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+ <title>The Project Gutenberg eBook of Manuscrit de mil huit cent quatorze, par
+le Baron Fain </title>
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+The Project Gutenberg EBook of Manuscrit de 1814, trouvé dans les voitures
+impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon, by Agathon Jean François Fain (Baron de Fain)
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Manuscrit de 1814, trouvé dans les voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon
+
+Author: Agathon Jean François Fain (Baron de Fain)
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+Release Date: September 22, 2010 [EBook #33796]
+
+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUSCRIT DE 1814 ***
+
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+
+Produced by Mireille Harmelin, Rénald Lévesque and the
+Online Distributed Proofreaders Europe at
+http://dp.rastko.net. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica)
+
+
+
+
+
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+
+
+
+
+<br><br>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<h2>MÉMOIRES</h2>
+
+<h5>DES</h5>
+
+<h1>CONTEMPORAINS.</h1>
+
+<br><hr><br><br>
+
+<h4>SE TROUVE AUSSI</h4>
+
+<h3>A LA GALERIE DE BOSSANGE PÈRE</h3>
+
+<h5>LIBRAIRE DE S. A. S. MONSEIGNEUR LE DUC d'ORLÉANS,</h5>
+
+<h5>rue de Richelieu, nº 60.</h5>
+
+<br><hr class="short"><br><br>
+
+<h5>IMPRIMERIE DE LACHEVARDIÈRE FILS,</h5>
+
+<h5>SUCCESSEUR DE CELLOT,</h5>
+
+<h5>rue du Colombier, n. 30.</h5>
+
+<br><hr><br><br>
+
+<h4>MÉMOIRES<br>
+
+DES<br>
+
+CONTEMPORAINS,<br>
+
+POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE FRANCE,<br>
+
+ET PRINCIPALEMENT A CELLE<br>
+
+DE LA RÉPUBLIQUE ET DE L'EMPIRE.</h4>
+<hr class="short">
+
+<h5>Deuxième livraison.</h5>
+
+<hr class="short">
+
+<h5><span class="sc">SECONDE ÉDITION</span>.</h5>
+
+<p class="mid">PARIS,<br>
+
+BOSSANGE FRÈRES, LIBRAIRES,<br>
+
+<span class="sc">RUE DE SEINE, Nº 12.</span><br>
+
+1824.</p>
+
+<br><br><br>
+
+<h1>MANUSCRIT</h1>
+
+<h5>DE</h5>
+
+<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE,</h2>
+
+<h5><span class="sc">TROUVÉ DANS LES VOITURES IMPÉRIALES PRISES A WATERLOO,</span></h5>
+
+<h5>CONTENANT</h5>
+
+<h5>L'Histoire des six derniers mois du règne de</h5>
+
+<h5>NAPOLÉON;</h5>
+
+<h4>Par le Baron FAIN,</h4>
+
+<h5>SECRÉTAIRE DU CABINET A CETTE ÉPOQUE,<br>
+
+MAÎTRE DES REQUÊTES, ETC.</h5>
+
+<br><br><br><hr class="full">
+<h2>AVERTISSEMENT</h2>
+
+<h3>DES ÉDITEURS.</h3>
+
+<p>Cet ouvrage, terminé au commencement
+de 1815, avait été perdu avec beaucoup
+d'autres papiers dans les voitures impériales
+prises à Waterloo; et c'est sous le
+titre anonyme de <i>Manuscrit de mil huit
+cent quatorze, trouvé à Waterloo</i>, qu'il
+nous a été présenté.</p>
+
+<p>Occupés d'en donner une édition, nous
+avons mis tous nos soins à chercher quel
+en était l'auteur, et voici ce que nous
+avons appris d'une manière certaine.</p>
+
+<p>Napoléon, en quittant Fontainebleau
+pour se rendre à l'île d'Elbe, avait chargé
+le baron Fain, son secrétaire du cabinet,
+de préparer sur les dernières années un
+relevé de faits et de dates qui pût lui
+servir de canevas, selon son usage, lorsqu'il
+voudrait dicter cette partie de son
+histoire. C'est en voulant s'acquitter de
+cette tâche que M. Fain a rédigé le manuscrit
+perdu quelque temps après à Waterloo.
+Nous publions cet ouvrage tel
+qu'il est sorti des mains de l'auteur à l'époque
+que nous venons de citer. Cependant
+quelques aperçus qui ne sont qu'indiqués
+dans le texte ont depuis été confirmés
+par des écrivains qu'on ne saurait
+taxer d'être au nombre des partisans de
+Napoléon; et nous avons cru devoir citer
+<i>en notes</i> certains passages de leurs écrits,
+qui, pouvant être considérés comme l'aveu
+de la partie adverse, sont de nature à
+dissiper des incertitudes toujours fatigantes
+pour le lecteur.</p>
+
+<p>Nous donnons à la fin de chaque partie
+un <span class="sc">supplément</span> composé de pièces que nous
+avons puisées dans des portefeuilles riches
+en matériaux historiques, et qui complètent
+cet ouvrage dans les détails les
+plus importants.</p>
+<br><hr class="full">
+
+<h3>PRÉFACE.</h3>
+
+<p>Aussitôt après la chute du gouvernement impérial,
+les vainqueurs se sont empressés de raconter
+les événements à leur manière. Toutes
+les trompettes ont sonné pour eux: c'est l'usage!</p>
+
+<p>Cependant les armées françaises avaient fait
+leur devoir, et la patrie reconnaissante élevait
+la voix en leur honneur; mais celui qui pouvait
+seul faire le juste partage de la louange et du
+blâme n'était plus là! A son défaut, bien des
+gens ont cru devoir faire les parts eux-mêmes.
+On s'est mis à l'ouvrage. Chacun a fait de l'histoire
+pour son compte; chacun a voulu fixer
+l'attention du public sur le point où il s'est
+trouvé. L'épisode est devenu le sujet principal;
+les papiers d'état-major, les états de situation,
+ont été déployés, et tout le fatras de la controverse
+militaire n'a fourni que trop de volumes!
+Sous cette masse de détails, les grands traits de
+l'histoire courent risque de disparaître, ou de
+n'être plus éclairés que par un faux jour! Mais
+le temps roule dans sa marche sur les petites
+combinaisons de l'amour-propre et de l'esprit
+de parti; il écrase avec indifférence les pygmées
+comme les grains de sable, et ne laisse à la postérité
+que des vestiges dignes d'elle!</p>
+
+<p>De toutes les apologies auxquelles la grande
+catastrophe de 1814 pouvait donner naissance,
+une seule eût été digne de passer aux siècles à
+venir: elle manque, et ce sera la plus grande lacune
+de l'histoire de nos jours. Ainsi, tout le
+monde a parlé, excepté celui qu'on avait besoin
+d'entendre!</p>
+
+<p>Il faut pourtant suppléer, s'il est possible, à
+son silence. En attendant qu'une plume fidèle et
+exercée entreprenne cette tâche, les faits parlent:
+ils suffisent déjà. On veut seulement essayer,
+dans l'écrit qu'on soumet ici au lecteur, de rétablir
+les événements dans leur ordre et dans
+leur véritable proportion.</p>
+
+<p>L'auteur écrit dépourvu de matériaux; mais
+il était auprès de Napoléon: le souvenir <i>de ce</i>
+<i>qu'il a vu, de ce qu'il a entendu et de ce qu'il a
+senti</i>, sera son guide. Il a suivi les marches du
+grand quartier général; il a été témoin des événements
+principaux; la position où il était lui
+a permis de voir, du point le plus élevé, l'ensemble
+des affaires et de les juger dans le rapport
+qu'elles avaient entre elles... Il aura atteint
+le but qu'il se propose, s'il parvient à mettre un
+moment le lecteur dans la même position.</p>
+<br><hr class="full">
+
+<h3>TABLE DES CHAPITRES.</h3>
+
+<h4><a href="#p1">PREMIÈRE PARTIE.</a></h4>
+
+<p class="mid">SÉJOUR DE NAPOLÉON A PARIS.</p>
+
+<p><a href="#p1">Chap. I<sup>er</sup>.</a> Arrivée de Napoléon à Paris.--Ses
+premières dispositions 1</p>
+
+<p><a href="#p5">Chap. II.</a> Propositions de Francfort. 5</p>
+
+<p><a href="#p12">Chap. III.</a> Les alliés reprennent l'offensive. 12</p>
+
+<p><a href="#p17">Chap. IV.</a> Un parti d'opposition éclate à Paris.--Napoléon
+renvoie le corps législatif.--Conspiration
+intérieure. 17</p>
+
+<p><a href="#p25">Chap. V.</a> Invasion du territoire français. 25</p>
+
+<p><a href="#p30">Chap. VI.</a> Projets de Napoléon pour l'ouverture
+de la campagne.--Formation des réserves.--Coup
+d'oeil sur nos autres armées. 30</p>
+
+<p><a href="#p41">Chap. VII.</a> Reprise des négociations.--Progrès
+de l'invasion étrangère. 41</p>
+
+<p><a href="#p46">Chap. VIII.</a> Dernières dispositions.--Départ de
+Napoléon pour l'armée. 46</p>
+
+<p><a href="#p49">Supplément</a> à la première partie. 49</p>
+
+<h4><a href="#p83">DEUXIÈME PARTIE.</a></h4>
+
+<p class="mid">JOURNAL DE LA CAMPAGNE.</p>
+
+<p><a href="#p83">Chap. I<sup>er</sup>.</a> Arrivée de Napoléon à Châlons-sur-Marne. 83</p>
+
+<p><a href="#p88">Chap. II.</a> L'armée reprend l'offensive.--Bataille
+de Brienne. 88</p>
+
+<p><a href="#p102">Chap. III.</a> Retraite de l'armée française.--Conditions
+dictées par le congrès. 102</p>
+
+<p><a href="#p113">Chap. IV.</a> Seconde expédition contre le maréchal
+Blücher.--Combat de Champaubert.--Bataille
+de Montmirail.--Combats de Château-Thierry
+et de Fauchas. 113</p>
+
+<p><a href="#p125">Chap. V.</a> Retour sur la Seine.--Combats de Nangis
+et de Montereau.--Poursuite des Autrichiens
+jusqu'au-delà de Troyes. 125</p>
+
+<p><a href="#p148">Chap. VI.</a> L'armée française rentre dans Troyes.--Second
+séjour de Napoléon dans cette ville.--Négociation
+de l'armistice à Lusigny. 148</p>
+
+<p><a href="#p160">Chap. VII.</a> Troisième expédition contre le maréchal
+Blücher.--Retour de Napoléon sur la
+Marne. 160</p>
+
+<p><a href="#p176">Chap. VIII.</a> Excursion au-delà de l'Aisne.--Bataille
+de Craonne.--Combats de Laon et
+de Reims. 176</p>
+
+<p><a href="#p196">Chap. IX.</a> Napoléon ramène l'armée sur la Seine.--Combat
+d'Arcis. 196</p>
+
+<p><a href="#p212">Chap. X.</a> Marches et contre-marches entre Vitry,
+Saint-Dizier et Doulevent. 212</p>
+
+<p><a href="#p224">Chap. XI.</a> Retour sur Paris. 224</p>
+
+<p><a href="#p235">Supplément</a> à la deuxième partie. 235</p>
+
+<h4><a href="#p355">TROISIÈME PARTIE.</a></h4>
+
+<p class="mid">SÉJOUR DE L'EMPEREUR A FONTAINEBLEAU.</p>
+
+<p><a href="#p355">Chap. I<sup>er</sup>.</a> L'armée se range autour de Fontainebleau.--Nouvelles
+de Paris.--Succès du parti
+royaliste. 355</p>
+
+<p><a href="#p363">Chap. II.</a> Suite des nouvelles qu'on reçoit de Paris. 363</p>
+
+<p><a href="#p369">Chap. III.</a> Influence des événements de Paris sur
+Fontainebleau. 369</p>
+
+<p><a href="#p379">Chap. IV.</a> Suites de la défection du duc de Raguse. 379</p>
+
+<p><a href="#p390">Chap. V.</a> Traité du 11 avril. 390</p>
+
+<p><a href="#p398">Chap. VI.</a> Dispersion de la famille impériale. 398</p>
+
+<p><a href="#p408">Supplément</a> à la troisième partie. 408</p>
+
+<br><br><br>
+
+
+<h1>MANUSCRIT</h1>
+
+<h5>DE</h5>
+
+<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h2>
+
+<hr class="short">
+
+<h3>PREMIÈRE PARTIE.</h3>
+
+<h4>SÉJOUR DE NAPOLÉON A PARIS.</h4>
+
+<h5>(Du 9 novembre 1813 au 24 janvier suivant.)</h5>
+
+<p class="rig"><span class="sml">Bellum parare simul et ærario parcere, cogere ad<br>
+militiam eos quos nolis offendere, domi forisque omnia<br>
+curare, et ea agere inter invidos, occursantes et factiosos,<br>
+opinione asperius est.<br>
+<br>
+<span class="sc">Sallust.</span>, Jugurtha</span></p>
+
+<br><br><br><br><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"><br>
+<b>Fac similé de l'abdication de Napoléon.</b> Voyez page 389.<br>
+Calqué sur l'original et gravé par Pierre Tardieu.</p>
+<br>
+
+
+<p>«Les puissances alliées ayant proclamé que
+l'empereur était le seul obstacle au rétablissement
+de la paix en Europe, l'empereur, fidèle à
+son serment, déclare qu'il renonce pour lui et
+ses enfants aux trônes de France et d'Italie, et
+qu'il n'est aucun sacrifice, même celui de la vie,
+qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la
+France.»</p>
+
+<br><br><br>
+
+<p><a name="p1" id="p1"></a><span class="pagenum">1</span> </p>
+
+<h1>MANUSCRIT</h1>
+
+<h5>DE</h5>
+
+<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h2>
+
+<hr class="full">
+
+<h3>PREMIÈRE PARTIE.</h3>
+
+<h4>CHAPITRE I<sup>er</sup>.</h4>
+
+<hr class="short">
+
+<h4>ARRIVÉE DE NAPOLÉON A PARIS.--SES PREMIÈRES<br>
+DISPOSITIONS.</h4>
+
+<p class="mid">(Novembre 1813.)</p>
+
+<p>On venait de perdre l'Allemagne; il ne restait
+plus qu'à sauver la France, ou à succomber avec
+elle.</p>
+
+<p>Napoléon est de retour à Paris le 9 novembre
+1813. Il met toute son activité à tirer parti des
+moyens qui lui restent.</p>
+
+<p>Ses premiers mots au sénat sont ceux-ci:
+«Toute l'Europe marchait avec nous il y a un
+<a name="p2" id="p2"></a><span class="pagenum">2</span> an; toute l'Europe marche aujourd'hui contre
+nous.»</p>
+
+<p>Une levée de trois cent mille hommes est aussitôt
+décrétée.</p>
+
+<p>Des ingénieurs sont envoyés sur les routes et
+dans les places du nord. Ils sont chargés de relever
+les vieilles murailles qui servaient de remparts
+à l'ancienne France, de tracer des redoutes
+sur les hauteurs propres à servir de point de ralliement
+dans nos retraites, de fortifier les défilés
+où le courage national pourra disputer le passage;
+enfin de tout préparer pour la coupure des
+digues et des ponts qu'il faudra abandonner.</p>
+
+<p>Des commandes sont faites aux dépôts de remontes,
+aux fonderies, aux manufactures d'armes,
+aux ateliers d'habillement; partout.</p>
+
+<p>Mais il faut de l'argent: la trésorerie n'en a
+plus. Napoléon en fait prendre dans son trésor
+privé. En vain on propose de réserver cette ressource
+pour des placements secrets qui assureraient
+le sort de sa famille contre les grands
+revers dont elle est menacée: ces conseils sont
+rejetés comme trop personnels, et le baron de
+La Bouillerie, trésorier de la couronne, est chargé
+de porter trente millions en écus dans les caisses
+de la trésorerie. Ce secours ranime le crédit. Tous
+les services reprennent leur activité.
+<a name="p3" id="p3"></a><span class="pagenum">3</span>
+</p>
+
+<p>Des conseils d'administration, des conseils de
+guerre, des conseils de finances, se succèdent
+d'heure en heure aux Tuileries. Les journées sont
+trop courtes; mais Napoléon a la ressource des
+nuits. Il consacre ses veilles à lire ce que les ministres
+n'ont pas eu le temps de lui dire, à signer
+ce qui n'a pu être expédié dans la journée,
+et à méditer ses plans.</p>
+
+<p>L'armée d'Allemagne vient de rentrer dans nos
+limites par les ponts de Mayence. Il faut lui assigner
+une position où elle puisse prendre le repos
+dont elle a besoin. Dans ce moment, elle
+forme sa ligne derrière le Rhin, et cette ligne,
+qu'elle prolonge chaque jour davantage, va bientôt
+s'étendre depuis Huningue jusqu'aux sables
+de la Hollande; mais l'affaiblissement de nos régiments
+et l'épuisement de nos magasins ne permettent
+guère de penser à défendre un front de
+cette étendue. Déjà ceux qui ne voient que la
+question militaire s'alarment de ce que nos troupes
+vont être disséminées. Nous ne pouvons sérieusement
+songer à défendre le Rhin: dès lors
+ils voudraient qu'on se hâtât de l'abandonner.
+Napoléon se décide par d'autres considérations:
+nous sommes faibles, mais cette faiblesse est un
+secret qu'il faut garder le plus long-temps possible.
+Les alliés, étonnés de nous avoir vaincus,
+<a name="p4" id="p4"></a><span class="pagenum">4</span>
+viennent de s'arrêter à l'aspect de notre territoire,
+si long-temps sacré pour eux. De son
+côté, la France semble avoir conservé, de la longue
+habitude de vaincre, un reste de confiance
+qui la soutient contre l'excès de ses revers. Il faut
+bien se garder de porter atteinte à ces illusions
+protectrices. Quand l'ennemi attaquera, il sera
+temps de reculer. Notre armée reçoit donc l'ordre
+de conserver ses quartiers le long du Rhin. L'ennemi
+va respecter cette barrière assez long-temps
+pour justifier la hardiesse qui s'y confie; et le
+prestige de nos aigles, encore debout sur la rive
+gauche, prêtera un dernier appui aux négociations
+qui vont être renouées.
+<a name="p5" id="p5"></a><span class="pagenum">5</span>
+</p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE II.</h4>
+
+<h4>PROPOSITIONS DE FRANCFORT.</h4>
+
+<p class="mid">(Suite de novembre.)</p>
+
+<p>Des ouvertures pour la paix venaient d'être
+faites.</p>
+
+<p>Le 5 novembre, le prince régent d'Angleterre
+avait déclaré dans le parlement «qu'il n'était ni
+dans l'intention de l'Angleterre, ni dans celle
+des puissances alliées, de demander à la France
+aucun sacrifice incompatible avec son honneur
+et ses justes droits.»</p>
+
+<p>Le 14 novembre, le baron de Saint-Aignan arrive
+à Paris, chargé par les alliés de faire des
+communications qui confirment ces dispositions
+pacifiques. M. de Saint-Aignan, écuyer de l'empereur,
+était dans ces derniers temps ministre
+de France à la cour de Weimar. Une bande de
+partisans l'avait enlevé de sa résidence; mais sa
+réputation personnelle, son alliance avec le duc
+de Vicence, et l'intérêt que lui portait la cour
+de Weimar, avaient concouru à sa délivrance.
+<a name="p6" id="p6"></a><span class="pagenum">6</span>
+M. de Metternich avait pensé à profiter de son
+retour en France pour faire parvenir des propositions
+à Napoléon. Il avait donc appelé M. de
+Saint-Aignan à Francfort. Le 9 novembre, dans
+un entretien confidentiel, auquel assistaient M. de
+Nesselrode, ministre de Russie, et lord Alberdeen,
+ministre d'Angleterre, M. de Metternich
+avait posé les bases d'une pacification générale;
+et M. de Saint-Aignan les avait recueillies sous
+sa dictée. Ce sont ces bases que M. de Saint-Aignan
+apporte à Napoléon<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"><b>Note 1: </b></a><a href="#footnotetag1">(retour)</a> Les pièces de cette négociation ont été imprimées dans
+le numéro du Moniteur qui devait paraître le 20 janvier
+1814, et qui a été retiré après l'impression. Ces pièces sont
+dans le supplément de la première partie.</blockquote>
+
+<p>Les alliés offraient la paix à condition que la
+France abandonnerait l'Allemagne, l'Espagne, la
+Hollande, l'Italie, et se retirerait derrière <i>ses
+frontières naturelles</i> des Alpes, des Pyrénées et
+du Rhin.</p>
+
+<p>Après les conditions proposées à Prague quatre
+mois auparavant, celles-ci devaient paraître
+bien dures. Abandonner l'Allemagne, ce n'était
+que se soumettre à ce que les derniers événements
+de la guerre avaient à peu près décidé;
+abandonner l'Espagne, ce n'était que convertir
+<a name="p7" id="p7"></a><span class="pagenum">7</span>
+en obligation formelle la disposition volontaire
+où l'on était déjà de céder à la résistance des
+Espagnols: mais renoncer à la Hollande, que
+nous possédions encore tout entière, et qui semblait
+nous offrir tant de ressources; mais abdiquer
+la souveraineté de l'Italie, qui était encore
+intacte, et dont les forces suffisaient pour faire
+diversion à toute la puissance autrichienne, c'étaient
+des sacrifices immenses, que Napoléon ne
+pouvait faire qu'à une paix prompte, franche,
+et qui préservât la France de toute invasion étrangère.
+Cependant ce n'était pas la cessation des
+hostilités qui était offerte à Napoléon pour prix
+de son adhésion aux bases proposées; c'était seulement
+l'ouverture d'une négociation. Ce point
+est important et mérite qu'on veuille bien y faire
+attention. En effet, un dernier article dicté à
+M. de Saint-Aignan portait que si ces bases étaient
+admises, on proposait d'ouvrir la négociation
+dans une des villes des bords du Rhin, mais que
+<i>la négociation ne suspendrait pas les opérations
+militaires</i>. Ainsi Napoléon, en renonçant à l'Allemagne
+et à l'Espagne, en détachant de sa cause la
+Hollande et toute l'Italie, n'obtenait pas même la
+certitude de préserver la France d'une invasion; la
+paix définitive n'en restait pas moins incertaine
+et flottante dans l'avenir des opérations militaires.
+<a name="p8" id="p8"></a><span class="pagenum">8</span> </p>
+
+<p>Ces propositions, apportées par M. de Saint-Aignan,
+étaient donc non seulement dures et humiliantes,
+mais encore d'une franchise suspecte.
+Cependant on ne les rejette pas.</p>
+
+<p>Le 16 novembre, M. le duc de Bassano écrit à
+M. de Metternich qu'une paix qui aura pour base
+l'indépendance de toutes les nations, tant sous
+le point de vue continental que sous le point de
+vue maritime, est l'objet constant des voeux et
+de la politique de Napoléon, et qu'il accepte la
+réunion d'un congrès à Manheim.</p>
+
+<p>Mais à Francfort on ne trouve pas que cette réponse
+soit assez précise. M. de Metternich répond
+qu'on ne pourra négocier que lorsqu'on saura
+avec plus de certitude que le cabinet des Tuileries
+admet les bases précédemment communiquées.</p>
+
+<p>Voilà donc le mois de novembre perdu en préliminaires!
+Certains salons de Paris veulent en
+rejeter tout le blâme sur le duc de Bassano: on
+l'accuse d'avoir répondu à Francfort d'une manière
+trop vague, et l'on affecte de désespérer
+du succès de toute négociation tant que ce ministre
+restera aux affaires étrangères. Ceci tient à
+des intrigues qui commençaient à agiter la haute
+société, et qui n'ont eu que trop d'influence sur
+les événements de 1814.
+<a name="p9" id="p9"></a><span class="pagenum">9</span> </p>
+
+<p>Quel que fût le crédit personnel du duc de
+Bassano, il n'allait pas jusqu'à résoudre des difficultés
+d'une nature aussi grave; et dans de
+telles circonstances, l'opinion du ministre devait
+toujours céder à la détermination d'un prince
+«qui se servait des hommes de mérite sans les associer
+à son autorité, qui leur demandait plus
+d'obéissance que de conseils<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup class="sml">2</sup></a>,» et dont tout le
+monde célèbre ou blâme l'immuable volonté. Le
+duc de Bassano, «distingué par son mérite non
+moins que par son intégrité, joignait à une fidélité
+incorruptible l'heureux talent d'ôter à la
+vérité ce qu'elle avait de désagréable, sans jamais
+la déguiser<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup class="sml">3</sup></a>.» De son côté, Napoléon, loin
+de craindre la vérité, l'attirait à lui par les voies
+les plus contradictoires, et par les correspondances
+les plus confidentielles. On ne pouvait lui
+rien cacher; on ne lui cachait rien.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"><b>Note 2: </b></a><a href="#footnotetag2">(retour)</a> Duclos. </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"><b>Note 3: </b></a><a href="#footnotetag3">(retour)</a>3 Portrait du ministre de Julien, par Gibbon, tome IV,
+chap. <span class="sc">xix</span>, pag. 351. </blockquote>
+
+<p>Napoléon n'ignore pas que c'est contre sa personne
+que se dirigent les censures qui semblent
+ne s'adresser qu'à son ministre; mais, dédaignant
+d'approfondir les secrètes intentions des frondeurs,
+et ne voulant y voir que les préventions
+<a name="p10" id="p10"></a><span class="pagenum">10</span>
+d'un parti qu'on peut ménager, il croit devoir y
+céder, et, par cette concession faite au retour
+de la confiance, il prélude aux concessions plus
+importantes qu'il veut faire à la pacification générale.
+Le 20 novembre, il rappelle le duc de
+Bassano au ministère de la secrétairerie-d'état,
+et, dans le choix de celui qui le remplace aux
+affaires étrangères, il donne une nouvelle preuve
+de ses intentions conciliantes. Le duc de Vicence
+a mérité, dans sa brillante ambassade de Pétersbourg,
+l'estime de l'empereur Alexandre; c'est
+lui que l'empereur Alexandre et l'empereur d'Autriche
+semblent demander pour négociateur;
+c'est à lui que Napoléon croit devoir confier son
+portefeuille des relations extérieures.</p>
+
+<p>Le nouveau ministre est chargé de rassurer
+entièrement les alliés sur les dispositions pacifiques
+de Napoléon. Le 2 décembre, il écrit à
+M. de Metternich que Napoléon adhère très positivement
+aux bases générales et sommaires communiquées
+par M. de Saint-Aignan.</p>
+
+<p>Le corps législatif était convoqué pour le 2 décembre;
+on l'ajourne au 19, dans l'espérance
+qu'à cette époque tous les délais préliminaires
+seront épuisés, et même que le congrès de Manheim
+sera ouvert: mais douze jours s'écoulent
+sans que la négociation fasse aucun progrès. On
+<a name="p11" id="p11"></a><span class="pagenum">11</span>
+reçoit enfin une lettre de M. de Metternich; elle
+est du 10 décembre, et contient la nouvelle
+inattendue que les alliés ont jugé à propos de
+consulter l'Angleterre, et que leur décision dépend
+de sa réponse.</p>
+
+<p>La gazette de Francfort, du 7 décembre, avait
+déjà publié une proclamation datée du 1<sup>er</sup>, qui
+aurait dû faire pressentir un changement dans
+les intentions des alliés. On y faisait sérieusement
+un crime à Napoléon des levées d'hommes
+qui avaient lieu dans toute la France: parce que
+les souverains du Nord avaient parlé de paix, il
+semblait que le gouvernement français n'eût plus
+de dispositions défensives à prendre. A la suite
+de ces récriminations peu pacifiques, les alliés
+promettaient ironiquement à la France de ne
+mettre bas les armes qu'après avoir abattu sa
+prépondérance.</p>
+
+<p>L'espoir d'une négociation franche et loyale
+s'affaiblissait donc de plus en plus.</p>
+
+<p>Le jour fixé définitivement pour l'ouverture
+du corps législatif arrive..., et, dans son discours
+d'ouverture, Napoléon n'a rien à dire
+sur la négociation qui est le sujet de l'attente générale,
+si ce n'est que «rien ne s'oppose de sa
+part au rétablissement de la paix.»
+<a name="p12" id="p12"></a><span class="pagenum">12</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE III.</h4>
+
+<h4>LES ALLIÉS REPRENNENT L'OFFENSIVE.</h4>
+
+<p class="mid">(Décembre 1813.)</p>
+
+<p>Il devient chaque jour plus évident que des
+changements sont survenus, vers la fin de novembre,
+dans la politique des alliés.</p>
+
+<p>C'était assez pour la Russie et pour l'Autriche
+de nous confiner derrière le Rhin; mais cela ne
+pouvait suffire à l'Angleterre, qui ne voulait pas
+nous laisser maîtres d'Anvers et de la côte Belgique.</p>
+
+<p>Les Anglais sont bien informés du découragement
+contre lequel Napoléon lutte à Paris, de
+la défection qu'il va éprouver en Hollande, et de
+la vaste conspiration qui couve en France et travaille
+déjà les principaux corps de l'état. Ils
+ont donc conçu l'espoir d'un succès plus complet
+que celui dont on paraît vouloir se contenter à
+Francfort. En attendant que l'inexorable histoire
+révèle les causes secrètes qui ont suggéré de
+nouvelles prétentions aux alliés, contentons-nous
+<a name="p13" id="p13"></a><span class="pagenum">13</span>
+de remarquer que c'est bien certainement
+dans le court intervalle de temps écoulé entre les
+ouvertures faites à M. de Saint-Aignan et la réponse
+définitive du duc de Vicence que cette
+révolution s'est opérée... Tout-à-coup les alliés
+se décident à reprendre l'offensive et à aller dicter
+au coeur de la France la paix qu'ils avaient
+d'abord eu l'intention de négocier sur les bords
+du Rhin.</p>
+
+<p>Quels que soient cependant les encouragements
+et même les assurances que donne l'Angleterre, il
+reste encore aux alliés une telle idée de nos ressources,
+qu'ils pensent ne pouvoir entreprendre
+l'invasion du territoire français qu'à l'aide d'un
+développement de forces immenses. La seule opération
+du passage du Rhin les intimide au point
+qu'ils ne voient d'autre parti à prendre que d'éluder
+la difficulté, en violant la neutralité des
+Suisses.</p>
+
+<p>Dès le 18 novembre, la diète helvétique avait
+réclamé le respect dû à son territoire. Elle avait
+envoyé des députés extraordinaires porter à Paris
+et à Francfort sa protestation contre toute violence
+qui lui serait faite sur ses limites; elle avait
+placé des bataillons qui formaient un cordon que
+M. de Watteville commandait...: mais M. Senft
+de Pilsac était à Zurich, préparant au nom des
+<a name="p14" id="p14"></a><span class="pagenum">14</span>
+alliés la révolution qui devait <i>délivrer</i> la Suisse,
+c'est-à-dire l'enlever à l'influence de la France,
+pour la placer sous celle de la coalition. L'agent
+de M. de Metternich n'était que trop secondé par
+l'impatience qu'avaient les anciennes familles oligarchiques
+de rentrer dans la possession exclusive
+du pouvoir.</p>
+
+<p>Le 20 décembre au matin, le général Bubna
+n'hésite plus à se présenter sur la frontière des
+Suisses; il est à la tête de cent soixante mille hommes.
+Il déclare que cette armée va passer le Rhin
+dans la nuit, entre Rhinfeld et Bâle. Aussitôt les
+bataillons du général Watteville se replient; le
+mouvement général des alliés se démasque, et
+les opérations militaires de la campagne commencent.</p>
+
+<p>Trois grandes armées se présentent pour entrer
+en France.</p>
+
+<p>C'est d'abord celle du prince de Schwartzenberg,
+qui vient de pénétrer par la Suisse, sous
+la conduite du général Bubna: elle est composée
+d'Autrichiens, de Bavarois et de Wurtembergeois;
+les gardes impériales d'Autriche et de Russie s'y
+trouvent. On l'appelle <i>la grande armée</i>. Les généraux
+Barclay de Tolly, Witgenstein, de Wrede,
+le prince de Wurtemberg, le général Bubna, le
+prince de Hesse-Hombourg, les généraux Gyulay,
+<a name="p15" id="p15"></a><span class="pagenum">15</span>
+Bianchi, Colloredo, et le prince Lichtenstein,
+y ont les principaux commandements. L'empereur
+Alexandre, le roi de Prusse et l'empereur
+d'Autriche, suivent en personne les mouvements
+de cette armée, qui doit commencer par envahir
+l'Alsace et la Franche-Comté.</p>
+
+<p>La seconde armée est commandée par le maréchal
+Blücher: c'est l'armée prussienne de Silésie;
+des divisions russes et saxonnes y ont été
+ajoutées. Ces troupes, rassemblées autour de
+Francfort, attendent sur les bords du Rhin que
+le prince de Schwartzenberg ait réussi dans son
+entreprise sur la Suisse. Du moment que le maréchal
+Blücher recevra la nouvelle que les Autrichiens
+ont surpris le passage du Rhin, il tentera
+de son côté le passage à Manheim et se jettera
+sur la Lorraine.</p>
+
+<p>Les généraux Saint-Priest, Langeron, York,
+Saken et Kleist, sont les lieutenants de Blücher.</p>
+
+<p>La troisième armée, composée des troupes du
+prince de Suède, des Russes du général Voronzof
+et du général Wintzingerode, et des Prussiens du
+général Bulow, vient de traverser le Hanovre et
+la Hesse; elle a détruit le royaume de Westphalie.
+Renforcée par les Anglais du général Graham,
+elle est destinée à prendre la Hollande, et doit
+ensuite pénétrer en Belgique.
+<a name="p16" id="p16"></a><span class="pagenum">16</span> </p>
+
+<p>Il est convenu qu'on ne s'arrêtera pas devant
+les places de guerre, et qu'on passera par-dessus
+toutes nos anciennes lignes de défense. C'est un
+<i>hourra</i> général qu'il s'agit de faire sur Paris.</p>
+
+<p>Le 21 décembre, à Loerach, les souverains
+alliés publient les proclamations qui donnent le
+signal des hostilités.
+<a name="p17" id="p17"></a><span class="pagenum">17</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE IV.</h4>
+
+<h4>UN PARTI D'OPPOSITION ÉCLATE A PARIS.--NAPOLÉON<br>
+RENVOIE LE CORPS LÉGISLATIF.--- CONSPIRATION<br>
+INTÉRIEURE.</h4>
+
+<p class="mid">(Fin de décembre 1815.)</p>
+
+<p>La nouvelle de l'entrée du prince Schwartzenberg
+en Suisse arrive à Paris peu de jours après
+l'ouverture du corps législatif. Dès ce moment,
+tout espoir de paix est perdu. Devant le développement
+de tant de forces, le prestige des nôtres
+tombe; et désormais ce n'est plus qu'à force de
+soumissions... ou d'énergie qu'on pourra sauver
+la France. Se soumettre à tout, ou tout risquer!
+dans cette rigoureuse alternative, le choix de
+Napoléon ne pouvait être douteux. Bien des
+gens ont regretté qu'on n'eût pas cédé: bien des
+gens auraient regretté qu'on ne se fût pas défendu.
+<i>Ne vaut-il pas mieux périr que de se soumettre
+au joug de l'étranger?</i><a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup class="sml">4</sup></a> Est-ce d'ailleurs
+<a name="p18" id="p18"></a><span class="pagenum">18</span>
+un moyen d'arrêter l'ennemi que de montrer à
+quel point de faiblesse on est tombé? Enfin les
+souverains resteront-ils sur nos frontières pour
+nous écouter, s'ils apprennent de notre bouche
+même qu'ils sont les maîtres de venir dicter la loi
+dans Paris?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"><b>Note 4: </b></a><a href="#footnotetag4">(retour)</a> Le sénateur Lambrechts, <i>Principes politiques</i>, 1815.</blockquote>
+
+<p>Un beau désespoir peut encore nous secourir.
+Tout est donc mis en oeuvre par le gouvernement
+pour porter les esprits à de grandes résolutions.
+«Entourée de débris, la France lève une tête
+encore menaçante: elle était moins puissante,
+moins forte, moins riche, moins féconde en
+ressources en 1792, quand ses levées en masse
+délivrèrent la Champagne!... en l'an VII, quand
+la bataille de Zurich arrêta une nouvelle invasion
+de toute l'Europe!... en l'an VIII, quand
+la bataille de Marengo acheva de sauver la
+patrie<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup class="sml">5</sup></a>!» Napoléon tient dans ses mains les
+mêmes ressorts; mais, il faut en convenir, ils ont
+perdu leur trempe républicaine. La plupart de
+nos chefs sont fatigués; cependant le feu sacré
+anime toujours la jeunesse française et brille encore
+sur quelques fronts chauves consacrés à la
+gloire: c'est le dernier espoir de la patrie!</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"><b>Note 5: </b></a><a href="#footnotetag5">(retour)</a> 5: Discours du comte Regnault de Saint-Jean-d'Angely
+au corps législatif. </blockquote>
+
+<p> <a name="p19" id="p19"></a><span class="pagenum">19</span> </p>
+
+<p>Napoléon veut, avant tout, se concilier la confiance
+des députés des départements. Il n'a pu
+leur annoncer la paix, il veut du moins les convaincre
+qu'il a fait ce qui dépendait de lui pour
+la négocier: mais sa parole ne suffit plus; il se
+croit obligé de communiquer les pièces à une
+commission tirée du sénat et de la chambre des
+députés. MM. de Lacépède, Talleyrand, Fontanes,
+Saint-Marsan, Barbé-Marbois et Beurnonville,
+sont les commissaires du sénat; MM. le duc de
+Massa, Raynouard, Lainé, Gallois, Flaugergues
+et Maine de Biran, sont les commissaires du
+corps législatif. Ils se réunissent, le 4 décembre,
+chez l'archichancelier; les conseillers d'état Regnault
+de Saint-Jean-d'Angely et d'Hauterive leur
+communiquent les pièces.</p>
+
+<p>En prouvant que le gouvernement avait fait
+tout ce qu'il pouvait faire pour négocier, Napoléon
+avait espéré qu'un cri d'honneur en appellerait
+aux armes: mais le sénat, sur le rapport
+de ses commissaires, le prie de faire un dernier
+effort pour obtenir la paix. «C'est le voeu de
+la France et le besoin de l'humanité. Si l'ennemi
+persiste dans ses refus, ajoute le sénat,
+eh bien! nous combattrons pour la patrie,
+entre les tombeaux de nos pères et les berceaux
+de nos enfants!»
+<a name="p20" id="p20"></a><span class="pagenum">20</span>
+</p>
+
+<p>Dans sa réponse au sénat, Napoléon cherche
+à expliquer de nouveau ses véritables dispositions:
+«Il n'est plus question, dit-il, de recouvrer
+les conquêtes que nous avons perdues. Je
+ferai sans regret les sacrifices qu'exigent les
+bases préliminaires proposées par l'ennemi, et
+que j'ai acceptées; mais si l'ennemi ne signe pas
+la paix sur les bases qu'il a lui-même offertes,
+il faut le combattre!»</p>
+
+<p>Le corps législatif se prête encore moins que
+le sénat à donner son assentiment au parti extrême
+vers lequel Napoléon semble pencher.
+Sur la proposition du député Lainé, qui est rapporteur
+des commissaires, l'assemblée exige que
+le gouvernement se lie pour l'avenir par des engagements
+qui sont la censure du passé. On ne
+peut refuser ouvertement de combattre pour
+l'intégrité du territoire; mais on profite de l'urgence
+des besoins pour demander des garanties
+de liberté et de sûreté individuelle, demande qui
+n'était autre chose qu'une accusation indirecte
+de tyrannie.</p>
+
+<p>Ainsi donc, au lieu d'un concert de zèle et
+de dévouement contre l'ennemi commun, Napoléon
+n'entend que des murmures et des reproches!...
+On savait que l'Angleterre pratiquait
+des intelligences dans nos provinces, notamment
+<a name="p21" id="p21"></a><span class="pagenum">21</span>
+à Bordeaux, et qu'elle s'efforçait de réveiller
+partout les espérances des vieux partisans
+de la maison de Bourbon. Ces renseignements
+rendaient l'opposition inopinée du corps
+législatif plus grave et plus embarrassante. Le
+temps, qui éclaircit tout, et l'ivresse du succès,
+qui est toujours indiscrète, nous révèleront un
+jour cette conjuration<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup class="sml">6</sup></a>; alors la police ne la
+connaissait qu'imparfaitement. Néanmoins Napoléon
+ne peut s'empêcher de reconnaître dans
+<a name="p22" id="p22"></a><span class="pagenum">22</span>
+ce qui se passe autour de lui une intrigue liée
+par des factieux. Cédant à ses soupçons, il prend
+le parti de dissoudre le corps législatif; et, dans
+l'audience de congé qu'il donne aux députés, il
+laisse échapper l'expression de son vif mécontentement:
+«Je vous avais appelés pour m'aider,
+leur dit-il, et vous êtes venus dire et faire ce
+<a name="p23" id="p23"></a><span class="pagenum">23</span>
+qu'il fallait pour seconder l'étranger: au lieu
+de nous réunir, vous nous divisez. Ignorez-vous
+que, dans une monarchie, le trône et la
+personne du monarque ne se séparent point?
+Qu'est-ce que le trône? Un morceau de bois
+couvert d'un morceau de velours; mais, dans la
+langue monarchique, le trône, c'est moi! Vous
+parlez du peuple; ignorez-vous que c'est moi
+qui le représente par-dessus tout? On ne peut
+m'attaquer sans attaquer la nation elle-même.
+S'il y a quelques abus, est-ce le moment de me
+venir faire des remontrances, quand deux cent
+mille Cosaques franchissent nos frontières?
+Est-ce le moment de venir disputer sur les libertés
+et les sûretés individuelles, quand il s'agit
+de sauver la liberté politique et l'indépendance
+nationale? Vos idéologues demandent des
+garanties contre le pouvoir: dans ce moment,
+toute la France ne m'en demande que contre
+l'ennemi... Vous avez été entraînés par des
+gens dévoués à l'Angleterre; et M. Lainé, votre
+rapporteur, est un méchant homme<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup class="sml">7</sup></a>.»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"><b>Note 6: </b></a><a href="#footnotetag6">(retour)</a> Voici les détails qui ont été publiés à cet égard:
+
+<p>Depuis le mois de mars 1813, une confédération royaliste
+s'était organisée au centre de la France. Les ducs de
+Duras, de La Trémouille et de Fitz-James, MM. de Polignac,
+Ferrand, Adrien de Montmorency, Sosthène de La
+Rochefoucauld, de Sesmaisons, et Laroche-Jaquelain, en
+étaient l'âme. On se réunissait au château d'Ussé, en
+Touraine, chez M. de Duras. Le préfet de Nantes lui-même
+était de ces conciliabules (<i>Histoire de</i> 1814, par
+M. Beauchamp, tom. II, pag. 45). La perte de la bataille
+de Leipsick et l'évacuation de l'Allemagne avaient donné
+un nouvel essor aux projets des royalistes de l'ouest et du
+midi. Le comte Suzannet avait pris secrètement le commandement
+du Bas-Poitou, Charles d'Autichamp s'était
+chargé du commandement d'Angers, le duc de Duras de
+celui d'Orléans et de Tours, le marquis de Rivière de celui
+du Berry (Voyez même histoire, tom. II, pag. 50). Sur
+ces entrefaites, le duc d'Angoulême débarquait à Saint-Jean-de-Luz,
+et se rendait au quartier général de Wellington.
+Toute la confédération de l'ouest devait se déclarer
+au premier signal du duc de Berry, qu'on attendait impatiemment
+à Jersey. M. Tassard de Saint-Germain était à
+Bordeaux à la tête d'une association composée d'un grand
+nombre de personnes de toutes les classes... M. le chevalier
+de Gombaut était aussi à la tête d'une association pieuse
+qui avait le même but politique. Le marquis de Laroche-Jaquelain
+était plus particulièrement attaché à l'association
+du chevalier de Gombaut. L'ordre fut donné de l'arrêter:
+averti par le comte de Lynck, maire de Bordeaux, il échappa
+aux recherches en se réfugiant dans sa famille... Le comte
+de Lynck avait fait en 1813 (novembre) un voyage à Paris.
+Après s'être concerté avec M. Labarthe, autrefois à la
+tête d'une association royaliste, et avec MM. de Polignac, il
+était reparti pour Bordeaux, plein de la ferme volonté d'y
+servir puissamment le roi... Depuis long-temps cette secrète
+intention germait dans le coeur du comte de Lynck.
+(Voyez le même ouvrage, pag. 50.) Le député Lainé, lié
+avec le comte de Lynck, avait reçu ses confidences et partageait
+ses projets (<i>Ibid</i>., tom. II, pag. 86 et 87).</p></blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"><b>Note 7: </b></a><a href="#footnotetag7">(retour)</a> Tandis que Napoléon se livrait à cette conversation
+animée, un auditeur était là, qui avait la prétention de
+la dérober pour l'histoire. Ainsi des phrases échappées d'abondance,
+des expressions hasardées dans la vivacité du
+dialogue, sont devenues des documents authentiques, au
+gré de la mémoire d'un individu anonyme, ou plutôt au
+gré de la partialité des écrivains. Quoi qu'il en soit, les
+pensées grandes et fortes qui rendent cette conversation si
+remarquable n'ont pu être entièrement dénaturées: elles
+percent dans le libelle à travers les expressions triviales
+sous lesquelles l'affectation du mot à mot les a travesties. </blockquote>
+
+<a name="p24" id="p24"></a><span class="pagenum">24</span>
+
+<p>Quelque vif que soit cet éclat, le député Lainé
+retourne dans ses foyers, aussi libre que ses
+collègues.</p>
+
+<p><a name="p25" id="p25"></a><span class="pagenum">25</span></p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE V.</h4>
+
+<h4>INVASION DU TERRITOIRE FRANÇAIS.</h4>
+
+<p class="mid">(Janvier 1814.)</p>
+
+<p>L'année 1814 commence au milieu de ces
+graves dissensions.</p>
+
+<p>Les nouvelles les plus alarmantes arrivent
+des divers points de notre frontière: le prince
+Schwartzenberg, maître des passages de la Suisse,
+a d'abord jeté le gros de son armée sur Huningue
+et Béfort. Sa droite, qui a voulu s'étendre
+trop vite dans la vallée d'Alsace, a éprouvé, le
+24 décembre, un échec à Colmar; il a dirigé son
+aile gauche, à travers la Suisse, jusque sur Genève.
+Cette place était une des portes de l'empire,
+et de puissants renforts lui arrivaient de
+Grenoble; mais au premier moment du danger
+le général Jordy, commandant la garnison, frappé
+d'un coup de sang, tombe mort subitement sur
+la place d'armes: le préfet Capelle prend la fuite;
+et les Genevois, devenus maîtres de leur conduite,
+abaissent aussitôt leurs ponts-levis devant
+<a name="p26" id="p26"></a><span class="pagenum">26</span>
+l'avant-garde autrichienne. Le général Bubna a
+pris possession de Genève le 28 décembre. Les
+dernières dépêches annoncent que le prince
+Schwartzenberg, après avoir laissé en arrière
+quelques détachements pour masquer Huningue
+et Béfort, pousse ses colonnes du centre sur Épinal,
+Vesoul et Besançon.</p>
+
+<p>Le duc de Bellune est accouru de Strasbourg
+avec une armée qui n'est pas de dix mille
+hommes! Il désespère d'arrêter les Autrichiens
+dans les défilés des Vosges. Le 4 janvier, l'ennemi
+entre à Vesoul; le 9 janvier, Besançon est investi.</p>
+
+<p>De son côté, le maréchal Blücher a effectué
+le passage du Rhin dans la nuit du 1<sup>er</sup> janvier,
+et sur trois points différents. Au centre, les corps
+de Langeron et d'York ont passé le Rhin à Caub;
+arrivé sur la rive française, le corps de Langeron
+s'est détaché pour aller bloquer Mayence, et le
+corps d'York a pris la direction de Creutznach.
+Le corps de Saint-Priest, formant la droite de
+l'armée de Silésie, a passé le Rhin à Neuwied et
+vient d'occuper Coblentz. Enfin à l'aile gauche,
+les corps de Sacken et de Kleist, qui ont passé
+le Rhin devant Manheim, s'avancent sur le duc
+de Raguse. Celui-ci, qui n'a que les cadres d'une
+armée, recule sur les places de la Sarre et de la
+Moselle.
+<a name="p27" id="p27"></a><span class="pagenum">27</span> </p>
+
+<p>Nos troupes sont en pleine retraite. Napoléon
+ne s'était pas flatté de l'espoir d'arrêter long-temps
+les alliés sur la frontière: forcé de les
+laisser s'avancer dans l'intérieur, il ne pense plus
+qu'à mettre de l'ensemble dans nos mouvements
+rétrogrades, qu'il veut concentrer de manière
+à couvrir Paris.</p>
+
+<p>Il ordonne au duc de Bellune de disputer
+pied à pied les passages des Vosges. Il lui envoie
+le duc de Trévise avec une division de la garde,
+pour le soutenir sur la route de Langres. Il recommande
+au duc de Raguse de s'appuyer le
+plus long-temps qu'il pourra sur les glacis des
+nombreuses forteresses de la Lorraine. Enfin, le
+duc de Tarente, qui est du côté de Liège, occupé
+à pourvoir à la sûreté des places du Bas-Rhin
+et de la Meuse, a ordre de rentrer dans la vieille
+France par la porte des Ardennes. Une instruction
+commune à tous les maréchaux leur prescrit,
+à mesure qu'ils se retirent, de jeter dans
+les places les soldats fatigués et ceux de nouvelles
+levées qui ne sont pas encore habillés. On laisse
+donc partout de nombreuses garnisons que Napoléon
+se réserve de réunir en corps d'armée,
+sur les derrières de l'ennemi.</p>
+
+<p>Toutes les troupes ont ordre d'acculer leurs
+retraites sur la Champagne. C'est aussi sur la
+<a name="p28" id="p28"></a><span class="pagenum">28</span>
+Champagne qu'on va diriger les renforts qui arrivent
+du fond de la France, et dont les maréchaux
+Kellermann et Oudinot sont chargés de
+former de nouveaux bataillons.</p>
+
+<p>Des commissaires extraordinaires sont envoyés
+dans les départements pour présider aux levées
+d'hommes et aux mesures de défense. On distingue
+parmi ces commissaires les sénateurs de Semonville,
+de Beurnonville, Boissy-d'Anglas, etc.
+«Français,» dit Napoléon dans la proclamation
+dont ces commissaires étaient porteurs, «Français,
+un dernier effort! J'appelle ceux de Paris,
+de la Bretagne et de la Normandie, de la
+Champagne, de la Bourgogne et des autres départements,
+au secours de leurs frères de la
+Lorraine et de l'Alsace! A l'aspect de tous ces
+peuples en armes, l'étranger fuira ou signera
+la paix.»</p>
+
+<p>L'empereur ne veut négliger aucun moyen
+pour intimider l'ennemi dans sa marche. Il connaît
+de longue main l'extrême circonspection
+des généraux qui lui sont opposés, et il a deviné
+leurs irrésolutions. Il multiplie les revues militaires
+dans la cour des Tuileries; et le lendemain
+les journaux doublent ou triplent le nombre des
+troupes qui ont été passées en revue. En moins
+d'un mois, plus de deux cent mille hommes sont
+<a name="p29" id="p29"></a><span class="pagenum">29</span>
+comptés comme ayant traversé Paris pour se
+rendre à l'armée.</p>
+
+<p>Négligeons ces ruses de gazettes, et revenons
+à la vérité<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup class="sml">8</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"><b>Note 8: </b></a><a href="#footnotetag8">(retour)</a> Quelques écrivains qui trouvent commode pour leur
+métier de n'avoir à puiser les matériaux de l'histoire que
+dans les journaux, ne peuvent pardonner à Napoléon de
+s'être servi des gazettes pour tromper l'ennemi. Ils crieraient
+volontiers au sacrilège! Cependant les mêmes écrivains
+conviennent que <i>les alliés, étonnés de la jactance de
+nos journalistes, redoutaient une guerre nationale et même
+une bataille</i>. </blockquote>
+
+<p> <a name="p30" id="p30"></a><span class="pagenum">30</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE VI.</h4>
+
+<h4>PROJETS DE NAPOLÉON POUR L'OUVERTURE DE LA<br>
+CAMPAGNE.--FORMATION DES RÉSERVES.--COUP<br>
+D'OEIL SUR NOS AUTRES ARMÉES.</h4>
+
+<p class="mid">(Janvier 1814.)</p>
+
+<p>Quelque activité que Napoléon mette dans la
+réorganisation de l'armée, il ne peut pas espérer
+d'entrer en campagne avant la fin de janvier, et
+il ne peut compter sur plus de cent mille combattants.
+Cependant l'ennemi développe autour
+de nous un cercle de plus de six cent mille
+hommes. On en annonce même le double; mais
+ce dernier calcul est moins celui des forces que
+les alliés ont amenées sur nos frontières, que l'aperçu
+complaisant de toutes celles qu'ils pourraient
+faire arriver peu à peu. Certes, quelque
+audace qu'on lui suppose, Napoléon n'aurait pas
+entrepris de lutter contre de telles forces si elles
+avaient dû se présenter à la fois; mais son oeil
+exercé a toisé le <i>géant</i> qui s'avance, et, dans son
+énorme stature, il a reconnu quelques parties
+<a name="p31" id="p31"></a><span class="pagenum">31</span>
+disjointes qui peuvent servir de point de mire
+à nos coups.</p>
+
+<p>Les forces de la coalition sont échelonnées sur
+trois lignes principales de communication, qui,
+de Berlin, de Varsovie et de Vienne, aboutissent
+au Rhin. Ce n'est que successivement que les colonnes
+en marche peuvent arriver et peser dans
+la balance des événements. D'ailleurs, ces forces
+ne sont pas toutes mobiles; un grand nombre est
+arrêté dans la route par des obstacles ou par
+des opérations qui ne peuvent cesser tout d'un
+coup. Napoléon calcule que l'ennemi, qui dans
+trois mois aura cinq cent mille hommes au centre
+de la France, n'a pu commencer les opérations
+de cette campagne qu'avec deux cent cinquante
+mille hommes au plus; encore ces forces sont-elles
+diminuées par de nombreux blocus, et se
+trouvent-elles séparées sur différentes routes. Napoléon
+est donc fondé à croire qu'en manoeuvrant
+avec vivacité au centre de leurs marches, il pourra
+rencontrer les corps d'armée ennemis isolés les
+uns des autres. Il médite de réunir ses troupes
+dans les plaines de Châlons-sur-Marne, avant
+que les colonnes des ennemis puissent se joindre;
+de remédier de cette façon à l'extrême disproportion
+du nombre, et de se ménager ainsi quelque
+occasion brillante, où la victoire sera d'autant
+<a name="p32" id="p32"></a><span class="pagenum">32</span>
+plus décisive que l'ennemi se trouvera engagé
+plus avant au fond de nos provinces. Tels sont
+ses projets pour le début de la campagne.</p>
+
+<p>En même temps que l'on compose à la hâte
+une armée avec tout ce qu'on pourra réunir
+à Châlons d'ici à la fin de janvier, on pense
+aussi à se procurer des réserves pour soutenir
+les événements ultérieurs de la campagne. Mais
+Napoléon peut-il rappeler à lui toutes les troupes
+qui sont encore au dehors? Avant de considérer
+les immenses sacrifices et les graves difficultés
+qu'un pareil parti comporte, jetons d'abord
+un coup d'oeil sur les armées françaises
+dispersées loin du théâtre où la lutte principale
+va s'engager.</p>
+
+<p>Au nord, le maréchal Gouvion Saint-Cyr, chargé
+de défendre Dresde avec un corps de vingt mille
+hommes, avait fini par capituler le 4 novembre,
+sous la condition de ramener ses troupes en
+France. Les alliés se trouvant les plus forts ont
+cru que la bonne foi n'était plus nécessaire, et
+ne se sont fait aucun scrupule de violer la capitulation
+de Dresde. Gouvion Saint-Cyr et ses vingt
+mille hommes, retenus prisonniers en Bohême,
+ne peuvent donc plus compter dans nos ressources;
+mais, indépendamment de ce corps, plus
+de cinquante mille hommes restent encore à
+<a name="p33" id="p33"></a><span class="pagenum">33</span>
+Napoléon sur les bords de l'Elbe, depuis Dresde
+jusqu'à Hambourg.</p>
+
+<p>Le général Dutaillis, successeur du général
+Narbonne, défend la forteresse de Torgau assiégée
+par le général prussien Taentzien.</p>
+
+<p>Le général Lapoype et sa garnison se couvrent
+de gloire derrière les pieux et les buttes de sable
+que le général prussien Dotschütz assiège à Wittemberg:
+le général Lemarrois, avec deux divisions,
+est inattaquable dans Magdebourg. Le
+prince d'Eckmühl tient son quartier général à
+Hambourg; il y commande quatre divisions; les
+ordres de se retirer sur la Hollande, qui lui
+avaient été expédiés pendant la retraite de Leipsick,
+n'ont pu lui parvenir. Isolé aux bouches
+de l'Elbe, il a réussi, à force de travaux et de
+fermeté, à convertir les comptoirs de Hambourg
+en citadelles. Il résiste à la fois aux attaques combinées
+des Suédois et des Russes, au ressentiment
+des habitants, et à la défection de nos alliés les
+Danois. Au centre de l'Allemagne, nous avons
+encore, sur les hauteurs d'Erfurt, des garnisons
+qui menacent à chaque instant d'intercepter la
+grande route du nord. Une division des troupes
+alliées est restée stationnaire devant Erfurt, pour
+en bloquer les deux citadelles. Quant à la Hollande,
+depuis le mois de novembre nous l'avons
+<a name="p34" id="p34"></a><span class="pagenum">34</span>
+perdue. L'approche des corps d'armée de
+Bülow et de Wintzingerode, qui, après avoir occupé
+le Hanovre et la Westphalie, s'étaient avancés
+sur Munster, Wesel et Dusseldorf, avait fait
+éclater subitement une révolution en Hollande.
+Les insurrections d'Amsterdam et de La Haye, et
+la défection des bataillons étrangers qui composaient
+la division du général Molitor, n'avaient
+laissé aux autorités françaises aucun moyen de
+résistance; mais, tandis que Wintzingerode
+s'avançait sur le Wahal, passait le Mordick, et
+que des troupes anglaises réunies aux Bataves
+s'emparaient des bouches de l'Escaut, quelques
+troupes fidèles s'étaient jetées dans les places de
+Devinter et de Naarden. L'amiral Verhuel n'avait
+pas voulu oublier qu'il tenait son commandement
+de la confiance de Napoléon; il avait refusé
+de recevoir les ordres des partisans du prince
+d'Orange: son pavillon avait été abattu sur les
+vaisseaux; il l'avait relevé sur les forts du Helder.
+Le sénateur Rampon s'est renfermé avec une
+garnison de gardes nationales françaises dans les
+digues de Gorcum. L'apparition des alliés devant
+Gertruydenberg et Breda avait produit un moment
+de désordre, et l'on avait évacué trop précipitamment
+Willemstadt et Breda; les ennemis
+en ont habilement profité: le général Graham a
+<a name="p35" id="p35"></a><span class="pagenum">35</span>
+débarqué les troupes anglaises à Willemstadt; et
+dans les premiers jours de janvier, le général
+prussien Bülow est venu se réunir, dans les environs
+de Breda, aux troupes du général Wintzingerode.
