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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: September 15, 2011 [EBook #37428]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3646, 11 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
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+
+L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913
+
+
+
+LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
+
+Ce numéro contient deux suppléments:
+
+1° L'Illustration Théâtrale avec deux pièces: LES PHARES SOUBIGOU, de M.
+Tristan Bernard, et DOZULÉ, de M. André Picard;
+
+2° Le 7e fascicule d'UN DOUBLE AMOUR, par Claude Ferval.
+
+Prix de ce Numéro: Un Franc. SAMEDI 11 JANVIER 1913 71e Année.--N° 3646.
+
+
+
+UNE ATTITUDE DE CONQUÉRANT
+
+[Illustration: Le tsar des Bulgares, marquant sa part de la Macédoine,
+gravit les ruines de la forteresse de Kavala, l'antique Néopolis de
+Philippe et d'Alexandre. _Phot. G. Woltz.--Droits réservés. Voir
+l'article, page 22._]
+
+
+
+NOS SUPPLÉMENTS
+
+THÉÂTRE
+
+_Le prochain numéro de_ L'Illustration _contiendra_:
+Faust, de GOETHE,
+_traduction et adaptation, en trois parties,_
+_de_ M. EMILE VEDEL _(Odéon)._
+
+_Paraîtront ensuite:_
+
+Bagatelle
+_de_ M. PAUL HERVIEU _(Comédie-Française);_
+
+Kismet
+_de_ M. EDWARD KNOBLAUCH,
+_texte français de_ M. JULES LEMAITRE
+_(Théâtre Sarah-Bernhardt, direction Lucien Guitry);_
+
+La Prise de Berg-op-Zoom
+_de_ M. SACHA GUITRY _(Vaudeville);_
+
+Les Flambeaux
+_de_ M. HENRY BATAILLE _(Porte-Saint-Martin);_
+
+La Femme seule
+_de_ M. BRIEUX _(Gymnase);_
+
+L'Homme qui assassina
+_de_ M. PIERRE FRONDAIE,
+_d'après le roman de_ M. CLAUDE FARRÈRE
+_(Théâtre Antoine, direction Gémier);_
+
+L'habit vert
+_de_ MM. ROBERT DE FLERS ET G.-A. DE CAILLEVET
+_(Variété)._
+
+ROMAN
+
+ _Après une nouvelle série de Récits de Guerre, du général Bruneau
+(récits d'Algérie cette fois, et qui comprendront aussi des récits de
+chasse), nous commencerons, le 1er mars, la publication d'une importante
+oeuvre inédite de_ M. MARCEL PRÉVOST:
+
+Les Anges gardiens.
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+LE COSTUME
+
+C'est un mot à moitié mort, que l'on ne dit guère qu'au passé... Il
+n'est plus d'aujourd'hui. Et pourtant... Le costume!... Aussitôt voilà
+des soies, des satins, des velours, de la dentelle et du fer. Vous
+palpez des tissus et vous remuez des couleurs... Vous ramassez des
+pourpoints ballants et vous secouez des jupes vides. Ah! le joli mot,
+puissant et avantageux, de prompte élégance, qui pare, pince à la taille
+et plaque si bien! Quand on le prononce, on regarde sa manche. Il donne
+le même plaisir qu'à enfiler une culotte dont la craquante étoffe se
+casse et chatoie comme il faut, dont la boucle d'acier brille et pique
+au coin du jarret. Le costume! et l'on se redresse avec le regret de ne
+plus avoir à le porter! Le costume! et l'on se toise dans la glace, en
+face et de côté, par-dessus l'épaule. Le costume! et le bras s'arrondit,
+la jambe se tend, le pied se cambre en se faisant plus étroit, plus
+long, et plus pointu. Le costume! et l'on se sent tout de suite agile ou
+imposant, souple, aimable, ou aimé, plus jeune et plus fier... Le
+costume! il vous monte du courage, de l'esprit, de l'arrogance... l'air
+est tout rafraîchi par des souffles de plumes et des passages de
+chapeaux... Les traînes balaient le parquet... Les épées barrent les
+hanches... Le mollet triomphe, et les talons sont hauts, de maroquin
+blanc, ou de laque rouge. Le costume... et c'est la cour et la ville,
+les carrosses, les grands chevaux, la chaise à porteurs, les laquais...
+et les femmes diaprées, en tenue de bal éternel, et les tableaux fameux,
+et les galas et les batailles, et les mariages royaux, les fêtes
+populaires, et c'est toute l'histoire... que peint d'un coup, dans une
+fresque immense et d'alerte bigarrure, ce vieux mot fringant et français
+de costume!
+
+Après quoi, quand il a bien produit son effet, il retombe dans une
+flasque tristesse, avec la nonchalance d'un manteau quitté, retenu,
+avant de choir, par le bras du fauteuil.
+
+ *
+ * *
+
+Tel nous apparaît-il, de temps à autre, quand les circonstances le
+mettent par hasard sous nos yeux, à notre époque où il n'est plus
+question que de «vêtement» et «d'habit». Or un vêtement n'a rien de
+commun avec un costume. C'en est l'antipode. Le costume nous est rappelé
+et rendu seulement par l'art. Il n'existe à présent que dans les musées,
+sur la toile où les peintres en sont demeurés les tailleurs prestigieux,
+les immortels couturiers. Là, nous nous repaissons de ce luxe oublié, de
+ces somptuosités ordonnées et choisies qui recouvraient et atténuaient
+les ennuis journaliers des hommes d'autrefois, qui ornaient leurs joies
+en les étourdissant. On devait--si galamment et brillamment traité par
+les rares tissus--se comporter avec plus d'entrain, aimer et se battre
+mieux, vivre dans une expansion plus large et plus reconnaissante. Un
+costume était un bain de velours tiède où l'on restait plongé, d'où l'on
+ne sortait que pour se jeter dans celui du lit, des draps et du sommeil.
+Un costume était un autre «soi-même» que l'on pouvait créer et composer
+à son image et à sa ressemblance, aux couleurs de son esprit, à la
+marque et aux galons de son coeur, à la façon de son désir, à la nuance
+de son rêve, à la livrée de toute sa personne... C'était un ami, un
+confident, un valet qui vous désignait franchement, de loin, par sa
+coupe, les détails et l'originalité de sa tournure, qui vous faisait
+reconnaître à cent pas, qui vous signait et vous obligeait comme une
+noblesse extérieure. C'était votre ombre, lumineuse, qui, réfugiée en
+vous, et s'y confondant, était cependant toujours prête à s'en écarter
+pour aller répéter sur la toiture, la muraille ou le sol, votre
+silhouette magnifique, vos gestes exaltés, déclamer la prestance exquise
+et incomparable de votre personnage. Qui de nous n'a fréquemment soupiré
+devant un tableau de Porbus ou de Vélasquez, de Largillière ou de Van
+Loo, de n'être pas en état de fournir aux pinceaux de ce temps une aussi
+vaniteuse matière, un modèle aussi opulent? Et cette désolation
+s'accroît encore, lorsque, au cours des battues et des chasses que nous
+risquons dans les broussailles du passé, il nous arrive de rencontrer le
+costume... le vrai costume lui-même, surprenant, émouvant, inouï, et
+nous donnant--frais encore ou ravagé--par la vue incomplète de ce qu'il
+est, l'image en pied de ce qu'il fut. Ah! l'habit Louis XV, tombé en
+avant, culbuté d'amour, comme s'il avait été percé d'un coup d'épée, et
+renversé sur le dos d'une bergère, dans le magasin plein des débris et
+de la poussière d'autrefois!... La robe à fleurs d'une marquise,
+accrochée par le cou à la clef d'une porte vitrée! Les culottes à raies
+bleues et roses que l'on tire à genoux avec effort, en les arrachant, du
+tiroir bourré de la commode!... Les gilets aux aisselles rousses, les
+corsets rompus où ne bat plus rien, le soulier glissé d'un pied
+fondant... les bas qui pendent comme une peau morte,... les gants aux
+doigts mous, les gants sans mains... les chapeaux sans tête,... que tout
+cela parle et nous fait souvenir des jours, qu'avant d'être nés à
+nouveau, nous avons vécus! Ces loques sont aussi impressionnantes que
+des portraits. Elles ont enveloppé des corps, accoutré des âmes, dont
+elles ne sont plus que les suaires frivoles. Elles ont gardé les plis de
+l'habitude et des passions, les plis imposés qui en s'accusant sont
+devenus leurs rides. Elles survivent aux anciens vivants qui les
+occupaient, leur donnaient l'air d'être quelque chose, les
+remplissaient, les animaient, les fatiguaient, les ont menées partout,
+dont il ne reste plus rien, car elles durent souvent plus que les os qui
+en étaient l'armature apparente, la fragile solidité. N'est-il pas dès
+lors coupable et d'un cruel manque de sensibilité artistique et humaine
+de les abandonner, de se détourner d'elles, de dédaigner le méritoires
+effort qu'elles font pour résister aux morsures de la destruction et se
+prolonger plus que des cadavres? Quand ils viennent s'échouer dans nos
+mains qui leur en rappellent d'autres, pensez que toujours les vieux
+costumes du temps passé nous demandent la vie, la seule qu'il nous soit
+possible de leur accorder, une vie de repos, de collection et de musée.
+
+ *
+ * *
+
+Le musée du costume!... On en parlait depuis des années. Il était
+toujours sur le point de se faire et ne se faisait jamais, en dépit de
+l'obstiné dévouement que mettaient à le préparer et à le construire, à
+travers tous les obstacles, ses parrains désignés et naturels, le
+peintre Leloir et le dessinateur Vallet, et beaucoup d'autres artistes
+acharnés, comme ces deux vaillants, à la réussite de l'idée. Et voici
+que tout à coup, grâce à la généreuse décision testamentaire de
+Detaille, le beau projet est virtuellement réalisé. Nous aurons un musée
+du costume. Bien mieux, nous en aurons deux, qui, quoique séparés et
+distincts, se complétant et s'achevant l'un par l'autre, n'en feront
+qu'un, pour la joie instructive de tous ceux qui en seront les visiteurs
+assidus et familiers. L'État aura le musée Detaille, musée du costume
+militaire, et la Ville de Paris, le musée du costume civil, tous les
+deux sous la direction d'une même pensée artistique et éducatrice. Et
+vraiment il était incroyable, quand presque toutes les capitales
+d'Europe ont leur rétrospective de la parure, que nous n'eussions pas
+même un modeste local affecté à l'histoire documentaire de notre
+habillement. Les beaux vieux habits de soie, les robes à paniers ne
+savaient plus depuis des centaines d'années où se mettre. Elles
+n'avaient pendant longtemps trouvé asile que chez les peintres et les
+costumiers de théâtre. Mais bientôt ceux-ci eux-mêmes les méprisèrent,
+comme inutiles ou hors d'usage. Les pauvres hardes, éclatantes ou
+fanées, s'en furent alors chez l'antiquaire qui avait grand'peine à les
+placer, qui ne consentait à les admettre dans son bric-à-brac que parce
+qu'elles faisaient, jetées çà et là, un joli effet de pittoresque
+décoratif... Et puis, quand la mode vint peu à peu de les acheter, ce ne
+fut que pour les détruire, pour en recouvrir des fauteuils, en employer
+l'étoffe à la confection de mille objets, pour les coupasser et les
+déshonorer dans ces innombrables petits massacres que l'on appelle «des
+travaux de dames». Ils finissaient donc, ils allaient disparaître,...
+quand le bon Detaille et son ami Maurice Leloir leur ouvrirent ensemble
+et toute grande la porte des hôtels et des salons hospitaliers où ils
+vont enfin, dans des décors d'époque, cesser d'être dépaysés et se
+retrouver entre eux, en bonne compagnie... ayant de quoi parler, disant
+tout bas les choses qu'ils ont vues, auxquelles ils ont participé et
+qu'hélas! nous ne saurons jamais. Si nous pouvions connaître seulement
+le quart de ce qui leur est arrivé, nous serions fous...
+
+HENRI LAVEDAN.
+_(Reproduction et traduction réservées.)_
+
+
+
+[Illustration: M. ANTONIN DUBOST. M. PAUL DESCHANEL.
+AVANT LE CONGRÈS.--Les présidents du Sénat et de la Chambre des députés.]
+
+LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE
+
+Un décret présidentiel signé mardi dernier, 7 janvier, en conseil des
+ministres, a définitivement fixé au 17 courant la réunion du Sénat et de
+la Chambre des députés en Assemblée nationale, afin de procéder à
+l'élection du président de la République.
+
+Aucune candidature nouvelle n'a officiellement surgi depuis que M.
+Raymond Poincaré et M. Alexandre Ribot ont si courageusement fait
+connaître leur résolution de se présenter aux suffrages du Congrès, se
+jetant, de propos délibéré, en proie aux polémiques inévitables. Mais,
+comme nous l'indiquions en présentant, la semaine dernière, ces deux
+candidats nettement déclarés, ils auront des concurrents: il est
+certain, dès à présent, comme nous l'avons dit, que M. Antonin Dubost,
+président du Sénat, et M. Paul Deschanel, président de la Chambre,
+seront avec eux sur les rangs. Toutefois, l'un comme l'autre, sollicités
+de faire connaître leurs intentions à cet égard, se sont défendus de
+faire aux journalistes aucune confidence. M. Paul Deschanel, soumis à la
+réélection comme président de la Chambre à la rentrée, le 14 janvier, a
+estimé que les convenances, un sentiment de déférence vis-à-vis de ses
+collègues, lui interdisaient «de porter ses regards au delà de cette
+date». Pour les mêmes raisons M. Antonin Dubost déclare vouloir observer
+pareille attitude. Et cette réserve s'explique parfaitement. Entre la
+réunion des Chambres et celle de l'Assemblée nationale auront lieu,
+d'ailleurs, maints conciliabule, parlementaires d'où peut surgir plus
+d'une candidature encore.
+
+
+
+LA CEINTURE DE PARIS APRÈS LA DÉMOLITION DES FORTIFICATIONS: DEUX
+EXEMPLES
+
+[Illustration: A L'OUEST, ENTRE LA PORTE DES TERNES ET LA PORTE DE
+COURCELLES.--Sur la largeur des fortifications (environ 130 mètres),
+dont le fossé sera remblayé au niveau des boulevards extérieurs actuels,
+s'élèveraient, le long de voies larges et aérées, des immeubles qui,
+dans le quartier représenté ici après sa transformation, offriraient
+tout le confort moderne. Au delà, la bande de 250 mètres de largeur qui
+constitue la zone militaire serait convertie intégralement en parcs et
+terrains de jeux et formerait, autour de Paris, une ceinture d'espaces
+libres de 35 kilomètres et de plus de 500 hectares.]
+
+[Illustration: A L'EST, ENTRE LES PORTES DE MONTREUIL ET DE
+BAGNOLET.--Dans certains quartiers, comme celui-ci, la Ville imposerait
+aux acquéreurs des terrains des fortifications l'obligation de
+construire des cottages ouvriers entourés de jardins.--_D'après le
+projet de M. Louis Dausset, président du Conseil municipal.--Voir
+l'article, page 32._]
+
+
+
+LES GRECS DEVANT JANINA
+
+Sans y attribuer le même prix, peut-être, qu'ils attachent à la
+conservation d'Andrinople, les Turcs tiennent fermement à garder aussi
+Janina, que les Grecs ne convoitent pas moins ardemment Et la lutte
+autour de cette place forte se poursuit avec un acharnement égal de part
+et d'autre. Notre collaborateur, M. Jean Leune, continue d'en suivre
+les phases, partageant toujours avec Mme Jean Leune les fatigues comme
+les sentiments des assiégeants, toujours pleins de foi patriotique et
+débordants de _furia_ dans l'action. Et sa sympathie, son admiration
+pour ses compagnons d'armes, on peut bien employer ce mot, n'ont point
+faibli.
+
+Il apparaît bien, toutefois, dans ses dernières lettres, que Janina est
+une proie plus difficile à saisir qu'on ne l'avait cru au premier abord,
+puisque l'entrain, la résolution, la vaillance des soldats hellènes
+sont, jusqu'à présent, et depuis un grand mois, tenus en échec par des
+forces supérieures en nombre sans doute, mais animées d'une conviction
+pareille et d'un courage égal.
+
+Quoi qu'il en soit, cette lutte prolongée nous vaut, de M. Jean Leune,
+d'excellentes photographies, commentées par d'intéressantes notes que
+nous allons résumer ici.
+
+Le cadre demeure le même, à Philippias, au Hani Imin Aga ou à
+Pentepigadia (les Cinq-Fontaines). C'est un pays abrupt dont la rudesse,
+elle seule, constitue aux assiégés une solide défense, et, d'autre part,
+dans plus d'un cas, les gêne, car la configuration de ce terrain
+montagneux, en tout sens hérissé de crêtes, creusé de ravins, permet à
+leurs adversaires d'abriter parfaitement leurs batteries.
+
+Mais aussi, pour les Grecs, quelles difficultés, quand il s'agit
+d'établir des canons sur l'une quelconque de ces collines escarpées!
+
+Ils ont trouvé un emplacement admirable, en avant d'Imin Aga: «Pour en
+permettre l'accès, écrit notre correspondant, le génie a dû, sous la
+pluie, dans la boue, tailler à flanc de coteaux un chemin en zigzags,
+d'un mètre, au plus, de large. Avec des poutres et des planches, on
+avait fait une série de solides brancards. Puis on a démonté, les uns
+après les autres, canons et caissons, et l'on a lié leurs parties
+séparées, pièce, affût, frein pneumatique, etc., sur les brancards, que
+sapeurs et canonniers ont ensuite placés sur leurs épaules. Il avait plu
+toute la nuit. Le chemin de fortune établi par le génie était couvert
+d'une boue gluante, où la moindre glissade d'un seul devenait périlleuse
+pour l'équipe entière. Il fallait marcher à pas lents, rythmés à la
+cadence que marquait un sous-officier.
+
+» Pour porter le seul canon, vingt hommes étaient nécessaires; pour une
+roue, deux; et deux autres pour un demi-bouclier. Le transport des
+munitions s'effectua à raison de deux obus par homme. Et il y avait 2
+kilomètres à parcourir ainsi. Tous allaient gaiement, montrant toujours
+leur inaltérable belle humeur. Là-haut, les pièces remontées étaient
+remises en batterie à la corde, avec le même allant.» Après quoi, les
+duels d'artillerie se poursuivent, sans autres interruptions que celles
+que nécessitent d'aussi difficiles manoeuvres. A de certains moments,
+c'est jour et nuit qu'on se bat, et l'on va dans un fracas d'enfer, où
+la voix grave des grosses pièces soutient en basse les crépitements de
+la fusillade, qui fait comme des pizzicati, et le ronflement mécanique
+des mitrailleuses. Pour ceux qui vivent ces journées, le spectacle du
+coup de canon doit commencer à devenir banal. Il donne de bien curieux
+clichés: au départ, à la gueule de la pièce, un petit nuage blanc, qui,
+en un dixième de seconde, se dissipe, dissous dans l'air. Et puis le
+bruit fusant du projectile, qui disparaît bientôt derrière la crête la
+plus prochaine.
+
+A l'arrivée--et c'est sur les obus ennemis qu'on peut le mieux
+l'observer--une boule de vapeur, soyeuse, jolie comme un éclat de fusée,
+et la pluie des balles répandues par le shrapnell, ou encore un nuage de
+poussière.
+
+A ces visions désormais monotones, banales, une diversion de temps à
+autre: un aviateur part en reconnaissance. C'est un événement.
+
+Un beau jour, le lieutenant Montoussis prend son vol, de Nicopolis, sur
+son Maurice-Farman, et, d'un élan, gagne l'altitude de 1.600 mètres. Or,
+les forts de Pisani, qu'il doit survoler, sont à 800 mètres. Il peut
+donc voir et repérer admirablement l'emplacement des ouvrages.
+Seulement, il se trouve aussi à bonne portée, et les Turcs ne manquent
+pas de diriger sur lui un feu nourri. Il riposte en lançant quatre
+bombes qui--on l'apprendra plus tard de prisonniers--causent de graves
+dommages. En revanche, une balle atteint l'un des montants de son
+appareil. Ce n'était rien, et peu après, le vaillant aviateur
+atterrissait sur un minuscule terrain, tout bosselé, près d'Imin Aga,
+était accueilli par le général Sapoundsakis qui l'emmenait en hâte dans
+son automobile, afin de recueillir de sa bouche les renseignements qu'il
+rapportait. Car désormais, adieu, pour tout de bon, «le cheval blanc que
+César éperonne», et c'est d'une confortable limousine que le commandant
+en chef d'une armée bien organisée préside à la victoire.
+
+[Illustration: Un moderne héros grec: le lieutenant aviateur Montoussis,
+après un vol au-dessus de Pisani.]
+
+A quelques jours de là, le lieutenant Montoussis renouvelait le même
+exploit et s'en retournait reconnaître les positions turques devant
+Janina. Cette fois, c'étaient des obus qui le saluaient au passage. Il
+fut près de sa perte. Un shrapnell éclatant au-dessus de sa tête creva
+en plusieurs points les ailes de l'appareil et blessa légèrement le
+pilote à la main. Enfin, voici, pour finir, des visions non moins
+glorieuses et plus émouvantes encore, quelque chose comme le revers
+d'une sévère médaille: «Sous la pluie battante, des blessés sont amenés
+de la ligne de feu, étendus sur des brancards que portent avec
+infiniment de peine et de précautions des soldats dont la boue glissante
+fait la lourde marche très dangereuse. Ils vont cependant une heure,
+deux heures durant, par les sentiers rocailleux ou la plaine inondée
+coupée de ruisseaux. Et les blessés, sous la couverture qui les couvre
+tout entiers laissent à peine échapper de temps à autre: «O Panagia
+mou!» (O Vierge sainte!)
+
+»Un evsone très grièvement blessé, qu'on transportait ainsi, s'est tout
+à l'heure évanoui. Dès qu'il s'en aperçut, un des brancardiers lui fit
+avaler du cognac et le fit revenir à lui. «Merci, » petit frère, dit
+l'evsone d'une voix douce. J'ai 10 lepta (10 centimes) dans ma poche,
+prends-les pour le cognac!...»
+
+»...Des blessés ainsi arrivent toujours... Aussitôt pansés, on les
+évacue sur Philippias, dans des voitures à deux roues, sur des petits
+chevaux, sur les camions automobiles ou dans les automobiles mêmes de
+l'état-major. L'horrible spectacle que le rassemblement, au bord de la
+route, de toutes ces misères, de toutes ces souffrances, de ces hommes,
+hier encore joyeux, pleins de vie et d'entrain, aujourd'hui brisés,
+mutilés, couverts de sang, se traînant encore, ou étendus sur des
+brancards! Pas une plainte, cependant, ne s'échappe de leurs lèvres. A
+peine des crispations de leurs mâles visages trahissent leur
+souffrance...
+
+» Quelques-uns meurent en chemin, ou dans les ambulances provisoires.
+Alors, des camarades, des frères, s'en vont non loin, dans un champ,
+creuser une fosse. On y couche la triste dépouille. Puis, bien vite, de
+la terre la recouvre. Une croix et des pierres sur le petit monticule...
+et c'est tout. Cela dure quelques minutes poignantes. Un héros obscur
+dort là, maintenant, pour toujours, après avoir rempli son devoir...
+«Pour la patrie!»... Et, quand l'armée aura quitté ces bords, que la
+paix sera revenue sourire sur ce pays aujourd'hui saccagé, le soldat, au
+fond de son étroite couche, demeurera tout seul, oublié, inconnu de ceux
+qui fouleront sa tombe, tandis que là-bas, en Grèce, la patrie, la mère
+pour laquelle il se sacrifia dans quelque petit village, une place à
+jamais sera vide à un foyer.»
+
+Et à lire, selon l'expression du poète, «la rude attaque et la fière
+défense», on se rend compte qu'au jour des négociations de paix, la
+lutte diplomatique, évidemment, ne sera pas moins âpre entre les
+représentants de vainqueurs et de vaincus également héroïques, tous
+aussi violemment férus d'amour patriotique pour Janina!
+
+[Illustration: Le duel d'artillerie entre Grecs et Turcs: éclatement
+d'un obus turc en arrière des lignes grecques.--_Photographies Jean
+Leune._]
+
+[Illustration: A son passage à Sérès, le tsar Ferdinand s'entretient
+avec le chef révolutionnaire Nikolof, dit «le roi du mont Rhodope».]
+
+
+
+LE VOYAGE DU TSAR DES BULGARES A SALONIQUE
+
+Avant d'arriver à Salonique, le 19 décembre dernier, et d'avoir, avec le
+roi des Hellènes, cette rapide et utile entrevue dont on n'a peut-être
+pas assez souligné l'importance, le roi Ferdinand avait traversé, sans
+hâte, à petites étapes de son train spécial, comme en tournée
+d'inspection, les régions de la Thrace côtière et de la Macédoine
+occupées, de Dimotika à Salonique, par ses troupes victorieuses.
