du roi à Avignon (1481).—Politique +équivoque de Louis XI.—Il désavoue Tinteville (janvier 1483). +Mort de Louis XI.—Sentiments des Avignonnais.—Funérailles +du roi célébrées à Avignon (24 septembre 1483).—Privilèges +divers accordés par Louis XI aux Avignonnais.—Il protège le +commerce et la navigation.—Lettres des 24 mai 1482 et avril +1480.—Il confirme les privilèges du péage à sel (26 janvier 1478).—27 +janvier 1481.—Résumé et conclusion.</p> + +<p class="p2">Forts de l'appui du roi et des engagements pris à Lyon, +les sujets du pape, dès 1478-1479, font appel aux promesses +du roi et sollicitent son intervention pour rétablir l'ordre +et la sécurité dans le pays qu'il a pris sous sa protection. +Voici dans quelles circonstances. La conspiration des +<span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">192</a></span> +Pazzi, qui avait éclaté à Florence <a name="FNanchor_520" id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">[520]</a> contre les Médicis, +26 avril 1478, et amené la pendaison de l'archevêque de +Pise et du comte Riario, neveu de Sixte IV, eut pour conséquence +de pousser à l'exil un grand nombre de familles +florentines qui, redoutant des représailles de leurs ennemis +politiques, vinrent se fixer à Avignon, où étaient, depuis +longtemps déjà, établis bon nombre de leurs compatriotes +occupant de hautes situations dans le commerce, +dans la finance et dans l'industrie. Les nouveaux venus +espéraient à leur tour trouver dans la cité papale un refuge +contre les persécutions <a name="FNanchor_521" id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">[521]</a>. Malheureusement, les +rapports commerciaux, si fréquents entre Avignon et Florence <a name="FNanchor_522" id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">[522]</a>, +ouvraient une route commode aux ennemis des +familles émigrées, et dans les derniers mois de 1478, des +bandes armées, composées en grande partie d'aventuriers +florentins, faisant cause commune avec les routiers +de Provence, envahirent le comté, sous la conduite d'un +certain Bernard de Guerlandz ou Gorlands <a name="FNanchor_523" id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">[523]</a>, originaire +de l'Isle en Venisse, et s'inspirant des exploits légendaires +de feu Raymond de Turenne, commirent dans les +terres de l'Église tous les excès imaginables dont étaient +coutumières en pareille occurrence les vieilles bandes de +routiers. Les documents que nous produisons sont d'accord +pour fixer le nombre de ces malandrins à <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> (1,500) +<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">193</a></span> +«tant à pied qu'à cheval». Tout d'abord Guerlands et ses +compagnons de pillage, suivant la coutume d'alors, se +donnaient pour des Anglais envoyés par le roi «en ses +marches» «soy disant estre en nostre service soubz umbre +de nous, comme si a icelluy (Guerlands) en ussions +donné congié et un exprès mandement <a name="FNanchor_524" id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">[524]</a>». A cet impudent +mensonge, les brigands ajoutaient qu'ils étaient +envoyés au secours des Florentins et qu'ils avaient la permission +de traverser le pays. A la tête de ces routiers se +trouvait, avec Bernard, Luc de Cambis, banquier florentin +depuis longtemps établi à Avignon. Le point de concentration +de cette expédition fut Lyon, et le pourvoyeur +des aventuriers un certain Florentin, Bundelmunti, qui fit +les avances d'argent en passant au Pont-Saint-Esprit. Si +l'on donne crédit au récit des doléances portées par les +consuls d'Avignon dans leur lettre à Monseigneur du +Bouchage <a name="FNanchor_525" id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">[525]</a>, chambellan et conseiller du roi, ces aventuriers +d'au delà des Alpes dépassèrent en cruauté et en +dévastations tout ce que l'on avait vu jusque-là. «Pris par +force cinq ou six places fortes où ils ont fait et font incessamment +beaucoup de maulx, tuer genz, violler +femmes et filles pucelles de quelque aige qu'elles +soyent, brûler maisons et genz, desrober marchans sur +chemin, prendre bestial et mesnaige des pouvres gens +<span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">194</a></span> +et les vendre de fait et tant de maulx que l'on n'en +debvroit pas faire tant en terres de Turcz.» Les consuls +d'Avignon insistent très vivement auprès du favori de +Louis XI pour obtenir sans délai l'appui de sa majesté en +hommes de guerre: «en vous suppliant que vostre plaisir +soit de addresser le dit pourteur au roy et luy remonstrer +les susdites oppressions et violences et luy recommander +tres humblement la cité, terres et subgectz de +l'Église, comme ses tres humbles et bons serviteurs et +alliez et luy supplier qu'il plaise en commandant le dit +Bernard estre pugny de ses grans forffaitz pour en +donner exemple aux autres et luy plaise de nous garder +de toutes offences et oppressions ainsi que sa dite Magesté +nous a promis au moyen du serrement que derrenièrement +luy feismes à Lyon <a name="FNanchor_526" id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">[526]</a>.» Pour montrer leurs +sentiments d'obéissance et de fidélité à l'égard de sa majesté, +les consuls ajoutent que si ledit Bernard de +Guerlandz avait eu mandement du roi, la ville certainement +se serait empressée de lui donner passage, comme +elle l'a toujours fait pour ceux des capitaines qui étaient +porteurs d'un ordre royal.</p> + +<p>La diplomatie de Louis XI a des côtés tellement ténébreux +qu'il est parfois difficile d'en suivre les trames et +que, dans tous les cas, on a quelque raison de douter de +sa bonne foi politique. Or, à ce moment, la question des +guerres civiles qui déchiraient la république florentine +avait fait de Sixte IV et du roi de France deux champions +<span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">195</a></span> +prenant parti pour l'un des deux adversaires. En apprenant +la mort violente de son neveu Riario, le pape, furieux +de cet acte de justice sommaire, déclara la guerre aux +Florentins. Une bulle de juillet 1479 portait que lesdits +Florentins ne pourraient être admis à aucun office séculier +ni dans aucun conseil élu; que s'il y en avait quelqu'un +dans les États du Saint-Siège, il devait s'en démettre sur-le-champ, +menaçant d'excommunication ceux d'Avignon +qui leur commettraient lesdits offices. Finalement, la +bulle interdisait aux Florentins fugitifs l'accès d'Avignon +et de son territoire. <a name="FNanchor_527" id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">[527]</a></p> + +<p>Louis XI, au contraire, en relations depuis longtemps +très suivies avec les Médicis, «Lyonnet de Médicis, son +compère <a name="FNanchor_528" id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">[528]</a>,» désireux de voir s'apaiser le conflit, proposa +sa médiation, offrant de convoquer à Lyon un concile qui +servirait d'arbitre entre les deux partis et où l'on s'occuperait +également de préparer une croisade contre les +Turcs <a name="FNanchor_529" id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">[529]</a>. A ces avances, Sixte IV n'avait répondu que d'une +façon très évasive et formulant à l'égard des Florentins +des exigences inacceptables. En recevant la nouvelle des +ravages commis par les aventuriers florentins dans le +comté et le terroir d'Avignon, Louis XI ne montra pas +une grande surprise, mais plutôt l'attitude d'un homme +qui connaît les dessous secrets de cette chevauchée et qui, +<span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">196</a></span> +tout en étant complice, s'empresse de la désavouer et de +décliner toute participation à des actes de brigandage à +main armée. Comme l'envoyé de la ville lui expliquait que +c'étaient des Anglais qui disaient aller au service des +Florentins, le roi répondit «que c'estoient des trez (traits) +de son compère Lyonnet de Médicis et qu'il avoit faict +faire tout cecy sans son sceu dont il monstra n'estre pas +contant et me dit qu'il vouldroit garder ceulx d'Avignon +et du comté de Venisse comme ses propres subgectz et +mieulx, se mieulx povait. Et, en effet, dist quil vouloit +que tous ses officiers tant du royaume que de Dalphiné +vous donnassent tout l'ayde et faveur que leur vouldriez +demander pour leur faire reparer les dommaiges +faitz et faire vuyder hors de la terre de l'Esglise, car +il n'entendit oncques quils y entrassent ne feissent nul +dommaige et quil ne les advouoit ne vouloit soutenir +en façon quelconque <a name="FNanchor_530" id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">[530]</a>.» Et en effet le roi donne aussitôt +des ordres à Monseigneur du Bouchage et au comte +de Castres pour que les lettres nécessaires aux consuls +et habitants d'Avignon fussent expédiées le plus promptement +possible. On remarquera qu'au cours de cette +lettre, qui ne fait que reproduire en termes brefs la conversation +échangée sur ce sujet entre Louis XI et Baptiste +Bézégat, chargé de représenter les intérêts de la cité, +le roi parle à peine du Saint-Siège et qu'il n'envisage +au contraire que les justes doléances des Avignonnais. +Son langage vis-à-vis d'eux pouvait ne pas manquer de +sincérité, mais l'empressement qu'il met à désavouer les +exploits des bandes de Bernard de Guerlands, son insistance +<span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">197</a></span> +à laisser croire que tout s'est fait à son insu, donnent +facilement créance à cette hypothèse que Louis XI, s'il +n'a pas favorisé la tentative de Guerlands, ne l'a pas désapprouvée, +s'applaudissant peut-être de voir une bande +d'aventuriers saccager les terres du Saint-Siège pour +amener Sixte IV à composition <a name="FNanchor_531" id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">[531]</a>. La lettre de Bézégat +aux consuls est du 9 février 1479. Dès le 7 du même mois, +Louis XI écrivait à Bernard, bâtard de Comminges <a name="FNanchor_532" id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">[532]</a>, +maître des ports, une lettre où il relatait tous les excès +commis par Guerlands et ses hommes et en reproduisant +le texte même de la supplique adressée, le 30 janvier précédent, +par la ville d'Avignon à Monseigneur du Bouchage. +«Et pour ce que n'entendons aucunement la dite +cite ne les habitans d'icelle et du dit conte, <i>comme noz +confédérés, aliez et dévotz de nostre couronne</i>, soient +vexez ne opprimes en quelque manière que ce soit +mesmement comme à terre de saincte mère Esglise a +cuy nostre désir ne serche que servir, obeyr et complaire +et que aussi en justice tous excès, violences, forces et +aultres maulx et roberies ne se doibvent souffrir, vous +mandons que veues ces presentes sur tant que desirez +nous complaire que incontinent et sans delay, faictes +vuyder le dit Bernard avec ses dits complices hors la +<span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">198</a></span> +«dicte conte <a name="FNanchor_533" id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">[533]</a>.» Mais quelque activité que montrât le roi +dans cette circonstance, l'occupation des terres papales se +prolongea jusqu'au mois de mai 1472. Dans l'intervalle, +la ville dut se défendre elle-même et faire garder les +portes et les remparts pour éviter une surprise des routiers <a name="FNanchor_534" id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">[534]</a>. +Enfin, au mois de mai 1479, Louis XI, à la suite +d'une nouvelle ambassade que lui avait envoyée la ville, +composée de Gilles de Berton, premier consul, et de +Louis Merulis, deuxième consul, intima l'ordre au parlement +de Grenoble de faire poursuivre avec la dernière +rigueur les partisans de Guerlands, prescrivant par lettres +patentes datées de Montargis, le 8 mai 1479 <a name="FNanchor_535" id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">[535]</a>, de donner +aux sujets du Saint-Siège tous les secours dont ils auraient +besoin. Quelques compagnies de troupes royales envoyées +du Dauphiné poursuivirent les routiers de Guerlands +et les expulsèrent du territoire pontifical.</p> + +<p>L'enquête faite sur cette entreprise avortée, par les +officiers pontificaux et les représentants de l'autorité +municipale, n'amena aucune découverte sur les vrais +mobiles de l'expédition, et on ne trouva aucune trace de +la main de Louis XI dans cette mystérieuse tentative +dirigée contre la ville. Le vendredi 12 février 1479, les +<span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">199</a></span> +juges, assistés des consuls Antoine Lartessuti, Gilles de +Berton et Paul Ayduci, et de plusieurs conseillers, procédèrent +<i>manu militari</i> à l'arrestation de François Perussis, +de Michel Dini, chez qui on apposa les scellés, de Jean +Bisquiri, de Boniface Pérussis, dont on fut obligé d'enfoncer +la porte pour le prendre, de Jean Syriasi, facteur +de Bundelmunti, qui menaça de tuer tout le monde en +criant: «Al sanguo del Dio, se non lassate la mya porta, +vy tuaro!» Il fallut briser sa porte et le faire ligotter +par les soldats. Luc de Cambis fit de même, jetant des +pierres par les fenêtres, il cassa le bras d'un soldat de +l'escorte. Il fallut l'enchaîner pour le porter à la prison où +on l'enferma avec ses complices <a name="FNanchor_536" id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">[536]</a>.</p> + +<p>Les lettres saisies chez les conjurés révélèrent les préparatifs +faits à Lyon. Allemand de Pazzis, témoin important, +refusa de parler, même sous la menace de voir sa +maison occupée par des garnisaires. Quant à Cambis, il +répondit qu'il n'ignorait pas que Bernard de Guerlands +était un aventurier chassé des compagnies du roi de +France, mais il refusa de dire qui l'avait armé contre le +Comtat et qui lui avait fourni l'argent. Tous ces prisonniers +devaient être mis au secret, de manière à ne pouvoir +s'entendre, mais la consigne ne fut pas observée, et +les juges les trouvèrent conversant avec le vicaire général +de l'archevêque et d'autres Florentins, citoyens avignonnais. +Il est difficile, en l'absence de preuves, d'accuser +Louis XI d'avoir contribué de son argent à encourager +<span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">200</a></span> +les projets de Guerlands et de ses alliés les Florentins. +Mais, en écartant l'hypothèse d'une intervention directe, +il n'est pas possible d'admettre que le roi ait pu ignorer +la formation d'un corps d'aventuriers à Lyon, destiné +à molester les sujets du pape et à inquiéter la papauté +elle-même à un moment où la mésintelligence régnait +entre les deux cours? Si donc, au début, Louis XI ne +prêta aucun appui matériel à l'expédition, il ne fut +peut-être pas sans en éprouver quelque satisfaction intérieure.</p> + +<p>Les dernières années de Louis XI sont marquées, +dans l'histoire des Étais pontificaux de France, par un +redoublement d'attaques de la part de routiers et d'aventuriers +dont l'audace paraît défier toute répression, et +que l'attitude du roi semble encourager secrètement. +Dans le cas de Jehan de <i>Tinteville</i> ou <i>Dinteville</i> (1480-1482), +chef d'une bande qui saccagea le terroir d'Avignon +et de Carpentras, et mit en péril l'existence même de la +ville, Louis XI, comme pour Bernard de Guerlands, +garde une réserve de nature à faire naître bien des soupçons. +Jehan de Tinteville, sur lequel nous ne possédons +que de rares documents, paraît avoir été d'origine champenoise <a name="FNanchor_537" id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">[537]</a>. +Était-ce un agent secret de Louis XI, comme on +<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">201</a></span> +a pu le supposer? Était-ce un de ces soldats d'aventure, +que les hasards de la guerre avaient conduit dans le +midi? On ne peut répondre que par des conjectures. Quoi +qu'il en soit, nous le trouvons à Avignon vers 1480. Là, +ledit sieur de Tinteville, menant joyeuse vie, avait contracté +de nombreuses dettes, si bien que ses créanciers +firent saisir ses biens, après quoi il fut expulsé de la ville. +Tinteville, sujet du roi de France, porte ses doléances à +Louis XI, en accusant les Avignonnais de lui détenir injustement +ses biens. «Ce neantmoings iceluy de Dinteville +s'estoit puis naguères tiré par devers nous et soubz +couleur de ce quil nous avoit donné entendre que les +ditz habitanz lui detenoient ses ditz biens par force +sans les luy voloir faire rendre ne restituer avoit obtenu +comme il disoit noz aultres lettres en forme de marque +à rencontre des ditz habitanz et autres subgectz de +nostre tres saint père le pape au moyen desquelles le dit +de Dinteville avoit fait grande assemblée de gens de +guerre deschelles et aultres armes et bastons et entrera +par force et en puissance darmes en la dite ville et +autres places de nostre sainct père ou prendera par +force des biens des dits habitantz jusqua la valleur de ses +ditz biens <a name="FNanchor_538" id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">[538]</a>.» Mais les consuls d'Avignon, prévenus, +avaient pris toutes leurs mesures pour résister à un +assaut imprévu. Les remparts avaient été garnis de plusieurs +bombardes et couleuvrines <a name="FNanchor_539" id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">[539]</a>, une garde composée +<span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">202</a></span> +de gens d'armes et de citoyens défendait chaque porte, +si bien que Tinteville et ses compagnons durent se borner +à ravager les environs d'Avignon <a name="FNanchor_540" id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">[540]</a>. Fatigués de ces +incursions, les habitants se constituèrent en corps de +troupes, donnèrent la chasse à Tinteville qui, battu et fait +prisonnier, fut amené à Avignon où on le jeta, chargé de +chaînes dans les basses fosses du palais apostolique.</p> + +<p>C'est alors qu'intervient Louis XI, et c'est pour cette +raison peut-être qu'on a voulu voir dans cette intervention +la poursuite d'un dessein secret du monarque dont +ledit de Tinteville n'aurait été que l'instrument. Louis XI +dépêcha à Avignon à quelques semaines d'intervalle deux +ambassadeurs avec des instructions pour les consuls. Un +maître d'hôtel du roi, Petit-Jean, arriva dans cette ville +au mois de mai 1481, porteur de lettres de sa majesté, +pour le fait de Tinteville <a name="FNanchor_541" id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">[541]</a>. Les lettres furent communiquées +au conseil. Louis XI désavouait ledit Tinteville +publiquement, condamnait tous ses méfaits, mais tout en +le désavouant, il demandait l'élargissement immédiat du +prisonnier, qui était son sujet et vassal: «Sans avoir +regart qu'il feust nostre vassal et subgect et qui pis est +votre legat a fait pendre et noyer plusieurs des gens et +autres gitter de la roche au Rosne tres deshonnestement +sans avoir consideracion quilz feussent de nostre +<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">203</a></span> +royaume, dont sommes tres mal contens <a name="FNanchor_542" id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">[542]</a>.» Le conseil +s'excusa auprès de l'envoyé du roi en se retranchant +derrière l'autorité du légat, sous la juridiction duquel +était placé le détenu. Petit-Jean fut bien traité, choyé; +la ville lui fit remettre deux écus d'or par Guillaume Anequin, +courrier de la maison de ville, et lui offrit, le +31 mai 1481, un banquet somptueux qui coûta 95 florins à +la caisse municipale <a name="FNanchor_543" id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">[543]</a>.</p> + +<p>L'ambassadeur rentra à la cour sans avoir obtenu ce +qu'il avait charge de solliciter; mais, le 19 novembre 1481, +un nouvel émissaire de Louis XI, Jean de Loqueto <a name="FNanchor_544" id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">[544]</a>, conseiller +du roi, arrivait en solliciteur auprès du légat qui, +après divers pourparlers, accorda l'élargissement de +Tinteville.</p> + +<p>Ce furent le comté et les terres voisines qui en pâtirent, +car à peine rendu à la liberté, Tinteville appela à lui ses +anciens compagnons de pillage et commit, soit en Dauphiné, +soit dans les terres de l'Église, de tels excès que +Louis XI dut intervenir une deuxième fois: «Comme +nous avons été presentement advertiz que Jehan de +Tinteville et plusieurs autres gens de guerre tant de +nos ordonnances que de ceulx qui ont été cassez et +aultres pillars et gens de mauvais gouvernement se +soyent transportez et transportent encores de jour en +jour en noz pais et illec proumenent à grans despens +eulx, leurs gens et chevaulx sans vouloir aucune chose +paier de leurs despenses, mais qui pis est, battent, rançonnent, +<span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">204</a></span> +pillent, fourragent, destroussent gens et font +plusieurs autres maulx et exactions indines (indignes). +Aussi ledit <i>Detinteville</i> et aultres complisses menacent +chascun jour destourber, piller et dégaster les dits biens +circonvoisins de la cité d'Avignon et aultres pais encores +et seigneuries de nostre sainct père le pape avec +tres grand desplaisance et tres grand foulle, grief, préjudice +et dommaige de nous et de la chose publique, à +nostre pais et aussi des ditz <a name="FNanchor_545" id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">[545]</a>.» Dans ses lettres patentes +datées du Montilz-les-Tours, le 31 janvier 1483, +Louis XI donnait des ordres très sévères à ses officiers +pour que l'entrée des terres de l'Église, comme des provinces +de la couronne, fût interdite à Tinteville et à ses +gens d'armes et qu'on prît de promptes et énergiques +mesures pour leur faire évacuer sans délai les lieux qu'ils +occupaient. Les ravages n'en continuèrent pas moins, et +ce fut sous le règne de Charles VIII seulement que, sur +les nouvelles instances des consuls d'Avignon, le duc de +Longueville <a name="FNanchor_546" id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">[546]</a>, gouverneur du Dauphiné, donna des ordres +à tous les officiers royaux pour que l'on s'emparât de la +personne de Tinteville. Celui-ci, après de longues pérégrinations, +fut, en dernier lieu, capturé et conduit, enchaîné, +à Grenoble par Aymar de Viro, qui reçut de la +ville d'Avignon, à titre de présent, une somme de 100 florins +et 2 gros pour les dépenses qu'il avait faites (1484) <a name="FNanchor_547" id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">[547]</a>.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">205</a></span> +Les lettres du 31 janvier 1483 constituent le dernier +acte de l'administration de Louis XI qui ait quelque rapport +avec les terres du Saint-Siège et les habitants d'Avignon.</p> + +<p>A la mort du roi (30 août 1483), les Avignonnais et les +Comtadins voulurent rendre un dernier et pieux hommage +à la mémoire d'un monarque dont l'activité infatigable +s'était portée, à diverses reprises, sur les affaires intérieures +de leur pays, mais qui, en somme, avait usé dans ses +rapports d'une politique plus bienveillante que tracassière +et qui, tout en voulant gouverner à son gré les événements +dans les domaines du Saint-Siège, avait fait sentir +aux vassaux du souverain pontife, autant, sinon plus, qu'à +ses propres sujets, les bienfaits de sa royale protection. +Les obsèques de Louis XI furent célébrées à Avignon en +l'église des Cordeliers, le 24 septembre 1483. La ville +fournit de ses deniers cent torches neuves, à quatre florins +la douzaine. Sur chaque torche étaient appliquées à +la cire rouge les armes du roi de France à côté de l'écusson +de la ville; quatre cents grandes armes du roi +servirent à décorer l'autel. La dépense totale s'éleva à +65 florins 17 sols <a name="FNanchor_548" id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">[548]</a>.</p> + +<p>Au cours de son règne, Louis XI avait accordé aux +Avignonnais et aux Comtadins divers privilèges qui dénotent +chez lui le dessein bien arrêté de faire pour les +sujets du pape ce qu'il faisait pour les siens, et «mieulx, +se mieulx povoit». Suspension de lettres de marques +et de représailles, liberté d'édification des «pallières», +<span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">206</a></span> +application du produit du pontonage à l'entretien du +grand pont du Rhône, tels sont les bénéfices directs de +l'entrevue de Lyon (juin 1476). Peu après, par lettres du +26 janvier 1478 <a name="FNanchor_549" id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">[549]</a>, Louis XI confirme le privilège qu'avaient +vingt-trois particuliers et quelques couvents et monastères +d'Avignon <a name="FNanchor_550" id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">[550]</a> de prélever sur le sel apporté d'Aigues-Mortes +et remontant le Rhône par bateaux un certain +nombre de minots sans payer les droits de gabelle aux +<span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">207</a></span> +officiers royaux <a name="FNanchor_551" id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">[551]</a>. Ces derniers ayant frappé lesdits particuliers +d'une amende de 50 marcs et fait saisir leurs +biens. Louis XI, par lettres patentes annule lesdites +amendes et maintient les particuliers et ordres religieux +dans leurs prérogatives et privilèges. «Et pour ce qui +est en leur tres grand grief, prejudice et dommaige et +pourroit estre cause de faire cesser le divin service en +aucune des dites Esglises parce que le dit droit de péage +est le principal revenu qu'ils aient pour leur vivre et +entretenement... Voulons et debvons les faiz et affaires +des dictes Esglises tant de nostre royaume que hors +icelluy estre favorablement traictez afin que les susditz +religieux et autres ecclesiastiques soient tousjours plus +enclinz a prier Dieu pour nouz, nostre postérité et +lignée....»</p> + +<p>Dans la question des limites du Rhône et de la navigation, +Louis XI, qui avait déjà donné à Lyon des preuves +non équivoques de ses bonnes dispositions à l'encontre +des Avignonnais, accorde, au mois d'avril 1480, à la sollicitation +de Jules de la Rovère, une faveur exceptionnelle +aux sujets du pape contre laquelle protestaient les officiers +royaux comme une renonciation des droits du roi +sur la rive droite du fleuve <a name="FNanchor_552" id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">[552]</a>. Le maître des ports de Villeneuve-lès-Avignon +ayant fait accoter un moulin à l'une +des arches du pont, ce qui constituait pour la navigation +un danger permanent «parce que les ditz molinz qui +<span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">208</a></span> +ainsi y seroient édiffiez et mis retiendroient et empescheroient +le cours de l'eau de la dite rivière en manière +que la dite eau pourroit estre cause pour la grant habondance +et impetuosite d'icelle, faire desmolir et abastre +le dit pont», bien que le maître des ports prétendît +que, de par ses fonctions, il avait autorité sur la rive du +Rhône et que le lit où coulait le fleuve faisait partie du +royaume, néanmoins, Louis XI, «considérant que s'il +estoit permis et souffrir faire tenir et construire les ditz +moulins ou aultrez près du dit pont et les ataicher à +la dicte arche, iceulx moulins peussent estre cause de +faire rompre et desmolir icelle arche et les autres +arches du dit pont, lesquelles ainsi estoit à granz difficultez +et sans granz fraiz se pourront rediffier à cause +de l'impetuosité du dit Rosne qui seroit au grand grief, +prejudice et dommaige de nostre dict Sainct Père et des +dits recteurs et gouverneurs du dit pont et des mananz +et habitanz de la dite ville et cite d'Avignon et de toute +la chose publique du pays et environ», Louis XI donne +l'ordre de démolir ledit moulin et de le transporter là où +on avait auparavant la coutume de le placer. «Et se les ditz +moulinz ou aulcuns deux y avoient este miz, affichez +et ataichez, quils les ostent ou facent oster et mectre +ailleurs incontinent et sans delay, et remettez ès lieux +où ils souloient estre le temps passé.»</p> + +<p>A la suite des diverses ambassades qui lui furent envoyées +par la ville au moment des affaires de Tinteville, en +1481 <a name="FNanchor_553" id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">[553]</a>, Louis XI confirma aux Avignonnais le privilège +que leur avaient accordé les rois, ses prédécesseurs, et +<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">209</a></span> +que maintinrent ses successeurs, de transporter de leurs +terres situées dans le royaume de France tous les produits +nécessaires à leur alimentation, blé, vin, légumes, +viande, fruits, etc., librement et sans payer aucun droit <a name="FNanchor_554" id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">[554]</a>. +On comprend quelle était l'importance de cette liberté de +transit pour les Avignonnais qui vivaient exclusivement +des produits importés. La mauvaise volonté, l'esprit jaloux +et tracassier des officiers royaux pouvaient, au passage +du Rhône ou de la Durance, par suite d'exigences fiscales +et de droits de douane exorbitants, suspendre l'entrée +des produits du sol qui alimentaient les marchés d'Avignon +et affamer les habitants, mesures restrictives dont +l'application était facile toutes les fois que, par suite des +mauvaises récoltes en Bourgogne, Dauphiné ou Languedoc, +le transport des céréales était interdit. Louis XI, +tenant compte que les vassaux du Saint-Siège avaient +coutume de payer régulièrement les aydes et autres impôts +pour les terres à eux appartenant enclavées dans les +domaines de la couronne, donna toute facilité aux réclamants. +Cette revendication légitime des Avignonnais et +des Comtadins fut confirmées à nouveau par lettres patentes +datées du Plessis du Parc-les-Tours, le 23 mai 1482. +Louis XI écrivait à ses officiers, sénéchaux, maîtres des +ports ou à leurs lieutenants, pour que «aux dits suppliants +vous leur souffriez et laissez prendre et faire prendre, +lever et cuillir, quant bon leur semblera, leurs dits bledz, +vins et autres fruictz creuz et qui croistront en leurs +dits heritaiges, terres et possessions, quelque part +<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">210</a></span> +quils soyent situez et assiz en nostre dit royaume, pays +et seigneuries et iceulx mener et conduire en la dite +ville et cité d'Avignon pour leur vivre et substantation +ainz quils ont accoustumé de faire, sans leur faire mettre +ou donner ne souffrir estre fait, mis ou donné aucun +arrest destourbier ou empeschement au contraire <a name="FNanchor_555" id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">[555]</a>».</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">211</a></span></p> + +<h2>RESUME ET CONCLUSIONS</h2> + +<p class="p2">Au <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle, la situation politique des états citramontains +de l'Église offre un caractère particulier que nous +avons étudié dans ses moindres détails. Cette organisation +reste ce qu'elle était, à peu de chose près, jusqu'à la +réunion définitive de ces états à la France. Par l'essence +même de sa constitution municipale, par l'étendue des +pouvoirs de ses magistrats, par l'indépendance et l'autorité +de son corps de ville, par la prépondérance des corps +de métiers, Avignon, au <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle, constitue une sorte +de république italienne d'en deçà des monts, avec tous +les privilèges et les prérogatives d'une ville libre placée +sous la suzeraineté temporelle du Saint-Siège mais en +pleine possession de son autonomie communale. Quant +au Comtat Venaissin, son indépendance n'en est pas +moins réelle et non moins franchement affirmée au sein +des états. La vie municipale n'y est pas moins intense +qu'à Avignon; l'esprit de solidarité dans ce qu'il a de plus +étroit anime ses représentants, et, comme à Avignon, +l'autorité papale y est surtout honorifique et nominale. +C'est l'assemblée des élus du pays qui a entre ses mains +le gouvernement du pays.</p> + +<h3 class="p2">I</h3> + +<p>Comment les rois de France considéraient-ils, dans +leurs rapports avec la couronne, les villes et territoires +du domaine de l'Église?