summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/34841-h
diff options
context:
space:
mode:
Diffstat (limited to '34841-h')
-rw-r--r--34841-h/34841-h.htm5458
1 files changed, 5458 insertions, 0 deletions
diff --git a/34841-h/34841-h.htm b/34841-h/34841-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..ddd9f10
--- /dev/null
+++ b/34841-h/34841-h.htm
@@ -0,0 +1,5458 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
+"http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
+
+<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr">
+ <head>
+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
+<title>
+ The Project Gutenberg eBook of L'Autre Tartuffe, par P. A. Caron-beaumarchais.
+</title>
+<style type="text/css">
+ p {margin-top:.75em;text-align:justify;margin-bottom:.75em;text-indent:2%;}
+
+.charat {text-align:center;text-indent:0%;}
+
+.c {text-align:center;text-indent:0%;}
+
+.ch {text-align:center;text-indent:0%;font-weight:bold;}
+
+.hang {text-indent:-2%;margin-left:2%;}
+
+.letra {font-size:275%;}
+
+.nind {text-indent:0%;}
+
+.r {text-align:right;margin-right:25%;}
+
+ h1,h3 {margin-top:15%;text-align:center;clear:both;}
+
+ hr {width:100%;margin:5% auto 5% auto;border:4px double gray;}
+
+ table {margin-left:auto;margin-right:auto;border:none;text-align:left;}
+
+ body{margin-left:2%;margin-right:2%;background:#fdfdfd;color:black;font-family:"Times New Roman", serif;font-size:medium;}
+
+a:link {background-color:#ffffff;color:blue;text-decoration:none;}
+
+ link {background-color:#ffffff;color:blue;text-decoration:none;}
+
+a:visited {background-color:#ffffff;color:purple;text-decoration:none;}
+
+a:hover {background-color:#ffffff;color:#FF0000;text-decoration:underline;}
+
+ sup {font-size:75%;}
+
+.footnote {width:95%;margin:auto 3% 1% auto;font-size:0.9em;position:relative;}
+
+.label {position:relative;left:-.5em;top:0;text-align:left;font-size:.8em;}
+
+.fnanchor {vertical-align:30%;font-size:.8em;}
+
+</style>
+ </head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of L'autre Tartuffe, ou La mère coupable, by
+Pierre Augustin Caron de Beaumarchais
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'autre Tartuffe, ou La mère coupable
+
+Author: Pierre Augustin Caron de Beaumarchais
+
+Release Date: January 3, 2011 [EBook #34841]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'AUTRE TARTUFFE ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
+produced from images available at the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+<hr class="full" />
+
+<h1>L'AUTRE TARTUFFE,<br />
+OU<br />
+LA MÈRE COUPABLE.</h1>
+
+<p><a name="page_i" id="page_i"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="">
+<tr><td align="left"><a href="#AVIS_DE_LIMPRIMEUR"><b>AVIS DE L'IMPRIMEUR.</b></a></td></tr>
+<tr><td align="left"><a href="#PERSONNAGES"><b>PERSONNAGES.</b></a></td></tr>
+<tr><td align="left"><a href="#ACTE_PREMIER"><b>ACTE PREMIER.</b></a></td></tr>
+<tr><td align="left"><a href="#ACTE_II"><b>ACTE II.</b></a></td></tr>
+<tr><td align="left"><a href="#ACTE_III"><b>ACTE III.</b></a></td></tr>
+<tr><td align="left"><a href="#ACTE_IV"><b>ACTE IV.</b></a></td></tr>
+<tr><td align="left"><a href="#ACTE_V"><b>ACTE V.</b></a></td></tr>
+</table>
+
+<p><a name="page_ii" id="page_ii"></a></p>
+
+<hr />
+<h3><a name="AVIS_DE_LIMPRIMEUR" id="AVIS_DE_LIMPRIMEUR"></a>AVIS DE L'IMPRIMEUR.</h3>
+
+<p>Le Citoyen R<small>ondonneau</small>, propriétaire de cette édition, la seule avouée
+par l'Auteur, prévient ses Concitoyens qu'il en a déposé deux
+exemplaires à la Bibliothèque nationale, pour lui assurer l'exercice des
+droits que donne la loi du 19 juillet 1793, de poursuivre <i>tout
+contrefacteur, et tout distributeur d'édition contrefaite</i>.</p>
+
+<p>Il prévient en outre ses Concitoyens qu'il vient d'ouvrir la vente de ce
+qui reste des &OElig;uvres de Voltaire, édition de Kell, <i>in-8.º</i> et
+<i>in-12</i>: la première en 70 volumes, la seconde en 92 volumes, ainsi que
+des diverses parties qui forment le complément des exemplaires
+imparfaits.</p>
+
+<p>On trouvera de plus au Dépôt des Lois, place du Carrousel, 1.º des
+exemplaires de la correspondance de Voltaire, imprimée séparément de ses
+&oelig;uvres, en 19 volumes <i>in-8.º</i> et en 23 volumes <i>in-12</i>; ces éditions
+particulières ont été faites pour ceux qui ont des éditions des
+&oelig;uvres de Voltaire antérieures à l'édition complette de Kell.</p>
+
+<p>2.º De la Henriade, 1 vol. <i>in-4.º</i></p>
+
+<p>3.º De la Pucelle, 1 vol. <i>in-4.º</i> ou 2 vol. <i>in-12.</i></p>
+
+<p>4.º Du Mariage de Figaro ou la Folle Journée, 1 vol. <i>in-8.º</i></p>
+
+<p>La vente se fera au comptant. On trouvera au Dépôt le tableau des prix
+des différentes éditions, et les conditions du paiement, tant pour les
+Libraires que pour les Particuliers.</p>
+
+<p>On trouvera au même Dépôt la collection de toutes les estampes ou les
+portions séparées de toutes les parties incomplettes qui restent à
+livrer.<a name="page_iii" id="page_iii"></a></p>
+
+<hr />
+
+<h1>L'AUTRE TARTUFFE,<br />
+ou<br />
+LA MÈRE COUPABLE.</h1>
+
+<p class="c"><b>DRAME EN CINQ ACTES, EN PROSE;<br />
+P<small>AR</small> P. A. CARON-BEAUMARCHAIS.</b></p>
+
+<p class="c"><i>Remis au Théâtre de la rue Feydeau, avec des changemens,<br />
+et joué le 16 Floréal an V, (5 Mai 1797)<br />
+par les anciens Acteurs du Théâtre Français.</i></p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary=""
+style="margin-right:0%;">
+<tr><td align="left"
+style="border-top:1px solid black;">On gagne assés dans les familles,</td></tr>
+<tr><td align="left">quand on en expulse un méchant.</td></tr>
+<tr><td align="right"
+style="border-bottom:1px solid black;"><i>dernière phrase de la Pièce.</i></td></tr>
+</table>
+
+<table border="0" cellpadding="5" cellspacing="0" summary="">
+<tr><td align="center"
+style="border-top:3px double black;border-bottom:3px double black;">ÉDITION ORIGINALE.</td></tr>
+</table>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="c">A PARIS,<br />
+C<small>HEZ</small> R<small>ONDONNEAU</small> et Compagnie, au Dépôt des Lois, place du Carrousel.<br />
+1797.</p>
+
+<p><a name="page_iv" id="page_iv"></a></p>
+
+<p><a name="page_v" id="page_v"></a></p>
+
+<hr />
+<h3><a name="UN_MOT_SUR_LA_MERE_COUPABLE" id="UN_MOT_SUR_LA_MERE_COUPABLE"></a>UN MOT<br />
+SUR LA MÈRE COUPABLE.</h3>
+
+<p class="nind"><span class="letra">P</span><small>ENDANT</small> ma longue proscription, quelques amis zélés avaient imprimé
+cette Pièce, uniquement pour prévenir l'abus d'une contrefaçon infidèle,
+furtive, et prise à la volée pendant les représentations<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>. Mais ces
+amis eux-mêmes, pour éviter d'être froissés par les agens de la terreur,
+s'ils eussent laissé leurs vrais titres aux personnages espagnols, (car
+alors tout était péril) se crurent obligés de les défigurer, d'altérer
+même leur langage, et de mutiler plusieurs scènes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Elle fut représentée, pour la première fois, au Théâtre du
+Marais, le 26 Juin 1792.</p></div>
+
+<p>Honorablement rappelé dans ma patrie, après quatre années d'infortunes,
+et la Pièce étant désirée par les anciens Acteurs du Théâtre français,
+dont on connaît les grands talens; je la restitue en entier dans son
+premier état. Cette édition est celle que j'avoue.</p>
+
+<p>Parmi les vues de ces artistes, j'entre dans celle de présenter, en
+trois séances consécutives,<a name="page_vi" id="page_vi"></a> tout le roman de la famille <i>Almaviva</i>,
+dont les deux premières époques ne semblent pas, dans leur gaîté légère,
+offrir de rapport bien sensible avec la profonde et touchante moralité
+de la dernière; mais qui, dans le plan de l'auteur, ont une connexion
+intime, propre à verser le plus vif intérêt sur les représentations de
+<i>la Mère coupable</i>.</p>
+
+<p>J'ai donc pensé avec les Comédiens, que nous pouvions dire au Public:
+Après avoir bien ri, le premier jour, <i>au Barbier de Séville</i>, de la
+turbulente jeunesse <i>du Comte Almaviva</i>, laquelle est à-peu-près celle
+de tous les hommes:</p>
+
+<p>Après avoir, le second jour, gaîment considéré, <i>dans la Folle journée</i>,
+les fautes de son âge viril, et qui sont trop souvent les nôtres:</p>
+
+<p>Par le tableau de sa vieillesse, et voyant <i>la Mère coupable</i>, venez
+vous convaincre avec nous, que tout homme qui n'est pas né un
+épouvantable méchant, finit toujours par être bon, quand l'âge des
+passions s'éloigne, et sur-tout quand il a goûté le bonheur si doux
+d'être père! c'est le but moral de la Pièce. Elle en renferme plusieurs
+autres que ses détails feront sortir.</p>
+
+<p>Et moi, l'Auteur, j'ajoute ici: Venez juger <i>la Mère coupable</i>, avec le
+bon esprit qui l'a fait composer pour vous. Si vous trouvez quelque
+plaisir à mêler vos larmes aux douleurs, au pieux repentir de<a name="page_vii" id="page_vii"></a> cette
+femme infortunée: si ses pleurs commandent les vôtres, laissez-les
+couler doucement. Les larmes qu'on verse au théâtre, sur des maux
+simulés qui ne font pas le mal de la réalité cruelle, sont douces. On
+est meilleur quand on se sent pleurer. On se trouve si bon après la
+compassion!</p>
+
+<p>Auprès de ce tableau touchant, si j'ai mis sous vos yeux le machinateur,
+l'homme affreux qui tourmente aujourd'hui cette malheureuse famille; Ah!
+je vous jure que je l'ai vu agir; je n'aurais pas pu l'inventer. Le
+<i>Tartuffe de Molière</i> était celui de <i>la religion</i>: aussi de toute la
+famille d'<i>Orgon</i>, ne trompa-t-il que le chef imbécile! Celui-ci, bien
+plus dangereux, <i>Tartuffe de la probité</i>, a l'art profond de s'attirer
+la respectueuse confiance de la famille entière qu'il dépouille. C'est
+celui-là qu'il fallait démasquer. C'est pour vous garantir des piéges de
+ces monstres (et il en existe par-tout) que j'ai traduit sévèrement
+celui-ci sur la scène française. Pardonnez-le moi, en faveur de sa
+punition, qui fait la clôture de la Pièce. Ce cinquième acte m'a couté;
+mais je me serais cru plus méchant que <i>Bégearss</i>, si je l'avais laissé
+jouir du moindre fruit de ses atrocités; si je ne vous eusse calmés
+après des alarmes si vives.</p>
+
+<p>Peut être ai-je attendu trop tard pour achever<a name="page_viii" id="page_viii"></a> cet ouvrage terrible qui
+me consumait la poitrine, et devait être écrit dans la force de l'âge.
+Il m'a tourmenté bien long-temps! Mes deux comédies espagnoles ne furent
+faites que pour le préparer. Depuis, en vieillissant, j'hésitais de m'en
+occuper: je craignais de manquer de force; et peut-être n'en ai-je plus
+à l'époque où je l'ai tenté! mais enfin, je l'ai composé dans une
+intention droite et pure: avec la tête froide d'un homme, et le c&oelig;ur
+brûlant d'une femme, comme on l'a pensé de <i>Rousseau</i>. J'ai remarqué que
+cet ensemble, cet <i>hermaphrodisme</i> moral, est moins rare qu'on ne le
+croit.</p>
+
+<p>Au reste, sans tenir à nul parti, à nulle secte, <i>la Mère coupable</i> est
+un tableau des peines intérieures qui divisent bien des familles;
+auxquelles malheureusement le divorce, très-bon d'ailleurs, ne remédie
+point. Quoi qu'on fasse, ces plaies secrètes, il les déchire au lieu de
+les cicatriser. Le sentiment de la paternité, la bonté du c&oelig;ur,
+l'indulgence en sont les uniques remèdes. Voilà ce que j'ai voulu
+peindre et graver dans tous les esprits.</p>
+
+<p>Les hommes de lettres qui se sont voués au théâtre, en examinant cette
+Pièce, pourront y démêler une intrigue de comédie, fondue dans le
+pathétique<a name="page_ix" id="page_ix"></a> d'un drame. Ce dernier genre, trop dédaigné de quelques
+juges prévenus, ne leur paraissait pas de force à comporter ces deux
+élémens réunis. <i>L'intrigue</i>, disaient-ils, est le propre des sujets
+gais, c'est le nerf de la comédie: on adapte <i>le pathétique</i> à la marche
+simple du drame, pour en soutenir la faiblesse. Mais ces principes
+hasardés s'évanouissent à l'application, comme on peut s'en convaincre
+en s'exerçant dans les deux genres. L'exécution plus ou moins bonne
+assigne à chacun son mérite; et le mêlange heureux de ces deux moyens
+dramatiques employés avec art, peut produire un très-grand effet; voici
+comment je l'ai tenté.</p>
+
+<p>Sur les antécédens connus (et c'est un fort grand avantage) j'ai fait en
+sorte qu'un drame intéressant existât aujourd'hui entre <i>le Comte
+Almaviva</i>, la Comtesse et les deux enfans. Si j'avais reporté la Pièce à
+l'âge inconsistant où les fautes se sont commises, voici ce qui fût
+arrivé.</p>
+
+<p>D'abord le drame eût dû s'appeler, non <i>la Mère coupable</i>, mais
+<i>l'Epouse infidèle</i>, ou <i>les Epoux coupables</i>: ce n'était déjà plus le
+même genre d'intérêt; il eût fallu y faire entrer des intrigues d'amour,
+des jalousies, du désordre, que sais-je? de tous autres évènemens: et la
+moralité que je voulais faire sortir d'un manquement si grave aux<a name="page_x" id="page_x"></a>
+devoirs de l'épouse honnête; cette moralité, perdue, enveloppée dans les
+fougues de l'âge, n'aurait pas été apperçue. Mais, c'est vingt ans après
+que les fautes sont consommées; quand les passions sont usées; que leurs
+objets n'existent plus; à l'instant où les conséquences d'un désordre
+presque oublié viennent peser sur l'établissement, sur le sort d'enfans
+malheureux qui les ont toutes ignorées, et n'en sont pas moins les
+victimes. C'est de ces circonstances graves que la moralité tire toute
+sa force, et devient le préservatif des jeunes personnes bien nées qui,
+lisant peu dans l'avenir, sont beaucoup plus près du danger de se voir
+égarées, que de celui d'être vicieuses. Voilà sur quoi porte mon drame.</p>
+
+<p>Puis, opposant au scélérat, notre pénétrant <i>Figaro</i>, vieux serviteur
+très-attaché; le seul Être que le fripon n'a pu tromper dans la maison:
+l'intrigue qui se noue entr'eux, s'établit sous cet autre aspect.</p>
+
+<p>Le scélérat inquiet, se dit: En vain j'ai le secret de tout le monde
+ici; envain je me vois près de le tourner à mon profit; si je ne
+parviens pas à faire chasser ce valet, il pourra m'arriver malheur!</p>
+
+<p>D'autre côté, j'entends <i>le Figaro</i>: Si je ne réussis à dépister ce
+monstre, à lui faire tomber le masque; la fortune, l'honneur, le bonheur
+de cette maison;<a name="page_xi" id="page_xi"></a> tout est perdu. <i>La Susanne</i>, jetée entre ces deux
+lutteurs, n'est ici qu'un souple instrument dont chacun entend se servir
+pour hâter la chûte de l'autre.</p>
+
+<p>Ainsi, <i>la Comédie d'intrigue</i>, soutenant la curiosité, marche tout au
+travers <i>du Drame</i>, dont elle renforce l'action, sans en diviser
+l'intérêt qui se porte entier sur <i>la Mère</i>. Les deux enfans, aux yeux
+du spectateur, ne courent aucun danger réel. On voit bien qu'ils
+s'épouseront, si le scélérat est chassé; car, ce qu'il y a de mieux
+établi dans l'ouvrage, c'est qu'ils ne sont parens à nul degré; qu'ils
+sont étrangers l'un à l'autre: ce que savent fort bien, dans le secret
+du c&oelig;ur, le Comte, la Comtesse, le scélérat, <i>Susanne</i> et <i>Figaro</i>,
+tous instruits des événemens; sans compter le Public qui assiste à la
+Pièce, à qui nous n'avons rien caché. Tout l'art de l'hypocrite, en
+déchirant le c&oelig;ur du Père et de la Mère, consiste à effrayer les
+jeunes gens, à les arracher l'un à l'autre, en leur fesant croire à
+chacun qu'ils sont enfans du même père! c'est-là le fond de son
+intrigue. Ainsi marche le double plan que l'on peut appeler <i>complexe</i>.</p>
+
+<p>Une telle action dramatique peut s'appliquer à tous les temps, à tous
+les lieux où les grands traits de la nature, et tous ceux qui
+caractérisent<a name="page_xii" id="page_xii"></a> le c&oelig;ur de l'homme et ses secrèts, ne seront pas trop
+méconnus.</p>
+
+<p><i>Diderot</i> comparant les ouvrages de <i>Richardson</i> avec tous ces romans
+que nous nommons l'<i>Histoire</i>, s'écrie, dans son enthousiasme pour cet
+auteur juste et profond: <i>Peintre du c&oelig;ur humain! c'est toi seul qui
+ne ments jamais!</i> Quel mot sublime! Et moi aussi j'essaye encor d'être
+peintre du c&oelig;ur humain: mais ma palette est desséchée par l'âge et
+les contradictions. <i>La Mère coupable</i> a dû s'en ressentir!</p>
+
+<p>Que si ma faible exécution nuit à l'intérêt de mon plan; le principe que
+j'ai posé n'en a pas moins toute sa justesse! Un tel essai peut inspirer
+le dessein d'en offrir de plus fortement concertés. Qu'un homme de feu
+l'entreprenne, y mêlant, d'un crayon hardi, l'<i>intrigue</i> avec <i>le
+pathétique</i>! Qu'il broye et fonde savament les vives couleurs de chacun!
+Qu'il nous peigne à grands traits l'homme vivant en société, son état,
+ses passions, ses vices, ses vertus, ses fautes et ses malheurs, avec la
+vérité frappante que l'exagération même, qui fait briller les autres
+genres, ne permet pas toujours de rendre aussi fidèlement! Touchés,
+intéressés, instruits, nous ne dirons plus que le <i>Drame</i> est un genre
+décoloré, né de l'impuissance de produire<a name="page_xiii" id="page_xiii"></a> ou Tragédie, ou Comédie.
+L'art aura pris un noble essor; il aura fait encore un pas.</p>
+
+<p>O mes Concitoyens, vous à qui j'offre cet essai! s'il vous parait faible
+ou manqué; critiqués-le, mais sans m'injurier. Lorsque je fis mes autres
+Pièces, on m'outragea long-temps pour avoir osé mettre au théâtre ce
+jeune <i>Figaro</i>, que vous avez aimé depuis. J'étais jeune aussi, j'en
+riais. En vieillissant l'esprit s'attriste; le caractère se rembrunit.