+
+De Drama, où on lui présenta quelques fameux comitadjis, le souverain
+s'en alla visiter le port de Kavala qui, au pied du Pangée et en face de
+Ihasos, sera le prochain débouché bulgare sur l'Égée. Kavala, c'est
+l'antique Néopolis qui fut le port de Philippe», la capitale
+reconstruite par le grand roi macédonien, et dont les ruines, à moins de
+quinze kilomètres de là, sont un but d'excursions traditionnelles. Le
+roi Ferdinand, qui joint au souci des réalisations présentes un goût
+assez vif pour les reconstitutions symboliques du passé, dut
+certainement songer, tandis que ses bottes foulaient les vestiges
+millénaires des anciennes fortifications de Kavala, qu'il renouait, lui
+premier roi chrétien depuis la catastrophe byzantine, les traditions
+oubliées de l'Occident victorieux. Pouvait-il ne point évoquer, à
+quelques lieues de là, ce fameux champ de bataille de Philippes, où
+César, maître de l'Occident, et entraînant avec lui les légions
+européennes, triompha de Brutus et de Cassius, qui, maîtres de l'Orient,
+revenaient, avec leurs soldats asiatiques, par la route ordinaire des
+invasions?...
+
+De Kavala, le roi Ferdinand gagna Sérès, et de là, sans avoir averti
+officiellement les Grecs de son arrivée, il débarqua assez brusquement à
+Salonique, où ses fils, seuls prévenus, l'attendaient à la gare, tandis
+que, simplement, un détachement envoyé là à tout hasard lui rendait les
+honneurs. Ainsi se trouvaient évitées les difficultés assez délicates
+d'un protocole incertain. Car, si le roi Ferdinand se rendait à
+Salonique pour s'y rencontrer avec le roi des Hellènes, son intention
+n'était point de faire une visite officielle au roi des Hellènes,
+exerçant déjà des droits souverains et définitifs sur cette ville. Et la
+nuance a son prix.
+
+Après avoir été salué à la gare par les princes Boris et Cyrille, le
+ministre plénipotentiaire bulgare, M. Stanciof, qui les avait
+accompagnés, et les officiers supérieurs des troupes bulgares casernées
+dans la ville, le roi Ferdinand descendit au consulat général de
+Bulgarie à Salonique. Peu après, le roi Ferdinand alla rendre visite au
+roi de Grèce auquel, dès les premiers mots, il dit: «Je suis venu ici en
+simple touriste.» Puis il reçut à son tour le roi des Hellènes et la
+photographie ci-dessous fut prise à l'issue de cette seconde entrevue.
+
+Le lendemain, qui était la Saint-Nicolas, une messe solennelle fut
+célébrée à l'église russe en l'honneur du prince Nicolas de Grèce, et le
+roi Ferdinand tint à assister à cette cérémonie avant de se rendre au
+déjeuner qui lui était offert par le roi Georges, et où la conversation
+entre les deux alliés--au lendemain des âpres contestations au sujet de
+la prise de Salonique et des différents autres incidents gréco-bulgares,
+très vifs, qui se sont élevés dans la ville même, après
+l'occupation--fut, assure-t-on, des plus cordiales et certainement des
+plus opportunes.
+
+Le soir même, le souverain bulgare prenait le train pour Sofia où le
+rappelaient d'importantes dépêches.
+
+[Illustration: Roi de Grèce. Tsar Ferdinand. Princes Boris et Cyrille.
+UNE RENCONTRE D'ALLIÉS.--Le roi Georges de Grèce et le tsar des Bulgares
+à Salonique.--_Photographies g. Woltz.--Droits réserves._]
+
+[Illustration: Rechid pacha. M. Novakovitch. M. Danef. M. Venizelos. M.
+Miouchkovitch. LES CONVERSATIONS DIFFICILES DE LONDRES: LE DERNIER
+MARCHANDAGE _Dessin de L. SABATTIER._]
+
+Aux délégués de la coalition balkanique exigeant de la Turquie l'abandon
+de tout son empire d'Europe, sauf le maigre hinterland de
+Constantinople, le premier plénipotentiaire ottoman Rechid pacha a fini
+par consentir la cession de ces vastes territoires, à l'exception
+cependant d'Andrinople, encore défendue bien qu'affamée, et des îles de
+l'archipel turc dont l'empire ottoman refuse désespérément de se
+dessaisir. Les alliés n'ont pas admis ces réserves et ils ont adressé,
+le 3 janvier, aux Turcs, un ultimatum qui, faute d'entente définitive,
+dans la séance de lundi sous la présidence à poigne du délégué serbe, a
+entraîné une suspension des négociations,--qui doit permettre au conseil
+des puissances d'utilement intervenir. Car on ne croit plus guère
+maintenant à la reprise des hostilités: «Dans ces sortes de
+marchandages, dit irrespectueusement le _Times_, qu'il s'agisse de la
+vente d'un tapis dans un souk de Bagdad ou de la vente d'un cochon à la
+foire de Connaught, il arrive fatalement, au moins en apparence, un
+moment d'extrême tension. Les parties haussent le ton. L'acheteur sort
+de la boutique, de la façon la plus énergique. Le vendeur, de son côté,
+jette son tapis d'un air non moins résolu. Mais généralement ce moment
+critique est celui où le marché est le plus près de se conclure...»
+
+[Illustration: LES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE GRECQUE CONTRE JANINA.--La
+bataille de Pesta (15 décembre 1912): une pièce de 105, en batterie sur
+la route, tire à un angle de 45 degrés, par-dessus une colline, sur les
+ouvrages turcs de Pisani. _Photographie Jean Leune.--Voir l'article,
+page 21._]
+
+
+
+ENTRE LES TURCS ET LES BULGARES
+
+_Depuis la signature de l'armistice, notre envoyé spécial à l'armée
+turque, Georges Rémond, était resté à Constantinople. Tout l'intérêt de
+la guerre, suspendue, mais non terminée, se reportait désormais sur la
+dernière place forte opposée aux troupes bulgares, Andrinople, au sujet
+de laquelle s'engageait, à Londres, entre les délégués des peuples
+ennemis, un âpre débat sans issue. Notre correspondant avait formé le
+projet de s'y rendre,--non pas qu'il pût espérer nous faire part, une
+fois entré dans la ville assiégée, de ses impressions; mais, s'offrant à
+y demeurer jusqu'au dernier jour et à partager le sort de ses habitants,
+il nous eût apporté, la paix conclue, le plus précieux témoignage sur la
+défense de la grande forteresse de Thrace. Muni d'une recommandation de
+l'ambassade de Russie pour l'état-major bulgare et d'une lettre pour
+Choukri pacha, gouverneur d'Andrinople, acceptant de voyager sans
+domestique, avec un léger bagage, et de traverser les lignes les yeux
+bandés, il pensait ne point rencontrer d'obstacle à son dessein: on ne
+pouvait même craindre qu'il transmît des nouvelles au commandant de la
+place investie, puisque celle-ci n'a pas cessé de communiquer avec
+Constantinople par la télégraphie sans fil. Les autorités militaires
+bulgares n'ont point cru devoir, cependant, laisser passer notre envoyé
+spécial._
+
+_Il nous adresse du moins un bien pittoresque et vivant récit des
+incidents qui ont marqué son excursion aux positions extrêmes de
+Tchataldja, entre les Turcs et les Bulgares._
+
+Constantinople, 30 décembre 1912.
+
+Parti le jeudi 26, au matin, de Constantinople, j'ai, cette fois, comme
+compagnon de route le colonel Djemal bey, qui commande une des divisions
+du 2e corps d'armée à Nakkaskeui. C'est un des hommes les plus
+intelligents que j'aie rencontrés ici, un homme de la trempe de Fethi
+bey, d'Enver bey, des bons officiers avec qui j'ai vécu en Tripolitaine:
+fermeté de jugement, activité d'esprit, clarté dans les idées, il
+possède à un haut degré tous ces dons si rares en ce pays.
+
+Je lui demande s'il croit à la paix prochaine. Il ne la désire pas,
+jugeant que l'armée turque est enfin sur pied.--«Mais l'attaque est-elle
+possible contre les formidables retranchements élevés par les Bulgares
+sur les positions de Tchataldja, au moment où les mois rigoureux d'hiver
+vont rendre ce pays sans chemins plus impraticable encore?» Bien qu'il
+évite de me répondre, il me semble qu'il partage mes doutes...
+
+[Illustration: Les bourbiers d'Hademkeui.]
+
+Nous traversons le village d'Hademkeui envahi par la boue: elle est si
+épaisse, si gluante, qu'on a peine à s'en arracher. Je n'ai vu chose
+semblable qu'en Abyssinie durant la saison des pluies; fantassins,
+cavaliers, charrettes, tout s'embourbe jusqu'aux genoux, au poitrail,
+aux essieux. Des corvées de soldats, armés de pelles, tâchent d'enlever
+le plus épais, aux endroits les plus parcourus, de déblayer et de
+combler avec des cailloux les fondrières où l'on risque de disparaître.
+De même que la neige s'amoncelle en hiver au bord des routes, on voit
+s'élever ici des montagnes, des murailles de boue; et elle colle aux
+pieds, aux sabots des chevaux, aux roues des chars, aux vêtements, on la
+traîne avec soi, sur soi, sans pouvoir s'en débarrasser.
+
+Je revois le général Ahmed Abouk pacha, toujours accueillant. Il me fera
+conduire demain matin à Bachtchekeui par le train qui y amène les
+munitions et les ravitaillements; de là, des chevaux me porteront en
+compagnie d'un officier et de quelques soldats d'escorte jusqu'aux
+lignes bulgares.
+
+
+
+L'EXTRAORDINAIRE AVENTURE D'UNE FRANÇAISE
+
+Mais où coucher? La moindre maison regorge de soldats qui s'y empilent
+les uns sur les autres. Je vais dresser mon lit dans la chambre où
+travaillent les officiers d'état-major, qui veulent bien me recevoir,
+lorsqu'on vient m'avertir qu'Ahmed Abouk pacha m'a fait chercher une
+chambre dans le village. Un soldat m'y conduit. J'entre chez un _bacal_
+(épicier grec); et, après avoir monté un escalier branlant, je pénètre
+dans une petite pièce, où, à ma grande stupéfaction, une dame
+m'accueille et m'offre l'hospitalité en si bons termes et en si pur
+français que je ne puis douter un instant d'avoir affaire à une
+compatriote: «Monsieur, je n'ai plus que cette petite chambre qui est
+moins grande qu'un mouchoir de poche turc (et les Turcs n'ont pas de
+mouchoir), vous la partagerez avec moi. J'aurais voulu vous donner la
+chambre voisine, mais quatre docteurs m'en ont délogée et s'en sont
+emparés par force.»
+
+Mon hôtesse est une femme âgée, aux traits énergiques, aux yeux clairs
+qui ne doivent pas se laisser intimider; et de fait, pour avoir passé la
+guerre ici, au milieu des soldats, de la bataille, du choléra, il faut
+un certain courage. Je m'excuse comme je puis, propose de coucher dans
+l'escalier ou dans le magasin, mais elle insiste, assurant qu'il lui
+suffira de tendre un voile autour de son divan, et qu'ainsi les
+convenances seront sauvegardées. Je lui avoue mon étonnement de
+rencontrer ici une Française et dans de telles circonstances. Aussitôt
+elle me conte son histoire, qui n'est pas sans pittoresque.
+
+--Je suis, monsieur, fille d'un Français du nom de Renelmann qui vint à
+Constantinople comme soldat durant la campagne de Crimée, y demeura la
+guerre finie, et épousa une Italienne. Je suis née à Constantinople;
+quelques années après, mes parents m'emmenèrent à Paris, où j'ai vécu
+seize ans et vu le siège. Nous étions abonnés au _Figaro_; j'aimais
+surtout les articles d'Albert Millaud et d'un certain Ignotus qui avait
+bien de l'esprit. Mais j'ai toujours suivi avec autant d'intérêt que le
+_Figaro_ lui-même votre journal, que me prêtait une amie, et, depuis que
+je suis en Turquie, je n'ai pas cessé de recevoir les _Lectures pour
+tous_. J'en avais une grande caisse ici, toute pleine, que des officiers
+amoureux des lettres françaises m'ont volée...
+
+» Je revins en Turquie après la guerre, et, de même que mon père avait
+épousé une Italienne, j'épousai, moi, un Italien, M. Romano, Napolitain
+et violoncelliste. C'était le temps du sultan Hamid. Celui-ci voulut
+organiser au palais un conservatoire de musique: il fit engager mon mari
+et quelques autres instrumentistes. Nous étions bien payés: trente
+livres osmanlis par mois et, en plus, «les rations». Comme le sultan
+Hamid ne supportait autour de lui que des militaires, il avait fait
+donner des grades à ses musiciens; mon mari était commandant
+(_bim-bachi_). Il avait lin très gros ventre, une figure réjouie, et le
+sultan Hamid se plaisait à lui faire des farces et à le voir tourner en
+ridicule par un de ses bouffons, un Français nommé M. Bertrand, dont
+l'emploi était de le tenir en bonne humeur. La verve de celui-ci ne
+tarissait pas sur l'embonpoint de mon mari; mais c'était un homme
+excellent qui entendait la plaisanterie, et ne se fâchait point. Nous
+fûmes toujours heureux tant que régna le sultan Hamid. Mon mari
+souffrait seulement de ne pouvoir exercer son art comme il aurait voulu
+et former des élèves dignes de lui. Il lui fallait donner des leçons
+dans une salle où jouaient et répétaient en même temps que lui des
+trombones, des saxophones, des cornets à piston, qui empêchaient
+d'entendre les sons du violoncelle. Au reste, le sultan Hamid n'aimait
+que la musique très bruyante et que les chanteurs qui beuglaient et
+hurlaient à déchirer les oreilles.
+
+» La constitution vint, qui chassa du palais les musiciens, les
+bouffons, les comédiens; mon mari mourut, et je n'ai pu obtenir encore
+une pension. J'avais pourtant quelques petites économies, et j'allai
+m'établir dans un village de la mer Noire, à Iénikeui, près de Derkos et
+de Karabournou, où la vie ne coûte rien. Je louais une maison pour une
+livre osmanli par an, j'élevais des poules, des lapins, et j'avais des
+arbres fruitiers. Mais, privée de journaux et surtout de mes _Lectures
+pour tous_, je souffris trop, au bout d'un an, de la solitude, de
+l'éloignement où je me trouvais. J'emportai mes poules, mon chat et mes
+lapins, et vins l'an dernier réinstaller à Hademkeui, qui est relié avec
+Constantinople par le chemin de fer, et où l'on peut avoir quelques
+rapports avec le monde. Je m'associai avec l'épicier grec qui possède
+cette maison, et nous fîmes un peu d'affaires avec les paysans de ce
+village et des environs.
+
+» Au moment où la guerre éclata, nous ne pouvions penser que les Turcs
+seraient battus et que les Bulgares viendraient jusqu'aux portes de
+Constantinople. Un jour, nous vîmes arriver les premiers émigrants
+fuyant de Kirk-Kilissé. Monsieur, il n'a pas arrêté d'en passer durant
+plus d'un mois, et ils étaient affamés, et il y avait des femmes
+derrière les voitures qui, sous mes yeux, tendaient leurs enfants au
+bout de leurs bras et criaient: «Pitié, pitié, prenez nos enfants, nous
+ne pouvons plus les nourrir!» Et, ensuite, ce fut le défilé des soldats.
+D'abord, ils se montraient très doux et timides. Ils venaient à ma
+porte: «Madame, un peu de pain, nous n'avons pas mangé depuis trois,
+quatre jours. Madame, nous laisserez-vous mourir de faim?» Je leur
+disais que je n'avais rien, de peur qu'ils n'envahissent ma maison;
+quelquefois je leur apportais un peu de galette ou de salade de
+haricots, et ils se jetaient dessus comme des bêtes. Une nuit, des
+hommes pénétrèrent dans mon jardin, et se mirent à frapper à la porte,
+jusqu'à vouloir l'enfoncer. Alors je me montrai à la fenêtre, et leur
+criai: «Vous m'ennuyez, à la fin, je suis Française, j'irai réclamer à
+vos chefs. N'avez-vous pas honte de vouloir pénétrer dans la maison
+d'une femme?» Ils furent stupéfaits d'entendre parler une langue
+étrangère et s'arrêtèrent; et l'un d'eux, un sous-officier, s'avança et
+me dit en français: «Pardon, madame, nous ne voulons pas vous faire de
+mal, mais voyez! nous sommes très malheureux. Il pleut, nous sommes là
+dans la boue, donnez-nous abri.» Mais, craignant toujours le pillage, je
+n'ouvris pas. Ils prirent les planches de mon poulailler et en firent du
+feu; pourtant, ils ne tuèrent pas les poules. Le lendemain, mon associé
+vint dès le matin, très effrayé; il ne voulut plus que j'habitasse seule
+désormais et me fit venir chez lui, où il me donna une chambre.
+Aussitôt, ma maison fut occupée, et mon poulailler acheva de brûler.
+Mais j'avais auparavant vendu mes poules.
+
+» C'est alors que commença le choléra. Là, sons mes fenêtres, devant ma
+porte, sur toute cette grande place vide qui va jusqu'à la gare, des
+soldats se couchaient par terre pour mourir. Il y en avait par
+centaines. Tout le jour, toute la nuit, ils demandaient de l'eau et du
+secours, sans que personne s'occupât d'eux. Mon associé partit pour
+Constantinople; moi, je voulus rester seule pour sauver ce qui restait
+dans la boutique. Un matin, je trouvai cinq cadavres devant ma porte:
+ils étaient bleus, contractés par les convulsions, presque couchés les
+uns sur les autres. Enfin, ayant vendu à peu près toutes mes
+marchandises, je décidai de partir, moi aussi.
+
+» Je demeurai à Constantinople jusqu'au jour de l'armistice; puis,
+j'obtins de Nazim pacha la permission de revenir à Hademkeui. Mon
+associé et; moi nous avons rapporté ici quelque pacotille, et nous
+faisons des affaires avec les soldats. Le malheur est que l'autorité
+s'en mêle, nous fait fermer boutique s'il lui plaît, met des tarifs
+absurdes sur les marchandises, perquisitionne chez nous, nous empêche de
+vendre le raid et le cognac. Mais je suis là, je tiens ferme, je parle
+français à ces gens-là pour les intimider. Je vais acheter un drapeau et
+le planter au-dessus de ma porte,--un drapeau français, cela fait
+meilleur effet qu'un drapeau italien... Mais voyez! ces docteurs turcs
+m'ont pris ma grande chambre, menaçant de me faire enlever de force. Ah!
+j'aurais bien résisté, je ne tiens pas à la vie, mais j'ai pensé qu'on
+allait piller le magasin, voler les marchandises. J'ai cédé; puis, une
+fois dans cette autre petite chambre, j'ai éclaté en sanglots; alors,
+ces docteurs, ils ont été émus tout de même, et deux d'entre eux se sont
+mis à pleurer aussi, et un de leurs soldats voyant que je ne me calmais
+pas est venu m'apporter une pastille de menthe...»
+
+[Illustration: Le passage à gué du Karasou, près du pont de
+Bachtchekeui, que les Turcs ont fait sauter.]
+
+VERS LES LIGNES BULGARES
+
+Comme il était entendu avec Ahmed Abouk pacha, nous partons le lendemain
+27 décembre pour Bachtchekeui: le train de réapprovisionnement nous y
+dépose à midi. Nos chevaux nous attendent. Voici les dernières tranchées
+turques; on travaille activement à les renforcer encore, partout on
+remue la terre, partout on tend de longs et épais réseaux de fils
+ronceux. Puis voici les maisons de Bachtchekeui brûlées, rasées dès
+avant la bataille, afin qu'elles ne pussent servir d'abri aux Bulgares
+avançant vers les lignes turques. Seule la petite mosquée et son minaret
+sont demeurés debout, mais perforés de toute part par les obus; à
+l'intérieur, les grandes lampes, les lustres de verre sont suspendus à
+leur place, sinon intacts, en dépit de la furieuse canonnade, et déjà
+les pigeons familiers ont repris leur place accoutumée sur les toits et
+dans le sanctuaire. Nous arrivons au pont, que les Turcs ont fait sauter
+après leur passage. La rivière qui coule au-dessous, le Karasou, n'est
+ni très profonde ni très large, mais le fond en est vaseux et glissant
+et l'on a peine à la traverser. J'en fais tout de suite l'expérience. Au
+beau milieu, mon cheval perd pied dans la vase, fait le plongeon, je
+saute de côté pour éviter d'être pris sous lui et me voilà dans l'eau
+jusqu'aux épaules. Les soldats turcs m'aident à m'en tirer, ramènent le
+cheval qui a déjà atteint l'autre bord; je remonte et je traverse cette
+fois sans encombre. Mais mon matériel photographique a quelque peu
+souffert de cette baignade.
+
+Du Karasou à la colline de Tchataldja, c'est la plaine nue sans un
+arbre, sans autre pli de terrain que la ligne du chemin de fer; les
+troupes bulgares qui avancèrent là durant les journées du 17 et du 18
+étaient sacrifiées d'avance. Aussi n'est-ce pas de ce côté que l'effort
+principal a été tenté. A un kilomètre de la rivière, on voit encore les
+tranchées creusées par les Bulgares durant la nuit du 17 au 18. Près de
+la voie, la terre fraîchement remuée indique les points où les corvées
+de soldats turcs envoyées au moment de l'armistice ont enterré les morts
+ennemis. Plusieurs cependant sont demeurés là, abominablement déformés,
+à demi dévorés par les chiens et les oiseaux, loques méconnaissables où
+les débris humains ne se distinguent plus des restes d'uniforme qui les
+enveloppent. L'un est couché sur le nez et n'a plus de jambes; l'autre,
+la face au ciel, a les mains sanglantes, soit qu'elles aient été mordues
+par les chiens, soit qu'au moment où l'homme a été frappé, il les ait
+mises sur sa blessure; enfin un autre--et le cadavre de celui-ci a été
+certainement mutilé, car la nature, ni le temps, ni les animaux
+carnassiers n'outragent de cette façon--un autre est aux trois quarts
+enterré, ses deux bras étendus comme s'il faisait effort pour retirer
+son corps de la terre qui l'étreint, la tête abandonnée, renversée en
+arrière, les lèvres découvrant les dents, et la peau noire comme si on
+l'avait rôtie.
+
+[Illustration: Entre Bachtchekeui et Tchataldja: cadavres bulgares
+abandonnés le long de la ligne du chemin de fer.]
+
+A deux kilomètres de la rivière finissent les territoires turcs, marqués
+de petits drapeaux et, à cinq cents mètres au delà, des drapeaux blancs
+bulgares leur font face. Nous les dépassons; et bientôt, à deux
+kilomètres de nous à peine, apparaît Tchataldja. Dans la plaine, du côté
+d'Ezetin, personne, point de campements. Cependant une toile rouge de
+tente s'aperçoit à un kilomètre environ; deux soldats en sortent, se
+dirigent vers nous, et nous font signe de nous arrêter. Ils parlent turc
+tous deux et appartiennent, l'un au 10e, l'autre au 25e régiment
+d'infanterie. Un troisième les rejoint, et part à la recherche des
+officiers. Ceux-ci arrivent vers 3 heures: ils sont quatre, deux
+capitaines, un sous-lieutenant de réserve et un cadet de l'école
+militaire. On se serre la main très cordialement. Tous s'expriment assez
+bien eh français; l'un enlève son manteau, l'étend sur le talus et, nous
+invitant à nous asseoir, dit: «Voilà notre canapé.» Le cadet reste
+debout, raide, au port d'armes, la figure épanouie, regardant avec
+admiration cette rencontre cordiale entre officiers turcs et bulgares.
+J'ai malheureusement épuisé toutes mes pellicules sèches, et je ne puis
+plus prendre de photographies. On se fait toutes sortes de politesse; le
+lieutenant turc dit en français à l'un des capitaines bulgares: «Votre
+figure m'est très sympathique»,--et de fait celui-ci est un Slave blond,
+aux yeux bleus, souriant, avec ce quelque chose de doux et d'enveloppant
+dans l'expression qu'ont les hommes de cette race. Il rit, et on se
+serre la main encore une fois.
+
+J'explique mon intention d'aller à Andrinople; je montre la lettre russe
+demandant aux autorités royales bulgares, soit militaires, soit civiles,
+de me laisser passer et de m'aider au besoin, ma lettre pour Choukri
+pacha, commandant la place d'Andrinople; je déclare que je resterai dans
+cette ville jusqu'à la fin de la guerre, que j'accepte de traverser les
+lignes les yeux bandés, sans domestique et avec aussi peu de bagages que
+possible, si tout ceci leur semble nécessaire. Ils me disent qu'ils ne
+peuvent me donner de réponse catégorique, mais qu'ils ne pensent pas que
+leur général fasse d'objection sérieuse à ma demande, que peut-être il
+en référera au général Savof, et qu'en ce cas je serai obligé de revenir
+demain. Ils envoient un homme porter ma lettre à Tchataldja. Nous
+causons de la guerre, de la paix; ils demandent des nouvelles, font
+quelques jeux de mots pour me montrer qu'ils sont initiés aux finesses
+du français... L'estafette revient; impossible d'avoir une réponse ce
+soir. Nous prenons rendez-vous pour le lendemain matin, à 10 heures.