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">212</a></span> +Depuis Charles VI aucun souverain n'élève de prétentions +sur la légitimité de possession du Saint-Siège. Tous +proclament Avignon et «la Conté de Venisse» «territoire +et patrimoine de l'Église», et, à ce titre, ils considèrent +comme un devoir pour la royauté, «fille aînée et +bras droit de l'Église», d'assurer aux vassaux du Saint-Siège +une protection effective. Il est à constater que dans +aucune circonstance ils n'ont failli à cet engagement. +Charles VI, qui était d'abord resté neutre dans la lutte +entre les cardinaux et les Avignonnais contre Benoît XIII, +envoie des secours en hommes en argent et munitions +dès que la guerre, par l'arrivée des renforts catalans et +aragonais, menace l'existence même de la cité avignonnaise. +Charles VII, par lettres patentes de 1423, 1426, +1428, 1451 et autres, déclare que les états de l'Église sont +placés sous la protection royale, «et nous vouldrions +tousjours entretenir et favoriser les faiz de vostre +cité comme de nos propres subgectz» (1451). Louis XI, +qui avait eu à se plaindre des Avignonnais, oublie les +injures faites au dauphin, accueille avec la plus grande +affabilité leurs ambassadeurs et les appelle «ses confédérez, +aliez et devotz de sa couronne». Il les protège +par des envois de gens d'armes contre les attaques des +routiers et les comble de privilèges et de faveurs. Il ne +fait que confirmer les actes de générosité de ses prédécesseurs +vis-à-vis d'Avignon et du comté. Faut-il conclure +de cette politique uniformément suivie qu'il n'avait pas +intérieurement conscience de ses droits sur Avignon, par +cette raison que dans aucun document public, jusqu'à +Henri II, il n'est fait allusion aux revendications de la +couronne sur cette partie des domaines de l'Église? ou +bien faut-il admettre que si Louis XI a toujours traité si +<span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">213</a></span> +favorablement les Avignonnais c'est qu'il voulait, ce faisant, +être agréable au Saint-Siège? Cette seconde raison +ne nous semble pas suffisante et nous sommes convaincus +que si Charles VII et Louis XI ne se sont jamais prévalus +des droits de la couronne sur les états citramontains de +l'Église, c'est qu'ils en considéraient l'aliénation comme +temporaire et qu'ils ne voyaient là qu'un apanage de la +couronne donné en hommage aux souverains pontifes +mais dont les rois de France étaient en réalité les souverains +naturels. Dans tous leurs actes, comme nous allons +l'exposer sommairement, les rois de France ne traitent +pas les Avignonnais ou les Comtadins autrement que les +vrais regnicoles.</p> + +<h3 class="p2">II</h3> + +<p>Charles VII et son fils interviennent dans l'administration +intérieure de la ville et les parlements royaux ne +craignent pas de contrecarrer ouvertement l'autorité du +légat. Charles VII, le premier, veut avoir un agent royal +dans le conseil de ville, qui le tiendra au courant de tout +ce qui se dira et se fera au sein de cette assemblée et +surveillera le représentant du Saint-Siège. Il propose +Pierre Arcet et Martin Héron, son valet de chambre, +pour occuper à Avignon les délicates fonctions de viguier. +Louis XI, suivant la politique de son père, obtient la +même charge pour son maître d'hôtel Raymond de Mombardon. +A une époque où Louis XI cherche à transformer, +dans toutes les villes du royaume, les magistrats +municipaux en agents royaux, cette tentative est à noter, +car elle montre chez ce monarque un calcul bien arrêté +de faire sentir l'action royale à Avignon comme ailleurs. +<span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">214</a></span> +Mais le soin jaloux qu'avaient les Avignonnais de maintenir +intactes leurs institutions locales, aussi bien vis-à-vis +des papes que contre les tentatives des rois de +France, devait déjouer toutes les ruses du monarque +pour arriver à ses fins.</p> + +<p>Louis XI et son père, quand un événement important +pour la couronne vient à se produire, ne manquent +jamais d'en faire part aux Avignonnais, absolument +comme aux villes du royaume, pensant bien que rien de +ce qui intéresse la patrie française ne leur est étranger. +En même temps qu'il annonce aux Lyonnais la victoire +de Castillon et la conquête de la Guyenne (1453), +Charles VII avise les syndics d'Avignon et les conseillers +du succès de ses armes et de la déroute des Anglais. +A-t-il à se plaindre des agissements de son fils, le dauphin +Louis, et de ses projets ténébreux sur les états de +l'Église, vite il les met en garde et leur envoie plusieurs +ambassadeurs pour leur donner à entendre leurs véritables +intérêts. Louis XI multiplie les missions diplomatiques +à Avignon et les agents secrets. Il emploie le crédit +des Avignonnais en Cour de Rome pour forcer la main +au pape, quand il désire faire donner la légation à un +candidat de son choix. Ses ambassadeurs sont reçus avec +un appareil princier. Le bailli des montagnes du Dauphiné, +le maréchal de Comminges, Petit-Jean, Jean de +Loqueto, agents du roi, sont traités avec toutes sortes +d'égards. Les sénéchaux royaux sont comblés de cadeaux +et de «pots de vin». Le sénéchal de Languedoc, qui avait +défendu auprès de Louis XI les intérêts de la ville, reçoit +pour sa dame une magnifique pièce de velours cramoisi +tissée à Avignon. Quand le roi de France meurt, +ses obsèques solennelles sont célébrées à la Métropole, +aux frais de la ville.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">215</a></span></p> + +<h3 class="p2">III</h3> + +<p>Il n'est pas de ville du domaine royal qui ait été dotée +plus qu'Avignon de beaux privilèges et l'objet des plus +grandes faveurs royales. Charles V et Charles VI donnent +aux Avignonnais le droit de faire transporter par eau, +dans leur ville, tous les matériaux nécessaires à la construction +et aux réparations de leurs maisons. Louis XI +confirme ce droit (1477) et permet en outre aux habitants +de construire un radeau et de tirer deux cents quintaux +de fer du royaume, sans payer de droit pour réparer le +pont démoli en partie par une inondation (1479). Il les +autorise à élever des pallières pour protéger leur terroir +et décide que le produit du pontonage sera appliqué à +l'entretien du pont (1476). Bien mieux, le maître du port +de Villeneuve ayant fait établir un moulin accoté à une +arche du pont, de façon à gêner la navigation, Louis XI, +sur la réclamation des Avignonnais, ordonne la démolition +immédiate dudit moulin (1480).</p> + +<p>Au moment où ce roi accordait aux habitants de +Verdun, ville étrangère, le droit de transporter dans leur +ville le blé qu'ils auront acheté dans le royaume, Louis XI +octroie la même faveur aux Avignonnais (mars 1461). Il +confirme dans leurs prérogatives les vingt-cinq particuliers +ou couvents d'Avignon qui avaient le droit de +prélever leur provision sur les bateaux employés au +tirage du sel sur le Rhône, et cela sans payer de +droits (1478).</p> + +<p>En matière de commerce et d'échanges les Avignonnais +sont traités sur le pied des regnicoles et leurs affaires +<span class="pagenum"><a name="Page_216" id="Page_216">216</a></span> +sont placées sous la protection du roi de France. Ils conduisent +par barque, sur le Rhône, leurs marchandises +jusqu'à Arles et à la mer, et du côté de Lyon; ils +envoient à dos de mulet en Languedoc et en Dauphiné +leurs soieries, étoffes brodées, si recherchées pour les +bannières et tentures, sans payer d'autres droits ou +péages que ceux accoutumés, et qu'acquittent les sujets +du roi. Ce n'est point chez Louis XI un calcul, au moment +où il cherchait par tous les moyens à attirer les étrangers +pour accroître la prospérité du commerce français. Cette +attitude de la couronne vis-à-vis des sujets du pape, en +matière de relations mercantiles, est une tradition. Un +sieur de Grignan ayant arrêté en Dauphiné un marchand +avignonnais, et lui ayant volé plusieurs balles de drap, +Charles VII donne des ordres pour que le sieur de Grignan +soit mis en demeure de restituer le produit de son vol, et +le roi fait des excuses aux consuls d'Avignon (1428).</p> + +<p>Charles VII, Louis XI (1476, 1479, 1481), défendent à +quiconque de «laxer» des lettres de marques ou de représailles +contre les Avignonnais et les Comtadins, à l'occasion +de revendications en matière commerciale sans expresse +licence et permission de Leur Majesté. Charles VII +enjoint aux sénéchaux et maîtres des ports de permettre +aux habitants du Languedoc de se rendre aux foires +d'Avignon (1424). Louis XI veut que les sujets du pape +puissent «commerser et fréquenter ensemble comme ils +souloient faire le temps passé» (1461). Bien plus, il +casse et annule les lettres de représailles «laxées» contre +les Avignonnais. L'évêque de Gap ayant laxé des +représailles contre Avignon, les habitants s'adressent au +roi, lequel écrit au gouverneur du Dauphiné pour que +suspension soit faite de l'exécution desdites lettres +jusqu'à «Pâques prochains venanz».</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">217</a></span> +Dans les questions qui le regardaient personnellement +et lorsqu'il avait à se plaindre des Avignonnais ou des +Comtadins dans les affaires d'extradition, d'incarcération, +de dettes, etc., Louis XI recourait, il est vrai, aux lettres +de représailles, mais ce n'étaient là que des mesures de +rigueur passagères, conséquence d'un moment de mauvaise +humeur ou d'emportement, et jamais elles ne recevaient +d'exécution. Généralement, ce procédé d'intimidation +amenait les Avignonnais à solliciter leur pardon, et +la bonne harmonie dans les relations était aussitôt rétablie.</p> + +<p>Telle est à grands traits la politique de Louis XI dans +ses rapports avec les sujets de l'Église; son père et lui +prennent à tâche de gagner à leur cause les Avignonnais +et les Comtadins; ils les comblent de bienfaits; ils les +associent à tous les événements de la couronne; ils favorisent +et protègent leur commerce. Ils se font juges et +arbitres de leurs différends; ils traitent directement avec +eux par ambassades ou par dépêches les affaires les plus +importantes en dehors du légat. Ils ne contestent pas +ouvertement la suzeraineté temporelle du Saint-Siège sur +le pays, mais par leur tutelle effective, par leur intervention +constante, ils tendent à la transformer en une +simple formule. Voyons maintenant ce qu'en échange de +leurs bons procédés ils exigent des habitants.</p> + +<h3 class="p2">IV</h3> + +<p>Charles VII et son fils prétendent exercer, à Avignon +et dans toute l'étendue des états pontificaux d'en deçà des +monts, le droit de réquisition et ils le pratiquent en +<span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">218</a></span> +réalité ni plus ni moins que s'il s'agissait des villes de +leur propre royaume. Le dauphin Charles emprunte à la +ville son artillerie pour forcer la garnison de Pont-Saint-Esprit +(1420). Comme pour Reims, Amiens, Orléans, +villes royales, Louis XI réquisitionne les chevaux nécessaires +pour le transport de son artillerie à Lyon, et c'est +la ville d'Avignon qui en solde la dépense (1476).</p> + +<p>L'armée royale envoyée en Roussillon en 1473 manque +de blé; c'est aux Avignonnais que les officiers de +Louis XI s'adressent pour en avoir, et leur complaisance +sauve l'armée en détresse.</p> + +<p>En matière de finances, Charles VII et Louis XI ne se +montrent pas plus scrupuleux avec les sujets du pape +qu'avec les leurs propres; Charles VII contracte avec la +ville d'Avignon plusieurs emprunts. Le dauphin Louis +demande 1,000 livres une première fois; il en reçoit 5,000 +comme indemnité de règlement de compte pour l'héritage +de Boucicaut. Il exige (1476) que les Avignonnais +servent de caution à Charles de Bourbon, archevêque de +Lyon et légat d'Avignon, pour une somme de 3,200 livres +dont ce dernier fait l'avance au souverain.</p> + +<h3 class="p2">V</h3> + +<p>Charles VII et son successeur s'attribuent sur les états +du Saint-Siège enclavés dans leur royaume un droit de +haute police, et ils considèrent que les rapports fréquents +de voisinage rendent ce contrôle indispensable. Dans le +cas où la cour de France a à se plaindre du pape, les +Avignonnais et les Comtadins supportent les conséquences +du conflit, et aucun des deux souverains n'hésite à user +<span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">219</a></span> +des voies de fait vis-à-vis des sujets de Sa Sainteté pour +amener le souverain pontife à de meilleurs sentiments +à l'égard de la France.</p> + +<p>La situation topographique d'Avignon «assise ès extrémités +du royaume» et confinant à la fois au Languedoc, +à la Provence et au Dauphiné, en faisait un lieu de refuge +pour les bannis, malfaiteurs, réfugiés politiques, faux-monnayeurs, +criminels de droit commun ou de lèse-majesté, +contumaces et autres vagabonds qui échappaient à +la justice royale. Les faux-saulniers trouvaient dans la +cité papale un asile assuré, et la qualité de ville étrangère +faisait aussi d'Avignon un centre de contrebande +douanière destiné à dissimuler les certificats d'origine +des marchandises importées et exportées. Louis XI, dans +ces conditions, ne considère pas que la violation des frontières +puisse être opposée à la raison d'état. Charles VII +n'hésite pas à laxer des représailles contre les Avignonnais +qui différaient de livrer les compagnons de Jacques Cœur +couverts par l'immunité du couvent des Célestins. +Louis XI use du même moyen quand il découvre la trahison +de Jules de la Rovère. En 1481, un certain clerc +non marié, Jean de Vaux, coupable de lèse-majesté, +s'étant réfugié dans une église d'Avignon, les agents du +roi pénètrent dans la ville pour s'emparer de sa personne. +Sixte IV intervient; il adresse un bref à Jean Rose, notaire, +pour être lu en conseil de ville, déclarant qu'on +attente ouvertement aux privilèges de l'Église qu'en sa +qualité de pasteur il est obligé de sauvegarder. Il engage +vivement les habitants à résister aux ordres du roi et +leur ordonne de faire réintégrer dans l'église ledit Jean +de Vaux, dans le cas où il en aurait été arraché. Louis XI, +furieux contre le pape et les Avignonnais met la ville en +<span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">220</a></span> +interdit (1481). Même quand ils ne sont pas coupables, +les habitants d'Avignon demeurent toujours responsables +en cas d'atteinte portée aux droits du roi, et on leur demande +compte des abus et des excès de pouvoir des officiers +pontificaux.</p> + +<h3 class="p2">VI</h3> + +<p>Après avoir nettement établi les rapports de la cour de +France avec les vassaux du Saint-Siège dans cette seconde +partie du <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle, il nous reste maintenant, comme +terme de cette conclusion, à fixer le caractère de la politique +de Louis XI dans ses rapports avec Rome pour la +solution des questions qui se rattachent aux affaires intérieures +et extérieures des états pontificaux de France. En +un mot, il s'agit pour nous de déterminer dans quelles +limites le monarque permettait au Saint-Siège de désigner +le représentant de son autorité temporelle dans les +villes et territoires dont il avait charge; et aussi quelles +garanties il exigeait, en retour, pour s'assurer de la +fidélité politique des hommes qu'il considérait comme ses +sujets propres mais qui étaient placés, en fait, sous une +domination étrangère?</p> + +<p>Lorsqu'un conflit, et cela arrivait fréquemment, s'élevait +entre l'autorité pontificale et ses administrés, +Charles VII et Louis XI s'étaient fait une règle de ne +jamais intervenir, même lorsque le mécontentement de +la population avignonnaise prenait le caractère d'un soulèvement +grave. Quand la nomination, comme légat du +Saint-Siège à Avignon, de Marc Condulmaro (1431-1432) +provoque une prise d'armes contre la décision du pape, +Charles VII défend, sous les peines les plus sévères, à ses +<span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">221</a></span> +sujets de se mêler à l'émeute. Il ne veut prendre parti +pour personne, bien qu'il ait un candidat; il se montre +souverain respectueux et fils soumis de l'Église. C'est un +fait historique sans conteste que, jusqu'à Louis XIV, jamais +les rois de France ne veulent intervenir dans les querelles +intérieures du pape avec ses propres sujets.</p> + +<p>Charles VII, le premier, pose comme un principe que +le pape doit tenir compte de l'agrément de la cour de +France dans la désignation du légat placé à la tête de +l'administration des états pontificaux de France. Il insiste +pour le choix de Carillo, cardinal de Saint-Eustache, mais +sans succès. Louis XI reprend la même politique, mais il +se montre exigeant, importun et autoritaire avec le Saint-Siège. +Il propose, l'un après l'autre, plusieurs évêques ou +archevêques que le pape écarte systématiquement. Le +roi se fâche, et suivant cette politique occulte qui est le +plus grand ressort de sa diplomatie, il pousse en secret +les Avignonnais à la révolte contre leur évêque, Alain de +Coëtivy, et il les engage à refuser de le recevoir, au cas +où le pape voudrait le leur imposer. Mais, malgré ses +efforts, il n'obtient qu'un demi-succès, le Saint-Siège +ayant l'habileté de confier la légation à un légat intérimaire +pour ne pas pousser plus loin le conflit et en venir +aux voies de fait. C'est que Louis XI voyait là une raison +d'état à faire prévaloir. Il voulait avoir la haute main sur +le légat, lui donner des ordres, comme au cardinal de +Foix en 1463, au moment du siège de Barcelone, en faire +un serviteur dévoué des intérêts français. Il comprenait +le danger d'avoir une portion de territoire enclavée en +son royaume ouverte à l'influence étrangère, aux ordres +de Rome, et où un gouverneur brouillon et remuant pouvait +compromettre le succès de la politique royale. La nomination +<span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">222</a></span> +de Charles de Bourbon (1470) est un triomphe +pour la diplomatie de Louis XI; la substitution de Jules +de la Rovère une cause de conflit (1476). La suzeraineté +temporelle des papes sur Avignon est même un moment +menacée.</p> + +<h3 class="p2">VII</h3> + +<p>Dans toute la correspondance qu'ils entretiennent avec +la cour, les consuls assurent Charles VII et Louis XI de +leur absolu dévouement à la couronne. Les ambassadeurs +que la ville envoie auprès de chacun d'eux, à son avènement, +se confondent en protestations d'hommage et de +respect pour sa personne. Ils se disent eux-mêmes, dans +toutes les occasions, les dévots et loyaux sujets de Sa +Majesté et jamais ils ne laissent échapper une occasion +de rappeler les services qu'ils ont rendus à la couronne.</p> + +<p>Ces rappels réitérés des services rendus finissent même +par paraître importuns et en rabaissent singulièrement le +mérite. Il n'y a pas, toutefois, à mettre sur ce point leur +bonne foi en doute. Leur attachement à la couronne, +s'il est quelque peu intéressé, est sincère; mais, pour la +forme, la ville en s'adressant au roi n'oublie pas, ou plutôt +affecte de ne pas oublier qu'elle est placée sous la suzeraineté +temporelle du souverain pontife. C'est l'idée qui préside +à toutes les négociations avec la cour de France. +Charles VI, Charles VII ne mettent pas en doute les déclarations +amicales de la ville. Louis XI, plus politique, et +qui savait que la défiance est la première condition d'une +bonne diplomatie, exige des gages qu'il demandait parfois +aux villes du domaine. Après ce qui s'était passé à +Avignon en avril 1476, il ne se contente plus d'assurances +<span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">223</a></span> +et de formules de soumission. Il exige un serment de fidélité +à la couronne et à la personne du roi, en bonne et due +forme au bas duquel les consuls et les conseillers apposeront +leur signature. Il veut que les Avignonnais s'engagent +à ne pas recevoir les ennemis du roi, qu'il prend soin +d'énumérer. En revanche, le roi promet de respecter les +privilèges de la ville et de la protéger contre ses ennemis +et ceux de l'Église, mais avec réserve des droits des papes +sur la ville, <i>salvo jure papali</i>.</p> + +<p>Louis XI, par cet engagement, liait la ville à sa politique +et l'obligeait à n'avoir pas d'autres intérêts que ceux +de la couronne, sous peine de se parjurer, ce qui, dans +les moments de colère du roi, pouvait avoir les plus graves +conséquences. Le roi de France était donc reconnu comme +le protecteur officiel de la ville et du pays. Il avait le contrôle +et la haute direction de ses affaires; sa vie commerciale +et industrielle était entre ses mains. Son prestige et +sa force étaient la sauvegarde des vassaux du pape, trop +faibles pour se défendre, et qui ne pouvaient attendre de +Rome que des armes spirituelles. Le protectorat du Saint-Siège +sur ses états citramontains tend donc de plus en plus +à ne devenir, au <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle, qu'une formule sans portée, +que l'on maintient par déférence pour le chef de l'Église, +qui ne cesse pas de figurer dans tous les actes de chancellerie, +mais la haute bourgeoisie avignonnaise comprend +qu'elle a tout intérêt à redevenir française: elle favorise +la politique du roi.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">224</a></span></p> + +<h2>PIÈCES JUSTIFICATIVES</h2> + +<hr class="c5" /> +<p class="center">N<sup>o</sup> I</p> + +<p class="center"><i>Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure.</i></p> + +<p class="right">Février 1444.</p> + +<p>Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio +Tristando, electo Conseranensi, salutem et apostolicam benedictionem. +Cum contra nonnullos iniquitatis filios, qui dudum +civitatem nostram Avinionensem et comitatum Venaysinum +per insultum et tumultum, manu armata, nomine perditionis +alumni Amedei, olim ducis Sabaudie, qui se Felicem V ausu +sacrilego nominare praesumit, occupare et a nobis ac Romana +Ecclesia inferre conati sunt ac eos etiam, qui illis dederunt +auxilium, consilium vel favorem, nec non contra omnes et +singulos scismaticos, qui prefato Amedeo adhererent aut +consentirent vel obedirent, procedendi ac illos debita pena +mulctandi et puniendi concessimus facultatem, Nos, volentes +statui tuo salubriter providere, tenore presentium volumus et +tibi concedimus quod per quamcumque procurationem per +te aut de mandato tuo de praedictis fiendam, etiam si membrorum +multitudo vel personalis pena sequeretur, nullam +irregularitatis aut infamie maculam sive notam incurras, +neque in aliquam penam a jure vel ab homine statutam +incidas, occasione praefata; nos enim omnes et singulas leges +et canonicas sanctiones in personas ecclesiasticas perpetrantes +talia promulgatas quocum personam tuam in exequendis +tibi per nos commissis duntaxat suspendimus per +praesentes, volentes ut illis ullatenus sis astrictus. Nulli ergo +omnino hominum liceat hanc paginam nostre concessionis +<span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">225</a></span> +suspensionis et voluntatis infringere vel ei ausu temerario +contra ire. Si quis autem hoc attemptare praesumpserit, indignationem +Omnipotentis Dei et beatorum Petri et Pauli apostolorum +ejus se noverit incursurum. Datum Rome apud +Sanctum Petrum, anno incarnationis dominice millesimo +quadringentesimo quadragesimo quarto, quinto kalendas +februarii, pontificatus nostri anno quartodecimo.</p> + +<p class="left60"><i>De curia</i><br /> +<span class="i2 smcap">Jo Synodi</span>.</p> + +<p>(Arch. vat., Eugenii IV. Regest. 20, 9. vol., 368, fol. 77.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> II</p> + +<p class="center"><i>Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure.</i></p> + +<p class="right">Février 1444.</p> + +<p>Eugenius episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio +Tristando, electo Conseranensi, salutem et apostolicam benedictionem. +De tua probitate, fide et devotione gerentes in +domino fiduciam, speramus indubie quod ea que tibi committenda +duxerimus ad nostrum et Romane Ecclesie statum et +honorem laudabiliter exequeris. Cum igitur dudum nonnulli +iniquitatis filii quodam Ugolino Alamani duce per insultus et +proditionem facto tumultu manu armata civitatem nostram +Avinionensem et comitatum Venaysini adversus nos et Romanam +Ecclesiam insurgentes, cum suis fautoribus complicibus +et sequacibus ac cum vexillis perditionis alumni +Amedei olim ducis Sabaudie, qui se Felicem V ausu sacrilego +nominari praesumit, conati fuerint occupare, nos volentes, +prout suadet justitia, ut illi, qui talia ausi sunt attemptare, +animadversione debita puniantur, tibi contra omnes et singulas +personas civitates et comitatus praedictorum, qui dicto +insultui et tumultui contra nos et ipsam ecclesiam interfuerunt +aut dederunt ad ea publice vel oculte auxilium consilium +<span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">226</a></span> +vel favorem vel scientes non revelaverunt, cujuscumque +status, gradus, ordinis vel conditionis fuerint, nec non contra +omnes scismaticos tam laicos quam clericos adherentes +prefato Amedeo aut ejus et Basilien fautores et sequaces +ubilibet constitutos auctoritate nostra procedendi ac ipsos et +ipsorum quemlibet per arrestationem bonorum et personarum +captionem et cohertionem ac officiorum, beneficiorum et +dignitatum suorum quorumlibet privationem et ab eisdem +amotionem nec non bonorum temporalium confiscationem +tam civiliter et criminaliter puniendi, condemnandi et mulctandi, +prout delictorum qualitas exegerit et justitia suadebit; +invocato ad hoc, cum opus fuerit, auxilio brachii secularis, nec +non beneficia ipsa que per hujusmodi privationem vaccare +contigerit, quecumque, quotiescumque et qualiacumque fuerint, +etiamsi dispositioni apostolice fuerint reservata, aliis +idoneis personis, prout tibi visum fuerit, eadem auctoritate +conferendi et de illis etiam providendi; insuper quoque illis +qui ad sanam mentem redierint a quibuscumque processibus +sententiis per te aut quomodolibet illatis et inflictis absolvendi +et in pristinum statum restituendi et reponendi ac cum +eis super irregularitate quacumque per eos praemissorum +occasione contracta dispensandi et habilitandi ad sua et alia +beneficia ecclesiastica quolibet imposterum obtinendi plenam +et liberam eadem auctoritate concedimus tenore praesentium +facultatem Datum Rome, apud Sanctum Petrum anno Incarnationis +millesimo quadringentesimo quadragesimo quarto, +quinto kal. februarii pontificatus nostri anno quartodecimo.</p> + +<p class="left60"><i>De curia</i><br /> +<span class="i2 smcap">Jo Synodi</span>.</p> + +<p>(Arch. vat., Eugenii IV. Regest. 20, 9. vol. 368, f. 79.)</p> + +<p class="p2"><span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">227</a></span></p> + +<p class="center">N<sup>o</sup> III</p> + +<p class="center"><i>Bref d'Eugène IV aux Syndics d'Avignon.</i></p> + +<p>Dilectis filiis Tribus Statibus comitatûs nostri Venayssini, +Eugenius Papa IIII.</p> + +<p class="right">20 novembre 1444.</p> + +<p>Dilecti filii, salutem et apostolicam benedictionem.</p> + +<p>Intelleximus, dilecti filii, nonnullam suspicionem esse inter +multos exortam et verba quedam dissipata nos velle alienare +comitatum nostrum Venayssinum et a potestate nostra abdicare; +que fama admodum displicuit nobis, cum nil sit eorum +que multi forsan arbitrantur. Nunquam enim fuit nobis +animus neque est etiam neque erit alienandi terras et jura +Ecclesie Romane sed potius augendi. Et notum vobis debet +esse nos non solum non alienasse bona Ecclesie nobis desuper +credita sed pro eorum recuperatione bella adversûs eorum +occupatores suscepisse. Itaque bono animo vos esse volumus +et securos vivere quod nunquam intendimus separare vos +ab obedientia et subjectione Sancte Romane Ecclesie, sed +conservare vos in vocacione qua vocati estis. Velitis igitur +perseverare in obediencia et devocione vestra solita erga +nos et prefatam Ecclesiam ac parere legato vestro. Vicario +nostro, ut tanquam boni filii nostri, vivatis semper a nobis et +Sede apostolica merito commendandi.</p> + +<p>Datum Rome, apud Sanctum Petrum, sub annulo nostro +secreto, die vicesima mensis novembris, pontificatûs nostri +anno quartodecimo.</p> + +<p class="right"><span class="smcap">Poggius</span>.</p> + +<p>(Reg. des Etats, C. 14, fol. 98, copie.)</p> + +<p class="p2"><span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">228</a></span></p> + +<p class="center">N<sup>o</sup> IV</p> + +<p class="center"><i>Bref d'Eugène IV aux Trois États de la Conté +de Venayssin.</i></p> + +<p class="right">Décembre 1444.</p> + +<p>Dilectis filiis Tribus Statibus comitatûs nostri Venayssini.</p> + +<p>Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis +Tribus Statibus comitatûs nostri Venayssini salutem et apostolicam +benedictionem. Scripsimus vobis nuper propter certam +famam tunc nuper exortam nostre intentionis esse et velle +tenere vos sub nostro et Ecclesie romane regimine ac devotione +et obedientia ac nolle vos alienare ab Ecclesia, quia +intelleximus disseminatos sermones de certis capitulis cum +dilecto filio nobili viro Ludovico, delphino Viennensi nostro +non pactis iterùm facimus vos certiores nos nullomodo intendere +aut velle alienare aut separare vos a nobis et prefata +Ecclesia aut alicui alteri subjicere, sed intendimus conservare +vos sub nostro et Ecclesiæ regimine et gubernacione prout +actenûs fuistis quod vobis futurum ad certitudinem et consolacionem +vestram volemus quod venerabili fratri nostro +Petro, episcopo Albanensi, legato nostro, in omnibus sicut +antea, pareatis.</p> + +<p>Datum Rome, apud Sanctum Petrum, anno Incarnationis +dominice millesimo quadringentesimo quadragesimo quarto +pridie calendas decembris, pontificatûs nostri anno quartodecimo.</p> + +<p>(Reg. des États, C. 14, fol. 96, copie)</p> + +<p class="p2"><span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">229</a></span></p> + +<p class="center">N<sup>o</sup> V</p> + +<p class="center"><i>Charles VII aux Syndics d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">26 janvier 1448 (?)</p> + +<p>Tres chers et bien amez, nous avons receu les lectres que +nous avez escriptes par maistre Jacques Guillot d'Orléans et +Jehan Tronchin, que avez envoiez devers nous et oy ce +que ilz nous ont dict de vostre part, aux quels nous avons +faict response ainsy que en la manière que par eulx pourrez +scavoir plus a plain, par quoy ne vous escripvons plus avant +fors que tousjours aurons vous et vos affaires pour bien recommandez.</p> + +<p>Donné à Rouen le 26 janvier.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Charles,</span><br /> +<span class="i2">Bude.</span></p> + +<p>(Arch. municip., Origin., R. 33, n<sup>o</sup> 41, Cott. R.R.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> VI</p> + +<p class="center"><i>Lettre du dauphin Louis aux élus de Carpentras.</i></p> + +<p class="right">14 mai 1451.</p> + +<p class="left5">Le Dauphin de Viennoys,</p> + +<p>Tres chiers et grans amys, presentement envoyons par +delà noz amez et feaulx conseilliers maistre Ferraudiz, +maistre des requestes de nostre hostel et Anthoyne d'Alauzon +escuier de nostre escuerie, ausquelz avons chargé vous dire +aucunes choses de par nous que veillez adjoster plaine foy et +créance a tout ce que de nostre part ilz vous diront. Tres +chiers et grans amys, Nostre Seigneur soit garde de vos.</p> + +<p>Escript à Romans le <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> jour de may.</p> + +<p class="right"><span class="smcap">Loys.</span></p> + +<p>Et ibidem prefati domini ambaxiatores exposuerunt eorum +creanciam super facto Buccicaudorum et nihil fuit conclusum.</p> + +<p>(Arch. municip. de Carpentras, B.B. 70, fol. 63, copie.)</p> + +<p class="p2"><span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">230</a></span></p> + +<p class="center">N<sup>o</sup> VII</p> + +<p class="center"><i>Charles VII aux Syndics d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">5 mars 1452.</p> + +<p>Tres chiers et bons amis, nous avons receu vos lectres par +maistre Garcias de Lamothe porteur de cestes et oy ce quil +nous a dit de par vous, sur quoy lui avons faict response tele +que par luy pourrez scavoir et povez estre certainz que +tousjours vouldrions garder et deffendre vous et autres +subgectz de l'Eglise et les aider et favoriser comme les nostres +propres. Ainsi que plus à plain l'avons dit au dit Garcias de +Lamothe pour le vous rapporter.</p> + +<p>Donné à la Roche-Saint-Quentin le 5 mars.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Charles.</span><br /> +<span class="i2">Régis.</span></p> + +<p>A nos chiers et bons amis les Sindicz et Conseil de la Cité +d'Avignon.</p> + +<p>(Arch. municip., Origin., B. 32, n<sup>o</sup> 42, Cott. S.S.)</p> + +<p>Au mois de mars <i>1452</i> Charles VII était au château des +Roches-Saint-Quentin, chez Jean de Puy, l'un de ses plus +anciens maîtres des Comptes (De Beaucourt, V, p. 78.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> VIII</p> + +<p class="center"><i>Charles VII aux Syndics d'Avignon.</i></p> + +<p class="center">A noz tres chiers et espéciaulx amis les Sindicz +et Conseil de la cité d'Avignon.</p> + +<p>Tres chiers et especiaulx amis, nous avons recues les +lectres que escriptes nous avez par maistre Guillaume Mesnier, +licencié ès lois et ouy ce qu'il nous a dit de par vous et +depuis l'avons fait ouyr bien au long par les genz de nostre +<span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">231</a></span> +conseil sur tout ce qu'il a remonstré et requiz de par vous; +ainz avez pu congnoistre le grant et bon vouloir que avons +tousjours eu au bien et conservacion de libertez, droiz +et terres de nostre Saint Père et de l'Église de Romme. Et +mesmement en ce qu'il vous touche et pour la grande amour +que avez tousjours eue et monstrée à nous et à nostre seigneurie +et à la prospérité d'icelle, vous avons tousjours euz +et avons en singulière recommandacion et remembrance et +vous vouldrions aider et favoriser en touz vos affaires ains +que naguères vous avons fait savoir. Et sur les choses par +le dit maistre Guillaume Mesnier a nous proposées lui avons +fait faire response comme il vous pourra plus a plain dire.</p> + +<p>Donné aux Montilz lès Tours le <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> jour de mars.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Charles.</span><br /> +<span class="i2">Rolant.</span></p> + +<p>(Arch. municip., Origin., B. 32, n<sup>o</sup> 40, Cott. q.q.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> IX</p> + +<p class="center"><i>Charles VII aux Syndics d'Avignon.