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diff --git a/33796-h/33796-h.htm b/33796-h/33796-h.htm new file mode 100644 index 0000000..491602b --- /dev/null +++ b/33796-h/33796-h.htm @@ -0,0 +1,14864 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"> + <title>The Project Gutenberg eBook of Manuscrit de mil huit cent quatorze, par +le Baron Fain </title> + +<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg"> +<style type="text/css"> + + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} + +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 10%; text-align: center} + +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; width: 80px; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} + +.sc {font-variant: small-caps} +.lef {float: left} +.mid {text-align: center} +.rig {float: right} +.sml {font-size: 10pt} +.overl {font-size: 10pt; text-decoration: overline; text-align: center} + +span.pagenum {font-size: 70%; left: 91%; right: 1%; position: absolute} +span.linenum {font-size: 70%; right: 91%; left: 1%; position: absolute} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} +.poem p.i12 {margin-left: 6em} +.poem p.i14 {margin-left: 7em} +.poem p.i16 {margin-left: 8em} +.poem p.i18 {margin-left: 9em} +.poem p.i20 {margin-left: 10em} +.poem p.i30 {margin-left: 15em} + + + +</style> +</head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Manuscrit de 1814, trouvé dans les voitures +impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon, by Agathon Jean François Fain (Baron de Fain) + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Manuscrit de 1814, trouvé dans les voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon + +Author: Agathon Jean François Fain (Baron de Fain) + +Release Date: September 22, 2010 [EBook #33796] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUSCRIT DE 1814 *** + + + + +Produced by Mireille Harmelin, Rénald Lévesque and the +Online Distributed Proofreaders Europe at +http://dp.rastko.net. This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) + + + + + + +</pre> + + + + +<br><br> + + + + + + + + +<h2>MÉMOIRES</h2> + +<h5>DES</h5> + +<h1>CONTEMPORAINS.</h1> + +<br><hr><br><br> + +<h4>SE TROUVE AUSSI</h4> + +<h3>A LA GALERIE DE BOSSANGE PÈRE</h3> + +<h5>LIBRAIRE DE S. A. S. MONSEIGNEUR LE DUC d'ORLÉANS,</h5> + +<h5>rue de Richelieu, nº 60.</h5> + +<br><hr class="short"><br><br> + +<h5>IMPRIMERIE DE LACHEVARDIÈRE FILS,</h5> + +<h5>SUCCESSEUR DE CELLOT,</h5> + +<h5>rue du Colombier, n. 30.</h5> + +<br><hr><br><br> + +<h4>MÉMOIRES<br> + +DES<br> + +CONTEMPORAINS,<br> + +POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE FRANCE,<br> + +ET PRINCIPALEMENT A CELLE<br> + +DE LA RÉPUBLIQUE ET DE L'EMPIRE.</h4> +<hr class="short"> + +<h5>Deuxième livraison.</h5> + +<hr class="short"> + +<h5><span class="sc">SECONDE ÉDITION</span>.</h5> + +<p class="mid">PARIS,<br> + +BOSSANGE FRÈRES, LIBRAIRES,<br> + +<span class="sc">RUE DE SEINE, Nº 12.</span><br> + +1824.</p> + +<br><br><br> + +<h1>MANUSCRIT</h1> + +<h5>DE</h5> + +<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE,</h2> + +<h5><span class="sc">TROUVÉ DANS LES VOITURES IMPÉRIALES PRISES A WATERLOO,</span></h5> + +<h5>CONTENANT</h5> + +<h5>L'Histoire des six derniers mois du règne de</h5> + +<h5>NAPOLÉON;</h5> + +<h4>Par le Baron FAIN,</h4> + +<h5>SECRÉTAIRE DU CABINET A CETTE ÉPOQUE,<br> + +MAÎTRE DES REQUÊTES, ETC.</h5> + +<br><br><br><hr class="full"> +<h2>AVERTISSEMENT</h2> + +<h3>DES ÉDITEURS.</h3> + +<p>Cet ouvrage, terminé au commencement +de 1815, avait été perdu avec beaucoup +d'autres papiers dans les voitures impériales +prises à Waterloo; et c'est sous le +titre anonyme de <i>Manuscrit de mil huit +cent quatorze, trouvé à Waterloo</i>, qu'il +nous a été présenté.</p> + +<p>Occupés d'en donner une édition, nous +avons mis tous nos soins à chercher quel +en était l'auteur, et voici ce que nous +avons appris d'une manière certaine.</p> + +<p>Napoléon, en quittant Fontainebleau +pour se rendre à l'île d'Elbe, avait chargé +le baron Fain, son secrétaire du cabinet, +de préparer sur les dernières années un +relevé de faits et de dates qui pût lui +servir de canevas, selon son usage, lorsqu'il +voudrait dicter cette partie de son +histoire. C'est en voulant s'acquitter de +cette tâche que M. Fain a rédigé le manuscrit +perdu quelque temps après à Waterloo. +Nous publions cet ouvrage tel +qu'il est sorti des mains de l'auteur à l'époque +que nous venons de citer. Cependant +quelques aperçus qui ne sont qu'indiqués +dans le texte ont depuis été confirmés +par des écrivains qu'on ne saurait +taxer d'être au nombre des partisans de +Napoléon; et nous avons cru devoir citer +<i>en notes</i> certains passages de leurs écrits, +qui, pouvant être considérés comme l'aveu +de la partie adverse, sont de nature à +dissiper des incertitudes toujours fatigantes +pour le lecteur.</p> + +<p>Nous donnons à la fin de chaque partie +un <span class="sc">supplément</span> composé de pièces que nous +avons puisées dans des portefeuilles riches +en matériaux historiques, et qui complètent +cet ouvrage dans les détails les +plus importants.</p> +<br><hr class="full"> + +<h3>PRÉFACE.</h3> + +<p>Aussitôt après la chute du gouvernement impérial, +les vainqueurs se sont empressés de raconter +les événements à leur manière. Toutes +les trompettes ont sonné pour eux: c'est l'usage!</p> + +<p>Cependant les armées françaises avaient fait +leur devoir, et la patrie reconnaissante élevait +la voix en leur honneur; mais celui qui pouvait +seul faire le juste partage de la louange et du +blâme n'était plus là! A son défaut, bien des +gens ont cru devoir faire les parts eux-mêmes. +On s'est mis à l'ouvrage. Chacun a fait de l'histoire +pour son compte; chacun a voulu fixer +l'attention du public sur le point où il s'est +trouvé. L'épisode est devenu le sujet principal; +les papiers d'état-major, les états de situation, +ont été déployés, et tout le fatras de la controverse +militaire n'a fourni que trop de volumes! +Sous cette masse de détails, les grands traits de +l'histoire courent risque de disparaître, ou de +n'être plus éclairés que par un faux jour! Mais +le temps roule dans sa marche sur les petites +combinaisons de l'amour-propre et de l'esprit +de parti; il écrase avec indifférence les pygmées +comme les grains de sable, et ne laisse à la postérité +que des vestiges dignes d'elle!</p> + +<p>De toutes les apologies auxquelles la grande +catastrophe de 1814 pouvait donner naissance, +une seule eût été digne de passer aux siècles à +venir: elle manque, et ce sera la plus grande lacune +de l'histoire de nos jours. Ainsi, tout le +monde a parlé, excepté celui qu'on avait besoin +d'entendre!</p> + +<p>Il faut pourtant suppléer, s'il est possible, à +son silence. En attendant qu'une plume fidèle et +exercée entreprenne cette tâche, les faits parlent: +ils suffisent déjà. On veut seulement essayer, +dans l'écrit qu'on soumet ici au lecteur, de rétablir +les événements dans leur ordre et dans +leur véritable proportion.</p> + +<p>L'auteur écrit dépourvu de matériaux; mais +il était auprès de Napoléon: le souvenir <i>de ce</i> +<i>qu'il a vu, de ce qu'il a entendu et de ce qu'il a +senti</i>, sera son guide. Il a suivi les marches du +grand quartier général; il a été témoin des événements +principaux; la position où il était lui +a permis de voir, du point le plus élevé, l'ensemble +des affaires et de les juger dans le rapport +qu'elles avaient entre elles... Il aura atteint +le but qu'il se propose, s'il parvient à mettre un +moment le lecteur dans la même position.</p> +<br><hr class="full"> + +<h3>TABLE DES CHAPITRES.</h3> + +<h4><a href="#p1">PREMIÈRE PARTIE.</a></h4> + +<p class="mid">SÉJOUR DE NAPOLÉON A PARIS.</p> + +<p><a href="#p1">Chap. I<sup>er</sup>.</a> Arrivée de Napoléon à Paris.--Ses +premières dispositions 1</p> + +<p><a href="#p5">Chap. II.</a> Propositions de Francfort. 5</p> + +<p><a href="#p12">Chap. III.</a> Les alliés reprennent l'offensive. 12</p> + +<p><a href="#p17">Chap. IV.</a> Un parti d'opposition éclate à Paris.--Napoléon +renvoie le corps législatif.--Conspiration +intérieure. 17</p> + +<p><a href="#p25">Chap. V.</a> Invasion du territoire français. 25</p> + +<p><a href="#p30">Chap. VI.</a> Projets de Napoléon pour l'ouverture +de la campagne.--Formation des réserves.--Coup +d'oeil sur nos autres armées. 30</p> + +<p><a href="#p41">Chap. VII.</a> Reprise des négociations.--Progrès +de l'invasion étrangère. 41</p> + +<p><a href="#p46">Chap. VIII.</a> Dernières dispositions.--Départ de +Napoléon pour l'armée. 46</p> + +<p><a href="#p49">Supplément</a> à la première partie. 49</p> + +<h4><a href="#p83">DEUXIÈME PARTIE.</a></h4> + +<p class="mid">JOURNAL DE LA CAMPAGNE.</p> + +<p><a href="#p83">Chap. I<sup>er</sup>.</a> Arrivée de Napoléon à Châlons-sur-Marne. 83</p> + +<p><a href="#p88">Chap. II.</a> L'armée reprend l'offensive.--Bataille +de Brienne. 88</p> + +<p><a href="#p102">Chap. III.</a> Retraite de l'armée française.--Conditions +dictées par le congrès. 102</p> + +<p><a href="#p113">Chap. IV.</a> Seconde expédition contre le maréchal +Blücher.--Combat de Champaubert.--Bataille +de Montmirail.--Combats de Château-Thierry +et de Fauchas. 113</p> + +<p><a href="#p125">Chap. V.</a> Retour sur la Seine.--Combats de Nangis +et de Montereau.--Poursuite des Autrichiens +jusqu'au-delà de Troyes. 125</p> + +<p><a href="#p148">Chap. VI.</a> L'armée française rentre dans Troyes.--Second +séjour de Napoléon dans cette ville.--Négociation +de l'armistice à Lusigny. 148</p> + +<p><a href="#p160">Chap. VII.</a> Troisième expédition contre le maréchal +Blücher.--Retour de Napoléon sur la +Marne. 160</p> + +<p><a href="#p176">Chap. VIII.</a> Excursion au-delà de l'Aisne.--Bataille +de Craonne.--Combats de Laon et +de Reims. 176</p> + +<p><a href="#p196">Chap. IX.</a> Napoléon ramène l'armée sur la Seine.--Combat +d'Arcis. 196</p> + +<p><a href="#p212">Chap. X.</a> Marches et contre-marches entre Vitry, +Saint-Dizier et Doulevent. 212</p> + +<p><a href="#p224">Chap. XI.</a> Retour sur Paris. 224</p> + +<p><a href="#p235">Supplément</a> à la deuxième partie. 235</p> + +<h4><a href="#p355">TROISIÈME PARTIE.</a></h4> + +<p class="mid">SÉJOUR DE L'EMPEREUR A FONTAINEBLEAU.</p> + +<p><a href="#p355">Chap. I<sup>er</sup>.</a> L'armée se range autour de Fontainebleau.--Nouvelles +de Paris.--Succès du parti +royaliste. 355</p> + +<p><a href="#p363">Chap. II.</a> Suite des nouvelles qu'on reçoit de Paris. 363</p> + +<p><a href="#p369">Chap. III.</a> Influence des événements de Paris sur +Fontainebleau. 369</p> + +<p><a href="#p379">Chap. IV.</a> Suites de la défection du duc de Raguse. 379</p> + +<p><a href="#p390">Chap. V.</a> Traité du 11 avril. 390</p> + +<p><a href="#p398">Chap. VI.</a> Dispersion de la famille impériale. 398</p> + +<p><a href="#p408">Supplément</a> à la troisième partie. 408</p> + +<br><br><br> + + +<h1>MANUSCRIT</h1> + +<h5>DE</h5> + +<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h2> + +<hr class="short"> + +<h3>PREMIÈRE PARTIE.</h3> + +<h4>SÉJOUR DE NAPOLÉON A PARIS.</h4> + +<h5>(Du 9 novembre 1813 au 24 janvier suivant.)</h5> + +<p class="rig"><span class="sml">Bellum parare simul et ærario parcere, cogere ad<br> +militiam eos quos nolis offendere, domi forisque omnia<br> +curare, et ea agere inter invidos, occursantes et factiosos,<br> +opinione asperius est.<br> +<br> +<span class="sc">Sallust.</span>, Jugurtha</span></p> + +<br><br><br><br><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"><br> +<b>Fac similé de l'abdication de Napoléon.</b> Voyez page 389.<br> +Calqué sur l'original et gravé par Pierre Tardieu.</p> +<br> + + +<p>«Les puissances alliées ayant proclamé que +l'empereur était le seul obstacle au rétablissement +de la paix en Europe, l'empereur, fidèle à +son serment, déclare qu'il renonce pour lui et +ses enfants aux trônes de France et d'Italie, et +qu'il n'est aucun sacrifice, même celui de la vie, +qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la +France.»</p> + +<br><br><br> + +<p><a name="p1" id="p1"></a><span class="pagenum">1</span> </p> + +<h1>MANUSCRIT</h1> + +<h5>DE</h5> + +<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h2> + +<hr class="full"> + +<h3>PREMIÈRE PARTIE.</h3> + +<h4>CHAPITRE I<sup>er</sup>.</h4> + +<hr class="short"> + +<h4>ARRIVÉE DE NAPOLÉON A PARIS.--SES PREMIÈRES<br> +DISPOSITIONS.</h4> + +<p class="mid">(Novembre 1813.)</p> + +<p>On venait de perdre l'Allemagne; il ne restait +plus qu'à sauver la France, ou à succomber avec +elle.</p> + +<p>Napoléon est de retour à Paris le 9 novembre +1813. Il met toute son activité à tirer parti des +moyens qui lui restent.</p> + +<p>Ses premiers mots au sénat sont ceux-ci: +«Toute l'Europe marchait avec nous il y a un +<a name="p2" id="p2"></a><span class="pagenum">2</span> an; toute l'Europe marche aujourd'hui contre +nous.»</p> + +<p>Une levée de trois cent mille hommes est aussitôt +décrétée.</p> + +<p>Des ingénieurs sont envoyés sur les routes et +dans les places du nord. Ils sont chargés de relever +les vieilles murailles qui servaient de remparts +à l'ancienne France, de tracer des redoutes +sur les hauteurs propres à servir de point de ralliement +dans nos retraites, de fortifier les défilés +où le courage national pourra disputer le passage; +enfin de tout préparer pour la coupure des +digues et des ponts qu'il faudra abandonner.</p> + +<p>Des commandes sont faites aux dépôts de remontes, +aux fonderies, aux manufactures d'armes, +aux ateliers d'habillement; partout.</p> + +<p>Mais il faut de l'argent: la trésorerie n'en a +plus. Napoléon en fait prendre dans son trésor +privé. En vain on propose de réserver cette ressource +pour des placements secrets qui assureraient +le sort de sa famille contre les grands +revers dont elle est menacée: ces conseils sont +rejetés comme trop personnels, et le baron de +La Bouillerie, trésorier de la couronne, est chargé +de porter trente millions en écus dans les caisses +de la trésorerie. Ce secours ranime le crédit. Tous +les services reprennent leur activité. +<a name="p3" id="p3"></a><span class="pagenum">3</span> +</p> + +<p>Des conseils d'administration, des conseils de +guerre, des conseils de finances, se succèdent +d'heure en heure aux Tuileries. Les journées sont +trop courtes; mais Napoléon a la ressource des +nuits. Il consacre ses veilles à lire ce que les ministres +n'ont pas eu le temps de lui dire, à signer +ce qui n'a pu être expédié dans la journée, +et à méditer ses plans.</p> + +<p>L'armée d'Allemagne vient de rentrer dans nos +limites par les ponts de Mayence. Il faut lui assigner +une position où elle puisse prendre le repos +dont elle a besoin. Dans ce moment, elle +forme sa ligne derrière le Rhin, et cette ligne, +qu'elle prolonge chaque jour davantage, va bientôt +s'étendre depuis Huningue jusqu'aux sables +de la Hollande; mais l'affaiblissement de nos régiments +et l'épuisement de nos magasins ne permettent +guère de penser à défendre un front de +cette étendue. Déjà ceux qui ne voient que la +question militaire s'alarment de ce que nos troupes +vont être disséminées. Nous ne pouvons sérieusement +songer à défendre le Rhin: dès lors +ils voudraient qu'on se hâtât de l'abandonner. +Napoléon se décide par d'autres considérations: +nous sommes faibles, mais cette faiblesse est un +secret qu'il faut garder le plus long-temps possible. +Les alliés, étonnés de nous avoir vaincus, +<a name="p4" id="p4"></a><span class="pagenum">4</span> +viennent de s'arrêter à l'aspect de notre territoire, +si long-temps sacré pour eux. De son +côté, la France semble avoir conservé, de la longue +habitude de vaincre, un reste de confiance +qui la soutient contre l'excès de ses revers. Il faut +bien se garder de porter atteinte à ces illusions +protectrices. Quand l'ennemi attaquera, il sera +temps de reculer. Notre armée reçoit donc l'ordre +de conserver ses quartiers le long du Rhin. L'ennemi +va respecter cette barrière assez long-temps +pour justifier la hardiesse qui s'y confie; et le +prestige de nos aigles, encore debout sur la rive +gauche, prêtera un dernier appui aux négociations +qui vont être renouées. +<a name="p5" id="p5"></a><span class="pagenum">5</span> +</p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE II.</h4> + +<h4>PROPOSITIONS DE FRANCFORT.</h4> + +<p class="mid">(Suite de novembre.)</p> + +<p>Des ouvertures pour la paix venaient d'être +faites.</p> + +<p>Le 5 novembre, le prince régent d'Angleterre +avait déclaré dans le parlement «qu'il n'était ni +dans l'intention de l'Angleterre, ni dans celle +des puissances alliées, de demander à la France +aucun sacrifice incompatible avec son honneur +et ses justes droits.»</p> + +<p>Le 14 novembre, le baron de Saint-Aignan arrive +à Paris, chargé par les alliés de faire des +communications qui confirment ces dispositions +pacifiques. M. de Saint-Aignan, écuyer de l'empereur, +était dans ces derniers temps ministre +de France à la cour de Weimar. Une bande de +partisans l'avait enlevé de sa résidence; mais sa +réputation personnelle, son alliance avec le duc +de Vicence, et l'intérêt que lui portait la cour +de Weimar, avaient concouru à sa délivrance. +<a name="p6" id="p6"></a><span class="pagenum">6</span> +M. de Metternich avait pensé à profiter de son +retour en France pour faire parvenir des propositions +à Napoléon. Il avait donc appelé M. de +Saint-Aignan à Francfort. Le 9 novembre, dans +un entretien confidentiel, auquel assistaient M. de +Nesselrode, ministre de Russie, et lord Alberdeen, +ministre d'Angleterre, M. de Metternich +avait posé les bases d'une pacification générale; +et M. de Saint-Aignan les avait recueillies sous +sa dictée. Ce sont ces bases que M. de Saint-Aignan +apporte à Napoléon<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"><b>Note 1: </b></a><a href="#footnotetag1">(retour)</a> Les pièces de cette négociation ont été imprimées dans +le numéro du Moniteur qui devait paraître le 20 janvier +1814, et qui a été retiré après l'impression. Ces pièces sont +dans le supplément de la première partie.</blockquote> + +<p>Les alliés offraient la paix à condition que la +France abandonnerait l'Allemagne, l'Espagne, la +Hollande, l'Italie, et se retirerait derrière <i>ses +frontières naturelles</i> des Alpes, des Pyrénées et +du Rhin.</p> + +<p>Après les conditions proposées à Prague quatre +mois auparavant, celles-ci devaient paraître +bien dures. Abandonner l'Allemagne, ce n'était +que se soumettre à ce que les derniers événements +de la guerre avaient à peu près décidé; +abandonner l'Espagne, ce n'était que convertir +<a name="p7" id="p7"></a><span class="pagenum">7</span> +en obligation formelle la disposition volontaire +où l'on était déjà de céder à la résistance des +Espagnols: mais renoncer à la Hollande, que +nous possédions encore tout entière, et qui semblait +nous offrir tant de ressources; mais abdiquer +la souveraineté de l'Italie, qui était encore +intacte, et dont les forces suffisaient pour faire +diversion à toute la puissance autrichienne, c'étaient +des sacrifices immenses, que Napoléon ne +pouvait faire qu'à une paix prompte, franche, +et qui préservât la France de toute invasion étrangère. +Cependant ce n'était pas la cessation des +hostilités qui était offerte à Napoléon pour prix +de son adhésion aux bases proposées; c'était seulement +l'ouverture d'une négociation. Ce point +est important et mérite qu'on veuille bien y faire +attention. En effet, un dernier article dicté à +M. de Saint-Aignan portait que si ces bases étaient +admises, on proposait d'ouvrir la négociation +dans une des villes des bords du Rhin, mais que +<i>la négociation ne suspendrait pas les opérations +militaires</i>. Ainsi Napoléon, en renonçant à l'Allemagne +et à l'Espagne, en détachant de sa cause la +Hollande et toute l'Italie, n'obtenait pas même la +certitude de préserver la France d'une invasion; la +paix définitive n'en restait pas moins incertaine +et flottante dans l'avenir des opérations militaires. +<a name="p8" id="p8"></a><span class="pagenum">8</span> </p> + +<p>Ces propositions, apportées par M. de Saint-Aignan, +étaient donc non seulement dures et humiliantes, +mais encore d'une franchise suspecte. +Cependant on ne les rejette pas.</p> + +<p>Le 16 novembre, M. le duc de Bassano écrit à +M. de Metternich qu'une paix qui aura pour base +l'indépendance de toutes les nations, tant sous +le point de vue continental que sous le point de +vue maritime, est l'objet constant des voeux et +de la politique de Napoléon, et qu'il accepte la +réunion d'un congrès à Manheim.</p> + +<p>Mais à Francfort on ne trouve pas que cette réponse +soit assez précise. M. de Metternich répond +qu'on ne pourra négocier que lorsqu'on saura +avec plus de certitude que le cabinet des Tuileries +admet les bases précédemment communiquées.</p> + +<p>Voilà donc le mois de novembre perdu en préliminaires! +Certains salons de Paris veulent en +rejeter tout le blâme sur le duc de Bassano: on +l'accuse d'avoir répondu à Francfort d'une manière +trop vague, et l'on affecte de désespérer +du succès de toute négociation tant que ce ministre +restera aux affaires étrangères. Ceci tient à +des intrigues qui commençaient à agiter la haute +société, et qui n'ont eu que trop d'influence sur +les événements de 1814. +<a name="p9" id="p9"></a><span class="pagenum">9</span> </p> + +<p>Quel que fût le crédit personnel du duc de +Bassano, il n'allait pas jusqu'à résoudre des difficultés +d'une nature aussi grave; et dans de +telles circonstances, l'opinion du ministre devait +toujours céder à la détermination d'un prince +«qui se servait des hommes de mérite sans les associer +à son autorité, qui leur demandait plus +d'obéissance que de conseils<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup class="sml">2</sup></a>,» et dont tout le +monde célèbre ou blâme l'immuable volonté. Le +duc de Bassano, «distingué par son mérite non +moins que par son intégrité, joignait à une fidélité +incorruptible l'heureux talent d'ôter à la +vérité ce qu'elle avait de désagréable, sans jamais +la déguiser<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup class="sml">3</sup></a>.» De son côté, Napoléon, loin +de craindre la vérité, l'attirait à lui par les voies +les plus contradictoires, et par les correspondances +les plus confidentielles. On ne pouvait lui +rien cacher; on ne lui cachait rien.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"><b>Note 2: </b></a><a href="#footnotetag2">(retour)</a> Duclos. </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"><b>Note 3: </b></a><a href="#footnotetag3">(retour)</a>3 Portrait du ministre de Julien, par Gibbon, tome IV, +chap. <span class="sc">xix</span>, pag. 351. </blockquote> + +<p>Napoléon n'ignore pas que c'est contre sa personne +que se dirigent les censures qui semblent +ne s'adresser qu'à son ministre; mais, dédaignant +d'approfondir les secrètes intentions des frondeurs, +et ne voulant y voir que les préventions +<a name="p10" id="p10"></a><span class="pagenum">10</span> +d'un parti qu'on peut ménager, il croit devoir y +céder, et, par cette concession faite au retour +de la confiance, il prélude aux concessions plus +importantes qu'il veut faire à la pacification générale. +Le 20 novembre, il rappelle le duc de +Bassano au ministère de la secrétairerie-d'état, +et, dans le choix de celui qui le remplace aux +affaires étrangères, il donne une nouvelle preuve +de ses intentions conciliantes. Le duc de Vicence +a mérité, dans sa brillante ambassade de Pétersbourg, +l'estime de l'empereur Alexandre; c'est +lui que l'empereur Alexandre et l'empereur d'Autriche +semblent demander pour négociateur; +c'est à lui que Napoléon croit devoir confier son +portefeuille des relations extérieures.</p> + +<p>Le nouveau ministre est chargé de rassurer +entièrement les alliés sur les dispositions pacifiques +de Napoléon. Le 2 décembre, il écrit à +M. de Metternich que Napoléon adhère très positivement +aux bases générales et sommaires communiquées +par M. de Saint-Aignan.</p> + +<p>Le corps législatif était convoqué pour le 2 décembre; +on l'ajourne au 19, dans l'espérance +qu'à cette époque tous les délais préliminaires +seront épuisés, et même que le congrès de Manheim +sera ouvert: mais douze jours s'écoulent +sans que la négociation fasse aucun progrès. On +<a name="p11" id="p11"></a><span class="pagenum">11</span> +reçoit enfin une lettre de M. de Metternich; elle +est du 10 décembre, et contient la nouvelle +inattendue que les alliés ont jugé à propos de +consulter l'Angleterre, et que leur décision dépend +de sa réponse.</p> + +<p>La gazette de Francfort, du 7 décembre, avait +déjà publié une proclamation datée du 1<sup>er</sup>, qui +aurait dû faire pressentir un changement dans +les intentions des alliés. On y faisait sérieusement +un crime à Napoléon des levées d'hommes +qui avaient lieu dans toute la France: parce que +les souverains du Nord avaient parlé de paix, il +semblait que le gouvernement français n'eût plus +de dispositions défensives à prendre. A la suite +de ces récriminations peu pacifiques, les alliés +promettaient ironiquement à la France de ne +mettre bas les armes qu'après avoir abattu sa +prépondérance.</p> + +<p>L'espoir d'une négociation franche et loyale +s'affaiblissait donc de plus en plus.</p> + +<p>Le jour fixé définitivement pour l'ouverture +du corps législatif arrive..., et, dans son discours +d'ouverture, Napoléon n'a rien à dire +sur la négociation qui est le sujet de l'attente générale, +si ce n'est que «rien ne s'oppose de sa +part au rétablissement de la paix.» +<a name="p12" id="p12"></a><span class="pagenum">12</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE III.</h4> + +<h4>LES ALLIÉS REPRENNENT L'OFFENSIVE.</h4> + +<p class="mid">(Décembre 1813.)</p> + +<p>Il devient chaque jour plus évident que des +changements sont survenus, vers la fin de novembre, +dans la politique des alliés.</p> + +<p>C'était assez pour la Russie et pour l'Autriche +de nous confiner derrière le Rhin; mais cela ne +pouvait suffire à l'Angleterre, qui ne voulait pas +nous laisser maîtres d'Anvers et de la côte Belgique.</p> + +<p>Les Anglais sont bien informés du découragement +contre lequel Napoléon lutte à Paris, de +la défection qu'il va éprouver en Hollande, et de +la vaste conspiration qui couve en France et travaille +déjà les principaux corps de l'état. Ils +ont donc conçu l'espoir d'un succès plus complet +que celui dont on paraît vouloir se contenter à +Francfort. En attendant que l'inexorable histoire +révèle les causes secrètes qui ont suggéré de +nouvelles prétentions aux alliés, contentons-nous +<a name="p13" id="p13"></a><span class="pagenum">13</span> +de remarquer que c'est bien certainement +dans le court intervalle de temps écoulé entre les +ouvertures faites à M. de Saint-Aignan et la réponse +définitive du duc de Vicence que cette +révolution s'est opérée... Tout-à-coup les alliés +se décident à reprendre l'offensive et à aller dicter +au coeur de la France la paix qu'ils avaient +d'abord eu l'intention de négocier sur les bords +du Rhin.</p> + +<p>Quels que soient cependant les encouragements +et même les assurances que donne l'Angleterre, il +reste encore aux alliés une telle idée de nos ressources, +qu'ils pensent ne pouvoir entreprendre +l'invasion du territoire français qu'à l'aide d'un +développement de forces immenses. La seule opération +du passage du Rhin les intimide au point +qu'ils ne voient d'autre parti à prendre que d'éluder +la difficulté, en violant la neutralité des +Suisses.</p> + +<p>Dès le 18 novembre, la diète helvétique avait +réclamé le respect dû à son territoire. Elle avait +envoyé des députés extraordinaires porter à Paris +et à Francfort sa protestation contre toute violence +qui lui serait faite sur ses limites; elle avait +placé des bataillons qui formaient un cordon que +M. de Watteville commandait...: mais M. Senft +de Pilsac était à Zurich, préparant au nom des +<a name="p14" id="p14"></a><span class="pagenum">14</span> +alliés la révolution qui devait <i>délivrer</i> la Suisse, +c'est-à-dire l'enlever à l'influence de la France, +pour la placer sous celle de la coalition. L'agent +de M. de Metternich n'était que trop secondé par +l'impatience qu'avaient les anciennes familles oligarchiques +de rentrer dans la possession exclusive +du pouvoir.</p> + +<p>Le 20 décembre au matin, le général Bubna +n'hésite plus à se présenter sur la frontière des +Suisses; il est à la tête de cent soixante mille hommes. +Il déclare que cette armée va passer le Rhin +dans la nuit, entre Rhinfeld et Bâle. Aussitôt les +bataillons du général Watteville se replient; le +mouvement général des alliés se démasque, et +les opérations militaires de la campagne commencent.</p> + +<p>Trois grandes armées se présentent pour entrer +en France.</p> + +<p>C'est d'abord celle du prince de Schwartzenberg, +qui vient de pénétrer par la Suisse, sous +la conduite du général Bubna: elle est composée +d'Autrichiens, de Bavarois et de Wurtembergeois; +les gardes impériales d'Autriche et de Russie s'y +trouvent. On l'appelle <i>la grande armée</i>. Les généraux +Barclay de Tolly, Witgenstein, de Wrede, +le prince de Wurtemberg, le général Bubna, le +prince de Hesse-Hombourg, les généraux Gyulay, +<a name="p15" id="p15"></a><span class="pagenum">15</span> +Bianchi, Colloredo, et le prince Lichtenstein, +y ont les principaux commandements. L'empereur +Alexandre, le roi de Prusse et l'empereur +d'Autriche, suivent en personne les mouvements +de cette armée, qui doit commencer par envahir +l'Alsace et la Franche-Comté.</p> + +<p>La seconde armée est commandée par le maréchal +Blücher: c'est l'armée prussienne de Silésie; +des divisions russes et saxonnes y ont été +ajoutées. Ces troupes, rassemblées autour de +Francfort, attendent sur les bords du Rhin que +le prince de Schwartzenberg ait réussi dans son +entreprise sur la Suisse. Du moment que le maréchal +Blücher recevra la nouvelle que les Autrichiens +ont surpris le passage du Rhin, il tentera +de son côté le passage à Manheim et se jettera +sur la Lorraine.</p> + +<p>Les généraux Saint-Priest, Langeron, York, +Saken et Kleist, sont les lieutenants de Blücher.</p> + +<p>La troisième armée, composée des troupes du +prince de Suède, des Russes du général Voronzof +et du général Wintzingerode, et des Prussiens du +général Bulow, vient de traverser le Hanovre et +la Hesse; elle a détruit le royaume de Westphalie. +Renforcée par les Anglais du général Graham, +elle est destinée à prendre la Hollande, et doit +ensuite pénétrer en Belgique. +<a name="p16" id="p16"></a><span class="pagenum">16</span> </p> + +<p>Il est convenu qu'on ne s'arrêtera pas devant +les places de guerre, et qu'on passera par-dessus +toutes nos anciennes lignes de défense. C'est un +<i>hourra</i> général qu'il s'agit de faire sur Paris.</p> + +<p>Le 21 décembre, à Loerach, les souverains +alliés publient les proclamations qui donnent le +signal des hostilités. +<a name="p17" id="p17"></a><span class="pagenum">17</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE IV.</h4> + +<h4>UN PARTI D'OPPOSITION ÉCLATE A PARIS.--NAPOLÉON<br> +RENVOIE LE CORPS LÉGISLATIF.--- CONSPIRATION<br> +INTÉRIEURE.</h4> + +<p class="mid">(Fin de décembre 1815.)</p> + +<p>La nouvelle de l'entrée du prince Schwartzenberg +en Suisse arrive à Paris peu de jours après +l'ouverture du corps législatif. Dès ce moment, +tout espoir de paix est perdu. Devant le développement +de tant de forces, le prestige des nôtres +tombe; et désormais ce n'est plus qu'à force de +soumissions... ou d'énergie qu'on pourra sauver +la France. Se soumettre à tout, ou tout risquer! +dans cette rigoureuse alternative, le choix de +Napoléon ne pouvait être douteux. Bien des +gens ont regretté qu'on n'eût pas cédé: bien des +gens auraient regretté qu'on ne se fût pas défendu. +<i>Ne vaut-il pas mieux périr que de se soumettre +au joug de l'étranger?</i><a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup class="sml">4</sup></a> Est-ce d'ailleurs +<a name="p18" id="p18"></a><span class="pagenum">18</span> +un moyen d'arrêter l'ennemi que de montrer à +quel point de faiblesse on est tombé? Enfin les +souverains resteront-ils sur nos frontières pour +nous écouter, s'ils apprennent de notre bouche +même qu'ils sont les maîtres de venir dicter la loi +dans Paris?</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"><b>Note 4: </b></a><a href="#footnotetag4">(retour)</a> Le sénateur Lambrechts, <i>Principes politiques</i>, 1815.</blockquote> + +<p>Un beau désespoir peut encore nous secourir. +Tout est donc mis en oeuvre par le gouvernement +pour porter les esprits à de grandes résolutions. +«Entourée de débris, la France lève une tête +encore menaçante: elle était moins puissante, +moins forte, moins riche, moins féconde en +ressources en 1792, quand ses levées en masse +délivrèrent la Champagne!... en l'an VII, quand +la bataille de Zurich arrêta une nouvelle invasion +de toute l'Europe!... en l'an VIII, quand +la bataille de Marengo acheva de sauver la +patrie<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup class="sml">5</sup></a>!» Napoléon tient dans ses mains les +mêmes ressorts; mais, il faut en convenir, ils ont +perdu leur trempe républicaine. La plupart de +nos chefs sont fatigués; cependant le feu sacré +anime toujours la jeunesse française et brille encore +sur quelques fronts chauves consacrés à la +gloire: c'est le dernier espoir de la patrie!</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"><b>Note 5: </b></a><a href="#footnotetag5">(retour)</a> 5: Discours du comte Regnault de Saint-Jean-d'Angely +au corps législatif. </blockquote> + +<p> <a name="p19" id="p19"></a><span class="pagenum">19</span> </p> + +<p>Napoléon veut, avant tout, se concilier la confiance +des députés des départements. Il n'a pu +leur annoncer la paix, il veut du moins les convaincre +qu'il a fait ce qui dépendait de lui pour +la négocier: mais sa parole ne suffit plus; il se +croit obligé de communiquer les pièces à une +commission tirée du sénat et de la chambre des +députés. MM. de Lacépède, Talleyrand, Fontanes, +Saint-Marsan, Barbé-Marbois et Beurnonville, +sont les commissaires du sénat; MM. le duc de +Massa, Raynouard, Lainé, Gallois, Flaugergues +et Maine de Biran, sont les commissaires du +corps législatif. Ils se réunissent, le 4 décembre, +chez l'archichancelier; les conseillers d'état Regnault +de Saint-Jean-d'Angely et d'Hauterive leur +communiquent les pièces.</p> + +<p>En prouvant que le gouvernement avait fait +tout ce qu'il pouvait faire pour négocier, Napoléon +avait espéré qu'un cri d'honneur en appellerait +aux armes: mais le sénat, sur le rapport +de ses commissaires, le prie de faire un dernier +effort pour obtenir la paix. «C'est le voeu de +la France et le besoin de l'humanité. Si l'ennemi +persiste dans ses refus, ajoute le sénat, +eh bien! nous combattrons pour la patrie, +entre les tombeaux de nos pères et les berceaux +de nos enfants!» +<a name="p20" id="p20"></a><span class="pagenum">20</span> +</p> + +<p>Dans sa réponse au sénat, Napoléon cherche +à expliquer de nouveau ses véritables dispositions: +«Il n'est plus question, dit-il, de recouvrer +les conquêtes que nous avons perdues. Je +ferai sans regret les sacrifices qu'exigent les +bases préliminaires proposées par l'ennemi, et +que j'ai acceptées; mais si l'ennemi ne signe pas +la paix sur les bases qu'il a lui-même offertes, +il faut le combattre!»</p> + +<p>Le corps législatif se prête encore moins que +le sénat à donner son assentiment au parti extrême +vers lequel Napoléon semble pencher. +Sur la proposition du député Lainé, qui est rapporteur +des commissaires, l'assemblée exige que +le gouvernement se lie pour l'avenir par des engagements +qui sont la censure du passé. On ne +peut refuser ouvertement de combattre pour +l'intégrité du territoire; mais on profite de l'urgence +des besoins pour demander des garanties +de liberté et de sûreté individuelle, demande qui +n'était autre chose qu'une accusation indirecte +de tyrannie.</p> + +<p>Ainsi donc, au lieu d'un concert de zèle et +de dévouement contre l'ennemi commun, Napoléon +n'entend que des murmures et des reproches!... +On savait que l'Angleterre pratiquait +des intelligences dans nos provinces, notamment +<a name="p21" id="p21"></a><span class="pagenum">21</span> +à Bordeaux, et qu'elle s'efforçait de réveiller +partout les espérances des vieux partisans +de la maison de Bourbon. Ces renseignements +rendaient l'opposition inopinée du corps +législatif plus grave et plus embarrassante. Le +temps, qui éclaircit tout, et l'ivresse du succès, +qui est toujours indiscrète, nous révèleront un +jour cette conjuration<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup class="sml">6</sup></a>; alors la police ne la +connaissait qu'imparfaitement. Néanmoins Napoléon +ne peut s'empêcher de reconnaître dans +<a name="p22" id="p22"></a><span class="pagenum">22</span> +ce qui se passe autour de lui une intrigue liée +par des factieux. Cédant à ses soupçons, il prend +le parti de dissoudre le corps législatif; et, dans +l'audience de congé qu'il donne aux députés, il +laisse échapper l'expression de son vif mécontentement: +«Je vous avais appelés pour m'aider, +leur dit-il, et vous êtes venus dire et faire ce +<a name="p23" id="p23"></a><span class="pagenum">23</span> +qu'il fallait pour seconder l'étranger: au lieu +de nous réunir, vous nous divisez. Ignorez-vous +que, dans une monarchie, le trône et la +personne du monarque ne se séparent point? +Qu'est-ce que le trône? Un morceau de bois +couvert d'un morceau de velours; mais, dans la +langue monarchique, le trône, c'est moi! Vous +parlez du peuple; ignorez-vous que c'est moi +qui le représente par-dessus tout? On ne peut +m'attaquer sans attaquer la nation elle-même. +S'il y a quelques abus, est-ce le moment de me +venir faire des remontrances, quand deux cent +mille Cosaques franchissent nos frontières? +Est-ce le moment de venir disputer sur les libertés +et les sûretés individuelles, quand il s'agit +de sauver la liberté politique et l'indépendance +nationale? Vos idéologues demandent des +garanties contre le pouvoir: dans ce moment, +toute la France ne m'en demande que contre +l'ennemi... Vous avez été entraînés par des +gens dévoués à l'Angleterre; et M. Lainé, votre +rapporteur, est un méchant homme<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup class="sml">7</sup></a>.»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"><b>Note 6: </b></a><a href="#footnotetag6">(retour)</a> Voici les détails qui ont été publiés à cet égard: + +<p>Depuis le mois de mars 1813, une confédération royaliste +s'était organisée au centre de la France. Les ducs de +Duras, de La Trémouille et de Fitz-James, MM. de Polignac, +Ferrand, Adrien de Montmorency, Sosthène de La +Rochefoucauld, de Sesmaisons, et Laroche-Jaquelain, en +étaient l'âme. On se réunissait au château d'Ussé, en +Touraine, chez M. de Duras. Le préfet de Nantes lui-même +était de ces conciliabules (<i>Histoire de</i> 1814, par +M. Beauchamp, tom. II, pag. 45). La perte de la bataille +de Leipsick et l'évacuation de l'Allemagne avaient donné +un nouvel essor aux projets des royalistes de l'ouest et du +midi. Le comte Suzannet avait pris secrètement le commandement +du Bas-Poitou, Charles d'Autichamp s'était +chargé du commandement d'Angers, le duc de Duras de +celui d'Orléans et de Tours, le marquis de Rivière de celui +du Berry (Voyez même histoire, tom. II, pag. 50). Sur +ces entrefaites, le duc d'Angoulême débarquait à Saint-Jean-de-Luz, +et se rendait au quartier général de Wellington. +Toute la confédération de l'ouest devait se déclarer +au premier signal du duc de Berry, qu'on attendait impatiemment +à Jersey. M. Tassard de Saint-Germain était à +Bordeaux à la tête d'une association composée d'un grand +nombre de personnes de toutes les classes... M. le chevalier +de Gombaut était aussi à la tête d'une association pieuse +qui avait le même but politique. Le marquis de Laroche-Jaquelain +était plus particulièrement attaché à l'association +du chevalier de Gombaut. L'ordre fut donné de l'arrêter: +averti par le comte de Lynck, maire de Bordeaux, il échappa +aux recherches en se réfugiant dans sa famille... Le comte +de Lynck avait fait en 1813 (novembre) un voyage à Paris. +Après s'être concerté avec M. Labarthe, autrefois à la +tête d'une association royaliste, et avec MM. de Polignac, il +était reparti pour Bordeaux, plein de la ferme volonté d'y +servir puissamment le roi... Depuis long-temps cette secrète +intention germait dans le coeur du comte de Lynck. +(Voyez le même ouvrage, pag. 50.) Le député Lainé, lié +avec le comte de Lynck, avait reçu ses confidences et partageait +ses projets (<i>Ibid</i>., tom. II, pag. 86 et 87).</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"><b>Note 7: </b></a><a href="#footnotetag7">(retour)</a> Tandis que Napoléon se livrait à cette conversation +animée, un auditeur était là, qui avait la prétention de +la dérober pour l'histoire. Ainsi des phrases échappées d'abondance, +des expressions hasardées dans la vivacité du +dialogue, sont devenues des documents authentiques, au +gré de la mémoire d'un individu anonyme, ou plutôt au +gré de la partialité des écrivains. Quoi qu'il en soit, les +pensées grandes et fortes qui rendent cette conversation si +remarquable n'ont pu être entièrement dénaturées: elles +percent dans le libelle à travers les expressions triviales +sous lesquelles l'affectation du mot à mot les a travesties. </blockquote> + +<a name="p24" id="p24"></a><span class="pagenum">24</span> + +<p>Quelque vif que soit cet éclat, le député Lainé +retourne dans ses foyers, aussi libre que ses +collègues.</p> + +<p><a name="p25" id="p25"></a><span class="pagenum">25</span></p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE V.</h4> + +<h4>INVASION DU TERRITOIRE FRANÇAIS.</h4> + +<p class="mid">(Janvier 1814.)</p> + +<p>L'année 1814 commence au milieu de ces +graves dissensions.</p> + +<p>Les nouvelles les plus alarmantes arrivent +des divers points de notre frontière: le prince +Schwartzenberg, maître des passages de la Suisse, +a d'abord jeté le gros de son armée sur Huningue +et Béfort. Sa droite, qui a voulu s'étendre +trop vite dans la vallée d'Alsace, a éprouvé, le +24 décembre, un échec à Colmar; il a dirigé son +aile gauche, à travers la Suisse, jusque sur Genève. +Cette place était une des portes de l'empire, +et de puissants renforts lui arrivaient de +Grenoble; mais au premier moment du danger +le général Jordy, commandant la garnison, frappé +d'un coup de sang, tombe mort subitement sur +la place d'armes: le préfet Capelle prend la fuite; +et les Genevois, devenus maîtres de leur conduite, +abaissent aussitôt leurs ponts-levis devant +<a name="p26" id="p26"></a><span class="pagenum">26</span> +l'avant-garde autrichienne. Le général Bubna a +pris possession de Genève le 28 décembre. Les +dernières dépêches annoncent que le prince +Schwartzenberg, après avoir laissé en arrière +quelques détachements pour masquer Huningue +et Béfort, pousse ses colonnes du centre sur Épinal, +Vesoul et Besançon.</p> + +<p>Le duc de Bellune est accouru de Strasbourg +avec une armée qui n'est pas de dix mille +hommes! Il désespère d'arrêter les Autrichiens +dans les défilés des Vosges. Le 4 janvier, l'ennemi +entre à Vesoul; le 9 janvier, Besançon est investi.</p> + +<p>De son côté, le maréchal Blücher a effectué +le passage du Rhin dans la nuit du 1<sup>er</sup> janvier, +et sur trois points différents. Au centre, les corps +de Langeron et d'York ont passé le Rhin à Caub; +arrivé sur la rive française, le corps de Langeron +s'est détaché pour aller bloquer Mayence, et le +corps d'York a pris la direction de Creutznach. +Le corps de Saint-Priest, formant la droite de +l'armée de Silésie, a passé le Rhin à Neuwied et +vient d'occuper Coblentz. Enfin à l'aile gauche, +les corps de Sacken et de Kleist, qui ont passé +le Rhin devant Manheim, s'avancent sur le duc +de Raguse. Celui-ci, qui n'a que les cadres d'une +armée, recule sur les places de la Sarre et de la +Moselle. +<a name="p27" id="p27"></a><span class="pagenum">27</span> </p> + +<p>Nos troupes sont en pleine retraite. Napoléon +ne s'était pas flatté de l'espoir d'arrêter long-temps +les alliés sur la frontière: forcé de les +laisser s'avancer dans l'intérieur, il ne pense plus +qu'à mettre de l'ensemble dans nos mouvements +rétrogrades, qu'il veut concentrer de manière +à couvrir Paris.</p> + +<p>Il ordonne au duc de Bellune de disputer +pied à pied les passages des Vosges. Il lui envoie +le duc de Trévise avec une division de la garde, +pour le soutenir sur la route de Langres. Il recommande +au duc de Raguse de s'appuyer le +plus long-temps qu'il pourra sur les glacis des +nombreuses forteresses de la Lorraine. Enfin, le +duc de Tarente, qui est du côté de Liège, occupé +à pourvoir à la sûreté des places du Bas-Rhin +et de la Meuse, a ordre de rentrer dans la vieille +France par la porte des Ardennes. Une instruction +commune à tous les maréchaux leur prescrit, +à mesure qu'ils se retirent, de jeter dans +les places les soldats fatigués et ceux de nouvelles +levées qui ne sont pas encore habillés. On laisse +donc partout de nombreuses garnisons que Napoléon +se réserve de réunir en corps d'armée, +sur les derrières de l'ennemi.</p> + +<p>Toutes les troupes ont ordre d'acculer leurs +retraites sur la Champagne. C'est aussi sur la +<a name="p28" id="p28"></a><span class="pagenum">28</span> +Champagne qu'on va diriger les renforts qui arrivent +du fond de la France, et dont les maréchaux +Kellermann et Oudinot sont chargés de +former de nouveaux bataillons.</p> + +<p>Des commissaires extraordinaires sont envoyés +dans les départements pour présider aux levées +d'hommes et aux mesures de défense. On distingue +parmi ces commissaires les sénateurs de Semonville, +de Beurnonville, Boissy-d'Anglas, etc. +«Français,» dit Napoléon dans la proclamation +dont ces commissaires étaient porteurs, «Français, +un dernier effort! J'appelle ceux de Paris, +de la Bretagne et de la Normandie, de la +Champagne, de la Bourgogne et des autres départements, +au secours de leurs frères de la +Lorraine et de l'Alsace! A l'aspect de tous ces +peuples en armes, l'étranger fuira ou signera +la paix.»</p> + +<p>L'empereur ne veut négliger aucun moyen +pour intimider l'ennemi dans sa marche. Il connaît +de longue main l'extrême circonspection +des généraux qui lui sont opposés, et il a deviné +leurs irrésolutions. Il multiplie les revues militaires +dans la cour des Tuileries; et le lendemain +les journaux doublent ou triplent le nombre des +troupes qui ont été passées en revue. En moins +d'un mois, plus de deux cent mille hommes sont +<a name="p29" id="p29"></a><span class="pagenum">29</span> +comptés comme ayant traversé Paris pour se +rendre à l'armée.</p> + +<p>Négligeons ces ruses de gazettes, et revenons +à la vérité<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup class="sml">8</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"><b>Note 8: </b></a><a href="#footnotetag8">(retour)</a> Quelques écrivains qui trouvent commode pour leur +métier de n'avoir à puiser les matériaux de l'histoire que +dans les journaux, ne peuvent pardonner à Napoléon de +s'être servi des gazettes pour tromper l'ennemi. Ils crieraient +volontiers au sacrilège! Cependant les mêmes écrivains +conviennent que <i>les alliés, étonnés de la jactance de +nos journalistes, redoutaient une guerre nationale et même +une bataille</i>. </blockquote> + +<p> <a name="p30" id="p30"></a><span class="pagenum">30</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE VI.</h4> + +<h4>PROJETS DE NAPOLÉON POUR L'OUVERTURE DE LA<br> +CAMPAGNE.--FORMATION DES RÉSERVES.--COUP<br> +D'OEIL SUR NOS AUTRES ARMÉES.</h4> + +<p class="mid">(Janvier 1814.)</p> + +<p>Quelque activité que Napoléon mette dans la +réorganisation de l'armée, il ne peut pas espérer +d'entrer en campagne avant la fin de janvier, et +il ne peut compter sur plus de cent mille combattants. +Cependant l'ennemi développe autour +de nous un cercle de plus de six cent mille +hommes. On en annonce même le double; mais +ce dernier calcul est moins celui des forces que +les alliés ont amenées sur nos frontières, que l'aperçu +complaisant de toutes celles qu'ils pourraient +faire arriver peu à peu. Certes, quelque +audace qu'on lui suppose, Napoléon n'aurait pas +entrepris de lutter contre de telles forces si elles +avaient dû se présenter à la fois; mais son oeil +exercé a toisé le <i>géant</i> qui s'avance, et, dans son +énorme stature, il a reconnu quelques parties +<a name="p31" id="p31"></a><span class="pagenum">31</span> +disjointes qui peuvent servir de point de mire +à nos coups.</p> + +<p>Les forces de la coalition sont échelonnées sur +trois lignes principales de communication, qui, +de Berlin, de Varsovie et de Vienne, aboutissent +au Rhin. Ce n'est que successivement que les colonnes +en marche peuvent arriver et peser dans +la balance des événements. D'ailleurs, ces forces +ne sont pas toutes mobiles; un grand nombre est +arrêté dans la route par des obstacles ou par +des opérations qui ne peuvent cesser tout d'un +coup. Napoléon calcule que l'ennemi, qui dans +trois mois aura cinq cent mille hommes au centre +de la France, n'a pu commencer les opérations +de cette campagne qu'avec deux cent cinquante +mille hommes au plus; encore ces forces sont-elles +diminuées par de nombreux blocus, et se +trouvent-elles séparées sur différentes routes. Napoléon +est donc fondé à croire qu'en manoeuvrant +avec vivacité au centre de leurs marches, il pourra +rencontrer les corps d'armée ennemis isolés les +uns des autres. Il médite de réunir ses troupes +dans les plaines de Châlons-sur-Marne, avant +que les colonnes des ennemis puissent se joindre; +de remédier de cette façon à l'extrême disproportion +du nombre, et de se ménager ainsi quelque +occasion brillante, où la victoire sera d'autant +<a name="p32" id="p32"></a><span class="pagenum">32</span> +plus décisive que l'ennemi se trouvera engagé +plus avant au fond de nos provinces. Tels sont +ses projets pour le début de la campagne.</p> + +<p>En même temps que l'on compose à la hâte +une armée avec tout ce qu'on pourra réunir +à Châlons d'ici à la fin de janvier, on pense +aussi à se procurer des réserves pour soutenir +les événements ultérieurs de la campagne. Mais +Napoléon peut-il rappeler à lui toutes les troupes +qui sont encore au dehors? Avant de considérer +les immenses sacrifices et les graves difficultés +qu'un pareil parti comporte, jetons d'abord +un coup d'oeil sur les armées françaises +dispersées loin du théâtre où la lutte principale +va s'engager.</p> + +<p>Au nord, le maréchal Gouvion Saint-Cyr, chargé +de défendre Dresde avec un corps de vingt mille +hommes, avait fini par capituler le 4 novembre, +sous la condition de ramener ses troupes en +France. Les alliés se trouvant les plus forts ont +cru que la bonne foi n'était plus nécessaire, et +ne se sont fait aucun scrupule de violer la capitulation +de Dresde. Gouvion Saint-Cyr et ses vingt +mille hommes, retenus prisonniers en Bohême, +ne peuvent donc plus compter dans nos ressources; +mais, indépendamment de ce corps, plus +de cinquante mille hommes restent encore à +<a name="p33" id="p33"></a><span class="pagenum">33</span> +Napoléon sur les bords de l'Elbe, depuis Dresde +jusqu'à Hambourg.</p> + +<p>Le général Dutaillis, successeur du général +Narbonne, défend la forteresse de Torgau assiégée +par le général prussien Taentzien.</p> + +<p>Le général Lapoype et sa garnison se couvrent +de gloire derrière les pieux et les buttes de sable +que le général prussien Dotschütz assiège à Wittemberg: +le général Lemarrois, avec deux divisions, +est inattaquable dans Magdebourg. Le +prince d'Eckmühl tient son quartier général à +Hambourg; il y commande quatre divisions; les +ordres de se retirer sur la Hollande, qui lui +avaient été expédiés pendant la retraite de Leipsick, +n'ont pu lui parvenir. Isolé aux bouches +de l'Elbe, il a réussi, à force de travaux et de +fermeté, à convertir les comptoirs de Hambourg +en citadelles. Il résiste à la fois aux attaques combinées +des Suédois et des Russes, au ressentiment +des habitants, et à la défection de nos alliés les +Danois. Au centre de l'Allemagne, nous avons +encore, sur les hauteurs d'Erfurt, des garnisons +qui menacent à chaque instant d'intercepter la +grande route du nord. Une division des troupes +alliées est restée stationnaire devant Erfurt, pour +en bloquer les deux citadelles. Quant à la Hollande, +depuis le mois de novembre nous l'avons +<a name="p34" id="p34"></a><span class="pagenum">34</span> +perdue. L'approche des corps d'armée de +Bülow et de Wintzingerode, qui, après avoir occupé +le Hanovre et la Westphalie, s'étaient avancés +sur Munster, Wesel et Dusseldorf, avait fait +éclater subitement une révolution en Hollande. +Les insurrections d'Amsterdam et de La Haye, et +la défection des bataillons étrangers qui composaient +la division du général Molitor, n'avaient +laissé aux autorités françaises aucun moyen de +résistance; mais, tandis que Wintzingerode +s'avançait sur le Wahal, passait le Mordick, et +que des troupes anglaises réunies aux Bataves +s'emparaient des bouches de l'Escaut, quelques +troupes fidèles s'étaient jetées dans les places de +Devinter et de Naarden. L'amiral Verhuel n'avait +pas voulu oublier qu'il tenait son commandement +de la confiance de Napoléon; il avait refusé +de recevoir les ordres des partisans du prince +d'Orange: son pavillon avait été abattu sur les +vaisseaux; il l'avait relevé sur les forts du Helder. +Le sénateur Rampon s'est renfermé avec une +garnison de gardes nationales françaises dans les +digues de Gorcum. L'apparition des alliés devant +Gertruydenberg et Breda avait produit un moment +de désordre, et l'on avait évacué trop précipitamment +Willemstadt et Breda; les ennemis +en ont habilement profité: le général Graham a +<a name="p35" id="p35"></a><span class="pagenum">35</span> +débarqué les troupes anglaises à Willemstadt; et +dans les premiers jours de janvier, le général +prussien Bülow est venu se réunir, dans les environs +de Breda, aux troupes du général Wintzingerode. +Après avoir ainsi franchi le Wahal et +la Meuse, les alliés n'ont plus qu'un pas à faire +pour attaquer Anvers.</p> + +<p>Au midi, Wellington a pénétré en France par +la Navarre. Sa nombreuse armée, composée +d'Anglais, d'Espagnols et de Portugais, avait +d'abord forcé la Bidassoa et occupé Saint-Jean +de Luz; mais pendant un mois notre armée l'avait +tenu arrêté devant les lignes de la Nivelle. Le 9 +novembre, Wellington avait enfin forcé l'armée +française à se replier sur le camp retranché de +Bayonne. Dans cette seconde position, nos troupes +avaient tenu encore pendant un mois les alliés +en échec. Cependant le 9 décembre, l'ennemi +avait effectué le passage de la Nive; mais, après +quatre jours de bataille, et nonobstant la désertion +des troupes allemandes, qui, le 11 décembre +au soir, ont passé en masse de notre camp +dans les lignes espagnoles, Wellington avait encore +été obligé de s'arrêter au pied des glacis +de Bayonne. C'est ainsi que les talents du maréchal +Soult et la bravoure française opposent +aux étrangers, sur les bords de l'Adour, une +<a name="p36" id="p36"></a><span class="pagenum">36</span> +barrière plus forte que n'a été celle des Pyrénées.</p> + +<p>Le duc d'Albuféra est le seul de nos maréchaux +que l'adversité n'ait pas encore atteint. Il s'est arrêté +sur le Lobrégat, en Catalogne, étonné de +voir l'Espagne prendre une attitude victorieuse, +et ne pouvant se résoudre à reculer davantage +devant un ennemi qu'il a toujours battu. Son +quartier général est à Barcelone.</p> + +<p>En Italie, Rome est encore la seconde ville de +l'empire français. Les Autrichiens n'ont pu forcer +le passage de l'Adige. Le prince Eugène est à Vérone +avec quatre-vingt mille hommes français et +italiens, qu'il oppose à l'armée autrichienne du +général Bellegarde. Nos réserves se réunissent à +Alexandrie. En général, les peuples de l'Italie +septentrionale se montrent bien disposés pour +nous. Si le roi de Naples veut se rallier au prince +Eugène, non seulement l'Italie est sauvée, mais +une imposante diversion peut descendre encore +une fois du sommet des Alpes juliennes jusqu'à +Vienne.</p> + +<p>Les intrigues et les séductions de l'ennemi +semblent nous menacer de ce côté de plus de dangers +que ses armées. Des insinuations ont été +faites au prince Eugène, et n'ont pu l'ébranler. +Les mêmes attaques assiègent la vanité du roi de +Naples. Les troupes dont il nous promet le +<a name="p37" id="p37"></a><span class="pagenum">37</span> +secours vont arriver à Bologne; Napoléon et le +prince Eugène ne peuvent croire que c'est un +nouvel ennemi qui s'avance<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup class="sml">9</sup></a> <a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup class="sml">10</sup></a>!</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"><b>Note 9: </b></a><a href="#footnotetag9">(retour)</a> Voir au supplément de la première partie, nº 13, la +lettre de M. La Besnadière, relative aux dépêches apportées +par M. de Carignan. </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"><b>Note 10: </b></a><a href="#footnotetag10">(retour)</a> C'est le 11 janvier 1814 que le roi de Naples, Joachim +Murat, a signé son alliance offensive et défensive avec l'Autriche; +mais cette puissance lui a fait attendre la ratification +jusqu'après la prise de Paris. Voir le traité dans le <i>Recueil</i> +de Martens, tom. II (XII de l'ouvrage), pag. 660, +et dans le <i>Recueil</i> de Schoels, tom. VI, pag. 332. </blockquote> + +<p>Deux cent mille Français sont donc ainsi dispersés: +cinquante mille sur l'Elbe, cent mille au +pied des Pyrénées, et cinquante mille au-delà des +Alpes. S'ils ne peuvent concourir à l'action principale, +du moins font-ils des diversions qu'on ne +peut considérer comme inutiles. Sur l'Elbe, nos +troupes retiennent Benigsen et les réserves russes, +ainsi que les Suédois, le corps prussien de +Tauentzien et de Dobschutz, et toutes les milices +insurgées de la Hesse et du Hanovre. En Hollande, +nos garnisons occupent les Anglais, impatients +d'établir la maison d'Orange d'une manière +plus solide. Du côté des Pyrénées, nos deux +armées empêchent deux cent mille Espagnols, +Anglais et Portugais, de déborder sur nos départements +<a name="p38" id="p38"></a><span class="pagenum">38</span> +du midi pour les mettre au pillage; et +le prince Eugène, sur l'Adige, oblige quatre-vingt +mille Autrichiens de s'y arrêter. Les armées +lointaines retiennent dans notre alliance des +auxiliaires qui seront contre nous, du moment +que nous sortirons des places où nous les tenons +renfermés avec nous. D'ailleurs les négociations +ne se nourrissent que de restitutions, de concessions +et d'échanges: peut-être ce qui nous reste +de la possession de l'Europe entrera-t-il en déduction +des sacrifices qu'il nous faut faire à la paix?</p> + +<p>Maintenant il n'est plus possible d'évacuer les +places de l'Elbe: depuis deux mois, toutes communications +nous sont interdites avec ces garnisons. +Peut-être serait-il temps encore de prendre +le parti rigoureux d'évacuer l'Italie, d'abandonner +les places du Rhin, et de tout concentrer sur +Paris: Napoléon craint que les troupes ne soient +compromises dans leur retraite; qu'elles n'arrivent +qu'après l'événement, et qu'à des calculs +militaires incertains on ne sacrifie des compensations +qui deviennent de jour en jour plus précieuses. +On se contente de demander des divisions +d'infanterie et de cavalerie au maréchal +Soult et au prince Eugène: dans le second mois +de la campagne, nous verrons ces renforts entrer +successivement en ligne. Pour se ménager +<a name="p39" id="p39"></a><span class="pagenum">39</span> +ces ressources, Napoléon a fait franchement le +sacrifice des prétentions qui, depuis quatre ans, +ont nourri ses querelles avec le pape et avec le +prince Ferdinand d'Espagne. En calmant ainsi +les inimitiés du midi de l'Europe, il pense pouvoir, +avec moins d'inconvénients, affaiblir ses armées +d'Italie et des Pyrénées. Le pape n'est donc +plus retenu à Fontainebleau; rendu à l'Italie, il +est en route pour remonter sur son siége épiscopal +de Rome<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup class="sml">11</sup></a>. Quant au prince Ferdinand d'Espagne, +dès les premiers jours de décembre M. le +comte de La Forêt s'était rendu auprès de lui de +la part de Napoléon; le 11 décembre, un traité +avait été signé, dans lequel on n'exigeait du prince, +pour prix de son retour en Espagne, que trois +choses, savoir, 1º qu'il paierait exactement la pension +du roi son père; 2º qu'il nous rendrait nos +prisonniers, échange qui assurait à l'Espagne la +restitution des siens, vingt fois plus nombreux +que les nôtres; 3º enfin, que, libre du joug de +la France, il n'irait pas se mettre sous le joug de +l'Angleterre<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup class="sml">12</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"><b>Note 11: </b></a><a href="#footnotetag11">(retour)</a> C'est le 23 janvier que le pape a quitté Fontainebleau +pour retourner en Italie. </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"><b>Note 12: </b></a><a href="#footnotetag12">(retour)</a> Voir le traité de Valençay, dans Martens, tom. V du +supplément, XII de l'ouvrage, pag. 654. </blockquote> + +<p> <a name="p40" id="p40"></a><span class="pagenum">40</span> </p> + +<p>Ferdinand avait souscrit avec empressement +à ces conditions. Après avoir écrit de sa main une +lettre de remerciements à Napoléon, il s'était mis +en route pour la Catalogne. Le maréchal Suchet +avait protégé sa marche jusqu'aux avant-postes +espagnols, et le 6 janvier il était arrivé à Madrid.</p> + +<p>Quelque tardive que puisse être cette satisfaction +donnée aux troubles de l'église et au ressentiment +des Espagnols, deux avantages importants +sont le moins qui puisse en résulter: le retour du +pape à Rome doit préserver l'Italie méridionale de +devenir la proie des Autrichiens, et la restauration +de Ferdinand doit mettre un terme à l'influence +de Wellington à Madrid.</p> + +<p> <a name="p41" id="p41"></a><span class="pagenum">41</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE VII.</h4> + +<h4>REPRISE DES NÉGOCIATIONS.--PROGRÈS DE<br> +L'INVASION ÉTRANGÈRE.</h4> + +<p class="mid">(Suite de janvier.)</p> + +<p>Tandis que Napoléon passe les jours et les nuits +à se créer une armée, à se préparer des réserves +et à diminuer le nombre de ses ennemis, il n'en +poursuit pas moins avec empressement les chances +qui lui restent pour un accommodement. +Au milieu de tant d'adversités, le rôle commode, +c'est de conseiller la paix; le difficile, c'est de la +faire.</p> + +<p>Les négociations, qui avaient été interrompues +pendant tout le mois de décembre, avaient paru, +au commencement de janvier, prêtes à se ranimer. +Lord Castlereagh, ministre des affaires étrangères +d'Angleterre, avait quitté Londres pour +aller se réunir aux ministres des autres cabinets: +débarqué le 6 janvier près de La Haye, il avait +aussitôt continué sa route pour le quartier général +des alliés. De son côté, Napoléon avait pris +<a name="p42" id="p42"></a><span class="pagenum">42</span> +le parti d'envoyer le duc de Vicence auprès des +souverains<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup class="sml">13</sup></a>; mais notre ministre, retenu aux +avant-postes ennemis depuis le 6 janvier, attendait +avec inquiétude les passe-ports qu'il avait +demandés à M. de Metternich.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"><b>Note 13: </b></a><a href="#footnotetag13">(retour)</a> Voir les instructions du duc de Vicence, notamment la +lettre de l'empereur du 4 janvier. (Supplément de la première +partie, nº 8.) </blockquote> + +<p>Nous sommes arrivés à l'époque où commencent +la dernière négociation et la dernière campagne.</p> + +<p>De jour en jour la situation de la France devenait +plus critique.</p> + +<p>Les alliés, en se décidant à entrer en France, +avaient bien calculé que l'immense supériorité de +leur nombre devait les mettre suffisamment en +force contre les débris de nos armées; mais l'animosité +avec laquelle les paysans de l'Alsace et des +Vosges disputent chaque village à leurs détachements +commence à leur faire craindre de rencontrer +en France les dangers d'une guerre d'insurrection; +ils cherchent donc à désarmer l'opinion. +L'empereur de Russie fait une proclamation, +le prince de Schwartzenberg en fait une, +Blücher en fait une troisième, de Wrede veut +faire la sienne: le général Bubna fait faire de son +<a name="p43" id="p43"></a><span class="pagenum">43</span> +côté des proclamations par le colonel Simbschen +et par le comte de Sonnas. Chaque commandant +inférieur suit cet exemple. Jamais on n'a fait tant +de proclamations pacifiques au bruit du canon; +jamais on n'a vu l'infidélité des peuples provoquée +par tant de souverains.</p> + +<p>Mais tandis que les généraux font des harangues, +les soldats pillent, violent et tuent sans +pitié; ces barbaries ont excité au plus haut degré +la résistance du peuple des campagnes, et le +prince Schwartzenberg voit qu'il n'est pas moins +nécessaire d'intimider que de séduire: il menace +de la potence tout paysan français qui sera pris +les armes à la main, et du feu tout village qui +résistera.</p> + +<p>Ce que l'ennemi craint et défend est précisément +ce que l'on doit s'obstiner à faire. Napoléon +ordonne la levée en masse des départements +de l'est. Le général Berckeim est donné pour +commandant à ses compatriotes de l'Alsace. Les +Lorrains et les Francs-Comtois montrent le même +dévouement que les Alsaciens. Des corps de partisans +s'organisent dans les Vosges et s'annoncent +par des succès. Sur les bords de la Saône, les +Bourguignons montrent la même assurance que +si des armées étaient derrière eux pour les soutenir. +Les habitants de Châlons coupent leur pont, +<a name="p44" id="p44"></a><span class="pagenum">44</span> +et les Autrichiens disséminés dans la Bresse sont +forcés de s'arrêter.</p> + +<p>Cependant l'alarme s'est répandue jusqu'au +fond des vallées des Alpes: Bubna a intercepté +la route du Simplon, le Valais est enlevé à la +France, la Savoie est menacée d'être rendue au +roi de Sardaigne.</p> + +<p>De ce côté, c'est le duc de Castiglione qui est +chargé d'organiser la défense; il se rend à Lyon, +où vont arriver les troupes qu'on tire à la hâte +de l'armée de Catalogne et des dépôts des Alpes. +Le général Desaix pourvoit pour quelque temps +à la sûreté de Chambéry, et le général Marchand +organise les levées en masse du Dauphiné.</p> + +<p>Bientôt l'invasion ennemie fait tant de progrès +qu'il devient urgent d'y opposer la présence de +Napoléon. Schwartzenberg a forcé les passages +des Vosges; les combats de Rambervilliers, de +Saint-Dié et de Charmes, ont ensanglanté sa +marche, mais n'ont pu l'arrêter: il étend sa +gauche le long de la Saône; il avance son centre +sur Langres, et dirige sa droite vers Nancy, qui +est un rendez-vous assigné aux Prussiens. Blücher +n'a pas tardé à paraître au milieu des places de +la Lorraine. York se présente devant Metz, et +Sacken arrive à Nancy. Depuis le 13 janvier, les +souverains alliés sont sur le territoire français; +<a name="p45" id="p45"></a><span class="pagenum">45</span> +leur quartier général suit la marche de l'armée +autrichienne.</p> + +<p>Le duc de Raguse, qui s'était arrêté sous le +canon de Metz, se voyant serré de trop près, vient +d'abandonner ce boulevard de la France à ses +propres forces. Le général Durutte en a pris le +commandement; et le général Rogniat, l'un de +nos plus habiles ingénieurs, s'y est renfermé.</p> + +<p>Le 14 janvier, le prince de la Moskowa avait +évacué Nancy; le 16, le duc de Trévise avait évacué +Langres; le 19, le duc de Raguse était en +retraite sur Verdun.</p> + +<p> <a name="p46" id="p46"></a><span class="pagenum">46</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE VIII.</h4> + +<h4>DERNIÈRES DISPOSITIONS.--DÉPART DE NAPOLÉON<br> +POUR L'ARMÉE.</h4> + +<p class="mid">(Fin de janvier.)</p> + +<p>Avant de quitter Paris, Napoléon jette un dernier +coup d'oeil sur la Belgique.</p> + +<p>Il avait organisé de ce côté une nouvelle armée +du nord, et en avait donné le commandement +au général Maisons, que l'on distinguait déjà +parmi les jeunes généraux auxquels la succession +des vieux maréchaux était réservée. Le premier +exploit du nouveau commandant en chef avait +été de dégager l'Escaut. Cette opération, soutenue +le 11, le 12 et le 13 janvier, par une suite de +combats honorables, avait procuré quelques délais +nécessaires pour perfectionner la défense de +cette frontière. Mais le général russe Wintzingerode, +qui vient de passer le Rhin à Dusseldorf, +amène un nouveau corps d'armée contre nos provinces +du nord. Ainsi les Prussiens de Bülow, les +Anglais de Graham, et les Russes de Voronsof et +<a name="p47" id="p47"></a><span class="pagenum">47</span> +de Wintzingerode, sont autant de corps d'armée +que le général Maisons doit contenir. Pour remédier +à l'infériorité du nombre, Napoléon confie +Anvers au général Carnot.</p> + +<p>Quant aux places de Wesel, de Juliers, de +Maestricht et de Vanloo, le duc de Tarente y a +jeté des garnisons, en abandonnant la Basse-Meuse, +pour se replier sur les Ardennes. Le 18 +janvier, ce maréchal était de sa personne à Namur: +Napoléon lui envoie courrier sur courrier +pour qu'il accélère sa marche sur Châlons.</p> + +<p>A Paris, tous les hommes que les dépôts militaires +environnants ont habillés et armés, tous +ceux que les garnisons de l'ouest et des côtes du +nord ont équipés, tous les détachements que les +gardes nationales de Bretagne et de Normandie, +peuvent fournir, sont à mesure qu'ils arrivent, +passés en revue par Napoléon lui-même et dirigés +aussitôt du Carrousel sur Châlons.</p> + +<p>Pour annoncer sa prochaine arrivée aux troupes, +Napoléon fait partir le prince de Neufchâtel: +ce prince quitte Paris le 20 janvier<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup class="sml">14</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"><b>Note 14: </b></a><a href="#footnotetag14">(retour)</a> Dans le nombreux état-major qui accompagne le prince +de Neufchâtel, on distingue le lieutenant-général Bailly de +Monthion, le maréchal de camp Alexandre Girardin, les +colonels Alfred de Montesquiou, Arthur de Labourdonnaye, +Fontenille, Lecouteux, le commissaire ordonnateur Leduc, +secrétaire particulier du prince, et le capitaine Salomon, +chargé du détail du mouvement des troupes. </blockquote> + +<p> <a name="p48" id="p48"></a><span class="pagenum">48</span> </p> + +<p>Enfin, dans une dernière audience aux Tuileries, +Napoléon rassemble les chefs qu'il vient de +donner à la garde nationale de la capitale. Il reçoit +le serment de MM. de Brancas, de Fraguier, +de Brevannes, Acloque, et de tant d'autres. «Je +pars avec confiance, leur dit-il; je vais combattre +l'ennemi, et je vous laisse ce que j'ai de +plus cher: l'impératrice et mon fils!»</p> + +<p>Le 23 janvier, Napoléon signe les lettres-patentes +qui confèrent la régence à l'impératrice; +le 24, il lui adjoint le prince Joseph, sous le titre +de lieutenant-général de l'empire. Dans la nuit il +brûle ses papiers les plus secrets; il embrasse +sa femme et son fils<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup class="sml">15</sup></a>; et le 25, à trois heures du +matin, il monte en voiture.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"><b>Note 15: </b></a><a href="#footnotetag15">(retour)</a> Pour la dernière fois!... </blockquote> + +<p>FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE. +<a name="p49" id="p49"></a><span class="pagenum">49</span> </p> +<br> +<h3>SUPPLÉMENT +A LA PREMIÈRE PARTIE.</h3> + +<h4>PIÈCES HISTORIQUES.</h4> + +<p class="mid">(Nº 1.) <i>Rapport de M. le baron de Saint-Aignan</i><a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup class="sml">16</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"><b>Note 16: </b></a><a href="#footnotetag16">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote> + +<p>Le 26 octobre, étant depuis deux jours traité comme +prisonnier à Weimar, où se trouvaient les quartiers généraux +de l'empereur d'Autriche et de l'empereur de +Russie, je reçus ordre de partir le lendemain avec la +colonne des prisonniers que l'on envoyait en Bohême. +Jusqu'alors je n'avais vu personne, ni fait aucune réclamation, +pensant que le titre dont j'étais revêtu réclamait +de lui-même, et ayant protesté d'avance contre +le traitement que j'éprouvais. Je crus cependant, dans +cette circonstance, devoir écrire au prince Schwartzenberg +et au comte de Metternich pour leur représenter +l'inconvenance de ce procédé. Le prince +<a name="p50" id="p50"></a><span class="pagenum">50</span> +Schwartzenberg m'envoya aussitôt le comte de Parr, +son premier aide de camp, pour excuser la méprise +commise à mon égard et pour m'engager à passer soit +chez lui, soit chez M. de Metternich. Je me rendis +aussitôt chez ce dernier, le prince de Schwartzenberg +venant de s'absenter. Le comte de Metternich me reçut +avec un empressement marqué; il me dit quelques +mots seulement sur ma position, dont il se chargea de +me tirer, étant heureux, me dit-il, de me rendre ce +service, et en même temps de témoigner l'estime que +l'empereur d'Autriche avait conçue pour le duc de +Vicence; puis il me parla du congrès, sans que rien +de ma part eût provoqué cette conversation. «Nous +voulons sincèrement la paix, me dit-il, nous la voulons +encore, et nous la ferons; il ne s'agit que d'aborder +franchement et sans détours la question. La +coalition restera unie. Les moyens indirects que l'empereur +Napoléon emploierait pour arriver à la paix ne +peuvent plus réussir; que l'on s'explique franchement, +et elle se fera.»</p> + +<p>Après cette conversation, le comte de Metternich +me dit de me rendre à Toeplitz, où je recevrais incessamment +de ses nouvelles, et qu'il espérait me voir +encore à mon retour. Je partis le 27 octobre pour +Toeplitz; j'y arrivai le 30, et le 2 novembre je reçus +une lettre du comte de Metternich, en conséquence +de laquelle je quittai Toeplitz le 3 novembre et me +rendis au quartier général de l'empereur d'Autriche à +Francfort, où j'arrivai le 8. Je fus le même jour chez +<a name="p51" id="p51"></a><span class="pagenum">51</span> +M. de Metternich. Il me parla aussitôt des progrès des +armées coalisées, de la révolution qui s'opérait en +Allemagne, de la nécessité de faire la paix. Il me dit +que les coalisés, long-temps avant la déclaration de +l'Autriche, avaient salué l'empereur François du titre +d'empereur d'Allemagne; qu'il n'acceptait point ce +titre insignifiant, et que l'Allemagne était plus à lui de +cette manière qu'auparavant; qu'il désirait que l'empereur +Napoléon fût persuadé que le plus grand calme +et l'esprit de modération présidaient au conseil des +coalisés; qu'ils ne se désuniraient point, parce qu'ils +voulaient conserver leur activité et leur force, et qu'ils +étaient d'autant plus forts qu'ils étaient modérés; que +personne n'en voulait à la dynastie de l'empereur +Napoléon; que l'Angleterre était bien plus modérée +qu'on ne pensait; que jamais le moment n'avait été +plus favorable pour traiter avec elle; que si l'empereur +Napoléon voulait réellement faire une paix solide, il +éviterait bien des maux à l'humanité et bien des dangers +à la France, en ne retardant pas les négociations; qu'on +était prêt à s'entendre; que les idées de paix que l'on +concevait devaient donner de justes limites à la puissance +de l'Angleterre, et à la France toute la liberté +maritime qu'elle a droit de réclamer, ainsi que les +autres puissances de l'Europe; que l'Angleterre était +prête à rendre à la Hollande indépendante ce qu'elle ne +lui rendrait pas comme province française; que ce que +M. de Mervelot avait été chargé de dire de la part de +l'empereur Napoléon pouvait donner lieu aux paroles +<a name="p52" id="p52"></a><span class="pagenum">52</span> +qu'on me prierait de porter; qu'il ne me demandait que +de les rendre exactement, sans y rien changer; que +l'empereur Napoléon ne voulait point concevoir la +possibilité d'un équilibre entre les puissances de l'Europe; +que cet équilibre était, non seulement possible, +mais même nécessaire; qu'on avait proposé à Dresde de +prendre en indemnité des pays que l'empereur ne possédait +plus, tels que le grand duché de Varsovie; +qu'on pouvait encore faire de semblables compensations +dans l'occurrence actuelle.</p> + +<p>Le 9, M. de Metternich me fit prier de me rendre +chez lui à neuf heures du soir. Il sortait de chez l'empereur +d'Autriche, et me remit la lettre de sa majesté +pour l'impératrice. Il me dit que le comte Nesselrode +allait venir chez lui, et que ce serait de concert avec +lui qu'il me chargerait des paroles que je devais rendre +à l'empereur. Il me pria de dire au duc de Vicence +qu'on lui conservait les sentiments d'estime que son +noble caractère a toujours inspirés.</p> + +<p>Peu de moments après, le comte Nesselrode entra; +il me répéta en peu de mots ce que le comte Metternich +m'avait déjà dit sur la mission dont on m'invitait +à me charger, et ajouta qu'on pouvait regarder M. de +Hardemberg comme présent et approuvant tout ce qui +allait être dit. Alors M. de Metternich explique les intentions +des coalisés, telles que je devais les rapporter +à l'empereur. Après l'avoir entendu, je lui répondis +que, ne devant qu'écouter et point parler, je n'avais +autre chose à faire qu'à rendre littéralement ses +<a name="p53" id="p53"></a><span class="pagenum">53</span> +paroles, et que pour en être plus certain, je lui demandais +de les noter pour moi seul et de les lui remettre +sous les yeux. Alors le comte Nesselrode +ayant proposé que je fisse cette note sur-le-champ, +M. de Metternich me fit passer seul dans un cabinet, +où j'écrivis la note ci-jointe. Lorsque je l'eus écrite, je +rentrai dans l'appartement. M. de Metternich me dit: +«Voici lord Aberdeen, ambassadeur d'Angleterre; nos +intentions sont communes, ainsi nous pouvons continuer +à nous expliquer devant lui.» Il m'invita alors +à lire ce que j'avais écrit; lorsque je fus à l'article +qui concerne l'Angleterre, lord Aberdeen parut ne l'avoir +pas bien compris; je le lus une seconde fois. Alors +il observa que les expressions <i>liberté du commerce</i> +et <i>droits de la navigation</i> étaient bien vagues; je +répondis que j'avais écrit ce que le comte de Metternich +m'avait chargé de dire. M. de Metternich reprit +qu'effectivement ces expressions pouvaient embrouiller +la question, et qu'il valait mieux en substituer +d'autres. Il prit la plume et écrivit que l'Angleterre +ferait les plus grands sacrifices <i>pour la paix fondée +sur ces bases</i> (celles énoncées précédemment).</p> + +<p>J'observai que ces expressions étaient aussi vagues +que celles qu'elles remplaçaient; lord Aberdeen en +convint, et me dit «qu'il valait autant rétablir ce +que j'avais écrit; qu'il réitérait l'assurance que l'Angleterre +était prête à faire les plus grands sacrifices; +qu'elle possédait beaucoup, qu'elle rendrait à pleines +mains.» Le reste de la note ayant été conforme à ce +<a name="p54" id="p54"></a><span class="pagenum">54</span> +que j'avais entendu, on parla de choses indifférentes.</p> + +<p>Le prince Schwartzenberg entra, et on lui répéta +ce qui avait été dit. Le prince Nesselrode, qui s'était +absenté un moment pendant cette conversation, revint, +et me chargea, de la part de l'empereur Alexandre, +de dire au duc de Vicence qu'il ne changerait jamais +sur l'opinion qu'il avait de sa loyauté et de son caractère, +et que les choses s'arrangeraient bien vite s'il +était chargé d'une négociation.</p> + +<p>Je devais partir le lendemain matin, 10 novembre; +mais le prince de Schwartzenberg me fit prier de différer +jusqu'au soir, n'ayant pas eu le temps d'écrire +au prince de Neufchâtel.</p> + +<p>Dans la nuit, il m'envoya le comte Voyna, un de +ses aides de camp, qui me remit sa lettre, et me conduisit +aux avant-postes français. J'arrivai à Mayence +le 11 au matin.</p> + +<p class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Saint-Aignan</span>.