+
+[Illustration: Pendant l'attente dans les lignes bulgares: la petite
+escorte turque de Georges Rémond.]
+
+... Je ne puis être à l'endroit convenu qu'à 11 heures 1/2; les
+fondrières de la route m'ont retardé. Après un moment d'attente, deux
+soldats bulgares s'approchent, nous font signe de faire volte-face, et
+se rangent de chaque côté de la voie, baïonnette au canon. A 2 heures
+seulement, nous voyons venir un officier: il parle à peine quelques mots
+de français, mais nous comprenons qu'il va aller s'informer de notre
+affaire à Tchataldja, auprès du général. A 4 heures, comme la nuit
+tombe, nous décidons de nous en aller, après avoir remis aux soldats un
+mot avertissant le quartier général que nous nous présenterons demain à
+la même heure. Au moment où nous allons partir, l'officier revient
+enfin: «Je regrette, me dit-il, mais c'est impossible», et il me rend la
+lettre de l'ambassade de Russie. J'essaie de parlementer, mais en vain:
+il ne comprend rien à ce que je dis. S'approchant de l'officier turc, il
+lui demande: «C'est bien le correspondant de _L'Illustration_?»--et
+c'est le dernier mot.
+
+Nous rentrons à Hademkeui. Mme Romano nous a préparé des boulettes de
+pomme de terre et une salade de haricots à l'ail, puissante, parfumée,
+que je, mange avec délices. Après le repas, les associés, trois Grecs et
+la dame, se réunissent pour faire leurs comptes du samedi soir. C'est un
+beau spectacle, les trois hommes, l'un d'une maigreur squelettique, à la
+peau verte, aux traits saturniens, les deux autres diversement gras, aux
+faces lumineuses, et la Française, celle-ci présidant du haut de son
+binocle, et les quatre paires d'yeux fixées sur le tas d'or et d'argent,
+les quatre nez qui le flairent, les huit mains qui le tâtent, et les
+quatre cerveaux qui supputent le gain, comptent les paris, cherchent le
+para, le centime, la piastre qui manque. A cette vue, mon domestique est
+enivré et s'écrie: «Je m'associe avec vous, je mets quarante livres dans
+le commerce.»--«C'est le bénéfice fait sur les correspondants de guerre,
+et l'argent chapardé sur mes comptes, animal!»--«Ah! me répond-il,
+médiocre métier, on mettrait cent ans à s'y enrichir; mieux vaut piller
+en Macédoine.»
+
+Le lendemain, 29, le train parti à midi m'amène à 4 heures 1/2 à
+Constantinople, ayant vaillamment franchi dans ce temps 50 kilomètres.
+
+GEORGES RÉMOND.
+
+
+
+[Illustration: SCÈNE DE LA RUE PARISIENNE.--Un contraste en blanc et
+noir. _Dessin de L. SABATTIER._]
+
+C'est une rencontre piquante, observée un jour dans la rue et prise sur
+le vif, qui a fourni le sujet de ce plaisant tableautin en deux
+couleurs, blanc et noir, et à deux personnages, la Parisienne et le
+charbonnier... Par ce doux hiver, qui n'a de neigeux que l'hermine dont
+se couvrent les épaules élégantes, la fourrure délicate et fragile entre
+toutes, celle qu'une goutte de pluie tacherait, mais qu'un rayon de
+soleil fait briller d'un soyeux éclat, s'offre comme le luxe préféré.
+Elle est la parure précieuse, aristocratique, l'objet de la plus chère
+convoitise, dont la possession vaut un titre de noblesse, et qui
+«classe» une femme... Celle-ci, à défaut du manteau rêvé, porte une
+étole d'hermine, large et longue à souhait, et si ingénieusement
+disposée qu'elle semble en être habillée tout entière. De l'hermine,
+elle en a voulu jusque sur son chapeau; et ses mains disparaissent dans
+un vaste manchon, qui est d'hermine, lui aussi.
+
+Ainsi vêtue de blancheur épaisse et molle, elle est sortie de chez elle,
+ce matin-là; et, dans la rue, elle s'est rappelé qu'ayant omis,
+distraite ménagère, de faire sa commande à son fournisseur habituel,
+elle avait «un mot à dire» au charbonnier du coin, providence des
+journées d'hiver. La voici devant son étroite boutique, dont l'enseigne
+avertit qu'on y vend tout ensemble de quoi se chauffer et de quoi boire:
+le charbonnier reconnaît sa jolie cliente, et, de la voir si blanche en
+face de lui, si noir, il a un étonnement familier et joyeux. Elle aussi,
+surprise d'abord, a remarqué l'imprévu de la rencontre. Tous deux,
+oubliant, pour un instant, les distances--peut-être moins grandes qu'il
+ne paraît--qui séparent un brave charbonnier d'une fine Parisienne, tous
+deux s'amusent de la petite comédie dont ils sont les acteurs. Et,
+enfin, c'est en riant qu'elle le prie de monter chez elle «un sac de
+charbon et des margotins pour allumer le feu».
+
+
+
+[Illustration: LE PREMIER INSTANTANÉ D'UN EMPEREUR DU JAPON.--Le mikado
+Yoshi Hito, précédé d'un officier de son état-major, se rendant à cheval
+au parc d'aviation militaire de Tokorozawa.--_Comm. par le_ Kokumin
+Shimbun.]
+
+AU JAPON
+
+Lorsque se produisit, au mois d'août dernier, le changement de règne au
+Japon, nous avions indiqué que le nouvel empereur Yoshi Hito, moins
+respectueux que son père des traditions et des rites consacrés,
+entendait se mêler davantage à la vie extérieure de son peuple, et ne
+point s'entourer du mystère presque impénétrable qui dérobait aux
+regards la personne de Mutsu Hito. On se souvient peut-être que, pour
+évoquer ici, le plus fidèlement possible, les traits du défunt mikado,
+qui jamais ne posa devant l'objectif, nous avons dû, à défaut d'autre
+document, publier la photographie d'un ancien portrait officiel, corrigé
+en 1904 «d'après les indications d'un membre du corps diplomatique qui
+pouvait approcher l'empereur». Le jeune souverain qui préside aux
+destinées du Japon ne donnera jamais si grand souci à ses
+historiographes.
+
+Déjà, dans notre numéro du 24 août 1912, nous l'avons montré en tenue de
+général de division,-image peu familière encore, où il apparaissait
+hautain et raide, la tunique chargée de décorations, une main sur la
+garde de son épée. Voici un instantané, pris aux dernières grandes
+manoeuvres, qui le représente dans un plus simple appareil: vêtu d'un
+correct et sobre uniforme, le mikado se rend à Tokorozawa, près de
+Tokio, pour visiter le parc d'aviation militaire. L'héritier de celui
+que ses sujets nommaient le Fils du Ciel, et qu'ils vénéraient à l'égal
+d'un dieu, se montre ici sous l'aspect d'un souverain très moderne: le
+règne de Yoshi Hito marquera une singulière évolution dans les coutumes
+impériales du Japon.
+
+C'est du Japon également que nous vient la photographie reproduite
+ci-dessous. Au pays des chrysanthèmes, la fleur nationale est l'objet
+d'un culte attentif et charmant, qui prend les formes les plus
+imprévues: dans le parc de Dangosaka. A Tokio, on l'utilise pour
+figurer, en grandeur naturelle, les héros du vieux théâtre japonais.
+
+A regarder la scène que représente notre gravure, on dirait d'acteurs
+véritables, tant l'illusion a été habilement obtenue. En réalité, ce ne
+sont même point des mannequins que de multiples chrysanthèmes,
+adroitement disposés, habillent de leurs riches couleurs: sans leurs
+tiges, ces fleurs coupées se faneraient vite. L'art du jardinier se
+montre ici plus savant: il a réussi à donner aux plantes, taillées par
+ses soins, et soutenues par d'invisibles armatures, l'apparence humaine.
+Seules, la tête et les mains des personnages sont sculptées en bois.
+Tout le reste est chrysanthème. Et, comme les racines plongent dans la
+terre, la fleur merveilleuse s'épanouit, toujours vivace.
+
+[Illustration: UNE FANTAISIE DE L'HORTICULTURE NIPPONE.--Plantation et
+floraison de chrysanthèmes sur des armatures à forme humaine.--_phot. K.
+Sakamoto._]
+
+
+
+LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
+
+Voyages. Études sociales.
+
+Il existes de par le monde une grandis et riche cité qui est le «Paradis
+des jeunes filles». Presque toute la vie familiale et sociale y est, en
+effet, soumise aux exigences de leur plaisir et de leur avenir. «Les
+mères, effacées de parti pris, les jeunes femmes, tout à leur mari et à
+leurs enfants, ne comptent pour ainsi dire plus pour le monde. Certains
+soirs, on n'aperçoit aux premiers rangs des loges des théâtres que de
+fraîches et ravissantes figures de jeunes filles de seize à vingt ans.
+Les pièces à succès sont celles qu'elles peuvent entendre, et les
+impresarii consentent à donner la première place dans leur répertoire
+aux «oeuvres convenables». Les réunions, les bals, les soirées, les
+dîners, n'ont pour but que de les amuser, que d'aider le hasard en
+préparant d'heureuses rencontres qui favoriseront leur mariage. On les
+voit aux courses, à toutes les fêtes de charité, aux thés des grands
+hôtels, dans les équipages, promenant dans toutes ces sorties un luxe
+aussi raffiné que celui de leurs mères, parées déjà comme des femmes,
+portant bijoux, perles et vraies dentelles. Cette sorte de conspiration
+unanime qui les entoure de distractions, qui subordonne tout au
+rayonnement de leurs attraits et les conduit au mariage dans la joie et
+les plaisirs, semble toute naturelle aux parents, aux aînées déjà
+mariées et aux amis. Cette royauté incontestée, la certitude où elles
+sont que, pendant trois ou quatre ans, au moins, elles peuvent être
+d'adorables despotes, leur donnent une assurance et une aisance qui
+relèvent encore leur beauté. Et voici, j'en suis sûr, que nombre de nos
+jeunes lectrices sont impatientes déjà de savoir sous quel ciel se situe
+cette cité bénie. Le paradis de la jeune fille, mesdemoiselles, c'est
+Buenos-Ayres, et vous trouverez bien d'autres précieux et charmants
+détails dans les nouvelles études--qui enchanteront aussi vos
+parents--de M. Jules Huret sur l'Argentine (_De la Plata à la Cordillère
+des Andes_, Fasquelle). Selon sa manière, au cours de ce récent
+itinéraire, le voyageur a tout noté: les moeurs, la société, la femme,
+la jeune fille, les paysages, les grandes fermes, les usines à viande et
+les marchés de la laine et des peaux, les immigrants, et, aussi--car il
+n'est plus aujourd'hui une terre au monde qui ne souffre de ce mal--les
+bouffonneries politiques.
+
+Romans et fantaisies littéraires. Le nouveau livre de M. Jules Huret est
+l'une des rares publications de ce début d'année. La trêve des éditeurs
+succède à celle des confiseurs. On sort peu de livres nouveaux dans la
+première quinzaine de janvier. Mais, comme la production de décembre est
+toujours considérable et que les rubriques bibliographiques d'avant Noël
+sont plus généralement consacrées aux volumes d'étrennes, les oeuvres de
+l'année qui finit gardent toute leur valeur d'actualité dans les
+premières revues des livres de l'année nouvelle. Par exemple, il vous
+suffira de lire l'extraordinaire préface du _Voyage au pays de quatrième
+dimension_, de M. G. de Pawlowski (Fasquelle), pour vous persuader que
+telles idées exprimées à la fin de 1912 conserveront encore sans doute,
+dans cent ans d'ici, toute leur savoureuse nouveauté. M. G. de Pawlowski
+est un précurseur des philosophies d'après-demain. Sous une forme
+originale et toujours inattendue, M. de Pawlowski accommode le document
+à la mesure de son esprit. Il nous fait voyager dans le temps et dans
+l'espace, tout en nous présentant une critique amusée mais bien nouvelle
+des idées scientifiques contemporaines, et si d'abord vous écoutez avec
+un peu de stupeur ses propos imprévus sur «l'Ame silencieuse», «les
+Abstractions d'espaces», sur «le Voyage instantané», sur «l'Escalier
+horizontal», sur «la Maison plate», sur «la Vision de l'invisible» et
+sur «les Gares de l'infini», vous vous accoutumez cependant peu à peu à
+cet enseignement à nul autre pareil, et ne vous lassez point de ces
+révélations qui ne sont pas simplement le jeu d'un homme d'esprit, mais
+qui comportent une morale actuelle avec de saines conclusions.
+
+Quand il donne à l'expression de ses idées' la forme romanesque, M. Léon
+Daudet abandonne un instant la plume ardente du polémiste fougueux. Il a
+le souci de solidement édifier avec équilibre et méthode; il traite avec
+une adroite courtoisie sans fanatisme et même sans hostilité préconçue,
+semble-t-il, tout ce que, dans le domaine social, il veut combattre et
+abattre. Dans _le Lit de Procuste_ (Fasquelle), l'auteur des _Primaires_
+et de _la Lutte_ met en scène un littérateur formaliste, Ludovic Tavel,
+un littérateur social, Martial Epervent, leurs disciples, leurs manies
+et leurs deux écoles. Au dilettantisme infécond des uns s'oppose
+l'illuminisme dangereux des autres qui créent de l'anarchie, de la
+révolte et de la douleur. Et de ce choc entre le génie inutile et le
+génie destructeur naît une étincelle de vérité, une pure et vivifiante
+flamme captée par deux êtres d'amour qui seront les éloquents défenseurs
+de la tradition et de la race.
+
+Théâtres.
+
+«Critiques auteurs» est un sujet d'actualité piquante qui devait
+particulièrement tenter M. Robert de Flers. Nul ne pouvait le traiter
+avec plus d'esprit et d'autorité que ne l'a fait le brillant écrivain
+dans la préface du dernier volume des _Annales du Théâtre et de la
+Musique_,--l'inappréciable publication de notre excellent confrère
+Edmond Stoullig.
+
+La très originale revue _Mil-neuf-cent-douze_, que firent jouer en avril
+dernier, au théâtre des Arts, MM. Charles Muller et Régis Gignoux, vient
+de paraître (Bernard Grasset); on en savoure complètement à la lecture
+la fantaisie philosophique.
+
+Divers.
+
+On étonnerait beaucoup de personnes en leur parlant de tremblements de
+terre dans le bassin de Paris. Ces phénomènes sont pourtant assez
+fréquents. Depuis 1800, Paris a ressenti 14 secousses, Poitiers 6,
+Saumur 6, Dijon 7, Angers 7, Bourbonne-les-Bains 4, Plombières 5, Caen
+5, le Havre 9. D'ailleurs, aucun de ces séismes ne fut grave; aucun
+n'affecta la cuvette du bassin de Paris dans son entier. Ces
+oscillations, appelées sans doute à se renouveler, paraissent en
+relation étroite avec la géologie de la région sur laquelle M. Paul
+Lemoine (_Géologie du bassin de Paris_, Hermann), nous offre une étude
+très fouillée qu'il a su rendre attrayante.
+
+
+
+LA POLICE INTERNATIONALE
+A CONSTANTINOPLE
+
+Tandis qu'à Londres les délégués des coalisés balkaniques marchandent à
+la Turquie les derniers vestiges de son empire en Europe, l'ordre
+continue de régner à Constantinople. On avait pu redouter un instant
+qu'une dangereuse effervescence se produisît dans la grande ville
+cosmopolite. L'histoire nous rappelle, en effet, qu'à diverses époques
+la population musulmane y manifesta son mécontentement de la tournure
+des affaires de l'empire par des massacres, surtout de Grecs ou
+d'Arméniens. Aussi y eut-il une grosse alerte dans les quartiers
+chrétiens de Constantinople lorsque, le 17 novembre, on perçut les échos
+des canons de marine qui coopéraient à la défense des lignes de
+Tchataldja. Mais, déjà, d'accord avec les autorités ottomanes, toutes
+les dispositions avaient été prises par les commandants des escadres
+étrangères dans le Levant pour réprimer instantanément, s'il y avait eu
+lieu, la moindre tentative de désordre et de pillage. En fait, le soin
+de maintenir l'ordre à Constantinople a été confié à deux officiers
+généraux français qui disposent à l'heure actuelle des forces
+internationales de terre et de mer sur le Bosphore, et grâce auxquels se
+renouent ainsi les anciennes traditions de la France protectrice de la
+chrétienté dans le Levant.
+
+Son ancienneté de grade a valu à l'amiral Dartige du Fournet la
+direction des opérations de débarquement et des mouvements de la flotte
+des puissances. Le général Baumann, qui, avec le titre d'inspecteur
+général, s'appliquait, avant la guerre, à perfectionner l'organisation
+de la gendarmerie ottomane et avait pu voir de près en Macédoine les
+exploits des comitadjis grecs ou bulgares pour lesquels il manifeste
+assez peu de tendresse, était tout désigné pour prendre la direction du
+service général de sécurité dans la capitale. Auparavant, lorsque les
+coalisés se furent emparés de Salonique, il avait réclamé énergiquement
+et obtenu qu'on lui rendît ses gendarmes non combattants qui, avec leurs
+officiers européens, se trouvaient alors dans la ville prise et ne
+pouvaient être traités en prisonniers de guerre. Ces forces de police
+renvoyées à Constantinople y sont en ce moment fort utiles pour assurer
+l'ordre à côté des 3.000 marins débarqués depuis le 18 novembre.
+
+
+
+UN GRAND PHYSICIEN
+
+M. Cailletet, membre de l'Académie des sciences, président de
+l'Aéro-Club de France, vient de mourir à l'âge de quatre-vingts ans.
+Avec lui disparaît un des plus grands physiciens de l'époque, en même
+temps qu'une des figures les plus originales et les plus sympathiques de
+la science contemporaine.
+
+[Illustration: L.-P. Cailletet. Portrait par Jacques Weissmann.
+(_Collection de l'Aéro-Club de France._)]
+
+Seul, en effet, ou presque seul parmi les membres de l'Institut, M.
+Cailletet n'avait appartenu à aucun corps officiel; il était maître de
+forges. Né à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) en 1832, il dirigea de
+bonne heure des usines importantes; faisant marcher de front les
+recherches scientifiques et l'exploitation commerciale.
+
+En 1877, il s'attaqua à la liquéfaction des gaz jusqu'alors considérés
+comme permanents: azote, oxygène, hydrogène, oxyde de carbone, méthane.
+Ces gaz avaient résisté à des pressions de 2.800 atmosphères.
+
+[Illustration: Le général Baumann.--_Phot. Apollon._]
+
+[Illustration: Le contre-amiral Dartige du Fournet.]
+
+LES DEUX OFFICIERS GÉNÉRAUX FRANÇAIS QUI ASSURENT L'ORDRE À
+CONSTANTINOPLE ET SUR LE BOSPHORE.
+
+M. Cailletet imagina de les soumettre à une température très basse en
+même temps qu'il les comprimait. Il constata qu'il existe un _point
+critique_, c'est-à-dire un degré de température au-dessus duquel la
+liquéfaction d'un gaz est impossible, quelle que soit la pression. Ce
+point critique est -242° pour l'hydrogène. Pour obtenir ces températures
+extrêmement basses, Cailletet utilisa la détente brusque d'un gaz
+comprimé lentement sous haute pression. Il réussit ainsi à liquéfier les
+cinq gaz cités plus haut.
+
+Ces expériences curent un retentissement considérable. Elles apportaient
+la solution d'un problème scientifique qui avait passionné nombre de
+physiciens, et elles préparaient de nombreuses applications pratiques.
+Ce fut, notamment, le point de départ de l'industrie du froid.
+
+Du jour au lendemain, M. Cailletet fut célèbre, et, pour rendre hommage
+à ses travaux, l'Académie des sciences le nomma membre libre en 1884.
+
+Vers cette époque, l'illustre physicien quittait l'industrie pour
+s'offrir un repos bien gagné. Il continuait à s'intéresser aux progrès
+de la science, s'occupant spécialement des questions d'aéronautique dans
+lesquelles il avait acquis une compétence qui lui valut d'être choisi
+comme président de l'Aéro-Club de France. Très vert, malgré son grand
+âge, l'esprit ouvert à toutes les idées modernes, jouissant en sage de
+l'aisance qu'il avait conquise par son travail, ce Bourguignon de pure
+race, toujours affable et souriant, apparaissait comme un type accompli
+du savant français.
+
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LES STATIONS DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL DANS LE MONDE.
+
+D'après le dernier relevé du Bureau international, il existerait
+actuellement, dans les divers pays du monde, 375 stations côtières de
+télégraphie sans fil ouvertes au public.
+
+Sur ce nombre, on compte 142 stations aux Etats-Unis, 33 au Canada, 43
+en Angleterre, 22 en Allemagne et dans les colonies allemandes, 19 en
+Italie, 19 en Russie, 17 en France, 10 en Espagne 9 en Danemark, etc.
+
+Dans les colonies on remarque: 5 postes dans l'Afrique française, 3 en
+Indo-Chine, 2 à Madagascar, 7 au Maroc, 1 à Tunis, 10 dans les Indes
+Anglaises, 3 à Curaçao, 5 à Fidji, etc.
+
+Pour les postes installés à bord des navires de guerre, les Etats-Unis
+tiennent encore la tête avec 247 postes. Viennent ensuite l'Angleterre
+avec 213 postes; la France, 141; l'Allemagne, 112; l'Italie, 77; le
+Japon, 70; la Russie, 70; l'Autriche, 37, etc.
+
+Sur les navires de commerce, on trouve 455 postes pour l'Angleterre; 253
+pour les Etats-Unis; 206 pour l'Allemagne; 68 pour la France; 47 pour
+l'Italie, etc.
+
+LE RENDEMENT DU VIGNOBLE FRANÇAIS EN 1912.
+
+L'année 1912 aura été exceptionnellement heureuse pour la viticulture.
+Le rendement et la qualité de la récolte ont dépassé les prévisions les
+plus optimistes.
+
+Le vignoble français a subi comme tous les ans les atteintes, variables
+suivant les régions, de la gelée, de la grêle, du mildiou, de l'oïdium;
+mais les maladies cryptogamiques n'ont pas produit, malgré une humidité
+parfois persistante, les effets désastreux que l'on observe généralement
+dans des conditions atmosphériques semblables; le prix élevé du vin a
+encouragé les viticulteurs à mieux soigner leurs vignobles et à
+pratiquer, d'une façon régulière et méthodique, les traitements
+préventifs.
+
+Les vendanges faites parfois trop hâtivement, par suite d'un temps
+pluvieux au début, ont pu s'exécuter ensuite pendant une très belle
+période, qui a permis aux raisins restés sur les souches d'arriver à la
+maturité nécessaire pour donner au vin du bouquet, de la couleur, du
+degré et lui assurer une bonne conservation.
+
+Finalement, la récolte, qui devait être d'après certains à peine
+supérieure à la moyenne, a atteint pour la France, selon M. J.-M.
+Guillon, inspecteur de la viticulture, auquel nous devons ces précieux
+renseignements, le chiffre de 59.339.035 hectolitres en 1912, contre
+44.885.550 hectolitres en 1911. La production de 1912 est donc de 15
+millions d'hectolitres supérieure à celle de 1911 et de 7 millions
+d'hectolitres au-dessus de la moyenne des dix dernières années, estimée
+à 52 millions environ.
+
+Les régions les plus favorisées sont celles de la Méditerranée; le
+Bordelais et la vallée de la Loire comptent aussi parmi les mieux
+partagés. Quelques départements de l'Est sont à peu près les seuls à
+présenter un rendement inférieur à 1911. Quant à la récolte de
+l'Algérie, elle accuse également un notable déficit: elle a été en 1912
+de 6.671.181 hectolitres, au lieu de 8.883.667 hectolitres en 1911.
+
+A PROPOS DU RAYONNEMENT VITAL.
+
+En 1908, quelques expérimentateurs eurent l'idée d'appliquer contre leur
+front ou leur épigastre une feuille de papier manuscrit ou imprimé posée
+elle-même sur la face émulsionnée d'une plaque photographique; ils
+obtinrent une reproduction plus ou moins complète, en positif ou en
+négatif, des caractères que portait la feuille de papier. Ils
+attribuèrent cette transcription au rayonnement d'un certain fluide
+vital émanant de l'organisme.
+
+L'hypothèse rencontra d'autant plus de créance dans certains milieux que
+des expériences «amusantes» tendaient à la confirmer. Si l'on confiait
+des sachets renfermant une plaque et une feuille de papier
+convenablement disposées à diverses personnes qui les actionnaient dans
+des conditions différentes, on constatait au développement des résultats
+eux-mêmes très variés.