+J'ai beau faire, je ne ris plus quand un méchant ou un fripon insulte à
+ma personne, à l'occasion de mes ouvrages: on n'est pas maître de cela.</p>
+
+<p>Critiqués la Pièce: fort bien. Si l'Auteur est trop vieux pour en tirer
+du fruit, votre leçon peut profiter à d'autres. L'injure ne profite à
+personne, et même elle n'est pas de bon goût. On peut offrir cette
+remarque à une Nation renommée par son ancienne politesse, qui la fesait
+servir de modèle en ce point, comme elle est encore aujourd'hui celui de
+la haute vaillance.<a name="page_xiv" id="page_xiv"></a></p>
+
+<hr />
+<h3><a name="PERSONNAGES" id="PERSONNAGES"></a>PERSONNAGES.</h3>
+
+<p class="hang">LE COMTE ALMAVIVA, <i>grand seigneur espagnol, d'une fierté noble, et sans
+orgueil</i>.</p>
+
+<p class="hang">LA COMTESSE ALMAVIVA, <i>très-malheureuse, et d'une angélique piété</i>.</p>
+
+<p class="hang">LE CHEVALIER LÉON, <i>leur fils; jeune homme épris de la liberté, comme
+toutes les âmes ardentes et neuves</i>.</p>
+
+<p class="hang">FLORESTINE, <i>pupille et filleule du comte Almaviva; jeune personne d'une
+grande sensibilité</i>.</p>
+
+<p class="hang">M. BÉGEARSS, <i>Irlandais, major d'infanterie espagnole, ancien secrétaire
+des ambassades du Comte; homme très-profond, et grand machinateur
+d'intrigues, fomentant le trouble avec art</i>.</p>
+
+<p class="hang">FIGARO, <i>valet de chambre, chirurgien et homme de confiance du Comte;
+homme formé par l'expérience du monde et des évènemens</i>.</p>
+
+<p class="hang">SUSANNE, <i>première camariste de la Comtesse; épouse de</i> Figaro;
+<i>excellente femme, attachée à sa maîtresse, et revenue des illusions du
+jeune âge</i>.</p>
+
+<p class="hang">M. FAL, <i>notaire du Comte; homme exact et très-honnête</i>.</p>
+
+<p class="hang">GUILLAUME, <i>valet allemand de</i> M. Bégearss; <i>homme trop simple pour un
+tel maître</i>.</p>
+
+<p class="hang">La Scène est à Paris, dans l'hôtel occupé par la famille du Comte, et se
+passe à la fin de 1790.<a name="page_1" id="page_1"></a></p>
+
+<hr />
+
+<h1>L'AUTRE TARTUFFE,<br />
+OU<br />
+LA MÈRE COUPABLE</h1>
+
+<hr />
+
+<h3><a name="ACTE_PREMIER" id="ACTE_PREMIER"></a>ACTE PREMIER.</h3>
+
+<hr />
+
+<p class="c"><i>Le Théâtre représente un salon fort orné.</i></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE PREMIÈRE.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, <i>seule, tenant des fleurs obscures, dont elle fait un bouquet</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">Q</span><small>UE</small> Madame s'éveille et sonne; mon triste ouvrage est achevé. (<i>Elle
+s'assied avec abandon.</i>) A peine il est neuf heures, et je me sens déjà
+d'une fatigue...... Son dernier ordre, en la couchant, m'a gâté ma nuit
+toute entière..... <i>Demain, Susanne, au point du jour, fais apporter
+beaucoup de fleurs, et garnis-en mes cabinets.</i>&mdash;&mdash;Au portier:&mdash;&mdash;<i>Que,
+de la journée, il n'entre personne pour moi.&mdash;&mdash;&mdash;Tu me formeras un
+bouquet de fleurs noires et rouge foncé, un seul &oelig;illet blanc au
+milieu</i>...... Le voilà.&mdash;Pauvre Maîtresse! elle pleurait!... Pour qui ce
+mélange d'apprêts?.... Eeeh! si nous étions en Espagne, ce serait
+aujourd'hui<a name="page_2" id="page_2"></a> la fête de son fils <i>Léon</i>......... (<i>avec mystère.</i>) et
+d'un autre homme qui n'est plus! (<i>Elle regarde les fleurs.</i>) Les
+couleurs du sang et du deuil! (<i>Elle soupire.</i>) Ce c&oelig;ur blessé ne
+guérira jamais!&mdash;&mdash;Attachons-le d'un crêpe noir, puisque c'est-là sa
+triste fantaisie! (<i>Elle attache le bouquet.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE II.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, FIGARO <i>regardant avec mystère</i>. (<i>Cette scène doit marcher
+chaudement.</i>)</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>NTRE</small>
+donc, <i>Figaro</i>! Tu prends l'air d'un amant en bonne fortune chez
+ta femme!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Peut-on vous parler librement?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Oui, si la porte reste ouverte.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Et pourquoi cette précaution?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>C'est que l'homme dont il s'agit peut entrer d'un moment à l'autre.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>appuyant</i>.</p>
+
+<p><i>Honoré-Tartuffe&mdash;Bégearss?</i><a name="page_3" id="page_3"></a></p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Et c'est un rendez-vous donné.&mdash;Ne t'accoutume donc pas à charger son
+nom d'épithètes; cela peut se redire et nuire à tes projets.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Il s'appelle <i>Honoré</i>!</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Mais non pas <i>Tartuffe</i>.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Morbleu!</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Tu as le ton bien soucieux!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Furieux! (<i>Elle se lève.</i>) Est-ce là notre convention? M'aidez-vous
+franchement, <i>Suzanne</i>, à prévenir un grand désordre? Serais-tu dupe
+encore de ce très-méchant homme?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Non; mais je crois qu'il se méfie de moi; il ne me dit plus rien. J'ai
+peur, en vérité, qu'il ne nous croye raccommodés.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Feignons toujours d'être brouillés.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Mais qu'as-tu donc appris qui te donne une telle humeur?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Recordons-nous d'abord sur les principes. Depuis que nous sommes à
+Paris, et que M. <i>Almaviva</i>..... (Il faut<a name="page_4" id="page_4"></a> bien lui donner son nom,
+puisqu'il ne souffre plus qu'on l'appelle <i>Monseigneur</i>.......)</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>avec humeur</i>.</p>
+
+<p>C'est beau! et Madame sort sans livrée! nous avons l'air de tout le
+monde!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Depuis, dis-je, qu'il a perdu, par une querelle du jeu, son libertin de
+fils aîné, tu sais comment tout a changé pour nous! comme l'humeur du
+Comte est devenue sombre et terrible!</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Tu n'es pas mal bourru non plus!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Comme son autre fils paraît lui devenir odieux!</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Que trop!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Comme Madame est malheureuse!</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>C'est un grand crime qu'il commet!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Comme il redouble de tendresse pour sa pupille <i>Florestine</i>! Comme il
+fait, sur-tout, des efforts pour dénaturer sa fortune!</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Sais-tu, mon pauvre <i>Figaro</i>! que tu commences à radoter? Si je sais
+tout cela, qu'est-il besoin de me le dire?<a name="page_5" id="page_5"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Encor faut-il bien s'expliquer pour s'assurer que l'on s'entend!
+N'est-il pas avéré pour nous que cet astucieux Irlandais, le fléau de
+cette famille, après avoir chiffré, comme secrétaire, quelques
+ambassades auprès du Comte, s'est emparé de leurs secrets à tous? que ce
+profond machinateur a su les entraîner, de l'indolente Espagne, en ce
+pays, remué de fond en comble, espérant y mieux profiter de la désunion
+où ils vivent, pour séparer le mari de la femme, épouser la pupille, et
+envahir les biens d'une maison qui se délâbre?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Enfin, moi! que puis-je à cela?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Ne jamais le perdre de vue; me mettre au cours de ses démarches.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Mais je te rends tout ce qu'il dit.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Oh! ce qu'il dit..... n'est que ce qu'il veut dire! Mais saisir, en
+parlant, les mots qui lui échappent, le moindre geste, un mouvement;
+c'est-là qu'est le secret de l'âme! Il se trame ici quelque horreur! Il
+faut qu'il s'en croye assuré; car je lui trouve un air..... plus faux,
+plus perfide et plus fat; cet air des sots de ce pays, triomphant avant
+le succès! Ne peux-tu être aussi perfide que lui? l'amadouer, le bercer
+d'espoir? quoiqu'il demande, ne pas le refuser?...</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>C'est beaucoup!<a name="page_6" id="page_6"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Tout est bien, et tout marche au but; si j'en suis promptement instruit.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>.... Et si j'en instruis ma maîtresse?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Il n'est pas tems encore; ils sont tous subjugués par lui. On ne te
+croirait pas: tu nous perdrais, sans les sauver. Suis-le par-tout, comme
+son ombre.... et moi, je l'épie au-dehors....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Mon ami, je t'ai dit qu'il se défie de moi; et s'il nous surprenait
+ensemble... Le voilà qui descend.... Ferme!....... ayons l'air de
+quereller bien fort. (<i>Elle pose le bouquet sur la table.</i>)</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>élevant la voix</i>.</p>
+
+<p>Moi, je ne le veux pas. Que je t'y prenne une autre fois!....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>élevant la voix</i>.</p>
+
+<p>Certes!..... oui, je te crains beaucoup!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>feignant de lui donner un soufflet</i>.</p>
+
+<p>Ah! tu me crains!.... Tiens, insolente!</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>feignant de l'avoir reçu</i>.</p>
+
+<p>Des coups à moi.... chez ma maîtresse?<a name="page_7" id="page_7"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE III.</p>
+
+<p class="c">LE MAJOR BÉGEARSS, FIGARO, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>en uniforme, un crêpe noir au bras</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>H</small>! mais quel bruit! Depuis une heure j'entends disputer de chez moi....</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>à part</i>.</p>
+
+<p>Depuis une heure!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Je sors, je trouve une femme éplorée....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>feignant de pleurer</i>.</p>
+
+<p>Le malheureux lève la main sur moi!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Ah l'horreur! monsieur <i>Figaro</i>! Un galant homme a-t-il jamais frappé
+une personne de l'autre sexe?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>brusquement</i>.</p>
+
+<p>Eh morbleu! Monsieur, laissez-nous! Je ne suis point <i>un galant homme</i>;
+et cette femme n'est point <i>une personne de l'autre sexe</i>: elle est ma
+femme; une insolente, qui se mêle dans des intrigues, et qui croit
+pouvoir me braver, parce qu'elle a ici des gens qui la soutiennent. Ah!
+j'entends la morigéner....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Est-on brutal à cet excès?<a name="page_8" id="page_8"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Monsieur, si je prends un arbitre de mes procédés envers elle, ce sera
+moins vous que tout autre; et vous savez trop bien pourquoi!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Vous me manquez, Monsieur; je vais m'en plaindre à votre maître.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>raillant</i>.</p>
+
+<p>Vous manquer! moi? c'est impossible.</p>
+
+<p>(<i>Il sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IV.</p>
+
+<p class="c">BÉGEARSS, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ON</small> enfant, je n'en reviens point. Quel est donc le sujet de son
+emportement?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Il m'est venu chercher querelle; il m'a dit cent horreurs de vous. Il me
+défendait de vous voir, de jamais oser vous parler. J'ai pris votre
+parti; la dispute s'est échauffée; elle a fini par un soufflet.... Voilà
+le premier de sa vie; mais moi, je veux me séparer; vous l'avez vu.....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Laissons cela.&mdash;Quelque léger nuage altérait ma confiance en toi; mais
+ce débat l'a dissipé.<a name="page_9" id="page_9"></a></p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Sont-ce là vos consolations?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Vas! c'est moi qui t'en vengerai! il est bien tems que je m'acquitte
+envers toi, ma pauvre <i>Susanne</i>! Pour commencer, apprends un grand
+secret..... Mais sommes-nous bien sûrs que la porte est fermée?
+(<i>Susanne y va voir.</i>) (<i>Il dit à part</i>) Ah! si je puis avoir seulement
+trois minutes l'écrin au double fonds que j'ai fait faire à la Comtesse,
+où sont ces importantes lettres.....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small> <i>revient</i>.</p>
+
+<p>Eh bien! ce grand secret?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Sers ton ami; ton sort devient superbe.&mdash;J'épouse <i>Florestine</i>; c'est un
+point arrêté; son père le veut absolument.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Qui, son père?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>en riant</i>.</p>
+
+<p>Et d'où sors-tu donc? Règle certaine, mon enfant; lorsque telle
+orpheline arrive chez quelqu'un, comme pupille, ou bien comme filleule,
+elle est toujours la fille du mari. (<i>D'un ton sérieux.</i>) Bref, je puis
+l'épouser.... si tu me la rends favorable.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Oh! mais <i>Léon</i> en est très amoureux.<a name="page_10" id="page_10"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Leur fils? (<i>froidement</i>) je l'en détacherai.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>étonnée</i>.</p>
+
+<p>Ha!.... Elle aussi, elle est fort éprise!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>De lui?....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Oui.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>froidement</i>.</p>
+
+<p>Je l'en guérirai.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>plus surprise</i>.</p>
+
+<p>Ha ha!..... Madame qui le sait, donne les mains à leur union!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>froidement</i>.</p>
+
+<p>Nous la ferons changer d'avis.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>stupéfaite</i>.</p>
+
+<p>Aussi?.... Mais <i>Figaro</i>, si je vois bien, est le confident du jeune
+homme!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>C'est le moindre de mes soucis. Ne serais-tu pas aise d'en être
+délivrée?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>S'il ne lui arrive aucun mal?...</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Fi donc! la seule idée flétrit l'austère probité. Mieux instruits sur
+leurs intérêts, ce sont eux-mêmes qui changeront d'avis.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>incrédule</i>.</p>
+
+<p>Si vous faites cela, Monsieur....<a name="page_11" id="page_11"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>appuyant</i>.</p>
+
+<p>Je le ferai.&mdash;Tu sens que l'amour n'est pour rien dans un pareil
+arrangement. (<i>L'air caressant.</i>) Je n'ai jamais vraiment aimé que toi.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>incrédule</i>.</p>
+
+<p>Ah! si Madame avait voulu....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Je l'aurais consolée sans doute; mais elle a dédaigné mes v&oelig;ux!.....
+Suivant le plan que le Comte a formé, la Comtesse va au couvent.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Je ne me prête à rien contre elle.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Que diable! il la sert dans ses goûts! Je t'entends toujours dire: <i>Ah!
+c'est un ange sur la terre!</i></p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>en colère</i>.</p>
+
+<p>Eh bien! faut-il la tourmenter?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>riant</i>.</p>
+
+<p>Non; mais du moins la rapprocher de ce Ciel, la patrie des anges, dont
+elle est un moment tombée!....... Et puisque, dans ces nouvelles et
+merveilleuses lois, le divorce s'est établi....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Le Comte veut s'en séparer?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>S'il peut.<a name="page_12" id="page_12"></a></p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>en colère</i>.</p>
+
+<p>Ah! les scélérats d'hommes! quand on les étranglerait tous!....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>riant</i>.</p>
+
+<p>J'aime à croire que tu m'en exceptes?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Ma foi!.... pas trop.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>riant</i>.</p>
+
+<p>J'adore ta franche colère: elle met à jour ton bon c&oelig;ur! Quant à
+l'amoureux chevalier; il le destine à voyager.... long-temps.&mdash;Le
+<i>Figaro</i>, homme expérimenté, sera son discret conducteur. (<i>Il lui prend
+la main.</i>) Et voici ce qui nous concerne: Le Comte, <i>Florestine</i> et moi,
+habiterons le même hôtel: et la chère <i>Susanne</i> à nous, chargée de toute
+la confiance, sera notre surintendant, commandera la domesticité, aura
+la grande main sur tout. Plus de mari, plus de soufflets, plus de brutal
+contradicteur; des jours filés d'or et de soie, et la vie la plus
+fortunée!...</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>A vos cajoleries, je vois que vous voulez que je vous serve auprès de
+<i>Florestine</i>?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>caressant</i>.</p>
+
+<p>A dire vrai, j'ai compté sur tes soins. Tu fus toujours une excellente
+femme! J'ai tout le reste dans ma main; ce point seul est entre les
+tiennes. (<i>Vivement.</i>) Par exemple, aujourd'hui tu peux nous rendre un
+signalé....<a name="page_13" id="page_13"></a></p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small> <i>l'examine</i>.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>se reprend</i>.</p>
+
+<p>Je dis <i>un signalé</i>, par l'importance qu'il y met. (<i>Froidement.</i>) Car,
+ma foi! c'est bien peu de chose! Le Comte aurait la fantaisie...... de
+donner à sa fille, en signant le contrat, une parure absolument
+semblable aux diamans de la Comtesse. Il ne voudrait pas qu'on le sût.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>surprise</i>.</p>
+
+<p>Ha ha!....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Ce n'est pas trop mal vu! De beaux diamans terminent bien des choses!
+Peut-être il va te demander d'apporter l'écrin de sa femme, pour en
+confronter les dessins avec ceux de son joaillier....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Pourquoi, comme ceux de Madame? C'est une idée assez bisarre!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Il prétend qu'ils soient aussi beaux.... Tu sens, pour moi, combien
+c'était égal! Tiens, vois-tu? le voici qui vient.<a name="page_14" id="page_14"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE V.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, SUSANNE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ONSIEUR</small> <i>Bégearss</i>, je vous cherchais.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Avant d'entrer chez vous, Monsieur, je venais prévenir <i>Susanne</i>; que
+vous avez dessein de lui demander cet écrin.....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Au moins, Monseigneur, vous sentez....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Eh! laisse-là ton <i>Monseigneur</i>! N'ai-je pas ordonné, en passant dans ce
+pays-ci?......</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Je trouve, Monseigneur, que cela nous amoindrit.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>C'est que tu t'entends mieux en vanité qu'en vraie fierté. Quand on veut
+vivre dans un pays, il n'en faut point heurter les préjugés.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Eh bien! Monsieur, du moins vous me donnez votre parole....<a name="page_15" id="page_15"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>fièrement</i>.</p>
+
+<p>Depuis quand suis-je méconnu?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Je vais donc vous l'aller chercher. (<i>A part.</i>) Dame! <i>Figaro</i> m'a dit
+de ne rien refuser!....</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VI.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">J</span>'<small>AI</small> tranché sur le point qui paraissait l'inquiéter.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Il en est un, Monsieur, qui m'inquiète beaucoup plus; je vous trouve un
+air accablé....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Te le dirai-je, Ami! la perte de mon fils me semblait le plus grand
+malheur. Un chagrin plus poignant fait saigner ma blessure, et rend ma
+vie insupportable.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Si vous ne m'aviez pas interdit de vous contrarier là-dessus, je vous
+dirais que votre second fils....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Mon second fils! je n'en ai point!<a name="page_16" id="page_16"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Calmez-vous, Monsieur; raisonnons. La perte d'un enfant chéri peut vous
+rendre injuste envers l'autre; envers votre épouse, envers vous. Est-ce
+donc sur des conjectures qu'il faut juger de pareils faits?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Des conjectures? Ah! j'en suis trop certain! Mon grand chagrin est de
+manquer de preuves.&mdash;Tant que mon pauvre fils vécut, j'y mettais fort
+peu d'importance. Héritier de mon nom, de mes places, de ma fortune....
+que me fesait cet autre individu? Mon froid dédain, un nom de terre, une
+croix de Malthe, une pension, m'auraient vengé de sa mère et de lui!
+Mais, conçois-tu mon désespoir, en perdant un fils adoré, de voir un
+étranger succéder à ce rang, à ces titres; et, pour irriter ma douleur,
+venir tous les jours me donner le nom odieux de <i>son père</i>?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Monsieur, je crains de vous aigrir, en cherchant à vous appaiser; mais
+la vertu de votre épouse.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec colère</i>.</p>
+
+<p>Ah! ce n'est qu'un crime de plus. Couvrir d'une vie exemplaire un
+affront tel que celui-là! Commander vingt ans par ses m&oelig;urs et la
+piété la plus sévère, l'estime et le respect du monde; et verser sur moi
+seul, par cette conduire affectée, tous les torts qu'entraîne après soi
+ma prétendue bisarrerie!... Ma haine pour eux s'en augmente.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Que vouliez-vous donc qu'elle fît; même en la supposant<a name="page_17" id="page_17"></a> coupable?
+Est-il au monde quelque faute qu'un repentir de vingt années ne doive
+effacer à la fin? Fûtes vous sans reproche vous-même? Et cette jeune
+<i>Florestine</i>, que vous nommez votre pupille, et qui vous touche de plus
+près....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Qu'elle assure donc ma vengeance! Je dénaturerai mes biens, et les lui
+ferai tous passer. Déjà trois millions d'or, arrivés de <i>la Vera Crux</i>,
+vont lui servir de dot; et c'est à toi que je les donne. Aide-moi
+seulement à jeter sur ce don un voile impénétrable. En acceptant mon
+porte-feuille, et te présentant comme époux, suppose un héritage, un
+legs de quelque parent éloigné....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>montrant le crêpe de son bras</i>.</p>
+
+<p>Voyez que, pour vous obéir, je me suis déjà mis en deuil.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Quand j'aurai l'agrément du Roi pour l'échange entammé de toutes mes
+terres d'Espagne contre des biens dans ce pays, je trouverai moyen de
+vous en assurer la possession à tous deux.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Et moi, je n'en veux point. Croyez-vous que, sur des soupçons...