</i></p> + +<p>Chierz et bien amys, nous avons escript puis naguères à +nostre Sainct Père le Pape en faveur et recommandacion de +nostre bien amé Pierre Arcet, escuier, touchant la Viguerie +d'Avignon, laquelle viguerie iceluy, nostre Sainct Père, à +nostre requeste et prière, a donnée au dit Arcet, comme il +vous pourra plus a plain apparoir par les bulles d'icelluy +nostre Sainct Père. Et pour ce vous prions tres acertes que +pour amour et contemplacion de nouz vueilliez recevoir et +mectre en possession et saisine du dit office de viguier le dit +Arcet. Et vous nouz ferez ung tres agréable plaisir et en +auronz vos affaires enverz nous en plus espécial recommandacion.</p> + +<p>Donné à Chinon le <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> jour de mars.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Charles.</span><br /> +<span class="i2">Giraudeau.</span></p> + +<p>(Arch. municip., Origin., B. 7, n<sup>o</sup> 36, Cott. N.N.)</p> + +<p class="p2"><span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">232</a></span></p> + +<p class="center">N<sup>o</sup> X</p> + +<p class="center"><i>Charles VII aux Syndics d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">19 mars 1452 (?)</p> + +<p>Chiers et bien amez, nous escripvons présentement par +devers vous en faveur de nostre bien amé varlet de chambre +Martin Héron, dont avez cognoissance touchant l'office de +viguier de la ville d'Avignon. Si vous prions bien acertez +que pour contemplacion de nous, vous vueillez tenir la main +envers nostre Saint Père le Pape pour le dit Martin. A ce +quil lui plaise donner au dit Martin icelluy office de viguier +pour ceste année présente et vous nous ferez tres agréable +et grant plaisir.</p> + +<p>Donné aux Montilz les Tours le <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> jour de mars.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Charles.</span><br /> +<span class="i2">Rolant.</span></p> + +<p>A nos chers et bien amez les Sindicz de la ville et cité +d'Avignon.</p> + +<p>(Arch. municip., Origin., B. 8, n<sup>o</sup> 72, Cott. A.A.A.A.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XI</p> + +<p class="center"><i>Charles VII aux Syndics d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">15 mai 1452 (?)</p> + +<p>Chiers et bons amis, autres foiz vous avons escript en +faveur de nostre bien amé varlet de chambre Martin Héron, +dont vous avez assez cognoissance, touchant l'office de +viguier de la ville d'Avignon, à ce que voulsissiez tenir la +main envers nostre tres Saint Père le Pape pour le dit +Martin et que en contemplacion de nous il lui pleust donner +<span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">233</a></span> +au dit Martin le dit office de viguier pour ceste année présente. +Si vous prions que le vueillez faire, et telement vous +y employer que la chose sortisse effect, comme povez appercevoir +que singulièrement le desirons. Et vous nous ferez +tres agréable plaisir.</p> + +<p>Donné aux Roches-Saint-Quentin le <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> jour de may.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Charles.</span><br /> +<span class="i2">Badouilier.</span></p> + +<p>(Arch. municip., Origin., B. 8, n<sup>o</sup> 72, Cott. A.A.A.A.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XII</p> + +<p class="center"><i>Charles VII, roi de France, à la Ville d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">22 juillet 1453.</p> + +<p class="center">A Nos tres chers et grans amis les bourgois et<br /> +habitans de la ville et cité d'Avignon.</p> + +<p>Charles, par la grace de Dieu roy de France. Tres chiers et +grans amis, pour ce que scavons que prenez grant plaisir a +oir en bien de la prospérité de nous et de nostre seigneurie, +nous vous signiffions que mardi, <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> jour de ce mois de +juillet, le sire de Talbot, accompaigné du sire de Lisle son filz, +du sire de Candalle, filz de Gaston de Foix, jadiz captal de +Buch, du sire des Molins et de plusieurs autres anglois et +gascons, jusques au nombre de six à sept mille, vindrent +samedi précédent. Et tantost après l'armée des ditz angloiz +vindrent en grant ordonnance à bannières et estendars +desploiez donner l'assault à nos dictes gens, qui estoient en +leur champ devant la dicte place. Et dura icellui assault plus +d'une heure, combatans main a main; mais graces à Notre +Seigneur, les ditz angloiz trouvèrent tele résistance que les +bannières de Saint-George et du Roy d'Angleterre avec l'estendart +du dit Talbot et autres furent gaignées par nos dictes +gens. Et furent ilec les dits sire de Talbot, son filz et autres en +<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">234</a></span> +grant nombre mors sur la place, le dit sire de Molins et le neveu +du dit Talbot et autres prins. Et le seurpleus des ditz angloiz +se mirent en fuyte et se retrairent les ungs dedans la dicte +place, les autres en leurs navires et autre part, où ilz peurent +prendre chemin et furent suiviz et chacez par nos dictes +genz, telement que après la chose faicte en ont été plusieurs +mors et noyez et beaucoup de prisonniers des quelz on n'a +encores peu bonnement savoir le nombre. Des quelles choses +avons rendu et rendons graces a Nostre Seigneur. Et ung fois +avant que les dictes nouvelles nous feussent venues beau +cousin de Clermont notre lieutenant en Guienne, qui est d'autre +costé au pais de Medoc près de la ville de Bourdeaulx, accompaigné +de beaux cousins de Foix, Delebret, Dornal, Poton +et d'autres nos genz de guerre en bien grant nombre nous a +escript quilz exploictent fort au dit pais sur nos ditz ennemis +et quil n'y a encores eu jusques cy personne que leur ait porté +nuysance. Et si avons grant nombre de bon navire bien +équippé en la rivière de Gironde et telement que nos diz +ennemis sont a présent en grant subjection. Et avons espérance +en Dieu que le seurplus du recouvrement de notre +pais de Guienne se portera bien.</p> + +<p>Donné à la Rochefoucault le <span class="smcap">XXII</span><sup>e</sup> jour de juillet.</p> + +<p>Depuis noz lectres escriptes, nous sont venues nouvelles +certaines que nos dits gens de guerre ont mise la dicte place +de Castillon en composicion, en la quelle estoient le dit sire +de Candale, le sire de Montferrand et autres jusques au +nombre de deux mille combatans tant angloiz que gascons +qui se sont tous renduz prisonniers à nostre mercy. Et plus +tost vous eussions escript de nos dites nouvelles se neust +este pour actendre la conclusion du dit Castillon.</p> + +<p>Donné comme dessus.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Charles.</span><br /> +<span class="i2">Delaloëre.</span></p> + +<p>(Arch. municip., Origin., série A.A.)</p> + +<p>Voy. de Beaucourt, V, p. 276 et note 3.—La même lettre +est adressée aux habitants de Lyon, et donnée comme pièce +justificative, n<sup>o</sup> XVI, p. 463 (de Beaucourt, V, p. 463.)</p> + +<p class="p2"><span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">235</a></span></p> + +<p class="center">N<sup>o</sup> XII (<i>bis</i>)</p> + +<p class="center"><i>Prestation d'hommage de Romieu de Morimont.</i></p> + +<p>In nomine Domini amen. Noverint universi et singuli presentes +pariterque futuri per hoc verum et publicum instrumentum +quod anno a nativitate Domini millesimo cccclvi +indictione quarta, die quinta mensis augusti, Pontificatus vero +Sanctissimi in Christo patris et domini nostri domini Calisti +divina providentia pape tertii anno secundo, nobilis vir +<i>Romeus de Miremont</i> scutifer et procurator illustrissimi +principis domini Ludovici, Regis Francorum primogeniti, +delphini Viennensis comitisque Valentinensis et Diensis constitutus, +genuflexus ante pedes Sanctissimi domini nostri +Calisti pape tertii prefati cum summa reverentia, exposuit se +procuratorem dicti domini Delphini et ab eo destinatum ad +Suam Sanctitatem faciendamque debitam reverentiam et +recognoscendum feudum homagium ligium et fidelitatem +nonnuliorum castrorum et locorum infrascriptorum instrumentorum +nominatorum et designatorum, que castra et loca +sui quondam predecessores a Romana ecclesia tenuerunt in +feudum ac petendum et obtinendum remissionem liberationem +et quictationem censuum occasione predicta camere +debitorum aliquibus temporibus hactenus forsitan non solutorum +et primo ibidem mandatum suum procurations sigillo +magno rotundo ipsius domini Dalphini impendenti in pergameno +scriptum Sue Sanctitati ibidem exhibuit ac produxit +cujus quidem tenor de verbo ad verbum sequitur et est talis. +Ludovicus Regis Francorum primogenitus, Dalphinus Viennensis +comesque Valentinensis et Diensis, universis presentibus +et futuris notum fieri volumus quod nos animadvertentes +nil salubrius esse quam que sunt Dei Deo Cesarisque Cesari +reddere, volentes igitur Sancte Sedi Apostolice et ecclesie Dei +sancte de hiis que sub dominio eorundem in feudum tenemus +<span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">236</a></span> +homagium reddere fidele, de nobilitate, moribus et providentia +dilecti et fidelis domestici nostri Romei de Miremont, scutiferie +nostre scutiferum, ab experto plene confisi, eundem +Miremont presentem coram nobis et onus suscipientem +auctorem et negotii hujus gestorem specialiter ordinavimus +et ordinamus, ipsi expresse injungentes ut ad Sanctam Sedem +Apostolicam, quamcitius poterit, se transferat et Sanctitati +domini nostri pape Calisti tertii aut illi vel illis quibus jure +et consuetudine similia pertinent vel per Sanctitatem suam +ad hoc commitentur universaliter et generaliter de omnibus +que sub feudo nobili dicte sedis et ecclesie sancte <i>in Delphinatu +et comitatibus nostris predictis moventur</i> homagium et +recognitionem cum solemnitatibus et aliis in talibus fieri +usitatis realiter, nomine et vice nostri, reddat et faciat denominationem +et decertationem predictorum omnium sub dicto +feudo moventium, si opus fuerit, tradendo literas publicas de +hiis que egerit bullasque protectionis in forma militantis +ecclesie aut alias in similibus dari solitas obtinendo, aliaque +agendo, petendo pro tractando et obtinendo que nos agere +postulare pertractare et obtinere possemus, si presentes et +personaliter interessemus, et que negotiorum predictorum +merita postulant et requirunt, etiamsi essent talia que mandatum +exigerent magis speciale, vices nostras quoad predicta +per presentes sibi totaliter committentes et plenam in hiis +ex certa scientia et deliberatione prehabita attribuentes +potestatem, promittentes in verbo principis et sub juramento +corporali dictum homagium, et quicquid per dictum scutiferum +artum, dictum, pertractatum, petitum et juratum fuerit +perpetuo ratum et gratum habere tenereque et observare inconcussum. +In quorum testimonium sigillum nostrum, in +absentia magni ordinatum, presentibus duximus apponendum. +Datum in Sancto Antonio Viennensi, die prima mensis junii, +anno domini millesimo <span class="smcap">CCCCLVI</span> iuramento fidelitatis in animam +et sub honore nostris prout in similibus homagiis solitum +est prestare nec non. Datum ut supra Astaris per Dominum +Delphinum, domino Montis Albani, gubernatore et +marescallo Delphinatus et aliis presentibus Astaris. Exinde +vero duorum transumptorum duo publica instrumenta per +<span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">237</a></span> +reverendum in Christo patrem dominum Siboudum Alamandi, +episcopum Gratianopolitanum, factorum et auctenticorum super +feudis homagiis et ligiis et fidelitatibus castrorum et +locorum predictorum exhibuit quibus quidem transumptis +auctenticis sigilla propria ipsius domini Episcopi erant appensa, +quorum quidem transumptorum tenor de verbo ad +verbum sequitur et est talis.</p> + +<p>(Arch. vat., t. XXXIII, p. 66, Armor. 35.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XIII</p> + +<p class="center"><i>Lettre d'Allemand de Pazzis et de François Malespine +aux Consuls d'Avignon.</i></p> + +<p class="center">(Traduction).</p> + +<p class="center">A respectables et nobles Mes seigneurs les Consuls<br /> +de la Cité d'Avignon.</p> + +<p>Tres respectables seigneurs, nous nous recommandons à +votre bonne grâce en vous avisant comme nous arrivâmes +ici samedi dernier, en grand peine de trouver logis, à cause +de la grande multitude de gens venus pour faire leurs +adieux. Grâce soit rendue à Monseigneur le Maréchal lequel +nous a fait très bon accueil en considération de Monseigneur +le Cardinal (Pierre de Foix) et de la ville, et le lendemain +matin nous fit avoir audience du Roi. Celui-ci nous vit volontiers +et nous fit aussi un très grand accueil. Après avoir vu nos +lettres et avant que nous eussions rien autrement pu lui +dire, il nous appela près de lui, mais si près que nous nous +touchions l'un l'autre, et cela afin que personne ne pût entendre +ce qu'il nous disait. Il nous dit que nous étions les +bienvenus, mais que lui ne pouvait entendre à cette heure +ni, par aventure, de tout le jour, mais qu'avant de nous +entendre, il voulait savoir de nous ce que nous savions bien, +qu'étant en son pays du Dauphiné, quelqu'un nous avait dit +et avisé la ville d'Avignon qu'il y avait quelques gascons qui +<span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">238</a></span> +devaient faire en sorte que la ville passât, pour son compte, +au pouvoir de son maréchal d'Armagnac et que eux l'avaient +notifié et fait dire au Roi son père (dont Dieu ait l'âme) et +qu'il voulait que nous lui disions quel était cet inventeur qui +nous avait dit et dénoncé un pareil projet, car jamais il +n'avait eu une telle intention et que si la chose avait été +vraie il n'aurait pas été assez téméraire pour de sa vie mettre +les pieds dans Avignon ni pour en passer aussi proche qu'il +l'a fait. Qu'il commet à Monseigneur le Maréchal et à Messire +Jean Bureu le soin de nous entendre à cet égard et que nous +eussions à leur dire qui sont ceux qui nous ont donné cet +avis et qui sont les inventeurs d'une pareille chose. Là-dessus +le Roi nous a laissés pour aller à la messe, puis diner, puis +après dîner, aller aux joutes que Monseigneur de Bourgogne +faisait faire; et le soir, à un banquet. Le tout a été un grand +triomphe, et dans le même jour nous dinâmes avec Monseigneur +le Maréchal, nous lui affirmâmes en lui disant que +nous ne savions en vérité qui était l'auteur de l'avis dont le +Roi nous avait parlé, que jamais la Ville n'avait écrit au Roi +son père qu'elle le soupçonnât en aucune manière du monde, +et que par conséquent nous ne savions pas davantage qui +était l'inventeur de la chose. Nous fûmes également chez +Maître Jean Bureu pour l'informer de la même manière. Il +nous répliqua qu'il lui semblait se souvenir d'avoir vu quelque +lettre et entendu parler de quelque chose de semblable à +l'hôtel du Roi, mais qu'il ne s'en rappelait pas nettement. +Que toutefois il rapporterait au Roi ce que nous lui disions. +Depuis, nous trouvant ensemble en présence de Monseigneur +Boucicaut qui veut le bien et l'honneur de Monseigneur (le +Cardinal de Foix) et de la ville et de maître Pierre Robin, +pour aviser à cela et chercher si personne ne se rappelait +rien à ce sujet. Monseigneur Boucicaut et quelque autre +d'entre eux rappela que le Roi mort envoya à Avignon +avertir et aviser Monseigneur (le Légat) et la ville qu'il avait +vent qu'on devait nous faire déplaisir et qu'il nous en donnait +avis et que si nous avions besoin de quelque chose il nous +viendrait en aide par gens et par tout ce que nous lui demanderions. +Il nous est aussi revenu en mémoire que la ville +<span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">239</a></span> +répondit au Roi en le remerciant et que nous n'avions besoin +ni de gens ni de rien autre et il nous semble que jamais la +ville n'a écrit autre chose au feu Roi. En sorte que, s'ils ne +sont pas contents de la réponse, que nous avons déjà faite, +nous leur dirons ce qui nous est revenu à la mémoire comme +il vient d'être dit. S'il paraît à Monseigneur (le Cardinal de +Foix) et à vous autres que nous ne devons dire autre chose +ou faire d'autres justifications soit par lettres, soit autrement, +mandez-nous le et nous fairons ainsi que vous commanderez. +Adressez les lettres à la Cour, car le Roi doit partir demain +ou le jour d'après pour se diriger sur Melun, de Melun à +Amboise où sont les Reines en tirant à Tours; nous suivrons +pour être dépêchés le plus tôt possible. Monseigneur le Légat +répond également à Monseigneur le Cardinal (de Foix) et +l'avise de tout avec encore plus de détails, car lui a aujourd'hui +parlé au Roi en tête à tête et, comme je vous l'ai dit, +avise Monseigneur de tout ce que le Roi lui a dit vous +pourrez le savoir par lui, ainsi que par le porteur de la présente +qui est au service de Monseigneur, lequel sait tout et +par lui vous serez pleinement informés de tout (!) Monseigneur +le Sénéchal de Provence n'est pas encore arrivé ici; je +crois qu'il attend le Roi sur la route parce que le bruit avait +couru que le Roi était parti huit jours avant. Nous ne voyons +pas autre chose à vous dire, que Notre Seigneur vous garde. +Recommandez-nous très humblement à la bonne grâce de +Monseigneur (le Cardinal) et à mes seigneurs les Conseillers.</p> + +<p class="left60">Vos humbles serviteurs.</p> + +<p class="left60">Allemand de Pazzis: Fr. Malespine,<br /> +Ecrit à Paris, le 15 de septembre (1462).</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XIV</p> + +<p class="center"><i>Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix.</i></p> + +<p class="right">21 janvier 1464.</p> + +<p>Cardinal de Foix, Tres cher et féal cousin, nous avons entant +que aucuns des habitans de la ville d'Avignon et autres +<span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">240</a></span> +tant des nacions d'Alemaigne, Florence, Venise, Gennes, que +autres, demourans et habitans en la dicte ville d'Avignon, ont +donné et donnent chacun jour de grans pors et faveurs a ceulx +de la ville de Barselonne et leur ont envoyé et envoyent des +vivres, artillerie et autres choses à eux nécessaires. Et pour +ce que nous tenons et repputons les dits de Barselonne et +leur aliez et adhérans et aussi tous ceulx qui les avitaillent +ne favorisent en aucune manière noz ennemis et adversaires, +nous vous prions bien affectueusement que vous vueilliés ces +choses remonstrer ou faire remonstrer aus dits habitans de +la dicte ville d'Avignon et autres des nacions dessus dites +demourans en icelle, en leur nottiffiant ou faisant notiffier que +se ilz font le contraire nous les réputons dès à présent noz +ennemis et entendons de procéder ou faire procéder à lencontre +d'eulx ainsi quil appartient en tel cas. Et affin quilz +n'aient cause d'en prétendre aucune ignorance, vous prions de +rechief que les choses dessus dites faictes crier et publier +par cry publique et à son de trompe en nous faisant savoir +tout ce que aurez fait. Et vous nous ferés tres singulier et +agréable plaisir.</p> + +<p>Doné à Castelno de Médoc le <span class="smcap">XXI</span><sup>e</sup> jour de janvier.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Loys.</span><br /> +<span class="i2">Binon.</span></p> + +<p>(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, série A.A.)</p> + +<p class="center">N<sup>o</sup> XV</p> + +<p class="center"><i>Louis XI aux Consuls d'Avignon.</i></p> + +<p class="hanging">A nos tres chers et grans amys les Consulz, bourgoys, manans +et habitans de la ville et cité d'Avignon et de la Conté +de Venisy.</p> + +<p>Tres chers et grans amis, nostre très cher et très amé +cousin le <i>duc de Bourbon</i> et d'Auvergne, nostre lieutenant et +gouverneur en nostre pais de Languedoc, nous a dit et remonstré +<span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">241</a></span> +que à vostre pourchaz, instigacion et requeste le +Recteur d'Avignon a puis naguères prins à force et port +d'armes les places d'Albignan et Auriol que paravant tenoit +nostre bien amé le sieur de Vergères, escuier d'escuerie de +nostre dit frère et cousin. Et pour ce que désirons les besongnes +et affères du dit sieur de Vergeres estre favorablement +traictées tant en faveur de ce qu'il est nostre serviteur et +subgect du bon droit que entendons quil a ès dites places +que en contemplacion de nostre frère et cousin qui sur ce +nous a requiz, nous vous prions tres acertes et sur touz les +plaisirs que fére nous désirez que vous tenez la main envers +le dit Recteur auquel escripvons présentement de ceste +matière en manière quil soyt content de bailler et delivrer au +dit escuyer la joyssance des dictes places au moins jusques +à ce que par justice ses droitz et tiltres sur tout veuz et +visitez aultrement en soit ordonné. Et tellement faictes que +le dit escuier cognoisse par effect noz prières luy avoir +prouffité envers vous. Et en ce faisant vous nouz ferez tres +singulier et agréable plaisir lequel recognoistrons envers +vous en pareil cas ou greigneur quant d'aucunes choses nous +requerrez.</p> + +<p>Donné à Chartres, le <span class="smcap">XX</span><sup>e</sup> jour de juing.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Loys.</span><br /> +<span class="i2">Toustain.</span></p> + +<p>(Arch. municip., Origin., Boîte des Catalans.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XVI</p> + +<p class="center"><i>Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">26 août 1464.</p> + +<p>Loys par la grace de Dieu, roy de France. Tres chiers et +grans amis, nous avons sceu la maladie de nostre chier et +féal cousin le Cardinal de Foix dont avons esté et sommes +tres desplaisans; et pour ce qu'il est à doubter que de +<span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">242</a></span> +la dicte maladie il voise de vie à trespas, nous vous +advertissons que se avez d'aucune chose afaire, en quoy nous +puissions pour vous employer, nous le ferons de très bon +cueur, ainsi que plus amplement nous avons chargié vous +dire à nostre amé et féal conseiller et maistre de nostre +hostel Mombardon, porteur de ces présentes. Si le vueillez +croire de ce qu'il vous dira sur ce de nostre part.</p> + +<p>Donné à Nouyon le <span class="smcap">XXVI</span><sup>e</sup> jour d'aoust.</p> + +<p class="right"><span class="smcap">Loys.</span></p> + +<p>A noz tres chiers et grans amis les Consulz et gouverneurs +de la ville et cite d'Avignon.</p> + +<p>(Arch. municip., Origin., B. 77, n<sup>o</sup> 87, Cott. P.P.P.P.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XVII</p> + +<p class="center"><i>Lettre de Jean d'Armagnac, maréchal de Comminges, +aux Consuls d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">22 décembre 1464.</p> + +<p class="hanging">A mes tres chiers et grans amys les viguier, consulz et +autres bourgeoiz, manans et habitans de la ville et cité +d'Avignon.</p> + +<p>Tres chiers et grans amys, je me recommande à vous tant +comme je puis et vous plaise savoir que aujourdhuy <span class="smcap">XXII</span><sup>e</sup> +jour du moys de décembre sont venues nouvelles au Roy, +que Dieu a fait son commandement de feu Monseigneur le +Cardinal de Foix, auquel Dieu par sa grâce face mercy et +pour vous advertir de son vouloir et intention, il envoye +devers vous le bailli des Montaignes du Daulphiné, son conseiller +et serviteur, pour vous dire et remonstrer aucunes +choses de par luy et si vous escript bien au long en vous +priant que vueilliez avoir mon frère l'arcevesque d'Auch +<span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">243</a></span> +pour recommandé au fait de la legation de la ville et cité +d'Avignon et gouvernement de la Conté de Venissy en la +forme, et manière que mon dict seigneur le Cardinal la +tenoit. Et pour ce, très chiers et grans amys, je vous prie et +requiert que, pour l'honneur du Roy et amour de mon dict +frère et de moy, vous y vueilliez aider et tenir la main en +tout ce qu'il vous sera possible tant envers Nostre Sainct +Père que autrepart et en temps et lieu mon dict frère et moy +le recognoistrons envers vous tellement que par raison en +devrez estre contens. Car je vous certifie que je le faiz plus +pour le bien du Pays que pour le prouffit que j'en espère en +avoyr. Et pour vous donner le cas à entendre, le Roy a +escript d'autrefois au Pape en faveur depré Monseigneur de +Foix, en luy priant qu'il luy voulsist bailler le gouvernement +après le trespas de mon dict seigneur le Cardinal, mais il lui +feist responce que pour riens il ne luy bailleroit pour ce +qu'il estoit mineur d'aage; et après quant le Roy a veu la +responce de nostre dict Sainct Père, il y a escript en faveur de +l'évesque de Genève, frère de la Royne, pour lequel il luy a +faict semblable responce et que pour riens n'y commettroit +l'un ne l'autre, mais il lui a bien fait savoir qu'il advise +quelque évesque ou arcevesque en son royaulme qui soit à +son gré et qu'il pourvoira cestuy là sans autre. Et pour celle +cause le Roy a envoyé, passé a six sepmaines, messire Jehan +de Reillat, son secretaire devers Nostre dict Sainct Père pour +le supplier et requérir qu'il luy plaist que à sa requeste, +vueille pourveoir mon dict frère de la dicte légation et gouvernement +sans autre; et me semble que c'est l'homme au +monde que vous devriez mieulx vouloyr, veu que vous cognoissez +ses conditions et qu'il n'est pas homme malicieux +pour pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que plus +après pourrez estre informez par le dict bailli des Montaignes, +de l'entente du Roy avey ensemble de la mienne. Si +vous prie, tres chiers et grans amys, que le vuelliez croire de +tout ce qu'il vous dira, comme feriez à moy mesme si je y +estoye en personne. Et tousjours, si aucune chose vous plaist +que pour vous fere puisse, faictes le moy scavoir et je l'acompliray +<span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">244</a></span> +de tres bon cuer. Au plaisir de Dieu qui, très chers et +grans amys, vous doint ce que désirez.</p> + +<p>Escript à Tours le <span class="smcap">XXII</span><sup>e</sup> jour de décembre.</p> + +<p class="left5">Le tout vostre,</p> + +<p class="p35 hanging">Le Conte de Commenge, mareschal de France, conseiller +et premier chambellan du Roy, lieutenant-général +et gouverneur de par luy en ses pays du +Daulphiné et duchié de Guienne.</p> + +<p class="right"><span class="smcap">Jehan.</span></p> + +<p>(Origin., Arch. municip. d'Avignon, boîte 95, n<sup>o</sup> 73.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XVIII</p> + +<p class="center"><i>Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la Rovère.</i></p> + +<p class="right">Lyon, 21 juin 1476.</p> + +<p>Loys par la grace de Dieu roy de France à tous noz justiciers +ou à leurs lieutenants salut. Nostre tres chier et grant +amy le cardinal de Saint Pierre <i>ad Vincula</i>, nous a fait dire +qu'il a esté adverty que pour ce qu'il n'est natif de notre +royaume, il ne peut bonnement tenir selon les ordonnances +royaulx sur ce faites, aucuns beneffices de nostre royaume +s'il n'est, quant à ce, de nous habilité; et pour ceste cause il +nous a humblement fait requerir noz grace et provision convenables +lui estre sur ce imparties. Savoir vous faisons que +nous inclinant libéralement et vouluntiers à sa requeste pour +la grant et singulière amour et amitié que avons à lui +et en faveur de plusieurs grans, louables et notables services +dignes de recommandation qu'il nous a faiz et espérons qu'il +nous face au temps advenir, et afin qu'il ait désormais mieulx +les faiz et affaires de nous et des subgetz de nostre royaume +pour espécialement et singulierement recommandez et qu'il +ait beneffices en icellui, dont il se puisse plus honorablement +<span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">245</a></span> +entretenir icellui cardinal, pour ces causes et autres à ce nous +mouvans, avons octroyé et octroyons, voulons et nous plaist +de grace espécial par ces présentes quil puisse et lui loise +avoir, tenir et posséder en notre dit royaume tous les beneffices +dont il a esté et sera justement et canoniquement pourveu +en icellui, soient archeveschez, éveschez, abbayes et +autres dignitez et beneffices quelzconques, quelz quilz soient +et à quelque valeur et extimation quilz puissent valoir et +monter. Et quant à ce l'avons habilité et habilitons de nostre +dite grace espécial par ces dites presentes, non obstant qu'il +ne soit natif de nostre dit royaume et lesdites ordonnances +royaulx, et sans préjudice dicelles en autres choses et quelz +conques autres ordonnances, mandement ou deffences à ce +contraires, que ne voulons quant a ce lui nuyre ne préjudicier +en aucune manière. Et vous mandons et enjoignons et à +chacun de vous sur ce requis et comme à lui appartiendra +que de nos présentz grace, habilitation et octroy vous le +faites souffrez et laissez joyr et user pleinement et paisiblement, +sans lui mettre ou donner ne souffrir estre fait mis ou +donné aucun destourbier ou empeschement au contraire, +lequel se fait mis ou donné lui avoit esté ou estoit si l'ostez +et mettez ou faites oster et mettre incontinent et sans délay +à plaine délivrance et au premier estat et deu. Car ainsi nous +plaist il et voulons estre fait. Donné à Lyon sur le Rosne, le +<span class="smcap">XXI</span><sup>e</sup> jour de juing l'an de grace mil CCCC soixante seze et de +nostre regne le quinziesme. Par le Roy.</p> + +<p class="right"><span class="smcap">Nicot.</span></p> + +<p>(Copie extraite des minutes de Jean Robini, notaire à Avignon.)</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">246</a></span></p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XIX</p> + +<p class="center"><i>Lettre de Louis XI au bâtard de Comminges.</i></p> + +<p class="center">A notre amé et féal cousin le maistre des ports +(..........) Bastard de Comminges.</p> + +<p>Notre aimé et feal, nous avons sceu, par noz chiers et +biens aimes aliez, les Consuls et habitans de la cité d'Avignon +que ung nommé Bernard de Guerlandz avecques XV +hommes de guerre tant à pied que à cheval soy disant estre +en notre service et sous umbre de nous comme se à iceluy en +eussions donné congié ou exprès mandement, que desavouons +expressement par ces présentes, de fait, par force et +violence cest mis avecques les dits gens dedans le Conté de +Venycy, prins places, tuez gens, violez femmes et filles pucelles, +bruler maisons, desrober marchans et faitz autres +infinitz maulx, dont sommes fort mal contens de luy et de ses +dits complices. Et pour ce que n'entendons aucunement la +dite cité ne les habitans d'icelle et dud. Conté, comme noz +confédérés, aliez et devotz de notre couronne, soient vexés ne +opprimés en quelque maniere que ce soit, meismement comme +de terre de Saincte mère Esglise a cuy nostre desir ne sache +que servir, obéyr et complaire, et que aussi en justice tous +excès, violences, forces et autres maulx et roberies ne se +doibvent souffrir, vous mandons que veues ces présentes sur +tant que désirés nous complaire, que incontinent et sans +délay faictes vuyder le dit Bernard avecques ses dits complices +hors la dicte conté. A quoy vous donnons plain povoir +et mandement espécial par ces présentes, en réintégrant ou +faisant réintégrer ung chacung à votre povoir, selon debvoir +et justice et ce par toutes voyes deues et raisonnables, et se +ilz ne vous obéyssent incontinent se y procédez par main +armée jusques ad ce que la dicte Conté du tout en soit à pleine +delivrance, et tellement qu'ilz n'ayent plus cause den revenir +<span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">247</a></span> +plaintifs à nous. Mandons et commandons a tous noz justiciers +et officiers que en ce faisant vous obéyssent et entendent. +Et faictes, cessantz toutes exqusations, quil n'y ait point +de faulte, et que plus n'en oyons parler.—Donné au Plesseys +du parc les Tours, le 7<sup>e</sup> jour de février.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Loys.</span> +<span class="i2">Courtin.</span></p> + +<p>(Arch. municip., Origin., série A.A.)</p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XX</p> + +<p class="center"><i>Lettre de Baptyste de Béségat aux Consuls d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">9 février 1479.</p> + +<p class="center">A Messieurs les Consuls d'Avignon.</p> + +<p>Messieurs les Conseuls, de tout mon cuer à vous me recommande. +Par Guillaume présent porteur ay receu voz lettres, +lequel ariva jeudi au soir icy et pourceque le Roy estoit parti +des Forges pour venir au Plesseis du parc, la où il arriva vendredi +au soir bien tart, ne fut possible présenter vos lettres +jusques à samedi à sa messe. Et receu quil eut vos lettres +m'apella et me demanda quelx gens sont ce qui sont entres +en la Conté de Venise. Je luy respondi: Sire ce sont les +Angloys qui ont passé par votre royaume qui disoient aller au +service des Florentins.—Lors me respondit que c'estoient +des trez (traits) de son compère Lyonnet de Medicy et qu'il +avoit fait faire tout cecy sans son sceu, dont il monstra n'estre +pas contant et me dist quil vouldroit garder ceulx d'Avignon +et du conté de Venisse comme ses propres subgets et mieulx, +se mieulx povoit. Et en effect dist quil vouloit que tous ses +officiers tant du Royaume que de Dalphiné vous donnassent +tout l'ayde et faveur que leur vouldriez demander pour leur +faire réparer les domaiges faitz, et faire vuyder hors de la +<span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">248</a></span> +terre de l'Eglise, car il n'entendit oncques quils y entrassent +ne feissent nul dommaige et qu'il ne les vouloit soustenir +en façon quelconque et sur ce me dist quil avoit commandé +à Monsieur Dubochaige et à Monsieur le conte de +Castres que toutes telles lettres que vous seroient nécessaires +vous fussent faictes et commanda au secrétaire ainsi +le faire. Et sur ce a esté poursuivy et fait la response telle que +vous verrez et comme il escrit au Séneschal de Beaucaire et +maistre des ports, lequel il fait commissaire pour faire saillir +le cappitaine hors de la terre de l'Eglise et en faire telle +raison comme en cas appartiendra, comme verrez par les +lettres qu'il luy escript.