</p> +<br><br> +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 2.) <i>Note écrite à Francfort, le 9 novembre, +par le baron Saint-Aignan</i><a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup class="sml">17</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"><b>Note 17: </b></a><a href="#footnotetag17">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote> + +<p>M. le comte de Metternich m'a dit que la circonstance +qui m'a amené au quartier général de l'empereur +d'Autriche pouvait rendre convenable de me +<a name="p55" id="p55"></a><span class="pagenum">55</span> +charger de porter à S. M. l'empereur la réponse aux +propositions qu'elle a fait faire par M. le comte de +Mervelot. En conséquence, M. le comte de Metternich +et M. le comte de Nesselrode m'ont demandé +de rapporter à S. M.:</p> + +<p>Que les puissances coalisées étaient engagées par +des liens indissolubles, qui faisaient leur force, et dont +elles ne dévieraient jamais;</p> + +<p>Que les engagements réciproques qu'elles avaient, +contractés leur avaient fait prendre la résolution de +ne faire qu'une paix générale; que lors du congrès de +Prague, on avait pu penser à une paix continentale, +parce que les circonstances n'auraient pas donné le +temps de s'entendre pour traiter autrement; mais que, +depuis, les intentions de toutes les puissances et celles +de l'Angleterre étaient connues; qu'ainsi il était inutile +de penser, soit à un armistice, soit à une négociation +qui n'eût pas pour premier principe une paix +générale;</p> + +<p>Que les souverains coalisés étaient unanimement +d'accord sur la puissance et la prépondérance que la +France doit conserver dans son intégrité, et en se renfermant +dans ses limites naturelles, qui sont le Rhin, +les Alpes et les Pyrénées;</p> + +<p>Que le principe de l'indépendance de l'Allemagne +était une condition <i>sine quâ non</i>; qu'ainsi la France +devait renoncer, non pas à l'influence que tout grand +état exerce nécessairement sur un état de force inférieure, +mais à toute souveraineté sur l'Allemagne; que +<a name="p56" id="p56"></a><span class="pagenum">56</span> +d'ailleurs c'était un principe que S. M. avait posé elle-même, +en disant qu'il était convenable que les grandes +puissances fussent séparées par des états plus faibles;</p> + +<p>Que du côté des Pyrénées, l'indépendance de l'Espagne +et le rétablissement de l'ancienne dynastie +étaient également une condition <i>sine quâ non</i>;</p> + +<p>Qu'en Italie, l'Autriche devait avoir une frontière +qui serait un objet de négociation; que le Piémont offrait +plusieurs lignes que l'on pourrait discuter, ainsi +que l'état de l'Italie, pourvu toutefois qu'elle fût, +comme l'Allemagne, gouvernée d'une manière indépendante +de la France, ou de toute autre puissance +prépondérante;</p> + +<p>Que de même l'état de Hollande serait un objet de +négociation, en partant toujours du principe qu'elle +devait être indépendante;</p> + +<p>Que l'Angleterre était prête à faire les plus grands sacrifices +pour la paix fondée sur ces bases, et à reconnaître +la liberté du commerce et de la navigation, à +laquelle la France a droit de prétendre;</p> + +<p>Que si ces principes d'une pacification générale +étaient agréés par S. M., on pourrait neutraliser, sur +la rive droite du Rhin, tel lieu qu'on jugerait convenable, +où les plénipotentiaires de toutes les puissances +belligérantes se rendraient sur-le-champ, sans cependant +que les négociations suspendissent le cours des +opérations militaires.</p> + +<p class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Saint-Aignan</span>.</p><br> + +<p>A Francfort, le 9 novembre 1813.</p> + +<p> <a name="p57" id="p57"></a><span class="pagenum">57</span> </p> +<br> + +<p class="mid">(Nº 3.) <i>Lettre de M. le duc de Bassano</i><br> + +<i>A M. le comte de Metternich</i><a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup class="sml">18</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"><b>Note 18: </b></a><a href="#footnotetag18">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote> + +<p class="rig">Paris, le 16 novembre 1813.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur</span>,</p> + +<p>M. le baron de Saint-Aignan est arrivé hier lundi, +et nous a rapporté, d'après les communications qui lui +ont été faites par votre excellence, que l'Angleterre a +adhéré à la proposition de l'ouverture d'un congrès +pour la paix générale, et que les puissances sont disposées +à neutraliser, sur la rive droite du Rhin, une +ville pour la réunion des plénipotentiaires. S. M. désire +que cette ville soit celle de Manheim. M. le duc +de Vicence, qu'elle a désigné pour son plénipotentiaire, +s'y rendra aussitôt que votre excellence m'aura +fait connaître le jour que les puissances auront indiqué +pour l'ouverture du congrès. Il nous paraît convenable, +monsieur, et d'ailleurs conforme à l'usage, +qu'il n'y ait aucune troupe à Manheim, et que le service +soit fait par la bourgeoisie, en même temps que +la police y serait confiée à un bailli nommé par le +grand duc de Bade. Si l'on jugeait à propos qu'il y +eût des piquets de cavalerie, leur force devrait être +égale de part et d'autre. Quant aux communications +<a name="p58" id="p58"></a><span class="pagenum">58</span> +du plénipotentiaire anglais avec son gouvernement, +elles pourraient avoir lieu par la France et par Calais.</p> + +<p>Une paix sur la base de l'indépendance de toutes +les nations, tant sous le point de vue continental +que sous le point de vue maritime, a été l'objet constant +des désirs et de la politique de l'empereur.</p> + +<p>S. M. conçoit un heureux augure du rapport qu'a +fait M. de Saint-Aignan de ce qui a été dit par le +ministre d'Angleterre.</p> + +<p>J'ai l'honneur d'offrir à votre excellence l'assurance +de ma haute considération.</p> + +<p class="rig"><i>Signé</i> le duc de <span class="sc">Bassano</span>.</p><br><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 4.) <i>Réponse de M. le prince de Metternich</i><br> + +<i>A M. le duc de Bassano</i><a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19"><sup class="sml">19</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name="footnote19"><b>Note 19: </b></a><a href="#footnotetag19">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>Le courrier que votre excellence a expédié de Paris +le 16 novembre est arrivé ici hier.</p> + +<p>Je me suis empressé de soumettre à LL. MM. II., +et à S. M. le roi de Prusse, la lettre qu'elle m'a fait +l'honneur de m'adresser.</p> + +<p>LL. MM. ont vu avec satisfaction que l'entretien +<a name="p59" id="p59"></a><span class="pagenum">59</span> +confidentiel avec M. de Saint-Aignan a été regardé +par S. M. l'empereur des Français comme une preuve +des intentions pacifiques des hautes puissances alliées. +Animées d'un même esprit, invariables dans leur point +de vue, et indissolubles dans leur alliance, elles sont +prêtes à entrer en négociation, dès qu'elles auront la +certitude que S. M. l'empereur des Français admet +les bases générales et sommaires que j'ai indiquées, +dans mon entretien avec le baron de Saint-Aignan.</p> + +<p>Dans la lettre de votre excellence, cependant, il +n'est fait aucune mention de ces bases. Elle se borne +à exprimer un principe partagé par tous les gouvernements +de l'Europe, et que tous placent dans la première +ligne de leurs voeux. Ce principe, toutefois, ne +saurait, vu sa généralité, remplacer des bases. LL. MM. +désirent que S. M. l'empereur Napoléon veuille s'expliquer +sur ces dernières, comme seul moyen d'éviter +que, dès l'ouverture des négociations, d'insurmontables +difficultés n'en entravent la marche.</p> + +<p>Le choix de la ville de Manheim semble ne pas +présenter d'obstacles aux alliés. Sa neutralisation, et +les mesures de police, entièrement conformes aux +usages, que propose votre excellence, ne sauraient +en offrir dans aucun cas.</p> + +<p>Agréez, monsieur le duc, les assurances de ma haute +considération.</p> + +<p class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</p><br> + +<p>Francfort, le 25 novembre 1813. +<a name="p60" id="p60"></a><span class="pagenum">60</span> </p> +<br> +<p class="mid">(Nº 5.) <i>Déclaration de Francfort.</i></p> +<p class="rig">Francfort, le 1<sup>er</sup> décembre 1813.</p><br><br> + +<p>Le gouvernement français vient d'arrêter une nouvelle +levée de trois cent mille conscrits. Les motifs +du sénatus-consulte renferment une provocation aux +puissances alliées. Elles se trouvent appelées à promulguer +de nouveau à la face du monde les vues qui +les guident dans la présente guerre, les principes qui +font la base de leur conduite, leurs voeux et leurs +déterminations.</p> + +<p>Les puissances alliées ne font point la guerre à la +France, mais à cette prépondérance hautement annoncée, +à cette prépondérance que, pour le malheur +de l'Europe et de la France, l'empereur Napoléon a +trop long-temps exercée hors des limites de son +empiré.</p> + +<p>La victoire a conduit les armées alliées sur le Rhin. +Le premier usage que LL. MM. II. et RR. en ont fait +a été d'offrir la paix à S. M. l'empereur des Français. +Une attitude renforcée par l'accession de tous les souverains +et princes d'Allemagne n'a pas eu d'influence +sur les conditions de la paix. Ces conditions sont +fondées sur l'indépendance de l'empire français comme +sur l'indépendance des autres états de l'Europe. Les +vues des puissances sont justes dans leur objet, généreuses +et libérales dans leur application, rassurantes +pour tous, honorables pour chacun. +<a name="p61" id="p61"></a><span class="pagenum">61</span> </p> + +<p>Les souverains alliés désirent que la France soit +grande, forte et heureuse, parce que la puissance +française, grande et forte, est une des bases fondamentales +de l'édifice social. Ils désirent que la France +soit heureuse, que le commerce français renaisse, que +les arts, ces bienfaits de la paix, refleurissent, parce qu'un +grand peuple ne saurait être tranquille qu'autant +qu'il est heureux. Les puissances confirment à +l'empire français une étendue de territoire que n'a +jamais connue la France sous ses rois, parcequ'une nation +valeureuse ne déchoit pas pour avoir, à son tour, +éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante +où elle a combattu avec son audace accoutumée.</p> + +<p>Mais les puissances aussi veulent être libres, heureuses +et tranquilles. Elles veulent un état de paix qui, +par une sage répartition des forces, par un juste équilibre, +préserve désormais les peuples des calamités sans +nombre qui depuis vingt ans ont pesé sur l'Europe.</p> + +<p>Les puissances alliées ne poseront pas les armes +sans avoir atteint ce grand et bienfaisant résultat, ce +noble objet de leurs efforts. Elles ne poseront pas les +armes avant que l'état politique de l'Europe ne soit +de nouveau raffermi, avant que des principes immuables +n'aient repris leurs droits sur de vaines prétentions, +avant que la sainteté des traités n'ait enfin assuré +une paix véritable à l'Europe<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20"><sup class="sml">20</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name="footnote20"><b>Note 20: </b></a><a href="#footnotetag20">(retour)</a> «Personne ne fut entraîné ou séduit par cette proclamation de +Francfort, qui déclarait la guerre à une métaphysique appelée +prépondérance: aussi l'effet de cette proclamation fut-il manqué.» +Beauchamp, tom. I, liv. <span class="sc">viii</span>, pag. 323. +</blockquote> + +<p> <a name="p62" id="p62"></a><span class="pagenum">62</span> </p> +<br> +<p class="mid">(Nº 6.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br> + +<i>Au prince de Metternich</i><a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21"><sup class="sml">21</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name="footnote21"><b>Note 21: </b></a><a href="#footnotetag21">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote> + +<p class="rig">Paris, 2 décembre 1813.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Prince</span>,</p> + +<p>J'ai mis sous les yeux de S. M. la lettre que votre +excellence adressait le 25 novembre à M. le duc de +Bassano.</p> + +<p>En admettant sans restriction, comme base de la +paix, l'indépendance de toutes les nations, tant sous +le rapport territorial que sous le rapport maritime, +la France a admis en principe ce que les alliés paraissent +désirer. S. M. a, par cela même, admis toutes +les conséquences de ce principe, dont le résultat final +doit être une paix fondée sur l'équilibre de l'Europe, +sur la reconnaissance de l'intégrité de toutes les nations +dans leurs limites naturelles, et sur la reconnaissance +de l'indépendance absolue de tous les états, +tellement qu'aucun ne puisse s'arroger, sur un autre +quelconque, ni suzeraineté, ni suprématie, sous quelque +forme que ce soit, ni sur terré ni sur mer.</p> + +<p>Toutefois, c'est avec une vive satisfaction que +<a name="p63" id="p63"></a><span class="pagenum">63</span> +j'annonce à votre excellence que je suis autorisé par l'empereur, +mon auguste maître, à déclarer que S. M. +adhère aux <i>bases générales et sommaires</i> qui ont été +communiquées par M. de Saint-Aignan. Elles entraîneront +de grands sacrifices de la part de la France; +mais S. M. les fera sans regret, si, par des sacrifices +semblables, l'Angleterre donne les moyens d'arriver à +une paix générale et honorable pour tous, que votre +excellence assure être le voeu, non seulement des +puissances du continent, mais aussi de l'Angleterre.</p> + +<p>Agréez, prince, etc.<br><span +class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 7.) <i>Réponse de M. le prince de Metternich</i><br> + +<i>A M. le duc de Vicence</i><a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22"><sup class="sml">22</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name="footnote22"><b>Note 22: </b></a><a href="#footnotetag22">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>L'office que votre excellence m'a fait l'honneur de +m'adresser le 2 décembre m'est parvenu de Cassel, +par nos avant-postes. Je n'ai pas différé de le soumettre +à LL. MM. Elles y ont reconnu avec satisfaction +que S. M. l'empereur des Français avait adopté +des bases essentielles au rétablissement d'un état +<a name="p64" id="p64"></a><span class="pagenum">64</span> +d'équilibre et à la tranquillité future de l'Europe. Elles +ont voulu que cette pièce fût portée sans délai à la +connaissance de leurs alliés. LL. MM. II. et RR. ne +doutent point qu'immédiatement après la réception +des réponses, les négociations ne puissent s'ouvrir.</p> + +<p>Nous nous empresserons d'avoir l'honneur d'en informer +votre excellence, et de concerter alors avec +elle les arrangements qui nous paraîtront les plus propres +à atteindre le but que nous nous proposons.</p> + +<p>Je la prie de recevoir les assurances, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br> + +<p>Francfort, le 10 décembre 1813.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 8.) <i>Lettre de Napoléon</i><br> + +<i>Au duc de Vicence, ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p class="rig">Paris, le 4 janvier 1814.</p><br><br> + +<p>Monsieur le duc de Vicence, j'approuve que M. de +La Besnardière soit chargé du portefeuille. Je pense +qu'il est douteux que les alliés soient de bonne foi, et +que l'Angleterre veuille la paix: moi je la veux, mais +solide, honorable. La France sans ses limites naturelles, +sans Ostende, sans Anvers, ne serait plus en +rapport avec les autres états de l'Europe. L'Angleterre +et toutes les puissances ont reconnu ces limites à +<a name="p65" id="p65"></a><span class="pagenum">65</span> +Francfort. Les conquêtes de la France en-deçà du +Rhin et des Alpes ne peuvent compenser ce que +l'Autriche, la Russie, la Prusse, ont acquis en Pologne, +en Finlande, ce que l'Angleterre a envahi en +Asie. La politique de l'Angleterre, la haine de l'empereur +de Russie, entraîneront l'Autriche. J'ai accepté +les bases de Francfort, mais il est plus que probable +que les alliés ont d'autres idées. Leurs propositions +n'ont été qu'un masque. Les négociations une fois +placées sous l'influence des événements militaires, on +ne peut prévoir les conséquences d'un tel système. +Il faut tout écouter, tout observer. Il n'est pas certain +qu'on vous reçoive au quartier général: les +Russes et les Anglais voudront écarter d'avance tous +les moyens de conciliation et d'explication avec l'empereur +d'Autriche. Il faut tâcher de connaître les vues +des alliés, et me faire connaître jour par jour ce que +vous apprendrez, afin de me mettre dans le cas de +vous donner des instructions que je ne saurais sur quoi +baser aujourd'hui. Veut-on réduire la France à ses +anciennes limites? c'est l'avilir............... +................................................. +....................... On se trompe si on +croit que les malheurs de la guerre puissent faire +désirera la nation une telle paix. Il n'est pas un coeur +français qui n'en sentît l'opprobre au bout de six +mois, et qui ne la reprochât au gouvernement assez +lâche pour la signer. L'Italie est intacte, le vice-roi a +une belle armée. Avant huit jours j'aurai réuni de +<a name="p66" id="p66"></a><span class="pagenum">66</span> +quoi livrer plusieurs batailles, même avant l'arrivée de +mes troupes d'Espagne. Les dévastations des Cosaques +armeront les habitants, et doubleront nos forces. Si +la nation me seconde, l'ennemi marche à sa perte. Si +la fortune me trahit, mon parti est pris; je ne tiens +pas au trône. Je n'avilirai ni la nation ni moi, en +souscrivant à des conditions honteuses. Il faut savoir +ce que veut Metternich. Il n'est pas de l'intérêt de +l'Autriche de pousser les choses à bout; encore un +pas, et le premier rôle lui échappera. Dans cet état de +choses, je ne puis rien vous prescrire. Bornez-vous +pour le moment à tout entendre, et à me rendre +compte. Je pars pour l'armée. Nous serons si près, +que vos premiers rapports ne seront pas un retard +pour les affaires. Envoyez-moi fréquemment des +courriers. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa +sainte garde.</p> + +<p>Paris, le 4 janvier 1814.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</span></p><br> + +<p> <a name="p67" id="p67"></a><span class="pagenum">67</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 9.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br> + +<i>A M. le prince de Metternich</i><a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23"><sup class="sml">23</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name="footnote23"><b>Note 23: </b></a><a href="#footnotetag23">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote> + +<p class="rig">Lunéville, le 6 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Prince</span>,</p> + +<p>La lettre que votre excellence m'a fait l'honneur +de m'écrire le 10 du mois dernier m'est parvenue.</p> + +<p>L'empereur ne veut rien préjuger sur les motifs qui +ont fait que son adhésion pleine et entière aux bases +que votre excellence a proposées d'un commun accord +avec les ministres de Russie et d'Angleterre, et +de l'aveu de la Prusse, ait eu besoin d'être communiquée +aux alliés avant l'ouverture du congrès. +Il est difficile de penser que lord Aberdeen ait eu +des pouvoirs pour proposer des bases, sans en avoir +pour négocier. S. M. ne fait point aux alliés l'injure +de croire qu'ils aient été incertains et qu'ils délibèrent +encore; ils savent trop bien que toute offre conditionnelle +devient un engagement absolu pour celui +qui l'a faite, dès que la condition qu'il y a mise est +remplie. Dans tous les cas, nous devions nous attendre +à avoir, le 6 janvier, la réponse que votre excellence +nous annonçait le 10 décembre. Sa correspondance +et les déclarations réitérées des puissances +<a name="p68" id="p68"></a><span class="pagenum">68</span> +alliées ne nous laissent point prévoir de difficultés, et +les rapports de M. de Talleyrand, à son retour de +Suisse, confirment que leurs intentions sont toujours +les mêmes.</p> + +<p>D'où peuvent donc provenir les retards? S. M., +n'ayant rien plus à coeur que le prompt rétablissement +de la paix générale, a pensé qu'elle ne pouvait +donner une plus forte preuve de la sincérité de ses +sentiments à cet égard, qu'en envoyant auprès des +souverains alliés son ministre des relations extérieures, +muni de pleins pouvoirs. Je m'empresse donc, prince, +de vous prévenir que j'attendrai à nos avant-postes +les passe-ports nécessaires pour traverser ceux des +armées alliées, et me rendre auprès de votre excellence.</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 10.) <i>Réponse du prince de Metternich</i><br> + +<i>A M. le duc de Vicence</i><a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24"><sup class="sml">24</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name="footnote24"><b>Note 24: </b></a><a href="#footnotetag24">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote> + +<p class="rig">Fribourg, en Brisgau, le 8 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>J'ai reçu aujourd'hui la lettre que votre excellence +<a name="p69" id="p69"></a><span class="pagenum">69</span> +m'a fait l'honneur de m'adresser de Lunéville le 6 +de ce mois.</p> + +<p>Le retard qu'éprouve la communication que le gouvernement +français attendait, en suite de mon office +du 10 décembre, résulte de la marche que devaient +tenir entre elles les puissances alliées. Les explications +confidentielles avec M. le baron de Saint-Aignan ayant +conduit à des ouvertures officielles de la part de la +France, LL. MM. II. et RR. ont jugé que la réponse +de votre excellence, du 2 décembre, était de nature +à devoir être portée à la connaissance de leurs alliés. +Les suppositions que votre excellence admet, que ce +soit lord Aberdeen qui ait proposé des bases, et +qu'il ait été muni de pleins pouvoirs à cet effet, ne +sont nullement fondées.</p> + +<p>La cour de Londres vient de faire partir pour le +continent le secrétaire d'état ayant le département +des affaires étrangères. S. M. I. de toutes les Russies +se trouvant momentanément éloignée d'ici, et lord +Castlereagh étant attendu d'un moment à l'autre, l'empereur, +mon auguste maître, et S. M. le roi de Prusse +me chargent de prévenir votre excellence qu'elle recevra +le plus tôt possible une réponse à sa proposition +de se rendre au quartier général des souverains +alliés.</p> + +<p>Je prie votre excellence, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le prince <span class="sc">de Metternich</span>.</span></p><br> + +<p>Hier, 18 janvier, c'est-à-dire dix jours après la +<a name="p70" id="p70"></a><span class="pagenum">70</span> +réponse de M. le prince de Metternich, M. le duc de +Vicence était encore aux avant-postes.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 11.) <i>Lettre de M. de la Besnardière</i><br> +<i>A M. le duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Paris, le 13 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monseigneur</span>,</p> + +<p>S. M. m'ordonne d'annoncer à votre excellence +qu'elle a reçu votre dépêche du 12, apportée par le +courrier Simiame. Elle a daigné me remettre cette +dépêche et les pièces qui y étaient jointes, le rapport +de M. Cham excepté.</p> + +<p>S. M. approuve que votre correspondance lui soit +directement adressée; mais son intention est d'y +répondre par la voie du cabinet, auquel elle veut +remettre tout ce qui sera de l'essence de la négociation, +et toutes les pièces qui en constateront l'état à toutes +les époques. Elle désire en conséquence que toutes +les dépêches de votre excellence soient divisées en +<i>officielles</i> ou ostensibles, et en <i>confidentielles</i>, mot +dont elle autorise votre excellence à se servir pour +les dépêches qui contiendront des faits ou des particularités +que S. M. devrait seule connaître.</p> + +<p>S. M. a recommandé que toutes les gazettes anglaises +<a name="p71" id="p71"></a><span class="pagenum">71</span> +vous soient envoyées; elle a ordonné au ministre de +la police générale de les adresser au ministère dans +les vingt-quatre heures de leur arrivée à Paris, et de +manière à ce qu'il ne manque à votre excellence que +celles qui ne seraient pas arrivées ici.</p> + +<p>S. M. approuve le parti que votre excellence a pris +de rester à Lunéville en attendant l'arrivée de lord +Castlereagh à Fribourg; comme il a mis à la voile le +premier de ce mois, il est probable qu'il est arrivé, ou +sur le point d'arriver, à l'heure qu'il est.</p> + +<p>S. M. m'ordonne encore d'informer votre excellence +que la lettre de l'empereur d'Autriche à son auguste +fille est à peu près dans le sens de celle de M. de Metternich; +que l'empereur proteste de nouveau que, +quels que soient les événements, il ne séparera jamais +la cause de sa fille et de son petit-fils de celle de la +France. Comme cela peut avoir trait à des projets +conçus par d'autres puissances en faveur des Bourbons, +il importe de ne montrer à cet égard aucune +crainte, et de faire entendre que les Bourbons, mis +en avant, ne serviraient qu'à réveiller des sentiments +bien opposés aux espérances de leurs partisans, et +que, si un parti pouvait se former en France, ce serait +uniquement celui de la révolution, vulgairement +appelé des <i>jacobins</i>.</p> + +<p>Daignez, monsieur le duc, agréer l'hommage de +mon respect.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i>, <span class="sc">la Besnardière</span>.</span></p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p72" id="p72"></a><span class="pagenum">72</span></p> + +<p class="mid">(Nº 12.) <i>Lettre de M. de la Besnardière</i><br> + +<i>A M. le duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Paris, le 16 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monseigneur</span>,</p> + +<p>S. M., après avoir dicté la lettre ci-jointe, et l'avoir +relue et corrigée elle-même, m'a ordonné de vous +l'envoyer pour être écrite par votre excellence au +prince de Metternich.</p> + +<p>Cependant S. M. subordonne cette démarche au +jugement que vous en porterez. «Envoyez, m'a-t-elle +dit, cette lettre à M. le duc de Vicence, pour qu'il +l'écrive s'il l'approuve.» Ce sont ses propres expressions. +Daignez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">la Besnardière</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 12<sup>bis</sup>.) <i>Lettre dictée par S. M., pour être écrite +par M. le duc de Vicence</i>.<br> + +<i>Au prince de Metternich</i><a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup class="sml">25</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name="footnote25"><b>Note 25: </b></a><a href="#footnotetag25">(retour)</a> Voir cette lettre telle qu'elle a été refaite par le duc de Vicence, +supplément de la seconde partie, nº 2. </blockquote> + +<p><span class="sc">Prince</span>,</p> + +<p>Les retards qu'éprouve la négociation ne sont du +<a name="p73" id="p73"></a><span class="pagenum">73</span> +fait ni de la France ni de l'Autriche, et ce sont +néanmoins la France et l'Autriche qui en peuvent +le plus souffrir. Les armées alliées ont déjà envahi +plusieurs de nos provinces; si elles avancent, une bataille +va devenir inévitable, et sûrement il entre dans +la prévoyance de l'Autriche de calculer et de peser +les résultats qu'aurait cette bataille, soit qu'elle fût +perdue par les alliés, soit qu'elle le fût pour la +France.</p> + +<p>Écrivant à un ministre aussi éclairé que vous l'êtes, +je n'ai pas besoin de développer ces résultats; je dois +me borner à les faire entrevoir, sûr que leur ensemble +ne saurait échapper à votre pénétration.</p> + +<p>Les chances de la guerre sont journalières: à mesure +que les alliés avancent, ils s'affaiblissent, pendant +que les armées françaises se renforcent; et ils +donnent, en avançant, un double courage à une nation +pour qui, désormais, il est évident qu'elle a ses +plus grands et plus chers intérêts à défendre. Or +les conséquences d'une bataille perdue par les alliés +ne pèseraient sur aucun d'eux autant que sur l'Autriche, +puisqu'elle est en même temps la puissance +principale entre les alliés et l'une des puissances centrales +de l'Europe.</p> + +<p>En supposant que la fortune continue d'être favorable +aux alliés, il importe sans doute à l'Autriche de +considérer avec attention quelle serait là situation de +l'Europe le lendemain d'une bataille perdue par les +Français au coeur de la France, et si un tel événement +<a name="p74" id="p74"></a><span class="pagenum">74</span> +n'entraînerait point des conséquences diamétralement +opposées à cet équilibre que l'Autriche aspire à établir, +et tout à la fois à sa politique et aux affections +personnelles et de famille de l'empereur François.</p> + +<p>Enfin l'Autriche proteste qu'elle veut la paix; mais +n'est-ce pas se mettre en situation de ne pouvoir atteindre +ou de dépasser ce but, que de continuer les +hostilités, quand de part et d'autre on veut arriver à +une fin?</p> + +<p>Ces considérations m'ont conduit à penser que, +dans la situation actuelle des armées respectives et +dans cette rigoureuse saison, une suspension d'armes +pourrait être réciproquement avantageuse aux deux +partis.</p> + +<p>Elle pourrait être établie par une convention en +forme, ou par un simple échange de déclarations entre +V. Exc. et moi.</p> + +<p>Elle pourrait être limitée à un temps fixe, ou indéfinie, +avec la condition de ne la pouvoir faire cesser +qu'en se prévenant tant de jours d'avance.</p> + +<p>Cette suspension d'armes me semble dépendre entièrement +de l'Autriche, puisqu'elle a la direction principale +des affaires militaires; et j'ai pensé que, dans +l'une et l'autre chance, l'intérêt de l'Autriche était +que les choses n'allassent pas plus loin et ne fussent +pas poussées à l'extrême.</p> + +<p>C'est surtout cette persuasion qui me porte à écrire +confidentiellement à V. Exc.</p> + +<p>Si je m'étais trompé, si telles n'étaient point +<a name="p75" id="p75"></a><span class="pagenum">75</span> +l'intention et la politique de votre cabinet, si cette démarche +absolument confidentielle devait rester sans +effet, je dois prier V. Exc. de la regarder comme non +avenue.</p> + +<p>Vous m'avez montré tant de confiance personnelle +dans votre dernière lettre, et j'en ai moi-même +une si grande dans la droiture de vos vues et dans +les sentiments qu'en toute circonstance vous avez exprimés, +que j'ose espérer qu'une lettre que cette confiance +a dictée, si elle ne peut atteindre son but, restera +à jamais un secret entre V. Exc. et moi.</p> + +<p>Agréez, etc.</p> + +<hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 13.) <i>Lettre de M. de la Besnardière</i><br> + +<i>A M. le duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Paris, le 19 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monseigneur</span>,</p> + +<p>Après m'avoir dicté pour votre excellence la lettre +qu'elle recevra avec celle-ci, S. M., qui avait du loisir, +m'a fait l'honneur de m'entretenir fort long-temps +de la paix future. Je rapporterai à votre excellence, +aussi fidèlement que ma mémoire le permettra et +aussi brièvement que je le pourrai, la substance de +cet entretien. La chose sur laquelle S. M. a le plus +<a name="p76" id="p76"></a><span class="pagenum">76</span> +insisté et <i>est revenue le plus souvent</i>, c'est la nécessité +que la France conserve ses limites naturelles. C'était +là, m'a-t-elle dit, une condition <i>sine quâ non</i>. Toutes +les puissances et l'Angleterre même avaient reconnu +ces limites à Francfort. La France, réduite à ses +limites anciennes, n'aurait pas aujourd'hui les deux +tiers de la puissance relative qu'elle avait il y a vingt +ans; ce qu'elle a acquis du côté des Alpes et du Rhin +ne compense point ce que la Russie, la Prusse et +l'Autriche, ont acquis par le seul démembrement de +la Pologne; tous ces états se sont agrandis. Vouloir +ramener la France à son état ancien, ce serait la faire +déchoir et l'avilir. La France, sans les départements +du Rhin, sans la Belgique, sans Ostende, sans Anvers, +ne serait rien. Le système de ramener la France +à ses anciennes frontières est inséparable du rétablissement +des Bourbons; parcequ'eux seuls pourraient +offrir une garantie du maintien de ce système: et +l'Angleterre le sentait bien: avec tout autre, la paix +sur une telle base serait impossible et ne pourrait +durer. Ni l'empereur, ni la république, si des bouleversements +la faisaient renaître, ne souscriraient jamais +à une telle condition. Pour ce qui est de S. M., +sa résolution était bien prise, elle était immuable. +Elle ne laisserait pas la France moins grande qu'elle +ne l'avait reçue. Si donc les alliés voulaient changer +les bases acceptées et proposer les limites anciennes, +elle ne voyait que trois partis: ou combattre et +vaincre, ou combattre et mourir glorieusement, ou +<a name="p77" id="p77"></a><span class="pagenum">77</span> +enfin, si la nation ne la soutenait pas, abdiquer. +Elle ne tenait pas aux grandeurs, elle n'en achèterait +jamais la conservation par l'avilissement. Les Anglais +pouvaient désirer de lui ôter Anvers; mais ce n'était +pas l'intérêt du continent, car la paix ainsi faite ne +durerait pas trois ans. Elle sentait que les circonstances +étaient critiques, mais elle n'accepterait jamais +une paix honteuse. En acceptant les bases proposées, +elle avait fait tous les sacrifices absolus qu'elle pouvait +faire; s'il en fallait d'autres, ils ne pouvaient +porter que sur l'Italie et la Hollande: elle désirait sûrement +exclure le stathouder; mais la France conservant +ses limites naturelles, tout pourrait s'arranger, +rien ne ferait un obstacle insurmontable. S. M. a aussi +parlé de Kehl et de Cassel: sans ces deux têtes de +pont, a-t-elle dit, Strasbourg et Mayence deviendraient +nuls; mais elle croit que les ennemis n'y attacheront +pas une extrême importance.</p> + +<p>Monsieur le duc de Carignan est venu tantôt m'apporter +une lettre du roi, que j'ai portée à l'empereur. +Cette lettre est remplie de protestations de reconnaissance +et de regrets, mais annonce que le roi est forcé, +par la nécessité, d'accepter les propositions de l'Autriche +et de l'Angleterre. La date de cette lettre est +du 3; les traités n'étaient pas alors signés: ils ne l'étaient +pas encore le 6, mais M. de Carignan ne dissimule +pas qu'il croit qu'ils le sont maintenant. Le vice-roi +va se reporter sur les Alpes. Mantoue et les places +fortes seront gardées par les Italiens. +<a name="p78" id="p78"></a><span class="pagenum">78</span> </p> + +<p>J'écris à la hâte, à traits de plume; il est minuit. Je +prie votre excellence de vouloir bien agréer, etc.<br><br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">la Besnardière</span>.</span></p><br> + +<p><i>P. S.</i> Victor vient d'arriver, et me remet le paquet de +votre excellence. J'envoie sa dépêche pour l'empereur, au +cabinet. Une partie de ses incertitudes est maintenant fixée; +j'ose espérer que le reste arrivera aussi à bien.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 14.) <i>Lettre de M. de la Besnardière</i><br> + +<i>A M. le duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Paris, le 19 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monseigneur</span>,</p> + +<p>Une lettre du prince de Metternich, adressée à +votre excellence, datée de Bâle le 14, et venue je +ne sais par quelle route, a été portée à S. M., qui +vous en envoie une copie par une estafette extraordinaire +expédiée ce matin à dix heures. S. M. m'ordonne +d'en envoyer une autre copie certifiée à votre +excellence, qui la trouvera ci-jointe.</p> + +<p>Votre excellence a maintenant la lettre que S. M. +me dicta le 16 pour elle, et qui s'est croisée avec +celle qu'elle a elle-même écrite à S. M. le 17.</p> + +<p>Elle a vu que l'empereur sentait le besoin d'un armistice. +Quant aux conditions auxquelles il peut être +<a name="p79" id="p79"></a><span class="pagenum">79</span> +conclu, S. M. m'ordonne de faire connaître à votre +excellence que, quelles que soient les circonstances, +elle ne consentira jamais à aucune condition déshonorante; +et qu'elle regarderait comme déshonorant +au plus haut degré, de remettre aucune place française +ou de payer aucune somme d'argent quelconque: +mais que pour racheter de l'occupation de +l'ennemi une portion quelconque du territoire français, +elle consentirait à remettre en Italie Venise et +Palma-Nova, et en Allemagne Magdebourg et Hambourg; +bien entendu que les garnisons reviendraient +libres en France, et que les magasins, l'artillerie que +S. M. a mise dans ces places, et les vaisseaux de +guerre qui sont sa propriété, lui seraient réservés.</p> + +<p>S. M. m'ordonne d'ajouter qu'elle n'a jamais exigé +d'argent pour prix, soit d'un armistice, soit de la +paix: qu'elle a seulement exigé, en signant la paix, le +solde des contributions qu'elle avait frappées sur les +pays qu'elle avait occupés par ses armées; ce que +l'ennemi ne saurait demander, puisqu'il n'a point +frappé de contributions en France.</p> + +<p>Quant au traité de paix, l'empereur me charge de +dire à votre excellence que la France devra conserver +ses limites naturelles sans restriction ni diminution +quelconque, et que c'est là une condition +<i>sine quâ non</i> dont il ne se départira jamais.</p> + +<p>Daignez agréer, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">la Besnardière</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p> <a name="p80" id="p80"></a><span class="pagenum">80</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 15.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br> + +<i>A M. le duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Bâle, le 14 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>Lord Castlereagh étant sur le point d'arriver et +LL. MM. II. et RR. désirant éviter tout retard, elles +me chargent de proposer à votre excellence de se +rapprocher dès à présent de l'endroit où, dans les +circonstances actuelles, il sera le plus convenable +d'établir le siége des négociations; c'est en conséquence +sur Châtillon-sur-Seine que je prie votre +excellence de se diriger; je ne doute pas que lorsqu'elle +y sera arrivée, je ne sois à même de lui indiquer +le jour et le lieu où les négociateurs pourront +se réunir.</p> + +<p class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich.</span></p> + +<p> <a name="p81" id="p81"></a><span class="pagenum">81</span> </p> + +<br><br><br><br><br> + +<h2>MANUSCRIT</h2> +<h5>DE</h5> +<h3>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h3> + +<br><hr class="short"><br> + +<h3>SECONDE PARTIE.</h3> + +<h4>JOURNAL DE LA CAMPAGNE.</h4> + +<p class="mid">(Du 24 janvier 1814 au 31 mars suivant.)</p> + +<p class="rig"> +<span class="sml">Acer et indomitus, quò spes, quòque ira vocasset<br> +Ferre manum, et nunquam temerando parcere ferro,<br> +Successus urgere suos, instare favori<br> +Numinis....<br> +<br> +<span class="sc">Lucain</span>, Pharsale.</span> +</p> +<br><br><br><br><br><br><br><br> + +<p> <a name="p83" id="p83"></a><span class="pagenum">83</span> </p> + +<h1>MANUSCRIT</h1> +<h5>DE</h5> +<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h2> + +<hr class="full"><br> + +<h3>SECONDE PARTIE.</h3> + +<hr class="short"> + +<h4>CHAPITRE I<sup>er</sup>.</h4> + +<h4>ARRIVÉE DE NAPOLÉON A CHÂLONS-SUR-MARNE.</h4> + +<p class="mid">(Fin de janvier 1814.)</p> + +<p>Le comte Bertrand monte dans la voiture de +Napoléon et prend place à côté de lui; il réunit, +en l'absence du duc de Vicence, les fonctions +de grand écuyer à celles du grand maréchal, et +tous les services de voyage sont sous ses ordres<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup class="sml">26</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name="footnote26"><b>Note 26: </b></a><a href="#footnotetag26">(retour)</a> 26: Les aides de camp qui accompagnent Napoléon sont +les généraux Drouot, Flahaut, Corbineau, Dejean. + +<p>Le général Drouot fait les fonctions de major général de +la garde. Aux aides de camp il faut ajouter les officiers +d'ordonnance Gourgaud, Mortemart, Montmorency, Caraman, +Pretet, Laplace, Lariboissière, Lamezan, et Desaix.</p> + +<p>Les chefs des différents services de la maison impériale +sont, pour cette campagne:</p> + +<p>Le comte de Turenne, premier chambellan, et maître +de la garde-robe;</p> + +<p>Le baron de Canouville, maréchal des logis;</p> + +<p>Le baron Mesgrigny, écuyer;</p> + +<p>Le baron Fain, maître des requêtes, premier secrétaire +du cabinet;</p> + +<p>Le général Bacler-d'Albe, directeur du cabinet topographique;</p> + +<p>Et le baron Yvan, premier chirurgien.</p> + +<p>On distingue encore parmi les autres personnes de la +maison les auditeurs Jouanne et Rumigny, premiers commis +du cabinet; l'auditeur Lelorgne-d'Ideville, secrétaire +interprète; le lieutenant-colonel du génie Athalin, et l'ingénieur-géographe +Lameau, attachés au cabinet topographique; +les chevaliers Fourreau et Vareliand, médecin et +chirurgien de quartier; enfin les fourriers du palais Deschamps +et Jongbloëdt.</p> + +<p>Le service personnel de l'empereur se réduit aux valets +de chambre Constant, Pelart et Hubert, au mameluck +Roustan, au piqueur Jardin, et au contrôleur de la bouche +Colin, qui sont des hommes de confiance.</p> + +<p>Presque tous se sont rendus d'avance à Châlons.</p></blockquote> + +<p><a name="p84" id="p84"></a><span class="pagenum">84</span></p> + + +<p>Napoléon n'a avec lui que cinq voitures de +poste. Il déjeûne à Château-Thierry, et le soir du +jour de son départ il arrive à Châlons pour dîner.</p> + +<p>L'approche de l'ennemi avait jeté sur la route +une espèce de stupeur, que le passage de Napoléon +a suspendue tout-à-coup; c'est l'effet ordinaire +<a name="p85" id="p85"></a><span class="pagenum">85</span> +de sa présence. Dans le danger commun, +son arrivée à l'armée offre les seuls moyens de +salut auxquels l'imagination des peuples puisse +se confier. A chaque relai, les femmes et les +enfants se groupaient autour des voitures; les +hommes, formés à la hâte en garde nationale, +s'ajustaient de leur mieux sous les armes, et peignaient +plus vivement que tous les discours à +quelles extrémités on était réduit. Bientôt une +confiance naïve et bruyante a succédé à l'inquiétude; +et les vignerons de Dormans, de Château-Thierry +et d'Épernay, ne craignent plus d'ajouter +aux cris mille fois répétés de <i>vive l'empereur!</i> +cet autre cri qui laisse échapper leurs voeux les +plus secrets: <i>à bas les droits réunis!</i></p> + +<p>Le quartier impérial à Châlons était marqué +chez le préfet: en descendant de la voiture, Napoléon +fait appeler le prince de Neufchâtel, le +duc de Valmy, le duc de Reggio, le maire, etc. +Le prince de Neufchâtel arrive des avant-postes +pour rendre compte de l'état dans lequel il a +trouvé l'armée; vingt ans auparavant le duc de +Valmy a gagné le titre de son duché dans ces +<a name="p86" id="p86"></a><span class="pagenum">86</span> +mêmes plaines où nos bataillons vont manoeuvrer +de nouveau contre les Prussiens; le duc de +Reggio connaît parfaitement le pays, il est de +Bar-sur-Ornain. Napoléon emploie donc la plus +grande partie de la soirée à recueillir, dans la +conversation des personnes qui l'entourent, les +renseignements dont il a besoin.</p> + +<p>Voici le résumé de ce qu'il apprend: la grande +armée autrichienne du prince Schwartzenberg, +descendue des Vosges par plusieurs routes, dirige +sa plus forte colonne sur Troyes; elle pousse +devant elle le corps de vieille garde dont le duc +de Trévise a le commandement. Celui-ci dispute +le terrain pied à pied; et, malgré les désavantages +d'une retraite, les combats de Colombey-les-deux-églises +et de Bar-sur-Aube ont conservé +l'honneur de la garde dans tout son lustre; mais +la ville de Troyes n'en court pas moins un pressant +danger.</p> + +<p>Du côté des Prussiens, le maréchal Blücher a +dépassé la Lorraine; il vient d'occuper Saint-Dizier, +et s'avance diagonalement sur l'Aube.</p> + +<p>Le duc de Vicence, au milieu de ces grands +mouvements de troupes, n'a pu parvenir jusqu'au +quartier général des alliés. Retenu d'abord à Lunéville +par les avant-postes qui lui barraient le +chemin, il a été forcé de rétrograder avec nos +<a name="p87" id="p87"></a><span class="pagenum">87</span> +troupes jusqu'à Saint-Dizier; mais enfin, dans +cette dernière ville, les lettres du prince de Metternich +lui étaient parvenues: Châtillon-sur-Seine +lui était indiqué comme lieu de réunion du +congrès, et aussitôt il avait quitté Saint-Dizier +pour se rendre à Châtillon.</p> + +<p>Quant à nos troupes, elles sont autour de +Châlons. Le duc de Bellune et le prince de la +Moskowa, après avoir évacué Nancy, se sont retirés +par Void, Ligny et Bar, sur Vitry-le-Français; +le duc de Raguse est derrière la Meuse, +entre Saint-Michel et Vitry.</p> + +<p>Nos avant-postes sont donc à Vitry. Déjà les +fuyards commençaient à paraître dans les rues +de Châlons; mais ils s'y croisent avec les troupes +qui arrivent de Paris. Ces soldats, qui naguère +étaient disséminés le long du Rhin, depuis Huningue +jusqu'à Cologne, après vingt jours de retraite +sur tant de routes différentes, se reconnaissent +tous dans la même plaine, ne formant +plus qu'une seule armée réunie autour de Napoléon. +Aussitôt le mouvement rétrograde cesse, +et l'ordre rentre dans les rangs.</p> + +<br><hr class="full"><br> + +<p><a name="p88" id="p88"></a><span class="pagenum">88</span> </p> + +<h4>CHAPITRE II.</h4> + +<h4>L'ARMÉE REPREND L'OFFENSIVE.--BATAILLE<br> +DE BRIENNE.</h4> + +<p>C'est d'abord sur l'ennemi qui est le plus près +que Napoléon veut marcher; il ordonne dans la +nuit que toute l'armée prenne la route de Vitry.</p> + +<p>Le duc de Valmy reste à Châlons pour y réunir +les traînards et recevoir le duc de Tarente, dont +la marche a été retardée dans les Ardennes. Le +vainqueur de Valmy doit encore une fois défendre +les gorges de l'Argonne et la route de Paris.</p> + +<p>Napoléon ne s'est pas arrêté plus de douze +heures à Châlons: les équipages de sa maison ont +filé dans la nuit avec la garde impériale, et le +lendemain 26 janvier le quartier général s'établit +de bonne heure à Vitry.</p> + +<p>Vitry est donc redevenu place frontière; on a +relevé à la hâte les brèches de ses vieilles murailles, +et quelques canons protègent les barricades +qu'on a plantées devant les portes.</p> + +<p>Napoléon, impatient de voir clair dans les +<a name="p89" id="p89"></a><span class="pagenum">89</span> +mouvements qui l'environnent, faisait courir de +tous côtés aux nouvelles. A peine arrivé à Vitry, +il interroge le sous-préfet, le maire, le juge de +paix, l'ingénieur, les notables de la ville. On lui +amène successivement tous les gens de la campagne +qui rentrent dans Vitry; quand ce n'est +pas Napoléon lui-même qui les questionne, c'est +le général Bertrand: Bacler-d'Albe et Athalin +tiennent note de chaque rapport, et couvrent la +feuille de Cassini d'épingles qui indiquent les +différents points de l'horizon où les coureurs de +l'ennemi se font voir. Le duc de Reggio envoie +par la traverse des émissaires à Bar-sur-Ornain +sous prétexte de savoir ce qui se passe chez lui. +Le maire, le sous-préfet, envoient d'autres émissaires +dans la plaine qui s'étend entre la Marne +et l'Aube.</p> + +<p>On apprend que le duc de Trévise et la vieille +garde se retirent de Troyes par la route d'Arcis-sur-l'Aube: +des officiers d'ordonnance sont aussitôt +envoyés de ce côté pour aviser ce maréchal +de la marche de Napoléon. Un pont est rapidement +jeté sur la Marne à Vitry, et facilite ces différentes +communications.</p> + +<p>Pendant la nuit nos troupes ont marché: le +27, au point du jour, elles rencontrent, entre Vitry +et Saint-Dizier, la tête des colonnes de l'ennemi. +<a name="p90" id="p90"></a><span class="pagenum">90</span> +Le général Duhesme engage le combat +contre le général russe Lanskoï; Napoléon y accourt, +et, dès huit heures du matin, il rentre à +Saint-Dizier à la tête des premières troupes.</p> + +<p>Cette ville n'avait été occupée que peu de jours +par l'ennemi; mais, dans ce court intervalle, les +habitants n'avaient eu que trop le temps d'apprendre, +par les fanfaronnades des alliés, toute +l'étendue des dangers que courait la patrie. Ils +avaient entrevu le cercle qui se développait autour +de la capitale; les maux que l'ennemi leur +avait apportés s'aggravaient encore par le désespoir +du salut et de la vengeance... Soudain ces +mêmes alliés, la veille encore si confiants, se retirent +avec précipitation; ils fuient en criant que +l'empereur Napoléon les poursuit, qu'il arrive +derrière eux, qu'il est là! A cette nouvelle, les +malheureux habitants de Saint-Dizier sortent de +leur abattement. Napoléon leur apparaît: ils ne +peuvent en croire leurs yeux; ils se précipitent +autour de son cheval pour le toucher; la foule +le porte jusqu'à la maison du maire, où son logement +est marqué. Désormais c'est à qui poursuivra +l'étranger, qu'on ne veut plus craindre; +l'enthousiasme gagne de proche en proche, et se +répand dans les villages du Barrois et de la forêt +du Der. Partout les paysans déterrent leurs +<a name="p91" id="p91"></a><span class="pagenum">91</span> +armes, courent sur l'ennemi, et font à l'envi des +prisonniers, qu'ils amènent eux-mêmes à Napoléon.</p> + +<p>Les déclarations des habitants et des prisonniers +sont unanimes: le corps ennemi auquel l'avant-garde +française vient d'avoir affaire appartient +à l'armée prussienne; le maréchal Blücher +et le corps du général Sacken ont passé les jours +précédents, et doivent être en ce moment du côté +de Brienne, marchant sur Troyes pour y donner +la main aux Autrichiens. Le corps du général +Lanskoï, qui est celui que l'on vient de combattre, +suivait le corps de Sacken; enfin les troupes +du général York, restées un moment en arrière +pour contenir la garnison de Metz, étaient attendues +à Saint-Dizier après celles du général Lanskoï. +Tels sont les renseignements que Napoléon +recueille en mettant pied à terre. Ainsi sa première +marche a surpris l'armée de Blücher au +moment où elle passait de Lorraine en Champagne, +et l'a coupée en deux parties.</p> + +<p>Continuerons-nous notre route sur la Lorraine +pour tenir tête à l'arrière-garde prussienne? +ou bien, traversant les colonnes de Blücher, pousserons-nous +jusqu'à Chaumont et Langres, pour +couper aussi la marche du prince de Schwartzenberg? +ou bien enfin redescendrons-nous vers +<a name="p92" id="p92"></a><span class="pagenum">92</span> +Troyes, pour nous mettre sur les traces du maréchal +Blücher?</p> + +<p>Napoléon s'arrête à ce dernier parti, qui doit +prévenir la jonction des Prussiens avec l'armée +autrichienne; qui peut sauver Troyes, et qui, +dans tous les cas, va faire tomber nos premiers +coups sur l'ennemi le plus acharné.</p> + +<p>Le chemin le plus court, de Saint-Dizier à +Troyes, est par la forêt de Der; mais c'est une +traverse très difficile en tous temps, et dans laquelle +il n'est pas présumable qu'une armée s'engage +au mois de janvier. Puisque cette route est +à la fois la plus courte et la moins prévue, Napoléon +la préfère. D'ailleurs le trajet de Saint-Dizier +à Brienne par la forêt n'est que de deux marches, +et à Brienne on retrouvera la chaussée; l'armée +est fraîche et animée, l'artillerie est bien attelée, +et le temps promet de la gelée.</p> + +<p>Dans la soirée du 27, les têtes de colonnes qui +s'étaient avancées au-delà de Saint-Dizier se replient. +La nuit, l'armée passe la Marne; et, continuant +ce mouvement rétrograde, se jette à +droite dans la forêt du Der. On ne laisse à Saint-Dizier +qu'une faible arrière-garde pour couvrir +notre marche; et des officiers sont envoyés à +Arcis-sur-Aube au duc de Trévise, pour qu'il +revienne sur Troyes, et concoure ainsi avec sa +<a name="p93" id="p93"></a><span class="pagenum">93</span> +vieille garde au mouvement que l'armée va faire +de ce côté.</p> + +<p>Le 28, il ne gèle pas; il pleut, et l'armée a +grande peine à continuer sa route; mais la joie +des habitants, qui se croient sauvés en voyant +nos troupes sur les pas de l'ennemi, fait diversion +à ces premières fatigues et soutient les espérances. +Napoléon s'arrête au petit bourg d'Éclaron, pendant +que les sapeurs en rétablissent le pont; les +habitants l'entourent; ils ont pris des Cosaques +dans la nuit, ils remettent leurs prisonniers à nos +troupes; ils portent tout ce qui leur reste de provisions +sur le passage du soldat, et de tous côtés +ils allument des feux pour le sécher. En s'éloignant +de ces braves gens, Napoléon leur accorde +des fonds pour le rétablissement de leur +église, et donne la croix de la légion au chirurgien +du pays, qui a fait la campagne d'Égypte.</p> + +<p>L'armée s'enfonce de plus en plus dans les +boues de la forêt. On arrive très tard à Montier-en-Der. +Le quartier général s'y établit chez +le lieutenant-général Vincent, retiré dans cette +ville depuis plusieurs années.</p> + +<p>Napoléon passe la nuit à recevoir les habitants +des environs qui viennent lui apporter des +nouvelles de l'ennemi. Il lui en arrive de toutes +les directions. Un habitant de Chavange se +<a name="p94" id="p94"></a><span class="pagenum">94</span> +distingue par tant de zèle et d'intelligence, que Napoléon +veut en faire un notaire, et crée pour +lui un second notariat dans le canton. De leurs +différents rapports il résulte que Blücher a été +retenu à Brienne par la nécessité de rétablir le +pont de Lesmont-sur-l'Aube, et que son arrière-garde +n'est qu'à trois lieues de nous. Au point du +jour, on reprend le chemin de Brienne; et le 29, +dès huit heures du matin, la cavalerie du général +Milhaud rencontre l'ennemi dans les bois +de Maiziéres. On délogeait les hussards prussiens +de ce village, lorsque le curé s'en échappe +et vient se jeter à la botte de Napoléon, qui +retrouve en lui un de ses anciens maîtres de +quartier du collége de Brienne. Napoléon le +prend aussitôt pour guide; Roustan le mameluck +met pied à terre, et cède son cheval au curé.</p> + +<p>A mesure qu'on approche de Brienne, le combat +s'engage plus vivement.</p> + +<p>Le maréchal Blücher, averti de notre marche, +avait réuni ses forces; quelque diligence que +nous eussions faite, il était déjà en communication +avec les Autrichiens par Bar-sur-Aube. Il +voulait tenir dans la position de Brienne jusqu'à +leur arrivée; et, dans tous les cas, il avait fait +ses dispositions pour se ménager une retraite +vers eux s'il y était forcé... Il occupait fortement +<a name="p95" id="p95"></a><span class="pagenum">95</span> +la colline sur laquelle la ville de Brienne est bâtie; +ses troupes d'élite étaient rangées sur les belles +terrasses du château qui dominent la ville; les +Russes, commandés par le général Alsufief, étaient +chargés de défendre les rues basses de Brienne.</p> + +<p>C'est sur les terrasses du parc que notre attaque +la plus vigoureuse se dirige; le général +Château, chef d'état major, et gendre du duc de +Bellune, conduit les troupes. Il enlève la position +si vivement, que le feld-maréchal Blücher et son +état major ont à peine le temps d'en sortir. Sur +ces entrefaites, le contre-amiral Baste forçait l'entrée +de la ville basse, au pied de la montée du +château; il y reçoit la mort; ses troupes n'en +soutiennent pas moins vigoureusement le combat. +En montant la rue du château, nos tirailleurs +se trouvent tête à tête avec un groupe +d'officiers prussiens, qui descendaient en toute +hâte dans la ville; on fait main-basse sur plusieurs: +dans le nombre des prisonniers se trouve +le jeune d'Hardemberg, neveu du chancelier de +Prusse; et l'on apprend par lui qu'il vient d'être +pris au milieu de l'état major général prussien, +à côté du maréchal Blücher lui-même. Notre +vieil ennemi l'a échappé belle! Ce n'est pas la +dernière faveur de ce genre que la fortune lui +réserve dans cette campagne. +<a name="p96" id="p96"></a><span class="pagenum">96</span> </p> + +<p>Le gros de l'armée ennemie sort enfin de +Brienne pour se porter, sur la route de Bar-sur-Aube, +à la rencontre des Autrichiens; mais l'arrière-garde +prussienne, qui reste maîtresse d'une +partie de la ville, s'obstine à reprendre le château. +Nos troupes s'y défendent avec la même +obstination, et la nuit qui survient ne peut mettre +fin au combat.</p> + +<p>Tandis que cette position nous était ainsi disputée, +l'armée française établissait ses bivouacs +dans la plaine qui est entre Brienne et les bois +de Maizières. Nos convois d'artillerie filaient +dans la grande avenue, pour aller prendre les +positions qui leur étaient assignées; et Napoléon, +après avoir donné ses derniers ordres, retournait +par cette même avenue à son quartier général de +Maizières; il précédait ses aides de camp de quelques +pas, écoutant le colonel Gourgaud, qui lui +rendait compte d'une manoeuvre; les généraux +de sa maison suivaient, enveloppés dans leurs +manteaux. Le temps était très noir, et, dans la +confusion de ce campement de nuit, on ne pouvait +guère se reconnaître que de loin en loin, à +la lueur de quelques feux. Dans ce moment, une +bande de Cosaques, attirée par l'appât du butin +et le bruit de nos caissons, se glisse à travers +les ombres du camp, et parvient jusqu'à la route. +<a name="p97" id="p97"></a><span class="pagenum">97</span> +Le général Dejean se sent pressé brusquement, +il se retourne, et crie <i>Aux Cosaques!</i> En même +temps il veut plonger son sabre dans la gorge de +l'ennemi qu'il croit tenir; mais celui-ci échappe, +et s'élance sur le cavalier en redingote grise qui +marche en tête. Corbineau se jette à la traverse; +Gourgaud a fait le même mouvement, et, d'un +coup de pistolet à bout portant, il abat le Cosaque +aux pieds de Napoléon. L'escorte accourt, +on se presse, on sabre quelques Cosaques; mais +le reste de la bande, se voyant reconnu, saute les +fossés et disparaît.</p> + +<p>Il est dix heures du soir quand Napoléon est +de retour à Maizières. Le prince de Neufchâtel +arrive après tout le monde. On le ramène couvert +de boue: il était tombé dans un fossé. Le +curé de Maizières était également méconnaissable +sous la boue qui couvrait sa soutane; il avait eu +son cheval tué d'une balle derrière Napoléon.</p> + +<p>Le 30, à la pointe du jour, l'armée française +se trouve entièrement maîtresse de la position +de Brienne, et les Prussiens sont en pleine retraite +sur Bar-sur-Aube.</p> + +<p>Tandis que nos forces se concentrent à Brienne, +le duc de Trévise, qui est revenu à Troyes, a ordre +de couvrir cette ville, en se portant en avant sur +la route de Vandoeuvres. +<a name="p98" id="p98"></a><span class="pagenum">98</span> </p> + +<p>C'est dans ce moment que le duc de Bassano, +parti de Paris quelques jours après Napoléon, +rejoint le quartier impérial<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup class="sml">27</sup></a>. On venait de se +loger au château de Brienne: cette belle habitation +était saccagée; les balles avaient cassé toutes +les vitres; les souterrains servaient encore de retraite +aux principaux habitants, que le concierge +y avait cachés.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name="footnote27"><b>Note 27: </b></a><a href="#footnotetag27">(retour)</a> Il est accompagné de MM. Monnier et Benoît, chefs de +division de la secrétairerie d'état. </blockquote> + +<p>Napoléon, élevé à Brienne, ne peut échapper +aux souvenirs que ce lieu lui rappelle; il +reconnaît les principaux points de vue de la +campagne, et les retrouve en proie aux désastres +de la guerre: il cherche du moins, à force de libéralités +sur sa cassette, à soulager les nombreuses +infortunes qui l'environnent. La dévastation du +château et l'incendie de la ville l'affligent au-delà +de toute expression. Le soir, retiré dans son appartement, +il fait le projet de rebâtir la ville; +d'acheter le château, d'y fonder, soit une résidence +impériale, soit une école militaire, soit l'une et +l'autre: le sommeil vient le surprendre dans les +calculs et les illusions de ce projet!</p> + +<p>Cependant, à la nouvelle du combat de Brienne, +le prince Schwartzenberg était accouru à +<a name="p99" id="p99"></a><span class="pagenum">99</span> +Bar-sur-Aube avec toutes ses forces, et la jonction de +la grande armée autrichienne avec celle du maréchal +Blücher venait de se faire. D'un autre +côté, le général York était venu précipitamment +à Saint-Dizier pour rétablir sa communication +avec son général en chef.</p> + +<p>Le 31 janvier, le prince Schwartzenberg et le +maréchal Blücher font avancer leurs armées réunies, +et viennent présenter la bataille dans la +plaine qui est entre Bar-sur-Aube et Brienne. Il +ne dépend guère de nous de la refuser: le pont +de Lesmont, qui doit être notre principal moyen +de retraite, est rompu; il a été coupé pour arrêter +Blücher lorsqu'il marchait sur Troyes: cet +obstacle nous arrête à notre tour dans les manoeuvres +que nous voudrions faire pour repasser +l'Aube. On demande encore vingt-quatre heures +pour achever de le rétablir: nos sapeurs redoublent +d'activité; mais, en attendant, il faut se préparer +à recevoir l'ennemi. Le reste de la journée +se passe de part et d'autre en dispositions.</p> + +<p>Nous sommes enfin à la veille d'un événement +décisif; mais combien le début de la campagne +est déjà différent de celui qu'on s'était promis! +Au moment où nous croyions surprendre Blücher, +coupé de son arrière-garde et réduit à moitié +de ses forces, il nous échappe, trouve le +<a name="p100" id="p100"></a><span class="pagenum">100</span> +secours de la grande armée autrichienne, revient +sur nous, et c'est lui qui nous engage dans une +bataille où nos cinquante mille hommes vont en +avoir au moins cent mille à combattre.</p> + +<p>La bataille se donne le 1<sup>er</sup> février: sur notre +gauche, à Morvilliers, est le duc de Raguse; il a +devant lui les Bavarois, qui arrivent de Joinville. +Entre le duc de Raguse et le centre est le corps +du duc de Bellune, qui occupe Chaumenil et la +Gibérie; il combat contre les Wurtembergeois +et le corps de Sacken.</p> + +<p>La jeune garde impériale est au centre, à la +Rothière; les troupes d'élite du maréchal Blücher +et de l'armée autrichienne, ainsi que la garde +russe, lui sont opposées.</p> + +<p>Enfin sur notre droite, vers la rivière, est le +corps du général Gérard, qui défend le village +de Dienville contre les attaques du corps autrichien +de Giulay.</p> + +<p>Nos troupes ne sont pour la plupart que de +nouvelles levées, conduites par des vétérans; mais +partout elles soutiennent le combat avec intrépidité. +C'est au centre, vers la Rothière, qu'on est +le plus acharné; Napoléon y commande, les souverains +alliés y sont aussi. La nuit seule met fin +à l'action, et retrouve notre armée à peu près +dans les mêmes positions qu'elle occupait le +<a name="p101" id="p101"></a><span class="pagenum">101</span> +matin; mais nous n'avons pu enlever la victoire: +l'ennemi a une supériorité marquée; plus d'audace +le rendrait entièrement maître du champ de +bataille.</p> + +<p>A huit heures du soir Napoléon revient au +château, et de là il ordonne la retraite sur Troyes +par le pont de Lesmont, dont la réparation est à +peine terminée. Tandis que l'armée effectue ce +mouvement à la faveur de l'obscurité, Napoléon +n'est pas sans crainte que l'ennemi, profitant de +ses avantages, ne fasse une attaque de nuit et ne +vienne mettre de la confusion dans nos marches. +A chaque instant il demande s'il n'y a rien de +nouveau; il va lui-même à la fenêtre, d'où l'oeil +domine sur toute la ligne des bivouacs du champ +de bataille. Les coups de fusil avaient entièrement +cessé; nos feux brûlaient tels que nous les avions +allumés à la fin de la bataille; l'ennemi ne faisait +aucun mouvement; les collines dont le rideau +couvre la vallée de l'Aube, en arrière de Brienne, +masquaient parfaitement notre retraite, et ce +n'est que le lendemain à la pointe du jour que +l'ennemi reconnaît l'abandon de nos lignes. Napoléon +avait quitté le château de Brienne à quatre +heures du matin.</p> + +<p> <a name="p102" id="p102"></a><span class="pagenum">102</span> </p> +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE III.</h4> + +<h4>RETRAITE DE L'ARMÉE FRANÇAISE.--CONDITIONS<br> +DICTÉES PAR LE CONGRÈS.</h4> + +<p class="mid">(Commencement de février 1814.)</p> + +<p>Le 2 février, à onze heures du matin, l'armée +française avait repassé l'Aube; et le pont de Lesmont, +coupé encore une fois, nous séparait de +l'ennemi; mais le duc de Raguse, resté sur l'autre +rive pour protéger notre mouvement, se trouvait +dans une situation difficile. Le général Wrède, à +la tête des Bavarois, s'était chargé de le tourner +et de lui couper toute retraite: c'est la même entreprise, +la même manoeuvre, le même ennemi +qu'à Hanau. Ce souvenir de Hanau ranime le +courage des troupes françaises: elles trouvent +l'ennemi barrant le passage de la Voire au village +de Rosnay; le duc de Raguse met aussitôt +l'épée à la main; à sa voix, les braves s'élancent +la baïonnette en avant; et tout le corps d'armée +passe sur le ventre des vingt-cinq mille Bavarois! +Si, de temps à autre, la muse de l'histoire croit +<a name="p103" id="p103"></a><span class="pagenum">103</span> +devoir arracher quelques feuillets de son livre, +qu'elle conserve du moins pour l'honneur du duc +de Raguse la page où le combat de Rosnay se +trouve inscrit! Cette journée suffira pour justifier +la confiance que Napoléon mettait dans l'intrépidité +de Marmont.</p> + +<p>Tandis que ce maréchal effectue victorieusement +sa retraite par la rive droite de l'Aube vers +Arcis, le gros de l'armée continue la sienne par +la rive gauche, sur la grande route de Troyes.</p> + +<p>On couche au village de Piney. Le 3, de bonne +heure, l'armée arrive à Troyes: la vieille garde, +commandée par le duc de Trévise, est sortie de +la ville pour venir au-devant de nous; elle prend +position sur la route, devient notre arrière-garde, +et d'une main ferme arrête l'ennemi au moment +où il croyait entrer derrière nous dans Troyes.</p> + +<p>Napoléon loge au centre de la ville, dans la +maison d'un négociant nommé Duchâtel-Berthelin: +il y trouve quelques moments de repos dont +il profite pour lire ses courriers.</p> + +<p>Depuis le départ de Paris, on n'avait pas encore +envoyé de bulletin de l'armée; l'espérance +de débuter par une victoire avait fait différer le +départ des nouvelles jusqu'après l'issue de la +marche entreprise contre le maréchal Blücher. +On ne peut plus retarder cet envoi davantage +<a name="p104" id="p104"></a><span class="pagenum">104</span> +mais la chance a tourné de telle manière que +c'est le récit de la bataille perdue à Brienne qui +commence la série des bulletins de cette campagne. +Les premiers courriers qui partent de Troyes +pour Paris en sont porteurs.</p> + +<p>Moins les événements militaires étaient favorables, +plus on désirait avoir des nouvelles du +duc de Vicence: on en reçoit enfin; le congrès +va se tenir à Châtillon-sur-Seine, il doit s'ouvrir +le 4 février: le comte Stadion y représentera +l'Autriche; le comte Razumowski, la Russie; le +baron de Humboldt, la Prusse; et lord Castlereagh, +l'Angleterre. De combien de délais cette +forme de négociation nous menace encore! Napoléon +voudrait les abréger; il apprend que le +sieur La Besnardière, premier commis des affaires +étrangères, arrive de Paris et va rejoindre le ministre +à Châtillon; il profite aussitôt de cette occasion +pour faire connaître au duc de Vicence +les modifications que le mauvais début de la +campagne doit apporter à ses instructions. M. de +La Besnardière se remet en route dans l'après-midi +même du 3 février; le 5, de nouvelles instructions +sont encore envoyées à Châtillon: ce +dernier courrier porte <i>définitivement carte blanche</i> +au duc de Vicence. Napoléon lui donne tout +pouvoir <i>pour conduire la négociation à une +<a name="p105" id="p105"></a><span class="pagenum">105</span> +heureuse issue, sauver la capitale et éviter une bataille +où sont les dernières espérances de la nation.</i></p> + +<p>Les seules nouvelles de l'intérieur qui soient +un peu rassurantes viennent des bords de la Saône. +Les Lyonnais ont fait bonne contenance devant +les troupes que le général autrichien Bubna avait +fait avancer jusqu'aux barrières de la ville; ils +ont donné le temps à nos troupes du Dauphiné +d'arriver à leur secours, et l'armée autrichienne +s'est repliée sur la Bresse.</p> + +<p>Après avoir donné au repos de l'armée les journées +du 3, du 4 et du 5 février, Napoléon se décide +à évacuer Troyes: les vieilles murailles de +cette ancienne capitale de la Champagne, et les +nombreux canaux entre lesquels la Seine y divise +son cours, nous offraient à la vérité de grands +moyens pour tenir tête à l'ennemi; mais les alliés +pouvaient tourner cette position, et s'avancer de +toutes parts sur Paris. Le temps devenait trop +précieux pour le perdre en opérations défensives; +et une résistance obstinée sur ce point pouvait +n'avoir d'autres résultats que l'incendie et la ruine +de Troyes, dont toutes les maisons sont en bois. +D'ailleurs, les secours attendus des Pyrénées approchaient: +la première division, commandée +par le général Leval, devait être le 8 à Provins: +en continuant sa retraite pour se rapprocher de +<a name="p106" id="p106"></a><span class="pagenum">106</span> +Paris, l'armée allait en même temps au-devant +d'un précieux renfort.</p> + +<p>Jusqu'au dernier moment, nos troupes ont +fait une telle contenance en avant de Troyes, que +l'ennemi croit devoir se préparer à une seconde +bataille. Le corps de Lichtenstein, qui s'était +avancé le 3 jusqu'au pont de Cléry, y avait été +battu par le duc de Trévise; le 4 février, les généraux +Colloredo, Nostiz et Bianchi, avaient été +repoussés dans une attaque qu'ils avaient risquée +contre les ponts de la Barce; le général Colloredo +y avait été blessé. Enfin, le 5 février, Napoléon +ayant fait faire au-delà de la Barce une forte démonstration +pour donner le change à l'ennemi +sur le mouvement de retraite que nous devions +faire le lendemain, les alliés avaient cru voir toute +l'armée française débouchant pour reprendre l'offensive; +ils avaient aussitôt reculé d'une marche, +et leur quartier général, établi le 4 à Lusigny près +Vandoeuvres, avait été reporté, le 5 au soir, à Bar-sur-Aube.</p> + +<p>Cette vigueur dans de simples opérations d'avant-poste +est remarquable après une bataille +perdue. Ceux qui ont porté à quatre mille prisonniers +et à soixante-neuf pièces de canon les +trophées de l'ennemi à Brienne, et jusqu'à vingt +mille le nombre des déserteurs de l'armée +<a name="p107" id="p107"></a><span class="pagenum">107</span> +française dans cette retraite, ont-ils réfléchi que plus +ils exagéraient nos pertes, plus ils augmentaient +la gloire des chefs qui savaient lutter avec cette +énergie contre de telles circonstances?</p> + +<p>Le 6, l'armée quitte Troyes et prend la route +de Paris: après son départ, les autorités municipales +ne tiennent leurs portes fermées que le +temps nécessaire pour obtenir de l'ennemi la +garantie d'une capitulation.</p> + +<p>Napoléon couche au hameau des Grès, qui est +à moitié chemin de Troyes à Nogent.</p> + +<p>L'abandon de Troyes et la prolongation de +notre retraite dissipaient nos dernières espérances: +le soldat marchait dans une tristesse +morne qu'on ne saurait décrire. <i>Où nous arrêterons-nous?</i> +Cette question était dans toutes les +bouches.</p> + +<p>Le 7, on arrive à Nogent: on fait créneler les +maisons qui donnent sur la campagne; on prépare +ce qu'il faut pour faire sauter le pont si l'on +est forcé dans la ville; en peu d'heures, Nogent +est mis à l'abri d'un coup de main. Pour plus de +célérité, Napoléon a fait, de sa cassette, l'avance +des fonds nécessaires aux travaux. Dans cette position, +on s'arrête pour disputer le passage de +la Seine au prince Schwartzenberg.</p> + +<p>Les courriers qui viennent nous rejoindre à +<a name="p108" id="p108"></a><span class="pagenum">108</span> +Nogent continuent d'apporter des nouvelles défavorables: +du côté du nord, les ennemis ont occupé +Aix-la-Chapelle et Liége, aussitôt après le +départ du duc de Tarente; l'armée anglo-prussienne +bloque Anvers, mais le général Carnot est +arrivé à temps pour en prendre le commandement: +il y est entré le 2 février, au moment où +les portes se fermaient devant l'ennemi. Le général +Bulow, après avoir tenté une vaine attaque +sur la place, y a laissé en observation les Anglais +et les Saxons; avec ses Prussiens et ses Russes, il +s'avance sur la Flandre: le 2, son avant-garde est +entrée à Bruxelles; la Belgique est perdue. Le général +Maison effectue sa retraite sur notre ancienne +frontière.</p> + +<p>Les lettres de Paris, et les aides de camp du +duc de Tarente, viennent annoncer un danger +encore plus pressant: c'est la marche du maréchal +Blücher, qui s'avance sur la capitale par la +grande route de Châlons.</p> + +<p>Après la bataille de Brienne, Blücher s'est aussitôt +séparé de l'armée autrichienne; il a rallié à +lui, entre Arcis-sur-Aube et Châlons, les diverses +parties de son armée, dont il avait été un moment +coupé par notre excursion de Saint-Dizier; et, +toutes ses forces réunies, il s'est chargé de descendre +la Marne, tandis que les Autrichiens descendront +<a name="p109" id="p109"></a><span class="pagenum">109</span> +la Seine. Le général York est entré à Châlons +le 5 février. Le corps du duc de Tarente s'y +trouvait, arrivant du pays de Liége; mais ce maréchal, +poussé par toute l'armée prussienne, +n'avait pu opposer qu'une faible résistance. Il se +retirait sur Épernay, sans prévoir où il pourrait +s'arrêter, et demandait des ordres et des secours. +Ainsi l'ennemi est maître de Châlons et peut-être +d'Épernay.</p> + +<p>Ces nouvelles ajoutent à la stupeur qui s'est +emparée des esprits; Napoléon lui-même ne paraît +pas inaccessible à l'inquiétude générale. C'est +dans ce moment qu'il reçoit de Châtillon le protocole +du 7, contenant<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup class="sml">28</sup></a> les conditions que les alliés +prétendent lui dicter; elles ne se ressentent que +trop de l'influence des événements de Brienne. +«Les alliés disconviennent des bases proposées à +Francfort... Pour obtenir la paix, il faut rentrer +dans les anciennes limites de la France.»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name="footnote28"><b>Note 28: </b></a><a href="#footnotetag28">(retour)</a> Voir au Supplément de la seconde partie, nº 14. </blockquote> + +<p>Napoléon, après avoir lu ses dépêches, se renferme +dans sa chambre et garde le plus morne +silence. Le prince de Neufchâtel et le duc de Bassano +arrivent jusqu'à lui, il leur tend le papier +qu'on lui envoie de Châtillon; ils lisent: un nouveau +silence succède à cette pénible lecture. +<a name="p110" id="p110"></a><span class="pagenum">110</span> +Cependant il faut une réponse pour le duc de Vicence, +les alliés la demandent catégorique et +prompte; le courrier l'attend! Napoléon persistant +à ne faire aucune réponse, le prince de Neufchâtel +et le duc de Bassano réunissent leurs instances; +l'oeil humide, ils parlent de la nécessité +de céder... Napoléon est enfin forcé de s'expliquer. +«Quoi! leur dit-il avec vivacité, vous voulez +que je signe un pareil traité, et que je foule +aux pieds mon serment<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup class="sml">29</sup></a>! Des revers inouïs ont +pu m'arracher la promesse de renoncer aux conquêtes +que j'ai faites; mais que j'abandonne aussi +celles qui ont été faites avant moi; que je viole +le dépôt qui m'a été remis avec tant de confiance; +que, pour prix de tant d'efforts, de sang +et de victoires, je laisse la France plus petite +que je ne l'ai trouvée: jamais! Le pourrais-je +sans trahison ou sans lâcheté?... Vous êtes effrayés +de la continuation de la guerre, et moi +je le suis de dangers plus certains que vous ne +<a name="p111" id="p111"></a><span class="pagenum">111</span> +voyez pas. Si nous renonçons à la limite du +Rhin, ce n'est pas seulement la France qui +recule, c'est l'Autriche et la Prusse qui s'avancent!... +La France a besoin de la paix; mais +celle qu'on veut lui imposer entraînera plus de +malheurs que la guerre la plus acharnée! Songez-y. +Que serai-je pour les Français quand j'aurai +signé leur humiliation? Que pourrai-je répondre +aux républicains du sénat, quand ils +viendront me redemander leurs barrières du +Rhin!... Dieu me préserve de tels affronts!... +Répondez à Caulaincourt, puisque vous le voulez; +mais dites-lui que je rejette ce traité. Je +préfère courir les chances les plus rigoureuses +de la guerre!»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name="footnote29"><b>Note 29: </b></a><a href="#footnotetag29">(retour)</a> Le serment que Napoléon avait prononcé à son couronnement +était ainsi conçu: «Je jure de maintenir l'intégrité +du territoire de la république... et de gouverner +dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la gloire +du peuple français.» (Art. 53 du sénatus-consulte du +28 floréal an XII.) </blockquote> + +<p>Après ce premier mouvement, Napoléon se +jette sur un lit de camp, le duc de Bassano reste +auprès de lui, il passe une partie de la nuit debout, +à son chevet; et, profitant d'un moment +plus calme, il obtient enfin la permission d'écrire +au duc de Vicence dans des termes qui lui permettent +de continuer la négociation<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30"><sup class="sml">30</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name="footnote30"><b>Note 30: </b></a><a href="#footnotetag30">(retour)</a> Napoléon était à Nogent-sur-Seine: le grand maréchal +Bertrand et le duc de Bassano, qui se trouvaient près de lui, +le pressèrent d'accéder à la demande du duc de Vicence, +en le laissant toutefois libre de s'écarter de ses instructions, +et d'user de la carte blanche qui lui avait été donnée. Napoléon, +rentré dans son cabinet, eut, avec son ministre, +une conférence qui dura fort avant dans la nuit. Il fut décidé +qu'on ne devait pas hésiter à abandonner la Belgique, +et même la rive gauche du Rhin, si l'on ne pouvait avoir +la paix qu'à ce prix; mais que, s'il était possible de traiter +au moyen d'une seule de ces concessions, il fallait commencer +par l'abandon de la Belgique, quelque désir qu'eût +Napoléon de conserver cette belle province, parce que les +ministres anglais, dont le but principal aurait été atteint, +pourraient craindre d'exposer un résultat aussi national +pour eux, en soutenant les autres concessions qui seraient +demandées, et que, d'un autre côté, dans des temps plus +prospères, on pourrait reprendre la Belgique, en ne s'exposant +qu'à une guerre maritime qui ne compromettrait +pas le sort de l'empire, tandis qu'on ne tenterait pas de +reconquérir la rive gauche du Rhin sans exciter une guerre +continentale. Les instructions du plénipotentiaire furent +rédigées dans ce sens: offrir d'abord l'abandon de la Belgique, +ensuite celui de la rive gauche du Rhin, s'il était +reconnu indispensable. L'Italie, le Piémont, Gênes, l'état +de possession à établir en Allemagne, même les colonies, +étaient des sacrifices faits d'avance. </blockquote> + +<p> <a name="p112" id="p112"></a><span class="pagenum">112</span> </p> + +<p>Au surplus, Napoléon veut que les conditions +de l'ennemi soient envoyées à Paris; que tous les +membres du conseil privé se réunissent pour en +prendre communication; que chacun donne son +avis motivé, et qu'un procès verbal recueille avec +soin toutes les opinions.</p> + +<p> <a name="p113" id="p113"></a><span class="pagenum">113</span> </p> +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE IV.</h4> + +<h4>SECONDE EXPÉDITION CONTRE LE MARÉCHAL BLÜCHER.--COMBAT<br> +DE CHAMPAUBERT.--BATAILLE<br> +DE MONTMIRAIL.--COMBAT DE CHÂTEAU-THIERRY<br> +ET DE VAUCHAMPS.</h4> + +<p class="mid">(Du 9 au 15 février.)</p> + +<p>La marche de Blücher à travers la Champagne +avait jeté l'alarme dans la capitale. D'heure en +heure, les estafettes les plus inquiétantes arrivaient +de Paris. Blücher était entré dans la Brie +champenoise; il s'avançait à marches forcées; le +duc de Tarente se retirait sur la Ferté-sous-Jouarre; +les fuyards arrivaient à Meaux.</p> + +<p>Cette audacieuse incursion de l'ennemi ranime +Napoléon; il veut du moins faire payer cher aux +Prussiens leur témérité, et il prend la résolution +de tomber sur leurs flancs à l'improviste. Napoléon +était encore étendu sur ses cartes, les parcourant +le compas à la main, lorsque le duc de +Bassano se présente avec les dépêches qu'il a passé +le reste de la nuit à préparer pour Châtillon. +<a name="p114" id="p114"></a><span class="pagenum">114</span> +«Ah! vous voilà, lui dit Napoléon. Il s'agit maintenant +de bien d'autres choses! Je battais Blücher +de l'oeil; et je le tiens s'il avance par la route +de Montmirail: je pars; je le battrai demain, +je le battrai après-demain; si ce mouvement a +le succès qu'il doit avoir, l'état des affaires va +entièrement changer, et nous verrons alors! En +attendant, laissez Caulaincourt avec les pouvoirs +qu'il a.»