+peut-être encor très peu fondés, j'irai me rendre le complice de la
+spoliation entière de l'héritier de votre nom? d'un jeune homme plein de
+mérite; car il faut avouer qu'il en a....<a name="page_18" id="page_18"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>impatienté</i>.</p>
+
+<p>Plus que mon fils, voulez-vous dire? Chacun le pense comme vous; cela
+m'irrite contre lui!....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Si votre pupille m'accepte; et si, sur vos grands biens, vous prélevez,
+pour la doter, ces trois millions d'or, du Mexique, je ne supporte point
+l'idée d'en devenir propriétaire, et ne les recevrai qu'autant que le
+contrat en contiendra la donation que mon amour sera censé lui faire.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>le serre dans ses bras</i>.</p>
+
+<p>Loyal et franc ami! quel époux je donne à ma fille!...</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VII.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ONSIEUR</small>, voilà le coffre aux diamans; ne le gardés pas trop long-temps;
+que je puisse le remettre en place avant qu'il soit jour chez madame!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p><i>Susanne</i>, en t'en allant, défends qu'on entre, à moins que je ne sonne.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>à part</i>.</p>
+
+<p>Avertissons <i>Figaro</i> de ceci. (<i>Elle sort.</i>)<a name="page_19" id="page_19"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VIII.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">Q</span><small>UEL</small> est votre projet sur l'examen de cet écrin?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>tire de sa poche un bracelet entouré de brillans</i>.</p>
+
+<p>Je ne veux plus te déguiser tous les détails de mon affront; écoute. Un
+certain <i>Léon d'Astorga</i>, qui fut jadis mon page, et que l'on nommait
+<i>Chérubin</i>....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Je l'ai connu; nous servions dans le régiment dont je vous dois d'être
+major. Mais il y a vingt ans qu'il n'est plus.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>C'est ce qui fonde mon soupçon. Il eut l'audace de l'aimer. Je la crus
+éprise de lui; je l'éloignai d'Andalousie, par un emploi dans ma
+légion.&mdash;Un an après la naissance du fils.... qu'un combat détesté
+m'enlève. (<i>Il met la main à ses yeux.</i>) Lorsque je m'embarquai vice-roi
+du <i>Mexique</i>; au lieu de rester à <i>Madrid</i>, ou dans mon palais à
+<i>Séville</i>, ou d'habiter <i>Aguas frescas</i>, qui est un superbe séjour;
+quelle retraite, Ami, crois-tu que ma femme choisit? Le vilain château
+d'<i>Astorga</i>, chef-lieu d'une méchante terre, que j'avais achetée des
+parens de ce page. C'est-là<a name="page_20" id="page_20"></a> qu'elle a voulu passer les trois années de
+mon absence; qu'elle y a mis au monde.... (après neuf ou dix mois, que
+sais-je?) ce misérable enfant, qui porte les traits d'un perfide! Jadis,
+lorsqu'on m'avait peint pour le bracelet de la Comtesse, le peintre
+ayant trouvé ce page fort joli, desira d'en faire une étude; c'est un
+des beaux tableaux de mon cabinet......</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Oui.... (<i>Il baisse les yeux.</i>) à telles enseignes que votre épouse....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Ne veut jamais le regarder? Eh bien! sur ce portrait, j'ai fait faire
+celui-ci, dans ce bracelet, pareil en tout au sien, fait par le même
+jouaillier qui monta tous ses diamans; je vais le substituer à la place
+du mien. Si elle en garde le silence; vous sentez que ma preuve est
+faite. Sous quelque forme qu'elle en parle, une explication sévère
+éclaircit ma honte à l'instant.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Si vous demandez mon avis, Monsieur, je blâme un tel projet.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Pourquoi?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>L'honneur répugne à de pareils moyens. Si quelque hasard, heureux ou
+malheureux, vous eût présenté certains faits, je vous excuserais de les
+approfondir. Mais tendre un piége! des surprises! Eh! quel homme, un peu
+délicat, voudrait prendre un tel avantage sur son plus mortel ennemi?<a name="page_21" id="page_21"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Il est trop tard pour reculer; le bracelet est fait, le portrait du page
+est dedans....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>prend l'écrin</i>.</p>
+
+<p>Monsieur, au nom du véritable honneur....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>a enlevé le bracelet de l'écrin</i>.</p>
+
+<p>Ah! mon cher portrait, je te tiens! J'aurai du moins la joie d'en orner
+le bras de ma fille, cent fois plus digne de le porter!.... (<i>Il y
+substitue l'autre.</i>)</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>feint de s'y opposer. Ils tirent chacun l'écrin de leur côté;
+Bégearss fait ouvrir adroitement le double fond, et dit avec colère</i>:</p>
+
+<p>Ah! voilà la boîte brisée!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>regarde</i>.</p>
+
+<p>Non; ce n'est qu'un secret que le débat a fait ouvrir. Ce double fond
+renferme des papiers!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>s'y opposant</i>.</p>
+
+<p>Je me flatte, Monsieur, que vous n'abuserez point...</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>impatient</i>.</p>
+
+<p>«Si quelque heureux hasard vous eût présenté certains faits, me
+disais-tu dans le moment, je vous excuserais de les approfondir»... Le
+hasard me les offre, et je vais suivre ton conseil. (<i>Il arrache les
+papiers.</i>)</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>avec chaleur</i>.</p>
+
+<p>Pour l'espoir de ma vie entière, je ne voudrais pas devenir complice
+d'un tel attentat! Remettez ces papiers, Monsieur, ou souffrez que je me
+retire. (<i>Il s'éloigne.</i>)<a name="page_22" id="page_22"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>tient des papiers et lit</i>.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>le regarde en dessous, et s'applaudit secrètement</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec fureur</i>.</p>
+
+<p>Je n'en veux pas apprendre davantage; renferme tous les autres, et moi
+je garde celui-ci.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Non; quel qu'il soit, vous avez trop d'honneur pour commettre une....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>fièrement</i>.</p>
+
+<p>Une?... Achevez; tranchez le mot, je puis l'entendre.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>se courbant</i>.</p>
+
+<p>Pardon, Monsieur, mon bienfaiteur! et n'imputez qu'à ma douleur
+l'indécence de mon reproche.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Loin de t'en savoir mauvais gré, je t'en estime davantage. (<i>Il se jette
+sur un fauteuil.</i>) Ah perfide <i>Rosine</i>!... Car, malgré mes légèretés,
+elle est la seule pour qui j'aye éprouvé... J'ai subjugué les autres
+femmes! Ah! je sens à ma rage combien cette indigne passion!... Je me
+déteste de l'aimer!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Au nom de Dieu, Monsieur, remettez ce fatal papier.<a name="page_23" id="page_23"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IX.</p>
+
+<p class="c">FIGARO, LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>se lève</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">H</span><small>OMME</small> importun! que voulez-vous?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>J'entre, parce qu'on a sonné.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>en colère</i>.</p>
+
+<p>J'ai sonné? Valet curieux!....</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Interrogez le joaillier, qui l'a entendu comme moi?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Mon joaillier? que me veut-il?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Il dit qu'il a un rendez-vous, pour un bracelet qu'il a fait.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>s'appercevant qu'il cherche à voir l'écrin qui est sur la
+table, fait ce qu'il peut pour le masquer</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Ah!... qu'il revienne un autre jour.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>avec malice</i>.</p>
+
+<p>Mais pendant que Monsieur a l'écrin de Madame ouvert, il serait
+peut-être à propos...<a name="page_24" id="page_24"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>en colère</i>.</p>
+
+<p>Monsieur l'inquisiteur! partez; et s'il vous échappe un seul mot....</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Un seul mot? J'aurais trop à dire; je ne veux rien faire à demi. (<i>Il
+examine l'écrin, le papier que tient le Comte, lance un fier
+coup-d'&oelig;il à Bégearss et sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE X.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">R</span><small>REFERMONS</small> ce perfide écrin. J'ai la preuve que je cherchais. Je la
+tiens, j'en suis désolé; pourquoi l'ai-je trouvée? Ah Dieu! lisez,
+lisez, M. <i>Bégearss</i>.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>repoussant le papier</i>.</p>
+
+<p>Entrer dans de pareils secrets! Dieu préserve qu'on m'en accuse!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Quelle est donc la sèche amitié qui repousse mes confidences? Je vois
+qu'on n'est compatissant que pour les maux qu'on éprouva soi-même.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Quoi? pour refuser ce papier!.... (<i>Vivement.</i>) Serrez-le donc; voici
+<i>Susanne</i>. (<i>Il referme vîte le secret de l'écrin.</i>)</p>
+
+<p><i>Le Comte met la lettre dans sa veste, sur sa poitrine.</i><a name="page_25" id="page_25"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XI.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>est accablé</i>.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small> <i>accourt</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">L</span>'<small>ÉCRIN</small>, l'écrin: Madame sonne.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>le lui donne</i>.</p>
+
+<p><i>Susanne</i>, vous voyez que tout y est en bon état.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Qu'a donc Monsieur? il est troublé!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Ce n'est rien qu'un peu de colère contre votre indiscret mari, qui est
+entré malgré ses ordres.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>finement</i>.</p>
+
+<p>Je l'avais dit pourtant, de manière à être entendue.</p>
+
+<p>(<i>Elle sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XII.</p>
+
+<p class="c">LÉON, LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>veut sortir, il voit entrer Léon</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">V</span><small>OICI</small> l'autre!<a name="page_26" id="page_26"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>timidement veut embrasser le Comte</i>.</p>
+
+<p>Mon père, agréez mon respect; avez-vous bien passé la nuit?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>sèchement le repousse</i>.</p>
+
+<p>Où fûtes-vous, Monsieur, hier au soir?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Mon père, on me mena dans une assemblée estimable...</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Où vous fîtes une lecture?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>On m'invita d'y lire un essai que j'ai fait sur l'abus des v&oelig;ux
+monastiques, et le droit de s'en relever.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>amèrement</i>.</p>
+
+<p>Les v&oelig;ux des chevaliers en sont?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Qui fut, dit-on très-applaudi?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Monsieur, on a montré quelqu'indulgence pour mon âge.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Donc, au lieu de vous préparer à partir pour vos caravannes; à bien
+mériter de votre Ordre; vous vous faites des ennemis? Vous allez
+composant, écrivant sur le ton du jour?..... Bientôt on ne distinguera
+plus un gentilhomme d'un savant!</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>timidement</i>.</p>
+
+<p>Mon père, on en distinguera mieux un ignorant d'un homme instruit; et
+l'homme libre, de l'esclave.<a name="page_27" id="page_27"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Discours d'enthousiaste! On voit où vous en voulez venir. (<i>Il veut
+sortir</i>.)</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Mon père!......</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>dédaigneux</i>.</p>
+
+<p>Laissez à l'artisan des villes, ces locutions triviales. Les gens de
+notre état ont un langage plus élevé. Qui est-ce qui dit <i>mon père</i>, à
+la cour? Monsieur? appellez-moi <i>monsieur</i>! vous sentez l'homme du
+commun! Son père!.... (<i>Il sort; Léon le suit en regardant Bégearss qui
+lui fait un geste de compassion.</i>) Allons, monsieur <i>Bégearss</i>, allons!</p>
+
+<p class="c"><small>FIN DU PREMIER ACTE.</small><a name="page_28" id="page_28"></a></p>
+
+<hr />
+<h3><a name="ACTE_II" id="ACTE_II"></a>ACTE II.</h3>
+
+<p class="c"><i>Le Théâtre représente la bibliothèque du Comte.</i></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE PREMIÈRE.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">P</span><small>UISQU'ENFIN</small> je suis seul, lisons cet étonnant écrit, qu'un hasard
+presque inconcevable a fait tomber entre mes mains. (<i>Il tire de son
+sein la lettre de l'écrin, et la lit en pesant sur tous les mots</i>).
+«Malheureux insensé! notre sort est rempli. La surprise nocturne que
+vous avez osé me faire, dans un château où vous fûtes élevé, dont vous
+connaissiez les détours; la violence qui s'en est suivie; enfin votre
+crime,&mdash;le mien... (<i>Il s'arrête</i>). le mien reçoit sa juste punition.
+Aujourd'hui, jour de <i>Saint-Léon</i>, patron de ce lieu et le vôtre, je
+viens de mettre au monde un fils, mon opprobre et mon désespoir. Grace à
+de tristes précautions, l'honneur est sauf; mais la vertu n'est
+plus.&mdash;&mdash; Condamnée désormais à des larmes intarissables, je sens
+qu'elles n'effaceront point un crime..... dont l'effet reste subsistant.
+Ne me voyez jamais: c'est l'ordre irrévocable de la misérable
+<i>Rosine</i>... qui n'ose plus signer un autre nom. (<i>Il porte ses mains<a name="page_29" id="page_29"></a>
+avec la lettre à son front, et se promène</i>)..... Qui n'ose plus signer
+un autre nom!...... Ah! <i>Rosine!</i> où est le temps?... Mais tu t'es
+avilie!.... (<i>Il s'agite.</i>) Ce n'est point là l'écrit d'une méchante
+femme! Un misérable corrupteur..... Mais voyons la réponse écrite sur la
+même lettre (<i>Il lit</i>). «Puisque je ne dois plus vous voir, la vie m'est
+odieuse, et je vais la perdre avec joie dans la vive attaque d'un fort,
+où je ne suis point commandé.</p>
+
+<p>»Je vous renvoie tous vos reproches; le portrait que j'ai fait de vous,
+et la boucle de cheveux que je vous dérobai. L'ami qui vous rendra ceci
+quand je ne serai plus, est sûr. Il a vu tout mon désespoir. Si la mort
+d'un infortuné vous inspirait un reste de pitié; parmi les noms qu'on va
+donner à l'héritier...... d'un autre plus heureux!....... puis-je
+espérer que le nom de <i>Léon</i> vous rappellera quelquefois le souvenir du
+malheureux..... qui expire en vous adorant, et signe pour la dernière
+fois, C<small>HÉRUBIN</small> L<small>ÉON</small>, d'<i>Astorga</i>.</p>
+
+<p>..... Puis, en caractères sanglans!........ «Blessé à mort, je rouvre
+cette lettre, et vous écris avec mon sang, ce douloureux, cet éternel
+adieu. Souvenez-vous......»</p>
+
+<p>Le reste est effacé par des larmes..... (<i>Il s'agite</i>)... Ce n'est point
+là non plus l'écrit d'un méchant homme! Un malheureux égarement.... (<i>Il
+s'assied et reste absorbé</i>). Je me sens déchiré!<a name="page_30" id="page_30"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE II.</p>
+
+<p class="c">BÉGEARSS, LE COMTE.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>en entrant s'arrête, le regarde et se mord le doigt avec
+mystère</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">A</span><small>H</small>! mon cher ami, venez donc!.... vous me voyez dans un accablement....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Très-effrayant, Monsieur; je n'osais avancer.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Je viens de lire cet écrit. Non! ce n'étaient point là des ingrats ni
+des monstres; mais de malheureux insensés, comme ils se le disent
+eux-mêmes....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Je l'ai présumé comme vous.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>se lève et se promène</i>.</p>
+
+<p>Les misérables femmes! en se laissant séduire ne savent guères les maux
+qu'elles apprêtent..... Elles vont, elles vont..... les affronts
+s'accumulent.... et le monde injuste et léger accuse un père qui se
+tait, qui devore en secret ses peines!...... On le taxe de dureté, pour
+les sentimens qu'il refuse au fruit d'un coupable adultère!.... Nos
+désordres à nous, ne leur enlèvent presque rien; ne<a name="page_31" id="page_31"></a> peuvent du moins
+leur ravir la certitude d'être mères, ce bien inestimable de la
+maternité! tandis que leur moindre caprice, un goût, une étourderie
+légère, détruit dans l'homme le bonheur..... le bonheur de toute sa vie,
+la sécurité d'être père.&mdash;&mdash; Ah! ce n'est point légèrement qu'on a donné
+tant d'importance à la fidélité des femmes! Le bien, le mal de la
+société, sont attachés à leur conduite, le paradis ou l'enfer des
+familles dépend à-tout-jamais de l'opinion qu'elles ont donné d'elles.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Calmez-vous; voici votre fille.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE III.</p>
+
+<p class="c">FLORESTINE, LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>un bouquet au côté</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">O</span><small>N</small> vous disait, Monsieur, si occupé, que je n'ai pas osé vous fatiguer
+de mon respect.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Occupé de toi, mon enfant! <i>ma fille!</i> Ah! je me plais à te donner ce
+nom; car j'ai pris soin de ton enfance. Le mari de ta mère était fort
+dérangé: en mourant il ne laissa rien. Elle-même, en quittant la vie,
+t'a recommandée à mes soins. Je lui engageai ma parole; je la tiendrai,
+ma fille, en te donnant un noble époux. Je te parle avec liberté devant
+cet ami qui nous aime. Regarde autour de<a name="page_32" id="page_32"></a> toi; choisis! ne trouves-tu
+personne ici, digne de posséder ton c&oelig;ur?</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>lui baisant la main</i>.</p>
+
+<p>Vous l'avez tout entier, Monsieur, et si je me vois consultée, je
+répondrai que mon bonheur est de ne point changer d'état.&mdash;M.<sup>r</sup> votre
+fils en se mariant....... (car, sans doute, il ne restera plus dans
+l'ordre de Malthe aujourd'hui); M.<sup>r</sup> votre fils, en se mariant, peut
+se séparer de son père. Ah! permettez que ce soit moi qui prenne soin de
+vos vieux jours! c'est un devoir, Monsieur, que je remplirai avec joie.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Laisse, laisse <i>Monsieur</i> réservé pour l'indifférence; on ne sera point
+étonné qu'une enfant si reconnaissante me donne un nom plus doux!
+appelle-moi ton père.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Elle est digne, en honneur, de votre confidence entière......
+Mademoiselle, embrassez ce bon, ce tendre protecteur. Vous lui devez
+plus que vous ne pensez. Sa tutelle n'est qu'un devoir. Il fut
+l'ami..... l'ami secret de votre mère.... et, pour tout dire en un seul
+mot....<a name="page_33" id="page_33"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IV.</p>
+
+<p class="c">FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FLORESTINE, BÉGEARSS. (<i>La Comtesse est
+en robe à peigner.</i>)</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>annonçant</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ADAME</small> la Comtesse.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>jette un regard furieux sur Figaro</i>.</p>
+
+<p>(<i>A part</i>). Au diable le faquin!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>au Comte</i>.</p>
+
+<p><i>Figaro</i> m'avait dit que vous vous trouviez mal; effrayée, j'accours, et
+je vois.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>.....Que cet homme officieux vous a fait encore un mensonge.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Monsieur, quand vous êtes passé, vous aviez un air si défait.......
+heureusement il n'en est rien. (<i>Bégearss l'examine</i>).</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Bonjour, monsieur <i>Bégearss</i>.... Te voilà, <i>Florestine</i>; je te trouve
+radieuse..... Mais voyez donc comme elle est fraîche et belle! Si le
+ciel m'eût donné une fille, je l'aurais voulue comme toi, de figure et
+de caractère. Il<a name="page_34" id="page_34"></a> faudra bien que tu m'en tiennes lieu. Le veux-tu,
+<i>Florestine</i>?</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>lui baisant la main</i>.</p>
+
+<p>Ah! Madame!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Qui t'a donc fleurie si matin?</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>avec joie</i>.</p>
+
+<p>Madame, on ne m'a point fleurie; c'est moi qui ai fait des bouquets.
+N'est-ce pas aujourd'hui <i>Saint-Léon</i>?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Charmante enfant, qui n'oublie rien! (<i>Elle la baise au front.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>fait un geste terrible</i>. <i>Bégearss le retient.</i></p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>à Figaro</i>.</p>
+
+<p>Puisque nous voilà rassemblés, avertissez mon fils que nous prendrons
+ici le chocolat.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>.</p>
+
+<p>Pendant qu'ils vont le préparer, Mon parrain, faites-nous donc voir ce
+beau buste de <i>Washington</i>, que vous avez, dit-on, chez vous.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>J'ignore qui me l'envoie; je ne l'ai demandé à personne; et, sans doute,
+il est pour <i>Léon</i>. Il est beau; je l'ai là dans mon cabinet: venez
+tous.</p>
+
+<p>(<i>Bégearss, en sortant le dernier, se retourne deux fois<a name="page_35" id="page_35"></a> pour examiner
+Figaro qui le regarde de même. Ils ont l'air de se menacer sans
+parler</i>).</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE V.</p>
+
+<p class="c">FIGARO <i>seul, rangeant la table et les tâsses pour le déjeûné</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">S</span><small>ERPENT</small>, ou basilic! tu peux me mesurer, me lancer des regards affreux!
+Ce sont les miens qui te tueront!.... Mais, où reçoit-il ses paquets? Il
+ne vient rien pour lui, de la poste à l'hôtel! Est il monté seul de
+l'enfer?...... Quelqu'autre diable correspond!.... et moi, je ne puis
+découvrir.....</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VI.</p>
+
+<p class="c">FIGARO, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small> <i>accourt, regarde, et dit très-vivement à l'oreille de Figaro</i>:</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">C</span><small>'EST</small> lui que la pupille épouse.&mdash;&mdash; Il a la promesse du Comte.&mdash;&mdash; Il
+guérira <i>Léon</i> de son amour.&mdash;&mdash; Il détachera <i>Florestine</i>.&mdash;&mdash; Il fera
+consentir madame.&mdash;&mdash; Il te chasse de la maison.&mdash;&mdash; Il cloître ma
+maîtresse en attendant que l'on divorce.&mdash;&mdash;Fait déshériter le jeune
+homme, et me rend maîtresse de tout. Voilà les nouvelles du jour.</p>
+
+<p>(<i>Elle s'enfuit</i>).<a name="page_36" id="page_36"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VII.</p>
+
+<p class="c">FIGARO, <i>seul</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">N</span><small>ON</small>, s'il vous plaît, Monsieur le Major! nous compterons ensemble
+auparavant. Vous apprendrez de moi, qu'il n'y a que les sots qui
+triomphent. Grace à l'<i>Arianne-Suson</i>, je tiens le fil du labyrinthe, et
+le Minotaure est cerné.....Je t'envelopperai dans tes piéges, et te
+démasquerai si bien!... Mais quel intérêt assez pressant lui fait faire
+une telle école, dessère les dents d'un tel homme? S'en croirait-il
+assez sûr pour..... La sottise et la vanité sont compagnes inséparables!
+Mon Politique babille et se confie! Il a perdu le coup. <i>Y a faute!</i></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VIII.</p>
+
+<p class="c">GUILLAUME, FIGARO.</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>, (<i>avec une lettre</i>).</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>EISSIEIR</small> <i>Bégearss</i>! Ché vois qu'il est pas pour ici?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>rangeant le déjeûné</i>.</p>
+
+<p>Tu peux l'attendre, il va rentrer.</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>, <i>reculant</i>.</p>
+
+<p>Meingoth! ch'attendrai pas Meissieïr en gombagnie té vous! Mon maître il
+voudrait point, jé chure.<a name="page_37" id="page_37"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Il te le défend? eh bien! donne la lettre; je vais la lui remettre en
+rentrant.</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>, <i>reculant</i>.</p>
+
+<p>Pas plis à vous té lettres! O tiable! il voudra pientôt me jasser.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>à part</i>.</p>
+
+<p>Il faut pomper le sot.&mdash;Tu.... viens de la poste, je crois?</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>.</p>
+
+<p>Tiable! non, ché viens pas.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>C'est sans doute quelque missive du Gentlemen..... du parent irlandais
+dont il vient d'hériter? Tu sais cela, toi, bon Guillaume?</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>, <i>riant niaisement</i>.</p>
+
+<p>Lettre d'un qu'il est mort, Meissieïr! non, ché vous prie! celui-là, ché
+crois pas, partié! ce sera pien plitôt d'un autre. Peut-être il
+viendrait d'un qu'ils sont là... pas contens, dehors.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>D'un de nos mécontens, dis-tu?</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>.</p>
+
+<p>Oui, mais ch'assure pas....</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>à part</i>.</p>
+
+<p>Cela se peut; il est fourré dans tout. (<i>A Guillaume.</i>) On pourrait voir
+au timbre, et s'assurer.......<a name="page_38" id="page_38"></a></p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>.</p>
+
+<p>Ch'assure pas; pourquoi? les lettres il vient chez M. <i>O-Connor</i>; et
+puis, je sais pas quoi c'est <i>timpré</i>, moi.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p><i>O-Connor!</i> banquier irlandais?</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>.</p>
+
+<p>Mon foi!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small> <i>revient à lui, froidement</i>.</p>
+
+<p>Ici près, derrière l'hôtel?</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>.</p>
+
+<p>Ein fort choli maison, partié! tes chens très.... beaucoup grâcieux, si
+j'osse dire. (<i>Il se retire à l'écart</i>).</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>à lui-même</i>.</p>
+
+<p>O fortune! O bonheur!</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>, <i>revenant</i>.</p>
+
+<p>Parle pas, fous, de s'té banquier, pour personne; entende-fous?
+ch'aurais pas du...... <i>Tertaïfle!</i> (<i>Il frappe du pied</i>).</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Vas! je n'ai garde; ne crains rien.</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>.</p>
+
+<p>Mon maître, il dit, Meissieïr, vous âfre tout l'esprit, et moi pas....
