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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:00:18 -0700
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+The Project Gutenberg EBook of Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse
+(5/9), by Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)
+
+Author: Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont
+
+Release Date: October 2, 2010 [EBook #33832]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES DU MARÉCHAL MARMONT ***
+
+
+
+
+Produced by Mireille Harmelin, Rénald Lévesque and the
+Online Distributed Proofreaders Europe at
+http://dp.rastko.net. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica)
+
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+
+
+
+MÉMOIRES
+DU MARÉCHAL MARMONT
+DUC DE RAGUSE
+DE 1792 A 1841
+
+IMPRIMÉS SUR LE MANUSCRIT ORIGINAL DE L'AUTEUR
+AVEC
+LE PORTRAIT DU DUC DE REISCHSTADT
+CELUI DU DUC DE RAGUSE
+ET QUATRE FAC-SIMILE DE CHARLES X, DU DUC D'ANGOULÊME, DE L'EMPEREUR
+NICOLAS ET DU DUC DE RAGUSE
+
+
+TOME CINQUIÈME
+
+PARIS
+PERROTIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR 41, RUE FONTAINE-MOLIÈRE, 41
+
+
+
+L'éditeur se réserve tous droits de traduction et de reproduction.
+
+
+1857
+
+
+
+
+MÉMOIRES
+DU MARÉCHAL
+DUC DE RAGUSE
+
+
+
+
+LIVRE SEIZIÈME
+
+1813
+
+SOMMAIRE.--Situation et faiblesse de la grande armée après la campagne
+de Russie.--Organisation d'une nouvelle armée dite d'observation du
+Mein.--Création des régiments provisoires.--Canonnière de
+marine.--Composition de l'armée du Mein.--Arrivée du duc de Raguse à
+Mayence.--Composition du sixième corps, sous les ordres de
+Marmont.--Marche sur Dresde.--Combat de Wiessenfels.--Mort du duc
+d'Istrie.--Napoléon établit son quartier général à
+Lutzen.--Reconnaissance de l'ennemi exécutée par le sixième
+corps.--Bataille de Lutzen 2 mai 1813.--Combats de nuit contre la
+cavalerie ennemie.--Danger que court le duc de Raguse.--Paroles de
+l'Empereur.--Entrée de l'armée française à Dresde.
+
+Je passai les mois de janvier et de février 1813 à soigner mes
+blessures, impatient de rentrer en campagne. Grâce à la force de mon
+tempérament, dès le mois de mai, je fus en état de partir. Après quinze
+jours passés à Châtillon, où j'arrêtai les travaux dont la suite devait
+m'occuper d'une manière si grave et si importante, je me mis en route
+pour l'armée.
+
+Les deux mois et demi passés à Paris et à la cour firent époque pour
+moi. Étranger aux plaisirs et aux splendeurs de ce séjour, depuis neuf
+ans, je n'avais pas quitté les camps; et, sous le régime impérial, je
+n'avais habité la capitale que pendant six semaines environ et à trois
+reprises différentes, à l'époque du couronnement, en 1809, après la paix
+de Vienne, et à l'époque de la naissance du roi de Rome, avant d'aller
+prendre le commandement de l'armée de Portugal. Aussi, sur ce terrain,
+tout était neuf pour moi. La cour, encore brillante, présentait
+cependant un horizon sombre à tous les yeux. La défection du corps
+prussien d'York, indice effrayant de la situation des esprits, donnait à
+chacun le pressentiment de grands et de nouveaux malheurs. Et cependant
+la fortune est venue au secours du courage, et il n'a tenu qu'à Napoléon
+de rasseoir pour toujours sa puissance ébranlée; mais il devait se
+charger lui-même de se détruire et périr par un suicide politique.
+
+Depuis plusieurs années, Napoléon, rappelant, autant qu'il le pouvait,
+dans les habitudes, les usages anciens de la cour de France, exigeait
+que l'on vint à ses fêtes en habit habillé. L'intérêt des manufactures
+servait de prétexte à cet usage singulier, imitation servile du passé.
+Rien n'était si extraordinaire que ce travestissement de soldats dont la
+parure était les cicatrices et l'air martial bien plus que la grâce et
+l'élégance. Je me fis faire de beaux habits pour me conformer à l'ordre
+donné, et ma manche ouverte, mon bras en écharpe et sans mouvement,
+faisaient ressortir ce que ce costume avait de bizarre.
+
+ * * * * *
+
+Les historiens de la campagne de 1812 en Russie ont raconté ses
+désastres avec trop de détails pour que, sans y avoir assisté, je
+m'occupe de les décrire. L'ouvrage de M. de Ségur porte avec lui la
+conviction et doit être placé en première ligne. J'ai pu juger, dans la
+campagne suivante, des dispositions physiques et morales de Napoléon. Il
+était en 1813 tel que M. de Ségur le dépeint en 1812. Plus tard, j'ai pu
+apprécier l'exactitude de ses récits quand il décrit les lieux où se
+sont passées les grandes scènes de cette époque. Enfin il a bien peint
+le caractère des événements dans une armée livrée à de semblables
+circonstances, et c'est lui qui, à mon avis, doit faire autorité dans
+l'avenir.
+
+La grande armée n'existait plus que de nom. À peine les régiments
+conservaient-ils des fragments de cadres. L'effectif présent sous les
+armes, dans le cadre d'un grand nombre de divisions, ne s'élevait pas à
+plus de huit à neuf cents hommes. Les hommes échappés à la mort étaient
+prisonniers ou éparpillés, sans armes et sans organisation. Quelques
+corps, restés en Prusse et à Dantzig, furent victimes à leur tour des
+rigueurs de la saison et éprouvèrent une grande diminution. De leur côté
+aussi les troupes ennemies, sans avoir été désorganisées, étaient
+beaucoup réduites, malgré les soins qu'on avait pris pour leur
+conservation pendant la poursuite des opérations. Néanmoins leur nombre
+et leur état les rendaient très-supérieures aux nôtres et fort
+redoutables.
+
+La défection de la Prusse avait mis inopinément dans la balance de
+nouvelles forces contre nous, et ces forces étaient aussi redoutables
+par le nombre des soldats que par l'esprit qui les animait.
+L'enthousiasme de la nation la fit se lever, pour ainsi dire, tout
+entière pour assurer sa délivrance.
+
+La ville de Dantzig, abandonnée à elle-même, fut bloquée, ainsi que les
+diverses places de la Vistule. Cependant le vice-roi, qui commandait
+cette prétendue grande armée, dont les débris réorganisés composaient un
+corps de tout au plus douze mille hommes, formé de quatre divisions,
+était resté à Posen aussi longtemps qu'il l'avait pu sans danger. Il
+s'était ensuite retiré lentement et s'était arrêté à Berlin. Enfin,
+quand le mouvement des armées ennemies et la levée en masse de la Prusse
+l'y forcèrent, il se réfugia derrière l'Elbe, où il reçut des renforts
+considérables.
+
+L'hiver de 1813 se passa ainsi en Allemagne. Pendant ce temps, une
+nouvelle armée, sous le nom d'armée d'observation du Mein, se formait
+sur la frontière et se préparait à entrer en campagne.
+
+Les désastres survenus en Russie avaient été ressentis vivement par la
+France entière. Quelque lourd qu'eût paru le fardeau de la guerre,
+quelle que fût l'impopularité de l'Empereur et de ses entreprises
+gigantesques, qui, se renouvelant chaque année, épuisaient toujours
+davantage les peuples, l'honneur national, accoutumé, par des succès
+continuels, à dicter partout des lois, se réveilla au bruit des revers.
+Le sentiment patriotique fit faire des efforts extraordinaires pour
+mettre Napoléon à même de reprendre sa position perdue et de rétablir
+son influence sur l'Europe. On espérait que Napoléon était corrigé, et
+qu'enfin la France pourrait jouir de sa puissance au sein du repos. Les
+levées se firent avec facilité et empressement. Une réquisition immense
+de chevaux s'exécuta promptement et sans murmures. Tout marcha avec une
+telle rapidité, que les armées semblaient sortir de terre.
+
+Avant de commencer la campagne de Russie, l'Empereur avait emmené avec
+lui tout ce qu'il y avait de disponible dans l'armée. Il n'avait laissé
+en France que des dépôts; mais, par une sage prévoyance, il avait
+ordonné la levée de cent bataillons de réserve, sous le nom de
+_cohortes_. Afin de se ménager la ressource des conscriptions futures,
+il l'avait fait faire sur les conscriptions passées, c'est-à-dire parmi
+les hommes libérés, mesure injuste et odieuse, mais qui lui fournit des
+hommes faits, robustes, de l'âge de vingt-deux à vingt-huit ans, et
+plus en état que ceux des levées annuelles de supporter les fatigues de
+la guerre. Pour déguiser aux yeux de ces hommes, appelés contre toute
+espèce de droit, la rigueur dont ils étaient l'objet, le
+sénatus-consulte, rendu à cette occasion, déclara que ces nouveaux
+soldats n'auraient d'autre destination que la défense du territoire de
+l'Empire; qu'ils ne pourraient en sortir; et, pour présenter à l'esprit
+l'idée d'une organisation particulière adaptée à cette destination
+spéciale, on les plaça dans des corps nouvellement formés sous le nom de
+cohortes au lieu de bataillons.
+
+M. de Lacépède, orateur du Sénat, prononça, en présentant l'acte qui
+mettait l'Empereur en possession de cette ressource, les paroles
+suivantes, qui furent au reste frappées de ridicule, au moment même où
+elles furent proférées: «Mais ces jeunes soldats auront à gémir du sort
+qui leur est réservé, de rester loin des dangers et du théâtre de la
+gloire des armes françaises.» Le théâtre de la guerre se rapprocha d'eux
+et vint les chercher. Un nouveau sénatus-consulte, rendu dans l'hiver de
+1812 à 1813, autorisa à les mobiliser et à en faire des régiments, qui
+prirent de nouveaux numéros dans l'armée. Ces corps, ayant été levés au
+moment du plus grand déploiement de nos forces, avaient reçu un grand
+nombre d'officiers fort médiocres et trop âgés, en réforme ou en
+retraite, rappelés au service, mais les soldats étaient admirables. Les
+cent cohortes organisées en régiments prirent les numéros au delà du
+122e et jusqu'à 130 et quelques. Ces corps formèrent la première
+ressource dont l'Empereur disposa.
+
+La conscription annuelle était déjà appelée. Elle servit à remplir les
+cadres d'un grand nombre des troisième et quatrième bataillons, qui
+formèrent des régiments provisoires, et furent envoyés dans le corps
+d'observation du Mein.--Des soldats, tirés des compagnies
+départementales, formèrent un régiment de quatre magnifiques bataillons.
+Napoléon eut, en outre, l'idée de faire servir à terre, et comme
+infanterie, les canonniers de la marine, corps nombreux, brave et fort
+inutile dans les ports en ce moment. Il ordonna son doublement en y
+versant un nombre de conscrits égal à celui des vieux soldats. On forma
+ainsi quinze bataillons de campagne, qui entrèrent dans la composition
+de mon corps d'armée. Enfin, Napoléon appela à lui un corps de trois
+divisions, formées avec des troupes de l'armée d'Italie, composé
+d'anciens régiments, dont la gloire et le courage rappelaient notre beau
+temps militaire. Ce corps, confié au général Bertrand, traversa le
+Tyrol, et vint nous rejoindre dans les plaines de la Saxe.
+
+L'armée d'observation du Mein se composa en dernière analyse de corps
+dont les numéros définitifs, dans la grande armée, furent les suivants:
+
+Troisième corps, maréchal Ney, quatre divisions;
+
+Quatrième corps, général Bertrand, trois divisions, dont une
+wurtembergeoise;
+
+Sixième corps, duc de Raguse, quatre divisions, dont trois seulement
+furent organisées (canonniers de la marine).
+
+Le premier corps, prince d'Eckmühl, quatre divisions. Il était sur le
+bas Elbe, où il se réorganisait.
+
+Le deuxième corps, duc de Bellune, qui était à Magdebourg. Il fut formé
+fort tard, et il ne put prendre part à la première partie de la
+campagne.
+
+Les cinquième, onzième et douzième corps, commandés par le général
+Lauriston et les maréchaux Macdonald et Oudinot, chacun de trois
+divisions (cohortes). Ils avaient déjà rejoint le vice-roi.
+
+Enfin, aux forces ci-dessus il faut ajouter la garde impériale, dont
+l'infanterie s'élevait à quinze mille hommes et la cavalerie à quatre
+mille, seule cavalerie, au reste, qui fût alors disponible dans toute
+l'armée. Ces forces, organisées pendant le cours de l'hiver, étaient en
+état de rentrer en campagne à la fin d'avril. Cependant l'Empereur ne se
+contenta point de ces préparatifs, quelque considérables qu'ils fussent
+déjà. Il ordonna encore bien d'autres levées. De plus il stimula les
+alliés pour remplacer leurs contingents, dont, il est vrai, il ne
+restait presque plus que le souvenir. Les effets de ces mesures
+extraordinaires, soutenues par une grande activité et une puissante
+volonté, se firent sentir successivement pendant le cours de la première
+partie de la campagne et de l'armistice qui s'ensuivit. Des secours de
+toute nature ne cessèrent d'arriver, en sorte que l'armée se trouva, à
+la fin de l'été, composée, il est vrai, en grande partie de très-jeunes
+soldats, peu en état de supporter longtemps les fatigues de la guerre,
+mais aussi forte en nombre d'hommes et en chevaux qu'elle eût jamais
+été. Ce n'est pas, au surplus, le moment d'entreprendre cette partie de
+mes récits. Nous en sommes seulement à présent à la formation des
+troupes entrant les premières en ligne, après les désastres survenus en
+Russie, et qui combattirent à Lutzen.
+
+Je me rendis à Mayence, où j'arrivai le 24 mars, encore très-souffrant
+de ma blessure reçue en Espagne. Mes plaies, encore ouvertes, exigeaient
+des soins journaliers, et mon bras était encore sans aucun mouvement.
+Beaucoup d'autres, à ma place, eussent réclamé du repos pour assurer
+leur guérison; mais le repos, au milieu du mouvement de la guerre, eût
+été pour moi une maladie mortelle. Je n'étais pas encore rassasié de
+cette vie de périls et d'émotions qui échauffent le coeur, exaltent
+l'esprit, décuplent l'existence. Le temps et les malheurs ne m'avaient
+pas encore désenchanté en me montrant les illusions dont elle est
+souvent remplie.
+
+Les dispositions de l'Empereur avaient ordonné la formation de mon corps
+d'armée en quatre divisions d'infanterie; mais la quatrième, n'ayant eu
+qu'une organisation incomplète, reçut peu après une autre destination.
+Mon corps d'armée ne se composa donc réellement, pendant toute la
+campagne, que de trois divisions formées de quarante bataillons. Quinze
+de ces bataillons appartenaient à l'artillerie de la marine. Ils étaient
+composés moitié d'anciens soldats, et l'autre moitié de recrues,
+incorporées au moment où ils se mirent en marche des grands ports où ils
+tenaient garnison. Les vingt-cinq autres bataillons furent composés,
+savoir: du 37e léger, nouveau corps, mais formé de vieux soldats tirés
+par détachement des compagnies départementales; de vingt troisième et
+quatrième bataillons de différents régiments des armées d'Espagne,
+organisés en régiments provisoires; enfin, d'un bataillon espagnol.
+
+ 1er régiment d'infanterie de la marine, quatre bataillons.
+ 2e régiment, infanterie de marine, six bataillons.
+ 3e régiment, infanterie de marine, deux bataillons.
+ 4e régiment, infanterie de marine, trois bataillons.
+ 37e léger, deux bataillons.
+ 32e léger, deux bataillons.
+ 23e léger, deux bataillons.
+ 11e provisoire, deux bataillons.
+ 13e provisoire, deux bataillons.
+ 15e de ligne, deux bataillons.
+ 16e provisoire, deux bataillons.
+ 70e de ligne, deux bataillons.
+ 120e de ligne, deux bataillons.
+ 20e provisoire, deux bataillons.
+ 25e provisoire, deux bataillons.
+ Corps Joseph Napoléon, un bataillon.
+
+L'artillerie se composa de quatre-vingt-quatre bouches à feu. L'extrême
+pénurie éprouvée en cavalerie empêcha de m'en donner une seule division
+ou même une seule brigade. J'eus à ma disposition seulement les lanciers
+de Berg, composés d'environ deux cents chevaux. Les régiments
+d'artillerie de la marine, faisant le fond de mon corps d'armée,
+méritaient beaucoup d'éloges pour leur bravoure et leur bon esprit.
+Jamais soldats ne se sont exposés de meilleure grâce au canon de
+l'ennemi, et n'y sont restés avec plus de fermeté. Mais ces troupes
+avaient une grande maladresse et un manque complet d'expérience de la
+guerre de terre. Elles eurent en conséquence, pendant quelque temps,
+beaucoup de désavantage devant l'ennemi. Le personnel des officiers dut
+être remanié. Il fallut nommer à un grand nombre d'emplois. On exerça
+constamment aux manoeuvres et les vieux et les jeunes soldats; même
+pendant les marches, l'instruction fut continuée. On agit de la même
+manière dans les autres bataillons, entièrement composés de conscrits.
+Ceux dont les cadres étaient bons, quoique formés très-rapidement,
+purent être présentés à l'ennemi avec confiance, tant les paysans
+français, belliqueux par essence, sont faciles à dresser. Un bataillon
+du 4e régiment de ligne, dont le cadre était complet et admirable, m'en
+donna la preuve. Ce bataillon, après avoir reçu les recrues à la fin de
+janvier, était un corps modèle au mois de mai suivant.
+
+Mes divisions étaient commandées, savoir: la première par le général
+Compans; la deuxième par le général Bonnet; la troisième, par le général
+Freiderick; mon artillerie, par le général de division Fouché.
+
+J'établis mon quartier général à Hanau, et mes troupes, pour vivre et se
+former, eurent le pays environnant sur la route d'Allemagne, jusques et
+y compris Fulde.
+
+Pendant ce temps, le troisième corps, commandé par le maréchal prince de
+la Moskowa, s'organisait dans le duché de Saxe. La gauche se formait à
+Mayence, et la cavalerie en Lorraine et dans le Palatinat du Rhin. Le
+vice-roi avait son quartier général à Strassfurth et le maréchal Ney, à
+Meiningen. Les corps ennemis étaient ainsi placés: celui de York à
+Dessau; Wittgenstein, au delà de l'Elbe, et la masse des troupes,
+réunies en arrière de Dresde, prêtes à déboucher.
+
+Je portai, le 13 avril, ma deuxième division sur Vach. Le 15, elle prit
+position à Eisenach, tandis que la première la remplaça à Vach, et que
+le prince de la Moskowa débouchait sur Erfurth.
+
+Le mouvement commencé continua, et, le 21, ma deuxième division, qui
+tenait la tête de la colonne, arriva à Gotha, la première à Langensalza
+et la troisième à Eisenach, où, dès le 19, j'avais porté mon quartier
+général.
+
+Pendant ces marches, nos troupes achevaient de s'organiser. De son côté,
+le vice-roi, marchant pour faire sa jonction, arrivait à Mersebourg. Le
+1er mai, au matin, le troisième corps avait débouché de Weissenfels, où
+je l'avais remplacé. Une avant-garde ennemie eut avec lui un léger
+engagement dans lequel le maréchal Bessières fut tué. C'était un de nos
+compagnons d'Italie et sa perte fut appréciée par l'armée. Je la
+ressentis plus vivement que d'autres à cause de nos souvenirs communs.
+Séparés pendant longtemps et ayant eu pour lui quelques motifs
+d'éloignement, nous nous étions rapprochés, et notre ancienne amitié
+s'était réveillée. Homme d'esprit et de coeur, il donna toujours à
+l'Empereur des avis utiles. Vingt et un jours après, nous devions perdre
+un autre camarade qui m'était bien plus cher. La fortune devait enfin
+s'appesantir sur nous, après nous avoir si longtemps protégés et comblés
+de ses faveurs.
+
+Le troisième corps alla prendre position à Kaia, à Kleingrossgorschen et
+à Starfield. Napoléon se rendit à Lutzen, où il établit son quartier
+général.
+
+Je pris position à Ripach et je mis mon corps d'armée à cheval sur le
+ravin, prêt à marcher dans différentes directions. Pendant ce temps les
+troupes aux ordres du vice-roi, occupant la rive gauche de la Saale,
+s'étaient rencontrées à Mersebourg, et avaient fait leur jonction avec
+celles que Napoléon amenait en personne. L'Empereur ignorait la
+position véritable de l'ennemi et ne supposait pas qu'il se décidât si
+promptement à l'offensive. Une raison suffisante pour ignorer les
+mouvements était notre défaut de cavalerie. Nous ne pouvions pas battre
+la campagne et avoir des nouvelles certaines. Mais Napoléon aurait dû
+réfléchir que l'ennemi, ayant trente mille chevaux, tandis que nous n'en
+avions pas quatre mille, et possédant ainsi sur nous de si grands
+avantages dans un pays aussi plat, aussi découvert, ou ne nous
+attaquerait jamais, ou nous attaquerait en ce moment.
+
+Le 2 mai, Napoléon dirigea les troupes du vice-roi, c'est-à-dire le
+cinquième et le onzième corps sur Leipzig, et se mit en route lui-même
+pour s'y rendre. Il m'envoya auparavant l'ordre de faire une forte
+reconnaissance dans la direction de Pégau avec tout mon corps d'armée,
+de percer tous les rideaux de troupes qui me seraient présentés, afin de
+m'assurer où était la force des masses ennemies. Je me mis en mesure
+d'exécuter ces dispositions. On se le rappelle, j'étais campé sur le
+ravin de Ripach, occupant par une division la rive droite, et la rive
+gauche par les deux autres. Le troisième corps était campé aux villages
+de Grossgorschen, Kaia et Starfield.
+
+L'opération qui m'était prescrite était délicate. M'avancer avec vingt
+mille hommes sans cavalerie, au milieu d'une immense plaine où je
+pouvais subitement être entouré par toutes les forces de l'ennemi,
+exigeait de grandes précautions pour rester en liaison par l'armée, et à
+même d'être soutenu si j'étais inopinément attaqué par des forces
+supérieures. Or j'avais à choisir entre deux chemins dans la direction
+qui m'était donnée. De Ripach on peut aller à Pégau par la rive droite
+et par la rive gauche du ravin. Le chemin de la rive gauche est le plus
+court, et j'étais déjà tout placé sur ce chemin; mais il avait
+l'inconvénient de me séparer du gros des forces de l'armée, de laisser
+mon flanc droit exposé aux attaques de l'ennemi, tandis que j'aurais été
+acculé au ravin à ma gauche. En marchant par la rive droite, le chemin
+était plus long; mais mon flanc devait être couvert par le ravin, ma
+gauche en liaison avec l'armée, ma retraite sur Lutzen était assurée, et
+je couvrais ainsi la portion des troupes qui avait marché sur Leipzig.
+C'est peut-être à cette combinaison sage que nous avons dû un succès
+brillant à la place d'une catastrophe.
+
+Après avoir passé le ravin de Ripach, et avoir formé mes troupes en six
+carrés qui marchaient en échiquier, je me mis en marche en suivant la
+rive droite, et me portant ainsi sur Starfield.
+
+À peine approchions-nous de ce village que nous vîmes se former, sur les
+hauteurs qui le dominent, des masses considérables de cavalerie
+ennemie, soutenues par une nombreuse artillerie, et, en même temps, nous
+entendîmes le canon dans la direction de Kaia et de Grossgorschen. La
+division Gérard, du troisième corps, campée à peu de distance sur la
+rive gauche, et un peu en arrière de Starfield, venait d'être surprise
+par l'ennemi. Elle prenait les armes dans une grande confusion. Son
+artillerie se trouvait sans attelages, ses chevaux ayant été
+inconsidérément aux fourrages. Cette division eût couru de grands
+risques si je fusse arrivé quelques minutes plus tard; mais je hâtai ma
+marche, et je m'empressai de me porter en avant pour la couvrir et lui
+donner le temps de s'organiser.--Les forces que l'ennemi nous montrait
+étaient imposantes: mais, ne voyant encore que de la cavalerie, elles ne
+me parurent cependant pas assez redoutables pour m'empêcher de remplir
+mes instructions. En conséquence, je me décidai à les aborder sans
+perdre un seul moment, afin de juger en quoi elles consistaient au
+juste. Afin d'être à l'abri de tout événement fâcheux si j'avais affaire
+à trop forte partie, je fis occuper en force le village de Starfield,
+destiné ainsi à me servir de point d'appui. Je portai en avant du
+village, et un peu sur la gauche, la division Compans; et, en échelons
+plus à la gauche encore, la division Bonnet. Les troupes, soutenues par
+le feu de ma nombreuse artillerie, se mirent à marcher en avant et au
+pas accéléré. Cette charge s'exécuta avec vigueur et promptitude; mais,
+les forces de l'ennemi augmentant avec rapidité, je vis bientôt qu'une
+grande bataille allait être livrée. Alors j'arrêtai mon mouvement, qui,
+en m'éloignant de mon point de résistance et de sûreté, aurait
+infailliblement occasionné ma perte. Je maintins toutefois mon attitude
+offensive, afin de partager l'attention de l'ennemi et de l'empêcher
+d'écraser les troupes du troisième corps, qui combattaient à Kaia et à
+Kleingrossgorschen. L'ennemi avait dirigé contre elles la majeure partie
+de ses forces, et spécialement beaucoup d'infanterie. La division Gérard
+les ayant rejointes, tout le troisième corps se trouvait engagé; mais ma
+position sur sa droite réduisait à son front le terrain qu'il avait à
+défendre.
+
+Le maréchal Ney, ayant été voir l'Empereur à Lutzen, celui-ci l'engagea
+à l'accompagner à Leipzig. Le maréchal, averti pendant la route, par le
+bruit du canon, de ce qui se passait à son corps d'armée, y retourna en
+toute hâte. Il le trouva aux prises avec l'ennemi depuis deux heures
+environ, et ayant déjà perdu Grossgorschen, Kleingrossgorschen et Kaia.
+L'Empereur, appelé par les mêmes motifs, suivit Ney de près, mais après
+avoir envoyé l'ordre au duc de Tarente de se porter, à marches forcées,
+sur ce point, et de se placer à la gauche du troisième corps.
+
+L'ennemi sentait l'importance de profiter de notre faiblesse pour
+envelopper le troisième corps; mais il ne pouvait y réussir qu'après
+m'avoir forcé moi-même à reculer. Il réunit donc de grandes forces
+contre moi; il dirigea le feu de plus de cent cinquante pièces de canon
+contre mon seul corps d'armée.
+
+Mes troupes supportèrent ce feu terrible avec un grand calme et avec un
+remarquable courage. Les soldats de la division Compans surtout, plus
+exposés que les autres, furent dignes d'admiration. Les rangs
+s'éclaircissaient à chaque instant, mais se reformaient de nouveau, sans
+incertitude, et personne ne songeait à s'éloigner.--Les braves
+canonniers de la marine, accoutumés particulièrement à des combats de
+mer, où l'artillerie joue le principal et presque l'unique rôle,
+semblaient être dans leur élément. Immédiatement après ce feu terrible,
+la cavalerie ennemie s'ébranla, et fit une charge vigoureuse,
+principalement dirigée contre le 1er régiment d'artillerie de la marine.
+Ce régiment, commandé par le colonel Esmond, montra ce que peut une
+bonne infanterie, et l'ennemi vint échouer contre ses baïonnettes.
+D'autres charges furent renouvelées, mais inutilement et sans succès.
+
+L'infanterie ennemie se disposa à venir prendre part au combat, et de
+nouvelles forces en artillerie et en cavalerie furent ajoutées aux
+premières. Un nouvel effort pouvant être tenté et devenir décisif, je me
+décidai à prendre une meilleure position défensive. Je portai mes
+troupes un peu en arrière, de manière à les masquer en partie et à les
+mettre, le mieux possible, à même de soutenir le village de Starfield.
+Toute la division Compans fut mise dans ce village et chargée de le
+défendre. Les manoeuvres de l'ennemi, afin de s'étendre sur ma droite,
+rendaient cette disposition encore plus nécessaire pour empêcher qu'il
+ne passât entre la tête du ravin et le village. En outre, je plaçai en
+deçà et sur le bord du ravin une partie de ma troisième division, ce qui
+suffit pour compléter la sûreté de mon flanc. Le reste de cette division
+resta en réserve pour pourvoir aux cas imprévus.
+
+L'ennemi dirigea une attaque complète sur Starfield; mais elle lui
+réussit mal: elle fut repoussée. Sur ces entrefaites, l'Empereur et les
+troupes de la garde étant arrivées près de Kaia, on se battit sur ce
+point avec acharnement, et ce village, vivement disputé, avait fini par
+rester en notre pouvoir. D'un autre côté, le onzième corps, aux ordres
+du duc de Tarente, dirigé de Schönau (où il était déjà arrivé en
+marchant sur Leipzig), en suivant le chemin qui conduit directement à
+Pégau, s'était emparé du village d'Eidorf, sur l'extrême droite de la
+ligne ennemie. Il s'y était maintenu, malgré les efforts opiniâtres des
+troupes russes, qui, après l'avoir perdu, voulurent le reprendre. Enfin,
+il était cinq heures, et le quatrième corps, venant de Iéna, arrivait en
+arrière de la gauche de l'ennemi, qu'il prenait à revers. Une division
+de ce corps, la division Morand, suffit seule pour compléter ses
+embarras. On dirigea de nouveau contre lui un grand effort en avant de
+Kaia. Cet effort fut soutenu par ma deuxième division, que j'envoyai au
+secours du troisième corps, aussitôt que j'eus reconnu la présence de
+celui du général Bertrand (quatrième corps). Ma division reprit le
+village de Batuna. En ce moment, l'ennemi se décida à la retraite. Alors
+la division Compans déboucha de Starfield et marcha à lui. La division
+Freiderick se plaça à gauche et soutint son mouvement; tandis que la
+division Bonnet, en communication avec le troisième corps, servait de
+pivot à mon mouvement. Nous suivîmes l'ennemi avec autant de rapidité
+que la conservation de l'ordre de notre formation nous le permit. Nous
+continuâmes notre marche jusqu'à la nuit, après avoir fait un changement
+de front presque perpendiculaire, l'aile droite en avant. Notre
+mouvement était réglé sur celui du centre et de la gauche de l'armée.
+Ceux-ci s'arrêtèrent au moment où la nuit commençait. Nous fîmes halte
+à notre tour pour rester en ligne; nous devînmes ainsi stationnaires
+pendant une demi-heure, en présence de l'ennemi, resté maître de
+Grossgorschen et placé en avant de ce village.
+
+L'obscurité était devenue complète. Faute de cavalerie, il y avait
+impossibilité de se faire éclairer. J'avais mis pied à terre pour me
+reposer, quand tout à coup un bruit de chevaux se fit entendre; c'était
+la cavalerie prussienne qui arrivait sur nous. L'état de mes blessures
+m'obligeait à quelques précautions pour me mettre en selle, et, n'ayant
+pas le temps nécessaire pour monter à cheval, je me jetai dans le carré
+formé par le 37e léger, le plus à portée. Ce régiment, ayant peu
+d'ensemble alors, mais depuis devenu très-bon, s'abandonna à une terreur
+panique et se mit à fuir. En même temps, mon escorte et mon état-major
+s'éloignaient du lieu où la charge s'opérait. Ce malheureux régiment en
+déroute les prit pour l'ennemi et tira sur eux. Entraîné par ce
+mouvement, j'avais l'âme navrée en reconnaissant l'erreur qui faisait
+passer par nos armes nos pauvres officiers, et cependant je supposais
+les Prussiens mêlés avec eux. Au milieu de cette confusion, je pensai
+que, si, comme je le croyais, les cavaliers prussiens allaient nous
+sabrer, il était inutile de me faire enlever en me signalant à eux et
+en leur donnant le moyen de me reconnaître aux plumes blanches dont mon
+chapeau était garni. Je fis ma retraite forcée de quelques minutes, mon
+chapeau placé sous mon bras. La foule, allant plus vite que moi, me
+culbuta au passage du fossé de la grande route, mais enfin les fuyards
+s'arrêtèrent. Très-heureusement pour nous, les Prussiens n'avaient pas
+été informés de notre désordre; après avoir chargé sur le 1er régiment
+de la marine, qui avait fait bonne contenance et les avait reçus
+bravement, ils s'étaient retirés.
+
+Le 37e léger s'étant reformé, je lui fis honte de sa conduite. Je
+laissai mes troupes divisées en plusieurs carrés, afin qu'un nouveau
+désordre ne vînt pas tout compromettre; mais je plaçai mes carrés si
+près les uns des autres et les faces les plus voisines des carrés les
+plus rapprochées à si petite distance, qu'elles ne pouvaient pas tirer
+les unes sur les autres et empêchaient cependant l'ennemi de pénétrer
+entre elles.
+
+Mes troupes, ainsi disposées, attendirent. J'avais le pressentiment
+d'une nouvelle entreprise tentée avec des moyens plus complets, et la
+chose arriva comme je l'avais prévue. Vers les dix heures du soir,
+quatre régiments de cavalerie prussienne, dont un des gardes, vinrent
+fondre sur nous. Tout le monde cette fois fit son devoir; aucun
+désordre n'eut lieu, et l'ennemi laissa cinq à six cents hommes morts
+autour de nous, et ensuite se retira. Une heure plus tard, tout étant
+parfaitement tranquille, je portai mes troupes à une petite distance,
+auprès d'un ruisseau et de quelques arbres; elles purent s'établir pour
+la nuit et se reposer ensuite.
+
+La triste échauffourée dont je viens de rendre compte coûta la vie à mon
+premier aide de camp, le colonel Jardet, officier du plus grand mérite,
+tué par nos soldats. Je le regrettai beaucoup. Plusieurs autres
+officiers périrent aussi malheureusement en ce moment, et le cheval de
+mon chef d'état-major reçut onze balles qui le frappèrent à la fois.
+
+Après cette double tentative, l'ennemi évacua Grossgorschen et s'éloigna
+complétement du champ de bataille.
+
+Cette bataille fut glorieuse pour l'armée française, dont les troupes,
+composées en grande partie de nouvelles levées, montrèrent beaucoup de
+valeur. Les résultats en trophées et en prisonniers furent nuls, attendu
+notre manque absolu de cavalerie.
+
+Le soir de la bataille, l'Empereur dit à Duroc: «Je suis de nouveau le
+maître de l'Europe.» Cette bataille de Lutzen, bonne conception de la
+part de Wittgenstein, avait été mal donnée. Il eût dû attendre, pour
+attaquer, le moment où l'armée française eût été plus engagée du côté de
+Leipzig, et en même temps agir avec tous ses moyens réunis. En effet, le
+corps de Miloradowitch, détaché, ne combattit pas. Wittgenstein devait
+agir promptement et en masse par la gauche; une défaite complète des
+troisième et sixième corps aurait eu une très-grande influence sur le
+sort de la campagne. La disproportion de nos forces, si l'ennemi eût agi
+avec plus d'ensemble, jointe à l'avantage résultant de la nature du pays
+et de sa nombreuse cavalerie, l'autorisait à l'espérer.--D'un autre
+côté, Napoléon avait rapidement réparé sa faute en marchant en toute
+hâte au secours de ses corps engagés. Il s'exposa beaucoup en ralliant
+et ramenant à la charge les troupes du troisième corps, qui avaient été
+culbutées. C'est probablement le jour où, dans toute sa carrière, il a
+couru le plus de dangers personnels sur le champ de bataille.
+
+En ce moment, toutes les troupes françaises réunies en Allemagne
+s'élevaient à cent soixante-quinze mille hommes, et cent et quelques
+mille seulement étaient rassemblés sur le champ de bataille de Lutzen.
+
+On estime, et des documents pris à bonne source font croire que la
+totalité des forces russes et prussiennes ne leur étaient pas de
+beaucoup inférieures; quatre-vingt-dix mille hommes se trouvaient à
+Lutzen ou à portée.
+
+Le 3 mai, l'ennemi s'étant retiré sur Pégau, dans la direction de
+Dresde, le duc de Tarente fut mis à sa poursuite. Je me rendis à
+Löbnitz, et je dirigeai des avant-gardes sur Berna. Le troisième corps,
+ayant le plus souffert pendant la bataille, resta à Lutzen; il était
+d'ailleurs destiné à passer l'Elbe à Wittenberg.
+
+Je marchai au soutien du onzième corps, qui eut plusieurs engagements
+plus ou moins sérieux, entre autres à Colditz. L'ennemi continua son
+mouvement en bon ordre sur l'Elbe, en marchant sur diverses colonnes;
+mais la majeure partie prit la direction de Dresde.
+
+Nous arrivâmes devant cette ville le 8, et nous y entrâmes
+immédiatement, tandis que l'empereur de Russie et le roi de Prusse
+quittaient le jour même la ville neuve, où ils avaient, depuis
+quarante-huit heures, établi leur quartier général.
+
+
+
+
+CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS
+RELATIFS AU LIVRE SEIZIÈME
+
+
+
+
+LE MINISTRE DE LA GUERRE AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Paris, le 13 mars 1813.
+
+«Monsieur le maréchal, l'Empereur me charge de prévenir Votre Excellence
+qu'il est indispensable qu'au 20 mars vous ayez votre quartier général
+à Francfort, afin que vous puissiez voir par vous même les troupes qui
+doivent composer votre corps d'armée; qu'au 1er avril votre quartier
+général devra être porté à Hanau, et que, du 1er au 15 avril, vos quatre
+divisions devront être placées à Aschaffembourg et à Hanau, à moins de
+nouveaux ordres de Sa Majesté.
+
+«Conformément aux intentions de l'Empereur, j'ai adressé à M. le
+maréchal prince de la Moskowa l'ordre d'établir son quartier général, le
+15 mars, à Hanau: de faire partir, le 20, la première division du
+premier corps d'observation du Rhin, qui est à Aschaffembourg, pour
+prendre position à Wurtzbourg.
+
+«La deuxième division sera réunie le 20 mars à Aschaffembourg, et les
+troisième et quatrième divisions seront réunies à la même époque à
+Hanau. Aussitôt que la deuxième division sera complétement organisée,
+elle partira pour Wurtzbourg, et sera remplacée à Aschaffembourg par la
+troisième division.
+
+«M. le maréchal prince de la Moskowa conservera, jusqu'à nouvel ordre,
+son quartier général à Hanau, et j'ai recommandé à Son Excellence de ne
+laisser aucune de ses troupes à Francfort, pour que le deuxième corps
+d'observation du Rhin puisse se rendre dans cette ville.
+
+«Indépendamment des quatre divisions françaises qui composent le premier
+corps d'observation du Rhin, il y sera attaché deux divisions de troupes
+alliées fournies par Leurs Altesses Royales le grand-duc de
+Hesse-Darmstadt, le grand-duc de Bade, le prince primat, et Sa Majesté
+le roi de Wurtemberg.
+
+«Ces deux divisions seront commandées par le général Marchand, qui
+reçoit l'ordre de porter son quartier général à Wurtzbourg, où les
+contingents qui doivent composer ces divisions seront réunis.
+
+«Une autre division de troupes alliées, fournie par Sa Majesté le roi de
+Bavière, et qui sera commandée par le général comte de Wrede, sera
+également attachée à ce corps d'armée; cette division se réunit à
+Bamberg, Bayreuth et Cromach.
+
+«Ainsi M. le maréchal prince de la Moskowa aura sous ses ordres quatre
+divisions d'infanterie française et trois divisions de troupes alliées;
+au total, sept divisions.
+
+«La cavalerie de ce corps d'armée sera composée de trois brigades qui
+formeront une division.
+
+«Aussitôt que la première division du premier corps d'observation du
+Rhin, commandée par le général Souham, sera arrivée à Wurtzbourg, le
+général Marchand portera sa division en avant de la direction de
+Schweinfurth.
+
+«J'ai aussi adressé au général comte Bertrand, commandant le corps
+d'observation d'Italie, l'ordre de diriger le mouvement de ses troupes
+de manière que la première division soit rendue le 15 avril à
+_Nuremberg_, en passant par Augsbourg; la seconde division à la même
+époque à Neubourg; la troisième à Donawert, et la quatrième à Augsbourg,
+où le général Bertrand doit avoir établi son quartier général le 5
+avril.
+
+«La cavalerie, le parc d'artillerie et les équipages militaires de ce
+corps d'armée devront être rendus, au 15 avril, entre Augsbourg et
+Donawert.
+
+«Tels sont les ordres que j'ai expédiés, et que l'Empereur m'a chargé de
+communiquer à Votre Excellence, pour que vous puissiez connaître le
+mouvement du premier corps d'observation du Rhin, et du corps
+d'observation d'Italie.
+
+«Je vous prie, monsieur le maréchal, de m'instruire des dispositions que
+vous aurez faites pour ce qui concerne votre corps d'armée, afin de me
+mettre à portée d'en rendre compte à Sa Majesté.
+
+«Le ministre de la guerre,
+
+«DUC DE FELTRE.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«Mayence, le 26 mars 1813.
+
+«Sire, aussitôt après mon arrivée à Mayence, j'ai pris connaissance de
+la situation des troupes de mon corps d'armée qui venaient d'arriver. Je
+crois qu'il est de mon devoir d'adresser directement à Votre Majesté un
+tableau général de la situation de ces troupes, afin qu'elle puisse
+prendre à leur égard les dispositions qu'elle jugera convenables.
+
+«Les troupes de marine sont arrivées ou arrivent aujourd'hui ou demain;
+mais ni leur nombre ni la formation des détachements ne cadrent
+nullement avec les états fournis par le ministre de la guerre: il y a eu
+nécessairement erreur ou omission d'ordres. Dans tous les cas, je dois
+le faire connaître à Votre Majesté afin qu'elle connaisse la véritable
+situation de ces troupes.
+
+«L'état du ministre présente trois détachements composant le 1er
+régiment de marine, l'un de 1,400 hommes, l'autre de 1,360, et le
+dernier de 1,750, total, 4,510. Au lieu de cela, les colonnes ont été
+composées, savoir: 985 hommes de Brest, 480 de Lorient, 600 de
+Rochefort, 287 de Toulon, 1,215 d'Anvers, 68 de Boulogne, 45 de
+Cherbourg; total, 3,680; déficit 830 sur le nombre des hommes annoncés
+partis. Je ne parle pas de 219 hommes restés en arrière ou aux hôpitaux,
+mais qui rejoindront plus tard; le déficit est sur les partants.
+
+«Le 2e régiment, d'après l'état du ministre, se compose de 20 hommes,
+39, 14, 1,605, 1,410, 1,410. 1,400; total, 5,898. Au lieu de cela, il
+est parti: première colonne, de Toulon, 1,277 hommes; deuxième, 1,091;
+troisième, 1,563; de Brest, 78; de Cherbourg, 130; de Rochefort, 46;
+total, 4,185; déficit, 1,713 hommes au moment du départ, non compris
+766 hommes restés en route, mais qui rejoindront plus tard.
+
+«Il y a également des erreurs dans les 3e et 4e régiments. Votre Majesté
+connaîtra incessamment et dans le plus petit détail la situation de ces
+quatre corps, les mesures étant prises pour que, d'ici à cinq jours, les
+états de situation les plus circonstanciés soient dressés.
+
+«En général, les troupes de la marine paraissent animées du meilleur
+esprit, mais elles manquent de différentes choses indispensables pour le
+service.
+
+«1° Ces corps manquent de tambours et de caisses de tambour; il en
+manque à peu près deux cent cinquante dans les quatre régiments; il n'y
+en a point dans les magasins de Mayence et de Strasbourg, et les moyens
+de confection ici sont extrêmement bornés: un grand envoi de l'intérieur
+peut seul donner à ces corps ce qu'il leur faut.
+
+«2° Ces corps, par leur organisation, n'avaient pas de chirurgiens, ceux
+des vaisseaux devant leur suffire; il paraît juste et nécessaire de les
+en fournir comme l'armée de terre.
+
+«3° Ces corps sont tout à fait dépourvus d'ustensiles de campagne, et,
+à cet égard, les autres corps sont dans le même cas. Le magasin de
+Mayence est tout à fait dépourvu et les arrivages paraissent suspendus.
+Les confections sur lesquelles on comptait à Francfort n'ont pu encore
+avoir lieu, les marchés n'étant pas même passés aujourd'hui; et
+cependant le premier corps d'observation doit être servi avant le
+deuxième, et il est loin d'avoir ce qu'il lui faut. Des dispositions
+nouvelles et d'urgence peuvent seules pourvoir les troupes de ce qui
+leur manque.
+
+«4° Le dédoublement des troupes de marine a laissé un grand nombre
+d'emplois d'officiers vacants; les propositions n'ont pas été
+accueillies par le ministre parce qu'elles n'étaient pas appuyées
+d'états réguliers. Mais les matricules qui seules peuvent donner les
+moyens de les former sont dans les ports et n'existent pas ici. J'ai
+donné l'ordre de renouveler ces propositions, et je les adresserai de
+nouveau au ministre, les choix d'ailleurs paraissant porter sur des
+sujets qui en sont dignes et qui sont les plus anciens.
+
+«5° L'armement de ces corps aurait besoin d'être échangé[1], mais
+l'arsenal de Mayence n'en a pas les moyens; ces corps manquent
+d'armuriers et en ont un besoin pressant. Le 1er régiment aurait aussi
+besoin de gibernes, mais il n'en existe pas ici. Quant à l'habillement,
+presque toutes les recrues ne sont vêtues que de vestes et de capotes,
+et les effets sont encore en arrière; j'ignore s'il est permis
+d'espérer leur prochaine arrivée.
+
+[Note 1: Les troupes avaient pour arme le fusil de dragon,
+c'est-à-dire un fusil sans baïonnette. (_Note de l'Éditeur._)]
+
+«Voilà, Sire, les renseignements généraux sur les régiments de marine.
+Ces corps sont en mouvement pour se rassembler sur différents points;
+les généraux de division placés au milieu d'eux surveilleront constamment
+leur instruction, et moi-même je leur consacrerai autant de temps qu'il
+me sera possible.
+
+«Le 37e léger, qui se forme ici, ne sera pas réuni aussi promptement que
+l'indication du ministre avait pu le faire supposer. Soixante-huit
+départements ont envoyé leur contingent, quarante sont encore en retard,
+mais en général ce sont les plus éloignés. L'espèce d'hommes de ce
+régiment est belle et ce corps sera fort beau lorsqu'il sera organisé;
+mais tout lui manque à la fois. Quoiqu'il ait deux mille cent hommes
+réunis, il n'a encore que quatre officiers. Les effets d'habillement ne
+sont pas encore arrivés, et on n'a pas de notions précises sur l'époque
+de leur arrivée: il en est de même des caisses de tambour et de ce qui
+tient à l'équipement. Cependant ce corps ne peut ni servir ni se mouvoir
+avant d'avoir des officiers et son habillement. Dans le mouvement que
+les troupes font sur la rive droite, je place le 37e à Mayence et à
+Castel, où M. le duc de Valmy a bien voulu me permettre de le laisser;
+pour qu'étant tout réuni et plus à portée des ressources il puisse être
+plus promptement organisé; il a bien voulu me permettre également de
+placer dans ce régiment les premiers officiers arrivant de France, au
+moins à raison d'un par compagnie, mais il lui manquera encore des
+sous-lieutenants; les sous-officiers de ce régiment étant en général peu
+susceptibles de recevoir de l'avancement, la plupart d'entre eux ayant
+été nommés par les préfets, la veille de leur départ. Il faudrait pour
+ce régiment un certain nombre d'élèves de l'École militaire.
+
+«Hanau ayant été évacué par le premier corps d'observation, les troupes
+de marine de la deuxième division sont en route pour s'y rendre; elles
+établiront leurs cantonnements au delà de Hanau, entre Fulde et Hanau.
+
+«Cinq bataillons de la troisième division, qui viennent d'arriver,
+partent aussi pour se rendre à Hanau, où cette division se rassemblera.
+
+«La première division se rassemble à Hoescht, et de là viendra à Hanau,
+lorsque je pourrai disposer d'Aschaffembourg; alors la quatrième
+remplacera la première de Mayence à Hoescht, et s'y formera.
+
+«Chaque division reçoit immédiatement son ambulance, qui est organisée
+et en état de marcher. Je serai moi-même dans trois jours à Hanau, où
+j'établirai mon quartier général.
+
+«Presque tous les généraux de brigade et adjudants commandants, et tout
+ce qui tient aux états-majors du corps d'armée sont encore en arrière,
+et nous en aurions cependant grand besoin.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE VALMY
+
+«Mayence, le 30 mars 1813.
+
+«Permettez-moi de vous rappeler diverses demandes que j'ai eu l'honneur
+de vous faire verbalement, et auxquelles vous avez bien voulu me
+promettre de faire droit.
+
+«Vous avez bien voulu me promettre de faire incorporer dans le 37e
+régiment les premiers officiers qui arriveraient de France, au moins
+jusqu'à concurrence d'un par compagnie. Je vous demande instamment,
+aussitôt que les deux premiers bataillons de ce régiment auront reçu
+leur habillement, de les faire partir de Mayence et de Castel pour
+Fridberg, afin que le général Bonnet puisse avoir ce corps sous les yeux
+et s'occuper de son instruction. Vous avez bien voulu me promettre de le
+faire remplacer à Mayence et à Castel par les troisième et quatrième
+bataillons que commandera alors le major, et qui rejoindront les
+premiers aussitôt qu'ils auront reçu officiers et habillements.
+
+«Je vous demande, mon cher maréchal, de placer dans Mayence, aussitôt
+que vous le croirez possible, le fond de la quatrième division, et de
+porter, lorsque les troupes de la première division l'auront laissé
+libre, son quartier général à Hoescht, afin que, sortie de Mayence, elle
+puisse mieux se former.
+
+«Je vous rappelle la promesse que vous avez bien voulu me faire de faire
+changer tout l'armement des régiments de marine. Les régiments ont ordre
+de dresser leurs états de demande, et ils réclameront près de Votre
+Excellence, dans le cas où l'artillerie ferait des difficultés, pour les
+satisfaire et leur fournir les moyens de transport qu'il leur faudra.
+
+«La première division est à Hoescht, la deuxième à Friedberg, la
+troisième à Hanau. Je vous demande de faire donner l'ordre que, quand il
+arrivera des détachements pour ces divisions, on les dirige sur ces
+différents points. Lorsque les circonstances me les feront changer,
+j'aurai l'honneur de vous en informer.
+
+«Enfin, mon cher maréchal, lorsqu'il y aura de la cavalerie désignée
+pour moi, je vous prie d'en hâter la marche autant que possible, attendu
+que, n'en ayant pas un seul homme, je n'ai aucun moyen de communication
+entre mes divisions.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE VALMY.
+
+«Hanau, le 1er avril 1813.
+
+«J'ai l'honneur de vous informer que, conformément aux nouveaux ordres
+que je viens de recevoir de Sa Majesté, j'ordonne à la deuxième
+division, qui est à Friedberg, de se porter sur Fulde, et elle va
+exécuter son mouvement. La première division, qui est à Hoescht, en
+partira pour se rendre à Friedberg, et je donne également ordre au
+général Teste de partir avec les troupes qu'il a disponibles pour se
+rendre à Giesen, l'intention de Sa Majesté étant que cette division
+reste sur les confins du royaume de Westphalie, du grand-duché de Berg
+et de la principauté de Nassau jusqu'à ce qu'elle soit toute réunie.
+C'est donc sur Hanau que je vous prie de faire envoyer, au fur et à
+mesure de leur arrivée, tous les corps ou détachements qui
+appartiendraient à la deuxième ou à la troisième division, sur Friedberg
+ceux de la première, et sur Giesen ceux de la quatrième. Je laisse
+toujours à Mayence et à Castel, ainsi que nous en sommes convenus, le
+37e léger, jusqu'à ce qu'il ait reçu son habillement et des officiers,
+et je vous réitère la demande de diriger sur Hanau les deux premiers
+bataillons aussitôt qu'ils seront en état.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«Hanau, le 1er avril 1813.
+
+«J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que, conformément à ses
+ordres qui viennent de me parvenir, je prescris au général Bonnet de se
+porter, avec onze bataillons de marine qui appartiennent à sa division,
+de Friedberg, où il est maintenant, sur Fulde. La première division le
+remplacera à Friedberg; la troisième se rassemble à Hanau, et le général
+Teste, avec les corps de la quatrième division qu'il a, va se rendre à
+Giesen, où il sera à portée du royaume de Westphalie, du grand-duché de
+Berg et de la principauté de Nassau.
+
+«Je laisse à Mayence le 37e léger jusqu'à ce qu'il ait reçu des
+officiers et ses effets d'habillement. Ce serait compromettre
+l'existence de ce beau régiment que de le faire marcher dans l'état où
+il se trouve. Aussitôt que les deux premiers bataillons seront en état,
+ils rejoindront leur division avec le colonel. Les troisième et
+quatrième bataillons viendront ensuite avec le major.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU VICE-ROI.
+
+«Hanau, le 1er avril 1813.
+
+«Permettez-moi de me rappeler au souvenir de Votre Altesse Impériale et
+de la féliciter de la campagne laborieuse qu'elle vient de faire, et
+dont le mérite sera approuvé par tous les coeurs vraiment français.
+J'espère que vous êtes à la fin de vos travaux pénibles, et que
+l'avenir vous dédommagera complétement de tous les sacrifices que vous
+avez faits.
+
+«Je viens d'arriver ici, où je réunis un beau corps d'armée dont Sa
+Majesté a daigné me confier le commandement. Nous serons, j'espère,
+très-promptement en état de marcher. Dans la situation actuelle des
+choses, Votre Altesse Impériale trouvera peut-être convenable que nous
+ne soyons pas tout à fait dans l'ignorance des événements qui se passent
+du côté où elle se trouve, et c'est avec confiance que je lui fais la
+demande d'être assez bonne pour m'en faire informer.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Paris, le 1er avril 1813.
+
+«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 26 mars.--Vous trouverez ci-joint
+un rapport sur les renseignements que j'ai fait prendre dans les bureaux
+du ministère de la guerre. J'ai donné ordre que cinq mille hommes se
+missent en marche de différents ports pour rejoindre leurs régiments. Il
+est nécessaire que vous fassiez la revue de ces régiments, bataillon par
+bataillon, compagnie par compagnie, afin de me faire connaître les
+cadres qui existent et ce qui y manque. Vous deviez avoir vingt
+bataillons, formant seize mille hommes. Il paraît que, pour le moment,
+ils ne formeront que dix mille hommes, puisqu'il faudra beaucoup de
+temps pour que les détachements qui sont en route arrivent à leurs
+régiments.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«Hanau, le 2 avril 1813.
+
+«J'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire le
+29 mars.
+
+«J'ai l'honneur de vous rendre compte que, conformément aux ordres de
+l'Empereur, la division Bonnet est en roule pour Fulde, et que je vais
+porter la division Compans entre Hanau et Fulde.
+
+«Il paraît que le prince de la Moskowa porte ses troupes sur Meiningen
+au lieu de le faire sur Eisenach. Je ne pourrai porter moi-même des
+troupes sur Eisenach que lorsque le prince de la Moskowa débouchera de
+Meiningen pour se porter sur la Saale. Tout autorisant à croire que
+l'ennemi est à Leipzig et peut faire à chaque instant un mouvement plus
+en avant, il pourrait y avoir les conséquences les plus graves à courir
+risque de mettre en contact avec lui la division Bonnet, qui aura un
+tiers de son monde en arrière, tant que le 37e n'aura pas rejoint, qui
+n'a pas un seul homme de cavalerie pour l'éclairer, et qui, plus que
+cela, n'a pas encore une pièce de canon ni un seul caisson de
+cartouches.
+
+«La division Compans et la division Friederich ont encore en arrière,
+l'une, six bataillons, et l'autre sept, et ne les recevront que dans
+quelques jours, de manière qu'il me paraît impossible que Sa Majesté
+calcule pouvoir faire opérer les trois premières divisions de mon corps
+d'armée avant le 15 avril.
+
+«J'ai l'honneur de vous rendre compte aussi que le 23e régiment
+d'infanterie légère, n'ayant qu'un seul officier par compagnie et à
+peine un sous-officier et pas un caporal ayant plus de trois mois de
+service, il m'a paru de la plus urgente nécessité de donner quelques
+secours à ce corps, en lui accordant des sous-officiers tirés d'autres
+régiments. J'ai, en conséquence, ordonné provisoirement que le 14e de
+ligne, dont l'instruction est parfaite et le cadre excellent, lui
+fournirait six caporaux pour être faits sergents, et six soldats pour
+être faits caporaux; que le 37e léger, qui est extrêmement riche en
+vieux soldats, fournirait douze caporaux et soldats pour être faits
+sergents et caporaux, et le 16e régiment provisoire, six autres: ce qui
+donnera au 23e léger deux sergents et deux caporaux nouveaux par
+compagnie. Sans ce secours, il était impossible que ce régiment, dont
+l'espèce d'hommes est très-belle et de la meilleure volonté, rendît
+aucun service avant six mois. Je vous prie d'obtenir de Sa Majesté
+qu'elle approuve ces dispositions.
+
+«J'ai adressé des mémoires de proposition au ministre de la guerre pour
+les 23e et 37e léger, 11e provisoire, 121e de ligne et 2e de marine.
+Comme ces corps manquent d'officiers, il serait de la plus grande
+urgence que les nominations parvinssent promptement.
+
+«Le chef de bataillon Millaud, du 23e léger, ayant obtenu sa retraite,
+il manque à ce régiment deux chefs de bataillon. Je sollicite ces deux
+emplois, l'un pour M. Voisin, capitaine de grenadiers au 1er régiment,
+qui a vingt ans de grade et qui jouit de la meilleure réputation dans
+son corps, et l'autre pour M. Fonvielle, capitaine de grenadiers au 82e
+régiment, qui a quatre ans de grade, et que je connais pour un officier
+très-distingué.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Paris, le 3 avril 1813.
+
+«Mon cousin, il se réunit à Mayence deux divisions de marche de
+cavalerie, la première, composée de tous les détachements fournis de
+France par les régiments qui font partie du premier corps de cavalerie,
+formés en quatre régiments de marche; l'autre, composée de tous les
+détachements des régiments qui font partie du deuxième corps. Vous
+prendrez le commandement de ces deux divisions, et vous les placerez
+dans les environs de Hanau, dans des lieux où elles puissent se former
+et s'organiser. Les cinquante et un régiments de cavalerie de la grande
+armée entrent dans la formation de ces deux divisions, dont le ministre
+de la guerre vous enverra le tableau.--Chacun de ces cinquante et un
+régiments finira par fournir cinq cents hommes, ce qui portera ces
+divisions à vingt-cinq mille hommes. La tête de ces régiments étant à
+l'armée de l'Elbe, et formant à peu près quinze mille hommes, cela fera
+quarante mille hommes de cavalerie pour les cinquante et un
+régiments.--Mon intention est bien, aussitôt que cela sera possible, de
+réunir tous ces détachements à leurs régiments respectifs à l'armée de
+l'Elbe; mais, en attendant, ils doivent pouvoir servir et pouvoir se
+battre, si cela est nécessaire, avant leur réunion. Vous passerez en
+revue tous les détachements; vous leur ferez fournir ce qui leur
+manquerait. Vous me proposerez la nomination aux emplois vacants: enfin
+vous ferez tout ce qui est nécessaire pour que les divisions soient bien
+et promptement organisées.--Le ministre de la guerre envoie les
+généraux, colonels, majors et chefs d'escadron nécessaires à ces corps.
+Je donne ordre au duc de Plaisance de se rendre à Mayence pour y suivre,
+sous vos ordres, tous les détails de cette organisation.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Paris, le 7 avril 1813.
+
+«Mon cousin, j'ai donné ordre que la division Bonnet se rendît à Fulde.
+J'ai donné ordre que deux bataillons de Wurtzbourg, faisant partie de
+la division Durutte, se rendissent de Wurtzbourg à Fulde, où ils seront
+sous les ordres du général Bonnet.--Les quatre bataillons de la division
+Durutte, qui sont à Mayence, se rendent également à la division Bonnet.
+Le général Bonnet aura ainsi six bataillons de la division Durutte,
+qu'il fera repasser à leur division aussitôt que cela pourra se faire
+avec sûreté.--J'ai ordonné que le général Durutte, s'il était obligé de
+quitter la Saale, se renfermât dans Erfurth, ce qui porterait la
+garnison de cette place à cinq mille hommes.--Le général Bonnet doit se
+mettre en communication avec le prince de la Moskowa à Wurtzbourg. Il y
+a une route directe; faites-la reconnaître.--Il y a à Gotha un millier
+d'hommes appartenant aux princes de Saxe, et neuf cent un hommes de ma
+garde à cheval, commandés par le colonel Lyon. Ces troupes ne se
+retireront que dans le cas où cela serait nécessaire, et où l'ennemi
+ferait un grand mouvement par Dresde, ce qui ne paraît pas probable.--Le
+général Bonnet tiendra une avant-garde à Vach-sur-la-Werra, et se mettra
+en correspondance avec le général Souham, qui est à Meiningen, également
+sur la Werra.--Faites reconnaître cette route; donnez ordre au général
+Pernetti de fournir sans délai son artillerie à la division Bonnet. Il
+est de la plus grande importance que cette division ait ses seize
+pièces de canon.--Aussitôt que la division Bonnet aura son artillerie et
+que la division Compans aura également ses seize pièces, vous pousserez
+la division Compans sur Fulde et Bonnet sur Eisenach.--Faites connaître
+à Gotha que les troupes de Saxe-Gotha et de Saxe-Weimar sont sous les
+ordres du général Bonnet.--Si les neuf cents hommes de ma garde étaient
+obligés d'évacuer Gotha, donnez ordre au général Bonnet de les retenir
+avec lui.--Aussitôt que votre troisième division aura également son
+artillerie, vous la dirigerez sur Fulde. Tous ces mouvements
+préparatoires ont pour but de faire sentir à l'ennemi la présence de nos
+forces et de l'empêcher de se porter sur le vice-roi, qui est, avec cent
+mille hommes, en avant de Magdebourg.--Il paraît que vous ne pouvez pas
+compter sur votre quatrième division, puisqu'elle ne sera formée qu'au
+mois de mai ou de juin.--Faites-moi connaître la situation de vos
+divisions, de votre artillerie et de votre génie, en matériel et
+personnel.--Je suppose que les régiments de marine ont leurs musiques.
+S'ils n'en avaient pas, faites-leur-en former. Je suppose aussi qu'ils
+ont des sapeurs avec de bonnes haches.--Les régiments provisoires
+doivent aussi avoir au moins quatre sapeurs par bataillon.--Vous devez
+connaître mon règlement pour les bagages et les ambulances, et ce que
+j'ai accordé aux officiers pour porter leurs bagages et aux corps pour
+porter leur comptabilité en chevaux de bât.--Donnez des ordres en
+conséquence. Faites-moi connaître si vos troupes sont au courant pour la
+solde.--Cela est important et soulagerait le pays.--Les bataillons de
+vos régiments de marine sont trop faibles; vous devez donc laisser à
+Mayence six cadres de bataillons, savoir: deux pour le régiment qui a
+huit bataillons, deux pour celui qui en a six, et un pour chacun des
+deux qui en ont trois.--De sorte que les bataillons qui vous resteront
+seront au moins de six cents hommes chacun.--J'ai pris des mesures pour
+compléter les six cadres de bataillons laissés à Mayence; il ne faut
+donc les affaiblir en aucune manière.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Paris, le 7 avril 1813.
+
+«Mon cousin, j'ai ordonné qu'un bataillon espagnol se rendit à la
+division Bonnet. Comme le général Bonnet connaît l'esprit des Espagnols,
+il faudra qu'il exerce sur eux une grande surveillance.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Paris, le 7 avril 1813.
+
+«Mon cousin, donnez ordre que quatre mille quintaux de farine soient
+réunis à Fulde pour le service de votre corps d'armée.--Faites-y
+confectionner cent mille rations de pain biscuité, de sorte qu'en
+passant, votre corps puisse prendre du pain pour quatre jours.--Aussitôt
+que la division Bonnet sera arrivée à Eisenach, vous y ferez également
+réunir quatre mille quintaux de farine.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Paris, le 7 avril 1813.
+
+«Mon cousin, les cadres des cinq bataillons des 35e, 36e légers, 131e,
+132e, et 133e ont dû arriver à Erfurth le 2 avril. Je leur avais donné
+l'ordre de se rendre à Mayence; depuis, j'ai changé cette disposition.
+Ils doivent être dirigés par Wurtzbourg sur Ratisbonne, où ces cadres
+trouveront quatre mille hommes bien armés et bien équipés, venant de
+l'armée d'Italie. Envoyez donc à leur rencontre et faites-les détourner
+de la route au point où on les rencontrera.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«Hanau, le 8 avril 1813.
+
+«Sire, je reçois les lettres que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
+m'écrire le 3 avril. Je ferai en sorte de remplir les intentions de
+Votre Majesté à l'arrivée des divisions de cavalerie qui doivent venir
+ici.
+
+«Je viens d'achever la revue de détail de celles des troupes de mon
+corps d'armée qui sont arrivées ici. J'ai, en général, eu lieu d'être
+content: et, avec quelques jours donnés à l'instruction, quelques
+nominations dont les demandes ont déjà été faites, et quelques envois
+d'officiers pour les corps qui manquent de sujets, ces troupes seront en
+état de bien servir Votre Majesté. Elles sont animées d'un très-bon
+esprit. J'aurais déjà adressé au prince de Neufchâtel un rapport
+circonstancié, corps par corps, si je n'avais pas été obligé d'attendre
+des états qui me sont nécessaires et n'ont pu encore m'être fournis.
+
+«L'artillerie de la division Bonnet est arrivée aujourd'hui ici et part
+demain pour rejoindre sa division à Fulde: c'est la seule que j'aie
+encore reçue. Cette artillerie est fort belle, bien attelée et en fort
+bon état. Comme les canonniers destinés à la servir ne sont pas encore
+arrivés, j'ai ordonné de former, par division, un détachement de cent
+cinquante hommes pris dans les régiments de marine.
+
+«Je supplie Votre Majesté de me faire connaître si, en portant la
+division Bonnet sur Eisenach, elle ne m'autorise pas à mettre aux ordres
+de ce général cinq cents chevaux de la cavalerie qu'elle m'annonce.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE TRÉVISE.
+
+«Hanau, le 9 avril 1813.
+
+«J'ai reçu l'ordre de l'Empereur d'envoyer une division sur Vach ou
+Eisenach, afin d'avoir plus de pays et de ressources pour organiser mes
+troupes; mais, d'après les nouvelles répandues de la retraite du général
+Durutte et des mouvements de l'ennemi en avant de la Mulde, j'ai
+suspendu ce mouvement jusqu'à ce que cette division fût organisée et eût
+reçu de l'artillerie et de la cavalerie. Elle va recevoir son
+artillerie, mais je ne suis pas en mesure encore de lui fournir de la
+cavalerie. On m'assure qu'il y a à Gotha un corps de cavalerie de la
+garde; s'il en est ainsi, veuillez me le faire connaître, parce qu'alors
+je pourrais porter des troupes sur Vach sans inconvénient; et, dans ce
+cas, je vous prierais d'ordonner au commandant de la garde, à Gotha,
+d'entrer en communication avec le général Bonnet et de s'informer de
+toutes les nouvelles qu'il aurait de l'ennemi; et, si l'approche de
+l'ennemi le forçait de se retirer, de se diriger sur Vach, et de rester
+avec le général Bonnet pour manoeuvrer de concert avec lui, ce général
+devant se retirer sur Fulde si les circonstances l'exigeaient.
+
+«Veuillez, mon cher maréchal, me faire connaître si ce que j'ai
+l'honneur de proposer à Votre Excellence vous convient, afin que je
+puisse donner des ordres en conséquence au général Bonnet.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Saint-Cloud, le 9 avril 1813.
+
+«Mon cousin, le général Durutte a envoyé quatorze pièces de canon
+attelées à Erfurth. J'ai ordonné que ces pièces fussent données à votre
+corps d'armée. Faites-les prendre aussitôt que vous serez à portée de le
+faire, sans les compromettre.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Saint-Cloud, le 10 avril 1813.
+
+«Mon cousin, cinq mille hommes bien habillés et bien équipés sont
+dirigés des dépôts de France sur Mayence, pour compléter les six cadres
+de la marine que vous avez laissés à Mayence.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Saint-Cloud, le 10 avril 1813.
+
+«Mon cousin, veillez à ce que les bataillons qui composent les régiments
+provisoires se procurent les chevaux de bât qu'ils doivent avoir pour
+leur ambulance.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL BONNET.
+
+«13 avril 1813 soir.
+
+«Monsieur le général, je reçois votre lettre en date de ce jour. J'ai
+reçu une lettre du vice-roi, qui était le 10 à Strasfurth. Le général
+d'York était à Dessau, le général Vittgenstein au delà de l'Elbe; un
+rassemblement de troupes considérable paraissait avoir lieu entre Dresde
+et Golditz, tout annonçait un mouvement général de l'ennemi, mais rien
+n'annonçait d'une manière précise ce qu'il voulait faire, et si son
+intention était seulement de couvrir une entreprise sur Wittembourg ou
+de se porter dans la Thuringe. Dans cet état de choses, arrêtez votre
+mouvement sur Vach et occupez, si vous le croyez sans inconvénient,
+Eisenach par une arrière-garde ou seulement par des postes. Nous
+verrons, d'ici à deux jours, ce qu'il convient de faire; ordonnez
+cependant à Eisenach qu'on y rassemble des vivres.
+
+«En restant ainsi placé vous serez facilement lié avec le général
+Compans, et, comme je pousse ma troisième division sur Fulde et que le
+prince de la Moskowa se concentre à Meiningen, nous présenterons, d'ici
+à peu de jours, une force considérable sur ce point.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MARÉCHAL NEY.
+
+«13 avril 1813.
+
+«Mon cher prince, j'ai porté une division sur Vach ayant ses postes sur
+Eisenach, une autre est à Fulde, la troisième va soutenir celle-ci. Sa
+Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire qu'elle vous avait donné l'ordre
+de rassembler votre corps sur Meiningen, et que peut-être vous le
+porteriez sur Erfurth. Veuillez me faire connaître ce que vous comptez
+faire, afin que je règle mes mouvements en conséquence et que je
+m'avance sur Eisenach et même sur Gotha, si votre mouvement en avant
+s'exécute. Une lettre du vice-roi m'annonce qu'il avait encore, le 10,
+son quartier général à Strasfurth, que le général d'York était à Dessau
+et paraissait être suivi par le général Wittgenstein, et que tout
+annonçait un mouvement général de l'ennemi; mais que rien n'indiquait
+d'une manière précise ce qu'il voulait faire, et si son intention était
+de se porter sur lui ou de chercher à pénétrer dans la Thuringe.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Saint-Cloud, le 14 avril 1813.
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre du 11 avril, et j'y vois que, le 12,
+la division Compans sera à Fulde, et que, le 12, la division Bonnet part
+pour Eisenach. Elle aura donc pu y arriver le 15. Vous ne me parlez pas
+du mouvement de votre troisième division. Je suppose que, le 15, cette
+division sera aussi près de Fulde, et que, vous-même, vous aurez votre
+quartier général sur Eisenach.--Gotha est un très-beau pays, où il est
+nécessaire de faire sur-le-champ une réunion de farines.--Je suppose que
+votre troisième division a déjà son artillerie; mais ce qui importe,
+c'est que vous ayez au moins une ou deux compagnies d'artillerie légère
+et vos batteries de réserve. Il faut beaucoup d'artillerie dans cette
+guerre.--Vous devez avoir quatre-vingt-douze pièces de canon; mais seize
+pièces étaient destinées à la quatrième division, qui ne peut pas encore
+entrer en ligne: cela doit donc au moins vous faire soixante-seize.--Le
+duc d'Istrie arrive avec une division de la garde à pied et une à
+cheval, et environ cinquante-deux pièces. Ainsi ce corps d'armée,
+formant provisoirement quarante mille hommes d'infanterie et six à sept
+mille chevaux, aura donc cent vingt-huit pièces de canon.--La seconde
+division d'infanterie de la garde, avec trente-huit pièces de canon, ne
+doit pas tarder à le joindre.--Par une inconcevable disposition du
+général Sorbier, seize compagnies, qui devaient arriver de Magdebourg,
+sont en retard. Je suppose cependant qu'elles ne tarderont pas à
+arriver. On y a pourvu néanmoins par le mouvement de quatorze autres
+compagnies.--Je suppose que les premier et second bataillons du 37e sont
+en marche pour rejoindre la division Bonnet, et que les troisième et
+quatrième bataillons ne tarderont pas, ce qui, joint aux six bataillons
+du général Durutte, provisoirement en subsistance dans cette division,
+en portera le nombre à vingt bataillons. Il faudra en former trois
+brigades, chacune de six à sept bataillons.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«15 avril 1813.
+
+«J'ai reçu l'ordre de l'Empereur de porter, du 13 au 18, ma deuxième
+division sur Vach, et mes première et troisième sur Fulde, et ensuite de
+pousser des troupes sur Eisenach.
+
+«Ma deuxième division est dans ce moment-ci à Vach, ayant ses
+avant-postes sur Eisenach; ma première division est à Fulde; ma
+troisième division part demain matin pour se rendre également sur cette
+place, et j'y serai moi-même après-demain. Les ordres de l'Empereur
+étant en pleine exécution, je serai sur Eisenach aussitôt que possible.
+
+«L'Empereur m'avait donné l'ordre de passer en revue et d'organiser les
+deux divisions de marche de cavalerie qui sont attachées à mon corps
+d'armée. Ces troupes, arrivant plus tard que Sa Majesté ne l'avait
+pensé, et mon départ étant devenu nécessaire, je ne pourrai pas remplir
+cette mission.
+
+«Je crois qu'il est de mon devoir de vous prier de représenter à Sa
+Majesté qu'elle ne doit pas considérer mon corps d'armée, dans l'état
+actuel des choses, comme en état de combattre. Elle en connaît la
+situation d'après le rapport que j'ai eu l'honneur de lui faire; mais je
+vais entrer encore à cet égard dans quelques détails.
+
+«1° Les corps sont sans officiers, et de vieilles troupes bien
+instruites ne seraient pas capables de marcher avec un si petit nombre
+d'officiers pour les conduire, et à plus forte raison des nouvelles. Les
+corps ont envoyé des mémoires de proposition pour tous les sujets
+susceptibles d'occuper les emplois; de ces mémoires, envoyés depuis
+plusieurs mois au ministre, et en duplicata par moi, il n'en est pas
+revenu un seul.
+
+«Il y a environ quatre-vingts emplois pour lesquels les corps ne peuvent
+pas présenter de sujets. Sa Majesté a ordonné d'envoyer sur les deux
+corps d'observation du Rhin un assez grand nombre d'officiers. Tous ont
+été envoyés au premier corps, et il ne m'en est revenu que neuf chefs de
+bataillon qui ont été placés. Il y en a, à Mayence, que j'ai demandés
+et qui n'arrivent pas, entre autres le colonel Deschamps, à qui j'ai
+fait donner l'ordre de venir commander le 2e régiment de marine, et dont
+je n'entends pas parler.
+
+«Si Sa Majesté veut que ces troupes s'organisent promptement, il faut
+qu'elle m'autorise à faire recevoir, dans les corps, les sujets pour
+lesquels il a été envoyé des mémoires de proposition.
+
+«2° Les première et deuxième divisions ont seules leur artillerie. La
+troisième n'a ni un canon ni un caisson de cartouches.
+
+«3° Je n'ai pas un seul homme de cavalerie. Il me semble qu'il faudrait
+prendre, sur les deux divisions qui se forment, un millier de chevaux
+les plus en état de servir, pour que je ne fusse pas tout à fait
+dépourvu des moyens de m'éclairer.
+
+«4° C'est depuis avant-hier seulement que nous connaissons ici le décret
+de l'Empereur relatif aux ambulances, et les corps n'ont eu encore ni le
+temps ni l'argent pour se procurer les chevaux de bât.
+
+«5° Tous les corps manquent tout à fait de chirurgiens.
+
+«6° Il n'y a, pour tout le corps d'armée, qu'un seul adjoint à
+l'état-major. Il n'existe pas un commissaire des guerres, ni aux
+divisions, ni au quartier général.
+
+«Votre Altesse sentira qu'il y a ici une grande réunion d'hommes, mais
+qu'il n'y a pas une armée organisée, et qu'il serait funeste au bien du
+service de Sa Majesté de mettre ces troupes en situation de rencontrer
+l'ennemi avant d'être régulièrement constituées pour tout ce qu'il leur
+faut.
+
+«Un de mes aides de camp est près du prince de la Moskowa, et me
+rapportera la nouvelle de l'époque précise de ses mouvements, d'après
+lesquels je me réglerai.
+
+«J'ai l'honneur de joindre à ma lettre l'état de situation que vous
+m'avez demandé.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE PLAISANCE.
+
+«15 avril 1813.
+
+«Je reçois, seulement, monsieur le duc, votre lettre du 12 et je vous ai
+écrit, à l'arrivée du général Dommanges, pour vous dire combien
+j'attachais de prix à ce que les troupes passassent promptement le Rhin
+et vinssent s'établir dans les cantonnements, auprès de Hanau. Il y a
+place pour recevoir tout ce que vous enverrez; mais, aujourd'hui que je
+mets en mouvement mon infanterie, il y a encore plus de place.
+
+«Je vous prie d'ordonner que tous les emplois de sous-officiers soient
+remplis immédiatement dans les compagnies s'il y a des sujets propres à
+les occuper; il faut aussi faire des propositions, pour les nominations
+d'officier, de tous les sujets susceptibles d'être élevés en grade, car
+les détachements ne pourront servir qu'autant que les cadres seront bien
+complets. Un vieux corps bien instruit, dans lequel il y a peu de
+sous-officiers et d'officiers, sert mal; un nouveau corps ne sert pas et
+se détruit.
+
+«Je pars de Hanau pour suivre mon infanterie; en conséquence, je ne
+pourrai donc pas m'occuper de ce travail important. Je laisse ici le
+général Millaud pour le faire momentanément. Je pense qu'il serait
+convenable au bien du service de l'Empereur que vous vinssiez ici pour
+faire ce travail, aussitôt que vous aurez fait passer le Rhin aux
+troupes arrivées, et pris des mesures pour qu'aucune de celles qui
+arriveront ne s'arrête sur la rive gauche; alors le général Millaud
+viendrait près de moi pour commander tout ce qui serait disponible et
+vous m'enverriez tout ce qui serait susceptible de faire un peu de
+service. Je prendrai d'ailleurs des mesures pour l'instruction de ce
+détachement que je désirerais que vous pussiez porter immédiatement de
+mille à douze cents chevaux.
+
+«Je vous prie de me faire connaître journellement vos opérations, afin
+que je sache toujours sur quoi je peux compter et que je connaisse
+quelles sont les troupes dont je puis disposer de suite, et à quelle
+époque je pourrai faire usage du reste.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL MILLAUD.
+
+«Hanau, le 16 avril 1813.
+
+«Monsieur le comte, forcé de quitter Hanau et de suivre mes divisions,
+je vous prie de me suppléer pour faire sur la cavalerie qui doit
+arriver, le travail dont j'étais chargé par Sa Majesté jusqu'à l'arrivée
+du duc de Plaisance. Vous établirez votre quartier général à Hanau; vous
+passerez en revue tous les détachements de cavalerie qui arriveront, et
+vous m'en rendrez compte journellement et me ferez connaître: 1° la
+force des détachements à leur arrivée; 2° le nombre d'hommes et de
+chevaux laissés en route; 3° le nombre des chevaux blessés; 4° enfin le
+lieu d'où est parti le corps. Vous me ferez connaître également le
+nombre des officiers présents et le nombre des emplois vacants; le
+nombre des sous-officiers présents et le nombre des emplois de
+sous-officiers vacants. Vous ordonnerez de remplir immédiatement tous
+les emplois de sous-officiers vacants lorsqu'il y aura des sujets
+propres à les remplir; vous ferez faire des mémoires de proposition pour
+tous les emplois d'officiers vacants lorsqu'il y aura des sujets dignes
+de les occuper. Enfin, monsieur le comte, vous ne négligerez rien pour
+me faire connaître la véritable situation de ces corps et accélérer leur
+organisation.
+
+«Aussitôt après l'arrivée du duc de Plaisance, vous partirez pour me
+rejoindre, emmenant avec vous tous les détachements susceptibles de
+servir, et prendrez à l'armée, jusqu'à l'organisation des divisions, le
+commandement de ce qui part aujourd'hui et de ce que vous avez.
+
+«Vous ferez connaître au duc de Plaisance que je désire qu'il continue à
+m'adresser des rapports semblables.
+
+«Je vous ai fait remettre un projet de cantonnement qui donne le moyen
+de placer six mille chevaux aux environs de Hanau.
+
+«Vous aurez soin de placer ces troupes d'une manière méthodique, afin
+que les corps puissent se rassembler facilement et que les officiers
+supérieurs puissent faire chaque jour la visite de leurs cantonnements.
+Enfin vous réglerez, par un ordre, vos instructions de manière à tirer,
+le plus promptement possible, le meilleur parti de ces hommes, et afin
+qu'ils soient bientôt en état de faire le service devant l'ennemi.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Mayence, le 17 avril 1813.
+
+«Mon cousin, je n'ai aucune nouvelle de votre corps d'armée.
+L'état-major ne connaît ni le nombre d'hommes que vous avez sous les
+armes ni le nombre d'officiers qui manquent. Le major général assure
+que vous avez envoyé cela au ministre de la guerre: c'est autant de
+chiffons qui resteront dans les bureaux sans réponse.--Envoyez vos états
+de situation et vos demandes au prince major général. Votre
+correspondance avec le ministre de la guerre est inutile
+aujourd'hui.--Envoyez l'état des places vacantes et celui des officiers
+que vous proposez d'avancer. Enfin faites connaître tout ce qui vous
+manque, afin que j'y pourvoie sans délai.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Mayence, le 17 avril 1813.
+
+«Mon cousin, le général Durutte, par une lettre de Blankenberg du 15
+avril, annonce qu'il a envoyé à Erfurth, et de là à _Salsungen_, sur la
+Werra, quatorze pièces de canon qui lui étaient inutiles. Voyez où sont
+ces pièces et réunissez-les à l'artillerie de votre corps d'armée.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Mayence, le 17 avril 1813.
+
+«Mon cousin, j'ai décidé que huit cadres d'artillerie à pied partiraient
+le 19 de Mayence pour votre corps d'armée. Ces cadres seront complétés
+en officiers et sous-officiers que vous ferez choisir dans l'artillerie
+de marine. Vous porterez ensuite ces huit compagnies à cent vingt hommes
+chacune au moyen de huit cents canonniers marins, que vous prendrez dans
+vos bataillons. Six de ces compagnies seront employées au service de
+l'artillerie de vos trois premières divisions; les deux autres
+compagnies serviront vos deux batteries de réserve à pied. Vous recevrez
+ensuite deux compagnies d'artillerie venant de l'intérieur: elles seront
+employées à votre parc.»
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Mayence, le 17 avril 1813.
+
+«Mon cousin, je reçois au moment même votre rapport daté de Hanau le 10
+avril, qui revient de Paris.--Vous trouverez ci-joint la notice de
+décrets que je viens de rendre. Faites reconnaître ces officiers
+sur-le-champ. Il est de la plus haute importance que vous présentiez de
+bons sujets pour les places vacantes dans les régiments de marine. Que
+votre présentation arrive dans vingt-quatre heures, vous aurez
+sur-le-champ les décrets et, sans perdre de temps, vous ferez
+reconnaître les officiers. Ayez toujours soin de prendre de bons
+officiers, et de les prendre dans un régiment pour suppléer à ce qui
+manquerait dans l'autre. Aussitôt que j'aurai votre rapport, il n'y aura
+plus rien à faire sous ce point de vue.--De toutes les manoeuvres je
+dois vous recommander la plus importante, c'est le ploiement en
+bataillon carré par bataillon. Il faut que les chefs de bataillon et les
+capitaines sachent faire ce mouvement avec la plus grande rapidité;
+c'est le seul moyen de se mettre à l'abri des charges de cavalerie et de
+sauver tout un régiment; comme je suppose que ces officiers sont peu
+manoeuvriers, faites-leur en faire la théorie, et qu'on la leur explique
+tous les jours, de manière que cela leur devienne extrêmement
+familier.--Pour le 23e régiment, vous parlez toujours de vos envois au
+ministre de la guerre. Envoyez-moi les demandes et les propositions
+nécessaires pour compléter ce régiment.--Choisissez les officiers pour
+le 86e dans le 47e, et que, par ce moyen, ce régiment provisoire soit
+complété en officiers.--Vous ne parlez pas du major ou colonel qui
+commande le 25e provisoire.--J'écris au ministre de la guerre pour faire
+rejoindre les deux compagnies du 86e, qui sont dans la Mayenne.--Donnez
+des ordres pour que le bataillon espagnol ne soit point envoyé en
+détachement, et qu'on l'ait toujours sous la main, à l'abri de la
+séduction. Il ne faut point l'employer au service d'avant-garde ou
+d'escorte, mais le tenir toujours ensemble et au milieu des bataillons
+français.--Sur les officiers revenus d'Espagne, on va vous envoyer les
+officiers dont vous avez besoin.--Envoyez la récapitulation de ce qui
+vous manque en colonels, majors, majors en second, chefs de bataillon,
+capitaines, etc.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Mayence, le 19 avril 1813.
+
+«Mon cousin, je vous envoie copie de la lettre que j'écris au duc
+d'Istrie. Prenez les ordres du duc d'Istrie, s'il y est; prenez sur vous
+s'il n'y est pas. La marche de l'ennemi me paraît fort imprudente; on
+peut l'en faire repentir; mais surtout ôtez-nous toute inquiétude sur
+notre flanc gauche.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU DUC D'ISTRIE.
+
+«Mayence, le 19 avril 1813.
+
+«Le major général a dû vous expédier un officier pour vous faire
+connaître qu'un corps de partisans de trois à quatre escadrons, de six
+pièces de canon et de deux à trois bataillons, s'était porté sur
+Mulhausen et Vanfried; que le général westphalien Hammersten avait peur
+d'être sérieusement attaqué et craignait d'être obligé de se porter sur
+Witzenhausen, ce qui donnait de fortes inquiétudes au roi à
+Cassel.--J'espère que l'arrivée du général Souham dans la journée du 17
+à Gotha, et celle du général Bonnet qui, ce me semble, a dû être, le 17
+au soir, à Eisenach, auront ralenti la marche de l'ennemi. J'espère que
+vous-même, arrivé à Eisenach, vous vous serez porté sur les derrières de
+l'ennemi pour dégager le général westphalien et tranquilliser Cassel de
+ce côté. Cela est d'autant plus important que ces partis sur le flanc
+gauche inquiéteraient nos communications avec Erfurth.--Ainsi donc,
+aussitôt que vous serez arrivé à Eisenach, mettez plusieurs corps
+d'infanterie et de cavalerie sur les derrières de l'ennemi, et dégagez
+le général Hammersten.--Écrivez au roi à Cassel pour lui faire connaître
+votre mouvement et le rassurer.--Le prince de la Moskowa étant déjà sur
+Erfurth, les mouvements que vous pouvez faire sur les derrières de
+l'ennemi seront d'un heureux effet et pourront donner lieu à quelques
+coups de sabre et à la prise de quelques bataillons ennemis.--Le général
+Lefèvre Desnouettes me paraît très-propre pour cette expédition, mais
+appuyez-le par de l'infanterie. Enfin faites faire tout ce qu'il faut:
+cela est très-important, car ce serait un très-grand malheur si le roi
+était obligé d'évacuer Cassel.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«Philippsthal, le 19 avril 1813, quatre heures du matin.
+
+«Monseigneur, je reçois la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur
+de m'écrire le 17, ainsi que celles de Sa Majesté. J'ai reçu hier au
+soir une lettre du prince de la Moskowa, d'Erfurth, du 17 au soir. Elle
+confirme les nouvelles qu'il m'avait données précédemment, que l'ennemi
+n'a pas de forces à portée. Les coureurs qui s'étaient montrés se sont
+retirés.
+
+«J'ai deux divisions à Eisenach, et j'occupe Gotha. Le prince de la
+Moskowa comptait mettre aussi une division à Gotha; je lui ai fait avec
+instance la demande de me laisser cette ville, qui m'est indispensable
+pour subsister. Ma troisième division arrivera demain à Eisenach; je
+serai moi-même dans cette ville dans trois heures.
+
+«Je vais faire reconnaître aujourd'hui les officiers que Sa Majesté a
+nommés, et je vais faire rédiger de suite le tableau des emplois vacants
+et les mémoires de proposition. Je n'ai pu faire faire ce travail hier,
+parce que les troupes étaient en marche.
+
+«D'après la récapitulation que j'ai faite des emplois vacants et des
+sujets propres à les remplir, c'est-à-dire des mémoires de proposition
+que je vais adresser de nouveau à Votre Altesse, il faut soixante
+capitaines, un officier payeur, deux adjudants-majors, soixante-sept
+lieutenants, qui ne peuvent pas être fournis par les corps, faute de
+sujets. Ainsi c'est ce nombre de sujets qu'il est nécessaire d'envoyer à
+mon corps d'armée pour remplir les emplois vacants; et je suppose que
+tous les sous-lieutenants nommés pour les régiments de marine ont
+rejoint.
+
+«Le 25e provisoire n'a ni colonel ni major; mais le duc de Valmy m'a
+annoncé qu'il en avait à Mayence, et je l'ai instamment prié de leur
+donner l'ordre de me rejoindre. Ayant reçu des officiers supérieurs
+revenant du troisième corps depuis que j'ai eu l'honneur d'adresser mon
+rapport, je les ai placés dans les différents corps qui en manquaient.
+J'aurai l'honneur d'en adresser l'état exact, afin que Votre Altesse
+veuille bien donner les lettres de passe.
+
+«J'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Altesse, par le colonel Jardet,
+mon aide de camp, à son arrivée à Mayence, un état de situation dans la
+forme demandée. Ainsi je pense que Sa Majesté a, pour le nombre des
+présents sous les armes, tous les documents que je puis lui fournir.
+Quant au nombre des emplois vacants, ils se composent de ceux vacants
+par manque de sujets, et que j'ai relatés plus haut, et des propositions
+faites par les corps et dont Votre Altesse va recevoir le double.
+
+«Mes troupes, en passant à Fulde, se sont complétées en pain. Il restera
+encore en réserve trois mille quintaux de farine, dont douze cents
+étaient, à mon passage, en magasin, et le surplus devait être livré dans
+deux jours.
+
+«Il n'existe point de fours militaires à Fulde: les moyens de
+fabrication que le pays comporte sont de huit mille rations par jour et
+de vingt-quatre mille dans un rayon de deux à trois lieues. N'ayant ni
+officiers du génie ni employés pour la construction des fours, j'écris
+au préfet de Fulde, pour qu'il ait à remplir les intentions de Sa
+Majesté; et je ferai, à Eisenach, tout mon possible pour exécuter ses
+ordres.
+
+«On s'occupe de rassembler à Eisenach les quatre mille quintaux de
+farine demandés. J'ai fait la demande d'un rassemblement de huit à dix
+mille quintaux à Gotha, qu'on m'a promis de former immédiatement.
+
+«Aussitôt que le retour d'hiver rigoureux qui se fait sentir sera passé,
+je ferai camper les troupes; et, d'ici là, je les rassemblerai, autant
+que possible, pour que leur instruction soit poussée avec activité.
+
+«Les quatorze bouches à feu du général Durutte sont à mon corps d'armée.
+Je les ai attachées provisoirement à la troisième division, qui n'a pas
+encore son artillerie.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«Eisenach, le 19 avril 1813.
+
+«Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que je
+porte après-demain la division Bonnet sur Gotha; elle sera cantonnée en
+entier dans cette ville ou dans les villages circonvoisins, en arrière
+et sur la droite de cette ville. Elle hâtera la formation des magasins
+de farine à Gotha. Je porte la première division sur Langensalza, où je
+fais réunir aussi des subsistances. La troisième division sera placée à
+Eisenach et en avant. Il m'a paru indispensable d'occuper Langensalza
+pour observer la grande route de Leipzig; aussitôt que les magasins
+seront suffisamment formés, les troupes camperont. Par ce moyen elles
+seront en situation d'exécuter tous les mouvements que les circonstances
+pourront nécessiter, soit pour soutenir le prince de la Moskowa, soit
+pour défendre les gorges de la Thuringe, et assez étendues pour vivre.
+Les coureurs russes sont venus jusque sur la Werra et ont surpris un
+escadron westphalien à Wanfried; mais ils se sont retirés. Je n'ai point
+de nouvelles du prince de la Moskowa depuis la lettre dont j'ai eu
+l'honneur de vous rendre compte; mais rien n'annonce que l'ennemi soit
+en opération sur lui.
+
+«La division Bonnet est la seule qui ait des ustensiles de campement,
+encore lui manque-t-il des gamelles; il est bien important, pour que les
+troupes puissent camper sans désordre, que les autres divisions
+reçoivent les ustensiles de campement qu'il leur faut, et celle-ci ceux
+qui lui manquent encore, et il serait bien nécessaire qu'on y joignît
+des haches qui manquent à toutes les compagnies et qui sont cependant
+indispensables, car celles des sapeurs sont loin de suffire aux besoins
+du bivac et du campement.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU ROI DE WESTPHALIE.
+
+«Eisenach, le 20 avril 1813, soir.
+
+«Sire, aussitôt après mon arrivée ici, je me suis empressé de faire des
+dispositions pour éloigner les partis qui se sont présentés sur vos
+frontières. J'ai envoyé une forte division sur Langensalza, et le duc
+d'Istrie y a ajouté un corps de cavalerie de la garde qui va pousser des
+partis dans toutes les directions.
+
+«Comme nous n'avons pas de nouvelles récentes de Cassel et qu'il serait
+possible qu'il y eût de ce côté quelques désordres, j'envoie demain, à
+moitié chemin de cette ville ici, un corps d'infanterie et de cavalerie
+qui serait soutenu par des forces plus considérables s'il était
+nécessaire, mais qui rentrera immédiatement si, comme je le suppose,
+tout est tranquille. Je prie Votre Majesté de me faire connaître ce qui
+pourrait se passer d'important du côté où elle se trouve, afin que je
+puisse faire ce que les circonstances commanderont, et prendre des
+positions conformes à sa sûreté.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«20 avril 1813.
+
+«J'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire
+pour me faire connaître ses intentions sur le moyen de remplacer le
+personnel d'artillerie qui manque à mon corps d'armée. Les cadres des
+huit compagnies n'étant pas encore arrivés, je prie Votre Majesté de me
+permettre de lui faire quelques représentations sur une disposition qui
+ne me semble pas d'accord avec le bien de son service.
+
+«Le corps des canonniers de la marine a un bon esprit, une assez bonne
+composition; mais ce corps a déjà été énervé par diverses dispositions
+intérieures, et il me semble que ce corps perdrait presque toute sa
+valeur d'opinion, et même sa valeur réelle comme ancien corps, si la
+disposition prescrite était exécutée littéralement.
+
+«Les canonniers de la marine, à leur départ des ports, ont laissé un
+certain nombre d'hommes pour le service de la marine, conformément aux
+dispositions du décret de Votre Majesté, et, en général, ceux conservés
+ont été des hommes de choix. La marine a surtout conservé un grand
+nombre de sous-officiers, et les meilleurs, de manière que le plus grand
+nombre des sous-officiers actuels a un ou deux mois de nomination, et
+que le corps des sous-officiers dans ces régiments est en général
+très-faible. Depuis, ces mêmes régiments ont fourni trois cents
+canonniers pour la garde de Votre Majesté, et j'ai tenu la main à ce que
+les choix fussent faits tels qu'il convenait pour ce service important.
+Ensuite on a tiré à peu près le cinquième ou le sixième des officiers
+existante dans ces corps pour l'artillerie de terre, et on a choisi
+encore les officiers les plus méritants. Si à cela on ajoute encore un
+recrutement d'officiers et de sept à huit cents canonniers, ce corps ne
+sera le même en rien, parce que les chefs de corps, qui espèrent
+beaucoup de leur situation actuelle et mettent un grand prix à mériter
+la bienveillance de Votre Majesté, perdront l'espérance de bien faire en
+perdant les hommes dans lesquels ils avaient confiance, et seront
+découragés en pensant que leur corps est destiné à être un dépôt de
+recrutement pour les autres corps de l'armée, et que l'avenir brillant
+qui leur était offert leur est fermé; et réellement ce corps, de neuf
+mille hommes environ, dont plus de quatre mille sont conscrits de
+l'armée, perdant environ onze cents hommes d'élite, pris sur les
+anciens, sans compter les hommes plus recommandables encore qui ont été
+retenus dans les ports, sera peu de chose, en comparaison de ce qu'il
+était, par la différence de son esprit et de sa composition. Je pense
+donc que, puisque le besoin de l'artillerie de terre exige un secours
+momentané, il vaudrait mieux prendre une disposition seulement
+provisoire, qui, sans changer la composition de ce corps, n'influerait
+pas non plus sur l'esprit des officiers, et affecter, pour un temps
+déterminé, un bataillon tout entier au service des pièces de campagne;
+ou, si Votre Majesté tenait à une disposition définitive, que le
+recrutement des huit compagnies portât indifféremment sur tous les
+bataillons de mon corps d'armée. L'artillerie de marine s'en trouverait
+beaucoup mieux et l'artillerie de terre guère plus mal, attendu qu'il
+est bien facile de former en peu de jours des servants de pièces de
+campagne lorsqu'il y a par pièce trois ou quatre bons canonniers.
+
+«Je prie Votre Majesté de me faire connaître si mes observations lui ont
+paru fondées, ou si elle persiste dans les dispositions qu'elle avait
+prescrites, pour que je puisse me conformer à ses intentions.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL COMPANS.
+
+«22 avril 1813.
+
+«Monsieur le comte, je reçois votre lettre de ce jour. Les circonstances
+ne rendent pas nécessaire l'emploi des vingt mille rations de pain
+commandées à Mulhausen. Vous devez, si elles sont fabriquées, avoir soin
+de les faire prendre. J'ai été informé des obstacles que
+l'administration westphalienne met à la fourniture des subsistances
+demandées pour l'armée; mais, comme nos besoins sont pressants, que les
+rassemblements de troupes deviennent considérables et nécessitent une
+prompte réunion de subsistances, vous emploierez la force, s'il est
+nécessaire, pour forcer l'administration de Mulhausen à fournir les
+quatre mille quintaux de farine de blé, tant pour Eisenach que pour
+Langensalza. Vous recevrez demain un détachement de cavalerie convenable
+pour vous éclairer.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«22 avril, soir.
+
+«Monseigneur, j'ai l'honneur de vous rendre compte qu'ayant fait à
+Mulhausen la demande de quatre mille quintaux de farine pour
+l'approvisionnement des troupes qui vont être campées à Langensalza et à
+Eisenach j'ai reçu du préfet westphalien la réponse que, d'après les
+ordres de son gouvernement, il ne devait rien fournir. Je prie Votre
+Altesse de porter cette nouvelle extraordinaire à la connaissance de
+l'Empereur, afin que Sa Majesté puisse donner les ordres qu'elle croira
+convenables.
+
+«J'ai aussi l'honneur de vous rendre compte que le général Friederick,
+que j'avais envoyé à Bichhausen afin d'avoir des nouvelles de Cassel et
+de poursuivre les détachements qui auraient pu s'avancer du côté de
+cette place, me fait le rapport que le commandant de Bichhausen l'a
+informé qu'un assez grand nombre de soldats d'infanterie westphalienne
+se trouvaient journellement dans les environs, porteurs de permissions
+signées des généraux. Il a paru extraordinaire à ce commandant que l'on
+permît aussi facilement à des soldats de venir dans un pays exposé aux
+incursions de l'ennemi, et la chose me paraît digne de remarque.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«23 avril 1813.
+
+«À l'instant où j'ai reçu l'ordre de partir de Hanau pour faire mon
+mouvement sur Eisenach, n'ayant d'autre cavalerie que celle qui se
+rassemblait à Hanau, et ignorant le mouvement de la garde, je fis choix
+de deux détachements formant quatre escadrons complets; le premier de
+ces détachements, composé des 5e, 8e et 9e de hussards; l'autre, des 7e,
+11e, 12e et 16e de chasseurs, ce détachement m'ayant paru susceptible de
+faire quelque service en l'employant avec ménagement et précaution. Il
+paraît que l'Empereur a désapprouvé cette mesure et avait ordonné que
+ces détachements restassent à Hanau, et j'ai reçu du général Millaud la
+nouvelle qu'il avait donné aux détachements l'ordre de rétrograder,
+d'après ceux de Sa Majesté. J'ai donc eu lieu d'être étonné de leur
+arrivée avant-hier; c'est hier seulement que l'ordre de rétrograder leur
+est parvenu. Comme il y a sept marches d'ici à Hanau, que ce serait une
+fatigue à pure perte pour les chevaux et un temps perdu pour
+l'instruction des hommes, j'ai pensé qu'il n'était plus convenable de
+les faire rétrograder et j'ai fait choix pour eux de bons cantonnements,
+où on les mettra promptement en état de bien servir. Le chef d'escadron
+Reisey, qui commande le détachement de hussards, pense qu'en quinze
+jours il le mettra en état de faire son service devant l'ennemi.
+
+«J'avais donné l'ordre au général Dommanges de venir prendre le
+commandement de ces deux détachements, par suite de l'ordre de Sa
+Majesté, dont il a eu connaissance avant son départ de Hanau; il est
+resté. Si, comme je le suppose, Sa Majesté approuve les dispositions que
+j'ai prises de ne pas faire rétrograder ces corps depuis ici, il serait
+utile que le général Dommanges, ou tout autre général de brigade ou
+colonel, reçût l'ordre de venir afin qu'il y eût un chef pour les
+surveiller et les commander.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«26 avril 1813.
+
+«Le 1er régiment a plus de cent hommes qui manquent de culottes et de
+pantalons, et qui, s'ils ne les recevaient pas, seraient hors d'état
+d'entrer en campagne. Cette position est d'autant plus fâcheuse, que le
+régiment ne peut attendre ces effets de son dépôt, attendu qu'il n'a
+point reçu les tricots que le ... avait annoncés. Votre Altesse jugera
+sans doute convenable de prendre une mesure extraordinaire pour faire
+avoir au 1er régiment de marine les effets qui lui manquent, et je lui
+demande avec instance de vouloir le faire promptement.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AUX MEMBRES DE LA COMMISSION DES SUBSISTANCES DE
+GOTHA.
+
+«26 avril 1813.
+
+«Messieurs, je vous préviens que, d'après les ordres de Sa Majesté, il
+est indispensable que vous preniez des mesures pour faire diriger sur
+Erfurth trois mille quintaux de farine, savoir: cinq cents quintaux par
+jour; cinq mille quintaux de blé, à raison de cinq cents quintaux par
+jour; dix mille quintaux de viande sur pied, soit vaches, boeufs ou
+moutons, à raison de mille quintaux par jour; enfin cent mille boisseaux
+d'avoine, à raison de dix mille par jour, et ce à compter d'aujourd'hui.
+Je vous prie de me faire connaître le plus promptement possible les
+dispositions que vous aurez prises pour remplir les intentions de Sa
+Majesté, afin que je puisse, s'il le faut, y concourir et les assister
+de la force nécessaire. Je vous prie de me faire connaître également
+dans quel rapport sont les ressources que les différentes contrées
+présentent, afin que je puisse prendre des mesures directement si vos
+efforts ne remplissaient pas le but que j'en attends.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Erfurth, le 27 avril 1813.
+
+«Mon cousin, je viens de prendre dans les 123e et 134e régiments de
+ligne des capitaines pour les faire chefs de bataillon dans le 37e
+léger, des lieutenants pour les faire capitaines, des sous-lieutenants
+pour les faire lieutenants et des sergents pour les faire
+sous-lieutenants. Mon décret va vous être envoyé par le major général.
+Tous ces hommes sont ici dans la citadelle; faites-les réunir sans
+délai, et qu'ils partent demain à la pointe du jour, pour qu'avant midi
+ils soient reconnus et placés dans les compagnies. Il n'y a rien de plus
+urgent que cela, ce régiment ne pouvant pas marcher avec les officiers
+ineptes qui s'y trouvent. Vous mettrez en pied tous les sous-lieutenants
+que je vous envoie, et qui ont tous fait la guerre. Vous renverrez au
+dépôt d'Erfurth, et vous m'en remettrez la note, tous les capitaines qui
+n'auraient pas fait la guerre. Vous mettrez à la suite les
+sous-lieutenants et lieutenants qui seraient dans le même cas. Il est
+absurde d'avoir dans un régiment des capitaines qui n'ont pas fait la
+guerre. On verra dans la campagne ce qu'on pourra faire de ceux que vous
+allez renvoyer au dépôt. Mais, en attendant, le commandement sera dans
+la main des hommes que je vous envoie.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Weissenfels, le 1er mai 1813, deux heures du matin.
+
+«Faites partir, à cinq heures du matin, les cinq bataillons de la
+division Durutte, qui sont avec le général Bonnet, pour se rendre à
+Mersebourg joindre leur division sans artillerie. Prévenez le vice-roi,
+par courrier, de l'heure à laquelle ils arriveront à Mersebourg. Les
+quatorze bouches à feu de la division Durutte resteront à la réserve de
+votre corps jusqu'à nouvel ordre. Le vice-roi aura soixante mille hommes
+ce matin, 1er mai, à mi-chemin de Mersebourg à Leipzig. Approchez vos
+divisions le plus possible de Weissenfels, afin de pouvoir soutenir le
+maréchal Ney si cela était nécessaire. Je n'ai pas encore de nouvelles
+du général Marchand, qui devait passer à Stossen. Je n'en ai pas
+davantage du général Bertrand. Si vous en avez, donnez-m'en. L'un et
+l'autre devaient venir par Camburg. J'ai donné l'ordre au maréchal
+Mortier de se porter par la rive gauche de la Saale, en passant sur le
+pont que j'ai fait construire près de Naumbourg, avec la division de la
+garde pour se rendre à Weissenfels. Par ce moyen, Naumbourg sera tout à
+fait libre. Vous y pourrez placer votre troisième division. Ce mouvement
+par la rive gauche rendra aussi la rive droite, pour vos divisions,
+très-libre.
+
+«Si vous n'avez pas de nouvelles des généraux Bertrand et Marchand,
+envoyez un officier à Camburg pour en avoir.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Lutzen, le 1er mai 1813.
+
+«Le quartier général de l'Empereur est ce soir à Lutzen. La journée a
+été fort belle. La jonction avec l'armée de l'Elbe a eu lieu près
+Lutzen. L'ennemi, qui a montré une nombreuse cavalerie, a constamment
+été repoussé par notre infanterie dans des plaines immenses, et a eu
+beaucoup de monde tué par notre canon. Nous n'avons perdu qu'une
+centaine d'hommes; mais une perte bien sensible a été faite. Un boulet a
+coupé le poignet et traversé les reins à M. le maréchal duc d'Istrie,
+qui est mort à l'instant même sur le champ d'honneur. C'est le premier
+coup de canon tiré par l'ennemi. L'armée et toute la France partageront
+les vifs regrets de l'Empereur.
+
+«Le prince de Neufchâtel, major général.
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Weissenfels, 1er mai 1813, huit heures du matin.
+
+«Mon cousin, venez de votre personne sur la route de Lutzen. Je ne sais
+pas où a couché la division Bonnet et la division Compans. Mettez-les en
+marche pour les approcher de Weissenfels.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Lutzen, le 2 mai 1813, neuf heures et demie du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous donner l'ordre
+de partir de votre position pour vous porter sur Pégau. Je donne l'ordre
+au général Bertrand que, au lieu de venir ce soir, comme il en a reçu
+l'ordre hier, jusqu'à Kaia, de s'arrêter à _Tauchau_. Je le préviens
+qu'il peut même arrêter, s'il en est encore temps, la division italienne
+à _Gleisberg_, et celle wurtembergeoise à _Stöhsen_. Par ce moyen, son
+corps couvrira Naumbourg, Weissenfels, et menacera Zeitz, et sera en
+position pour se porter sur Pégau si l'ennemi menaçait de déboucher. Je
+lui dis de se tenir en communication avec vous.
+
+«Le prince de la Moskowa est à Kaia, et pousse de fortes reconnaissances
+sur Zwickau et sur Pégau.
+
+«Le vice-roi porte le général Lauriston sur Leipzig.
+
+«Le onzième corps se porte sur Markranstadt, d'où il enverra des
+reconnaissances sur Zwickau et sur Leipzig.
+
+«Je préviens aussi le général Bertrand que, si l'ennemi débouchait de
+Zeitz, il réunirait ses trois divisions et marcherait à lui[2].
+
+[Note 2: À cette lettre était jointe une longue lettre de l'Empereur
+servant d'instruction: elle a été perdue.
+LE MARÉCHAL DUC DE RAGUSE.]
+
+«Le prince de Neufchâtel, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+ORDRE DU JOUR.
+
+«8 mai 1813.
+
+«Monsieur le maréchal commandant en chef le sixième corps témoigne son
+mécontentement aux troupes à ses ordres pour les désordres qu'elles
+commettent journellement. Si la bonne conduite qu'elles ont tenue sur le
+champ de bataille est faite pour leur mériter la bienveillance de Sa
+Majesté, la continuation des désordres attirerait sur elles toute sa
+sévérité. Les généraux, chefs de corps et officiers doivent concourir
+avec le même zèle au maintien de l'ordre. La recherche des vivres doit
+être faite d'une manière régulière et par des corvées armées, conduites
+par des officiers, et tout individu qui sera trouvé isolé, n'eût-il pris
+que du pain, sera arrêté comme maraudeur et puni comme tel suivant la
+rigueur des lois. Il doit être fait un appel toutes les trois heures, et
+tous les hommes qui ne seront pas présents seront arrêtés et mis à la
+garde du camp. Il est surtout expressément défendu de se servir de ses
+munitions pour d'autres usages que pour ceux de la guerre, et tout
+contrevenant à cet ordre qui sera pris sur le fait sera arrêté par la
+gendarmerie, conduit au quartier général et traduit devant le grand
+prévôt de l'armée. M. le maréchal est convaincu que, si les officiers y
+mettent l'activité nécessaire, les désordres si répréhensibles qui ont
+lieu cesseront sur-le-champ. Leur honneur, comme leur devoir et leur
+intérêt, le leur commandent également.
+
+«Le présent ordre du jour sera lu, pendant trois jours consécutifs, aux
+troupes rassemblées.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«Près Steinbach, 8 mai 1813.
+
+«Monseigneur, les mouvements continuels de mon corps d'armée m'ayant
+empêché, jusqu'à ce moment, de vous adresser mon rapport sur les détails
+de ses opérations relatives à la bataille de Lutzen, je m'empresse de
+réparer cette omission.
+
+«Après avoir passé la Saale, je reçus l'ordre de prendre position avec
+mon corps d'armée au défilé de Ripach.
+
+«Le lendemain 2 mai, les projets de l'ennemi étant encore obscurs,
+l'Empereur me donna l'ordre de me porter sur Pégau, afin de connaître la
+force de l'ennemi sur ce point et de culbuter tous les corps moins forts
+que le mien, que je trouverais sur mon passage. Afin de ne pas être
+trompé par de simples apparences, je me mis immédiatement en mouvement.
+Deux routes me conduisaient également à Pégau, l'une par la rive gauche
+du ravin et plus courte, l'autre par la rive droite et plus longue.
+
+«Je choisis la deuxième parce qu'elle me liait plus avec l'armée, et
+que, dans le pas d'une grande bataille, je ne courrais pas risque d'en
+être séparé.
+
+«Mes troupes formées en neuf colonnes, sur plusieurs lignes, prêtes à
+former promptement des carrés et disposées en échelons, je m'ébranlai;
+après une heure de marche, j'arrivai au village de Starfield. En ce
+moment le canon se fit entendre au village de Kaia, et, au même instant,
+l'ennemi se montra sur l'immense plateau qui précède et domine le
+village de Starfield; les forces qu'il me montra dans ce moment ne me
+parurent pas assez grandes pour devoir m'arrêter; je me disposai donc à
+remplir la partie de mes instructions qui me prescrivait de marcher à
+lui; mais, afin d'être à l'abri de tout événement fâcheux, j'occupai
+fortement le village de Starfield, qui devait être mon point d'appui. Je
+portai en avant du village, et un peu à sa gauche, la division Compans,
+et en échelons sur sa gauche, celle du général Bonnet; et, soutenu d'une
+nombreuse artillerie, je portai ces troupes en avant.
+
+«La charge que j'avais ordonnée s'exécuta avec promptitude et vigueur;
+les forces que l'ennemi me montra bientôt me prouvèrent qu'une grande
+bataille allait être livrée; alors j'arrêtai mon mouvement offensif,
+qui, en m'éloignant de l'armée et de mes points d'appui, aurait
+infailliblement causé ma perte; mais je conservai toutefois une attitude
+offensive, afin de partager l'attention de l'ennemi, de l'empêcher
+d'écraser les troupes du troisième corps qui combattaient à Kaia, et de
+donner le temps aux échelons que Sa Majesté avait formés en arrière de
+se réunir et de venir nous dégager. Alors l'ennemi réunit de grandes
+forces contre moi, et surtout une nombreuse artillerie. Plus de cent
+cinquante pièces de canon furent dirigées contre mon seul corps d'armée;
+mais les troupes supportèrent leur feu avec un calme et un courage
+dignes des plus grands éloges. La division Compans, surtout, la plus
+exposée, mérite des éloges particuliers; les rangs éclaircis à chaque
+instant se reformaient aux cris de _Vive l'Empereur!_ Immédiatement
+après ce feu terrible, la cavalerie ennemie s'ébranla et fit une charge
+vigoureuse également dirigée contre le 1er régiment d'artillerie de
+marine. Cet excellent régiment, commandé par le brave colonel Esmond,
+montra en ce moment tout ce qu'une bonne infanterie peut contre la
+cavalerie, et les efforts de l'ennemi vinrent échouer contre ses
+baïonnettes; d'autres charges furent également faites, et toutes
+également sans succès. Cependant le combat durait déjà depuis plusieurs
+heures; Sa Majesté, qui avait prévu ce qui pouvait arriver et placé
+l'armée en conséquence, avait eu le temps de la réunir et de marcher.
+L'ennemi voulut faire un dernier effort sur moi et redoubla son feu dans
+l'espérance de me forcer à évacuer le village de Starfield, et il
+pouvait espérer d'obtenir ce résultat si j'eusse continué à garder la
+position offensive que j'avais prise et à combattre à découvert; je crus
+devoir ne pas compromettre ce poste important, et à cet effet je
+reportai mes troupes en arrière, de la distance nécessaire pour en
+masquer une partie, en étant à portée de soutenir le village de
+Starfield, et toute la division Compans fut placée dans ce village.
+Cette disposition fut encore rendue plus nécessaire par un grand
+mouvement que l'ennemi fit sur ma droite, qui, étant en arrière du
+ravin, n'avait plus de point d'appui, tandis que la tête de mes forces
+était au village, et n'ayant rien au delà du ravin. Peu de troupes
+suffisaient pour arrêter l'ennemi sur ce point. J'y employai une portion
+de la troisième division, et je gardai le reste de cette division en
+réserve, afin de pourvoir aux cas imprévus. L'ennemi alors fit une
+charge directe sur le village; mais elle lui réussit mal. Cependant
+l'Empereur était arrivé sur Kaia, et, tandis qu'on se battait sur ce
+point avec acharnement, les efforts de l'ennemi furent ralentis contre
+moi, quoique j'eusse toujours en présence de grandes forces.
+
+«Cinq heures et demie arrivèrent, et le quatrième corps parut. Aussitôt
+que je pus être certain de l'avoir bien reconnu, j'eus lieu d'être
+tranquille sur ma droite, et j'exécutai, sans perdre un seul instant,
+avant même d'avoir communiqué avec lui, l'ordre anticipé que Sa Majesté
+m'avait donné de porter une division sur Kaia aussitôt que je serais en
+liaison avec le général Bertrand. Enfin l'ennemi était battu partout; Sa
+Majesté était victorieuse; elle ordonne une charge générale. La division
+Compans débouche de nouveau du village. La division Friederich se porta
+à sa gauche et à droite de la division Bonnet, et nous marchâmes
+rapidement à l'ennemi, qui fuyait devant nous, aussi loin que le jour le
+permit. Nous nous canonnions encore qu'à peine pouvions-nous distinguer,
+dans l'obscurité, les masses qui se retiraient devant nous. Il fallut
+enfin s'arrêter par suite de l'obscurité de la nuit. Nous étions en
+repos depuis quelques instants lorsqu'un corps de cavalerie ennemie se
+présenta inopinément et sans avoir pu être reconnu, et chargea nos
+carrés. Il fut reçu la nuit comme il l'avait été le jour, et se replia,
+mais sans avoir éprouvé une grande perte, attendu que, dans l'obscurité,
+il eût été dangereux de faire feu sans avoir bien reconnu la division
+des carrés. Immédiatement après sa retraite, prévoyant qu'il pourrait
+revenir, je rapprochai tellement mes carrés, qu'ils pouvaient tous se
+voir, et je les échelonnai de manière que deux côtés pussent toujours
+tirer, et qu'il y eût des feux dans toutes les divisions. Ce que j'avais
+prévu arriva. L'ennemi, comptant que, après la fatigue d'une aussi
+longue journée, les soldats seraient couchés et les armes aux faisceaux,
+arriva à dix heures avec quatre régiments de cavalerie de choix, dont un
+régiment de gardes prussiennes. Ces quatre régiments se jetèrent avec
+une impétuosité extraordinaire au milieu de nous; mais ils trouvèrent
+chacun à son poste. Tous les ordres donnés furent exécutés
+ponctuellement, et l'ennemi enveloppa de ses morts nos carrés sans en
+enfoncer aucun. Trois cents hussards restèrent sur la place, et les
+rapports des Prussiens annoncent que le régiment des gardes a été
+détruit entièrement. Ainsi a fini une belle journée. C'est le sixième
+corps qui, dans cette mémorable bataille, a eu l'honneur de tirer les
+premiers coups de canon et les derniers coups de fusil. Je ne saurais
+donner trop d'éloges aux troupes dont Sa Majesté m'a confié le
+commandement. Les soldats de marine se sont montrés dignes de l'armée
+dans laquelle Sa Majesté les a attachés. Ces nouveaux soldats marchent
+d'un pas ferme sur le pas des anciens. Je devrais nommer tous les
+généraux et tous les officiers supérieurs; mais je dois faire une
+mention particulière du général Compans et du général Bonnet, des
+généraux Jamin, Joubert et Richemont. Le général Compans a eu ses
+habits criblés de mitraille: le général Bonnet, deux chevaux tués sous
+lui: le général Jamin, quoique blessé, n'a pas quitté le champ de
+bataille un seul instant. Je dois faire aussi mention du colonel Jardet,
+mon premier aide de camp, officier d'une grande distinction, qui a été
+blessé d'une manière extrêmement grave. Je dois citer aussi le général
+Faucher, commandant l'artillerie, et le colonel de Ponthou, commandant
+le génie, dont j'ai eu à me louer.
+
+«J'aurai l'honneur d'adresser à Votre Altesse des demandes de
+récompenses pour les officiers et soldats qui ont si bien mérité de Sa
+Majesté, et en vous priant de les soumettre à l'Empereur.»
+
+
+
+
+LIVRE DIX-SEPTIÈME
+
+1813
+
+SOMMAIRE.--Hésitations du roi de Saxe.--Passage de l'Elbe à
+Priesnitz.--Reddition de Torgau.--Combat de Bichofswerda (12
+mai).--Combats de Grossenheim, de Koenigswerth et de Weissig.--Positions
+de l'armée devant Bautzen.--Bataille de Bautzen (20 mai).--Bataille de
+Wurtzen (21 mai).--Retraite de l'ennemi sur Weissenberg.--Combat de
+Reichenbach.--Mort du général Bruyère.--Mort de Duroc: son
+portrait.--Passage de la Niesse par le septième corps.--Surprise et
+déroute de la division Maison à Haynau.--Combat de Jauer.--Armistice de
+Pleiswig.--Ligne de démarcation des deux armées.--Retour de l'Empereur à
+Dresde (10 juin).--Établissement du sixième corps à Buntzlau.--Situation
+de l'armée française pendant l'armistice.--Haine des Prussiens pour les
+Français.--Rôle de l'Autriche.--Travaux de défense à Buntzlau.--Arrivée
+de M. de Metternich à Dresde.--Paroles de l'Empereur.--Ouverture du
+congrès de Prague.--Dénonciation de l'armistice (10 août).--Manière de
+voir de l'Empereur.--Ses conseillers.--Composition et force de l'armée
+française.--Travaux de défense autour de Dresde.--Plan de campagne de
+Napoléon.--Composition et force des armées ennemies.--Formation de
+l'armée française.--Arrivée de Napoléon à Görlitz (18
+août).--Commencement des hostilités.--Opérations du sixième
+corps.--Mouvements des armées autour de Dresde.--La grande armée alliée
+attaque Dresde (26 août).--Bataille de Dresde.--Mort du général
+Moreau.--Retraite de l'ennemi.--Poursuite de l'armée ennemie.--Combats
+de Possendorf, de Dippoldiswald et de Falkenheim.--Combat de
+Zinnwald.--Catastrophe du général Vandamme.
+
+À la fin de mars, à l'approche de l'armée russe, le roi de Saxe, pour ne
+pas tomber en son pouvoir, avait abandonné sa capitale. Il s'était rendu
+d'abord à Plauen et de là à Ratisbonne, accompagné d'un corps de quinze
+cents chevaux.
+
+Nos revers à la fin de la dernière campagne, la destruction de nos
+forces, la défection de la Prusse et les passions qui se développaient
+dans une grande partie de l'Allemagne, avaient frappé de terreur les
+princes de la Confédération. L'Autriche avait, dès ce moment, entrevu
+l'espoir de retrouver son ancienne prépondérance, soit par des
+négociations, soit en rentrant plus tard dans la lice. Elle s'occupait,
+dès lors, à réunir autour d'elle en faisceau tout ce qu'elle pouvait
+détacher de notre alliance, afin de donner plus de poids à ses paroles.
+
+Le roi de Saxe, un des premiers à qui elle s'était adressée, comprit
+bientôt que les intérêts bien entendus de l'Allemagne étaient dans un
+système modérateur, assurant à l'avenir le repos de l'Europe, et dont
+l'Autriche serait le centre. Il signa d'abord une convention par
+laquelle le corps polonais acculé à Cracovie, à la frontière
+autrichienne, aurait la faculté d'entrer en Galicie, en déposant ses
+armes. Ces armes devaient être transportées sur des chariots et devaient
+lui être rendues à son arrivée en Saxe. Cette disposition concernait
+également quelques troupes françaises et un corps de cavalerie saxonne
+qui se trouvait avec elles. À l'ombre de cette première convention, on
+commença à négocier un traité de neutralité qui devait séparer la Saxe
+de l'alliance française et l'unir à la politique autrichienne.
+
+D'un autre côté, l'Autriche avait pris une attitude pacifique en faisant
+faire un armistice pour le corps auxiliaire que commandait le
+feld-maréchal, prince de Schwarzenberg. Enfin, le 26 avril, elle avait
+déclaré à l'ambassadeur de France à Vienne que les stipulations du
+traité du 4 mars 1812 n'étaient plus applicables aux circonstances
+présentes.
+
+C'était annoncer l'intention de suivre une politique indépendante. Après
+tous ces divers actes, le roi de Saxe quitta Ratisbonne et se rendit à
+Prague. Cette démarche donna l'éveil à Napoléon sur ses intentions. Il
+soupçonna que les négociations relatives au désarmement du corps
+polonais pourraient avoir été plus loin, et se crut menacé de voir la
+Saxe se séparer de ses intérêts. Dès son arrivée à Mayence, il avait
+envoyé auprès de lui à Ratisbonne le général de Flahaut pour surveiller
+la conduite du roi et réclamer la cavalerie qu'il avait avec lui. Il
+n'eut cependant jamais la certitude d'un traité convenu et signé. Il
+crut seulement que des propositions avaient été faites et reçues avec
+complaisance; mais enfin les mauvaises dispositions du roi de Saxe
+devinrent patentes par la connaissance des ordres donnés le 5 mai au
+général Thielmann, qui commandait à Torgau, de ne recevoir aucune troupe
+étrangère dans la place, et par le refus d'en ouvrir les portes au
+troisième corps, qui s'y présenta.
+
+Alors la victoire avait donné du poids aux paroles de Napoléon, et il se
+trouvait maître de Dresde au moment même où le roi semblait vouloir
+l'abandonner. Il envoya un officier à Prague, le comte de Montesquiou,
+pour remettre à M. de Sera, alors ministre de France auprès du roi, une
+lettre qui lui prescrivait de le faire s'expliquer dans l'espace de six
+heures. Il devait, à l'instant même: 1° déclarer par écrit dans une
+lettre à l'Empereur qu'il n'avait pas cessé de faire partie de la
+Confédération du Rhin et reconnaissait les obligations qui en
+résultaient pour lui; 2° donner l'ordre au général Thielmann d'ouvrir
+les portes de Torgau et de mettre à la disposition du général Régnier
+les troupes saxonnes qui s'y trouvaient et devaient en sortir; 3° enfin
+d'envoyer à Dresde la cavalerie saxonne restée près de lui, et de la
+mettre à la disposition de l'Empereur; dans le cas d'un refus, M. de
+Sera lui devait faire connaître qu'il était déclaré félon et avait cessé
+de régner.
+
+Un langage pareil auprès d'un prince faible, dont les États étaient
+envahis et en partie occupés, devait avoir les résultats qu'en attendait
+Napoléon. Le roi souscrivit à tout et s'excusa auprès de l'Empereur
+d'Autriche sur l'empire des circonstances. Il lui demanda le secret sur
+le traité fait, signé et ratifié, et le secret lui fut gardé. Le roi se
+rendit à Dresde. L'Empereur donna, avec intention, un grand éclat à son
+retour. Il alla, le 12 mai, à sa rencontre à une lieue, accompagné de
+tous les maréchaux alors à Dresde, et j'étais du nombre. Il fut empressé
+et affectueux envers son allié; il s'efforça d'établir l'opinion qu'il
+n'avait jamais douté de sa fidélité. On ne peut que plaindre un
+souverain placé dans des circonstances aussi difficiles, entre le salut
+de ses peuples et ses engagements. Les résultats de sa conduite lui ont
+été funestes; mais la campagne de 1813, dont la fin a été si désastreuse
+pour nous, a été cependant bien près d'être couronnée par des triomphes.
+Ainsi, en prenant seulement pour base les probabilités et les intérêts,
+on doit reconnaître que peu s'en est fallu qu'il n'ait eu à s'applaudir
+de sa politique. Ce vieux monarque, si fort aimé par ses sujets, ne doit
+pas être jugé avec trop de sévérité.
+
+Le onzième corps était entré à Dresde le 8. Dès le 9 au matin, un pont
+fut jeté sur l'Elbe à Priesnitz. L'ennemi mit obstacle à ce travail
+autant qu'il fut en son pouvoir. Le 9, les quatrième, sixième et
+douzième corps arrivèrent à Dresde. Le 11, le onzième corps passa l'Elbe
+et prit position sur la route de Bautzen. Les quatrième et sixième
+corps, ainsi que le premier corps de cavalerie, suivirent la même
+direction. Le douzième corps resta à Dresde avec le quartier général
+impérial et la garde. Ce même jour le troisième corps entra à Torgau;
+mais le général Thielmann, qui y commandait pour le roi de Saxe, après
+avoir remis la forteresse au maréchal Ney, passa à l'ennemi avec son
+état-major. Le cinquième corps de Meissen se rendit également à Torgau,
+et à ces deux corps se joignit le septième, dont le général Régnier
+reprit le commandement. Réorganisé, il se composa de la division
+française du général Durutte et des troupes saxonnes.
+
+Le onzième corps, en s'éloignant de Dresde, avait pris la route de
+Bautzen, tandis que le quatrième s'était porté sur Königsbrück, et le
+sixième sur Reichenbach. Le 12, le maréchal duc de Tarente, ayant
+rencontré l'arrière-garde russe, commandée par Miloradowitch, la poussa
+devant lui. Un autre combat assez vif s'engagea à Bichofswerda. Cette
+ville fut enlevée; mais les Russes l'incendièrent en l'évacuant, afin de
+détruire les magasins qu'elle renfermait.