+Après avoir ainsi franchi le Wahal et
+la Meuse, les alliés n'ont plus qu'un pas à faire
+pour attaquer Anvers.</p>
+
+<p>Au midi, Wellington a pénétré en France par
+la Navarre. Sa nombreuse armée, composée
+d'Anglais, d'Espagnols et de Portugais, avait
+d'abord forcé la Bidassoa et occupé Saint-Jean
+de Luz; mais pendant un mois notre armée l'avait
+tenu arrêté devant les lignes de la Nivelle. Le 9
+novembre, Wellington avait enfin forcé l'armée
+française à se replier sur le camp retranché de
+Bayonne. Dans cette seconde position, nos troupes
+avaient tenu encore pendant un mois les alliés
+en échec. Cependant le 9 décembre, l'ennemi
+avait effectué le passage de la Nive; mais, après
+quatre jours de bataille, et nonobstant la désertion
+des troupes allemandes, qui, le 11 décembre
+au soir, ont passé en masse de notre camp
+dans les lignes espagnoles, Wellington avait encore
+été obligé de s'arrêter au pied des glacis
+de Bayonne. C'est ainsi que les talents du maréchal
+Soult et la bravoure française opposent
+aux étrangers, sur les bords de l'Adour, une
+<a name="p36" id="p36"></a><span class="pagenum">36</span>
+barrière plus forte que n'a été celle des Pyrénées.</p>
+
+<p>Le duc d'Albuféra est le seul de nos maréchaux
+que l'adversité n'ait pas encore atteint. Il s'est arrêté
+sur le Lobrégat, en Catalogne, étonné de
+voir l'Espagne prendre une attitude victorieuse,
+et ne pouvant se résoudre à reculer davantage
+devant un ennemi qu'il a toujours battu. Son
+quartier général est à Barcelone.</p>
+
+<p>En Italie, Rome est encore la seconde ville de
+l'empire français. Les Autrichiens n'ont pu forcer
+le passage de l'Adige. Le prince Eugène est à Vérone
+avec quatre-vingt mille hommes français et
+italiens, qu'il oppose à l'armée autrichienne du
+général Bellegarde. Nos réserves se réunissent à
+Alexandrie. En général, les peuples de l'Italie
+septentrionale se montrent bien disposés pour
+nous. Si le roi de Naples veut se rallier au prince
+Eugène, non seulement l'Italie est sauvée, mais
+une imposante diversion peut descendre encore
+une fois du sommet des Alpes juliennes jusqu'à
+Vienne.</p>
+
+<p>Les intrigues et les séductions de l'ennemi
+semblent nous menacer de ce côté de plus de dangers
+que ses armées. Des insinuations ont été
+faites au prince Eugène, et n'ont pu l'ébranler.
+Les mêmes attaques assiègent la vanité du roi de
+Naples. Les troupes dont il nous promet le
+<a name="p37" id="p37"></a><span class="pagenum">37</span>
+secours vont arriver à Bologne; Napoléon et le
+prince Eugène ne peuvent croire que c'est un
+nouvel ennemi qui s'avance<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup class="sml">9</sup></a> <a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup class="sml">10</sup></a>!</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"><b>Note 9: </b></a><a href="#footnotetag9">(retour)</a> Voir au supplément de la première partie, nº 13, la
+lettre de M. La Besnadière, relative aux dépêches apportées
+par M. de Carignan. </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"><b>Note 10: </b></a><a href="#footnotetag10">(retour)</a> C'est le 11 janvier 1814 que le roi de Naples, Joachim
+Murat, a signé son alliance offensive et défensive avec l'Autriche;
+mais cette puissance lui a fait attendre la ratification
+jusqu'après la prise de Paris. Voir le traité dans le <i>Recueil</i>
+de Martens, tom. II (XII de l'ouvrage), pag. 660,
+et dans le <i>Recueil</i> de Schoels, tom. VI, pag. 332. </blockquote>
+
+<p>Deux cent mille Français sont donc ainsi dispersés:
+cinquante mille sur l'Elbe, cent mille au
+pied des Pyrénées, et cinquante mille au-delà des
+Alpes. S'ils ne peuvent concourir à l'action principale,
+du moins font-ils des diversions qu'on ne
+peut considérer comme inutiles. Sur l'Elbe, nos
+troupes retiennent Benigsen et les réserves russes,
+ainsi que les Suédois, le corps prussien de
+Tauentzien et de Dobschutz, et toutes les milices
+insurgées de la Hesse et du Hanovre. En Hollande,
+nos garnisons occupent les Anglais, impatients
+d'établir la maison d'Orange d'une manière
+plus solide. Du côté des Pyrénées, nos deux
+armées empêchent deux cent mille Espagnols,
+Anglais et Portugais, de déborder sur nos départements
+<a name="p38" id="p38"></a><span class="pagenum">38</span>
+du midi pour les mettre au pillage; et
+le prince Eugène, sur l'Adige, oblige quatre-vingt
+mille Autrichiens de s'y arrêter. Les armées
+lointaines retiennent dans notre alliance des
+auxiliaires qui seront contre nous, du moment
+que nous sortirons des places où nous les tenons
+renfermés avec nous. D'ailleurs les négociations
+ne se nourrissent que de restitutions, de concessions
+et d'échanges: peut-être ce qui nous reste
+de la possession de l'Europe entrera-t-il en déduction
+des sacrifices qu'il nous faut faire à la paix?</p>
+
+<p>Maintenant il n'est plus possible d'évacuer les
+places de l'Elbe: depuis deux mois, toutes communications
+nous sont interdites avec ces garnisons.
+Peut-être serait-il temps encore de prendre
+le parti rigoureux d'évacuer l'Italie, d'abandonner
+les places du Rhin, et de tout concentrer sur
+Paris: Napoléon craint que les troupes ne soient
+compromises dans leur retraite; qu'elles n'arrivent
+qu'après l'événement, et qu'à des calculs
+militaires incertains on ne sacrifie des compensations
+qui deviennent de jour en jour plus précieuses.
+On se contente de demander des divisions
+d'infanterie et de cavalerie au maréchal
+Soult et au prince Eugène: dans le second mois
+de la campagne, nous verrons ces renforts entrer
+successivement en ligne. Pour se ménager
+<a name="p39" id="p39"></a><span class="pagenum">39</span>
+ces ressources, Napoléon a fait franchement le
+sacrifice des prétentions qui, depuis quatre ans,
+ont nourri ses querelles avec le pape et avec le
+prince Ferdinand d'Espagne. En calmant ainsi
+les inimitiés du midi de l'Europe, il pense pouvoir,
+avec moins d'inconvénients, affaiblir ses armées
+d'Italie et des Pyrénées. Le pape n'est donc
+plus retenu à Fontainebleau; rendu à l'Italie, il
+est en route pour remonter sur son siége épiscopal
+de Rome<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup class="sml">11</sup></a>. Quant au prince Ferdinand d'Espagne,
+dès les premiers jours de décembre M. le
+comte de La Forêt s'était rendu auprès de lui de
+la part de Napoléon; le 11 décembre, un traité
+avait été signé, dans lequel on n'exigeait du prince,
+pour prix de son retour en Espagne, que trois
+choses, savoir, 1º qu'il paierait exactement la pension
+du roi son père; 2º qu'il nous rendrait nos
+prisonniers, échange qui assurait à l'Espagne la
+restitution des siens, vingt fois plus nombreux
+que les nôtres; 3º enfin, que, libre du joug de
+la France, il n'irait pas se mettre sous le joug de
+l'Angleterre<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup class="sml">12</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"><b>Note 11: </b></a><a href="#footnotetag11">(retour)</a> C'est le 23 janvier que le pape a quitté Fontainebleau
+pour retourner en Italie. </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"><b>Note 12: </b></a><a href="#footnotetag12">(retour)</a> Voir le traité de Valençay, dans Martens, tom. V du
+supplément, XII de l'ouvrage, pag. 654. </blockquote>
+
+<p> <a name="p40" id="p40"></a><span class="pagenum">40</span> </p>
+
+<p>Ferdinand avait souscrit avec empressement
+à ces conditions. Après avoir écrit de sa main une
+lettre de remerciements à Napoléon, il s'était mis
+en route pour la Catalogne. Le maréchal Suchet
+avait protégé sa marche jusqu'aux avant-postes
+espagnols, et le 6 janvier il était arrivé à Madrid.</p>
+
+<p>Quelque tardive que puisse être cette satisfaction
+donnée aux troubles de l'église et au ressentiment
+des Espagnols, deux avantages importants
+sont le moins qui puisse en résulter: le retour du
+pape à Rome doit préserver l'Italie méridionale de
+devenir la proie des Autrichiens, et la restauration
+de Ferdinand doit mettre un terme à l'influence
+de Wellington à Madrid.</p>
+
+<p> <a name="p41" id="p41"></a><span class="pagenum">41</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE VII.</h4>
+
+<h4>REPRISE DES NÉGOCIATIONS.--PROGRÈS DE<br>
+L'INVASION ÉTRANGÈRE.</h4>
+
+<p class="mid">(Suite de janvier.)</p>
+
+<p>Tandis que Napoléon passe les jours et les nuits
+à se créer une armée, à se préparer des réserves
+et à diminuer le nombre de ses ennemis, il n'en
+poursuit pas moins avec empressement les chances
+qui lui restent pour un accommodement.
+Au milieu de tant d'adversités, le rôle commode,
+c'est de conseiller la paix; le difficile, c'est de la
+faire.</p>
+
+<p>Les négociations, qui avaient été interrompues
+pendant tout le mois de décembre, avaient paru,
+au commencement de janvier, prêtes à se ranimer.
+Lord Castlereagh, ministre des affaires étrangères
+d'Angleterre, avait quitté Londres pour
+aller se réunir aux ministres des autres cabinets:
+débarqué le 6 janvier près de La Haye, il avait
+aussitôt continué sa route pour le quartier général
+des alliés. De son côté, Napoléon avait pris
+<a name="p42" id="p42"></a><span class="pagenum">42</span>
+le parti d'envoyer le duc de Vicence auprès des
+souverains<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup class="sml">13</sup></a>; mais notre ministre, retenu aux
+avant-postes ennemis depuis le 6 janvier, attendait
+avec inquiétude les passe-ports qu'il avait
+demandés à M. de Metternich.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"><b>Note 13: </b></a><a href="#footnotetag13">(retour)</a> Voir les instructions du duc de Vicence, notamment la
+lettre de l'empereur du 4 janvier. (Supplément de la première
+partie, nº 8.) </blockquote>
+
+<p>Nous sommes arrivés à l'époque où commencent
+la dernière négociation et la dernière campagne.</p>
+
+<p>De jour en jour la situation de la France devenait
+plus critique.</p>
+
+<p>Les alliés, en se décidant à entrer en France,
+avaient bien calculé que l'immense supériorité de
+leur nombre devait les mettre suffisamment en
+force contre les débris de nos armées; mais l'animosité
+avec laquelle les paysans de l'Alsace et des
+Vosges disputent chaque village à leurs détachements
+commence à leur faire craindre de rencontrer
+en France les dangers d'une guerre d'insurrection;
+ils cherchent donc à désarmer l'opinion.
+L'empereur de Russie fait une proclamation,
+le prince de Schwartzenberg en fait une,
+Blücher en fait une troisième, de Wrede veut
+faire la sienne: le général Bubna fait faire de son
+<a name="p43" id="p43"></a><span class="pagenum">43</span>
+côté des proclamations par le colonel Simbschen
+et par le comte de Sonnas. Chaque commandant
+inférieur suit cet exemple. Jamais on n'a fait tant
+de proclamations pacifiques au bruit du canon;
+jamais on n'a vu l'infidélité des peuples provoquée
+par tant de souverains.</p>
+
+<p>Mais tandis que les généraux font des harangues,
+les soldats pillent, violent et tuent sans
+pitié; ces barbaries ont excité au plus haut degré
+la résistance du peuple des campagnes, et le
+prince Schwartzenberg voit qu'il n'est pas moins
+nécessaire d'intimider que de séduire: il menace
+de la potence tout paysan français qui sera pris
+les armes à la main, et du feu tout village qui
+résistera.</p>
+
+<p>Ce que l'ennemi craint et défend est précisément
+ce que l'on doit s'obstiner à faire. Napoléon
+ordonne la levée en masse des départements
+de l'est. Le général Berckeim est donné pour
+commandant à ses compatriotes de l'Alsace. Les
+Lorrains et les Francs-Comtois montrent le même
+dévouement que les Alsaciens. Des corps de partisans
+s'organisent dans les Vosges et s'annoncent
+par des succès. Sur les bords de la Saône, les
+Bourguignons montrent la même assurance que
+si des armées étaient derrière eux pour les soutenir.
+Les habitants de Châlons coupent leur pont,
+<a name="p44" id="p44"></a><span class="pagenum">44</span>
+et les Autrichiens disséminés dans la Bresse sont
+forcés de s'arrêter.</p>
+
+<p>Cependant l'alarme s'est répandue jusqu'au
+fond des vallées des Alpes: Bubna a intercepté
+la route du Simplon, le Valais est enlevé à la
+France, la Savoie est menacée d'être rendue au
+roi de Sardaigne.</p>
+
+<p>De ce côté, c'est le duc de Castiglione qui est
+chargé d'organiser la défense; il se rend à Lyon,
+où vont arriver les troupes qu'on tire à la hâte
+de l'armée de Catalogne et des dépôts des Alpes.
+Le général Desaix pourvoit pour quelque temps
+à la sûreté de Chambéry, et le général Marchand
+organise les levées en masse du Dauphiné.</p>
+
+<p>Bientôt l'invasion ennemie fait tant de progrès
+qu'il devient urgent d'y opposer la présence de
+Napoléon. Schwartzenberg a forcé les passages
+des Vosges; les combats de Rambervilliers, de
+Saint-Dié et de Charmes, ont ensanglanté sa
+marche, mais n'ont pu l'arrêter: il étend sa
+gauche le long de la Saône; il avance son centre
+sur Langres, et dirige sa droite vers Nancy, qui
+est un rendez-vous assigné aux Prussiens. Blücher
+n'a pas tardé à paraître au milieu des places de
+la Lorraine. York se présente devant Metz, et
+Sacken arrive à Nancy. Depuis le 13 janvier, les
+souverains alliés sont sur le territoire français;
+<a name="p45" id="p45"></a><span class="pagenum">45</span>
+leur quartier général suit la marche de l'armée
+autrichienne.</p>
+
+<p>Le duc de Raguse, qui s'était arrêté sous le
+canon de Metz, se voyant serré de trop près, vient
+d'abandonner ce boulevard de la France à ses
+propres forces. Le général Durutte en a pris le
+commandement; et le général Rogniat, l'un de
+nos plus habiles ingénieurs, s'y est renfermé.</p>
+
+<p>Le 14 janvier, le prince de la Moskowa avait
+évacué Nancy; le 16, le duc de Trévise avait évacué
+Langres; le 19, le duc de Raguse était en
+retraite sur Verdun.</p>
+
+<p> <a name="p46" id="p46"></a><span class="pagenum">46</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE VIII.</h4>
+
+<h4>DERNIÈRES DISPOSITIONS.--DÉPART DE NAPOLÉON<br>
+POUR L'ARMÉE.</h4>
+
+<p class="mid">(Fin de janvier.)</p>
+
+<p>Avant de quitter Paris, Napoléon jette un dernier
+coup d'oeil sur la Belgique.</p>
+
+<p>Il avait organisé de ce côté une nouvelle armée
+du nord, et en avait donné le commandement
+au général Maisons, que l'on distinguait déjà
+parmi les jeunes généraux auxquels la succession
+des vieux maréchaux était réservée. Le premier
+exploit du nouveau commandant en chef avait
+été de dégager l'Escaut. Cette opération, soutenue
+le 11, le 12 et le 13 janvier, par une suite de
+combats honorables, avait procuré quelques délais
+nécessaires pour perfectionner la défense de
+cette frontière. Mais le général russe Wintzingerode,
+qui vient de passer le Rhin à Dusseldorf,
+amène un nouveau corps d'armée contre nos provinces
+du nord. Ainsi les Prussiens de Bülow, les
+Anglais de Graham, et les Russes de Voronsof et
+<a name="p47" id="p47"></a><span class="pagenum">47</span>
+de Wintzingerode, sont autant de corps d'armée
+que le général Maisons doit contenir. Pour remédier
+à l'infériorité du nombre, Napoléon confie
+Anvers au général Carnot.</p>
+
+<p>Quant aux places de Wesel, de Juliers, de
+Maestricht et de Vanloo, le duc de Tarente y a
+jeté des garnisons, en abandonnant la Basse-Meuse,
+pour se replier sur les Ardennes. Le 18
+janvier, ce maréchal était de sa personne à Namur:
+Napoléon lui envoie courrier sur courrier
+pour qu'il accélère sa marche sur Châlons.</p>
+
+<p>A Paris, tous les hommes que les dépôts militaires
+environnants ont habillés et armés, tous
+ceux que les garnisons de l'ouest et des côtes du
+nord ont équipés, tous les détachements que les
+gardes nationales de Bretagne et de Normandie,
+peuvent fournir, sont à mesure qu'ils arrivent,
+passés en revue par Napoléon lui-même et dirigés
+aussitôt du Carrousel sur Châlons.</p>
+
+<p>Pour annoncer sa prochaine arrivée aux troupes,
+Napoléon fait partir le prince de Neufchâtel:
+ce prince quitte Paris le 20 janvier<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup class="sml">14</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"><b>Note 14: </b></a><a href="#footnotetag14">(retour)</a> Dans le nombreux état-major qui accompagne le prince
+de Neufchâtel, on distingue le lieutenant-général Bailly de
+Monthion, le maréchal de camp Alexandre Girardin, les
+colonels Alfred de Montesquiou, Arthur de Labourdonnaye,
+Fontenille, Lecouteux, le commissaire ordonnateur Leduc,
+secrétaire particulier du prince, et le capitaine Salomon,
+chargé du détail du mouvement des troupes. </blockquote>
+
+<p> <a name="p48" id="p48"></a><span class="pagenum">48</span> </p>
+
+<p>Enfin, dans une dernière audience aux Tuileries,
+Napoléon rassemble les chefs qu'il vient de
+donner à la garde nationale de la capitale. Il reçoit
+le serment de MM. de Brancas, de Fraguier,
+de Brevannes, Acloque, et de tant d'autres. «Je
+pars avec confiance, leur dit-il; je vais combattre
+l'ennemi, et je vous laisse ce que j'ai de
+plus cher: l'impératrice et mon fils!»</p>
+
+<p>Le 23 janvier, Napoléon signe les lettres-patentes
+qui confèrent la régence à l'impératrice;
+le 24, il lui adjoint le prince Joseph, sous le titre
+de lieutenant-général de l'empire. Dans la nuit il
+brûle ses papiers les plus secrets; il embrasse
+sa femme et son fils<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup class="sml">15</sup></a>; et le 25, à trois heures du
+matin, il monte en voiture.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"><b>Note 15: </b></a><a href="#footnotetag15">(retour)</a> Pour la dernière fois!... </blockquote>
+
+<p>FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.
+<a name="p49" id="p49"></a><span class="pagenum">49</span> </p>
+<br>
+<h3>SUPPLÉMENT
+A LA PREMIÈRE PARTIE.</h3>
+
+<h4>PIÈCES HISTORIQUES.</h4>
+
+<p class="mid">(Nº 1.) <i>Rapport de M. le baron de Saint-Aignan</i><a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup class="sml">16</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"><b>Note 16: </b></a><a href="#footnotetag16">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote>
+
+<p>Le 26 octobre, étant depuis deux jours traité comme
+prisonnier à Weimar, où se trouvaient les quartiers généraux
+de l'empereur d'Autriche et de l'empereur de
+Russie, je reçus ordre de partir le lendemain avec la
+colonne des prisonniers que l'on envoyait en Bohême.
+Jusqu'alors je n'avais vu personne, ni fait aucune réclamation,
+pensant que le titre dont j'étais revêtu réclamait
+de lui-même, et ayant protesté d'avance contre
+le traitement que j'éprouvais. Je crus cependant, dans
+cette circonstance, devoir écrire au prince Schwartzenberg
+et au comte de Metternich pour leur représenter
+l'inconvenance de ce procédé. Le prince
+<a name="p50" id="p50"></a><span class="pagenum">50</span>
+Schwartzenberg m'envoya aussitôt le comte de Parr,
+son premier aide de camp, pour excuser la méprise
+commise à mon égard et pour m'engager à passer soit
+chez lui, soit chez M. de Metternich. Je me rendis
+aussitôt chez ce dernier, le prince de Schwartzenberg
+venant de s'absenter. Le comte de Metternich me reçut
+avec un empressement marqué; il me dit quelques
+mots seulement sur ma position, dont il se chargea de
+me tirer, étant heureux, me dit-il, de me rendre ce
+service, et en même temps de témoigner l'estime que
+l'empereur d'Autriche avait conçue pour le duc de
+Vicence; puis il me parla du congrès, sans que rien
+de ma part eût provoqué cette conversation. «Nous
+voulons sincèrement la paix, me dit-il, nous la voulons
+encore, et nous la ferons; il ne s'agit que d'aborder
+franchement et sans détours la question. La
+coalition restera unie. Les moyens indirects que l'empereur
+Napoléon emploierait pour arriver à la paix ne
+peuvent plus réussir; que l'on s'explique franchement,
+et elle se fera.»</p>
+
+<p>Après cette conversation, le comte de Metternich
+me dit de me rendre à Toeplitz, où je recevrais incessamment
+de ses nouvelles, et qu'il espérait me voir
+encore à mon retour. Je partis le 27 octobre pour
+Toeplitz; j'y arrivai le 30, et le 2 novembre je reçus
+une lettre du comte de Metternich, en conséquence
+de laquelle je quittai Toeplitz le 3 novembre et me
+rendis au quartier général de l'empereur d'Autriche à
+Francfort, où j'arrivai le 8. Je fus le même jour chez
+<a name="p51" id="p51"></a><span class="pagenum">51</span>
+M. de Metternich. Il me parla aussitôt des progrès des
+armées coalisées, de la révolution qui s'opérait en
+Allemagne, de la nécessité de faire la paix. Il me dit
+que les coalisés, long-temps avant la déclaration de
+l'Autriche, avaient salué l'empereur François du titre
+d'empereur d'Allemagne; qu'il n'acceptait point ce
+titre insignifiant, et que l'Allemagne était plus à lui de
+cette manière qu'auparavant; qu'il désirait que l'empereur
+Napoléon fût persuadé que le plus grand calme
+et l'esprit de modération présidaient au conseil des
+coalisés; qu'ils ne se désuniraient point, parce qu'ils
+voulaient conserver leur activité et leur force, et qu'ils
+étaient d'autant plus forts qu'ils étaient modérés; que
+personne n'en voulait à la dynastie de l'empereur
+Napoléon; que l'Angleterre était bien plus modérée
+qu'on ne pensait; que jamais le moment n'avait été
+plus favorable pour traiter avec elle; que si l'empereur
+Napoléon voulait réellement faire une paix solide, il
+éviterait bien des maux à l'humanité et bien des dangers
+à la France, en ne retardant pas les négociations; qu'on
+était prêt à s'entendre; que les idées de paix que l'on
+concevait devaient donner de justes limites à la puissance
+de l'Angleterre, et à la France toute la liberté
+maritime qu'elle a droit de réclamer, ainsi que les
+autres puissances de l'Europe; que l'Angleterre était
+prête à rendre à la Hollande indépendante ce qu'elle ne
+lui rendrait pas comme province française; que ce que
+M. de Mervelot avait été chargé de dire de la part de
+l'empereur Napoléon pouvait donner lieu aux paroles
+<a name="p52" id="p52"></a><span class="pagenum">52</span>
+qu'on me prierait de porter; qu'il ne me demandait que
+de les rendre exactement, sans y rien changer; que
+l'empereur Napoléon ne voulait point concevoir la
+possibilité d'un équilibre entre les puissances de l'Europe;
+que cet équilibre était, non seulement possible,
+mais même nécessaire; qu'on avait proposé à Dresde de
+prendre en indemnité des pays que l'empereur ne possédait
+plus, tels que le grand duché de Varsovie;
+qu'on pouvait encore faire de semblables compensations
+dans l'occurrence actuelle.</p>
+
+<p>Le 9, M. de Metternich me fit prier de me rendre
+chez lui à neuf heures du soir. Il sortait de chez l'empereur
+d'Autriche, et me remit la lettre de sa majesté
+pour l'impératrice. Il me dit que le comte Nesselrode
+allait venir chez lui, et que ce serait de concert avec
+lui qu'il me chargerait des paroles que je devais rendre
+à l'empereur. Il me pria de dire au duc de Vicence
+qu'on lui conservait les sentiments d'estime que son
+noble caractère a toujours inspirés.</p>
+
+<p>Peu de moments après, le comte Nesselrode entra;
+il me répéta en peu de mots ce que le comte Metternich
+m'avait déjà dit sur la mission dont on m'invitait
+à me charger, et ajouta qu'on pouvait regarder M. de
+Hardemberg comme présent et approuvant tout ce qui
+allait être dit. Alors M. de Metternich explique les intentions
+des coalisés, telles que je devais les rapporter
+à l'empereur. Après l'avoir entendu, je lui répondis
+que, ne devant qu'écouter et point parler, je n'avais
+autre chose à faire qu'à rendre littéralement ses
+<a name="p53" id="p53"></a><span class="pagenum">53</span>
+paroles, et que pour en être plus certain, je lui demandais
+de les noter pour moi seul et de les lui remettre
+sous les yeux. Alors le comte Nesselrode
+ayant proposé que je fisse cette note sur-le-champ,
+M. de Metternich me fit passer seul dans un cabinet,
+où j'écrivis la note ci-jointe. Lorsque je l'eus écrite, je
+rentrai dans l'appartement. M. de Metternich me dit:
+«Voici lord Aberdeen, ambassadeur d'Angleterre; nos
+intentions sont communes, ainsi nous pouvons continuer
+à nous expliquer devant lui.» Il m'invita alors
+à lire ce que j'avais écrit; lorsque je fus à l'article
+qui concerne l'Angleterre, lord Aberdeen parut ne l'avoir
+pas bien compris; je le lus une seconde fois. Alors
+il observa que les expressions <i>liberté du commerce</i>
+et <i>droits de la navigation</i> étaient bien vagues; je
+répondis que j'avais écrit ce que le comte de Metternich
+m'avait chargé de dire. M. de Metternich reprit
+qu'effectivement ces expressions pouvaient embrouiller
+la question, et qu'il valait mieux en substituer
+d'autres. Il prit la plume et écrivit que l'Angleterre
+ferait les plus grands sacrifices <i>pour la paix fondée
+sur ces bases</i> (celles énoncées précédemment).</p>
+
+<p>J'observai que ces expressions étaient aussi vagues
+que celles qu'elles remplaçaient; lord Aberdeen en
+convint, et me dit «qu'il valait autant rétablir ce
+que j'avais écrit; qu'il réitérait l'assurance que l'Angleterre
+était prête à faire les plus grands sacrifices;
+qu'elle possédait beaucoup, qu'elle rendrait à pleines
+mains.» Le reste de la note ayant été conforme à ce
+<a name="p54" id="p54"></a><span class="pagenum">54</span>
+que j'avais entendu, on parla de choses indifférentes.</p>
+
+<p>Le prince Schwartzenberg entra, et on lui répéta
+ce qui avait été dit. Le prince Nesselrode, qui s'était
+absenté un moment pendant cette conversation, revint,
+et me chargea, de la part de l'empereur Alexandre,
+de dire au duc de Vicence qu'il ne changerait jamais
+sur l'opinion qu'il avait de sa loyauté et de son caractère,
+et que les choses s'arrangeraient bien vite s'il
+était chargé d'une négociation.</p>
+
+<p>Je devais partir le lendemain matin, 10 novembre;
+mais le prince de Schwartzenberg me fit prier de différer
+jusqu'au soir, n'ayant pas eu le temps d'écrire
+au prince de Neufchâtel.</p>
+
+<p>Dans la nuit, il m'envoya le comte Voyna, un de
+ses aides de camp, qui me remit sa lettre, et me conduisit
+aux avant-postes français. J'arrivai à Mayence
+le 11 au matin.</p>
+
+<p class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Saint-Aignan</span>.</p>
+<br><br>
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 2.) <i>Note écrite à Francfort, le 9 novembre,
+par le baron Saint-Aignan</i><a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup class="sml">17</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"><b>Note 17: </b></a><a href="#footnotetag17">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote>
+
+<p>M. le comte de Metternich m'a dit que la circonstance
+qui m'a amené au quartier général de l'empereur
+d'Autriche pouvait rendre convenable de me
+<a name="p55" id="p55"></a><span class="pagenum">55</span>
+charger de porter à S. M. l'empereur la réponse aux
+propositions qu'elle a fait faire par M. le comte de
+Mervelot. En conséquence, M. le comte de Metternich
+et M. le comte de Nesselrode m'ont demandé
+de rapporter à S. M.:</p>
+
+<p>Que les puissances coalisées étaient engagées par
+des liens indissolubles, qui faisaient leur force, et dont
+elles ne dévieraient jamais;</p>
+
+<p>Que les engagements réciproques qu'elles avaient,
+contractés leur avaient fait prendre la résolution de
+ne faire qu'une paix générale; que lors du congrès de
+Prague, on avait pu penser à une paix continentale,
+parce que les circonstances n'auraient pas donné le
+temps de s'entendre pour traiter autrement; mais que,
+depuis, les intentions de toutes les puissances et celles
+de l'Angleterre étaient connues; qu'ainsi il était inutile
+de penser, soit à un armistice, soit à une négociation
+qui n'eût pas pour premier principe une paix
+générale;</p>
+
+<p>Que les souverains coalisés étaient unanimement
+d'accord sur la puissance et la prépondérance que la
+France doit conserver dans son intégrité, et en se renfermant
+dans ses limites naturelles, qui sont le Rhin,
+les Alpes et les Pyrénées;</p>
+
+<p>Que le principe de l'indépendance de l'Allemagne
+était une condition <i>sine quâ non</i>; qu'ainsi la France
+devait renoncer, non pas à l'influence que tout grand
+état exerce nécessairement sur un état de force inférieure,
+mais à toute souveraineté sur l'Allemagne; que
+<a name="p56" id="p56"></a><span class="pagenum">56</span>
+d'ailleurs c'était un principe que S. M. avait posé elle-même,
+en disant qu'il était convenable que les grandes
+puissances fussent séparées par des états plus faibles;</p>
+
+<p>Que du côté des Pyrénées, l'indépendance de l'Espagne
+et le rétablissement de l'ancienne dynastie
+étaient également une condition <i>sine quâ non</i>;</p>
+
+<p>Qu'en Italie, l'Autriche devait avoir une frontière
+qui serait un objet de négociation; que le Piémont offrait
+plusieurs lignes que l'on pourrait discuter, ainsi
+que l'état de l'Italie, pourvu toutefois qu'elle fût,
+comme l'Allemagne, gouvernée d'une manière indépendante
+de la France, ou de toute autre puissance
+prépondérante;</p>
+
+<p>Que de même l'état de Hollande serait un objet de
+négociation, en partant toujours du principe qu'elle
+devait être indépendante;</p>
+
+<p>Que l'Angleterre était prête à faire les plus grands sacrifices
+pour la paix fondée sur ces bases, et à reconnaître
+la liberté du commerce et de la navigation, à
+laquelle la France a droit de prétendre;</p>
+
+<p>Que si ces principes d'une pacification générale
+étaient agréés par S. M., on pourrait neutraliser, sur
+la rive droite du Rhin, tel lieu qu'on jugerait convenable,
+où les plénipotentiaires de toutes les puissances
+belligérantes se rendraient sur-le-champ, sans cependant
+que les négociations suspendissent le cours des
+opérations militaires.</p>
+
+<p class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Saint-Aignan</span>.</p><br>
+
+<p>A Francfort, le 9 novembre 1813.</p>
+
+<p> <a name="p57" id="p57"></a><span class="pagenum">57</span> </p>
+<br>
+
+<p class="mid">(Nº 3.) <i>Lettre de M. le duc de Bassano</i><br>
+
+<i>A M. le comte de Metternich</i><a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup class="sml">18</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"><b>Note 18: </b></a><a href="#footnotetag18">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote>
+
+<p class="rig">Paris, le 16 novembre 1813.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur</span>,</p>
+
+<p>M. le baron de Saint-Aignan est arrivé hier lundi,
+et nous a rapporté, d'après les communications qui lui
+ont été faites par votre excellence, que l'Angleterre a
+adhéré à la proposition de l'ouverture d'un congrès
+pour la paix générale, et que les puissances sont disposées
+à neutraliser, sur la rive droite du Rhin, une
+ville pour la réunion des plénipotentiaires. S. M. désire
+que cette ville soit celle de Manheim. M. le duc
+de Vicence, qu'elle a désigné pour son plénipotentiaire,
+s'y rendra aussitôt que votre excellence m'aura
+fait connaître le jour que les puissances auront indiqué
+pour l'ouverture du congrès. Il nous paraît convenable,
+monsieur, et d'ailleurs conforme à l'usage,
+qu'il n'y ait aucune troupe à Manheim, et que le service
+soit fait par la bourgeoisie, en même temps que
+la police y serait confiée à un bailli nommé par le
+grand duc de Bade. Si l'on jugeait à propos qu'il y
+eût des piquets de cavalerie, leur force devrait être
+égale de part et d'autre. Quant aux communications
+<a name="p58" id="p58"></a><span class="pagenum">58</span>
+du plénipotentiaire anglais avec son gouvernement,
+elles pourraient avoir lieu par la France et par Calais.</p>
+
+<p>Une paix sur la base de l'indépendance de toutes
+les nations, tant sous le point de vue continental
+que sous le point de vue maritime, a été l'objet constant
+des désirs et de la politique de l'empereur.</p>
+
+<p>S. M. conçoit un heureux augure du rapport qu'a
+fait M. de Saint-Aignan de ce qui a été dit par le
+ministre d'Angleterre.</p>
+
+<p>J'ai l'honneur d'offrir à votre excellence l'assurance
+de ma haute considération.</p>
+
+<p class="rig"><i>Signé</i> le duc de <span class="sc">Bassano</span>.</p><br><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 4.) <i>Réponse de M. le prince de Metternich</i><br>
+
+<i>A M. le duc de Bassano</i><a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19"><sup class="sml">19</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name="footnote19"><b>Note 19: </b></a><a href="#footnotetag19">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>Le courrier que votre excellence a expédié de Paris
+le 16 novembre est arrivé ici hier.</p>
+
+<p>Je me suis empressé de soumettre à LL. MM. II.,
+et à S. M. le roi de Prusse, la lettre qu'elle m'a fait
+l'honneur de m'adresser.</p>
+
+<p>LL. MM. ont vu avec satisfaction que l'entretien
+<a name="p59" id="p59"></a><span class="pagenum">59</span>
+confidentiel avec M. de Saint-Aignan a été regardé
+par S. M. l'empereur des Français comme une preuve
+des intentions pacifiques des hautes puissances alliées.
+Animées d'un même esprit, invariables dans leur point
+de vue, et indissolubles dans leur alliance, elles sont
+prêtes à entrer en négociation, dès qu'elles auront la
+certitude que S. M. l'empereur des Français admet
+les bases générales et sommaires que j'ai indiquées,
+dans mon entretien avec le baron de Saint-Aignan.</p>
+
+<p>Dans la lettre de votre excellence, cependant, il
+n'est fait aucune mention de ces bases. Elle se borne
+à exprimer un principe partagé par tous les gouvernements
+de l'Europe, et que tous placent dans la première
+ligne de leurs voeux. Ce principe, toutefois, ne
+saurait, vu sa généralité, remplacer des bases. LL. MM.
+désirent que S. M. l'empereur Napoléon veuille s'expliquer
+sur ces dernières, comme seul moyen d'éviter
+que, dès l'ouverture des négociations, d'insurmontables
+difficultés n'en entravent la marche.</p>
+
+<p>Le choix de la ville de Manheim semble ne pas
+présenter d'obstacles aux alliés. Sa neutralisation, et
+les mesures de police, entièrement conformes aux
+usages, que propose votre excellence, ne sauraient
+en offrir dans aucun cas.</p>
+
+<p>Agréez, monsieur le duc, les assurances de ma haute
+considération.</p>
+
+<p class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</p><br>
+
+<p>Francfort, le 25 novembre 1813.
+<a name="p60" id="p60"></a><span class="pagenum">60</span> </p>
+<br>
+<p class="mid">(Nº 5.) <i>Déclaration de Francfort.</i></p>
+<p class="rig">Francfort, le 1<sup>er</sup> décembre 1813.</p><br><br>
+
+<p>Le gouvernement français vient d'arrêter une nouvelle
+levée de trois cent mille conscrits. Les motifs
+du sénatus-consulte renferment une provocation aux
+puissances alliées. Elles se trouvent appelées à promulguer
+de nouveau à la face du monde les vues qui
+les guident dans la présente guerre, les principes qui
+font la base de leur conduite, leurs voeux et leurs
+déterminations.</p>
+
+<p>Les puissances alliées ne font point la guerre à la
+France, mais à cette prépondérance hautement annoncée,
+à cette prépondérance que, pour le malheur
+de l'Europe et de la France, l'empereur Napoléon a
+trop long-temps exercée hors des limites de son
+empiré.</p>
+
+<p>La victoire a conduit les armées alliées sur le Rhin.
+Le premier usage que LL. MM. II. et RR. en ont fait
+a été d'offrir la paix à S. M. l'empereur des Français.
+Une attitude renforcée par l'accession de tous les souverains
+et princes d'Allemagne n'a pas eu d'influence
+sur les conditions de la paix. Ces conditions sont
+fondées sur l'indépendance de l'empire français comme
+sur l'indépendance des autres états de l'Europe. Les
+vues des puissances sont justes dans leur objet, généreuses
+et libérales dans leur application, rassurantes
+pour tous, honorables pour chacun.
+<a name="p61" id="p61"></a><span class="pagenum">61</span> </p>
+
+<p>Les souverains alliés désirent que la France soit
+grande, forte et heureuse, parce que la puissance
+française, grande et forte, est une des bases fondamentales
+de l'édifice social. Ils désirent que la France
+soit heureuse, que le commerce français renaisse, que
+les arts, ces bienfaits de la paix, refleurissent, parce qu'un
+grand peuple ne saurait être tranquille qu'autant
+qu'il est heureux. Les puissances confirment à
+l'empire français une étendue de territoire que n'a
+jamais connue la France sous ses rois, parcequ'une nation
+valeureuse ne déchoit pas pour avoir, à son tour,
+éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante
+où elle a combattu avec son audace accoutumée.</p>
+
+<p>Mais les puissances aussi veulent être libres, heureuses
+et tranquilles. Elles veulent un état de paix qui,
+par une sage répartition des forces, par un juste équilibre,
+préserve désormais les peuples des calamités sans
+nombre qui depuis vingt ans ont pesé sur l'Europe.</p>
+
+<p>Les puissances alliées ne poseront pas les armes
+sans avoir atteint ce grand et bienfaisant résultat, ce
+noble objet de leurs efforts. Elles ne poseront pas les
+armes avant que l'état politique de l'Europe ne soit
+de nouveau raffermi, avant que des principes immuables
+n'aient repris leurs droits sur de vaines prétentions,
+avant que la sainteté des traités n'ait enfin assuré
+une paix véritable à l'Europe<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20"><sup class="sml">20</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name="footnote20"><b>Note 20: </b></a><a href="#footnotetag20">(retour)</a> «Personne ne fut entraîné ou séduit par cette proclamation de
+Francfort, qui déclarait la guerre à une métaphysique appelée
+prépondérance: aussi l'effet de cette proclamation fut-il manqué.»
+Beauchamp, tom. I, liv. <span class="sc">viii</span>, pag. 323.
+</blockquote>
+
+<p> <a name="p62" id="p62"></a><span class="pagenum">62</span> </p>
+<br>
+<p class="mid">(Nº 6.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br>
+
+<i>Au prince de Metternich</i><a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21"><sup class="sml">21</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name="footnote21"><b>Note 21: </b></a><a href="#footnotetag21">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote>
+
+<p class="rig">Paris, 2 décembre 1813.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Prince</span>,</p>
+
+<p>J'ai mis sous les yeux de S. M. la lettre que votre
+excellence adressait le 25 novembre à M. le duc de
+Bassano.</p>
+
+<p>En admettant sans restriction, comme base de la
+paix, l'indépendance de toutes les nations, tant sous
+le rapport territorial que sous le rapport maritime,
+la France a admis en principe ce que les alliés paraissent
+désirer. S. M. a, par cela même, admis toutes
+les conséquences de ce principe, dont le résultat final
+doit être une paix fondée sur l'équilibre de l'Europe,
+sur la reconnaissance de l'intégrité de toutes les nations
+dans leurs limites naturelles, et sur la reconnaissance
+de l'indépendance absolue de tous les états,
+tellement qu'aucun ne puisse s'arroger, sur un autre
+quelconque, ni suzeraineté, ni suprématie, sous quelque
+forme que ce soit, ni sur terré ni sur mer.</p>
+
+<p>Toutefois, c'est avec une vive satisfaction que
+<a name="p63" id="p63"></a><span class="pagenum">63</span>
+j'annonce à votre excellence que je suis autorisé par l'empereur,
+mon auguste maître, à déclarer que S. M.
+adhère aux <i>bases générales et sommaires</i> qui ont été
+communiquées par M. de Saint-Aignan. Elles entraîneront
+de grands sacrifices de la part de la France;
+mais S. M. les fera sans regret, si, par des sacrifices
+semblables, l'Angleterre donne les moyens d'arriver à
+une paix générale et honorable pour tous, que votre
+excellence assure être le voeu, non seulement des
+puissances du continent, mais aussi de l'Angleterre.</p>
+
+<p>Agréez, prince, etc.<br><span
+class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 7.) <i>Réponse de M. le prince de Metternich</i><br>
+
+<i>A M. le duc de Vicence</i><a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22"><sup class="sml">22</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name="footnote22"><b>Note 22: </b></a><a href="#footnotetag22">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>L'office que votre excellence m'a fait l'honneur de
+m'adresser le 2 décembre m'est parvenu de Cassel,
+par nos avant-postes. Je n'ai pas différé de le soumettre
+à LL. MM. Elles y ont reconnu avec satisfaction
+que S. M. l'empereur des Français avait adopté
+des bases essentielles au rétablissement d'un état
+<a name="p64" id="p64"></a><span class="pagenum">64</span>
+d'équilibre et à la tranquillité future de l'Europe. Elles
+ont voulu que cette pièce fût portée sans délai à la
+connaissance de leurs alliés. LL. MM. II. et RR. ne
+doutent point qu'immédiatement après la réception
+des réponses, les négociations ne puissent s'ouvrir.</p>
+
+<p>Nous nous empresserons d'avoir l'honneur d'en informer
+votre excellence, et de concerter alors avec
+elle les arrangements qui nous paraîtront les plus propres
+à atteindre le but que nous nous proposons.</p>
+
+<p>Je la prie de recevoir les assurances, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br>
+
+<p>Francfort, le 10 décembre 1813.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 8.) <i>Lettre de Napoléon</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence, ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p class="rig">Paris, le 4 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p>Monsieur le duc de Vicence, j'approuve que M. de
+La Besnardière soit chargé du portefeuille. Je pense
+qu'il est douteux que les alliés soient de bonne foi, et
+que l'Angleterre veuille la paix: moi je la veux, mais
+solide, honorable. La France sans ses limites naturelles,
+sans Ostende, sans Anvers, ne serait plus en
+rapport avec les autres états de l'Europe. L'Angleterre
+et toutes les puissances ont reconnu ces limites à
+<a name="p65" id="p65"></a><span class="pagenum">65</span>
+Francfort. Les conquêtes de la France en-deçà du
+Rhin et des Alpes ne peuvent compenser ce que
+l'Autriche, la Russie, la Prusse, ont acquis en Pologne,
+en Finlande, ce que l'Angleterre a envahi en
+Asie. La politique de l'Angleterre, la haine de l'empereur
+de Russie, entraîneront l'Autriche. J'ai accepté
+les bases de Francfort, mais il est plus que probable
+que les alliés ont d'autres idées. Leurs propositions
+n'ont été qu'un masque. Les négociations une fois
+placées sous l'influence des événements militaires, on
+ne peut prévoir les conséquences d'un tel système.
+Il faut tout écouter, tout observer. Il n'est pas certain
+qu'on vous reçoive au quartier général: les
+Russes et les Anglais voudront écarter d'avance tous
+les moyens de conciliation et d'explication avec l'empereur
+d'Autriche. Il faut tâcher de connaître les vues
+des alliés, et me faire connaître jour par jour ce que
+vous apprendrez, afin de me mettre dans le cas de
+vous donner des instructions que je ne saurais sur quoi
+baser aujourd'hui. Veut-on réduire la France à ses
+anciennes limites? c'est l'avilir...............
+.................................................
+....................... On se trompe si on
+croit que les malheurs de la guerre puissent faire
+désirera la nation une telle paix. Il n'est pas un coeur
+français qui n'en sentît l'opprobre au bout de six
+mois, et qui ne la reprochât au gouvernement assez
+lâche pour la signer. L'Italie est intacte, le vice-roi a
+une belle armée. Avant huit jours j'aurai réuni de
+<a name="p66" id="p66"></a><span class="pagenum">66</span>
+quoi livrer plusieurs batailles, même avant l'arrivée de
+mes troupes d'Espagne. Les dévastations des Cosaques
+armeront les habitants, et doubleront nos forces. Si
+la nation me seconde, l'ennemi marche à sa perte. Si
+la fortune me trahit, mon parti est pris; je ne tiens
+pas au trône. Je n'avilirai ni la nation ni moi, en
+souscrivant à des conditions honteuses. Il faut savoir
+ce que veut Metternich. Il n'est pas de l'intérêt de
+l'Autriche de pousser les choses à bout; encore un
+pas, et le premier rôle lui échappera. Dans cet état de
+choses, je ne puis rien vous prescrire. Bornez-vous
+pour le moment à tout entendre, et à me rendre
+compte. Je pars pour l'armée. Nous serons si près,
+que vos premiers rapports ne seront pas un retard
+pour les affaires. Envoyez-moi fréquemment des
+courriers. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa
+sainte garde.</p>
+
+<p>Paris, le 4 janvier 1814.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</span></p><br>
+
+<p> <a name="p67" id="p67"></a><span class="pagenum">67</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 9.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br>
+
+<i>A M. le prince de Metternich</i><a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23"><sup class="sml">23</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name="footnote23"><b>Note 23: </b></a><a href="#footnotetag23">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote>
+
+<p class="rig">Lunéville, le 6 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Prince</span>,</p>
+
+<p>La lettre que votre excellence m'a fait l'honneur
+de m'écrire le 10 du mois dernier m'est parvenue.</p>
+
+<p>L'empereur ne veut rien préjuger sur les motifs qui
+ont fait que son adhésion pleine et entière aux bases
+que votre excellence a proposées d'un commun accord
+avec les ministres de Russie et d'Angleterre, et
+de l'aveu de la Prusse, ait eu besoin d'être communiquée
+aux alliés avant l'ouverture du congrès.
+Il est difficile de penser que lord Aberdeen ait eu
+des pouvoirs pour proposer des bases, sans en avoir
+pour négocier. S. M. ne fait point aux alliés l'injure
+de croire qu'ils aient été incertains et qu'ils délibèrent
+encore; ils savent trop bien que toute offre conditionnelle
+devient un engagement absolu pour celui
+qui l'a faite, dès que la condition qu'il y a mise est
+remplie. Dans tous les cas, nous devions nous attendre
+à avoir, le 6 janvier, la réponse que votre excellence
+nous annonçait le 10 décembre. Sa correspondance
+et les déclarations réitérées des puissances
+<a name="p68" id="p68"></a><span class="pagenum">68</span>
+alliées ne nous laissent point prévoir de difficultés, et
+les rapports de M. de Talleyrand, à son retour de
+Suisse, confirment que leurs intentions sont toujours
+les mêmes.</p>
+
+<p>D'où peuvent donc provenir les retards? S. M.,
+n'ayant rien plus à coeur que le prompt rétablissement
+de la paix générale, a pensé qu'elle ne pouvait
+donner une plus forte preuve de la sincérité de ses
+sentiments à cet égard, qu'en envoyant auprès des
+souverains alliés son ministre des relations extérieures,
+muni de pleins pouvoirs. Je m'empresse donc, prince,
+de vous prévenir que j'attendrai à nos avant-postes
+les passe-ports nécessaires pour traverser ceux des
+armées alliées, et me rendre auprès de votre excellence.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 10.) <i>Réponse du prince de Metternich</i><br>
+
+<i>A M. le duc de Vicence</i><a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24"><sup class="sml">24</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name="footnote24"><b>Note 24: </b></a><a href="#footnotetag24">(retour)</a> Extrait du Moniteur supprimé. </blockquote>
+
+<p class="rig">Fribourg, en Brisgau, le 8 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>J'ai reçu aujourd'hui la lettre que votre excellence
+<a name="p69" id="p69"></a><span class="pagenum">69</span>
+m'a fait l'honneur de m'adresser de Lunéville le 6
+de ce mois.</p>
+
+<p>Le retard qu'éprouve la communication que le gouvernement
+français attendait, en suite de mon office
+du 10 décembre, résulte de la marche que devaient
+tenir entre elles les puissances alliées. Les explications
+confidentielles avec M. le baron de Saint-Aignan ayant
+conduit à des ouvertures officielles de la part de la
+France, LL. MM. II. et RR. ont jugé que la réponse
+de votre excellence, du 2 décembre, était de nature
+à devoir être portée à la connaissance de leurs alliés.
+Les suppositions que votre excellence admet, que ce
+soit lord Aberdeen qui ait proposé des bases, et
+qu'il ait été muni de pleins pouvoirs à cet effet, ne
+sont nullement fondées.</p>
+
+<p>La cour de Londres vient de faire partir pour le
+continent le secrétaire d'état ayant le département
+des affaires étrangères. S. M. I. de toutes les Russies
+se trouvant momentanément éloignée d'ici, et lord
+Castlereagh étant attendu d'un moment à l'autre, l'empereur,
+mon auguste maître, et S. M. le roi de Prusse
+me chargent de prévenir votre excellence qu'elle recevra
+le plus tôt possible une réponse à sa proposition
+de se rendre au quartier général des souverains
+alliés.</p>
+
+<p>Je prie votre excellence, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le prince <span class="sc">de Metternich</span>.</span></p><br>
+
+<p>Hier, 18 janvier, c'est-à-dire dix jours après la
+<a name="p70" id="p70"></a><span class="pagenum">70</span>
+réponse de M. le prince de Metternich, M. le duc de
+Vicence était encore aux avant-postes.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 11.) <i>Lettre de M. de la Besnardière</i><br>
+<i>A M. le duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Paris, le 13 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monseigneur</span>,</p>
+
+<p>S. M. m'ordonne d'annoncer à votre excellence
+qu'elle a reçu votre dépêche du 12, apportée par le
+courrier Simiame. Elle a daigné me remettre cette
+dépêche et les pièces qui y étaient jointes, le rapport
+de M. Cham excepté.</p>
+
+<p>S. M. approuve que votre correspondance lui soit
+directement adressée; mais son intention est d'y
+répondre par la voie du cabinet, auquel elle veut
+remettre tout ce qui sera de l'essence de la négociation,
+et toutes les pièces qui en constateront l'état à toutes
+les époques. Elle désire en conséquence que toutes
+les dépêches de votre excellence soient divisées en
+<i>officielles</i> ou ostensibles, et en <i>confidentielles</i>, mot
+dont elle autorise votre excellence à se servir pour
+les dépêches qui contiendront des faits ou des particularités
+que S. M. devrait seule connaître.</p>
+
+<p>S. M. a recommandé que toutes les gazettes anglaises
+<a name="p71" id="p71"></a><span class="pagenum">71</span>
+vous soient envoyées; elle a ordonné au ministre de
+la police générale de les adresser au ministère dans
+les vingt-quatre heures de leur arrivée à Paris, et de
+manière à ce qu'il ne manque à votre excellence que
+celles qui ne seraient pas arrivées ici.</p>
+
+<p>S. M. approuve le parti que votre excellence a pris
+de rester à Lunéville en attendant l'arrivée de lord
+Castlereagh à Fribourg; comme il a mis à la voile le
+premier de ce mois, il est probable qu'il est arrivé, ou
+sur le point d'arriver, à l'heure qu'il est.</p>
+
+<p>S. M. m'ordonne encore d'informer votre excellence
+que la lettre de l'empereur d'Autriche à son auguste
+fille est à peu près dans le sens de celle de M. de Metternich;
+que l'empereur proteste de nouveau que,
+quels que soient les événements, il ne séparera jamais
+la cause de sa fille et de son petit-fils de celle de la
+France. Comme cela peut avoir trait à des projets
+conçus par d'autres puissances en faveur des Bourbons,
+il importe de ne montrer à cet égard aucune
+crainte, et de faire entendre que les Bourbons, mis
+en avant, ne serviraient qu'à réveiller des sentiments
+bien opposés aux espérances de leurs partisans, et
+que, si un parti pouvait se former en France, ce serait
+uniquement celui de la révolution, vulgairement
+appelé des <i>jacobins</i>.</p>
+
+<p>Daignez, monsieur le duc, agréer l'hommage de
+mon respect.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i>, <span class="sc">la Besnardière</span>.</span></p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p72" id="p72"></a><span class="pagenum">72</span></p>
+
+<p class="mid">(Nº 12.) <i>Lettre de M. de la Besnardière</i><br>
+
+<i>A M. le duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Paris, le 16 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monseigneur</span>,</p>
+
+<p>S. M., après avoir dicté la lettre ci-jointe, et l'avoir
+relue et corrigée elle-même, m'a ordonné de vous
+l'envoyer pour être écrite par votre excellence au
+prince de Metternich.</p>
+
+<p>Cependant S. M. subordonne cette démarche au
+jugement que vous en porterez. «Envoyez, m'a-t-elle
+dit, cette lettre à M. le duc de Vicence, pour qu'il
+l'écrive s'il l'approuve.» Ce sont ses propres expressions.
+Daignez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">la Besnardière</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 12<sup>bis</sup>.) <i>Lettre dictée par S. M., pour être écrite
+par M. le duc de Vicence</i>.<br>
+
+<i>Au prince de Metternich</i><a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup class="sml">25</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name="footnote25"><b>Note 25: </b></a><a href="#footnotetag25">(retour)</a> Voir cette lettre telle qu'elle a été refaite par le duc de Vicence,
+supplément de la seconde partie, nº 2. </blockquote>
+
+<p><span class="sc">Prince</span>,</p>
+
+<p>Les retards qu'éprouve la négociation ne sont du
+<a name="p73" id="p73"></a><span class="pagenum">73</span>
+fait ni de la France ni de l'Autriche, et ce sont
+néanmoins la France et l'Autriche qui en peuvent
+le plus souffrir. Les armées alliées ont déjà envahi
+plusieurs de nos provinces; si elles avancent, une bataille
+va devenir inévitable, et sûrement il entre dans
+la prévoyance de l'Autriche de calculer et de peser
+les résultats qu'aurait cette bataille, soit qu'elle fût
+perdue par les alliés, soit qu'elle le fût pour la
+France.</p>
+
+<p>Écrivant à un ministre aussi éclairé que vous l'êtes,
+je n'ai pas besoin de développer ces résultats; je dois
+me borner à les faire entrevoir, sûr que leur ensemble
+ne saurait échapper à votre pénétration.</p>
+
+<p>Les chances de la guerre sont journalières: à mesure
+que les alliés avancent, ils s'affaiblissent, pendant
+que les armées françaises se renforcent; et ils
+donnent, en avançant, un double courage à une nation
+pour qui, désormais, il est évident qu'elle a ses
+plus grands et plus chers intérêts à défendre. Or
+les conséquences d'une bataille perdue par les alliés
+ne pèseraient sur aucun d'eux autant que sur l'Autriche,
+puisqu'elle est en même temps la puissance
+principale entre les alliés et l'une des puissances centrales
+de l'Europe.</p>
+
+<p>En supposant que la fortune continue d'être favorable
+aux alliés, il importe sans doute à l'Autriche de
+considérer avec attention quelle serait là situation de
+l'Europe le lendemain d'une bataille perdue par les
+Français au coeur de la France, et si un tel événement
+<a name="p74" id="p74"></a><span class="pagenum">74</span>
+n'entraînerait point des conséquences diamétralement
+opposées à cet équilibre que l'Autriche aspire à établir,
+et tout à la fois à sa politique et aux affections
+personnelles et de famille de l'empereur François.</p>
+
+<p>Enfin l'Autriche proteste qu'elle veut la paix; mais
+n'est-ce pas se mettre en situation de ne pouvoir atteindre
+ou de dépasser ce but, que de continuer les
+hostilités, quand de part et d'autre on veut arriver à
+une fin?</p>
+
+<p>Ces considérations m'ont conduit à penser que,
+dans la situation actuelle des armées respectives et
+dans cette rigoureuse saison, une suspension d'armes
+pourrait être réciproquement avantageuse aux deux
+partis.</p>
+
+<p>Elle pourrait être établie par une convention en
+forme, ou par un simple échange de déclarations entre
+V. Exc. et moi.</p>
+
+<p>Elle pourrait être limitée à un temps fixe, ou indéfinie,
+avec la condition de ne la pouvoir faire cesser
+qu'en se prévenant tant de jours d'avance.</p>
+
+<p>Cette suspension d'armes me semble dépendre entièrement
+de l'Autriche, puisqu'elle a la direction principale
+des affaires militaires; et j'ai pensé que, dans
+l'une et l'autre chance, l'intérêt de l'Autriche était
+que les choses n'allassent pas plus loin et ne fussent
+pas poussées à l'extrême.</p>
+
+<p>C'est surtout cette persuasion qui me porte à écrire
+confidentiellement à V. Exc.</p>
+
+<p>Si je m'étais trompé, si telles n'étaient point
+<a name="p75" id="p75"></a><span class="pagenum">75</span>
+l'intention et la politique de votre cabinet, si cette démarche
+absolument confidentielle devait rester sans
+effet, je dois prier V. Exc. de la regarder comme non
+avenue.</p>
+
+<p>Vous m'avez montré tant de confiance personnelle
+dans votre dernière lettre, et j'en ai moi-même
+une si grande dans la droiture de vos vues et dans
+les sentiments qu'en toute circonstance vous avez exprimés,
+que j'ose espérer qu'une lettre que cette confiance
+a dictée, si elle ne peut atteindre son but, restera
+à jamais un secret entre V. Exc. et moi.</p>
+
+<p>Agréez, etc.</p>
+
+<hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 13.) <i>Lettre de M. de la Besnardière</i><br>
+
+<i>A M. le duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Paris, le 19 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monseigneur</span>,</p>
+
+<p>Après m'avoir dicté pour votre excellence la lettre
+qu'elle recevra avec celle-ci, S. M., qui avait du loisir,
+m'a fait l'honneur de m'entretenir fort long-temps
+de la paix future. Je rapporterai à votre excellence,
+aussi fidèlement que ma mémoire le permettra et
+aussi brièvement que je le pourrai, la substance de
+cet entretien. La chose sur laquelle S. M. a le plus
+<a name="p76" id="p76"></a><span class="pagenum">76</span>
+insisté et <i>est revenue le plus souvent</i>, c'est la nécessité
+que la France conserve ses limites naturelles. C'était
+là, m'a-t-elle dit, une condition <i>sine quâ non</i>. Toutes
+les puissances et l'Angleterre même avaient reconnu
+ces limites à Francfort. La France, réduite à ses
+limites anciennes, n'aurait pas aujourd'hui les deux
+tiers de la puissance relative qu'elle avait il y a vingt
+ans; ce qu'elle a acquis du côté des Alpes et du Rhin
+ne compense point ce que la Russie, la Prusse et
+l'Autriche, ont acquis par le seul démembrement de
+la Pologne; tous ces états se sont agrandis. Vouloir
+ramener la France à son état ancien, ce serait la faire
+déchoir et l'avilir. La France, sans les départements
+du Rhin, sans la Belgique, sans Ostende, sans Anvers,
+ne serait rien. Le système de ramener la France
+à ses anciennes frontières est inséparable du rétablissement
+des Bourbons; parcequ'eux seuls pourraient
+offrir une garantie du maintien de ce système: et
+l'Angleterre le sentait bien: avec tout autre, la paix
+sur une telle base serait impossible et ne pourrait
+durer. Ni l'empereur, ni la république, si des bouleversements
+la faisaient renaître, ne souscriraient jamais
+à une telle condition. Pour ce qui est de S. M.,
+sa résolution était bien prise, elle était immuable.