+Alors c'est chuste.... Mais, peut-être ché suis mécontent d'avoir dit à
+fous.....</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Et pourquoi?<a name="page_39" id="page_39"></a></p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>.</p>
+
+<p>Ché sais pas.&mdash;&mdash; La valet trahir, voye-fous.... L'être un péché qu'il
+est parpare, vil, et même.... puéril.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Il est vrai; mais tu n'as rien dit.</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>, <i>désolé</i>.</p>
+
+<p>Mon Thié! Mon Thié! ché sais pas, là... quoi tire... ou non..... (<i>Il se
+retire en soupirant.</i>). Ah! (<i>Il regarde niaisement les livres de la
+bibliothèque</i>).</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>à part</i>.</p>
+
+<p>Quelle découverte! Hasard! je te salue! (<i>Il cherche ses tablettes</i>). Il
+faut pourtant que je démêle comment un homme si caverneux s'arrange d'un
+tel imbécille!...... De même que les brigands redoutent les
+réverbères.... Oui, mais un sot est un fallot; la lumière passe à
+travers. (<i>Il dit en écrivant sur ses tablettes</i>): <i>O-Connor, banquier
+irlandais</i>. C'est là qu'il faut que j'établisse mon noir comité des
+recherches. Ce moyen là n'est pas trop constitutionnel; <i>ma! perdio!</i>
+l'utilité! Et puis, j'ai mes exemples! (<i>Il écrit</i>). Quatre ou cinq
+louis d'or au valet chargé du détail de la poste, pour ouvrir dans un
+cabaret chaque lettre de l'écriture d'<i>Honoré-Tartuffe Bégearss</i>........
+Monsieur le tartuffe honoré! vous cesserez enfin de l'être! Un dieu m'a
+mis sur votre piste. (<i>Il serre ses tablettes</i>). Hasard! Dieu méconnu!
+les Anciens t'appelaient Destin! nos gens te donnent un autre nom......<a name="page_40" id="page_40"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IX.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, LE COMTE, FLORESTINE, BÉGEARSS, FIGARO, GUILLAUME.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>apperçoit Guillaume, et dit avec humeur en lui prenant la
+lettre</i>:</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">N</span><small>E</small> peux-tu pas me les garder chez moi?</p>
+
+<p class="charat">G<small>UILLAUME</small>.</p>
+
+<p>Ché crois, celui-ci, c'est tout comme. (<i>Il sort.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>au Comte</i>.</p>
+
+<p>Monsieur, ce buste est un très-beau morceau: votre fils l'a-t-il vu?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>la lettre ouverte</i>.</p>
+
+<p>Ah! Lettre de Madrid! du secrétaire du Ministre! Il y a un mot qui vous
+regarde. (<i>Il lit</i>). «Dites au Comte <i>Almaviva</i>, que le courrier qui
+part demain, lui porte l'agrément du Roi pour l'échange de toutes ses
+terres».</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small> <i>écoute, et se fait, sans parler, un signe d'intelligence</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p><i>Figaro?</i> dis donc à mon fils que nous déjeûnons tous ici.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Madame, je vais l'avertir. (<i>Il sort</i>).<a name="page_41" id="page_41"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE X.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, LE COMTE, FLORESTINE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à Bégearss</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">J</span><small>'EN</small> veux donner avis sur-le-champ à mon acquéreur. Envoyez-moi du thé
+dans mon arrière-cabinet.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>.</p>
+
+<p>Bon papa, c'est moi qui vous le porterai.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>bas à Florestine</i>.</p>
+
+<p>Pense beaucoup au peu que je t'ai dit. (<i>Il la baise au front et sort</i>).</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XI.</p>
+
+<p class="c">LÉON, LA COMTESSE, FLORESTINE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>avec chagrin</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ON</small> père s'en va quand j'arrive! il m'a traité avec une rigueur.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>sévèrement</i>.</p>
+
+<p>Mon fils, quels discours tenez-vous? dois-je me voir<a name="page_42" id="page_42"></a> toujours froissée
+par l'injustice de chacun? Votre père a besoin d'écrire à la personne
+qui échange ses terres.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>gaiement</i>.</p>
+
+<p>Vous regrettez votre papa? nous aussi nous le regrettons. Cependant,
+comme il sait que c'est aujourd'hui votre fête, il m'a chargée,
+Monsieur, de vous présenter ce bouquet. (<i>Elle lui fait une grande
+révérence</i>).</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>pendant qu'elle l'ajuste à sa boutonnière</i>.</p>
+
+<p>Il <i>n</i>'en pouvait prier quelqu'un qui me rendit ses bontés aussi
+chères... (<i>Il l'embrasse</i>).....</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>se débattant</i>.</p>
+
+<p>Voyez, Madame, si jamais on peut badiner avec lui, sans qu'il abuse au
+même instant...</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>souriant</i>.</p>
+
+<p>Mon enfant, le jour de sa fête, on peut lui passer quelque chose.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>baissant les yeux</i>.</p>
+
+<p>Pour l'en punir, Madame, faites-lui lire le discours qui fut, dit on,
+tant applaudi hier à l'assemblée.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Si Maman juge que j'ai tort, j'irai chercher ma pénitence.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>.</p>
+
+<p>Ah! Madame, ordonnez le lui.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Apportez-nous, Mon fils, votre discours: moi, je vais<a name="page_43" id="page_43"></a> prendre quelque
+ouvrage, pour l'écouter avec plus d'attention.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>gaiement</i>.</p>
+
+<p>Obstiné! c'est bien fait; et je l'entendrai malgré vous.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>tendrement</i>.</p>
+
+<p>Malgré moi, quand vous l'ordonnez? Ah! <i>Florestine</i>, j'en défie!</p>
+
+<p>(<i>La Comtesse et Léon sortent chacun de leur côté.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XII.</p>
+
+<p class="c">FLORESTINE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>bas</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>H</small> bien! Mademoiselle, avez-vous deviné l'époux qu'on vous destine?</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>avec joie</i>.</p>
+
+<p>Mon cher monsieur <i>Bégearss</i>! vous êtes à tel point notre ami, que je me
+permettrai de penser tout-haut avec vous. Sur qui puis-je porter les
+yeux? Mon parrain m'a bien dit: <i>regarde autour de toi; choisis</i>. Je
+vois l'excès de sa bonté: ce ne peut être que <i>Léon</i>. Mais moi, sans
+biens, dois-je abuser.....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>d'un ton terrible</i>.</p>
+
+<p>Qui? <i>Léon!</i> son fils? votre frère?</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>avec un cri douloureux</i>.</p>
+
+<p>Ah! Monsieur!.....<a name="page_44" id="page_44"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Ne vous a-t-il pas dit: appelle-moi ton père? Réveillez vous, Ma chère
+enfant! écartez un songe trompeur, qui pouvait devenir funeste.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>.</p>
+
+<p>Ah! oui; funeste pour tous deux!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Vous sentez qu'un pareil secret doit rester caché dans votre âme. (<i>Il
+sort en la regardant.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XIII.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>seule et pleurant</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">O</span> Ciel! il est mon frère, et j'ose avoir pour lui... Quel coup d'une
+lumière affreuse! et dans un tel sommeil, qu'il est cruel de s'éveiller!
+(<i>Elle tombe accablée sur un siége.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XIV.</p>
+
+<p class="c">LÉON, <i>un papier à la main</i>, FLORESTINE.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>joyeux, à part</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>AMAN</small> n'est pas rentrée, et M. <i>Bégearss</i> est sorti: profitons d'un
+moment heureux.&mdash;<i>Florestine!</i> vous êtes ce<a name="page_45" id="page_45"></a> matin, et toujours, d'une
+beauté parfaite; mais vous avez un air de joie, un ton aimable de
+gaieté, qui ranime mes espérances.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>au désespoir</i>.</p>
+
+<p>Ah <i>Léon</i>!.... (<i>Elle retombe</i>).</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Ciel! vos yeux noyés de larmes, et votre visage défait m'annoncent
+quelque grand malheur!</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>.</p>
+
+<p>Des malheurs? Ah! <i>Léon</i>, il n'y en a plus que pour moi.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p><i>Floresta</i>, ne m'aimez-vous plus? lorsque mes sentimens pour vous....</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>d'un ton absolu</i>.</p>
+
+<p>Vos sentimens? ne m'en parlez jamais.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Quoi? l'amour le plus pur....</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>au désespoir</i>.</p>
+
+<p>Finissez ces cruels discours, ou je vais vous fuir à l'instant.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Grand Dieu! qu'est-il donc arrivé? M. <i>Bégearss</i> vous a parlé,
+Mademoiselle, je veux savoir ce que vous a dit ce <i>Bégearss</i>?<a name="page_46" id="page_46"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XV.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, FLORESTINE, LÉON.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small> <i>continue</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>AMAN</small>, venez à mon secours. Vous me voyez au désespoir; <i>Florestine</i> ne
+m'aime plus.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>pleurant</i>.</p>
+
+<p>Moi, Madame, ne plus l'aimer! Mon parrain, vous et lui, c'est le cri de
+ma vie entière.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Mon enfant, je n'en doute pas. Ton c&oelig;ur excellent m'en répond. Mais
+de quoi donc s'afflige-t-il?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Maman, vous approuvez l'ardent amour que j'ai pour elle?</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>se jetant dans les bras de la Comtesse</i>.</p>
+
+<p>Ordonnez-lui donc de se taire! (<i>En pleurant</i>). Il me fait mourir de
+douleur!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Mon enfant, je ne t'entends point. Ma surprise égale la sienne..... Elle
+frissonne entre mes bras! Qu'a-t-il donc fait qui puisse te déplaire?<a name="page_47" id="page_47"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>se renversant sur elle</i>.</p>
+
+<p>Madame il ne me déplait point. Je l'aime et le respecte à l'égal de mon
+frère; mais qu'il n'exige rien de plus.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Vous l'entendez, Maman! Cruelle fille! expliquez-vous.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>.</p>
+
+<p>Laissez-moi, laissez-moi, ou vous me causerez la mort.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XVI.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, FLORESTINE, LÉON, FIGARO, <i>arrivant avec l'équipage du
+thé</i>; SUSANNE, <i>de l'autre côté, avec un métier de tapisserie</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">R</span><small>EMPORT</small> tout, <i>Susanne</i>: il n'est pas plus question de déjeûné que de
+lecture. Vous, <i>Figaro</i>, servez du thé à votre maître; il écrit dans son
+cabinet. Et toi, ma <i>Florestine</i>, viens dans le mien, rassurer ton amie.
+Mes chers enfans, je vous porte en mon c&oelig;ur!&mdash;Pourquoi
+l'affligez-vous l'un après l'autre sans pitié? Il y a ici des choses
+qu'il m'est important d'éclaircir. (<i>Elles sortent</i>).<a name="page_48" id="page_48"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XVII.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, FIGARO, LÉON.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>à Figaro</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">J</span><small>E</small> ne sais pas de quoi il est question; mais je parierais bien que c'est
+là du <i>Bégearss</i> tout pur. Je veux absolument prémunir ma maîtresse.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Attends que je sois plus instruit: nous nous concerterons ce soir. Oh!
+j'ai fait une découverte.....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Et tu me la diras? (<i>Elle sort</i>).</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XVIII.</p>
+
+<p class="c">FIGARO, LÉON.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>désolé</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">A</span><small>H</small>! Dieux!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>De quoi s'agit-il donc, Monsieur?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Hélas! je l'ignore moi-même. Jamais je n'avais vu <i>Floresta</i><a name="page_49" id="page_49"></a> de si
+belle humeur, et je savais qu'elle avait eu un entretien avec mon père.
+Je la laisse un instant avec M. <i>Bégearss</i>; je la trouve seule, en
+rentrant, les yeux remplis de larmes, et m'ordonnant de la fuir pour
+toujours. Que peut-il donc lui avoir dit?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Si je ne craignais pas votre vivacité, je vous instruirais sur des
+points qu'il vous importe de savoir. Mais lorsque nous avons besoin
+d'une grande prudence, il ne faudrait qu'un mot de vous, trop vif, pour
+me faire perdre le fruit de dix années d'observations.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Ah! s'il ne faut qu'être prudent........ Que crois-tu donc qu'il lui ait
+dit?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Qu'elle doit accepter <i>Honoré Bégearss</i> pour époux; que c'est une
+affaire arrangée entre M. votre père et lui.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Entre mon père et lui? Le traître aura ma vie.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Avec ces façons là, Monsieur, le traître n'aura pas votre vie; mais il
+aura votre maîtresse, et votre fortune avec elle.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Eh bien! Ami, pardon: apprends-moi ce que je dois faire?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Deviner l'énigme du Sphinx; ou bien en être dévoré.<a name="page_50" id="page_50"></a> En d'autres termes,
+il faut vous modérer, le laisser dire, et dissimuler avec lui.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>avec fureur</i>.</p>
+
+<p>Me modérer!..... Oui, je me modérerai. Mais j'ai la rage dans le
+c&oelig;ur!&mdash;-- M'enlever <i>Florestine</i>! Ah! le voici qui vient: je vais
+m'expliquer..... froidement.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Tout est perdu si vous vous échappez.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XIX.</p>
+
+<p class="c">BÉGEARSS, FIGARO, LÉON.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>se contenant mal</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ONSIEUR</small>, monsieur, un mot. Il importe à votre repos que vous répondiez
+sans détour.&mdash;&mdash;<i>Florestine</i> est au désespoir; qu'avez-vous dit à
+<i>Florestine</i>?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>d'un ton glacé</i>.</p>
+
+<p>Et qui vous dit que je lui ai parlé? Ne peut-elle avoir des chagrins,
+sans que j'y sois pour quelque chose?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Point d'évâsions, Monsieur. Elle était d'une humeur charmante: en
+sortant d'avec vous, on la voit fondre en larmes. De quelque part
+qu'elle en reçoive, mon c&oelig;ur partage ses chagrins. Vous m'en direz la
+cause, ou bien vous m'en ferez raison.<a name="page_51" id="page_51"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Avec un ton moins absolu, on peut tout obtenir de moi; je ne sais point
+céder à des menaces.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>furieux</i>.</p>
+
+<p>Eh bien! Perfide, défends-toi. J'aurai ta vie, ou tu auras la mienne!
+(<i>Il met la main à son épée</i>).</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small> <i>les arrête</i>.</p>
+
+<p>Monsieur <i>Bégearss</i>! au fils de votre ami? dans sa maison? où vous
+logez?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>se contenant</i>.</p>
+
+<p>Je sais trop ce que je me dois.... Je vais m'expliquer avec lui; mais je
+n'y veux point de témoins. Sortez, et laissez-nous ensemble.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Vas, mon cher <i>Figaro</i>: tu vois qu'il ne peut m'échapper. Ne lui
+laissons aucune excuse.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>à part</i>.</p>
+
+<p>Moi, je cours avertir son père (<i>Il sort</i>).</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XX.</p>
+
+<p class="c">LÉON, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>lui barrant la porte</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">I</span><small>L</small> vous convient peut-être mieux de vous battre que<a name="page_52" id="page_52"></a> de parler. Vous
+êtes le maître du choix; mais je n'admettrai rien d'étranger à ces deux
+moyens.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>froidement</i>.</p>
+
+<p><i>Léon!</i> un homme d'honneur n'égorge pas le fils de son ami. Devais-je
+m'expliquer devant un malheureux valet, insolent d'être parvenu à
+presque gouverner son maître?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>s'asseyant</i>.</p>
+
+<p>Au fait, Monsieur, je vous attends....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Oh! que vous allez regretter une fureur déraisonnable!</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>C'est ce que nous verrons bientôt.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>affectant une dignité froide</i>.</p>
+
+<p><i>Léon!</i> vous aimez <i>Florestine</i>; il y a long-temps que je le vois...
+Tant que votre frère a vécu, je n'ai pas cru devoir servir un amour
+malheureux qui ne vous conduisait à rien. Mais depuis qu'un funeste
+duel, disposant de sa vie, vous a mis en sa place, j'ai eu l'orgueil de
+croire mon influence capable de disposer M. votre père à vous unir à
+celle que vous aimez. Je l'attaquais de toutes les manières; une
+résistance invincible a repoussé tous mes efforts. Désolé de le voir
+rejeter un projet qui me paraissait fait pour le bonheur de tous.....
+Pardon, mon jeune ami, je vais vous affliger; mais il le faut en ce
+moment, pour vous sauver d'un malheur éternel. Rappelez bien votre
+raison, vous allez en avoir besoin.&mdash;&mdash;J'ai forcé votre père à rompre le
+silence; à me confier son secret.<a name="page_53" id="page_53"></a> O mon ami! m'a dit enfin le Comte: je
+connais l'amour de mon fils; mais puis-je lui donner <i>Florestine</i> pour
+femme? Celle que l'on croit ma pupille.... elle est ma fille; elle est
+sa s&oelig;ur.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>reculant vivement</i>.</p>
+
+<p><i>Florestine?</i>..... ma s&oelig;ur?....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Voilà le mot qu'un sévère devoir.... Ah! je vous le dois à tous deux:
+mon silence pouvait vous perdre. Eh bien! <i>Léon</i>, voulez-vous vous
+battre avec moi?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Mon généreux ami! je ne suis qu'un ingrat, un monstre! oubliez ma rage
+insensée......</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>bien tartuffé</i>.</p>
+
+<p>Mais c'est à condition que ce fatal secret ne sortira jamais........
+Dévoiler la honte d'un père, ce serait un crime....</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>se jetant dans ses bras</i>.</p>
+
+<p>Ah! jamais.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XXI.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, FIGARO, LÉON, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>accourant</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">L</span><small>ES</small> voilà, les voilà.<a name="page_54" id="page_54"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Dans les bras l'un de l'autre! Eh! vous perdez l'esprit?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>stupéfait</i>.</p>
+
+<p>Ma foi! Monsieur... on le perdrait à moins.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à Figaro</i>.</p>
+
+<p>M'expliquerez-vous cette énigme?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>tremblant</i>.</p>
+
+<p>Ah! c'est à moi, mon père, à l'expliquer. Pardon! je dois mourir de
+honte! Sur un sujet assez frivole, je m'étais.... beaucoup oublié. Son
+caractère généreux, non seulement me rend à la raison; mais il a la
+bonté d'excuser ma folie en me la pardonnant. Je lui en rendais grace
+lorsque vous nous avez surpris.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Ce n'est pas la centième fois que vous lui devez de la reconnaissance.
+Au fait, nous lui en devons tous.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>sans parler, se donne un coup de poing au front</i>.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>l'examine et sourit</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à son fils</i>.</p>
+
+<p>Retirez-vous, Monsieur. Votre aveu seul enchaîne ma colère.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Ah! Monsieur, tout est oublié.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à Léon</i>.</p>
+
+<p>Allez vous repentir d'avoir manqué à mon ami, au vôtre; à l'homme le
+plus vertueux.....<a name="page_55" id="page_55"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>s'en allant</i>.</p>
+
+<p>Je suis au désespoir!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>à part, avec colère</i>.</p>
+
+<p>C'est une légion de diables enfermés dans un seul pourpoint.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XXII.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, BÉGEARSS, FIGARO.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à Bégearss, à part</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ON</small> ami, finissons ce que nous avons commencé. (<i>A Figaro.</i>) Vous,
+monsieur l'étourdi, avec vos belles conjectures, donnez-moi les trois
+millions d'or que vous m'avez vous-même apportés de <i>Cadix</i>, en soixante
+effets au porteur. Je vous avais chargé de les numéroter.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Je l'ai fait.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Remettez-m'en le porte-feuille.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>De quoi? de ces trois millions d'or?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Sans doute. Eh bien! qui vous arrête?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>humblement</i>.</p>
+
+<p>Moi, Monsieur?.... Je ne les ai plus.<a name="page_56" id="page_56"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Comment, vous ne les avez plus?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>fièrement</i>.</p>
+
+<p>Non, Monsieur.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Qu'en avez-vous fait?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Lorsque mon maître m'interroge, je lui dois compte de mes actions; mais
+à vous? je ne vous dois rien.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>en colère</i>.</p>
+
+<p>Insolent! qu'en avez-vous fait?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>froidement</i>.</p>
+
+<p>Je les ai portés en dépôt chez M. <i>Fal</i>, votre notaire.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Mais de l'avis de qui?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>fièrement</i>.</p>
+
+<p>Du mien; et j'avoue que j'en suis toujours.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Je vais gager qu'il n'en est rien.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Comme j'ai sa reconnaissance, vous courez risque de perdre la gageure.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Ou s'il les a reçus, c'est pour agioter. Ces gens-là partagent ensemble.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Vous pourriez un peu mieux parler d'un homme qui vous a obligé.<a name="page_57" id="page_57"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Je ne lui dois rien.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Je le crois; quand on a hérité de <i>quarante mille doublons de
+huit</i>......</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>se fâchant</i>.</p>
+
+<p>Avez-vous donc quelque remarque à nous faire aussi là dessus?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Qui moi, Monsieur? J'en doute d'autant moins, que j'ai beaucoup connu le
+parent dont Monsieur hérite. Un jeune homme assez libertin; joueur,
+prodigue et querelleur; sans frein, sans m&oelig;urs, sans caractère; et
+n'ayant rien à lui, pas même les vices qui l'ont tué; qu'un combat des
+plus malheureux.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>frappe du pied</i>.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>en colère</i>.</p>
+
+<p>Enfin, nous direz-vous pourquoi vous avez déposé cet or?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Ma foi, Monsieur, c'est pour n'en être plus chargé: ne pouvait-on pas le
+voler? que sait-on? il s'introduit souvent de grands fripons dans les
+maisons!.....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>en colère</i>.</p>
+
+<p>Pourtant Monsieur veut qu'on le rende.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Monsieur peut l'envoyer chercher.<a name="page_58" id="page_58"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Mais ce notaire s'en désaisira-t-il, s'il ne voit son <i>récépissé</i>?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Je vais le remettre à Monsieur; et quand j'aurai fait mon devoir, s'il
+en arrive quelque mal, il ne pourra s'en prendre à moi.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Je l'attends dans mon cabinet.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>au Comte</i>.</p>
+
+<p>Je vous préviens que M. <i>Fal</i> ne les rendra que sur votre reçu; je le
+lui ai recommandé. (<i>Il sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XXIII.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>en colère</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">C</span><small>OMBLEZ</small> cette canaille, et voyez ce qu'elle devient! En vérité,
+Monsieur, mon amitié me force à vous le dire: vous devenez trop
+confiant; il a deviné nos secrets. De valet, barbier, chirurgien, vous
+l'avez établi trésorier, secrétaire; une espèce de <i>factotum</i>. Il est
+notoire que ce monsieur fait bien ses affaires avec vous.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Sur la fidélité, je n'ai rien à lui reprocher; mais il est vrai qu'il
+est d'une arrogance.....<a name="page_59" id="page_59"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Vous avez un moyen de vous en délivrer en le récompensant.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Je le voudrais souvent.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>confidentiellement</i>.</p>
+
+<p>En envoyant le Chevalier à Malthe, sans doute vous voulez qu'un homme
+affidé le surveille? Celui-ci, trop flatté d'un aussi honorable emploi,
+ne peut manquer de l'accepter: vous en voilà défait pour bien du temps.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Vous avez raison, mon ami. Aussi bien, m'a-t-on dit qu'il vit très-mal
+avec sa femme. (<i>Il sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XXIV.</p>
+
+<p class="c">BÉGEARSS, <i>seul</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>NCORE</small> un pas de fait!...... Ah! noble espion! la fleur des drôles! qui
+faites ici le bon valet, et vous voulez nous souffler la dot, en nous
+donnant des noms de comédie! Grace aux soins d'<i>Honoré-Tartuffe</i>, vous
+irez partager le malaise des caravannes, et finirez vos inspections sur
+nous.</p>
+
+<p class="c"><small>FIN DU SECOND ACTE.</small><a name="page_60" id="page_60"></a></p>
+
+<hr />
+<h3><a name="ACTE_III" id="ACTE_III"></a>ACTE III.</h3>
+
+<p class="c"><i>Le Théâtre représente le cabinet de la Comtesse, orné de fleurs de
+toutes parts.</i></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE PREMIÈRE.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">J</span><small>E</small> n'ai pu rien tirer de cette enfant.&mdash;Ce sont des pleurs, des
+étouffemens!..... Elle se croit des torts envers moi; m'a demandé cent
+fois pardon; elle veut aller au couvent. Si je rapproche tout ceci de sa
+conduite envers mon fils; je présume qu'elle se reproche d'avoir écouté
+son amour; entretenu ses espérances; ne se croyant pas un parti assez
+considérable pour lui.&mdash;&mdash;Charmante délicatesse! excès d'une aimable
+vertu! Monsieur <i>Bégearss</i>, apparemment, lui en a touché quelques mots
+qui l'auront amenée à s'affliger sur elle! Car c'est un homme si
+scrupuleux, et si délicat sur l'honneur, qu'il s'exagère quelque fois,
+et se fait des fantômes où les autres ne voyent rien.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>J'ignore d'où provient le mal; mais il se passe ici des<a name="page_61" id="page_61"></a> choses bien
+étranges! Quelque démon y souffle un feu secret. Notre maître est sombre
+à périr; il nous éloigne tous de lui. Vous êtes sans cesse à pleurer.