</p> + +<p>Aucune route de poste n'établit de communication +entre la grande route de Troyes, où se +trouve l'armée française, et celle de Châlons, que +les troupes du maréchal Blücher parcourent avec +tant d'assurance. Les vastes plaines de la Brie +champenoise séparent ces deux avenues de la capitale; +et de Nogent à Montmirail, par Sezanne, +on ne compte pas moins de douze grandes lieues +de traverse, que les gens du pays s'accordent à +regarder comme très difficiles en cette saison. +Un tel obstacle n'est pas suffisant pour arrêter +Napoléon. Il laisse à Nogent le général Bourmont, +sous les ordres du duc de Bellune; il laisse au +pont de Bray-sur-Seine le duc de Reggio; il leur +recommande de retenir les Autrichiens le plus +long-temps qu'ils pourront au passage de la +Seine; et aussitôt se dérobant, avec l'élite de +l'armée, derrière le rideau que forme notre +<a name="p115" id="p115"></a><span class="pagenum">115</span> +arrière-garde, il entreprend sa seconde expédition +contre l'armée prussienne. Dès le 8 au soir, la +garde impériale avait fait une marche vers Villenoxe; +le 9, Napoléon part de Nogent, et va coucher, +avec le gros de ses troupes, à Sezanne.</p> + +<p>Ce soir même, nos coureurs rencontrent +quelques cavaliers prussiens sur les bords de la +rivière du Petit-Morin, entre Sezanne et Champaubert.</p> + +<p>Les nouvelles des habitants sont que le duc +de Tarente est en retraite sur Meaux; que les +Prussiens couvrent les routes depuis Châlons +jusqu'à la Ferté et au-delà; qu'ils marchent dans +une sécurité parfaite.</p> + +<p>Nous n'avons plus que quatre lieues à faire +pour les surprendre! mais les coups de sabre +qu'on vient de se donner aux avant-postes peuvent +avoir averti l'ennemi; l'escarpement de la +vallée du Petit-Morin, les marais de Saint-Gond, +les bois et les défilés qui s'y trouvent, vont peut-être +offrir de grands obstacles à une armée embourbée, +que l'artillerie ne peut rejoindre... La vivacité +et la hardiesse de notre mouvement maîtrisent +les hasards qui nous auraient été défavorables. +Nous ne trouvons devant nous qu'un petit corps +de troupes, qui se garde mal, et qui a pris nos +sabreurs de la veille pour des maraudeurs égarés. +<a name="p116" id="p116"></a><span class="pagenum">116</span> </p> + +<p>Cependant le duc de Raguse, qui commande +l'avant-garde, a trouvé les chemins trop mauvais: +il revient sur ses pas......................... +Napoléon le force aussitôt à recommencer son +mouvement; on requiert des chevaux de tous +côtés, on double les attelages, et la volonté du +maître s'exécute...</p> + +<p>Le 10 au matin, le duc de Raguse passe les +défilés de Saint-Gond sous les yeux de Napoléon, +et enlève à l'ennemi le village de Baye. Dans l'après-midi, +l'armée parvient au village de Champaubert, +débouche sur la grande route de Châlons, +et y bat à plate couture les colonnes que le +général Alsufief (le même qui défendait Brienne) +a ralliées trop tard contre nous. La déroute +est telle que les forces de l'ennemi se séparent: +les uns fuient du côté de Montmirail, et sont +poursuivis par la cavalerie du général Nansouty, +les autres fuient sur Étoges et Châlons, et sont +poursuivis par le duc de Raguse.</p> + +<p>Maître de Champaubert, Napoléon s'y loge +dans une chaumière qui est sur la route, au coin +de la grande rue du village. C'est là qu'on lui +amène les généraux ennemis qui viennent d'être +pris: il les fait dîner avec lui.</p> + +<p>Depuis l'ouverture de la campagne nous avions +toujours été malheureux; avec quelle joie nous +<a name="p117" id="p117"></a><span class="pagenum">117</span> +voyons enfin briller sur nos armes cette première +lueur de succès! Napoléon sent renaître +bien des espérances. L'armée prussienne, coupée +encore une fois dans sa marche, n'oppose plus +que deux tronçons dont il compte tirer bon +parti; et déjà il craint que le duc de Vicence, +usant de la latitude que lui donnent les pouvoirs +qui lui ont été expédiés de Troyes, ne mette trop +d'empressement à signer le traité. Il lui fait écrire +qu'un changement brillant est survenu dans nos +affaires, que de nouveaux avantages se préparent, +et que le plénipotentiaire de la France peut +prendre au congrès une attitude moins humiliée.</p> + +<p>Le maréchal Blücher, de sa personne, n'avait +pas encore dépassé Champaubert; il était avec +son arrière-garde aux Vertus, entre nous et Châlons. +Le duc de Raguse reste chargé de le contenir, +tandis que Napoléon va se mettre sur les +traces des généraux York et Sacken, qui sont entre +nous et la capitale.</p> + +<p>C'était à qui seraient les premiers à Paris, des +soldats de Blücher, et de ceux de Schwartzenberg. +Les Prussiens s'efforçaient de prendre les +devants sur tous; déjà le général York voyait les +clochers de Meaux. Le général russe Sacken, qui +le soutenait, était à la Ferté. Deux marches encore, +et ils bivouaquaient au pied de Montmartre! +<a name="p118" id="p118"></a><span class="pagenum">118</span> +Tout-à-coup les Prussiens s'arrêtent; les Russes +les rappellent à grands cris; la nouvelle du combat +de Champaubert leur est arrivée avec la rapidité +de la foudre; et toutes ces colonnes, reployées +en grande hâte les unes sur les autres, +ne pensent plus qu'à se rouvrir un passage vers +leur général en chef. Notre armée, qui s'avançait +au-devant d'elles, les rencontre le 11 au matin; +notre avant-garde sortait de Montmirail par la +route de Paris; elle les arrête, et le combat s'engage +aussitôt: il est sanglant. A trois heures après +midi le duc de Trévise, qui était resté en arrière +avec la vieille garde, rejoint l'armée par la route +directe de Sezanne à Montmirail. Napoléon ordonne +alors une attaque générale et décisive. A +droite de la route, en regardant Paris, le maréchal +Ney et le duc de Trévise se mettent à la tête de +la garde, et enlèvent la ferme des Grénaux<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31"><sup class="sml">31</sup></a>, utour +de laquelle l'ennemi s'était établi en force; à +gauche, le général Bertrand et le duc de Dantzick +vont mettre fin au combat que le général Ricard +soutient depuis le commencement de la bataille +<a name="p119" id="p119"></a><span class="pagenum">119</span> +au village de Marchais. Les Russes et les Prussiens +renoncent alors au projet de forcer le passage +par Montmirail; ils se retirent à travers +champs sur Château-Thierry, dans l'espoir de +rentrer en communication avec le maréchal Blücher +par la seconde route de Châlons, qui côtoie +la Marne.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name="footnote31"><b>Note 31: </b></a><a href="#footnotetag31">(retour)</a> Le bulletin dit: «La ferme de l'Épine-aux-Bois;» c'est +une erreur qui a été vérifiée. <i>La ferme des Grénaux</i> autour +de laquelle on s'est tant battu, et où Napoléon a couché, +appartenait à M. Paré, ancien ministre de l'intérieur. </blockquote> + +<p>Napoléon couche sur le champ de bataille, +dans cette même ferme des Grénaux où le combat +a été si opiniâtre. Les valets de pied enlèvent les +morts de deux petites pièces où le quartier impérial +s'établit; et ce qui reste de paille et d'abri +dans cette ruine est consacré à l'ambulance.</p> + +<p>Le 12, on poursuit les vaincus; notre cavalerie +les disperse et les sabre jusque dans les avenues +de Château-Thierry; on leur coupe la retraite +sur laquelle ils comptaient par la route de Châlons: +ils n'ont alors d'autre parti à prendre que +de se jeter dans la ville. Ils veulent couper le +pont, afin de mettre la Marne entre eux et nous; +mais nos troupes pénètrent pêle-mêle avec eux +dans le faubourg de Château-Thierry. Le duc de +Trévise les poursuit au-delà du pont, sur la route +de Soissons. Pendant le combat, Napoléon arrive +sur les hauteurs qui dominent la vallée; il y passe +la nuit dans une petite maison de campagne isolée, +qui dépend du village de Nesle. +<a name="p120" id="p120"></a><span class="pagenum">120</span> </p> + +<p>Le 13 au matin, Napoléon descend à Château-Thierry, +et prend son logement dans le faubourg +de Châlons, à l'auberge de la poste. Sept +Prussiens s'étaient cachés dans cette maison; on +en trouve six; le septième, blotti dans un grenier +à linge, n'a été découvert que trois jours +après le départ du quartier impérial.</p> + +<p>Les alliés s'étaient horriblement conduits à Château-Thierry; +aussi, dans leur retraite, l'acharnement +des habitants contre eux était-il extrême. +La joie d'être délivrés, la présence presque magique +de Napoléon au milieu d'eux, tandis qu'ils +le croyaient du côté de Troyes, le tumulte du +combat qui venait de se livrer dans les rues de +la ville, la confusion inséparable de tels événements, +toutes ces circonstances avaient jeté dans +l'esprit des habitants une exaltation qui tenait +du délire: les hommes ne parlaient que par imprécations +et par menaces; les femmes riaient et +pleuraient à la fois; on en a vu, dit-on, sacrifiant +à leur vengeance des blessés prussiens tombés +sur le pont, et les jetant à la rivière.</p> + +<p>Les récits qu'on fait à Napoléon se ressentent +de cette émotion générale; ils sont fort exagérés. +L'ignorance de la langue allemande, et des +marques distinctives des grades chez l'ennemi, +ajoute encore aux méprises; chacun, dans la +<a name="p121" id="p121"></a><span class="pagenum">121</span> +déroute qu'il a vue sur le pont, voit encore la +destruction totale des alliés; chacun, dans sa +liste particulière des morts et des blessés, transforme +innocemment les capitaines en colonels, +les colonels en généraux; et quiconque a logé +un général blessé n'hésite pas, d'après la consommation +des domestiques, à croire que c'est +le général en chef.</p> + +<p>Débarrassé pour le moment de cette partie +de l'armée prussienne, Napoléon songe aussitôt +à se retourner contre l'autre, qu'il a laissée +entre Champaubert et Châlons. Le maréchal Blücher, +contenu de ce côté, avait appelé à son secours +les corps de Kleist et de Langeron, que +de nouvelles troupes avaient relevés devant +Mayence et devant les places de la Lorraine; le +duc de Raguse ne pouvait plus barrer le chemin +à des forces aussi disproportionnées.</p> + +<p>Dans l'après-midi du 13, l'armée quitte Château-Thierry +pour aller rétablir l'équilibre de +ce côté. Napoléon reste encore quelques heures +sur la Marne; il donne ses dernières instructions +au duc de Trévise, qui est sur la route de +Soissons, poursuivant dans cette direction les +fuyards des corps de Sacken et d'York; il fait +compléter l'armement des gardes nationales de +la vallée avec les fusils prussiens, dont les +<a name="p122" id="p122"></a><span class="pagenum">122</span> +routes sont couvertes; des officiers sont détachés +pour réunir ces braves gens en partisans; d'autres +ont ordre d'établir des postes d'observation +le long de la rivière jusqu'à Épernay; des travaux +défensifs sont tracés à Château-Thierry, +sur les hauteurs de l'ancien château, qui dominent +le pont; enfin, le brave général Vincent +reste chargé du commandement de cet arrondissement. +Après avoir ainsi pourvu à la défense +de la Marne, Napoléon monte à cheval à minuit, +pour suivre le mouvement de sa garde, et +rejoindre le duc de Raguse. Les demandes de secours +deviennent d'heure en heure plus pressantes +de la part de ce maréchal; il vient d'évacuer +la position de Champaubert, et recule +encore.</p> + +<p>Le 14 au matin, le maréchal Blücher était +au moment d'arriver à Montmirail, lorsque le +duc de Raguse fait faire tout-à-coup volte-face +à son corps d'armée, et prend position dans la +plaine de Vauchamps. Nos troupes de Château-Thierry +arrivaient; bientôt l'ennemi aperçoit +derrière le duc de Raguse toute l'armée française +se déployant pour livrer bataille. A huit +heures du matin, les cris des soldats signalent +la présence de l'empereur lui-même, et la bataille +commence. +<a name="p123" id="p123"></a><span class="pagenum">123</span> </p> + +<p>Dans le premier moment, le maréchal Blücher +avait voulu éviter le combat; mais il n'était plus +temps. En vain sa retraite est protégée par d'habiles +manoeuvres d'infanterie; les charges de +notre cavalerie culbutent tous les carrés qui +nous sont opposés; chaque pas rétrograde accélère +la retraite de l'ennemi, et bientôt ce n'est +plus qu'une fuite. Dans la soirée, le maréchal +Blücher, enveloppé plusieurs fois avec son état +major, ne parvient à se dégager qu'à coups de +sabre, et ne nous échappe qu'à la faveur de +l'obscurité, qui n'a pas permis de le reconnaître. +Le duc de Raguse le poursuit toute la nuit.</p> + +<p>Du champ de bataille de Vauchamps, Napoléon +revient coucher au château de Montmirail.</p> + +<p>Six jours se sont à peine écoulés depuis qu'il +a quitté Nogent; mais le prince de Schwartzenberg, +mettant à profit son absence, est parvenu +à passer la Seine; il est urgent de revenir de ce +côté. Napoléon abandonne donc les Prussiens +aux ducs de Trévise et de Raguse; il se fait suivre +par son infatigable garde, et par le corps +d'armée du duc de Tarente. Tandis qu'on va chercher +du côté de Meaux une route pavée qui +nous ramène plus facilement dans la vallée de la +Seine, des officiers d'ordonnance courent à franc +étrier prévenir les ducs de Bellune et de Reggio +<a name="p124" id="p124"></a><span class="pagenum">124</span> +que le lendemain 16 Napoléon débouchera derrière +eux par Guignes.</p> + +<p>Le quartier impérial arrive en effet le 15 au soir +à Meaux, mais très tard; et l'on ne s'établit que +pour quelques heures à l'évêché.</p> + +<p>Depuis le départ de Troyes, la rapidité des opérations +militaires n'avait pas permis d'envoyer à +Paris des nouvelles officielles; la proximité où +l'on se trouve de la capitale permet de rendre aux +communications toute leur activité. On en profite +pour expédier dans la nuit les trois bulletins +de cette glorieuse semaine; et bientôt on les fait +suivre par une colonne de huit mille prisonniers +russes et prussiens, que tout Paris voit défiler +sur les boulevards. +<a name="p125" id="p125"></a><span class="pagenum">125</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> + +<h4>CHAPITRE V.</h4> + +<h4>RETOUR SUR LA SEINE.--COMBATS DE NANGIS ET<br> +DE MONTEREAU.--POURSUITE DES AUTRICHIENS<br> +JUSQU'AU DELA DE TROYES.</h4> + +<p class="mid">(Du 16 au 23 février.)</p> + +<p>Ces victoires, ces convois de prisonniers, ne +peuvent plus rassurer les Parisiens; de nouveaux +sujets d'alarmes occupent les esprits. C'est maintenant +la grande armée autrichienne qu'on redoute: +jamais inquiétudes n'ont été mieux fondées.</p> + +<p>L'armée de Schwartzenberg, après avoir forcé +les ponts de Nogent, de Bray et de Montereau, +s'avançait sur Nangis. Les Bavarois du général +Wrède, et les Russes du général Vitgenstein formaient +l'avant-garde ennemie qui entrait dans la +Brie; de l'autre côté de la Seine, Sens, malgré +la belle résistance du général Alix, avait été forcé. +Le corps autrichien de Bianchi marchait sur Fontainebleau, +et les Cosaques de Platow répandaient +la désolation entre l'Yonne et la Loire. +<a name="p126" id="p126"></a><span class="pagenum">126</span> </p> + +<p>Le 16 au matin, Napoléon quitte Meaux et se +dirige sur Guignes, à travers la Brie, par le chemin +de Crécy et de Fontenay. Cette route est couverte +aussitôt de charrettes sur lesquelles les habitants +des villages voisins font doubler les étapes +à nos soldats harassés. Le bruit du canon se +fait entendre du côté vers lequel on marche, et +redouble les efforts qu'on fait pour arriver. Notre +artillerie court la poste.</p> + +<p>Depuis midi l'on se bat dans la plaine de Guignes. +Les ducs de Bellune et de Reggio, poussés +toujours par l'ennemi, lui opposaient toujours +la plus vive résistance, cherchant à conserver +jusqu'au soir le chemin de Chaulnes, par lequel +Napoléon a promis d'arriver; mais lorsque les +têtes de nos colonnes se présentent à Chaulnes, +elles y trouvent les tirailleurs de l'ennemi. Les +bagages, pour parvenir plus sûrement jusqu'à +Guignes, sont forcés de faire un détour, et de +descendre la petite rivière d'<i>Yeres</i> jusqu'au pont +des <i>Seigneurs</i>; une heure plus tard, la jonction +de nos forces eût été compromise.</p> + +<p>L'arrivée de Napoléon rend à l'armée de la +Seine toute son énergie.</p> + +<p>Dans cette première soirée, on se contente +d'arrêter les alliés devant Guignes; le quartier +impérial passe la nuit dans ce village, toutes les +<a name="p127" id="p127"></a><span class="pagenum">127</span> +troupes qui le suivent défilent jusqu'au jour; et +au même moment les dragons du général Treillard, +tirés de l'armée d'Espagne, se présentent par +la route de Paris; ce renfort de cavalerie ne pouvait +arriver plus à propos.</p> + +<p>Pendant la nuit, les courriers se multiplient +pour porter à Paris des nouvelles rassurantes; +ils entrent dans les faubourgs, escortés d'une +foule de curieux que l'inquiétude avait réunis +à Charenton, autour des voitures du grand parc; +car les gros équipages du duc de Bellune et du +duc de Reggio avaient été poussés jusqu'à cette +dernière position!</p> + +<p>Le 17 au matin, toute l'armée quitte Guignes +et se reporte en avant; par la vigueur du choc, +les alliés apprennent que Napoléon est de retour, +et tout cède à l'impulsion que donne sa présence. +L'infanterie du général Gérard, l'artillerie du général +Drouot, la cavalerie de l'armée d'Espagne, +font des merveilles. Les colonnes de l'ennemi +sont culbutées les unes sur les autres, et leur déroute +couvre les chemins de morts et de débris, +depuis Mormans jusqu'à Provins.</p> + +<p>Les Russes se retirent sur Nogent, poursuivis +par le duc de Reggio et le comte de Valmy; le +duc de Tarente poursuit l'ennemi dans la direction +de Bray, le général Gérard pousse les Bavarois +<a name="p128" id="p128"></a><span class="pagenum">128</span> +l'épée dans les reins par delà Villeneuve-le-Comte +et Donne-Marie; enfin, le duc de Bellune +s'avance dans la direction de Montereau, avec +ordre de s'emparer le soir même du pont... La +garde impériale bivouaque autour de Nangis. +L'empereur couche au château.</p> + +<p>Dans la soirée, le prince de Neufchâtel vient lui +annoncer qu'un officier autrichien se présente +de la part du prince de Schwartzenberg. C'est le +comte de Parr: sa mission a pour objet d'obtenir +une suspension des hostilités, et il attend réponse +aux avant-postes. Napoléon, encouragé par les +avantages militaires qu'il vient d'obtenir, conçoit +l'espoir d'échapper enfin aux lenteurs d'un congrès; +l'envoi d'une lettre de l'impératrice à son +père, et cette mission du comte de Parr, lui offrent +l'occasion d'écrire lui-même directement à l'empereur +d'Autriche: il la saisit. Le conseil privé, +consulté à Paris sur les propositions de Châtillon, +a été unanimement de l'avis de s'y soumettre<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32"><sup class="sml">32</sup></a>; +mais Napoléon croit que le moment est +venu de mettre de côté des prétentions que notre +échec de Brienne a pu seul inspirer aux alliés. +Dans cette lettre qu'il écrit lui-même de Nangis +<a name="p129" id="p129"></a><span class="pagenum">129</span> +à l'empereur d'Autriche, il parle vivement du +désir qu'il a d'entrer promptement en accommodement; +mais il fait entendre qu'après les +changements favorables survenus dans l'état de +ses affaires, il compte bien être traité sur des +bases plus conciliantes que celles qui ont été posées +à Châtillon. Napoléon fait écrire en même +temps au duc de Vicence que, quand on lui a +donné carte blanche, c'était pour sauver la capitale, +et que Paris est sauvé; que c'était aussi +pour éviter une bataille, mais que cette bataille +a eu lieu; qu'ainsi ses pouvoirs extraordinaires +n'ont plus d'objet, qu'on les révoque, et que +désormais la négociation devra suivre la marche +ordinaire.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name="footnote32"><b>Note 32: </b></a><a href="#footnotetag32">(retour)</a> A une seule voix près, celle du comte Lacuée de +Cessac, ancien ministre de l'administration de la guerre. </blockquote> + +<p>On voit que toutes les pensées de Napoléon se +sont tournées entièrement vers la négociation +directe qu'il venait d'entamer avec son beau-père... +De nouveaux succès militaires vont encore +ajouter à ses espérances...</p> + +<p>Le 18 au matin, Napoléon, apprenant que le +pont de Montereau n'est pas encore occupé par +le duc de Bellune, se porte aussitôt de ce côté; les +gardes nationales bretonnes, et la cavalerie du +général Pajol, reçoivent en même temps l'ordre +d'arriver sur Montereau par la route de Melun.</p> + +<p>Le duc de Bellune s'était présenté le matin +<a name="p130" id="p130"></a><span class="pagenum">130</span> +devant Montereau; mais il était déjà trop tard, les +Wurtembergeois s'y étaient établis dans la nuit. +Pendant ce temps, le corps autrichien de Bianchi, +avancé de l'autre côté de la Seine jusqu'à +Fontainebleau, et craignant de se trouver compromis +par les progrès de l'avant-garde française, +s'était hâté de rétrograder sur Fossard, Villeneuve-la-Guyard +et Sens; les Wurtembergeois +couvraient ce mouvement.</p> + +<p>Le duc de Bellune fait de vains efforts pour +leur enlever la position. Son gendre, le brave +général Château, est mortellement blessé dans +cette première attaque. Cependant le général +Gérard arrive à temps pour soutenir le combat: +bientôt après Napoléon arrive lui-même pour +décider la victoire.</p> + +<p>On s'empare des hauteurs de Surville, qui dominent +le confluent de la Seine et de l'Yonne; +on y place en batterie l'artillerie de la garde, qui +foudroie les Wurtembergeois dans Montereau. +Napoléon pointe lui-même les pièces, commande +lui-même les décharges; l'ennemi fait de vains +efforts pour démonter nos batteries, ses boulets +sifflent sur le plateau de Surville comme les vents +déchaînés: mais le soldat murmure de ce que +Napoléon, cédant à l'attrait de son ancien métier, +reste ainsi exposé aux coups de l'ennemi: +<a name="p131" id="p131"></a><span class="pagenum">131</span> +c'est dans cette circonstance qu'il leur dit gaiement +ce mot que tous les canonniers de l'armée +ont retenu: «Allez, mes amis, ne craignez +rien; le boulet qui me tuera n'est pas encore +fondu.»</p> + +<p>Le feu de nos pièces redouble, et pas une des +vitres du petit château de Surville ne résiste à la +commotion. Protégées par cette redoutable artillerie, +les gardes nationales bretonnes s'emparent +du faubourg de Melun; et le général Pajol enlève +le pont par une charge de cavalerie tellement +vive, que l'ennemi n'a pas même le temps de +faire sauter une arche. Les Wurtembergeois appellent +en vain les Autrichiens à leur secours; +entassés dans Montereau, ils y sont écharpés. +Ce combat est un des plus brillants de la campagne.</p> + +<p>Tandis que nos succès réjouissent la constance +infatigable des soldats, redoublent l'ardeur civique +des habitants des campagnes, et portent jusqu'à +l'exaltation le dévouement de nos jeunes +officiers, on remarque avec inquiétude qu'un retour +d'espérance n'a pas encore pénétré dans le +coeur de la plupart des chefs de l'armée. Plus les +événements viennent de nous être favorables, +plus ils craignent l'avenir. Chez eux, la prudence +a grandi avec la fortune: les plus pauvres sont +<a name="p132" id="p132"></a><span class="pagenum">132</span> +au contraire les plus confiants. Cette différence +dans la résolution avec laquelle chacun mesure +ainsi les événements offre des contrastes pénibles +pour le <i>bienfaiteur</i>, et il en ressent toute +l'amertume.</p> + +<p>Il a se plaindre des plus braves!... Au combat +de Nangis, un mouvement de cavalerie, qui aurait +été fatal aux Bavarois, a manqué, et on en a fait +reproche à un général connu par son intrépidité, +le général L'Héritier. La nuit dernière, l'ennemi +nous a surpris quelques pièces d'artillerie au bivouac, +et elles étaient sous la garde du brave +général Guyot, commandant les chasseurs à cheval +de la garde! A Surville, au moment le plus +chaud du combat, les batteries ont manqué de +munitions; et cette négligence, qui est un crime +selon les lois rigoureuses de l'artillerie, semble +retomber sur un de nos officiers d'artillerie les +plus distingués, sur le général Digeon! La forêt +de Fontainebleau vient d'être abandonnée sans +résistance aux Cosaques; et le général qu'on accuse +de n'avoir tiré aucun avantage, ni d'une pareille +position, ni de tels adversaires, c'est Montbrun! +Enfin, peut-être le combat de Montereau n'aurait-il +pas été nécessaire, et tant de sang répandu +aurait-il été épargné, si la veille on eût marché +assez vite pour surprendre le pont; mais la +<a name="p133" id="p133"></a><span class="pagenum">133</span> +fatigue a empêché d'arriver; et c'est le duc de +Bellune, autrefois l'infatigable Victor, qui a le +malheur d'avoir à donner cette excuse!</p> + +<p>Napoléon ne peut plus contenir son mécontentement. +Rencontrant en route le général Guyot, +il lui reproche, à la face des troupes, d'avoir si +mal gardé son artillerie. Non moins violent envers +le général d'artillerie Digeon, il ordonne +qu'on le fasse juger par un conseil de guerre; +enfin, il envoie au duc de Bellune la permission +de se retirer chez lui, et il donne aussitôt son +commandement au général Gérard, dont l'activité +sait surmonter toutes les difficultés de cette +pénible campagne. C'est ainsi que Napoléon s'abandonne +à une sévérité qui l'étonne lui-même, +mais qu'il croit nécessaire dans des circonstances +aussi impérieuses.</p> + +<p>Le général Sorbier, commandant l'artillerie de +l'armée, laisse passer le premier mouvement de +vivacité, et vient ensuite rappeler les bons et +anciens services du général Digeon. Napoléon +l'écoute, et déchire lui-même l'ordre qu'il avait +dicté pour le jugement par un conseil de guerre.</p> + +<p>Le duc de Bellune a reçu avec la plus vive douleur +la permission de quitter l'armée. Il monte +à Surville, et, les larmes aux yeux, il vient réclamer +contre cette décision. En le voyant, Napoléon +<a name="p134" id="p134"></a><span class="pagenum">134</span> +donne un libre cours à son mécontentement; +il en accable le malheureux maréchal. Il lui reproche +de servir de mauvaise grâce, de fuir le +quartier impérial, de ne pas même dissimuler +une secrète opposition, qui sied mal dans un +camp. Les plaintes s'adressent à la maréchale +elle-même: elle est dame du palais, et elle s'éloigne +de l'impératrice, que la nouvelle cour +semble abandonner.</p> + +<p>En vain le duc de Bellune veut répliquer; la +vivacité de Napoléon lui en ôte les moyens. Cependant +le maréchal parvient à élever la voix +pour protester de sa fidélité. Il rappelle à Napoléon +qu'il est un de ses plus anciens compagnons, +et qu'à ce titre il ne peut quitter l'armée sans +déshonneur. Les souvenirs d'Italie ne sont pas +invoqués en vain; la conversation se radoucit. +Napoléon ne parle plus au duc que du besoin +qu'il semble avoir d'un peu de repos. Ses nombreuses +blessures, et ses souffrances, suites inévitables +de tant de campagnes, ne lui permettent +peut-être plus l'activité de l'avant-garde, ni les +privations des bivouacs, et forcent trop souvent +ses fourriers à s'arrêter de préférence aux lieux +où l'on trouve un lit.</p> + +<p>Mais c'est inutilement que Napoléon entreprend +de déterminer le maréchal à se retirer. +<a name="p135" id="p135"></a><span class="pagenum">135</span> +Celui-ci insiste pour rester, et paraît ressentir +plus vivement les reproches à mesure qu'ils sont +plus adoucis. Il veut même entamer sa justification +sur les lenteurs de la veille: mais aussitôt +ses larmes l'interrompent; s'il a fait une faute +militaire, il la paie bien chèrement par le coup +qui a frappé son malheureux gendre... Au nom +du général Château, Napoléon l'interrompt avec +la plus vive émotion; il s'informe si l'on conserve +encore quelque espoir de le sauver; il n'écoute +plus que la douleur du maréchal, et la ressent +tout entière. Le duc de Bellune, reprenant confiance, +proteste de nouveau qu'il ne quittera pas +l'armée: «Je vais prendre un fusil, dit-il; je n'ai +pas oublié mon ancien métier: Victor se placera +dans les rangs de la garde.» Ces derniers +mots achèvent de vaincre Napoléon: «Eh bien, +Victor, restez, dit-il en lui tendant la main. Je +ne puis vous rendre votre corps d'armée puisque +je l'ai donné à Gérard, mais je vous donne +deux divisions de la garde; allez en prendre le +commandement, et qu'il ne soit plus question +de rien entre nous...»</p> + +<p>Le lecteur vient d'assister à une de ces terribles +scènes dont il a été tant question dans les libelles. +C'est ainsi que Napoléon se fâchait; c'est ainsi +qu'on l'apaisait. +<a name="p136" id="p136"></a><span class="pagenum">136</span> </p> + +<p>On retrouve dans le bulletin daté de Montereau +la teinte des sentiments dont Napoléon +vient d'être affecté. Les fautes des généraux L'Héritier +et Montbrun y sont consignées. Le passage +relatif à la blessure mortelle du général +Château est surtout remarquable après ce que +nous venons de raconter: «Le général Château +mourra! il mourra du moins accompagné des +regrets de toute l'armée! mort bien préférable +pour un militaire à une existence dont il n'aurait +acheté la prolongation qu'en survivant à sa +réputation, ou en étouffant les sentiments que +l'honneur français inspire dans les circonstances +où nous sommes!»</p> + +<p>Napoléon couche le 18 au soir au petit château +de Surville; il y passe la journée du 19. Tous +les maires des environs accourent au quartier +impérial; la plupart sortent des bois où ils se +sont réfugiés, et parmi eux on distingue M. Soufflot +de Mercy, qui fait une vive peinture du pillage +auquel le prince de Wurtemberg laisse ses +gens s'abandonner. Bientôt on voit autour de +Napoléon presque autant d'écharpes tricolores +que d'épaulettes. Une députation de Provins vient +encore augmenter le nombre des fonctionnaires +fidèles qui s'empressent d'apporter à l'armée des +ressources de tous genres, et à Napoléon des +<a name="p137" id="p137"></a><span class="pagenum">137</span> +renseignements importants sur la fuite de l'ennemi.</p> + +<p>La journée du 19 est employée à expédier des +ordres pour que, sur toutes les routes, les différentes +colonnes de l'ennemi soient harcelées sans +relâche dans leur retraite, et qu'un mouvement +général des nôtres les poursuive sur Troyes. Le +général Gérard se met en marche sur les pas de +la colonne autrichienne échappée de Fontainebleau, +qui se sauve par la route de Sens. La +garde impériale chasse devant elle, entre la Seine +et l'Yonne, ce qui reste des corps ennemis qui +ont défendu Montereau. Les ducs de Tarente et +de Reggio s'avancent sur Bray et Nogent, et nettoient +la rive droite de la Seine.</p> + +<p>Napoléon pense que le moment est venu de +faire entrer l'armée de Lyon dans les combinaisons +militaires. C'est cette armée qui doit achever +la campagne; elle peut couper la retraite à +l'ennemi, et rendre nos derniers succès décisifs. +Désormais les espérances de Napoléon vont reposer +sur elle.</p> + +<p>Déjà les levées en masse du Dauphiné sont +venues au secours de celles de la Savoie; elles +combattent sous les ordres des généraux Marchand, +Desaix, Seras, et viennent de rétablir +l'importante communication du Mont-Cenis. +<a name="p138" id="p138"></a><span class="pagenum">138</span> </p> + +<p>Le général Bubna a évacué Montluel et les +environs de Lyon. Les rives de la Saône sont +libres; et les Autrichiens, réduits à garder la défensive, +se concentrent sur Genève. Après de +tels commencements, obtenus par des levées en +masse, que ne doit-on pas attendre d'une armée +de troupes de ligne? Napoléon ordonne au duc +de Castiglione de remonter la Saône, de culbuter +tous les détachements qu'il trouvera devant +lui, de pénétrer dans les Vosges, de s'y établir +sur les derrières de l'ennemi; de faire une guerre +acharnée à ses convois, à ses bagages, à ses détachements +isolés; de soulever tous les habitants +des campagnes, et de porter enfin l'alarme chez +les alliés, en menaçant leur ligne d'opérations +et leur route de retraite.</p> + +<p>Mais cette armée de Lyon, qui doit se composer +principalement de troupes tirées de l'Italie et +de la Catalogne, ne sera pas aussi nombreuse que +Napoléon l'avait d'abord calculé. Ce qui se passe +en Italie dérange cette importante combinaison. +Le roi de Naples vient de lever le masque. «Quoique +uni à Napoléon par les liens du sang, et +lui devant tout, il se déclare contre lui: et dans +quel moment? lorsque Napoléon est moins heureux!» +Ces reproches semblent échappés à la +plume de l'histoire; ce sont les dernières +<a name="p139" id="p139"></a><span class="pagenum">139</span> +paroles d'une proclamation du prince Eugène; elles +retentissent dans toute l'Europe: Le jeune vice-roi, +environné d'ennemis, développe un caractère +égal au danger; combat les Autrichiens sur +le Mincio, les Napolitains sur le Taro, et fait +face à tout...; mais il ne peut plus envoyer à +Lyon les troupes promises, qui devaient donner +une supériorité décisive à l'armée du maréchal +Augereau. C'est un malheur; cependant la vigueur +peut quelquefois suppléer au nombre: +déjà le maréchal Augereau a sous ses ordres deux +divisions aguerries, venues de Catalogne, et commandées +par les généraux Musnier et Pannetier. +On espère que le duc de Castiglione, électrisé +par l'importance du rôle qu'il est appelé à jouer, +retrouvera son ancienne audace, et fera quelque +exploit digne de son âge héroïque. Napoléon ne +veut négliger aucun moyen de stimuler l'énergie +de son ancien compagnon; il charge l'impératrice +elle-même d'aller voir la jeune duchesse +de Castiglione, et de l'engager à concourir au +salut public par toute l'influence qu'elle a sur +le coeur de son mari.</p> + +<p>Pendant les vingt-quatre heures qu'on a passées +au château de Surville, on n'a cessé de rassurer +Paris, où le canon de Montereau avait retenti. +D'abord des estafettes ont porté les +<a name="p140" id="p140"></a><span class="pagenum">140</span> +premières nouvelles de nos succès; aux estafettes a +succédé le départ d'un bulletin; ce dernier envoi +est suivi de près par M. de Mortemart, l'un +des officiers d'ordonnance les plus distingués, +qui va porter à l'impératrice les drapeaux de +Nangis et de Montereau.</p> + +<p>Dans la journée du 20, Napoléon avec le gros +de ses troupes remonte la rive gauche de la +Seine par la route de Montereau à Nogent; il +déjeune à Bray, dans la maison que l'empereur +de Russie a quittée la veille; et le 20 au soir +il se retrouve à Nogent, avec le corps d'armée du +duc de Reggio, qui arrive par la route de Provins. +Nogent avait cruellement souffert. Le général +Bourmont et les braves troupes qu'il commandait +y avaient disputé, pendant les journées +du 10, du 11 et du 12, le passage de la Seine à +toute l'armée du prince de Schwartzenberg; ils +n'avaient cédé qu'à la dernière extrémité. Aussi +la ville n'offre-t-elle plus que des débris d'incendie, +des murs percés par des créneaux et des boulets, +et çà et là quelques habitants qui n'ont plus +que la vie à perdre! Au milieu de ce désastre, les +soeurs de la charité de Nogent étaient restées +dans leur hôpital; elles avaient recueilli les blessés! +Le dévouement imperturbable de ces bonnes +soeurs leur avait valu l'estime et le respect des +<a name="p141" id="p141"></a><span class="pagenum">141</span> +généraux ennemis, et nos blessés s'en étaient +ressentis. Napoléon veut voir les soeurs et le curé; +il les fait appeler, les remercie au nom de la +patrie, et leur accorde, sur sa cassette, un premier +secours de cent napoléons.</p> + +<p>Le 21, on envoie à Paris un nouveau bulletin, +pour satisfaire, autant que possible, à l'avidité +avec laquelle on attend les résultats des derniers +combats. Napoléon passe la journée à faire +avancer les troupes qui défilent; et le 22 au matin, +il se remet en marche pour suivre l'ennemi +vers Troyes. La retraite des alliés se changeait +en déroute à mesure que leurs colonnes venaient +aboutir sur le grand chemin: l'accroissement +de leur masse dans ce défilé, au lieu de réunir +plus de forces, donnait lieu à plus d'encombrement +et de désordre; l'effroi se propage dans +toutes les directions. La peur a des ailes, et bientôt +les routes des Vosges se couvrent de voitures, +de charretiers, de blessés et de fuyards, qui reculent +jusqu'au Rhin! Cent mille hommes fuient +devant Napoléon, qui n'a pas quarante mille +Français pour les poursuivre.</p> + +<p>Cependant, sur la gauche, entre la Seine et +l'Aube, un corps ennemi se présente, qui ne +paraît pas entraîné dans la retraite générale des +alliés. L'avant-garde de cette troupe vient se +<a name="p142" id="p142"></a><span class="pagenum">142</span> +présenter aux portes de la petite ville de Méry, +au moment même que les fourriers y entraient +pour faire le logement du quartier impérial. Le +général Boyer s'y porte aussitôt avec une division +de la garde; mais il trouve au pont une résistance +à laquelle il était loin de s'attendre. L'ennemi +soutient notre attaque pendant le reste du +jour et une partie de la nuit. Il ne se décide à +abandonner la position qu'après que l'acharnement +du combat a réduit cette malheureuse ville +en cendres.</p> + +<p>Quel est cet ennemi si obstiné? D'abord on +s'imagine que c'est Witgenstein; qu'il veut rallier +les Russes dans la presqu'île du confluent de +l'Aube, et que, dans ce dessein, il attache une +grande importance à rester maître du pont de +Méry; mais pendant le combat on apprend que +c'est aux Prussiens qu'on a affaire, et ce n'est pas +sans quelque surprise qu'on retrouve si promptement +les troupes du maréchal Blücher. Les +rapports étaient vagues. Ce mouvement de l'armée +prussienne semble n'être qu'une forte reconnaissance +que Blücher inquiet a fait faire pour +savoir ce que devenait Schwartzenberg. Maintenant +que les Prussiens n'ont plus à douter du +mauvais état de l'armée autrichienne, on conjecture +qu'ils vont s'abandonner à ce mouvement +<a name="p143" id="p143"></a><span class="pagenum">143</span> +général de retraite que leurs échecs de Montmirail +et de Vauchamps ont commencé, et que les +combats de Nangis et de Montereau viennent de +rendre également nécessaire pour Schwartzenberg. +On se garde donc bien de se laisser détourner, +par cette rencontre, du parti qu'on a pris +de poursuivre les Autrichiens à outrance. On se +contente de faire observer les troupes de Blücher +dans leur retraite: bientôt on est certain qu'elles +ont repassé l'Aube à Baudemont et à Anglure. +On croit qu'elles ne font ce détour que pour reprendre +plus sûrement la route de Châlons, et +l'on ne pense plus qu'à arriver promptement à +Troyes.</p> + +<p>Le quartier impérial, n'ayant pu s'établir à +Méry, était revenu sur la grande route, et s'était +arrêté au hameau de Châtres. Napoléon y avait +passé la nuit du 22 au 23 dans la chaumière d'un +charron.</p> + +<p>Le 23 au matin, le prince Wenszel-Lichtenstein +se présente de la part du prince Schwartzenberg, +dont il est aide de camp. Napoléon le +reçoit entre les quatre murs du charron. Cet envoyé +apporte la réponse à la lettre que Napoléon +a écrite le 17, de Nangis, à son beau-père. Son +langage est pacifique. Il ne dissimule pas combien +les plans des alliés viennent d'être dérangés. Il +<a name="p144" id="p144"></a><span class="pagenum">144</span> +avoue qu'on a reconnu de nouveau Napoléon aux +coups qu'il portait, et c'est de la bouche même +de cet ennemi que sortent les premiers éloges, +peut-être les seuls que cette campagne mémorable +ait valus personnellement à son auteur! Napoléon, +mettant à profit les formes conciliantes +que montre l'aide de camp autrichien, engage +avec lui une conversation assez longue. Il lui +parle des bruits qui se répandent depuis quelque +temps sur un nouveau système qu'on prête aux +alliés: il lui demande s'il est vrai que la querelle +que nous fait l'Europe ait en effet changé de nature; +si c'est maintenant à sa personne, à sa dynastie +qu'on en veut; et si, conformément au +plan favori de l'Angleterre, c'est maintenant +de la famille des Bourbons qu'on s'occupe. Le +prince Lichtenstein rejette vivement ces bruits, +comme n'étant pas fondés: mais Napoléon lui +fait sentir qu'ils n'ont que trop de consistance +par la présence du duc d'Angoulême au quartier +général des Anglais dans le midi; par l'arrivée +du duc de Berry à Jersey, dans le voisinage +de nos départements de l'ouest; et surtout +par le voyage du comte d'Artois, qui est déjà en +Suisse, et qui s'annonce comme devant continuer +sa route à la suite du quartier général des alliés.</p> + +<p>Napoléon témoigne combien il lui répugne de +<a name="p145" id="p145"></a><span class="pagenum">145</span> +croire que son beau-père puisse entrer dans de +pareils projets: M. de Lichtenstein continue de +répondre par les protestations les plus tranquillisantes. +Il ne veut considérer le rôle qu'on fait +jouer aux Bourbons que comme un moyen de +guerre, à l'aide duquel on espère opérer quelques +diversions dans nos provinces; mais il assure +qu'il n'y a rien de sérieux à cet égard; que +l'Autriche d'ailleurs ne s'y prêterait pas;.... +.......................................................... +..................; et qu'enfin on +n'en veut ni à l'existence de l'empereur ni à sa +dynastie; qu'on désire la paix, et que la preuve +en est dans la mission qu'il vient remplir.</p> + +<p>Napoléon prévient M. de Lichtenstein qu'il +compte coucher le soir même à Troyes, et le +congédie, en promettant d'envoyer dès le lendemain +un général français aux avant-postes pour +négocier l'armistice.</p> + +<p>Ces pourparlers sont l'heureux présage de la +cessation prochaine des hostilités; ils nous promettent +une négociation plus franche, et des +conditions meilleures qu'à Châtillon: ils doivent +réjouir tout le monde, et cependant les flatteuses +espérances, qui déjà se répandent dans l'armée, +ne dissipent pas les inquiétudes de ceux qui approchent +Napoléon! C'est peut-être l'effet d'une +<a name="p146" id="p146"></a><span class="pagenum">146</span> +circonstance dont nous allons rendre compte.</p> + +<p>Le baron de Saint-Aignan, le même qui, au +mois de novembre précédent, avait été chargé +des propositions de Francfort, venait d'arriver de +Paris. Napoléon le reçoit immédiatement après +l'aide de camp autrichien, et dès les premiers +mots laisse échapper la confiance que cette démarche +des alliés lui inspire. M. de Saint-Aignan +se trouvait chargé par divers personnages de +présenter à Napoléon le tableau vrai des angoisses +que la capitale éprouve encore. Les victoires de +Montmirail et de Vauchamps n'ont pas rassuré; +celles de Nangis et de Montereau ne rassurent +pas davantage. On redoute de nouveaux revers; +on redoute également de nouveaux succès; on +craint que, dans l'un et l'autre cas, Napoléon ne +se confie trop facilement à son épée; et ce qu'on +voudrait surtout, c'est qu'il employât davantage +la voie des négociations. M. de Saint-Aignan vient +donc l'entretenir des voeux que l'on forme à +Paris pour qu'il se décide à des concessions. Une +pareille conversation allait faire un contraste assez +brusque avec la précédente; mais cette considération, +loin d'arrêter M. de Saint-Aignan, +l'encourage au contraire à parler, puisqu'il va +être entendu dans un moment décisif: il s'acquitte +de sa mission avec toute la franchise et +<a name="p147" id="p147"></a><span class="pagenum">147</span> +toute la loyauté qui le distinguent. Rien n'est +négligé par lui pour faire sentir que, dans l'état +actuel des affaires, il y a nécessité de tout sacrifier +à la conclusion de la paix. «Sire, s'écrie en +terminant M. de Saint-Aignan, la paix sera assez +bonne, si elle est assez prompte!--Elle arrivera +assez tôt si elle est honteuse!» réplique Napoléon. +Son front se rembrunit, et M. de Saint-Aignan +est brusquement congédié. Bientôt ces derniers +mots se répètent. On monte à cheval, et +chacun suit en silence la route de Troyes<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33"><sup class="sml">33</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name="footnote33"><b>Note 33: </b></a><a href="#footnotetag33">(retour)</a> <i>Lettre de Napoléon au duc de Feltre, du</i> 22 + <i>février</i> 1814. + +<p>«Quant au conseil que vous me donnez de faire la paix, +c'est trop ridicule. C'est en s'abandonnant à de pareilles +idées qu'on gâte l'esprit public. C'est au reste me supposer +bien fou ou bien bête, que de croire que, si je pouvais +faire la paix, je ne la ferais pas.</p> + +<p>»C'est à cette opinion qu'on a propagée, que je peux +faire la paix depuis quatre mois, mais que je ne la veux +pas, que sont dus tous les malheurs de la France. Je pensais +mériter qu'on m'épargnât au moins la démonstration +de pareils sentiments.»</p> </blockquote> + +<br><hr class="full"><br> +<p> <a name="p148" id="p148"></a><span class="pagenum">148</span> </p> + +<h4>CHAPITRE VI.</h4> + +<h4>L'ARMÉE FRANÇAISE RENTRE DANS TROYES.--SECOND<br> +SÉJOUR DE NAPOLÉON DANS CETTE VILLE.--NÉGOCIATION<br> +DE L'ARMISTICE A LUSIGNY.</h4> + +<p class="mid">(Du 23 au 27 février.)</p> + +<p>L'armée arrive devant Troyes dans l'après-midi +du 23 février; mais elle trouve les portes +fermées et barricadées. Les Russes, qui n'ont pas +entièrement évacué la ville, prétendent nous la +disputer pour quelques heures, et le combat +s'engage. Cependant la nuit survient; l'ennemi +en profite pour demander, par un aide de camp, +que la remise des portes soit différée jusqu'au +lendemain matin, à la pointe du jour. Napoléon +préfère le salut de Troyes à toute considération +militaire; il fait suspendre l'attaque, consent à +l'arrangement proposé, et se retire, avec ses +principaux officiers, dans une maison du faubourg +des Noues.</p> + +<p>Malgré cette espèce de trève, le canon continue +de se faire entendre de temps en temps; les +<a name="p149" id="p149"></a><span class="pagenum">149</span> +troupes, qui se sont répandues de nuit dans les +faubourgs de la route de Paris, dévastent les habitations +et les jardins; du côté opposé, l'ennemi +met le feu au faubourg par lequel il effectue sa +retraite; plusieurs villages brûlent dans la campagne, +et l'horizon n'est éclairé de toutes parts +que par la lueur des bivouacs et des incendies. +Dans l'intérieur de la ville, le départ nocturne +de cette foule de soldats de diverses nations +donne un libre cours aux scènes de désordre et +de violence.</p> + +<p>Le jour paraît enfin; l'avant-garde de l'armée +française prend possession des postes, et Napoléon +entre avec les premières troupes dans la +ville. Avant de se rendre à son logement, il +veut faire le tour des murs, reconnaître en quel +état la ville lui est rendue, faire occuper les +postes les plus importants, et présider lui-même +au bon ordre, pendant que l'armée traverse les +rues; mais il peut à peine se faire passage dans +la foule qui se précipite autour de lui; on l'accueille +par les acclamations les plus vives; c'est +à qui pressera ses bottes et baisera ses mains: +on dirait que la paix est signée, que tous les +maux de la guerre sont finis, et que Troyes, désormais +affranchi de toute crainte, improvise un +triomphe à son libérateur! +<a name="p150" id="p150"></a><span class="pagenum">150</span> </p> + +<p>Cependant, au milieu de l'expansion générale, +des plaintes s'élèvent: on parle de traîtres, on +dénonce des coupables; et ces cris ne sont pas +seulement ceux du peuple, ils sont répétés par +des personnes qui paraissent appartenir aux +classes les plus honorables du commerce et de +la bourgeoisie.</p> + +<p>Les habitants de Troyes venaient de passer +dix-huit jours sous le joug des armées ennemies: +quelque adoucissement que la présence des souverains +alliés eût apporté parmi eux au poids de +la guerre, une telle situation avait paru affreuse +à de paisibles citoyens, pour lesquels elle était si +nouvelle et si imprévue. Ce peuple, exaspéré par +les violences et les humiliations, avait vu d'un +oeil mécontent que quelques uns de ses compatriotes +ne partageassent pas son ressentiment +contre les étrangers; il allait jusqu'à comprendre +dans ses soupçons ceux que des circonstances +particulières avaient mis dans le cas de reconnaître, +par des respects, les qualités personnelles +des souverains alliés. La haine publique poursuivait +surtout quelques habitants qui, désavouant +les couleurs sous lesquelles la France combattait, +avaient osé arborer la cocarde blanche. +L'indignation publique n'avait attendu que le retour +de nos troupes pour éclater. Napoléon, forcé +<a name="p151" id="p151"></a><span class="pagenum">151</span> +par la foule de s'arrêter à chaque pas, apprend +ainsi, au milieu des rues, du haut de son cheval, +et de la bouche des principaux habitants +dont il est entouré, le sujet du mécontentement +qui agite le peuple; il partage ce mécontentement, +promet hautement de faire prompte justice; +et à peine est-il descendu à son logement, +que, jetant ses gants sur la table, et le fouet encore +à la main, il ordonne qu'on réunisse un +conseil de guerre.</p> + +<p>La tentative que quelques royalistes venaient de +se permettre à Troyes se rattachait aux menées secrètes +par lesquelles les partisans de la maison de +Bourbon voulaient rappeler à la fois sur elle l'attention +des Français et celle des souverains alliés: +des Français, en accréditant dans nos provinces +l'opinion que les couleurs blanches pouvaient +seules désarmer l'inimitié des alliés; des souverains, +en leur présentant cette ombre d'un parti +royaliste comme un parti réel, et ces couleurs +sous lesquelles un petit nombre de gens intimidés +couraient se réfugier, comme un appel de +l'opinion publique en faveur de l'ancienne famille. +Ce que la peur avait ainsi commencé dans +quelques départements malgré les peuples, une +influence ennemie semblait vouloir l'achever +malgré les alliés eux-mêmes. Quoi qu'en ait dit +<a name="p152" id="p152"></a><span class="pagenum">152</span> +le prince de Lichtenstein, l'Angleterre avait entrepris +sérieusement la restauration des Bourbons, +et de tous côtés les intrigues de ses agents +prenaient un caractère plus grave. Il devenait urgent +d'intimider leur audace, en déployant contre +eux la sévérité des lois. Dans de pareilles circonstances, +l'autorité, toujours ombrageuse, punit +quelquefois jusqu'aux apparences; dans celle-ci, +un prince faible ou cruel n'aurait eu que +trop de prétextes pour faire couler des flots de +sang!.... Mais Napoléon s'était jusqu'alors refusé +à sévir, tant le remède des supplices lui inspirait +de dégoût! La raison d'état parle enfin si haut +qu'il est forcé de l'entendre. On vient d'apprendre +l'entrée du comte d'Artois en Franche-Comté. +Non seulement ce prince et ses fils, placés sur +les frontières les plus opposées, semblent se présenter +pour agiter la France d'une extrémité à +l'autre; mais le chef de leur maison, Louis XVIII +lui-même, est parvenu à faire circuler dans Paris +ses paroles, ses insinuations, ses pardons, et ses +promesses. Du fond de sa retraite de Hartwell, +en Angleterre, il a écrit aux principaux fonctionnaires +de l'empire, aux sénateurs, aux +membres du conseil et de la magistrature: ses +lettres viennent d'arriver mystérieusement à leur +adresse; et déjà quelques uns de ceux qui les ont +<a name="p153" id="p153"></a><span class="pagenum">153</span> +reçues rêvent aux chances d'une révolution nouvelle<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34"><sup class="sml">34</sup></a>! +Des rumeurs souterraines commencent à +se faire entendre dans la capitale, tandis que la +conjuration éclate dans les provinces occupées +par l'ennemi, et surtout dans le midi... Telle est +la substance des derniers rapports qu'on reçoit +de toutes parts. Cet état de choses n'aggrave que +trop l'affaire des royalistes de Troyes. Il faut se +décider à punir; et peut-être, pour qu'on prenne +ce parti, n'est-ce pas trop de l'influence du +champ de bataille qui nous environne. Chaque +jour, à chaque instant, quelques uns des nôtres +tombent sous les coups de l'ennemi: au milieu +de cette destruction continuelle, la vie d'un obscur +conjuré pèse à peine dans les balances +sanglantes de la guerre. Parmi les noms des coupables +que la clameur publique vient de désigner, +on a retenu ceux de deux anciens émigrés, +que toute la ville accuse, non seulement d'avoir +<a name="p154" id="p154"></a><span class="pagenum">154</span> +porté la cocarde blanche et repris la croix de +Saint-Louis, mais encore d'avoir fait publiquement +des démarches auprès de l'empereur de +Russie en faveur de la cause des Bourbons. Ce +sont les sieurs Gouaut et Vidranges; ce dernier +s'est réfugié à Chaumont, mais Gouaut est +resté; la foudre qu'il a voulu braver tombe sur +lui: il est traduit au conseil de guerre, et servira +d'exemple.<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup class="sml">35</sup></a> </p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name="footnote34"><b>Note 34: </b></a><a href="#footnotetag34">(retour)</a> Extrait d'une déclaration datée de Buckingham, le 1<sup>er</sup> +janvier 1814. + +<p>«Une destinée glorieuse appelle le sénat à être le premier +instrument du grand bienfait qui deviendra la plus +solide comme la plus honorable garantie de son existence +et de ses prérogatives...» (<i>Voir dans l'ouvrage du sénateur +Lambretchs</i>, pag. 69.)</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name="footnote35"><b>Note 35: </b></a><a href="#footnotetag35">(retour)</a> Il résulte de la note que M. Vidranges a fait insérer +dans l'ouvrage de M. Beauchamp, tome I<sup>er</sup>, page 241 et +suivantes, que «la présence des alliés dans l'ancienne capitale +de la Champagne avait ranimé l'espoir des partisans +des Bourbons; que l'un d'eux, M. de Vidranges, +gentilhomme lorrain, <i>résolut d'entraîner cette ville</i>; qu'il +fut secondé par M. Gouaut, chevalier de Saint-Louis; +que le comte de Rochechouart, et le colonel Rapatel, +leur ayant donné la nouvelle de l'arrivée des princes sur le +continent, et leur ayant dit qu'il était temps de se prononcer, +ils s'étaient sentis électrisés; qu'ils avaient rattaché +la croix de Saint-Louis à leur boutonnière; que +le prince de Wurtemberg les ayant encouragés à s'adresser +à l'empereur de Russie, <i>ils étaient allés trouver ce prince +au nom des principaux royalistes de Troyes</i>, et qu'ils lui +avaient présenté une adresse dans laquelle <i>ils sollicitaient +le rétablissement des Bourbons sur le trône de France</i>.» +M. de Vidranges finit par un aveu encore plus remarquable: +c'est que l'empereur de Russie ne put s'empêcher de +leur dire «<i>qu'il trouvait leur démarche un peu prématurée; +que les chances de la guerre étaient incertaines; et qu'il +serait fâché de les voir sacrifiés...</i>» </blockquote> + +<p> <a name="p155" id="p155"></a><span class="pagenum">155</span> </p> + +<p>L'affaire de l'armistice emploie le reste de la +matinée. Un autre aide de camp du prince de +Schwartzenberg arrive de Bar-sur-Aube, où le +quartier général des alliés s'est d'abord retiré. +Il vient proposer le village de Lusigny, près +Vandoeuvres, pour la réunion des généraux qui +auront à négocier l'armistice. Il annonce que le +général Duca est nomme commissaire pour l'Autriche; +que les autres commissaires sont, pour la +Russie, le général Schouvaloff, et, pour la Prusse, +le général Rauch.</p> + +<p>Napoléon de son côté désigne le général Flahaut, +son aide de camp; il s'occupe aussitôt de +le faire partir, dicte ses instructions, et les lui +remet à la suite d'un long entretien.</p> + +<p>Après le départ du général Flahaut, Napoléon, +harassé de fatigues, venait de se retirer dans sa +chambre, lorsque la famille éplorée de Gouaut +se présente aux portes pour demander grâce. +Napoléon ne savait pas résister à ces cris de miséricorde; +des rémissions éclatantes et nombreuses +attestent assez sa clémence: mais cette +fois, déterminé à ne pas se laisser fléchir, il +<a name="p156" id="p156"></a><span class="pagenum">156</span> +avait pris des précautions contre lui-même, et +n'avait trouvé d'autres moyens que de ne pas +se laisser approcher. Cependant l'écuyer de service +est des environs de Troyes, c'est Mesgrigny. +Il veut servir ses compatriotes; tout ce qui est +de service avec lui le seconde. A peine Napoléon +est réveillé que le placet de Gouaut est présenté; +mais est-il encore temps de sauver ce malheureux. +On court à l'état major; le prince de Neuchâtel +répond que la sentence doit être exécutée. +Napoléon veut du moins qu'on s'en assure. Un +officier d'ordonnance y court. Bientôt cet officier +revient: il est trop tard. Napoléon garde +un long silence, et le rompt enfin en disant: +«La loi le condamnait!»</p> + +<p>Pendant les journées des 25 et 26, l'attention +est entièrement concentrée sur les conférences +de Lusigny. On reste dans une alternative continuelle +de craintes et d'espérances. Des courriers, +des ordonnances, des aides de camp, se +succèdent incessamment sur la chaussée de Vandoeuvres. +Tantôt on croit voir arriver la nouvelle +de la cessation des hostilités, tantôt on entend +parler de nouveaux combats. Le 27 au matin, +aucune nouvelle décisive n'était encore arrivée +de la part du général Flahaut: Cependant la question +militaire était trop simple en elle-même pour +<a name="p157" id="p157"></a><span class="pagenum">157</span> +présenter de grandes difficultés; mais la politique +s'était emparée de la négociation et l'avait singulièrement +compliquée.</p> + +<p>Dans ces pourparlers, l'ennemi ne se proposait +qu'une suspension d'armes; mais Napoléon, +portant ses vues plus loin, cherchait à profiter +de l'occasion pour poser les bases de la paix définitive. +Il désirait garder Anvers et les côtes de +la Belgique: c'était le prix qu'il se promettait de +ses derniers succès. Mais Anvers était pour l'Angleterre +la négociation toute entière; et, par +l'influence anglaise, cette concession devait être +obstinément refusée au congrès de Châtillon. Il +était dès lors indispensable de faire traiter ce +point sur un autre terrain. Anvers devait perdre +de son importance aux yeux désintéressés des +généraux russes, autrichiens et prussiens: Napoléon +s'était donc proposé de faire préjuger la +question dans la conférence militaire de Lusigny; +mais tant qu'elle serait indécise, il ne voulait +pas se priver, par une trêve prématurée, des +avantages que la poursuite des Autrichiens semblait +lui promettre pour compléter la défaite +des alliés. Aussi l'armée française n'avait-elle pas +cessé un moment de pousser les Autrichiens +l'épée dans les reins. Le quartier général ennemi +rétrogradait jusqu'à Colombey; la garde russe +<a name="p158" id="p158"></a><span class="pagenum">158</span> +était en retraite sur Langres; le corps de Lichtenstein, +sur Dijon. Les souverains alliés s'étaient +retirés à Chaumont en Bassigny; nos troupes +s'emparaient de Lusigny au moment où les commissaires +pour l'armistice s'y réunissaient. Cette +occupation militaire de Lusigny avait même +donné lieu à des difficultés dès les premiers +pourparlers; mais de plus graves obstacles s'étaient +élevés bientôt après, lorsqu'on en était +venu à disputer la ligne de l'armistice.</p> + +<p>Les généraux ennemis avaient proposé le <i>statu +quo</i> des deux armées.</p> + +<p>Le général Flahaut, conformément à ses instructions, +avait demandé que la ligne s'étendît +depuis Anvers, où nous avions le général Carnot, +jusqu'à Lyon, où nous avions le duc de +Castiglione. Cette ligne devait placer les forces +de la France sur un seul front, depuis l'Escaut +jusqu'aux Alpes. Les commissaires russe et prussien, +affectant de se mettre hors de l'influence +des derniers événements, trouvaient que c'était +payer trop cher quelques délais dont l'armée +autrichienne avait besoin pour reposer ses colonnes. +Le général autrichien était plus conciliant; +mais, par suite de la forme diplomatique +que les conférences avaient prise, chaque commissaire +s'était trouvé dans la nécessité de +<a name="p159" id="p159"></a><span class="pagenum">159</span> +demander de nouvelles instructions, et le temps +se perdait à les attendre.</p> + +<p>Ce sont pourtant des moments bien précieux +que ceux qui s'écoulent ainsi: notre horizon s'est +tout-à-coup chargé de nuages sombres qu'un armistice +seul aurait pu dissiper. Nous sommes +arrivés à l'époque critique de la campagne. +<a name="p160" id="p160"></a><span class="pagenum">160</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> + +<h4>CHAPITRE VII.</h4> + +<h4>TROISIÈME EXPÉDITION CONTRE LE MARÉCHAL BLÜCHER.--RETOUR<br> +DE NAPOLÉON SUR LA MARNE.</h4> + +<p class="mid">(Fin de février.)</p> + +<p>Lorsque Napoléon dictait ses prétentions au +commissaire qu'il envoyait à Lusigny, la suspension +d'armes demandée par les alliés était généralement +considérée comme ne pouvant être profitable +qu'à l'armée autrichienne, dont elle aurait +arrêté la déroute. On était loin de penser que +l'armistice pouvait offrir à l'armée française un +avantage équivalent, en suspendant les opérations +du maréchal Blücher. On apprend enfin, +mais trop tard, la diversion que les Prussiens ont +entreprise, et dont il nous reste à rendre compte.</p> + +<p>Pour conserver la liaison des faits, nous reviendrons +un moment sur nos pas.</p> + +<p>Après le combat de Vauchamps, nous avons +laissé le maréchal Blücher séparé de ses lieutenants, +battu comme eux, faisant en toute hâte +retraite vers Châlons-sur-Marne, et ne sachant +<a name="p161" id="p161"></a><span class="pagenum">161</span> +trop où cette déroute pourra le mener. La fortune +ne lui a pas tenu long-temps rigueur. Dès +le lendemain, Napoléon, rappelé vers Nangis et +Montereau, a cessé de peser sur lui. Blücher n'a +plus été poursuivi que par le duc de Raguse, +et bientôt ce dernier a été obligé lui-même de +lâcher prise, pour revenir sur Montmirail combattre +un corps de troupes que le prince Schwartzenberg +avait fait avancer de ce côté au secours +des Prussiens. Tandis que le duc de Raguse, occupé +à poursuivre cette troupe, est allé prendre +position à Sezanne, Blücher a mis les moments +à profit, en ralliant à lui les corps de Sacken et +d'York.</p> + +<p>Ceux-ci avaient échappé de leur côté à la poursuite +du duc de Trévise, par un concours de +circonstances non moins heureuses que celles +qui avaient débarrassé leur général en chef. Les +corps prussiens de Bülow et les divisions russes +de Wintzingerode et de Woronzoff, après avoir +pris possession de la Belgique, avaient franchi +notre ancienne frontière du nord. Leur avant-garde, +pénétrant à travers les Ardennes, s'était +avancée jusqu'aux portes de Soissons. A défaut +de bonnes murailles et d'une nombreuse garnison, +Soissons avait le général Rusca pour +commandant; mais ce brave officier avait été +<a name="p162" id="p162"></a><span class="pagenum">162</span> +tué d'une des premières décharges, et sa mort +avait promptement livré la place au général +Wintzingerode. Les Russes y étaient entrés le 13 +février, précisément pour recueillir les fuyards +de Sacken et d'York, qui s'échappaient du combat +livré la veille à Château-Thierry. Ces troupes +ayant appris, en se ralliant à Soissons, que leur +général en chef, Blücher, ralliait lui-même ses +forces du côté de Châlons, s'étaient aussitôt +mises en marche pour aller le rejoindre par la +route de Reims. Les Russes auraient voulu se +conserver la possession importante de Soissons; +mais dès le 19 février le duc de Trévise avait +repris cette ville.</p> + +<p>Le maréchal Blücher, peu de jours après ses +défaites, était donc parvenu à réunir toutes ses +forces, et se voyait au moment d'en recevoir de +nouvelles qui lui arrivaient par les routes du +nord et de la Lorraine. Le 18 février, il s'était +trouvé en état de courir à son tour au secours +de Schwartzenberg; des bords de la Marne, il +était venu camper avec cinquante mille hommes +au confluent de l'Aube et de la Seine; il avait +reçu en route, le 19, au bivouac de Sommesous, +un nouveau renfort de neuf mille hommes +appartenant au corps de Langeron: il espérait +qu'une réunion générale de toutes les forces des +<a name="p163" id="p163"></a><span class="pagenum">163</span> +alliés en ayant de Troyes arrêterait Napoléon, +et produirait les mêmes résultats qu'à Brienne. +Ce n'était donc pas seulement un détachement +de l'armée de Silésie que nous avions rencontré +à Méry, ainsi que nous l'avions cru pendant +quelques jours; c'était l'avant-garde de toute +cette armée. Blücher s'était trouvé de sa personne +au combat du pont de Méry; il y avait +été blessé à la jambe. Il n'avait pris le parti de +la retraite qu'après s'être convaincu de ses propres +yeux qu'il était impossible de rallier l'armée +de Schwartzenberg en avant de Troyes, et que +la réunion projetée était désormais inutile. Dès +lors il s'était décidé à repasser l'Aube; mais sa +retraite cachait un des plus hardis projets de la +campagne. Encouragé par les renforts qui ne cessaient +de lui arriver, soit qu'il eût reçu des ordres +de son cabinet, soit qu'il n'eût pris conseil que +de son audace, Blücher avait résolu de s'avancer +encore une fois sur Paris, pour tenter une grande +diversion en faveur de l'armée autrichienne. +Ainsi, pendant que le gros de l'armée française +était autour de Troyes, occupée d'armistice et +de paix, les troupes prussiennes descendaient +rapidement sur les deux rives de la Marne. Le +duc de Raguse, forcé le 24 d'abandonner Sezanne, +se retirait, par la Ferté-Gaucher, sur la +<a name="p164" id="p164"></a><span class="pagenum">164</span> +Ferté-sous-Jouarre. De l'autre côté de la Marne, +le duc de Trévise, après avoir laissé garnison +dans Soissons, se retirait également sur la Ferté-sous-Jouarre.</p> + +<p>Napoléon ne reçoit ces nouvelles que dans +la nuit du 26 au 27; en peu d'heures, elles ont +changé tous ses plans. Le 27 au matin, il quitte +Troyes précipitamment pour se porter, par Arcis-sur-Aube +et Sezanne, sur les traces de l'armée +prussienne. Il ne laisse en avant de Troyes que +deux corps d'armée, celui du duc de Reggio et +celui du duc de Tarente; c'est le duc de Tarente +qui commandera en chef. Au moment où ces deux +maréchaux sont ainsi abandonnés à eux-mêmes, +le premier est engagé dans un combat très vif +sur les hauteurs de Bar-sur-Aube, le second est +en marche vers Châtillon. Mais il ne s'agit plus +de poursuivre les Autrichiens; désormais les +troupes qui restent opposées à celles de Schwartzenberg +doivent borner leurs efforts à les contenir, +et surtout à masquer le grand mouvement +que notre armée fait sur Blücher. Dans cette intention, +le duc de Reggio et le général Gérard, +qui sont aux prises avec l'ennemi, font faire sur +toute la ligne les acclamations qui signalent +ordinairement l'arrivée de Napoléon. Ces cris +sont entendus de la ligne opposée; et tandis que +<a name="p165" id="p165"></a><span class="pagenum">165</span> +Napoléon s'éloigne de Troyes à marche forcée, +Schwartzenberg croit qu'il est arrivé devant lui.</p> + +<p>Le 27 février, Napoléon arrive vers midi à Arcis-sur-Aube; +il s'y arrête quelques heures dans +le château de M. de La Briffe, son chambellan, +pour donner le temps aux troupes de défiler, et +de passer l'Aube. En sortant du pont d'Arcis, +l'armée prend à gauche, et suit la route de traverse +qui conduit à Sezanne. Le soir, on bivouaque +sur les confins des départements de l'Aube +et de la Marne, non loin de la Fère champenoise; +Napoléon entre chez le curé du petit village +d'Herbisse, et y passe la nuit.</p> + +<p>Arrêtons-nous-y un moment avec le quartier +impérial. Après les peines de la journée, la +gaieté française jetait encore de temps en temps +quelques lueurs sur le repos du soir: cette +soirée d'Herbisse est peut-être la dernière de ce +genre que je puisse mettre sous les yeux du lecteur.</p> + +<p>Le presbytère se composait d'une seule chambre +et d'un fournil: Napoléon se renferme dans +la chambre, et y abrège la nuit par ses travaux +accoutumés. Les maréchaux, les généraux aides +de camp, les officiers d'ordonnance et les autres +officiers de la maison, remplissent aussitôt le +fournil: le curé veut faire les honneurs de chez +<a name="p166" id="p166"></a><span class="pagenum">166</span> +lui; au milieu de tant d'embarras, il a le malheur +de s'engager dans une querelle de latin avec le +maréchal Lefèvre; pendant ce temps, les officiers +d'ordonnance se groupent autour de la nièce, qui +leur chante des cantiques. Le mulet de la cantine +se faisait attendre; il arrive enfin: on établit aussitôt +une porte sur un tonneau; quelques planches +sont ajustées autour en forme de bancs; les principaux +s'y asseyent, les autres mangent debout. +Le curé prend place à la droite du grand maréchal, +et la conversation s'engage sur le pays où +l'on se trouve: notre hôte a peine à concevoir +comment ces militaires connaissent si bien les +localités; il veut absolument que tout son monde +soit Champenois. Pour lui expliquer ce qui l'étonne, +on lui présente des feuilles de Cassini, +que chacun a dans sa poche; il y retrouve le +nom de tous les villages voisins, et s'étonne encore +davantage, tant il est loin de penser que +la géographie s'occupe de pareils détails: les +naïvetés du bon curé égaient ainsi la fin du repas. +Bientôt après on se disperse dans les granges +voisines: les officiers de service restent seuls auprès +de la porte de la chambre où se trouve Napoléon; +on leur apporte leur botte de paille; et +le curé ne pouvant aller coucher dans son lit, +on lui cède la place d'honneur sur le lit de camp. +<a name="p167" id="p167"></a><span class="pagenum">167</span> +Le lendemain matin 28, le quartier impérial part +de très bonne heure: Napoléon était à cheval +que le curé n'était pas encore réveillé; il se réveille +enfin; mais, pour le consoler de n'avoir pas +fait ses adieux, il ne faut rien moins qu'une +bourse que le grand maréchal lui fait remettre, +et qui est l'indemnité d'usage dans toutes les +maisons peu aisées où Napoléon s'arrête. Quittons +le bon curé d'Herbisse, et remettons-nous +à la suite du mouvement de l'armée.</p> + +<p>Tandis que l'armée continue sa marche vers +Sezanne, Napoléon se porte, avec des troupes +légères, sur un corps ennemi qui avait couché +près de nos bivouacs, à la Fère champenoise; +il le chasse devant lui: c'était un détachement de +cavalerie que Blücher avait jeté de ce côté sous +les ordres du général Tettenborn, pour communiquer +avec l'armée autrichienne, et être averti +de notre marche. Les colonnes de l'armée française +se réunissent, vers le milieu de la journée, +à Sezanne; on ne s'y arrête que pour prendre +des renseignements: on apprend que les ducs +de Trévise et de Raguse se sont réunis le 26 à la +Ferté-sous-Jouarre; mais que, trop faibles encore +malgré leur jonction, ils continuent de +reculer devant toutes les forces de Blücher, et +doivent être à Meaux; qu'il n'y a pas un +<a name="p168" id="p168"></a><span class="pagenum">168</span> +moment à perdre pour sauver ce faubourg de la +capitale.</p> + +<p>L'armée se remet aussitôt en marche; mais +la journée étant déjà très avancée, on ne peut +faire que quelques lieues au-delà de Sezanne, et +l'on bivouaque à moitié chemin de la Ferté-Gaucher. +Le quartier impérial passe la nuit au château +d'Estrenay, que les Prussiens avaient pillé le +matin.</p> + +<p>Plusieurs officiers d'ordonnance, expédiés en +toute hâte par les deux maréchaux que l'on +vient de laisser au-delà de Troyes, arrivent dans +la soirée, et sont porteurs de mauvaises nouvelles: +les Autrichiens ne reculent plus; ils ont +repris vivement l'offensive à l'instant même que +Napoléon a quitté Troyes: le combat que les +troupes du duc de Reggio et du général Gérard +ont eu à soutenir le 27, sur les hauteurs de Bar-sur-Aube, +a été sanglant; les généraux ennemis +ont prodigué le nombre des assaillants; la valeur +personnelle des chefs n'a épargné aucun effort +pour ramener la confiance dans cette armée découragée, +et la décider à accabler de sa masse le +petit nombre de Français qui lui est opposé: +Witgenstein et Schwartzenberg lui-même se sont +fait blesser. Les renforts qui arrivaient à chaque +instant à l'ennemi rendaient cette lutte de plus en +<a name="p169" id="p169"></a><span class="pagenum">169</span> +plus disproportionnée; et le soir, les généraux +français s'étaient décidés à la retraite: ils reviennent +sur Troyes. Le duc de Tarente, qui a eu +quelques avantages du côté de Mussy-l'Évêque, et +qui a même relevé un moment les troupes autrichiennes +dans la garde d'honneur du congrès de +Châtillon, est entraîné par le mouvement de retraite +qui ramène le duc de Reggio sur Troyes. +Les Autrichiens savent maintenant que les troupes +qu'ils ont devant eux ne sont qu'un rideau, et +que le gros de l'armée française a suivi Napoléon; +ils se trouvent eux-mêmes si nombreux, que +déjà ils n'hésitent plus à détacher les généraux +Hesse-Hombourg et Bianchi contre le duc de Castiglione, +qui devient trop redoutable sur leurs +derrières.</p> + +<p>Ainsi peu de jours ont suffi pour dissiper nos +avantages et déjouer nos projets: les Autrichiens, +qu'on croyait poursuivre jusqu'au Rhin, se sont +ralliés entre Langres et Bar, et maintenant reviennent +sur nous; le maréchal Augereau ne +pourra plus opérer la diversion qui lui a été prescrite +sur la Saône; et Paris se voit menacé plus +que jamais par l'armée de Blücher, qui est aux +portes de Meaux.</p> + +<p>Napoléon, à force d'activité, espère encore ramener +la fortune; il veut d'abord se débarrasser +<a name="p170" id="p170"></a><span class="pagenum">170</span> +de Blücher, et compte revenir sur la Seine assez +tôt pour sauver Troyes.</p> + +<p>Le 1<sup>er</sup> mars, l'armée française arrive de bonne +heure à la Ferté-Gaucher; Napoléon s'y arrête +un moment chez le maire, vieillard très âgé, que +son zèle rajeunit, et que Napoléon rajeunit encore +en lui donnant la décoration de la Légion-d'Honneur. +Les nouvelles de Meaux sont rassurantes: +les Prussiens ont été arrêtés par la rupture +des ponts de Tréport et de Lagny; ils ont +été également arrêtés la veille (le 28) sur la ligne +de l'Ourcq, au village de Lisy, par les troupes du +duc de Raguse; et sur la Térouenne, au gué du +Trême, par les troupes du duc de Trévise.</p> + +<p>Ainsi les deux maréchaux tiennent toujours +en avant de Meaux; Napoléon arrive sans doute +à temps; dans quelques heures, ses troupes vont +se trouver en ligne: si Blücher, surpris par leur +brusque arrivée, fait volte-face contre elles, un +combat décisif va s'ensuivre, et les affaires peuvent +être promptement rétablies. Pleine de ces +espérances, l'armée continue, en toute hâté, sa +marche par Rebais; elle est harassée, mais l'ardeur +de vaincre la soutient: de Rebais, elle se +dirige sur la Ferté. Arrivée enfin sur les hauteurs +de Jouarre, elle découvre à ses pieds la ville de la +Ferté, les sinuosités de la vallée, et, de l'autre +<a name="p171" id="p171"></a><span class="pagenum">171</span> +côté de la Marne, l'armée prussienne qui nous +échappe!</p> + +<p>Le maréchal Blücher avait été informé sans +doute, par les troupes légères de Tettenborn, de +l'approche de Napoléon; il avait évacué aussitôt +la rive gauche de la Marne: réuni à ses troupes +de la rive droite, il avait coupé les ponts, et venait +de mettre la rivière entre nous.</p> + +<p>Napoléon ordonne qu'on se mette, sans perdre +de temps, à rétablir un pont à la Ferté; mais +cette opération exigera au moins vingt-quatre +heures; on passe la nuit à Jouarre.</p> + +<p>Le lendemain, 2 mars, Napoléon descend à la +Ferté, pour être plus près des travaux du pont; +il s'établit dans la première maison qu'il trouve +au faubourg de Paris.</p> + +<p>La plaine qui s'étend entre la Marne et l'Ourcq +est couverte des détachements de l'armée prussienne. +On les voit qui mettent à profit le temps +que nous perdons à rétablir un pont: leur retraite +se fait en désordre dans la direction de +Soissons. Le temps est affreux: ils ne peuvent +fuir que par des chemins de traverse, où leurs +équipages restent embourbés; les souvenirs de +Montmirail et de Vauchamps se réveillent parmi +eux, et troublent leurs esprits. A chaque instant +des paysans qui échappent de leurs mains viennent +<a name="p172" id="p172"></a><span class="pagenum">172</span> +à la Ferté raconter les embarras et les terreurs +de l'ennemi. Ces rapports ne font qu'ajouter +à l'impatience que Napoléon a de franchir la +Marne.</p> + +<p>Bacler-d'Albe est envoyé à Paris pour y porter +la nouvelle de la retraite des Prussiens. Rumigny, +l'un des commis du cabinet, part en courrier +pour Châtillon, où il instruira le duc de +Vicence de la situation des affaires; des aides de +camp sont expédiés aux ducs de Trévise et de +Bellune, pour qu'ils aient à reprendre l'offensive, +et leur donner avis qu'ils forment désormais la +gauche du cercle dans lequel on va renfermer +Blücher.</p> + +<p>Dans la nuit du 2 au 3 mars, nos troupes effectuent +enfin ce passage de la Marne si long-temps retardé: +mais tout-à-coup le temps change; +une forte gelée succède à la pluie, et l'ennemi +voit se convertir en routes solides et faciles ces +mêmes boues d'où quelques heures auparavant +il désespérait de sortir!</p> + +<p>Malgré ce contre-temps, toutes les chances +d'un grand succès ne nous sont pas enlevées. +Dans la direction que l'ennemi est forcé de suivre +pour opérer sa retraite, le cours de l'Aisne va +lui barrer le passage. Soissons est la clef de cette +barrière; Soissons, dont les fortifications ont été +<a name="p173" id="p173"></a><span class="pagenum">173</span> +relevées, est à nous; quatorze cents Polonais en +forment la garnison: l'ennemi ne peut penser +à l'enlever par un coup de main. Blücher est à +Beurneville, près la Ferté-Milon; ses soldats, épars +dans les plaines de Gandelu et d'Aulchy-le-Château, +ayant devant eux l'Aisne, derrière eux la +Marne, pressés à gauche par les troupes du duc +de Trévise et du duc de Raguse, à droite par +l'armée de Napoléon, courent grand risque d'être +acculés sur Soissons, et d'être forcés de déposer +armes et bagages aux pieds des vieux remparts +de cette ville.</p> + +<p>Plein de ces espérances, Napoléon débouche, +le 3 mars, par le nouveau pont de la Ferté; il +porte rapidement ses troupes sur la grande route +de Châlons jusqu'à Château-Thierry; et là, trouvant +à gauche la route de Soissons, il la fait +prendre à son armée, qu'il ramène ainsi sur les +flancs de l'ennemi. Quel que soit ce détour, nos +troupes, en suivant une chaussée, ont marché +plus vite que les Prussiens, leur ont coupé le +chemin de Reims, et se trouvent en mesure d'arriver +sur eux avant qu'ils aient passé l'Aisne. +Napoléon s'arrête la nuit à Bezu-Saint-Germain.</p> + +<p>Tandis que la droite de l'armée française s'avance +ainsi par la route de Château-Thierry à +<a name="p174" id="p174"></a><span class="pagenum">174</span> +Soissons, les troupes des ducs de Trévise et de +Raguse tournent l'ennemi par notre gauche, et +marchent également sur Soissons; l'un en suivant +la grande route de Villers-Cotterets, l'autre en +passant par Neuilly-le-Saint-Front.</p> + +<p>Resserré ainsi de tous côtés, l'ennemi se croit +perdu; mais dans ce moment critique les ponts-levis +de Soissons s'abaissent devant l'armée prussienne +étonnée!</p> + +<p>Ce passage inespéré lui est ouvert par les généraux +Bulow et Wintzingerode, que le hasard +vient d'amener sur l'autre rive de l'Aisne.</p> + +<p>Le général Bulow, arrivant de Belgique, à +travers la Picardie, avait d'abord fait une incursion +sur notre arsenal de la Fère; il s'était ensuite +réuni au général Wintzingerode; leur jonction +venait de se faire le 2 mars, dans les environs de +Soissons. Ces généraux avaient entamé des pourparlers +avec le commandant français, et, dans +cette négociation, ils avaient réussi à lui persuader +qu'il n'avait rien de mieux à faire que de +capituler.</p> + +<p>Le 4 mars au matin, Napoléon, ignorant encore +ce qui vient de se passer à Soissons, continue +son mouvement sur l'Aisne; l'armée impériale +passe au pied des ruines du château de +Fère-en-Tardenois, et arrive à Fismes, où elle +<a name="p175" id="p175"></a><span class="pagenum">175</span> +coupe la route de Soissons à Reims. C'est là qu'on +apprend la perte de Soissons, et la fortune des +Prussiens!...</p> + +<br><hr class="full"><br> +<p> <a name="p176" id="p176"></a><span class="pagenum">176</span> </p> + +<h4>CHAPITRE VIII.