+Elle ne laisserait pas la France moins grande qu'elle
+ne l'avait reçue. Si donc les alliés voulaient changer
+les bases acceptées et proposer les limites anciennes,
+elle ne voyait que trois partis: ou combattre et
+vaincre, ou combattre et mourir glorieusement, ou
+<a name="p77" id="p77"></a><span class="pagenum">77</span>
+enfin, si la nation ne la soutenait pas, abdiquer.
+Elle ne tenait pas aux grandeurs, elle n'en achèterait
+jamais la conservation par l'avilissement. Les Anglais
+pouvaient désirer de lui ôter Anvers; mais ce n'était
+pas l'intérêt du continent, car la paix ainsi faite ne
+durerait pas trois ans. Elle sentait que les circonstances
+étaient critiques, mais elle n'accepterait jamais
+une paix honteuse. En acceptant les bases proposées,
+elle avait fait tous les sacrifices absolus qu'elle pouvait
+faire; s'il en fallait d'autres, ils ne pouvaient
+porter que sur l'Italie et la Hollande: elle désirait sûrement
+exclure le stathouder; mais la France conservant
+ses limites naturelles, tout pourrait s'arranger,
+rien ne ferait un obstacle insurmontable. S. M. a aussi
+parlé de Kehl et de Cassel: sans ces deux têtes de
+pont, a-t-elle dit, Strasbourg et Mayence deviendraient
+nuls; mais elle croit que les ennemis n'y attacheront
+pas une extrême importance.</p>
+
+<p>Monsieur le duc de Carignan est venu tantôt m'apporter
+une lettre du roi, que j'ai portée à l'empereur.
+Cette lettre est remplie de protestations de reconnaissance
+et de regrets, mais annonce que le roi est forcé,
+par la nécessité, d'accepter les propositions de l'Autriche
+et de l'Angleterre. La date de cette lettre est
+du 3; les traités n'étaient pas alors signés: ils ne l'étaient
+pas encore le 6, mais M. de Carignan ne dissimule
+pas qu'il croit qu'ils le sont maintenant. Le vice-roi
+va se reporter sur les Alpes. Mantoue et les places
+fortes seront gardées par les Italiens.
+<a name="p78" id="p78"></a><span class="pagenum">78</span> </p>
+
+<p>J'écris à la hâte, à traits de plume; il est minuit. Je
+prie votre excellence de vouloir bien agréer, etc.<br><br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">la Besnardière</span>.</span></p><br>
+
+<p><i>P. S.</i> Victor vient d'arriver, et me remet le paquet de
+votre excellence. J'envoie sa dépêche pour l'empereur, au
+cabinet. Une partie de ses incertitudes est maintenant fixée;
+j'ose espérer que le reste arrivera aussi à bien.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 14.) <i>Lettre de M. de la Besnardière</i><br>
+
+<i>A M. le duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Paris, le 19 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monseigneur</span>,</p>
+
+<p>Une lettre du prince de Metternich, adressée à
+votre excellence, datée de Bâle le 14, et venue je
+ne sais par quelle route, a été portée à S. M., qui
+vous en envoie une copie par une estafette extraordinaire
+expédiée ce matin à dix heures. S. M. m'ordonne
+d'en envoyer une autre copie certifiée à votre
+excellence, qui la trouvera ci-jointe.</p>
+
+<p>Votre excellence a maintenant la lettre que S. M.
+me dicta le 16 pour elle, et qui s'est croisée avec
+celle qu'elle a elle-même écrite à S. M. le 17.</p>
+
+<p>Elle a vu que l'empereur sentait le besoin d'un armistice.
+Quant aux conditions auxquelles il peut être
+<a name="p79" id="p79"></a><span class="pagenum">79</span>
+conclu, S. M. m'ordonne de faire connaître à votre
+excellence que, quelles que soient les circonstances,
+elle ne consentira jamais à aucune condition déshonorante;
+et qu'elle regarderait comme déshonorant
+au plus haut degré, de remettre aucune place française
+ou de payer aucune somme d'argent quelconque:
+mais que pour racheter de l'occupation de
+l'ennemi une portion quelconque du territoire français,
+elle consentirait à remettre en Italie Venise et
+Palma-Nova, et en Allemagne Magdebourg et Hambourg;
+bien entendu que les garnisons reviendraient
+libres en France, et que les magasins, l'artillerie que
+S. M. a mise dans ces places, et les vaisseaux de
+guerre qui sont sa propriété, lui seraient réservés.</p>
+
+<p>S. M. m'ordonne d'ajouter qu'elle n'a jamais exigé
+d'argent pour prix, soit d'un armistice, soit de la
+paix: qu'elle a seulement exigé, en signant la paix, le
+solde des contributions qu'elle avait frappées sur les
+pays qu'elle avait occupés par ses armées; ce que
+l'ennemi ne saurait demander, puisqu'il n'a point
+frappé de contributions en France.</p>
+
+<p>Quant au traité de paix, l'empereur me charge de
+dire à votre excellence que la France devra conserver
+ses limites naturelles sans restriction ni diminution
+quelconque, et que c'est là une condition
+<i>sine quâ non</i> dont il ne se départira jamais.</p>
+
+<p>Daignez agréer, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">la Besnardière</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p> <a name="p80" id="p80"></a><span class="pagenum">80</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 15.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br>
+
+<i>A M. le duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Bâle, le 14 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>Lord Castlereagh étant sur le point d'arriver et
+LL. MM. II. et RR. désirant éviter tout retard, elles
+me chargent de proposer à votre excellence de se
+rapprocher dès à présent de l'endroit où, dans les
+circonstances actuelles, il sera le plus convenable
+d'établir le siége des négociations; c'est en conséquence
+sur Châtillon-sur-Seine que je prie votre
+excellence de se diriger; je ne doute pas que lorsqu'elle
+y sera arrivée, je ne sois à même de lui indiquer
+le jour et le lieu où les négociateurs pourront
+se réunir.</p>
+
+<p class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich.</span></p>
+
+<p> <a name="p81" id="p81"></a><span class="pagenum">81</span> </p>
+
+<br><br><br><br><br>
+
+<h2>MANUSCRIT</h2>
+<h5>DE</h5>
+<h3>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h3>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<h3>SECONDE PARTIE.</h3>
+
+<h4>JOURNAL DE LA CAMPAGNE.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 24 janvier 1814 au 31 mars suivant.)</p>
+
+<p class="rig">
+<span class="sml">Acer et indomitus, quò spes, quòque ira vocasset<br>
+Ferre manum, et nunquam temerando parcere ferro,<br>
+Successus urgere suos, instare favori<br>
+Numinis....<br>
+<br>
+<span class="sc">Lucain</span>, Pharsale.</span>
+</p>
+<br><br><br><br><br><br><br><br>
+
+<p> <a name="p83" id="p83"></a><span class="pagenum">83</span> </p>
+
+<h1>MANUSCRIT</h1>
+<h5>DE</h5>
+<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h2>
+
+<hr class="full"><br>
+
+<h3>SECONDE PARTIE.</h3>
+
+<hr class="short">
+
+<h4>CHAPITRE I<sup>er</sup>.</h4>
+
+<h4>ARRIVÉE DE NAPOLÉON A CHÂLONS-SUR-MARNE.</h4>
+
+<p class="mid">(Fin de janvier 1814.)</p>
+
+<p>Le comte Bertrand monte dans la voiture de
+Napoléon et prend place à côté de lui; il réunit,
+en l'absence du duc de Vicence, les fonctions
+de grand écuyer à celles du grand maréchal, et
+tous les services de voyage sont sous ses ordres<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup class="sml">26</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name="footnote26"><b>Note 26: </b></a><a href="#footnotetag26">(retour)</a> 26: Les aides de camp qui accompagnent Napoléon sont
+les généraux Drouot, Flahaut, Corbineau, Dejean.
+
+<p>Le général Drouot fait les fonctions de major général de
+la garde. Aux aides de camp il faut ajouter les officiers
+d'ordonnance Gourgaud, Mortemart, Montmorency, Caraman,
+Pretet, Laplace, Lariboissière, Lamezan, et Desaix.</p>
+
+<p>Les chefs des différents services de la maison impériale
+sont, pour cette campagne:</p>
+
+<p>Le comte de Turenne, premier chambellan, et maître
+de la garde-robe;</p>
+
+<p>Le baron de Canouville, maréchal des logis;</p>
+
+<p>Le baron Mesgrigny, écuyer;</p>
+
+<p>Le baron Fain, maître des requêtes, premier secrétaire
+du cabinet;</p>
+
+<p>Le général Bacler-d'Albe, directeur du cabinet topographique;</p>
+
+<p>Et le baron Yvan, premier chirurgien.</p>
+
+<p>On distingue encore parmi les autres personnes de la
+maison les auditeurs Jouanne et Rumigny, premiers commis
+du cabinet; l'auditeur Lelorgne-d'Ideville, secrétaire
+interprète; le lieutenant-colonel du génie Athalin, et l'ingénieur-géographe
+Lameau, attachés au cabinet topographique;
+les chevaliers Fourreau et Vareliand, médecin et
+chirurgien de quartier; enfin les fourriers du palais Deschamps
+et Jongbloëdt.</p>
+
+<p>Le service personnel de l'empereur se réduit aux valets
+de chambre Constant, Pelart et Hubert, au mameluck
+Roustan, au piqueur Jardin, et au contrôleur de la bouche
+Colin, qui sont des hommes de confiance.</p>
+
+<p>Presque tous se sont rendus d'avance à Châlons.</p></blockquote>
+
+<p><a name="p84" id="p84"></a><span class="pagenum">84</span></p>
+
+
+<p>Napoléon n'a avec lui que cinq voitures de
+poste. Il déjeûne à Château-Thierry, et le soir du
+jour de son départ il arrive à Châlons pour dîner.</p>
+
+<p>L'approche de l'ennemi avait jeté sur la route
+une espèce de stupeur, que le passage de Napoléon
+a suspendue tout-à-coup; c'est l'effet ordinaire
+<a name="p85" id="p85"></a><span class="pagenum">85</span>
+de sa présence. Dans le danger commun,
+son arrivée à l'armée offre les seuls moyens de
+salut auxquels l'imagination des peuples puisse
+se confier. A chaque relai, les femmes et les
+enfants se groupaient autour des voitures; les
+hommes, formés à la hâte en garde nationale,
+s'ajustaient de leur mieux sous les armes, et peignaient
+plus vivement que tous les discours à
+quelles extrémités on était réduit. Bientôt une
+confiance naïve et bruyante a succédé à l'inquiétude;
+et les vignerons de Dormans, de Château-Thierry
+et d'Épernay, ne craignent plus d'ajouter
+aux cris mille fois répétés de <i>vive l'empereur!</i>
+cet autre cri qui laisse échapper leurs voeux les
+plus secrets: <i>à bas les droits réunis!</i></p>
+
+<p>Le quartier impérial à Châlons était marqué
+chez le préfet: en descendant de la voiture, Napoléon
+fait appeler le prince de Neufchâtel, le
+duc de Valmy, le duc de Reggio, le maire, etc.
+Le prince de Neufchâtel arrive des avant-postes
+pour rendre compte de l'état dans lequel il a
+trouvé l'armée; vingt ans auparavant le duc de
+Valmy a gagné le titre de son duché dans ces
+<a name="p86" id="p86"></a><span class="pagenum">86</span>
+mêmes plaines où nos bataillons vont manoeuvrer
+de nouveau contre les Prussiens; le duc de
+Reggio connaît parfaitement le pays, il est de
+Bar-sur-Ornain. Napoléon emploie donc la plus
+grande partie de la soirée à recueillir, dans la
+conversation des personnes qui l'entourent, les
+renseignements dont il a besoin.</p>
+
+<p>Voici le résumé de ce qu'il apprend: la grande
+armée autrichienne du prince Schwartzenberg,
+descendue des Vosges par plusieurs routes, dirige
+sa plus forte colonne sur Troyes; elle pousse
+devant elle le corps de vieille garde dont le duc
+de Trévise a le commandement. Celui-ci dispute
+le terrain pied à pied; et, malgré les désavantages
+d'une retraite, les combats de Colombey-les-deux-églises
+et de Bar-sur-Aube ont conservé
+l'honneur de la garde dans tout son lustre; mais
+la ville de Troyes n'en court pas moins un pressant
+danger.</p>
+
+<p>Du côté des Prussiens, le maréchal Blücher a
+dépassé la Lorraine; il vient d'occuper Saint-Dizier,
+et s'avance diagonalement sur l'Aube.</p>
+
+<p>Le duc de Vicence, au milieu de ces grands
+mouvements de troupes, n'a pu parvenir jusqu'au
+quartier général des alliés. Retenu d'abord à Lunéville
+par les avant-postes qui lui barraient le
+chemin, il a été forcé de rétrograder avec nos
+<a name="p87" id="p87"></a><span class="pagenum">87</span>
+troupes jusqu'à Saint-Dizier; mais enfin, dans
+cette dernière ville, les lettres du prince de Metternich
+lui étaient parvenues: Châtillon-sur-Seine
+lui était indiqué comme lieu de réunion du
+congrès, et aussitôt il avait quitté Saint-Dizier
+pour se rendre à Châtillon.</p>
+
+<p>Quant à nos troupes, elles sont autour de
+Châlons. Le duc de Bellune et le prince de la
+Moskowa, après avoir évacué Nancy, se sont retirés
+par Void, Ligny et Bar, sur Vitry-le-Français;
+le duc de Raguse est derrière la Meuse,
+entre Saint-Michel et Vitry.</p>
+
+<p>Nos avant-postes sont donc à Vitry. Déjà les
+fuyards commençaient à paraître dans les rues
+de Châlons; mais ils s'y croisent avec les troupes
+qui arrivent de Paris. Ces soldats, qui naguère
+étaient disséminés le long du Rhin, depuis Huningue
+jusqu'à Cologne, après vingt jours de retraite
+sur tant de routes différentes, se reconnaissent
+tous dans la même plaine, ne formant
+plus qu'une seule armée réunie autour de Napoléon.
+Aussitôt le mouvement rétrograde cesse,
+et l'ordre rentre dans les rangs.</p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+
+<p><a name="p88" id="p88"></a><span class="pagenum">88</span> </p>
+
+<h4>CHAPITRE II.</h4>
+
+<h4>L'ARMÉE REPREND L'OFFENSIVE.--BATAILLE<br>
+DE BRIENNE.</h4>
+
+<p>C'est d'abord sur l'ennemi qui est le plus près
+que Napoléon veut marcher; il ordonne dans la
+nuit que toute l'armée prenne la route de Vitry.</p>
+
+<p>Le duc de Valmy reste à Châlons pour y réunir
+les traînards et recevoir le duc de Tarente, dont
+la marche a été retardée dans les Ardennes. Le
+vainqueur de Valmy doit encore une fois défendre
+les gorges de l'Argonne et la route de Paris.</p>
+
+<p>Napoléon ne s'est pas arrêté plus de douze
+heures à Châlons: les équipages de sa maison ont
+filé dans la nuit avec la garde impériale, et le
+lendemain 26 janvier le quartier général s'établit
+de bonne heure à Vitry.</p>
+
+<p>Vitry est donc redevenu place frontière; on a
+relevé à la hâte les brèches de ses vieilles murailles,
+et quelques canons protègent les barricades
+qu'on a plantées devant les portes.</p>
+
+<p>Napoléon, impatient de voir clair dans les
+<a name="p89" id="p89"></a><span class="pagenum">89</span>
+mouvements qui l'environnent, faisait courir de
+tous côtés aux nouvelles. A peine arrivé à Vitry,
+il interroge le sous-préfet, le maire, le juge de
+paix, l'ingénieur, les notables de la ville. On lui
+amène successivement tous les gens de la campagne
+qui rentrent dans Vitry; quand ce n'est
+pas Napoléon lui-même qui les questionne, c'est
+le général Bertrand: Bacler-d'Albe et Athalin
+tiennent note de chaque rapport, et couvrent la
+feuille de Cassini d'épingles qui indiquent les
+différents points de l'horizon où les coureurs de
+l'ennemi se font voir. Le duc de Reggio envoie
+par la traverse des émissaires à Bar-sur-Ornain
+sous prétexte de savoir ce qui se passe chez lui.
+Le maire, le sous-préfet, envoient d'autres émissaires
+dans la plaine qui s'étend entre la Marne
+et l'Aube.</p>
+
+<p>On apprend que le duc de Trévise et la vieille
+garde se retirent de Troyes par la route d'Arcis-sur-l'Aube:
+des officiers d'ordonnance sont aussitôt
+envoyés de ce côté pour aviser ce maréchal
+de la marche de Napoléon. Un pont est rapidement
+jeté sur la Marne à Vitry, et facilite ces différentes
+communications.</p>
+
+<p>Pendant la nuit nos troupes ont marché: le
+27, au point du jour, elles rencontrent, entre Vitry
+et Saint-Dizier, la tête des colonnes de l'ennemi.
+<a name="p90" id="p90"></a><span class="pagenum">90</span>
+Le général Duhesme engage le combat
+contre le général russe Lanskoï; Napoléon y accourt,
+et, dès huit heures du matin, il rentre à
+Saint-Dizier à la tête des premières troupes.</p>
+
+<p>Cette ville n'avait été occupée que peu de jours
+par l'ennemi; mais, dans ce court intervalle, les
+habitants n'avaient eu que trop le temps d'apprendre,
+par les fanfaronnades des alliés, toute
+l'étendue des dangers que courait la patrie. Ils
+avaient entrevu le cercle qui se développait autour
+de la capitale; les maux que l'ennemi leur
+avait apportés s'aggravaient encore par le désespoir
+du salut et de la vengeance... Soudain ces
+mêmes alliés, la veille encore si confiants, se retirent
+avec précipitation; ils fuient en criant que
+l'empereur Napoléon les poursuit, qu'il arrive
+derrière eux, qu'il est là! A cette nouvelle, les
+malheureux habitants de Saint-Dizier sortent de
+leur abattement. Napoléon leur apparaît: ils ne
+peuvent en croire leurs yeux; ils se précipitent
+autour de son cheval pour le toucher; la foule
+le porte jusqu'à la maison du maire, où son logement
+est marqué. Désormais c'est à qui poursuivra
+l'étranger, qu'on ne veut plus craindre;
+l'enthousiasme gagne de proche en proche, et se
+répand dans les villages du Barrois et de la forêt
+du Der. Partout les paysans déterrent leurs
+<a name="p91" id="p91"></a><span class="pagenum">91</span>
+armes, courent sur l'ennemi, et font à l'envi des
+prisonniers, qu'ils amènent eux-mêmes à Napoléon.</p>
+
+<p>Les déclarations des habitants et des prisonniers
+sont unanimes: le corps ennemi auquel l'avant-garde
+française vient d'avoir affaire appartient
+à l'armée prussienne; le maréchal Blücher
+et le corps du général Sacken ont passé les jours
+précédents, et doivent être en ce moment du côté
+de Brienne, marchant sur Troyes pour y donner
+la main aux Autrichiens. Le corps du général
+Lanskoï, qui est celui que l'on vient de combattre,
+suivait le corps de Sacken; enfin les troupes
+du général York, restées un moment en arrière
+pour contenir la garnison de Metz, étaient attendues
+à Saint-Dizier après celles du général Lanskoï.
+Tels sont les renseignements que Napoléon
+recueille en mettant pied à terre. Ainsi sa première
+marche a surpris l'armée de Blücher au
+moment où elle passait de Lorraine en Champagne,
+et l'a coupée en deux parties.</p>
+
+<p>Continuerons-nous notre route sur la Lorraine
+pour tenir tête à l'arrière-garde prussienne?
+ou bien, traversant les colonnes de Blücher, pousserons-nous
+jusqu'à Chaumont et Langres, pour
+couper aussi la marche du prince de Schwartzenberg?
+ou bien enfin redescendrons-nous vers
+<a name="p92" id="p92"></a><span class="pagenum">92</span>
+Troyes, pour nous mettre sur les traces du maréchal
+Blücher?</p>
+
+<p>Napoléon s'arrête à ce dernier parti, qui doit
+prévenir la jonction des Prussiens avec l'armée
+autrichienne; qui peut sauver Troyes, et qui,
+dans tous les cas, va faire tomber nos premiers
+coups sur l'ennemi le plus acharné.</p>
+
+<p>Le chemin le plus court, de Saint-Dizier à
+Troyes, est par la forêt de Der; mais c'est une
+traverse très difficile en tous temps, et dans laquelle
+il n'est pas présumable qu'une armée s'engage
+au mois de janvier. Puisque cette route est
+à la fois la plus courte et la moins prévue, Napoléon
+la préfère. D'ailleurs le trajet de Saint-Dizier
+à Brienne par la forêt n'est que de deux marches,
+et à Brienne on retrouvera la chaussée; l'armée
+est fraîche et animée, l'artillerie est bien attelée,
+et le temps promet de la gelée.</p>
+
+<p>Dans la soirée du 27, les têtes de colonnes qui
+s'étaient avancées au-delà de Saint-Dizier se replient.
+La nuit, l'armée passe la Marne; et, continuant
+ce mouvement rétrograde, se jette à
+droite dans la forêt du Der. On ne laisse à Saint-Dizier
+qu'une faible arrière-garde pour couvrir
+notre marche; et des officiers sont envoyés à
+Arcis-sur-Aube au duc de Trévise, pour qu'il
+revienne sur Troyes, et concoure ainsi avec sa
+<a name="p93" id="p93"></a><span class="pagenum">93</span>
+vieille garde au mouvement que l'armée va faire
+de ce côté.</p>
+
+<p>Le 28, il ne gèle pas; il pleut, et l'armée a
+grande peine à continuer sa route; mais la joie
+des habitants, qui se croient sauvés en voyant
+nos troupes sur les pas de l'ennemi, fait diversion
+à ces premières fatigues et soutient les espérances.
+Napoléon s'arrête au petit bourg d'Éclaron, pendant
+que les sapeurs en rétablissent le pont; les
+habitants l'entourent; ils ont pris des Cosaques
+dans la nuit, ils remettent leurs prisonniers à nos
+troupes; ils portent tout ce qui leur reste de provisions
+sur le passage du soldat, et de tous côtés
+ils allument des feux pour le sécher. En s'éloignant
+de ces braves gens, Napoléon leur accorde
+des fonds pour le rétablissement de leur
+église, et donne la croix de la légion au chirurgien
+du pays, qui a fait la campagne d'Égypte.</p>
+
+<p>L'armée s'enfonce de plus en plus dans les
+boues de la forêt. On arrive très tard à Montier-en-Der.
+Le quartier général s'y établit chez
+le lieutenant-général Vincent, retiré dans cette
+ville depuis plusieurs années.</p>
+
+<p>Napoléon passe la nuit à recevoir les habitants
+des environs qui viennent lui apporter des
+nouvelles de l'ennemi. Il lui en arrive de toutes
+les directions. Un habitant de Chavange se
+<a name="p94" id="p94"></a><span class="pagenum">94</span>
+distingue par tant de zèle et d'intelligence, que Napoléon
+veut en faire un notaire, et crée pour
+lui un second notariat dans le canton. De leurs
+différents rapports il résulte que Blücher a été
+retenu à Brienne par la nécessité de rétablir le
+pont de Lesmont-sur-l'Aube, et que son arrière-garde
+n'est qu'à trois lieues de nous. Au point du
+jour, on reprend le chemin de Brienne; et le 29,
+dès huit heures du matin, la cavalerie du général
+Milhaud rencontre l'ennemi dans les bois
+de Maiziéres. On délogeait les hussards prussiens
+de ce village, lorsque le curé s'en échappe
+et vient se jeter à la botte de Napoléon, qui
+retrouve en lui un de ses anciens maîtres de
+quartier du collége de Brienne. Napoléon le
+prend aussitôt pour guide; Roustan le mameluck
+met pied à terre, et cède son cheval au curé.</p>
+
+<p>A mesure qu'on approche de Brienne, le combat
+s'engage plus vivement.</p>
+
+<p>Le maréchal Blücher, averti de notre marche,
+avait réuni ses forces; quelque diligence que
+nous eussions faite, il était déjà en communication
+avec les Autrichiens par Bar-sur-Aube. Il
+voulait tenir dans la position de Brienne jusqu'à
+leur arrivée; et, dans tous les cas, il avait fait
+ses dispositions pour se ménager une retraite
+vers eux s'il y était forcé... Il occupait fortement
+<a name="p95" id="p95"></a><span class="pagenum">95</span>
+la colline sur laquelle la ville de Brienne est bâtie;
+ses troupes d'élite étaient rangées sur les belles
+terrasses du château qui dominent la ville; les
+Russes, commandés par le général Alsufief, étaient
+chargés de défendre les rues basses de Brienne.</p>
+
+<p>C'est sur les terrasses du parc que notre attaque
+la plus vigoureuse se dirige; le général
+Château, chef d'état major, et gendre du duc de
+Bellune, conduit les troupes. Il enlève la position
+si vivement, que le feld-maréchal Blücher et son
+état major ont à peine le temps d'en sortir. Sur
+ces entrefaites, le contre-amiral Baste forçait l'entrée
+de la ville basse, au pied de la montée du
+château; il y reçoit la mort; ses troupes n'en
+soutiennent pas moins vigoureusement le combat.
+En montant la rue du château, nos tirailleurs
+se trouvent tête à tête avec un groupe
+d'officiers prussiens, qui descendaient en toute
+hâte dans la ville; on fait main-basse sur plusieurs:
+dans le nombre des prisonniers se trouve
+le jeune d'Hardemberg, neveu du chancelier de
+Prusse; et l'on apprend par lui qu'il vient d'être
+pris au milieu de l'état major général prussien,
+à côté du maréchal Blücher lui-même. Notre
+vieil ennemi l'a échappé belle! Ce n'est pas la
+dernière faveur de ce genre que la fortune lui
+réserve dans cette campagne.
+<a name="p96" id="p96"></a><span class="pagenum">96</span> </p>
+
+<p>Le gros de l'armée ennemie sort enfin de
+Brienne pour se porter, sur la route de Bar-sur-Aube,
+à la rencontre des Autrichiens; mais l'arrière-garde
+prussienne, qui reste maîtresse d'une
+partie de la ville, s'obstine à reprendre le château.
+Nos troupes s'y défendent avec la même
+obstination, et la nuit qui survient ne peut mettre
+fin au combat.</p>
+
+<p>Tandis que cette position nous était ainsi disputée,
+l'armée française établissait ses bivouacs
+dans la plaine qui est entre Brienne et les bois
+de Maizières. Nos convois d'artillerie filaient
+dans la grande avenue, pour aller prendre les
+positions qui leur étaient assignées; et Napoléon,
+après avoir donné ses derniers ordres, retournait
+par cette même avenue à son quartier général de
+Maizières; il précédait ses aides de camp de quelques
+pas, écoutant le colonel Gourgaud, qui lui
+rendait compte d'une manoeuvre; les généraux
+de sa maison suivaient, enveloppés dans leurs
+manteaux. Le temps était très noir, et, dans la
+confusion de ce campement de nuit, on ne pouvait
+guère se reconnaître que de loin en loin, à
+la lueur de quelques feux. Dans ce moment, une
+bande de Cosaques, attirée par l'appât du butin
+et le bruit de nos caissons, se glisse à travers
+les ombres du camp, et parvient jusqu'à la route.
+<a name="p97" id="p97"></a><span class="pagenum">97</span>
+Le général Dejean se sent pressé brusquement,
+il se retourne, et crie <i>Aux Cosaques!</i> En même
+temps il veut plonger son sabre dans la gorge de
+l'ennemi qu'il croit tenir; mais celui-ci échappe,
+et s'élance sur le cavalier en redingote grise qui
+marche en tête. Corbineau se jette à la traverse;
+Gourgaud a fait le même mouvement, et, d'un
+coup de pistolet à bout portant, il abat le Cosaque
+aux pieds de Napoléon. L'escorte accourt,
+on se presse, on sabre quelques Cosaques; mais
+le reste de la bande, se voyant reconnu, saute les
+fossés et disparaît.</p>
+
+<p>Il est dix heures du soir quand Napoléon est
+de retour à Maizières. Le prince de Neufchâtel
+arrive après tout le monde. On le ramène couvert
+de boue: il était tombé dans un fossé. Le
+curé de Maizières était également méconnaissable
+sous la boue qui couvrait sa soutane; il avait eu
+son cheval tué d'une balle derrière Napoléon.</p>
+
+<p>Le 30, à la pointe du jour, l'armée française
+se trouve entièrement maîtresse de la position
+de Brienne, et les Prussiens sont en pleine retraite
+sur Bar-sur-Aube.</p>
+
+<p>Tandis que nos forces se concentrent à Brienne,
+le duc de Trévise, qui est revenu à Troyes, a ordre
+de couvrir cette ville, en se portant en avant sur
+la route de Vandoeuvres.
+<a name="p98" id="p98"></a><span class="pagenum">98</span> </p>
+
+<p>C'est dans ce moment que le duc de Bassano,
+parti de Paris quelques jours après Napoléon,
+rejoint le quartier impérial<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup class="sml">27</sup></a>. On venait de se
+loger au château de Brienne: cette belle habitation
+était saccagée; les balles avaient cassé toutes
+les vitres; les souterrains servaient encore de retraite
+aux principaux habitants, que le concierge
+y avait cachés.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name="footnote27"><b>Note 27: </b></a><a href="#footnotetag27">(retour)</a> Il est accompagné de MM. Monnier et Benoît, chefs de
+division de la secrétairerie d'état. </blockquote>
+
+<p>Napoléon, élevé à Brienne, ne peut échapper
+aux souvenirs que ce lieu lui rappelle; il
+reconnaît les principaux points de vue de la
+campagne, et les retrouve en proie aux désastres
+de la guerre: il cherche du moins, à force de libéralités
+sur sa cassette, à soulager les nombreuses
+infortunes qui l'environnent. La dévastation du
+château et l'incendie de la ville l'affligent au-delà
+de toute expression. Le soir, retiré dans son appartement,
+il fait le projet de rebâtir la ville;
+d'acheter le château, d'y fonder, soit une résidence
+impériale, soit une école militaire, soit l'une et
+l'autre: le sommeil vient le surprendre dans les
+calculs et les illusions de ce projet!</p>
+
+<p>Cependant, à la nouvelle du combat de Brienne,
+le prince Schwartzenberg était accouru à
+<a name="p99" id="p99"></a><span class="pagenum">99</span>
+Bar-sur-Aube avec toutes ses forces, et la jonction de
+la grande armée autrichienne avec celle du maréchal
+Blücher venait de se faire. D'un autre
+côté, le général York était venu précipitamment
+à Saint-Dizier pour rétablir sa communication
+avec son général en chef.</p>
+
+<p>Le 31 janvier, le prince Schwartzenberg et le
+maréchal Blücher font avancer leurs armées réunies,
+et viennent présenter la bataille dans la
+plaine qui est entre Bar-sur-Aube et Brienne. Il
+ne dépend guère de nous de la refuser: le pont
+de Lesmont, qui doit être notre principal moyen
+de retraite, est rompu; il a été coupé pour arrêter
+Blücher lorsqu'il marchait sur Troyes: cet
+obstacle nous arrête à notre tour dans les manoeuvres
+que nous voudrions faire pour repasser
+l'Aube. On demande encore vingt-quatre heures
+pour achever de le rétablir: nos sapeurs redoublent
+d'activité; mais, en attendant, il faut se préparer
+à recevoir l'ennemi. Le reste de la journée
+se passe de part et d'autre en dispositions.</p>
+
+<p>Nous sommes enfin à la veille d'un événement
+décisif; mais combien le début de la campagne
+est déjà différent de celui qu'on s'était promis!
+Au moment où nous croyions surprendre Blücher,
+coupé de son arrière-garde et réduit à moitié
+de ses forces, il nous échappe, trouve le
+<a name="p100" id="p100"></a><span class="pagenum">100</span>
+secours de la grande armée autrichienne, revient
+sur nous, et c'est lui qui nous engage dans une
+bataille où nos cinquante mille hommes vont en
+avoir au moins cent mille à combattre.</p>
+
+<p>La bataille se donne le 1<sup>er</sup> février: sur notre
+gauche, à Morvilliers, est le duc de Raguse; il a
+devant lui les Bavarois, qui arrivent de Joinville.
+Entre le duc de Raguse et le centre est le corps
+du duc de Bellune, qui occupe Chaumenil et la
+Gibérie; il combat contre les Wurtembergeois
+et le corps de Sacken.</p>
+
+<p>La jeune garde impériale est au centre, à la
+Rothière; les troupes d'élite du maréchal Blücher
+et de l'armée autrichienne, ainsi que la garde
+russe, lui sont opposées.</p>
+
+<p>Enfin sur notre droite, vers la rivière, est le
+corps du général Gérard, qui défend le village
+de Dienville contre les attaques du corps autrichien
+de Giulay.</p>
+
+<p>Nos troupes ne sont pour la plupart que de
+nouvelles levées, conduites par des vétérans; mais
+partout elles soutiennent le combat avec intrépidité.
+C'est au centre, vers la Rothière, qu'on est
+le plus acharné; Napoléon y commande, les souverains
+alliés y sont aussi. La nuit seule met fin
+à l'action, et retrouve notre armée à peu près
+dans les mêmes positions qu'elle occupait le
+<a name="p101" id="p101"></a><span class="pagenum">101</span>
+matin; mais nous n'avons pu enlever la victoire:
+l'ennemi a une supériorité marquée; plus d'audace
+le rendrait entièrement maître du champ de
+bataille.</p>
+
+<p>A huit heures du soir Napoléon revient au
+château, et de là il ordonne la retraite sur Troyes
+par le pont de Lesmont, dont la réparation est à
+peine terminée. Tandis que l'armée effectue ce
+mouvement à la faveur de l'obscurité, Napoléon
+n'est pas sans crainte que l'ennemi, profitant de
+ses avantages, ne fasse une attaque de nuit et ne
+vienne mettre de la confusion dans nos marches.
+A chaque instant il demande s'il n'y a rien de
+nouveau; il va lui-même à la fenêtre, d'où l'oeil
+domine sur toute la ligne des bivouacs du champ
+de bataille. Les coups de fusil avaient entièrement
+cessé; nos feux brûlaient tels que nous les avions
+allumés à la fin de la bataille; l'ennemi ne faisait
+aucun mouvement; les collines dont le rideau
+couvre la vallée de l'Aube, en arrière de Brienne,
+masquaient parfaitement notre retraite, et ce
+n'est que le lendemain à la pointe du jour que
+l'ennemi reconnaît l'abandon de nos lignes. Napoléon
+avait quitté le château de Brienne à quatre
+heures du matin.</p>
+
+<p> <a name="p102" id="p102"></a><span class="pagenum">102</span> </p>
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE III.</h4>
+
+<h4>RETRAITE DE L'ARMÉE FRANÇAISE.--CONDITIONS<br>
+DICTÉES PAR LE CONGRÈS.</h4>
+
+<p class="mid">(Commencement de février 1814.)</p>
+
+<p>Le 2 février, à onze heures du matin, l'armée
+française avait repassé l'Aube; et le pont de Lesmont,
+coupé encore une fois, nous séparait de
+l'ennemi; mais le duc de Raguse, resté sur l'autre
+rive pour protéger notre mouvement, se trouvait
+dans une situation difficile. Le général Wrède, à
+la tête des Bavarois, s'était chargé de le tourner
+et de lui couper toute retraite: c'est la même entreprise,
+la même manoeuvre, le même ennemi
+qu'à Hanau. Ce souvenir de Hanau ranime le
+courage des troupes françaises: elles trouvent
+l'ennemi barrant le passage de la Voire au village
+de Rosnay; le duc de Raguse met aussitôt
+l'épée à la main; à sa voix, les braves s'élancent
+la baïonnette en avant; et tout le corps d'armée
+passe sur le ventre des vingt-cinq mille Bavarois!
+Si, de temps à autre, la muse de l'histoire croit
+<a name="p103" id="p103"></a><span class="pagenum">103</span>
+devoir arracher quelques feuillets de son livre,
+qu'elle conserve du moins pour l'honneur du duc
+de Raguse la page où le combat de Rosnay se
+trouve inscrit! Cette journée suffira pour justifier
+la confiance que Napoléon mettait dans l'intrépidité
+de Marmont.</p>
+
+<p>Tandis que ce maréchal effectue victorieusement
+sa retraite par la rive droite de l'Aube vers
+Arcis, le gros de l'armée continue la sienne par
+la rive gauche, sur la grande route de Troyes.</p>
+
+<p>On couche au village de Piney. Le 3, de bonne
+heure, l'armée arrive à Troyes: la vieille garde,
+commandée par le duc de Trévise, est sortie de
+la ville pour venir au-devant de nous; elle prend
+position sur la route, devient notre arrière-garde,
+et d'une main ferme arrête l'ennemi au moment
+où il croyait entrer derrière nous dans Troyes.</p>
+
+<p>Napoléon loge au centre de la ville, dans la
+maison d'un négociant nommé Duchâtel-Berthelin:
+il y trouve quelques moments de repos dont
+il profite pour lire ses courriers.</p>
+
+<p>Depuis le départ de Paris, on n'avait pas encore
+envoyé de bulletin de l'armée; l'espérance
+de débuter par une victoire avait fait différer le
+départ des nouvelles jusqu'après l'issue de la
+marche entreprise contre le maréchal Blücher.
+On ne peut plus retarder cet envoi davantage
+<a name="p104" id="p104"></a><span class="pagenum">104</span>
+mais la chance a tourné de telle manière que
+c'est le récit de la bataille perdue à Brienne qui
+commence la série des bulletins de cette campagne.
+Les premiers courriers qui partent de Troyes
+pour Paris en sont porteurs.</p>
+
+<p>Moins les événements militaires étaient favorables,
+plus on désirait avoir des nouvelles du
+duc de Vicence: on en reçoit enfin; le congrès
+va se tenir à Châtillon-sur-Seine, il doit s'ouvrir
+le 4 février: le comte Stadion y représentera
+l'Autriche; le comte Razumowski, la Russie; le
+baron de Humboldt, la Prusse; et lord Castlereagh,
+l'Angleterre. De combien de délais cette
+forme de négociation nous menace encore! Napoléon
+voudrait les abréger; il apprend que le
+sieur La Besnardière, premier commis des affaires
+étrangères, arrive de Paris et va rejoindre le ministre
+à Châtillon; il profite aussitôt de cette occasion
+pour faire connaître au duc de Vicence
+les modifications que le mauvais début de la
+campagne doit apporter à ses instructions. M. de
+La Besnardière se remet en route dans l'après-midi
+même du 3 février; le 5, de nouvelles instructions
+sont encore envoyées à Châtillon: ce
+dernier courrier porte <i>définitivement carte blanche</i>
+au duc de Vicence. Napoléon lui donne tout
+pouvoir <i>pour conduire la négociation à une
+<a name="p105" id="p105"></a><span class="pagenum">105</span>
+heureuse issue, sauver la capitale et éviter une bataille
+où sont les dernières espérances de la nation.</i></p>
+
+<p>Les seules nouvelles de l'intérieur qui soient
+un peu rassurantes viennent des bords de la Saône.
+Les Lyonnais ont fait bonne contenance devant
+les troupes que le général autrichien Bubna avait
+fait avancer jusqu'aux barrières de la ville; ils
+ont donné le temps à nos troupes du Dauphiné
+d'arriver à leur secours, et l'armée autrichienne
+s'est repliée sur la Bresse.</p>
+
+<p>Après avoir donné au repos de l'armée les journées
+du 3, du 4 et du 5 février, Napoléon se décide
+à évacuer Troyes: les vieilles murailles de
+cette ancienne capitale de la Champagne, et les
+nombreux canaux entre lesquels la Seine y divise
+son cours, nous offraient à la vérité de grands
+moyens pour tenir tête à l'ennemi; mais les alliés
+pouvaient tourner cette position, et s'avancer de
+toutes parts sur Paris. Le temps devenait trop
+précieux pour le perdre en opérations défensives;
+et une résistance obstinée sur ce point pouvait
+n'avoir d'autres résultats que l'incendie et la ruine
+de Troyes, dont toutes les maisons sont en bois.
+D'ailleurs, les secours attendus des Pyrénées approchaient:
+la première division, commandée
+par le général Leval, devait être le 8 à Provins:
+en continuant sa retraite pour se rapprocher de
+<a name="p106" id="p106"></a><span class="pagenum">106</span>
+Paris, l'armée allait en même temps au-devant
+d'un précieux renfort.</p>
+
+<p>Jusqu'au dernier moment, nos troupes ont
+fait une telle contenance en avant de Troyes, que
+l'ennemi croit devoir se préparer à une seconde
+bataille. Le corps de Lichtenstein, qui s'était
+avancé le 3 jusqu'au pont de Cléry, y avait été
+battu par le duc de Trévise; le 4 février, les généraux
+Colloredo, Nostiz et Bianchi, avaient été
+repoussés dans une attaque qu'ils avaient risquée
+contre les ponts de la Barce; le général Colloredo
+y avait été blessé. Enfin, le 5 février, Napoléon
+ayant fait faire au-delà de la Barce une forte démonstration
+pour donner le change à l'ennemi
+sur le mouvement de retraite que nous devions
+faire le lendemain, les alliés avaient cru voir toute
+l'armée française débouchant pour reprendre l'offensive;
+ils avaient aussitôt reculé d'une marche,
+et leur quartier général, établi le 4 à Lusigny près
+Vandoeuvres, avait été reporté, le 5 au soir, à Bar-sur-Aube.</p>
+
+<p>Cette vigueur dans de simples opérations d'avant-poste
+est remarquable après une bataille
+perdue. Ceux qui ont porté à quatre mille prisonniers
+et à soixante-neuf pièces de canon les
+trophées de l'ennemi à Brienne, et jusqu'à vingt
+mille le nombre des déserteurs de l'armée
+<a name="p107" id="p107"></a><span class="pagenum">107</span>
+française dans cette retraite, ont-ils réfléchi que plus
+ils exagéraient nos pertes, plus ils augmentaient
+la gloire des chefs qui savaient lutter avec cette
+énergie contre de telles circonstances?</p>
+
+<p>Le 6, l'armée quitte Troyes et prend la route
+de Paris: après son départ, les autorités municipales
+ne tiennent leurs portes fermées que le
+temps nécessaire pour obtenir de l'ennemi la
+garantie d'une capitulation.</p>
+
+<p>Napoléon couche au hameau des Grès, qui est
+à moitié chemin de Troyes à Nogent.</p>
+
+<p>L'abandon de Troyes et la prolongation de
+notre retraite dissipaient nos dernières espérances:
+le soldat marchait dans une tristesse
+morne qu'on ne saurait décrire. <i>Où nous arrêterons-nous?</i>
+Cette question était dans toutes les
+bouches.</p>
+
+<p>Le 7, on arrive à Nogent: on fait créneler les
+maisons qui donnent sur la campagne; on prépare
+ce qu'il faut pour faire sauter le pont si l'on
+est forcé dans la ville; en peu d'heures, Nogent
+est mis à l'abri d'un coup de main. Pour plus de
+célérité, Napoléon a fait, de sa cassette, l'avance
+des fonds nécessaires aux travaux. Dans cette position,
+on s'arrête pour disputer le passage de
+la Seine au prince Schwartzenberg.</p>
+
+<p>Les courriers qui viennent nous rejoindre à
+<a name="p108" id="p108"></a><span class="pagenum">108</span>
+Nogent continuent d'apporter des nouvelles défavorables:
+du côté du nord, les ennemis ont occupé
+Aix-la-Chapelle et Liége, aussitôt après le
+départ du duc de Tarente; l'armée anglo-prussienne
+bloque Anvers, mais le général Carnot est
+arrivé à temps pour en prendre le commandement:
+il y est entré le 2 février, au moment où
+les portes se fermaient devant l'ennemi. Le général
+Bulow, après avoir tenté une vaine attaque
+sur la place, y a laissé en observation les Anglais
+et les Saxons; avec ses Prussiens et ses Russes, il
+s'avance sur la Flandre: le 2, son avant-garde est
+entrée à Bruxelles; la Belgique est perdue. Le général
+Maison effectue sa retraite sur notre ancienne
+frontière.</p>
+
+<p>Les lettres de Paris, et les aides de camp du
+duc de Tarente, viennent annoncer un danger
+encore plus pressant: c'est la marche du maréchal
+Blücher, qui s'avance sur la capitale par la
+grande route de Châlons.</p>
+
+<p>Après la bataille de Brienne, Blücher s'est aussitôt
+séparé de l'armée autrichienne; il a rallié à
+lui, entre Arcis-sur-Aube et Châlons, les diverses
+parties de son armée, dont il avait été un moment
+coupé par notre excursion de Saint-Dizier; et,
+toutes ses forces réunies, il s'est chargé de descendre
+la Marne, tandis que les Autrichiens descendront
+<a name="p109" id="p109"></a><span class="pagenum">109</span>
+la Seine. Le général York est entré à Châlons
+le 5 février. Le corps du duc de Tarente s'y
+trouvait, arrivant du pays de Liége; mais ce maréchal,
+poussé par toute l'armée prussienne,
+n'avait pu opposer qu'une faible résistance. Il se
+retirait sur Épernay, sans prévoir où il pourrait
+s'arrêter, et demandait des ordres et des secours.
+Ainsi l'ennemi est maître de Châlons et peut-être
+d'Épernay.</p>
+
+<p>Ces nouvelles ajoutent à la stupeur qui s'est
+emparée des esprits; Napoléon lui-même ne paraît
+pas inaccessible à l'inquiétude générale. C'est
+dans ce moment qu'il reçoit de Châtillon le protocole
+du 7, contenant<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup class="sml">28</sup></a> les conditions que les alliés
+prétendent lui dicter; elles ne se ressentent que
+trop de l'influence des événements de Brienne.
+«Les alliés disconviennent des bases proposées à
+Francfort... Pour obtenir la paix, il faut rentrer
+dans les anciennes limites de la France.»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name="footnote28"><b>Note 28: </b></a><a href="#footnotetag28">(retour)</a> Voir au Supplément de la seconde partie, nº 14. </blockquote>
+
+<p>Napoléon, après avoir lu ses dépêches, se renferme
+dans sa chambre et garde le plus morne
+silence. Le prince de Neufchâtel et le duc de Bassano
+arrivent jusqu'à lui, il leur tend le papier
+qu'on lui envoie de Châtillon; ils lisent: un nouveau
+silence succède à cette pénible lecture.
+<a name="p110" id="p110"></a><span class="pagenum">110</span>
+Cependant il faut une réponse pour le duc de Vicence,
+les alliés la demandent catégorique et
+prompte; le courrier l'attend! Napoléon persistant
+à ne faire aucune réponse, le prince de Neufchâtel
+et le duc de Bassano réunissent leurs instances;
+l'oeil humide, ils parlent de la nécessité
+de céder... Napoléon est enfin forcé de s'expliquer.
+«Quoi! leur dit-il avec vivacité, vous voulez
+que je signe un pareil traité, et que je foule
+aux pieds mon serment<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup class="sml">29</sup></a>! Des revers inouïs ont
+pu m'arracher la promesse de renoncer aux conquêtes
+que j'ai faites; mais que j'abandonne aussi
+celles qui ont été faites avant moi; que je viole
+le dépôt qui m'a été remis avec tant de confiance;
+que, pour prix de tant d'efforts, de sang
+et de victoires, je laisse la France plus petite
+que je ne l'ai trouvée: jamais! Le pourrais-je
+sans trahison ou sans lâcheté?... Vous êtes effrayés
+de la continuation de la guerre, et moi
+je le suis de dangers plus certains que vous ne
+<a name="p111" id="p111"></a><span class="pagenum">111</span>
+voyez pas. Si nous renonçons à la limite du
+Rhin, ce n'est pas seulement la France qui
+recule, c'est l'Autriche et la Prusse qui s'avancent!...
+La France a besoin de la paix; mais
+celle qu'on veut lui imposer entraînera plus de
+malheurs que la guerre la plus acharnée! Songez-y.
+Que serai-je pour les Français quand j'aurai
+signé leur humiliation? Que pourrai-je répondre
+aux républicains du sénat, quand ils
+viendront me redemander leurs barrières du
+Rhin!... Dieu me préserve de tels affronts!...
+Répondez à Caulaincourt, puisque vous le voulez;
+mais dites-lui que je rejette ce traité. Je
+préfère courir les chances les plus rigoureuses
+de la guerre!»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name="footnote29"><b>Note 29: </b></a><a href="#footnotetag29">(retour)</a> Le serment que Napoléon avait prononcé à son couronnement
+était ainsi conçu: «Je jure de maintenir l'intégrité
+du territoire de la république... et de gouverner
+dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la gloire
+du peuple français.» (Art. 53 du sénatus-consulte du
+28 floréal an XII.) </blockquote>
+
+<p>Après ce premier mouvement, Napoléon se
+jette sur un lit de camp, le duc de Bassano reste
+auprès de lui, il passe une partie de la nuit debout,
+à son chevet; et, profitant d'un moment
+plus calme, il obtient enfin la permission d'écrire
+au duc de Vicence dans des termes qui lui permettent
+de continuer la négociation<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30"><sup class="sml">30</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name="footnote30"><b>Note 30: </b></a><a href="#footnotetag30">(retour)</a> Napoléon était à Nogent-sur-Seine: le grand maréchal
+Bertrand et le duc de Bassano, qui se trouvaient près de lui,
+le pressèrent d'accéder à la demande du duc de Vicence,
+en le laissant toutefois libre de s'écarter de ses instructions,
+et d'user de la carte blanche qui lui avait été donnée. Napoléon,
+rentré dans son cabinet, eut, avec son ministre,
+une conférence qui dura fort avant dans la nuit. Il fut décidé
+qu'on ne devait pas hésiter à abandonner la Belgique,
+et même la rive gauche du Rhin, si l'on ne pouvait avoir
+la paix qu'à ce prix; mais que, s'il était possible de traiter
+au moyen d'une seule de ces concessions, il fallait commencer
+par l'abandon de la Belgique, quelque désir qu'eût
+Napoléon de conserver cette belle province, parce que les
+ministres anglais, dont le but principal aurait été atteint,
+pourraient craindre d'exposer un résultat aussi national
+pour eux, en soutenant les autres concessions qui seraient
+demandées, et que, d'un autre côté, dans des temps plus
+prospères, on pourrait reprendre la Belgique, en ne s'exposant
+qu'à une guerre maritime qui ne compromettrait
+pas le sort de l'empire, tandis qu'on ne tenterait pas de
+reconquérir la rive gauche du Rhin sans exciter une guerre
+continentale. Les instructions du plénipotentiaire furent
+rédigées dans ce sens: offrir d'abord l'abandon de la Belgique,
+ensuite celui de la rive gauche du Rhin, s'il était
+reconnu indispensable. L'Italie, le Piémont, Gênes, l'état
+de possession à établir en Allemagne, même les colonies,
+étaient des sacrifices faits d'avance. </blockquote>
+
+<p> <a name="p112" id="p112"></a><span class="pagenum">112</span> </p>
+
+<p>Au surplus, Napoléon veut que les conditions
+de l'ennemi soient envoyées à Paris; que tous les
+membres du conseil privé se réunissent pour en
+prendre communication; que chacun donne son
+avis motivé, et qu'un procès verbal recueille avec
+soin toutes les opinions.</p>
+
+<p> <a name="p113" id="p113"></a><span class="pagenum">113</span> </p>
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE IV.</h4>
+
+<h4>SECONDE EXPÉDITION CONTRE LE MARÉCHAL BLÜCHER.--COMBAT<br>
+DE CHAMPAUBERT.--BATAILLE<br>
+DE MONTMIRAIL.--COMBAT DE CHÂTEAU-THIERRY<br>
+ET DE VAUCHAMPS.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 9 au 15 février.)</p>
+
+<p>La marche de Blücher à travers la Champagne
+avait jeté l'alarme dans la capitale. D'heure en
+heure, les estafettes les plus inquiétantes arrivaient
+de Paris. Blücher était entré dans la Brie
+champenoise; il s'avançait à marches forcées; le
+duc de Tarente se retirait sur la Ferté-sous-Jouarre;
+les fuyards arrivaient à Meaux.</p>
+
+<p>Cette audacieuse incursion de l'ennemi ranime
+Napoléon; il veut du moins faire payer cher aux
+Prussiens leur témérité, et il prend la résolution
+de tomber sur leurs flancs à l'improviste. Napoléon
+était encore étendu sur ses cartes, les parcourant
+le compas à la main, lorsque le duc de
+Bassano se présente avec les dépêches qu'il a passé
+le reste de la nuit à préparer pour Châtillon.
+<a name="p114" id="p114"></a><span class="pagenum">114</span>
+«Ah! vous voilà, lui dit Napoléon. Il s'agit maintenant
+de bien d'autres choses! Je battais Blücher
+de l'oeil; et je le tiens s'il avance par la route
+de Montmirail: je pars; je le battrai demain,
+je le battrai après-demain; si ce mouvement a
+le succès qu'il doit avoir, l'état des affaires va
+entièrement changer, et nous verrons alors! En
+attendant, laissez Caulaincourt avec les pouvoirs
+qu'il a.»</p>
+
+<p>Aucune route de poste n'établit de communication
+entre la grande route de Troyes, où se
+trouve l'armée française, et celle de Châlons, que
+les troupes du maréchal Blücher parcourent avec
+tant d'assurance. Les vastes plaines de la Brie
+champenoise séparent ces deux avenues de la capitale;
+et de Nogent à Montmirail, par Sezanne,
+on ne compte pas moins de douze grandes lieues
+de traverse, que les gens du pays s'accordent à
+regarder comme très difficiles en cette saison.
+Un tel obstacle n'est pas suffisant pour arrêter
+Napoléon. Il laisse à Nogent le général Bourmont,
+sous les ordres du duc de Bellune; il laisse au
+pont de Bray-sur-Seine le duc de Reggio; il leur
+recommande de retenir les Autrichiens le plus
+long-temps qu'ils pourront au passage de la
+Seine; et aussitôt se dérobant, avec l'élite de
+l'armée, derrière le rideau que forme notre
+<a name="p115" id="p115"></a><span class="pagenum">115</span>
+arrière-garde, il entreprend sa seconde expédition
+contre l'armée prussienne. Dès le 8 au soir, la
+garde impériale avait fait une marche vers Villenoxe;
+le 9, Napoléon part de Nogent, et va coucher,
+avec le gros de ses troupes, à Sezanne.</p>
+
+<p>Ce soir même, nos coureurs rencontrent
+quelques cavaliers prussiens sur les bords de la
+rivière du Petit-Morin, entre Sezanne et Champaubert.</p>
+
+<p>Les nouvelles des habitants sont que le duc
+de Tarente est en retraite sur Meaux; que les
+Prussiens couvrent les routes depuis Châlons
+jusqu'à la Ferté et au-delà; qu'ils marchent dans
+une sécurité parfaite.</p>
+
+<p>Nous n'avons plus que quatre lieues à faire
+pour les surprendre! mais les coups de sabre
+qu'on vient de se donner aux avant-postes peuvent
+avoir averti l'ennemi; l'escarpement de la
+vallée du Petit-Morin, les marais de Saint-Gond,
+les bois et les défilés qui s'y trouvent, vont peut-être
+offrir de grands obstacles à une armée embourbée,
+que l'artillerie ne peut rejoindre... La vivacité
+et la hardiesse de notre mouvement maîtrisent
+les hasards qui nous auraient été défavorables.
+Nous ne trouvons devant nous qu'un petit corps
+de troupes, qui se garde mal, et qui a pris nos
+sabreurs de la veille pour des maraudeurs égarés.
+<a name="p116" id="p116"></a><span class="pagenum">116</span> </p>
+
+<p>Cependant le duc de Raguse, qui commande
+l'avant-garde, a trouvé les chemins trop mauvais:
+il revient sur ses pas.........................
+Napoléon le force aussitôt à recommencer son
+mouvement; on requiert des chevaux de tous
+côtés, on double les attelages, et la volonté du
+maître s'exécute...</p>
+
+<p>Le 10 au matin, le duc de Raguse passe les
+défilés de Saint-Gond sous les yeux de Napoléon,
+et enlève à l'ennemi le village de Baye. Dans l'après-midi,
+l'armée parvient au village de Champaubert,
+débouche sur la grande route de Châlons,
+et y bat à plate couture les colonnes que le
+général Alsufief (le même qui défendait Brienne)
+a ralliées trop tard contre nous. La déroute
+est telle que les forces de l'ennemi se séparent:
+les uns fuient du côté de Montmirail, et sont
+poursuivis par la cavalerie du général Nansouty,
+les autres fuient sur Étoges et Châlons, et sont
+poursuivis par le duc de Raguse.</p>
+
+<p>Maître de Champaubert, Napoléon s'y loge
+dans une chaumière qui est sur la route, au coin
+de la grande rue du village. C'est là qu'on lui
+amène les généraux ennemis qui viennent d'être
+pris: il les fait dîner avec lui.</p>
+
+<p>Depuis l'ouverture de la campagne nous avions
+toujours été malheureux; avec quelle joie nous
+<a name="p117" id="p117"></a><span class="pagenum">117</span>
+voyons enfin briller sur nos armes cette première
+lueur de succès! Napoléon sent renaître
+bien des espérances. L'armée prussienne, coupée
+encore une fois dans sa marche, n'oppose plus
+que deux tronçons dont il compte tirer bon
+parti; et déjà il craint que le duc de Vicence,
+usant de la latitude que lui donnent les pouvoirs
+qui lui ont été expédiés de Troyes, ne mette trop
+d'empressement à signer le traité. Il lui fait écrire
+qu'un changement brillant est survenu dans nos
+affaires, que de nouveaux avantages se préparent,
+et que le plénipotentiaire de la France peut
+prendre au congrès une attitude moins humiliée.</p>
+
+<p>Le maréchal Blücher, de sa personne, n'avait
+pas encore dépassé Champaubert; il était avec
+son arrière-garde aux Vertus, entre nous et Châlons.
+Le duc de Raguse reste chargé de le contenir,
+tandis que Napoléon va se mettre sur les
+traces des généraux York et Sacken, qui sont entre
+nous et la capitale.</p>
+
+<p>C'était à qui seraient les premiers à Paris, des
+soldats de Blücher, et de ceux de Schwartzenberg.
+Les Prussiens s'efforçaient de prendre les
+devants sur tous; déjà le général York voyait les
+clochers de Meaux. Le général russe Sacken, qui
+le soutenait, était à la Ferté. Deux marches encore,
+et ils bivouaquaient au pied de Montmartre!