+Mademoiselle est suffoquée. Monsieur votre fils désolé!.... Monsieur
+<i>Bégearss</i>, lui seul, imperturbable comme un dieu! semble n'être affecté
+de rien; voit tous vos chagrins d'un &oelig;il sec......</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Mon enfant, son c&oelig;ur les partage. Hélas! Sans ce consolateur, qui
+verse un baume sur nos plaies; dont la sagesse nous soutient; adoucit
+toutes les aigreurs; calme mon irascible époux; nous serions bien plus
+malheureux!</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Je souhaite, Madame, que vous ne vous abusiez pas!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Je t'ai vue autrefois lui rendre plus de justice! (<i>Susanne baisse les
+yeux</i>). Au reste il peut seul me tirer du trouble où cette enfant m'a
+mise. Fais le prier de descendre chez moi.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Le voici qui vient à propos; vous vous ferez coëffer plus tard. (<i>Elle
+sort</i>).<a name="page_62" id="page_62"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE II.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>douloureusement</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">A</span><small>H</small>! mon pauvre Major; que se passe-t-il donc ici? Touchons nous enfin à
+la crise que j'ai si long-temps redoutée; que j'ai vu de loin se former?
+L'éloignement du Comte pour mon malheureux fils semble augmenter de jour
+en jour. Quelque lumière fatale aura pénétré jusqu'à lui!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Madame, je ne le crois pas.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Depuis que le ciel m'a punie par la mort de mon fils aîné, je vois le
+Comte absolument changé: au lieu de travailler avec l'ambassadeur à
+<i>Rome</i>, pour rompre les v&oelig;ux de <i>Léon</i>; je le vois s'obstiner à
+l'envoyer à <i>Malthe</i>.&mdash;&mdash;Je sais de plus, <i>Monsieur Bégearss</i>, qu'il
+dénature sa fortune, et veut abandonner l'Espagne, pour s'établir dans
+ce pays.&mdash;L'autre jour à dîner, devant trente personnes, il raisonna sur
+le divorce d'une façon à me faire frémir.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>J'y étais; je m'en souviens trop?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>en larmes</i>.</p>
+
+<p>Pardon, mon digne ami; je ne puis pleurer qu'avec vous!<a name="page_63" id="page_63"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Déposez vos douleurs dans le sein d'un homme sensible.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Enfin, est-ce lui, est-ce vous, qui avez déchiré le c&oelig;ur de
+<i>Florestine</i>? Je la destinais à mon fils.&mdash;&mdash; Née sans biens, il est
+vrai; mais noble, belle et vertueuse; élevée au milieu de nous: mon fils
+devenu héritier, n'en a-t-il pas assez pour deux?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Que trop, peut-être; et c'est d'où vient le mal!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Mais, comme si le Ciel n'eût attendu aussi long-temps, que pour me mieux
+punir d'une imprudence tant pleurée; tout semble s'unir à la fois pour
+renverser mes espérances. Mon époux déteste mon fils.... <i>Florestine</i>
+renonce à lui. Aigrie par ne sais quel motif, elle veut le fuir pour
+toujours. Il en mourra le malheureux! voilà ce qui est bien certain.
+(<i>Elle joint les mains</i>). Ciel vengeur! après vingt années de larmes et
+de repentir, me réservez vous à l'horreur de voir ma faute découverte?
+Ah! que je sois seule misérable! mon Dieu, je ne m'en plaindrai pas!
+mais que mon fils ne porte point la peine d'un crime qu'il n'a pas
+commis! Connaissez-vous, <i>Monsieur Bégearss</i>, quelque remède à tant de
+maux?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Oui, femme respectable! et je venais exprès dissiper vos terreurs. Quand
+on craint une chose, tous nos regards<a name="page_64" id="page_64"></a> se portent vers cet objet trop
+allarmant: quoiqu'on dise ou qu'on fasse, la frayeur empoisonne tout!
+Enfin je tiens la clef de ces énigmes. Vous pouvez encore être heureuse.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>L'est-on avec une âme déchirée de remords?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Votre époux ne fuit point <i>Léon</i>; il ne soupçonne rien sur le secret de
+sa naissance.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Monsieur <i>Bégearss</i>!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Et tous ces mouvemens que vous prenez pour de la haine, ne sont que
+l'effet d'un scrupule. Oh! que je vais vous soulager!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>ardemment</i>.</p>
+
+<p>Mon cher monsieur <i>Bégearss</i>!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Mais enterrez dans ce c&oelig;ur allégé, le grand mot que je vais vous
+dire. Votre secret à vous, c'est la naissance de <i>Léon</i>! Le sien est
+celle de <i>Florestine</i>; (<i>plus bas</i>), il est son tuteur.... et son père.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small> <i>joignant les mains</i>.</p>
+
+<p>Dieu tout puissant qui me prends en pitié!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Jugez de sa frayeur en voyant ces enfans amoureux<a name="page_65" id="page_65"></a> l'un de l'autre! ne
+pouvant dire son secret, ni supporter qu'un tel attachement devînt le
+fruit de son silence, il est resté sombre, bisarre; et s'il veut
+éloigner son fils, c'est pour éteindre, s'il se peut, par cette absence
+et par ces v&oelig;ux, un malheureux amour qu'il croit ne pouvoir tolérer.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>priant avec ardeur</i>.</p>
+
+<p>Source éternelle des bienfaits! O mon Dieu! tu permets qu'en partie je
+répare la faute involontaire qu'un insensé me fit commettre; que j'aie,
+de mon côté, quelque chose à remettre à cet époux que j'offensai! O
+Comte <i>Almaviva</i>! mon c&oelig;ur flétri, fermé par vingt années de peines,
+va se r'ouvrir enfin pour toi! <i>Florestine</i> est ta fille; elle me
+devient chère comme si mon sein l'eût portée. Faisons, sans nous parler,
+l'échange de notre indulgence! O Monsieur <i>Bégearss</i>! achevez.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Mon amie, je n'arrête point ces premiers élans d'un bon c&oelig;ur: les
+émotions de la joie ne sont point dangereuses comme celles de la
+tristesse; mais, au nom de votre repos, écoutez-moi jusqu'à la fin.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Parlez mon généreux ami: vous à qui je dois tout, parlez.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Votre époux cherchant un moyen de garantir sa <i>Florestine</i> de cet amour
+qu'il croit incestueux, m'a proposé de l'épouser; mais, indépendamment
+du sentiment<a name="page_66" id="page_66"></a> profond et malheureux que mon respect pour vos
+douleurs......</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>douloureusement</i>.</p>
+
+<p>Ah! mon ami! par compassion pour moi.....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>N'en parlons plus. Quelques mots d'établissement, tournés d'une forme
+équivoque, ont fait penser à <i>Florestine</i> qu'il était question de
+<i>Léon</i>. Son jeune c&oelig;ur s'en épanouissait, quand un valet vous
+annonça. Sans m'expliquer depuis sur les vues de son père; un mot de
+moi, la ramenant aux sévères idées de la fraternité, a produit cet
+orage, et la religieuse horreur dont votre fils ni vous ne pénétriez le
+motif.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Il en était bien loin, le pauvre enfant!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Maintenant qu'il vous est connu, devons-nous suivre ce projet d'une
+union qui répare tout?.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Il faut s'y tenir, mon ami; mon c&oelig;ur et mon esprit sont d'accord sur
+ce point, et c'est à moi de la déterminer. Par-là, nos secrets sont
+couverts; nul étranger ne les pénétrera. Après vingt années de
+souffrances nous passerons des jours heureux, et c'est à vous, mon digne
+ami, que ma famille les devra.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>élevant le ton</i>.</p>
+
+<p>Pour que rien ne les trouble plus, il faut encore un sacrifice, et mon
+amie est digne de le faire.<a name="page_67" id="page_67"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Hélas! je veux les faire tous.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>l'air imposant</i>.</p>
+
+<p>Ces lettres, ces papiers d'un infortuné qui n'est plus; il faudra les
+réduire en cendres.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>avec douleur</i>.</p>
+
+<p>Ah! Dieu!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Quand cet ami mourant, me chargea de vous les remettre, son dernier
+ordre fut qu'il fallait sauver votre honneur, en ne laissant aucune
+trace de ce qui pourrait l'altérer.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Dieu! Dieu!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Vingt ans se sont passés sans que j'aye pu obtenir que ce triste aliment
+de votre éternelle douleur s'éloignât de vos yeux. Mais indépendamment
+du mal que tout cela vous fait; voyez quel danger vous courez.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Eh! que peut-on avoir à craindre!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>regardant si on peut l'entendre</i>.</p>
+
+<p>(<i>Parlant bas</i>). Je ne soupçonne point <i>Susanne</i>; mais une femme de
+chambre instruite que vous conservez ces papiers, ne pourrait-elle pas
+un jour s'en faire un moyen de fortune? un seul remis à votre époux, que
+peut-être il paierait bien cher, vous plongerait dans des malheurs...<a name="page_68" id="page_68"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Non, <i>Susanne</i> a le c&oelig;ur trop bon.....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>d'un ton plus élevé, très-ferme</i>.</p>
+
+<p>Ma respectable amie! vous avez payé votre dette à la tendresse, à la
+douleur, à vos devoirs de tous les genres; et si vous êtes satisfaire de
+la conduite d'un ami, j'en veux avoir la récompense. Il faut brûler tous
+ces papiers; éteindre tous ces souvenirs d'une faute autant expiée!
+mais, pour ne jamais revenir sur un sujet si douloureux, j'exige que le
+sacrifice en soit fait dans ce même instant.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>tremblante</i>.</p>
+
+<p>Je crois entendre Dieu qui parle! il m'ordonne de l'oublier; de déchirer
+le crêpe obscur dont sa mort a couvert ma vie. Oui, mon Dieu! je vais
+obéir à cet ami que vous m'avez donné. (<i>Elle sonne</i>). Ce qu'il exige en
+votre nom, mon repentir le conseillait; mais ma faiblesse a combattu.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE III.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, LA COMTESSE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra"><i>S</i></span><small><i>USANNE!</i></small> apporte moi le coffret de mes diamans.&mdash;&mdash; Non, je vais le
+prendre moi-même, il te faudrait chercher la clef.....<a name="page_69" id="page_69"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IV.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>un peu troublée</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ONSIEUR</small> <i>Bégearss</i>, de quoi s'agit-t-il donc? Toutes les têtes sont
+renversées! Cette maison ressemble à l'hôpital des fous! Madame pleure;
+Mademoiselle étouffe. Le Chevalier <i>Léon</i> parle de se noyer; Monsieur
+est enfermé et ne veut voir personne. Pourquoi ce coffre aux diamans
+inspire-t-il en ce moment tant d'intérêt à tout le monde?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>mettant son doigt sur sa bouche, en signe de mystère</i>.</p>
+
+<p>Chut! Ne montre ici nulle curiosité! Tu le sçauras dans peu..... Tout va
+bien; tout est bien.... Cette journée vaut.... Chut....</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE V.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, BÉGEARSS, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>tenant le coffret aux diamans</i>.</p>
+
+<p class="nind"><i><span class="letra">S</span><small>USANNE!</small></i> apporte nous du feu dans le brazéro du boudoir.<a name="page_70" id="page_70"></a></p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Si c'est pour brûler des papiers, la lampe de nuit allumée, est encor là
+dans l'athénienne. (<i>Elle l'avance</i>).</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Veille à la porte, et que personne n'entre.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>en sortant, à part</i>.</p>
+
+<p>Courons avant, avertir <i>Figaro</i>.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VI.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">C</span><small>OMBIEN</small> j'ai souhaité pour vous le moment auquel nous touchons!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>étouffée</i>.</p>
+
+<p>O mon ami! quel jour nous choisissons pour consommer ce sacrifice! celui
+de la naissance de mon malheureux fils! A cette époque, tous les ans,
+leur consacrant cette journée, je demandais pardon au ciel, et je
+m'abreuvais de mes larmes en relisant ces tristes lettres. Je me rendais
+au moins le témoignage qu'il y eut entre nous plus d'erreur que de
+crime. Ah! faut-il donc brûler tout ce qui me reste de lui?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Quoi, Madame? détruisez-vous ce fils qui vous le<a name="page_71" id="page_71"></a> représente? ne lui
+devez-vous pas un sacrifice qui le préserve de mille affreux dangers?
+vous vous le devez à vous-même! et la sécurité de votre vie entière est
+attachée peut-être à cet acte imposant! (<i>Il ouvre le secret de l'écrin
+et en tire les lettres</i>).</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>surprise</i>.</p>
+
+<p>Monsieur <i>Bégearss</i>, vous l'ouvrez mieux que moi!... que je les lise
+encore!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>sévèrement</i>.</p>
+
+<p>Non, je ne le permettrai pas.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Seulement la dernière où, traçant ses tristes adieux, du sang qu'il
+répandit pour moi, il m'a donné la leçon du courage dont j'ai tant
+besoin aujourd'hui.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>s'y opposant</i>.</p>
+
+<p>Si vous lisez un mot, nous ne brûlerons rien. Offrez au ciel un
+sacrifice entier, courageux, volontaire, exempt des faiblesses humaines!
+ou si vous n'osez l'accomplir, c'est à moi d'être fort pour vous. Les
+voilà toutes dans le feu. (<i>Il y jette le paquet</i>).</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Monsieur <i>Bégearss</i>! Cruel ami! c'est ma vie que vous consumez! qu'il
+m'en reste au moins un lambeau. <i>(Elle veut se précipiter sur les
+lettres enflammées.</i>) (<i>Bégearss la retient à bras le corps</i>).</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>J'en jetterai la cendre au vent.<a name="page_72" id="page_72"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VII.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, LE COMTE, FIGARO, LA COMTESSE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small> <i>accourt</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">C</span><small>'EST</small> Monsieur, il me suit; mais amené par <i>Figaro</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>les surprenant en cette posture</i>.</p>
+
+<p>Qu'est-ce donc que je vois, Madame! d'où vient tout ce désordre? quel
+est ce feu, ce coffre, ces papiers? pourquoi ce débat et ces pleurs?</p>
+
+<p>(<i>Bégearss et la Comtesse restent confondus</i>).</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Vous ne répondez point?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>se remet, et dit d'un ton pénible</i>.</p>
+
+<p>J'espère Monsieur, que vous n'exigez pas qu'on s'explique devant vos
+gens. J'ignore quel dessein vous fait surprendre ainsi Madame! quant à
+moi, je suis résolu de soutenir mon caractère en rendant un hommage pur
+à la vérité, quelle qu'elle soit.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à Figaro et à Susanne</i>.</p>
+
+<p>Sortez tous deux.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Mais, Monsieur, rendez-moi du moins la justice de<a name="page_73" id="page_73"></a> déclarer que je vous
+ai remis le <i>récépissé</i> du notaire, sur le grand objet de tantôt!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Je le fais volontiers, puisque c'est réparer un tort. (<i>A Bégearss</i>).
+Soyez certain Monsieur, que voilà le <i>récépissé</i>. (<i>Il le remet dans sa
+poche.</i>) (<i>Figaro et Susanne sortent chacun de leur côté.</i>)</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>bas à Susanne, en s'en allant</i>.</p>
+
+<p>S'il échappe à l'explication!......</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>bas</i>.</p>
+
+<p>Il est bien subtil!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>bas</i>.</p>
+
+<p>Je l'ai tué!</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VIII.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>d'un ton sérieux</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ADAME</small>, nous sommes seuls.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>encore ému</i>.</p>
+
+<p>C'est moi qui parlerai. Je subirai cet interrogatoire. M'avez-vous vu,
+Monsieur, trahir la vérité dans quelque occasion que ce fût?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>sèchement</i>.</p>
+
+<p>Monsieur...... Je ne dis pas cela.<a name="page_74" id="page_74"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>tout-à-fait remis</i>.</p>
+
+<p>Quoique je sois loin d'approuver cette inquisition peu décente;
+l'honneur m'oblige à répéter ce que je disais à Madame, en répondant à
+sa consultation:</p>
+
+<p>«Tout dépositaire de secrets ne doit jamais conserver de papiers s'ils
+peuvent compromettre un ami qui n'est plus, et qui les mit sous notre
+garde. Quelque chagrin qu'on ait à s'en défaire, et quelque intérêt même
+qu'on eût à les garder; le saint respect des morts doit avoir le pas
+devant tout.» (<i>Il montre le Comte.</i>) Un accident inopiné, ne peut-il
+pas en rendre un adversaire possesseur?</p>
+
+<p>(<i>Le Comte le tire par la manche pour qu'il ne pousse pas l'explication
+plus loin.</i>)</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Auriez-vous dit, Monsieur, autre chose en ma position? Qui cherche des
+conseils timides, ou le soutien d'une faiblesse honteuse, ne doit point
+s'adresser à moi! vous en avez des preuves l'un et l'autre, et vous
+sur-tout, Monsieur le Comte! (<i>le Comte lui fait un signe.</i>) Voilà sur
+la demande que m'a faite Madame, et sans chercher à pénétrer ce que
+contenaient ces papiers, ce qui m'a fait lui donner un conseil pour la
+sévère exécution duquel je l'ai vu manquer de courage; je n'ai pas
+hésité d'y substituer le mien, en combattant ses délais imprudens. Voilà
+quels étaient nos débats; mais, quelque chose qu'on en pense, je ne
+regretterai point ce que j'ai dit, ce que j'ai fait. (<i>Il lève les
+bras.</i>) Sainte amitié! tu n'es rien qu'un vain titre, si l'on ne remplit
+pas tes austères devoirs.&mdash;Permettez que je me retire.<a name="page_75" id="page_75"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>exalté</i>.</p>
+
+<p>O le meilleur des hommes! Non vous ne nous quitterez pas.&mdash;Madame, il va
+nous appartenir de plus près; je lui donne ma <i>Florestine</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>avec vivacité</i>.</p>
+
+<p>Monsieur, vous ne pouviez pas faire un plus digne emploi du pouvoir que
+la loi vous donne sur elle. Ce choix a mon assentiment si vous le jugez
+nécessaire, et le plutôt vaudra le mieux.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>hésitant</i>.</p>
+
+<p>Eh bien!..... ce soir.... sans bruit..... votre aumônier........</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>avec ardeur</i>.</p>
+
+<p>Eh bien! moi qui lui sers de mère, je vais la préparer à l'auguste
+cérémonie: mais laisserez-vous votre ami, seul généreux envers ce digne
+enfant? j'ai du plaisir à penser le contraire.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>embarassé</i>.</p>
+
+<p>Ah! Madame..... croyez.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>avec joie</i>.</p>
+
+<p>Oui, Monsieur je le crois. C'est aujourd'hui la fête de mon fils; ces
+deux évènemens réunis me rendent cette <a name="page_76" id="page_76"></a>journée bien chère! (<i>Elle
+sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IX.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>la regardant aller</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">J</span><small>E</small> ne reviens pas de mon étonnement. Je m'attendais à des débats, à des
+objections sans nombre; et je la trouve juste, bonne, généreuse envers
+mon enfant! <i>moi qui lui sers de mère</i>, dit-elle..... Non, ce n'est
+point une méchante femme! elle a dans ses actions une dignité qui
+m'impose;....... un ton qui brise les reproches, quand on voudrait l'en
+accabler. Mais, mon ami, je m'en dois à moi-même, pour la surprise que
+j'ai montrée en voyant brûler ces papiers.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Quant à moi, je n'en ai point eu, voyant avec qui vous veniez. Ce
+reptile vous a sifflé que j'étais là pour trahir vos secrets? de si
+basses imputations n'atteignent point un homme de ma hauteur; je les
+vois ramper loin de moi. Mais, après tout Monsieur, que vous importaient
+ces papiers? n'aviez vous pas pris malgré moi tous ceux que vous vouliez
+garder? Ah! plût au ciel qu'elle m'eût consulté plutôt! vous n'auriez
+pas contre elle des preuves sans replique!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec douleur</i>.</p>
+
+<p>Oui, sans replique! (<i>avec ardeur.</i>) ôtons-les de mon<a name="page_77" id="page_77"></a> sein: elles me
+brûlent la poitrine. (<i>Il tire la lettre de son sein, et la met dans sa
+poche.</i>)</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>continue avec douceur</i>.</p>
+
+<p>Je combattrais avec plus d'avantage en faveur du fils de la loi! car
+enfin il n'est pas comptable du triste sort qui l'a mis dans vos bras!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>reprend sa fureur</i>.</p>
+
+<p>Lui, dans mes bras? jamais.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Il n'est point coupable non plus dans son amour pour <i>Florestine</i>; et
+cependant, tant qu'il reste près d'elle, puis-je m'unir à cette enfant
+qui, peut-être éprise elle-même ne cédera qu'à son respect pour vous? La
+délicatesse blessée.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Mon ami, je t'entends! et ta réflexion me décide à le faire partir sur
+le champ. Oui, je serai moins malheureux, quand ce fatal objet ne
+blessera plus mes regards: mais comment entamer ce sujet avec-elle?