+
+Le 13, le onzième corps continua son mouvement, et prit position à
+moitié chemin de Bautzen. Les quatrième et sixième corps restèrent, ce
+jour-là, à Königsbrück et à Reichenbach, ainsi que le douzième et la
+garde à Dresde. Le cinquième, parti de Torgau, marcha dans la direction
+d'Obrilugk; le troisième dans la direction de Lukau. Le deuxième,
+commandé par le maréchal duc de Bellune, et le deuxième de cavalerie du
+général Sébastiani, étaient arrivés à Wittenberg. Par ces dispositions,
+Napoléon menaçait la communication de la grande armée ennemie avec
+Berlin, et même cette capitale. L'Empereur avait aussi pour motif, en
+ralentissant ses opérations, de recevoir des renforts, entre autres les
+troupes de la vieille et de la jeune garde, commandées par le général
+Barrois, enfin de la cavalerie. Il voulait en outre donner le temps au
+deuxième et au septième corps d'achever leur organisation.
+
+Le 14, tous les corps restèrent en position.
+
+Le 15, le onzième corps se porta en avant et rencontra, à Godeau, le
+corps de Miloradowitch. Après une résistance de quelques moments,
+l'ennemi se retira à Bautzen, et repassa la Sprée. Appelé par le bruit
+du canon et par l'invitation du maréchal Macdonald, je marchai
+sur-le-champ; mais j'arrivai quand le combat finissait. Le onzième corps
+campa en face de Bautzen, le sixième campa à sa gauche, et le quatrième
+à la gauche de celui-ci. L'ennemi, qui voulait gêner les communications
+de nos divers corps d'armée, avait porté un grand nombre de Cosaques,
+sous les ordres directs de Platow, à Grossenheim, soutenu par le corps
+de Kleist.
+
+Napoléon, voulant nettoyer tout cet espace entre son centre et sa
+gauche, donna l'ordre au duc de Trévise de partir de Dresde avec une
+division de jeunes gardes et le corps de cavalerie, commandé par le
+général Latour-Maubourg, et de chasser l'ennemi de cette position trop
+avancée. Après une résistance assez vive de la part des Prussiens, ce
+but fut atteint. Kleist se retira dans la direction d'Elstenwerda, et
+Platow dans celle d'Ortona.
+
+Après avoir rempli cet objet, le duc de Trévise marcha sur Bautzen. Le
+18, le cinquième corps se porta sur Hoyerswerda, et les troisième et
+septième suivirent.
+
+Ces trois corps étaient destinés à tourner toutes les positions que
+l'ennemi avaient fortifiées. Le même jour, l'Empereur et tout le reste
+de sa garde partirent de Dresde. Ils vinrent s'établir, avec le quartier
+général, en face de Bautzen. Mais ce jour-là, 18, l'ennemi ayant appris
+le mouvement du cinquième corps sur Hoyerswerda, et ignorant qu'il était
+soutenu par les troisième et septième corps, fit un détachement pour
+s'opposer à lui, et profiter de son isolement pour le battre.
+
+Le général York vint avec dix mille Prussiens prendre position à
+Weissig. Il était appuyé par Barclay de Tolly avec douze mille Russes.
+Le général Bertrand détacha sur Königswerth la division italienne de son
+corps, pour maintenir la communication entre les deux parties de
+l'armée. Cette division, établie négligemment, fut attaquée et surprise
+par Barclay. Elle fut mise dans un grand désordre. Cependant, comme elle
+était appuyée à des bois en arrière de la ville, elle réussit à se
+rallier, et soutint le combat. Sur ces entrefaites, le comte de Valmy
+arriva avec sa cavalerie, et Königswerth fut repris. Pendant ces
+événements, le cinquième corps avait rencontré le général York à
+Weissig. Un combat opiniâtre s'ensuivit. La position fut enlevée, et
+l'ennemi fut forcé de se replier sur le gros de son armée.
+
+Ces deux corps, d'York et de Barclay de Tolly, rentrèrent en ligne. Le
+corps russe fut chargé de défendre la Sprée dans son cours inférieur.
+
+Le 19, toute l'armée française était déployée circulairement devant
+Bautzen, le douzième corps occupait l'extrême droite, et était placé sur
+les hauteurs de Technitz. Le onzième corps était près de Breska,
+derrière le Windmüchlenberg. Le sixième était en avant de Salzfortgen.
+Le quatrième appuyait sa gauche à Welka et à la chaussée de Hoyerswerda.
+La garde et la cavalerie étaient en arrière, sur la route de Dresde. Le
+quartier général était à Fortigen. La gauche de l'armée n'était pas
+encore en ligne. Le cinquième corps occupait Weissig. Le troisième, un
+peu en arrière, se trouvait à Markersdorf; le septième à Hoyerswerda. Le
+deuxième avait quitté Wittenberg, et s'était avancé vers Galzen et
+Dalheim. Il était en face des corps prussiens de Bulow, de celui de
+Berstel et de la division russe de Karper.
+
+L'armée ennemie avait deux positions à défendre: la première ayant sa
+gauche aux montagnes, défendue par des abatis et des redoutes, et le
+front couvert par Bautzen et la Sprée, dont le lit est encaissé et les
+bords escarpés; la deuxième position, également appuyée aux montagnes,
+se composait des retranchements construits en avant de Kalskirch. Son
+front était couvert par une ligne de redoutes faites avec soin et bien
+armées, et par les hauteurs de Krekvitz. Enfin la droite occupait les
+hauteurs de Glaima, et les points de Klitz et de Malschitz.
+
+Le 20, au matin, l'armée s'ébranla. Le douzième corps, placé à la
+droite, attaqua les hauteurs où était la gauche ennemie, après avoir
+jeté un pont sur la Sprée et passé cette rivière. Le onzième corps fut
+chargé d'attaquer Bautzen, après avoir aussi franchi la Sprée au-dessus
+de cette ville. Je reçus l'ordre de passer la Sprée à une demi-lieue
+au-dessous de Bautzen, et d'attaquer le corps de Kleist qui était en
+face, et occupait les hauteurs de Seydan. Une vive résistance nous fut
+opposée; mais, après un combat de cinq heures, l'ennemi fut chassé des
+diverses positions qu'il occupait devant nous et forcé à se retirer, sur
+les hauteurs du village de Kayna, en arrière du ruisseau.
+
+Comme Bautzen continuait à se défendre et arrêtait la marche du onzième
+corps, je détachai ma première division, commandée par le général
+Compans, pour prendre la ville à revers. La batterie qui en défendait
+les approches fut enlevée au pas de charge, et les remparts escaladés.
+Tous les soldats russes qui se trouvaient dans la ville furent faits
+prisonniers.
+
+Je fis attaquer ensuite, par la division Bonnet, le corps de Kleist, qui
+venait d'être renforcé et qui s'était concentré dans la position de
+Kayna et de Basankwitz. Il fut culbuté et obligé de se retirer plus en
+arrière. Il occupa alors la position retranchée et préparée d'avance, où
+il avait décidé qu'une seconde bataille devait être livrée. Pendant ces
+mouvements, les troisième, cinquième et septième corps, sous les ordres
+du maréchal Ney, s'approchèrent de la Sprée, au village de Klix. Il
+devait forcer le passage et tourner les retranchements, tandis que le
+quatrième corps observerait les bords de la Sprée, en face de Krekwitz,
+en attendant que la prise de Bautzen et le mouvement de la droite
+eussent permis de l'attaquer.
+
+Le soir du 20, l'armée française était donc à cheval sur la Sprée, et
+occupait une ligne brisée, la droite aux montagnes, le centre en face de
+Krekwitz, et la gauche sur Klix.
+
+Du côté de l'ennemi, la gauche et la partie du centre qui se liait avec
+elle étaient fortifiées par tout ce que l'art peut offrir d'avantageux,
+et un succès sur ce point ne compromettait pas le reste de l'armée. Ce
+n'était donc pas le point d'attaque à choisir: tandis qu'en attaquant la
+droite on avait moins d'obstacles à surmonter. On forçait le centre et
+la gauche à se retirer en toute hâte. Enfin, l'on pouvait espérer en
+couper une partie. Aussi ce fut le plan d'attaque adopté par Napoléon.
+
+La gauche de l'ennemi était commandée par le prince Eugène de Wurtemberg
+et le général Korsakoff, le centre par le général Blücher, et la droite
+par le général Barclay de Tolly.
+
+Le 21, à cinq heures du matin, le maréchal duc de Reggio commença le
+combat par une fausse attaque, dont l'objet était de masquer nos
+véritables intentions et de contenir une partie considérable des forces
+de l'ennemi. Celui-ci, qui avait porté sa gauche en avant du ruisseau et
+des retranchements construits dans les montagnes, fut forcé à un
+mouvement rétrograde; mais, ayant reçu des secours, il résista et força
+le duc de Reggio, qui s'était emparé de Meltheuer, de l'évacuer et de
+reprendre sa première position. Le onzième corps prit part au combat, et
+soutint le douzième. Pendant ce temps, le prince de la Moskowa enlevait
+le village de Klix. Il attaqua ensuite l'ennemi dans une seconde
+position, entre Glaima et l'étang de Malschitz, et le battit. Il avait
+ainsi tourné ses positions. De son côte, le quatrième corps, dont le duc
+de Dalmatie était venu prendre le commandement, après s'être emparé du
+village de Krekwitz, forçait l'ennemi à la retraite. Enfin, l'affaire
+étant engagée sur tous les points, je déployai le sixième devant les
+retranchements ennemis, et je commençai contre eux un feu d'artillerie à
+faire trembler la terre. Peu après, j'aperçus un mouvement rétrograde
+prononcé à la droite et au centre de l'ennemi. L'ayant reconnu le
+premier, j'en fis prévenir aussitôt l'Empereur, et mis mes troupes en
+mouvement pour marcher à ces retranchements; mais, l'ennemi les ayant
+évacués assez tôt pour éviter un engagement d'infanterie, je continuai à
+le poursuivre sans relâche jusqu'au village de Wurtzen.
+
+Cette bataille, à laquelle on donna le nom de Wurtzen, fut bien
+conduite. Chaque événement arriva comme il avait été prévu, et chacun
+fit son devoir. L'infanterie soutint la réputation qu'elle avait acquise
+à Lutzen. La direction des attaques et le point choisi pour porter les
+coups décisifs promettaient de grands résultats, et il est probable
+qu'on les aurait obtenus sans notre extrême faiblesse en cavalerie.
+
+L'ennemi se retira sur Weissenberg. On ne peut guère comprendre ses
+illusions. Il aurait dû voir que cette position, choisie et fortifiée
+d'avance, devait tomber d'elle-même par un simple mouvement stratégique.
+L'armée française, avec les renforts qu'elle avait reçus, consistant en
+dix mille hommes de cavalerie et huit mille de la garde, et, au moyen
+des cinquième, septième et douzième corps qui n'avaient pas combattu à
+Lutzen, s'élevait à cent cinquante mille hommes. Les forces de l'ennemi
+étaient au-dessous de cent mille.
+
+Le 22, l'armée française se mit en mouvement pour suivre l'ennemi. Le
+douzième corps resta en position sur le champ de bataille pour le
+couvrir contre les mouvements que le corps de Bulow aurait pu exécuter.
+L'ennemi prit position en avant de Reichenbach et sur les hauteurs entre
+Reichenbach et Markersdorff. Le septième corps, qui n'avait pas combattu
+la veille, soutenu par la cavalerie du général Latour-Maubourg, reçut
+l'ordre d'attaquer. Le combat fut chaud et brillant, et la cavalerie
+russe forcée à la retraite. Il coûta la vie à un excellent officier, un
+de nos camarades de l'état-major général de la glorieuse armée d'Italie,
+le général Bruyère, commandant une division de la cavalerie légère. Nous
+le regrettâmes vivement.
+
+Mon corps d'armée suivait, et de ma personne j'avais été joindre
+l'Empereur à la fin du combat. Bruyère venait d'être tué, et j'en
+causais avec le général Duroc, duc de Frioul, avec lequel j'étais
+intimement lié. En ce moment, la figure de Duroc portait une expression
+de tristesse que je ne lui avais jamais vue. Les circonstances qui
+suivirent immédiatement l'ont gravée profondément dans ma mémoire et
+pourraient faire croire à la vérité des pressentiments. Duroc donc,
+triste et préoccupé, montrait une sorte de découragement et d'abattement
+dans toute sa personne. Je marchai quelque temps en causant avec lui; il
+me dit ces propres paroles: «Mon ami, l'Empereur est insatiable de
+combats; nous y resterons tous, voilà notre destinée!» Après avoir
+cherché à le remettre un peu et à combattre ses idées noires et
+misanthropiques, j'allai prendre les ordres de l'Empereur, qui m'ordonna
+de faire camper mon corps d'armée sur la crête que nous venions de
+traverser. Napoléon, arrivé auprès du village de Markersdorff et
+marchant dans un chemin creux, un boulet isolé, parti à grande distance
+d'une batterie qui se retirait devant notre avant-garde, tomba dans le
+groupe qui l'environnait, tua roide le général Kirchner, bon officier du
+génie, et blessa mortellement le duc de Frioul, dont les entrailles
+furent mises à découvert. Peu de moments après, et lorsque j'étais
+encore occupé de mon établissement, j'appris cette triste nouvelle.
+
+L'Empereur montra de la douleur et passa quelque temps avec Duroc, dans
+la baraque où il fut déposé. Il paraît qu'il se justifia auprès de
+l'Empereur de je ne sais quels torts, que celui-ci lui avait imputés
+sans fondement, et dont l'accusation l'avait profondément blessé. Le
+lendemain matin, je le vis de très-bonne heure. Ses douleurs atroces lui
+faisaient désirer la mort, et il la demandait avec instance. Je causai
+avec lui pendant quelques moments. Je lui parlai des personnes qui
+l'intéressaient, et, comme je lui montrais ma vive et profonde
+commisération, il me répondit: «Va, mon ami, la mort serait peu de chose
+pour moi si je souffrais moins vivement.»
+
+Dans le cours de mes récits, j'ai eu peu d'occasions de parler du duc de
+Frioul. Ayant pour ainsi dire passé ma vie avec lui, et le rôle qu'il a
+joué lui donnant de l'importance historique, je dois chercher à le faire
+connaître.
+
+Duroc était d'une bonne famille. Son père, gentilhomme de la province
+d'Auvergne, sans fortune, servant dans un régiment de cavalerie en
+garnison à Pont-à-Mousson, s'y maria, et s'établit dans cette ville.
+Duroc, placé comme élève du roi à l'École militaire qui y existait
+alors, fut destiné au service de l'artillerie, débouché le plus sûr,
+carrière la plus avantageuse autrefois pour un gentilhomme qui n'avait
+ni appui ni protection. Il y entra en même temps que moi, et nous fûmes
+reçus élèves sous-lieutenants à Châlons, au commencement de janvier
+1792. Plus tard, une partie de l'école ayant émigré, Duroc alla
+rejoindre l'armée des princes et fit le siège de Thionville. Son bon
+sens naturel lui ayant promptement fait apprécier la confusion qui
+régnait parmi les émigrés, il rentra en France, et vint à Metz, où
+moi-même, reçu officier, j'étais en garnison. Il me fit confidence de ce
+qui lui était arrivé, et de sa résolution de reprendre du service. Le
+gouvernement ferma les yeux sur son absence momentanée, mais le
+contraignit à subir l'examen de sortie, et à retourner à Châlons pour y
+reprendre sa place d'élève. Quelque temps après, et cette formalité
+étant remplie, il rejoignit le quatrième régiment d'artillerie. De là,
+il passa dans une compagnie d'ouvriers employée à l'armée de Nice. C'est
+là que je le retrouvai en 1794.
+
+Duroc continua à servir dans son arme, et devint aide de camp du général
+Lespinasse, commandant l'artillerie de l'armée d'Italie. Après la
+bataille d'Arcole, le général Bonaparte ayant perdu plusieurs aides de
+camp, et m'ayant consulté sur les officiers qui pouvaient les remplacer,
+je lui proposai et lui présentai Duroc qui fut admis. Voilà l'origine de
+sa fortune. Duroc se l'est toujours rappelé, et m'a constamment voué une
+amitié très-vive, que le temps n'avait fait que consolider. Il fit, en
+qualité d'aide de camp, le reste des campagnes d'Italie et la campagne
+d'Égypte. Arrivé au grade de colonel quand le général Bonaparte devint
+premier consul, il eut l'administration de sa maison. Puis, quand
+Napoléon prit la couronne impériale, il fut grand maréchal avec une
+autorité très-étendue, et investi d'une confiance sans bornes. Duroc eut
+diverses missions diplomatiques à Berlin et à Pétersbourg, qu'il remplit
+à la satisfaction de l'Empereur. Il était le centre de mille relations
+diverses. L'Empereur le chargeait souvent de travaux étrangers à ses
+fonctions habituelles, et il s'en acquittait toujours bien. Aussi fut-il
+toujours surchargé de besogne, accablé de fatigues et d'ennuis, et au
+point de murmurer souvent contre la faveur et les grandeurs.
+
+Le duc de Frioul avait un esprit sans éclat, mais sage et juste; peu de
+passions, mais une profonde raison et une ambition bornée. Les faveurs
+sont venues le chercher plus souvent qu'il n'a couru après elles.
+Naturellement réservé, son commerce était sûr, et jamais on n'eut à lui
+reprocher la plus légère indiscrétion. Étranger au sentiment de la
+haine, il n'a nui à personne; mais, au contraire, il a rendu une
+multitude de services à des personnes qui l'ont ignoré. Une réclamation
+juste et fondée l'a toujours trouvé bien disposé, et il faisait auprès
+de l'Empereur telle démarche qu'il croyait utile, sans jamais s'en faire
+de mérite auprès de celui qui en était l'objet. Simple, vrai, modeste,
+probe et désintéressé, son caractère froid l'aurait empêché de se
+dévouer pour un autre, de se _compromettre_ pour le servir; mais, dans
+sa position, c'était déjà beaucoup que de rencontrer, si près du pouvoir
+suprême, un homme sans malveillance; car tout ce qu'on peut
+raisonnablement désirer et espérer, c'est d'y trouver, en outre de la
+justice, une bienveillance active quand elle est sans danger. Duroc
+était bon officier, et il a regretté d'être éloigné du métier pour
+lequel il avait de l'attrait. Très-utile à l'Empereur, il lui a fait
+souvent des amis. Ses opinions, toujours sages, lui permettaient, en les
+exprimant, de s'élever avec une certaine indépendance, quoiqu'il
+craignît beaucoup Napoléon. S'il eût vécu pendant l'armistice de 1813,
+peut-être aurait-il eu sur l'Empereur une influence utile et lui
+aurait-il fait sentir les inconvénients qui devaient résulter de la
+reprise des hostilités. Mais Napoléon, après l'avoir perdu, n'avait près
+de lui alors presque que des flatteurs; et de ceux-là seuls il aimait
+les conseils.
+
+Je reviens aux événements militaires. Le 23, l'armée ennemie se retira
+sur deux colonnes. Celle de droite, commandée par Barclay de Tolly, sur
+la route de Buntzlau, et celle de gauche, sous les ordres de
+Wittgenstein, se dirigea sur Loubau. L'arrière-garde, commandée par
+Miloradowitch, brûla le pont de la Niesse à Görlitz, et détruisit tous
+les moyens de passage. L'empereur de Russie et le roi de Prusse se
+rendirent à Löwenberg. Le septième corps, commandé par le général
+Régnier, arriva devant Görlitz, et passa la Niesse de vive force. Le
+cinquième corps, qui le suivait, prit la direction de Buntzlau. Le
+quatrième vint à Hemersdorf, en arrière du septième. Le onzième corps
+s'établit à Schiomberg. Le quartier général, la garde, les troisième et
+sixième corps restèrent à Görlitz.
+
+Le 24, le quatrième corps se porta sur Loubau: au moment où il se
+disposait à attaquer cette ville, l'ennemi l'évacua et prit position
+derrière la Queiss.
+
+Le corps commandé par Miloradowitch fut forcé à la retraite; mais le
+quatrième corps resta en position derrière Loubau, et le onzième corps
+vint l'y joindre. Le cinquième corps se porta à Siegersdorf. Les
+troisième et septième corps marchèrent dans la direction de Valdau. Le
+sixième suivit le mouvement de l'armée dans la direction de Buntzlau.
+
+La colonne de droite de l'ennemi se retira sur Haynau; celle de gauche
+sur Goldsberg.
+
+Le 25, le cinquième corps, après avoir rétabli les ponts sur le Bober,
+marcha sur Thomaswald. Les troisième et septième corps le remplacèrent
+à Buntzlau. Le deuxième vint à Vichrau sur la Queiss. Le quartier
+général vint à Buntzlau. Le quatrième corps se rendit à Loubau et à
+Gilesdorf.
+
+Le 26, l'ennemi continua son mouvement sur Liegnitz. Il préparait ainsi
+sa retraite dans la haute Silésie, en pivotant sur sa gauche qui resta
+en position. Le même jour, le quatrième corps passa le Bober à Rakwitz,
+et vint prendre position à Deutmansdorf. Le onzième corps vint à
+Löwenberg. Le cinquième corps, qui marchait en tête de colonne à la
+suite de la droite de l'ennemi, vint prendre position en avant de
+Haynau. La division Maison était d'avant-garde. Elle s'établit en avant
+d'un ravin, sans s'être fait suffisamment éclairer. Au moment où elle
+campait, elle fut attaquée à l'improviste par les Prussiens qui
+débouchèrent des bois. Surprise sans être en défense, elle fut culbutée
+et pour ainsi dire détruite. À peine deux cents hommes échappèrent-ils
+de cette échauffourée, qui fit grand bruit et grand tort au général
+Maison. Cet officier général, se croyant déshonoré, voulut se brûler la
+cervelle. Le général de division Lagrange, son camarade de corps
+d'armée, le calma et l'empêcha d'exécuter la résolution que son
+désespoir lui avait inspirée.
+
+Le troisième et le septième corps continuèrent leur mouvement à l'appui
+du cinquième corps dans la direction de Haynau et de Liegnitz.
+J'arrivai, ce jour-là, sur la Katzbach dont l'ennemi occupait en force
+la rive droite. Le 27, l'ennemi prépara un mouvement de concentration et
+de retraite sur la haute Silésie, en approchant sa droite du gros de ses
+forces, qui se retira à Merteskatz, à peu de distance de Jauer, et y
+prit position. Pendant ce temps, le septième et le cinquième corps
+français arrivaient à Liegnitz, tandis que le quatrième prenait position
+sur la Katzbach à Hohendorf, et le onzième à Goldsberg. Le troisième
+corps était resté à Haynau. Ainsi toute l'armée était en ligne, prête à
+s'engager contre les forces concentrées de l'ennemi; mais, après cette
+concentration, l'ennemi continua son mouvement rétrograde en laissant de
+fortes arrière-gardes pour couvrir Breslau.
+
+Le quartier général ennemi se dirigea sur Schweidnitz.
+
+Le même jour, 27, je passai la Katzbach, et je chassai l'ennemi qui
+gardait les défilés en arrière de cette rivière. L'ennemi présenta à ma
+vue environ trente mille hommes placés en échelons, ce qui annonçait
+l'intention de se retirer.
+
+Le surlendemain, 29, je marchai sur Jauer, tandis que le quatrième corps
+couvrait ma droite en se portant sur Hemsdorf. En avant de Jauer, je
+trouvai un corps ennemi d'environ quinze mille hommes que je culbutai
+après un combat assez vif. J'avais été rejoint par le corps de cavalerie
+du général Latour-Maubourg; mais cette cavalerie, toute nouvelle et peu
+instruite, était d'une faible ressource. Avec une cavalerie capable de
+combattre, et sur laquelle j'eusse pu compter, ce corps de quinze mille
+hommes aurait probablement été détruit, tant le succès obtenu avait été
+prononcé. Il y eut un millier de prisonniers de faits. Toutes les forces
+ennemies se dirigèrent sur Striegau.
+
+Les troisième, cinquième et septième corps continuèrent leur mouvement
+dans la direction de Breslau, et s'établirent à Neumarck. Le 29, les
+armées restèrent en position.
+
+Le 30, je reçus l'ordre de me diriger sur Eisendorf, et le duc de
+Tarente, avec le onzième corps, fut dirigé sur Striegau. Pendant ce
+mouvement de flanc, une nombreuse cavalerie s'opposa à ma marche et
+m'obligea à prendre beaucoup de précautions. La position de l'armée
+ainsi réunie obligeait l'ennemi à rester acculé à la Bohême et à la
+Silésie autrichienne. Si la guerre eût continué immédiatement avec des
+succès marqués, sa situation pouvait devenir fort critique et même
+désespérée.
+
+Mais l'ennemi, en choisissant cette direction, avait calculé toutes les
+chances qui pouvaient en résulter. En repassant l'Oder, il abandonnait
+toute la Prusse et la livrait à notre vengeance. Il consacrait l'opinion
+d'une infériorité décidée. L'Autriche, encore indécise sur le parti
+qu'elle prendrait, car des velléités et des projets hypothétiques
+étaient seuls entrés alors dans son esprit, était abandonnée et livrée à
+ses craintes si on s'éloignait d'elle. En se serrant sur elle, on
+l'entraînait dans une alliance. En la prenant pour arbitre, la laissant
+maîtresse de dicter les conditions de la paix aux puissances
+belligérantes, on flattait son orgueil, on servait ses intérêts, et on
+la forçait à prendre parti contre Napoléon, s'il se refusait à se
+conformer à ses offres.
+
+D'un autre coté, ce parti hardi avait ses inconvénients; car, si les
+événements eussent pris un grand caractère d'urgence, l'Autriche,
+n'étant pas encore prête, n'aurait pas voulu se compromettre en se
+déclarant pour les alliés. Alors ceux-ci devaient avoir en vue, comme
+complément de leurs combinaisons, d'arriver à la conclusion d'un
+armistice. De son côté, Napoléon était décidé à y consentir par méfiance
+de l'Autriche, motivée sur la manoeuvre des ennemis, annonçant de leur
+part une confiance qui cependant était loin d'être entière; mais il
+fallait alors, pour cette raison, vouloir faire la paix.
+
+Cependant il a été démontré depuis que, dans cette circonstance,
+l'intérêt bien entendu de Napoléon aurait été de continuer la guerre.
+Son armée était plus nombreuse que celle de l'ennemi. Celle-ci, battue
+dans deux grands engagements, et après une retraite fort longue,
+éprouvait du découragement. Aucun renfort ne l'avait encore rejoint.
+
+Quant à nous, nos corps, organisés à la hâte, avaient beaucoup souffert
+des combats et des marches. Il y avait fatigue et lassitude. Notre
+cavalerie, si peu nombreuse encore, n'avait aucune consistance. Un repos
+de deux mois devait rendre à nos troupes toute la valeur dont elles
+étaient susceptibles. D'ailleurs, d'immenses renforts étaient en marche
+de toutes parts pour nous rejoindre. Enfin nos jeunes soldats devaient
+profiter, dans des camps de repos, des soins qu'on donnerait à leur
+instruction. Toutes ces considérations firent pencher Napoléon en faveur
+d'un armistice quand les Russes le lui firent proposer. Le général
+Schuwaloff, aide de camp de l'empereur de Russie, se présenta à nos
+avant-postes pour le demander. Le duc de Vicence ayant été envoyé par
+Napoléon pour le recevoir, des conférences suivirent dans le château de
+Pleiswig entre les avant-postes des deux armées, et, en quarante-huit
+heures, tout fut convenu et signé.
+
+Cet armistice devait durer jusqu'au 20 juillet et cesser six jours après
+avoir été dénoncé; plus tard, on le prolongea jusqu'au 10 août. La ligne
+de démarcation suivante fut convenue entre les deux armées: en Silésie,
+la ligne de l'armée combinée, partant de la Bohême, passait par
+Dittersbach, Paffendorf et Landshut, suivait le Bober jusqu'à
+Budelstadt, et de là, passant par Boskenheim et Striegau, suivait la
+rivière de Striegau jusqu'à Kanth.
+
+La ligne de l'armée française partait également des frontières de la
+Bohême, arrivait au Bober par Schreibersan et Rimnitz, suivait cette
+rivière jusqu'à Lahn, allait ensuite gagner à Neukwitz la Katzbach,
+qu'elle suivait jusqu'à l'Oder.
+
+Le pays entre les deux lignes de démarcation était neutre depuis
+l'embouchure de la Katzbach. La ligne de démarcation suivait l'Oder
+jusqu'à la frontière de la Saxe, vers l'embouchure de la Sprée, de là
+arrivait à l'Elbe, non loin de l'embouchure de la Saale, en suivant les
+frontières de la Prusse, et ensuite le fleuve jusqu'à la frontière de la
+troisième division militaire. La démarcation du bas Elbe devait être
+déterminée de concert avec le prince d'Eckmühl. Il fut convenu que
+Magdebourg et toutes les places fortes entre les mains des Français,
+situées dans les pays occupés par l'ennemi, auraient un rayon d'une
+lieue autour de leur enceinte et seraient ravitaillées tous les cinq
+jours.
+
+Les deux armées devaient être placées, le 12 juin, sur leurs nouvelles
+lignes. Le quartier général de l'armée s'établit à Reichenbach.
+L'empereur Napoléon retourna à Dresde, où il arriva le 10 juin.
+
+Pendant les mouvements dont j'ai rendu compte, le douzième corps,
+commandé par le duc de Reggio, était resté d'abord à Bautzen. Il s'était
+ensuite porté sur Hoyeswerda pour couvrir l'armée contre les troupes qui
+venaient de Berlin, et que commandait le général Bulow. La mission de ce
+corps d'armée était de couvrir cette capitale, et, en conséquence, il
+s'était placé à Interbach. Là, il reçut des renforts de la landwehr de
+Brandebourg, et son effectif atteignit le chiffre de trente mille
+hommes. Ainsi renforcé, Bulow vint attaquer le duc de Reggio à
+Hoyerswerda, mais il fut repoussé avec perte. Il fit sa retraite sur
+Kottebus, où il prit position avec la masse de ses forces, occupant
+ainsi Gaben, Drebkorn et Interbach, avec de forts détachements. Le duc
+de Reggio marcha à lui; mais, ayant voulu menacer Berlin, il se porta
+dans la direction de Lukau. Bulow, informé de ce mouvement, accourut en
+toute hâte sur ce point. Lukau a une bonne enceinte et des fossés pleins
+d'eau. L'avant-garde ennemie fut culbutée et forcée de rentrer dans la
+ville. Mais ce premier succès ne termina point le combat; la lutte se
+prolongea et finit par tourner à notre désavantage. Le douzième corps,
+attaqué sur ses flancs et obligé de se retirer, se dirigea sur Ubigau,
+où il reçut la nouvelle de l'armistice.
+
+Par la dispersion de ses forces, l'ennemi avait donné beau jeu au duc de
+Reggio; mais celui-ci n'en sut pas profiter. Sa marche incertaine en se
+portant en avant, ses directions variées, donnèrent au général Bulow le
+moyen de réparer toutes ses fautes et de combattre à Lukau avec
+avantage.
+
+Le mouvement général des troupes, nous ayant éloignés de notre
+frontière, avait laissé l'Allemagne tout entière sans troupes. Le corps
+de Woronzoff devant Magdebourg, et un autre corps stationné à Hambourg,
+servaient d'appui à une foule de partisans qui opéraient sur nos
+derrières. Ils se montraient partout et dans toutes les directions.
+Divers convois furent enlevés, plusieurs détachements pris, et beaucoup
+d'atrocités commises contre les usages de la guerre. Un partisan
+prussien, nommé Lutzow, acquit, dans ces circonstances, une sorte de
+célébrité.
+
+Une opération combinée entre les généraux Woronzoff et Czernikoff
+faillit avoir pour résultat l'enlèvement de la garnison de Leipzig, où
+beaucoup de blessés se trouvaient réunis; mais l'armistice en arrêta
+l'exécution au dernier moment.
+
+Enfin divers combats eurent lieu dans les environs de Hambourg. Les îles
+de l'Elbe et la ville de Hambourg elle-même tombèrent successivement au
+pouvoir du général Vandamme, au moyen des secours que lui envoya le roi
+de Danemark, qui resserra en cette circonstance ses liens d'alliance
+avec l'Empereur. Dès ce moment, une division danoise, commandée par le
+général Schomtenbourg, se trouva combinée avec les troupes françaises.
+
+Les différents corps de l'armée établis dans les divers cercles de
+Löwenberg, de Goldsberg, Buntzlau, eurent ces territoires pour assurer
+leurs besoins. Le sixième corps fut placé à Buntzlau. Chacun s'occupa
+avec activité à refaire les troupes, à les réorganiser et à les
+instruire. Des détachements amenant des recrues étaient en route de
+France pour tous les régiments; mais, comme ils étaient entièrement
+composés de nouveaux soldats sans aucune instruction, il fallait
+consacrer tous ses efforts à les mettre en état de combattre. Ces soins
+occupèrent tous les chefs de l'armée jusqu'au 10 août, moment auquel on
+reprit les armes. Je vais rendre un compte succinct de ce qui se passa
+jusqu'au renouvellement des hostilités.
+
+SITUATION DE L'ARMÉE FRANÇAISE PENDANT L'ARMISTICE ET LA DEUXIÈME
+CAMPAGNE DE 1813.
+
+La manière et la promptitude avec laquelle l'armée française avait
+reparu sur la scène, l'espèce de résurrection dont elle venait de
+présenter l'image, avaient étonné l'Europe. Les succès de Lutzen et de
+Bautzen avaient montré ce que l'on pouvait attendre de ses efforts. Mais
+ces succès, si glorieux et si éclatants qu'ils fussent, n'avaient donné
+que de faibles résultats. Ils n'avaient pas diminué d'une manière
+sensible les forces de l'ennemi. D'un autre côté, l'armée combinée était
+loin d'être arrivée à la force que le mouvement imprimé en Prusse et en
+Russie devait produire. Les recrues dont la levée avait été ordonnée en
+Russie, au commencement de l'année précédente, étaient au moment de
+rejoindre et de renforcer les corps. Le mouvement national de la Prusse
+n'était pas encore régularisé; le roi avait ordonné une levée en masse
+de ses peuples contre les Français quand ils franchiraient leur
+territoire; il ordonnait la destruction des moissons et des fruits,
+l'enlèvement des bestiaux, enfin une guerre à mort. Quand, en 1814, les
+paysans français voulurent prendre les armes, on les menaça de les
+traiter en criminels. On prétendit qu'ils agissaient contre le droit des
+gens et les usages des peuples civilisés. C'est ainsi que les hommes
+changent de doctrines et de principes, suivant leurs diverses
+situations.
+
+Ces dispositions extrêmes, inspirées par le désespoir et la fureur,
+restèrent, au surplus, sans exécution: mais un esprit public prononcé,
+une énergie admirable, se montrèrent dans toutes les classes en Prusse.
+Les sociétés secrètes, formées pour préparer la délivrance du pays, avec
+l'assentiment et l'appui du gouvernement, produisirent l'effet qu'on
+avait dû en attendre. Les idées de liberté, le désir d'institutions et
+de garanties constitutionnelles, s'étaient mêlés aux idées
+d'affranchissement et d'indépendance nationale. Tous ces désirs, toutes
+ces espérances, avaient été encouragés par le roi, à titre de moyens
+défensifs. Aussi tout bouillait en Prusse. Plus l'oppression de Napoléon
+avait été forte et sa tyrannie odieuse, et plus la réaction avait de
+violence. Les étudiants couraient aux armes. Cette jeunesse vive,
+ardente et souvent redoutable, qui peuple les universités d'Allemagne,
+rappelait, par son esprit, son ardeur et son but, la formation des
+premiers bataillons des volontaires de France, qui furent tout de suite
+si remarquables par leur conduite, et qui devinrent plus tard le noyau
+de l'armée française et la pépinière d'où sortit le plus grand nombre de
+ses chefs. Enfin l'énergie de la Prusse était encore accrue par le
+sentiment de la position dans laquelle elle s'était placée
+volontairement. Sa désertion de la cause française au milieu de la
+guerre, cette défection du général York, avaient autorisé toute espèce
+de vengeance de la part de Napoléon, qui n'était, d'ailleurs, que trop
+disposé à s'y livrer. La force seule pouvait donc la préserver. Mais,
+pour mettre en oeuvre de pareilles ressources, pour régulariser de
+semblables moyens, le gouvernement avait à peine eu trois mois, et
+encore le dernier de ces trois mois avait été employé tout entier à
+combattre. La Prusse était donc loin de présenter en ce moment les
+forces réelles dont elle pourrait bientôt disposer. L'armistice devait
+lui donner le temps d'achever ses préparatifs.
+
+Les Russes, ses alliés, épuisés par la campagne précédente, par les
+marches exécutées pendant l'hiver, ne comptaient dans leur armée que des
+bataillons incomplets. Les recrues, formées et dressées, allaient
+arriver et doubler chez eux le nombre des combattants.
+
+De son côté, Napoléon avait ordonné des levées immenses. Ces levées
+s'exécutaient avec facilité; mais les produits n'en étaient pas encore
+parvenus jusqu'à lui. Deux mois de plus, et son armée aurait une force
+double, une cavalerie nombreuse, et tout ce qui pouvait lui donner les
+chances de la victoire. Ainsi un repos momentané avait dû entrer dans
+ses idées. Il profita avec activité de l'armistice.
+
+Enfin, pour achever le tableau de cette époque mémorable, je dirai que
+l'Autriche, ayant vu, lors des désastres de 1812, le rôle qu'elle était
+appelée à jouer, faisait ses préparatifs dans ce but. Les circonstances
+étaient favorables. Elles lui fournissaient l'occasion de devenir
+modératrice et même juge suprême des débats, en raison de sa force, en
+raison de sa position géographique, et en raison même de l'esprit de
+sagesse et de lenteur qui préside à ses conseils.
+
+On a déjà dit que, dès le 26 avril, le gouvernement autrichien avait
+déclaré que les stipulations du traité du 14 mars 1812 n'étaient plus
+applicables à la situation présente. C'était dévoiler toute sa
+politique. Mais ses moyens militaires, pour l'appuyer, étaient
+incomplets. Il fallait porter son armée à un effectif qui donnât à son
+langage le poids convenable. On s'occupa donc avec activité en Autriche
+de levées d'hommes, d'achats de chevaux et de toutes les dispositions
+qui doivent donner la possibilité d'entrer en campagne. Pour cela, il
+fallait du temps. Aussi l'Autriche fut-elle l'intermédiaire utile par
+lequel passa la demande d'une prolongation de suspension d'armes que fit
+Napoléon. Elle la favorisa, l'appuya, en offrant en même temps sa
+médiation pour la paix. Ainsi, quand tout le monde parlait de la paix,
+personne n'en voulait. Tout le monde était de mauvaise foi et dans la
+conviction que jamais la paix ne pourrait réaliser des prétentions
+opposées et inconciliables.
+
+La Prusse, ainsi que je l'ai déjà dit, voulait déployer les moyens que
+le mouvement national mettait à sa disposition.--Les Russes recevaient
+leurs recrues et leurs renforts; l'Autriche voulait donner à son armée
+un effectif qui l'autorisât à parler en maître, et Napoléon atteindre
+l'époque où il aurait fait arriver les levées extraordinaires que les
+efforts si honorables du peuple français faisaient de bonne grâce et
+avec empressement. C'était une halte, un repos profitable à chacun, et
+dont l'objet était de se préparer à combattre et de se mettre à même de
+le faire avec succès. Il n'y avait qu'une seule chance de paix: c'est
+que Napoléon consentît à faire le sacrifice d'une partie de sa
+puissance, spécialement en faveur de l'Autriche, afin de se la rendre
+favorable. Du moment où elle eût été avec nous, sa prépondérance eût
+décidé la question, et toute lutte cessait; mais, pour qu'elle fût avec
+nous, il fallait adopter des sentiments autres que ceux qui animaient
+Napoléon. Ainsi, malgré le langage pacifique tenu par tout le monde,
+tout le monde voulait la guerre; car chacun voulait des résultats que la
+victoire seule pouvait donner, et Napoléon, dont le caractère dès lors
+était de s'abandonner aux illusions qui le flattaient, s'efforçait à se
+persuader que jamais l'Autriche n'oserait prendre les armes contre lui,
+et qu'ainsi il aurait seulement à combattre la Prusse et la Russie.
+Cette manière d'envisager les événements futurs n'a plus cessé d'être
+la sienne et l'a conduit à sa perte.
+
+C'est dans cet esprit et avec ces dispositions que les armées prirent
+les positions réglées par l'armistice.
+
+Les espérances de l'Empereur pour l'augmentation de ses forces se
+réalisèrent promptement. L'armée croissait à vue d'oeil. Les jeunes
+soldats furent occupés dans les camps à tirer à la cible, exercice dont
+on n'a jamais fait un emploi suffisant en France, et qui, constamment en
+usage en Angleterre, donnait autrefois à l'infanterie anglaise un feu
+supérieur à celui des autres troupes de l'Europe. Un grand nombre des
+conscrits qui venaient de faire la campagne se trouvaient blessés à la
+main gauche et avaient perdu un doigt. Cette blessure, cause de réforme,
+les fit soupçonner de s'être mutilés pour être exemptés du service, et
+l'Empereur ordonna les mesures les plus rigoureuses contre eux.
+Quelques-uns pouvaient être coupables; mais j'acquis la certitude que
+ces blessures, si nombreuses et si semblables, avaient pu être reçues
+naturellement à cause du peu d'instruction des troupes. Je reconnus que,
+lorsque les rangs sont trop ouverts, comme il arrive avec des soldats
+peu instruits et chargés de gros sacs, le deuxième rang, en tirant, peut
+facilement blesser les hommes du premier. Je fus heureux de constater un
+fait servant de réparation à l'honneur français.
+
+J'allai m'établir, de ma personne, dans un château charmant appelé
+Niederthomaswald, à deux lieues en avant de Buntzlau.
+
+Napoléon, voulant préparer un point d'appui sur le Bober, me demanda si
+Buntzlau pouvait être fortifié et mis à l'abri d'un coup de main. Ayant
+répondu d'une manière affirmative, je reçus l'ordre d'exécuter les
+travaux nécessaires. Je parvins à faire de cette ville une forteresse
+qui eût exigé un siége. Il y avait une première enceinte revêtue, une
+seconde enceinte, liée aux maisons, qui pouvait servir de réduit, une
+contre-escarpe et des fossés qui furent inondés en partie au moyen des
+nouveaux travaux; mais cette place, mise en état en moins d'un mois, ne
+fut pas occupée pendant la campagne suivante et ne servit à rien, ainsi
+que je l'expliquerai plus tard.
+
+L'armistice avait été conclu par toutes les puissances dans le but
+apparent d'arriver à la conclusion de la paix, sans la médiation de
+l'Autriche. Le prince de Metternich se rendit à Dresde pour y voir
+l'Empereur et juger de ses dispositions. Napoléon avait toujours eu pour
+lui une bienveillance toute particulière et un attrait marqué. Cependant
+leur discussion fut vive, de la part de l'Empereur au moins; car le
+prince de Metternich, toujours maître de lui-même, parlait de tout sans
+passion, et discutait les intérêts dont il était chargé avec le calme
+qui convient à un homme d'État. Les emportements de Napoléon, joués,
+comme il lui arrivait souvent, ne produisirent aucun effet. La grande
+affaire était les pouvoirs à donner aux médiateurs. L'Empereur voulait
+que l'Autriche fût seulement une intermédiaire; mais l'Autriche voulait
+être arbitre et résolut à se déclarer contre celui qui refuserait de
+reconnaître sa médiation. Cependant Napoléon accorda le principe et
+convint de ce mode de négociation. L'Empereur reconnut clairement alors
+la propension de l'Autriche à devenir son ennemie; mais il refusait
+toujours à croire qu'elle s'y décidât. Il calcula avec le prince de
+Metternich les forces qu'il allait avoir à combattre. Il commença par
+les nier ou les réduire de beaucoup. Forcé ensuite de reconnaître tout
+ce que ces forces avaient d'imposant, il lui dit avec humeur ces paroles
+remarquables, qui n'étaient dignes ni de son esprit ni de son jugement:
+«Eh bien! plus vous serez, et plus sûrement et plus facilement je vous
+battrai.»
+
+Le prince de Metternich le quitta après une conversation de dix heures,
+mais ayant perdu l'espérance d'obtenir une négociation suivie dont la
+conclusion pût être la paix. Pendant ce temps, Napoléon s'abandonnait à
+l'idée que l'Autriche resterait neutre; car ses dernières paroles furent
+celles-ci, au moment même où le prince de Metternich passait la dernière
+porte de son appartement: «Eh bien! vous ne me ferez pas la guerre.»
+
+Cependant le congrès de Prague fut ouvert comme il était convenu. Les
+plénipotentiaires français, MM. de Vicence et de Narbonne, s'y rendirent
+tard. Ensuite ils déclarèrent qu'ils n'avaient pas de pouvoirs, ajoutant
+qu'ils les recevraient incessamment. Le temps s'écoula dans cette vaine
+attente. On arriva ainsi au 10 août, dernier jour de l'armistice. À
+minuit, les alliés déclarèrent que, d'après les termes des conventions,
+les hostilités recommenceraient le 16.
+
+Le 12, tout étant rompu, les pouvoirs arrivèrent; mais il était trop
+tard. Celui qui a approché et bien connu Napoléon le reconnaîtra dans
+cette manière d'agir.
+
+Napoléon s'était laissé aller tout à la fois à la fougue de son
+caractère, à la passion qui le dominait et à une espèce de finasserie
+toujours fort de son goût. Il aurait dû comprendre, tout d'abord,
+qu'après la consommation énorme d'hommes qu'il avait faite et la
+nécessité où il était de faire la guerre avec des soldats si jeunes il
+ne pourrait pas la prolonger pendant longtemps, car alors son armée se
+fondrait comme la neige au printemps. Napoléon, dans les derniers temps
+de son règne, a toujours mieux aimé tout perdre que de rien céder. En
+cela, son caractère a éprouvé une grande modification. Ce n'était plus
+le jeune général d'Italie qui avait su renoncer à l'espérance de prendre
+immédiatement Mantoue, qui s'était résigné à abandonner cent cinquante
+pièces de siége dans la tranchée pour aller livrer une bataille, la
+gagner et aller reprendre l'exécution de ses projets.
+
+Si, en 1813, Napoléon avait fait la paix (et il pouvait la faire avec
+honneur après ses victoires de Lutzen et de Bautzen), en conservant de
+grands avantages, il satisfaisait l'opinion publique en France. Il
+récompensait le pays des efforts qu'il avait faits pour le soutenir. Il
+laissait mûrir son armée, si je puis m'exprimer ainsi; et, après deux ou
+trois ans, s'il avait voulu, il aurait recommencé la lutte avec des
+moyens plus complets et plus imposants que jamais; mais sa passion
+l'entraîna. Son esprit supérieur lui montra certainement alors les
+avantages d'un système de temporisation; mais un feu intérieur le
+brûlait, un instinct aveugle l'entraînait, quelquefois même contre
+l'évidence. Cet instinct parlait plus haut que la raison, et
+commandait.
+
+Il avait d'ailleurs un conseiller funeste qui flattait ses passions,
+adoptait toutes ses illusions, et même les rendait encore plus
+éblouissantes. Le duc de Bassano, esprit étroit et vain, flatteur par
+essence, avait juré une adoration sans réserve à son maître. Il la
+professait hautement et s'en glorifiait. Il étudiait ses désirs pour en
+faire ses lois, et il mettait son esprit et son éloquence à plaider les
+causes que Napoléon avait déjà jugées. C'était un moyen de lui plaire et
+d'en être bien traité. Mais le prix de ses succès devait être la perte
+de son idole. Il répétait, à cette époque, à Napoléon sans cesse ces
+paroles: «L'Europe est attentive et impatiente de savoir si l'Empereur
+sacrifiera Dantzig.» La prétention et l'espérance de conserver cette
+ville, ainsi que les sentiments d'orgueil qui s'opposaient à toute
+espèce de sacrifice, étaient caressés par ce langage. C'est là ce qui a
+fait recommencer la guerre, et en définitive produit la chute de
+Napoléon et la destruction de l'Empire.
+
+L'époque rapprochée des hostilités décida l'Empereur à faire célébrer sa
+fête, par l'armée, plus tôt qu'à l'ordinaire. Le 15 août y était
+consacré ordinairement. Elle fut fixée cette année au 10 août, pour la
+dernière fois.
+
+Napoléon avait déployé une telle activité, les ordres et les mesures
+prises pour la réorganisation de son armée avaient été si bien combinés,
+les autorités en France avaient mis tant de zèle à les exécuter, et le
+pays avait montré tant de bonne volonté, que ses forces étaient devenues
+extrêmement considérables.
+
+L'armée se composait de douze corps d'armée organisés en quarante et une
+divisions, toutes au complet, sans compter la garde impériale, la
+vieille garde, formant en tout quatre divisions. La cavalerie, qui nous
+manquait complétement à Lutzen, était portée maintenant à soixante-dix
+mille chevaux. Enfin ce n'est pas trop de porter à quatre cent cinquante
+mille hommes les forces totales réunies en Allemagne, et dont Napoléon
+pouvait disposer.
+
+Voici quels étaient les divers corps de l'armée, et les noms de ceux qui
+les commandaient:
+
+ Premier corps, Vandamme, trois divisions;
+ Deuxième, duc de Bellune, quatre divisions;
+ Troisième, prince de la Moskowa, quatre divisions;
+ Quatrième, général Bertrand, trois divisions;
+ Cinquième, général Lauriston, trois divisions;
+ Sixième, duc de Raguse, trois divisions;
+ Septième, général Régnier, quatre divisions;
+ Huitième, prince Poniatowski, deux divisions;
+ Onzième, duc de Tarente, trois divisions;
+ Douzième, duc de Reggio, trois divisions;
+ Treizième, prince d'Eckmühl, trois divisions;
+ Quatorzième, maréchal Saint-Cyr, trois divisions.
+ En Franconie, le duc de Castiglione avec trois divisions.
+
+Les troupes à cheval étaient organisées ainsi: Chaque corps d'armée
+avait une brigade de cavalerie légère. La réserve, composée de dix-sept
+divisions, était formée en cinq corps, dont chacun avait trois ou quatre
+divisions, et qui étaient commandés, savoir:
+
+ Le premier corps, par Latour-Maubourg, quatre divisions;
+ Deuxième, Sébastiani, trois divisions;
+ Troisième, duc de Padoue, quatre divisions;
+ Quatrième, comte de Valmy, trois divisions;
+ Cinquième, le général Millaud, trois divisions.
+
+Enfin on doit ajouter à la masse de ces forces les garnisons des places
+de Pologne et de Prusse, qui tenaient en échec plus de cent mille hommes
+à l'ennemi.
+
+Si les soldats, qui composaient cette armée eussent été plus âgés et
+plus instruits, jamais on n'aurait rien vu de plus formidable.
+
+Napoléon avait préparé ses mouvements par divers travaux exécutés sur
+l'Elbe. Si l'enceinte de Dresde, détruite en 1809 par ses ordres, eût
+existé alors, elle lui aurait servi puissamment au début des opérations.
+On dut y suppléer par des travaux de campagne. Ces travaux, faits à la
+hâte, occupaient un trop vaste espace pour leur nombre. Jamais ils ne
+purent acquérir une force suffisante pour mettre Dresde en sûreté, sans
+une armée pour les occuper. Or, dans le plan de campagne qu'adopta
+Napoléon, il aurait fallu que la ville de Dresde, pivot de ses
+opérations, fût à l'abri d'un coup de main, et susceptible d'être
+abandonnée momentanément à elle-même.
+
+Au nombre des points que Napoléon fit fortifier, je parlerai de
+Lilienstein, où un camp retranché pour quelques milliers d'hommes fut
+construit. Deux ponts sur l'Elbe furent établis sous Königstein. Ils
+donnaient la possibilité de se mouvoir, par une ligne très-courte, de la
+Silésie et la Lusace, sur les débouchés de la Bohême. Par leur moyen,
+Napoléon comptait se porter rapidement sur Dresde et sur les derrières
+de l'ennemi, pendant qu'il serait contenu par cette place.
+
+Au moment où l'armistice fut rompu, Napoléon m'écrivit deux très-longues
+lettres pour m'en prévenir, me faire connaître le plan de campagne qu'il
+projetait, et me demander mon avis. Ce plan était à peu près celui qu'il
+a suivi. Je lui répondis en le discutant, en blâmant, de toutes mes
+forces, son système, et voici quels étaient mes motifs[3].
+
+[Note 3: Voir pièces justificatives.]
+
+Napoléon, au lieu de concentrer ses forces, se décidait à les diviser en
+trois parties, formant trois armées indépendantes: une en Silésie, une à
+Dresde, une dans la direction de Berlin.
+
+Personne, dans l'armée, n'avait l'autorité nécessaire pour commander
+plusieurs corps d'armée à la tête desquels étaient des maréchaux.
+Napoléon seul pouvait se servir de semblables éléments.
+
+Je pensais, au contraire, que Napoléon avait deux partis entre lesquels
+il pouvait choisir:
+
+1° Placer les troupes en arrière de la Sprée, à cheval sur l'Elbe,
+ayant Dresde pour point d'appui central, à une forte marche de cette
+ville, et écraser le premier ennemi qui serait à sa portée. Une fois le
+premier succès obtenu, les autres seraient faciles. En plaçant ses
+troupes aussi rapprochées les unes des autres, Napoléon se trouvait pour
+ainsi dire partout à la fois et pouvait facilement, presque sous ses
+yeux, combiner leurs mouvements;
+
+2° Se décider à une offensive en Bohême immédiatement. Les troupes
+placées sur le Bober et celles en avant de Torgau auraient couvert son
+mouvement en partant de Dresde et débouchant par Peterswald. Ces troupes
+se seraient rapprochées de lui en se tenant sur la défensive, et ensuite
+auraient fini par le rejoindre, celles du Bober en entrant en Bohême par
+Zittau; et les autres, après avoir laissé trente mille hommes pour la
+défense de l'Elbe, auraient probablement pu suivre cette offensive.
+Alors, continuant son mouvement, il aurait traversé la Bohême, porté la
+guerre en Moravie et marché sur Vienne. Il couvrait ainsi la
+confédération du Rhin et s'assurait de sa fidélité. Il ralliait l'armée
+bavaroise, prenait sa ligne d'opération sur Strasbourg, et, plus tard,
+il faisait sa jonction à Vienne avec l'armée d'Italie, dont le point de
+départ était les bords de la Save, et se trouvait ainsi très-rapproché.
+
+Au lieu de cela, l'Empereur organisa la masse de ses troupes en trois
+armées véritables. La passion le portait à agir le plus promptement sur
+la Prusse. Il voulait que les premiers coups de canon fussent tirés sur
+Berlin, et qu'une vengeance éclatante et terrible suivît immédiatement
+le renouvellement des hostilités. Alors il fallait une armée qui marchât
+sur Berlin, et une autre en Silésie pour couvrir la première. Il fallait
+enfin une troisième armée en avant de Dresde, pour empêcher la grande
+armée ennemie de déboucher de la Bohême. Par ce système, l'offensive
+était donnée aux corps qui, dans mon opinion, auraient dû rester sur la
+défensive, et la défensive était réservée à ceux dont le rôle aurait du
+être offensif. La question me paraissait ainsi renversée. Après avoir
+combattu ce projet par tous les raisonnements les plus propres pour
+ramener l'Empereur à mon opinion, je terminais par cette phrase:
+
+«Par la division de ses forces, par la création de trois armées
+distinctes et séparées par de grandes distances, Votre Majesté renonce
+encore aux avantages que sa présence sur le champ de bataille lui
+assure, et je crains bien que, le jour où elle aura remporté une
+victoire et cru gagner une bataille décisive, elle n'apprenne qu'elle en
+a perdu deux.»
+
+Je fus malheureusement prophète. Ce fut précisément ce qui arriva.
+Pendant la victoire de Dresde, nous étions battus à la fois en Silésie,
+sur la Katzbach, et en Prusse, devant Berlin, à Grossbeeren.
+
+Nonobstant mes observations et mon opinion contraire, dont Napoléon
+avait provoqué la manifestation, il adopta définitivement le plan qu'il
+avait conçu, et qui rendit ses mouvements incertains et confus pendant
+cette partie de la campagne. Je vais entrer en matière et commencer le
+récit des opérations.
+
+Les forces de l'ennemi consistaient d'abord en cent trente mille
+Autrichiens, divisés en quatre corps, une réserve et une avant-garde.
+Cette armée était composée de neuf divisions d'infanterie et de trois
+divisions légères, formées de deux et trois bataillons de chasseurs et
+de douze à dix-huit escadrons, de trois divisions de cavalerie de douze
+à vingt-quatre escadrons, faisant un total de cent douze bataillons,
+cent vingt-quatre escadrons, auxquels il faut ajouter deux cent
+soixante-treize pièces d'artillerie.
+
+L'armée russe et prussienne en Bohême, combinée à l'armée autrichienne
+sous les ordres du général Barclay de Tolly, se composait de cent
+trente-cinq bataillons, trois cent soixante-huit pièces de canon, cent
+quarante-sept escadrons, de quinze régiments de Cosaques organisés, de
+huit divisions d'infanterie en trois corps d'armée, et d'un corps de
+deux divisions de cavalerie, qui, jointes aux divisions des gardes et
+grenadiers russes et prussiens, et aux cinq divisions de cavalerie de
+réserve, s'élevaient à cent mille hommes au moins, ce qui formait un
+total de deux cent trente mille hommes, dont quarante-cinq mille à
+cheval, et six cent trente-huit pièces d'artillerie.
+
+L'armée de Silésie combinée, c'est-à-dire russe et prussienne, était
+composée de cent trente-sept bataillons, trois cent cinquante-six pièces
+d'artillerie, cent quatre escadrons organisés en sept corps de quinze
+divisions d'infanterie, et huit divisions de cavalerie sous les ordres
+de Blücher, ayant sous lui les généraux Saken, Langeron, York,
+Saint-Priest, etc., etc. Elle avait un effectif qui dépassait cent vingt
+mille hommes, dont vingt mille à cheval.
+
+L'armée du Nord, commandée par le prince royal de Suède, était composée
+de cent quatre-vingt-six bataillons, de cent quatre-vingt-quatorze
+escadrons et de trois cent quatre-vingt-sept pièces d'artillerie. Elle
+était organisée en cinq corps, formant douze divisions d'infanterie et
+sept divisions de cavalerie. On y avait ajouté treize régiments de
+Cosaques, commandés par le général Vinzigorod. Cette armée était sous
+les ordres des généraux Bulow, Tanentzien, maréchal Steding, général
+Woronzoff. Elle présentait une force de cent cinquante-cinq mille
+hommes, dont trente-cinq mille à cheval.
+
+Il existait, en outre, dans le bas Elbe, des troupes légères ou de
+nouvelles levées, de différents pays, mêlées sous les ordres des
+généraux Valmoden, Végezac, Dornberg. Ces troupes présentaient un total
+de quarante mille hommes, dont huit mille à cheval.
+
+Ce n'était pas tout. On avait formé en Pologne deux armées de réserve
+russes. La première, composée de soixante mille hommes, aux ordres du
+général Bemzsen, arriva à Toeplitz le 28 septembre. La seconde, aux
+ordres du général Tabanoff-Taslowsky, forte de cinquante mille hommes,
+occupa le grand-duché de Varsovie. Devant Dantzig, il y avait
+trente-cinq mille hommes; devant Zamosch, quatorze mille; devant Glogau,
+vingt-neuf mille quatre cent soixante-dix; devant Custrin, huit mille
+quatre cent cinquante; devant Stettin, quatorze mille; total, cent deux
+mille deux cents.
+
+Enfin, indépendamment de l'armée d'Italie, l'Autriche avait deux armées
+de réserve, qui, successivement, vinrent se joindre à la masse des
+forces combinées, savoir: sur la frontière de Bavière, dix-huit
+bataillons et trente-six escadrons, faisant vingt-quatre mille sept cent
+cinquante hommes; à Vienne et à Presbourg, quarante-huit bataillons et
+soixante-douze escadrons, faisant soixante-cinq mille hommes; total,
+quatre-vingt-neuf mille sept cent cinquante.
+
+Ainsi l'ensemble des forces qui nous étaient opposées s'élevait à près
+de neuf cent mille hommes, dont plus de cent cinquante mille à cheval.
+
+J'ai indiqué la manière dont elles étaient réparties. Mais je ferai
+remarquer ici la profondeur du calcul qui fit mélanger toutes les
+troupes des différentes nations, seul moyen de donner de la consistance
+à la coalition, de mettre obstacle à des combinaisons politiques
+particulières, et de substituer à des jalousies de nation, si naturelles
+et si habituelles en pareil cas, une rivalité de soldat sur le champ de
+bataille qui devenait une garantie de succès.
+
+Voici quelle était la formation de l'armée française:
+
+En Silésie, les troisième, cinquième, sixième et onzième corps, dont la
+force, avec la cavalerie, s'élevait à cent vingt mille hommes. Ils
+étaient, au début de la campagne, et accidentellement, sous les ordres
+du maréchal prince de la Moskowa, le plus ancien des trois maréchaux
+réunis sur cette frontière.--Les quatrième, septième et douzième corps,
+et le troisième de cavalerie furent rassemblés à Dahme, sous les ordres
+du duc de Reggio, en Lusace.--Les premier, deuxième et huitième corps,
+avec les premier et quatrième de cavalerie, furent concentrés dans les
+environs de Zittau.--Le quatorzième corps occupait le camp de Pirna, et
+couvrait Dresde, où était Napoléon avec sa garde.
+
+L'Empereur arriva le 18 à Görlitz. Le 19, il se rendit à Zittau et
+s'avança jusqu'à Gabel. Il fut tenté d'entrer en Bohême par la route qui
+mène à Gitschin. Son objet était de mettre obstacle à la réunion des
+diverses armées sur Prague; mais, apprenant que déjà elle était opérée,
+il vit Dresde menacé et comprit la nécessite de se tenir à portée de
+secourir cette place. Laissant les premier et deuxième corps à Rumburg
+et Zittau, il se rendit à l'armée de Silésie, avec sa garde et le
+premier corps de cavalerie, en se dirigeant sur Lövenberg, où il arriva
+le 21.
+
+Blücher avait commencé son mouvement offensif avant l'expiration de
+l'armistice, et les corps d'armée française, qu'il avait en face,
+s'étaient aussitôt mis en marche pour se réunir sur le Bober. Le 16, le
+corps de Langeron avait déjà dépassé Goldsberg. Un bataillon de la
+division Charpentier, placé en avant de Lövenberg, faillit être enlevé,
+et se fit jour à travers l'ennemi. Le 18, le cinquième corps se réunit à
+Lövenberg avec le onzième corps. L'ennemi, ayant passé le Bober, porta
+une avant garde à Lahore. Le duc de Tarente l'attaqua et lui fit
+repasser la rivière.
+
+Blücher était ce jour-là, avec le corps de Saken, à Liegnitz. Le
+premier, s'étant porté sur Lövenberg, força le cinquième corps à évacuer
+les positions qu'il occupait. Appelé par le bruit du canon, je me hâtai
+de marcher à son secours; mais, quand je fus à portée de le soutenir, le
+combat avait cessé. L'ennemi, voulant passer le Bober à Zobten, fut
+repoussé par la division Rochambeau. Le prince de la Moskowa, craignant
+de voir le gros des forces ennemies entre le troisième corps et les
+onzième et cinquième, qui étaient à Lövenberg, jugea à propos de s'en
+rapprocher.
+
+De Buntzlau, je reçus l'ordre de m'avancer, avec le sixième corps,
+jusqu'à Kresbau, pour observer Saken et retarder sa marche. Blücher,
+informé du mouvement du prince de la Moskowa, vint à sa rencontre, ne
+laissant qu'une division pour masquer Lövenberg. Le troisième, étant
+ainsi prévenu, s'arrêta à Graditz. Il combattit tout à la fois contre
+York et contre Saken, et se replia sur le sixième corps. Ces deux corps
+repassèrent le Bober et se placèrent en deçà de Buntzlau.
+
+J'avais été chargé auparavant par Napoléon de chercher sur l'une des
+rives du Bober une bonne position, où une armée nombreuse pût livrer et
+recevoir une bataille avec avantage. Je n'avais rien trouvé sur la rive
+droite qui me satisfît complétement. Cependant nous aurions pu occuper
+avec les troisième et sixième corps la position à Karlsdorf, assez forte
+pour que l'ennemi n'osât pas nous attaquer immédiatement, et pendant la
+journée nous aurions eu des nouvelles des cinquième et onzième corps.
+Le maréchal Ney en décida autrement. La rive gauche offrait à la vérité
+une position meilleure, et nous allâmes l'occuper. Mais Buntzlau, qui
+avait été l'objet de forts grands travaux et qui renfermait des
+approvisionnements en vivres, n'étant pas encore armé, ne fut pas
+occupé. On aurait pu y laisser quelques troupes sans danger et on
+l'aurait occupé tant que nous serions restés en communication avec cette
+ville. C'était une belle position d'arrière-garde pour une partie du
+troisième corps, et une bonne tête de pont pour reprendre l'offensive.
+Le maréchal Ney ne voulut pas comprendre ces avantages et ne put pas
+concevoir le rôle dont ce poste était susceptible, et, quand on n'était
+pas encore au moment de le quitter, il donna l'ordre d'en faire sauter
+les fortifications.
+
+Après avoir repassé le Bober, les officiers, envoyés par la rive gauche
+aux renseignements sur le général Lauriston, firent le rapport que les
+cinquième et onzième corps étaient réunis et en communication avec nous.
+Ainsi les quatre corps étaient en mesure d'agir ensemble; mais ces
+officiers m'apprirent en même temps l'intention de ces deux corps de
+continuer leur mouvement rétrograde le lendemain et de repasser la
+Queiss. Aucun raisonnement ne pouvait justifier ce mouvement. Nous
+étions cependant forcés de l'imiter. Nous nous préparâmes donc à
+l'exécuter pour notre compte, et je me hâtai d'en prévenir l'Empereur
+en lui faisant remarquer toutes les aberrations constatant déjà
+l'impossibilité d'opérer sans lui, et la nécessité de sa présence pour
+mettre chacun à sa place.
+
+L'Empereur arriva en toute hâte, amenant avec lui sa garde. Arrivé le
+21, au matin, il donna au moment même l'ordre de reprendre l'offensive.
+Je partis de ma position d'Ottendorf; je passai le Bober à Bakwitz et je
+pris position sur les hauteurs de Holzstein. Il y eut, en cette
+circonstance, un léger engagement avec l'ennemi, où le 32e léger et le
+chef du 16e, Svalabrino, se distinguèrent. Je restai, ce jour-là, en
+position. Pendant ce temps, Napoléon avait marché en avant avec les
+troisième et onzième corps. Il poursuivit l'ennemi qui s'était retiré
+devant lui en toute hâte et sans s'engager. Le 23, je reçus l'ordre de
+repasser le Bober, de placer mes troupes en échelons sur Naumbourg et
+Lauban et de me disposer à marcher rapidement sur Dresde si j'en
+recevais l'ordre. Le 24, cet ordre m'étant parvenu, il fut exécuté sans
+retard. J'arrivai le 27, au matin, à Dresde, et j'allai prendre
+position, ma gauche au quatorzième corps, ma droite à la jeune garde, en
+avant de Grossgarten.
+
+Pendant les mouvements opérés en Silésie, la grande armée ennemie avait
+pris l'offensive et marché sur Dresde. Son mouvement, commencé le 20
+août, s'était opéré sur quatre colonnes. Celle de droite, commandée par
+Wittgenstein, avait débouché par la route de Lovositz à Pirna. Elle
+laissa un corps de troupes suffisant pour observer, garder et couvrir le
+débouché. La deuxième colonne, composée de Prussiens, commandée par le
+général de Kleist, se porta à Glasshüth, en se liant avec la première.
+La troisième colonne, sous les ordres du général Colloredo, composée
+d'Autrichiens, arriva par Altenbourg et Dippoldiswald. La quatrième
+colonne, composée également d'Autrichiens, et sous les ordres du
+maréchal de Chasteler, marcha par Frauenstein sur Bubenan.
+
+Le 24, une division du quatorzième corps, que le maréchal Saint-Cyr
+avait placée sur les hauteurs de Berggus-Hübel pour couvrir le camp de
+Pirna, fut attaqué par le corps de Wittgenstein. Elle se replia en
+combattant jusqu'à Pirna et, de là, elle fit l'arrière-garde du
+quatorzième, qui se retira sur Dresde et occupa les retranchements
+construits pour couvrir cette ville.
+
+Le 25, vers les quatre heures de l'après-midi, l'armée ennemie se
+rapprocha de Dresde dans l'ordre suivant: La colonne de droite prit
+position en arrière du grand jardin qu'elle fit occuper par les
+tirailleurs; la deuxième prit position derrière Strehla; la troisième se
+plaça en avant de Koritz et Recknitz; la quatrième colonne avait à sa
+gauche Plauen. Une cinquième colonne, commandée par le général Klénau,
+était en marche et venait de Presbourg. Le corps de Klénau et les
+réserves n'étaient pas encore arrivés. Le quartier général s'établit au
+village de Nötnitz. Le quatorzième corps occupait les faubourgs et les
+retranchements qui les couvraient. Ceux-ci se composaient de huit
+flèches assez petites et de quelques édifices crénelés. On avait ainsi
+cherché à tirer le meilleur parti des localités.
+
+Une attaque immédiate était la seule chose opportune, car on ne pouvait
+douter que l'empereur Napoléon n'arrivât, en toute hâte, avec des
+renforts. Accabler, anéantir le quatorzième corps (qui, fort à peine de
+vingt mille hommes, avait devant lui plus de deux cent mille
+combattants), était la seule chose raisonnable. Le prince de
+Schwarzenberg hésita; il ajourna l'action jusqu'au lendemain pour
+attendre l'arrivée du corps de Klénau et de quelques réserves. Il ne vit
+pas que, dans la disproportion des forces qui étaient en présence, un
+seul nouveau corps de l'armée française arrivant à Dresde donnerait plus
+de chances à la résistance que soixante mille hommes de renfort n'en
+auraient donné à l'attaque.
+
+Le 26, au matin, le prince de Schwarzenberg se décida à attaquer, sans
+attendre davantage l'arrivée de Klénau. Pendant l'action, Napoléon
+était arrivé à Dresde avec sa garde, et le deuxième corps, qui, des
+environs de Zittau, y avait été dirigé, le suivait de près. Le premier
+corps, qui avait été envoyé sur Königstein, avait passé l'Elbe et chassé
+le corps ennemi, formé d'un détachement de gardes russes et du deuxième
+corps, commandé par le duc de Wurtemberg, qui bloquait cette forteresse.
+
+Le huitième corps était resté sur la frontière de Bohême pour couvrir la
+communication avec l'armée de Silésie. L'intention de l'Empereur avait
+été d'abord de faire son mouvement par Königstein, sans venir à Dresde,
+avec le premier, le deuxième, le sixième corps et sa garde. S'il eût
+passé l'Elbe sur ce point, pris l'ennemi à revers, il est difficile de
+calculer les immenses résultats qu'il aurait obtenus; mais les dangers
+imminents de Dresde, les conséquences graves qui seraient résultées de
+l'entrée de l'ennemi dans cette ville, déterminèrent Napoléon à venir à
+son secours d'une manière directe. En conséquence, toutes les forces
+qu'il menait avec lui, le premier corps excepté, furent dirigées sur ce
+point, et tout à coup Dresde fut sous la protection d'une puissante
+armée.
+
+L'attaque avait réussi en partie. La redoute de la porte de
+Dippoldiswald était enlevée; celle de la route de Freyberg avait eu son
+feu détruit. L'ennemi occupait le grand jardin. Toutes ses forces se
+trouvaient concentrées devant les faubourgs; enfin tout annonçait son
+entrée prochaine dans Dresde quand Napoléon reprit l'offensive. Il pensa
+que des attaques simultanées, sur les flancs des alliés, les
+surprendraient et changeraient en défense une offensive qu'il était
+difficile d'arrêter.
+
+En conséquence, il donna l'ordre au maréchal Ney, qui l'avait
+accompagné, et au duc de Trévise, de déboucher, chacun avec deux
+divisions de la jeune garde, en amont et en aval, la première colonne
+par la porte de Pirna, la deuxième par la porte de Plauen, et
+d'envelopper les ailes de l'armée ennemie. Le succès fut complet.
+L'ennemi, rejeté en arrière, occupa à la nuit une position moins
+rapprochée que celle qu'il avait prise avant le commencement de
+l'action. Cette attaque, appuyée par un centre fortifié, l'ensemble des
+faubourgs étant fortement occupé, ne présentait aucune difficulté. Le
+lendemain, le prince de Schwarzenberg renouvela ses attaques, mais sans
+succès. Le deuxième corps de l'armée française était en ligne et placé à
+droite. Il opéra un mouvement sur la gauche de l'ennemi, auquel le
+premier corps de cavalerie concourut puissamment.
+
+L'ennemi s'était étendu au delà de la vallée de Plauen, mais il n'était
+pas parvenu à appuyer son aile gauche à l'Elbe. Cette aile gauche,
+séparée du centre par la vallée dont les montagnes sont fort escarpées,
+était isolée et fort en l'air. Le sixième corps avait pris sa place de
+bataille au centre, et le premier corps avait chassé les troupes qui
+bloquaient Königstein, menaçant les communications de l'ennemi. Ce qui
+eût été facile à l'ennemi en arrivant était devenu chanceux et même d'un
+danger imminent au moment où il attaqua la ville.
+
+Le deuxième corps se porta, dans la matinée, sur la gauche de l'armée
+alliée et l'attaqua de front, tandis que la cavalerie, que le roi de
+Naples commandait en personne, l'enveloppa. La cavalerie autrichienne,
+culbutée, ayant abandonné la division Metzko, celle-ci fut chargée par
+nos cuirassiers. Sa résistance opiniâtre paraissait invincible, et l'on
+vit, en cette circonstance, quelle puissance la lance exerce dans les
+combats de cavalerie contre l'infanterie. Le temps était horrible; des
+pluies abondantes empêchaient les fusils de faire feu: à peine un fusil
+sur cinquante partait. Tout était donc au désavantage de l'infanterie.
+Eh bien! les charges de cuirassiers demeurèrent sans succès. On ne put
+entamer les carrés autrichiens qu'en faisant précéder la charge de
+cuirassiers par celle d'un détachement de lanciers. Ceux-ci ouvraient
+une brèche, que les cuirassiers étaient ensuite chargés d'agrandir. Une
+brigade de la division Maurice Liechtenstein, envoyée au secours de
+cette division Metzko, pour la recueillir, partagea le sort de cette
+dernière. Les régiments de Lusignan et de l'archiduc Régnier furent à
+peu près détruits. Douze à quinze mille hommes restèrent en notre
+pouvoir.
+
+Pendant ces mouvements à la droite, Napoléon occupait le centre de
+l'ennemi par une forte canonnade. Une salve d'une batterie de la garde,
+dirigée par son ordre contre un groupe qu'il avait remarqué près du
+village de Bäcknitz, emporta les jambes du général Moreau. Ce général
+avait contribué à la puissance de Napoléon en se réunissant à lui au 18
+brumaire et en servant ses intérêts. La flatterie l'avait rendu son
+rival de gloire, malgré son immense infériorité. Les petites passions de
+son entourage et la faiblesse de son caractère en avaient fait un
+ennemi. Sa fin tragique et prématurée n'inspira aucun intérêt dans
+l'armée française.
+
+La gauche avait repoussé l'ennemi, et les quatre divisions de la jeune
+garde, qui s'y trouvaient réunies, forcèrent Wittgenstein à se retirer
+jusqu'à Bleswitz, sur le corps de Kleist, déjà aux prises avec le
+quatorzième corps. Le prince de Schwarzenberg, jugeant l'ensemble de ses
+revers suffisants pour lui ôter tout espoir fondé de victoire, prit la
+résolution de se retirer. Mais aucune disposition apparente ne
+l'annonçait, et, comme l'arrivée d'une portion du corps de Klénau avait
+augmenté le nombre de ses troupes, toutes les probabilités, à nos yeux,
+semblaient être pour une nouvelle bataille le lendemain. La nuit nous
+laissa dans cette espérance. L'intention de Napoléon était d'attaquer
+l'ennemi à la pointe du jour, à son centre, et je devais être chargé de
+cette opération. Je passai la nuit à faire les dispositions en
+conséquence.
+
+Le centre de l'ennemi était appuyé aux villages de Bäcknitz et
+Schernitz. La hauteur sur laquelle ils sont placés, au milieu de
+l'amphithéâtre en face de Dresde, et dont nos avant-postes occupaient
+les derniers mamelons, commande la plaine qu'il faut traverser. Porter
+de l'artillerie en plein jour sur ces mamelons eût été chose impossible.
+Aussi, ayant placé pendant la nuit, dans la position qu'occupaient mes
+avant-postes, assez de troupes pour nous établir solidement, j'y fis
+conduire toute mon artillerie pour écraser de son feu les deux villages
+que j'ai nommés. Sans cet appui, ils auraient été difficilement
+emportés. Je présidais moi-même à ces préparatifs. J'observais ce qui se
+passait chez l'ennemi. Un bruit sourd me fit croire qu'il se mettait en
+retraite. Les feux, qui s'éteignaient successivement, me confirmèrent
+dans cette pensée. J'envoyai quelques troupes pour s'en assurer, et l'on
+trouva la position évacuée.
+
+Je fis prévenir l'Empereur en toute hâte à Dresde, et il arriva à mon
+camp à la petite pointe du jour. Les dernières troupes de
+l'arrière-garde ennemie étaient déjà à une assez grande distance.
+L'Empereur m'ordonna de me mettre immédiatement à leur poursuite dans la
+direction de Dippoldiswald, et me donna la division de cavalerie du
+général Ornano. Saint-Cyr fut chargé de le suivre dans la direction de
+Maxen et Glasshüth. Le général Vandamme, avec le premier corps, et
+devant être soutenu par la garde, fut dirigé du point où il se trouvait
+sur la grande route de Peterswald. Le deuxième corps et la cavalerie du
+roi de Naples marchèrent sur Freyberg.
+
+Pendant les deux jours où on avait combattu devant Dresde, le général
+Vandamme, avec le premier corps, augmenté de la quarante-deuxième
+division du quatorzième corps et d'une brigade du deuxième, avait chassé
+devant lui le faible corps du duc de Wurtemberg. Celui-ci, s'étant
+replié sur la droite de l'armée, avait pris position devant Pirna, dont
+Vandamme s'était emparé. La difficulté des communications empêcha le
+général français d'agir avec ensemble et rapidité. Un fort détachement
+de la garde russe, ayant été envoyé au duc de Wurtemberg, avec une force
+de dix-huit mille hommes commandés par le général Osterman, fut chargé
+de le contenir. C'est dans ces positions respectives que la retraite de
+l'armée alliée, résolue le 27 au soir, commença à s'exécuter.
+
+L'ennemi se retirait par diverses directions. Voici les dispositions
+premières et les modifications que les circonstances y apportèrent.
+
+Le corps de Barclay, formant la droite de l'armée, reçut ordre de se
+retirer par la grande route de Dahme, Waldgies, Hübel et Peterswald, et
+de couvrir ce débouché principal pour entrer en Bohême.
+
+La grande armée, c'est-à-dire la masse des Autrichiens, prit la
+direction de Dippoldiswald, Falkenheim, Altenbourg et Unterzinnwald.
+
+Le corps de Kleist reçut l'ordre de se retirer par Glasshüth et
+d'établir sa liaison entre les deux principaux corps de l'armée, tandis
+que la gauche et les réserves prendraient le chemin de Freyberg, par
+lequel une partie de ses troupes étaient arrivées.
+
+La route de Dippoldiswald par Altenbourg présente les plus grandes
+difficultés. C'est un défilé continuel entre des montagnes et des bois.
+La masse des troupes destinées à se retirer par cette communication
+devait éprouver un grand encombrement et de grandes difficultés. Mais
+elles furent tout à coup beaucoup augmentées et d'une manière tout à
+fait imprévue.
+
+Le général Barclay, supposant le général Vandamme au moment d'agir sur
+la route de Dippoldiswald, et ne voulant pas faire une marche de flanc
+aussi près d'un ennemi tout formé, chargea le général Osterman de
+remplir la mission qui lui était donnée, et lui, avec la majeure partie
+de ses troupes, imagina de changer de direction et de se jeter sur la
+route d'Altenbourg, afin de se réunir à la masse des forces de l'armée.
+
+Il résulta de cette désobéissance, d'abord une horrible confusion sur la
+route d'Altenbourg, un prodigieux encombrement, et ensuite la route
+principale ne se trouva pas gardée par une force suffisante. Ainsi
+Vandamme, soutenu par la garde, n'eut plus devant lui que dix-huit mille
+hommes environ, obligés de défiler, pour ainsi dire, à sa vue, pour
+reprendre leur ligne de retraite, fort compromise. Les troupes
+entreprirent cette tâche difficile, et elles y parvinrent après avoir
+éprouvé d'assez grandes pertes. Une partie de la colonne, ayant été
+coupée sur la gauche, fut obligée de faire sa retraite isolément et à
+travers les bois.
+
+Je rencontrai d'abord l'ennemi au village de Possendorf. Son
+arrière-garde fut culbutée. Nous lui prîmes deux mille cinq cents
+hommes, douze pièces de canon, cent cinquante voitures d'artillerie ou
+de bagages. Lorsque nous fûmes arrivés sur les hauteurs de
+Windiskarsdorf, presque toute l'armée ennemie nous apparut en mouvement
+dans diverses directions. De grosses colonnes, venant de Maxen,
+longeaient le pied des montagnes pour se porter par Frauendorf sur la
+route d'Altenbourg. Le quatorzième corps suivait et marchait sur
+Glasshüth, mais il était encore fort en arrière. Je vis aussi des masses
+considérables qui s'étaient retirées par Tharand et marchaient dans la
+direction de Frauenstein. Enfin j'avais en position devant moi, au
+débouché de Dippoldiswald, une ligne fort étendue, soutenue par une
+nombreuse artillerie, protégeant la position qu'elle avait prise et la
+marche de tous ces corps séparés, qui avaient peine à gagner le défilé
+sur lequel j'étais au moment d'arriver. L'ensemble de la position et la
+force des troupes que j'avais à combattre m'obligeaient à réunir mes
+moyens avant de rien engager.
+
+Une fois en mesure d'agir, je marchai. La deuxième division, commandée
+par le général Lagrange, déboucha par la grande route qui conduit à
+Dippoldiswald en tournant la position de l'ennemi. Je plaçai ma
+cavalerie en arrière de la division du général Lagrange, prête à
+déboucher aussitôt que le passage serait ouvert. Enfin je laissai ma
+troisième division à Windiskarsdorf, pour me mettre à l'abri de toute
+entreprise de l'ennemi venant par ma gauche, et aussi à portée de
+soutenir le général Lagrange s'il en était besoin.
+
+Une affaire assez vive s'engagea en même temps sur les deux débouchés.
+Les premières troupes du sixième corps culbutèrent les troupes ennemies
+qui leur étaient opposées. Des corps plus nombreux les arrêtèrent, mais
+de nouveaux efforts complétèrent le succès. L'ennemi avait, en arrière
+des défilés franchis, une nombreuse artillerie et des troupes toutes
+formées. Cet état de choses lui donnait sur nous un grand avantage; mais
+la valeur des troupes triompha promptement de ce nouvel obstacle.
+Partout Russes et Autrichiens furent culbutés. Nous restâmes maîtres des
+débouchés et du champ de bataille. Le général Compans fut occuper
+Dippoldiswald, et le général Lagrange s'était emparé de vive force des
+villages de Kessenig et de Benholtheim. La cavalerie du général Ornano
+avança le plus promptement possible, mais la nuit était presque arrivée;
+l'ennemi avait couvert de cavalerie toute la plaine, et il ne fut plus
+possible d'entreprendre rien de sérieux. En conséquence, mes troupes
+prirent position.
+
+Le lendemain, 29, je mis en position mon corps d'armée dans la
+direction qu'avait suivie l'ennemi, et je pris le chemin d'Altenbourg.
+Mon avant-garde arrivée au village d'Ober-Frauendorf, j'appris que
+l'ennemi occupait le bois situé à très-peu de distance, et qu'une forte
+arrière-garde était au delà du village de Falkenheim. Une brigade
+entière, placée en tirailleurs, fut chargée de chasser l'ennemi du bois,
+de le fouiller dans toutes ses parties, afin de prévenir toute espèce de
+surprise. Avec un matériel aussi considérable, dans un pays aussi
+difficile, il y a les plus grands périls à marcher sans une extrême
+précaution. Un corps d'armée peut être détruit s'il avance avec trop de
+confiance et sans être suffisamment éclairé. Le bois étant évacué par
+l'ennemi, je trouvai au débouché un corps de quinze mille hommes
+environ, formé en avant du village de Falkenheim, avec vingt pièces de
+canon.
+
+Cette position est très-forte et appuyée à droite et à gauche par de
+très-grands escarpements. Elle n'a qu'un seul inconvénient, celui d'être
+suivie d'un mauvais défilé. Après avoir reconnu la position de l'ennemi,
+fait occuper par les premières troupes deux mamelons qui protégeaient la
+sortie du bois, et placé quelques pièces de canon sur la hauteur; après
+avoir fait serrer la division du général Freiderich sur celle du général
+Lagrange pour la soutenir, je donnai ordre à celui-ci d'attaquer
+l'ennemi. Malgré une vigoureuse résistance de sa part, la valeur de nos
+troupes fut telle, qu'en un instant tout fut culbuté et l'ennemi
+poursuivi jusqu'à l'entrée du défilé, où il laissa beaucoup de pièces de
+canon et de voitures. La nuit seule arrêta notre poursuite. Le 37e léger
+et le 4e de marine se distinguèrent, l'ardeur des troupes était telle,
+qu'il fallut plutôt s'occuper à la calmer qu'à la stimuler, afin de ne
+pas compromettre des succès toujours assurés avec de pareils soldats,
+quand ils sont bien conduits.
+
+Le lendemain, 30, je me mis en marche pour Altenbourg. L'armée ennemie
+l'avait évacuée pendant la nuit, et nous y trouvâmes une arrière-garde
+qui se retira à notre approche. Dans le trajet de Falkenheim à
+Altenbourg, nous pûmes juger par nous-mêmes du désordre de la veille
+chez l'ennemi. Plusieurs pièces de canon et plus de cent voitures
+étaient éparses çà et là. Partout nous voyions des indices de confusion.
+Il ne se passait pas un moment sans que des parcs entiers ne sautassent
+à notre approche. Je résolus de profiter d'une occasion si favorable
+pour faire tout le mal possible à l'ennemi, et de le poursuivre l'épée
+dans les reins jusqu'à Toeplitz.
+
+Je pouvais sans crainte agir ainsi; j'étais informé que le septième
+corps, commandé par le général Vandamme, soutenu par toute la garde,
+marchait sur Toeplitz, tandis que le quatorzième corps, placé en
+échelons, se trouvait entre le premier corps et moi, pour nous soutenir.
+Vers midi, je rencontrai l'ennemi sur le plateau de Zinnwald,
+amphithéâtre ressemblant assez à celui de Fralkenheim. On ne peut y
+arriver que par des défilés fort étroits. La division du général Compans
+tenait la tête de la colonne. Trouvant des forces considérables au
+débouché, il lui fut impossible de gagner assez de terrain pour se
+former. Je donnai l'ordre au général Lagrange de se porter avec sa
+division par un autre défilé à droite, beaucoup plus étroit que le
+premier, mais qui prenait en flanc la position de l'ennemi. Ce mouvement
+eut un plein succès. Cette division, ayant marché avec vigueur, en même
+temps que celle du général Compans, l'ennemi, culbuté sur tous les
+points, fut poursuivi sans relâche et jeté dans les chemins étroits et
+épouvantables qui conduisent de Zinnwald à Eichwald. Nous prîmes, dans
+cette seule journée, plus de quatre cents voitures d'artillerie et
+d'équipages.
+
+Nous poursuivîmes l'ennemi à peu de distance du village d'Eichwald, où
+nous trouvâmes des troupes nouvelles toutes formées. La nuit nous
+arrêta. L'avant-garde bivaqua près du débouché d'Eichwald, le corps
+d'armée sur le plateau de Zinmvald, et je préparai tout pour déboucher
+le lendemain à la pointe du jour sur Toeplitz, où je supposais voir
+arriver Vandamme de son côté. Mais ce qui s'était passé chez lui avait
+bien changé l'état des choses. À mon retour au camp, je trouvai un
+officier d'état-major du maréchal Gouvion Saint-Cyr qui m'apprit la
+catastrophe. Le corps d'armée avait été détruit et pris presque en
+entier par l'ennemi. Le matin même, le maréchal avait marché à son
+secours, mais n'avait pu arriver à temps pour le sauver.
+
+Cet événement a eu des résultats si importants et si graves, qu'il
+convient d'en rechercher et d'en approfondir les causes.
+
+Napoléon était dans l'usage de recommander avec exagération à ses
+généraux de marcher en avant. S'il ne doutait pas de leur courage, il
+est certain qu'il se méfiait de leur résolution. Avec un homme ardent
+comme le général Vandamme, il eût été plus convenable de lui tenir le
+langage de la prudence. Toutefois, dans la circonstance, il était de son
+devoir de marcher tête baissée. Napoléon lui avait dit et fait écrire:
+«Je vous suis avec toute ma garde; marchez sans crainte.» Enfin il
+savait que le bâton de maréchal devait être la récompense d'un succès
+brillant, et il était impatient de l'obtenir. Mais Napoléon, après avoir
+mis en route sa garde, était resté à Dresde, incertain sur ce qu'il
+ferait. Ayant reçu la nouvelle de l'échec éprouvé par le maréchal
+Oudinot devant Berlin, et des revers du maréchal Macdonald sur la
+Katzbach, il résolut de rester, de rappeler sa garde, et il eut le tort
+incroyable de ne pas faire prévenir Vandamme. On a dit qu'il s'était mis
+en route, et que, se trouvant tout à coup indisposé, il avait
+rétrogradé. Ce fait est inexact, et le général Gersdorff, général saxon,
+m'a déclaré formellement que, n'ayant pas quitté un moment le palais
+pendant les journées du 28 et du 29, il avait la certitude absolue que
+Napoléon n'était pas sorti de Dresde ces jours-là. La garde seule
+s'était mise en mouvement, et il la rappela, ainsi que je viens de le
+dire. Vandamme se trouva donc seul et sans appui dans la plaine de Culm.
+Vainqueur le 29, il fut accablé le 30 par les forces immenses qui se
+jetèrent sur lui.
+
+Une circonstance inopinée survint qui aggrava sa position, et la rendit
+désespérée. Le corps de Kleist, qui s'était retiré de Glasshüth devant
+Saint-Cyr, arriva à Ebersdorff le 29. De ce point il ne put entrer en
+Bohême. Une communication mauvaise, praticable cependant aux voitures,
+et meilleure que celle de Zinnwald, aboutit de ce point à Culm. Mais,
+dans ce moment, Vandamme étant à la tête du débouché, Kleist ne pouvait
+pas raisonnablement s'y présenter. Le 30, au matin, il crut Vandamme
+assez avancé pour avoir entièrement découvert la grande route, et, ne le
+supposant plus sur ce point, il se décida à faire un mouvement par le
+plateau et à se porter d'Ebersdorf sur Nollendorf, espérant ainsi
+échapper à l'armée française, arriver à la plaine, éviter Vandamme, et
+rejoindre, par un détour, le gros de son armée. Une preuve incontestable
+de la vérité de cette opinion, c'est que ses meilleures troupes étaient
+à l'arrière-garde pour résister soit à Saint-Cyr, soit à ce qui pouvait
+venir de Peterswald. Les mauvaises troupes et les parcs étaient en tête
+de colonne. Au moment où Vandamme, accablé par le nombre, se disposait à
+la retraite, le corps de Kleist arriva sur la route. La cavalerie de
+Vandamme, s'élançant en colonnes, pour ouvrir le chemin, échappa en
+partie. Cette cavalerie, rencontrant seulement d'abord des landwehrs et
+des parcs, elle sabra tout, et prit cette nombreuse artillerie, qui
+n'eut pas même le temps de se mettre en batterie. Mais les troupes à la
+queue de la colonne, s'étant ravisées, prirent position, et parvinrent à
+fermer le passage.
+
+Si la garde eût suivi, Kleist, pris entre Saint-Cyr et la garde, mettait
+bas les armes, et Vandamme eût battu, le 30, les divers corps qui l'ont
+attaqué. Mais, bien plus, si la garde eût joint Vandamme le 29, pendant
+qu'il était victorieux, il aurait pu se porter en avant et se trouver
+ainsi au milieu de toutes les forces ennemies qui étaient sans
+organisation et dans une entière confusion, par suite des difficultés de
+la retraite. Toute l'artillerie marchait isolément. Les troupes
+descendaient par détachement, en suivant tous les sentiers praticables.
+Il n'y avait pas, le 29, trente mille hommes à mettre régulièrement en
+bataille dans la plaine. C'était un de ces coups de fortune, comme il on
+arrive en un siècle de guerre. Tout le matériel aurait été pris, et tout
+se serait dispersé. Des reproches réciproques auraient servi à tout
+dissoudre, à tout désorganiser. La fortune en a ordonné autrement; mais
+le seul coupable, et le véritable auteur de la catastrophe, c'est
+Napoléon.
+
+Il convient maintenant d'examiner quelle influence a eue le maréchal
+Saint-Cyr sur cet événement. Il pouvait en diminuer la gravité, et il
+n'est pas exempt de reproches. Il suivait Kleist, et arriva à Ebersdof.
+C'est de la hauteur, en avant de ce poste, qu'il vit l'événement du 30.
+S'il est arrivé le 20, il est coupable de n'avoir pas descendu le
+plateau et de ne s'être pas joint à Vandamme; s'il n'est arrivé que le
+30 au matin, il ne pouvait pas déboucher; mais alors il est coupable
+d'avoir perdu de vue Kleist. En le suivant l'épée dans les reins il
+l'arrêtait, et la route de Peterswald restait libre au général Vandamme,
+et peut-être même l'enchaînement des circonstances aurait pu, Vandamme
+battu et se retirant, entraîner la perte de Kleist.
+
+On a eu tort d'accuser Vandamme d'avoir montré, dans cette circonstance,
+trop de témérité. Il s'était arrêté dans une bonne et excellente
+position en avant de Culm, position inexpugnable pour peu qu'il existe
+quelque proportion entre le nombre des combattants. J'ai depuis étudié
+ces lieux sur place, et j'ai acquis la conviction que Vandamme aurait pu
+s'y défendre un contre deux, et certainement il l'aurait fait; mais il y
+a des limites au possible. Je pense, au contraire, qu'on pourrait lui
+reprocher de la lenteur et peu d'ensemble dans sa marche. Ses troupes
+n'étaient pas réunies le 29; et, quoique maître de Culm le 29, avant
+midi, il ne put pas déboucher pour culbuter et mettre en déroute le
+corps russe, très-inférieur en force, isolé dans une position ouverte,
+sans appui et sans moyen pour résister. Mais aussi comment se précipiter
+au milieu de cent quatre-vingt mille hommes qui, s'ils n'étaient pas là,
+se trouvaient cependant à portée dans un bassin vaste et découvert, sans
+avoir derrière soi les forces nécessaires comme point d'appui? Et
+pourtant il y avait un tel désordre dans l'armée alliée en ce moment,
+que le corps de Vandamme seul pouvait, en l'accroissant encore, amener
+des résultats incalculables.
+
+C'est l'esprit de justice dont je fais profession, et ma conviction
+profonde, qui me décident à prendre la défense de Vandamme, car ce
+général ne m'a jamais inspiré aucun intérêt. J'ajouterai à ce qui
+précède une dernière réflexion sur la conduite de Napoléon, réflexion
+qui la rend encore moins concevable.
+
+L'armée ennemie se retirait sur diverses colonnes, et devait
+naturellement se rassembler dans la plaine de Toeplitz. Le 30 août, elle
+devait, d'après tous les calculs, s'y trouver réunie, et, le jour
+suivant, les divers corps de l'armée française, après avoir descendu du
+plateau de Saxe, se trouvaient en présence. Une fois nos corps réunis,
+qui devait commander, qui devait donner la direction, l'impulsion et
+l'ensemble? Personne, puisque Napoléon était le 30 à Dresde, et n'avait
+pris aucune disposition pour suppléer, le 31, à sa présence en Bohême.
+Ainsi, dans le cas de succès constants dans la poursuite, il se mettait,
+par sa propre volonté, dans des conditions qui en rendaient les effets
+plus que douteux. L'on ne peut dire qu'il avait suspendu la poursuite,
+car aucun ordre semblable n'arriva aux autres corps, et Vandamme en a
+reçu de contraires.
+
+On se perd dans ce dédale où l'on ne peut découvrir ni un calcul ni une
+intention raisonnable. Seulement il paraît incontestable que Napoléon,
+frappé de la nouvelle du désastre de la Katzbach, et ne pensant qu'à la
+nécessité de le réparer, ne voulut pas s'éloigner de l'année de Silésie;
+mais, quelque urgents que fussent les secours à lui porter, ils ne
+pouvaient pas être immédiats, tandis que les affaires de Bohême, d'une
+nature décisive, réclamaient à l'heure même et le secours de sa garde
+pour soutenir Vandamme, et sa présence pour la direction de l'ensemble
+des opérations. Dans tous les cas, rien n'excuse et ne peut excuser
+Napoléon de n'avoir pas informé Vandamme du changement de ses
+résolutions[4].
+
+[Note 4: La lettre ci-après prouve que, le 30 août, l'intention de
+l'Empereur était que l'armée continuât son mouvement offensif et
+descendît le plateau de la Saxe pour pénétrer en Bohême. Vandamme, non
+soutenu par la garde, qui avait été rappelée à Dresde, devait marcher
+sur Toeplitz, tandis que je débouchais par Zinnwald, et que les autres
+corps en faisaient autant, chacun dans sa direction. Vandamme est donc
+parfaitement innocent de ce mouvement, et des conséquences qui en ont
+été la suite.
+
+«Dresde, le 30 août 1813.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous
+prévenir que le point difficile pour l'ennemi est Zinnwald, où l'opinion
+de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages ne
+pourront passer qu'avec une peine extrême; que c'est donc sur ce point
+qu'il faut se réunir et attaquer; que l'ennemi, tourné par le général
+Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera très-embarrassé, et sera
+probablement obligé de laisser la plus grande partie de son matériel.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«_Signé_: ALEXANDRE.»]
+
+Instruit de ce qui s'était passé, je ne pouvais plus penser à descendre
+de la montagne. Garder ma position et attendre des ordres était tout ce
+qui me restait à faire. Je restai donc sur la défensive pendant la
+journée du 31. L'ennemi attaqua mon avant-garde, mais il fut repoussé
+constamment. Il avait perdu beaucoup de monde dans cette poursuite et
+les divers combats dont je viens de rendre compte. Nous lui avions pris
+trente pièces de canon, sept à huit cents voitures d'artillerie ou
+d'équipages, et il avait eu en tués, blessés et prisonniers, de neuf à
+dix mille hommes hors de combat.
+
+Le 31, au soir, je reçus l'ordre de prendre position à Altenbourg. Je
+m'y rendis, et me mis en mesure de m'y défendre. Le 1er septembre,
+l'Empereur me prescrivit de me rapprocher de Dresde et de déboucher sur
+la rive droite de l'Elbe s'il était nécessaire. Dès ce moment commença
+une série de mouvements sans aucun résultat, qui semblaient destinés,
+comme par exprès, à produire la destruction des troupes. Le quatorzième
+corps avait fait un mouvement pareil au mien. Le deuxième corps et sa
+cavalerie s'étaient également rapprochés de l'Elbe. Le 3, je marchai
+encore dans la direction de Dresde, et pris position au village de
+Recknitz. Le 4, je passai l'Elbe et allai camper à Bischofswerda, et le
+lendemain à Bautzen.
+
+
+
+
+CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS
+RELATIFS AU LIVRE DIX-SEPTIÈME
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Liegnitz, le 29 mai 1813, deux heures après midi.
+
+«L'Empereur ordonne, monsieur le maréchal, qu'avec le sixième corps
+d'armée et le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg vous vous
+portiez de Jauer en avant de Eisendorf, route de Neumarck. Le prince de
+la Moskowa, avec les cinquième et septième corps, se porte sur Neumarck,
+et le quartier général impérial y sera probablement ce soir avec la
+garde. Le troisième corps d'armée reste en avant de Liegnitz. Le duc de
+Tarente, avec son corps d'armée, et le général Bertrand, avec le
+quatrième corps, resteront à Jauer. Sa Majesté marche sur Breslau.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+ «Dresde, le 10 juin 1813.
+
+ «Je crois devoir vous faire connaître, monsieur le maréchal, quel sera
+ l'emplacement des quartiers généraux des différents corps de l'armée au
+ 12 juin, époque à laquelle ces quartiers généraux deviendront fixes.
+
+ «Le deuxième corps d'armée, maréchal duc de Bellune, à Guadenberg;
+ «Le troisième, prince de la Moskowa, à Liegnitz;
+ «Le quatrième, général comte Bertrand, à Sprottau;
+ «Le cinquième, général Lauriston, à Goldsberg.
+ «Le septième, général Régnier, à Görlitz;
+ «Le onzième, maréchal duc de Tarente, à Löwenberg;
+ «Le douzième, maréchal duc de Reggio, à Lukau;
+ «Le premier corps de réserve de cavalerie, général Latour-Maubourg, à
+ Sagan;
+ «Le deuxième, général Sébastiani, à Freystadt;
+ «Deuxième division, jeune garde, maréchal duc de Trévise, à Hermolsdorf,
+ près Glogau;
+ «Première division, à Gross-Kramche;
+ «Deuxième, à Ober-Schonfeld;
+ «Troisième, à Eichberg;
+ «Polonais, huitième corps, à Zittau.
+ «Le prince vice-connétable, major général,
+
+ «ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 11 juin 1813.
+
+«Je vous préviens, monsieur le maréchal, que je donne l'ordre au duc de
+Bellune de garder la frontière le long de l'Oder, depuis Crossen jusqu'à
+la hauteur de Müllrose.
+
+«Le duc de Reggio surveillera la ligne de démarcation depuis Müllrose
+jusqu'à Insterburg.
+
+«Le gouverneur de Wittenberg placera des postes depuis Insterburg, en
+passant par Bruck, et suivant la frontière de la Confédération du Rhin,
+jusqu'auprès de Barby.
+
+«Le gouverneur de Magdebourg couvrira son enceinte sur la rive droite,
+et tout le long de l'Elbe sur la rive gauche, depuis Barby jusqu'à la
+trente-deuxième division militaire, où commencera la surveillance du
+prince d'Eckmühl.
+
+«Le duc de Trévise, le prince de la Moskowa, le général Lauriston, le
+duc de Tarente surveilleront la ligne dans leur arrondissement
+respectif; depuis les postes du duc de Tarente, la ligne sera fournie,
+le long de la Bohême, par le prince Poniatowski, qui arrive à Zittau.
+Enfin, monsieur le maréchal, fournissez de votre côté des postes jusqu'à
+l'Elbe, le long de la Bohême, en vous concertant à cet égard avec le
+prince Poniatowski.
+
+«L'intention de l'Empereur est que tous les jours vous envoyiez le
+rapport de ce qui se passe à vos postes et des mouvements qui pourraient
+se faire devant eux. Il faut aussi avoir soin d'empêcher les chevaux,
+les vivres, les meubles, les troupeaux, et enfin tout ce qui pourrait
+nous servir, de sortir de la ligne de démarcation.
+
+«Le résultat de ces dispositions sera d'être bien instruit de tout ce
+qui se passe; mais il suffira pour cela, monsieur le maréchal, de postes
+légers, ainsi que pour arrêter le passage des troupeaux et de tout ce
+qui est utile à l'armée.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 13 juin 1813.
+
+«Je vous adresse, monsieur le maréchal, ampliation de l'ordre du jour
+relatif à l'arrestation et la mise en jugement des soldats qu'on suppose
+s'être mutilés eux-mêmes d'un doigt ou de la main dans l'espoir de se
+faire réformer. Depuis plusieurs années, cette espèce d'épidémie s'est
+introduite dans l'armée: il est temps d'y apporter une attention sévère
+et de remédier promptement à ce genre de délit.
+
+«L'Empereur ordonne, pour cet effet, qu'il soit choisi deux hommes de
+chaque corps d'armée sur ceux prévenus de s'être blessés eux-mêmes. Ils
+seront arrêtés; le grand prévôt instruira la procédure. Il sera facile
+de les convaincre. Aussitôt la procédure instruite, ils seront envoyés
+au maréchal ou au général commandant, qui les fera fusiller devant tout
+le corps assemblé, en faisant connaître la nature de leurs délits, mais
+sans rien imprimer là-dessus.
+
+«Vous ferez ramasser tous les hommes blessés à la main et ordonnerez
+qu'ils soient gardés comme des coupables par la gendarmerie. S'ils ont
+été trouvés maraudant, la peine de mort leur sera infligée. Vous aurez
+soin de donner le mot aux officiers d'état-major et aux chirurgiens, de
+n'y comprendre ni sous-officiers ni vieux soldats, mais seulement ceux
+qui, par leur âge et la nature de leurs blessures, pourraient être
+soupçonnés de s'être blessés eux-mêmes. À leur arrivée à leur régiment,
+un jury, composé du colonel, de deux capitaines et de deux chirurgiens
+du régiment, les examinera et fera une enquête pour constater la cause
+de leurs blessures. Ces hommes feront toutes les corvées et seront comme
+les domestiques du régiment. Ils seront guéris par les soins des
+chirurgiens des corps, et, après la correction convenable, ils
+rentreront dans le régiment.
+
+«Vous sentirez, monsieur le maréchal, l'importance de tenir l'ordre du
+jour et les présentes dispositions secrètes; mais vous devez réunir les
+colonels des régiments et leur parler fermement pour qu'ils exaltent
+l'indignation des soldats contre les lâches qui se mutilent eux-mêmes.
+
+«Enfin l'intention de l'Empereur est que toutes blessures à la main
+provenant d'un coup de fusil ou de pistolet ou d'un coup de sabre ne
+soient jamais un motif de réforme.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+ORDRE DU JOUR.
+
+«Dresde, le 11 juin 1813.
+
+1.
+
+«Tous les blessés qui existent à Dresde et dans les hôpitaux des autres
+villes en deçà du Rhin, et qui sont blessés aux doigts ou à la main,
+seront sur-le-champ dirigés sur leurs corps respectifs.
+
+2.
+
+«L'état nominatif de tous les hommes blessés aux doigts ou à la main,
+qui sont à Dresde, sera dressé dans la journée d'aujourd'hui et demain.
+
+3.
+
+«Il sera formé autant de colonnes, composées de gendarmes et de
+flanqueurs de la garde, qu'il y a de corps d'armée. Chacune de ces
+colonnes sera commandée par un officier d'état-major, et un chirurgien
+principal y sera attaché. Elles ramasseront tous ces hommes, dont il
+sera formé un contrôle, indiquant leurs noms, compagnies, bataillons et
+régiments.
+
+4.
+
+«Les blessés ainsi ramassés seront conduits à la maison de la Douane
+retranchée, sur la route de Bautzen, où ils seront campés. Dès que cent
+hommes appartenant à un même corps d'armée seront réunis, ils seront mis
+en marche pour ce corps d'armée, sous une escorte suffisante. Ils seront
+accompagnés de leur contrôle nominatif et d'un chirurgien pour les
+panser.
+
+5.
+
+«À leur arrivée aux corps, ils seront distribués dans leurs régiments,
+où ils seront traités par les chirurgiens-majors, et sous la
+surveillance spéciale des officiers. Ils seront chargés de faire toutes
+les corvées de la compagnie et du régiment.
+
+6.
+
+«Tout soldat blessé aux doigts ou à la main, qui sera conduit à son
+corps de la manière dont il vient d'être dit, qui s'écarterait en route
+de son escorte, soit pour marauder, soit pour déserter, ou qui
+déserterait après son arrivée au régiment, sera puni de mort.
+
+7.
+
+«Un jury, formé du chirurgien en chef de l'armée et de quatre
+chirurgiens principaux, sera réuni à la susdite maison de la Douane,
+pour visiter les blessés qui y seront amenés. Il fera choix de deux
+hommes par chaque corps d'armée, de ceux qui, par la nature de leurs
+blessures, paraîtront le plus évidemment avoir été blessés par
+eux-mêmes, lesquels seront sur-le-champ arrêtés et conduits devant le
+grand prévôt de l'armée, pour y être examinés et interrogés.
+
+8.
+
+«Tout soldat qui serait convaincu de s'être blessé volontairement pour
+se soustraire au service sera condamné à mort.
+
+9.
+
+«Le présent ordre du jour sera tenu secret, et sera adressé seulement
+aux maréchaux et généraux commandant des corps d'armée; mais, au moment
+du départ des hommes blessés aux doigts ou à la main, reconduits à leur
+corps, il leur sera donné connaissance, par l'officier d'état-major
+commandant la colonne, de la disposition qui condamne à mort ceux qui
+déserteraient ou marauderaient pendant la route.
+
+10.
+
+«Le major général de notre grande armée est chargé de l'exécution du
+présent ordre.
+
+«_Signé_: NAPOLÉON.
+
+«Pour ampliation:
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 24 juin 1813.
+
+«Monsieur le maréchal, je vous envoie la copie d'une lettre que j'ai
+écrite hier à M. le général Barclay de Tolly pour lui faire connaître
+les ordres donnés par l'Empereur à l'égard des partisans.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+«_P.-S._ Cela vous servira pour le langage que vous avez à tenir.
+
+
+
+
+AU GÉNÉRAL BARCLAY DE TOLLY.
+
+«Dresde, le 23 juin 1813.
+
+«Monsieur le général, je m'empresse de porter à votre connaissance la
+conduite du major de Lützow et les événements auxquels elle a donné
+lieu. Ce major, chef d'un corps de partisans, a été prévenu, le 7, de
+l'armistice. La copie lui a été portée par un officier d'état-major. Il
+en a eu connaissance par la traduction en allemand que le duc de Weimar
+en a fait faire, et qu'il a fait imprimer, placarder et répandre à
+profusion.
+
+«Le major de Lützow a fait dire à l'officier d'état-major qui lui
+portait la copie de l'armistice qu'il ne reconnaissait pas l'armistice.
+On lui a fait observer que, le 12, il devait avoir repassé l'Elbe, et
+qu'en conséquence il n'y avait pas de temps à perdre: il fit déclarer
+qu'il était corps franc.
+
+«Depuis le 7 jusqu'au 18, M. le major de Lützow a continué les
+hostilités: il a arrêté les malles de Bavière et de Dresde; il a levé
+des contributions, comme dix-huit procès-verbaux le constatent. Il a
+arrêté les individus tant civils que militaires rencontrés sur la route;
+il a continué à enrôler les jeunes gens du pays et les étudiants des
+universités; il a attaqué des détachements, pris des courriers venant
+d'Augsbourg et d'Italie, et enfin des soldats marchant isolément.
+
+«L'Empereur et Roi mon maître n'est arrivé à Dresde que le 10, et, le
+14, voyant que les hostilités sur ses derrières continuaient, Sa Majesté
+a ordonné aux détachements de cavalerie en marche pour rejoindre l'armée
+de s'arrêter et de se pelotonner pour courir sur les partisans, attendu
+que, le 12, ils devaient, aux termes de l'armistice, en avoir exécuté
+les dispositions.
+
+«D'autres corps, se disant partisans, répondaient qu'ils ne pouvaient
+reconnaître l'armistice, donnant pour motifs, les uns qu'ils dépendaient
+de l'armée suédoise, les autres qu'ils étaient à la solde de
+l'Angleterre, et enfin d'autres corps indépendants et insurrectionnels.
+
+«Sa Majesté l'Empereur et Roi a donc cru nécessaire de prescrire l'ordre
+du jour dont je vous envoie copie. J'avais donné un ordre à peu près
+semblable dès le 16. Cependant, j'ai l'honneur de proposer à Votre
+Excellence d'échanger ceux des partisans qui sont actuellement en notre
+pouvoir ou qui seront arrêtés contre ceux de nos gens qui ont été faits
+prisonniers par vos troupes depuis le 4 juin.
+
+«Nous avons aussi à nous plaindre de la non-exécution de l'article 4 de
+l'armistice, qui porte, entre autres choses: que, depuis l'embouchure
+de la Katzbach, la ligne de démarcation suivra le cours de l'Oder
+jusqu'à la frontière de Saxe, longera la frontière de Saxe, etc.; dès
+lors Crossen s'y trouve compris. Cependant les Prussiens, contre toutes
+raisons, veulent occuper Crossen, quoique le droit soit de notre côté et
+que cela ne dût pas être discuté: j'en prends pour juge Votre Excellence
+elle-même.
+
+«Mais, voulant cependant éviter toute discussion, l'Empereur et Roi
+propose que ce pays soit considéré comme neutre, de manière qu'il ne
+soit occupé ni par l'armée combinée ni par les armées françaises et
+alliées.
+
+«Les troupes légères de Votre Excellence parcourent le pays jusqu'aux
+portes de Liegnitz. Je la prie de vouloir bien donner des ordres à cet
+égard.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«_Signé_: ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+ORDRE DU JOUR.
+
+«Dresde, le 24 juin 1813.
+
+«Les parlementaires qui se présenteront ne pourront dépasser nos lignes,
+c'est-à-dire qu'ils seront reçus aux avant-postes où ils remettront
+leurs dépêches. Ils seront maîtres d'attendre les réponses. Dans le cas
+où un parlementaire devrait être amené au quartier général, l'ordre en
+sera donné par le major général. En conséquence, sous aucun prétexte que
+ce soit, les parlementaires ne pourront pénétrer au delà de nos lignes,
+c'est-à-dire de nos avant-postes, sans un ordre formel.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«_Signé_: ALEXANDRE.
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 19 juillet 1813.
+
+«Mon cousin, je désirerais que Buntzlau, qui offre une position
+centrale, contint deux manutentions, chacune de huit à dix fours. Je
+désirerais que la ville pût être fortifiée, de manière qu'en quinze à
+vingt jours de travail deux bataillons pussent y protéger un hôpital,
+les deux manutentions et des magasins. Les deux grands moyens défensifs
+de ce genre sont les eaux et les bois. Vous devez avoir des bois près de
+Buntzlau. Vous avez des moyens de transport, puisque vous avez tous les
+chevaux de trait de votre corps d'armée. Vous avez des sapeurs, des
+pionniers. Les canonniers de la marine sont surtout propres à ces
+travaux. Quant aux eaux, il faut étudier si l'on peut remplir les fossés
+de la ville. Si on le peut, faites-y travailler vingt-quatre heures
+après la réception du présent ordre. Vous sentez de quel intérêt il
+serait de pouvoir placer à Buntzlau, sous la garde de deux bataillons et
+de vingt pièces de canon, un hôpital de deux mille malades ou
+convalescents, quelques millions de rations de biscuits, de farines et
+de riz, et beaucoup d'embarras d'artillerie.--Autant que je puis m'en
+souvenir, Buntzlau a des fossés et une muraille. Ce serait donc ces
+fossés qu'il s'agirait de bien établir, ces murailles et tourelles qu'il
+faudrait organiser pour l'artillerie, en les garnissant de gabions et de
+saucissons, les fossés qu'il faudrait remplir d'eau, et enfin quelques
+lunettes qu'il faudrait tracer et élever.--Il n'y a pas de moment à
+perdre; vous entendez la matière. Vous pouvez y mettre six mille
+ouvriers, en faisant fournir deux mille travailleurs par votre corps
+d'armée et en réunissant deux à trois mille paysans.
+
+«NAPOLÉON»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+22 juillet 1813
+
+«Sire, j'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
+m'écrire le 19 juillet pour me donner ses ordres relatifs à Buntzlau.
+Cette ville étant placée au bas d'un long amphithéâtre, les localités
+sont peu favorables à la fortification. Cependant il m'a paru, après
+avoir étudié son enceinte avec soin, qu'il était possible de remplir les
+intentions de Votre Majesté, et je viens d'arrêter les travaux à
+exécuter.
+
+«Ils commenceront demain et seront poussés avec une grande activité.
+J'aurai l'honneur d'adresser demain à Votre Majesté un plan de Buntzlau,
+avec un rapport détaillé sur les ordres que j'ai donnés.
+
+«L'artillerie et le génie du sixième corps fournissent quinze cents
+outils. Des réquisitions ont été faites au pays; mais, comme il est
+probable que je n'obtiendrai pas tout ce que j'ai demandé, il serait
+désirable que le grand parc du génie nous donnât un secours de deux
+mille outils.
+
+«Comme les travaux de la récolte vont rendre les bras extrêmement rares,
+il serait utile que les cercles de Lövenberg et de Goldsberg fournissent
+chacun mille ouvriers pour les travaux de Buntzlau.»
+
+ * * * * *
+
+«J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le plan de Buntzlau. Cette
+place a une double enceinte. L'enceinte intérieure, étant contiguë aux
+maisons, n'offrant ni espace, ni terre à porter pour les remblais, n'est
+pas susceptible d'être mise en état de recevoir du canon. Cependant
+c'est un dernier obstacle qu'on peut présenter à l'ennemi, et dont on
+peut tirer parti en arrangeant quelques tours pour y placer de
+l'infanterie. L'enceinte basse offre partout les moyens de faire un
+parapet et des batteries. Les tours de cette enceinte sont en général
+trop petites pour être armées de canon. Cependant, au moyen des
+dispositions ordonnées et dont je vais rendre compte, il y aura quatre
+pièces de canon placées en A au-dessus de la porte de Breslau; un pareil
+nombre au-dessus de la porte AV, même à Goirenberg (G), quatre également
+sur la porte de Dresde (O), deux en P, deux en U, une autre en T, enfin
+quatre, dont l'ouvrage projeté en Z.
+
+«Excepté en F, G, H, K, la place a partout une bonne contrescarpe,
+revêtue de plus ou moins d'élévation, mais habituellement de quinze à
+seize pieds. En avant de la porte G, il n'y a pas de fossé.
+
+«J'ai ordonné d'élever une contrescarpe en F et d'en construire une en
+G, de manière à élever assez les eaux pour qu'elles puissent se répandre
+jusqu'en D au moyen du batardeau qui sera placé en G. Ce batardeau sera
+couvert par la maison I, qui sera entourée d'un fossé et d'un parapet en
+terre. Le fossé H et K sera également rempli d'eau au moyen des remblais
+qui seront faits en K autour du lac, afin de pouvoir élever les eaux et
+les forcer d'inonder ce fossé K et les étendre dans le fossé R jusqu'au
+delà de U; là, élevant la contrescarpe qui environne les eaux en K de
+cinq pieds et creusant le fossé en R de quatre pieds, il y aura dans
+tout ce développement de la place un obstacle d'eau très-difficile à
+franchir.
+
+«La portion du fossé depuis S jusqu'en D n'est pas susceptible d'être
+inondée; mais là le fossé est très-profond, la contrescarpe très-élevée,
+et cette portion de fossé sera fraisée et palissadée avec beaucoup de
+soin, et sera d'ailleurs couverte par l'ouvrage projeté en Z, qui
+prendra aussi des revers sur la porte de Dresde, et, à cet effet, on va
+démolir toute la portion du faubourg en BB.
+
+«Il existe deux tours assez bien construites à chacune des deux portes:
+l'une, à la porte de Breslau A, et l'autre à la porte de Dresde O. Elles
+sont liées entre elles et liées également au mur d'enceinte intérieure.
+On va construire devant ces tours deux massifs en glacis, élevés de huit
+pieds, de manière à couvrir le pied de ces tours du feu de l'ennemi,
+faisant aboutir le chemin pour entrer dans la ville en suivant la
+contrescarpe, afin d'empêcher la porte d'être vue de l'extérieur. On va
+faire un plancher qui réunisse ces tours avec l'enceinte intérieure, et
+ce plancher sera placé à sept pieds, c'est-à-dire au-dessous du niveau
+du masque, et on établira sur ce plancher un parapet en gabion de douze
+pieds d'épaisseur, qui garantira des pièces de campagne. La place de
+Löyenberg sera arrangée d'une manière analogue, excepté que cette
+entrée, où sera le batardeau, sera supprimée. Enfin on formera en P et U
+et en X des parapets en terre qui donneront les moyens d'armer ces
+points avec de l'artillerie, et en général, comme la muraille d'enceinte
+extérieure est assez mauvaise, on relèvera les contrescarpes de manière
+à la masquer de la vue de la campagne, et les tours seront disposées à
+être occupées par de l'infanterie, dont l'action n'aura pour objet que
+la défense du fossé. Les seuls points qui doivent avoir action sur
+l'extérieur devant être ceux qui sont armés de canon et les tours de
+l'enceinte intérieure, qui seront disposées pour recevoir de
+l'infanterie.
+
+«Je pense qu'une fois ces travaux exécutés la ville de Buntzlau,
+défendue par mille hommes, non-seulement sera à l'abri d'un coup de
+main, mais exigera du gros canon et quelques travaux de siége, et je ne
+pense pas qu'il faille, pour que ces travaux soient terminés, plus que
+la durée de l'armistice.
+
+«Une partie de la manutention avait été placée dans le faubourg; elle va
+être transportée dans la ville et augmentée.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 24 juillet 1813.
+
+«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que toute l'armée
+tire à la cible de la manière suivante: chaque compagnie tirera deux
+coups à la cible, et les quatre meilleurs tireurs de chaque salve,
+c'est-à-dire huit par compagnie, auront une gratification de 2 francs;
+les huit meilleurs tireurs de chaque compagnie se réuniront pour tirer à
+la cible par bataillon, ce qui fera quarante-huit tireurs par bataillon:
+les huit meilleurs tireurs auront chacun un prix de 4 francs. Les huit
+meilleurs tireurs de chaque bataillon se réuniront pour tirer à la cible
+par division, ce qui, en supposant les divisions l'une dans l'autre à
+douze bataillons, fera quatre-vingt-seize tireurs par division: les huit
+meilleurs tireurs auront chacun un prix de 6 franc. Les huit tireurs qui
+auront eu le prix de chaque division seront réunis pour tirer à la
+cible, ce qui, à raison de trois divisions par corps d'armée, fera les
+vingt-quatre tireurs, et les huit meilleurs tireurs du corps d'armée
+auront chacun un prix de 12 francs.
+
+«Les 27-28 juillet, chaque compagnie tirera à la cible. Les 28-29, les
+huit meilleurs tireurs de chaque compagnie tireront à la cible du
+bataillon. Les 29-30, les huit meilleurs tireurs de chaque bataillon
+tireront à la cible de la division, et, le 1er août, les huit meilleurs
+tireurs de chaque division tireront à la cible du corps d'armée.
+
+«La dépense de cet exercice, qui aura lieu dans tous les corps d'armée,
+ne sera que de deux cartouches par homme; et, quant aux prix, la dépense
+peut être évaluée de la manière suivante:
+
+«1° _Prix de 2 francs, cible des compagnies._
+
+«Huit prix de 2 francs coûteront 16 francs par compagnie, ce qui fera
+pour un bataillon, à raison de six compagnies (16 x 6), 96 francs; pour
+une division, à raison de douze bataillons (96 x 12), 1,152 francs; et
+pour un corps d'armée, à raison de trois divisions, 3,456 francs.
+
+«2° _Prix de 4 francs, cible des bataillons._
+
+«Huit prix de 4 francs coûteront 32 francs par bataillon; ce qui fera
+pour une division, à raison de douze bataillons (32 x 12), 384 francs;
+et pour un corps d'armée, à raison de trois divisions (384 x 3), 1,152
+francs.
+
+«3° _Prix de 6 francs, cible des divisions._
+
+«Huit prix de 6 francs coûteront 48 francs par division: ce qui fera par
+corps d'armée, à raison de trois divisions (48 x 3), 144 francs.
+
+«4° _Prix de 12 francs, cible par corps d'armée._
+
+«Huit prix de 12 francs coûteront par corps d'armée 96 francs; ainsi la
+dépense des prix sera, par corps d'armée, en supposant les proportions
+indiquées ci-dessus:
+
+ «Pour la cible des compagnies. 3,456 francs.
+ «Pour la cible des bataillons. 1,152
+ «Pour la cible des divisions. 144
+ «Pour la cible du corps d'armée. 96
+ -----
+ «Total. 4,848 francs.
+
+«Les militaires qui obtiendront les prix du corps d'armée à 12 francs
+auront nécessairement obtenu celui de la division, celui du bataillon et
+celui de la compagnie, ce qui leur fera un prix total de 24 francs.
+
+«Donnez vos ordres, monsieur le maréchal, pour l'exécution de ces
+dispositions dans votre corps d'armée: prescrivez tout ce qui sera
+nécessaire pour faire de ces exercices autant de petites fêtes. La
+musique devra accompagner ceux qui auront remporté les prix. Le but de
+l'Empereur est: 1° d'apprendre aux troupes à tirer; 2° de répandre la
+gaieté dans les camps. Faites donc tout ce qui vous sera possible pour
+obtenir ces deux résultats.
+
+«Le prince, vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 10 août 1813.
+
+«Mon cousin, je vous prie de me faire connaître où en est l'armement de
+Buntzlau et la manutention. Je suppose que les magasins sont intacts. Il
+serait bien nécessaire d'y faire rentrer une vingtaine de milliers de
+foin et de paille.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 12 août 1813.
+
+«Mon cousin, l'Autriche nous a déclaré la guerre; l'armistice est
+dénoncé; les hostilités recommenceront le 17. Voici le pian d'opérations
+qu'il est possible que j'adopte, mais auquel je me déciderai
+définitivement avant minuit;--concentrer toute mon armée sur Görlitz et
+Bautzen, et dans le camp de Koenigstein et à Dresde.--Si des
+fortifications ont été faites à Liegnitz et à Buntzlau, les
+détruire.--Envoyer le duc de Reggio avec les douzième, quatrième et
+septième corps sur Merlin, dans le temps que le général Girard
+débouchera avec dix mille hommes par Magdebourg, et le prince d'Eckmühl
+avec quarante mille hommes par Hambourg.--Indépendamment de ces cent dix
+mille hommes qui marcheront sur Berlin, et de là sur Stettin, j'aurai
+sur la ligne, savoir: les deuxième, troisième, cinquième, sixième,
+onzième, quatorzième et premier corps de cavalerie; le deuxième, le
+quatrième, le cinquième et la garde: cela fera près de trois cent mille
+hommes.--Avec ces trois cent mille hommes, je prendrai une position
+entre Görlitz et Bautzen, de manière à ne pas pouvoir être coupé de
+l'Elbe, à me tenir maître du cours du fleuve et à m'approvisionner par
+Dresde, à voir ce que veulent faire les Autrichiens et les Russes, et à
+profiter des circonstances.--Je préférerais rester à Liegnitz, mais de
+Liegnitz à Dresde il y a quarante-huit lieues, c'est-à-dire huit
+marches, et en longeant toujours la Bohême, et il n'y en aurait que
+trente-six de Buntzlau et vingt-quatre de Görlitz. Si je prenais une
+position intermédiaire entre Görlitz et Bautzen, il n'y en aurait que
+dix-huit.--Ce pays se trouverait alors plein de troupes, et nous
+serions, pour ainsi dire, entassés: nous n'aurions pas de peine à vivre
+un mois. Pendant ce temps-là ma gauche entrerait à Berlin, éparpillerait
+tout ce qui se trouve là; et, si les Autrichiens et les Russes livraient
+bataille, nous les écraserions. Si nous perdions la bataille, nous
+serions plus près de l'Elbe; enfin nous serions plus en mesure de
+profiter de leurs sottises.--Je ne vois guère qu'on puisse hésiter sur
+Liegnitz. Il n'en est pas de même de Buntzlau. Je ne me dissimule pas
+que cette position a l'avantage de me tenir dans le cas d'empêcher
+l'ennemi de passer entre l'Oder et moi; au lieu qu'entre Bautzen et
+Görlitz, l'ennemi, passant par Buntzlau, peut se porter sur Görlitz.--Le
+quartier général de l'armée autrichienne se réunit à Hirschberg. Il
+paraît que les Autrichiens veulent opérer par Zittau.--Faites-moi
+connaître ce que vous pensez de tout cela. Je suppose que tout doit
+finir par une grande bataille, et je pense qu'il est plus avantageux de
+la livrer près de Bautzen, à deux ou trois marches de l'Elbe, jusqu'à
+cinq ou six marches; mes communications sont moins exposées; je pourrai
+me nourrir plus facilement, d'autant plus que, pendant ce temps, ma
+gauche occupera Berlin et balaiera tout le bas Elbe, opération qui n'est
+point hasardeuse, puisque mes troupes ont Magdebourg et Wittenherg, à
+tout événement, pour retraite. J'éprouve bien quelques regrets
+d'abandonner Liegnitz; mais, en l'occupant, il serait difficile de
+réunir toutes mes troupes; il faudrait les diviser en deux armées, et ce
+serait une fâcheuse position que celle qui nous ferait longer la Bohême
+sur un espace de trente lieues, d'où l'ennemi pourrait déboucher partout
+et se trouverait dans une position naturelle.--Il me semble que la
+campagne actuelle ne peut nous conduire à aucun bon résultat, sans qu'au
+préalable il y ait une grande bataille.--Il n'est pas besoin de dire
+que, tout en s'échelonnant, il sera indispensable de menacer de prendre
+l'offensive, en se contentant d'avoir sur l'ennemi le pays de neutralité
+et une ou deux lieues en avant.--L'Autriche ayant une armée contre la
+Bavière et une contre l'Italie, je ne suppose pas qu'elle puisse avoir
+contre moi plus de cent mille hommes sous les armes. Je suis plus loin
+de croire que les Prussiens et les Russes réunis puissent en avoir deux
+cent mille, en ne comptant pas ce qu'ils ont à Berlin et dans cette
+direction. Toutefois il me semble que, pour avoir une affaire décisive
+et brillante, il y a plus de chances favorables à se tenir dans une
+position plus resserrée et à voir venir l'ennemi. Je compte porter, le
+14, mon quartier général à Bautzen. Évacuez à force vos
+malades.--Envoyez un aide de camp au duc de Tarente afin d'être prévenu
+de ce que l'ennemi fait sur son extrême droite.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 13 août 1813, soir.