+<a name="p118" id="p118"></a><span class="pagenum">118</span>
+Tout-à-coup les Prussiens s'arrêtent; les Russes
+les rappellent à grands cris; la nouvelle du combat
+de Champaubert leur est arrivée avec la rapidité
+de la foudre; et toutes ces colonnes, reployées
+en grande hâte les unes sur les autres,
+ne pensent plus qu'à se rouvrir un passage vers
+leur général en chef. Notre armée, qui s'avançait
+au-devant d'elles, les rencontre le 11 au matin;
+notre avant-garde sortait de Montmirail par la
+route de Paris; elle les arrête, et le combat s'engage
+aussitôt: il est sanglant. A trois heures après
+midi le duc de Trévise, qui était resté en arrière
+avec la vieille garde, rejoint l'armée par la route
+directe de Sezanne à Montmirail. Napoléon ordonne
+alors une attaque générale et décisive. A
+droite de la route, en regardant Paris, le maréchal
+Ney et le duc de Trévise se mettent à la tête de
+la garde, et enlèvent la ferme des Grénaux<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31"><sup class="sml">31</sup></a>, utour
+de laquelle l'ennemi s'était établi en force; à
+gauche, le général Bertrand et le duc de Dantzick
+vont mettre fin au combat que le général Ricard
+soutient depuis le commencement de la bataille
+<a name="p119" id="p119"></a><span class="pagenum">119</span>
+au village de Marchais. Les Russes et les Prussiens
+renoncent alors au projet de forcer le passage
+par Montmirail; ils se retirent à travers
+champs sur Château-Thierry, dans l'espoir de
+rentrer en communication avec le maréchal Blücher
+par la seconde route de Châlons, qui côtoie
+la Marne.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name="footnote31"><b>Note 31: </b></a><a href="#footnotetag31">(retour)</a> Le bulletin dit: «La ferme de l'Épine-aux-Bois;» c'est
+une erreur qui a été vérifiée. <i>La ferme des Grénaux</i> autour
+de laquelle on s'est tant battu, et où Napoléon a couché,
+appartenait à M. Paré, ancien ministre de l'intérieur. </blockquote>
+
+<p>Napoléon couche sur le champ de bataille,
+dans cette même ferme des Grénaux où le combat
+a été si opiniâtre. Les valets de pied enlèvent les
+morts de deux petites pièces où le quartier impérial
+s'établit; et ce qui reste de paille et d'abri
+dans cette ruine est consacré à l'ambulance.</p>
+
+<p>Le 12, on poursuit les vaincus; notre cavalerie
+les disperse et les sabre jusque dans les avenues
+de Château-Thierry; on leur coupe la retraite
+sur laquelle ils comptaient par la route de Châlons:
+ils n'ont alors d'autre parti à prendre que
+de se jeter dans la ville. Ils veulent couper le
+pont, afin de mettre la Marne entre eux et nous;
+mais nos troupes pénètrent pêle-mêle avec eux
+dans le faubourg de Château-Thierry. Le duc de
+Trévise les poursuit au-delà du pont, sur la route
+de Soissons. Pendant le combat, Napoléon arrive
+sur les hauteurs qui dominent la vallée; il y passe
+la nuit dans une petite maison de campagne isolée,
+qui dépend du village de Nesle.
+<a name="p120" id="p120"></a><span class="pagenum">120</span> </p>
+
+<p>Le 13 au matin, Napoléon descend à Château-Thierry,
+et prend son logement dans le faubourg
+de Châlons, à l'auberge de la poste. Sept
+Prussiens s'étaient cachés dans cette maison; on
+en trouve six; le septième, blotti dans un grenier
+à linge, n'a été découvert que trois jours
+après le départ du quartier impérial.</p>
+
+<p>Les alliés s'étaient horriblement conduits à Château-Thierry;
+aussi, dans leur retraite, l'acharnement
+des habitants contre eux était-il extrême.
+La joie d'être délivrés, la présence presque magique
+de Napoléon au milieu d'eux, tandis qu'ils
+le croyaient du côté de Troyes, le tumulte du
+combat qui venait de se livrer dans les rues de
+la ville, la confusion inséparable de tels événements,
+toutes ces circonstances avaient jeté dans
+l'esprit des habitants une exaltation qui tenait
+du délire: les hommes ne parlaient que par imprécations
+et par menaces; les femmes riaient et
+pleuraient à la fois; on en a vu, dit-on, sacrifiant
+à leur vengeance des blessés prussiens tombés
+sur le pont, et les jetant à la rivière.</p>
+
+<p>Les récits qu'on fait à Napoléon se ressentent
+de cette émotion générale; ils sont fort exagérés.
+L'ignorance de la langue allemande, et des
+marques distinctives des grades chez l'ennemi,
+ajoute encore aux méprises; chacun, dans la
+<a name="p121" id="p121"></a><span class="pagenum">121</span>
+déroute qu'il a vue sur le pont, voit encore la
+destruction totale des alliés; chacun, dans sa
+liste particulière des morts et des blessés, transforme
+innocemment les capitaines en colonels,
+les colonels en généraux; et quiconque a logé
+un général blessé n'hésite pas, d'après la consommation
+des domestiques, à croire que c'est
+le général en chef.</p>
+
+<p>Débarrassé pour le moment de cette partie
+de l'armée prussienne, Napoléon songe aussitôt
+à se retourner contre l'autre, qu'il a laissée
+entre Champaubert et Châlons. Le maréchal Blücher,
+contenu de ce côté, avait appelé à son secours
+les corps de Kleist et de Langeron, que
+de nouvelles troupes avaient relevés devant
+Mayence et devant les places de la Lorraine; le
+duc de Raguse ne pouvait plus barrer le chemin
+à des forces aussi disproportionnées.</p>
+
+<p>Dans l'après-midi du 13, l'armée quitte Château-Thierry
+pour aller rétablir l'équilibre de
+ce côté. Napoléon reste encore quelques heures
+sur la Marne; il donne ses dernières instructions
+au duc de Trévise, qui est sur la route de
+Soissons, poursuivant dans cette direction les
+fuyards des corps de Sacken et d'York; il fait
+compléter l'armement des gardes nationales de
+la vallée avec les fusils prussiens, dont les
+<a name="p122" id="p122"></a><span class="pagenum">122</span>
+routes sont couvertes; des officiers sont détachés
+pour réunir ces braves gens en partisans; d'autres
+ont ordre d'établir des postes d'observation
+le long de la rivière jusqu'à Épernay; des travaux
+défensifs sont tracés à Château-Thierry,
+sur les hauteurs de l'ancien château, qui dominent
+le pont; enfin, le brave général Vincent
+reste chargé du commandement de cet arrondissement.
+Après avoir ainsi pourvu à la défense
+de la Marne, Napoléon monte à cheval à minuit,
+pour suivre le mouvement de sa garde, et
+rejoindre le duc de Raguse. Les demandes de secours
+deviennent d'heure en heure plus pressantes
+de la part de ce maréchal; il vient d'évacuer
+la position de Champaubert, et recule
+encore.</p>
+
+<p>Le 14 au matin, le maréchal Blücher était
+au moment d'arriver à Montmirail, lorsque le
+duc de Raguse fait faire tout-à-coup volte-face
+à son corps d'armée, et prend position dans la
+plaine de Vauchamps. Nos troupes de Château-Thierry
+arrivaient; bientôt l'ennemi aperçoit
+derrière le duc de Raguse toute l'armée française
+se déployant pour livrer bataille. A huit
+heures du matin, les cris des soldats signalent
+la présence de l'empereur lui-même, et la bataille
+commence.
+<a name="p123" id="p123"></a><span class="pagenum">123</span> </p>
+
+<p>Dans le premier moment, le maréchal Blücher
+avait voulu éviter le combat; mais il n'était plus
+temps. En vain sa retraite est protégée par d'habiles
+manoeuvres d'infanterie; les charges de
+notre cavalerie culbutent tous les carrés qui
+nous sont opposés; chaque pas rétrograde accélère
+la retraite de l'ennemi, et bientôt ce n'est
+plus qu'une fuite. Dans la soirée, le maréchal
+Blücher, enveloppé plusieurs fois avec son état
+major, ne parvient à se dégager qu'à coups de
+sabre, et ne nous échappe qu'à la faveur de
+l'obscurité, qui n'a pas permis de le reconnaître.
+Le duc de Raguse le poursuit toute la nuit.</p>
+
+<p>Du champ de bataille de Vauchamps, Napoléon
+revient coucher au château de Montmirail.</p>
+
+<p>Six jours se sont à peine écoulés depuis qu'il
+a quitté Nogent; mais le prince de Schwartzenberg,
+mettant à profit son absence, est parvenu
+à passer la Seine; il est urgent de revenir de ce
+côté. Napoléon abandonne donc les Prussiens
+aux ducs de Trévise et de Raguse; il se fait suivre
+par son infatigable garde, et par le corps
+d'armée du duc de Tarente. Tandis qu'on va chercher
+du côté de Meaux une route pavée qui
+nous ramène plus facilement dans la vallée de la
+Seine, des officiers d'ordonnance courent à franc
+étrier prévenir les ducs de Bellune et de Reggio
+<a name="p124" id="p124"></a><span class="pagenum">124</span>
+que le lendemain 16 Napoléon débouchera derrière
+eux par Guignes.</p>
+
+<p>Le quartier impérial arrive en effet le 15 au soir
+à Meaux, mais très tard; et l'on ne s'établit que
+pour quelques heures à l'évêché.</p>
+
+<p>Depuis le départ de Troyes, la rapidité des opérations
+militaires n'avait pas permis d'envoyer à
+Paris des nouvelles officielles; la proximité où
+l'on se trouve de la capitale permet de rendre aux
+communications toute leur activité. On en profite
+pour expédier dans la nuit les trois bulletins
+de cette glorieuse semaine; et bientôt on les fait
+suivre par une colonne de huit mille prisonniers
+russes et prussiens, que tout Paris voit défiler
+sur les boulevards.
+<a name="p125" id="p125"></a><span class="pagenum">125</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+
+<h4>CHAPITRE V.</h4>
+
+<h4>RETOUR SUR LA SEINE.--COMBATS DE NANGIS ET<br>
+DE MONTEREAU.--POURSUITE DES AUTRICHIENS<br>
+JUSQU'AU DELA DE TROYES.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 16 au 23 février.)</p>
+
+<p>Ces victoires, ces convois de prisonniers, ne
+peuvent plus rassurer les Parisiens; de nouveaux
+sujets d'alarmes occupent les esprits. C'est maintenant
+la grande armée autrichienne qu'on redoute:
+jamais inquiétudes n'ont été mieux fondées.</p>
+
+<p>L'armée de Schwartzenberg, après avoir forcé
+les ponts de Nogent, de Bray et de Montereau,
+s'avançait sur Nangis. Les Bavarois du général
+Wrède, et les Russes du général Vitgenstein formaient
+l'avant-garde ennemie qui entrait dans la
+Brie; de l'autre côté de la Seine, Sens, malgré
+la belle résistance du général Alix, avait été forcé.
+Le corps autrichien de Bianchi marchait sur Fontainebleau,
+et les Cosaques de Platow répandaient
+la désolation entre l'Yonne et la Loire.
+<a name="p126" id="p126"></a><span class="pagenum">126</span> </p>
+
+<p>Le 16 au matin, Napoléon quitte Meaux et se
+dirige sur Guignes, à travers la Brie, par le chemin
+de Crécy et de Fontenay. Cette route est couverte
+aussitôt de charrettes sur lesquelles les habitants
+des villages voisins font doubler les étapes
+à nos soldats harassés. Le bruit du canon se
+fait entendre du côté vers lequel on marche, et
+redouble les efforts qu'on fait pour arriver. Notre
+artillerie court la poste.</p>
+
+<p>Depuis midi l'on se bat dans la plaine de Guignes.
+Les ducs de Bellune et de Reggio, poussés
+toujours par l'ennemi, lui opposaient toujours
+la plus vive résistance, cherchant à conserver
+jusqu'au soir le chemin de Chaulnes, par lequel
+Napoléon a promis d'arriver; mais lorsque les
+têtes de nos colonnes se présentent à Chaulnes,
+elles y trouvent les tirailleurs de l'ennemi. Les
+bagages, pour parvenir plus sûrement jusqu'à
+Guignes, sont forcés de faire un détour, et de
+descendre la petite rivière d'<i>Yeres</i> jusqu'au pont
+des <i>Seigneurs</i>; une heure plus tard, la jonction
+de nos forces eût été compromise.</p>
+
+<p>L'arrivée de Napoléon rend à l'armée de la
+Seine toute son énergie.</p>
+
+<p>Dans cette première soirée, on se contente
+d'arrêter les alliés devant Guignes; le quartier
+impérial passe la nuit dans ce village, toutes les
+<a name="p127" id="p127"></a><span class="pagenum">127</span>
+troupes qui le suivent défilent jusqu'au jour; et
+au même moment les dragons du général Treillard,
+tirés de l'armée d'Espagne, se présentent par
+la route de Paris; ce renfort de cavalerie ne pouvait
+arriver plus à propos.</p>
+
+<p>Pendant la nuit, les courriers se multiplient
+pour porter à Paris des nouvelles rassurantes;
+ils entrent dans les faubourgs, escortés d'une
+foule de curieux que l'inquiétude avait réunis
+à Charenton, autour des voitures du grand parc;
+car les gros équipages du duc de Bellune et du
+duc de Reggio avaient été poussés jusqu'à cette
+dernière position!</p>
+
+<p>Le 17 au matin, toute l'armée quitte Guignes
+et se reporte en avant; par la vigueur du choc,
+les alliés apprennent que Napoléon est de retour,
+et tout cède à l'impulsion que donne sa présence.
+L'infanterie du général Gérard, l'artillerie du général
+Drouot, la cavalerie de l'armée d'Espagne,
+font des merveilles. Les colonnes de l'ennemi
+sont culbutées les unes sur les autres, et leur déroute
+couvre les chemins de morts et de débris,
+depuis Mormans jusqu'à Provins.</p>
+
+<p>Les Russes se retirent sur Nogent, poursuivis
+par le duc de Reggio et le comte de Valmy; le
+duc de Tarente poursuit l'ennemi dans la direction
+de Bray, le général Gérard pousse les Bavarois
+<a name="p128" id="p128"></a><span class="pagenum">128</span>
+l'épée dans les reins par delà Villeneuve-le-Comte
+et Donne-Marie; enfin, le duc de Bellune
+s'avance dans la direction de Montereau, avec
+ordre de s'emparer le soir même du pont... La
+garde impériale bivouaque autour de Nangis.
+L'empereur couche au château.</p>
+
+<p>Dans la soirée, le prince de Neufchâtel vient lui
+annoncer qu'un officier autrichien se présente
+de la part du prince de Schwartzenberg. C'est le
+comte de Parr: sa mission a pour objet d'obtenir
+une suspension des hostilités, et il attend réponse
+aux avant-postes. Napoléon, encouragé par les
+avantages militaires qu'il vient d'obtenir, conçoit
+l'espoir d'échapper enfin aux lenteurs d'un congrès;
+l'envoi d'une lettre de l'impératrice à son
+père, et cette mission du comte de Parr, lui offrent
+l'occasion d'écrire lui-même directement à l'empereur
+d'Autriche: il la saisit. Le conseil privé,
+consulté à Paris sur les propositions de Châtillon,
+a été unanimement de l'avis de s'y soumettre<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32"><sup class="sml">32</sup></a>;
+mais Napoléon croit que le moment est
+venu de mettre de côté des prétentions que notre
+échec de Brienne a pu seul inspirer aux alliés.
+Dans cette lettre qu'il écrit lui-même de Nangis
+<a name="p129" id="p129"></a><span class="pagenum">129</span>
+à l'empereur d'Autriche, il parle vivement du
+désir qu'il a d'entrer promptement en accommodement;
+mais il fait entendre qu'après les
+changements favorables survenus dans l'état de
+ses affaires, il compte bien être traité sur des
+bases plus conciliantes que celles qui ont été posées
+à Châtillon. Napoléon fait écrire en même
+temps au duc de Vicence que, quand on lui a
+donné carte blanche, c'était pour sauver la capitale,
+et que Paris est sauvé; que c'était aussi
+pour éviter une bataille, mais que cette bataille
+a eu lieu; qu'ainsi ses pouvoirs extraordinaires
+n'ont plus d'objet, qu'on les révoque, et que
+désormais la négociation devra suivre la marche
+ordinaire.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name="footnote32"><b>Note 32: </b></a><a href="#footnotetag32">(retour)</a> A une seule voix près, celle du comte Lacuée de
+Cessac, ancien ministre de l'administration de la guerre. </blockquote>
+
+<p>On voit que toutes les pensées de Napoléon se
+sont tournées entièrement vers la négociation
+directe qu'il venait d'entamer avec son beau-père...
+De nouveaux succès militaires vont encore
+ajouter à ses espérances...</p>
+
+<p>Le 18 au matin, Napoléon, apprenant que le
+pont de Montereau n'est pas encore occupé par
+le duc de Bellune, se porte aussitôt de ce côté; les
+gardes nationales bretonnes, et la cavalerie du
+général Pajol, reçoivent en même temps l'ordre
+d'arriver sur Montereau par la route de Melun.</p>
+
+<p>Le duc de Bellune s'était présenté le matin
+<a name="p130" id="p130"></a><span class="pagenum">130</span>
+devant Montereau; mais il était déjà trop tard, les
+Wurtembergeois s'y étaient établis dans la nuit.
+Pendant ce temps, le corps autrichien de Bianchi,
+avancé de l'autre côté de la Seine jusqu'à
+Fontainebleau, et craignant de se trouver compromis
+par les progrès de l'avant-garde française,
+s'était hâté de rétrograder sur Fossard, Villeneuve-la-Guyard
+et Sens; les Wurtembergeois
+couvraient ce mouvement.</p>
+
+<p>Le duc de Bellune fait de vains efforts pour
+leur enlever la position. Son gendre, le brave
+général Château, est mortellement blessé dans
+cette première attaque. Cependant le général
+Gérard arrive à temps pour soutenir le combat:
+bientôt après Napoléon arrive lui-même pour
+décider la victoire.</p>
+
+<p>On s'empare des hauteurs de Surville, qui dominent
+le confluent de la Seine et de l'Yonne;
+on y place en batterie l'artillerie de la garde, qui
+foudroie les Wurtembergeois dans Montereau.
+Napoléon pointe lui-même les pièces, commande
+lui-même les décharges; l'ennemi fait de vains
+efforts pour démonter nos batteries, ses boulets
+sifflent sur le plateau de Surville comme les vents
+déchaînés: mais le soldat murmure de ce que
+Napoléon, cédant à l'attrait de son ancien métier,
+reste ainsi exposé aux coups de l'ennemi:
+<a name="p131" id="p131"></a><span class="pagenum">131</span>
+c'est dans cette circonstance qu'il leur dit gaiement
+ce mot que tous les canonniers de l'armée
+ont retenu: «Allez, mes amis, ne craignez
+rien; le boulet qui me tuera n'est pas encore
+fondu.»</p>
+
+<p>Le feu de nos pièces redouble, et pas une des
+vitres du petit château de Surville ne résiste à la
+commotion. Protégées par cette redoutable artillerie,
+les gardes nationales bretonnes s'emparent
+du faubourg de Melun; et le général Pajol enlève
+le pont par une charge de cavalerie tellement
+vive, que l'ennemi n'a pas même le temps de
+faire sauter une arche. Les Wurtembergeois appellent
+en vain les Autrichiens à leur secours;
+entassés dans Montereau, ils y sont écharpés.
+Ce combat est un des plus brillants de la campagne.</p>
+
+<p>Tandis que nos succès réjouissent la constance
+infatigable des soldats, redoublent l'ardeur civique
+des habitants des campagnes, et portent jusqu'à
+l'exaltation le dévouement de nos jeunes
+officiers, on remarque avec inquiétude qu'un retour
+d'espérance n'a pas encore pénétré dans le
+coeur de la plupart des chefs de l'armée. Plus les
+événements viennent de nous être favorables,
+plus ils craignent l'avenir. Chez eux, la prudence
+a grandi avec la fortune: les plus pauvres sont
+<a name="p132" id="p132"></a><span class="pagenum">132</span>
+au contraire les plus confiants. Cette différence
+dans la résolution avec laquelle chacun mesure
+ainsi les événements offre des contrastes pénibles
+pour le <i>bienfaiteur</i>, et il en ressent toute
+l'amertume.</p>
+
+<p>Il a se plaindre des plus braves!... Au combat
+de Nangis, un mouvement de cavalerie, qui aurait
+été fatal aux Bavarois, a manqué, et on en a fait
+reproche à un général connu par son intrépidité,
+le général L'Héritier. La nuit dernière, l'ennemi
+nous a surpris quelques pièces d'artillerie au bivouac,
+et elles étaient sous la garde du brave
+général Guyot, commandant les chasseurs à cheval
+de la garde! A Surville, au moment le plus
+chaud du combat, les batteries ont manqué de
+munitions; et cette négligence, qui est un crime
+selon les lois rigoureuses de l'artillerie, semble
+retomber sur un de nos officiers d'artillerie les
+plus distingués, sur le général Digeon! La forêt
+de Fontainebleau vient d'être abandonnée sans
+résistance aux Cosaques; et le général qu'on accuse
+de n'avoir tiré aucun avantage, ni d'une pareille
+position, ni de tels adversaires, c'est Montbrun!
+Enfin, peut-être le combat de Montereau n'aurait-il
+pas été nécessaire, et tant de sang répandu
+aurait-il été épargné, si la veille on eût marché
+assez vite pour surprendre le pont; mais la
+<a name="p133" id="p133"></a><span class="pagenum">133</span>
+fatigue a empêché d'arriver; et c'est le duc de
+Bellune, autrefois l'infatigable Victor, qui a le
+malheur d'avoir à donner cette excuse!</p>
+
+<p>Napoléon ne peut plus contenir son mécontentement.
+Rencontrant en route le général Guyot,
+il lui reproche, à la face des troupes, d'avoir si
+mal gardé son artillerie. Non moins violent envers
+le général d'artillerie Digeon, il ordonne
+qu'on le fasse juger par un conseil de guerre;
+enfin, il envoie au duc de Bellune la permission
+de se retirer chez lui, et il donne aussitôt son
+commandement au général Gérard, dont l'activité
+sait surmonter toutes les difficultés de cette
+pénible campagne. C'est ainsi que Napoléon s'abandonne
+à une sévérité qui l'étonne lui-même,
+mais qu'il croit nécessaire dans des circonstances
+aussi impérieuses.</p>
+
+<p>Le général Sorbier, commandant l'artillerie de
+l'armée, laisse passer le premier mouvement de
+vivacité, et vient ensuite rappeler les bons et
+anciens services du général Digeon. Napoléon
+l'écoute, et déchire lui-même l'ordre qu'il avait
+dicté pour le jugement par un conseil de guerre.</p>
+
+<p>Le duc de Bellune a reçu avec la plus vive douleur
+la permission de quitter l'armée. Il monte
+à Surville, et, les larmes aux yeux, il vient réclamer
+contre cette décision. En le voyant, Napoléon
+<a name="p134" id="p134"></a><span class="pagenum">134</span>
+donne un libre cours à son mécontentement;
+il en accable le malheureux maréchal. Il lui reproche
+de servir de mauvaise grâce, de fuir le
+quartier impérial, de ne pas même dissimuler
+une secrète opposition, qui sied mal dans un
+camp. Les plaintes s'adressent à la maréchale
+elle-même: elle est dame du palais, et elle s'éloigne
+de l'impératrice, que la nouvelle cour
+semble abandonner.</p>
+
+<p>En vain le duc de Bellune veut répliquer; la
+vivacité de Napoléon lui en ôte les moyens. Cependant
+le maréchal parvient à élever la voix
+pour protester de sa fidélité. Il rappelle à Napoléon
+qu'il est un de ses plus anciens compagnons,
+et qu'à ce titre il ne peut quitter l'armée sans
+déshonneur. Les souvenirs d'Italie ne sont pas
+invoqués en vain; la conversation se radoucit.
+Napoléon ne parle plus au duc que du besoin
+qu'il semble avoir d'un peu de repos. Ses nombreuses
+blessures, et ses souffrances, suites inévitables
+de tant de campagnes, ne lui permettent
+peut-être plus l'activité de l'avant-garde, ni les
+privations des bivouacs, et forcent trop souvent
+ses fourriers à s'arrêter de préférence aux lieux
+où l'on trouve un lit.</p>
+
+<p>Mais c'est inutilement que Napoléon entreprend
+de déterminer le maréchal à se retirer.
+<a name="p135" id="p135"></a><span class="pagenum">135</span>
+Celui-ci insiste pour rester, et paraît ressentir
+plus vivement les reproches à mesure qu'ils sont
+plus adoucis. Il veut même entamer sa justification
+sur les lenteurs de la veille: mais aussitôt
+ses larmes l'interrompent; s'il a fait une faute
+militaire, il la paie bien chèrement par le coup
+qui a frappé son malheureux gendre... Au nom
+du général Château, Napoléon l'interrompt avec
+la plus vive émotion; il s'informe si l'on conserve
+encore quelque espoir de le sauver; il n'écoute
+plus que la douleur du maréchal, et la ressent
+tout entière. Le duc de Bellune, reprenant confiance,
+proteste de nouveau qu'il ne quittera pas
+l'armée: «Je vais prendre un fusil, dit-il; je n'ai
+pas oublié mon ancien métier: Victor se placera
+dans les rangs de la garde.» Ces derniers
+mots achèvent de vaincre Napoléon: «Eh bien,
+Victor, restez, dit-il en lui tendant la main. Je
+ne puis vous rendre votre corps d'armée puisque
+je l'ai donné à Gérard, mais je vous donne
+deux divisions de la garde; allez en prendre le
+commandement, et qu'il ne soit plus question
+de rien entre nous...»</p>
+
+<p>Le lecteur vient d'assister à une de ces terribles
+scènes dont il a été tant question dans les libelles.
+C'est ainsi que Napoléon se fâchait; c'est ainsi
+qu'on l'apaisait.
+<a name="p136" id="p136"></a><span class="pagenum">136</span> </p>
+
+<p>On retrouve dans le bulletin daté de Montereau
+la teinte des sentiments dont Napoléon
+vient d'être affecté. Les fautes des généraux L'Héritier
+et Montbrun y sont consignées. Le passage
+relatif à la blessure mortelle du général
+Château est surtout remarquable après ce que
+nous venons de raconter: «Le général Château
+mourra! il mourra du moins accompagné des
+regrets de toute l'armée! mort bien préférable
+pour un militaire à une existence dont il n'aurait
+acheté la prolongation qu'en survivant à sa
+réputation, ou en étouffant les sentiments que
+l'honneur français inspire dans les circonstances
+où nous sommes!»</p>
+
+<p>Napoléon couche le 18 au soir au petit château
+de Surville; il y passe la journée du 19. Tous
+les maires des environs accourent au quartier
+impérial; la plupart sortent des bois où ils se
+sont réfugiés, et parmi eux on distingue M. Soufflot
+de Mercy, qui fait une vive peinture du pillage
+auquel le prince de Wurtemberg laisse ses
+gens s'abandonner. Bientôt on voit autour de
+Napoléon presque autant d'écharpes tricolores
+que d'épaulettes. Une députation de Provins vient
+encore augmenter le nombre des fonctionnaires
+fidèles qui s'empressent d'apporter à l'armée des
+ressources de tous genres, et à Napoléon des
+<a name="p137" id="p137"></a><span class="pagenum">137</span>
+renseignements importants sur la fuite de l'ennemi.</p>
+
+<p>La journée du 19 est employée à expédier des
+ordres pour que, sur toutes les routes, les différentes
+colonnes de l'ennemi soient harcelées sans
+relâche dans leur retraite, et qu'un mouvement
+général des nôtres les poursuive sur Troyes. Le
+général Gérard se met en marche sur les pas de
+la colonne autrichienne échappée de Fontainebleau,
+qui se sauve par la route de Sens. La
+garde impériale chasse devant elle, entre la Seine
+et l'Yonne, ce qui reste des corps ennemis qui
+ont défendu Montereau. Les ducs de Tarente et
+de Reggio s'avancent sur Bray et Nogent, et nettoient
+la rive droite de la Seine.</p>
+
+<p>Napoléon pense que le moment est venu de
+faire entrer l'armée de Lyon dans les combinaisons
+militaires. C'est cette armée qui doit achever
+la campagne; elle peut couper la retraite à
+l'ennemi, et rendre nos derniers succès décisifs.
+Désormais les espérances de Napoléon vont reposer
+sur elle.</p>
+
+<p>Déjà les levées en masse du Dauphiné sont
+venues au secours de celles de la Savoie; elles
+combattent sous les ordres des généraux Marchand,
+Desaix, Seras, et viennent de rétablir
+l'importante communication du Mont-Cenis.
+<a name="p138" id="p138"></a><span class="pagenum">138</span> </p>
+
+<p>Le général Bubna a évacué Montluel et les
+environs de Lyon. Les rives de la Saône sont
+libres; et les Autrichiens, réduits à garder la défensive,
+se concentrent sur Genève. Après de
+tels commencements, obtenus par des levées en
+masse, que ne doit-on pas attendre d'une armée
+de troupes de ligne? Napoléon ordonne au duc
+de Castiglione de remonter la Saône, de culbuter
+tous les détachements qu'il trouvera devant
+lui, de pénétrer dans les Vosges, de s'y établir
+sur les derrières de l'ennemi; de faire une guerre
+acharnée à ses convois, à ses bagages, à ses détachements
+isolés; de soulever tous les habitants
+des campagnes, et de porter enfin l'alarme chez
+les alliés, en menaçant leur ligne d'opérations
+et leur route de retraite.</p>
+
+<p>Mais cette armée de Lyon, qui doit se composer
+principalement de troupes tirées de l'Italie et
+de la Catalogne, ne sera pas aussi nombreuse que
+Napoléon l'avait d'abord calculé. Ce qui se passe
+en Italie dérange cette importante combinaison.
+Le roi de Naples vient de lever le masque. «Quoique
+uni à Napoléon par les liens du sang, et
+lui devant tout, il se déclare contre lui: et dans
+quel moment? lorsque Napoléon est moins heureux!»
+Ces reproches semblent échappés à la
+plume de l'histoire; ce sont les dernières
+<a name="p139" id="p139"></a><span class="pagenum">139</span>
+paroles d'une proclamation du prince Eugène; elles
+retentissent dans toute l'Europe: Le jeune vice-roi,
+environné d'ennemis, développe un caractère
+égal au danger; combat les Autrichiens sur
+le Mincio, les Napolitains sur le Taro, et fait
+face à tout...; mais il ne peut plus envoyer à
+Lyon les troupes promises, qui devaient donner
+une supériorité décisive à l'armée du maréchal
+Augereau. C'est un malheur; cependant la vigueur
+peut quelquefois suppléer au nombre:
+déjà le maréchal Augereau a sous ses ordres deux
+divisions aguerries, venues de Catalogne, et commandées
+par les généraux Musnier et Pannetier.
+On espère que le duc de Castiglione, électrisé
+par l'importance du rôle qu'il est appelé à jouer,
+retrouvera son ancienne audace, et fera quelque
+exploit digne de son âge héroïque. Napoléon ne
+veut négliger aucun moyen de stimuler l'énergie
+de son ancien compagnon; il charge l'impératrice
+elle-même d'aller voir la jeune duchesse
+de Castiglione, et de l'engager à concourir au
+salut public par toute l'influence qu'elle a sur
+le coeur de son mari.</p>
+
+<p>Pendant les vingt-quatre heures qu'on a passées
+au château de Surville, on n'a cessé de rassurer
+Paris, où le canon de Montereau avait retenti.
+D'abord des estafettes ont porté les
+<a name="p140" id="p140"></a><span class="pagenum">140</span>
+premières nouvelles de nos succès; aux estafettes a
+succédé le départ d'un bulletin; ce dernier envoi
+est suivi de près par M. de Mortemart, l'un
+des officiers d'ordonnance les plus distingués,
+qui va porter à l'impératrice les drapeaux de
+Nangis et de Montereau.</p>
+
+<p>Dans la journée du 20, Napoléon avec le gros
+de ses troupes remonte la rive gauche de la
+Seine par la route de Montereau à Nogent; il
+déjeune à Bray, dans la maison que l'empereur
+de Russie a quittée la veille; et le 20 au soir
+il se retrouve à Nogent, avec le corps d'armée du
+duc de Reggio, qui arrive par la route de Provins.
+Nogent avait cruellement souffert. Le général
+Bourmont et les braves troupes qu'il commandait
+y avaient disputé, pendant les journées
+du 10, du 11 et du 12, le passage de la Seine à
+toute l'armée du prince de Schwartzenberg; ils
+n'avaient cédé qu'à la dernière extrémité. Aussi
+la ville n'offre-t-elle plus que des débris d'incendie,
+des murs percés par des créneaux et des boulets,
+et çà et là quelques habitants qui n'ont plus
+que la vie à perdre! Au milieu de ce désastre, les
+soeurs de la charité de Nogent étaient restées
+dans leur hôpital; elles avaient recueilli les blessés!
+Le dévouement imperturbable de ces bonnes
+soeurs leur avait valu l'estime et le respect des
+<a name="p141" id="p141"></a><span class="pagenum">141</span>
+généraux ennemis, et nos blessés s'en étaient
+ressentis. Napoléon veut voir les soeurs et le curé;
+il les fait appeler, les remercie au nom de la
+patrie, et leur accorde, sur sa cassette, un premier
+secours de cent napoléons.</p>
+
+<p>Le 21, on envoie à Paris un nouveau bulletin,
+pour satisfaire, autant que possible, à l'avidité
+avec laquelle on attend les résultats des derniers
+combats. Napoléon passe la journée à faire
+avancer les troupes qui défilent; et le 22 au matin,
+il se remet en marche pour suivre l'ennemi
+vers Troyes. La retraite des alliés se changeait
+en déroute à mesure que leurs colonnes venaient
+aboutir sur le grand chemin: l'accroissement
+de leur masse dans ce défilé, au lieu de réunir
+plus de forces, donnait lieu à plus d'encombrement
+et de désordre; l'effroi se propage dans
+toutes les directions. La peur a des ailes, et bientôt
+les routes des Vosges se couvrent de voitures,
+de charretiers, de blessés et de fuyards, qui reculent
+jusqu'au Rhin! Cent mille hommes fuient
+devant Napoléon, qui n'a pas quarante mille
+Français pour les poursuivre.</p>
+
+<p>Cependant, sur la gauche, entre la Seine et
+l'Aube, un corps ennemi se présente, qui ne
+paraît pas entraîné dans la retraite générale des
+alliés. L'avant-garde de cette troupe vient se
+<a name="p142" id="p142"></a><span class="pagenum">142</span>
+présenter aux portes de la petite ville de Méry,
+au moment même que les fourriers y entraient
+pour faire le logement du quartier impérial. Le
+général Boyer s'y porte aussitôt avec une division
+de la garde; mais il trouve au pont une résistance
+à laquelle il était loin de s'attendre. L'ennemi
+soutient notre attaque pendant le reste du
+jour et une partie de la nuit. Il ne se décide à
+abandonner la position qu'après que l'acharnement
+du combat a réduit cette malheureuse ville
+en cendres.</p>
+
+<p>Quel est cet ennemi si obstiné? D'abord on
+s'imagine que c'est Witgenstein; qu'il veut rallier
+les Russes dans la presqu'île du confluent de
+l'Aube, et que, dans ce dessein, il attache une
+grande importance à rester maître du pont de
+Méry; mais pendant le combat on apprend que
+c'est aux Prussiens qu'on a affaire, et ce n'est pas
+sans quelque surprise qu'on retrouve si promptement
+les troupes du maréchal Blücher. Les
+rapports étaient vagues. Ce mouvement de l'armée
+prussienne semble n'être qu'une forte reconnaissance
+que Blücher inquiet a fait faire pour
+savoir ce que devenait Schwartzenberg. Maintenant
+que les Prussiens n'ont plus à douter du
+mauvais état de l'armée autrichienne, on conjecture
+qu'ils vont s'abandonner à ce mouvement
+<a name="p143" id="p143"></a><span class="pagenum">143</span>
+général de retraite que leurs échecs de Montmirail
+et de Vauchamps ont commencé, et que les
+combats de Nangis et de Montereau viennent de
+rendre également nécessaire pour Schwartzenberg.
+On se garde donc bien de se laisser détourner,
+par cette rencontre, du parti qu'on a pris
+de poursuivre les Autrichiens à outrance. On se
+contente de faire observer les troupes de Blücher
+dans leur retraite: bientôt on est certain qu'elles
+ont repassé l'Aube à Baudemont et à Anglure.
+On croit qu'elles ne font ce détour que pour reprendre
+plus sûrement la route de Châlons, et
+l'on ne pense plus qu'à arriver promptement à
+Troyes.</p>
+
+<p>Le quartier impérial, n'ayant pu s'établir à
+Méry, était revenu sur la grande route, et s'était
+arrêté au hameau de Châtres. Napoléon y avait
+passé la nuit du 22 au 23 dans la chaumière d'un
+charron.</p>
+
+<p>Le 23 au matin, le prince Wenszel-Lichtenstein
+se présente de la part du prince Schwartzenberg,
+dont il est aide de camp. Napoléon le
+reçoit entre les quatre murs du charron. Cet envoyé
+apporte la réponse à la lettre que Napoléon
+a écrite le 17, de Nangis, à son beau-père. Son
+langage est pacifique. Il ne dissimule pas combien
+les plans des alliés viennent d'être dérangés. Il
+<a name="p144" id="p144"></a><span class="pagenum">144</span>
+avoue qu'on a reconnu de nouveau Napoléon aux
+coups qu'il portait, et c'est de la bouche même
+de cet ennemi que sortent les premiers éloges,
+peut-être les seuls que cette campagne mémorable
+ait valus personnellement à son auteur! Napoléon,
+mettant à profit les formes conciliantes
+que montre l'aide de camp autrichien, engage
+avec lui une conversation assez longue. Il lui
+parle des bruits qui se répandent depuis quelque
+temps sur un nouveau système qu'on prête aux
+alliés: il lui demande s'il est vrai que la querelle
+que nous fait l'Europe ait en effet changé de nature;
+si c'est maintenant à sa personne, à sa dynastie
+qu'on en veut; et si, conformément au
+plan favori de l'Angleterre, c'est maintenant
+de la famille des Bourbons qu'on s'occupe. Le
+prince Lichtenstein rejette vivement ces bruits,
+comme n'étant pas fondés: mais Napoléon lui
+fait sentir qu'ils n'ont que trop de consistance
+par la présence du duc d'Angoulême au quartier
+général des Anglais dans le midi; par l'arrivée
+du duc de Berry à Jersey, dans le voisinage
+de nos départements de l'ouest; et surtout
+par le voyage du comte d'Artois, qui est déjà en
+Suisse, et qui s'annonce comme devant continuer
+sa route à la suite du quartier général des alliés.</p>
+
+<p>Napoléon témoigne combien il lui répugne de
+<a name="p145" id="p145"></a><span class="pagenum">145</span>
+croire que son beau-père puisse entrer dans de
+pareils projets: M. de Lichtenstein continue de
+répondre par les protestations les plus tranquillisantes.
+Il ne veut considérer le rôle qu'on fait
+jouer aux Bourbons que comme un moyen de
+guerre, à l'aide duquel on espère opérer quelques
+diversions dans nos provinces; mais il assure
+qu'il n'y a rien de sérieux à cet égard; que
+l'Autriche d'ailleurs ne s'y prêterait pas;....
+..........................................................
+..................; et qu'enfin on
+n'en veut ni à l'existence de l'empereur ni à sa
+dynastie; qu'on désire la paix, et que la preuve
+en est dans la mission qu'il vient remplir.</p>
+
+<p>Napoléon prévient M. de Lichtenstein qu'il
+compte coucher le soir même à Troyes, et le
+congédie, en promettant d'envoyer dès le lendemain
+un général français aux avant-postes pour
+négocier l'armistice.</p>
+
+<p>Ces pourparlers sont l'heureux présage de la
+cessation prochaine des hostilités; ils nous promettent
+une négociation plus franche, et des
+conditions meilleures qu'à Châtillon: ils doivent
+réjouir tout le monde, et cependant les flatteuses
+espérances, qui déjà se répandent dans l'armée,
+ne dissipent pas les inquiétudes de ceux qui approchent
+Napoléon! C'est peut-être l'effet d'une
+<a name="p146" id="p146"></a><span class="pagenum">146</span>
+circonstance dont nous allons rendre compte.</p>
+
+<p>Le baron de Saint-Aignan, le même qui, au
+mois de novembre précédent, avait été chargé
+des propositions de Francfort, venait d'arriver de
+Paris. Napoléon le reçoit immédiatement après
+l'aide de camp autrichien, et dès les premiers
+mots laisse échapper la confiance que cette démarche
+des alliés lui inspire. M. de Saint-Aignan
+se trouvait chargé par divers personnages de
+présenter à Napoléon le tableau vrai des angoisses
+que la capitale éprouve encore. Les victoires de
+Montmirail et de Vauchamps n'ont pas rassuré;
+celles de Nangis et de Montereau ne rassurent
+pas davantage. On redoute de nouveaux revers;
+on redoute également de nouveaux succès; on
+craint que, dans l'un et l'autre cas, Napoléon ne
+se confie trop facilement à son épée; et ce qu'on
+voudrait surtout, c'est qu'il employât davantage
+la voie des négociations. M. de Saint-Aignan vient
+donc l'entretenir des voeux que l'on forme à
+Paris pour qu'il se décide à des concessions. Une
+pareille conversation allait faire un contraste assez
+brusque avec la précédente; mais cette considération,
+loin d'arrêter M. de Saint-Aignan,
+l'encourage au contraire à parler, puisqu'il va
+être entendu dans un moment décisif: il s'acquitte
+de sa mission avec toute la franchise et
+<a name="p147" id="p147"></a><span class="pagenum">147</span>
+toute la loyauté qui le distinguent. Rien n'est
+négligé par lui pour faire sentir que, dans l'état
+actuel des affaires, il y a nécessité de tout sacrifier
+à la conclusion de la paix. «Sire, s'écrie en
+terminant M. de Saint-Aignan, la paix sera assez
+bonne, si elle est assez prompte!--Elle arrivera
+assez tôt si elle est honteuse!» réplique Napoléon.
+Son front se rembrunit, et M. de Saint-Aignan
+est brusquement congédié. Bientôt ces derniers
+mots se répètent. On monte à cheval, et
+chacun suit en silence la route de Troyes<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33"><sup class="sml">33</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name="footnote33"><b>Note 33: </b></a><a href="#footnotetag33">(retour)</a> <i>Lettre de Napoléon au duc de Feltre, du</i> 22
+ <i>février</i> 1814.
+
+<p>«Quant au conseil que vous me donnez de faire la paix,
+c'est trop ridicule. C'est en s'abandonnant à de pareilles
+idées qu'on gâte l'esprit public. C'est au reste me supposer
+bien fou ou bien bête, que de croire que, si je pouvais
+faire la paix, je ne la ferais pas.</p>
+
+<p>»C'est à cette opinion qu'on a propagée, que je peux
+faire la paix depuis quatre mois, mais que je ne la veux
+pas, que sont dus tous les malheurs de la France. Je pensais
+mériter qu'on m'épargnât au moins la démonstration
+de pareils sentiments.»</p> </blockquote>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<p> <a name="p148" id="p148"></a><span class="pagenum">148</span> </p>
+
+<h4>CHAPITRE VI.</h4>
+
+<h4>L'ARMÉE FRANÇAISE RENTRE DANS TROYES.--SECOND<br>
+SÉJOUR DE NAPOLÉON DANS CETTE VILLE.--NÉGOCIATION<br>
+DE L'ARMISTICE A LUSIGNY.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 23 au 27 février.)</p>
+
+<p>L'armée arrive devant Troyes dans l'après-midi
+du 23 février; mais elle trouve les portes
+fermées et barricadées. Les Russes, qui n'ont pas
+entièrement évacué la ville, prétendent nous la
+disputer pour quelques heures, et le combat
+s'engage. Cependant la nuit survient; l'ennemi
+en profite pour demander, par un aide de camp,
+que la remise des portes soit différée jusqu'au
+lendemain matin, à la pointe du jour. Napoléon
+préfère le salut de Troyes à toute considération
+militaire; il fait suspendre l'attaque, consent à
+l'arrangement proposé, et se retire, avec ses
+principaux officiers, dans une maison du faubourg
+des Noues.</p>
+
+<p>Malgré cette espèce de trève, le canon continue
+de se faire entendre de temps en temps; les
+<a name="p149" id="p149"></a><span class="pagenum">149</span>
+troupes, qui se sont répandues de nuit dans les
+faubourgs de la route de Paris, dévastent les habitations
+et les jardins; du côté opposé, l'ennemi
+met le feu au faubourg par lequel il effectue sa
+retraite; plusieurs villages brûlent dans la campagne,
+et l'horizon n'est éclairé de toutes parts
+que par la lueur des bivouacs et des incendies.
+Dans l'intérieur de la ville, le départ nocturne
+de cette foule de soldats de diverses nations
+donne un libre cours aux scènes de désordre et
+de violence.</p>
+
+<p>Le jour paraît enfin; l'avant-garde de l'armée
+française prend possession des postes, et Napoléon
+entre avec les premières troupes dans la
+ville. Avant de se rendre à son logement, il
+veut faire le tour des murs, reconnaître en quel
+état la ville lui est rendue, faire occuper les
+postes les plus importants, et présider lui-même
+au bon ordre, pendant que l'armée traverse les
+rues; mais il peut à peine se faire passage dans
+la foule qui se précipite autour de lui; on l'accueille
+par les acclamations les plus vives; c'est
+à qui pressera ses bottes et baisera ses mains:
+on dirait que la paix est signée, que tous les
+maux de la guerre sont finis, et que Troyes, désormais
+affranchi de toute crainte, improvise un
+triomphe à son libérateur!
+<a name="p150" id="p150"></a><span class="pagenum">150</span> </p>
+
+<p>Cependant, au milieu de l'expansion générale,
+des plaintes s'élèvent: on parle de traîtres, on
+dénonce des coupables; et ces cris ne sont pas
+seulement ceux du peuple, ils sont répétés par
+des personnes qui paraissent appartenir aux
+classes les plus honorables du commerce et de
+la bourgeoisie.</p>
+
+<p>Les habitants de Troyes venaient de passer
+dix-huit jours sous le joug des armées ennemies:
+quelque adoucissement que la présence des souverains
+alliés eût apporté parmi eux au poids de
+la guerre, une telle situation avait paru affreuse
+à de paisibles citoyens, pour lesquels elle était si
+nouvelle et si imprévue. Ce peuple, exaspéré par
+les violences et les humiliations, avait vu d'un
+oeil mécontent que quelques uns de ses compatriotes
+ne partageassent pas son ressentiment
+contre les étrangers; il allait jusqu'à comprendre
+dans ses soupçons ceux que des circonstances
+particulières avaient mis dans le cas de reconnaître,
+par des respects, les qualités personnelles
+des souverains alliés. La haine publique poursuivait
+surtout quelques habitants qui, désavouant
+les couleurs sous lesquelles la France combattait,
+avaient osé arborer la cocarde blanche.
+L'indignation publique n'avait attendu que le retour
+de nos troupes pour éclater. Napoléon, forcé
+<a name="p151" id="p151"></a><span class="pagenum">151</span>
+par la foule de s'arrêter à chaque pas, apprend
+ainsi, au milieu des rues, du haut de son cheval,
+et de la bouche des principaux habitants
+dont il est entouré, le sujet du mécontentement
+qui agite le peuple; il partage ce mécontentement,
+promet hautement de faire prompte justice;
+et à peine est-il descendu à son logement,
+que, jetant ses gants sur la table, et le fouet encore
+à la main, il ordonne qu'on réunisse un
+conseil de guerre.</p>
+
+<p>La tentative que quelques royalistes venaient de
+se permettre à Troyes se rattachait aux menées secrètes
+par lesquelles les partisans de la maison de
+Bourbon voulaient rappeler à la fois sur elle l'attention
+des Français et celle des souverains alliés:
+des Français, en accréditant dans nos provinces
+l'opinion que les couleurs blanches pouvaient
+seules désarmer l'inimitié des alliés; des souverains,
+en leur présentant cette ombre d'un parti
+royaliste comme un parti réel, et ces couleurs
+sous lesquelles un petit nombre de gens intimidés
+couraient se réfugier, comme un appel de
+l'opinion publique en faveur de l'ancienne famille.
+Ce que la peur avait ainsi commencé dans
+quelques départements malgré les peuples, une
+influence ennemie semblait vouloir l'achever
+malgré les alliés eux-mêmes. Quoi qu'en ait dit
+<a name="p152" id="p152"></a><span class="pagenum">152</span>
+le prince de Lichtenstein, l'Angleterre avait entrepris
+sérieusement la restauration des Bourbons,
+et de tous côtés les intrigues de ses agents
+prenaient un caractère plus grave. Il devenait urgent
+d'intimider leur audace, en déployant contre
+eux la sévérité des lois. Dans de pareilles circonstances,
+l'autorité, toujours ombrageuse, punit
+quelquefois jusqu'aux apparences; dans celle-ci,
+un prince faible ou cruel n'aurait eu que
+trop de prétextes pour faire couler des flots de
+sang!.... Mais Napoléon s'était jusqu'alors refusé
+à sévir, tant le remède des supplices lui inspirait
+de dégoût! La raison d'état parle enfin si haut
+qu'il est forcé de l'entendre. On vient d'apprendre
+l'entrée du comte d'Artois en Franche-Comté.
+Non seulement ce prince et ses fils, placés sur
+les frontières les plus opposées, semblent se présenter
+pour agiter la France d'une extrémité à
+l'autre; mais le chef de leur maison, Louis XVIII
+lui-même, est parvenu à faire circuler dans Paris
+ses paroles, ses insinuations, ses pardons, et ses
+promesses. Du fond de sa retraite de Hartwell,
+en Angleterre, il a écrit aux principaux fonctionnaires
+de l'empire, aux sénateurs, aux
+membres du conseil et de la magistrature: ses
+lettres viennent d'arriver mystérieusement à leur
+adresse; et déjà quelques uns de ceux qui les ont
+<a name="p153" id="p153"></a><span class="pagenum">153</span>
+reçues rêvent aux chances d'une révolution nouvelle<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34"><sup class="sml">34</sup></a>!
+Des rumeurs souterraines commencent à
+se faire entendre dans la capitale, tandis que la
+conjuration éclate dans les provinces occupées
+par l'ennemi, et surtout dans le midi... Telle est
+la substance des derniers rapports qu'on reçoit
+de toutes parts. Cet état de choses n'aggrave que
+trop l'affaire des royalistes de Troyes. Il faut se
+décider à punir; et peut-être, pour qu'on prenne
+ce parti, n'est-ce pas trop de l'influence du
+champ de bataille qui nous environne. Chaque
+jour, à chaque instant, quelques uns des nôtres
+tombent sous les coups de l'ennemi: au milieu
+de cette destruction continuelle, la vie d'un obscur
+conjuré pèse à peine dans les balances
+sanglantes de la guerre. Parmi les noms des coupables
+que la clameur publique vient de désigner,
+on a retenu ceux de deux anciens émigrés,
+que toute la ville accuse, non seulement d'avoir
+<a name="p154" id="p154"></a><span class="pagenum">154</span>
+porté la cocarde blanche et repris la croix de
+Saint-Louis, mais encore d'avoir fait publiquement
+des démarches auprès de l'empereur de
+Russie en faveur de la cause des Bourbons. Ce
+sont les sieurs Gouaut et Vidranges; ce dernier
+s'est réfugié à Chaumont, mais Gouaut est
+resté; la foudre qu'il a voulu braver tombe sur
+lui: il est traduit au conseil de guerre, et servira
+d'exemple.<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup class="sml">35</sup></a> </p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name="footnote34"><b>Note 34: </b></a><a href="#footnotetag34">(retour)</a> Extrait d'une déclaration datée de Buckingham, le 1<sup>er</sup>
+janvier 1814.
+
+<p>«Une destinée glorieuse appelle le sénat à être le premier
+instrument du grand bienfait qui deviendra la plus
+solide comme la plus honorable garantie de son existence
+et de ses prérogatives...» (<i>Voir dans l'ouvrage du sénateur
+Lambretchs</i>, pag. 69.)</p></blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name="footnote35"><b>Note 35: </b></a><a href="#footnotetag35">(retour)</a> Il résulte de la note que M. Vidranges a fait insérer
+dans l'ouvrage de M. Beauchamp, tome I<sup>er</sup>, page 241 et
+suivantes, que «la présence des alliés dans l'ancienne capitale
+de la Champagne avait ranimé l'espoir des partisans
+des Bourbons; que l'un d'eux, M. de Vidranges,
+gentilhomme lorrain, <i>résolut d'entraîner cette ville</i>; qu'il
+fut secondé par M. Gouaut, chevalier de Saint-Louis;
+que le comte de Rochechouart, et le colonel Rapatel,
+leur ayant donné la nouvelle de l'arrivée des princes sur le
+continent, et leur ayant dit qu'il était temps de se prononcer,
+ils s'étaient sentis électrisés; qu'ils avaient rattaché
+la croix de Saint-Louis à leur boutonnière; que
+le prince de Wurtemberg les ayant encouragés à s'adresser
+à l'empereur de Russie, <i>ils étaient allés trouver ce prince
+au nom des principaux royalistes de Troyes</i>, et qu'ils lui
+avaient présenté une adresse dans laquelle <i>ils sollicitaient
+le rétablissement des Bourbons sur le trône de France</i>.»
+M. de Vidranges finit par un aveu encore plus remarquable:
+c'est que l'empereur de Russie ne put s'empêcher de
+leur dire «<i>qu'il trouvait leur démarche un peu prématurée;
+que les chances de la guerre étaient incertaines; et qu'il
+serait fâché de les voir sacrifiés...</i>» </blockquote>
+
+<p> <a name="p155" id="p155"></a><span class="pagenum">155</span> </p>
+
+<p>L'affaire de l'armistice emploie le reste de la
+matinée. Un autre aide de camp du prince de
+Schwartzenberg arrive de Bar-sur-Aube, où le
+quartier général des alliés s'est d'abord retiré.
+Il vient proposer le village de Lusigny, près
+Vandoeuvres, pour la réunion des généraux qui
+auront à négocier l'armistice. Il annonce que le
+général Duca est nomme commissaire pour l'Autriche;
+que les autres commissaires sont, pour la
+Russie, le général Schouvaloff, et, pour la Prusse,
+le général Rauch.</p>
+
+<p>Napoléon de son côté désigne le général Flahaut,
+son aide de camp; il s'occupe aussitôt de
+le faire partir, dicte ses instructions, et les lui
+remet à la suite d'un long entretien.</p>
+
+<p>Après le départ du général Flahaut, Napoléon,
+harassé de fatigues, venait de se retirer dans sa
+chambre, lorsque la famille éplorée de Gouaut
+se présente aux portes pour demander grâce.
+Napoléon ne savait pas résister à ces cris de miséricorde;
+des rémissions éclatantes et nombreuses
+attestent assez sa clémence: mais cette
+fois, déterminé à ne pas se laisser fléchir, il
+<a name="p156" id="p156"></a><span class="pagenum">156</span>
+avait pris des précautions contre lui-même, et
+n'avait trouvé d'autres moyens que de ne pas
+se laisser approcher. Cependant l'écuyer de service
+est des environs de Troyes, c'est Mesgrigny.
+Il veut servir ses compatriotes; tout ce qui est
+de service avec lui le seconde. A peine Napoléon
+est réveillé que le placet de Gouaut est présenté;
+mais est-il encore temps de sauver ce malheureux.
+On court à l'état major; le prince de Neuchâtel
+répond que la sentence doit être exécutée.
+Napoléon veut du moins qu'on s'en assure. Un
+officier d'ordonnance y court. Bientôt cet officier
+revient: il est trop tard. Napoléon garde
+un long silence, et le rompt enfin en disant:
+«La loi le condamnait!»</p>
+
+<p>Pendant les journées des 25 et 26, l'attention
+est entièrement concentrée sur les conférences
+de Lusigny. On reste dans une alternative continuelle
+de craintes et d'espérances. Des courriers,
+des ordonnances, des aides de camp, se
+succèdent incessamment sur la chaussée de Vandoeuvres.
+Tantôt on croit voir arriver la nouvelle
+de la cessation des hostilités, tantôt on entend
+parler de nouveaux combats. Le 27 au matin,
+aucune nouvelle décisive n'était encore arrivée
+de la part du général Flahaut: Cependant la question
+militaire était trop simple en elle-même pour
+<a name="p157" id="p157"></a><span class="pagenum">157</span>
+présenter de grandes difficultés; mais la politique
+s'était emparée de la négociation et l'avait singulièrement
+compliquée.</p>
+
+<p>Dans ces pourparlers, l'ennemi ne se proposait
+qu'une suspension d'armes; mais Napoléon,
+portant ses vues plus loin, cherchait à profiter
+de l'occasion pour poser les bases de la paix définitive.
+Il désirait garder Anvers et les côtes de
+la Belgique: c'était le prix qu'il se promettait de
+ses derniers succès. Mais Anvers était pour l'Angleterre
+la négociation toute entière; et, par
+l'influence anglaise, cette concession devait être
+obstinément refusée au congrès de Châtillon. Il
+était dès lors indispensable de faire traiter ce
+point sur un autre terrain. Anvers devait perdre
+de son importance aux yeux désintéressés des
+généraux russes, autrichiens et prussiens: Napoléon
+s'était donc proposé de faire préjuger la
+question dans la conférence militaire de Lusigny;
+mais tant qu'elle serait indécise, il ne voulait
+pas se priver, par une trêve prématurée, des
+avantages que la poursuite des Autrichiens semblait
+lui promettre pour compléter la défaite
+des alliés. Aussi l'armée française n'avait-elle pas
+cessé un moment de pousser les Autrichiens
+l'épée dans les reins. Le quartier général ennemi
+rétrogradait jusqu'à Colombey; la garde russe
+<a name="p158" id="p158"></a><span class="pagenum">158</span>
+était en retraite sur Langres; le corps de Lichtenstein,
+sur Dijon. Les souverains alliés s'étaient
+retirés à Chaumont en Bassigny; nos troupes
+s'emparaient de Lusigny au moment où les commissaires
+pour l'armistice s'y réunissaient. Cette
+occupation militaire de Lusigny avait même
+donné lieu à des difficultés dès les premiers
+pourparlers; mais de plus graves obstacles s'étaient
+élevés bientôt après, lorsqu'on en était
+venu à disputer la ligne de l'armistice.</p>
+
+<p>Les généraux ennemis avaient proposé le <i>statu
+quo</i> des deux armées.</p>
+
+<p>Le général Flahaut, conformément à ses instructions,
+avait demandé que la ligne s'étendît
+depuis Anvers, où nous avions le général Carnot,
+jusqu'à Lyon, où nous avions le duc de
+Castiglione. Cette ligne devait placer les forces
+de la France sur un seul front, depuis l'Escaut
+jusqu'aux Alpes. Les commissaires russe et prussien,
+affectant de se mettre hors de l'influence
+des derniers événements, trouvaient que c'était
+payer trop cher quelques délais dont l'armée
+autrichienne avait besoin pour reposer ses colonnes.
+Le général autrichien était plus conciliant;
+mais, par suite de la forme diplomatique
+que les conférences avaient prise, chaque commissaire
+s'était trouvé dans la nécessité de
+<a name="p159" id="p159"></a><span class="pagenum">159</span>
+demander de nouvelles instructions, et le temps
+se perdait à les attendre.</p>
+
+<p>Ce sont pourtant des moments bien précieux
+que ceux qui s'écoulent ainsi: notre horizon s'est
+tout-à-coup chargé de nuages sombres qu'un armistice
+seul aurait pu dissiper. Nous sommes
+arrivés à l'époque critique de la campagne.