</h4> + +<h4>EXCURSION AU-DELA DE L'AISNE.--BATAILLE DE<br> +CRAONNE.--COMBATS DE LAON ET DE REIMS.</h4> + +<p class="mid">(Du 4 au 15 mars.)</p> + +<p>Ces longues marches, devenues vaines par une +suite de contre-temps inouïs, ont éloigné l'armée +de sa ligne d'opérations, renfermée jusqu'alors +entre la Seine et la Marne. On se voit avec inquiétude +transporté aux débouchés des Ardennes; +les craintes sur ce qui se passe derrière nous +augmentent avec les distances qui nous séparent +de la Seine. On ne reçoit aucune nouvelle de +Lusigny, on n'en reçoit aucune de Châtillon: +sans doute les alliés, revenus de leurs alarmes, +auront eu honte des avances qui ont failli leur +coûter la suspension des hostilités; sans doute +le ministre anglais, mettant à profit l'assurance +que rend aux plus timides le retour de la fortune, +n'aura pas manqué de prendre des précautions +contre les vicissitudes à venir! Ces conjectures +auxquelles on se livrait avec anxiété n'étaient +<a name="p177" id="p177"></a><span class="pagenum">177</span> +que trop fondées; l'Angleterre venait de faire signer +le traité de Chaumont.</p> + +<p>Par ce traité, qui porte la date du 1<sup>er</sup> mars, +les souverains, resserrant leur alliance, s'étaient +engagés à ne pas se départir du projet de renfermer +la France dans ses anciennes limites. Il +est même probable que l'idée de renverser Napoléon +du trône venait d'être agréée; mais, par +condescendance pour l'Autriche, on devait encore +tenir quelques conférences à Châtillon pour +voir si le duc de Vicence pourrait se résoudre à +signer le traité.</p> + +<p>Ces résolutions n'ont été connues que plus tard; +mais déjà il est évident que les affaires deviennent +plus difficiles; de noirs pressentiments commencent +à se répandre, et Napoléon lui-même est +plus sombre!</p> + +<p>Toujours sur les pas de l'ennemi, il ne voit +de tous côtés que dévastation et incendie. Il n'est +entouré que de malheureux habitants, qui, dans +leur désespoir, poussent bien plutôt des cris de +vengeance que des cris de paix. «Vous aviez bien +raison, sire,» lui disent dans les termes les plus +énergiques, et d'une commune voix, tous les +habitants des pays que nos armes délivrent un +moment de l'ennemi, «vous aviez bien raison +quand vous nous recommandiez de nous lever +<a name="p178" id="p178"></a><span class="pagenum">178</span> +en masse. La mort est mille fois préférable aux +vexations, aux mauvais traitements, et aux +cruautés qu'il faut endurer lorsqu'on se soumet +au joug de l'étranger.»</p> + +<p>Le désespoir général est devenu une arme contre +l'ennemi: Napoléon s'en saisit. Il entreprend +de donner même aux plus faibles cette espèce +d'énergie que peut inspirer la peur. Il laisse un +libre cours aux cris de vengeance: le Moniteur +se remplit de toutes les plaintes, de tous les gémissements +des malheureux habitants de Montmirail, +de Montereau, de Nangis; des souffrances de +Troyes, et des horreurs plus récentes encore +dont les plaines de la Ferté-sous-Jouarre et +de Meaux viennent d'être le théâtre. Toutes les +villes que la guerre a frappées de son fléau envoient +des députés à Paris pour y peindre leur +situation et demander des vengeurs! Partout des +enquêtes sont faites: les maux sont si grands, +qu'on n'a pas besoin de les exagérer. Les ressentiments +et l'effroi sont donc mis en jeu dans toute +leur vérité pour suppléer à l'ardeur que le patriotisme +seul aurait dû rallumer. On invoque +les grands exemples de l'antiquité: on rappelle +ce que la France a fait en 1792; on s'anime même +par l'exemple de ce que l'Espagne, la Russie et +la Prusse viennent de faire contre nous! Dans +<a name="p179" id="p179"></a><span class="pagenum">179</span> +ces circonstances extrêmes, on ne peut avoir recours +qu'aux mesures extrêmes; mais, il faut le +dire, ces mesures produisent à Paris et dans les +grandes villes un effet tout contraire à celui +qu'on veut obtenir. On y est trop civilisé pour +avoir la résolution des Russes et des Espagnols. +L'imagination des citadins s'effraie de la violence +du parti qu'on leur propose; ils reculent devant +le tableau trop hideux que la guerre leur présente: +les récits de tous ces députés, échappés +de l'incendie et des ruines de leur province, +abattent les esprits au lieu de les relever; et l'on +demande encore plus hautement la paix, puisqu'elle +doit mettre un terme à tant d'horreurs.</p> + +<p>Dans les campagnes, au contraire, tous les +hommes sont déjà soldats; il ne s'agit plus que +de les rallier.</p> + +<p>Avant de quitter le bourg de Fismes, Napoléon +signe un décret par lequel non seulement il +autorise, mais même requiert tout Français de +courir aux armes, à l'approche de nos armées, +pour seconder nos attaques. Dans un second décret +du même jour, Napoléon prononce le supplice +des traîtres contre tout maire ou fonctionnaire +public qui refroidirait l'élan de ses administrés, +au lieu de l'exciter.</p> + +<p>Ces décrets reçoivent la plus grande publicité, +<a name="p180" id="p180"></a><span class="pagenum">180</span> +mais aucune suite n'est donnée à leur exécution.</p> + +<p>On ne tarde pas à s'apercevoir que Napoléon, +en les rendant, a moins voulu se procurer une +ressource militaire qu'un épouvantail politique. +Ces appels, ces démonstrations de levée en masse, +dont nos journaux sont devenus les trompettes, +vont frapper l'attention des souverains alliés: +peut-être intimideront-ils la haine des rois en +leur faisant entrevoir jusqu'où peut aller cette +guerre, si elle est poussée de part et d'autre +avec trop d'acharnement.</p> + +<p>Plus les circonstances deviennent critiques, +moins Napoléon voudrait prolonger l'excursion +dans laquelle il s'est engagé. Cependant il ne peut +se résoudre à renoncer à la poursuite des Prussiens +sans les avoir mis, du moins pour quelque +temps, hors d'état de revenir sur nous. Maintenant +qu'ils sont derrière l'Aisne, et qu'ils ont pu +se réunir aux renforts que les armées du nord +leur fournissent, on doit croire qu'ils ne refuseront +pas davantage le combat: Napoléon ne +cherche plus qu'à presser l'événement.</p> + +<p>Dans la nuit du 4 au 5 mars, le général Corbineau +est détaché de Fismes, avec la cavalerie +du général Laferrière-Lévêque, pour aller s'emparer +de Reims, dont la possession est trop utile en +ce moment pour la laisser à l'ennemi. Le général +<a name="p181" id="p181"></a><span class="pagenum">181</span> +Corbineau reprend Reims le 5 à quatre heures du +matin. Tandis que cette opération s'effectue, Napoléon +en médite une non moins importante: il +s'agit de surprendre le passage de l'Aisne.</p> + +<p>Dans la journée du 5, il dirige son avant-garde +sur Béry-au-Bac, où la route de Reims à Laon +traverse l'Aisne sur un pont récemment construit. +Toute l'armée s'y porte par la traverse. La cavalerie +du général Nansouty enlève le pont et jette +l'ennemi en désordre sur Corbeny. Dans ce léger +combat, on fait prisonnier le colonel russe Gagarinn.</p> + +<p>Napoléon reste cette nuit à Béry-au-Bac.</p> + +<p>Le passage de l'Aisne étant effectué, il se décide +à envoyer des coureurs à Mézières, à Verdun +et à Metz. Ces émissaires portent l'ordre aux garnisons +des Ardennes et de la Lorraine de se +mettre en mouvement pour fermer les routes, +et seconder les opérations de l'armée impériale, +dont l'approche leur est annoncée.</p> + +<p>Le 6 mars, l'armée s'avançait sur Laon; mais +on s'arrête à Corbeny. Tous les rapports annoncent +que l'ennemi vient au-devant de nous: ce +sont les corps russes de Wintzingerode, de Woronzof +et de Sacken; ils se présentent seuls, pour +donner le temps à l'armée prussienne fatiguée de +se rallier autour de Laon. +<a name="p182" id="p182"></a><span class="pagenum">182</span> </p> + +<p>L'armée russe prend position sur les hauteurs +de Craonne; cette montagne est le commencement +d'une chaîne de collines qui se prolonge à +notre gauche, entre le cours de l'Aisne et la +route de Laon; l'ennemi, posté sur l'arête de +cette côte longue et étroite, paraît inaccessible +sur ses flancs, et presque inattaquable de front.</p> + +<p>Le désir d'en finir diminue à nos yeux les obstacles; +notre avant-garde parvient à s'établir à +Craonne, qui est à mi-côte; le maréchal Ney fait +monter ses troupes jusqu'à la ferme d'Urtubie; +les officiers d'ordonnance Gourgaud et Caraman +vont reconnaître les défilés de la montagne; ils +s'emparent des plus importants: les troupes s'approchent, +et l'on se prépare à une bataille pour +le lendemain.</p> + +<p>Napoléon passe la nuit au village de Corbeny.</p> + +<p>Les principaux habitants des villages voisins +étaient accourus au quartier impérial, pour donner +des renseignements sur les localités. Partout +un même concours de Français zélés venaient +entourer Napoléon; il était dans l'habitude d'interroger +lui-même tous ceux qui se présentaient: +cette nuit, il reconnaît dans le maire de Baurieux, +M. de Bussy, son ancien camarade au régiment +de la Fère; cet officier avait émigré, et, +<a name="p183" id="p183"></a><span class="pagenum">183</span> +depuis son retour, vivait retiré dans son patrimoine, +sur les bords de l'Aisne. Napoléon le +fait remonter au grade de colonel, le met au +nombre de ses aides de camp, et le désigne pour +servir de guide sur le terrain de Craonne.</p> + +<p>Dans la même nuit, un émissaire parti de +Strasbourg, et que le comte Roederer envoie, +parvient jusqu'à nous; il a traversé les départements +de la Lorraine et de la Champagne, que +l'ennemi occupe; il nous confirme que le mouvement +général de retraite de l'armée de Schwartzenberg +s'est fait ressentir jusqu'au Rhin: on +apprend par lui que les habitants des Vosges, +enhardis par la fuite des bagages autrichiens, se +sont soulevés, et ont fait éprouver à l'ennemi +des pertes énormes sur toutes les routes; que, +dans le département de la Meuse, près de Bar-sur-Ornain, +les paysans ont tué un général russe +et dispersé le régiment qui l'escortait; que la +garnison de Verdun pousse ses sorties jusqu'à +Saint-Mihiel; que celle de Metz envoie des patrouilles +jusqu'à Nancy; que nos places d'Alsace +sont faiblement observées; que la garnison française +de Mayence montre journellement des partis +du côté de Spire; qu'enfin les garnisons et les +habitants de cette partie de la France sont plus +que jamais disposés à seconder les projets que +<a name="p184" id="p184"></a><span class="pagenum">184</span> +Napoléon a sur eux. Cet émissaire se nomme +Wolff; il se fait reconnaître pour avoir été sergent +d'artillerie dans le régiment où le colonel +Bussy et Napoléon lui-même ont servi. Il reçoit +la décoration de la Légion-d'Honneur, et +repart pour l'Alsace avec des ordres.</p> + +<p>Le 7, à la pointe du jour, la bataille de Craonne +commence.</p> + +<p>Nos troupes parviennent successivement sur +le plateau; mais la grande difficulté est de s'y +établir. Le maréchal Ney et le maréchal Victor +combattent à la tête de l'infanterie; le maréchal +Victor est blessé: le général Grouchy commande +la cavalerie de l'armée, le général Nansouty commande +la cavalerie de la garde; tous deux sont +blessés. Le général Belliard prend le commandement +de la cavalerie; le général Drouot dirige +le feu de nos batteries: il parvient enfin à faire +reculer celles de l'ennemi; mais sur cette arête, +on ne peut que marcher devant soi: les Russes +se retirent pied à pied, et aucun mouvement de +flanc ne peut précipiter leur retraite.</p> + +<p>La victoire de Craonne, disputée une grande +partie de la journée, ne nous laisse pour trophées +que les morts de l'ennemi.</p> + +<p>On poursuit les Russes jusqu'à la grande route +de Soissons à Laon; cet embranchement de chemin +<a name="p185" id="p185"></a><span class="pagenum">185</span> +s'appelle l'Ange-Gardien, du nom d'une auberge +qui s'y trouve placée: l'ennemi tient encore +quelques heures sur ce point, pour donner le +temps aux Prussiens d'évacuer Soissons et de venir +le rejoindre.</p> + +<p>A la nuit, le quartier impérial descend du +champ de bataille dans la vallée de l'Aisne pour +y trouver un village: on passe la nuit dans le petit +village de Bray en Laonnais.</p> + +<p>Napoléon, sortant de cette action meurtrière +dont il a partagé tous les dangers, encore ému +des incertitudes du combat, harassé de fatigues, +entouré de blessés et de mourants, était dans un +de ces moments où les dégoûts de la guerre rassasieraient +l'âme la plus belliqueuse: on lui annonce +des dépêches de Châtillon; c'est Rumigny, +l'un des commis de son cabinet, qui les apporte. +Si ce sont des paroles de paix, Napoléon n'a jamais +été plus disposé à les écouter.</p> + +<p>Le congrès de Châtillon, que les conférences +militaires de Lusigny avaient suspendu pendant +quelques jours, a repris ses séances, et les plénipotentiaires +des alliés y déploient la rigueur +de leurs nouvelles instructions. Les prétentions +que la France vient de montrer à Lusigny sont +qualifiées d'infraction aux bases de la négociation: +on veut maintenant que le duc de Vicence +<a name="p186" id="p186"></a><span class="pagenum">186</span> +ne songe plus à discuter; il faut qu'il souscrive +à la condition des anciennes limites, ou bien +qu'il remette son contre-projet; et déjà l'on +parle hautement de se séparer, si la France représente +des articles contraires aux bases dont +on ne veut plus se départir. Telle est la substance +des dépêches qu'on remet à Napoléon sur le +champ de bataille de Craonne; le duc de Vicence +demande qu'on lui envoie des instructions définitives +sur le contre-projet qu'il doit remettre.</p> + +<p>Napoléon ne s'attendait qu'à des conditions +pénibles; il est résigné aux plus grands sacrifices; +les concessions auxquelles il se prépare +sont immenses: mais il ne veut pas ajouter à +nos humiliations celle de les provoquer par un +acte émané de lui-même. «S'il faut recevoir les +étrivières, dit-il, c'est bien le moins qu'on me +fasse violence.» Rumigny ne remportera donc +pas le contre-projet qu'il est venu chercher; mais +il a dû recueillir les paroles qui viennent d'échapper +à Napoléon.</p> + +<p>Au surplus, Napoléon voudrait que son plénipotentiaire +fût en mesure de connaître enfin les +mesures qu'on ne peut éviter. Napoléon craint +surtout les inconvénients d'une précipitation qui, +pour en finir plus vite, nous ferait céder plus +qu'on ne veut réellement obtenir. L'empressement +<a name="p187" id="p187"></a><span class="pagenum">187</span> +qu'on montre à conclure est si vif, que, +jusqu'au dernier moment, il croit devoir le contenir +dans de justes bornes; cette considération +l'emporte sur toutes les autres et dicte sa réponse. +Quant aux dangers qu'il peut courir en +s'abandonnant à de nouveaux hasards, son âme +se refuse à prévoir jusqu'où peut aller le ressentiment +de ses ennemis et l'indifférence de son +beau-père.</p> + +<p>Rumigny n'a pris que quelques heures de repos; +au jour il monte à cheval pour retourner à +Châtillon. Après l'avoir expédié, Napoléon va +rejoindre la tête de ses colonnes.</p> + +<p>Notre avant-garde avait dépassé l'Ange-Gardien; +tandis qu'elle s'avance sur Laon, on envoie prendre +possession de Soissons, et notre jonction se +fait de ce côté avec le duc de Trévise, qui n'avait +pas dépassé l'Aisne.</p> + +<p>On espérait arriver le soir même aux portes +de Laon; mais à deux lieues de cette ville, la route +est resserrée entre des marais qui forment un défilé, +dont l'ennemi profite pour arrêter notre +marche.</p> + +<p>Napoléon revient de sa personne jusqu'à Chavignon, +petit village situé à peu près à égale +distance de Soissons et de Laon; il y passe la +nuit, et y est rejoint par le général Flahaut, qui +<a name="p188" id="p188"></a><span class="pagenum">188</span> +arrive de Lusigny. L'Autriche, n'ayant plus besoin +d'armistice, a cessé de favoriser cette négociation +secondaire, et dès lors les commissaires +de Lusigny se sont séparés: depuis notre départ +de Troyes on s'attendait à ce résultat.</p> + +<p>Il fallait penser à forcer, pour le lendemain, +les passages où l'armée venait d'être arrêtée.</p> + +<p>Dans cette nuit (du 8 au 9) le premier officier +d'ordonnance, Gourgaud, se met à la tête d'une +entreprise qui doit favoriser notre attaque. Un +chemin de traverse tourne à gauche le défilé des +marais; Gourgaud se jette de ce côté avec quelques +troupes choisies, et, à la faveur de l'obscurité, +surprend les grand'gardes des alliés; il jette +l'alarme chez l'ennemi, et parvient à faire une +diversion complète, pendant laquelle les troupes +du maréchal Ney franchissent le défilé.</p> + +<p>L'armée française arrive ainsi au pied des +hauteurs de Laon. Le corps du duc de Raguse, +qui est venu passer l'Aisne au pont de Béry-au-Bac, +a couché à Corbeny, et débouche sur Laon +par la route de Reims, en même temps que le +gros de l'armée arrive par la route de Soissons. +Notre ligne se forme; le 9 au soir, le reste de +nos troupes est arrivé. Le prince de la Moskowa, +le duc de Raguse, le duc de Trévise, et la garde +impériale, occupent les positions qui leur ont +<a name="p189" id="p189"></a><span class="pagenum">189</span> +été assignées. Tout est prêt pour l'attaque, les +ordres partent, et le lendemain, dès la pointe +du jour, l'affaire doit commencer.</p> + +<p>Le maréchal Blücher, qui a rallié toutes ses +forces russes et prussiennes, vient en outre de +faire sa jonction avec l'armée du prince royal de +Suède.</p> + +<p>C'est pourtant avec répugnance que Bernadotte +s'avance pour combattre ses anciens compatriotes; +il n'a franchi qu'à regret la limite du +Rhin, qu'autrefois ses services ont contribué à +donner à la France; l'animosité qu'il a contre +Napoléon semble s'affaiblir à mesure que le +sort de la patrie en est plus compromis. Les méfiances +dont la Russie et la Prusse le fatiguent +depuis quelque temps contribuent encore à réveiller +en lui des sentiments français; mais les +événements vont trop vite, ils entraînent. Le +prince de Suède n'a pu se dispenser de faire +marcher son avant-garde au secours de Blücher.</p> + +<p>Ainsi le général prussien, qui fuit devant Napoléon +depuis dix jours, a rencontré tant de +monde arrivant derrière lui, que, malgré ses +échecs, il est encore plus fort que jamais. Il +nous oppose au centre le corps de Bulow, à notre +gauche les corps de Langeron, de Sacken et de +Wintzingerode; et sur notre droite les corps de +<a name="p190" id="p190"></a><span class="pagenum">190</span> +Kleist et d'York. Toutes ces troupes ont pour +centre la ville de Laon, située sur un pic élevé +qui domine les environs.</p> + +<p>Dans les rangs français on ne se sent découragé +ni par le nombre ni par la position de l'ennemi. +Tout présage donc une action sanglante et +décisive.</p> + +<p>Le 10, à quatre heures du matin, Napoléon +mettait ses bottes, et demandait ses chevaux, +lorsque deux dragons arrivant à pied dans le +plus grand désordre lui sont amenés. Ils disent +qu'ils viennent d'échapper par miracle à travers +un <i>hourra</i> que l'ennemi a fait cette nuit sur les +bivouacs du duc de Raguse, et que tout est perdu +de ce côté. Ils croient le maréchal pris ou tué. +Napoléon fait aussitôt monter à cheval tous +ses officiers. Tandis que les uns courent aux +nouvelles du côté du duc de Raguse, les autres +vont à l'avant-garde suspendre le mouvement +général d'attaque que l'armée commençait. Bientôt +les renseignements arrivent, et l'on ne tarde +pas à acquérir la triste certitude que le corps +d'armée du duc de Raguse a été en effet surpris +et dispersé dans une attaque de nuit; que le désordre +a été extrême, que le parc a perdu une +grande partie de ses canons; mais que le duc de +Raguse n'est pas tué, et qu'il est de sa personne +<a name="p191" id="p191"></a><span class="pagenum">191</span> +du côté de Corbeny sur la route de Reims, cherchant +à rallier les fuyards.</p> + +<p>Cet événement met le comble aux contrariétés +qui depuis quelque temps déjouent tous nos +efforts.</p> + +<p>Nous devions attaquer l'ennemi; c'est lui qui +nous attaque, encouragé par les avantages qu'il +vient d'obtenir dans la nuit: mais il ne peut parvenir +à occuper le village de Clacy, où la division +Charpentier fait la plus belle contenance. Il +est repoussé, et nos détachements le poursuivent +jusqu'aux portes de Laon. Cependant on ne +peut plus penser à le forcer dans cette position; +il faut s'occuper de la retraite, et Napoléon s'y +résigne. Dans l'après-midi, les équipages commencent +à se mettre en route; et, pour masquer +le mouvement, on continue pendant le reste de +la journée de faire diverses démonstrations contre +l'ennemi. Ce n'est que le 11 au matin que Napoléon +quitte Chavignon. L'armée le suit, et vient +prendre position dans les défilés qui couvrent +Soissons.</p> + +<p>Cette ville, si souvent prise et reprise dans +cette courte campagne, et toujours jouant le rôle +le plus important, se présente encore dans ce +moment comme le seul obstacle qui puisse arrêter +l'ennemi. A peine Napoléon est-il descendu +<a name="p192" id="p192"></a><span class="pagenum">192</span> +à l'évêché, qu'il s'occupe de pourvoir à la défense +de la place. Il fait appeler les officiers du +génie, les officiers d'artillerie, le duc de Trévise. +Il passe avec eux l'après-midi du 11, et toute la +journée du 12, tantôt au cabinet, couché sur une +carte et le compas à la main; tantôt à cheval, +parcourant le terrain et jetant partout son coup +d'oeil.</p> + +<p>C'est le duc de Trévise qui reste à Soissons: +tandis qu'il y disputera le passage à l'armée de +Blücher, Napoléon tourne ses armes contre un +nouvel ennemi.</p> + +<p>Dans la nuit du 12 au 13 mars, au moment +où l'armée allait se mettre en marche pour revenir +sur la Seine par la route de Soissons à +Château-Thierry, Napoléon a reçu la nouvelle +que le corps d'armée du général russe Saint-Priest, +qui manoeuvrait du côté de Châlons-sur-Marne, +vient de s'emparer de Reims. Le général +Corbineau, aidé de la cavalerie du général Defrance, +avait d'abord repoussé l'ennemi jusqu'à +Sillery; mais les Russes étaient revenus au nombre +de quinze mille hommes, et il avait fallu +céder. On croyait Corbineau pris ou tué.</p> + +<p>L'occupation de Reims par l'ennemi rétablissait +les communications de Schwartzenberg avec +Blücher; d'ailleurs cette entreprise tournait déjà +<a name="p193" id="p193"></a><span class="pagenum">193</span> +la position qui venait d'être assignée au duc de +Trévise: Napoléon ne peut négliger cet ennemi; +il prend aussitôt le chemin de Reims, et le soir +même il arrive aux portes de la ville. Les Russes, +quoique surpris, n'en montrent pas moins la résolution +de se défendre. On se bat toute la soirée +et une partie de la nuit. Enfin, le général ennemi +est grièvement blessé; on l'emporte, ses troupes +le suivent, et Napoléon entre à Reims à une heure +du matin.</p> + +<p>Les malheureux habitants avaient tout à craindre +d'un tumulte que l'obscurité de la nuit pouvait +porter au comble. Cependant (et il faut le +dire à la louange des Russes et des Français) +les uns ont évacué la ville, les autres en ont pris +possession, sans qu'il y ait eu d'autres dommages +que ceux qui sont inévitables dans un +combat. Corbineau, qui avait disparu au moment +de l'occupation de Reims par l'ennemi, se retrouve le +14, à la pointe du jour, parmi les bourgeois +de Reims, qui viennent faire foule devant +le logis de Napoléon: il était resté déguisé chez +un habitant.</p> + +<p>Les troupes du duc de Raguse, après s'être ralliées +au pont de Béry-au-Bac, étaient venues +prendre part à l'attaque de Reims. Leur chef est +appelé pour rendre compte de son désastre; il +<a name="p194" id="p194"></a><span class="pagenum">194</span> +se présente: à sa vue, Napoléon s'emporte en reproches, +qui n'entrent que trop avant peut-être +dans le coeur du maréchal. Cependant après les +plaintes viennent les explications: bientôt les sentiments +que Napoléon a toujours portés à son aide +de camp prennent le dessus, et ce n'est plus qu'un +maître en l'art de la guerre qui relève les fautes +d'un de ses élèves de prédilection: Napoléon finit +par le retenir à dîner.</p> + +<p>Le même jour, 14, l'armée reçoit un renfort +précieux dans la circonstance: on le doit au zèle +et à l'activité du général Janssens, Hollandais, +ancien gouverneur du cap de Bonne-Espérance, +qui commande en ce moment sur la frontière +des Ardennes. Les émissaires qu'on lui a envoyés +pour le prévenir de l'arrivée de l'armée sur les +bords de l'Aisne lui sont parvenus. Il a tiré aussitôt +tous les détachements qu'il a pu des garnisons +qu'il commande; et de ces détachements, réunis +à Mézières, il a formé en dix jours un corps de +six mille hommes, qu'il amène lui-même par la +route de Rethel.</p> + +<p>Tandis que le prince de la Moskowa s'avance +vers Châlons, l'armée fait halte dans les environs +de Reims, et y passe les journées du 14, du 15 +et du 16. Ces trois jours de repos sont indispensables +pour se préparer à de nouvelles marches. +<a name="p195" id="p195"></a><span class="pagenum">195</span> +Napoléon les met à profit dans son cabinet, et +médite ce qui lui reste à faire.</p> + +<p>Cette halte militaire est une des dernières +dans lesquelles il trouve le temps de signer le +travail de ses ministres, et de mettre toutes les +affaires de l'empire au courant. Il passe une +grande partie du jour avec le duc de Bassano. +Chaque semaine un auditeur du conseil d'état +lui apportait le travail de Paris: quelles que fussent +les fatigues de la guerre et la gravité des +circonstances, il voyait tout, il pourvoyait à +tout, et jusqu'alors il avait pu suffire aussi bien +aux affaires de l'intérieur qu'à celles de l'armée. +<a name="p196" id="p196"></a><span class="pagenum">196</span></p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE IX.</h4> + +<h4>NAPOLÉON RAMÈNE L'ARMÉE SUR LA SEINE.--COMBAT<br> +D'ARCIS.</h4> + +<p class="mid">(Du 16 au 21 mars.)</p> + +<p>Napoléon trouve dans la lecture de ses dépêches +des renseignements qui lui permettent de +jeter un regard autour de lui.</p> + +<p>Au nord, le général Maison continue de manoeuvrer +entre Tournay, Lille et Courtray, et +contient l'ennemi.</p> + +<p>Le général Carnot est resté maître de la campagne +d'Anvers, et tient les Anglais à distance. +Ceux-ci, après avoir échoué dans la tentative +d'un bombardement dont notre flotte était le +point de mire, viennent d'éprouver un échec +plus sanglant.</p> + +<p>Leur général, Graham, avait des intelligences +dans Berg-Op-Zoom; la nuit du 8 au 9 mars, ses +troupes surprennent l'entrée d'une porte; quatre +mille Anglais pénètrent dans la place; ils s'en +croient maîtres: mais la présence d'esprit du +<a name="p197" id="p197"></a><span class="pagenum">197</span> +général Bizannet retourne le péril contre ceux qui +l'ont apporté: il rallie ses troupes, marche aux +Anglais, les surprend dans l'hésitation de la nuit, +les chasse de rue en rue, les accule aux portes +qui se sont refermées sur eux; et tout ce qui est +entré dans la place y demeure mort ou prisonnier. +Bayard n'aurait pas mieux fait!</p> + +<p>Du côté de Lyon l'horizon s'est rembruni. Le +duc de Castiglione, au lieu de remonter la Saône, +et de se porter franchement sur Vesoul, s'est +amusé à guerroyer avec le général Bubna, qu'il +a renfermé dans Genève; mais tandis qu'il avait +son quartier général à Lons-le-Saulnier, les généraux +Hesse-Hombourg et Bianchi, détachés de la +grande armée autrichienne, arrivaient à marche +forcée sur Dijon, pour occuper les routes de la +Saône, et préserver les alliés de la plus dangereuse +diversion qu'ils eussent à redouter.</p> + +<p>Augereau surpris s'est vu forcé de faire une +contre-marche vers eux. Le 7 mars, il a abandonné +le pays de Gex et la Franche-Comté. Ses +illusions à l'égard de Bubna, qu'il croyait son +seul ennemi, sont dissipées: mais il est trop tard. +Il a manqué l'occasion de sauver la France. Ses +efforts vont se borner à couvrir Lyon; et, dès ce +moment, il cesse de peser dans la balance des +grands événements de la campagne. Napoléon se +<a name="p198" id="p198"></a><span class="pagenum">198</span> +décide à remplacer Augereau par un général plus +actif et plus entreprenant. Il jette d'abord les +yeux sur son frère Jérôme; mais, pour inspirer +confiance aux troupes, il faut un général dont la +réputation soit populaire, et Napoléon arrête définitivement +son choix sur le maréchal Suchet.</p> + +<p>Au pied des Pyrénées, tout annonce de la +part de l'armée et de son chef un dévouement +qui semble défier même les revers. Le maréchal +Soult, après avoir tenu en échec, pendant près +de deux mois, toutes les forces de Wellington +devant Bayonne, a dû abandonner la ligne de +l'Adour. Il y a été forcé le 27 février par la perte +de la bataille d'Orthez. Sa retraite se fait sur +Toulouse dans un ordre admirable; et déjà le 2 +mars, au combat de Tarbes, il vient de prendre +sa revanche en taillant en pièces les troupes portugaises +du général d'Acosta. Mais cette brave +armée est affaiblie par les renforts qu'elle ne +cesse d'envoyer sur Paris; Bayonne est donc abandonnée +à ses propres forces, et le chemin de +Bordeaux est ouvert.</p> + +<p>A Paris, l'on tremble encore une fois. Les +ducs de Tarente et de Reggio n'ont pu conserver +Troyes; ils l'ont évacué le 4 mars. Ils ont ensuite +essayé d'arrêter l'ennemi au passage de la Seine +à Nogent: «Mais l'armée de Schwartzenberg, +<a name="p199" id="p199"></a><span class="pagenum">199</span> +écrivent-ils, s'avance avec assurance, et ils prévoient +qu'ils vont être forcés à continuer leur +retraite.»</p> + +<p>Les progrès de l'ennemi, par tant de routes +différentes, commencent à donner de la consistance +aux espérances de la maison de Bourbon. +Le duc d'Angoulême étend ses intelligences jusqu'à +Bordeaux et dans tout le midi; M. le comte +d'Artois se fait voir dans la Franche-Comté et la +Bourgogne.</p> + +<p>On a signalé ses agents dans Paris +et les amis de la dynastie impériale en ont pris +l'alarme. Le prince Joseph, pour conjurer l'orage, +a risqué de donner à l'impératrice le conseil +d'écrire secrètement à son père; mais cette princesse +s'est refusée à faire une pareille démarche +sans l'aveu de Napoléon.</p> + +<p>La tentative du prince Joseph suffirait seule +pour faire entrevoir à Napoléon à quelles inquiétudes +on s'abandonne. Décidé à combattre à outrance, +il n'a plus de temps à perdre; il veut +porter un coup décisif, et ce ne peut être qu'en +risquant le tout pour le tout.</p> + +<p>Il faut d'abord sauver Paris; l'ennemi peut y +être le 20. C'est donc sur Schwartzenberg qu'il +faut marcher. Mais on a besoin d'un avantage +<a name="p200" id="p200"></a><span class="pagenum">200</span> +signalé, et ce n'est pas en attaquant de front qu'on +pourra l'obtenir; l'armée française est maintenant +trop peu nombreuse: c'est en queue qu'il +faut aller prendre les Autrichiens. Cette manoeuvre +offre la chance de jeter le désordre dans +l'arrière-garde ennemie, de faire des prises importantes, +de déranger les combinaisons de l'attaque +principale, et de placer les souverains alliés +au coeur de la France dans une position faite +pour les inquiéter. Au pis aller, notre retraite +pourra toujours se faire sur les places de la Lorraine.</p> + +<p>On suppose Schwartzenberg arrivé à Nogent. +Pour déboucher sur le dos de l'ennemi, l'armée +française va donc se diriger sur Épernay, Fère-Champenoise +et Méry. Le corps du prince de la +Moskowa, qu'il avait été question de détacher +en partisan sur la Lorraine, suspendra l'exécution +de ce plan pour venir prendre part aux efforts +que toutes nos forces réunies vont encore +risquer. Ce corps d'armée suivra la grande route +de Châlons à Troyes, et gagnera l'Aube; le rendez-vous +est sur les bords de cette rivière.</p> + +<p>Mais, pendant le mouvement, Paris va se +trouver découvert. Déjà Blücher pousse des partis +sur Compiègne. L'impératrice et le roi de +Rome resteront-ils exposés à être renfermés dans +<a name="p201" id="p201"></a><span class="pagenum">201</span> +la capitale, sous l'influence des ennemis du dedans +et du dehors? Napoléon veut avant tout +assurer la liberté de sa femme et de son fils. Il +enjoint au prince Joseph de les faire partir de +Paris, à la moindre apparence de danger, et de +les envoyer avec les ministres sur la Loire.</p> + +<p>En même temps Napoléon écrit à son plénipotentiaire +à Châtillon, et, dans ce dernier moment +de la crise, il n'hésite plus sur les concessions, +quelles qu'elles puissent être, pourvu que +l'évacuation immédiate du territoire soit la première +conséquence du traité. Les dépêches sont +expédiées par triplicata. Deux courriers partent +ainsi que M. Frochot, auditeur au conseil d'état, +qui, né à Châtillon, connaît les localités et doit +plus facilement qu'un autre franchir les obstacles +qui peuvent retarder sa marche<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup class="sml">36</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name="footnote36"><b>Note 36: </b></a><a href="#footnotetag36">(retour)</a> Voir la dépêche de Reims, du 17 mars, au supplément +de la seconde partie, nº 35.</blockquote> + +<p>Toutes ces dispositions faites, l'armée se met +en route le 17 au matin. On ne laisse à Reims +que le corps d'armée du duc de Raguse. Il doit +s'entendre avec le duc de Trévise pour disputer +pied à pied le chemin de la capitale aux masses +de Prussiens, de Russes et de Suédois qui vont +les déborder. +<a name="p202" id="p202"></a><span class="pagenum">202</span> </p> + +<p>Napoléon arrive de bonne heure à Épernay. Il +descend chez M. Moitte, maire de la ville. C'est +là qu'il apprend les événements de Bordeaux. +Les Anglais y sont entrés; ils y ont été appelés +par le maire lui-même, par le comte de Lynch. +D'abord les propositions de ce maire ont étonné +l'ennemi, qui a hésité à s'y confier. Les gazettes<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup class="sml">37</sup></a> +retentissaient encore de ses protestations de dévouement +à Napoléon, et Wellington lui faisait +l'honneur de craindre un piége dans sa double +conduite; mais le duc d'Angoulême avait été entièrement +rassuré à cet égard par les missions de +M. de la Roche-Jacquelin, qui, depuis quelques +jours, allait de Bordeaux chez le prince, et de +chez le prince à Bordeaux.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name="footnote37"><b>Note 37: </b></a><a href="#footnotetag37">(retour)</a> En novembre, le comte de Lynch, accouru au pied +du trône pour y donner de nouveaux gages de sa fidélité, +s'écriait: «Napoléon a tout fait pour les Français; les +Français feront tout pour lui.» (Voyez le Moniteur du +28 novembre 1813.) Et le 29 février, en remettant les drapeaux +de la garde nationale de Bordeaux, il n'avait parlé +à ses administrés que de leurs devoirs «envers leur auguste +souverain, dont tous les soins avaient pour but de +conquérir une honorable paix.» Il avait traité de <i>téméraires +les alliés, qui cherchaient à envahir notre territoire</i>; +et si le danger s'approchait de Bordeaux, «il promettait +de donner l'exemple du dévouement.» (Voyez le Moniteur +du 6 mars 1814.) Il est remarquable que c'est à ce +même comte de Lynch qu'on a cru devoir donner le premier +cordon de la Légion-d'Honneur qui ait été distribué +après la restauration.</blockquote> + +<p> <a name="p203" id="p203"></a><span class="pagenum">203</span> </p> + +<p>Wellington, cédant aux instances du duc d'Angoulême, +avait donc consenti à détacher la division +du général Béresford pour donner aux partisans +de la maison de Bourbon l'appui qu'ils réclamaient; +et ceux-ci, dès qu'ils s'étaient vus +protégés par les baïonnettes anglaises, avaient +proclamé Louis XVIII. Cette résolution avait eu +lieu le 12 mars. Le duc d'Angoulême était attendu +a Bordeaux pour y faire son entrée.</p> + +<p>Cette défection n'étonne pas Napoléon; il semble +s'attendre à de plus douloureuses épreuves!</p> + +<p>Les bons habitants d'Épernay avaient défoncé +leurs cachettes pour faire accueil à l'armée: pendant +quelques heures, le vin de Champagne fait +oublier aux soldats leurs fatigues, et aux généraux +leurs inquiétudes!</p> + +<p>Le 18, l'armée continue sa marche vers l'Aube. +On suit la lisière qui sépare la Champagne de la +Brie, et l'on s'arrête à Fère-Champenoise pour +y passer la nuit.</p> + +<p>Dans la soirée, Rumigny arrive de Châtillon. +Il annonce à Napoléon que les temporisations +diplomatiques touchent à leur terme. Les plénipotentiaires +des alliés, n'ayant plus d'inquiétude +<a name="p204" id="p204"></a><span class="pagenum">204</span> +pour Blücher, ont renfermé aussitôt le duc +de Vicence dans un délai de trois jours pour +souscrire aux conditions proposées: pressé de +cette façon, le plénipotentiaire de France a remis +le 15 un contre-projet; mais dans une pareille +démarche, et surtout lorsqu'il ne s'agit que +de cessions et d'humiliations, le duc de Vicence +n'est pas homme à avoir dépassé ses pouvoirs; +il est donc probable que son contre-projet, +quelque modéré qu'il puisse être, va devenir +le signal de la rupture. Tandis que nos derniers +courriers font mille détours au gré des caprices +des commandants de troupes alliées, le délai +fatal doit avoir expiré: ainsi le sort en est jeté.</p> + +<p>La sensation qu'en d'autres temps cette nouvelle +aurait pu faire va se perdre dans la gravité +des événements qui surviennent presque +aussitôt.</p> + +<p>Les renseignements que Napoléon reçoit sur +l'ennemi sont de nature à le faire persister dans +sa marche sur Méry.</p> + +<p>Schwartzenberg avait ces jours derniers son +quartier général à Pont; il y a passé la nuit du +13 au 14. Il paraît être en pleine marche sur +Paris; son avant-garde, commandée par Witgenstein, +était le 16 à Provins. Le duc de Tarente +et le duc de Reggio ne cessent d'écrire qu'ils +<a name="p205" id="p205"></a><span class="pagenum">205</span> +sont poussés sur Paris par toute l'armée autrichienne. +Tout confirme donc Napoléon dans +l'espoir qu'il va tomber sur l'arrière-garde et sur +les bagages de l'ennemi.</p> + +<p>Le 19 au matin, on se hâte de partir de La +Fère-Champenoise pour aller passer l'Aube à +Plancy, et dans la soirée notre avant-garde, débouchant +à travers les cendres de Méry, se retrouve +au hameau de Châtres, sur la grande +route de Troyes à Paris. On intercepte des bagages, +on culbute des pontons, on fait quelques +prisonniers, on recueille de nouveaux renseignements, +et la véritable situation des choses +s'éclaircit.</p> + +<p>Napoléon a été trompé par les alarmes de la +capitale. Depuis cinq jours, les ennemis ne marchent +plus sur Paris. Ils sont revenus à Troyes; +leur avant-garde s'est en effet avancée jusqu'à +Provins, mais le gros de l'armée autrichienne est +resté presque stationnaire pendant tout le temps +qu'a duré l'incertitude des alliés sur les événements +de Laon et de Reims. L'échec éprouvé par +Saint-Priest et le séjour de Napoléon à Reims ont +encore ajouté à l'indécision des généraux ennemis. +Ils avaient d'abord fait dire à leur avant-garde +de s'arrêter; ils lui avaient ensuite ordonné +de se replier sur Nogent et Villenoxe. +<a name="p206" id="p206"></a><span class="pagenum">206</span> +La nouvelle que Napoléon revenait sur la Seine, +et qu'il était à Épernay, avait converti soudain +ce premier mouvement en une retraite générale. +Platoff, qui était à Sezanne avec tous ses +Cosaques, était revenu le 17 sur Arcis; les ponts +de Nogent avaient été levés précipitamment; le +grand quartier général des alliés s'était replié +sur Troyes; les gros bagages avaient reculé plus +loin. Il était même question chez l'ennemi de +se retirer jusqu'à Bar<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38"><sup class="sml">38</sup></a>. Les troupes que nous +venons de surprendre à Châtres sont l'arrière-garde +de l'arrière-garde; elles appartiennent au +corps de Giulay, et ramènent les derniers bateaux +du pont qui avait été jeté à Nogent.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote38" name="footnote38"><b>Note 38: </b></a><a href="#footnotetag38">(retour)</a> C'est dans cette terreur panique que l'empereur Alexandre +fit dire, à quatre heures du matin, au général Schwartzenberg +qu'il fallait envoyer un courrier à Châtillon pour +qu'on signât le traité de paix que demanderait le duc de +Vicence. (Voyez Wilson sur la Russie, édition de Paris, +de 1817, page 90.) On assure que l'anxiété que l'empereur +Alexandre éprouva à cette époque fut si grande, qu'il +disait lui-même «que la moitié de sa tête en grisonnerait.» +(Voyez l'ouvrage de M. de Beauchamp, page 112, +tome II.) </blockquote> + +<p>Ainsi, plus de doutes; la grande armée autrichienne +a rétrogradé; Paris en est délivré, +et le retour de Napoléon a suffi pour ce résultats. +<a name="p207" id="p207"></a><span class="pagenum">207</span> +Mais ici le succès tourne contre nous; il +dérange nos plans, fait venir l'armée, au pas de +course, de Reims jusqu'à Méry, pour frapper sur +le vide, et nous rejette dans le cercle des incertitudes, +en imposant à Napoléon la nécessité +d'entreprendre un nouveau système d'opérations. +Le seul avantage qu'on ait obtenu, c'est +la jonction avec les corps des ducs de Tarente +et de Reggio. Ces maréchaux arrivent de Villenoxe +à Plancy, croyant suivre les traces de Witgenstein; +malgré cette réunion, nos forces sont +encore tellement disproportionnées, qu'il est impossible +de se commettre aux hasards d'une +bataille rangée. Les considérations qui à Reims +ont décidé à manoeuvrer sur les derrières de +Schwartzenberg se représentent avec les mêmes +probabilités. Napoléon reprend donc son premier +plan. Nous avons tourné trop court en +rabattant de Fère-Champenoise sur Plancy; +maintenant, pour nous replacer dans la direction +qui conduit sur les derrières de l'ennemi, +nous allons remonter l'Aube jusqu'à Bar s'il le +faut.</p> + +<p>Le 20 mars, toute l'armée était donc en marche +pour remonter l'Aube: on arrive de bonne heure +à la hauteur d'Arcis. On ne devait pas s'y arrêter; +mais on aperçoit sur la route de Troyes quelques +<a name="p208" id="p208"></a><span class="pagenum">208</span> +troupes ennemies: des détachements vont les +reconnaître; ils trouvent de la résistance, l'avant-garde +s'engage, le canon gronde. Napoléon +accourt, il appelle successivement toutes ses +troupes; les forces de l'ennemi s'accroissent aussi, +mais dans une proportion bien plus forte; et +bientôt Napoléon, qui a eu l'espoir de tomber +sur un corps isolé, reconnaît que c'est l'armée +de Schwartzenberg tout entière qu'il a devant +lui.</p> + +<p>De nouvelles résolutions chez les alliés avaient +amené de nouveaux hasards.</p> + +<p>Au moment où le prince Schwartzenberg se +disposait à évacuer Troyes pour continuer sa +retraite, l'empereur Alexandre s'était opposé à +ce mouvement. Un conseil de guerre avait été +convoqué dans la nuit, et l'on avait avisé aux +moyens de ne pas toujours reculer devant nos +petites armées. A cet effet, on était convenu de +se procurer une masse de forces telle que le +nombre pût désormais l'emporter sur le courage, +triompher des manoeuvres et maîtriser toutes les +chances. Le nouveau plan consiste à réunir en +une seule armée les forces immenses de Blücher +et de Schwartzenberg. Toute opération d'attaque +ou de retraite doit être ajournée jusqu'après +cette grande concentration. Déjà l'ordre avait +<a name="p209" id="p209"></a><span class="pagenum">209</span> +été donné à Blücher de se rapprocher des bords +de la Marne; en conséquence, il n'y a plus qu'à +se mettre en marche pour aller au-devant de lui. +Le rendez-vous général est donné dans les plaines +de Châlons: Schwartzenberg s'y rendait par la +route d'Arcis.</p> + +<p>Combien Napoléon, fatigué de conseils timides +et de récits décourageants, était loin de +soupçonner qu'il pût encore intimider ses ennemis +au point de leur inspirer des marches +d'une si haute prudence! En cherchant à manoeuvrer +sur leurs flancs, il est tombé dans la nouvelle +direction qu'ils viennent de prendre, et +retrouve leur avant-garde. Cette rencontre est +extrêmement critique pour l'armée française. +Napoléon y court personnellement de grands +risques. Enveloppé dans le tourbillon des charges +de cavalerie, il ne se dégage qu'en mettant +l'épée à la main. A diverses reprises il combat à +la tête de son escorte; et loin d'éviter les dangers, +il semble au contraire les braver. Un obus +tombe à ses pieds; il attend le coup, et bientôt +disparaît dans un nuage de poussière et de fumée: +on le croit perdu; il se relève, se jette sur +un autre cheval, et va de nouveau se placer +sous le feu des batteries!... La mort ne veut pas +de lui. +<a name="p210" id="p210"></a><span class="pagenum">210</span> </p> + +<p>Tandis que l'ennemi se développe et forme un +demi-cercle qui nous renferme dans Arcis, l'armée +française se rallie sous les murs crénelés des +maisons des faubourgs. La nuit vient la protéger +dans cette position, mais on ne peut espérer de +s'y maintenir long-temps; à chaque instant l'ennemi +nous resserre davantage. Les boulets se +croisent dans toutes les directions sur la petite +ville d'Arcis; le château de M. de la Briffe, où +se trouve le quartier impérial, en est criblé. Les +faubourgs sont en feu, et nous n'avons qu'un +seul pont derrière nous pour sortir de ce mauvais +pas. Napoléon met la nuit à profit; le 21 +au matin, un second pont est jeté sur l'Aube, +et le mouvement d'évacuation commence.</p> + +<p>Cependant l'affaire s'est engagée de nouveau +sur toute la ligne, et dure une partie de la journée. +On ne combat plus pour la victoire, mais on +fait tête à l'ennemi; on le retient, on l'arrête, +quand il pouvait nous écraser, et l'on repasse +l'Aube avec ordre. Les ducs de Tarente et de +Reggio restent les derniers sur la rive gauche<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39"><sup class="sml">39</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote39" name="footnote39"><b>Note 39: </b></a><a href="#footnotetag39">(retour)</a> Avant de quitter Arcis, Napoléon envoie deux mille +francs de sa cassette aux soeurs de la charité, pour que, +dans ce désastre, elles aient de quoi pourvoir aux premiers +besoins des blessés et des malheureux. C'est le comte de +Turenne qui est chargé de ce message. + +<p>Si Napoléon était mort sur le trône, combien de traits +semblables, révélés par la reconnaissance, auraient déjà +fatigué l'éloquence des panégyristes! (<i>Note de l'éditeur.</i>)</p> </blockquote> + +<p> <a name="p211" id="p211"></a><span class="pagenum">211</span> </p> + +<p>Cette affaire achève de convaincre l'armée +qu'elle est trop faible pour lutter corps à corps +contre les masses de l'ennemi. N'ayant pu leur +barrer le passage de l'Aube, pouvons-nous penser +à leur disputer le chemin de la capitale? Napoléon +ne veut point reculer devant Schwartzenberg +jusqu'aux barrières de Charenton. Il abandonne +la route de Paris, et opère sa retraite par les +chemins de traverse qui conduisent du côté de +Vitry-le-Français et de la Lorraine.</p> + +<p> <a name="p212" id="p212"></a><span class="pagenum">212</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE X.</h4> + +<h4>MARCHES ET CONTRE-MARCHES ENTRE VITRY,<br> +SAINT-DIZIER ET DOULEVENT.</h4> + +<p class="mid">(Du 21 au 28 mars.)</p> + +<p>Nous voici désormais séparés de la capitale: +les avenues en sont ouvertes à l'ennemi; mais +aura-t-il la confiance d'y marcher?</p> + +<p>Le parti que prend Napoléon menace les communications +principales des alliés, et va peut-être +allumer un fatal incendie sur leurs derrières. +S'ils donnent à cette manoeuvre hardie l'attention +qu'elle mérite, Paris n'aura rien à craindre. Déjà +ils semblent suivre nos traces avec inquiétude; +les ducs de Reggio et de Tarente, qui sont à l'arrière-garde, +font dire que toute l'armée ennemie +est à notre poursuite. Napoléon, en s'éloignant, +emporte donc l'espoir d'attirer les alliés dans un +nouveau système d'opérations. Mais en même +temps Napoléon ne perd pas de vue la rive gauche +de la Seine, que les alliés viennent d'abandonner; +il veut manoeuvrer de manière à rester +<a name="p213" id="p213"></a><span class="pagenum">213</span> +toujours maître de revenir sur Paris par +cette route.</p> + +<p>On passe la nuit du 21 au 22 au village de Sommepuis.</p> + +<p>Le 22 on traverse la Marne au gué de Frignicourt. +Un détachement va sommer Vitry-le-Français +d'ouvrir ses portes, et la journée finit par +de vaines démonstrations contre cette place. Napoléon +s'arrête au château de Plessis-ô-le-Comte, +commune de Longchamps, entre Vitry et Saint-Dizier. +Il y dicte le bulletin d'Arcis et quelques +dépêches pour Paris; mais les courriers n'ont +plus de route: on a recours à des émissaires qui +promettent de gagner Paris à travers champs<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40"><sup class="sml">40</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote40" name="footnote40"><b>Note 40: </b></a><a href="#footnotetag40">(retour)</a> Le bulletin d'Arcis a été perdu. </blockquote> + +<p>Le 23, l'armée continue son mouvement. On +couche à Saint-Dizier; c'est dans cette ville que +le duc de Vicence rejoint le quartier impérial. Il +a quitté Châtillon le 20 mars; les derniers ordres +de l'empereur, dont M. Frochot était porteur, +ne lui sont parvenus qu'après la rupture. Le duc +de Vicence était même déjà à trois lieues de Châtillon; +il arrive accompagné du secrétaire de légation +Rayneval; et pour arriver jusqu'à nous, +ils ont dû subir les nombreux détours que l'ennemi +leur a prescrits. +<a name="p214" id="p214"></a><span class="pagenum">214</span> </p> + +<p>Ce retour du duc de Vicence sert de prétexte +aux propos d'un sourd mécontentement qui règne +dans la plupart des états majors généraux. Il y a +autour de Napoléon lui-même trop de personnes +qui s'éloignent de Paris avec regret. On s'inquiète +tout haut; on commence à se plaindre. Dans la +salle qui touche à celle où Napoléon s'est enfermé, +on entend des chefs de l'armée tenir des +propos décourageants<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41"><sup class="sml">41</sup></a>. Les jeunes officiers font +groupe autour d'eux. On veut secouer l'habitude +de la confiance. On cherche à entrevoir la possibilité +d'une révolution; tout le monde parle, et +d'abord on se demande: «Où va-t-on? Que devenons-nous? +S'il tombe, tomberons-nous avec +lui?» Jamais Napoléon n'a eu plus besoin de sa +forte volonté pour lutter contre l'opposition qui +l'entoure; mais, pour la première fois, il ignore +ce qui se passe chez lui... ou feint de l'ignorer.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote41" name="footnote41"><b>Note 41: </b></a><a href="#footnotetag41">(retour)</a> «Il y a des exemples qui sont pires que des crimes...» +Montesquieu, <i>Grandeur des Romains</i>, chap. 8. </blockquote> + +<p>Après l'aveu qui vient de nous échapper, hâtons-nous +de rendre justice à l'armée. Officiers +et soldats, tous ont conservé l'énergie et le dévouement +qui peuvent seuls faire réussir la campagne +aventureuse à laquelle on est près de s'abandonner. +<a name="p215" id="p215"></a><span class="pagenum">215</span> </p> + +<p>Napoléon, avant de prendre un parti définitif, +a besoin de recueillir des renseignements plus +certains sur celui auquel la grande armée des alliés +s'est elle-même décidée. Pour mettre le temps +à profit, et continuer l'exécution de ses projets, +il fait attaquer toutes les routes de l'ennemi; il +envoie du côté de la Lorraine le duc de Reggio, +qui s'établit à Bar-sur-Ornain, et du côté de Langres +le général Piré, qui va courir jusqu'à Chaumont. +Ces routes sont les lignes d'opération des +alliés; elles sont couvertes de leurs parcs, de +leurs bagages, de leurs voyageurs; on y trouvera +des nouvelles, et il est possible d'y faire d'importantes +captures! En attendant, l'armée prend +position sur la route qui communique de Saint-Dizier +à Bar-sur-Aube. Le 24 au soir, le quartier +impérial s'établit à Doulevent; nos ailes s'étendent, +l'une vers Bar, l'autre vers Saint-Dizier, +prêtes à déboucher également sur les routes de +la Lorraine, sur celles de la Bourgogne, ou sur +la route de Paris par la rive gauche, suivant les +avis qu'on recevra.</p> + +<p>Dans la réception que l'empereur a faite au +duc de Vicence à Saint-Dizier, il lui a témoigné +être toujours dans les dispositions pacifiques qui +ont dicté ses dépêches de Reims. Persistant dans +ces dispositions de la manière la plus franche et +<a name="p216" id="p216"></a><span class="pagenum">216</span> +la plus positive, il autorise le duc de Vicence à +écrire à M. de Metternich pour reprendre les négociations. +C'est de Doulevent que les lettres du +duc de Vicence sont expédiées, et c'est le colonel +d'état major Gallebois qui en est porteur<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42"><sup class="sml">42</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote42" name="footnote42"><b>Note 42: </b></a><a href="#footnotetag42">(retour)</a> Voir les lettres de Doulevent, au supplément de la seconde +partie, n<sup>os</sup> 42 et 43. </blockquote> + +<p>Napoléon reste toute la journée du 25 à Doulevent. +Pendant ce repos la cavalerie du général +Piré entre à Chaumont, intercepte la route de +Langres, enlève des estafettes et des courriers, +soulève les paysans, et répand l'alarme depuis +Troyes jusqu'à Vesoul. Mais le 26 au matin, Napoléon +est tout-à-coup rappelé sur Saint-Dizier; +l'ennemi y attaque vivement notre arrière-garde; +il l'a forcée d'évacuer cette ville, et s'avance avec +une confiance dont Napoléon croit pouvoir profiter. +L'armée arrive donc inopinément au secours +de l'arrière-garde, et rétablit le combat. La cavalerie +des généraux Milhaud et Sébastiani bat l'ennemi +au gué de Valcourt sur la Marne. Les alliés +en désordre abandonnent Saint-Dizier, et s'enfuient +par les deux routes opposées de Vitry et +de Bar-sur-Ornain.</p> + +<p>Napoléon rentre encore une fois à Saint-Dizier; +il y passe la nuit. +<a name="p217" id="p217"></a><span class="pagenum">217</span> </p> + +<p>Il croyait être poursuivi par l'armée du prince +Schwartzenberg, et il apprend par les déclarations +des blessés que c'est à un corps détaché de +l'armée de Blücher qu'il vient d'avoir affaire: les +rapports de l'arrière-garde n'avaient cessé de répéter +que toutes les forces de l'ennemi couraient +après nous, et il acquiert la certitude que le +corps d'armée de Wintzingerode est le seul qui +ait été envoyé à notre poursuite. Que devient donc +Schwartzenberg? Comment les troupes de Blücher, +qui naguère menaçaient Meaux, se trouvent-elles +maintenant aux portes de la Lorraine? On +se perd en conjectures.</p> + +<p>Napoléon prend le parti de pousser une forte +reconnaissance sur Vitry, et le 27 au soir il recueille +sous les murs de cette place des détails +qui lui donnent enfin l'explication des mouvements +de l'ennemi. Les dépositions des prisonniers, +le rapport de quelques uns de nos soldats +échappés des mains de l'ennemi, les bulletins +des alliés, leurs proclamations imprimées, que +les paysans des environs de Vitry nous apportent, +confirment la vérité sur les événements qui viennent +de se passer.</p> + +<p>Tandis que Schwartzenberg forçait le passage +de l'Aube à Arcis, Blücher arrivait par la route +de Reims sur les bords de la Marne. Il avait +<a name="p218" id="p218"></a><span class="pagenum">218</span> +rejeté du côté de Château-Thierry les corps du duc +de Raguse et du duc de Trévise. Le 23, la jonction +des armées de Blücher et de Schwartzenberg +s'était opérée. Jamais, depuis Attila, l'immense +plaine qui s'étend entre Châlons et Arcis n'avait +contenu plus de soldats!</p> + +<p> <a name="p219" id="p219"></a><span class="pagenum">219</span></p> + +<p>Il restait aux alliés à décider s'ils marcheraient +contre Napoléon, ou s'ils s'avanceraient sur Paris; +ils avaient long-temps hésité<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43"><sup class="sml">43</sup></a>. Les chefs les +plus prudents, craignant une <i>Vendée impériale</i>, +avaient parlé de se retirer sur le Rhin; et la +réunion de toutes leurs forces ne leur paraissait +pas moins nécessaire pour effectuer une telle retraite +que pour marcher en avant: mais sur ces +entrefaites, des émissaires secrets étaient arrivés +de Paris<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44"><sup class="sml">44</sup></a>; ils avaient apporté la nouvelle qu'un +puissant parti attendait les alliés; dès lors toute +irrésolution avait cessé. Certain d'avoir la trahison +pour auxiliaire, l'ennemi avait choisi, pour +la première fois, le parti le plus hardi, et le 23 +mars au soir une proclamation qui annonçait à la +France la rupture des négociations de Châtillon, +et la réunion des deux grandes armées européennes, +avait publié la résolution des alliés de s'avancer +en masse sur Paris.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote43" name="footnote43"><b>Note 43: </b></a><a href="#footnotetag43">(retour)</a> Les alliés n'ignoraient pas que des instructions secrètes +et précises étaient parvenues aux garnisons des places du +Rhin et de la Moselle, à l'effet de se mettre en campagne +à un signal convenu, et de se réunir à l'armée qu'on promettait +de faire manoeuvrer sur la Lorraine... Mais ce qui +méritait la plus sérieuse attention, c'étaient les dispositions +au soulèvement que manifestaient un grand nombre de +paysans de la Lorraine, de la Champagne, de l'Alsace, de +la Franche-Comté, et de la Bourgogne. Dans les Vosges et +les départements voisins, plusieurs insurrections partielles +avaient entravé les opérations des armées alliées, ainsi que +la marche de leurs convois. Au sein de l'Alsace, à Mulhausen, +on avait découvert un complot tendant à égorger la +faible garnison, et à se porter aussitôt sur Huningue pour +attaquer les assiégeants, enclouer leurs canons, brûler le +pont de Bâle et piller cette ville. Les ramifications de cette +trame s'étendaient à plus de quarante paroisses. Ces dispositions +hostiles étaient de nature à inspirer de l'inquiétude +aux souverains alliés. Ils ne se dissimulèrent pas qu'ils +ne pouvaient sans danger laisser manoeuvrer sur leurs communications +une armée aussi mobile et un chef aussi entreprenant. +Au moindre revers, la population entière des +provinces envahies pouvait se lever, couper les ponts et +les routes, attaquer les convois, brûler les magasins, harceler +et affamer ses ennemis; en un mot, transformer la +guerre en une insurrection nationale, et répondre ainsi aux +provocations et aux efforts de Napoléon. Paris, cette ville +immense, n'était-elle pas en état de guerre, et disposée +pour une défense sérieuse? Presque tous les rapports, les +journaux, les bulletins, les proclamations étaient unanimes. +(Voyez Beauchamp, campagne de 1814, tome II, +page 136 et suivantes.)</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote44" name="footnote44"><b>Note 44: </b></a><a href="#footnotetag44">(retour)</a> 44: Depuis la rupture des conférences de Châtillon, le czar +avait reçu du sein de Paris même la première communication +un peu authentique de la situation réelle de cette +capitale, etc. (Beauchamp, tome II, page 139.) + +<p>Si les révélations historiques de M. Beauchamp ne +suffisent pas, nous pouvons y ajouter les aveux précieux +échappés à M. l'abbé de Pradt: «Les alliés, se sentant +sur un terrain tout neuf, au milieu d'éléments absolument +inconnus, désiraient s'appuyer des connaissances +des personnes qu'ils supposaient être les mieux informées +de l'état intérieur de la France. MM. de Talleyrand +et de Dalberg avaient fixé leur attention d'une manière +plus particulière... Quelque peu de titres que je +puisse avoir à partager cet honneur, il m'avait été accordé. +<i>On avait poussé l'attention jusqu'à pourvoir à +notre avenir</i>, s'il eût été compromis par les événements... +Nos réunions avec les personnes ci-dessus citées continuaient +toujours, et souvent plusieurs fois par jour. Le +congrès de Châtillon était notre fléau. Nous n'avons pas +laissé passer un jour sans miner, sans ébranler la domination +de l'empereur, et sans chercher ce qu'il fallait lui +susciter au jour de sa chute. Les armées françaises se +trouvaient interposées entre Paris et les alliés, les communications +avec eux étaient de la plus extrême difficulté. +Le premier qui ait triomphé des obstacles fut M. de Vitrolles, +et c'est par lui que les ministres des grandes puissances +commencèrent à acquérir des connaissances positives +sur l'état des affaires intérieures, qu'ils ignoraient +tout-à-fait.» (Extrait du récit historique publié par M. de +Pradt sur la restauration de la royauté, pages 30, 31, 32 +et 47.)</p> + +<p>Pour achever d'éclaircir cette époque décisive de la +campagne, nous finirons par la déclaration que M. Wilson, +témoin oculaire, a publiée, page 91 de son écrit sur cette +campagne. «Les alliés se trouvaient dans un cercle vicieux, +d'où il leur était impossible de se tirer, <i>si la défection ne +fût venue à leur secours.</i> Ils étaient hors d'état d'assurer +leur retraite, et cependant obligés de s'y déterminer. +<a name="p220" id="p220"></a><span class="pagenum">220</span> +Cette défection favorable à leur cause, et qui, à ce que +l'on croit, était préparée de longue main, fut consommée +au moment même où les succès de Bonaparte semblaient +hors du pouvoir de la fortune; et le mouvement sur +Saint-Dizier, qui devait lui assurer l'empire, lui fit perdre +la couronne.»</p></blockquote> + +<p><a name="p221" id="p221"></a><span class="pagenum">221</span> </p> + +<p>Les ducs de Trévise et de Raguse devaient présenter +quelques obstacles à la marche de l'ennemi; +ils pouvaient du moins rallier à eux les +renforts et les convois qui sortaient chaque jour +de la capitale pour aller rejoindre Napoléon; multiplier, +par une retraite digne de leur talent, les +fatigues de leurs adversaires, et se retirer enfin, +sans avoir été entamés, jusqu'aux barricades des +faubourgs de Paris: mais tous les malheurs devaient +nous accabler à la fois. Les deux maréchaux, +persuadés que Napoléon faisait sa retraite +<a name="p222" id="p222"></a><span class="pagenum">222</span> +sur eux, avaient cru devoir se porter au-devant +de lui. Ils n'avaient reçu aucun des officiers que +l'état major leur avait envoyés. A Château-Thierry, +s'étant hasardés à marcher sur Fère-Champenoise, +ils étaient venus donner tête baissée sur la masse +dés alliés; aussi avaient-ils été écrasés. Ces événements +avaient eu lieu le 25 mars, et les alliés les +proclamaient sous le titre de <i>victoire de Fère-Champenoise</i>.</p> + +<p>Le même jour 25, le convoi du général Pacthod, +qui amenait de Paris de l'artillerie et des munitions, +avait été enlevé du côté de Sompuis; cette +file de canons augmentait encore la liste des pièces +que l'ennemi se vantait d'avoir prises au combat +de Fère-Champenoise.</p> + +<p>En résumé, le succès des alliés était complet; +la fortune avait pris plaisir à multiplier pour +eux les fruits de la rencontre d'Arcis. Ils s'avançaient +sur Paris, n'ayant plus devant eux que des +fuyards.</p> + +<p>A peine le voile qui couvrait notre situation +est-il tombé, que Napoléon remonte à cheval, +s'éloigne de Vitry, et fait rentrer tout son monde +dans Saint-Dizier. Il s'enferme dans son cabinet, +et passe la nuit du 27 au 28 sur ses cartes.</p> + +<p>Si les alliés profitent de leurs avantages en +marchant sur Paris, il nous reste à profiter des +<a name="p223" id="p223"></a><span class="pagenum">223</span> +nôtres: nous sommes maîtres de nos mouvements; +rien ne nous empêche plus de rallier les +garnisons, de fermer les routes, et de faire payer +cher l'audace avec laquelle cette foule d'étrangers +s'aventure au coeur de nos provinces! Que +la capitale suive ses destinées, mais que l'ennemi +y trouve son tombeau. Depuis l'ouverture +de la campagne, on n'a cessé de prévoir cette +extrémité; Napoléon a fait tous ses efforts pour +se familiariser avec les résolutions qu'elle comporte; +ses plans sont faits en conséquence, il n'y +a plus qu'à persister... Cependant, au moment +d'agir, tout change; la considération des +dangers de Paris l'emporte! On fatiguait continuellement +Napoléon de ce tableau. Devenu +malheureux, il craint de paraître dur et absolu; +il cède, et tout ce qui lui reste de ressources est +sacrifié au salut de la capitale! +<a name="p224" id="p224"></a><span class="pagenum">224</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> +<h4>CHAPITRE XI.</h4> + +<h4>RETOUR SUR PARIS.</h4> + +<p class="mid">(Du 28 au 31 mars.)</p> + +<p>Paris peut résister quelques jours; les Parisiens +ont promis de se défendre: mais Napoléon +arrivera-t-il assez tôt à leur secours?</p> + +<p>L'ennemi, marchant à travers des plaines ravagées, +achève de les épuiser; et nous ne pouvons +suivre ses traces sans risquer d'aller nous +perdre dans les déserts. Il faut donc prendre une +route moins fatiguée. On a vu plus haut le soin +que Napoléon a mis à se ménager celle de la +rive gauche de la Seine: notre arrière-garde est +encore échelonnée entre Saint-Dizier et Doulevent; +qu'elle retourne vers Bar-sur-Aube. En suivant +ce mouvement, l'armée débouchera sur la +route de Troyes; nous aurons devant nous les +avenues qui conduisent à Paris, et, la Seine nous +séparant désormais de l'ennemi, nos marches +n'en seront que plus assurées. C'est à ce parti que +<a name="p225" id="p225"></a><span class="pagenum">225</span> +Napoléon s'arrête. Quelque avance que l'ennemi +ait sur nous, il espère arriver à temps pour rallier +ses forces sous le canon de Montmartre, et +discuter en personne les dernières conditions de +la paix.</p> + +<p>Les ordres sont donnés: l'armée se met en +marche pour gagner la route de Troyes par Doulevent.</p> + +<p>Au moment où le quartier impérial allait +quitter Saint-Dizier, on amène sur des charrettes +huit ou dix personnages dont les voitures ont +été enlevées entre Nancy et Langres; ce sont les +paysans des environs de Saint-Thibaut qui les +ont prises. Parmi ces voyageurs, on distingue +M. de Weissemberg, ambassadeur d'Autriche en +Angleterre, qui revient de Londres; le général +suédois de Brandt; le conseiller de guerre Peguilhem; +et MM. de Tolstoï et Marcoff, officiers +russes. Si l'on en croit les bruits que depuis l'on +a fait courir, M. de Vitrolles, qui avait été envoyé +vers M. le comte d'Artois par M. Talleyrand, +faisait partie de cette capture; mais il était +parvenu à s'échapper en se glissant parmi les +domestiques. Les paysans avaient cru prendre +M. le comte d'Artois lui-même, pour qui des +relais avaient été commandés sur cette route.</p> + +<p>Ce qui, dans leur malheur, avait pu arriver +<a name="p226" id="p226"></a><span class="pagenum">226</span> +de mieux à ces messieurs, c'était d'avoir été conduits +devant Napoléon. Il ne veut tirer de leur +accident d'autre avantage que celui d'essayer +une démarche directe auprès de son beau-père. +M. de Weissemberg est appelé; il le fait déjeuner +avec lui, et bientôt après il ordonne qu'on le +remette en liberté ainsi que ses compagnons +de voyage. Il leur fait rendre leurs portefeuilles +et leurs dépêches; le duc de Vicence leur procure +des chevaux, et M. de Weissemberg part +chargé d'une commission confidentielle pour +l'empereur d'Autriche. Mais, par une fatalité +qu'on retrouve à chaque page de cet écrit, ce +souverain avait été séparé de ses alliés; l'alarme +répandue sur les grandes routes par les coureurs +du général Piré avait gagné les équipages +de l'empereur d'Autriche, et dans ce moment +même, où il était si désirable que M. de Weissemberg +pût le rejoindre, il était entraîné jusqu'à +Dijon<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45"><sup class="sml">45</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote45" name="footnote45"><b>Note 45: </b></a><a href="#footnotetag45">(retour)</a> «L'empereur d'Autriche avait été forcé de s'enfuir, +avec un gentilhomme et un domestique, dans un droska +allemand, et d'aller se mettre en sûreté à Dijon, où il était +resté trente heures réellement prisonnier.» (Voyez l'écrit +de sir Robert Wilson, page 90.) </blockquote> + +<p> <a name="p227" id="p227"></a><span class="pagenum">227</span> </p> + +<p>Il faut donc oublier cette tentative qui n'a pas +eu de suite.</p> + +<p>Peu d'heures après le départ de ces messieurs, +on quitte Saint-Dizier. La campagne de Napoléon +avait commencé dans cette ville; elle vient +d'y finir. Désormais il ne va plus être question +que du retour sur Paris.</p> + +<p>Le 28, dans l'après-midi, on se retrouve à +Doulevent. Un émissaire de M. de La Valette +y attendait Napoléon. Depuis dix jours on n'avait +pas reçu de nouvelles de Paris: avec quel +empressement on attend le déchiffrement du +petit papier dont cet homme est porteur! Voici +ce qu'on y trouve: «Les partisans de l'étranger, +encouragés par ce qui se passe à Bordeaux, +lèvent la tête; des menées secrètes les secondent. +La présence de Napoléon est nécessaire, +s'il veut empêcher que sa capitale ne soit livrée +à l'ennemi. Il n'y a pas un moment à perdre.»</p> + +<p>L'armée s'était déjà remise en marche.</p> + +<p>Le 29 de grand matin, Napoléon part de Doulevent; +on gagne par la traverse le pont de Doulencourt, +et là une troupe de courriers, d'estafettes +se présente: retenus long-temps à Nogent +et à Montereau, ils ont pu enfin nous rejoindre +par Sens et Troyes. Les troupes ennemies qui +étaient de ce côté ont suivi le mouvement de +<a name="p228" id="p228"></a><span class="pagenum">228</span> +Schwartzenberg sur la Marne, et, comme Napoléon +l'avait prévu, la route de Troyes est maintenant +dégagée.</p> + +<p>Napoléon ordonne aussitôt au général Dejean, +son aide de camp, de partir à franc étrier +pour aller annoncer son retour aux Parisiens.</p> + +<p>Le général Dejean était en outre porteur du +bulletin des événements de Doulevent et de Saint-Dizier; +mais il n'a pu arriver à temps. Le Moniteur +n'était plus à l'empereur. Les bulletins n'ont +pu y être insérés; on les retrouve dans la brochure +de la régence à Blois.</p> + +<p>Après cette halte de Doulencourt, on fait un +effort de marche, et l'on arrive à Troyes dans la +nuit. La garde impériale et les équipages ont +fait quinze lieues.</p> + +<p>A peine est-on arrivé à Troyes, que le prince +de Neuchâtel dépêche son aide de camp, le général +Girardin, vers Paris, afin d'y multiplier les +avis du retour.</p> + +<p>Napoléon n'a pris que quelques heures de repos, +et le 30 au matin il est en route. Il croit +devoir marcher militairement jusqu'à Villeneuve-sur-Vannes; +n'ayant plus de doutes alors sur la +sûreté de la route, il se jette dans un carriole de +poste. Il apprend successivement, en changeant +de chevaux, que l'impératrice et son fils ont +<a name="p229" id="p229"></a><span class="pagenum">229</span> +quitté Paris<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46"><sup class="sml">46</sup></a>, que l'ennemi est aux portes et +qu'on se bat! Jamais il n'a mesuré plus impatiemment +les distances; il presse lui-même les +postillons; les roues brûlent le pavé!</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote46" name="footnote46"><b>Note 46: </b></a><a href="#footnotetag46">(retour)</a> 46: Au moment de monter en voiture, le jeune Napoléon, +qui était accoutumé de faire de fréquents voyages à Saint-Cloud, +à Compiègne, à Fontainebleau, etc., etc., ne +voulait pas quitter sa chambre, poussait des cris, se roulait +par terre, disait qu'il voulait rester à Paris, qu'il ne +voulait pas aller à Rambouillet: sa gouvernante avait beau +lui promettre de nouveaux joujoux; dès qu'elle le voulait +prendre par la main pour l'entraîner, il recommençait à se +rouler par terre en criant qu'il ne voulait pas quitter Paris: +il fallut employer la force pour le porter dans une voiture. +(Souvenirs de madame la veuve du général Durand, tom. I, +pag. 205.) </blockquote> + +<p>Vers dix heures du soir, il n'est plus qu'à cinq +lieues de Paris; il relayait à Fromenteau, près +les fontaines de Juvisy, lorsqu'il apprend qu'il +arrive quelques heures trop tard. Paris vient de +se rendre, et l'ennemi doit y entrer au jour.</p> + +<p>Quelques troupes qui évacuent la capitale sont +déjà arrivées dans ce village. Les généraux se +pressent autour des voitures, parmi eux se trouve +l'aide-major général Belliard, et bientôt les plus +affligeants détails mettent Napoléon au courant +des événements qui ont accéléré cette catastrophe. +<a name="p230" id="p230"></a><span class="pagenum">230</span> </p> + +<p>Les ducs de Trévise et de Raguse, après le +malheureux combat de Fère-Champenoise, n'avaient +plus pensé qu'à se retirer en toute hâte +sur Paris; mais à peine étaient-ils parvenus à la +Ferté-Gaucher, que les corps prussiens, arrivant +par les routes de Reims et de Soissons, étaient +tombés sur eux. Dans cette situation, toute autre +troupe aurait succombé: les restes de l'armée +française avaient forcé le passage. Le 28 mars au +matin, l'ennemi, suivant leurs pas, était arrivé à +Meaux; à cette nouvelle, la régence avait cru +devoir s'éloigner de Paris. Enfin, le 29 au soir +les alliés avaient vu les dômes de la capitale.</p> + +<p>Depuis huit jours Paris était sans nouvelles. +L'éloignement de Napoléon, qu'on croyait du +côté de Saint-Dizier, avait fait perdre tout espoir +d'être secouru. Le départ de l'impératrice et de +son fils avait mis le comble au découragement; +et par suite de ce brusque départ, qui avait entraîné +les ministres et les principaux chefs du +gouvernement, tout était resté dans le désaccord +et la confusion. A la vue de l'ennemi, le riche +avait pensé à capituler, et le pauvre à combattre; +les ouvriers avaient demandé des armes, et n'avaient +pu en obtenir<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47"><sup class="sml">47</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote47" name="footnote47"><b>Note 47: </b></a><a href="#footnotetag47">(retour)</a> «Les alliés étaient devant Paris, et l'approche de ce +moment suprême ne nous avait pas trouvés endormis... Le +jour de l'attaque, je courus chez M. de Talleyrand; je +trouvai chez lui le duc de Plaisance et le baron Louis.» +(M. de Pradt, pages 57 et 58.) </blockquote> + +<p> <a name="p231" id="p231"></a><span class="pagenum">231</span> </p> + +<p>Cependant les braves soldats des ducs de Trévise +et de Raguse, avant de céder la capitale aux +ennemis, avaient voulu tenter un dernier effort: +quelques milliers d'hommes qui faisaient le fond +des dépôts de Paris, les élèves de l'école polytechnique +formés en compagnie d'artillerie, et +huit à dix mille braves Parisiens fournis par la +garde nationale, étaient sortis des murs pour +prendre part au combat. Ils n'étaient pas en tout +vingt-huit mille baïonnettes, et ils n'avaient pas +désespéré de faire tête à l'ennemi.</p> + +<p>Ce matin même, 30 mars, la bataille s'était +engagée dès cinq heures.</p> + +<p>L'attaque avait été commencée sur le bois de +Romainville par l'avant-garde du corps d'armée +du prince Schwartzenberg. Pendant toute la matinée, +on avait combattu sur ce point avec une +grande ténacité. Les villages de Pantin et de Romainville, +pris et repris plusieurs fois, étaient +restés au pouvoir des troupes françaises, et les +alliés avaient été forcés de faire avancer leurs +<a name="p232" id="p232"></a><span class="pagenum">232</span> +réserves pour soutenir le combat<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48"><sup class="sml">48</sup></a>. Mais à midi, +le plan d'attaque des alliés s'était développé. +Blücher, arrivant sur la droite, s'était avancé à +travers la plaine Saint-Denis, et avait marché sur +Montmartre: à gauche les colonnes du duc de +Wurtemberg s'étaient portées sur Charonnes et +sur Vincennes.</p> + +<p>Dès ce moment, nos braves, enveloppés de +toutes parts et d'heure en heure resserrés davantage, +avaient perdu tout espoir, et ne combattaient +plus que pour mourir<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49"><sup class="sml">49</sup></a>!</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote48" name="footnote48"><b>Note 48: </b></a><a href="#footnotetag48">(retour)</a> «La résistance des troupes françaises multipliait les obstacles +à tel point qu'il devenait douteux qu'on pût s'emparer +dans la journée des hauteurs qui dominent Paris; dès +lors tout devenait problématique, car l'approche subite +de Napoléon, au centre de tant de ressources, pouvait +changer en un moment l'état de la guerre.» (Beauchamp, +tome II, page 209.) </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote49" name="footnote49"><b>Note 49: </b></a><a href="#footnotetag49">(retour)</a> On n'oubliera pas ces belles paroles d'un grenadier +mourant: <i>Ah! ils sont trop</i>. </blockquote> + +<p>Le prince Joseph, commandant en chef l'armée +parisienne, voyant les flots de l'ennemi parvenus +au pied de Montmartre, avait reconnu +qu'on ne pouvait davantage différer de capituler. +Il en avait donné l'autorisation au duc de Raguse, +et était aussitôt parti pour aller rejoindre +le gouvernement sur la Loire. +<a name="p233" id="p233"></a><span class="pagenum">233</span> </p> + +<p>Dans l'espace de temps qui s'était écoulé en +pourparlers pour obtenir l'armistice, nous avions +achevé de perdre nos positions les plus importantes. +L'ennemi s'était emparé des hauteurs de +Mont-Louis, et du Père-Lachaise...; au centre, +il avait pénétré dans Belleville et Ménilmontant; +il s'était établi sur la butte Chaumont, qui domine +tout Paris. Sa droite s'était groupée en +grandes masses autour de la Villette, le duc de +Raguse était acculé sur la barrière de Belleville; +Montmartre venait d'être forcé; Blücher enfin +allait attaquer la barrière Saint-Denis, lorsqu'on +était convenu de suspendre les hostilités. C'était +vers cinq heures du soir; des officiers d'état +major des deux armées s'étaient aussitôt réunis. +Les bases d'une capitulation avaient été posées; +mais dans la soirée, la rédaction n'était pas encore +terminée, et rien n'était signé.</p> + +<p>Voilà ce qu'on raconte à Napoléon: dans cette +extrémité, il envoie le duc de Vicence à Paris +pour voir s'il est encore possible d'intervenir +au traité; il lui donne tout pouvoir. Il expédie +en même temps un courrier à l'impératrice, et +passe le reste de cette nuit à attendre des nouvelles.</p> + +<p>Dans ces moments d'anxiété, Napoléon n'est +séparé des avant-postes ennemis que par la +<a name="p234" id="p234"></a><span class="pagenum">234</span> +rivière. Les alliés, descendus des hauteurs de Vincennes, +ont forcé le pont de Charenton, et se +sont répandus dans la plaine de Villeneuve-Saint-Georges; +leurs bivouacs jettent des lueurs d'incendie +sur les collines de la rive droite, tandis +que l'obscurité la plus profonde protège, sur la +rive opposée, le coin où Napoléon se trouve arrêté +avec deux voitures de poste et quelques serviteurs.</p> + +<p>A quatre heures du matin, arrive un piqueur +dépêché par le duc de Vicence: il annonce que +tout est consommé; la capitulation a été signée +à deux heures de la nuit, et les alliés entreront +ce matin même dans Paris.</p> + +<p>Napoléon fait aussitôt rebrousser chemin à sa +voiture, et va descendre à Fontainebleau.</p> + +<p>«C'est ici qu'il faut se donner le spectacle des +choses humaines: qu'on voie tant de guerres +entreprises, tant de sang répandu, tant de peuples +détruits, tant de grandes actions, tant de +triomphes, de politique, de constance, de courage; +à quoi cela aboutit-il?<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50"><sup class="sml">50</sup></a>»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote50" name="footnote50"><b>Note 50: </b></a><a href="#footnotetag50">(retour)</a> Montesquieu, Décadence des Romains, chap. 15. </blockquote> + +<p>FIN DE LA SECONDE PARTIE.</p> + + +<br> + +<a name="p235" id="p235"></a><span class="pagenum">235</span> + +<h3>SUPPLÉMENT<br> +A LA SECONDE PARTIE.</h3> + +<h4>PIÈCES HISTORIQUES.</h4> +<br> + +<p class="mid">(Nº 1.) <i>Lettre du duc de Vicence<br> +Au prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 21 janvier 1814, au soir.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Prince</span>,</p> + +<p>C'est de Châtillon-sur-Seine que j'ai l'honneur +d'annoncer mon arrivée à V. Exc. J'y attends les indications +qu'elle a pensé que je pourrais y trouver.</p> + +<p>Je saisis avec empressement cette occasion de renouveler, +etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span><br> +<a name="p236" id="p236"></a><span class="pagenum">236</span> </p><br> + +<p class="mid">(Nº 2.) <i>Le duc de Vicence</i><br> + +<i>Au prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 25 janvier 1814, au soir.