+
+Dès cette époque, M. Guillaume de Fontenay montra qu'on obtenait des
+transcriptions semblables de caractères manuscrits en utilisant, comme
+source de chaleur, un bain-marie à 35° ou 40°, ce qui ruinait
+l'hypothèse d'un rayonnement vital nécessaire pour produire le
+phénomène.
+
+Toutefois, M. de Fontenay n'avait pu obtenir la transcription de
+caractères imprimés. Ses nouvelles expériences, signalées à l'Académie
+des sciences par M. d'Arsonval, éclairent singulièrement la question.
+
+Le phénomène paraît subordonné à un assez grand nombre de facteurs
+physiques et chimiques, parmi lesquels il faut citer d'abord la durée du
+contact et la température.
+
+D'autre part, les encres à écrire et les encres typographiques agissent
+sur les plaques sensibles de façons différentes, suivant la composition
+chimique de ces encres, et aussi suivant l'état de division moléculaire
+qui leur est communiquée par le papier où on les a déposées. Certaines
+encres se transcrivent toujours en positif, d'autres se transcrivent
+toujours en négatif. Nombre d'encres typographiques sont à peu près
+inactives dans les circonstances ordinaires de l'expérimentation; un
+trait de plume peut se transcrire partiellement en négatif et
+partiellement en positif, selon que la plume, ici ou là, a déposé plus
+ou moins de liquide, ou selon qu'elle a plus ou moins égratigné
+l'encollage superficiel du papier et incorporé l'encre à la fibre même
+de la pâte. Si le métal de la plume est attaqué par l'encre, la
+transcription est modifiée; si l'on emploie des émulsions couchées sur
+celluloïd, on se heurte souvent à des phénomènes électriques.
+
+Dans un autre ordre d'idées, il faut remarquer que la transpiration
+varie beaucoup d'un individu à l'autre. En outre, chez la même personne,
+au même instant, elle est en général acide au visage et au creux de
+l'aisselle, alcaline au pli de l'aine. Elle diffère énormément suivant
+la nourriture, l'état de maladie ou de santé. On doit donc se défier à
+l'extrême de toute observation faite au moyen de sachets actionnés par
+un organisme vivant: la transpiration joue alors un rôle dont il est
+difficile de déterminer le sens et l'ampleur.
+
+M. de Fontenay conclut qu'il n'a pu déceler l'intervention d'aucun
+rayonnement nouveau et qu'il n'a jamais rencontré d'effet qui ne pût
+être attribué légitimement à une réaction chimique des corps mis en
+présence.
+
+UTILITÉ DES SERINS POUR ÉVITER L'ASPHYXIE.
+
+On a jadis proposé d'utiliser la souris pour nous éviter l'asphyxie par
+l'oxyde de carbone. Ce gaz éminemment dangereux est, en effet, peu
+sensible aux réactifs chimiques, et l'on n'a pas encore trouvé de moyen
+simple et pratique pour constater sûrement sa présence dans l'air que
+nous respirons.
+
+M. Burrell a été chargé par le Bureau des mines des Etats-Unis d'étudier
+l'influence de l'oxyde de carbone sur les petits animaux. Il conclut à
+la sensibilité extrême du canari:
+
+Voici, d'ailleurs, le résumé de ses observations sur la souris et sur le
+canari.
+
+Souris: 0,16 d'oxyde de carbone contenu dans l'air, très léger malaise
+au bout d'une heure; 0,20, malaise en 8 minutes; 0,31, malaise en 4
+minutes; 0,46, malaise en 2 minutes; 0,57, malaise en une minute; mort
+en 16 minutes; 0,77, malaise en une minute, mort en 12;5 minutes.
+
+Canari: 0,09, très léger malaise au bout d'une heure; 0,15, malaise en 3
+minutes; tombe de son perchoir au bout de 8 minutes; 0,20, malaise en
+1,5 minute; tombe de son perchoir en bout de 5 minutes; 0,29, tombe de
+son perchoir en 2,5 minutes.
+
+Le serin serait donc l'accessoire hygiénique indispensable de tout poêle
+à combustion lente.
+
+M. Burrell propose de l'employer pour explorer l'air des mines après
+explosion.
+
+LA PLUIE À PARIS.
+
+Les météorologistes sont fort divisés au moins sur une question: celle
+de l'augmentation de la fréquence de la pluie en nos régions. Les uns
+estiment, avec le bon peuple, qu'il pleut plus en France qu'autrefois;
+d'autres affirment que la moyenne n'a pas sensiblement changé.
+
+Nous signalions, il y a quelque temps, l'opinion de M. Camille
+Flammarion à cet égard. Notre éminent collaborateur a fait un relevé des
+pluies à Paris depuis le règne de Louis XIV; il conclut à une
+augmentation, augmentation bien marquée surtout depuis le début du
+dix-neuvième siècle, époque à laquelle ont commencé les mesures
+pluviométriques bien précises.
+
+M. Angot, directeur du Bureau central météorologique, n'est point de cet
+avis.
+
+M. Flammarion a pris les chiffres fournis par le pluviomètre de
+l'observatoire de Paris jusqu'en 1872; à partir de là, il s'en rapporte
+aux chiffres de l'observatoire de Montsouris, estimant que les
+conditions restent à peu près les mêmes.
+
+Or, d'après M. Angot, l'augmentation apparente de pluie résulte de ce
+changement de station. La comparaison des observations faites au cours
+des trente dernières années montre que la quantité de pluie tombée à
+Montsouris est d'environ un dixième supérieure à celle recueillie à
+Paris.
+
+M. Angot établit un relevé de 1806 à 1910 en prenant uniquement les
+chiffres de l'observatoire de Paris. Ce relevé donne, pour la pluie
+tombée dans la capitale, une moyenne générale de 510 millimètres par an.
+Pendant le premier tiers de cette période, la moyenne ressort à 502
+millimètres; pendant le second, elle s'élève à 521; pendant le dernier
+tiers, c'est-à-dire pendant les trente dernières années, elle retombe à
+508.
+
+M. Angot conclut que, contrairement aux affirmations de M. Flammarion,
+il n'y a aucune apparence d'augmentation progressive de pluie à Paris
+depuis 1880.
+
+Ce désaccord des deux savants sur une question assez simple est un peu
+troublant. La vérité ne serait-elle pas que, finalement, il ne tombe
+guère plus d'eau à Paris qu'autrefois, mais... qu'il pleut ou qu'il
+«brouillasse» plus souvent.
+
+
+
+[Illustration: Position initiale. Position finale. COMMENT LE
+DICTIONNAIRE LAROUSSE A INTERPRÉTÉ LE GESTE DU DISCOBOLE ANTIQUE]
+
+L'ATTITUDE DU DISCOBOLE
+
+La méthode française d'éducation physique préconisée par M. le
+lieutenant de vaisseau Hébert, que nous avons été des premiers à
+signaler dans ce journal (numéro du 13 avril 1912). et qui bénéficie
+aujourd'hui d'une vogue méritée, a donné un intérêt, si l'on peut dire,
+actuel, à la célèbre statue du Discobole antique: on sait que le
+«lancer» du disque est un des huit exercices naturels «indispensables»
+indiqués par cette méthode. Sur l'attitude du Discobole, qu'a reproduite
+si heureusement le lieutenant de vaisseau Hébert, M. le commandant R.
+Debax, ancien instructeur à l'école de gymnastique de Joinville-le-Pont,
+nous adresse ces lignes illustrées de croquis probants:
+
+Dans le grand dictionnaire Larousse, à l'article Discobole, on lit:
+
+«Discobole lançant le disque, ou Discobole en action, statue antique au
+palais Massimi, à Berne. Le corps incliné et appuyé sur la jambe droite
+placée en avant, le Discobole porte la main gauche sur le genou droit et
+élève en arrière, plus haut que la tête, la main droite qui tient le
+disque. Cette attitude a été imaginée pour donner au disque la plus
+forte impulsion possible. Ce n'était qu'après avoir balancé le bras
+plusieurs fois et lui avoir fait décrire plusieurs tours, presque
+circulairement, que le Discobole lâchait le disque qui partait en
+sifflant. En même temps qu'il ramenait ainsi une dernière fois le bras
+droit en avant il retirait la main gauche et son corps se redressait
+vivement comme la corde d'un arc détendu.»
+
+A l'appui de son explication, l'auteur de la notice cite des textes
+latins qui, probablement, sont sujets à controverses. Nous nous
+garderons bien de le suivre sur ce terrain. Et nous nous fonderons sur
+l'expérience et sur le mouvement de la statue pour contester cette
+interprétation.
+
+Si le disque était lancé comme l'indique Larousse, la force de
+projection serait produite par le mouvement de rotation du bras droit,
+suivi de l'extension du corps tout entier prenant appui sur la seule
+jambe droite, extension favorisée d'ailleurs, par une légère rotation du
+buste de droite à gauche. L'ensemble du mouvement ne paraît pas
+suffisant pour donner l'impulsion nécessaire au disque, et nous pouvons
+affirmer que pas un de nos athlètes modernes n'opère de cette façon.
+
+Il est d'ailleurs fort probable que, dans ce cas, le disque devant être
+lancé en avant de la statue, le Discobole aurait eu malgré lui le regard
+fixé dans cette direction, c'est-à-dire droit devant lui.
+
+Or, c'est précisément le contraire. Le Discobole a, d'une façon
+indiscutable, le regard dirigé en arrière de lui.
+
+On a prétendu qu'il regardait son bras droit pour voir si le disque
+était bien placé dans sa main. Il est bien plus naturel de penser que le
+Discobole regarde le but et, si l'on admet cette manière de voir, le
+mouvement de la statue s'explique très facilement et se décompose comme
+l'indiquent les croquis ci-dessous.
+
+Faisant d'abord face au but ou à la direction (position initiale), le
+pied gauche en avant, le pied droit en arrière et près du précédent, le
+bras droit tendu horizontalement, le Discobole pivote ensuite sur le
+pied droit, fait face en arrière en portant le poids du corps sur la
+jambe droite, le genou gauche se plaçant contre le droit, le pied gauche
+ne faisant que se soulever en pivotant sur le gros orteil. En même
+temps, il se baisse légèrement et exécute un _mouvement de torsion très
+prononcé du, buste autour du bassin de gauche à droite._ Le bras droit
+reste tendu et le disque vient se placer à hauteur de l'endroit où il va
+être abandonné à la fin du mouvement suivant (position de la statue).
+
+Immédiatement après, par un mouvement de réaction, le Discobole,
+pivotant sur les deux pieds, fait face à la direction primitive en
+imprimant _au buste un mouvement violent de torsion de droite à gauche_
+qui, par l'intermédiaire du bras, donne l'impulsion au disque à la façon
+d'une fronde. Le disque est abandonné au moment où il se trouve dans la
+direction. Par suite de l'impulsion communiquée au corps, le pied droit
+se porte généralement en avant du gauche. Compris de cette manière, le
+lancement du disque exige une grande coordination dans les mouvements.
+C'est le triomphe de l'adresse unie à la force et c'est ce symbole qu'a
+voulu exprimer le statuaire antique.
+
+R. DEBAX.
+
+[Illustration: Position initiale. Position intermédiaire (celle de la
+statue). Position finale. Le discobole fait face à la direction. Le
+discobole a pivoté et fait face en arrière. Le discobole revient face en
+avant et abandonne le disque. COMMENT LE DISCOBOLE ANTIQUE LANÇAIT LE
+DISQUE, D'APRÈS L'ÉCOLE DE JOINVILLE-LE-PONT]
+
+
+
+LA CEINTURE DE PARIS
+
+APRÈS LA DÉMOLITION DES FORTIFICATIONS (_Voir les projets, page 20._)
+
+«A la place des vilaines murailles des fortifications qui entourent
+Paris, on voyait un beau parc ininterrompu où les arbres, les arbustes
+et les fleurs faisaient à notre ville une ceinture de santé et de beauté
+aussi; songez donc, 35 kilomètres de pelouses, avec ponts rustiques,
+cascatelles et ruisselets, toute une longue série de paysages au pastel;
+Paris vêtu et couronné de toutes les roses et de toutes les fleurs était
+salué comme la reine souveraine du monde.
+
+Vivant au milieu de cette belle fête des yeux et de l'esprit, les hommes
+devenaient meilleurs, les femmes plus jolies.
+
+Si mon rêve vous agrée et si vous voulez en commencer la réalisation,
+beaux conseillers, ne vous endormez pas.»
+
+Ainsi rêvait, en ouvrant, en 1909, la première session ordinaire du
+Conseil municipal de Paris, M. Lampué, doyen d'âge de cette laborieuse
+assemblée où, comme on voit, les soucis budgétaires ou politiques n'ont
+point atrophié la fibre poétique.
+
+Ce rêve sera bientôt une réalité. Sur le rapport de M. Louis Dausset,
+récemment élevé à la présidence du Conseil municipal, nos édiles
+viennent d'approuver le contrat passé entre l'État et la Ville de Paris
+pour l'aliénation de l'enceinte fortifiée. La sanction législative ne
+saurait tarder.
+
+Cette convention, dont nous n'avons pas le loisir d'examiner les
+détails, peut se résumer ainsi:
+
+1° Acquisition par la Ville, en un seul et unique lot, de la totalité de
+l'enceinte fortifiée, moyennant un prix de 100 millions payables par
+annuités, par paiements échelonnés;
+
+2° Maintien sur la zone militaire de la servitude non _oedificandi_,
+pour cause d'hygiène et de salubrité publiques;
+
+3° Expropriation des terrains de cette zone, devenue _zone sanitaire_ en
+vue de la création d'espaces libres, parcs et terrains de jeux;
+
+4° Annexion à Paris des terrains expropriés.
+
+Il y a plus de trente ans que s'est posée pour la première fois la
+question de la suppression de l'enceinte fortifiée de Paris; la
+divergence des intérêts ou même des simples opinions en présence rendait
+la solution fort difficile. Grâce à l'énergie persévérante de M. Dausset
+et de son collègue, M. Chérioux; grâce à l'esprit libéral de MM. Klotz
+et Millerand, la solution intervenue apparaît comme la plus logique et
+la plus satisfaisante à tous égards. La désaffectation de l'enceinte
+fortifiée n'est plus considérée, ni par la Ville, ni par l'État, comme
+un prétexte à spéculations immobilières, on l'envisage avant tout comme
+un moyen de doter Paris et sa banlieue des champs d'air et de lumière
+devenus indispensables à leur hygiène et à leur santé.
+
+Nos plans de la page 20, empruntés à un travail de M. Dausset, donnent
+une idée exacte de la transformation que va subir la ceinture de Paris.
+
+Actuellement, l'espace libre des fortifications et de la zone qui
+entoure la capitale présente environ 380 mètres de profondeur: 130
+mètres de fortifications et 250 mètres de _zone_ frappée d'une servitude
+_non oedificandi_, c'est-à-dire où les propriétaires du sol ne sont
+autorisés à élever que des constructions précaires, pouvant être
+démolies à première réquisition.
+
+Le terrain occupé par les fortifications, après avoir été mis au niveau
+des boulevards actuels, sera loti pour l'édification d'immeubles de
+rapport groupés entre deux larges boulevards circulaires, le boulevard
+extérieur étant flanqué d'un chemin de ronde et d'une grille pour
+garantir le fonctionnement de l'octroi.
+
+Les terrains de la zone, formant un total de plus de 500 hectares,
+seront aménagés en espaces libres, tels que parcs publics, pelouses ou
+terrains de jeux; M. Dausset prévoit onze grands parcs entourés de
+grilles. «Aucune portion ne pourra être distraite en vue d'y élever des
+constructions, si ce n'est pour l'établissement des édifices nécessaires
+à la surveillance et à l'utilisation de ces espaces libres, lesquelles
+constructions ne pourront, dans leur ensemble, occuper une superficie de
+plus d'un vingtième desdits espaces et devront être réparties également
+sur l'ensemble de la zone à aménager.»
+
+On a objecté que la zone n'offre pas une largeur suffisante pour y
+dessiner des parcs intéressants. Or, le parc Monceau, considéré avec
+raison comme un des plus beaux spécimens de l'art des jardins, ne mesure
+pas plus de 250 mètres dans sa plus grande largeur. C'est précisément
+celle de la zone.
+
+Ajoutons que la Ville de Paris s'est engagée à prélever 4% sur
+l'ensemble des terrains à provenir de l'enceinte fortifiée, pour les
+affecter exclusivement à la construction d'habitations à bon marché.
+
+Combien de temps exigeront les travaux destinés à modifier si
+heureusement l'aspect des abords de la capitale? Il serait téméraire de
+hasarder des chiffres.
+
+La remise à la Ville, par tronçons successifs, des terrains déclassés;
+la démolition du mur d'enceinte, le nivellement général du sol,
+demanderont plusieurs années. L'expropriation des terrains de la zone
+qui forment une surface de 4.962.000 mètres carrés répartis entre un
+nombre considérable de propriétaires sera sans doute encore plus
+laborieuse; on a prévu, pour la mener à bien, un délai maximum de
+trente-huit ans.
+
+Faisons toutefois crédit à la diligence de l'administration et
+souhaitons qu'entre les maisons dites «à bon marché» et les immeubles
+pour pseudo-millionnaire on voie pousser, baignés d'air et entourés de
+verdure, de modestes mais riants cottages pour simples bourgeois. Et
+s'il paraît audacieux d'admettre, comme M. Lampué, que la suppression
+des fortifications rendra les hommes meilleurs et les femmes plus
+jolies, espérons du moins qu'elle contribuera à enrayer un instant la
+hausse démesurée des loyers parisiens et, peut-être, aussi, à améliorer
+les moeurs de messieurs les apaches.
+
+F. HONORÉ.
+
+
+
+LA NAVIGATION SUR L'OUED SEBOU
+
+On a dit maintes fois combien il serait important de pouvoir utiliser
+l'oued Sebou pour les transports de matériel de guerre et de
+marchandises, de la côte à Fez. Malheureusement, le fleuve est peu
+navigable, presque à sec par endroits en été, démesurément grossi en
+hiver, coupé de nombreux seuils. Pourtant, l'an dernier, grâce à des
+prodiges d'énergie, d'adresse, de persévérance, l'enseigne de vaisseau
+Le Dantec parvint, en un voyage d'un mois (24 décembre 1911-30 janvier
+1912), à le remonter avec un canot automobile jusqu'au pont de Fez, à 5
+kilomètres de la capitale chérifienne.
+
+Cette exploration devait donner un résultat pratique, puisqu'elle a
+amené une compagnie, l'Omnium français, à étudier et à construire un
+bateau à vapeur spécialement aménagé pour cette difficile navigation.
+
+[Illustration: LA NAVIGATION FLUVIALE AU MAROC.--Le premier vapeur qui
+ait remonté l'oued Sebou: la canonnière _Sebou_ à Bel Ksiri.]
+
+Le _Sebou_, c'est le nom qu'elle a donné à ce bateau, l'aîné d'une
+flottille qu'il faut souhaiter de voir devenir nombreuse, effectue en ce
+moment son premier voyage, et déploie sur l'oued si fantasque le
+pavillon français. C'est une sorte de canonnière très légère, ne calant
+pas plus de 80 centimètres à l'arrière, ce qui lui permettra de franchir
+sans trop de difficultés les hauts fonds. Au 24 décembre dernier, le
+_Sebou_ était à Bel Ksiri où fut prise la photographie que nous
+reproduisons. Il a depuis continué, et, aux dernières nouvelles, avait
+atteint Souk el Djema, à 120 kilomètres environ de Méhédya.
+
+Un ingénieur, M. Turgan, est à la tête de cette entreprise. Le directeur
+technique de la navigation, le «capitaine d'armement» si l'on veut, est
+M. Le Peillon, à qui une longue pratique des rivières indo-chinoises a
+donné une expérience précieuse.
+
+
+
+UNE MÉDAILLÉE DE LA GUERRE
+
+C'est un document émouvant, évocateur d'une époque déjà lointaine, que
+cette photographie d'une famille de soldats, prise quelques années après
+la guerre. Celle qui y figure aux côtés de son mari et de ses enfants,
+Mme Gombert, vient de recevoir la médaille de 1870, à Rodez, dans une
+touchante cérémonie, comme il y en a eu tant en France ces temps
+derniers, qui réunissait d'anciens combattants de l'Année terrible, Mgr
+de Ligonnès, évêque de. Rodez, alors capitaine des mobiles de la Lozère,
+le contre-amiral et le général Boisse, le général Joubert, et, leur
+doyen à tous, un beau vieillard de quatre-vingt-sept ans, M. Vidal.
+
+[Illustration: Une femme médaillée de 1870: Mme Gombert, ancienne
+cantinière, et sa famille. (_D'après une photographie faite quelque
+temps après la guerre._)]
+
+Mme Gombert, qui portait crânement l'uniforme de cantinière, fit la
+campagne avec son mari, soldat au 3e bataillon de chasseurs à pied; elle
+emmenait dans sa voiture ses trois enfants en bas âge, qu'elle n'avait
+pas voulu quitter. Blessée sur le champ de bataille de Rezonville, la
+courageuse femme fut recueillie à l'hôpital de Metz; elle y demeura
+jusqu'à la reddition de la place, et partagea ensuite la captivité de
+l'armée. Le bel exemple d'énergie française qu'elle a donné devait avoir
+sa récompense. Il ne manque désormais à cette vaillante, femme et mère
+de soldats--ses deux fils ont été retraités comme adjudants--que la
+médaille militaire.
+
+
+
+THÉÂTRES
+
+L'Opéra s'est honoré en remontant avec des soins exceptionnels le grand
+drame lyrique de M. Vincent d'Indy, Ferval. Créé à la Monnaie de
+Bruxelles en 1897, il avait eu, l'année suivante, une série de
+représentations à l'Opéra-Comique; on ne l'avait pas rejoué depuis. M.
+Vincent d'Indy a choisi son héros parmi ceux qui empruntent à la légende
+et aux anciennes traditions nationales leurs valeurs symboliques (car,
+fidèle au principe wagnérien, il a lui-même composé le livret de ses
+oeuvres); il a enveloppé son poème d'une musique qui est d'un
+raffinement, d'une richesse, d'une habileté, d'une beauté technique
+extraordinaires. M. Muratore et Mlle Bréval ont brillamment tenu la tête
+d'une interprétation remarquable. M. Messager lui-même, aux premières
+représentations de cette reprise, s'est fait un devoir de conduire
+l'orchestre.
+
+Signalons, à la Comédie-Royale, une comédie--fort légère--de MM. André
+Sylvane et Mouezy-Eon: _les Samedis de monsieur_, et une piquante petite
+revue de M. Jean Bastia: _Ce qu'il ne faut pas taire_.
+
+
+
+LES CENTENAIRES DU CONSCRIT, par Henriot.
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier
+1913, by Various
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+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3646, 11 ***
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
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+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913, by Various
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
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+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913
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+Author: Various
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+Release Date: September 15, 2011 [EBook #37428]
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+Language: French
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3646, 11 ***
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+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+
+
+<p>L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913</p>
+
+
+
+<p class="mid">LA REVUE COMIQUE, par Henriot.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+
+<br>
+<div class="sml">
+
+<p>Ce numéro contient deux suppléments:</p>
+
+<p>1° L'Illustration Théâtrale avec deux pièces: <span class="sc">Les Phares Soubigou</span>, de M.