+<a name="p160" id="p160"></a><span class="pagenum">160</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+
+<h4>CHAPITRE VII.</h4>
+
+<h4>TROISIÈME EXPÉDITION CONTRE LE MARÉCHAL BLÜCHER.--RETOUR<br>
+DE NAPOLÉON SUR LA MARNE.</h4>
+
+<p class="mid">(Fin de février.)</p>
+
+<p>Lorsque Napoléon dictait ses prétentions au
+commissaire qu'il envoyait à Lusigny, la suspension
+d'armes demandée par les alliés était généralement
+considérée comme ne pouvant être profitable
+qu'à l'armée autrichienne, dont elle aurait
+arrêté la déroute. On était loin de penser que
+l'armistice pouvait offrir à l'armée française un
+avantage équivalent, en suspendant les opérations
+du maréchal Blücher. On apprend enfin,
+mais trop tard, la diversion que les Prussiens ont
+entreprise, et dont il nous reste à rendre compte.</p>
+
+<p>Pour conserver la liaison des faits, nous reviendrons
+un moment sur nos pas.</p>
+
+<p>Après le combat de Vauchamps, nous avons
+laissé le maréchal Blücher séparé de ses lieutenants,
+battu comme eux, faisant en toute hâte
+retraite vers Châlons-sur-Marne, et ne sachant
+<a name="p161" id="p161"></a><span class="pagenum">161</span>
+trop où cette déroute pourra le mener. La fortune
+ne lui a pas tenu long-temps rigueur. Dès
+le lendemain, Napoléon, rappelé vers Nangis et
+Montereau, a cessé de peser sur lui. Blücher n'a
+plus été poursuivi que par le duc de Raguse,
+et bientôt ce dernier a été obligé lui-même de
+lâcher prise, pour revenir sur Montmirail combattre
+un corps de troupes que le prince Schwartzenberg
+avait fait avancer de ce côté au secours
+des Prussiens. Tandis que le duc de Raguse, occupé
+à poursuivre cette troupe, est allé prendre
+position à Sezanne, Blücher a mis les moments
+à profit, en ralliant à lui les corps de Sacken et
+d'York.</p>
+
+<p>Ceux-ci avaient échappé de leur côté à la poursuite
+du duc de Trévise, par un concours de
+circonstances non moins heureuses que celles
+qui avaient débarrassé leur général en chef. Les
+corps prussiens de Bülow et les divisions russes
+de Wintzingerode et de Woronzoff, après avoir
+pris possession de la Belgique, avaient franchi
+notre ancienne frontière du nord. Leur avant-garde,
+pénétrant à travers les Ardennes, s'était
+avancée jusqu'aux portes de Soissons. A défaut
+de bonnes murailles et d'une nombreuse garnison,
+Soissons avait le général Rusca pour
+commandant; mais ce brave officier avait été
+<a name="p162" id="p162"></a><span class="pagenum">162</span>
+tué d'une des premières décharges, et sa mort
+avait promptement livré la place au général
+Wintzingerode. Les Russes y étaient entrés le 13
+février, précisément pour recueillir les fuyards
+de Sacken et d'York, qui s'échappaient du combat
+livré la veille à Château-Thierry. Ces troupes
+ayant appris, en se ralliant à Soissons, que leur
+général en chef, Blücher, ralliait lui-même ses
+forces du côté de Châlons, s'étaient aussitôt
+mises en marche pour aller le rejoindre par la
+route de Reims. Les Russes auraient voulu se
+conserver la possession importante de Soissons;
+mais dès le 19 février le duc de Trévise avait
+repris cette ville.</p>
+
+<p>Le maréchal Blücher, peu de jours après ses
+défaites, était donc parvenu à réunir toutes ses
+forces, et se voyait au moment d'en recevoir de
+nouvelles qui lui arrivaient par les routes du
+nord et de la Lorraine. Le 18 février, il s'était
+trouvé en état de courir à son tour au secours
+de Schwartzenberg; des bords de la Marne, il
+était venu camper avec cinquante mille hommes
+au confluent de l'Aube et de la Seine; il avait
+reçu en route, le 19, au bivouac de Sommesous,
+un nouveau renfort de neuf mille hommes
+appartenant au corps de Langeron: il espérait
+qu'une réunion générale de toutes les forces des
+<a name="p163" id="p163"></a><span class="pagenum">163</span>
+alliés en ayant de Troyes arrêterait Napoléon,
+et produirait les mêmes résultats qu'à Brienne.
+Ce n'était donc pas seulement un détachement
+de l'armée de Silésie que nous avions rencontré
+à Méry, ainsi que nous l'avions cru pendant
+quelques jours; c'était l'avant-garde de toute
+cette armée. Blücher s'était trouvé de sa personne
+au combat du pont de Méry; il y avait
+été blessé à la jambe. Il n'avait pris le parti de
+la retraite qu'après s'être convaincu de ses propres
+yeux qu'il était impossible de rallier l'armée
+de Schwartzenberg en avant de Troyes, et que
+la réunion projetée était désormais inutile. Dès
+lors il s'était décidé à repasser l'Aube; mais sa
+retraite cachait un des plus hardis projets de la
+campagne. Encouragé par les renforts qui ne cessaient
+de lui arriver, soit qu'il eût reçu des ordres
+de son cabinet, soit qu'il n'eût pris conseil que
+de son audace, Blücher avait résolu de s'avancer
+encore une fois sur Paris, pour tenter une grande
+diversion en faveur de l'armée autrichienne.
+Ainsi, pendant que le gros de l'armée française
+était autour de Troyes, occupée d'armistice et
+de paix, les troupes prussiennes descendaient
+rapidement sur les deux rives de la Marne. Le
+duc de Raguse, forcé le 24 d'abandonner Sezanne,
+se retirait, par la Ferté-Gaucher, sur la
+<a name="p164" id="p164"></a><span class="pagenum">164</span>
+Ferté-sous-Jouarre. De l'autre côté de la Marne,
+le duc de Trévise, après avoir laissé garnison
+dans Soissons, se retirait également sur la Ferté-sous-Jouarre.</p>
+
+<p>Napoléon ne reçoit ces nouvelles que dans
+la nuit du 26 au 27; en peu d'heures, elles ont
+changé tous ses plans. Le 27 au matin, il quitte
+Troyes précipitamment pour se porter, par Arcis-sur-Aube
+et Sezanne, sur les traces de l'armée
+prussienne. Il ne laisse en avant de Troyes que
+deux corps d'armée, celui du duc de Reggio et
+celui du duc de Tarente; c'est le duc de Tarente
+qui commandera en chef. Au moment où ces deux
+maréchaux sont ainsi abandonnés à eux-mêmes,
+le premier est engagé dans un combat très vif
+sur les hauteurs de Bar-sur-Aube, le second est
+en marche vers Châtillon. Mais il ne s'agit plus
+de poursuivre les Autrichiens; désormais les
+troupes qui restent opposées à celles de Schwartzenberg
+doivent borner leurs efforts à les contenir,
+et surtout à masquer le grand mouvement
+que notre armée fait sur Blücher. Dans cette intention,
+le duc de Reggio et le général Gérard,
+qui sont aux prises avec l'ennemi, font faire sur
+toute la ligne les acclamations qui signalent
+ordinairement l'arrivée de Napoléon. Ces cris
+sont entendus de la ligne opposée; et tandis que
+<a name="p165" id="p165"></a><span class="pagenum">165</span>
+Napoléon s'éloigne de Troyes à marche forcée,
+Schwartzenberg croit qu'il est arrivé devant lui.</p>
+
+<p>Le 27 février, Napoléon arrive vers midi à Arcis-sur-Aube;
+il s'y arrête quelques heures dans
+le château de M. de La Briffe, son chambellan,
+pour donner le temps aux troupes de défiler, et
+de passer l'Aube. En sortant du pont d'Arcis,
+l'armée prend à gauche, et suit la route de traverse
+qui conduit à Sezanne. Le soir, on bivouaque
+sur les confins des départements de l'Aube
+et de la Marne, non loin de la Fère champenoise;
+Napoléon entre chez le curé du petit village
+d'Herbisse, et y passe la nuit.</p>
+
+<p>Arrêtons-nous-y un moment avec le quartier
+impérial. Après les peines de la journée, la
+gaieté française jetait encore de temps en temps
+quelques lueurs sur le repos du soir: cette
+soirée d'Herbisse est peut-être la dernière de ce
+genre que je puisse mettre sous les yeux du lecteur.</p>
+
+<p>Le presbytère se composait d'une seule chambre
+et d'un fournil: Napoléon se renferme dans
+la chambre, et y abrège la nuit par ses travaux
+accoutumés. Les maréchaux, les généraux aides
+de camp, les officiers d'ordonnance et les autres
+officiers de la maison, remplissent aussitôt le
+fournil: le curé veut faire les honneurs de chez
+<a name="p166" id="p166"></a><span class="pagenum">166</span>
+lui; au milieu de tant d'embarras, il a le malheur
+de s'engager dans une querelle de latin avec le
+maréchal Lefèvre; pendant ce temps, les officiers
+d'ordonnance se groupent autour de la nièce, qui
+leur chante des cantiques. Le mulet de la cantine
+se faisait attendre; il arrive enfin: on établit aussitôt
+une porte sur un tonneau; quelques planches
+sont ajustées autour en forme de bancs; les principaux
+s'y asseyent, les autres mangent debout.
+Le curé prend place à la droite du grand maréchal,
+et la conversation s'engage sur le pays où
+l'on se trouve: notre hôte a peine à concevoir
+comment ces militaires connaissent si bien les
+localités; il veut absolument que tout son monde
+soit Champenois. Pour lui expliquer ce qui l'étonne,
+on lui présente des feuilles de Cassini,
+que chacun a dans sa poche; il y retrouve le
+nom de tous les villages voisins, et s'étonne encore
+davantage, tant il est loin de penser que
+la géographie s'occupe de pareils détails: les
+naïvetés du bon curé égaient ainsi la fin du repas.
+Bientôt après on se disperse dans les granges
+voisines: les officiers de service restent seuls auprès
+de la porte de la chambre où se trouve Napoléon;
+on leur apporte leur botte de paille; et
+le curé ne pouvant aller coucher dans son lit,
+on lui cède la place d'honneur sur le lit de camp.
+<a name="p167" id="p167"></a><span class="pagenum">167</span>
+Le lendemain matin 28, le quartier impérial part
+de très bonne heure: Napoléon était à cheval
+que le curé n'était pas encore réveillé; il se réveille
+enfin; mais, pour le consoler de n'avoir pas
+fait ses adieux, il ne faut rien moins qu'une
+bourse que le grand maréchal lui fait remettre,
+et qui est l'indemnité d'usage dans toutes les
+maisons peu aisées où Napoléon s'arrête. Quittons
+le bon curé d'Herbisse, et remettons-nous
+à la suite du mouvement de l'armée.</p>
+
+<p>Tandis que l'armée continue sa marche vers
+Sezanne, Napoléon se porte, avec des troupes
+légères, sur un corps ennemi qui avait couché
+près de nos bivouacs, à la Fère champenoise;
+il le chasse devant lui: c'était un détachement de
+cavalerie que Blücher avait jeté de ce côté sous
+les ordres du général Tettenborn, pour communiquer
+avec l'armée autrichienne, et être averti
+de notre marche. Les colonnes de l'armée française
+se réunissent, vers le milieu de la journée,
+à Sezanne; on ne s'y arrête que pour prendre
+des renseignements: on apprend que les ducs
+de Trévise et de Raguse se sont réunis le 26 à la
+Ferté-sous-Jouarre; mais que, trop faibles encore
+malgré leur jonction, ils continuent de
+reculer devant toutes les forces de Blücher, et
+doivent être à Meaux; qu'il n'y a pas un
+<a name="p168" id="p168"></a><span class="pagenum">168</span>
+moment à perdre pour sauver ce faubourg de la
+capitale.</p>
+
+<p>L'armée se remet aussitôt en marche; mais
+la journée étant déjà très avancée, on ne peut
+faire que quelques lieues au-delà de Sezanne, et
+l'on bivouaque à moitié chemin de la Ferté-Gaucher.
+Le quartier impérial passe la nuit au château
+d'Estrenay, que les Prussiens avaient pillé le
+matin.</p>
+
+<p>Plusieurs officiers d'ordonnance, expédiés en
+toute hâte par les deux maréchaux que l'on
+vient de laisser au-delà de Troyes, arrivent dans
+la soirée, et sont porteurs de mauvaises nouvelles:
+les Autrichiens ne reculent plus; ils ont
+repris vivement l'offensive à l'instant même que
+Napoléon a quitté Troyes: le combat que les
+troupes du duc de Reggio et du général Gérard
+ont eu à soutenir le 27, sur les hauteurs de Bar-sur-Aube,
+a été sanglant; les généraux ennemis
+ont prodigué le nombre des assaillants; la valeur
+personnelle des chefs n'a épargné aucun effort
+pour ramener la confiance dans cette armée découragée,
+et la décider à accabler de sa masse le
+petit nombre de Français qui lui est opposé:
+Witgenstein et Schwartzenberg lui-même se sont
+fait blesser. Les renforts qui arrivaient à chaque
+instant à l'ennemi rendaient cette lutte de plus en
+<a name="p169" id="p169"></a><span class="pagenum">169</span>
+plus disproportionnée; et le soir, les généraux
+français s'étaient décidés à la retraite: ils reviennent
+sur Troyes. Le duc de Tarente, qui a eu
+quelques avantages du côté de Mussy-l'Évêque, et
+qui a même relevé un moment les troupes autrichiennes
+dans la garde d'honneur du congrès de
+Châtillon, est entraîné par le mouvement de retraite
+qui ramène le duc de Reggio sur Troyes.
+Les Autrichiens savent maintenant que les troupes
+qu'ils ont devant eux ne sont qu'un rideau, et
+que le gros de l'armée française a suivi Napoléon;
+ils se trouvent eux-mêmes si nombreux, que
+déjà ils n'hésitent plus à détacher les généraux
+Hesse-Hombourg et Bianchi contre le duc de Castiglione,
+qui devient trop redoutable sur leurs
+derrières.</p>
+
+<p>Ainsi peu de jours ont suffi pour dissiper nos
+avantages et déjouer nos projets: les Autrichiens,
+qu'on croyait poursuivre jusqu'au Rhin, se sont
+ralliés entre Langres et Bar, et maintenant reviennent
+sur nous; le maréchal Augereau ne
+pourra plus opérer la diversion qui lui a été prescrite
+sur la Saône; et Paris se voit menacé plus
+que jamais par l'armée de Blücher, qui est aux
+portes de Meaux.</p>
+
+<p>Napoléon, à force d'activité, espère encore ramener
+la fortune; il veut d'abord se débarrasser
+<a name="p170" id="p170"></a><span class="pagenum">170</span>
+de Blücher, et compte revenir sur la Seine assez
+tôt pour sauver Troyes.</p>
+
+<p>Le 1<sup>er</sup> mars, l'armée française arrive de bonne
+heure à la Ferté-Gaucher; Napoléon s'y arrête
+un moment chez le maire, vieillard très âgé, que
+son zèle rajeunit, et que Napoléon rajeunit encore
+en lui donnant la décoration de la Légion-d'Honneur.
+Les nouvelles de Meaux sont rassurantes:
+les Prussiens ont été arrêtés par la rupture
+des ponts de Tréport et de Lagny; ils ont
+été également arrêtés la veille (le 28) sur la ligne
+de l'Ourcq, au village de Lisy, par les troupes du
+duc de Raguse; et sur la Térouenne, au gué du
+Trême, par les troupes du duc de Trévise.</p>
+
+<p>Ainsi les deux maréchaux tiennent toujours
+en avant de Meaux; Napoléon arrive sans doute
+à temps; dans quelques heures, ses troupes vont
+se trouver en ligne: si Blücher, surpris par leur
+brusque arrivée, fait volte-face contre elles, un
+combat décisif va s'ensuivre, et les affaires peuvent
+être promptement rétablies. Pleine de ces
+espérances, l'armée continue, en toute hâté, sa
+marche par Rebais; elle est harassée, mais l'ardeur
+de vaincre la soutient: de Rebais, elle se
+dirige sur la Ferté. Arrivée enfin sur les hauteurs
+de Jouarre, elle découvre à ses pieds la ville de la
+Ferté, les sinuosités de la vallée, et, de l'autre
+<a name="p171" id="p171"></a><span class="pagenum">171</span>
+côté de la Marne, l'armée prussienne qui nous
+échappe!</p>
+
+<p>Le maréchal Blücher avait été informé sans
+doute, par les troupes légères de Tettenborn, de
+l'approche de Napoléon; il avait évacué aussitôt
+la rive gauche de la Marne: réuni à ses troupes
+de la rive droite, il avait coupé les ponts, et venait
+de mettre la rivière entre nous.</p>
+
+<p>Napoléon ordonne qu'on se mette, sans perdre
+de temps, à rétablir un pont à la Ferté; mais
+cette opération exigera au moins vingt-quatre
+heures; on passe la nuit à Jouarre.</p>
+
+<p>Le lendemain, 2 mars, Napoléon descend à la
+Ferté, pour être plus près des travaux du pont;
+il s'établit dans la première maison qu'il trouve
+au faubourg de Paris.</p>
+
+<p>La plaine qui s'étend entre la Marne et l'Ourcq
+est couverte des détachements de l'armée prussienne.
+On les voit qui mettent à profit le temps
+que nous perdons à rétablir un pont: leur retraite
+se fait en désordre dans la direction de
+Soissons. Le temps est affreux: ils ne peuvent
+fuir que par des chemins de traverse, où leurs
+équipages restent embourbés; les souvenirs de
+Montmirail et de Vauchamps se réveillent parmi
+eux, et troublent leurs esprits. A chaque instant
+des paysans qui échappent de leurs mains viennent
+<a name="p172" id="p172"></a><span class="pagenum">172</span>
+à la Ferté raconter les embarras et les terreurs
+de l'ennemi. Ces rapports ne font qu'ajouter
+à l'impatience que Napoléon a de franchir la
+Marne.</p>
+
+<p>Bacler-d'Albe est envoyé à Paris pour y porter
+la nouvelle de la retraite des Prussiens. Rumigny,
+l'un des commis du cabinet, part en courrier
+pour Châtillon, où il instruira le duc de
+Vicence de la situation des affaires; des aides de
+camp sont expédiés aux ducs de Trévise et de
+Bellune, pour qu'ils aient à reprendre l'offensive,
+et leur donner avis qu'ils forment désormais la
+gauche du cercle dans lequel on va renfermer
+Blücher.</p>
+
+<p>Dans la nuit du 2 au 3 mars, nos troupes effectuent
+enfin ce passage de la Marne si long-temps retardé:
+mais tout-à-coup le temps change;
+une forte gelée succède à la pluie, et l'ennemi
+voit se convertir en routes solides et faciles ces
+mêmes boues d'où quelques heures auparavant
+il désespérait de sortir!</p>
+
+<p>Malgré ce contre-temps, toutes les chances
+d'un grand succès ne nous sont pas enlevées.
+Dans la direction que l'ennemi est forcé de suivre
+pour opérer sa retraite, le cours de l'Aisne va
+lui barrer le passage. Soissons est la clef de cette
+barrière; Soissons, dont les fortifications ont été
+<a name="p173" id="p173"></a><span class="pagenum">173</span>
+relevées, est à nous; quatorze cents Polonais en
+forment la garnison: l'ennemi ne peut penser
+à l'enlever par un coup de main. Blücher est à
+Beurneville, près la Ferté-Milon; ses soldats, épars
+dans les plaines de Gandelu et d'Aulchy-le-Château,
+ayant devant eux l'Aisne, derrière eux la
+Marne, pressés à gauche par les troupes du duc
+de Trévise et du duc de Raguse, à droite par
+l'armée de Napoléon, courent grand risque d'être
+acculés sur Soissons, et d'être forcés de déposer
+armes et bagages aux pieds des vieux remparts
+de cette ville.</p>
+
+<p>Plein de ces espérances, Napoléon débouche,
+le 3 mars, par le nouveau pont de la Ferté; il
+porte rapidement ses troupes sur la grande route
+de Châlons jusqu'à Château-Thierry; et là, trouvant
+à gauche la route de Soissons, il la fait
+prendre à son armée, qu'il ramène ainsi sur les
+flancs de l'ennemi. Quel que soit ce détour, nos
+troupes, en suivant une chaussée, ont marché
+plus vite que les Prussiens, leur ont coupé le
+chemin de Reims, et se trouvent en mesure d'arriver
+sur eux avant qu'ils aient passé l'Aisne.
+Napoléon s'arrête la nuit à Bezu-Saint-Germain.</p>
+
+<p>Tandis que la droite de l'armée française s'avance
+ainsi par la route de Château-Thierry à
+<a name="p174" id="p174"></a><span class="pagenum">174</span>
+Soissons, les troupes des ducs de Trévise et de
+Raguse tournent l'ennemi par notre gauche, et
+marchent également sur Soissons; l'un en suivant
+la grande route de Villers-Cotterets, l'autre en
+passant par Neuilly-le-Saint-Front.</p>
+
+<p>Resserré ainsi de tous côtés, l'ennemi se croit
+perdu; mais dans ce moment critique les ponts-levis
+de Soissons s'abaissent devant l'armée prussienne
+étonnée!</p>
+
+<p>Ce passage inespéré lui est ouvert par les généraux
+Bulow et Wintzingerode, que le hasard
+vient d'amener sur l'autre rive de l'Aisne.</p>
+
+<p>Le général Bulow, arrivant de Belgique, à
+travers la Picardie, avait d'abord fait une incursion
+sur notre arsenal de la Fère; il s'était ensuite
+réuni au général Wintzingerode; leur jonction
+venait de se faire le 2 mars, dans les environs de
+Soissons. Ces généraux avaient entamé des pourparlers
+avec le commandant français, et, dans
+cette négociation, ils avaient réussi à lui persuader
+qu'il n'avait rien de mieux à faire que de
+capituler.</p>
+
+<p>Le 4 mars au matin, Napoléon, ignorant encore
+ce qui vient de se passer à Soissons, continue
+son mouvement sur l'Aisne; l'armée impériale
+passe au pied des ruines du château de
+Fère-en-Tardenois, et arrive à Fismes, où elle
+<a name="p175" id="p175"></a><span class="pagenum">175</span>
+coupe la route de Soissons à Reims. C'est là qu'on
+apprend la perte de Soissons, et la fortune des
+Prussiens!...</p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<p> <a name="p176" id="p176"></a><span class="pagenum">176</span> </p>
+
+<h4>CHAPITRE VIII.</h4>
+
+<h4>EXCURSION AU-DELA DE L'AISNE.--BATAILLE DE<br>
+CRAONNE.--COMBATS DE LAON ET DE REIMS.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 4 au 15 mars.)</p>
+
+<p>Ces longues marches, devenues vaines par une
+suite de contre-temps inouïs, ont éloigné l'armée
+de sa ligne d'opérations, renfermée jusqu'alors
+entre la Seine et la Marne. On se voit avec inquiétude
+transporté aux débouchés des Ardennes;
+les craintes sur ce qui se passe derrière nous
+augmentent avec les distances qui nous séparent
+de la Seine. On ne reçoit aucune nouvelle de
+Lusigny, on n'en reçoit aucune de Châtillon:
+sans doute les alliés, revenus de leurs alarmes,
+auront eu honte des avances qui ont failli leur
+coûter la suspension des hostilités; sans doute
+le ministre anglais, mettant à profit l'assurance
+que rend aux plus timides le retour de la fortune,
+n'aura pas manqué de prendre des précautions
+contre les vicissitudes à venir! Ces conjectures
+auxquelles on se livrait avec anxiété n'étaient
+<a name="p177" id="p177"></a><span class="pagenum">177</span>
+que trop fondées; l'Angleterre venait de faire signer
+le traité de Chaumont.</p>
+
+<p>Par ce traité, qui porte la date du 1<sup>er</sup> mars,
+les souverains, resserrant leur alliance, s'étaient
+engagés à ne pas se départir du projet de renfermer
+la France dans ses anciennes limites. Il
+est même probable que l'idée de renverser Napoléon
+du trône venait d'être agréée; mais, par
+condescendance pour l'Autriche, on devait encore
+tenir quelques conférences à Châtillon pour
+voir si le duc de Vicence pourrait se résoudre à
+signer le traité.</p>
+
+<p>Ces résolutions n'ont été connues que plus tard;
+mais déjà il est évident que les affaires deviennent
+plus difficiles; de noirs pressentiments commencent
+à se répandre, et Napoléon lui-même est
+plus sombre!</p>
+
+<p>Toujours sur les pas de l'ennemi, il ne voit
+de tous côtés que dévastation et incendie. Il n'est
+entouré que de malheureux habitants, qui, dans
+leur désespoir, poussent bien plutôt des cris de
+vengeance que des cris de paix. «Vous aviez bien
+raison, sire,» lui disent dans les termes les plus
+énergiques, et d'une commune voix, tous les
+habitants des pays que nos armes délivrent un
+moment de l'ennemi, «vous aviez bien raison
+quand vous nous recommandiez de nous lever
+<a name="p178" id="p178"></a><span class="pagenum">178</span>
+en masse. La mort est mille fois préférable aux
+vexations, aux mauvais traitements, et aux
+cruautés qu'il faut endurer lorsqu'on se soumet
+au joug de l'étranger.»</p>
+
+<p>Le désespoir général est devenu une arme contre
+l'ennemi: Napoléon s'en saisit. Il entreprend
+de donner même aux plus faibles cette espèce
+d'énergie que peut inspirer la peur. Il laisse un
+libre cours aux cris de vengeance: le Moniteur
+se remplit de toutes les plaintes, de tous les gémissements
+des malheureux habitants de Montmirail,
+de Montereau, de Nangis; des souffrances de
+Troyes, et des horreurs plus récentes encore
+dont les plaines de la Ferté-sous-Jouarre et
+de Meaux viennent d'être le théâtre. Toutes les
+villes que la guerre a frappées de son fléau envoient
+des députés à Paris pour y peindre leur
+situation et demander des vengeurs! Partout des
+enquêtes sont faites: les maux sont si grands,
+qu'on n'a pas besoin de les exagérer. Les ressentiments
+et l'effroi sont donc mis en jeu dans toute
+leur vérité pour suppléer à l'ardeur que le patriotisme
+seul aurait dû rallumer. On invoque
+les grands exemples de l'antiquité: on rappelle
+ce que la France a fait en 1792; on s'anime même
+par l'exemple de ce que l'Espagne, la Russie et
+la Prusse viennent de faire contre nous! Dans
+<a name="p179" id="p179"></a><span class="pagenum">179</span>
+ces circonstances extrêmes, on ne peut avoir recours
+qu'aux mesures extrêmes; mais, il faut le
+dire, ces mesures produisent à Paris et dans les
+grandes villes un effet tout contraire à celui
+qu'on veut obtenir. On y est trop civilisé pour
+avoir la résolution des Russes et des Espagnols.
+L'imagination des citadins s'effraie de la violence
+du parti qu'on leur propose; ils reculent devant
+le tableau trop hideux que la guerre leur présente:
+les récits de tous ces députés, échappés
+de l'incendie et des ruines de leur province,
+abattent les esprits au lieu de les relever; et l'on
+demande encore plus hautement la paix, puisqu'elle
+doit mettre un terme à tant d'horreurs.</p>
+
+<p>Dans les campagnes, au contraire, tous les
+hommes sont déjà soldats; il ne s'agit plus que
+de les rallier.</p>
+
+<p>Avant de quitter le bourg de Fismes, Napoléon
+signe un décret par lequel non seulement il
+autorise, mais même requiert tout Français de
+courir aux armes, à l'approche de nos armées,
+pour seconder nos attaques. Dans un second décret
+du même jour, Napoléon prononce le supplice
+des traîtres contre tout maire ou fonctionnaire
+public qui refroidirait l'élan de ses administrés,
+au lieu de l'exciter.</p>
+
+<p>Ces décrets reçoivent la plus grande publicité,
+<a name="p180" id="p180"></a><span class="pagenum">180</span>
+mais aucune suite n'est donnée à leur exécution.</p>
+
+<p>On ne tarde pas à s'apercevoir que Napoléon,
+en les rendant, a moins voulu se procurer une
+ressource militaire qu'un épouvantail politique.
+Ces appels, ces démonstrations de levée en masse,
+dont nos journaux sont devenus les trompettes,
+vont frapper l'attention des souverains alliés:
+peut-être intimideront-ils la haine des rois en
+leur faisant entrevoir jusqu'où peut aller cette
+guerre, si elle est poussée de part et d'autre
+avec trop d'acharnement.</p>
+
+<p>Plus les circonstances deviennent critiques,
+moins Napoléon voudrait prolonger l'excursion
+dans laquelle il s'est engagé. Cependant il ne peut
+se résoudre à renoncer à la poursuite des Prussiens
+sans les avoir mis, du moins pour quelque
+temps, hors d'état de revenir sur nous. Maintenant
+qu'ils sont derrière l'Aisne, et qu'ils ont pu
+se réunir aux renforts que les armées du nord
+leur fournissent, on doit croire qu'ils ne refuseront
+pas davantage le combat: Napoléon ne
+cherche plus qu'à presser l'événement.</p>
+
+<p>Dans la nuit du 4 au 5 mars, le général Corbineau
+est détaché de Fismes, avec la cavalerie
+du général Laferrière-Lévêque, pour aller s'emparer
+de Reims, dont la possession est trop utile en
+ce moment pour la laisser à l'ennemi. Le général
+<a name="p181" id="p181"></a><span class="pagenum">181</span>
+Corbineau reprend Reims le 5 à quatre heures du
+matin. Tandis que cette opération s'effectue, Napoléon
+en médite une non moins importante: il
+s'agit de surprendre le passage de l'Aisne.</p>
+
+<p>Dans la journée du 5, il dirige son avant-garde
+sur Béry-au-Bac, où la route de Reims à Laon
+traverse l'Aisne sur un pont récemment construit.
+Toute l'armée s'y porte par la traverse. La cavalerie
+du général Nansouty enlève le pont et jette
+l'ennemi en désordre sur Corbeny. Dans ce léger
+combat, on fait prisonnier le colonel russe Gagarinn.</p>
+
+<p>Napoléon reste cette nuit à Béry-au-Bac.</p>
+
+<p>Le passage de l'Aisne étant effectué, il se décide
+à envoyer des coureurs à Mézières, à Verdun
+et à Metz. Ces émissaires portent l'ordre aux garnisons
+des Ardennes et de la Lorraine de se
+mettre en mouvement pour fermer les routes,
+et seconder les opérations de l'armée impériale,
+dont l'approche leur est annoncée.</p>
+
+<p>Le 6 mars, l'armée s'avançait sur Laon; mais
+on s'arrête à Corbeny. Tous les rapports annoncent
+que l'ennemi vient au-devant de nous: ce
+sont les corps russes de Wintzingerode, de Woronzof
+et de Sacken; ils se présentent seuls, pour
+donner le temps à l'armée prussienne fatiguée de
+se rallier autour de Laon.
+<a name="p182" id="p182"></a><span class="pagenum">182</span> </p>
+
+<p>L'armée russe prend position sur les hauteurs
+de Craonne; cette montagne est le commencement
+d'une chaîne de collines qui se prolonge à
+notre gauche, entre le cours de l'Aisne et la
+route de Laon; l'ennemi, posté sur l'arête de
+cette côte longue et étroite, paraît inaccessible
+sur ses flancs, et presque inattaquable de front.</p>
+
+<p>Le désir d'en finir diminue à nos yeux les obstacles;
+notre avant-garde parvient à s'établir à
+Craonne, qui est à mi-côte; le maréchal Ney fait
+monter ses troupes jusqu'à la ferme d'Urtubie;
+les officiers d'ordonnance Gourgaud et Caraman
+vont reconnaître les défilés de la montagne; ils
+s'emparent des plus importants: les troupes s'approchent,
+et l'on se prépare à une bataille pour
+le lendemain.</p>
+
+<p>Napoléon passe la nuit au village de Corbeny.</p>
+
+<p>Les principaux habitants des villages voisins
+étaient accourus au quartier impérial, pour donner
+des renseignements sur les localités. Partout
+un même concours de Français zélés venaient
+entourer Napoléon; il était dans l'habitude d'interroger
+lui-même tous ceux qui se présentaient:
+cette nuit, il reconnaît dans le maire de Baurieux,
+M. de Bussy, son ancien camarade au régiment
+de la Fère; cet officier avait émigré, et,
+<a name="p183" id="p183"></a><span class="pagenum">183</span>
+depuis son retour, vivait retiré dans son patrimoine,
+sur les bords de l'Aisne. Napoléon le
+fait remonter au grade de colonel, le met au
+nombre de ses aides de camp, et le désigne pour
+servir de guide sur le terrain de Craonne.</p>
+
+<p>Dans la même nuit, un émissaire parti de
+Strasbourg, et que le comte Roederer envoie,
+parvient jusqu'à nous; il a traversé les départements
+de la Lorraine et de la Champagne, que
+l'ennemi occupe; il nous confirme que le mouvement
+général de retraite de l'armée de Schwartzenberg
+s'est fait ressentir jusqu'au Rhin: on
+apprend par lui que les habitants des Vosges,
+enhardis par la fuite des bagages autrichiens, se
+sont soulevés, et ont fait éprouver à l'ennemi
+des pertes énormes sur toutes les routes; que,
+dans le département de la Meuse, près de Bar-sur-Ornain,
+les paysans ont tué un général russe
+et dispersé le régiment qui l'escortait; que la
+garnison de Verdun pousse ses sorties jusqu'à
+Saint-Mihiel; que celle de Metz envoie des patrouilles
+jusqu'à Nancy; que nos places d'Alsace
+sont faiblement observées; que la garnison française
+de Mayence montre journellement des partis
+du côté de Spire; qu'enfin les garnisons et les
+habitants de cette partie de la France sont plus
+que jamais disposés à seconder les projets que
+<a name="p184" id="p184"></a><span class="pagenum">184</span>
+Napoléon a sur eux. Cet émissaire se nomme
+Wolff; il se fait reconnaître pour avoir été sergent
+d'artillerie dans le régiment où le colonel
+Bussy et Napoléon lui-même ont servi. Il reçoit
+la décoration de la Légion-d'Honneur, et
+repart pour l'Alsace avec des ordres.</p>
+
+<p>Le 7, à la pointe du jour, la bataille de Craonne
+commence.</p>
+
+<p>Nos troupes parviennent successivement sur
+le plateau; mais la grande difficulté est de s'y
+établir. Le maréchal Ney et le maréchal Victor
+combattent à la tête de l'infanterie; le maréchal
+Victor est blessé: le général Grouchy commande
+la cavalerie de l'armée, le général Nansouty commande
+la cavalerie de la garde; tous deux sont
+blessés. Le général Belliard prend le commandement
+de la cavalerie; le général Drouot dirige
+le feu de nos batteries: il parvient enfin à faire
+reculer celles de l'ennemi; mais sur cette arête,
+on ne peut que marcher devant soi: les Russes
+se retirent pied à pied, et aucun mouvement de
+flanc ne peut précipiter leur retraite.</p>
+
+<p>La victoire de Craonne, disputée une grande
+partie de la journée, ne nous laisse pour trophées
+que les morts de l'ennemi.</p>
+
+<p>On poursuit les Russes jusqu'à la grande route
+de Soissons à Laon; cet embranchement de chemin
+<a name="p185" id="p185"></a><span class="pagenum">185</span>
+s'appelle l'Ange-Gardien, du nom d'une auberge
+qui s'y trouve placée: l'ennemi tient encore
+quelques heures sur ce point, pour donner le
+temps aux Prussiens d'évacuer Soissons et de venir
+le rejoindre.</p>
+
+<p>A la nuit, le quartier impérial descend du
+champ de bataille dans la vallée de l'Aisne pour
+y trouver un village: on passe la nuit dans le petit
+village de Bray en Laonnais.</p>
+
+<p>Napoléon, sortant de cette action meurtrière
+dont il a partagé tous les dangers, encore ému
+des incertitudes du combat, harassé de fatigues,
+entouré de blessés et de mourants, était dans un
+de ces moments où les dégoûts de la guerre rassasieraient
+l'âme la plus belliqueuse: on lui annonce
+des dépêches de Châtillon; c'est Rumigny,
+l'un des commis de son cabinet, qui les apporte.
+Si ce sont des paroles de paix, Napoléon n'a jamais
+été plus disposé à les écouter.</p>
+
+<p>Le congrès de Châtillon, que les conférences
+militaires de Lusigny avaient suspendu pendant
+quelques jours, a repris ses séances, et les plénipotentiaires
+des alliés y déploient la rigueur
+de leurs nouvelles instructions. Les prétentions
+que la France vient de montrer à Lusigny sont
+qualifiées d'infraction aux bases de la négociation:
+on veut maintenant que le duc de Vicence
+<a name="p186" id="p186"></a><span class="pagenum">186</span>
+ne songe plus à discuter; il faut qu'il souscrive
+à la condition des anciennes limites, ou bien
+qu'il remette son contre-projet; et déjà l'on
+parle hautement de se séparer, si la France représente
+des articles contraires aux bases dont
+on ne veut plus se départir. Telle est la substance
+des dépêches qu'on remet à Napoléon sur le
+champ de bataille de Craonne; le duc de Vicence
+demande qu'on lui envoie des instructions définitives
+sur le contre-projet qu'il doit remettre.</p>
+
+<p>Napoléon ne s'attendait qu'à des conditions
+pénibles; il est résigné aux plus grands sacrifices;
+les concessions auxquelles il se prépare
+sont immenses: mais il ne veut pas ajouter à
+nos humiliations celle de les provoquer par un
+acte émané de lui-même. «S'il faut recevoir les
+étrivières, dit-il, c'est bien le moins qu'on me
+fasse violence.» Rumigny ne remportera donc
+pas le contre-projet qu'il est venu chercher; mais
+il a dû recueillir les paroles qui viennent d'échapper
+à Napoléon.</p>
+
+<p>Au surplus, Napoléon voudrait que son plénipotentiaire
+fût en mesure de connaître enfin les
+mesures qu'on ne peut éviter. Napoléon craint
+surtout les inconvénients d'une précipitation qui,
+pour en finir plus vite, nous ferait céder plus
+qu'on ne veut réellement obtenir. L'empressement
+<a name="p187" id="p187"></a><span class="pagenum">187</span>
+qu'on montre à conclure est si vif, que,
+jusqu'au dernier moment, il croit devoir le contenir
+dans de justes bornes; cette considération
+l'emporte sur toutes les autres et dicte sa réponse.
+Quant aux dangers qu'il peut courir en
+s'abandonnant à de nouveaux hasards, son âme
+se refuse à prévoir jusqu'où peut aller le ressentiment
+de ses ennemis et l'indifférence de son
+beau-père.</p>
+
+<p>Rumigny n'a pris que quelques heures de repos;
+au jour il monte à cheval pour retourner à
+Châtillon. Après l'avoir expédié, Napoléon va
+rejoindre la tête de ses colonnes.</p>
+
+<p>Notre avant-garde avait dépassé l'Ange-Gardien;
+tandis qu'elle s'avance sur Laon, on envoie prendre
+possession de Soissons, et notre jonction se
+fait de ce côté avec le duc de Trévise, qui n'avait
+pas dépassé l'Aisne.</p>
+
+<p>On espérait arriver le soir même aux portes
+de Laon; mais à deux lieues de cette ville, la route
+est resserrée entre des marais qui forment un défilé,
+dont l'ennemi profite pour arrêter notre
+marche.</p>
+
+<p>Napoléon revient de sa personne jusqu'à Chavignon,
+petit village situé à peu près à égale
+distance de Soissons et de Laon; il y passe la
+nuit, et y est rejoint par le général Flahaut, qui
+<a name="p188" id="p188"></a><span class="pagenum">188</span>
+arrive de Lusigny. L'Autriche, n'ayant plus besoin
+d'armistice, a cessé de favoriser cette négociation
+secondaire, et dès lors les commissaires
+de Lusigny se sont séparés: depuis notre départ
+de Troyes on s'attendait à ce résultat.</p>
+
+<p>Il fallait penser à forcer, pour le lendemain,
+les passages où l'armée venait d'être arrêtée.</p>
+
+<p>Dans cette nuit (du 8 au 9) le premier officier
+d'ordonnance, Gourgaud, se met à la tête d'une
+entreprise qui doit favoriser notre attaque. Un
+chemin de traverse tourne à gauche le défilé des
+marais; Gourgaud se jette de ce côté avec quelques
+troupes choisies, et, à la faveur de l'obscurité,
+surprend les grand'gardes des alliés; il jette
+l'alarme chez l'ennemi, et parvient à faire une
+diversion complète, pendant laquelle les troupes
+du maréchal Ney franchissent le défilé.</p>
+
+<p>L'armée française arrive ainsi au pied des
+hauteurs de Laon. Le corps du duc de Raguse,
+qui est venu passer l'Aisne au pont de Béry-au-Bac,
+a couché à Corbeny, et débouche sur Laon
+par la route de Reims, en même temps que le
+gros de l'armée arrive par la route de Soissons.
+Notre ligne se forme; le 9 au soir, le reste de
+nos troupes est arrivé. Le prince de la Moskowa,
+le duc de Raguse, le duc de Trévise, et la garde
+impériale, occupent les positions qui leur ont
+<a name="p189" id="p189"></a><span class="pagenum">189</span>
+été assignées. Tout est prêt pour l'attaque, les
+ordres partent, et le lendemain, dès la pointe
+du jour, l'affaire doit commencer.</p>
+
+<p>Le maréchal Blücher, qui a rallié toutes ses
+forces russes et prussiennes, vient en outre de
+faire sa jonction avec l'armée du prince royal de
+Suède.</p>
+
+<p>C'est pourtant avec répugnance que Bernadotte
+s'avance pour combattre ses anciens compatriotes;
+il n'a franchi qu'à regret la limite du
+Rhin, qu'autrefois ses services ont contribué à
+donner à la France; l'animosité qu'il a contre
+Napoléon semble s'affaiblir à mesure que le
+sort de la patrie en est plus compromis. Les méfiances
+dont la Russie et la Prusse le fatiguent
+depuis quelque temps contribuent encore à réveiller
+en lui des sentiments français; mais les
+événements vont trop vite, ils entraînent. Le
+prince de Suède n'a pu se dispenser de faire
+marcher son avant-garde au secours de Blücher.</p>
+
+<p>Ainsi le général prussien, qui fuit devant Napoléon
+depuis dix jours, a rencontré tant de
+monde arrivant derrière lui, que, malgré ses
+échecs, il est encore plus fort que jamais. Il
+nous oppose au centre le corps de Bulow, à notre
+gauche les corps de Langeron, de Sacken et de
+Wintzingerode; et sur notre droite les corps de
+<a name="p190" id="p190"></a><span class="pagenum">190</span>
+Kleist et d'York. Toutes ces troupes ont pour
+centre la ville de Laon, située sur un pic élevé
+qui domine les environs.</p>
+
+<p>Dans les rangs français on ne se sent découragé
+ni par le nombre ni par la position de l'ennemi.
+Tout présage donc une action sanglante et
+décisive.</p>
+
+<p>Le 10, à quatre heures du matin, Napoléon
+mettait ses bottes, et demandait ses chevaux,
+lorsque deux dragons arrivant à pied dans le
+plus grand désordre lui sont amenés. Ils disent
+qu'ils viennent d'échapper par miracle à travers
+un <i>hourra</i> que l'ennemi a fait cette nuit sur les
+bivouacs du duc de Raguse, et que tout est perdu
+de ce côté. Ils croient le maréchal pris ou tué.
+Napoléon fait aussitôt monter à cheval tous
+ses officiers. Tandis que les uns courent aux
+nouvelles du côté du duc de Raguse, les autres
+vont à l'avant-garde suspendre le mouvement
+général d'attaque que l'armée commençait. Bientôt
+les renseignements arrivent, et l'on ne tarde
+pas à acquérir la triste certitude que le corps
+d'armée du duc de Raguse a été en effet surpris
+et dispersé dans une attaque de nuit; que le désordre
+a été extrême, que le parc a perdu une
+grande partie de ses canons; mais que le duc de
+Raguse n'est pas tué, et qu'il est de sa personne
+<a name="p191" id="p191"></a><span class="pagenum">191</span>
+du côté de Corbeny sur la route de Reims, cherchant
+à rallier les fuyards.</p>
+
+<p>Cet événement met le comble aux contrariétés
+qui depuis quelque temps déjouent tous nos
+efforts.</p>
+
+<p>Nous devions attaquer l'ennemi; c'est lui qui
+nous attaque, encouragé par les avantages qu'il
+vient d'obtenir dans la nuit: mais il ne peut parvenir
+à occuper le village de Clacy, où la division
+Charpentier fait la plus belle contenance. Il
+est repoussé, et nos détachements le poursuivent
+jusqu'aux portes de Laon. Cependant on ne
+peut plus penser à le forcer dans cette position;
+il faut s'occuper de la retraite, et Napoléon s'y
+résigne. Dans l'après-midi, les équipages commencent
+à se mettre en route; et, pour masquer
+le mouvement, on continue pendant le reste de
+la journée de faire diverses démonstrations contre
+l'ennemi. Ce n'est que le 11 au matin que Napoléon
+quitte Chavignon. L'armée le suit, et vient
+prendre position dans les défilés qui couvrent
+Soissons.</p>
+
+<p>Cette ville, si souvent prise et reprise dans
+cette courte campagne, et toujours jouant le rôle
+le plus important, se présente encore dans ce
+moment comme le seul obstacle qui puisse arrêter
+l'ennemi. A peine Napoléon est-il descendu
+<a name="p192" id="p192"></a><span class="pagenum">192</span>
+à l'évêché, qu'il s'occupe de pourvoir à la défense
+de la place. Il fait appeler les officiers du
+génie, les officiers d'artillerie, le duc de Trévise.
+Il passe avec eux l'après-midi du 11, et toute la
+journée du 12, tantôt au cabinet, couché sur une
+carte et le compas à la main; tantôt à cheval,
+parcourant le terrain et jetant partout son coup
+d'oeil.</p>
+
+<p>C'est le duc de Trévise qui reste à Soissons:
+tandis qu'il y disputera le passage à l'armée de
+Blücher, Napoléon tourne ses armes contre un
+nouvel ennemi.</p>
+
+<p>Dans la nuit du 12 au 13 mars, au moment
+où l'armée allait se mettre en marche pour revenir
+sur la Seine par la route de Soissons à
+Château-Thierry, Napoléon a reçu la nouvelle
+que le corps d'armée du général russe Saint-Priest,
+qui manoeuvrait du côté de Châlons-sur-Marne,
+vient de s'emparer de Reims. Le général
+Corbineau, aidé de la cavalerie du général Defrance,
+avait d'abord repoussé l'ennemi jusqu'à
+Sillery; mais les Russes étaient revenus au nombre
+de quinze mille hommes, et il avait fallu
+céder. On croyait Corbineau pris ou tué.</p>
+
+<p>L'occupation de Reims par l'ennemi rétablissait
+les communications de Schwartzenberg avec
+Blücher; d'ailleurs cette entreprise tournait déjà
+<a name="p193" id="p193"></a><span class="pagenum">193</span>
+la position qui venait d'être assignée au duc de
+Trévise: Napoléon ne peut négliger cet ennemi;
+il prend aussitôt le chemin de Reims, et le soir
+même il arrive aux portes de la ville. Les Russes,
+quoique surpris, n'en montrent pas moins la résolution
+de se défendre. On se bat toute la soirée
+et une partie de la nuit. Enfin, le général ennemi
+est grièvement blessé; on l'emporte, ses troupes
+le suivent, et Napoléon entre à Reims à une heure
+du matin.</p>
+
+<p>Les malheureux habitants avaient tout à craindre
+d'un tumulte que l'obscurité de la nuit pouvait
+porter au comble. Cependant (et il faut le
+dire à la louange des Russes et des Français)
+les uns ont évacué la ville, les autres en ont pris
+possession, sans qu'il y ait eu d'autres dommages
+que ceux qui sont inévitables dans un
+combat. Corbineau, qui avait disparu au moment
+de l'occupation de Reims par l'ennemi, se retrouve le
+14, à la pointe du jour, parmi les bourgeois
+de Reims, qui viennent faire foule devant
+le logis de Napoléon: il était resté déguisé chez
+un habitant.</p>
+
+<p>Les troupes du duc de Raguse, après s'être ralliées
+au pont de Béry-au-Bac, étaient venues
+prendre part à l'attaque de Reims. Leur chef est
+appelé pour rendre compte de son désastre; il
+<a name="p194" id="p194"></a><span class="pagenum">194</span>
+se présente: à sa vue, Napoléon s'emporte en reproches,
+qui n'entrent que trop avant peut-être
+dans le coeur du maréchal. Cependant après les
+plaintes viennent les explications: bientôt les sentiments
+que Napoléon a toujours portés à son aide
+de camp prennent le dessus, et ce n'est plus qu'un
+maître en l'art de la guerre qui relève les fautes
+d'un de ses élèves de prédilection: Napoléon finit
+par le retenir à dîner.</p>
+
+<p>Le même jour, 14, l'armée reçoit un renfort
+précieux dans la circonstance: on le doit au zèle
+et à l'activité du général Janssens, Hollandais,
+ancien gouverneur du cap de Bonne-Espérance,
+qui commande en ce moment sur la frontière
+des Ardennes. Les émissaires qu'on lui a envoyés
+pour le prévenir de l'arrivée de l'armée sur les
+bords de l'Aisne lui sont parvenus. Il a tiré aussitôt
+tous les détachements qu'il a pu des garnisons
+qu'il commande; et de ces détachements, réunis
+à Mézières, il a formé en dix jours un corps de
+six mille hommes, qu'il amène lui-même par la
+route de Rethel.</p>
+
+<p>Tandis que le prince de la Moskowa s'avance
+vers Châlons, l'armée fait halte dans les environs
+de Reims, et y passe les journées du 14, du 15
+et du 16. Ces trois jours de repos sont indispensables
+pour se préparer à de nouvelles marches.
+<a name="p195" id="p195"></a><span class="pagenum">195</span>
+Napoléon les met à profit dans son cabinet, et
+médite ce qui lui reste à faire.</p>
+
+<p>Cette halte militaire est une des dernières
+dans lesquelles il trouve le temps de signer le
+travail de ses ministres, et de mettre toutes les
+affaires de l'empire au courant. Il passe une
+grande partie du jour avec le duc de Bassano.
+Chaque semaine un auditeur du conseil d'état
+lui apportait le travail de Paris: quelles que fussent
+les fatigues de la guerre et la gravité des
+circonstances, il voyait tout, il pourvoyait à
+tout, et jusqu'alors il avait pu suffire aussi bien
+aux affaires de l'intérieur qu'à celles de l'armée.
+<a name="p196" id="p196"></a><span class="pagenum">196</span></p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE IX.</h4>
+
+<h4>NAPOLÉON RAMÈNE L'ARMÉE SUR LA SEINE.--COMBAT<br>
+D'ARCIS.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 16 au 21 mars.)</p>
+
+<p>Napoléon trouve dans la lecture de ses dépêches
+des renseignements qui lui permettent de
+jeter un regard autour de lui.</p>
+
+<p>Au nord, le général Maison continue de manoeuvrer
+entre Tournay, Lille et Courtray, et
+contient l'ennemi.</p>
+
+<p>Le général Carnot est resté maître de la campagne
+d'Anvers, et tient les Anglais à distance.
+Ceux-ci, après avoir échoué dans la tentative
+d'un bombardement dont notre flotte était le
+point de mire, viennent d'éprouver un échec
+plus sanglant.</p>
+
+<p>Leur général, Graham, avait des intelligences
+dans Berg-Op-Zoom; la nuit du 8 au 9 mars, ses
+troupes surprennent l'entrée d'une porte; quatre
+mille Anglais pénètrent dans la place; ils s'en
+croient maîtres: mais la présence d'esprit du
+<a name="p197" id="p197"></a><span class="pagenum">197</span>
+général Bizannet retourne le péril contre ceux qui
+l'ont apporté: il rallie ses troupes, marche aux
+Anglais, les surprend dans l'hésitation de la nuit,
+les chasse de rue en rue, les accule aux portes
+qui se sont refermées sur eux; et tout ce qui est
+entré dans la place y demeure mort ou prisonnier.
+Bayard n'aurait pas mieux fait!</p>
+
+<p>Du côté de Lyon l'horizon s'est rembruni. Le
+duc de Castiglione, au lieu de remonter la Saône,
+et de se porter franchement sur Vesoul, s'est
+amusé à guerroyer avec le général Bubna, qu'il
+a renfermé dans Genève; mais tandis qu'il avait
+son quartier général à Lons-le-Saulnier, les généraux
+Hesse-Hombourg et Bianchi, détachés de la
+grande armée autrichienne, arrivaient à marche
+forcée sur Dijon, pour occuper les routes de la
+Saône, et préserver les alliés de la plus dangereuse
+diversion qu'ils eussent à redouter.</p>
+
+<p>Augereau surpris s'est vu forcé de faire une
+contre-marche vers eux. Le 7 mars, il a abandonné
+le pays de Gex et la Franche-Comté. Ses
+illusions à l'égard de Bubna, qu'il croyait son
+seul ennemi, sont dissipées: mais il est trop tard.
+Il a manqué l'occasion de sauver la France. Ses
+efforts vont se borner à couvrir Lyon; et, dès ce
+moment, il cesse de peser dans la balance des
+grands événements de la campagne. Napoléon se
+<a name="p198" id="p198"></a><span class="pagenum">198</span>
+décide à remplacer Augereau par un général plus
+actif et plus entreprenant. Il jette d'abord les
+yeux sur son frère Jérôme; mais, pour inspirer
+confiance aux troupes, il faut un général dont la
+réputation soit populaire, et Napoléon arrête définitivement
+son choix sur le maréchal Suchet.</p>
+
+<p>Au pied des Pyrénées, tout annonce de la
+part de l'armée et de son chef un dévouement
+qui semble défier même les revers. Le maréchal
+Soult, après avoir tenu en échec, pendant près
+de deux mois, toutes les forces de Wellington
+devant Bayonne, a dû abandonner la ligne de
+l'Adour. Il y a été forcé le 27 février par la perte
+de la bataille d'Orthez. Sa retraite se fait sur
+Toulouse dans un ordre admirable; et déjà le 2
+mars, au combat de Tarbes, il vient de prendre
+sa revanche en taillant en pièces les troupes portugaises
+du général d'Acosta. Mais cette brave
+armée est affaiblie par les renforts qu'elle ne
+cesse d'envoyer sur Paris; Bayonne est donc abandonnée
+à ses propres forces, et le chemin de
+Bordeaux est ouvert.</p>
+
+<p>A Paris, l'on tremble encore une fois. Les
+ducs de Tarente et de Reggio n'ont pu conserver
+Troyes; ils l'ont évacué le 4 mars. Ils ont ensuite
+essayé d'arrêter l'ennemi au passage de la Seine
+à Nogent: «Mais l'armée de Schwartzenberg,
+<a name="p199" id="p199"></a><span class="pagenum">199</span>
+écrivent-ils, s'avance avec assurance, et ils prévoient
+qu'ils vont être forcés à continuer leur
+retraite.»</p>
+
+<p>Les progrès de l'ennemi, par tant de routes
+différentes, commencent à donner de la consistance
+aux espérances de la maison de Bourbon.
+Le duc d'Angoulême étend ses intelligences jusqu'à
+Bordeaux et dans tout le midi; M. le comte
+d'Artois se fait voir dans la Franche-Comté et la
+Bourgogne.</p>
+
+<p>On a signalé ses agents dans Paris
+et les amis de la dynastie impériale en ont pris
+l'alarme. Le prince Joseph, pour conjurer l'orage,
+a risqué de donner à l'impératrice le conseil
+d'écrire secrètement à son père; mais cette princesse
+s'est refusée à faire une pareille démarche
+sans l'aveu de Napoléon.</p>
+
+<p>La tentative du prince Joseph suffirait seule
+pour faire entrevoir à Napoléon à quelles inquiétudes
+on s'abandonne. Décidé à combattre à outrance,
+il n'a plus de temps à perdre; il veut
+porter un coup décisif, et ce ne peut être qu'en
+risquant le tout pour le tout.</p>
+
+<p>Il faut d'abord sauver Paris; l'ennemi peut y
+être le 20. C'est donc sur Schwartzenberg qu'il
+faut marcher. Mais on a besoin d'un avantage
+<a name="p200" id="p200"></a><span class="pagenum">200</span>
+signalé, et ce n'est pas en attaquant de front qu'on
+pourra l'obtenir; l'armée française est maintenant
+trop peu nombreuse: c'est en queue qu'il
+faut aller prendre les Autrichiens. Cette manoeuvre
+offre la chance de jeter le désordre dans
+l'arrière-garde ennemie, de faire des prises importantes,
+de déranger les combinaisons de l'attaque
+principale, et de placer les souverains alliés
+au coeur de la France dans une position faite
+pour les inquiéter. Au pis aller, notre retraite
+pourra toujours se faire sur les places de la Lorraine.</p>
+
+<p>On suppose Schwartzenberg arrivé à Nogent.
+Pour déboucher sur le dos de l'ennemi, l'armée
+française va donc se diriger sur Épernay, Fère-Champenoise
+et Méry. Le corps du prince de la
+Moskowa, qu'il avait été question de détacher
+en partisan sur la Lorraine, suspendra l'exécution
+de ce plan pour venir prendre part aux efforts
+que toutes nos forces réunies vont encore
+risquer. Ce corps d'armée suivra la grande route
+de Châlons à Troyes, et gagnera l'Aube; le rendez-vous
+est sur les bords de cette rivière.</p>
+
+<p>Mais, pendant le mouvement, Paris va se
+trouver découvert. Déjà Blücher pousse des partis
+sur Compiègne. L'impératrice et le roi de
+Rome resteront-ils exposés à être renfermés dans
+<a name="p201" id="p201"></a><span class="pagenum">201</span>
+la capitale, sous l'influence des ennemis du dedans
+et du dehors? Napoléon veut avant tout
+assurer la liberté de sa femme et de son fils. Il
+enjoint au prince Joseph de les faire partir de
+Paris, à la moindre apparence de danger, et de
+les envoyer avec les ministres sur la Loire.</p>
+
+<p>En même temps Napoléon écrit à son plénipotentiaire
+à Châtillon, et, dans ce dernier moment
+de la crise, il n'hésite plus sur les concessions,
+quelles qu'elles puissent être, pourvu que
+l'évacuation immédiate du territoire soit la première
+conséquence du traité. Les dépêches sont
+expédiées par triplicata. Deux courriers partent
+ainsi que M. Frochot, auditeur au conseil d'état,
+qui, né à Châtillon, connaît les localités et doit
+plus facilement qu'un autre franchir les obstacles
+qui peuvent retarder sa marche<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup class="sml">36</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name="footnote36"><b>Note 36: </b></a><a href="#footnotetag36">(retour)</a> Voir la dépêche de Reims, du 17 mars, au supplément
+de la seconde partie, nº 35.</blockquote>
+
+<p>Toutes ces dispositions faites, l'armée se met
+en route le 17 au matin. On ne laisse à Reims
+que le corps d'armée du duc de Raguse. Il doit
+s'entendre avec le duc de Trévise pour disputer
+pied à pied le chemin de la capitale aux masses
+de Prussiens, de Russes et de Suédois qui vont
+les déborder.
+<a name="p202" id="p202"></a><span class="pagenum">202</span> </p>
+
+<p>Napoléon arrive de bonne heure à Épernay. Il
+descend chez M. Moitte, maire de la ville. C'est
+là qu'il apprend les événements de Bordeaux.
+Les Anglais y sont entrés; ils y ont été appelés
+par le maire lui-même, par le comte de Lynch.
+D'abord les propositions de ce maire ont étonné
+l'ennemi, qui a hésité à s'y confier. Les gazettes<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup class="sml">37</sup></a>
+retentissaient encore de ses protestations de dévouement
+à Napoléon, et Wellington lui faisait
+l'honneur de craindre un piége dans sa double
+conduite; mais le duc d'Angoulême avait été entièrement
+rassuré à cet égard par les missions de
+M. de la Roche-Jacquelin, qui, depuis quelques
+jours, allait de Bordeaux chez le prince, et de
+chez le prince à Bordeaux.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name="footnote37"><b>Note 37: </b></a><a href="#footnotetag37">(retour)</a> En novembre, le comte de Lynch, accouru au pied
+du trône pour y donner de nouveaux gages de sa fidélité,
+s'écriait: «Napoléon a tout fait pour les Français; les
+Français feront tout pour lui.» (Voyez le Moniteur du
+28 novembre 1813.) Et le 29 février, en remettant les drapeaux
+de la garde nationale de Bordeaux, il n'avait parlé
+à ses administrés que de leurs devoirs «envers leur auguste
+souverain, dont tous les soins avaient pour but de
+conquérir une honorable paix.» Il avait traité de <i>téméraires
+les alliés, qui cherchaient à envahir notre territoire</i>;
+et si le danger s'approchait de Bordeaux, «il promettait
+de donner l'exemple du dévouement.» (Voyez le Moniteur
+du 6 mars 1814.) Il est remarquable que c'est à ce
+même comte de Lynch qu'on a cru devoir donner le premier
+cordon de la Légion-d'Honneur qui ait été distribué
+après la restauration.</blockquote>
+
+<p> <a name="p203" id="p203"></a><span class="pagenum">203</span> </p>
+
+<p>Wellington, cédant aux instances du duc d'Angoulême,
+avait donc consenti à détacher la division
+du général Béresford pour donner aux partisans
+de la maison de Bourbon l'appui qu'ils réclamaient;
+et ceux-ci, dès qu'ils s'étaient vus
+protégés par les baïonnettes anglaises, avaient
+proclamé Louis XVIII. Cette résolution avait eu
+lieu le 12 mars. Le duc d'Angoulême était attendu
+a Bordeaux pour y faire son entrée.</p>
+
+<p>Cette défection n'étonne pas Napoléon; il semble
+s'attendre à de plus douloureuses épreuves!</p>
+
+<p>Les bons habitants d'Épernay avaient défoncé
+leurs cachettes pour faire accueil à l'armée: pendant
+quelques heures, le vin de Champagne fait
+oublier aux soldats leurs fatigues, et aux généraux
+leurs inquiétudes!</p>
+
+<p>Le 18, l'armée continue sa marche vers l'Aube.