+voudra-t-elle s'en séparer? il faudra donc faire un éclat?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Un éclat!..... non..... mais le divorce accrédité chez cette nation
+hasardeuse, vous permettra d'user de ce moyen.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Moi, publier ma honte! quelques lâches l'ont fait! <a name="page_78" id="page_78"></a>c'est le dernier
+dégré de l'avilissement du siècle. Que l'opprobre soit le partage de qui
+donne un pareil scandale, et des fripons qui le provoquent.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>J'ai fait envers elle, envers vous, ce que l'honneur me prescrivait. Je
+ne suis point pour les moyens violens, sur-tout quand il s'agit d'un
+fils......</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Dites <i>d'un étranger</i>, dont je vais hâter le départ.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>N'oubliez pas cet insolent valet.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>J'en suis trop las pour le garder. Toi, cours Ami, chez mon notaire;
+retire, avec mon reçu que voilà, mes trois millions d'or déposés. Alors
+tu peux à juste titre être généreux au contrat qu'il nous faut brusquer
+aujourd'hui... car te voilà bien possesseur..... (<i>Il lui remet le reçu;
+le prend sous le bras, et ils sortent.</i>) et ce soir, à minuit, sans
+bruit, dans la chapelle de Madame......</p>
+
+<p>(<i>On n'entend pas le reste.</i>)</p>
+
+<p class="c"><small>FIN DU TROISIÈME ACTE.</small><a name="page_79" id="page_79"></a></p>
+
+<hr />
+<h3><a name="ACTE_IV" id="ACTE_IV"></a>ACTE IV.</h3>
+
+<p class="c"><i>Le théâtre représente le même cabinet de la Comtesse.</i></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE PREMIÈRE.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>seul, agité, regardant de côté et d'autre</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>LLE</small> me dit: «viens à six heures au cabinet; c'est le plus sûr pour nous
+parler...» Je brusque tout dehors, et je rentre en sueur! Où est-elle?
+(<i>Il se promène en s'essuyant.</i>) Ah! parbleu, je ne suis pas fou! je les
+ai vu sortir d'ici, Monsieur le tenant sous le bras!... Eh bien! pour un
+échec, abandonnons-nous la partie?....... Un Orateur fuit-il lâchement
+la tribune, pour un argument tué sous lui? Mais, quel détestable
+endormeur! (<i>Vivement.</i>) Parvenir à brûler les lettres de Madame, pour
+qu'elle ne voye pas qu'il en manque; et se tirer d'un
+éclaircissement!...... C'est l'enfer concentré, tel que <i>Milton</i> nous
+l'a dépeint! (<i>D'un ton badin.</i>) J'avais raison tantôt, dans ma colère:
+<i>Honoré Bégearss</i> est le diable que les hébreux nommaient <i>Légion</i>; et,
+si l'on y regardait bien, on verrait le lutin avoir le pied fourchu,
+seule partie, disait ma mère, que les démons ne peuvent déguiser. (<i>Il
+rit.</i>) Ah! ah! ah! ma gaîté me revient; d'abord, parce que j'ai mis l'or
+du <i>Mexique</i><a name="page_80" id="page_80"></a> en sûreté chez <i>Fal</i>, ce qui nous donnera du temps; (<i>Il
+frappe d'un billet sur sa main.</i>) et puis... Docteur en toute
+hypocrisie! Vrai Major d'infernal Tartuffe! grâce au hasard qui régit
+tout, à ma tactique, à quelques louis semés; voici qui me promet une
+lettre de toi, où, dit-on, tu poses le masque, à ne rien laisser
+desirer! (<i>Il ouvre le billet et dit:</i>) Le coquin qui l'a lu en veut
+cinquante louis?... eh bien! il les aura, si la lettre les vaut; une
+année de mes gages sera bien employée, si je parviens à détromper un
+maître à qui nous devons tant..... Mais où es-tu, Susanne, pour en rire?
+<i>O que piacere!</i>..... A demain donc! car je ne vois pas que rien
+périclite ce soir... Et pourquoi perdre un temps? Je m'en suis toujours
+repenti.... (<i>Très-vivement.</i>) Point de délai; courons attacher le
+pétard; dormons dessus; la nuit porte conseil, et demain matin nous
+verrons qui des deux fera sauter l'autre.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE II.</p>
+
+<p class="c">BÉGEARSS, FIGARO.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>raillant</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>EEH</small>! c'est mons <i>Figaro</i>! La place est agréable, puisqu'on y retrouve
+Monsieur.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>du même ton</i>.</p>
+
+<p>Ne fût-ce que pour avoir la joie de l'en chasser une autre fois.<a name="page_81" id="page_81"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>De la rancune pour si peu? vous êtes bien bon d'y songer! chacun
+n'a-t-il pas sa manie?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Et celle de Monsieur est de ne plaider qu'à huis-clos?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>lui frappant sur l'épaule</i>.</p>
+
+<p>Il n'est pas essentiel qu'un sage entende tout, quand il sait si bien
+deviner.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Chacun se sert des petits talens que le ciel lui a départis.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Et <i>l'Intrigant</i> compte-t-il gagner beaucoup avec ceux qu'il nous montre
+ici?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Ne mettant rien à la partie, j'ai tout gagné..... si je fais perdre
+l'<i>autre</i>.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>piqué</i>.</p>
+
+<p>On verra le jeu de Monsieur.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Ce n'est pas de ces coups brillans qui éblouissent la gallerie. (<i>Il
+prend un air niais.</i>) Mais <i>chacun pour soi; Dieu pour tous</i>, comme a
+dit le roi Salomon.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>souriant</i>.</p>
+
+<p>Belle sentence! N'a-t-il pas dit aussi: <i>Le soleil luit pour tout le
+monde</i>?<a name="page_82" id="page_82"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>fièrement.</i></p>
+
+<p>Oui, en dardant sur le serpent prêt à mordre la main de son imprudent
+bienfaiteur! (<i>Il sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE III.</p>
+
+<p class="c">BÉGEARSS, <i>seul, le regardant aller</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">I</span><small>L</small> ne farde plus ses desseins! Notre homme est fier? bon signe, il ne
+sait rien des miens; il aurait la mine bien longue s'il était instruit
+qu'à minuit... (<i>Il cherche dans ses poches vivement.</i>) Eh bien!
+qu'ai-je fait du papier? Le voici. (<i>Il lit.</i>) <i>Reçu de M. Fal, notaire,
+les trois millions d'or spécifiés dans le bordereau, ci-dessus. A Paris,
+le..... A<small>LMAVIVA</small>.</i>&mdash;C'est bon; je tiens la pupille et l'argent! Mais ce
+n'est point assez; cet homme est faible, il ne finira rien pour le reste
+de sa fortune. La Comtesse lui en impose; il la craint, l'aime
+encore........... Elle n'ira point au couvent, si je ne les mets aux
+prises, et ne le force à s'expliquer................. brutalement. (<i>Il
+se promène.</i>)&mdash;Diable! ne risquons pas ce soir un dénouement aussi
+scabreux! En précipitant trop les choses, on se précipite avec elles! Il
+sera temps demain, quand j'aurai bien serré le doux lien sacramentel qui
+va les enchaîner à moi? (<i>Il appuie ses deux mains sur sa poitrine.</i>) Eh
+bien! maudite joie, qui me gonfles le c&oelig;ur! ne peux-tu donc te
+contenir?..... Elle m'étouffera, la fougueuse, ou me livrera comme un
+sot, si je ne la laisse<a name="page_83" id="page_83"></a> un peu s'évaporer, pendant que je suis seul
+ici. Sainte et douce crédulité! l'époux te doit la magnifique dot! Pâle
+déesse de la nuit, il te devra bientôt sa froide épouse. (<i>Il frotte ses
+mains de joie.</i>) <i>Bégearss!</i> heureux <i>Bégearss</i>!... Pourquoi
+l'appelez-vous <i>Bégearss</i>? n'est-il donc pas plus d'à moitié <i>le
+Seigneur Comte Almaviva</i>? (<i>D'un ton terrible.</i>) Encore un pas,
+<i>Bégearss</i>! et tu l'es tout-à-fait.&mdash;Mais il te faut auparavant..... Ce
+<i>Figaro</i> pèse sur ma poitrine! car c'est lui qui l'a fait venir!... Le
+moindre trouble me perdait.... Ce valet là me portera malheur.... c'est
+le plus clairvoyant coquin!.... Allons, allons, qu'il parte avec son
+chevalier errant!</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IV.</p>
+
+<p class="c">BÉGEARSS, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>accourant, fait un cri d'étonnement, de voir un autre que
+Figaro</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">A</span><small>H</small>! (<i>A part.</i>) Ce n'est pas lui!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Quelle surprise! Et qu'attendais-tu donc?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>se remettant</i>.</p>
+
+<p>Personne. On se croit seule ici...</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Puisque je t'y rencontre; un mot avant le comité.<a name="page_84" id="page_84"></a></p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Que parlez-vous de comité? réellement depuis deux ans on n'entend plus
+du tout la langue de ce pays!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>riant sardoniquement</i>.</p>
+
+<p>Hé! hé!... (<i>Il pétrit dans sa boîte une prise de tabac, d'un air
+content de lui.</i>) Ce comité, ma chère, est une conférence entre la
+Comtesse, son fils, notre jeune pupille et moi, sur le grand objet que
+tu sais.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Après la scène que j'ai vue, osez-vous encor l'espérer?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>bien fat</i>.</p>
+
+<p>Oser l'espérer!... Non. Mais seulement... Je l'épouse ce soir.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Malgré son amour pour <i>Léon</i>?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Bonne femme! qui me disais: <i>Si vous faites cela, Monsieur</i>....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Eh! qui eût pu l'imaginer?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>prenant son tabac en plusieurs fois</i>.</p>
+
+<p>Enfin, que dit-on? parle-t-on? Toi qui vis dans l'intérieur, qui a
+l'honneur des confidences; y pense-t-on du bien de moi? car c'est-là le
+point important.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>L'important serait de savoir quel talisman vous employez<a name="page_85" id="page_85"></a> pour dominer
+tous les esprits? Monsieur ne parle de vous qu'avec enthousiasme! ma
+maîtresse vous porte aux nues! son fils n'a d'espoir qu'en vous seul!
+notre pupille vous révère!...</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>d'un ton bien fat, secouant le tabac de son jabot</i>.</p>
+
+<p>Et toi, <i>Susanne</i>, qu'en dis-tu?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Ma foi, monsieur, je vous admire! Au milieu du désordre affreux que vous
+entretenez ici, vous seul êtes calme et tranquille; il me semble
+entendre un génie qui fait tout mouvoir à son gré.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>bien fat</i>.</p>
+
+<p>Mon enfant, rien n'est plus aisé. D'abord il n'est que deux pivots sur
+qui roule tout dans le monde, la morale et la politique. La morale, tant
+soit peu mesquine, consiste à être juste et vrai; elle est, dit-on, la
+clef de quelques vertus routinières.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Quant à la politique?...</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>avec chaleur</i>.</p>
+
+<p>Ah! c'est l'art de créer des faits, de dominer, en se jouant, les
+évènemens et les hommes; l'intérêt est son but; l'intrigue son moyen:
+toujours sobre de vérités, ses vastes et riches conceptions sont un
+prisme qui éblouit. Aussi profonde que l'<i>Etna</i>, elle brûle et gronde
+long-temps avant d'éclater au dehors; mais alors rien ne lui résiste:
+elle<a name="page_86" id="page_86"></a> exige de hauts talens: le scrupule seul peut lui nuire; (<i>En
+riant.</i>) c'est le secret des négociateurs.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Si la morale ne vous échauffe pas, l'autre, en revanche, excite en vous
+un assez vif enthousiasme!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>averti, revient à lui</i>.</p>
+
+<p>Eh!... ce n'est pas elle; c'est toi!&mdash;Ta comparaison d'un génie.....&mdash;Le
+chevalier vient; laisse-nous.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE V.</p>
+
+<p class="c">LÉON, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ONSIEUR</small> <i>Bégearss</i>, je suis au désespoir!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>d'un ton protecteur</i>.</p>
+
+<p>Qu'est-il arrivé, jeune ami?</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Mon père vient de me signifier, avec une dureté!..... que j'eûsse à
+faire, sous deux jours, tous les apprêts de mon départ pour <i>Malte</i>:
+point d'autre train, dit-il, que <i>Figaro</i>, qui m'accompagne, et un valet
+qui courra devant nous.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Cette conduite est en effet bisarre, pour qui ne sait pas<a name="page_87" id="page_87"></a> son secret;
+mais nous qui l'avons pénétré, notre devoir est de le plaindre. Ce
+voyage est le fruit d'une frayeur bien excusable! <i>Malte</i> et vos v&oelig;ux
+ne sont que le prétexte; un amour qu'il redoute, est son véritable
+motif.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>avec douleur</i>.</p>
+
+<p>Mais, mon ami, puisque vous l'épousez?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>confidentiellement</i>.</p>
+
+<p>Si son frère le croit utile à suspendre un fâcheux départ!..... Je ne
+verrais qu'un seul moyen....</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>O mon ami! dites-le moi?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Ce serait que madame votre mère vainquît cette timidité qui l'empêche,
+avec lui, d'avoir une opinion à elle; car sa douceur vous nuit bien plus
+que ne ferait un caractère trop ferme.&mdash;Supposons, qu'on lui ait donné
+quelque prévention injuste; qui a le droit, comme une mère, de rappeler
+un père à la raison? Engagez la à le tenter,... non pas aujourd'hui,
+mais........ demain, et sans y mettre de faiblesse.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Mon ami vous avez raison: cette crainte est son vrai motif. Sans doute
+il n'y a que ma mère qui puisse le faire changer. La voici qui vient
+avec celle..... que je n'ose plus adorer. (<i>Avec douleur.</i>) O mon ami!
+rendez la bien heureuse.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>caressant</i>.</p>
+
+<p>En lui parlant tous les jours de son frère.<a name="page_88" id="page_88"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VI.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, FLORESTINE, BÉGEARSS, SUSANNE, LÉON.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small> <i>coëffée, parée, portant une robe rouge et noire, et son
+bouquet de même couleur</i>.</p>
+
+<p class="nind"><i><span class="letra">S</span><small>USANNE</small></i>, donne mes diamans?</p>
+
+<p>(<i>Susanne va les chercher.</i>)</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>affectant de la dignité</i>.</p>
+
+<p>Madame, et vous Mademoiselle, je vous laisse avec cet ami; je confirme
+d'avance tout ce qu'il va vous dire. Hélas! ne pensez point au bonheur
+que j'aurais de vous appartenir à tous; votre repos doit seul vous
+occuper. Je n'y veux concourir que sous la forme que vous adopterez:
+mais, soit que Mademoiselle accepte ou non mes offres, recevez ma
+déclaration, que toute la fortune dont je viens d'hériter lui est
+destinée de ma part, dans un contrat, ou par un testament; je vais en
+faire dresser les actes: Mademoiselle choisira. Après ce que je viens de
+dire, il ne conviendrait pas que ma présence ici gênât un parti qu'elle
+doit prendre en toute liberté: mais, quel qu'il soit, ô mes amis, sachez
+qu'il est sacré pour moi: je l'adopte sans restriction. (<i>Il salue
+profondément et sort.</i>)<a name="page_89" id="page_89"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VII.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small> <i>le regarde aller</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">C</span><small>'EST</small> un ange envoyé du ciel pour réparer tous nos malheurs.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>avec une douleur ardente</i>.</p>
+
+<p>O <i>Florestine</i>! il faut céder: ne pouvant être l'un à l'autre, nos
+premiers élans de douleur nous avaient fait jurer de n'être jamais à
+personne; j'accomplirai ce serment pour nous deux. Ce n'est pas
+tout-à-fait vous perdre, puisque je retrouve une s&oelig;ur où j'espérais
+posséder une épouse. Nous pourrons encore nous aimer.</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VIII.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small> <i>apporte l'écrin</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>en parlant, met ses boucles d'oreilles, ses bagues, son
+bracelet, sans rien regarder</i>.</p>
+
+<p class="nind"><i><span class="letra">F</span><small>LORESTINE!</small></i> épouse <i>Bégearss</i>; ses procédés l'en<a name="page_90" id="page_90"></a> rendent digne; et
+puisque cet hymen fait le bonheur de ton parain, il faut l'achever
+aujourd'hui.</p>
+
+<p>(<i>Susanne sort et emporte l'écrin.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IX.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small> <i>à Léon</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">N</span><small>OUS</small>, mon fils, ne sachons jamais ce que nous devons ignorer. Tu
+pleures, <i>Florestine</i>!</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>pleurant</i>.</p>
+
+<p>Ayez pitié de moi, Madame! Eh! comment soutenir autant d'assauts dans un
+seul jour? A peine j'apprends qui je suis, qu'il faut renoncer à
+moi-même, et me livrer... Je meurs de douleur et d'effroi. Dénuée
+d'objections contre M. <i>Bégearss</i>, je sens mon c&oelig;ur à l'agonie, en
+pensant qu'il peut devenir... Cependant il le faut; il faut me sacrifier
+au bien de ce frère chéri; à son bonheur, que je ne puis plus faire.
+Vous dites que je pleure! Ah! je fais plus pour lui que si je lui
+donnais ma vie! Maman, ayez pitié de nous! bénissez vos enfans! ils sont
+bien malheureux! (<i>Elle se jette à genoux; Léon en fait autant.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small> <i>leur imposant les mains</i>.</p>
+
+<p>Je vous bénis, mes chers enfans. Ma <i>Florestine</i> je t'adopte. Si tu
+savais à quel point tu m'es chère! Tu seras heureuse,<a name="page_91" id="page_91"></a> ma fille, et du
+bonheur de la vertu; celui-là peut dédommager des autres. (<i>Ils se
+relèvent.</i>)</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>.</p>
+
+<p>Mais croyez-vous, Madame, que mon dévouement le ramène à <i>Léon</i>, à son
+fils? car il ne faut pas se flatter: son injuste prévention va
+quelquefois jusqu'à la haine.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Chère fille, j'en ai l'espoir.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>C'est l'avis de M. <i>Bégearss</i>: il me l'a dit; mais il m'a dit aussi
+qu'il n'y a que maman qui puisse opérer ce miracle; Aurez-vous donc la
+force de lui parler en ma faveur?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Je l'ai tenté souvent, mon fils, mais sans aucun fruit apparent.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>O ma digne mère! c'est votre douceur qui m'a nui. La crainte de le
+contrarier vous a trop empêché d'user de la juste influence que vous
+donnent votre vertu et le respect profond dont vous êtes entourée. Si
+vous lui parliez avec force, il ne vous résisterait pas.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Vous le croyez, mon fils? je vais l'essayer devant vous. Vos reproches
+m'affligent presqu'autant que son injustice. Mais, pour que vous ne
+gêniez pas le bien que je dirai de vous, mettez-vous dans mon cabinet;
+vous m'entendrez, de-là, plaider une cause si juste: vous n'accuserez
+plus une<a name="page_92" id="page_92"></a> mère de manquer d'énergie, quand il faut défendre son fils!
+(<i>Elle sonne.</i>) <i>Florestine</i>, la décence ne te permet pas de rester: vas
+t'enfermer; demande au ciel qu'il m'accorde quelque succès, et rende
+enfin la paix à ma famille désolée.</p>
+
+<p>(<i>Florestine sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE X.</p>
+
+<p class="c">SUSANNE, LA COMTESSE, LÉON.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">Q</span><small>UE</small> veut Madame? elle a sonné.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Prie Monsieur, de ma part, de passer un moment ici.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>effrayée</i>.</p>
+
+<p>Madame! vous me faites trembler! Ciel! que va-t-il donc se passer? Quoi!
+Monsieur, qui ne vient jamais... sans...</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Fais ce que je te dis, <i>Susanne</i>, et ne prends nul souci du reste.</p>
+
+<p>(<i>Susanne sort, en levant les bras au ciel, de terreur.</i>)<a name="page_93" id="page_93"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XI.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, LÉON.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">V</span><small>OUS</small> allez voir, mon fils, si votre mère est faible en défendant vos
+intérêts! Mais laissez-moi me recueillir, me préparer, par la prière, à
+cet important plaidoyer.</p>
+
+<p>(<i>Léon entre au cabinet de sa mère.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XII.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, <i>seule, un genou sur son fauteuil</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">C</span><small>E</small> moment me semble terrible, comme le jugement dernier! Mon sang est
+prêt à s'arrêter... O mon Dieu! donnez-moi la force de frapper au
+c&oelig;ur d'un époux? (<i>Plus bas.</i>) Vous seul connaissez les motifs qui
+m'ont toujours fermé la bouche! Ah! s'il ne s'agissait du bonheur de mon
+fils; vous savez, ô mon Dieu! si j'oserais dire un seul mot pour moi!
+Mais enfin, s'il est vrai qu'une faute pleurée vingt ans, ait obtenu de
+vous un pardon généreux, comme un sage ami m'en assure: ô mon Dieu!