</p> + +<p>L'expedition na pas esté si briesve comme je eusse bien +voulu et n'a pas tenu à solliciter, comme vous pourra dire le +dit porteur, qui a veu tout le demene et part ce matin <span class="smcap">IX</span><sup>e</sup> jour. +Et si chose voulez que pour vous faire puisse, mandez le moy +pour l'acomplir à layde Nostre Seigneur, qui vous donne ce +que desirez.</p> + +<p>Escript à Tours le dit <span class="smcap">IX</span><sup>e</sup> jour de février.</p> + +<p class="left60">Le tout plus que votre<br /> +<span class="i2"><i>Signé</i>: Batyte de </span><span class="smcap">Besegat?</span></p> + +<p>Antoine Vela baille IIII écus à<br /> +Guillaume et ung autre écu au<br /> +secrétaire pour vos lettres.</p> + +<p>Je vous envoye les lettres du<br /> +Roy sans cire affin que les lisiez<br /> +car il n'a point de coustume de<br /> +y mettre cire.</p> + +<p>(Arch. municip., Original, série A.A.)</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">249</a></span></p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XXI</p> + +<p class="center"><i>Lettre de Louis XI aux consuls et habitans d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">7 septembre 1481?</p> + +<p class="center">A noz chers et bons amys les consolz, mannans et<br /> +habitans de la cité d'Avignon.</p> + +<p>Tres chers et bons amis, nous avons sceu les grans excez +faiz en la personne de Tinteville par la cruelle et mauvaise +torture que on luy a donnée à diverses foiz par delà. +Sans avoir regart quil feust notre vassal et subgect et qui +pis est vostre légat a fait pendre et noyer plusieurs ses gens +et autres gitter de la Roche au Rosne tres deshonnestement +sans avoir considéracion quilz feussent de notre royaulme, +dont sommes tres mal contens, délibérez de ne laisser pas la +chose ainsi. Et pour ce que ledit Tinteville est notre serviteur +désirons l'avoir. Et à ceste cause vous prions nous le envoyer. +Et quil ny ait point de faulte. Car si faulte y a, nous nous en +prandrons à vous par faczon que ny prendrez point de +plaisir. Tres chers et bons amis Notre Seigneur vous ait en +sa sainte garde.</p> + +<p>Donné au Plessis du parc le <span class="smcap">VII</span><sup>e</sup> jour de septembre.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Loys.</span><br /> +<span class="i2">Gilberti.</span></p> + +<p>(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, série A.A.)</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">250</a></span></p> + +<p class="p2 center">N<sup>o</sup> XXII</p> + +<p class="center"><i>Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon.</i></p> + +<p class="right">19 septembre 1481.</p> + +<p class="center">A noz chers et bons amys les consols gens de conseil<br /> +manans et habitans d'Avignon.</p> + +<p>Tres chers et bons amys, nous avons receu vos lettres par +lesquelles vous excusez du fait de Tinteville, lequel, comme +par autres vous avons escript, veu quil est notre subgect et +serviteur, voulons avoir, vous advisant que si faulte y a nous +en prendrons à vous de ceulx que votre légat a fait pendre et +noyer sans avoir regart qu'ils fussent de notre reaulme. Nous +savons bien ou nous en devons prendre.</p> + +<p>Donné au Plessys du parc lez Tours le <span class="smcap">XIX</span><sup>e</sup> de septembre.</p> + +<p class="left60"><span class="smcap">Loys.</span><br /> +<span class="i2">Gilberti.</span></p> + +<p>(Arch. municip. de la ville d'Avignon, Origin., série A.A.)</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">251</a></span></p> + +<h2>TABLE DES MATIÈRES</h2> + +<div class="block"> +<p><span class="invisible">pages</span><span class="smcap dalign">PAGES.</span></p> + +<p><span class="smcap">Préface</span> <span class="dalign">i à x</span></p> + +<p class="hanging"><span class="smcap">Chapitre premier.</span>—<i>Coup d'œil rétrospectif sur les +relations de la Cour de France avec Avignon et le +Comté Venaissin pendant la première moitié du +<span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle.—Charles VI. Benoît XIII. Le schisme.</i>—Caractère +général des relations de la Cour de France +avec le Venaissin et l'État d'Avignon pendant le règne +de Charles VI et de Charles VII. Comment les rois de +France entendaient la juridiction temporelle des papes +sur ces États. Voyages princiers à Avignon. Fondation +du royal monastère des Célestins (1395); privilèges +accordés. Inviolabilité.—Premières assises de l'autorité +royale à Avignon.—Le schisme et Benoît XIII. +Situation des Avignonnais vis-à-vis du pape et des +cardinaux. Louis d'Orléans et les oncles du roi à Avignon. +Attitude et intervention de Charles VI: premier +siège du Palais (1398). <span class="smcap">Geoffroy le Meingre</span>, dit <span class="smcap">Boucicaut</span>. +Son rôle dans les événements militaires dont +Avignon est le théâtre (1398-1399).—Charles VI prend +Benoît XIII sous sa protection. Sa lettre aux consuls +d'Avignon (22 avril 1401). Il se fait le défenseur des +cardinaux et des terres de l'Église. Sa lettre au sire de +Grignan (juin 1401). Captivité et évasion de Benoît XIII +(1400, mars 1403). Traité de paix entre les cardinaux +et le pape. Hommage des Avignonnais à Benoît XIII +(10 avril 1403). Retrait de la soustraction d'obédience +(30 juillet 1403).—Suite des événements provoqués par +les agissements de Benoît XIII.—L'anti-pape et le +maréchal de Boucicaut.—Inféodation des villes du +Comtat et prise de possession (mars 1408).—Le second +siège du Palais.—Rodrigues de Luna et les Catalans +(1410-1411).—Intervention de l'Université de Paris.—Charles +VI envoie des secours aux Avignonnais.—Capitulation +de la garnison catalane (27 novembre 1411).<span class="dalign">1 à 41</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">252</a></span></p> +<p class="hanging"><span class="smcap">Chapitre II.</span>—<i>Charles VII.</i>—<i>Les Boucicaut.</i>—<i>Le +Cardinal de Foix.</i>—Le dauphin Charles en 1419-1420.—Devenu +roi il ne cesse d'assurer de sa protection +les États citramontains du Saint-Siège.—Nouveaux +agissements de Geoffroy le Meingre (1426-1428).—La +succession du maréchal.—Les routiers dans le +Venaissin et dans la vallée du Rhône.—Démêlés entre +les sujets du pape et Boucicaut.—Attitude de +Charles VII (janvier 1426).—Il protège les Avignonnais, +tout en appuyant les revendications de Champerons, +seigneur de la Porte (1428).—Situation des États de +l'Église au moment de l'ouverture du concile de Bâle.—Charles +VII appuie ouvertement Alphonse Carillo, +cardinal de Saint-Eustache, qui est le candidat du +concile. Sa lettre aux Avignonnais (1431).—Conflit +entre le pape Eugène IV et les Avignonnais à propos +de la nomination de Marc Condulmaro.—Neutralité +de Charles VII (1432).—Le cardinal Pierre de Foix, +légat du Saint-Siège (avril 1432).—Triomphe de la +politique française.—Efforts de Charles VII pour +amener la cessation du schisme et la convocation +d'un concile à Avignon pour l'union des Grecs (1437) <span class="dalign">42 à 71</span></p> + +<p class="hanging"><span class="smcap">Chapitre III.</span>—<i>Le Dauphin Louis et le projet de traité +secret avec le Saint-Siège (novembre 1444).</i>—Le dauphin +Louis.—Première tentative pour s'emparer d'Avignon +et du comté Venaissin.—Négociations entre le +Dauphin et le pape Eugène IV.—Rôle du cardinal +de Foix.—Protestation des États.—Le projet échoue +(novembre-décembre 1444) <span class="dalign">72 à 83</span></p> + +<p class="hanging"><span class="smcap">Chapitre IV.</span>—<i>Le dauphin Louis et ses agissements +vis-à-vis des États citramontains de l'Église (1444-1461).</i>—L'héritage +des Boucicaut.—Invasion à main +armée du Venaissin par les agents du Dauphin.—L'expédition +de Troyhons (1450).—Intervention de +Charles VII.—Ambassade de Jehan de Lizac à Avignon +(mars 1451).—Mission du cardinal d'Estouteville +(1452).—Les dernières intrigues du Dauphin <span class="dalign">84 à 118</span></p> + +<div><span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">253</a></span></div> +<p class="hanging"><span class="smcap">Chapitre V.</span>—<i>Louis XI et la succession du Cardinal de +Foix à la légation d'Avignon (1464-1470).</i>—Caractère +des relations des Comtadins et des Avignonnais à +l'avènement de Louis XI.—L'ambassade de Malespine +et de Pazzis à Tours (1461).—La succession du cardinal +de Foix.—Rôle du maréchal Jean d'Armagnac.—Opposition +de Louis XI à la nomination du cardinal +d'Avignon, Alain de Coëtivy, comme légat.—Conflit +entre Louis XI et Paul II pour la désignation d'un +légat.—Ambassade de d'Orligues à Rome (janvier +1465).—Échec de la politique de Louis XI auprès du +Saint-Siège <span class="dalign">119 à 142</span></p> + +<p class="hanging"><span class="smcap">Chapitre VI.</span>—<i>Louis XI et le conflit avec Jules de la +Rovère.—L'entrevue de Lyon (juin 1476) et ses conséquences.</i>—Vacance +de la légation (1464-1470).—Agissements +de Louis XI pour faire nommer à la +légation d'Avignon l'archevêque de Lyon, Charles de +Bourbon.—Satisfaction accordée au roi de France.—Conditions +dans lesquelles Charles de Bourbon est +pourvu de la légation (1470).—Engagements du roi et +du légat vis-à-vis du Saint-Siège.—Révocation des +pouvoirs du cardinal de Bourbon (13 mars 1476).—La +légation est donnée à Jules de la Rovère, neveu de +Sixte IV.—Mécontentement de Louis XI.—Origines +du conflit.—Occupation du palais apostolique.—Les +représentants du légat assiégés.—Intervention militaire +de Louis XI (avril-mai 1476).—Entrevue de +Lyon (juin 1476).—Les Avignonnais prêtent serment +de fidélité au roi de France (26 juin 1476).—Succès +de la politique royale.—Conséquences de l'entrevue +de Lyon pour les sujets du Saint-Siège et pour le +cardinal de Saint Pierre ad Vincula.—Son retour à +Rome (octobre 1476) <span class="dalign">143 à 190</span></p> + +<div><span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">254</a></span></div> +<p class="hanging"><span class="smcap">Chapitre VII.</span>—<i>Les dernières années de Louis XI +(1476-1483).—Caractère général de la politique à +l'égard d'Avignon.—Bernard de Guerlands et Jehan +de Tinteville.—Faveurs royales.</i>—Les dernières +années de Louis XI.—Les tentatives des Routiers et +des Florentins sur Avignon et le Comté.—Le sacrilège +Bernard de Guerlands (1478-1479).—Les consuls +s'adressent à Monseigneur du Bouchage.—Intervention +de Louis XI qui protège les sujets du Saint-Siège +(février-mars 1479).—Nouvelle attaque de Jehan +de Tinteville ou Dinteville (1480-1481).—Petitjean +maître d'hôtel du roi à Avignon (1481).—Politique +équivoque de Louis XI.—Il désavoue Tinteville +(janvier 1483).—Mort de Louis XI.—Sentiments des +Avignonnais.—Funérailles du roi célébrées à Avignon +(24 septembre 1483).—Privilèges divers accordés +par Louis XI aux Avignonnais.—Il protège le commerce +et la navigation.—Lettres des 24 mai 1482 et +avril 1480.—Il confirme les privilèges du péage à sel +(26 janvier 1478).—27 janvier 1481 <span class="dalign">191 à 210</span></p> + +<p><span class="smcap">Résumé et Conclusion</span> <span class="dalign">211 à 223</span></p> +</div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">255</a></span></p> + +<h2>TABLE DES PIÈCES JUSTIFICATIVES</h2> + +<table border="0" cellpadding="5" cellspacing="5" summary="toc"> +<tr> + <td> </td> + <td> </td> + <td> </td> + <td class="tdr">PAGES.</td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">I.</td> + <td> </td> + <td>Instructions du pape Eugène IV à Tristan d'Aure, + évêque de Conserans et gouverneur d'Avignon (février 1444)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_224">224</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">II.</td> + <td> </td> + <td>Id., du même au même</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_225">225</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">III.</td> + <td> </td> + <td>Bref d'Eugène IV aux Sindics d'Avignon (20 novembre 1444)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_227">227</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">IV.</td> + <td> </td> + <td>Bref d'Eugène IV aux Trois États de la Conté de Venayssin (décembre 1444)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_228">228</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">V.</td> + <td> </td> + <td>Charles VII aux Sindics d'Avignon (26 janvier 1448?)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_229">229</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">VI.</td> + <td> </td> + <td>Lettre du dauphin Louis aux États de Carpentras (15 mai 1451)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_229">229</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">VII.</td> + <td> </td> + <td>Charles VII aux Sindics d'Avignon (5 mars 1452)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_230">230</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">VIII.</td> + <td> </td> + <td>Charles VII aux Sindics d'Avignon (12 mars?)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_230">230</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">IX.</td> + <td> </td> + <td>Charles VII aux Sindics d'Avignon (22 mars?)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_231">231</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">X.</td> + <td> </td> + <td>Charles VII aux Sindics d'Avignon (19 mars 1452?)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_232">232</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XI.</td> + <td> </td> + <td>Charles VII aux Sindics d'Avignon (15 mai 1452?)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_232">232</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XII.</td> + <td> </td> + <td>Charles VII à la ville d'Avignon (22 juillet 1453)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_233">233</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XII</td> + <td class="tdrt"><i>bis.</i></td> + <td>Prestation d'hommage de Romieu de Morimont au + pape Nicolas V (1<sup>er</sup> juin 1456)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_235">235</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XIII.</td> + <td> </td> + <td>Lettre d'Allemand de Pazzi et de François Malespine +aux Consuls d'Avignon (15 septembre 1462)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_237">237</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XIV.</td> + <td> </td> + <td>Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix (21 janvier 1464)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_239">239</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt"><span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">256</a></span> + XV.</td> + <td class="tdr"> </td> + <td>Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (21 juin?)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_240">240</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XVI.</td> + <td> </td> + <td>Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (26 août 1464)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_241">241</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XVII.</td> + <td> </td> + <td>Lettre de Jean d'Armagnac, maréchal de Comminges, +aux Consuls d'Avignon (22 septembre 1464)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_242">242</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XVIII.</td> + <td> </td> + <td>Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la + Rovère (21 juin 1476)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_244">244</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XIX.</td> + <td> </td> + <td>Lettre de Louis XI au bâtard de Comminges</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_246">246</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XX.</td> + <td> </td> + <td>Lettre de Baptiste Béségat aux Consuls d'Avignon +(9 février 1479)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_247">247</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XXI.</td> + <td> </td> + <td>Lettre de Louis XI aux Consuls et habitants d'Avignon +(7 septembre 1481?)</td> + <td class="tdrt"><a href="#Page_249">249</a></td> +</tr> +<tr> + <td class="tdrt">XXII.</td> + <td> </td> + <td>Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (19 septembre 1481)</td> + <td class="tdr"><a href="#Page_250">250</a></td> +</tr> +</table> + +<hr class="c15 p4" /> +<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3> +<div class="footnote"> + +<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>Lettres de Louis XI, roi de France</i>, publiées par Vaesen et +Charavay, 5 vol. parus.</p> + +<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Je n'aurais garde d'oublier de remercier ici le Révérend Père +Ehrle, conservateur de la Bibliothèque du Vatican, dont les conseils +éclairés et obligeants m'ont été d'un si précieux secours durant +les quelques semaines que nous avons employées à faire des +recherches aux archives vaticanes. Nous avons dépouillé, aux +archives secrètes, la collection des <i>Miscellanea</i> (3 caisses de documents +divers classés sans autre raison que le format) de 1444 à 1479. +Enfin, nous avons compulsé avec soin les registres <i>Diaria</i> XII, +<i>Diaria</i> XIII, de 1463 à 1479. «Librorum ritualium qui et Cæremoniales +vulgo appellantur item Diariorum Magistrorum Cæremoniarum +et aliorum», où l'on trouve de fréquentes mentions des +ambassades envoyées par la Cour de France auprès du Saint-Siège.</p> + +<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Nous devons particulièrement remercier de leur obligeance +M. Prudhomme, le savant archiviste de l'Isère, et son collaborateur +M. Pilot de Thorey, qui a bien voulu nous communiquer les +bonnes feuilles des deux volumes qu'il prépare sur les actes de +l'administration de Louis XI relatifs au Dauphiné.</p> + +<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> <i>Louis XI et les Villes</i>, par Henri Sée, docteur ès-lettres, in-8<sup>o</sup>. +Paris, Hachette, 1891.</p> + +<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <i>Voir Recherches historiques concernant les droits du Pape sur +la Ville et l'État d'Avignon</i>, 1768, in-8<sup>o</sup>, avec <i>Réponse</i>, par Agricol. +Morau.—Cf. Dupuy, <i>Traité des droits du Roi</i>.—Archives du +Ministère des Affaires étrangères, vol. 358, f<sup>o</sup> 36 et suivants.</p> + +<p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> 26 juin 1411. Arch. mun., série E.E. Orig.</p> + +<p><a name="Footnote_7" id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> 7 juin 1401. Fornéry, <i>Hist. Ecclés.</i>, mss., fol. 416 et 417.</p> + +<p><a name="Footnote_8" id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> 15 mars 1426. Arch. munic., B. 19, n<sup>o</sup> 22.</p> + +<p><a name="Footnote_9" id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Lettres-patentes du roi Charles VII prenant sous sa protection +les États citramontains de l'Église: «Karolus Dei gratia Francorum +rex carissimo primo genito nostro Ludovico, dalphino +Viennensi ac universis et singulis ducibus, principibus, comitibus, +barronibus, militibus, capitaneis armigerorum tam equitum +quam peditum arma gerentibus universis et singulis nobilibus +burgensibus et aliis quibuscumque subditis confederatis et +fidelibus nostris tam infra regnum nostrum quam in Dalphinatu +et aliis quibuscumque locis constitutis, subditis et benivolis +nostris graciam et bonam voluntatem. Noveritis quod insequendo +vestigia predecessorum nostrorum Christianissimorum +regum Francie in mentis nostre conceptu ac scrutinio cordis +revolventes Sanctissimum Dominum nostrum Papam in remotis +in presenti residere ac considerantes Reverendissimum in Christo +patrem Karissimum Consanguineum nostrum nomine Carles +Fuxi, regimen predicte Ecclesie citra montes habeat et volentes +ex certis et quam plurimis causis animum nostrum ad hoc moventibus +civitatem Avinionensem, comitatum Venaissini et alias +terras eisdem adjacentes juncte vel injuncte Sancte Romane +Ecclesie subjetas cum incolis et habitantibus in eisdem quas +semper cum effectu reperimus begnivolas et relatrices honoris et +status progenitorum nostrorum et nostri caras habere et propicias +motu nostro proprio et non ad cujuscumque requisitionem seu +instanciam sed ex nostra pura liberaque et sincera devotione +moti per presentes notum facimus et declaramus ex causis supradictis, +dictas terras, personas et bona subditorum dicte Sancte +Romane ecclesie ita caras et propicias habere censemus et reputamus +sicut terras nostras et subditos nostros ac si essent de +nostro proprio dominio et imperio eisdemque deffensores et +protectores tanquam brachium dextrum ecclesie esse volumus +intimantes omnibus et singulis cujuscumque status, gradus, +condicionis, preheminencie aut dignitatis existant qui contra hanc +nostri animi voluntatem seu declarationem mentis nostre aliquid +attemptaverint in dictis terris et personis vel bonis eorumdem +quod nos onus ulcionis de attemptatis hujusmodi nobis assumemus +et ex inde assuminus et talem et ita celerem provisionem circa +ea dabimus et resistenciam faciemus quod ceteris cedet in exemplum +et nihilominus declarantes nostre mentis intentum quod +per premissa nullum jus, nullumque imperium dominiumque +seu aliqualem juridictionem seu actionem acquirere nobis aut +successoribus nostris aliqualiter intendimus seu volumus in +dictis terris et subditorum sancti domini nostri Pape sed solam +indicta fecisse et facere decrevimus pro pacifico et tranquillo +statu illius patrie quam semper optavimus et optamus mandantes +omnibus senescallis et officiariis subditis nostris ut has +nostras litteras publicari faciatis tociens et ubicumque requisiti +fuerint infra dictionem, imperium et dominium nostrum sine +costu voce tube et alias taliter quod nullus ignoranciam tenoris +earumdem pretendere possit seu contra ire presumat in quantum +cupiunt indignationem nostram evitare et hoc sub pena +centum marcharum auri fisco nostro, irrevocabiliter applicanda +quas debita exequtatas remanere volumus presentanti. In quorum, +etc.» Arch. municip., série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_10" id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> Arch. municip., série A.A. Origin. inédit. Voir aux pièc. +justific.</p> + +<p><a name="Footnote_11" id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Voir pièc. justific., n<sup>o</sup> 19.</p> + +<p><a name="Footnote_12" id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <i>Id.</i>, n<sup>o</sup> 20.</p> + +<p><a name="Footnote_13" id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> <i>Id.</i>, Biblioth. nat. fonds. franc. Nouv. acq., 304.</p> + +<p><a name="Footnote_14" id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Arch. du Ministère des Affaires étrangères, <i>Correspondance de +Rome</i> (8 janvier 1664). <i>Mém. du Roy à M. de Bourlemont.</i> Vol. +n<sup>o</sup> 157, fol. 25 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_15" id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Collect. des documents inédits, <i>Itin. de Philippe le Hardy</i>, +p. 481-544, et Introduct., XIII, et pp. 63-64.</p> + +<p><a name="Footnote_16" id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> <i>Ordonn. de Charles V. Recueil des Ordonnances</i>, t. VI, p. 490, +et t. VII, p. 380. Voy. également <i>Trésor des Chartes</i>, Reg. 139, +p. 216.</p> + +<p><a name="Footnote_17" id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Douet d'Arcq., <i>Choix de pièces relatives an règne de Charles VI</i>, +I, p. 67. Voy. réponse du sénéchal de Beaucaire au Roy, 1385: +«Il est assavoir que le Pappe et les Cardinaux ne sont pas bien +enclinez à la partie du Roy; aucuns d'eulx disans que se le Roy +estoit seigneur du pais qu'il leur faudroit laisser Avignon.»</p> + +<p><a name="Footnote_18" id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Archiv. de la Ville, t. I<sup>er</sup>, f<sup>o</sup> 692, v<sup>o</sup>, 693.</p> + +<p><a name="Footnote_19" id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> <i>Id.</i>, t. I<sup>er</sup>, f<sup>o</sup> 695. Cf. l'abbé Christophe. <i>Loc. cit.</i>, III, p. 110.—<i>Historia +Cælestinorum Avenionensium</i>, mss., Bibl., municip. I, +f<sup>o</sup> 93. <i>Recueil de Massillian</i>, mss., t. XVII, f<sup>o</sup> 71.</p> + +<p><a name="Footnote_20" id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Jarry, <i>La vie politique de Louis d'Orléans</i>, p. 52.—De Beaucourt, +<i>Hist. de Charles VII</i>, I, p. 317.</p> + +<p><a name="Footnote_21" id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Dom Vaissette. X, p. 128.</p> + +<p><a name="Footnote_22" id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Jarry, <i>La vie politique de Louis d'Orléans</i>, p. 52.</p> + +<p><a name="Footnote_23" id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Jarry, p. 68, n<sup>o</sup> 2.</p> + +<p><a name="Footnote_24" id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>Le Religieux</i>, II, p. 190.—Cf. P. Ehrle, <i>Aus den Acten des +Afterconcils von Perpignan</i>, p. 15, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_25" id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> On l'appelle encore cardinal «de Thuroy».</p> + +<p><a name="Footnote_26" id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Noël Valois, <i>Raymond-Roger de Beaufort, vicomte de Turenne, +et les Papes d'Avignon</i>, 1890, p. 28.—Cf. Jarry, <i>loc. cit.</i>, p. 128;—Cf. +Douet d'Arcq., <i>loc. cit.</i>, I, p. 139.</p> + +<p><a name="Footnote_27" id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Pastor, <i>Hist. de la Papauté</i>, traduct. franç., vol. I, p. 176.</p> + +<p><a name="Footnote_28" id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Jarry, <i>op. cit.</i>, p. 129.</p> + +<p><a name="Footnote_29" id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Ibid.</i></p> + +<p><a name="Footnote_30" id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> <i>Ibid.</i></p> + +<p><a name="Footnote_31" id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon, 1<sup>er</sup> février 1401. +Arch. municip., B. 37, n<sup>o</sup> 69, Cott. XXX.</p> + +<p><a name="Footnote_32" id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Le Religieux</i>, II, pp. 118 et suiv.—<i>Amplissima Collectio</i>, +VIII, p. 458.</p> + +<p><a name="Footnote_33" id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Jarry, <i>op. cit.</i>, pp. 131, 132.</p> + +<p><a name="Footnote_34" id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> De Circourt, <i>Rev. des quest. hist.</i>, 1<sup>er</sup> juillet 1889, p. 137, not. 2.</p> + +<p><a name="Footnote_35" id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Collect. des Docum. inédits. <i>Itinér. de Philippe le Hardy</i>, +p. 552.</p> + +<p><a name="Footnote_36" id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> Le P. Ehrle, <i>op. cit.</i>, p. 22.—Cf. Delaville Le Roux, <i>La France +en Orient au XV<sup>e</sup> siècle</i>, p. 231.</p> + +<p><a name="Footnote_37" id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> Ehrle, <i>op. cit.</i>, pp. 25, 26 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_38" id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> Le P. Ehrle, <i>op. cit.</i>, pp. 27, 28.</p> + +<p><a name="Footnote_39" id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> Le P. Ehrle, p. 30. Voy. la bulle dans du Boullay, <i>Hist. de +l'Univ. de Paris</i>, IV, 349.</p> + +<p><a name="Footnote_40" id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> Musée des Archiv. Nationales, p. 247.</p> + +<p><a name="Footnote_41" id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>Rec. des Ordonn. des Rois</i>, VIII, p. 398.—Cf. Jarry, <i>op. cit.</i>, +p. 201.</p> + +<p><a name="Footnote_42" id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Voir, pour les détails, Fornéry, <i>Hist. ecclés.</i>, fol. 617.—<i>Historia +Cœlestinorum</i>, mss. de la Bibl. d'Avignon, I, f<sup>o</sup> 347. «Et Anno <i>1395</i>, +25 die Junii ducta Joannès Biturictensis, Philippus Burgundiæ +Avunculi Regis Christianissimi et Ludovicus dux Aurelianensis +frater ipsius regis in civitate Avenionensi existerunt ut Benedicto +13 abdicationem papatûs suaderent lapidem primarium... a nomine +dicti Regis posuerunt».—Cf. Bullet. de l'Acad. de Vaucluse.—<i>Labyrinthe +royal de l'Hercule Gaulois triomphant</i>, p. 80.</p> + +<p><a name="Footnote_43" id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Jarry, <i>op. cit.</i>, Pièces justif., XXXI, p. 459.</p> + +<p><a name="Footnote_44" id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> Nouvelle collection des Documents inédits, III, p. 281.</p> + +<p><a name="Footnote_45" id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Rec. des Ordonn.</i>, VIII, p. 426.—<i>Rec. des Chartes</i>, Reg. 156, +pièce 9.</p> + +<p><a name="Footnote_46" id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> <i>Rec. des Ordonn.</i>, VIII, p. 398.</p> + +<p><a name="Footnote_47" id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> Duhamel, <i>Les œuvres d'art du monastère des Célestins</i>, Caen, +1886, pp. 4-6.</p> + +<p><a name="Footnote_48" id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> Cf. <i>Un épisode du procès de Jacques Cœur à Avignon</i>.—Bul. +de l'Acad. de Vaucluse, 1887.</p> + +<p><a name="Footnote_49" id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Arch. municip., <i>Procès du Rhône</i>, mss., t. VI.</p> + +<p><a name="Footnote_50" id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> Bibl. nation., fonds. franç., 10431: 594.—Cf. Jarry, <i>op. cit.</i>, +pp. 132-133.</p> + +<p><a name="Footnote_51" id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> Jarry, pp. 165-187.</p> + +<p><a name="Footnote_52" id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> Jarry, <i>op. cit.</i>, p. 188.</p> + +<p><a name="Footnote_53" id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> Douet d'Arcq, <i>op. cit.</i>, I, p. 142.</p> + +<p><a name="Footnote_54" id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> <i>Le Religieux</i>, II, pp. 528, 530.—Jarry, <i>op. cit.</i>, p. 189.—Le +P. Ehrle, p. 36.—<i>Amplissima collectio</i>, VIII, 554, 616.</p> + +<p><a name="Footnote_55" id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> Pastor dit que l'obstination de Benoît XIII est due en grande +partie à la Cour de France. <i>Hist. de la Papauté</i>, traduct. française, +Pastor, I, p. 211, not. 2.</p> + +<p><a name="Footnote_56" id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> Jarry, p. 207.—<i>Amplissima collectio</i>, VII, 591, 597.—Froissart, +<i>Edit. de Lettenhove</i>, XVI, pp. 116, 132.</p> + +<p><a name="Footnote_57" id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> Musée des Arch. nat., pp. 243-244.—Jarry, p. 208.—Ehrle, +p. 38.</p> + +<p><a name="Footnote_58" id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>Ordonn. des Rois</i>, VIII, p. 258.—Du Boulay, <i>op. cit.</i>, IV, 850, +853, 863.—<i>Le Religieux</i>, 598, 644.</p> + +<p><a name="Footnote_59" id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> Jarry, pièc. justificat., XXI, pp. 439 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_60" id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Ordonn. des Rois de France</i>, VIII, p. 274.—Dom Vaissette, IX, +p. 975, not. 2.</p> + +<p><a name="Footnote_61" id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> Ehrle, <i>op. cit.</i>, p. 87.</p> + +<p><a name="Footnote_62" id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> Baluze, <i>Vita pap. Avenion</i>, C. 1122.—Cf. Ehrle, <i>op. cit.</i>, +p. 38.</p> + +<p><a name="Footnote_63" id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> Ehrle, <i>Aus den Acten des Afterconcils von Perpignan</i>, pp. 78, 80 +et suiv.—Cf. Froissart, <i>Chroniques</i>, édit. Kervyn de Lettenhove, +XVI, pp. 116, 132.—Baluze, II, 1123, 1124.—Anselme, <i>Hist. +généalog.</i>, VI, p. 754.</p> + +<p><a name="Footnote_64" id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> Arch. municip., série E.E. (liasse non classée).</p> + +<p><a name="Footnote_65" id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> Fornéry, <i>Hist. ecclés.</i>, fol. 558, 559.</p> + +<p><a name="Footnote_66" id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Bridoré près Loches. Arch. départ., série E.E. (liasse non +classée).</p> + +<p><a name="Footnote_67" id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> Arch. départ., série E.E. Ces diverses lettres ne portent pas de +date, mais sont toutes postérieures à 1400, 1401.</p> + +<p><a name="Footnote_68" id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> On ne peut préciser la date de son arrivée en Provence, mais +ce fut sans doute peu de temps après le mariage de <i>Boucicaut Jean</i> +avec Antoinette de Turenne, qui faisait du maréchal un des plus +riches feudataires du Midi (décembre 1393). Voy. Noël Valois, +<i>Raymond de Turenne et les Papes d'Avignon</i>, p. 24.