+On suit la lisière qui sépare la Champagne de la
+Brie, et l'on s'arrête à Fère-Champenoise pour
+y passer la nuit.</p>
+
+<p>Dans la soirée, Rumigny arrive de Châtillon.
+Il annonce à Napoléon que les temporisations
+diplomatiques touchent à leur terme. Les plénipotentiaires
+des alliés, n'ayant plus d'inquiétude
+<a name="p204" id="p204"></a><span class="pagenum">204</span>
+pour Blücher, ont renfermé aussitôt le duc
+de Vicence dans un délai de trois jours pour
+souscrire aux conditions proposées: pressé de
+cette façon, le plénipotentiaire de France a remis
+le 15 un contre-projet; mais dans une pareille
+démarche, et surtout lorsqu'il ne s'agit que
+de cessions et d'humiliations, le duc de Vicence
+n'est pas homme à avoir dépassé ses pouvoirs;
+il est donc probable que son contre-projet,
+quelque modéré qu'il puisse être, va devenir
+le signal de la rupture. Tandis que nos derniers
+courriers font mille détours au gré des caprices
+des commandants de troupes alliées, le délai
+fatal doit avoir expiré: ainsi le sort en est jeté.</p>
+
+<p>La sensation qu'en d'autres temps cette nouvelle
+aurait pu faire va se perdre dans la gravité
+des événements qui surviennent presque
+aussitôt.</p>
+
+<p>Les renseignements que Napoléon reçoit sur
+l'ennemi sont de nature à le faire persister dans
+sa marche sur Méry.</p>
+
+<p>Schwartzenberg avait ces jours derniers son
+quartier général à Pont; il y a passé la nuit du
+13 au 14. Il paraît être en pleine marche sur
+Paris; son avant-garde, commandée par Witgenstein,
+était le 16 à Provins. Le duc de Tarente
+et le duc de Reggio ne cessent d'écrire qu'ils
+<a name="p205" id="p205"></a><span class="pagenum">205</span>
+sont poussés sur Paris par toute l'armée autrichienne.
+Tout confirme donc Napoléon dans
+l'espoir qu'il va tomber sur l'arrière-garde et sur
+les bagages de l'ennemi.</p>
+
+<p>Le 19 au matin, on se hâte de partir de La
+Fère-Champenoise pour aller passer l'Aube à
+Plancy, et dans la soirée notre avant-garde, débouchant
+à travers les cendres de Méry, se retrouve
+au hameau de Châtres, sur la grande
+route de Troyes à Paris. On intercepte des bagages,
+on culbute des pontons, on fait quelques
+prisonniers, on recueille de nouveaux renseignements,
+et la véritable situation des choses
+s'éclaircit.</p>
+
+<p>Napoléon a été trompé par les alarmes de la
+capitale. Depuis cinq jours, les ennemis ne marchent
+plus sur Paris. Ils sont revenus à Troyes;
+leur avant-garde s'est en effet avancée jusqu'à
+Provins, mais le gros de l'armée autrichienne est
+resté presque stationnaire pendant tout le temps
+qu'a duré l'incertitude des alliés sur les événements
+de Laon et de Reims. L'échec éprouvé par
+Saint-Priest et le séjour de Napoléon à Reims ont
+encore ajouté à l'indécision des généraux ennemis.
+Ils avaient d'abord fait dire à leur avant-garde
+de s'arrêter; ils lui avaient ensuite ordonné
+de se replier sur Nogent et Villenoxe.
+<a name="p206" id="p206"></a><span class="pagenum">206</span>
+La nouvelle que Napoléon revenait sur la Seine,
+et qu'il était à Épernay, avait converti soudain
+ce premier mouvement en une retraite générale.
+Platoff, qui était à Sezanne avec tous ses
+Cosaques, était revenu le 17 sur Arcis; les ponts
+de Nogent avaient été levés précipitamment; le
+grand quartier général des alliés s'était replié
+sur Troyes; les gros bagages avaient reculé plus
+loin. Il était même question chez l'ennemi de
+se retirer jusqu'à Bar<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38"><sup class="sml">38</sup></a>. Les troupes que nous
+venons de surprendre à Châtres sont l'arrière-garde
+de l'arrière-garde; elles appartiennent au
+corps de Giulay, et ramènent les derniers bateaux
+du pont qui avait été jeté à Nogent.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote38" name="footnote38"><b>Note 38: </b></a><a href="#footnotetag38">(retour)</a> C'est dans cette terreur panique que l'empereur Alexandre
+fit dire, à quatre heures du matin, au général Schwartzenberg
+qu'il fallait envoyer un courrier à Châtillon pour
+qu'on signât le traité de paix que demanderait le duc de
+Vicence. (Voyez Wilson sur la Russie, édition de Paris,
+de 1817, page 90.) On assure que l'anxiété que l'empereur
+Alexandre éprouva à cette époque fut si grande, qu'il
+disait lui-même «que la moitié de sa tête en grisonnerait.»
+(Voyez l'ouvrage de M. de Beauchamp, page 112,
+tome II.) </blockquote>
+
+<p>Ainsi, plus de doutes; la grande armée autrichienne
+a rétrogradé; Paris en est délivré,
+et le retour de Napoléon a suffi pour ce résultats.
+<a name="p207" id="p207"></a><span class="pagenum">207</span>
+Mais ici le succès tourne contre nous; il
+dérange nos plans, fait venir l'armée, au pas de
+course, de Reims jusqu'à Méry, pour frapper sur
+le vide, et nous rejette dans le cercle des incertitudes,
+en imposant à Napoléon la nécessité
+d'entreprendre un nouveau système d'opérations.
+Le seul avantage qu'on ait obtenu, c'est
+la jonction avec les corps des ducs de Tarente
+et de Reggio. Ces maréchaux arrivent de Villenoxe
+à Plancy, croyant suivre les traces de Witgenstein;
+malgré cette réunion, nos forces sont
+encore tellement disproportionnées, qu'il est impossible
+de se commettre aux hasards d'une
+bataille rangée. Les considérations qui à Reims
+ont décidé à manoeuvrer sur les derrières de
+Schwartzenberg se représentent avec les mêmes
+probabilités. Napoléon reprend donc son premier
+plan. Nous avons tourné trop court en
+rabattant de Fère-Champenoise sur Plancy;
+maintenant, pour nous replacer dans la direction
+qui conduit sur les derrières de l'ennemi,
+nous allons remonter l'Aube jusqu'à Bar s'il le
+faut.</p>
+
+<p>Le 20 mars, toute l'armée était donc en marche
+pour remonter l'Aube: on arrive de bonne heure
+à la hauteur d'Arcis. On ne devait pas s'y arrêter;
+mais on aperçoit sur la route de Troyes quelques
+<a name="p208" id="p208"></a><span class="pagenum">208</span>
+troupes ennemies: des détachements vont les
+reconnaître; ils trouvent de la résistance, l'avant-garde
+s'engage, le canon gronde. Napoléon
+accourt, il appelle successivement toutes ses
+troupes; les forces de l'ennemi s'accroissent aussi,
+mais dans une proportion bien plus forte; et
+bientôt Napoléon, qui a eu l'espoir de tomber
+sur un corps isolé, reconnaît que c'est l'armée
+de Schwartzenberg tout entière qu'il a devant
+lui.</p>
+
+<p>De nouvelles résolutions chez les alliés avaient
+amené de nouveaux hasards.</p>
+
+<p>Au moment où le prince Schwartzenberg se
+disposait à évacuer Troyes pour continuer sa
+retraite, l'empereur Alexandre s'était opposé à
+ce mouvement. Un conseil de guerre avait été
+convoqué dans la nuit, et l'on avait avisé aux
+moyens de ne pas toujours reculer devant nos
+petites armées. A cet effet, on était convenu de
+se procurer une masse de forces telle que le
+nombre pût désormais l'emporter sur le courage,
+triompher des manoeuvres et maîtriser toutes les
+chances. Le nouveau plan consiste à réunir en
+une seule armée les forces immenses de Blücher
+et de Schwartzenberg. Toute opération d'attaque
+ou de retraite doit être ajournée jusqu'après
+cette grande concentration. Déjà l'ordre avait
+<a name="p209" id="p209"></a><span class="pagenum">209</span>
+été donné à Blücher de se rapprocher des bords
+de la Marne; en conséquence, il n'y a plus qu'à
+se mettre en marche pour aller au-devant de lui.
+Le rendez-vous général est donné dans les plaines
+de Châlons: Schwartzenberg s'y rendait par la
+route d'Arcis.</p>
+
+<p>Combien Napoléon, fatigué de conseils timides
+et de récits décourageants, était loin de
+soupçonner qu'il pût encore intimider ses ennemis
+au point de leur inspirer des marches
+d'une si haute prudence! En cherchant à manoeuvrer
+sur leurs flancs, il est tombé dans la nouvelle
+direction qu'ils viennent de prendre, et
+retrouve leur avant-garde. Cette rencontre est
+extrêmement critique pour l'armée française.
+Napoléon y court personnellement de grands
+risques. Enveloppé dans le tourbillon des charges
+de cavalerie, il ne se dégage qu'en mettant
+l'épée à la main. A diverses reprises il combat à
+la tête de son escorte; et loin d'éviter les dangers,
+il semble au contraire les braver. Un obus
+tombe à ses pieds; il attend le coup, et bientôt
+disparaît dans un nuage de poussière et de fumée:
+on le croit perdu; il se relève, se jette sur
+un autre cheval, et va de nouveau se placer
+sous le feu des batteries!... La mort ne veut pas
+de lui.
+<a name="p210" id="p210"></a><span class="pagenum">210</span> </p>
+
+<p>Tandis que l'ennemi se développe et forme un
+demi-cercle qui nous renferme dans Arcis, l'armée
+française se rallie sous les murs crénelés des
+maisons des faubourgs. La nuit vient la protéger
+dans cette position, mais on ne peut espérer de
+s'y maintenir long-temps; à chaque instant l'ennemi
+nous resserre davantage. Les boulets se
+croisent dans toutes les directions sur la petite
+ville d'Arcis; le château de M. de la Briffe, où
+se trouve le quartier impérial, en est criblé. Les
+faubourgs sont en feu, et nous n'avons qu'un
+seul pont derrière nous pour sortir de ce mauvais
+pas. Napoléon met la nuit à profit; le 21
+au matin, un second pont est jeté sur l'Aube,
+et le mouvement d'évacuation commence.</p>
+
+<p>Cependant l'affaire s'est engagée de nouveau
+sur toute la ligne, et dure une partie de la journée.
+On ne combat plus pour la victoire, mais on
+fait tête à l'ennemi; on le retient, on l'arrête,
+quand il pouvait nous écraser, et l'on repasse
+l'Aube avec ordre. Les ducs de Tarente et de
+Reggio restent les derniers sur la rive gauche<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39"><sup class="sml">39</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote39" name="footnote39"><b>Note 39: </b></a><a href="#footnotetag39">(retour)</a> Avant de quitter Arcis, Napoléon envoie deux mille
+francs de sa cassette aux soeurs de la charité, pour que,
+dans ce désastre, elles aient de quoi pourvoir aux premiers
+besoins des blessés et des malheureux. C'est le comte de
+Turenne qui est chargé de ce message.
+
+<p>Si Napoléon était mort sur le trône, combien de traits
+semblables, révélés par la reconnaissance, auraient déjà
+fatigué l'éloquence des panégyristes! (<i>Note de l'éditeur.</i>)</p> </blockquote>
+
+<p> <a name="p211" id="p211"></a><span class="pagenum">211</span> </p>
+
+<p>Cette affaire achève de convaincre l'armée
+qu'elle est trop faible pour lutter corps à corps
+contre les masses de l'ennemi. N'ayant pu leur
+barrer le passage de l'Aube, pouvons-nous penser
+à leur disputer le chemin de la capitale? Napoléon
+ne veut point reculer devant Schwartzenberg
+jusqu'aux barrières de Charenton. Il abandonne
+la route de Paris, et opère sa retraite par les
+chemins de traverse qui conduisent du côté de
+Vitry-le-Français et de la Lorraine.</p>
+
+<p> <a name="p212" id="p212"></a><span class="pagenum">212</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE X.</h4>
+
+<h4>MARCHES ET CONTRE-MARCHES ENTRE VITRY,<br>
+SAINT-DIZIER ET DOULEVENT.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 21 au 28 mars.)</p>
+
+<p>Nous voici désormais séparés de la capitale:
+les avenues en sont ouvertes à l'ennemi; mais
+aura-t-il la confiance d'y marcher?</p>
+
+<p>Le parti que prend Napoléon menace les communications
+principales des alliés, et va peut-être
+allumer un fatal incendie sur leurs derrières.
+S'ils donnent à cette manoeuvre hardie l'attention
+qu'elle mérite, Paris n'aura rien à craindre. Déjà
+ils semblent suivre nos traces avec inquiétude;
+les ducs de Reggio et de Tarente, qui sont à l'arrière-garde,
+font dire que toute l'armée ennemie
+est à notre poursuite. Napoléon, en s'éloignant,
+emporte donc l'espoir d'attirer les alliés dans un
+nouveau système d'opérations. Mais en même
+temps Napoléon ne perd pas de vue la rive gauche
+de la Seine, que les alliés viennent d'abandonner;
+il veut manoeuvrer de manière à rester
+<a name="p213" id="p213"></a><span class="pagenum">213</span>
+toujours maître de revenir sur Paris par
+cette route.</p>
+
+<p>On passe la nuit du 21 au 22 au village de Sommepuis.</p>
+
+<p>Le 22 on traverse la Marne au gué de Frignicourt.
+Un détachement va sommer Vitry-le-Français
+d'ouvrir ses portes, et la journée finit par
+de vaines démonstrations contre cette place. Napoléon
+s'arrête au château de Plessis-ô-le-Comte,
+commune de Longchamps, entre Vitry et Saint-Dizier.
+Il y dicte le bulletin d'Arcis et quelques
+dépêches pour Paris; mais les courriers n'ont
+plus de route: on a recours à des émissaires qui
+promettent de gagner Paris à travers champs<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40"><sup class="sml">40</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote40" name="footnote40"><b>Note 40: </b></a><a href="#footnotetag40">(retour)</a> Le bulletin d'Arcis a été perdu. </blockquote>
+
+<p>Le 23, l'armée continue son mouvement. On
+couche à Saint-Dizier; c'est dans cette ville que
+le duc de Vicence rejoint le quartier impérial. Il
+a quitté Châtillon le 20 mars; les derniers ordres
+de l'empereur, dont M. Frochot était porteur,
+ne lui sont parvenus qu'après la rupture. Le duc
+de Vicence était même déjà à trois lieues de Châtillon;
+il arrive accompagné du secrétaire de légation
+Rayneval; et pour arriver jusqu'à nous,
+ils ont dû subir les nombreux détours que l'ennemi
+leur a prescrits.
+<a name="p214" id="p214"></a><span class="pagenum">214</span> </p>
+
+<p>Ce retour du duc de Vicence sert de prétexte
+aux propos d'un sourd mécontentement qui règne
+dans la plupart des états majors généraux. Il y a
+autour de Napoléon lui-même trop de personnes
+qui s'éloignent de Paris avec regret. On s'inquiète
+tout haut; on commence à se plaindre. Dans la
+salle qui touche à celle où Napoléon s'est enfermé,
+on entend des chefs de l'armée tenir des
+propos décourageants<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41"><sup class="sml">41</sup></a>. Les jeunes officiers font
+groupe autour d'eux. On veut secouer l'habitude
+de la confiance. On cherche à entrevoir la possibilité
+d'une révolution; tout le monde parle, et
+d'abord on se demande: «Où va-t-on? Que devenons-nous?
+S'il tombe, tomberons-nous avec
+lui?» Jamais Napoléon n'a eu plus besoin de sa
+forte volonté pour lutter contre l'opposition qui
+l'entoure; mais, pour la première fois, il ignore
+ce qui se passe chez lui... ou feint de l'ignorer.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote41" name="footnote41"><b>Note 41: </b></a><a href="#footnotetag41">(retour)</a> «Il y a des exemples qui sont pires que des crimes...»
+Montesquieu, <i>Grandeur des Romains</i>, chap. 8. </blockquote>
+
+<p>Après l'aveu qui vient de nous échapper, hâtons-nous
+de rendre justice à l'armée. Officiers
+et soldats, tous ont conservé l'énergie et le dévouement
+qui peuvent seuls faire réussir la campagne
+aventureuse à laquelle on est près de s'abandonner.
+<a name="p215" id="p215"></a><span class="pagenum">215</span> </p>
+
+<p>Napoléon, avant de prendre un parti définitif,
+a besoin de recueillir des renseignements plus
+certains sur celui auquel la grande armée des alliés
+s'est elle-même décidée. Pour mettre le temps
+à profit, et continuer l'exécution de ses projets,
+il fait attaquer toutes les routes de l'ennemi; il
+envoie du côté de la Lorraine le duc de Reggio,
+qui s'établit à Bar-sur-Ornain, et du côté de Langres
+le général Piré, qui va courir jusqu'à Chaumont.
+Ces routes sont les lignes d'opération des
+alliés; elles sont couvertes de leurs parcs, de
+leurs bagages, de leurs voyageurs; on y trouvera
+des nouvelles, et il est possible d'y faire d'importantes
+captures! En attendant, l'armée prend
+position sur la route qui communique de Saint-Dizier
+à Bar-sur-Aube. Le 24 au soir, le quartier
+impérial s'établit à Doulevent; nos ailes s'étendent,
+l'une vers Bar, l'autre vers Saint-Dizier,
+prêtes à déboucher également sur les routes de
+la Lorraine, sur celles de la Bourgogne, ou sur
+la route de Paris par la rive gauche, suivant les
+avis qu'on recevra.</p>
+
+<p>Dans la réception que l'empereur a faite au
+duc de Vicence à Saint-Dizier, il lui a témoigné
+être toujours dans les dispositions pacifiques qui
+ont dicté ses dépêches de Reims. Persistant dans
+ces dispositions de la manière la plus franche et
+<a name="p216" id="p216"></a><span class="pagenum">216</span>
+la plus positive, il autorise le duc de Vicence à
+écrire à M. de Metternich pour reprendre les négociations.
+C'est de Doulevent que les lettres du
+duc de Vicence sont expédiées, et c'est le colonel
+d'état major Gallebois qui en est porteur<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42"><sup class="sml">42</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote42" name="footnote42"><b>Note 42: </b></a><a href="#footnotetag42">(retour)</a> Voir les lettres de Doulevent, au supplément de la seconde
+partie, n<sup>os</sup> 42 et 43. </blockquote>
+
+<p>Napoléon reste toute la journée du 25 à Doulevent.
+Pendant ce repos la cavalerie du général
+Piré entre à Chaumont, intercepte la route de
+Langres, enlève des estafettes et des courriers,
+soulève les paysans, et répand l'alarme depuis
+Troyes jusqu'à Vesoul. Mais le 26 au matin, Napoléon
+est tout-à-coup rappelé sur Saint-Dizier;
+l'ennemi y attaque vivement notre arrière-garde;
+il l'a forcée d'évacuer cette ville, et s'avance avec
+une confiance dont Napoléon croit pouvoir profiter.
+L'armée arrive donc inopinément au secours
+de l'arrière-garde, et rétablit le combat. La cavalerie
+des généraux Milhaud et Sébastiani bat l'ennemi
+au gué de Valcourt sur la Marne. Les alliés
+en désordre abandonnent Saint-Dizier, et s'enfuient
+par les deux routes opposées de Vitry et
+de Bar-sur-Ornain.</p>
+
+<p>Napoléon rentre encore une fois à Saint-Dizier;
+il y passe la nuit.
+<a name="p217" id="p217"></a><span class="pagenum">217</span> </p>
+
+<p>Il croyait être poursuivi par l'armée du prince
+Schwartzenberg, et il apprend par les déclarations
+des blessés que c'est à un corps détaché de
+l'armée de Blücher qu'il vient d'avoir affaire: les
+rapports de l'arrière-garde n'avaient cessé de répéter
+que toutes les forces de l'ennemi couraient
+après nous, et il acquiert la certitude que le
+corps d'armée de Wintzingerode est le seul qui
+ait été envoyé à notre poursuite. Que devient donc
+Schwartzenberg? Comment les troupes de Blücher,
+qui naguère menaçaient Meaux, se trouvent-elles
+maintenant aux portes de la Lorraine? On
+se perd en conjectures.</p>
+
+<p>Napoléon prend le parti de pousser une forte
+reconnaissance sur Vitry, et le 27 au soir il recueille
+sous les murs de cette place des détails
+qui lui donnent enfin l'explication des mouvements
+de l'ennemi. Les dépositions des prisonniers,
+le rapport de quelques uns de nos soldats
+échappés des mains de l'ennemi, les bulletins
+des alliés, leurs proclamations imprimées, que
+les paysans des environs de Vitry nous apportent,
+confirment la vérité sur les événements qui viennent
+de se passer.</p>
+
+<p>Tandis que Schwartzenberg forçait le passage
+de l'Aube à Arcis, Blücher arrivait par la route
+de Reims sur les bords de la Marne. Il avait
+<a name="p218" id="p218"></a><span class="pagenum">218</span>
+rejeté du côté de Château-Thierry les corps du duc
+de Raguse et du duc de Trévise. Le 23, la jonction
+des armées de Blücher et de Schwartzenberg
+s'était opérée. Jamais, depuis Attila, l'immense
+plaine qui s'étend entre Châlons et Arcis n'avait
+contenu plus de soldats!</p>
+
+<p> <a name="p219" id="p219"></a><span class="pagenum">219</span></p>
+
+<p>Il restait aux alliés à décider s'ils marcheraient
+contre Napoléon, ou s'ils s'avanceraient sur Paris;
+ils avaient long-temps hésité<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43"><sup class="sml">43</sup></a>. Les chefs les
+plus prudents, craignant une <i>Vendée impériale</i>,
+avaient parlé de se retirer sur le Rhin; et la
+réunion de toutes leurs forces ne leur paraissait
+pas moins nécessaire pour effectuer une telle retraite
+que pour marcher en avant: mais sur ces
+entrefaites, des émissaires secrets étaient arrivés
+de Paris<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44"><sup class="sml">44</sup></a>; ils avaient apporté la nouvelle qu'un
+puissant parti attendait les alliés; dès lors toute
+irrésolution avait cessé. Certain d'avoir la trahison
+pour auxiliaire, l'ennemi avait choisi, pour
+la première fois, le parti le plus hardi, et le 23
+mars au soir une proclamation qui annonçait à la
+France la rupture des négociations de Châtillon,
+et la réunion des deux grandes armées européennes,
+avait publié la résolution des alliés de s'avancer
+en masse sur Paris.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote43" name="footnote43"><b>Note 43: </b></a><a href="#footnotetag43">(retour)</a> Les alliés n'ignoraient pas que des instructions secrètes
+et précises étaient parvenues aux garnisons des places du
+Rhin et de la Moselle, à l'effet de se mettre en campagne
+à un signal convenu, et de se réunir à l'armée qu'on promettait
+de faire manoeuvrer sur la Lorraine... Mais ce qui
+méritait la plus sérieuse attention, c'étaient les dispositions
+au soulèvement que manifestaient un grand nombre de
+paysans de la Lorraine, de la Champagne, de l'Alsace, de
+la Franche-Comté, et de la Bourgogne. Dans les Vosges et
+les départements voisins, plusieurs insurrections partielles
+avaient entravé les opérations des armées alliées, ainsi que
+la marche de leurs convois. Au sein de l'Alsace, à Mulhausen,
+on avait découvert un complot tendant à égorger la
+faible garnison, et à se porter aussitôt sur Huningue pour
+attaquer les assiégeants, enclouer leurs canons, brûler le
+pont de Bâle et piller cette ville. Les ramifications de cette
+trame s'étendaient à plus de quarante paroisses. Ces dispositions
+hostiles étaient de nature à inspirer de l'inquiétude
+aux souverains alliés. Ils ne se dissimulèrent pas qu'ils
+ne pouvaient sans danger laisser manoeuvrer sur leurs communications
+une armée aussi mobile et un chef aussi entreprenant.
+Au moindre revers, la population entière des
+provinces envahies pouvait se lever, couper les ponts et
+les routes, attaquer les convois, brûler les magasins, harceler
+et affamer ses ennemis; en un mot, transformer la
+guerre en une insurrection nationale, et répondre ainsi aux
+provocations et aux efforts de Napoléon. Paris, cette ville
+immense, n'était-elle pas en état de guerre, et disposée
+pour une défense sérieuse? Presque tous les rapports, les
+journaux, les bulletins, les proclamations étaient unanimes.
+(Voyez Beauchamp, campagne de 1814, tome II,
+page 136 et suivantes.)</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote44" name="footnote44"><b>Note 44: </b></a><a href="#footnotetag44">(retour)</a> 44: Depuis la rupture des conférences de Châtillon, le czar
+avait reçu du sein de Paris même la première communication
+un peu authentique de la situation réelle de cette
+capitale, etc. (Beauchamp, tome II, page 139.)
+
+<p>Si les révélations historiques de M. Beauchamp ne
+suffisent pas, nous pouvons y ajouter les aveux précieux
+échappés à M. l'abbé de Pradt: «Les alliés, se sentant
+sur un terrain tout neuf, au milieu d'éléments absolument
+inconnus, désiraient s'appuyer des connaissances
+des personnes qu'ils supposaient être les mieux informées
+de l'état intérieur de la France. MM. de Talleyrand
+et de Dalberg avaient fixé leur attention d'une manière
+plus particulière... Quelque peu de titres que je
+puisse avoir à partager cet honneur, il m'avait été accordé.
+<i>On avait poussé l'attention jusqu'à pourvoir à
+notre avenir</i>, s'il eût été compromis par les événements...
+Nos réunions avec les personnes ci-dessus citées continuaient
+toujours, et souvent plusieurs fois par jour. Le
+congrès de Châtillon était notre fléau. Nous n'avons pas
+laissé passer un jour sans miner, sans ébranler la domination
+de l'empereur, et sans chercher ce qu'il fallait lui
+susciter au jour de sa chute. Les armées françaises se
+trouvaient interposées entre Paris et les alliés, les communications
+avec eux étaient de la plus extrême difficulté.
+Le premier qui ait triomphé des obstacles fut M. de Vitrolles,
+et c'est par lui que les ministres des grandes puissances
+commencèrent à acquérir des connaissances positives
+sur l'état des affaires intérieures, qu'ils ignoraient
+tout-à-fait.» (Extrait du récit historique publié par M. de
+Pradt sur la restauration de la royauté, pages 30, 31, 32
+et 47.)</p>
+
+<p>Pour achever d'éclaircir cette époque décisive de la
+campagne, nous finirons par la déclaration que M. Wilson,
+témoin oculaire, a publiée, page 91 de son écrit sur cette
+campagne. «Les alliés se trouvaient dans un cercle vicieux,
+d'où il leur était impossible de se tirer, <i>si la défection ne
+fût venue à leur secours.</i> Ils étaient hors d'état d'assurer
+leur retraite, et cependant obligés de s'y déterminer.
+<a name="p220" id="p220"></a><span class="pagenum">220</span>
+Cette défection favorable à leur cause, et qui, à ce que
+l'on croit, était préparée de longue main, fut consommée
+au moment même où les succès de Bonaparte semblaient
+hors du pouvoir de la fortune; et le mouvement sur
+Saint-Dizier, qui devait lui assurer l'empire, lui fit perdre
+la couronne.»</p></blockquote>
+
+<p><a name="p221" id="p221"></a><span class="pagenum">221</span> </p>
+
+<p>Les ducs de Trévise et de Raguse devaient présenter
+quelques obstacles à la marche de l'ennemi;
+ils pouvaient du moins rallier à eux les
+renforts et les convois qui sortaient chaque jour
+de la capitale pour aller rejoindre Napoléon; multiplier,
+par une retraite digne de leur talent, les
+fatigues de leurs adversaires, et se retirer enfin,
+sans avoir été entamés, jusqu'aux barricades des
+faubourgs de Paris: mais tous les malheurs devaient
+nous accabler à la fois. Les deux maréchaux,
+persuadés que Napoléon faisait sa retraite
+<a name="p222" id="p222"></a><span class="pagenum">222</span>
+sur eux, avaient cru devoir se porter au-devant
+de lui. Ils n'avaient reçu aucun des officiers que
+l'état major leur avait envoyés. A Château-Thierry,
+s'étant hasardés à marcher sur Fère-Champenoise,
+ils étaient venus donner tête baissée sur la masse
+dés alliés; aussi avaient-ils été écrasés. Ces événements
+avaient eu lieu le 25 mars, et les alliés les
+proclamaient sous le titre de <i>victoire de Fère-Champenoise</i>.</p>
+
+<p>Le même jour 25, le convoi du général Pacthod,
+qui amenait de Paris de l'artillerie et des munitions,
+avait été enlevé du côté de Sompuis; cette
+file de canons augmentait encore la liste des pièces
+que l'ennemi se vantait d'avoir prises au combat
+de Fère-Champenoise.</p>
+
+<p>En résumé, le succès des alliés était complet;
+la fortune avait pris plaisir à multiplier pour
+eux les fruits de la rencontre d'Arcis. Ils s'avançaient
+sur Paris, n'ayant plus devant eux que des
+fuyards.</p>
+
+<p>A peine le voile qui couvrait notre situation
+est-il tombé, que Napoléon remonte à cheval,
+s'éloigne de Vitry, et fait rentrer tout son monde
+dans Saint-Dizier. Il s'enferme dans son cabinet,
+et passe la nuit du 27 au 28 sur ses cartes.</p>
+
+<p>Si les alliés profitent de leurs avantages en
+marchant sur Paris, il nous reste à profiter des
+<a name="p223" id="p223"></a><span class="pagenum">223</span>
+nôtres: nous sommes maîtres de nos mouvements;
+rien ne nous empêche plus de rallier les
+garnisons, de fermer les routes, et de faire payer
+cher l'audace avec laquelle cette foule d'étrangers
+s'aventure au coeur de nos provinces! Que
+la capitale suive ses destinées, mais que l'ennemi
+y trouve son tombeau. Depuis l'ouverture
+de la campagne, on n'a cessé de prévoir cette
+extrémité; Napoléon a fait tous ses efforts pour
+se familiariser avec les résolutions qu'elle comporte;
+ses plans sont faits en conséquence, il n'y
+a plus qu'à persister... Cependant, au moment
+d'agir, tout change; la considération des
+dangers de Paris l'emporte! On fatiguait continuellement
+Napoléon de ce tableau. Devenu
+malheureux, il craint de paraître dur et absolu;
+il cède, et tout ce qui lui reste de ressources est
+sacrifié au salut de la capitale!
+<a name="p224" id="p224"></a><span class="pagenum">224</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<h4>CHAPITRE XI.</h4>
+
+<h4>RETOUR SUR PARIS.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 28 au 31 mars.)</p>
+
+<p>Paris peut résister quelques jours; les Parisiens
+ont promis de se défendre: mais Napoléon
+arrivera-t-il assez tôt à leur secours?</p>
+
+<p>L'ennemi, marchant à travers des plaines ravagées,
+achève de les épuiser; et nous ne pouvons
+suivre ses traces sans risquer d'aller nous
+perdre dans les déserts. Il faut donc prendre une
+route moins fatiguée. On a vu plus haut le soin
+que Napoléon a mis à se ménager celle de la
+rive gauche de la Seine: notre arrière-garde est
+encore échelonnée entre Saint-Dizier et Doulevent;
+qu'elle retourne vers Bar-sur-Aube. En suivant
+ce mouvement, l'armée débouchera sur la
+route de Troyes; nous aurons devant nous les
+avenues qui conduisent à Paris, et, la Seine nous
+séparant désormais de l'ennemi, nos marches
+n'en seront que plus assurées. C'est à ce parti que
+<a name="p225" id="p225"></a><span class="pagenum">225</span>
+Napoléon s'arrête. Quelque avance que l'ennemi
+ait sur nous, il espère arriver à temps pour rallier
+ses forces sous le canon de Montmartre, et
+discuter en personne les dernières conditions de
+la paix.</p>
+
+<p>Les ordres sont donnés: l'armée se met en
+marche pour gagner la route de Troyes par Doulevent.</p>
+
+<p>Au moment où le quartier impérial allait
+quitter Saint-Dizier, on amène sur des charrettes
+huit ou dix personnages dont les voitures ont
+été enlevées entre Nancy et Langres; ce sont les
+paysans des environs de Saint-Thibaut qui les
+ont prises. Parmi ces voyageurs, on distingue
+M. de Weissemberg, ambassadeur d'Autriche en
+Angleterre, qui revient de Londres; le général
+suédois de Brandt; le conseiller de guerre Peguilhem;
+et MM. de Tolstoï et Marcoff, officiers
+russes. Si l'on en croit les bruits que depuis l'on
+a fait courir, M. de Vitrolles, qui avait été envoyé
+vers M. le comte d'Artois par M. Talleyrand,
+faisait partie de cette capture; mais il était
+parvenu à s'échapper en se glissant parmi les
+domestiques. Les paysans avaient cru prendre
+M. le comte d'Artois lui-même, pour qui des
+relais avaient été commandés sur cette route.</p>
+
+<p>Ce qui, dans leur malheur, avait pu arriver
+<a name="p226" id="p226"></a><span class="pagenum">226</span>
+de mieux à ces messieurs, c'était d'avoir été conduits
+devant Napoléon. Il ne veut tirer de leur
+accident d'autre avantage que celui d'essayer
+une démarche directe auprès de son beau-père.
+M. de Weissemberg est appelé; il le fait déjeuner
+avec lui, et bientôt après il ordonne qu'on le
+remette en liberté ainsi que ses compagnons
+de voyage. Il leur fait rendre leurs portefeuilles
+et leurs dépêches; le duc de Vicence leur procure
+des chevaux, et M. de Weissemberg part
+chargé d'une commission confidentielle pour
+l'empereur d'Autriche. Mais, par une fatalité
+qu'on retrouve à chaque page de cet écrit, ce
+souverain avait été séparé de ses alliés; l'alarme
+répandue sur les grandes routes par les coureurs
+du général Piré avait gagné les équipages
+de l'empereur d'Autriche, et dans ce moment
+même, où il était si désirable que M. de Weissemberg
+pût le rejoindre, il était entraîné jusqu'à
+Dijon<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45"><sup class="sml">45</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote45" name="footnote45"><b>Note 45: </b></a><a href="#footnotetag45">(retour)</a> «L'empereur d'Autriche avait été forcé de s'enfuir,
+avec un gentilhomme et un domestique, dans un droska
+allemand, et d'aller se mettre en sûreté à Dijon, où il était
+resté trente heures réellement prisonnier.» (Voyez l'écrit
+de sir Robert Wilson, page 90.) </blockquote>
+
+<p> <a name="p227" id="p227"></a><span class="pagenum">227</span> </p>
+
+<p>Il faut donc oublier cette tentative qui n'a pas
+eu de suite.</p>
+
+<p>Peu d'heures après le départ de ces messieurs,
+on quitte Saint-Dizier. La campagne de Napoléon
+avait commencé dans cette ville; elle vient
+d'y finir. Désormais il ne va plus être question
+que du retour sur Paris.</p>
+
+<p>Le 28, dans l'après-midi, on se retrouve à
+Doulevent. Un émissaire de M. de La Valette
+y attendait Napoléon. Depuis dix jours on n'avait
+pas reçu de nouvelles de Paris: avec quel
+empressement on attend le déchiffrement du
+petit papier dont cet homme est porteur! Voici
+ce qu'on y trouve: «Les partisans de l'étranger,
+encouragés par ce qui se passe à Bordeaux,
+lèvent la tête; des menées secrètes les secondent.
+La présence de Napoléon est nécessaire,
+s'il veut empêcher que sa capitale ne soit livrée
+à l'ennemi. Il n'y a pas un moment à perdre.»</p>
+
+<p>L'armée s'était déjà remise en marche.</p>
+
+<p>Le 29 de grand matin, Napoléon part de Doulevent;
+on gagne par la traverse le pont de Doulencourt,
+et là une troupe de courriers, d'estafettes
+se présente: retenus long-temps à Nogent
+et à Montereau, ils ont pu enfin nous rejoindre
+par Sens et Troyes. Les troupes ennemies qui
+étaient de ce côté ont suivi le mouvement de
+<a name="p228" id="p228"></a><span class="pagenum">228</span>
+Schwartzenberg sur la Marne, et, comme Napoléon
+l'avait prévu, la route de Troyes est maintenant
+dégagée.</p>
+
+<p>Napoléon ordonne aussitôt au général Dejean,
+son aide de camp, de partir à franc étrier
+pour aller annoncer son retour aux Parisiens.</p>
+
+<p>Le général Dejean était en outre porteur du
+bulletin des événements de Doulevent et de Saint-Dizier;
+mais il n'a pu arriver à temps. Le Moniteur
+n'était plus à l'empereur. Les bulletins n'ont
+pu y être insérés; on les retrouve dans la brochure
+de la régence à Blois.</p>
+
+<p>Après cette halte de Doulencourt, on fait un
+effort de marche, et l'on arrive à Troyes dans la
+nuit. La garde impériale et les équipages ont
+fait quinze lieues.</p>
+
+<p>A peine est-on arrivé à Troyes, que le prince
+de Neuchâtel dépêche son aide de camp, le général
+Girardin, vers Paris, afin d'y multiplier les
+avis du retour.</p>
+
+<p>Napoléon n'a pris que quelques heures de repos,
+et le 30 au matin il est en route. Il croit
+devoir marcher militairement jusqu'à Villeneuve-sur-Vannes;
+n'ayant plus de doutes alors sur la
+sûreté de la route, il se jette dans un carriole de
+poste. Il apprend successivement, en changeant
+de chevaux, que l'impératrice et son fils ont
+<a name="p229" id="p229"></a><span class="pagenum">229</span>
+quitté Paris<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46"><sup class="sml">46</sup></a>, que l'ennemi est aux portes et
+qu'on se bat! Jamais il n'a mesuré plus impatiemment
+les distances; il presse lui-même les
+postillons; les roues brûlent le pavé!</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote46" name="footnote46"><b>Note 46: </b></a><a href="#footnotetag46">(retour)</a> 46: Au moment de monter en voiture, le jeune Napoléon,
+qui était accoutumé de faire de fréquents voyages à Saint-Cloud,
+à Compiègne, à Fontainebleau, etc., etc., ne
+voulait pas quitter sa chambre, poussait des cris, se roulait
+par terre, disait qu'il voulait rester à Paris, qu'il ne
+voulait pas aller à Rambouillet: sa gouvernante avait beau
+lui promettre de nouveaux joujoux; dès qu'elle le voulait
+prendre par la main pour l'entraîner, il recommençait à se
+rouler par terre en criant qu'il ne voulait pas quitter Paris:
+il fallut employer la force pour le porter dans une voiture.
+(Souvenirs de madame la veuve du général Durand, tom. I,
+pag. 205.) </blockquote>
+
+<p>Vers dix heures du soir, il n'est plus qu'à cinq
+lieues de Paris; il relayait à Fromenteau, près
+les fontaines de Juvisy, lorsqu'il apprend qu'il
+arrive quelques heures trop tard. Paris vient de
+se rendre, et l'ennemi doit y entrer au jour.</p>
+
+<p>Quelques troupes qui évacuent la capitale sont
+déjà arrivées dans ce village. Les généraux se
+pressent autour des voitures, parmi eux se trouve
+l'aide-major général Belliard, et bientôt les plus
+affligeants détails mettent Napoléon au courant
+des événements qui ont accéléré cette catastrophe.
+<a name="p230" id="p230"></a><span class="pagenum">230</span> </p>
+
+<p>Les ducs de Trévise et de Raguse, après le
+malheureux combat de Fère-Champenoise, n'avaient
+plus pensé qu'à se retirer en toute hâte
+sur Paris; mais à peine étaient-ils parvenus à la
+Ferté-Gaucher, que les corps prussiens, arrivant
+par les routes de Reims et de Soissons, étaient
+tombés sur eux. Dans cette situation, toute autre
+troupe aurait succombé: les restes de l'armée
+française avaient forcé le passage. Le 28 mars au
+matin, l'ennemi, suivant leurs pas, était arrivé à
+Meaux; à cette nouvelle, la régence avait cru
+devoir s'éloigner de Paris. Enfin, le 29 au soir
+les alliés avaient vu les dômes de la capitale.</p>
+
+<p>Depuis huit jours Paris était sans nouvelles.
+L'éloignement de Napoléon, qu'on croyait du
+côté de Saint-Dizier, avait fait perdre tout espoir
+d'être secouru. Le départ de l'impératrice et de
+son fils avait mis le comble au découragement;
+et par suite de ce brusque départ, qui avait entraîné
+les ministres et les principaux chefs du
+gouvernement, tout était resté dans le désaccord
+et la confusion. A la vue de l'ennemi, le riche
+avait pensé à capituler, et le pauvre à combattre;
+les ouvriers avaient demandé des armes, et n'avaient
+pu en obtenir<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47"><sup class="sml">47</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote47" name="footnote47"><b>Note 47: </b></a><a href="#footnotetag47">(retour)</a> «Les alliés étaient devant Paris, et l'approche de ce
+moment suprême ne nous avait pas trouvés endormis... Le
+jour de l'attaque, je courus chez M. de Talleyrand; je
+trouvai chez lui le duc de Plaisance et le baron Louis.»
+(M. de Pradt, pages 57 et 58.) </blockquote>
+
+<p> <a name="p231" id="p231"></a><span class="pagenum">231</span> </p>
+
+<p>Cependant les braves soldats des ducs de Trévise
+et de Raguse, avant de céder la capitale aux
+ennemis, avaient voulu tenter un dernier effort:
+quelques milliers d'hommes qui faisaient le fond
+des dépôts de Paris, les élèves de l'école polytechnique
+formés en compagnie d'artillerie, et
+huit à dix mille braves Parisiens fournis par la
+garde nationale, étaient sortis des murs pour
+prendre part au combat. Ils n'étaient pas en tout
+vingt-huit mille baïonnettes, et ils n'avaient pas
+désespéré de faire tête à l'ennemi.</p>
+
+<p>Ce matin même, 30 mars, la bataille s'était
+engagée dès cinq heures.</p>
+
+<p>L'attaque avait été commencée sur le bois de
+Romainville par l'avant-garde du corps d'armée
+du prince Schwartzenberg. Pendant toute la matinée,
+on avait combattu sur ce point avec une
+grande ténacité. Les villages de Pantin et de Romainville,
+pris et repris plusieurs fois, étaient
+restés au pouvoir des troupes françaises, et les
+alliés avaient été forcés de faire avancer leurs
+<a name="p232" id="p232"></a><span class="pagenum">232</span>
+réserves pour soutenir le combat<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48"><sup class="sml">48</sup></a>. Mais à midi,
+le plan d'attaque des alliés s'était développé.
+Blücher, arrivant sur la droite, s'était avancé à
+travers la plaine Saint-Denis, et avait marché sur
+Montmartre: à gauche les colonnes du duc de
+Wurtemberg s'étaient portées sur Charonnes et
+sur Vincennes.</p>
+
+<p>Dès ce moment, nos braves, enveloppés de
+toutes parts et d'heure en heure resserrés davantage,
+avaient perdu tout espoir, et ne combattaient
+plus que pour mourir<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49"><sup class="sml">49</sup></a>!</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote48" name="footnote48"><b>Note 48: </b></a><a href="#footnotetag48">(retour)</a> «La résistance des troupes françaises multipliait les obstacles
+à tel point qu'il devenait douteux qu'on pût s'emparer
+dans la journée des hauteurs qui dominent Paris; dès
+lors tout devenait problématique, car l'approche subite
+de Napoléon, au centre de tant de ressources, pouvait
+changer en un moment l'état de la guerre.» (Beauchamp,
+tome II, page 209.) </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote49" name="footnote49"><b>Note 49: </b></a><a href="#footnotetag49">(retour)</a> On n'oubliera pas ces belles paroles d'un grenadier
+mourant: <i>Ah! ils sont trop</i>. </blockquote>
+
+<p>Le prince Joseph, commandant en chef l'armée
+parisienne, voyant les flots de l'ennemi parvenus
+au pied de Montmartre, avait reconnu
+qu'on ne pouvait davantage différer de capituler.
+Il en avait donné l'autorisation au duc de Raguse,
+et était aussitôt parti pour aller rejoindre
+le gouvernement sur la Loire.
+<a name="p233" id="p233"></a><span class="pagenum">233</span> </p>
+
+<p>Dans l'espace de temps qui s'était écoulé en
+pourparlers pour obtenir l'armistice, nous avions
+achevé de perdre nos positions les plus importantes.
+L'ennemi s'était emparé des hauteurs de
+Mont-Louis, et du Père-Lachaise...; au centre,
+il avait pénétré dans Belleville et Ménilmontant;
+il s'était établi sur la butte Chaumont, qui domine
+tout Paris. Sa droite s'était groupée en
+grandes masses autour de la Villette, le duc de
+Raguse était acculé sur la barrière de Belleville;
+Montmartre venait d'être forcé; Blücher enfin
+allait attaquer la barrière Saint-Denis, lorsqu'on
+était convenu de suspendre les hostilités. C'était
+vers cinq heures du soir; des officiers d'état
+major des deux armées s'étaient aussitôt réunis.
+Les bases d'une capitulation avaient été posées;
+mais dans la soirée, la rédaction n'était pas encore
+terminée, et rien n'était signé.</p>
+
+<p>Voilà ce qu'on raconte à Napoléon: dans cette
+extrémité, il envoie le duc de Vicence à Paris
+pour voir s'il est encore possible d'intervenir
+au traité; il lui donne tout pouvoir. Il expédie
+en même temps un courrier à l'impératrice, et
+passe le reste de cette nuit à attendre des nouvelles.</p>
+
+<p>Dans ces moments d'anxiété, Napoléon n'est
+séparé des avant-postes ennemis que par la
+<a name="p234" id="p234"></a><span class="pagenum">234</span>
+rivière. Les alliés, descendus des hauteurs de Vincennes,
+ont forcé le pont de Charenton, et se
+sont répandus dans la plaine de Villeneuve-Saint-Georges;
+leurs bivouacs jettent des lueurs d'incendie
+sur les collines de la rive droite, tandis
+que l'obscurité la plus profonde protège, sur la
+rive opposée, le coin où Napoléon se trouve arrêté
+avec deux voitures de poste et quelques serviteurs.</p>
+
+<p>A quatre heures du matin, arrive un piqueur
+dépêché par le duc de Vicence: il annonce que
+tout est consommé; la capitulation a été signée
+à deux heures de la nuit, et les alliés entreront
+ce matin même dans Paris.</p>
+
+<p>Napoléon fait aussitôt rebrousser chemin à sa
+voiture, et va descendre à Fontainebleau.</p>
+
+<p>«C'est ici qu'il faut se donner le spectacle des
+choses humaines: qu'on voie tant de guerres
+entreprises, tant de sang répandu, tant de peuples
+détruits, tant de grandes actions, tant de
+triomphes, de politique, de constance, de courage;
+à quoi cela aboutit-il?<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50"><sup class="sml">50</sup></a>»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote50" name="footnote50"><b>Note 50: </b></a><a href="#footnotetag50">(retour)</a> Montesquieu, Décadence des Romains, chap. 15. </blockquote>
+
+<p>FIN DE LA SECONDE PARTIE.</p>
+
+
+<br>
+
+<a name="p235" id="p235"></a><span class="pagenum">235</span>
+
+<h3>SUPPLÉMENT<br>
+A LA SECONDE PARTIE.</h3>
+
+<h4>PIÈCES HISTORIQUES.</h4>
+<br>
+
+<p class="mid">(Nº 1.) <i>Lettre du duc de Vicence<br>
+Au prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 21 janvier 1814, au soir.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Prince</span>,</p>
+
+<p>C'est de Châtillon-sur-Seine que j'ai l'honneur
+d'annoncer mon arrivée à V. Exc. J'y attends les indications
+qu'elle a pensé que je pourrais y trouver.</p>
+
+<p>Je saisis avec empressement cette occasion de renouveler,
+etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span><br>
+<a name="p236" id="p236"></a><span class="pagenum">236</span> </p><br>
+
+<p class="mid">(Nº 2.) <i>Le duc de Vicence</i><br>
+
+<i>Au prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 25 janvier 1814, au soir.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Prince</span>,</p>
+
+<p>En mettant de l'empressement à m'engager à me
+diriger sur Châtillon, V. Exc. me faisait espérer que
+la prompte réunion des négociateurs allait mettre un
+terme aux délais toujours renaissants qui se succèdent
+depuis près de deux mois. Dès le 6 décembre, l'acceptation
+formelle par la France des bases de la paix
+était arrivée à Francfort, et a été aussitôt communiquée
+par les alliés à la cour de Londres; et ce n'est
+qu'un mois après, le 6 janvier, que son ministre est
+arrivé sur le continent. Le 14, après un délai plus
+que suffisant, il était attendu d'un instant à l'autre.
+Nous voici au 26; et V. Exc., dont je suis si près
+maintenant, ne m'a encore rien annoncé. Après une
+si longue attente, douze jours viennent d'être perdus,
+dans un moment où, d'une minute à l'autre, le
+sang de tous les peuples du continent va couler par
+torrent. Tous les maux qu'entraîne la guerre sont cependant
+sans motifs comme sans résultat, depuis que
+le voeu de la paix, exprimé par toutes les nations, et
+les explications qui ont déjà eu lieu, ont levé toutes les
+difficultés essentielles. Le destin du monde devra-t-il
+<a name="p237" id="p237"></a><span class="pagenum">237</span>
+continuer à dépendre indéfiniment des retards du lord
+Castlereagh, quand l'Angleterre a déjà des ministres
+accrédités près de chacun des souverains alliés? Sera-ce
+à une simple affaire de convenance qu'on abandonnera
+les intérêts les plus sacrés de l'humanité?</p>
+
+<p>Les retards qu'éprouva la négociation ne sont du
+fait ni de la France ni de l'Autriche, et c'est néanmoins
+la France et l'Autriche qui en peuvent le plus
+souffrir. Les armées alliées ont déjà envahi plusieurs
+de nos provinces; si elles avancent, une bataille va devenir
+inévitable, et sûrement il entre dans la prévoyance
+de l'Autriche de calculer et de peser les résultats
+qu'aurait cette bataille, soit qu'elle fût perdue
+par les alliés, soit qu'elle le fût par la France.</p>
+
+<p>Écrivant à un ministre aussi éclairé que vous l'êtes,
+je n'ai pas besoin de développer ces résultats; je dois
+me borner à les faire entrevoir, sûr que leur ensemble
+ne saurait échapper à votre pénétration.</p>
+
+<p>Les chances de la guerre sont journalières: à mesure
+que les alliés avancent, ils s'affaiblissent, pendant
+que les armées françaises se renforcent; et ils
+donnent, en avançant, un double courage à une nation
+pour qui, désormais, il est évident qu'elle a ses
+plus grands et ses plus chers intérêts à défendre. Or
+les conséquences d'une bataille perdue par les alliés
+ne pèseraient sur aucun d'eux autant que sur l'Autriche,
+puisqu'elle est en même temps la puissance
+principale entre les alliés et l'une des puissances centrales
+de l'Europe.
+<a name="p238" id="p238"></a><span class="pagenum">238</span> </p>
+
+<p>En supposant que la fortune continue d'être favorable
+aux alliés, il importe sans doute à l'Autriche de
+considérer avec attention quelle serait la situation de
+l'Europe, le lendemain d'une bataille perdue par les
+Français au coeur de la France, et si un tel événement
+n'entraînerait pas des conséquences diamétralement
+opposées à cet équilibre que l'Autriche aspire à
+établir, et tout à la fois à sa politique et aux affections
+personnelles et de famille de l'empereur François.</p>
+
+<p>Enfin l'Autriche proteste qu'elle veut la paix de
+même que ses alliés; mais n'est-ce pas se mettre en
+position de ne pouvoir atteindre ou de dépasser ce
+but, que de continuer les hostilités, quand de part
+et d'autre on veut arriver à une fin?</p>
+
+<p>Toutes ces considérations m'ont conduit à penser
+que, dans la situation actuelle des armées respectives,
+et dans cette rigoureuse saison, une suspension d'armes
+pourrait être réciproquement avantageuse aux
+deux partis.</p>
+
+<p>Elle pourrait être établie par une convention en
+forme ou par un simple échange de déclarations; elle
+pourrait être limitée à un temps fixe, ou indéfinie, avec
+la condition de ne la pouvoir faire cesser qu'en se
+prévenant tant de jours d'avance.</p>
+
+<p>Cette suspension d'armes me semble plus particulièrement
+dépendre de l'Autriche, puisqu'elle a la direction
+principale des affaires militaires; et j'ai pensé
+que, dans l'une et l'autre chance, l'intérêt de l'Autriche
+<a name="p239" id="p239"></a><span class="pagenum">239</span>
+était que les choses n'allassent pas plus loin et
+ne fussent pas poussées à l'extrême.</p>
+
+<p>C'est surtout cette persuasion qui me porte à
+écrire aujourd'hui à V. Exc.; si je m'étais trompé,
+si cette démarche, absolument confidentielle, devait
+rester sans effet, je dois prier V. Exc. de la regarder
+comme non avenue.</p>
+
+<p>Vous m'avez montré tant de confiance personnelle,
+et j'en ai moi-même une si grande dans la droiture de
+vos vues et dans les nobles sentiments qu'en toute
+circonstance vous avez exprimés, que j'ose espérer
+qu'une lettre que cette confiance a dictée, si elle
+ne peut atteindre son but, restera entre V. Exc. et
+moi.</p>
+
+<p>Veuillez agréer, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 3.)<i>Lettre du prince Schwartzenberg</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence.
+</i></p>
+
+<p class="rig">A mon quartier général, à Langres, le 26 janvier 1814,<br>
+à une heure du matin.</p><br><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>Je m'empresse de vous prévenir que dans ce moment
+viennent d'arriver ici S. M. l'empereur d'Autriche,
+<a name="p240" id="p240"></a><span class="pagenum">240</span>
+le prince de Metternich et lord Castlereagh.
+V. Exc. recevra dans les vingt-quatre heures des nouvelles
+ultérieures.</p>
+
+<p>Je me flatte que V. Exc. rencontrera toutes les
+prévenances de la part de nos militaires; les ordres
+qu'elle a désirés relativement à l'admission de ses secrétaires
+et de ses commis ont été donnés sur-le-champ,
+et V. Exc. en aura senti le plein effet.</p>
+
+<p>C'est avec bien des regrets que je me suis vu privé
+jusqu'à présent du plaisir de la voir et de l'assurer de
+vive voix de ma haute considération.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Schwartzenberg</span>.</span></p><br><br>
+
+<p class="mid">(Nº 4.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Langres, le 29 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>LL. MM. II. et RR., leurs cabinets, et le principal
+secrétaire d'état de S. M. britannique ayant le département
+des affaires étrangères, se trouvant réunis à
+Langres depuis le 27 janvier, LL. MM. ont choisi
+Châtillon-sur-Seine comme le lieu des négociations
+avec la France. Les plénipotentiaires de Russie,
+<a name="p241" id="p241"></a><span class="pagenum">241</span>
+d'Angleterre, de Prusse et d'Autriche, seront rendus dans
+cette ville le 3 février prochain.</p>
+
+<p>Chargé de porter cette détermination à la connaissance
+de V. Exc., je ne doute pas qu'elle n'y trouve
+la preuve de l'empressement des puissances alliées à
+ouvrir la négociation dans le plus court délai possible.</p>
+
+<p>Recevez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br>
+
+<p class="mid">(Nº 5.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence</i>.</p>
+
+<p class="rig">Langres, le 29 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>Je n'ai reçu qu'hier la lettre confidentielle que
+V. Exc. m'a adressée le 25 au soir. Je l'ai soumise à
+l'empereur, mon maître; et S. M. I. s'est déclarée
+être d'avis de ne pas faire usage de son contenu,
+convaincue que la démarche proposée ne mènerait à
+rien. Elle restera éternellement ignorée; et je prie
+V. Exc. d'être convaincue que, dans une position des
+choses quelconque, une confidence faite à notre cabinet
+est à l'abri de tout abus.</p>
+
+<p>J'aime à vous porter cette assurance dans un moment
+<a name="p242" id="p242"></a><span class="pagenum">242</span>
+d'un intérêt immense pour l'Autriche, la France
+et l'Europe. La conduite de l'empereur est et restera
+uniforme, comme l'est son caractère. Ses principes
+sont à l'abri de toute influence du temps et des circonstances.
+Ils furent les mêmes dans des époques
+de malheur; ils le sont et le resteront après que des
+événements au-dessus de tout calcul humain vont rassurer
+l'Europe dans la seule assiette qui puisse lui
+convenir. L'empereur est entré dans la présente guerre
+sans haine et il la poursuit sans haine. Le jour où il
+a donné sa fille au prince qui gouvernait alors l'Europe,
+il a cessé de voir en lui un ennemi personnel.
+Le sort de la guerre a changé l'attitude de ce même
+prince. Si l'empereur Napoléon n'écoute, dans les circonstances
+du moment, que la voix de la raison, s'il
+cherche sa gloire dans le bonheur d'un grand peuple,
+en renonçant à sa marche politique antérieure, l'empereur
+arrêtera de nouveau avec plaisir sa pensée au
+moment où il lui a confié son enfant de prédilection;
+si un aveuglement funeste devait rendre l'empereur
+Napoléon sourd au voeu unanime de son peuple et de
+l'Europe, il déplorera le sort de sa fille, sans arrêter
+sa marche.</p>
+
+<p>Je vous recommande beaucoup M. de Floret: si
+vous voulez m'écrire par lui, j'entretiendrai avec
+plaisir des rapports confidentiels que la circonstance
+rend possibles et dont le but sera l'accélération de la
+grande oeuvre pour laquelle vous allez vous rassembler.
+Je ne vous recommande pas moins le comte de
+<a name="p243" id="p243"></a><span class="pagenum">243</span>
+Stadion, que l'empereur envoie comme négociateur;
+il est impossible d'être plus unis que lui et moi le
+sommes de pensées, de vues et de principes.</p>
+
+<p>Il me serait difficile d'assurer V. Exc. combien je
+compte sur elle dans ce moment, qui est celui du
+monde. Si l'Europe doit être plus long-temps, que
+déjà elle ne l'est, la proie d'un terrible fléau, ni elle
+ni moi en serons la cause.</p>
+
+<p>Je compte de la part de V. Exc. sur la discrétion
+qu'elle est sûre de trouver en moi, et je la prie
+d'agréer les assurances, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Metternich</span>.</span></p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 6.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Langres, le 29 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p>Ma lettre officielle prouvera à votre excellence
+que les négociateurs vous arrivent, et que le point
+où vous êtes dans ce moment a été choisi par les
+souverains alliés. Si elle calcule que lord Castlereagh
+n'a vu l'empereur de Russie pour la première fois que
+le 27, vous ne trouverez aucun retard dans la fixation
+du 3 février pour l'arrivée des négociateurs.</p>
+
+<p>J'expédierai M. de Floret, dans le courant de la
+<a name="p244" id="p244"></a><span class="pagenum">244</span>
+nuit prochaine, à Châtillon. Il est chargé de choisir
+et de préparer des logements pour les plénipotentiaires.