+Tristan Bernard, et <span class="sc">Dozulé</span>, de M. André Picard;<br>
+
+2° Le 7e fascicule d'<span class="sc">Un double amour</span>, par Claude Ferval.</p>
+</div>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+
+
+<h3>UNE ATTITUDE DE CONQUÉRANT</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>Le tsar des Bulgares, marquant sa part de la Macédoine,
+gravit les ruines<br>de la forteresse de Kavala, l'antique Néopolis de
+Philippe et d'Alexandre.</b><br> <i>Phot. G. Woltz.--Droits réservés. Voir
+l'article, page 22.</i></p>
+
+<div class="somm">
+
+<h3>NOS SUPPLÉMENTS</h3>
+
+<h4>THÉÂTRE</h4>
+
+<p class="mid"><i>Le prochain numéro de</i> L'Illustration <i>contiendra</i>:<br><br>
+
+<b>Faust</b>, de <span class="sc">Goethe</span>,<br>
+
+<i>traduction et adaptation, en trois parties,</i><br>
+
+<i>de</i> <span class="sc">M. Emile Vedel</span> <i>(Odéon).</i><br><br>
+
+<i>Paraîtront ensuite:</i><br><br>
+
+<b>Bagatelle</b><br>
+
+<i>de</i> <span class="sc">M. Paul Hervieu</span> <i>(Comédie-Française);</i><br><br>
+
+<b>Kismet</b><br>
+
+<i>de</i> <span class="sc">M. Edward Knoblauch,</span><br>
+
+<i>texte français de</i> <span class="sc">M. Jules Lemaitre</span><br>
+
+<i>(Théâtre Sarah-Bernhardt, direction Lucien Guitry);</i><br><br>
+
+<b>La Prise de Berg-op-Zoom</b><br>
+
+<i>de</i> <span class="sc">M. Sacha Guitry</span> <i>(Vaudeville);</i><br><br>
+
+<b>Les Flambeaux</b><br>
+
+<i>de</i> <span class="sc">M. Henry Bataille</span> <i>(Porte-Saint-Martin);</i><br><br>
+
+<b>La Femme seule</b><br>
+
+<i>de</i> <span class="sc">M. Brieux</span> <i>(Gymnase);</i><br><br>
+
+<b>L'Homme qui assassina</b><br>
+
+<i>de</i> <span class="sc">M. Pierre Frondaie</span>,<br>
+
+<i>d'après le roman de</i> <span class="sc">M. Claude Farrère</span><br>
+
+<i>(Théâtre Antoine, direction Gémier);</i><br><br>
+
+<b>L'habit vert</b><br>
+
+<i>de</i> <span class="sc">MM. Robert de Flers et G.-A. de Caillevet</span><br>
+
+<i>(Variété).</i><br><br>
+
+<b>ROMAN</b><br>
+ <i>Après une nouvelle série de <b>Récits de Guerre</b>, du général Bruneau
+(récits d'Algérie cette fois, et qui comprendront aussi des récits de
+chasse), nous commencerons, le 1er mars, la publication d'une importante
+oeuvre inédite de</i> <span class="sc">M. Marcel Prévost</span>:<br>
+
+<b>Les Anges gardiens.</b></p>
+</div>
+<br>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4>LE COSTUME</h4>
+
+<p>C'est un mot à moitié mort, que l'on ne dit guère qu'au passé... Il
+n'est plus d'aujourd'hui. Et pourtant... Le costume!... Aussitôt voilà
+des soies, des satins, des velours, de la dentelle et du fer. Vous
+palpez des tissus et vous remuez des couleurs... Vous ramassez des
+pourpoints ballants et vous secouez des jupes vides. Ah! le joli mot,
+puissant et avantageux, de prompte élégance, qui pare, pince à la taille
+et plaque si bien! Quand on le prononce, on regarde sa manche. Il donne
+le même plaisir qu'à enfiler une culotte dont la craquante étoffe se
+casse et chatoie comme il faut, dont la boucle d'acier brille et pique
+au coin du jarret. Le costume! et l'on se redresse avec le regret de ne
+plus avoir à le porter! Le costume! et l'on se toise dans la glace, en
+face et de côté, par-dessus l'épaule. Le costume! et le bras s'arrondit,
+la jambe se tend, le pied se cambre en se faisant plus étroit, plus
+long, et plus pointu. Le costume! et l'on se sent tout de suite agile ou
+imposant, souple, aimable, ou aimé, plus jeune et plus fier... Le
+costume! il vous monte du courage, de l'esprit, de l'arrogance... l'air
+est tout rafraîchi par des souffles de plumes et des passages de
+chapeaux... Les traînes balaient le parquet... Les épées barrent les
+hanches... Le mollet triomphe, et les talons sont hauts, de maroquin
+blanc, ou de laque rouge. Le costume... et c'est la cour et la ville,
+les carrosses, les grands chevaux, la chaise à porteurs, les laquais...
+et les femmes diaprées, en tenue de bal éternel, et les tableaux fameux,
+et les galas et les batailles, et les mariages royaux, les fêtes
+populaires, et c'est toute l'histoire... que peint d'un coup, dans une
+fresque immense et d'alerte bigarrure, ce vieux mot fringant et français
+de costume!</p>
+
+<p>Après quoi, quand il a bien produit son effet, il retombe dans une
+flasque tristesse, avec la nonchalance d'un manteau quitté, retenu,
+avant de choir, par le bras du fauteuil.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Tel nous apparaît-il, de temps à autre, quand les circonstances le
+mettent par hasard sous nos yeux, à notre époque où il n'est plus
+question que de «vêtement» et «d'habit». Or un vêtement n'a rien de
+commun avec un costume. C'en est l'antipode. Le costume nous est rappelé
+et rendu seulement par l'art. Il n'existe à présent que dans les musées,
+sur la toile où les peintres en sont demeurés les tailleurs prestigieux,
+les immortels couturiers. Là, nous nous repaissons de ce luxe oublié, de
+ces somptuosités ordonnées et choisies qui recouvraient et atténuaient
+les ennuis journaliers des hommes d'autrefois, qui ornaient leurs joies
+en les étourdissant. On devait--si galamment et brillamment traité par
+les rares tissus--se comporter avec plus d'entrain, aimer et se battre
+mieux, vivre dans une expansion plus large et plus reconnaissante. Un
+costume était un bain de velours tiède où l'on restait plongé, d'où l'on
+ne sortait que pour se jeter dans celui du lit, des draps et du sommeil.
+Un costume était un autre «soi-même» que l'on pouvait créer et composer
+à son image et à sa ressemblance, aux couleurs de son esprit, à la
+marque et aux galons de son coeur, à la façon de son désir, à la nuance
+de son rêve, à la livrée de toute sa personne... C'était un ami, un
+confident, un valet qui vous désignait franchement, de loin, par sa
+coupe, les détails et l'originalité de sa tournure, qui vous faisait
+reconnaître à cent pas, qui vous signait et vous obligeait comme une
+noblesse extérieure. C'était votre ombre, lumineuse, qui, réfugiée en
+vous, et s'y confondant, était cependant toujours prête à s'en écarter
+pour aller répéter sur la toiture, la muraille ou le sol, votre
+silhouette magnifique, vos gestes exaltés, déclamer la prestance exquise
+et incomparable de votre personnage. Qui de nous n'a fréquemment soupiré
+devant un tableau de Porbus ou de Vélasquez, de Largillière ou de Van
+Loo, de n'être pas en état de fournir aux pinceaux de ce temps une aussi
+vaniteuse matière, un modèle aussi opulent? Et cette désolation
+s'accroît encore, lorsque, au cours des battues et des chasses que nous
+risquons dans les broussailles du passé, il nous arrive de rencontrer le
+costume... le vrai costume lui-même, surprenant, émouvant, inouï, et
+nous donnant--frais encore ou ravagé--par la vue incomplète de ce qu'il
+est, l'image en pied de ce qu'il fut. Ah! l'habit Louis XV, tombé en
+avant, culbuté d'amour, comme s'il avait été percé d'un coup d'épée, et
+renversé sur le dos d'une bergère, dans le magasin plein des débris et
+de la poussière d'autrefois!... La robe à fleurs d'une marquise,
+accrochée par le cou à la clef d'une porte vitrée! Les culottes à raies
+bleues et roses que l'on tire à genoux avec effort, en les arrachant, du
+tiroir bourré de la commode!... Les gilets aux aisselles rousses, les
+corsets rompus où ne bat plus rien, le soulier glissé d'un pied
+fondant... les bas qui pendent comme une peau morte,... les gants aux
+doigts mous, les gants sans mains... les chapeaux sans tête,... que tout
+cela parle et nous fait souvenir des jours, qu'avant d'être nés à
+nouveau, nous avons vécus! Ces loques sont aussi impressionnantes que
+des portraits. Elles ont enveloppé des corps, accoutré des âmes, dont
+elles ne sont plus que les suaires frivoles. Elles ont gardé les plis de
+l'habitude et des passions, les plis imposés qui en s'accusant sont
+devenus leurs rides. Elles survivent aux anciens vivants qui les
+occupaient, leur donnaient l'air d'être quelque chose, les
+remplissaient, les animaient, les fatiguaient, les ont menées partout,
+dont il ne reste plus rien, car elles durent souvent plus que les os qui
+en étaient l'armature apparente, la fragile solidité. N'est-il pas dès
+lors coupable et d'un cruel manque de sensibilité artistique et humaine
+de les abandonner, de se détourner d'elles, de dédaigner le méritoires
+effort qu'elles font pour résister aux morsures de la destruction et se
+prolonger plus que des cadavres? Quand ils viennent s'échouer dans nos
+mains qui leur en rappellent d'autres, pensez que toujours les vieux
+costumes du temps passé nous demandent la vie, la seule qu'il nous soit
+possible de leur accorder, une vie de repos, de collection et de musée.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Le musée du costume!... On en parlait depuis des années. Il était
+toujours sur le point de se faire et ne se faisait jamais, en dépit de
+l'obstiné dévouement que mettaient à le préparer et à le construire, à
+travers tous les obstacles, ses parrains désignés et naturels, le
+peintre Leloir et le dessinateur Vallet, et beaucoup d'autres artistes
+acharnés, comme ces deux vaillants, à la réussite de l'idée. Et voici
+que tout à coup, grâce à la généreuse décision testamentaire de
+Detaille, le beau projet est virtuellement réalisé. Nous aurons un musée
+du costume. Bien mieux, nous en aurons deux, qui, quoique séparés et
+distincts, se complétant et s'achevant l'un par l'autre, n'en feront
+qu'un, pour la joie instructive de tous ceux qui en seront les visiteurs
+assidus et familiers. L'État aura le musée Detaille, musée du costume
+militaire, et la Ville de Paris, le musée du costume civil, tous les
+deux sous la direction d'une même pensée artistique et éducatrice. Et
+vraiment il était incroyable, quand presque toutes les capitales
+d'Europe ont leur rétrospective de la parure, que nous n'eussions pas
+même un modeste local affecté à l'histoire documentaire de notre
+habillement. Les beaux vieux habits de soie, les robes à paniers ne
+savaient plus depuis des centaines d'années où se mettre. Elles
+n'avaient pendant longtemps trouvé asile que chez les peintres et les
+costumiers de théâtre. Mais bientôt ceux-ci eux-mêmes les méprisèrent,
+comme inutiles ou hors d'usage. Les pauvres hardes, éclatantes ou
+fanées, s'en furent alors chez l'antiquaire qui avait grand'peine à les
+placer, qui ne consentait à les admettre dans son bric-à-brac que parce
+qu'elles faisaient, jetées çà et là, un joli effet de pittoresque
+décoratif... Et puis, quand la mode vint peu à peu de les acheter, ce ne
+fut que pour les détruire, pour en recouvrir des fauteuils, en employer
+l'étoffe à la confection de mille objets, pour les coupasser et les
+déshonorer dans ces innombrables petits massacres que l'on appelle «des
+travaux de dames». Ils finissaient donc, ils allaient disparaître,...
+quand le bon Detaille et son ami Maurice Leloir leur ouvrirent ensemble
+et toute grande la porte des hôtels et des salons hospitaliers où ils
+vont enfin, dans des décors d'époque, cesser d'être dépaysés et se
+retrouver entre eux, en bonne compagnie... ayant de quoi parler, disant
+tout bas les choses qu'ils ont vues, auxquelles ils ont participé et
+qu'hélas! nous ne saurons jamais. Si nous pouvions connaître seulement
+le quart de ce qui leur est arrivé, nous serions fous...<span class="rig">
+<span class="sc">Henri Lavedan.</span></span></p>
+
+<p><i>(Reproduction et traduction réservées.)</i></p><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"><br>
+<span class="sml"><span class="sc">M. Antonin Dubost.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M. Paul Deschanel.</span></span><br><b>AVANT LE
+CONGRÈS.--Les présidents du Sénat et de la Chambre des députés.</b></p>
+
+<h3>LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE</h3>
+
+<p>Un décret présidentiel signé mardi dernier, 7 janvier, en conseil des
+ministres, a définitivement fixé au 17 courant la réunion du Sénat et de
+la Chambre des députés en Assemblée nationale, afin de procéder à
+l'élection du président de la République.</p>
+
+<p>Aucune candidature nouvelle n'a officiellement surgi depuis que M.
+Raymond Poincaré et M. Alexandre Ribot ont si courageusement fait
+connaître leur résolution de se présenter aux suffrages du Congrès, se
+jetant, de propos délibéré, en proie aux polémiques inévitables. Mais,
+comme nous l'indiquions en présentant, la semaine dernière, ces deux
+candidats nettement déclarés, ils auront des concurrents: il est
+certain, dès à présent, comme nous l'avons dit, que M. Antonin Dubost,
+président du Sénat, et M. Paul Deschanel, président de la Chambre,
+seront avec eux sur les rangs. Toutefois, l'un comme l'autre, sollicités
+de faire connaître leurs intentions à cet égard, se sont défendus de
+faire aux journalistes aucune confidence. M. Paul Deschanel, soumis à la
+réélection comme président de la Chambre à la rentrée, le 14 janvier, a
+estimé que les convenances, un sentiment de déférence vis-à-vis de ses
+collègues, lui interdisaient «de porter ses regards au delà de cette
+date». Pour les mêmes raisons M. Antonin Dubost déclare vouloir observer
+pareille attitude. Et cette réserve s'explique parfaitement. Entre la
+réunion des Chambres et celle de l'Assemblée nationale auront lieu,
+d'ailleurs, maints conciliabule, parlementaires d'où peut surgir plus
+d'une candidature encore.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LA CEINTURE DE PARIS APRÈS LA DÉMOLITION<br> DES FORTIFICATIONS: DEUX
+EXEMPLES</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003asmall.png"><br><a href="images/003alarge.png">(Agrandissement)</a><br><b>A L'OUEST, ENTRE LA PORTE DES TERNES ET LA PORTE DE
+COURCELLES.--Sur la largeur des fortifications (environ 130 mètres),
+dont le fossé sera remblayé au niveau des boulevards extérieurs actuels,
+s'élèveraient, le long de voies larges et aérées, des immeubles qui,
+dans le quartier représenté ici après sa transformation, offriraient
+tout le confort moderne. Au delà, la bande de 250 mètres de largeur qui
+constitue la zone militaire serait convertie intégralement en parcs et
+terrains de jeux et formerait, autour de Paris, une ceinture d'espaces
+libres de 35 kilomètres et de plus de 500 hectares.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003bsmall.png"><br><a href="images/003blarge.png">(Agrandissement)</a><br><b>A L'EST, ENTRE LES PORTES DE MONTREUIL ET DE
+BAGNOLET.--Dans certains quartiers, comme celui-ci, la Ville imposerait
+aux acquéreurs des terrains des fortifications l'obligation de
+construire des cottages ouvriers entourés de jardins.--</b><br><i>D'après le
+projet de M. Louis Dausset, président du Conseil municipal.--Voir
+l'article, page 32.</i></p>
+<br><br>
+
+<h3>LES GRECS DEVANT JANINA</h3>
+
+<p>Sans y attribuer le même prix, peut-être, qu'ils attachent à la
+conservation d'Andrinople, les Turcs tiennent fermement à garder aussi
+Janina, que les Grecs ne convoitent pas moins ardemment Et la lutte
+autour de cette place forte se poursuit avec un acharnement égal de part
+et d'autre. Notre collaborateur, M. Jean Leune, continue d'en suivre
+les phases, partageant toujours avec Mme Jean Leune les fatigues comme
+les sentiments des assiégeants, toujours pleins de foi patriotique et
+débordants de <i>furia</i> dans l'action. Et sa sympathie, son admiration
+pour ses compagnons d'armes, on peut bien employer ce mot, n'ont point
+faibli.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/004c.png"><br><b>
+Un moderne héros grec: le lieutenant aviateur<br>
+Montoussis, après un vol au-dessus de Pisani.</b></p>
+
+<p>Il apparaît bien, toutefois, dans ses dernières lettres, que Janina est
+une proie plus difficile à saisir qu'on ne l'avait cru au premier abord,
+puisque l'entrain, la résolution, la vaillance des soldats hellènes
+sont, jusqu'à présent, et depuis un grand mois, tenus en échec par des
+forces supérieures en nombre sans doute, mais animées d'une conviction
+pareille et d'un courage égal.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, cette lutte prolongée nous vaut, de M. Jean Leune,
+d'excellentes photographies, commentées par d'intéressantes notes que
+nous allons résumer ici.</p>
+
+<p>Le cadre demeure le même, à Philippias, au Hani Imin Aga ou à
+Pentepigadia (les Cinq-Fontaines). C'est un pays abrupt dont la rudesse,
+elle seule, constitue aux assiégés une solide défense, et, d'autre part,
+dans plus d'un cas, les gêne, car la configuration de ce terrain
+montagneux, en tout sens hérissé de crêtes, creusé de ravins, permet à
+leurs adversaires d'abriter parfaitement leurs batteries.</p>
+
+<p>Mais aussi, pour les Grecs, quelles difficultés, quand il s'agit
+d'établir des canons sur l'une quelconque de ces collines escarpées!</p>
+
+<p>Ils ont trouvé un emplacement admirable, en avant d'Imin Aga: «Pour en
+permettre l'accès, écrit notre correspondant, le génie a dû, sous la
+pluie, dans la boue, tailler à flanc de coteaux un chemin en zigzags,
+d'un mètre, au plus, de large. Avec des poutres et des planches, on
+avait fait une série de solides brancards. Puis on a démonté, les uns
+après les autres, canons et caissons, et l'on a lié leurs parties
+séparées, pièce, affût, frein pneumatique, etc., sur les brancards, que
+sapeurs et canonniers ont ensuite placés sur leurs épaules. Il avait plu
+toute la nuit. Le chemin de fortune établi par le génie était couvert
+d'une boue gluante, où la moindre glissade d'un seul devenait périlleuse
+pour l'équipe entière. Il fallait marcher à pas lents, rythmés à la
+cadence que marquait un sous-officier.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/004d.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le duel d'artillerie entre Grecs et<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Turcs: éclatement d'un obus turc<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;en arrière des lignes grecques.--<br>
+</b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<i>Photographies Jean Leune.</i></p>
+
+<p>» Pour porter le seul canon, vingt hommes étaient nécessaires; pour une
+roue, deux; et deux autres pour un demi-bouclier. Le transport des
+munitions s'effectua à raison de deux obus par homme. Et il y avait 2
+kilomètres à parcourir ainsi. Tous allaient gaiement, montrant toujours
+leur inaltérable belle humeur. Là-haut, les pièces remontées étaient
+remises en batterie à la corde, avec le même allant.» Après quoi, les
+duels d'artillerie se poursuivent, sans autres interruptions que celles
+que nécessitent d'aussi difficiles manoeuvres. A de certains moments,
+c'est jour et nuit qu'on se bat, et l'on va dans un fracas d'enfer, où
+la voix grave des grosses pièces soutient en basse les crépitements de
+la fusillade, qui fait comme des pizzicati, et le ronflement mécanique
+des mitrailleuses. Pour ceux qui vivent ces journées, le spectacle du
+coup de canon doit commencer à devenir banal. Il donne de bien curieux
+clichés: au départ, à la gueule de la pièce, un petit nuage blanc, qui,
+en un dixième de seconde, se dissipe, dissous dans l'air. Et puis le
+bruit fusant du projectile, qui disparaît bientôt derrière la crête la
+plus prochaine.</p>
+
+<p>A l'arrivée--et c'est sur les obus ennemis qu'on peut le mieux
+l'observer--une boule de vapeur, soyeuse, jolie comme un éclat de fusée,
+et la pluie des balles répandues par le shrapnell, ou encore un nuage de
+poussière.</p>
+
+<p>A ces visions désormais monotones, banales, une diversion de temps à
+autre: un aviateur part en reconnaissance. C'est un événement.</p>
+
+<p>Un beau jour, le lieutenant Montoussis prend son vol, de Nicopolis, sur
+son Maurice-Farman, et, d'un élan, gagne l'altitude de 1.600 mètres. Or,
+les forts de Pisani, qu'il doit survoler, sont à 800 mètres. Il peut
+donc voir et repérer admirablement l'emplacement des ouvrages.
+Seulement, il se trouve aussi à bonne portée, et les Turcs ne manquent
+pas de diriger sur lui un feu nourri. Il riposte en lançant quatre
+bombes qui--on l'apprendra plus tard de prisonniers--causent de graves
+dommages. En revanche, une balle atteint l'un des montants de son
+appareil. Ce n'était rien, et peu après, le vaillant aviateur
+atterrissait sur un minuscule terrain, tout bosselé, près d'Imin Aga,
+était accueilli par le général Sapoundsakis qui l'emmenait en hâte dans
+son automobile, afin de recueillir de sa bouche les renseignements qu'il
+rapportait. Car désormais, adieu, pour tout de bon, «le cheval blanc que
+César éperonne», et c'est d'une confortable limousine que le commandant
+en chef d'une armée bien organisée préside à la victoire.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/004a.png"><br><b>
+A son passage à Sérès, le tsar Ferdinand<br>s'entretient
+avec le chef révolutionnaire<br>Nikolof, dit
+«le roi du mont Rhodope».</b></p>
+
+<p>A quelques jours de là, le lieutenant Montoussis renouvelait le même
+exploit et s'en retournait reconnaître les positions turques devant
+Janina. Cette fois, c'étaient des obus qui le saluaient au passage. Il
+fut près de sa perte. Un shrapnell éclatant au-dessus de sa tête creva
+en plusieurs points les ailes de l'appareil et blessa légèrement le
+pilote à la main. Enfin, voici, pour finir, des visions non moins
+glorieuses et plus émouvantes encore, quelque chose comme le revers
+d'une sévère médaille: «Sous la pluie battante, des blessés sont amenés
+de la ligne de feu, étendus sur des brancards que portent avec
+infiniment de peine et de précautions des soldats dont la boue glissante
+fait la lourde marche très dangereuse. Ils vont cependant une heure,
+deux heures durant, par les sentiers rocailleux ou la plaine inondée
+coupée de ruisseaux. Et les blessés, sous la couverture qui les couvre
+tout entiers laissent à peine échapper de temps à autre: «O Panagia
+mou!» (O Vierge sainte!)</p>
+
+<p>»Un evsone très grièvement blessé, qu'on transportait ainsi, s'est tout
+à l'heure évanoui. Dès qu'il s'en aperçut, un des brancardiers lui fit
+avaler du cognac et le fit revenir à lui. «Merci, » petit frère, dit
+l'evsone d'une voix douce. J'ai 10 lepta (10 centimes) dans ma poche,
+prends-les pour le cognac!...»</p>
+
+<p>»...Des blessés ainsi arrivent toujours... Aussitôt pansés, on les
+évacue sur Philippias, dans des voitures à deux roues, sur des petits
+chevaux, sur les camions automobiles ou dans les automobiles mêmes de
+l'état-major. L'horrible spectacle que le rassemblement, au bord de la
+route, de toutes ces misères, de toutes ces souffrances, de ces hommes,
+hier encore joyeux, pleins de vie et d'entrain, aujourd'hui brisés,
+mutilés, couverts de sang, se traînant encore, ou étendus sur des
+brancards! Pas une plainte, cependant, ne s'échappe de leurs lèvres. A
+peine des crispations de leurs mâles visages trahissent leur
+souffrance...</p>
+
+<p>» Quelques-uns meurent en chemin, ou dans les ambulances provisoires.
+Alors, des camarades, des frères, s'en vont non loin, dans un champ,
+creuser une fosse. On y couche la triste dépouille. Puis, bien vite, de
+la terre la recouvre. Une croix et des pierres sur le petit monticule...
+et c'est tout. Cela dure quelques minutes poignantes. Un héros obscur
+dort là, maintenant, pour toujours, après avoir rempli son devoir...