</p> + +<p><a name="Footnote_69" id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> Boucicaut, le maréchal, avait acheté le château de Boulbon.—Noël +Valois, <i>Raymond de Turenne et les Papes d'Avignon</i>, p. 24.—L'acte +du 7 juillet 1399 dit formellement que Geoffroy le Meingre +commande «in Castris de Bulbono, Aramono et Valabrega». +Bibl. de Carpentras, <i>Collect. Peiresc.</i>, Reg. LXX, 3<sup>e</sup> vol. (fol. 230-257).</p> + +<p><a name="Footnote_70" id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> Quod cardinales videntes dominum Johanem (pour Gaufridum) +dictum «le Meingre» fratrem Marescalli Franciæ Boussicaudi in +eorum evocaverunt auxilium. <i>Le Religieux</i>, II, p. 652, L. V, 19, c. 8.—Cf. +Ehrle, L. C, pp. 39, 40, 41.</p> + +<p><a name="Footnote_71" id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> Qui cito mandato parens et multos stipendiarios francigenas +secum ducens, palacium obsidione cingere maturavit.—<i>Religieux</i>, +II, p. 652, V, 19, c. 8.—Froissart, XVI, p. 126.—Noël Valois, +L. C, p. 36.</p> + +<p><a name="Footnote_72" id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> Le maître des ports et un certain «Ricardus miles», compagnon +de Boucicaut, sont à la solde de la ville et des cardinaux. +Voy. Ehrle, p. 45.—<i>Amplissima collectio</i>, VII, 650, 651.</p> + +<p><a name="Footnote_73" id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> Jarry, <i>op. cit.</i>, p. 222.</p> + +<p><a name="Footnote_74" id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> La présence du maréchal de Boucicaut à Avignon en <i>1398-1399</i>, +pendant la durée du siège, est démontrée impossible par un document +produit par Jarry, p. 218, et pièc. justific., le maréchal étant, +jusqu'au mois de juillet 1399, occupé par une expédition militaire en +Guyenne.—Voy. Jarry, <i>op. cit.</i>, p. 219.—Delaville le Roux, <i>op. +cit.</i>, p. 357.—<i>Religieux</i>, II, 644, 646.—<i>Livre des faits du maréchal +de Boucicaut</i>, collection Petitot, VI, 476, c. 29.</p> + +<p><a name="Footnote_75" id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> Nunquam Benedictum ordinavimus neque mandavimus in carcere +quocumque retrudi, includi nec aliquali strictâ custodiâ +coarctari neque contra eum guerram fieri. Voy. Douet d'Arcq, I, +203.—Ehrle, p. 48, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_76" id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Bibl. Carpentras, collect. Peiresc, mss., vol. LXXIV, fol. 417, +443. <i>Catalog. des mss.</i>, III, p. 28, fol. 417, 443.</p> + +<p><a name="Footnote_77" id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Dom Pedro de Luna était neveu de Benoît XIII. Il fut archevêque +de Tolède de <i>1404 à 1414</i>. Arch. des miss, scientif., série III, +vol. XV, p. 6. «In præsentia legatorum a consilio Civitatis Arelatensis +missorum, Petrus de Luna, generalis capitaneus gallearum, +galeotarum et barcharum Armatarum regis aragonensis, +nunc in flumine Rhodano et portu dictæ urbis existentium, declarat +non intentionis suæ inferre damnun vel oppressionem +aliquam vassalis nec terræ Ludovici, Siciliæ Regis, nec subditis +Regis Franciæ. In Castro Trencatalliarum, die 19 Januarii 1399. +Scilicet quod cum non multis retro lapsis temporibus ad audientiam +ejus pervenerit quod Dominus noster Benedictus christianissimus +sacro sanctæ Romanæ ac totius universitatis Ecclesiæ +summus pontifex tam diù et tam ignominiose in opprobrium +christianitatis per <i>cives</i> et <i>habitatores Avenionenses</i> tractatus +fuerit.» Mss. (fol. 418 et v<sup>o</sup>). (Collect. Peiresc, LXXIV, fol. 417, +418 et v<sup>o</sup>).</p> + +<p><a name="Footnote_78" id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> <i>Le Religieux</i>, II, pp. 656 et suiv.—<i>L'Hercule Gaulois triomphant</i> +donne un curieux récit du siège, pp. 79, 80, 81.—<i>Mémoires +de Martin Boysset</i>.—<i>Recueil Massilian</i>, mss. (extraits).—Ehrle, +<i>loc. cit.</i>, pp. 42, 43 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_79" id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> Collect. des Docum. inédits, <i>Itin. de Philippe le Hardy</i>, p. 283.—Fornéry, +<i>Hist. ecclés.</i>, mss., fol. 641.</p> + +<p><a name="Footnote_80" id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> <i>Religieux</i>, II, pp. 676, 680.</p> + +<p><a name="Footnote_81" id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> Jarry, <i>op. cit.</i>, p. 233.—Collect. Peiresc., mss. LXXIV, 417, +443.</p> + +<p><a name="Footnote_82" id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> <i>Amplissima collectio</i>, VII, 637, 638.—Ehrle, <i>op. cit.</i>, p. 49.—Jarry, +<i>op. cit.</i>, Addit. et correct., p. 364.</p> + +<p><a name="Footnote_83" id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> <i>Amplissima collectio</i>, VII, 626, 641, 647.</p> + +<p><a name="Footnote_84" id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Massilian, mss., <i>Recueil des Chartes</i>, vol. XXI, fol. 341.</p> + +<p><a name="Footnote_85" id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> <i>Amplissima collectio</i>, VII, 644, 647, 650, 653, 656.</p> + +<p><a name="Footnote_86" id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> Douet d'Arcq, I, p. 203.</p> + +<p><a name="Footnote_87" id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> Ehrle, p. 48. Pour Robert de Braquemont, voy. Anselme, VII, +pp. 816, 817.—Cf. Delaville le Roux, <i>loc. cit.</i>, p. 362, not. 2.</p> + +<p><a name="Footnote_88" id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> <i>Amplissima collectio</i>, VII, 661, 666.—D'après les Arch. nation., +(K. 55, 10), la sauvegarde royale fut octroyée à Benoît XIII, le 18 octobre +1400.</p> + +<p><a name="Footnote_89" id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> Jarry, p. 255.—Moranvillé, <i>Relat. de Charles VI arec l'Allemagne +en 1400</i>.—Bibl. de l'École des Chartes, XLVII.</p> + +<p><a name="Footnote_90" id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> <i>Lettre origin. de Charles VI aux sindics d'Avignon</i>, 1<sup>er</sup> février +1400. Arch. municip., B. 37, n<sup>o</sup> 69, Cott., XXX.</p> + +<p><a name="Footnote_91" id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> <i>Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon</i>, 22 avril 1401. +Copie d'après Fornéry, <i>Hist. éccles.</i>, fol 417, 418 et v<sup>o</sup>.</p> + +<p><a name="Footnote_92" id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> Fornéry, <i>Hist. ecclés.</i>, mss., copie, fol. 416, v<sup>o</sup>, et 417.</p> + +<p><a name="Footnote_93" id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> Id., <i>id.</i>, mss., 27 juin 1401, fol. 414, v<sup>o</sup>, et 415.</p> + +<p><a name="Footnote_94" id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> Id., <i>id.</i>, mss., 28 juin 1401, fol. 415, 416;—mss. de Carpentras, +fol. 374.</p> + +<p><a name="Footnote_95" id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> Jarry, <i>loc. cit.</i>, p. 282.</p> + +<p><a name="Footnote_96" id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> <i>L'Hercule Gaulois triomphant</i>, p. 80.—Laurens Drapier, Ann. +mss. d'Avignon, fol. 209.—<i>Le Religieux</i>, III, p. 70.—Du Boullay, +V, p. 70.—Ehrle, <i>op. cit.</i>, p. 63.</p> + +<p><a name="Footnote_97" id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> Ehrle, <i>op. cit.</i>, pp. 70 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_98" id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> <i>Chroniq. de Charles VI, Le Religieux</i>, I, 24, c. 8; III, 100.—<i>L'Hercule +Gaulois triomphant</i>, p. 81.</p> + +<p><a name="Footnote_99" id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> Arch. municip., B. 32, n<sup>o</sup> 32, Cott. O.O. et B. 33.</p> + +<p><a name="Footnote_100" id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> De Terris, <i>Hist. des évêques de Carpentras</i>, p. 188.—Benoît XIII +resta administrateur de l'évêché de Carpentras jusqu'en 1411.</p> + +<p><a name="Footnote_101" id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> Du Boullay, V, p. 56.—Jarry, p. 283.</p> + +<p><a name="Footnote_102" id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> Pastor, <i>Hist. de la Papauté</i>, trad. franç., I, p. 196.</p> + +<p><a name="Footnote_103" id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> Pastor, <i>id.</i>, I, p. 195.</p> + +<p><a name="Footnote_104" id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> <i>Recueil des Ordonnances</i>, VIII, p. 14.</p> + +<p><a name="Footnote_105" id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> <i>Le Religieux</i>, III, pp. 86, 98.—<i>Ordonn. des Rois de France</i>, +VIII, p. 596.—Du Boullay, V, p. 611.</p> + +<p><a name="Footnote_106" id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> <i>L'Hercule Gaulois triomphant</i>, p. 81.</p> + +<p><a name="Footnote_107" id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Collect. des Documents inédits, <i>Itin. de Philippe le Hardy</i>, +p. 567.</p> + +<p><a name="Footnote_108" id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> Jarry, <i>op. cit.</i>, pièces justific. XXIII et XXIV, pp. 444, 445, 428.</p> + +<p><a name="Footnote_109" id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> <i>Id.</i>, pp. 294, 338.</p> + +<p><a name="Footnote_110" id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> Martène et Durand, <i>Thesaurus novus</i>, Anecdot. II, col. 1389.—Pastor, +<i>Hist. de la Papauté</i>, trad. franç., I, pp. 185, 186.</p> + +<p><a name="Footnote_111" id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> Gibert, <i>Hist. de Pernes</i>, mss., fol. 310.</p> + +<p><a name="Footnote_112" id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> Voy. chap. I<sup>er</sup>, pp. 16, 17.</p> + +<p><a name="Footnote_113" id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> Pastor, <i>op. cit.</i>, I, p. 186.</p> + +<p><a name="Footnote_114" id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> Jarry, <i>op. cit.</i>, pp. 351, 352.</p> + +<p><a name="Footnote_115" id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> De Circourt, <i>Rev. des quest. histor.</i>, 1889, XLVI, 167.—Delaville +Le Roux, I, 403, 404.</p> + +<p><a name="Footnote_116" id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> Delaville Le Roux, <i>La France en Orient au XIV<sup>e</sup> siècle</i>, p. 510.</p> + +<p><a name="Footnote_117" id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> Le P. Ehrle, <i>op. cit.</i>, pp. 95, 96, 97.</p> + +<p><a name="Footnote_118" id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> «Et pro quibus idem dominus noster papa certa castra et loca +tam Ecclesiæ romanæ quam Ecclesiæ Avenionensis sibi pignori +tradidit.» Ehrle, p. 97.</p> + +<p><a name="Footnote_119" id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> Gibert, <i>Hist. de Pernes</i>, mss., fol. 310.—Chambaud, Ann. mss., +fol. 145.</p> + +<p><a name="Footnote_120" id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> Arch. municip. de Pernes. Acte signé par Tholosan, notaire +(Origin.).—Fornéry, <i>Hist. Civile</i>, mss., fol. 768.—Gibert, <i>Hist. de +Pernes</i>, mss. de Carpentras, fol. 718.—Boucicaut était alors gouverneur +du Languedoc.—Delaville Le Roux, 512-513.</p> + +<p><a name="Footnote_121" id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> Pastor, <i>op. cit.</i>, I, p. 187.</p> + +<p><a name="Footnote_122" id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> <i>Amplissima collectio</i>, VII, p. 770.</p> + +<p><a name="Footnote_123" id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> Pastor, <i>op. cit.</i>, I, p. 188.</p> + +<p><a name="Footnote_124" id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> D'après certains auteurs, le maréchal aurait facilité son embarquement.</p> + +<p><a name="Footnote_125" id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> Ehrle, <i>loc. cit.</i>, Aus den Acten, etc.</p> + +<p><a name="Footnote_126" id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> Delaville Le Roux, <i>op. cit.</i>, 512, 513.</p> + +<p><a name="Footnote_127" id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> Arch. départ., <i>Reg. des États</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_128" id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a> Nouguier fixe le commencement du siège au 27 mai 1410.</p> + +<p><a name="Footnote_129" id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> Dom Vaissette, IX, p. 1008.—Ménard, <i>Hist. de Nîmes</i>, III, +p. 133.</p> + +<p><a name="Footnote_130" id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> Il est désigné «Seigneur de Genguese» (Joyeuse); prit part, +sous Charles VII, aux premières campagnes et assista à la bataille +de Verneuil (1424).</p> + +<p><a name="Footnote_131" id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> <i>Lett. patent. de Charles VI au sénéchal et au viguier de Beaucaire</i> +(mai 1411) Arch. municip. B., 39.</p> + +<p><a name="Footnote_132" id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> 28 janvier 1411. Fornéry, <i>Hist. ecclés.</i>, mss., I; fol. 425, 426.</p> + +<p><a name="Footnote_133" id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> <i>Id.</i>, mss., I, fol. 424, 425.</p> + +<p><a name="Footnote_134" id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> Comptes de la Ville, 1410-1411.</p> + +<p><a name="Footnote_135" id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> <i>Id.</i></p> + +<p><a name="Footnote_136" id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> <i>Recueil Massillian</i>, mss., XVI.</p> + +<p><a name="Footnote_137" id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> Arch. municip., B. 39.</p> + +<p><a name="Footnote_138" id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> Arch. municip., B. 39.</p> + +<p><a name="Footnote_139" id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> <i>Id.</i>, B. 39.</p> + +<p><a name="Footnote_140" id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> Journal mss. de Bertrand Boisset. Extrait: «Siège du palais, +juin 1411. L'an millia quatre cens ungi et de mes de juin vengron +los Catalans en Proensa et en Arles per mandaments de l'Anti-papa +Peyre de Luna per anar contra ad Avignon et Venesin. +Los quals Cathelans sy meront in terra et monteron a caval per +tirad in Venayssin et foron preses et deconfits per los Proensalts +et los autres que remaron en los fustas que erons vint dos se +monteron per lo rose ad Arles per tirar sen ad Avignon, mas la +<i>cienta d'Arles mes una Cadena</i> a travers de Rose que passar non +la poyron, an se retireron. Vertas es que leur gens y moureront +et mots d'avis feron et gasteron gras en la vigne et cremeron de +masses et de cabanes assas, mas autres bels portamen non faron, +am se retireron.»</p> + +<p><a name="Footnote_141" id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> Arch. municip., B. 77, n<sup>o</sup> 36, origin.</p> + +<p><a name="Footnote_142" id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> Arch. municip., série E. E.</p> + +<p><a name="Footnote_143" id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> Reddition des Comptes de Paul Montmartin du temps de la +guerre des Catalans. Arch. municip., B. 39.</p> + +<p><a name="Footnote_144" id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> Arch. municip., B. 39, Origin., septembre 1411.</p> + +<p><a name="Footnote_145" id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> Chambaud, <i>Recueil</i>, mss., t. I, fol. 153, 154.—Cf. G. Fantoni, +I, pp. 300, 301, 302.</p> + +<p><a name="Footnote_146" id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> Arch. municip., B. 39.</p> + +<p><a name="Footnote_147" id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> Gibert, <i>Hist. de Pernes</i>, mss., fol. 312.</p> + +<p><a name="Footnote_148" id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> Arch. municip., B. 39.</p> + +<p><a name="Footnote_149" id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> <i>Id.</i>, B. 39.</p> + +<p><a name="Footnote_150" id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> Pastor, <i>op. cit.</i>, p. 24, not. 2.</p> + +<p><a name="Footnote_151" id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> <i>Reg. des délibér. des États</i>, fol. 219, v<sup>o</sup>.</p> + +<p><a name="Footnote_152" id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> <i>Id.</i>, fol. 218.</p> + +<p><a name="Footnote_153" id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> De Beaucourt, <i>loc. cit.</i>, I, p. 329. Pierre d'Ailly, contrairement +à ce que dit M. de Beaucourt, ne fut jamais légat à Avignon. Il était +légat en France.</p> + +<p><a name="Footnote_154" id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> Dom Vaissette, IX<sup>2</sup>, p. 1059, not. 4.—Chambaud, <i>Rec. sur +Avignon</i>, mss., t. I, fol. 160.</p> + +<p><a name="Footnote_155" id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> Dom Vaissette, IX<sup>2</sup>, p. 1059.</p> + +<p><a name="Footnote_156" id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> Dom Vaissette, IX<sup>2</sup>, p. 1060.</p> + +<p><a name="Footnote_157" id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> De Beaucourt, <i>op. cit.</i>, I, p. 370. Ces expressions sont d'Isabeau +de Bavière. <i>Rec. des Ordonnances</i>, X, p. 437.</p> + +<p><a name="Footnote_158" id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> Donné au château de Loches, le 22 septembre 1423. Orig. +Arch. municip., B. 36. Voir <i>Marquis d'Aubais</i>, pièc. fugitives, I, +p. 94. <i>Itinér. de Charles VII</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_159" id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> Delaville Le Roux, <i>loc. cit.</i>, 360-363.</p> + +<p><a name="Footnote_160" id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> Manuscrits Peiresc, Bibl. de Carpentras, Reg. LXX, vol. III, +fol. 232, v<sup>o</sup>.</p> + +<p><a name="Footnote_161" id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> Ehrle, <i>loc. cit.</i>, p. 97.</p> + +<p><a name="Footnote_162" id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> Dom Vaissette, IX<sup>2</sup>, p. 1077. Jean de la Graille, maréchal de +Languedoc, à la tête des milices royales occupa les biens et domaines +de Geoffroy qui fut déclaré coupable de félonie.—Cf. +Gibert, <i>Hist. de Pernes</i>, mss., fol. 316.</p> + +<p><a name="Footnote_163" id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> De Coston, <i>Hist. de Montélimar</i>, I, pp. 496, 499.</p> + +<p><a name="Footnote_164" id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> Ce seigneur est officiellement nommé dans la bulle d'excommunication. +Mais il dut se retirer avant le siège de Livron et +abandonner la cause de Geoffroy, puisque Charles VII affirme qu'il +n'avait pas quitté la Touraine. Les archives d'Indre-et-Loire ne +contiennent aucun renseignement sur ce personnage (communication +de M. de Grandmaison, archiviste d'Indre-et-Loire).</p> + +<p><a name="Footnote_165" id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> Chambaud, <i>Rec.</i>, mss., I, fol. 442.</p> + +<p><a name="Footnote_166" id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> Arch. municip., Origin., B. 36, n<sup>o</sup> 37, Cott. N. N.</p> + +<p><a name="Footnote_167" id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> On remarque que Jehan de Champerons n'est pas mentionné +et qu'il y en a plusieurs que Giberti (<i>Hist. mss. de Pernes</i>, fol. 729) +ne nomme pas.</p> + +<p><a name="Footnote_168" id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> Chambaud, <i>Recueil sur Avignon</i>, mss., t. I, fol. 442.—Cf. +Giberti, <i>Hist. de Pernes</i>, mss., fol. 315, et mss. de Carpentras, +fol. 723.</p> + +<p><a name="Footnote_169" id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> Cottier, <i>Notice sur les Recteurs</i>, p. 120.—Cf. Cambis-Velleron, +<i>Annal.</i>, mss., IV, 32, 34.—Chambaud, <i>Rec.</i>, mss., vol. I, fol. 163.—Giberti, +<i>Hist. de Pernes</i>, mss. de Carpentras, 721, 722.</p> + +<p><a name="Footnote_170" id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a> Le texte de la bulle a été publié par Ehrle, <i>loc. cit.</i>, pp. 99-100.</p> + +<p><a name="Footnote_171" id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> <i>Cartulaire de Montélimar</i>, p. 265.—Cf. de Coston, <i>loc. cit.</i></p> + +<p><a name="Footnote_172" id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> Arch. de Valence, C. C., 27, 1426.</p> + +<p><a name="Footnote_173" id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> L'acte fut souscrit par la ville le 25 juin 1427. Arch. municip., +Compte de la ville, de septembre 1428, de 1320 écus d'or pour +solde de la somme ci-dessus.</p> + +<p><a name="Footnote_174" id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> Arch. municip., B. 36, n<sup>o</sup> 1, Cott. A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_175" id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> <i>Id.</i>, B. 37.</p> + +<p><a name="Footnote_176" id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> <i>Id.</i>, B. 34, février 1427.</p> + +<p><a name="Footnote_177" id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> Acte passé à Lyon par maître Cordard, notaire apostolique +impérial et royal, le 31 janvier 1428. Arch. municip., B. 34.—Cf. +Chambaud, <i>Rec. des Chartes</i>, mss., I, fol. 40.—<i>Recueil Massillian</i>, +mss., XXI, fol. 359, 361.—Gauffridi, <i>Hist. de Provence</i>, I, VII, +p. 294.—Giberti, <i>Hist. de Pernes</i>, fol. 327, 328.</p> + +<p><a name="Footnote_178" id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> De Coston, <i>Hist. de Montélimar</i>, I, 496, 499.</p> + +<p><a name="Footnote_179" id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> Arch. municip., B. 36, n<sup>o</sup> 2, Cott. B.</p> + +<p><a name="Footnote_180" id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> Donné en nostre chastel de Lezignen, le 5<sup>e</sup> de novembre 1428. +Orig.—Arch. municip., B. 36.</p> + +<p><a name="Footnote_181" id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> Le Maréchal n'avait eu d'Antoinette de Turenne qu'un fils qui +fut tué à la bataille d'Azincourt (1415).</p> + +<p><a name="Footnote_182" id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> Arch. de Tours. Communication de M. de Grammaison, archiviste +d'Indre-et-Loire.—Cf. de la Chesnaye des Bois, Diction. +XIII, p. 590, le fait mourir en 1429.—L'abbé Chevalier fait à tort +mourir Geoffroy en 1407. <i>Répert. des sources historiq.</i>, p. 339.</p> + +<p><a name="Footnote_183" id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> Voy. chap. iv, pp. 96-97.</p> + +<p><a name="Footnote_184" id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> Bref de Martin V, juin 1430. Arch. municip., origin., B.—Cf. +Quicherat, <i>Rodrigue de Villandrando</i>, 139 et suiv.—Dom Vaissette, +IX<sup>2</sup>, p. 1107.</p> + +<p><a name="Footnote_185" id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> Dareste, <i>Hist. de France</i>, III, p. 136.—M<sup>gr</sup> Héfelé, <i>Hist. des +Conc.</i>, XI, pp. 185, 187.</p> + +<p><a name="Footnote_186" id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> C'est le véritable nom. Il était d'une noble famille de Venise et +neveu de Grégoire XII qui l'avait fait cardinal.—Pastor, <i>loc. cit.</i>, +I, p. 293, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_187" id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> Chambaud, <i>Rec. mss. sur Avignon</i>, I, fol. 166.</p> + +<p><a name="Footnote_188" id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> In futuro bononiensi Concilio cui Deo propicio interesse et præsidere +desideramus de tranquillitate et bono statu Civitatis nostræ +Avenionensis et illarum partium opportune providebimus. Arch. +municip., B. IV.</p> + +<p><a name="Footnote_189" id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> Bref du 6 janvier 1431. Arch. municip., B. 36, n<sup>o</sup> 8.</p> + +<p><a name="Footnote_190" id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> Reynard Lespinasse, <i>Armorial de l'État d'Avignon</i>, p. 145.—Dom +Vaissette, IX<sup>2</sup>, p. 1115.</p> + +<p><a name="Footnote_191" id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> Arch. municip., B. 4, n<sup>o</sup> 24, origin., donné à Selles le dernier +jour de mars 1432.</p> + +<p><a name="Footnote_192" id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> Bref de mars 1432.—Arch. municip., B. IV. «Cum ejus (Cardinalis +Sancti Eustachii) consilio propter gravia imminencia negocia +plurimum indigeamus.»</p> + +<p><a name="Footnote_193" id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> <i>Armorial d'Avignon</i>, p. 63.—Cf. Cottier, Not. sur les Recteurs.</p> + +<p><a name="Footnote_194" id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> <i>Reg. des États</i>, arch. départ., G. 13, fol. 134.—Cf. <i>Amplissima +collectio</i>, VIII, 649.</p> + +<p><a name="Footnote_195" id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> Quicherat, <i>Rodrigue de Villandrando</i>, pp. 94, 95.</p> + +<p><a name="Footnote_196" id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> Sa lettre du dernier jour de mars 1432 aux syndics d'Avignon le +montre clairement.</p> + +<p><a name="Footnote_197" id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> Fornéry, <i>Hist. ecclés.</i>, fol. 429, 430 (Copie).</p> + +<p><a name="Footnote_198" id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a> <i>Amplissima collectio</i>, VIII, p. 649.—Cf. Fantoni, I. p. 315.—<i>Recueil +Massilian</i>, XXII, fol. 57, v<sup>o</sup>.—Dom Vaissette, IX. p. 1115.—Cottier, +<i>loc. cit.</i>, p. 124.</p> + +<p><a name="Footnote_199" id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> Vast, <i>Le cardinal Bessarion</i>, p. 46.—Cf. Cottier, <i>loc. cit.</i>, +p. 124.</p> + +<p><a name="Footnote_200" id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> 25 août 1432. <i>Amplissima collectio</i>, VIII, p. 163.—Massillian, +<i>Collect. Chart.</i>, XXI, fol. 368.</p> + +<p><a name="Footnote_201" id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> Le P. Albi, <i>Éloges des Cardinaux français et étrangers</i>. Paris, +1664, pp. 81 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_202" id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> Pastor, <i>loc. cit.</i>, I, p. 282.</p> + +<p><a name="Footnote_203" id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> Pierre de Foix, né en 1386 ou 1387, était fils de Gaston de Foix et +d'Éléonore de Navarre, qui fut depuis reine de Navarre, succédant à +son père Jean d'Aragon. Créé cardinal par Benoît XIII, en 1409, à +l'âge de vingt-deux ans, il fut successivement évêque de Lescar, de +Comminges, d'Albano, administrateur de l'archevêché de Bordeaux +et de l'évêché de Dax, archevêque d'Arles et abbé de Montmajour. +Abandonnant le parti de Benoît XIII, il assista au concile +de Constance où il se fit remarquer comme orateur, prit part à +l'élection de Martin V (1417) qui le légitima comme <i>cardinal</i> en 1419 +ou 1418. Il fut envoyé, en 1425, en Espagne par Martin V, auprès +d'Alphonse d'Aragon et fit preuve d'une grande finesse diplomatique. +Ce fut encore lui qui, par ses voyages en Espagne, en 1426 +et 1428, après la mort de Benoît XIII, obtint que le pseudo-pape +Clément VIII (Gilles Nunoz) se démît (26 juillet 1429). Le succès +de cette ambassade prépara la fin du schisme (Pastor, <i>loc. cit.</i>, I, +p. 282). Attaché comme cardinal auprès de Martin V, il occupait à +Rome une des situations les plus en vue dans le Sacré-Collège, +lorsque Eugène IV le nomma légat d'Avignon (16 août 1432). Installé +dans son siège par la force des armes (juin 1433), Pierre de +Foix administra avec la plus grande sagesse les États du Saint-Siège +et sut même, dans les circonstances les plus difficiles, concilier +les intérêts de l'Église avec ceux des rois de France. On ne +l'appelait que «le bon légat». A l'inverse des autres, il résida +pendant toute sa carrière à Avignon et embellit la ville de plusieurs +monuments. Savant distingué, il avait réuni une magnifique +collection d'ouvrages, dont beaucoup provenaient de la bibliothèque +de Benoît XIII. Sa biographie est une des pages les plus intéressantes +de l'histoire du pays et se rattache à tous les événements +qui mettent en relations les rois de France avec les États du Saint-Siège, +de 1432 à 1464. Estimé et apprécié des papes, qui l'avaient +maintenu à Avignon, tenu en grande affection par Charles VII et +par Louis XI, le cardinal de Foix mourut à Avignon, après une +assez longue maladie, le 13 décembre 1464.</p> + +<p>Voy. le P. Henry Alby, <i>Éloge des Cardinaux</i>, pp. 81 et suiv.—<i>Chronique +de Saint-Denis</i>, VI, p. 175.—<i>Gallia christiana</i>, I, +pp. 1163, 1164.—<i>Lettres de Louis XI</i>, II, p. 21, not. 1.—Pastor, +<i>Hist. de la Papauté</i>, I, p. 282.—Delisle, <i>Cabinet des Manuscrits</i>, +1868, I, pp. 494, 497.—Tamizey de Laroque, <i>Note tirée de la correspondance +de Peiresc</i>, p. 182.—Collection des Documents +inédits.</p> + +<p><a name="Footnote_204" id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> <i>Amplissima collectio</i>, VIII, pp. 163, 164, note (a).</p> + +<p><a name="Footnote_205" id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> Quicherat, <i>Rodrigue de Villandrando</i>, p. 95.—Cf. Arch. +municip., Acte du 6 mai 1433 «Cum ipse dominus Cardinalis ad +eamdem sanctam synodum gressus suos direxisset et Reverendissimum +Philippum Archiepiscopum Auxitanensem locumtenentem +et gubernatorem constituisset et deputasset». Ce ne peut +être qu'en décembre ou janvier 1433 que Carillo se rendit à Bâle, +puisque Jean de Poitiers convoque en son nom les États du Venaissin +le 2 décembre 1432. <i>Reg. des États</i>, G. 12, fol. 7.</p> + +<p><a name="Footnote_206" id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> Quicherat, <i>loc. cit.</i>, pièces justificat., XIII, pp. 226 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_207" id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> Invent. des Arch. nation., <i>Maison de Bourbon</i>, t. II, p. 275.</p> + +<p><a name="Footnote_208" id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> Quicherat, <i>loc. cit.</i>, p. 95.</p> + +<p><a name="Footnote_209" id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> 26 mai 1433. D'après Dom Vaissette, IX<sup>2</sup>, p. 1115, not. 1.—Cf. +Quicherat, <i>loc. cit.</i>, pp. 94, 95.</p> + +<p><a name="Footnote_210" id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> <i>Testament du cardinal de Foix</i>.—Chambaud, <i>Recueil des +Chartes</i>, mss., I, fol. 47.</p> + +<p><a name="Footnote_211" id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> Quicherat, <i>loc. cit.</i>, p. 97.—Cf. Raynald, <i>Annal. ecclés.</i>, t. IX, +p. 134, et <i>Carton des Rois</i>, p. 450, n<sup>o</sup> 2073.</p> + +<p><a name="Footnote_212" id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> <i>Reg. des Etats</i>, G. 12, fol. 16-18.</p> + +<p><a name="Footnote_213" id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> <i>Ibid.</i>, G. 12, fol. 19.</p> + +<p><a name="Footnote_214" id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> Arch. municip., 13 avril 1433. Lettre inédite des consuls d'Avignon +au comte de Foix (Minute).</p> + +<p><a name="Footnote_215" id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> 12 mai 1433. <i>Amplissima collectio</i>, VIII, 592, 593.</p> + +<p><a name="Footnote_216" id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> Arch. municip. de Malaucène, <i>Reg. des délibérat. du Conseil</i>, +fol. 72, v<sup>o</sup>.—12 mai 1433. <i>Amplissima collectio</i>, VIII, 594.</p> + +<p><a name="Footnote_217" id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> <i>Reg. des délibérat. des États</i>, G. 12, fol. 11.</p> + +<p><a name="Footnote_218" id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> <i>Amplissima collectio</i>, VIII, 594.</p> + +<p><a name="Footnote_219" id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> Fils de Jean de Grailly, captal de Buch.—Cf. Dom Vaissette, +IX<sup>2</sup>, p. 1114.</p> + +<p><a name="Footnote_220" id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a>..... et appropinquans civitatem Avenionis per terram et per +aquam obsidionem apponi fecerit personaliter ibi existens cum +multitudine hominum copiosâ. Arch. municip., acte du 6 mai 1433.</p> + +<p><a name="Footnote_221" id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> Quicherat, <i>Rodrigue de Villandrando</i>, p. 98, not. 2.</p> + +<p><a name="Footnote_222" id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> Quicherat, <i>op. cit.</i>, p. 99.</p> + +<p><a name="Footnote_223" id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> Ce qui inclinerait à le faire croire ce sont les demandes fréquentes +de grosses sommes d'argent que le cardinal de Foix ne +cessa d'adresser aux États pour payer les frais de la guerre. <i>Reg. +des États.</i></p> + +<p><a name="Footnote_224" id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> Dom Vaissette, IX<sup>2</sup>, p. 1115.</p> + +<p><a name="Footnote_225" id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> De Beaucourt, <i>loc. cit.</i>, III, p. 475.</p> + +<p><a name="Footnote_226" id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> Héfelé, <i>loc. cit.