+donnez-moi la force de frapper au c&oelig;ur d'un époux!<a name="page_94" id="page_94"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XIII.</p>
+
+<p class="c">LA COMTESSE, LE COMTE, LÉON <i>caché</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>sèchement</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ADAME</small>, on dit que vous me demandez?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>timidement</i>.</p>
+
+<p>J'ai cru, Monsieur, que nous serions plus libres dans ce cabinet que
+chez vous.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>M'y voilà, Madame; parlez.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>tremblante</i>.</p>
+
+<p>Asseyons-nous, Monsieur, je vous conjure, et prêtez-moi votre attention.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>impatient</i>.</p>
+
+<p>Non, j'entendrai debout; vous savez qu'en parlant je ne saurais tenir en
+place.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small> <i>s'asseyant, avec un soupir, et parlant bas</i>.</p>
+
+<p>Il s'agit de mon fils... Monsieur.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>brusquement</i>.</p>
+
+<p>De votre fils, Madame?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Et quel autre intérêt pourrait vaincre ma répugnance à<a name="page_95" id="page_95"></a> engager un
+entretien que vous ne recherchez jamais? Mais je viens de le voir dans
+un état à faire compassion: l'esprit troublé, le c&oelig;ur serré de
+l'ordre que vous lui donnez de partir sur-le-champ; sur-tout du ton de
+dureté qui accompagne cet exil. Eh! comment a-t-il encouru la disgrâce
+d'un p... d'un homme si juste? Depuis qu'un exécrable duel nous a ravi
+notre autre fils....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>les mains sur le visage, avec un air de douleur</i>.</p>
+
+<p>Ah!...</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Celui-ci, qui jamais ne dût connaître le chagrin, a redoublé de soins et
+d'attentions pour adoucir l'amertume des nôtres!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>se promenant doucement</i>.</p>
+
+<p>Ah!...</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Le caractère emporté de son frère, son désordre, ses goûts et sa
+conduite déréglée nous en donnaient souvent de bien cruels. Le ciel
+sévère, mais sage en ses décrets, en nous privant de cet enfant, nous en
+a peut-être épargné de plus cuisans pour l'avenir.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec douleur</i>.</p>
+
+<p>Ah!... Ah!...</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Mais, enfin, celui qui nous reste a-t-il jamais manqué à ses devoirs?
+Jamais le plus léger reproche fût-il mérité de sa<a name="page_96" id="page_96"></a> part? Exemple des
+hommes de son âge, il a l'estime universelle: il est aimé, recherché,
+consulté. Son p...protecteur naturel, mon époux seul, paraît avoir les
+yeux fermés sur un mérite transcendant, dont l'éclat frappe tout le
+monde.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>se promène, plus vîte sans parler</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>prenant courage de son silence, continue d'un ton plus
+ferme, et l'élève par degrés</i>.</p>
+
+<p>En tout autre sujet, Monsieur, je tiendrais à fort grand honneur de vous
+soumettre mon avis, de modeler mes sentimens, ma faible opinion sur la
+vôtre; mais il s'agit... d'un fils...</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>s'agite en marchant</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Quand il avait un frère aîné; l'orgueil d'un très-grand nom le
+condamnant au célibat, l'ordre de <i>Malte</i> était son sort. Le préjugé
+semblait alors couvrir l'injustice de ce partage entre deux fils
+(<i>Timidement.</i>) égaux en droits.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>s'agite plus fort</i>. (<i>A part, d'un ton étouffé.</i>)</p>
+
+<p>Egaux en droits!.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>un peu plus fort</i>.</p>
+
+<p>Mais depuis deux années qu'un accident affreux.... les lui a tous
+transmis; n'est-il pas étonnant que vous n'ayez rien entrepris pour le
+relever de ses v&oelig;ux? Il est de notoriété que vous n'avez quitté
+l'<i>Espagne</i> que pour dénaturer vos biens, par la vente, ou par des
+échanges. Si c'est pour l'en priver, Monsieur, la haine ne va pas plus
+loin! Puis,<a name="page_97" id="page_97"></a> vous le chassez de chez vous, et semblez lui fermer la
+maison p.....par vous habitée! Permettez-moi de vous le dire; un
+traitement aussi étrange est sans excuse aux yeux de la raison.
+Qu'a-t-il fait pour le mériter?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>s'arrête; d'un ton terrible</i>.</p>
+
+<p>Ce qu'il a fait!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>effrayée</i>.</p>
+
+<p>Je voudrais bien, Monsieur, ne pas vous offenser!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>plus fort</i>.</p>
+
+<p>Ce qu'il a fait, Madame! Et c'est vous qui le demandez?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>en désordre</i>.</p>
+
+<p>Monsieur, Monsieur! vous m'effrayez beaucoup!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec fureur</i>.</p>
+
+<p>Puisque vous avez provoqué l'explosion du ressentiment qu'un respect
+humain enchaînait, vous entendrez son arrêt et le vôtre.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>plus troublée</i>.</p>
+
+<p>Ah, Monsieur! Ah, Monsieur!....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Vous demandez ce qu'il a fait?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>levant les bras</i>.</p>
+
+<p>Non, Monsieur, ne me dites rien!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>hors de lui</i>.</p>
+
+<p>Rappelez-vous, femme perfide, ce que vous avez fait vous-même! et
+comment, recevant un adultère dans vos<a name="page_98" id="page_98"></a> bras, vous avez mis dans ma
+maison cet enfant étranger, que vous osez nommer mon fils.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>au désespoir, veut se lever</i>.</p>
+
+<p>Laissez-moi m'enfuir, je vous prie.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>la clouant sur son fauteuil</i>.</p>
+
+<p>Non, vous ne fuirez pas; vous n'échapperez point à la conviction qui
+vous presse. (<i>Lui montrant sa lettre.</i>) Connaissez-vous cette écriture?
+Elle est tracée de votre main coupable! et ces caractères sanglans qui
+lui servirent de réponse...</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>anéantie</i>.</p>
+
+<p>Je vais mourir! je vais mourir!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec force</i>.</p>
+
+<p>Non, non; vous entendrez les traits que j'en ai soulignés! (<i>Il lit avec
+égarement.</i>) «Malheureux insensé! notre sort est rempli; votre crime, le
+mien reçoit sa punition. Aujourd'hui, jour de <i>Saint-Léon</i>, patron de ce
+lieu, et le vôtre, je viens de mettre au monde un fils, mon opprobre et
+mon désespoir...» (<i>Il parle.</i>) Et cet enfant est né le jour de
+<i>Saint-Léon</i>, plus de dix mois après mon départ pour la <i>Vera Crux</i>!</p>
+
+<p>(<i>Pendant qu'il lit très-fort, on entend la Comtesse, égarée, dire des
+mots coupés qui partent du délire.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>priant, les mains jointes</i>.</p>
+
+<p>Grand dieu! tu ne permets donc pas que le crime le plus caché demeure
+toujours impuni!<a name="page_99" id="page_99"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>...Et de la main du corrupteur. (<i>Il lit.</i>) «L'ami qui vous rendra ceci,
+quand je ne serai plus, est sûr.»</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>priant</i>.</p>
+
+<p>Frappes, mon Dieu! car je l'ai mérité!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>lit</i>.</p>
+
+<p>»Si la mort d'un infortuné vous inspirait un reste de pitié; parmi les
+noms qu'on va donner à ce fils, héritier d'un autre.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>priant</i>.</p>
+
+<p>Accepte l'horreur que j'éprouve, en expiation de ma faute!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>lit</i>.</p>
+
+<p>»Puis-je espérer que le nom de <i>Léon</i>... (<i>Il parle.</i>) Et ce fils
+s'appelle <i>Léon</i>!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>égarée, les yeux fermés</i>.</p>
+
+<p>O Dieu! mon crime fut bien grand, s'il égala ma punition! Que ta volonté
+s'accomplisse!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>plus fort</i>.</p>
+
+<p>Et, couverte de cet opprobre, vous osez me demander compte de mon
+éloignement pour lui?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>priant toujours</i>.</p>
+
+<p>Qui suis-je, pour m'y opposer, lorsque ton bras s'appesantit?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Et, lorsque vous plaidez pour l'enfant de ce malheureux, vous avez au
+bras mon portrait!<a name="page_100" id="page_100"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>en le détachant, le regarde</i>.</p>
+
+<p>Monsieur, Monsieur, je le rendrai; je sais que je n'en suis pas digne.
+(<i>Dans le plus grand égarement.</i>) Ciel! que m'arrive-t-il? Ah! je perds
+la raison! Ma conscience troublée fait naître des fantômes!&mdash;Réprobation
+anticipée!... Je vois ce qui n'existe pas... Ce n'est plus vous; c'est
+lui qui me fait signe de le suivre, d'aller le rejoindre au tombeau!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>effrayé</i>.</p>
+
+<p>Comment? Eh bien! Non, ce n'est pas...</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>en délire</i>.</p>
+
+<p>Ombre terrible! éloigne toi!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>crie avec douleur</i>.</p>
+
+<p>Ce n'est pas ce que vous croyez!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small> <i>jette le bracelet par terre</i>.</p>
+
+<p>Attends... Oui, je t'obéirai...</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>plus troublé</i>.</p>
+
+<p>Madame, écoutez-moi...</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>J'irai... Je t'obéis... Je meurs... (<i>Elle reste évanouie.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>effrayé, ramasse le bracelet</i>.</p>
+
+<p>J'ai passé la mesure... Elle se trouve mal... Ah! Dieu! Courons lui
+chercher du secours! (<i>Il sort, il s'enfuit.</i>)</p>
+
+<p>(<i>Les convulsions de la douleur font glisser la Comtesse à terre.</i>)<a name="page_101" id="page_101"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XIV.</p>
+
+<p class="c">LÉON <i>accourant</i>; LA COMTESSE <i>évanouie</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>avec force</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">O</span> ma mère!... ma mère! c'est moi qui te donne la mort! (<i>Il l'enlève et
+la remet sur son fauteuil, évanouie.</i>) Que ne suis-je parti, sans rien
+exiger de personne? j'aurais prévenu ces horreurs!</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XV.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, SUSANNE, LÉON, LA COMTESSE <i>évanouie</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>en rentrant s'écrie</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>T</small> son fils!</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>égaré</i>.</p>
+
+<p>Elle est morte! Ah! je ne lui survivrai pas! (<i>Il l'embrasse en
+criant.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>effrayé</i>.</p>
+
+<p>Des sels! des sels! <i>Susanne!</i> un million si vous la sauvez!</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>O malheureuse mère!<a name="page_102" id="page_102"></a></p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Madame, aspirez ce flacon. Soutenez-la, Monsieur; je vais tâcher de la
+dessèrer.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>égaré</i>.</p>
+
+<p>Romps tout, arrache tout! Ah! j'aurais dû la ménager!</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>criant avec délire</i>.</p>
+
+<p>Elle est morte! elle est morte!</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XVI.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, SUSANNE, LÉON, LA COMTESSE <i>évanouie</i>, FIGARO, <i>accourant</i>.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>T</small> qui, morte? Madame? Appaisez donc ces cris! c'est vous qui la ferez
+mourir! (<i>Il lui prend le bras.</i>) Non, elle ne l'est pas; ce n'est
+qu'une suffocation; le sang qui monte avec violence. Sans perdre temps,
+il faut la soulager. Je vais chercher ce qu'il lui faut.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>hors de lui</i>.</p>
+
+<p>Des ailes, <i>Figaro</i>! ma fortune est à toi.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>J'ai bien besoin de vos promesses lorsque Madame est en péril! (<i>Il sort
+en courant.</i>)<a name="page_103" id="page_103"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XVII.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, LÉON, LA COMTESSE <i>évanouie</i>, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>lui tenant le flacon sous le nez</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">S</span><small>I</small> l'on pouvait la faire respirer! O Dieu! rends-moi ma malheureuse
+mère!.... La voici qui revient....</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>pleurant</i>.</p>
+
+<p>Madame! allons, Madame!....</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>revenant à elle</i>.</p>
+
+<p>Ah! qu'on a de peine à mourir!</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>égaré</i>.</p>
+
+<p>Non Maman; vous ne mourrez pas!</p>
+
+<p>La Comtesse, <i>égarée</i>.</p>
+
+<p>O Ciel! entre mes juges! entre mon époux et mon fils! Tout est connu...
+et criminelle envers tous deux... (<i>Elle se jette à terre et se
+prosterne.</i>) Vengez-vous l'un et l'autre! il n'est plus de pardon pour
+moi! (<i>Avec horreur.</i>) Mère coupable! épouse indigne! un instant nous a
+tous perdus. J'ai mis l'horreur dans ma famille! J'allumai la guerre
+intestine entre le père et les enfans! Ciel juste! il fallait bien que
+ce crime fût découvert! Puisse ma mort expier mon forfait!<a name="page_104" id="page_104"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>au désespoir</i>.</p>
+
+<p>Non, revenez à vous! votre douleur a déchiré mon âme! Asseyons-la.
+<i>Léon!</i>.... Mon Fils! (<i>Léon fait un grand mouvement.</i>) <i>Susanne</i>,
+asseyons-la.</p>
+
+<p>(<i>Ils la remettent sur le fauteuil.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE XVIII.</p>
+
+<p class="c">L<small>ES</small> P<small>ÉCÉDENS</small>, FIGARO.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>accourant</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">E</span><small>LLE</small> a repris sa connaissance?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Ah Dieu! j'étouffe aussi. (<i>Elle se dessère.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>crie</i>.</p>
+
+<p><i>Figaro!</i> vos secours!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>étouffé</i>.</p>
+
+<p>Un moment, calmez-vous. Son état n'est plus si pressant. Moi qui étais
+dehors, grand Dieu! je suis rentré bien à propos!.... Elle m'avait fort
+effrayé! Allons, Madame, du courage!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>priant, renversée</i>.</p>
+
+<p>Dieu de bonté! fais que je meure!<a name="page_105" id="page_105"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>en l'asseyant mieux</i>.</p>
+
+<p>Non, Maman, vous ne mourrez pas, et nous réparerons nos torts. Monsieur!
+vous que je n'outragerai plus en vous donnant un autre nom, reprenez vos
+titres, vos biens; je n'y avais nul droit: hélas! je l'ignorais. Mais,
+par pitié, n'écrasez point d'un déshonneur public cette infortunée qui
+fut vôtre.... Une erreur expiée par vingt années de larmes, est-elle
+encore un crime, alors qu'en fait justice? Ma mère et moi, nous nous
+bannissons de chez vous.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>exalté</i>.</p>
+
+<p>Jamais! vous n'en sortirez point.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Un couvent sera sa retraite; et moi, sous mon nom de <i>Léon</i>, sous le
+simple habit d'un soldat, je défendrai la liberté de notre nouvelle
+Patrie. Inconnu, je mourrai pour elle, ou je la servirai en zêlé
+citoyen.</p>
+
+<p>(<i>Susanne pleure dans un coin; Figaro est absorbé dans l'autre.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>péniblement</i>.</p>
+
+<p><i>Léon!</i> mon cher enfant! ton courage me rend la vie! Je puis encore la
+supporter, puisque mon fils a la vertu de ne pas détester sa mère. Cette
+fierté dans le malheur sera ton noble patrimoine. Il m'épousa sans
+biens; n'exigeons rien de lui. Le travail de mes mains soutiendra ma
+faible existence; et toi, tu serviras l'Etat.<a name="page_106" id="page_106"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec désespoir</i>.</p>
+
+<p>Non, <i>Rosine</i>! jamais. C'est moi qui suis le vrai coupable! de combien
+de vertus je privais ma triste vieillesse!....</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Vous en serez enveloppé.&mdash;<i>Florestine</i> et <i>Bégearss</i> vous restent.
+<i>Floresta</i>, votre fille, l'enfant chéri de votre c&oelig;ur!.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>étonné</i>.</p>
+
+<p>Comment?..... d'où savez-vous?.... qui vous l'a dit?.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Monsieur donnez-lui tous vos biens, mon fils et moi n'y mettrons point
+d'obstacle; son bonheur nous consolera. Mais, avant de nous séparer, que
+j'obtienne au moins une grace! Apprenez-moi comment vous êtes possesseur
+d'une terrible lettre que je croyais brûlée avec les autres? Quelqu'un
+m'a-t-il trahie?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>s'écriant</i>.</p>
+
+<p>Oui! l'infâme <i>Bégearss</i>: je l'ai surpris tantôt qui la remettait à
+Monsieur.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>parlant vîte</i>.</p>
+
+<p>Non, je la dois au seul hasard. Ce matin, lui et moi, pour un tout autre
+objet, nous examinions votre écrin, sans nous douter qu'il eût un double
+fond. Dans le débat et sous ses doigts, le secret s'est ouvert soudain,
+à son très-grand étonnement. Il a cru le coffre brisé!<a name="page_107" id="page_107"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>criant plus fort</i>.</p>
+
+<p>Son étonnement d'un secret? Monstre! C'est lui qui l'a fait faire!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Est-il possible?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Il est trop vrai!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Des papiers frappent nos regards; il en ignorait l'existence, et, quand
+j'ai voulu les lui lire, il a refusé de les voir.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>s'écriant</i>.</p>
+
+<p>Il les a lus cent fois avec Madame!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Est-il vrai? Les connaissait-il?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Ce fut lui qui me les remit, qui les apporta de l'armée, lorsqu'un
+infortuné mourut.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Cet ami sûr, instruit de tout?.....</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, S<small>USANNE</small>, <i>ensemble, criant</i>.</p>
+
+<p>C'est lui!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>O scélératesse infernale! avec quel art il m'avait engagé! A présent je
+sais tout.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Vous le croyez!<a name="page_108" id="page_108"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Je connais son affreux projet. Mais, pour en être plus certain,
+déchirons le voile en entier. Par qui savez-vous donc ce qui touche ma
+<i>Florestine</i>?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>vîte</i>.</p>
+
+<p>Lui seul m'en a fait confidence.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>vîte</i>.</p>
+
+<p>Il me l'a dit sous le secret.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>vîte</i>.</p>
+
+<p>Il me l'a dit aussi.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec horreur</i>.</p>
+
+<p>O monstre! Et moi j'allais la lui donner! mettre ma fortune en ses
+mains!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Plus d'un tiers y serait déjà, si je n'avais porté, sans vous le dire,
+vos trois millions d'or en dépôt chez M. <i>Fal</i>: vous alliez l'en rendre
+le maître, heureusement je m'en suis douté. Je vous ai donné son
+reçu....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Le scélérat vient de me l'enlever, pour en aller toucher la somme.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>désolé</i>.</p>
+
+<p>O proscription sur moi! Si l'argent est remis, tout ce que j'ai fait est
+perdu! Je cours chez M. <i>Fal</i>. Dieu veuille qu'il ne soit pas trop
+tard!<a name="page_109" id="page_109"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à Figaro</i>.</p>
+
+<p>Le traître n'y peut être encore.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>S'il a perdu un temps, nous le tenons. J'y cours. (<i>Il veut sortir.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>vivement, l'arrête</i>.</p>
+
+<p>Mais, <i>Figaro</i>! que le fatal secret dont ce moment vient de t'instruire,
+reste enseveli dans ton sein?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>avec une grande sensibilité</i>.</p>
+
+<p>Mon maître! il a vingt ans qu'il est dans ce sein-là, et dix que je
+travaille à empêcher qu'un monstre n'en abuse! Attendez sur-tout mon
+retour, avant de prendre aucun parti.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Penserait-il se disculper?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Il fera tout pour le tenter; (<i>Il tire une lettre de sa poche.</i>) mais
+voici le préservatif. Lisez le contenu de cette épouvantable lettre; le
+secret de l'enfer est là. Vous me saurez bon gré d'avoir tout fait pour
+me la procurer. (<i>Il lui remet la lettre de Bégearss.</i>) <i>Susanne!</i> des
+goûtes à ta maîtresse! Tu sais comment je les prépare! (<i>Il lui donne un
+flacon.</i>) Passez là sur sa chaise longue; et le plus grand calme autour
+d'elle. Monsieur, au moins, ne recommencez pas; elle s'éteindrait dans
+nos mains!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>exalté</i>.</p>
+
+<p>Recommencer! Je me ferais horreur!<a name="page_110" id="page_110"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>à la Comtesse</i>.</p>
+
+<p>Vous l'entendez, Madame? le voilà dans son caractère! et c'est mon
+maître que j'entends. Ah! je l'ai toujours dit de lui: la colère, chez
+les bons c&oelig;urs, n'est qu'un besoin pressant de pardonner! (<i>Il
+s'enfuit.</i>)</p>
+
+<p>(<i>Le Comte et Léon la prennent sous les bras; ils sortent tous.</i>)</p>
+
+<p class="c"><small>FIN DU QUATRIÈME ACTE.</small><a name="page_111" id="page_111"></a></p>
+
+<hr />
+<h3><a name="ACTE_V" id="ACTE_V"></a>ACTE V.</h3>
+
+<p class="c"><i>Le Théâtre représente le grand salon du premier acte.</i></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE PREMIÈRE.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, LA COMTESSE, LÉON, SUSANNE.</p>
+
+<p>(<i>La Comtesse, sans rouge, dans le plus grand désordre de parure.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>soutenant sa mère</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">I</span><small>L</small> fait trop chaud, maman, dans l'appartement intérieur. <i>Susanne</i>,
+avance une bergère. (<i>On l'assied.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>attendri, arrangeant les coussins</i>.</p>
+
+<p>Êtes-vous bien assise? Eh quoi! pleurer encore?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small> <i>accablée</i>.</p>
+
+<p>Ah! laissez-moi verser des larmes de soulagement! ces récits affreux
+m'ont brisée! cette infâme lettre, sur-tout....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>délirant</i>.</p>
+
+<p>Marié en Irlande, il épousait ma fille! et tout mon bien placé sur la
+banque de <i>Londres</i>, eût fait vivre un repaire affreux, jusqu'à la mort
+du dernier de nous tous!... Et qui sait, grand Dieu! quels moyens?...<a name="page_112" id="page_112"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Homme infortuné! calmez-vous! Mais il est temps de faire descendre
+<i>Florestine</i>; elle avait le c&oelig;ur si serré de ce qui devait lui
+arriver! Vas la chercher <i>Susanne</i>, et ne l'instruis de rien.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec dignité</i>.</p>