+
+«Mon cousin, voici le parti que j'ai pris. Si vous avez quelques
+observations à me faire, je vous prie de me les faire librement.--Le duc
+de Reggio, avec les septième, quatrième et douzième corps et le
+troisième corps de cavalerie, marchera sur Berlin dans le temps que le
+général Girard, avec douze mille hommes, débouchera par Magdebourg, et
+que le prince d'Eckmühl, avec vingt-cinq mille Français et quinze mille
+Danois, débouchera par Hambourg. Il est actuellement à trois lieues en
+avant de Hambourg, qui est devenu une place de première force; cent
+pièces de canon y sont sur les remparts, et les maisons qui gênaient la
+défense sont abattues, les fossés pleins d'eau. Le général Hoyendorp y
+commande une garnison de dix mille hommes.--J'ai donné ordre au duc de
+Reggio de se porter sur Berlin, en même temps que le prince d'Eckmühl
+culbutera ce qu'il a devant lui, si l'ennemi lui est inférieur, et du
+moins le poussera vivement quand il effectuera sa retraite. J'ai donc
+cent vingt mille hommes qui marchent dans différentes directions sur
+Berlin.--De ce côté-ci, Dresde est fortifié, et dans une position telle,
+qu'il peut se défendre huit jours, même les faubourgs. Je le fais
+couvrir par le quatorzième corps, que commande le maréchal Saint-Cyr; il
+a son quartier général à Pirna; il occupe les ponts de Koenigstein qui,
+protégés par la forteresse, sont dans une position inexpugnable. Ces
+ponts ont un beau débouché sur Bautzen. La même division, qui fournit
+des bataillons à Koenigstein, occupe Neustadt avec la cavalerie. Deux
+divisions campent dans une très-belle position à Gieshubel, à cheval sur
+les deux routes de Prague à Dresde. Le général Pajol, avec une division
+de cavalerie, est sur la route de Leipzig à Carlsbad, éclairant les
+débouchés jusqu'à Hof.--Le général Durosnel est dans Dresde, avec huit
+bataillons et cent pièces de canon sur les remparts et dans les
+redoutes.--Le premier corps du général Vandamme et le cinquième corps de
+cavalerie seront à Bautzen.--Je porte mon quartier général à
+Görlitz.--J'y serai le 16.--J'y réunirai les cinq divisions d'infanterie
+et les trois divisions de cavalerie, et l'artillerie de la garde ainsi
+que le deuxième corps y seront placés entre Görlitz et Zittau, et entre
+le deuxième corps et la Bohême sera l'avant-garde formée par le huitième
+corps (Polonais).--Vous êtes à Buntzlau;--le duc de Tarente à
+Löwenberg:--le général Lauriston à Gruneberg;--le prince de la Moskowa
+dans une position intermédiaire, entre Haynau et Liegnitz, avec le
+deuxième corps de cavalerie.--Cependant l'armée autrichienne, si elle
+prend l'offensive, ne peut la prendre que de trois manières: 1° en
+débouchant avec la grande armée, que j'estime forte de cent mille
+hommes, par Peterswald, sur Dresde. Elle rencontrera les fortes
+positions qu'occupe le maréchal Saint-Cyr, qui, poussé par des forces
+aussi considérables, se retirerait dans le camp retranché de Dresde. En
+un jour et demi le premier corps arriverait à Dresde, et dès lors
+soixante mille hommes se trouveraient dans le camp retranché à Dresde.
+J'aurais été prévenu, et en quatre jours de marche je pourrais m'y
+porter moi-même, de Görlitz, avec la garde et le deuxième
+corps.--D'ailleurs Dresde, comme je viens de le dire, abandonné à
+lui-même, quand même il ne serait pas secouru du maréchal Saint-Cyr, est
+dans le cas de se défendre huit jours.--Le deuxième débouché par où les
+Autrichiens pourraient prendre l'offensive, c'est celui de Zittau; ils y
+rencontreront le prince Poniatowski, la garde, qui se réunira sur
+Görlitz, et le deuxième corps; et, avant qu'ils puissent arriver,
+j'aurai réuni plus de cent cinquante mille hommes; en même temps qu'ils
+feront ce mouvement, les Russes pourraient se porter sur Liegnitz et
+Löwenberg: alors le sixième, le troisième, le onzième, le cinquième
+corps d'armée et le deuxième corps de cavalerie se réuniraient sur
+Buntzlau, ce qui ferait une armée de plus de cent trente mille hommes,
+et, en un jour et demi, j'y enverrais de Görlitz ce que je jugerais
+superflu à opposer aux Autrichiens.--Le troisième mouvement des
+Autrichiens serait de passer par Josephstadt, et de se réunir à l'armée
+russe et prussienne, de manière à déboucher tous ensemble. Alors toute
+l'armée se réunira sur Buntzlau.--Dans ce cas, il faut choisir la
+position de bataille à Buntzlau, en avant ou en arrière.--Je vous ai
+déjà mandé de vous occuper de ce travail important.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 13 août 1813.
+
+«Mon cousin, je désire connaître si, en avant ou en arrière de Buntzlau,
+il y aurait une belle position où un corps de deux cent mille hommes
+pût être placé favorablement pour arrêter un ennemi qui déboucherait en
+force des frontières de Bohême et Silésie, et où on pourrait lui livrer
+bataille. Faites-moi connaître aussi s'il existe une bonne route de
+Buntzlau à Hoyerswerda.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 13 août 1813.
+
+«Monsieur le maréchal, l'Empereur me charge de vous faire connaître que
+la position de l'armée est la suivante:
+
+«Le quartier général de Sa Majesté sera demain, 14, à Bautzen, et, le
+16, à Görlitz.
+
+«Le corps du prince Poniatowski va prendre des positions entre Zittau et
+Görlitz, où son corps d'armée pourra être réuni pour former
+l'avant-garde de l'armée, éclairer la marche de l'ennemi, la retarder et
+donner le temps à l'armée de se réunir à Görlitz. Il éclairera aussi la
+route de Löban.
+
+«Le quatrième corps, le septième corps et le douzième, avec le troisième
+corps de cavalerie, seront à Lukau.
+
+«Le général Dombrowski est en avant de Wittenberg, ayant sous ses ordres
+six bataillons, dont le 4e régiment polonais fait partie, et deux
+régiments de cavalerie.
+
+«Le général Girard est, avec dix mille hommes, en avant de Magdebourg.
+
+«Le prince d'Eckmühl est, avec le corps auxiliaire danois, à trois
+lieues en avant de Hambourg, sur la rive droite.
+
+«M. le maréchal Saint-Cyr a son quartier général à Pirna, avec son corps
+à cheval sur l'Elbe, ayant une division sur Hohenstein ou Neustadt, et
+trois divisions sur la position de Gieshubel, barrant les deux routes de
+la Bohême à Dresde, et ayant un corps d'observation sur la route de
+Leipzig à Carlsbad.
+
+«La ville de Dresde est à l'abri d'un coup de main. Elle a une garnison
+et cent pièces en batterie, et elle est en état d'attendre l'armée cinq
+ou six jours.
+
+«Le cinquième corps de cavalerie et le premier corps, commandé par le
+général Vandamme, arriveront le 18 à Bautzen.
+
+«Le quartier général, avec les cinq divisions de la garde, les trois
+divisions de cavalerie, son artillerie, et le deuxième corps, avec le
+premier corps de cavalerie, seront le 17 à Görlitz.
+
+«Le sixième corps est à Buntzlau; le cinquième à Goldsberg; le troisième
+à Liegnitz, et le onzième à Löwemberg. Ainsi, en trois jours, trois
+cent cinquante mille hommes peuvent être réunis sur Buntzlau ou sur
+Görlitz.
+
+«L'armée autrichienne ne peut déboucher sur la rive droite que par
+Zittau ou par Josephstadt. Si elle venait par Zittau, elle rencontrerait
+le corps du prince Poniatowski comme avant-garde. Si les Autrichiens
+débouchaient par Josephstadt, leurs mouvements se confondraient avec
+ceux des Russes et des Prussiens; et, dès lors, soit qu'ils se portent
+sur Löwemberg, soit qu'ils se portent sur Liegnitz, tous les corps
+pourront se réunir sur Buntzlau.
+
+«Ces renseignements, monsieur le maréchal, _sont pour vous seul_.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«Buntzlau, 15 août 1813.
+
+«Sire, j'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
+en date des 12 et 13, et je m'empresse d'y répondre. Conformément à vos
+ordres, je le ferai en toute liberté.
+
+«J'établis en principe, et je suis d'accord avec vous, qu'une grande
+bataille est indispensable au début de la campagne. Sans un premier
+succès, qui nous donnera de l'ascendant sur l'ennemi, nous n'aurons
+qu'une marche incertaine. Or elle doit être livrée sous vos auspices,
+sous votre commandement immédiat, quel que soit le côté par lequel se
+présente l'ennemi; et, pour qu'il en soit ainsi, l'armée, quoique
+très-nombreuse, doit être réunie le plus possible.
+
+«D'après cela, Sire, Votre Majesté comprendra que, dans mon opinion et
+dans aucun cas, nous ne devrions nous étendre jusqu'à Liegnitz. Vos
+réflexions sur les inconvénients d'une position où l'on prêterait le
+flanc à l'ennemi, et défilant continuellement près de la frontière de
+Bohême pendant huit marches, sont trop fondées pour qu'il puisse jamais
+être question de s'éloigner ainsi de l'Elbe. J'en dirai autant pour
+Buntzlau; Görlitz même ne devrait être occupé que par une avant-garde.
+Je voudrais que toute l'armée fût établie sur la Sprée et sur l'Elbe, et
+attendît que l'ennemi s'approchât assez pour qu'on pût l'accabler; et
+cette grande proximité des troupes entre elles vous donnerait le moyen
+d'être présent partout à la fois dans les moments importants, chose que
+je regarde comme la garantie de nos succès. Je comprends votre
+impatience de vous emparer de Berlin, et je la partage; cependant le
+moyen d'y arriver sûrement n'est pas, je pense, de se hâter à se mettre
+en marche dans cette direction. Le sort de la campagne n'est pas de ce
+côté, et le destin de Berlin doit être la conséquence de ce qui se
+passera ailleurs. Si vous persistez à prendre cette offensive tout
+d'abord, vous vous privez d'une partie de vos forces, tandis que la
+présence d'un seul corps d'armée en avant de Torgau et quelques
+mouvements de Magdebourg et de Hambourg suffiraient pour neutraliser
+l'armée prussienne qui couvre Berlin. Après une grande bataille gagnée
+sur l'Elbe ou sur la Sprée, vous pouvez sans danger faire tels
+mouvements excentriques que vous voudrez, et le succès de la marche sur
+Berlin sera incontestable.
+
+«Mais, si le temps d'attente auquel je vous propose de vous soumettre
+vous paraît trop pénible, alors j'aimerais mieux une offensive directe
+prise contre la Bohême. Les troupes qui sont en Silésie se réuniraient
+sur la Neisse pour couvrir le mouvement qui se ferait par Peterswald, se
+rapprocheraient de l'Elbe si l'ennemi marchait à elles pour les
+combattre, et finiraient par suivre le mouvement général, ou bien
+entreraient directement en Bohême par le débouché de Zittau. Une
+bataille gagnée en Bohême aurait d'immenses conséquences, vous donnerait
+de grands résultats et la possession d'un pays qui vous assurerait de
+grandes ressources et peut-être amènerait la séparation de l'Autriche;
+alors la Prusse serait à votre merci.
+
+«Je n'ai pas vu les travaux de Dresde; mais, d'après ce qui m'en a été
+dit, je crains que Votre Majesté ne se fasse illusion sur leur force
+réelle et leurs moyens de résistance absolue, et c'est un point capital
+dans vos combinaisons. Dans le choix de différents partis à prendre,
+j'aimerais mieux attendre l'approche de l'ennemi pour lui livrer
+bataille, et, après l'avoir écrasé, combiner une offensive suivant les
+circonstances; et remarquez bien que, suivant cette hypothèse, les
+mouvements de l'armée ennemie ne peuvent pas être combinés avec autant
+de précision que ceux de l'armée française, parce que celle-ci est
+placée au centre, dans un pays ouvert, tandis que les différentes
+parties de l'autre occupent un arc de cercle d'un grand développement,
+et sont séparées par des montagnes.
+
+«Enfin, je le répète, Sire, par la division de ses forces, par la
+création de trois armées distinctes et séparées par de grandes
+distances, Votre Majesté renonce encore aux avantages que sa présence
+sur le champ de bataille lui assure, et je crains bien que, le jour où
+elle aura remporté une victoire et cru gagner une bataille décisive,
+elle n'apprenne qu'elle en a perdu deux.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«16 août 1813, matin.
+
+«Sire, j'ai reçu cette nuit la lettre que Votre Majesté m'a fait
+l'honneur de m'écrire le 13 au soir. J'ai eu l'honneur de répondre hier
+matin à la lettre que Votre Majesté m'avait écrite le 12.
+
+«Puisque vous daignez, Sire, provoquer mes réflexions, j'oserai vous
+dire que je regrette que vous ayez renoncé à la première idée que vous
+aviez eue de vous concentrer en attendant les mouvements de l'ennemi
+pour profiter de ses fautes pour le combattre; mais j'ajoute bien vite,
+Sire, que, puisque Votre Majesté a arrêté son opération sur Berlin avant
+d'avoir battu les Russes et les Autrichiens, il était indispensable de
+prendre les dispositions que vous avez arrêtées pour protéger les corps
+d'armée qui s'y rendent: il me semble cependant que les troisième et
+cinquième corps sont un peu loin, surtout depuis qu'il paraît certain
+que les forces principales de l'ennemi se rapprochent de l'Elbe. Votre
+Majesté est sans doute bien mieux informée que je ne puis l'être des
+mouvements de l'ennemi: mais il ne me paraît pas douteux, d'après les
+nouvelles répandues dans le pays, que la plus grande partie de l'armée
+russe est entrée en Bohême pour se réunir aux Autrichiens et traverser
+en ce moment ce royaume. Le duc de Tarente me donne des nouvelles qui
+cadrent parfaitement avec celles que j'ai reçues des habitants. D'un
+autre coté, il paraît que le prince de la Moskowa croit avoir peu de
+monde devant lui, ce qui est d'accord, et Votre Majesté trouvera sans
+doute que le mouvement des alliés est assez dans le génie du système
+qu'ils ont adopté depuis cette guerre, et qu'ils ont exécuté la veille
+de la bataille de Lutzen, en marchant sur Pégau lorsqu'une partie de
+l'armée marchait sur Leipzig.
+
+«Enfin, Sire, je crains que, par la division que vous adoptez, le jour
+où vous aurez cru avoir gagné une bataille décisive, vous n'appreniez
+que vous en avez perdu deux.
+
+«Les travaux de Buntzlau peuvent être considérés comme finis. D'après
+les divers ordres de Votre Majesté, j'y fais mettre la dernière main.
+C'est un poste que j'aimerais mieux défendre que beaucoup de places qui
+passent pour des forteresses, et qu'un homme de coeur et de jugement
+doit défendre au moins dix jours; et, si, comme tout l'annonce, Votre
+Majesté veut en faire usage, il est urgent d'y envoyer dix-huit ou vingt
+bouches à feu; il n'en est pas encore arrivé une seule. Toutefois je
+fais tout préparer pour détruire en douze heures les fortifications de
+Buntzlau.
+
+«Depuis hier, tous mes malades sont évacués, et j'ai même fait évacuer
+des malades du cinquième corps qui m'avaient été laissés ici, je ne sais
+par quelle circonstance. J'ai de plus des transports préparés pour les
+malades que je pourrais avoir d'ici à quatre ou cinq jours. Ainsi Votre
+Majesté peut considérer le sixième corps comme parfaitement mobile.
+
+«J'ai passé toute la matinée à reconnaître de nouveau tout le pays pour
+remplir les intentions de Votre Majesté; mais je n'ai encore rien trouvé
+qui me satisfît. Je monte à cheval pour continuer mes recherches; si
+elles me donnent les résultats que je désire. Votre Majesté en sera
+informée cette nuit.
+
+«Je n'ai plus rien à ajouter, Sire que d'affirmer à Votre Majesté que le
+sixième corps est animé du meilleur esprit, et que j'ai l'espoir qu'elle
+en sera aussi contente quand elle le verra que lorsqu'il combattra pour
+elle. Quels que soient ses sentiments, ils sont peu de chose en
+comparaison du dévouement pour votre personne, de l'amour pour votre
+gloire, et du zèle pour votre service, qui animent le plus ancien de vos
+serviteurs.
+
+«LE MARÉCHAL DUC DE RAGUSE.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Löwenberg, le 18 août 1813, minuit.
+
+«L'ennemi n'a point renouvelé son attaque sur Lahn, ainsi que nous en
+étions menacés. Il a disparu au contraire ce matin, pour se réunir aux
+quarante mille hommes que l'on m'annonçait devoir déboucher sur la
+grande communication d'_Hirschberg_ à _Greiffenberg_. Cette armée a pris
+une direction plus à droite et est venue se développer derrière
+_Zobten_, et sur la route de Goldsberg à Löwenberg. Son avant-garde a
+forcé le passage de _Siebeneichen_ et a attaqué le cinquième corps sur
+tout son front, sur les deux rives du _Bober_. Le général Lauriston l'a
+repoussé par sa droite au delà de ce fleuve, tandis qu'il a rappelé sa
+gauche qui était tournée par _Ludwigsdorf_.
+
+«L'armée alliée n'est séparée de nous que par le Bober; les feux font
+voir un immense développement sur plusieurs lignes. De jour on avait
+estimé sa force de soixante à quatre-vingt mille hommes, elle doit être
+plus considérable; on en jugera mieux demain.
+
+«Les communications sont interceptées entre le prince de la Moskowa et
+moi, comme elles l'ont été toute cette journée, entre les cinquième et
+onzième corps.
+
+«Les circonstances actuelles ne permettant plus un aussi grand
+développement sur la gauche du Bober et du Kemnitz, le général Lauriston
+prendra demain position en arrière de Löwenberg, à cheval sur la route
+de _Lauban_, sa gauche appuyée au Bober, à la hauteur de Braunau; sa
+droite à la route de Greiffenberg; Löwenberg sera gardé comme
+avant-poste, couvert par un cordon, sur le Bober; on maintiendra cette
+position, la journée de demain, s'il est possible, pour avoir le temps
+de recevoir les ordres de l'Empereur pour la concentration des forces.
+
+«Le onzième corps évacuera Lahn cette nuit et gardera demain le débouché
+d'Hirschberg sur la gauche du Kemnitz, et ses positions de Liebenthal,
+Greiffenberg et Friedberg. La position suivante pour les deux corps sera
+la _Queiss_, Marklena et Lauban, et Greiffenberg.
+
+«C'est avec peine que je vous fais part qu'un parti de Cosaques a
+enlevé plusieurs de mes gens et mon portefeuille, qui renfermait ma
+correspondance et le chiffre de l'armée.
+
+«Le maréchal duc de Tarente,
+
+«MACDONALD.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Löwenberg, le 18 août 1813.
+
+«Je reçois votre lettre de ce matin, je n'ai point eu d'attaque hier,
+seulement l'ennemi est venu de _Lahn_ et _Mertzdorf_ reconnaître les
+positions; on lui a tué quelques hommes et pris cinq à six; il n'y a
+point eu de canon de tiré.
+
+«Je n'étais pas prévenu du mouvement du cinquième corps, qui vient
+d'arriver; le prince de la Moskowa et le général Lauriston me l'ont
+annoncé ce matin; je me suis dès lors déterminé à prendre de suite
+l'offensive avec le onzième corps pour rejeter l'ennemi de l'autre côté
+du Bober. Les Cosaques sont entrés hier à Greiffenberg; j'espère par mon
+opération couper tout ce qui s'est avancé sur cette ville et Liebenthal.
+
+«Une division du cinquième corps et sa cavalerie prend position à
+_Braunau_ et _Ludwigsdorf_ pour se lier avec le prince de la Moskowa, et
+couvrir les routes de Haynau et Buntzlau, les deux autres divisions en
+avant et en arrière de Löwenberg.
+
+«Lauriston, qui a été tâté hier soir, n'a pas été suivi ce matin. Le
+prince de la Moskowa me mande que le corps ennemi a filé sur Jauer;
+peut-être vient-il par Schonau et Hirschberg pour se rattacher à la
+Bohême.
+
+«Je ne crois pas avoir des forces considérables devant moi; mon attaque
+d'aujourd'hui m'éclaircira.
+
+«M. Murphy, qui vient d'être promu au grade d'adjudant-commandant, chef
+d'état-major de votre vingtième division, vous remettra cette lettre;
+c'est un bon officier, dont vous serez content, et que je vous
+recommande.
+
+«Le maréchal duc de Tarente,
+
+«MACDONALD.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Görlitz, le 20 août 1813, trois heures après midi.
+
+«Mon cousin, j'arrive à Görlitz. Il est deux heures, je serai à cinq
+heures du soir à Lauban. Mettez des postes de cavalerie entre Lauban et
+la position où vous êtes, afin d'avoir plusieurs fois de vos nouvelles
+dans la nuit.--La grande affaire, dans ce moment, c'est de se réunir et
+de marcher à l'ennemi.--Si vous quittez Buntzlau, laissez-y une bonne
+garnison.--Comme vous restez en correspondance avec le duc de Tarente,
+vous devez connaître la position qu'il occupe.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE GÉNÉRAL LAURISTON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Lauyenfurwerth, près de Löwenberg,
+
+le 20 août 1813, onze heures du soir.
+
+«Je suis chargé de vous faire connaître que Sa Majesté est arrivée ce
+soir à cinq heures à Lauban. Le mouvement que je devais faire en arrière
+est suspendu. Je resterai ici, si vous restez à Ottendorf. La lettre du
+prince de la Moskowa fait connaître que vous devez vous retirer; je
+suppose que, lorsqu'il aura connu l'arrivée de Sa Majesté à Lauban, sa
+détermination changera. Il est donc important que vous lui fassiez
+connaître promptement cette arrivée. Les forces de l'ennemi ont passé de
+ma droite à ma gauche, et, je le pense, sur le prince de la Moskowa.
+
+«Le comte DE LAURISTON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Lauban, le 21 août 1813, cinq heures
+
+du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, vous trouverez ci-joint l'ordre de la
+journée d'aujourd'hui: conformez-vous-y; donnez les ordres d'exécution
+et de détail avec la prudence et avec les modifications que peut exiger
+la position de l'ennemi.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+ORDRE POUR LE 21 AOÛT.
+
+«Lauban, le 21 août 1813, deux heures et demie du matin.
+
+«L'Empereur ordonne les dispositions suivantes:
+
+«Le duc de Tarente, avec le cinquième corps d'armée, ayant le onzième
+corps sur sa droite, sera prêt à déboucher aujourd'hui à midi pour
+passer le Bober et attaquer l'ennemi.
+
+«Le duc de Raguse sera en position le plus tôt possible, à une lieue et
+demie ou deux lieues de Löwenberg sur la gauche.
+
+«Le prince de la Moskowa débouchera aujourd'hui par, ou près Buntzlau,
+avant dix heures du matin, avec tout son corps réuni, culbutera tout ce
+qu'il a devant lui et se portera sur Alt-Gersdorf, en faisant poursuivre
+l'ennemi.
+
+«Le duc de Trévise partira à quatre heures du matin pour se porter sur
+Löwenberg.
+
+«Le général Latour-Maubourg partira à cinq heures du matin pour se
+porter sur Löwenberg.
+
+«Le général Ornano partira avec sa division de la garde à cheval, à six
+heures du matin, pour se porter sur Löwenberg; il se tiendra toujours
+sur la droite de la route.
+
+«Le général Walther partira à sept heures du matin pour Löwenberg.
+
+«La division de la vieille garde à pied partira à cinq heures du matin
+pour Löwenberg.
+
+«L'Empereur sera, de sa personne, à Löwenberg à neuf heures du matin.
+
+«Le prince, vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Löwenberg, le 22 août 1813, une heure et demie.
+
+«J'ai reçu vos deux lettres. Voici où nous en sommes:
+
+«Le duc de Tarente, avec les cinquième et onzième corps et la division
+de cavalerie du général Chastel, poursuit l'ennemi dans la direction de
+Goldsberg et Schonau.
+
+«Le prince de la Moskowa poursuit également l'ennemi sur Haynau.
+
+«Les renseignements que nous avons tirés des prisonniers et recueillis
+dans le pays portent à croire que l'armée ennemie, en Silésie, est
+composée de trois corps:
+
+«Celui du général Langeron, composé de cinq divisions, ce qui forme à
+peu près trente mille hommes;
+
+«Le corps de Sacken, composé de trois divisions, ou environ seize mille
+hommes;--enfin un corps prussien, commandé par les généraux Blücher et
+York, de vingt-cinq à trente mille hommes.
+
+«L'Empereur ne suppose donc pas que l'ennemi ait plus de quatre-vingt
+mille hommes en Silésie.
+
+«Le troisième corps, aux ordres du prince de la Moskowa, est fort
+d'environ trente-cinq mille hommes; le cinquième et le onzième, de
+cinquante mille. Avec la cavalerie, l'artillerie, etc., cela forme un
+corps de près de cent mille hommes, force qui paraît suffisante contre
+l'armée ennemie qui est en Silésie.
+
+«L'Empereur laisse donc reposer aujourd'hui sa garde et votre corps
+d'armée, pour pouvoir, s'il y a lieu, les porter sur un autre point.
+
+«L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez faire de suite assez de
+ponts sur le Bober pour pouvoir repasser promptement et sans aucun
+embarras cette rivière si l'Empereur voulait vous reporter sur une
+autre direction. Soyez donc prêt à vous mettre en marche sur telle
+direction qu'on pourrait vous donner. Si vous avez des renseignements de
+l'ennemi, faites-les-moi connaître.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Löwenberg, le 23 août 1813, quatre
+
+heures et demie du matin.
+
+L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous partiez ce matin pour vous
+rendre, avec votre corps, près de Lauban; vous devrez passer la rivière,
+afin de pouvoir, demain de bonne heure, partir pour Görlitz, s'il y a
+lieu. L'intention de Sa Majesté est que vous envoyiez un aide de camp à
+Görlitz, où sera ce soir le quartier général, pour faire connaître
+l'heure à laquelle vous arriverez.
+
+«Toute la garde part à quatre heures du matin, et se trouvera sur le
+chemin de Löwenberg à Lauban; la route sera donc encombrée. Sa Majesté
+juge qu'il est nécessaire que vous preniez une autre route. L'intention
+de l'Empereur est aussi que vous retiriez la garnison que vous auriez à
+Buntzlau.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Görlitz, le 24 août 1813, trois heures
+
+et demie du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, je vous envoie le duplicata de l'ordre que
+je vous ai adressé hier par M. de Sternberg, officier de votre
+état-major. Sa Majesté pense donc que vous êtes au delà de Lauban. Je
+vous avais dit de m'envoyer hier soir à Görlitz un autre de vos aides de
+camp pour prendre des ordres; cet officier n'a pas paru.
+
+«L'Empereur, monsieur le maréchal, vous ordonne de continuer votre
+mouvement, de la position que vous occupez, pour en prendre une ce soir
+entre Görlitz et Bautzen. Ayez bien soin de me faire connaître où vous
+coucherez. L'Empereur sera à Bautzen.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Görlitz, le 24 août 1813, dix heures du matin.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous faire
+connaître qu'il faut qu'aujourd'hui vous arriviez à Reichenbach; que,
+demain 25, vous dépassiez Bautzen et alliez à Bischofswerda, afin que,
+le 26, vous puissiez vous porter sur le point de l'Elbe où votre corps
+d'armée devra passer.
+
+«Le quartier général impérial sera cette nuit à Stolpen.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Stolpen, le 25 août 1813.
+
+«Monsieur le duc, je vous préviens que nous passons demain l'Elbe à
+Pirna; il est donc nécessaire que vous approchiez demain sur Stolpen
+pour prendre part à l'affaire et que vous puissiez vous placer de bonne
+heure dans la position que vous occuperez après-demain 27. Comme nous
+nous portons sur la ligne d'opération de l'ennemi, on doit s'attendre
+qu'il fera tous les efforts imaginables pour se dégager.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 27 août 1813, huit heures du soir.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur vous ordonne de réunir dans la
+nuit toutes vos divisions et toute votre artillerie, et de vous appuyer
+au prince de la Moskowa et au maréchal Saint-Cyr. L'ennemi n'est point
+en retraite, et il faut s'attendre à une grande bataille pour demain. À
+cinq heures du matin, l'Empereur sera à la redoute n° 4 sur la route de
+Plauen.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«Alexandre.»
+
+«_P. S._ L'intention de l'Empereur est que, pour la journée de demain,
+chaque commandant de corps ait un quartier général fixe; il laisserait,
+s'il le quittait, quelqu'un pour recevoir les ordres de Sa Majesté et
+dire où il est.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 28 août 1813, neuf heures du soir.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai reçu votre lettre de quatre
+heures et demie; je l'ai mise sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté
+n'a pour le moment aucune autre instruction à vous donner que de suivre
+le mouvement de l'ennemi et lui faire le plus de mal possible.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 29 août 1813, cinq heures et demie du matin.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai reçu votre rapport d'hier onze
+heures du soir, et je l'ai mis sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté
+ordonne que vous suiviez vivement l'ennemi sur Dippoldiswald et dans
+toutes les directions qu'il aurait prises.
+
+«Sa Majesté le roi de Naples se porte sur Frauenstein, afin de tomber
+sur les flancs et les derrières de l'ennemi, et le maréchal Saint-Cyr a
+l'ordre de suivre l'ennemi sur Maxen et sur toutes les directions qu'il
+aurait prises.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 30 août 1813.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous
+prévenir que le point difficile pour l'ennemi est _Zinnwald_, où
+l'opinion de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages
+ne pourront passer qu'avec une peine extrême; que c'est donc sur ce
+point qu'il faut se réunir et attaquer; que l'ennemi, tourné par le
+général Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera très-embarrassé,
+et sera probablement obligé de laisser la plus grande partie de son
+matériel.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 31 août 1813, deux heures du matin.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur m'ordonne de vous
+prévenir qu'il est de la plus grande urgence que vous vous rapprochiez
+de Dresde, avec votre corps d'armée, par la route directe, de manière à
+en être aujourd'hui le plus près possible. Le général Vandamme, avec son
+corps d'armée, a été cerné, enlevé au delà des montagnes, s'étant laissé
+surprendre dans des gorges, de sorte que de ce corps il n'est revenu que
+très-peu d'hommes, et l'ennemi s'est déjà montré entre Pirna et
+Peterswald; il est donc convenable, dans cet état de choses, que vous
+vous rapprochiez de Dresde; votre mouvement doit se faire avec beaucoup
+d'ordre et être autant que possible dissimulé à l'ennemi. Faites-moi
+connaître les positions qu'occuperont ce soir vos troupes.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 31 août 1813, cinq heures et demie du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, je vous ai écrit il y a deux heures, pour
+vous dire de vous rapprocher de Dresde; depuis ce moment l'Empereur a
+reçu des nouvelles du maréchal Saint-Cyr, qui est à Liebenau et à
+Laenstein, point sur lequel s'est ralliée une partie du premier corps;
+je vous envoie la copie de l'ordre que j'ai expédié au maréchal
+Saint-Cyr. Conformez-vous à ce qui vous regarde pour occuper les
+positions sur la droite de ce maréchal. Prévenez le duc de Bellune qu'il
+doit lui-même prendre position sur votre droite.
+
+«Le prince vice-connétable, major général.
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL SAINT-CYR.
+
+«Dresde, le 31 août 1813, cinq heures et demie du matin.
+
+«Monsieur le maréchal Saint-Cyr, j'ai mis votre lettre sous les yeux de
+l'Empereur. L'intention de Sa Majesté est que vous preniez la position
+la plus avantageuse pour couvrir la route de Peterswald à Dresde. Le
+maréchal duc de Trévise restera en position en avant de Pirna. _Le duc
+de Raguse occupera les positions sur votre droite_ et le duc de Bellune
+en occupera une sur la droite du duc de Raguse, jusqu'à ce que l'on ait
+vu la tournure que prendront les choses. Aussitôt que vous serez établi,
+il faudra faire tracer des redoutes pour assurer votre position. Envoyez
+tout ce qui vous arrive du premier corps sur Pirna, pour y être
+réorganisé. Vous regarderez comme non avenue la lettre que je vous ai
+écrite il y a deux heures.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 1er septembre 1813.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'intention de l'Empereur n'est pas
+de pénétrer en Bohême: cette opération n'est pas encore dans la ligne de
+sa position militaire. L'intention de Sa Majesté est que le maréchal
+Saint-Cyr et le duc de Bellune soient en première ligne pour observer
+les frontières; l'un ayant son quartier général à Pirna, l'autre l'ayant
+à Freyberg: que vous, monsieur le duc, le maréchal duc de Trévise et le
+corps du général Latour-Maubourg, soyez groupés autour de Dresde, pour
+former une réserve, disposée de manière à pouvoir marcher partout où les
+circonstances l'exigeraient. En conséquence des dispositions générales
+ci-dessus, _l'Empereur ordonne que vous vous portiez avec votre corps
+d'armée sur Dippoldiswald, laissant des colonnes en arrière pour masquer
+votre mouvement: il sera nécessaire que vous vous concertiez avec le
+maréchal Gouvion Saint-Cyr et avec le duc de Bellune, auxquels j'ai
+prescrit les dispositions suivantes:_
+
+«Au maréchal Saint-Cyr: de placer son quartier général à Pirna et de
+prendre position, la gauche à l'Elbe, couvrant les deux routes de
+Peterswald et de Dohna et observant le défilé d'Altenbourg;
+
+«Au duc de Bellune: de placer successivement son quartier général dans
+la direction de Freyberg, en échelonnant son corps de manière à pouvoir
+se porter sur Dresde ou sur des colonnes ennemies qui déboucheraient par
+Marienberg, Sayda, ou tout autre point de cette ligne. Faites-moi
+connaître quand vous occuperez la position définitive qui vous est
+assignée.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«2 septembre 1813.
+
+«Sire, je reçois la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
+m'écrire. Je n'exécute pas l'ordre qu'elle contient, parce que les
+circonstances sont de nature à en rendre l'exécution impossible, et que,
+faute apparemment de m'être bien expliqué, Votre Majesté ignore le
+véritable état des choses.
+
+«D'abord, hier soir, les ordres de Votre Majesté m'ont trouvé près de
+Falkenheim. La plus grande partie de mon artillerie et de mes munitions
+est déjà à Dippoldiswald, et toute la journée ne suffirait pas pour la
+faire revenir devant l'ennemi.
+
+«Ensuite, comme j'avais eu l'ordre précédemment de prendre position à la
+droite du maréchal Saint-Cyr, pour défendre les débouchés de la Bohême,
+la première opération que j'ai faite dans cet objet, pour soutenir la
+position que j'avais prise à Altenbourg, a été de faire des abatis sur
+toutes les communications directes, pendant l'espace de plusieurs
+centaines de toises. Toute la journée ne suffirait pas pour les
+détruire, et cependant la chose est indispensable pour pouvoir
+déboucher.
+
+«Quant à l'ennemi, Sire, il n'a pas immédiatement l'attitude offensive,
+et il n'y a pas eu ... de la grande chaîne une quantité assez
+considérable de troupes pour espérer quelques résultats en cherchant à
+les combattre.
+
+«Je vais récapituler rapidement ce qui s'est passé depuis cinq jours,
+afin que Votre Majesté puisse juger elle même la situation de l'ennemi.
+
+«Je l'ai poussé dans sa retraite de toutes mes forces et je l'ai
+combattu près de Dippoldiswald, à Falkenheim et à Altenbourg. Il a été
+culbuté partout et nous lui avons pris ou forcé à détruire environ
+quatre cents voitures, la plus grande partie d'artillerie. Le jour du
+combat de Zinnwald, j'ai porté une avant-garde à une lieue en avant,
+c'est-à-dire à deux lieues de Toeplitz. De Zinnwald on voit Toeplitz et
+le plus épouvantable défilé que j'aie jamais vu. Le soir de ce combat
+j'ai appris l'événement arrivé au général Vandamme, et, cet événement
+changeant tout à fait ma position, j'ai dû m'arrêter, et j'ai passé le
+jour suivant sur le plateau de Zinnwald, ayant toujours mon avant-garde
+dans la même position. Cette avant-garde fut attaquée avant-hier par
+l'ennemi; elle le battit, lui tua beaucoup de monde et conserva sa
+position. L'ennemi revenant à son entreprise, il était facile de voir, à
+l'immense quantité de feux qui se voyaient dans la plaine de Toeplitz,
+qu'il y avait une grande armée au débouché. Par d'autres rapports je
+suis aussi informé que des retranchements et une nombreuse artillerie
+ferment ce passage.
+
+«Ayant en l'ordre de m'appuyer sur le maréchal Saint-Cyr, je me suis
+replié hier de Zinnwald sur Altenbourg où j'ai pris position.
+
+«Toute la journée d'hier a été employée à faire des abatis et à établir
+un bon système défensif. Ayant reçu l'ordre de mouvement sur
+Dippoldiswald, je me suis mis en mesure de l'exécuter, et mon artillerie
+est partie hier au soir. Sa marche a été pressée ce matin par la lettre
+que Votre Majesté m'a écrite hier à cinq heures du soir, par laquelle
+elle m'ordonne de me mettre en mesure de passer le pont de Dresde le 3,
+de manière que mon corps d'armée se trouve de Falkenheim à
+Dippoldiswald, cinq heures après le départ des dernières troupes de
+Zinnwald.
+
+«L'ennemi a présenté d'abord quelque monde, ensuite environ quatre mille
+hommes, sans canons ni cavalerie. Ces troupes, je les ai vues, elles
+étaient près de moi, parce qu'un défilé, des bois et des marais nous
+séparaient; mes postes ne pouvant pas être placés plus avant, parce
+qu'ils auraient été bientôt enlevés. Des paysans m'ont rendu compte
+(mais je ne les ai pas vus) que six mille hommes, Russes et Prussiens et
+du canon, étaient arrivés sur les hauteurs de Furstenau. Enfin les seuls
+indices que j'aie sur les changements de projets de l'ennemi sont que
+l'armée, qui était en pleine retraite sur Thiresmstadt, est revenue sur
+Toeplitz et s'est placée au pied de la montagne, et enfin que les
+paysans qui arrivent de Toeplitz, où ils avaient accompagné les Russes,
+pour leur servir de guides, disent que l'ennemi veut retourner devant
+Dresde. Et je conclus de tout cela, Sire, que, si le projet existe, le
+moment de l'exécution n'est pas encore arrivé.
+
+«Mes dernières troupes ont quitté Altenbourg à sept heures du matin.
+L'ennemi ne montre aucune intention de nous suivre. On n'a vu que deux
+escadrons.
+
+«D'après tous ces motifs, Sire, et l'impossibilité où je suis d'exécuter
+vos ordres aujourd'hui, je continue mon mouvement sur Dippoldiswald.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 2 septembre 1813.
+
+«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre. J'envoie mon aide de camp, le
+général Flahaut, pour connaître l'état des choses de votre côté.--Votre
+correspondance est trop laconique. Faites attaquer aujourd'hui
+l'avant-garde ennemie, et sachez ce que vous avez devant vous et quels
+sont définitivement les projets de l'ennemi. S'il a moins de trente
+mille hommes, vous le culbuterez au delà des montagnes.--J'attends
+l'issue de cette journée pour faire des opérations de l'autre coté; tout
+cela est donc très-urgent.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 3 septembre 1813, quatre heures et demie du matin.
+
+«L'Empereur, monsieur le duc de Raguse, me prescrit d'envoyer un
+officier auprès de vous pour vous faire connaître que son intention est
+que vous séjourniez aujourd'hui, 3 septembre, à Dippoldiswald, afin d'y
+réunir votre corps, puisqu'il paraît que vous avez beaucoup de
+traineurs. Si l'ennemi envoie à vous, Sa Majesté vous ordonne de former
+une forte avant-garde pour le repousser et le culbuter.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 3 septembre 1813.
+
+«L'Empereur, monsieur le maréchal duc de Raguse, me charge de vous
+écrire que, s'il n'y a pas d'inconvénient, il serait convenable que vous
+vous approchassiez aujourd'hui de Dresde, afin de passer les ponts
+pendant la nuit; que nous aurons une bataille à Bautzen demain au soir,
+ou au plus tard le 5 au matin; que le corps du duc de Tarente est tout à
+fait en désarroi.
+
+«Donnez-moi de vos nouvelles.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 3 septembre 1813, onze heures.
+
+«Mon cousin, le major général vous a fait connaître qu'il faut vous
+approcher de Dresde et coucher sur la rive droite, afin de partir demain
+à la pointe du jour.--Nous aurons probablement bataille demain en avant
+de Bautzen, ou au plus tard le 5.--Dans l'un et l'autre cas, il faut que
+vous y soyez comme réserve pour prendre part à l'affaire.--Prévenez le
+duc de Bellune, qui est à Freyberg, et le maréchal Saint-Cyr, que vous
+disparaissez de dessus la ligne.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Au bivac, à une lieue de Reichenbach, le 5 septembre 1813, midi.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous ne
+dépassiez pas la ville de Bautzen et que vous preniez position de
+l'autre côté, où vous attendrez des ordres.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Bautzen, le 6 septembre 1813, neuf heures du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous portiez,
+aujourd'hui 6, votre quartier général à Hoyerswerda. Vous échelonnerez
+votre corps entre Bautzen et Hoyerswerda. Vous prendrez sous vos ordres
+la brigade de cavalerie légère du général de Piré.
+
+«Le cinquième corps de cavalerie, commandé par le général Lhéritier, qui
+est à Grossenhayn, et qui est fort d'environ deux mille cinq cents
+chevaux, se joindra à vous et sera également sous vos ordres, ce qui
+vous fera quatre mille chevaux.
+
+«Le général Normann a deux bataillons de votre corps et six cents
+chevaux qui se sont reposés à Hoyerswerda; donnez lui l'ordre de pousser
+sur-le-champ à une marche sur le chemin de Lukau, afin d'éclairer ce qui
+se trouve à Sonnewald et à Kalau.
+
+«L'intention de l'Empereur, monsieur le duc, est que vous manoeuvriez
+pour battre et détruire un corps de sept à huit mille hommes
+d'infanterie prussienne qu'on dit se trouver à Sonnewald. Il est
+nécessaire que vous mainteniez toujours vos communications avec Bautzen
+pour recevoir des nouvelles, puisque toutes les opérations sont
+subordonnées à ce que l'ennemi ferait sur Dresde.
+
+«Votre ligne d'opérations doit être d'Hoyerswerda sur Dresde.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LIVRE DIX-HUITIÈME
+
+1813
+
+SOMMAIRE.--Opérations sur la route de Berlin.--Combat de Grossbeeren (23
+août).--Retrait d'Oudinot sur Wittenberg.--Le maréchal Ney remplace le
+maréchal Oudinot.--Opérations en Silésie sous les ordres du duc de
+Tarente.--Combat de la Katzbach.--Belle défense de la division
+Puthod.--L'Empereur se porte au secours de l'armée de Silésie.--Retour
+de l'Empereur à Dresde.--Revers du maréchal Ney en Prusse.--Retraite de
+l'armée de Silésie sur Dresde.--Entretien du duc de Raguse avec
+l'Empereur.--Opération des diverses armées pendant le mois de
+septembre.--Manoeuvres du sixième corps pour couvrir Leipzig.--L'ennemi
+prend l'offensive (2 octobre).--Napoléon forcé de déplacer le théâtre de
+la guerre.--Conversation de l'Empereur avec Marmont.--Manoeuvres autour
+de Leipzig.--Erreur de Napoléon.--Mouvement rétrograde du sixième
+corps.--Bataille de Leipzig.--Journée du 17 octobre.--Marmont
+blessé.--Pertes du sixième corps.--Journée du 18 octobre.--Défection de
+la cavalerie wurtembergeoise et de l'armée saxonne.--Le sixième corps
+chargé de défendre Leipzig.--Évacuation de la ville.--Destruction
+prématurée du pont sur l'Elster.--Retraite sur Weissenfels. Les
+fricotteurs.--Combat de Hanau, 30 octobre.--Entrée à Mayence, 2 novembre
+1813.
+
+Il faut maintenant rendre un compte succinct de ce qui s'était passé en
+Silésie et dans la direction de Berlin. On se rappelle la passion qui
+animait l'Empereur contre la Prusse, et son désir de se venger d'elle
+sans retard. Il avait donné l'ordre au duc de Reggio, dont l'armée était
+composée des quatrième, septième et douzième corps, et du troisième de
+cavalerie, de marcher sur Berlin, aussitôt après l'ouverture de la
+campagne. Mais cette tâche était au-dessus de la portée du chef qu'il
+avait choisi. Oudinot, homme excellent et brave soldat, était peu propre
+au commandement en chef d'une armée nombreuse. Il ne possédait pas la
+force d'esprit nécessaire pour conduire une opération combinée, dont la
+durée doit embrasser plusieurs jours.
+
+À l'expiration de l'armistice, Oudinot réunit son armée à Dahme, et
+s'avança sur Baruth. Le 19, il prit position entre Baruth et
+Lackenwald, et y séjourna le 20. Toutes les troupes alliées en présence
+étaient éparpillées et cantonnées jusqu'à Berlin et Postdam. Une seule
+brigade de quatre bataillons, commandée par le général de Thümeu, les
+couvrait contre l'armée française. Le 21, Oudinot continua son
+mouvement; le quatrième corps opérant à droite, se dirigeant sur
+Sperenberg et Saalow; le septième, au centre, par le bois de
+Kummersdorf, sur Ludersdorf et Gatzdorf, vers Christinendorf, et le
+douzième, à gauche, par Goltow, à Scharfenbrück sur Trebbin.
+
+Les Prussiens se retirèrent sur le défilé de Thyrow, après un double
+combat qui mit le septième corps en possession du village de Nunsdorf,
+et le quatrième de celui de Mellen. Dans la nuit du 21 au 22, l'armée
+française était placée de la manière suivante: le quatrième corps à
+Dergiscow; le septième, à Nunsdorf et Christinendorf, et le douzième, à
+Trebbin.
+
+En avant de cette position, les marais à traverser offrent trois
+passages: 1° celui de Juhnsdorf; 2° celui de Wittstock; 3° celui de
+Thyrow.
+
+Le 22, le septième corps attaqua Wittstock, et s'en empara. Le quatrième
+s'approcha de Juhnsdorf et l'occupa après la retraite de l'ennemi. Le
+douzième corps resta en réserve. Le 23, le quatrième corps débouche et
+marche sur Blankenfeld; mais, après une faible attaque, il se replie sur
+Juhnsdorf. Au même moment, et pendant que le quatrième corps se replie,
+le septième se porte en avant, débouche des bois, et occupe
+Grossheeren. Les Prussiens, concentrés en arrière de ce village, et en
+échelons jusqu'à Heimersdorf, n'hésitèrent pas à profiler de l'occasion
+que leur offrait le mouvement isolé, et en pointe, de ce corps. Ils
+étaient devenus libres de leur mouvement sur leur gauche par la retraite
+du quatrième corps, et sur leur droite par le retard de l'arrivée du
+douzième. En conséquence, ils accablèrent le septième corps, qui avait
+été jeté ainsi, seul et imprudemment, loin de ses appuis. Ils le
+forcèrent à une retraite précipitée. Heureusement la tête du douzième
+corps arriva enfin au secours du septième. Elle le protégea dans sa
+retraite et contribua à le sauver d'un imminent péril. Le soir, toute
+l'armée française se trouva ainsi reportée en arrière des défilés, et
+couverte par les marais qu'elle avait franchis pour attaquer.
+
+Dès ce moment, le duc de Reggio mit son armée en retraite, se
+rapprochant de l'Elbe par des mouvements successifs. Il vint prendre
+position à peu de distance, en avant de Wittenberg, où il arriva le 4
+septembre. Le combat de Grossbeeren n'avait coûté à l'armée française
+qu'une perte de treize pièces de canon, et quinze cents prisonniers
+saxons, c'est-à-dire peu de chose pour une armée de plus de quatre-vingt
+mille hommes. C'était s'avouer, à bon marché, incapable de tenir la
+campagne.
+
+L'armée ennemie, composée en très-grande majorité de Prussiens, était
+commandée par les généraux Bulow, Fauentzien, Woronzoff et Czernicheff,
+sous les ordres du prince royal de Suède. Sa force pouvait s'élever à
+cent mille hommes. Elle était remplie de cet enthousiasme national qui,
+pendant cette guerre, caractérisa d'une manière particulière les
+troupes prussiennes. L'armée française était inférieure de dix mille
+hommes. Composée en partie de Saxons et d'Italiens, elle était loin de
+posséder le même esprit. Cependant, si, au début de la campagne, Oudinot
+eût agi avec plus de vigueur et de célérité, il eût surpris l'ennemi
+dispersé pour vivre. Il aurait pu le battre en détail et arriver à
+Berlin; mais l'incertitude et l'incorrection des mouvements présidèrent
+aux premières opérations.
+
+Napoléon, mécontent d'un semblable résultat, confia cette armée à un
+autre chef, qui eut l'ordre d'attaquer l'ennemi sans retard. Le maréchal
+Ney, chargé de remplacer le maréchal Oudinot, exécuta cet ordre de
+marcher en avant; mais il le fit d'une manière inconsidérée. Un homme
+raisonnable ne peut trouver l'explication satisfaisante des mouvements
+qu'il ordonna. Oudinot avait péché par un peu de timidité et
+d'incertitude; mais au moins il avait agi avec calcul et prudence; son
+armée était encore intacte quand il la quitta. En peu de jours, il en
+fut tout autrement sous son nouveau chef.
+
+Pendant ces événements, la grande armée ennemie, battue devant Dresde,
+s'était retirée en Bohême, après avoir échappé, par le succès inopiné de
+Culm, à une destruction qui semblait devoir être certaine; mais, en même
+temps, l'armée de Silésie, dont il me reste à parler, éprouvait un de
+ces grands revers dont la série ne devait plus être interrompue pendant
+le reste de la campagne.
+
+Napoléon, en quittant la Silésie, et en partant le 24 pour Dresde, avait
+laissé le commandement de l'armée française au maréchal duc de Tarente.
+Cette armée, diminuée du sixième corps que Napoléon emmenait avec lui,
+restait composée des troisième, cinquième et onzième corps d'armée, et
+du deuxième corps de cavalerie. Elle s'élevait à quatre-vingt mille
+hommes environ. Réunis autour de Goldsberg, les troisième et cinquième
+corps étaient en avant de cette ville; le onzième, et la cavalerie du
+général Sébastiani, en arrière.
+
+Le général Blücher se décida à reprendre sur-le-champ l'offensive, et,
+dès le 25, il mit ses colonnes en mouvement. Le corps de Langeron fut
+dirigé sur Goldsberg pour observer l'armée française; celui de York
+resta à Jauer, et celui du général Sacken marcha sur Malitsch, dans la
+direction de Liegnitz. De son côté, le duc de Tarente, résolu d'attaquer
+l'ennemi qu'il supposait toujours réuni à Jauer, mit en marche ses corps
+d'armée de la manière suivante: le cinquième corps eut l'ordre de se
+porter en avant par Hennersdorf, à l'exception de la division Puthod,
+qui reçut celui de marcher sur Schönau, et de là sur Jauer. Le troisième
+corps dut passer la Katzbach, près de Liegnitz, et suivre la grande
+route par Neudorf et Malitsch. Le onzième corps eut pour instruction de
+passer au gué de Schmogwitz et de remonter la rive droite de la
+Wüthende-Neisse par Brechelshof. Enfin la cavalerie de Sébastiani reçut
+l'ordre de passer par Kroitsch et Nieder-Crayn, en suivant la rive
+gauche de la Wüthende-Neisse.
+
+Tous ces mouvements eurent lieu le 26. Or, ce jour-là même, l'armée de
+Blücher continuait son mouvement offensif. Sacken et York devaient
+passer la Katzbach au-dessus de Liegnitz, et attaquer ainsi la gauche de
+l'armée française en la tournant. Une pluie épouvantable, qui tombait
+depuis plusieurs jours, avait grossi les rivières et les ruisseaux, et
+en avait fait déborder plusieurs. Enfin le temps était obscur et les
+mouvements incertains. Le onzième corps, après avoir passé la Katzbach,
+se trouva inopinément en face des corps de Sacken, marchant dans la
+direction de Eichholtz, et de York, occupant les hauteurs de
+Bellwitzhof. Le corps de Langeron était attaqué, de son côté, par le
+cinquième corps, qui débouchait de Goldsberg. En ce moment, le troisième
+corps, ayant reçu ses ordres de mouvement trop tard, se trouvait en
+arrière. Voulant réparer le temps perdu, il se dirigea sur le gué de
+Kroitsch pour y passer la rivière; mais sa marche se trouva contrariée
+par le mouvement de la cavalerie, dont la direction croisait la sienne,
+et il y eut un grand encombrement et une grande lenteur dans le
+mouvement, causé par cette rencontre au village de Kroitsch. La gauche
+du onzième corps, se trouvant ainsi sans appui, l'ennemi se hâta de la
+tourner par une nombreuse cavalerie. Elle fut ainsi vivement pressée,
+tandis que la division Horn, la division du prince de Mecklembourg du
+corps de York, et la division de Hunneberg, en face de Schlaupe,
+observaient l'autre rive de la Wüthende-Neisse. La gauche du onzième
+corps ne put être que faiblement soutenue par la cavalerie, qui, d'abord
+arrêtée, ainsi que je l'ai dit, par la rencontre du troisième corps, et
+ensuite par le défilé de Nieder-Crayn, où tout se trouvait pêle-mêle,
+arrivait seulement par détachement et ne pouvait agir que par des
+efforts partiels et impuissants. À la nuit, le onzième corps fut obligé
+de céder à la fois de tous les côtés. Une seule division du troisième
+corps avait pu entrer en ligne. Il se trouva ainsi que le duc de Tarente
+n'avait opposé que trente-deux mille combattants à l'ennemi, qui lui en
+avait présenté plus de cinquante mille. Une division du troisième corps,
+débouchant par Nieder-Crayn, voulut arrêter la poursuite; mais elle fut
+culbutée par les Prussiens, qui s'emparèrent du défilé, prirent le parc
+d'artillerie du onzième corps et tous ses bagages.
+
+Le duc de Tarente, n'ayant d'autre retraite que sur la Katzbach, et le
+gué de Schmogwitz, fit rétrograder les deux divisions du troisième corps
+qui n'avaient pu entrer en ligne. Elles passèrent ce gué et gravirent
+les hauteurs au pied desquelles coule la Katzbach, pendant que le
+onzième corps, acculé à la rivière, soutenait un combat inégal.
+
+Pendant la nuit, tout le reste de l'armée repassa la Katzbach. La gauche
+se rallia à Liegnitz et se retira sur Buntzlau. Le cinquième corps,
+attaqué le 27 devant Goldsberg par le corps de Langeron, fut forcé à la
+retraite. Dépourvu de cavalerie pour protéger son mouvement, il perdit
+dix-huit pièces de canon. Il arriva le soir à la hauteur de Löwenberg.
+Le 28, il repassa le Bober à Buntzlau avec les troisième et onzième
+corps. Les pluies avaient tellement enflé cette rivière, que ce point
+était le seul où il fût possible de la franchir.
+
+Dans les dispositions offensives faites par le duc de Tarente, la
+division Puthod, du cinquième corps, avait été dirigée, comme nous
+l'avons vu, sur Schönau, d'où elle devait marcher sur Jauer pour se
+réunir à l'armée. Elle se trouvait à Molkau pendant la bataille de la
+Katzbach. Quelque diligence qu'elle fit, elle ne put arriver à temps
+pour se réunir à son corps d'armée à Goldsberg, et, celui-ci forcé à la
+retraite, elle se trouva abandonnée. Le général Puthod se retira sur
+Hirschberg; mais, le pont étant rompu, et le Bober trop fort pour qu'on
+pût le rétablir, il descendit la rivière et arriva à Löwenberg le 29. Il
+y fit des efforts inutiles pour rétablir le pont. Suivi par le corps de
+Langeron, et ne pouvant se rendre à Buntzlau, où il avait été prévenu
+par le général Radrewicz et la cavalerie du général Koeff, le général
+Puthod se trouva enveloppé de toutes parts. Il prit la résolution
+généreuse de combattre jusqu'à extinction. Il s'établit sur les hauteurs
+de Plagwitz, en avant de Löwenberg, et attendit l'ennemi de pied ferme.
+Attaqué par deux divisions d'infanterie et une de cavalerie, il
+succomba, après avoir fait une défense opiniâtre. Cette courte campagne
+de cinq jours coûta à l'armée française dix mille hommes tués ou blessés
+et quinze mille prisonniers.
+
+Il est difficile de concevoir une opération plus mal conçue et plus mal
+conduite. La division des forces et leur éparpillement eurent lieu sans
+motif raisonnable. La marche en avant fut exécutée sans prudence et
+sans connaître les dispositions de l'ennemi. Cette offensive, prise sur
+un si grand front, et particulièrement à gauche, au lieu de l'appuyer à
+la droite, par où était la communication la plus courte et la plus
+directe avec Dresde, seul point de retraite de l'armée, est une de ces
+fautes qui paraissent incontestables. Le retard apporté dans les ordres
+donnés au troisième corps, et le croisement des colonnes, résultat d'une
+fausse direction, expliquent suffisamment la catastrophe.
+
+Ce revers, avec l'événement funeste de Culm, décidèrent du sort de la
+campagne. Le maréchal Macdonald, homme de courage, dont le caractère
+droit et honorable mérite l'estime et l'affection de tous ceux qui le
+connaissent, n'aurait jamais dû être chargé d'un semblable commandement;
+sa capacité, fort médiocre, le rend peu propre à un grand commandement.
+Le temps s'écoule avec lui en vaines paroles. Il a cette activité
+malheureuse de certains hommes qui se laissent absorber dans les
+circonstances les plus importantes par les détails les plus minutieux. À
+l'armée, il écrit lui-même les lettres relatives au service. Cette seule
+circonstance le fait connaître. Aussi aucune disposition ne fut-elle
+prise à temps et à propos. La confusion régna partout, et l'armée,
+diminuée d'un tiers, perdit en outre la confiance qui, jusque-là,
+l'avait animée.
+
+D'un autre côté, il est étrange que, dans son offensive, Blücher ne se
+soit pas appuyé aux montagnes de Bohême, et n'ait pas agi
+particulièrement par sa gauche. S'il eût manoeuvré de manière à arriver,
+après un succès, avant l'armée française à Löwenberg, il était maître de
+la communication la plus courte avec Dresde, et il pouvait rendre sa
+retraite plus difficile et plus périlleuse.
+
+L'Empereur partit de Dresde, le 3 septembre, avec sa garde et mon corps
+d'armée. S'il eût employé les quatre jours qui venaient de s'écouler à
+compléter ses succès dans la poursuite de la grande armée, il eût été le
+maître des événements. Il eût pu réparer sans peine les malheurs arrivés
+en Silésie. Toute compensation faite, il lui restait encore de grands
+avantages; mais le malheur de Vandamme et le désastre de Silésie firent
+une masse de maux trop grande pour pouvoir rétablir l'équilibre, surtout
+après le parti pris par les ennemis d'éviter dorénavant de combattre
+Napoléon en personne, et de se contenter de le harceler, de le fatiguer,
+et d'user ses troupes par des marches, jusqu'au moment où la diminution
+de ses forces mettrait entre les deux armées une telle disproportion,
+qu'il n'y aurait plus aucune incertitude dans le succès et le résultat
+de la lutte.
+
+Le 4, Napoléon, après avoir dépassé Bautzen, rencontra le duc de Tarente
+se disposant à évacuer les positions de Hohenkirchen, et à repasser la
+Sprée. Il l'arrêta, lui ordonna de se reporter en avant. L'avant-garde
+ennemie fut culbutée et se dirigea en arrière de Lauban.
+
+Le 5, l'Empereur porta la majeure partie de ses forces sur Reichenbach.
+L'ennemi se replia sur Görlitz, et se plaça derrière la Neisse à Lauban.
+Autant par suite du système dont j'ai rendu compte plus haut qu'à cause
+de l'arrivée prochaine de l'armée de Benningsen, puissant renfort, on
+devait s'attendre à voir Blücher se retirer plus loin si l'Empereur
+passait la Neisse. En conséquence, toute offensive de ce côté devant
+être sans résultat, et pouvant même avoir des conséquences funestes à
+cause du mouvement de la grande armée alliée sur Dresde, Napoléon quitta
+l'armée de Silésie le 8. Il la laissa en position à Hohenkirchen, après
+lui avoir donné pour renfort le huitième corps. Ce secours réparait en
+partie ses pertes, et la portait à une force d'environ soixante-dix
+mille hommes. Le duc de Tarente, au lieu de faire des démonstrations
+pour en imposer à l'ennemi, se tint tranquille, et annonça ainsi à
+Blücher le départ de Napoléon. Dès lors le général prussien se disposa
+à reprendre l'offensive.
+
+Je reçus en même temps l'ordre de me rendre à Camenz afin d'être, tout à
+la fois, à portée de l'Elster-Noir et de Lukau. Je devais être ainsi en
+mesure, suivant les circonstances, de faire une diversion en faveur du
+prince de la Moskowa, ou bien de me rendre à Dresde. Le 8, je me portai
+à Hoyerswerda, et je dirigeai une forte avant-garde sur Senftenberg et
+des coureurs dans la direction de Lukau. En même temps j'avais donné
+l'ordre au cinquième corps de cavalerie, commandé par le général
+Lhéritier, mis à ma disposition, de partir de Grossenhayn pour Roulau,
+afin de m'appuyer; mais dans la nuit je reçus l'ordre de me rapprocher
+de Dresde à marches forcées. Le 9, j'arrivai à Ottendorf, et, le 10, à
+Dresde, où je m'arrêtai. J'occupai la ville et le camp retranché. Je pus
+enfin faire reposer mes troupes. Mon corps d'armée avait marché, pendant
+vingt-deux jours, sans un seul séjour, livré un assez grand nombre de
+combats, et fait souvent des marches de douze lieues; mais il était bien
+organisé. L'esprit en était admirable. À l'exception des blessés, un
+très-petit nombre d'hommes seulement se trouvaient en arrière. Il ne
+manquait pas une pièce de canon, ni une voiture d'artillerie ou
+d'équipages.
+
+L'Empereur avait été rappelé à Dresde par les mouvements offensifs du
+prince de Schwarzenberg. En effet, l'avant-garde de Wittgenstein s'était
+avancée, le 5, à Peterswald, et le 6, à Berggieshübel, avec la division
+prussienne de Ziethen. Le prince Eugène de Wurtemberg, avec la
+cavalerie de Pahlen, débouchait sur Dippoldiswald, tandis que le
+général Klenau s'avançait vers Chemnitz. Le prince de Schwarzenberg,
+avec les corps autrichiens de Colloredo, Chasteler, Giulay et les
+réserves, avait pris la direction d'Aussig, pour y passer l'Elbe, et
+manoeuvrer sur la rive droite. Le 7, Wittgenstein occupa Pirna, et, le
+8, se porta vers Dohna où étaient réunis les premier, deuxième et
+quatorzième corps.
+
+L'Empereur, de retour, le 7, à Dresde, se rendit, le 8, au camp de
+Dohna. L'avant-garde de Wittgenstein fut culbutée. Ce général se replia
+sur Pirna. Le même jour, le prince de Schwarzenberg, en plein mouvement,
+fut instruit de la présence de Napoléon. Il se retira aussitôt, et vint
+prendre la position qu'il avait choisie en avant de Toeplitz. Le 9,
+Napoléon porta la plus grande partie de ses forces sur Liebenthal. Ce
+mouvement menaçant de tourner le corps de Wittgenstein, celui-ci se
+retira sur Nollendorf, où il fut joint par le corps de Kleist. Les
+troupes aux ordres de Klenau se rapprochèrent de Toeplitz, et vinrent
+prendre position au Sebastiansberg.
+
+Le 10, Napoléon vint à Baremberg. Le premier corps marcha sur
+Peterswald, et le quatorzième sur Fürstenwald. Le général Wittgenstein
+se replia sur Culm. Le 11, il s'avança de Fürstenwald vers le défilé du
+Geyersberg. La division du quatorzième corps, commandée par le général
+Bonnet, s'empara de la montagne; mais la difficulté du terrain empêcha
+d'y conduire de l'artillerie. Les obstacles pour déboucher, en présence
+de l'ennemi, dans une position inexpugnable, paraissant insurmontables,
+Napoléon renonça à l'attaquer, et se décida à retourner à Dresde. Il
+laissa le premier corps en position à Nollendorf, le quatorzième sur les
+hauteurs de Berna, en avant d'Ebersdorf. Le deuxième alla occuper
+Steinberg, et la jeune garde le camp de Pirna. L'Empereur dut sentir
+bien vivement alors la faute commise, il y avait onze jours, de n'avoir
+pas complété ses succès de Dresde par un mouvement à fond sur l'armée
+ennemie, au moment où elle repassait ces mêmes défilés dans un désordre
+incompatible avec une résistance sérieuse.
+
+Mais, pendant ces mouvements, de nouveaux désastres venaient accabler la
+portion de l'armée française qui avait reçu l'ordre de marcher sur
+Berlin. On a vu, le 4, le prince de la Moskowa remplacer le maréchal duc
+de Reggio, et prendre le commandement de l'armée. Dès le lendemain, 5
+septembre, il était en mouvement. La division Guilleminot, en tête du
+douzième corps, attaqua la division prussienne de Dobschutz, et la
+chassa de Zaahn. Plus tard, le corps de Tauenzien fut attaqué à Seida,
+et forcé à se retirer sur Dennewitz, où il prit position. Le soir,
+l'armée française occupait les positions suivantes: le quatrième corps
+à Neundorf, le douzième à Seida, et le septième entre les deux. L'armée
+ennemie était ainsi placée: Tauenzien à Dennewitz, Bulow à
+Klein-Lippsdorf, les Suédois et les troupes russes, sous les ordres du
+prince royal de Suède, sur les hauteurs de Lobez. Dans ces dispositions
+respectives, le prince de la Moskowa eut l'étrange idée de porter son
+armée sur Dahme pour prendre la route de Berlin, et de marcher
+directement sur cette ville. En conséquence, le 6, au matin, il continua
+son mouvement. Le quatrième corps fut chargé de s'emparer de Dennewitz,
+et de couvrir la marche de flanc qu'il opérait avec le reste de l'armée.
+
+L'ennemi résista à cette attaque, perdit Dennewitz; mais se soutint avec
+opiniâtreté en avant de Interburg. Pendant que Tauenzien était ainsi aux
+prises avec le quatrième corps, Bulow, qui d'abord avait pris position
+en avant d'Eckmannsdorf, débouchait par Wolmsdorf en arrière de l'armée
+française. Le septième corps fut alors obligé de prendre part au combat,
+et vint se former près de Niedergorsdorf. L'armée française était
+attaquée de front, de flanc, et à revers. Le douzième corps vint donc
+occuper le village de Goldsdorf, sur lequel tout le corps de Bulow était
+dirigé. Après diverses alternatives de bons et de mauvais succès,
+l'armée se concentra près de Rohrbeck. Les Saxons, placés au centre,
+ayant lâché pied, les deux corps français se trouvèrent séparés, et
+forcés à une retraite divergente. Celui de droite, le quatrième, se
+retira sur Dahme. Le douzième suivit la route que les fuyards avaient
+prise, par Schweidnitz, dans la direction de Torgau.
+
+Cette opération, si singulière, si absurde, ne peut s'expliquer.
+Exécuter une marche de flanc, en plein jour, aussi longue et aussi à
+portée d'une armée supérieure en forces, était l'opération la plus
+dangereuse et la plus imprudente, et dans quel objet? pour arriver avant
+l'ennemi sur la route de Berlin et marcher sur cette ville. Mais, en
+supposant, ce qui paraît impossible, cette marche exécutée avec un
+succès complet, à quoi aboutissait-elle? À placer l'armée ennemie sur le
+flanc et sur les derrières de l'armée française, ce qui aurait mis
+celle-ci dans le péril le plus évident, et l'aurait, en définitive,
+empêché de marcher sur Berlin. Si l'armée française était en état de
+prendre l'offensive, elle ne pouvait pas espérer de se rendre à la
+dérobée à Berlin. Il fallait qu'elle se résolût à livrer bataille. Dès
+lors, elle n'avait autre chose à faire que de marcher brusquement et
+rapidement par la route directe, et, après avoir enlevé Zaahn, se
+dirigeant sur Treuenbrietzen et Belitz, empêcher la réunion des corps
+ennemis qui étaient à une certaine distance les uns des autres, les
+battre en détail, après s'être placée ainsi au milieu d'eux. On croit
+rêver quand on approfondit les combinaisons qui furent faites alors et
+la manière dont on opéra.
+
+Le lendemain, 7, le douzième corps et les Saxons continuèrent leur
+mouvement sur Torgau. Le quatrième corps, attaqué à Dahme par une
+division de quatre mille Prussiens, commandée par le général Woheser, se
+mit également en marche pour Torgau, après avoir rompu les ponts de
+l'Elster. Le 8, il rejoignit le reste de l'armée sous le canon de
+Torgau. Cette opération coûta à l'armée française douze mille hommes
+tués, blesses, ou pris, et vingt-cinq pièces de canon.
+
+Ainsi, chaque jour, l'édifice de notre puissance s'écroulait pour ne
+plus se relever. Pendant que Napoléon était accouru à Dresde et avait
+marché sur la frontière de Bohême, l'armée ennemie de Silésie avait
+repris l'offensive. Dès le 9, elle s'était mise en mouvement. Le corps
+de Langeron passa la Neisse à Ostritz, au-dessus de Görlitz: celui de
+York entre Ostritz et Görlitz, et celui de Sacken, à Görlitz même.
+L'avant-garde française se retira des bords de la Neisse sur Reichenbach
+sans s'être engagée, et de là sur Hohenkirchen. Le corps de Poniatowski,
+attaqué par celui de Langeron a Lauban, se retira sur Neustadt.
+
+L'armée alliée fut rejointe, ce jour-là, par la division autrichienne de
+Bubna. Le 10, le duc de Tarente quitta la position de Hohenkirchen pour
+repasser la Sprée. Le 6, il était à Gordau, n'ayant plus que des
+avant-postes sur la Sprée. Enfin, le 12, le duc de Tarente se replia sur
+Bischofswerda, et le huitième corps vint de Neustadt à Stolpen. Le
+rapprochement de notre armée de Silésie à une petite marche de Dresde,
+sans avoir livré un seul combat, opéré en même temps que la perte de la
+bataille de Dennewitz, favorisait la réunion des trois armées qui nous
+entouraient. Elles pouvaient alors, à volonté, agir d'une manière
+simultanée.
+
+Je restai à Dresde jusqu'au 12 inclus. Pendant mon séjour, je vis
+beaucoup Napoléon. Dans la nuit du 12 au 13, je passai au moins trois
+heures avec lui à causer de la campagne. Il se livrait volontiers, avec
+moi, à la discussion de ses projets, et à l'examen des événements
+écoulés. Il n'était pas tranquille sur son issue, quoiqu'il affectât de
+la confiance. Il se plaignait de ses lieutenants, et il avait raison;
+mais pourquoi avait-il séparé ses forces, et disposé son plan de
+campagne de manière à rendre indispensable de confier de grands
+commandements à une grande distance de lui, à des hommes incapables de
+les exercer? Et puis, n'avait-il pas eu d'autres choix à faire?
+Saint-Cyr, un des premiers généraux de l'Europe, pour la guerre
+défensive, n'était-il pas merveilleusement propre à commander l'armée de
+Silésie, destinée à couvrir, par sa position, les autres armées, et à
+garder seulement le terrain qu'elle occupait? Il n'était pas ancien
+maréchal, il est vrai; mais, puisqu'il avait laissé à Macdonald des
+corps commandés seulement par des officiers généraux, il pouvait en
+faire autant pour Saint-Cyr, et, dès lors, il n'y avait plus de
+difficultés. Si les inconvénients du plan de campagne vicieux et les
+mauvais choix avaient amené tous les maux actuels, quel était le
+coupable? Je lui exprimai cette pensée avec modération et réserve; mais
+il n'était pas au bout de ses erreurs et au moment de réparer ses
+fautes. Il me dit que, probablement, la guerre allait changer de
+théâtre, et serait forcément portée plus en arrière; que les ennemis
+tenteraient sans doute le passage de l'Elbe avec les deux armées de
+Silésie et du Nord réunies; qu'alors il devait manoeuvrer de manière à
+empêcher leur jonction avec la grande armée; qu'il devenait
+indispensable de nettoyer ces pays des corps qui les parcouraient, et
+menaçaient nos établissements et nos communications, et que je
+commencerais le mouvement. Enfin, quand je le quittai, il me dit ces
+propres paroles: «L'échiquier est bien embrouillé; il n'y a que moi qui
+puisse s'y reconnaître.» Hélas! c'est lui-même qui s'est perdu dans ce
+labyrinthe!
+
+Le 13, je partis avec mon corps pour Grossenhayn. Là, je me réunis au
+roi de Naples, que j'y trouvai avec un corps nombreux de cavalerie. Le
+but de ce mouvement était de couvrir l'arrivée à Dresde de vingt mille
+quintaux de farine, arrêtés à Torgau et embarqués sur l'Elbe. Les
+dispositions de troupes convenables à ce but furent faites, et le convoi
+arriva heureusement à Dresde. Nous restâmes jusqu'au 25 dans cette
+position.
+
+Je vis journellement et familièrement Murat. Je le retrouvai bon
+camarade et sans prétention. Il se mit en frais d'amitié pour moi. Je
+payai cette bienveillance par la complaisance avec laquelle j'écoutai,
+chaque jour, les récits qui concernaient ses États. Il me parlait
+souvent surtout de l'amour que lui portaient ses sujets. Il y avait dans
+son langage une candeur risible, une conviction profonde d'être
+nécessaire à leur bonheur. Entre autres choses, il me raconta que,
+lorsqu'il devait quitter Naples en dernier lieu (et c'était une chose
+secrète), se promenant avec la reine, et entendant les acclamations dont
+il était l'objet, il dit à sa femme: «Oh! les pauvres gens! Ils ne
+savent pas le malheur qui les attend. Ils ignorent que je vais partir!»
+J'écoutai en souriant; mais lui, en faisant ce récit, était encore
+attendri des douleurs dont il avait été la cause.
+
+Cette réunion de troupes à Grossenhayn détermina Blücher à renforcer sa
+droite et à porter le corps de Sacken à Kamens. Ce mouvement décida le
+duc de Tarente à se rapprocher encore davantage de Dresde, et à prendre
+position à Harta. Les avant-postes de l'armée de Berlin étaient établis
+sur l'Elster noir. Pendant notre séjour à Grossenhayn, la grande armée
+recommençait des démonstrations offensives. L'ennemi se porta en avant
+et fit replier les corps français occupant les différents débouchés.
+Napoléon partit le 15 de Dresde avec sa garde, et vint à Berggieshübel;
+mais la disposition générale de l'armée ennemie était toute défensive,
+et la masse de ses troupes, placée dans le bassin de Toeplitz, en face
+des débouchés, occupait une position inexpugnable.
+
+Le 16 au matin, le prince de Schwarzenberg avait ses troupes placées de
+la manière suivante: le corps de Wittgenstein à Peterswald; la division
+Czenneville à Eichwald, sur la route de Zinnwald; celle du prince
+Maurice Liechtenstein, à Klostergraben; une avant-garde sous les ordres
+du général Longueville en avant d'Aussig, sur la route d'Eule; le corps
+de Kleist à Mariaschein; les grenadiers et les cuirassiers russes à
+Sabachleben; les gardes russe et prussienne à Toeplitz; le corps de
+Colloredo à Culm; celui de Meervelt à Aussig; celui de Giulay à Brunn;
+celui de Klenau à Marienwerder, et les réserves de cavalerie à Breslau.
+
+À midi, Napoléon continua son mouvement en avant. Le corps de
+Wittgenstein se replia sur Culm. La division Ziethen fut portée dans des
+abatis qui avaient été faits entre Tellenitz et Jutterbach. Le corps de
+Colloredo était appuyé à droite à Strekowitz. Napoléon occupa le soir
+les hauteurs de Nollendorf.
+
+Le 17, la division Ziethen, attaquée par la division Mouton-Duvernet, du
+premier corps, fut poussée sur Culm. Le combat s'engagea alors avec le
+corps de Wittgenstein. Les villages d'Arbesau, d'Islisich, de Jourdorf,
+furent emportés; mais le corps de Meervelt s'avança d'Aussig sur
+Nollendorf, tandis que celui de Colloredo s'avançait sur Neudorf et
+Kniemts. Il attaqua Arbesau, qui fut évacué. La jeune garde, qui
+l'occupait, en fut chassée après avoir fait des pertes considérables, et
+le premier corps se retira sur Nollendorf. Napoléon, voyant
+l'impossibilité de déboucher devant des forces aussi considérables,
+ramena ses troupes en avant de Berggieshübel, et rentra avec sa garde à
+Dresde le 18. Ce mouvement, recommencé pour la troisième fois, et
+fatigant pour les troupes, avait été encore sans résultat.
+
+Le prince de Schwarzenberg attendait pour agir que le corps de
+Benningsen, fort de soixante mille hommes, qui, dès le 17, avait sa tête
+à Löwenberg, fût rapproché davantage de Dresde.
+
+Napoléon voulut tenter de nouveau la fortune, et essaya d'éloigner
+Blücher. Il se rendit le 22 à Hatzan, et mit en mouvement les troisième,
+cinquième et onzième corps. L'avant-garde de Radrewitch fut attaquée à
+Bischofswerda. Forcée d'évacuer cette ville, elle se retira jusqu'à
+Gordau; mais Napoléon, ayant vu toute l'armée de Silésie en position à
+Bautzen, tandis que le corps de Sacken s'approchait sur sa gauche pour
+menacer la communication de Bischofswerda, ne se trouvant pas assez fort
+pour livrer bataille, se retira et ramena les troupes dans la position
+concentrée de Weissig, à deux lieues de Dresde. Il s'en tint encore à
+une simple démonstration.
+
+Le 24 et le 25, l'armée de Silésie, remplacée dans ses positions par
+l'armée de Benningsen, fit un mouvement général par sa droite pour se
+rapprocher de l'Elbe et de l'armée du Nord. Le corps de Tauentzien,
+appartenant à cette dernière armée, occupait déjà, depuis quelque temps,
+une position intermédiaire entre les deux armées et en établissait la
+liaison. Le corps de Sacken se présenta devant Grossenhayn pour couvrir
+ce mouvement. Le roi de Naples était retourné à Dresde, et j'avais sous
+mes ordres, outre le sixième corps d'armée, les premier et cinquième
+corps de cavalerie. Le 25 au soir, je reçus l'ordre de repasser l'Elbe à
+Meisson et de me porter sur Wurtzen et Eulenbourg.
+
+Le 26 au matin, je pris position sur les hauteurs de Wanterwitz,
+position formidable où j'étais en mesure de résister à des forces
+supérieures. J'avais laissé une forte arrière-garde, composée de la plus
+grande partie du cinquième corps de cavalerie. Celle-ci fut attaquée par
+une grande masse de Cosaques appartenant à l'armée de Silésie. Elle fut
+mise dans un grand désordre. Le général Lhéritier, son commandant,
+s'était fait une bonne réputation comme colonel: mais il n'avait pas
+assez de tête pour commander des forces considérables. Les défilés en
+arrière étant fort mauvais, il devenait important de ne pas laisser
+l'ennemi trop près de nous pendant notre marche. Je reportai cette
+cavalerie en avant, après l'avoir ralliée moi-même, sans autre secours
+que ma seule présence et quelques mots adressés aux premiers fuyards.
+Nous restâmes en repos le reste de la journée. Le 27, mon arrière-garde
+repassa l'Elbe. L'ennemi, ayant suivi immédiatement, voulut tenter un
+coup de main sur la tête de pont, mais il fut vaillamment repoussé par
+le 10e provisoire, composé d'un bataillon des 11e et 16e de ligne. Je
+laissai le général Cohorn, avec sa brigade, pour garder ce poste
+important, jusqu'à ce qu'il fût relevé par des troupes appartenant à un
+autre corps, et je me mis en roule par Oschatz, Wurtzen et Eulenbourg.
+
+Pour expliquer ce qui va suivre, il faut maintenant que je fasse
+connaître la position du prince de la Moskowa. Après la défaite de
+Dennewitz, le prince de la Moskowa avait repassé l'Elbe à Torgau. Il
+avait réorganisé son armée. Le douzième corps avait été dissous, et la
+division bavaroise, qui s'y trouvait, envoyée à Dresde. Le restant des
+troupes, réuni à la division Guilleminot, avait été attaché au quatrième
+corps. Par suite cette armée ne se trouvait plus composée que de deux
+corps, le quatrième et le septième. Elle se mit en mouvement, le 25,
+pour descendre l'Elbe. Le 27, le prince de la Moskowa était à
+Oranienbürg avec le quatrième corps, et le septième à Dessau. Ces
+troupes observaient les ponts d'Acken et de Roslau. L'avant-garde
+suédoise, après avoir occupé Dessau, avait évacué cette ville, et
+s'était retirée sur la tête de pont. Là, un bataillon saxon déserta à
+l'ennemi avec armes et bagages. Un léger combat avec les Suédois fut
+livré en avant de Dessau. Toute l'armée du Nord, commandée par le prince
+royal de Suède, placée en face, sur la rive droite du fleuve, observait
+les garnisons de Wittenberg et de Torgau. Des opérations de siége
+furent même commencées par le général Bulow contre Wittenberg.
+
+D'un autre côté, depuis quelque temps, des détachements de troupes
+légères désolaient les derrières de l'armée française. Czernicheff avec
+ses Cosaques s'était avancé au delà de la Saale. Le général Tielemann,
+déserteur du service de Saxe, s'était porté avec un corps franc dans les
+environs de Leipzig, et se trouvait en liaison avec le colonel
+autrichien de Mensdorf, qui opérait dans les mêmes cantons.
+
+L'Empereur détacha vers ce point le général Lefebvre-Desnouettes avec
+quatre mille chevaux, pour donner la chasse à ces partisans; et, comme,
+en même temps, la route de Dresde à Chemnitz avait été interceptée par
+la brigade autrichienne de Scheilher, qui avait enlevé à Freyberg trois
+cents hussards westphaliens, le général Kleist faisant aussi des
+démonstrations de ce côté, il envoya à Freyberg le deuxième corps pour
+garder ce débouché. Le 11 septembre, Thielmann avait paru à Weissenfels,
+et inutilement attaqué un convoi en route pour Leipzig. Il fut plus
+heureux à Naumbourg, qu'il enleva. Il prit ensuite Mersebourg, et cinq
+cents hommes par capitulation. Là il fut attaqué par Lefebvre-Desnouettes,
+qui le battit. Il se retira sur Zeist et Zurchau, mais après avoir vu
+délivrer ses prisonniers, Lefebvre-Desnouettes vint ensuite occuper
+Altenbourg. Platow l'en chassa, non sans lui faire éprouver d'assez
+grandes pertes, par suite des mauvaises dispositions prises par le
+général français en se retirant. Il avait imprudemment livré combat en
+avant d'un défilé. Après cet échec, Lefebvre-Desnouettes se rendit
+d'abord à Weissenfels, et de là revint à Leipzig.
+
+Le 25 septembre, Czernicheff, parti avec trois mille chevaux d'Eisleben,
+arriva devant Cassel, dans la nuit du 27 au 28. Un bataillon
+d'infanterie, placé en avant de la ville et forcé dans sa position, se
+retira après avoir éprouvé quelque perte. Jérôme Bonaparte, roi de
+Westphalie, voyant les symptômes d'une insurrection, s'éloigna, laissant
+le général Alix pour défendre Cassel avec deux bataillons.
+
+Le 30, Czernicheff fit attaquer Cassel et s'en empara, aidé d'un
+mouvement national qui éclata en sa faveur. Après avoir proclamé, au nom
+des souverains alliés, la dissolution du royaume de Westphalie, il
+évacua la ville en emportant tout ce qu'elle renfermait de richesses
+publiques transportables et après avoir organisé une insurrection
+systématique dans cette portion de l'Allemagne.
+
+Le 29, au matin, j'arrivai à Wurtzen. J'y reçus une lettre du duc de
+Padoue qui commandait à Leipzig. Il m'annonçait la présence de l'ennemi,
+et la crainte d'être obligé d'évacuer cette ville. Je continuai mon
+mouvement sans perdre un moment, et j'arrivai, le soir même du 28, à
+Leipzig avec la tête de mes forces. Je mis le reste à portée, je
+nettoyai les environs des ennemis qui s'y trouvaient. Je restai dans
+cette position jusqu'au 3.
+
+Le 2 octobre, Blücher se décida à prendre l'offensive. Il se porta, avec
+les corps de Bulow et de Tauentzien, au confluent de l'Elster et de
+l'Elbe, jeta, dans la nuit, deux ponts et opéra son passage. Le général
+Bertrand, chargé de s'y opposer, occupant une position avantageuse,
+résista pendant la plus grande partie de la journée; mais, vers les cinq
+heures, il fut forcé, et opéra sa retraite dans la direction de Dessau.
+Pendant ce temps, les Suédois avaient débouché par le pont de Roslau, et
+s'étaient avancés sur Dessau. Le maréchal Ney, avec le septième corps,
+et rejoint par le quatrième, se replia, remonta la rive gauche de la
+Moldau, et occupa Bittersfeld et Düclitsch. Informé de ces événements
+dans la nuit du 3 au 4, je me rendis, en toute hâte, avec mon corps, à
+Düben, afin d'offrir un point d'appui au général Bertrand, et de
+favoriser sa retraite. Je recueillis effectivement les troupes
+wurtembergeoises qui faisaient partie de son corps et qui s'y étaient
+retirées, le reste de ce corps ayant rejoint la septième. L'ennemi se
+présenta bientôt en force devant moi. Le poste de Düben n'étant pas
+tenable, je repassai la rivière, et pris position en face. Une berge
+élevée, à une demi-portée de canon de la ville, me donnait tous les
+moyens de défendre avec succès ce défilé. L'ennemi fit plusieurs
+tentatives pour déboucher; mais il fut constamment repoussé.
+
+Je plaçai de la cavalerie en observation sur la rive gauche de la
+rivière, pour me lier avec les troupes du maréchal Ney.
+
+Dans cette position nous pouvions attendre ce que ferait l'ennemi; mais
+tout à coup, celui-ci ayant présenté des forces considérables en face de
+Bittersfeld sur la rive droite, le maréchal Ney s'effraya de sa
+position, et, quoique l'ennemi n'eût rassemblé aucun moyen de passage,
+et montré aucune disposition de le tenter, le maréchal Ney me fit
+prévenir qu'il se retirait sur Kamens. Ce mouvement laissait ma gauche
+tout à fait à découvert et compromettait beaucoup ma position. Me
+retirer cependant, en plein jour, étant aussi rapproché de l'ennemi,
+était fort délicat. Je masquai mes préparatifs et mon mouvement aussi
+bien que possible, et je l'effectuai sans accident, avec précision et
+vitesse. J'allai prendre la belle position de Hohen Priegnitz, en liant
+ma gauche avec le prince de la Moskowa, auquel je demandai une entrevue
+pour pouvoir arrêter avec lui ce qui nous restait à faire. Nous ne pûmes
+nous comprendre. Il fut impossible de lui faire entendre que rien ne
+pressait dans nos mouvements de retraite, et qu'il fallait attendre que
+l'ennemi se montrât en force pour se retirer. Le maréchal Ney, brave et
+intrépide soldat, homme de champ de bataille, n'entendait rien à la
+combinaison des mouvements. Son esprit s'effrayait de ce qu'il ne voyait
+pas. Jamais les calculs ne dirigeaient ses actions. C'était toujours
+chez lui le résultat de la sensation du moment et comme un effet de
+l'état de son sang. Il pouvait s'en aller aussi bien devant trente mille
+hommes en ayant cinquante qu'en attaquer cinquante avec vingt.
+Toutefois, dans la circonstance, il était dans une disposition de
+crainte irréfléchie et exagérée. Il ne voulut pas s'arrêter, quoique des
+troupes légères seules fussent en présence.
+
+Ce maréchal ayant continué son mouvement, j'allai occuper le même jour,
+6, les hauteurs d'Eulenbourg où je campai. Leipzig se trouvant de
+nouveau menacé, dès le lendemain je me portai sur cette ville, par
+Taucha, afin de la couvrir, et de protéger l'arrivée d'un convoi retenu
+à Naumbourg. Je l'y fis entrer.
+
+Le 8, ayant fait une forte reconnaissance du côté de Delitzsch, je
+trouvai devant moi des forces de cavalerie assez considérables; mais
+elles se retirèrent après une légère résistance.
+
+Pendant que ces divers mouvements s'opéraient, Napoléon fit les
+dispositions suivantes. Il laissa le maréchal Saint-Cyr à Dresde, avec
+les premier et quatorzième corps, et les chargea de garder les débouchés
+de la Bohême de ce côté. Le cinquième corps reçut l'ordre de se rendre à
+Freyberg avec le huitième. Réunis au deuxième, ces trois corps furent
+mis aux ordres du roi de Naples, et chargés de couvrir les débouchés de
+la Bohême sur Leipzig. Le 7, Napoléon se mit en mouvement pour descendre
+l'Elbe et se rapprocher de l'armée de Silésie, que son intention était
+de combattre. Il partit avec les troisième et onzième corps et sa garde.
+Le 9, il s'avança à Eulenbourg, où il fut rejoint par les quatrième et
+septième corps. Le même jour, je me portai, conformément à ses ordres,
+dans la direction de Düben, et je campai à la hauteur d'Eulenbourg. Une
+très-nombreuse cavalerie était devant moi et je dus marcher avec lenteur
+et précaution, n'ayant plus avec moi les premier et cinquième corps de
+cavalerie. Je trouvai l'ennemi formé près de Koblein, soutenu par une
+nombreuse artillerie: mais il n'entreprit rien de sérieux et se retira
+après un engagement de trois quarts d'heure environ. Le 10, je me
+réunis, à Düben, à l'Empereur, et j'occupai Delitzsch par une division
+et de la cavalerie.
+
+L'armée de Silésie s'était retirée brusquement de Düben, et repliée sur
+le prince royal de Suède. Le corps de Sacken, s'étant trouvé en retard,
+fut obligé de repasser la Muldau à Ragika. Les deux armées du prince de
+Suède et de Blücher se trouvèrent réunies à Zerlig.
+
+Le 11, l'Empereur donna l'ordre au général Régnier de passer l'Elbe à
+Wittenberg, et le maréchal Ney, avec le troisième corps, marcha sur
+Dessau. Le 12, Dessau fut emporté, et la division prussienne qui
+l'occupait se retira sur Roslau, après avoir perdu trois mille hommes,
+tandis que le général Régnier poussait la division Thumen par la rive
+droite, également sur Roslau. Le général Tauentzien continua sa retraite
+sur Zerbst. Le 13, le septième corps rentra à Wittenberg. Les deux
+armées ennemies se trouvèrent de nouveau séparées: celle de Silésie sur
+Halle, et celle du prince royal de Suède sur Bernbourg. Le 30, le
+prince de Suède passa la Saale et se porta sur Cöthen.
+
+Le 11, je me portai sur Bittersfeld pour y faire une forte
+reconnaissance. Je pris avec moi ma cavalerie et une division
+d'infanterie. J'acquis la certitude que toute l'armée ennemie était en
+deçà de l'Elbe. Je revins à Düben, et j'en rendis compte à l'Empereur.
+
+Napoléon se trouvait alors avec cent trente mille hommes réunis et
+disponibles. C'était assurément l'occasion d'agir offensivement d'une
+manière décidée, de changer le théâtre de la guerre et le système de
+démonstration impuissante de mouvements de va-et-vient qui avaient si
+fort diminué ses forces, et l'avaient fait si rapidement déchoir. Une
+offensive vive sur Blücher et le prince royal de Suède, qui l'aurait
+porté au delà de la Saale, sur la ligne d'opération de l'ennemi, ou bien
+sur l'Elbe, lui promettait les avantages les plus décisifs. Ces
+manoeuvres lui étaient faciles, puisqu'il possédait toutes les places
+situées sur le fleuve. Il aurait pu, avec promptitude, se mouvoir sur
+les deux rives. Huit jours d'opérations énergiques lui faisaient
+détruire les forces qu'il avait devant lui. Il pouvait rétablir ainsi
+ses affaires et rappeler la victoire sous ses drapeaux. En faisant cette
+opération il augmentait son armée d'une partie des garnisons des
+places: il appelait à lui le corps de Davoust qui lui aurait amené plus
+de vingt mille hommes, en laissant encore les forces nécessaires à la
+garde de Hambourg; il se faisait joindre par le corps d'Augereau, appelé
+de Würzbourg, et déjà arrivé sur la Saale, et, dans tous les cas, il
+avait ses communications libres avec la France par le Bas-Rhin.
+
+Dans ce système, les trois corps, deuxième, cinquième et huitième, avec
+lesquels manoeuvrait Murat, se seraient retirés lentement sur lui,
+auraient couvert Leipzig aussi longtemps que possible. Pour complément,
+il aurait envoyé, par des émissaires, l'ordre au maréchal Saint Cyr
+d'évacuer Dresde, pour se rendre à grandes marches sur Wittenberg et
+Torgau, par la rive droite de l'Elbe. Enfin on peut ajouter que la
+nécessité d'abandonner Dresde, vu la marche des événements et la
+direction qu'avait prise la guerre, aurait dû être sentie d'avance, et
+lui faire naître, de bonne heure, l'idée d'évacuer de cette ville les
+malades et les blessés, afin de rendre mobiles et disponibles les deux
+corps d'armée chargés de défendre cette place, ou plutôt ce camp
+retranché. Enfin il devait être informé des dispositions hostiles de la
+Bavière. En s'éloignant de cette puissance, il y échappait ou retardait
+au moins son action contre lui; mais, au lieu d'envisager les nouvelles
+nécessités que les circonstances lui imposaient, il resta indécis,
+voulut tout conserver à la fois. Il perdit tout pour avoir voulu tout
+garder.
+
+On ne reconnaît plus Napoléon pendant cette campagne. J'eus une longue
+conversation avec lui à Düben. Jamais cette conversation n'est sortie de
+ma mémoire. Quand j'étais à portée de lui, il était dans l'usage de
+m'envoyer chercher pour me parler de ses projets et des différentes
+choses qui l'occupaient d'une manière particulière. Un usage, fort
+commode pour lui, assez bien entendu, mais insupportable pour les
+autres, lui donnait beaucoup de temps à employer ainsi. Lorsque les
+mouvements de son quartier général le permettaient, il se couchait à six
+ou sept heures du soir, se levait à minuit ou à une heure. Les rapports
+arrivant, il se trouvait ainsi tout prêt à les lire et à donner des
+ordres en conséquence; mais pour ceux qui avaient marché ou combattu
+pendant la journée, pour ceux qui, à la fin du jour, avaient fait les
+rapports, disposé tout pour opérer le lendemain, et devaient dormir la
+nuit pour se reposer, c'était une chose terrible que de renoncer, au
+commencement d'un sommeil réparateur, à son action bienfaisante, et
+d'aller ainsi prendre part à une conversation plus ou moins
+intéressante.
+
+Après donc être rentré de ma reconnaissance de Bittersfeld, et lui avoir
+fait mon rapport, je venais de me coucher quand on vint me chercher de
+la part de l'Empereur. Il me parla de sa position et des divers partis
+qu'il avait à prendre. J'insistai de toutes mes forces pour celui dont
+je viens de parler et qui, seul, pouvait le sauver. Son unique moyen de
+salut, selon moi, en ce moment, était de s'éloigner des champs de
+bataille de la Bohême, puisque plus tôt il n'avait pas voulu la
+conquérir, et enfin de quitter les défilés qui lui avaient été si
+funestes. Il ne put se décider à l'évacuation volontaire de Leipzig. Il
+ne prévoyait pas que, huit jours plus tard, il y serait forcé, sous de
+bien autres auspices, au milieu de désastres et d'une confusion qui ont
+achevé sa ruine. Il se disposait, au contraire, à aller combattre sous
+les murs de cette ville. Je discutai en détail, avec lui, sur les
+inconvénients de choisir un semblable champ de bataille, au fond d'un
+entonnoir, en avant d'horribles défilés, longs et faciles à boucher;
+mais il me répondit ces paroles mémorables et qui montrent les illusions
+dont il était encore rempli: «Je ne combattrai qu'autant que je le
+voudrai. Ils n'oseront jamais m'y attaquer.»
+
+La conversation se porta naturellement sur les événements de la
+campagne. J'en fis la critique avec franchise. Je lui fis remarquer que
+nos pertes énormes, indépendamment de celles éprouvées sur le champ de
+bataille, venaient essentiellement du manque de soins, de vivres et de
+secours de toute espèce qui avaient été refusés aux soldats. J'établis
+enfin que, si Dresde avait contenu les approvisionnements nécessaires
+pour nourrir l'armée, si les hôpitaux avaient été pourvus de tout ce
+dont ils avaient besoin pour que les malades et les blessés reçussent
+des secours convenables, son armée serait plus forte de cinquante mille
+hommes, et certes cette évaluation n'était pas au-dessus de la vérité.
+«Alors, ajoutai-je, indépendamment de l'intérêt qu'il y a à sauver la
+vie à cinquante mille hommes, vous auriez été dispensé, pour conserver
+la même force à votre armée, d'ordonner une levée de cinquante mille
+conscrits. Au lieu d'avoir en espérance cinquante mille hommes, vous
+auriez en réalité cinquante mille vieux soldats aguerris, et sur le
+terrain même des opérations. Ces cinquante mille soldats à lever, à
+habiller, à armer, à faire arriver, coûteront sans doute bien cinquante
+millions. Or, en supposant, ce qui est énorme, que l'augmentation de
+dépense exigée par un meilleur entretien de l'armée se fût élevée à
+vingt-cinq millions, il en résulte que cette dépense de vingt-cinq
+millions, faite à propos, vous eût épargné cinquante mille hommes et
+vingt-cinq millions.» Je lui fis cette démonstration la plume à la main.
+Elle était sans réplique. Vaincu par l'évidence, il me répondit avec
+humeur: «Si j'avais donné cette somme, on me l'aurait volée, et les
+choses seraient dans le même état.»
+
+Il n'y avait rien à répliquer à cette étrange réponse qu'une chose,
+c'est qu'il fallait alors renoncer à gouverner et à administrer.
+Napoléon a toujours été dans l'usage de prodiguer les moyens pour créer
+de nouvelles forces; mais jamais il n'a voulu faire le moindre sacrifice
+pour entretenir celles qui existaient, et sans doute la raison commande
+une marche inverse.
+
+Cette conversation, une des plus longues que j'aie jamais eues tête à
+tête avec Napoléon, car elle dura plus de cinq heures, ayant commencé
+vers une heure après minuit et n'ayant fini qu'après le déjeuner, qui
+eut lieu à six heures du matin, varia beaucoup dans son objet. Elle
+changea de nature plusieurs fois, et embrassa des questions générales,
+comme il arrivait souvent avec lui. Il se plaignait de l'abandon de ses
+alliés. Il disait qu'ils lui avaient manqué de parole. À cette occasion,
+il fit la distinction de ce qu'il appela l'homme d'honneur et l'homme de
+conscience, en donnant la préférence au premier, parce que, avec celui
+qui tient purement et simplement sa parole et ses engagements, on sait
+sur quoi compter, tandis qu'avec l'autre on dépend de ses lumières et
+de son jugement. «Le second, dit-il, est celui qui fait ce qu'il croit
+devoir faire, ce qu'il suppose être le mieux.» Puis il ajouta: «Mon
+beau-père, l'empereur d'Autriche, a fait ce qu'il a cru utile aux
+intérêts de ses peuples. C'est un honnête homme, un homme de conscience,
+mais ce n'est pas un homme d'honneur. Vous, par exemple, si l'ennemi,
+ayant envahi la France et étant sur la hauteur de Montmartre, vous
+croyiez, même avec raison, que le salut du pays vous commande de
+m'abandonner et que vous le fissiez, vous seriez un bon Français, un
+brave homme, un homme de conscience, et non un homme d'honneur.» Ces
+paroles, prononcées par Napoléon, et adressées à moi le 11 octobre 1813,
+ne portaient-elles pas l'empreinte d'un caractère tout à fait
+extraordinaire? n'ont-elles pas quelque chose de surnaturel et de
+prophétique? Elles sont revenues à ma pensée après les événements
+d'Essonne. Elles m'ont fait alors une impression que l'on conçoit, et
+qui jamais ne s'est effacée de ma mémoire.
+
+Pendant que Napoléon s'était porté sur la Muldau et campait à Düben, la
+grande armée de Bohême était entrée en mouvement. Le corps de Colloredo
+et l'armée de Benningsen s'étaient portés sur Zeist et Pirna. Le 9, ce
+mouvement offensif continua. Le 10, Benningsen, arrivé devant Dresde, où
+les deux corps français s'étaient retirés, laissa devant cette place
+Tolstoï avec vingt mille hommes, et marcha sur Leipzig avec le reste de
+ses forces, en se dirigeant par Nossen et Colditz.
+
+Dès le 6, la grande armée de Schwarzenberg avait commencé aussi à se
+mettre en marche. Le général Klenau vint devant Penig, où était une
+division du huitième corps, et Wittgenstein devant Altenbourg, où était
+l'autre partie de ce corps d'armée, et Poniatowski en personne. La route
+de Freyburg à Chemnitz fut rouverte en chassant la division Murrai de la
+position qu'elle occupait près de Flohe, et le troisième corps d'armée,
+aux ordres du roi de Naples, opéra avec la cavalerie par sa droite pour
+se rapprocher de Leipzig et couvrir cette ville contre les troupes qui
+débouchaient de la Bohême. Enfin les deux armées étaient, le 13, en
+présence près de Leipzig. Les Français occupaient Wachau et
+Liebertwolkwitz, ayant une avant-garde vers Groebern et Goffa.
+
+Le 14, le prince de Schwarzenberg fit faire une reconnaissance générale
+par les corps de Wittgenstein et de Klenau. Un combat de cavalerie fut à
+notre avantage, et chacun rentra le soir dans ses positions.
+
+Le corps commandé par le maréchal duc de Castiglione, appelé de
+Würzbourg, où il était trop faible pour résister aux attaques de l'armée
+bavaroise, qui d'alliée allait devenir ennemie et quitter l'Inn pour
+marcher sur nos communications, était arrivé, le 9 octobre, à Naumbourg.
+Le prince Maurice de Liechtenstein, envoyé à sa rencontre, voulut lui
+barrer le chemin entre Naumbourg et Weissenfels; mais le maréchal le
+chassa devant lui. Il arriva le 18 à Leipzig, tandis que le corps de
+Giulay, aussi dirigé de ce côté dans le même but, entrait à
+Weissenfelds, qui venait d'être évacué.
+
+Le 12, je reçus l'ordre d'aller prendre position à Delitzsch, et j'en
+chassai l'ennemi; mais, ayant été mis à la disposition du roi de Naples,
+je fus appelé par lui de la manière la plus pressante, et je partis
+immédiatement. Je me rendis, à marches forcées, de l'autre côté de
+Leipzig, et j'allai prendre position à Stoetteritz le 13 au soir.
+
+Dans la nuit, je reçus l'ordre de l'Empereur de rétrograder, et de
+chercher une position au nord de Leipzig, qui couvrit cette ville du
+côté de Halle et de Landsberg. J'avais déjà assez parcouru le pays pour
+connaître cette position existante à une lieue et demie de Leipzig, à
+Liebenthal et Brettenfeld, sur le terrain même où Gustave-Adolphe
+combattit, il y avait alors cent quarante-deux ans, et avait remporté
+une victoire signalée. J'allai l'occuper; après avoir reconnu avec soin
+et détail le champ de bataille, je m'assurai qu'il était trop vaste
+pour mon corps d'armée; mais qu'avec des travaux d'une exécution
+facile, et trente mille hommes, je pouvais tenir en échec, pendant
+vingt-quatre heures, les armées du Nord et de Silésie. J'en rendis
+compte à Napoléon, qui me prescrivit d'exécuter sans retard les travaux,
+et m'annonça que, le moment venu, j'aurais le troisième corps à ma
+disposition, ce qui porterait ma force au nombre d'hommes que j'avais
+déterminé. Je me mis à la besogne, et ne négligeai rien pour remplir la
+tâche imposée. Je fis faire de nombreux abatis dans le bois, en avant de
+Liebenthal et en arrière de Radfeld. Puis je l'occupai fortement. Ce
+bois devint comme une forteresse. Badfeld fut aussi occupé par mon
+avant-garde, qui en chassa un corps de cavalerie considérable, soutenu
+par une artillerie assez nombreuse.
+
+Pendant la journée du 15, les troisième, quatrième, septième et onzième
+corps, et la garde, firent leur mouvement sur Leipzig, qu'ils
+traversèrent. Les troisième et quatrième restèrent à Eustritz, en
+arrière de moi. Le onzième et la garde allèrent se mettre en ligne
+contre la grande armée, et le septième se porta sur Taucha.
+
+Le 15, dans la journée, des sapeurs, pris deux jours auparavant près de
+Delitzsch, conduits au quartier général à Halle, et qui s'étaient
+échappés, m'informèrent de la marche des armées combinées du Nord et de
+Silésie. D'après ces rapports, elles devaient être en présence, selon
+toutes les apparences, le lendemain, 16, au matin.
+
+J'en prévins Napoléon, dont le quartier général était à Reudnitz, près
+de Leipzig. Le 15, au soir, la cavalerie et l'artillerie, que j'avais
+devant moi, furent soutenues par de l'infanterie. Je fis replier mes
+postes éloignés, jetés sur les bords de l'Elster. J'en donnai avis à
+l'Empereur. Vers dix heures du soir, je montai sur le clocher de
+Liebenthal, et je pus voir de mes yeux tous les feux de l'armée ennemie.
+L'horizon en était embrasé. Je me hâtai d'en rendre compte à l'Empereur
+et de lui rappeler que ma position exigeait trente mille hommes. Je lui
+demandais de ne pas perdre un moment pour mettre à ma disposition le
+troisième corps qu'il m'avait promis.
+
+J'attendais avec impatience le résultat de mes rapports et les effets
+qui en seraient la suite, quand, le 16, à huit heures du matin, je reçus
+une lettre de Napoléon, apportée par un de ses officiers d'ordonnance,
+appelé Lavesaut. Dans cette lettre, il critiquait tous mes rapports et
+leur conclusion. Il prétendait que j'étais dans une erreur complète. Je
+n'avais, disait-il, personne devant moi. Il me donnait en conséquence
+l'ordre de me retirer immédiatement sur Leipzig, de traverser cette
+ville, et de venir former la réserve de l'armée[5].
+
+[Note 5: Dans une lettre datée du 15 octobre, au soir, le major
+général m'écrit: «Dans le cas où l'ennemi déboucherait devant vous en
+grande force, votre corps, celui du général Bertrand et celui du prince
+de la Moskowa sont destinés à lui être opposés.»
+
+Ces dispositions étaient parfaitement sages et raisonnables.
+
+Or la marche de l'ennemi était prouvée par le rapport des sapeurs faits
+prisonniers le 13, échappés et arrivés près de moi le 15, rapport que
+j'avais fait connaître à l'Empereur.
+
+Son arrivée était prouvée par la présence de l'infanterie, devant
+laquelle mes avant-postes s'étaient repliés.
+
+Elle l'était encore par la vue des feux de toute l'armée, qui
+s'apercevaient du clocher de Liebenthal, et dont j'avais rendu compte à
+neuf heures du soir.
+
+Et, avec ces documents,
+
+On donne l'ordre, le 16 au matin, au général Bertrand de marcher sur
+Lindenau;
+
+Au troisième corps, de venir à la grande armée;
+
+Et au sixième, de traverser Leipzig et de s'établir entre Leipzig et la
+grande armée!
+
+Napoléon ne regardait alors comme vrai que ce qui entrait dans ses
+combinaisons et son esprit.
+
+(_Voir les pièces justificatives._)]
+
+Un pareil ordre, dans des circonstances semblables, devait être
+promptement exécuté. Je ne pouvais m'y tromper: l'Empereur était tombé
+dans une erreur grossière; mais du moment où il ne m'envoyait pas le
+troisième corps, indispensable à cause de l'étendue de la position à
+défendre je devais bien me garder d'y rester. D'ailleurs, les ordres
+étaient précis; et, à moins que les coups de canon ne viennent
+contrarier l'exécution d'un ordre de mouvement, il n'y a plus d'armée ni
+de succès possible quand on délibère à cette occasion et quand on hésite
+à l'exécuter.
+
+Grâce à la bonne organisation de mes troupes, à leur instruction et à
+leur discipline, une demi-heure après l'ordre reçu, elles étaient
+formées en six colonnes parallèles, et en marche pour se rendre à
+Leipzig. Mais, à peine le mouvement commencé, l'ennemi déboucha sur
+nous. Une forte avant-garde occupait le village de Radfeld. Elle était
+commandée par un général d'une grande valeur et d'une grande capacité,
+homme d'un nom militaire illustre, le général Cohorn. Elle fut forcée à
+se retirer; mais elle le fit avec lenteur et en bon ordre. Une brigade
+de cavalerie légère wurtembergeoise, faisant partie de mon corps d'armée
+et qui se trouvait à l'avant-garde, se conduisit aussi avec valeur et
+courage. C'était le dernier mouvement d'honneur et de fidélité du
+général Normam, et de ses soldats. Quelques heures plus tard, ils nous
+furent funestes au lieu de nous être utiles. La deuxième division,
+commandée par le général Lagrange, resta en arrière pour soutenir
+l'arrière-garde et la recueillir. Quand tout fut en ordre et
+convenablement disposé, le mouvement continua sur Leipzig en échangeant
+à chaque moment des coups de canon avec l'ennemi.
+
+L'opinion de Napoléon n'était plus susceptible de discussion. L'ennemi
+était là, nous étions aux prises avec lui. C'était toute l'armée de
+Silésie qui était en présence et avec laquelle nous avions affaire. Nous
+ne pouvions plus aller sur le champ de bataille au sud de Leipzig.
+Entrer même à Leipzig, et nous former derrière la Partha était chose
+périlleuse. Passer un défilé comme celui que nous avions devant nous,
+défilé soumis à l'action des hauteurs qui le dominent immédiatement,
+pouvait produire une grande confusion, et amener une catastrophe. Le
+général Bertrand, ayant reçu l'ordre de balayer l'ennemi sur les
+derrières de l'armée et d'ouvrir le débouché de Lindenau, s'était mis en
+marche immédiatement pour l'exécuter. Mais le troisième corps pouvait
+être encore à Leipzig, et à portée de me soutenir. J'avais reconnu une
+position, moins bonne que celle de Liebenthal, mais plus resserrée et
+plus rapprochée de la ville, celle dont la droite est à Eustritz et la
+gauche à Meckern. J'envoyai un officier auprès du maréchal Ney, qui
+était à Leipzig et auquel l'Empereur avait donné le commandement
+supérieur, pour savoir si le troisième corps s'y trouvait encore. Il me
+fit répondre affirmativement et dire que je pouvais en disposer. Je
+n'hésitai plus à m'arrêter, à prendre position et à livrer bataille.
+J'arrêtai mes colonnes sur le plateau et je formai ma ligne de bataille.
+L'attaque de l'ennemi ne pouvait venir que par notre gauche. Notre
+droite était en arrière, appuyée et couverte par une petite division
+polonaise, commandée par le général Dombrowsky, et qui, placée de
+l'autre côté du ruisseau marécageux et encaissé qui coule à Eustritz,
+prenait ainsi, de revers, la gauche de l'ennemi. Je devais donc conclure
+que ce serait sur ma gauche et sur Meckern que l'ennemi se porterait. En
+conséquence, je fis faire un changement de front oblique, par brigade,
+la droite en avant, ce qui forma mon corps d'armée en six lignes,
+présentant ainsi de nombreuses réserves. Meckern fut confié au 2e
+régiment de marine. Toute mon artillerie fut placée sur le point le plus
+élevé de la ligne occupée par mon corps d'armée. Mes quatre-vingt-quatre
+pièces de canon furent disposées pour arrêter l'ennemi. Douze pièces de
+douze, entre autres, avaient pour objet de flanquer, d'une manière
+avancée, la droite du village de Meckern.
+
+L'ennemi attaqua, avec impétuosité, le village de Meckern, et fit
+soutenir cette attaque par le feu d'une nombreuse artillerie qui se
+développa en face de mon front. Mais tous ses efforts furent longtemps
+impuissants. Après des attaques réitérées sur le village, une partie fut
+évacuée, mais bientôt reprise par le même régiment qui le défendait et
+qui fut ramené à la charge. Culbutés de nouveau, le 4e de marine et le
+37e léger furent successivement portés sur Meckern, où semblait être
+toute la bataille. Ils le reprirent et le conservèrent longtemps, ainsi
+qu'on devait l'attendre d'aussi bonnes troupes, malgré les efforts
+constants de l'ennemi et les troupes fraîches qui renouvelaient les
+attaques. En ce moment, j'éprouvais une vive impatience de l'arrivée du
+troisième corps que le maréchal Ney m'avait annoncé. S'il se fût trouvé
+à ma disposition, comme j'étais autorisé à y compter, il eût débouché
+par ma droite, et un mouvement offensif sur la gauche de l'ennemi aurait
+assuré le gain de la bataille, c'est-à-dire la conservation de notre
+position pendant toute la journée.
+
+Il y avait plus de quatre heures que nous combattions avec acharnement.
+L'ennemi avait fait des pertes énormes par la supériorité du feu de
+notre artillerie, et son action foudroyante sur ses masses, quand il
+exécuta une nouvelle charge. Elle avait échoué comme les précédentes et
+produit un grand désordre parmi ses troupes. Je donnai l'ordre, à la
+brigade de cavalerie wurtembergeoise, commandée par le général Normam,
+de charger cette infanterie présentant à la vue la plus grande
+confusion. Elle refusa d'abord d'exécuter mes ordres, et, le moment
+passé, il n'y avait plus rien à entreprendre de bien utile. À l'arrivée
+d'un second ordre, elle s'ébranla cependant; mais elle se jeta sur un
+bataillon du 1er régiment de marine, le culbuta au lieu de se précipiter
+sur l'ennemi qui se rétablit et recommença son offensive.
+
+Cependant les choses continuaient à se balancer, malgré la disproportion
+des forces, lorsqu'au moment d'une nouvelle attaque de l'ennemi la
+batterie de douze, dont l'effet était si favorable et si puissant, fut
+tout à coup mise hors de service, un obus ayant fait sauter quatre
+caissons. Des caissons d'obus sautèrent aussi. Les obus éclatèrent, et
+précisément au moment où l'ennemi faisait une charge décisive. Cet
+accident eut des conséquences funestes. L'ennemi, ayant réussi dans son
+attaque à emporter le village de Mackern, fit avancer son centre.
+Celui-ci fut bientôt aux mains avec la première division. Le combat prit
+alors un nouveau caractère. Nos masses et celles de l'ennemi furent si
+rapprochées les unes des autres, et pendant si longtemps, que jamais
+chose pareille ne s'était offerte à mes yeux. Je pris avec moi les 20e
+et 25e provisoires, commandés par les colonels Maury et Drouhot, et je
+les menai à la charge. Bientôt moins de cent cinquante pas nous
+séparèrent de l'ennemi. Arrivés à cette distance, nous rétrogradâmes;
+mais, après avoir fait quelques pas, nous nous arrêtâmes, et fîmes, à
+notre tour, rétrograder l'ennemi. Cet état de choses dura près d'une
+demi-heure. Alors le 1er régiment d'artillerie de la marine, placé à ma
+droite, engagé également de très-près avec l'ennemi, vint à plier. Le
+32e léger se porta en avant, et arrêta momentanément l'ennemi; mais, en
+ce moment, six mille chevaux vinrent nous envelopper et nous attaquer de
+toute part. Il fallut se retirer sur la troisième division, qui avait
+peu combattu, et dont les échelons nous recueillirent et arrêtèrent la
+poursuite. La nuit arriva et mit fin à ce combat, un des plus chauds, un
+des plus opiniâtres qui aient jamais été livrés. Les troupes y
+montrèrent la plus grande valeur. Si les Wurtemburgeois avaient fait
+leur devoir, un succès complet aurait été le prix de nos efforts.
+Indépendamment de la conservation de tout le champ de bataille, nous
+aurions fait bon nombre de prisonniers. Malgré tous les contre-temps
+survenus, nous perdîmes seulement la moitié du terrain sur lequel nos
+troupes étaient formées. Nous eûmes fort peu de soldats prisonniers;
+mais vingt-sept pièces de canon tombèrent au pouvoir de l'ennemi. Blessé
+à la main gauche, d'une balle, au moment où je menais les 20e et 25e
+régiments à la charge, je ne quittai le champ de bataille que le
+dernier. Je ne fus pansé qu'à dix heures du soir.
+
+Dans cette bataille, le corps de York, fort de vingt-deux mille hommes,
+fut engagé en entier, et presque tous les généraux ou officiers
+supérieurs furent tués ou blessés, tant ils avaient dû payer de leur
+personne pour contenir leurs troupes et se maintenir contre la vivacité
+de nos attaques ou l'énergie de notre défense. Le corps de Langeron fut
+en partie engagé. Notre champ de bataille fut le plus ensanglanté dans
+cette mémorable journée, le lieu où l'action fut la plus vive. J'ai ouï
+dire à divers officiers prussiens, et, entre autres, à M. de Goltz,
+adjudant général envoyé par le roi de Prusse auprès de Blücher, le même
+qui, depuis, a été ministre de Prusse à Paris, qu'après l'évacuation de
+Leipzig les souverains alliés, ayant été visiter tous les champs de
+bataille, furent frappés de la physionomie de celui-ci, du nombre des
+morts, et surtout de la proximité des morts des deux armées.
+
+La nuit étant arrivée, mes troupes prirent position à Eustritz et
+Gohlis. Le lendemain matin, elles repassèrent la Partha et s'établirent
+sur la rive gauche de cette rivière.
+
+J'avais dû compter sur le troisième corps d'armée; mais le maréchal Ney
+en avait disposé par l'ordre de l'Empereur, et l'avait dirigé sur la
+grande armée. Napoléon, informé de mon engagement, lui envoya l'ordre de
+rétrograder, mais déjà il était près de lui. Il se mit cependant en
+mouvement pour revenir, sans pouvoir arriver à temps pour nous secourir;
+et, pendant cette journée décisive, ayant toujours marché d'une armée à
+l'autre, il ne fut utile nulle part.
+
+Napoléon, de son côté, avait combattu avec les deuxième, cinquième,
+huitième, onzième corps et sa garde. Il avait gardé ses positions, mais
+n'avait pas pu enlever celles de l'ennemi. Je n'entrerai pas dans le
+détail de ce qui se passa de ce côté. Ce n'est pas l'histoire complète
+de la guerre que j'écris, mais seulement le récit des événements qui me
+sont particulièrement personnels. Divers écrivains militaires ont fait
+des relations de la bataille de Leipzig. Je les ai lues. La plus exacte,
+celle qui se rapproche davantage de la vérité pour les faits, malgré le
+thème convenu de mettre Napoléon à l'abri de tout reproche, est celle
+que contient le _Spectateur militaire_, et dont le général Pelet est
+l'auteur.
+
+Mon corps d'armée perdit de six à sept mille hommes. Le seul corps de
+York, d'après les relations officielles, dont les évaluations sont
+probablement fort inférieures à la vérité, éprouva une perte de cinq
+mille quatre cent soixante-sept hommes.
+
+Pendant cette double bataille, le quatrième corps, commandé par le
+général Bertrand, avait passé l'Elster, s'était emparé de Lindenau, et
+avait éloigné le corps de Giulay, qui occupait la plaine de Markranstadt
+et de Lutzen. Cette bataille du 16 décidait la question de la possession
+de l'Allemagne. C'est pour y commander que nous avions combattu ce
+jour-là. C'est pour l'affranchir de notre domination que les alliés nous
+avaient attaqués. Il restait à livrer bataille pour assurer notre salut
+personnel. Ainsi, quand on fixe au 18 octobre la bataille de Leipzig, on
+est dans l'erreur. Le 16, la grande question a été décidée. Napoléon
+n'étant pas parvenu à battre et à faire reculer l'ennemi, moi m'étant
+trouvé dans la nécessité de combattre un contre quatre, quoique l'armée
+du Nord, forte de soixante mille hommes, ne fût pas entrée en ligne, et
+la grande armée du prince de Schwarzenberg devant recevoir, le 17, les
+puissants renforts que Benningsen et Colloredo lui amenaient, il n'y
+avait plus rien à faire. D'ailleurs nos moyens étaient usés, nos
+munitions consommées, nos corps à moitié détruits. Nous n'avions donc
+plus d'espérance à concevoir, et notre pensée unique devait être de nous
+retirer en bon ordre, de sauver nos débris et de regagner la France.
+
+La journée du 17 se passa tranquillement. L'ennemi attendait ses
+renforts. Quant à nous, nous étions occupés à remettre l'ordre dans nos
+troupes. Cependant nous aurions dû, dès ce moment, commencer notre
+retraite, ou au moins en préparer les moyens, de manière à l'effectuer
+dès l'entrée de la nuit. Mais une sorte d'insouciance de la part de
+Napoléon, impossible à expliquer et difficile à qualifier, mettait le
+comble à tous nos maux. Pendant toute la journée du 17, l'armée de
+Silésie, et ensuite l'armée du Nord, commandée par le prince royal de
+Suède, défilèrent sous nos yeux et remontèrent la rive droite de la
+Partha. Je fis occuper les divers ponts de la partie supérieure de cette
+rivière, et je plaçai en observation, sur la rive gauche, ma cavalerie
+légère. Mon infanterie était campée perpendiculairement à la Partha,
+faisant face à Taucha, la gauche au village de Schoenfeld, la droite
+sur la direction du village de Paunsdorf.
+
+L'Empereur avait cependant senti la nécessité d'opérer la retraite. Les
+troupes qui avaient combattu à Wachau et Liebertwolkwitz la commencèrent
+avant le jour, le 18, et se rapprochèrent de Leipzig. Des caissons, que
+l'on ne pouvait pas emmener faute d'attelages, sautèrent, ce qui avertit
+l'ennemi du mouvement qui s'opérait. Il se mit en conséquence en mesure
+d'attaquer l'armée française. En effet, vers les dix heures du matin,
+l'armée de Bohême marcha en avant, formée en trois grosses masses, la
+droite commandée par le général Benningsen, le centre par Barclay de
+Tolly, et celle de gauche par le prince de Hesse-Hombourg, tandis que
+l'armée de Silésie et l'armée du Nord débouchaient par Taucha.
+
+La grande armée française prit aussitôt les positions suivantes: à
+l'extrême droite, le huitième (Poniatowski), ensuite, vers Probstheyda,
+le duc de Castiglione; puis le corps du duc de Bellune; ensuite le
+cinquième (général Lauriston); enfin le duc de Tarente, avec le onzième,
+derrière Holzhausen. Le septième, composé de Saxons, qui venait de
+Taucha, devait occuper Paunsdorf. Mon corps devait être à gauche, et le
+troisième en seconde ligne.
+
+Aucun engagement n'avait encore eu lieu; mais on devait reconnaître que
+le moment de l'action était prochain. Je venais de visiter mes postes de
+cavalerie wurtembergeoise sur la rive gauche de la Partha. J'avais donné
+pour instruction au général Normam, en le quittant, de se replier avec
+lenteur sur moi quand l'ennemi arriverait sur lui en débouchant de
+Taucha, et de me faire prévenir, afin que mes troupes eussent le temps
+de prendre les armes. Je rentrais à mon camp avec sécurité quand je vis
+la plaine couverte de cavalerie légère. Cette cavalerie en désordre
+marchait dans notre direction et s'avançait sur nous. Je supposai que
+les Wurtembergeois, attaqués brusquement, fuyaient. Je fis prendre les
+armes immédiatement aux troupes. Je fis battre la générale. C'était la
+première fois dans ma vie que j'employais devant l'ennemi ce moyen
+d'avertissement. En un petit nombre de minutes, les troupes furent en
+ligne, formées et en état de combattre. La cavalerie en vue approcha.
+Elle était composée de Cosaques. Normam, avec sa brigade, avait passé à
+l'ennemi.
+
+Un instant après, la cavalerie saxonne, placée au dedans de nos lignes,
+s'ébranla et marcha dans la direction de l'ennemi. Je crus d'abord
+qu'elle allait se mettre en ligne dans un de nos nombreux intervalles;
+mais je reconnus bientôt ses intentions. Formée en colonne, ses chevaux
+de main étaient en tête. Elle dépassa rapidement la ligne des troupes
+françaises, fut reçue dans les rangs ennemis, et promptement imitée par
+l'infanterie et l'artillerie; mais, chose odieuse! cette artillerie, à
+peine arrivée à une certaine distance, s'arrêta, se mit en batterie et
+tira sur nous. La diminution de nos forces nous obligea à raccourcir
+notre ligne. Je portai ma droite en arrière et la plaçai dans la
+direction de Wolkmann, plus rapprochée de Leipzig. Ma ligne fut
+complétée au moyen de la division Delmas, du troisième corps, qui vint
+remplir le vide fait par le départ des Saxons et occuper Wolkmann. Les
+troupes que j'avais en tête se trouvaient être composées des deux armées
+de Silésie et du Nord. Les Suédois se trouvaient à leur droite et
+vis-à-vis de ma gauche.
+
+L'ennemi dirigea ses principales attaques sur ce point. Il déploya
+devant nous cent cinquante bouches à feu. C'était beaucoup; car mon
+artillerie, fort diminuée par les pertes de l'avant-veille, avait
+très-peu de munitions. Il fallut les ménager, et cependant bientôt elles
+s'épuisèrent. L'ennemi rapprochait son canon, mitraillait un carré.
+Cette troupe, ainsi foudroyée, perdait du terrain, et alors j'allai la
+joindre et lui ordonner de s'arrêter. Je restai avec elle pour partager
+son sort et l'encourager; mais bientôt un autre carré, plus maltraité
+encore, fit un mouvement de retraite. Je fus forcé de courir à lui pour
+lui tenir le même langage et lui donner le même exemple.
+
+Pendant ce temps, les attaques sur Schoenfeld se succédaient, et ce beau
+et grand village fut pris et repris sept fois. Jamais l'ennemi ne
+parvint à s'en emparer complétement. Les troupes de ma deuxième division
+et un détachement de la troisième eurent la gloire de cette défense
+héroïque. Elles comptaient pour rien le nombre de leurs ennemis et
+soutinrent le combat près de huit heures. À la fin de la journée, mon
+artillerie étant entièrement démontée ou sans munitions, et l'ennemi
+s'étant tellement rapproché avec la sienne, qu'il n'y avait plus moyen
+d'y tenir, mes troupes firent un léger mouvement en arrière; mais,
+l'artillerie du troisième corps étant venue à notre secours, ainsi que
+la division Ricard, le village de Schoenfeld fut repris une huitième
+fois, et ainsi finit cette malheureuse, mais glorieuse journée. Notre
+perte fut considérable en tués et en blessés, surtout en officiers,
+parmi lesquels huit officiers généraux de mon seul corps d'armée.