</i>, XI, p. 363.</p> + +<p><a name="Footnote_227" id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> De Beaucourt, III, p. 339.</p> + +<p><a name="Footnote_228" id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a> De Beaucourt, III, p. 339.</p> + +<p><a name="Footnote_229" id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a> <i>Id.</i>, III, p. 340.</p> + +<p><a name="Footnote_230" id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a> Héfelé, <i>loc. cit.</i>, XI, pp. 358, 359.</p> + +<p><a name="Footnote_231" id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a> Arch. municip., B. 34, n<sup>o</sup> 29, Cott. E.E.—Arch. municip., B. +34, n<sup>o</sup> 37. Cott. C.C.</p> + +<p><a name="Footnote_232" id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a> Lettre royale du 5 mai 1437; De Beaucourt, III, p. 475.</p> + +<p><a name="Footnote_233" id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a> Héfelé, <i>loc. cit.</i>, XI, p. 362.</p> + +<p><a name="Footnote_234" id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a> De Beaucourt, <i>loc. cit.</i>, III, p. 34.</p> + +<p><a name="Footnote_235" id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a> Héfelé, XI, pp. 367, 379, 381.</p> + +<p><a name="Footnote_236" id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a> <i>Id.</i>, XI, pp. 367, 381.</p> + +<p><a name="Footnote_237" id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a> <i>Rec. des Ordonn.</i>, XIII, pp. 255, 256.</p> + +<p><a name="Footnote_238" id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a> De Beaucourt, <i>loc. cit.</i>, III, p. 343.</p> + +<p><a name="Footnote_239" id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a> Charles VII était venu mettre le siège devant Montereau le +21 septembre 1437.—Cf. de Beaucourt, III, p. 49.</p> + +<p><a name="Footnote_240" id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a> Donné au siège de Montereau ou Fault-Yonne le dernier jour de +septembre 1437. Orig., Arch. municip., B. 38, n<sup>o</sup> 96.</p> + +<p><a name="Footnote_241" id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a> De Beaucourt, <i>loc. cit.</i>, III, p. 343. Cette doctrine, déjà proclamée +par le concile en 1433, avait fait d'énormes progrès dans +l'opinion.—Cf. de Beaucourt, III, p. 333; Héfelé, XI, 274, 276.</p> + +<p><a name="Footnote_242" id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a> La cité d'Avignon avait donné 300 écus pour amener les Grecs +à Bâle. Cette somme fut confiée à Louis de la Palud, cardinal de +Varambon, qui ne la restitua qu'en 1455 après d'innombrables +réclamations. Arch. municip., Origin., B. 34.</p> + +<p><a name="Footnote_243" id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a> Lettre inédite de Michel de Valperge aux consuls d'Avignon, +datée de Thonon le 24 septembre 1459. Arch. municip., série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_244" id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a> Lettre du 24 septembre 1459. Arch. municip., Origin., série +A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_245" id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a> De Beaucourt, <i>loc. cit.</i>, III, p. 378.</p> + +<p><a name="Footnote_246" id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a> Héfelé, <i>loc. cit.</i>, XI, 533.—De Beaucourt, III, p. 383.</p> + +<p><a name="Footnote_247" id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a> V. Duclos, <i>Preuves</i>, p. 20.—Legeay, <i>Histoire de Louis XI</i>, II, +p. 444.—Prudhomme, <i>Hist. de Grenoble</i>, p. 255.</p> + +<p><a name="Footnote_248" id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a> Charavay et Vaesen, <i>Lett. de Louis XI</i>, préface, LXV.</p> + +<p><a name="Footnote_249" id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a> Vallet de Viriville, <i>Histoire de Charles VII</i>, III, p. 37.</p> + +<p><a name="Footnote_250" id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a> Pastor, <i>Hist. des Papes</i>, trad. franç., I, p. 341.—M<sup>gr</sup> Héfelé, +<i>Hist. des Conciles</i>, VII, p. 809.</p> + +<p><a name="Footnote_251" id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a> Vaesen, <i>Rev. des quest. histor.</i>, XXX, pp. 561, 568.—Pastor, +<i>Hist. des Papes</i>, I, p. 340, not. 3.</p> + +<p><a name="Footnote_252" id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a> Chambaud, <i>Recueil mss. sur Avignon</i>, I, fol. 169.</p> + +<p><a name="Footnote_253" id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a> <i>Hist. de Charles VII</i>, III, pp. 37, 38.—Raynaldi, <i>Annales ecclés.</i>, +t. XXVIII, p. 426.—Lenfant, <i>Hist. du concile de Bâle</i>, II, pp. 101 +et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_254" id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a> Vallet de Viriville, <i>loc. cit.</i>, III, p. 226.—Charavay et Vaesen, +<i>Lettres de Louis XI</i>, I, p. 208, pièc. justificat.—D'après l'abbé +Chevalier, ce titre aurait été conféré le 25 août 1444.—Voy. <i>Cartul. +de Montélimar</i>, p. 290, n. 1, et <i>Cartul. de Saint-Paul-trois-Châteaux</i>, +f. (l x j)—Legay, <i>Hist. de Louis XI</i>, II, p. 444.—Arch. +vatic., Reg. 368, fol. 44, 45.</p> + +<p><a name="Footnote_255" id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a> Vallet de Viriville, <i>loc. cit.</i>, III, p. 37.—Voy. Pilot, <i>Catalogue +des actes du dauphin Louis II, devenu le roi Louis XI, relatifs à +l'administration du Dauphiné, 1437-1483</i>. 2 vol. avec supplément, +I, n<sup>o</sup> 140.</p> + +<p><a name="Footnote_256" id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a> Pour cette tentative sur Avignon, voir Chambaud, <i>Recueil +mss. sur Avignon</i>, I, fol. 382, 383, et <i>Hist. mss. sur Avignon</i>, fol. +134;—Denis Hale, notaire, fol. 138;—Laurens, <i>Hist. mss. d'Avignon</i>, +fol. 296.</p> + +<p><a name="Footnote_257" id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a> Bref du 5 des kalendes de février 1445; Arch. municip., Origin.—Voir +Fantoni, <i>Hist. d'Avignon</i>, p. 333.—Pièces justific. n<sup>os</sup> I et II.</p> + +<p><a name="Footnote_258" id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a> Vallet de Viriville, <i>loc. cit.</i>, III, p. 226.</p> + +<p><a name="Footnote_259" id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a> Arch. secrèt. vatic., Reg. 411.</p> + +<p><a name="Footnote_260" id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a> Vallet de Viriville, <i>L. cit.</i>, III, p. 226.</p> + +<p><a name="Footnote_261" id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a> Arch. départ., <i>Reg. des délibér. des États</i>, G. 14, fol. 77.—Louis +Dauphin était pendant ce temps à Ensisheim où il soignait +une blessure au genou qu'il avait reçue au siège de Dambach, le +7 octobre 1444. Il passe les mois de novembre et décembre 1444 à +Montbéliard.—<i>Lettres de Louis XI</i>, I, 19, not. 1.—Tuetey, <i>Les +Écorcheurs sous Charles VII</i>, t. I, pp. 286, 196.</p> + +<p><a name="Footnote_262" id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a> <i>Registre des délibérat. des États</i>, G. 14, fol. 80.</p> + +<p><a name="Footnote_263" id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a> Le nom de ce personnage est sans doute mal orthographié +dans le texte du registre qui est du reste d'une écriture difficile. +Il s'agit ici de <i>Thomas</i>, écuyer ou scuyer, originaire d'Écosse, écuyer +ordinaire du Dauphin, qui l'avait amené à sa suite quand il vint +prendre le gouvernement du Dauphiné.—Voy. Pilot, <i>Catalog.</i>, I, +p. 50.—Peut-être est-ce en récompense de cette mission que le +Dauphin, par lettre d'Ensisheim, du 21 octobre 1444, l'investit à +perpétuité de la châtellenie de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs.</p> + +<p><a name="Footnote_264" id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a> «Iterum etiam dixit et eisdem tribus statibus exposuit quod +eosdem fecerat principaliter coram evocare quûm credat ipsos +non ignorare ymo quasi manifestius esse quod aliqui dicentes +quod dominus papa Eugenius dedit et contulit regimen et gubernacionem +presentis comitatûs Venayssini et civitatis Avenionensis +illustrissimo principi domino Dalphino Viennensi domini +Francorum Regis filio. Et tamen verum est quod prefatus dictus +Cardinalis viderat quamdam cedulam papiream, manu dicti camerarii +domini nostri pape subscriptam, continen<i>tem</i> certa capitula +et pacta et quemdam scutiferum vocatum <i>Optamanum</i> (?) pro presenti +dicto domino Dalphino supra et quod specialiter continebatur +in dicta cedula qualiter dominus noster Papa dabat præfato +domino Dalphino gubernacionem regimen et administracionem +dicte patrie Venayssine et Civitatis Avenionensis. Quare prefatus +dictus Cardinalis fuit intencionis premissa notificari facere +dicte patrie. Idcirco eisdem tribus statibus memoratus dominus +Regens premissa notificavit, dicens primitûs et protestans prefatus +dictus Regens quod non est intentionis dicendi aliqua que +forent in prejudicio et displacentia prefati domini nostri Pape et +etiam memorati dicti Dalphini qui si dixerit voluit habere et non +dicta de quo solemniter fuit protestans.» <i>Reg. des délibérat. des +États</i>, G. 14, fol. 80.</p> + +<p><a name="Footnote_265" id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a> Arch. départ., <i>Reg. des délibérat. des États</i>, G. 14, fol. 80.</p> + +<p><a name="Footnote_266" id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a> Arch. départ, <i>Reg. des délibérat.</i>, G, 10, fol. 85.</p> + +<p><a name="Footnote_267" id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a> Voy. aux pièces justificat. n<sup>o</sup> III.—<i>Reg. des délibérat.</i>, G. 14, +fol. 96 (copie).</p> + +<p><a name="Footnote_268" id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a> Voy. aux pièces justificat. n<sup>o</sup> IV.—<i>Reg. des délibérat.</i>, G. 14, +fol. 96 (copie). Les originaux des deux brefs ont été brûlés dans +l'incendie qui détruisit les <i>Archives des États</i> à Carpentras, en 1713. +Nous donnons les copies d'après les <i>Registres des délibérations +des États</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_269" id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a> Arch. d'Avignon, B. I. Cott. N, 15. Ces deux brefs originaux, +qui figurent à l'inventaire <i>Pinta</i>, sont en déficit dans la boîte I; +on les suppose égarés.</p> + +<p><a name="Footnote_270" id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a> Le 5 décembre 1445, Louis fait défense aux habitants du Dauphiné +de reconnaître pour pape Amédée de Savoie, qui se faisait +appeler Félix V. Voy. Pilot, <i>Catalog.</i>, I, p. 65.</p> + +<p><a name="Footnote_271" id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a> De Beaucourt, <i>Rev. des questions histor.</i>, vol. XVII, p. 94.</p> + +<p><a name="Footnote_272" id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a> Charavay et Vaesen, <i>Lettres de Louis XI</i>, I, p. 375.—Bibl. +nat., <i>Cartul. du Dauphiné</i>, par Fontanieu.—Cf. de Beaucourt, IV, +p. 230 (la première cession date de novembre 1444).—Voy. Pilot, +<i>Catalog.</i>, I, n<sup>os</sup> 169 et 937.</p> + +<p><a name="Footnote_273" id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a> <i>Statuts de la Conté Venayssin</i>, p. 108.—Montélimar, comme +Romans, la baronnie de Saint-Auban et environ quatre-vingts autres +places, étaient comprises dans ce qu'on appelait les «terres adjacentes», +pour lesquelles Louis rendit hommage au pape en 1456.</p> + +<p><a name="Footnote_274" id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a> De Coston, <i>Hist. de Montélimar</i>, II, p. 11.—De Nancy du +17 avril 1445. Voy. pour Arrighi, Pilot, <i>Catalog.</i>, I, p. 57, not. 5.</p> + +<p><a name="Footnote_275" id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a> De Coston, <i>L. cit.</i>, pp. 11 et 15.—Cf. Chevalier, <i>Cart. de +Montélimar</i>, c. XIX, p. 279.</p> + +<p><a name="Footnote_276" id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a> Charavay et Vaesen, <i>L. cit.</i>, t. I, p. 213.</p> + +<p><a name="Footnote_277" id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a> Gibert, <i>Hist. mss. de Pernes</i>, I, fol. 316, v<sup>o</sup>. Le 13 des kalendes +de juin 1446, le pape Nicolas V confirma le paiement de cette +somme.—Arch. vatic., <i>Reg. de Nicolas V</i>, 385, fol. 3.</p> + +<p><a name="Footnote_278" id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a> Chorier, <i>Hist. du Dauphiné</i>, p. 439.—Le 14 octobre 1447. Voy. +Chevalier, <i>Cartul. de Montélimar</i>, p. 289.</p> + +<p><a name="Footnote_279" id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a> L'abbé Chevalier, <i>L. cit.</i>, p. 283.—Cf. Arch. de l'Isère, B. 295, +fol. VI, **X.—Legeay, <i>Hist. de Louis XI</i>, I, p. 158.—De Coston, +<i>L. cit.</i>, II, p. 15.</p> + +<p><a name="Footnote_280" id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a> Fornéry, <i>Hist. mss. ecclés.</i>, fol. 437, v<sup>o</sup> (Instructions de 1461).—Voy. +Pilot, <i>Catalog.</i>, I. p 153, n<sup>o</sup> 451. Origin. Arch. de l'Isère, +B. 2990, fol. 497.—Le dauphin n'en restait pas moins astreint, +vis-à-vis du Souverain Pontife ou de son légat, à l'hommage pour +la ville de Montélimar.—Voy. la prestation d'hommage, au nom +du dauphin, par Charles de Grolée, le 2 juin 1455.—Pilot, +<i>Catalog.</i>, 1159.</p> + +<p><a name="Footnote_281" id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a> Chambaud, <i>Rec. sur Avignon</i>, mss., Ann., 1447.</p> + +<p><a name="Footnote_282" id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a> Arch. municip. de Carpentras, Origin., B.B. 66, fol. 35.</p> + +<p><a name="Footnote_283" id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a> Fornéry, <i>Hist. ecclés.</i>, mss. d'Avignon, fol. 410; mss. de Carpentras, +fol. 762.</p> + +<p><a name="Footnote_284" id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a> Arch. municip. de Valréas, copie inédite recueillie par Achard.</p> + +<p><a name="Footnote_285" id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a> Il était chambellan du dauphin en 1448, <i>Lettres de Louis XI</i>, +p. 220.</p> + +<p><a name="Footnote_286" id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a> Arch. municip., <i>Reg. somm. des délibérat. des États</i>, fol. 261.</p> + +<p><a name="Footnote_287" id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a> <i>Id.</i>, fol. 135.</p> + +<p><a name="Footnote_288" id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a> Arch. municip., de Carpentras, B.B. 70, fol. 63.—Voy. aux +pièc. justificat, n<sup>o</sup> VI. Anthoine d'Alauzon figure dans la maison +du dauphin en 1452. <i>Lettres de Louis XI</i>, I, p. 229.—Pour Antoine +d'Alauzon, voy. Pilot, <i>Catalog.</i>, I, p. 291, not. 2.</p> + +<p><a name="Footnote_289" id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a> «Et ibidem prefati Domini ambaxiatores exposuerunt eorum +creanciam super facto <i>Buccicaudorum</i> et nihil fuit conclusum.»</p> + +<p><a name="Footnote_290" id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a> Le sire d'Estissac était premier chambellan du dauphin en +1452. De Beaucourt, V, p. 173, not. 3.—Voy. pour d'Estissac, +Pilot, <i>Catalog., Actes du dauphin Louis</i>, I, n<sup>o</sup> 542, pp. 191-192.</p> + +<p><a name="Footnote_291" id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a> Prudhomme, <i>Hist. de Grenoble</i>, p. 263.—Pour les villes et +autres lieux à raison desquels le dauphin devait hommage au +pape, voy. la prestation d'hommage de Romien de Morimont, +écuyer et procureur du dauphin, au pape Calixte III (1<sup>er</sup> juin 1456).—Pilot, +<i>Catalog.</i>, 1239 <i>bis</i>, p. 502, et Arch. vatican. Ex., 20, 23. +<i>Pie II</i>, fol. 66. Arm. 35.—Voy. aux pièces justificat., n<sup>o</sup> XII <i>bis</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_292" id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a> Instructions après la mort de Calixte III.—Voy. Fornéry, <i>Hist. +ecclés.</i>, mss., fol. 437 et fol. 453-470.—Cf. <i>Pretentiones Papæ super +Venaissino contra Regem Franciæ dalphinum</i>, Lambert, III, +p. 477.</p> + +<p><a name="Footnote_293" id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a> Gibert, <i>Hist. de Pernes</i>, mss., c. IX, fol. 317 et v<sup>o</sup>.—<i>Somm. +des délibérat. des États</i>, fol. 135.</p> + +<p><a name="Footnote_294" id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a> La seigneurie de Pierrelatte fut donnée en 1452, par Louis, à +Gabriel de Bernes; elle passa plus tard entre les mains de Charles +<i>Astars</i>, secrétaire de Louis XI, après la confiscation des biens de +Gabriel de Bernes. <i>Lett. de Louis XI</i>, I, p. 362.—Louis échangea +la seigneurie de Chabrillan contre la portion de la terre de Pierrelatte +que possédait Etienne Morelon (6 mai 1450). Voy. Pilot, +<i>Catalog.</i>, I, n<sup>o</sup> 756, p. 273, et n<sup>os</sup> 58, 759, 760.</p> + +<p><a name="Footnote_295" id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a> Fornéry, <i>Hist. ecclés.</i>, mss., fol. 437.—Nous avons trouvé cette +mention au sujet du péage de <i>la Palud</i>. «Cum autem nobis innotuit +unum antiquum podagium de <i>La Palu</i> vulgariter nuncupatum +prope ripam superiorem fluminis Rodani in dicto comitatu existens +et ad ipsam Cameram pertinens quod per arrentatores longe +tempore fuerat extinctum.» Le pape le rétablit.—Arch. vatic., +<i>Reg. de Sixte IV</i>, 656, fol. 76.</p> + +<p><a name="Footnote_296" id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a> Arch. d'Avignon. <i>Dossier des Ambassades</i>, minute, série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_297" id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a> Arch. municip., <i>Dossier des Ambassades</i>, minute, série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_298" id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a> De Beaucourt, <i>Hist. de Charles VII</i>, V, p. 141.</p> + +<p><a name="Footnote_299" id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a> <i>Id.</i>, V, p. 141.</p> + +<p><a name="Footnote_300" id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a> Le manuscrit n<sup>o</sup> 15537, ancien résidu de Saint-Germain (143, +fol. 61), qui renfermait les plaintes portées contre le dauphin, ayant +disparu depuis quelques années de la Bibliothèque nationale, il +faut recourir aux archives locales où l'on en trouve un résumé que +nous donnons plus loin. Voy. arch. municip., série A.A.—Voy. de +Beaucourt, V, p. 141, note 1.</p> + +<p><a name="Footnote_301" id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a> Arch. municip., <i>Dossier des Ambassades</i>, série A.A. (copie).</p> + +<p><a name="Footnote_302" id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a> Arch. municip., Origin. inéd., série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_303" id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a> Escrit en Avignon le premier jour d'avril 1451.—Arch. municip., +<i>Dossier des Ambassades</i>, série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_304" id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a> Voy. chap. v, pp. 128 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_305" id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a> Allemand de Pazzis était un réfugié florentin qui occupa avec +distinction plusieurs charges municipales à Avignon. Il est consul +en 1461.—Voy. chap. <span class="smcap">VIII</span>, p. 203.</p> + +<p><a name="Footnote_306" id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a> Entraigues, aujourd'hui commune du canton de Monteux, à +quelques kilomètres de Sorgues, et station de la voie ferrée de +Sorgues à Carpentras.</p> + +<p><a name="Footnote_307" id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a> Le récit de cette attaque à main armée, sinon ordonnée, du +moins favorisée par le dauphin, se trouve dans les instructions +remises par le cardinal de Foix et la ville à Louis <i>Astouaud</i>, envoyé +en ambassade auprès de Charles VII, roi de France (en 1453), +à propos de la saisie des biens de Jacques Cœur. Nous n'en reproduisons +pas le texte donné par le <i>Bulletin de l'Académie de Vaucluse</i>, +1887, pp. 105 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_308" id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a> <i>Esau</i> serait le château d'<i>Ezahut</i>, vieux donjon près Dieulefit +(Drôme).</p> + +<p><a name="Footnote_309" id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a> «Item post præmissa suæ explicabit Serenitati qualiter, anno +proxime preterito et de mense junii quidam nominatus Petrus +Trohyons, olim thesaurarius Regis Renati cum quibusdam aliis +suis complicibus et armigeris ac archeriis et servitoribus Illustrissimi +Principis domini Delphini, ejus filii, ac si essent hostes +et inimici capitales domini nostri Papæ et Ecclesiæ Romanæ +armati armis offensivis et de jure prohibitis nullâ causâ saltem +legitimâ et ad hoc ipsos impellente intrarunt in Comitatum +Venaissini violenterque et proditorie se de nocte intruserunt +intra quoddam castrum dictum infra dictum comitatum vulgo +nuncupatum castrum de <i>Interaquis</i>.» (Origin., Arch. municip., +série A.A.)</p> + +<p><a name="Footnote_310" id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a> Instructions du cardinal à Louis d'Astaud.—Arch. municip., +<i>Bull. de l'Acad. de Vaucluse</i>, 1887, pp. 106, 107.—Gibert, <i>Hist. de +Pernes</i>, mss., fol. 307, v<sup>o</sup>.</p> + +<p><a name="Footnote_311" id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a> <i>Reg. somm. des délibérat. des États</i>, fol. 473 et 521, v<sup>o</sup>.</p> + +<p><a name="Footnote_312" id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a> Il est difficile de préciser la date de cette expédition. Mais le +31 mai 1452, le Conseil décide d'envoyer une députation au dauphin +pour protester contre l'arrestation de quelques marchands d'Avignon. +«Item ulterius suæ explicabit Celsitudini qualiter post premissa +sicut ut premittitur, predictum Trohyonem et suos adherentes +fore facta quidam capitaneus, quondam capitaneus de +Mirandolio in patria Delphinatus, insequendo vestigia dicti +Trohyonis de facto captitavit duos mercatores et alios duos +mercatores cives et habitatores Avinionis cum equis peccuniis +et aliis bonis et jocalibus quos post modo abire promisit, retentis +tamen dictis equis, peccuniis et bonis.» (Orig., Arch. municip., +A.A., <i>Dossier des Ambassades</i>.)</p> + +<p><a name="Footnote_313" id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a> Instructions données par la ville à Louis Astouaud, Arch. +municip. (Cf. <i>Bull. de l'Acad. de Vaucluse</i>, p. 108).—«Item explicabit +suæ Serenitati qualiter occasione præmissorum Reverendissimus +Dominus cardinalis et Legatus et Civitas etiam ista per +suos ambassiatores omnia et singula prenominata eidem domino +Delphino et suo majori Consilio exponi fecerunt ac instantissime +requisiverunt quod dominus Delphinus et suum Consilium delphinale +quatenus de celeri remedio in premissis providerent +taliter quod dictis prisoneriis cum bonorum ablatorum integro +a dictis carceribus libere abire juberent et dictos invasores pena +debita castigarent quod tamen ab ipsis minime obtinere potuerunt.» +(Orig., Arch. de Vaucluse, A.A., <i>Dossier des Ambassades</i>.)</p> + +<p><a name="Footnote_314" id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a> «Item ulterius suæ Serenitati exponet qualiter officiales delphinales +recusant tollere quamdam marcham quam super contra +subditos papales laxaverunt inciviliter eo quod officiales papales +ad ipsorum requisitionem voluerunt eo quod non potuerunt +eisdem remittere quamdam causam vertentem in curia episcopali +Avinionis et quemdam Jeronimum de Pelissano mercatorem +de Avinione clericum solutum qui supradicta causa reum...» +(Orig., Arch. municip., <i>Dossier des Ambassades</i>, A.A.)</p> + +<p>«Instructiones traditæ ex parte dominorum scindicorum et Consilii +Civitatis Avinionis domino Ludovico Astoaudi legum egregio +doctori ambassiatori, destinato, ad serenissimum principem +dominum Francorum Regem, continentes ea quæ erunt eidem +domino Regi ex parte civitatis ipsius per ipsum dominum Ludovicum +explicanda.» (Orig., Arch. municip., 1453).</p> + +<p><a name="Footnote_315" id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a> Orig. inédit., <i>Arch. d'Avignon</i>, B. 76, n<sup>o</sup> 59.</p> + +<p><a name="Footnote_316" id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a> Le 7 décembre 1451. Charles VII était à Auzances. Voy. de +Beaucourt, <i>Liv. cit.</i>, V, p. 160.</p> + +<p><a name="Footnote_317" id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a> Voy. de Beaucourt, <i>L. cit.</i>, V, pp. 107, 108 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_318" id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[318]</span></a> <i>Bulletin du Comité des travaux historiques</i>, an. 1886, n<sup>os</sup> 1-2, +et <i>Mémoire de l'Acad. de Vaucluse</i>, 1887, p. 89.</p> + +<p><a name="Footnote_319" id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[319]</span></a> De Beaucourt, <i>L. cit.</i>, V, p. 108.</p> + +<p><a name="Footnote_320" id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[320]</span></a> Voy. <i>Acad. de Vaucluse</i>, 1887, p. 95.</p> + +<p><a name="Footnote_321" id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[321]</span></a> Orig. inédit, Arch. municip., B. 32, n<sup>o</sup> 40, coll. Q.Q.—Aux +Montilz-les-Tours, 15 mars 1452.—Charles VII était aux Montilz-les-Tours +au mois de mars 1452. Voy. <i>Pièces fugitives du marquis +d'Aubais</i>, p. 95.</p> + +<p><a name="Footnote_322" id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[322]</span></a> Voy. Pilot, <i>Catalog.</i>, I, p. 34, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_323" id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[323]</span></a> De Beaucourt, <i>L. cit.</i>, V, pp. 173, 174.—Voy. <i>Lettres de +Louis XI</i>, I, pp. 360, 363.—Pour Gabriel de Bernès, voy. Pilot, +<i>Catalog. des actes du dauphin Louis II</i>, I. p. 2.—et <i>id.</i>, pp. 25, +49, etc.... Pour Jean de Jambes, seigneur de Montsoreau, voy. +Pilot, <i>Catalog.</i>, n<sup>o</sup> 979 et p. 377, not. 4.</p> + +<p><a name="Footnote_324" id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[324]</span></a> Champollion-Figeac, <i>Collection des Documents inédits</i>, II, +pp. 192, 193.</p> + +<p><a name="Footnote_325" id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[325]</span></a> De Beaucourt, V, pp. 176 et suiv.—Vallet de Viriville, <i>L. +cit.</i>, III, p. 226.</p> + +<p><a name="Footnote_326" id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[326]</span></a> De Beaucourt, <i>L. cit.</i>, V, p. 182.</p> + +<p><a name="Footnote_327" id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[327]</span></a> Pour Guillaume d'Estouteville, voy. Anselme, VIII, p. 91.—De +Beaucourt, V, pp. 191, 192;—Pastor, II, p. 7;—Pilot, <i>Catalog.</i>, +I, p. 342, n<sup>o</sup> 898 <i>bis.</i></p> + +<p><a name="Footnote_328" id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[328]</span></a> Mathieu d'Escouchy, <i>Édit. de Beaucourt</i>, I, p. 441.</p> + +<p><a name="Footnote_329" id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[329]</span></a> <i>Documents inédits</i>, Champollion-Figeac, II, pp. 189, 190.</p> + +<p><a name="Footnote_330" id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[330]</span></a> De Beaucourt, <i>L. cit.</i>, V, p. 183.</p> + +<p><a name="Footnote_331" id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[331]</span></a> Charavay et Vaesen, <i>Lettres de Louis XI</i>, I, p. 240.</p> + +<p><a name="Footnote_332" id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[332]</span></a> Lettre du cardinal d'Estouteville à Charles VII, 22 novembre +1452. <i>Lettres de Louis XI</i>, I, pp. 241, 242.</p> + +<p><a name="Footnote_333" id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[333]</span></a> <i>Lettres de Louis XI</i>, I, p. 35.—Voy. Pilot, <i>Catalog.</i>, n<sup>o</sup> 995. +Accord conclu entre le dauphin et le cardinal de Foix, représenté +par le cardinal d'Estouteville et l'évêque de Conserans, au sujet des +difficultés qui s'étaient élevées entre les officiers delphinaux et +ceux du pape, à Avignon.—Romans, novembre 1452.</p> + +<p><a name="Footnote_334" id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[334]</span></a> Arch. de la ville d'Avignon, Origin., B. 19, Cott. V, 20.</p> + +<p><a name="Footnote_335" id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[335]</span></a> Pour le château de Bridoré, voy. Imbert de Batarnay, <i>Appendice</i>, +pp. 389 et suiv. Ce château, situé en Touraine, fut vendu en +1475 à Du Bouchage par Jean Boucicaut. Voy. Anselme, VI, p. 753, +et Imbert de Batarnay, p. 81.</p> + +<p><a name="Footnote_336" id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[336]</span></a> Arch. de Valréas, copie.—Biblioth. d'Avignon.—Papiers +Achard.</p> + +<p><a name="Footnote_337" id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[337]</span></a> Gibert, <i>Hist. de Pernes</i>, mss., fol. 307, v<sup>o</sup>.—Arch. de Pernes, +Laurent Michel, notaire.</p> + +<p><a name="Footnote_338" id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[338]</span></a> Arch. de Pernes.—Chart. origin. signée de Jacques Girardi +et Pierre Lamberti, notaires.</p> + +<p><a name="Footnote_339" id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[339]</span></a> Bref du pape Paul II, du 2 octobre 1466.—Arch. municip., +B. 36, n<sup>o</sup> 6, Cott. G.</p> + +<p><a name="Footnote_340" id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[340]</span></a> Pour tout ce qui a trait à l'histoire des Boucicaut dans ce pays, +voy. Lambert, <i>Catalog. des Mss. de Peiresc</i>, t. II, p. 472.</p> + +<p><a name="Footnote_341" id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[341]</span></a> <i>Mém. de l'Académie de Vaucluse</i>, t. VI, ann. 1887.</p> + +<p><a name="Footnote_342" id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[342]</span></a> Arch. municip., B. (Lettres de marques et de représailles).</p> + +<p><a name="Footnote_343" id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[343]</span></a> Arch. municip., série A.A.—Voy. aux Pièces justificat., +n<sup>o</sup> XII.</p> + +<p><a name="Footnote_344" id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[344]</span></a> La même lettre est écrite aux habitants de Lyon.—Cf. de +Beaucourt, <i>L. cit.</i>, V, p. 276, et not. 3, V, Pièces justificat., not. <span class="smcap">XVI</span>, +p. 463.</p> + +<p><a name="Footnote_345" id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[345]</span></a> Arch. municip., Orig., B. 36, n<sup>o</sup> 27, Cott. C.C.</p> + +<p><a name="Footnote_346" id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[346]</span></a> De Beaucourt, voy. pp. 272 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_347" id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[347]</span></a> De Beaucourt, VI, p. 378. Charles VII avait résidé à Saint-Priest +en Dauphiné de décembre 1456 à mai 1457. <i>Lettres de +Louis XI</i>, p. 281.</p> + +<p><a name="Footnote_348" id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[348]</span></a> Lettre du 4 juillet 1459, de Angelo de Amelia à Sforza. Angelo +de Amelia avait été nommé recteur du Venaissin par bref de +Paul II, le 28 novembre 1457.</p> + +<p><a name="Footnote_349" id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[349]</span></a> Origin., daté de Thonon, 23 septembre 1459, Arch. municip., +série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_350" id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[350]</span></a> Origin., Arch. municip., B. 37, n<sup>o</sup> 72, Cot. 2.2.2.</p> + +<p><a name="Footnote_351" id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[351]</span></a> Gênes avait reconnu l'autorité de Jean de Calabre (juin 1456). +Ce dernier était entré dans la ville le 11 mai 1458.</p> + +<p><a name="Footnote_352" id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[352]</span></a> De Beaucourt, <i>L. cit.</i>, pp. 247-248.—Pour Pierre de Campo-Fregoso, +voy. de Beaucourt, V, p. 294, not. 1, et p. 302. Cf. Charavay, +<i>Arch. des Miss.</i>, VII, p. 470.</p> + +<p><a name="Footnote_353" id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[353]</span></a> Donné à Bourges le 13 décembre 1460 (?).—Arch. municip., +B. 37.</p> + +<p><a name="Footnote_354" id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[354]</span></a> Arch. des Bouches-du-Rhône.—Cour des Comptes de Provence, +B. 680.—Cf. Lecoy de la Marche, <i>Le roi René</i>, I, p. 294;—de +Beaucourt, VI, p. 349.</p> + +<p><a name="Footnote_355" id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[355]</span></a> 14 août 1461.—<i>Reg. des Conseils</i>, fol. 78.