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Prince</span>,</p> + +<p>En mettant de l'empressement à m'engager à me +diriger sur Châtillon, V. Exc. me faisait espérer que +la prompte réunion des négociateurs allait mettre un +terme aux délais toujours renaissants qui se succèdent +depuis près de deux mois. Dès le 6 décembre, l'acceptation +formelle par la France des bases de la paix +était arrivée à Francfort, et a été aussitôt communiquée +par les alliés à la cour de Londres; et ce n'est +qu'un mois après, le 6 janvier, que son ministre est +arrivé sur le continent. Le 14, après un délai plus +que suffisant, il était attendu d'un instant à l'autre. +Nous voici au 26; et V. Exc., dont je suis si près +maintenant, ne m'a encore rien annoncé. Après une +si longue attente, douze jours viennent d'être perdus, +dans un moment où, d'une minute à l'autre, le +sang de tous les peuples du continent va couler par +torrent. Tous les maux qu'entraîne la guerre sont cependant +sans motifs comme sans résultat, depuis que +le voeu de la paix, exprimé par toutes les nations, et +les explications qui ont déjà eu lieu, ont levé toutes les +difficultés essentielles. Le destin du monde devra-t-il +<a name="p237" id="p237"></a><span class="pagenum">237</span> +continuer à dépendre indéfiniment des retards du lord +Castlereagh, quand l'Angleterre a déjà des ministres +accrédités près de chacun des souverains alliés? Sera-ce +à une simple affaire de convenance qu'on abandonnera +les intérêts les plus sacrés de l'humanité?</p> + +<p>Les retards qu'éprouva la négociation ne sont du +fait ni de la France ni de l'Autriche, et c'est néanmoins +la France et l'Autriche qui en peuvent le plus +souffrir. Les armées alliées ont déjà envahi plusieurs +de nos provinces; si elles avancent, une bataille va devenir +inévitable, et sûrement il entre dans la prévoyance +de l'Autriche de calculer et de peser les résultats +qu'aurait cette bataille, soit qu'elle fût perdue +par les alliés, soit qu'elle le fût par la France.</p> + +<p>Écrivant à un ministre aussi éclairé que vous l'êtes, +je n'ai pas besoin de développer ces résultats; je dois +me borner à les faire entrevoir, sûr que leur ensemble +ne saurait échapper à votre pénétration.</p> + +<p>Les chances de la guerre sont journalières: à mesure +que les alliés avancent, ils s'affaiblissent, pendant +que les armées françaises se renforcent; et ils +donnent, en avançant, un double courage à une nation +pour qui, désormais, il est évident qu'elle a ses +plus grands et ses plus chers intérêts à défendre. Or +les conséquences d'une bataille perdue par les alliés +ne pèseraient sur aucun d'eux autant que sur l'Autriche, +puisqu'elle est en même temps la puissance +principale entre les alliés et l'une des puissances centrales +de l'Europe. +<a name="p238" id="p238"></a><span class="pagenum">238</span> </p> + +<p>En supposant que la fortune continue d'être favorable +aux alliés, il importe sans doute à l'Autriche de +considérer avec attention quelle serait la situation de +l'Europe, le lendemain d'une bataille perdue par les +Français au coeur de la France, et si un tel événement +n'entraînerait pas des conséquences diamétralement +opposées à cet équilibre que l'Autriche aspire à +établir, et tout à la fois à sa politique et aux affections +personnelles et de famille de l'empereur François.</p> + +<p>Enfin l'Autriche proteste qu'elle veut la paix de +même que ses alliés; mais n'est-ce pas se mettre en +position de ne pouvoir atteindre ou de dépasser ce +but, que de continuer les hostilités, quand de part +et d'autre on veut arriver à une fin?</p> + +<p>Toutes ces considérations m'ont conduit à penser +que, dans la situation actuelle des armées respectives, +et dans cette rigoureuse saison, une suspension d'armes +pourrait être réciproquement avantageuse aux +deux partis.</p> + +<p>Elle pourrait être établie par une convention en +forme ou par un simple échange de déclarations; elle +pourrait être limitée à un temps fixe, ou indéfinie, avec +la condition de ne la pouvoir faire cesser qu'en se +prévenant tant de jours d'avance.</p> + +<p>Cette suspension d'armes me semble plus particulièrement +dépendre de l'Autriche, puisqu'elle a la direction +principale des affaires militaires; et j'ai pensé +que, dans l'une et l'autre chance, l'intérêt de l'Autriche +<a name="p239" id="p239"></a><span class="pagenum">239</span> +était que les choses n'allassent pas plus loin et +ne fussent pas poussées à l'extrême.</p> + +<p>C'est surtout cette persuasion qui me porte à +écrire aujourd'hui à V. Exc.; si je m'étais trompé, +si cette démarche, absolument confidentielle, devait +rester sans effet, je dois prier V. Exc. de la regarder +comme non avenue.</p> + +<p>Vous m'avez montré tant de confiance personnelle, +et j'en ai moi-même une si grande dans la droiture de +vos vues et dans les nobles sentiments qu'en toute +circonstance vous avez exprimés, que j'ose espérer +qu'une lettre que cette confiance a dictée, si elle +ne peut atteindre son but, restera entre V. Exc. et +moi.</p> + +<p>Veuillez agréer, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 3.)<i>Lettre du prince Schwartzenberg</i><br> + +<i>Au duc de Vicence. +</i></p> + +<p class="rig">A mon quartier général, à Langres, le 26 janvier 1814,<br> +à une heure du matin.</p><br><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>Je m'empresse de vous prévenir que dans ce moment +viennent d'arriver ici S. M. l'empereur d'Autriche, +<a name="p240" id="p240"></a><span class="pagenum">240</span> +le prince de Metternich et lord Castlereagh. +V. Exc. recevra dans les vingt-quatre heures des nouvelles +ultérieures.</p> + +<p>Je me flatte que V. Exc. rencontrera toutes les +prévenances de la part de nos militaires; les ordres +qu'elle a désirés relativement à l'admission de ses secrétaires +et de ses commis ont été donnés sur-le-champ, +et V. Exc. en aura senti le plein effet.</p> + +<p>C'est avec bien des regrets que je me suis vu privé +jusqu'à présent du plaisir de la voir et de l'assurer de +vive voix de ma haute considération.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Schwartzenberg</span>.</span></p><br><br> + +<p class="mid">(Nº 4.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Langres, le 29 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>LL. MM. II. et RR., leurs cabinets, et le principal +secrétaire d'état de S. M. britannique ayant le département +des affaires étrangères, se trouvant réunis à +Langres depuis le 27 janvier, LL. MM. ont choisi +Châtillon-sur-Seine comme le lieu des négociations +avec la France. Les plénipotentiaires de Russie, +<a name="p241" id="p241"></a><span class="pagenum">241</span> +d'Angleterre, de Prusse et d'Autriche, seront rendus dans +cette ville le 3 février prochain.</p> + +<p>Chargé de porter cette détermination à la connaissance +de V. Exc., je ne doute pas qu'elle n'y trouve +la preuve de l'empressement des puissances alliées à +ouvrir la négociation dans le plus court délai possible.</p> + +<p>Recevez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br> + +<p class="mid">(Nº 5.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br> + +<i>Au duc de Vicence</i>.</p> + +<p class="rig">Langres, le 29 janvier 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>Je n'ai reçu qu'hier la lettre confidentielle que +V. Exc. m'a adressée le 25 au soir. Je l'ai soumise à +l'empereur, mon maître; et S. M. I. s'est déclarée +être d'avis de ne pas faire usage de son contenu, +convaincue que la démarche proposée ne mènerait à +rien. Elle restera éternellement ignorée; et je prie +V. Exc. d'être convaincue que, dans une position des +choses quelconque, une confidence faite à notre cabinet +est à l'abri de tout abus.</p> + +<p>J'aime à vous porter cette assurance dans un moment +<a name="p242" id="p242"></a><span class="pagenum">242</span> +d'un intérêt immense pour l'Autriche, la France +et l'Europe. La conduite de l'empereur est et restera +uniforme, comme l'est son caractère. Ses principes +sont à l'abri de toute influence du temps et des circonstances. +Ils furent les mêmes dans des époques +de malheur; ils le sont et le resteront après que des +événements au-dessus de tout calcul humain vont rassurer +l'Europe dans la seule assiette qui puisse lui +convenir. L'empereur est entré dans la présente guerre +sans haine et il la poursuit sans haine. Le jour où il +a donné sa fille au prince qui gouvernait alors l'Europe, +il a cessé de voir en lui un ennemi personnel. +Le sort de la guerre a changé l'attitude de ce même +prince. Si l'empereur Napoléon n'écoute, dans les circonstances +du moment, que la voix de la raison, s'il +cherche sa gloire dans le bonheur d'un grand peuple, +en renonçant à sa marche politique antérieure, l'empereur +arrêtera de nouveau avec plaisir sa pensée au +moment où il lui a confié son enfant de prédilection; +si un aveuglement funeste devait rendre l'empereur +Napoléon sourd au voeu unanime de son peuple et de +l'Europe, il déplorera le sort de sa fille, sans arrêter +sa marche.</p> + +<p>Je vous recommande beaucoup M. de Floret: si +vous voulez m'écrire par lui, j'entretiendrai avec +plaisir des rapports confidentiels que la circonstance +rend possibles et dont le but sera l'accélération de la +grande oeuvre pour laquelle vous allez vous rassembler. +Je ne vous recommande pas moins le comte de +<a name="p243" id="p243"></a><span class="pagenum">243</span> +Stadion, que l'empereur envoie comme négociateur; +il est impossible d'être plus unis que lui et moi le +sommes de pensées, de vues et de principes.</p> + +<p>Il me serait difficile d'assurer V. Exc. combien je +compte sur elle dans ce moment, qui est celui du +monde. Si l'Europe doit être plus long-temps, que +déjà elle ne l'est, la proie d'un terrible fléau, ni elle +ni moi en serons la cause.</p> + +<p>Je compte de la part de V. Exc. sur la discrétion +qu'elle est sûre de trouver en moi, et je la prie +d'agréer les assurances, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Metternich</span>.</span></p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 6.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Langres, le 29 janvier 1814.</p><br><br> + +<p>Ma lettre officielle prouvera à votre excellence +que les négociateurs vous arrivent, et que le point +où vous êtes dans ce moment a été choisi par les +souverains alliés. Si elle calcule que lord Castlereagh +n'a vu l'empereur de Russie pour la première fois que +le 27, vous ne trouverez aucun retard dans la fixation +du 3 février pour l'arrivée des négociateurs.</p> + +<p>J'expédierai M. de Floret, dans le courant de la +<a name="p244" id="p244"></a><span class="pagenum">244</span> +nuit prochaine, à Châtillon. Il est chargé de choisir +et de préparer des logements pour les plénipotentiaires. +Je n'ai pas besoin de le recommander plus +particulièrement à votre excellence.</p> + +<p>Agréez, monsieur le duc, l'assurance de ma haute +considération et de mes inaltérables sentiments.</p> + +<p class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich.</span></p><br><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 7.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br> + +<i>Au prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon, le 30 janvier 1814.</p><br><br> + +<p>J'ai reçu la lettre par laquelle votre excellence me +fait l'honneur de m'informer que Châtillon-sur-Seine +a été désigné par les souverains alliés pour le lieu des +négociations, et que les plénipotentiaires de Russie, +d'Angleterre, de Prusse et d'Autriche, seront rendus +dans cette ville le 3 février prochain.</p> + +<p>Mon départ de Paris, depuis près d'un mois, et +mon séjour même à Châtillon, sont des preuves trop +évidentes de l'empressement et du désir sincère qu'a +l'empereur, mon maître, de contribuer autant qu'il +est en son pouvoir au rétablissement de la paix, pour +que j'aie besoin d'en renouveler ici l'assurance. Votre +<a name="p245" id="p245"></a><span class="pagenum">245</span> +excellence n'ignore point qu'il n'a pas dépendu de nous +d'accélérer un événement si long-temps attendu.</p> + +<p>Recevez, prince, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 8.) <i>M. le duc de Vicence</i><br> + +<i>A M. le prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 31 janvier 1814.</p><br><br> + +<p>M. de Floret m'a remis, mon prince, la lettre particulière +que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, +en réponse à celle que j'ai adressée, le 25 de ce mois, +à votre excellence; ma confiance en elle avait devancé +celle qu'elle veut bien m'accorder, et lui est garant de +ma discrétion.</p> + +<p>Plus que jamais, les hommes animés d'un bon esprit +ont le besoin de s'entendre, pour mettre, s'il en +est encore temps, un terme aux malheurs qui menacent +le monde. Je regrette que l'idée d'un intérêt +général, que j'ai soumise à votre jugement, et dont +je crois l'adoption si nécessaire pour arriver à ce but, +ne vous ait pas paru pouvoir être admise; j'aime à +penser qu'elle n'est qu'ajournée, et que je trouverai +votre plénipotentiaire disposé à m'appuyer pour la +reproduire dans l'occasion. +<a name="p246" id="p246"></a><span class="pagenum">246</span> </p> + +<p>Je ne puis que répéter à votre excellence ce que +je lui ai déjà mandé. L'empereur veut sincèrement +la paix. Nous n'avons d'autres pensées, d'autre vue, +que de placer, comme votre excellence le dit si judicieusement, +l'Europe sur des bases qui assurent à +tous les états une longue tranquillité. Les difficultés +ne viendront donc pas de nous, je vous l'assure; +mais les espérances que vous aviez conçues pourront-elles +se réaliser, si la modération, si la fidélité à des +engagements pris à la face du monde ne se trouvent +que de notre côté? Après une si longue attente, après +tant d'efforts, et, je puis le dire, tant de sacrifices +personnels pour la cause sacrée à laquelle je travaille +ainsi que vous, je suis forcé d'avouer à votre excellence +que j'avais espéré qu'elle me seconderait personnellement +dans une tâche aussi importante que +difficile, et qu'elle même voudrait achever son ouvrage. +C'est M. de Stadion qui remplace votre excellence. +Comme <i>Autrichien</i>, les véritables intérêts de +nos deux pays doivent nous réunir. Comme <i>votre +ami</i>, ma confiance en lui sera entière, et, sous ce +rapport, ce choix ne peut que m'être agréable. Mais +quelle autre influence que celle du ministre qui dirige +la politique de la puissance prépondérante sur le +continent, pourrait balancer celle de toutes les passions +de l'Europe réunies et placées, si on peut s'exprimer +ainsi, dans la main d'un négociateur anglais, +pour s'en servir, s'il ne désire pas sincèrement la +paix, au gré de ses vues particulières? Quelques +<a name="p247" id="p247"></a><span class="pagenum">247</span> +uns des choix qui ont été faits, n'avertissaient-ils +pas votre excellence qu'il faudrait tout son crédit +pour faire prévaloir même les idées les plus raisonnables?</p> + +<p>Vous voyez, mon prince, avec quelle franchise je +réponds à celle que vous m'avez témoignée. Personne +ne met une plus grande, une plus entière confiance +que moi dans le caractère de l'empereur, votre maître. +La constante invariabilité de ses principes peut +seule nous donner la paix; mais le moment de la faire +ne nous échappera-t-il pas, si vous ne vous prononcez +pas fortement pour cette cause, dès l'ouverture +des négociations? C'est de l'énergie que vous +mettrez à réprimer les passions de tous les partis, et +à modérer une ambition qui détruirait d'avance l'équilibre +que vous aspirez à établir, qu'en dépendra le +succès. La postérité, mon prince, ne nous tiendra +nul compte de nos efforts, si nous ne réussissons +pas. Votre excellence, qui est si convenablement +placée pour être le régulateur de ces grands intérêts, +n'aura rien fait, si une paix qui assure à chaque état les +limites et le degré de puissance qui lui appartiennent, +et qui porte ainsi en elle-même la garantie de sa durée, +ne met pas aujourd'hui un terme aux troubles +qui agitent, depuis si long-temps, la malheureuse +Europe.</p> + +<p>Quant à moi, mes voeux vous sont connus depuis +long-temps, rien ne peut les faire changer; vous pouvez +donc compter sur moi, mon prince, comme je +<a name="p248" id="p248"></a><span class="pagenum">248</span> +compte sur vous pour tout ce qui pourra mener à +ce noble but.</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 9.) <i>Protocole des conférences de Châtillon-sur-Seine.</i></p> + +<p class="mid"><i>Séance du 4 février 1814.</i></p> + +<p>S. Exc. M. le duc de Vicence, ministre des relations +extérieures et plénipotentiaire de France, d'une part:</p> + +<p>Et les plénipotentiaires des cours alliées, savoir:</p> + +<p>S. Exc. M. le comte de Stadion, etc., pour l'Autriche;</p> + +<p>S. Exc. M. le comte de Razoumowski, etc, pour la +Russie.</p> + +<p>LL. Exc. lord Aberdeen, lord Cathcart et sir +Charles Stewart, etc., pour la Grande-Bretagne;</p> + +<p>Et S. Exc. M. le baron de Humboldt, etc., pour +la Prusse, d'autre part;</p> + +<p>S'étant acquittés réciproquement des visites d'usage +dans la journée du 4 février, sont convenus en même +temps, de se réunir en séance, le lendemain 5 du +mois de février. +<a name="p249" id="p249"></a><span class="pagenum">249</span> </p> +<br><br> +<p class="mid">(Nº 10.) <i>Lettre de Napoléon</i><br> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Troyes, le 4 février 1814.</p><br><br> + +<p>Monsieur le duc de Vicence, le rapport du prince +de Schwartzenberg est une folie........................; +la vieille garde n'y était pas; la jeune garde n'a pas +donné. Quelques pièces de canon nous ont été prises +par des charges de cavalerie, mais l'armée était en +marche pour passer le pont de Lesmont lorsque cet +événement est arrivé, et deux heures plus tard l'ennemi +ne nous aurait pas trouvés. Il paraît que toute +l'armée ennemie était là...................................</p> + +<p>Vous me demandez toujours des pouvoirs et des +instructions lorsqu'il est encore douteux si l'ennemi +veut négocier. Les conditions sont, à ce qu'il paraît, +arrêtées d'avance entre les alliés. C'était hier le 3, +vous ne me dites pas que les plénipotentiaires vous +en aient dit un mot. Aussitôt qu'ils vous les auront +communiquées, vous êtes le maître de les accepter +ou d'en référer à moi dans les vingt-quatre heures. Je +ne conçois pas en vérité cette phrase que vous me +renvoyez de M. de Metternich. Qu'entendent-ils par +des ajournements, quand vous êtes depuis un mois +aux avant-postes? M. de la Besnardière que j'ai vu hier +au soir doit vous avoir rejoint. Le 2, un corps autrichien +<a name="p250" id="p250"></a><span class="pagenum">250</span> +a été battu à Rosnay; on lui a fait 600 prisonniers +et tué beaucoup de monde. L'aide de camp du +prince de Neufchâtel a été pris le premier, au moment +où il faisait le tour de nos avant-postes. Sur ce, je +prie Dieu, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 11.) <i>Protocole.</i></p> + +<p class="mid"><i>Séance du 5 février, à une heure après midi.</i></p> + +<p>Les plénipotentiaires ci-dessus désignés se sont assemblés +en maison tierce (dans celle de M. de Montmort), +choisie pour le lieu des séances; et après avoir +indistinctement pris place à une table de forme ronde, +ils ont produit leurs pleins-pouvoirs respectifs en original +et en copie vidimée; lesquels ont été mutuellement +acceptés.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont remis +ensuite la déclaration suivante:</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées déclarent +qu'ils ne se présentent point aux conférences comme +uniquement envoyés par les quatre cours de la part +desquelles ils sont munis de pleins-pouvoirs, mais +comme se trouvant chargés de traiter de la paix <i>avec +la France au nom de l'Europe</i> ne formant qu'<i>un seul +tout</i>; les quatre puissances répondent de l'accession +<a name="p251" id="p251"></a><span class="pagenum">251</span> +de leurs alliés aux arrangements dont on sera convenu +à l'époque de la paix même.</p> + +<p>S. Exc. M. le duc de Vicence a répondu que rien +n'était plus conforme aux vues de sa cour que ce qui +tendait à simplifier les négociations et à en rapprocher +le terme.</p> + +<p>Après cette observation, les plénipotentiaires des +cours alliées passent à la détermination des formes +des conférences, où ils déclarent à ce sujet:</p> + +<p>Qu'ils sont tenus à ne traiter que conjointement et +à ne point admettre d'autres formes de négociations +que celles de séances avec tenue de protocole.</p> + +<p>S. Exc. M. le plénipotentiaire français a déclaré +n'avoir rien à opposer à cette forme.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées déclarent ensuite:</p> + +<p>Que les cours alliées adhèrent à la déclaration du +gouvernement britannique portant:</p> + +<p>Que toute discussion sur le code maritime serait +contraire aux usages observés jusqu'ici dans les négociations +de la nature de la présente; que la Grande-Bretagne +ne demande aux autres nations ni ne leur +accorde aucune concession relativement à des droits +qu'elle regarde comme réciproquement obligatoires +et de nature à ne devoir être réglés que par le <i>droit +des gens</i>, excepté là où ces mêmes droits ont été +modifiés par des conventions spéciales entre des états +particuliers;</p> + +<p>Qu'en conséquence les cours alliées regarderaient +<a name="p252" id="p252"></a><span class="pagenum">252</span> +l'insistance de la France à ce sujet comme contraire à +l'objet de la réunion des plénipotentiaires, et comme +tendant à empêcher le rétablissement de la paix.</p> + +<p>En recevant cette déclaration, S. Exc. M. le duc +de Vicence a répondu que l'intention de la France +n'a jamais été de demander rien de dérogatoire aux +règles du droit des gens, et qu'il n'avait pas d'autre +observation à faire.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées observent là-dessus +qu'ils prennent cette déclaration pour acceptation.</p> + +<p>M. le duc de Vicence, après avoir dit que son gouvernement +l'avait fait partir depuis long-temps pour +accélérer autant qu'il était possible l'oeuvre de la paix, +a demandé que l'on entrât à l'instant même dans le +fond de la négociation, protestant que la France n'avait +d'autre désir que d'arriver à connaître l'ensemble +des propositions qui pouvaient amener la cessation +des malheurs de la guerre.</p> + +<p>S. Exc. M. le comte de Razoumowski a dit qu'il +n'avait point encore l'expédition signée de ses instructions.</p> + +<p>S. Exc. M. le duc de Vicence a observé qu'après le +temps qui s'était écoulé, M. de Razoumowski étant +si près de son souverain, on ne pouvait s'attendre à +cet empêchement, et il a proposé de passer outre.</p> + +<p>Mais LL. Exc. les plénipotentiaires des cours alliées +ayant dit qu'elles avaient pensé que la première conférence +serait uniquement consacrée aux objets +<a name="p253" id="p253"></a><span class="pagenum">253</span> +rappelés ci-dessus, et sur l'observation qui a été faite +que les instructions de M. le comte de Razoumowski +arriveraient très probablement dans le jour, la conférence +a été ajournée à demain.</p> + +<p>Châtillon-sur-Seine, le 5 février 1814.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br> + +<p class="mid"><i>Signé</i> comte A. de <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>,<br> +<span class="sc">Humboldt</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, J. comte de <span class="sc">Stadion</span>,<br> +Charles <span class="sc">Stewart</span>, lieutenant général.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 12.) <i>Lettre de M. le duc de Bassano</i><br> + +<span class="sc">A M. le duc de Vicence</span>.</p> + +<p class="rig">Troyes, le 5 février 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>Je vous ai expédié un courrier avec une lettre de +S. M.<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51"><sup class="sml">51</sup></a> et le nouveau plein-pouvoir<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52"><sup class="sml">52</sup></a> que vous avez +demandé. Au moment où S. M. va quitter cette ville, +elle me charge de vous en expédier un second, et de +vous faire connaître en propres termes que S. M. vous +<a name="p254" id="p254"></a><span class="pagenum">254</span> +donne carte blanche pour conduire les négociations +à une heureuse fin, sauver la capitale, et éviter une +bataille où sont les dernières espérances de la nation. +Les conférences doivent avoir commencé hier. S. M. +n'a pas voulu attendre que vous lui eussiez donné +connaissance des premières ouvertures, de crainte +d'occasionner le moindre retard.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote51" name="footnote51"><b>Note 51: </b></a><a href="#footnotetag51">(retour)</a> Celle du 4 février, ci-avant, nº 10. </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote52" name="footnote52"><b>Note 52: </b></a><a href="#footnotetag52">(retour)</a> Ces pleins-pouvoirs étaient l'instrument de chancellerie ou +lettres de créance sur parchemin, nécessaires pour accréditer le +plénipotentiaire au congrès. </blockquote> + +<p>Je suis donc chargé, M. le duc, de vous faire connaître +que l'intention de l'empereur est que vous vous +regardiez comme investi de tous les pouvoirs nécessaires +dans ces circonstances importantes pour +prendre le parti le plus convenable, afin d'arrêter les +progrès de l'ennemi et de sauver la capitale.</p> + +<p>S. M. désire que vous correspondiez le plus fréquemment +possible avec elle, afin qu'elle sache à +quoi s'en tenir pour la direction de ses opérations +militaires.</p> + +<p>J'ai l'honneur, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le duc de <span class="sc">Bassano</span>.</span></p><br> + +<p> <a name="p255" id="p255"></a><span class="pagenum">255</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 13.) <span class="sc">Lettre du duc de Vicence</span><br> + +<i>A Napoléon.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon, le 6 février 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Sire</span>,</p> + +<p>Un courrier parti de Troyes, le 5 février, m'a apporté +une dépêche chiffrée de M. le duc de Bassano, +laquelle, tout en me commettant au nom de V. M. +les pouvoirs les plus étendus, me jette et me retient +dans la plus embarrassante perplexité.</p> + +<p>Je me trouve ici placé vis-à-vis de quatre négociateurs, +en ne comptant les trois plénipotentiaires +anglais que pour un seul. Ces quatre négociateurs +n'ont qu'une seule et même instruction, dressée par +les ministres d'état des quatre cours. Leur langage +leur a été dicté d'avance. Les déclarations qu'ils remettent +leur ont été données toutes faites. Ils ne font +pas un pas, ils ne disent point un mot sans s'être concertés +d'avance. Ils veulent qu'il y ait un protocole; +et si je veux moi-même y insérer les observations les +plus simples sur les faits les plus constants, les expressions +les plus modérées deviennent un sujet de +difficulté, et je dois céder pour ne pas consumer +le temps en vaines discussions. Je sens combien les +moments sont précieux, je sens d'un autre côté qu'en +<a name="p256" id="p256"></a><span class="pagenum">256</span> +précipitant tout, on perdrait tout. Je presse, mais +avec la mesure que prescrit le besoin de ne pas compromettre +les grands intérêts dont je suis chargé; +je presse autant que je puis le faire sans me jeter +à la tête de ces gens-ci, et sans me mettre à leur +merci.</p> + +<p>C'est dans cette situation que je reçois une lettre +pleine d'alarmes. J'étais parti les mains presque liées, +et je reçois des pouvoirs illimités. On me retenait, et +l'on m'aiguillonne. Cependant on me laisse ignorer +les motifs de ce changement. On me fait entrevoir +des dangers, mais sans me dire quel en est le degré; +s'ils viennent d'un seul côté ou de plusieurs. V. M. +d'abord, et l'armée qu'elle commande; Paris, la Bretagne, +l'Espagne, l'Italie, se présentent tour à tour, et +tout à la fois à mon esprit; mon imagination se porte +de l'une à l'autre, sans pouvoir former d'opinion fixe; +ignorant la vraie situation des choses, je ne peux juger +ce qu'elle exige et ce qu'elle permet; si elle est +telle que je doive consentir à tout aveuglement, sans +discussion et sans retard, ou si j'ai pour discuter, du +moins les points les plus essentiels, plusieurs jours +devant moi; si je n'en ai qu'un seul, ou si je n'ai pas +un moment. Cet état d'anxiété aurait pu m'être épargné +par des informations que la lettre de M. de Bassano +ne contient pas.</p> + +<p>Dans l'ignorance où elle me laisse, je marcherai +avec précaution, comme on doit le faire entre deux +écueils; mais à toute extrémité, je ferai tout ce que +<a name="p257" id="p257"></a><span class="pagenum">257</span> +me paraîtront exiger la sûreté de V. M. et le salut de +mon pays.</p> + +<p>Je suis, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 14.) <i>Protocole.</i></p> + +<p class="mid"><i>Séance du 7 février 1814.</i></p> + +<p>Les protocoles de la séance du 5 ayant été expédiés +en <i>double</i> et collationnés dans la journée d'hier, +MM. les plénipotentiaires, à l'ouverture de la présente +séance, ont muni ces expéditions de leurs signatures, +en observant l'alternative entre le plénipotentiaire +de la France d'un côté, et les plénipotentiaires +des cours alliées de l'autre, les derniers y +ayant procédé entre eux en adoptant la voie de <i>pêle-mêle</i>, +tout préjudice sauf.</p> + +<p>Cette formalité remplie, les plénipotentiaires des +cours alliées consignent au protocole ce qui suit:</p> + +<p>«Les puissances alliées réunissant le point de vue +de la sûreté et de l'indépendance future de l'Europe, +avec le désir de voir la France dans un état de possession +analogue au rang qu'elle a toujours occupé +dans le système politique, et considérant la situation +dans laquelle l'Europe se trouve placée à l'égard +de la France, à la suite des succès obtenus par +leurs armes; les plénipotentiaires des cours alliées +ont ordre de demander: +<a name="p258" id="p258"></a><span class="pagenum">258</span> </p> + +<p>»Que la France rentre dans les limites qu'elle +avait avant la révolution, sauf des arrangements +d'une convenance réciproque sur des portions de +territoire au-delà des limites de part et d'autre, +et sauf des restitutions que l'Angleterre est prête à +faire pour l'intérêt général de l'Europe, contre les +rétrocessions ci-dessus demandées à la France, lesquelles +restitutions seront prises sur les conquêtes +que l'Angleterre a faites pendant la guerre; qu'en +conséquence la France abandonne toute influence +directe hors de ses limites futures, et que la renonciation +à tous les titres qui ressortent des rapports +de souveraineté et de protectorat sur l'Italie, l'Allemagne +et la Suisse, soit une suite immédiate de cet +arrangement.»</p> + +<p>Après que M. le duc de Vicence a entendu la lecture +de cette proposition, il s'établit de part et d'autre +entre les plénipotentiaires une conversation explicative +de l'objet, à la suite de laquelle S. Exc. le +plénipotentiaire français observe que, la proposition +étant de trop grande importance pour pouvoir y répondre +immédiatement, il désire à cet effet que la +séance soit suspendue.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées n'hésitent pas +à déférer à ce désir, et l'on convient de continuer la +séance à huit heures dû soir.</p> + +<p>Les plénipotentiaires reprenant la séance à l'heure +convenue, M. le duc de Vicence déclare ce qui suit:</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France renouvelle encore +<a name="p259" id="p259"></a><span class="pagenum">259</span> +l'engagement déjà pris par sa cour de faire, pour la +paix, les <i>plus grands sacrifices</i>, quelque éloignée que +la demande faite dans la séance d'aujourd'hui, au nom +des puissances alliées, soit des <i>bases proposées par elles +à Francfort</i> et fondées sur ce que les <i>alliés eux-mêmes</i> +ont appelé les <i>limites naturelles</i> de la France; +quelque éloignée qu'elle soit des déclarations que +toutes les cours n'ont cessé de faire à la face de l'Europe; +quelque éloignée que soit même leur proposition +d'un état de possession analogue au rang que la France +a toujours occupé dans le système politique, bases que +les plénipotentiaires des puissances alliées rappellent +encore dans leur proposition de ce jour. Enfin quoique +le résultat de cette proposition soit d'appliquer à +la France seule un principe que les puissances alliées +ne parlent point d'adopter pour elles-mêmes, et dont +cependant l'application ne peut être juste si elle n'est +point réciproque et impartiale, le plénipotentiaire français +n'hésiterait pas à s'expliquer sans retard de la manière +la plus positive sur cette demande, si chaque sacrifice +qui peut être fait et le degré dans lequel il peut +l'être ne dépendaient pas nécessairement de l'espèce +et du nombre de ceux qui seront demandés, comme +la somme des sacrifices dépend aussi nécessairement +de celle des <i>compensations</i>; toutes les questions d'une +telle négociation sont tellement liées et subordonnées +les unes aux autres, qu'on ne peut prendre de parti +sur aucune avant de les connaître toutes. Il ne peut +être indifférent à celui à qui on demande <i>des sacrifices</i> +<a name="p260" id="p260"></a><span class="pagenum">260</span> +de savoir <i>au profit de qui</i> il les fait et quel emploi on +veut en faire, enfin si, en les faisant, on peut mettre +tout de suite un terme aux malheurs de la guerre. Un +projet qui développerait les vues des alliés dans tout +leur ensemble remplirait ce but.</p> + +<p>Le plénipotentiaire renouvelle donc de la manière +la plus instante la demande que les plénipotentiaires +des cours alliées veuillent <i>bien s'expliquer positivement +sur tous les points précités</i>.</p> + +<p>Après avoir pris lecture de ce qui vient d'être inséré +au protocole de la part de M. le plénipotentiaire +de France, les plénipotentiaires des cours alliées déclarent +qu'ils prennent sa réponse <i>ad referendum</i>.</p> + +<p>Châtillon-sur-Seine, le 7 février 1814.</p> + +<p class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</p><br><br> + +<p class="mid"><i>Signé</i> le comte de <span class="sc">Stadion</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, <span class="sc">Humboldt</span>, +le comte de <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>, Charles +<span class="sc">Stewart</span>.</p> + +<br><hr class="rig"><br> + +<p class="mid">(Nº 15.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br> + +<i>A M. le prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon, le 8 février 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Prince</span>,</p> + +<p>J'ai reçu le 30 la lettre par laquelle vous m'annonciez +que Châtillon serait le lieu des conférences. J'ai +<a name="p261" id="p261"></a><span class="pagenum">261</span> +écrit tout de suite à Paris pour faire venir ma maison +et tout ce qui m'était nécessaire. Tout est arrivé +le 5 à vos avant-postes. Quoique muni d'un passe-port +visé par le général Herzenberg, on les a renvoyés, +et je suis ici comme un courrier, avec ce que +j'ai porté pendant mon long voyage. Mes courriers, +détournés de leur route, font soixante lieues au lieu +de vingt, sont maltraités, retardés trois à quatre +heures à chaque poste de Cosaques; et tout cela depuis +quatre jours. Cette manière d'être est si éloignée +des procédés et du noble respect de votre armée pour +le droit des gens; elle est d'ailleurs si contraire aux +principes connus du prince de Schwartzenberg, que +je m'adresse avec toute confiance à V. Exc. pour que +mes courriers puissent être expédiés plus directement +et plus sûrement. Qu'on leur bande les yeux, qu'on +les accompagne, je l'ai toujours proposé. Quant à +mes gens, effets et chevaux, ils viendront quand on +voudra faire prévenir à nos avant-postes de la route +de Nogent, qu'ils peuvent passer.</p> + +<p>V. Exc. a-t-elle reçu la petite boîte pour l'archiduchesse +Léopoldine?</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p> + +<p> <a name="p262" id="p262"></a><span class="pagenum">262</span></p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 16.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br> + +<i>A M. le prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 8 février 1814.</p><br><br> + +<p>Vous m'avez autorisé, mon prince, à m'ouvrir à +vous sans réserve. Je l'ai déjà fait, je continuerai; +c'est une consolation à laquelle il me coûterait trop +de renoncer.</p> + +<p>Je regrette chaque jour davantage que ce ne soit +pas avec vous que j'aie à traiter; si j'avais pu le prévoir, +je n'aurais point accepté le ministère, je ne serais +point ici; je serais dans les rangs de l'armée, et +j'y pourrais du moins trouver en combattant une +mort qu'il me faudra mettre au rang des biens, si je +ne peux servir ici mon prince et mon pays. M. le +comte de Stadion est digne sans doute de l'amitié qui +vous lie; il mérite la confiance que vous voulez que +je prenne en lui; mais M. de Stadion n'est pas vous; +il ne peut pas avoir sur les négociateurs l'ascendant +qu'il vous eût appartenu d'exercer. Chargé de la négociation, +vous auriez empêché, j'aime à le croire, +qu'on ne lui fît prendre, comme aujourd'hui, une +marche évidemment calculée pour consumer le temps +en interminables délais. A quoi ces délais peuvent-ils +être bons, si c'est uniquement la paix qu'on se propose? +Ne suis-je pas ici pour conclure, et demandé-je +<a name="p263" id="p263"></a><span class="pagenum">263</span> +autre chose que de connaître les conditions auxquelles +on la veut faire? Les alliés veulent-ils se ménager le +temps d'arriver à Paris? Je ne vous dirai point, +prince, de songer aux conséquences d'un tel événement +par rapport à l'impératrice; sera-t-elle réduite +à s'éloigner devant les troupes de son père, quand son +auguste époux est prêt à signer la paix? Mais je vous +dirai que la France n'est point tout entière à Paris; +que la capitale occupée, les Français pourront penser +que l'heure des sacrifices est passée; que des sentiments, +que diverses causes ont assoupis, peuvent se +réveiller; et que l'arrivée des alliés à Paris peut commencer +une série d'événements que l'Autriche ne serait +pas la dernière à regretter de ne pas avoir prévenus; +car, dussions-nous finir par être accablés, +est-ce l'intérêt de l'Autriche que nous le soyons? +Quel profit a-t-elle à s'en promettre, et quelle gloire +même en peut-elle attendre, si nous succombons sous +les efforts de l'Europe entière? Vous, mon prince, +vous avez une gloire immense à recueillir; mais c'est +à condition que vous resterez le maître des événements, +et le seul moyen que vous ayez de les maîtriser, +est d'en arrêter le cours par une prompte paix. +Nous ne nous refusons à aucun sacrifice raisonnable, +nous désirons seulement connaître tous ceux qu'on +nous demande, au profit de qui nous devons les faire, +et si en les faisant nous avons la certitude de mettre +immédiatement fin aux malheurs de la guerre. Faites, +mon prince, que toutes ces questions soient posées +<a name="p264" id="p264"></a><span class="pagenum">264</span> +d'une manière sérieuse et dans leur ensemble. Je ne +ferai pas attendre ma réponse. Vous êtes assurément +trop sage pour ne pas sentir que notre demande +est aussi juste que nos dispositions sont modérées. +V. Exc. ne pourrait-elle pas venir avec M. de Nesselrode +passer ici trois heures chez lord Castlereagh? +Il serait bien digne du caractère de l'empereur d'Autriche, +et du coeur du père de l'impératrice, de permettre +ce voyage qui pourrait finir en trois heures +une lutte maintenant sans objet et qui coûte à l'humanité +tant de larmes.</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 17.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br> +<i>A Napoléon.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon, le 8 février 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Sire</span>,</p> + +<p>Je reçois seulement la lettre que V. M. m'a fait +écrire par M. le duc de Bassano. Je vais porter +plainte des retards et des vexations qu'éprouvent les +courriers.</p> + +<p>Les détails satisfaisants que me donne M. le duc de +<a name="p265" id="p265"></a><span class="pagenum">265</span> +Bassano sur les troupes que V. M. réunit auprès d'elle +me font penser que je ferai bien d'attendre les ordres +que je lui ai demandés par ma lettre d'hier.</p> + +<p>Je suis, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 18.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br> + +<i>Au prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon, le 9 février 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Mon prince</span>,</p> + +<p>Je me propose de demander aux plénipotentiaires +des cours alliées si la France, en consentant, ainsi +qu'ils l'ont demandé, à rentrer dans ses anciennes limites, +obtiendra immédiatement un armistice. Si par +un tel sacrifice, un armistice peut être sur-le-champ +obtenu, je serai prêt à le faire; je serai prêt encore, +dans cette supposition, à remettre sur-le-champ une +partie des places que ce sacrifice devra nous faire +perdre.</p> + +<p>J'ignore si les plénipotentiaires des cours alliées +sont autorisés à répondre affirmativement à cette +question, et s'ils ont des pouvoirs pour conclure cet +armistice. S'ils n'en ont pas, personne ne peut autant +<a name="p266" id="p266"></a><span class="pagenum">266</span> +que V. Exc. contribuer à leur en faire donner; les +raisons qui me portent à l'en prier ne me semblent +pas tellement particulières à la France, qu'elles ne +doivent intéresser qu'elle seule. Je supplie V. Exc. +de mettre ma lettre sous les yeux du père de l'impératrice: +qu'il voie le sacrifice que nous sommes prêts +à faire, et qu'il décide.</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 19.) <i>Note des plénipotentiaires alliés.</i></p> + +<p class="mid">Châtillon-sur-Seine, le 9 février 1814.</p> + +<p>Les soussignés, plénipotentiaires des cours alliées, +viennent de recevoir de S. Exc. M. le plénipotentiaire +de Russie une communication portant:</p> + +<p>Que S. M. l'empereur de Russie ayant jugé à propos +de se concerter avec les souverains, ses alliés, sur +l'objet des conférences de Châtillon, S. M. a donné +ordre à son plénipotentiaire de déclarer qu'elle désire +que les conférences soient suspendues jusqu'à ce qu'elle +lui ait fait parvenir des instructions ultérieures.</p> + +<p>Les soussignés ont l'honneur d'en donner part à +M. le plénipotentiaire de France, en prévenant que +les conférences ne peuvent rester que pour le moment +suspendues. Ils s'empresseront d'informer M. le +<a name="p267" id="p267"></a><span class="pagenum">267</span> +plénipotentiaire du moment où ils seront mis à même +d'en reprendre le cours.</p> + +<p>Les soussignés ont l'honneur de présenter en même +temps à S. Exc. l'assurance de leur haute considération.</p> + +<p class="mid"><i>Signé</i> C. A. <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>, comte <span class="sc">de<br> +Stadion</span>, <span class="sc">Humboldt</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, Charles<br> +<span class="sc">Stewart</span>.</p> +<br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 20.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br> + +<i>A Napoléon.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon, le 10 février 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Sire</span>,</p> + +<p>Je ne veux pas perdre un moment pour envoyer à +V. M. l'étrange déclaration que je viens de recevoir<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53"><sup class="sml">53</sup></a>. +Je m'occupe de la réponse que je dois y faire et que +je transmettrai à V. M. par un second courrier.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote53" name="footnote53"><b>Note 53: </b></a><a href="#footnotetag53">(retour)</a> Voyez cette déclaration au protocole. </blockquote> + +<p>Le peu que je sais, sur tout ce qui s'est passé hier +et même avant-hier soir, prouverait que les plénipotentiaires +alliés sont peu d'accord, qu'il y a eu de +grandes difficultés, et que ce n'est que ce matin qu'ils +<a name="p268" id="p268"></a><span class="pagenum">268</span> +ont tous consenti à faire remettre cette note; le plénipotentiaire +de Russie ayant déclaré qu'il ne pouvait +continuer à négocier, et les autres ne voulant pas +avoir l'air de se séparer de lui. Si l'Autriche a un but +raisonnable, cette circonstance l'obligera à se prononcer, +s'il en est encore temps. Ma lettre d'hier à +M. de Metternich ne lui laisse pas de prétexte pour +ne pas le faire. Le voyage de lord Castlereagh peut +même lui donner les moyens de s'expliquer franchement +et sans retard; car il me paraît que ce qui se +passe depuis quarante-huit heures tient à un motif +auquel on n'était point préparé. Au reste, cela ne +peut tarder à s'éclaircir: la force des événements prend +un tel empire que la sagesse et la prévoyance humaine +ne peuvent plus rien.</p> + +<p>S'il n'y a de salut que dans les armes, je prie V. M. +de me compter au nombre de ceux qui tiennent à +honneur de mourir pour leur prince.</p> + +<p>Lord Castlereagh est parti ce matin à neuf heures. +Je joins ici copie de la lettre que je crois à propos +d'écrire à M. de Metternich.</p> + +<p>Je suis, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<p> <a name="p269" id="p269"></a><span class="pagenum">269</span> </p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 21.) <i>Note aux plénipotentiaires alliés.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, 10 février 1814.</p><br><br> + +<p>Le soussigné, plénipotentiaire de France, ayant +reçu seulement aujourd'hui (dix, à onze heures du +matin) une déclaration datée d'hier 9, et signée de +LL. Exc. MM. les plénipotentiaires des cours alliées, +n'a pu qu'être très surpris qu'elle lui fût ainsi parvenue, +après que LL. Exc. elles-mêmes avaient, dès +la première conférence, établi comme un principe +invariable que rien de relatif à la négociation ne +pourrait se traiter, ni conséquemment aucune délibération +s'y rapportant être remise ou reçue hors des +conférences, et lorsqu'elle pouvait si bien lui être remise +dans la séance qu'il réclame depuis deux jours, +et qu'il lui semble encore impossible que MM. les +plénipotentiaires ne lui accordent pas, ne fût-ce que +pour arrêter et signer le protocole de la dernière +conférence, lequel appartenant au passé ne peut plus +dépendre des déterminations présentes ou futures des +cours alliées.</p> + +<p>Mais l'étonnement du soussigné a été extrême en +apprenant par la note de MM. les plénipotentiaires +que le seul désir d'une seule des quatre cours alliées +leur paraît à tous une cause suffisante pour suspendre +indéfiniment les négociations.</p> + +<p>Quoiqu'on n'ait motivé ce désir qu'en alléguant +<a name="p270" id="p270"></a><span class="pagenum">270</span> +l'intention de se concerter avec ses alliés, et quoiqu'il +ait été déclaré, à diverses reprises et de la manière la +plus solennelle, que les souverains alliés et leurs cabinets +se sont dès long-temps communiqué toutes +leurs vues et les ont arrêtées d'un commun accord;</p> + +<p>Le soussigné regarde donc comme un devoir de +protester contre la détermination annoncée par +LL. Exc. MM. les plénipotentiaires des cours alliées, +d'autant plus que, par une singularité de circonstances +qu'il ne peut s'empêcher de remarquer, il se trouve +avoir à défendre, avec sa propre cause, celle des +puissances dont les ministres sont réunis au congrès, +et de toutes celles au nom desquelles ces mêmes ministres +sont chargés de traiter.</p> + +<p>Quel que soit le résultat de la réclamation, les +maux occasionnés par l'interruption des négociations +ne pourront du moins être imputés à la France, qui, +comme le soussigné l'a déclaré dans la réponse qu'il +a remise dans la conférence du 7, et le réitère ici, +est prête à faire les plus grands sacrifices pour mettre +immédiatement un terme aux maux de la guerre.</p> + +<p>Le soussigné a l'honneur d'offrir à LL. EE. MM. +les plénipotentiaires, les assurances de sa haute considération.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p271" id="p271"></a><span class="pagenum">271</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 22.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br> + +<i>Au prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 10 février 1814, midi.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Mon prince</span>,</p> + +<p>Je reçois ce matin seulement, à onze heures, par +un employé de votre légation, la note dont copie est +ci-jointe, sous la date du 9. Ma lettre d'hier, remise +le soir à M. de Floret, vous a dit tout ce que nous +sommes prêts à faire pour la paix. Cette note dit trop +clairement tout ce qu'on se propose contre, pour que +j'ajoute aucune réflexion. Notre cause devient celle +de tous les gouvernements qui veulent la paix.</p> + +<p>Agréez, etc.<p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 23.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Troyes, le 15 février 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>L'empereur m'ayant autorisé à faire usage de la +lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser +<a name="p272" id="p272"></a><span class="pagenum">272</span> +le 9 de ce mois, près des cabinets alliés, les plénipotentiaires, +réunis à Châtillon, ont reçu l'ordre d'entrer +en pourparler avec vous sur la proposition que renfermait +la lettre de V. Exc.</p> + +<p>L'objet de la demande qu'elle m'a fait l'honneur de +m'adresser, se trouvant ainsi rempli, il ne me reste +qu'à lui offrir l'assurance, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le prince <span class="sc">de Metternich</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 23<sup>bis</sup>.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Troyes, le 15 février 1814.</p><br><br> + +<p>Je n'ai pas répondu aux lettres confidentielles de +V. Exc., parceque je n'avais rien à lui dire. Nous +venons de remettre en train vos négociations, et je +réponds à V. Exc. que ce n'est pas chose facile que +d'être le ministre de la coalition. Ce que vous m'avez +dit de flatteur sur vos regrets de ne pas me voir à +Châtillon ne peut porter que sur des sentiments personnels +desquels vous m'avez donné tant de preuves. +Croyez que, sous le rapport des affaires, je suis plus +utile ici que chez vous. Je vous ai déjà recommandé +M. le comte de Stadion; croyez-moi sur parole. Mylord +Castlereagh est également un homme de la +<a name="p273" id="p273"></a><span class="pagenum">273</span> +meilleure trempe, droit, loyal, sans passions, et par conséquent +sans préjugés. Il fallait une composition +d'hommes comme le sont les ministres anglais du +moment, pour rendre possible la grande oeuvre à laquelle +vous travaillez, et qui, je me flatte, sera couronnée +du succès. V. Exc. ne doit pas regretter d'avoir +accepté le ministère; il n'est beau que dans des temps +difficiles.</p> + +<p>Le comte de Stadion vous parlera de la ligne de vos +courriers. Ce n'est pas seulement sous des points de +vue militaires qu'il est impossible de les faire passer +par les armées; mais nous ne pouvons pas, avec la +meilleure volonté, répondre de nos hordes de troupes +légères. Si vous en avez de très pressés, et que la +direction du quartier général de votre empereur y +prête, envoyez-moi des dépêches chiffrées, je les ferai +passer sur la route la plus directe, par les avant-postes.</p> + +<p>Voici une lettre de la famille Mesgrigny à leur frère, +fils, etc., veuillez la lui faire passer. Ce sont de braves +gens qui ont le <i>bonheur</i> de me posséder dans leur +hôtel; bonheur véritable, car je ne les mange pas. +C'est une vilaine chose, mon cher duc, que la guerre, +et surtout quand on la fait avec cinquante mille Cosaques +ou Baskirs.</p> + +<p>Recevez l'assurance de mes sentiments inviolables, +etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p274" id="p274"></a><span class="pagenum">274</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 24.) <i>Note des plénipotentiaires alliés.</i></p> + +<p class="mid">Châtillon-sur-Seine, le 17 février 1814.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées, aux conférences +de Châtillon, ont eu l'honneur de prévenir, +par une note du 9 de ce mois, S. Exc. M. le plénipotentiaire +de France du motif pour lequel les conférences +ne pouvaient que rester pour le moment +suspendues; se trouvant maintenant à même d'en +reprendre le cours, les soussignés ont l'honneur d'en +informer monsieur le plénipotentiaire de France.</p> + +<p>Ils présentent en même temps à S. Exc. les assurances +de leur haute considération.</p> + +<p class="mid"><i>Signé</i> comte <span class="sc">de Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>,<br> +<span class="sc">Humboldt</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, <span class="sc">Stadion</span>.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 25.) <i>Continuation du protocole des conférences +de Châtillon-sur-Seine.</i></p> + +<p class="mid"><i>Séance du 17 février 1814.</i></p> + +<p>Les séances ayant été suspendues, d'après une note +des plénipotentiaires des cours alliées en date du 9, +ont été reprises aujourd'hui 17 février.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées commencent +<a name="p275" id="p275"></a><span class="pagenum">275</span> +la conférence par consigner au protocole ce qui suit:</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France a fait précéder sa +déclaration renfermée dans le protocole du 7 de ce +mois, d'un préambule dans lequel il fait des rapprochements +entre les déclarations antérieures et les propositions +actuelles des cours alliées. Il leur serait aisé +de répondre à ces rapprochements, ainsi qu'aux autres +réflexions contenues dans ce préambule, et de prouver +que la marche politique de leurs cours, dans les +transactions actuelles, a été constamment à la fois +dirigée par l'intention ferme et inébranlable de rétablir +un juste équilibre en Europe, et adaptée aux +événements amenés par des opérations de leurs armées; +mais comme une pareille discussion serait entièrement +étrangère au but de la négociation dont les plénipotentiaires +des cours alliées se feraient scrupule de +s'écarter; comme elle ferait dégénérer les protocoles +de leurs conférences en véritables notes verbales; et +comme ils sont fermement résolus de ne point se +laisser détourner, pour quoi que ce fût, de la marche +simple qu'ils ont annoncée dès le commencement, ils +se bornent à déclarer, de la manière la plus positive, +qu'ils disconviennent entièrement de ce qui est énoncé +dans le préambule de la dite déclaration du plénipotentiaire +de France, et ils passent ensuite immédiatement +à l'objet principal.</p> + +<p>Le plénipotentiaire autrichien prend à cet effet la +parole au nom de ses collègues, et dit:</p> + +<p>Qu'à la suite de la séance du 7 du mois, le +<a name="p276" id="p276"></a><span class="pagenum">276</span> +plénipotentiaire français avait, dans une lettre adressée +le 9 au prince de Metternich, annoncé l'intention de +demander aux plénipotentiaires des cours alliées, si la +France consentant, ainsi que ceux-ci l'ont demandé, +à rentrer dans ses anciennes limites, obtiendra immédiatement +un armistice: que, si par un tel sacrifice +un armistice peut être sur-le-champ obtenu, il serait +prêt à le faire; que de plus, il serait prêt, dans cette +supposition, à remettre sur-le-champ une partie des +places que ce sacrifice devrait faire perdre à la France;</p> + +<p>Que le ministre des affaires étrangères de S. M. l'empereur +d'Autriche, ayant porté cette ouverture à la +connaissance des cours alliées, celles-ci ont autorisé +leurs plénipotentiaires aux conférences à déclarer:</p> + +<p>Qu'elles estiment qu'un traité préliminaire qui serait +fondé sur le principe énoncé ci-dessus, et qui aurait +pour suite immédiate la cessation des hostilités sur +terre et sur mer, en mettant par là un terme également +prompt aux maux de la guerre, atteindrait mieux et +plus convenablement qu'un armistice, au but généralement +désiré; et que, pour abréger davantage la +négociation, les cours alliées ont transmis à leurs +plénipotentiaires le projet d'un traité préliminaire +dont il allait être donné lecture.</p> + +<p>Le plénipotentiaire français observe qu'en faisant +au prince de Metternich la demande confidentielle qui +lui a été adressée pour un armistice, il était loin de +s'attendre que les séances seraient aussi inopinément +suspendues, et la négociation interrompue pendant +<a name="p277" id="p277"></a><span class="pagenum">277</span> +neuf jours, ce qui avait changé l'état de la question +et l'objet qu'il se proposait; que des préliminaires, +exigeant une discussion plus ou moins longue, n'arrêtaient +pas au moment même, comme un armistice, +l'effusion du sang.</p> + +<p>Le plénipotentiaire autrichien lit ensuite le projet +de traité préliminaire suivant:</p> + +<p><i>Projet d'un traité préliminaire entre les hautes +puissances alliées et la France.</i></p> + +<p>Au nom de la très sainte et indivisible Trinité.</p> + +<p>LL. MM. II. d'Autriche et de Russie, S. M. le roi +du royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, +et S. M. le roi de Prusse, agissant au nom de tous +leurs alliés, d'une part, et S. M. l'empereur des Français +de l'autre, désirant cimenter le repos et le bien-être +futur de l'Europe, par une paix solide et durable +sur terre et sur mer, et ayant, pour atteindre à ce +but salutaire, leurs plénipotentiaires actuellement +réunis à Châtillon-sur-Seine, pour discuter les conditions +de cette paix, lesdits plénipotentiaires sont +convenus des articles suivants:</p> + +<p>Art. 1<sup>er</sup>. Il y aura paix et amnistie entre LL. MM. II. +d'Autriche et de Russie, S. M. le roi du royaume-uni +de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, et S. M. le roi de +Prusse, agissant en même temps au nom de tous leurs +alliés, et S. M. l'empereur des Français, leurs héritiers +et successeurs à perpétuité. +<a name="p278" id="p278"></a><span class="pagenum">278</span> </p> + +<p>Les hautes parties contractantes s'engagent à apporter +tous leurs soins à maintenir, pour le bonheur +futur de l'Europe, la bonne harmonie si heureusement +rétablie entre elles.</p> + +<p>Art. 2. S. M. l'empereur des Français renonce, pour +lui et ses successeurs, à la totalité des acquisitions, +réunions ou incorporations de territoire faites par la +France depuis le commencement de la guerre de 1792.</p> + +<p>S. M. renonce également à toute l'influence constitutionnelle +directe ou indirecte hors des anciennes +limites de la France, telles qu'elles se trouvaient établies +avant la guerre de 1792, et aux titres qui en +dérivent, et nommément à ceux de roi d'Italie, roi +de Rome, protecteur de la confédération du Rhin, et +médiateur de la confédération suisse.</p> + +<p>Art. 3. Les hautes parties contractantes reconnaissent +formellement et solennellement le principe de la souveraineté +et indépendance de tous les états de l'Europe, +tels qu'ils seront constitués à la paix définitive.</p> + +<p>Art. 4. S. M. l'empereur des Français reconnaît formellement +la reconstruction suivante des pays limitrophes +de la France:</p> + +<p>1º L'Allemagne composée d'états indépendants unis +par un lien fédératif;</p> + +<p>2º L'Italie divisée en états indépendants, placés +entre les possessions autrichiennes en Italie et la +France;</p> + +<p>3º La Hollande sous la souveraineté de la maison +d'Orange, avec un accroissement de territoire. +<a name="p279" id="p279"></a><span class="pagenum">279</span> </p> + +<p>4º La Suisse, état libre, indépendant, replacé dans +ses anciennes limites, sous la garantie de toutes les +grandes puissances, la France y comprise.</p> + +<p>5º L'Espagne sous la domination de Ferdinand VII, +dans ses anciennes limites.</p> + +<p>S. M. l'empereur des Français reconnaît de plus le +droit des puissances alliées de déterminer, d'après les +traités existants entre les puissances, les limites et +rapports tant des pays cédés par la France que de leurs +états entre eux, sans que la France puisse aucunement +y intervenir.</p> + +<p>Art. 5. Par contre, S. M. britannique consent à restituer +à la France, à l'exception des îles nommées les +Saintes, toutes les conquêtes qui ont été faites par elle +sur la France, pendant la guerre, et qui se trouvent à +présent au pouvoir de S. M. britannique, dans les Indes +orientales, en Afrique et en Amérique.</p> + +<p>L'île de Tabago, conformément à l'article 2 du présent +traité, restera à la Grande-Bretagne, et les alliés +promettent d'employer leurs bons offices pour engager +LL. MM. suédoise et portugaise à ne point mettre +d'obstacle à la restitution de la Guadeloupe et de +Cayenne à la France.</p> + +<p>Tous les établissements et toutes les factoreries conquises +sur la France, à l'est du cap de Bonne-Espérance, +à l'exception des îles Maurice (île de France), +de Bourbon et de leurs dépendances, lui seront restituées. +La France ne rentrera dans ceux des susdits +établissements et factoreries qui sont situés dans le +<a name="p280" id="p280"></a><span class="pagenum">280</span> +continent des Indes et dans les limites des possessions +britanniques, que sous la condition qu'elle les +possédera uniquement à titre d'établissements commerciaux; +et elle promet en conséquence de n'y point +faire construire de fortifications, et de n'y point entretenir +de garnisons ni forces militaires quelconques +au-delà de ce qui est nécessaire pour maintenir la +police dans lesdits établissements.</p> + +<p>Les restitutions ci-dessus mentionnées en Asie, en +Afrique, et en Amérique, ne s'étendront à aucune +possession qui n'était point effectivement au pouvoir +de la France avant le commencement de la guerre +de 1792.</p> + +<p>Le gouvernement français s'engage à prohiber l'importation +des esclaves dans toutes les colonies et +possessions restituées par le présent traité, et à défendre +à ses sujets, de la manière la plus efficace, le +trafic des nègres en général.</p> + +<p>L'île de Malte, avec ses dépendances, restera en +pleine souveraineté à S. M. britannique.</p> + +<p>Art. 6. S. M. l'empereur des Français remettra, +aussitôt après la ratification du présent traité préliminaire, +les forteresses et forts des pays cédés, et ceux +qui sont encore occupés par ses troupes en Allemagne, +sans exception, et notamment la place de Mayence +dans six jours; celles de Hambourg, Anvers, Berg-op-Zoom, +dans l'espace de six jours; Mantoue, +Palma-Nuova, Venise et Peschiera, les places de +l'Oder et de l'Elbe, dans quinze jours, et les autres +<a name="p281" id="p281"></a><span class="pagenum">281</span> +places et forts dans le plus court délai possible, qui +ne pourra excéder celui de quinze jours. Ces places +et forts seront remis dans l'état où ils se trouvent présentement, +avec toute leur artillerie, munitions de +guerre et de bouche, archives, etc.; les garnisons +françaises de ces places sortiront avec armes, bagages, +et avec leurs propriétés particulières.</p> + +<p>S. M. l'empereur des Français fera également remettre, +dans l'espace de quatre jours, aux armées alliées +les places de Besançon, Belfort et Huningue, +qui resteront en dépôt jusqu'à la ratification de la +paix définitive, et qui seront remises dans l'état dans +lequel elles auront été cédées à mesure que les armées +alliées évacueront le territoire français.</p> + +<p>Art. 7. Les généraux commandant en chef nommeront +sans délai des commissaires chargés de déterminer +la ligne de démarcation entre les armées réciproques.</p> + +<p>Art. 8. Aussitôt que le présent traité préliminaire +aura été accepté et ratifié de part et d'autre, les hostilités +cesseront sur terre et sur mer.</p> + +<p>Art. 9. Le présent traité préliminaire sera suivi, +dans le plus court délai possible, par la signature d'un +traité de paix définitif.</p> + +<p>Art. 10. Les ratifications du traité préliminaire +seront échangées dans quatre jours, ou plus tôt, si faire +se peut.</p> + +<p>En foi de quoi les plénipotentiaires de LL. MM. II. +d'Autriche et de Russie, de S. M. le roi du royaume-uni +<a name="p282" id="p282"></a><span class="pagenum">282</span> +de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, et de +S. M. le roi de Prusse, d'une part, et le plénipotentiaire +de S. M. l'empereur des Français, de l'autre, l'ont +signé et y ont fait apposer le cachet de leurs armes.</p> + +<p>Fait à Châtillon, etc., etc.</p> + +<p>Cette lecture achevée, le plénipotentiaire de France +prie les plénipotentiaires des cours alliées de répondre +à l'observation et aux questions suivantes:</p> + +<p>Il fait observer que le projet confond le titre de roi +d'Italie avec ceux de médiateur et de protecteur, qui +en diffèrent essentiellement; que le premier est un +titre de souveraineté, ce que les deux autres ne sont +pas; qu'il est attaché à la possession d'un état, que +cet état est indépendant de la France, que les renonciations +de celle-ci n'entraîneraient nullement une renonciation +à la couronne d'Italie, à laquelle l'empereur +des Français ne pourrait pas renoncer comme +empereur, mais uniquement en sa qualité de roi.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées répliquent +qu'assurément l'intention des cours alliées est que le +traité contienne la renonciation de l'empereur Napoléon +à la possession du royaume d'Italie, et que puisqu'il +paraît que le projet peut laisser des doutes là-dessus, +cette renonciation devra y être ajoutée en +termes explicites.</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France a demandé ensuite si +le roi de Saxe était compris dans les arrangements +que les alliés projetaient pour l'Allemagne, et serait +rétabli dans la pleine possession de son royaume; +<a name="p283" id="p283"></a><span class="pagenum">283</span> </p> + +<p>Si le roi de Westphalie, reconnu par toutes les +puissances du continent, recouvrerait son royaume +ou obtiendrait une indemnité;</p> + +<p>Enfin, si les droits du vice-roi, comme héritier du +royaume d'Italie, étaient reconnus pour le cas où le +roi d'Italie renoncerait à la couronne de ce royaume.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont déclaré +s'en tenir pour le moment à leur projet.</p> + +<p>Le plénipotentiaire français dit alors que la pièce +dont il vient de lui être donné lecture et communication +est d'une trop haute importance pour qu'il +puisse y faire, dans cette séance, une réponse quelconque, +et qu'il se réserve de proposer aux plénipotentiaires +des cours alliées une conférence ultérieure +lorsqu'il sera dans le cas d'entrer en discussion sur +ce qui forme l'objet des ouvertures faites dans la +présente séance.</p> + +<p>Châtillon-sur-Seine, le 17 février 1814.</p> + +<p class="mid"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence; <span class="sc">Aberdeen</span>,<br> +<span class="sc">Cathcart</span>, le comte <span class="sc">de Razoumowski</span>, <span class="sc">Humboldt</span>,<br> +le comte de <span class="sc">Stadion</span>, Charles <span class="sc">Stewart</span>,<br> +lieutenant-général.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p284" id="p284"></a><span class="pagenum">284</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 26.) <i>Lettre de Napoléon</i><br> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Nangis, le 17 février 1814.</p><br><br> + +<p>Monsieur le duc de Vicence, je vous ai donné carte +blanche pour sauver Paris et éviter une bataille qui +était la dernière espérance de la nation. La bataille a +eu lieu; la Providence a béni nos armes. J'ai fait 30 à +40,000 prisonniers. J'ai pris deux cents pièces de canon, +un grand nombre de généraux, et détruit plusieurs +armées sans presque coup férir. J'ai entamé hier +l'armée du prince de Schwartzenberg, que j'espère détruire +avant qu'elle ait repassé nos frontières. Votre +attitude doit être la même, vous devez tout faire pour +la paix, mais mon intention est que vous ne signiez +rien sans mon ordre, parceque seul je connais ma +position. En général, je ne désire qu'une paix <i>solide</i> +et <i>honorable</i>, et elle ne peut être telle que sur les +bases proposées à Francfort. Si les alliés eussent accepté +vos propositions le 9, il n'y aurait pas eu de +bataille, je n'aurais pas couru les chances de la fortune +dans le moment où le moindre insuccès perdait la +France; enfin, je n'aurais pas connu le secret de leur +faiblesse. Il est juste qu'en retour j'aie les avantages +des chances qui ont tourné pour moi. Je veux la paix, +mais ce n'en serait pas une que celle qui imposerait à +<a name="p285" id="p285"></a><span class="pagenum">285</span> +la France des conditions plus humiliantes que les +bases de Francfort. Ma position est certainement plus +avantageuse qu'à l'époque où les alliés étaient à +Francfort. Ils pouvaient me braver; je n'avais obtenu +aucun avantage sur eux, et ils étaient loin de mon +territoire. Aujourd'hui c'est tout différent; j'ai eu +d'immenses avantages sur eux, et des avantages tels +qu'une carrière militaire de vingt années, et de quelque +illustration, n'en présente pas de pareils. Je suis +prêt à cesser les hostilités et à laisser les ennemis +rentrer tranquilles chez eux, s'ils signent les préliminaires +basés sur les propositions de Francfort. La +mauvaise foi de l'ennemi et la violation des engagements +les plus sacrés mettent seuls des délais entre +nous; et nous sommes si près, que, si l'ennemi vous +laisse correspondre avec moi directement, en vingt-quatre +heures on peut avoir réponse aux dépêches. +D'ailleurs je vais me rapprocher davantage. Sur ce, je +prie Dieu, etc.</p> + +<p><i>P. S.</i> Comment arrive-t-il qu'aujourd'hui 18, je +n'aie de dépêches de vous que du 14? Nous ne sommes +cependant éloignés de vous que de vingt-cinq +lieues.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p286" id="p286"></a><span class="pagenum">286</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 27.) <i>Continuation du protocole des conférences +de Châtillon-sur-Seine.</i></p> + +<p class="mid"><i>Séance du 28 février 1814.</i></p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées déclarent au +protocole ce qui suit:</p> + +<p>Plusieurs jours s'étant écoulés depuis que le projet +des préliminaires d'une paix générale a été présenté +par les plénipotentiaires des cours alliées à M. le plénipotentiaire +français, et aucune réponse n'ayant été +donnée, ni dans la forme d'une acceptation, ni dans +celle d'une modification dudit projet, LL. MM. II et +RR. ont jugé convenable d'enjoindre à leurs plénipotentiaires +de demander à M. le plénipotentiaire +français une déclaration distincte et explicite de son +gouvernement sur le projet en question. Les plénipotentiaires +des cours alliées pensent qu'il y a d'autant +moins de motifs de délais de la part du gouvernement +français à l'égard d'une décision sur les préliminaires +proposés, que le projet proposé par eux était basé en +substance sur une offre faite par M. le plénipotentiaire +de France, dans sa lettre au prince de Metternich, +datée du 9 de ce mois, que le prince a soumise +aux cours alliées.</p> + +<p>De plus, les plénipotentiaires des cours alliées sont +chargés de déclarer, au nom de leurs souverains, +qu'adhérant fortement à la substance des demandes +<a name="p287" id="p287"></a><span class="pagenum">287</span> +contenues dans ces conditions qu'ils regardent comme +aussi essentielles à la sûreté de l'Europe que nécessaires +à l'arrangement d'une paix générale de l'Europe, +ils ne pourraient interpréter tout retard ultérieur +d'une réponse à leurs propositions que comme +un refus de la part du gouvernement français. En +conséquence les plénipotentiaires des cours alliées, +prêts à se concerter avec M. le plénipotentiaire français, +à l'égard du temps indispensablement nécessaire +pour communiquer avec son gouvernement, ont ordre +de déclarer que, si à l'expiration du terme reconnu +suffisant et dont on sera convenu conjointement +avec M. le plénipotentiaire français, il n'était +pas arrivé de réponse qui fût en substance d'accord +avec la base établie dans le projet des alliés, la négociation +serait regardée comme terminée et que les +plénipotentiaires des cours alliées retourneraient au +quartier général.</p> + +<p>Après s'être acquitté de cette déclaration, dont copie +a été remise à M. le plénipotentiaire de France, le +plénipotentiaire autrichien, au nom de ses collègues, +ajoute verbalement que les plénipotentiaires des cours +alliées sont prêts à discuter dans un esprit de conciliation +toute modification que M. le plénipotentiaire +français pourrait être autorisé à proposer; mais que +les cours alliées ne sauraient écouter aucune proposition +qui différât essentiellement du sens de l'offre +déjà faite par M. le plénipotentiaire de France, et +que si pareille prétention était mise en avant par la +<a name="p288" id="p288"></a><span class="pagenum">288</span> +France, les alliés seraient obligés dans ce cas, quoiqu'à +regret, de remettre la décision au sort des armes.</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France répond que LL. Exc. +MM. les plénipotentiaires des cours alliées, après +avoir eu tant de temps pour préparer leur projet, ne +peuvent se plaindre de celui qu'il met à préparer sa +réponse; qu'il en faut pour examiner un projet qui +embrasse tant de questions d'une si haute importance, +et à la plupart desquelles aucun antécédent n'avait +préparé;</p> + +<p>Que LL. Exc. connaissent par ses nombreuses réclamations +les retards que ses courriers ont éprouvés, +par les détours qu'on leur a fait faire;</p> + +<p>Qu'elles savent que, depuis la remise du projet, les +armées n'ont pas cessé d'être en mouvement, et que +le projet par lequel on doit y répondre ne peut pas +être fait lorsqu'on change de lieu presque à toute +heure;</p> + +<p>Qu'on est d'autant moins fondé à se plaindre des +retards, que, dès l'ouverture de la négociation, les +séances ont été suspendues neuf jours par les alliés +sans qu'ils eussent donné aucun motif;</p> + +<p>Enfin que la France a assez prouvé, par tout ce qui +a précédé la remise du projet, qu'elle veut la paix: +que quant à ce qui est dit dans la nouvelle déclaration +de LL. Exc. d'une offre par lui faite dans une +lettre confidentielle au prince de Metternich, il doit +répéter ce qu'il a précédemment fait observer, que +cette offre était subordonnée à la demande d'un +<a name="p289" id="p289"></a><span class="pagenum">289</span> +armistice immédiat, lequel a été refusé, et qu'on ne peut +conséquemment s'en prévaloir.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées invitent M. le +plénipotentiaire français à indiquer le délai qu'il croit +suffisant à la communication ci-dessus annoncée.</p> + +<p>Il répond que, dans une affaire si grave, on ne peut +imposer ni prendre l'obligation de répondre à jour +fixe.</p> + +<p>MM. les plénipotentiaires des cours alliées ayant +insisté, d'après les ordres formels de leurs cours, +pour que le terme fût fixé, on s'est réuni pour le fixer, +de part et d'autre, au 10 mars inclusivement.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br> + +<p class="mid"><i>Signé</i> Charles <span class="sc">Stewart</span>, comte <span class="sc">de Stadion</span>,<br> +<span class="sc">Cathcart</span>, <span class="sc">Humboldt</span>, A. comte <span class="sc">de Razoumowski</span>;<br> +<span class="sc">Aberdeen</span>.</p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 28.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br> + +<i>A Napoléon.</i></p> + +<p class="rig">Châtillon, le 5 mars 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Sire,</span></p> + +<p>J'ai besoin d'exprimer particulièrement à V. M. +toute ma peine de voir mon dévouement méconnu. +<a name="p290" id="p290"></a><span class="pagenum">290</span> +Elle est mécontente de moi; elle le témoigne et charge +de me le dire. Ma franchise lui déplaisant, elle la taxe +de rudesse et de dureté. Elle me reproche de voir +partout les Bourbons, dont, peut-être à tort, je ne +parle qu'à peine. V. M. oublie que c'est elle qui en a +parlé la première dans les lettres qu'elle a écrites ou +dictées. Prévoir comme elle les chances que peuvent +leur présenter les passions d'une partie des alliés, +celles que peuvent faire naître des événements malheureux +et l'intérêt que pourrait inspirer dans ce pays +leur haute infortune, si la présence d'un prince et un +parti réveillaient ces vieux souvenirs dans un moment +de crise, ne serait cependant pas si déraisonnable, si +les choses sont poussées à bout. Dans la situation où +sont les esprits, dans l'état de fièvre où est l'Europe, +dans celui d'anxiété et de lassitude où se trouve la +France, la prévoyance doit tout embrasser, elle n'est +que de la sagesse. V. M. voudrait, je le comprends, +vacciner sa force d'âme, l'élan de son grand caractère, +à tout ce qui la sert, et communiquer à tous son +énergie; mais votre ministre, sire, n'a pas besoin de +cet aiguillon. L'adversité stimule son courage, au lieu +de l'abattre; et s'il vous répète sans cesse le mot de +paix, c'est parce qu'il la croit indispensable et même +pressante pour ne pas tout perdre. C'est quand il n'y +a pas de tiers entre V. M. et lui qu'il lui parle franchement. +C'est votre force, sire, qui l'oblige à vous +paraître faible; tout au moins plus disposé à céder +qu'il ne le serait réellement. Personne ne désire, ne +<a name="p291" id="p291"></a><span class="pagenum">291</span> +voudrait plus que moi consoler V. M., adoucir tout +ce que les circonstances et les sacrifices qu'elles exigeront +auront de pénible pour elle; mais l'intérêt de +la France, celui de votre dynastie, me commandent +avant tout d'être prévoyant et vrai. D'un instant à +l'autre, tout peut être compromis par ces ménagements +qui ajournent les déterminations qu'exigent les +grandes et difficiles circonstances où nous sommes. +Est-ce ma faute si je suis le seul qui tiens ce langage +de dévouement à V. M.? si ceux qui vous entourent +et qui pensent comme moi, craignant de lui déplaire +et voulant la ménager, quand elle a déjà tant de sujets +de contrariété, n'osent lui répéter ce qu'il est de mon +devoir de lui dire? Quelle gloire, quel avantage peut-il +y avoir pour moi à prêcher, à signer même cette +paix, si toutefois on parvient à la faire? Cette paix, +ou plutôt ces sacrifices, ne seront-ils pas pour V. M. +un éternel grief contre son plénipotentiaire? Bien des +gens en France, qui en sentent aujourd'hui la nécessité, +ne me la reprocheront-ils pas six mois après +qu'elle aura sauvé votre trône? Comme je ne me fais +pas plus illusion sur ma position, que sur celle de +V. M., elle doit m'en croire. Je vois les choses ce +qu'elles sont; et les conséquences, ce qu'elles peuvent +devenir. La peur a uni tous les souverains, le mécontentement +a rallié tous les Allemands. La partie est +trop bien liée pour la rompre. En acceptant le ministère +dans les circonstances où je l'ai pris, en me chargeant +ensuite de cette négociation, je me suis dévoué +<a name="p292" id="p292"></a><span class="pagenum">292</span> +pour vous servir, pour sauver mon pays; je n'ai +point eu d'autre but; et celui-là seul était assez noble, +assez élevé pour me paraître au-dessus de tous les +sacrifices. Dans ma position je ne pouvais qu'en faire, +et c'est ce qui m'a décidé. V. M. peut dire de moi +tout le mal qu'il lui plaira: au fond de son coeur elle +ne pourra en penser, et elle sera forcée de me rendre +toujours la justice de me regarder comme l'un de ses +plus fidèles sujets, et l'un des meilleurs citoyens de +cette France, que je ne puis être soupçonné de vouloir +avilir, quand je donnerais ma vie pour lui sauver +un village.</p> + +<p>Je suis, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<p class="mid">(Nº 29.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence<br> +A Napoléon</i>.