+
+Pour donner une idée exacte de la manière dont nous nous sommes battus
+pendant ces deux célèbres journées, je dirai seulement ce qui concerne
+mon état-major et moi-même. Mon chef d'état-major et le sous-chef furent
+frappés à mes côtés[6]; quatre aides de camp furent tués, blessés ou
+pris; sept officiers d'état-major furent également tués ou blessés[7].
+Quant à moi, j'eus un coup de fusil à la main, une contusion au bras
+gauche, une balle dans mon chapeau, une balle dans mes habits, quatre
+chevaux tués ou blessés sous moi[8]. Sur trois domestiques qui
+m'accompagnaient, deux furent blessés et eurent leurs chevaux tués.
+Partout cependant nous avions résisté; partout nous avions conservé nos
+positions. Les troupes s'étaient surpassées en énergie et en courage, et
+elles en avaient bien le sentiment. Jamais je n'ai vu les miennes plus
+fières de ce qu'elles avaient fait.
+
+[Note 6: Le général Richemont, chef d'état-major, tué; l'adjudant
+général Lerasseur, sous-chef d'état-major, eut la cuisse fracassée par
+un boulet. (_Note de l'Éditeur._)]
+
+[Note 7: Entre autres, Laclos, chef de bataillon, tué; le capitaine
+de Charnailles, blessé et fait prisonnier; le capitaine Komierouski, la
+cuisse cassée; le lieutenant Perrégaux, le lieutenant de Bonneval, le
+lieutenant Martin, le lieutenant Baraguey-d'Hilliers, le poignet
+emporté; le capitaine Jules de Méry, prisonnier.--Nous n'avons pu nous
+procurer les noms des autres officiers; mais il suffit de remarquer que,
+parmi les aides de camp du maréchal, les seuls restés debout furent le
+colonel Denys de Damrémont, premier aide de camp, et le
+lieutenant-colonel Fabvier. (_Note de l'Éditeur._)]
+
+[Note 8: Le duc de Raguse, comme on l'a vu dans ses _Mémoires_,
+avait été blessé en Espagne. Il fit toute la campagne de 1813 le bras en
+écharpe; il n'était pas encore guéri lorsqu'il reçut ces dernières
+blessures. (_Note de l'Éditeur._)]
+
+Cependant il n'y avait plus un moment à perdre pour nous retirer et pour
+hâter une retraite rendue difficile par la position particulière à
+Leipzig, les embarras causés par tant de corps d'armée agglomérés et les
+défilés qu'il fallait traverser. De nombreux ponts auraient dû être
+construits sur l'Elster pour donner moyen à l'infanterie de marcher sur
+diverses colonnes à la fois, en laissant la chaussée libre à
+l'artillerie, à la cavalerie et aux équipages; mais on n'en avait fait
+aucun. L'état-major n'en avait pas reçu l'ordre et n'en eut pas la
+pensée. On aurait cru que des officiers seraient préposés pendant toute
+la nuit pour veiller à la sortie de l'artillerie et à la marche
+régulière de cet immense matériel. Rien de semblable ne fut ordonné. Les
+voitures, placées sur trois ou quatre colonnes parallèles sur les
+boulevards de Leipzig, se trouvant dans l'impossibilité d'avancer faute
+d'ordre, les soldats du train s'endormirent, et tout resta ainsi en
+confusion jusqu'au 19 au matin. Alors il fallut prendre position dans
+les faubourgs de la ville, afin de les défendre autant que possible et
+de retarder l'entrée de l'ennemi de quelques heures pour faciliter la
+sortie de cette artillerie, dont on était encombré; mais, aucune
+reconnaissance préliminaire n'ayant été faite, aucun de nous ne
+connaissait les localités, les points à occuper, les issues à garder.
+Les jardins qui entourent Leipzig rendaient d'ailleurs la défense
+difficile. Les troupes ne pouvant pas circuler, se mouvoir et se porter
+d'un point sur l'autre, l'ennemi, dans ce labyrinthe, trouva facilement
+des passages pour pénétrer. Quelques troupes ennemies une fois entrées,
+la crainte et le désordre se mirent parmi nos soldats, et toute défense
+devint impossible.
+
+Chargé d'occuper le faubourg de Halle et de le défendre, je pris
+position, le 19, de grand matin. Le troisième corps était sous mes
+ordres.
+
+Je plaçai la plus grande partie de mes troupes à la porte même de Halle
+et derrière la Partha, afin d'empêcher l'ennemi d'arriver plus tôt que
+nous sur la communication de Lindenau, notre point de retraite, objet de
+la plus grande importance. Je chargeai la division Ricard de la barrière
+de Schoenfeld, se liant par sa droite avec le onzième corps qui
+défendait la porte de Dresde. Je plaçai en réserve la plus grande partie
+du sixième corps dans les vergers, entre la barrière de Schoenfeld et la
+porte de Halle, les troupes ne pouvant pas se former sur le boulevard,
+occupé par une grande quantité de voitures.
+
+Nous étions à peine formés lorsque l'ennemi, ayant réuni beaucoup
+d'artillerie et de troupes, attaqua le onzième corps dans le faubourg de
+Dresde. Ses attaques parvinrent peu après à la barrière de Schoenfeld;
+mais le canon qu'il avait porté de ce côté, ne pouvant découvrir le pied
+des maisons et du mur d'enceinte, ne lui ouvrit aucun passage. Ses
+tentatives furent repoussées. Une vaste maison, hors de l'enceinte, une
+manufacture, que j'avais fait occuper par un détachement du 70e
+régiment, et dont j'avais donné le commandement au major Rouget, fit
+éprouver de grandes pertes à l'ennemi, en même temps qu'une compagnie de
+carabiniers du 23e léger sortit de la barrière avec la plus grande
+impétuosité et massacra tout se qui s'était avancé. J'avais appelé, au
+secours de la division Ricard, la plus grande partie du sixième corps,
+et nous repoussions partout l'ennemi. Mais nous ne tardâmes pas à avoir
+des preuves que l'ennemi avait pénétré dans les faubourgs de droite. Il
+se présenta tout à coup à la droite immédiate des troupes à mes ordres,
+c'est-à-dire à la gauche du onzième corps, et entre ce corps et moi. Je
+marchai, à la tête du 142e et du 23e léger, pour le chasser des rues
+qu'il occupait. Un premier succès couronna nos efforts; mais les troupes
+ennemies augmentaient sans cesse; elles furent en outre bientôt
+secondées par le feu des troupes saxonnes et badoises qui occupaient
+l'intérieur de la ville. Cette circonstance rendit nos efforts inutiles.
+
+Le désordre était partout. L'encombrement causé par les voitures sur les
+boulevards, l'affluence de ceux qui se retiraient, empêchaient aucune
+formation ni aucune disposition. Enfin la terreur emporta tout le monde.
+L'on jugera de ses effets quand on saura qu'il y a un boulevard
+circulaire entre la ville et les faubourgs, et que, les troupes se
+retirant à la fois par le boulevard du Nord, par celui du Midi et par
+le milieu de la ville, les trois colonnes se réunissaient sur la
+chaussée de Lindenau, débouché commun.
+
+La foule était si pressée sur ce point de réunion, qu'ayant, pour mon
+compte, fait ma retraite par les bas-côtés du boulevard, jamais je ne
+pus entrer, sans secours, dans le courant. Deux officiers du 86e s'en
+chargèrent, l'un frappa tellement avec son sabre qu'il parvint à faire
+un léger vide, et l'autre, ayant saisi et tiré fortement la bride du
+petit cheval arabe que je montais, le jeta dans cette masse confuse, où
+dans les premiers moments il fut porté, tant la foule était compacte.
+
+Cette foule s'écoulait et passait le pont que Napoléon avait fait miner.
+J'ignorais cette disposition, et je ne compris pas le sens d'une demande
+faite par le colonel du génie Montfort, qui s'informa auprès de moi de
+la troupe destinée à passer la dernière. Je lui répondis qu'à la manière
+dont la retraite s'opérait, avec la confusion existante, on devait
+croire que c'était le hasard qui en déciderait. Je continuai ma marche.
+
+Je n'étais pas à deux cents pas de ce malheureux pont, lorsqu'une
+explosion m'annonça qu'il venait de sauter. Douze ou quinze mille hommes
+étaient encore en arriére.
+
+Cet événement funeste fut causé par la vue de quelques Cosaques qui
+avaient paru dans la prairie. Le sous-officier de sapeurs qui était
+chargé de la mine perdit la tête, crut à une attaque, et y mit le feu.
+
+Je réunis alors une portion de mes troupes sur la rive gauche de
+l'Elster, afin de protéger la retraite des hommes restés en arrière, et
+de recueillir ceux qui passaient l'Elster à la nage. Je reçus, en ce
+moment, le maréchal Macdonald qui, arrivé trois minutes trop tard, ne
+put passer le pont. Il franchit la rivière avec plus de bonheur que le
+prince Poniatowski qui y périt. Quelques hommes aussi se retirèrent par
+un petit pont que l'on avait trouvé le moyen d'établir. La division
+Durutte, du septième corps, mise sous mes ordres, prit également
+position dans la prairie dans le même but. Ces troupes y restèrent tant
+que leur présence fut utile. Plus tard elles se retirèrent, et furent
+couvertes par l'arrière-garde, composée de deux divisions de jeunes
+gardes, que commandait le maréchal duc de Reggio. Elles se trouvèrent
+réunies à Lindenau.
+
+J'avais alors sous mes ordres les troisième, cinquième, sixième et
+septième corps, ou plutôt leurs misérables débris. J'allai prendre
+position à Markranstadt. C'est là que je retrouvai l'Empereur. Il était
+fort abattu, et il avait raison de l'être. À peine deux mois s'étaient
+écoulés, et une immense armée, une armée de plus de quatre cent
+cinquante mille hommes, s'était fondue entre ses mains. C'était la
+seconde fois depuis un an qu'il présentait au monde ce spectacle de
+destruction, dont les temps modernes n'ont pas offert d'autre exemple.
+Il lui restait environ soixante mille hommes, composés en partie de la
+garde, en partie des corps de cavalerie qui avaient passé le défilé de
+Lindenau pendant la nuit, et dans la journée du 18, et enfin du corps de
+Bertrand: seules forces régulières sur lesquelles il pût compter. Ce qui
+sortit, le 19, au moment où l'ennemi entrait à Leipzig, n'avait plus ni
+consistance ni organisation.
+
+Le 20, nous nous portâmes sur Weissenfels. J'occupai, avec les divers
+corps sous mes ordres, dont la force ne s'élevait pas ensemble à six
+mille hommes, les hauteurs de la rive gauche de la Saale, couvrant le
+passage de l'armée contre les troupes ennemies qui auraient pu déboucher
+par Mersebourg. Le lendemain, nous campâmes sur les hauteurs de
+Freybourg et d'Eckartsberg. Un corps ennemi, venant de Iéna, se montra
+sur notre flanc vers Kosen, et voulut gêner notre marche. Je formai mes
+troupes au débouché; je contins l'ennemi, et couvris ainsi les
+mouvements de l'armée. Le 22, nous prîmes position à Butelstadt; le 23
+et le 24, sur les hauteurs d'Erfurth; le 25, à Arsbach; le 26, à Wartas;
+le 27, à Buttler; le 28, en avant de Fulde; le 29, à Saalmünster.
+L'ennemi nous suivait sur différentes colonnes, mais ne pressait pas
+notre marche. Il n'y eut qu'un seul engagement sérieux près de Gotha. La
+jeune garde, d'abord aux ordres du maréchal Oudinot, puis à ceux du
+maréchal Mortier, faisait l'extrême arrière-garde, et avant elle
+marchait à peu de distance le quatrième corps.
+
+Des troupes aussi désorganisées que celles que nous commandions, aussi
+harassées, aussi exténuées par les marches, les combats, les revers et
+les privations, s'abandonnèrent bientôt à l'indiscipline.
+L'impossibilité de faire vivre les soldats par des distributions
+régulières motiva et justifia leurs dispositions. Chacun s'occupa, avant
+tout, à trouver sa subsistance; et, comme l'esprit militaire était
+éteint, comme un abattement et un dégoût que rien ne saurait rendre le
+remplaçaient, tous ceux qui s'étaient éloignés des drapeaux jetèrent
+leurs armes et marchèrent un bâton à la main. Sur soixante mille hommes
+qui restaient encore, vingt mille étaient ainsi formés en troupes de
+huit ou dix hommes, couvrant toute la campagne, et marchant sur les
+flancs des colonnes, bivaquant pour leur compte. Les plaines et les
+vallées étaient, chaque nuit, couvertes d'une quantité de feux épars,
+et placés sans régularité. Ces soldats reçurent de l'armée un surnom
+devenu historique, qui rappelait leur unique occupation, la recherche
+des moyens de vivre; on les appela les _fricoteurs_.
+
+Au commencement d'octobre, les négociations qui déjà existaient depuis
+quelque temps entre l'Autriche et la Bavière, prirent un caractère
+sérieux, et se terminèrent par une alliance. L'armée du général de
+Wrede, qui, dans l'intérêt de l'alliance française, était rassemblée sur
+les bords de l'Inn, et couvrait la Bavière contre les troupes de
+l'Autriche, commandées par le prince de Reuss, se réunit à celles-ci
+pour nous attaquer. Se plaçant sous les ordres mêmes du général de
+Wrede, elles se mirent en marche pour se porter sur nos derrières et
+couper nos communications. Dès le 15 octobre, cette armée avait commencé
+son mouvement. Le 17, elle était à Landshut; le 20, à Nordlingen; le 22,
+à Anspach, et le 24 devant Würtzbourg. Le général Tarreau commandait
+dans cette ville avec une garnison de douze cents hommes. Il refusa d'en
+ouvrir les portes. De Wrede fit mettre en batterie tous les obusiers de
+son armée, et bombarder la ville pendant la nuit, mais sans effet.
+Plusieurs sommations ayant été infructueuses, il se disposait à donner
+l'assaut à cette ville, dont l'étendue était beaucoup trop grande pour
+la faible garnison qui l'occupait, lorsque le général Tarreau consentit
+à la lui remettre et à se retirer dans la citadelle. L'armée
+austro-bavaroise continua son mouvement sur Aschaffembourg et sur Hanau.
+Son avant-garde entra dans cette ville; mais, chassée par une première
+colonne qui marchait à deux journées en avant de l'armée, les Bavarois,
+soutenus par des renforts, y rentrèrent après son passage. Obligés de
+nouveau d'évacuer la ville et d'attendre la division du général Lamotte,
+cette division et celle du général de Roy étant arrivées, ils occupèrent
+la ville et les bords de la Kinzig.
+
+Le 29, Wrede dirigea la division Rechberg sur Francfort. Elle y arriva
+le 30, et occupa le faubourg de Sachsenhausen. Une avant-garde
+autrichienne de cette même armée se porta sur Gelnhausen, et prit
+position à Altenhausen. Toute l'armée de Wrede, forte de cinquante mille
+hommes, était rassemblée sur le terrain le plus favorable pour agir
+contre l'armée française. Il eût dû porter toutes ses forces à l'entrée
+du défilé de Gelnhausen; jamais il n'aurait été au pouvoir de l'armée
+française de déboucher; mais il se tint timidement dans la plaine, peu
+en avant de la Kinzig, et à portée de repasser cette rivière et de se
+retirer dans la vallée du Mein, s'il était battu.
+
+Ce même jour, 29, l'avant-garde de l'armée française culbuta la brigade
+autrichienne de Wolkmann, placée à peu de distance de Gelnhausen. Vers
+trois heures après-midi, elle arriva devant Langenselbold qui était
+occupé par une division bavaroise. Cette division fut forcée à se
+retirer. L'armée ennemie s'établit alors de la manière suivante, en
+position en avant de Hanau et de la Kinzig. Elle avait cette rivière à
+dos: sa droite, composée de la division Becker, appuyée à la rivière et
+à la ferme de Neuhof. Venait ensuite une partie de la division
+autrichienne du général de Fresnel. Au delà de la route de Francfort
+était placée la division bavaroise de Lamotte. Plus à gauche était la
+cavalerie bavaroise et une nombreuse artillerie. Cette ligne était
+terminée par le reste de la division de Fresnel, et des Cosaques qui
+voyaient la route de Friedberg. Enfin la division du général Bach
+occupait la ville de Hanau.
+
+Le 30, au matin, l'armée française, aussitôt qu'elle fut à portée, et
+qu'elle put se développer dans la plaine, mit en action sa cavalerie et
+l'artillerie de la garde. La cavalerie aux ordres du général Sébastiani
+les soutint. L'ennemi, écrasé par le feu auquel il fut soumis, pressé
+par les charges qu'il eut à supporter, plia. Quand il fut arrivé à la
+lisière du bois, plusieurs milliers de tirailleurs furent chargés de l'y
+suivre. Les troupes peu nombreuses du duc de Bellune et du duc de
+Tarente reçurent cette mission. Deux bataillons de chasseurs de la
+vieille garde, commandés par le général Curial, curent l'ordre de les
+soutenir. La manière dont ces deux bataillons se portèrent en avant et
+culbutèrent ce qu'ils avaient devant eux fut un objet d'admiration pour
+ceux qui en furent témoins.
+
+Appelé par le feu, dont j'entendais le bruit, et par les ordres que je
+reçus, je hâtai ma marche et j'arrivai à temps pour prendre part au
+combat avec la tête de ma colonne. Une charge de six cents hommes faite
+dans le bois à l'appui de notre gauche, qui éprouvait une fort grande
+résistance, força l'ennemi à repasser la Kinzig. Tout ce qui était sur
+la route de Francfort se retira par Hanau, et sortit de cette ville pour
+se réunir à ce qui avait fait sa retraite par le pont de Lamboi. Pendant
+la nuit, je fis jeter quelques centaines d'obus dans la ville. L'ennemi
+l'évacua, et j'en fis prendre possession. Je bivaquai en face de lui. Je
+n'en étais séparé que par la Kinzig. Les Bavarois perdirent dans cette
+affaire environ six mille hommes. Notre perte fut moindre, vu le petit
+nombre de nos combattants et notre succès.
+
+L'ennemi tenta de passer la Kinzig le lendemain 31; mais il fut
+constamment repoussé par mes troupes. Aucune de ses tentatives ne lui
+réussit; et, quoiqu'il fit soutenir ses mouvements offensifs par une
+artillerie formidable et très-supérieure à la nôtre, ses troupes furent
+constamment rejetées ou contenues de l'autre côté de la rivière. Le
+quatrième corps, étant arrivé, me remplaça. Quand il fut en position, je
+continuai mon mouvement sur Francfort. Alors de Wrede prit l'offensive à
+la fois sur la rivière et sur la ville. Cette dernière attaque
+réussissant, il voulut déboucher sur la grande route; mais ce général,
+arrivé sur le pont, reçut une balle dans le bas-ventre. L'artillerie de
+la division Morand ayant en même temps mitraillé la colonne ennemie,
+elle plia. Une brigade italienne chargea l'ennemi avec vigueur, le
+culbuta et reprit la ville. Le soir, le général Bertrand replia ses
+postes et se retira sur Francfort. L'arrière-garde, commandée par le
+maréchal Mortier, évita de passer à Hanau, et se retira de Gelnhausen
+directement sur Hochstadt, où elle arriva sans être inquiétée.
+
+Le 1er novembre, je me rendis à Hochstadt, sur la Nidda. Le pont sur
+cette rivière avait été coupé par l'ordre du maréchal Kellermann,
+commandant à Mayence. Ce général, sans garnison dans cette forteresse,
+n'avait à sa disposition que quelques dépôts. Craignant l'arrivée de
+l'armée de Wrede, il avait cherché, avec raison, à lui créer des
+obstacles pour retarder sa marche. Le 2 novembre, j'entrai à Mayence.
+Mes troupes s'y établirent, ainsi que dans les environs.
+
+Notre retour sur le sol de l'Empire semblait mettre un terme à nos
+malheurs: mais ce ne devait être qu'une suspension momentanée à nos
+souffrances. Nous étions destinés à être, plus tard, accablés par bien
+d'autres infortunes et bien d'autres misères.
+
+
+
+
+CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS
+RELATIFS AU LIVRE DIX-HUITIÈME.
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Bautzen, le 6 septembre 1813, dix heures du matin.
+
+«D'après de nouvelles dispositions, monsieur le duc de Raguse,
+l'Empereur ordonne qu'au lieu de vous porter sur Hoyerswerda vous
+partiez sur-le-champ, avec votre corps d'armée, pour vous diriger sur
+_Dresde_ en passant par _Königsbrück_. Faites-moi connaître toujours où
+vous serez, afin que je puisse vous envoyer des ordres.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Bautzen, le 6 septembre 1813, dix heures du matin.
+
+«Mon cousin, rendez-vous aujourd'hui sur _Kamens_ et _Königsbrück_,
+pour pouvoir arriver demain à Dresde, s'il est nécessaire. Je vais
+moi-même m'approcher aujourd'hui de Dresde, et je verrai si les choses
+sont aussi sérieuses que paraîtrait l'annoncer la dépêche du maréchal
+Saint-Cyr. Si cela était moins sérieux, de la petite ville de
+_Königsbruck_ et de _Kamens_ vous pourriez toujours vous reporter sur
+_Hoyerswerda_. Emmenez tout ce qui appartient à votre corps, et ne
+laissez personne à Bautzen.--Le général _Normam_ ayant marché du côté de
+Königsbruck, vous le prendrez sous vos ordres: il sera nécessaire que
+vous l'employiez à flanquer votre marche.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 7 septembre 1813.
+
+«Il est neuf heures du matin, monsieur le duc. L'Empereur suppose que
+vous avez reçu la lettre que je vous ai écrite à quatre heures du matin.
+Jusqu'à ce moment, l'ennemi ne paraît pas avoir de monde à
+Dippoldiswald, et nous sommes toujours dans l'opinion que le mouvement
+que l'ennemi fait sur la rive gauche de l'Elbe a pour but de rappeler
+l'Empereur de son mouvement sur la Neisse.
+
+«Nous recevons des nouvelles du prince de la Moskowa; il a attaqué
+l'ennemi le 5 à deux lieues de Wittenberg; il l'a battu et repoussé
+jusqu'à cinq lieues sur la route de Interburg. L'Empereur pense donc
+qu'il sera utile que vous vous rendiez à Hoyerswerda, et de là pousser
+une avant-garde sur _Kalau_. Arrivé à _Lukau_, vous ne serez qu'à trois
+fortes marches de Dresde, et à même distance de Berlin. Sa Majesté pense
+donc que vous devez diriger de suite la valeur d'une division sur
+Hoyerswerda, et garder pendant toute la journée d'aujourd'hui votre
+troisième division à Kamens, pour bien rallier tous vos traîneurs.
+
+«Vous trouverez ci-joint un ordre qui met le général Lhéritier à votre
+disposition. Ce général est à Grossenhayn; il pourra vous rejoindre par
+Elsterwerda, Senftenberg, ou par Sonnenwald. Comme il a deux bataillons
+d'infanterie, quelques pièces de canon et plus de deux mille chevaux,
+s'il marche réuni et avec précaution, il n'aura rien à craindre dans sa
+marche pour flanquer votre gauche.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Lubestadt, le 10 septembre 1813, neuf heures du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous
+restiez à Dresde, et que vous avez l'oeil sur tout ce qui se passe.
+
+«La position de l'armée est aujourd'hui ainsi qu'il suit:
+
+«Le prince de la Moskowa et les trois corps qui ont essuyé un échec,
+dans la journée du 6, se rallient à Torgau;
+
+«Le duc de Tarente vient prendre position avec son armée aujourd'hui 10,
+en avant de Bautzen. Le prince Poniatowski garde la droite; cette
+retraite n'était pas nécessitée, elle a été ordonnée par l'Empereur pour
+concentrer nos forces;
+
+«Le général Lhéritier est à Grossenhayn en observation;
+
+«Le sixième corps est à Dresde avec la brigade Piré;
+
+«Le général Margaron, avec un corps de huit à dix mille hommes,
+cavalerie, infanterie et artillerie, est à Leipzig;
+
+«Le maréchal Saint-Cyr, soutenu par les premier et deuxième corps,
+marche sur les hauteurs de Toeplitz;
+
+«Une division de la jeune garde est à Dresde;
+
+«Le duc de Trévise, avec les autres divisions, est à Pirna, occupant
+Gieshübel.
+
+«Les corps russes et prussiens, et quelques Autrichiens qui occupaient
+Borna, Gieshübel et Altenbourg, se sont mis successivement en retraite
+dans la journée d'hier.
+
+«Dans cette situation des choses, il est probable que ce mouvement
+offensif en Bohême rappellera les corps que l'ennemi avait jetés sur
+Freyberg et Zwickau, si tant est que l'ennemi ait jeté des corps dans
+cette direction. Si l'ennemi n'a jeté que des partis, il est possible
+qu'il les laisse, mais alors, monsieur le maréchal, vous pouvez faire
+faire de fortes patrouilles sur Freyberg pour les poursuivre.
+
+«Il est nécessaire, monsieur le duc, que vous receviez la correspondance
+du général Lhéritier, que vous le souteniez s'il est nécessaire; il faut
+aussi que vous vous mettiez en correspondance avec le prince de la
+Moskowa, le duc de Tarente et le prince Poniatowski.
+
+«Il est possible que l'Empereur soit de retour dans la journée de demain
+à Dresde; Sa Majesté peut dans un jour réunir toute sa garde et le corps
+du général Latour-Maubourg à votre corps d'armée. Il est possible aussi
+que, si l'Empereur trouve quelque mal à faire à l'ennemi, il reste
+encore éloigné de Dresde pendant quelques jours.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 12 septembre 1813.
+
+«L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous vous mettiez en marche
+demain 13, à cinq heures du matin, avec votre première division; vous
+vous ferez suivre par votre seconde division, qui partira à six heures,
+et par votre troisième division qui partira à sept heures du matin. Vous
+vous dirigerez sur Grossenhayn, afin de chasser l'ennemi de la rive
+droite de l'Elbe entre Torgau et Dresde, et de favoriser un convoi de
+quinze mille quintaux de farine qui de Torgau doit venir à Dresde.
+L'arrivée de ce convoi est de la plus haute importance, puisqu'elle
+assurerait des subsistances pendant plusieurs mois sur notre point de
+réunion de Dresde.
+
+«Sa Majesté le roi de Naples part demain avec le premier corps de
+cavalerie pour Grossenhayn; il prendra aussi sous ses ordres le
+cinquième corps de cavalerie qui s'y trouve, et, soutenu par votre
+corps, il manoeuvrera de manière à rendre libre l'Elbe, afin que le
+convoi de quinze mille quintaux de farine puisse arriver à Dresde, et de
+manière aussi à éclairer tout ce qu'il y a d'ennemis de ce côté.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 14 septembre 1813.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, je mande au roi que, si le but de
+son expédition est rempli, c'est-à-dire si le convoi parti de Torgau le
+13 a passé les points dangereux, le roi partirait demain au jour avec sa
+cavalerie pour se rendre à Dresde: il paraît que l'ennemi veut déboucher
+par Peterswald. Dans ce cas, l'intention de Sa Majesté serait que vous
+fissiez partir demain, deux heures avant le jour, la division de votre
+corps la plus rapprochée de Dresde, et que vous arrivassiez de votre
+personne avec cette division: le reste de votre corps d'armée suivrait.
+Il serait alors important, monsieur le duc, que vous arrivassiez le plus
+tôt possible avec votre division, afin d'avoir l'oeil sur tout.
+L'Empereur sera ce soir à Pirna. Le général Lhéritier s'échelonnerait de
+Grossenhayn sur Dresde pour protéger le passage du convoi de farine:
+l'arrivée de ce convoi est de la plus haute importante et la première
+considération. L'Empereur veut à son tour attaquer l'ennemi et
+vigoureusement. Je vous écrirai dans la nuit: envoyez-moi un officier.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 15 septembre 1813, deux heures du matin.
+
+«Mon cousin, quinze à vingt mille hommes ont débouché hier par
+Peterswald, ce qui a obligé le comte de Lobau à prendre la position de
+Gieshübel; mais, comme l'ennemi n'a point attaqué en même temps Borna,
+cela ne s'annonce point comme un mouvement d'armée. Il me tarde
+d'apprendre que le convoi de vivres est passé. Vous devez faire, ainsi
+que le roi de Naples, tout pour faire arriver ce convoi. Cela fait, il
+faudra vous tenir prêt à agir d'après les circonstances, et à revenir à
+Dresde si cela est nécessaire. Vous aurez, dans la journée, des
+nouvelles positives de ce qui se sera passé. Je compte me rendre près de
+Pirna, pour être plus rapproché de ce qui aura lieu de ce côté. J'espère
+que, si hier 14 vous n'avez pas eu de nouvelles du convoi, vous en aurez
+aujourd'hui 15. Si vous avez la nouvelle qu'il a passé, préparez-vous à
+faire un mouvement; mais ne vous pressez pas de le faire jusqu'à ce que
+vous ayez les nouvelles de la journée.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Pirna, le 16 septembre 1813, neuf heures du matin.
+
+«L'Empereur a chassé hier l'ennemi au delà de Peterswald, mais il occupe
+encore le col des hautes montagnes, entre Peterswald et Nollendorf. Sa
+Majesté le fera attaquer aujourd'hui à midi pour le chasser et le
+rejeter entièrement au delà des montagnes.
+
+«Sa Majesté a appris avec plaisir la nouvelle du convoi; votre présence,
+monsieur le maréchal, ainsi que celle du roi, dans toutes ces
+directions, est utile, parce qu'elle menace Berlin; Sa Majesté suppose
+d'ailleurs que cela fait un moment de repos pour votre corps, comme pour
+la grosse cavalerie.
+
+«Sa Majesté a déjà fait connaître qu'il fallait occuper Radebourg et
+Königsbruck. Elle suppose que cela est fait; elle suppose aussi qu'on se
+sera mis en correspondance avec le prince de la Moskowa en établissant
+un bateau à la hauteur de l'endroit où se trouve le roi.
+
+«L'Empereur désire, monsieur le maréchal, que vous envoyiez un officier
+reconnaître le château de Meissen, le pont, la tête de pont: savoir si
+elle est armée et si tout est en bon état.
+
+«Le prince vice-connétable, major-général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Pirna, le 20 septembre 1813, quatre heures du matin.
+
+«Mon cousin, la journée d'hier et cette nuit sont si horribles, qu'il
+n'y a pas moyen de bouger.--Le duc de Tarente a donné une fausse alarme.
+Vous devez rester, jusqu'à nouvel ordre, dans votre position; il n'est
+pas probable que l'infanterie ennemie ose s'avancer. Si cela était, je
+viendrais vous renforcer et nous livrerions bataille, ce qui serait une
+chose bien avantageuse, mais qui paraît opposée à leur système. La
+grande affaire de ce moment paraît être de conserver les armes et les
+cartouches le plus possible.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Harta, le 23 septembre 1813, une heure après midi.
+
+«Mon cousin, l'ennemi a repassé en désordre la Sprée. Le duc de Tarente
+doit, dans ce moment, être entré à Bautzen.--Mon intention est de faire
+remplacer le général Normam par une colonne du corps du duc de Tarente
+dans la journée de demain et de vous donner ordre de vous replier demain
+sur Meissen. Aussitôt que le roi de Naples sera revenu à Dresde, le
+général Latour-Maubourg sera sous vos ordres. Je dirige sur Meissen le
+troisième corps, qui sera également sous vos ordres. Il arrivera à
+Meissen le 25 ou au plus tard le 26.--Cela vous fera une forte armée,
+avec laquelle vous serez prêt à vous porter partout où les circonstance
+l'exigeraient. Faites préparer des vivres à Meissen et dans les
+bailliages environnants. J'attache une haute importance au pont de
+Meissen. Pressez les travaux du pont de Meissen, et fournissez tous les
+ouvriers nécessaires aux travaux de la tête de pont. Il est inutile de
+changer le pont de bateaux, puisque j'espère que, sous huit jours, le
+pont de pierre sera réparé.--J'aurai un pont à Koenigstein, un pont à
+Pirna, un pont à Pilnitz, trois ponts à Dresde et un pont à Meissen.
+J'ai ordonné de construire, à une demi-lieue en avant du camp retranché
+de la rive droite à Dresde, deux redoutes, l'une sur la route de Berlin,
+et l'autre sur celle de Bautzen. Le duc de Tarente est chargé de la
+garde de camp retranché, et occupera tous les débouchés de la forêt par
+des postes retranchés à deux lieues en avant.--Par ce moyen, je pourrai
+disposer des troisième, cinquième et huitième corps, et de la plus
+grande partie de la cavalerie du général Sébastiani, ainsi que de toute
+ma garde. Avec ces forces, je battrai l'ennemi de l'oeil, afin de
+profiter de la première faute qu'il pourrait faire.--Envoyez un officier
+au prince de la Moskowa pour lui faire connaître verbalement le contenu
+de cette lettre, afin d'éviter que celui-ci puisse tomber entre les
+mains de l'ennemi.--Le général Lefebvre-Desnouettes a battu Thielmann et
+a rétabli la communication avec Erfurth. Je viens aussi de recevoir sept
+estafettes de Paris tout à la fois.--Le cinquième corps de cavalerie
+restera à Grossenhayn, et sera chargé de couvrir les routes de Meissen,
+de Moritzbourg, etc.--Tenez vos postes en avant de Meissen le plus loin
+que vous pourrez et aussi longtemps qu'il sera possible.--Faites
+travailler, je vous le répète, avec la plus grande activité à la tête de
+pont de Meissen en faisant relever vos ouvriers trois à quatre fois par
+jour.--Vous verrez, par les ordres que vous recevrez du major général,
+que, dès que vous aurez repassé l'Elbe, vous devez placer vos postes de
+manière à garder parfaitement la rive gauche jusqu'à Torgau. Le
+troisième corps y sera plus particulièrement destiné.--Je vous écrirai
+plus en détail de Dresde, où je serai ce soir.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+«P. S. Ne faites aucun mouvement que vous n'en receviez l'ordre du major
+général.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Harta, le 24 septembre 1813, cinq heures du matin.
+
+«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 23, à une heure après-midi. Les
+renseignements que vous me donnez sont légers et vagues. Vous ne me
+faites pas connaître de quelle nation étaient les troupes qui ont campé
+à deux lieues de vous, ni d'où elles venaient, ni ce qu'elles ont fait.
+Il paraît que le général Sacken s'était retiré sur Kamens; mais il est
+probable qu'il se sera porté ensuite sur Bautzen, où le duc de Tarente
+doit entrer ce matin. Nous allons en avoir des nouvelles
+positives.--Vous aurez probablement fait raccommoder le pont de Meissen.
+Vous y aurez envoyé à cet effet des sapeurs.--Je suis étonné qu'hier, à
+une heure après midi, vous n'eussiez pas encore reçu ma lettre relative
+à la reconnaissance du général Delmas sur Kamens.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 25 septembre 1815.
+
+«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 24. J'ai ordonné
+qu'effectivement, sans défaire le pont actuel, on établit des piles sur
+bateaux, qui nous donneront, sous quarante-huit heures, le passage du
+pont de pierre. Faites exécuter cet ordre. Cela fera deux ponts au lieu
+d'un, ce qui nous sera avantageux jusqu'à ce que nous ayons
+définitivement un véritable pont.--Donnez des ordres pour qu'à Meissen
+on ne laisse plus descendre aucun bateau pour Torgau, puisque la rivière
+n'est pas libre.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 27 septembre 1813, dix heures du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous portiez votre
+quartier général à Wurtzen, et que vous placiez vos trois divisions,
+l'une près de Eulenbourg, une autre à Wurtzen, et une autre entre
+Wurtzen et Meissen: par exemple à la petite ville d'Oschatz ou dans
+celle de Mügeln.
+
+«Quant au premier corps de cavalerie du général Latour-Maubourg,
+l'intention de l'Empereur est que vous le placiez à Dahlen et Schilda,
+si toutefois il y a du fourrage dans ces endroits.
+
+«Vous laisserez une brigade de grosse cavalerie et une brigade
+d'infanterie à Meissen, jusqu'à ce qu'elles y soient relevées.
+
+«Je donne l'ordre à cinq cents hommes montés du 3e de hussards et du 27e
+de chasseurs, appartenant au cinquième corps de cavalerie, qui sont à
+Wilsdruff, de se rendre à Meissen pour y relever la brigade de cavalerie
+que vous aurez laissée dans cette place.
+
+«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que vous formiez
+cinq colonnes, chacune de trois à quatre cents hommes de cavalerie et
+d'un bataillon d'infanterie; les trois premières seront destinées à
+occuper la position vis-à-vis Mühlberg, la petite ville de Strehla et
+les positions entre Strehla et Meissen, chacune de ces colonnes ayant
+six pièces de canon sur le bord de la rivière. Les deux autres seront
+destinées à aller en partisans pour nettoyer tout ce qui se trouverait
+entre Torgau et Dresde, Colditz et Meissen, et il suffira que ces
+dernières colonnes aient deux pièces d'artillerie.
+
+«Le général Margaron a sous ses ordres, à Leipzig, différents
+détachements appartenant au premier corps de cavalerie; il a déjà dû
+faire rejoindre ceux qui faisaient partie des brigades Piré et Valin; il
+doit lui rester les suivants:
+
+PREMIÈRE DIVISION ET CAVALERIE LÉGÈRE, GÉNÉRAL BERKEIM.
+
+ Hommes. Chevaux. Hommes. Chevaux.
+ 1er de chevau-légers. 128 -- 135 }
+ 3e _id._ 63 -- 71 } 352 -- 393
+ 5e _id._ 94 -- 104 }
+ 8e _id._ 67 -- 83 }
+
+ 2e de cuirassiers. 37 -- 36 }
+ 3e _id._ 9 -- 13 }
+ 6e _id._ 109 -- 116 } 219 -- 244
+ 9e _id._ 21 -- 21 }
+ 7e de dragons 31 -- 35 }
+ 19e de chasseurs. 12 -- 23 }
+ ----- -----
+ Total 571 -- 637
+
+«La division Berkeim étant avec le deuxième corps, je donne l'ordre au
+général Margaron d'envoyer les quatre premiers détachements ci-dessus à
+Freyberg pour rejoindre leurs corps. Quant aux six autres détachements,
+je lui prescris de les diriger sur Wurtzen et de vous informer de leur
+marche. Je vous prie, monsieur le maréchal, de m'instruire de leur
+arrivée et de les faire réunir à leurs régiments respectifs.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major général.
+
+«Le général de division, chef de l'état-major.
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 27 septembre 1813, quatre
+
+heures et demie du matin.
+
+«Monsieur le maréchal, j'ai mis sous les yeux de l'Empereur votre lettre
+du 26, qui rendait compte que votre quartier général était à Ocrill.
+L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez passer l'Elbe au sixième
+corps d'armée et au premier corps de cavalerie, et que vous vous
+échelonniez sur Torgau. Il serait convenable de ne faire occuper le bord
+de la rivière que par des troupes légères et de prendre une route qui ne
+serait soumise ni en vue de la rive droite.
+
+«Le cinquième corps de cavalerie devra s'approcher de Dresde de manière
+à garder les routes de Dresde, Radenbourg, Grossenhayn et Meissen dans
+la position la plus favorable. Grossenhayn se trouvant trop loin, il ne
+sera pas possible qu'on puisse garder cette place lorsque vous aurez
+quitté Meissen. Le quartier général du cinquième corps de cavalerie
+pourrait être placé à Moritzbourg.
+
+«Gardez en force la tête de pont de Meissen; faites-moi connaître si
+tous les blockhaus qui ont été établis de Meissen à Torgau sont garnis
+de troupes, afin d'être assuré que la route soit gardée.
+
+«Si l'infanterie ennemie s'approchait trop de Meissen pendant que vous y
+serez, débouchez sur elle et donnez-lui une leçon. Le prince de la
+Moskowa a repoussé, le 24, l'ennemi entre Wittenberg et Torgau. Vous en
+aurez sûrement reçu des nouvelles.--L'Empereur en attend à chaque
+instant, et il est probable que, dans la journée, il vous enverra de
+nouveaux ordres pour prononcer votre mouvement sur Leipzig ou Torgau; ce
+sera sans doute sur Torgau. Faites en sorte que votre première division
+prenne une direction intermédiaire et que l'ennemi ne puisse connaître
+définitivement celle que vous suivrez.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major-général,
+
+«Le général de division, chef de l'état-major,
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 27 septembre 1813, neuf heures du matin.
+
+«Mon cousin, votre première division arrivera demain à Eilenbourg; votre
+seconde à Wurtzen, et votre troisième à Oschatz. La cavalerie du général
+Latour-Maubourg sera sur Dahlen et Schilda. Votre quartier général sera
+demain à Wurtzen. Vous donnerez ordre qu'une brigade de grosse cavalerie
+reste à Meissen jusqu'à ce qu'elle y soit relevée par six cents hommes
+de cavalerie qui appartiennent au cinquième corps et qui sont
+aujourd'hui à Wilsdruf.--Tenez votre quartier général toute la journée
+d'aujourd'hui à Meissen.--Vous formerez trois colonnes, chacune de trois
+à quatre cents hommes de cavalerie, un bataillon d'infanterie et six
+pièces d'artillerie à cheval. Vous aurez soin que ces colonnes soient
+bien commandées, et vous en enverrez une vis-à-vis Mühlberg, une sur
+Strehla et la troisième entre Strehla et Meissen, sur les points où il y
+avait des bacs. Ces colonnes battront toute la rive et empêcheront tout
+passage; elles feront construire des blockhaus intermédiaires entre ceux
+qui existent déjà, de manière qu'au lieu qu'il y en ait toutes les deux
+lieues il y en ait de lieue en lieue; elles feront voir qu'elles ont de
+l'artillerie en la promenant le long de la rivière pour la montrer
+tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et elles détruiront à coups de
+canon tous les bateaux de l'ennemi.--Vous formerez deux autres colonnes,
+chacune de trois à quatre cents hommes de cavalerie légère, cinq cents
+hommes d'infanterie et deux pièces d'artillerie. Vous les ferez
+commander par des officiers intelligents qui concerteront leurs
+mouvements avec le prince Poniatowski, le général Lefebvre-Desnouettes,
+le général Lorge et le duc de Padoue, pour courir après les partisans
+ennemis et faire en sorte qu'il n'y en ait aucun entre Leipzig et
+l'Elbe.--Faites une instruction pour toutes ces colonnes: elles ne
+doivent jamais passer la nuit dans le lieu où elles auraient vu coucher
+le soleil. Toutes ces colonnes doivent être très-actives, correspondre
+entre elles et purger entièrement le pays des partis ennemis.--Le prince
+Poniatowski est à Waldheim; sa cavalerie légère est à Colditz; elle se
+liera donc avec la vôtre. Le général Lefebvre-Desnouettes est à
+Altenbourg, et le duc de Padoue a beaucoup de cavalerie à Leipzig.
+Mettez-vous en correspondance avec lui. Le prince de la Moskowa est à
+Pretsch et à Kemberg.--Dans cette position, vous serez à portée de vous
+joindre au prince de la Moskowa pour couvrir Leipzig et couper à
+l'ennemi le chemin de l'Elbe, ou bien de prendre l'offensive par
+Wittenberg pour faire tomber tous les ponts de l'ennemi, ou enfin
+revenir sur Dresde, sur Chemnitz ou sur Altenbourg, pour s'opposer aux
+mouvements que l'ennemi pourrait faire de la Bohême. Le duc de Bellune
+est à Freyberg.--Il va vous arriver d'Erfurth trois mille hommes
+d'infanterie pour votre corps.--Je donne ordre au général Margaron de
+renvoyer au premier corps de cavalerie les mille hommes de ce corps
+qu'il a à Leipzig.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 28 septembre 1813.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, je vous préviens que, d'après les
+intentions de l'Empereur, je donne l'ordre au général Lhéritier de
+réunir tout le cinquième corps de cavalerie à Meissen et de rester dans
+cette place. Ce général formera deux colonnes, chacune de quatre à cinq
+cents chevaux, avec deux pièces d'artillerie. L'une sera chargée de la
+garde de l'Elbe depuis Meissen jusqu'à Riesa, et l'autre de Meissen à
+Dresde, et il se tiendra avec le reste de son corps à Meissen pour se
+porter partout où cela serait nécessaire. Par ce moyen, monsieur le duc,
+vous pourrez ne former que deux colonnes au lieu de trois pour garder la
+rive gauche de l'Elbe.
+
+«L'Empereur ordonne, monsieur le maréchal, que vous laissiez une brigade
+d'infanterie, avec sa batterie, pour occuper Meissen jusqu'à ce qu'elle
+y soit remplacée par d'autres troupes; elle tiendra un bataillon dans la
+tête de pont. Le pont sera attaché aux piles du pont de pierre. Les
+canons du château et l'artillerie de la brigade seront mis en batterie
+sur la rive gauche pour protéger la tête de pont. S'il était à craindre
+que le pont fût rompu, il serait établi un bac pour la communication
+d'une rive à l'autre. Sa Majesté vous recommande, monsieur le duc, de
+laisser un bon général de brigade pour être chargé du commandement de
+la brigade que vous laisserez à Meissen jusqu'à ce qu'elle soit
+remplacée. Je vous prie de m'informer de l'exécution de ces
+dispositions.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major général,
+
+«Le général de division, chef d'état-major,
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 28 septembre 1813.
+
+«Mon cousin, je vous suppose aujourd'hui à Wurtzen. L'ennemi, qui avait
+établi un pont vis-à-vis de l'Elster et qui avait une très-belle tête de
+pont, a reployé son pont, le général Bertrand l'ayant chassé de
+Wartenbourg. Ce général a démoli la tête de pont et s'est porté le 26 à
+l'appui du prince de la Moskowa, qui marchait sur Dessau.--Le général
+Lefebvre-Desnouettes était toujours à Altenbourg. Il aurait marché sur
+Zwickau, mais les mouvements de Dessau l'empêchaient de s'éloigner de
+Leipzig.--Le duc de Castiglione sera avec tout son corps après-demain à
+Iéna.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Schleesen, le 28 septembre 1813, cinq heures du matin.
+
+«Mon cher maréchal, j'ai poussé l'ennemi le 26 et le 27 jusque près de
+Dessau; il a brûlé ses ponts sur la Mulde et passé l'Elbe. Je ferai, ce
+matin, la même opération qu'à Wartenbourg, resserrant l'ennemi dans sa
+tête de pont par les deux rives de la Mulde et la gauche de l'Elbe; mais
+il est probable qu'il ne laissera personne sur cette rive et qu'il
+repliera son pont. On a distingué hier un grand mouvement dans l'armée
+ennemie, vers Roslau, et on a remarqué une colonne marchant sur Zerbst,
+où est le quartier général du prince royal de Suède, et une autre se
+dirigeant sur Koswig.
+
+«Il paraît que l'ennemi a fait une ligne de circonvallation à sept cent
+toises de Wittenberg, et qu'il prépare des batteries pour repousser nos
+colonnes si elles débouchaient par cette place. Le bombardement a
+continué cette nuit. J'envoie ce matin le général du génie Blein à
+Wittenberg pour reconnaître la tranchée ennemie. On pense que c'est
+Bulow qui est chargé de ce siége, et que Tauenzien est en observation
+vers l'Elster. Les corps suédois et russes sont vers Koswig et Zerbst.
+Les Suédois, en quittant Dessau, ont dit qu'ils repassaient l'Elbe,
+parce que l'Autriche avait fait une paix séparée avec l'empereur
+Napoléon.
+
+«Je compte établir le général Dabrowski à Acken afin de l'employer à
+chasser tous les partis ennemis qui peuvent se trouver entre la Saale et
+la Mulde, et de rétablir insensiblement nos communications avec
+Magdebourg.
+
+«Je pars pour Dessau.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+«_P. S._ Le général Bertrand est avec ses principales forces à Kemberg.
+Une de ses divisions est ici et l'autre en arrière de Schmiedeberg et
+Pretsch. Le général Régnier reste à Oranienbaum. La première brigade du
+général Guilleminot, avec la cavalerie légère, resserrera l'ennemi dans
+sa tête de pont de Roslau.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 30 septembre 1813, trois heures du matin.
+
+«L'Empereur me charge de vous faire connaître que le prince Poniatowski
+a l'ordre de se porter aujourd'hui à Frohbourg, et qu'il dirige sa
+cavalerie sur Altenbourg et Borna. Le général Lauriston partira à la
+pointe du jour pour se rendre à Nossen, et enverra une avant-garde sur
+Waldheim. Ce général se mettra en correspondance avec vous. Le duc de
+Bellune porte sur Chemnitz une forte division avec de la cavalerie, et
+l'éclairera fortement du côté de Marienberg; il mettra son quartier
+général en avant de Freyberg.--Le général Souham, qui a son quartier
+général sur le chemin de Grossenhayn, à la hauteur du camp retranché de
+Dresde, a l'ordre de faire partir, à cinq heures du matin, en les
+faisant passer de la rive droite sur la rive gauche, une batterie de
+douze et les batteries d'artillerie à cheval, ainsi qu'une division
+d'infanterie, la brigade de cavalerie légère du général Beurmann, et le
+quartier général de son corps d'armée. Tout cela se rendra à Meissen
+par la rive gauche. Arrivé à Meissen, le général Souham renverra la
+brigade d'infanterie du sixième corps, qui s'y trouve, rejoindre son
+corps, ainsi que toute l'artillerie qui appartiendra au sixième corps.
+
+«Le prince Poniatowski sera ainsi placé à une journée sur votre gauche.
+Vous devez correspondre, monsieur le duc, avec le général Lauriston et
+le prince Poniatowski, pour agir selon les circonstances. Il n'est pas
+encore démontré que l'ennemi ait fait sur Altenbourg un mouvement
+considérable d'infanterie; Sa Majesté suppose qu'il a envoyé seulement
+quelques divisions légères pour soutenir sa cavalerie; il est probable
+que cela l'éclairera parfaitement dans la journée. Le prince de la
+Moskowa ayant pris Dessau, l'ennemi a voulu le reprendre en l'attaquant
+avec la garde suédoise: mais elle a échoué et a été écrasée.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major-général,
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 30 septembre 1813, trois heures et demie du matin
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre du 28, où vous me faites connaître
+que vous vous rendrez à Leipzig et réunirez le premier corps de
+cavalerie à Wurtzen. Le prince Poniatowski se rend aujourd'hui de
+Waldheim à Frohbourg, à une journée sur votre gauche: il fera battre
+Altenbourg et Borna. Le cinquième corps se rend à Nossen, son
+avant-garde à Waldheim; le deuxième corps se rend à Chemnitz avec le
+cinquième corps de cavalerie. Le duc de Castiglione devra arriver demain
+à Iéna.--Je fais relever votre brigade à Meissen par la division
+Souham.--L'ennemi a-t-il dirigé vingt-cinq mille hommes d'infanterie sur
+Altenbourg? Si cela est, il faut couper et enlever ce corps. N'a-t-il
+envoyé que de la cavalerie; il faut encore harceler et obliger ce corps
+à se reployer.--Le prince de la Moskowa, avec les quatrième et septième
+corps, le troisième corps de cavalerie et la division Dombrowski[9] se
+trouve avoir quarante mille hommes.--Le sixième corps, le huitième, le
+cinquième, le premier corps de cavalerie, le quatrième et la division
+Margaron, cela vous fera près de soixante mille hommes.--Correspondez
+avec le prince Poniatowski et le général Lauriston.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+[Note 9: Dans la _Correspondance et Documents_, les noms de lieux et
+de personnes sont diversement écrits, par exemple, l'Empereur écrit
+_Dombrowski_, le maréchal Ney _Dabrowski_, etc., etc. Nous avons cru
+devoir laisser subsister les deux orthographes, puisqu'elles sont dans
+les originaux. (_Note de l'Éditeur._)]
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 1er octobre 1813, quatre heures du matin.
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre du 29, à onze heures du soir.--La
+brigade que vous avez laissée à Meissen a été remplacée par le troisième
+corps. Laissez du monde à Wurtzen et faites-y travailler à la double
+tête de pont, et surtout à l'établissement d'un bon pont sur pilotis. La
+Mulde déborde. Il est nécessaire que nous soyons maîtres de ce
+passage.--Le 30, le prince Poniatowski a eu son quartier général à
+Rochlitz. Aujourd'hui, 1er octobre, il sera à Frohbourg ou à Altenbourg.
+Le comte de Valmy a dû coucher, le 30, à Frohbourg et a dû envoyer un
+fort détachement sur Borna. Le général Uminski a dû occuper Boda, et le
+prince Sulkowski a été sur Penig.--Le cinquième corps était hier, 30, à
+Nossen et à Waldheim.--Les troupes du duc de Castiglione ne devaient pas
+tarder à paraître du côté d'Iéna.--Jusqu'à cette heure, il paraîtrait
+que le général Platow, fils de l'hetman, avec Thielman, et soutenu d'une
+division légère, se porte sur la Saale. Il paraîtrait que cette division
+légère serait commandée par le général Baumgarten. Le général Klenau
+paraîtrait se trouver à Comotau.--Dans la journée, tout ceci va
+parfaitement s'éclaircir.--Il paraîtrait que Platow avait sous ses
+ordres mille à douze cents Cosaques; le régiment palatin de Ferdinand
+autrichien, et le régiment de Hesse-Hombourg autrichien; enfin, il
+paraîtrait que le général Platow se serait porté sur Penig et de là sur
+Altenbourg, laissant le général Baumgarten à Chemnitz.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 1er octobre 1813, quatre heures du matin.
+
+«Mon cousin, vous nous avez pris douze cents quintaux de farine à
+Meissen. Renvoyez-nous-les. Le duc de Padoue a l'état de ce que Leipzig,
+Wurtzen et autres bailliages nous doivent fournir ici. Prenez toutes les
+mesures pour nous faire venir mille quintaux de farine par jour. Écrivez
+aux baillis. Envoyez des commissions et faites partir des convois. Nous
+avons aussi du riz qui nous appartient à Leipzig. Prenez des
+informations et faites-le partir. Enfin prenez des mesures pour nous
+approvisionner. Le duc de Padoue est au fait de la distribution que la
+régence a faite, entre tous les bailliages, pour les farines que chacun
+doit fournir. --Surtout ne retenez rien pour vous de tout ce qui doit
+nous être adressé à Dresde.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Pötnitz, le 1er octobre 1813.
+
+«Mon cher maréchal, je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait
+l'honneur de m'écrire hier de Leipzig. J'en ai également reçu une cette
+nuit du prince major général, en date du 29 septembre, par laquelle il
+me mande que l'Empereur désire que votre corps d'armée soit employé dans
+l'opération qui aura pour objet de faire lever le siége de Wittenberg.
+En attendant qu'elle ait lieu, je pense que la position qu'il serait le
+plus convenable de faire prendre à vos troupes, pour remplir le double
+but de couvrir Leipzig et de m'appuyer au besoin, serait de placer une
+de vos divisions à Düben, une autre à Bitterfeld et Delitzsch, et la
+troisième qui, avec la cavalerie du général Latour-Maubourg, couvrirait
+les communications de Dresde, pourrait être établie à Wurtzen.
+Dites-moi, mon cher maréchal, si vous jugez à propos de faire exécuter
+ce mouvement à votre corps d'armée, afin que, si vous y consentez, je
+puisse faire serrer sur moi les troupes que j'ai sur ces divers points,
+et qui me seront très-utiles pour resserrer et observer l'ennemi et
+l'empêcher de passer l'Elbe en corps d'armée. Je pense que le général
+Dalton se décidera enfin bientôt à envoyer d'Erfurth à Leipzig les
+troupes dont il peut disposer, et qui sont au nombre de douze mille
+hommes, et que dès lors M. le duc de Padoue n'aura plus besoin de votre
+appui ni du mien pour conserver cette ville.
+
+«Nous ouvrons la tranchée devant la tête de pont de l'ennemi, entre la
+droite de la Mulde et la gauche de l'Elbe, et nous élevons des
+batteries: déjà tous ses postes sont rentrés, et nous sommes à quatre
+cents toises de ses ouvrages; j'espère que demain nous nous en serons
+approchés à deux cents. Lorsque cette opération sera terminée sur cette
+rive de la Mulde, je la ferai faire également sur la rive gauche. Je
+fais aussi établir sur cette rivière un pont de bateaux à six cents
+toises de la tête de pont, afin que mes troupes puissent rapidement
+passer d'une rive à l'autre et se soutenir au besoin. On s'occupe
+également à retrancher les points principaux de Dessau, de manière à
+mettre cette ville à l'abri d'un coup de main et à en faire une espèce
+de tête de pont. Woronzow et Czernitchef sont toujours entre Acken et
+Dessau avec quelques détachements d'infanterie. Mais ce ne sera que
+lorsque j'aurai mis l'ennemi dans l'impossibilité de déboucher par
+Roslau que je pourrai m'occuper de forcer ces partisans à évacuer le
+pays entre la Saale et la Mulde. Le camp principal de l'ennemi est
+toujours à Roslau et le quartier général du prince de Suède à Zerbst.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 3 octobre 1813.
+
+«Mon cousin, tous les bruits que l'on fait courir sont controuvés. Il
+n'y a pas de corps d'armée ennemi sur Géra; il n'y en a pas sur
+Altenbourg: il n'y a de ce côté que le corps de l'hetman Platow et de
+Thielmann. Il faut mettre une grande circonspection dans vos mouvements.
+Avant tout, il faut soutenir le prince de la Moskowa. Le roi de Naples,
+avec le deuxième, le cinquième et le huitième corps, qui sont entre
+Freyberg, Chemnitz et Altenbourg, se trouve, dans l'ordre naturel,
+opposé à tout ce qui arriverait de Bohême. D'ailleurs, un officier que
+vous m'enverriez en poste pourrait, en moins de vingt heures, vous
+rapporter ma réponse. Je vous le répète: couvrir Leipzig, puisque vous y
+êtes, empêcher le passage de l'Elbe de Wittenberg à Torgau, secourir
+Torgau, appuyer le prince de la Moskowa, voilà le premier but que vous
+devez vous proposer: le reste viendra après. J'attends aujourd'hui des
+nouvelles du prince Poniatowski et l'arrivée de mes troupes à Chemnitz,
+ce qui me mettra à même de prendre un parti.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 3 octobre 1813.
+
+«Mon cousin, le prince Poniatowski est arrivé à Altenbourg le 2
+octobre.--Voici ce qui s'est passé:--Dans les premiers jours de
+septembre, le colonel Münsdorf est arrivé à Altenbourg avec un
+détachement de mille à onze cents chevaux.--Thielmann est venu le
+rejoindre avec trois mille chevaux. D'Altenbourg, ces troupes poussèrent
+des partis sur Zeitz, Borna, Freybourg, Weissenfels, Mersebourg et Géra.
+Le général Lefebvre-Desnouettes les repoussa, les rejeta sur Altenbourg,
+et ensuite sur Zwickau. Mais, le 28, l'hetman Platow déboucha sur
+Altenbourg avec ses Cosaques, trois mille hommes d'infanterie
+autrichienne et deux mille cavaliers autrichiens. Le général Lefebvre
+fut attaqué de front dans le temps que Thielmann le tournait sur Zeitz.
+Le 28 au soir, Platow était de retour à Altenbourg; le 29, Thielmann y
+était également revenu. Platow rentra avec sa troupe à Chemnitz, en
+partie le 29 et en partie le 30.--Thielmann et le comte Münsdorf
+restèrent à Altenbourg; mais, le 2, au moment où ils faisaient leur
+mouvement de retraite sur Zwickau, la cavalerie du prince Poniatowski
+les chargea, leur sabra cinq à six cents hommes, et fit trois cents
+prisonniers. En faisant ses adieux aux magistrats d'Altenbourg,
+Thielmann leur a dit qu'il jugeait que les Français venaient sur lui,
+que la ville serait occupée par eux, et qu'il s'en allait. Il paraît que
+l'infanterie autrichienne que Platow avait sous ses ordres était du
+corps de Klenau; que ce corps de Klenau n'est que de six mille hommes de
+cavalerie et au plus de quinze mille hommes d'infanterie; qu'il occupe
+Chemnitz, Marienberg et Augustenbourg.--Le prince Poniatowski occupe
+Frohbourg et Windischleybe.--J'attends à chaque instant des nouvelles de
+l'entrée du roi de Naples à Chemnitz. Vous voyez donc que le mouvement
+de vingt mille Autrichiens sur Altenbourg est controuvé.--Faites mettre
+dans les journaux de Leipzig que le général Thielmann a été battu par le
+prince Poniatowski, qui lui a fait six cents prisonniers et lui a tué et
+sabré beaucoup de monde.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Pötnitz, le 3 octobre 1813
+
+«Mon cher maréchal, je reçois votre lettre d'hier.
+
+«L'Empereur m'a écrit, le 1er, pour me faire connaître l'emplacement des
+corps d'armée. Sa Majesté pense que l'ennemi pourrait déboucher de la
+Bohême par Marienberg. J'attends des nouvelles du général Bertrand, qui
+est parti de Worlitz dans la nuit du 1er au 2 pour se rendre à
+Wartenbourg, afin de rejeter sur la rive droite des détachements
+prussiens du corps de Borstell, qui travaillent au rétablissement du
+pont vis-à-vis d'Elster. On a entendu hier le bruit du canon dans cette
+direction. Ma ligne est bien étendue, et je ne pourrais opposer qu'une
+faible résistance aux mouvements de l'ennemi s'il débouchait par son
+pont de Roslau. Les ouvrages qui couvrent ce pont sont tellement forts
+et si bien armés, que je ne puis raisonnablement entreprendre de les
+forcer. Le général Dabrowski quitte Delitzsch pour s'établir à Dessau.
+Le général Fournier occupe Raguhn et envoie des reconnaissances sur
+Delitzsch et Düben. Si je parviens à resserrer l'ennemi dans ses
+ouvrages de manière à ce qu'il ne puisse pas déboucher, alors je
+tâcherai de chasser les partis qui se trouvent entre la Saale et la
+Mulde. Si Czernitcheff est en marche sur la Westphalie, il reste
+également ici beaucoup de cavalerie légère sous les ordres de Woronzow.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Pötnitz, le 3 octobre 1813, cinq heures du soir.
+
+«Le général Bertrand m'écrit ce matin de Wartenbourg à onze heures; il
+est aux prises depuis sept heures avec l'ennemi, qui attaque
+vigoureusement et auquel il suppose beaucoup de forces. Il me paraît
+bien important que vous fassiez occuper fortement le point de Düben,
+afin que, si l'ennemi forçait ma droite, il ne puisse pas arriver sans
+obstacle à Leipzig. C'est d'ailleurs dans cette position de Düben que
+vous seriez en mesure de me soutenir, suivant l'ordre que l'Empereur
+m'annonce, par sa lettre d'avant-hier, qu'il vous en a donné.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Bitterfeld, le 4 octobre 1813, deux heures de l'après-midi.
+
+«Mon cher maréchal, l'armée ennemie de Silésie, après avoir marché
+presque sans interruption pendant cinq jours et cinq nuits, a jeté un
+pont sur l'Elbe, vis-à-vis Elster, dans la nuit du 2 au 3, et a attaqué
+hier, à sept heures du matin, le général Bertrand, qui occupait la forte
+position de Wartenbourg, et qui, après s'être battu depuis sept heures
+du matin jusqu'à six heures du soir, et après avoir fait éprouver à
+l'ennemi une perte considérable, a dû se replier sur Klitzschena. Ma
+droite se trouvant ainsi tournée par des forces très-supérieures, et
+pouvant être attaquée sur les deux rives de la Mulde par l'armée du
+prince de Suède, il m'a paru indispensable de me retirer sur Delitzsch.
+Il est de la dernière importance que l'Empereur prenne sur-le-champ un
+parti décisif: car, d'ici au 6, l'ennemi peut diriger plus de cent mille
+hommes sur Leipzig. Les prisonniers faits par le général Bertrand
+appartiennent aux corps de Langeron, Kleist et Sacken. La perte du
+quatrième corps n'est pas considérable, parce que les troupes étaient
+avantageusement postées derrière des digues et des abatis; mais la
+division wurtembergeoise, qui était de quatorze cents hommes et qui
+défendait le village de Blodding, a été presque entièrement détruite.
+
+«J'occupe faiblement Düben: le reste de mes troupes est à Bitterfeld et
+à Delitzsch.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 4 octobre 1813.
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre. J'approuve le parti que vous
+prenez. Réunissez votre corps, le premier corps de cavalerie, et marchez
+à l'ennemi: enlevez-lui ses ponts de Waldenbourg, Dessau et Acken; qu'il
+ne lui en reste aucun.--Le duc de Castiglione doit être arrivé
+aujourd'hui à Iéna. Le prince Poniatowski est à Altenbourg.--Le roi de
+Naples doit être à Chemnitz. J'en attends des nouvelles à chaque
+instant. On a fait hier deux ou trois cents prisonniers à la division
+Baumgarten entre Chemnitz et Freyberg.--Vous m'envoyez des officiers qui
+sont des enfants, qui ne savent rien et ne peuvent donner verbalement
+aucun renseignement; envoyez-moi des hommes.--Le troisième corps se
+porte sur Torgau; une de ses divisions sera demain, 5, à Belgern.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+«_P. S._ Communiquez ces nouvelles au prince de la Moskowa, et
+faites-lui connaître combien il est important d'enlever à l'ennemi tous
+ses ponts.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Delitzsch, le 5 octobre 1813.
+
+«Je m'empresse de vous faire connaître les positions qu'occupent les
+troupes sous mes ordres.
+
+«Le général Dabrowski est à Bitterfeld.
+
+«La division de cavalerie légère du général Fournier, à Landsberg,
+poussant des reconnaissances sur Halle.
+
+«La division de cavalerie du général Defrance, en seconde ligne,
+derrière le général Fournier, à Zschernitz.
+
+«Le septième corps aura la division Durutte à Göllmenz et Lukenwhna,
+point intermédiaire de Düben et Eulenbourg. Les deux autres divisions de
+ce corps, à Broda, occupant Delitzsch et Bendorf. Sa cavalerie légère à
+Koltzau.
+
+«Le quatrième corps, à Zschortau.
+
+«Je sais que vous occupez Düben et Eulenbourg, et je pense que vous avez
+toujours une ou deux divisions à Leipzig.
+
+«Nous manquons de munitions. Le quatrième corps a tout consommé. Ne
+pourriez-vous pas, mon cher maréchal, céder au général Bertrand un
+approvisionnement simple pour six pièces de douze, deux obusiers de six
+pouces, douze pièces de six et quatre obusiers de vingt-quatre, ainsi
+que dix caissons de cartouches d'infanterie. On assure qu'il y a des
+dépôts considérables à Torgau, et qu'il s'y trouve, entre autres, plus
+d'un million de cartouches en réserve; vous pourriez vous remplacer dans
+cette ville, avec laquelle vous communiquez.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Delitzsch, le 5 octobre 1813, huit heures du soir.
+
+«Mon cher maréchal, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite
+aujourd'hui de Hohen-Priegnitz. Il ne s'agit pas, je crois, de serrer
+sur Eulenbourg pour conserver ce débouché, mais bien de nous rassembler
+le plus promptement possible sur Leipzig.
+
+«Les divisions Fournier et Defrance, que j'ai détachées aujourd'hui sur
+Landsberg, ont été forcées de rétrograder, et l'ennemi les a suivies
+jusqu'à une demi-lieue d'ici, en avant de Gros-Kühna. L'ennemi s'est
+également présenté à Schenkenberg; il a fallu de l'infanterie et du
+canon pour l'éloigner. Enfin, le général Dabrowski, après s'être battu
+contre des forces supérieures, a évacué Bitterfeld; il est à Paupitzsch
+et se rapprochera encore cette nuit de Delitzsch. Ce général a vu plus
+de quatre mille hommes de cavalerie passer la Mulde entre Bitterfeld et
+Düben.
+
+«Je viens d'ordonner à la division Durutte, qui est à Lukenwhna, de
+rentrer en ligne demain matin à la hauteur de Mocherwitz. Je pense, mon
+cher maréchal, que vous devez venir prendre position à Lukenwhna,
+gardant Eulenbourg par un régiment d'infanterie et un détachement de
+cavalerie; cette troupe aurait, en cas d'événement, sa retraite assurée
+sur Leipzig, et pourrait même, au besoin, se diriger sur Wurtzen.
+
+«Si vous jugez convenable de vous rassembler à Lukenwhna ou à Cremsitz,
+j'attendrai l'ennemi demain à Delitzsch; nous nous trouverions
+parfaitement en mesure de livrer bataille à l'ennemi ou de nous retirer
+ensemble, s'il nous présentait des forces supérieures. Je ne crois pas
+que l'ennemi ose engager un petit corps avec la Mulde à dos; ainsi nous
+pourrions attendre et gagner la journée de demain. Il faut espérer que
+l'Empereur nous donnera de ses nouvelles, et que Sa Majesté va prendre
+un grand parti.
+
+«J'attends, mon cher maréchal, votre réponse à la proposition que je
+viens de vous faire pour prendre mes dispositions définitives.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 5 octobre 1813, deux heures du matin.
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre du 4 octobre, datée d'Eulenbourg. Je
+n'ai encore reçu aucune nouvelle des affaires du général Bertrand que
+par votre lettre d'hier. J'aurais bien voulu que vous m'eussiez donné
+quelques détails. Donnez-moi tous ceux que vous aurez.--Le troisième
+corps a dû avoir, hier 4, une division à Meissen, une à Riesa et l'autre
+à Strehla. J'ai donné ordre qu'une division marchât sur Belgern. Je
+donne au troisième corps l'ordre de marcher tout entier sur Torgau. Il
+est, dès ce moment, à votre disposition. Ordonnez qu'à Torgau on y
+joigne tous les hommes de son dépôt qui sont disponibles.--Il est de la
+plus haute importance que vous faisiez rétablir le pont de Düben, et que
+vous marchiez rapidement pour détruire le pont de l'ennemi. Votre
+réunion avec le prince de la Moskowa et le général Dombrowski, est aussi
+de la plus haute importance.--Je donne ordre au duc de Castiglione de se
+porter sur Leipzig avec son corps d'armée.--Il est urgent de rejeter
+l'ennemi au delà de la rivière, avant qu'il ait de nouveaux renforts.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Dresde, le 6 octobre 1813, neuf heures du matin.
+
+«Mon cousin, le duc de Padoue me fait passer votre lettre, datée le 5 de
+Lindenhain. J'avais reçu vos lettres précédentes. J'ai également reçu,
+par le duc de Padoue, une lettre du prince de la Moskowa, du 4 à deux
+heures après-midi.--Je vous ai déjà fait connaître que le troisième
+corps était échelonné sur la route de Meissen à Torgau; il a dû être
+concentré, aujourd'hui 6, à Torgau. Je serai ce soir à Meissen, avec
+quatre-vingt mille hommes, ayant mon avant-garde à l'embranchement de la
+route de Leipzig et de celle de Torgau. J'y recevrai vos lettres qui me
+décideront à prendre l'une ou l'autre de ces routes. Les reconnaissances
+envoyées hier sur la rive droite, jusqu'à dix lieues de Dresde, n'ont
+trouvé que peu de monde, et le commissaire du cercle de Königsbruck nous
+a instruit en détail des forces et du mouvement de l'armée
+ennemie.--Comme le troisième corps est sous vos ordres, j'ignore la
+direction que vous lui avez donnée; mais je suppose que demain matin je
+serai parfaitement éclairé là-dessus.--Je me propose de me porter sur
+Torgau, et de là de marcher sur la rive droite pour couper l'ennemi et
+lui enlever tous ses ponts sans être obligé de lutter contre ses têtes
+de pont. En marchant par la rive gauche, il y a l'inconvénient que
+l'ennemi peut repasser la rivière et éviter la bataille; mais, dans
+cette seconde hypothèse, nous pouvons déboucher par Wittenberg.--Au
+reste, comme l'ennemi a l'initiative du mouvement, je ne pourrai me
+décider sur le plan à adopter définitivement que lorsque je connaîtrai
+l'état de la question le 6 au soir.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Göllmenz, le 6 octobre 1813, six heures du matin.
+
+«Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez écrite ce matin à quatre
+heures.
+
+«Je sens parfaitement que vous ne pouvez pas quitter de jour votre
+position devant l'ennemi qui, ayant rétabli le pont de Düben, ne
+manquerait pas de faire du mal à votre arrière-garde. J'établis en
+conséquence les quatrième et septième corps à Naundorf et Klwölkan. La
+division Dabrowski restera à Delitzsch tant qu'elle pourra s'y
+maintenir. La division Fournier prend position à Lindenhain, s'éclairant
+sur Bitterfeld par Reihitz. La division Defrance restera ici à Göllmenz.
+Comme il serait impossible que nos deux corps, en partant ce soir à la
+chute du jour, pussent passer sur la droite de la Mulde à Eulenbourg, je
+resterai en seconde ligne derrière vous jusqu'à quatre heures de
+l'après-midi, heure à laquelle je me mettrai en marche sur Wurtzen, d'où
+j'irai prendre position à Schilda. Vous, mon cher maréchal, après avoir
+passé par Eulenbourg, vous iriez prendre position à Mackern ou
+Reichenbach, et nous serons dès lors en mesure de marcher sur le flanc
+de l'ennemi.
+
+«Faites-moi part, je vous prie, de vos observations sur le mouvement
+projeté et l'ensemble des manoeuvres.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Bennewitz, le 7 octobre 1813, six heures du matin.
+
+«Je reçois votre lettre d'hier soir.
+
+«Le général Régnier prend position à Pichen; il établit sur la Mulde,
+vis-à-vis Colla, un pont qui sera achevé ce matin. Ce général se mettra
+en communication avec votre corps d'armée à Taucha.
+
+«Le quatrième corps prend la direction de Torgau pour rallier le
+troisième, s'il est encore près de cette place. Je ne vois pas que le
+troisième corps puisse être exposé dans sa marche sur Eulenbourg, s'il a
+reçu l'ordre que vous lui avez donné de s'y rendre, puisque vous
+m'annoncez que l'ennemi a peu de monde aux environs de cette ville et
+que vous pensez qu'il opère sur votre gauche. Le duc de Padoue me mande
+que quelques régiments d'infanterie ennemie doivent être arrivés à
+Halle.
+
+«Donnez des ordres, mon cher maréchal, pour faire arriver en toute hâte
+sur Leipzig tous les convois qui peuvent être entre cette ville et
+Erfurth; il faut rappeler tous les détachements et être serré en masse.
+Il ne s'agit plus, comme vous le remarquez fort bien, que de gagner du
+temps; l'Empereur, qui est définitivement en mouvement, ne tardera sans
+doute pas à faire changer la face des affaires.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Bennewitz, le 7 octobre 1813, une heure de l'après-midi.
+
+«Le général Dombrowski, auquel j'avais donné l'ordre de tenir hier
+jusqu'à quatre heures de l'après-midi le poste de Delitzsch, tandis que
+votre corps d'armée et celui du général Régnier faisaient leur
+mouvement, a été attaqué très-vivement par la cavalerie légère ennemie
+qu'il a toujours repoussée; il est parti de sa position à une heure du
+matin, et son arrière-garde a été suivie jusqu'à Taucha.
+
+«Le général Régnier m'a rendu compte que vos troupes avaient entièrement
+évacué Eulenbourg hier au soir; je lui ai ordonné d'y envoyer mille à
+douze cents hommes pour la garde du pont, qui devient un débouché
+important, en ce moment où l'arrivée des renforts que l'Empereur conduit
+en personne annonce que nous allons reprendre l'offensive.
+
+«Les Cosaques qui étaient hier à Wurtzen y ont laissé une proclamation
+qui annonce aux Saxons que le général Blücher marche sur Leipzig avec
+soixante mille hommes, et que l'armée française est détruite.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«6 octobre 1813, quatre heures
+
+«Sire, j'ai eu l'honneur de rendre hier au soir à Votre Majesté un
+compte détaillé de ma position. En conséquence, je ne l'en entretiendrai
+pas encore une fois. Je prendrai la liberté seulement, au nom du bien du
+service, de lui dire qu'il est de la plus grande urgence qu'elle vienne
+ici; car, si elle ne vient pas, nous allons faire de la mauvaise
+besogne, je ne puis en douter aux dispositions que je vois prendre. Le
+premier ordre que je reçois, si je l'exécutais, compromettrait l'armée
+de la manière la plus éminente, car il n'a été le résultat d'aucune
+espèce de calcul, ni de temps, ni d'opération. Je n'entre pas dans de
+plus grands détails pour ne pas fatiguer Votre Majesté. Je me borne à
+lui réitérer l'assurance que rien ne serait plus fâcheux pour son
+service que de voir la direction des opérations, dans la position
+délicate où nous sommes, confiée aux mêmes mains.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«8 octobre 1813 soir.
+
+«Sire, je reçois la lettre de reproches que Votre Majesté a chargé le
+major général de m'écrire. Nous serions restés sur la Mulde sans
+difficulté, et nous y serions encore, sans les étranges combinaisons du
+prince de la Moskowa, les craintes exagérées, plus étranges encore,
+qu'il a eues de l'ennemi.
+
+«Je n'ai quitté Düben que vingt quatre heures après que les troupes qui
+étaient à ma hauteur s'étaient retirées. Je n'ai quitté Hohen-Priegnitz
+que lorsque les troupes du prince de la Moskowa étaient depuis longtemps
+en marche sur Wurtzen. «Sentant la nécessité de couvrir Leipzig, j'ai
+demandé avec instance au prince de la Moskowa de s'y rendre, et je
+serais resté à Eulenbourg pour garder les passages de la Mulde et
+rallier le troisième corps, quoique ce mouvement fût naturel au prince
+de la Moskowa, puisqu'il était plus à portée que moi; il s'y est refusé
+formellement et a persisté à se porter sur Wurtzen, trouvant apparemment
+qu'il n'était en sûreté que là.
+
+«J'ai dû me porter sur Leipzig, parce que c'était le rôle qu'il m'avait
+assigné. Le prince de la Moskowa s'est chargé formellement de faire
+immédiatement un détour convenable pour rallier le général Souham à
+Wurtzen dans le cas où il aurait reçu l'ordre que je lui avais expédié,
+chose dont il était possible de douter.
+
+«Enfin je n'ai point détruit le pont d'Eulenbourg, comme on l'a dit à
+Votre Majesté; mais je l'ai fait couper de manière à exiger cinq à six
+heures de réparation en faisant le calcul que, si le général Souham
+avait reçu l'ordre de mouvement, il serait garanti par là, pendant la
+matinée, de l'action des troupes qui m'avaient suivi et dont le nombre
+pouvait être fort augmenté pendant la nuit, et qu'ainsi il aurait sa
+retraite libre sur Wurtzen.
+
+«Telles sont, Sire, les justifications que mon honneur exige que je
+présente à Votre Majesté, et qui, je l'espère, me mettront à l'abri de
+tout blâme à ses yeux.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Bennewitz, le 8 octobre 1813.
+
+«Je reçois la lettre que vous m'avez écrite de Schönfeld hier à onze
+heures du soir. Je ne crois pas l'ennemi en mesure de venir
+immédiatement à Leipzig pour y livrer bataille, et il est à présumer,
+d'après divers renseignements, que son projet est de prendre Wittenberg
+avant de se livrer à aucune entreprise sérieuse. Au surplus, il me
+semble que vous auriez tort de vous engager fortement avant notre
+réunion totale, et qu'il est convenable d'attendre, pour opérer cette
+réunion, que nous sachions si l'Empereur veut manoeuvrer entre l'Elbe et
+la Mulde, ou entre la Mulde et la Saale. Quoi qu'il en soit, je prescris
+au général Régnier d'établir aujourd'hui sa ligne de manière que sa
+droite soit à la hauteur de Gotha et sa gauche vers Taucha, ayant un
+poste à Eulenbourg.
+
+«J'écris au général Souham que, s'il ne croit pas pouvoir se maintenir à
+Eulenbourg, il remonte la Mulde pour venir s'établir à Nitzschwitz; il
+restera dans cette position jusqu'au retour sur la Mulde du général
+Bertrand, qui est allé à Torgau tant pour y prendre des munitions que
+pour avoir des nouvelles de l'Empereur.
+
+«Le général Dombrowsky est à Schmöllen, au-dessus de Wurtzen. Dans cette
+position, je puis en une marche me réunir à vous; mais je ne crois pas
+qu'il faille livrer bataille à Leipzig, et que, lorsque le convoi
+d'artillerie sera arrivé, il sera convenable que nous nous rapprochions
+de la Mulde pour y attendre les ordres de l'Empereur, que nous ne
+pouvons pas tarder à recevoir.
+
+«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»
+
+«_P. S._ Le général Souham est arrivé à Wurtzen.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Wurtzen, le 9 octobre 1813, une heure et demie du matin.
+
+«L'Empereur ordonne que vous fassiez partir à six heures du matin le
+général Latour-Maubourg, avec tout le premier corps de cavalerie; le
+général Lefebvre-Desnouettes avec toute la cavalerie de la garde; la
+brigade du général Piré et la brigade du général Vallin. Pendant la
+marche, le général Lefebvre sera sous les ordres du général
+Latour-Maubourg. Donnez vos ordres pour que ces corps arrivent le plus
+tôt possible à Eulenbourg, où l'Empereur se trouvera de sa personne. Il
+est nécessaire qu'ils y soient à onze heures du matin, et qu'ils battent
+le chemin direct de Düben. Prescrivez au général Lefebvre et au général
+Latour-Maubourg d'envoyer chacun un officier auprès de l'Empereur pour
+faire connaître l'heure à laquelle ils arriveront. Cette cavalerie
+nettoiera ainsi tout le pays depuis la route de Leipzig à Eulenbourg
+jusqu'à celle de Leipzig à Düben.
+
+«Quant à vous, monsieur le maréchal, portez-vous aujourd'hui, avec votre
+corps d'armée, sur la route de Düben; vous aurez votre cavalerie légère
+et la division de cavalerie du général Lorge. Vous ferez éclairer par
+une colonne mobile la route de Leipzig à Delitzsch.
+
+«Accélérez le retour de la division que vous avez détachée, et placez-la
+en réserve. Cela n'empêche pas, monsieur le maréchal, que vous ne
+fassiez partir à six heures du matin une bonne avant-garde d'infanterie,
+de cavalerie et d'artillerie, et que vous ne la suiviez avec vos deux
+divisions, attendu qu'il est nécessaire que vous soyez à la hauteur
+d'Eulenbourg aujourd'hui avant onze heures du matin.
+
+«L'Empereur sera à huit heures du matin à Eulenbourg, marchant,
+aujourd'hui 9, avec cent vingt mille hommes sur Düben.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major général,
+
+«Le général de division, chef de l'état-major,
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Eulenbourg, le 10 octobre 1813, quatre heures du matin.
+
+«L'Empereur ordonne que vous vous portiez, aujourd'hui 10, sur Düben, où
+sera le quartier général. Je vous préviens que le général Régnier est
+arrivé hier à Düben, que le général Langeron a évacué à son approche.
+Vous devez, monsieur le duc, vous assurer du mouvement que fait l'ennemi
+à Delitzsch et si son avant-garde, qui y était hier, a fait un mouvement
+rétrograde sur Bitterfeld. Si, au contraire, les troupes de l'ennemi qui
+étaient à Bitterfeld se portaient sur Delitzsch pour marcher sur
+Leipzig, vous prendrez alors une position parallèle à celle de l'ennemi,
+ayant votre ligne d'opération sur Düben, de manière à couvrir Düben et
+Eulenbourg. Il est nécessaire, monsieur le maréchal, que vous
+correspondiez plusieurs fois par jour avec le quartier général. Je donne
+ordre au général Lefebvre-Desnouettes de marcher entre la Mulde et vous
+afin de maintenir toujours votre communication avec nous.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major général,
+
+«Le général de division, chef de l'état-major,
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Düben, le 10 octobre 1813, six heures et demie du soir.
+
+«J'envoie un officier au-devant de votre première division pour lui dire
+de prendre position sur la rive gauche, sans passer ce soir la rivière.
+Cet officier continuera ensuite sa route jusqu'à ce qu'il rencontre vos
+deux autres divisions, pour leur dire également de prendre position où
+il les trouvera, afin qu'elles ne se fatiguent pas inutilement. Il
+reviendra ensuite faire connaître où vos trois divisions auront pris
+position, ainsi que votre cavalerie et votre artillerie.
+
+«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que, de votre
+personne, vous veniez voir Sa Majesté ce soir ou cette nuit.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major général,
+
+«Le général de division, chef de l'état-major,
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Düben, le 11 octobre 1813, quatre heures du matin.
+
+«L'Empereur me charge de vous prescrire de passer aujourd'hui la Mulde
+aussitôt que Düben sera désencombré. Vous laisserez les généraux Lorge
+et Normam sur la rive gauche, et leur donnerez pour instruction de faire
+courir des partis sur Delitzsch et Bitterfeld. Vous dirigerez avec cette
+cavalerie, sur Bitterfeld, l'infanterie, nécessaire pour obliger
+l'infanterie ennemie à évacuer cette position. L'Empereur désire,
+monsieur le duc, que vous dirigiez l'opération et que vous fassiez
+partir les troupes une heure avant le jour, de manière à savoir de bonne
+heure l'intention de l'ennemi sur Bitterfeld et Jesnitz.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major général,
+
+«Le général de division, chef de l'état-major,
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+»Düben, le 11 octobre 1813, onze
+
+heures du matin.
+
+»Mon cousin, faites-moi connaître ce que veut dire le mouvement de
+l'ennemi sur Zorbig. Est-ce pour aller à Dessau, ou pour se porter sur
+Halle ou sur Acken?
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Düben, le 11 octobre 1813, trois heures après-midi.
+
+«Mon cousin, un postillon qui arrive de Cöthen, et qui en est parti hier
+à trois heures après midi, fait le rapport que l'ennemi n'a plus
+personne à Raguhn, à Jesnitz, et fort peu de monde à Dessau. Il est donc
+très-important que vous poussiez à fond vos reconnaissances, et que vous
+sachiez positivement ce qu'il y a à Zorbig et dans la direction de
+Cöthen et de Halle.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Düben, le 12 octobre 1813, quatre heures du matin.
+
+«Mon cousin, choisissez une position d'où vous puissiez couvrir à la
+fois Düben, Jesnitz et Leipzig. Vous pourriez peut-être vous couvrir de
+la branche de la Mulde qui passe à Delitzsch, si toutefois elle n'est
+pas guéable. Alors vous vous trouveriez en communication avec le duc de
+Reggio qui a une avant-garde à Raguhn et à Jesnitz; vous couvririez
+parfaitement Düben, dont vous pourriez vous placer à trois lieues, et
+vous seriez à portée de vous rendre, en une petite marche, sur Leipzig,
+et surtout de tomber sur le flanc du corps qui voudrait marcher de Halle
+sur cette ville.--Votre corps, baraqué ainsi dans une position
+avantageuse, serait d'un très-heureux résultat. Il ferait le
+prolongement de la ligne de Dessau, par Jesnitz, jusqu'à Borna où se
+trouve le roi de Naples. Vous couvrirez par ce moyen Eulenbourg, et le
+général Lefebvre-Desnouettes pourra se porter en avant pour éclairer
+votre gauche.--En cas de nécessité, la garde déboucherait sur vous par
+Düben et Eulenbourg.--Il faudra placer des avant-gardes de cavalerie,
+infanterie et artillerie sur les routes de Halle, Cöthen et
+Leipzig.--Aussitôt que vous aurez choisi votre position et que votre
+corps sera en mouvement pour s'y rendre, vous vous mettrez en
+correspondance avec le duc de Padoue à Leipzig, avec lequel votre
+correspondance doit être très-sûre et très-rapide.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Düben, le 12 octobre 1813, onze heures du soir.
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre, que m'apporte l'officier
+d'ordonnance Gourgaud; elle est datée d'aujourd'hui à neuf heures du
+soir.--Le prince de la Moskowa s'est emparé de Dessau; il a fait deux
+mille cinq cents prisonniers, dont cinquante officiers. Il me mande, à
+trois heures après midi, que le général Tauenzien a passé à Dessau les
+ponts pour aller du côté de Roslau, et qu'on voit sur la rive droite des
+colonnes immenses de bagages et de pares qui remontent la rivière, et
+toutes les probabilités sont que l'armée de Berlin tout entière a passé
+sur la rive droite aux ponts de Dessau et d'Acken.--Le général Régnier,
+le général Dombrowski et le duc de Tarente avaient passé à Wittenberg
+sur la rive droite; à trois heures, nos avant-postes avaient passé
+Koswig.--À quatre heures, on a entendu une canonnade très-vive qui a
+duré jusqu'à six heures. Je n'en connais point encore le résultat;
+c'était l'attaque du général Régnier et du général Dombrowski sur la
+rive droite à Roslau.--L'ennemi paraissait être dans une grande
+épouvante.--Le duc de Castiglione était arrivé à Leipzig. Il avait eu,
+il y a trois jours, une affaire avec Thielman et Liechtenstein; il a
+battu complètement ce dernier, l'a mis en déroute et lui a fait douze
+cents prisonniers.--Le roi de Naples occupe la position de Grosbern, où
+il me mande qu'il tiendra toute la journée de demain 13.--Mon intention
+est que vous vous mettiez en marche pour vous rapprocher de Leipzig, et
+que vous envoyiez demander des ordres au roi de Naples. Je compte donc
+que vous serez à sept ou huit heures du matin, comme vous le proposez,
+sur Hohleim.--Je vous écrirai, du reste, de nouveau.--Votre arrivée au
+roi de Naples lui complétera quatre-vingt-dix mille hommes.--Si le
+général Régnier ne s'est pas emparé aujourd'hui de Roslau, cela me
+donnera le temps de m'en emparer demain, de bien battre l'armée de
+Berlin, et de terminer toutes ces affaires-là.--Je suppose que les
+reconnaissances que vous aurez envoyées sur la route de Halle vous
+auront enfin donné des nouvelles. Envoyez de fortes reconnaissances
+dans cette direction.--Marchez de manière à pouvoir surtout secourir
+Leipzig, et envoyez demander des ordres au roi pour entrer en bataille.
+Le moment décisif paraît être arrivé: il ne peut plus être question que
+de se bien battre.--Si vous entendez le canon sur Leipzig, activez votre
+marche et prenez part à l'affaire.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Düben, le 12 octobre 1813, trois heures et demie après midi.
+
+«Mon cousin, je n'ai point reçu de nouvelles de vous aujourd'hui:
+j'espère ne pas tarder à en recevoir. Je suppose que vous vous serez
+placé à quatre lieues de Leipzig.--Nous nous sommes emparés des ponts de
+l'ennemi sur l'Elbe, et il paraît que l'armée de Berlin s'est portée sur
+la rive droite.--D'un autre côté, le roi de Naples occupe la position de
+Grosbern, qu'il a prise ce matin. Je lui mande de la conserver toute la
+journée de demain 13.--Mon intention est que, si ce prince doit pouvoir
+conserver cette position, vous partiez à trois heures du matin pour
+prendre une position sur la route de Dobern, ayant votre gauche à
+Tachau.--Je me mettrai en marche de Düben, avec la vieille garde, pour
+vous rejoindre. La division Curial se mettra en marche d'Eulenbourg avec
+la division Lefebvre, de sorte que demain, vers midi, nous serons
+soixante-dix mille hommes réunis à portée de Leipzig. Toute mon armée se
+mettra en mouvement; et, dans la journée du 14, elle sera toute arrivée,
+et je pourrai livrer bataille à l'armée ennemie avec deux cent mille
+hommes.--Faites-moi connaître les renseignements que vous auriez de
+votre côté sur l'armée de Silésie et sur les positions que l'on pourrait
+prendre contre cette armée, contre l'armée qui viendrait par Halle et
+par Dessau.--Faites-moi bien connaître la position que vous occuperez,
+et à quelle heure vous pourrez être rendu à portée de Leipzig.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Düben, le 13 octobre 1813, dix heures du matin.
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre d'aujourd'hui 13, à trois du matin,
+par laquelle vous m'annoncez que vous serez à huit heures à Hohleim.--Je
+pense qu'il est nécessaire que vous ne vous massiez en ligne sur la rive
+gauche de la Partha qu'autant que le roi serait attaqué; mais ce serait
+une grande faute que de vous porter en ligne sur la rive gauche de la
+Partha, puisqu'on peut avoir à craindre que Blücher ne vienne à
+déboucher par Halle ou par quelque autre point. Je pense donc que vous
+devez reconnaître la position de Brettenfeld et la ligne de la Partha
+jusqu'à Taucha, et avoir des avant-gardes sur Skindits ainsi que sur la
+route de Landsberg. Par ce moyen vous vous déploieriez promptement, la
+gauche à l'Elster et la droite à la Partha, pour recevoir ce qui
+viendrait par ces chemins. Reconnaissez bien cette position. Ayez trois
+ponts sur la Partha, pour déboucher rapidement sur la rive gauche s'il
+en était besoin; mais tenez votre cavalerie dans les directions de Halle
+et de Landsberg. Battez les routes de Delitzsch et de Düben, afin de
+maintenir toutes ces communications parfaitement libres.--Toute ma garde
+arrive ici dans la journée, et je suppose que la tête arrivera
+aujourd'hui sur Lindenhain ou sur Hohleim.--À mesure que les autres
+corps d'armée arriveront, on les placera autour de Leipzig, la garde au
+centre en réserve.--Si vous étiez placé en ligne sur la gauche de la
+Partha, et qu'il fallût vous porter contre quelque chose qui viendrait
+du côté de Blücher, cela dérangerait toute la ligne et serait du plus
+mauvais effet. Il est important que l'armée de Silésie n'approche pas à
+deux lieues de Leipzig.--Vos trois divisions peuvent être très-espacées,
+avec les bonnes troupes qui les composent. Le temps de reconnaître la
+position qu'elles occuperont donnera celui nécessaire pour se mettre à
+l'abri de toute attaque. Mon intention est que vous placiez vos troupes
+sur deux rangs au lieu de trois. Le troisième rang ne sert à rien au
+feu, il sert encore moins à la baïonnette. Quand on sera en colonnes
+serrées par bataillon, trois divisions formeront six rangs et trois
+rangs de serre-file. Vous verrez l'avantage que cela aura. Votre feu
+sera meilleur; vos forces seront _tiercées_. L'ennemi, accoutumé à nous
+savoir sur trois rangs, jugera nos bataillons plus forts d'un
+tiers.--Donnez les ordres les plus précis pour l'exécution de la
+présente disposition.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Düben, le 13 octobre 1813, une heure du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous donner l'ordre
+d'être rendu _aujourd'hui, 13, à sept heures du matin, à trois lieues_
+de Leipzig, et de prendre les ordres du roi de Naples pour votre
+position, pour entrer en ligne. Ne perdez pas un instant pour exécuter
+l'ordre de Sa Majesté, et envoyez à l'avance un officier au roi de
+Naples pour lui faire connaître votre marche.
+
+«Pour le prince vice-connétable, major général,
+
+«Le général de division, chef de l'état-major,
+
+«Comte MONTHION.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Rettuis, le 14 octobre 1813, six heures du soir.
+
+«Mon cousin, mon quartier général est dans le Koll Garten, au village de
+Rettuis, sur la gauche de la Partha, à peu près à l'intersection des
+routes de Taucha et de Wurtzen, à une demi-lieue de Leipzig. Mon
+officier d'ordonnance Caraman me rend compte que vous prenez position à
+Stameln, Liebenthal et Brettenfeld. Le général Bertrand a ordre de
+prendre position, la gauche à Göhlis et la droite à la Partha, couvrant
+le pont de Schönfeld. Il est ainsi en arrière de votre gauche et vous
+servira de réserve.--Le duc de Tarente a passé à deux heures après midi
+le pont de Düben et s'avancera demain sur Leipzig.--Il y a eu
+aujourd'hui une canonnade assez vive. L'ennemi a été repoussé. Nous
+occupons Liebertwolkwitz, la droite appuyée à l'Elster. L'ennemi se
+prolonge sur sa gauche ou sur notre droite.--Toute ma garde, cavalerie,
+infanterie, artillerie, vient se placer autour de mon logement. Il
+serait bien convenable de remuer un peu de terre, de faire quelques
+abatis et de planter des palissades où cela peut être utile.--Je vous
+envoie une relation de la bataille de Gustave-Adolphe qui traite des
+positions que vous occupez.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Lindenhain, le 14 octobre 1813, dix heures et demie du soir.
+
+«Son Altesse le major général m'informe de votre position et de celles
+que l'armée a prises ce soir. Je me mettrai en marche à deux ou trois
+heures du matin, suivi du prince de la Moskowa. Dans le cas où l'ennemi
+déboucherait en grande force sur moi par Delitzsch, et que, sans
+compromettre le onzième corps, je ne pourrais lui faire face,
+j'appuierai à gauche pour passer la Partha sur l'un des ponts que
+m'indique le major général. Le deuxième corps de cavalerie et les deux
+divisions du premier arriveront, j'espère, à temps pour flanquer ma
+droite. Je suis instruit que vous devez envoyer au-devant de moi. Je
+serai fort aise d'avoir de vos nouvelles et de ce que vous aurez vu ou
+appris.
+
+«Le maréchal duc de Tarente,
+
+«MACDONALD.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Reudnitz, près Leipzig, le 15 octobre 1813, dix heures du soir.
+
+«Mon cousin, les rapports de la ville sont que le prince royal est à
+Mersebourg. On croit ce soir voir beaucoup de feux à Markranstadt, ce
+qui me ferait supposer que la force de l'ennemi ne se présenterait pas
+sur le chemin de Halle à Leipzig, mais sur celui de Weissenfels à
+Leipzig, d'où il se joindrait par Zwickau ou Pégau à l'armée de Bohême.
+Il est indispensable que vous ayez un officier sur la tour de Lindenau,
+et que vous en envoyiez un autre à la tour de Leipzig pour y lorgner à
+la pointe du jour.--Je suis fâché que vous n'ayez pas poussé une
+reconnaissance jusqu'à Schkenditz.--Il est bien nécessaire que tout
+votre corps ne reste pas dans la situation où il se trouve si l'ennemi
+attaquait ailleurs.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Reudnitz, le 15 octobre 1813, onze heures du soir.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur est surpris que vous ne
+soyez pas encore en communication avec le général Bertrand. Ce général
+est depuis hier au soir de bonne heure à Eustritz.--L'Empereur livre
+demain bataille à l'armée autrichienne, à la hauteur de Liebertwolkwitz,
+où le quartier général de l'Empereur sera demain 16, à sept heures du
+matin. Si vous n'avez que de la cavalerie ou peu d'infanterie devant
+vous, poussez-la loin et tenez-vous prêt à joindre l'Empereur. Le
+général Bertrand serait suffisant pour garder la position de ce côté si
+toute l'armée de Silésie ne débouche pas par là. Dans le cas contraire,
+le corps du prince de la Moskowa est à Mokau, et, si l'ennemi débouchait
+devant vous en grande force, votre corps, celui du général Bertrand et
+celui du prince de la Moskowa sont destinés à lui être opposés[10].
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+[Note 10: Cette disposition était parfaitement sage et conforme à la
+raison; et c'est quand m'est parvenu le rapport des sapeurs échappés de
+Halle, qui m'annonçait la marche décidée de l'armée; quand le rapport du
+15, à neuf heures du soir, fait connaître que l'infanterie prussienne
+est en face des avant-postes, et que la vue des feux prouve que toute
+l'armée ennemie est en présence, que, le 16 au matin, l'ordre est donné
+au quatrième corps de marcher sur Lindenau, et au troisième, de venir à
+la grande armée.(_Note du duc de Raguse._)]
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Reudnitz, le 16 octobre 1813, huit heures du matin.
+
+«L'Empereur vient d'ordonner au prince de la Moskowa de se tenir dans la
+journée près de Leipzig, ayant sous ses ordres le sixième corps, le
+quatrième, le troisième, les divisions Lorge, Defrance et Fournier.
+Prenez en conséquence les ordres de ce prince. Si ce matin on n'avait
+point aperçu d'armée débouchant par Halle, comme tout porte à penser
+qu'on n'a rien vu, vous repasserez le pont de Leipzig et viendrez vous
+mettre en bataille entre Leipzig et Liebertwolkwitz, vos trois divisions
+en échelons, et vous, vous resterez à une demi-lieue sur la grande route
+de Leipzig à Liebertwolkwitz, dans une maison où vous établirez votre
+quartier général. Vous enverrez un aide de camp auprès de l'Empereur,
+afin qu'on puisse vous retrouver et vous mettre rapidement en marche si
+cela paraît nécessaire à Sa Majesté pour prendre part à la bataille, ou
+pour vous porter dans la ville ou pourvoir à tout événement imprévu.
+
+«Vous attendrez, pour l'exécution de ces dispositions, les ordres du
+prince de la Moskowa.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«16 octobre 1813, trois heures du matin.
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre du 15 octobre à neuf heures du soir.
+Je ne tiens pas pour certain que le bataillon qui était à Hanicher se
+soit replié devant de l'infanterie. Il paraît, au contraire, qu'il
+n'avait devant lui que de la cavalerie. Il eût été convenable que vous
+fissiez soutenir ce bataillon sur Hanicher, pour avoir des prisonniers.
+Il n'est pas dans les règles qu'une reconnaissance de l'ennemi qui n'est
+pas soutenue par un camp puisse s'approcher et reconnaître notre camp.
+L'instruction que vous aviez donnée pour que ce bataillon se repliât
+s'il trouvait l'ennemi en corps d'armée a reçu une mauvaise application,
+puisque votre troupe s'est retirée sans que l'ennemi se soit présenté en
+corps de bataille. Avec cette manière de faire la guerre, il est
+impossible de rien apprendre. Vous auriez dû, depuis deux jours, envoyer
+des espions à Halle et à Mersebourg, et faire ce qui est d'usage à la
+guerre, en ordonnant au bourgmestre de vous donner un paysan, dont on
+retient la femme en otage, et en envoyant avec ce paysan un soldat
+déguisé comme domestique qui le suive dans sa mission[11]. Cela réussit
+sur tous les points; mais vous n'employez aucune des précautions dont on
+se sert à la guerre. Comment, depuis deux jours, avec trente mille
+hommes, n'avez-vous fait aucun prisonnier[12]? Le fait est que votre
+corps est un des plus beaux de l'armée, qu'il est en bataille contre
+rien, et que vous manoeuvrez comme si vous aviez, à une lieue et demie
+de vous, une armée campée, tandis qu'il est clair qu'avant-hier et hier
+vous n'avez vu personne.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+[Note 11: Les sapeurs français échappés et arrivés le 15 donnaient
+de meilleurs renseignements que ceux des paysans. (_Note du duc de
+Raguse._)]
+
+[Note 12: Comment faire des prisonniers à quatre ou cinq mille
+hommes de cavalerie qui nous entouraient, quand on a moins de mille à
+douze cents chevaux? (_Note du duc de Raguse._)]
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Reudnitz, le 16 octobre 1813, six heures du matin.
+
+«Mon cousin, il me paraît que rien n'annonce que l'ennemi veuille
+déboucher par Halle, et qu'il n'y a là qu'un corps de cavalerie. Il
+paraît douteux qu'on ait vu hier, comme on le prétend, quelques
+bataillons d'infanterie.--À la rentrée des reconnaissances, ce matin,
+cela sera entièrement vérifié, et, comme je vais faire attaquer les
+Autrichiens, je pense qu'il est convenable que vous passiez la ville au
+pont de la Partha, dans le faubourg et que vous veniez vous placer en
+réserve, à une demi-lieue de la ville, entre Leipzig et Liebertwolkwitz,
+vos divisions en échelons. De là vous pourrez vous porter sur Lindenau,
+si l'ennemi faisait une attaque sérieuse de ce côté, ce qui me
+paraîtrait absurde. Je vous appellerai à la bataille, aussitôt que je
+verrai la force de l'ennemi et que je serai certain que l'ennemi
+s'engage.--Enfin vous pourrez vous porter au secours du général Bertrand
+qui placera des postes sur votre position, si, ce qui n'arrivera
+probablement pas, une armée ennemie pouvait paraître sur le chemin de
+Halle.--Il faudra vous tenir, de votre personne, sur la grande route,
+hors de la ville. Il faudra laisser la division Lorge au général
+Bertrand, afin que cette division, soutenue par l'infanterie du général
+Bertrand, occupe toujours vos postes avancés.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
+
+«19 octobre 1813.
+
+«Monseigneur, la part qu'a prise le sixième corps d'armée aux batailles
+des 16 et 18 octobre, devant Leipzig, étant de nature à mériter
+l'intérêt de Sa Majesté, je crois de mon devoir de vous en adresser le
+rapport.
+
+«Le sixième corps était placé, depuis plusieurs jours, à Liebenthal,
+chargé d'observer les mouvements de l'ennemi, qui pourrait déboucher de
+ce côté. Le 16, au matin, Sa Majesté étant dans l'intention d'attaquer
+l'ennemi, et aucun corps d'armée considérable ne s'étant encore montré
+devant moi, je reçus l'ordre de me rapprocher de Leipzig, afin, tout en
+le couvrant, d'être plus à même de prendre part, s'il y avait lieu, au
+combat qui devait se livrer de l'autre côté de cette ville. Je mis en
+marche mes équipages, et bientôt après mon corps d'armée s'ébranla.
+
+«À peine mon mouvement était-il commencé, que de grosses masses de
+troupes ennemies débouchèrent par les routes de Halle et Gandsberg.
+
+«Il était trop tard, et j'étais trop faible, pour occuper la position de
+Liebenthal. En conséquence, je continuai ma marche sur Leipzig, en
+soutenant mon mouvement par une vive canonnade. L'ennemi nous suivit
+avec activité, en ne montrant toutefois que des forces qui n'étaient pas
+trop supérieures aux miennes.
+
+«J'avais deux partis à prendre: ou continuer ma marche et passer par le
+défilé de Leipzig, sous le feu et les efforts de l'ennemi, avec tous les
+désavantages que le terrain comporte, ou de faire face à l'ennemi.
+
+«J'y fus d'autant plus décidé, que je reçus plusieurs fois du prince de
+la Moskowa l'assurance que la disposition ordonnée par Sa Majesté pour
+que le troisième corps me soutint était exécutée, et qu'il marchait à
+mon secours. Je m'arrêtai donc; je fis face à l'ennemi, j'occupai la
+position qui à sa droite au ruisseau d'Eutritz et sa gauche à l'Elster,
+au village de Meckern, et je me préparai à combattre, soutenu par près
+de cent pièces de canon.
+
+«L'armée ennemie marcha à moi avec rapidité. Ses forces semblaient
+sortir de dessous terre; elles grossirent à vue d'oeil: c'était toute
+l'armée de Silésie.
+
+«L'attaque de l'ennemi se dirigea d'abord sur le village de Meckern. Ce
+village fut attaqué avec vigueur, et l'ennemi supporta tout le feu de
+mon artillerie. Il fut défendu de même par les troupes de la deuxième
+division, sous les ordres du général Lagrange. Le 2e régiment
+d'artillerie de marine, qui était chargé de ce poste, y mit vigueur et
+ténacité; il conserva ce village pendant longtemps, le perdit et le
+reprit plusieurs fois. Mais l'ennemi redoubla d'efforts et envoya de
+puissants secours, ne s'occupant que de ce point. Alors je fis exécuter
+un changement de front oblique par brigade, ce qui forma immédiatement
+six lignes en échelons, qui étaient également bien disposées pour
+soutenir ce village, où paraissait être toute la bataille.
+
+«Le 37e léger et le 4e régiment de marine furent successivement portés
+sur ce village; ils le reprirent et le défendirent avec tout le courage
+qu'on pouvait attendre d'aussi bonnes troupes.
+
+«Le combat se soutenait avec le même acharnement depuis trois heures, et
+l'ennemi avait fait des pertes énormes par l'avantage que nous donnait
+la position de notre artillerie pour écraser ses masses. Mais de
+nouvelles forces se présentaient sans cesse et renouvelaient les
+attaques. Une explosion de quatre caissons de douze, qui eut lieu à la
+fois, éteignit pour un instant le feu d'une de nos principales
+batteries, et, en ce moment, l'ennemi faisait une charge décisive.
+
+«J'engageai alors les troupes de la première division, qui formaient les
+échelons du centre, pour soutenir les troupes engagées et combattre
+l'ennemi, qui taisait un mouvement par son centre.
+
+«Le combat prit un nouveau caractère, et nos masses d'infanterie se
+trouvèrent en un moment à moins de trente pas de l'ennemi. Jamais action
+ne fut plus vive. En peu d'instants, blessé moi-même et mes habits
+criblés, tout ce qui m'environnait périt ou fut frappé.
+
+«Les 20e et 25e régiments provisoire, commandés par les colonels Maury
+et Drouhot, se couvrirent de gloire dans cette circonstance. Ils
+marchèrent à l'ennemi et le forcèrent à plier; mais, accablés par le
+nombre, ces régiments furent obligés de s'arrêter, en parvenant
+toutefois à se soutenir dans leur position. Le 32e léger fit aussi des
+prodiges. Les troupes de la troisième division, qui formaient les
+derniers échelons, prirent part au combat, autant pour soutenir les
+troupes qui étaient engagées que pour résister à quelques troupes que
+l'ennemi faisait marcher par sa gauche.
+
+«Les choses étaient dans cette situation, et le troisième corps, dont
+l'arrivée eût été si décisive, ne paraissait pas, lorsque l'ennemi
+précipita six mille chevaux sur toutes nos masses, qui étaient déjà aux
+prises à une si petite distance avec l'infanterie ennemie.
+
+«Notre infanterie montra en général beaucoup de sang-froid et de
+courage. Mais plusieurs bataillons des 1er et 3e régiments de marine,
+qui occupaient une position importante, plièrent, ce qui força nos
+masses à se rapprocher pour se mieux soutenir. L'ennemi fit de nouveaux
+efforts qui furent repousses avec un nouveau courage, et l'infanterie
+combattit à la fois contre l'infanterie et la cavalerie ennemie, et
+repoussa toujours de nouvelles attaques jusqu'à la nuit.
+
+«Alors je réunis mes troupes, et je pris position à Entritz et à Göhlis.
+
+«Ainsi, les troupes du sixième corps ont résisté, pendant cinq heures, à
+des forces quadruples, et la victoire eût été le prix de nos efforts,
+malgré la disproportion des forces, si les ordres que Sa Majesté avaient
+donnés pour le secours à m'envoyer eussent été exécutés.
+
+«J'ai eu dans cette circonstance extrêmement à me louer des généraux et
+officiers supérieurs, mais je dois faire une mention particulière du
+général Lagrange, qui a beaucoup combattu au commencement de l'action,
+et du général Cohorn, qui a soutenu tous les efforts de l'ennemi à la
+fin de la journée. Nous avons fait de grandes pertes, mais l'ennemi en a
+dû faire d'énormes. Des prisonniers, faits depuis, les portent à dix
+mille hommes.
+
+«Le lendemain matin, je repassai la Partha pour me lier à l'armée. Le 17
+fut employé à réparer le désordre qu'une affaire aussi chaude avait dû
+nécessairement causer, et à mettre les troupes en état de combattre.
+
+«Le 18 au matin, le sixième corps était concentré dans les environs de
+Schönfeld, observant par des détachements les bords de la Partha,
+défendant les gués et les différents passages. L'ennemi avait manoeuvré
+pendant la nuit pour se porter sur Taucha. Il y passa la Partha, et
+descendit cette rivière. Lorsqu'il fut à la hauteur de Neutsch et de
+Naundorf, les postes qui défendaient ces passages se replièrent sur moi,
+et j'établis ma ligne, la gauche à Schoenfeld, la droite dans la
+direction du village de Paunsdorf.
+
+«Mais la défection des Saxons ayant forcé le général Régnier à évacuer
+Paunsdorf, et à se rapprocher de Leipzig, je pris une nouvelle ligne, la
+gauche à Schoenfeld, la droite dans la direction du village de
+Wolkmansdorf, et, après avoir fait établir mes masses en échiquier et
+border leur front de toute mon artillerie, j'attendis l'ennemi sans
+inquiétude.
+
+«À l'armée de Silésie, que j'avais combattue l'avant-veille, se trouvait
+réunie l'armée suédoise; mais, cette fois, j'étais soutenu par le
+troisième corps qui fournit même une division, commandée par le général
+Delmas, pour compléter ma ligne.
+
+«L'ennemi déploya devant nous cent cinquante bouches à feu, en même
+temps qu'il fit attaquer le village de Schoenfeld avec la plus grande
+vigueur. Sept fois l'ennemi parvint à s'emparer de la plus grande
+portion de ce village, et sept fois il en fut chassé. C'était encore la
+division commandée par le général Lagrange, et un détachement de la
+troisième, qui eurent la gloire de la défense de ce village, et jamais
+troupes ne se sont comportées d'une manière plus héroïque, car elles
+comptaient pour rien le nombre de leurs ennemis.
+
+«Les troupes de la troisième division, qui occupaient la ligne en
+plaine, furent exposées au feu de mitraille le plus épouvantable, sans
+imaginer, pendant neuf heures, de faire un pas rétrograde. À la fin de
+la journée, notre artillerie démontée et nos munitions épuisées
+permirent à l'ennemi d'approcher tellement son immense artillerie, que
+la position n'était plus tenable, ce qui força à prendre position un peu
+en arrière. Mais l'artillerie du troisième corps arriva, et la division
+Ricard se porta rapidement à la position que nous venions de quitter, et
+chassa une huitième fois l'ennemi du village de Schoenfeld. Ainsi finit
+cette glorieuse journée.
+
+«Je ne connais pas d'éloges dont ne soient dignes des troupes aussi
+braves, aussi dévouées, et qui, malgré les pertes qu'elles avaient
+éprouvées l'avant-veille, n'en combattaient pas avec moins de courage.
+
+«Notre perte dans cette journée a été considérable. Elle a consisté
+particulièrement en officiers généraux. Le général Richemont, mon chef
+d'état-major, a été tué à mes côtés. Les généraux Delmas, Friederich et
+Cohorn ont été blessés mortellement. Les généraux Compans, Pelleport et
+Choisy l'ont été d'une manière moins grave. Mon sous-chef d'état-major,
+quatre de mes aides de camp, et cinq officiers de mon état-major ont été
+tués ou blessés.
+
+«Et, dès ce moment, je dois faire une mention particulière du courage et
+du zèle que les colonels Denis de Damrémont et Fabvier, employés près de
+moi, ont montrés.»
+
+
+
+
+LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
+
+«20 octobre 1813.
+
+«Sire, je supplie Votre Majesté de me permettre de lui exprimer la vive
+affliction que j'ai éprouvée à la lecture de son bulletin du 19, qui
+vient de me parvenir.--Sire, tout ce qui est relatif à la défense de
+Schoenfeld et de toute la plaine, jusqu'à la hauteur en arrière de
+Paunsdorf, le 18 octobre, m'appartient tout entier, tant pour la
+disposition des troupes que pour leur commandement sur le champ de
+bataille, et non au prince de la Moskowa, auquel Votre Majesté attribue
+les succès obtenus.--Il a paru à peine en tout dix minutes sur ce point.
+J'ai été personnellement dix heures sous la mitraille de l'ennemi par la
+nécessité des circonstances, parce que c'était seulement en payant de sa
+personne et par la présence du chef qu'un aussi petit nombre d'hommes
+que celui que j'avais pouvait résister à des forces aussi supérieures
+que celles qui étaient devant moi. C'est ce jour-là, Sire, que tout ce
+qui m'environnait a péri.--Jamais, à aucune époque de ma vie, je ne vous
+ai servi avec plus de dévouement que dans cette occasion.--Il n'y a pas
+un soldat du sixième corps qui ne puisse l'attester; et cependant Votre
+Majesté n'a pas daigné prononcer mon nom dans le récit de cette
+glorieuse journée.--Sire, après l'humiliation et le danger plus grand
+encore d'être sous les ordres d'un homme tel que le prince de la
+Moskowa, je ne vois rien de pire que de se voir aussi complétement
+oublié en pareille circonstance.
+
+«L'objet de mes affections et de mes voeux est d'obtenir votre
+bienveillance; et Votre Majesté ne saurait me refuser sa justice.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Ollendorf, le 22 octobre 1813, onze heures et demie du soir.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que, avec les
+troisième, sixième et septième corps d'armée, vous continuiez, demain
+23, votre mouvement sur Erfurth, pour prendre position sur les hauteurs,
+en arrière de la forteresse. Ayez soin d'envoyer à l'avance un officier
+pour reconnaître la position que vous devrez occuper.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Ollendorf, le 22 octobre 1813, onze heures et demie.
+
+«Je donne l'ordre au général Sébastiani de flanquer la marche de
+l'armée, et de protéger ce qui passera entre vous et le duc de Reggio.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Erfurth, le 24 octobre 1813, deux heures du matin.
+
+«L'intention de l'Empereur est que vous placiez vos corps dans des
+villages plus près d'Erfurth, afin de bien vous rallier ce matin et de
+prendre les effets d'habillement et d'armement dont vous pouvez avoir
+besoin.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.
+
+«_P. S._ Faites-moi connaître le nom des villages où vos corps seront
+placés.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Gotha, le 25 octobre 1813.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous partiez
+demain à deux heures du matin pour vous rendre à Eisenach. Vous y
+prendrez une position militaire pour soutenir la ville et le général
+Sébastiani, qui a beaucoup de cavalerie ennemie en présence, et vous
+vous tiendrez prêt à aller plus loin du côté de Berka.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+ORDRE POUR M. LE DUC DE RAGUSE.
+
+«Rothenbergen, le 30 octobre 1813.
+
+«Les bagages et tous les parcs d'artillerie de l'armée se rendront d'ici
+à Langenselbold, de là à Hochstädt, passant par Bruckobel, et de là,
+d'après les nouvelles que l'on aura, ils se dirigeront sur Francfort ou
+sur Bergen. Tous les isolés et blessés, tous les chevaux blessés, les
+hommes de cavalerie, non combattants à leur régiment, suivront la même
+route. Le duc de Padoue, avec le troisième corps de cavalerie, marchera
+en tête de cette colonne et la dirigera.
+
+«MM. les maréchaux commandant en chef les corps d'armée, le général
+Sorbier, le général Rogniat, le général Dulauloy, le général Nansouty,
+commandant en chef la cavalerie, le directeur général de
+l'administration de l'armée, et enfin tous chefs d'autorité militaires
+ou d'administration, feront exécuter, chacun en ce qui le concerne, les
+dispositions ci-dessus. M. le général Radet est spécialement chargé et
+responsable de l'exécution de cet ordre. Il placera des postes de
+gendarmerie en conséquence, de manière qu'il n'y ait que l'artillerie
+active des corps d'armée et les combattants qui suivent la grande route
+de Hanau, et que tout le reste prenne la route indiquée dans l'ordre
+ci-dessus. M. le général Radet fera mettre deux poteaux avec des
+écriteaux.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Au camp, quatre heures du matin.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, j'ai remis à l'Empereur le petit croquis que
+vous m'avez envoyé de votre position. Sa Majesté fait demander si, ce
+matin, vous pouvez attaquer la ville de Hanau de votre côté. Pouvez-vous
+passer le pont de bois?
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+«_P. S._ Nous avons jeté toute la nuit des obus dans la ville.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«À une lieue en avant de Hanau, le 31 octobre 1813,
+
+dix heures et demie.
+
+«Monsieur le duc de Raguse, l'officier d'état-major que je vous ai
+envoyé arrive. L'Empereur me charge de vous dire de continuer à canonner
+l'ennemi avec toute votre artillerie.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Au bivac, devant Hanau, le 31 octobre 1813.
+
+«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'ennemi a évacué Hanau, le duc de
+Bellune et le duc de Castiglione partent pour Francfort; vous laisserez
+au pont les troupes nécessaires pour contenir l'ennemi. Le général
+Bertrand a ordre d'occuper Hanau; concertez-vous avec lui, et, lorsqu'il
+se sera emparé des positions, continuez votre mouvement sur Francfort.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+«_P. S._ Le général Bertrand pourra remplacer les troupes que vous avez
+au pont de bois: concertez-vous avec lui.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Francfort, le 31 octobre 1813.
+
+«Vous pouvez prendre position en avant du faubourg de Hanau; vous ferez
+prendre pour deux jours de vivres à Francfort, et à cet effet vous
+enverrez des corvées en règle dans la ville pour recevoir cette
+distribution.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Francfort, la 1er novembre 1813, trois heures et demie du matin.
+
+«L'Empereur ordonne qu'avec les troisième et sixième corps d'armée vous
+vous portiez à Höchst, que vous y passiez la Nidda et que vous preniez
+position jusqu'à nouvel ordre sur cette rivière. Mettez-vous en
+mouvement à six heures du matin.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+«_P. S._ Faites partir les isolés et les voitures qui peuvent être
+autour de vous.»
+
+
+
+
+NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Mayence, le 2 novembre 1813.
+
+«Mon cousin, je reçois votre lettre; vous n'avez envoyé, ni à moi, ni à
+l'état-major, aucune relation des batailles du 16 et du 18: ce que vous
+auriez dû faire.
+
+«NAPOLÉON.»
+
+
+
+
+LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
+
+«Höchst, le 2 novembre 1813, une heure et demie du matin.
+
+«Vous tiendrez la position que vous occupez sur la Nidda, à Höchst,
+jusqu'à l'arrivée du général Curial, c'est-à-dire de la première de ses
+divisions; ensuite vous vous mettrez en route avec votre corps pour vous
+rendre à Mayence. Le général Sébastiani a l'ordre de flanquer la droite
+de la route d'ici à Mayence. Vous remettrez la garde des ponts à ce
+général.
+
+«Le prince vice-connétable, major général,
+
+«ALEXANDRE.»
+
+
+
+FIN DU TOME CINQUIÈME.
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires du maréchal Marmont, duc de
+Raguse (5/9), by Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES DU MARÉCHAL MARMONT ***
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+The Project Gutenberg EBook of Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse
+(5/9), by Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)
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+Author: Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont
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+Release Date: October 2, 2010 [EBook #33832]
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES DU MARÉCHAL MARMONT ***
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+
+Produced by Mireille Harmelin, Rénald Lévesque and the
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+http://dp.rastko.net. This file was produced from images
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+de France (BnF/Gallica)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<br><br>
+
+
+<h2>MÉMOIRES</h2>
+
+<h3>DU MARÉCHAL MARMONT</h3>
+
+<h1>DUC DE RAGUSE</h1>
+
+<h3>DE 1792 À 1841</h3>
+
+<h3>IMPRIMÉS SUR LE MANUSCRIT ORIGINAL DE L'AUTEUR</h3>
+
+<h5>AVEC</h5>
+
+<h4>LE PORTRAIT DU DUC DE REISCHSTADT</h4>
+
+<h5>CELUI DU DUC DE RAGUSE</h5>
+
+<h5>ET QUATRE FAC-SIMILE DE CHARLES X, DU DUC D'ANGOULÊME, DE L'EMPEREUR<br>
+NICOLAS ET DU DUC DE RAGUSE</h5>
+
+<hr class="short">
+<h4>DEUXIÈME ÉDITION</h4>
+<hr class="short">
+
+<h4>TOME CINQUIÈME</h4>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid">PARIS<br>
+
+PERROTIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR<br>
+41, RUE FONTAINE-MOLlÈRE, 41</p>
+
+<h5>L'éditeur se réserve tous droits de traduction et de reproduction.</h5>
+
+<h4>1857</h4>
+
+<br><br>
+
+<h2>MÉMOIRES</h2>
+
+<h5>DU MARÉCHAL</h5>
+
+<h1>DUC DE RAGUSE</h1>
+
+<hr class="full">
+
+<br><br>
+
+
+
+<h2>LIVRE SEIZIÈME</h2>
+<br>
+
+<h3>1813</h3>
+
+<p><span class="sc">Sommaire.</span>--Situation et faiblesse de la grande armée après la campagne
+de Russie.--Organisation d'une nouvelle armée dite d'observation du
+Mein.--Création des régiments provisoires.--Canonnière de
+marine.--Composition de l'armée du Mein.--Arrivée du duc de Raguse à
+Mayence.--Composition du sixième corps, sous les ordres de
+Marmont.--Marche sur Dresde.--Combat de Wiessenfels.--Mort du duc
+d'Istrie.--Napoléon établit son quartier général à
+Lutzen.--Reconnaissance de l'ennemi exécutée par le sixième
+corps.--Bataille de Lutzen 2 mai 1813.--Combats de nuit contre la
+cavalerie ennemie.--Danger que court le duc de Raguse.--Paroles de
+l'Empereur.--Entrée de l'armée française à Dresde.</p>
+
+<p>Je passai les mois de janvier et de février 1813 à soigner mes
+blessures, impatient de rentrer en campagne. Grâce à la force de mon
+tempérament, dès le mois de mai, je fus en état de partir. Après quinze
+jours passés à Châtillon, où j'arrêtai les travaux dont la suite devait
+m'occuper d'une manière si grave et si importante, je me mis en route
+pour l'armée.</p>
+
+<p>Les deux mois et demi passés à Paris et à la cour firent époque pour
+moi. Étranger aux plaisirs et aux splendeurs de ce séjour, depuis neuf
+ans, je n'avais pas quitté les camps; et, sous le régime impérial, je
+n'avais habité la capitale que pendant six semaines environ et à trois
+reprises différentes, à l'époque du couronnement, en 1809, après la paix
+de Vienne, et à l'époque de la naissance du roi de Rome, avant d'aller
+prendre le commandement de l'armée de Portugal. Aussi, sur ce terrain,
+tout était neuf pour moi. La cour, encore brillante, présentait
+cependant un horizon sombre à tous les yeux. La défection du corps
+prussien d'York, indice effrayant de la situation des esprits, donnait à
+chacun le pressentiment de grands et de nouveaux malheurs. Et cependant
+la fortune est venue au secours du courage, et il n'a tenu qu'à Napoléon
+de rasseoir pour toujours sa puissance ébranlée; mais il devait se
+charger lui-même de se détruire et périr par un suicide politique.</p>
+
+<p>Depuis plusieurs années, Napoléon, rappelant, autant qu'il le pouvait,
+dans les habitudes, les usages anciens de la cour de France, exigeait
+que l'on vint à ses fêtes en habit habillé. L'intérêt des manufactures
+servait de prétexte à cet usage singulier, imitation servile du passé.
+Rien n'était si extraordinaire que ce travestissement de soldats dont la
+parure était les cicatrices et l'air martial bien plus que la grâce et
+l'élégance. Je me fis faire de beaux habits pour me conformer à l'ordre
+donné, et ma manche ouverte, mon bras en écharpe et sans mouvement,
+faisaient ressortir ce que ce costume avait de bizarre.</p>
+
+<br>
+
+<p>Les historiens de la campagne de 1812 en Russie ont raconté ses
+désastres avec trop de détails pour que, sans y avoir assisté, je
+m'occupe de les décrire. L'ouvrage de M. de Ségur porte avec lui la
+conviction et doit être placé en première ligne. J'ai pu juger, dans la
+campagne suivante, des dispositions physiques et morales de Napoléon. Il
+était en 1813 tel que M. de Ségur le dépeint en 1812. Plus tard, j'ai pu
+apprécier l'exactitude de ses récits quand il décrit les lieux où se
+sont passées les grandes scènes de cette époque. Enfin il a bien peint
+le caractère des événements dans une armée livrée à de semblables
+circonstances, et c'est lui qui, à mon avis, doit faire autorité dans
+l'avenir.</p>
+
+<p>La grande armée n'existait plus que de nom. À peine les régiments
+conservaient-ils des fragments de cadres. L'effectif présent sous les
+armes, dans le cadre d'un grand nombre de divisions, ne s'élevait pas à
+plus de huit à neuf cents hommes. Les hommes échappés à la mort étaient
+prisonniers ou éparpillés, sans armes et sans organisation. Quelques
+corps, restés en Prusse et à Dantzig, furent victimes à leur tour des
+rigueurs de la saison et éprouvèrent une grande diminution. De leur côté
+aussi les troupes ennemies, sans avoir été désorganisées, étaient
+beaucoup réduites, malgré les soins qu'on avait pris pour leur
+conservation pendant la poursuite des opérations. Néanmoins leur nombre
+et leur état les rendaient très-supérieures aux nôtres et fort
+redoutables.</p>
+
+<p>La défection de la Prusse avait mis inopinément dans la balance de
+nouvelles forces contre nous, et ces forces étaient aussi redoutables
+par le nombre des soldats que par l'esprit qui les animait.