</p> + +<p><a name="Footnote_356" id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[356]</span></a> Louis XI passa à Paris le mois de septembre 1461 avant de se +rendre à Tours. Voy. <i>Lettres de Louis XI</i>, II, p. 17, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_357" id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[357]</span></a> Jean de Lescun, bâtard d'Armagnac, fils d'Armand Guilhem +de Lescun et d'Anna d'Armagnac (Thermes), fut attaché au dauphin +dont il devint le confident et le conseiller intime, pendant son +séjour en Dauphiné. Ce sont ses agissements qui contribuèrent +surtout à irriter Charles VII contre son fils. Nommé gouverneur +du Dauphiné par lettres du dauphin datées de Bruges, 24 janvier +1458 (Voy. Duclos, <i>Preuves</i>, p. 160;—Charavay, <i>Lettres de Louis XI</i>, +I, p. 100), il administra cette province de 1458 à 1472 d'une manière +vraiment remarquable. C'est lui qui opéra la réforme municipale de +Grenoble, réorganisa le Parlement de cette ville (1461), fonda le +monastère de Sainte-Claire (1469). Il fut chargé par le roi de +délivrer Yolande de Savoie, assiégée par ses deux beaux-frères +dans le château d'Aspremont, 1471 (Voy. M. Legeay, II, p. 16, et +Prudhomme, <i>Hist. de Grenoble</i>, pp. 273-278, Chorier, <i>Hist. du Dauphiné</i>, +p. 473). Louis XI le nomma, dès son avènement, maréchal +de France (3 août 1461) et lui donna le comté de Comminges en 1462. +Voy. <i>Ordon. des Rois de France</i>, XV, 626. Il figure au bas d'une +ordonnance de Louis XI, le 14 octobre 1463, avec le titre de «l'<i>Admiral</i>» +(<i>Id.</i>, XVI, p. 91).</p> + +<p>Jean d'Armagnac mourut à la Côte-Saint-André le 9 juin 1473, et +fut enterré dans l'église de Bourg-lès-Valence.</p> + +<p>On peut consulter pour la biographie de ce personnage qui a joué +un rôle si important sous Louis XI, <i>Gallia Christiana</i>, I, p. 1000;—Anselme, +<i>Hist. généalog. grands-off. de la Couronne</i>, VI, p. 94;—Charavay +et Vaesen. <i>Depech. de Tomaso Tebaldi</i>, I, pp. 267 et +suiv.;—de Beaucourt, <i>Hist. de Charles VII</i>, V, p. 142, not. 1;—Dom +Vaissette, <i>Hist. du Languedoc</i>, <sup>{</sup>2}XI, pp. 50, 51.</p> + +<p>Voy. la biographie très complète résumée par Pilot, <i>Catalog.</i>; +I, pp. 315-316, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_358" id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[358]</span></a> Lettre inédite de Malespine et de Pazzis au Conseil de la ville +d'Avignon, du 25 septembre 1461, Arch. municip., série A.A. (Voy. +aux pièces justificat.). L'original de cette lettre est au point de +vue littéraire un précieux spécimen de l'idiome parlé à Avignon au +cours du <span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle. L'influence du catalan y est prépondérante; on +y trouve également des vocables et des tournures qui sont encore +en usage dans le «patois local». Nous en donnons la traduction +aux pièces justificat., n<sup>o</sup> <span class="smcap">XIII</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_359" id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[359]</span></a> Jean Bureau était, en 1461, chambellan de Louis XI. Il avait +fait sous Charles VII toute la campagne de Guyenne (1452-1453). Il +mourut le 5 juillet 1463. Anselme, VII, p. 135.</p> + +<p><a name="Footnote_360" id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[360]</span></a> Monseigneur de Boucicaut. Il s'agit ici de Louis le Meingre, +chambellan de Louis XI et fils de Geoffroy, le même qui figure +dans l'acte de renonciation de 1468.</p> + +<p><a name="Footnote_361" id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[361]</span></a> Voy. pièces justificat., n<sup>o</sup> <span class="smcap">XIII</span> (traduction).</p> + +<p><a name="Footnote_362" id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[362]</span></a> Cette lettre ne figure pas aux pièces justificatives, ayant été +donnée par Charavay et Vaesen, <i>Lettres de Louis XI</i>, II, p. 21. +Arch. municip., B. 33, n<sup>o</sup> 45.</p> + +<p><a name="Footnote_363" id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[363]</span></a> Chambaud, <i>Recueil sur Avignon</i>, mss., I, fol. 402, 403.</p> + +<p><a name="Footnote_364" id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[364]</span></a> Legeay, <i>Hist. de Louis XI</i>, I, p. 370.</p> + +<p><a name="Footnote_365" id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[365]</span></a> Dom Vaissette, <i>Hist. du Languedoc</i>, XI<sup>2</sup>, p. 47. Voy. <i>Bulletin +historique et philologique</i>, année 1895, n<sup>os</sup> 1 et 2, pp. 392 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_366" id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[366]</span></a> Dom Vaissette, <i>Liv. cit.</i>, XI<sup>2</sup>, p. 55.—Voy. H. Sée, <i>op. cit.</i>, +p. 292.</p> + +<p><a name="Footnote_367" id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[367]</span></a> Origin. inédit. Donné à Castalno de Médoc, le 21 janvier +(1464). Louis XI était à Castelnau de Médoc le 19 janvier 1464. +<i>Lettres de Louis XI</i>, II, not. 1. Arch. municip., série A.A.—Voy. +pièc. justificat., n<sup>o</sup> <span class="smcap">XIV</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_368" id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[368]</span></a> Dom Vaissette, <i>Liv. cit.</i>, XI, p. 55. Le lieutenant du gouverneur +écrit au roi en mars 1464 pour lui dire qu'il a obéi à ses ordres.</p> + +<p><a name="Footnote_369" id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[369]</span></a> Lettre de Jehan de Foix au Roy, Voy. Dom Vaissette, <i>Nouv. +édit.</i>, XII, pp. 92, 93.</p> + +<p><a name="Footnote_370" id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[370]</span></a> Lettre inédite de Jean d'Armagnac aux consuls d'Avignon du +22 décembre 1464. Orig. Arch. municip., B. 95, n<sup>o</sup> 73. Voir aux +pièces justificat., n<sup>o</sup> <span class="smcap">XVII</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_371" id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[371]</span></a> Pierre de Foix, dit le jeune, né à Pau en 1449, évêque de Vannes, +élu le 17 mai 1475; cardinal de Saint-Sixte en 1476. Il mourut à +Rome le 10 août 1490.</p> + +<p><a name="Footnote_372" id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[372]</span></a> Orig. inédit, Arch. municip., B. 77, n<sup>o</sup> 87, Cott. P.P.P.P. Voy. +aux pièces justificat., n<sup>o</sup> <span class="smcap">XVI</span>.—Pour Arnaud de Mombardon, voy. +Anselme, II, p. 178.—Cf. Chambaud, mss., VII, fol. 17, et Massillan, +mss., X, fol. 42, v<sup>o</sup>.</p> + +<p><a name="Footnote_373" id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[373]</span></a> Mandat de 26 florins 6 gros pour vin et bois fournis au comte +de Comminges, mareschal de France, à l'occasion de son passage +et de celui du duc de Calabre: «hic adfuerunt de mense augusto +proxime præterito», 17 barrals de vin blanc, 18 florins 14 gros,—13 +barrals de vin rouge, 8 florins 16 gros,—2 charretées de bois, +3 florins, «pro domino duce Calabriæ et aliàs pro domino marescallo +franciæ et pro jucundo adventu eorum».—<i>Reg. des Conseils</i>, +III, fol. 128, <i>Comptes de la Ville</i>, Origin., C.C., Mandat du +7 mai 1465.</p> + +<p><a name="Footnote_374" id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[374]</span></a> Jean de Serres, I, p. 769.</p> + +<p><a name="Footnote_375" id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[375]</span></a> <i>Regist. des délibérat.</i>, Arch. municip., 1464.</p> + +<p><a name="Footnote_376" id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[376]</span></a> Lettre de Jehan de Comminges aux consuls, pièces justificat., +n<sup>o</sup> <span class="smcap">XVII</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_377" id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[377]</span></a> Dans l'ouvrage qu'il a consacré à ce personnage, qui a joué +sous Louis XI, Charles VII et Louis XII un rôle important comme +diplomate, M. de Reilhac (I, pp. 183, 184) dit simplement: «C'est +ici que se place une ambassade de Jean de Reillac à Rome et à +Milan. Il reste absent pendant les sept mois qui s'écoulent du +13 août 1464 au 13 mars suivant, époque où éclata la guerre du +Bien public.» M. de Reilhac ignore le motif de ce voyage à +Rome et pense que ce fut pour représenter Louis XI à l'installation +du nouveau pape, le cardinal Barbo, vénitien qui avait succédé, +sous le nom de Paul II, au pape Pie II, mort le 16 août 1464.—Jean +de Reilhac, dont la femme avait soin du ménage du roi (voy. +Charavay et Vaesen, <i>Lettres de Louis XI</i>, II, p. 56), fit ce voyage à +Rome, comme tant d'autres, à ses propres frais, «et fraya moult +sien, combien qu'il eust peu de bien du Roy». Arch. nat., X<sup>t</sup> a, +8317, fol. 239. (Cf. de Reilhac, I, pp. 183, 184).—Voy. pour Jean de +Reilhac, Pilot, <i>Catalog.</i>, 1439, p. 92 et not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_378" id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[378]</span></a> Jean de Lescun était fils d'Armand Guilhem de Lescun, seigneur +de Sarraziet dans les Landes, et d'Anne d'Armagnac-Thermes. +Il avait deux frères: 1<sup>o</sup> Garcias Arnaud de Lescun, +seigneur de Sarraziet, et 2<sup>o</sup> Jean de Lescun, plus connu sous le nom +de Bâtard d'Armagnac, comte de Comminges et gouverneur du +Dauphiné. Cette filiation est absolument prouvée par les documents +conservés aux Archives des Basses-Pyrénées, notamment +par un acte du 18 janvier 1454, dans lequel figurent les trois +frères.</p> + +<p>Jean de Lescun était protonotaire apostolique lorsqu'il fut élu +archevêque d'Auch, en 1453, après la démission de Philippe de +Lévis. Le comte d'Armagnac fit opposition à sa nomination et se +prononça en faveur de Philippe II de Lévis, évêque de Mirepoix. +Charles VII prit fait et cause pour ce dernier, et Jean de Lescun ne +put jouir de sa dignité qu'après la mort du roi, en 1462. L'avènement +de Louis XI à la couronne fut, pour l'archevêque d'Auch, le +commencement de nouvelles faveurs. Son frère, le Bâtard d'Armagnac, +venait d'être créé maréchal de France (3 août 1461) et richement +doté de terres et de pensions. Il est donc assez naturel que +la bienveillance du roi se reportât sur le frère de son favori. La +vie de l'archevêque d'Auch n'offre rien de particulier à signaler, si +ce n'est qu'il parvint à une extrême vieillesse, étant mort à l'âge de +112 ans, en 1483. Il fut enseveli dans l'abbaye de Gimont, au diocèse +d'Auch, où il décéda. Il est indifféremment désigné sous les +noms de <i>Lescun</i>, <i>Lescun-Armagnac</i>, <i>Armagnac</i> et <i>Bâtard d'Armagnac</i>. +Voy. à son sujet <i>Gallia Christiana</i>, I, p. 1000;—Dom Vaissette, +IX, p. 31;—Charavay et Vaesen, II, p. 280, III, pp. 58, 78;—Mathieu +d'Escouchy, II, p. 275, not. 3.—Anselme, <i>Hist. généalogique</i>, +VII, p. 95.</p> + +<p><a name="Footnote_379" id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[379]</span></a> Voy. chap. v, p. 128.</p> + +<p><a name="Footnote_380" id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[380]</span></a> Voy. Chambaud, <i>Rec. des Chartes</i>, mss., I, fol. 49, et <i>Rec. d'Avignon</i>, +I, p. 389, et Protocoles de Jacques Girard, notaire à Avignon, +côté Q.Q., fol. 21 et 23.</p> + +<p><a name="Footnote_381" id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[381]</span></a> Il est constamment appelé Johannes Aquensis in Vasconiâ. +Jean-Baptiste de Foix a été évêque de Dax de 1460 à 1471. A cette +époque il fut transféré à l'évêché de Comminges où il mourut en +1481. <i>Gallia Christiana</i>, édit. de 1870, t. I, 1055, 1104, 1105. Il était +parent du cardinal de Foix, et il est naturel qu'à ce titre il ait été +désigné par ce dernier comme un de ses exécuteurs testamentaires.—Jean +de Foix eut pour successeur à l'évêché de Dax Pierre de +Foix, le jeune, cardinal diacre (1471-1481). C'est sous l'épiscopat de +Jean de Foix que Louis XI fit son entrée à Dax dont il confirma les +privilèges.</p> + +<p><a name="Footnote_382" id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[382]</span></a> Voy. <i>Biographie du cardinal de Foix</i>, ch. v, pp. 141, 142.</p> + +<p><a name="Footnote_383" id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[383]</span></a> Dareste, <i>Hist. de France</i>, III, p. 213.</p> + +<p><a name="Footnote_384" id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[384]</span></a> C'est à tort qu'Anselme (voy. VII, p. 94) prétend que Jean +d'Armagnac ne porta ces titres qu'après 1464, puisque nous les +voyons figurer au bas de sa lettre.</p> + +<p><a name="Footnote_385" id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[385]</span></a> Ce magistrat avait une juridiction assez étendue. Nous le +voyons trancher un différend entre les habitants de Gap et les officiers +de l'évêque de cette ville. <i>Arch. des Bouches-du-Rhône</i>, B. +1215, série B. Voy. pour ce magistrat, Pilot, <i>Catalog.</i>, n<sup>o</sup> 914 et +<i>passim</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_386" id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[386]</span></a> Lettre de Jean de Comminges aux consuls, 22 décembre 1464. +Voy. pièces justificat., n<sup>o</sup> <span class="smcap">XVII</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_387" id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[387]</span></a> Lettre de Jean de Comminges aux consuls, 22 décembre 1464. +Voy. pièces justificat., n<sup>o</sup> <span class="smcap">XVII</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_388" id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[388]</span></a> Lettres closes signées Louis et Delaloëre. Arch. municip., B. 4, +cott. P-15, sans date.</p> + +<p><a name="Footnote_389" id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[389]</span></a> Arch. municip., série A.A., <i>Dossier des Ambassades</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_390" id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[390]</span></a> Instructions données à d'Ortigues, janvier 1465, série A.A., +<i>Dossier des Ambassades</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_391" id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[391]</span></a> Instructions données à d'Ortigues, <i>Dossier des Ambassades</i>, +série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_392" id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[392]</span></a> Original inédit du 26 janvier 1465. Arch. municip., B. 4, A.A., +25.—Délibérat. du 3 octobre 1464, <i>Regist. des Conseils</i>, III, fol. +132;—Délibérat. du 26 janvier 1465, <i>Regist. des Conseils</i>, III, fol. +137. La ville décidait d'envoyer au roi Antoine <i>Symonis</i>, docteur +en théologie de l'ordre des frères prêcheurs, ou le procureur des +Célestins d'Avignon, avec ordre de se rendre auprès de Sa Majesté, +et, après l'audience, d'aller à Rome pour rapporter à Sa +Sainteté tout ce que le roi aurait dit (III, fol. 138). Le même +ambassadeur était porteur d'une réponse de la ville au comte de +Comminges.</p> + +<p><a name="Footnote_393" id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[393]</span></a> Mas Latrie, <i>Chronologie</i>, p. 1382.—Cf. Nouguier, <i>Hist. des +Évêques d'Avignon</i>, pp. 178, 179, 180, donne la date 1438.</p> + +<p><a name="Footnote_394" id="Footnote_394" href="#FNanchor_394"><span class="label">[394]</span></a> Vast, <i>Le cardinal Bessarion</i>, p. 219.</p> + +<p><a name="Footnote_395" id="Footnote_395" href="#FNanchor_395"><span class="label">[395]</span></a> Voy. Charavay et Vaesen, <i>Lettres de Louis XI</i>, t. I, p. 114. +Louis dit de lui: «le cardinal d'Avignon qui en toutes choses et +mesmement en ceste-cy se montre si fort nostre ennemy». Il +assiste en 1456 à l'entrevue qui eut lieu entre le roi et les envoyés +du dauphin, Gabriel de Bernes et le prieur des Célestins venant +justifier le dauphin. Alain de Coëtivy représentait Charles VII. +De Beaucourt, VI, p. 86.—Il mourut à Rome le 22 juillet 1474.</p> + +<p><a name="Footnote_396" id="Footnote_396" href="#FNanchor_396"><span class="label">[396]</span></a> Le bref est du 14 janvier 1465; il fut donc écrit le jour avant +la seconde lettre de Louis XI aux consuls, mais il ne leur parvint +que postérieurement, alors que d'Ortigues n'avait pas encore quitté +Avignon. Quant à Antoine Symonis, en arrivant à Lyon, au retour +de son ambassade à la Cour, il reçut l'ordre de suspendre son +voyage à Rome et de rentrer à Avignon. <i>Reg. des Conseils</i>, III, +fol. 138.</p> + +<p><a name="Footnote_397" id="Footnote_397" href="#FNanchor_397"><span class="label">[397]</span></a> Bref du 14 janvier 1465.—Arch. départ., B. 4.</p> + +<p><a name="Footnote_398" id="Footnote_398" href="#FNanchor_398"><span class="label">[398]</span></a> Instructions de la ville à d'Ortigues envoyé à Rome (1464), +<i>Dossier des Ambassades</i>, série A.A. Délibérat. du Conseil du +26 janvier 1465; <i>Reg. des délibérat.</i>, III, fol. 138.</p> + +<p><a name="Footnote_399" id="Footnote_399" href="#FNanchor_399"><span class="label">[399]</span></a> Dans un acte du 16 décembre 1465, l'évêque de Narni s'intitule: +«<i>Rector Comitatus Venayssini et in Civitate Avenionensi pro +eodem domino nostro Papâ gubernator ac generalis locum +tenens</i>».—Cf. Chambaud, <i>Recueil mss. sur Avignon</i>, fol. 52;—Protocole +de Girard, notaire d'Avignon, fol. 214.</p> + +<p><a name="Footnote_400" id="Footnote_400" href="#FNanchor_400"><span class="label">[400]</span></a> Bref du 17 février 1465.—Arch. départ., B. 4.</p> + +<p><a name="Footnote_401" id="Footnote_401" href="#FNanchor_401"><span class="label">[401]</span></a> Protocole de Jacques Girard, notaire à Avignon, côté Q.Q., fol. +22, 23.</p> + +<p><a name="Footnote_402" id="Footnote_402" href="#FNanchor_402"><span class="label">[402]</span></a> Arch. municip., Délibérat. du Conseil du 4 mars 1465. fol. 141.</p> + +<p><a name="Footnote_403" id="Footnote_403" href="#FNanchor_403"><span class="label">[403]</span></a> Lettre origin. aux consuls, Arch. municip., série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_404" id="Footnote_404" href="#FNanchor_404"><span class="label">[404]</span></a> Constantin de Hérulis avait été nommé recteur du Comtat en +1460 (<i>Cottier, Hist. des Recteurs</i>, p. 133). Quelques historiens, notamment +Nouguier (<i>Hist. des Évêques d'Avignon</i>), font succéder +directement le cardinal de Bourbon à Pierre de Foix. Il y a là une +erreur grossière, démentie par les documents. On trouve, en effet, +aux comptes de la ville, année 1466-1467 (Comptes de la ville, C.C.) +un mandat de 500 florins à Constantin de Hérulis, vice-légat, pour +ses étrennes de la Noël. Enfin, c'est le même personnage qui, de +1464 à 1470, est chargé de régler les différends qui s'étaient produits +entre les officiers du roi et les habitants d'Avignon à propos de +la fraude du sel.—Voy. Arch. des Bouches-du-Rhône, <i>Reg. de la +Cour des Comptes</i>, B. 1200.</p> + +<p><a name="Footnote_405" id="Footnote_405" href="#FNanchor_405"><span class="label">[405]</span></a> Paul II avait succédé à Pie II le 31 août 1464.</p> + +<p><a name="Footnote_406" id="Footnote_406" href="#FNanchor_406"><span class="label">[406]</span></a> <i>Documents inédits de l'Histoire de France</i>, publiés par Champollion-Figeac, +II, p. 408.—L'auteur assigne cette date parce qu'il +est dit dans l'art. 3 que le royaume de France fut en conflagration +cette année-là (Ligue du bien public).—<i>Id.</i>, p. 406, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_407" id="Footnote_407" href="#FNanchor_407"><span class="label">[407]</span></a> <i>Documents inédits de l'Hist. de France</i>, Champollion-Figeac, +II, p. 408.</p> + +<p><a name="Footnote_408" id="Footnote_408" href="#FNanchor_408"><span class="label">[408]</span></a> Lettre de Louis XI aux consuls, V. <i>Lettres de Louis XI</i>, III, 98, +100.</p> + +<p><a name="Footnote_409" id="Footnote_409" href="#FNanchor_409"><span class="label">[409]</span></a> Cette lettre, tirée des Archives de Vaucluse, série A.A. commun, +n<sup>o</sup> 130, a été donnée par Charavay et Vaesen, III, pp. 98, 100. Elle +est datée de Mehun sur Loyre, le 10 octobre (1466?).</p> + +<p><a name="Footnote_410" id="Footnote_410" href="#FNanchor_410"><span class="label">[410]</span></a> Charles de Bourbon était né en 1435.—A peine âgé de 11 ans, +il fut promu à l'archevêché de Lyon par le pape Eugène IV, +et, en attendant l'âge canonique, il se contenta du titre de protonotaire +apostolique (Fisquet, <i>La France pontificale, Métropole de +Lyon</i>, p 366). Confirmé dans cette haute dignité ecclésiastique par +Eugène IV, le 14 novembre 1446, il prit possession de son siège le +26 mars 1447, par son vicaire Jean d'Amanzé, mais il ne commença +à exercer son ministère qu'en 1466. (<i>Gallia Christiana</i>, IV, 177, +179;—<i>Lettres de Louis XI</i>, III, p. 75). Il prit d'abord parti contre +Louis XI dans la guerre de la ligue du <i>Bien public</i>, puis se réconcilia +avec le roi. Sacré archevêque de Lyon en 1470 par l'archevêque +de Bourges, Jean Cuer, fils de Jacques Cuer, il fut parrain +du dauphin (le futur Charles VIII) et assista à l'entrevue de Pecquigny +(Aubéry, <i>Vie des Cardinaux</i>, p. 468), (<i>Chronique scandaleuse +de Jean de Troyes à l'an 1476</i>, p. 254).</p> + +<p>Charles de Bourbon fut nommé légat d'Avignon en septembre +1470 (<i>Le Musée des arch. nation.</i>, p. 290, n<sup>o</sup> 508, donne par erreur +1465). Promu évêque de Clermont, il prend possession de ce siège +par procureur le 10 mars 1476, et est créé cardinal du titre de Saint-Martin +des Montagnes, le 18 décembre 1476 (Aubéry, <i>id.</i>, p. 569;—Mas +Latries, p. 1208), dans la même promotion que Pierre de Foix +le jeune. Il mourut à Lyon le 17 décembre 1488 (<i>Gallia Christ.</i>, +IV, p., 179, Fisquet, <i>id.</i>, <i>Métropole de Lyon</i>, p. 371). Quoi qu'en +dise Louis XI, qui rappelle dans sa lettre «carissimo et amatissimo +cosino» (<i>Lettres de Louis XI</i>, III, p. 112), Charles de Bourbon +avait des mœurs peu édifiantes. Il laissa une fille naturelle. +Louis XI l'avait donné à Édouard IV comme confesseur, après +la paix de Pecquigny (1474) «comme celui qui l'absoudrait volontiers, +sachant bien que le cardinal était bon compagnon» (Commynes, +IV, chap. x).—Voy. pour Charles de Bourbon, Péricaud +aîné, <i>Rev. du Lyonnais</i>, IX-X, 1855, p. 37.—Cf. <i>Hist. de la +Maison de Bourbon</i>, par de La Mure, édit. Chantelauze, II, pp. 395 +et suiv.—Il est bon d'ajouter que ni de La Mure, ni Péricaud, ni +Chantelauze n'ont connu le rôle du cardinal de Bourbon comme +légat à Avignon.</p> + +<p><a name="Footnote_411" id="Footnote_411" href="#FNanchor_411"><span class="label">[411]</span></a> <i>Lettres de Louis XI</i>, III, pp. 98, 100.</p> + +<p><a name="Footnote_412" id="Footnote_412" href="#FNanchor_412"><span class="label">[412]</span></a> <i>Id.</i></p> + +<p><a name="Footnote_413" id="Footnote_413" href="#FNanchor_413"><span class="label">[413]</span></a> Biblioth. nat., mss. lat., 9071, fol. 35.</p> + +<p><a name="Footnote_414" id="Footnote_414" href="#FNanchor_414"><span class="label">[414]</span></a> Raynaldi, <i>Annales</i>, vol. XIX.—ann. 1466, 19 octobre, et Bibl. +nat. mss. lat., 9071, fol. 35.</p> + +<p><a name="Footnote_415" id="Footnote_415" href="#FNanchor_415"><span class="label">[415]</span></a> <i>Lettres de Louis XI au duc de Milan</i>, Charavay et Vaesen, III, +p. 243.</p> + +<p><a name="Footnote_416" id="Footnote_416" href="#FNanchor_416"><span class="label">[416]</span></a>Arch. municip., <i>Reg. des Conseils</i>, du 17 juin 1468, t. III, +fol. 200. Bonne de Savoie était soeur de Charlotte, reine de France. +Elle épousa, le 9 mai 1468, Galéas-Marie Sforza, fils de François +Sforza. Le mariage fut béni par le cardinal La Balue et en présence de +Charles de Bourbon. Voy. Duclos, <i>Hist. de Louis XI</i>, V;—Péricaud, +<i>Rev. du Lyonnais</i>, IX, X, p. 369;—<i>Lettres de Louis XI</i>, II, p. 222, +note.</p> + +<p><a name="Footnote_417" id="Footnote_417" href="#FNanchor_417"><span class="label">[417]</span></a> Escript en Avignon le pénultième jour de mars 1468.—Orig., +Biblioth. nat., ancien fonds franç., mss. n<sup>o</sup> 2896.</p> + +<p><a name="Footnote_418" id="Footnote_418" href="#FNanchor_418"><span class="label">[418]</span></a> Charavay et Vaesen, <i>Lettres de Louis XI</i>, IV, p. 25. Falco de +Sinnibaldi avait été envoyé comme légat en France, par une bulle +du pape Paul II, datée des kalendes de juin 1470.—Arch. vatic., +<i>Reg. Cur.</i> 540 (Paul II). Au moment de l'arrivée du légat, Louis XI, +gravement malade, faisait cadeau à Paul II d'un calice en or du +poids de 24 livres, qui devait être placé à Saint-Jean-de-Latran et +ne pouvait être aliéné (août 1470). <i>Reg. vatic. Cur.</i>, n<sup>o</sup> 540.</p> + +<p><a name="Footnote_419" id="Footnote_419" href="#FNanchor_419"><span class="label">[419]</span></a> Charavay, <i>Arch. des Miss. scientif. et littér.</i>, pp. 445 et suiv., +série III, vol. VII, année 1881.—«Ludovici Francorum regis juramentum +quod Carolus ejus consanguineus et a Pontifice avinionensis +legatus designatus justitiam administrabit et ad' S. S. bene placitum +in ea legatione manebit.»—Arch. vatic., <i>26 septembre 1470</i>, +et <i>Arm.</i> 35, 20, 4, p. 208, et 12 juin 1472, <i>Arm.</i> 35, 20, 8, pp. 416, 417.—«Litteræ +Ludovici Francorum Regis cum ejus Sigillo cereo in +quibus jurat se facturum quod Carolus Archiepiscopus Lugdunensis +Civitatis Avinionensis et Comitatus Legatus a Paulo II +constitutus fideliter legationem administraret illamque ad Pontificis +requisitionem dimittat.» <i>Arm.</i>, II. Cap. <span class="smcap">III</span>.—Arch. du +Château-Saint-Ange, <i>Indice chronologice</i> (394, 1539).</p> + +<p><a name="Footnote_420" id="Footnote_420" href="#FNanchor_420"><span class="label">[420]</span></a> <i>Collection Legrand</i>, XIV, fol. 228 et suiv.—Mss. Bibl. nat.—Cf. +Vast, <i>Le cardinal Bessarion</i>, p. 408.—Vaesen, <i>Lettres de Louis XI</i>, +V, p. 2, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_421" id="Footnote_421" href="#FNanchor_421"><span class="label">[421]</span></a> Copie d'après Fornéry, <i>Hist. ecclés.</i>, mss., <i>Preuves</i>, fol. 438.</p> + +<p><a name="Footnote_422" id="Footnote_422" href="#FNanchor_422"><span class="label">[422]</span></a> Fornéry, B. d'Avignon, mss. I, fol. 439 et v<sup>o</sup>, et Mss. de Carpentras, +fol. 830.</p> + +<p><a name="Footnote_423" id="Footnote_423" href="#FNanchor_423"><span class="label">[423]</span></a> «Cum pallatio omnibusque juribus et pertinentes suis assignabo +omnique tempore sub excommunicationis latæ sententiæ +atque parjurii pænis si contra fecero.» Datum Lugduni die +4 Mensis julii, Anni Domini 1472.—Cf. <i>Réponse aux Recherches +historiques concernant les droits des Papes</i>, par Agricol Moreau, +p. 129, n<sup>o</sup> X.</p> + +<p><a name="Footnote_424" id="Footnote_424" href="#FNanchor_424"><span class="label">[424]</span></a> Arch. municip., série A.A.—Lettre de Guillaume de Châlons +aux consuls, 7 octobre 1470.</p> + +<p><a name="Footnote_425" id="Footnote_425" href="#FNanchor_425"><span class="label">[425]</span></a> Comptes de la Ville, 1473, 1474. Mandats n<sup>o</sup> 88 et n<sup>o</sup> 96, série +C.C.</p> + +<p><a name="Footnote_426" id="Footnote_426" href="#FNanchor_426"><span class="label">[426]</span></a> Jean de Serres, <i>Liv. cit., passim</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_427" id="Footnote_427" href="#FNanchor_427"><span class="label">[427]</span></a> Nouguier, <i>Hist. chronolog. des évêques d'Avignon</i>, pp. 180, 181.</p> + +<p><a name="Footnote_428" id="Footnote_428" href="#FNanchor_428"><span class="label">[428]</span></a> Origin., Arch. municip., B. 36, n<sup>o</sup> 20.—Nouguier, <i>Liv. cit.</i>, +pp. 180 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_429" id="Footnote_429" href="#FNanchor_429"><span class="label">[429]</span></a> «Venerabilem fratrem nostrum Carolum archiepiscopum Lugdunensem +in nostris civitate Avenionensi et Comitatu Venayssino +ac in illis adjacentibus provinciis civitatibus et locis pro Romanâ +Ecclesiâ gubernatorem et vicarium dudum appellatum ab ejusdem +sibi commisso gubernationis et vicariatûs officio commissam +facultatem revocamus.» Massillian, <i>Rec. des Chartes</i>, vol. XXXI, +fol, 393 et seq., mss. Biblioth. Avignon.</p> + +<p><a name="Footnote_430" id="Footnote_430" href="#FNanchor_430"><span class="label">[430]</span></a> Legeay, <i>Hist. de Louis XI</i>, II, pp. 200, 181.—Cf. Cottier, <i>Hist. +des Recteurs</i>, 142, 143.—<i>Recueil des Ordonnances</i>, XVIII, p. 196, +not. C.—Duclos, <i>Hist. de Louis XI</i>, II, p. 227.</p> + +<p><a name="Footnote_431" id="Footnote_431" href="#FNanchor_431"><span class="label">[431]</span></a> Jules de la Rovère s'intitule dans un acte de 1476 «<i>Julianus +Sancti Petri ad Vincula Sacrosanctæ Ecclesiæ Romanæ presbyter +Cardinalis in Civitate Avenionensi et Comitatu Venayssino nonnullisque +aliis provinciis Civitatibus et locis ac terris illis adjacentibus +apostolicæ sedis legatus de latere</i>». Arch. municip,. B. 65, +n<sup>o</sup> 73, Cott. A.A.A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_432" id="Footnote_432" href="#FNanchor_432"><span class="label">[432]</span></a> Voy. notamment p. 359. <i>Cart. de l'Archevêché</i>, t. III, fol. 108.—<i>Rec. +mss.</i>, Massilian, fol. 66, v<sup>o</sup>.</p> + +<p><a name="Footnote_433" id="Footnote_433" href="#FNanchor_433"><span class="label">[433]</span></a> Pastor, <i>Hist. de la Papauté</i>, IV, pp. 296, 297.</p> + +<p><a name="Footnote_434" id="Footnote_434" href="#FNanchor_434"><span class="label">[434]</span></a> <i>Rec. des Ordonnances</i>, XVIII, p. 169.—Cf. Pastor, <i>Hist. de la +Papauté</i>, IV, pp. 290, 297.</p> + +<p><a name="Footnote_435" id="Footnote_435" href="#FNanchor_435"><span class="label">[435]</span></a> <i>Rec. des Ordonnances</i>, XVIII, p. 168.</p> + +<p><a name="Footnote_436" id="Footnote_436" href="#FNanchor_436"><span class="label">[436]</span></a> Pastor, <i>Liv. cit.</i>, IV, p. 296.</p> + +<p><a name="Footnote_437" id="Footnote_437" href="#FNanchor_437"><span class="label">[437]</span></a> Le P. Armand Jean, <i>Les Évêques et Archevêques de France</i>, +1682-1801; Paris, Picard, 1891, t. I, p. 49.</p> + +<p><a name="Footnote_438" id="Footnote_438" href="#FNanchor_438"><span class="label">[438]</span></a> Arch. municip., Rhône et Durance, A, Invent.</p> + +<p><a name="Footnote_439" id="Footnote_439" href="#FNanchor_439"><span class="label">[439]</span></a> <i>Notes chronolog. sur les villes, villages, paroisses, églises et +autres lieux du diocèse d'Avignon</i>, mss. de Massillian, t. I, Dom +Vaissette, XII<sup>2</sup>, p. 154.—Les évêques d'Avignon déléguaient généralement +un official forain chargé de régler les affaires ecclésiastiques +dans la partie de la province du Languedoc qui ressortissait +de l'archevêché d'Avignon. On trouve, en <i>1614</i>, un arrêt du +Parlement de Toulouse maintenant dans ses fonctions <i>Thomas +Duret</i>, qui en avait été chargé par l'archevêque d'Avignon, +Etienne Dulcis. Arch. de la Haute-Garonne, <i>Invent. Parlement</i>, +série B, 329.</p> + +<p><a name="Footnote_440" id="Footnote_440" href="#FNanchor_440"><span class="label">[440]</span></a> Lettres de Louis XI données à Thouars le 27 janvier 1481. Orig. +<i>Cartul. de l'Archevêché</i>, III, fol. 108.</p> + +<p><a name="Footnote_441" id="Footnote_441" href="#FNanchor_441"><span class="label">[441]</span></a> Il s'agissait des îles d'Argenton, de Flesche, du Mouton, de +Barusin, du Château-Sables, de la Barthelasse, du Contrat, <i>Invent.</i> +A. Rhône et Durance. A la suite de l'entrevue de Lyon, Louis XI +nomma une commission composée de l'archevêque de Vienne, de +Pierre Arivel, président du Parlement de Grenoble, et du Bâtard +de Comminges et Jean de Moncade, juge-mage, pour régler le différend, +juin 1476. Arch. municip., B. 70.</p> + +<p><a name="Footnote_442" id="Footnote_442" href="#FNanchor_442"><span class="label">[442]</span></a> Les Valperge ou Valpergue, d'origine lombarde (de Ropol +près Verceil) étaient coseigneurs de Caumont. Gabriel de Bernes, +seigneur de Ropol, réclamait à la ville 2,200 écus représentant le +fonds et les arrérages de la pension qui lui était due. Les consuls +ayant refusé de payer, les officiers royaux lancèrent des lettres de +représailles contre Avignon (juin 1475). Le 27 du même mois, la +ville s'acquitta d'une partie de la somme.—Cf. <i>Amplissima Collectio</i>, +II, pp. 1509, 1511.—Délib. du Conseil de ville du 21 juin +1475.</p> + +<p><a name="Footnote_443" id="Footnote_443" href="#FNanchor_443"><span class="label">[443]</span></a> Arch. municip., <i>Reg. des délibérat.</i>, 19 juin 1475.</p> + +<p><a name="Footnote_444" id="Footnote_444" href="#FNanchor_444"><span class="label">[444]</span></a> Dom Vaissette, XII<sup>2</sup>, <i>Preuves</i>, pp. 180, 181, 10 avril 1475.</p> + +<p><a name="Footnote_445" id="Footnote_445" href="#FNanchor_445"><span class="label">[445]</span></a> <i>Amplissima Collectio</i>, II, p. 1508.</p> + +<p><a name="Footnote_446" id="Footnote_446" href="#FNanchor_446"><span class="label">[446]</span></a> 9 décembre 1475. Arch. municip., B. 19, n<sup>o</sup> 17.—Les conflits +entre les rois de France et le pape à propos de la délimitation de +leurs droits sur les bords du Rhône durèrent plusieurs siècles et +donnèrent lieu à d'interminables procès. En 1430-1431, sous Eugène +IV, le cardinal de Saint-Eustache fut chargé de régler le +différend (Voy. Dom Vaissette, IX, pp. 1111, 1112);—Chambaud, +<i>Recueil sur Avignon</i> (mss. I, fol. 164, 165);—Ménard, <i>Hist. de +Nîmes</i>, III, pp. 179, 377, 378;—Massillian, XXII, fol. 57, v<sup>o</sup>.—Voy. +<i>Procès du Rhône</i>, mss., t. VI, fol. 150, 168, 169, 173.