</p> + +<p class="rig">Châtillon, le 6 mars 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Sire</span>,</p> + +<p>La question qui va se décider est si importante, elle +peut, dans un instant, avoir tant de fatales conséquences, +que je regarde comme un devoir de revenir +encore, au risque de lui déplaire, sur ce que j'ai +mandé si souvent à votre majesté. Il n'y a pas de +<a name="p293" id="p293"></a><span class="pagenum">293</span> +faiblesse dans mon opinion, sire, mais je vois tous les +dangers qui menacent la France et le trône de V. M., +et je la conjure de les prévenir. Il faut des sacrifices; +il faut les faire à temps. Comme à Prague, si nous n'y +prenons garde, l'occasion va nous échapper; la circonstance +actuelle a plus de ressemblance avec celle-là +que votre majesté ne le pense peut-être. A Prague, +la paix n'a pas été faite, et l'Autriche s'est déclarée +contre nous, parce qu'on n'a pas voulu croire que le +terme fixé fût de rigueur. Ici les négociations vont se +rompre, parce que l'on ne se persuade point qu'une +question d'une aussi grande importance puisse tenir à +telle ou telle réponse que nous ferons, et à ce que +cette réponse soit faite avant tel ou tel jour. Cependant, +plus je considère ce qui se passe, plus je suis +convaincu que si nous ne remettons pas le contre-projet +demandé, et qu'il ne contienne pas des modifications +aux bases de Francfort, tout est fini. J'ose +le dire comme je le pense, sire, ni la puissance de la +France, ni la gloire de V. M., ne tiennent à posséder +Anvers ou tel autre point des nouvelles frontières.</p> + +<p>Cette négociation, je ne saurais trop le répéter, ne +ressemble à aucune autre; elle est même totalement +l'opposé de toutes celles que V. M. a dirigées jusque +ici. Nous sommes loin de pouvoir dominer: ce n'est +qu'en suivant avec patience et modération la marche +établie que nous pouvons espérer d'atteindre le but; +nous écarter de cette marche serait tout perdre. Les +Anglais, à cause de leur responsabilité, et les hommes +<a name="p294" id="p294"></a><span class="pagenum">294</span> +haineux qui sont ici, pour satisfaire leur passion, aimeront +certainement mieux rompre que d'entamer la +discussion en partant de ce point.</p> + +<p>Les négociations une fois rompues, que V. M. ne +croie pas les renouer, comme on a pu le faire dans +d'autres occasions. On ne veut qu'un prétexte; et +faute de nous décider à prendre le parti qu'exigent +les circonstances, tout nous échappera sans que l'on +puisse prévoir quand et comment on pourra revenir +à des idées de conciliation.</p> + +<p>Je supplie V. M. de réfléchir à l'effet que produira +en France la rupture des négociations, et d'en peser +toutes les conséquences. Elle me rendra encore assez +de justice pour penser que, pour lui écrire comme je +le fais, il faut porter au plus haut degré la conviction +que ce moment va décider des plus chers intérêts de +V. M. et de ceux de mon pays.</p> + +<p>Je suis, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 30.) <i>Lettre du prince de Metternich</i> + +<i>Au duc de Vicence</i>.</p> + +<p class="rig">Chaumont, le 8 mars 1814.</p><br><br> + +<p>La petite boîte que vous m'avez envoyée, monsieur +le duc, pour madame l'archiduchesse Léopoldine, lui +<a name="p295" id="p295"></a><span class="pagenum">295</span> +a été envoyée sur-le-champ; j'espère être à même incessamment +de faire passer à V. Exc. une réponse de +S. A. I. à son auguste soeur.</p> + +<p>Vous avez rendu de si grands services, jusqu'à présent, +à la cause de la France, qui assurément est inséparable +de celle de l'Europe, que je me flatte de vous +voir couronner bientôt la grande oeuvre. Que l'empereur +se convainque bien qu'il n'aura rien fait, s'il n'arrive +pas à la paix générale. Des années de troubles +succéderaient à des années de calamités. Je ne doute +pas que vous êtes journellement dans le cas de vous +convaincre, monsieur le duc, que l'Angleterre va +rondement en besogne; le ministère actuel est assez +fort pour <i>pouvoir vouloir la paix</i>. Si elle ne se fait +pas dans ce moment, nulle autre occasion ne se présentera +plus dans laquelle il puisse être permis à un +ministre anglais de proposer même une <i>négociation</i>; +le triomphe des partisans de la guerre à extinction +contre l'empereur des Français sera assuré; le monde +sera bouleversé, et la France sera la proie de ces +événements.</p> + +<p>Je vous tiendrai toujours le même langage: il doit +être compris par des hommes sages et voulant le bien. +Nous ne formons qu'un voeu, celui de la paix; mais +cette paix est impossible sans que vous ne fassiez celle +qui doit vous rendre vos établissements d'outre-mer. +Pour arriver à cette paix, il faut également en vouloir +les moyens, et ne pas oublier que l'Angleterre +dispose <i>seule</i> de toutes les compensations possibles, +<a name="p296" id="p296"></a><span class="pagenum">296</span> +et qu'en se dépouillant, en faveur de la France et +d'autres états indépendants, de la presque totalité de +ses conquêtes, elle ne fait qu'exciper l'admission d'une +juste compensation, en demandant que la France se +replace au niveau des plus grandes puissances sur le +continent.</p> + +<p>Si l'empereur Napoléon entre dans ce point de vue, +comme déjà il en avait fait le sien, l'Europe est pacifiée; +vingt années de troubles l'attendent dans la supposition +contraire.</p> + +<p>Recevez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br> + +<p class="mid">(Nº 31.) <i>Continuation du protocole des conférences +de Châtillon-sur-Seine</i>.</p> + +<p class="mid"><i>Séance du</i> 10 <i>mars</i> 1814.</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France commence la conférence +par consigner au protocole ce qui suit:</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France avait espéré, d'après +les représentations qu'il avait été dans le cas d'adresser +à MM. les plénipotentiaires des cours alliées, et +par la manière dont LL. EE. avaient bien voulu les +accueillir, qu'il serait donné des ordres pour que ses +courriers pussent lui arriver sans difficulté et sans +retards. Cependant le dernier qui lui est parvenu, +<a name="p297" id="p297"></a><span class="pagenum">297</span> +non seulement a été arrêté très long-temps par plusieurs +officiers et généraux russes, mais on l'a même +<i>obligé à donner ses dépêches, qui ne lui ont été rendues +que trente-six heures après, à Chaumont</i>. Le plénipotentiaire +de France se voit donc à regret forcé d'appeler +de nouveau sur cet objet l'attention de MM. les +plénipotentiaires des cours alliées, et de réclamer avec +d'autant plus d'instance contre une conduite contraire +aux usages reçus et aux prérogatives que le droit des +gens assure aux ministres chargés d'une négociation, +qu'elle cause réellement les retards qui l'entravent.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées n'étant point +informés du fait, promettent de porter cette réclamation +à la connaissance de leurs cours.</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France donne ensuite lecture +de la pièce suivante, dont il demande l'insertion au +protocole, ainsi que des pièces y annexées nº 1, 2, 3, +4 et 5.</p> + +<p><i>Le plénipotentiaire de France a reçu de sa cour l'ordre +de faire au protocole les observations suivantes</i>:</p> + +<p>«Les souverains alliés, <i>dans leur déclaration de +Francfort</i>, que toute l'Europe connaît, et LL. EE. +MM. les plénipotentiaires, dans leur proposition du +7 février, ont également posé en principe que la +France doit conserver par la paix la même puissance +relative qu'elle avait avant les guerres que cette paix +doit finir; car ce que dans le préambule de leur proposition +MM. les plénipotentiaires ont dit du désir +des puissances alliées de voir la France dans un état +<a name="p298" id="p298"></a><span class="pagenum">298</span> +de possession analogue au rang qu'elle a toujours +occupé dans le système politique, n'a point et ne +saurait avoir un autre sens. Les souverains alliés +avaient demandé, en conséquence, que la France se +renfermât dans les limites formées par les Pyrénées, +les Alpes et le Rhin, et la France y avait acquiescé. +MM. leurs plénipotentiaires ont au contraire, et par +leur note du 7 et par le projet d'articles qu'ils ont +remis le 17, demandé qu'elle rentrât dans ses anciennes +limites. Comment, sans cesser d'invoquer le +même principe, a-t-on pu, et en si peu de temps, passer +de l'une de ces demandes à l'autre? Qu'est-il survenu +depuis la première, qui puisse motiver la seconde?</p> + +<p>»On ne pouvait pas le 7, on ne pouvait pas plus +le 17, et à plus forte raison ne pourrait-on pas aujourd'hui +la fonder sur l'offre confidentielle faite par le +plénipotentiaire de France, au ministre du cabinet de +l'une des cours alliées; car la lettre qui la contenait +ne fut écrite que le 9, et il était indispensable d'y répondre +immédiatement, puisque l'offre était faite +sous la <i>condition absolue d'un armistice immédiat</i>, +pour arrêter l'effusion du sang, et éviter une bataille +que les alliés ont voulu donner; au lieu de cela, les +conférences furent, par la seule volonté des alliés, et +sans motifs, suspendues du 10 au 17, jour auquel la +condition proposée fut même formellement rejetée. +On ne pouvait, on ne peut donc en aucune manière +se prévaloir d'une offre qui lui était subordonnée. +Les souverains alliés ne voulaient-ils point, il y a trois +<a name="p299" id="p299"></a><span class="pagenum">299</span> +mois, établir un juste équilibre en Europe? N'annoncent-ils +pas qu'ils le veulent encore aujourd'hui? +Conserver la même puissance relative qu'elle a toujours +eue est aussi le seul désir qu'ait réellement la +France. <i>Mais l'Europe ne ressemble plus à ce qu'elle +était il y a vingt ans</i>: à cette époque le royaume de +Pologne, déjà morcelé, disparut entièrement, l'immense +territoire de la Russie s'accrut de vastes et riches +provinces. Six millions d'hommes furent ajoutés à +une population déjà plus grande que celle d'aucun état +européen. Neuf millions devinrent le partage de l'Autriche +et de la Prusse. Bientôt l'Allemagne changea de +face. Les états ecclésiastiques et le plus grand nombre +des villes libres germaniques furent répartis entre les +princes séculiers. La Prusse et l'Autriche en reçurent +la meilleure part. L'antique république de Venise devint +une province de la monarchie autrichienne; deux +nouveaux millions de sujets, avec de nouveaux territoires +et de nouvelles ressources, ont été donnés depuis +à la Russie, par le traité de Tilsitt, par le traité +de Vienne, par celui d'Yassi, et par celui d'Abo. De son +côté, et dans le même intervalle de temps, l'Angleterre +a non seulement acquis, par le traité d'Amiens, +les possessions hollandaises de Ceylan et de l'île de la +Trinité; mais elle a doublé ses possessions de l'Inde, +et en a fait un empire que deux des plus grandes monarchies +de l'Europe égaleraient à peine. Si la population +de cet empire ne peut être considérée comme +un accroissement de la population britannique, en +<a name="p300" id="p300"></a><span class="pagenum">300</span> +revanche, l'Angleterre n'en tire-t-elle pas, et par la +souveraineté et par le commerce, un accroissement +immense de sa richesse, cet autre élément de la puissance? +La Russie, l'Angleterre, ont conservé tout ce +qu'elles ont acquis. L'Autriche et la Prusse ont, à la +vérité, fait des pertes; mais renoncent-elles à les réparer, +et se contentent-elles aujourd'hui de l'état de +possession dans lequel la guerre présente les a trouvées? +Il diffère cependant peu de celui qu'elles avaient il y a +vingt ans.</p> + +<p>Ce n'est pas pour son intérêt seul que la France +doit vouloir conserver la même puissance relative +qu'elle avait: qu'on lise la déclaration de Francfort +(voyez pièce jointe, nº 4), et l'on verra que les souverains +alliés ont été convaincus eux-mêmes que c'était +aussi <i>l'intérêt de l'Europe</i>. Or, quand tout a changé +autour de la France, comment pourrait-elle <i>conserver +la même puissance relative en étant replacée au +même état qu'auparavant?</i> Replacée dans ce même +état, <i>elle n'aurait pas même le degré de puissance absolue +quelle avait alors</i>: car ses possessions d'outre-mer +étaient incontestablement un des éléments de +cette puissance; et la plus importante de ces possessions, +celle qui par sa valeur égalait ou surpassait +toutes les autres ensemble, lui a été ravie; peu +importe par quelle cause, elle l'a perdue. Il suffit +qu'elle ne l'ait plus, et qu'il ne soit pas au pouvoir +des alliés de la lui rendre.</p> + +<p>Pour évaluer la puissance relative des états, ce n'est +<a name="p301" id="p301"></a><span class="pagenum">301</span> +pas assez de comparer leurs forces absolues, il faut +faire entrer dans le calcul l'emploi que leur situation +géographique les contraint ou leur permet d'en faire.</p> + +<p>L'Angleterre est une puissance essentiellement maritime, +qui peut mettre toutes ses forces sur les eaux. +L'Autriche a trop peu de côtes pour le devenir; la +Russie et la Prusse n'ont pas besoin de l'être, puisqu'elles +n'ont pas de possessions au-delà des mers; ce +sont des puissances essentiellement continentales. La +France est, au contraire, à la fois essentiellement +maritime, à raison de l'étendue de ses côtes, et de +ses colonies, et essentiellement continentale. L'Angleterre +ne peut être attaquée que par des flottes. +La Russie, adossée au pôle du monde, et bornée +presque de tous côtés par des mers ou de vastes +solitudes, ne peut, depuis qu'elle a acquis la Finlande, +être attaquée que d'un seul côté. <i>La France +peut l'être sur tous les points de sa circonférence, et à la +fois du côté de la terre, où elle confine partout à des nations +vaillantes, et du côté de la mer, et dans ses possessions +lointaines.</i></p> + +<p>Pour rétablir un véritable équilibre, sa puissance +relative devrait donc être considérée sous deux aspects +distincts: pour en faire une estimation juste, +il la faut diviser, et ne comparer ses forces absolues +à celles des autres états du continent, que déduction +faite de la part qu'elle en devra employer sur mer; et +à celles des états maritimes, que déduction faite de +la part qu'elle en devra employer sur le continent. +<a name="p302" id="p302"></a><span class="pagenum">302</span> </p> + +<p>Le plénipotentiaire de France prie LL. EE. MM. les +plénipotentiaires des cours alliées de peser attentivement +les considérations si frappantes de vérité qui +précèdent, et de juger si les acquisitions que la France +a faites en-deçà des Alpes et du Rhin, et que les traités +de Lunéville et d'Amiens lui avaient assurées, suffiraient +même pour rétablir entre elles et les grandes +puissances de l'Europe l'équilibre que les changements +survenus dans l'état de possession de ces puissances +ont rompu.</p> + +<p>Le plus simple calcul démontre jusqu'à l'évidence +que ces acquisitions, jointes à tout ce que la France +possédait en 1792, seraient encore <i>loin</i> de lui donner le +même degré de puissance relative qu'elle avait alors, +et qu'elle avait constamment eue dans les temps antérieurs; +et cependant on lui demande, non pas d'en +abandonner seulement une partie quelconque, mais +de les abandonner toutes; quoique, dans leur déclaration +de Francfort, les souverains alliés eussent annoncé +à l'Europe <i>qu'ils reconnaissaient à la France un +territoire plus étendu qu'elle ne l'avait eu sous ses rois</i>.</p> + +<p>Les forces propres d'un état ne sont pas l'unique +élément de sa puissance relative, dans la composition +de laquelle entrent encore les liens qui l'unissent à +d'autres états, liens généralement plus forts et plus +durables entre les états que gouvernent des princes +d'un même sang. L'empereur des Français possède, +outre son empire, un royaume; son fils adoptif en est +l'héritier désigné. D'autres princes de la dynastie +<a name="p303" id="p303"></a><span class="pagenum">303</span> +française étaient possesseurs de couronnes ou de souverainetés +étrangères. Des traités avaient consacré leurs +droits, et le continent les avait reconnus. Le projet +des cours alliées garde à leur égard un silence que +les questions si naturelles et si justes du plénipotentiaire +de France n'ont pu rompre. En renonçant cependant +aux droits de ces princes, et à la part de +puissance relative qui en résulte pour elle, ainsi qu'à +ce qu'elle a acquis en-deçà des Alpes et du Rhin, la +France se trouverait avoir perdu de son ancienne puissance +relative maritime et continentale, précisément +en même raison que celle des autres grands états s'est +déjà ou se sera accrue à la paix par leurs acquisitions +respectives. La restitution de ses colonies, qui +ne ferait alors que la replacer dans son ancien état de +grandeur absolue (ce que même la situation de Saint-Domingue +ne permettrait pas d'effectuer complètement), +ne serait point, ne pourrait pas être une compensation +de ses pertes: seulement ses pertes en +seraient diminuées, et ce serait sans doute le moins +auquel elle eût le droit de s'attendre; mais que lui +offre à cet égard le projet des cours alliées?</p> + +<p>Des colonies françaises tombées au pouvoir de +l'ennemi (et les guerres du continent les y ont fait +tomber toutes), il y en a trois que leur importance, +sous des rapports divers, met hors de comparaison +avec toutes les autres; ce sont la Guadeloupe, la +Guiane, et l'île de France.</p> + +<p>Au lieu de la restitution des deux premières, le +<a name="p304" id="p304"></a><span class="pagenum">304</span> +projet des cours alliées n'offre que des bons offices +pour procurer cette restitution, et il semblerait d'après +cela que ces deux colonies fussent entre les +mains de puissances étrangères à la négociation présente +et ne devant point être comprises dans la future +paix. Tout au contraire les puissances qui les occupent +sont du nombre de celles au nom de qui et +pour qui les cours alliées ont déclaré qu'elles étaient +autorisées à traiter: n'y sont-elles donc autorisées que +pour les clauses à la charge de la France? cessent-elles +de l'être dès qu'il s'agit de clauses à son profit? +s'il en était ainsi, il deviendrait indispensable que +tous les états engagés dans la présente guerre prissent +immédiatement part à la négociation et envoyassent +chacun des plénipotentiaires au congrès.</p> + +<p>Il est en outre à remarquer que la Guadeloupe n'étant +sortie des mains de l'Angleterre que par un acte +que le droit des gens n'autorisait pas, c'est l'Angleterre +encore qui, relativement à la France, est censée +l'occuper, et que c'est à elle seule que la restitution +en peut être demandée.</p> + +<p>L'Angleterre veut garder pour elle les îles de +France et de la Réunion, sans lesquelles les autres possessions +de la France, à l'est du cap de Bonne-Espérance, +perdent tout leur prix; les Saintes, sans lesquelles +la possession de la Guadeloupe serait précaire; +et l'île de Tabago; celle-ci sous le prétexte que la +France ne la possédait point en 1792, et les autres +quoique la France les possédât de temps immémorial, +<a name="p305" id="p305"></a><span class="pagenum">305</span> +établissant ainsi une règle qui n'a de rigueur que +pour la France, qui n'admet d'exception que contre +elle, et devient ainsi un glaive à deux tranchants.</p> + +<p>Une île d'une certaine étendue, mais qui a perdu +son ancienne fertilité, deux ou trois autres infiniment +moindres, et quelques comptoirs auxquels la perte de +l'île de France forcerait de renoncer, voilà à quoi se +réduisent les grandes restitutions que l'Angleterre promettait +de faire. Sont-ce là celles qu'elle fit à Amiens, +où pourtant elle rendait Malte, qu'elle veut aujourd'hui +garder et qu'on ne lui conteste plus? qu'aurait-elle +offert de moins si la France n'eût eu rien à céder +qu'à elle? Les restitutions qu'elle promettait avaient +été annoncées comme un équivalent des sacrifices qui +seraient faits au continent. C'est sous cette condition +que la France a annoncé qu'elle était prête à consentir +à de grands sacrifices. Elles en doivent être la mesure. +Pouvait-on s'attendre à un projet par lequel le +continent demande tout, l'Angleterre ne rend presque +rien, et dont en substance le résultat est que +toutes les grandes puissances de l'Europe doivent +conserver tout ce qu'elles ont acquis, réparer les pertes +qu'elles ont pu faire, et acquérir encore; que la +France seule ne doit rien conserver de toutes ses +acquisitions et ne doit recouvrer que la part la plus +petite et la moins bonne de ce qu'elle a perdu?</p> + +<p><i>Après tant de sacrifices demandés à là France, il +ne manquait plus que de lui demander encore celui de +son honneur!</i> +<a name="p306" id="p306"></a><span class="pagenum">306</span> </p> + +<p>Le projet tend à lui <i>ôter le droit d'intervenir en faveur +d'anciens alliés malheureux.</i> Le plénipotentiaire +de France ayant demandé si le roi de Saxe serait remis en +possession de ses états, n'a pu même obtenir une réponse.</p> + +<p>On demande à la France des cessions et des renonciations, +et l'on veut qu'en cédant elle ne sache pas +à qui, sous quels titres et dans quelle proportion appartiendra +ce qu'elle aura cédé! <i>On veut qu'elle +ignore quels doivent être ses plus proches voisins</i>; on +veut régler sans elle le sort des pays auxquels elle +aura renoncé, et le mode d'existence de ceux avec +lesquels son souverain était lié par des rapports +particuliers; on veut <i>sans elle</i> faire des arrangements +qui doivent régler le système général de possession et +d'équilibre en Europe; on veut qu'elle soit étrangère +à l'arrangement d'un tout dont elle est une partie considérable +et nécessaire; on veut enfin qu'en souscrivant +à de telles conditions, elle s'exclue en quelque +sorte elle-même de la société européenne.</p> + +<p>On lui restitue ses établissements sur le continent +de l'Inde, mais à la condition de posséder comme +dépendante et comme sujette ce qu'elle y possédait +en souveraineté.</p> + +<p>Enfin, on lui dicte des règles de conduite pour le +régime ultérieur de ses colonies et envers des populations +qu'aucun rapport de sujétion ou de dépendance +quelconque ne lie aux gouvernements de l'Europe, +et à l'égard desquelles on ne peut reconnaître +à aucun d'eux aucun droit de patronage. +<a name="p307" id="p307"></a><span class="pagenum">307</span> </p> + +<p>Ce n'est point à de telles propositions qu'avait dû +préparer le langage des souverains alliés, et celui du +prince régent d'Angleterre lorsqu'il disait au parlement +britannique qu'aucune disposition de sa part +à demander à la France aucun sacrifice incompatible +avec son intérêt comme nation ou avec son honneur, +ne serait un obstacle à la paix.</p> + +<p>Attaquée à la fois par toutes les puissances réunies +contre elle, la nation française sent plus qu'aucune +autre le besoin de la paix et la veut aussi plus qu'aucune +autre; <i>mais tout peuple comme tout homme généreux +met l'honneur avant l'existence même</i>.</p> + +<p>Il n'est sûrement point entré dans les vues des souverains +alliés de l'<i>avilir</i>; et quoique le plénipotentiaire +de France ne puisse s'expliquer le peu de conformité +du projet d'articles qui lui avait été remis avec les +sentiments qu'ils ont tant de fois et si explicitement +manifestés, il n'en présente pas moins avec confiance +au jugement des cours alliées elles-mêmes et de MM. les +plénipotentiaires des observations dictées par l'intérêt +général de l'Europe autant que par l'intérêt particulier +de la France, et qui ne s'écartent en aucun point des +déclarations des souverains alliés et de celle du prince +régent au parlement d'Angleterre.</p> + +<p class="mid"><i>Pièces jointes.</i></p> + +<p>Nº 1. Note écrite à Francfort, le 9 novembre +1813, par M. le baron de Saint-Aignan. +<a name="p308" id="p308"></a><span class="pagenum">308</span> </p> + +<p>Nº 2. Lettre du prince de Metternich au ministre +des relations extérieures de France, datée de Francfort, +le 25 novembre 1813.</p> + +<p>Nº 3. Lettre de M. le duc de Vicence au prince de +Metternich, datée de Paris, le 2 décembre 1813.</p> + +<p>Nº 4. Déclaration de Francfort, extraite du journal +de Francfort du 7 décembre 1813, et datée du premier +dudit mois.</p> + +<p>Nº 5. Extrait du discours du prince régent au parlement +d'Angleterre.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées répondent +que les observations dont ils viennent d'entendre la +lecture ne contiennent pas une déclaration distincte +et explicite du gouvernement français sur le projet +présenté par eux dans la séance du 17 février, et par +conséquent ne remplissent pas la demande que les +plénipotentiaires des cours alliées avaient formée +dans la conférence du 28 février, d'obtenir une réponse +distincte et explicite dans le terme de dix jours, +duquel ils étaient mutuellement convenus avec M. le +plénipotentiaire de France. Ils déclarent au surplus +que, par l'admission de ces observations au protocole, +ils ne reconnaissent point un caractère officiel à +toutes les pièces qui y sont annexées.</p> + +<p>Le plénipotentiaire français répond que celles de +ces pièces qui ne sont point proprement officielles +sont au moins authentiques et publiques.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées se disposant +là-dessus à lever la séance, M. le plénipotentiaire de +<a name="p309" id="p309"></a><span class="pagenum">309</span> +France déclare verbalement que l'empereur des Français +est prêt +à renoncer, par le traité à conclure, à tout titre +exprimant des rapports de souveraineté, de suprématie, +protection, ou influence constitutionnelle, avec +les pays hors des limites de la France;</p> + +<p class="mid">Et à reconnaître</p> + +<p>L'indépendance de l'Espagne dans ses anciennes +limites, sous la souveraineté de Ferdinand VII;</p> + +<p>L'indépendance de l'Italie, l'indépendance de la +Suisse, sous la garantie de grandes puissances;</p> + +<p>L'indépendance de l'Allemagne;</p> + +<p>Et l'indépendance de la Hollande, sous la souveraineté +du prince d'Orange.</p> + +<p>Il déclare encore, que, si, pour écarter des causes +de mésintelligence, rendre l'amitié plus étroite et la +paix plus durable entre la France et l'Angleterre, des +cessions de la part de la France au-delà des mers peuvent +être jugées nécessaires, la France sera prête à +les faire moyennant un équivalent raisonnable.</p> + +<p>Sur quoi la séance a été levée.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<p class="mid"><i>Signé</i> le comte <span class="sc">de Stadion</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, <span class="sc">Humboldt</span>,<br> +le comte de <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>, Charles<br> +<span class="sc">Stewart</span>.</p> +<br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p310" id="p310"></a><span class="pagenum">310</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 32.) <i>Continuation du protocole des conférences +de Châtillon-sur-Seine.</i></p> + +<p class="mid"><i>Séance du 13 mars 1814.</i></p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées déclarent au +protocole ce qui suit:</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont pris en +considération le mémoire présenté par M. le duc de +Vicence, dans la séance du 10 mars, et la déclaration +verbale dictée par lui au protocole de la même séance. +Ils ont jugé la première de ces pièces être de nature +à ne pouvoir être mise en discussion sans entraver la +marche de la négociation.</p> + +<p>La déclaration verbale de M. le plénipotentiaire +ne contient que l'acceptation de quelques points du +projet de traité remis par les plénipotentiaires des +cours alliées dans la séance du 17 février; elle ne répond +ni à l'ensemble ni même à la majeure partie des +articles de ce projet, et elle peut bien moins encore +être regardée comme un contre-projet renfermant la +substance des propositions faites par les puissances +alliées.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées se voient +donc obligés à inviter M. le duc de Vicence à se prononcer +s'il compte accepter ou rejeter le projet de +traité présenté par les cours alliées, ou bien à remettre +un contre-projet. +<a name="p311" id="p311"></a><span class="pagenum">311</span> </p> + +<p>Le plénipotentiaire de France, répondant à cette +déclaration des plénipotentiaires des cours alliées, +ainsi qu'à leurs observations sur le même objet, a dit:</p> + +<p>Qu'une pièce telle que celle qu'il avait remise le 10, +dans laquelle les articles du projet des cours alliées +qui sont susceptibles de modifications étaient examinés +et discutés en détail, loin d'entraver la marche +de la négociation, ne pouvait au contraire que +l'accélérer, puisqu'elle éclaircissait toutes les questions, +sous le double rapport de l'intérêt de l'Europe et de +celui de la France;</p> + +<p>Qu'après avoir annoncé aussi positivement qu'il l'a +fait par sa note verbale du même jour, que la France +était prête à renoncer par le futur traité à la souveraineté +d'un territoire au-delà des Alpes et du Rhin, +contenant au-delà de sept millions, et à son influence +sur celle de vingt millions d'habitants, ce qui forme +au moins les six septièmes des sacrifices que le projet +des alliés lui demande, on ne saurait lui reprocher +de n'avoir pas répondu d'une manière distincte et +explicite;</p> + +<p>Que le contre-projet que lui demandent les plénipotentiaires +des cours alliées se trouve en substance +dans sa déclaration verbale du 10, quant aux objets +auxquels la France peut consentir sans discussion; et +que quant aux autres, qui sont tous susceptibles de +modifications, les observations y répondent, mais +qu'il n'en est pas moins prêt à les discuter à l'instant +même. +<a name="p312" id="p312"></a><span class="pagenum">312</span> </p> + +<p class="mid">Les plénipotentiaires des cours alliées répondent ici:</p> + +<p>Que les deux pièces remises par M. le plénipotentiaire +de France, dans la séance du 10 mars, ne se référaient +pas tellement l'une à l'autre qu'on pût dire +que l'une renfermait les points auxquels le gouvernement +français consent sans discussion, et l'autre ceux +sur lesquels il veut établir la négociation; mais que, +tout au contraire, l'une ne contient que des observations +générales ne menant à aucune conclusion, et +que l'autre énonce tout aussi peu d'une manière claire +et précise ce que M. le plénipotentiaire de France +vient de dire, puisque, pour ne s'arrêter qu'aux deux +points suivants, elle n'explique pas même ce qu'on y +entend par les limites de la France, et ne parle qu'en +général de l'indépendance de l'Italie. Les plénipotentiaires +ajoutent ensuite que, ces deux pièces ayant été +mises sous les yeux de leurs cours, ils ont eu l'instruction +positive, précise et stricte, de déclarer, ainsi +qu'ils l'ont fait, que ces deux pièces ont été tenues +insuffisantes, et d'insister sur une autre déclaration de +la part de M. le plénipotentiaire de France, qui renfermât +ou une acceptation ou un refus de leur projet +de traité proposé dans la conférence du 17 février, +ou bien un contre-projet. Ils invitent donc de +nouveau M. le plénipotentiaire de France à leur donner +cette déclaration.</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France renouvelle ses instances +pour que l'on entre en discussion, observant +que MM. les plénipotentiaires des cours alliées, en +<a name="p313" id="p313"></a><span class="pagenum">313</span> +déclarant eux-mêmes, dans la séance du 28 février, +qu'ils étaient prêts à discuter des modifications qui seraient +proposées, avaient prouvé, par cela même, que +leur projet n'était pas un <i>ultimatum</i>; que, pour se +rapprocher et arriver à un résultat, une discussion +était indispensable, et qu'il n'y avait réellement point +de négociation sans discussion, etc.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées répliquent +qu'ils ont bien prouvé qu'ils ne voulaient point exclure +la discussion, puisqu'ils ont demandé un contre-projet, +mais que leur intention est de ne point +admettre de discussion que sur des propositions qui +puissent vraiment conduire au but.</p> + +<p>Ayant en conséquence insisté de nouveau sur une +déclaration catégorique, et ayant invité M. le plénipotentiaire +de France à donner cette déclaration, il a +désiré que la séance fût suspendue et reprise le soir à +neuf heures.</p> + +<p>Après avoir délibéré entre eux, les plénipotentiaires +des cours alliées ont dit à M. le plénipotentiaire de +France que, pour le mettre mieux en état de préparer +sa réponse pour le soir, ils veulent le prévenir, dès à +présent, qu'ensuite de leurs instructions, ils devront +l'inviter (après qu'il se sera déclaré ce soir s'il veut +remettre une acceptation ou un refus de leur projet +ou un contre-projet) à remplir cet engagement +dans le terme de vingt-quatre heures, qui a été fixé +péremptoirement par leurs cours.</p> + +<p>Sur quoi la séance est remise à neuf heures du soir. +<a name="p314" id="p314"></a><span class="pagenum">314</span> </p> + +<p class="mid"><i>Continuation de la séance.</i></p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ayant renouvelé, +de la manière la plus expresse, la déclaration par +laquelle ils avaient terminé la première partie de la +séance, le plénipotentiaire de France déclare qu'il +remettra le contre-projet demandé demain soir à neuf +heures; toutefois, il a observé que, n'étant pas sûr +d'avoir achevé jusque là le travail nécessaire, il demandait +d'avance de remettre dans ce cas la conférence +à la matinée du 15.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont insisté +pour que la conférence restât fixée à demain au soir, +et ne fût remise qu'en cas de nécessité absolue à +après demain matin, à quoi M. le plénipotentiaire de +France a consenti.</p> + +<p>Châtillon-sur-Seine, le 13 mars 1814.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<p class="mid"><i>Signé</i> <span class="sc">Aberdeen</span>, comte de <span class="sc">Razoumowski</span>,<br> +<span class="sc">Humboldt</span>, <span class="sc">Cathcart</span>, comte de <span class="sc">Stadion</span>,<br> +Charles <span class="sc">Stewart</span>, lieutenant-général.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p315" id="p315"></a><span class="pagenum">315</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 33.) <i>Continuation du protocole des conférences +de Châtillon-sur-Seine.</i></p> + +<p class="mid"><i>Séance du 15 mars 1814.</i></p> + +<p>M. le plénipotentiaire français ouvre la séance en +faisant lecture du projet de traité qui suit:</p> + +<p class="mid"><i>Projet de traité définitif entre la France et les alliés.</i></p> + +<p>S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie, protecteur +de la confédération du Rhin, et médiateur de +la confédération suisse, d'une part; S. M. l'empereur +d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, S. M. l'empereur +de toutes les Russies, S. M. le roi du royaume +uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, et S. M. le +roi de Prusse, stipulant chacun d'eux pour soi, et +tous ensemble pour l'universalité des puissances engagées +avec eux dans la présente guerre, d'autre +part:</p> + +<p>Ayant à coeur de faire cesser le plus promptement +possible l'effusion du sang humain et les malheurs des +peuples, ont nommé pour leurs plénipotentiaires, +savoir:......</p> + +<p>Lesquels sont convenus des articles suivants:</p> + +<p>Art. 1<sup>er</sup>. A compter de ce jour, il y aura paix, amitié +sincère et bonne intelligence, entre S. M. l'empereur +des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération +du Rhin, et médiateur de la confédération +<a name="p316" id="p316"></a><span class="pagenum">316</span> +suisse, d'une part; et S. M. l'empereur d'Autriche, +roi de Hongrie et de Bohême, S. M. l'empereur de +toutes les Russies, S. M. le roi du royaume uni de la +Grande-Bretagne et d'Irlande, S. M. le roi de Prusse, +et leurs alliés d'autre part, leurs héritiers et successeurs +à perpétuité.</p> + +<p>Les hautes parties contractantes s'engagent à apporter +tous leurs soins à maintenir, pour le bonheur futur +de l'Europe, la bonne harmonie, si heureusement +rétablie entre elles.</p> + +<p>Art. 2. S. M. l'empereur des Français renonce pour +lui et ses successeurs à tous titres quelconques, autres +que ceux tirés des possessions qui, en conséquence du +présent traité de paix, resteront soumises à sa souveraineté.</p> + +<p>Art. 3. S. M. l'empereur des Français renonce pour +lui et ses successeurs à tous droits de souveraineté et +de possession sur <i>les provinces illyriennes</i> et sur les +territoires formant les départements français <i>au-delà +des Alpes, l'île d'Elbe exceptée</i>, et les départements +français au-delà du Rhin.</p> + +<p>Art. 4. S. M. l'empereur des Français, comme roi +d'Italie, renonce à la couronne d'Italie en faveur de +son héritier désigné, le prince Eugène-Napoléon, et +de ses descendants à perpétuité.</p> + +<p>L'Adige formera la limite entre le royaume d'Italie +et l'empire d'Autriche.</p> + +<p>Art. 5. Les hautes parties contractantes reconnaissent +solennellement, et de la manière la plus formelle, +<a name="p317" id="p317"></a><span class="pagenum">317</span> +l'indépendance absolue et la pleine souveraineté de +tous les états de l'Europe, dans les limites qu'ils se +trouveront avoir en conséquence du présent traité, +ou par suite des arrangements indiqués dans l'art. 16, +ci-après.</p> + +<p>Art. 6. S. M. l'empereur des Français reconnaît:</p> + +<p>1º L'indépendance de la Hollande, sous la souveraineté +de la maison d'Orange.</p> + +<p>La Hollande recevra un accroissement de territoire.</p> + +<p>Le titre et l'exercice de la souveraineté en Hollande +ne pourront, dans aucun cas, appartenir à un prince +portant ou appelé à porter une couronne étrangère.</p> + +<p>2º L'indépendance de l'Allemagne, et chacun de +ses états, lesquels pourront être unis entre eux par +un lien fédératif.</p> + +<p>3º L'indépendance de la Suisse, se gouvernant +elle-même, sous la garantie de toutes les grandes +puissances.</p> + +<p>4º L'indépendance de l'Italie, et de chacun des +princes, entre chacun desquels elle est ou se trouvera +divisée.</p> + +<p>5º L'indépendance et l'intégrité de l'Espagne, sous +la domination de Ferdinand VII.</p> + +<p>Art. 7. Le pape sera remis immédiatement en possession +de ses états, tels qu'ils étaient en conséquence +du traité de Tolentino, le duché de Bénévent excepté.</p> + +<p>Art. 8. S. A. I. la princesse Élisa conservera pour +elle et ses descendants en toute propriété et souveraineté +Lucques et Piombino. +<a name="p318" id="p318"></a><span class="pagenum">318</span> </p> + +<p>Art. 9. La principauté de <i>Neufchâtel</i> demeure en +toute propriété et souveraineté au prince qui la possède +et à ses descendants.</p> + +<p>Art. 10. S. M. le roi de Saxe sera rétablie dans la +pleine et entière possession de son grand-duché.</p> + +<p>Art. 11. S. A. R. le grand-duc de Berg sera pareillement +remise en possession de son grand-duché.</p> + +<p>Art. 12. Les villes de Bremen, Hambourg, Lubeck, +Dantzick et Raguse seront des villes libres.</p> + +<p>Art. 13. Les îles Ioniennes appartiendront en toute +souveraineté au royaume d'Italie.</p> + +<p>Art. 14. L'île de Malte et ses dépendances appartiendront +en toute souveraineté et propriété à S. M. +britannique.</p> + +<p>Art. 15. Les colonies, pêcheries, établissements, +comptoirs et factoreries que la France possédait avant +la guerre actuelle dans les mers ou sur le continent +de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Asie, et qui sont +tombés au pouvoir de l'Angleterre ou de ses alliés, +lui seront restitués, pour être possédés par elle aux +mêmes titres qu'avant la guerre, et avec les droits et +facultés que lui assuraient, relativement au commerce +et à la pêche, les traités antérieurs, et notamment celui +d'Amiens; mais en même temps la France s'engage +à consentir, moyennant un équivalent raisonnable, à +la cession de celles des susdites colonies que l'Angleterre +a témoigné le désir de conserver, à l'exception +des Saintes, qui dépendent nécessairement de la Guadeloupe. +<a name="p319" id="p319"></a><span class="pagenum">319</span> </p> + +<p>Art. 16. Les dispositions à faire des territoires auxquels +S. M. l'empereur des Français renonce, et dont +il n'est pas disposé par le présent traité, seront faites; +les indemnités à donner aux rois et princes dépossédés +par la guerre actuelle seront déterminées; et +tous les arrangements qui doivent fixer le système général +de possession et d'équilibre en Europe seront +réglés dans un congrès spécial, lequel se réunira à... +dans les... jours qui suivront la ratification du présent +traité.</p> + +<p>Art. 17. Dans tous les territoires, villes et places +auxquels la France renonce, les munitions, magasins, +arsenaux, vaisseaux et navires armés et non armés, +et généralement toutes choses qu'elle y a placées, lui +appartiennent, et lui demeurent réservées.</p> + +<p>Art. 18. Les dettes des pays réunis à la France, et +auxquels elle renonce par le présent traité, seront à la +charge desdits pays et de leurs futurs possesseurs.</p> + +<p>Art. 19. Dans tous les pays qui doivent ou devront +changer de maître, tant en vertu du présent traité, +que des arrangements qui doivent être faits en conséquence +de l'art. 16 ci-dessus, il sera accordé aux habitants +naturels et étrangers, de quelque condition et +nation qu'ils soient, un espace de six ans, à compter +de l'échange des ratifications, pour disposer de leurs +propriétés acquises, soit avant, soit depuis la guerre +actuelle, et se retirer dans tel pays qu'il leur plaira de +choisir.</p> + +<p>Art. 20. Les propriétés, biens et revenus de toute +<a name="p320" id="p320"></a><span class="pagenum">320</span> +nature que des sujets de l'un quelconque des états engagés +dans la présente guerre possèdent, à quelque +titre que ce soit, dans les pays qui sont actuellement, +ou seront, en vertu de l'art. 16, soumis à un autre +quelconque desdits états, continueront d'être possédés +par eux, sans trouble ni empêchement, sous les seules +clauses et conditions précédemment attachées à leur +possession, et avec pleine liberté d'en jouir et disposer, +ainsi que d'exporter les revenus, et, en cas de +vente, la valeur.</p> + +<p>Art. 21. Les hautes parties contractantes, voulant +mettre et faire mettre dans un entier oubli les divisions +qui ont agité l'Europe, déclarent et promettent +que dans les pays de leur obéissance respective, aucun +individu, de quelque classe ou condition qu'il soit, +ne sera inquiété dans sa personne, ses biens, rentes, +pensions et revenus; dans son rang, grade ou ses +dignités; ni recherché, ni poursuivi en aucune façon +quelconque pour aucune part qu'il ait prise ou pu +prendre, de quelque manière que ce soit, aux événements +qui ont amené la présente guerre, ou qui en ont +été la conséquence.</p> + +<p>Art. 22. Aussitôt que la nouvelle de la signature du +présent traité sera parvenue aux quartiers généraux +respectifs, il sera sur-le-champ expédié des ordres, +pour faire cesser les hostilités, tant sur terre que sur +mer, aussi promptement que les distances le permettront; +les hautes puissances contractantes s'engagent +à mettre de bonne foi toute la célérité possible à +<a name="p321" id="p321"></a><span class="pagenum">321</span> +l'expédition desdits ordres, et de part et d'autre il sera +donné des passe-ports, soit pour les officiers, soit pour +les vaisseaux qui sont chargés de les porter.</p> + +<p>Art. 23. Pour prévenir tous les sujets de plainte et +de contestation qui pourraient naître à l'occasion des +prises qui seraient faites en mer après la signature du +présent traité, il est réciproquement convenu que les +vaisseaux et effets qui pourraient être pris dans la +Manche et dans les mers du Nord, après l'espace de +douze jours, à compter de l'échange des ratifications +du présent traité, seront de part et d'autre restitués; +que le terme sera d'un mois, depuis la Manche et les +mers du Nord jusqu'aux îles Canaries inclusivement, +soit dans l'Océan, soit dans la Méditerranée; de deux +mois, depuis lesdites îles Canaries jusqu'à l'équateur, +et enfin de cinq mois dans toutes les autres parties du +monde, sans aucune exception ni autre distinction +plus particulière de temps et de lieu.</p> + +<p>Art. 24. Les troupes alliées évacueront le territoire +français; et les places cédées, ou devant être restituées +par la France, en vertu de la présente paix, leur seront +remises dans les délais ci-après: le troisième jour +après l'échange des ratifications du présent traité, les +troupes alliées les plus éloignées, et le cinquième jour +après ledit échange, les troupes alliées les plus rapprochées +des frontières, commenceront à se retirer, se +dirigeant vers la frontière la plus voisine du lieu où +elles se trouveront, et faisant trente lieues par chaque +dix jours, de telle sorte que l'évacuation soit non +<a name="p322" id="p322"></a><span class="pagenum">322</span> +interrompue et successive, et que, dans le terme de +quarante jours au plus tard, elle soit complètement +terminée.</p> + +<p>Il leur sera fourni, jusqu'à leur sortie du territoire +français, les vivres et les moyens de transport nécessaires; +mais sans qu'à compter du jour de la signature +du présent traité elles puissent lever aucune contribution, +ni exiger aucune prestation quelconque, autre +que celle indiquée ci-dessus. Immédiatement après l'échange +des ratifications du présent traité, les places +de Custrin, Glogau, Palma-Nova et Venise seront +remises aux alliés; et celles que les troupes françaises +occupent en Espagne, aux Espagnols. Les places de +Hambourg, de Magdebourg, les citadelles d'Erfurt et +de Wurtzbourg seront remises lorsque la moitié du +territoire français sera évacuée.</p> + +<p>Toutes les autres places des pays cédés seront remises +lors de l'évacuation totale de ce territoire.</p> + +<p>Les pays que les garnisons desdites villes traverseront +leur fourniront les vivres et moyens de transport +nécessaires pour rentrer en France, et y ramener tout +ce qui, en vertu de l'art. 17 ci-dessus, sera propriété +française.</p> + +<p>Art. 25. Les restitutions qui, en vertu de l'art. 15 +ci-dessus, doivent être faites à la France, par l'Angleterre +ou ses alliés, auront lieu, pour le continent et +les mers d'Amérique et d'Afrique, dans les trois mois, +et pour l'Asie, dans les six mois qui suivront l'échange +des ratifications du présent traité. +<a name="p323" id="p323"></a><span class="pagenum">323</span> </p> + +<p>Art. 26. Les ambassadeurs, envoyés extraordinaires, +ministres, résidents et agents de chacune des hautes +puissances contractantes, jouiront, dans les cours des +autres, des mêmes rangs, prérogatives et priviléges +qu'avant la guerre, le même cérémonial étant maintenu.</p> + +<p>Art. 27. Tous les prisonniers respectifs seront, d'abord +après l'échange des ratifications du présent traité, +rendus sans rançon, en payant de part et d'autre les +dettes particulières qu'ils auraient contractées.</p> + +<p>Art. 28. Les quatre cours alliées s'engagent à remettre +à la France, dans un délai de... un acte d'accession +au présent traité de la part de chacun des états +pour lesquels elles stipulent.</p> + +<p>Art. 29. Le présent traité sera ratifié, et les ratifications +seront échangées dans le délai de cinq jours, +et même plus tôt si faire se peut.</p> + +<p>Après avoir achevé la lecture du projet qui précède, +et avoir pris acte de son insertion au protocole, +M. le plénipotentiaire de France déclare verbalement +qu'il est prêt à entrer en discussion dans +un esprit de conciliation sur tous les articles dudit +projet.</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées disent que la +pièce dont il vient de leur être donné lecture et communication +est d'une trop haute importance pour +qu'ils puissent y faire dans cette séance une réponse +quelconque, et qu'ils se réservent de proposer à M. le +-<a name="p324" id="p324"></a><span class="pagenum">324</span> +plénipotentiaire français une conférence ultérieure.</p> + +<p>Châtillon-sur-Seine, le 15 mars 1814.</p> + +<p class="mid"><i>(Suivent les signatures.)</i></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 34.) <i>Lettre de Napoléon</i> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Reims, le 17 mars 1814.</p><br><br> + +<p>Monsieur le duc de Vicence, j'ai reçu vos lettres +du 13. Je charge le duc de Bassano d'y répondre +avec détail. Je vous donne directement l'autorisation +de faire les concessions qui seraient indispensables +pour maintenir l'activité des négociations, et arriver +enfin à connaître l'ultimatum des alliés; bien entendu +que le traité aurait pour résultat l'évacuation de notre +territoire, et le renvoi de part et d'autre de tous les +prisonniers. Cette lettre n'étant à autre fin, je prie +Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p325" id="p325"></a><span class="pagenum">325</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 35.) <i>Lettre de M. le duc de Bassano</i><br> + +<i>A M. le duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Reims, le 17 mars 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p> + +<p>S. M. a lu avec intérêt la note que vous avez remise +le 10 aux plénipotentiaires alliés.</p> + +<p>L'abandon de tout ce que les Anglais nous ont pris +pendant la guerre est une véritable concession que +S. M. approuve, surtout si elle doit avoir pour résultat +de nous laisser Anvers.</p> + +<p>S. M. aurait désiré, comme elle le désirerait encore, +si les circonstances le permettent lorsque cette lettre +vous parviendra, que vous remissiez une nouvelle note +pour demander aux alliés de s'expliquer d'une manière +précise sur les questions suivantes: 1º le traité +préliminaire, ou définitif, à conclure aura-t-il pour +résultat immédiat l'évacuation de notre territoire? +2º Le projet remis par les plénipotentiaires alliés est-il +leur <i>ultimatum</i>?</p> + +<p>Vous feriez sentir, sur la première question, que +tout traité qui ne serait pas immédiatement suivi de +l'évacuation de notre territoire, mais qui remettrait +entre les mains des alliés les places des pays qui ne +sont pas cédés, ne serait pas en réalité un traité de +paix, et qu'il nous serait impossible de conclure à de +<a name="p326" id="p326"></a><span class="pagenum">326</span> +telles conditions: vous citeriez l'exemple développé +dans ma lettre du 2, de ce qui se passa à la fin de la +seconde guerre punique, dont la conséquence fut la +ruine de Carthage; vous insisteriez sur la seconde +question, en déclarant que, si le projet des alliés est +leur <i>ultimatum</i>, nous ne pouvons pas traiter; ce qui +obligera les alliés à répondre que leur projet n'est +pas leur <i>ultimatum</i>, et vous mettra dans le cas de le +leur demander. Il doit être facile de leur faire entendre +que c'est à eux à donner leur <i>ultimatum</i>, +puisqu'ils veulent reprendre ce que les traités nous +ont assuré.</p> + +<p>Si les alliés répondent que l'évacuation du territoire +suivra immédiatement la signature du traité, et +renoncent en conséquence à la prétention d'avoir +des places en dépôt, ce sera déjà un grand pas de fait.</p> + +<p>Si la négociation doit être rompue, il convient +qu'elle se rompe sur la question de l'évacuation du +territoire, et de la remise des places; et si la négociation +doit continuer, il est également utile de la +commencer en obtenant des alliés des concessions +sur ces points. S. M. pense donc, monsieur le duc, +qu'il est nécessaire, avant de rompre, que vous ayez +fait par une note ces questions.</p> + +<p>Toutefois, monsieur le duc, S. M. ayant pris en +considération vos deux lettres du 13, dont elle a +reçu le duplicata hier soir, et le primata ce matin, +vous laisse toute la latitude convenable, non seulement +pour le mode de démarches qui vous paraîtront +<a name="p327" id="p327"></a><span class="pagenum">327</span> + à propos, mais aussi pour faire, par un contre-projet, +les cessions que vous jugerez indispensables +pour empêcher la rupture de la négociation. L'empereur, +qui vous écrit lui-même, ne croit pas nécessaire +de répéter que la condition indispensable de tout +traité est l'évacuation de notre territoire. Un acte +qui porterait le contraire, qui stipulerait la remise de +nos forteresses, et qui s'opposerait à ce que les prisonniers +de guerre fussent réciproquement remis, +n'obtiendrait pas en France l'assentiment des hommes +même les plus timides. S. M. pense que la latitude +qu'elle vous donne vous fournira les moyens de parvenir +à connaître l'<i>ultimatum</i> des alliés, et quels sont +les sacrifices que la France ne peut éviter de faire.</p> + +<p>La cession de la Belgique est sans doute un des +premiers objets qui seront mis en discussion; mais il +n'est pas le seul, et il ne peut pas être isolé. On +viendra ensuite aux départements des bords du +Rhin, à l'Italie, etc. Toutes ces questions se tiennent +et dépendent, jusqu'à un certain point, les unes des +autres. Celle de la Belgique est d'elle-même complexe; +car il serait très différent, au lieu de la céder au +prince d'Orange, c'est-à-dire à l'Angleterre, d'en +faire un état indépendant qui appartînt, à titre d'indemnité, +à un prince français; ou de la donner à la +république de Hollande, telle qu'elle était à la paix +d'Amiens. Si l'on est dans le cas de s'éloigner des +bases de Francfort et d'abandonner Anvers, l'empereur +juge convenable, non seulement que l'on maintienne +<a name="p328" id="p328"></a><span class="pagenum">328</span> +autant que possible les principes de Francfort relativement +à l'Italie, mais qu'on s'autorise de ce sacrifice +pour demander que toutes nos colonies nous +soient rendues, même l'île de France; à moins que +l'on n'obtienne pour celle-ci des compensations.</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le duc de <span class="sc">Bassano</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 36.) <i>Continuation du protocole des conférences +de Châtillon-sur-Seine.</i></p> + +<p class="mid"><i>Protocole de la séance du 18 mars 1814, et la continuation +de cette séance le 19 mars.</i></p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées, au nom et +par l'ordre de leurs souverains, déclarent ce qui suit:</p> + +<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont déclaré +le 28 février dernier, à la suite de l'attente infructueuse +d'une réponse au projet du traité remis par +eux le 17 du même mois, qu'adhérant fermement à la +substance des demandes contenues dans les conditions +du projet de traité, conditions qu'ils considéraient +comme aussi essentielles à la sûreté de l'Europe, que +nécessaires à l'arrangement d'une paix générale, ils +ne pourraient interpréter tout retard ultérieur d'une +réponse à leurs propositions que comme un refus de +la part du gouvernement français.</p> + +<p>Le terme du 10 mars ayant été, d'un commun +<a name="p329" id="p329"></a><span class="pagenum">329</span> +accord, fixé par MM. les plénipotentiaires respectifs, +comme obligatoire pour la remise de la réponse de +M. le plénipotentiaire de France, S. Exc. M. le duc +de Vicence présenta ce même jour un mémoire qui, +sans admettre ni refuser les bases énoncées à Châtillon, +au nom de la grande alliance européenne, n'eût offert +que des prétextes à d'interminables longueurs dans la +négociation, s'il avait été reçu par les plénipotentiaires +des cours alliées, comme propre à être discuté. Quelques +articles de détails, qui ne touchent nullement le +fond des questions principales des arrangements de la +paix, furent ajoutés verbalement par M. le duc de +Vicence dans la même séance. Les plénipotentiaires +des cours alliées annoncèrent en conséquence, le 13 +mars, que si, dans un court délai, M. le plénipotentiaire +de France n'annonçait pas, soit l'acceptation, +soit le refus des propositions des puissances, ou ne +présentait pas un contre-projet renfermant la substance +des conditions proposées par elles, ils se verraient +forcés à regarder la négociation comme terminée +par le gouvernement français. S. Exc. M. le +duc de Vicence prit l'engagement de remettre dans la +journée du 15 le contre-projet français; cette pièce +a été portée, par les plénipotentiaires des cours alliées, +à la connaissance de leurs cabinets; ils viennent de +recevoir l'ordre de déposer au protocole la déclaration +suivante:</p> + +<p>«L'Europe, alliée contre le gouvernement français, +ne vise qu'au rétablissement de la paix générale, +<a name="p330" id="p330"></a><span class="pagenum">330</span> +continentale et maritime. Cette paix seule peut assurer +au monde un état de repos, dont il se voit privé depuis +une longue suite d'années, mais cette paix ne +saurait exister sans une juste répartition de forces +entre les puissances.</p> + +<p>»Aucune vue d'ambition ou de conquête n'a dicté la +rédaction du projet de traité remis au nom des puissances +alliées, dans la séance du 17 février dernier; +et comment admettre de pareilles vues, dans des rapports +établis par l'Europe entière, dans un projet d'arrangement +présenté à la France, par la réunion de +toutes les puissances qui la composent? La France, +en rentrant dans les dimensions qu'elle avait en 1792, +reste, par la centralité de sa position, sa population, +les richesses de son sol, la nature de ses frontières, +le nombre et la distribution de ses places de guerre, +sur la ligne des puissances les plus fortes du continent; +les autres grands corps politiques, en visant à leur +reconstruction sur une échelle de proportion conforme +à l'établissement d'un juste équilibre, en assurant aux +états intermédiaires une existence indépendante, +prouvent par le fait quels sont les principes qui les +animent. Il restait cependant une condition essentielle +au bien-être de la France à régler. L'étendue de ses +côtes donne à ce pays le droit de jouir de tous les +bienfaits du commerce maritime. L'Angleterre lui rend +ses colonies, et avec elles son commerce et sa marine; +l'Angleterre fait plus, loin de prétendre à une domination +exclusive des mers, incompatible avec un +<a name="p331" id="p331"></a><span class="pagenum">331</span> +système d'équilibre politique, elle se dépouille de la +presque totalité des conquêtes que la politique suivie +depuis tant d'années par le gouvernement français lui +a valu. Animée d'un esprit de justice et de libéralité +digne d'un grand peuple, l'Angleterre met dans la +balance de l'Europe des possessions dont la conservation +lui assurerait, pour long-temps encore, cette +domination exclusive, en rendant à la France ses colonies, +en portant de grands sacrifices à la reconstruction +de la Hollande, que l'élan national de ses peuples +rend digne de reprendre sa place parmi les puissances +de l'Europe; et elle ne met qu'une condition à ces +sacrifices: elle ne se dépouillera de tant de gages qu'en +faveur du rétablissement d'un véritable système d'équilibre +politique; elle ne s'en dépouillera qu'autant +que l'Europe sera véritablement pacifiée, qu'autant +que l'état politique du continent lui offrira la garantie +qu'elle ne fait pas d'aussi importantes cessions à pure +perte, et que ses sacrifices ne tourneront pas contre +l'Europe et contre elle-même.</p> + +<p>»Tels sont les principes qui ont présidé aux conseils +des souverains alliés, à l'époque où ils ont entrevu +la possibilité d'entreprendre la grande oeuvre de la +reconstruction politique de l'Europe; ces principes +ont reçu tout leur développement, et ils les ont prononcés +le jour où le succès de leurs armes a permis +aux puissances du continent d'en assurer l'effet, et à +l'Angleterre de préciser les sacrifices qu'elle place +dans la balance de la paix. +<a name="p332" id="p332"></a><span class="pagenum">332</span> </p> + +<p>»Le contre-projet présenté par M. le plénipotentiaire +français part d'un point de vue entièrement +opposé: la France, d'après ses conditions, garderait +une force territoriale infiniment plus grande que le +comporte l'équilibre de l'Europe; elle conserverait +des positions offensives et des points d'attaque au +moyen desquels son gouvernement a déjà effectué +tant de bouleversements; les cessions qu'elle ferait ne +seraient qu'apparentes. Les principes annoncés à la +face de l'Europe par le souverain actuel de la France, +et l'expérience de plusieurs années, ont prouvé que des +états intermédiaires, sous la domination de membres +de la famille régnante en France, ne sont indépendants +que de nom. En déviant de l'esprit qui a dicté +les bases du traité du 17 février, les puissances n'eussent +rien fait pour le salut de l'Europe. Les efforts de +tant de nations réunies pour une même cause seraient +perdus; la faiblesse des cabinets tournerait contre +eux et contre leurs peuples; l'Europe et la France +même deviendraient bientôt victimes de nouveaux déchirements; +l'Europe ne ferait pas la paix, mais elle +désarmerait.</p> + +<p>»Les cours alliées, considérant que le contre-projet +présenté par M. le plénipotentiaire de France ne s'éloigne +pas seulement des bases de paix proposées par +elles, mais qu'il est essentiellement opposé à leur esprit, +et qu'ainsi il ne remplit aucune des conditions +qu'elles ont mises à la prolongation des négociations +de Châtillon, elles ne peuvent reconnaître dans la +<a name="p333" id="p333"></a><span class="pagenum">333</span> +marche suivie par le gouvernement français que le désir +de <i>traîner en longueur</i> des négociations aussi inutiles +que compromettantes; inutiles, parce que les <i>explications +de la France sont opposées aux conditions +que les puissances regardent comme nécessaires</i> pour la +reconstruction de l'édifice social, à laquelle elles consacrent +toutes les forces que la Providence leur a confiées; +compromettantes, parce que la prolongation +de stériles négociations ne servirait qu'à induire en +erreur et à faire naître aux peuples de l'Europe le +vain espoir d'une paix qui est devenue le premier de +leurs besoins.</p> + +<p>»Les plénipotentiaires des cours alliées sont chargés +en conséquence de déclarer que, fidèles à leurs +principes, et en conformité avec leurs déclarations +antérieures, les puissances alliées regardent les négociations +entamées à Châtillon comme <i>terminées par le +gouvernement français</i>. Ils ont ordre d'ajouter à cette +déclaration celle que les puissances alliées, indissolublement +unies pour le grand but qu'avec l'aide de +Dieu elles espèrent atteindre, <i>ne font pas la guerre à +la France</i>; qu'elles regardent les justes dimensions de +cet empire comme une des premières conditions d'un +état d'équilibre politique; mais qu'elles ne poseront +pas les armes avant que leurs principes aient été +reconnus et admis par son gouvernement.»</p> + +<p>Après lecture de cette déclaration, MM. les plénipotentiaires +des cours alliées en ont remis une copie +à M. le plénipotentiaire de France, qui a témoigné +<a name="p334" id="p334"></a><span class="pagenum">334</span> +désirer que la séance fût suspendue jusqu'à neuf heures +du soir.</p> + +<p>A la demande de MM. les plénipotentiaires des cours +alliées, la séance, qui avait été remise à neuf heures +du soir le 18, a été ajournée au lendemain 19 à une +heure après midi.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 37.) <i>Lettre du prince de Metternich</i> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Troyes, le 18 mars 1814.</p><br><br> + +<p>Je ne crois pas, monsieur le duc, que la déclaration +qui vous aura été faite puisse vous surprendre, +quand, après plus de six semaines de réunion, le premier +contre-projet présenté par la France diffère totalement +de l'esprit qui a dicté le projet des puissances; +elles n'ont pu entrevoir dans ce fait qu'une recherche, +de la part de votre cabinet, de traîner des négociations +en longueur, dont la simple existence lui est utile.</p> + +<p>Nous ne poserons pas les armes sans avoir atteint +le seul fruit de la guerre que nous croyons digne de +notre ambition, la certitude de jouir pendant des années +d'un état de repos qui ne vous est pas moins nécessaire +qu'à nous. Nous ne croyons pas que la pièce +que vous avez été dans le cas de présenter le 15 mars +soit l'<i>ultimatum</i> de votre cour. Pourquoi, dans cette +<a name="p335" id="p335"></a><span class="pagenum">335</span> +supposition et dans un moment où chaque jour coûte +des sacrifices énormes à la France, ne vous a-t-on +pas mis dans le cas de suivre la marche la plus conforme +à vos intérêts? Pourquoi ne vous a-t-on pas +donné des explications franches et précises, les seules +qui pouvaient vous mener au but dans le plus court +délai possible? Si les conditions du contre-projet sont +l'<i>ultimatum</i> de l'empereur; je dirai plus, si l'esprit +qui règne dans cette pièce est celui qui préside encore +à vos conseils, toute paix est impossible; les armes +décideront du sort de l'Europe et de la France.</p> + +<p>Il serait difficile, monsieur le duc, que je vous retrace +les pénibles sensations qu'éprouve l'empereur +mon maître. Il aime sa fille, et il la voit exposée à de +nouvelles inquiétudes, et elles ne pourront qu'augmenter. +Plus les questions politiques se compliqueront, +plus elles deviendront personnelles. L'empereur +Napoléon a bien mal reconnu les bonnes intentions +que l'empereur François n'a cessé de lui indiquer si +clairement.</p> + +<p>Peut-être sommes-nous plus près de la paix, à la +suite de la rupture d'aussi stériles négociations; elle +seule remplira tous nos voeux.</p> + +<p>Recevez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p336" id="p336"></a><span class="pagenum">336</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 38.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br> + +<i>Au duc de Vicence.</i></p> + +<p class="rig">Du 18 mars.</p><br><br> + +<p>Les affaires tournent bien mal, monsieur le duc.--Le +jour où on sera tout-à-fait décidé pour la paix, avec +les sacrifices indispensables, venez pour la faire, mais +non pour être l'interprète de projets inadmissibles. +Les questions sont trop fortement placées pour qu'il +soit possible de continuer à écrire des romans, sans +de grands dangers pour l'empereur Napoléon. Que +risquent les alliés? En dernier résultat, après de grands +revers, on peut être forcé à quitter le territoire de la +vieille France. Qu'aura gagné l'empereur Napoléon? +Les peuples de la Belgique font d'énormes efforts dans +le moment actuel. On va placer toute la rive gauche +du Rhin sous les armes. La Savoie, ménagée jusqu'à +cette heure pour la laisser à toute disposition, va être +soulevée; et il y aura des attaques très personnelles +contre l'empereur Napoléon, qu'on n'est plus maître +d'arrêter.</p> + +<p>Vous voyez que je vous parle avec franchise, comme +à l'homme de la paix. Je serai toujours sur la même +ligne. Vous devez connaître nos vues, nos principes, +nos voeux. Les premières sont toutes européennes, +et par conséquent françaises; les seconds portent à +<a name="p337" id="p337"></a><span class="pagenum">337</span> +avoir l'Autriche comme intéressée au bien-être de la +France; les troisièmes sont en faveur d'une dynastie +si intimement liée à la sienne.</p> + +<p>Je vous ai voué, mon cher duc, la confiance la plus +entière: pour mettre un terme aux dangers qui menacent +la France, il dépend encore de votre maître de +faire la paix. Le fait ne dépendra peut-être plus de lui +sous peu. Le trône de Louis XIV, avec les ajoutés de +Louis XV, offre d'assez belles chances pour ne pas devoir +être mis sur une seule carte. Je ferai tout ce que +je pourrai pour retenir lord Castlereagh quelques jours. +Ce ministre parti, on ne fera plus la paix.</p> + +<p>Recevez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="mid">(Nº 39.) <i>Continuation de la séance, le</i> 19 <i>mars, +à une heure.</i></p> + +<p class="mid">M. le plénipotentiaire de France demande l'insertion +au protocole de ce qui suit:</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France, forcé d'improviser +une réponse à une déclaration que MM. les plénipotentiaires +des cours alliées ont eu plusieurs jours pour +préparer, repoussera, autant que la brièveté du temps +le lui permet, les accusations dirigées contre sa cour, +et que l'on fonde en partie sur des faits et en partie +<a name="p338" id="p338"></a><span class="pagenum">338</span> +sur des raisonnements de l'exactitude desquels il ne +peut en aucune façon convenir.</p> + +<p>Il est dit dans cette déclaration que l'unique but +des cours alliées est le rétablissement de la paix générale +continentale et maritime;</p> + +<p>Que cette paix ne peut exister sans une juste répartition +de forces entre les puissances;</p> + +<p>Que cette juste répartition se trouve établie par +leur projet du 17 février;</p> + +<p>Qu'aucune vue d'ambition ne peut avoir dicté ce +projet, puisqu'il est l'ouvrage de l'Europe tout entière;</p> + +<p>Que les observations de la France remises dans la +séance du 10 mars ne sont point une réponse à ce +projet, et ne peuvent être un sujet de discussion;</p> + +<p>Que la note verbale du même jour ne touche nullement +au fond des principaux arrangements proposés +par les alliés;</p> + +<p>Que la France, rentrant dans ses anciennes limites +et recouvrant les colonies que l'Angleterre lui rend, +sera sur la ligne des plus fortes puissances de l'Europe;</p> + +<p>Que, d'après son contre-projet présenté le 15, la +France garderait une étendue de territoire beaucoup +plus considérable que ne le comporte l'équilibre de +l'Europe;</p> + +<p>Que les membres de sa dynastie conserveraient des +états qui, entre leurs mains, ne seraient qu'une dépendance +de la France; +<a name="p339" id="p339"></a><span class="pagenum">339</span> </p> + +<p>Que le contre-projet est donc essentiellement opposé +à l'esprit du projet des cours alliées, et qu'attendu +qu'il ne remplit aucune des conditions qu'ils ont mises +à la prolongation des conférences de Châtillon, par +leurs déclarations du 28 février et du 13 mars, elles +regardent les négociations comme terminées par le +gouvernement français.</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France répond:</p> + +<p>Que la France, sur qui pèsent tous les maux de la +double guerre continentale et maritime, doit désirer +et désire plus que qui que ce soit la double paix qui +doit la finir, et que son voeu sur ce point ne peut pas +être l'objet d'un doute;</p> + +<p>Que la volonté de la France de concourir à l'établissement +d'un juste équilibre en Europe est prouvée +par la grandeur des sacrifices auxquels elle a déjà +consenti; qu'elle ne s'est pas bornée à invoquer ou +à reconnaître le principe, mais qu'elle agit en conformité;</p> + +<p>Que le projet des alliés ne parle que des sacrifices +demandés à la France, nullement de l'emploi de ces +sacrifices; qu'il ne donne aucuns moyens de connaître +quelle sera la répartition des forces entre les puissances, +et qu'il a même été rédigé dans le dessein +formel que la France ignorât cette répartition;</p> + +<p>Que, sans taxer d'ambition aucune des cours alliées, +il ne peut cependant s'empêcher de remarquer +que la plus grande partie des sacrifices que la France +aura faits devra tourner à l'accroissement individuel +<a name="p340" id="p340"></a><span class="pagenum">340</span> +du plus grand nombre d'entre elles, sinon de toutes;</p> + +<p>Que si, pour donner une preuve de plus de son esprit +de conciliation, et pour arriver plus promptement +à la paix, la France consentait à ce que les +quatre cours alliées négociassent tant pour elles-mêmes +que pour l'universalité des états engagés avec elles +dans la présente guerre, elle ne peut néanmoins admettre +ni de fait ni de droit que la volonté de ces +quatre cours soit la volonté de toute l'Europe;</p> + +<p>Que les observations remises dans la séance du 10 +mars, embrassant l'ensemble et tous les détails du +projet des alliés, examinant le principe sur lequel ils +reposent et leur application, étaient une véritable +réponse à ce projet; réponse pleine de modération et +d'égards, et qu'il était d'autant plus nécessaire de discuter, +que ce n'est qu'après être demeuré d'accord +sur les principes qu'on peut s'accorder sur les conséquences;</p> + +<p>Que la note verbale du même jour touchait si bien +au fond des arrangements des alliés, qu'elle était un +consentement à plus des six septièmes des sacrifices +qu'ils demandaient;</p> + +<p>Que la déclaration de ce jour dit et répète que +l'Angleterre rend à la France ses colonies; mais que +par le projet du 17 février l'Angleterre garde et ne +rend point les seules qui aient quelque valeur;</p> + +<p>Qu'en affirmant que la France veut garder une +étendue de territoire plus grande que ne le comporte +l'équilibre de l'Europe, on pose en fait ce qui est en +<a name="p341" id="p341"></a><span class="pagenum">341</span> +question, et l'on affirme sans preuve le contraire de ce +que les observations du 10 mars établissent et prouvent +par des faits et des raisonnements qu'on a refusé +de discuter, et contraires encore à ce que les souverains +alliés pensaient et déclaraient au mois de novembre +dernier;</p> + +<p>Que si l'Angleterre prouve sa modération par la +restitution qu'elle promet à la Hollande, la France ne +prouve pas moins son désir sincère de la paix en promettant +aussi pour la Hollande un accroissement de +territoire;</p> + +<p>Qu'on a sûrement oublié que le prince vice-roi, en +faveur de qui l'empereur des Français renonce à un +royaume indépendant de la France, appartient par +des liens de famille à l'Allemagne autant qu'à la France;</p> + +<p>Que le grand-duché de Berg appartient tout entier +au système fédératif de l'Allemagne proposé par les +alliés; et que, quant à Lucques et Piombino, on peut +à peine leur donner le nom d'états;</p> + +<p>Qu'ainsi, loin d'être essentiellement opposé à l'esprit +du projet des cours alliées, le contre-projet français +est plus conforme à cet esprit qu'il n'était peut-être +même naturel de le penser lorsqu'il ne s'agissait +encore que d'un premier pas vers le but de la négociation;</p> + +<p>Qu'en effet le projet des cours alliées et le contre-projet +français n'ont pu être considérés autrement +que comme établissement, de part et d'autre, des +points de départ pour arriver de là au but qu'on se +<a name="p342" id="p342"></a><span class="pagenum">342</span> +propose réciproquement d'atteindre par une gradation +de demandes et de concessions alternatives et mutuelles, +soumises à une discussion amiable, sans laquelle +il n'existe point de véritable négociation;</p> + +<p>Qu'une preuve du désir bien sincère qu'a la France +d'arriver à la paix, c'est que, par le contre-projet du +15 mars, elle s'est d'elle-même placée du premier +mot bien en-deçà de ce que les bases proposées +par les cours alliées, il y a quatre mois, et qu'elles déclaraient +alors être celles qui convenaient à l'équilibre +de l'Europe, l'autorisaient à demander;</p> + +<p>Qu'il s'attendait à voir dans la séance de ce jour +commencer cette discussion qu'il n'a cessé d'offrir ou +de réclamer, et qu'au lieu de cela on lui annonce une +rupture comme pour prévenir toute discussion.</p> + +<p>Il déclare en conséquence que, bien loin que la +rupture puisse être imputée à son gouvernement, il +ne peut encore considérer sa mission de paix comme +terminée; qu'il doit attendre les ordres de sa cour, et +qu'il est, comme il l'a précédemment déclaré, prêt à +discuter dans un esprit de conciliation et de paix toute +modification des projets respectifs qui serait proposée +ou demandée par MM. les plénipotentiaires des cours +alliées; qu'il espère qu'ils voudront bien en rendre +compte à leurs cabinets, et que, pour donner un témoignage +de leurs dispositions personnelles pour arriver +à une paix qui est le voeu du monde, ils attendront +les réponses de leurs cours respectives. Il déclare +en outre que son gouvernement est toujours prêt à +<a name="p343" id="p343"></a><span class="pagenum">343</span> +continuer la négociation ou à la reprendre de la manière +et sous la forme qui pourra amener le plus +promptement possible la cessation de la guerre.</p> + +<p>MM. les plénipotentiaires des cours alliées observent +ensuite que, par une faute du copiste, il y a dans la +déclaration qu'ils ont dictée hier, au protocole, une +omission des deux paragraphes suivants, dont ils demandent +l'insertion au protocole, pour compléter la +pièce précitée.</p> + +<p>1º Après ces mots, <i>de la part du gouvernement +français</i>, ils y ont ajouté verbalement «qu'ils étaient +prêts à discuter, dans un esprit de conciliation, toute +modification que M. le plénipotentiaire français pourrait +être autorisé à proposer, et qui ne serait pas opposée +à l'esprit des propositions faites par les cours +alliées;» le terme du 10 mars ayant été, etc., etc.</p> + +<p>2º Après les mots <i>qu'elle place dans la balance de +la paix</i>, «ces principes paraissent avoir été trouvés +justes par le gouvernement français, à l'époque où il +croyait sa capitale menacée par les armées alliées, à la +suite de la bataille de Brienne...»</p> + +<p>Le plénipotentiaire français n'admit pas seulement, +par une démarche confidentielle, les limites de la +France, telles qu'elles avaient été en 1792, comme +bases de pacification; il offrit même la remise immédiate +de places, dans les pays cédés, comme gages de +sécurité pour les alliés, dans le cas que les puissances +voulussent accéder sur-le-champ à un armistice.</p> + +<p>«Les puissances donnèrent une preuve de leur +<a name="p344" id="p344"></a><span class="pagenum">344</span> +désir de voir l'Europe pacifiée dans le plus court délai +possible, en se prononçant pour une signature immédiate +des préliminaires de la paix.</p> + +<p>»Mais il avait suffi de quelques succès apparents +pour faire changer les dispositions du gouvernement +français.» Le contre-projet présenté par M. le plénipotentiaire +français porte:</p> + +<p>Le plénipotentiaire de France observe qu'il paraît +au moins extraordinaire qu'on ait oublié deux paragraphes +dans une pièce préparée depuis plusieurs jours +par les cabinets, et il répond ensuite à la nouvelle +déclaration qui lui est faite.</p> + +<p>Quant au premier point:</p> + +<p>Qu'il doit regretter vivement que la conduite de +MM. les plénipotentiaires des cours alliées, en refusant +constamment, malgré ses instances réitérées, +d'entrer en discussion avec lui, tant sur leur propre +projet que sur le contre-projet qu'il leur a remis, ait +été, jusqu'à ce moment même, si complètement en +opposition avec la déclaration qu'ils relatent.</p> + +<p>Quant au second:</p> + +<p>Que ce qui y est dit relativement à la démarche +<i>confidentielle</i> faite par lui, le 9 février, a été suffisamment +réfuté, quant au fait, dans les précédentes conférences; +et quant aux nouvelles réflexions qui sont +mises en avant, que l'Europe jugera qui de son gouvernement +ou des souverains alliés l'on peut, à juste +titre, accuser d'avoir manqué de modération en suspendant, +sans cause avouée, la négociation à l'époque +<a name="p345" id="p345"></a><span class="pagenum">345</span> +même dont il est question, en rejetant avec la condition +qui y était mise, la proposition. Les puissances +alliées n'ont-elles pas prouvé que, dans cette circonstance, +comme dans tout ce qui a suivi le jour où les +bases d'une négociation ont été posées à Francfort +par leurs ministres, elles ont placé constamment leurs +vues sous l'influence illimitée des événements, loin de +tendre, comme elles le disent, avec justice et modération, +au rétablissement d'un véritable équilibre de +l'Europe?</p> + +<p>Après cette réponse, dont copie a été remise à +MM. les plénipotentiaires des cours alliées, ceux-ci +ont déclaré que leurs pouvoirs étaient éteints, et qu'ils +avaient ordre de retourner aux quartiers-généraux de +leurs souverains.</p> + +<p>Châtillon-sur-Seine, le 19 mars 1814.</p> + +<p class="mid"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence; <span class="sc">Aberdeen</span>,<br> +<span class="sc">Cathcart</span>, le comte de <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Humboldt</span>,<br> +le comte de <span class="sc">Stadion</span>, Charles <span class="sc">Stewart</span>,<br> +lieutenant-général.</p> +<br> + +<p>Les soussignés, plénipotentiaires des cours alliées, +en voyant avec un vif et profond regret rester sans +fruit, pour la tranquillité de l'Europe, les négociations +entamées à Châtillon, ne peuvent se dispenser de s'en +occuper encore avant leur départ, en adressant la présente +note à M. le plénipotentiaire français, d'un objet +qui est étranger aux discussions politiques, et qui aurait +dû le rester toujours. En insistant sur l'indépendance +<a name="p346" id="p346"></a><span class="pagenum">346</span> +de l'Italie, les cours alliées avaient l'intention de replacer +le saint-père dans son ancienne capitale; le +gouvernement français a montré les mêmes dispositions +dans le contre-projet présenté par M. le plénipotentiaire +de France: il serait malheureux qu'un +dessein aussi naturel, sur lequel se réuniraient les +deux partis, restât sans effet par des raisons qui +n'appartiennent nullement aux fonctions que le chef +de l'église catholique s'est religieusement astreint +d'exercer. La religion que professe une grande partie +des nations en guerre actuellement, la justice et l'équité +générales, l'humanité enfin, s'intéressent également +à ce que sa sainteté soit remise en liberté; et les +soussignés sont persuadés qu'ils n'ont qu'à témoigner +ce voeu, et qu'à demander, au nom de leurs cours, +cet acte de justice au gouvernement français, pour +l'engager à mettre le saint-père en état de pourvoir, +en jouissant d'une entière indépendance, aux besoins +de l'église catholique.