+Je n'ai pas besoin de le recommander plus
+particulièrement à votre excellence.</p>
+
+<p>Agréez, monsieur le duc, l'assurance de ma haute
+considération et de mes inaltérables sentiments.</p>
+
+<p class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich.</span></p><br><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 7.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br>
+
+<i>Au prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 30 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p>J'ai reçu la lettre par laquelle votre excellence me
+fait l'honneur de m'informer que Châtillon-sur-Seine
+a été désigné par les souverains alliés pour le lieu des
+négociations, et que les plénipotentiaires de Russie,
+d'Angleterre, de Prusse et d'Autriche, seront rendus
+dans cette ville le 3 février prochain.</p>
+
+<p>Mon départ de Paris, depuis près d'un mois, et
+mon séjour même à Châtillon, sont des preuves trop
+évidentes de l'empressement et du désir sincère qu'a
+l'empereur, mon maître, de contribuer autant qu'il
+est en son pouvoir au rétablissement de la paix, pour
+que j'aie besoin d'en renouveler ici l'assurance. Votre
+<a name="p245" id="p245"></a><span class="pagenum">245</span>
+excellence n'ignore point qu'il n'a pas dépendu de nous
+d'accélérer un événement si long-temps attendu.</p>
+
+<p>Recevez, prince, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 8.) <i>M. le duc de Vicence</i><br>
+
+<i>A M. le prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 31 janvier 1814.</p><br><br>
+
+<p>M. de Floret m'a remis, mon prince, la lettre particulière
+que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire,
+en réponse à celle que j'ai adressée, le 25 de ce mois,
+à votre excellence; ma confiance en elle avait devancé
+celle qu'elle veut bien m'accorder, et lui est garant de
+ma discrétion.</p>
+
+<p>Plus que jamais, les hommes animés d'un bon esprit
+ont le besoin de s'entendre, pour mettre, s'il en
+est encore temps, un terme aux malheurs qui menacent
+le monde. Je regrette que l'idée d'un intérêt
+général, que j'ai soumise à votre jugement, et dont
+je crois l'adoption si nécessaire pour arriver à ce but,
+ne vous ait pas paru pouvoir être admise; j'aime à
+penser qu'elle n'est qu'ajournée, et que je trouverai
+votre plénipotentiaire disposé à m'appuyer pour la
+reproduire dans l'occasion.
+<a name="p246" id="p246"></a><span class="pagenum">246</span> </p>
+
+<p>Je ne puis que répéter à votre excellence ce que
+je lui ai déjà mandé. L'empereur veut sincèrement
+la paix. Nous n'avons d'autres pensées, d'autre vue,
+que de placer, comme votre excellence le dit si judicieusement,
+l'Europe sur des bases qui assurent à
+tous les états une longue tranquillité. Les difficultés
+ne viendront donc pas de nous, je vous l'assure;
+mais les espérances que vous aviez conçues pourront-elles
+se réaliser, si la modération, si la fidélité à des
+engagements pris à la face du monde ne se trouvent
+que de notre côté? Après une si longue attente, après
+tant d'efforts, et, je puis le dire, tant de sacrifices
+personnels pour la cause sacrée à laquelle je travaille
+ainsi que vous, je suis forcé d'avouer à votre excellence
+que j'avais espéré qu'elle me seconderait personnellement
+dans une tâche aussi importante que
+difficile, et qu'elle même voudrait achever son ouvrage.
+C'est M. de Stadion qui remplace votre excellence.
+Comme <i>Autrichien</i>, les véritables intérêts de
+nos deux pays doivent nous réunir. Comme <i>votre
+ami</i>, ma confiance en lui sera entière, et, sous ce
+rapport, ce choix ne peut que m'être agréable. Mais
+quelle autre influence que celle du ministre qui dirige
+la politique de la puissance prépondérante sur le
+continent, pourrait balancer celle de toutes les passions
+de l'Europe réunies et placées, si on peut s'exprimer
+ainsi, dans la main d'un négociateur anglais,
+pour s'en servir, s'il ne désire pas sincèrement la
+paix, au gré de ses vues particulières? Quelques
+<a name="p247" id="p247"></a><span class="pagenum">247</span>
+uns des choix qui ont été faits, n'avertissaient-ils
+pas votre excellence qu'il faudrait tout son crédit
+pour faire prévaloir même les idées les plus raisonnables?</p>
+
+<p>Vous voyez, mon prince, avec quelle franchise je
+réponds à celle que vous m'avez témoignée. Personne
+ne met une plus grande, une plus entière confiance
+que moi dans le caractère de l'empereur, votre maître.
+La constante invariabilité de ses principes peut
+seule nous donner la paix; mais le moment de la faire
+ne nous échappera-t-il pas, si vous ne vous prononcez
+pas fortement pour cette cause, dès l'ouverture
+des négociations? C'est de l'énergie que vous
+mettrez à réprimer les passions de tous les partis, et
+à modérer une ambition qui détruirait d'avance l'équilibre
+que vous aspirez à établir, qu'en dépendra le
+succès. La postérité, mon prince, ne nous tiendra
+nul compte de nos efforts, si nous ne réussissons
+pas. Votre excellence, qui est si convenablement
+placée pour être le régulateur de ces grands intérêts,
+n'aura rien fait, si une paix qui assure à chaque état les
+limites et le degré de puissance qui lui appartiennent,
+et qui porte ainsi en elle-même la garantie de sa durée,
+ne met pas aujourd'hui un terme aux troubles
+qui agitent, depuis si long-temps, la malheureuse
+Europe.</p>
+
+<p>Quant à moi, mes voeux vous sont connus depuis
+long-temps, rien ne peut les faire changer; vous pouvez
+donc compter sur moi, mon prince, comme je
+<a name="p248" id="p248"></a><span class="pagenum">248</span>
+compte sur vous pour tout ce qui pourra mener à
+ce noble but.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 9.) <i>Protocole des conférences de Châtillon-sur-Seine.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>Séance du 4 février 1814.</i></p>
+
+<p>S. Exc. M. le duc de Vicence, ministre des relations
+extérieures et plénipotentiaire de France, d'une part:</p>
+
+<p>Et les plénipotentiaires des cours alliées, savoir:</p>
+
+<p>S. Exc. M. le comte de Stadion, etc., pour l'Autriche;</p>
+
+<p>S. Exc. M. le comte de Razoumowski, etc, pour la
+Russie.</p>
+
+<p>LL. Exc. lord Aberdeen, lord Cathcart et sir
+Charles Stewart, etc., pour la Grande-Bretagne;</p>
+
+<p>Et S. Exc. M. le baron de Humboldt, etc., pour
+la Prusse, d'autre part;</p>
+
+<p>S'étant acquittés réciproquement des visites d'usage
+dans la journée du 4 février, sont convenus en même
+temps, de se réunir en séance, le lendemain 5 du
+mois de février.
+<a name="p249" id="p249"></a><span class="pagenum">249</span> </p>
+<br><br>
+<p class="mid">(Nº 10.) <i>Lettre de Napoléon</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Troyes, le 4 février 1814.</p><br><br>
+
+<p>Monsieur le duc de Vicence, le rapport du prince
+de Schwartzenberg est une folie........................;
+la vieille garde n'y était pas; la jeune garde n'a pas
+donné. Quelques pièces de canon nous ont été prises
+par des charges de cavalerie, mais l'armée était en
+marche pour passer le pont de Lesmont lorsque cet
+événement est arrivé, et deux heures plus tard l'ennemi
+ne nous aurait pas trouvés. Il paraît que toute
+l'armée ennemie était là...................................</p>
+
+<p>Vous me demandez toujours des pouvoirs et des
+instructions lorsqu'il est encore douteux si l'ennemi
+veut négocier. Les conditions sont, à ce qu'il paraît,
+arrêtées d'avance entre les alliés. C'était hier le 3,
+vous ne me dites pas que les plénipotentiaires vous
+en aient dit un mot. Aussitôt qu'ils vous les auront
+communiquées, vous êtes le maître de les accepter
+ou d'en référer à moi dans les vingt-quatre heures. Je
+ne conçois pas en vérité cette phrase que vous me
+renvoyez de M. de Metternich. Qu'entendent-ils par
+des ajournements, quand vous êtes depuis un mois
+aux avant-postes? M. de la Besnardière que j'ai vu hier
+au soir doit vous avoir rejoint. Le 2, un corps autrichien
+<a name="p250" id="p250"></a><span class="pagenum">250</span>
+a été battu à Rosnay; on lui a fait 600 prisonniers
+et tué beaucoup de monde. L'aide de camp du
+prince de Neufchâtel a été pris le premier, au moment
+où il faisait le tour de nos avant-postes. Sur ce, je
+prie Dieu, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 11.) <i>Protocole.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>Séance du 5 février, à une heure après midi.</i></p>
+
+<p>Les plénipotentiaires ci-dessus désignés se sont assemblés
+en maison tierce (dans celle de M. de Montmort),
+choisie pour le lieu des séances; et après avoir
+indistinctement pris place à une table de forme ronde,
+ils ont produit leurs pleins-pouvoirs respectifs en original
+et en copie vidimée; lesquels ont été mutuellement
+acceptés.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont remis
+ensuite la déclaration suivante:</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées déclarent
+qu'ils ne se présentent point aux conférences comme
+uniquement envoyés par les quatre cours de la part
+desquelles ils sont munis de pleins-pouvoirs, mais
+comme se trouvant chargés de traiter de la paix <i>avec
+la France au nom de l'Europe</i> ne formant qu'<i>un seul
+tout</i>; les quatre puissances répondent de l'accession
+<a name="p251" id="p251"></a><span class="pagenum">251</span>
+de leurs alliés aux arrangements dont on sera convenu
+à l'époque de la paix même.</p>
+
+<p>S. Exc. M. le duc de Vicence a répondu que rien
+n'était plus conforme aux vues de sa cour que ce qui
+tendait à simplifier les négociations et à en rapprocher
+le terme.</p>
+
+<p>Après cette observation, les plénipotentiaires des
+cours alliées passent à la détermination des formes
+des conférences, où ils déclarent à ce sujet:</p>
+
+<p>Qu'ils sont tenus à ne traiter que conjointement et
+à ne point admettre d'autres formes de négociations
+que celles de séances avec tenue de protocole.</p>
+
+<p>S. Exc. M. le plénipotentiaire français a déclaré
+n'avoir rien à opposer à cette forme.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées déclarent ensuite:</p>
+
+<p>Que les cours alliées adhèrent à la déclaration du
+gouvernement britannique portant:</p>
+
+<p>Que toute discussion sur le code maritime serait
+contraire aux usages observés jusqu'ici dans les négociations
+de la nature de la présente; que la Grande-Bretagne
+ne demande aux autres nations ni ne leur
+accorde aucune concession relativement à des droits
+qu'elle regarde comme réciproquement obligatoires
+et de nature à ne devoir être réglés que par le <i>droit
+des gens</i>, excepté là où ces mêmes droits ont été
+modifiés par des conventions spéciales entre des états
+particuliers;</p>
+
+<p>Qu'en conséquence les cours alliées regarderaient
+<a name="p252" id="p252"></a><span class="pagenum">252</span>
+l'insistance de la France à ce sujet comme contraire à
+l'objet de la réunion des plénipotentiaires, et comme
+tendant à empêcher le rétablissement de la paix.</p>
+
+<p>En recevant cette déclaration, S. Exc. M. le duc
+de Vicence a répondu que l'intention de la France
+n'a jamais été de demander rien de dérogatoire aux
+règles du droit des gens, et qu'il n'avait pas d'autre
+observation à faire.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées observent là-dessus
+qu'ils prennent cette déclaration pour acceptation.</p>
+
+<p>M. le duc de Vicence, après avoir dit que son gouvernement
+l'avait fait partir depuis long-temps pour
+accélérer autant qu'il était possible l'oeuvre de la paix,
+a demandé que l'on entrât à l'instant même dans le
+fond de la négociation, protestant que la France n'avait
+d'autre désir que d'arriver à connaître l'ensemble
+des propositions qui pouvaient amener la cessation
+des malheurs de la guerre.</p>
+
+<p>S. Exc. M. le comte de Razoumowski a dit qu'il
+n'avait point encore l'expédition signée de ses instructions.</p>
+
+<p>S. Exc. M. le duc de Vicence a observé qu'après le
+temps qui s'était écoulé, M. de Razoumowski étant
+si près de son souverain, on ne pouvait s'attendre à
+cet empêchement, et il a proposé de passer outre.</p>
+
+<p>Mais LL. Exc. les plénipotentiaires des cours alliées
+ayant dit qu'elles avaient pensé que la première conférence
+serait uniquement consacrée aux objets
+<a name="p253" id="p253"></a><span class="pagenum">253</span>
+rappelés ci-dessus, et sur l'observation qui a été faite
+que les instructions de M. le comte de Razoumowski
+arriveraient très probablement dans le jour, la conférence
+a été ajournée à demain.</p>
+
+<p>Châtillon-sur-Seine, le 5 février 1814.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> comte A. de <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>,<br>
+<span class="sc">Humboldt</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, J. comte de <span class="sc">Stadion</span>,<br>
+Charles <span class="sc">Stewart</span>, lieutenant général.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 12.) <i>Lettre de M. le duc de Bassano</i><br>
+
+<span class="sc">A M. le duc de Vicence</span>.</p>
+
+<p class="rig">Troyes, le 5 février 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>Je vous ai expédié un courrier avec une lettre de
+S. M.<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51"><sup class="sml">51</sup></a> et le nouveau plein-pouvoir<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52"><sup class="sml">52</sup></a> que vous avez
+demandé. Au moment où S. M. va quitter cette ville,
+elle me charge de vous en expédier un second, et de
+vous faire connaître en propres termes que S. M. vous
+<a name="p254" id="p254"></a><span class="pagenum">254</span>
+donne carte blanche pour conduire les négociations
+à une heureuse fin, sauver la capitale, et éviter une
+bataille où sont les dernières espérances de la nation.
+Les conférences doivent avoir commencé hier. S. M.
+n'a pas voulu attendre que vous lui eussiez donné
+connaissance des premières ouvertures, de crainte
+d'occasionner le moindre retard.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote51" name="footnote51"><b>Note 51: </b></a><a href="#footnotetag51">(retour)</a> Celle du 4 février, ci-avant, nº 10. </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote52" name="footnote52"><b>Note 52: </b></a><a href="#footnotetag52">(retour)</a> Ces pleins-pouvoirs étaient l'instrument de chancellerie ou
+lettres de créance sur parchemin, nécessaires pour accréditer le
+plénipotentiaire au congrès. </blockquote>
+
+<p>Je suis donc chargé, M. le duc, de vous faire connaître
+que l'intention de l'empereur est que vous vous
+regardiez comme investi de tous les pouvoirs nécessaires
+dans ces circonstances importantes pour
+prendre le parti le plus convenable, afin d'arrêter les
+progrès de l'ennemi et de sauver la capitale.</p>
+
+<p>S. M. désire que vous correspondiez le plus fréquemment
+possible avec elle, afin qu'elle sache à
+quoi s'en tenir pour la direction de ses opérations
+militaires.</p>
+
+<p>J'ai l'honneur, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le duc de <span class="sc">Bassano</span>.</span></p><br>
+
+<p> <a name="p255" id="p255"></a><span class="pagenum">255</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 13.) <span class="sc">Lettre du duc de Vicence</span><br>
+
+<i>A Napoléon.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 6 février 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Sire</span>,</p>
+
+<p>Un courrier parti de Troyes, le 5 février, m'a apporté
+une dépêche chiffrée de M. le duc de Bassano,
+laquelle, tout en me commettant au nom de V. M.
+les pouvoirs les plus étendus, me jette et me retient
+dans la plus embarrassante perplexité.</p>
+
+<p>Je me trouve ici placé vis-à-vis de quatre négociateurs,
+en ne comptant les trois plénipotentiaires
+anglais que pour un seul. Ces quatre négociateurs
+n'ont qu'une seule et même instruction, dressée par
+les ministres d'état des quatre cours. Leur langage
+leur a été dicté d'avance. Les déclarations qu'ils remettent
+leur ont été données toutes faites. Ils ne font
+pas un pas, ils ne disent point un mot sans s'être concertés
+d'avance. Ils veulent qu'il y ait un protocole;
+et si je veux moi-même y insérer les observations les
+plus simples sur les faits les plus constants, les expressions
+les plus modérées deviennent un sujet de
+difficulté, et je dois céder pour ne pas consumer
+le temps en vaines discussions. Je sens combien les
+moments sont précieux, je sens d'un autre côté qu'en
+<a name="p256" id="p256"></a><span class="pagenum">256</span>
+précipitant tout, on perdrait tout. Je presse, mais
+avec la mesure que prescrit le besoin de ne pas compromettre
+les grands intérêts dont je suis chargé;
+je presse autant que je puis le faire sans me jeter
+à la tête de ces gens-ci, et sans me mettre à leur
+merci.</p>
+
+<p>C'est dans cette situation que je reçois une lettre
+pleine d'alarmes. J'étais parti les mains presque liées,
+et je reçois des pouvoirs illimités. On me retenait, et
+l'on m'aiguillonne. Cependant on me laisse ignorer
+les motifs de ce changement. On me fait entrevoir
+des dangers, mais sans me dire quel en est le degré;
+s'ils viennent d'un seul côté ou de plusieurs. V. M.
+d'abord, et l'armée qu'elle commande; Paris, la Bretagne,
+l'Espagne, l'Italie, se présentent tour à tour, et
+tout à la fois à mon esprit; mon imagination se porte
+de l'une à l'autre, sans pouvoir former d'opinion fixe;
+ignorant la vraie situation des choses, je ne peux juger
+ce qu'elle exige et ce qu'elle permet; si elle est
+telle que je doive consentir à tout aveuglement, sans
+discussion et sans retard, ou si j'ai pour discuter, du
+moins les points les plus essentiels, plusieurs jours
+devant moi; si je n'en ai qu'un seul, ou si je n'ai pas
+un moment. Cet état d'anxiété aurait pu m'être épargné
+par des informations que la lettre de M. de Bassano
+ne contient pas.</p>
+
+<p>Dans l'ignorance où elle me laisse, je marcherai
+avec précaution, comme on doit le faire entre deux
+écueils; mais à toute extrémité, je ferai tout ce que
+<a name="p257" id="p257"></a><span class="pagenum">257</span>
+me paraîtront exiger la sûreté de V. M. et le salut de
+mon pays.</p>
+
+<p>Je suis, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 14.) <i>Protocole.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>Séance du 7 février 1814.</i></p>
+
+<p>Les protocoles de la séance du 5 ayant été expédiés
+en <i>double</i> et collationnés dans la journée d'hier,
+MM. les plénipotentiaires, à l'ouverture de la présente
+séance, ont muni ces expéditions de leurs signatures,
+en observant l'alternative entre le plénipotentiaire
+de la France d'un côté, et les plénipotentiaires
+des cours alliées de l'autre, les derniers y
+ayant procédé entre eux en adoptant la voie de <i>pêle-mêle</i>,
+tout préjudice sauf.</p>
+
+<p>Cette formalité remplie, les plénipotentiaires des
+cours alliées consignent au protocole ce qui suit:</p>
+
+<p>«Les puissances alliées réunissant le point de vue
+de la sûreté et de l'indépendance future de l'Europe,
+avec le désir de voir la France dans un état de possession
+analogue au rang qu'elle a toujours occupé
+dans le système politique, et considérant la situation
+dans laquelle l'Europe se trouve placée à l'égard
+de la France, à la suite des succès obtenus par
+leurs armes; les plénipotentiaires des cours alliées
+ont ordre de demander:
+<a name="p258" id="p258"></a><span class="pagenum">258</span> </p>
+
+<p>»Que la France rentre dans les limites qu'elle
+avait avant la révolution, sauf des arrangements
+d'une convenance réciproque sur des portions de
+territoire au-delà des limites de part et d'autre,
+et sauf des restitutions que l'Angleterre est prête à
+faire pour l'intérêt général de l'Europe, contre les
+rétrocessions ci-dessus demandées à la France, lesquelles
+restitutions seront prises sur les conquêtes
+que l'Angleterre a faites pendant la guerre; qu'en
+conséquence la France abandonne toute influence
+directe hors de ses limites futures, et que la renonciation
+à tous les titres qui ressortent des rapports
+de souveraineté et de protectorat sur l'Italie, l'Allemagne
+et la Suisse, soit une suite immédiate de cet
+arrangement.»</p>
+
+<p>Après que M. le duc de Vicence a entendu la lecture
+de cette proposition, il s'établit de part et d'autre
+entre les plénipotentiaires une conversation explicative
+de l'objet, à la suite de laquelle S. Exc. le
+plénipotentiaire français observe que, la proposition
+étant de trop grande importance pour pouvoir y répondre
+immédiatement, il désire à cet effet que la
+séance soit suspendue.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées n'hésitent pas
+à déférer à ce désir, et l'on convient de continuer la
+séance à huit heures dû soir.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires reprenant la séance à l'heure
+convenue, M. le duc de Vicence déclare ce qui suit:</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France renouvelle encore
+<a name="p259" id="p259"></a><span class="pagenum">259</span>
+l'engagement déjà pris par sa cour de faire, pour la
+paix, les <i>plus grands sacrifices</i>, quelque éloignée que
+la demande faite dans la séance d'aujourd'hui, au nom
+des puissances alliées, soit des <i>bases proposées par elles
+à Francfort</i> et fondées sur ce que les <i>alliés eux-mêmes</i>
+ont appelé les <i>limites naturelles</i> de la France;
+quelque éloignée qu'elle soit des déclarations que
+toutes les cours n'ont cessé de faire à la face de l'Europe;
+quelque éloignée que soit même leur proposition
+d'un état de possession analogue au rang que la France
+a toujours occupé dans le système politique, bases que
+les plénipotentiaires des puissances alliées rappellent
+encore dans leur proposition de ce jour. Enfin quoique
+le résultat de cette proposition soit d'appliquer à
+la France seule un principe que les puissances alliées
+ne parlent point d'adopter pour elles-mêmes, et dont
+cependant l'application ne peut être juste si elle n'est
+point réciproque et impartiale, le plénipotentiaire français
+n'hésiterait pas à s'expliquer sans retard de la manière
+la plus positive sur cette demande, si chaque sacrifice
+qui peut être fait et le degré dans lequel il peut
+l'être ne dépendaient pas nécessairement de l'espèce
+et du nombre de ceux qui seront demandés, comme
+la somme des sacrifices dépend aussi nécessairement
+de celle des <i>compensations</i>; toutes les questions d'une
+telle négociation sont tellement liées et subordonnées
+les unes aux autres, qu'on ne peut prendre de parti
+sur aucune avant de les connaître toutes. Il ne peut
+être indifférent à celui à qui on demande <i>des sacrifices</i>
+<a name="p260" id="p260"></a><span class="pagenum">260</span>
+de savoir <i>au profit de qui</i> il les fait et quel emploi on
+veut en faire, enfin si, en les faisant, on peut mettre
+tout de suite un terme aux malheurs de la guerre. Un
+projet qui développerait les vues des alliés dans tout
+leur ensemble remplirait ce but.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire renouvelle donc de la manière
+la plus instante la demande que les plénipotentiaires
+des cours alliées veuillent <i>bien s'expliquer positivement
+sur tous les points précités</i>.</p>
+
+<p>Après avoir pris lecture de ce qui vient d'être inséré
+au protocole de la part de M. le plénipotentiaire
+de France, les plénipotentiaires des cours alliées déclarent
+qu'ils prennent sa réponse <i>ad referendum</i>.</p>
+
+<p>Châtillon-sur-Seine, le 7 février 1814.</p>
+
+<p class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</p><br><br>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> le comte de <span class="sc">Stadion</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, <span class="sc">Humboldt</span>,
+le comte de <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>, Charles
+<span class="sc">Stewart</span>.</p>
+
+<br><hr class="rig"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 15.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br>
+
+<i>A M. le prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 8 février 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Prince</span>,</p>
+
+<p>J'ai reçu le 30 la lettre par laquelle vous m'annonciez
+que Châtillon serait le lieu des conférences. J'ai
+<a name="p261" id="p261"></a><span class="pagenum">261</span>
+écrit tout de suite à Paris pour faire venir ma maison
+et tout ce qui m'était nécessaire. Tout est arrivé
+le 5 à vos avant-postes. Quoique muni d'un passe-port
+visé par le général Herzenberg, on les a renvoyés,
+et je suis ici comme un courrier, avec ce que
+j'ai porté pendant mon long voyage. Mes courriers,
+détournés de leur route, font soixante lieues au lieu
+de vingt, sont maltraités, retardés trois à quatre
+heures à chaque poste de Cosaques; et tout cela depuis
+quatre jours. Cette manière d'être est si éloignée
+des procédés et du noble respect de votre armée pour
+le droit des gens; elle est d'ailleurs si contraire aux
+principes connus du prince de Schwartzenberg, que
+je m'adresse avec toute confiance à V. Exc. pour que
+mes courriers puissent être expédiés plus directement
+et plus sûrement. Qu'on leur bande les yeux, qu'on
+les accompagne, je l'ai toujours proposé. Quant à
+mes gens, effets et chevaux, ils viendront quand on
+voudra faire prévenir à nos avant-postes de la route
+de Nogent, qu'ils peuvent passer.</p>
+
+<p>V. Exc. a-t-elle reçu la petite boîte pour l'archiduchesse
+Léopoldine?</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p>
+
+<p> <a name="p262" id="p262"></a><span class="pagenum">262</span></p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 16.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br>
+
+<i>A M. le prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 8 février 1814.</p><br><br>
+
+<p>Vous m'avez autorisé, mon prince, à m'ouvrir à
+vous sans réserve. Je l'ai déjà fait, je continuerai;
+c'est une consolation à laquelle il me coûterait trop
+de renoncer.</p>
+
+<p>Je regrette chaque jour davantage que ce ne soit
+pas avec vous que j'aie à traiter; si j'avais pu le prévoir,
+je n'aurais point accepté le ministère, je ne serais
+point ici; je serais dans les rangs de l'armée, et
+j'y pourrais du moins trouver en combattant une
+mort qu'il me faudra mettre au rang des biens, si je
+ne peux servir ici mon prince et mon pays. M. le
+comte de Stadion est digne sans doute de l'amitié qui
+vous lie; il mérite la confiance que vous voulez que
+je prenne en lui; mais M. de Stadion n'est pas vous;
+il ne peut pas avoir sur les négociateurs l'ascendant
+qu'il vous eût appartenu d'exercer. Chargé de la négociation,
+vous auriez empêché, j'aime à le croire,
+qu'on ne lui fît prendre, comme aujourd'hui, une
+marche évidemment calculée pour consumer le temps
+en interminables délais. A quoi ces délais peuvent-ils
+être bons, si c'est uniquement la paix qu'on se propose?
+Ne suis-je pas ici pour conclure, et demandé-je
+<a name="p263" id="p263"></a><span class="pagenum">263</span>
+autre chose que de connaître les conditions auxquelles
+on la veut faire? Les alliés veulent-ils se ménager le
+temps d'arriver à Paris? Je ne vous dirai point,
+prince, de songer aux conséquences d'un tel événement
+par rapport à l'impératrice; sera-t-elle réduite
+à s'éloigner devant les troupes de son père, quand son
+auguste époux est prêt à signer la paix? Mais je vous
+dirai que la France n'est point tout entière à Paris;
+que la capitale occupée, les Français pourront penser
+que l'heure des sacrifices est passée; que des sentiments,
+que diverses causes ont assoupis, peuvent se
+réveiller; et que l'arrivée des alliés à Paris peut commencer
+une série d'événements que l'Autriche ne serait
+pas la dernière à regretter de ne pas avoir prévenus;
+car, dussions-nous finir par être accablés,
+est-ce l'intérêt de l'Autriche que nous le soyons?
+Quel profit a-t-elle à s'en promettre, et quelle gloire
+même en peut-elle attendre, si nous succombons sous
+les efforts de l'Europe entière? Vous, mon prince,
+vous avez une gloire immense à recueillir; mais c'est
+à condition que vous resterez le maître des événements,
+et le seul moyen que vous ayez de les maîtriser,
+est d'en arrêter le cours par une prompte paix.
+Nous ne nous refusons à aucun sacrifice raisonnable,
+nous désirons seulement connaître tous ceux qu'on
+nous demande, au profit de qui nous devons les faire,
+et si en les faisant nous avons la certitude de mettre
+immédiatement fin aux malheurs de la guerre. Faites,
+mon prince, que toutes ces questions soient posées
+<a name="p264" id="p264"></a><span class="pagenum">264</span>
+d'une manière sérieuse et dans leur ensemble. Je ne
+ferai pas attendre ma réponse. Vous êtes assurément
+trop sage pour ne pas sentir que notre demande
+est aussi juste que nos dispositions sont modérées.
+V. Exc. ne pourrait-elle pas venir avec M. de Nesselrode
+passer ici trois heures chez lord Castlereagh?
+Il serait bien digne du caractère de l'empereur d'Autriche,
+et du coeur du père de l'impératrice, de permettre
+ce voyage qui pourrait finir en trois heures
+une lutte maintenant sans objet et qui coûte à l'humanité
+tant de larmes.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 17.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br>
+<i>A Napoléon.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 8 février 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Sire</span>,</p>
+
+<p>Je reçois seulement la lettre que V. M. m'a fait
+écrire par M. le duc de Bassano. Je vais porter
+plainte des retards et des vexations qu'éprouvent les
+courriers.</p>
+
+<p>Les détails satisfaisants que me donne M. le duc de
+<a name="p265" id="p265"></a><span class="pagenum">265</span>
+Bassano sur les troupes que V. M. réunit auprès d'elle
+me font penser que je ferai bien d'attendre les ordres
+que je lui ai demandés par ma lettre d'hier.</p>
+
+<p>Je suis, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 18.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br>
+
+<i>Au prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 9 février 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Mon prince</span>,</p>
+
+<p>Je me propose de demander aux plénipotentiaires
+des cours alliées si la France, en consentant, ainsi
+qu'ils l'ont demandé, à rentrer dans ses anciennes limites,
+obtiendra immédiatement un armistice. Si par
+un tel sacrifice, un armistice peut être sur-le-champ
+obtenu, je serai prêt à le faire; je serai prêt encore,
+dans cette supposition, à remettre sur-le-champ une
+partie des places que ce sacrifice devra nous faire
+perdre.</p>
+
+<p>J'ignore si les plénipotentiaires des cours alliées
+sont autorisés à répondre affirmativement à cette
+question, et s'ils ont des pouvoirs pour conclure cet
+armistice. S'ils n'en ont pas, personne ne peut autant
+<a name="p266" id="p266"></a><span class="pagenum">266</span>
+que V. Exc. contribuer à leur en faire donner; les
+raisons qui me portent à l'en prier ne me semblent
+pas tellement particulières à la France, qu'elles ne
+doivent intéresser qu'elle seule. Je supplie V. Exc.
+de mettre ma lettre sous les yeux du père de l'impératrice:
+qu'il voie le sacrifice que nous sommes prêts
+à faire, et qu'il décide.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 19.) <i>Note des plénipotentiaires alliés.</i></p>
+
+<p class="mid">Châtillon-sur-Seine, le 9 février 1814.</p>
+
+<p>Les soussignés, plénipotentiaires des cours alliées,
+viennent de recevoir de S. Exc. M. le plénipotentiaire
+de Russie une communication portant:</p>
+
+<p>Que S. M. l'empereur de Russie ayant jugé à propos
+de se concerter avec les souverains, ses alliés, sur
+l'objet des conférences de Châtillon, S. M. a donné
+ordre à son plénipotentiaire de déclarer qu'elle désire
+que les conférences soient suspendues jusqu'à ce qu'elle
+lui ait fait parvenir des instructions ultérieures.</p>
+
+<p>Les soussignés ont l'honneur d'en donner part à
+M. le plénipotentiaire de France, en prévenant que
+les conférences ne peuvent rester que pour le moment
+suspendues. Ils s'empresseront d'informer M. le
+<a name="p267" id="p267"></a><span class="pagenum">267</span>
+plénipotentiaire du moment où ils seront mis à même
+d'en reprendre le cours.</p>
+
+<p>Les soussignés ont l'honneur de présenter en même
+temps à S. Exc. l'assurance de leur haute considération.</p>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> C. A. <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>, comte <span class="sc">de<br>
+Stadion</span>, <span class="sc">Humboldt</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, Charles<br>
+<span class="sc">Stewart</span>.</p>
+<br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 20.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence</i><br>
+
+<i>A Napoléon.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 10 février 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Sire</span>,</p>
+
+<p>Je ne veux pas perdre un moment pour envoyer à
+V. M. l'étrange déclaration que je viens de recevoir<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53"><sup class="sml">53</sup></a>.
+Je m'occupe de la réponse que je dois y faire et que
+je transmettrai à V. M. par un second courrier.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote53" name="footnote53"><b>Note 53: </b></a><a href="#footnotetag53">(retour)</a> Voyez cette déclaration au protocole. </blockquote>
+
+<p>Le peu que je sais, sur tout ce qui s'est passé hier
+et même avant-hier soir, prouverait que les plénipotentiaires
+alliés sont peu d'accord, qu'il y a eu de
+grandes difficultés, et que ce n'est que ce matin qu'ils
+<a name="p268" id="p268"></a><span class="pagenum">268</span>
+ont tous consenti à faire remettre cette note; le plénipotentiaire
+de Russie ayant déclaré qu'il ne pouvait
+continuer à négocier, et les autres ne voulant pas
+avoir l'air de se séparer de lui. Si l'Autriche a un but
+raisonnable, cette circonstance l'obligera à se prononcer,
+s'il en est encore temps. Ma lettre d'hier à
+M. de Metternich ne lui laisse pas de prétexte pour
+ne pas le faire. Le voyage de lord Castlereagh peut
+même lui donner les moyens de s'expliquer franchement
+et sans retard; car il me paraît que ce qui se
+passe depuis quarante-huit heures tient à un motif
+auquel on n'était point préparé. Au reste, cela ne
+peut tarder à s'éclaircir: la force des événements prend
+un tel empire que la sagesse et la prévoyance humaine
+ne peuvent plus rien.</p>
+
+<p>S'il n'y a de salut que dans les armes, je prie V. M.
+de me compter au nombre de ceux qui tiennent à
+honneur de mourir pour leur prince.</p>
+
+<p>Lord Castlereagh est parti ce matin à neuf heures.
+Je joins ici copie de la lettre que je crois à propos
+d'écrire à M. de Metternich.</p>
+
+<p>Je suis, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<p> <a name="p269" id="p269"></a><span class="pagenum">269</span> </p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 21.) <i>Note aux plénipotentiaires alliés.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, 10 février 1814.</p><br><br>
+
+<p>Le soussigné, plénipotentiaire de France, ayant
+reçu seulement aujourd'hui (dix, à onze heures du
+matin) une déclaration datée d'hier 9, et signée de
+LL. Exc. MM. les plénipotentiaires des cours alliées,
+n'a pu qu'être très surpris qu'elle lui fût ainsi parvenue,
+après que LL. Exc. elles-mêmes avaient, dès
+la première conférence, établi comme un principe
+invariable que rien de relatif à la négociation ne
+pourrait se traiter, ni conséquemment aucune délibération
+s'y rapportant être remise ou reçue hors des
+conférences, et lorsqu'elle pouvait si bien lui être remise
+dans la séance qu'il réclame depuis deux jours,
+et qu'il lui semble encore impossible que MM. les
+plénipotentiaires ne lui accordent pas, ne fût-ce que
+pour arrêter et signer le protocole de la dernière
+conférence, lequel appartenant au passé ne peut plus
+dépendre des déterminations présentes ou futures des
+cours alliées.</p>
+
+<p>Mais l'étonnement du soussigné a été extrême en
+apprenant par la note de MM. les plénipotentiaires
+que le seul désir d'une seule des quatre cours alliées
+leur paraît à tous une cause suffisante pour suspendre
+indéfiniment les négociations.</p>
+
+<p>Quoiqu'on n'ait motivé ce désir qu'en alléguant
+<a name="p270" id="p270"></a><span class="pagenum">270</span>
+l'intention de se concerter avec ses alliés, et quoiqu'il
+ait été déclaré, à diverses reprises et de la manière la
+plus solennelle, que les souverains alliés et leurs cabinets
+se sont dès long-temps communiqué toutes
+leurs vues et les ont arrêtées d'un commun accord;</p>
+
+<p>Le soussigné regarde donc comme un devoir de
+protester contre la détermination annoncée par
+LL. Exc. MM. les plénipotentiaires des cours alliées,
+d'autant plus que, par une singularité de circonstances
+qu'il ne peut s'empêcher de remarquer, il se trouve
+avoir à défendre, avec sa propre cause, celle des
+puissances dont les ministres sont réunis au congrès,
+et de toutes celles au nom desquelles ces mêmes ministres
+sont chargés de traiter.</p>
+
+<p>Quel que soit le résultat de la réclamation, les
+maux occasionnés par l'interruption des négociations
+ne pourront du moins être imputés à la France, qui,
+comme le soussigné l'a déclaré dans la réponse qu'il
+a remise dans la conférence du 7, et le réitère ici,
+est prête à faire les plus grands sacrifices pour mettre
+immédiatement un terme aux maux de la guerre.</p>
+
+<p>Le soussigné a l'honneur d'offrir à LL. EE. MM.
+les plénipotentiaires, les assurances de sa haute considération.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p271" id="p271"></a><span class="pagenum">271</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 22.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br>
+
+<i>Au prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon-sur-Seine, le 10 février 1814, midi.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Mon prince</span>,</p>
+
+<p>Je reçois ce matin seulement, à onze heures, par
+un employé de votre légation, la note dont copie est
+ci-jointe, sous la date du 9. Ma lettre d'hier, remise
+le soir à M. de Floret, vous a dit tout ce que nous
+sommes prêts à faire pour la paix. Cette note dit trop
+clairement tout ce qu'on se propose contre, pour que
+j'ajoute aucune réflexion. Notre cause devient celle
+de tous les gouvernements qui veulent la paix.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 23.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Troyes, le 15 février 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>L'empereur m'ayant autorisé à faire usage de la
+lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser
+<a name="p272" id="p272"></a><span class="pagenum">272</span>
+le 9 de ce mois, près des cabinets alliés, les plénipotentiaires,
+réunis à Châtillon, ont reçu l'ordre d'entrer
+en pourparler avec vous sur la proposition que renfermait
+la lettre de V. Exc.</p>
+
+<p>L'objet de la demande qu'elle m'a fait l'honneur de
+m'adresser, se trouvant ainsi rempli, il ne me reste
+qu'à lui offrir l'assurance, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le prince <span class="sc">de Metternich</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 23<sup>bis</sup>.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Troyes, le 15 février 1814.</p><br><br>
+
+<p>Je n'ai pas répondu aux lettres confidentielles de
+V. Exc., parceque je n'avais rien à lui dire. Nous
+venons de remettre en train vos négociations, et je
+réponds à V. Exc. que ce n'est pas chose facile que
+d'être le ministre de la coalition. Ce que vous m'avez
+dit de flatteur sur vos regrets de ne pas me voir à
+Châtillon ne peut porter que sur des sentiments personnels
+desquels vous m'avez donné tant de preuves.
+Croyez que, sous le rapport des affaires, je suis plus
+utile ici que chez vous. Je vous ai déjà recommandé
+M. le comte de Stadion; croyez-moi sur parole. Mylord
+Castlereagh est également un homme de la
+<a name="p273" id="p273"></a><span class="pagenum">273</span>
+meilleure trempe, droit, loyal, sans passions, et par conséquent
+sans préjugés. Il fallait une composition
+d'hommes comme le sont les ministres anglais du
+moment, pour rendre possible la grande oeuvre à laquelle
+vous travaillez, et qui, je me flatte, sera couronnée
+du succès. V. Exc. ne doit pas regretter d'avoir
+accepté le ministère; il n'est beau que dans des temps
+difficiles.</p>
+
+<p>Le comte de Stadion vous parlera de la ligne de vos
+courriers. Ce n'est pas seulement sous des points de
+vue militaires qu'il est impossible de les faire passer
+par les armées; mais nous ne pouvons pas, avec la
+meilleure volonté, répondre de nos hordes de troupes
+légères. Si vous en avez de très pressés, et que la
+direction du quartier général de votre empereur y
+prête, envoyez-moi des dépêches chiffrées, je les ferai
+passer sur la route la plus directe, par les avant-postes.</p>
+
+<p>Voici une lettre de la famille Mesgrigny à leur frère,
+fils, etc., veuillez la lui faire passer. Ce sont de braves
+gens qui ont le <i>bonheur</i> de me posséder dans leur
+hôtel; bonheur véritable, car je ne les mange pas.
+C'est une vilaine chose, mon cher duc, que la guerre,
+et surtout quand on la fait avec cinquante mille Cosaques
+ou Baskirs.</p>
+
+<p>Recevez l'assurance de mes sentiments inviolables,
+etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p274" id="p274"></a><span class="pagenum">274</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 24.) <i>Note des plénipotentiaires alliés.</i></p>
+
+<p class="mid">Châtillon-sur-Seine, le 17 février 1814.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées, aux conférences
+de Châtillon, ont eu l'honneur de prévenir,
+par une note du 9 de ce mois, S. Exc. M. le plénipotentiaire
+de France du motif pour lequel les conférences
+ne pouvaient que rester pour le moment
+suspendues; se trouvant maintenant à même d'en
+reprendre le cours, les soussignés ont l'honneur d'en
+informer monsieur le plénipotentiaire de France.</p>
+
+<p>Ils présentent en même temps à S. Exc. les assurances
+de leur haute considération.</p>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> comte <span class="sc">de Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>,<br>
+<span class="sc">Humboldt</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, <span class="sc">Stadion</span>.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 25.) <i>Continuation du protocole des conférences
+de Châtillon-sur-Seine.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>Séance du 17 février 1814.</i></p>
+
+<p>Les séances ayant été suspendues, d'après une note
+des plénipotentiaires des cours alliées en date du 9,
+ont été reprises aujourd'hui 17 février.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées commencent
+<a name="p275" id="p275"></a><span class="pagenum">275</span>
+la conférence par consigner au protocole ce qui suit:</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France a fait précéder sa
+déclaration renfermée dans le protocole du 7 de ce
+mois, d'un préambule dans lequel il fait des rapprochements
+entre les déclarations antérieures et les propositions
+actuelles des cours alliées. Il leur serait aisé
+de répondre à ces rapprochements, ainsi qu'aux autres
+réflexions contenues dans ce préambule, et de prouver
+que la marche politique de leurs cours, dans les
+transactions actuelles, a été constamment à la fois
+dirigée par l'intention ferme et inébranlable de rétablir
+un juste équilibre en Europe, et adaptée aux
+événements amenés par des opérations de leurs armées;
+mais comme une pareille discussion serait entièrement
+étrangère au but de la négociation dont les plénipotentiaires
+des cours alliées se feraient scrupule de
+s'écarter; comme elle ferait dégénérer les protocoles
+de leurs conférences en véritables notes verbales; et
+comme ils sont fermement résolus de ne point se
+laisser détourner, pour quoi que ce fût, de la marche
+simple qu'ils ont annoncée dès le commencement, ils
+se bornent à déclarer, de la manière la plus positive,
+qu'ils disconviennent entièrement de ce qui est énoncé
+dans le préambule de la dite déclaration du plénipotentiaire
+de France, et ils passent ensuite immédiatement
+à l'objet principal.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire autrichien prend à cet effet la
+parole au nom de ses collègues, et dit:</p>
+
+<p>Qu'à la suite de la séance du 7 du mois, le
+<a name="p276" id="p276"></a><span class="pagenum">276</span>
+plénipotentiaire français avait, dans une lettre adressée
+le 9 au prince de Metternich, annoncé l'intention de
+demander aux plénipotentiaires des cours alliées, si la
+France consentant, ainsi que ceux-ci l'ont demandé,
+à rentrer dans ses anciennes limites, obtiendra immédiatement
+un armistice: que, si par un tel sacrifice
+un armistice peut être sur-le-champ obtenu, il serait
+prêt à le faire; que de plus, il serait prêt, dans cette
+supposition, à remettre sur-le-champ une partie des
+places que ce sacrifice devrait faire perdre à la France;</p>
+
+<p>Que le ministre des affaires étrangères de S. M. l'empereur
+d'Autriche, ayant porté cette ouverture à la
+connaissance des cours alliées, celles-ci ont autorisé
+leurs plénipotentiaires aux conférences à déclarer:</p>
+
+<p>Qu'elles estiment qu'un traité préliminaire qui serait
+fondé sur le principe énoncé ci-dessus, et qui aurait
+pour suite immédiate la cessation des hostilités sur
+terre et sur mer, en mettant par là un terme également
+prompt aux maux de la guerre, atteindrait mieux et
+plus convenablement qu'un armistice, au but généralement
+désiré; et que, pour abréger davantage la
+négociation, les cours alliées ont transmis à leurs
+plénipotentiaires le projet d'un traité préliminaire
+dont il allait être donné lecture.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire français observe qu'en faisant
+au prince de Metternich la demande confidentielle qui
+lui a été adressée pour un armistice, il était loin de
+s'attendre que les séances seraient aussi inopinément
+suspendues, et la négociation interrompue pendant
+<a name="p277" id="p277"></a><span class="pagenum">277</span>
+neuf jours, ce qui avait changé l'état de la question
+et l'objet qu'il se proposait; que des préliminaires,
+exigeant une discussion plus ou moins longue, n'arrêtaient
+pas au moment même, comme un armistice,
+l'effusion du sang.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire autrichien lit ensuite le projet
+de traité préliminaire suivant:</p>
+
+<p><i>Projet d'un traité préliminaire entre les hautes
+puissances alliées et la France.</i></p>
+
+<p>Au nom de la très sainte et indivisible Trinité.</p>
+
+<p>LL. MM. II. d'Autriche et de Russie, S. M. le roi
+du royaume-uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande,
+et S. M. le roi de Prusse, agissant au nom de tous
+leurs alliés, d'une part, et S. M. l'empereur des Français
+de l'autre, désirant cimenter le repos et le bien-être
+futur de l'Europe, par une paix solide et durable
+sur terre et sur mer, et ayant, pour atteindre à ce
+but salutaire, leurs plénipotentiaires actuellement
+réunis à Châtillon-sur-Seine, pour discuter les conditions
+de cette paix, lesdits plénipotentiaires sont
+convenus des articles suivants:</p>
+
+<p>Art. 1<sup>er</sup>. Il y aura paix et amnistie entre LL. MM. II.
+d'Autriche et de Russie, S. M. le roi du royaume-uni
+de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, et S. M. le roi de
+Prusse, agissant en même temps au nom de tous leurs
+alliés, et S. M. l'empereur des Français, leurs héritiers
+et successeurs à perpétuité.
+<a name="p278" id="p278"></a><span class="pagenum">278</span> </p>
+
+<p>Les hautes parties contractantes s'engagent à apporter
+tous leurs soins à maintenir, pour le bonheur
+futur de l'Europe, la bonne harmonie si heureusement
+rétablie entre elles.</p>
+
+<p>Art. 2. S. M. l'empereur des Français renonce, pour
+lui et ses successeurs, à la totalité des acquisitions,
+réunions ou incorporations de territoire faites par la
+France depuis le commencement de la guerre de 1792.</p>
+
+<p>S. M. renonce également à toute l'influence constitutionnelle
+directe ou indirecte hors des anciennes
+limites de la France, telles qu'elles se trouvaient établies
+avant la guerre de 1792, et aux titres qui en
+dérivent, et nommément à ceux de roi d'Italie, roi
+de Rome, protecteur de la confédération du Rhin, et
+médiateur de la confédération suisse.</p>
+
+<p>Art. 3. Les hautes parties contractantes reconnaissent
+formellement et solennellement le principe de la souveraineté
+et indépendance de tous les états de l'Europe,
+tels qu'ils seront constitués à la paix définitive.</p>
+
+<p>Art. 4. S. M. l'empereur des Français reconnaît formellement
+la reconstruction suivante des pays limitrophes
+de la France:</p>
+
+<p>1º L'Allemagne composée d'états indépendants unis
+par un lien fédératif;</p>
+
+<p>2º L'Italie divisée en états indépendants, placés
+entre les possessions autrichiennes en Italie et la
+France;</p>
+
+<p>3º La Hollande sous la souveraineté de la maison
+d'Orange, avec un accroissement de territoire.
+<a name="p279" id="p279"></a><span class="pagenum">279</span> </p>
+
+<p>4º La Suisse, état libre, indépendant, replacé dans
+ses anciennes limites, sous la garantie de toutes les
+grandes puissances, la France y comprise.</p>
+
+<p>5º L'Espagne sous la domination de Ferdinand VII,
+dans ses anciennes limites.</p>
+
+<p>S. M. l'empereur des Français reconnaît de plus le
+droit des puissances alliées de déterminer, d'après les
+traités existants entre les puissances, les limites et
+rapports tant des pays cédés par la France que de leurs
+états entre eux, sans que la France puisse aucunement
+y intervenir.</p>
+
+<p>Art. 5. Par contre, S. M. britannique consent à restituer
+à la France, à l'exception des îles nommées les
+Saintes, toutes les conquêtes qui ont été faites par elle
+sur la France, pendant la guerre, et qui se trouvent à
+présent au pouvoir de S. M. britannique, dans les Indes
+orientales, en Afrique et en Amérique.</p>
+
+<p>L'île de Tabago, conformément à l'article 2 du présent
+traité, restera à la Grande-Bretagne, et les alliés
+promettent d'employer leurs bons offices pour engager
+LL. MM. suédoise et portugaise à ne point mettre
+d'obstacle à la restitution de la Guadeloupe et de
+Cayenne à la France.</p>
+
+<p>Tous les établissements et toutes les factoreries conquises
+sur la France, à l'est du cap de Bonne-Espérance,
+à l'exception des îles Maurice (île de France),
+de Bourbon et de leurs dépendances, lui seront restituées.
+La France ne rentrera dans ceux des susdits
+établissements et factoreries qui sont situés dans le
+<a name="p280" id="p280"></a><span class="pagenum">280</span>
+continent des Indes et dans les limites des possessions
+britanniques, que sous la condition qu'elle les
+possédera uniquement à titre d'établissements commerciaux;
+et elle promet en conséquence de n'y point
+faire construire de fortifications, et de n'y point entretenir
+de garnisons ni forces militaires quelconques
+au-delà de ce qui est nécessaire pour maintenir la
+police dans lesdits établissements.</p>
+
+<p>Les restitutions ci-dessus mentionnées en Asie, en
+Afrique, et en Amérique, ne s'étendront à aucune
+possession qui n'était point effectivement au pouvoir
+de la France avant le commencement de la guerre
+de 1792.</p>
+
+<p>Le gouvernement français s'engage à prohiber l'importation
+des esclaves dans toutes les colonies et
+possessions restituées par le présent traité, et à défendre
+à ses sujets, de la manière la plus efficace, le
+trafic des nègres en général.</p>
+
+<p>L'île de Malte, avec ses dépendances, restera en
+pleine souveraineté à S. M. britannique.</p>
+
+<p>Art. 6. S. M. l'empereur des Français remettra,
+aussitôt après la ratification du présent traité préliminaire,
+les forteresses et forts des pays cédés, et ceux
+qui sont encore occupés par ses troupes en Allemagne,
+sans exception, et notamment la place de Mayence
+dans six jours; celles de Hambourg, Anvers, Berg-op-Zoom,
+dans l'espace de six jours; Mantoue,
+Palma-Nuova, Venise et Peschiera, les places de
+l'Oder et de l'Elbe, dans quinze jours, et les autres
+<a name="p281" id="p281"></a><span class="pagenum">281</span>
+places et forts dans le plus court délai possible, qui
+ne pourra excéder celui de quinze jours. Ces places
+et forts seront remis dans l'état où ils se trouvent présentement,
+avec toute leur artillerie, munitions de
+guerre et de bouche, archives, etc.; les garnisons
+françaises de ces places sortiront avec armes, bagages,
+et avec leurs propriétés particulières.</p>
+
+<p>S. M. l'empereur des Français fera également remettre,
+dans l'espace de quatre jours, aux armées alliées
+les places de Besançon, Belfort et Huningue,
+qui resteront en dépôt jusqu'à la ratification de la
+paix définitive, et qui seront remises dans l'état dans
+lequel elles auront été cédées à mesure que les armées
+alliées évacueront le territoire français.</p>
+
+<p>Art. 7. Les généraux commandant en chef nommeront
+sans délai des commissaires chargés de déterminer
+la ligne de démarcation entre les armées réciproques.</p>
+
+<p>Art. 8. Aussitôt que le présent traité préliminaire
+aura été accepté et ratifié de part et d'autre, les hostilités
+cesseront sur terre et sur mer.</p>
+
+<p>Art. 9. Le présent traité préliminaire sera suivi,
+dans le plus court délai possible, par la signature d'un
+traité de paix définitif.</p>
+
+<p>Art. 10. Les ratifications du traité préliminaire
+seront échangées dans quatre jours, ou plus tôt, si faire
+se peut.</p>
+
+<p>En foi de quoi les plénipotentiaires de LL. MM. II.
+d'Autriche et de Russie, de S. M. le roi du royaume-uni
+<a name="p282" id="p282"></a><span class="pagenum">282</span>
+de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, et de
+S. M. le roi de Prusse, d'une part, et le plénipotentiaire
+de S. M. l'empereur des Français, de l'autre, l'ont
+signé et y ont fait apposer le cachet de leurs armes.</p>
+
+<p>Fait à Châtillon, etc., etc.</p>
+
+<p>Cette lecture achevée, le plénipotentiaire de France
+prie les plénipotentiaires des cours alliées de répondre
+à l'observation et aux questions suivantes:</p>
+
+<p>Il fait observer que le projet confond le titre de roi
+d'Italie avec ceux de médiateur et de protecteur, qui
+en diffèrent essentiellement; que le premier est un
+titre de souveraineté, ce que les deux autres ne sont
+pas; qu'il est attaché à la possession d'un état, que
+cet état est indépendant de la France, que les renonciations
+de celle-ci n'entraîneraient nullement une renonciation
+à la couronne d'Italie, à laquelle l'empereur
+des Français ne pourrait pas renoncer comme
+empereur, mais uniquement en sa qualité de roi.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées répliquent
+qu'assurément l'intention des cours alliées est que le
+traité contienne la renonciation de l'empereur Napoléon
+à la possession du royaume d'Italie, et que puisqu'il
+paraît que le projet peut laisser des doutes là-dessus,
+cette renonciation devra y être ajoutée en
+termes explicites.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France a demandé ensuite si
+le roi de Saxe était compris dans les arrangements
+que les alliés projetaient pour l'Allemagne, et serait
+rétabli dans la pleine possession de son royaume;
+<a name="p283" id="p283"></a><span class="pagenum">283</span> </p>
+
+<p>Si le roi de Westphalie, reconnu par toutes les
+puissances du continent, recouvrerait son royaume
+ou obtiendrait une indemnité;</p>
+
+<p>Enfin, si les droits du vice-roi, comme héritier du
+royaume d'Italie, étaient reconnus pour le cas où le
+roi d'Italie renoncerait à la couronne de ce royaume.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont déclaré
+s'en tenir pour le moment à leur projet.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire français dit alors que la pièce
+dont il vient de lui être donné lecture et communication
+est d'une trop haute importance pour qu'il
+puisse y faire, dans cette séance, une réponse quelconque,
+et qu'il se réserve de proposer aux plénipotentiaires
+des cours alliées une conférence ultérieure
+lorsqu'il sera dans le cas d'entrer en discussion sur
+ce qui forme l'objet des ouvertures faites dans la
+présente séance.</p>
+
+<p>Châtillon-sur-Seine, le 17 février 1814.</p>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence; <span class="sc">Aberdeen</span>,<br>
+<span class="sc">Cathcart</span>, le comte <span class="sc">de Razoumowski</span>, <span class="sc">Humboldt</span>,<br>
+le comte de <span class="sc">Stadion</span>, Charles <span class="sc">Stewart</span>,<br>
+lieutenant-général.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p284" id="p284"></a><span class="pagenum">284</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 26.) <i>Lettre de Napoléon</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Nangis, le 17 février 1814.</p><br><br>
+
+<p>Monsieur le duc de Vicence, je vous ai donné carte
+blanche pour sauver Paris et éviter une bataille qui
+était la dernière espérance de la nation. La bataille a
+eu lieu; la Providence a béni nos armes. J'ai fait 30 à
+40,000 prisonniers. J'ai pris deux cents pièces de canon,
+un grand nombre de généraux, et détruit plusieurs
+armées sans presque coup férir. J'ai entamé hier
+l'armée du prince de Schwartzenberg, que j'espère détruire
+avant qu'elle ait repassé nos frontières. Votre
+attitude doit être la même, vous devez tout faire pour
+la paix, mais mon intention est que vous ne signiez
+rien sans mon ordre, parceque seul je connais ma
+position. En général, je ne désire qu'une paix <i>solide</i>
+et <i>honorable</i>, et elle ne peut être telle que sur les
+bases proposées à Francfort. Si les alliés eussent accepté
+vos propositions le 9, il n'y aurait pas eu de
+bataille, je n'aurais pas couru les chances de la fortune
+dans le moment où le moindre insuccès perdait la
+France; enfin, je n'aurais pas connu le secret de leur
+faiblesse. Il est juste qu'en retour j'aie les avantages
+des chances qui ont tourné pour moi. Je veux la paix,
+mais ce n'en serait pas une que celle qui imposerait à
+<a name="p285" id="p285"></a><span class="pagenum">285</span>
+la France des conditions plus humiliantes que les
+bases de Francfort. Ma position est certainement plus
+avantageuse qu'à l'époque où les alliés étaient à
+Francfort. Ils pouvaient me braver; je n'avais obtenu
+aucun avantage sur eux, et ils étaient loin de mon
+territoire. Aujourd'hui c'est tout différent; j'ai eu
+d'immenses avantages sur eux, et des avantages tels
+qu'une carrière militaire de vingt années, et de quelque
+illustration, n'en présente pas de pareils. Je suis
+prêt à cesser les hostilités et à laisser les ennemis
+rentrer tranquilles chez eux, s'ils signent les préliminaires
+basés sur les propositions de Francfort. La
+mauvaise foi de l'ennemi et la violation des engagements
+les plus sacrés mettent seuls des délais entre
+nous; et nous sommes si près, que, si l'ennemi vous
+laisse correspondre avec moi directement, en vingt-quatre
+heures on peut avoir réponse aux dépêches.