+«Pour la patrie!»... Et, quand l'armée aura quitté ces bords, que la
+paix sera revenue sourire sur ce pays aujourd'hui saccagé, le soldat, au
+fond de son étroite couche, demeurera tout seul, oublié, inconnu de ceux
+qui fouleront sa tombe, tandis que là-bas, en Grèce, la patrie, la mère
+pour laquelle il se sacrifia dans quelque petit village, une place à
+jamais sera vide à un foyer.»</p>
+
+<p>Et à lire, selon l'expression du poète, «la rude attaque et la fière
+défense», on se rend compte qu'au jour des négociations de paix, la
+lutte diplomatique, évidemment, ne sera pas moins âpre entre les
+représentants de vainqueurs et de vaincus également héroïques, tous
+aussi violemment férus d'amour patriotique pour Janina!</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004b.png"><br>
+<span class="sml">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Roi de Grèce.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tsar Ferdinand. Princes Boris et Cyrille.</span><br>
+<b>UNE RENCONTRE D'ALLIÉS.--Le roi Georges de Grèce et le tsar des Bulgares
+à Salonique.</b>--<i>Photographies g. Woltz.--Droits réserves.</i></p>
+
+<br><br>
+
+
+
+<h3>LE VOYAGE DU TSAR DES BULGARES A SALONIQUE</h3>
+
+<p>Avant d'arriver à Salonique, le 19 décembre dernier, et d'avoir, avec le
+roi des Hellènes, cette rapide et utile entrevue dont on n'a peut-être
+pas assez souligné l'importance, le roi Ferdinand avait traversé, sans
+hâte, à petites étapes de son train spécial, comme en tournée
+d'inspection, les régions de la Thrace côtière et de la Macédoine
+occupées, de Dimotika à Salonique, par ses troupes victorieuses.</p>
+
+<p>De Drama, où on lui présenta quelques fameux comitadjis, le souverain
+s'en alla visiter le port de Kavala qui, au pied du Pangée et en face de
+Ihasos, sera le prochain débouché bulgare sur l'Égée. Kavala, c'est
+l'antique Néopolis qui fut le port de Philippe», la capitale
+reconstruite par le grand roi macédonien, et dont les ruines, à moins de
+quinze kilomètres de là, sont un but d'excursions traditionnelles. Le
+roi Ferdinand, qui joint au souci des réalisations présentes un goût
+assez vif pour les reconstitutions symboliques du passé, dut
+certainement songer, tandis que ses bottes foulaient les vestiges
+millénaires des anciennes fortifications de Kavala, qu'il renouait, lui
+premier roi chrétien depuis la catastrophe byzantine, les traditions
+oubliées de l'Occident victorieux. Pouvait-il ne point évoquer, à
+quelques lieues de là, ce fameux champ de bataille de Philippes, où
+César, maître de l'Occident, et entraînant avec lui les légions
+européennes, triompha de Brutus et de Cassius, qui, maîtres de l'Orient,
+revenaient, avec leurs soldats asiatiques, par la route ordinaire des
+invasions?...</p>
+
+<p>De Kavala, le roi Ferdinand gagna Sérès, et de là, sans avoir averti
+officiellement les Grecs de son arrivée, il débarqua assez brusquement à
+Salonique, où ses fils, seuls prévenus, l'attendaient à la gare, tandis
+que, simplement, un détachement envoyé là à tout hasard lui rendait les
+honneurs. Ainsi se trouvaient évitées les difficultés assez délicates
+d'un protocole incertain. Car, si le roi Ferdinand se rendait à
+Salonique pour s'y rencontrer avec le roi des Hellènes, son intention
+n'était point de faire une visite officielle au roi des Hellènes,
+exerçant déjà des droits souverains et définitifs sur cette ville. Et la
+nuance a son prix.</p>
+
+<p>Après avoir été salué à la gare par les princes Boris et Cyrille, le
+ministre plénipotentiaire bulgare, M. Stanciof, qui les avait
+accompagnés, et les officiers supérieurs des troupes bulgares casernées
+dans la ville, le roi Ferdinand descendit au consulat général de
+Bulgarie à Salonique. Peu après, le roi Ferdinand alla rendre visite au
+roi de Grèce auquel, dès les premiers mots, il dit: «Je suis venu ici en
+simple touriste.» Puis il reçut à son tour le roi des Hellènes et la
+photographie ci-dessous fut prise à l'issue de cette seconde entrevue.</p>
+
+<p>Le lendemain, qui était la Saint-Nicolas, une messe solennelle fut
+célébrée à l'église russe en l'honneur du prince Nicolas de Grèce, et le
+roi Ferdinand tint à assister à cette cérémonie avant de se rendre au
+déjeuner qui lui était offert par le roi Georges, et où la conversation
+entre les deux alliés--au lendemain des âpres contestations au sujet de
+la prise de Salonique et des différents autres incidents gréco-bulgares,
+très vifs, qui se sont élevés dans la ville même, après
+l'occupation--fut, assure-t-on, des plus cordiales et certainement des
+plus opportunes.</p>
+
+<p>Le soir même, le souverain bulgare prenait le train pour Sofia où le
+rappelaient d'importantes dépêches.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005.png"><br>
+<span class="sml">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Rechid pacha.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; M. Novakovitch.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; M. Danef.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; M. Venizelos.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; M. Miouchkovitch.</span><br>
+<b>LES CONVERSATIONS DIFFICILES DE LONDRES: LE DERNIER
+MARCHANDAGE</b><br> <i>Dessin de <span class="sc">L. Sabattier.</span></i></p>
+
+<p>Aux délégués de la coalition balkanique exigeant de la Turquie l'abandon
+de tout son empire d'Europe, sauf le maigre hinterland de
+Constantinople, le premier plénipotentiaire ottoman Rechid pacha a fini
+par consentir la cession de ces vastes territoires, à l'exception
+cependant d'Andrinople, encore défendue bien qu'affamée, et des îles de
+l'archipel turc dont l'empire ottoman refuse désespérément de se
+dessaisir. Les alliés n'ont pas admis ces réserves et ils ont adressé,
+le 3 janvier, aux Turcs, un ultimatum qui, faute d'entente définitive,
+dans la séance de lundi sous la présidence à poigne du délégué serbe, a
+entraîné une suspension des négociations,--qui doit permettre au conseil
+des puissances d'utilement intervenir. Car on ne croit plus guère
+maintenant à la reprise des hostilités: «Dans ces sortes de
+marchandages, dit irrespectueusement le <i>Times</i>, qu'il s'agisse de la
+vente d'un tapis dans un souk de Bagdad ou de la vente d'un cochon à la
+foire de Connaught, il arrive fatalement, au moins en apparence, un
+moment d'extrême tension. Les parties haussent le ton. L'acheteur sort
+de la boutique, de la façon la plus énergique. Le vendeur, de son côté,
+jette son tapis d'un air non moins résolu. Mais généralement ce moment
+critique est celui où le marché est le plus près de se conclure...»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006.png"><br><b>LES OPÉRATIONS DE L'ARMÉE GRECQUE CONTRE JANINA.--La
+bataille de Pesta (15 décembre 1912): une pièce de 105, en batterie sur
+la route, tire à un angle de 45 degrés, par-dessus une colline, sur les
+ouvrages turcs de Pisani</b>. <i>Photographie Jean Leune.--Voir l'article,
+page 21.</i><br>
+
+<h4>ENTRE LES TURCS ET LES BULGARES</h4>
+
+<p><i>Depuis la signature de l'armistice, notre envoyé spécial à l'armée
+turque, Georges Rémond, était resté à Constantinople. Tout l'intérêt de
+la guerre, suspendue, mais non terminée, se reportait désormais sur la
+dernière place forte opposée aux troupes bulgares, Andrinople, au sujet
+de laquelle s'engageait, à Londres, entre les délégués des peuples
+ennemis, un âpre débat sans issue. Notre correspondant avait formé le
+projet de s'y rendre,--non pas qu'il pût espérer nous faire part, une
+fois entré dans la ville assiégée, de ses impressions; mais, s'offrant à
+y demeurer jusqu'au dernier jour et à partager le sort de ses habitants,
+il nous eût apporté, la paix conclue, le plus précieux témoignage sur la
+défense de la grande forteresse de Thrace. Muni d'une recommandation de
+l'ambassade de Russie pour l'état-major bulgare et d'une lettre pour
+Choukri pacha, gouverneur d'Andrinople, acceptant de voyager sans
+domestique, avec un léger bagage, et de traverser les lignes les yeux
+bandés, il pensait ne point rencontrer d'obstacle à son dessein: on ne
+pouvait même craindre qu'il transmît des nouvelles au commandant de la
+place investie, puisque celle-ci n'a pas cessé de communiquer avec
+Constantinople par la télégraphie sans fil. Les autorités militaires
+bulgares n'ont point cru devoir, cependant, laisser passer notre envoyé
+spécial.</i></p>
+
+<p><i>Il nous adresse du moins un bien pittoresque et vivant récit des
+incidents qui ont marqué son excursion aux positions extrêmes de
+Tchataldja, entre les Turcs et les Bulgares.</i><br>
+
+<span class="rig">Constantinople, 30 décembre 1912.</span></p><br>
+
+<p>Parti le jeudi 26, au matin, de Constantinople, j'ai, cette fois, comme
+compagnon de route le colonel Djemal bey, qui commande une des divisions
+du 2e corps d'armée à Nakkaskeui. C'est un des hommes les plus
+intelligents que j'aie rencontrés ici, un homme de la trempe de Fethi
+bey, d'Enver bey, des bons officiers avec qui j'ai vécu en Tripolitaine:
+fermeté de jugement, activité d'esprit, clarté dans les idées, il
+possède à un haut degré tous ces dons si rares en ce pays.</p>
+
+<p>Je lui demande s'il croit à la paix prochaine. Il ne la désire pas,
+jugeant que l'armée turque est enfin sur pied.--«Mais l'attaque est-elle
+possible contre les formidables retranchements élevés par les Bulgares
+sur les positions de Tchataldja, au moment où les mois rigoureux d'hiver
+vont rendre ce pays sans chemins plus impraticable encore?» Bien qu'il
+évite de me répondre, il me semble qu'il partage mes doutes...</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007.png"><br><b>Les bourbiers d'Hademkeui.</b></p>
+
+<p>Nous traversons le village d'Hademkeui envahi par la boue: elle est si
+épaisse, si gluante, qu'on a peine à s'en arracher. Je n'ai vu chose
+semblable qu'en Abyssinie durant la saison des pluies; fantassins,
+cavaliers, charrettes, tout s'embourbe jusqu'aux genoux, au poitrail,
+aux essieux. Des corvées de soldats, armés de pelles, tâchent d'enlever
+le plus épais, aux endroits les plus parcourus, de déblayer et de
+combler avec des cailloux les fondrières où l'on risque de disparaître.
+De même que la neige s'amoncelle en hiver au bord des routes, on voit
+s'élever ici des montagnes, des murailles de boue; et elle colle aux
+pieds, aux sabots des chevaux, aux roues des chars, aux vêtements, on la
+traîne avec soi, sur soi, sans pouvoir s'en débarrasser.</p>
+
+<p>Je revois le général Ahmed Abouk pacha, toujours accueillant. Il me fera
+conduire demain matin à Bachtchekeui par le train qui y amène les
+munitions et les ravitaillements; de là, des chevaux me porteront en
+compagnie d'un officier et de quelques soldats d'escorte jusqu'aux
+lignes bulgares.</p>
+
+<p class="mid"><span class="sc">l'extraordinaire aventure d'une française</span></p>
+
+<p>Mais où coucher? La moindre maison regorge de soldats qui s'y empilent
+les uns sur les autres. Je vais dresser mon lit dans la chambre où
+travaillent les officiers d'état-major, qui veulent bien me recevoir,
+lorsqu'on vient m'avertir qu'Ahmed Abouk pacha m'a fait chercher une
+chambre dans le village. Un soldat m'y conduit. J'entre chez un <i>bacal</i>
+(épicier grec); et, après avoir monté un escalier branlant, je pénètre
+dans une petite pièce, où, à ma grande stupéfaction, une dame
+m'accueille et m'offre l'hospitalité en si bons termes et en si pur
+français que je ne puis douter un instant d'avoir affaire à une
+compatriote: «Monsieur, je n'ai plus que cette petite chambre qui est
+moins grande qu'un mouchoir de poche turc (et les Turcs n'ont pas de
+mouchoir), vous la partagerez avec moi. J'aurais voulu vous donner la
+chambre voisine, mais quatre docteurs m'en ont délogée et s'en sont
+emparés par force.»</p>
+
+<p>Mon hôtesse est une femme âgée, aux traits énergiques, aux yeux clairs
+qui ne doivent pas se laisser intimider; et de fait, pour avoir passé la
+guerre ici, au milieu des soldats, de la bataille, du choléra, il faut
+un certain courage. Je m'excuse comme je puis, propose de coucher dans
+l'escalier ou dans le magasin, mais elle insiste, assurant qu'il lui
+suffira de tendre un voile autour de son divan, et qu'ainsi les
+convenances seront sauvegardées. Je lui avoue mon étonnement de
+rencontrer ici une Française et dans de telles circonstances. Aussitôt
+elle me conte son histoire, qui n'est pas sans pittoresque.</p>
+
+<p>--Je suis, monsieur, fille d'un Français du nom de Renelmann qui vint à
+Constantinople comme soldat durant la campagne de Crimée, y demeura la
+guerre finie, et épousa une Italienne. Je suis née à Constantinople;
+quelques années après, mes parents m'emmenèrent à Paris, où j'ai vécu
+seize ans et vu le siège. Nous étions abonnés au <i>Figaro</i>; j'aimais
+surtout les articles d'Albert Millaud et d'un certain Ignotus qui avait
+bien de l'esprit. Mais j'ai toujours suivi avec autant d'intérêt que le
+<i>Figaro</i> lui-même votre journal, que me prêtait une amie, et, depuis que
+je suis en Turquie, je n'ai pas cessé de recevoir les <i>Lectures pour
+tous</i>. J'en avais une grande caisse ici, toute pleine, que des officiers
+amoureux des lettres françaises m'ont volée...</p>
+
+<p>» Je revins en Turquie après la guerre, et, de même que mon père avait
+épousé une Italienne, j'épousai, moi, un Italien, M. Romano, Napolitain
+et violoncelliste. C'était le temps du sultan Hamid. Celui-ci voulut
+organiser au palais un conservatoire de musique: il fit engager mon mari
+et quelques autres instrumentistes. Nous étions bien payés: trente
+livres osmanlis par mois et, en plus, «les rations». Comme le sultan
+Hamid ne supportait autour de lui que des militaires, il avait fait
+donner des grades à ses musiciens; mon mari était commandant
+(<i>bim-bachi</i>). Il avait lin très gros ventre, une figure réjouie, et le
+sultan Hamid se plaisait à lui faire des farces et à le voir tourner en
+ridicule par un de ses bouffons, un Français nommé M. Bertrand, dont
+l'emploi était de le tenir en bonne humeur. La verve de celui-ci ne
+tarissait pas sur l'embonpoint de mon mari; mais c'était un homme
+excellent qui entendait la plaisanterie, et ne se fâchait point. Nous
+fûmes toujours heureux tant que régna le sultan Hamid. Mon mari
+souffrait seulement de ne pouvoir exercer son art comme il aurait voulu
+et former des élèves dignes de lui. Il lui fallait donner des leçons
+dans une salle où jouaient et répétaient en même temps que lui des
+trombones, des saxophones, des cornets à piston, qui empêchaient
+d'entendre les sons du violoncelle. Au reste, le sultan Hamid n'aimait
+que la musique très bruyante et que les chanteurs qui beuglaient et
+hurlaient à déchirer les oreilles.</p>
+
+<p>» La constitution vint, qui chassa du palais les musiciens, les
+bouffons, les comédiens; mon mari mourut, et je n'ai pu obtenir encore
+une pension. J'avais pourtant quelques petites économies, et j'allai
+m'établir dans un village de la mer Noire, à Iénikeui, près de Derkos et
+de Karabournou, où la vie ne coûte rien. Je louais une maison pour une
+livre osmanli par an, j'élevais des poules, des lapins, et j'avais des
+arbres fruitiers. Mais, privée de journaux et surtout de mes <i>Lectures
+pour tous</i>, je souffris trop, au bout d'un an, de la solitude, de
+l'éloignement où je me trouvais. J'emportai mes poules, mon chat et mes
+lapins, et vins l'an dernier réinstaller à Hademkeui, qui est relié avec
+Constantinople par le chemin de fer, et où l'on peut avoir quelques
+rapports avec le monde. Je m'associai avec l'épicier grec qui possède
+cette maison, et nous fîmes un peu d'affaires avec les paysans de ce
+village et des environs.</p>
+
+<p>» Au moment où la guerre éclata, nous ne pouvions penser que les Turcs
+seraient battus et que les Bulgares viendraient jusqu'aux portes de
+Constantinople. Un jour, nous vîmes arriver les premiers émigrants
+fuyant de Kirk-Kilissé. Monsieur, il n'a pas arrêté d'en passer durant
+plus d'un mois, et ils étaient affamés, et il y avait des femmes
+derrière les voitures qui, sous mes yeux, tendaient leurs enfants au
+bout de leurs bras et criaient: «Pitié, pitié, prenez nos enfants, nous
+ne pouvons plus les nourrir!» Et, ensuite, ce fut le défilé des soldats.
+D'abord, ils se montraient très doux et timides. Ils venaient à ma
+porte: «Madame, un peu de pain, nous n'avons pas mangé depuis trois,
+quatre jours. Madame, nous laisserez-vous mourir de faim?» Je leur
+disais que je n'avais rien, de peur qu'ils n'envahissent ma maison;
+quelquefois je leur apportais un peu de galette ou de salade de
+haricots, et ils se jetaient dessus comme des bêtes. Une nuit, des
+hommes pénétrèrent dans mon jardin, et se mirent à frapper à la porte,
+jusqu'à vouloir l'enfoncer. Alors je me montrai à la fenêtre, et leur
+criai: «Vous m'ennuyez, à la fin, je suis Française, j'irai réclamer à
+vos chefs. N'avez-vous pas honte de vouloir pénétrer dans la maison
+d'une femme?» Ils furent stupéfaits d'entendre parler une langue
+étrangère et s'arrêtèrent; et l'un d'eux, un sous-officier, s'avança et
+me dit en français: «Pardon, madame, nous ne voulons pas vous faire de
+mal, mais voyez! nous sommes très malheureux. Il pleut, nous sommes là
+dans la boue, donnez-nous abri.» Mais, craignant toujours le pillage, je
+n'ouvris pas. Ils prirent les planches de mon poulailler et en firent du
+feu; pourtant, ils ne tuèrent pas les poules. Le lendemain, mon associé
+vint dès le matin, très effrayé; il ne voulut plus que j'habitasse seule
+désormais et me fit venir chez lui, où il me donna une chambre.
+Aussitôt, ma maison fut occupée, et mon poulailler acheva de brûler.
+Mais j'avais auparavant vendu mes poules.</p>
+
+<p>» C'est alors que commença le choléra. Là, sons mes fenêtres, devant ma
+porte, sur toute cette grande place vide qui va jusqu'à la gare, des
+soldats se couchaient par terre pour mourir. Il y en avait par
+centaines. Tout le jour, toute la nuit, ils demandaient de l'eau et du
+secours, sans que personne s'occupât d'eux. Mon associé partit pour
+Constantinople; moi, je voulus rester seule pour sauver ce qui restait
+dans la boutique. Un matin, je trouvai cinq cadavres devant ma porte:
+ils étaient bleus, contractés par les convulsions, presque couchés les
+uns sur les autres. Enfin, ayant vendu à peu près toutes mes
+marchandises, je décidai de partir, moi aussi.</p>
+
+<p>» Je demeurai à Constantinople jusqu'au jour de l'armistice; puis,
+j'obtins de Nazim pacha la permission de revenir à Hademkeui. Mon
+associé et; moi nous avons rapporté ici quelque pacotille, et nous
+faisons des affaires avec les soldats. Le malheur est que l'autorité
+s'en mêle, nous fait fermer boutique s'il lui plaît, met des tarifs
+absurdes sur les marchandises, perquisitionne chez nous, nous empêche de
+vendre le raid et le cognac. Mais je suis là, je tiens ferme, je parle
+français à ces gens-là pour les intimider. Je vais acheter un drapeau et
+le planter au-dessus de ma porte,--un drapeau français, cela fait
+meilleur effet qu'un drapeau italien... Mais voyez! ces docteurs turcs
+m'ont pris ma grande chambre, menaçant de me faire enlever de force. Ah!
+j'aurais bien résisté, je ne tiens pas à la vie, mais j'ai pensé qu'on
+allait piller le magasin, voler les marchandises. J'ai cédé; puis, une
+fois dans cette autre petite chambre, j'ai éclaté en sanglots; alors,
+ces docteurs, ils ont été émus tout de même, et deux d'entre eux se sont
+mis à pleurer aussi, et un de leurs soldats voyant que je ne me calmais
+pas est venu m'apporter une pastille de menthe...»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"><br><b>Le passage à gué du Karasou, près du pont de<br>
+Bachtchekeui, que les Turcs ont fait sauter.</b></p>
+
+<p class="mid"><span class="sc">VERS LES LIGNES BULGARES</span></p>
+
+<p>Comme il était entendu avec Ahmed Abouk pacha, nous partons le lendemain
+27 décembre pour Bachtchekeui: le train de réapprovisionnement nous y
+dépose à midi. Nos chevaux nous attendent. Voici les dernières tranchées
+turques; on travaille activement à les renforcer encore, partout on
+remue la terre, partout on tend de longs et épais réseaux de fils
+ronceux. Puis voici les maisons de Bachtchekeui brûlées, rasées dès
+avant la bataille, afin qu'elles ne pussent servir d'abri aux Bulgares
+avançant vers les lignes turques. Seule la petite mosquée et son minaret
+sont demeurés debout, mais perforés de toute part par les obus; à
+l'intérieur, les grandes lampes, les lustres de verre sont suspendus à
+leur place, sinon intacts, en dépit de la furieuse canonnade, et déjà
+les pigeons familiers ont repris leur place accoutumée sur les toits et
+dans le sanctuaire. Nous arrivons au pont, que les Turcs ont fait sauter
+après leur passage. La rivière qui coule au-dessous, le Karasou, n'est
+ni très profonde ni très large, mais le fond en est vaseux et glissant
+et l'on a peine à la traverser. J'en fais tout de suite l'expérience. Au
+beau milieu, mon cheval perd pied dans la vase, fait le plongeon, je
+saute de côté pour éviter d'être pris sous lui et me voilà dans l'eau
+jusqu'aux épaules. Les soldats turcs m'aident à m'en tirer, ramènent le
+cheval qui a déjà atteint l'autre bord; je remonte et je traverse cette
+fois sans encombre. Mais mon matériel photographique a quelque peu
+souffert de cette baignade.</p>
+
+<p>Du Karasou à la colline de Tchataldja, c'est la plaine nue sans un
+arbre, sans autre pli de terrain que la ligne du chemin de fer; les
+troupes bulgares qui avancèrent là durant les journées du 17 et du 18
+étaient sacrifiées d'avance. Aussi n'est-ce pas de ce côté que l'effort
+principal a été tenté. A un kilomètre de la rivière, on voit encore les
+tranchées creusées par les Bulgares durant la nuit du 17 au 18. Près de
+la voie, la terre fraîchement remuée indique les points où les corvées
+de soldats turcs envoyées au moment de l'armistice ont enterré les morts
+ennemis. Plusieurs cependant sont demeurés là, abominablement déformés,
+à demi dévorés par les chiens et les oiseaux, loques méconnaissables où
+les débris humains ne se distinguent plus des restes d'uniforme qui les
+enveloppent. L'un est couché sur le nez et n'a plus de jambes; l'autre,
+la face au ciel, a les mains sanglantes, soit qu'elles aient été mordues
+par les chiens, soit qu'au moment où l'homme a été frappé, il les ait
+mises sur sa blessure; enfin un autre--et le cadavre de celui-ci a été
+certainement mutilé, car la nature, ni le temps, ni les animaux
+carnassiers n'outragent de cette façon--un autre est aux trois quarts
+enterré, ses deux bras étendus comme s'il faisait effort pour retirer
+son corps de la terre qui l'étreint, la tête abandonnée, renversée en
+arrière, les lèvres découvrant les dents, et la peau noire comme si on
+l'avait rôtie.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/008b.png"><br>
+<b>
+Entre Bachtchekeui et Tchataldja: cadavres<br>
+bulgares abandonnés le long de la ligne du<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;chemin de fer.</b></p>
+
+<p>A deux kilomètres de la rivière finissent les territoires turcs, marqués
+de petits drapeaux et, à cinq cents mètres au delà, des drapeaux blancs
+bulgares leur font face. Nous les dépassons; et bientôt, à deux
+kilomètres de nous à peine, apparaît Tchataldja. Dans la plaine, du côté
+d'Ezetin, personne, point de campements. Cependant une toile rouge de
+tente s'aperçoit à un kilomètre environ; deux soldats en sortent, se
+dirigent vers nous, et nous font signe de nous arrêter. Ils parlent turc
+tous deux et appartiennent, l'un au 10e, l'autre au 25e régiment
+d'infanterie. Un troisième les rejoint, et part à la recherche des
+officiers. Ceux-ci arrivent vers 3 heures: ils sont quatre, deux
+capitaines, un sous-lieutenant de réserve et un cadet de l'école
+militaire. On se serre la main très cordialement. Tous s'expriment assez
+bien eh français; l'un enlève son manteau, l'étend sur le talus et, nous
+invitant à nous asseoir, dit: «Voilà notre canapé.» Le cadet reste
+debout, raide, au port d'armes, la figure épanouie, regardant avec
+admiration cette rencontre cordiale entre officiers turcs et bulgares.