</p> + +<p>Les soussignés saisissent cette occasion pour réitérer +à S. Exc. M. le plénipotentiaire de France leur haute +considération.</p> + +<p>Châtillon, le 19 mars 1814.</p> + +<p class="mid"><i>Signé</i> Charles <span class="sc">Stewart</span>, comte de <span class="sc">Stadion</span>,<br> +<span class="sc">Cathcart</span>, <span class="sc">Humboldt</span>, A. comte de <span class="sc">Razoumowski</span>,<br> +<span class="sc">Aberdeen</span>.</p> + +<p> <a name="p347" id="p347"></a><span class="pagenum">347</span> </p> +<br> +<p class="mid">(Nº 40) <i>Lettre du duc de Vicence<br> +Au prince de Metternich</i>.</p> + +<p class="rig">Châtillon, le 20 mars 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Mon prince</span>,</p> + +<p>Je commence par vous assurer que M. de Floret +fait parfaitement vos commissions. Je ne saurais convenir +que la déclaration qui m'a été remise ne m'a pas +surpris. Je devais penser qu'on entrerait en discussion, +ou bien qu'on remettrait un contre-projet, ou même +un <i>ultimatum</i>, puisque le projet du 17 février n'en +était pas un, pas plus que celui du 15 mars.</p> + +<p>Votre excellence sait aussi bien que moi que les +lenteurs, les embarras, les difficultés de tout genre, +étaient inhérents au mode de négociation adopté par +les alliés. Si les intentions pacifiques de votre maître, +l'ascendant de votre bon esprit, et toute la prépondérance +de la puissance principale de la coalition, n'ont +pu faire accepter, dans le seul moment et sous la seule +condition où elle pouvait l'être, ma proposition confidentielle +du 9 février, jugez s'il y avait ici un moyen +quelconque de faire faire un seul pas à la négociation. +Vous voulez que nous cédions tout, et vous ne voulez +pas nous dire ce que vous comptez faire de ce que +vous nous demandez. Pour s'entendre, encore faut-il +se parler: l'a-t-on voulu? l'a-t-on pu? Peut-être, +<a name="p348" id="p348"></a><span class="pagenum">348</span> +comme vous le dites, sommes-nous plus près de la +paix, après cette rupture, qu'auparavant. J'aime à le +croire, et il ne dépendra pas de moi que ce dernier +espoir ne se réalise; je n'en aurais même nul doute si +j'avais la certitude que vous et lord Castlereagh soyez +les instruments de cette oeuvre aussi glorieuse que désirable. +Il ne faut pas se le dissimuler, la paix ne peut +se faire que par les hommes qui ont tout entière la +pensée de leur cabinet.</p> + +<p>Je m'afflige comme vous, mon prince, de la situation +de l'impératrice; elle montre un courage qui la +rend aussi digne du tendre intérêt de son auguste père, +que de l'affection du peuple qu'elle a adopté.</p> + +<p>Tant qu'il sera question de paix, les difficultés ne +me rebuteront pas; comptez donc sur moi: mais veuillez +vous rappeler, prince, que je dois aussi compter +sur vous; car, comme vous en paraissez convaincu, +trop d'intérêts sont communs à la France et à l'Autriche +pour que vous puissiez vouloir les séparer dans +la grande question européenne.</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<p> <a name="p349" id="p349"></a><span class="pagenum">349</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 41.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br> + +<i>Au prince de Metternich.</i></p> + +<p class="rig">Joigny, le 21 mars 1814.</p><br><br> + +<p><span class="sc">Mon prince,</span></p> + +<p>Je ne veux pas laisser partir M. le comte de Wolffenstein +sans prier votre excellence de mettre aux +pieds de l'empereur l'expression de ma respectueuse +reconnaissance pour toutes les attentions dont cet +officier m'a comblé.</p> + +<p>Je me hâte de rejoindre notre quartier-général, afin +de vous revoir plus tôt. Veuillez ajouter aux témoignages +de confiance que vous avez bien voulu me +donner l'obligeante attention de m'éviter tous retards +à vos avant-postes quand je m'y présenterai.</p> + +<p>Je mets sous votre couvert plusieurs lettres que j'ai +reçues en chemin par un courrier qui a augmenté tous +mes regrets; ce qu'il m'a apporté ne me laisse pas de +doute sur la possibilité qu'on aurait eue à s'entendre, +même à Châtillon. Je vous le répète, mon prince, c'est +sous vos auspices que la paix est faisable; n'en laissez +pas le soin et la gloire à d'autres, et je vous assure +que le monde jouira, avant peu, du repos qui lui est +si nécessaire.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p350" id="p350"></a><span class="pagenum">350</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 42.) <i>Le duc de Vicence</i><br> + +<i>Au prince de Metternich.</i></p> + +<p class="mid">Expédiée de Doulevent, le 25 mars, par M. de Gallebois,<br> +officier du prince de Neufchâtel, au quartier général<br> +impérial.</p> + +<p>Arrivé cette nuit seulement près de l'empereur, +S. M. m'a sur-le-champ donné ses derniers ordres +pour la conclusion de la paix. Elle m'a remis en même +temps tous les pouvoirs nécessaires pour la négocier +et la signer avec les ministres des cours alliées, cette +voie pouvant réellement mieux que toute autre en +assurer le prompt rétablissement. Je me hâte donc +de vous prévenir que je suis prêt à me rendre à votre +quartier-général, et j'attends aux avant-postes la réponse +de votre excellence. Notre empressement prouvera +aux souverains alliés combien les intentions de +l'empereur sont pacifiques, et que, de la part de la +France, aucun retard ne s'opposera à la conclusion +de l'oeuvre salutaire qui doit assurer le repos du +monde.</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br> + +<br><hr class="short"><br> + +<p><a name="p351" id="p351"></a><span class="pagenum">351</span> </p> + +<p class="mid">(Nº 43.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br> + +<i>Au prince de Metternich.</i></p> + +<p class="mid">Expédiée de Doulevent, le 25 mars, par un officier du<br> +prince de Neufchâtel, au quartier général, 1814.</p> + +<br><hr class="short"><br> + +<p class="sc">Mon prince,</p> + +<p>Je ne fais que d'arriver, et je ne perds pas un moment +pour exécuter les ordres de l'empereur, et pour +joindre confidentiellement à ma lettre tout ce que je +dois à la confiance que vous m'avez témoignée.</p> + +<p>L'empereur me met à même de renouer les négociations, +et de la manière la plus franche et la plus positive. +Je réclame donc les facilités que vous m'avez +fait espérer, afin que je puisse vous arriver, et le plus +tôt possible. Ne laissez pas à d'autres, mon prince, le +soin de rendre la paix au monde. Il n'y a pas de raison pour qu'elle ne soit pas faite dans quatre jours, +si votre bon esprit y préside, si on la veut aussi franchement +que nous. Saisissons l'occasion, et bien des +fautes et des malheurs seront réparés. Votre tâche, +mon prince, est glorieuse: la mienne sera bien pénible; +mais, puisque le repos et le bonheur de tant de peuples, +en peuvent résulter, je n'y apporterai pas moins de +zèle et de dévouement que vous.</p> + +<p> <a name="p352" id="p352"></a><span class="pagenum">352</span> </p> + +<p>Les dernières lettres de l'impératrice nous donnent +la certitude que la santé de S. M. est fort bonne.</p> + +<p>Agréez, etc.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br> + +<p> <a name="p353" id="p353"></a><span class="pagenum">353</span> +<br><br><br> +<h2>MANUSCRIT</h2> + +<h5>DE</h5> + +<h3>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h3> + +<hr class="short"> + +<h4>TROISIÈME PARTIE.</h4> + +<p class="rig"><span class="sml">Opus aggredior et ipsa etiam pace sævum.</span></p> +<br><br><br><br><br> + +<p><a name="p355" id="p355"></a><span class="pagenum">355</span> </p> + +<h1>MANUSCRIT</h1> +<h5>DE</h5> +<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h2> + +<h3>TROISIÈME PARTIE.</h3> + +<hr class="short"> + +<h4>CHAPITRE I<sup>er</sup></h4> + +<h4>L'ARMÉE SE RANGE AUTOUR DE FONTAINEBLEAU.--NOUVELLES +DE PARIS.--SUCCÈS DU PARTI +ROYALISTE.</h4> + +<p class="mid">(Du 31 mars au 1<sup>er</sup> avril.)</p> + +<p>Le 31 mars, à six heures du matin, Napoléon +se retrouve à Fontainebleau. On ne prend dans +le château qu'un logement militaire; les grands +appartements restent fermés; Napoléon s'établit +dans son petit appartement, situé au premier +étage, le long de la galerie de François I<sup>er</sup>. +<a name="p356" id="p356"></a><span class="pagenum">356</span> </p> + +<p>Dans la soirée et dans la matinée du lendemain, +on voit arriver par la route de Sens la tête des +colonnes que Napoléon ramène de la Champagne, +et par la route d'Essonne l'avant-garde des +troupes qui sortent de Paris. Ces débris se groupent +autour de Fontainebleau.</p> + +<p>Le duc de Conegliano, qui commandait la +garde nationale de Paris; le duc de Dantzick, +qui, malgré son grand âge, vient de faire la +campagne; le prince de la Moskowa, le duc de +Tarente, le duc de Reggio et le prince de Neufchâtel, +qui arrivent de Troyes; les ducs de Trévise +et de Raguse, qui sortent de Paris, rejoignent +successivement le quartier impérial.</p> + +<p>Le duc de Bassano est le seul ministre qui soit +en ce moment auprès de Napoléon; le duc de +Vicence est en mission auprès des alliés, les autres +ministres sont sur la Loire avec l'impératrice.</p> + +<p>A mesure que les troupes défilent, on leur fait +prendre position derrière la rivière d'Essonne. Le +duc de Raguse place son quartier général à Essonne, +le duc de Trévise établit le sien à Mennecy. +Ce qui vient de Paris est rallié derrière cette +ligne, ce qui arrive de la Champagne prend une +position intermédiaire du côté de Fontainebleau; +les bagages et le grand parc d'artillerie sont dirigés +sur Orléans. +<a name="p357" id="p357"></a><span class="pagenum">357</span> </p> + +<p>Napoléon a donc encore une armée dans sa +main... Tandis qu'il médite sur les ressources +de sa position militaire, l'attention autour de lui +est entièrement absorbée par tout ce qui se passe +à Paris. On recueille avec avidité les moindres +détails qui arrivent de ce côté, et c'est d'abord +du succès de la mission du duc de Vicence que +l'on s'informe avec le plus d'inquiétude. Ce ministre +s'était présenté, dans la nuit même du 30 +au 31, aux avant-postes des alliés: il était parvenu +jusqu'à l'empereur Alexandre, il en avait +reçu un accueil honorable: mais ce souverain +tenait dans ses mains les clefs de Paris qu'on +venait de lui apporter, il était occupé à donner +des ordres pour son entrée, qui devait avoir lieu +à dix heures du matin; avant de parler d'affaires, +il voulait être à Paris: tout ce qu'avait pu obtenir +le duc de Vicence, c'était la promesse qu'on +lui donnerait les premiers moments dont on +pourrait disposer après l'occupation militaire de +la capitale.</p> + +<p>Cependant les chefs de l'armée ennemie avaient +commencé à s'expliquer contre le gouvernement +de Napoléon; le général en chef autrichien, qui, +en l'absence de son maître, devait montrer le +plus de circonspection dans cette grande circonstance, +avait été des premiers au contraire +<a name="p358" id="p358"></a><span class="pagenum">358</span> +à prendre l'initiative avec un empressement tout-à-fait +inexplicable. «Parlant au nom de l'Europe +sous les armes au pied des murs de Paris, +Schwartzenberg venait de proclamer que les +souverains alliés cherchaient de bonne foi une +autorité salutaire en France pour traiter avec +elle de l'union de toutes les nations et de tous +les gouvernements;» et, méconnaissant déjà les +droits et l'autorité de Napoléon, il avait indiqué +aux Parisiens non seulement l'exemple de Lyon<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54"><sup class="sml">54</sup></a>, +qui venait de se rendre, mais encore celui de +Bordeaux, qui avait reconnu les Bourbons<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55"><sup class="sml">55</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote54" name="footnote54"><b>Note 54: </b></a><a href="#footnotetag54">(retour)</a> Les alliés avaient occupé Lyon le 21 mars. </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote55" name="footnote55"><b>Note 55: </b></a><a href="#footnotetag55">(retour)</a> 55: «Le 31 mars, le prince Schwartzenberg articula expressément +à M. le duc Dalberg que lui et M. le prince de +Metternich pensaient que la continuation de l'existence +souveraine de Napoléon en France était incompatible avec +le repos de l'Europe, et que, Napoléon vivant, il n'y avait +rien de mieux à faire que de se fixer au retour de l'ancienne +dynastie en France.» (Voir les révélations de l'abbé de +Pradt, page 63.) </blockquote> + +<p>A ce signal, les agents que la maison de Bourbon +entretenait à Paris n'avaient plus craint de +se montrer; ils avaient compris que tout allait +dépendre de la manière dont Paris aurait l'air de +se prononcer. L'importance du moment les avait +fait redoubler d'efforts. Le peuple était dans la +<a name="p359" id="p359"></a><span class="pagenum">359</span> +stupeur; il n'y avait plus ni administration ni +police; le pavé était au premier occupant, les +royalistes n'avaient plus qu'à s'en emparer.</p> + +<p>Le 31, à midi, l'empereur Alexandre et le roi +de Prusse avaient fait leur entrée: cette marche +militaire, d'abord paisible, avait fini par devenir +bruyante; des cris en faveur des Bourbons s'étaient +fait entendre, des cocardes blanches avaient +été arborées; et les Parisiens étonnés, cherchant +des yeux l'empereur d'Autriche, avaient appris +avec inquiétude qu'il était encore bien loin.</p> + +<p>C'était chez M. de Talleyrand que l'empereur +Alexandre était allé descendre. Cet ancien ministre +aurait dû suivre l'impératrice sur la Loire, +il en avait reçu l'ordre; mais il s'était fait arrêter +à la barrière et ramener dans Paris pour en faire +les honneurs aux alliés.</p> + +<p>A peine le czar était-il installé dans son logement, +qu'il avait tenu un conseil sur le parti +politique que les alliés devaient adopter. M. de +Talleyrand et ses principaux confidents n'avaient +pas manqué d'être appelés à la délibération.<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56"><sup class="sml">56</sup></a> </p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote56" name="footnote56"><b>Note 56: </b></a><a href="#footnotetag56">(retour)</a> Suite des révélations de M. l'abbé de Pradt: «Une conférence +entre M. de Talleyrand et M. de Nesselrode avait +précédé de quelques heures la tenue de ce conseil. On y +avait préparé ce qui devait être dit dans celui-ci.» (<i>Ibid.</i>, +page 63.) + +<p>«L'empereur Alexandre, après l'ouverture du conseil, +dit qu'il y avait trois partis à prendre: 1º faire la paix avec +Napoléon, en prenant toutes ses sûretés contre lui; 2º établir +la régence; 3º rétablir la maison de Bourbon. M. de +Talleyrand s'attacha à faire sentir les inconvénients des deux +premières propositions, et à les réunir dans l'esprit du conseil +devant lequel il parlait; il passa ensuite à l'établissement +de la troisième, comme la seule chose qui convînt et +qui fût désirée. On ne lui contesta pas les convenances, +mais bien l'existence d'un désir dont on n'avait pas trouvé +la manifestation sur toute la route traversée par les alliés, +dans laquelle au contraire la population s'était prononcée +d'une manière hostile. On appuyait sur la résistance de +l'armée, qui se retrouvait au même degré dans les troupes +de nouvelle levée et dans les vétérans. On résistait donc +à l'idée que le rappel de la maison de Bourbon ne fût pas +contrarié par les dispositions d'un très grand nombre de +personnes. L'empereur demanda à M. de Talleyrand quel +moyen il se proposait d'employer pour arriver au résultat +qu'il annonçait... Quelque solides que fussent les raisons +qu'il allégua, cependant la résistance durait encore, et ce +fut pour la vaincre qu'il crut devoir s'étayer du témoignage +de M. le baron Louis et du mien... M. de Talleyrand nous +introduisit dans la salle où se trouvait le conseil; on se +trouva rangé de manière à ce que, du côté droit, le roi +de Prusse et le prince Schwartzenberg se trouvassent les +plus rapprochés du meuble d'ornement qui est au milieu +de l'appartement; M. le duc Dalberg était à la droite du +prince Schwartzenberg; MM. de Nesselrode, Pozzo di +Borgo, le prince de Lichtenstein, suivaient; M. de Talleyrand +se trouvait à la gauche du roi de Prusse, M. le baron +Louis et moi placés auprès de lui. L'empereur Alexandre, +faisant face à l'assemblée, allait et venait. Ce prince, du +ton de voix le plus prononcé, débuta par nous dire qu'il ne +faisait pas la guerre à la France, et que ses alliés et lui ne +connaissaient que deux ennemis, l'empereur Napoléon et +tout ennemi de la liberté des Français...; que les Français +étaient parfaitement libres; que nous n'avions qu'à faire +connaître ce qui nous paraissait certain dans les dispositions +de la nation, et que son voeu serait soutenu par les forces +des alliés... J'éclatai par la déclaration que nous étions +tous royalistes et que la France l'était comme nous... «Eh +bien, dit alors l'empereur Alexandre, je déclare que je ne +traiterai plus avec l'empereur Napoléon...» On obtint de ce +monarque que cette déclaration fût rendue publique: deux +heures après elle couvrait les murs de la capitale, par les +soins de MM. Michaud, qui se trouvaient dans les appartements +voisins de la salle du conseil.» (Voyez page 62 +et suiv.)</blockquote> + +<a name="p360" id="p360"></a><span class="pagenum">360</span> + +<p>Vainement le duc de Vicence s'était présenté +pour obtenir l'audience qu'on lui avait promise; +la cause de son prince était déjà perdue, qu'il n'avait +encore pu se faire entendre<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57"><sup class="sml">57</sup></a>.</p> + +<a name="p361" id="p361"></a><span class="pagenum">361</span> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote57" name="footnote57"><b>Note 57: </b></a><a href="#footnotetag57">(retour)</a> «A la fin du conseil nous mîmes tous nos soins à empêcher +l'effet des représentations que les négociateurs de Napoléon +pouvaient chercher à produire; si nous ne pûmes +les empêcher d'arriver, on parvint du moins à abréger leur +séjour et à en atténuer l'effet.» (Voy. page 62 des révélations +de l'abbé de Pradt.) </blockquote> + +<p> <a name="p362" id="p362"></a><span class="pagenum">362</span> </p> + +<p>Au surplus le public n'avait pas tardé à être +mis dans la confidence; déjà M. de Nesselrode +avait écrit au préfet de police de mettre en +liberté tous les individus détenus pour attachement +<i>à leur légitime souverain</i>, et bientôt après +les murs de Paris avaient été placardés d'une déclaration +de l'empereur Alexandre, faite tant en +son nom qu'en celui des alliés, portant qu'on ne +voulait plus traiter des intérêts de la France avec +Napoléon ni avec aucun membre de sa famille.</p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<p class="i14">Les vainqueurs ont parlé: l'esclavage en silence</p> +<p class="i14">Obéit à leur voix dans cette ville immense.</p> +<br> +<p class="i30"><span class="sc">Voltaire</span>, Orphelin de la Chine.</p> +</div></div> + +<br><hr class="full"><br> +<p> <a name="p363" id="p363"></a><span class="pagenum">363</span> </p> + +<h4>CHAPITRE II.</h4> + +<h4>SUITE DES NOUVELLES QU'ON REÇOIT DE PARIS.</h4> + +<p class="mid">(Du 1<sup>er</sup> au 2 avril.)</p> + +<p>Cependant les alliés voulaient avant tout assurer +la vie de leurs soldats. Depuis deux mois, +quinze à vingt mille étaient tombés sous les coups +des paysans français; il était urgent de désarmer +cette animosité.</p> + +<p>On désirait le rétablissement des Bourbons; +mais on ne voulait pas que cette révolution parût +être commandée par la force des armes; il +fallait aller doucement, ménager l'opinion, faire +parler des voix françaises, et ne paraître accéder +qu'au voeu national. Tel était le plan des alliés; +leur langage était devenu celui de la générosité, +les partisans des Bourbons faisaient le reste. Au +dehors ils provoquaient le retour de leurs princes +avec tout l'essor d'un zèle long-temps comprimé; +on ne voyait qu'eux allant, venant à travers +les bagages et les bivouacs ennemis, qui +encombraient nos ponts, nos quais et nos boulevards. +Ils s'agitaient dans tous les sens, +<a name="p364" id="p364"></a><span class="pagenum">364</span> +frappaient à toutes les portes; tout ce qui les écoutait +leur était bon. Ils trouvaient d'utiles auxiliaires +dans cette foule de gens en place qui ne pensent +qu'à conserver leur emploi; ils recrutaient surtout +des prosélytes actifs parmi tous ces ambitieux +que les honneurs et les grâces n'avaient +pu encore atteindre depuis quinze ans qu'ils les +sollicitaient. Déjà tout ce qui était mécontent du +sort avait battu des mains à la nouvelle d'un revirement +dans les fortunes; déjà toutes les familles +qui avaient perdu à la révolution avaient +calculé tout ce qu'une contre-révolution pouvait +leur rendre. L'oreille des vieillards se prêtait volontiers +à d'anciens noms, à d'anciens droits qui +réveillaient les souvenirs de leur jeunesse; l'imagination +des femmes se laissait séduire par l'intérêt +romanesque de quelques grandes infortunes; +la population des boutiques, inquiète au bruit +du sabre étranger qui battait le pavé, s'empressait +de renier le souverain qu'elle admirait hier: +en un mot, les passions jalouses, le ressentiment +des ambitions trompées, des vanités blessées, des +torts justement punis; les lâchetés de l'ingratitude +et même celles de la peur, tout concourait à seconder +les ennemis de Napoléon<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58"><sup class="sml">58</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote58" name="footnote58"><b>Note 58: </b></a><a href="#footnotetag58">(retour)</a> «La plupart des conjurés avaient été comblés de +bienfaits par l'empereur; ils avaient trouvé de grands avantages +dans ses victoires; mais plus leur fortune était devenue +brillante, plus ils s'occupaient d'échapper au malheur +commun... Comblez un homme de bienfaits, la première +idée que vous lui inspirez, c'est de chercher les moyens +de les conserver.» (Montesquieu, Grandeur et décadence +des Romains, chap. 11 et 13.) </blockquote> + +<p> <a name="p365" id="p365"></a><span class="pagenum">365</span> </p> + +<p>En général, l'idée de la conquête était insupportable +aux Parisiens; on voulait à tout prix +échapper à cette situation, et l'on courait se réfugier +dans l'idée plus tolérable d'une restauration. +Les chefs de parti avaient saisi habilement +ce retour de l'amour-propre national sur lui-même. +La volonté des alliés n'était présentée que +comme l'appui de la nôtre, et l'oppression que +six cent mille étrangers exerçaient sur notre +malheureux pays commençait à s'appeler <i>la délivrance +de la France</i><a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59"><sup class="sml">59</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote59" name="footnote59"><b>Note 59: </b></a><a href="#footnotetag59">(retour)</a> «Je dois sans doute au sang français qui coule dans +mes veines, cette impatience que j'éprouve quand on me +parle d'opinions placées hors de ma patrie; et si l'Europe +civilisée voulait m'imposer la Charte, j'irais vivre à Constantinople.» +(Chateaubriand, page 118, De la monarchie +selon la Charte.) </blockquote> + +<p>Mais il fallait un organe à cette opinion publique +qu'on voulait faire parler, et l'on n'avait +<a name="p366" id="p366"></a><span class="pagenum">366</span> +pas eu de peine à le trouver<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60"><sup class="sml">60</sup></a>. «Le sénat était +en possession du droit de suppléer, dans toutes +les circonstances imprévues, à l'absence du +pouvoir populaire. A ce titre, le gouvernement +de Napoléon lui avait donné l'initiative dans +les plus grandes affaires<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61"><sup class="sml">61</sup></a>.» Le sénat avait donc +été choisi pour prendre encore l'initiative dans +celle-ci. Dès le 31 au soir, l'empereur Alexandre +avait invité ce corps à pourvoir aux besoins des +circonstances et au salut de l'état; il lui avait commandé +de s'occuper d'une nouvelle constitution +et de la composition d'un gouvernement provisoire.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote60" name="footnote60"><b>Note 60: </b></a><a href="#footnotetag60">(retour)</a> 60: «L'empereur Alexandre ayant demandé à M. de Talleyrand +quel moyen il se proposait d'employer, celui-ci répondit +que ce serait les autorités constituées, et qu'il se +<i>faisait fort du sénat</i>.» (Suite des révélations de l'abbé de +Pradt, page 67.) </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote61" name="footnote61"><b>Note 61: </b></a><a href="#footnotetag61">(retour)</a> 61: M. Lambrechts. </blockquote> + +<p>Le sénat, habitué à obéir, s'était rassemblé le +1<sup>er</sup> avril, sous la présidence de M. de Talleyrand, +et avait accepté, pour composer le gouvernement +provisoire, MM. de Talleyrand, de Beurnonville, +de Jaucourt, de Dalberg, et l'abbé de Montesquiou<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62"><sup class="sml">62</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote62" name="footnote62"><b>Note 62: </b></a><a href="#footnotetag62">(retour)</a> «Dans cette séance le gouvernement provisoire fut +nommé, ou plutôt confirmé; car les choix qui avaient été +arrêtés entre nous ne souffrirent pas une contradiction.» +(De Pradt, page 72.) </blockquote> + +<p> <a name="p367" id="p367"></a><span class="pagenum">367</span> </p> + +<p>Au même moment le conseil général du département +de la Seine, convoqué illégalement +par son président Bellard, avait déclaré que +le voeu de Paris était pour le rappel des Bourbons.</p> + +<p>Telles sont en substance les nouvelles de Paris +que l'on reçoit à Fontainebleau dans les trois +premiers jours. Elles font une grande sensation +parmi les chefs de l'armée<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63"><sup class="sml">63</sup></a>, mais elles ne peuvent +distraire Napoléon de ses dispositions militaires. +Il est au moment de se retrouver à la +tête de cinquante mille hommes; c'est sur Paris +qu'il veut marcher. Il espère que le bruit de +son canon réveillera les Parisiens et ranimera +l'amour-propre national, comprimé un instant +par la présence de l'étranger. L'ennemi est fatigué; +il vient de perdre douze mille hommes +dans les fossés de Paris. Depuis quelques heures +il se repose dans la sécurité du succès; ses +généraux sont dispersés dans nos hôtels; ses soldats +s'égarent dans le dédale des carrefours de la +capitale; un coup de main sur Paris peut avoir le +plus grand résultat; le mouvement des troupes +commence!</p> + +<a name="p368" id="p368"></a><span class="pagenum">368</span> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote63" name="footnote63"><b>Note 63: </b></a><a href="#footnotetag63">(retour)</a> «Dès que nous fûmes sortis du conseil (31 mars), M. le +baron Louis et moi, nous travaillâmes à nous assurer d'un +des généraux les plus influents, et nous dépêchâmes vers +lui.» (De Pradt, page 72.) </blockquote> + +<br><hr class="full"><br> +<p> <a name="p369" id="p369"></a><span class="pagenum">369</span> </p> + +<h4>CHAPITRE III.</h4> + +<h4>INFLUENCE DES ÉVÉNEMENTS DE PARIS SUR<br> +FONTAINEBLEAU.</h4> + +<p>Sur ces entrefaites M. le duc de Vicence arrive, +c'est dans la nuit du 2 au 3 avril qu'il se +présente à Napoléon.</p> + +<p>Si les alliés se sont déclarés contre la personne +de Napoléon, cependant tout espoir ne semble +pas encore perdu. Le duc de Vicence est parvenu +à se faire entendre; il a obtenu un retour favorable +aux intérêts de la régente et de son fils. Ce +parti, qui a aussi sa légitimité, réunit de grands +moyens d'opinion; il balance maintenant dans +l'esprit des souverains les résolutions opposées +qu'on leur suggère en faveur des Bourbons: mais +une prompte décision est nécessaire de la part +de Napoléon; et c'est son abdication que le duc +de Vicence vient demander<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64"><sup class="sml">64</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote64" name="footnote64"><b>Note 64: </b></a><a href="#footnotetag64">(retour)</a> Voyez l'histoire de M. Beauchamp, page 363, tome II. +Le duc de Vicence n'avait rien négligé pour faire prévaloir +la régence...; l'empereur Alexandre paraissait ébranlé... +Schwartzenberg s'était refusé à faire marcher sur Fontainebleau... +L'Autriche inclinait pour la régence... «Et, ajoute-t-il, +page 367, malgré la déchéance, la régence pouvait +encore prévaloir, sept jours après l'entrée des alliés à +Paris!» </blockquote> + +<p> <a name="p370" id="p370"></a><span class="pagenum">370</span> </p> + +<p>Napoléon ne pense pas qu'un pareil parti +puisse se prendre à l'improviste; il résiste aux +instances du duc de Vicence et refuse de s'expliquer. +Le jour vient, et il monte à cheval pour +visiter la ligne de ses avant-postes. La journée +du 3 se passe ainsi en inspections militaires.</p> + +<p>Le soldat était bien disposé, et accueillait par +des cris de joie le projet d'arracher la capitale à +l'ennemi; les jeunes généraux n'écoutaient que +leur ardeur guerrière, redoutant peu de nouvelles +fatigues; il n'en était pas de même dans +les rangs plus élevés, et nous en avons assez dit +pour faire voir l'influence de Paris.</p> + +<p>On frémissait à l'idée des malheurs particuliers +qu'une seule marche pouvait attirer sur les hôtels +où l'on avait laissé femmes, enfants, parents, +amis, etc. La disposition que montrait la troupe +à s'élancer dans ce grand désordre achevait de +jeter l'effroi; on tremblait aussi de perdre, par +ce que l'on appelait un coup de tête, la fortune +et le rang qu'on avait si péniblement acquis, et +<a name="p371" id="p371"></a><span class="pagenum">371</span> +dont on n'avait pas encore pu jouir en repos. +Peut-être Napoléon a-t-il déjà parlé à trop de +personnes de l'abdication qu'on lui demande; +cette question délicate est livrée au public; on +l'agite dans la galerie du palais, et jusque sur les +degrés de l'escalier du cheval blanc. Malheureusement +l'abdication convient à bien du monde; +c'est un moyen qui s'offre de quitter Napoléon +sans trop de honte; on se trouve ainsi dégagé +par lui-même, on trouve commode d'en finir de +cette façon; et si Napoléon se refusait à ce grand +parti, quelques uns parlent déjà de briser le +pouvoir dans sa main.</p> + +<p>C'est dans ces dispositions que l'on apprend +que le sénat a proclamé la déchéance. Napoléon +a reçu le sénatus-consulte, dans la nuit du 3 au 4, +par un exprès du duc de Raguse. La nouvelle +est connue presque en même temps de tous les +personnages marquants qui sont à Fontainebleau, +et c'est le sujet général des conversations.</p> + +<p>Cependant le 4 les ordres étaient donnés pour +transférer le quartier impérial entre Ponthiéry +et Essonne. Après la parade, qui avait lieu tous +les jours à midi dans la cour du cheval blanc, les +principaux de l'armée avaient reconduit Napoléon +dans son appartement. Le prince de Neufchâtel, +le prince de la Moskowa, le duc de +<a name="p372" id="p372"></a><span class="pagenum">372</span> +Dantzick, le duc de Reggio, le duc de Tarente, le duc +de Bassano, le duc de Vicence, le grand-maréchal +Bertrand, et quelques autres, se trouvaient +réunis dans le salon; on semblait n'attendre que +la fin de cette audience pour monter à cheval et +quitter Fontainebleau. Mais une conférence s'était +ouverte sur la situation des affaires; elle se +prolonge dans l'après-midi, et lorsqu'elle est finie +on apprend que Napoléon a abdiqué.</p> + +<p>Une seule chose a frappé Napoléon, c'est le découragement +de ses vieux compagnons d'armes, et +il a cédé à ce qu'on lui a dit être le voeu de l'armée.</p> + +<p>Mais s'il abdique, ce n'est qu'en faveur de son +fils et de sa femme régente. Il en rédige l'acte de +sa main et en ces termes:</p> + +<p>«Les puissances alliées ayant proclamé que +l'empereur Napoléon était le seul obstacle au +rétablissement de la paix en Europe, l'empereur +Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu'il +est prêt à descendre du trône, à quitter la France +et même la vie pour le bien de la patrie, inséparable +des droits de son fils, de ceux de la régence +de l'impératrice, et du maintien des lois +de l'empire.</p> + +<p>«Fait en notre palais de Fontainebleau le 4 +avril 1814.<br> + +<span class="rig">«<span class="sc">Napoléon</span>.»</span></p><br> + +<p> <a name="p373" id="p373"></a><span class="pagenum">373</span> </p> + +<p>Un secrétaire transcrit cet acte, et le duc de +Vicence se dispose aussitôt à le porter à Paris. +Napoléon lui adjoint le prince de la Moskowa... +Il voudrait aussi lui adjoindre le duc de Raguse; +c'est le plus ancien des compagnons d'armes qui +lui restent, et dans une circonstance aussi grave, +où les derniers intérêts de sa famille vont être +décidés, il croit avoir besoin de s'appuyer sur le +dévouement de son vieil aide-de-camp. On allait +donc dresser les pouvoirs du duc de Raguse, +lorsque quelqu'un représente à Napoléon, que +dans cette négociation, où l'armée doit intervenir +et être représentée, il serait utile d'employer un +homme comme le duc de Tarente, qui apporterait +d'autant plus d'influence, qu'il est connu +pour avoir vécu moins près de la personne de +Napoléon, et pour être entré moins avant dans +ses affections. Le duc de Bassano, interrogé à ce +sujet par Napoléon, lui répond que quelles que +puissent être les opinions du maréchal Macdonald, +il est trop homme d'honneur pour ne pas +répondre religieusement à un témoignage de confiance +de cette nature; Napoléon nomme aussitôt +le duc de Tarente pour son troisième plénipotentiaire. +Mais il veut encore qu'en traversant +Essonne, les plénipotentiaires communiquent au +duc de Raguse ce qui vient de se passer; qu'on +<a name="p374" id="p374"></a><span class="pagenum">374</span> +le laisse maître de voir s'il ne sera pas plus utile +en restant à la tête de son corps d'armée, et que +s'il tient à remplir la mission que la confiance +particulière de Napoléon lui destinait, on lui +enverra à l'instant des pouvoirs.</p> + +<p>Les trois plénipotentiaires, après avoir reçu +ces dernières instructions, montent dans la voiture +qui les attend au pied de l'escalier; MM. de +Rayneval et Rumigny les accompagnent comme +secrétaires.</p> + +<p>Immédiatement après leur départ, Napoléon +envoie un courrier à l'impératrice; il a reçu de +ses lettres datées de Vendôme; elle doit être arrivée +le 2 à Blois; il faut bien l'informer de la +négociation à laquelle on est réduit. Dans une +telle extrémité, l'absence de son père, l'empereur +d'Autriche, est un malheur qui grandit +d'heure en heure! Notre marche sur Fontainebleau +ayant coupé les routes, a prolongé le séjour +de ce souverain en Bourgogne. Napoléon autorise +l'impératrice à lui dépêcher le duc de Cadore +pour le presser d'intervenir en faveur d'elle et +de son fils... Mais il est bien tard.</p> + +<p>Succombant à l'agitation de cette journée, +Napoléon s'était enfermé dans sa chambre; il +lui restait à recevoir le coup le plus sensible +qui eût encore été porté à son coeur. +<a name="p375" id="p375"></a><span class="pagenum">375</span> </p> + +<p>Dans cette nuit du 4 au 5, le colonel Gourgaud, +qui avait été porter des ordres, revient +d'Essonne en toute hâte: il annonce que le duc +de Raguse a quitté son poste, qu'il est allé à +Paris, qu'il a traité avec l'ennemi, que ses troupes, +mises en mouvement par des ordres inconnus, +traversent en ce moment les cantonnements +des Russes, et que Fontainebleau reste à découvert.</p> + +<p>Napoléon ne peut croire d'abord à cette inconcevable +défection: lorsqu'il ne lui est plus +permis d'en douter, son regard devient fixe, il +se tait, s'assied, et paraît livré aux idées les plus +sombres. <i>L'ingrat!</i> s'écrie-t-il en rompant un +douloureux silence, <i>il sera plus malheureux que +moi!</i></p> + +<p>Napoléon avait le coeur oppressé par des sentiments +trop pénibles pour n'avoir pas besoin +de les épancher; c'est à l'année elle-même qu'il +veut confier ses peines: laissons-le parler.</p> + +<h4>ORDRE DU JOUR.</h4> + +<h4>A L'ARMÉE.</h4> + +<p class="rig">Fontainebleau, le 5 mars 1814.</p><br><br> + +<p>«L'empereur remercie l'armée pour l'attachement +qu'elle lui témoigne, et principalement +<a name="p376" id="p376"></a><span class="pagenum">376</span> +parcequ'elle reconnaît que la France est en +lui, et non pas dans le peuple de la capitale. +Le soldat suit la fortune et l'infortune de son +général, son honneur et sa religion. Le duc +de Raguse n'a point inspiré ce sentiment à ses +compagnons d'armes; il a passé aux alliés. +L'empereur ne peut approuver la condition +sous laquelle il a fait cette démarche; il ne peut +accepter la vie et la liberté de la merci d'un +sujet. Le sénat s'est permis de disposer du gouvernement +français; il a oublié qu'il doit à l'empereur +le pouvoir dont il abuse maintenant, +que c'est l'empereur qui a sauvé une partie de +ses membres des orages de la révolution, tiré +de l'obscurité et protégé l'autre contre la haine +de la nation. Le sénat se fonde sur les articles +de la constitution pour la renverser; il ne +rougit pas de faire des reproches à l'empereur, +sans remarquer que, comme premier corps de +l'état, il a pris part à tous les événements. Il +est allé si loin, qu'il a osé accuser l'empereur +d'avoir changé les actes dans leur publication<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65"><sup class="sml">65</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote65" name="footnote65"><b>Note 65: </b></a><a href="#footnotetag65">(retour)</a> On a fait aussi ce reproche à César, et l'on ne voit +guère que cela l'ait déshonoré dans l'histoire. «J'apprends +quelquefois, dit Cicéron, qu'un sénatus-consulte, passé sur +mon avis, a été porté en Syrie et en Arménie avant que +j'aie su qu'il ait été fait; et plusieurs princes m'ont écrit +des lettres de remercîments sur ce que j'avais été d'avis +qu'on leur donnât le titre de roi, que non seulement je ne +savais pas élus rois, mais même qu'ils fussent au monde.» +(Cicéron, Lettres familières, lettre 9.) </blockquote> + +<a name="p377" id="p377"></a><span class="pagenum">377</span> + +<p>Le monde entier sait qu'il n'avait pas besoin de +tels artifices. Un signe était un ordre pour le +sénat, qui toujours faisait plus qu'on ne désirait +de lui. L'empereur a toujours été accessible +aux remontrances de ses ministres, et il attendait +d'eux, dans cette circonstance, la justification +la plus indéfinie des mesures qu'il avait +prises. Si l'enthousiasme s'est mêlé dans les +adresses et les discours publics, alors l'empereur +a été trompé; mais ceux qui ont tenu ce +langage doivent s'attribuer à eux-mêmes les suites +de leurs flatteries. Le sénat ne rougit pas +de parler de libelles publiés contre les gouvernements +étrangers, il oublie qu'ils furent rédigés +dans son sein! Si long-temps que la fortune +s'est montrée fidèle à leur souverain, ces +hommes sont restés fidèles, et nulle plainte n'a +été entendue sur les abus de pouvoir. Si l'empereur +avait méprisé les hommes, comme on le +lui a reproché, alors le monde reconnaîtrait +aujourd'hui qu'il a eu des raisons qui motivaient +<a name="p378" id="p378"></a><span class="pagenum">378</span> +son mépris. Il tenait sa dignité de Dieu et de +la nation; eux seuls pouvaient l'en priver; il +l'a toujours considérée comme un fardeau, et +lorsqu'il l'accepta, ce fut dans la conviction +que lui seul était à même de la porter dignement. +Le bonheur de la France paraissait être +dans la destinée de l'empereur; aujourd'hui que +la fortune s'est décidée contre lui, la volonté de +la nation seule pourrait le persuader de rester +plus long-temps sur le trône. S'il se doit considérer +comme le seul obstacle à la paix, il fait +volontiers le dernier sacrifice à la France. Il a +en conséquence envoyé le prince de la Moskowa +et les ducs de Vicence et de Tarente à Paris, +pour entamer la négociation. L'armée peut être +certaine que l'honneur de l'empereur ne sera +jamais en contradiction avec le bonheur de la +France.» <a name="p379" id="p379"></a><span class="pagenum">379</span> </p> + +<br><hr class="full"><br> + +<h4>CHAPITRE IV.</h4> + +<h4>SUITES DE LA DÉFECTION DU DUC DE RAGUSE.</h4> + +<p>Les trois plénipotentiaires de Napoléon, arrivés +à Paris dans la soirée du 4, se présentent +aussitôt chez les souverains alliés. Ils ne tardent +pas à s'apercevoir du terrain que leur cause a +perdu pendant l'absence du duc de Vicence. Les +hommes du gouvernement provisoire n'ont pas +cessé d'obséder les souverains pour en obtenir +l'exclusion définitive de la régente et de son fils<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66"><sup class="sml">66</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote66" name="footnote66"><b>Note 66: </b></a><a href="#footnotetag66">(retour)</a> Voyez l'histoire de Beauchamp, tome II, pages 363 +à 367. «Aux négociateurs de Fontainebleau, les membres +du gouvernement provisoire succédèrent chez l'empereur +Alexandre... Tous leurs efforts portèrent sur un seul objet, +celui de détourner la régence... Il y allait, pour ainsi +dire, de leur tête... Ils se surpassèrent dans cette conjoncture... +M. de Talleyrand prononça un discours plein +de vigueur... Il fut puissamment secondé par le général +Dessoles... Le général Beurnonville courut chez le roi de +Prusse; ce prince, aisément convaincu, décida l'empereur +de Russie à éloigner toute idée de régence...» Voyez aussi +les révélations de M. l'abbé de Pradt, page 75... «De +grands efforts furent tentés auprès des souverains alliés +pour les porter à la substitution du fils au père... Mais +cette entreprise échoua. Le général Dessoles signala sa +rentrée dans les affaires par la plus vigoureuse résistance +à l'adoption des demandes de Napoléon.» </blockquote> + +<p> <a name="p380" id="p380"></a><span class="pagenum">380</span> </p> + +<p>La peur qu'ils ont du père ne leur permet +d'espérer désormais quelque sûreté que par la +chute de la famille entière. Ils ne quittent donc +pas les salons des princes alliés. Les plénipotentiaires +les ont trouvés à ce poste; ils ont vu avec +inquiétude l'air de contentement qui règne sur +leur visage... Un personnage survient, et l'inquiétude +des plénipotentiaires est au comble... Le +duc de Raguse à qui ils venaient de parler en +changeant de chevaux à Essonne, ils le voient +entrer la tête haute dans le salon des alliés; bientôt +tout s'explique; ils apprennent de la bouche +de l'empereur Alexandre que les troupes du maréchal +ont été conduites par le général S****<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67"><sup class="sml">67</sup></a> à +Versailles, et que la désertion du camp d'Essonne +laisse la personne de Napoléon à la discrétion +des alliés<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68"><sup class="sml">68</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote67" name="footnote67"><b>Note 67: </b></a><a href="#footnotetag67">(retour)</a> 67: On avait vu la veille, à Fontainebleau, ce même +général puisant deux mille écus dans la bourse de Napoléon. </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote68" name="footnote68"><b>Note 68: </b></a><a href="#footnotetag68">(retour)</a> 68: Convention de Chevilly, village situé à deux lieues +sud de Paris, et à une lieue est de Sceaux, signée le 4 avril +entre le maréchal Marmont, duc de Raguse, et le prince +de Schwartzenberg, commandant en chef les troupes des +alliés. + +<p>Art. 1<sup>er</sup>. Les troupes françaises qui, par suite du décret du +sénat du 2 avril, quitteront les drapeaux de Napoléon +Bonaparte, pourront se retirer en Normandie avec armes, +bagages et munitions, et avec les mêmes égards et honneurs +militaires que les troupes <i>alliées</i> se doivent réciproquement.</p> + +<p>Art. 2. Si, par suite de ce mouvement, les événements +de la guerre faisaient tomber entre les mains des puissances +alliées la personne de Napoléon Bonaparte, sa vie +et sa liberté lui seront garanties dans un espace de terrain +et dans un pays circonscrit au choix des puissances +alliées et du gouvernement français. (Revue chronologique +de l'Histoire de France, pag. 590, édit. de 1820.--Le +Moniteur, nº 97, de 1814.)</p></blockquote> +<p> <a name="p381" id="p381"></a><span class="pagenum">381</span> </p> + +<p>Jusqu'ici les souverains avaient cru devoir user +de ménagements envers Napoléon, qui s'appuyait +sur les voeux et les affections de l'armée. Tant +qu'on l'avait vu à la tête de 50,000 hommes d'élite +postés à une marche de Paris, les considérations +militaires l'avaient emporté sur bien des +intrigues. Maintenant que Fontainebleau a cessé +d'être une position militaire, et que l'armée semble +abandonner la cause de Napoléon, la question +a changé de face; le temps des ménagements +<a name="p382" id="p382"></a><span class="pagenum">382</span> +est passé: l'abdication en faveur de la régente et +de son fils ne suffit plus à un ennemi rassuré; +on déclare aux plénipotentiaires qu'il faut que +Napoléon et sa dynastie renoncent entièrement +au trône.</p> + +<p>Il faut donc aller chercher de nouveaux pouvoirs +à Fontainebleau, et c'est le duc de Vicence +qui remplit encore cette pénible mission.</p> + +<p>Le premier mouvement de Napoléon, en le +voyant, est de rompre une négociation qui devient +si humiliante. Poussé à bout, il veut secouer les +entraves dont on l'embarrasse depuis quelques +jours. La guerre n'offre plus rien de pire que la +paix; c'est un fait qui doit être clair maintenant +pour tout le monde, et il espère que les chefs de +l'armée sont désabusés de leurs chimères. Il reporte +toutes ses pensées vers les opérations militaires. +Peut-être peut-on encore tout sauver; les +cinquante mille soldats du maréchal Soult qui +sont sous les murs de Toulouse, les quinze mille +hommes que le maréchal Suchet ramène de Catalogne, +les trente mille hommes du prince Eugène, +les quinze mille hommes de l'armée d'Augereau, +que la perte de Lyon vient de rejeter sur +les Cévennes, enfin les nombreuses garnisons des +places frontières et l'armée du général Maisons, +sont encore des points d'appui redoutables sur +<a name="p383" id="p383"></a><span class="pagenum">383</span> +lesquels Napoléon peut manoeuvrer avec ce qui +lui reste autour de Fontainebleau... Il parle de se +retirer sur la Loire<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69"><sup class="sml">69</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote69" name="footnote69"><b>Note 69: </b></a><a href="#footnotetag69">(retour)</a> Napoléon, à Fontainebleau, avait encore autour de lui: + +<p> +25,000 hommes de sa garde, etc. Rien ne s'opposait à ce qu'il ralliât<br> +les 25,000 de l'armée de Lyon,<br> +les 18,000 que le lieutenant-général Grenier ramenait d'Italie,<br> +les 15,000 du maréchal Suchet,<br> +les 40,000 du maréchal Soult, et reparût sur le champ de bataille à la tête de plus de 100,000 combattants.</p> + +<p>123,000</p> + +<p>Il était maître de toutes les places fortes de France et +d'Italie. Il aurait long-temps encore entretenu la guerre, +et bien des chances de succès s'offraient aux calculs; mais +ses ennemis déclaraient à l'Europe qu'il était le seul obstacle +à la paix: il n'hésita pas sur le sacrifice qui semblait lui +être demandé dans l'intérêt de la France. (Mémoires de +Napoléon; Montholon, tome II, page 275.) </p></blockquote> + +<p>A ce cri de rupture, l'alarme se répand de nouveau +dans les quartiers généraux de Fontainebleau +et dans les galeries du palais. On s'unit +pour rejeter toute détermination qui aurait pour +résultat de prolonger la guerre. La lutte a été +trop longue, l'énergie est épuisée; on le dit ouvertement: +on en a assez! On ne pense plus qu'à +<a name="p384" id="p384"></a><span class="pagenum">384</span> +mettre à l'abri des hasards ce qui reste de tant +de peines, de tant de prospérités, de tant de +naufrages; les plus braves finissent par attacher +quelque prix à la conservation de la vie qu'ils +ont réchappée de tant de dangers! Peut-être aussi +se sent-on entraîné par une vieille aversion contre +la guerre civile. Tout enfin devient contraire +à ce qui ne serait pas un accommodement. Non +seulement la lassitude a dompté les esprits, mais +chacun des chefs qui en valent la peine a déjà +reçu de Paris des paroles de conciliation et des +promesses pour sa paix particulière. On se plaît +à envisager la révolution nouvelle comme une +grande transaction entre tous les intérêts français, +dans laquelle il n'y aura de sacrifié qu'un +seul intérêt, celui de Napoléon. C'est à qui trouvera +donc un prétexte pour se rendre à Paris, où +le nouveau gouvernement accueille tout ce qui +abandonne l'ancien. On ne voudrait pas pourtant +être des premiers à quitter Napoléon. Mais pourquoi +tarde-t-il si long-temps à rendre chacun +libre de ses actions? On murmure hautement de +ses délais, de ses indécisions, et des projets désespérés +qu'il conserve. Depuis qu'il est malheureux, +on ne le croit plus capable que de faire +des fautes, et déjà plusieurs tacticiens de fraîche +date s'étonnent de l'avoir si long-temps reconnu +<a name="p385" id="p385"></a><span class="pagenum">385</span> +pour leur maître. Enfin, petit à petit, chacun a +pris son parti: l'un va à Paris parce qu'il y est +appelé, l'autre parce qu'il y est envoyé, celui-ci +parce qu'il faut se dévouer aux intérêts de son +arme ou de son corps, celui-là pour aller chercher +des fonds, cet autre parce que sa femme est +malade; que sais-je encore? Les bonnes raisons +ne manquent pas, et chaque homme un peu +marquant qui ne peut aller lui-même à Paris y +a du moins son plénipotentiaire.</p> + +<p>Tandis que les gens de Fontainebleau mettent +tant d'intérêt à connaître ce qui se passe à Paris, +de leur côté les alliés n'en mettent pas moins à +savoir ce qui se passe autour de Napoléon; depuis +qu'ils sont maîtres de la capitale, ils ont +toujours eu les yeux fixés sur lui. Ils n'ont cessé +de se tenir en garde contre un de ces coups hardis +auxquels il a accoutumé l'Europe. Toutes précautions +ont paru bonnes; aucune des heures +qui se sont écoulées n'a été perdue. On a accumulé +des troupes sur toutes les avenues. Une armée +russe est entre Essonne et Paris; une autre +est portée sur la rive droite de la Seine, depuis +Melun jusqu'à Montereau; d'autres corps ont marché +par les routes de Chartres et d'Orléans; d'autres +encore, accourues sur nos pas par les routes +de la Champagne et de la Bourgogne, se sont +<a name="p386" id="p386"></a><span class="pagenum">386</span> +répandues entre l'Yonne et la Loire. Sans cesse +on resserre Fontainebleau dans un blocus plus +étroit.</p> + +<p>Ces mouvements de troupes de la part de +l'ennemi secondent admirablement les conseillers +qui veulent que Napoléon n'ait plus d'autre +parti à prendre que de briser son épée. «Où +irons-nous chercher, disent-ils, les débris d'armée +sur lesquels on semble compter encore? +Ces différents corps de troupes sont tellement +dispersés, que les généraux les plus voisins sont +à plus de cent lieues l'un de l'autre: quel ensemble +pourra-t-on jamais mettre dans leurs +mouvements? Et nous qui sommes ici, sommes-nous +bien sûrs de pouvoir en sortir pour +aller les rejoindre?» Venaient ensuite les nouvelles +de la nuit, l'apparition des coureurs de +l'ennemi sur la Loire, Pithiviers occupé par +eux, notre communication avec Orléans interceptée, +etc., etc.</p> + +<p>Napoléon écoutait froidement les propos, il +faisait apprécier à leur véritable valeur les forces +inégales de ce réseau qu'on affectait de voir tendu +tout autour de lui, et promettait de le rompre +quand il en serait temps. «Une route fermée à +des courriers s'ouvre bientôt devant cinquante +mille hommes,» disait-il; et pourtant, quelle +<a name="p387" id="p387"></a><span class="pagenum">387</span> +que soit la confiance de son langage, on le voit +qui hésite dans l'exécution de son projet, retenu +sans doute par un secret dégoût dont il ne peut +se rendre maître. Il ne sent que trop combien +sa position va devenir différente: lui qui n'a jamais +commandé que de grandes armées régulières, +qui n'a jamais manoeuvré que pour rencontrer +l'ennemi, qui, dans chaque bataille, avait +coutume de décider du sort d'une capitale ou +d'un royaume, et qui, dans chaque campagne, a +su jusqu'à présent renfermer et finir une guerre, +il faut maintenant qu'il se réduise au métier d'un +chef de partisans; il faut se résoudre à courir les +aventures, passant de province en province, +guerroyant sans cesse, portant le ravage partout, +et ne pouvant en finir nulle part!... Les +horreurs de la guerre civile viennent encore rembrunir +le tableau, et on ne lui en épargne pas +les peintures. Mais abrégeons ces heures d'hésitation +et d'angoisse. Hâtons-nous de dire que +ceux qui ont parlé à Napoléon des chances possibles +d'une guerre civile ont porté à sa résolution +les coups les plus sûrs... «Eh bien, puisqu'il faut +renoncer à défendre plus long-temps la France, +s'écrie Napoléon, l'Italie ne m'offre-t-elle pas +encore une retraite digne de moi? Veut-on m'y +suivre encore une fois? Marchons vers les +<a name="p388" id="p388"></a><span class="pagenum">388</span> +Alpes!» Il dit, et cette proposition n'est suivie +que d'un profond silence. Ah! si dans ce moment +Napoléon indigné fût passé brusquement de son +salon dans la salle des officiers secondaires, il y +aurait trouvé une jeunesse empressée à lui répondre! +Quelques pas encore, et il aurait été salué +au bas de ses escaliers par les acclamations +de tous ses soldats! leur enthousiasme aurait ranimé +son âme!... Mais Napoléon succombe sous +les habitudes de son règne: il croirait déchoir en +marchant désormais sans les <i>grands officiers</i> que +la couronne lui a donnés; il lui semble que le général +Bonaparte lui-même ne saurait recommencer +sa carrière sans le cortége obligé de ses anciens +lieutenants; et il vient d'entendre leur silence! Il +faut donc qu'il cède encore une fois à leur lassitude; +mais ce n'est pas sans leur adresser ces paroles +prophétiques: «Vous voulez du repos, ayez-en +donc! Hélas! vous ne savez pas combien de chagrins +et de dangers vous attendent sur vos lits de +duvet! Quelques années de cette paix que vous +allez payer si cher en moissonneront un plus +grand nombre d'entre vous que n'aurait fait la +guerre, la guerre la plus désespérée<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70"><sup class="sml">70</sup></a>!» A ces mots +<a name="p389" id="p389"></a><span class="pagenum">389</span> +Napoléon se rassied; il prend la plume, et, se reconnaissant +vaincu, moins par ses ennemis que +par la grande défection qui l'entoure, il rédige lui-même +en ces termes la seconde formule de l'abdication +qu'on attend:</p> + +<p>«Les puissances alliées ayant proclamé que +l'empereur était le seul obstacle au rétablissement +de la paix en Europe, l'empereur, fidèle à +son serment, déclare qu'il renonce pour lui et +ses enfants aux trônes de France et d'Italie, et +qu'il n'est aucun sacrifice, même celui de la vie, +qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la +France.»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote70" name="footnote70"><b>Note 70: </b></a><a href="#footnotetag70">(retour)</a> Que sont devenus, en moins de sept années, Berthier, +Murat, Ney, Masséna, Augereau, Lefebvre, Brune, +Serrurier, Kellermann, Pérignon, Beurnonville, Clarke, et +tant d'autres? </blockquote> + +<br><hr class="full"><br> + +<p> <a name="p390" id="p390"></a><span class="pagenum">390</span> </p> + +<h4>CHAPITRE V.</h4> + +<h4>TRAITÉ DU 11 AVRIL.</h4> + +<p>Les alliés osaient à peine se flatter qu'on pût +amener Napoléon à un sacrifice aussi absolu. Le +duc de Vicence leur présente l'acte que Napoléon +vient de signer, et les hostilités sont aussitôt +suspendues. Rien ne doit plus interrompre la négociation +entamée.</p> + +<p>Les souverains alliés avaient déclaré dès les +premiers moments que Napoléon conserverait +le rang, le titre et les honneurs des têtes couronnées. +On avait promis de lui assigner une résidence +indépendante; ces dispositions n'éprouvent +aucune difficulté. Quant au choix de la +résidence, on balance entre Corfou, la Corse, +ou l'île d'Elbe; les souverains se décident pour +l'île d'Elbe. Sous le rapport pécuniaire, on veut +traiter Napoléon et sa famille avec la plus grande +générosité; on va même au-devant de ce que les +plénipotentiaires de Napoléon croient devoir demander. +Un établissement en Italie est assigné +<a name="p391" id="p391"></a><span class="pagenum">391</span> +à l'impératrice Marie-Louise et à son fils; on +accorde des revenus à tous les membres de la +famille impériale; on n'oublie ni l'impératrice +Joséphine, ni le prince Eugène, fils adoptif de +Napoléon: plus les dispositions sont libérales, +plus l'orgueil des princes alliés semble s'y complaire. +L'empereur Alexandre pousse la générosité +jusqu'à s'occuper du petit nombre d'aides +de camp, de généraux, et de serviteurs qui composent +la maison militaire et la famille domestique +de Napoléon. Il veut que Napoléon, comme à +son lit de mort, puisse dicter un testament rémunératoire +en leur faveur<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71"><sup class="sml">71</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote71" name="footnote71"><b>Note 71: </b></a><a href="#footnotetag71">(retour)</a> Il faut tenir note ici, à la honte de la diplomatie européenne, +que cette générosité est restée sans effet. Les legs +que Napoléon a distribués autour de lui sur la foi du traité +n'ont pas été acquittés; et les légataires n'ont pu trouver +dans la signature des plus grands princes cette garantie +irrévocable que la simple signature de deux notaires donne +entre particuliers aux moindres dispositions de cette nature. </blockquote> + +<p>Tandis qu'on prépare à Paris le traité qui doit +contenir ces différents arrangements, Napoléon +envoie courrier sur courrier pour redemander +au duc de Vicence le papier sur lequel il a donné +son abdication.</p> + +<p>Depuis qu'il a souscrit à cet acte, il est resté +<a name="p392" id="p392"></a><span class="pagenum">392</span> +mécontent de lui-même, cette négociation diplomatique +lui déplaît, elle lui paraît humiliante, +il la croit inutile. Survivant à tant de grandeurs, +il lui suffit de vivre désormais en simple particulier, +et il a honte qu'un si grand sacrifice +offert à la paix du monde soit mêlé à des arrangements +pécuniaires. «A quoi bon un traité, +disait-il, puisqu'on ne veut pas régler avec moi +ce qui concerne les intérêts de la France? Du +moment qu'il ne s'agit plus que de ma personne, +il n'y a pas de traité à faire... Je suis vaincu, je +cède au sort des armes. Seulement je demande +à n'être pas prisonnier de guerre; et pour me +l'accorder, un simple cartel doit suffire!...»</p> + +<p>Napoléon ayant réduit sa position en des termes +aussi simples, on prévoit les nouvelles difficultés +qui attendent la ratification de l'acte que les +plénipotentiaires ont mis tant de soin à conclure. +Leur traité a été signé à Paris le 11 avril; le duc +de Vicence le porte aussitôt à Fontainebleau: +mais les premières paroles de Napoléon sont +pour redemander encore l'abdication qu'il a +donnée.</p> + +<p>Il n'était plus au pouvoir du duc de Vicence de +rendre ce papier, les affaires étaient trop avancées. +L'abdication, servant de base à la négociation, +avait été la première pièce communiquée aux +<a name="p393" id="p393"></a><span class="pagenum">393</span> +alliés. Elle était devenue publique, on l'avait insérée +dans les journaux.</p> + +<p>D'ailleurs les alliés, les plénipotentiaires eux-mêmes, +et la plupart des serviteurs du gouvernement +impérial, voyaient dans cette grande transaction +autre chose encore que les intérêts personnels +de Napoléon. On attachait généralement +une haute importance à ce qu'il y eût <i>abdication</i>, +parcequ'un tel acte devait être la base du nouvel +ordre de choses qui se préparait en France; et les +alliés pensaient que les Bourbons ne sauraient +payer trop cher la renonciation formelle de la +dynastie précédente. Cependant il est remarquable +que l'empereur Napoléon et la famille des +Bourbons voyaient avec un même mécontentement +cette renonciation, et s'accordaient à prétendre +n'en avoir pas besoin, celui-là pour descendre +du trône, ceux-ci pour y monter<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72"><sup class="sml">72</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote72" name="footnote72"><b>Note 72: </b></a><a href="#footnotetag72">(retour)</a> M. de La Maisonfort reproche aux alliés d'avoir admis +Napoléon à traiter comme souverain. «Condamné par la +fortune, dit-il, pourquoi fut-il absous par la politique?» </blockquote> + +<p>En vain Napoléon repousse ce traité.</p> + +<p>Fontainebleau est maintenant une prison, +toutes les issues en sont soigneusement gardées +par les étrangers; signer semble être le seul +moyen qui lui reste pour sauver sa liberté, peut-être +<a name="p394" id="p394"></a><span class="pagenum">394</span> +même sa vie! car les émissaires du gouvernement +provisoire sont aussi dans les environs +et l'attendent<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73"><sup class="sml">73</sup></a>. Cependant la journée finit et Napoléon +a persisté dans son refus; comment espère-t-il +échapper à la nécessité qui le menace?</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote73" name="footnote73"><b>Note 73: </b></a><a href="#footnotetag73">(retour)</a> Voyez les révélations de Maubreuil et son procès. (Quotidienne, +fin d'avril 1817.) </blockquote> + +<p>Depuis quelques jours, il semble préoccupé +d'un secret dessein. Son esprit ne s'anime qu'en +parcourant les galeries funèbres de l'histoire. Le +sujet de ses conversations les plus intimes est +toujours la mort volontaire que les hommes de +l'antiquité n'hésitaient pas à se donner dans une +situation pareille à la sienne; on l'entend avec inquiétude +discuter de sang-froid les exemples et les +opinions les plus opposés. Une circonstance vient +encore ajouter aux craintes que de tels discours +sont bien faits pour inspirer. L'impératrice avait +quitté Blois; elle voulait se réunir à Napoléon; +elle était déjà arrivée à Orléans, on l'attendait à +Fontainebleau: mais on apprend de la bouche +même de Napoléon que des ordres sont donnés +autour d'elle pour qu'on ne la laisse pas suivre son +dessein. Napoléon, qui craignait cette entrevue, +a voulu rester maître de la résolution, qu'il médite.</p> + +<p>Dans la nuit du 12 au 13, le silence des longs +<a name="p395" id="p395"></a><span class="pagenum">395</span> +corridors du palais est tout-à-coup troublé par +des allées et des venues fréquentes. Les garçons +du château montent et descendent; les bougies +de l'appartement intérieur s'allument; les valets +de chambre sont debout. On vient frapper à la +porte du docteur Yvan, on va réveiller le grand +maréchal Bertrand, on appelle le duc de Vicence, +on court chercher le duc de Bassano qui demeure +à la chancellerie; tous arrivent et sont introduits +successivement dans la chambre à coucher. En +vain la curiosité prête une oreille inquiète, elle +ne peut entendre que des gémissements et des +sanglots qui s'échappent de l'antichambre, et se +prolongent sous la galerie voisine. Tout-à-coup +le docteur Yvan sort; il descend précipitamment +dans la cour, y trouve un cheval attaché aux +grilles, monte dessus et s'éloigne au galop. L'obscurité +la plus profonde a couvert de ses voiles +le mystère de cette nuit. Voici ce qu'on en raconte:</p> + +<p>A l'époque de la retraite de Moskou, Napoléon +s'était procuré, en cas d'accident, le moyen de +ne pas tomber vivant dans les mains de l'ennemi. +Il s'était fait remettre par son chirurgien Yvan +un sachet d'opium<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74"><sup class="sml">74</sup></a>, qu'il avait porté à son cou +<a name="p396" id="p396"></a><span class="pagenum">396</span> +pendant tout le temps qu'avait duré le danger<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75"><sup class="sml">75</sup></a>. +Depuis, il avait conservé avec grand soin ce sachet +dans un secret de son nécessaire. Cette nuit, +le moment lui avait paru arrivé de recourir à +cette dernière ressource. Le valet de chambre +qui couchait derrière sa porte entr'ouverte l'avait +entendu se lever, l'avait vu délayer quelque +chose dans un verre d'eau, boire et se recoucher. +Bientôt les douleurs avaient arraché à Napoléon +l'aveu de sa fin prochaine. C'était alors qu'il +avait fait appeler ses serviteurs les plus intimes. +Yvan avait été appelé aussi; mais apprenant ce +qui venait de se passer, et entendant Napoléon +se plaindre de ce que l'action du poison n'était +pas assez prompte, il avait perdu la tête et +s'était sauvé précipitamment de Fontainebleau. +On ajoute qu'un long assoupissement était survenu, +qu'après une sueur abondante les douleurs +avaient cessé, et que les symptômes effrayants +avaient fini par s'effacer, soit que la +dose se fût trouvée insuffisante, soit que le temps +en eût amorti le venin. On dit enfin que Napoléon, +étonné de vivre, avait réfléchi quelques +instants: «Dieu ne le veut pas!» s'était-il écrié; +et, s'abandonnant à la providence qui venait de +conserver sa vie, il s'était résigné à de nouvelles +destinées.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote74" name="footnote74"><b>Note 74: </b></a><a href="#footnotetag74">(retour)</a> 74: Ce n'était pas seulement de l'opium; c'était une préparation +indiquée par Cabanis, la même dont Condorcet +s'est servi pour se donner la mort. </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote75" name="footnote75"><b>Note 75: </b></a><a href="#footnotetag75">(retour)</a> 75: «Frédéric-le-Grand, entouré d'ennemis, apprenant la +prise de Berlin, porte long-temps du poison sur lui.» (L'épître +à d'Argens, Ségur, tome 1, page 205.) </blockquote> + +<p> <a name="p397" id="p397"></a><span class="pagenum">397</span> </p> + +<p>Ce qui vient de se passer est le secret de l'intérieur. +Quoi qu'il en soit, dans la matinée du 13, +Napoléon se lève et s'habille comme à l'ordinaire. +Son refus de ratifier le traité a cessé, il le revêt +de sa signature<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76"><sup class="sml">76</sup></a>.»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote76" name="footnote76"><b>Note 76: </b></a><a href="#footnotetag76">(retour)</a> Voyez supplément de la troisième partie, nº 1. </blockquote> + +<br><hr class="full"><br> + +<p> <a name="p398" id="p398"></a><span class="pagenum">398</span> </p> + +<h4>CHAPITRE VI.</h4> + +<h4>DISPERSION DE LA FAMILLE IMPÉRIALE.</h4> + +<p>Ceux qui approchent de Napoléon apprennent +de lui-même qu'il a cessé de régner. Il les engage +à se soumettre au nouveau gouvernement, +non pas au gouvernement provisoire, dans lequel +il ne voit qu'un comité de traîtres et de factieux; +mais aux Bourbons, dans lesquels il consent à +reconnaître désormais le point de ralliement des +Français.</p> + +<p>Bientôt la foule s'écoule de Fontainebleau; il +en est de même à Orléans et à Blois: l'impératrice +voit presque tout ce qui l'entoure se mettre +en route pour Paris. Le petit nombre qui reste +encore dans le vaste palais de Fontainebleau ne +s'occupe plus que de l'île d'Elbe, et des arrangements +à prendre pour s'y rendre. Napoléon +fait mettre à contribution la bibliothèque, et +s'enferme avec les livres et les cartes, où il peut +prendre une idée de la nouvelle résidence qui +l'attend. +<a name="p399" id="p399"></a><span class="pagenum">399</span> </p> + +<p>Le grand-maréchal Bertrand, le général +Drouot, le général Cambrone, le payeur des +voyages Peyrusse, les fourriers Deschamps et +Baillon, obtiennent la permission de suivre Napoléon. +On compose pour l'île d'Elbe une maison +domestique peu nombreuse. On ne peut emmener +que quatre cents hommes de la garde, et +presque tous ces vieux compagnons de Napoléon +se présentent; on n'a que l'embarras du choix<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77"><sup class="sml">77</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote77" name="footnote77"><b>Note 77: </b></a><a href="#footnotetag77">(retour)</a> «Celui qui persiste à suivre avec fidélité un maître déchu +est le vainqueur du vainqueur de son maître.» + +<p>(<span class="sc">Shakespeare</span>, <i>Antoine et Cléopâtre</i>, acte <span class="sc">iii</span>.)</p> </blockquote> + +<p>Il avait été convenu que chaque grande puissance +enverrait près de Napoléon un commissaire +qui lui servirait de sauvegarde, et l'accompagnerait +à sa nouvelle destination. Il faut +attendre ces commissaires, et huit jours s'écoulent +encore.</p> + +<p>Dans cet intervalle, la dispersion de la famille +impériale est consommée. L'impératrice et +son fils sont tombés au pouvoir des Autrichiens. +Cédant aux ordres de son père, qui lui ont été +portés à Orléans par le prince d'Esterhazi, l'impératrice +s'est laissé conduire à Rambouillet, où +l'empereur d'Autriche doit venir la consoler.</p> + +<p>Madame mère et son frère le cardinal Fesch +<a name="p400" id="p400"></a><span class="pagenum">400</span> +ont quitté Orléans pour prendre le chemin de +Rome.</p> + +<p>Le prince Louis, ci-devant roi de Hollande, +est parti pour la Suisse.</p> + +<p>Le prince Joseph, ci-devant roi d'Espagne, et +le prince Jérôme, ci-devant roi de Westphalie, +sont encore dans les environs d'Orléans, et se +disposent à se retirer du même côté que leur +frère Louis.</p> + +<p>A Fontainebleau, le prince de Neufchâtel, qui +avait envoyé son adhésion au gouvernement provisoire, +continua de remplir les fonctions de major-général +de l'armée; mais bientôt il demanda +à Napoléon la permission de se rendre à Paris, +pour des détails relatifs à ses fonctions, disant +qu'il reviendra le lendemain, et part sans s'expliquer +davantage. «Il ne reviendra pas,» dit froidement +Napoléon au duc de Bassano.--«Quoi! +sire, seraient-ce là les adieux de Berthier?--Oui, +vous dis-je; il ne reviendra pas!»</p> + +<p>Napoléon n'est déjà plus qu'un simple particulier. +Il vit retiré dans le coin du palais qu'il +habite. S'il quitte quelques instants sa chambre, +c'est pour se promener dans le petit jardin qui +est renfermé entre l'ancienne galerie des cerfs et +la chapelle. Toutes les fois qu'il entend une voiture +rouler dans les cours, il demande qui ce +<a name="p401" id="p401"></a><span class="pagenum">401</span> +peut être. Malgré le pressentiment qui a d'abord +affligé son âme, il demande même si ce n'est pas +Berthier qui revient, ou quelques uns de ses anciens +ministres qui arrivent pour lui faire leurs +adieux. Il s'attend à revoir Molé, Fontanes, et +tant d'autres qui lui doivent un dernier témoignage +d'attachement: personne ne vient; Napoléon +reste seul avec le petit nombre de serviteurs +qui ont résolu de rester auprès de sa personne +jusqu'au dernier moment. Le duc de Vicence +s'occupe avec son activité ordinaire des préparatifs +du voyage: on le croirait toujours grand +écuyer. Le duc de Bassano ne quitte pas Napoléon +un seul instant. Celui-ci, dans ses épanchements +avec le ministre de son intime confiance, +conserve cette sérénité qui régnait sur +son visage aux plus beaux jours de sa gloire. A +voir les manières du ministre, on ne croirait pas +que ces jours sont passés. Le respect, les soins, +les égards, ont la même simplicité. C'est encore +le devoir et l'affection qui les commandent; et +s'ils prennent parfois un caractère touchant et +presque solennel, ils le reçoivent d'une âme +forte et d'un coeur attendri.</p> + +<p>Dans un de ces moments où Napoléon attendait +encore les consolations de quelques amis, +le colonel Montholon se présente. Il arrive des +<a name="p402" id="p402"></a><span class="pagenum">402</span> +bords de la Haute-Loire, où il a été chargé de +faire une reconnaissance militaire. Il rend compte +des sentiments dont les populations et les soldats +sont animés; il parle de rallier les troupes du +midi... Napoléon sourit au zèle de ce fidèle serviteur. +«Il est trop tard, répond-il; ce ne serait +plus à présent que de la guerre civile, et rien ne +pourrait m'y décider.» Ces derniers témoignages +de fidélité semblent consoler Napoléon des +coups que l'ingratitude s'efforce de lui porter. Il +lit exactement les journaux de Paris; des torrents +d'injures y découlent contre lui: il ne s'en +affecte que médiocrement; et lorsque la haine +exagère au point de devenir absurde, elle lui +arrache un sourire. Un article signé Lacretelle +lui tombe sous la main: «Il y a deux Lacretelle, +dit-il; celui qui a fait cette méchanceté, est-ce +le mien<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78"><sup class="sml">78</sup></a>?»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote78" name="footnote78"><b>Note 78: </b></a><a href="#footnotetag78">(retour)</a> Il est juste de dire que l'article dont il s'agit ici n'est +pas de M. Lacretelle <i>aîné</i>. </blockquote> + +<p>Ces injures et la conduite de tant de gens dont +il a achevé ou commencé la fortune lui inspirent +un dégoût qui tourne sans doute au profit de sa +résignation.</p> + +<p>De toutes les nouvelles qu'il reçoit de Paris, +celle qui lui fait le moins de peine, c'est l'arrivée +<a name="p403" id="p403"></a><span class="pagenum">403</span> +de M. le comte d'Artois, puisque sa présence +va mettre fin à l'autorité du gouvernement provisoire.</p> + +<p>Napoléon n'entretenait plus de communication +qu'avec Rambouillet. Le général Flahaut, +le colonel Montesquiou et le baron de Beausset +allaient et venaient sans cesse, chargés de commissions +de Napoléon pour l'impératrice, et de +l'impératrice pour Napoléon.</p> + +<p>Marie-Louise avait reçu la visite de son père +à Rambouillet; celui-ci n'avait pu retenir ses +larmes en embrassant cette fille chérie; il avait +vu pour la première fois son petit-fils, aimable +enfant, qui déjà avait porté le titre de roi, et qu'on +ne savait plus comment appeler. Il avait reconnu, +avec une vive émotion, dans cette physionomie +enfantine tous les traits distinctifs de la famille +autrichienne; mais pour en arracher un sourire il +avait fallu promettre de revenir avec des joujoux, +et cette promesse du moins il l'a pu tenir.</p> + +<p>Dans cette première entrevue avec l'impératrice, +l'empereur d'Autriche lui avait fait entendre +qu'elle devait se considérer comme séparée pour +un temps d'avec son mari; que plus tard on verrait +à les réunir; qu'en attendant elle ferait bien +de se distraire, en faisant avec son fils un voyage +à Vienne, où elle trouverait quelque repos et +<a name="p404" id="p404"></a><span class="pagenum">404</span> +quelques consolations dans le sein de sa famille.</p> + +<p>L'empereur d'Autriche était revenu le lendemain, +amenant avec lui l'empereur Alexandre, +qui avait désiré faire une visite à l'impératrice. +Cette singulière politesse ne pouvait qu'aigrir +encore les chagrins de Napoléon. Les dernières +nouvelles qu'il reçoit de Rambouillet sont, que +l'impératrice partira pour Vienne au moment où +il quittera Fontainebleau; qu'elle emmènera son +fils avec elle, et qu'elle y sera accompagnée par +madame la duchesse de Montebello, par mesdames +les comtesses de Montesquiou et de Brignolet, +par le général Caffarelli, par le baron de +Beausset et par le baron Menneval.</p> + +<p>Il est temps de finir le récit de cette grande +catastrophe; déjà ma plume fatiguée s'est plusieurs +fois arrêtée malgré moi; je la reprends +pour remplir ma tâche.</p> + +<p>Les commissaires des alliés<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79"><sup class="sml">79</sup></a> étant tous arrivés +à Fontainebleau, le départ est fixé au 20 +avril. Dans la nuit du 19 au 20, Napoléon éprouve +une dernière défection; son valet de chambre de +confiance Constant et son Mameluck Roustan +disparaissent.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote79" name="footnote79"><b>Note 79: </b></a><a href="#footnotetag79">(retour)</a> 79: Les commissaires des alliés étaient le général russe +Schouwaloff, le général autrichien Koller, le colonel anglais +Campbell et le général prussien Valdebourh-Truchsels. </blockquote> + +<p> <a name="p405" id="p405"></a><span class="pagenum">405</span> </p> + +<p>Le 20 à midi, les voitures de voyage viennent +se ranger dans la cour du cheval blanc au bas +de l'escalier du fer à cheval. La garde impériale +prend les armes et forme la haie; à une heure +Napoléon sort de son appartement, il trouve +rangé sur son passage ce qui reste autour de +lui de la cour la plus nombreuse et la plus brillante +de l'Europe: c'est le duc de Bassano, le général +Belliard, le colonel de Bussy, le colonel +Anatole Montesquiou, le comte de Turenne, le +général Fouler, le baron Mesgrigny, le colonel +Gourgaud, le baron Fain, le lieutenant-colonel +Athalin, le baron de la Place, le baron Lelorgne-d'Ideville, +le chevalier Jouanne, le général Kosakowski +et le colonel Vonsowitch; ces deux +derniers, Polonais<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80"><sup class="sml">80</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote80" name="footnote80"><b>Note 80: </b></a><a href="#footnotetag80">(retour)</a> Le duc de Vicence et le général Flahaut étaient en +mission. </blockquote> + +<p>Napoléon tend la main à chacun, descend vivement +l'escalier, et, dépassant le rang des voitures, +s'avance vers la garde. Il fait signe qu'il +veut parler; tout le monde se tait, et dans le +silence le plus religieux on écoute ses dernières +paroles. +<a name="p406" id="p406"></a><span class="pagenum">406</span> </p> + +<p>«Soldats de ma vieille garde, dit-il, je vous fais +mes adieux. Depuis vingt ans, je vous ai trouvés +constamment sur le chemin de l'honneur et de +la gloire. Dans ces derniers temps, comme dans +ceux de notre prospérité, vous n'avez cessé +d'être des modèles de bravoure et de fidélité. +Avec des hommes tels que vous, notre cause +n'était pas perdue; mais la guerre était interminable: +c'eût été la guerre civile, et la France +n'en serait devenue que plus malheureuse. J'ai +donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la +patrie; je pars: vous, mes amis, continuez de +servir la France. Son bonheur était mon unique +pensée; il sera toujours l'objet de mes voeux! +Ne plaignez pas mon sort; si j'ai consenti à me +survivre, c'est pour servir encore à votre gloire. +Je veux écrire les grandes choses que nous +avons faites ensemble!... Adieu, mes enfants! +Je voudrais vous presser tous sur mon coeur; +que j'embrasse au moins votre drapeau!...»</p> + +<p>A ces mots, le général Petit, saisissant l'aigle, +s'avance. Napoléon reçoit le général dans ses +bras, et baise le drapeau. Le silence d'admiration +que cette grande scène inspire n'est interrompu +que par les sanglots des soldats. Napoléon, +dont l'émotion est visible, fait un effort et reprend +d'une voix plus ferme: «Adieu encore une +<a name="p407" id="p407"></a><span class="pagenum">407</span> +fois, mes vieux compagnons! Que ce dernier +baiser passe dans vos coeurs!»</p> + +<p>Il dit, et, s'arrachant au groupe qui l'entoure, +il s'élance dans sa voiture, au fond de laquelle +est déjà le général Bertrand.</p> + +<p>Aussitôt les voitures partent; des troupes +françaises les escortent, et l'on prend la route +de Lyon. Partout sur son passage, Napoléon +recueille des témoignages touchants d'amour et +de regrets... «On peut contester les louanges, +mais jusqu'ici, ce me semble, on n'a pas contesté +les regrets; et quand les peuples pleurent +un souverain, il faut les en croire<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81"><sup class="sml">81</sup></a>!»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote81" name="footnote81"><b>Note 81: </b></a><a href="#footnotetag81">(retour)</a> La Harpe. </blockquote> + +<p>FIN DE LA TROISIÈME PARTIE.</p> +<br><br> +<p><a name="p408" id="p408"></a><span class="pagenum">408</span> </p> + +<h2>SUPPLÉMENT</h2> +<h3>A LA TROISIÈME PARTIE.</h3> + +<h4>PIÈCES HISTORIQUES.</h4> +<br> + +<p class="mid">(Nº 1.) <i>Traité du 11 avril 1814, connu sous le +nom de traité de Fontainebleau.