+L'enthousiasme de la nation la fit se lever, pour ainsi dire, tout
+entière pour assurer sa délivrance.</p>
+
+<p>La ville de Dantzig, abandonnée à elle-même, fut bloquée, ainsi que les
+diverses places de la Vistule. Cependant le vice-roi, qui commandait
+cette prétendue grande armée, dont les débris réorganisés composaient un
+corps de tout au plus douze mille hommes, formé de quatre divisions,
+était resté à Posen aussi longtemps qu'il l'avait pu sans danger. Il
+s'était ensuite retiré lentement et s'était arrêté à Berlin. Enfin,
+quand le mouvement des armées ennemies et la levée en masse de la Prusse
+l'y forcèrent, il se réfugia derrière l'Elbe, où il reçut des renforts
+considérables.</p>
+
+<p>L'hiver de 1813 se passa ainsi en Allemagne. Pendant ce temps, une
+nouvelle armée, sous le nom d'armée d'observation du Mein, se formait
+sur la frontière et se préparait à entrer en campagne.</p>
+
+<p>Les désastres survenus en Russie avaient été ressentis vivement par la
+France entière. Quelque lourd qu'eût paru le fardeau de la guerre,
+quelle que fût l'impopularité de l'Empereur et de ses entreprises
+gigantesques, qui, se renouvelant chaque année, épuisaient toujours
+davantage les peuples, l'honneur national, accoutumé, par des succès
+continuels, à dicter partout des lois, se réveilla au bruit des revers.
+Le sentiment patriotique fit faire des efforts extraordinaires pour
+mettre Napoléon à même de reprendre sa position perdue et de rétablir
+son influence sur l'Europe. On espérait que Napoléon était corrigé, et
+qu'enfin la France pourrait jouir de sa puissance au sein du repos. Les
+levées se firent avec facilité et empressement. Une réquisition immense
+de chevaux s'exécuta promptement et sans murmures. Tout marcha avec une
+telle rapidité, que les armées semblaient sortir de terre.</p>
+
+<p>Avant de commencer la campagne de Russie, l'Empereur avait emmené avec
+lui tout ce qu'il y avait de disponible dans l'armée. Il n'avait laissé
+en France que des dépôts; mais, par une sage prévoyance, il avait
+ordonné la levée de cent bataillons de réserve, sous le nom de
+<i>cohortes</i>. Afin de se ménager la ressource des conscriptions futures,
+il l'avait fait faire sur les conscriptions passées, c'est-à-dire parmi
+les hommes libérés, mesure injuste et odieuse, mais qui lui fournit des
+hommes faits, robustes, de l'âge de vingt-deux à vingt-huit ans, et
+plus en état que ceux des levées annuelles de supporter les fatigues de
+la guerre. Pour déguiser aux yeux de ces hommes, appelés contre toute
+espèce de droit, la rigueur dont ils étaient l'objet, le
+sénatus-consulte, rendu à cette occasion, déclara que ces nouveaux
+soldats n'auraient d'autre destination que la défense du territoire de
+l'Empire; qu'ils ne pourraient en sortir; et, pour présenter à l'esprit
+l'idée d'une organisation particulière adaptée à cette destination
+spéciale, on les plaça dans des corps nouvellement formés sous le nom de
+cohortes au lieu de bataillons.</p>
+
+<p>M. de Lacépède, orateur du Sénat, prononça, en présentant l'acte qui
+mettait l'Empereur en possession de cette ressource, les paroles
+suivantes, qui furent au reste frappées de ridicule, au moment même où
+elles furent proférées: «Mais ces jeunes soldats auront à gémir du sort
+qui leur est réservé, de rester loin des dangers et du théâtre de la
+gloire des armes françaises.» Le théâtre de la guerre se rapprocha d'eux
+et vint les chercher. Un nouveau sénatus-consulte, rendu dans l'hiver de
+1812 à 1813, autorisa à les mobiliser et à en faire des régiments, qui
+prirent de nouveaux numéros dans l'armée. Ces corps, ayant été levés au
+moment du plus grand déploiement de nos forces, avaient reçu un grand
+nombre d'officiers fort médiocres et trop âgés, en réforme ou en
+retraite, rappelés au service, mais les soldats étaient admirables. Les
+cent cohortes organisées en régiments prirent les numéros au delà du
+122<sup>e</sup> et jusqu'à 130 et quelques. Ces corps formèrent la première
+ressource dont l'Empereur disposa.</p>
+
+<p>La conscription annuelle était déjà appelée. Elle servit à remplir les
+cadres d'un grand nombre des troisième et quatrième bataillons, qui
+formèrent des régiments provisoires, et furent envoyés dans le corps
+d'observation du Mein.--Des soldats, tirés des compagnies
+départementales, formèrent un régiment de quatre magnifiques bataillons.
+Napoléon eut, en outre, l'idée de faire servir à terre, et comme
+infanterie, les canonniers de la marine, corps nombreux, brave et fort
+inutile dans les ports en ce moment. Il ordonna son doublement en y
+versant un nombre de conscrits égal à celui des vieux soldats. On forma
+ainsi quinze bataillons de campagne, qui entrèrent dans la composition
+de mon corps d'armée. Enfin, Napoléon appela à lui un corps de trois
+divisions, formées avec des troupes de l'armée d'Italie, composé
+d'anciens régiments, dont la gloire et le courage rappelaient notre beau
+temps militaire. Ce corps, confié au général Bertrand, traversa le
+Tyrol, et vint nous rejoindre dans les plaines de la Saxe.</p>
+
+<p>L'armée d'observation du Mein se composa en dernière analyse de corps
+dont les numéros définitifs, dans la grande armée, furent les suivants:</p>
+
+<p>Troisième corps, maréchal Ney, quatre divisions;</p>
+
+<p>Quatrième corps, général Bertrand, trois divisions, dont une
+wurtembergeoise;</p>
+
+<p>Sixième corps, duc de Raguse, quatre divisions, dont trois seulement
+furent organisées (canonniers de la marine).</p>
+
+<p>Le premier corps, prince d'Eckmühl, quatre divisions. Il était sur le
+bas Elbe, où il se réorganisait.</p>
+
+<p>Le deuxième corps, duc de Bellune, qui était à Magdebourg. Il fut formé
+fort tard, et il ne put prendre part à la première partie de la
+campagne.</p>
+
+<p>Les cinquième, onzième et douzième corps, commandés par le général
+Lauriston et les maréchaux Macdonald et Oudinot, chacun de trois
+divisions (cohortes). Ils avaient déjà rejoint le vice-roi.</p>
+
+<p>Enfin, aux forces ci-dessus il faut ajouter la garde impériale, dont
+l'infanterie s'élevait à quinze mille hommes et la cavalerie à quatre
+mille, seule cavalerie, au reste, qui fût alors disponible dans toute
+l'armée. Ces forces, organisées pendant le cours de l'hiver, étaient en
+état de rentrer en campagne à la fin d'avril. Cependant l'Empereur ne se
+contenta point de ces préparatifs, quelque considérables qu'ils fussent
+déjà. Il ordonna encore bien d'autres levées. De plus il stimula les
+alliés pour remplacer leurs contingents, dont, il est vrai, il ne
+restait presque plus que le souvenir. Les effets de ces mesures
+extraordinaires, soutenues par une grande activité et une puissante
+volonté, se firent sentir successivement pendant le cours de la première
+partie de la campagne et de l'armistice qui s'ensuivit. Des secours de
+toute nature ne cessèrent d'arriver, en sorte que l'armée se trouva, à
+la fin de l'été, composée, il est vrai, en grande partie de très-jeunes
+soldats, peu en état de supporter longtemps les fatigues de la guerre,
+mais aussi forte en nombre d'hommes et en chevaux qu'elle eût jamais
+été. Ce n'est pas, au surplus, le moment d'entreprendre cette partie de
+mes récits. Nous en sommes seulement à présent à la formation des
+troupes entrant les premières en ligne, après les désastres survenus en
+Russie, et qui combattirent à Lutzen.</p>
+
+<p>Je me rendis à Mayence, où j'arrivai le 24 mars, encore très-souffrant
+de ma blessure reçue en Espagne. Mes plaies, encore ouvertes, exigeaient
+des soins journaliers, et mon bras était encore sans aucun mouvement.
+Beaucoup d'autres, à ma place, eussent réclamé du repos pour assurer
+leur guérison; mais le repos, au milieu du mouvement de la guerre, eût
+été pour moi une maladie mortelle. Je n'étais pas encore rassasié de
+cette vie de périls et d'émotions qui échauffent le coeur, exaltent
+l'esprit, décuplent l'existence. Le temps et les malheurs ne m'avaient
+pas encore désenchanté en me montrant les illusions dont elle est
+souvent remplie.</p>
+
+<p>Les dispositions de l'Empereur avaient ordonné la formation de mon corps
+d'armée en quatre divisions d'infanterie; mais la quatrième, n'ayant eu
+qu'une organisation incomplète, reçut peu après une autre destination.
+Mon corps d'armée ne se composa donc réellement, pendant toute la
+campagne, que de trois divisions formées de quarante bataillons. Quinze
+de ces bataillons appartenaient à l'artillerie de la marine. Ils étaient
+composés moitié d'anciens soldats, et l'autre moitié de recrues,
+incorporées au moment où ils se mirent en marche des grands ports où ils
+tenaient garnison. Les vingt-cinq autres bataillons furent composés,
+savoir: du 37<sup>e</sup> léger, nouveau corps, mais formé de vieux soldats tirés
+par détachement des compagnies départementales; de vingt troisième et
+quatrième bataillons de différents régiments des armées d'Espagne,
+organisés en régiments provisoires; enfin, d'un bataillon espagnol.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">1<sup>er</sup> régiment d'infanterie de la marine, quatre bataillons.</p>
+
+<p class="i14">2<sup>e</sup> régiment, infanterie de marine, six bataillons.</p>
+
+<p class="i14">3<sup>e</sup> régiment, infanterie de marine, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">4<sup>e</sup> régiment, infanterie de marine, trois bataillons.</p>
+
+<p class="i14">37<sup>e</sup> léger, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">32<sup>e</sup> léger, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">23<sup>e</sup> léger, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">11<sup>e</sup> provisoire, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">13<sup>e</sup> provisoire, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">15<sup>e</sup> de ligne, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">16<sup>e</sup> provisoire, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">70<sup>e</sup> de ligne, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">120<sup>e</sup> de ligne, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">20<sup>e</sup> provisoire, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">25<sup>e</sup> provisoire, deux bataillons.</p>
+
+<p class="i14">Corps Joseph Napoléon, un bataillon.</p>
+</div></div>
+
+<p>L'artillerie se composa de quatre-vingt-quatre bouches à feu. L'extrême
+pénurie éprouvée en cavalerie empêcha de m'en donner une seule division
+ou même une seule brigade. J'eus à ma disposition seulement les lanciers
+de Berg, composés d'environ deux cents chevaux. Les régiments
+d'artillerie de la marine, faisant le fond de mon corps d'armée,
+méritaient beaucoup d'éloges pour leur bravoure et leur bon esprit.
+Jamais soldats ne se sont exposés de meilleure grâce au canon de
+l'ennemi, et n'y sont restés avec plus de fermeté. Mais ces troupes
+avaient une grande maladresse et un manque complet d'expérience de la
+guerre de terre. Elles eurent en conséquence, pendant quelque temps,
+beaucoup de désavantage devant l'ennemi. Le personnel des officiers dut
+être remanié. Il fallut nommer à un grand nombre d'emplois. On exerça
+constamment aux manoeuvres et les vieux et les jeunes soldats; même
+pendant les marches, l'instruction fut continuée. On agit de la même
+manière dans les autres bataillons, entièrement composés de conscrits.
+Ceux dont les cadres étaient bons, quoique formés très-rapidement,
+purent être présentés à l'ennemi avec confiance, tant les paysans
+français, belliqueux par essence, sont faciles à dresser. Un bataillon
+du 4<sup>e</sup> régiment de ligne, dont le cadre était complet et admirable, m'en
+donna la preuve. Ce bataillon, après avoir reçu les recrues à la fin de
+janvier, était un corps modèle au mois de mai suivant.</p>
+
+<p>Mes divisions étaient commandées, savoir: la première par le général
+Compans; la deuxième par le général Bonnet; la troisième, par le général
+Freiderick; mon artillerie, par le général de division Fouché.</p>
+
+<p>J'établis mon quartier général à Hanau, et mes troupes, pour vivre et se
+former, eurent le pays environnant sur la route d'Allemagne, jusques et
+y compris Fulde.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, le troisième corps, commandé par le maréchal prince de
+la Moskowa, s'organisait dans le duché de Saxe. La gauche se formait à
+Mayence, et la cavalerie en Lorraine et dans le Palatinat du Rhin. Le
+vice-roi avait son quartier général à Strassfurth et le maréchal Ney, à
+Meiningen. Les corps ennemis étaient ainsi placés: celui de York à
+Dessau; Wittgenstein, au delà de l'Elbe, et la masse des troupes,
+réunies en arrière de Dresde, prêtes à déboucher.</p>
+
+<p>Je portai, le 13 avril, ma deuxième division sur Vach. Le 15, elle prit
+position à Eisenach, tandis que la première la remplaça à Vach, et que
+le prince de la Moskowa débouchait sur Erfurth.</p>
+
+<p>Le mouvement commencé continua, et, le 21, ma deuxième division, qui
+tenait la tête de la colonne, arriva à Gotha, la première à Langensalza
+et la troisième à Eisenach, où, dès le 19, j'avais porté mon quartier
+général.</p>
+
+<p>Pendant ces marches, nos troupes achevaient de s'organiser. De son côté,
+le vice-roi, marchant pour faire sa jonction, arrivait à Mersebourg. Le
+1<sup>er</sup> mai, au matin, le troisième corps avait débouché de Weissenfels, où
+je l'avais remplacé. Une avant-garde ennemie eut avec lui un léger
+engagement dans lequel le maréchal Bessières fut tué. C'était un de nos
+compagnons d'Italie et sa perte fut appréciée par l'armée. Je la
+ressentis plus vivement que d'autres à cause de nos souvenirs communs.
+Séparés pendant longtemps et ayant eu pour lui quelques motifs
+d'éloignement, nous nous étions rapprochés, et notre ancienne amitié
+s'était réveillée. Homme d'esprit et de coeur, il donna toujours à
+l'Empereur des avis utiles. Vingt et un jours après, nous devions perdre
+un autre camarade qui m'était bien plus cher. La fortune devait enfin
+s'appesantir sur nous, après nous avoir si longtemps protégés et comblés
+de ses faveurs.</p>
+
+<p>Le troisième corps alla prendre position à Kaia, à Kleingrossgorschen et
+à Starfield. Napoléon se rendit à Lutzen, où il établit son quartier
+général.</p>
+
+<p>Je pris position à Ripach et je mis mon corps d'armée à cheval sur le
+ravin, prêt à marcher dans différentes directions. Pendant ce temps les
+troupes aux ordres du vice-roi, occupant la rive gauche de la Saale,
+s'étaient rencontrées à Mersebourg, et avaient fait leur jonction avec
+celles que Napoléon amenait en personne. L'Empereur ignorait la
+position véritable de l'ennemi et ne supposait pas qu'il se décidât si
+promptement à l'offensive. Une raison suffisante pour ignorer les
+mouvements était notre défaut de cavalerie. Nous ne pouvions pas battre
+la campagne et avoir des nouvelles certaines. Mais Napoléon aurait dû
+réfléchir que l'ennemi, ayant trente mille chevaux, tandis que nous n'en
+avions pas quatre mille, et possédant ainsi sur nous de si grands
+avantages dans un pays aussi plat, aussi découvert, ou ne nous
+attaquerait jamais, ou nous attaquerait en ce moment.</p>
+
+<p>Le 2 mai, Napoléon dirigea les troupes du vice-roi, c'est-à-dire le
+cinquième et le onzième corps sur Leipzig, et se mit en route lui-même
+pour s'y rendre. Il m'envoya auparavant l'ordre de faire une forte
+reconnaissance dans la direction de Pégau avec tout mon corps d'armée,
+de percer tous les rideaux de troupes qui me seraient présentés, afin de
+m'assurer où était la force des masses ennemies. Je me mis en mesure
+d'exécuter ces dispositions. On se le rappelle, j'étais campé sur le
+ravin de Ripach, occupant par une division la rive droite, et la rive
+gauche par les deux autres. Le troisième corps était campé aux villages
+de Grossgorschen, Kaia et Starfield.</p>
+
+<p>L'opération qui m'était prescrite était délicate. M'avancer avec vingt
+mille hommes sans cavalerie, au milieu d'une immense plaine où je
+pouvais subitement être entouré par toutes les forces de l'ennemi,
+exigeait de grandes précautions pour rester en liaison par l'armée, et à
+même d'être soutenu si j'étais inopinément attaqué par des forces
+supérieures. Or j'avais à choisir entre deux chemins dans la direction
+qui m'était donnée. De Ripach on peut aller à Pégau par la rive droite
+et par la rive gauche du ravin. Le chemin de la rive gauche est le plus
+court, et j'étais déjà tout placé sur ce chemin; mais il avait
+l'inconvénient de me séparer du gros des forces de l'armée, de laisser
+mon flanc droit exposé aux attaques de l'ennemi, tandis que j'aurais été
+acculé au ravin à ma gauche. En marchant par la rive droite, le chemin
+était plus long; mais mon flanc devait être couvert par le ravin, ma
+gauche en liaison avec l'armée, ma retraite sur Lutzen était assurée, et
+je couvrais ainsi la portion des troupes qui avait marché sur Leipzig.
+C'est peut-être à cette combinaison sage que nous avons dû un succès
+brillant à la place d'une catastrophe.</p>
+
+<p>Après avoir passé le ravin de Ripach, et avoir formé mes troupes en six
+carrés qui marchaient en échiquier, je me mis en marche en suivant la
+rive droite, et me portant ainsi sur Starfield.</p>
+
+<p>À peine approchions-nous de ce village que nous vîmes se former, sur les
+hauteurs qui le dominent, des masses considérables de cavalerie
+ennemie, soutenues par une nombreuse artillerie, et, en même temps, nous
+entendîmes le canon dans la direction de Kaia et de Grossgorschen. La
+division Gérard, du troisième corps, campée à peu de distance sur la
+rive gauche, et un peu en arrière de Starfield, venait d'être surprise
+par l'ennemi. Elle prenait les armes dans une grande confusion. Son
+artillerie se trouvait sans attelages, ses chevaux ayant été
+inconsidérément aux fourrages. Cette division eût couru de grands
+risques si je fusse arrivé quelques minutes plus tard; mais je hâtai ma
+marche, et je m'empressai de me porter en avant pour la couvrir et lui
+donner le temps de s'organiser.--Les forces que l'ennemi nous montrait
+étaient imposantes: mais, ne voyant encore que de la cavalerie, elles ne
+me parurent cependant pas assez redoutables pour m'empêcher de remplir
+mes instructions. En conséquence, je me décidai à les aborder sans
+perdre un seul moment, afin de juger en quoi elles consistaient au
+juste. Afin d'être à l'abri de tout événement fâcheux si j'avais affaire
+à trop forte partie, je fis occuper en force le village de Starfield,
+destiné ainsi à me servir de point d'appui. Je portai en avant du
+village, et un peu sur la gauche, la division Compans; et, en échelons
+plus à la gauche encore, la division Bonnet. Les troupes, soutenues par
+le feu de ma nombreuse artillerie, se mirent à marcher en avant et au
+pas accéléré. Cette charge s'exécuta avec vigueur et promptitude; mais,
+les forces de l'ennemi augmentant avec rapidité, je vis bientôt qu'une
+grande bataille allait être livrée. Alors j'arrêtai mon mouvement, qui,
+en m'éloignant de mon point de résistance et de sûreté, aurait
+infailliblement occasionné ma perte. Je maintins toutefois mon attitude
+offensive, afin de partager l'attention de l'ennemi et de l'empêcher
+d'écraser les troupes du troisième corps, qui combattaient à Kaia et à
+Kleingrossgorschen. L'ennemi avait dirigé contre elles la majeure partie
+de ses forces, et spécialement beaucoup d'infanterie. La division Gérard
+les ayant rejointes, tout le troisième corps se trouvait engagé; mais ma
+position sur sa droite réduisait à son front le terrain qu'il avait à
+défendre.</p>
+
+<p>Le maréchal Ney, ayant été voir l'Empereur à Lutzen, celui-ci l'engagea
+à l'accompagner à Leipzig. Le maréchal, averti pendant la route, par le
+bruit du canon, de ce qui se passait à son corps d'armée, y retourna en
+toute hâte. Il le trouva aux prises avec l'ennemi depuis deux heures
+environ, et ayant déjà perdu Grossgorschen, Kleingrossgorschen et Kaia.
+L'Empereur, appelé par les mêmes motifs, suivit Ney de près, mais après
+avoir envoyé l'ordre au duc de Tarente de se porter, à marches forcées,
+sur ce point, et de se placer à la gauche du troisième corps.</p>
+
+<p>L'ennemi sentait l'importance de profiter de notre faiblesse pour
+envelopper le troisième corps; mais il ne pouvait y réussir qu'après
+m'avoir forcé moi-même à reculer. Il réunit donc de grandes forces
+contre moi; il dirigea le feu de plus de cent cinquante pièces de canon
+contre mon seul corps d'armée.</p>
+
+<p>Mes troupes supportèrent ce feu terrible avec un grand calme et avec un
+remarquable courage. Les soldats de la division Compans surtout, plus
+exposés que les autres, furent dignes d'admiration. Les rangs
+s'éclaircissaient à chaque instant, mais se reformaient de nouveau, sans
+incertitude, et personne ne songeait à s'éloigner.--Les braves
+canonniers de la marine, accoutumés particulièrement à des combats de
+mer, où l'artillerie joue le principal et presque l'unique rôle,
+semblaient être dans leur élément. Immédiatement après ce feu terrible,
+la cavalerie ennemie s'ébranla, et fit une charge vigoureuse,
+principalement dirigée contre le 1<sup>er</sup> régiment d'artillerie de la marine.
+Ce régiment, commandé par le colonel Esmond, montra ce que peut une
+bonne infanterie, et l'ennemi vint échouer contre ses baïonnettes.
+D'autres charges furent renouvelées, mais inutilement et sans succès.</p>
+
+<p>L'infanterie ennemie se disposa à venir prendre part au combat, et de
+nouvelles forces en artillerie et en cavalerie furent ajoutées aux
+premières. Un nouvel effort pouvant être tenté et devenir décisif, je me
+décidai à prendre une meilleure position défensive. Je portai mes
+troupes un peu en arrière, de manière à les masquer en partie et à les
+mettre, le mieux possible, à même de soutenir le village de Starfield.
+Toute la division Compans fut mise dans ce village et chargée de le
+défendre. Les manoeuvres de l'ennemi, afin de s'étendre sur ma droite,
+rendaient cette disposition encore plus nécessaire pour empêcher qu'il
+ne passât entre la tête du ravin et le village. En outre, je plaçai en
+deçà et sur le bord du ravin une partie de ma troisième division, ce qui
+suffit pour compléter la sûreté de mon flanc. Le reste de cette division
+resta en réserve pour pourvoir aux cas imprévus.</p>
+
+<p>L'ennemi dirigea une attaque complète sur Starfield; mais elle lui
+réussit mal: elle fut repoussée. Sur ces entrefaites, l'Empereur et les
+troupes de la garde étant arrivées près de Kaia, on se battit sur ce
+point avec acharnement, et ce village, vivement disputé, avait fini par
+rester en notre pouvoir. D'un autre côté, le onzième corps, aux ordres
+du duc de Tarente, dirigé de Schönau (où il était déjà arrivé en
+marchant sur Leipzig), en suivant le chemin qui conduit directement à
+Pégau, s'était emparé du village d'Eidorf, sur l'extrême droite de la
+ligne ennemie. Il s'y était maintenu, malgré les efforts opiniâtres des
+troupes russes, qui, après l'avoir perdu, voulurent le reprendre. Enfin,
+il était cinq heures, et le quatrième corps, venant de Iéna, arrivait en
+arrière de la gauche de l'ennemi, qu'il prenait à revers. Une division
+de ce corps, la division Morand, suffit seule pour compléter ses
+embarras. On dirigea de nouveau contre lui un grand effort en avant de
+Kaia. Cet effort fut soutenu par ma deuxième division, que j'envoyai au
+secours du troisième corps, aussitôt que j'eus reconnu la présence de
+celui du général Bertrand (quatrième corps). Ma division reprit le
+village de Batuna. En ce moment, l'ennemi se décida à la retraite. Alors
+la division Compans déboucha de Starfield et marcha à lui. La division
+Freiderick se plaça à gauche et soutint son mouvement; tandis que la
+division Bonnet, en communication avec le troisième corps, servait de
+pivot à mon mouvement. Nous suivîmes l'ennemi avec autant de rapidité
+que la conservation de l'ordre de notre formation nous le permit. Nous
+continuâmes notre marche jusqu'à la nuit, après avoir fait un changement
+de front presque perpendiculaire, l'aile droite en avant. Notre
+mouvement était réglé sur celui du centre et de la gauche de l'armée.
+Ceux-ci s'arrêtèrent au moment où la nuit commençait. Nous fîmes halte
+à notre tour pour rester en ligne; nous devînmes ainsi stationnaires
+pendant une demi-heure, en présence de l'ennemi, resté maître de
+Grossgorschen et placé en avant de ce village.</p>
+
+<p>L'obscurité était devenue complète. Faute de cavalerie, il y avait
+impossibilité de se faire éclairer. J'avais mis pied à terre pour me
+reposer, quand tout à coup un bruit de chevaux se fit entendre; c'était
+la cavalerie prussienne qui arrivait sur nous. L'état de mes blessures
+m'obligeait à quelques précautions pour me mettre en selle, et, n'ayant
+pas le temps nécessaire pour monter à cheval, je me jetai dans le carré
+formé par le 37<sup>e</sup> léger, le plus à portée. Ce régiment, ayant peu
+d'ensemble alors, mais depuis devenu très-bon, s'abandonna à une terreur
+panique et se mit à fuir. En même temps, mon escorte et mon état-major
+s'éloignaient du lieu où la charge s'opérait. Ce malheureux régiment en
+déroute les prit pour l'ennemi et tira sur eux. Entraîné par ce
+mouvement, j'avais l'âme navrée en reconnaissant l'erreur qui faisait
+passer par nos armes nos pauvres officiers, et cependant je supposais
+les Prussiens mêlés avec eux. Au milieu de cette confusion, je pensai
+que, si, comme je le croyais, les cavaliers prussiens allaient nous
+sabrer, il était inutile de me faire enlever en me signalant à eux et
+en leur donnant le moyen de me reconnaître aux plumes blanches dont mon
+chapeau était garni. Je fis ma retraite forcée de quelques minutes, mon
+chapeau placé sous mon bras. La foule, allant plus vite que moi, me
+culbuta au passage du fossé de la grande route, mais enfin les fuyards
+s'arrêtèrent. Très-heureusement pour nous, les Prussiens n'avaient pas
+été informés de notre désordre; après avoir chargé sur le 1<sup>er</sup> régiment
+de la marine, qui avait fait bonne contenance et les avait reçus
+bravement, ils s'étaient retirés.</p>
+
+<p>Le 37<sup>e</sup> léger s'étant reformé, je lui fis honte de sa conduite. Je
+laissai mes troupes divisées en plusieurs carrés, afin qu'un nouveau
+désordre ne vînt pas tout compromettre; mais je plaçai mes carrés si
+près les uns des autres et les faces les plus voisines des carrés les
+plus rapprochées à si petite distance, qu'elles ne pouvaient pas tirer
+les unes sur les autres et empêchaient cependant l'ennemi de pénétrer
+entre elles.</p>
+
+<p>Mes troupes, ainsi disposées, attendirent. J'avais le pressentiment
+d'une nouvelle entreprise tentée avec des moyens plus complets, et la
+chose arriva comme je l'avais prévue. Vers les dix heures du soir,
+quatre régiments de cavalerie prussienne, dont un des gardes, vinrent
+fondre sur nous. Tout le monde cette fois fit son devoir; aucun
+désordre n'eut lieu, et l'ennemi laissa cinq à six cents hommes morts
+autour de nous, et ensuite se retira. Une heure plus tard, tout étant
+parfaitement tranquille, je portai mes troupes à une petite distance,
+auprès d'un ruisseau et de quelques arbres; elles purent s'établir pour
+la nuit et se reposer ensuite.</p>
+
+<p>La triste échauffourée dont je viens de rendre compte coûta la vie à mon
+premier aide de camp, le colonel Jardet, officier du plus grand mérite,
+tué par nos soldats. Je le regrettai beaucoup. Plusieurs autres
+officiers périrent aussi malheureusement en ce moment, et le cheval de
+mon chef d'état-major reçut onze balles qui le frappèrent à la fois.</p>
+
+<p>Après cette double tentative, l'ennemi évacua Grossgorschen et s'éloigna
+complétement du champ de bataille.</p>
+
+<p>Cette bataille fut glorieuse pour l'armée française, dont les troupes,
+composées en grande partie de nouvelles levées, montrèrent beaucoup de
+valeur. Les résultats en trophées et en prisonniers furent nuls, attendu
+notre manque absolu de cavalerie.</p>
+
+<p>Le soir de la bataille, l'Empereur dit à Duroc: «Je suis de nouveau le
+maître de l'Europe.» Cette bataille de Lutzen, bonne conception de la
+part de Wittgenstein, avait été mal donnée. Il eût dû attendre, pour
+attaquer, le moment où l'armée française eût été plus engagée du côté de
+Leipzig, et en même temps agir avec tous ses moyens réunis. En effet, le
+corps de Miloradowitch, détaché, ne combattit pas. Wittgenstein devait
+agir promptement et en masse par la gauche; une défaite complète des
+troisième et sixième corps aurait eu une très-grande influence sur le
+sort de la campagne. La disproportion de nos forces, si l'ennemi eût agi
+avec plus d'ensemble, jointe à l'avantage résultant de la nature du pays
+et de sa nombreuse cavalerie, l'autorisait à l'espérer.--D'un autre
+côté, Napoléon avait rapidement réparé sa faute en marchant en toute
+hâte au secours de ses corps engagés. Il s'exposa beaucoup en ralliant
+et ramenant à la charge les troupes du troisième corps, qui avaient été
+culbutées. C'est probablement le jour où, dans toute sa carrière, il a
+couru le plus de dangers personnels sur le champ de bataille.</p>
+
+<p>En ce moment, toutes les troupes françaises réunies en Allemagne
+s'élevaient à cent soixante-quinze mille hommes, et cent et quelques
+mille seulement étaient rassemblés sur le champ de bataille de Lutzen.</p>
+
+<p>On estime, et des documents pris à bonne source font croire que la
+totalité des forces russes et prussiennes ne leur étaient pas de
+beaucoup inférieures; quatre-vingt-dix mille hommes se trouvaient à
+Lutzen ou à portée.</p>
+
+<p>Le 3 mai, l'ennemi s'étant retiré sur Pégau, dans la direction de
+Dresde, le duc de Tarente fut mis à sa poursuite. Je me rendis à
+Löbnitz, et je dirigeai des avant-gardes sur Berna. Le troisième corps,
+ayant le plus souffert pendant la bataille, resta à Lutzen; il était
+d'ailleurs destiné à passer l'Elbe à Wittenberg.</p>
+
+<p>Je marchai au soutien du onzième corps, qui eut plusieurs engagements
+plus ou moins sérieux, entre autres à Colditz. L'ennemi continua son
+mouvement en bon ordre sur l'Elbe, en marchant sur diverses colonnes;
+mais la majeure partie prit la direction de Dresde.</p>
+
+<p>Nous arrivâmes devant cette ville le 8, et nous y entrâmes
+immédiatement, tandis que l'empereur de Russie et le roi de Prusse
+quittaient le jour même la ville neuve, où ils avaient, depuis
+quarante-huit heures, établi leur quartier général.</p>
+<br>
+<h3>CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS<br>
+
+<span class="sc">RELATIFS AU LIVRE SEIZIÈME</span></h3>
+<br>
+
+<h4>LE MINISTRE DE LA GUERRE AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p><span class="rig">«Paris, le 13 mars 1813.</span></p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal, l'Empereur me charge de prévenir Votre Excellence
+qu'il est indispensable qu'au 20 mars vous ayez votre quartier général
+à Francfort, afin que vous puissiez voir par vous même les troupes qui
+doivent composer votre corps d'armée; qu'au 1<sup>er</sup> avril votre quartier
+général devra être porté à Hanau, et que, du 1<sup>er</sup> au 15 avril, vos quatre
+divisions devront être placées à Aschaffembourg et à Hanau, à moins de
+nouveaux ordres de Sa Majesté.</p>
+
+<p>«Conformément aux intentions de l'Empereur, j'ai adressé à M. le
+maréchal prince de la Moskowa l'ordre d'établir son quartier général, le
+15 mars, à Hanau: de faire partir, le 20, la première division du
+premier corps d'observation du Rhin, qui est à Aschaffembourg, pour
+prendre position à Wurtzbourg.</p>
+
+<p>«La deuxième division sera réunie le 20 mars à Aschaffembourg, et les
+troisième et quatrième divisions seront réunies à la même époque à
+Hanau. Aussitôt que la deuxième division sera complétement organisée,
+elle partira pour Wurtzbourg, et sera remplacée à Aschaffembourg par la
+troisième division.</p>
+
+<p>«M. le maréchal prince de la Moskowa conservera, jusqu'à nouvel ordre,
+son quartier général à Hanau, et j'ai recommandé à Son Excellence de ne
+laisser aucune de ses troupes à Francfort, pour que le deuxième corps
+d'observation du Rhin puisse se rendre dans cette ville.</p>
+
+<p>«Indépendamment des quatre divisions françaises qui composent le premier
+corps d'observation du Rhin, il y sera attaché deux divisions de troupes
+alliées fournies par Leurs Altesses Royales le grand-duc de
+Hesse-Darmstadt, le grand-duc de Bade, le prince primat, et Sa Majesté
+le roi de Wurtemberg.</p>
+
+<p>«Ces deux divisions seront commandées par le général Marchand, qui
+reçoit l'ordre de porter son quartier général à Wurtzbourg, où les
+contingents qui doivent composer ces divisions seront réunis.</p>
+
+<p>«Une autre division de troupes alliées, fournie par Sa Majesté le roi de
+Bavière, et qui sera commandée par le général comte de Wrede, sera
+également attachée à ce corps d'armée; cette division se réunit à
+Bamberg, Bayreuth et Cromach.</p>
+
+<p>«Ainsi M. le maréchal prince de la Moskowa aura sous ses ordres quatre
+divisions d'infanterie française et trois divisions de troupes alliées;
+au total, sept divisions.</p>
+
+<p>«La cavalerie de ce corps d'armée sera composée de trois brigades qui
+formeront une division.</p>
+
+<p>«Aussitôt que la première division du premier corps d'observation du
+Rhin, commandée par le général Souham, sera arrivée à Wurtzbourg, le
+général Marchand portera sa division en avant de la direction de
+Schweinfurth.</p>
+
+<p>«J'ai aussi adressé au général comte Bertrand, commandant le corps
+d'observation d'Italie, l'ordre de diriger le mouvement de ses troupes
+de manière que la première division soit rendue le 15 avril à
+<i>Nuremberg</i>, en passant par Augsbourg; la seconde division à la même
+époque à Neubourg; la troisième à Donawert, et la quatrième à Augsbourg,
+où le général Bertrand doit avoir établi son quartier général le 5
+avril.</p>
+
+<p>«La cavalerie, le parc d'artillerie et les équipages militaires de ce
+corps d'armée devront être rendus, au 15 avril, entre Augsbourg et
+Donawert.</p>
+
+<p>«Tels sont les ordres que j'ai expédiés, et que l'Empereur m'a chargé de
+communiquer à Votre Excellence, pour que vous puissiez connaître le
+mouvement du premier corps d'observation du Rhin, et du corps
+d'observation d'Italie.</p>
+
+<p>«Je vous prie, monsieur le maréchal, de m'instruire des dispositions que
+vous aurez faites pour ce qui concerne votre corps d'armée, afin de me
+mettre à portée d'en rendre compte à Sa Majesté.</p>
+
+<p>«Le ministre de la guerre,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Duc de Feltre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 26 mars 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Sire, aussitôt après mon arrivée à Mayence, j'ai pris connaissance de
+la situation des troupes de mon corps d'armée qui venaient d'arriver. Je
+crois qu'il est de mon devoir d'adresser directement à Votre Majesté un
+tableau général de la situation de ces troupes, afin qu'elle puisse
+prendre à leur égard les dispositions qu'elle jugera convenables.</p>
+
+<p>«Les troupes de marine sont arrivées ou arrivent aujourd'hui ou demain;
+mais ni leur nombre ni la formation des détachements ne cadrent
+nullement avec les états fournis par le ministre de la guerre: il y a eu
+nécessairement erreur ou omission d'ordres. Dans tous les cas, je dois
+le faire connaître à Votre Majesté afin qu'elle connaisse la véritable
+situation de ces troupes.</p>
+
+<p>«L'état du ministre présente trois détachements composant le 1<sup>er</sup>
+régiment de marine, l'un de 1,400 hommes, l'autre de 1,360, et le
+dernier de 1,750, total, 4,510. Au lieu de cela, les colonnes ont été
+composées, savoir: 985 hommes de Brest, 480 de Lorient, 600 de
+Rochefort, 287 de Toulon, 1,215 d'Anvers, 68 de Boulogne, 45 de
+Cherbourg; total, 3,680; déficit 830 sur le nombre des hommes annoncés
+partis. Je ne parle pas de 219 hommes restés en arrière ou aux hôpitaux,
+mais qui rejoindront plus tard; le déficit est sur les partants.</p>
+
+<p>«Le 2<sup>e</sup> régiment, d'après l'état du ministre, se compose de 20 hommes,
+39, 14, 1,605, 1,410, 1,410. 1,400; total, 5,898. Au lieu de cela, il
+est parti: première colonne, de Toulon, 1,277 hommes; deuxième, 1,091;
+troisième, 1,563; de Brest, 78; de Cherbourg, 130; de Rochefort, 46;
+total, 4,185; déficit, 1,713 hommes au moment du départ, non compris
+766 hommes restés en route, mais qui rejoindront plus tard.</p>
+
+<p>«Il y a également des erreurs dans les 3<sup>e</sup> et 4<sup>e</sup> régiments. Votre Majesté
+connaîtra incessamment et dans le plus petit détail la situation de ces
+quatre corps, les mesures étant prises pour que, d'ici à cinq jours, les
+états de situation les plus circonstanciés soient dressés.</p>
+
+<p>«En général, les troupes de la marine paraissent animées du meilleur
+esprit, mais elles manquent de différentes choses indispensables pour le
+service.</p>
+
+<p>«1° Ces corps manquent de tambours et de caisses de tambour; il en
+manque à peu près deux cent cinquante dans les quatre régiments; il n'y
+en a point dans les magasins de Mayence et de Strasbourg, et les moyens
+de confection ici sont extrêmement bornés: un grand envoi de l'intérieur
+peut seul donner à ces corps ce qu'il leur faut.</p>
+
+<p>«2° Ces corps, par leur organisation, n'avaient pas de chirurgiens, ceux
+des vaisseaux devant leur suffire; il paraît juste et nécessaire de les
+en fournir comme l'armée de terre.</p>
+
+<p>«3° Ces corps sont tout à fait dépourvus d'ustensiles de campagne, et,
+à cet égard, les autres corps sont dans le même cas. Le magasin de
+Mayence est tout à fait dépourvu et les arrivages paraissent suspendus.
+Les confections sur lesquelles on comptait à Francfort n'ont pu encore
+avoir lieu, les marchés n'étant pas même passés aujourd'hui; et
+cependant le premier corps d'observation doit être servi avant le
+deuxième, et il est loin d'avoir ce qu'il lui faut. Des dispositions
+nouvelles et d'urgence peuvent seules pourvoir les troupes de ce qui
+leur manque.</p>
+
+<p>«4° Le dédoublement des troupes de marine a laissé un grand nombre
+d'emplois d'officiers vacants; les propositions n'ont pas été
+accueillies par le ministre parce qu'elles n'étaient pas appuyées
+d'états réguliers. Mais les matricules qui seules peuvent donner les
+moyens de les former sont dans les ports et n'existent pas ici. J'ai
+donné l'ordre de renouveler ces propositions, et je les adresserai de
+nouveau au ministre, les choix d'ailleurs paraissant porter sur des
+sujets qui en sont dignes et qui sont les plus anciens.</p>
+
+<p>«5° L'armement de ces corps aurait besoin d'être échangé<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a>
+<a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a>, mais
+l'arsenal de Mayence n'en a pas les moyens; ces corps manquent
+d'armuriers et en ont un besoin pressant. Le 1<sup>er</sup> régiment aurait aussi
+besoin de gibernes, mais il n'en existe pas ici. Quant à l'habillement,
+presque toutes les recrues ne sont vêtues que de vestes et de capotes,
+et les effets sont encore en arrière; j'ignore s'il est permis
+d'espérer leur prochaine arrivée.</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote1" name="footnote1"><b>Note 1: </b></a>
+<a href="#footnotetag1">
+(retour) </a> Les troupes avaient pour arme le fusil de dragon,
+c'est-à-dire un fusil sans baïonnette. (<i>Note de l'Éditeur.</i>)</blockquote>
+
+<p>«Voilà, Sire, les renseignements généraux sur les régiments de marine.
+Ces corps sont en mouvement pour se rassembler sur différents points;
+les généraux de division placés au milieu d'eux surveilleront constamment
+leur instruction, et moi-même je leur consacrerai autant de temps qu'il
+me sera possible.</p>
+
+<p>«Le 37<sup>e</sup> léger, qui se forme ici, ne sera pas réuni aussi promptement que
+l'indication du ministre avait pu le faire supposer. Soixante-huit
+départements ont envoyé leur contingent, quarante sont encore en retard,
+mais en général ce sont les plus éloignés. L'espèce d'hommes de ce
+régiment est belle et ce corps sera fort beau lorsqu'il sera organisé;
+mais tout lui manque à la fois. Quoiqu'il ait deux mille cent hommes
+réunis, il n'a encore que quatre officiers. Les effets d'habillement ne
+sont pas encore arrivés, et on n'a pas de notions précises sur l'époque
+de leur arrivée: il en est de même des caisses de tambour et de ce qui
+tient à l'équipement. Cependant ce corps ne peut ni servir ni se mouvoir
+avant d'avoir des officiers et son habillement. Dans le mouvement que
+les troupes font sur la rive droite, je place le 37<sup>e</sup> à Mayence et à
+Castel, où M. le duc de Valmy a bien voulu me permettre de le laisser;
+pour qu'étant tout réuni et plus à portée des ressources il puisse être
+plus promptement organisé; il a bien voulu me permettre également de
+placer dans ce régiment les premiers officiers arrivant de France, au
+moins à raison d'un par compagnie, mais il lui manquera encore des
+sous-lieutenants; les sous-officiers de ce régiment étant en général peu
+susceptibles de recevoir de l'avancement, la plupart d'entre eux ayant
+été nommés par les préfets, la veille de leur départ. Il faudrait pour
+ce régiment un certain nombre d'élèves de l'École militaire.</p>
+
+<p>«Hanau ayant été évacué par le premier corps d'observation, les troupes
+de marine de la deuxième division sont en route pour s'y rendre; elles
+établiront leurs cantonnements au delà de Hanau, entre Fulde et Hanau.</p>
+
+<p>«Cinq bataillons de la troisième division, qui viennent d'arriver,
+partent aussi pour se rendre à Hanau, où cette division se rassemblera.</p>
+
+<p>«La première division se rassemble à Hoescht, et de là viendra à Hanau,
+lorsque je pourrai disposer d'Aschaffembourg; alors la quatrième
+remplacera la première de Mayence à Hoescht, et s'y formera.</p>
+
+<p>«Chaque division reçoit immédiatement son ambulance, qui est organisée
+et en état de marcher. Je serai moi-même dans trois jours à Hanau, où
+j'établirai mon quartier général.</p>
+
+<p>«Presque tous les généraux de brigade et adjudants commandants, et tout
+ce qui tient aux états-majors du corps d'armée sont encore en arrière,
+et nous en aurions cependant grand besoin.»</p>
+<br>
+
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE VALMY</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 30 mars 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Permettez-moi de vous rappeler diverses demandes que j'ai eu l'honneur
+de vous faire verbalement, et auxquelles vous avez bien voulu me
+promettre de faire droit.</p>
+
+<p>«Vous avez bien voulu me promettre de faire incorporer dans le 37<sup>e</sup>
+régiment les premiers officiers qui arriveraient de France, au moins
+jusqu'à concurrence d'un par compagnie. Je vous demande instamment,
+aussitôt que les deux premiers bataillons de ce régiment auront reçu
+leur habillement, de les faire partir de Mayence et de Castel pour
+Fridberg, afin que le général Bonnet puisse avoir ce corps sous les yeux
+et s'occuper de son instruction. Vous avez bien voulu me promettre de le
+faire remplacer à Mayence et à Castel par les troisième et quatrième
+bataillons que commandera alors le major, et qui rejoindront les
+premiers aussitôt qu'ils auront reçu officiers et habillements.</p>
+
+<p>«Je vous demande, mon cher maréchal, de placer dans Mayence, aussitôt
+que vous le croirez possible, le fond de la quatrième division, et de
+porter, lorsque les troupes de la première division l'auront laissé
+libre, son quartier général à Hoescht, afin que, sortie de Mayence, elle
+puisse mieux se former.</p>
+
+<p>«Je vous rappelle la promesse que vous avez bien voulu me faire de faire
+changer tout l'armement des régiments de marine. Les régiments ont ordre
+de dresser leurs états de demande, et ils réclameront près de Votre
+Excellence, dans le cas où l'artillerie ferait des difficultés, pour les
+satisfaire et leur fournir les moyens de transport qu'il leur faudra.</p>
+
+<p>«La première division est à Hoescht, la deuxième à Friedberg, la
+troisième à Hanau. Je vous demande de faire donner l'ordre que, quand il
+arrivera des détachements pour ces divisions, on les dirige sur ces
+différents points. Lorsque les circonstances me les feront changer,
+j'aurai l'honneur de vous en informer.</p>
+
+<p>«Enfin, mon cher maréchal, lorsqu'il y aura de la cavalerie désignée
+pour moi, je vous prie d'en hâter la marche autant que possible, attendu
+que, n'en ayant pas un seul homme, je n'ai aucun moyen de communication
+entre mes divisions.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE VALMY.</h4>
+
+<p class="rig">«Hanau, le 1<sup>er</sup> avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«J'ai l'honneur de vous informer que, conformément aux nouveaux ordres
+que je viens de recevoir de Sa Majesté, j'ordonne à la deuxième
+division, qui est à Friedberg, de se porter sur Fulde, et elle va
+exécuter son mouvement. La première division, qui est à Hoescht, en
+partira pour se rendre à Friedberg, et je donne également ordre au
+général Teste de partir avec les troupes qu'il a disponibles pour se
+rendre à Giesen, l'intention de Sa Majesté étant que cette division
+reste sur les confins du royaume de Westphalie, du grand-duché de Berg
+et de la principauté de Nassau jusqu'à ce qu'elle soit toute réunie.
+C'est donc sur Hanau que je vous prie de faire envoyer, au fur et à
+mesure de leur arrivée, tous les corps ou détachements qui
+appartiendraient à la deuxième ou à la troisième division, sur Friedberg
+ceux de la première, et sur Giesen ceux de la quatrième. Je laisse
+toujours à Mayence et à Castel, ainsi que nous en sommes convenus, le
+37<sup>e</sup> léger, jusqu'à ce qu'il ait reçu son habillement et des officiers,
+et je vous réitère la demande de diriger sur Hanau les deux premiers
+bataillons aussitôt qu'ils seront en état.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«Hanau, le 1<sup>er</sup> avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que, conformément à ses
+ordres qui viennent de me parvenir, je prescris au général Bonnet de se
+porter, avec onze bataillons de marine qui appartiennent à sa division,
+de Friedberg, où il est maintenant, sur Fulde. La première division le
+remplacera à Friedberg; la troisième se rassemble à Hanau, et le général
+Teste, avec les corps de la quatrième division qu'il a, va se rendre à
+Giesen, où il sera à portée du royaume de Westphalie, du grand-duché de
+Berg et de la principauté de Nassau.</p>
+
+<p>«Je laisse à Mayence le 37<sup>e</sup> léger jusqu'à ce qu'il ait reçu des
+officiers et ses effets d'habillement. Ce serait compromettre
+l'existence de ce beau régiment que de le faire marcher dans l'état où
+il se trouve. Aussitôt que les deux premiers bataillons seront en état,
+ils rejoindront leur division avec le colonel. Les troisième et
+quatrième bataillons viendront ensuite avec le major.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU VICE-ROI.</h4>
+
+<p class="rig">«Hanau, le 1<sup>er</sup> avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Permettez-moi de me rappeler au souvenir de Votre Altesse Impériale et
+de la féliciter de la campagne laborieuse qu'elle vient de faire, et
+dont le mérite sera approuvé par tous les coeurs vraiment français.
+J'espère que vous êtes à la fin de vos travaux pénibles, et que
+l'avenir vous dédommagera complétement de tous les sacrifices que vous
+avez faits.</p>
+
+<p>«Je viens d'arriver ici, où je réunis un beau corps d'armée dont Sa
+Majesté a daigné me confier le commandement. Nous serons, j'espère,
+très-promptement en état de marcher. Dans la situation actuelle des
+choses, Votre Altesse Impériale trouvera peut-être convenable que nous
+ne soyons pas tout à fait dans l'ignorance des événements qui se passent
+du côté où elle se trouve, et c'est avec confiance que je lui fais la
+demande d'être assez bonne pour m'en faire informer.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Paris, le 1<sup>er</sup> avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 26 mars.--Vous trouverez ci-joint
+un rapport sur les renseignements que j'ai fait prendre dans les bureaux
+du ministère de la guerre. J'ai donné ordre que cinq mille hommes se
+missent en marche de différents ports pour rejoindre leurs régiments. Il
+est nécessaire que vous fassiez la revue de ces régiments, bataillon par
+bataillon, compagnie par compagnie, afin de me faire connaître les
+cadres qui existent et ce qui y manque. Vous deviez avoir vingt
+bataillons, formant seize mille hommes. Il paraît que, pour le moment,
+ils ne formeront que dix mille hommes, puisqu'il faudra beaucoup de
+temps pour que les détachements qui sont en route arrivent à leurs
+régiments.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«Hanau, le 2 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«J'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire le
+29 mars.</p>
+
+<p>«J'ai l'honneur de vous rendre compte que, conformément aux ordres de
+l'Empereur, la division Bonnet est en route pour Fulde, et que je vais
+porter la division Compans entre Hanau et Fulde.</p>
+
+<p>«Il paraît que le prince de la Moskowa porte ses troupes sur Meiningen
+au lieu de le faire sur Eisenach. Je ne pourrai porter moi-même des
+troupes sur Eisenach que lorsque le prince de la Moskowa débouchera de
+Meiningen pour se porter sur la Saale. Tout autorisant à croire que
+l'ennemi est à Leipzig et peut faire à chaque instant un mouvement plus
+en avant, il pourrait y avoir les conséquences les plus graves à courir
+risque de mettre en contact avec lui la division Bonnet, qui aura un
+tiers de son monde en arrière, tant que le 37<sup>e</sup> n'aura pas rejoint, qui
+n'a pas un seul homme de cavalerie pour l'éclairer, et qui, plus que
+cela, n'a pas encore une pièce de canon ni un seul caisson de
+cartouches.</p>
+
+<p>«La division Compans et la division Friederich ont encore en arrière,
+l'une, six bataillons, et l'autre sept, et ne les recevront que dans
+quelques jours, de manière qu'il me paraît impossible que Sa Majesté
+calcule pouvoir faire opérer les trois premières divisions de mon corps
+d'armée avant le 15 avril.</p>
+
+<p>«J'ai l'honneur de vous rendre compte aussi que le 23<sup>e</sup> régiment
+d'infanterie légère, n'ayant qu'un seul officier par compagnie et à
+peine un sous-officier et pas un caporal ayant plus de trois mois de
+service, il m'a paru de la plus urgente nécessité de donner quelques
+secours à ce corps, en lui accordant des sous-officiers tirés d'autres
+régiments. J'ai, en conséquence, ordonné provisoirement que le 14<sup>e</sup> de
+ligne, dont l'instruction est parfaite et le cadre excellent, lui
+fournirait six caporaux pour être faits sergents, et six soldats pour
+être faits caporaux; que le 37<sup>e</sup> léger, qui est extrêmement riche en
+vieux soldats, fournirait douze caporaux et soldats pour être faits
+sergents et caporaux, et le 16<sup>e</sup> régiment provisoire, six autres: ce qui
+donnera au 23<sup>e</sup> léger deux sergents et deux caporaux nouveaux par
+compagnie. Sans ce secours, il était impossible que ce régiment, dont
+l'espèce d'hommes est très-belle et de la meilleure volonté, rendît
+aucun service avant six mois. Je vous prie d'obtenir de Sa Majesté
+qu'elle approuve ces dispositions.</p>
+
+<p>«J'ai adressé des mémoires de proposition au ministre de la guerre pour
+les 23<sup>e</sup> et 37<sup>e</sup> léger, 11<sup>e</sup> provisoire, 121<sup>e</sup> de ligne et 2<sup>e</sup> de marine.
+Comme ces corps manquent d'officiers, il serait de la plus grande
+urgence que les nominations parvinssent promptement.</p>
+
+<p>«Le chef de bataillon Millaud, du 23<sup>e</sup> léger, ayant obtenu sa retraite,
+il manque à ce régiment deux chefs de bataillon. Je sollicite ces deux
+emplois, l'un pour M. Voisin, capitaine de grenadiers au 1<sup>er</sup> régiment,
+qui a vingt ans de grade et qui jouit de la meilleure réputation dans
+son corps, et l'autre pour M. Fonvielle, capitaine de grenadiers au 82<sup>e</sup>
+régiment, qui a quatre ans de grade, et que je connais pour un officier
+très-distingué.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Paris, le 3 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, il se réunit à Mayence deux divisions de marche de
+cavalerie, la première, composée de tous les détachements fournis de
+France par les régiments qui font partie du premier corps de cavalerie,
+formés en quatre régiments de marche; l'autre, composée de tous les
+détachements des régiments qui font partie du deuxième corps. Vous
+prendrez le commandement de ces deux divisions, et vous les placerez
+dans les environs de Hanau, dans des lieux où elles puissent se former
+et s'organiser. Les cinquante et un régiments de cavalerie de la grande
+armée entrent dans la formation de ces deux divisions, dont le ministre
+de la guerre vous enverra le tableau.--Chacun de ces cinquante et un
+régiments finira par fournir cinq cents hommes, ce qui portera ces
+divisions à vingt-cinq mille hommes. La tête de ces régiments étant à
+l'armée de l'Elbe, et formant à peu près quinze mille hommes, cela fera
+quarante mille hommes de cavalerie pour les cinquante et un
+régiments.--Mon intention est bien, aussitôt que cela sera possible, de
+réunir tous ces détachements à leurs régiments respectifs à l'armée de
+l'Elbe; mais, en attendant, ils doivent pouvoir servir et pouvoir se
+battre, si cela est nécessaire, avant leur réunion. Vous passerez en
+revue tous les détachements; vous leur ferez fournir ce qui leur
+manquerait. Vous me proposerez la nomination aux emplois vacants: enfin
+vous ferez tout ce qui est nécessaire pour que les divisions soient bien
+et promptement organisées.--Le ministre de la guerre envoie les
+généraux, colonels, majors et chefs d'escadron nécessaires à ces corps.
+Je donne ordre au duc de Plaisance de se rendre à Mayence pour y suivre,
+sous vos ordres, tous les détails de cette organisation.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Paris, le 7 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, j'ai donné ordre que la division Bonnet se rendît à Fulde.
+J'ai donné ordre que deux bataillons de Wurtzbourg, faisant partie de
+la division Durutte, se rendissent de Wurtzbourg à Fulde, où ils seront
+sous les ordres du général Bonnet.--Les quatre bataillons de la division
+Durutte, qui sont à Mayence, se rendent également à la division Bonnet.
+Le général Bonnet aura ainsi six bataillons de la division Durutte,
+qu'il fera repasser à leur division aussitôt que cela pourra se faire
+avec sûreté.--J'ai ordonné que le général Durutte, s'il était obligé de
+quitter la Saale, se renfermât dans Erfurth, ce qui porterait la
+garnison de cette place à cinq mille hommes.--Le général Bonnet doit se
+mettre en communication avec le prince de la Moskowa à Wurtzbourg. Il y
+a une route directe; faites-la reconnaître.--Il y a à Gotha un millier
+d'hommes appartenant aux princes de Saxe, et neuf cent un hommes de ma
+garde à cheval, commandés par le colonel Lyon. Ces troupes ne se
+retireront que dans le cas où cela serait nécessaire, et où l'ennemi
+ferait un grand mouvement par Dresde, ce qui ne paraît pas probable.--Le
+général Bonnet tiendra une avant-garde à Vach-sur-la-Werra, et se mettra
+en correspondance avec le général Souham, qui est à Meiningen, également
+sur la Werra.--Faites reconnaître cette route; donnez ordre au général
+Pernetti de fournir sans délai son artillerie à la division Bonnet. Il
+est de la plus grande importance que cette division ait ses seize
+pièces de canon.--Aussitôt que la division Bonnet aura son artillerie et
+que la division Compans aura également ses seize pièces, vous pousserez
+la division Compans sur Fulde et Bonnet sur Eisenach.--Faites connaître
+à Gotha que les troupes de Saxe-Gotha et de Saxe-Weimar sont sous les
+ordres du général Bonnet.--Si les neuf cents hommes de ma garde étaient
+obligés d'évacuer Gotha, donnez ordre au général Bonnet de les retenir
+avec lui.--Aussitôt que votre troisième division aura également son
+artillerie, vous la dirigerez sur Fulde. Tous ces mouvements
+préparatoires ont pour but de faire sentir à l'ennemi la présence de nos
+forces et de l'empêcher de se porter sur le vice-roi, qui est, avec cent
+mille hommes, en avant de Magdebourg.--Il paraît que vous ne pouvez pas
+compter sur votre quatrième division, puisqu'elle ne sera formée qu'au
+mois de mai ou de juin.--Faites-moi connaître la situation de vos
+divisions, de votre artillerie et de votre génie, en matériel et
+personnel.--Je suppose que les régiments de marine ont leurs musiques.
+S'ils n'en avaient pas, faites-leur-en former. Je suppose aussi qu'ils
+ont des sapeurs avec de bonnes haches.--Les régiments provisoires
+doivent aussi avoir au moins quatre sapeurs par bataillon.--Vous devez
+connaître mon règlement pour les bagages et les ambulances, et ce que
+j'ai accordé aux officiers pour porter leurs bagages et aux corps pour
+porter leur comptabilité en chevaux de bât.--Donnez des ordres en
+conséquence. Faites-moi connaître si vos troupes sont au courant pour la
+solde.--Cela est important et soulagerait le pays.--Les bataillons de
+vos régiments de marine sont trop faibles; vous devez donc laisser à
+Mayence six cadres de bataillons, savoir: deux pour le régiment qui a
+huit bataillons, deux pour celui qui en a six, et un pour chacun des
+deux qui en ont trois.--De sorte que les bataillons qui vous resteront
+seront au moins de six cents hommes chacun.--J'ai pris des mesures pour
+compléter les six cadres de bataillons laissés à Mayence; il ne faut
+donc les affaiblir en aucune manière.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Paris, le 7 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, j'ai ordonné qu'un bataillon espagnol se rendit à la
+division Bonnet. Comme le général Bonnet connaît l'esprit des Espagnols,
+il faudra qu'il exerce sur eux une grande surveillance.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Paris, le 7 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, donnez ordre que quatre mille quintaux de farine soient
+réunis à Fulde pour le service de votre corps d'armée.--Faites-y
+confectionner cent mille rations de pain biscuité, de sorte qu'en
+passant, votre corps puisse prendre du pain pour quatre jours.--Aussitôt
+que la division Bonnet sera arrivée à Eisenach, vous y ferez également
+réunir quatre mille quintaux de farine.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Paris, le 7 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, les cadres des cinq bataillons des 35<sup>e</sup>, 36<sup>e</sup> légers, 131<sup>e</sup>,
+132<sup>e</sup>, et 133<sup>e</sup> ont dû arriver à Erfurth le 2 avril. Je leur avais donné
+l'ordre de se rendre à Mayence; depuis, j'ai changé cette disposition.
+Ils doivent être dirigés par Wurtzbourg sur Ratisbonne, où ces cadres
+trouveront quatre mille hommes bien armés et bien équipés, venant de
+l'armée d'Italie. Envoyez donc à leur rencontre et faites-les détourner
+de la route au point où on les rencontrera.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«Hanau, le 8 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Sire, je reçois les lettres que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
+m'écrire le 3 avril. Je ferai en sorte de remplir les intentions de
+Votre Majesté à l'arrivée des divisions de cavalerie qui doivent venir
+ici.</p>
+
+<p>«Je viens d'achever la revue de détail de celles des troupes de mon
+corps d'armée qui sont arrivées ici. J'ai, en général, eu lieu d'être
+content: et, avec quelques jours donnés à l'instruction, quelques
+nominations dont les demandes ont déjà été faites, et quelques envois
+d'officiers pour les corps qui manquent de sujets, ces troupes seront en
+état de bien servir Votre Majesté. Elles sont animées d'un très-bon
+esprit. J'aurais déjà adressé au prince de Neufchâtel un rapport
+circonstancié, corps par corps, si je n'avais pas été obligé d'attendre
+des états qui me sont nécessaires et n'ont pu encore m'être fournis.</p>
+
+<p>«L'artillerie de la division Bonnet est arrivée aujourd'hui ici et part
+demain pour rejoindre sa division à Fulde: c'est la seule que j'aie
+encore reçue. Cette artillerie est fort belle, bien attelée et en fort
+bon état. Comme les canonniers destinés à la servir ne sont pas encore
+arrivés, j'ai ordonné de former, par division, un détachement de cent
+cinquante hommes pris dans les régiments de marine.</p>
+
+<p>«Je supplie Votre Majesté de me faire connaître si, en portant la
+division Bonnet sur Eisenach, elle ne m'autorise pas à mettre aux ordres
+de ce général cinq cents chevaux de la cavalerie qu'elle m'annonce.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE TRÉVISE.</h4>
+
+<p class="rig">«Hanau, le 9 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«J'ai reçu l'ordre de l'Empereur d'envoyer une division sur Vach ou
+Eisenach, afin d'avoir plus de pays et de ressources pour organiser mes
+troupes; mais, d'après les nouvelles répandues de la retraite du général
+Durutte et des mouvements de l'ennemi en avant de la Mulde, j'ai
+suspendu ce mouvement jusqu'à ce que cette division fût organisée et eût
+reçu de l'artillerie et de la cavalerie. Elle va recevoir son
+artillerie, mais je ne suis pas en mesure encore de lui fournir de la
+cavalerie. On m'assure qu'il y a à Gotha un corps de cavalerie de la
+garde; s'il en est ainsi, veuillez me le faire connaître, parce qu'alors
+je pourrais porter des troupes sur Vach sans inconvénient; et, dans ce
+cas, je vous prierais d'ordonner au commandant de la garde, à Gotha,
+d'entrer en communication avec le général Bonnet et de s'informer de
+toutes les nouvelles qu'il aurait de l'ennemi; et, si l'approche de
+l'ennemi le forçait de se retirer, de se diriger sur Vach, et de rester
+avec le général Bonnet pour manoeuvrer de concert avec lui, ce général
+devant se retirer sur Fulde si les circonstances l'exigeaient.</p>
+
+<p>«Veuillez, mon cher maréchal, me faire connaître si ce que j'ai
+l'honneur de proposer à Votre Excellence vous convient, afin que je
+puisse donner des ordres en conséquence au général Bonnet.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Saint-Cloud, le 9 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, le général Durutte a envoyé quatorze pièces de canon
+attelées à Erfurth. J'ai ordonné que ces pièces fussent données à votre
+corps d'armée. Faites-les prendre aussitôt que vous serez à portée de le
+faire, sans les compromettre.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Saint-Cloud, le 10 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, cinq mille hommes bien habillés et bien équipés sont
+dirigés des dépôts de France sur Mayence, pour compléter les six cadres
+de la marine que vous avez laissés à Mayence.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Saint-Cloud, le 10 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, veillez à ce que les bataillons qui composent les régiments
+provisoires se procurent les chevaux de bât qu'ils doivent avoir pour
+leur ambulance.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL BONNET.</h4>
+
+<p class="rig">«13 avril 1813 soir.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le général, je reçois votre lettre en date de ce jour. J'ai
+reçu une lettre du vice-roi, qui était le 10 à Strasfurth. Le général
+d'York était à Dessau, le général Vittgenstein au delà de l'Elbe; un
+rassemblement de troupes considérable paraissait avoir lieu entre Dresde
+et Golditz, tout annonçait un mouvement général de l'ennemi, mais rien
+n'annonçait d'une manière précise ce qu'il voulait faire, et si son
+intention était seulement de couvrir une entreprise sur Wittembourg ou
+de se porter dans la Thuringe. Dans cet état de choses, arrêtez votre
+mouvement sur Vach et occupez, si vous le croyez sans inconvénient,
+Eisenach par une arrière-garde ou seulement par des postes. Nous
+verrons, d'ici à deux jours, ce qu'il convient de faire; ordonnez
+cependant à Eisenach qu'on y rassemble des vivres.</p>
+
+<p>«En restant ainsi placé vous serez facilement lié avec le général
+Compans, et, comme je pousse ma troisième division sur Fulde et que le
+prince de la Moskowa se concentre à Meiningen, nous présenterons, d'ici
+à peu de jours, une force considérable sur ce point.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MARÉCHAL NEY.</h4>
+
+
+<p class="rig">«13 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cher prince, j'ai porté une division sur Vach ayant ses postes sur
+Eisenach, une autre est à Fulde, la troisième va soutenir celle-ci. Sa
+Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire qu'elle vous avait donné l'ordre
+de rassembler votre corps sur Meiningen, et que peut-être vous le
+porteriez sur Erfurth. Veuillez me faire connaître ce que vous comptez
+faire, afin que je règle mes mouvements en conséquence et que je
+m'avance sur Eisenach et même sur Gotha, si votre mouvement en avant
+s'exécute. Une lettre du vice-roi m'annonce qu'il avait encore, le 10,
+son quartier général à Strasfurth, que le général d'York était à Dessau
+et paraissait être suivi par le général Wittgenstein, et que tout
+annonçait un mouvement général de l'ennemi; mais que rien n'indiquait
+d'une manière précise ce qu'il voulait faire, et si son intention était
+de se porter sur lui ou de chercher à pénétrer dans la Thuringe.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Saint-Cloud, le 14 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre du 11 avril, et j'y vois que, le 12,
+la division Compans sera à Fulde, et que, le 12, la division Bonnet part
+pour Eisenach. Elle aura donc pu y arriver le 15. Vous ne me parlez pas
+du mouvement de votre troisième division. Je suppose que, le 15, cette
+division sera aussi près de Fulde, et que, vous-même, vous aurez votre
+quartier général sur Eisenach.--Gotha est un très-beau pays, où il est
+nécessaire de faire sur-le-champ une réunion de farines.--Je suppose que
+votre troisième division a déjà son artillerie; mais ce qui importe,
+c'est que vous ayez au moins une ou deux compagnies d'artillerie légère
+et vos batteries de réserve. Il faut beaucoup d'artillerie dans cette
+guerre.--Vous devez avoir quatre-vingt-douze pièces de canon; mais seize
+pièces étaient destinées à la quatrième division, qui ne peut pas encore
+entrer en ligne: cela doit donc au moins vous faire soixante-seize.--Le
+duc d'Istrie arrive avec une division de la garde à pied et une à
+cheval, et environ cinquante-deux pièces. Ainsi ce corps d'armée,
+formant provisoirement quarante mille hommes d'infanterie et six à sept
+mille chevaux, aura donc cent vingt-huit pièces de canon.--La seconde
+division d'infanterie de la garde, avec trente-huit pièces de canon, ne
+doit pas tarder à le joindre.--Par une inconcevable disposition du
+général Sorbier, seize compagnies, qui devaient arriver de Magdebourg,
+sont en retard. Je suppose cependant qu'elles ne tarderont pas à
+arriver. On y a pourvu néanmoins par le mouvement de quatorze autres
+compagnies.--Je suppose que les premier et second bataillons du 37<sup>e</sup> sont
+en marche pour rejoindre la division Bonnet, et que les troisième et
+quatrième bataillons ne tarderont pas, ce qui, joint aux six bataillons
+du général Durutte, provisoirement en subsistance dans cette division,
+en portera le nombre à vingt bataillons. Il faudra en former trois
+brigades, chacune de six à sept bataillons.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«15 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«J'ai reçu l'ordre de l'Empereur de porter, du 13 au 18, ma deuxième
+division sur Vach, et mes première et troisième sur Fulde, et ensuite de
+pousser des troupes sur Eisenach.</p>
+
+<p>«Ma deuxième division est dans ce moment-ci à Vach, ayant ses
+avant-postes sur Eisenach; ma première division est à Fulde; ma
+troisième division part demain matin pour se rendre également sur cette
+place, et j'y serai moi-même après-demain. Les ordres de l'Empereur
+étant en pleine exécution, je serai sur Eisenach aussitôt que possible.</p>
+
+<p>«L'Empereur m'avait donné l'ordre de passer en revue et d'organiser les
+deux divisions de marche de cavalerie qui sont attachées à mon corps
+d'armée. Ces troupes, arrivant plus tard que Sa Majesté ne l'avait
+pensé, et mon départ étant devenu nécessaire, je ne pourrai pas remplir
+cette mission.</p>
+
+<p>«Je crois qu'il est de mon devoir de vous prier de représenter à Sa
+Majesté qu'elle ne doit pas considérer mon corps d'armée, dans l'état
+actuel des choses, comme en état de combattre. Elle en connaît la
+situation d'après le rapport que j'ai eu l'honneur de lui faire; mais je
+vais entrer encore à cet égard dans quelques détails.</p>
+
+<p>«1° Les corps sont sans officiers, et de vieilles troupes bien
+instruites ne seraient pas capables de marcher avec un si petit nombre
+d'officiers pour les conduire, et à plus forte raison des nouvelles. Les
+corps ont envoyé des mémoires de proposition pour tous les sujets
+susceptibles d'occuper les emplois; de ces mémoires, envoyés depuis
+plusieurs mois au ministre, et en duplicata par moi, il n'en est pas
+revenu un seul.</p>
+
+<p>«Il y a environ quatre-vingts emplois pour lesquels les corps ne peuvent
+pas présenter de sujets. Sa Majesté a ordonné d'envoyer sur les deux
+corps d'observation du Rhin un assez grand nombre d'officiers. Tous ont
+été envoyés au premier corps, et il ne m'en est revenu que neuf chefs de
+bataillon qui ont été placés. Il y en a, à Mayence, que j'ai demandés
+et qui n'arrivent pas, entre autres le colonel Deschamps, à qui j'ai
+fait donner l'ordre de venir commander le 2<sup>e</sup> régiment de marine, et dont
+je n'entends pas parler.</p>
+
+<p>«Si Sa Majesté veut que ces troupes s'organisent promptement, il faut
+qu'elle m'autorise à faire recevoir, dans les corps, les sujets pour
+lesquels il a été envoyé des mémoires de proposition.</p>
+
+<p>«2° Les première et deuxième divisions ont seules leur artillerie. La
+troisième n'a ni un canon ni un caisson de cartouches.</p>
+
+<p>«3° Je n'ai pas un seul homme de cavalerie. Il me semble qu'il faudrait
+prendre, sur les deux divisions qui se forment, un millier de chevaux
+les plus en état de servir, pour que je ne fusse pas tout à fait
+dépourvu des moyens de m'éclairer.</p>
+
+<p>«4° C'est depuis avant-hier seulement que nous connaissons ici le décret
+de l'Empereur relatif aux ambulances, et les corps n'ont eu encore ni le
+temps ni l'argent pour se procurer les chevaux de bât.</p>
+
+<p>«5° Tous les corps manquent tout à fait de chirurgiens.</p>
+
+<p>«6° Il n'y a, pour tout le corps d'armée, qu'un seul adjoint à
+l'état-major. Il n'existe pas un commissaire des guerres, ni aux
+divisions, ni au quartier général.</p>
+
+<p>«Votre Altesse sentira qu'il y a ici une grande réunion d'hommes, mais
+qu'il n'y a pas une armée organisée, et qu'il serait funeste au bien du
+service de Sa Majesté de mettre ces troupes en situation de rencontrer
+l'ennemi avant d'être régulièrement constituées pour tout ce qu'il leur
+faut.</p>
+
+<p>«Un de mes aides de camp est près du prince de la Moskowa, et me
+rapportera la nouvelle de l'époque précise de ses mouvements, d'après
+lesquels je me réglerai.</p>
+
+<p>«J'ai l'honneur de joindre à ma lettre l'état de situation que vous
+m'avez demandé.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE PLAISANCE.</h4>
+
+<p class="rig">«15 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Je reçois, seulement, monsieur le duc, votre lettre du 12 et je vous ai
+écrit, à l'arrivée du général Dommanges, pour vous dire combien
+j'attachais de prix à ce que les troupes passassent promptement le Rhin
+et vinssent s'établir dans les cantonnements, auprès de Hanau. Il y a
+place pour recevoir tout ce que vous enverrez; mais, aujourd'hui que je
+mets en mouvement mon infanterie, il y a encore plus de place.</p>
+
+<p>«Je vous prie d'ordonner que tous les emplois de sous-officiers soient
+remplis immédiatement dans les compagnies s'il y a des sujets propres à
+les occuper; il faut aussi faire des propositions, pour les nominations
+d'officier, de tous les sujets susceptibles d'être élevés en grade, car
+les détachements ne pourront servir qu'autant que les cadres seront bien
+complets. Un vieux corps bien instruit, dans lequel il y a peu de
+sous-officiers et d'officiers, sert mal; un nouveau corps ne sert pas et
+se détruit.</p>
+
+<p>«Je pars de Hanau pour suivre mon infanterie; en conséquence, je ne
+pourrai donc pas m'occuper de ce travail important. Je laisse ici le
+général Millaud pour le faire momentanément. Je pense qu'il serait
+convenable au bien du service de l'Empereur que vous vinssiez ici pour
+faire ce travail, aussitôt que vous aurez fait passer le Rhin aux
+troupes arrivées, et pris des mesures pour qu'aucune de celles qui
+arriveront ne s'arrête sur la rive gauche; alors le général Millaud
+viendrait près de moi pour commander tout ce qui serait disponible et
+vous m'enverriez tout ce qui serait susceptible de faire un peu de
+service. Je prendrai d'ailleurs des mesures pour l'instruction de ce
+détachement que je désirerais que vous pussiez porter immédiatement de
+mille à douze cents chevaux.</p>
+
+<p>«Je vous prie de me faire connaître journellement vos opérations, afin
+que je sache toujours sur quoi je peux compter et que je connaisse
+quelles sont les troupes dont je puis disposer de suite, et à quelle
+époque je pourrai faire usage du reste.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL MILLAUD.</h4>
+
+<p class="rig">«Hanau, le 16 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le comte, forcé de quitter Hanau et de suivre mes divisions,
+je vous prie de me suppléer pour faire sur la cavalerie qui doit
+arriver, le travail dont j'étais chargé par Sa Majesté jusqu'à l'arrivée
+du duc de Plaisance. Vous établirez votre quartier général à Hanau; vous
+passerez en revue tous les détachements de cavalerie qui arriveront, et
+vous m'en rendrez compte journellement et me ferez connaître: 1° la
+force des détachements à leur arrivée; 2° le nombre d'hommes et de
+chevaux laissés en route; 3° le nombre des chevaux blessés; 4° enfin le
+lieu d'où est parti le corps. Vous me ferez connaître également le
+nombre des officiers présents et le nombre des emplois vacants; le
+nombre des sous-officiers présents et le nombre des emplois de
+sous-officiers vacants. Vous ordonnerez de remplir immédiatement tous
+les emplois de sous-officiers vacants lorsqu'il y aura des sujets
+propres à les remplir; vous ferez faire des mémoires de proposition pour
+tous les emplois d'officiers vacants lorsqu'il y aura des sujets dignes
+de les occuper. Enfin, monsieur le comte, vous ne négligerez rien pour
+me faire connaître la véritable situation de ces corps et accélérer leur
+organisation.</p>
+
+<p>«Aussitôt après l'arrivée du duc de Plaisance, vous partirez pour me
+rejoindre, emmenant avec vous tous les détachements susceptibles de
+servir, et prendrez à l'armée, jusqu'à l'organisation des divisions, le
+commandement de ce qui part aujourd'hui et de ce que vous avez.</p>
+
+<p>«Vous ferez connaître au duc de Plaisance que je désire qu'il continue à
+m'adresser des rapports semblables.</p>
+
+<p>«Je vous ai fait remettre un projet de cantonnement qui donne le moyen
+de placer six mille chevaux aux environs de Hanau.</p>
+
+<p>«Vous aurez soin de placer ces troupes d'une manière méthodique, afin
+que les corps puissent se rassembler facilement et que les officiers
+supérieurs puissent faire chaque jour la visite de leurs cantonnements.
+Enfin vous réglerez, par un ordre, vos instructions de manière à tirer,
+le plus promptement possible, le meilleur parti de ces hommes, et afin
+qu'ils soient bientôt en état de faire le service devant l'ennemi.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 17 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je n'ai aucune nouvelle de votre corps d'armée.
+L'état-major ne connaît ni le nombre d'hommes que vous avez sous les
+armes ni le nombre d'officiers qui manquent. Le major général assure
+que vous avez envoyé cela au ministre de la guerre: c'est autant de
+chiffons qui resteront dans les bureaux sans réponse.--Envoyez vos états
+de situation et vos demandes au prince major général. Votre
+correspondance avec le ministre de la guerre est inutile
+aujourd'hui.--Envoyez l'état des places vacantes et celui des officiers
+que vous proposez d'avancer. Enfin faites connaître tout ce qui vous
+manque, afin que j'y pourvoie sans délai.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 17 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, le général Durutte, par une lettre de Blankenberg du 15
+avril, annonce qu'il a envoyé à Erfurth, et de là à <i>Salsungen</i>, sur la
+Werra, quatorze pièces de canon qui lui étaient inutiles. Voyez où sont
+ces pièces et réunissez-les à l'artillerie de votre corps d'armée.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 17 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, j'ai décidé que huit cadres d'artillerie à pied partiraient
+le 19 de Mayence pour votre corps d'armée. Ces cadres seront complétés
+en officiers et sous-officiers que vous ferez choisir dans l'artillerie
+de marine. Vous porterez ensuite ces huit compagnies à cent vingt hommes
+chacune au moyen de huit cents canonniers marins, que vous prendrez dans
+vos bataillons. Six de ces compagnies seront employées au service de
+l'artillerie de vos trois premières divisions; les deux autres
+compagnies serviront vos deux batteries de réserve à pied. Vous recevrez
+ensuite deux compagnies d'artillerie venant de l'intérieur: elles seront
+employées à votre parc.»</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 17 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois au moment même votre rapport daté de Hanau le 10
+avril, qui revient de Paris.--Vous trouverez ci-joint la notice de
+décrets que je viens de rendre. Faites reconnaître ces officiers
+sur-le-champ. Il est de la plus haute importance que vous présentiez de
+bons sujets pour les places vacantes dans les régiments de marine. Que
+votre présentation arrive dans vingt-quatre heures, vous aurez
+sur-le-champ les décrets et, sans perdre de temps, vous ferez
+reconnaître les officiers. Ayez toujours soin de prendre de bons
+officiers, et de les prendre dans un régiment pour suppléer à ce qui
+manquerait dans l'autre. Aussitôt que j'aurai votre rapport, il n'y aura
+plus rien à faire sous ce point de vue.--De toutes les manoeuvres je
+dois vous recommander la plus importante, c'est le ploiement en
+bataillon carré par bataillon. Il faut que les chefs de bataillon et les
+capitaines sachent faire ce mouvement avec la plus grande rapidité;
+c'est le seul moyen de se mettre à l'abri des charges de cavalerie et de
+sauver tout un régiment; comme je suppose que ces officiers sont peu
+manoeuvriers, faites-leur en faire la théorie, et qu'on la leur explique
+tous les jours, de manière que cela leur devienne extrêmement
+familier.--Pour le 23<sup>e</sup> régiment, vous parlez toujours de vos envois au
+ministre de la guerre. Envoyez-moi les demandes et les propositions
+nécessaires pour compléter ce régiment.--Choisissez les officiers pour
+le 86<sup>e</sup> dans le 47<sup>e</sup>, et que, par ce moyen, ce régiment provisoire soit
+complété en officiers.--Vous ne parlez pas du major ou colonel qui
+commande le 25<sup>e</sup> provisoire.--J'écris au ministre de la guerre pour faire
+rejoindre les deux compagnies du 86<sup>e</sup>, qui sont dans la Mayenne.--Donnez
+des ordres pour que le bataillon espagnol ne soit point envoyé en
+détachement, et qu'on l'ait toujours sous la main, à l'abri de la
+séduction. Il ne faut point l'employer au service d'avant-garde ou
+d'escorte, mais le tenir toujours ensemble et au milieu des bataillons
+français.--Sur les officiers revenus d'Espagne, on va vous envoyer les
+officiers dont vous avez besoin.--Envoyez la récapitulation de ce qui
+vous manque en colonels, majors, majors en second, chefs de bataillon,
+capitaines, etc.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 19 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je vous envoie copie de la lettre que j'écris au duc
+d'Istrie. Prenez les ordres du duc d'Istrie, s'il y est; prenez sur vous
+s'il n'y est pas. La marche de l'ennemi me paraît fort imprudente; on
+peut l'en faire repentir; mais surtout ôtez-nous toute inquiétude sur
+notre flanc gauche.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU DUC D'ISTRIE.</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 19 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Le major général a dû vous expédier un officier pour vous faire
+connaître qu'un corps de partisans de trois à quatre escadrons, de six
+pièces de canon et de deux à trois bataillons, s'était porté sur
+Mulhausen et Vanfried; que le général westphalien Hammersten avait peur
+d'être sérieusement attaqué et craignait d'être obligé de se porter sur
+Witzenhausen, ce qui donnait de fortes inquiétudes au roi à
+Cassel.--J'espère que l'arrivée du général Souham dans la journée du 17
+à Gotha, et celle du général Bonnet qui, ce me semble, a dû être, le 17
+au soir, à Eisenach, auront ralenti la marche de l'ennemi. J'espère que
+vous-même, arrivé à Eisenach, vous vous serez porté sur les derrières de
+l'ennemi pour dégager le général westphalien et tranquilliser Cassel de
+ce côté. Cela est d'autant plus important que ces partis sur le flanc
+gauche inquiéteraient nos communications avec Erfurth.--Ainsi donc,
+aussitôt que vous serez arrivé à Eisenach, mettez plusieurs corps
+d'infanterie et de cavalerie sur les derrières de l'ennemi, et dégagez
+le général Hammersten.--Écrivez au roi à Cassel pour lui faire connaître
+votre mouvement et le rassurer.--Le prince de la Moskowa étant déjà sur
+Erfurth, les mouvements que vous pouvez faire sur les derrières de
+l'ennemi seront d'un heureux effet et pourront donner lieu à quelques
+coups de sabre et à la prise de quelques bataillons ennemis.--Le général
+Lefèvre Desnouettes me paraît très-propre pour cette expédition, mais
+appuyez-le par de l'infanterie. Enfin faites faire tout ce qu'il faut:
+cela est très-important, car ce serait un très-grand malheur si le roi
+était obligé d'évacuer Cassel.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«Philippsthal, le 19 avril 1813,<br> quatre heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monseigneur, je reçois la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur
+de m'écrire le 17, ainsi que celles de Sa Majesté. J'ai reçu hier au
+soir une lettre du prince de la Moskowa, d'Erfurth, du 17 au soir. Elle
+confirme les nouvelles qu'il m'avait données précédemment, que l'ennemi
+n'a pas de forces à portée. Les coureurs qui s'étaient montrés se sont
+retirés.</p>
+
+<p>«J'ai deux divisions à Eisenach, et j'occupe Gotha. Le prince de la
+Moskowa comptait mettre aussi une division à Gotha; je lui ai fait avec
+instance la demande de me laisser cette ville, qui m'est indispensable
+pour subsister. Ma troisième division arrivera demain à Eisenach; je
+serai moi-même dans cette ville dans trois heures.</p>
+
+<p>«Je vais faire reconnaître aujourd'hui les officiers que Sa Majesté a
+nommés, et je vais faire rédiger de suite le tableau des emplois vacants
+et les mémoires de proposition. Je n'ai pu faire faire ce travail hier,
+parce que les troupes étaient en marche.</p>
+
+<p>«D'après la récapitulation que j'ai faite des emplois vacants et des
+sujets propres à les remplir, c'est-à-dire des mémoires de proposition
+que je vais adresser de nouveau à Votre Altesse, il faut soixante
+capitaines, un officier payeur, deux adjudants-majors, soixante-sept
+lieutenants, qui ne peuvent pas être fournis par les corps, faute de
+sujets. Ainsi c'est ce nombre de sujets qu'il est nécessaire d'envoyer à
+mon corps d'armée pour remplir les emplois vacants; et je suppose que
+tous les sous-lieutenants nommés pour les régiments de marine ont
+rejoint.</p>
+
+<p>«Le 25<sup>e</sup> provisoire n'a ni colonel ni major; mais le duc de Valmy m'a
+annoncé qu'il en avait à Mayence, et je l'ai instamment prié de leur
+donner l'ordre de me rejoindre. Ayant reçu des officiers supérieurs
+revenant du troisième corps depuis que j'ai eu l'honneur d'adresser mon
+rapport, je les ai placés dans les différents corps qui en manquaient.
+J'aurai l'honneur d'en adresser l'état exact, afin que Votre Altesse
+veuille bien donner les lettres de passe.</p>
+
+<p>«J'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Altesse, par le colonel Jardet,
+mon aide de camp, à son arrivée à Mayence, un état de situation dans la
+forme demandée. Ainsi je pense que Sa Majesté a, pour le nombre des
+présents sous les armes, tous les documents que je puis lui fournir.
+Quant au nombre des emplois vacants, ils se composent de ceux vacants
+par manque de sujets, et que j'ai relatés plus haut, et des propositions
+faites par les corps et dont Votre Altesse va recevoir le double.</p>
+
+<p>«Mes troupes, en passant à Fulde, se sont complétées en pain. Il restera
+encore en réserve trois mille quintaux de farine, dont douze cents
+étaient, à mon passage, en magasin, et le surplus devait être livré dans
+deux jours.</p>
+
+<p>«Il n'existe point de fours militaires à Fulde: les moyens de
+fabrication que le pays comporte sont de huit mille rations par jour et
+de vingt-quatre mille dans un rayon de deux à trois lieues. N'ayant ni
+officiers du génie ni employés pour la construction des fours, j'écris
+au préfet de Fulde, pour qu'il ait à remplir les intentions de Sa
+Majesté; et je ferai, à Eisenach, tout mon possible pour exécuter ses
+ordres.</p>
+
+<p>«On s'occupe de rassembler à Eisenach les quatre mille quintaux de
+farine demandés. J'ai fait la demande d'un rassemblement de huit à dix
+mille quintaux à Gotha, qu'on m'a promis de former immédiatement.</p>
+
+<p>«Aussitôt que le retour d'hiver rigoureux qui se fait sentir sera passé,
+je ferai camper les troupes; et, d'ici là, je les rassemblerai, autant
+que possible, pour que leur instruction soit poussée avec activité.</p>
+
+<p>«Les quatorze bouches à feu du général Durutte sont à mon corps d'armée.
+Je les ai attachées provisoirement à la troisième division, qui n'a pas
+encore son artillerie.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«Eisenach, le 19 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que je
+porte après-demain la division Bonnet sur Gotha; elle sera cantonnée en
+entier dans cette ville ou dans les villages circonvoisins, en arrière
+et sur la droite de cette ville. Elle hâtera la formation des magasins
+de farine à Gotha. Je porte la première division sur Langensalza, où je
+fais réunir aussi des subsistances. La troisième division sera placée à
+Eisenach et en avant. Il m'a paru indispensable d'occuper Langensalza
+pour observer la grande route de Leipzig; aussitôt que les magasins
+seront suffisamment formés, les troupes camperont. Par ce moyen elles
+seront en situation d'exécuter tous les mouvements que les circonstances
+pourront nécessiter, soit pour soutenir le prince de la Moskowa, soit
+pour défendre les gorges de la Thuringe, et assez étendues pour vivre.
+Les coureurs russes sont venus jusque sur la Werra et ont surpris un
+escadron westphalien à Wanfried; mais ils se sont retirés. Je n'ai point
+de nouvelles du prince de la Moskowa depuis la lettre dont j'ai eu
+l'honneur de vous rendre compte; mais rien n'annonce que l'ennemi soit
+en opération sur lui.</p>
+
+<p>«La division Bonnet est la seule qui ait des ustensiles de campement,
+encore lui manque-t-il des gamelles; il est bien important, pour que les
+troupes puissent camper sans désordre, que les autres divisions
+reçoivent les ustensiles de campement qu'il leur faut, et celle-ci ceux
+qui lui manquent encore, et il serait bien nécessaire qu'on y joignît
+des haches qui manquent à toutes les compagnies et qui sont cependant
+indispensables, car celles des sapeurs sont loin de suffire aux besoins
+du bivac et du campement.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU ROI DE WESTPHALIE.</h4>
+
+<p class="rig">«Eisenach, le 20 avril 1813, soir.</p><br><br>
+
+<p>«Sire, aussitôt après mon arrivée ici, je me suis empressé de faire des
+dispositions pour éloigner les partis qui se sont présentés sur vos
+frontières. J'ai envoyé une forte division sur Langensalza, et le duc
+d'Istrie y a ajouté un corps de cavalerie de la garde qui va pousser des
+partis dans toutes les directions.</p>
+
+<p>«Comme nous n'avons pas de nouvelles récentes de Cassel et qu'il serait
+possible qu'il y eût de ce côté quelques désordres, j'envoie demain, à
+moitié chemin de cette ville ici, un corps d'infanterie et de cavalerie
+qui serait soutenu par des forces plus considérables s'il était
+nécessaire, mais qui rentrera immédiatement si, comme je le suppose,
+tout est tranquille. Je prie Votre Majesté de me faire connaître ce qui
+pourrait se passer d'important du côté où elle se trouve, afin que je
+puisse faire ce que les circonstances commanderont, et prendre des
+positions conformes à sa sûreté.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«20 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«J'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire
+pour me faire connaître ses intentions sur le moyen de remplacer le
+personnel d'artillerie qui manque à mon corps d'armée. Les cadres des
+huit compagnies n'étant pas encore arrivés, je prie Votre Majesté de me
+permettre de lui faire quelques représentations sur une disposition qui
+ne me semble pas d'accord avec le bien de son service.</p>
+
+<p>«Le corps des canonniers de la marine a un bon esprit, une assez bonne
+composition; mais ce corps a déjà été énervé par diverses dispositions
+intérieures, et il me semble que ce corps perdrait presque toute sa
+valeur d'opinion, et même sa valeur réelle comme ancien corps, si la
+disposition prescrite était exécutée littéralement.</p>
+
+<p>«Les canonniers de la marine, à leur départ des ports, ont laissé un
+certain nombre d'hommes pour le service de la marine, conformément aux
+dispositions du décret de Votre Majesté, et, en général, ceux conservés
+ont été des hommes de choix. La marine a surtout conservé un grand
+nombre de sous-officiers, et les meilleurs, de manière que le plus grand
+nombre des sous-officiers actuels a un ou deux mois de nomination, et
+que le corps des sous-officiers dans ces régiments est en général
+très-faible. Depuis, ces mêmes régiments ont fourni trois cents
+canonniers pour la garde de Votre Majesté, et j'ai tenu la main à ce que
+les choix fussent faits tels qu'il convenait pour ce service important.
+Ensuite on a tiré à peu près le cinquième ou le sixième des officiers
+existante dans ces corps pour l'artillerie de terre, et on a choisi
+encore les officiers les plus méritants. Si à cela on ajoute encore un
+recrutement d'officiers et de sept à huit cents canonniers, ce corps ne
+sera le même en rien, parce que les chefs de corps, qui espèrent
+beaucoup de leur situation actuelle et mettent un grand prix à mériter
+la bienveillance de Votre Majesté, perdront l'espérance de bien faire en
+perdant les hommes dans lesquels ils avaient confiance, et seront
+découragés en pensant que leur corps est destiné à être un dépôt de
+recrutement pour les autres corps de l'armée, et que l'avenir brillant
+qui leur était offert leur est fermé; et réellement ce corps, de neuf
+mille hommes environ, dont plus de quatre mille sont conscrits de
+l'armée, perdant environ onze cents hommes d'élite, pris sur les
+anciens, sans compter les hommes plus recommandables encore qui ont été
+retenus dans les ports, sera peu de chose, en comparaison de ce qu'il
+était, par la différence de son esprit et de sa composition. Je pense
+donc que, puisque le besoin de l'artillerie de terre exige un secours
+momentané, il vaudrait mieux prendre une disposition seulement
+provisoire, qui, sans changer la composition de ce corps, n'influerait
+pas non plus sur l'esprit des officiers, et affecter, pour un temps
+déterminé, un bataillon tout entier au service des pièces de campagne;
+ou, si Votre Majesté tenait à une disposition définitive, que le
+recrutement des huit compagnies portât indifféremment sur tous les
+bataillons de mon corps d'armée. L'artillerie de marine s'en trouverait
+beaucoup mieux et l'artillerie de terre guère plus mal, attendu qu'il
+est bien facile de former en peu de jours des servants de pièces de
+campagne lorsqu'il y a par pièce trois ou quatre bons canonniers.</p>
+
+<p>«Je prie Votre Majesté de me faire connaître si mes observations lui ont
+paru fondées, ou si elle persiste dans les dispositions qu'elle avait
+prescrites, pour que je puisse me conformer à ses intentions.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL COMPANS.</h4>
+
+<p class="rig">«22 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le comte, je reçois votre lettre de ce jour. Les circonstances
+ne rendent pas nécessaire l'emploi des vingt mille rations de pain
+commandées à Mulhausen. Vous devez, si elles sont fabriquées, avoir soin
+de les faire prendre. J'ai été informé des obstacles que
+l'administration westphalienne met à la fourniture des subsistances
+demandées pour l'armée; mais, comme nos besoins sont pressants, que les
+rassemblements de troupes deviennent considérables et nécessitent une
+prompte réunion de subsistances, vous emploierez la force, s'il est
+nécessaire, pour forcer l'administration de Mulhausen à fournir les
+quatre mille quintaux de farine de blé, tant pour Eisenach que pour
+Langensalza. Vous recevrez demain un détachement de cavalerie convenable
+pour vous éclairer.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«22 avril, soir.</p><br><br>
+
+<p>«Monseigneur, j'ai l'honneur de vous rendre compte qu'ayant fait à
+Mulhausen la demande de quatre mille quintaux de farine pour
+l'approvisionnement des troupes qui vont être campées à Langensalza et à
+Eisenach j'ai reçu du préfet westphalien la réponse que, d'après les
+ordres de son gouvernement, il ne devait rien fournir. Je prie Votre
+Altesse de porter cette nouvelle extraordinaire à la connaissance de
+l'Empereur, afin que Sa Majesté puisse donner les ordres qu'elle croira
+convenables.</p>
+
+<p>«J'ai aussi l'honneur de vous rendre compte que le général Friederick,
+que j'avais envoyé à Bichhausen afin d'avoir des nouvelles de Cassel et
+de poursuivre les détachements qui auraient pu s'avancer du côté de
+cette place, me fait le rapport que le commandant de Bichhausen l'a
+informé qu'un assez grand nombre de soldats d'infanterie westphalienne
+se trouvaient journellement dans les environs, porteurs de permissions
+signées des généraux. Il a paru extraordinaire à ce commandant que l'on
+permît aussi facilement à des soldats de venir dans un pays exposé aux
+incursions de l'ennemi, et la chose me paraît digne de remarque.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«23 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«À l'instant où j'ai reçu l'ordre de partir de Hanau pour faire mon
+mouvement sur Eisenach, n'ayant d'autre cavalerie que celle qui se
+rassemblait à Hanau, et ignorant le mouvement de la garde, je fis choix
+de deux détachements formant quatre escadrons complets; le premier de
+ces détachements, composé des 5<sup>e</sup>, 8<sup>e</sup> et 9<sup>e</sup> de hussards; l'autre, des 7<sup>e</sup>,
+11<sup>e</sup>, 12<sup>e</sup> et 16<sup>e</sup> de chasseurs, ce détachement m'ayant paru susceptible de
+faire quelque service en l'employant avec ménagement et précaution. Il
+paraît que l'Empereur a désapprouvé cette mesure et avait ordonné que
+ces détachements restassent à Hanau, et j'ai reçu du général Millaud la
+nouvelle qu'il avait donné aux détachements l'ordre de rétrograder,
+d'après ceux de Sa Majesté. J'ai donc eu lieu d'être étonné de leur
+arrivée avant-hier; c'est hier seulement que l'ordre de rétrograder leur
+est parvenu. Comme il y a sept marches d'ici à Hanau, que ce serait une
+fatigue à pure perte pour les chevaux et un temps perdu pour
+l'instruction des hommes, j'ai pensé qu'il n'était plus convenable de
+les faire rétrograder et j'ai fait choix pour eux de bons cantonnements,
+où on les mettra promptement en état de bien servir. Le chef d'escadron
+Reisey, qui commande le détachement de hussards, pense qu'en quinze
+jours il le mettra en état de faire son service devant l'ennemi.</p>
+
+<p>«J'avais donné l'ordre au général Dommanges de venir prendre le
+commandement de ces deux détachements, par suite de l'ordre de Sa
+Majesté, dont il a eu connaissance avant son départ de Hanau; il est
+resté. Si, comme je le suppose, Sa Majesté approuve les dispositions que
+j'ai prises de ne pas faire rétrograder ces corps depuis ici, il serait
+utile que le général Dommanges, ou tout autre général de brigade ou
+colonel, reçût l'ordre de venir afin qu'il y eût un chef pour les
+surveiller et les commander.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«26 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Le 1<sup>er</sup> régiment a plus de cent hommes qui manquent de culottes et de
+pantalons, et qui, s'ils ne les recevaient pas, seraient hors d'état
+d'entrer en campagne. Cette position est d'autant plus fâcheuse, que le
+régiment ne peut attendre ces effets de son dépôt, attendu qu'il n'a
+point reçu les tricots que le ... avait annoncés. Votre Altesse jugera
+sans doute convenable de prendre une mesure extraordinaire pour faire
+avoir au 1<sup>er</sup> régiment de marine les effets qui lui manquent, et je lui
+demande avec instance de vouloir le faire promptement.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AUX MEMBRES DE LA COMMISSION DES SUBSISTANCES DE
+GOTHA.</h4>
+
+<p class="rig">«26 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Messieurs, je vous préviens que, d'après les ordres de Sa Majesté, il
+est indispensable que vous preniez des mesures pour faire diriger sur
+Erfurth trois mille quintaux de farine, savoir: cinq cents quintaux par
+jour; cinq mille quintaux de blé, à raison de cinq cents quintaux par
+jour; dix mille quintaux de viande sur pied, soit vaches, boeufs ou
+moutons, à raison de mille quintaux par jour; enfin cent mille boisseaux
+d'avoine, à raison de dix mille par jour, et ce à compter d'aujourd'hui.
+Je vous prie de me faire connaître le plus promptement possible les
+dispositions que vous aurez prises pour remplir les intentions de Sa
+Majesté, afin que je puisse, s'il le faut, y concourir et les assister
+de la force nécessaire. Je vous prie de me faire connaître également
+dans quel rapport sont les ressources que les différentes contrées
+présentent, afin que je puisse prendre des mesures directement si vos
+efforts ne remplissaient pas le but que j'en attends.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Erfurth, le 27 avril 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je viens de prendre dans les 123<sup>e</sup> et 134<sup>e</sup> régiments de
+ligne des capitaines pour les faire chefs de bataillon dans le 37<sup>e</sup>
+léger, des lieutenants pour les faire capitaines, des sous-lieutenants
+pour les faire lieutenants et des sergents pour les faire
+sous-lieutenants. Mon décret va vous être envoyé par le major général.
+Tous ces hommes sont ici dans la citadelle; faites-les réunir sans
+délai, et qu'ils partent demain à la pointe du jour, pour qu'avant midi
+ils soient reconnus et placés dans les compagnies. Il n'y a rien de plus
+urgent que cela, ce régiment ne pouvant pas marcher avec les officiers
+ineptes qui s'y trouvent. Vous mettrez en pied tous les sous-lieutenants
+que je vous envoie, et qui ont tous fait la guerre. Vous renverrez au
+dépôt d'Erfurth, et vous m'en remettrez la note, tous les capitaines qui
+n'auraient pas fait la guerre. Vous mettrez à la suite les
+sous-lieutenants et lieutenants qui seraient dans le même cas. Il est
+absurde d'avoir dans un régiment des capitaines qui n'ont pas fait la
+guerre. On verra dans la campagne ce qu'on pourra faire de ceux que vous
+allez renvoyer au dépôt. Mais, en attendant, le commandement sera dans
+la main des hommes que je vous envoie.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Weissenfels, le 1<sup>er</sup> mai 1813,<br> deux heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Faites partir, à cinq heures du matin, les cinq bataillons de la
+division Durutte, qui sont avec le général Bonnet, pour se rendre à
+Mersebourg joindre leur division sans artillerie. Prévenez le vice-roi,
+par courrier, de l'heure à laquelle ils arriveront à Mersebourg. Les
+quatorze bouches à feu de la division Durutte resteront à la réserve de
+votre corps jusqu'à nouvel ordre. Le vice-roi aura soixante mille hommes
+ce matin, 1<sup>er</sup> mai, à mi-chemin de Mersebourg à Leipzig. Approchez vos
+divisions le plus possible de Weissenfels, afin de pouvoir soutenir le
+maréchal Ney si cela était nécessaire. Je n'ai pas encore de nouvelles
+du général Marchand, qui devait passer à Stossen. Je n'en ai pas
+davantage du général Bertrand. Si vous en avez, donnez-m'en. L'un et
+l'autre devaient venir par Camburg. J'ai donné l'ordre au maréchal
+Mortier de se porter par la rive gauche de la Saale, en passant sur le
+pont que j'ai fait construire près de Naumbourg, avec la division de la
+garde pour se rendre à Weissenfels. Par ce moyen, Naumbourg sera tout à
+fait libre. Vous y pourrez placer votre troisième division. Ce mouvement
+par la rive gauche rendra aussi la rive droite, pour vos divisions,
+très-libre.</p>
+
+<p>«Si vous n'avez pas de nouvelles des généraux Bertrand et Marchand,
+envoyez un officier à Camburg pour en avoir.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Lutzen, le 1<sup>er</sup> mai 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Le quartier général de l'Empereur est ce soir à Lutzen. La journée a
+été fort belle. La jonction avec l'armée de l'Elbe a eu lieu près
+Lutzen. L'ennemi, qui a montré une nombreuse cavalerie, a constamment
+été repoussé par notre infanterie dans des plaines immenses, et a eu
+beaucoup de monde tué par notre canon. Nous n'avons perdu qu'une
+centaine d'hommes; mais une perte bien sensible a été faite. Un boulet a
+coupé le poignet et traversé les reins à M. le maréchal duc d'Istrie,
+qui est mort à l'instant même sur le champ d'honneur. C'est le premier
+coup de canon tiré par l'ennemi. L'armée et toute la France partageront
+les vifs regrets de l'Empereur.</p>
+
+<p>«Le prince de Neufchâtel, major général.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Weissenfels, 1<sup>er</sup> mai 1813,<br> huit heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, venez de votre personne sur la route de Lutzen. Je ne sais
+pas où a couché la division Bonnet et la division Compans. Mettez-les en
+marche pour les approcher de Weissenfels.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Lutzen, le 2 mai 1813,<br> neuf heures et demie du matin.
+</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous donner l'ordre
+de partir de votre position pour vous porter sur Pégau. Je donne l'ordre
+au général Bertrand que, au lieu de venir ce soir, comme il en a reçu
+l'ordre hier, jusqu'à Kaia, de s'arrêter à <i>Tauchau</i>. Je le préviens
+qu'il peut même arrêter, s'il en est encore temps, la division italienne
+à <i>Gleisberg</i>, et celle wurtembergeoise à <i>Stöhsen</i>. Par ce moyen, son
+corps couvrira Naumbourg, Weissenfels, et menacera Zeitz, et sera en
+position pour se porter sur Pégau si l'ennemi menaçait de déboucher. Je
+lui dis de se tenir en communication avec vous.</p>
+
+<p>«Le prince de la Moskowa est à Kaia, et pousse de fortes reconnaissances
+sur Zwickau et sur Pégau.</p>
+
+<p>«Le vice-roi porte le général Lauriston sur Leipzig.</p>
+
+<p>«Le onzième corps se porte sur Markranstadt, d'où il enverra des
+reconnaissances sur Zwickau et sur Leipzig.</p>
+
+<p>«Je préviens aussi le général Bertrand que, si l'ennemi débouchait de
+Zeitz, il réunirait ses trois divisions et marcherait à lui<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a>
+<a href="#footnote2"><sup class="sml">2</sup></a>.</p>
+
+<p>«Le prince de Neufchâtel, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre.</span>»</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote2" name="footnote2"><b>Note 2: </b></a>
+<a href="#footnotetag2">
+(retour) </a> À cette lettre était jointe une longue lettre de l'Empereur
+servant d'instruction: elle a été perdue.<br> <span class="sc">Le maréchal duc de Raguse.</span></blockquote>
+
+<br>
+
+<h4>ORDRE DU JOUR.</h4>
+
+<p class="rig">«8 mai 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal commandant en chef le sixième corps témoigne son
+mécontentement aux troupes à ses ordres pour les désordres qu'elles
+commettent journellement. Si la bonne conduite qu'elles ont tenue sur le
+champ de bataille est faite pour leur mériter la bienveillance de Sa
+Majesté, la continuation des désordres attirerait sur elles toute sa
+sévérité. Les généraux, chefs de corps et officiers doivent concourir
+avec le même zèle au maintien de l'ordre. La recherche des vivres doit
+être faite d'une manière régulière et par des corvées armées, conduites
+par des officiers, et tout individu qui sera trouvé isolé, n'eût-il pris
+que du pain, sera arrêté comme maraudeur et puni comme tel suivant la
+rigueur des lois. Il doit être fait un appel toutes les trois heures, et
+tous les hommes qui ne seront pas présents seront arrêtés et mis à la
+garde du camp. Il est surtout expressément défendu de se servir de ses
+munitions pour d'autres usages que pour ceux de la guerre, et tout
+contrevenant à cet ordre qui sera pris sur le fait sera arrêté par la
+gendarmerie, conduit au quartier général et traduit devant le grand
+prévôt de l'armée. M. le maréchal est convaincu que, si les officiers y
+mettent l'activité nécessaire, les désordres si répréhensibles qui ont
+lieu cesseront sur-le-champ. Leur honneur, comme leur devoir et leur
+intérêt, le leur commandent également.</p>
+
+<p>«Le présent ordre du jour sera lu, pendant trois jours consécutifs, aux
+troupes rassemblées.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«Près Steinbach, 8 mai 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monseigneur, les mouvements continuels de mon corps d'armée m'ayant
+empêché, jusqu'à ce moment, de vous adresser mon rapport sur les détails
+de ses opérations relatives à la bataille de Lutzen, je m'empresse de
+réparer cette omission.</p>
+
+<p>«Après avoir passé la Saale, je reçus l'ordre de prendre position avec
+mon corps d'armée au défilé de Ripach.</p>
+
+<p>«Le lendemain 2 mai, les projets de l'ennemi étant encore obscurs,
+l'Empereur me donna l'ordre de me porter sur Pégau, afin de connaître la
+force de l'ennemi sur ce point et de culbuter tous les corps moins forts
+que le mien, que je trouverais sur mon passage. Afin de ne pas être
+trompé par de simples apparences, je me mis immédiatement en mouvement.
+Deux routes me conduisaient également à Pégau, l'une par la rive gauche
+du ravin et plus courte, l'autre par la rive droite et plus longue.</p>
+
+<p>«Je choisis la deuxième parce qu'elle me liait plus avec l'armée, et
+que, dans le pas d'une grande bataille, je ne courrais pas risque d'en
+être séparé.</p>
+
+<p>«Mes troupes formées en neuf colonnes, sur plusieurs lignes, prêtes à
+former promptement des carrés et disposées en échelons, je m'ébranlai;
+après une heure de marche, j'arrivai au village de Starfield. En ce
+moment le canon se fit entendre au village de Kaia, et, au même instant,
+l'ennemi se montra sur l'immense plateau qui précède et domine le
+village de Starfield; les forces qu'il me montra dans ce moment ne me
+parurent pas assez grandes pour devoir m'arrêter; je me disposai donc à
+remplir la partie de mes instructions qui me prescrivait de marcher à
+lui; mais, afin d'être à l'abri de tout événement fâcheux, j'occupai
+fortement le village de Starfield, qui devait être mon point d'appui. Je
+portai en avant du village, et un peu à sa gauche, la division Compans,
+et en échelons sur sa gauche, celle du général Bonnet; et, soutenu d'une
+nombreuse artillerie, je portai ces troupes en avant.</p>
+
+<p>«La charge que j'avais ordonnée s'exécuta avec promptitude et vigueur;
+les forces que l'ennemi me montra bientôt me prouvèrent qu'une grande
+bataille allait être livrée; alors j'arrêtai mon mouvement offensif,
+qui, en m'éloignant de l'armée et de mes points d'appui, aurait
+infailliblement causé ma perte; mais je conservai toutefois une attitude
+offensive, afin de partager l'attention de l'ennemi, de l'empêcher
+d'écraser les troupes du troisième corps qui combattaient à Kaia, et de
+donner le temps aux échelons que Sa Majesté avait formés en arrière de
+se réunir et de venir nous dégager. Alors l'ennemi réunit de grandes
+forces contre moi, et surtout une nombreuse artillerie. Plus de cent
+cinquante pièces de canon furent dirigées contre mon seul corps d'armée;
+mais les troupes supportèrent leur feu avec un calme et un courage
+dignes des plus grands éloges. La division Compans, surtout, la plus
+exposée, mérite des éloges particuliers; les rangs éclaircis à chaque
+instant se reformaient aux cris de <i>Vive l'Empereur!</i> Immédiatement
+après ce feu terrible, la cavalerie ennemie s'ébranla et fit une charge
+vigoureuse également dirigée contre le 1<sup>er</sup> régiment d'artillerie de
+marine. Cet excellent régiment, commandé par le brave colonel Esmond,
+montra en ce moment tout ce qu'une bonne infanterie peut contre la
+cavalerie, et les efforts de l'ennemi vinrent échouer contre ses
+baïonnettes; d'autres charges furent également faites, et toutes
+également sans succès. Cependant le combat durait déjà depuis plusieurs
+heures; Sa Majesté, qui avait prévu ce qui pouvait arriver et placé
+l'armée en conséquence, avait eu le temps de la réunir et de marcher.
+L'ennemi voulut faire un dernier effort sur moi et redoubla son feu dans
+l'espérance de me forcer à évacuer le village de Starfield, et il
+pouvait espérer d'obtenir ce résultat si j'eusse continué à garder la
+position offensive que j'avais prise et à combattre à découvert; je crus
+devoir ne pas compromettre ce poste important, et à cet effet je
+reportai mes troupes en arrière, de la distance nécessaire pour en
+masquer une partie, en étant à portée de soutenir le village de
+Starfield, et toute la division Compans fut placée dans ce village.
+Cette disposition fut encore rendue plus nécessaire par un grand
+mouvement que l'ennemi fit sur ma droite, qui, étant en arrière du
+ravin, n'avait plus de point d'appui, tandis que la tête de mes forces
+était au village, et n'ayant rien au delà du ravin. Peu de troupes
+suffisaient pour arrêter l'ennemi sur ce point. J'y employai une portion
+de la troisième division, et je gardai le reste de cette division en
+réserve, afin de pourvoir aux cas imprévus. L'ennemi alors fit une
+charge directe sur le village; mais elle lui réussit mal. Cependant
+l'Empereur était arrivé sur Kaia, et, tandis qu'on se battait sur ce
+point avec acharnement, les efforts de l'ennemi furent ralentis contre
+moi, quoique j'eusse toujours en présence de grandes forces.</p>
+
+<p>«Cinq heures et demie arrivèrent, et le quatrième corps parut. Aussitôt
+que je pus être certain de l'avoir bien reconnu, j'eus lieu d'être
+tranquille sur ma droite, et j'exécutai, sans perdre un seul instant,
+avant même d'avoir communiqué avec lui, l'ordre anticipé que Sa Majesté
+m'avait donné de porter une division sur Kaia aussitôt que je serais en
+liaison avec le général Bertrand. Enfin l'ennemi était battu partout; Sa
+Majesté était victorieuse; elle ordonne une charge générale. La division
+Compans débouche de nouveau du village. La division Friederich se porta
+à sa gauche et à droite de la division Bonnet, et nous marchâmes
+rapidement à l'ennemi, qui fuyait devant nous, aussi loin que le jour le
+permit. Nous nous canonnions encore qu'à peine pouvions-nous distinguer,
+dans l'obscurité, les masses qui se retiraient devant nous. Il fallut
+enfin s'arrêter par suite de l'obscurité de la nuit. Nous étions en
+repos depuis quelques instants lorsqu'un corps de cavalerie ennemie se
+présenta inopinément et sans avoir pu être reconnu, et chargea nos
+carrés. Il fut reçu la nuit comme il l'avait été le jour, et se replia,
+mais sans avoir éprouvé une grande perte, attendu que, dans l'obscurité,
+il eût été dangereux de faire feu sans avoir bien reconnu la division
+des carrés. Immédiatement après sa retraite, prévoyant qu'il pourrait
+revenir, je rapprochai tellement mes carrés, qu'ils pouvaient tous se
+voir, et je les échelonnai de manière que deux côtés pussent toujours
+tirer, et qu'il y eût des feux dans toutes les divisions. Ce que j'avais
+prévu arriva. L'ennemi, comptant que, après la fatigue d'une aussi
+longue journée, les soldats seraient couchés et les armes aux faisceaux,
+arriva à dix heures avec quatre régiments de cavalerie de choix, dont un
+régiment de gardes prussiennes. Ces quatre régiments se jetèrent avec
+une impétuosité extraordinaire au milieu de nous; mais ils trouvèrent
+chacun à son poste. Tous les ordres donnés furent exécutés
+ponctuellement, et l'ennemi enveloppa de ses morts nos carrés sans en
+enfoncer aucun. Trois cents hussards restèrent sur la place, et les
+rapports des Prussiens annoncent que le régiment des gardes a été
+détruit entièrement. Ainsi a fini une belle journée. C'est le sixième
+corps qui, dans cette mémorable bataille, a eu l'honneur de tirer les
+premiers coups de canon et les derniers coups de fusil. Je ne saurais
+donner trop d'éloges aux troupes dont Sa Majesté m'a confié le
+commandement. Les soldats de marine se sont montrés dignes de l'armée
+dans laquelle Sa Majesté les a attachés. Ces nouveaux soldats marchent
+d'un pas ferme sur le pas des anciens. Je devrais nommer tous les
+généraux et tous les officiers supérieurs; mais je dois faire une
+mention particulière du général Compans et du général Bonnet, des
+généraux Jamin, Joubert et Richemont. Le général Compans a eu ses
+habits criblés de mitraille: le général Bonnet, deux chevaux tués sous
+lui: le général Jamin, quoique blessé, n'a pas quitté le champ de
+bataille un seul instant. Je dois faire aussi mention du colonel Jardet,
+mon premier aide de camp, officier d'une grande distinction, qui a été
+blessé d'une manière extrêmement grave. Je dois citer aussi le général
+Faucher, commandant l'artillerie, et le colonel de Ponthou, commandant
+le génie, dont j'ai eu à me louer.</p>
+
+<p>«J'aurai l'honneur d'adresser à Votre Altesse des demandes de
+récompenses pour les officiers et soldats qui ont si bien mérité de Sa
+Majesté, et en vous priant de les soumettre à l'Empereur.»</p>
+<br>
+
+<h3>LIVRE DIX-SEPTIÈME</h3>
+
+<h4>1813</h4>
+<br>
+
+<p><span class="sc">Sommaire.</span>--Hésitations du roi de Saxe.--Passage de l'Elbe à
+Priesnitz.--Reddition de Torgau.--Combat de Bichofswerda (12
+mai).--Combats de Grossenheim, de Koenigswerth et de Weissig.--Positions
+de l'armée devant Bautzen.--Bataille de Bautzen (20 mai).--Bataille de
+Wurtzen (21 mai).--Retraite de l'ennemi sur Weissenberg.--Combat de
+Reichenbach.--Mort du général Bruyère.--Mort de Duroc: son
+portrait.--Passage de la Niesse par le septième corps.--Surprise et
+déroute de la division Maison à Haynau.--Combat de Jauer.--Armistice de
+Pleiswig.--Ligne de démarcation des deux armées.--Retour de l'Empereur à
+Dresde (10 juin).--Établissement du sixième corps à Buntzlau.--Situation
+de l'armée française pendant l'armistice.--Haine des Prussiens pour les
+Français.--Rôle de l'Autriche.--Travaux de défense à Buntzlau.--Arrivée
+de M. de Metternich à Dresde.--Paroles de l'Empereur.--Ouverture du
+congrès de Prague.--Dénonciation de l'armistice (10 août).--Manière de
+voir de l'Empereur.--Ses conseillers.--Composition et force de l'armée
+française.--Travaux de défense autour de Dresde.--Plan de campagne de
+Napoléon.--Composition et force des armées ennemies.--Formation de
+l'armée française.--Arrivée de Napoléon à Görlitz (18
+août).--Commencement des hostilités.--Opérations du sixième
+corps.--Mouvements des armées autour de Dresde.--La grande armée alliée
+attaque Dresde (26 août).--Bataille de Dresde.--Mort du général
+Moreau.--Retraite de l'ennemi.--Poursuite de l'armée ennemie.--Combats
+de Possendorf, de Dippoldiswald et de Falkenheim.--Combat de
+Zinnwald.--Catastrophe du général Vandamme.</p>
+
+<p>À la fin de mars, à l'approche de l'armée russe, le roi de Saxe, pour ne
+pas tomber en son pouvoir, avait abandonné sa capitale. Il s'était rendu
+d'abord à Plauen et de là à Ratisbonne, accompagné d'un corps de quinze
+cents chevaux.</p>
+
+<p>Nos revers à la fin de la dernière campagne, la destruction de nos
+forces, la défection de la Prusse et les passions qui se développaient
+dans une grande partie de l'Allemagne, avaient frappé de terreur les
+princes de la Confédération. L'Autriche avait, dès ce moment, entrevu
+l'espoir de retrouver son ancienne prépondérance, soit par des
+négociations, soit en rentrant plus tard dans la lice. Elle s'occupait,
+dès lors, à réunir autour d'elle en faisceau tout ce qu'elle pouvait
+détacher de notre alliance, afin de donner plus de poids à ses paroles.</p>
+
+<p>Le roi de Saxe, un des premiers à qui elle s'était adressée, comprit
+bientôt que les intérêts bien entendus de l'Allemagne étaient dans un
+système modérateur, assurant à l'avenir le repos de l'Europe, et dont
+l'Autriche serait le centre. Il signa d'abord une convention par
+laquelle le corps polonais acculé à Cracovie, à la frontière
+autrichienne, aurait la faculté d'entrer en Galicie, en déposant ses
+armes. Ces armes devaient être transportées sur des chariots et devaient
+lui être rendues à son arrivée en Saxe. Cette disposition concernait
+également quelques troupes françaises et un corps de cavalerie saxonne
+qui se trouvait avec elles. À l'ombre de cette première convention, on
+commença à négocier un traité de neutralité qui devait séparer la Saxe
+de l'alliance française et l'unir à la politique autrichienne.</p>
+
+<p>D'un autre côté, l'Autriche avait pris une attitude pacifique en faisant
+faire un armistice pour le corps auxiliaire que commandait le
+feld-maréchal, prince de Schwarzenberg. Enfin, le 26 avril, elle avait
+déclaré à l'ambassadeur de France à Vienne que les stipulations du
+traité du 4 mars 1812 n'étaient plus applicables aux circonstances
+présentes.</p>
+
+<p>C'était annoncer l'intention de suivre une politique indépendante. Après
+tous ces divers actes, le roi de Saxe quitta Ratisbonne et se rendit à
+Prague. Cette démarche donna l'éveil à Napoléon sur ses intentions. Il
+soupçonna que les négociations relatives au désarmement du corps
+polonais pourraient avoir été plus loin, et se crut menacé de voir la
+Saxe se séparer de ses intérêts. Dès son arrivée à Mayence, il avait
+envoyé auprès de lui à Ratisbonne le général de Flahaut pour surveiller
+la conduite du roi et réclamer la cavalerie qu'il avait avec lui. Il
+n'eut cependant jamais la certitude d'un traité convenu et signé. Il
+crut seulement que des propositions avaient été faites et reçues avec
+complaisance; mais enfin les mauvaises dispositions du roi de Saxe
+devinrent patentes par la connaissance des ordres donnés le 5 mai au
+général Thielmann, qui commandait à Torgau, de ne recevoir aucune troupe
+étrangère dans la place, et par le refus d'en ouvrir les portes au
+troisième corps, qui s'y présenta.</p>
+
+<p>Alors la victoire avait donné du poids aux paroles de Napoléon, et il se
+trouvait maître de Dresde au moment même où le roi semblait vouloir
+l'abandonner. Il envoya un officier à Prague, le comte de Montesquiou,
+pour remettre à M. de Sera, alors ministre de France auprès du roi, une
+lettre qui lui prescrivait de le faire s'expliquer dans l'espace de six
+heures. Il devait, à l'instant même: 1° déclarer par écrit dans une
+lettre à l'Empereur qu'il n'avait pas cessé de faire partie de la
+Confédération du Rhin et reconnaissait les obligations qui en
+résultaient pour lui; 2° donner l'ordre au général Thielmann d'ouvrir
+les portes de Torgau et de mettre à la disposition du général Régnier
+les troupes saxonnes qui s'y trouvaient et devaient en sortir; 3° enfin
+d'envoyer à Dresde la cavalerie saxonne restée près de lui, et de la
+mettre à la disposition de l'Empereur; dans le cas d'un refus, M. de
+Sera lui devait faire connaître qu'il était déclaré félon et avait cessé
+de régner.</p>
+
+<p>Un langage pareil auprès d'un prince faible, dont les États étaient
+envahis et en partie occupés, devait avoir les résultats qu'en attendait
+Napoléon. Le roi souscrivit à tout et s'excusa auprès de l'Empereur
+d'Autriche sur l'empire des circonstances. Il lui demanda le secret sur
+le traité fait, signé et ratifié, et le secret lui fut gardé. Le roi se
+rendit à Dresde. L'Empereur donna, avec intention, un grand éclat à son
+retour. Il alla, le 12 mai, à sa rencontre à une lieue, accompagné de
+tous les maréchaux alors à Dresde, et j'étais du nombre. Il fut empressé
+et affectueux envers son allié; il s'efforça d'établir l'opinion qu'il
+n'avait jamais douté de sa fidélité. On ne peut que plaindre un
+souverain placé dans des circonstances aussi difficiles, entre le salut
+de ses peuples et ses engagements. Les résultats de sa conduite lui ont
+été funestes; mais la campagne de 1813, dont la fin a été si désastreuse
+pour nous, a été cependant bien près d'être couronnée par des triomphes.
+Ainsi, en prenant seulement pour base les probabilités et les intérêts,
+on doit reconnaître que peu s'en est fallu qu'il n'ait eu à s'applaudir
+de sa politique. Ce vieux monarque, si fort aimé par ses sujets, ne doit
+pas être jugé avec trop de sévérité.</p>
+
+<p>Le onzième corps était entré à Dresde le 8. Dès le 9 au matin, un pont
+fut jeté sur l'Elbe à Priesnitz. L'ennemi mit obstacle à ce travail
+autant qu'il fut en son pouvoir. Le 9, les quatrième, sixième et
+douzième corps arrivèrent à Dresde. Le 11, le onzième corps passa l'Elbe
+et prit position sur la route de Bautzen. Les quatrième et sixième
+corps, ainsi que le premier corps de cavalerie, suivirent la même
+direction. Le douzième corps resta à Dresde avec le quartier général
+impérial et la garde. Ce même jour le troisième corps entra à Torgau;
+mais le général Thielmann, qui y commandait pour le roi de Saxe, après
+avoir remis la forteresse au maréchal Ney, passa à l'ennemi avec son
+état-major. Le cinquième corps de Meissen se rendit également à Torgau,
+et à ces deux corps se joignit le septième, dont le général Régnier
+reprit le commandement. Réorganisé, il se composa de la division
+française du général Durutte et des troupes saxonnes.</p>
+
+<p>Le onzième corps, en s'éloignant de Dresde, avait pris la route de
+Bautzen, tandis que le quatrième s'était porté sur Königsbrück, et le
+sixième sur Reichenbach. Le 12, le maréchal duc de Tarente, ayant
+rencontré l'arrière-garde russe, commandée par Miloradowitch, la poussa
+devant lui. Un autre combat assez vif s'engagea à Bichofswerda. Cette
+ville fut enlevée; mais les Russes l'incendièrent en l'évacuant, afin de
+détruire les magasins qu'elle renfermait.</p>
+
+<p>Le 13, le onzième corps continua son mouvement, et prit position à
+moitié chemin de Bautzen. Les quatrième et sixième corps restèrent, ce
+jour-là, à Königsbrück et à Reichenbach, ainsi que le douzième et la
+garde à Dresde. Le cinquième, parti de Torgau, marcha dans la direction
+d'Obrilugk; le troisième dans la direction de Lukau. Le deuxième,
+commandé par le maréchal duc de Bellune, et le deuxième de cavalerie du
+général Sébastiani, étaient arrivés à Wittenberg. Par ces dispositions,
+Napoléon menaçait la communication de la grande armée ennemie avec
+Berlin, et même cette capitale. L'Empereur avait aussi pour motif, en
+ralentissant ses opérations, de recevoir des renforts, entre autres les
+troupes de la vieille et de la jeune garde, commandées par le général
+Barrois, enfin de la cavalerie. Il voulait en outre donner le temps au
+deuxième et au septième corps d'achever leur organisation.</p>
+
+<p>Le 14, tous les corps restèrent en position.</p>
+
+<p>Le 15, le onzième corps se porta en avant et rencontra, à Godeau, le
+corps de Miloradowitch. Après une résistance de quelques moments,
+l'ennemi se retira à Bautzen, et repassa la Sprée. Appelé par le bruit
+du canon et par l'invitation du maréchal Macdonald, je marchai
+sur-le-champ; mais j'arrivai quand le combat finissait. Le onzième corps
+campa en face de Bautzen, le sixième campa à sa gauche, et le quatrième
+à la gauche de celui-ci. L'ennemi, qui voulait gêner les communications
+de nos divers corps d'armée, avait porté un grand nombre de Cosaques,
+sous les ordres directs de Platow, à Grossenheim, soutenu par le corps
+de Kleist.</p>
+
+<p>Napoléon, voulant nettoyer tout cet espace entre son centre et sa
+gauche, donna l'ordre au duc de Trévise de partir de Dresde avec une
+division de jeunes gardes et le corps de cavalerie, commandé par le
+général Latour-Maubourg, et de chasser l'ennemi de cette position trop
+avancée. Après une résistance assez vive de la part des Prussiens, ce
+but fut atteint. Kleist se retira dans la direction d'Elstenwerda, et
+Platow dans celle d'Ortona.</p>
+
+<p>Après avoir rempli cet objet, le duc de Trévise marcha sur Bautzen. Le
+18, le cinquième corps se porta sur Hoyerswerda, et les troisième et
+septième suivirent.</p>
+
+<p>Ces trois corps étaient destinés à tourner toutes les positions que
+l'ennemi avaient fortifiées. Le même jour, l'Empereur et tout le reste
+de sa garde partirent de Dresde. Ils vinrent s'établir, avec le quartier
+général, en face de Bautzen. Mais ce jour-là, 18, l'ennemi ayant appris
+le mouvement du cinquième corps sur Hoyerswerda, et ignorant qu'il était
+soutenu par les troisième et septième corps, fit un détachement pour
+s'opposer à lui, et profiter de son isolement pour le battre.</p>
+
+<p>Le général York vint avec dix mille Prussiens prendre position à
+Weissig. Il était appuyé par Barclay de Tolly avec douze mille Russes.