+
+<p>Ce que j'ai dit à <i>Figaro</i>, <i>Susanne</i>, était pour vous, comme pour lui?</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>.</p>
+
+<p>Monsieur, celle qui vit madame pleurer, prier pendant vingt ans, a trop
+gémi de ses douleurs, pour rien faire qui les accroisse! (<i>Elle sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE II.</p>
+
+<p class="c">LE COMTE, LA COMTESSE, LÉON.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec un vif sentiment</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">A</span><small>H</small>! Rosine! séchez vos pleurs; et maudit soit qui vous affligera!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Mon fils! embrasse les genoux de ton généreux protecteur; et rends-lui
+grace pour ta mère. (<i>Il veut se mettre à genoux.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>le relève</i>.</p>
+
+<p>Oublions le passé, <i>Léon</i>. Gardons-en le silence, et n'émouvons plus
+votre mère. <i>Figaro</i> demande un grand<a name="page_113" id="page_113"></a> calme. Ah! respectons, sur-tout,
+la jeunesse de <i>Florentine</i>, en lui cachant soigneusement les causes de
+cet accident!</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE III.</p>
+
+<p class="c">FLORESTINE, SUSANNE, L<small>ES</small> P<small>ÉCÉDENS</small>.</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>accourant</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ON</small> Dieu! Maman, qu'avez-vous donc?</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>Rien que d'agréable à t'apprendre; et ton parain va t'en instruire.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Hélas! ma Florestine! je frémis du péril où j'allais plonger ta
+jeunesse. Grace au Ciel, qui dévoile tout, tu n'épouseras point
+<i>Bégearss</i>! Non; tu ne seras point la femme du plus épouvantable
+ingrat!...</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>.</p>
+
+<p>Ah! Ciel! Léon!...</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Ma s&oelig;ur, il nous a tous joués!</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>au Comte</i>.</p>
+
+<p>Sa S&oelig;ur!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Il nous trompait. Il trompait les uns par les autres; et tu<a name="page_114" id="page_114"></a> étais le
+prix de ses horribles perfidies. Je vais le chasser de chez moi.</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>.</p>
+
+<p>L'instinct de ta frayeur te servait mieux que nos lumières. Aimable
+enfant! rends grâce au Ciel, qui te sauve d'un tel danger!</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Ma s&oelig;ur, il nous a tous joués!</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>au Comte</i>.</p>
+
+<p>Monsieur, il m'appèle sa s&oelig;ur!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>exaltée</i>.</p>
+
+<p>Oui <i>Floresta</i>, tu es à nous. C'est-là notre secret chéri. Voilà ton
+père; voilà ton frère; et moi je suis ta mère pour la vie. Ah! garde-toi
+de l'oublier jamais! (<i>Elle tend la main au Comte.</i>) Almaviva! pas-vrai
+qu'elle est <i>ma fille</i>?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>exalté</i>.</p>
+
+<p>Et lui, <i>mon fils</i>; voilà nos deux enfans. (<i>Tous se serrent dans les
+bras l'un de l'autre.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE IV.</p>
+
+<p class="c">FIGARO, M. FAL, <i>Notaire</i>, L<small>ES</small> P<small>ÉCÉDENS</small>.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>accourant et jettant son manteau</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ALÉDICTION</small>! Il a le porte-feuille. J'ai vu le traître l'emporter, quand
+je suis entré chez Monsieur.<a name="page_115" id="page_115"></a></p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>O Monsieur Fal! vous vous êtes pressé!</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Non, Monsieur, au contraire. Il est resté plus d'une heure avec moi: m'a
+fait achever le contrat, y insérer la donation qu'il fait. Puis il m'a
+remis mon reçu, au bas duquel était le vôtre; en me disant que la somme
+est à lui; qu'elle est un fruit d'hérédité; qu'il vous l'a remise en
+confiance....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>O scélérat! Il n'oublie rien!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Que de trembler sur l'avenir!</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small>.</p>
+
+<p>Avec ces éclaircissemens, ai-je pu refuser le porte-feuille qu'il
+exigeait? Ce sont trois millions au porteur. Si vous rompez le mariage,
+et qu'il veuille garder l'argent; c'est un mal presque sans remède.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec véhémence</i>.</p>
+
+<p>Que tout l'or du monde périsse; et que je sois débarassé de lui!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>jettant son chapeau sur un fauteuil</i>.</p>
+
+<p>Dussé-je être pendu; il n'en gardera pas une obole! (<i>A Susanne.</i>)
+Veille au dehors, <i>Susanne</i>. (<i>Elle sort.</i>)</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small>.</p>
+
+<p>Avez-vous un moyen de lui faire avouer devant de bons<a name="page_116" id="page_116"></a> témoins, qu'il
+tient ce trésor de Monsieur? Sans cela, je défie qu'on puisse le lui
+arracher!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>S'il apprend par son allemand, ce qui se passe dans l'hôtel, il n'y
+rentrera plus.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Tant mieux! c'est tout ce que je veux! Ah! qu'il garde le reste!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>Lui laisser par dépit l'héritage de vos enfans? ce n'est pas vertu,
+c'est faiblesse.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small> <i>fâché</i>.</p>
+
+<p><i>Figaro!</i></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small> <i>plus fort</i>.</p>
+
+<p>Je ne m'en dédis point. (<i>Au Comte.</i>) Qu'obtiendra donc de vous
+l'attachement, si vous payez ainsi la perfidie?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>se fâchant</i>.</p>
+
+<p>Mais, l'entreprendre sans succès; c'est lui ménager un triomphe....</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE V.</p>
+
+<p class="c">L<small>ES</small> P<small>ÉCÉDENS</small>, SUSANNE.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small> <i>à la porte, et criant</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ONSIEUR</small> <i>Bégearss</i> qui rentre! (<i>Elle sort.</i>)<a name="page_117" id="page_117"></a></p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VI.</p>
+
+<p class="c">L<small>ES</small> P<small>ÉCÉDENS</small>, <i>excepté</i> SUSANNE,</p>
+
+<p class="c">(<i>Ils font tous un grand mouvement.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>hors de lui</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">O</span><small>H</small>! traître!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>très-vîte</i>.</p>
+
+<p>On ne peut plus se concerter; mais si vous m'écoutez, et me secondez
+tous, pour lui donner une sécurité profonde; j'engage ma tête au succès.</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small>.</p>
+
+<p>Vous allez lui parler du porte-feuille et du contrat?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>très-vite</i>.</p>
+
+<p>Non pas; il en sait trop pour l'entammer si brusquement! il faut
+l'amener de plus loin à faire un aveu volontaire. (<i>Au Comte.</i>) Feignez
+de vouloir me chasser.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>troublé</i>.</p>
+
+<p>Mais, mais, sur quoi?</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VII.</p>
+
+<p class="c">L<small>ES</small> P<small>ÉCÉDENS</small>, SUSANNE, BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>accourant</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">M</span><small>ONSIEUR</small> <i>Bégeaaaaaaarss</i>! (<i>Elle se range près de la Comtesse.</i>)<a name="page_118" id="page_118"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>montre une grande surprise</i>.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>s'écrie, en le voyant</i>.</p>
+
+<p>Monsieur <i>Bégearss</i>! (<i>humblement.</i>) Eh bien! ce n'est qu'une
+humiliation de plus. Puisque vous attachez à l'aveu de mes torts le
+pardon que je sollicite; j'espère que Monsieur ne sera pas moins
+généreux.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>étonné</i>.</p>
+
+<p>Qu'y a-t-il donc? Je vous trouve assemblés!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>brusquement</i>.</p>
+
+<p>Pour chasser un sujet indigne.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>plus surpris encore, voyant le Notaire</i>.</p>
+
+<p>Et Monsieur <i>Fal</i>?</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small>, <i>lui montrant le contrat</i>.</p>
+
+<p>Voyez qu'on ne perd point de temps, tout ici concourt avec vous.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>surpris</i>.</p>
+
+<p>Ha! ha!.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>impatient, à Figaro</i>.</p>
+
+<p>Pressez-vous; ceci me fatigue.</p>
+
+<p>(<i>Pendant cette scène, Bégearss les examine l'un après l'autre, avec la
+plus grande attention.</i>)</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>l'air suppliant, adressant la parole au Comte</i>.</p>
+
+<p>Puisque la feinte est inutile; achevons mes tristes aveux. Oui, pour
+nuire à Monsieur <i>Bégearss</i>, je répète avec confusion, que je me suis
+mis à l'épier, le suivre, et le troubler<a name="page_119" id="page_119"></a> par-tout: (<i>au Comte</i>) car
+Monsieur n'avait pas sonné, lorsque je suis entré chez lui, pour savoir
+ce qu'on y fesait du coffre aux brillans de Madame, que j'ai trouvé-là
+tout ouvert.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Certes! ouvert à mon grand regret!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>fait un mouvement inquiétant</i>.</p>
+
+<p>(<i>A part.</i>) Quelle audace!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>se courbant, le tire par l'habit pour l'avertir</i>.</p>
+
+<p>Ah! mon Maître!</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small>, <i>effrayé</i>.</p>
+
+<p>Monsieur!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>au Comte</i>, (<i>à part.</i>)</p>
+
+<p>Modérez-vous; ou nous ne sçaurons rien.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>frappe du pied</i>.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>l'examine</i>.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>soupirant, dit au Comte</i>.</p>
+
+<p>C'est ainsi que sachant Madame enfermée avec lui, pour brûler de
+certains papiers dont je connaissais l'importance; je vous ai fait venir
+subitement.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>au Comte</i>.</p>
+
+<p>Vous l'ai-je dit?</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>mord son mouchoir de fureur</i>.</p>
+
+<p class="charat">S<small>USANNE</small>, <i>bas à Figaro</i>, (<i>par derrière.</i>)</p>
+
+<p>Achève, achève!<a name="page_120" id="page_120"></a></p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Enfin vous voyant tous d'accord, j'avoue que j'ai fait l'impossible pour
+provoquer entre Madame et vous la vive explication..... qui n'a pas eu
+la fin que j'espérais.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à Figaro, avec colère</i>.</p>
+
+<p>Finissez-vous ce plaidoyer?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>bien humble</i>.</p>
+
+<p>Hélas! je n'ai plus rien à dire; puisque c'est cette explication qui a
+fait chercher Monsieur <i>Fal</i>, pour finir ici le contrat. L'heureuse
+étoile de Monsieur a triomphé de tous mes artifices..... Mon maître! en
+faveur de trente ans.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec humeur</i>.</p>
+
+<p>Ce n'est pas à moi de juger. (<i>Il marche vîte.</i>)</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>Monsieur <i>Bégearss</i>!....</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>qui a repris sa sécurité, dit ironiquement</i>.</p>
+
+<p>Qui! moi? cher ami, je ne comptais guères vous avoir tant d'obligations!
+(<i>Elevant son ton.</i>) Voir mon bonheur accéléré par le coupable effort
+destiné à me le ravir! (<i>A Léon et Florestine.</i>) O jeunes gens! quelle
+leçon! marchons avec candeur dans le sentier de la vertu. Voyez que tôt
+ou tard l'intrigue est la perte de son auteur.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>prosterné</i>.</p>
+
+<p>Ah! oui!<a name="page_121" id="page_121"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>au Comte</i>.</p>
+
+<p>Monsieur, pour cette fois encore, et qu'il parte!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>à Bégearss, durement</i>.</p>
+
+<p>C'est-là votre arrêt?..... j'y souscris.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>ardemment</i>.</p>
+
+<p>Monsieur <i>Bégearss</i>! je vous le dois. Mais je vois M. <i>Fal</i> pressé
+d'achever un contrat.....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>brusquement</i>.</p>
+
+<p>Les articles m'en sont connus.</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small>.</p>
+
+<p>Hors celui-ci. Je vais vous lire la donation que Monsieur fait...
+(<i>cherchant l'endroit.</i>) M., M., M., Messire <i>James-Honoré Bégearss</i>....
+Ah! (<i>il lit</i>) «et pour donner à la Demoiselle future épouse, une preuve
+non équivoque de son attachement pour elle; ledit Seigneur futur époux
+lui fait donation entière de tous les grands biens qu'il possède;
+consistant aujourd'hui, (<i>il appuie en lisant</i>) (ainsi qu'il le déclare,
+et les a exhibés à nous Notaires soussignés), en trois millions d'or ici
+joints, en très-bons effets au porteur.» (<i>Il tend la main en lisant.</i>)</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Les voilà dans ce porte-feuille. (<i>Il donne le porte-feuille à Fal.</i>) Il
+manque deux milliers de louis, que je viens d'en ôter pour fournir aux
+apprêts des noces.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small> <i>montrant le Comte, et vivement</i>.</p>
+
+<p>Monsieur a décidé qu'il paierait tout; j'ai l'ordre.<a name="page_122" id="page_122"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>tirant les effets de sa poche et les remettant au notaire</i>.</p>
+
+<p>En ce cas enregistrez-les; que la donation soit entière!</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small> <i>retourné, se tient la bouche pour ne pas rire</i>.</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small> <i>ouvre le porte-feuille, y remet les effets</i>.</p>
+
+<p class="charat">M. F<small>AL</small> <i>montrant Figaro</i>.</p>
+
+<p>Monsieur va tout additionner, pendant que nous achèverons. (<i>Il donne le
+porte-feuille ouvert à Figaro; qui, voyant les effets, dit:</i>)</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>l'air exalté</i>.</p>
+
+<p>Et moi j'éprouve qu'un bon repentir est comme toute bonne action; qu'il
+porte aussi sa récompense.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>En quoi?</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>.</p>
+
+<p>J'ai le bonneur de m'assurer qu'il est ici plus d'un généreux homme. Oh!
+que le Ciel comble les v&oelig;ux de deux amis aussi parfaits! Nous n'avons
+nul besoin d'écrire. (<i>Au Comte.</i>) Ce sont vos effets au porteur: oui
+Monsieur, je les reconnais. Entre M. <i>Bégearss</i> et vous, c'est un combat
+de générosité; l'un donne ses biens à l'époux; l'autre les rend à sa
+future! (<i>Aux jeunes gens.</i>) Monsieur, Mademoiselle! Ah! quel
+bienfaisant protecteur, et que vous allez le chérir...... Mais, que
+dis-je? l'enthousiasme m'aurait-il fait commettre une indiscrétion
+offensante? (<i>Tout le monde garde le silence.</i>)<a name="page_123" id="page_123"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>un peu surpris, se remet; prend son parti, et dit</i>:</p>
+
+<p>Elle ne peut l'être pour personne, si mon ami ne la désavoue pas; s'il
+met mon âme à l'aise, en me permettant d'avouer que je tiens de lui ces
+effets. Celui-là n'a pas un bon c&oelig;ur, que la gratitude fatigue; et
+cet aveu manquait à ma satisfaction. (<i>montrant le Comte.</i>) Je lui dois
+bonheur et fortune; et quand je les partage avec sa digne fille, je ne
+fais que lui rendre ce qui lui appartient de droit. Remettez-moi le
+porte-feuille; je ne veux avoir que l'honneur de le mettre à ses pieds
+moi-même, en signant notre heureux contrat. (<i>Il veut le reprendre.</i>)</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>sautant de joie</i>.</p>
+
+<p>Messieurs, vous l'avez entendu? vous témoignerez s'il le faut. Mon
+maître, voilà vos effets; donnez-les à leur détempteur, si vôtre c&oelig;ur
+l'en juge digne. (<i>Il lui remet le porte-feuille.</i>)</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>se levant, à Bégearss</i>.</p>
+
+<p>Grand Dieu! les lui donner! homme cruel sortez de ma maison; l'enfer
+n'est pas aussi profond que vous! grâce à ce bon vieux serviteur, mon
+imprudence est réparée: sortez à l'instant de chez moi.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>O mon ami! vous êtes encore trompé!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>hors de lui, le bride de sa lettre ouverte</i>.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>Et cette lettre, Monstre! m'abuse-t-elle aussi?<a name="page_124" id="page_124"></a></p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>la voit; furieux, il arrache au Comte la lettre, et se montre
+tel qu'il est</i>.</p>
+
+<p>Ah!.... Je suis joué! mais j'en aurai raison.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>.</p>
+
+<p>Laissez en paix une famille que vous avez remplie d'horreur.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>furieux</i>.</p>
+
+<p>Jeune insensé! c'est toi qui vas payer pour tous; je t'appelle au
+combat.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>vîte</i>.</p>
+
+<p>J'y cours.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>vîte</i>.</p>
+
+<p>Léon!</p>
+
+<p class="charat">L<small>A</small> C<small>OMTESSE</small>, <i>vîte</i>.</p>
+
+<p>Mon fils!</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>vîte</i>.</p>
+
+<p>Mon frère!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p><i>Léon!</i> Je vous défends..... (<i>à Bégearss</i>) Vous vous êtes rendu indigne
+de l'honneur que vous demandez: Ce n'est point par cette voie-là qu'un
+homme comme vous doit terminer sa vie.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>fait un geste affreux, sans parler</i>.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>arrêtant Léon, vivement</i>.</p>
+
+<p>Non, jeune homme! vous n'irez point; Monsieur votre père a raison, et
+l'opinion est réformée sur cette horrible frénésie; on ne combattra plus
+ici que les ennemis de l'état. Laissez-le en proie à sa fureur; et s'il
+ose vous attaquer,<a name="page_125" id="page_125"></a> défendez-vous comme d'un assassin; personne ne
+trouve mauvais qu'on tue une bête enragée! mais il se gardera de l'oser;
+l'homme capable de tant d'horreurs doit être aussi lâche que vil!</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>hors de lui</i>.</p>
+
+<p>Malheureux!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>frappant du pied</i>.</p>
+
+<p>Nous laissez-vous enfin? c'est un supplice de vous voir. (<i>La Comtesse
+est effrayée sur son siége; Florestine et Susanne la soutiennent; Léon
+se réunit à elles.</i>)</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>, <i>les dents serrées</i>.</p>
+
+<p>Oui morbleu! je vous laisse; mais j'ai la preuve en main de votre infâme
+trahison! vous n'avez demandé l'agrément de Sa Majesté, pour échanger
+vos biens d'Espagne, que pour être à portée de troubler sans péril
+l'autre côté des pyrénées.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>.</p>
+
+<p>O monstre! que dit-il?</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Ce que je vais dénoncer à <i>Madrid</i>. N'y eût-il que le buste en grand
+d'un <i>Washington</i>, dans votre cabinet; j'y fais confisquer tous vos
+biens.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small> <i>criant</i>.</p>
+
+<p>Certainement; le tiers au dénonciateur.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small>.</p>
+
+<p>Mais, pour que vous n'échangiez rien, je cours chez<a name="page_126" id="page_126"></a> notre ambassadeur
+arrêter dans ses mains l'agrément de Sa Majesté, que l'on attend par ce
+courrier.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>tirant un paquet de sa poche, s'écrie vivement</i>:</p>
+
+<p>L'agrément du Roi? le voici; j'avais prévu le coup; je viens, de votre
+part, d'enlever le paquet au secrétariat d'ambassade; le courrier
+d'Espagne arrivait!</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>avec vivacité, prend le paquet</i>.</p>
+
+<p class="charat">B<small>ÉGEARSS</small> <i>furieux, frappe sur son front, fait deux pas pour sortir et se
+retourne</i>.</p>
+
+<p>Adieu, famille abandonnée! maison sans m&oelig;urs et sans honneur! Vous
+aurez l'impudeur de conclure un mariage abominable, en unissant le frère
+avec la s&oelig;ur: mais l'univers saura votre infâmie! (<i>Il sort.</i>)</p>
+
+<p>
+<br />
+</p>
+
+<p class="ch">SCÈNE VIII<sup>e</sup>. <small>ET DERNIÈRE</small>.</p>
+
+<p class="c">L<small>ES</small> P<small>ÉCÉDENS</small>, <i>excepté</i> BÉGEARSS.</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small> <i>follement</i>.</p>
+
+<p class="nind"><span class="letra">Q</span><small>U'IL</small> fasse des libelles! dernière ressource des lâches! Il n'est plus
+dangereux; bien démasqué: à bout de voie, et pas vingt-cinq louis dans
+le monde! Ah Monsieur <i>Fal</i>! je me serais poignardé s'il eût gardé les
+deux mille louis qu'il avait soustraits du paquet! (<i>Il reprend un ton
+grave.</i>) D'ailleurs, nul ne sait mieux que lui, que par la nature<a name="page_127" id="page_127"></a> et la
+loi, ces jeunes gens ne se sont rien; qu'ils sont étrangers l'un à
+l'autre.</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small> <i>l'embrasse et crie</i>:</p>
+
+<p><i>O Figaro!</i>.... Madame, il a raison.</p>
+
+<p class="charat">L<small>ÉON</small>, <i>très-vîte</i>.</p>
+
+<p>Dieux! Maman! quel espoir!</p>
+
+<p class="charat">F<small>LORESTINE</small>, <i>au Comte</i>.</p>
+
+<p>Eh quoi! Monsieur, n'êtes-vous plus....</p>
+
+<p class="charat">L<small>E</small> C<small>OMTE</small>, <i>ivre de joie</i>.</p>
+
+<p>Mes enfans, nous y reviendrons; et nous consulterons, sous des noms
+supposés, des gens de loi, discrets, éclairés, pleins d'honneur. O mes
+enfans! il vient un âge où les honnêtes gens se pardonnent leurs torts,
+leurs anciennes foiblesses! font succéder un doux attachement aux
+passions orageuses qui les avaient trop désunis. <i>Rosine!</i> (c'est le nom
+que votre époux vous rend.) allons nous reposer des fatigues de la
+journée. <i>Monsieur Fal!</i> restez avec nous. Venez mes deux enfans!&mdash;&mdash;
+<i>Susanne</i>, embrasse ton mari! et que nos sujets de querelles soient
+ensevelis pour toujours! (<i>à Figaro.</i>) Les deux mille louis qu'il avait
+soustraits, je te les donne, en attendant la récompense qui t'est bien
+dûe!....</p>
+
+<p class="charat">F<small>IGARO</small>, <i>vivement</i>.</p>
+
+<p>A moi, Monsieur? non s'il vous plait; moi, gâter par un vil salaire, le
+bon service que j'ai fait? ma récompense est de mourir chez vous. Jeune,
+si j'ai failli souvent;<a name="page_128" id="page_128"></a> que ce jour acquitte ma vie! O ma vieillesse!
+pardonne à ma jeunesse, elle s'honorera de toi. Un jour a changé notre
+état! plus d'oppresseur, d'hypocrite insolent! Chacun a bien fait son
+devoir: ne plaignons point quelques momens de trouble; on gagne assez
+dans les familles quand on en expulse un méchant.</p>
+
+<p class="c"><small>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</small></p>
+
+<hr class="full" />
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'autre Tartuffe, ou La mère coupable, by
+Pierre Augustin Caron de Beaumarchais
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'AUTRE TARTUFFE ***
+
+***** This file should be named 34841-h.htm or 34841-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/4/8/4/34841/
+
+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
+produced from images available at the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>