+J'ai malheureusement épuisé toutes mes pellicules sèches, et je ne puis
+plus prendre de photographies. On se fait toutes sortes de politesse; le
+lieutenant turc dit en français à l'un des capitaines bulgares: «Votre
+figure m'est très sympathique»,--et de fait celui-ci est un Slave blond,
+aux yeux bleus, souriant, avec ce quelque chose de doux et d'enveloppant
+dans l'expression qu'ont les hommes de cette race. Il rit, et on se
+serre la main encore une fois.</p>
+
+<p>J'explique mon intention d'aller à Andrinople; je montre la lettre russe
+demandant aux autorités royales bulgares, soit militaires, soit civiles,
+de me laisser passer et de m'aider au besoin, ma lettre pour Choukri
+pacha, commandant la place d'Andrinople; je déclare que je resterai dans
+cette ville jusqu'à la fin de la guerre, que j'accepte de traverser les
+lignes les yeux bandés, sans domestique et avec aussi peu de bagages que
+possible, si tout ceci leur semble nécessaire. Ils me disent qu'ils ne
+peuvent me donner de réponse catégorique, mais qu'ils ne pensent pas que
+leur général fasse d'objection sérieuse à ma demande, que peut-être il
+en référera au général Savof, et qu'en ce cas je serai obligé de revenir
+demain. Ils envoient un homme porter ma lettre à Tchataldja. Nous
+causons de la guerre, de la paix; ils demandent des nouvelles, font
+quelques jeux de mots pour me montrer qu'ils sont initiés aux finesses
+du français... L'estafette revient; impossible d'avoir une réponse ce
+soir. Nous prenons rendez-vous pour le lendemain matin, à 10 heures.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/008c.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pendant l'attente dans les lignes bulgares: la<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;petite escorte turque de Georges Rémond.</b></p>
+
+<p>... Je ne puis être à l'endroit convenu qu'à 11 heures 1/2; les
+fondrières de la route m'ont retardé. Après un moment d'attente, deux
+soldats bulgares s'approchent, nous font signe de faire volte-face, et
+se rangent de chaque côté de la voie, baïonnette au canon. A 2 heures
+seulement, nous voyons venir un officier: il parle à peine quelques mots
+de français, mais nous comprenons qu'il va aller s'informer de notre
+affaire à Tchataldja, auprès du général. A 4 heures, comme la nuit
+tombe, nous décidons de nous en aller, après avoir remis aux soldats un
+mot avertissant le quartier général que nous nous présenterons demain à
+la même heure. Au moment où nous allons partir, l'officier revient
+enfin: «Je regrette, me dit-il, mais c'est impossible», et il me rend la
+lettre de l'ambassade de Russie. J'essaie de parlementer, mais en vain:
+il ne comprend rien à ce que je dis. S'approchant de l'officier turc, il
+lui demande: «C'est bien le correspondant de <i>L'Illustration</i>?»--et
+c'est le dernier mot.</p>
+
+<p>Nous rentrons à Hademkeui. Mme Romano nous a préparé des boulettes de
+pomme de terre et une salade de haricots à l'ail, puissante, parfumée,
+que je, mange avec délices. Après le repas, les associés, trois Grecs et
+la dame, se réunissent pour faire leurs comptes du samedi soir. C'est un
+beau spectacle, les trois hommes, l'un d'une maigreur squelettique, à la
+peau verte, aux traits saturniens, les deux autres diversement gras, aux
+faces lumineuses, et la Française, celle-ci présidant du haut de son
+binocle, et les quatre paires d'yeux fixées sur le tas d'or et d'argent,
+les quatre nez qui le flairent, les huit mains qui le tâtent, et les
+quatre cerveaux qui supputent le gain, comptent les paris, cherchent le
+para, le centime, la piastre qui manque. A cette vue, mon domestique est
+enivré et s'écrie: «Je m'associe avec vous, je mets quarante livres dans
+le commerce.»--«C'est le bénéfice fait sur les correspondants de guerre,
+et l'argent chapardé sur mes comptes, animal!»--«Ah! me répond-il,
+médiocre métier, on mettrait cent ans à s'y enrichir; mieux vaut piller
+en Macédoine.»</p>
+
+<p>Le lendemain, 29, le train parti à midi m'amène à 4 heures 1/2 à
+Constantinople, ayant vaillamment franchi dans ce temps 50 kilomètres.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Georges Rémond.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009.png"><br><b>SCÈNE DE LA RUE PARISIENNE.--Un contraste en blanc et
+noir.</b><br><i>Dessin de <span class="sc">L. Sabattier</span>.</i></p>
+
+<p>C'est une rencontre piquante, observée un jour dans la rue et prise sur
+le vif, qui a fourni le sujet de ce plaisant tableautin en deux
+couleurs, blanc et noir, et à deux personnages, la Parisienne et le
+charbonnier... Par ce doux hiver, qui n'a de neigeux que l'hermine dont
+se couvrent les épaules élégantes, la fourrure délicate et fragile entre
+toutes, celle qu'une goutte de pluie tacherait, mais qu'un rayon de
+soleil fait briller d'un soyeux éclat, s'offre comme le luxe préféré.
+Elle est la parure précieuse, aristocratique, l'objet de la plus chère
+convoitise, dont la possession vaut un titre de noblesse, et qui
+«classe» une femme... Celle-ci, à défaut du manteau rêvé, porte une
+étole d'hermine, large et longue à souhait, et si ingénieusement
+disposée qu'elle semble en être habillée tout entière. De l'hermine,
+elle en a voulu jusque sur son chapeau; et ses mains disparaissent dans
+un vaste manchon, qui est d'hermine, lui aussi.</p>
+
+<p>Ainsi vêtue de blancheur épaisse et molle, elle est sortie de chez elle,
+ce matin-là; et, dans la rue, elle s'est rappelé qu'ayant omis,
+distraite ménagère, de faire sa commande à son fournisseur habituel,
+elle avait «un mot à dire» au charbonnier du coin, providence des
+journées d'hiver. La voici devant son étroite boutique, dont l'enseigne
+avertit qu'on y vend tout ensemble de quoi se chauffer et de quoi boire:
+le charbonnier reconnaît sa jolie cliente, et, de la voir si blanche en
+face de lui, si noir, il a un étonnement familier et joyeux. Elle aussi,
+surprise d'abord, a remarqué l'imprévu de la rencontre. Tous deux,
+oubliant, pour un instant, les distances--peut-être moins grandes qu'il
+ne paraît--qui séparent un brave charbonnier d'une fine Parisienne, tous
+deux s'amusent de la petite comédie dont ils sont les acteurs. Et,
+enfin, c'est en riant qu'elle le prie de monter chez elle «un sac de
+charbon et des margotins pour allumer le feu».</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010a.png"><br><b><span class="sc">Le premier instantané d'un empereur du Japon.</span>--Le mikado
+Yoshi Hito, précédé d'un officier de son état-major, se rendant à cheval
+au parc d'aviation militaire de Tokorozawa.</b><br>--<i>Comm. par le</i> Kokumin
+Shimbun.</p>
+
+<h3>AU JAPON</h3>
+
+<p>Lorsque se produisit, au mois d'août dernier, le changement de règne au
+Japon, nous avions indiqué que le nouvel empereur Yoshi Hito, moins
+respectueux que son père des traditions et des rites consacrés,
+entendait se mêler davantage à la vie extérieure de son peuple, et ne
+point s'entourer du mystère presque impénétrable qui dérobait aux
+regards la personne de Mutsu Hito. On se souvient peut-être que, pour
+évoquer ici, le plus fidèlement possible, les traits du défunt mikado,
+qui jamais ne posa devant l'objectif, nous avons dû, à défaut d'autre
+document, publier la photographie d'un ancien portrait officiel, corrigé
+en 1904 «d'après les indications d'un membre du corps diplomatique qui
+pouvait approcher l'empereur». Le jeune souverain qui préside aux
+destinées du Japon ne donnera jamais si grand souci à ses
+historiographes.</p>
+
+<p>Déjà, dans notre numéro du 24 août 1912, nous l'avons montré en tenue de
+général de division,-image peu familière encore, où il apparaissait
+hautain et raide, la tunique chargée de décorations, une main sur la
+garde de son épée. Voici un instantané, pris aux dernières grandes
+manoeuvres, qui le représente dans un plus simple appareil: vêtu d'un
+correct et sobre uniforme, le mikado se rend à Tokorozawa, près de
+Tokio, pour visiter le parc d'aviation militaire. L'héritier de celui
+que ses sujets nommaient le Fils du Ciel, et qu'ils vénéraient à l'égal
+d'un dieu, se montre ici sous l'aspect d'un souverain très moderne: le
+règne de Yoshi Hito marquera une singulière évolution dans les coutumes
+impériales du Japon.</p>
+
+<p>C'est du Japon également que nous vient la photographie reproduite
+ci-dessous. Au pays des chrysanthèmes, la fleur nationale est l'objet
+d'un culte attentif et charmant, qui prend les formes les plus
+imprévues: dans le parc de Dangosaka. A Tokio, on l'utilise pour
+figurer, en grandeur naturelle, les héros du vieux théâtre japonais.</p>
+
+<p>A regarder la scène que représente notre gravure, on dirait d'acteurs
+véritables, tant l'illusion a été habilement obtenue. En réalité, ce ne
+sont même point des mannequins que de multiples chrysanthèmes,
+adroitement disposés, habillent de leurs riches couleurs: sans leurs
+tiges, ces fleurs coupées se faneraient vite. L'art du jardinier se
+montre ici plus savant: il a réussi à donner aux plantes, taillées par
+ses soins, et soutenues par d'invisibles armatures, l'apparence humaine.
+Seules, la tête et les mains des personnages sont sculptées en bois.
+Tout le reste est chrysanthème. Et, comme les racines plongent dans la
+terre, la fleur merveilleuse s'épanouit, toujours vivace.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010b.png"><br><b><span class="sc">Une fantaisie de l'horticulture nippone</span>.--Plantation et
+floraison de chrysanthèmes sur des armatures à forme humaine.</b>--<i>phot. K.
+Sakamoto.</i></p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LES LIVRES &amp; LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<p class="rig">Voyages. Études sociales.</p><br><br>
+
+<p>Il existes de par le monde une grandis et riche cité qui est le «Paradis
+des jeunes filles». Presque toute la vie familiale et sociale y est, en
+effet, soumise aux exigences de leur plaisir et de leur avenir. «Les
+mères, effacées de parti pris, les jeunes femmes, tout à leur mari et à
+leurs enfants, ne comptent pour ainsi dire plus pour le monde. Certains
+soirs, on n'aperçoit aux premiers rangs des loges des théâtres que de
+fraîches et ravissantes figures de jeunes filles de seize à vingt ans.
+Les pièces à succès sont celles qu'elles peuvent entendre, et les
+impresarii consentent à donner la première place dans leur répertoire
+aux «oeuvres convenables». Les réunions, les bals, les soirées, les
+dîners, n'ont pour but que de les amuser, que d'aider le hasard en
+préparant d'heureuses rencontres qui favoriseront leur mariage. On les
+voit aux courses, à toutes les fêtes de charité, aux thés des grands
+hôtels, dans les équipages, promenant dans toutes ces sorties un luxe
+aussi raffiné que celui de leurs mères, parées déjà comme des femmes,
+portant bijoux, perles et vraies dentelles. Cette sorte de conspiration
+unanime qui les entoure de distractions, qui subordonne tout au
+rayonnement de leurs attraits et les conduit au mariage dans la joie et
+les plaisirs, semble toute naturelle aux parents, aux aînées déjà
+mariées et aux amis. Cette royauté incontestée, la certitude où elles
+sont que, pendant trois ou quatre ans, au moins, elles peuvent être
+d'adorables despotes, leur donnent une assurance et une aisance qui
+relèvent encore leur beauté. Et voici, j'en suis sûr, que nombre de nos
+jeunes lectrices sont impatientes déjà de savoir sous quel ciel se situe
+cette cité bénie. Le paradis de la jeune fille, mesdemoiselles, c'est
+Buenos-Ayres, et vous trouverez bien d'autres précieux et charmants
+détails dans les nouvelles études--qui enchanteront aussi vos
+parents--de M. Jules Huret sur l'Argentine (<i>De la Plata à la Cordillère
+des Andes</i>, Fasquelle). Selon sa manière, au cours de ce récent
+itinéraire, le voyageur a tout noté: les moeurs, la société, la femme,
+la jeune fille, les paysages, les grandes fermes, les usines à viande et
+les marchés de la laine et des peaux, les immigrants, et, aussi--car il
+n'est plus aujourd'hui une terre au monde qui ne souffre de ce mal--les
+bouffonneries politiques.</p>
+
+<p>Romans et fantaisies littéraires. Le nouveau livre de M. Jules Huret est
+l'une des rares publications de ce début d'année. La trêve des éditeurs
+succède à celle des confiseurs. On sort peu de livres nouveaux dans la
+première quinzaine de janvier. Mais, comme la production de décembre est
+toujours considérable et que les rubriques bibliographiques d'avant Noël
+sont plus généralement consacrées aux volumes d'étrennes, les oeuvres de
+l'année qui finit gardent toute leur valeur d'actualité dans les
+premières revues des livres de l'année nouvelle. Par exemple, il vous
+suffira de lire l'extraordinaire préface du <i>Voyage au pays de quatrième
+dimension</i>, de M. G. de Pawlowski (Fasquelle), pour vous persuader que
+telles idées exprimées à la fin de 1912 conserveront encore sans doute,
+dans cent ans d'ici, toute leur savoureuse nouveauté. M. G. de Pawlowski
+est un précurseur des philosophies d'après-demain. Sous une forme
+originale et toujours inattendue, M. de Pawlowski accommode le document
+à la mesure de son esprit. Il nous fait voyager dans le temps et dans
+l'espace, tout en nous présentant une critique amusée mais bien nouvelle
+des idées scientifiques contemporaines, et si d'abord vous écoutez avec
+un peu de stupeur ses propos imprévus sur «l'Ame silencieuse», «les
+Abstractions d'espaces», sur «le Voyage instantané», sur «l'Escalier
+horizontal», sur «la Maison plate», sur «la Vision de l'invisible» et
+sur «les Gares de l'infini», vous vous accoutumez cependant peu à peu à
+cet enseignement à nul autre pareil, et ne vous lassez point de ces
+révélations qui ne sont pas simplement le jeu d'un homme d'esprit, mais
+qui comportent une morale actuelle avec de saines conclusions.</p>
+
+<p>Quand il donne à l'expression de ses idées' la forme romanesque, M. Léon
+Daudet abandonne un instant la plume ardente du polémiste fougueux. Il a
+le souci de solidement édifier avec équilibre et méthode; il traite avec
+une adroite courtoisie sans fanatisme et même sans hostilité préconçue,
+semble-t-il, tout ce que, dans le domaine social, il veut combattre et
+abattre. Dans <i>le Lit de Procuste</i> (Fasquelle), l'auteur des <i>Primaires</i>
+et de <i>la Lutte</i> met en scène un littérateur formaliste, Ludovic Tavel,
+un littérateur social, Martial Epervent, leurs disciples, leurs manies
+et leurs deux écoles. Au dilettantisme infécond des uns s'oppose
+l'illuminisme dangereux des autres qui créent de l'anarchie, de la
+révolte et de la douleur. Et de ce choc entre le génie inutile et le
+génie destructeur naît une étincelle de vérité, une pure et vivifiante
+flamme captée par deux êtres d'amour qui seront les éloquents défenseurs
+de la tradition et de la race.<br>
+
+<span class="rig">Théâtres.</span></p><br>
+
+<p>«Critiques auteurs» est un sujet d'actualité piquante qui devait
+particulièrement tenter M. Robert de Flers. Nul ne pouvait le traiter
+avec plus d'esprit et d'autorité que ne l'a fait le brillant écrivain
+dans la préface du dernier volume des <i>Annales du Théâtre et de la
+Musique</i>,--l'inappréciable publication de notre excellent confrère
+Edmond Stoullig.</p>
+
+<p>La très originale revue <i>Mil-neuf-cent-douze</i>, que firent jouer en avril
+dernier, au théâtre des Arts, MM. Charles Muller et Régis Gignoux, vient
+de paraître (Bernard Grasset); on en savoure complètement à la lecture
+la fantaisie philosophique.<br>
+
+<span class="rig">Divers.</span></p><br>
+
+<p>On étonnerait beaucoup de personnes en leur parlant de tremblements de
+terre dans le bassin de Paris. Ces phénomènes sont pourtant assez
+fréquents. Depuis 1800, Paris a ressenti 14 secousses, Poitiers 6,
+Saumur 6, Dijon 7, Angers 7, Bourbonne-les-Bains 4, Plombières 5, Caen
+5, le Havre 9. D'ailleurs, aucun de ces séismes ne fut grave; aucun
+n'affecta la cuvette du bassin de Paris dans son entier. Ces
+oscillations, appelées sans doute à se renouveler, paraissent en
+relation étroite avec la géologie de la région sur laquelle M. Paul
+Lemoine (<i>Géologie du bassin de Paris</i>, Hermann), nous offre une étude
+très fouillée qu'il a su rendre attrayante.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LA POLICE INTERNATIONALE</h3>
+
+<h4>A CONSTANTINOPLE</h4>
+
+<p>Tandis qu'à Londres les délégués des coalisés balkaniques marchandent à
+la Turquie les derniers vestiges de son empire en Europe, l'ordre
+continue de régner à Constantinople. On avait pu redouter un instant
+qu'une dangereuse effervescence se produisît dans la grande ville
+cosmopolite. L'histoire nous rappelle, en effet, qu'à diverses époques
+la population musulmane y manifesta son mécontentement de la tournure
+des affaires de l'empire par des massacres, surtout de Grecs ou
+d'Arméniens. Aussi y eut-il une grosse alerte dans les quartiers
+chrétiens de Constantinople lorsque, le 17 novembre, on perçut les échos
+des canons de marine qui coopéraient à la défense des lignes de
+Tchataldja. Mais, déjà, d'accord avec les autorités ottomanes, toutes
+les dispositions avaient été prises par les commandants des escadres
+étrangères dans le Levant pour réprimer instantanément, s'il y avait eu
+lieu, la moindre tentative de désordre et de pillage. En fait, le soin
+de maintenir l'ordre à Constantinople a été confié à deux officiers
+généraux français qui disposent à l'heure actuelle des forces
+internationales de terre et de mer sur le Bosphore, et grâce auxquels se
+renouent ainsi les anciennes traditions de la France protectrice de la
+chrétienté dans le Levant.</p>
+
+<p>Son ancienneté de grade a valu à l'amiral Dartige du Fournet la
+direction des opérations de débarquement et des mouvements de la flotte
+des puissances. Le général Baumann, qui, avec le titre d'inspecteur
+général, s'appliquait, avant la guerre, à perfectionner l'organisation
+de la gendarmerie ottomane et avait pu voir de près en Macédoine les
+exploits des comitadjis grecs ou bulgares pour lesquels il manifeste
+assez peu de tendresse, était tout désigné pour prendre la direction du
+service général de sécurité dans la capitale. Auparavant, lorsque les
+coalisés se furent emparés de Salonique, il avait réclamé énergiquement
+et obtenu qu'on lui rendît ses gendarmes non combattants qui, avec leurs
+officiers européens, se trouvaient alors dans la ville prise et ne
+pouvaient être traités en prisonniers de guerre. Ces forces de police
+renvoyées à Constantinople y sont en ce moment fort utiles pour assurer
+l'ordre à côté des 3.000 marins débarqués depuis le 18 novembre.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011b.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Le général Baumann.--</b><i>Phot. Apollon.</i>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+<b>Le contre-amiral Dartige du Fournet.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</b></p>
+
+<p class="mid"><span class="sc">Les deux officiers généraux français qui assurent l'ordre à<br>
+Constantinople et sur le Bosphore</span>.</p>
+<br><br>
+
+
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/011a.png"><br><b>
+L.-P. Cailletet. Portrait par Jacques<br> Weissmann.</b>
+(<i>Collection de l'Aéro-Club<br> de France.</i>)</p>
+
+<h3>UN GRAND PHYSICIEN</h3>
+
+<p>M. Cailletet, membre de l'Académie des sciences, président de
+l'Aéro-Club de France, vient de mourir à l'âge de quatre-vingts ans.
+Avec lui disparaît un des plus grands physiciens de l'époque, en même
+temps qu'une des figures les plus originales et les plus sympathiques de
+la science contemporaine.</p>
+
+<p>Seul, en effet, ou presque seul parmi les membres de l'Institut, M.
+Cailletet n'avait appartenu à aucun corps officiel; il était maître de
+forges. Né à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) en 1832, il dirigea de
+bonne heure des usines importantes; faisant marcher de front les
+recherches scientifiques et l'exploitation commerciale.</p>
+
+<p>En 1877, il s'attaqua à la liquéfaction des gaz jusqu'alors considérés
+comme permanents: azote, oxygène, hydrogène, oxyde de carbone, méthane.
+Ces gaz avaient résisté à des pressions de 2.800 atmosphères.</p>
+
+
+
+<p>M. Cailletet imagina de les soumettre à une température très basse en
+même temps qu'il les comprimait. Il constata qu'il existe un <i>point
+critique</i>, c'est-à-dire un degré de température au-dessus duquel la
+liquéfaction d'un gaz est impossible, quelle que soit la pression. Ce
+point critique est -242° pour l'hydrogène. Pour obtenir ces températures
+extrêmement basses, Cailletet utilisa la détente brusque d'un gaz
+comprimé lentement sous haute pression. Il réussit ainsi à liquéfier les
+cinq gaz cités plus haut.</p>
+
+<p>Ces expériences curent un retentissement considérable. Elles apportaient
+la solution d'un problème scientifique qui avait passionné nombre de
+physiciens, et elles préparaient de nombreuses applications pratiques.
+Ce fut, notamment, le point de départ de l'industrie du froid.</p>
+
+<p>Du jour au lendemain, M. Cailletet fut célèbre, et, pour rendre hommage
+à ses travaux, l'Académie des sciences le nomma membre libre en 1884.</p>
+
+<p>Vers cette époque, l'illustre physicien quittait l'industrie pour
+s'offrir un repos bien gagné. Il continuait à s'intéresser aux progrès
+de la science, s'occupant spécialement des questions d'aéronautique dans
+lesquelles il avait acquis une compétence qui lui valut d'être choisi
+comme président de l'Aéro-Club de France. Très vert, malgré son grand
+âge, l'esprit ouvert à toutes les idées modernes, jouissant en sage de
+l'aisance qu'il avait conquise par son travail, ce Bourguignon de pure
+race, toujours affable et souriant, apparaissait comme un type accompli
+du savant français.</p>
+<br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Les stations de télégraphie sans fil dans le monde.</span></h4>
+
+<p>D'après le dernier relevé du Bureau international, il existerait
+actuellement, dans les divers pays du monde, 375 stations côtières de
+télégraphie sans fil ouvertes au public.</p>
+
+<p>Sur ce nombre, on compte 142 stations aux Etats-Unis, 33 au Canada, 43
+en Angleterre, 22 en Allemagne et dans les colonies allemandes, 19 en
+Italie, 19 en Russie, 17 en France, 10 en Espagne 9 en Danemark, etc.</p>
+
+<p>Dans les colonies on remarque: 5 postes dans l'Afrique française, 3 en
+Indo-Chine, 2 à Madagascar, 7 au Maroc, 1 à Tunis, 10 dans les Indes
+Anglaises, 3 à Curaçao, 5 à Fidji, etc.</p>
+
+<p>Pour les postes installés à bord des navires de guerre, les Etats-Unis
+tiennent encore la tête avec 247 postes. Viennent ensuite l'Angleterre
+avec 213 postes; la France, 141; l'Allemagne, 112; l'Italie, 77; le
+Japon, 70; la Russie, 70; l'Autriche, 37, etc.</p>
+
+<p>Sur les navires de commerce, on trouve 455 postes pour l'Angleterre; 253
+pour les Etats-Unis; 206 pour l'Allemagne; 68 pour la France; 47 pour
+l'Italie, etc.</p>
+
+<h4><span class="sc">Le rendement du vignoble français en 1912.</span></h4>
+
+<p>L'année 1912 aura été exceptionnellement heureuse pour la viticulture.
+Le rendement et la qualité de la récolte ont dépassé les prévisions les
+plus optimistes.</p>
+
+<p>Le vignoble français a subi comme tous les ans les atteintes, variables
+suivant les régions, de la gelée, de la grêle, du mildiou, de l'oïdium;
+mais les maladies cryptogamiques n'ont pas produit, malgré une humidité
+parfois persistante, les effets désastreux que l'on observe généralement
+dans des conditions atmosphériques semblables; le prix élevé du vin a
+encouragé les viticulteurs à mieux soigner leurs vignobles et à
+pratiquer, d'une façon régulière et méthodique, les traitements
+préventifs.</p>
+
+<p>Les vendanges faites parfois trop hâtivement, par suite d'un temps
+pluvieux au début, ont pu s'exécuter ensuite pendant une très belle
+période, qui a permis aux raisins restés sur les souches d'arriver à la
+maturité nécessaire pour donner au vin du bouquet, de la couleur, du
+degré et lui assurer une bonne conservation.</p>
+
+<p>Finalement, la récolte, qui devait être d'après certains à peine
+supérieure à la moyenne, a atteint pour la France, selon M. J.-M.