+Le général Bertrand détacha sur Königswerth la division italienne de son
+corps, pour maintenir la communication entre les deux parties de
+l'armée. Cette division, établie négligemment, fut attaquée et surprise
+par Barclay. Elle fut mise dans un grand désordre. Cependant, comme elle
+était appuyée à des bois en arrière de la ville, elle réussit à se
+rallier, et soutint le combat. Sur ces entrefaites, le comte de Valmy
+arriva avec sa cavalerie, et Königswerth fut repris. Pendant ces
+événements, le cinquième corps avait rencontré le général York à
+Weissig. Un combat opiniâtre s'ensuivit. La position fut enlevée, et
+l'ennemi fut forcé de se replier sur le gros de son armée.</p>
+
+<p>Ces deux corps, d'York et de Barclay de Tolly, rentrèrent en ligne. Le
+corps russe fut chargé de défendre la Sprée dans son cours inférieur.</p>
+
+<p>Le 19, toute l'armée française était déployée circulairement devant
+Bautzen, le douzième corps occupait l'extrême droite, et était placé sur
+les hauteurs de Technitz. Le onzième corps était près de Breska,
+derrière le Windmüchlenberg. Le sixième était en avant de Salzfortgen.
+Le quatrième appuyait sa gauche à Welka et à la chaussée de Hoyerswerda.
+La garde et la cavalerie étaient en arrière, sur la route de Dresde. Le
+quartier général était à Fortigen. La gauche de l'armée n'était pas
+encore en ligne. Le cinquième corps occupait Weissig. Le troisième, un
+peu en arrière, se trouvait à Markersdorf; le septième à Hoyerswerda. Le
+deuxième avait quitté Wittenberg, et s'était avancé vers Galzen et
+Dalheim. Il était en face des corps prussiens de Bulow, de celui de
+Berstel et de la division russe de Karper.</p>
+
+<p>L'armée ennemie avait deux positions à défendre: la première ayant sa
+gauche aux montagnes, défendue par des abatis et des redoutes, et le
+front couvert par Bautzen et la Sprée, dont le lit est encaissé et les
+bords escarpés; la deuxième position, également appuyée aux montagnes,
+se composait des retranchements construits en avant de Kalskirch. Son
+front était couvert par une ligne de redoutes faites avec soin et bien
+armées, et par les hauteurs de Krekvitz. Enfin la droite occupait les
+hauteurs de Glaima, et les points de Klitz et de Malschitz.</p>
+
+<p>Le 20, au matin, l'armée s'ébranla. Le douzième corps, placé à la
+droite, attaqua les hauteurs où était la gauche ennemie, après avoir
+jeté un pont sur la Sprée et passé cette rivière. Le onzième corps fut
+chargé d'attaquer Bautzen, après avoir aussi franchi la Sprée au-dessus
+de cette ville. Je reçus l'ordre de passer la Sprée à une demi-lieue
+au-dessous de Bautzen, et d'attaquer le corps de Kleist qui était en
+face, et occupait les hauteurs de Seydan. Une vive résistance nous fut
+opposée; mais, après un combat de cinq heures, l'ennemi fut chassé des
+diverses positions qu'il occupait devant nous et forcé à se retirer, sur
+les hauteurs du village de Kayna, en arrière du ruisseau.</p>
+
+<p>Comme Bautzen continuait à se défendre et arrêtait la marche du onzième
+corps, je détachai ma première division, commandée par le général
+Compans, pour prendre la ville à revers. La batterie qui en défendait
+les approches fut enlevée au pas de charge, et les remparts escaladés.
+Tous les soldats russes qui se trouvaient dans la ville furent faits
+prisonniers.</p>
+
+<p>Je fis attaquer ensuite, par la division Bonnet, le corps de Kleist, qui
+venait d'être renforcé et qui s'était concentré dans la position de
+Kayna et de Basankwitz. Il fut culbuté et obligé de se retirer plus en
+arrière. Il occupa alors la position retranchée et préparée d'avance, où
+il avait décidé qu'une seconde bataille devait être livrée. Pendant ces
+mouvements, les troisième, cinquième et septième corps, sous les ordres
+du maréchal Ney, s'approchèrent de la Sprée, au village de Klix. Il
+devait forcer le passage et tourner les retranchements, tandis que le
+quatrième corps observerait les bords de la Sprée, en face de Krekwitz,
+en attendant que la prise de Bautzen et le mouvement de la droite
+eussent permis de l'attaquer.</p>
+
+<p>Le soir du 20, l'armée française était donc à cheval sur la Sprée, et
+occupait une ligne brisée, la droite aux montagnes, le centre en face de
+Krekwitz, et la gauche sur Klix.</p>
+
+<p>Du côté de l'ennemi, la gauche et la partie du centre qui se liait avec
+elle étaient fortifiées par tout ce que l'art peut offrir d'avantageux,
+et un succès sur ce point ne compromettait pas le reste de l'armée. Ce
+n'était donc pas le point d'attaque à choisir: tandis qu'en attaquant la
+droite on avait moins d'obstacles à surmonter. On forçait le centre et
+la gauche à se retirer en toute hâte. Enfin, l'on pouvait espérer en
+couper une partie. Aussi ce fut le plan d'attaque adopté par Napoléon.</p>
+
+<p>La gauche de l'ennemi était commandée par le prince Eugène de Wurtemberg
+et le général Korsakoff, le centre par le général Blücher, et la droite
+par le général Barclay de Tolly.</p>
+
+<p>Le 21, à cinq heures du matin, le maréchal duc de Reggio commença le
+combat par une fausse attaque, dont l'objet était de masquer nos
+véritables intentions et de contenir une partie considérable des forces
+de l'ennemi. Celui-ci, qui avait porté sa gauche en avant du ruisseau et
+des retranchements construits dans les montagnes, fut forcé à un
+mouvement rétrograde; mais, ayant reçu des secours, il résista et força
+le duc de Reggio, qui s'était emparé de Meltheuer, de l'évacuer et de
+reprendre sa première position. Le onzième corps prit part au combat, et
+soutint le douzième. Pendant ce temps, le prince de la Moskowa enlevait
+le village de Klix. Il attaqua ensuite l'ennemi dans une seconde
+position, entre Glaima et l'étang de Malschitz, et le battit. Il avait
+ainsi tourné ses positions. De son côte, le quatrième corps, dont le duc
+de Dalmatie était venu prendre le commandement, après s'être emparé du
+village de Krekwitz, forçait l'ennemi à la retraite. Enfin, l'affaire
+étant engagée sur tous les points, je déployai le sixième devant les
+retranchements ennemis, et je commençai contre eux un feu d'artillerie à
+faire trembler la terre. Peu après, j'aperçus un mouvement rétrograde
+prononcé à la droite et au centre de l'ennemi. L'ayant reconnu le
+premier, j'en fis prévenir aussitôt l'Empereur, et mis mes troupes en
+mouvement pour marcher à ces retranchements; mais, l'ennemi les ayant
+évacués assez tôt pour éviter un engagement d'infanterie, je continuai à
+le poursuivre sans relâche jusqu'au village de Wurtzen.</p>
+
+<p>Cette bataille, à laquelle on donna le nom de Wurtzen, fut bien
+conduite. Chaque événement arriva comme il avait été prévu, et chacun
+fit son devoir. L'infanterie soutint la réputation qu'elle avait acquise
+à Lutzen. La direction des attaques et le point choisi pour porter les
+coups décisifs promettaient de grands résultats, et il est probable
+qu'on les aurait obtenus sans notre extrême faiblesse en cavalerie.</p>
+
+<p>L'ennemi se retira sur Weissenberg. On ne peut guère comprendre ses
+illusions. Il aurait dû voir que cette position, choisie et fortifiée
+d'avance, devait tomber d'elle-même par un simple mouvement stratégique.
+L'armée française, avec les renforts qu'elle avait reçus, consistant en
+dix mille hommes de cavalerie et huit mille de la garde, et, au moyen
+des cinquième, septième et douzième corps qui n'avaient pas combattu à
+Lutzen, s'élevait à cent cinquante mille hommes. Les forces de l'ennemi
+étaient au-dessous de cent mille.</p>
+
+<p>Le 22, l'armée française se mit en mouvement pour suivre l'ennemi. Le
+douzième corps resta en position sur le champ de bataille pour le
+couvrir contre les mouvements que le corps de Bulow aurait pu exécuter.
+L'ennemi prit position en avant de Reichenbach et sur les hauteurs entre
+Reichenbach et Markersdorff. Le septième corps, qui n'avait pas combattu
+la veille, soutenu par la cavalerie du général Latour-Maubourg, reçut
+l'ordre d'attaquer. Le combat fut chaud et brillant, et la cavalerie
+russe forcée à la retraite. Il coûta la vie à un excellent officier, un
+de nos camarades de l'état-major général de la glorieuse armée d'Italie,
+le général Bruyère, commandant une division de la cavalerie légère. Nous
+le regrettâmes vivement.</p>
+
+<p>Mon corps d'armée suivait, et de ma personne j'avais été joindre
+l'Empereur à la fin du combat. Bruyère venait d'être tué, et j'en
+causais avec le général Duroc, duc de Frioul, avec lequel j'étais
+intimement lié. En ce moment, la figure de Duroc portait une expression
+de tristesse que je ne lui avais jamais vue. Les circonstances qui
+suivirent immédiatement l'ont gravée profondément dans ma mémoire et
+pourraient faire croire à la vérité des pressentiments. Duroc donc,
+triste et préoccupé, montrait une sorte de découragement et d'abattement
+dans toute sa personne. Je marchai quelque temps en causant avec lui; il
+me dit ces propres paroles: «Mon ami, l'Empereur est insatiable de
+combats; nous y resterons tous, voilà notre destinée!» Après avoir
+cherché à le remettre un peu et à combattre ses idées noires et
+misanthropiques, j'allai prendre les ordres de l'Empereur, qui m'ordonna
+de faire camper mon corps d'armée sur la crête que nous venions de
+traverser. Napoléon, arrivé auprès du village de Markersdorff et
+marchant dans un chemin creux, un boulet isolé, parti à grande distance
+d'une batterie qui se retirait devant notre avant-garde, tomba dans le
+groupe qui l'environnait, tua roide le général Kirchner, bon officier du
+génie, et blessa mortellement le duc de Frioul, dont les entrailles
+furent mises à découvert. Peu de moments après, et lorsque j'étais
+encore occupé de mon établissement, j'appris cette triste nouvelle.</p>
+
+<p>L'Empereur montra de la douleur et passa quelque temps avec Duroc, dans
+la baraque où il fut déposé. Il paraît qu'il se justifia auprès de
+l'Empereur de je ne sais quels torts, que celui-ci lui avait imputés
+sans fondement, et dont l'accusation l'avait profondément blessé. Le
+lendemain matin, je le vis de très-bonne heure. Ses douleurs atroces lui
+faisaient désirer la mort, et il la demandait avec instance. Je causai
+avec lui pendant quelques moments. Je lui parlai des personnes qui
+l'intéressaient, et, comme je lui montrais ma vive et profonde
+commisération, il me répondit: «Va, mon ami, la mort serait peu de chose
+pour moi si je souffrais moins vivement.»</p>
+
+<p>Dans le cours de mes récits, j'ai eu peu d'occasions de parler du duc de
+Frioul. Ayant pour ainsi dire passé ma vie avec lui, et le rôle qu'il a
+joué lui donnant de l'importance historique, je dois chercher à le faire
+connaître.</p>
+
+<p>Duroc était d'une bonne famille. Son père, gentilhomme de la province
+d'Auvergne, sans fortune, servant dans un régiment de cavalerie en
+garnison à Pont-à-Mousson, s'y maria, et s'établit dans cette ville.
+Duroc, placé comme élève du roi à l'École militaire qui y existait
+alors, fut destiné au service de l'artillerie, débouché le plus sûr,
+carrière la plus avantageuse autrefois pour un gentilhomme qui n'avait
+ni appui ni protection. Il y entra en même temps que moi, et nous fûmes
+reçus élèves sous-lieutenants à Châlons, au commencement de janvier
+1792. Plus tard, une partie de l'école ayant émigré, Duroc alla
+rejoindre l'armée des princes et fit le siège de Thionville. Son bon
+sens naturel lui ayant promptement fait apprécier la confusion qui
+régnait parmi les émigrés, il rentra en France, et vint à Metz, où
+moi-même, reçu officier, j'étais en garnison. Il me fit confidence de ce
+qui lui était arrivé, et de sa résolution de reprendre du service. Le
+gouvernement ferma les yeux sur son absence momentanée, mais le
+contraignit à subir l'examen de sortie, et à retourner à Châlons pour y
+reprendre sa place d'élève. Quelque temps après, et cette formalité
+étant remplie, il rejoignit le quatrième régiment d'artillerie. De là,
+il passa dans une compagnie d'ouvriers employée à l'armée de Nice. C'est
+là que je le retrouvai en 1794.</p>
+
+<p>Duroc continua à servir dans son arme, et devint aide de camp du général
+Lespinasse, commandant l'artillerie de l'armée d'Italie. Après la
+bataille d'Arcole, le général Bonaparte ayant perdu plusieurs aides de
+camp, et m'ayant consulté sur les officiers qui pouvaient les remplacer,
+je lui proposai et lui présentai Duroc qui fut admis. Voilà l'origine de
+sa fortune. Duroc se l'est toujours rappelé, et m'a constamment voué une
+amitié très-vive, que le temps n'avait fait que consolider. Il fit, en
+qualité d'aide de camp, le reste des campagnes d'Italie et la campagne
+d'Égypte. Arrivé au grade de colonel quand le général Bonaparte devint
+premier consul, il eut l'administration de sa maison. Puis, quand
+Napoléon prit la couronne impériale, il fut grand maréchal avec une
+autorité très-étendue, et investi d'une confiance sans bornes. Duroc eut
+diverses missions diplomatiques à Berlin et à Pétersbourg, qu'il remplit
+à la satisfaction de l'Empereur. Il était le centre de mille relations
+diverses. L'Empereur le chargeait souvent de travaux étrangers à ses
+fonctions habituelles, et il s'en acquittait toujours bien. Aussi fut-il
+toujours surchargé de besogne, accablé de fatigues et d'ennuis, et au
+point de murmurer souvent contre la faveur et les grandeurs.</p>
+
+<p>Le duc de Frioul avait un esprit sans éclat, mais sage et juste; peu de
+passions, mais une profonde raison et une ambition bornée. Les faveurs
+sont venues le chercher plus souvent qu'il n'a couru après elles.
+Naturellement réservé, son commerce était sûr, et jamais on n'eut à lui
+reprocher la plus légère indiscrétion. Étranger au sentiment de la
+haine, il n'a nui à personne; mais, au contraire, il a rendu une
+multitude de services à des personnes qui l'ont ignoré. Une réclamation
+juste et fondée l'a toujours trouvé bien disposé, et il faisait auprès
+de l'Empereur telle démarche qu'il croyait utile, sans jamais s'en faire
+de mérite auprès de celui qui en était l'objet. Simple, vrai, modeste,
+probe et désintéressé, son caractère froid l'aurait empêché de se
+dévouer pour un autre, de se <i>compromettre</i> pour le servir; mais, dans
+sa position, c'était déjà beaucoup que de rencontrer, si près du pouvoir
+suprême, un homme sans malveillance; car tout ce qu'on peut
+raisonnablement désirer et espérer, c'est d'y trouver, en outre de la
+justice, une bienveillance active quand elle est sans danger. Duroc
+était bon officier, et il a regretté d'être éloigné du métier pour
+lequel il avait de l'attrait. Très-utile à l'Empereur, il lui a fait
+souvent des amis. Ses opinions, toujours sages, lui permettaient, en les
+exprimant, de s'élever avec une certaine indépendance, quoiqu'il
+craignît beaucoup Napoléon. S'il eût vécu pendant l'armistice de 1813,
+peut-être aurait-il eu sur l'Empereur une influence utile et lui
+aurait-il fait sentir les inconvénients qui devaient résulter de la
+reprise des hostilités. Mais Napoléon, après l'avoir perdu, n'avait près
+de lui alors presque que des flatteurs; et de ceux-là seuls il aimait
+les conseils.</p>
+
+<p>Je reviens aux événements militaires. Le 23, l'armée ennemie se retira
+sur deux colonnes. Celle de droite, commandée par Barclay de Tolly, sur
+la route de Buntzlau, et celle de gauche, sous les ordres de
+Wittgenstein, se dirigea sur Loubau. L'arrière-garde, commandée par
+Miloradowitch, brûla le pont de la Niesse à Görlitz, et détruisit tous
+les moyens de passage. L'empereur de Russie et le roi de Prusse se
+rendirent à Löwenberg. Le septième corps, commandé par le général
+Régnier, arriva devant Görlitz, et passa la Niesse de vive force. Le
+cinquième corps, qui le suivait, prit la direction de Buntzlau. Le
+quatrième vint à Hemersdorf, en arrière du septième. Le onzième corps
+s'établit à Schiomberg. Le quartier général, la garde, les troisième et
+sixième corps restèrent à Görlitz.</p>
+
+<p>Le 24, le quatrième corps se porta sur Loubau: au moment où il se
+disposait à attaquer cette ville, l'ennemi l'évacua et prit position
+derrière la Queiss.</p>
+
+<p>Le corps commandé par Miloradowitch fut forcé à la retraite; mais le
+quatrième corps resta en position derrière Loubau, et le onzième corps
+vint l'y joindre. Le cinquième corps se porta à Siegersdorf. Les
+troisième et septième corps marchèrent dans la direction de Valdau. Le
+sixième suivit le mouvement de l'armée dans la direction de Buntzlau.</p>
+
+<p>La colonne de droite de l'ennemi se retira sur Haynau; celle de gauche
+sur Goldsberg.</p>
+
+<p>Le 25, le cinquième corps, après avoir rétabli les ponts sur le Bober,
+marcha sur Thomaswald. Les troisième et septième corps le remplacèrent
+à Buntzlau. Le deuxième vint à Vichrau sur la Queiss. Le quartier
+général vint à Buntzlau. Le quatrième corps se rendit à Loubau et à
+Gilesdorf.</p>
+
+<p>Le 26, l'ennemi continua son mouvement sur Liegnitz. Il préparait ainsi
+sa retraite dans la haute Silésie, en pivotant sur sa gauche qui resta
+en position. Le même jour, le quatrième corps passa le Bober à Rakwitz,
+et vint prendre position à Deutmansdorf. Le onzième corps vint à
+Löwenberg. Le cinquième corps, qui marchait en tête de colonne à la
+suite de la droite de l'ennemi, vint prendre position en avant de
+Haynau. La division Maison était d'avant-garde. Elle s'établit en avant
+d'un ravin, sans s'être fait suffisamment éclairer. Au moment où elle
+campait, elle fut attaquée à l'improviste par les Prussiens qui
+débouchèrent des bois. Surprise sans être en défense, elle fut culbutée
+et pour ainsi dire détruite. À peine deux cents hommes échappèrent-ils
+de cette échauffourée, qui fit grand bruit et grand tort au général
+Maison. Cet officier général, se croyant déshonoré, voulut se brûler la
+cervelle. Le général de division Lagrange, son camarade de corps
+d'armée, le calma et l'empêcha d'exécuter la résolution que son
+désespoir lui avait inspirée.</p>
+
+<p>Le troisième et le septième corps continuèrent leur mouvement à l'appui
+du cinquième corps dans la direction de Haynau et de Liegnitz.
+J'arrivai, ce jour-là, sur la Katzbach dont l'ennemi occupait en force
+la rive droite. Le 27, l'ennemi prépara un mouvement de concentration et
+de retraite sur la haute Silésie, en approchant sa droite du gros de ses
+forces, qui se retira à Merteskatz, à peu de distance de Jauer, et y
+prit position. Pendant ce temps, le septième et le cinquième corps
+français arrivaient à Liegnitz, tandis que le quatrième prenait position
+sur la Katzbach à Hohendorf, et le onzième à Goldsberg. Le troisième
+corps était resté à Haynau. Ainsi toute l'armée était en ligne, prête à
+s'engager contre les forces concentrées de l'ennemi; mais, après cette
+concentration, l'ennemi continua son mouvement rétrograde en laissant de
+fortes arrière-gardes pour couvrir Breslau.</p>
+
+<p>Le quartier général ennemi se dirigea sur Schweidnitz.</p>
+
+<p>Le même jour, 27, je passai la Katzbach, et je chassai l'ennemi qui
+gardait les défilés en arrière de cette rivière. L'ennemi présenta à ma
+vue environ trente mille hommes placés en échelons, ce qui annonçait
+l'intention de se retirer.</p>
+
+<p>Le surlendemain, 29, je marchai sur Jauer, tandis que le quatrième corps
+couvrait ma droite en se portant sur Hemsdorf. En avant de Jauer, je
+trouvai un corps ennemi d'environ quinze mille hommes que je culbutai
+après un combat assez vif. J'avais été rejoint par le corps de cavalerie
+du général Latour-Maubourg; mais cette cavalerie, toute nouvelle et peu
+instruite, était d'une faible ressource. Avec une cavalerie capable de
+combattre, et sur laquelle j'eusse pu compter, ce corps de quinze mille
+hommes aurait probablement été détruit, tant le succès obtenu avait été
+prononcé. Il y eut un millier de prisonniers de faits. Toutes les forces
+ennemies se dirigèrent sur Striegau.</p>
+
+<p>Les troisième, cinquième et septième corps continuèrent leur mouvement
+dans la direction de Breslau, et s'établirent à Neumarck. Le 29, les
+armées restèrent en position.</p>
+
+<p>Le 30, je reçus l'ordre de me diriger sur Eisendorf, et le duc de
+Tarente, avec le onzième corps, fut dirigé sur Striegau. Pendant ce
+mouvement de flanc, une nombreuse cavalerie s'opposa à ma marche et
+m'obligea à prendre beaucoup de précautions. La position de l'armée
+ainsi réunie obligeait l'ennemi à rester acculé à la Bohême et à la
+Silésie autrichienne. Si la guerre eût continué immédiatement avec des
+succès marqués, sa situation pouvait devenir fort critique et même
+désespérée.</p>
+
+<p>Mais l'ennemi, en choisissant cette direction, avait calculé toutes les
+chances qui pouvaient en résulter. En repassant l'Oder, il abandonnait
+toute la Prusse et la livrait à notre vengeance. Il consacrait l'opinion
+d'une infériorité décidée. L'Autriche, encore indécise sur le parti
+qu'elle prendrait, car des velléités et des projets hypothétiques
+étaient seuls entrés alors dans son esprit, était abandonnée et livrée à
+ses craintes si on s'éloignait d'elle. En se serrant sur elle, on
+l'entraînait dans une alliance. En la prenant pour arbitre, la laissant
+maîtresse de dicter les conditions de la paix aux puissances
+belligérantes, on flattait son orgueil, on servait ses intérêts, et on
+la forçait à prendre parti contre Napoléon, s'il se refusait à se
+conformer à ses offres.</p>
+
+<p>D'un autre coté, ce parti hardi avait ses inconvénients; car, si les
+événements eussent pris un grand caractère d'urgence, l'Autriche,
+n'étant pas encore prête, n'aurait pas voulu se compromettre en se
+déclarant pour les alliés. Alors ceux-ci devaient avoir en vue, comme
+complément de leurs combinaisons, d'arriver à la conclusion d'un
+armistice. De son côté, Napoléon était décidé à y consentir par méfiance
+de l'Autriche, motivée sur la manoeuvre des ennemis, annonçant de leur
+part une confiance qui cependant était loin d'être entière; mais il
+fallait alors, pour cette raison, vouloir faire la paix.</p>
+
+<p>Cependant il a été démontré depuis que, dans cette circonstance,
+l'intérêt bien entendu de Napoléon aurait été de continuer la guerre.
+Son armée était plus nombreuse que celle de l'ennemi. Celle-ci, battue
+dans deux grands engagements, et après une retraite fort longue,
+éprouvait du découragement. Aucun renfort ne l'avait encore rejoint.</p>
+
+<p>Quant à nous, nos corps, organisés à la hâte, avaient beaucoup souffert
+des combats et des marches. Il y avait fatigue et lassitude. Notre
+cavalerie, si peu nombreuse encore, n'avait aucune consistance. Un repos
+de deux mois devait rendre à nos troupes toute la valeur dont elles
+étaient susceptibles. D'ailleurs, d'immenses renforts étaient en marche
+de toutes parts pour nous rejoindre. Enfin nos jeunes soldats devaient
+profiter, dans des camps de repos, des soins qu'on donnerait à leur
+instruction. Toutes ces considérations firent pencher Napoléon en faveur
+d'un armistice quand les Russes le lui firent proposer. Le général
+Schuwaloff, aide de camp de l'empereur de Russie, se présenta à nos
+avant-postes pour le demander. Le duc de Vicence ayant été envoyé par
+Napoléon pour le recevoir, des conférences suivirent dans le château de
+Pleiswig entre les avant-postes des deux armées, et, en quarante-huit
+heures, tout fut convenu et signé.</p>
+
+<p>Cet armistice devait durer jusqu'au 20 juillet et cesser six jours après
+avoir été dénoncé; plus tard, on le prolongea jusqu'au 10 août. La ligne
+de démarcation suivante fut convenue entre les deux armées: en Silésie,
+la ligne de l'armée combinée, partant de la Bohême, passait par
+Dittersbach, Paffendorf et Landshut, suivait le Bober jusqu'à
+Budelstadt, et de là, passant par Boskenheim et Striegau, suivait la
+rivière de Striegau jusqu'à Kanth.</p>
+
+<p>La ligne de l'armée française partait également des frontières de la
+Bohême, arrivait au Bober par Schreibersan et Rimnitz, suivait cette
+rivière jusqu'à Lahn, allait ensuite gagner à Neukwitz la Katzbach,
+qu'elle suivait jusqu'à l'Oder.</p>
+
+<p>Le pays entre les deux lignes de démarcation était neutre depuis
+l'embouchure de la Katzbach. La ligne de démarcation suivait l'Oder
+jusqu'à la frontière de la Saxe, vers l'embouchure de la Sprée, de là
+arrivait à l'Elbe, non loin de l'embouchure de la Saale, en suivant les
+frontières de la Prusse, et ensuite le fleuve jusqu'à la frontière de la
+troisième division militaire. La démarcation du bas Elbe devait être
+déterminée de concert avec le prince d'Eckmühl. Il fut convenu que
+Magdebourg et toutes les places fortes entre les mains des Français,
+situées dans les pays occupés par l'ennemi, auraient un rayon d'une
+lieue autour de leur enceinte et seraient ravitaillées tous les cinq
+jours.</p>
+
+<p>Les deux armées devaient être placées, le 12 juin, sur leurs nouvelles
+lignes. Le quartier général de l'armée s'établit à Reichenbach.
+L'empereur Napoléon retourna à Dresde, où il arriva le 10 juin.</p>
+
+<p>Pendant les mouvements dont j'ai rendu compte, le douzième corps,
+commandé par le duc de Reggio, était resté d'abord à Bautzen. Il s'était
+ensuite porté sur Hoyeswerda pour couvrir l'armée contre les troupes qui
+venaient de Berlin, et que commandait le général Bulow. La mission de ce
+corps d'armée était de couvrir cette capitale, et, en conséquence, il
+s'était placé à Interbach. Là, il reçut des renforts de la landwehr de
+Brandebourg, et son effectif atteignit le chiffre de trente mille
+hommes. Ainsi renforcé, Bulow vint attaquer le duc de Reggio à
+Hoyerswerda, mais il fut repoussé avec perte. Il fit sa retraite sur
+Kottebus, où il prit position avec la masse de ses forces, occupant
+ainsi Gaben, Drebkorn et Interbach, avec de forts détachements. Le duc
+de Reggio marcha à lui; mais, ayant voulu menacer Berlin, il se porta
+dans la direction de Lukau. Bulow, informé de ce mouvement, accourut en
+toute hâte sur ce point. Lukau a une bonne enceinte et des fossés pleins
+d'eau. L'avant-garde ennemie fut culbutée et forcée de rentrer dans la
+ville. Mais ce premier succès ne termina point le combat; la lutte se
+prolongea et finit par tourner à notre désavantage. Le douzième corps,
+attaqué sur ses flancs et obligé de se retirer, se dirigea sur Ubigau,
+où il reçut la nouvelle de l'armistice.</p>
+
+<p>Par la dispersion de ses forces, l'ennemi avait donné beau jeu au duc de
+Reggio; mais celui-ci n'en sut pas profiter. Sa marche incertaine en se
+portant en avant, ses directions variées, donnèrent au général Bulow le
+moyen de réparer toutes ses fautes et de combattre à Lukau avec
+avantage.</p>
+
+<p>Le mouvement général des troupes, nous ayant éloignés de notre
+frontière, avait laissé l'Allemagne tout entière sans troupes. Le corps
+de Woronzoff devant Magdebourg, et un autre corps stationné à Hambourg,
+servaient d'appui à une foule de partisans qui opéraient sur nos
+derrières. Ils se montraient partout et dans toutes les directions.
+Divers convois furent enlevés, plusieurs détachements pris, et beaucoup
+d'atrocités commises contre les usages de la guerre. Un partisan
+prussien, nommé Lutzow, acquit, dans ces circonstances, une sorte de
+célébrité.</p>
+
+<p>Une opération combinée entre les généraux Woronzoff et Czernikoff
+faillit avoir pour résultat l'enlèvement de la garnison de Leipzig, où
+beaucoup de blessés se trouvaient réunis; mais l'armistice en arrêta
+l'exécution au dernier moment.</p>
+
+<p>Enfin divers combats eurent lieu dans les environs de Hambourg. Les îles
+de l'Elbe et la ville de Hambourg elle-même tombèrent successivement au
+pouvoir du général Vandamme, au moyen des secours que lui envoya le roi
+de Danemark, qui resserra en cette circonstance ses liens d'alliance
+avec l'Empereur. Dès ce moment, une division danoise, commandée par le
+général Schomtenbourg, se trouva combinée avec les troupes françaises.</p>
+
+<p>Les différents corps de l'armée établis dans les divers cercles de
+Löwenberg, de Goldsberg, Buntzlau, eurent ces territoires pour assurer
+leurs besoins. Le sixième corps fut placé à Buntzlau. Chacun s'occupa
+avec activité à refaire les troupes, à les réorganiser et à les
+instruire. Des détachements amenant des recrues étaient en route de
+France pour tous les régiments; mais, comme ils étaient entièrement
+composés de nouveaux soldats sans aucune instruction, il fallait
+consacrer tous ses efforts à les mettre en état de combattre. Ces soins
+occupèrent tous les chefs de l'armée jusqu'au 10 août, moment auquel on
+reprit les armes. Je vais rendre un compte succinct de ce qui se passa
+jusqu'au renouvellement des hostilités.</p>
+
+<p>SITUATION DE L'ARMÉE FRANÇAISE PENDANT L'ARMISTICE ET LA DEUXIÈME
+CAMPAGNE DE 1813.</p>
+
+<p>La manière et la promptitude avec laquelle l'armée française avait
+reparu sur la scène, l'espèce de résurrection dont elle venait de
+présenter l'image, avaient étonné l'Europe. Les succès de Lutzen et de
+Bautzen avaient montré ce que l'on pouvait attendre de ses efforts. Mais
+ces succès, si glorieux et si éclatants qu'ils fussent, n'avaient donné
+que de faibles résultats. Ils n'avaient pas diminué d'une manière
+sensible les forces de l'ennemi. D'un autre côté, l'armée combinée était
+loin d'être arrivée à la force que le mouvement imprimé en Prusse et en
+Russie devait produire. Les recrues dont la levée avait été ordonnée en
+Russie, au commencement de l'année précédente, étaient au moment de
+rejoindre et de renforcer les corps. Le mouvement national de la Prusse
+n'était pas encore régularisé; le roi avait ordonné une levée en masse
+de ses peuples contre les Français quand ils franchiraient leur
+territoire; il ordonnait la destruction des moissons et des fruits,
+l'enlèvement des bestiaux, enfin une guerre à mort. Quand, en 1814, les
+paysans français voulurent prendre les armes, on les menaça de les
+traiter en criminels. On prétendit qu'ils agissaient contre le droit des
+gens et les usages des peuples civilisés. C'est ainsi que les hommes
+changent de doctrines et de principes, suivant leurs diverses
+situations.</p>
+
+<p>Ces dispositions extrêmes, inspirées par le désespoir et la fureur,
+restèrent, au surplus, sans exécution: mais un esprit public prononcé,
+une énergie admirable, se montrèrent dans toutes les classes en Prusse.
+Les sociétés secrètes, formées pour préparer la délivrance du pays, avec
+l'assentiment et l'appui du gouvernement, produisirent l'effet qu'on
+avait dû en attendre. Les idées de liberté, le désir d'institutions et
+de garanties constitutionnelles, s'étaient mêlés aux idées
+d'affranchissement et d'indépendance nationale. Tous ces désirs, toutes
+ces espérances, avaient été encouragés par le roi, à titre de moyens
+défensifs. Aussi tout bouillait en Prusse. Plus l'oppression de Napoléon
+avait été forte et sa tyrannie odieuse, et plus la réaction avait de
+violence. Les étudiants couraient aux armes. Cette jeunesse vive,
+ardente et souvent redoutable, qui peuple les universités d'Allemagne,
+rappelait, par son esprit, son ardeur et son but, la formation des
+premiers bataillons des volontaires de France, qui furent tout de suite
+si remarquables par leur conduite, et qui devinrent plus tard le noyau
+de l'armée française et la pépinière d'où sortit le plus grand nombre de
+ses chefs. Enfin l'énergie de la Prusse était encore accrue par le
+sentiment de la position dans laquelle elle s'était placée
+volontairement. Sa désertion de la cause française au milieu de la
+guerre, cette défection du général York, avaient autorisé toute espèce
+de vengeance de la part de Napoléon, qui n'était, d'ailleurs, que trop
+disposé à s'y livrer. La force seule pouvait donc la préserver. Mais,
+pour mettre en oeuvre de pareilles ressources, pour régulariser de
+semblables moyens, le gouvernement avait à peine eu trois mois, et
+encore le dernier de ces trois mois avait été employé tout entier à
+combattre. La Prusse était donc loin de présenter en ce moment les
+forces réelles dont elle pourrait bientôt disposer. L'armistice devait
+lui donner le temps d'achever ses préparatifs.</p>
+
+<p>Les Russes, ses alliés, épuisés par la campagne précédente, par les
+marches exécutées pendant l'hiver, ne comptaient dans leur armée que des
+bataillons incomplets. Les recrues, formées et dressées, allaient
+arriver et doubler chez eux le nombre des combattants.</p>
+
+<p>De son côté, Napoléon avait ordonné des levées immenses. Ces levées
+s'exécutaient avec facilité; mais les produits n'en étaient pas encore
+parvenus jusqu'à lui. Deux mois de plus, et son armée aurait une force
+double, une cavalerie nombreuse, et tout ce qui pouvait lui donner les
+chances de la victoire. Ainsi un repos momentané avait dû entrer dans
+ses idées. Il profita avec activité de l'armistice.</p>
+
+<p>Enfin, pour achever le tableau de cette époque mémorable, je dirai que
+l'Autriche, ayant vu, lors des désastres de 1812, le rôle qu'elle était
+appelée à jouer, faisait ses préparatifs dans ce but. Les circonstances
+étaient favorables. Elles lui fournissaient l'occasion de devenir
+modératrice et même juge suprême des débats, en raison de sa force, en
+raison de sa position géographique, et en raison même de l'esprit de
+sagesse et de lenteur qui préside à ses conseils.</p>
+
+<p>On a déjà dit que, dès le 26 avril, le gouvernement autrichien avait
+déclaré que les stipulations du traité du 14 mars 1812 n'étaient plus
+applicables à la situation présente. C'était dévoiler toute sa
+politique. Mais ses moyens militaires, pour l'appuyer, étaient
+incomplets. Il fallait porter son armée à un effectif qui donnât à son
+langage le poids convenable. On s'occupa donc avec activité en Autriche
+de levées d'hommes, d'achats de chevaux et de toutes les dispositions
+qui doivent donner la possibilité d'entrer en campagne. Pour cela, il
+fallait du temps. Aussi l'Autriche fut-elle l'intermédiaire utile par
+lequel passa la demande d'une prolongation de suspension d'armes que fit
+Napoléon. Elle la favorisa, l'appuya, en offrant en même temps sa
+médiation pour la paix. Ainsi, quand tout le monde parlait de la paix,
+personne n'en voulait. Tout le monde était de mauvaise foi et dans la
+conviction que jamais la paix ne pourrait réaliser des prétentions
+opposées et inconciliables.</p>
+
+<p>La Prusse, ainsi que je l'ai déjà dit, voulait déployer les moyens que
+le mouvement national mettait à sa disposition.--Les Russes recevaient
+leurs recrues et leurs renforts; l'Autriche voulait donner à son armée
+un effectif qui l'autorisât à parler en maître, et Napoléon atteindre
+l'époque où il aurait fait arriver les levées extraordinaires que les
+efforts si honorables du peuple français faisaient de bonne grâce et
+avec empressement. C'était une halte, un repos profitable à chacun, et
+dont l'objet était de se préparer à combattre et de se mettre à même de
+le faire avec succès. Il n'y avait qu'une seule chance de paix: c'est
+que Napoléon consentît à faire le sacrifice d'une partie de sa
+puissance, spécialement en faveur de l'Autriche, afin de se la rendre
+favorable. Du moment où elle eût été avec nous, sa prépondérance eût
+décidé la question, et toute lutte cessait; mais, pour qu'elle fût avec
+nous, il fallait adopter des sentiments autres que ceux qui animaient
+Napoléon. Ainsi, malgré le langage pacifique tenu par tout le monde,
+tout le monde voulait la guerre; car chacun voulait des résultats que la
+victoire seule pouvait donner, et Napoléon, dont le caractère dès lors
+était de s'abandonner aux illusions qui le flattaient, s'efforçait à se
+persuader que jamais l'Autriche n'oserait prendre les armes contre lui,
+et qu'ainsi il aurait seulement à combattre la Prusse et la Russie.
+Cette manière d'envisager les événements futurs n'a plus cessé d'être
+la sienne et l'a conduit à sa perte.</p>
+
+<p>C'est dans cet esprit et avec ces dispositions que les armées prirent
+les positions réglées par l'armistice.</p>
+
+<p>Les espérances de l'Empereur pour l'augmentation de ses forces se
+réalisèrent promptement. L'armée croissait à vue d'oeil. Les jeunes
+soldats furent occupés dans les camps à tirer à la cible, exercice dont
+on n'a jamais fait un emploi suffisant en France, et qui, constamment en
+usage en Angleterre, donnait autrefois à l'infanterie anglaise un feu
+supérieur à celui des autres troupes de l'Europe. Un grand nombre des
+conscrits qui venaient de faire la campagne se trouvaient blessés à la
+main gauche et avaient perdu un doigt. Cette blessure, cause de réforme,
+les fit soupçonner de s'être mutilés pour être exemptés du service, et
+l'Empereur ordonna les mesures les plus rigoureuses contre eux.
+Quelques-uns pouvaient être coupables; mais j'acquis la certitude que
+ces blessures, si nombreuses et si semblables, avaient pu être reçues
+naturellement à cause du peu d'instruction des troupes. Je reconnus que,
+lorsque les rangs sont trop ouverts, comme il arrive avec des soldats
+peu instruits et chargés de gros sacs, le deuxième rang, en tirant, peut
+facilement blesser les hommes du premier. Je fus heureux de constater un
+fait servant de réparation à l'honneur français.</p>
+
+<p>J'allai m'établir, de ma personne, dans un château charmant appelé
+Niederthomaswald, à deux lieues en avant de Buntzlau.</p>
+
+<p>Napoléon, voulant préparer un point d'appui sur le Bober, me demanda si
+Buntzlau pouvait être fortifié et mis à l'abri d'un coup de main. Ayant
+répondu d'une manière affirmative, je reçus l'ordre d'exécuter les
+travaux nécessaires. Je parvins à faire de cette ville une forteresse
+qui eût exigé un siége. Il y avait une première enceinte revêtue, une
+seconde enceinte, liée aux maisons, qui pouvait servir de réduit, une
+contre-escarpe et des fossés qui furent inondés en partie au moyen des
+nouveaux travaux; mais cette place, mise en état en moins d'un mois, ne
+fut pas occupée pendant la campagne suivante et ne servit à rien, ainsi
+que je l'expliquerai plus tard.</p>
+
+<p>L'armistice avait été conclu par toutes les puissances dans le but
+apparent d'arriver à la conclusion de la paix, sans la médiation de
+l'Autriche. Le prince de Metternich se rendit à Dresde pour y voir
+l'Empereur et juger de ses dispositions. Napoléon avait toujours eu pour
+lui une bienveillance toute particulière et un attrait marqué. Cependant
+leur discussion fut vive, de la part de l'Empereur au moins; car le
+prince de Metternich, toujours maître de lui-même, parlait de tout sans
+passion, et discutait les intérêts dont il était chargé avec le calme
+qui convient à un homme d'État. Les emportements de Napoléon, joués,
+comme il lui arrivait souvent, ne produisirent aucun effet. La grande
+affaire était les pouvoirs à donner aux médiateurs. L'Empereur voulait
+que l'Autriche fût seulement une intermédiaire; mais l'Autriche voulait
+être arbitre et résolut à se déclarer contre celui qui refuserait de
+reconnaître sa médiation. Cependant Napoléon accorda le principe et
+convint de ce mode de négociation. L'Empereur reconnut clairement alors
+la propension de l'Autriche à devenir son ennemie; mais il refusait
+toujours à croire qu'elle s'y décidât. Il calcula avec le prince de
+Metternich les forces qu'il allait avoir à combattre. Il commença par
+les nier ou les réduire de beaucoup. Forcé ensuite de reconnaître tout
+ce que ces forces avaient d'imposant, il lui dit avec humeur ces paroles
+remarquables, qui n'étaient dignes ni de son esprit ni de son jugement:
+«Eh bien! plus vous serez, et plus sûrement et plus facilement je vous
+battrai.»</p>
+
+<p>Le prince de Metternich le quitta après une conversation de dix heures,
+mais ayant perdu l'espérance d'obtenir une négociation suivie dont la
+conclusion pût être la paix. Pendant ce temps, Napoléon s'abandonnait à
+l'idée que l'Autriche resterait neutre; car ses dernières paroles furent
+celles-ci, au moment même où le prince de Metternich passait la dernière
+porte de son appartement: «Eh bien! vous ne me ferez pas la guerre.»</p>
+
+<p>Cependant le congrès de Prague fut ouvert comme il était convenu. Les
+plénipotentiaires français, MM. de Vicence et de Narbonne, s'y rendirent
+tard. Ensuite ils déclarèrent qu'ils n'avaient pas de pouvoirs, ajoutant
+qu'ils les recevraient incessamment. Le temps s'écoula dans cette vaine
+attente. On arriva ainsi au 10 août, dernier jour de l'armistice. À
+minuit, les alliés déclarèrent que, d'après les termes des conventions,
+les hostilités recommenceraient le 16.</p>
+
+<p>Le 12, tout étant rompu, les pouvoirs arrivèrent; mais il était trop
+tard. Celui qui a approché et bien connu Napoléon le reconnaîtra dans
+cette manière d'agir.</p>
+
+<p>Napoléon s'était laissé aller tout à la fois à la fougue de son
+caractère, à la passion qui le dominait et à une espèce de finasserie
+toujours fort de son goût. Il aurait dû comprendre, tout d'abord,
+qu'après la consommation énorme d'hommes qu'il avait faite et la
+nécessité où il était de faire la guerre avec des soldats si jeunes il
+ne pourrait pas la prolonger pendant longtemps, car alors son armée se
+fondrait comme la neige au printemps. Napoléon, dans les derniers temps
+de son règne, a toujours mieux aimé tout perdre que de rien céder. En
+cela, son caractère a éprouvé une grande modification. Ce n'était plus
+le jeune général d'Italie qui avait su renoncer à l'espérance de prendre
+immédiatement Mantoue, qui s'était résigné à abandonner cent cinquante
+pièces de siége dans la tranchée pour aller livrer une bataille, la
+gagner et aller reprendre l'exécution de ses projets.</p>
+
+<p>Si, en 1813, Napoléon avait fait la paix (et il pouvait la faire avec
+honneur après ses victoires de Lutzen et de Bautzen), en conservant de
+grands avantages, il satisfaisait l'opinion publique en France. Il
+récompensait le pays des efforts qu'il avait faits pour le soutenir. Il
+laissait mûrir son armée, si je puis m'exprimer ainsi; et, après deux ou
+trois ans, s'il avait voulu, il aurait recommencé la lutte avec des
+moyens plus complets et plus imposants que jamais; mais sa passion
+l'entraîna. Son esprit supérieur lui montra certainement alors les
+avantages d'un système de temporisation; mais un feu intérieur le
+brûlait, un instinct aveugle l'entraînait, quelquefois même contre
+l'évidence. Cet instinct parlait plus haut que la raison, et
+commandait.</p>
+
+<p>Il avait d'ailleurs un conseiller funeste qui flattait ses passions,
+adoptait toutes ses illusions, et même les rendait encore plus
+éblouissantes. Le duc de Bassano, esprit étroit et vain, flatteur par
+essence, avait juré une adoration sans réserve à son maître. Il la
+professait hautement et s'en glorifiait. Il étudiait ses désirs pour en
+faire ses lois, et il mettait son esprit et son éloquence à plaider les
+causes que Napoléon avait déjà jugées. C'était un moyen de lui plaire et
+d'en être bien traité. Mais le prix de ses succès devait être la perte
+de son idole. Il répétait, à cette époque, à Napoléon sans cesse ces
+paroles: «L'Europe est attentive et impatiente de savoir si l'Empereur
+sacrifiera Dantzig.» La prétention et l'espérance de conserver cette
+ville, ainsi que les sentiments d'orgueil qui s'opposaient à toute
+espèce de sacrifice, étaient caressés par ce langage. C'est là ce qui a
+fait recommencer la guerre, et en définitive produit la chute de
+Napoléon et la destruction de l'Empire.</p>
+
+<p>L'époque rapprochée des hostilités décida l'Empereur à faire célébrer sa
+fête, par l'armée, plus tôt qu'à l'ordinaire. Le 15 août y était
+consacré ordinairement. Elle fut fixée cette année au 10 août, pour la
+dernière fois.</p>
+
+<p>Napoléon avait déployé une telle activité, les ordres et les mesures
+prises pour la réorganisation de son armée avaient été si bien combinés,
+les autorités en France avaient mis tant de zèle à les exécuter, et le
+pays avait montré tant de bonne volonté, que ses forces étaient devenues
+extrêmement considérables.</p>
+
+<p>L'armée se composait de douze corps d'armée organisés en quarante et une
+divisions, toutes au complet, sans compter la garde impériale, la
+vieille garde, formant en tout quatre divisions. La cavalerie, qui nous
+manquait complétement à Lutzen, était portée maintenant à soixante-dix
+mille chevaux. Enfin ce n'est pas trop de porter à quatre cent cinquante
+mille hommes les forces totales réunies en Allemagne, et dont Napoléon
+pouvait disposer.</p>
+
+<p>Voici quels étaient les divers corps de l'armée, et les noms de ceux qui
+les commandaient:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14"> Premier corps, Vandamme, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Deuxième, duc de Bellune, quatre divisions;</p>
+<p class="i14"> Troisième, prince de la Moskowa, quatre divisions;</p>
+<p class="i14"> Quatrième, général Bertrand, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Cinquième, général Lauriston, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Sixième, duc de Raguse, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Septième, général Régnier, quatre divisions;</p>
+<p class="i14"> Huitième, prince Poniatowski, deux divisions;</p>
+<p class="i14"> Onzième, duc de Tarente, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Douzième, duc de Reggio, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Treizième, prince d'Eckmühl, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Quatorzième, maréchal Saint-Cyr, trois divisions.</p>
+<p class="i14"> En Franconie, le duc de Castiglione avec trois divisions.</p>
+</div></div>
+
+<p>Les troupes à cheval étaient organisées ainsi: Chaque corps d'armée
+avait une brigade de cavalerie légère. La réserve, composée de dix-sept
+divisions, était formée en cinq corps, dont chacun avait trois ou quatre
+divisions, et qui étaient commandés, savoir:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14"> Le premier corps, par Latour-Maubourg, quatre divisions;</p>
+<p class="i14"> Deuxième, Sébastiani, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Troisième, duc de Padoue, quatre divisions;</p>
+<p class="i14"> Quatrième, comte de Valmy, trois divisions;</p>
+<p class="i14"> Cinquième, le général Millaud, trois divisions.</p>
+</div></div>
+
+<p>Enfin on doit ajouter à la masse de ces forces les garnisons des places
+de Pologne et de Prusse, qui tenaient en échec plus de cent mille hommes
+à l'ennemi.</p>
+
+<p>Si les soldats, qui composaient cette armée eussent été plus âgés et
+plus instruits, jamais on n'aurait rien vu de plus formidable.</p>
+
+<p>Napoléon avait préparé ses mouvements par divers travaux exécutés sur
+l'Elbe. Si l'enceinte de Dresde, détruite en 1809 par ses ordres, eût
+existé alors, elle lui aurait servi puissamment au début des opérations.
+On dut y suppléer par des travaux de campagne. Ces travaux, faits à la
+hâte, occupaient un trop vaste espace pour leur nombre. Jamais ils ne
+purent acquérir une force suffisante pour mettre Dresde en sûreté, sans
+une armée pour les occuper. Or, dans le plan de campagne qu'adopta
+Napoléon, il aurait fallu que la ville de Dresde, pivot de ses
+opérations, fût à l'abri d'un coup de main, et susceptible d'être
+abandonnée momentanément à elle-même.</p>
+
+<p>Au nombre des points que Napoléon fit fortifier, je parlerai de
+Lilienstein, où un camp retranché pour quelques milliers d'hommes fut
+construit. Deux ponts sur l'Elbe furent établis sous Königstein. Ils
+donnaient la possibilité de se mouvoir, par une ligne très-courte, de la
+Silésie et la Lusace, sur les débouchés de la Bohême. Par leur moyen,
+Napoléon comptait se porter rapidement sur Dresde et sur les derrières
+de l'ennemi, pendant qu'il serait contenu par cette place.</p>
+
+<p>Au moment où l'armistice fut rompu, Napoléon m'écrivit deux très-longues
+lettres pour m'en prévenir, me faire connaître le plan de campagne qu'il
+projetait, et me demander mon avis. Ce plan était à peu près celui qu'il
+a suivi. Je lui répondis en le discutant, en blâmant, de toutes mes
+forces, son système, et voici quels étaient mes motifs<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a>
+<a href="#footnote3"><sup class="sml">3</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote3" name="footnote3"><b>Note 3: </b></a>
+<a href="#footnotetag3">
+(retour) </a> Voir pièces justificatives.</blockquote>
+
+<p>Napoléon, au lieu de concentrer ses forces, se décidait à les diviser en
+trois parties, formant trois armées indépendantes: une en Silésie, une à
+Dresde, une dans la direction de Berlin.</p>
+
+<p>Personne, dans l'armée, n'avait l'autorité nécessaire pour commander
+plusieurs corps d'armée à la tête desquels étaient des maréchaux.
+Napoléon seul pouvait se servir de semblables éléments.</p>
+
+<p>Je pensais, au contraire, que Napoléon avait deux partis entre lesquels
+il pouvait choisir:</p>
+
+<p>1° Placer les troupes en arrière de la Sprée, à cheval sur l'Elbe,
+ayant Dresde pour point d'appui central, à une forte marche de cette
+ville, et écraser le premier ennemi qui serait à sa portée. Une fois le
+premier succès obtenu, les autres seraient faciles. En plaçant ses
+troupes aussi rapprochées les unes des autres, Napoléon se trouvait pour
+ainsi dire partout à la fois et pouvait facilement, presque sous ses
+yeux, combiner leurs mouvements;</p>
+
+<p>2° Se décider à une offensive en Bohême immédiatement. Les troupes
+placées sur le Bober et celles en avant de Torgau auraient couvert son
+mouvement en partant de Dresde et débouchant par Peterswald. Ces troupes
+se seraient rapprochées de lui en se tenant sur la défensive, et ensuite
+auraient fini par le rejoindre, celles du Bober en entrant en Bohême par
+Zittau; et les autres, après avoir laissé trente mille hommes pour la
+défense de l'Elbe, auraient probablement pu suivre cette offensive.
+Alors, continuant son mouvement, il aurait traversé la Bohême, porté la
+guerre en Moravie et marché sur Vienne. Il couvrait ainsi la
+confédération du Rhin et s'assurait de sa fidélité. Il ralliait l'armée
+bavaroise, prenait sa ligne d'opération sur Strasbourg, et, plus tard,
+il faisait sa jonction à Vienne avec l'armée d'Italie, dont le point de
+départ était les bords de la Save, et se trouvait ainsi très-rapproché.</p>
+
+<p>Au lieu de cela, l'Empereur organisa la masse de ses troupes en trois
+armées véritables. La passion le portait à agir le plus promptement sur
+la Prusse. Il voulait que les premiers coups de canon fussent tirés sur
+Berlin, et qu'une vengeance éclatante et terrible suivît immédiatement
+le renouvellement des hostilités. Alors il fallait une armée qui marchât
+sur Berlin, et une autre en Silésie pour couvrir la première. Il fallait
+enfin une troisième armée en avant de Dresde, pour empêcher la grande
+armée ennemie de déboucher de la Bohême. Par ce système, l'offensive
+était donnée aux corps qui, dans mon opinion, auraient dû rester sur la
+défensive, et la défensive était réservée à ceux dont le rôle aurait du
+être offensif. La question me paraissait ainsi renversée. Après avoir
+combattu ce projet par tous les raisonnements les plus propres pour
+ramener l'Empereur à mon opinion, je terminais par cette phrase:</p>
+
+<p>«Par la division de ses forces, par la création de trois armées
+distinctes et séparées par de grandes distances, Votre Majesté renonce
+encore aux avantages que sa présence sur le champ de bataille lui
+assure, et je crains bien que, le jour où elle aura remporté une
+victoire et cru gagner une bataille décisive, elle n'apprenne qu'elle en
+a perdu deux.»</p>
+
+<p>Je fus malheureusement prophète. Ce fut précisément ce qui arriva.
+Pendant la victoire de Dresde, nous étions battus à la fois en Silésie,
+sur la Katzbach, et en Prusse, devant Berlin, à Grossbeeren.</p>
+
+<p>Nonobstant mes observations et mon opinion contraire, dont Napoléon
+avait provoqué la manifestation, il adopta définitivement le plan qu'il
+avait conçu, et qui rendit ses mouvements incertains et confus pendant
+cette partie de la campagne. Je vais entrer en matière et commencer le
+récit des opérations.</p>
+
+<p>Les forces de l'ennemi consistaient d'abord en cent trente mille
+Autrichiens, divisés en quatre corps, une réserve et une avant-garde.
+Cette armée était composée de neuf divisions d'infanterie et de trois
+divisions légères, formées de deux et trois bataillons de chasseurs et
+de douze à dix-huit escadrons, de trois divisions de cavalerie de douze
+à vingt-quatre escadrons, faisant un total de cent douze bataillons,
+cent vingt-quatre escadrons, auxquels il faut ajouter deux cent
+soixante-treize pièces d'artillerie.</p>
+
+<p>L'armée russe et prussienne en Bohême, combinée à l'armée autrichienne
+sous les ordres du général Barclay de Tolly, se composait de cent
+trente-cinq bataillons, trois cent soixante-huit pièces de canon, cent
+quarante-sept escadrons, de quinze régiments de Cosaques organisés, de
+huit divisions d'infanterie en trois corps d'armée, et d'un corps de
+deux divisions de cavalerie, qui, jointes aux divisions des gardes et
+grenadiers russes et prussiens, et aux cinq divisions de cavalerie de
+réserve, s'élevaient à cent mille hommes au moins, ce qui formait un
+total de deux cent trente mille hommes, dont quarante-cinq mille à
+cheval, et six cent trente-huit pièces d'artillerie.</p>
+
+<p>L'armée de Silésie combinée, c'est-à-dire russe et prussienne, était
+composée de cent trente-sept bataillons, trois cent cinquante-six pièces
+d'artillerie, cent quatre escadrons organisés en sept corps de quinze
+divisions d'infanterie, et huit divisions de cavalerie sous les ordres
+de Blücher, ayant sous lui les généraux Saken, Langeron, York,
+Saint-Priest, etc., etc. Elle avait un effectif qui dépassait cent vingt
+mille hommes, dont vingt mille à cheval.</p>
+
+<p>L'armée du Nord, commandée par le prince royal de Suède, était composée
+de cent quatre-vingt-six bataillons, de cent quatre-vingt-quatorze
+escadrons et de trois cent quatre-vingt-sept pièces d'artillerie. Elle
+était organisée en cinq corps, formant douze divisions d'infanterie et
+sept divisions de cavalerie. On y avait ajouté treize régiments de
+Cosaques, commandés par le général Vinzigorod. Cette armée était sous
+les ordres des généraux Bulow, Tanentzien, maréchal Steding, général
+Woronzoff. Elle présentait une force de cent cinquante-cinq mille
+hommes, dont trente-cinq mille à cheval.</p>
+
+<p>Il existait, en outre, dans le bas Elbe, des troupes légères ou de
+nouvelles levées, de différents pays, mêlées sous les ordres des
+généraux Valmoden, Végezac, Dornberg. Ces troupes présentaient un total
+de quarante mille hommes, dont huit mille à cheval.</p>
+
+<p>Ce n'était pas tout. On avait formé en Pologne deux armées de réserve
+russes. La première, composée de soixante mille hommes, aux ordres du
+général Bemzsen, arriva à Toeplitz le 28 septembre. La seconde, aux
+ordres du général Tabanoff-Taslowsky, forte de cinquante mille hommes,
+occupa le grand-duché de Varsovie. Devant Dantzig, il y avait
+trente-cinq mille hommes; devant Zamosch, quatorze mille; devant Glogau,
+vingt-neuf mille quatre cent soixante-dix; devant Custrin, huit mille
+quatre cent cinquante; devant Stettin, quatorze mille; total, cent deux
+mille deux cents.</p>
+
+<p>Enfin, indépendamment de l'armée d'Italie, l'Autriche avait deux armées
+de réserve, qui, successivement, vinrent se joindre à la masse des
+forces combinées, savoir: sur la frontière de Bavière, dix-huit
+bataillons et trente-six escadrons, faisant vingt-quatre mille sept cent
+cinquante hommes; à Vienne et à Presbourg, quarante-huit bataillons et
+soixante-douze escadrons, faisant soixante-cinq mille hommes; total,
+quatre-vingt-neuf mille sept cent cinquante.</p>
+
+<p>Ainsi l'ensemble des forces qui nous étaient opposées s'élevait à près
+de neuf cent mille hommes, dont plus de cent cinquante mille à cheval.</p>
+
+<p>J'ai indiqué la manière dont elles étaient réparties. Mais je ferai
+remarquer ici la profondeur du calcul qui fit mélanger toutes les
+troupes des différentes nations, seul moyen de donner de la consistance
+à la coalition, de mettre obstacle à des combinaisons politiques
+particulières, et de substituer à des jalousies de nation, si naturelles
+et si habituelles en pareil cas, une rivalité de soldat sur le champ de
+bataille qui devenait une garantie de succès.</p>
+
+<p>Voici quelle était la formation de l'armée française:</p>
+
+<p>En Silésie, les troisième, cinquième, sixième et onzième corps, dont la
+force, avec la cavalerie, s'élevait à cent vingt mille hommes. Ils
+étaient, au début de la campagne, et accidentellement, sous les ordres
+du maréchal prince de la Moskowa, le plus ancien des trois maréchaux
+réunis sur cette frontière.--Les quatrième, septième et douzième corps,
+et le troisième de cavalerie furent rassemblés à Dahme, sous les ordres
+du duc de Reggio, en Lusace.--Les premier, deuxième et huitième corps,
+avec les premier et quatrième de cavalerie, furent concentrés dans les
+environs de Zittau.--Le quatorzième corps occupait le camp de Pirna, et
+couvrait Dresde, où était Napoléon avec sa garde.</p>
+
+<p>L'Empereur arriva le 18 à Görlitz. Le 19, il se rendit à Zittau et
+s'avança jusqu'à Gabel. Il fut tenté d'entrer en Bohême par la route qui
+mène à Gitschin. Son objet était de mettre obstacle à la réunion des
+diverses armées sur Prague; mais, apprenant que déjà elle était opérée,
+il vit Dresde menacé et comprit la nécessite de se tenir à portée de
+secourir cette place. Laissant les premier et deuxième corps à Rumburg
+et Zittau, il se rendit à l'armée de Silésie, avec sa garde et le
+premier corps de cavalerie, en se dirigeant sur Lövenberg, où il arriva
+le 21.</p>
+
+<p>Blücher avait commencé son mouvement offensif avant l'expiration de
+l'armistice, et les corps d'armée française, qu'il avait en face,
+s'étaient aussitôt mis en marche pour se réunir sur le Bober. Le 16, le
+corps de Langeron avait déjà dépassé Goldsberg. Un bataillon de la
+division Charpentier, placé en avant de Lövenberg, faillit être enlevé,
+et se fit jour à travers l'ennemi. Le 18, le cinquième corps se réunit à
+Lövenberg avec le onzième corps. L'ennemi, ayant passé le Bober, porta
+une avant garde à Lahore. Le duc de Tarente l'attaqua et lui fit
+repasser la rivière.</p>
+
+<p>Blücher était ce jour-là, avec le corps de Saken, à Liegnitz. Le
+premier, s'étant porté sur Lövenberg, força le cinquième corps à évacuer
+les positions qu'il occupait. Appelé par le bruit du canon, je me hâtai
+de marcher à son secours; mais, quand je fus à portée de le soutenir, le
+combat avait cessé. L'ennemi, voulant passer le Bober à Zobten, fut
+repoussé par la division Rochambeau. Le prince de la Moskowa, craignant
+de voir le gros des forces ennemies entre le troisième corps et les
+onzième et cinquième, qui étaient à Lövenberg, jugea à propos de s'en
+rapprocher.</p>
+
+<p>De Buntzlau, je reçus l'ordre de m'avancer, avec le sixième corps,
+jusqu'à Kresbau, pour observer Saken et retarder sa marche. Blücher,
+informé du mouvement du prince de la Moskowa, vint à sa rencontre, ne
+laissant qu'une division pour masquer Lövenberg. Le troisième, étant
+ainsi prévenu, s'arrêta à Graditz. Il combattit tout à la fois contre
+York et contre Saken, et se replia sur le sixième corps. Ces deux corps
+repassèrent le Bober et se placèrent en deçà de Buntzlau.</p>
+
+<p>J'avais été chargé auparavant par Napoléon de chercher sur l'une des
+rives du Bober une bonne position, où une armée nombreuse pût livrer et
+recevoir une bataille avec avantage. Je n'avais rien trouvé sur la rive
+droite qui me satisfît complétement. Cependant nous aurions pu occuper
+avec les troisième et sixième corps la position à Karlsdorf, assez forte
+pour que l'ennemi n'osât pas nous attaquer immédiatement, et pendant la
+journée nous aurions eu des nouvelles des cinquième et onzième corps.
+Le maréchal Ney en décida autrement. La rive gauche offrait à la vérité
+une position meilleure, et nous allâmes l'occuper. Mais Buntzlau, qui
+avait été l'objet de forts grands travaux et qui renfermait des
+approvisionnements en vivres, n'étant pas encore armé, ne fut pas
+occupé. On aurait pu y laisser quelques troupes sans danger et on
+l'aurait occupé tant que nous serions restés en communication avec cette
+ville. C'était une belle position d'arrière-garde pour une partie du
+troisième corps, et une bonne tête de pont pour reprendre l'offensive.
+Le maréchal Ney ne voulut pas comprendre ces avantages et ne put pas
+concevoir le rôle dont ce poste était susceptible, et, quand on n'était
+pas encore au moment de le quitter, il donna l'ordre d'en faire sauter
+les fortifications.</p>
+
+<p>Après avoir repassé le Bober, les officiers, envoyés par la rive gauche
+aux renseignements sur le général Lauriston, firent le rapport que les
+cinquième et onzième corps étaient réunis et en communication avec nous.
+Ainsi les quatre corps étaient en mesure d'agir ensemble; mais ces
+officiers m'apprirent en même temps l'intention de ces deux corps de
+continuer leur mouvement rétrograde le lendemain et de repasser la
+Queiss. Aucun raisonnement ne pouvait justifier ce mouvement. Nous
+étions cependant forcés de l'imiter. Nous nous préparâmes donc à
+l'exécuter pour notre compte, et je me hâtai d'en prévenir l'Empereur
+en lui faisant remarquer toutes les aberrations constatant déjà
+l'impossibilité d'opérer sans lui, et la nécessité de sa présence pour
+mettre chacun à sa place.</p>
+
+<p>L'Empereur arriva en toute hâte, amenant avec lui sa garde. Arrivé le
+21, au matin, il donna au moment même l'ordre de reprendre l'offensive.
+Je partis de ma position d'Ottendorf; je passai le Bober à Bakwitz et je
+pris position sur les hauteurs de Holzstein. Il y eut, en cette
+circonstance, un léger engagement avec l'ennemi, où le 32<sup>e</sup> léger et le
+chef du 16<sup>e</sup>, Svalabrino, se distinguèrent. Je restai, ce jour-là, en
+position. Pendant ce temps, Napoléon avait marché en avant avec les
+troisième et onzième corps. Il poursuivit l'ennemi qui s'était retiré
+devant lui en toute hâte et sans s'engager. Le 23, je reçus l'ordre de
+repasser le Bober, de placer mes troupes en échelons sur Naumbourg et
+Lauban et de me disposer à marcher rapidement sur Dresde si j'en
+recevais l'ordre. Le 24, cet ordre m'étant parvenu, il fut exécuté sans
+retard. J'arrivai le 27, au matin, à Dresde, et j'allai prendre
+position, ma gauche au quatorzième corps, ma droite à la jeune garde, en
+avant de Grossgarten.</p>
+
+<p>Pendant les mouvements opérés en Silésie, la grande armée ennemie avait
+pris l'offensive et marché sur Dresde. Son mouvement, commencé le 20
+août, s'était opéré sur quatre colonnes. Celle de droite, commandée par
+Wittgenstein, avait débouché par la route de Lovositz à Pirna. Elle
+laissa un corps de troupes suffisant pour observer, garder et couvrir le
+débouché. La deuxième colonne, composée de Prussiens, commandée par le
+général de Kleist, se porta à Glasshüth, en se liant avec la première.
+La troisième colonne, sous les ordres du général Colloredo, composée
+d'Autrichiens, arriva par Altenbourg et Dippoldiswald. La quatrième
+colonne, composée également d'Autrichiens, et sous les ordres du
+maréchal de Chasteler, marcha par Frauenstein sur Bubenan.</p>
+
+<p>Le 24, une division du quatorzième corps, que le maréchal Saint-Cyr
+avait placée sur les hauteurs de Berggus-Hübel pour couvrir le camp de
+Pirna, fut attaqué par le corps de Wittgenstein. Elle se replia en
+combattant jusqu'à Pirna et, de là, elle fit l'arrière-garde du
+quatorzième, qui se retira sur Dresde et occupa les retranchements
+construits pour couvrir cette ville.</p>
+
+<p>Le 25, vers les quatre heures de l'après-midi, l'armée ennemie se
+rapprocha de Dresde dans l'ordre suivant: La colonne de droite prit
+position en arrière du grand jardin qu'elle fit occuper par les
+tirailleurs; la deuxième prit position derrière Strehla; la troisième se
+plaça en avant de Koritz et Recknitz; la quatrième colonne avait à sa
+gauche Plauen. Une cinquième colonne, commandée par le général Klénau,
+était en marche et venait de Presbourg. Le corps de Klénau et les
+réserves n'étaient pas encore arrivés. Le quartier général s'établit au
+village de Nötnitz. Le quatorzième corps occupait les faubourgs et les
+retranchements qui les couvraient. Ceux-ci se composaient de huit
+flèches assez petites et de quelques édifices crénelés. On avait ainsi
+cherché à tirer le meilleur parti des localités.</p>
+
+<p>Une attaque immédiate était la seule chose opportune, car on ne pouvait
+douter que l'empereur Napoléon n'arrivât, en toute hâte, avec des
+renforts. Accabler, anéantir le quatorzième corps (qui, fort à peine de
+vingt mille hommes, avait devant lui plus de deux cent mille
+combattants), était la seule chose raisonnable. Le prince de
+Schwarzenberg hésita; il ajourna l'action jusqu'au lendemain pour
+attendre l'arrivée du corps de Klénau et de quelques réserves. Il ne vit
+pas que, dans la disproportion des forces qui étaient en présence, un
+seul nouveau corps de l'armée française arrivant à Dresde donnerait plus
+de chances à la résistance que soixante mille hommes de renfort n'en
+auraient donné à l'attaque.</p>
+
+<p>Le 26, au matin, le prince de Schwarzenberg se décida à attaquer, sans
+attendre davantage l'arrivée de Klénau. Pendant l'action, Napoléon
+était arrivé à Dresde avec sa garde, et le deuxième corps, qui, des
+environs de Zittau, y avait été dirigé, le suivait de près. Le premier
+corps, qui avait été envoyé sur Königstein, avait passé l'Elbe et chassé
+le corps ennemi, formé d'un détachement de gardes russes et du deuxième
+corps, commandé par le duc de Wurtemberg, qui bloquait cette forteresse.</p>
+
+<p>Le huitième corps était resté sur la frontière de Bohême pour couvrir la
+communication avec l'armée de Silésie. L'intention de l'Empereur avait
+été d'abord de faire son mouvement par Königstein, sans venir à Dresde,
+avec le premier, le deuxième, le sixième corps et sa garde. S'il eût
+passé l'Elbe sur ce point, pris l'ennemi à revers, il est difficile de
+calculer les immenses résultats qu'il aurait obtenus; mais les dangers
+imminents de Dresde, les conséquences graves qui seraient résultées de
+l'entrée de l'ennemi dans cette ville, déterminèrent Napoléon à venir à
+son secours d'une manière directe. En conséquence, toutes les forces
+qu'il menait avec lui, le premier corps excepté, furent dirigées sur ce
+point, et tout à coup Dresde fut sous la protection d'une puissante
+armée.</p>
+
+<p>L'attaque avait réussi en partie. La redoute de la porte de
+Dippoldiswald était enlevée; celle de la route de Freyberg avait eu son
+feu détruit. L'ennemi occupait le grand jardin. Toutes ses forces se
+trouvaient concentrées devant les faubourgs; enfin tout annonçait son
+entrée prochaine dans Dresde quand Napoléon reprit l'offensive. Il pensa
+que des attaques simultanées, sur les flancs des alliés, les
+surprendraient et changeraient en défense une offensive qu'il était
+difficile d'arrêter.</p>
+
+<p>En conséquence, il donna l'ordre au maréchal Ney, qui l'avait
+accompagné, et au duc de Trévise, de déboucher, chacun avec deux
+divisions de la jeune garde, en amont et en aval, la première colonne
+par la porte de Pirna, la deuxième par la porte de Plauen, et
+d'envelopper les ailes de l'armée ennemie. Le succès fut complet.
+L'ennemi, rejeté en arrière, occupa à la nuit une position moins
+rapprochée que celle qu'il avait prise avant le commencement de
+l'action. Cette attaque, appuyée par un centre fortifié, l'ensemble des
+faubourgs étant fortement occupé, ne présentait aucune difficulté. Le
+lendemain, le prince de Schwarzenberg renouvela ses attaques, mais sans
+succès. Le deuxième corps de l'armée française était en ligne et placé à
+droite. Il opéra un mouvement sur la gauche de l'ennemi, auquel le
+premier corps de cavalerie concourut puissamment.</p>
+
+<p>L'ennemi s'était étendu au delà de la vallée de Plauen, mais il n'était
+pas parvenu à appuyer son aile gauche à l'Elbe. Cette aile gauche,
+séparée du centre par la vallée dont les montagnes sont fort escarpées,
+était isolée et fort en l'air. Le sixième corps avait pris sa place de
+bataille au centre, et le premier corps avait chassé les troupes qui
+bloquaient Königstein, menaçant les communications de l'ennemi. Ce qui
+eût été facile à l'ennemi en arrivant était devenu chanceux et même d'un
+danger imminent au moment où il attaqua la ville.</p>
+
+<p>Le deuxième corps se porta, dans la matinée, sur la gauche de l'armée
+alliée et l'attaqua de front, tandis que la cavalerie, que le roi de
+Naples commandait en personne, l'enveloppa. La cavalerie autrichienne,
+culbutée, ayant abandonné la division Metzko, celle-ci fut chargée par
+nos cuirassiers. Sa résistance opiniâtre paraissait invincible, et l'on
+vit, en cette circonstance, quelle puissance la lance exerce dans les
+combats de cavalerie contre l'infanterie. Le temps était horrible; des
+pluies abondantes empêchaient les fusils de faire feu: à peine un fusil
+sur cinquante partait. Tout était donc au désavantage de l'infanterie.
+Eh bien! les charges de cuirassiers demeurèrent sans succès. On ne put
+entamer les carrés autrichiens qu'en faisant précéder la charge de
+cuirassiers par celle d'un détachement de lanciers. Ceux-ci ouvraient
+une brèche, que les cuirassiers étaient ensuite chargés d'agrandir. Une
+brigade de la division Maurice Liechtenstein, envoyée au secours de
+cette division Metzko, pour la recueillir, partagea le sort de cette
+dernière. Les régiments de Lusignan et de l'archiduc Régnier furent à
+peu près détruits. Douze à quinze mille hommes restèrent en notre
+pouvoir.</p>
+
+<p>Pendant ces mouvements à la droite, Napoléon occupait le centre de
+l'ennemi par une forte canonnade. Une salve d'une batterie de la garde,
+dirigée par son ordre contre un groupe qu'il avait remarqué près du
+village de Bäcknitz, emporta les jambes du général Moreau. Ce général
+avait contribué à la puissance de Napoléon en se réunissant à lui au 18
+brumaire et en servant ses intérêts. La flatterie l'avait rendu son
+rival de gloire, malgré son immense infériorité. Les petites passions de
+son entourage et la faiblesse de son caractère en avaient fait un
+ennemi. Sa fin tragique et prématurée n'inspira aucun intérêt dans
+l'armée française.</p>
+
+<p>La gauche avait repoussé l'ennemi, et les quatre divisions de la jeune
+garde, qui s'y trouvaient réunies, forcèrent Wittgenstein à se retirer
+jusqu'à Bleswitz, sur le corps de Kleist, déjà aux prises avec le
+quatorzième corps. Le prince de Schwarzenberg, jugeant l'ensemble de ses
+revers suffisants pour lui ôter tout espoir fondé de victoire, prit la
+résolution de se retirer. Mais aucune disposition apparente ne
+l'annonçait, et, comme l'arrivée d'une portion du corps de Klénau avait
+augmenté le nombre de ses troupes, toutes les probabilités, à nos yeux,
+semblaient être pour une nouvelle bataille le lendemain. La nuit nous
+laissa dans cette espérance. L'intention de Napoléon était d'attaquer
+l'ennemi à la pointe du jour, à son centre, et je devais être chargé de
+cette opération. Je passai la nuit à faire les dispositions en
+conséquence.</p>
+
+<p>Le centre de l'ennemi était appuyé aux villages de Bäcknitz et
+Schernitz. La hauteur sur laquelle ils sont placés, au milieu de
+l'amphithéâtre en face de Dresde, et dont nos avant-postes occupaient
+les derniers mamelons, commande la plaine qu'il faut traverser. Porter
+de l'artillerie en plein jour sur ces mamelons eût été chose impossible.
+Aussi, ayant placé pendant la nuit, dans la position qu'occupaient mes
+avant-postes, assez de troupes pour nous établir solidement, j'y fis
+conduire toute mon artillerie pour écraser de son feu les deux villages
+que j'ai nommés. Sans cet appui, ils auraient été difficilement
+emportés. Je présidais moi-même à ces préparatifs. J'observais ce qui se
+passait chez l'ennemi. Un bruit sourd me fit croire qu'il se mettait en
+retraite. Les feux, qui s'éteignaient successivement, me confirmèrent
+dans cette pensée. J'envoyai quelques troupes pour s'en assurer, et l'on
+trouva la position évacuée.</p>
+
+<p>Je fis prévenir l'Empereur en toute hâte à Dresde, et il arriva à mon
+camp à la petite pointe du jour. Les dernières troupes de
+l'arrière-garde ennemie étaient déjà à une assez grande distance.
+L'Empereur m'ordonna de me mettre immédiatement à leur poursuite dans la
+direction de Dippoldiswald, et me donna la division de cavalerie du
+général Ornano. Saint-Cyr fut chargé de le suivre dans la direction de
+Maxen et Glasshüth. Le général Vandamme, avec le premier corps, et
+devant être soutenu par la garde, fut dirigé du point où il se trouvait
+sur la grande route de Peterswald. Le deuxième corps et la cavalerie du
+roi de Naples marchèrent sur Freyberg.</p>
+
+<p>Pendant les deux jours où on avait combattu devant Dresde, le général
+Vandamme, avec le premier corps, augmenté de la quarante-deuxième
+division du quatorzième corps et d'une brigade du deuxième, avait chassé
+devant lui le faible corps du duc de Wurtemberg. Celui-ci, s'étant
+replié sur la droite de l'armée, avait pris position devant Pirna, dont
+Vandamme s'était emparé. La difficulté des communications empêcha le
+général français d'agir avec ensemble et rapidité. Un fort détachement
+de la garde russe, ayant été envoyé au duc de Wurtemberg, avec une force
+de dix-huit mille hommes commandés par le général Osterman, fut chargé
+de le contenir. C'est dans ces positions respectives que la retraite de
+l'armée alliée, résolue le 27 au soir, commença à s'exécuter.</p>
+
+<p>L'ennemi se retirait par diverses directions. Voici les dispositions
+premières et les modifications que les circonstances y apportèrent.</p>
+
+<p>Le corps de Barclay, formant la droite de l'armée, reçut ordre de se
+retirer par la grande route de Dahme, Waldgies, Hübel et Peterswald, et
+de couvrir ce débouché principal pour entrer en Bohême.</p>
+
+<p>La grande armée, c'est-à-dire la masse des Autrichiens, prit la
+direction de Dippoldiswald, Falkenheim, Altenbourg et Unterzinnwald.</p>
+
+<p>Le corps de Kleist reçut l'ordre de se retirer par Glasshüth et
+d'établir sa liaison entre les deux principaux corps de l'armée, tandis
+que la gauche et les réserves prendraient le chemin de Freyberg, par
+lequel une partie de ses troupes étaient arrivées.</p>
+
+<p>La route de Dippoldiswald par Altenbourg présente les plus grandes
+difficultés. C'est un défilé continuel entre des montagnes et des bois.
+La masse des troupes destinées à se retirer par cette communication
+devait éprouver un grand encombrement et de grandes difficultés. Mais
+elles furent tout à coup beaucoup augmentées et d'une manière tout à
+fait imprévue.</p>
+
+<p>Le général Barclay, supposant le général Vandamme au moment d'agir sur
+la route de Dippoldiswald, et ne voulant pas faire une marche de flanc
+aussi près d'un ennemi tout formé, chargea le général Osterman de
+remplir la mission qui lui était donnée, et lui, avec la majeure partie
+de ses troupes, imagina de changer de direction et de se jeter sur la
+route d'Altenbourg, afin de se réunir à la masse des forces de l'armée.</p>
+
+<p>Il résulta de cette désobéissance, d'abord une horrible confusion sur la
+route d'Altenbourg, un prodigieux encombrement, et ensuite la route
+principale ne se trouva pas gardée par une force suffisante. Ainsi
+Vandamme, soutenu par la garde, n'eut plus devant lui que dix-huit mille
+hommes environ, obligés de défiler, pour ainsi dire, à sa vue, pour
+reprendre leur ligne de retraite, fort compromise. Les troupes
+entreprirent cette tâche difficile, et elles y parvinrent après avoir
+éprouvé d'assez grandes pertes. Une partie de la colonne, ayant été
+coupée sur la gauche, fut obligée de faire sa retraite isolément et à
+travers les bois.</p>
+
+<p>Je rencontrai d'abord l'ennemi au village de Possendorf. Son
+arrière-garde fut culbutée. Nous lui prîmes deux mille cinq cents
+hommes, douze pièces de canon, cent cinquante voitures d'artillerie ou
+de bagages. Lorsque nous fûmes arrivés sur les hauteurs de
+Windiskarsdorf, presque toute l'armée ennemie nous apparut en mouvement
+dans diverses directions. De grosses colonnes, venant de Maxen,
+longeaient le pied des montagnes pour se porter par Frauendorf sur la
+route d'Altenbourg. Le quatorzième corps suivait et marchait sur
+Glasshüth, mais il était encore fort en arrière. Je vis aussi des masses
+considérables qui s'étaient retirées par Tharand et marchaient dans la
+direction de Frauenstein. Enfin j'avais en position devant moi, au
+débouché de Dippoldiswald, une ligne fort étendue, soutenue par une
+nombreuse artillerie, protégeant la position qu'elle avait prise et la
+marche de tous ces corps séparés, qui avaient peine à gagner le défilé
+sur lequel j'étais au moment d'arriver. L'ensemble de la position et la
+force des troupes que j'avais à combattre m'obligeaient à réunir mes
+moyens avant de rien engager.</p>
+
+<p>Une fois en mesure d'agir, je marchai. La deuxième division, commandée
+par le général Lagrange, déboucha par la grande route qui conduit à
+Dippoldiswald en tournant la position de l'ennemi. Je plaçai ma
+cavalerie en arrière de la division du général Lagrange, prête à
+déboucher aussitôt que le passage serait ouvert. Enfin je laissai ma
+troisième division à Windiskarsdorf, pour me mettre à l'abri de toute
+entreprise de l'ennemi venant par ma gauche, et aussi à portée de
+soutenir le général Lagrange s'il en était besoin.</p>
+
+<p>Une affaire assez vive s'engagea en même temps sur les deux débouchés.
+Les premières troupes du sixième corps culbutèrent les troupes ennemies
+qui leur étaient opposées. Des corps plus nombreux les arrêtèrent, mais
+de nouveaux efforts complétèrent le succès. L'ennemi avait, en arrière
+des défilés franchis, une nombreuse artillerie et des troupes toutes
+formées. Cet état de choses lui donnait sur nous un grand avantage; mais
+la valeur des troupes triompha promptement de ce nouvel obstacle.
+Partout Russes et Autrichiens furent culbutés. Nous restâmes maîtres des
+débouchés et du champ de bataille. Le général Compans fut occuper
+Dippoldiswald, et le général Lagrange s'était emparé de vive force des
+villages de Kessenig et de Benholtheim. La cavalerie du général Ornano
+avança le plus promptement possible, mais la nuit était presque arrivée;
+l'ennemi avait couvert de cavalerie toute la plaine, et il ne fut plus
+possible d'entreprendre rien de sérieux. En conséquence, mes troupes
+prirent position.</p>
+
+<p>Le lendemain, 29, je mis en position mon corps d'armée dans la
+direction qu'avait suivie l'ennemi, et je pris le chemin d'Altenbourg.
+Mon avant-garde arrivée au village d'Ober-Frauendorf, j'appris que
+l'ennemi occupait le bois situé à très-peu de distance, et qu'une forte
+arrière-garde était au delà du village de Falkenheim. Une brigade
+entière, placée en tirailleurs, fut chargée de chasser l'ennemi du bois,
+de le fouiller dans toutes ses parties, afin de prévenir toute espèce de
+surprise. Avec un matériel aussi considérable, dans un pays aussi
+difficile, il y a les plus grands périls à marcher sans une extrême
+précaution. Un corps d'armée peut être détruit s'il avance avec trop de
+confiance et sans être suffisamment éclairé. Le bois étant évacué par
+l'ennemi, je trouvai au débouché un corps de quinze mille hommes
+environ, formé en avant du village de Falkenheim, avec vingt pièces de
+canon.</p>
+
+<p>Cette position est très-forte et appuyée à droite et à gauche par de
+très-grands escarpements. Elle n'a qu'un seul inconvénient, celui d'être
+suivie d'un mauvais défilé. Après avoir reconnu la position de l'ennemi,
+fait occuper par les premières troupes deux mamelons qui protégeaient la
+sortie du bois, et placé quelques pièces de canon sur la hauteur; après
+avoir fait serrer la division du général Freiderich sur celle du général
+Lagrange pour la soutenir, je donnai ordre à celui-ci d'attaquer
+l'ennemi. Malgré une vigoureuse résistance de sa part, la valeur de nos
+troupes fut telle, qu'en un instant tout fut culbuté et l'ennemi
+poursuivi jusqu'à l'entrée du défilé, où il laissa beaucoup de pièces de
+canon et de voitures. La nuit seule arrêta notre poursuite. Le 37<sup>e</sup> léger
+et le 4<sup>e</sup> de marine se distinguèrent, l'ardeur des troupes était telle,
+qu'il fallut plutôt s'occuper à la calmer qu'à la stimuler, afin de ne
+pas compromettre des succès toujours assurés avec de pareils soldats,
+quand ils sont bien conduits.</p>
+
+<p>Le lendemain, 30, je me mis en marche pour Altenbourg. L'armée ennemie
+l'avait évacuée pendant la nuit, et nous y trouvâmes une arrière-garde
+qui se retira à notre approche. Dans le trajet de Falkenheim à
+Altenbourg, nous pûmes juger par nous-mêmes du désordre de la veille
+chez l'ennemi. Plusieurs pièces de canon et plus de cent voitures
+étaient éparses çà et là. Partout nous voyions des indices de confusion.
+Il ne se passait pas un moment sans que des parcs entiers ne sautassent
+à notre approche. Je résolus de profiter d'une occasion si favorable
+pour faire tout le mal possible à l'ennemi, et de le poursuivre l'épée
+dans les reins jusqu'à Toeplitz.</p>
+
+<p>Je pouvais sans crainte agir ainsi; j'étais informé que le septième
+corps, commandé par le général Vandamme, soutenu par toute la garde,
+marchait sur Toeplitz, tandis que le quatorzième corps, placé en
+échelons, se trouvait entre le premier corps et moi, pour nous soutenir.
+Vers midi, je rencontrai l'ennemi sur le plateau de Zinnwald,
+amphithéâtre ressemblant assez à celui de Fralkenheim. On ne peut y
+arriver que par des défilés fort étroits. La division du général Compans
+tenait la tête de la colonne. Trouvant des forces considérables au
+débouché, il lui fut impossible de gagner assez de terrain pour se
+former. Je donnai l'ordre au général Lagrange de se porter avec sa
+division par un autre défilé à droite, beaucoup plus étroit que le
+premier, mais qui prenait en flanc la position de l'ennemi. Ce mouvement
+eut un plein succès. Cette division, ayant marché avec vigueur, en même
+temps que celle du général Compans, l'ennemi, culbuté sur tous les
+points, fut poursuivi sans relâche et jeté dans les chemins étroits et
+épouvantables qui conduisent de Zinnwald à Eichwald. Nous prîmes, dans
+cette seule journée, plus de quatre cents voitures d'artillerie et
+d'équipages.</p>
+
+<p>Nous poursuivîmes l'ennemi à peu de distance du village d'Eichwald, où
+nous trouvâmes des troupes nouvelles toutes formées. La nuit nous
+arrêta. L'avant-garde bivaqua près du débouché d'Eichwald, le corps
+d'armée sur le plateau de Zinmvald, et je préparai tout pour déboucher
+le lendemain à la pointe du jour sur Toeplitz, où je supposais voir
+arriver Vandamme de son côté. Mais ce qui s'était passé chez lui avait
+bien changé l'état des choses. À mon retour au camp, je trouvai un
+officier d'état-major du maréchal Gouvion Saint-Cyr qui m'apprit la
+catastrophe. Le corps d'armée avait été détruit et pris presque en
+entier par l'ennemi. Le matin même, le maréchal avait marché à son
+secours, mais n'avait pu arriver à temps pour le sauver.</p>
+
+<p>Cet événement a eu des résultats si importants et si graves, qu'il
+convient d'en rechercher et d'en approfondir les causes.</p>
+
+<p>Napoléon était dans l'usage de recommander avec exagération à ses
+généraux de marcher en avant. S'il ne doutait pas de leur courage, il
+est certain qu'il se méfiait de leur résolution. Avec un homme ardent
+comme le général Vandamme, il eût été plus convenable de lui tenir le
+langage de la prudence. Toutefois, dans la circonstance, il était de son
+devoir de marcher tête baissée. Napoléon lui avait dit et fait écrire:
+«Je vous suis avec toute ma garde; marchez sans crainte.» Enfin il
+savait que le bâton de maréchal devait être la récompense d'un succès
+brillant, et il était impatient de l'obtenir. Mais Napoléon, après avoir
+mis en route sa garde, était resté à Dresde, incertain sur ce qu'il
+ferait. Ayant reçu la nouvelle de l'échec éprouvé par le maréchal
+Oudinot devant Berlin, et des revers du maréchal Macdonald sur la
+Katzbach, il résolut de rester, de rappeler sa garde, et il eut le tort
+incroyable de ne pas faire prévenir Vandamme. On a dit qu'il s'était mis
+en route, et que, se trouvant tout à coup indisposé, il avait
+rétrogradé. Ce fait est inexact, et le général Gersdorff, général saxon,
+m'a déclaré formellement que, n'ayant pas quitté un moment le palais
+pendant les journées du 28 et du 29, il avait la certitude absolue que
+Napoléon n'était pas sorti de Dresde ces jours-là. La garde seule
+s'était mise en mouvement, et il la rappela, ainsi que je viens de le
+dire. Vandamme se trouva donc seul et sans appui dans la plaine de Culm.
+Vainqueur le 29, il fut accablé le 30 par les forces immenses qui se
+jetèrent sur lui.</p>
+
+<p>Une circonstance inopinée survint qui aggrava sa position, et la rendit
+désespérée. Le corps de Kleist, qui s'était retiré de Glasshüth devant
+Saint-Cyr, arriva à Ebersdorff le 29. De ce point il ne put entrer en
+Bohême. Une communication mauvaise, praticable cependant aux voitures,
+et meilleure que celle de Zinnwald, aboutit de ce point à Culm. Mais,
+dans ce moment, Vandamme étant à la tête du débouché, Kleist ne pouvait
+pas raisonnablement s'y présenter. Le 30, au matin, il crut Vandamme
+assez avancé pour avoir entièrement découvert la grande route, et, ne le
+supposant plus sur ce point, il se décida à faire un mouvement par le
+plateau et à se porter d'Ebersdorf sur Nollendorf, espérant ainsi
+échapper à l'armée française, arriver à la plaine, éviter Vandamme, et
+rejoindre, par un détour, le gros de son armée. Une preuve incontestable
+de la vérité de cette opinion, c'est que ses meilleures troupes étaient
+à l'arrière-garde pour résister soit à Saint-Cyr, soit à ce qui pouvait
+venir de Peterswald. Les mauvaises troupes et les parcs étaient en tête
+de colonne. Au moment où Vandamme, accablé par le nombre, se disposait à
+la retraite, le corps de Kleist arriva sur la route. La cavalerie de
+Vandamme, s'élançant en colonnes, pour ouvrir le chemin, échappa en
+partie. Cette cavalerie, rencontrant seulement d'abord des landwehrs et
+des parcs, elle sabra tout, et prit cette nombreuse artillerie, qui
+n'eut pas même le temps de se mettre en batterie. Mais les troupes à la
+queue de la colonne, s'étant ravisées, prirent position, et parvinrent à
+fermer le passage.</p>
+
+<p>Si la garde eût suivi, Kleist, pris entre Saint-Cyr et la garde, mettait
+bas les armes, et Vandamme eût battu, le 30, les divers corps qui l'ont
+attaqué. Mais, bien plus, si la garde eût joint Vandamme le 29, pendant
+qu'il était victorieux, il aurait pu se porter en avant et se trouver
+ainsi au milieu de toutes les forces ennemies qui étaient sans
+organisation et dans une entière confusion, par suite des difficultés de
+la retraite. Toute l'artillerie marchait isolément. Les troupes
+descendaient par détachement, en suivant tous les sentiers praticables.
+Il n'y avait pas, le 29, trente mille hommes à mettre régulièrement en
+bataille dans la plaine. C'était un de ces coups de fortune, comme il on
+arrive en un siècle de guerre. Tout le matériel aurait été pris, et tout
+se serait dispersé. Des reproches réciproques auraient servi à tout
+dissoudre, à tout désorganiser. La fortune en a ordonné autrement; mais
+le seul coupable, et le véritable auteur de la catastrophe, c'est
+Napoléon.</p>
+
+<p>Il convient maintenant d'examiner quelle influence a eue le maréchal
+Saint-Cyr sur cet événement. Il pouvait en diminuer la gravité, et il
+n'est pas exempt de reproches. Il suivait Kleist, et arriva à Ebersdof.
+C'est de la hauteur, en avant de ce poste, qu'il vit l'événement du 30.
+S'il est arrivé le 20, il est coupable de n'avoir pas descendu le
+plateau et de ne s'être pas joint à Vandamme; s'il n'est arrivé que le
+30 au matin, il ne pouvait pas déboucher; mais alors il est coupable
+d'avoir perdu de vue Kleist. En le suivant l'épée dans les reins il
+l'arrêtait, et la route de Peterswald restait libre au général Vandamme,
+et peut-être même l'enchaînement des circonstances aurait pu, Vandamme
+battu et se retirant, entraîner la perte de Kleist.</p>
+
+<p>On a eu tort d'accuser Vandamme d'avoir montré, dans cette circonstance,
+trop de témérité. Il s'était arrêté dans une bonne et excellente
+position en avant de Culm, position inexpugnable pour peu qu'il existe
+quelque proportion entre le nombre des combattants. J'ai depuis étudié
+ces lieux sur place, et j'ai acquis la conviction que Vandamme aurait pu
+s'y défendre un contre deux, et certainement il l'aurait fait; mais il y
+a des limites au possible. Je pense, au contraire, qu'on pourrait lui
+reprocher de la lenteur et peu d'ensemble dans sa marche. Ses troupes
+n'étaient pas réunies le 29; et, quoique maître de Culm le 29, avant
+midi, il ne put pas déboucher pour culbuter et mettre en déroute le
+corps russe, très-inférieur en force, isolé dans une position ouverte,
+sans appui et sans moyen pour résister. Mais aussi comment se précipiter
+au milieu de cent quatre-vingt mille hommes qui, s'ils n'étaient pas là,
+se trouvaient cependant à portée dans un bassin vaste et découvert, sans
+avoir derrière soi les forces nécessaires comme point d'appui? Et
+pourtant il y avait un tel désordre dans l'armée alliée en ce moment,
+que le corps de Vandamme seul pouvait, en l'accroissant encore, amener
+des résultats incalculables.</p>
+
+<p>C'est l'esprit de justice dont je fais profession, et ma conviction
+profonde, qui me décident à prendre la défense de Vandamme, car ce
+général ne m'a jamais inspiré aucun intérêt. J'ajouterai à ce qui
+précède une dernière réflexion sur la conduite de Napoléon, réflexion
+qui la rend encore moins concevable.</p>
+
+<p>L'armée ennemie se retirait sur diverses colonnes, et devait
+naturellement se rassembler dans la plaine de Toeplitz. Le 30 août, elle
+devait, d'après tous les calculs, s'y trouver réunie, et, le jour
+suivant, les divers corps de l'armée française, après avoir descendu du
+plateau de Saxe, se trouvaient en présence. Une fois nos corps réunis,
+qui devait commander, qui devait donner la direction, l'impulsion et
+l'ensemble? Personne, puisque Napoléon était le 30 à Dresde, et n'avait
+pris aucune disposition pour suppléer, le 31, à sa présence en Bohême.
+Ainsi, dans le cas de succès constants dans la poursuite, il se mettait,
+par sa propre volonté, dans des conditions qui en rendaient les effets
+plus que douteux. L'on ne peut dire qu'il avait suspendu la poursuite,
+car aucun ordre semblable n'arriva aux autres corps, et Vandamme en a
+reçu de contraires.</p>
+
+<p>On se perd dans ce dédale où l'on ne peut découvrir ni un calcul ni une
+intention raisonnable. Seulement il paraît incontestable que Napoléon,
+frappé de la nouvelle du désastre de la Katzbach, et ne pensant qu'à la
+nécessité de le réparer, ne voulut pas s'éloigner de l'année de Silésie;
+mais, quelque urgents que fussent les secours à lui porter, ils ne
+pouvaient pas être immédiats, tandis que les affaires de Bohême, d'une
+nature décisive, réclamaient à l'heure même et le secours de sa garde
+pour soutenir Vandamme, et sa présence pour la direction de l'ensemble
+des opérations. Dans tous les cas, rien n'excuse et ne peut excuser
+Napoléon de n'avoir pas informé Vandamme du changement de ses
+résolutions<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a>
+<a href="#footnote4"><sup class="sml">4</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote4" name="footnote4"><b>Note 4: </b></a>
+<a href="#footnotetag4">
+(retour) </a> La lettre ci-après prouve que, le 30 août, l'intention de
+l'Empereur était que l'armée continuât son mouvement offensif et
+descendît le plateau de la Saxe pour pénétrer en Bohême. Vandamme, non
+soutenu par la garde, qui avait été rappelée à Dresde, devait marcher
+sur Toeplitz, tandis que je débouchais par Zinnwald, et que les autres
+corps en faisaient autant, chacun dans sa direction. Vandamme est donc
+parfaitement innocent de ce mouvement, et des conséquences qui en ont
+été la suite.<br>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 30 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous
+prévenir que le point difficile pour l'ennemi est Zinnwald, où l'opinion
+de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages ne
+pourront passer qu'avec une peine extrême; que c'est donc sur ce point
+qu'il faut se réunir et attaquer; que l'ennemi, tourné par le général
+Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera très-embarrassé, et sera
+probablement obligé de laisser la plus grande partie de son matériel.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<i>Signé</i>: <span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+</blockquote>
+
+<p>Instruit de ce qui s'était passé, je ne pouvais plus penser à descendre
+de la montagne. Garder ma position et attendre des ordres était tout ce
+qui me restait à faire. Je restai donc sur la défensive pendant la
+journée du 31. L'ennemi attaqua mon avant-garde, mais il fut repoussé
+constamment. Il avait perdu beaucoup de monde dans cette poursuite et
+les divers combats dont je viens de rendre compte. Nous lui avions pris
+trente pièces de canon, sept à huit cents voitures d'artillerie ou
+d'équipages, et il avait eu en tués, blessés et prisonniers, de neuf à
+dix mille hommes hors de combat.</p>
+
+<p>Le 31, au soir, je reçus l'ordre de prendre position à Altenbourg. Je
+m'y rendis, et me mis en mesure de m'y défendre. Le 1<sup>er</sup> septembre,
+l'Empereur me prescrivit de me rapprocher de Dresde et de déboucher sur
+la rive droite de l'Elbe s'il était nécessaire. Dès ce moment commença
+une série de mouvements sans aucun résultat, qui semblaient destinés,
+comme par exprès, à produire la destruction des troupes. Le quatorzième
+corps avait fait un mouvement pareil au mien. Le deuxième corps et sa
+cavalerie s'étaient également rapprochés de l'Elbe. Le 3, je marchai
+encore dans la direction de Dresde, et pris position au village de
+Recknitz. Le 4, je passai l'Elbe et allai camper à Bischofswerda, et le
+lendemain à Bautzen.</p>
+<br>
+
+<h4>CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS<br> RELATIFS AU LIVRE DIX-SEPTIÈME</h4>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Liegnitz, le 29 mai 1813, deux heures après midi.</p><br><br>
+
+<p>«L'Empereur ordonne, monsieur le maréchal, qu'avec le sixième corps
+d'armée et le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg vous vous
+portiez de Jauer en avant de Eisendorf, route de Neumarck. Le prince de
+la Moskowa, avec les cinquième et septième corps, se porte sur Neumarck,
+et le quartier général impérial y sera probablement ce soir avec la
+garde. Le troisième corps d'armée reste en avant de Liegnitz. Le duc de
+Tarente, avec son corps d'armée, et le général Bertrand, avec le
+quatrième corps, resteront à Jauer. Sa Majesté marche sur Breslau.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 10 juin 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Je crois devoir vous faire connaître, monsieur le maréchal, quel sera
+l'emplacement des quartiers généraux des différents corps de l'armée au
+12 juin, époque à laquelle ces quartiers généraux deviendront fixes.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>«Le deuxième corps d'armée, maréchal duc de Bellune, à Guadenberg;</p>
+
+<p>«Le troisième, prince de la Moskowa, à Liegnitz;</p>
+
+<p>«Le quatrième, général comte Bertrand, à Sprottau;</p>
+
+<p>«Le cinquième, général Lauriston, à Goldsberg.</p>
+
+<p>«Le septième, général Régnier, à Görlitz;</p>
+
+<p>«Le onzième, maréchal duc de Tarente, à Löwenberg;</p>
+
+<p>«Le douzième, maréchal duc de Reggio, à Lukau;</p>
+
+<p>«Le premier corps de réserve de cavalerie, général Latour-Maubourg, à
+Sagan;</p>
+
+<p>«Le deuxième, général Sébastiani, à Freystadt;</p>
+
+<p>«Deuxième division, jeune garde, maréchal duc de Trévise, à Hermolsdorf,
+près Glogau;</p>
+
+<p>«Première division, à Gross-Kramche;</p>
+
+<p>«Deuxième, à Ober-Schonfeld;</p>
+
+<p>«Troisième, à Eichberg;</p>
+
+<p>«Polonais, huitième corps, à Zittau.</p>
+</div></div>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 11 juin 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Je vous préviens, monsieur le maréchal, que je donne l'ordre au duc de
+Bellune de garder la frontière le long de l'Oder, depuis Crossen jusqu'à
+la hauteur de Müllrose.</p>
+
+<p>«Le duc de Reggio surveillera la ligne de démarcation depuis Müllrose
+jusqu'à Insterburg.</p>
+
+<p>«Le gouverneur de Wittenberg placera des postes depuis Insterburg, en
+passant par Bruck, et suivant la frontière de la Confédération du Rhin,
+jusqu'auprès de Barby.</p>
+
+<p>«Le gouverneur de Magdebourg couvrira son enceinte sur la rive droite,
+et tout le long de l'Elbe sur la rive gauche, depuis Barby jusqu'à la
+trente-deuxième division militaire, où commencera la surveillance du
+prince d'Eckmühl.</p>
+
+<p>«Le duc de Trévise, le prince de la Moskowa, le général Lauriston, le
+duc de Tarente surveilleront la ligne dans leur arrondissement
+respectif; depuis les postes du duc de Tarente, la ligne sera fournie,
+le long de la Bohême, par le prince Poniatowski, qui arrive à Zittau.
+Enfin, monsieur le maréchal, fournissez de votre côté des postes jusqu'à
+l'Elbe, le long de la Bohême, en vous concertant à cet égard avec le
+prince Poniatowski.</p>
+
+<p>«L'intention de l'Empereur est que tous les jours vous envoyiez le
+rapport de ce qui se passe à vos postes et des mouvements qui pourraient
+se faire devant eux. Il faut aussi avoir soin d'empêcher les chevaux,
+les vivres, les meubles, les troupeaux, et enfin tout ce qui pourrait
+nous servir, de sortir de la ligne de démarcation.</p>
+
+<p>«Le résultat de ces dispositions sera d'être bien instruit de tout ce
+qui se passe; mais il suffira pour cela, monsieur le maréchal, de postes
+légers, ainsi que pour arrêter le passage des troupeaux et de tout ce
+qui est utile à l'armée.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 13 juin 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Je vous adresse, monsieur le maréchal, ampliation de l'ordre du jour
+relatif à l'arrestation et la mise en jugement des soldats qu'on suppose
+s'être mutilés eux-mêmes d'un doigt ou de la main dans l'espoir de se
+faire réformer. Depuis plusieurs années, cette espèce d'épidémie s'est
+introduite dans l'armée: il est temps d'y apporter une attention sévère
+et de remédier promptement à ce genre de délit.</p>
+
+<p>«L'Empereur ordonne, pour cet effet, qu'il soit choisi deux hommes de
+chaque corps d'armée sur ceux prévenus de s'être blessés eux-mêmes. Ils
+seront arrêtés; le grand prévôt instruira la procédure. Il sera facile
+de les convaincre. Aussitôt la procédure instruite, ils seront envoyés
+au maréchal ou au général commandant, qui les fera fusiller devant tout
+le corps assemblé, en faisant connaître la nature de leurs délits, mais
+sans rien imprimer là-dessus.</p>
+
+<p>«Vous ferez ramasser tous les hommes blessés à la main et ordonnerez
+qu'ils soient gardés comme des coupables par la gendarmerie. S'ils ont
+été trouvés maraudant, la peine de mort leur sera infligée. Vous aurez
+soin de donner le mot aux officiers d'état-major et aux chirurgiens, de
+n'y comprendre ni sous-officiers ni vieux soldats, mais seulement ceux
+qui, par leur âge et la nature de leurs blessures, pourraient être
+soupçonnés de s'être blessés eux-mêmes. À leur arrivée à leur régiment,
+un jury, composé du colonel, de deux capitaines et de deux chirurgiens
+du régiment, les examinera et fera une enquête pour constater la cause
+de leurs blessures. Ces hommes feront toutes les corvées et seront comme
+les domestiques du régiment. Ils seront guéris par les soins des
+chirurgiens des corps, et, après la correction convenable, ils
+rentreront dans le régiment.</p>
+
+<p>«Vous sentirez, monsieur le maréchal, l'importance de tenir l'ordre du
+jour et les présentes dispositions secrètes; mais vous devez réunir les
+colonels des régiments et leur parler fermement pour qu'ils exaltent
+l'indignation des soldats contre les lâches qui se mutilent eux-mêmes.</p>
+
+<p>«Enfin l'intention de l'Empereur est que toutes blessures à la main
+provenant d'un coup de fusil ou de pistolet ou d'un coup de sabre ne
+soient jamais un motif de réforme.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>ORDRE DU JOUR.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 11 juin 1813.</p><br><br>
+
+<p class="mid">1.</p>
+
+<p>«Tous les blessés qui existent à Dresde et dans les hôpitaux des autres
+villes en deçà du Rhin, et qui sont blessés aux doigts ou à la main,
+seront sur-le-champ dirigés sur leurs corps respectifs.</p>
+
+<p class="mid">2.</p>
+
+<p>«L'état nominatif de tous les hommes blessés aux doigts ou à la main,
+qui sont à Dresde, sera dressé dans la journée d'aujourd'hui et demain.</p>
+
+<p class="mid">3.</p>
+
+<p>«Il sera formé autant de colonnes, composées de gendarmes et de
+flanqueurs de la garde, qu'il y a de corps d'armée. Chacune de ces
+colonnes sera commandée par un officier d'état-major, et un chirurgien
+principal y sera attaché. Elles ramasseront tous ces hommes, dont il
+sera formé un contrôle, indiquant leurs noms, compagnies, bataillons et
+régiments.</p>
+
+<p class="mid">4.</p>
+
+<p>«Les blessés ainsi ramassés seront conduits à la maison de la Douane
+retranchée, sur la route de Bautzen, où ils seront campés. Dès que cent
+hommes appartenant à un même corps d'armée seront réunis, ils seront mis
+en marche pour ce corps d'armée, sous une escorte suffisante. Ils seront
+accompagnés de leur contrôle nominatif et d'un chirurgien pour les
+panser.</p>
+
+<p class="mid">5.</p>
+
+<p>«À leur arrivée aux corps, ils seront distribués dans leurs régiments,
+où ils seront traités par les chirurgiens-majors, et sous la
+surveillance spéciale des officiers. Ils seront chargés de faire toutes
+les corvées de la compagnie et du régiment.</p>
+
+<p class="mid">6.</p>
+
+<p>«Tout soldat blessé aux doigts ou à la main, qui sera conduit à son
+corps de la manière dont il vient d'être dit, qui s'écarterait en route
+de son escorte, soit pour marauder, soit pour déserter, ou qui
+déserterait après son arrivée au régiment, sera puni de mort.</p>
+
+<p class="mid">7.</p>
+
+<p>«Un jury, formé du chirurgien en chef de l'armée et de quatre
+chirurgiens principaux, sera réuni à la susdite maison de la Douane,
+pour visiter les blessés qui y seront amenés. Il fera choix de deux
+hommes par chaque corps d'armée, de ceux qui, par la nature de leurs
+blessures, paraîtront le plus évidemment avoir été blessés par
+eux-mêmes, lesquels seront sur-le-champ arrêtés et conduits devant le
+grand prévôt de l'armée, pour y être examinés et interrogés.</p>
+
+<p class="mid">8.</p>
+
+<p>«Tout soldat qui serait convaincu de s'être blessé volontairement pour
+se soustraire au service sera condamné à mort.</p>
+
+<p class="mid">9.</p>
+
+<p>«Le présent ordre du jour sera tenu secret, et sera adressé seulement
+aux maréchaux et généraux commandant des corps d'armée; mais, au moment
+du départ des hommes blessés aux doigts ou à la main, reconduits à leur
+corps, il leur sera donné connaissance, par l'officier d'état-major
+commandant la colonne, de la disposition qui condamne à mort ceux qui
+déserteraient ou marauderaient pendant la route.</p>
+
+<p class="mid">10.</p>
+
+<p>«Le major général de notre grande armée est chargé de l'exécution du
+présent ordre.</p>
+
+<p>«<i>Signé</i>: <span class="sc">Napoléon</span>.</p>
+
+<p>«Pour ampliation:</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 24 juin 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal, je vous envoie la copie d'une lettre que j'ai
+écrite hier à M. le général Barclay de Tolly pour lui faire connaître
+les ordres donnés par l'Empereur à l'égard des partisans.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre.</span>»</p>
+
+
+<p>«<i>P.-S.</i> Cela vous servira pour le langage que vous avez à tenir.</p>
+<br>
+
+<h4>AU GÉNÉRAL BARCLAY DE TOLLY.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 23 juin 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le général, je m'empresse de porter à votre connaissance la
+conduite du major de Lützow et les événements auxquels elle a donné
+lieu. Ce major, chef d'un corps de partisans, a été prévenu, le 7, de
+l'armistice. La copie lui a été portée par un officier d'état-major. Il
+en a eu connaissance par la traduction en allemand que le duc de Weimar
+en a fait faire, et qu'il a fait imprimer, placarder et répandre à
+profusion.</p>
+
+<p>«Le major de Lützow a fait dire à l'officier d'état-major qui lui
+portait la copie de l'armistice qu'il ne reconnaissait pas l'armistice.
+On lui a fait observer que, le 12, il devait avoir repassé l'Elbe, et
+qu'en conséquence il n'y avait pas de temps à perdre: il fit déclarer
+qu'il était corps franc.</p>
+
+<p>«Depuis le 7 jusqu'au 18, M. le major de Lützow a continué les
+hostilités: il a arrêté les malles de Bavière et de Dresde; il a levé
+des contributions, comme dix-huit procès-verbaux le constatent. Il a
+arrêté les individus tant civils que militaires rencontrés sur la route;
+il a continué à enrôler les jeunes gens du pays et les étudiants des
+universités; il a attaqué des détachements, pris des courriers venant
+d'Augsbourg et d'Italie, et enfin des soldats marchant isolément.</p>
+
+<p>«L'Empereur et Roi mon maître n'est arrivé à Dresde que le 10, et, le
+14, voyant que les hostilités sur ses derrières continuaient, Sa Majesté
+a ordonné aux détachements de cavalerie en marche pour rejoindre l'armée
+de s'arrêter et de se pelotonner pour courir sur les partisans, attendu
+que, le 12, ils devaient, aux termes de l'armistice, en avoir exécuté
+les dispositions.</p>
+
+<p>«D'autres corps, se disant partisans, répondaient qu'ils ne pouvaient
+reconnaître l'armistice, donnant pour motifs, les uns qu'ils dépendaient
+de l'armée suédoise, les autres qu'ils étaient à la solde de
+l'Angleterre, et enfin d'autres corps indépendants et insurrectionnels.</p>
+
+<p>«Sa Majesté l'Empereur et Roi a donc cru nécessaire de prescrire l'ordre
+du jour dont je vous envoie copie. J'avais donné un ordre à peu près
+semblable dès le 16. Cependant, j'ai l'honneur de proposer à Votre
+Excellence d'échanger ceux des partisans qui sont actuellement en notre
+pouvoir ou qui seront arrêtés contre ceux de nos gens qui ont été faits
+prisonniers par vos troupes depuis le 4 juin.</p>
+
+<p>«Nous avons aussi à nous plaindre de la non-exécution de l'article 4 de
+l'armistice, qui porte, entre autres choses: que, depuis l'embouchure
+de la Katzbach, la ligne de démarcation suivra le cours de l'Oder
+jusqu'à la frontière de Saxe, longera la frontière de Saxe, etc.; dès
+lors Crossen s'y trouve compris. Cependant les Prussiens, contre toutes
+raisons, veulent occuper Crossen, quoique le droit soit de notre côté et
+que cela ne dût pas être discuté: j'en prends pour juge Votre Excellence
+elle-même.</p>
+
+<p>«Mais, voulant cependant éviter toute discussion, l'Empereur et Roi
+propose que ce pays soit considéré comme neutre, de manière qu'il ne
+soit occupé ni par l'armée combinée ni par les armées françaises et
+alliées.</p>
+
+<p>«Les troupes légères de Votre Excellence parcourent le pays jusqu'aux
+portes de Liegnitz. Je la prie de vouloir bien donner des ordres à cet
+égard.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<i>Signé</i>: <span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>ORDRE DU JOUR.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 24 juin 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Les parlementaires qui se présenteront ne pourront dépasser nos lignes,
+c'est-à-dire qu'ils seront reçus aux avant-postes où ils remettront
+leurs dépêches. Ils seront maîtres d'attendre les réponses. Dans le cas
+où un parlementaire devrait être amené au quartier général, l'ordre en
+sera donné par le major général. En conséquence, sous aucun prétexte que
+ce soit, les parlementaires ne pourront pénétrer au delà de nos lignes,
+c'est-à-dire de nos avant-postes, sans un ordre formel.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<i>Signé</i>: <span class="sc">Alexandre</span>.</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 19 juillet 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je désirerais que Buntzlau, qui offre une position
+centrale, contint deux manutentions, chacune de huit à dix fours. Je
+désirerais que la ville pût être fortifiée, de manière qu'en quinze à
+vingt jours de travail deux bataillons pussent y protéger un hôpital,
+les deux manutentions et des magasins. Les deux grands moyens défensifs
+de ce genre sont les eaux et les bois. Vous devez avoir des bois près de
+Buntzlau. Vous avez des moyens de transport, puisque vous avez tous les
+chevaux de trait de votre corps d'armée. Vous avez des sapeurs, des
+pionniers. Les canonniers de la marine sont surtout propres à ces
+travaux. Quant aux eaux, il faut étudier si l'on peut remplir les fossés
+de la ville. Si on le peut, faites-y travailler vingt-quatre heures
+après la réception du présent ordre. Vous sentez de quel intérêt il
+serait de pouvoir placer à Buntzlau, sous la garde de deux bataillons et
+de vingt pièces de canon, un hôpital de deux mille malades ou
+convalescents, quelques millions de rations de biscuits, de farines et
+de riz, et beaucoup d'embarras d'artillerie.--Autant que je puis m'en
+souvenir, Buntzlau a des fossés et une muraille. Ce serait donc ces
+fossés qu'il s'agirait de bien établir, ces murailles et tourelles qu'il
+faudrait organiser pour l'artillerie, en les garnissant de gabions et de
+saucissons, les fossés qu'il faudrait remplir d'eau, et enfin quelques
+lunettes qu'il faudrait tracer et élever.--Il n'y a pas de moment à
+perdre; vous entendez la matière. Vous pouvez y mettre six mille
+ouvriers, en faisant fournir deux mille travailleurs par votre corps
+d'armée et en réunissant deux à trois mille paysans.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">22 juillet 1813</p><br><br>
+
+<p>«Sire, j'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
+m'écrire le 19 juillet pour me donner ses ordres relatifs à Buntzlau.
+Cette ville étant placée au bas d'un long amphithéâtre, les localités
+sont peu favorables à la fortification. Cependant il m'a paru, après
+avoir étudié son enceinte avec soin, qu'il était possible de remplir les
+intentions de Votre Majesté, et je viens d'arrêter les travaux à
+exécuter.</p>
+
+<p>«Ils commenceront demain et seront poussés avec une grande activité.
+J'aurai l'honneur d'adresser demain à Votre Majesté un plan de Buntzlau,
+avec un rapport détaillé sur les ordres que j'ai donnés.</p>
+
+<p>«L'artillerie et le génie du sixième corps fournissent quinze cents
+outils. Des réquisitions ont été faites au pays; mais, comme il est
+probable que je n'obtiendrai pas tout ce que j'ai demandé, il serait
+désirable que le grand parc du génie nous donnât un secours de deux
+mille outils.</p>
+
+<p>«Comme les travaux de la récolte vont rendre les bras extrêmement rares,
+il serait utile que les cercles de Lövenberg et de Goldsberg fournissent
+chacun mille ouvriers pour les travaux de Buntzlau.»</p>
+
+<br>
+
+<p>«J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le plan de Buntzlau. Cette
+place a une double enceinte. L'enceinte intérieure, étant contiguë aux
+maisons, n'offrant ni espace, ni terre à porter pour les remblais, n'est
+pas susceptible d'être mise en état de recevoir du canon. Cependant
+c'est un dernier obstacle qu'on peut présenter à l'ennemi, et dont on
+peut tirer parti en arrangeant quelques tours pour y placer de
+l'infanterie. L'enceinte basse offre partout les moyens de faire un
+parapet et des batteries. Les tours de cette enceinte sont en général
+trop petites pour être armées de canon. Cependant, au moyen des
+dispositions ordonnées et dont je vais rendre compte, il y aura quatre
+pièces de canon placées en A au-dessus de la porte de Breslau; un pareil
+nombre au-dessus de la porte AV, même à Goirenberg (G), quatre également
+sur la porte de Dresde (O), deux en P, deux en U, une autre en T, enfin
+quatre, dont l'ouvrage projeté en Z.</p>
+
+<p>«Excepté en F, G, H, K, la place a partout une bonne contrescarpe,
+revêtue de plus ou moins d'élévation, mais habituellement de quinze à
+seize pieds. En avant de la porte G, il n'y a pas de fossé.</p>
+
+<p>«J'ai ordonné d'élever une contrescarpe en F et d'en construire une en
+G, de manière à élever assez les eaux pour qu'elles puissent se répandre
+jusqu'en D au moyen du batardeau qui sera placé en G. Ce batardeau sera
+couvert par la maison I, qui sera entourée d'un fossé et d'un parapet en
+terre. Le fossé H et K sera également rempli d'eau au moyen des remblais
+qui seront faits en K autour du lac, afin de pouvoir élever les eaux et
+les forcer d'inonder ce fossé K et les étendre dans le fossé R jusqu'au
+delà de U; là, élevant la contrescarpe qui environne les eaux en K de
+cinq pieds et creusant le fossé en R de quatre pieds, il y aura dans
+tout ce développement de la place un obstacle d'eau très-difficile à
+franchir.</p>
+
+<p>«La portion du fossé depuis S jusqu'en D n'est pas susceptible d'être
+inondée; mais là le fossé est très-profond, la contrescarpe très-élevée,
+et cette portion de fossé sera fraisée et palissadée avec beaucoup de
+soin, et sera d'ailleurs couverte par l'ouvrage projeté en Z, qui
+prendra aussi des revers sur la porte de Dresde, et, à cet effet, on va
+démolir toute la portion du faubourg en BB.</p>
+
+<p>«Il existe deux tours assez bien construites à chacune des deux portes:
+l'une, à la porte de Breslau A, et l'autre à la porte de Dresde O. Elles
+sont liées entre elles et liées également au mur d'enceinte intérieure.
+On va construire devant ces tours deux massifs en glacis, élevés de huit
+pieds, de manière à couvrir le pied de ces tours du feu de l'ennemi,
+faisant aboutir le chemin pour entrer dans la ville en suivant la
+contrescarpe, afin d'empêcher la porte d'être vue de l'extérieur. On va
+faire un plancher qui réunisse ces tours avec l'enceinte intérieure, et
+ce plancher sera placé à sept pieds, c'est-à-dire au-dessous du niveau
+du masque, et on établira sur ce plancher un parapet en gabion de douze
+pieds d'épaisseur, qui garantira des pièces de campagne. La place de
+Löyenberg sera arrangée d'une manière analogue, excepté que cette
+entrée, où sera le batardeau, sera supprimée. Enfin on formera en P et U
+et en X des parapets en terre qui donneront les moyens d'armer ces
+points avec de l'artillerie, et en général, comme la muraille d'enceinte
+extérieure est assez mauvaise, on relèvera les contrescarpes de manière
+à la masquer de la vue de la campagne, et les tours seront disposées à
+être occupées par de l'infanterie, dont l'action n'aura pour objet que
+la défense du fossé. Les seuls points qui doivent avoir action sur
+l'extérieur devant être ceux qui sont armés de canon et les tours de
+l'enceinte intérieure, qui seront disposées pour recevoir de
+l'infanterie.</p>
+
+<p>«Je pense qu'une fois ces travaux exécutés la ville de Buntzlau,
+défendue par mille hommes, non-seulement sera à l'abri d'un coup de
+main, mais exigera du gros canon et quelques travaux de siége, et je ne
+pense pas qu'il faille, pour que ces travaux soient terminés, plus que
+la durée de l'armistice.</p>
+
+<p>«Une partie de la manutention avait été placée dans le faubourg; elle va
+être transportée dans la ville et augmentée.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 24 juillet 1813.</p><br><br>
+
+<p>«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que toute l'armée
+tire à la cible de la manière suivante: chaque compagnie tirera deux
+coups à la cible, et les quatre meilleurs tireurs de chaque salve,
+c'est-à-dire huit par compagnie, auront une gratification de 2 francs;
+les huit meilleurs tireurs de chaque compagnie se réuniront pour tirer à
+la cible par bataillon, ce qui fera quarante-huit tireurs par bataillon:
+les huit meilleurs tireurs auront chacun un prix de 4 francs. Les huit
+meilleurs tireurs de chaque bataillon se réuniront pour tirer à la cible
+par division, ce qui, en supposant les divisions l'une dans l'autre à
+douze bataillons, fera quatre-vingt-seize tireurs par division: les huit
+meilleurs tireurs auront chacun un prix de 6 franc. Les huit tireurs qui
+auront eu le prix de chaque division seront réunis pour tirer à la
+cible, ce qui, à raison de trois divisions par corps d'armée, fera les
+vingt-quatre tireurs, et les huit meilleurs tireurs du corps d'armée
+auront chacun un prix de 12 francs.</p>
+
+<p>«Les 27-28 juillet, chaque compagnie tirera à la cible. Les 28-29, les
+huit meilleurs tireurs de chaque compagnie tireront à la cible du
+bataillon. Les 29-30, les huit meilleurs tireurs de chaque bataillon
+tireront à la cible de la division, et, le 1<sup>er</sup> août, les huit meilleurs
+tireurs de chaque division tireront à la cible du corps d'armée.</p>
+
+<p>«La dépense de cet exercice, qui aura lieu dans tous les corps d'armée,
+ne sera que de deux cartouches par homme; et, quant aux prix, la dépense
+peut être évaluée de la manière suivante:</p>
+
+<p>«1° <i>Prix de 2 francs, cible des compagnies.</i></p>
+
+<p>«Huit prix de 2 francs coûteront 16 francs par compagnie, ce qui fera
+pour un bataillon, à raison de six compagnies (16 x 6), 96 francs; pour
+une division, à raison de douze bataillons (96 x 12), 1,152 francs; et
+pour un corps d'armée, à raison de trois divisions, 3,456 francs.</p>
+
+<p>«2° <i>Prix de 4 francs, cible des bataillons.</i></p>
+
+<p>«Huit prix de 4 francs coûteront 32 francs par bataillon; ce qui fera
+pour une division, à raison de douze bataillons (32 x 12), 384 francs;
+et pour un corps d'armée, à raison de trois divisions (384 x 3), 1,152
+francs.</p>
+
+<p>«3° <i>Prix de 6 francs, cible des divisions.</i></p>
+
+<p>«Huit prix de 6 francs coûteront 48 francs par division: ce qui fera par
+corps d'armée, à raison de trois divisions (48 x 3), 144 francs.</p>
+
+<p>«4° <i>Prix de 12 francs, cible par corps d'armée.</i></p>
+
+<p>«Huit prix de 12 francs coûteront par corps d'armée 96 francs; ainsi la
+dépense des prix sera, par corps d'armée, en supposant les proportions
+indiquées ci-dessus:</p>
+
+<pre>
+ «Pour la cible des compagnies. 3,456 francs.