</p> + +<p>En 1430, un notaire royal ayant voulu instrumenter à Avignon, +reçut l'ordre de s'éloigner, et, détail curieux, il signa désormais +ses actes du milieu du lit du Rhône: <i>datum supra Rhodanum, in +quâdam barcâ ante turrim capitis pontis Villæ-novæ prope Avinionem</i>. +Voy. <i>Procès du Rhône</i>, t. VI, fol. 154. Charles VI, par acte +authentique de mars <i>1366</i>, avait reconnu au pape la possession du +lit du Rhône jusqu'à la chapelle de Saint-Nicolas (Arch. municip., +Orig., B. 68, n<sup>o</sup> 27), et lorsqu'il y avait des différends entre Avignonnais +et sujets royaux, le conservateur des privilèges apostoliques +devait se transporter à cette chapelle et y rendre ses jugements +(Voy. <i>Enquête sur le Rhône</i>, Arch. municip., B. 67, n<sup>o</sup> 108); +mais cette légitimité de possession du souverain pontife était très +fréquemment contestée, et le Parlement de Paris dut intervenir +pour trancher définitivement la question (Voy. Arch. nation., +X<sup>t</sup>a 8605, fol. 95, Ordonnance du 30 janvier 1443).</p> + +<p><a name="Footnote_447" id="Footnote_447" href="#FNanchor_447"><span class="label">[447]</span></a> On peut juger par un exemple de cette sévérité. En 1491 (septembre), +quelques habitants d'Avignon ayant démoli les degrés +d'une arche du pont (partie française), le maître des ports cita le +légat, les consuls et citoyens à comparaître devant le Parlement +de Toulouse qui, par arrêt du 7 septembre 1491, condamna lesdites +personnes à rétablir les degrés démolis et à payer au roi une +amende de 400 livres. Les Avignonnais en appelèrent à Charles +VIII qui, par lettres patentes, donna suspension de l'exécution +de l'arrêt. Le Parlement passa outre à l'ordre royal et décida que +l'arrêt serait exécuté. Arch. municip., B. 64, n<sup>o</sup> 36.</p> + +<p><a name="Footnote_448" id="Footnote_448" href="#FNanchor_448"><span class="label">[448]</span></a> Ce sont les raisons données par Legeay, <i>Hist. de Louis XI</i>, +II, p. 200.—Cf. abbé Christophe, <i>Hist. de la Papauté au XV<sup>e</sup> +siècle</i>, II, p. 248.</p> + +<p><a name="Footnote_449" id="Footnote_449" href="#FNanchor_449"><span class="label">[449]</span></a> Cottier, <i>Not. sur les Recteurs</i>, pp. 142, 143.—Cf. abbé Christophe, +<i>Hist. de la Papauté au XV<sup>e</sup> siècle</i>, II, p. 248.</p> + +<p><a name="Footnote_450" id="Footnote_450" href="#FNanchor_450"><span class="label">[450]</span></a> La charte communale de 1411 avait posé le principe du renouvellement +annuel des conseillers par moitié; mais divers faits +montrent que dans la pratique et depuis nombre d'années on ne se +conformait pas aux prescriptions de cette charte, puisqu'il est +question de la subrogation de certains citoyens à des conseillers +qui étaient morts dans leurs fonctions. Le légat ne faisait donc que +demander le retour à la légalité. Le 21 avril 1476, Sixte IV approuve +l'élection de deux conseillers à la place de deux qui étaient morts.</p> + +<p><a name="Footnote_451" id="Footnote_451" href="#FNanchor_451"><span class="label">[451]</span></a> <i>Amplissima Collectio</i>, II, p. 1514, <i>Epistol.</i> <span class="smcap">LXXX</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_452" id="Footnote_452" href="#FNanchor_452"><span class="label">[452]</span></a> <i>Reg. somm. des délibérat.</i>, décembre 1475.</p> + +<p><a name="Footnote_453" id="Footnote_453" href="#FNanchor_453"><span class="label">[453]</span></a> <i>Reg. somm. des délibérat.</i>, janvier 1476.</p> + +<p><a name="Footnote_454" id="Footnote_454" href="#FNanchor_454"><span class="label">[454]</span></a> <i>Reg. des délibérat. du Conseil</i>, 1476.—Arch. muicip., <i>Invent</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_455" id="Footnote_455" href="#FNanchor_455"><span class="label">[455]</span></a> Arch. municip., <i>Invent</i>. imprimé.</p> + +<p><a name="Footnote_456" id="Footnote_456" href="#FNanchor_456"><span class="label">[456]</span></a> Pastor, <i>Hist. de la Papauté</i>, IV, p. 298.</p> + +<p><a name="Footnote_457" id="Footnote_457" href="#FNanchor_457"><span class="label">[457]</span></a> <i>Id.</i>, IV, p. 298.</p> + +<p><a name="Footnote_458" id="Footnote_458" href="#FNanchor_458"><span class="label">[458]</span></a> <i>Id.</i>, IV, pp. 296, 297. Pastor fait remarquer avec raison que +cette mission si importante de Jules de la Rovère en France est +ignorée de la plupart de ses biographes, notamment de <i>Brosch</i> +(IV, p. 298). Pour la première fois, grâce aux Registres du Conseil +de la ville d'Avignon, nous avons pu reconstituer le rôle et les +agissements de Jules de la Rovère (de mars à septembre 1476) dans +les affaires d'Avignon.</p> + +<p><a name="Footnote_459" id="Footnote_459" href="#FNanchor_459"><span class="label">[459]</span></a> <i>Reg. des délibérat. du Conseil</i>, 1475-1476.</p> + +<p><a name="Footnote_460" id="Footnote_460" href="#FNanchor_460"><span class="label">[460]</span></a> La tour appelée aujourd'hui «Trouillas».</p> + +<p><a name="Footnote_461" id="Footnote_461" href="#FNanchor_461"><span class="label">[461]</span></a> Arch. municip., <i>Reg. des délibérat</i>. (avril 1476).</p> + +<p><a name="Footnote_462" id="Footnote_462" href="#FNanchor_462"><span class="label">[462]</span></a> Pierre II de Bourbon-Beaujeu était le frère de Charles, archevêque +de Lyon, et gendre de Louis XI. Voy. Delachesnaye des +Bois, III, p. 476;—Anselme, I, p. 315.</p> + +<p><a name="Footnote_463" id="Footnote_463" href="#FNanchor_463"><span class="label">[463]</span></a> Belleforest, II, p. 126.</p> + +<p><a name="Footnote_464" id="Footnote_464" href="#FNanchor_464"><span class="label">[464]</span></a> Commines, <i>Édit. Chantelauze</i>, V, c. i, p. 306, et V, c. ii, p. 311.—Cf. +Muller, <i>Hist. des Suisses</i>, X, p. 127;—Raynald, <i>Annal. +ecclésiast.</i>, 1476, §§ 1, 3;—César de Nostredame, <i>Hist. de Provence</i>, +VI, p. 640; Sismondi, <i>Hist. des Français</i>, XIV, p. 476.</p> + +<p><a name="Footnote_465" id="Footnote_465" href="#FNanchor_465"><span class="label">[465]</span></a> Ménard, <i>Hist. de Nîmes</i>, III, p. 253.—Ménard, <i>Preuves</i>, III, +p. 328. «A noble homme Guisarnaut de Gaube par mandement du +Roy nostre Sire, en faisant mettre sus gens de guerre, assembler +et mettre sus aussy porter vivres de plusieurs contrées du dit +diocèse au dit lieu de Villeneuve-les-Avignon pour secourir à +l'armée que le Roy nostre dit seigneur y avoit envoyée contre ceux +d'Avignon au moys d'avril passé, etc. LXXVIII, livr. tournois.»</p> + +<p>«A Monseigneur Messire Philippe Gervais au moys d'avril dernier +passé par plusieurs journées à fere assembler et porter +vivres et artillerie de plusieurs lieux et contrées du dit diocèse +aux gens de guerre pour lors de par le dit seigneur envoyez à +Villeneuve-lès-Avignon contre ceulx d'Avignon. X livres.» +<i>Preuves</i>, III. p. 328.</p> + +<p><a name="Footnote_466" id="Footnote_466" href="#FNanchor_466"><span class="label">[466]</span></a> Toute cette artillerie fut reconduite vers Lyon le 4 mai 1476. +<i>Comptes de la Ville</i>, C.C., 1476.</p> + +<p><a name="Footnote_467" id="Footnote_467" href="#FNanchor_467"><span class="label">[467]</span></a> <i>Lettres patent. de Louis XI</i>, Origin., Arch. de l'Isère, du 4 septembre +1476, série B.</p> + +<p><a name="Footnote_468" id="Footnote_468" href="#FNanchor_468"><span class="label">[468]</span></a> Fantoni, <i>Liv. cit.</i>, p. 345.—Cottier, <i>Notes sur les Recteurs</i>, +pp. 142, 143.—Cf. Morenas, <i>Lettr. histor.</i>, p. 12.—Charpenne, I, +préface.—Cf. notamment Pastor (IV, p. 297) qu'on est étonné de +voir partager cette opinion fausse.</p> + +<p><a name="Footnote_469" id="Footnote_469" href="#FNanchor_469"><span class="label">[469]</span></a> Arch. de l'Isère, <i>Titres du Comtat Venaissin</i>, série B.—Voy. +Pilot. <i>Catalog. des Actes du roi Louis XI</i>, II, p. 248, n<sup>o</sup> 1667.—Tours, +4 septembre 1476.</p> + +<p><a name="Footnote_470" id="Footnote_470" href="#FNanchor_470"><span class="label">[470]</span></a> Délibérat. du 17 avril 1476, <i>Reg. des Conseils</i>, IV.</p> + +<p><a name="Footnote_471" id="Footnote_471" href="#FNanchor_471"><span class="label">[471]</span></a> Le petit palais, dont il est souvent question, était la résidence +des évêques d'Avignon, après que les papes et, après eux, leurs +légats se furent établis dans le grand palais, ou palais des papes +actuel. Il fut reconstruit par Jules de la Rovère sur le même emplacement +et sert aujourd'hui de petit séminaire. Le Rhône coulait +sous les fenêtres du palais.</p> + +<p><a name="Footnote_472" id="Footnote_472" href="#FNanchor_472"><span class="label">[472]</span></a> <i>Lettres de Louis XI</i>, Docum. cité.—Arch. de l'Isère, série B.</p> + +<p><a name="Footnote_473" id="Footnote_473" href="#FNanchor_473"><span class="label">[473]</span></a> <i>Lettres de Louis XI</i>, Docum. cité.</p> + +<p><a name="Footnote_474" id="Footnote_474" href="#FNanchor_474"><span class="label">[474]</span></a> Avril 1476.</p> + +<p><a name="Footnote_475" id="Footnote_475" href="#FNanchor_475"><span class="label">[475]</span></a> Louis XI fait certainement allusion à l'obligation que la ville +avait contractée vis-à-vis du seigneur de Ropol, Louis de Valspergues, +représentant de Michel et de Jean de Valspergues, coseigneurs +de Caumont, à qui il était dû une somme assez forte par +la ville (soit 3,000 écus) et par un citoyen, Allemand de Pazzis, +qui avait fait faillite. Louis XI avait écrit aux consuls pour réclamer +le paiement de cette dette en faveur de Louis de Valspergues.</p> + +<p><a name="Footnote_476" id="Footnote_476" href="#FNanchor_476"><span class="label">[476]</span></a> Comptes de la Ville où se trouve le détail de la dépense, n<sup>o</sup> 283 +du Compte de 1476.</p> + +<p><a name="Footnote_477" id="Footnote_477" href="#FNanchor_477"><span class="label">[477]</span></a> Comptes de la ville, annexe du 58<sup>e</sup> mandat. Comptes de 1477, +1478.</p> + +<p><a name="Footnote_478" id="Footnote_478" href="#FNanchor_478"><span class="label">[478]</span></a> 26 juin 1477. Mandat de 16 florins à Albergas Basilic, marchand +d'Avignon, pour neuf couleuvrines qu'il avait vendues à la ville +sous le consulat de Thomas Busaffi. Arch. municip., Comptes, +C.C., Mandat n<sup>o</sup> 101, 1477, 1478.</p> + +<p><a name="Footnote_479" id="Footnote_479" href="#FNanchor_479"><span class="label">[479]</span></a> <i>Reg. des délibérat.</i>, du 1<sup>er</sup> mai 1476.</p> + +<p><a name="Footnote_480" id="Footnote_480" href="#FNanchor_480"><span class="label">[480]</span></a> «Item quant es vengut au bruch del siège del Palais, les +consols en la compaignie de Messires Anthony Symon me doneron +charge ambe «certans» compaignons de guarda los passaiges +au pres de la torre de Troulhas la hout ieu ay demorat xiiii ou +xv jours et jor et nuyt. Et oltre los malo jors et malas nuytz enay +aquestat la mala gracia de monsegnor de Lyon comme tout lo +mont sap.» <i>Comptes de la Ville</i>, C.C., n<sup>o</sup> 283.</p> + +<p>C'est à cette occasion qu'il y eut quelques escarmouches entre +les assiégés et les soldats placés par la ville autour du palais. Il +n'est parlé que de blessures légères, du reste. Le 14 mai 1478, les +consuls payèrent un mandat de 3 florins à Antoine Massebon +«pro vulnere illato et facto per illos de magno palacio, tempore +guerre domini Lugdunensis.» G. G., n<sup>o</sup> 405. Il n'y eut donc pas à +proprement parler de siège du palais en avril-mai 1476, mais seulement +quelques arquebusades échangées sans grand dommage.</p> + +<p><a name="Footnote_481" id="Footnote_481" href="#FNanchor_481"><span class="label">[481]</span></a> Lecoy de la Marche, <i>Le Roi René</i>, II, p. 359.</p> + +<p><a name="Footnote_482" id="Footnote_482" href="#FNanchor_482"><span class="label">[482]</span></a> Legeay, II, p. 200.</p> + +<p><a name="Footnote_483" id="Footnote_483" href="#FNanchor_483"><span class="label">[483]</span></a> Instrument relatant un contrat passé entre Jehan de Foix, +seigneur de Maille, pour le roi Louis XI, et Edouard de Messiaco, +abbé de l'Isle-Barbe, lieutenant de Charles de Bourbon. Arch. +municip., B.77, Origin. parchemin.</p> + +<p><a name="Footnote_484" id="Footnote_484" href="#FNanchor_484"><span class="label">[484]</span></a> Commines, V, II, p. 311.—Cf. Lecoy de la Marche, I, 412, 413.</p> + +<p><a name="Footnote_485" id="Footnote_485" href="#FNanchor_485"><span class="label">[485]</span></a> Lecoy de la Marche, I, p. 554.</p> + +<p><a name="Footnote_486" id="Footnote_486" href="#FNanchor_486"><span class="label">[486]</span></a> Aubéry, <i>Vie des Cardinaux</i>, p. 469. Pendant les mois qui précèdent, +Jules de la Rovère recevait de Sixte IV, son oncle, une +pension de 104 ducats d'or par mois (mars-mai 1476). Arch. vat., +<i>Reg.</i> 492.</p> + +<p>Le 11 juin 1476, une somme de 40 florins d'or est payée par le +trésorier de la Chambre apostolique à Christophe de Bergame, +<i>maître coureur</i>, qui est envoyé auprès du légat Jules de la Rovère +avec les brefs. Arch. vat., <i>Reg.</i> 493, fol. <span class="smcap">CLXXXD</span>, etc.</p> + +<p><a name="Footnote_487" id="Footnote_487" href="#FNanchor_487"><span class="label">[487]</span></a> Chambaud, <i>Ann.</i>, mss., fol. 390.</p> + +<p><a name="Footnote_488" id="Footnote_488" href="#FNanchor_488"><span class="label">[488]</span></a> Copie en latin de la lettre du 18 juin 1486. Arch. municip., +série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_489" id="Footnote_489" href="#FNanchor_489"><span class="label">[489]</span></a> Lettre de Jules de la Rovère aux consuls de Lyon, 18 juin 1476.</p> + +<p><a name="Footnote_490" id="Footnote_490" href="#FNanchor_490"><span class="label">[490]</span></a> Voici la formule du serment en latin: «Forma juramenti. +Juraverunt Guillelmus Ricii, Franciscus Peruzzi, Antonius +Urtice, Antonius de Damianis oratores, Regi clarissimo, in manibus +domini vice cancellarii, presentibus reverendissimo domino +Lugdunensi et domino admirato, quod in civitate Avinionensi +nullum recipient exercitum inimicorum prefati clarissimi regis +qui possit nocere persone nec statui ipsius clarissimi Regis. +Inimici autem declarati sunt dux Burgundie, Rex Ferdinandus, +rex Aragonum et Rex Yspaine, filius ipsius regis Aragonum, hoc +mediante quod prefati domini admiratus et vice cancellarius, +nomine prefati clarissimi domini Regis, promiserunt etiam civitatem +Avinionis conservare ab omnibus oppositionibus, illamque +defendere contra omnes emulos Sanctissimi domini nostri Pape +et civitatis predicte ac inimicos eorumdem et ita facere firmaverunt +Simile juramentum prestabunt consules et consiliarii dicte +civitatis et literas illius expedient in forma patento sub sigillo +dicte civitatis quas ad primum mandabunt reverendissimo domino.» +Arch. de la ville, série A.A.</p> + +<p><a name="Footnote_491" id="Footnote_491" href="#FNanchor_491"><span class="label">[491]</span></a> Lettre des Avignonnais à Monseigneur du Bouchage, 30 janvier +1479, Origin., B. nation., <i>Anc. fonds franç.</i>, mss., n<sup>o</sup> 2896, fol. +90.—Cf. Bernard de Mandrot, pp. 320, 321.</p> + +<p><a name="Footnote_492" id="Footnote_492" href="#FNanchor_492"><span class="label">[492]</span></a> Lecoy de la Marche, <i>Liv. cit.</i>, I, pp. 412, 413.</p> + +<p><a name="Footnote_493" id="Footnote_493" href="#FNanchor_493"><span class="label">[493]</span></a> «Alii scribunt quod Renatus rex dùm esset Lugduni, Ludovicum +regem nepoti suo Carolo substituit, substitutionem suam +scripsit litteris miro picturæ artificio azureo colore conspicuam.» +<i>Historia Cælestinorum.</i>, mss., Bibl. Avignon, t. I, fol. 697.</p> + +<p><a name="Footnote_494" id="Footnote_494" href="#FNanchor_494"><span class="label">[494]</span></a> Mathieu, <i>Hist. de Louis XI</i>, p. 345;—Legeay, <i>Hist. de Louis XI</i>, +p. 204.</p> + +<p><a name="Footnote_495" id="Footnote_495" href="#FNanchor_495"><span class="label">[495]</span></a> Lecoy de la Marche, II, p. 483.</p> + +<p><a name="Footnote_496" id="Footnote_496" href="#FNanchor_496"><span class="label">[496]</span></a> Bibl. nation., <i>Ancien fonds franç.</i>, n<sup>o</sup> 3882, fol. 209;—<i>Musée des +arch. nation.</i>, p. 286.</p> + +<p><a name="Footnote_497" id="Footnote_497" href="#FNanchor_497"><span class="label">[497]</span></a> Bibl. nation., <i>Ancien fonds franç.</i>, mss. 294;—<i>Catalog.</i>, I, +p. 538.</p> + +<p><a name="Footnote_498" id="Footnote_498" href="#FNanchor_498"><span class="label">[498]</span></a> Extrait des minutes de Jean Robini, notaire (Lettres vidimées +le 13 juin 1485). Voy. aux pièc. justificat., n<sup>o</sup> <span class="smcap">XXI</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_499" id="Footnote_499" href="#FNanchor_499"><span class="label">[499]</span></a> De Mauldes, <i>Collect. des Docum. inédits; Les Procédures politiques +sous Louis XII</i>, pp. 926, 929.</p> + +<p><a name="Footnote_500" id="Footnote_500" href="#FNanchor_500"><span class="label">[500]</span></a> Donné à Lyon sur le Rosne, le <span class="smcap">XXI</span><sup>e</sup> jour de juing 1476. Orig. +Arch. municip., B. 64, n<sup>o</sup> 44, Cott. V.V.</p> + +<p><a name="Footnote_501" id="Footnote_501" href="#FNanchor_501"><span class="label">[501]</span></a> Bibl. nation. <i>Invent.</i>, III, 3882, fol. 16.</p> + +<p><a name="Footnote_502" id="Footnote_502" href="#FNanchor_502"><span class="label">[502]</span></a> 21 juin 1476, à Lyon. On trouve des lettres ayant le même +objet du 7 février 1470 (B. 65) et de janvier 1474 (B. 65) et de Selles +en Poitou du 20 avril 1469 (B. 64).</p> + +<p><a name="Footnote_503" id="Footnote_503" href="#FNanchor_503"><span class="label">[503]</span></a> <i>Reg. des délibérat. du Conseil</i>, 19 mai 1479.</p> + +<p><a name="Footnote_504" id="Footnote_504" href="#FNanchor_504"><span class="label">[504]</span></a> On peut en juger par l'affolement de la ville sous Henri IV, +lorsque Montmorency, gouverneur du Languedoc, en réponse aux +mesures de rigueur du vice-légat, avait fait fermer le passage du +côté de la rive droite. Voy, Barbier de Xivrey, VII, p. 117, <i>Lettres +de Henri IV</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_505" id="Footnote_505" href="#FNanchor_505"><span class="label">[505]</span></a> Arch. municip., Origin.;—<i>Bullar. Avinion.</i></p> + +<p><a name="Footnote_506" id="Footnote_506" href="#FNanchor_506"><span class="label">[506]</span></a> C'est au-dessous de cette chapelle que dès le <span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> siècle fut +installée la douane chargée de plomber les étoffes de soie sortant +d'Avignon.</p> + +<p><a name="Footnote_507" id="Footnote_507" href="#FNanchor_507"><span class="label">[507]</span></a> <i>Annal. d'Avignon</i>, mss. Chambaud, fol. 173.</p> + +<p><a name="Footnote_508" id="Footnote_508" href="#FNanchor_508"><span class="label">[508]</span></a> <i>Rec. des Ordonnances</i>, XVIII, pp. 197 et suiv.</p> + +<p><a name="Footnote_509" id="Footnote_509" href="#FNanchor_509"><span class="label">[509]</span></a> Il y a également d'autres lettres de Louis XI pour le même +objet du 21 juin 1476. Arch. municip., B. 68.</p> + +<p><a name="Footnote_510" id="Footnote_510" href="#FNanchor_510"><span class="label">[510]</span></a> Voy. René de Mas Latrie, <i>Les droits de marques et de représailles +au moyen âge</i>, Bibl. de l'École des Chartes, 27<sup>e</sup> ann., +6<sup>e</sup> série, t. II, 1865, p. 541.</p> + +<p><a name="Footnote_511" id="Footnote_511" href="#FNanchor_511"><span class="label">[511]</span></a> Arch. municip., B. 51, n<sup>o</sup> 64.</p> + +<p><a name="Footnote_512" id="Footnote_512" href="#FNanchor_512"><span class="label">[512]</span></a> <i>Id.</i>, B. 50. Voy. X<sup>ta</sup> 8605, Arch. nat., pièces justificat.</p> + +<p><a name="Footnote_513" id="Footnote_513" href="#FNanchor_513"><span class="label">[513]</span></a> <i>Id.</i>, B. 50.</p> + +<p><a name="Footnote_514" id="Footnote_514" href="#FNanchor_514"><span class="label">[514]</span></a> Origin., Arch. municip., B. 50.—Ces lettres furent enregistrées +par le Parlement de Grenoble le 15 juin 1479. Arch. départ. de +l'Isère, <i>Reg.</i>, Cott. I, fol. 326. <i>Invent. de la Chambre des Comptes.</i> +Voy. Pilot, <i>Catalog.</i>, 1665, p. 247, 21 juin 1476.—<i>Id.</i> II, n<sup>os</sup> 1747-1748, +p. 291. De Montargis, 8 mai 1479.</p> + +<p><a name="Footnote_515" id="Footnote_515" href="#FNanchor_515"><span class="label">[515]</span></a> Marguerite d'Anjou libérée au traité de Pecquigny, 1475.</p> + +<p><a name="Footnote_516" id="Footnote_516" href="#FNanchor_516"><span class="label">[516]</span></a> Mathieu, <i>Hist. de Louis XI</i>, p. 345. «Avant que de partir contenta +le Roy des asseurances qu'il desirait pour adjuster la Provence +à la couronne.»</p> + +<p><a name="Footnote_517" id="Footnote_517" href="#FNanchor_517"><span class="label">[517]</span></a> <i>Reg. des délibérat. du Conseil</i>, 1476.</p> + +<p><a name="Footnote_518" id="Footnote_518" href="#FNanchor_518"><span class="label">[518]</span></a> Pastor, <i>Hist. de la Papauté</i>, IV, p. 297 et note 6.</p> + +<p><a name="Footnote_519" id="Footnote_519" href="#FNanchor_519"><span class="label">[519]</span></a> «Fecistis enim quod decuit et quod de vobis sperabamus. +Perseverate igitur, vos hortamur in dies magis, ex quo nos et +sedem ipsam semper fieri poterit, in rebus vestris propitios +sentietis.» Datum Rheate, XVII, octobre 1476. Arch. municip. +Origin., B. 50.</p> + +<p><a name="Footnote_520" id="Footnote_520" href="#FNanchor_520"><span class="label">[520]</span></a> Guillaume Pazzi se réfugia à Lyon où il y avait déjà beaucoup +de Florentins établis à demeure. D'autres Florentins plus ou moins +compromis vinrent les y rejoindre. Voy. Perricaud, <i>Rev. du Lyonnais</i>, +1855, IX, X, p. 457.</p> + +<p><a name="Footnote_521" id="Footnote_521" href="#FNanchor_521"><span class="label">[521]</span></a> Chambaud, <i>Hist. d'Avignon</i>, mss., III, fol. 149. Fantoni, <i>op. +citat.</i>, p. 344.</p> + +<p><a name="Footnote_522" id="Footnote_522" href="#FNanchor_522"><span class="label">[522]</span></a> Desjardins, <i>Nég. avec la Tosc.</i>, V, chap. <span class="smcap">II</span>, 69.</p> + +<p><a name="Footnote_523" id="Footnote_523" href="#FNanchor_523"><span class="label">[523]</span></a> On trouve <i>Gorland</i>, <i>Guerland</i>, <i>Guerlands</i>.</p> + +<p><a name="Footnote_524" id="Footnote_524" href="#FNanchor_524"><span class="label">[524]</span></a> Lettre de Louis XI au Maistre des Ports, Bastard de Comminges; +pièc. justificat., XIX.</p> + +<p><a name="Footnote_525" id="Footnote_525" href="#FNanchor_525"><span class="label">[525]</span></a> Lettre des Avignonnais à Monseigneur du Bouchage.—Cf. +<i>Imbert de Batarnay</i>, par Bernard de Mandrot, p. 320.—Imbert +de Batarnay, seigneur du Bouchage, conseiller des rois Louis XI, +Charles VIII, Louis XII et François I<sup>er</sup>. C'est ce personnage qui +fait l'objet du livre de M. Bernard de Mandrot, Paris, 1886, in-f<sup>o</sup>.—Voy. +pour ce personnage, Pilot, <i>Catalog.</i>, 1290, p. 4, not. 3.</p> + +<p><a name="Footnote_526" id="Footnote_526" href="#FNanchor_526"><span class="label">[526]</span></a> Lettre inédite, Origin., B. nat., fonds français, mss., n<sup>o</sup> 2896, +fol. 90.—Cette lettre ayant été donnée par M. Bernard de Mandrot +(Voy. Imbert de Batarnay, pp. 320, 321), nous n'avons pas cru +devoir en reproduire le texte aux pièces justificatives.</p> + +<p><a name="Footnote_527" id="Footnote_527" href="#FNanchor_527"><span class="label">[527]</span></a> Arch. municip., Origin., B. 31.—Les Florentins ne purent +occuper d'emploi public que par bulle de Sixte IV du 10 mars 1484. +Ils en avaient été exclus en 1478.</p> + +<p><a name="Footnote_528" id="Footnote_528" href="#FNanchor_528"><span class="label">[528]</span></a> Lettre de Bézégat aux consuls d'Avignon, du 9 février 1479. +Voy. pièces justificat., n<sup>o</sup> XX.—Cf. Huillard-Breholles, <i>Rev. des +Soc. sav.</i>, 1861, p. 314.</p> + +<p><a name="Footnote_529" id="Footnote_529" href="#FNanchor_529"><span class="label">[529]</span></a> Dareste, <i>Hist. de France</i>, III, pp. 298, 299.—Cf. Huillard-Breholles, +Louis XI protecteur de la Confédération italienne, <i>Rev. des +Soc. sav.</i>, 1861, 2<sup>e</sup> série, p. 317.</p> + +<p><a name="Footnote_530" id="Footnote_530" href="#FNanchor_530"><span class="label">[530]</span></a> Lettre de Baptiste Bézégat aux consuls, 7 février 1479. Pièces +justificat., XX.</p> + +<p><a name="Footnote_531" id="Footnote_531" href="#FNanchor_531"><span class="label">[531]</span></a> En janvier 1479 une ambassade composée de Guy d'Arpajon et +d'Antoine de Morlbon, premier président au Parlement de Toulouse, +envoyée par le roi auprès de Sixte IV dans un but pacifique, +échoua dans sa mission. La paix ne fut définitive qu'en +décembre 1482.—Cf. H. Bréholles, <i>Rev. des Soc. sav.</i>, 1861, p. 331.</p> + +<p><a name="Footnote_532" id="Footnote_532" href="#FNanchor_532"><span class="label">[532]</span></a> Le Bastard de Comminges, maître des ports de Languedoc, +figure parmi les commissaires royaux chargés (en 1476, juin) de +régler les différends au sujet des limites du Rhône. Voy. Arch. +municip., <i>Invent.</i>, B. 70, n<sup>o</sup> 2351.</p> + +<p><a name="Footnote_533" id="Footnote_533" href="#FNanchor_533"><span class="label">[533]</span></a> Louis XI au Bastard de Comminges, 7 février 1479. Orig. inéd., +Arch. municip., série A.A., pièc. justificat., XIX.</p> + +<p><a name="Footnote_534" id="Footnote_534" href="#FNanchor_534"><span class="label">[534]</span></a> Mandat de 27 florins 1/2 à Thomas de Sarrachino «pro custodia +dicti portalis (Saint-Lazare) pro timore guerce Bernardi de +Gorlans». Arch., Comptes C.C., ann. 1479, mandat n<sup>o</sup> 76.</p> + +<p><a name="Footnote_535" id="Footnote_535" href="#FNanchor_535"><span class="label">[535]</span></a> Arch. de l'Isère, <i>Reg.</i>, Cott. I, fol. 320. L'arrêt de l'Enregistrement +est du 15 juin suivant. <i>Invent. de la Chambre des +Comptes.</i>—Pilot, <i>Catalog.</i>, II, p. 291, n<sup>o</sup> 1749—M. de Mandrot +(<i>Imbert de Batarnay</i>, p. 320) place par erreur en 1483 cette ambassade +qui est bien, nous en avons la preuve, en 1479. Voy. Pilot, +<i>Catalog.</i>, II, p. 292, not. 1.</p> + +<p><a name="Footnote_536" id="Footnote_536" href="#FNanchor_536"><span class="label">[536]</span></a> Achard, <i>Rec. sur Avignon</i>, mss., vol. I, A.D.—La famille de +Cambis, d'origine florentine, s'était fixée à Avignon vers 1448, dans +la personne de Luc de Cambis, qui avait épousé Marie Pazzi de la +famille ennemie implacable des Médicis. Voy. Barjavel, <i>Diction. +biograp.</i>, I, p. 333.</p> + +<p><a name="Footnote_537" id="Footnote_537" href="#FNanchor_537"><span class="label">[537]</span></a> On trouve un Gaucher de Tinteville ou d'Inteville mentionné +dans les mémoires de Philippe de Commines (1495, p. 199); un +Pierre de Tinteville chargé d'une mission par Louis XI auprès des +habitants de Troyes (2 juin 1465). Voy. Anselme, VIII, 719—Cf. +<i>Lettres de Louis XI</i>, II, p. 313.—Les archives de l'Aube font +mention (liasse G, 831) d'un mandement de Charles VII du 12 août +1437, où il est question des habitants de Saint-Lyé, maltraités par +des gens de guerre envoyés par <i>Jean de Dinteville</i>, menés au +château de Payns et rançonnés. Il nous paraît difficile d'admettre +que ce soit le même personnage dont il est parlé ici, mais il paraît +probable qu'il s'agit de la même famille. Voy. pour un autre Dinteville +(<i>Catalog. des actes de François I<sup>er</sup></i>, 4 décembre 1516-28 +novembre 1520).</p> + +<p><a name="Footnote_538" id="Footnote_538" href="#FNanchor_538"><span class="label">[538]</span></a> 15 octobre 1482. Arch. municip., B. 51, n<sup>o</sup> 52.</p> + +<p><a name="Footnote_539" id="Footnote_539" href="#FNanchor_539"><span class="label">[539]</span></a> Détail des dépenses d'artillerie «pro honore et utilitate ac deffensione +dicte civitatis». Comptes du 12 octobre 1480-82, mandat +n<sup>o</sup> 14, et détail des dépenses faites pour les gens d'armes, 6<sup>e</sup> mandat, +1481-82.</p> + +<p><a name="Footnote_540" id="Footnote_540" href="#FNanchor_540"><span class="label">[540]</span></a> En 1481, le même <i>Tinteville</i> fut fustigé à Carpentras, Arch. +municip., B.B. 98.</p> + +<p><a name="Footnote_541" id="Footnote_541" href="#FNanchor_541"><span class="label">[541]</span></a> Comptes de la ville, G.G., 1481, 1482.—Le 26 septembre 1481 +fut fait mandat de deux écus d'or au coin du roi à Guillaume +Anequin, un des courriers de l'hôtel de ville, pour les donner à +Petit-Jean envoyé du roi de France, qui avait apporté de sa part +des lettres à la ville au sujet de Jean de Tinteville, détenu dans le +palais apostolique.—Comptes de la ville, mandat n<sup>o</sup> 59.</p> + +<p><a name="Footnote_542" id="Footnote_542" href="#FNanchor_542"><span class="label">[542]</span></a> Lettr. origin. inédit. du 7 septembre 1481. Pièces justificat., +n<sup>o</sup> <span class="smcap">XXI</span>.</p> + +<p><a name="Footnote_543" id="Footnote_543" href="#FNanchor_543"><span class="label">[543]</span></a> Comptes de la ville, ann. 1481, mandat n<sup>o</sup> 293.</p> + +<p><a name="Footnote_544" id="Footnote_544" href="#FNanchor_544"><span class="label">[544]</span></a> Jean de Loqueto était descendu à l'hôtellerie de la Fleur de Lys +où la ville paya toutes ses dépenses. Ann. 1481, mandat n<sup>o</sup> 105.</p> + +<p><a name="Footnote_545" id="Footnote_545" href="#FNanchor_545"><span class="label">[545]</span></a> Donné à Montilz-les-Tours le pénultième de janvier 1483. +Arch. municip., B, 19, n<sup>os</sup> 23 et 24.</p> + +<p><a name="Footnote_546" id="Footnote_546" href="#FNanchor_546"><span class="label">[546]</span></a> Arch. municip., B. 19, n<sup>o</sup> 30.</p> + +<p><a name="Footnote_547" id="Footnote_547" href="#FNanchor_547"><span class="label">[547]</span></a> <i>Id.</i>, B. 19, n<sup>o</sup> 29.—Voy. <i>Lo Libre de la guerra de Tinteville</i>, +n<sup>o</sup> 261 du Compte de 1483. Le 14 février 1484, la ville fait payer +153 florins à Gaspar de <i>Sarrachano</i>, pour la solde de 9 hommes +qui avaient gardé le château de Mornas pour voir si Tinteville et +ses compagnons descendaient par la vallée du Rhône pour surprendre +Avignon, mandat n<sup>o</sup> 168.</p> + +<p><a name="Footnote_548" id="Footnote_548" href="#FNanchor_548"><span class="label">[548]</span></a> Comptes de la ville, C.C., 1483-1484, mandat n<sup>o</sup> 110.</p> + +<p><a name="Footnote_549" id="Footnote_549" href="#FNanchor_549"><span class="label">[549]</span></a> Arch. municip., B. 69, n<sup>o</sup> 16 (copie).</p> + +<p><a name="Footnote_550" id="Footnote_550" href="#FNanchor_550"><span class="label">[550]</span></a> Charles VI avait accordé ce privilège aux Célestins du royaume, +26 septembre 1413, et Charles VII le 15 février 1461 (<i>Rec. des +Ordonnances</i>, XV, p. 325). François I<sup>er</sup> les confirme à nouveau, +8 janvier 1517, <i>Catalog. des actes de François I<sup>er</sup></i>, I, p. 133.</p> + +<p>C'étaient:</p> + +<p>La Chartreuse du Val de Bénédiction, à Villeneuve-lès-Avignon;<br /> +Le Chapitre de Notre-Dame des Doms, à Avignon;<br /> +La Collégiale de Notre-Dame de Villeneuve;<br /> +La Collégiale de Saint-Didier, à Avignon;<br /> +La Collégiale de Saint-Pierre, à Avignon;<br /> +La Collégiale de Saint-Agricol, à Avignon;<br /> +Les Couvents des Célestins d'Avignon et de Gentilly;<br /> +La Chartreuse de Bonpas;<br /> +La Commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem, à Avignon;<br /> +Le Couvent des Jacobins d'Avignon;<br /> +Les Couvents de Sainte-Catherine, Saint-Laurens et Saint-Véran d'Avignon;<br /> +Le Couvent de Sainte-Madeleine, à Carpentras;<br /> +Les Administrateurs et les Frères de l'Hôpital Saint-Benoît d'Avignon;<br /> +Les Orphelins de l'Aumône, à Avignon;<br /> +Les Orphelins de la petite Fusterie;<br /> +Les Seigneurs de Montfort et d'Aiguières;<br /> +Pierre de Sade, Thomas Busaffi et Tronchin, escuyer.<br /> +Arch. municip., B. 69, n<sup>o</sup> 16.</p> + +<p><a name="Footnote_551" id="Footnote_551" href="#FNanchor_551"><span class="label">[551]</span></a> Les rois de France avaient de tout temps à Avignon des agents +pour la gabelle du sel.</p> + +<p><a name="Footnote_552" id="Footnote_552" href="#FNanchor_552"><span class="label">[552]</span></a> Donné à Tours le..... jour d'avril 1480, avant Pâques. Arch. +municip,, B. 63, n<sup>o</sup> 19, Cott. T., Origin.—Cf. Pilot, <i>Catalog.</i>, II, +1754 <i>bis</i>, p. 295.</p> + +<p><a name="Footnote_553" id="Footnote_553" href="#FNanchor_553"><span class="label">[553]</span></a> Ambassades de Bernard de Codertio, 1<sup>er</sup> septembre 1481.</p> + +<p><a name="Footnote_554" id="Footnote_554" href="#FNanchor_554"><span class="label">[554]</span></a> Cette franchise avait déjà été accordée aux Avignonnais par +Charles VII, novembre 1432.</p> + +<p><a name="Footnote_555" id="Footnote_555" href="#FNanchor_555"><span class="label">[555]</span></a> Arch. municip., Origin., B. 47, n<sup>o</sup> 7, Cott. G.</p> +<hr class="c5" /> +</div></div> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Louis XI, by R. Rey + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LOUIS XI *** + +***** This file should be named 37678-h.htm or 37678-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/7/6/7/37678/ + +Produced by Hélène de Mink and the Online Distributed +Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..2d7a2d0 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #37678 (https://www.gutenberg.org/ebooks/37678) |