+Guillon, inspecteur de la viticulture, auquel nous devons ces précieux
+renseignements, le chiffre de 59.339.035 hectolitres en 1912, contre
+44.885.550 hectolitres en 1911. La production de 1912 est donc de 15
+millions d'hectolitres supérieure à celle de 1911 et de 7 millions
+d'hectolitres au-dessus de la moyenne des dix dernières années, estimée
+à 52 millions environ.</p>
+
+<p>Les régions les plus favorisées sont celles de la Méditerranée; le
+Bordelais et la vallée de la Loire comptent aussi parmi les mieux
+partagés. Quelques départements de l'Est sont à peu près les seuls à
+présenter un rendement inférieur à 1911. Quant à la récolte de
+l'Algérie, elle accuse également un notable déficit: elle a été en 1912
+de 6.671.181 hectolitres, au lieu de 8.883.667 hectolitres en 1911.</p>
+
+<h4>A PROPOS DU RAYONNEMENT VITAL.</h4>
+
+<p>En 1908, quelques expérimentateurs eurent l'idée d'appliquer contre leur
+front ou leur épigastre une feuille de papier manuscrit ou imprimé posée
+elle-même sur la face émulsionnée d'une plaque photographique; ils
+obtinrent une reproduction plus ou moins complète, en positif ou en
+négatif, des caractères que portait la feuille de papier. Ils
+attribuèrent cette transcription au rayonnement d'un certain fluide
+vital émanant de l'organisme.</p>
+
+<p>L'hypothèse rencontra d'autant plus de créance dans certains milieux que
+des expériences «amusantes» tendaient à la confirmer. Si l'on confiait
+des sachets renfermant une plaque et une feuille de papier
+convenablement disposées à diverses personnes qui les actionnaient dans
+des conditions différentes, on constatait au développement des résultats
+eux-mêmes très variés.</p>
+
+<p>Dès cette époque, M. Guillaume de Fontenay montra qu'on obtenait des
+transcriptions semblables de caractères manuscrits en utilisant, comme
+source de chaleur, un bain-marie à 35° ou 40°, ce qui ruinait
+l'hypothèse d'un rayonnement vital nécessaire pour produire le
+phénomène.</p>
+
+<p>Toutefois, M. de Fontenay n'avait pu obtenir la transcription de
+caractères imprimés. Ses nouvelles expériences, signalées à l'Académie
+des sciences par M. d'Arsonval, éclairent singulièrement la question.</p>
+
+<p>Le phénomène paraît subordonné à un assez grand nombre de facteurs
+physiques et chimiques, parmi lesquels il faut citer d'abord la durée du
+contact et la température.</p>
+
+<p>D'autre part, les encres à écrire et les encres typographiques agissent
+sur les plaques sensibles de façons différentes, suivant la composition
+chimique de ces encres, et aussi suivant l'état de division moléculaire
+qui leur est communiquée par le papier où on les a déposées. Certaines
+encres se transcrivent toujours en positif, d'autres se transcrivent
+toujours en négatif. Nombre d'encres typographiques sont à peu près
+inactives dans les circonstances ordinaires de l'expérimentation; un
+trait de plume peut se transcrire partiellement en négatif et
+partiellement en positif, selon que la plume, ici ou là, a déposé plus
+ou moins de liquide, ou selon qu'elle a plus ou moins égratigné
+l'encollage superficiel du papier et incorporé l'encre à la fibre même
+de la pâte. Si le métal de la plume est attaqué par l'encre, la
+transcription est modifiée; si l'on emploie des émulsions couchées sur
+celluloïd, on se heurte souvent à des phénomènes électriques.</p>
+
+<p>Dans un autre ordre d'idées, il faut remarquer que la transpiration
+varie beaucoup d'un individu à l'autre. En outre, chez la même personne,
+au même instant, elle est en général acide au visage et au creux de
+l'aisselle, alcaline au pli de l'aine. Elle diffère énormément suivant
+la nourriture, l'état de maladie ou de santé. On doit donc se défier à
+l'extrême de toute observation faite au moyen de sachets actionnés par
+un organisme vivant: la transpiration joue alors un rôle dont il est
+difficile de déterminer le sens et l'ampleur.</p>
+
+<p>M. de Fontenay conclut qu'il n'a pu déceler l'intervention d'aucun
+rayonnement nouveau et qu'il n'a jamais rencontré d'effet qui ne pût
+être attribué légitimement à une réaction chimique des corps mis en
+présence.</p>
+
+<h4><span class="sc">Utilité des serins pour éviter l'asphyxie.</span></h4>
+
+<p>On a jadis proposé d'utiliser la souris pour nous éviter l'asphyxie par
+l'oxyde de carbone. Ce gaz éminemment dangereux est, en effet, peu
+sensible aux réactifs chimiques, et l'on n'a pas encore trouvé de moyen
+simple et pratique pour constater sûrement sa présence dans l'air que
+nous respirons.</p>
+
+<p>M. Burrell a été chargé par le Bureau des mines des Etats-Unis d'étudier
+l'influence de l'oxyde de carbone sur les petits animaux. Il conclut à
+la sensibilité extrême du canari:</p>
+
+<p>Voici, d'ailleurs, le résumé de ses observations sur la souris et sur le
+canari.</p>
+
+<p>Souris: 0,16 d'oxyde de carbone contenu dans l'air, très léger malaise
+au bout d'une heure; 0,20, malaise en 8 minutes; 0,31, malaise en 4
+minutes; 0,46, malaise en 2 minutes; 0,57, malaise en une minute; mort
+en 16 minutes; 0,77, malaise en une minute, mort en 12;5 minutes.</p>
+
+<p>Canari: 0,09, très léger malaise au bout d'une heure; 0,15, malaise en 3
+minutes; tombe de son perchoir au bout de 8 minutes; 0,20, malaise en
+1,5 minute; tombe de son perchoir en bout de 5 minutes; 0,29, tombe de
+son perchoir en 2,5 minutes.</p>
+
+<p>Le serin serait donc l'accessoire hygiénique indispensable de tout poêle
+à combustion lente.</p>
+
+<p>M. Burrell propose de l'employer pour explorer l'air des mines après
+explosion.</p>
+
+<h4><span class="sc">La pluie à Paris.</span></h4>
+
+<p>Les météorologistes sont fort divisés au moins sur une question: celle
+de l'augmentation de la fréquence de la pluie en nos régions. Les uns
+estiment, avec le bon peuple, qu'il pleut plus en France qu'autrefois;
+d'autres affirment que la moyenne n'a pas sensiblement changé.</p>
+
+<p>Nous signalions, il y a quelque temps, l'opinion de M. Camille
+Flammarion à cet égard. Notre éminent collaborateur a fait un relevé des
+pluies à Paris depuis le règne de Louis XIV; il conclut à une
+augmentation, augmentation bien marquée surtout depuis le début du
+dix-neuvième siècle, époque à laquelle ont commencé les mesures
+pluviométriques bien précises.</p>
+
+<p>M. Angot, directeur du Bureau central météorologique, n'est point de cet
+avis.</p>
+
+<p>M. Flammarion a pris les chiffres fournis par le pluviomètre de
+l'observatoire de Paris jusqu'en 1872; à partir de là, il s'en rapporte
+aux chiffres de l'observatoire de Montsouris, estimant que les
+conditions restent à peu près les mêmes.</p>
+
+<p>Or, d'après M. Angot, l'augmentation apparente de pluie résulte de ce
+changement de station. La comparaison des observations faites au cours
+des trente dernières années montre que la quantité de pluie tombée à
+Montsouris est d'environ un dixième supérieure à celle recueillie à
+Paris.</p>
+
+<p>M. Angot établit un relevé de 1806 à 1910 en prenant uniquement les
+chiffres de l'observatoire de Paris. Ce relevé donne, pour la pluie
+tombée dans la capitale, une moyenne générale de 510 millimètres par an.
+Pendant le premier tiers de cette période, la moyenne ressort à 502
+millimètres; pendant le second, elle s'élève à 521; pendant le dernier
+tiers, c'est-à-dire pendant les trente dernières années, elle retombe à
+508.</p>
+
+<p>M. Angot conclut que, contrairement aux affirmations de M. Flammarion,
+il n'y a aucune apparence d'augmentation progressive de pluie à Paris
+depuis 1880.</p>
+
+<p>Ce désaccord des deux savants sur une question assez simple est un peu
+troublant. La vérité ne serait-elle pas que, finalement, il ne tombe
+guère plus d'eau à Paris qu'autrefois, mais... qu'il pleut ou qu'il
+«brouillasse» plus souvent.</p>
+
+<br><br>
+
+
+
+<h3>L'ATTITUDE DU DISCOBOLE</h3>
+
+<p>La méthode française d'éducation physique préconisée par M. le
+lieutenant de vaisseau Hébert, que nous avons été des premiers à
+signaler dans ce journal (numéro du 13 avril 1912). et qui bénéficie
+aujourd'hui d'une vogue méritée, a donné un intérêt, si l'on peut dire,
+actuel, à la célèbre statue du Discobole antique: on sait que le
+«lancer» du disque est un des huit exercices naturels «indispensables»
+indiqués par cette méthode. Sur l'attitude du Discobole, qu'a reproduite
+si heureusement le lieutenant de vaisseau Hébert, M. le commandant R.
+Debax, ancien instructeur à l'école de gymnastique de Joinville-le-Pont,
+nous adresse ces lignes illustrées de croquis probants:</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012a.png"><br><span class="sml">
+Position initiale.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Position finale.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span><br>
+<span class="sc"><b>comment le
+dictionnaire LAROUSSE a interprété le geste du discobole antique</b></span></p>
+
+<p>Dans le grand dictionnaire Larousse, à l'article Discobole, on lit:</p>
+
+<p>«Discobole lançant le disque, ou Discobole en action, statue antique au
+palais Massimi, à Berne. Le corps incliné et appuyé sur la jambe droite
+placée en avant, le Discobole porte la main gauche sur le genou droit et
+élève en arrière, plus haut que la tête, la main droite qui tient le
+disque. Cette attitude a été imaginée pour donner au disque la plus
+forte impulsion possible. Ce n'était qu'après avoir balancé le bras
+plusieurs fois et lui avoir fait décrire plusieurs tours, presque
+circulairement, que le Discobole lâchait le disque qui partait en
+sifflant. En même temps qu'il ramenait ainsi une dernière fois le bras
+droit en avant il retirait la main gauche et son corps se redressait
+vivement comme la corde d'un arc détendu.»</p>
+
+<p>A l'appui de son explication, l'auteur de la notice cite des textes
+latins qui, probablement, sont sujets à controverses. Nous nous
+garderons bien de le suivre sur ce terrain. Et nous nous fonderons sur
+l'expérience et sur le mouvement de la statue pour contester cette
+interprétation.</p>
+
+<p>Si le disque était lancé comme l'indique Larousse, la force de
+projection serait produite par le mouvement de rotation du bras droit,
+suivi de l'extension du corps tout entier prenant appui sur la seule
+jambe droite, extension favorisée d'ailleurs, par une légère rotation du
+buste de droite à gauche. L'ensemble du mouvement ne paraît pas
+suffisant pour donner l'impulsion nécessaire au disque, et nous pouvons
+affirmer que pas un de nos athlètes modernes n'opère de cette façon.</p>
+
+<p>Il est d'ailleurs fort probable que, dans ce cas, le disque devant être
+lancé en avant de la statue, le Discobole aurait eu malgré lui le regard
+fixé dans cette direction, c'est-à-dire droit devant lui.</p>
+
+<p>Or, c'est précisément le contraire. Le Discobole a, d'une façon
+indiscutable, le regard dirigé en arrière de lui.</p>
+
+<p>On a prétendu qu'il regardait son bras droit pour voir si le disque
+était bien placé dans sa main. Il est bien plus naturel de penser que le
+Discobole regarde le but et, si l'on admet cette manière de voir, le
+mouvement de la statue s'explique très facilement et se décompose comme
+l'indiquent les croquis ci-dessous.</p>
+
+<p>Faisant d'abord face au but ou à la direction (position initiale), le
+pied gauche en avant, le pied droit en arrière et près du précédent, le
+bras droit tendu horizontalement, le Discobole pivote ensuite sur le
+pied droit, fait face en arrière en portant le poids du corps sur la
+jambe droite, le genou gauche se plaçant contre le droit, le pied gauche
+ne faisant que se soulever en pivotant sur le gros orteil. En même
+temps, il se baisse légèrement et exécute un <i>mouvement de torsion très
+prononcé du, buste autour du bassin de gauche à droite.</i> Le bras droit
+reste tendu et le disque vient se placer à hauteur de l'endroit où il va
+être abandonné à la fin du mouvement suivant (position de la statue).</p>
+
+<p>Immédiatement après, par un mouvement de réaction, le Discobole,
+pivotant sur les deux pieds, fait face à la direction primitive en
+imprimant <i>au buste un mouvement violent de torsion de droite à gauche</i>
+qui, par l'intermédiaire du bras, donne l'impulsion au disque à la façon
+d'une fronde. Le disque est abandonné au moment où il se trouve dans la
+direction. Par suite de l'impulsion communiquée au corps, le pied droit
+se porte généralement en avant du gauche. Compris de cette manière, le
+lancement du disque exige une grande coordination dans les mouvements.
+C'est le triomphe de l'adresse unie à la force et c'est ce symbole qu'a
+voulu exprimer le statuaire antique.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">R. Debax.</span></span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012b.png"></p>
+
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="discobole">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<span class="sml">Position initiale.</span><br>
+<span class="sml">Le discobole fait face à la direction.</span>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<span class="sml">Position intermédiaire (celle de la statue).</span><br>
+<span class="sml">Le discobole a pivoté et fait face en arrière.</span>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<span class="sml">Position finale.</span><br>
+<span class="sml">Le discobole revient face en avant et abandonne le disque.</span><br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><span class="sc">COMMENT LE DISCOBOLE ANTIQUE LANÇAIT LE
+DISQUE, D'APRÈS L'ÉCOLE DE JOINVILLE-LE-PONT</span></p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LA CEINTURE DE PARIS</h3>
+
+<h4>APRÈS LA DÉMOLITION DES FORTIFICATIONS (<i>Voir les projets, page 20.</i>)</h4>
+
+<p>«A la place des vilaines murailles des fortifications qui entourent
+Paris, on voyait un beau parc ininterrompu où les arbres, les arbustes
+et les fleurs faisaient à notre ville une ceinture de santé et de beauté
+aussi; songez donc, 35 kilomètres de pelouses, avec ponts rustiques,
+cascatelles et ruisselets, toute une longue série de paysages au pastel;
+Paris vêtu et couronné de toutes les roses et de toutes les fleurs était
+salué comme la reine souveraine du monde.</p>
+
+<p>Vivant au milieu de cette belle fête des yeux et de l'esprit, les hommes
+devenaient meilleurs, les femmes plus jolies.</p>
+
+<p>Si mon rêve vous agrée et si vous voulez en commencer la réalisation,
+beaux conseillers, ne vous endormez pas.»</p>
+
+<p>Ainsi rêvait, en ouvrant, en 1909, la première session ordinaire du
+Conseil municipal de Paris, M. Lampué, doyen d'âge de cette laborieuse
+assemblée où, comme on voit, les soucis budgétaires ou politiques n'ont
+point atrophié la fibre poétique.</p>
+
+<p>Ce rêve sera bientôt une réalité. Sur le rapport de M. Louis Dausset,
+récemment élevé à la présidence du Conseil municipal, nos édiles
+viennent d'approuver le contrat passé entre l'État et la Ville de Paris
+pour l'aliénation de l'enceinte fortifiée. La sanction législative ne
+saurait tarder.</p>
+
+<p>Cette convention, dont nous n'avons pas le loisir d'examiner les
+détails, peut se résumer ainsi:</p>
+
+<p>1° Acquisition par la Ville, en un seul et unique lot, de la totalité de
+l'enceinte fortifiée, moyennant un prix de 100 millions payables par
+annuités, par paiements échelonnés;</p>
+
+<p>2° Maintien sur la zone militaire de la servitude non <i>oedificandi</i>,
+pour cause d'hygiène et de salubrité publiques;</p>
+
+<p>3° Expropriation des terrains de cette zone, devenue <i>zone sanitaire</i> en
+vue de la création d'espaces libres, parcs et terrains de jeux;</p>
+
+<p>4° Annexion à Paris des terrains expropriés.</p>
+
+<p>Il y a plus de trente ans que s'est posée pour la première fois la
+question de la suppression de l'enceinte fortifiée de Paris; la
+divergence des intérêts ou même des simples opinions en présence rendait
+la solution fort difficile. Grâce à l'énergie persévérante de M. Dausset
+et de son collègue, M. Chérioux; grâce à l'esprit libéral de MM. Klotz
+et Millerand, la solution intervenue apparaît comme la plus logique et
+la plus satisfaisante à tous égards. La désaffectation de l'enceinte
+fortifiée n'est plus considérée, ni par la Ville, ni par l'État, comme
+un prétexte à spéculations immobilières, on l'envisage avant tout comme
+un moyen de doter Paris et sa banlieue des champs d'air et de lumière
+devenus indispensables à leur hygiène et à leur santé.</p>
+
+<p>Nos plans de la page 20, empruntés à un travail de M. Dausset, donnent
+une idée exacte de la transformation que va subir la ceinture de Paris.</p>
+
+<p>Actuellement, l'espace libre des fortifications et de la zone qui
+entoure la capitale présente environ 380 mètres de profondeur: 130
+mètres de fortifications et 250 mètres de <i>zone</i> frappée d'une servitude
+<i>non oedificandi</i>, c'est-à-dire où les propriétaires du sol ne sont
+autorisés à élever que des constructions précaires, pouvant être
+démolies à première réquisition.</p>
+
+<p>Le terrain occupé par les fortifications, après avoir été mis au niveau
+des boulevards actuels, sera loti pour l'édification d'immeubles de
+rapport groupés entre deux larges boulevards circulaires, le boulevard
+extérieur étant flanqué d'un chemin de ronde et d'une grille pour
+garantir le fonctionnement de l'octroi.</p>
+
+<p>Les terrains de la zone, formant un total de plus de 500 hectares,
+seront aménagés en espaces libres, tels que parcs publics, pelouses ou
+terrains de jeux; M. Dausset prévoit onze grands parcs entourés de
+grilles. «Aucune portion ne pourra être distraite en vue d'y élever des
+constructions, si ce n'est pour l'établissement des édifices nécessaires
+à la surveillance et à l'utilisation de ces espaces libres, lesquelles
+constructions ne pourront, dans leur ensemble, occuper une superficie de
+plus d'un vingtième desdits espaces et devront être réparties également
+sur l'ensemble de la zone à aménager.»</p>
+
+<p>On a objecté que la zone n'offre pas une largeur suffisante pour y
+dessiner des parcs intéressants. Or, le parc Monceau, considéré avec
+raison comme un des plus beaux spécimens de l'art des jardins, ne mesure
+pas plus de 250 mètres dans sa plus grande largeur. C'est précisément
+celle de la zone.</p>
+
+<p>Ajoutons que la Ville de Paris s'est engagée à prélever 4% sur
+l'ensemble des terrains à provenir de l'enceinte fortifiée, pour les
+affecter exclusivement à la construction d'habitations à bon marché.</p>
+
+<p>Combien de temps exigeront les travaux destinés à modifier si
+heureusement l'aspect des abords de la capitale? Il serait téméraire de
+hasarder des chiffres.</p>
+
+<p>La remise à la Ville, par tronçons successifs, des terrains déclassés;
+la démolition du mur d'enceinte, le nivellement général du sol,
+demanderont plusieurs années. L'expropriation des terrains de la zone
+qui forment une surface de 4.962.000 mètres carrés répartis entre un
+nombre considérable de propriétaires sera sans doute encore plus
+laborieuse; on a prévu, pour la mener à bien, un délai maximum de
+trente-huit ans.</p>
+
+<p>Faisons toutefois crédit à la diligence de l'administration et
+souhaitons qu'entre les maisons dites «à bon marché» et les immeubles
+pour pseudo-millionnaire on voie pousser, baignés d'air et entourés de
+verdure, de modestes mais riants cottages pour simples bourgeois. Et
+s'il paraît audacieux d'admettre, comme M. Lampué, que la suppression
+des fortifications rendra les hommes meilleurs et les femmes plus
+jolies, espérons du moins qu'elle contribuera à enrayer un instant la
+hausse démesurée des loyers parisiens et, peut-être, aussi, à améliorer
+les moeurs de messieurs les apaches.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">F. Honoré.</span></span></p><br><br>
+
+<h3>LA NAVIGATION SUR L'OUED SEBOU</h3>
+
+<p>On a dit maintes fois combien il serait important de pouvoir utiliser
+l'oued Sebou pour les transports de matériel de guerre et de
+marchandises, de la côte à Fez. Malheureusement, le fleuve est peu
+navigable, presque à sec par endroits en été, démesurément grossi en
+hiver, coupé de nombreux seuils. Pourtant, l'an dernier, grâce à des
+prodiges d'énergie, d'adresse, de persévérance, l'enseigne de vaisseau
+Le Dantec parvint, en un voyage d'un mois (24 décembre 1911-30 janvier
+1912), à le remonter avec un canot automobile jusqu'au pont de Fez, à 5
+kilomètres de la capitale chérifienne.</p>
+
+<p>Cette exploration devait donner un résultat pratique, puisqu'elle a
+amené une compagnie, l'Omnium français, à étudier et à construire un
+bateau à vapeur spécialement aménagé pour cette difficile navigation.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"><br><b><span class="sc">La navigation fluviale au Maroc</span>.--Le premier vapeur qui
+ait remonté l'oued Sebou:<br> la canonnière <i>Sebou</i> à Bel Ksiri.</b></p>
+
+<p>Le <i>Sebou</i>, c'est le nom qu'elle a donné à ce bateau, l'aîné d'une
+flottille qu'il faut souhaiter de voir devenir nombreuse, effectue en ce
+moment son premier voyage, et déploie sur l'oued si fantasque le
+pavillon français. C'est une sorte de canonnière très légère, ne calant
+pas plus de 80 centimètres à l'arrière, ce qui lui permettra de franchir
+sans trop de difficultés les hauts fonds. Au 24 décembre dernier, le
+<i>Sebou</i> était à Bel Ksiri où fut prise la photographie que nous
+reproduisons. Il a depuis continué, et, aux dernières nouvelles, avait
+atteint Souk el Djema, à 120 kilomètres environ de Méhédya.</p>
+
+<p>Un ingénieur, M. Turgan, est à la tête de cette entreprise. Le directeur
+technique de la navigation, le «capitaine d'armement» si l'on veut, est
+M. Le Peillon, à qui une longue pratique des rivières indo-chinoises a
+donné une expérience précieuse.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>UNE MÉDAILLÉE DE LA GUERRE</h3>
+
+<p>C'est un document émouvant, évocateur d'une époque déjà lointaine, que
+cette photographie d'une famille de soldats, prise quelques années après
+la guerre. Celle qui y figure aux côtés de son mari et de ses enfants,
+Mme Gombert, vient de recevoir la médaille de 1870, à Rodez, dans une
+touchante cérémonie, comme il y en a eu tant en France ces temps
+derniers, qui réunissait d'anciens combattants de l'Année terrible, Mgr
+de Ligonnès, évêque de. Rodez, alors capitaine des mobiles de la Lozère,
+le contre-amiral et le général Boisse, le général Joubert, et, leur
+doyen à tous, un beau vieillard de quatre-vingt-sept ans, M. Vidal.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013b.png"><br><b>Une femme médaillée de 1870: Mme Gombert, <br> ancienne
+cantinière, et sa famille.</b><br> (<i>D'après une photographie faite quelque
+temps après la guerre.</i>)</p>
+
+<p>Mme Gombert, qui portait crânement l'uniforme de cantinière, fit la
+campagne avec son mari, soldat au 3e bataillon de chasseurs à pied; elle
+emmenait dans sa voiture ses trois enfants en bas âge, qu'elle n'avait
+pas voulu quitter. Blessée sur le champ de bataille de Rezonville, la
+courageuse femme fut recueillie à l'hôpital de Metz; elle y demeura
+jusqu'à la reddition de la place, et partagea ensuite la captivité de
+l'armée. Le bel exemple d'énergie française qu'elle a donné devait avoir
+sa récompense. Il ne manque désormais à cette vaillante, femme et mère
+de soldats--ses deux fils ont été retraités comme adjudants--que la
+médaille militaire.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>THÉÂTRES</h3>
+
+<p>L'Opéra s'est honoré en remontant avec des soins exceptionnels le grand
+drame lyrique de M. Vincent d'Indy, Ferval. Créé à la Monnaie de
+Bruxelles en 1897, il avait eu, l'année suivante, une série de
+représentations à l'Opéra-Comique; on ne l'avait pas rejoué depuis. M.
+Vincent d'Indy a choisi son héros parmi ceux qui empruntent à la légende
+et aux anciennes traditions nationales leurs valeurs symboliques (car,
+fidèle au principe wagnérien, il a lui-même composé le livret de ses
+oeuvres); il a enveloppé son poème d'une musique qui est d'un
+raffinement, d'une richesse, d'une habileté, d'une beauté technique
+extraordinaires. M. Muratore et Mlle Bréval ont brillamment tenu la tête
+d'une interprétation remarquable. M. Messager lui-même, aux premières
+représentations de cette reprise, s'est fait un devoir de conduire
+l'orchestre.</p>
+
+<p>Signalons, à la Comédie-Royale, une comédie--fort légère--de MM. André
+Sylvane et Mouezy-Eon: <i>les Samedis de monsieur</i>, et une piquante petite
+revue de M. Jean Bastia: <i>Ce qu'il ne faut pas taire</i>.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LES CENTENAIRES DU CONSCRIT, par Henriot.</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014small.png"><br><a href="images/014large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+
+
+
+
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier
+1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3646, 11 ***
+
+***** This file should be named 37428-h.htm or 37428-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/7/4/2/37428/
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
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+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
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+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
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+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
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+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
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+
+
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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Binary files differ
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