+ «Pour la cible des bataillons. 1,152
+ «Pour la cible des divisions. 144
+ «Pour la cible du corps d'armée. 96
+ -----
+ «Total. 4,848 francs.</pre>
+
+<p>«Les militaires qui obtiendront les prix du corps d'armée à 12 francs
+auront nécessairement obtenu celui de la division, celui du bataillon et
+celui de la compagnie, ce qui leur fera un prix total de 24 francs.</p>
+
+<p>«Donnez vos ordres, monsieur le maréchal, pour l'exécution de ces
+dispositions dans votre corps d'armée: prescrivez tout ce qui sera
+nécessaire pour faire de ces exercices autant de petites fêtes. La
+musique devra accompagner ceux qui auront remporté les prix. Le but de
+l'Empereur est: 1° d'apprendre aux troupes à tirer; 2° de répandre la
+gaieté dans les camps. Faites donc tout ce qui vous sera possible pour
+obtenir ces deux résultats.</p>
+
+<p>«Le prince, vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 10 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je vous prie de me faire connaître où en est l'armement de
+Buntzlau et la manutention. Je suppose que les magasins sont intacts. Il
+serait bien nécessaire d'y faire rentrer une vingtaine de milliers de
+foin et de paille.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 12 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, l'Autriche nous a déclaré la guerre; l'armistice est
+dénoncé; les hostilités recommenceront le 17. Voici le pian d'opérations
+qu'il est possible que j'adopte, mais auquel je me déciderai
+définitivement avant minuit;--concentrer toute mon armée sur Görlitz et
+Bautzen, et dans le camp de Koenigstein et à Dresde.--Si des
+fortifications ont été faites à Liegnitz et à Buntzlau, les
+détruire.--Envoyer le duc de Reggio avec les douzième, quatrième et
+septième corps sur Merlin, dans le temps que le général Girard
+débouchera avec dix mille hommes par Magdebourg, et le prince d'Eckmühl
+avec quarante mille hommes par Hambourg.--Indépendamment de ces cent dix
+mille hommes qui marcheront sur Berlin, et de là sur Stettin, j'aurai
+sur la ligne, savoir: les deuxième, troisième, cinquième, sixième,
+onzième, quatorzième et premier corps de cavalerie; le deuxième, le
+quatrième, le cinquième et la garde: cela fera près de trois cent mille
+hommes.--Avec ces trois cent mille hommes, je prendrai une position
+entre Görlitz et Bautzen, de manière à ne pas pouvoir être coupé de
+l'Elbe, à me tenir maître du cours du fleuve et à m'approvisionner par
+Dresde, à voir ce que veulent faire les Autrichiens et les Russes, et à
+profiter des circonstances.--Je préférerais rester à Liegnitz, mais de
+Liegnitz à Dresde il y a quarante-huit lieues, c'est-à-dire huit
+marches, et en longeant toujours la Bohême, et il n'y en aurait que
+trente-six de Buntzlau et vingt-quatre de Görlitz. Si je prenais une
+position intermédiaire entre Görlitz et Bautzen, il n'y en aurait que
+dix-huit.--Ce pays se trouverait alors plein de troupes, et nous
+serions, pour ainsi dire, entassés: nous n'aurions pas de peine à vivre
+un mois. Pendant ce temps-là ma gauche entrerait à Berlin, éparpillerait
+tout ce qui se trouve là; et, si les Autrichiens et les Russes livraient
+bataille, nous les écraserions. Si nous perdions la bataille, nous
+serions plus près de l'Elbe; enfin nous serions plus en mesure de
+profiter de leurs sottises.--Je ne vois guère qu'on puisse hésiter sur
+Liegnitz. Il n'en est pas de même de Buntzlau. Je ne me dissimule pas
+que cette position a l'avantage de me tenir dans le cas d'empêcher
+l'ennemi de passer entre l'Oder et moi; au lieu qu'entre Bautzen et
+Görlitz, l'ennemi, passant par Buntzlau, peut se porter sur Görlitz.--Le
+quartier général de l'armée autrichienne se réunit à Hirschberg. Il
+paraît que les Autrichiens veulent opérer par Zittau.--Faites-moi
+connaître ce que vous pensez de tout cela. Je suppose que tout doit
+finir par une grande bataille, et je pense qu'il est plus avantageux de
+la livrer près de Bautzen, à deux ou trois marches de l'Elbe, jusqu'à
+cinq ou six marches; mes communications sont moins exposées; je pourrai
+me nourrir plus facilement, d'autant plus que, pendant ce temps, ma
+gauche occupera Berlin et balaiera tout le bas Elbe, opération qui n'est
+point hasardeuse, puisque mes troupes ont Magdebourg et Wittenherg, à
+tout événement, pour retraite. J'éprouve bien quelques regrets
+d'abandonner Liegnitz; mais, en l'occupant, il serait difficile de
+réunir toutes mes troupes; il faudrait les diviser en deux armées, et ce
+serait une fâcheuse position que celle qui nous ferait longer la Bohême
+sur un espace de trente lieues, d'où l'ennemi pourrait déboucher partout
+et se trouverait dans une position naturelle.--Il me semble que la
+campagne actuelle ne peut nous conduire à aucun bon résultat, sans qu'au
+préalable il y ait une grande bataille.--Il n'est pas besoin de dire
+que, tout en s'échelonnant, il sera indispensable de menacer de prendre
+l'offensive, en se contentant d'avoir sur l'ennemi le pays de neutralité
+et une ou deux lieues en avant.--L'Autriche ayant une armée contre la
+Bavière et une contre l'Italie, je ne suppose pas qu'elle puisse avoir
+contre moi plus de cent mille hommes sous les armes. Je suis plus loin
+de croire que les Prussiens et les Russes réunis puissent en avoir deux
+cent mille, en ne comptant pas ce qu'ils ont à Berlin et dans cette
+direction. Toutefois il me semble que, pour avoir une affaire décisive
+et brillante, il y a plus de chances favorables à se tenir dans une
+position plus resserrée et à voir venir l'ennemi. Je compte porter, le
+14, mon quartier général à Bautzen. Évacuez à force vos
+malades.--Envoyez un aide de camp au duc de Tarente afin d'être prévenu
+de ce que l'ennemi fait sur son extrême droite.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 13 août 1813, soir.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, voici le parti que j'ai pris. Si vous avez quelques
+observations à me faire, je vous prie de me les faire librement.--Le duc
+de Reggio, avec les septième, quatrième et douzième corps et le
+troisième corps de cavalerie, marchera sur Berlin dans le temps que le
+général Girard, avec douze mille hommes, débouchera par Magdebourg, et
+que le prince d'Eckmühl, avec vingt-cinq mille Français et quinze mille
+Danois, débouchera par Hambourg. Il est actuellement à trois lieues en
+avant de Hambourg, qui est devenu une place de première force; cent
+pièces de canon y sont sur les remparts, et les maisons qui gênaient la
+défense sont abattues, les fossés pleins d'eau. Le général Hoyendorp y
+commande une garnison de dix mille hommes.--J'ai donné ordre au duc de
+Reggio de se porter sur Berlin, en même temps que le prince d'Eckmühl
+culbutera ce qu'il a devant lui, si l'ennemi lui est inférieur, et du
+moins le poussera vivement quand il effectuera sa retraite. J'ai donc
+cent vingt mille hommes qui marchent dans différentes directions sur
+Berlin.--De ce côté-ci, Dresde est fortifié, et dans une position telle,
+qu'il peut se défendre huit jours, même les faubourgs. Je le fais
+couvrir par le quatorzième corps, que commande le maréchal Saint-Cyr; il
+a son quartier général à Pirna; il occupe les ponts de Koenigstein qui,
+protégés par la forteresse, sont dans une position inexpugnable. Ces
+ponts ont un beau débouché sur Bautzen. La même division, qui fournit
+des bataillons à Koenigstein, occupe Neustadt avec la cavalerie. Deux
+divisions campent dans une très-belle position à Gieshubel, à cheval sur
+les deux routes de Prague à Dresde. Le général Pajol, avec une division
+de cavalerie, est sur la route de Leipzig à Carlsbad, éclairant les
+débouchés jusqu'à Hof.--Le général Durosnel est dans Dresde, avec huit
+bataillons et cent pièces de canon sur les remparts et dans les
+redoutes.--Le premier corps du général Vandamme et le cinquième corps de
+cavalerie seront à Bautzen.--Je porte mon quartier général à
+Görlitz.--J'y serai le 16.--J'y réunirai les cinq divisions d'infanterie
+et les trois divisions de cavalerie, et l'artillerie de la garde ainsi
+que le deuxième corps y seront placés entre Görlitz et Zittau, et entre
+le deuxième corps et la Bohême sera l'avant-garde formée par le huitième
+corps (Polonais).--Vous êtes à Buntzlau;--le duc de Tarente à
+Löwenberg:--le général Lauriston à Gruneberg;--le prince de la Moskowa
+dans une position intermédiaire, entre Haynau et Liegnitz, avec le
+deuxième corps de cavalerie.--Cependant l'armée autrichienne, si elle
+prend l'offensive, ne peut la prendre que de trois manières: 1° en
+débouchant avec la grande armée, que j'estime forte de cent mille
+hommes, par Peterswald, sur Dresde. Elle rencontrera les fortes
+positions qu'occupe le maréchal Saint-Cyr, qui, poussé par des forces
+aussi considérables, se retirerait dans le camp retranché de Dresde. En
+un jour et demi le premier corps arriverait à Dresde, et dès lors
+soixante mille hommes se trouveraient dans le camp retranché à Dresde.
+J'aurais été prévenu, et en quatre jours de marche je pourrais m'y
+porter moi-même, de Görlitz, avec la garde et le deuxième
+corps.--D'ailleurs Dresde, comme je viens de le dire, abandonné à
+lui-même, quand même il ne serait pas secouru du maréchal Saint-Cyr, est
+dans le cas de se défendre huit jours.--Le deuxième débouché par où les
+Autrichiens pourraient prendre l'offensive, c'est celui de Zittau; ils y
+rencontreront le prince Poniatowski, la garde, qui se réunira sur
+Görlitz, et le deuxième corps; et, avant qu'ils puissent arriver,
+j'aurai réuni plus de cent cinquante mille hommes; en même temps qu'ils
+feront ce mouvement, les Russes pourraient se porter sur Liegnitz et
+Löwenberg: alors le sixième, le troisième, le onzième, le cinquième
+corps d'armée et le deuxième corps de cavalerie se réuniraient sur
+Buntzlau, ce qui ferait une armée de plus de cent trente mille hommes,
+et, en un jour et demi, j'y enverrais de Görlitz ce que je jugerais
+superflu à opposer aux Autrichiens.--Le troisième mouvement des
+Autrichiens serait de passer par Josephstadt, et de se réunir à l'armée
+russe et prussienne, de manière à déboucher tous ensemble. Alors toute
+l'armée se réunira sur Buntzlau.--Dans ce cas, il faut choisir la
+position de bataille à Buntzlau, en avant ou en arrière.--Je vous ai
+déjà mandé de vous occuper de ce travail important.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 13 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je désire connaître si, en avant ou en arrière de Buntzlau,
+il y aurait une belle position où un corps de deux cent mille hommes
+pût être placé favorablement pour arrêter un ennemi qui déboucherait en
+force des frontières de Bohême et Silésie, et où on pourrait lui livrer
+bataille. Faites-moi connaître aussi s'il existe une bonne route de
+Buntzlau à Hoyerswerda.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 13 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal, l'Empereur me charge de vous faire connaître que
+la position de l'armée est la suivante:</p>
+
+<p>«Le quartier général de Sa Majesté sera demain, 14, à Bautzen, et, le
+16, à Görlitz.</p>
+
+<p>«Le corps du prince Poniatowski va prendre des positions entre Zittau et
+Görlitz, où son corps d'armée pourra être réuni pour former
+l'avant-garde de l'armée, éclairer la marche de l'ennemi, la retarder et
+donner le temps à l'armée de se réunir à Görlitz. Il éclairera aussi la
+route de Löban.</p>
+
+<p>«Le quatrième corps, le septième corps et le douzième, avec le troisième
+corps de cavalerie, seront à Lukau.</p>
+
+<p>«Le général Dombrowski est en avant de Wittenberg, ayant sous ses ordres
+six bataillons, dont le 4<sup>e</sup> régiment polonais fait partie, et deux
+régiments de cavalerie.</p>
+
+<p>«Le général Girard est, avec dix mille hommes, en avant de Magdebourg.</p>
+
+<p>«Le prince d'Eckmühl est, avec le corps auxiliaire danois, à trois
+lieues en avant de Hambourg, sur la rive droite.</p>
+
+<p>«M. le maréchal Saint-Cyr a son quartier général à Pirna, avec son corps
+à cheval sur l'Elbe, ayant une division sur Hohenstein ou Neustadt, et
+trois divisions sur la position de Gieshubel, barrant les deux routes de
+la Bohême à Dresde, et ayant un corps d'observation sur la route de
+Leipzig à Carlsbad.</p>
+
+<p>«La ville de Dresde est à l'abri d'un coup de main. Elle a une garnison
+et cent pièces en batterie, et elle est en état d'attendre l'armée cinq
+ou six jours.</p>
+
+<p>«Le cinquième corps de cavalerie et le premier corps, commandé par le
+général Vandamme, arriveront le 18 à Bautzen.</p>
+
+<p>«Le quartier général, avec les cinq divisions de la garde, les trois
+divisions de cavalerie, son artillerie, et le deuxième corps, avec le
+premier corps de cavalerie, seront le 17 à Görlitz.</p>
+
+<p>«Le sixième corps est à Buntzlau; le cinquième à Goldsberg; le troisième
+à Liegnitz, et le onzième à Löwemberg. Ainsi, en trois jours, trois
+cent cinquante mille hommes peuvent être réunis sur Buntzlau ou sur
+Görlitz.</p>
+
+<p>«L'armée autrichienne ne peut déboucher sur la rive droite que par
+Zittau ou par Josephstadt. Si elle venait par Zittau, elle rencontrerait
+le corps du prince Poniatowski comme avant-garde. Si les Autrichiens
+débouchaient par Josephstadt, leurs mouvements se confondraient avec
+ceux des Russes et des Prussiens; et, dès lors, soit qu'ils se portent
+sur Löwemberg, soit qu'ils se portent sur Liegnitz, tous les corps
+pourront se réunir sur Buntzlau.</p>
+
+<p>«Ces renseignements, monsieur le maréchal, <i>sont pour vous seul</i>.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«Buntzlau, 15 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Sire, j'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
+en date des 12 et 13, et je m'empresse d'y répondre. Conformément à vos
+ordres, je le ferai en toute liberté.</p>
+
+<p>«J'établis en principe, et je suis d'accord avec vous, qu'une grande
+bataille est indispensable au début de la campagne. Sans un premier
+succès, qui nous donnera de l'ascendant sur l'ennemi, nous n'aurons
+qu'une marche incertaine. Or elle doit être livrée sous vos auspices,
+sous votre commandement immédiat, quel que soit le côté par lequel se
+présente l'ennemi; et, pour qu'il en soit ainsi, l'armée, quoique
+très-nombreuse, doit être réunie le plus possible.</p>
+
+<p>«D'après cela, Sire, Votre Majesté comprendra que, dans mon opinion et
+dans aucun cas, nous ne devrions nous étendre jusqu'à Liegnitz. Vos
+réflexions sur les inconvénients d'une position où l'on prêterait le
+flanc à l'ennemi, et défilant continuellement près de la frontière de
+Bohême pendant huit marches, sont trop fondées pour qu'il puisse jamais
+être question de s'éloigner ainsi de l'Elbe. J'en dirai autant pour
+Buntzlau; Görlitz même ne devrait être occupé que par une avant-garde.
+Je voudrais que toute l'armée fût établie sur la Sprée et sur l'Elbe, et
+attendît que l'ennemi s'approchât assez pour qu'on pût l'accabler; et
+cette grande proximité des troupes entre elles vous donnerait le moyen
+d'être présent partout à la fois dans les moments importants, chose que
+je regarde comme la garantie de nos succès. Je comprends votre
+impatience de vous emparer de Berlin, et je la partage; cependant le
+moyen d'y arriver sûrement n'est pas, je pense, de se hâter à se mettre
+en marche dans cette direction. Le sort de la campagne n'est pas de ce
+côté, et le destin de Berlin doit être la conséquence de ce qui se
+passera ailleurs. Si vous persistez à prendre cette offensive tout
+d'abord, vous vous privez d'une partie de vos forces, tandis que la
+présence d'un seul corps d'armée en avant de Torgau et quelques
+mouvements de Magdebourg et de Hambourg suffiraient pour neutraliser
+l'armée prussienne qui couvre Berlin. Après une grande bataille gagnée
+sur l'Elbe ou sur la Sprée, vous pouvez sans danger faire tels
+mouvements excentriques que vous voudrez, et le succès de la marche sur
+Berlin sera incontestable.</p>
+
+<p>«Mais, si le temps d'attente auquel je vous propose de vous soumettre
+vous paraît trop pénible, alors j'aimerais mieux une offensive directe
+prise contre la Bohême. Les troupes qui sont en Silésie se réuniraient
+sur la Neisse pour couvrir le mouvement qui se ferait par Peterswald, se
+rapprocheraient de l'Elbe si l'ennemi marchait à elles pour les
+combattre, et finiraient par suivre le mouvement général, ou bien
+entreraient directement en Bohême par le débouché de Zittau. Une
+bataille gagnée en Bohême aurait d'immenses conséquences, vous donnerait
+de grands résultats et la possession d'un pays qui vous assurerait de
+grandes ressources et peut-être amènerait la séparation de l'Autriche;
+alors la Prusse serait à votre merci.</p>
+
+<p>«Je n'ai pas vu les travaux de Dresde; mais, d'après ce qui m'en a été
+dit, je crains que Votre Majesté ne se fasse illusion sur leur force
+réelle et leurs moyens de résistance absolue, et c'est un point capital
+dans vos combinaisons. Dans le choix de différents partis à prendre,
+j'aimerais mieux attendre l'approche de l'ennemi pour lui livrer
+bataille, et, après l'avoir écrasé, combiner une offensive suivant les
+circonstances; et remarquez bien que, suivant cette hypothèse, les
+mouvements de l'armée ennemie ne peuvent pas être combinés avec autant
+de précision que ceux de l'armée française, parce que celle-ci est
+placée au centre, dans un pays ouvert, tandis que les différentes
+parties de l'autre occupent un arc de cercle d'un grand développement,
+et sont séparées par des montagnes.</p>
+
+<p>«Enfin, je le répète, Sire, par la division de ses forces, par la
+création de trois armées distinctes et séparées par de grandes
+distances, Votre Majesté renonce encore aux avantages que sa présence
+sur le champ de bataille lui assure, et je crains bien que, le jour où
+elle aura remporté une victoire et cru gagner une bataille décisive,
+elle n'apprenne qu'elle en a perdu deux.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«16 août 1813, matin.</p><br><br>
+
+<p>«Sire, j'ai reçu cette nuit la lettre que Votre Majesté m'a fait
+l'honneur de m'écrire le 13 au soir. J'ai eu l'honneur de répondre hier
+matin à la lettre que Votre Majesté m'avait écrite le 12.</p>
+
+<p>«Puisque vous daignez, Sire, provoquer mes réflexions, j'oserai vous
+dire que je regrette que vous ayez renoncé à la première idée que vous
+aviez eue de vous concentrer en attendant les mouvements de l'ennemi
+pour profiter de ses fautes pour le combattre; mais j'ajoute bien vite,
+Sire, que, puisque Votre Majesté a arrêté son opération sur Berlin avant
+d'avoir battu les Russes et les Autrichiens, il était indispensable de
+prendre les dispositions que vous avez arrêtées pour protéger les corps
+d'armée qui s'y rendent: il me semble cependant que les troisième et
+cinquième corps sont un peu loin, surtout depuis qu'il paraît certain
+que les forces principales de l'ennemi se rapprochent de l'Elbe. Votre
+Majesté est sans doute bien mieux informée que je ne puis l'être des
+mouvements de l'ennemi: mais il ne me paraît pas douteux, d'après les
+nouvelles répandues dans le pays, que la plus grande partie de l'armée
+russe est entrée en Bohême pour se réunir aux Autrichiens et traverser
+en ce moment ce royaume. Le duc de Tarente me donne des nouvelles qui
+cadrent parfaitement avec celles que j'ai reçues des habitants. D'un
+autre coté, il paraît que le prince de la Moskowa croit avoir peu de
+monde devant lui, ce qui est d'accord, et Votre Majesté trouvera sans
+doute que le mouvement des alliés est assez dans le génie du système
+qu'ils ont adopté depuis cette guerre, et qu'ils ont exécuté la veille
+de la bataille de Lutzen, en marchant sur Pégau lorsqu'une partie de
+l'armée marchait sur Leipzig.</p>
+
+<p>«Enfin, Sire, je crains que, par la division que vous adoptez, le jour
+où vous aurez cru avoir gagné une bataille décisive, vous n'appreniez
+que vous en avez perdu deux.</p>
+
+<p>«Les travaux de Buntzlau peuvent être considérés comme finis. D'après
+les divers ordres de Votre Majesté, j'y fais mettre la dernière main.
+C'est un poste que j'aimerais mieux défendre que beaucoup de places qui
+passent pour des forteresses, et qu'un homme de coeur et de jugement
+doit défendre au moins dix jours; et, si, comme tout l'annonce, Votre
+Majesté veut en faire usage, il est urgent d'y envoyer dix-huit ou vingt
+bouches à feu; il n'en est pas encore arrivé une seule. Toutefois je
+fais tout préparer pour détruire en douze heures les fortifications de
+Buntzlau.</p>
+
+<p>«Depuis hier, tous mes malades sont évacués, et j'ai même fait évacuer
+des malades du cinquième corps qui m'avaient été laissés ici, je ne sais
+par quelle circonstance. J'ai de plus des transports préparés pour les
+malades que je pourrais avoir d'ici à quatre ou cinq jours. Ainsi Votre
+Majesté peut considérer le sixième corps comme parfaitement mobile.</p>
+
+<p>«J'ai passé toute la matinée à reconnaître de nouveau tout le pays pour
+remplir les intentions de Votre Majesté; mais je n'ai encore rien trouvé
+qui me satisfît. Je monte à cheval pour continuer mes recherches; si
+elles me donnent les résultats que je désire. Votre Majesté en sera
+informée cette nuit.</p>
+
+<p>«Je n'ai plus rien à ajouter, Sire que d'affirmer à Votre Majesté que le
+sixième corps est animé du meilleur esprit, et que j'ai l'espoir qu'elle
+en sera aussi contente quand elle le verra que lorsqu'il combattra pour
+elle. Quels que soient ses sentiments, ils sont peu de chose en
+comparaison du dévouement pour votre personne, de l'amour pour votre
+gloire, et du zèle pour votre service, qui animent le plus ancien de vos
+serviteurs.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Le maréchal duc de Raguse</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Löwenberg, le 18 août 1813, minuit.</p><br><br>
+
+<p>«L'ennemi n'a point renouvelé son attaque sur Lahn, ainsi que nous en
+étions menacés. Il a disparu au contraire ce matin, pour se réunir aux
+quarante mille hommes que l'on m'annonçait devoir déboucher sur la
+grande communication d'<i>Hirschberg</i> à <i>Greiffenberg</i>. Cette armée a pris
+une direction plus à droite et est venue se développer derrière
+<i>Zobten</i>, et sur la route de Goldsberg à Löwenberg. Son avant-garde a
+forcé le passage de <i>Siebeneichen</i> et a attaqué le cinquième corps sur
+tout son front, sur les deux rives du <i>Bober</i>. Le général Lauriston l'a
+repoussé par sa droite au delà de ce fleuve, tandis qu'il a rappelé sa
+gauche qui était tournée par <i>Ludwigsdorf</i>.</p>
+
+<p>«L'armée alliée n'est séparée de nous que par le Bober; les feux font
+voir un immense développement sur plusieurs lignes. De jour on avait
+estimé sa force de soixante à quatre-vingt mille hommes, elle doit être
+plus considérable; on en jugera mieux demain.</p>
+
+<p>«Les communications sont interceptées entre le prince de la Moskowa et
+moi, comme elles l'ont été toute cette journée, entre les cinquième et
+onzième corps.</p>
+
+<p>«Les circonstances actuelles ne permettant plus un aussi grand
+développement sur la gauche du Bober et du Kemnitz, le général Lauriston
+prendra demain position en arrière de Löwenberg, à cheval sur la route
+de <i>Lauban</i>, sa gauche appuyée au Bober, à la hauteur de Braunau; sa
+droite à la route de Greiffenberg; Löwenberg sera gardé comme
+avant-poste, couvert par un cordon, sur le Bober; on maintiendra cette
+position, la journée de demain, s'il est possible, pour avoir le temps
+de recevoir les ordres de l'Empereur pour la concentration des forces.</p>
+
+<p>«Le onzième corps évacuera Lahn cette nuit et gardera demain le débouché
+d'Hirschberg sur la gauche du Kemnitz, et ses positions de Liebenthal,
+Greiffenberg et Friedberg. La position suivante pour les deux corps sera
+la <i>Queiss</i>, Marklena et Lauban, et Greiffenberg.</p>
+
+<p>«C'est avec peine que je vous fais part qu'un parti de Cosaques a
+enlevé plusieurs de mes gens et mon portefeuille, qui renfermait ma
+correspondance et le chiffre de l'armée.</p>
+
+<p>«Le maréchal duc de Tarente,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Macdonald</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Löwenberg, le 18 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Je reçois votre lettre de ce matin, je n'ai point eu d'attaque hier,
+seulement l'ennemi est venu de <i>Lahn</i> et <i>Mertzdorf</i> reconnaître les
+positions; on lui a tué quelques hommes et pris cinq à six; il n'y a
+point eu de canon de tiré.</p>
+
+<p>«Je n'étais pas prévenu du mouvement du cinquième corps, qui vient
+d'arriver; le prince de la Moskowa et le général Lauriston me l'ont
+annoncé ce matin; je me suis dès lors déterminé à prendre de suite
+l'offensive avec le onzième corps pour rejeter l'ennemi de l'autre côté
+du Bober. Les Cosaques sont entrés hier à Greiffenberg; j'espère par mon
+opération couper tout ce qui s'est avancé sur cette ville et Liebenthal.</p>
+
+<p>«Une division du cinquième corps et sa cavalerie prend position à
+<i>Braunau</i> et <i>Ludwigsdorf</i> pour se lier avec le prince de la Moskowa, et
+couvrir les routes de Haynau et Buntzlau, les deux autres divisions en
+avant et en arrière de Löwenberg.</p>
+
+<p>«Lauriston, qui a été tâté hier soir, n'a pas été suivi ce matin. Le
+prince de la Moskowa me mande que le corps ennemi a filé sur Jauer;
+peut-être vient-il par Schonau et Hirschberg pour se rattacher à la
+Bohême.</p>
+
+<p>«Je ne crois pas avoir des forces considérables devant moi; mon attaque
+d'aujourd'hui m'éclaircira.</p>
+
+<p>«M. Murphy, qui vient d'être promu au grade d'adjudant-commandant, chef
+d'état-major de votre vingtième division, vous remettra cette lettre;
+c'est un bon officier, dont vous serez content, et que je vous
+recommande.</p>
+
+<p>«Le maréchal duc de Tarente,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Macdonald</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Görlitz, le 20 août 1813,<br> trois heures après midi.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, j'arrive à Görlitz. Il est deux heures, je serai à cinq
+heures du soir à Lauban. Mettez des postes de cavalerie entre Lauban et
+la position où vous êtes, afin d'avoir plusieurs fois de vos nouvelles
+dans la nuit.--La grande affaire, dans ce moment, c'est de se réunir et
+de marcher à l'ennemi.--Si vous quittez Buntzlau, laissez-y une bonne
+garnison.--Comme vous restez en correspondance avec le duc de Tarente,
+vous devez connaître la position qu'il occupe.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE GÉNÉRAL LAURISTON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Lauyenfurwerth, près de Löwenberg,<br>
+le 20 août 1813, onze heures du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Je suis chargé de vous faire connaître que Sa Majesté est arrivée ce
+soir à cinq heures à Lauban. Le mouvement que je devais faire en arrière
+est suspendu. Je resterai ici, si vous restez à Ottendorf. La lettre du
+prince de la Moskowa fait connaître que vous devez vous retirer; je
+suppose que, lorsqu'il aura connu l'arrivée de Sa Majesté à Lauban, sa
+détermination changera. Il est donc important que vous lui fassiez
+connaître promptement cette arrivée. Les forces de l'ennemi ont passé de
+ma droite à ma gauche, et, je le pense, sur le prince de la Moskowa.</p>
+
+<p>«Le comte <span class="sc">de Lauriston</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Lauban, le 21 août 1813,<br> cinq heures
+du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, vous trouverez ci-joint l'ordre de la
+journée d'aujourd'hui: conformez-vous-y; donnez les ordres d'exécution
+et de détail avec la prudence et avec les modifications que peut exiger
+la position de l'ennemi.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>ORDRE POUR LE 21 AOÛT.</h4>
+
+<p class="rig">«Lauban, le 21 août 1813,<br> deux heures et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur ordonne les dispositions suivantes:</p>
+
+<p>«Le duc de Tarente, avec le cinquième corps d'armée, ayant le onzième
+corps sur sa droite, sera prêt à déboucher aujourd'hui à midi pour
+passer le Bober et attaquer l'ennemi.</p>
+
+<p>«Le duc de Raguse sera en position le plus tôt possible, à une lieue et
+demie ou deux lieues de Löwenberg sur la gauche.</p>
+
+<p>«Le prince de la Moskowa débouchera aujourd'hui par, ou près Buntzlau,
+avant dix heures du matin, avec tout son corps réuni, culbutera tout ce
+qu'il a devant lui et se portera sur Alt-Gersdorf, en faisant poursuivre
+l'ennemi.</p>
+
+<p>«Le duc de Trévise partira à quatre heures du matin pour se porter sur
+Löwenberg.</p>
+
+<p>«Le général Latour-Maubourg partira à cinq heures du matin pour se
+porter sur Löwenberg.</p>
+
+<p>«Le général Ornano partira avec sa division de la garde à cheval, à six
+heures du matin, pour se porter sur Löwenberg; il se tiendra toujours
+sur la droite de la route.</p>
+
+<p>«Le général Walther partira à sept heures du matin pour Löwenberg.</p>
+
+<p>«La division de la vieille garde à pied partira à cinq heures du matin
+pour Löwenberg.</p>
+
+<p>«L'Empereur sera, de sa personne, à Löwenberg à neuf heures du matin.</p>
+
+<p>«Le prince, vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Löwenberg, le 22 août 1813,<br> une heure et demie.</p><br><br><br>
+
+<p>«J'ai reçu vos deux lettres. Voici où nous en sommes:</p>
+
+<p>«Le duc de Tarente, avec les cinquième et onzième corps et la division
+de cavalerie du général Chastel, poursuit l'ennemi dans la direction de
+Goldsberg et Schonau.</p>
+
+<p>«Le prince de la Moskowa poursuit également l'ennemi sur Haynau.</p>
+
+<p>«Les renseignements que nous avons tirés des prisonniers et recueillis
+dans le pays portent à croire que l'armée ennemie, en Silésie, est
+composée de trois corps:</p>
+
+<p>«Celui du général Langeron, composé de cinq divisions, ce qui forme à
+peu près trente mille hommes;</p>
+
+<p>«Le corps de Sacken, composé de trois divisions, ou environ seize mille
+hommes;--enfin un corps prussien, commandé par les généraux Blücher et
+York, de vingt-cinq à trente mille hommes.</p>
+
+<p>«L'Empereur ne suppose donc pas que l'ennemi ait plus de quatre-vingt
+mille hommes en Silésie.</p>
+
+<p>«Le troisième corps, aux ordres du prince de la Moskowa, est fort
+d'environ trente-cinq mille hommes; le cinquième et le onzième, de
+cinquante mille. Avec la cavalerie, l'artillerie, etc., cela forme un
+corps de près de cent mille hommes, force qui paraît suffisante contre
+l'armée ennemie qui est en Silésie.</p>
+
+<p>«L'Empereur laisse donc reposer aujourd'hui sa garde et votre corps
+d'armée, pour pouvoir, s'il y a lieu, les porter sur un autre point.</p>
+
+<p>«L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez faire de suite assez de
+ponts sur le Bober pour pouvoir repasser promptement et sans aucun
+embarras cette rivière si l'Empereur voulait vous reporter sur une
+autre direction. Soyez donc prêt à vous mettre en marche sur telle
+direction qu'on pourrait vous donner. Si vous avez des renseignements de
+l'ennemi, faites-les-moi connaître.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Löwenberg, le 23 août 1813,<br>
+quatre heures et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous partiez ce matin pour vous
+rendre, avec votre corps, près de Lauban; vous devrez passer la rivière,
+afin de pouvoir, demain de bonne heure, partir pour Görlitz, s'il y a
+lieu. L'intention de Sa Majesté est que vous envoyiez un aide de camp à
+Görlitz, où sera ce soir le quartier général, pour faire connaître
+l'heure à laquelle vous arriverez.</p>
+
+<p>«Toute la garde part à quatre heures du matin, et se trouvera sur le
+chemin de Löwenberg à Lauban; la route sera donc encombrée. Sa Majesté
+juge qu'il est nécessaire que vous preniez une autre route. L'intention
+de l'Empereur est aussi que vous retiriez la garnison que vous auriez à
+Buntzlau.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Görlitz, le 24 août 1813,<br> trois heures
+et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, je vous envoie le duplicata de l'ordre que
+je vous ai adressé hier par M. de Sternberg, officier de votre
+état-major. Sa Majesté pense donc que vous êtes au delà de Lauban. Je
+vous avais dit de m'envoyer hier soir à Görlitz un autre de vos aides de
+camp pour prendre des ordres; cet officier n'a pas paru.</p>
+
+<p>«L'Empereur, monsieur le maréchal, vous ordonne de continuer votre
+mouvement, de la position que vous occupez, pour en prendre une ce soir
+entre Görlitz et Bautzen. Ayez bien soin de me faire connaître où vous
+coucherez. L'Empereur sera à Bautzen.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Görlitz, le 24 août 1813,<br> dix heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous faire
+connaître qu'il faut qu'aujourd'hui vous arriviez à Reichenbach; que,
+demain 25, vous dépassiez Bautzen et alliez à Bischofswerda, afin que,
+le 26, vous puissiez vous porter sur le point de l'Elbe où votre corps
+d'armée devra passer.</p>
+
+<p>«Le quartier général impérial sera cette nuit à Stolpen.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Stolpen, le 25 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc, je vous préviens que nous passons demain l'Elbe à
+Pirna; il est donc nécessaire que vous approchiez demain sur Stolpen
+pour prendre part à l'affaire et que vous puissiez vous placer de bonne
+heure dans la position que vous occuperez après-demain 27. Comme nous
+nous portons sur la ligne d'opération de l'ennemi, on doit s'attendre
+qu'il fera tous les efforts imaginables pour se dégager.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 27 août 1813, huit heures du soir.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur vous ordonne de réunir dans la
+nuit toutes vos divisions et toute votre artillerie, et de vous appuyer
+au prince de la Moskowa et au maréchal Saint-Cyr. L'ennemi n'est point
+en retraite, et il faut s'attendre à une grande bataille pour demain. À
+cinq heures du matin, l'Empereur sera à la redoute n° 4 sur la route de
+Plauen.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«Alexandre.»</p>
+
+<p>«<i>P. S.</i> L'intention de l'Empereur est que, pour la journée de demain,
+chaque commandant de corps ait un quartier général fixe; il laisserait,
+s'il le quittait, quelqu'un pour recevoir les ordres de Sa Majesté et
+dire où il est.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 28 août 1813,<br> neuf heures du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai reçu votre lettre de quatre
+heures et demie; je l'ai mise sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté
+n'a pour le moment aucune autre instruction à vous donner que de suivre
+le mouvement de l'ennemi et lui faire le plus de mal possible.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 29 août 1813, cinq
+<br> heures et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai reçu votre rapport d'hier onze
+heures du soir, et je l'ai mis sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté
+ordonne que vous suiviez vivement l'ennemi sur Dippoldiswald et dans
+toutes les directions qu'il aurait prises.</p>
+
+<p>«Sa Majesté le roi de Naples se porte sur Frauenstein, afin de tomber
+sur les flancs et les derrières de l'ennemi, et le maréchal Saint-Cyr a
+l'ordre de suivre l'ennemi sur Maxen et sur toutes les directions qu'il
+aurait prises.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 30 août 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous
+prévenir que le point difficile pour l'ennemi est <i>Zinnwald</i>, où
+l'opinion de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages
+ne pourront passer qu'avec une peine extrême; que c'est donc sur ce
+point qu'il faut se réunir et attaquer; que l'ennemi, tourné par le
+général Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera très-embarrassé,
+et sera probablement obligé de laisser la plus grande partie de son
+matériel.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 31 août 1813,<br> deux heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur m'ordonne de vous
+prévenir qu'il est de la plus grande urgence que vous vous rapprochiez
+de Dresde, avec votre corps d'armée, par la route directe, de manière à
+en être aujourd'hui le plus près possible. Le général Vandamme, avec son
+corps d'armée, a été cerné, enlevé au delà des montagnes, s'étant laissé
+surprendre dans des gorges, de sorte que de ce corps il n'est revenu que
+très-peu d'hommes, et l'ennemi s'est déjà montré entre Pirna et
+Peterswald; il est donc convenable, dans cet état de choses, que vous
+vous rapprochiez de Dresde; votre mouvement doit se faire avec beaucoup
+d'ordre et être autant que possible dissimulé à l'ennemi. Faites-moi
+connaître les positions qu'occuperont ce soir vos troupes.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 31 août 1813,<br> cinq heures et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, je vous ai écrit il y a deux heures, pour
+vous dire de vous rapprocher de Dresde; depuis ce moment l'Empereur a
+reçu des nouvelles du maréchal Saint-Cyr, qui est à Liebenau et à
+Laenstein, point sur lequel s'est ralliée une partie du premier corps;
+je vous envoie la copie de l'ordre que j'ai expédié au maréchal
+Saint-Cyr. Conformez-vous à ce qui vous regarde pour occuper les
+positions sur la droite de ce maréchal. Prévenez le duc de Bellune qu'il
+doit lui-même prendre position sur votre droite.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL SAINT-CYR.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 31 août 1813,<br> cinq heures et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal Saint-Cyr, j'ai mis votre lettre sous les yeux de
+l'Empereur. L'intention de Sa Majesté est que vous preniez la position
+la plus avantageuse pour couvrir la route de Peterswald à Dresde. Le
+maréchal duc de Trévise restera en position en avant de Pirna. <i>Le duc
+de Raguse occupera les positions sur votre droite</i> et le duc de Bellune
+en occupera une sur la droite du duc de Raguse, jusqu'à ce que l'on ait
+vu la tournure que prendront les choses. Aussitôt que vous serez établi,
+il faudra faire tracer des redoutes pour assurer votre position. Envoyez
+tout ce qui vous arrive du premier corps sur Pirna, pour y être
+réorganisé. Vous regarderez comme non avenue la lettre que je vous ai
+écrite il y a deux heures.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 1<sup>er</sup> septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'intention de l'Empereur n'est pas
+de pénétrer en Bohême: cette opération n'est pas encore dans la ligne de
+sa position militaire. L'intention de Sa Majesté est que le maréchal
+Saint-Cyr et le duc de Bellune soient en première ligne pour observer
+les frontières; l'un ayant son quartier général à Pirna, l'autre l'ayant
+à Freyberg: que vous, monsieur le duc, le maréchal duc de Trévise et le
+corps du général Latour-Maubourg, soyez groupés autour de Dresde, pour
+former une réserve, disposée de manière à pouvoir marcher partout où les
+circonstances l'exigeraient. En conséquence des dispositions générales
+ci-dessus, <i>l'Empereur ordonne que vous vous portiez avec votre corps
+d'armée sur Dippoldiswald, laissant des colonnes en arrière pour masquer
+votre mouvement: il sera nécessaire que vous vous concertiez avec le
+maréchal Gouvion Saint-Cyr et avec le duc de Bellune, auxquels j'ai
+prescrit les dispositions suivantes:</i></p>
+
+<p>«Au maréchal Saint-Cyr: de placer son quartier général à Pirna et de
+prendre position, la gauche à l'Elbe, couvrant les deux routes de
+Peterswald et de Dohna et observant le défilé d'Altenbourg;</p>
+
+<p>«Au duc de Bellune: de placer successivement son quartier général dans
+la direction de Freyberg, en échelonnant son corps de manière à pouvoir
+se porter sur Dresde ou sur des colonnes ennemies qui déboucheraient par
+Marienberg, Sayda, ou tout autre point de cette ligne. Faites-moi
+connaître quand vous occuperez la position définitive qui vous est
+assignée.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«2 septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Sire, je reçois la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
+m'écrire. Je n'exécute pas l'ordre qu'elle contient, parce que les
+circonstances sont de nature à en rendre l'exécution impossible, et que,
+faute apparemment de m'être bien expliqué, Votre Majesté ignore le
+véritable état des choses.</p>
+
+<p>«D'abord, hier soir, les ordres de Votre Majesté m'ont trouvé près de
+Falkenheim. La plus grande partie de mon artillerie et de mes munitions
+est déjà à Dippoldiswald, et toute la journée ne suffirait pas pour la
+faire revenir devant l'ennemi.</p>
+
+<p>«Ensuite, comme j'avais eu l'ordre précédemment de prendre position à la
+droite du maréchal Saint-Cyr, pour défendre les débouchés de la Bohême,
+la première opération que j'ai faite dans cet objet, pour soutenir la
+position que j'avais prise à Altenbourg, a été de faire des abatis sur
+toutes les communications directes, pendant l'espace de plusieurs
+centaines de toises. Toute la journée ne suffirait pas pour les
+détruire, et cependant la chose est indispensable pour pouvoir
+déboucher.</p>
+
+<p>«Quant à l'ennemi, Sire, il n'a pas immédiatement l'attitude offensive,
+et il n'y a pas eu ... de la grande chaîne une quantité assez
+considérable de troupes pour espérer quelques résultats en cherchant à
+les combattre.</p>
+
+<p>«Je vais récapituler rapidement ce qui s'est passé depuis cinq jours,
+afin que Votre Majesté puisse juger elle même la situation de l'ennemi.</p>
+
+<p>«Je l'ai poussé dans sa retraite de toutes mes forces et je l'ai
+combattu près de Dippoldiswald, à Falkenheim et à Altenbourg. Il a été
+culbuté partout et nous lui avons pris ou forcé à détruire environ
+quatre cents voitures, la plus grande partie d'artillerie. Le jour du
+combat de Zinnwald, j'ai porté une avant-garde à une lieue en avant,
+c'est-à-dire à deux lieues de Toeplitz. De Zinnwald on voit Toeplitz et
+le plus épouvantable défilé que j'aie jamais vu. Le soir de ce combat
+j'ai appris l'événement arrivé au général Vandamme, et, cet événement
+changeant tout à fait ma position, j'ai dû m'arrêter, et j'ai passé le
+jour suivant sur le plateau de Zinnwald, ayant toujours mon avant-garde
+dans la même position. Cette avant-garde fut attaquée avant-hier par
+l'ennemi; elle le battit, lui tua beaucoup de monde et conserva sa
+position. L'ennemi revenant à son entreprise, il était facile de voir, à
+l'immense quantité de feux qui se voyaient dans la plaine de Toeplitz,
+qu'il y avait une grande armée au débouché. Par d'autres rapports je
+suis aussi informé que des retranchements et une nombreuse artillerie
+ferment ce passage.</p>
+
+<p>«Ayant en l'ordre de m'appuyer sur le maréchal Saint-Cyr, je me suis
+replié hier de Zinnwald sur Altenbourg où j'ai pris position.</p>
+
+<p>«Toute la journée d'hier a été employée à faire des abatis et à établir
+un bon système défensif. Ayant reçu l'ordre de mouvement sur
+Dippoldiswald, je me suis mis en mesure de l'exécuter, et mon artillerie
+est partie hier au soir. Sa marche a été pressée ce matin par la lettre
+que Votre Majesté m'a écrite hier à cinq heures du soir, par laquelle
+elle m'ordonne de me mettre en mesure de passer le pont de Dresde le 3,
+de manière que mon corps d'armée se trouve de Falkenheim à
+Dippoldiswald, cinq heures après le départ des dernières troupes de
+Zinnwald.</p>
+
+<p>«L'ennemi a présenté d'abord quelque monde, ensuite environ quatre mille
+hommes, sans canons ni cavalerie. Ces troupes, je les ai vues, elles
+étaient près de moi, parce qu'un défilé, des bois et des marais nous
+séparaient; mes postes ne pouvant pas être placés plus avant, parce
+qu'ils auraient été bientôt enlevés. Des paysans m'ont rendu compte
+(mais je ne les ai pas vus) que six mille hommes, Russes et Prussiens et
+du canon, étaient arrivés sur les hauteurs de Furstenau. Enfin les seuls
+indices que j'aie sur les changements de projets de l'ennemi sont que
+l'armée, qui était en pleine retraite sur Thiresmstadt, est revenue sur
+Toeplitz et s'est placée au pied de la montagne, et enfin que les
+paysans qui arrivent de Toeplitz, où ils avaient accompagné les Russes,
+pour leur servir de guides, disent que l'ennemi veut retourner devant
+Dresde. Et je conclus de tout cela, Sire, que, si le projet existe, le
+moment de l'exécution n'est pas encore arrivé.</p>
+
+<p>«Mes dernières troupes ont quitté Altenbourg à sept heures du matin.
+L'ennemi ne montre aucune intention de nous suivre. On n'a vu que deux
+escadrons.</p>
+
+<p>«D'après tous ces motifs, Sire, et l'impossibilité où je suis d'exécuter
+vos ordres aujourd'hui, je continue mon mouvement sur Dippoldiswald.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 2 septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre. J'envoie mon aide de camp, le
+général Flahaut, pour connaître l'état des choses de votre côté.--Votre
+correspondance est trop laconique. Faites attaquer aujourd'hui
+l'avant-garde ennemie, et sachez ce que vous avez devant vous et quels
+sont définitivement les projets de l'ennemi. S'il a moins de trente
+mille hommes, vous le culbuterez au delà des montagnes.--J'attends
+l'issue de cette journée pour faire des opérations de l'autre coté; tout
+cela est donc très-urgent.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 3 septembre 1813,<br> quatre heures et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur, monsieur le duc de Raguse, me prescrit d'envoyer un
+officier auprès de vous pour vous faire connaître que son intention est
+que vous séjourniez aujourd'hui, 3 septembre, à Dippoldiswald, afin d'y
+réunir votre corps, puisqu'il paraît que vous avez beaucoup de
+traineurs. Si l'ennemi envoie à vous, Sa Majesté vous ordonne de former
+une forte avant-garde pour le repousser et le culbuter.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 3 septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«L'Empereur, monsieur le maréchal duc de Raguse, me charge de vous
+écrire que, s'il n'y a pas d'inconvénient, il serait convenable que vous
+vous approchassiez aujourd'hui de Dresde, afin de passer les ponts
+pendant la nuit; que nous aurons une bataille à Bautzen demain au soir,
+ou au plus tard le 5 au matin; que le corps du duc de Tarente est tout à
+fait en désarroi.</p>
+
+<p>«Donnez-moi de vos nouvelles.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 3 septembre 1813, onze heures.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, le major général vous a fait connaître qu'il faut vous
+approcher de Dresde et coucher sur la rive droite, afin de partir demain
+à la pointe du jour.--Nous aurons probablement bataille demain en avant
+de Bautzen, ou au plus tard le 5.--Dans l'un et l'autre cas, il faut que
+vous y soyez comme réserve pour prendre part à l'affaire.--Prévenez le
+duc de Bellune, qui est à Freyberg, et le maréchal Saint-Cyr, que vous
+disparaissez de dessus la ligne.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Au bivac, à une lieue de Reichenbach,<br> le 5 septembre 1813, midi.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous ne
+dépassiez pas la ville de Bautzen et que vous preniez position de
+l'autre côté, où vous attendrez des ordres.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Bautzen, le 6 septembre 1813, neuf heures du matin.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous portiez,
+aujourd'hui 6, votre quartier général à Hoyerswerda. Vous échelonnerez
+votre corps entre Bautzen et Hoyerswerda. Vous prendrez sous vos ordres
+la brigade de cavalerie légère du général de Piré.</p>
+
+<p>«Le cinquième corps de cavalerie, commandé par le général Lhéritier, qui
+est à Grossenhayn, et qui est fort d'environ deux mille cinq cents
+chevaux, se joindra à vous et sera également sous vos ordres, ce qui
+vous fera quatre mille chevaux.</p>
+
+<p>«Le général Normann a deux bataillons de votre corps et six cents
+chevaux qui se sont reposés à Hoyerswerda; donnez lui l'ordre de pousser
+sur-le-champ à une marche sur le chemin de Lukau, afin d'éclairer ce qui
+se trouve à Sonnewald et à Kalau.</p>
+
+<p>«L'intention de l'Empereur, monsieur le duc, est que vous manoeuvriez
+pour battre et détruire un corps de sept à huit mille hommes
+d'infanterie prussienne qu'on dit se trouver à Sonnewald. Il est
+nécessaire que vous mainteniez toujours vos communications avec Bautzen
+pour recevoir des nouvelles, puisque toutes les opérations sont
+subordonnées à ce que l'ennemi ferait sur Dresde.</p>
+
+<p>«Votre ligne d'opérations doit être d'Hoyerswerda sur Dresde.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«Alexandre.»</p>
+<br>
+
+<h3>LIVRE DIX-HUITIÈME</h3>
+
+<h4>1813</h4>
+
+<br>
+<p><span class="sc">Sommaire.</span>--Opérations sur la route de Berlin.--Combat de Grossbeeren (23
+août).--Retrait d'Oudinot sur Wittenberg.--Le maréchal Ney remplace le
+maréchal Oudinot.--Opérations en Silésie sous les ordres du duc de
+Tarente.--Combat de la Katzbach.--Belle défense de la division
+Puthod.--L'Empereur se porte au secours de l'armée de Silésie.--Retour
+de l'Empereur à Dresde.--Revers du maréchal Ney en Prusse.--Retraite de
+l'armée de Silésie sur Dresde.--Entretien du duc de Raguse avec
+l'Empereur.--Opération des diverses armées pendant le mois de
+septembre.--Manoeuvres du sixième corps pour couvrir Leipzig.--L'ennemi
+prend l'offensive (2 octobre).--Napoléon forcé de déplacer le théâtre de
+la guerre.--Conversation de l'Empereur avec Marmont.--Manoeuvres autour
+de Leipzig.--Erreur de Napoléon.--Mouvement rétrograde du sixième
+corps.--Bataille de Leipzig.--Journée du 17 octobre.--Marmont
+blessé.--Pertes du sixième corps.--Journée du 18 octobre.--Défection de
+la cavalerie wurtembergeoise et de l'armée saxonne.--Le sixième corps
+chargé de défendre Leipzig.--Évacuation de la ville.--Destruction
+prématurée du pont sur l'Elster.--Retraite sur Weissenfels. Les
+fricotteurs.--Combat de Hanau, 30 octobre.--Entrée à Mayence, 2 novembre
+1813.</p>
+
+<p>Il faut maintenant rendre un compte succinct de ce qui s'était passé en
+Silésie et dans la direction de Berlin. On se rappelle la passion qui
+animait l'Empereur contre la Prusse, et son désir de se venger d'elle
+sans retard. Il avait donné l'ordre au duc de Reggio, dont l'armée était
+composée des quatrième, septième et douzième corps, et du troisième de
+cavalerie, de marcher sur Berlin, aussitôt après l'ouverture de la
+campagne. Mais cette tâche était au-dessus de la portée du chef qu'il
+avait choisi. Oudinot, homme excellent et brave soldat, était peu propre
+au commandement en chef d'une armée nombreuse. Il ne possédait pas la
+force d'esprit nécessaire pour conduire une opération combinée, dont la
+durée doit embrasser plusieurs jours.</p>
+
+<p>À l'expiration de l'armistice, Oudinot réunit son armée à Dahme, et
+s'avança sur Baruth. Le 19, il prit position entre Baruth et
+Lackenwald, et y séjourna le 20. Toutes les troupes alliées en présence
+étaient éparpillées et cantonnées jusqu'à Berlin et Postdam. Une seule
+brigade de quatre bataillons, commandée par le général de Thümeu, les
+couvrait contre l'armée française. Le 21, Oudinot continua son
+mouvement; le quatrième corps opérant à droite, se dirigeant sur
+Sperenberg et Saalow; le septième, au centre, par le bois de
+Kummersdorf, sur Ludersdorf et Gatzdorf, vers Christinendorf, et le
+douzième, à gauche, par Goltow, à Scharfenbrück sur Trebbin.</p>
+
+<p>Les Prussiens se retirèrent sur le défilé de Thyrow, après un double
+combat qui mit le septième corps en possession du village de Nunsdorf,
+et le quatrième de celui de Mellen. Dans la nuit du 21 au 22, l'armée
+française était placée de la manière suivante: le quatrième corps à
+Dergiscow; le septième, à Nunsdorf et Christinendorf, et le douzième, à
+Trebbin.</p>
+
+<p>En avant de cette position, les marais à traverser offrent trois
+passages: 1° celui de Juhnsdorf; 2° celui de Wittstock; 3° celui de
+Thyrow.</p>
+
+<p>Le 22, le septième corps attaqua Wittstock, et s'en empara. Le quatrième
+s'approcha de Juhnsdorf et l'occupa après la retraite de l'ennemi. Le
+douzième corps resta en réserve. Le 23, le quatrième corps débouche et
+marche sur Blankenfeld; mais, après une faible attaque, il se replie sur
+Juhnsdorf. Au même moment, et pendant que le quatrième corps se replie,
+le septième se porte en avant, débouche des bois, et occupe
+Grossheeren. Les Prussiens, concentrés en arrière de ce village, et en
+échelons jusqu'à Heimersdorf, n'hésitèrent pas à profiler de l'occasion
+que leur offrait le mouvement isolé, et en pointe, de ce corps. Ils
+étaient devenus libres de leur mouvement sur leur gauche par la retraite
+du quatrième corps, et sur leur droite par le retard de l'arrivée du
+douzième. En conséquence, ils accablèrent le septième corps, qui avait
+été jeté ainsi, seul et imprudemment, loin de ses appuis. Ils le
+forcèrent à une retraite précipitée. Heureusement la tête du douzième
+corps arriva enfin au secours du septième. Elle le protégea dans sa
+retraite et contribua à le sauver d'un imminent péril. Le soir, toute
+l'armée française se trouva ainsi reportée en arrière des défilés, et
+couverte par les marais qu'elle avait franchis pour attaquer.</p>
+
+<p>Dès ce moment, le duc de Reggio mit son armée en retraite, se
+rapprochant de l'Elbe par des mouvements successifs. Il vint prendre
+position à peu de distance, en avant de Wittenberg, où il arriva le 4
+septembre. Le combat de Grossbeeren n'avait coûté à l'armée française
+qu'une perte de treize pièces de canon, et quinze cents prisonniers
+saxons, c'est-à-dire peu de chose pour une armée de plus de quatre-vingt
+mille hommes. C'était s'avouer, à bon marché, incapable de tenir la
+campagne.</p>
+
+<p>L'armée ennemie, composée en très-grande majorité de Prussiens, était
+commandée par les généraux Bulow, Fauentzien, Woronzoff et Czernicheff,
+sous les ordres du prince royal de Suède. Sa force pouvait s'élever à
+cent mille hommes. Elle était remplie de cet enthousiasme national qui,
+pendant cette guerre, caractérisa d'une manière particulière les
+troupes prussiennes. L'armée française était inférieure de dix mille
+hommes. Composée en partie de Saxons et d'Italiens, elle était loin de
+posséder le même esprit. Cependant, si, au début de la campagne, Oudinot
+eût agi avec plus de vigueur et de célérité, il eût surpris l'ennemi
+dispersé pour vivre. Il aurait pu le battre en détail et arriver à
+Berlin; mais l'incertitude et l'incorrection des mouvements présidèrent
+aux premières opérations.</p>
+
+<p>Napoléon, mécontent d'un semblable résultat, confia cette armée à un
+autre chef, qui eut l'ordre d'attaquer l'ennemi sans retard. Le maréchal
+Ney, chargé de remplacer le maréchal Oudinot, exécuta cet ordre de
+marcher en avant; mais il le fit d'une manière inconsidérée. Un homme
+raisonnable ne peut trouver l'explication satisfaisante des mouvements
+qu'il ordonna. Oudinot avait péché par un peu de timidité et
+d'incertitude; mais au moins il avait agi avec calcul et prudence; son
+armée était encore intacte quand il la quitta. En peu de jours, il en
+fut tout autrement sous son nouveau chef.</p>
+
+<p>Pendant ces événements, la grande armée ennemie, battue devant Dresde,
+s'était retirée en Bohême, après avoir échappé, par le succès inopiné de
+Culm, à une destruction qui semblait devoir être certaine; mais, en même
+temps, l'armée de Silésie, dont il me reste à parler, éprouvait un de
+ces grands revers dont la série ne devait plus être interrompue pendant
+le reste de la campagne.</p>
+
+<p>Napoléon, en quittant la Silésie, et en partant le 24 pour Dresde, avait
+laissé le commandement de l'armée française au maréchal duc de Tarente.
+Cette armée, diminuée du sixième corps que Napoléon emmenait avec lui,
+restait composée des troisième, cinquième et onzième corps d'armée, et
+du deuxième corps de cavalerie. Elle s'élevait à quatre-vingt mille
+hommes environ. Réunis autour de Goldsberg, les troisième et cinquième
+corps étaient en avant de cette ville; le onzième, et la cavalerie du
+général Sébastiani, en arrière.</p>
+
+<p>Le général Blücher se décida à reprendre sur-le-champ l'offensive, et,
+dès le 25, il mit ses colonnes en mouvement. Le corps de Langeron fut
+dirigé sur Goldsberg pour observer l'armée française; celui de York
+resta à Jauer, et celui du général Sacken marcha sur Malitsch, dans la
+direction de Liegnitz. De son côté, le duc de Tarente, résolu d'attaquer
+l'ennemi qu'il supposait toujours réuni à Jauer, mit en marche ses corps
+d'armée de la manière suivante: le cinquième corps eut l'ordre de se
+porter en avant par Hennersdorf, à l'exception de la division Puthod,
+qui reçut celui de marcher sur Schönau, et de là sur Jauer. Le troisième
+corps dut passer la Katzbach, près de Liegnitz, et suivre la grande
+route par Neudorf et Malitsch. Le onzième corps eut pour instruction de
+passer au gué de Schmogwitz et de remonter la rive droite de la
+Wüthende-Neisse par Brechelshof. Enfin la cavalerie de Sébastiani reçut
+l'ordre de passer par Kroitsch et Nieder-Crayn, en suivant la rive
+gauche de la Wüthende-Neisse.</p>
+
+<p>Tous ces mouvements eurent lieu le 26. Or, ce jour-là même, l'armée de
+Blücher continuait son mouvement offensif. Sacken et York devaient
+passer la Katzbach au-dessus de Liegnitz, et attaquer ainsi la gauche de
+l'armée française en la tournant. Une pluie épouvantable, qui tombait
+depuis plusieurs jours, avait grossi les rivières et les ruisseaux, et
+en avait fait déborder plusieurs. Enfin le temps était obscur et les
+mouvements incertains. Le onzième corps, après avoir passé la Katzbach,
+se trouva inopinément en face des corps de Sacken, marchant dans la
+direction de Eichholtz, et de York, occupant les hauteurs de
+Bellwitzhof. Le corps de Langeron était attaqué, de son côté, par le
+cinquième corps, qui débouchait de Goldsberg. En ce moment, le troisième
+corps, ayant reçu ses ordres de mouvement trop tard, se trouvait en
+arrière. Voulant réparer le temps perdu, il se dirigea sur le gué de
+Kroitsch pour y passer la rivière; mais sa marche se trouva contrariée
+par le mouvement de la cavalerie, dont la direction croisait la sienne,
+et il y eut un grand encombrement et une grande lenteur dans le
+mouvement, causé par cette rencontre au village de Kroitsch. La gauche
+du onzième corps, se trouvant ainsi sans appui, l'ennemi se hâta de la
+tourner par une nombreuse cavalerie. Elle fut ainsi vivement pressée,
+tandis que la division Horn, la division du prince de Mecklembourg du
+corps de York, et la division de Hunneberg, en face de Schlaupe,
+observaient l'autre rive de la Wüthende-Neisse. La gauche du onzième
+corps ne put être que faiblement soutenue par la cavalerie, qui, d'abord
+arrêtée, ainsi que je l'ai dit, par la rencontre du troisième corps, et
+ensuite par le défilé de Nieder-Crayn, où tout se trouvait pêle-mêle,
+arrivait seulement par détachement et ne pouvait agir que par des
+efforts partiels et impuissants. À la nuit, le onzième corps fut obligé
+de céder à la fois de tous les côtés. Une seule division du troisième
+corps avait pu entrer en ligne. Il se trouva ainsi que le duc de Tarente
+n'avait opposé que trente-deux mille combattants à l'ennemi, qui lui en
+avait présenté plus de cinquante mille. Une division du troisième corps,
+débouchant par Nieder-Crayn, voulut arrêter la poursuite; mais elle fut
+culbutée par les Prussiens, qui s'emparèrent du défilé, prirent le parc
+d'artillerie du onzième corps et tous ses bagages.</p>
+
+<p>Le duc de Tarente, n'ayant d'autre retraite que sur la Katzbach, et le
+gué de Schmogwitz, fit rétrograder les deux divisions du troisième corps
+qui n'avaient pu entrer en ligne. Elles passèrent ce gué et gravirent
+les hauteurs au pied desquelles coule la Katzbach, pendant que le
+onzième corps, acculé à la rivière, soutenait un combat inégal.</p>
+
+<p>Pendant la nuit, tout le reste de l'armée repassa la Katzbach. La gauche
+se rallia à Liegnitz et se retira sur Buntzlau. Le cinquième corps,
+attaqué le 27 devant Goldsberg par le corps de Langeron, fut forcé à la
+retraite. Dépourvu de cavalerie pour protéger son mouvement, il perdit
+dix-huit pièces de canon. Il arriva le soir à la hauteur de Löwenberg.
+Le 28, il repassa le Bober à Buntzlau avec les troisième et onzième
+corps. Les pluies avaient tellement enflé cette rivière, que ce point
+était le seul où il fût possible de la franchir.</p>
+
+<p>Dans les dispositions offensives faites par le duc de Tarente, la
+division Puthod, du cinquième corps, avait été dirigée, comme nous
+l'avons vu, sur Schönau, d'où elle devait marcher sur Jauer pour se
+réunir à l'armée. Elle se trouvait à Molkau pendant la bataille de la
+Katzbach. Quelque diligence qu'elle fit, elle ne put arriver à temps
+pour se réunir à son corps d'armée à Goldsberg, et, celui-ci forcé à la
+retraite, elle se trouva abandonnée. Le général Puthod se retira sur
+Hirschberg; mais, le pont étant rompu, et le Bober trop fort pour qu'on
+pût le rétablir, il descendit la rivière et arriva à Löwenberg le 29. Il
+y fit des efforts inutiles pour rétablir le pont. Suivi par le corps de
+Langeron, et ne pouvant se rendre à Buntzlau, où il avait été prévenu
+par le général Radrewicz et la cavalerie du général Koeff, le général
+Puthod se trouva enveloppé de toutes parts. Il prit la résolution
+généreuse de combattre jusqu'à extinction. Il s'établit sur les hauteurs
+de Plagwitz, en avant de Löwenberg, et attendit l'ennemi de pied ferme.
+Attaqué par deux divisions d'infanterie et une de cavalerie, il
+succomba, après avoir fait une défense opiniâtre. Cette courte campagne
+de cinq jours coûta à l'armée française dix mille hommes tués ou blessés
+et quinze mille prisonniers.</p>
+
+<p>Il est difficile de concevoir une opération plus mal conçue et plus mal
+conduite. La division des forces et leur éparpillement eurent lieu sans
+motif raisonnable. La marche en avant fut exécutée sans prudence et
+sans connaître les dispositions de l'ennemi. Cette offensive, prise sur
+un si grand front, et particulièrement à gauche, au lieu de l'appuyer à
+la droite, par où était la communication la plus courte et la plus
+directe avec Dresde, seul point de retraite de l'armée, est une de ces
+fautes qui paraissent incontestables. Le retard apporté dans les ordres
+donnés au troisième corps, et le croisement des colonnes, résultat d'une
+fausse direction, expliquent suffisamment la catastrophe.</p>
+
+<p>Ce revers, avec l'événement funeste de Culm, décidèrent du sort de la
+campagne. Le maréchal Macdonald, homme de courage, dont le caractère
+droit et honorable mérite l'estime et l'affection de tous ceux qui le
+connaissent, n'aurait jamais dû être chargé d'un semblable commandement;
+sa capacité, fort médiocre, le rend peu propre à un grand commandement.
+Le temps s'écoule avec lui en vaines paroles. Il a cette activité
+malheureuse de certains hommes qui se laissent absorber dans les
+circonstances les plus importantes par les détails les plus minutieux. À
+l'armée, il écrit lui-même les lettres relatives au service. Cette seule
+circonstance le fait connaître. Aussi aucune disposition ne fut-elle
+prise à temps et à propos. La confusion régna partout, et l'armée,
+diminuée d'un tiers, perdit en outre la confiance qui, jusque-là,
+l'avait animée.</p>
+
+<p>D'un autre côté, il est étrange que, dans son offensive, Blücher ne se
+soit pas appuyé aux montagnes de Bohême, et n'ait pas agi
+particulièrement par sa gauche. S'il eût manoeuvré de manière à arriver,
+après un succès, avant l'armée française à Löwenberg, il était maître de
+la communication la plus courte avec Dresde, et il pouvait rendre sa
+retraite plus difficile et plus périlleuse.</p>
+
+<p>L'Empereur partit de Dresde, le 3 septembre, avec sa garde et mon corps
+d'armée. S'il eût employé les quatre jours qui venaient de s'écouler à
+compléter ses succès dans la poursuite de la grande armée, il eût été le
+maître des événements. Il eût pu réparer sans peine les malheurs arrivés
+en Silésie. Toute compensation faite, il lui restait encore de grands
+avantages; mais le malheur de Vandamme et le désastre de Silésie firent
+une masse de maux trop grande pour pouvoir rétablir l'équilibre, surtout
+après le parti pris par les ennemis d'éviter dorénavant de combattre
+Napoléon en personne, et de se contenter de le harceler, de le fatiguer,
+et d'user ses troupes par des marches, jusqu'au moment où la diminution
+de ses forces mettrait entre les deux armées une telle disproportion,
+qu'il n'y aurait plus aucune incertitude dans le succès et le résultat
+de la lutte.</p>
+
+<p>Le 4, Napoléon, après avoir dépassé Bautzen, rencontra le duc de Tarente
+se disposant à évacuer les positions de Hohenkirchen, et à repasser la
+Sprée. Il l'arrêta, lui ordonna de se reporter en avant. L'avant-garde
+ennemie fut culbutée et se dirigea en arrière de Lauban.</p>
+
+<p>Le 5, l'Empereur porta la majeure partie de ses forces sur Reichenbach.
+L'ennemi se replia sur Görlitz, et se plaça derrière la Neisse à Lauban.
+Autant par suite du système dont j'ai rendu compte plus haut qu'à cause
+de l'arrivée prochaine de l'armée de Benningsen, puissant renfort, on
+devait s'attendre à voir Blücher se retirer plus loin si l'Empereur
+passait la Neisse. En conséquence, toute offensive de ce côté devant
+être sans résultat, et pouvant même avoir des conséquences funestes à
+cause du mouvement de la grande armée alliée sur Dresde, Napoléon quitta
+l'armée de Silésie le 8. Il la laissa en position à Hohenkirchen, après
+lui avoir donné pour renfort le huitième corps. Ce secours réparait en
+partie ses pertes, et la portait à une force d'environ soixante-dix
+mille hommes. Le duc de Tarente, au lieu de faire des démonstrations
+pour en imposer à l'ennemi, se tint tranquille, et annonça ainsi à
+Blücher le départ de Napoléon. Dès lors le général prussien se disposa
+à reprendre l'offensive.</p>
+
+<p>Je reçus en même temps l'ordre de me rendre à Camenz afin d'être, tout à
+la fois, à portée de l'Elster-Noir et de Lukau. Je devais être ainsi en
+mesure, suivant les circonstances, de faire une diversion en faveur du
+prince de la Moskowa, ou bien de me rendre à Dresde. Le 8, je me portai
+à Hoyerswerda, et je dirigeai une forte avant-garde sur Senftenberg et
+des coureurs dans la direction de Lukau. En même temps j'avais donné
+l'ordre au cinquième corps de cavalerie, commandé par le général
+Lhéritier, mis à ma disposition, de partir de Grossenhayn pour Roulau,
+afin de m'appuyer; mais dans la nuit je reçus l'ordre de me rapprocher
+de Dresde à marches forcées. Le 9, j'arrivai à Ottendorf, et, le 10, à
+Dresde, où je m'arrêtai. J'occupai la ville et le camp retranché. Je pus
+enfin faire reposer mes troupes. Mon corps d'armée avait marché, pendant
+vingt-deux jours, sans un seul séjour, livré un assez grand nombre de
+combats, et fait souvent des marches de douze lieues; mais il était bien
+organisé. L'esprit en était admirable. À l'exception des blessés, un
+très-petit nombre d'hommes seulement se trouvaient en arrière. Il ne
+manquait pas une pièce de canon, ni une voiture d'artillerie ou
+d'équipages.</p>
+
+<p>L'Empereur avait été rappelé à Dresde par les mouvements offensifs du
+prince de Schwarzenberg. En effet, l'avant-garde de Wittgenstein s'était
+avancée, le 5, à Peterswald, et le 6, à Berggieshübel, avec la division
+prussienne de Ziethen. Le prince Eugène de Wurtemberg, avec la
+cavalerie de Pahlen, débouchait sur Dippoldiswald, tandis que le
+général Klenau s'avançait vers Chemnitz. Le prince de Schwarzenberg,
+avec les corps autrichiens de Colloredo, Chasteler, Giulay et les
+réserves, avait pris la direction d'Aussig, pour y passer l'Elbe, et
+manoeuvrer sur la rive droite. Le 7, Wittgenstein occupa Pirna, et, le
+8, se porta vers Dohna où étaient réunis les premier, deuxième et
+quatorzième corps.</p>
+
+<p>L'Empereur, de retour, le 7, à Dresde, se rendit, le 8, au camp de
+Dohna. L'avant-garde de Wittgenstein fut culbutée. Ce général se replia
+sur Pirna. Le même jour, le prince de Schwarzenberg, en plein mouvement,
+fut instruit de la présence de Napoléon. Il se retira aussitôt, et vint
+prendre la position qu'il avait choisie en avant de Toeplitz. Le 9,
+Napoléon porta la plus grande partie de ses forces sur Liebenthal. Ce
+mouvement menaçant de tourner le corps de Wittgenstein, celui-ci se
+retira sur Nollendorf, où il fut joint par le corps de Kleist. Les
+troupes aux ordres de Klenau se rapprochèrent de Toeplitz, et vinrent
+prendre position au Sebastiansberg.</p>
+
+<p>Le 10, Napoléon vint à Baremberg. Le premier corps marcha sur
+Peterswald, et le quatorzième sur Fürstenwald. Le général Wittgenstein
+se replia sur Culm. Le 11, il s'avança de Fürstenwald vers le défilé du
+Geyersberg. La division du quatorzième corps, commandée par le général
+Bonnet, s'empara de la montagne; mais la difficulté du terrain empêcha
+d'y conduire de l'artillerie. Les obstacles pour déboucher, en présence
+de l'ennemi, dans une position inexpugnable, paraissant insurmontables,
+Napoléon renonça à l'attaquer, et se décida à retourner à Dresde. Il
+laissa le premier corps en position à Nollendorf, le quatorzième sur les
+hauteurs de Berna, en avant d'Ebersdorf. Le deuxième alla occuper
+Steinberg, et la jeune garde le camp de Pirna. L'Empereur dut sentir
+bien vivement alors la faute commise, il y avait onze jours, de n'avoir
+pas complété ses succès de Dresde par un mouvement à fond sur l'armée
+ennemie, au moment où elle repassait ces mêmes défilés dans un désordre
+incompatible avec une résistance sérieuse.</p>
+
+<p>Mais, pendant ces mouvements, de nouveaux désastres venaient accabler la
+portion de l'armée française qui avait reçu l'ordre de marcher sur
+Berlin. On a vu, le 4, le prince de la Moskowa remplacer le maréchal duc
+de Reggio, et prendre le commandement de l'armée. Dès le lendemain, 5
+septembre, il était en mouvement. La division Guilleminot, en tête du
+douzième corps, attaqua la division prussienne de Dobschutz, et la
+chassa de Zaahn. Plus tard, le corps de Tauenzien fut attaqué à Seida,
+et forcé à se retirer sur Dennewitz, où il prit position. Le soir,
+l'armée française occupait les positions suivantes: le quatrième corps
+à Neundorf, le douzième à Seida, et le septième entre les deux. L'armée
+ennemie était ainsi placée: Tauenzien à Dennewitz, Bulow à
+Klein-Lippsdorf, les Suédois et les troupes russes, sous les ordres du
+prince royal de Suède, sur les hauteurs de Lobez. Dans ces dispositions
+respectives, le prince de la Moskowa eut l'étrange idée de porter son
+armée sur Dahme pour prendre la route de Berlin, et de marcher
+directement sur cette ville. En conséquence, le 6, au matin, il continua
+son mouvement. Le quatrième corps fut chargé de s'emparer de Dennewitz,
+et de couvrir la marche de flanc qu'il opérait avec le reste de l'armée.</p>
+
+<p>L'ennemi résista à cette attaque, perdit Dennewitz; mais se soutint avec
+opiniâtreté en avant de Interburg. Pendant que Tauenzien était ainsi aux
+prises avec le quatrième corps, Bulow, qui d'abord avait pris position
+en avant d'Eckmannsdorf, débouchait par Wolmsdorf en arrière de l'armée
+française. Le septième corps fut alors obligé de prendre part au combat,
+et vint se former près de Niedergorsdorf. L'armée française était
+attaquée de front, de flanc, et à revers. Le douzième corps vint donc
+occuper le village de Goldsdorf, sur lequel tout le corps de Bulow était
+dirigé. Après diverses alternatives de bons et de mauvais succès,
+l'armée se concentra près de Rohrbeck. Les Saxons, placés au centre,
+ayant lâché pied, les deux corps français se trouvèrent séparés, et
+forcés à une retraite divergente. Celui de droite, le quatrième, se
+retira sur Dahme. Le douzième suivit la route que les fuyards avaient
+prise, par Schweidnitz, dans la direction de Torgau.</p>
+
+<p>Cette opération, si singulière, si absurde, ne peut s'expliquer.
+Exécuter une marche de flanc, en plein jour, aussi longue et aussi à
+portée d'une armée supérieure en forces, était l'opération la plus
+dangereuse et la plus imprudente, et dans quel objet? pour arriver avant
+l'ennemi sur la route de Berlin et marcher sur cette ville. Mais, en
+supposant, ce qui paraît impossible, cette marche exécutée avec un
+succès complet, à quoi aboutissait-elle? À placer l'armée ennemie sur le
+flanc et sur les derrières de l'armée française, ce qui aurait mis
+celle-ci dans le péril le plus évident, et l'aurait, en définitive,
+empêché de marcher sur Berlin. Si l'armée française était en état de
+prendre l'offensive, elle ne pouvait pas espérer de se rendre à la
+dérobée à Berlin. Il fallait qu'elle se résolût à livrer bataille. Dès
+lors, elle n'avait autre chose à faire que de marcher brusquement et
+rapidement par la route directe, et, après avoir enlevé Zaahn, se
+dirigeant sur Treuenbrietzen et Belitz, empêcher la réunion des corps
+ennemis qui étaient à une certaine distance les uns des autres, les
+battre en détail, après s'être placée ainsi au milieu d'eux. On croit
+rêver quand on approfondit les combinaisons qui furent faites alors et
+la manière dont on opéra.</p>
+
+<p>Le lendemain, 7, le douzième corps et les Saxons continuèrent leur
+mouvement sur Torgau. Le quatrième corps, attaqué à Dahme par une
+division de quatre mille Prussiens, commandée par le général Woheser, se
+mit également en marche pour Torgau, après avoir rompu les ponts de
+l'Elster. Le 8, il rejoignit le reste de l'armée sous le canon de
+Torgau. Cette opération coûta à l'armée française douze mille hommes
+tués, blesses, ou pris, et vingt-cinq pièces de canon.</p>
+
+<p>Ainsi, chaque jour, l'édifice de notre puissance s'écroulait pour ne
+plus se relever. Pendant que Napoléon était accouru à Dresde et avait
+marché sur la frontière de Bohême, l'armée ennemie de Silésie avait
+repris l'offensive. Dès le 9, elle s'était mise en mouvement. Le corps
+de Langeron passa la Neisse à Ostritz, au-dessus de Görlitz: celui de
+York entre Ostritz et Görlitz, et celui de Sacken, à Görlitz même.
+L'avant-garde française se retira des bords de la Neisse sur Reichenbach
+sans s'être engagée, et de là sur Hohenkirchen. Le corps de Poniatowski,
+attaqué par celui de Langeron a Lauban, se retira sur Neustadt.</p>
+
+<p>L'armée alliée fut rejointe, ce jour-là, par la division autrichienne de
+Bubna. Le 10, le duc de Tarente quitta la position de Hohenkirchen pour
+repasser la Sprée. Le 6, il était à Gordau, n'ayant plus que des
+avant-postes sur la Sprée. Enfin, le 12, le duc de Tarente se replia sur
+Bischofswerda, et le huitième corps vint de Neustadt à Stolpen. Le
+rapprochement de notre armée de Silésie à une petite marche de Dresde,
+sans avoir livré un seul combat, opéré en même temps que la perte de la
+bataille de Dennewitz, favorisait la réunion des trois armées qui nous
+entouraient. Elles pouvaient alors, à volonté, agir d'une manière
+simultanée.</p>
+
+<p>Je restai à Dresde jusqu'au 12 inclus. Pendant mon séjour, je vis
+beaucoup Napoléon. Dans la nuit du 12 au 13, je passai au moins trois
+heures avec lui à causer de la campagne. Il se livrait volontiers, avec
+moi, à la discussion de ses projets, et à l'examen des événements
+écoulés. Il n'était pas tranquille sur son issue, quoiqu'il affectât de
+la confiance. Il se plaignait de ses lieutenants, et il avait raison;
+mais pourquoi avait-il séparé ses forces, et disposé son plan de
+campagne de manière à rendre indispensable de confier de grands
+commandements à une grande distance de lui, à des hommes incapables de
+les exercer? Et puis, n'avait-il pas eu d'autres choix à faire?
+Saint-Cyr, un des premiers généraux de l'Europe, pour la guerre
+défensive, n'était-il pas merveilleusement propre à commander l'armée de
+Silésie, destinée à couvrir, par sa position, les autres armées, et à
+garder seulement le terrain qu'elle occupait? Il n'était pas ancien
+maréchal, il est vrai; mais, puisqu'il avait laissé à Macdonald des
+corps commandés seulement par des officiers généraux, il pouvait en
+faire autant pour Saint-Cyr, et, dès lors, il n'y avait plus de
+difficultés. Si les inconvénients du plan de campagne vicieux et les
+mauvais choix avaient amené tous les maux actuels, quel était le
+coupable? Je lui exprimai cette pensée avec modération et réserve; mais
+il n'était pas au bout de ses erreurs et au moment de réparer ses
+fautes. Il me dit que, probablement, la guerre allait changer de
+théâtre, et serait forcément portée plus en arrière; que les ennemis
+tenteraient sans doute le passage de l'Elbe avec les deux armées de
+Silésie et du Nord réunies; qu'alors il devait manoeuvrer de manière à
+empêcher leur jonction avec la grande armée; qu'il devenait
+indispensable de nettoyer ces pays des corps qui les parcouraient, et
+menaçaient nos établissements et nos communications, et que je
+commencerais le mouvement. Enfin, quand je le quittai, il me dit ces
+propres paroles: «L'échiquier est bien embrouillé; il n'y a que moi qui
+puisse s'y reconnaître.» Hélas! c'est lui-même qui s'est perdu dans ce
+labyrinthe!</p>
+
+<p>Le 13, je partis avec mon corps pour Grossenhayn. Là, je me réunis au
+roi de Naples, que j'y trouvai avec un corps nombreux de cavalerie. Le
+but de ce mouvement était de couvrir l'arrivée à Dresde de vingt mille
+quintaux de farine, arrêtés à Torgau et embarqués sur l'Elbe. Les
+dispositions de troupes convenables à ce but furent faites, et le convoi
+arriva heureusement à Dresde. Nous restâmes jusqu'au 25 dans cette
+position.</p>
+
+<p>Je vis journellement et familièrement Murat. Je le retrouvai bon
+camarade et sans prétention. Il se mit en frais d'amitié pour moi. Je
+payai cette bienveillance par la complaisance avec laquelle j'écoutai,
+chaque jour, les récits qui concernaient ses États. Il me parlait
+souvent surtout de l'amour que lui portaient ses sujets. Il y avait dans
+son langage une candeur risible, une conviction profonde d'être
+nécessaire à leur bonheur. Entre autres choses, il me raconta que,
+lorsqu'il devait quitter Naples en dernier lieu (et c'était une chose
+secrète), se promenant avec la reine, et entendant les acclamations dont
+il était l'objet, il dit à sa femme: «Oh! les pauvres gens! Ils ne
+savent pas le malheur qui les attend. Ils ignorent que je vais partir!»
+J'écoutai en souriant; mais lui, en faisant ce récit, était encore
+attendri des douleurs dont il avait été la cause.</p>
+
+<p>Cette réunion de troupes à Grossenhayn détermina Blücher à renforcer sa
+droite et à porter le corps de Sacken à Kamens. Ce mouvement décida le
+duc de Tarente à se rapprocher encore davantage de Dresde, et à prendre
+position à Harta. Les avant-postes de l'armée de Berlin étaient établis
+sur l'Elster noir. Pendant notre séjour à Grossenhayn, la grande armée
+recommençait des démonstrations offensives. L'ennemi se porta en avant
+et fit replier les corps français occupant les différents débouchés.
+Napoléon partit le 15 de Dresde avec sa garde, et vint à Berggieshübel;
+mais la disposition générale de l'armée ennemie était toute défensive,
+et la masse de ses troupes, placée dans le bassin de Toeplitz, en face
+des débouchés, occupait une position inexpugnable.</p>
+
+<p>Le 16 au matin, le prince de Schwarzenberg avait ses troupes placées de
+la manière suivante: le corps de Wittgenstein à Peterswald; la division
+Czenneville à Eichwald, sur la route de Zinnwald; celle du prince
+Maurice Liechtenstein, à Klostergraben; une avant-garde sous les ordres
+du général Longueville en avant d'Aussig, sur la route d'Eule; le corps
+de Kleist à Mariaschein; les grenadiers et les cuirassiers russes à
+Sabachleben; les gardes russe et prussienne à Toeplitz; le corps de
+Colloredo à Culm; celui de Meervelt à Aussig; celui de Giulay à Brunn;
+celui de Klenau à Marienwerder, et les réserves de cavalerie à Breslau.</p>
+
+<p>À midi, Napoléon continua son mouvement en avant. Le corps de
+Wittgenstein se replia sur Culm. La division Ziethen fut portée dans des
+abatis qui avaient été faits entre Tellenitz et Jutterbach. Le corps de
+Colloredo était appuyé à droite à Strekowitz. Napoléon occupa le soir
+les hauteurs de Nollendorf.</p>
+
+<p>Le 17, la division Ziethen, attaquée par la division Mouton-Duvernet, du
+premier corps, fut poussée sur Culm. Le combat s'engagea alors avec le
+corps de Wittgenstein. Les villages d'Arbesau, d'Islisich, de Jourdorf,
+furent emportés; mais le corps de Meervelt s'avança d'Aussig sur
+Nollendorf, tandis que celui de Colloredo s'avançait sur Neudorf et
+Kniemts. Il attaqua Arbesau, qui fut évacué. La jeune garde, qui
+l'occupait, en fut chassée après avoir fait des pertes considérables, et
+le premier corps se retira sur Nollendorf. Napoléon, voyant
+l'impossibilité de déboucher devant des forces aussi considérables,
+ramena ses troupes en avant de Berggieshübel, et rentra avec sa garde à
+Dresde le 18. Ce mouvement, recommencé pour la troisième fois, et
+fatigant pour les troupes, avait été encore sans résultat.</p>
+
+<p>Le prince de Schwarzenberg attendait pour agir que le corps de
+Benningsen, fort de soixante mille hommes, qui, dès le 17, avait sa tête
+à Löwenberg, fût rapproché davantage de Dresde.</p>
+
+<p>Napoléon voulut tenter de nouveau la fortune, et essaya d'éloigner
+Blücher. Il se rendit le 22 à Hatzan, et mit en mouvement les troisième,
+cinquième et onzième corps. L'avant-garde de Radrewitch fut attaquée à
+Bischofswerda. Forcée d'évacuer cette ville, elle se retira jusqu'à
+Gordau; mais Napoléon, ayant vu toute l'armée de Silésie en position à
+Bautzen, tandis que le corps de Sacken s'approchait sur sa gauche pour
+menacer la communication de Bischofswerda, ne se trouvant pas assez fort
+pour livrer bataille, se retira et ramena les troupes dans la position
+concentrée de Weissig, à deux lieues de Dresde. Il s'en tint encore à
+une simple démonstration.</p>
+
+<p>Le 24 et le 25, l'armée de Silésie, remplacée dans ses positions par
+l'armée de Benningsen, fit un mouvement général par sa droite pour se
+rapprocher de l'Elbe et de l'armée du Nord. Le corps de Tauentzien,
+appartenant à cette dernière armée, occupait déjà, depuis quelque temps,
+une position intermédiaire entre les deux armées et en établissait la
+liaison. Le corps de Sacken se présenta devant Grossenhayn pour couvrir
+ce mouvement. Le roi de Naples était retourné à Dresde, et j'avais sous
+mes ordres, outre le sixième corps d'armée, les premier et cinquième
+corps de cavalerie. Le 25 au soir, je reçus l'ordre de repasser l'Elbe à
+Meisson et de me porter sur Wurtzen et Eulenbourg.</p>
+
+<p>Le 26 au matin, je pris position sur les hauteurs de Wanterwitz,
+position formidable où j'étais en mesure de résister à des forces
+supérieures. J'avais laissé une forte arrière-garde, composée de la plus
+grande partie du cinquième corps de cavalerie. Celle-ci fut attaquée par
+une grande masse de Cosaques appartenant à l'armée de Silésie. Elle fut
+mise dans un grand désordre. Le général Lhéritier, son commandant,
+s'était fait une bonne réputation comme colonel: mais il n'avait pas
+assez de tête pour commander des forces considérables. Les défilés en
+arrière étant fort mauvais, il devenait important de ne pas laisser
+l'ennemi trop près de nous pendant notre marche. Je reportai cette
+cavalerie en avant, après l'avoir ralliée moi-même, sans autre secours
+que ma seule présence et quelques mots adressés aux premiers fuyards.
+Nous restâmes en repos le reste de la journée. Le 27, mon arrière-garde
+repassa l'Elbe. L'ennemi, ayant suivi immédiatement, voulut tenter un
+coup de main sur la tête de pont, mais il fut vaillamment repoussé par
+le 10<sup>e</sup> provisoire, composé d'un bataillon des 11<sup>e</sup> et 16<sup>e</sup> de ligne. Je
+laissai le général Cohorn, avec sa brigade, pour garder ce poste
+important, jusqu'à ce qu'il fût relevé par des troupes appartenant à un
+autre corps, et je me mis en route par Oschatz, Wurtzen et Eulenbourg.</p>
+
+<p>Pour expliquer ce qui va suivre, il faut maintenant que je fasse
+connaître la position du prince de la Moskowa. Après la défaite de
+Dennewitz, le prince de la Moskowa avait repassé l'Elbe à Torgau. Il
+avait réorganisé son armée. Le douzième corps avait été dissous, et la
+division bavaroise, qui s'y trouvait, envoyée à Dresde. Le restant des
+troupes, réuni à la division Guilleminot, avait été attaché au quatrième
+corps. Par suite cette armée ne se trouvait plus composée que de deux
+corps, le quatrième et le septième. Elle se mit en mouvement, le 25,
+pour descendre l'Elbe. Le 27, le prince de la Moskowa était à
+Oranienbürg avec le quatrième corps, et le septième à Dessau. Ces
+troupes observaient les ponts d'Acken et de Roslau. L'avant-garde
+suédoise, après avoir occupé Dessau, avait évacué cette ville, et
+s'était retirée sur la tête de pont. Là, un bataillon saxon déserta à
+l'ennemi avec armes et bagages. Un léger combat avec les Suédois fut
+livré en avant de Dessau. Toute l'armée du Nord, commandée par le prince
+royal de Suède, placée en face, sur la rive droite du fleuve, observait
+les garnisons de Wittenberg et de Torgau. Des opérations de siége
+furent même commencées par le général Bulow contre Wittenberg.</p>
+
+<p>D'un autre côté, depuis quelque temps, des détachements de troupes
+légères désolaient les derrières de l'armée française. Czernicheff avec
+ses Cosaques s'était avancé au delà de la Saale. Le général Tielemann,
+déserteur du service de Saxe, s'était porté avec un corps franc dans les
+environs de Leipzig, et se trouvait en liaison avec le colonel
+autrichien de Mensdorf, qui opérait dans les mêmes cantons.</p>
+
+<p>L'Empereur détacha vers ce point le général Lefebvre-Desnouettes avec
+quatre mille chevaux, pour donner la chasse à ces partisans; et, comme,
+en même temps, la route de Dresde à Chemnitz avait été interceptée par
+la brigade autrichienne de Scheilher, qui avait enlevé à Freyberg trois
+cents hussards westphaliens, le général Kleist faisant aussi des
+démonstrations de ce côté, il envoya à Freyberg le deuxième corps pour
+garder ce débouché. Le 11 septembre, Thielmann avait paru à Weissenfels,
+et inutilement attaqué un convoi en route pour Leipzig. Il fut plus
+heureux à Naumbourg, qu'il enleva. Il prit ensuite Mersebourg, et cinq
+cents hommes par capitulation. Là il fut attaqué par
+Lefebvre-Desnouettes, qui le battit. Il se retira sur Zeist et Zurchau,
+mais après avoir vu délivrer ses prisonniers, Lefebvre-Desnouettes vint
+ensuite occuper Altenbourg. Platow l'en chassa, non sans lui faire
+éprouver d'assez grandes pertes, par suite des mauvaises dispositions
+prises par le général français en se retirant. Il avait imprudemment
+livré combat en avant d'un défilé. Après cet échec, Lefebvre-Desnouettes
+se rendit d'abord à Weissenfels, et de là revint à Leipzig.</p>
+
+<p>Le 25 septembre, Czernicheff, parti avec trois mille chevaux d'Eisleben,
+arriva devant Cassel, dans la nuit du 27 au 28. Un bataillon
+d'infanterie, placé en avant de la ville et forcé dans sa position, se
+retira après avoir éprouvé quelque perte. Jérôme Bonaparte, roi de
+Westphalie, voyant les symptômes d'une insurrection, s'éloigna, laissant
+le général Alix pour défendre Cassel avec deux bataillons.</p>
+
+<p>Le 30, Czernicheff fit attaquer Cassel et s'en empara, aidé d'un
+mouvement national qui éclata en sa faveur. Après avoir proclamé, au nom
+des souverains alliés, la dissolution du royaume de Westphalie, il
+évacua la ville en emportant tout ce qu'elle renfermait de richesses
+publiques transportables et après avoir organisé une insurrection
+systématique dans cette portion de l'Allemagne.</p>
+
+<p>Le 29, au matin, j'arrivai à Wurtzen. J'y reçus une lettre du duc de
+Padoue qui commandait à Leipzig. Il m'annonçait la présence de l'ennemi,
+et la crainte d'être obligé d'évacuer cette ville. Je continuai mon
+mouvement sans perdre un moment, et j'arrivai, le soir même du 28, à
+Leipzig avec la tête de mes forces. Je mis le reste à portée, je
+nettoyai les environs des ennemis qui s'y trouvaient. Je restai dans
+cette position jusqu'au 3.</p>
+
+<p>Le 2 octobre, Blücher se décida à prendre l'offensive. Il se porta, avec
+les corps de Bulow et de Tauentzien, au confluent de l'Elster et de
+l'Elbe, jeta, dans la nuit, deux ponts et opéra son passage. Le général
+Bertrand, chargé de s'y opposer, occupant une position avantageuse,
+résista pendant la plus grande partie de la journée; mais, vers les cinq
+heures, il fut forcé, et opéra sa retraite dans la direction de Dessau.
+Pendant ce temps, les Suédois avaient débouché par le pont de Roslau, et
+s'étaient avancés sur Dessau. Le maréchal Ney, avec le septième corps,
+et rejoint par le quatrième, se replia, remonta la rive gauche de la
+Moldau, et occupa Bittersfeld et Düclitsch. Informé de ces événements
+dans la nuit du 3 au 4, je me rendis, en toute hâte, avec mon corps, à
+Düben, afin d'offrir un point d'appui au général Bertrand, et de
+favoriser sa retraite. Je recueillis effectivement les troupes
+wurtembergeoises qui faisaient partie de son corps et qui s'y étaient
+retirées, le reste de ce corps ayant rejoint la septième. L'ennemi se
+présenta bientôt en force devant moi. Le poste de Düben n'étant pas
+tenable, je repassai la rivière, et pris position en face. Une berge
+élevée, à une demi-portée de canon de la ville, me donnait tous les
+moyens de défendre avec succès ce défilé. L'ennemi fit plusieurs
+tentatives pour déboucher; mais il fut constamment repoussé.</p>
+
+<p>Je plaçai de la cavalerie en observation sur la rive gauche de la
+rivière, pour me lier avec les troupes du maréchal Ney.</p>
+
+<p>Dans cette position nous pouvions attendre ce que ferait l'ennemi; mais
+tout à coup, celui-ci ayant présenté des forces considérables en face de
+Bittersfeld sur la rive droite, le maréchal Ney s'effraya de sa
+position, et, quoique l'ennemi n'eût rassemblé aucun moyen de passage,
+et montré aucune disposition de le tenter, le maréchal Ney me fit
+prévenir qu'il se retirait sur Kamens. Ce mouvement laissait ma gauche
+tout à fait à découvert et compromettait beaucoup ma position. Me
+retirer cependant, en plein jour, étant aussi rapproché de l'ennemi,
+était fort délicat. Je masquai mes préparatifs et mon mouvement aussi
+bien que possible, et je l'effectuai sans accident, avec précision et
+vitesse. J'allai prendre la belle position de Hohen Priegnitz, en liant
+ma gauche avec le prince de la Moskowa, auquel je demandai une entrevue
+pour pouvoir arrêter avec lui ce qui nous restait à faire. Nous ne pûmes
+nous comprendre. Il fut impossible de lui faire entendre que rien ne
+pressait dans nos mouvements de retraite, et qu'il fallait attendre que
+l'ennemi se montrât en force pour se retirer. Le maréchal Ney, brave et
+intrépide soldat, homme de champ de bataille, n'entendait rien à la
+combinaison des mouvements. Son esprit s'effrayait de ce qu'il ne voyait
+pas. Jamais les calculs ne dirigeaient ses actions. C'était toujours
+chez lui le résultat de la sensation du moment et comme un effet de
+l'état de son sang. Il pouvait s'en aller aussi bien devant trente mille
+hommes en ayant cinquante qu'en attaquer cinquante avec vingt.
+Toutefois, dans la circonstance, il était dans une disposition de
+crainte irréfléchie et exagérée. Il ne voulut pas s'arrêter, quoique des
+troupes légères seules fussent en présence.</p>
+
+<p>Ce maréchal ayant continué son mouvement, j'allai occuper le même jour,
+6, les hauteurs d'Eulenbourg où je campai. Leipzig se trouvant de
+nouveau menacé, dès le lendemain je me portai sur cette ville, par
+Taucha, afin de la couvrir, et de protéger l'arrivée d'un convoi retenu
+à Naumbourg. Je l'y fis entrer.</p>
+
+<p>Le 8, ayant fait une forte reconnaissance du côté de Delitzsch, je
+trouvai devant moi des forces de cavalerie assez considérables; mais
+elles se retirèrent après une légère résistance.</p>
+
+<p>Pendant que ces divers mouvements s'opéraient, Napoléon fit les
+dispositions suivantes. Il laissa le maréchal Saint-Cyr à Dresde, avec
+les premier et quatorzième corps, et les chargea de garder les débouchés
+de la Bohême de ce côté. Le cinquième corps reçut l'ordre de se rendre à
+Freyberg avec le huitième. Réunis au deuxième, ces trois corps furent
+mis aux ordres du roi de Naples, et chargés de couvrir les débouchés de
+la Bohême sur Leipzig. Le 7, Napoléon se mit en mouvement pour descendre
+l'Elbe et se rapprocher de l'armée de Silésie, que son intention était
+de combattre. Il partit avec les troisième et onzième corps et sa garde.
+Le 9, il s'avança à Eulenbourg, où il fut rejoint par les quatrième et
+septième corps. Le même jour, je me portai, conformément à ses ordres,
+dans la direction de Düben, et je campai à la hauteur d'Eulenbourg. Une
+très-nombreuse cavalerie était devant moi et je dus marcher avec lenteur
+et précaution, n'ayant plus avec moi les premier et cinquième corps de
+cavalerie. Je trouvai l'ennemi formé près de Koblein, soutenu par une
+nombreuse artillerie: mais il n'entreprit rien de sérieux et se retira
+après un engagement de trois quarts d'heure environ. Le 10, je me
+réunis, à Düben, à l'Empereur, et j'occupai Delitzsch par une division
+et de la cavalerie.</p>
+
+<p>L'armée de Silésie s'était retirée brusquement de Düben, et repliée sur
+le prince royal de Suède. Le corps de Sacken, s'étant trouvé en retard,
+fut obligé de repasser la Muldau à Ragika. Les deux armées du prince de
+Suède et de Blücher se trouvèrent réunies à Zerlig.</p>
+
+<p>Le 11, l'Empereur donna l'ordre au général Régnier de passer l'Elbe à
+Wittenberg, et le maréchal Ney, avec le troisième corps, marcha sur
+Dessau. Le 12, Dessau fut emporté, et la division prussienne qui
+l'occupait se retira sur Roslau, après avoir perdu trois mille hommes,
+tandis que le général Régnier poussait la division Thumen par la rive
+droite, également sur Roslau. Le général Tauentzien continua sa retraite
+sur Zerbst. Le 13, le septième corps rentra à Wittenberg. Les deux
+armées ennemies se trouvèrent de nouveau séparées: celle de Silésie sur
+Halle, et celle du prince royal de Suède sur Bernbourg. Le 30, le
+prince de Suède passa la Saale et se porta sur Cöthen.</p>
+
+<p>Le 11, je me portai sur Bittersfeld pour y faire une forte
+reconnaissance. Je pris avec moi ma cavalerie et une division
+d'infanterie. J'acquis la certitude que toute l'armée ennemie était en
+deçà de l'Elbe. Je revins à Düben, et j'en rendis compte à l'Empereur.</p>
+
+<p>Napoléon se trouvait alors avec cent trente mille hommes réunis et
+disponibles. C'était assurément l'occasion d'agir offensivement d'une
+manière décidée, de changer le théâtre de la guerre et le système de
+démonstration impuissante de mouvements de va-et-vient qui avaient si
+fort diminué ses forces, et l'avaient fait si rapidement déchoir. Une
+offensive vive sur Blücher et le prince royal de Suède, qui l'aurait
+porté au delà de la Saale, sur la ligne d'opération de l'ennemi, ou bien
+sur l'Elbe, lui promettait les avantages les plus décisifs. Ces
+manoeuvres lui étaient faciles, puisqu'il possédait toutes les places
+situées sur le fleuve. Il aurait pu, avec promptitude, se mouvoir sur
+les deux rives. Huit jours d'opérations énergiques lui faisaient
+détruire les forces qu'il avait devant lui. Il pouvait rétablir ainsi
+ses affaires et rappeler la victoire sous ses drapeaux. En faisant cette
+opération il augmentait son armée d'une partie des garnisons des
+places: il appelait à lui le corps de Davoust qui lui aurait amené plus
+de vingt mille hommes, en laissant encore les forces nécessaires à la
+garde de Hambourg; il se faisait joindre par le corps d'Augereau, appelé
+de Würzbourg, et déjà arrivé sur la Saale, et, dans tous les cas, il
+avait ses communications libres avec la France par le Bas-Rhin.</p>
+
+<p>Dans ce système, les trois corps, deuxième, cinquième et huitième, avec
+lesquels manoeuvrait Murat, se seraient retirés lentement sur lui,
+auraient couvert Leipzig aussi longtemps que possible. Pour complément,
+il aurait envoyé, par des émissaires, l'ordre au maréchal Saint Cyr
+d'évacuer Dresde, pour se rendre à grandes marches sur Wittenberg et
+Torgau, par la rive droite de l'Elbe. Enfin on peut ajouter que la
+nécessité d'abandonner Dresde, vu la marche des événements et la
+direction qu'avait prise la guerre, aurait dû être sentie d'avance, et
+lui faire naître, de bonne heure, l'idée d'évacuer de cette ville les
+malades et les blessés, afin de rendre mobiles et disponibles les deux
+corps d'armée chargés de défendre cette place, ou plutôt ce camp
+retranché. Enfin il devait être informé des dispositions hostiles de la
+Bavière. En s'éloignant de cette puissance, il y échappait ou retardait
+au moins son action contre lui; mais, au lieu d'envisager les nouvelles
+nécessités que les circonstances lui imposaient, il resta indécis,
+voulut tout conserver à la fois. Il perdit tout pour avoir voulu tout
+garder.</p>
+
+<p>On ne reconnaît plus Napoléon pendant cette campagne. J'eus une longue
+conversation avec lui à Düben. Jamais cette conversation n'est sortie de
+ma mémoire. Quand j'étais à portée de lui, il était dans l'usage de
+m'envoyer chercher pour me parler de ses projets et des différentes
+choses qui l'occupaient d'une manière particulière. Un usage, fort
+commode pour lui, assez bien entendu, mais insupportable pour les
+autres, lui donnait beaucoup de temps à employer ainsi. Lorsque les
+mouvements de son quartier général le permettaient, il se couchait à six
+ou sept heures du soir, se levait à minuit ou à une heure. Les rapports
+arrivant, il se trouvait ainsi tout prêt à les lire et à donner des
+ordres en conséquence; mais pour ceux qui avaient marché ou combattu
+pendant la journée, pour ceux qui, à la fin du jour, avaient fait les
+rapports, disposé tout pour opérer le lendemain, et devaient dormir la
+nuit pour se reposer, c'était une chose terrible que de renoncer, au
+commencement d'un sommeil réparateur, à son action bienfaisante, et
+d'aller ainsi prendre part à une conversation plus ou moins
+intéressante.</p>
+
+<p>Après donc être rentré de ma reconnaissance de Bittersfeld, et lui avoir
+fait mon rapport, je venais de me coucher quand on vint me chercher de
+la part de l'Empereur. Il me parla de sa position et des divers partis
+qu'il avait à prendre. J'insistai de toutes mes forces pour celui dont
+je viens de parler et qui, seul, pouvait le sauver. Son unique moyen de
+salut, selon moi, en ce moment, était de s'éloigner des champs de
+bataille de la Bohême, puisque plus tôt il n'avait pas voulu la
+conquérir, et enfin de quitter les défilés qui lui avaient été si
+funestes. Il ne put se décider à l'évacuation volontaire de Leipzig. Il
+ne prévoyait pas que, huit jours plus tard, il y serait forcé, sous de
+bien autres auspices, au milieu de désastres et d'une confusion qui ont
+achevé sa ruine. Il se disposait, au contraire, à aller combattre sous
+les murs de cette ville. Je discutai en détail, avec lui, sur les
+inconvénients de choisir un semblable champ de bataille, au fond d'un
+entonnoir, en avant d'horribles défilés, longs et faciles à boucher;
+mais il me répondit ces paroles mémorables et qui montrent les illusions
+dont il était encore rempli: «Je ne combattrai qu'autant que je le
+voudrai. Ils n'oseront jamais m'y attaquer.»</p>
+
+<p>La conversation se porta naturellement sur les événements de la
+campagne. J'en fis la critique avec franchise. Je lui fis remarquer que
+nos pertes énormes, indépendamment de celles éprouvées sur le champ de
+bataille, venaient essentiellement du manque de soins, de vivres et de
+secours de toute espèce qui avaient été refusés aux soldats. J'établis
+enfin que, si Dresde avait contenu les approvisionnements nécessaires
+pour nourrir l'armée, si les hôpitaux avaient été pourvus de tout ce
+dont ils avaient besoin pour que les malades et les blessés reçussent
+des secours convenables, son armée serait plus forte de cinquante mille
+hommes, et certes cette évaluation n'était pas au-dessus de la vérité.
+«Alors, ajoutai-je, indépendamment de l'intérêt qu'il y a à sauver la
+vie à cinquante mille hommes, vous auriez été dispensé, pour conserver
+la même force à votre armée, d'ordonner une levée de cinquante mille
+conscrits. Au lieu d'avoir en espérance cinquante mille hommes, vous
+auriez en réalité cinquante mille vieux soldats aguerris, et sur le
+terrain même des opérations. Ces cinquante mille soldats à lever, à
+habiller, à armer, à faire arriver, coûteront sans doute bien cinquante
+millions. Or, en supposant, ce qui est énorme, que l'augmentation de
+dépense exigée par un meilleur entretien de l'armée se fût élevée à
+vingt-cinq millions, il en résulte que cette dépense de vingt-cinq
+millions, faite à propos, vous eût épargné cinquante mille hommes et
+vingt-cinq millions.» Je lui fis cette démonstration la plume à la main.
+Elle était sans réplique. Vaincu par l'évidence, il me répondit avec
+humeur: «Si j'avais donné cette somme, on me l'aurait volée, et les
+choses seraient dans le même état.»</p>
+
+<p>Il n'y avait rien à répliquer à cette étrange réponse qu'une chose,
+c'est qu'il fallait alors renoncer à gouverner et à administrer.
+Napoléon a toujours été dans l'usage de prodiguer les moyens pour créer
+de nouvelles forces; mais jamais il n'a voulu faire le moindre sacrifice
+pour entretenir celles qui existaient, et sans doute la raison commande
+une marche inverse.</p>
+
+<p>Cette conversation, une des plus longues que j'aie jamais eues tête à
+tête avec Napoléon, car elle dura plus de cinq heures, ayant commencé
+vers une heure après minuit et n'ayant fini qu'après le déjeuner, qui
+eut lieu à six heures du matin, varia beaucoup dans son objet. Elle
+changea de nature plusieurs fois, et embrassa des questions générales,
+comme il arrivait souvent avec lui. Il se plaignait de l'abandon de ses
+alliés. Il disait qu'ils lui avaient manqué de parole. À cette occasion,
+il fit la distinction de ce qu'il appela l'homme d'honneur et l'homme de
+conscience, en donnant la préférence au premier, parce que, avec celui
+qui tient purement et simplement sa parole et ses engagements, on sait
+sur quoi compter, tandis qu'avec l'autre on dépend de ses lumières et
+de son jugement. «Le second, dit-il, est celui qui fait ce qu'il croit
+devoir faire, ce qu'il suppose être le mieux.» Puis il ajouta: «Mon
+beau-père, l'empereur d'Autriche, a fait ce qu'il a cru utile aux
+intérêts de ses peuples. C'est un honnête homme, un homme de conscience,
+mais ce n'est pas un homme d'honneur. Vous, par exemple, si l'ennemi,
+ayant envahi la France et étant sur la hauteur de Montmartre, vous
+croyiez, même avec raison, que le salut du pays vous commande de
+m'abandonner et que vous le fissiez, vous seriez un bon Français, un
+brave homme, un homme de conscience, et non un homme d'honneur.» Ces
+paroles, prononcées par Napoléon, et adressées à moi le 11 octobre 1813,
+ne portaient-elles pas l'empreinte d'un caractère tout à fait
+extraordinaire? n'ont-elles pas quelque chose de surnaturel et de
+prophétique? Elles sont revenues à ma pensée après les événements
+d'Essonne. Elles m'ont fait alors une impression que l'on conçoit, et
+qui jamais ne s'est effacée de ma mémoire.</p>
+
+<p>Pendant que Napoléon s'était porté sur la Muldau et campait à Düben, la
+grande armée de Bohême était entrée en mouvement. Le corps de Colloredo
+et l'armée de Benningsen s'étaient portés sur Zeist et Pirna. Le 9, ce
+mouvement offensif continua. Le 10, Benningsen, arrivé devant Dresde, où
+les deux corps français s'étaient retirés, laissa devant cette place
+Tolstoï avec vingt mille hommes, et marcha sur Leipzig avec le reste de
+ses forces, en se dirigeant par Nossen et Colditz.</p>
+
+<p>Dès le 6, la grande armée de Schwarzenberg avait commencé aussi à se
+mettre en marche. Le général Klenau vint devant Penig, où était une
+division du huitième corps, et Wittgenstein devant Altenbourg, où était
+l'autre partie de ce corps d'armée, et Poniatowski en personne. La route
+de Freyburg à Chemnitz fut rouverte en chassant la division Murrai de la
+position qu'elle occupait près de Flohe, et le troisième corps d'armée,
+aux ordres du roi de Naples, opéra avec la cavalerie par sa droite pour
+se rapprocher de Leipzig et couvrir cette ville contre les troupes qui
+débouchaient de la Bohême. Enfin les deux armées étaient, le 13, en
+présence près de Leipzig. Les Français occupaient Wachau et
+Liebertwolkwitz, ayant une avant-garde vers Groebern et Goffa.</p>
+
+<p>Le 14, le prince de Schwarzenberg fit faire une reconnaissance générale
+par les corps de Wittgenstein et de Klenau. Un combat de cavalerie fut à
+notre avantage, et chacun rentra le soir dans ses positions.</p>
+
+<p>Le corps commandé par le maréchal duc de Castiglione, appelé de
+Würzbourg, où il était trop faible pour résister aux attaques de l'armée
+bavaroise, qui d'alliée allait devenir ennemie et quitter l'Inn pour
+marcher sur nos communications, était arrivé, le 9 octobre, à Naumbourg.
+Le prince Maurice de Liechtenstein, envoyé à sa rencontre, voulut lui
+barrer le chemin entre Naumbourg et Weissenfels; mais le maréchal le
+chassa devant lui. Il arriva le 18 à Leipzig, tandis que le corps de
+Giulay, aussi dirigé de ce côté dans le même but, entrait à
+Weissenfelds, qui venait d'être évacué.</p>
+
+<p>Le 12, je reçus l'ordre d'aller prendre position à Delitzsch, et j'en
+chassai l'ennemi; mais, ayant été mis à la disposition du roi de Naples,
+je fus appelé par lui de la manière la plus pressante, et je partis
+immédiatement. Je me rendis, à marches forcées, de l'autre côté de
+Leipzig, et j'allai prendre position à Stoetteritz le 13 au soir.</p>
+
+<p>Dans la nuit, je reçus l'ordre de l'Empereur de rétrograder, et de
+chercher une position au nord de Leipzig, qui couvrit cette ville du
+côté de Halle et de Landsberg. J'avais déjà assez parcouru le pays pour
+connaître cette position existante à une lieue et demie de Leipzig, à
+Liebenthal et Brettenfeld, sur le terrain même où Gustave-Adolphe
+combattit, il y avait alors cent quarante-deux ans, et avait remporté
+une victoire signalée. J'allai l'occuper; après avoir reconnu avec soin
+et détail le champ de bataille, je m'assurai qu'il était trop vaste
+pour mon corps d'armée; mais qu'avec des travaux d'une exécution
+facile, et trente mille hommes, je pouvais tenir en échec, pendant
+vingt-quatre heures, les armées du Nord et de Silésie. J'en rendis
+compte à Napoléon, qui me prescrivit d'exécuter sans retard les travaux,
+et m'annonça que, le moment venu, j'aurais le troisième corps à ma
+disposition, ce qui porterait ma force au nombre d'hommes que j'avais
+déterminé. Je me mis à la besogne, et ne négligeai rien pour remplir la
+tâche imposée. Je fis faire de nombreux abatis dans le bois, en avant de
+Liebenthal et en arrière de Radfeld. Puis je l'occupai fortement. Ce
+bois devint comme une forteresse. Badfeld fut aussi occupé par mon
+avant-garde, qui en chassa un corps de cavalerie considérable, soutenu
+par une artillerie assez nombreuse.</p>
+
+<p>Pendant la journée du 15, les troisième, quatrième, septième et onzième
+corps, et la garde, firent leur mouvement sur Leipzig, qu'ils
+traversèrent. Les troisième et quatrième restèrent à Eustritz, en
+arrière de moi. Le onzième et la garde allèrent se mettre en ligne
+contre la grande armée, et le septième se porta sur Taucha.</p>
+
+<p>Le 15, dans la journée, des sapeurs, pris deux jours auparavant près de
+Delitzsch, conduits au quartier général à Halle, et qui s'étaient
+échappés, m'informèrent de la marche des armées combinées du Nord et de
+Silésie. D'après ces rapports, elles devaient être en présence, selon
+toutes les apparences, le lendemain, 16, au matin.</p>
+
+<p>J'en prévins Napoléon, dont le quartier général était à Reudnitz, près
+de Leipzig. Le 15, au soir, la cavalerie et l'artillerie, que j'avais
+devant moi, furent soutenues par de l'infanterie. Je fis replier mes
+postes éloignés, jetés sur les bords de l'Elster. J'en donnai avis à
+l'Empereur. Vers dix heures du soir, je montai sur le clocher de
+Liebenthal, et je pus voir de mes yeux tous les feux de l'armée ennemie.
+L'horizon en était embrasé. Je me hâtai d'en rendre compte à l'Empereur
+et de lui rappeler que ma position exigeait trente mille hommes. Je lui
+demandais de ne pas perdre un moment pour mettre à ma disposition le
+troisième corps qu'il m'avait promis.</p>
+
+<p>J'attendais avec impatience le résultat de mes rapports et les effets
+qui en seraient la suite, quand, le 16, à huit heures du matin, je reçus
+une lettre de Napoléon, apportée par un de ses officiers d'ordonnance,
+appelé Lavesaut. Dans cette lettre, il critiquait tous mes rapports et
+leur conclusion. Il prétendait que j'étais dans une erreur complète. Je
+n'avais, disait-il, personne devant moi. Il me donnait en conséquence
+l'ordre de me retirer immédiatement sur Leipzig, de traverser cette
+ville, et de venir former la réserve de l'armée<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a>
+<a href="#footnote5"><sup class="sml">5</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote5" name="footnote5"><b>Note 5: </b></a>
+<a href="#footnotetag5">
+(retour) </a> Dans une lettre datée du 15 octobre, au soir, le major
+général m'écrit: «Dans le cas où l'ennemi déboucherait devant vous en
+grande force, votre corps, celui du général Bertrand et celui du prince
+de la Moskowa sont destinés à lui être opposés.»
+
+<p>Ces dispositions étaient parfaitement sages et raisonnables.</p>
+
+<p>Or la marche de l'ennemi était prouvée par le rapport des sapeurs faits
+prisonniers le 13, échappés et arrivés près de moi le 15, rapport que
+j'avais fait connaître à l'Empereur.</p>
+
+<p>Son arrivée était prouvée par la présence de l'infanterie, devant
+laquelle mes avant-postes s'étaient repliés.</p>
+
+<p>Elle l'était encore par la vue des feux de toute l'armée, qui
+s'apercevaient du clocher de Liebenthal, et dont j'avais rendu compte à
+neuf heures du soir.</p>
+
+<p>Et, avec ces documents,</p>
+
+<p>On donne l'ordre, le 16 au matin, au général Bertrand de marcher sur
+Lindenau;</p>
+
+<p>Au troisième corps, de venir à la grande armée;</p>
+
+<p>Et au sixième, de traverser Leipzig et de s'établir entre Leipzig et la
+grande armée!</p>
+
+<p>Napoléon ne regardait alors comme vrai que ce qui entrait dans ses
+combinaisons et son esprit.</p>
+
+<p>(<i>Voir les pièces justificatives.</i>)</p></blockquote>
+
+
+<p>Un pareil ordre, dans des circonstances semblables, devait être
+promptement exécuté. Je ne pouvais m'y tromper: l'Empereur était tombé
+dans une erreur grossière; mais du moment où il ne m'envoyait pas le
+troisième corps, indispensable à cause de l'étendue de la position à
+défendre je devais bien me garder d'y rester. D'ailleurs, les ordres
+étaient précis; et, à moins que les coups de canon ne viennent
+contrarier l'exécution d'un ordre de mouvement, il n'y a plus d'armée ni
+de succès possible quand on délibère à cette occasion et quand on hésite
+à l'exécuter.</p>
+
+<p>Grâce à la bonne organisation de mes troupes, à leur instruction et à
+leur discipline, une demi-heure après l'ordre reçu, elles étaient
+formées en six colonnes parallèles, et en marche pour se rendre à
+Leipzig. Mais, à peine le mouvement commencé, l'ennemi déboucha sur
+nous. Une forte avant-garde occupait le village de Radfeld. Elle était
+commandée par un général d'une grande valeur et d'une grande capacité,
+homme d'un nom militaire illustre, le général Cohorn. Elle fut forcée à
+se retirer; mais elle le fit avec lenteur et en bon ordre. Une brigade
+de cavalerie légère wurtembergeoise, faisant partie de mon corps d'armée
+et qui se trouvait à l'avant-garde, se conduisit aussi avec valeur et
+courage. C'était le dernier mouvement d'honneur et de fidélité du
+général Normam, et de ses soldats. Quelques heures plus tard, ils nous
+furent funestes au lieu de nous être utiles. La deuxième division,
+commandée par le général Lagrange, resta en arrière pour soutenir
+l'arrière-garde et la recueillir. Quand tout fut en ordre et
+convenablement disposé, le mouvement continua sur Leipzig en échangeant
+à chaque moment des coups de canon avec l'ennemi.</p>
+
+<p>L'opinion de Napoléon n'était plus susceptible de discussion. L'ennemi
+était là, nous étions aux prises avec lui. C'était toute l'armée de
+Silésie qui était en présence et avec laquelle nous avions affaire. Nous
+ne pouvions plus aller sur le champ de bataille au sud de Leipzig.
+Entrer même à Leipzig, et nous former derrière la Partha était chose
+périlleuse. Passer un défilé comme celui que nous avions devant nous,
+défilé soumis à l'action des hauteurs qui le dominent immédiatement,
+pouvait produire une grande confusion, et amener une catastrophe. Le
+général Bertrand, ayant reçu l'ordre de balayer l'ennemi sur les
+derrières de l'armée et d'ouvrir le débouché de Lindenau, s'était mis en
+marche immédiatement pour l'exécuter. Mais le troisième corps pouvait
+être encore à Leipzig, et à portée de me soutenir. J'avais reconnu une
+position, moins bonne que celle de Liebenthal, mais plus resserrée et
+plus rapprochée de la ville, celle dont la droite est à Eustritz et la
+gauche à Meckern. J'envoyai un officier auprès du maréchal Ney, qui
+était à Leipzig et auquel l'Empereur avait donné le commandement
+supérieur, pour savoir si le troisième corps s'y trouvait encore. Il me
+fit répondre affirmativement et dire que je pouvais en disposer. Je
+n'hésitai plus à m'arrêter, à prendre position et à livrer bataille.
+J'arrêtai mes colonnes sur le plateau et je formai ma ligne de bataille.
+L'attaque de l'ennemi ne pouvait venir que par notre gauche. Notre
+droite était en arrière, appuyée et couverte par une petite division
+polonaise, commandée par le général Dombrowsky, et qui, placée de
+l'autre côté du ruisseau marécageux et encaissé qui coule à Eustritz,
+prenait ainsi, de revers, la gauche de l'ennemi. Je devais donc conclure
+que ce serait sur ma gauche et sur Meckern que l'ennemi se porterait. En
+conséquence, je fis faire un changement de front oblique, par brigade,
+la droite en avant, ce qui forma mon corps d'armée en six lignes,
+présentant ainsi de nombreuses réserves. Meckern fut confié au 2<sup>e</sup>
+régiment de marine. Toute mon artillerie fut placée sur le point le plus
+élevé de la ligne occupée par mon corps d'armée. Mes quatre-vingt-quatre
+pièces de canon furent disposées pour arrêter l'ennemi. Douze pièces de
+douze, entre autres, avaient pour objet de flanquer, d'une manière
+avancée, la droite du village de Meckern.</p>
+
+<p>L'ennemi attaqua, avec impétuosité, le village de Meckern, et fit
+soutenir cette attaque par le feu d'une nombreuse artillerie qui se
+développa en face de mon front. Mais tous ses efforts furent longtemps
+impuissants. Après des attaques réitérées sur le village, une partie fut
+évacuée, mais bientôt reprise par le même régiment qui le défendait et
+qui fut ramené à la charge. Culbutés de nouveau, le 4<sup>e</sup> de marine et le
+37<sup>e</sup> léger furent successivement portés sur Meckern, où semblait être
+toute la bataille. Ils le reprirent et le conservèrent longtemps, ainsi
+qu'on devait l'attendre d'aussi bonnes troupes, malgré les efforts
+constants de l'ennemi et les troupes fraîches qui renouvelaient les
+attaques. En ce moment, j'éprouvais une vive impatience de l'arrivée du
+troisième corps que le maréchal Ney m'avait annoncé. S'il se fût trouvé
+à ma disposition, comme j'étais autorisé à y compter, il eût débouché
+par ma droite, et un mouvement offensif sur la gauche de l'ennemi aurait
+assuré le gain de la bataille, c'est-à-dire la conservation de notre
+position pendant toute la journée.</p>
+
+<p>Il y avait plus de quatre heures que nous combattions avec acharnement.
+L'ennemi avait fait des pertes énormes par la supériorité du feu de
+notre artillerie, et son action foudroyante sur ses masses, quand il
+exécuta une nouvelle charge. Elle avait échoué comme les précédentes et
+produit un grand désordre parmi ses troupes. Je donnai l'ordre, à la
+brigade de cavalerie wurtembergeoise, commandée par le général Normam,
+de charger cette infanterie présentant à la vue la plus grande
+confusion. Elle refusa d'abord d'exécuter mes ordres, et, le moment
+passé, il n'y avait plus rien à entreprendre de bien utile. À l'arrivée
+d'un second ordre, elle s'ébranla cependant; mais elle se jeta sur un
+bataillon du 1<sup>er</sup> régiment de marine, le culbuta au lieu de se précipiter
+sur l'ennemi qui se rétablit et recommença son offensive.</p>
+
+<p>Cependant les choses continuaient à se balancer, malgré la disproportion
+des forces, lorsqu'au moment d'une nouvelle attaque de l'ennemi la
+batterie de douze, dont l'effet était si favorable et si puissant, fut
+tout à coup mise hors de service, un obus ayant fait sauter quatre
+caissons. Des caissons d'obus sautèrent aussi. Les obus éclatèrent, et
+précisément au moment où l'ennemi faisait une charge décisive. Cet
+accident eut des conséquences funestes. L'ennemi, ayant réussi dans son
+attaque à emporter le village de Mackern, fit avancer son centre.
+Celui-ci fut bientôt aux mains avec la première division. Le combat prit
+alors un nouveau caractère. Nos masses et celles de l'ennemi furent si
+rapprochées les unes des autres, et pendant si longtemps, que jamais
+chose pareille ne s'était offerte à mes yeux. Je pris avec moi les 20<sup>e</sup>
+et 25<sup>e</sup> provisoires, commandés par les colonels Maury et Drouhot, et je
+les menai à la charge. Bientôt moins de cent cinquante pas nous
+séparèrent de l'ennemi. Arrivés à cette distance, nous rétrogradâmes;
+mais, après avoir fait quelques pas, nous nous arrêtâmes, et fîmes, à
+notre tour, rétrograder l'ennemi. Cet état de choses dura près d'une
+demi-heure. Alors le 1<sup>er</sup> régiment d'artillerie de la marine, placé à ma
+droite, engagé également de très-près avec l'ennemi, vint à plier. Le
+32<sup>e</sup> léger se porta en avant, et arrêta momentanément l'ennemi; mais, en
+ce moment, six mille chevaux vinrent nous envelopper et nous attaquer de
+toute part. Il fallut se retirer sur la troisième division, qui avait
+peu combattu, et dont les échelons nous recueillirent et arrêtèrent la
+poursuite. La nuit arriva et mit fin à ce combat, un des plus chauds, un
+des plus opiniâtres qui aient jamais été livrés. Les troupes y
+montrèrent la plus grande valeur. Si les Wurtemburgeois avaient fait
+leur devoir, un succès complet aurait été le prix de nos efforts.
+Indépendamment de la conservation de tout le champ de bataille, nous
+aurions fait bon nombre de prisonniers. Malgré tous les contre-temps
+survenus, nous perdîmes seulement la moitié du terrain sur lequel nos
+troupes étaient formées. Nous eûmes fort peu de soldats prisonniers;
+mais vingt-sept pièces de canon tombèrent au pouvoir de l'ennemi. Blessé
+à la main gauche, d'une balle, au moment où je menais les 20<sup>e</sup> et 25<sup>e</sup>
+régiments à la charge, je ne quittai le champ de bataille que le
+dernier. Je ne fus pansé qu'à dix heures du soir.</p>
+
+<p>Dans cette bataille, le corps de York, fort de vingt-deux mille hommes,
+fut engagé en entier, et presque tous les généraux ou officiers
+supérieurs furent tués ou blessés, tant ils avaient dû payer de leur
+personne pour contenir leurs troupes et se maintenir contre la vivacité
+de nos attaques ou l'énergie de notre défense. Le corps de Langeron fut
+en partie engagé. Notre champ de bataille fut le plus ensanglanté dans
+cette mémorable journée, le lieu où l'action fut la plus vive. J'ai ouï
+dire à divers officiers prussiens, et, entre autres, à M. de Goltz,
+adjudant général envoyé par le roi de Prusse auprès de Blücher, le même
+qui, depuis, a été ministre de Prusse à Paris, qu'après l'évacuation de
+Leipzig les souverains alliés, ayant été visiter tous les champs de
+bataille, furent frappés de la physionomie de celui-ci, du nombre des
+morts, et surtout de la proximité des morts des deux armées.</p>
+
+<p>La nuit étant arrivée, mes troupes prirent position à Eustritz et
+Gohlis. Le lendemain matin, elles repassèrent la Partha et s'établirent
+sur la rive gauche de cette rivière.</p>
+
+<p>J'avais dû compter sur le troisième corps d'armée; mais le maréchal Ney
+en avait disposé par l'ordre de l'Empereur, et l'avait dirigé sur la
+grande armée. Napoléon, informé de mon engagement, lui envoya l'ordre de
+rétrograder, mais déjà il était près de lui. Il se mit cependant en
+mouvement pour revenir, sans pouvoir arriver à temps pour nous secourir;
+et, pendant cette journée décisive, ayant toujours marché d'une armée à
+l'autre, il ne fut utile nulle part.</p>
+
+<p>Napoléon, de son côté, avait combattu avec les deuxième, cinquième,
+huitième, onzième corps et sa garde. Il avait gardé ses positions, mais
+n'avait pas pu enlever celles de l'ennemi. Je n'entrerai pas dans le
+détail de ce qui se passa de ce côté. Ce n'est pas l'histoire complète
+de la guerre que j'écris, mais seulement le récit des événements qui me
+sont particulièrement personnels. Divers écrivains militaires ont fait
+des relations de la bataille de Leipzig. Je les ai lues. La plus exacte,
+celle qui se rapproche davantage de la vérité pour les faits, malgré le
+thème convenu de mettre Napoléon à l'abri de tout reproche, est celle
+que contient le <i>Spectateur militaire</i>, et dont le général Pelet est
+l'auteur.</p>
+
+<p>Mon corps d'armée perdit de six à sept mille hommes. Le seul corps de
+York, d'après les relations officielles, dont les évaluations sont
+probablement fort inférieures à la vérité, éprouva une perte de cinq
+mille quatre cent soixante-sept hommes.</p>
+
+<p>Pendant cette double bataille, le quatrième corps, commandé par le
+général Bertrand, avait passé l'Elster, s'était emparé de Lindenau, et
+avait éloigné le corps de Giulay, qui occupait la plaine de Markranstadt
+et de Lutzen. Cette bataille du 16 décidait la question de la possession
+de l'Allemagne. C'est pour y commander que nous avions combattu ce
+jour-là. C'est pour l'affranchir de notre domination que les alliés nous
+avaient attaqués. Il restait à livrer bataille pour assurer notre salut
+personnel. Ainsi, quand on fixe au 18 octobre la bataille de Leipzig, on
+est dans l'erreur. Le 16, la grande question a été décidée. Napoléon
+n'étant pas parvenu à battre et à faire reculer l'ennemi, moi m'étant
+trouvé dans la nécessité de combattre un contre quatre, quoique l'armée
+du Nord, forte de soixante mille hommes, ne fût pas entrée en ligne, et
+la grande armée du prince de Schwarzenberg devant recevoir, le 17, les
+puissants renforts que Benningsen et Colloredo lui amenaient, il n'y
+avait plus rien à faire. D'ailleurs nos moyens étaient usés, nos
+munitions consommées, nos corps à moitié détruits. Nous n'avions donc
+plus d'espérance à concevoir, et notre pensée unique devait être de nous
+retirer en bon ordre, de sauver nos débris et de regagner la France.</p>
+
+<p>La journée du 17 se passa tranquillement. L'ennemi attendait ses
+renforts. Quant à nous, nous étions occupés à remettre l'ordre dans nos
+troupes. Cependant nous aurions dû, dès ce moment, commencer notre
+retraite, ou au moins en préparer les moyens, de manière à l'effectuer
+dès l'entrée de la nuit. Mais une sorte d'insouciance de la part de
+Napoléon, impossible à expliquer et difficile à qualifier, mettait le
+comble à tous nos maux. Pendant toute la journée du 17, l'armée de
+Silésie, et ensuite l'armée du Nord, commandée par le prince royal de
+Suède, défilèrent sous nos yeux et remontèrent la rive droite de la
+Partha. Je fis occuper les divers ponts de la partie supérieure de cette
+rivière, et je plaçai en observation, sur la rive gauche, ma cavalerie
+légère. Mon infanterie était campée perpendiculairement à la Partha,
+faisant face à Taucha, la gauche au village de Schoenfeld, la droite
+sur la direction du village de Paunsdorf.</p>
+
+<p>L'Empereur avait cependant senti la nécessité d'opérer la retraite. Les
+troupes qui avaient combattu à Wachau et Liebertwolkwitz la commencèrent
+avant le jour, le 18, et se rapprochèrent de Leipzig. Des caissons, que
+l'on ne pouvait pas emmener faute d'attelages, sautèrent, ce qui avertit
+l'ennemi du mouvement qui s'opérait. Il se mit en conséquence en mesure
+d'attaquer l'armée française. En effet, vers les dix heures du matin,
+l'armée de Bohême marcha en avant, formée en trois grosses masses, la
+droite commandée par le général Benningsen, le centre par Barclay de
+Tolly, et celle de gauche par le prince de Hesse-Hombourg, tandis que
+l'armée de Silésie et l'armée du Nord débouchaient par Taucha.</p>
+
+<p>La grande armée française prit aussitôt les positions suivantes: à
+l'extrême droite, le huitième (Poniatowski), ensuite, vers Probstheyda,
+le duc de Castiglione; puis le corps du duc de Bellune; ensuite le
+cinquième (général Lauriston); enfin le duc de Tarente, avec le onzième,
+derrière Holzhausen. Le septième, composé de Saxons, qui venait de
+Taucha, devait occuper Paunsdorf. Mon corps devait être à gauche, et le
+troisième en seconde ligne.</p>
+
+<p>Aucun engagement n'avait encore eu lieu; mais on devait reconnaître que
+le moment de l'action était prochain. Je venais de visiter mes postes de
+cavalerie wurtembergeoise sur la rive gauche de la Partha. J'avais donné
+pour instruction au général Normam, en le quittant, de se replier avec
+lenteur sur moi quand l'ennemi arriverait sur lui en débouchant de
+Taucha, et de me faire prévenir, afin que mes troupes eussent le temps
+de prendre les armes. Je rentrais à mon camp avec sécurité quand je vis
+la plaine couverte de cavalerie légère. Cette cavalerie en désordre
+marchait dans notre direction et s'avançait sur nous. Je supposai que
+les Wurtembergeois, attaqués brusquement, fuyaient. Je fis prendre les
+armes immédiatement aux troupes. Je fis battre la générale. C'était la
+première fois dans ma vie que j'employais devant l'ennemi ce moyen
+d'avertissement. En un petit nombre de minutes, les troupes furent en
+ligne, formées et en état de combattre. La cavalerie en vue approcha.