</i></p> + +<p>Sa majesté l'empereur Napoléon d'une part; et leurs +majestés l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de +Bohême, l'empereur de toutes les Russies, et le roi +de Prusse, stipulant tant en leur nom qu'en celui de +tous leurs alliés, de l'autre; ayant nommé pour leurs +plénipotentiaires, savoir:</p> + +<p>Sa majesté l'empereur Napoléon, les sieurs Armand-Augustin-Louis +de Caulaincourt, duc de Vicence, son +grand écuyer, sénateur, ministre des relations extérieures, +grand aigle de la Légion-d'Honneur, chevalier +des ordres de Léopold d'Autriche, de Saint-André, +de Saint-Alexandre-Newski, de Sainte-Anne de Russie, +et de plusieurs autres; Michel Ney, duc d'Elchingen, +et maréchal de l'empire, grand aigle de la Légion-d'Honneur, +chevalier de la Couronne-de-Fer et de +<a name="p409" id="p409"></a><span class="pagenum">409</span> +l'ordre du Christ<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82"><sup class="sml">82</sup></a>; Jacques-Étienne-Alexandre Macdonald, +duc de Tarente, maréchal de l'empire, grand +aigle de la Légion-d'Honneur, et chevalier de la couronne-de-Fer.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote82" name="footnote82"><b>Note 82: </b></a><a href="#footnotetag82">(retour)</a> 82: Il est remarquable que le maréchal Ney ne prend pas ici le +titre de prince de la Moskowa, par ménagement pour l'empereur +Alexandre. </blockquote> + +<p>Et sa majesté l'empereur d'Autriche, le sieur Clément-Wenceslas-Lothaire, +prince de Metternich; Winebourg-Schsenhausen, +chevalier de la Toison-d'Or, +grand'croix de l'ordre royal de Saint-Étienne, grand +aigle de la Légion-d'Honneur, chevalier des ordres de +Saint-André, de Saint-Alexandre Newski, et de Sainte-Anne +de Russie, de l'Aigle-Noir et de l'Aigle-Rouge +de Prusse, grand'croix de l'ordre de Saint-Joseph de +Wurtzbourg, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de +Jérusalem, et de plusieurs autres, chancelier de l'ordre +militaire de Marie-Thérèse, curateur de l'académie +impériale des beaux-arts, chambellan, conseiller +intime actuel de sa majesté impériale et royale apostolique, +et son ministre d'état des conférences et des +affaires étrangères.</p> + +<p>(Dans le traité avec la Russie sont les titres du baron +de Nesselrode, et dans le traité avec la Prusse sont +les titres du baron de Hardemberg.)</p> + +<p>Les plénipotentiaires ci-dessus nommés, après avoir +procédé à l'échange de leurs pleins pouvoirs respectifs, +sont convenus des articles suivants: +<a name="p410" id="p410"></a><span class="pagenum">410</span> </p> + +<p>ARTICLE PREMIER.</p> + +<p>Sa majesté l'empereur Napoléon renonce, pour lui +et ses successeurs et descendants, ainsi que pour chacun +des membres de sa famille, à tout droit de souveraineté +et de domination, tant sur l'empire français +et le royaume d'Italie que sur tout autre pays.</p> + +<p>ARTICLE II.</p> + +<p>Leurs majestés l'empereur Napoléon et l'impératrice +Marie-Louise conserveront ces titres et qualités pour +en jouir leur vie durant.</p> + +<p>La mère, les frères, soeurs, neveux et nièces de +l'empereur conserveront également, partout où ils se +trouveront, les titres de princes de sa famille.</p> + +<p>ARTICLE III.</p> + +<p>L'île d'Elbe, adoptée par sa majesté l'empereur Napoléon +pour le lieu de son séjour, formera, sa vie +durant, une principauté séparée, qui sera possédée +par lui en toute souveraineté et propriété.</p> + +<p>Il sera donné en outre en toute propriété à l'empereur +Napoléon un revenu annuel de deux millions +de francs en rente sur le grand-livre de France, dont +un million réversible à l'impératrice. +<a name="p411" id="p411"></a><span class="pagenum">411</span> </p> + +<p>ARTICLE IV.</p> + +<p>Toutes les puissances s'engagent à employer leurs +bons offices pour faire respecter par les Barbaresques +le pavillon et le territoire de l'île d'Elbe, et pour que +dans ses rapports avec les Barbaresques elle soit assimilée +à la France.</p> + +<p>ARTICLE V.</p> + +<p>Les duchés de Parme, de Plaisance, et Guastalla, +seront donnés en toute propriété et souveraineté à +sa majesté l'impératrice Marie-Louise. Ils passeront +à son fils et à sa descendance en ligne directe. Le +prince son fils prendra dès ce moment le titre de +prince de Parme, Plaisance, et Guastalla.</p> + +<p>ARTICLE VI.</p> + +<p>Il sera réservé, dans les pays auxquels l'empereur +Napoléon renonce, pour lui et sa famille, des domaines, +ou donné des rentes sur le grand-livre de France, +produisant un revenu annuel, net, et déduction faite +de toutes charges, de deux millions cinq cent mille +francs. Ces domaines ou rentes appartiendront en toute +propriété, et pour en disposer comme bon leur semblera, +aux princes et princesses de sa famille, et seront +répartis entre eux, de manière à ce que le revenu +de chacun soit dans la proportion suivante: +<a name="p412" id="p412"></a><span class="pagenum">412</span> </p> + +<p>Savoir:</p> + +<p>A madame mère, trois cent mille francs;</p> + +<p>Au roi Joseph et à la reine, cinq cent mille francs;</p> + +<p>Au roi Louis, deux cent mille francs;</p> + +<p>A la reine Hortense et à ses enfants, quatre cent +mille francs;</p> + +<p>Au roi Jérôme et à la reine, cinq cent mille francs;</p> + +<p>A la princesse Élisa, trois cent mille francs;</p> + +<p>A la princesse Pauline, trois cent mille francs.</p> + +<p>Les princes et princesses de la famille de l'empereur +Napoléon conserveront en outre tous les biens meubles +et immeubles, de quelque nature que ce soit, +qu'ils possèdent à titre particulier, et notamment les +rentes dont ils jouissent, également comme particuliers, +sur le grand-livre de France, ou le Monte-Napoleone +de Milan.</p> + +<p>ARTICLE VII.</p> + +<p>Le traitement annuel de l'impératrice Joséphine sera +réduit à un million en domaines ou en inscriptions +sur le grand-livre de France. Elle continuera à jouir +en toute propriété de tous ses biens meubles et immeubles +particuliers, et pourra en disposer conformément +aux lois françaises.</p> + +<p>ARTICLE VIII.</p> + +<p>Il sera donné au prince Eugène, vice-roi d'Italie, +un établissement convenable hors de France. +<a name="p413" id="p413"></a><span class="pagenum">413</span> </p> + +<p>ARTICLE IX.</p> + +<p>Les propriétés que sa majesté l'empereur Napoléon +possède en France, soit comme domaine extraordinaire, +soit comme domaine privé, resteront à la couronne.</p> + +<p>Sur les fonds placés par l'empereur Napoléon, soit +sur le grand-livre, soit sur la banque de France, soit +sur les actions des forêts<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83"><sup class="sml">83</sup></a>, soit de toute autre manière, +et dont sa majesté fait l'abandon à la couronne, +il sera réservé un capital qui n'excédera pas deux millions, +pour être employé en gratifications en faveur +des personnes qui seront portées sur l'état que signera +l'empereur Napoléon, et qui sera remis au gouvernement +français<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84"><sup class="sml">84</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote83" name="footnote83"><b>Note 83: </b></a><a href="#footnotetag83">(retour)</a> Lisez des canaux: actions des forêts est évidemment une erreur +matérielle du copiste, puisqu'il n'a jamais existé d'actions des +forêts. </blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote84" name="footnote84"><b>Note 84: </b></a><a href="#footnotetag84">(retour)</a> État des gratifications accordées par l'empereur Napoléon conformément +à l'article <span class="sc">ix</span> ci-dessus; savoir: + +<p>AUX GÉNÉRAUX DE LA GARDE</p> + +<pre> +Friant. 50,000 +Cambrone. 50,000 +Petit. 50,000 +Ornano. 50,000 +Curial. 50,000 +Michel. 50,000 +Lefebvre-Desnouettes. 50,000 +Guyot. 50,000 + -------- +A reporter. 400,000 + +Suite de l'état de l'autre part. 400,000 +Lyon. 50,000 +Laferrière. 50,000 +Colbert. 50,000 +Marin. 50,000 +Boulard. 50,000 + +AUX AIDES DE CAMP. + +Drouot. 50,000 +Corbineau. 50,000 +Dejean. 50,000 +Caffarelli. 50,000 +Montesquiou. 50,000 +Bernard. 50,000 +Bussy. 50,000 + +Au général Fouler, écuyer de l'empereur. 50,000 +Au baron Fain, secrétaire du cabinet. 50,000 +Au baron Menneval, secrétaire des commandements de +l'impératrice Marie-Louise. 50,000 +Au baron Corvisart, premier médecin. 50,000 +Au colonel Gourgaud, premier officier d'ordonnance. 50,000 +Au chevalier Jouanne, premier commis du cabinet. 40,000 +Au baron Yvan, chirurgien ordinaire. 40,000 +A trente officiers de la garde (état A). 170,000 +Au service de la chambre (état B). 100,000 +Au service des écuries (état C). 130,000 +Au service de l'impératrice et de la bouche (état D). 140,000 +---------- +A reporter. 1,870,000 + +Tous les diamants de la couronne resteront à la France. + +<a name="p414" id="p414"></a><span class="pagenum">414</span> + +Suite de l'état ci-dessus. 1,870,000 + +Au service des fourriers et du roi de Rome (état E). 70,000 +Au service de santé de l'empereur (état F). 60,000 + +Total. 2,000,000 + + +</pre> +</blockquote> + + +<p> <a name="p415" id="p415"></a><span class="pagenum">415</span> </p> + +<p>ARTICLE XI.</p> + +<p>L'empereur Napoléon fera retourner au trésor et +aux autres caisses publiques toutes les sommes et +effets qui auraient été déplacés par ses ordres, à +l'exception de ce qui provient de la liste civile.</p> + +<p>ARTICLE XII.</p> + +<p>Les dettes de la maison de sa majesté l'empereur +Napoléon, telles qu'elles se trouvent au jour de la +signature du présent traité, seront immédiatement +acquittées sur les arrérages dus par le trésor public à +la liste civile, d'après les états qui seront signés par +un commissaire nommé à cet effet.</p> + +<p>ARTICLE XIII.</p> + +<p>Les obligations du Monte-Napoleone de Milan envers +tous ses créanciers, soit Français, soit étrangers, +seront exactement remplies sans qu'il soit fait aucun +changement à cet égard<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85"><sup class="sml">85</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote85" name="footnote85"><b>Note 85: </b></a><a href="#footnotetag85">(retour)</a> Cet article est la seule condition que Napoléon ait mise à son +abdication du trône d'Italie, et n'a pas été respecté. </blockquote> + +<p> <a name="p416" id="p416"></a><span class="pagenum">416</span> </p> + +<p>ARTICLE XIV.</p> + +<p>On donnera tous les sauf-conduits nécessaires pour +le libre voyage de sa majesté l'empereur Napoléon, +de l'impératrice, des princes et princesses, et de +toutes les personnes de leur suite qui voudront les +accompagner, ou s'établir hors de France, ainsi que +pour le passage de tous les équipages, chevaux, et +effets qui leur appartiennent.</p> + +<p>Les puissances alliées donneront en conséquence +des officiers et quelques hommes d'escorte.</p> + +<p>ARTICLE XV.</p> + +<p>La garde impériale française fournira un détachement +de douze à quinze cents hommes de toute arme +pour servir d'escorte jusqu'à Saint-Tropez, lieu de +l'embarquement.</p> + +<p>ARTICLE XVI.</p> + +<p>Il sera fourni une corvette armée et les bâtiments +de transport nécessaires pour conduire au lieu de sa +destination sa majesté l'empereur Napoléon, ainsi +que sa maison. La corvette demeurera en toute propriété +à sa majesté. +<a name="p417" id="p417"></a><span class="pagenum">417</span> </p> + +<p>ARTICLE XVII.</p> + +<p>Sa majesté l'empereur Napoléon pourra emmener +avec lui, et conserver pour sa garde, quatre cents +hommes de bonne volonté, tant officiers que sous-officiers +et soldats.</p> + +<p>ARTICLE XVIII.</p> + +<p>Tous les Français qui auront suivi sa majesté l'empereur +Napoléon et sa famille seront tenus, s'ils ne +veulent perdre leur qualité de Français, de rentrer en +France dans le terme de trois ans, à moins qu'ils ne +soient compris dans les exceptions que le gouvernement +français se réserve d'accorder après l'expiration +de ce terme.</p> + +<p>ARTICLE XIX.</p> + +<p>Les troupes polonaises de toute arme qui sont au +service de France auront la liberté de retourner chez +elles, en conservant armes et bagages, comme un +témoignage de leurs services honorables. Les officiers, +sous-officiers et soldats conserveront les décorations +qui leur ont été accordées et les pensions affectées à +ces décorations. +<a name="p418" id="p418"></a><span class="pagenum">418</span> </p> + +<p>ARTICLE XX.</p> + +<p>Les hautes puissances alliées garantissent l'exécution +de tous les articles du présent traité. Elles s'engagent +à obtenir qu'ils soient adoptés et garantis par la France.</p> + +<p>ARTICLE XXI.</p> + +<p>Le présent traité sera ratifié et les ratifications en +seront échangées à Paris dans le terme de deux jours, +ou plus tôt si faire se peut.</p> + +<p>Fait à Paris, le 11 avril mil huit cent quatorze.</p> + +<p>/* +<i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence; +Le maréchal duc de Tarente, <span class="sc">Macdonald</span>; +Le maréchal d'Elchingen, <span class="sc">Ney</span>. +<i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>. +*/</p> + +<p>Les mêmes articles ont été signés séparément, et +sous la même date, de la part de la Russie par le +comte de Nesselrode, et de la part de la Prusse par +le baron de Hardemberg. +<a name="p419" id="p419"></a><span class="pagenum">419</span> </p> + +<p>(Nº 2.) <i>Déclaration du gouvernement provisoire +de France.</i></p> + +<p>Les puissances alliées ayant conclu un traité avec +sa majesté l'empereur Napoléon, et ce traité renfermant +des dispositions à l'exécution desquelles le gouvernement +français est dans le cas de prendre part, +et des explications réciproques ayant eu lieu sur ce +point, le gouvernement provisoire de France, dans +la vue de concourir efficacement à toutes les mesures +qui sont adoptées, se fait un devoir de déclarer qu'il +y adhère autant que besoin est, et garantit, en tout +ce qui concerne la France, l'exécution des stipulations +renfermées dans ce traité, qui a été signé aujourd'hui +entre MM. les plénipotentiaires des hautes puissances +alliées, et ceux de sa majesté l'empereur Napoléon.</p> + +<p>Paris, le 11 avril 1814.<br> + +<span class="rig"><i>Signé les membres du gouvernement provisoire.</i></span></p><br><br> + +<p class="mid">(Nº 3.) <i>Déclaration au nom de S. M. Louis XVIII.</i></p> + +<p>Le soussigné, ministre secrétaire d'état au département +des affaires étrangères, ayant rendu compte +au roi de la demande que leurs excellences messieurs +les plénipotentiaires des cours alliées ont reçu de leurs +<a name="p420" id="p420"></a><span class="pagenum">420</span> +souverains l'ordre de faire relativement au traité du +11 avril, auquel le gouvernement provisoire a accédé, +il a plu à sa majesté de l'autoriser de déclarer +en son nom que les clauses du traité à la charge de +la France seront fidèlement exécutées. Il a en conséquence +l'honneur de le déclarer par la présente à leurs +excellences.</p> + +<p>Paris, le 31 mai 1814.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Bénévent</span>.</span></p><br><br> + +<p class="mid">(Nº 4.) <i>Lettre de lord Castlereagh</i><br> + +<i>A lord Bathurst, relative au traité de Fontainebleau.</i></p> + +<p class="rig">Paris, le 13 avril 1814.</p><br><br> + +<p>Je me borne, en conséquence, pour le moment, à +vous expliquer ce qui s'est passé par rapport à la +destinée future et à l'établissement de Napoléon et de +sa famille.</p> + +<p>V. S. connaît déjà, par lord Cathcart, l'acte d'abdication +signé par Bonaparte le 4 de ce mois, et l'assurance +qui lui a été donnée par l'empereur de +Russie et par le gouvernement provisoire d'une pension +de six millions de francs, avec un asile dans l'île +d'Elbe. Bonaparte avait déposé cet acte entre les +mains de M. de Caulaincourt, et des maréchaux Ney et +<a name="p421" id="p421"></a><span class="pagenum">421</span> +Macdonald, pour l'échanger contre un engagement +formel de la part des alliés, relatif à l'arrangement +proposé. Les mêmes personnes étaient autorisées à +consentir à un armistice et à déterminer une ligne de +démarcation qui puisse en même temps être satisfaisante +pour les alliés, et prévenir l'effusion inutile +du sang humain.</p> + +<p>A mon arrivée, je trouvai cet arrangement sur le +point d'être adopté. On avait discuté une convention +qui aurait dû être signée le jour même, si l'on n'avait +annoncé l'approche des ministres alliés. Les motifs +qui portaient à hâter la conclusion de cet acte +étaient l'inconvénient, sinon le danger, qu'il y avait à +ce que Napoléon demeurât à Fontainebleau, entouré +de troupes qui lui restaient toujours fidèles; la crainte +d'intrigues dans l'armée et la capitale, et l'avantage +qu'avait, aux yeux de beaucoup d'officiers, un arrangement +favorable à leur chef, qui leur permît de +l'abandonner sans se déshonorer.</p> + +<p>Dans la nuit après mon arrivée, les quatre ministres +eurent une conférence sur la convention préparée +avec le prince de Bénévent. J'y fis connaître mes objections, +en exprimant en même temps le désir qu'on +ne crût que j'y insistais, au risque de compromettre la +tranquillité de la France, que pour empêcher l'exécution +de la promesse donnée, à cause de l'urgence des +circonstances, par la Russie.</p> + +<p>Le prince de Bénévent reconnut la solidité de plusieurs +de mes objections; mais il déclara en même +<a name="p422" id="p422"></a><span class="pagenum">422_</span> +temps qu'il croyait que le gouvernement provisoire +ne pouvait avoir d'objet plus important que d'éviter +tout ce qui pouvait, même pour un instant, prendre +le caractère d'une guerre civile; et qu'il pensait aussi +qu'une mesure de ce genre était essentielle pour faire +passer l'armée du côté du gouvernement, dans une +disposition qui permît de l'employer. D'après cette +déclaration, et celle du comte de Nesselrode, portant +qu'en l'absence des alliés, l'empereur son maître avait +senti la nécessité d'agir pour le mieux, en leur nom +aussi bien qu'en son propre nom, je m'abstins de +toute opposition ultérieure au principe de la mesure, +me bornant à suggérer quelques modifications dans +les détails. Je refusai cependant, au nom de mon +gouvernement, d'être plus que partie accédante au +traité, et déclarai que l'acte d'accession de la Grande-Bretagne +ne s'étendrait pas au-delà des arrangements +territoriaux proposés dans le traité. On regarda comme +parfaitement fondée mon observation, qu'il n'était +pas nécessaire que nous prissions part à la forme du +traité, nommément pour ce qui regardait la reconnaissance +du titre de Napoléon, dans les circonstances +actuelles. Je joins maintenant le protocole et la note +qui déterminent le point d'extension auquel j'ai pris +sur moi de faire des promesses au nom de ma cour.</p> + +<p>Conformément à mes propositions, la reconnaissance +des titres impériaux, dans la famille, fut limitée +à la durée de la vie des individus, d'après ce +qui s'est observé lorsque le roi de Pologne devint +électeur de Saxe. +<a name="p423" id="p423"></a><span class="pagenum">423</span> </p> + +<p>Quant à ce qui fut fait en faveur de l'impératrice, +non seulement je n'y fis aucune objection, mais je le +regardai comme dû à l'éclatant sacrifice des sentiments +de famille que l'empereur d'Autriche fait à la +cause de l'Europe. J'aurais désiré substituer une +autre position à celle de l'île d'Elbe pour servir de +retraite à Napoléon; mais il n'y en a pas de disponible +qui présente la sécurité sur laquelle il insiste, et contre +laquelle on ne pourrait faire les mêmes objections; et +je ne crois pas pouvoir encourager l'alternative dont, +d'après l'assurance de M. de Caulaincourt, Bonaparte +avait plusieurs fois parlé d'avoir un asile en Angleterre.</p> + +<p>La même nuit, les ministres alliés eurent une conférence +avec M. de Caulaincourt et les maréchaux; j'y +assistai. Le traité fut examiné et accepté avec des +changements; depuis il a été signé et ratifié, et Bonaparte +commence demain, ou après-demain, son voyage +au midi.<br> + +<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Castlereagh</span>.</span></p><br><br> + +<br><hr class="full"><br> + + + +<h2>TABLE</h2> + +<h3>ALPHABÉTIQUE ET RAISONNÉE</h3> + +<h4>DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME.</h4> +<br> + +<p><span class="sc">Abdication</span>. Le duc de Vicence vient demander à Fontainebleau +que Napoléon abdique en faveur de son fils, +369.--Première rédaction de l'abdication, 372.--Napoléon +annonce à l'armée son abdication par un +ordre du jour, 375.--Les alliés ayant demandé que +l'abdication fût complète, entière et absolue, le duc de +Vicence revient à Fontainebleau, 382.--Seconde rédaction +de l'abdication, 389.--Napoléon changeant +d'avis fait redemander son abdication au duc de Vicence, +391.--Traité d'abdication du 11 avril, 408.</p> + +<p><span class="sc">Aisne</span>. Passage de l'Aisne par l'armée française à Béry-au-Bac, +181.</p> + +<p><span class="sc">Albufera</span> (le maréchal Suchet, duc d'), arrête les Espagnols +sur la ligne de Lobrégat, 36.--Est appelé à remplacer +le maréchal Augereau dans le commandement de +l'armée de Lyon, 198.</p> + +<p><span class="sc">Alexandre</span> (l'empereur). <i>Voyez</i> <span class="sc">Russie</span>.</p> + +<p><span class="sc">Angleterre</span>. Déclaration du prince régent sur les intentions +pacifiques de l'Angleterre, 5.--Lord Castlereagh, son +ministre des affaires étrangères, se rend au quartier +général des alliés, 41.--Fait signer le traité de Chaumont, +177.</p> + +<p><span class="sc">Angoulême</span> (le duc d'). Présence de ce prince dans le midi, +144.--Il arrive à Bordeaux, 203.</p> + +<p><span class="sc">Anvers</span>. Les alliés s'approchent d'Anvers, 35.--Napoléon +confie la défense de cette place au général Carnot, 47. +--Les Anglais échouent dans leurs attaques, 197.</p> + +<p><span class="sc">Arcis-sur-Aube</span>. Rencontre et bataille d'Arcis, les 20 et 21 +mars, 207.</p> + +<p><span class="sc">Armées françaises</span>. La grande armée, en se retirant d'Allemagne, +prend ses cantonnements derrière le Rhin, 3.-- +Situation et force des diverses armées françaises, 32.-- +Revue des armées françaises encore employées au +dehors, en Allemagne, en Espagne et en Italie, 32. +--Ressources que les armées françaises offrent encore à +Napoléon à l'époque de son abdication, 382.</p> + +<p><span class="sc">Armées ennemies</span>. Force des armées ennemies employées +à l'invasion de la France, 31.--Armée anglo-espagnole, +<i>voyez</i> Wellington.--Armée autrichienne sur +l'Adige, <i>voyez</i> Italie.</p> + +<p><span class="sc">Armistice</span>. Le prince Wentzel-Lichtenstein, aide de camp +du prince Schwartzenberg, vient au hameau de Châtres +proposer un armistice, 143.--Le village de Lusigny +est fixé pour la négociation de l'armistice, 155.--Le +général Flahaut est nommé commissaire de l'empereur +pour cette négociation, 155.--Napoléon demande que +la ligne de démarcation de l'armistice soit tirée d'Anvers +sur Lyon, 158.--Rupture des conférences de Lusigny. +--Le général Flahaut vient rejoindre l'empereur le 8 +mars à Chavignon, 187.</p> + +<p><span class="sc">Artois</span> (le comte d'). Voyage de ce prince en Suisse.--Il +doit venir au quartier général des alliés, 144.--Les +paysans des environs de Saint-Thibaut croient le faire +prisonnier, 225.--Napoléon apprend avec plaisir l'arrivée +de ce prince à Paris, 402.</p> + +<p><span class="sc">Athalin</span>, lieutenant-colonel du génie, adjoint au directeur +du cabinet topographique, marque sur la carte, par des +épingles, tous les lieux que les rapports du jour indiquent, +89.--Reste jusqu'à la fin à Fontainebleau, 405.</p> + +<p><span class="sc">Augereau</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Castiglione</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Autriche</span> (l'empereur d') entre en France, 15.--Est +entraîné par les fuyards du côté de Dijon, tandis que les +autres souverains marchent sur Paris, 226.--L'impératrice +est autorisée à lui dépêcher le duc de Cadore +pour le presser d'intervenir en faveur d'elle et de son +fils, 374.</p> + +<p><span class="sc">Bacler-d'Albe</span>, directeur du cabinet topographique, marque +sur la carte, par des épingles, tous les points que les +rapports du jour indiquent, 89.--Est envoyé à Paris pour +y porter la nouvelle de la retraite des Prussiens, 172.</p> + +<p><span class="sc">Baillon</span>, fourrier du palais, suit Napoléon à l'île d'Elbe, +399.</p> + +<p><span class="sc">Barbé-Marbois</span> (le comte) est commissaire du sénat pour +l'examen des pièces de la négociation de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Bassano</span> (M. Maret, duc de), ministre des affaires étrangères, +répond aux propositions apportées de Francfort +par le baron Saint-Aignan, 8.--Il est rappelé au ministère +de la secrétairerie d'état, 10.--Il rejoint Napoléon +à Brienne, 98.--Son travail journalier avec Napoléon, +195.--Sa belle conduite auprès de Napoléon +à Fontainebleau, 401 et 405. (Voir dans le supplément +sa correspondance avec le duc de Vicence, relativement +aux négociations de Châtillon.)</p> + +<p><span class="sc">Baste</span> (le contre-amiral) est tué à l'attaque de Brienne, +95.</p> + +<p><span class="sc">Beausset</span> (le baron), préfet du palais, vient de Rambouillet +à Fontainebleau, chargé de commissions de l'impératrice, +403.--Suit l'impératrice à Vienne, 404.</p> + +<p><span class="sc">Belgique</span>. La Belgique est enlevée à la France, 108.</p> + +<p><span class="sc">Bellart</span> (M.) convoque illégalement le conseil général de +Paris, dont il est président, 367.</p> + +<p><span class="sc">Belliard</span> (le général comte) remplace le général Grouchy +blessé à la bataille de Craonne, et commande la cavalerie, +184.--Se présente à Napoléon à Fontainebleau, +après la capitulation de Paris, 229.--Reste à Fontainebleau +jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Bellune</span> (le maréchal Victor, duc de) se retire de Strasbourg +par les Vosges, 26.--Et de Nancy sur Vitry-le-Français, +87.--Combat à Brienne, 100.--Reste chargé +de la défense de la Seine pendant les affaires de Montmirail, +114.--Recule jusqu'à Guignes, 126.--Combat +à Nangis, et poursuit l'ennemi dans la direction de +Montereau, 128.--Combat à Montereau, 128.--Sa +querelle avec Napoléon, à Surville, 134.--Il est blessé +à Craonne, 184.</p> + +<p><span class="sc">Bénévent</span> (M. de Talleyrand, prince de), est commissaire +du sénat pour l'examen des pièces de la négociation de +Francfort, 19.--Il envoie, dit-on, M. de Vitrolles à +M. le comte d'Artois, 225.--Reste à Paris pour en +faire les honneurs aux alliés, 359.--Assiste au conseil +des alliés, <i>ibid.</i>--Est nommé président du gouvernement +provisoire, 366.</p> + +<p><span class="sc">Bénigsen</span> (le général russe). Son armée est retenue sur +l'Elbe par nos garnisons, 37.</p> + +<p><span class="sc">Berg-op-Zoom</span>. Surprise de cette place par les Anglais.--Belle +action du général Bizannet, 197.</p> + +<p><span class="sc">Berckheim</span> (le général), écuyer de Napoléon, est mis à la +tête de la levée en masse de l'Alsace, 43.</p> + +<p><span class="sc">Bernadotte</span>, prince de Suède. L'armée qu'il commande +s'avance sur la Hollande et la Belgique, 15.--Elle passe +le Wahal et la Meuse et s'approche d'Anvers, 35.--Combat +sous les murs d'Anvers, 46.--Nous enlève la +Belgique, 108.--Son avant-garde s'avance jusqu'à Soissons, +161.--Reprend une seconde fois cette ville et +sauve l'armée de Blücher, 174.--Protège la retraite de +Blücher sur Laon, en livrant la bataille de Craonne, 181.--Se +retire elle-même sur Laon, 184.--Bernadotte n'a +franchi qu'à regret la limite du Rhin, 189.</p> + +<p><span class="sc">Berry</span> (le duc de). Arrivée de ce prince à Jersey, 144.</p> + +<p><span class="sc">Berthier</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Neufchatel</span>.</p> + +<p><span class="sc">Bertrand</span> (le général comte), grand maréchal du palais, +monte dans la voiture de Napoléon partant pour l'armée, +83.--Interroge les gens du pays qu'on amène à +Napoléon, 89.--Commande, à la bataille de Montmirail, +l'attaque du village de Marchais, sur la gauche, +118.--Accompagne Napoléon à l'île d'Elbe, 399.</p> + +<p><span class="sc">Béry-au-Bac</span>. Napoléon y établit son quartier général, et +y passe l'Aisne le 5 mars, 181.</p> + +<p><span class="sc">Beurnonville</span> (le comte de), sénateur, est commissaire +du sénat pour l'examen des pièces de la négociation de +Francfort, 19.--Est commissaire extraordinaire de Napoléon +pour les mesures de défense dans les provinces, 28.--Est +nommé membre du gouvernement provisoire, 366.</p> + +<p><span class="sc">Bezu-Saint-Germain</span>, village entre Château-Thierry et +Soissons.--Napoléon y établit son quartier général +le 3 mars, 173.</p> + +<p><span class="sc">Bizannet</span> (le général), commandant de Berg-op-Zoom. +Belle action de ce brave, 197.</p> + +<p><span class="sc">Blücher</span> (le général prussien). L'armée qu'il commande +passe le Rhin à Manheim, 15.--S'avance sur la Lorraine, +26.--Arrive devant Metz et Nancy, 44.--Traverse +la Marne à Saint-Dizier, et se dirige sur Brienne, 86.--Est +coupée en deux parties par l'arrivée de Napoléon +à Saint-Dizier, 91.--Blücher manque d'être pris au +combat de Brienne, 95.--Il fait sa retraite sur l'armée +autrichienne, vers Bar, 97.--Revient avec elle sur +Brienne et y livre bataille, 99.--De Brienne, Blücher +se porte sur Châlons, et de là descend la Marne vers +Paris, 108.--Son avant-garde est arrivée à La Ferté-sous-Jouarre, +115.--Le combat de Champaubert la +sépare de Blücher, resté du côté de Châlons, 116.--La +bataille de Montmirail rejette le corps d'Yorck et de +Sacken sur Château-Thierry, 117.--Le combat de Château-Thierry +achève de les séparer de leur général en +chef Blücher, et les force de se jeter dans Soissons, 119.--De +son côté, Blücher, ayant reçu des renforts, s'est +reporté en avant; il est prêt d'arriver sur Montmirail, 122.--Battu +à Vauchamps, il manque encore une fois d'être +fait prisonnier, 123.--Napoléon retrouve Blücher et +ses troupes sur la Seine à Méry.--Blücher y est blessé, +142, 160 et 162.--Il se retire de Méry pour marcher +sur Paris, 163.--Atteint par Napoléon, qui s'est remis +à sa poursuite, il lui échappe en passant la Marne et se +retirant sur Soissons, 170.--Les Russes le sauvent en +lui ouvrant les portes de cette ville, 174.--Napoléon +le poursuit au-delà de l'Aisne, 181.--Blücher, après +avoir fait sa jonction avec l'armée du prince de Suède, +se retrouve plus fort que jamais, 189.--Après le combat +de Laon il reprend l'offensive, 191.--Il pousse des +partis jusqu'à Compiègne, 200.--Rappelé par Schwartzenberg +sur Épernay et Châlons, il fait sa jonction avec +la grande armée autrichienne, 218.--Il détache Wintzingerode +à la poursuite de Napoléon du côté de Saint-Dizier, +219.--S'étant, de sa personne, avancé vers Paris, +il prend Saint-Denis et les hauteurs de Montmartre, 232.</p> + +<p><span class="sc">Boissy-d'Anglas</span> (le sénateur comte) est nommé par Napoléon +commissaire extraordinaire pour les mesures de +défense, 28.</p> + +<p><span class="sc">Bonaparte</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</p> + +<p><span class="sc">Bordeaux</span>. Événements de Bordeaux; les Anglais y sont +entrés, 202.</p> + +<p><span class="sc">Bourbon</span> (la maison de). Conversation de Napoléon avec un +aide de camp du prince Schwartzenberg, sur les projets +qu'on suppose aux alliés, en faveur de cette maison, 144.--L'Angleterre +a entrepris sérieusement la restauration +de la maison de Bourbon, 152.--Démarches des royalistes +de Troyes auprès de l'empereur Alexandre, 153.--Les +succès des alliés donnent de la consistance aux +projets des royalistes, 199.--Louis XVIII est proclamé +à Bordeaux, 203.--Les généraux alliés, en entrant +dans Paris, donnent pour exemple à suivre la conduite +de Bordeaux et de Lyon, qui viennent de reconnaître les +Bourbons, 358.--M. de Nesselrode fait mettre en liberté +les individus détenus <i>pour leur attachement à leurs +souverains légitimes</i>, 362.--Soins que se donnent à +Paris les partisans de la restauration, 563.--Ils finissent +par l'emporter, 379.--Napoléon engage lui-même +ses serviteurs à se rallier au gouvernement du roi +Louis XVIII, 398.</p> + +<p><span class="sc">Bourmont</span> (le général comte) reste chargé de la défense +de Nogent, 114.--Est blessé au combat de Nogent, 140.</p> + +<p><span class="sc">Bray</span>, en Laonnais, village du champ de bataille de Craonne.--Napoléon +y passe la nuit qui suit la bataille, 185.</p> + +<p><span class="sc">Breda</span>. Évacuation trop prompte de cette place, 34.</p> + +<p><span class="sc">Brienne</span>. Combat de Brienne, le 29 janvier, 94.--Napoléon +y établit son quartier-général le 30, 97.--Bataille +de Brienne le 1<sup>er</sup> février, 100.</p> + +<p><span class="sc">Brignolet</span> (la comtesse) suit l'impératrice Marie-Louise à +Vienne, 404.</p> + +<p><span class="sc">Bubna</span> (le général autrichien) viole la neutralité des +Suisses à la tête de l'avant-garde des alliés, 14.--S'empare +de Genève, 25.--Du Valais et de la route du +Simplon, 44.--Se présente devant Lyon, 105.--Et se +concentre sur Genève, 138.</p> + +<p><span class="sc">Bulow</span> (le général prussien). Le corps d'armée qu'il commande +fait partie de l'armée du prince de Suède. <i>Voyez</i> +<span class="sc">Bernadotte</span>.</p> + +<p><span class="sc">Bussy</span> (M. de), maire de Baurieux, ancien officier d'artillerie, +se présente à Corbeny, et est reconnu comme un +ancien camarade du régiment de La Fère, par Napoléon, +qui lui rend le grade de colonel, et le fait son aide de +camp, 182.--Reste à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Cambrone</span> (le général) suit Napoléon à l'île d'Elbe, 399.</p> + +<p><span class="sc">Capelle</span> (le baron), préfet à Genève, s'éloigne à l'approche +des Autrichiens, 25.</p> + +<p><span class="sc">Caraman</span> (M. de), officier d'ordonnance, va reconnaître +la position des ennemis à Craonne, 182.</p> + +<p><span class="sc">Castiglione</span> (le maréchal Augereau, duc de), est chargé +du commandement de l'armée qui se réunit à Lyon, 44.--Reçoit, après le combat de Montereau, l'ordre de remonter +la Saône et de tomber sur les derrières de la +grande armée autrichienne, 138.--Manque cette occasion +de sauver la France, 169.--Il est remplacé par le +maréchal Suchet, 198.</p> + +<p><span class="sc">Castlereagh</span> (lord), ministre des affaires étrangères d'Angleterre, +se rend au quartier général des alliés, 41.</p> + +<p><span class="sc">Caulaincourt</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Vicence</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Châlons-sur-Marne</span>. Toutes les troupes font leur retraite +sur Châlons, 27.--La nouvelle armée est dirigée sur +ce point, 32.--Les dernières ressources des dépôts de +l'intérieur y sont également envoyées, 47.--L'empereur +y arrive, 85.</p> + +<p><span class="sc">Châlons-sur-Saône</span> (belle conduite des habitants de), 43.</p> + +<p><span class="sc">Chambéry</span>. Le général Desaix pourvoit à la sûreté de cette +ville, 44.</p> + +<p><span class="sc">Champagny</span> (duc de Cadore). L'impératrice Marie-Louise +est autorisée à l'envoyer prier l'empereur d'Autriche +d'intervenir en faveur de la régence et des droits de son +fils, 374.</p> + +<p><span class="sc">Champaubert</span> (combat de). Napoléon établit son quartier +général dans ce village le 10 février, 116.</p> + +<p><span class="sc">Charpentier</span> (le général). La division soutient glorieusement +l'attaque de l'ennemi devant Laon, 191.</p> + +<p><span class="sc">Chateau</span> (le général), gendre et chef d'état major du duc +de Bellune, Victor, se distingue à l'attaque de Brienne, 95.--Blessé +mortellement au combat de Montereau, 130. +--Regrets de Napoléon, et phrases du bulletin sur sa +mort, 135 et 136.</p> + +<p><span class="sc">Chateau-Thierry</span> (combat de), le 12 février, 119.--Le +13, Napoléon établit son quartier général dans cette +ville, 120.</p> + +<p><span class="sc">Châtillon-sur-Seine</span> est indiqué pour la tenue du congrès, +87.--Le duc de Tarente y relève un moment les +troupes autrichiennes dans la garde du congrès, 169. +(Pour ce qui regarde le congrès, <i>voyez</i> <span class="sc">Négociation</span>.)</p> + +<p><span class="sc">Chatres</span>, hameau près de Méry-sur-Seine. Napoléon y +établit son quartier général le 22 février, 143.</p> + +<p><span class="sc">Chaumont</span> (Haute-Marne). Les alliés y signent le traité +du 1<sup>er</sup> mars qui resserre leur alliance, 182.--Expédition +du général Piré sur cette ville, 216.</p> + +<p><span class="sc">Chavignon</span>, village entre Soissons et Laon. Napoléon y +établit son quartier général le 8 mars, 188.</p> + +<p><span class="sc">Conegliano</span> (le maréchal Moncey, duc de), après la +prise de Paris, se rend à Fontainebleau, 356.</p> + +<p><span class="sc">Constant</span> (le sieur), valet de chambre de confiance de +Napoléon, disparaît la nuit du départ pour l'île d'Elbe, +404.</p> + +<p><span class="sc">Corbeny</span>. Napoléon y porte son quartier général le 6 +mars, 181.</p> + +<p><span class="sc">Corbineau</span> (le général) se jette entre des Cosaques et +l'empereur, 97. S'empare de Reims le 5 mars, 181.--Après +avoir passé pour mort, se retrouve déguisé +parmi les habitants de Reims, 193.</p> + +<p><span class="sc">Corps législatif</span>. Ouverture de la session de 1814, 10.--Opposition +qui se déclare dans l'assemblée, 19.--Dissolution +du corps législatif, et discours de Napoléon à +cette occasion, 22.</p> + +<p><span class="sc">Craonne</span> (bataille de), 182.</p> + +<p><span class="sc">D'Albe</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Bacler</span>.</p> + +<p><span class="sc">D'Alberg</span> (le comte), nommé membre du gouvernement +provisoire, 366.</p> + +<p><span class="sc">Dalmatie</span> (le maréchal Soult, duc de), arrête Wellington +sur la ligne de l'Adour, 35.--Envoie des détachements +au secours de Paris, 38.--Est forcé de se retirer sur +Toulouse, 198.</p> + +<p><span class="sc">Dantzick</span>. (le maréchal Lefèvre, duc de), commande à +Montmirail l'attaque du village de Marchais sur la gauche, +118.--Se trouve à Fontainebleau, 356.</p> + +<p><span class="sc">Davoust</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Eckmulh</span> (le prince d').</p> + +<p><span class="sc">Déchéance</span>. La déchéance de Napoléon, prononcée par le +sénat, arrive à Fontainebleau, 371.</p> + +<p><span class="sc">Dejean</span> (le général), aide de camp de Napoléon, sabre +des Cosaques aux côtés de Napoléon, 97.--Est dépêché +du pont de Doulencourt, pour annoncer à la capitale +le retour de Napoléon, 228.</p> + +<p><span class="sc">Desaix</span> (le général) pourvoit à la sûreté de Chambéry, +44.</p> + +<p><span class="sc">Deschamps</span>, fourrier du palais, suit Napoléon à l'île +d'Elbe, 399.</p> + +<p><span class="sc">Dijeon</span>, général d'artillerie de la garde. Napoléon veut +le faire juger par un conseil de guerre. Le général Sorbier +arrange cette affaire, 133.</p> + +<p><span class="sc">Doulevent</span>. Napoléon y établit son quartier général le 24 +mars, 216.--Napoléon y revient le 28 mars, 227.</p> + +<p><span class="sc">Dresde</span>. Violation de la capitulation de Dresde, 32.</p> + +<p><span class="sc">Drouot</span> (le général), aide de camp de Napoléon, se +distingue à la tête de l'artillerie au combat de Nangis, +127.--A la bataille de Craonne, 184.--Suit Napoléon +à l'île d'Elbe, 399.</p> + +<p><span class="sc">Durutte</span> (le général) est chargé de la défense de Metz, 45.</p> + +<p><span class="sc">Dutaillis</span> (le général) défend Torgau sur l'Elbe, 33.</p> + +<p><span class="sc">Eckmulh</span> (le maréchal Davoust, prince d') commande à +Hambourg, 33.</p> + +<p><span class="sc">Éclaron</span>, près Saint-Dizier. Les habitants de ce bourg ont +pris des Cosaques; Napoléon les récompense par diverses +faveurs, 93.</p> + +<p><span class="sc">Elbe</span> (l'île d') est désignée pour le séjour de Napoléon, 390.--Indication +des personnes qui l'y accompagnent, 399.</p> + +<p><span class="sc">Épernay</span>. Napoléon y établit son quartier général le 17 +mars, 202.</p> + +<p><span class="sc">Espagne</span>. Napoléon laisse le roi Ferdinand y retourner, 40.</p> + +<p><span class="sc">Esternay</span> (le château d'). Napoléon y établit son quartier +général le 28 février, 168.</p> + +<p><span class="sc">Eugène-Napoléon</span> (le prince). <i>Voyez</i> <span class="sc">Italie</span>.</p> + +<p><span class="sc">Fain</span> (le baron), secrétaire du cabinet, reste à Fontainebleau +jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Fère-Champenoise</span>. Napoléon y établit son quartier général +le 18 mars, 203.--Désastre de Fère-Champenoise, 222.</p> + +<p>Fesch (le cardinal) se retire à Rome, 400.</p> + +<p><span class="sc">Fismes</span>. Napoléon y établit son quartier général le 4 mars, +180.</p> + +<p><span class="sc">Flahaut</span> (le général comte), aide de camp de Napoléon, +est envoyé à Lusigny pour la négociation de l'armistice, +155.--Cette négociation ayant été rompue, +il revient auprès de Napoléon, 187.--Est envoyé à +Rambouillet, chargé de commission pour l'impératrice +Marie-Louise, 403.</p> + +<p><span class="sc">Flauguergues</span> (M.) est commissaire du corps législatif pour +l'examen des pièces de la négociation de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Fontainebleau</span>. L'avant-garde du prince Schwartzenberg +y arrive, 130.--Napoléon, venu trop tard pour secourir +Paris, s'établit à Fontainebleau, 234.--Cette +ville est entourée par les troupes alliées, 385.</p> + +<p><span class="sc">Fontanes</span> (le comte) est commissaire du sénat pour l'examen +des pièces de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Fortifications</span>. Napoléon fait réparer les forteresses de +l'ancienne France, et fait faire tous les travaux défensifs +qui peuvent arrêter l'ennemi, 2.</p> + +<p><span class="sc">Francfort</span> (Proposition de). <i>Voyez</i> <span class="sc">Négociation</span>.--(Déclaration de). <i>Voyez</i> au Supplément de la première +partie.</p> + +<p><span class="sc">Fromenteau</span>, près les fontaines Juvisy. Napoléon apprend +à ce relai la capitulation de Paris, 234.</p> + +<p><span class="sc">Fouler</span> (le comte), écuyer de Napoléon, reste à Fontainebleau +jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Gallois</span> (M.) est commissaire du corps législatif pour +l'examen des pièces de la négociation de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Genève</span> est prise par le général autrichien Bubna, 25.</p> + +<p><span class="sc">Gérard</span> (le général) se distingue au combat de Nangis, +127.--Reçoit à Montereau le commandement du +corps du duc de Bellune, 133 et 135.--Poursuit +l'ennemi sur la route de Sens, 137.--Commande avec +le duc de Reggio au combat de Bar-sur-Seine, 164.</p> + +<p><span class="sc">Girardin</span> (le comte), lieutenant-général, aide de camp +du prince de Neufchâtel, est dépêché de Troyes pour +annoncer le retour de Napoléon dans la capitale, 228.</p> + +<p><span class="sc">Gorcum</span> est défendu par le général Rampon, sénateur, 34.</p> + +<p><span class="sc">Gouaut</span>, habitant de Troyes, est traduit devant un conseil +de guerre, 154 et 155.</p> + +<p><span class="sc">Gourgaud</span> (le colonel d'artillerie), premier officier d'ordonnance +de Napoléon, tue un Cosaque aux côtés de +Napoléon, 97.--Va reconnaître la position des Russes +à Craonne, 182.--Est chargé de faire une surprise de +nuit sur le camp ennemi devant Laon, 188.--Reste à +Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Gouvion-Saint-Cyr</span> (le maréchal) est retenu prisonnier +de guerre par suite de la violation de la capitulation de +Dresde, 32.</p> + +<p><span class="sc">Graham</span> (le général anglais) descend à Wilhemstadt, et +s'y joint aux Prussiens de Bulow et aux Russes de Vintzingerode, +34.--Essaie de surprendre Berg-op-Zoom, et +y perd 4000 hommes, 197.</p> + +<p><span class="sc">Grès</span> (le hameau des), près de Troyes. Napoléon y établit +son quartier-général le 6 février, 107.</p> + +<p><span class="sc">Grouchy</span> (le général), blessé à Craonne, où il commandait +la cavalerie, 184.</p> + +<p><span class="sc">Guigne</span>, en Brie. Napoléon y établit son quartier général +le 16 février, 126.</p> + +<p><span class="sc">Hardenberg</span> (le jeune baron de), neveu du chancelier de +Prusse, est fait prisonnier au combat de Brienne, 95.</p> + +<p><span class="sc">Hauterive</span> (le comte d'), conseiller d'état, est chargé de communiquer +les pièces de la négociation de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Helder</span> (le), défendu par l'amiral Verhuel, 34.</p> + +<p><span class="sc">Herbisse</span> (le village d'), près Fère-Champenoise. Napoléon +y établit son quartier général le 27 février, 165.</p> + +<p><span class="sc">Hollande</span> (la) est enlevée à la France par l'arrivée des +Russes du général Wintzingerode, 34.</p> + +<p><span class="sc">Impératrice</span> (l'). <i>Voyez</i> <span class="sc">Marie-Louise</span>.</p> + +<p><span class="sc">Invasion</span> (l') de la France se fait par trois grandes armées, +14 et 25.</p> + +<p><span class="sc">Italie</span>. L'armée des alliés sur l'Adige est commandée par +M. de Bellegarde, 36.--Le prince Eugène, vice-roi, +est à Vérone, 36.--On lui écrit d'envoyer des troupes +à l'armée de France, 38.--La défection du roi de Naples +ne permet pas d'affaiblir l'armée d'Italie, 138.--Belle +conduite du vice-roi au milieu des embarras qui se multipliaient +autour de lui, 139.--Napoléon, abdiquant à +Fontainebleau, veut se retirer en Italie, et demande +qu'on l'y suive, 387.--Le sort du vice-roi est assuré par +le traité d'abdication, 391.</p> + +<p><span class="sc">Janssens</span> (le général), ancien général hollandais, amène +à Reims une division de six mille hommes qu'il a tirés +de Mézières et autres places des Ardennes, 194.</p> + +<p><span class="sc">Jaucourt</span> (le comte de), nommé membre du gouvernement +provisoire, 366.</p> + +<p><span class="sc">Jérome</span> (le prince), ci-devant roi de Westphalie, se retire +en Suisse, 400.</p> + +<p><span class="sc">Joseph</span> (le prince), ci-devant roi d'Espagne, reste auprès +de l'impératrice, avec le titre de lieutenant-général de +l'empire, 48--Donne à l'impératrice le conseil d'écrire +secrètement à son père pour obtenir la paix, 199.--Reçoit +ordre de faire partir de Paris l'impératrice et son +fils, à la moindre apparence de danger, 201.--Donne au +duc de Raguse l'autorisation de négocier la capitulation +de Paris, 232.--Et va rejoindre le gouvernement de la +régence sur la Loire, <i>ibid.</i>--Se retire en Suisse, 400.</p> + +<p><span class="sc">Jouanne</span> (le chevalier), premier commis du cabinet, reste +à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Jouarre</span>, près la Ferté. Napoléon y établit son quartier +général le 1<sup>er</sup> mars, 171.</p> + +<p><span class="sc">Journaux</span>. On ne néglige pas le moyen qu'ils offrent d'exagérer +nos ressources et nos moyens de défense aux yeux +de l'ennemi, 28.</p> + +<p><span class="sc">Kellermann</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Valmy</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Kosakowski</span> (le général polonais) reste à Fontainebleau +jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Labesnardière</span>, conseiller d'état, premier commis aux affaires +étrangères. Napoléon travaille avec lui à Troyes, +104. (Voir au supplément de la première partie sa correspondance +avec le duc de Vicence.)</p> + +<p><span class="sc">Labouillerie</span> (le baron), trésorier de la couronne, est +chargé de verser 30 millions des caves des Tuileries +dans les caisses vides du trésor public, 2.</p> + +<p><span class="sc">Lacépède</span> (le comte de) est commissaire du sénat pour +l'examen des pièces de la négociation de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Lacretelle</span>, journaliste. Napoléon à Fontainebleau remarque +un de ses articles, 402.</p> + +<p><span class="sc">Laferté-sous-Jouarre</span>. Napoléon y fait rétablir le pont sur +la Marne, et vient, le 2 mars, avec son quartier général +dans cette ville, 171.</p> + +<p><span class="sc">Laforest</span> (le comte) signe à Valençay le traité qui permet +au roi Ferdinand de retourner en Espagne, 39.</p> + +<p><span class="sc">Lainé</span> (M.), membre du corps législatif. Mécontentement +de Napoléon contre lui, 20.</p> + +<p><span class="sc">Lannes</span> (madame la maréchale). <i>Voyez</i> <span class="sc">Montebello</span> (duchesse de).</p> + +<p><span class="sc">Laon</span>. Napoléon se porte sur Laon, 187,--et se retire sur +Soissons, 191.</p> + +<p><span class="sc">Laplace</span> (le capitaine), officier d'ordonnance, reste à +Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Lapoype</span> (le général) défend Wittemberg sur l'Elbe, 33.</p> + +<p><span class="sc">Lavalette</span> (le comte), directeur général des postes, envoie +une dépêche qui est reçue à Doulevent, 227.</p> + +<p><span class="sc">Lefèvre</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Dantzick</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Lelorgne-d'Ideville</span> (le baron), secrétaire interprète de +Napoléon, reste à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Lemarrois</span> (le général) défend la place de Magdebourg sur +l'Elbe, 33.</p> + +<p><span class="sc">Lesmont-sur-l'Aube</span>. La rupture du pont de Lesmont arrête +Blücher à Brienne, 94.--La même cause nous y +arrête deux jours après, 99.--Après la réparation du +pont, notre armée fait sa retraite sur Troyes, 101.--Le +pont est coupé de nouveau derrière nous, 102.</p> + +<p><span class="sc">Leval</span> (le général). Sa division arrivant des Pyrénées rejoint +l'armée de Napoléon, 105.</p> + +<p><span class="sc">Lichtenstein</span> (le prince Wentzel), aide de camp du prince +Schwartzenberg, vient trouver Napoléon au hameau de +Châtres, 143.</p> + +<p><span class="sc">Loire</span> (la). Ordre au prince Joseph d'envoyer la régente +et le gouvernement sur la Loire à la moindre apparence +de danger qui menacerait Paris, 201.--Cet ordre est +exécuté, 228.--Napoléon parle à Fontainebleau de se +retirer sur la Loire, 383.</p> + +<p><span class="sc">Louis</span> (le prince), ci-devant roi de Hollande, se retire en +Suisse, 400.</p> + +<p><span class="sc">Lusigny-près-de-Vandoeuvres</span>. Ce village est fixé pour la +négociation de l'armistice, 155. <i>Voyez</i> <span class="sc">Armistice</span>.</p> + +<p><span class="sc">Lynch</span> (le comte), maire de Bordeaux, reçoit les Anglais, +202.</p> + +<p><span class="sc">Lyon</span>. Bonne contenance des Lyonnais devant le général +Bubna, 105.--Armée qui se réunit à Lyon. <i>Voyez</i> <span class="sc">Castiglione</span> +(le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Macdonald</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Tarente</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Madame</span> (mère de Napoléon) se retire à Rome avec son +frère le cardinal Fesch, 399.</p> + +<p><span class="sc">Maine-de-Biran</span> (M.), commissaire du corps législatif pour +l'examen des papiers de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Maison</span> (le général comte), chargé du commandement de +l'armée du Nord et de la défense de la Belgique. Ses +opérations sur l'Escaut, 46.--Évacue la Belgique, 108.--Manoeuvre +entre Lille, Tournay et Courtray, 196.</p> + +<p><span class="sc">Maizières</span> (le village de), près de Brienne. Napoléon y +établit son quartier général le 29 janvier, et prend le +curé pour guide au combat de Brienne, 94.</p> + +<p><span class="sc">Marchand</span> (le général) organise la levée en masse du +Dauphiné, 44.</p> + +<p><span class="sc">Maret</span> (M.). <i>Voyez</i> <span class="sc">Bassano</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Marie-Louise</span> (l'impératrice). Napoléon lui confie la régence +et l'embrasse pour la dernière fois, 48.--Quitte +Paris pour se retirer sur la Loire, 201 et 228.--La +régente et son fils sont sacrifiés, 369.--Ils sont conduits +à Rambouillet, 399.--Y reçoit la visite de son +père et de l'empereur Alexandre, 403.--Est emmenée +à Vienne. Personnes de sa suite, 404.</p> + +<p><span class="sc">Marmont</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Raguse</span> (duc de).</p> + +<p><span class="sc">Massa</span> (le comte Regnier, duc de), est commissaire +du corps législatif pour l'examen des pièces de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Meaux</span>. Napoléon y établit son quartier général le 15 février, +dans l'évêché, 124.</p> + +<p><span class="sc">Menneval</span> (le baron), secrétaire des commandements de +l'impératrice, la suit à Vienne, 404.</p> + +<p><span class="sc">Méry</span> (combat de), 142.</p> + +<p><span class="sc">Mesgrigny</span> (le baron de), écuyer de Napoléon, fait +parvenir le placet de la famille Gouaut, 155.--Reste +à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Metternich</span> (le prince de). Voir aux suppléments sa correspondance +avec le duc de Vicence.</p> + +<p><span class="sc">Metz</span>. Le duc de Raguse se retire des environs de Metz. +Le général Durutte reste chargé de la défense de cette +place, 45.</p> + +<p><span class="sc">Molitor</span> (le général) commande en Hollande; se voit +abandonné par les bataillons étrangers, 34.</p> + +<p><span class="sc">Moncey</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Conegliano</span> (duc de).</p> + +<p><span class="sc">Moniteur</span> supprimé du 20 janvier 1813, 49.</p> + +<p><span class="sc">Montebello</span> (madame la maréchale Lannes, duchesse de), +dame d'honneur de l'impératrice, la suit à Vienne, 404.</p> + +<p><span class="sc">Montereau</span>. Combat de Montereau le 18 février, 130.</p> + +<p><span class="sc">Montesquiou</span> (le comte Anatole de) va à Rambouillet, +chargé de commission de Napoléon pour l'impératrice, +403.--Se retrouve à Fontainebleau au départ de Napoléon +pour l'île d'Elbe, 405.</p> + +<p><span class="sc">Montesquiou</span> (madame la comtesse de), gouvernante du +roi de Rome, accompagne son élève à Vienne, 404.</p> + +<p><span class="sc">Montesquiou</span> (M. l'abbé de), nommé membre du gouvernement +provisoire, 366.</p> + +<p><span class="sc">Montholon-Semonville</span> (le comte) arrive de la Haute-Loire +à Fontainebleau après l'abdication; sa conversation +avec Napoléon, 401.</p> + +<p><span class="sc">Montier-en-Der</span>. Napoléon y établit son quartier général +le 28 janvier, 93.</p> + +<p><span class="sc">Montmirail</span> (bataille de), 11 février, 118.--Napoléon y +ramène son quartier général après le combat de Vauchamps, 123.</p> + +<p><span class="sc">Mortemart</span> (M. le comte de), officier d'ordonnance, porte +à l'impératrice les drapeaux de Nangis et de Montereau, 140.</p> + +<p><span class="sc">Mortier</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Trévise</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Moskowa</span> (le maréchal Ney, prince de la), évacue Nancy, +45.--Se retire sur Vitry, 87.--Combat à Brienne, 96; +à Montmirail, 118; à Nangis, 127; à Craonne, 182; +devant Laon, 188.--De Reims est dirigé par Châlons +sur Méry, 194 et 200.--Se trouve à Fontainebleau, +356.--Est nommé commissaire de Napoléon pour le +traité de l'abdication, 373.</p> + +<p><span class="sc">Murat</span> (le prince), roi de Naples. Il marche vers la haute +Italie: on ne sait encore si c'est un ennemi de plus qui +s'avance, 37.--Il lève le masque.--Proclamation du +vice-roi, 138.</p> + +<p><span class="sc">Nangis</span> (combat de), le 17 février, 127.--Napoléon +établit son quartier général au château de Nangis, 128.</p> + +<p><span class="sc">Nansouty</span> (le général comte), commandant la cavalerie +de la garde, est blessé à Craonne, 184.</p> + +<p><span class="sc">Naples</span> (le roi de). <i>Voyez</i> <span class="sc">Murat</span> (le prince).</p> + +<p><span class="sc">Napoléon</span>. De retour à Paris le 9 novembre 1813; ses premières +dispositions, 1.--Il fait prendre dans son trésor +privé l'argent dont le trésor public a besoin, 2.--Il +brûle ses papiers et part pour l'armée, 48.--Sa première +expédition est contre le général Blücher, du côté +de Brienne, 88.--Est assailli le soir par des Cosaques +dans l'avenue de Brienne, 96.--Retenu par la réparation +du pont de Lesmont, est forcé de recevoir la bataille de +Brienne, 98.--Se retire sur Troyes et sur Nogent, 102.--Il +entreprend une deuxième expédition contre Blücher, +qui menace Paris par la vallée de la Marne, 113.--Après +les victoires de Champaubert, de Montmirail et de +Vauchamps, il se retourne du côté des Autrichiens et +revient sur la Seine. Combat de Nangis et de Montereau, +125.--De retour à Nogent, il donne 2000 fr. de +sa bourse aux soeurs de la charité qui soignent les +blessés, 141.--Il poursuit le général Schwartzenberg +au-delà de Troyes, 148.--Il quitte encore une fois les +bords de la Seine pour courir sur ceux de la Marne, à la +poursuite de Blücher, qui s'avance de nouveau sur +Paris, 160.--Il poursuit Blücher au-delà de la Marne, +au-delà de l'Aisne, et gagne la bataille de Craonne, 176.--Arrêté +devant Laon, il se retire sur Soissons, 187.--Reprend +Reims, 193.--Revient sur l'Aube et sur la +Seine, dans l'intention de prendre en queue Schwartzenberg, +qui marche sur Paris, 199.--Rencontre toute +l'armée autrichienne à Arcis, par suite d'un changement +survenu dans la marche des alliés, 207.--Court personnellement +de grands dangers au combat d'Arcis, 210.--Abandonne +un moment la route de Paris pour essayer d'attirer +l'ennemi à sa suite en Lorraine, et prend position +à Doulevent entre Saint-Dizier et Bar-sur-Aube, 212.--Revient +sur Paris par la route de Troyes; mais il est trop +tard: il descend à Fontainebleau, 224.--Veut tenter une +surprise sur Paris, 367.--Se laisse persuader d'abdiquer, +372.--Change d'idée et parle de se retirer sur la +Loire, 383.--Veut ensuite se retirer en Italie, et demande +qu'on l'y suive, 387.--Enfin, vaincu par la défection +qui l'entoure, il signe une seconde rédaction de son +abdication, 389.--Après une nuit pénible, il se résigne +à signer la ratification du traité, 397.--Il reste encore +huit jours à Fontainebleau, vivant en simple particulier, +400.--Son départ pour l'Ile-d'Elbe. Allocution à +sa garde, 405. (Voir, au supplément de la première partie, +sa correspondance avec le duc de Vicence pendant +la négociation de Châtillon.)</p> + +<p><span class="sc">Négociation</span>. Propositions de Francfort apportées à Paris +par M. le baron de Saint-Aignan, 5.--Réponse du duc +de Bassano, 8.--Continuation de cette négociation par +le duc de Vicence, 10.--Communication des pièces +aux commissaires du sénat et du corps législatif, 18.--Moniteur +supprimé contenant ces pièces, 49.--Lord +Castlereagh se rend au quartier-général des alliés, 41.--Le +duc de Vicence se met en route également pour s'y +rendre, 41. (Voir au supplément les instructions que +Napoléon lui donne par sa lettre du 4 janvier.)--Le +duc de Vicence ne peut parvenir au quartier-général +des alliés. Après avoir été retenu à Lunéville, il se rend +à Châtillon, lieu qui lui est indiqué pour la tenue du +congrès, 86. Voir dans le supplément les lettres du +duc de Vicence au prince de Metternich, les réponses +de ce prince, et les lettres écrites de Paris, par M. de La +Besnardière, qui appartiennent à cette époque de la négociation.--Le +congrès se réunit le 4 février. Noms des +plénipotentiaires. Nouvelles instructions et pleins pouvoirs +envoyés au duc de Vicence après la bataille de +Brienne, 104.--Les alliés demandent que la France rentre +dans ses anciennes limites, 109.--Opposition de Napoléon: +il veut qu'on envoie cette demande à Paris pour +avoir l'avis motivé et séparé de chacun des membres du +conseil privé, 113.--Victorieux à Champaubert, Napoléon +fait recommander au duc de Vicence de prendre +une attitude moins humiliée, 117.--Victorieux au combat +de Nangis, il écrit directement à l'empereur d'Autriche, +et suspend les pouvoirs indéfinis du duc de +Vicence, 129.--Les alliés lui font demander un armistice, +143.--Négociation de l'armistice à Lusigny. +(<i>Voyez</i> <span class="sc">Armistice</span>.)--Le 1<sup>er</sup> mars les alliés resserrent +leur alliance par le traité de Chaumont, 177.--La condition +des anciennes limites devient l'<i>ultimatum</i> des alliés. +Rumigny vient chercher les derniers ordres de Napoléon +à cet égard, 185.--Les plénipotentiaires des +alliés n'ayant plus d'inquiétude pour Blücher, renferment +le duc de Vicence dans un délai de trois jours pour +signer le projet proposé, 204.--Le congrès se sépare: +le duc de Vicence quitte Châtillon le 20 mars et vient +rejoindre Napoléon à Saint-Dizier, 213. (Voir au supplément +la correspondance du duc de Vicence avec +M. de Metternich, avec Napoléon et avec le duc de +Bassano, relativement à la négociation de Châtillon.)--Démarche +directe de Napoléon auprès de l'empereur +d'Autriche, par M. de Weissemberg, 226.--Le duc de +Vicence est envoyé auprès de l'empereur Alexandre +sous les murs de Paris, 233.--Il n'avait pas encore été +entendu que la cause de son maître était déjà perdue, +362.--Pour décider les souverains alliés en faveur de +la régente et de son fils, le duc de Vicence vient proposer +à Napoléon d'abdiquer, 369.--Napoléon s'étant +laissé persuader d'abdiquer, envoie le duc de Vicence, +le duc de Tarente et le prince de la Moscowa pour +négocier à Paris le traité qui doit décider du sort de +la famille impériale, 373.--L'impératrice Marie-Louise +est autorisée à dépêcher le duc de Cadore à l'empereur +d'Autriche pour le prier d'intervenir, 374.--La défection +du duc de Raguse achève de décider les souverains +pour l'exclusion entière de la famille impériale, 380.--Le +duc de Vicence revient à Fontainebleau demander +une abdication pure et simple. Résistance de Napoléon.--Le +traité est signé à Paris le 11 avril, mais Napoléon +se refuse à le ratifier, 393.--Enfin, après une nuit pénible, +Napoléon ratifie le traité, 397.--Texte du traité +du 11 avril, et pièces accessoires, 408.</p> + +<p><span class="sc">Nesle</span>, près Château-Thierry. Napoléon y établit son quartier-général +le 12 février, 119.</p> + +<p><span class="sc">Neufchatel</span> (le maréchal Berthier, prince de), quitte Paris +pour se rendre à l'armée, 47.--Rend compte à +Napoléon de la situation de l'armée à Châlons, 85.--Après +l'abdication de Fontainebleau, il conserve +le commandement de l'armée, et va prendre les ordres +du gouvernement provisoire à Paris, 400.</p> + +<p><span class="sc">Ney</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Moscowa</span> (le prince de la).</p> + +<p><span class="sc">Nogent-sur-Seine</span>. Napoléon y établit son quartier général +le 7 février, 107.--Le général Bourmont reste chargé +de la défense de cette ville pendant l'excursion sur Montmirail, +114.--Napoléon revient à Nogent le 20 février, +140.</p> + +<p><span class="sc">Orléans</span>. Les bagages et le grand parc de l'armée sont dirigés +sur Orléans, 356.--L'impératrice Marie-Louise +arrive à Orléans, 394.</p> + +<p><span class="sc">Oudinot</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Reggio</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Pajol</span> (le général comte) enlève le pont de Montereau, +131.</p> + +<p><span class="sc">Pape</span> (le) retourne à Rome, 39.</p> + +<p><span class="sc">Paris</span>. Serment des chefs de la garde nationale parisienne +au moment où Napoléon quitte la capitale pour se +rendre à l'armée, 48.--Paris, menacé par la première +marche de Blücher, est sauvé à Montmirail, 113.--Menacé +une seconde fois par la marche du prince +Schwartzenberg, qui s'avance vers Provins, est sauvé à +Nangis et à Montereau, 125.--Menacé ensuite par le +retour de Blücher sur Meaux, est sauvé par l'excursion +de Napoléon au-delà de la Marne et de l'Aisne, 160.--Menacé +une quatrième fois par le prince Schwartzenberg, +qui s'avance encore au-delà de la Seine, est sauvé par +la contre-marche qui ramène Napoléon de Reims sur +Plancy, 198.--Paris est menacé plus que jamais après +la bataille d'Arcis par les forces réunies de Schwartzenberg +et de Blücher, qui s'avancent ne formant plus +qu'une seule armée, 218.--Et cette fois Napoléon accourt +trop tard, 222.--Bataille et capitulation de Paris, +231.--Le conseil-général de la Seine déclare que le +voeu de Paris est en faveur des Bourbons, 367.-- +Napoléon veut tenter une marche de Fontainebleau sur +Paris, 367 et 370.--La plupart des chefs de l'armée +reviennent à Paris, 384.</p> + +<p><span class="sc">Parr</span> (le comte), aide de camp du prince de Schwartzenberg, +se présente aux avant-postes français, 128.</p> + +<p><span class="sc">Paysans français</span>. Résistance et petite guerre qu'ils font +aux soldats de l'ennemi, 42, 43, 179 et 363.</p> + +<p><span class="sc">Petit</span> (le général), de la garde impériale. Napoléon, en +quittant Fontainebleau, embrasse en lui toute la garde, +406.</p> + +<p><span class="sc">Peyrusse</span> (le chevalier), payeur de la couronne, suit +Napoléon à l'île d'Elbe, 399.</p> + +<p><span class="sc">Piney</span> (le village de), près Troyes. Napoléon y établit +son quartier général le 2 février, 103.</p> + +<p><span class="sc">Piré</span> (le général) fait une excursion sur Chaumont, 216.--Répand +l'alarme depuis Troyes jusqu'à Vesoul, <i>ibid.</i>--Fait +prisonniers plusieurs personnages importants, +226.</p> + +<p><span class="sc">Pithiviers</span>. Est occupé par les alliés, 386.</p> + +<p><span class="sc">Plancy-sur-l'Aube</span>. Napoléon y établit son quartier-général +le 19 mars, 205.</p> + +<p><span class="sc">Plessis-ô-le-Comte</span> (le château du), commune de Long-Champs, +entre Vitry et Saint-Dizier. Napoléon y établit +son quartier général le 22 mars, 213.</p> + +<p><span class="sc">Proclamation des alliés</span>, du 1<sup>er</sup> décembre 1812, 11; de +Lowach, le 21 décembre, 16; de l'empereur Alexandre, +du généralissime Schwartzenberg, du général Wude, +du général Bubna, etc., 42.</p> + +<p><span class="sc">Prusse</span> (le roi de) entre en France, 15.--(les +armées de). <i>Voyez</i> <span class="sc">Blücher</span>.</p> + +<p><span class="sc">Pyrénées</span>s (armée des). <i>Voyez</i> <span class="sc">Dalmatie</span> (le duc de). +<span class="sc">Raguse</span> (le maréchal Marmont, duc de), se retire sur +Metz, 26; sur Verdun, 45; sur Saint-Mihiel et Vitry, +87.--Combat à Brienne, 100; et le lendemain à +Rosnay, 102.--Marche sur Champaubert, 116.--Poursuit +Blücher sur Châlons, <i>ibid.</i>--Recule sur Montmirail, +122.--Combat à Vauchamps et poursuit de nouveau +Blücher sur Châlons, 123.--Recule sur Sezanne et La +Ferté-Gaucher, ensuite sur Meaux, 167.--Arrête les +Prussiens à Lisy-sur-Ourcq, 170.--Forme l'aile gauche +du cercle qui pousse Blücher sur Soissons, 173.--Arrive +devant Laon par Corbeny, 188.--Est mis en déroute +dans la nuit du 9 au 10 mars, 190.--Rallie son monde à +Béry-au-Bac et vient prendre part au combat de Reims, +193.--Reste à Reims pour contenir Blücher, 201.--Recule +sur Château-Thierry, 217.--Vient donner dans la +grande armée des alliés à Fère-Champenoise, 221.--Se +retire sur Paris et combat sous les murs de Paris, 231.--Il +est autorisé à négocier la capitulation de Paris, 232.--Se +retire par la route de Fontainebleau et prend position +derrière la rivière d'Essone, 356.--Envoie par un exprès +à Napoléon le sénatus-consulte de la déchéance, +371.--Est désigné par Napoléon pour aller stipuler les +intérêts de la famille impériale au traité de Paris, 373.--Traite +avec les alliés, lève le camp d'Essone et laisse +Fontainebleau à découvert, 375.--Ordre du jour de +Fontainebleau, par lequel Napoléon annonce à l'armée +la défection du duc de Raguse, <i>ibid.</i></p> + +<p><span class="sc">Rampon</span> (le général) défend les digues de Gorcum, 34.</p> + +<p><span class="sc">Rayneval</span> (le chevalier), premier commis des affaires étrangères, +se rend à Paris comme secrétaire des plénipotentiaires +chargés de négocier le traité de l'abdication, 374.</p> + +<p><span class="sc">Raynouard</span> (M.), commissaire du corps législatif pour +l'examen des pièces de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Reggio</span> (le maréchal Oudinot, duc de), organise les nouveaux +corps qui se réunissent à Châlons-sur-Marne, 28.--Donne +à Châlons des renseignements sur les localités, +85.--Envoie des émissaires à Bar-sur-Ornain, 89.--Combat +à Brienne, 99.--Reste chargé de la défense +de la Seine du côté de Bray, 114.--Recule devant +Schwartzenberg jusqu'à Guignes, 126.--Combat à +Nangis, et poursuit Wittgenstein dans la direction de +Nogent, 127.--Reste chargé de couvrir Troyes. Combat +à Bar-sur-Aube, 164.--Se retire sur Troyes et ensuite +sur Nogent, 198; et enfin de Nogent sur Provins, +204.--Se reporte en avant et rejoint l'empereur à Plancy, +207.--Combat devant Arcis et couvre la retraite, +210.--S'avance un moment vers Bar-sur-Ornain, 214.--Se +trouve à Fontainebleau, 356.</p> + +<p><span class="sc">Regnaut-de-Saint-Jean-d'Angely</span> (le comte), conseiller-d'état. +Son discours au corps législatif, 18.--Communique +les pièces de Francfort à la commission du sénat +et du corps législatif, 19.</p> + +<p><span class="sc">Regnier</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Massa</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Reims</span>. Le général Corbineau s'empare de Reims le 5 mars, +180.--Le général russe Saint-Priest reprend Reims, 192.--Napoléon +s'y porte, <i>ib.</i>--Combat et reprise de Reims; +Napoléon y établit son quartier général le 13 mars, 193.</p> + +<p><span class="sc">Restauration</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Bourbon</span> (la maison de).</p> + +<p><span class="sc">Rhin</span>. L'armée française arrivant d'Allemagne prend ses +quartiers d'hiver derrière ce fleuve, 3.</p> + +<p><span class="sc">Ricard</span> (le général) défend le village de Marchais à la +bataille de Montmirail, 118. +<span class="sc">Roederer</span> (le comte) envoie des nouvelles d'Alsace qui parviennent +à Corbeny, 183.</p> + +<p><span class="sc">Rogniat</span> (le général) reste dans Metz, 45.</p> + +<p><span class="sc">Roustan</span> (le mameluck) disparaît la nuit du départ de +Fontainebleau, 405.</p> + +<p><span class="sc">Royalistes</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Bourbon</span> (la maison de).</p> + +<p><span class="sc">Rumigny</span> (le chevalier), l'un des premiers commis du cabinet, +est envoyé en dépêches de La Ferté-sous-Jouarre +à Châtillon, 172.--Revient à Bray en Laonnais, 185; +et repart aussitôt pour Châtillon, 187.--Il est définitivement +de retour auprès de Napoléon à Fère-Champenoise, +le 18 mars, 203.--Il va de Fontainebleau à Paris, +comme secrétaire des plénipotentiaires chargés de négocier +le traité de l'abdication, 374.</p> + +<p><span class="sc">Rusca</span> (le général), commandant de Soissons, est tué par +les premiers coups de feu de l'ennemi, 161.</p> + +<p><span class="sc">Russie</span> (l'empereur de) entre en France, 15.--Sa proclamation, 42.--S'oppose à la retraite que Schwartzenberg +propose, 208.--Entre à Paris, 359.--Montre de +la générosité dans les dispositions du traité qui règle le +sort de la famille de Napoléon, 391.</p> + +<p><span class="sc">Saint-Aignan</span> (le baron de), écuyer de l'empereur, ministre +plénipotentiaire à Weimar, reçoit à Francfort les +propositions des alliés et les rapporte à Paris, 5.--Son +rapport à ce sujet, 49.--Sa conversation avec Napoléon +au hameau de Châtres, 146.</p> + +<p><span class="sc">Saint-Dizier</span>. Premier combat de Saint-Dizier. Napoléon +rentre dans cette ville le 27 janvier, 94.--Il y revient +le 23 mars, 213.--Le 26 il y revient encore, 216.</p> + +<p><span class="sc">Saint-Marsan</span> (le comte) est commissaire du sénat pour +l'examen des pièces de Francfort, 19.</p> + +<p><span class="sc">Saint-Priest</span> (le général russe), blessé mortellement à +Reims, 193.</p> + +<p><span class="sc">Saint-Thibaut</span> (les paysans de) font prisonniers plusieurs +personnages, 225.</p> + +<p><span class="sc">Schwartzenberg</span> (le prince), généralissime des alliés, et +commandant de l'armée autrichienne. L'armée qu'il +conduit pénètre en France par la Suisse, 14.--Marche +sur Huningue, Béfort, Vesoul et Besançon, 26.--Force +le passage des Vosges et s'avance sur Langres, 44.--Réuni +à Blücher, il marche sur Brienne, 98.--Il +entre à Troyes, 107.--Passe la Seine à Nogent, 123.--S'avance +dans la Brie et pousse une avant-garde sur +Fontainebleau, 125.--Se retire sur Troyes, 137.--Les +fuyards de son armée courent jusqu'au Rhin, 141 et +183.--Son quartier général rétrograde sur Bar, sur +Colombey et sur Langres. Il reprend l'offensive et se +fait blesser au combat de Bar-sur-Aube, 168.--Il revient +sur Troyes, 169; et s'avance encore une fois sur +Paris, 198.--A l'approche de Napoléon, il recule sur +Troyes, 200.--L'arrivée de Napoléon sur l'Aube change +ce mouvement en une retraite générale, 206.--Nouveau +plan: Schwartzenberg se porte de Troyes sur +Châlons pour se réunir à Blücher, 189.--Après la bataille +d'Arcis il fait sa jonction avec Blücher, 209.--Il +se porte sur Paris, 221.--Sa proclamation sous les +murs de Paris, 258.</p> + +<p><span class="sc">Sémonville</span> (le comte) est commissaire extraordinaire +<span class="sc">Sénat</span> (le), chargé de faire une nouvelle constitution et +de nommer un gouvernement provisoire, 366.--Proclame +le déchéance de Napoléon, 371.--Napoléon répond +au sénat, 375.</p> + +<p><span class="sc">Senft de Pilsac</span> (M. de) est envoyé par M. de Metternich +à Zurich, pour rompre l'alliance des Suisses avec les +Français, 13.</p> + +<p><span class="sc">Sezanne</span>. Napoléon y établit son quartier général le 9 février, +115.--Il y passe une seconde fois le 28 février, +167.</p> + +<p><span class="sc">Soissons</span> est pris par les généraux Wintzingerode et Woronzow +le 13 février, 161.--Repris par le duc de Trévise +le 19 février, 162.--Tombe une seconde fois dans +les mains des Russes et l'armée de Blücher y trouve +son salut, 174.--Napoléon, après avoir échoué à Laon, +fait sa retraite sur Soissons, 191.</p> + +<p><span class="sc">Sommepuis</span> (le village de). Napoléon y établit son quartier +général le 21 mars, 213.</p> + +<p><span class="sc">Soult</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Dalmatie</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Suchet</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Albufera</span> (le duc d').</p> + +<p><span class="sc">Suisse</span>. Les alliés violent la neutralité des Suisses, 13; +envoient M. de Senft de Pilsac, pour les détacher de +l'alliance de la France, 13.</p> + +<p><span class="sc">Surville</span> (le château de), près Montereau. Napoléon y fait +placer les batteries de la garde, 130.--Il y établit son +quartier général, 136.</p> + +<p><span class="sc">Talleyrand</span> (M. de). <i>Voyez</i> <span class="sc">Bénévent</span> (le prince de).</p> + +<p><span class="sc">Tarente</span> (le maréchal Macdonald, duc de), se retire de +Liège, par le département des Ardennes, sur Châlons, 27. +--Arrive à Namur, 47.--Arrive à Châlons et se retire devant +Blücher, 108.--Se retire sur Meaux, 113.--Après +l'affaire de Vauchamps, suit Napoléon sur la Seine, 123.--Combat +à Nangis; poursuit l'ennemi dans la direction +de Bray, 127.--Entre à Châtillon, 164.--Se retire +sur Troyes, 168; sur Nogent, 198; sur Provins, +204.--Se reporte en avant à l'approche de Napoléon, +207.--Couvre la retraite d'Arcis, 212.--Se trouve à +Fontainebleau, 356.--Napoléon le nomme son plénipotentiaire +pour négocier le traité d'abdication, 371.</p> + +<p><span class="sc">Trévise</span> (le maréchal Mortier, duc de), se porte dans les +Vosges au secours du duc de Bellune, 27.--Évacue +Langres, 45.--Se retire sur Troyes, 86.--Évacue +Troyes et reçoit l'ordre d'y rentrer, 89.--Se porte en +avant de Troyes sur Vandoeuvres, 97.--Couvre la retraite +de Brienne, 103.--Combat à Montmirail, 118; à +Château-Thierry, 119.--Poursuit l'ennemi sur la route +de Soissons, <i>ibid</i>.--Revient de Soissons sur La Ferté-sous-Jouarre, +164.--Recule sur Meaux, 167.--Arrête +les Prussiens au gué de Trême, 170.--Pousse Blücher +sur Soissons, 173.--Vient rejoindre Napoléon à +Laon, 187.--Reste chargé de contenir Blücher, 192.--Est +rejeté sur Château-Thierry, 218.--Va donner dans +la grande armée des alliés à Fère-Champenoise, 221.--Se +replie sur Paris, 230.--Combat sous les murs de +Paris, <i>ibid.</i>--Après la capitulation se retire sur Fontainebleau +et place son quartier général à Mennecy, 356.</p> + +<p><span class="sc">Troyes</span>. Napoléon y établit son quartier général le 3 février, +87.--Il évacue Troyes le 6 février, 103.--Il +rentre dans Troyes le 24 février, 147.--Il repasse une +troisième fois par Troyes, 228. +<span class="sc">Turenne</span> (le comte de), premier chambellan, maître de la +garde-robe, reste à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Valmy</span> (le maréchal Kellermann, duc de), chargé d'organiser +les troupes qui arrivent à Châlons-sur-Marne, 28.--Travaille +avec Napoléon à Châlons, 85.--Reste +chargé du commandement de Châlons, 88.</p> + +<p><span class="sc">Vauchamps</span> (combat de), le 14 février, 122.</p> + +<p><span class="sc">Verrhuel</span> (l'amiral). Belle conduite de cet amiral au +Helder, 34.</p> + +<p><span class="sc">Vicence</span> (M. de Caulaincourt, duc de), grand-écuyer, est +nommé ministre des affaires étrangères, 10.--Se rend +à Châtillon, 87. (Voir au supplément de la deuxième +partie sa correspondance relative au congrès de Châtillon.) +Il rejoint Napoléon à Saint-Dizier après la rupture +du congrès, 213.--Est envoyé de Fromenteau +auprès de l'empereur Alexandre, 233.--Va et vient de +Paris à Fontainebleau, 357.--Reste auprès de Napoléon +après l'abdication, 401.</p> + +<p><span class="sc">Victor</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Bellune</span> (le duc de).</p> + +<p><span class="sc">Vidranges</span> (le sieur de) est compromis à Troyes, 154.</p> + +<p><span class="sc">Vitry</span> (le Français). Nos avant-postes sont à Vitry, 87.--Napoléon +y porte son quartier général le 26 janvier, 88.--Il +se présente devant Vitry, 213.--Il s'y présente +une seconde fois, 217.</p> + +<p><span class="sc">Watteville</span> (le général) commande le cordon des Suisses +pour la neutralité, 13.</p> + +<p><span class="sc">Weissemberg</span> (M. de), ambassadeur d'Autriche à Londres. +Enlevé par les habitants de Saint-Thibaut, est conduit +à Napoléon, qui lui donne une mission pour l'empereur +d'Autriche, 225.</p> + +<p><span class="sc">Wellington</span> (le général) est entré en France et s'est +avancé sur Bayonne, 35.--Ses troupes entrent à Bordeaux, 202.</p> + +<p><span class="sc">Westphalie</span> (le royaume de) est détruit par l'avant-garde +de l'armée de prince de Suède, commandée par les +généraux Bulow et Wintzingerode, 15 et 34.</p> + +<p><span class="sc">Wilhemstadt</span>. Évacuation trop prompte de cette place, 34.</p> + +<p><span class="sc">Wintzingerode</span> (le général russe). Son corps d'armée fait +partie du commandement du prince de Suède. (<i>Voyez</i> +<span class="sc">Bernadotte</span>.)</p> + +<p><span class="sc">Wolff</span>, émissaire du comte Roederer, apporte à Napoléon +des nouvelles de l'Alsace, 183.</p> + +<p><span class="sc">Wonzowitch</span>, officier polonais, interprète de Napoléon, +reste à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p> + +<p><span class="sc">Woronzoff</span> (le général russe). Son corps d'armée fait partie +du commandement du prince de Suède. (<i>Voyez</i> +<span class="sc">Bernadotte</span>)</p> + +<p><span class="sc">Yvan</span> (le baron), chirurgien ordinaire de Napoléon, quitte +Fontainebleau, 395.</p> +<br> +<p>FIN.</p> +<br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/map-small.png"><br> + <a href="images/map-large.png">(Agrandissement)</a></p> + + + + + + +<br><br> + + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Manuscrit de 1814, trouvé dans les +voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon, by Agathon Jean François Fain (Baron de Fain) + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUSCRIT DE 1814 *** + +***** This file should be named 33796-h.htm or 33796-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/7/9/33796/ + +Produced by Mireille Harmelin, Rénald Lévesque and the +Online Distributed Proofreaders Europe at +http://dp.rastko.net. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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