+Elle était composée de Cosaques. Normam, avec sa brigade, avait passé à
+l'ennemi.</p>
+
+<p>Un instant après, la cavalerie saxonne, placée au dedans de nos lignes,
+s'ébranla et marcha dans la direction de l'ennemi. Je crus d'abord
+qu'elle allait se mettre en ligne dans un de nos nombreux intervalles;
+mais je reconnus bientôt ses intentions. Formée en colonne, ses chevaux
+de main étaient en tête. Elle dépassa rapidement la ligne des troupes
+françaises, fut reçue dans les rangs ennemis, et promptement imitée par
+l'infanterie et l'artillerie; mais, chose odieuse! cette artillerie, à
+peine arrivée à une certaine distance, s'arrêta, se mit en batterie et
+tira sur nous. La diminution de nos forces nous obligea à raccourcir
+notre ligne. Je portai ma droite en arrière et la plaçai dans la
+direction de Wolkmann, plus rapprochée de Leipzig. Ma ligne fut
+complétée au moyen de la division Delmas, du troisième corps, qui vint
+remplir le vide fait par le départ des Saxons et occuper Wolkmann. Les
+troupes que j'avais en tête se trouvaient être composées des deux armées
+de Silésie et du Nord. Les Suédois se trouvaient à leur droite et
+vis-à-vis de ma gauche.</p>
+
+<p>L'ennemi dirigea ses principales attaques sur ce point. Il déploya
+devant nous cent cinquante bouches à feu. C'était beaucoup; car mon
+artillerie, fort diminuée par les pertes de l'avant-veille, avait
+très-peu de munitions. Il fallut les ménager, et cependant bientôt elles
+s'épuisèrent. L'ennemi rapprochait son canon, mitraillait un carré.
+Cette troupe, ainsi foudroyée, perdait du terrain, et alors j'allai la
+joindre et lui ordonner de s'arrêter. Je restai avec elle pour partager
+son sort et l'encourager; mais bientôt un autre carré, plus maltraité
+encore, fit un mouvement de retraite. Je fus forcé de courir à lui pour
+lui tenir le même langage et lui donner le même exemple.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, les attaques sur Schoenfeld se succédaient, et ce beau
+et grand village fut pris et repris sept fois. Jamais l'ennemi ne
+parvint à s'en emparer complétement. Les troupes de ma deuxième division
+et un détachement de la troisième eurent la gloire de cette défense
+héroïque. Elles comptaient pour rien le nombre de leurs ennemis et
+soutinrent le combat près de huit heures. À la fin de la journée, mon
+artillerie étant entièrement démontée ou sans munitions, et l'ennemi
+s'étant tellement rapproché avec la sienne, qu'il n'y avait plus moyen
+d'y tenir, mes troupes firent un léger mouvement en arrière; mais,
+l'artillerie du troisième corps étant venue à notre secours, ainsi que
+la division Ricard, le village de Schoenfeld fut repris une huitième
+fois, et ainsi finit cette malheureuse, mais glorieuse journée. Notre
+perte fut considérable en tués et en blessés, surtout en officiers,
+parmi lesquels huit officiers généraux de mon seul corps d'armée.</p>
+
+<p>Pour donner une idée exacte de la manière dont nous nous sommes battus
+pendant ces deux célèbres journées, je dirai seulement ce qui concerne
+mon état-major et moi-même. Mon chef d'état-major et le sous-chef furent
+frappés à mes côtés<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a>
+<a href="#footnote6"><sup class="sml">6</sup></a>; quatre aides de camp furent tués, blessés ou
+pris; sept officiers d'état-major furent également tués ou blessés<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a>
+<a href="#footnote7"><sup class="sml">7</sup></a>.
+Quant à moi, j'eus un coup de fusil à la main, une contusion au bras
+gauche, une balle dans mon chapeau, une balle dans mes habits, quatre
+chevaux tués ou blessés sous moi<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a>
+<a href="#footnote8"><sup class="sml">8</sup></a>. Sur trois domestiques qui
+m'accompagnaient, deux furent blessés et eurent leurs chevaux tués.
+Partout cependant nous avions résisté; partout nous avions conservé nos
+positions. Les troupes s'étaient surpassées en énergie et en courage, et
+elles en avaient bien le sentiment. Jamais je n'ai vu les miennes plus
+fières de ce qu'elles avaient fait.</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote6" name="footnote6"><b>Note 6: </b></a>
+<a href="#footnotetag6">
+(retour) </a> Le général Richemont, chef d'état-major, tué; l'adjudant
+général Lerasseur, sous-chef d'état-major, eut la cuisse fracassée par
+un boulet. (<i>Note de l'Éditeur.</i>)</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote7" name="footnote7"><b>Note 7: </b></a>
+<a href="#footnotetag7">
+(retour) </a> Entre autres, Laclos, chef de bataillon, tué; le capitaine
+de Charnailles, blessé et fait prisonnier; le capitaine Komierouski, la
+cuisse cassée; le lieutenant Perrégaux, le lieutenant de Bonneval, le
+lieutenant Martin, le lieutenant Baraguey-d'Hilliers, le poignet
+emporté; le capitaine Jules de Méry, prisonnier.--Nous n'avons pu nous
+procurer les noms des autres officiers; mais il suffit de remarquer que,
+parmi les aides de camp du maréchal, les seuls restés debout furent le
+colonel Denys de Damrémont, premier aide de camp, et le
+lieutenant-colonel Fabvier. (<i>Note de l'Éditeur.</i>)</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote8" name="footnote8"><b>Note 8: </b></a>
+<a href="#footnotetag8">
+(retour) </a> Le duc de Raguse, comme on l'a vu dans ses <i>Mémoires</i>,
+avait été blessé en Espagne. Il fit toute la campagne de 1813 le bras en
+écharpe; il n'était pas encore guéri lorsqu'il reçut ces dernières
+blessures. (<i>Note de l'Éditeur.</i>)</blockquote>
+
+<p>Cependant il n'y avait plus un moment à perdre pour nous retirer et pour
+hâter une retraite rendue difficile par la position particulière à
+Leipzig, les embarras causés par tant de corps d'armée agglomérés et les
+défilés qu'il fallait traverser. De nombreux ponts auraient dû être
+construits sur l'Elster pour donner moyen à l'infanterie de marcher sur
+diverses colonnes à la fois, en laissant la chaussée libre à
+l'artillerie, à la cavalerie et aux équipages; mais on n'en avait fait
+aucun. L'état-major n'en avait pas reçu l'ordre et n'en eut pas la
+pensée. On aurait cru que des officiers seraient préposés pendant toute
+la nuit pour veiller à la sortie de l'artillerie et à la marche
+régulière de cet immense matériel. Rien de semblable ne fut ordonné. Les
+voitures, placées sur trois ou quatre colonnes parallèles sur les
+boulevards de Leipzig, se trouvant dans l'impossibilité d'avancer faute
+d'ordre, les soldats du train s'endormirent, et tout resta ainsi en
+confusion jusqu'au 19 au matin. Alors il fallut prendre position dans
+les faubourgs de la ville, afin de les défendre autant que possible et
+de retarder l'entrée de l'ennemi de quelques heures pour faciliter la
+sortie de cette artillerie, dont on était encombré; mais, aucune
+reconnaissance préliminaire n'ayant été faite, aucun de nous ne
+connaissait les localités, les points à occuper, les issues à garder.
+Les jardins qui entourent Leipzig rendaient d'ailleurs la défense
+difficile. Les troupes ne pouvant pas circuler, se mouvoir et se porter
+d'un point sur l'autre, l'ennemi, dans ce labyrinthe, trouva facilement
+des passages pour pénétrer. Quelques troupes ennemies une fois entrées,
+la crainte et le désordre se mirent parmi nos soldats, et toute défense
+devint impossible.</p>
+
+<p>Chargé d'occuper le faubourg de Halle et de le défendre, je pris
+position, le 19, de grand matin. Le troisième corps était sous mes
+ordres.</p>
+
+<p>Je plaçai la plus grande partie de mes troupes à la porte même de Halle
+et derrière la Partha, afin d'empêcher l'ennemi d'arriver plus tôt que
+nous sur la communication de Lindenau, notre point de retraite, objet de
+la plus grande importance. Je chargeai la division Ricard de la barrière
+de Schoenfeld, se liant par sa droite avec le onzième corps qui
+défendait la porte de Dresde. Je plaçai en réserve la plus grande partie
+du sixième corps dans les vergers, entre la barrière de Schoenfeld et la
+porte de Halle, les troupes ne pouvant pas se former sur le boulevard,
+occupé par une grande quantité de voitures.</p>
+
+<p>Nous étions à peine formés lorsque l'ennemi, ayant réuni beaucoup
+d'artillerie et de troupes, attaqua le onzième corps dans le faubourg de
+Dresde. Ses attaques parvinrent peu après à la barrière de Schoenfeld;
+mais le canon qu'il avait porté de ce côté, ne pouvant découvrir le pied
+des maisons et du mur d'enceinte, ne lui ouvrit aucun passage. Ses
+tentatives furent repoussées. Une vaste maison, hors de l'enceinte, une
+manufacture, que j'avais fait occuper par un détachement du 70<sup>e</sup>
+régiment, et dont j'avais donné le commandement au major Rouget, fit
+éprouver de grandes pertes à l'ennemi, en même temps qu'une compagnie de
+carabiniers du 23<sup>e</sup> léger sortit de la barrière avec la plus grande
+impétuosité et massacra tout se qui s'était avancé. J'avais appelé, au
+secours de la division Ricard, la plus grande partie du sixième corps,
+et nous repoussions partout l'ennemi. Mais nous ne tardâmes pas à avoir
+des preuves que l'ennemi avait pénétré dans les faubourgs de droite. Il
+se présenta tout à coup à la droite immédiate des troupes à mes ordres,
+c'est-à-dire à la gauche du onzième corps, et entre ce corps et moi. Je
+marchai, à la tête du 142<sup>e</sup> et du 23<sup>e</sup> léger, pour le chasser des rues
+qu'il occupait. Un premier succès couronna nos efforts; mais les troupes
+ennemies augmentaient sans cesse; elles furent en outre bientôt
+secondées par le feu des troupes saxonnes et badoises qui occupaient
+l'intérieur de la ville. Cette circonstance rendit nos efforts inutiles.</p>
+
+<p>Le désordre était partout. L'encombrement causé par les voitures sur les
+boulevards, l'affluence de ceux qui se retiraient, empêchaient aucune
+formation ni aucune disposition. Enfin la terreur emporta tout le monde.
+L'on jugera de ses effets quand on saura qu'il y a un boulevard
+circulaire entre la ville et les faubourgs, et que, les troupes se
+retirant à la fois par le boulevard du Nord, par celui du Midi et par
+le milieu de la ville, les trois colonnes se réunissaient sur la
+chaussée de Lindenau, débouché commun.</p>
+
+<p>La foule était si pressée sur ce point de réunion, qu'ayant, pour mon
+compte, fait ma retraite par les bas-côtés du boulevard, jamais je ne
+pus entrer, sans secours, dans le courant. Deux officiers du 86<sup>e</sup> s'en
+chargèrent, l'un frappa tellement avec son sabre qu'il parvint à faire
+un léger vide, et l'autre, ayant saisi et tiré fortement la bride du
+petit cheval arabe que je montais, le jeta dans cette masse confuse, où
+dans les premiers moments il fut porté, tant la foule était compacte.</p>
+
+<p>Cette foule s'écoulait et passait le pont que Napoléon avait fait miner.
+J'ignorais cette disposition, et je ne compris pas le sens d'une demande
+faite par le colonel du génie Montfort, qui s'informa auprès de moi de
+la troupe destinée à passer la dernière. Je lui répondis qu'à la manière
+dont la retraite s'opérait, avec la confusion existante, on devait
+croire que c'était le hasard qui en déciderait. Je continuai ma marche.</p>
+
+<p>Je n'étais pas à deux cents pas de ce malheureux pont, lorsqu'une
+explosion m'annonça qu'il venait de sauter. Douze ou quinze mille hommes
+étaient encore en arriére.</p>
+
+<p>Cet événement funeste fut causé par la vue de quelques Cosaques qui
+avaient paru dans la prairie. Le sous-officier de sapeurs qui était
+chargé de la mine perdit la tête, crut à une attaque, et y mit le feu.</p>
+
+<p>Je réunis alors une portion de mes troupes sur la rive gauche de
+l'Elster, afin de protéger la retraite des hommes restés en arrière, et
+de recueillir ceux qui passaient l'Elster à la nage. Je reçus, en ce
+moment, le maréchal Macdonald qui, arrivé trois minutes trop tard, ne
+put passer le pont. Il franchit la rivière avec plus de bonheur que le
+prince Poniatowski qui y périt. Quelques hommes aussi se retirèrent par
+un petit pont que l'on avait trouvé le moyen d'établir. La division
+Durutte, du septième corps, mise sous mes ordres, prit également
+position dans la prairie dans le même but. Ces troupes y restèrent tant
+que leur présence fut utile. Plus tard elles se retirèrent, et furent
+couvertes par l'arrière-garde, composée de deux divisions de jeunes
+gardes, que commandait le maréchal duc de Reggio. Elles se trouvèrent
+réunies à Lindenau.</p>
+
+<p>J'avais alors sous mes ordres les troisième, cinquième, sixième et
+septième corps, ou plutôt leurs misérables débris. J'allai prendre
+position à Markranstadt. C'est là que je retrouvai l'Empereur. Il était
+fort abattu, et il avait raison de l'être. À peine deux mois s'étaient
+écoulés, et une immense armée, une armée de plus de quatre cent
+cinquante mille hommes, s'était fondue entre ses mains. C'était la
+seconde fois depuis un an qu'il présentait au monde ce spectacle de
+destruction, dont les temps modernes n'ont pas offert d'autre exemple.
+Il lui restait environ soixante mille hommes, composés en partie de la
+garde, en partie des corps de cavalerie qui avaient passé le défilé de
+Lindenau pendant la nuit, et dans la journée du 18, et enfin du corps de
+Bertrand: seules forces régulières sur lesquelles il pût compter. Ce qui
+sortit, le 19, au moment où l'ennemi entrait à Leipzig, n'avait plus ni
+consistance ni organisation.</p>
+
+<p>Le 20, nous nous portâmes sur Weissenfels. J'occupai, avec les divers
+corps sous mes ordres, dont la force ne s'élevait pas ensemble à six
+mille hommes, les hauteurs de la rive gauche de la Saale, couvrant le
+passage de l'armée contre les troupes ennemies qui auraient pu déboucher
+par Mersebourg. Le lendemain, nous campâmes sur les hauteurs de
+Freybourg et d'Eckartsberg. Un corps ennemi, venant de Iéna, se montra
+sur notre flanc vers Kosen, et voulut gêner notre marche. Je formai mes
+troupes au débouché; je contins l'ennemi, et couvris ainsi les
+mouvements de l'armée. Le 22, nous prîmes position à Butelstadt; le 23
+et le 24, sur les hauteurs d'Erfurth; le 25, à Arsbach; le 26, à Wartas;
+le 27, à Buttler; le 28, en avant de Fulde; le 29, à Saalmünster.
+L'ennemi nous suivait sur différentes colonnes, mais ne pressait pas
+notre marche. Il n'y eut qu'un seul engagement sérieux près de Gotha. La
+jeune garde, d'abord aux ordres du maréchal Oudinot, puis à ceux du
+maréchal Mortier, faisait l'extrême arrière-garde, et avant elle
+marchait à peu de distance le quatrième corps.</p>
+
+<p>Des troupes aussi désorganisées que celles que nous commandions, aussi
+harassées, aussi exténuées par les marches, les combats, les revers et
+les privations, s'abandonnèrent bientôt à l'indiscipline.
+L'impossibilité de faire vivre les soldats par des distributions
+régulières motiva et justifia leurs dispositions. Chacun s'occupa, avant
+tout, à trouver sa subsistance; et, comme l'esprit militaire était
+éteint, comme un abattement et un dégoût que rien ne saurait rendre le
+remplaçaient, tous ceux qui s'étaient éloignés des drapeaux jetèrent
+leurs armes et marchèrent un bâton à la main. Sur soixante mille hommes
+qui restaient encore, vingt mille étaient ainsi formés en troupes de
+huit ou dix hommes, couvrant toute la campagne, et marchant sur les
+flancs des colonnes, bivaquant pour leur compte. Les plaines et les
+vallées étaient, chaque nuit, couvertes d'une quantité de feux épars,
+et placés sans régularité. Ces soldats reçurent de l'armée un surnom
+devenu historique, qui rappelait leur unique occupation, la recherche
+des moyens de vivre; on les appela les <i>fricoteurs</i>.</p>
+
+<p>Au commencement d'octobre, les négociations qui déjà existaient depuis
+quelque temps entre l'Autriche et la Bavière, prirent un caractère
+sérieux, et se terminèrent par une alliance. L'armée du général de
+Wrede, qui, dans l'intérêt de l'alliance française, était rassemblée sur
+les bords de l'Inn, et couvrait la Bavière contre les troupes de
+l'Autriche, commandées par le prince de Reuss, se réunit à celles-ci
+pour nous attaquer. Se plaçant sous les ordres mêmes du général de
+Wrede, elles se mirent en marche pour se porter sur nos derrières et
+couper nos communications. Dès le 15 octobre, cette armée avait commencé
+son mouvement. Le 17, elle était à Landshut; le 20, à Nordlingen; le 22,
+à Anspach, et le 24 devant Würtzbourg. Le général Tarreau commandait
+dans cette ville avec une garnison de douze cents hommes. Il refusa d'en
+ouvrir les portes. De Wrede fit mettre en batterie tous les obusiers de
+son armée, et bombarder la ville pendant la nuit, mais sans effet.
+Plusieurs sommations ayant été infructueuses, il se disposait à donner
+l'assaut à cette ville, dont l'étendue était beaucoup trop grande pour
+la faible garnison qui l'occupait, lorsque le général Tarreau consentit
+à la lui remettre et à se retirer dans la citadelle. L'armée
+austro-bavaroise continua son mouvement sur Aschaffembourg et sur Hanau.
+Son avant-garde entra dans cette ville; mais, chassée par une première
+colonne qui marchait à deux journées en avant de l'armée, les Bavarois,
+soutenus par des renforts, y rentrèrent après son passage. Obligés de
+nouveau d'évacuer la ville et d'attendre la division du général Lamotte,
+cette division et celle du général de Roy étant arrivées, ils occupèrent
+la ville et les bords de la Kinzig.</p>
+
+<p>Le 29, Wrede dirigea la division Rechberg sur Francfort. Elle y arriva
+le 30, et occupa le faubourg de Sachsenhausen. Une avant-garde
+autrichienne de cette même armée se porta sur Gelnhausen, et prit
+position à Altenhausen. Toute l'armée de Wrede, forte de cinquante mille
+hommes, était rassemblée sur le terrain le plus favorable pour agir
+contre l'armée française. Il eût dû porter toutes ses forces à l'entrée
+du défilé de Gelnhausen; jamais il n'aurait été au pouvoir de l'armée
+française de déboucher; mais il se tint timidement dans la plaine, peu
+en avant de la Kinzig, et à portée de repasser cette rivière et de se
+retirer dans la vallée du Mein, s'il était battu.</p>
+
+<p>Ce même jour, 29, l'avant-garde de l'armée française culbuta la brigade
+autrichienne de Wolkmann, placée à peu de distance de Gelnhausen. Vers
+trois heures après-midi, elle arriva devant Langenselbold qui était
+occupé par une division bavaroise. Cette division fut forcée à se
+retirer. L'armée ennemie s'établit alors de la manière suivante, en
+position en avant de Hanau et de la Kinzig. Elle avait cette rivière à
+dos: sa droite, composée de la division Becker, appuyée à la rivière et
+à la ferme de Neuhof. Venait ensuite une partie de la division
+autrichienne du général de Fresnel. Au delà de la route de Francfort
+était placée la division bavaroise de Lamotte. Plus à gauche était la
+cavalerie bavaroise et une nombreuse artillerie. Cette ligne était
+terminée par le reste de la division de Fresnel, et des Cosaques qui
+voyaient la route de Friedberg. Enfin la division du général Bach
+occupait la ville de Hanau.</p>
+
+<p>Le 30, au matin, l'armée française, aussitôt qu'elle fut à portée, et
+qu'elle put se développer dans la plaine, mit en action sa cavalerie et
+l'artillerie de la garde. La cavalerie aux ordres du général Sébastiani
+les soutint. L'ennemi, écrasé par le feu auquel il fut soumis, pressé
+par les charges qu'il eut à supporter, plia. Quand il fut arrivé à la
+lisière du bois, plusieurs milliers de tirailleurs furent chargés de l'y
+suivre. Les troupes peu nombreuses du duc de Bellune et du duc de
+Tarente reçurent cette mission. Deux bataillons de chasseurs de la
+vieille garde, commandés par le général Curial, curent l'ordre de les
+soutenir. La manière dont ces deux bataillons se portèrent en avant et
+culbutèrent ce qu'ils avaient devant eux fut un objet d'admiration pour
+ceux qui en furent témoins.</p>
+
+<p>Appelé par le feu, dont j'entendais le bruit, et par les ordres que je
+reçus, je hâtai ma marche et j'arrivai à temps pour prendre part au
+combat avec la tête de ma colonne. Une charge de six cents hommes faite
+dans le bois à l'appui de notre gauche, qui éprouvait une fort grande
+résistance, força l'ennemi à repasser la Kinzig. Tout ce qui était sur
+la route de Francfort se retira par Hanau, et sortit de cette ville pour
+se réunir à ce qui avait fait sa retraite par le pont de Lamboi. Pendant
+la nuit, je fis jeter quelques centaines d'obus dans la ville. L'ennemi
+l'évacua, et j'en fis prendre possession. Je bivaquai en face de lui. Je
+n'en étais séparé que par la Kinzig. Les Bavarois perdirent dans cette
+affaire environ six mille hommes. Notre perte fut moindre, vu le petit
+nombre de nos combattants et notre succès.</p>
+
+<p>L'ennemi tenta de passer la Kinzig le lendemain 31; mais il fut
+constamment repoussé par mes troupes. Aucune de ses tentatives ne lui
+réussit; et, quoiqu'il fit soutenir ses mouvements offensifs par une
+artillerie formidable et très-supérieure à la nôtre, ses troupes furent
+constamment rejetées ou contenues de l'autre côté de la rivière. Le
+quatrième corps, étant arrivé, me remplaça. Quand il fut en position, je
+continuai mon mouvement sur Francfort. Alors de Wrede prit l'offensive à
+la fois sur la rivière et sur la ville. Cette dernière attaque
+réussissant, il voulut déboucher sur la grande route; mais ce général,
+arrivé sur le pont, reçut une balle dans le bas-ventre. L'artillerie de
+la division Morand ayant en même temps mitraillé la colonne ennemie,
+elle plia. Une brigade italienne chargea l'ennemi avec vigueur, le
+culbuta et reprit la ville. Le soir, le général Bertrand replia ses
+postes et se retira sur Francfort. L'arrière-garde, commandée par le
+maréchal Mortier, évita de passer à Hanau, et se retira de Gelnhausen
+directement sur Hochstadt, où elle arriva sans être inquiétée.</p>
+
+<p>Le 1<sup>er</sup> novembre, je me rendis à Hochstadt, sur la Nidda. Le pont sur
+cette rivière avait été coupé par l'ordre du maréchal Kellermann,
+commandant à Mayence. Ce général, sans garnison dans cette forteresse,
+n'avait à sa disposition que quelques dépôts. Craignant l'arrivée de
+l'armée de Wrede, il avait cherché, avec raison, à lui créer des
+obstacles pour retarder sa marche. Le 2 novembre, j'entrai à Mayence.
+Mes troupes s'y établirent, ainsi que dans les environs.</p>
+
+<p>Notre retour sur le sol de l'Empire semblait mettre un terme à nos
+malheurs: mais ce ne devait être qu'une suspension momentanée à nos
+souffrances. Nous étions destinés à être, plus tard, accablés par bien
+d'autres infortunes et bien d'autres misères.</p>
+<br>
+<h4>CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS<br>
+
+RELATIFS AU LIVRE DIX-HUITIÈME.</h4>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Bautzen, le 6 septembre 1813,<br> dix heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«D'après de nouvelles dispositions, monsieur le duc de Raguse,
+l'Empereur ordonne qu'au lieu de vous porter sur Hoyerswerda vous
+partiez sur-le-champ, avec votre corps d'armée, pour vous diriger sur
+<i>Dresde</i> en passant par <i>Königsbrück</i>. Faites-moi connaître toujours où
+vous serez, afin que je puisse vous envoyer des ordres.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Bautzen, le 6 septembre 1813,<br> dix heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, rendez-vous aujourd'hui sur <i>Kamens</i> et <i>Königsbrück</i>,
+pour pouvoir arriver demain à Dresde, s'il est nécessaire. Je vais
+moi-même m'approcher aujourd'hui de Dresde, et je verrai si les choses
+sont aussi sérieuses que paraîtrait l'annoncer la dépêche du maréchal
+Saint-Cyr. Si cela était moins sérieux, de la petite ville de
+<i>Königsbruck</i> et de <i>Kamens</i> vous pourriez toujours vous reporter sur
+<i>Hoyerswerda</i>. Emmenez tout ce qui appartient à votre corps, et ne
+laissez personne à Bautzen.--Le général <i>Normam</i> ayant marché du côté de
+Königsbruck, vous le prendrez sous vos ordres: il sera nécessaire que
+vous l'employiez à flanquer votre marche.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 7 septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Il est neuf heures du matin, monsieur le duc. L'Empereur suppose que
+vous avez reçu la lettre que je vous ai écrite à quatre heures du matin.
+Jusqu'à ce moment, l'ennemi ne paraît pas avoir de monde à
+Dippoldiswald, et nous sommes toujours dans l'opinion que le mouvement
+que l'ennemi fait sur la rive gauche de l'Elbe a pour but de rappeler
+l'Empereur de son mouvement sur la Neisse.</p>
+
+<p>«Nous recevons des nouvelles du prince de la Moskowa; il a attaqué
+l'ennemi le 5 à deux lieues de Wittenberg; il l'a battu et repoussé
+jusqu'à cinq lieues sur la route de Interburg. L'Empereur pense donc
+qu'il sera utile que vous vous rendiez à Hoyerswerda, et de là pousser
+une avant-garde sur <i>Kalau</i>. Arrivé à <i>Lukau</i>, vous ne serez qu'à trois
+fortes marches de Dresde, et à même distance de Berlin. Sa Majesté pense
+donc que vous devez diriger de suite la valeur d'une division sur
+Hoyerswerda, et garder pendant toute la journée d'aujourd'hui votre
+troisième division à Kamens, pour bien rallier tous vos traîneurs.</p>
+
+<p>«Vous trouverez ci-joint un ordre qui met le général Lhéritier à votre
+disposition. Ce général est à Grossenhayn; il pourra vous rejoindre par
+Elsterwerda, Senftenberg, ou par Sonnenwald. Comme il a deux bataillons
+d'infanterie, quelques pièces de canon et plus de deux mille chevaux,
+s'il marche réuni et avec précaution, il n'aura rien à craindre dans sa
+marche pour flanquer votre gauche.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Lubestadt, le 10 septembre 1813,<br> neuf heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous
+restiez à Dresde, et que vous avez l'oeil sur tout ce qui se passe.</p>
+
+<p>«La position de l'armée est aujourd'hui ainsi qu'il suit:</p>
+
+<p>«Le prince de la Moskowa et les trois corps qui ont essuyé un échec,
+dans la journée du 6, se rallient à Torgau;</p>
+
+<p>«Le duc de Tarente vient prendre position avec son armée aujourd'hui 10,
+en avant de Bautzen. Le prince Poniatowski garde la droite; cette
+retraite n'était pas nécessitée, elle a été ordonnée par l'Empereur pour
+concentrer nos forces;</p>
+
+<p>«Le général Lhéritier est à Grossenhayn en observation;</p>
+
+<p>«Le sixième corps est à Dresde avec la brigade Piré;</p>
+
+<p>«Le général Margaron, avec un corps de huit à dix mille hommes,
+cavalerie, infanterie et artillerie, est à Leipzig;</p>
+
+<p>«Le maréchal Saint-Cyr, soutenu par les premier et deuxième corps,
+marche sur les hauteurs de Toeplitz;</p>
+
+<p>«Une division de la jeune garde est à Dresde;</p>
+
+<p>«Le duc de Trévise, avec les autres divisions, est à Pirna, occupant
+Gieshübel.</p>
+
+<p>«Les corps russes et prussiens, et quelques Autrichiens qui occupaient
+Borna, Gieshübel et Altenbourg, se sont mis successivement en retraite
+dans la journée d'hier.</p>
+
+<p>«Dans cette situation des choses, il est probable que ce mouvement
+offensif en Bohême rappellera les corps que l'ennemi avait jetés sur
+Freyberg et Zwickau, si tant est que l'ennemi ait jeté des corps dans
+cette direction. Si l'ennemi n'a jeté que des partis, il est possible
+qu'il les laisse, mais alors, monsieur le maréchal, vous pouvez faire
+faire de fortes patrouilles sur Freyberg pour les poursuivre.</p>
+
+<p>«Il est nécessaire, monsieur le duc, que vous receviez la correspondance
+du général Lhéritier, que vous le souteniez s'il est nécessaire; il faut
+aussi que vous vous mettiez en correspondance avec le prince de la
+Moskowa, le duc de Tarente et le prince Poniatowski.</p>
+
+<p>«Il est possible que l'Empereur soit de retour dans la journée de demain
+à Dresde; Sa Majesté peut dans un jour réunir toute sa garde et le corps
+du général Latour-Maubourg à votre corps d'armée. Il est possible aussi
+que, si l'Empereur trouve quelque mal à faire à l'ennemi, il reste
+encore éloigné de Dresde pendant quelques jours.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 12 septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous vous mettiez en marche
+demain 13, à cinq heures du matin, avec votre première division; vous
+vous ferez suivre par votre seconde division, qui partira à six heures,
+et par votre troisième division qui partira à sept heures du matin. Vous
+vous dirigerez sur Grossenhayn, afin de chasser l'ennemi de la rive
+droite de l'Elbe entre Torgau et Dresde, et de favoriser un convoi de
+quinze mille quintaux de farine qui de Torgau doit venir à Dresde.
+L'arrivée de ce convoi est de la plus haute importance, puisqu'elle
+assurerait des subsistances pendant plusieurs mois sur notre point de
+réunion de Dresde.</p>
+
+<p>«Sa Majesté le roi de Naples part demain avec le premier corps de
+cavalerie pour Grossenhayn; il prendra aussi sous ses ordres le
+cinquième corps de cavalerie qui s'y trouve, et, soutenu par votre
+corps, il manoeuvrera de manière à rendre libre l'Elbe, afin que le
+convoi de quinze mille quintaux de farine puisse arriver à Dresde, et de
+manière aussi à éclairer tout ce qu'il y a d'ennemis de ce côté.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 14 septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, je mande au roi que, si le but de
+son expédition est rempli, c'est-à-dire si le convoi parti de Torgau le
+13 a passé les points dangereux, le roi partirait demain au jour avec sa
+cavalerie pour se rendre à Dresde: il paraît que l'ennemi veut déboucher
+par Peterswald. Dans ce cas, l'intention de Sa Majesté serait que vous
+fissiez partir demain, deux heures avant le jour, la division de votre
+corps la plus rapprochée de Dresde, et que vous arrivassiez de votre
+personne avec cette division: le reste de votre corps d'armée suivrait.
+Il serait alors important, monsieur le duc, que vous arrivassiez le plus
+tôt possible avec votre division, afin d'avoir l'oeil sur tout.
+L'Empereur sera ce soir à Pirna. Le général Lhéritier s'échelonnerait de
+Grossenhayn sur Dresde pour protéger le passage du convoi de farine:
+l'arrivée de ce convoi est de la plus haute importante et la première
+considération. L'Empereur veut à son tour attaquer l'ennemi et
+vigoureusement. Je vous écrirai dans la nuit: envoyez-moi un officier.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 15 septembre 1813,<br> deux heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, quinze à vingt mille hommes ont débouché hier par
+Peterswald, ce qui a obligé le comte de Lobau à prendre la position de
+Gieshübel; mais, comme l'ennemi n'a point attaqué en même temps Borna,
+cela ne s'annonce point comme un mouvement d'armée. Il me tarde
+d'apprendre que le convoi de vivres est passé. Vous devez faire, ainsi
+que le roi de Naples, tout pour faire arriver ce convoi. Cela fait, il
+faudra vous tenir prêt à agir d'après les circonstances, et à revenir à
+Dresde si cela est nécessaire. Vous aurez, dans la journée, des
+nouvelles positives de ce qui se sera passé. Je compte me rendre près de
+Pirna, pour être plus rapproché de ce qui aura lieu de ce côté. J'espère
+que, si hier 14 vous n'avez pas eu de nouvelles du convoi, vous en aurez
+aujourd'hui 15. Si vous avez la nouvelle qu'il a passé, préparez-vous à
+faire un mouvement; mais ne vous pressez pas de le faire jusqu'à ce que
+vous ayez les nouvelles de la journée.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Pirna, le 16 septembre 1813,<br> neuf heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur a chassé hier l'ennemi au delà de Peterswald, mais il occupe
+encore le col des hautes montagnes, entre Peterswald et Nollendorf. Sa
+Majesté le fera attaquer aujourd'hui à midi pour le chasser et le
+rejeter entièrement au delà des montagnes.</p>
+
+<p>«Sa Majesté a appris avec plaisir la nouvelle du convoi; votre présence,
+monsieur le maréchal, ainsi que celle du roi, dans toutes ces
+directions, est utile, parce qu'elle menace Berlin; Sa Majesté suppose
+d'ailleurs que cela fait un moment de repos pour votre corps, comme pour
+la grosse cavalerie.</p>
+
+<p>«Sa Majesté a déjà fait connaître qu'il fallait occuper Radebourg et
+Königsbruck. Elle suppose que cela est fait; elle suppose aussi qu'on se
+sera mis en correspondance avec le prince de la Moskowa en établissant
+un bateau à la hauteur de l'endroit où se trouve le roi.</p>
+
+<p>«L'Empereur désire, monsieur le maréchal, que vous envoyiez un officier
+reconnaître le château de Meissen, le pont, la tête de pont: savoir si
+elle est armée et si tout est en bon état.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major-général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Pirna, le 20 septembre 1813,<br> quatre heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, la journée d'hier et cette nuit sont si horribles, qu'il
+n'y a pas moyen de bouger.--Le duc de Tarente a donné une fausse alarme.
+Vous devez rester, jusqu'à nouvel ordre, dans votre position; il n'est
+pas probable que l'infanterie ennemie ose s'avancer. Si cela était, je
+viendrais vous renforcer et nous livrerions bataille, ce qui serait une
+chose bien avantageuse, mais qui paraît opposée à leur système. La
+grande affaire de ce moment paraît être de conserver les armes et les
+cartouches le plus possible.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Harta, le 23 septembre 1813,<br> une heure après midi.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, l'ennemi a repassé en désordre la Sprée. Le duc de Tarente
+doit, dans ce moment, être entré à Bautzen.--Mon intention est de faire
+remplacer le général Normam par une colonne du corps du duc de Tarente
+dans la journée de demain et de vous donner ordre de vous replier demain
+sur Meissen. Aussitôt que le roi de Naples sera revenu à Dresde, le
+général Latour-Maubourg sera sous vos ordres. Je dirige sur Meissen le
+troisième corps, qui sera également sous vos ordres. Il arrivera à
+Meissen le 25 ou au plus tard le 26.--Cela vous fera une forte armée,
+avec laquelle vous serez prêt à vous porter partout où les circonstance
+l'exigeraient. Faites préparer des vivres à Meissen et dans les
+bailliages environnants. J'attache une haute importance au pont de
+Meissen. Pressez les travaux du pont de Meissen, et fournissez tous les
+ouvriers nécessaires aux travaux de la tête de pont. Il est inutile de
+changer le pont de bateaux, puisque j'espère que, sous huit jours, le
+pont de pierre sera réparé.--J'aurai un pont à Koenigstein, un pont à
+Pirna, un pont à Pilnitz, trois ponts à Dresde et un pont à Meissen.
+J'ai ordonné de construire, à une demi-lieue en avant du camp retranché
+de la rive droite à Dresde, deux redoutes, l'une sur la route de Berlin,
+et l'autre sur celle de Bautzen. Le duc de Tarente est chargé de la
+garde de camp retranché, et occupera tous les débouchés de la forêt par
+des postes retranchés à deux lieues en avant.--Par ce moyen, je pourrai
+disposer des troisième, cinquième et huitième corps, et de la plus
+grande partie de la cavalerie du général Sébastiani, ainsi que de toute
+ma garde. Avec ces forces, je battrai l'ennemi de l'oeil, afin de
+profiter de la première faute qu'il pourrait faire.--Envoyez un officier
+au prince de la Moskowa pour lui faire connaître verbalement le contenu
+de cette lettre, afin d'éviter que celui-ci puisse tomber entre les
+mains de l'ennemi.--Le général Lefebvre-Desnouettes a battu Thielmann et
+a rétabli la communication avec Erfurth. Je viens aussi de recevoir sept
+estafettes de Paris tout à la fois.--Le cinquième corps de cavalerie
+restera à Grossenhayn, et sera chargé de couvrir les routes de Meissen,
+de Moritzbourg, etc.--Tenez vos postes en avant de Meissen le plus loin
+que vous pourrez et aussi longtemps qu'il sera possible.--Faites
+travailler, je vous le répète, avec la plus grande activité à la tête de
+pont de Meissen en faisant relever vos ouvriers trois à quatre fois par
+jour.--Vous verrez, par les ordres que vous recevrez du major général,
+que, dès que vous aurez repassé l'Elbe, vous devez placer vos postes de
+manière à garder parfaitement la rive gauche jusqu'à Torgau. Le
+troisième corps y sera plus particulièrement destiné.--Je vous écrirai
+plus en détail de Dresde, où je serai ce soir.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+
+<p>«P. S. Ne faites aucun mouvement que vous n'en receviez l'ordre du major
+général.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Harta, le 24 septembre 1813,<br> cinq heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 23, à une heure après-midi. Les
+renseignements que vous me donnez sont légers et vagues. Vous ne me
+faites pas connaître de quelle nation étaient les troupes qui ont campé
+à deux lieues de vous, ni d'où elles venaient, ni ce qu'elles ont fait.
+Il paraît que le général Sacken s'était retiré sur Kamens; mais il est
+probable qu'il se sera porté ensuite sur Bautzen, où le duc de Tarente
+doit entrer ce matin. Nous allons en avoir des nouvelles
+positives.--Vous aurez probablement fait raccommoder le pont de Meissen.
+Vous y aurez envoyé à cet effet des sapeurs.--Je suis étonné qu'hier, à
+une heure après midi, vous n'eussiez pas encore reçu ma lettre relative
+à la reconnaissance du général Delmas sur Kamens.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 25 septembre 1815.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 24. J'ai ordonné
+qu'effectivement, sans défaire le pont actuel, on établit des piles sur
+bateaux, qui nous donneront, sous quarante-huit heures, le passage du
+pont de pierre. Faites exécuter cet ordre. Cela fera deux ponts au lieu
+d'un, ce qui nous sera avantageux jusqu'à ce que nous ayons
+définitivement un véritable pont.--Donnez des ordres pour qu'à Meissen
+on ne laisse plus descendre aucun bateau pour Torgau, puisque la rivière
+n'est pas libre.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 27 septembre 1813,<br> dix heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous portiez votre
+quartier général à Wurtzen, et que vous placiez vos trois divisions,
+l'une près de Eulenbourg, une autre à Wurtzen, et une autre entre
+Wurtzen et Meissen: par exemple à la petite ville d'Oschatz ou dans
+celle de Mügeln.</p>
+
+<p>«Quant au premier corps de cavalerie du général Latour-Maubourg,
+l'intention de l'Empereur est que vous le placiez à Dahlen et Schilda,
+si toutefois il y a du fourrage dans ces endroits.</p>
+
+<p>«Vous laisserez une brigade de grosse cavalerie et une brigade
+d'infanterie à Meissen, jusqu'à ce qu'elles y soient relevées.</p>
+
+<p>«Je donne l'ordre à cinq cents hommes montés du 3<sup>e</sup> de hussards et du 27<sup>e</sup>
+de chasseurs, appartenant au cinquième corps de cavalerie, qui sont à
+Wilsdruff, de se rendre à Meissen pour y relever la brigade de cavalerie
+que vous aurez laissée dans cette place.</p>
+
+<p>«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que vous formiez
+cinq colonnes, chacune de trois à quatre cents hommes de cavalerie et
+d'un bataillon d'infanterie; les trois premières seront destinées à
+occuper la position vis-à-vis Mühlberg, la petite ville de Strehla et
+les positions entre Strehla et Meissen, chacune de ces colonnes ayant
+six pièces de canon sur le bord de la rivière. Les deux autres seront
+destinées à aller en partisans pour nettoyer tout ce qui se trouverait
+entre Torgau et Dresde, Colditz et Meissen, et il suffira que ces
+dernières colonnes aient deux pièces d'artillerie.</p>
+
+<p>«Le général Margaron a sous ses ordres, à Leipzig, différents
+détachements appartenant au premier corps de cavalerie; il a déjà dû
+faire rejoindre ceux qui faisaient partie des brigades Piré et Valin; il
+doit lui rester les suivants:</p>
+
+<p>PREMIÈRE DIVISION ET CAVALERIE LÉGÈRE, GÉNÉRAL BERKEIM.</p>
+
+<pre>
+ Hommes. Chevaux. Hommes. Chevaux.
+ 1er de chevau-légers. 128 -- 135 }
+ 3e id. 63 -- 71 } 352 -- 393
+ 5e id. 94 -- 104 }
+ 8e id. 67 -- 83 }
+
+ 2e de cuirassiers. 37 -- 36 }
+ 3e id. 9 -- 13 }
+ 6e id. 109 -- 116 } 219 -- 244
+ 9e id. 21 -- 21 }
+ 7e de dragons 31 -- 35 }
+19e de chasseurs. 12 -- 23 }
+ ----- -----
+ Total 571 -- 637
+</pre>
+
+<p>«La division Berkeim étant avec le deuxième corps, je donne l'ordre au
+général Margaron d'envoyer les quatre premiers détachements ci-dessus à
+Freyberg pour rejoindre leurs corps. Quant aux six autres détachements,
+je lui prescris de les diriger sur Wurtzen et de vous informer de leur
+marche. Je vous prie, monsieur le maréchal, de m'instruire de leur
+arrivée et de les faire réunir à leurs régiments respectifs.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major général.</p>
+
+<p>«Le général de division, chef de l'état-major.</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 27 septembre 1813, quatre<br>
+heures et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal, j'ai mis sous les yeux de l'Empereur votre lettre
+du 26, qui rendait compte que votre quartier général était à Ocrill.
+L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez passer l'Elbe au sixième
+corps d'armée et au premier corps de cavalerie, et que vous vous
+échelonniez sur Torgau. Il serait convenable de ne faire occuper le bord
+de la rivière que par des troupes légères et de prendre une route qui ne
+serait soumise ni en vue de la rive droite.</p>
+
+<p>«Le cinquième corps de cavalerie devra s'approcher de Dresde de manière
+à garder les routes de Dresde, Radenbourg, Grossenhayn et Meissen dans
+la position la plus favorable. Grossenhayn se trouvant trop loin, il ne
+sera pas possible qu'on puisse garder cette place lorsque vous aurez
+quitté Meissen. Le quartier général du cinquième corps de cavalerie
+pourrait être placé à Moritzbourg.</p>
+
+<p>«Gardez en force la tête de pont de Meissen; faites-moi connaître si
+tous les blockhaus qui ont été établis de Meissen à Torgau sont garnis
+de troupes, afin d'être assuré que la route soit gardée.</p>
+
+<p>«Si l'infanterie ennemie s'approchait trop de Meissen pendant que vous y
+serez, débouchez sur elle et donnez-lui une leçon. Le prince de la
+Moskowa a repoussé, le 24, l'ennemi entre Wittenberg et Torgau. Vous en
+aurez sûrement reçu des nouvelles.--L'Empereur en attend à chaque
+instant, et il est probable que, dans la journée, il vous enverra de
+nouveaux ordres pour prononcer votre mouvement sur Leipzig ou Torgau; ce
+sera sans doute sur Torgau. Faites en sorte que votre première division
+prenne une direction intermédiaire et que l'ennemi ne puisse connaître
+définitivement celle que vous suivrez.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major-général,</p>
+
+<p>«Le général de division, chef de l'état-major,</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 27 septembre 1813,<br>
+neuf heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, votre première division arrivera demain à Eilenbourg; votre
+seconde à Wurtzen, et votre troisième à Oschatz. La cavalerie du général
+Latour-Maubourg sera sur Dahlen et Schilda. Votre quartier général sera
+demain à Wurtzen. Vous donnerez ordre qu'une brigade de grosse cavalerie
+reste à Meissen jusqu'à ce qu'elle y soit relevée par six cents hommes
+de cavalerie qui appartiennent au cinquième corps et qui sont
+aujourd'hui à Wilsdruf.--Tenez votre quartier général toute la journée
+d'aujourd'hui à Meissen.--Vous formerez trois colonnes, chacune de trois
+à quatre cents hommes de cavalerie, un bataillon d'infanterie et six
+pièces d'artillerie à cheval. Vous aurez soin que ces colonnes soient
+bien commandées, et vous en enverrez une vis-à-vis Mühlberg, une sur
+Strehla et la troisième entre Strehla et Meissen, sur les points où il y
+avait des bacs. Ces colonnes battront toute la rive et empêcheront tout
+passage; elles feront construire des blockhaus intermédiaires entre ceux
+qui existent déjà, de manière qu'au lieu qu'il y en ait toutes les deux
+lieues il y en ait de lieue en lieue; elles feront voir qu'elles ont de
+l'artillerie en la promenant le long de la rivière pour la montrer
+tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et elles détruiront à coups de
+canon tous les bateaux de l'ennemi.--Vous formerez deux autres colonnes,
+chacune de trois à quatre cents hommes de cavalerie légère, cinq cents
+hommes d'infanterie et deux pièces d'artillerie. Vous les ferez
+commander par des officiers intelligents qui concerteront leurs
+mouvements avec le prince Poniatowski, le général Lefebvre-Desnouettes,
+le général Lorge et le duc de Padoue, pour courir après les partisans
+ennemis et faire en sorte qu'il n'y en ait aucun entre Leipzig et
+l'Elbe.--Faites une instruction pour toutes ces colonnes: elles ne
+doivent jamais passer la nuit dans le lieu où elles auraient vu coucher
+le soleil. Toutes ces colonnes doivent être très-actives, correspondre
+entre elles et purger entièrement le pays des partis ennemis.--Le prince
+Poniatowski est à Waldheim; sa cavalerie légère est à Colditz; elle se
+liera donc avec la vôtre. Le général Lefebvre-Desnouettes est à
+Altenbourg, et le duc de Padoue a beaucoup de cavalerie à Leipzig.
+Mettez-vous en correspondance avec lui. Le prince de la Moskowa est à
+Pretsch et à Kemberg.--Dans cette position, vous serez à portée de vous
+joindre au prince de la Moskowa pour couvrir Leipzig et couper à
+l'ennemi le chemin de l'Elbe, ou bien de prendre l'offensive par
+Wittenberg pour faire tomber tous les ponts de l'ennemi, ou enfin
+revenir sur Dresde, sur Chemnitz ou sur Altenbourg, pour s'opposer aux
+mouvements que l'ennemi pourrait faire de la Bohême. Le duc de Bellune
+est à Freyberg.--Il va vous arriver d'Erfurth trois mille hommes
+d'infanterie pour votre corps.--Je donne ordre au général Margaron de
+renvoyer au premier corps de cavalerie les mille hommes de ce corps
+qu'il a à Leipzig.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 28 septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, je vous préviens que, d'après les
+intentions de l'Empereur, je donne l'ordre au général Lhéritier de
+réunir tout le cinquième corps de cavalerie à Meissen et de rester dans
+cette place. Ce général formera deux colonnes, chacune de quatre à cinq
+cents chevaux, avec deux pièces d'artillerie. L'une sera chargée de la
+garde de l'Elbe depuis Meissen jusqu'à Riesa, et l'autre de Meissen à
+Dresde, et il se tiendra avec le reste de son corps à Meissen pour se
+porter partout où cela serait nécessaire. Par ce moyen, monsieur le duc,
+vous pourrez ne former que deux colonnes au lieu de trois pour garder la
+rive gauche de l'Elbe.</p>
+
+<p>«L'Empereur ordonne, monsieur le maréchal, que vous laissiez une brigade
+d'infanterie, avec sa batterie, pour occuper Meissen jusqu'à ce qu'elle
+y soit remplacée par d'autres troupes; elle tiendra un bataillon dans la
+tête de pont. Le pont sera attaché aux piles du pont de pierre. Les
+canons du château et l'artillerie de la brigade seront mis en batterie
+sur la rive gauche pour protéger la tête de pont. S'il était à craindre
+que le pont fût rompu, il serait établi un bac pour la communication
+d'une rive à l'autre. Sa Majesté vous recommande, monsieur le duc, de
+laisser un bon général de brigade pour être chargé du commandement de
+la brigade que vous laisserez à Meissen jusqu'à ce qu'elle soit
+remplacée. Je vous prie de m'informer de l'exécution de ces
+dispositions.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«Le général de division, chef d'état-major,</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 28 septembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je vous suppose aujourd'hui à Wurtzen. L'ennemi, qui avait
+établi un pont vis-à-vis de l'Elster et qui avait une très-belle tête de
+pont, a reployé son pont, le général Bertrand l'ayant chassé de
+Wartenbourg. Ce général a démoli la tête de pont et s'est porté le 26 à
+l'appui du prince de la Moskowa, qui marchait sur Dessau.--Le général
+Lefebvre-Desnouettes était toujours à Altenbourg. Il aurait marché sur
+Zwickau, mais les mouvements de Dessau l'empêchaient de s'éloigner de
+Leipzig.--Le duc de Castiglione sera avec tout son corps après-demain à
+Iéna.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Schleesen, le 28 septembre 1813,<br> cinq heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cher maréchal, j'ai poussé l'ennemi le 26 et le 27 jusque près de
+Dessau; il a brûlé ses ponts sur la Mulde et passé l'Elbe. Je ferai, ce
+matin, la même opération qu'à Wartenbourg, resserrant l'ennemi dans sa
+tête de pont par les deux rives de la Mulde et la gauche de l'Elbe; mais
+il est probable qu'il ne laissera personne sur cette rive et qu'il
+repliera son pont. On a distingué hier un grand mouvement dans l'armée
+ennemie, vers Roslau, et on a remarqué une colonne marchant sur Zerbst,
+où est le quartier général du prince royal de Suède, et une autre se
+dirigeant sur Koswig.</p>
+
+<p>«Il paraît que l'ennemi a fait une ligne de circonvallation à sept cent
+toises de Wittenberg, et qu'il prépare des batteries pour repousser nos
+colonnes si elles débouchaient par cette place. Le bombardement a
+continué cette nuit. J'envoie ce matin le général du génie Blein à
+Wittenberg pour reconnaître la tranchée ennemie. On pense que c'est
+Bulow qui est chargé de ce siége, et que Tauenzien est en observation
+vers l'Elster. Les corps suédois et russes sont vers Koswig et Zerbst.
+Les Suédois, en quittant Dessau, ont dit qu'ils repassaient l'Elbe,
+parce que l'Autriche avait fait une paix séparée avec l'empereur
+Napoléon.</p>
+
+<p>«Je compte établir le général Dabrowski à Acken afin de l'employer à
+chasser tous les partis ennemis qui peuvent se trouver entre la Saale et
+la Mulde, et de rétablir insensiblement nos communications avec
+Magdebourg.</p>
+
+<p>«Je pars pour Dessau.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+
+<p>«<i>P. S.</i> Le général Bertrand est avec ses principales forces à Kemberg.
+Une de ses divisions est ici et l'autre en arrière de Schmiedeberg et
+Pretsch. Le général Régnier reste à Oranienbaum. La première brigade du
+général Guilleminot, avec la cavalerie légère, resserrera l'ennemi dans
+sa tête de pont de Roslau.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 30 septembre 1813,<br> trois heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur me charge de vous faire connaître que le prince Poniatowski
+a l'ordre de se porter aujourd'hui à Frohbourg, et qu'il dirige sa
+cavalerie sur Altenbourg et Borna. Le général Lauriston partira à la
+pointe du jour pour se rendre à Nossen, et enverra une avant-garde sur
+Waldheim. Ce général se mettra en correspondance avec vous. Le duc de
+Bellune porte sur Chemnitz une forte division avec de la cavalerie, et
+l'éclairera fortement du côté de Marienberg; il mettra son quartier
+général en avant de Freyberg.--Le général Souham, qui a son quartier
+général sur le chemin de Grossenhayn, à la hauteur du camp retranché de
+Dresde, a l'ordre de faire partir, à cinq heures du matin, en les
+faisant passer de la rive droite sur la rive gauche, une batterie de
+douze et les batteries d'artillerie à cheval, ainsi qu'une division
+d'infanterie, la brigade de cavalerie légère du général Beurmann, et le
+quartier général de son corps d'armée. Tout cela se rendra à Meissen
+par la rive gauche. Arrivé à Meissen, le général Souham renverra la
+brigade d'infanterie du sixième corps, qui s'y trouve, rejoindre son
+corps, ainsi que toute l'artillerie qui appartiendra au sixième corps.</p>
+
+<p>«Le prince Poniatowski sera ainsi placé à une journée sur votre gauche.
+Vous devez correspondre, monsieur le duc, avec le général Lauriston et
+le prince Poniatowski, pour agir selon les circonstances. Il n'est pas
+encore démontré que l'ennemi ait fait sur Altenbourg un mouvement
+considérable d'infanterie; Sa Majesté suppose qu'il a envoyé seulement
+quelques divisions légères pour soutenir sa cavalerie; il est probable
+que cela l'éclairera parfaitement dans la journée. Le prince de la
+Moskowa ayant pris Dessau, l'ennemi a voulu le reprendre en l'attaquant
+avec la garde suédoise: mais elle a échoué et a été écrasée.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major-général,</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 30 septembre 1813,<br> trois heures et demie du matin</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre du 28, où vous me faites connaître
+que vous vous rendrez à Leipzig et réunirez le premier corps de
+cavalerie à Wurtzen. Le prince Poniatowski se rend aujourd'hui de
+Waldheim à Frohbourg, à une journée sur votre gauche: il fera battre
+Altenbourg et Borna. Le cinquième corps se rend à Nossen, son
+avant-garde à Waldheim; le deuxième corps se rend à Chemnitz avec le
+cinquième corps de cavalerie. Le duc de Castiglione devra arriver demain
+à Iéna.--Je fais relever votre brigade à Meissen par la division
+Souham.--L'ennemi a-t-il dirigé vingt-cinq mille hommes d'infanterie sur
+Altenbourg? Si cela est, il faut couper et enlever ce corps. N'a-t-il
+envoyé que de la cavalerie; il faut encore harceler et obliger ce corps
+à se reployer.--Le prince de la Moskowa, avec les quatrième et septième
+corps, le troisième corps de cavalerie et la division Dombrowski<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a>
+<a href="#footnote9"><sup class="sml">9</sup></a> se
+trouve avoir quarante mille hommes.--Le sixième corps, le huitième, le
+cinquième, le premier corps de cavalerie, le quatrième et la division
+Margaron, cela vous fera près de soixante mille hommes.--Correspondez
+avec le prince Poniatowski et le général Lauriston.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote9" name="footnote9"><b>Note 9: </b></a>
+<a href="#footnotetag9">
+(retour) </a> Dans la <i>Correspondance et Documents</i>, les noms de lieux et
+de personnes sont diversement écrits, par exemple, l'Empereur écrit
+<i>Dombrowski</i>, le maréchal Ney <i>Dabrowski</i>, etc., etc. Nous avons cru
+devoir laisser subsister les deux orthographes, puisqu'elles sont dans
+les originaux. (<i>Note de l'Éditeur.</i>)</blockquote>
+
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 1<sup>er</sup> octobre 1813, quatre<br>
+heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre du 29, à onze heures du soir.--La
+brigade que vous avez laissée à Meissen a été remplacée par le troisième
+corps. Laissez du monde à Wurtzen et faites-y travailler à la double
+tête de pont, et surtout à l'établissement d'un bon pont sur pilotis. La
+Mulde déborde. Il est nécessaire que nous soyons maîtres de ce
+passage.--Le 30, le prince Poniatowski a eu son quartier général à
+Rochlitz. Aujourd'hui, 1<sup>er</sup> octobre, il sera à Frohbourg ou à Altenbourg.
+Le comte de Valmy a dû coucher, le 30, à Frohbourg et a dû envoyer un
+fort détachement sur Borna. Le général Uminski a dû occuper Boda, et le
+prince Sulkowski a été sur Penig.--Le cinquième corps était hier, 30, à
+Nossen et à Waldheim.--Les troupes du duc de Castiglione ne devaient pas
+tarder à paraître du côté d'Iéna.--Jusqu'à cette heure, il paraîtrait
+que le général Platow, fils de l'hetman, avec Thielman, et soutenu d'une
+division légère, se porte sur la Saale. Il paraîtrait que cette division
+légère serait commandée par le général Baumgarten. Le général Klenau
+paraîtrait se trouver à Comotau.--Dans la journée, tout ceci va
+parfaitement s'éclaircir.--Il paraîtrait que Platow avait sous ses
+ordres mille à douze cents Cosaques; le régiment palatin de Ferdinand
+autrichien, et le régiment de Hesse-Hombourg autrichien; enfin, il
+paraîtrait que le général Platow se serait porté sur Penig et de là sur
+Altenbourg, laissant le général Baumgarten à Chemnitz.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 1<sup>er</sup> octobre 1813,<br> quatre
+heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, vous nous avez pris douze cents quintaux de farine à
+Meissen. Renvoyez-nous-les. Le duc de Padoue a l'état de ce que Leipzig,
+Wurtzen et autres bailliages nous doivent fournir ici. Prenez toutes les
+mesures pour nous faire venir mille quintaux de farine par jour. Écrivez
+aux baillis. Envoyez des commissions et faites partir des convois. Nous
+avons aussi du riz qui nous appartient à Leipzig. Prenez des
+informations et faites-le partir. Enfin prenez des mesures pour nous
+approvisionner. Le duc de Padoue est au fait de la distribution que la
+régence a faite, entre tous les bailliages, pour les farines que chacun
+doit fournir. --Surtout ne retenez rien pour vous de tout ce qui doit
+nous être adressé à Dresde.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Pötnitz, le 1<sup>er</sup> octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cher maréchal, je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait
+l'honneur de m'écrire hier de Leipzig. J'en ai également reçu une cette
+nuit du prince major général, en date du 29 septembre, par laquelle il
+me mande que l'Empereur désire que votre corps d'armée soit employé dans
+l'opération qui aura pour objet de faire lever le siége de Wittenberg.
+En attendant qu'elle ait lieu, je pense que la position qu'il serait le
+plus convenable de faire prendre à vos troupes, pour remplir le double
+but de couvrir Leipzig et de m'appuyer au besoin, serait de placer une
+de vos divisions à Düben, une autre à Bitterfeld et Delitzsch, et la
+troisième qui, avec la cavalerie du général Latour-Maubourg, couvrirait
+les communications de Dresde, pourrait être établie à Wurtzen.
+Dites-moi, mon cher maréchal, si vous jugez à propos de faire exécuter
+ce mouvement à votre corps d'armée, afin que, si vous y consentez, je
+puisse faire serrer sur moi les troupes que j'ai sur ces divers points,
+et qui me seront très-utiles pour resserrer et observer l'ennemi et
+l'empêcher de passer l'Elbe en corps d'armée. Je pense que le général
+Dalton se décidera enfin bientôt à envoyer d'Erfurth à Leipzig les
+troupes dont il peut disposer, et qui sont au nombre de douze mille
+hommes, et que dès lors M. le duc de Padoue n'aura plus besoin de votre
+appui ni du mien pour conserver cette ville.</p>
+
+<p>«Nous ouvrons la tranchée devant la tête de pont de l'ennemi, entre la
+droite de la Mulde et la gauche de l'Elbe, et nous élevons des
+batteries: déjà tous ses postes sont rentrés, et nous sommes à quatre
+cents toises de ses ouvrages; j'espère que demain nous nous en serons
+approchés à deux cents. Lorsque cette opération sera terminée sur cette
+rive de la Mulde, je la ferai faire également sur la rive gauche. Je
+fais aussi établir sur cette rivière un pont de bateaux à six cents
+toises de la tête de pont, afin que mes troupes puissent rapidement
+passer d'une rive à l'autre et se soutenir au besoin. On s'occupe
+également à retrancher les points principaux de Dessau, de manière à
+mettre cette ville à l'abri d'un coup de main et à en faire une espèce
+de tête de pont. Woronzow et Czernitchef sont toujours entre Acken et
+Dessau avec quelques détachements d'infanterie. Mais ce ne sera que
+lorsque j'aurai mis l'ennemi dans l'impossibilité de déboucher par
+Roslau que je pourrai m'occuper de forcer ces partisans à évacuer le
+pays entre la Saale et la Mulde. Le camp principal de l'ennemi est
+toujours à Roslau et le quartier général du prince de Suède à Zerbst.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 3 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, tous les bruits que l'on fait courir sont controuvés. Il
+n'y a pas de corps d'armée ennemi sur Géra; il n'y en a pas sur
+Altenbourg: il n'y a de ce côté que le corps de l'hetman Platow et de
+Thielmann. Il faut mettre une grande circonspection dans vos mouvements.
+Avant tout, il faut soutenir le prince de la Moskowa. Le roi de Naples,
+avec le deuxième, le cinquième et le huitième corps, qui sont entre
+Freyberg, Chemnitz et Altenbourg, se trouve, dans l'ordre naturel,
+opposé à tout ce qui arriverait de Bohême. D'ailleurs, un officier que
+vous m'enverriez en poste pourrait, en moins de vingt heures, vous
+rapporter ma réponse. Je vous le répète: couvrir Leipzig, puisque vous y
+êtes, empêcher le passage de l'Elbe de Wittenberg à Torgau, secourir
+Torgau, appuyer le prince de la Moskowa, voilà le premier but que vous
+devez vous proposer: le reste viendra après. J'attends aujourd'hui des
+nouvelles du prince Poniatowski et l'arrivée de mes troupes à Chemnitz,
+ce qui me mettra à même de prendre un parti.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+
+<p class="rig">«Dresde, le 3 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, le prince Poniatowski est arrivé à Altenbourg le 2
+octobre.--Voici ce qui s'est passé:--Dans les premiers jours de
+septembre, le colonel Münsdorf est arrivé à Altenbourg avec un
+détachement de mille à onze cents chevaux.--Thielmann est venu le
+rejoindre avec trois mille chevaux. D'Altenbourg, ces troupes poussèrent
+des partis sur Zeitz, Borna, Freybourg, Weissenfels, Mersebourg et Géra.
+Le général Lefebvre-Desnouettes les repoussa, les rejeta sur Altenbourg,
+et ensuite sur Zwickau. Mais, le 28, l'hetman Platow déboucha sur
+Altenbourg avec ses Cosaques, trois mille hommes d'infanterie
+autrichienne et deux mille cavaliers autrichiens. Le général Lefebvre
+fut attaqué de front dans le temps que Thielmann le tournait sur Zeitz.
+Le 28 au soir, Platow était de retour à Altenbourg; le 29, Thielmann y
+était également revenu. Platow rentra avec sa troupe à Chemnitz, en
+partie le 29 et en partie le 30.--Thielmann et le comte Münsdorf
+restèrent à Altenbourg; mais, le 2, au moment où ils faisaient leur
+mouvement de retraite sur Zwickau, la cavalerie du prince Poniatowski
+les chargea, leur sabra cinq à six cents hommes, et fit trois cents
+prisonniers. En faisant ses adieux aux magistrats d'Altenbourg,
+Thielmann leur a dit qu'il jugeait que les Français venaient sur lui,
+que la ville serait occupée par eux, et qu'il s'en allait. Il paraît que
+l'infanterie autrichienne que Platow avait sous ses ordres était du
+corps de Klenau; que ce corps de Klenau n'est que de six mille hommes de
+cavalerie et au plus de quinze mille hommes d'infanterie; qu'il occupe
+Chemnitz, Marienberg et Augustenbourg.--Le prince Poniatowski occupe
+Frohbourg et Windischleybe.--J'attends à chaque instant des nouvelles de
+l'entrée du roi de Naples à Chemnitz. Vous voyez donc que le mouvement
+de vingt mille Autrichiens sur Altenbourg est controuvé.--Faites mettre
+dans les journaux de Leipzig que le général Thielmann a été battu par le
+prince Poniatowski, qui lui a fait six cents prisonniers et lui a tué et
+sabré beaucoup de monde.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Pötnitz, le 3 octobre 1813</p><br><br>
+
+<p>«Mon cher maréchal, je reçois votre lettre d'hier.</p>
+
+<p>«L'Empereur m'a écrit, le 1<sup>er</sup>, pour me faire connaître l'emplacement des
+corps d'armée. Sa Majesté pense que l'ennemi pourrait déboucher de la
+Bohême par Marienberg. J'attends des nouvelles du général Bertrand, qui
+est parti de Worlitz dans la nuit du 1<sup>er</sup> au 2 pour se rendre à
+Wartenbourg, afin de rejeter sur la rive droite des détachements
+prussiens du corps de Borstell, qui travaillent au rétablissement du
+pont vis-à-vis d'Elster. On a entendu hier le bruit du canon dans cette
+direction. Ma ligne est bien étendue, et je ne pourrais opposer qu'une
+faible résistance aux mouvements de l'ennemi s'il débouchait par son
+pont de Roslau. Les ouvrages qui couvrent ce pont sont tellement forts
+et si bien armés, que je ne puis raisonnablement entreprendre de les
+forcer. Le général Dabrowski quitte Delitzsch pour s'établir à Dessau.
+Le général Fournier occupe Raguhn et envoie des reconnaissances sur
+Delitzsch et Düben. Si je parviens à resserrer l'ennemi dans ses
+ouvrages de manière à ce qu'il ne puisse pas déboucher, alors je
+tâcherai de chasser les partis qui se trouvent entre la Saale et la
+Mulde. Si Czernitcheff est en marche sur la Westphalie, il reste
+également ici beaucoup de cavalerie légère sous les ordres de Woronzow.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Pötnitz, le 3 octobre 1813,<br> cinq heures du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Le général Bertrand m'écrit ce matin de Wartenbourg à onze heures; il
+est aux prises depuis sept heures avec l'ennemi, qui attaque
+vigoureusement et auquel il suppose beaucoup de forces. Il me paraît
+bien important que vous fassiez occuper fortement le point de Düben,
+afin que, si l'ennemi forçait ma droite, il ne puisse pas arriver sans
+obstacle à Leipzig. C'est d'ailleurs dans cette position de Düben que
+vous seriez en mesure de me soutenir, suivant l'ordre que l'Empereur
+m'annonce, par sa lettre d'avant-hier, qu'il vous en a donné.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Bitterfeld, le 4 octobre 1813,<br> deux heures de l'après-midi.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cher maréchal, l'armée ennemie de Silésie, après avoir marché
+presque sans interruption pendant cinq jours et cinq nuits, a jeté un
+pont sur l'Elbe, vis-à-vis Elster, dans la nuit du 2 au 3, et a attaqué
+hier, à sept heures du matin, le général Bertrand, qui occupait la forte
+position de Wartenbourg, et qui, après s'être battu depuis sept heures
+du matin jusqu'à six heures du soir, et après avoir fait éprouver à
+l'ennemi une perte considérable, a dû se replier sur Klitzschena. Ma
+droite se trouvant ainsi tournée par des forces très-supérieures, et
+pouvant être attaquée sur les deux rives de la Mulde par l'armée du
+prince de Suède, il m'a paru indispensable de me retirer sur Delitzsch.
+Il est de la dernière importance que l'Empereur prenne sur-le-champ un
+parti décisif: car, d'ici au 6, l'ennemi peut diriger plus de cent mille
+hommes sur Leipzig. Les prisonniers faits par le général Bertrand
+appartiennent aux corps de Langeron, Kleist et Sacken. La perte du
+quatrième corps n'est pas considérable, parce que les troupes étaient
+avantageusement postées derrière des digues et des abatis; mais la
+division wurtembergeoise, qui était de quatorze cents hommes et qui
+défendait le village de Blodding, a été presque entièrement détruite.</p>
+
+<p>«J'occupe faiblement Düben: le reste de mes troupes est à Bitterfeld et
+à Delitzsch.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 4 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre. J'approuve le parti que vous
+prenez. Réunissez votre corps, le premier corps de cavalerie, et marchez
+à l'ennemi: enlevez-lui ses ponts de Waldenbourg, Dessau et Acken; qu'il
+ne lui en reste aucun.--Le duc de Castiglione doit être arrivé
+aujourd'hui à Iéna. Le prince Poniatowski est à Altenbourg.--Le roi de
+Naples doit être à Chemnitz. J'en attends des nouvelles à chaque
+instant. On a fait hier deux ou trois cents prisonniers à la division
+Baumgarten entre Chemnitz et Freyberg.--Vous m'envoyez des officiers qui
+sont des enfants, qui ne savent rien et ne peuvent donner verbalement
+aucun renseignement; envoyez-moi des hommes.--Le troisième corps se
+porte sur Torgau; une de ses divisions sera demain, 5, à Belgern.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+
+<p>«<i>P. S.</i> Communiquez ces nouvelles au prince de la Moskowa, et
+faites-lui connaître combien il est important d'enlever à l'ennemi tous
+ses ponts.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+
+<p class="rig">«Delitzsch, le 5 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Je m'empresse de vous faire connaître les positions qu'occupent les
+troupes sous mes ordres.</p>
+
+<p>«Le général Dabrowski est à Bitterfeld.</p>
+
+<p>«La division de cavalerie légère du général Fournier, à Landsberg,
+poussant des reconnaissances sur Halle.</p>
+
+<p>«La division de cavalerie du général Defrance, en seconde ligne,
+derrière le général Fournier, à Zschernitz.</p>
+
+<p>«Le septième corps aura la division Durutte à Göllmenz et Lukenwhna,
+point intermédiaire de Düben et Eulenbourg. Les deux autres divisions de
+ce corps, à Broda, occupant Delitzsch et Bendorf. Sa cavalerie légère à
+Koltzau.</p>
+
+<p>«Le quatrième corps, à Zschortau.</p>
+
+<p>«Je sais que vous occupez Düben et Eulenbourg, et je pense que vous avez
+toujours une ou deux divisions à Leipzig.</p>
+
+<p>«Nous manquons de munitions. Le quatrième corps a tout consommé. Ne
+pourriez-vous pas, mon cher maréchal, céder au général Bertrand un
+approvisionnement simple pour six pièces de douze, deux obusiers de six
+pouces, douze pièces de six et quatre obusiers de vingt-quatre, ainsi
+que dix caissons de cartouches d'infanterie. On assure qu'il y a des
+dépôts considérables à Torgau, et qu'il s'y trouve, entre autres, plus
+d'un million de cartouches en réserve; vous pourriez vous remplacer dans
+cette ville, avec laquelle vous communiquez.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Delitzsch, le 5 octobre 1813,<br> huit heures du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cher maréchal, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite
+aujourd'hui de Hohen-Priegnitz. Il ne s'agit pas, je crois, de serrer
+sur Eulenbourg pour conserver ce débouché, mais bien de nous rassembler
+le plus promptement possible sur Leipzig.</p>
+
+<p>«Les divisions Fournier et Defrance, que j'ai détachées aujourd'hui sur
+Landsberg, ont été forcées de rétrograder, et l'ennemi les a suivies
+jusqu'à une demi-lieue d'ici, en avant de Gros-Kühna. L'ennemi s'est
+également présenté à Schenkenberg; il a fallu de l'infanterie et du
+canon pour l'éloigner. Enfin, le général Dabrowski, après s'être battu
+contre des forces supérieures, a évacué Bitterfeld; il est à Paupitzsch
+et se rapprochera encore cette nuit de Delitzsch. Ce général a vu plus
+de quatre mille hommes de cavalerie passer la Mulde entre Bitterfeld et
+Düben.</p>
+
+<p>«Je viens d'ordonner à la division Durutte, qui est à Lukenwhna, de
+rentrer en ligne demain matin à la hauteur de Mocherwitz. Je pense, mon
+cher maréchal, que vous devez venir prendre position à Lukenwhna,
+gardant Eulenbourg par un régiment d'infanterie et un détachement de
+cavalerie; cette troupe aurait, en cas d'événement, sa retraite assurée
+sur Leipzig, et pourrait même, au besoin, se diriger sur Wurtzen.</p>
+
+<p>«Si vous jugez convenable de vous rassembler à Lukenwhna ou à Cremsitz,
+j'attendrai l'ennemi demain à Delitzsch; nous nous trouverions
+parfaitement en mesure de livrer bataille à l'ennemi ou de nous retirer
+ensemble, s'il nous présentait des forces supérieures. Je ne crois pas
+que l'ennemi ose engager un petit corps avec la Mulde à dos; ainsi nous
+pourrions attendre et gagner la journée de demain. Il faut espérer que
+l'Empereur nous donnera de ses nouvelles, et que Sa Majesté va prendre
+un grand parti.</p>
+
+<p>«J'attends, mon cher maréchal, votre réponse à la proposition que je
+viens de vous faire pour prendre mes dispositions définitives.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 5 octobre 1813,<br> deux heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre du 4 octobre, datée d'Eulenbourg. Je
+n'ai encore reçu aucune nouvelle des affaires du général Bertrand que
+par votre lettre d'hier. J'aurais bien voulu que vous m'eussiez donné
+quelques détails. Donnez-moi tous ceux que vous aurez.--Le troisième
+corps a dû avoir, hier 4, une division à Meissen, une à Riesa et l'autre
+à Strehla. J'ai donné ordre qu'une division marchât sur Belgern. Je
+donne au troisième corps l'ordre de marcher tout entier sur Torgau. Il
+est, dès ce moment, à votre disposition. Ordonnez qu'à Torgau on y
+joigne tous les hommes de son dépôt qui sont disponibles.--Il est de la
+plus haute importance que vous faisiez rétablir le pont de Düben, et que
+vous marchiez rapidement pour détruire le pont de l'ennemi. Votre
+réunion avec le prince de la Moskowa et le général Dombrowski, est aussi
+de la plus haute importance.--Je donne ordre au duc de Castiglione de se
+porter sur Leipzig avec son corps d'armée.--Il est urgent de rejeter
+l'ennemi au delà de la rivière, avant qu'il ait de nouveaux renforts.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Dresde, le 6 octobre 1813,<br> neuf heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, le duc de Padoue me fait passer votre lettre, datée le 5 de
+Lindenhain. J'avais reçu vos lettres précédentes. J'ai également reçu,
+par le duc de Padoue, une lettre du prince de la Moskowa, du 4 à deux
+heures après-midi.--Je vous ai déjà fait connaître que le troisième
+corps était échelonné sur la route de Meissen à Torgau; il a dû être
+concentré, aujourd'hui 6, à Torgau. Je serai ce soir à Meissen, avec
+quatre-vingt mille hommes, ayant mon avant-garde à l'embranchement de la
+route de Leipzig et de celle de Torgau. J'y recevrai vos lettres qui me
+décideront à prendre l'une ou l'autre de ces routes. Les reconnaissances
+envoyées hier sur la rive droite, jusqu'à dix lieues de Dresde, n'ont
+trouvé que peu de monde, et le commissaire du cercle de Königsbruck nous
+a instruit en détail des forces et du mouvement de l'armée
+ennemie.--Comme le troisième corps est sous vos ordres, j'ignore la
+direction que vous lui avez donnée; mais je suppose que demain matin je
+serai parfaitement éclairé là-dessus.--Je me propose de me porter sur
+Torgau, et de là de marcher sur la rive droite pour couper l'ennemi et
+lui enlever tous ses ponts sans être obligé de lutter contre ses têtes
+de pont. En marchant par la rive gauche, il y a l'inconvénient que
+l'ennemi peut repasser la rivière et éviter la bataille; mais, dans
+cette seconde hypothèse, nous pouvons déboucher par Wittenberg.--Au
+reste, comme l'ennemi a l'initiative du mouvement, je ne pourrai me
+décider sur le plan à adopter définitivement que lorsque je connaîtrai
+l'état de la question le 6 au soir.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+<p class="rig">«Göllmenz, le 6 octobre 1813,<br> six heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez écrite ce matin à quatre
+heures.</p>
+
+<p>«Je sens parfaitement que vous ne pouvez pas quitter de jour votre
+position devant l'ennemi qui, ayant rétabli le pont de Düben, ne
+manquerait pas de faire du mal à votre arrière-garde. J'établis en
+conséquence les quatrième et septième corps à Naundorf et Klwölkan. La
+division Dabrowski restera à Delitzsch tant qu'elle pourra s'y
+maintenir. La division Fournier prend position à Lindenhain, s'éclairant
+sur Bitterfeld par Reihitz. La division Defrance restera ici à Göllmenz.
+Comme il serait impossible que nos deux corps, en partant ce soir à la
+chute du jour, pussent passer sur la droite de la Mulde à Eulenbourg, je
+resterai en seconde ligne derrière vous jusqu'à quatre heures de
+l'après-midi, heure à laquelle je me mettrai en marche sur Wurtzen, d'où
+j'irai prendre position à Schilda. Vous, mon cher maréchal, après avoir
+passé par Eulenbourg, vous iriez prendre position à Mackern ou
+Reichenbach, et nous serons dès lors en mesure de marcher sur le flanc
+de l'ennemi.</p>
+
+<p>«Faites-moi part, je vous prie, de vos observations sur le mouvement
+projeté et l'ensemble des manoeuvres.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Bennewitz, le 7 octobre 1813,<br> six heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Je reçois votre lettre d'hier soir.</p>
+
+<p>«Le général Régnier prend position à Pichen; il établit sur la Mulde,
+vis-à-vis Colla, un pont qui sera achevé ce matin. Ce général se mettra
+en communication avec votre corps d'armée à Taucha.</p>
+
+<p>«Le quatrième corps prend la direction de Torgau pour rallier le
+troisième, s'il est encore près de cette place. Je ne vois pas que le
+troisième corps puisse être exposé dans sa marche sur Eulenbourg, s'il a
+reçu l'ordre que vous lui avez donné de s'y rendre, puisque vous
+m'annoncez que l'ennemi a peu de monde aux environs de cette ville et
+que vous pensez qu'il opère sur votre gauche. Le duc de Padoue me mande
+que quelques régiments d'infanterie ennemie doivent être arrivés à
+Halle.</p>
+
+<p>«Donnez des ordres, mon cher maréchal, pour faire arriver en toute hâte
+sur Leipzig tous les convois qui peuvent être entre cette ville et
+Erfurth; il faut rappeler tous les détachements et être serré en masse.
+Il ne s'agit plus, comme vous le remarquez fort bien, que de gagner du
+temps; l'Empereur, qui est définitivement en mouvement, ne tardera sans
+doute pas à faire changer la face des affaires.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Bennewitz, le 7 octobre 1813,<br> une heure de l'après-midi.</p><br><br><br>
+
+<p>«Le général Dombrowski, auquel j'avais donné l'ordre de tenir hier
+jusqu'à quatre heures de l'après-midi le poste de Delitzsch, tandis que
+votre corps d'armée et celui du général Régnier faisaient leur
+mouvement, a été attaqué très-vivement par la cavalerie légère ennemie
+qu'il a toujours repoussée; il est parti de sa position à une heure du
+matin, et son arrière-garde a été suivie jusqu'à Taucha.</p>
+
+<p>«Le général Régnier m'a rendu compte que vos troupes avaient entièrement
+évacué Eulenbourg hier au soir; je lui ai ordonné d'y envoyer mille à
+douze cents hommes pour la garde du pont, qui devient un débouché
+important, en ce moment où l'arrivée des renforts que l'Empereur conduit
+en personne annonce que nous allons reprendre l'offensive.</p>
+
+<p>«Les Cosaques qui étaient hier à Wurtzen y ont laissé une proclamation
+qui annonce aux Saxons que le général Blücher marche sur Leipzig avec
+soixante mille hommes, et que l'armée française est détruite.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«6 octobre 1813, quatre heures</p><br><br>
+
+<p>«Sire, j'ai eu l'honneur de rendre hier au soir à Votre Majesté un
+compte détaillé de ma position. En conséquence, je ne l'en entretiendrai
+pas encore une fois. Je prendrai la liberté seulement, au nom du bien du
+service, de lui dire qu'il est de la plus grande urgence qu'elle vienne
+ici; car, si elle ne vient pas, nous allons faire de la mauvaise
+besogne, je ne puis en douter aux dispositions que je vois prendre. Le
+premier ordre que je reçois, si je l'exécutais, compromettrait l'armée
+de la manière la plus éminente, car il n'a été le résultat d'aucune
+espèce de calcul, ni de temps, ni d'opération. Je n'entre pas dans de
+plus grands détails pour ne pas fatiguer Votre Majesté. Je me borne à
+lui réitérer l'assurance que rien ne serait plus fâcheux pour son
+service que de voir la direction des opérations, dans la position
+délicate où nous sommes, confiée aux mêmes mains.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«8 octobre 1813 soir.</p><br><br>
+
+<p>«Sire, je reçois la lettre de reproches que Votre Majesté a chargé le
+major général de m'écrire. Nous serions restés sur la Mulde sans
+difficulté, et nous y serions encore, sans les étranges combinaisons du
+prince de la Moskowa, les craintes exagérées, plus étranges encore,
+qu'il a eues de l'ennemi.</p>
+
+<p>«Je n'ai quitté Düben que vingt quatre heures après que les troupes qui
+étaient à ma hauteur s'étaient retirées. Je n'ai quitté Hohen-Priegnitz
+que lorsque les troupes du prince de la Moskowa étaient depuis longtemps
+en marche sur Wurtzen. «Sentant la nécessité de couvrir Leipzig, j'ai
+demandé avec instance au prince de la Moskowa de s'y rendre, et je
+serais resté à Eulenbourg pour garder les passages de la Mulde et
+rallier le troisième corps, quoique ce mouvement fût naturel au prince
+de la Moskowa, puisqu'il était plus à portée que moi; il s'y est refusé
+formellement et a persisté à se porter sur Wurtzen, trouvant apparemment
+qu'il n'était en sûreté que là.</p>
+
+<p>«J'ai dû me porter sur Leipzig, parce que c'était le rôle qu'il m'avait
+assigné. Le prince de la Moskowa s'est chargé formellement de faire
+immédiatement un détour convenable pour rallier le général Souham à
+Wurtzen dans le cas où il aurait reçu l'ordre que je lui avais expédié,
+chose dont il était possible de douter.</p>
+
+<p>«Enfin je n'ai point détruit le pont d'Eulenbourg, comme on l'a dit à
+Votre Majesté; mais je l'ai fait couper de manière à exiger cinq à six
+heures de réparation en faisant le calcul que, si le général Souham
+avait reçu l'ordre de mouvement, il serait garanti par là, pendant la
+matinée, de l'action des troupes qui m'avaient suivi et dont le nombre
+pouvait être fort augmenté pendant la nuit, et qu'ainsi il aurait sa
+retraite libre sur Wurtzen.</p>
+
+<p>«Telles sont, Sire, les justifications que mon honneur exige que je
+présente à Votre Majesté, et qui, je l'espère, me mettront à l'abri de
+tout blâme à ses yeux.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Bennewitz, le 8 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Je reçois la lettre que vous m'avez écrite de Schönfeld hier à onze
+heures du soir. Je ne crois pas l'ennemi en mesure de venir
+immédiatement à Leipzig pour y livrer bataille, et il est à présumer,
+d'après divers renseignements, que son projet est de prendre Wittenberg
+avant de se livrer à aucune entreprise sérieuse. Au surplus, il me
+semble que vous auriez tort de vous engager fortement avant notre
+réunion totale, et qu'il est convenable d'attendre, pour opérer cette
+réunion, que nous sachions si l'Empereur veut manoeuvrer entre l'Elbe et
+la Mulde, ou entre la Mulde et la Saale. Quoi qu'il en soit, je prescris
+au général Régnier d'établir aujourd'hui sa ligne de manière que sa
+droite soit à la hauteur de Gotha et sa gauche vers Taucha, ayant un
+poste à Eulenbourg.</p>
+
+<p>«J'écris au général Souham que, s'il ne croit pas pouvoir se maintenir à
+Eulenbourg, il remonte la Mulde pour venir s'établir à Nitzschwitz; il
+restera dans cette position jusqu'au retour sur la Mulde du général
+Bertrand, qui est allé à Torgau tant pour y prendre des munitions que
+pour avoir des nouvelles de l'Empereur.</p>
+
+<p>«Le général Dombrowsky est à Schmöllen, au-dessus de Wurtzen. Dans cette
+position, je puis en une marche me réunir à vous; mais je ne crois pas
+qu'il faille livrer bataille à Leipzig, et que, lorsque le convoi
+d'artillerie sera arrivé, il sera convenable que nous nous rapprochions
+de la Mulde pour y attendre les ordres de l'Empereur, que nous ne
+pouvons pas tarder à recevoir.</p>
+
+<p>«Maréchal prince <span class="sc">de la Moskowa</span>.»</p>
+
+<p>«<i>P. S.</i> Le général Souham est arrivé à Wurtzen.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Wurtzen, le 9 octobre 1813,<br> une heure et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur ordonne que vous fassiez partir à six heures du matin le
+général Latour-Maubourg, avec tout le premier corps de cavalerie; le
+général Lefebvre-Desnouettes avec toute la cavalerie de la garde; la
+brigade du général Piré et la brigade du général Vallin. Pendant la
+marche, le général Lefebvre sera sous les ordres du général
+Latour-Maubourg. Donnez vos ordres pour que ces corps arrivent le plus
+tôt possible à Eulenbourg, où l'Empereur se trouvera de sa personne. Il
+est nécessaire qu'ils y soient à onze heures du matin, et qu'ils battent
+le chemin direct de Düben. Prescrivez au général Lefebvre et au général
+Latour-Maubourg d'envoyer chacun un officier auprès de l'Empereur pour
+faire connaître l'heure à laquelle ils arriveront. Cette cavalerie
+nettoiera ainsi tout le pays depuis la route de Leipzig à Eulenbourg
+jusqu'à celle de Leipzig à Düben.</p>
+
+<p>«Quant à vous, monsieur le maréchal, portez-vous aujourd'hui, avec votre
+corps d'armée, sur la route de Düben; vous aurez votre cavalerie légère
+et la division de cavalerie du général Lorge. Vous ferez éclairer par
+une colonne mobile la route de Leipzig à Delitzsch.</p>
+
+<p>«Accélérez le retour de la division que vous avez détachée, et placez-la
+en réserve. Cela n'empêche pas, monsieur le maréchal, que vous ne
+fassiez partir à six heures du matin une bonne avant-garde d'infanterie,
+de cavalerie et d'artillerie, et que vous ne la suiviez avec vos deux
+divisions, attendu qu'il est nécessaire que vous soyez à la hauteur
+d'Eulenbourg aujourd'hui avant onze heures du matin.</p>
+
+<p>«L'Empereur sera à huit heures du matin à Eulenbourg, marchant,
+aujourd'hui 9, avec cent vingt mille hommes sur Düben.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«Le général de division, chef de l'état-major,</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Eulenbourg, le 10 octobre 1813,<br> quatre heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur ordonne que vous vous portiez, aujourd'hui 10, sur Düben, où
+sera le quartier général. Je vous préviens que le général Régnier est
+arrivé hier à Düben, que le général Langeron a évacué à son approche.
+Vous devez, monsieur le duc, vous assurer du mouvement que fait l'ennemi
+à Delitzsch et si son avant-garde, qui y était hier, a fait un mouvement
+rétrograde sur Bitterfeld. Si, au contraire, les troupes de l'ennemi qui
+étaient à Bitterfeld se portaient sur Delitzsch pour marcher sur
+Leipzig, vous prendrez alors une position parallèle à celle de l'ennemi,
+ayant votre ligne d'opération sur Düben, de manière à couvrir Düben et
+Eulenbourg. Il est nécessaire, monsieur le maréchal, que vous
+correspondiez plusieurs fois par jour avec le quartier général. Je donne
+ordre au général Lefebvre-Desnouettes de marcher entre la Mulde et vous
+afin de maintenir toujours votre communication avec nous.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«Le général de division, chef de l'état-major,</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Düben, le 10 octobre 1813,<br> six heures et demie du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«J'envoie un officier au-devant de votre première division pour lui dire
+de prendre position sur la rive gauche, sans passer ce soir la rivière.
+Cet officier continuera ensuite sa route jusqu'à ce qu'il rencontre vos
+deux autres divisions, pour leur dire également de prendre position où
+il les trouvera, afin qu'elles ne se fatiguent pas inutilement. Il
+reviendra ensuite faire connaître où vos trois divisions auront pris
+position, ainsi que votre cavalerie et votre artillerie.</p>
+
+<p>«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que, de votre
+personne, vous veniez voir Sa Majesté ce soir ou cette nuit.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«Le général de division, chef de l'état-major,</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Düben, le 11 octobre 1813,<br> quatre heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur me charge de vous prescrire de passer aujourd'hui la Mulde
+aussitôt que Düben sera désencombré. Vous laisserez les généraux Lorge
+et Normam sur la rive gauche, et leur donnerez pour instruction de faire
+courir des partis sur Delitzsch et Bitterfeld. Vous dirigerez avec cette
+cavalerie, sur Bitterfeld, l'infanterie, nécessaire pour obliger
+l'infanterie ennemie à évacuer cette position. L'Empereur désire,
+monsieur le duc, que vous dirigiez l'opération et que vous fassiez
+partir les troupes une heure avant le jour, de manière à savoir de bonne
+heure l'intention de l'ennemi sur Bitterfeld et Jesnitz.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«Le général de division, chef de l'état-major,</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">»Düben, le 11 octobre 1813,<br> onze
+heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>»Mon cousin, faites-moi connaître ce que veut dire le mouvement de
+l'ennemi sur Zorbig. Est-ce pour aller à Dessau, ou pour se porter sur
+Halle ou sur Acken?</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Düben, le 11 octobre 1813,<br> trois heures après-midi.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, un postillon qui arrive de Cöthen, et qui en est parti hier
+à trois heures après midi, fait le rapport que l'ennemi n'a plus
+personne à Raguhn, à Jesnitz, et fort peu de monde à Dessau. Il est donc
+très-important que vous poussiez à fond vos reconnaissances, et que vous
+sachiez positivement ce qu'il y a à Zorbig et dans la direction de
+Cöthen et de Halle.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Düben, le 12 octobre 1813,<br> quatre heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, choisissez une position d'où vous puissiez couvrir à la
+fois Düben, Jesnitz et Leipzig. Vous pourriez peut-être vous couvrir de
+la branche de la Mulde qui passe à Delitzsch, si toutefois elle n'est
+pas guéable. Alors vous vous trouveriez en communication avec le duc de
+Reggio qui a une avant-garde à Raguhn et à Jesnitz; vous couvririez
+parfaitement Düben, dont vous pourriez vous placer à trois lieues, et
+vous seriez à portée de vous rendre, en une petite marche, sur Leipzig,
+et surtout de tomber sur le flanc du corps qui voudrait marcher de Halle
+sur cette ville.--Votre corps, baraqué ainsi dans une position
+avantageuse, serait d'un très-heureux résultat. Il ferait le
+prolongement de la ligne de Dessau, par Jesnitz, jusqu'à Borna où se
+trouve le roi de Naples. Vous couvrirez par ce moyen Eulenbourg, et le
+général Lefebvre-Desnouettes pourra se porter en avant pour éclairer
+votre gauche.--En cas de nécessité, la garde déboucherait sur vous par
+Düben et Eulenbourg.--Il faudra placer des avant-gardes de cavalerie,
+infanterie et artillerie sur les routes de Halle, Cöthen et
+Leipzig.--Aussitôt que vous aurez choisi votre position et que votre
+corps sera en mouvement pour s'y rendre, vous vous mettrez en
+correspondance avec le duc de Padoue à Leipzig, avec lequel votre
+correspondance doit être très-sûre et très-rapide.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Düben, le 12 octobre 1813,<br> onze heures du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre, que m'apporte l'officier
+d'ordonnance Gourgaud; elle est datée d'aujourd'hui à neuf heures du
+soir.--Le prince de la Moskowa s'est emparé de Dessau; il a fait deux
+mille cinq cents prisonniers, dont cinquante officiers. Il me mande, à
+trois heures après midi, que le général Tauenzien a passé à Dessau les
+ponts pour aller du côté de Roslau, et qu'on voit sur la rive droite des
+colonnes immenses de bagages et de pares qui remontent la rivière, et
+toutes les probabilités sont que l'armée de Berlin tout entière a passé
+sur la rive droite aux ponts de Dessau et d'Acken.--Le général Régnier,
+le général Dombrowski et le duc de Tarente avaient passé à Wittenberg
+sur la rive droite; à trois heures, nos avant-postes avaient passé
+Koswig.--À quatre heures, on a entendu une canonnade très-vive qui a
+duré jusqu'à six heures. Je n'en connais point encore le résultat;
+c'était l'attaque du général Régnier et du général Dombrowski sur la
+rive droite à Roslau.--L'ennemi paraissait être dans une grande
+épouvante.--Le duc de Castiglione était arrivé à Leipzig. Il avait eu,
+il y a trois jours, une affaire avec Thielman et Liechtenstein; il a
+battu complètement ce dernier, l'a mis en déroute et lui a fait douze
+cents prisonniers.--Le roi de Naples occupe la position de Grosbern, où
+il me mande qu'il tiendra toute la journée de demain 13.--Mon intention
+est que vous vous mettiez en marche pour vous rapprocher de Leipzig, et
+que vous envoyiez demander des ordres au roi de Naples. Je compte donc
+que vous serez à sept ou huit heures du matin, comme vous le proposez,
+sur Hohleim.--Je vous écrirai, du reste, de nouveau.--Votre arrivée au
+roi de Naples lui complétera quatre-vingt-dix mille hommes.--Si le
+général Régnier ne s'est pas emparé aujourd'hui de Roslau, cela me
+donnera le temps de m'en emparer demain, de bien battre l'armée de
+Berlin, et de terminer toutes ces affaires-là.--Je suppose que les
+reconnaissances que vous aurez envoyées sur la route de Halle vous
+auront enfin donné des nouvelles. Envoyez de fortes reconnaissances
+dans cette direction.--Marchez de manière à pouvoir surtout secourir
+Leipzig, et envoyez demander des ordres au roi pour entrer en bataille.
+Le moment décisif paraît être arrivé: il ne peut plus être question que
+de se bien battre.--Si vous entendez le canon sur Leipzig, activez votre
+marche et prenez part à l'affaire.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Düben, le 12 octobre 1813,<br> trois heures et demie après midi.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je n'ai point reçu de nouvelles de vous aujourd'hui:
+j'espère ne pas tarder à en recevoir. Je suppose que vous vous serez
+placé à quatre lieues de Leipzig.--Nous nous sommes emparés des ponts de
+l'ennemi sur l'Elbe, et il paraît que l'armée de Berlin s'est portée sur
+la rive droite.--D'un autre côté, le roi de Naples occupe la position de
+Grosbern, qu'il a prise ce matin. Je lui mande de la conserver toute la
+journée de demain 13.--Mon intention est que, si ce prince doit pouvoir
+conserver cette position, vous partiez à trois heures du matin pour
+prendre une position sur la route de Dobern, ayant votre gauche à
+Tachau.--Je me mettrai en marche de Düben, avec la vieille garde, pour
+vous rejoindre. La division Curial se mettra en marche d'Eulenbourg avec
+la division Lefebvre, de sorte que demain, vers midi, nous serons
+soixante-dix mille hommes réunis à portée de Leipzig. Toute mon armée se
+mettra en mouvement; et, dans la journée du 14, elle sera toute arrivée,
+et je pourrai livrer bataille à l'armée ennemie avec deux cent mille
+hommes.--Faites-moi connaître les renseignements que vous auriez de
+votre côté sur l'armée de Silésie et sur les positions que l'on pourrait
+prendre contre cette armée, contre l'armée qui viendrait par Halle et
+par Dessau.--Faites-moi bien connaître la position que vous occuperez,
+et à quelle heure vous pourrez être rendu à portée de Leipzig.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+
+<p class="rig">«Düben, le 13 octobre 1813,<br> dix heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre d'aujourd'hui 13, à trois du matin,
+par laquelle vous m'annoncez que vous serez à huit heures à Hohleim.--Je
+pense qu'il est nécessaire que vous ne vous massiez en ligne sur la rive
+gauche de la Partha qu'autant que le roi serait attaqué; mais ce serait
+une grande faute que de vous porter en ligne sur la rive gauche de la
+Partha, puisqu'on peut avoir à craindre que Blücher ne vienne à
+déboucher par Halle ou par quelque autre point. Je pense donc que vous
+devez reconnaître la position de Brettenfeld et la ligne de la Partha
+jusqu'à Taucha, et avoir des avant-gardes sur Skindits ainsi que sur la
+route de Landsberg. Par ce moyen vous vous déploieriez promptement, la
+gauche à l'Elster et la droite à la Partha, pour recevoir ce qui
+viendrait par ces chemins. Reconnaissez bien cette position. Ayez trois
+ponts sur la Partha, pour déboucher rapidement sur la rive gauche s'il
+en était besoin; mais tenez votre cavalerie dans les directions de Halle
+et de Landsberg. Battez les routes de Delitzsch et de Düben, afin de
+maintenir toutes ces communications parfaitement libres.--Toute ma garde
+arrive ici dans la journée, et je suppose que la tête arrivera
+aujourd'hui sur Lindenhain ou sur Hohleim.--À mesure que les autres
+corps d'armée arriveront, on les placera autour de Leipzig, la garde au
+centre en réserve.--Si vous étiez placé en ligne sur la gauche de la
+Partha, et qu'il fallût vous porter contre quelque chose qui viendrait
+du côté de Blücher, cela dérangerait toute la ligne et serait du plus
+mauvais effet. Il est important que l'armée de Silésie n'approche pas à
+deux lieues de Leipzig.--Vos trois divisions peuvent être très-espacées,
+avec les bonnes troupes qui les composent. Le temps de reconnaître la
+position qu'elles occuperont donnera celui nécessaire pour se mettre à
+l'abri de toute attaque. Mon intention est que vous placiez vos troupes
+sur deux rangs au lieu de trois. Le troisième rang ne sert à rien au
+feu, il sert encore moins à la baïonnette. Quand on sera en colonnes
+serrées par bataillon, trois divisions formeront six rangs et trois
+rangs de serre-file. Vous verrez l'avantage que cela aura. Votre feu
+sera meilleur; vos forces seront <i>tiercées</i>. L'ennemi, accoutumé à nous
+savoir sur trois rangs, jugera nos bataillons plus forts d'un
+tiers.--Donnez les ordres les plus précis pour l'exécution de la
+présente disposition.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Düben, le 13 octobre 1813,<br> une heure du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous donner l'ordre
+d'être rendu <i>aujourd'hui, 13, à sept heures du matin, à trois lieues</i>
+de Leipzig, et de prendre les ordres du roi de Naples pour votre
+position, pour entrer en ligne. Ne perdez pas un instant pour exécuter
+l'ordre de Sa Majesté, et envoyez à l'avance un officier au roi de
+Naples pour lui faire connaître votre marche.</p>
+
+<p>«Pour le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«Le général de division, chef de l'état-major,</p>
+
+<p>«Comte <span class="sc">Monthion</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Rettuis, le 14 octobre 1813,<br> six heures du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, mon quartier général est dans le Koll Garten, au village de
+Rettuis, sur la gauche de la Partha, à peu près à l'intersection des
+routes de Taucha et de Wurtzen, à une demi-lieue de Leipzig. Mon
+officier d'ordonnance Caraman me rend compte que vous prenez position à
+Stameln, Liebenthal et Brettenfeld. Le général Bertrand a ordre de
+prendre position, la gauche à Göhlis et la droite à la Partha, couvrant
+le pont de Schönfeld. Il est ainsi en arrière de votre gauche et vous
+servira de réserve.--Le duc de Tarente a passé à deux heures après midi
+le pont de Düben et s'avancera demain sur Leipzig.--Il y a eu
+aujourd'hui une canonnade assez vive. L'ennemi a été repoussé. Nous
+occupons Liebertwolkwitz, la droite appuyée à l'Elster. L'ennemi se
+prolonge sur sa gauche ou sur notre droite.--Toute ma garde, cavalerie,
+infanterie, artillerie, vient se placer autour de mon logement. Il
+serait bien convenable de remuer un peu de terre, de faire quelques
+abatis et de planter des palissades où cela peut être utile.--Je vous
+envoie une relation de la bataille de Gustave-Adolphe qui traite des
+positions que vous occupez.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Lindenhain, le 14 octobre 1813,<br> dix heures et demie du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Son Altesse le major général m'informe de votre position et de celles
+que l'armée a prises ce soir. Je me mettrai en marche à deux ou trois
+heures du matin, suivi du prince de la Moskowa. Dans le cas où l'ennemi
+déboucherait en grande force sur moi par Delitzsch, et que, sans
+compromettre le onzième corps, je ne pourrais lui faire face,
+j'appuierai à gauche pour passer la Partha sur l'un des ponts que
+m'indique le major général. Le deuxième corps de cavalerie et les deux
+divisions du premier arriveront, j'espère, à temps pour flanquer ma
+droite. Je suis instruit que vous devez envoyer au-devant de moi. Je
+serai fort aise d'avoir de vos nouvelles et de ce que vous aurez vu ou
+appris.</p>
+
+<p>«Le maréchal duc de Tarente,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Macdonald</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Reudnitz, près Leipzig, le 15 octobre 1813,<br> dix heures du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, les rapports de la ville sont que le prince royal est à
+Mersebourg. On croit ce soir voir beaucoup de feux à Markranstadt, ce
+qui me ferait supposer que la force de l'ennemi ne se présenterait pas
+sur le chemin de Halle à Leipzig, mais sur celui de Weissenfels à
+Leipzig, d'où il se joindrait par Zwickau ou Pégau à l'armée de Bohême.
+Il est indispensable que vous ayez un officier sur la tour de Lindenau,
+et que vous en envoyiez un autre à la tour de Leipzig pour y lorgner à
+la pointe du jour.--Je suis fâché que vous n'ayez pas poussé une
+reconnaissance jusqu'à Schkenditz.--Il est bien nécessaire que tout
+votre corps ne reste pas dans la situation où il se trouve si l'ennemi
+attaquait ailleurs.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Reudnitz, le 15 octobre 1813,<br> onze heures du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur est surpris que vous ne
+soyez pas encore en communication avec le général Bertrand. Ce général
+est depuis hier au soir de bonne heure à Eustritz.--L'Empereur livre
+demain bataille à l'armée autrichienne, à la hauteur de Liebertwolkwitz,
+où le quartier général de l'Empereur sera demain 16, à sept heures du
+matin. Si vous n'avez que de la cavalerie ou peu d'infanterie devant
+vous, poussez-la loin et tenez-vous prêt à joindre l'Empereur. Le
+général Bertrand serait suffisant pour garder la position de ce côté si
+toute l'armée de Silésie ne débouche pas par là. Dans le cas contraire,
+le corps du prince de la Moskowa est à Mokau, et, si l'ennemi débouchait
+devant vous en grande force, votre corps, celui du général Bertrand et
+celui du prince de la Moskowa sont destinés à lui être opposés<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a>
+<a href="#footnote10"><sup class="sml">10</sup></a>.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote10" name="footnote10"><b>Note 10: </b></a>
+<a href="#footnotetag10">
+(retour) </a> Cette disposition était parfaitement sage et conforme à la
+raison; et c'est quand m'est parvenu le rapport des sapeurs échappés de
+Halle, qui m'annonçait la marche décidée de l'armée; quand le rapport du
+15, à neuf heures du soir, fait connaître que l'infanterie prussienne
+est en face des avant-postes, et que la vue des feux prouve que toute
+l'armée ennemie est en présence, que, le 16 au matin, l'ordre est donné
+au quatrième corps de marcher sur Lindenau, et au troisième, de venir à
+la grande armée.(<i>Note du duc de Raguse.</i>)</blockquote>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Reudnitz, le 16 octobre 1813,<br> huit heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur vient d'ordonner au prince de la Moskowa de se tenir dans la
+journée près de Leipzig, ayant sous ses ordres le sixième corps, le
+quatrième, le troisième, les divisions Lorge, Defrance et Fournier.
+Prenez en conséquence les ordres de ce prince. Si ce matin on n'avait
+point aperçu d'armée débouchant par Halle, comme tout porte à penser
+qu'on n'a rien vu, vous repasserez le pont de Leipzig et viendrez vous
+mettre en bataille entre Leipzig et Liebertwolkwitz, vos trois divisions
+en échelons, et vous, vous resterez à une demi-lieue sur la grande route
+de Leipzig à Liebertwolkwitz, dans une maison où vous établirez votre
+quartier général. Vous enverrez un aide de camp auprès de l'Empereur,
+afin qu'on puisse vous retrouver et vous mettre rapidement en marche si
+cela paraît nécessaire à Sa Majesté pour prendre part à la bataille, ou
+pour vous porter dans la ville ou pourvoir à tout événement imprévu.</p>
+
+<p>«Vous attendrez, pour l'exécution de ces dispositions, les ordres du
+prince de la Moskowa.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«16 octobre 1813, trois heures du matin.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre du 15 octobre à neuf heures du soir.
+Je ne tiens pas pour certain que le bataillon qui était à Hanicher se
+soit replié devant de l'infanterie. Il paraît, au contraire, qu'il
+n'avait devant lui que de la cavalerie. Il eût été convenable que vous
+fissiez soutenir ce bataillon sur Hanicher, pour avoir des prisonniers.
+Il n'est pas dans les règles qu'une reconnaissance de l'ennemi qui n'est
+pas soutenue par un camp puisse s'approcher et reconnaître notre camp.
+L'instruction que vous aviez donnée pour que ce bataillon se repliât
+s'il trouvait l'ennemi en corps d'armée a reçu une mauvaise application,
+puisque votre troupe s'est retirée sans que l'ennemi se soit présenté en
+corps de bataille. Avec cette manière de faire la guerre, il est
+impossible de rien apprendre. Vous auriez dû, depuis deux jours, envoyer
+des espions à Halle et à Mersebourg, et faire ce qui est d'usage à la
+guerre, en ordonnant au bourgmestre de vous donner un paysan, dont on
+retient la femme en otage, et en envoyant avec ce paysan un soldat
+déguisé comme domestique qui le suive dans sa mission<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a>
+<a href="#footnote11"><sup class="sml">11</sup></a>. Cela réussit
+sur tous les points; mais vous n'employez aucune des précautions dont on
+se sert à la guerre. Comment, depuis deux jours, avec trente mille
+hommes, n'avez-vous fait aucun prisonnier<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a>
+<a href="#footnote12"><sup class="sml">12</sup></a>? Le fait est que votre
+corps est un des plus beaux de l'armée, qu'il est en bataille contre
+rien, et que vous manoeuvrez comme si vous aviez, à une lieue et demie
+de vous, une armée campée, tandis qu'il est clair qu'avant-hier et hier
+vous n'avez vu personne.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote11" name="footnote11"><b>Note 11: </b></a>
+<a href="#footnotetag11">
+(retour) </a> Les sapeurs français échappés et arrivés le 15 donnaient
+de meilleurs renseignements que ceux des paysans. (<i>Note du duc de
+Raguse.</i>)</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote12" name="footnote12"><b>Note 12: </b></a>
+<a href="#footnotetag12">
+(retour) </a> Comment faire des prisonniers à quatre ou cinq mille
+hommes de cavalerie qui nous entouraient, quand on a moins de mille à
+douze cents chevaux? (<i>Note du duc de Raguse.</i>)</blockquote>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Reudnitz, le 16 octobre 1813,<br> six heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, il me paraît que rien n'annonce que l'ennemi veuille
+déboucher par Halle, et qu'il n'y a là qu'un corps de cavalerie. Il
+paraît douteux qu'on ait vu hier, comme on le prétend, quelques
+bataillons d'infanterie.--À la rentrée des reconnaissances, ce matin,
+cela sera entièrement vérifié, et, comme je vais faire attaquer les
+Autrichiens, je pense qu'il est convenable que vous passiez la ville au
+pont de la Partha, dans le faubourg et que vous veniez vous placer en
+réserve, à une demi-lieue de la ville, entre Leipzig et Liebertwolkwitz,
+vos divisions en échelons. De là vous pourrez vous porter sur Lindenau,
+si l'ennemi faisait une attaque sérieuse de ce côté, ce qui me
+paraîtrait absurde. Je vous appellerai à la bataille, aussitôt que je
+verrai la force de l'ennemi et que je serai certain que l'ennemi
+s'engage.--Enfin vous pourrez vous porter au secours du général Bertrand
+qui placera des postes sur votre position, si, ce qui n'arrivera
+probablement pas, une armée ennemie pouvait paraître sur le chemin de
+Halle.--Il faudra vous tenir, de votre personne, sur la grande route,
+hors de la ville. Il faudra laisser la division Lorge au général
+Bertrand, afin que cette division, soutenue par l'infanterie du général
+Bertrand, occupe toujours vos postes avancés.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.</h4>
+
+<p class="rig">«19 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monseigneur, la part qu'a prise le sixième corps d'armée aux batailles
+des 16 et 18 octobre, devant Leipzig, étant de nature à mériter
+l'intérêt de Sa Majesté, je crois de mon devoir de vous en adresser le
+rapport.</p>
+
+<p>«Le sixième corps était placé, depuis plusieurs jours, à Liebenthal,
+chargé d'observer les mouvements de l'ennemi, qui pourrait déboucher de
+ce côté. Le 16, au matin, Sa Majesté étant dans l'intention d'attaquer
+l'ennemi, et aucun corps d'armée considérable ne s'étant encore montré
+devant moi, je reçus l'ordre de me rapprocher de Leipzig, afin, tout en
+le couvrant, d'être plus à même de prendre part, s'il y avait lieu, au
+combat qui devait se livrer de l'autre côté de cette ville. Je mis en
+marche mes équipages, et bientôt après mon corps d'armée s'ébranla.</p>
+
+<p>«À peine mon mouvement était-il commencé, que de grosses masses de
+troupes ennemies débouchèrent par les routes de Halle et Gandsberg.</p>
+
+<p>«Il était trop tard, et j'étais trop faible, pour occuper la position de
+Liebenthal. En conséquence, je continuai ma marche sur Leipzig, en
+soutenant mon mouvement par une vive canonnade. L'ennemi nous suivit
+avec activité, en ne montrant toutefois que des forces qui n'étaient pas
+trop supérieures aux miennes.</p>
+
+<p>«J'avais deux partis à prendre: ou continuer ma marche et passer par le
+défilé de Leipzig, sous le feu et les efforts de l'ennemi, avec tous les
+désavantages que le terrain comporte, ou de faire face à l'ennemi.</p>
+
+<p>«J'y fus d'autant plus décidé, que je reçus plusieurs fois du prince de
+la Moskowa l'assurance que la disposition ordonnée par Sa Majesté pour
+que le troisième corps me soutint était exécutée, et qu'il marchait à
+mon secours. Je m'arrêtai donc; je fis face à l'ennemi, j'occupai la
+position qui à sa droite au ruisseau d'Eutritz et sa gauche à l'Elster,
+au village de Meckern, et je me préparai à combattre, soutenu par près
+de cent pièces de canon.</p>
+
+<p>«L'armée ennemie marcha à moi avec rapidité. Ses forces semblaient
+sortir de dessous terre; elles grossirent à vue d'oeil: c'était toute
+l'armée de Silésie.</p>
+
+<p>«L'attaque de l'ennemi se dirigea d'abord sur le village de Meckern. Ce
+village fut attaqué avec vigueur, et l'ennemi supporta tout le feu de
+mon artillerie. Il fut défendu de même par les troupes de la deuxième
+division, sous les ordres du général Lagrange. Le 2<sup>e</sup> régiment
+d'artillerie de marine, qui était chargé de ce poste, y mit vigueur et
+ténacité; il conserva ce village pendant longtemps, le perdit et le
+reprit plusieurs fois. Mais l'ennemi redoubla d'efforts et envoya de
+puissants secours, ne s'occupant que de ce point. Alors je fis exécuter
+un changement de front oblique par brigade, ce qui forma immédiatement
+six lignes en échelons, qui étaient également bien disposées pour
+soutenir ce village, où paraissait être toute la bataille.</p>
+
+<p>«Le 37<sup>e</sup> léger et le 4<sup>e</sup> régiment de marine furent successivement portés
+sur ce village; ils le reprirent et le défendirent avec tout le courage
+qu'on pouvait attendre d'aussi bonnes troupes.</p>
+
+<p>«Le combat se soutenait avec le même acharnement depuis trois heures, et
+l'ennemi avait fait des pertes énormes par l'avantage que nous donnait
+la position de notre artillerie pour écraser ses masses. Mais de
+nouvelles forces se présentaient sans cesse et renouvelaient les
+attaques. Une explosion de quatre caissons de douze, qui eut lieu à la
+fois, éteignit pour un instant le feu d'une de nos principales
+batteries, et, en ce moment, l'ennemi faisait une charge décisive.</p>
+
+<p>«J'engageai alors les troupes de la première division, qui formaient les
+échelons du centre, pour soutenir les troupes engagées et combattre
+l'ennemi, qui taisait un mouvement par son centre.</p>
+
+<p>«Le combat prit un nouveau caractère, et nos masses d'infanterie se
+trouvèrent en un moment à moins de trente pas de l'ennemi. Jamais action
+ne fut plus vive. En peu d'instants, blessé moi-même et mes habits
+criblés, tout ce qui m'environnait périt ou fut frappé.</p>
+
+<p>«Les 20<sup>e</sup> et 25<sup>e</sup> régiments provisoire, commandés par les colonels Maury
+et Drouhot, se couvrirent de gloire dans cette circonstance. Ils
+marchèrent à l'ennemi et le forcèrent à plier; mais, accablés par le
+nombre, ces régiments furent obligés de s'arrêter, en parvenant
+toutefois à se soutenir dans leur position. Le 32<sup>e</sup> léger fit aussi des
+prodiges. Les troupes de la troisième division, qui formaient les
+derniers échelons, prirent part au combat, autant pour soutenir les
+troupes qui étaient engagées que pour résister à quelques troupes que
+l'ennemi faisait marcher par sa gauche.</p>
+
+<p>«Les choses étaient dans cette situation, et le troisième corps, dont
+l'arrivée eût été si décisive, ne paraissait pas, lorsque l'ennemi
+précipita six mille chevaux sur toutes nos masses, qui étaient déjà aux
+prises à une si petite distance avec l'infanterie ennemie.</p>
+
+<p>«Notre infanterie montra en général beaucoup de sang-froid et de
+courage. Mais plusieurs bataillons des 1<sup>er</sup> et 3<sup>e</sup> régiments de marine,
+qui occupaient une position importante, plièrent, ce qui força nos
+masses à se rapprocher pour se mieux soutenir. L'ennemi fit de nouveaux
+efforts qui furent repousses avec un nouveau courage, et l'infanterie
+combattit à la fois contre l'infanterie et la cavalerie ennemie, et
+repoussa toujours de nouvelles attaques jusqu'à la nuit.</p>
+
+<p>«Alors je réunis mes troupes, et je pris position à Entritz et à Göhlis.</p>
+
+<p>«Ainsi, les troupes du sixième corps ont résisté, pendant cinq heures, à
+des forces quadruples, et la victoire eût été le prix de nos efforts,
+malgré la disproportion des forces, si les ordres que Sa Majesté avaient
+donnés pour le secours à m'envoyer eussent été exécutés.</p>
+
+<p>«J'ai eu dans cette circonstance extrêmement à me louer des généraux et
+officiers supérieurs, mais je dois faire une mention particulière du
+général Lagrange, qui a beaucoup combattu au commencement de l'action,
+et du général Cohorn, qui a soutenu tous les efforts de l'ennemi à la
+fin de la journée. Nous avons fait de grandes pertes, mais l'ennemi en a
+dû faire d'énormes. Des prisonniers, faits depuis, les portent à dix
+mille hommes.</p>
+
+<p>«Le lendemain matin, je repassai la Partha pour me lier à l'armée. Le 17
+fut employé à réparer le désordre qu'une affaire aussi chaude avait dû
+nécessairement causer, et à mettre les troupes en état de combattre.</p>
+
+<p>«Le 18 au matin, le sixième corps était concentré dans les environs de
+Schönfeld, observant par des détachements les bords de la Partha,
+défendant les gués et les différents passages. L'ennemi avait manoeuvré
+pendant la nuit pour se porter sur Taucha. Il y passa la Partha, et
+descendit cette rivière. Lorsqu'il fut à la hauteur de Neutsch et de
+Naundorf, les postes qui défendaient ces passages se replièrent sur moi,
+et j'établis ma ligne, la gauche à Schoenfeld, la droite dans la
+direction du village de Paunsdorf.</p>
+
+<p>«Mais la défection des Saxons ayant forcé le général Régnier à évacuer
+Paunsdorf, et à se rapprocher de Leipzig, je pris une nouvelle ligne, la
+gauche à Schoenfeld, la droite dans la direction du village de
+Wolkmansdorf, et, après avoir fait établir mes masses en échiquier et
+border leur front de toute mon artillerie, j'attendis l'ennemi sans
+inquiétude.</p>
+
+<p>«À l'armée de Silésie, que j'avais combattue l'avant-veille, se trouvait
+réunie l'armée suédoise; mais, cette fois, j'étais soutenu par le
+troisième corps qui fournit même une division, commandée par le général
+Delmas, pour compléter ma ligne.</p>
+
+<p>«L'ennemi déploya devant nous cent cinquante bouches à feu, en même
+temps qu'il fit attaquer le village de Schoenfeld avec la plus grande
+vigueur. Sept fois l'ennemi parvint à s'emparer de la plus grande
+portion de ce village, et sept fois il en fut chassé. C'était encore la
+division commandée par le général Lagrange, et un détachement de la
+troisième, qui eurent la gloire de la défense de ce village, et jamais
+troupes ne se sont comportées d'une manière plus héroïque, car elles
+comptaient pour rien le nombre de leurs ennemis.</p>
+
+<p>«Les troupes de la troisième division, qui occupaient la ligne en
+plaine, furent exposées au feu de mitraille le plus épouvantable, sans
+imaginer, pendant neuf heures, de faire un pas rétrograde. À la fin de
+la journée, notre artillerie démontée et nos munitions épuisées
+permirent à l'ennemi d'approcher tellement son immense artillerie, que
+la position n'était plus tenable, ce qui força à prendre position un peu
+en arrière. Mais l'artillerie du troisième corps arriva, et la division
+Ricard se porta rapidement à la position que nous venions de quitter, et
+chassa une huitième fois l'ennemi du village de Schoenfeld. Ainsi finit
+cette glorieuse journée.</p>
+
+<p>«Je ne connais pas d'éloges dont ne soient dignes des troupes aussi
+braves, aussi dévouées, et qui, malgré les pertes qu'elles avaient
+éprouvées l'avant-veille, n'en combattaient pas avec moins de courage.</p>
+
+<p>«Notre perte dans cette journée a été considérable. Elle a consisté
+particulièrement en officiers généraux. Le général Richemont, mon chef
+d'état-major, a été tué à mes côtés. Les généraux Delmas, Friederich et
+Cohorn ont été blessés mortellement. Les généraux Compans, Pelleport et
+Choisy l'ont été d'une manière moins grave. Mon sous-chef d'état-major,
+quatre de mes aides de camp, et cinq officiers de mon état-major ont été
+tués ou blessés.</p>
+
+<p>«Et, dès ce moment, je dois faire une mention particulière du courage et
+du zèle que les colonels Denis de Damrémont et Fabvier, employés près de
+moi, ont montrés.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.</h4>
+
+<p class="rig">«20 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Sire, je supplie Votre Majesté de me permettre de lui exprimer la vive
+affliction que j'ai éprouvée à la lecture de son bulletin du 19, qui
+vient de me parvenir.--Sire, tout ce qui est relatif à la défense de
+Schoenfeld et de toute la plaine, jusqu'à la hauteur en arrière de
+Paunsdorf, le 18 octobre, m'appartient tout entier, tant pour la
+disposition des troupes que pour leur commandement sur le champ de
+bataille, et non au prince de la Moskowa, auquel Votre Majesté attribue
+les succès obtenus.--Il a paru à peine en tout dix minutes sur ce point.
+J'ai été personnellement dix heures sous la mitraille de l'ennemi par la
+nécessité des circonstances, parce que c'était seulement en payant de sa
+personne et par la présence du chef qu'un aussi petit nombre d'hommes
+que celui que j'avais pouvait résister à des forces aussi supérieures
+que celles qui étaient devant moi. C'est ce jour-là, Sire, que tout ce
+qui m'environnait a péri.--Jamais, à aucune époque de ma vie, je ne vous
+ai servi avec plus de dévouement que dans cette occasion.--Il n'y a pas
+un soldat du sixième corps qui ne puisse l'attester; et cependant Votre
+Majesté n'a pas daigné prononcer mon nom dans le récit de cette
+glorieuse journée.--Sire, après l'humiliation et le danger plus grand
+encore d'être sous les ordres d'un homme tel que le prince de la
+Moskowa, je ne vois rien de pire que de se voir aussi complétement
+oublié en pareille circonstance.</p>
+
+<p>«L'objet de mes affections et de mes voeux est d'obtenir votre
+bienveillance; et Votre Majesté ne saurait me refuser sa justice.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Ollendorf, le 22 octobre 1813,<br> onze heures et demie du soir.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que, avec les
+troisième, sixième et septième corps d'armée, vous continuiez, demain
+23, votre mouvement sur Erfurth, pour prendre position sur les hauteurs,
+en arrière de la forteresse. Ayez soin d'envoyer à l'avance un officier
+pour reconnaître la position que vous devrez occuper.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Ollendorf, le 22 octobre 1813,<br> onze heures et demie.</p><br><br><br>
+
+<p>«Je donne l'ordre au général Sébastiani de flanquer la marche de
+l'armée, et de protéger ce qui passera entre vous et le duc de Reggio.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Erfurth, le 24 octobre 1813,<br> deux heures du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'intention de l'Empereur est que vous placiez vos corps dans des
+villages plus près d'Erfurth, afin de bien vous rallier ce matin et de
+prendre les effets d'habillement et d'armement dont vous pouvez avoir
+besoin.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.</p>
+
+<p>«<i>P. S.</i> Faites-moi connaître le nom des villages où vos corps seront
+placés.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Gotha, le 25 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous partiez
+demain à deux heures du matin pour vous rendre à Eisenach. Vous y
+prendrez une position militaire pour soutenir la ville et le général
+Sébastiani, qui a beaucoup de cavalerie ennemie en présence, et vous
+vous tiendrez prêt à aller plus loin du côté de Berka.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>ORDRE POUR M. LE DUC DE RAGUSE.</h4>
+
+<p class="rig">«Rothenbergen, le 30 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Les bagages et tous les parcs d'artillerie de l'armée se rendront d'ici
+à Langenselbold, de là à Hochstädt, passant par Bruckobel, et de là,
+d'après les nouvelles que l'on aura, ils se dirigeront sur Francfort ou
+sur Bergen. Tous les isolés et blessés, tous les chevaux blessés, les
+hommes de cavalerie, non combattants à leur régiment, suivront la même
+route. Le duc de Padoue, avec le troisième corps de cavalerie, marchera
+en tête de cette colonne et la dirigera.</p>
+
+<p>«MM. les maréchaux commandant en chef les corps d'armée, le général
+Sorbier, le général Rogniat, le général Dulauloy, le général Nansouty,
+commandant en chef la cavalerie, le directeur général de
+l'administration de l'armée, et enfin tous chefs d'autorité militaires
+ou d'administration, feront exécuter, chacun en ce qui le concerne, les
+dispositions ci-dessus. M. le général Radet est spécialement chargé et
+responsable de l'exécution de cet ordre. Il placera des postes de
+gendarmerie en conséquence, de manière qu'il n'y ait que l'artillerie
+active des corps d'armée et les combattants qui suivent la grande route
+de Hanau, et que tout le reste prenne la route indiquée dans l'ordre
+ci-dessus. M. le général Radet fera mettre deux poteaux avec des
+écriteaux.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Au camp, quatre heures du matin.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, j'ai remis à l'Empereur le petit croquis que
+vous m'avez envoyé de votre position. Sa Majesté fait demander si, ce
+matin, vous pouvez attaquer la ville de Hanau de votre côté. Pouvez-vous
+passer le pont de bois?</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+
+<p>«<i>P. S.</i> Nous avons jeté toute la nuit des obus dans la ville.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+
+<p class="rig">«À une lieue en avant de Hanau,<br>
+ le 31 octobre 1813, dix heures et demie.</p><br><br><br>
+
+<p>«Monsieur le duc de Raguse, l'officier d'état-major que je vous ai
+envoyé arrive. L'Empereur me charge de vous dire de continuer à canonner
+l'ennemi avec toute votre artillerie.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Au bivac, devant Hanau, le 31 octobre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'ennemi a évacué Hanau, le duc de
+Bellune et le duc de Castiglione partent pour Francfort; vous laisserez
+au pont les troupes nécessaires pour contenir l'ennemi. Le général
+Bertrand a ordre d'occuper Hanau; concertez-vous avec lui, et, lorsqu'il
+se sera emparé des positions, continuez votre mouvement sur Francfort.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+
+<p>«<i>P. S.</i> Le général Bertrand pourra remplacer les troupes que vous avez
+au pont de bois: concertez-vous avec lui.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Francfort, le 31 octobre 1813.</p><br>
+
+<p>«Vous pouvez prendre position en avant du faubourg de Hanau; vous ferez
+prendre pour deux jours de vivres à Francfort, et à cet effet vous
+enverrez des corvées en règle dans la ville pour recevoir cette
+distribution.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Francfort, la 1<sup>er</sup> novembre 1813, trois<br>
+heures et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«L'Empereur ordonne qu'avec les troisième et sixième corps d'armée vous
+vous portiez à Höchst, que vous y passiez la Nidda et que vous preniez
+position jusqu'à nouvel ordre sur cette rivière. Mettez-vous en
+mouvement à six heures du matin.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+
+<p>«<i>P. S.</i> Faites partir les isolés et les voitures qui peuvent être
+autour de vous.»</p>
+<br>
+
+<h4>NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Mayence, le 2 novembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>«Mon cousin, je reçois votre lettre; vous n'avez envoyé, ni à moi, ni à
+l'état-major, aucune relation des batailles du 16 et du 18: ce que vous
+auriez dû faire.</p>
+
+<p>«<span class="sc">Napoléon.</span>»</p>
+<br>
+
+<h4>LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.</h4>
+
+<p class="rig">«Höchst, le 2 novembre 1813,<br> une heure
+et demie du matin.</p><br><br><br>
+
+<p>«Vous tiendrez la position que vous occupez sur la Nidda, à Höchst,
+jusqu'à l'arrivée du général Curial, c'est-à-dire de la première de ses
+divisions; ensuite vous vous mettrez en route avec votre corps pour vous
+rendre à Mayence. Le général Sébastiani a l'ordre de flanquer la droite
+de la route d'ici à Mayence. Vous remettrez la garde des ponts à ce
+général.</p>
+
+<p>«Le prince vice-connétable, major général,</p>
+
+<p>«<span class="sc">Alexandre</span>.»</p>
+<br>
+
+<p class="mid">FIN DU TOME CINQUIÈME.</p>
+
+
+
+<br><br>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires du maréchal Marmont, duc de
+Raguse (5/9), by Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES DU MARÉCHAL MARMONT ***
+
+***** This file should be named 33832-h.htm or 33832-h.zip *****
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+Produced by Mireille Harmelin, Rénald Lévesque and the
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+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica)
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+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+*** START: FULL LICENSE ***
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+works. See paragraph 1.E below.
+
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
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+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+1.F.
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+refund. If you received the work electronically, the person or entity
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
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+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
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+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
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+</pre>
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #33832 (https://www.gutenberg.org/ebooks/33832)