+D'ailleurs je vais me rapprocher davantage. Sur ce, je
+prie Dieu, etc.</p>
+
+<p><i>P. S.</i> Comment arrive-t-il qu'aujourd'hui 18, je
+n'aie de dépêches de vous que du 14? Nous ne sommes
+cependant éloignés de vous que de vingt-cinq
+lieues.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p286" id="p286"></a><span class="pagenum">286</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 27.) <i>Continuation du protocole des conférences
+de Châtillon-sur-Seine.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>Séance du 28 février 1814.</i></p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées déclarent au
+protocole ce qui suit:</p>
+
+<p>Plusieurs jours s'étant écoulés depuis que le projet
+des préliminaires d'une paix générale a été présenté
+par les plénipotentiaires des cours alliées à M. le plénipotentiaire
+français, et aucune réponse n'ayant été
+donnée, ni dans la forme d'une acceptation, ni dans
+celle d'une modification dudit projet, LL. MM. II et
+RR. ont jugé convenable d'enjoindre à leurs plénipotentiaires
+de demander à M. le plénipotentiaire
+français une déclaration distincte et explicite de son
+gouvernement sur le projet en question. Les plénipotentiaires
+des cours alliées pensent qu'il y a d'autant
+moins de motifs de délais de la part du gouvernement
+français à l'égard d'une décision sur les préliminaires
+proposés, que le projet proposé par eux était basé en
+substance sur une offre faite par M. le plénipotentiaire
+de France, dans sa lettre au prince de Metternich,
+datée du 9 de ce mois, que le prince a soumise
+aux cours alliées.</p>
+
+<p>De plus, les plénipotentiaires des cours alliées sont
+chargés de déclarer, au nom de leurs souverains,
+qu'adhérant fortement à la substance des demandes
+<a name="p287" id="p287"></a><span class="pagenum">287</span>
+contenues dans ces conditions qu'ils regardent comme
+aussi essentielles à la sûreté de l'Europe que nécessaires
+à l'arrangement d'une paix générale de l'Europe,
+ils ne pourraient interpréter tout retard ultérieur
+d'une réponse à leurs propositions que comme
+un refus de la part du gouvernement français. En
+conséquence les plénipotentiaires des cours alliées,
+prêts à se concerter avec M. le plénipotentiaire français,
+à l'égard du temps indispensablement nécessaire
+pour communiquer avec son gouvernement, ont ordre
+de déclarer que, si à l'expiration du terme reconnu
+suffisant et dont on sera convenu conjointement
+avec M. le plénipotentiaire français, il n'était
+pas arrivé de réponse qui fût en substance d'accord
+avec la base établie dans le projet des alliés, la négociation
+serait regardée comme terminée et que les
+plénipotentiaires des cours alliées retourneraient au
+quartier général.</p>
+
+<p>Après s'être acquitté de cette déclaration, dont copie
+a été remise à M. le plénipotentiaire de France, le
+plénipotentiaire autrichien, au nom de ses collègues,
+ajoute verbalement que les plénipotentiaires des cours
+alliées sont prêts à discuter dans un esprit de conciliation
+toute modification que M. le plénipotentiaire
+français pourrait être autorisé à proposer; mais que
+les cours alliées ne sauraient écouter aucune proposition
+qui différât essentiellement du sens de l'offre
+déjà faite par M. le plénipotentiaire de France, et
+que si pareille prétention était mise en avant par la
+<a name="p288" id="p288"></a><span class="pagenum">288</span>
+France, les alliés seraient obligés dans ce cas, quoiqu'à
+regret, de remettre la décision au sort des armes.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France répond que LL. Exc.
+MM. les plénipotentiaires des cours alliées, après
+avoir eu tant de temps pour préparer leur projet, ne
+peuvent se plaindre de celui qu'il met à préparer sa
+réponse; qu'il en faut pour examiner un projet qui
+embrasse tant de questions d'une si haute importance,
+et à la plupart desquelles aucun antécédent n'avait
+préparé;</p>
+
+<p>Que LL. Exc. connaissent par ses nombreuses réclamations
+les retards que ses courriers ont éprouvés,
+par les détours qu'on leur a fait faire;</p>
+
+<p>Qu'elles savent que, depuis la remise du projet, les
+armées n'ont pas cessé d'être en mouvement, et que
+le projet par lequel on doit y répondre ne peut pas
+être fait lorsqu'on change de lieu presque à toute
+heure;</p>
+
+<p>Qu'on est d'autant moins fondé à se plaindre des
+retards, que, dès l'ouverture de la négociation, les
+séances ont été suspendues neuf jours par les alliés
+sans qu'ils eussent donné aucun motif;</p>
+
+<p>Enfin que la France a assez prouvé, par tout ce qui
+a précédé la remise du projet, qu'elle veut la paix:
+que quant à ce qui est dit dans la nouvelle déclaration
+de LL. Exc. d'une offre par lui faite dans une
+lettre confidentielle au prince de Metternich, il doit
+répéter ce qu'il a précédemment fait observer, que
+cette offre était subordonnée à la demande d'un
+<a name="p289" id="p289"></a><span class="pagenum">289</span>
+armistice immédiat, lequel a été refusé, et qu'on ne peut
+conséquemment s'en prévaloir.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées invitent M. le
+plénipotentiaire français à indiquer le délai qu'il croit
+suffisant à la communication ci-dessus annoncée.</p>
+
+<p>Il répond que, dans une affaire si grave, on ne peut
+imposer ni prendre l'obligation de répondre à jour
+fixe.</p>
+
+<p>MM. les plénipotentiaires des cours alliées ayant
+insisté, d'après les ordres formels de leurs cours,
+pour que le terme fût fixé, on s'est réuni pour le fixer,
+de part et d'autre, au 10 mars inclusivement.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> Charles <span class="sc">Stewart</span>, comte <span class="sc">de Stadion</span>,<br>
+<span class="sc">Cathcart</span>, <span class="sc">Humboldt</span>, A. comte <span class="sc">de Razoumowski</span>;<br>
+<span class="sc">Aberdeen</span>.</p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 28.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br>
+
+<i>A Napoléon.</i></p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 5 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Sire,</span></p>
+
+<p>J'ai besoin d'exprimer particulièrement à V. M.
+toute ma peine de voir mon dévouement méconnu.
+<a name="p290" id="p290"></a><span class="pagenum">290</span>
+Elle est mécontente de moi; elle le témoigne et charge
+de me le dire. Ma franchise lui déplaisant, elle la taxe
+de rudesse et de dureté. Elle me reproche de voir
+partout les Bourbons, dont, peut-être à tort, je ne
+parle qu'à peine. V. M. oublie que c'est elle qui en a
+parlé la première dans les lettres qu'elle a écrites ou
+dictées. Prévoir comme elle les chances que peuvent
+leur présenter les passions d'une partie des alliés,
+celles que peuvent faire naître des événements malheureux
+et l'intérêt que pourrait inspirer dans ce pays
+leur haute infortune, si la présence d'un prince et un
+parti réveillaient ces vieux souvenirs dans un moment
+de crise, ne serait cependant pas si déraisonnable, si
+les choses sont poussées à bout. Dans la situation où
+sont les esprits, dans l'état de fièvre où est l'Europe,
+dans celui d'anxiété et de lassitude où se trouve la
+France, la prévoyance doit tout embrasser, elle n'est
+que de la sagesse. V. M. voudrait, je le comprends,
+vacciner sa force d'âme, l'élan de son grand caractère,
+à tout ce qui la sert, et communiquer à tous son
+énergie; mais votre ministre, sire, n'a pas besoin de
+cet aiguillon. L'adversité stimule son courage, au lieu
+de l'abattre; et s'il vous répète sans cesse le mot de
+paix, c'est parce qu'il la croit indispensable et même
+pressante pour ne pas tout perdre. C'est quand il n'y
+a pas de tiers entre V. M. et lui qu'il lui parle franchement.
+C'est votre force, sire, qui l'oblige à vous
+paraître faible; tout au moins plus disposé à céder
+qu'il ne le serait réellement. Personne ne désire, ne
+<a name="p291" id="p291"></a><span class="pagenum">291</span>
+voudrait plus que moi consoler V. M., adoucir tout
+ce que les circonstances et les sacrifices qu'elles exigeront
+auront de pénible pour elle; mais l'intérêt de
+la France, celui de votre dynastie, me commandent
+avant tout d'être prévoyant et vrai. D'un instant à
+l'autre, tout peut être compromis par ces ménagements
+qui ajournent les déterminations qu'exigent les
+grandes et difficiles circonstances où nous sommes.
+Est-ce ma faute si je suis le seul qui tiens ce langage
+de dévouement à V. M.? si ceux qui vous entourent
+et qui pensent comme moi, craignant de lui déplaire
+et voulant la ménager, quand elle a déjà tant de sujets
+de contrariété, n'osent lui répéter ce qu'il est de mon
+devoir de lui dire? Quelle gloire, quel avantage peut-il
+y avoir pour moi à prêcher, à signer même cette
+paix, si toutefois on parvient à la faire? Cette paix,
+ou plutôt ces sacrifices, ne seront-ils pas pour V. M.
+un éternel grief contre son plénipotentiaire? Bien des
+gens en France, qui en sentent aujourd'hui la nécessité,
+ne me la reprocheront-ils pas six mois après
+qu'elle aura sauvé votre trône? Comme je ne me fais
+pas plus illusion sur ma position, que sur celle de
+V. M., elle doit m'en croire. Je vois les choses ce
+qu'elles sont; et les conséquences, ce qu'elles peuvent
+devenir. La peur a uni tous les souverains, le mécontentement
+a rallié tous les Allemands. La partie est
+trop bien liée pour la rompre. En acceptant le ministère
+dans les circonstances où je l'ai pris, en me chargeant
+ensuite de cette négociation, je me suis dévoué
+<a name="p292" id="p292"></a><span class="pagenum">292</span>
+pour vous servir, pour sauver mon pays; je n'ai
+point eu d'autre but; et celui-là seul était assez noble,
+assez élevé pour me paraître au-dessus de tous les
+sacrifices. Dans ma position je ne pouvais qu'en faire,
+et c'est ce qui m'a décidé. V. M. peut dire de moi
+tout le mal qu'il lui plaira: au fond de son coeur elle
+ne pourra en penser, et elle sera forcée de me rendre
+toujours la justice de me regarder comme l'un de ses
+plus fidèles sujets, et l'un des meilleurs citoyens de
+cette France, que je ne puis être soupçonné de vouloir
+avilir, quand je donnerais ma vie pour lui sauver
+un village.</p>
+
+<p>Je suis, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<p class="mid">(Nº 29.) <i>Lettre de M. le duc de Vicence<br>
+A Napoléon</i>.</p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 6 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Sire</span>,</p>
+
+<p>La question qui va se décider est si importante, elle
+peut, dans un instant, avoir tant de fatales conséquences,
+que je regarde comme un devoir de revenir
+encore, au risque de lui déplaire, sur ce que j'ai
+mandé si souvent à votre majesté. Il n'y a pas de
+<a name="p293" id="p293"></a><span class="pagenum">293</span>
+faiblesse dans mon opinion, sire, mais je vois tous les
+dangers qui menacent la France et le trône de V. M.,
+et je la conjure de les prévenir. Il faut des sacrifices;
+il faut les faire à temps. Comme à Prague, si nous n'y
+prenons garde, l'occasion va nous échapper; la circonstance
+actuelle a plus de ressemblance avec celle-là
+que votre majesté ne le pense peut-être. A Prague,
+la paix n'a pas été faite, et l'Autriche s'est déclarée
+contre nous, parce qu'on n'a pas voulu croire que le
+terme fixé fût de rigueur. Ici les négociations vont se
+rompre, parce que l'on ne se persuade point qu'une
+question d'une aussi grande importance puisse tenir à
+telle ou telle réponse que nous ferons, et à ce que
+cette réponse soit faite avant tel ou tel jour. Cependant,
+plus je considère ce qui se passe, plus je suis
+convaincu que si nous ne remettons pas le contre-projet
+demandé, et qu'il ne contienne pas des modifications
+aux bases de Francfort, tout est fini. J'ose
+le dire comme je le pense, sire, ni la puissance de la
+France, ni la gloire de V. M., ne tiennent à posséder
+Anvers ou tel autre point des nouvelles frontières.</p>
+
+<p>Cette négociation, je ne saurais trop le répéter, ne
+ressemble à aucune autre; elle est même totalement
+l'opposé de toutes celles que V. M. a dirigées jusque
+ici. Nous sommes loin de pouvoir dominer: ce n'est
+qu'en suivant avec patience et modération la marche
+établie que nous pouvons espérer d'atteindre le but;
+nous écarter de cette marche serait tout perdre. Les
+Anglais, à cause de leur responsabilité, et les hommes
+<a name="p294" id="p294"></a><span class="pagenum">294</span>
+haineux qui sont ici, pour satisfaire leur passion, aimeront
+certainement mieux rompre que d'entamer la
+discussion en partant de ce point.</p>
+
+<p>Les négociations une fois rompues, que V. M. ne
+croie pas les renouer, comme on a pu le faire dans
+d'autres occasions. On ne veut qu'un prétexte; et
+faute de nous décider à prendre le parti qu'exigent
+les circonstances, tout nous échappera sans que l'on
+puisse prévoir quand et comment on pourra revenir
+à des idées de conciliation.</p>
+
+<p>Je supplie V. M. de réfléchir à l'effet que produira
+en France la rupture des négociations, et d'en peser
+toutes les conséquences. Elle me rendra encore assez
+de justice pour penser que, pour lui écrire comme je
+le fais, il faut porter au plus haut degré la conviction
+que ce moment va décider des plus chers intérêts de
+V. M. et de ceux de mon pays.</p>
+
+<p>Je suis, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 30.) <i>Lettre du prince de Metternich</i>
+
+<i>Au duc de Vicence</i>.</p>
+
+<p class="rig">Chaumont, le 8 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p>La petite boîte que vous m'avez envoyée, monsieur
+le duc, pour madame l'archiduchesse Léopoldine, lui
+<a name="p295" id="p295"></a><span class="pagenum">295</span>
+a été envoyée sur-le-champ; j'espère être à même incessamment
+de faire passer à V. Exc. une réponse de
+S. A. I. à son auguste soeur.</p>
+
+<p>Vous avez rendu de si grands services, jusqu'à présent,
+à la cause de la France, qui assurément est inséparable
+de celle de l'Europe, que je me flatte de vous
+voir couronner bientôt la grande oeuvre. Que l'empereur
+se convainque bien qu'il n'aura rien fait, s'il n'arrive
+pas à la paix générale. Des années de troubles
+succéderaient à des années de calamités. Je ne doute
+pas que vous êtes journellement dans le cas de vous
+convaincre, monsieur le duc, que l'Angleterre va
+rondement en besogne; le ministère actuel est assez
+fort pour <i>pouvoir vouloir la paix</i>. Si elle ne se fait
+pas dans ce moment, nulle autre occasion ne se présentera
+plus dans laquelle il puisse être permis à un
+ministre anglais de proposer même une <i>négociation</i>;
+le triomphe des partisans de la guerre à extinction
+contre l'empereur des Français sera assuré; le monde
+sera bouleversé, et la France sera la proie de ces
+événements.</p>
+
+<p>Je vous tiendrai toujours le même langage: il doit
+être compris par des hommes sages et voulant le bien.
+Nous ne formons qu'un voeu, celui de la paix; mais
+cette paix est impossible sans que vous ne fassiez celle
+qui doit vous rendre vos établissements d'outre-mer.
+Pour arriver à cette paix, il faut également en vouloir
+les moyens, et ne pas oublier que l'Angleterre
+dispose <i>seule</i> de toutes les compensations possibles,
+<a name="p296" id="p296"></a><span class="pagenum">296</span>
+et qu'en se dépouillant, en faveur de la France et
+d'autres états indépendants, de la presque totalité de
+ses conquêtes, elle ne fait qu'exciper l'admission d'une
+juste compensation, en demandant que la France se
+replace au niveau des plus grandes puissances sur le
+continent.</p>
+
+<p>Si l'empereur Napoléon entre dans ce point de vue,
+comme déjà il en avait fait le sien, l'Europe est pacifiée;
+vingt années de troubles l'attendent dans la supposition
+contraire.</p>
+
+<p>Recevez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br>
+
+<p class="mid">(Nº 31.) <i>Continuation du protocole des conférences
+de Châtillon-sur-Seine</i>.</p>
+
+<p class="mid"><i>Séance du</i> 10 <i>mars</i> 1814.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France commence la conférence
+par consigner au protocole ce qui suit:</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France avait espéré, d'après
+les représentations qu'il avait été dans le cas d'adresser
+à MM. les plénipotentiaires des cours alliées, et
+par la manière dont LL. EE. avaient bien voulu les
+accueillir, qu'il serait donné des ordres pour que ses
+courriers pussent lui arriver sans difficulté et sans
+retards. Cependant le dernier qui lui est parvenu,
+<a name="p297" id="p297"></a><span class="pagenum">297</span>
+non seulement a été arrêté très long-temps par plusieurs
+officiers et généraux russes, mais on l'a même
+<i>obligé à donner ses dépêches, qui ne lui ont été rendues
+que trente-six heures après, à Chaumont</i>. Le plénipotentiaire
+de France se voit donc à regret forcé d'appeler
+de nouveau sur cet objet l'attention de MM. les
+plénipotentiaires des cours alliées, et de réclamer avec
+d'autant plus d'instance contre une conduite contraire
+aux usages reçus et aux prérogatives que le droit des
+gens assure aux ministres chargés d'une négociation,
+qu'elle cause réellement les retards qui l'entravent.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées n'étant point
+informés du fait, promettent de porter cette réclamation
+à la connaissance de leurs cours.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France donne ensuite lecture
+de la pièce suivante, dont il demande l'insertion au
+protocole, ainsi que des pièces y annexées nº 1, 2, 3,
+4 et 5.</p>
+
+<p><i>Le plénipotentiaire de France a reçu de sa cour l'ordre
+de faire au protocole les observations suivantes</i>:</p>
+
+<p>«Les souverains alliés, <i>dans leur déclaration de
+Francfort</i>, que toute l'Europe connaît, et LL. EE.
+MM. les plénipotentiaires, dans leur proposition du
+7 février, ont également posé en principe que la
+France doit conserver par la paix la même puissance
+relative qu'elle avait avant les guerres que cette paix
+doit finir; car ce que dans le préambule de leur proposition
+MM. les plénipotentiaires ont dit du désir
+des puissances alliées de voir la France dans un état
+<a name="p298" id="p298"></a><span class="pagenum">298</span>
+de possession analogue au rang qu'elle a toujours
+occupé dans le système politique, n'a point et ne
+saurait avoir un autre sens. Les souverains alliés
+avaient demandé, en conséquence, que la France se
+renfermât dans les limites formées par les Pyrénées,
+les Alpes et le Rhin, et la France y avait acquiescé.
+MM. leurs plénipotentiaires ont au contraire, et par
+leur note du 7 et par le projet d'articles qu'ils ont
+remis le 17, demandé qu'elle rentrât dans ses anciennes
+limites. Comment, sans cesser d'invoquer le
+même principe, a-t-on pu, et en si peu de temps, passer
+de l'une de ces demandes à l'autre? Qu'est-il survenu
+depuis la première, qui puisse motiver la seconde?</p>
+
+<p>»On ne pouvait pas le 7, on ne pouvait pas plus
+le 17, et à plus forte raison ne pourrait-on pas aujourd'hui
+la fonder sur l'offre confidentielle faite par le
+plénipotentiaire de France, au ministre du cabinet de
+l'une des cours alliées; car la lettre qui la contenait
+ne fut écrite que le 9, et il était indispensable d'y répondre
+immédiatement, puisque l'offre était faite
+sous la <i>condition absolue d'un armistice immédiat</i>,
+pour arrêter l'effusion du sang, et éviter une bataille
+que les alliés ont voulu donner; au lieu de cela, les
+conférences furent, par la seule volonté des alliés, et
+sans motifs, suspendues du 10 au 17, jour auquel la
+condition proposée fut même formellement rejetée.
+On ne pouvait, on ne peut donc en aucune manière
+se prévaloir d'une offre qui lui était subordonnée.
+Les souverains alliés ne voulaient-ils point, il y a trois
+<a name="p299" id="p299"></a><span class="pagenum">299</span>
+mois, établir un juste équilibre en Europe? N'annoncent-ils
+pas qu'ils le veulent encore aujourd'hui?
+Conserver la même puissance relative qu'elle a toujours
+eue est aussi le seul désir qu'ait réellement la
+France. <i>Mais l'Europe ne ressemble plus à ce qu'elle
+était il y a vingt ans</i>: à cette époque le royaume de
+Pologne, déjà morcelé, disparut entièrement, l'immense
+territoire de la Russie s'accrut de vastes et riches
+provinces. Six millions d'hommes furent ajoutés à
+une population déjà plus grande que celle d'aucun état
+européen. Neuf millions devinrent le partage de l'Autriche
+et de la Prusse. Bientôt l'Allemagne changea de
+face. Les états ecclésiastiques et le plus grand nombre
+des villes libres germaniques furent répartis entre les
+princes séculiers. La Prusse et l'Autriche en reçurent
+la meilleure part. L'antique république de Venise devint
+une province de la monarchie autrichienne; deux
+nouveaux millions de sujets, avec de nouveaux territoires
+et de nouvelles ressources, ont été donnés depuis
+à la Russie, par le traité de Tilsitt, par le traité
+de Vienne, par celui d'Yassi, et par celui d'Abo. De son
+côté, et dans le même intervalle de temps, l'Angleterre
+a non seulement acquis, par le traité d'Amiens,
+les possessions hollandaises de Ceylan et de l'île de la
+Trinité; mais elle a doublé ses possessions de l'Inde,
+et en a fait un empire que deux des plus grandes monarchies
+de l'Europe égaleraient à peine. Si la population
+de cet empire ne peut être considérée comme
+un accroissement de la population britannique, en
+<a name="p300" id="p300"></a><span class="pagenum">300</span>
+revanche, l'Angleterre n'en tire-t-elle pas, et par la
+souveraineté et par le commerce, un accroissement
+immense de sa richesse, cet autre élément de la puissance?
+La Russie, l'Angleterre, ont conservé tout ce
+qu'elles ont acquis. L'Autriche et la Prusse ont, à la
+vérité, fait des pertes; mais renoncent-elles à les réparer,
+et se contentent-elles aujourd'hui de l'état de
+possession dans lequel la guerre présente les a trouvées?
+Il diffère cependant peu de celui qu'elles avaient il y a
+vingt ans.</p>
+
+<p>Ce n'est pas pour son intérêt seul que la France
+doit vouloir conserver la même puissance relative
+qu'elle avait: qu'on lise la déclaration de Francfort
+(voyez pièce jointe, nº 4), et l'on verra que les souverains
+alliés ont été convaincus eux-mêmes que c'était
+aussi <i>l'intérêt de l'Europe</i>. Or, quand tout a changé
+autour de la France, comment pourrait-elle <i>conserver
+la même puissance relative en étant replacée au
+même état qu'auparavant?</i> Replacée dans ce même
+état, <i>elle n'aurait pas même le degré de puissance absolue
+quelle avait alors</i>: car ses possessions d'outre-mer
+étaient incontestablement un des éléments de
+cette puissance; et la plus importante de ces possessions,
+celle qui par sa valeur égalait ou surpassait
+toutes les autres ensemble, lui a été ravie; peu
+importe par quelle cause, elle l'a perdue. Il suffit
+qu'elle ne l'ait plus, et qu'il ne soit pas au pouvoir
+des alliés de la lui rendre.</p>
+
+<p>Pour évaluer la puissance relative des états, ce n'est
+<a name="p301" id="p301"></a><span class="pagenum">301</span>
+pas assez de comparer leurs forces absolues, il faut
+faire entrer dans le calcul l'emploi que leur situation
+géographique les contraint ou leur permet d'en faire.</p>
+
+<p>L'Angleterre est une puissance essentiellement maritime,
+qui peut mettre toutes ses forces sur les eaux.
+L'Autriche a trop peu de côtes pour le devenir; la
+Russie et la Prusse n'ont pas besoin de l'être, puisqu'elles
+n'ont pas de possessions au-delà des mers; ce
+sont des puissances essentiellement continentales. La
+France est, au contraire, à la fois essentiellement
+maritime, à raison de l'étendue de ses côtes, et de
+ses colonies, et essentiellement continentale. L'Angleterre
+ne peut être attaquée que par des flottes.
+La Russie, adossée au pôle du monde, et bornée
+presque de tous côtés par des mers ou de vastes
+solitudes, ne peut, depuis qu'elle a acquis la Finlande,
+être attaquée que d'un seul côté. <i>La France
+peut l'être sur tous les points de sa circonférence, et à la
+fois du côté de la terre, où elle confine partout à des nations
+vaillantes, et du côté de la mer, et dans ses possessions
+lointaines.</i></p>
+
+<p>Pour rétablir un véritable équilibre, sa puissance
+relative devrait donc être considérée sous deux aspects
+distincts: pour en faire une estimation juste,
+il la faut diviser, et ne comparer ses forces absolues
+à celles des autres états du continent, que déduction
+faite de la part qu'elle en devra employer sur mer; et
+à celles des états maritimes, que déduction faite de
+la part qu'elle en devra employer sur le continent.
+<a name="p302" id="p302"></a><span class="pagenum">302</span> </p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France prie LL. EE. MM. les
+plénipotentiaires des cours alliées de peser attentivement
+les considérations si frappantes de vérité qui
+précèdent, et de juger si les acquisitions que la France
+a faites en-deçà des Alpes et du Rhin, et que les traités
+de Lunéville et d'Amiens lui avaient assurées, suffiraient
+même pour rétablir entre elles et les grandes
+puissances de l'Europe l'équilibre que les changements
+survenus dans l'état de possession de ces puissances
+ont rompu.</p>
+
+<p>Le plus simple calcul démontre jusqu'à l'évidence
+que ces acquisitions, jointes à tout ce que la France
+possédait en 1792, seraient encore <i>loin</i> de lui donner le
+même degré de puissance relative qu'elle avait alors,
+et qu'elle avait constamment eue dans les temps antérieurs;
+et cependant on lui demande, non pas d'en
+abandonner seulement une partie quelconque, mais
+de les abandonner toutes; quoique, dans leur déclaration
+de Francfort, les souverains alliés eussent annoncé
+à l'Europe <i>qu'ils reconnaissaient à la France un
+territoire plus étendu qu'elle ne l'avait eu sous ses rois</i>.</p>
+
+<p>Les forces propres d'un état ne sont pas l'unique
+élément de sa puissance relative, dans la composition
+de laquelle entrent encore les liens qui l'unissent à
+d'autres états, liens généralement plus forts et plus
+durables entre les états que gouvernent des princes
+d'un même sang. L'empereur des Français possède,
+outre son empire, un royaume; son fils adoptif en est
+l'héritier désigné. D'autres princes de la dynastie
+<a name="p303" id="p303"></a><span class="pagenum">303</span>
+française étaient possesseurs de couronnes ou de souverainetés
+étrangères. Des traités avaient consacré leurs
+droits, et le continent les avait reconnus. Le projet
+des cours alliées garde à leur égard un silence que
+les questions si naturelles et si justes du plénipotentiaire
+de France n'ont pu rompre. En renonçant cependant
+aux droits de ces princes, et à la part de
+puissance relative qui en résulte pour elle, ainsi qu'à
+ce qu'elle a acquis en-deçà des Alpes et du Rhin, la
+France se trouverait avoir perdu de son ancienne puissance
+relative maritime et continentale, précisément
+en même raison que celle des autres grands états s'est
+déjà ou se sera accrue à la paix par leurs acquisitions
+respectives. La restitution de ses colonies, qui
+ne ferait alors que la replacer dans son ancien état de
+grandeur absolue (ce que même la situation de Saint-Domingue
+ne permettrait pas d'effectuer complètement),
+ne serait point, ne pourrait pas être une compensation
+de ses pertes: seulement ses pertes en
+seraient diminuées, et ce serait sans doute le moins
+auquel elle eût le droit de s'attendre; mais que lui
+offre à cet égard le projet des cours alliées?</p>
+
+<p>Des colonies françaises tombées au pouvoir de
+l'ennemi (et les guerres du continent les y ont fait
+tomber toutes), il y en a trois que leur importance,
+sous des rapports divers, met hors de comparaison
+avec toutes les autres; ce sont la Guadeloupe, la
+Guiane, et l'île de France.</p>
+
+<p>Au lieu de la restitution des deux premières, le
+<a name="p304" id="p304"></a><span class="pagenum">304</span>
+projet des cours alliées n'offre que des bons offices
+pour procurer cette restitution, et il semblerait d'après
+cela que ces deux colonies fussent entre les
+mains de puissances étrangères à la négociation présente
+et ne devant point être comprises dans la future
+paix. Tout au contraire les puissances qui les occupent
+sont du nombre de celles au nom de qui et
+pour qui les cours alliées ont déclaré qu'elles étaient
+autorisées à traiter: n'y sont-elles donc autorisées que
+pour les clauses à la charge de la France? cessent-elles
+de l'être dès qu'il s'agit de clauses à son profit?
+s'il en était ainsi, il deviendrait indispensable que
+tous les états engagés dans la présente guerre prissent
+immédiatement part à la négociation et envoyassent
+chacun des plénipotentiaires au congrès.</p>
+
+<p>Il est en outre à remarquer que la Guadeloupe n'étant
+sortie des mains de l'Angleterre que par un acte
+que le droit des gens n'autorisait pas, c'est l'Angleterre
+encore qui, relativement à la France, est censée
+l'occuper, et que c'est à elle seule que la restitution
+en peut être demandée.</p>
+
+<p>L'Angleterre veut garder pour elle les îles de
+France et de la Réunion, sans lesquelles les autres possessions
+de la France, à l'est du cap de Bonne-Espérance,
+perdent tout leur prix; les Saintes, sans lesquelles
+la possession de la Guadeloupe serait précaire;
+et l'île de Tabago; celle-ci sous le prétexte que la
+France ne la possédait point en 1792, et les autres
+quoique la France les possédât de temps immémorial,
+<a name="p305" id="p305"></a><span class="pagenum">305</span>
+établissant ainsi une règle qui n'a de rigueur que
+pour la France, qui n'admet d'exception que contre
+elle, et devient ainsi un glaive à deux tranchants.</p>
+
+<p>Une île d'une certaine étendue, mais qui a perdu
+son ancienne fertilité, deux ou trois autres infiniment
+moindres, et quelques comptoirs auxquels la perte de
+l'île de France forcerait de renoncer, voilà à quoi se
+réduisent les grandes restitutions que l'Angleterre promettait
+de faire. Sont-ce là celles qu'elle fit à Amiens,
+où pourtant elle rendait Malte, qu'elle veut aujourd'hui
+garder et qu'on ne lui conteste plus? qu'aurait-elle
+offert de moins si la France n'eût eu rien à céder
+qu'à elle? Les restitutions qu'elle promettait avaient
+été annoncées comme un équivalent des sacrifices qui
+seraient faits au continent. C'est sous cette condition
+que la France a annoncé qu'elle était prête à consentir
+à de grands sacrifices. Elles en doivent être la mesure.
+Pouvait-on s'attendre à un projet par lequel le
+continent demande tout, l'Angleterre ne rend presque
+rien, et dont en substance le résultat est que
+toutes les grandes puissances de l'Europe doivent
+conserver tout ce qu'elles ont acquis, réparer les pertes
+qu'elles ont pu faire, et acquérir encore; que la
+France seule ne doit rien conserver de toutes ses
+acquisitions et ne doit recouvrer que la part la plus
+petite et la moins bonne de ce qu'elle a perdu?</p>
+
+<p><i>Après tant de sacrifices demandés à là France, il
+ne manquait plus que de lui demander encore celui de
+son honneur!</i>
+<a name="p306" id="p306"></a><span class="pagenum">306</span> </p>
+
+<p>Le projet tend à lui <i>ôter le droit d'intervenir en faveur
+d'anciens alliés malheureux.</i> Le plénipotentiaire
+de France ayant demandé si le roi de Saxe serait remis en
+possession de ses états, n'a pu même obtenir une réponse.</p>
+
+<p>On demande à la France des cessions et des renonciations,
+et l'on veut qu'en cédant elle ne sache pas
+à qui, sous quels titres et dans quelle proportion appartiendra
+ce qu'elle aura cédé! <i>On veut qu'elle
+ignore quels doivent être ses plus proches voisins</i>; on
+veut régler sans elle le sort des pays auxquels elle
+aura renoncé, et le mode d'existence de ceux avec
+lesquels son souverain était lié par des rapports
+particuliers; on veut <i>sans elle</i> faire des arrangements
+qui doivent régler le système général de possession et
+d'équilibre en Europe; on veut qu'elle soit étrangère
+à l'arrangement d'un tout dont elle est une partie considérable
+et nécessaire; on veut enfin qu'en souscrivant
+à de telles conditions, elle s'exclue en quelque
+sorte elle-même de la société européenne.</p>
+
+<p>On lui restitue ses établissements sur le continent
+de l'Inde, mais à la condition de posséder comme
+dépendante et comme sujette ce qu'elle y possédait
+en souveraineté.</p>
+
+<p>Enfin, on lui dicte des règles de conduite pour le
+régime ultérieur de ses colonies et envers des populations
+qu'aucun rapport de sujétion ou de dépendance
+quelconque ne lie aux gouvernements de l'Europe,
+et à l'égard desquelles on ne peut reconnaître
+à aucun d'eux aucun droit de patronage.
+<a name="p307" id="p307"></a><span class="pagenum">307</span> </p>
+
+<p>Ce n'est point à de telles propositions qu'avait dû
+préparer le langage des souverains alliés, et celui du
+prince régent d'Angleterre lorsqu'il disait au parlement
+britannique qu'aucune disposition de sa part
+à demander à la France aucun sacrifice incompatible
+avec son intérêt comme nation ou avec son honneur,
+ne serait un obstacle à la paix.</p>
+
+<p>Attaquée à la fois par toutes les puissances réunies
+contre elle, la nation française sent plus qu'aucune
+autre le besoin de la paix et la veut aussi plus qu'aucune
+autre; <i>mais tout peuple comme tout homme généreux
+met l'honneur avant l'existence même</i>.</p>
+
+<p>Il n'est sûrement point entré dans les vues des souverains
+alliés de l'<i>avilir</i>; et quoique le plénipotentiaire
+de France ne puisse s'expliquer le peu de conformité
+du projet d'articles qui lui avait été remis avec les
+sentiments qu'ils ont tant de fois et si explicitement
+manifestés, il n'en présente pas moins avec confiance
+au jugement des cours alliées elles-mêmes et de MM. les
+plénipotentiaires des observations dictées par l'intérêt
+général de l'Europe autant que par l'intérêt particulier
+de la France, et qui ne s'écartent en aucun point des
+déclarations des souverains alliés et de celle du prince
+régent au parlement d'Angleterre.</p>
+
+<p class="mid"><i>Pièces jointes.</i></p>
+
+<p>Nº 1. Note écrite à Francfort, le 9 novembre
+1813, par M. le baron de Saint-Aignan.
+<a name="p308" id="p308"></a><span class="pagenum">308</span> </p>
+
+<p>Nº 2. Lettre du prince de Metternich au ministre
+des relations extérieures de France, datée de Francfort,
+le 25 novembre 1813.</p>
+
+<p>Nº 3. Lettre de M. le duc de Vicence au prince de
+Metternich, datée de Paris, le 2 décembre 1813.</p>
+
+<p>Nº 4. Déclaration de Francfort, extraite du journal
+de Francfort du 7 décembre 1813, et datée du premier
+dudit mois.</p>
+
+<p>Nº 5. Extrait du discours du prince régent au parlement
+d'Angleterre.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées répondent
+que les observations dont ils viennent d'entendre la
+lecture ne contiennent pas une déclaration distincte
+et explicite du gouvernement français sur le projet
+présenté par eux dans la séance du 17 février, et par
+conséquent ne remplissent pas la demande que les
+plénipotentiaires des cours alliées avaient formée
+dans la conférence du 28 février, d'obtenir une réponse
+distincte et explicite dans le terme de dix jours,
+duquel ils étaient mutuellement convenus avec M. le
+plénipotentiaire de France. Ils déclarent au surplus
+que, par l'admission de ces observations au protocole,
+ils ne reconnaissent point un caractère officiel à
+toutes les pièces qui y sont annexées.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire français répond que celles de
+ces pièces qui ne sont point proprement officielles
+sont au moins authentiques et publiques.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées se disposant
+là-dessus à lever la séance, M. le plénipotentiaire de
+<a name="p309" id="p309"></a><span class="pagenum">309</span>
+France déclare verbalement que l'empereur des Français
+est prêt
+à renoncer, par le traité à conclure, à tout titre
+exprimant des rapports de souveraineté, de suprématie,
+protection, ou influence constitutionnelle, avec
+les pays hors des limites de la France;</p>
+
+<p class="mid">Et à reconnaître</p>
+
+<p>L'indépendance de l'Espagne dans ses anciennes
+limites, sous la souveraineté de Ferdinand VII;</p>
+
+<p>L'indépendance de l'Italie, l'indépendance de la
+Suisse, sous la garantie de grandes puissances;</p>
+
+<p>L'indépendance de l'Allemagne;</p>
+
+<p>Et l'indépendance de la Hollande, sous la souveraineté
+du prince d'Orange.</p>
+
+<p>Il déclare encore, que, si, pour écarter des causes
+de mésintelligence, rendre l'amitié plus étroite et la
+paix plus durable entre la France et l'Angleterre, des
+cessions de la part de la France au-delà des mers peuvent
+être jugées nécessaires, la France sera prête à
+les faire moyennant un équivalent raisonnable.</p>
+
+<p>Sur quoi la séance a été levée.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> le comte <span class="sc">de Stadion</span>, <span class="sc">Aberdeen</span>, <span class="sc">Humboldt</span>,<br>
+le comte de <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Cathcart</span>, Charles<br>
+<span class="sc">Stewart</span>.</p>
+<br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p310" id="p310"></a><span class="pagenum">310</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 32.) <i>Continuation du protocole des conférences
+de Châtillon-sur-Seine.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>Séance du 13 mars 1814.</i></p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées déclarent au
+protocole ce qui suit:</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont pris en
+considération le mémoire présenté par M. le duc de
+Vicence, dans la séance du 10 mars, et la déclaration
+verbale dictée par lui au protocole de la même séance.
+Ils ont jugé la première de ces pièces être de nature
+à ne pouvoir être mise en discussion sans entraver la
+marche de la négociation.</p>
+
+<p>La déclaration verbale de M. le plénipotentiaire
+ne contient que l'acceptation de quelques points du
+projet de traité remis par les plénipotentiaires des
+cours alliées dans la séance du 17 février; elle ne répond
+ni à l'ensemble ni même à la majeure partie des
+articles de ce projet, et elle peut bien moins encore
+être regardée comme un contre-projet renfermant la
+substance des propositions faites par les puissances
+alliées.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées se voient
+donc obligés à inviter M. le duc de Vicence à se prononcer
+s'il compte accepter ou rejeter le projet de
+traité présenté par les cours alliées, ou bien à remettre
+un contre-projet.
+<a name="p311" id="p311"></a><span class="pagenum">311</span> </p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France, répondant à cette
+déclaration des plénipotentiaires des cours alliées,
+ainsi qu'à leurs observations sur le même objet, a dit:</p>
+
+<p>Qu'une pièce telle que celle qu'il avait remise le 10,
+dans laquelle les articles du projet des cours alliées
+qui sont susceptibles de modifications étaient examinés
+et discutés en détail, loin d'entraver la marche
+de la négociation, ne pouvait au contraire que
+l'accélérer, puisqu'elle éclaircissait toutes les questions,
+sous le double rapport de l'intérêt de l'Europe et de
+celui de la France;</p>
+
+<p>Qu'après avoir annoncé aussi positivement qu'il l'a
+fait par sa note verbale du même jour, que la France
+était prête à renoncer par le futur traité à la souveraineté
+d'un territoire au-delà des Alpes et du Rhin,
+contenant au-delà de sept millions, et à son influence
+sur celle de vingt millions d'habitants, ce qui forme
+au moins les six septièmes des sacrifices que le projet
+des alliés lui demande, on ne saurait lui reprocher
+de n'avoir pas répondu d'une manière distincte et
+explicite;</p>
+
+<p>Que le contre-projet que lui demandent les plénipotentiaires
+des cours alliées se trouve en substance
+dans sa déclaration verbale du 10, quant aux objets
+auxquels la France peut consentir sans discussion; et
+que quant aux autres, qui sont tous susceptibles de
+modifications, les observations y répondent, mais
+qu'il n'en est pas moins prêt à les discuter à l'instant
+même.
+<a name="p312" id="p312"></a><span class="pagenum">312</span> </p>
+
+<p class="mid">Les plénipotentiaires des cours alliées répondent ici:</p>
+
+<p>Que les deux pièces remises par M. le plénipotentiaire
+de France, dans la séance du 10 mars, ne se référaient
+pas tellement l'une à l'autre qu'on pût dire
+que l'une renfermait les points auxquels le gouvernement
+français consent sans discussion, et l'autre ceux
+sur lesquels il veut établir la négociation; mais que,
+tout au contraire, l'une ne contient que des observations
+générales ne menant à aucune conclusion, et
+que l'autre énonce tout aussi peu d'une manière claire
+et précise ce que M. le plénipotentiaire de France
+vient de dire, puisque, pour ne s'arrêter qu'aux deux
+points suivants, elle n'explique pas même ce qu'on y
+entend par les limites de la France, et ne parle qu'en
+général de l'indépendance de l'Italie. Les plénipotentiaires
+ajoutent ensuite que, ces deux pièces ayant été
+mises sous les yeux de leurs cours, ils ont eu l'instruction
+positive, précise et stricte, de déclarer, ainsi
+qu'ils l'ont fait, que ces deux pièces ont été tenues
+insuffisantes, et d'insister sur une autre déclaration de
+la part de M. le plénipotentiaire de France, qui renfermât
+ou une acceptation ou un refus de leur projet
+de traité proposé dans la conférence du 17 février,
+ou bien un contre-projet. Ils invitent donc de
+nouveau M. le plénipotentiaire de France à leur donner
+cette déclaration.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France renouvelle ses instances
+pour que l'on entre en discussion, observant
+que MM. les plénipotentiaires des cours alliées, en
+<a name="p313" id="p313"></a><span class="pagenum">313</span>
+déclarant eux-mêmes, dans la séance du 28 février,
+qu'ils étaient prêts à discuter des modifications qui seraient
+proposées, avaient prouvé, par cela même, que
+leur projet n'était pas un <i>ultimatum</i>; que, pour se
+rapprocher et arriver à un résultat, une discussion
+était indispensable, et qu'il n'y avait réellement point
+de négociation sans discussion, etc.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées répliquent
+qu'ils ont bien prouvé qu'ils ne voulaient point exclure
+la discussion, puisqu'ils ont demandé un contre-projet,
+mais que leur intention est de ne point
+admettre de discussion que sur des propositions qui
+puissent vraiment conduire au but.</p>
+
+<p>Ayant en conséquence insisté de nouveau sur une
+déclaration catégorique, et ayant invité M. le plénipotentiaire
+de France à donner cette déclaration, il a
+désiré que la séance fût suspendue et reprise le soir à
+neuf heures.</p>
+
+<p>Après avoir délibéré entre eux, les plénipotentiaires
+des cours alliées ont dit à M. le plénipotentiaire de
+France que, pour le mettre mieux en état de préparer
+sa réponse pour le soir, ils veulent le prévenir, dès à
+présent, qu'ensuite de leurs instructions, ils devront
+l'inviter (après qu'il se sera déclaré ce soir s'il veut
+remettre une acceptation ou un refus de leur projet
+ou un contre-projet) à remplir cet engagement
+dans le terme de vingt-quatre heures, qui a été fixé
+péremptoirement par leurs cours.</p>
+
+<p>Sur quoi la séance est remise à neuf heures du soir.
+<a name="p314" id="p314"></a><span class="pagenum">314</span> </p>
+
+<p class="mid"><i>Continuation de la séance.</i></p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ayant renouvelé,
+de la manière la plus expresse, la déclaration par
+laquelle ils avaient terminé la première partie de la
+séance, le plénipotentiaire de France déclare qu'il
+remettra le contre-projet demandé demain soir à neuf
+heures; toutefois, il a observé que, n'étant pas sûr
+d'avoir achevé jusque là le travail nécessaire, il demandait
+d'avance de remettre dans ce cas la conférence
+à la matinée du 15.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont insisté
+pour que la conférence restât fixée à demain au soir,
+et ne fût remise qu'en cas de nécessité absolue à
+après demain matin, à quoi M. le plénipotentiaire de
+France a consenti.</p>
+
+<p>Châtillon-sur-Seine, le 13 mars 1814.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> <span class="sc">Aberdeen</span>, comte de <span class="sc">Razoumowski</span>,<br>
+<span class="sc">Humboldt</span>, <span class="sc">Cathcart</span>, comte de <span class="sc">Stadion</span>,<br>
+Charles <span class="sc">Stewart</span>, lieutenant-général.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p315" id="p315"></a><span class="pagenum">315</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 33.) <i>Continuation du protocole des conférences
+de Châtillon-sur-Seine.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>Séance du 15 mars 1814.</i></p>
+
+<p>M. le plénipotentiaire français ouvre la séance en
+faisant lecture du projet de traité qui suit:</p>
+
+<p class="mid"><i>Projet de traité définitif entre la France et les alliés.</i></p>
+
+<p>S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie, protecteur
+de la confédération du Rhin, et médiateur de
+la confédération suisse, d'une part; S. M. l'empereur
+d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, S. M. l'empereur
+de toutes les Russies, S. M. le roi du royaume
+uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, et S. M. le
+roi de Prusse, stipulant chacun d'eux pour soi, et
+tous ensemble pour l'universalité des puissances engagées
+avec eux dans la présente guerre, d'autre
+part:</p>
+
+<p>Ayant à coeur de faire cesser le plus promptement
+possible l'effusion du sang humain et les malheurs des
+peuples, ont nommé pour leurs plénipotentiaires,
+savoir:......</p>
+
+<p>Lesquels sont convenus des articles suivants:</p>
+
+<p>Art. 1<sup>er</sup>. A compter de ce jour, il y aura paix, amitié
+sincère et bonne intelligence, entre S. M. l'empereur
+des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération
+du Rhin, et médiateur de la confédération
+<a name="p316" id="p316"></a><span class="pagenum">316</span>
+suisse, d'une part; et S. M. l'empereur d'Autriche,
+roi de Hongrie et de Bohême, S. M. l'empereur de
+toutes les Russies, S. M. le roi du royaume uni de la
+Grande-Bretagne et d'Irlande, S. M. le roi de Prusse,
+et leurs alliés d'autre part, leurs héritiers et successeurs
+à perpétuité.</p>
+
+<p>Les hautes parties contractantes s'engagent à apporter
+tous leurs soins à maintenir, pour le bonheur futur
+de l'Europe, la bonne harmonie, si heureusement
+rétablie entre elles.</p>
+
+<p>Art. 2. S. M. l'empereur des Français renonce pour
+lui et ses successeurs à tous titres quelconques, autres
+que ceux tirés des possessions qui, en conséquence du
+présent traité de paix, resteront soumises à sa souveraineté.</p>
+
+<p>Art. 3. S. M. l'empereur des Français renonce pour
+lui et ses successeurs à tous droits de souveraineté et
+de possession sur <i>les provinces illyriennes</i> et sur les
+territoires formant les départements français <i>au-delà
+des Alpes, l'île d'Elbe exceptée</i>, et les départements
+français au-delà du Rhin.</p>
+
+<p>Art. 4. S. M. l'empereur des Français, comme roi
+d'Italie, renonce à la couronne d'Italie en faveur de
+son héritier désigné, le prince Eugène-Napoléon, et
+de ses descendants à perpétuité.</p>
+
+<p>L'Adige formera la limite entre le royaume d'Italie
+et l'empire d'Autriche.</p>
+
+<p>Art. 5. Les hautes parties contractantes reconnaissent
+solennellement, et de la manière la plus formelle,
+<a name="p317" id="p317"></a><span class="pagenum">317</span>
+l'indépendance absolue et la pleine souveraineté de
+tous les états de l'Europe, dans les limites qu'ils se
+trouveront avoir en conséquence du présent traité,
+ou par suite des arrangements indiqués dans l'art. 16,
+ci-après.</p>
+
+<p>Art. 6. S. M. l'empereur des Français reconnaît:</p>
+
+<p>1º L'indépendance de la Hollande, sous la souveraineté
+de la maison d'Orange.</p>
+
+<p>La Hollande recevra un accroissement de territoire.</p>
+
+<p>Le titre et l'exercice de la souveraineté en Hollande
+ne pourront, dans aucun cas, appartenir à un prince
+portant ou appelé à porter une couronne étrangère.</p>
+
+<p>2º L'indépendance de l'Allemagne, et chacun de
+ses états, lesquels pourront être unis entre eux par
+un lien fédératif.</p>
+
+<p>3º L'indépendance de la Suisse, se gouvernant
+elle-même, sous la garantie de toutes les grandes
+puissances.</p>
+
+<p>4º L'indépendance de l'Italie, et de chacun des
+princes, entre chacun desquels elle est ou se trouvera
+divisée.</p>
+
+<p>5º L'indépendance et l'intégrité de l'Espagne, sous
+la domination de Ferdinand VII.</p>
+
+<p>Art. 7. Le pape sera remis immédiatement en possession
+de ses états, tels qu'ils étaient en conséquence
+du traité de Tolentino, le duché de Bénévent excepté.</p>
+
+<p>Art. 8. S. A. I. la princesse Élisa conservera pour
+elle et ses descendants en toute propriété et souveraineté
+Lucques et Piombino.
+<a name="p318" id="p318"></a><span class="pagenum">318</span> </p>
+
+<p>Art. 9. La principauté de <i>Neufchâtel</i> demeure en
+toute propriété et souveraineté au prince qui la possède
+et à ses descendants.</p>
+
+<p>Art. 10. S. M. le roi de Saxe sera rétablie dans la
+pleine et entière possession de son grand-duché.</p>
+
+<p>Art. 11. S. A. R. le grand-duc de Berg sera pareillement
+remise en possession de son grand-duché.</p>
+
+<p>Art. 12. Les villes de Bremen, Hambourg, Lubeck,
+Dantzick et Raguse seront des villes libres.</p>
+
+<p>Art. 13. Les îles Ioniennes appartiendront en toute
+souveraineté au royaume d'Italie.</p>
+
+<p>Art. 14. L'île de Malte et ses dépendances appartiendront
+en toute souveraineté et propriété à S. M.
+britannique.</p>
+
+<p>Art. 15. Les colonies, pêcheries, établissements,
+comptoirs et factoreries que la France possédait avant
+la guerre actuelle dans les mers ou sur le continent
+de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Asie, et qui sont
+tombés au pouvoir de l'Angleterre ou de ses alliés,
+lui seront restitués, pour être possédés par elle aux
+mêmes titres qu'avant la guerre, et avec les droits et
+facultés que lui assuraient, relativement au commerce
+et à la pêche, les traités antérieurs, et notamment celui
+d'Amiens; mais en même temps la France s'engage
+à consentir, moyennant un équivalent raisonnable, à
+la cession de celles des susdites colonies que l'Angleterre
+a témoigné le désir de conserver, à l'exception
+des Saintes, qui dépendent nécessairement de la Guadeloupe.
+<a name="p319" id="p319"></a><span class="pagenum">319</span> </p>
+
+<p>Art. 16. Les dispositions à faire des territoires auxquels
+S. M. l'empereur des Français renonce, et dont
+il n'est pas disposé par le présent traité, seront faites;
+les indemnités à donner aux rois et princes dépossédés
+par la guerre actuelle seront déterminées; et
+tous les arrangements qui doivent fixer le système général
+de possession et d'équilibre en Europe seront
+réglés dans un congrès spécial, lequel se réunira à...
+dans les... jours qui suivront la ratification du présent
+traité.</p>
+
+<p>Art. 17. Dans tous les territoires, villes et places
+auxquels la France renonce, les munitions, magasins,
+arsenaux, vaisseaux et navires armés et non armés,
+et généralement toutes choses qu'elle y a placées, lui
+appartiennent, et lui demeurent réservées.</p>
+
+<p>Art. 18. Les dettes des pays réunis à la France, et
+auxquels elle renonce par le présent traité, seront à la
+charge desdits pays et de leurs futurs possesseurs.</p>
+
+<p>Art. 19. Dans tous les pays qui doivent ou devront
+changer de maître, tant en vertu du présent traité,
+que des arrangements qui doivent être faits en conséquence
+de l'art. 16 ci-dessus, il sera accordé aux habitants
+naturels et étrangers, de quelque condition et
+nation qu'ils soient, un espace de six ans, à compter
+de l'échange des ratifications, pour disposer de leurs
+propriétés acquises, soit avant, soit depuis la guerre
+actuelle, et se retirer dans tel pays qu'il leur plaira de
+choisir.</p>
+
+<p>Art. 20. Les propriétés, biens et revenus de toute
+<a name="p320" id="p320"></a><span class="pagenum">320</span>
+nature que des sujets de l'un quelconque des états engagés
+dans la présente guerre possèdent, à quelque
+titre que ce soit, dans les pays qui sont actuellement,
+ou seront, en vertu de l'art. 16, soumis à un autre
+quelconque desdits états, continueront d'être possédés
+par eux, sans trouble ni empêchement, sous les seules
+clauses et conditions précédemment attachées à leur
+possession, et avec pleine liberté d'en jouir et disposer,
+ainsi que d'exporter les revenus, et, en cas de
+vente, la valeur.</p>
+
+<p>Art. 21. Les hautes parties contractantes, voulant
+mettre et faire mettre dans un entier oubli les divisions
+qui ont agité l'Europe, déclarent et promettent
+que dans les pays de leur obéissance respective, aucun
+individu, de quelque classe ou condition qu'il soit,
+ne sera inquiété dans sa personne, ses biens, rentes,
+pensions et revenus; dans son rang, grade ou ses
+dignités; ni recherché, ni poursuivi en aucune façon
+quelconque pour aucune part qu'il ait prise ou pu
+prendre, de quelque manière que ce soit, aux événements
+qui ont amené la présente guerre, ou qui en ont
+été la conséquence.</p>
+
+<p>Art. 22. Aussitôt que la nouvelle de la signature du
+présent traité sera parvenue aux quartiers généraux
+respectifs, il sera sur-le-champ expédié des ordres,
+pour faire cesser les hostilités, tant sur terre que sur
+mer, aussi promptement que les distances le permettront;
+les hautes puissances contractantes s'engagent
+à mettre de bonne foi toute la célérité possible à
+<a name="p321" id="p321"></a><span class="pagenum">321</span>
+l'expédition desdits ordres, et de part et d'autre il sera
+donné des passe-ports, soit pour les officiers, soit pour
+les vaisseaux qui sont chargés de les porter.</p>
+
+<p>Art. 23. Pour prévenir tous les sujets de plainte et
+de contestation qui pourraient naître à l'occasion des
+prises qui seraient faites en mer après la signature du
+présent traité, il est réciproquement convenu que les
+vaisseaux et effets qui pourraient être pris dans la
+Manche et dans les mers du Nord, après l'espace de
+douze jours, à compter de l'échange des ratifications
+du présent traité, seront de part et d'autre restitués;
+que le terme sera d'un mois, depuis la Manche et les
+mers du Nord jusqu'aux îles Canaries inclusivement,
+soit dans l'Océan, soit dans la Méditerranée; de deux
+mois, depuis lesdites îles Canaries jusqu'à l'équateur,
+et enfin de cinq mois dans toutes les autres parties du
+monde, sans aucune exception ni autre distinction
+plus particulière de temps et de lieu.</p>
+
+<p>Art. 24. Les troupes alliées évacueront le territoire
+français; et les places cédées, ou devant être restituées
+par la France, en vertu de la présente paix, leur seront
+remises dans les délais ci-après: le troisième jour
+après l'échange des ratifications du présent traité, les
+troupes alliées les plus éloignées, et le cinquième jour
+après ledit échange, les troupes alliées les plus rapprochées
+des frontières, commenceront à se retirer, se
+dirigeant vers la frontière la plus voisine du lieu où
+elles se trouveront, et faisant trente lieues par chaque
+dix jours, de telle sorte que l'évacuation soit non
+<a name="p322" id="p322"></a><span class="pagenum">322</span>
+interrompue et successive, et que, dans le terme de
+quarante jours au plus tard, elle soit complètement
+terminée.</p>
+
+<p>Il leur sera fourni, jusqu'à leur sortie du territoire
+français, les vivres et les moyens de transport nécessaires;
+mais sans qu'à compter du jour de la signature
+du présent traité elles puissent lever aucune contribution,
+ni exiger aucune prestation quelconque, autre
+que celle indiquée ci-dessus. Immédiatement après l'échange
+des ratifications du présent traité, les places
+de Custrin, Glogau, Palma-Nova et Venise seront
+remises aux alliés; et celles que les troupes françaises
+occupent en Espagne, aux Espagnols. Les places de
+Hambourg, de Magdebourg, les citadelles d'Erfurt et
+de Wurtzbourg seront remises lorsque la moitié du
+territoire français sera évacuée.</p>
+
+<p>Toutes les autres places des pays cédés seront remises
+lors de l'évacuation totale de ce territoire.</p>
+
+<p>Les pays que les garnisons desdites villes traverseront
+leur fourniront les vivres et moyens de transport
+nécessaires pour rentrer en France, et y ramener tout
+ce qui, en vertu de l'art. 17 ci-dessus, sera propriété
+française.</p>
+
+<p>Art. 25. Les restitutions qui, en vertu de l'art. 15
+ci-dessus, doivent être faites à la France, par l'Angleterre
+ou ses alliés, auront lieu, pour le continent et
+les mers d'Amérique et d'Afrique, dans les trois mois,
+et pour l'Asie, dans les six mois qui suivront l'échange
+des ratifications du présent traité.
+<a name="p323" id="p323"></a><span class="pagenum">323</span> </p>
+
+<p>Art. 26. Les ambassadeurs, envoyés extraordinaires,
+ministres, résidents et agents de chacune des hautes
+puissances contractantes, jouiront, dans les cours des
+autres, des mêmes rangs, prérogatives et priviléges
+qu'avant la guerre, le même cérémonial étant maintenu.</p>
+
+<p>Art. 27. Tous les prisonniers respectifs seront, d'abord
+après l'échange des ratifications du présent traité,
+rendus sans rançon, en payant de part et d'autre les
+dettes particulières qu'ils auraient contractées.</p>
+
+<p>Art. 28. Les quatre cours alliées s'engagent à remettre
+à la France, dans un délai de... un acte d'accession
+au présent traité de la part de chacun des états
+pour lesquels elles stipulent.</p>
+
+<p>Art. 29. Le présent traité sera ratifié, et les ratifications
+seront échangées dans le délai de cinq jours,
+et même plus tôt si faire se peut.</p>
+
+<p>Après avoir achevé la lecture du projet qui précède,
+et avoir pris acte de son insertion au protocole,
+M. le plénipotentiaire de France déclare verbalement
+qu'il est prêt à entrer en discussion dans
+un esprit de conciliation sur tous les articles dudit
+projet.</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées disent que la
+pièce dont il vient de leur être donné lecture et communication
+est d'une trop haute importance pour
+qu'ils puissent y faire dans cette séance une réponse
+quelconque, et qu'ils se réservent de proposer à M. le
+-<a name="p324" id="p324"></a><span class="pagenum">324</span>
+plénipotentiaire français une conférence ultérieure.</p>
+
+<p>Châtillon-sur-Seine, le 15 mars 1814.</p>
+
+<p class="mid"><i>(Suivent les signatures.)</i></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 34.) <i>Lettre de Napoléon</i>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Reims, le 17 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p>Monsieur le duc de Vicence, j'ai reçu vos lettres
+du 13. Je charge le duc de Bassano d'y répondre
+avec détail. Je vous donne directement l'autorisation
+de faire les concessions qui seraient indispensables
+pour maintenir l'activité des négociations, et arriver
+enfin à connaître l'ultimatum des alliés; bien entendu
+que le traité aurait pour résultat l'évacuation de notre
+territoire, et le renvoi de part et d'autre de tous les
+prisonniers. Cette lettre n'étant à autre fin, je prie
+Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p325" id="p325"></a><span class="pagenum">325</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 35.) <i>Lettre de M. le duc de Bassano</i><br>
+
+<i>A M. le duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Reims, le 17 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Monsieur le duc</span>,</p>
+
+<p>S. M. a lu avec intérêt la note que vous avez remise
+le 10 aux plénipotentiaires alliés.</p>
+
+<p>L'abandon de tout ce que les Anglais nous ont pris
+pendant la guerre est une véritable concession que
+S. M. approuve, surtout si elle doit avoir pour résultat
+de nous laisser Anvers.</p>
+
+<p>S. M. aurait désiré, comme elle le désirerait encore,
+si les circonstances le permettent lorsque cette lettre
+vous parviendra, que vous remissiez une nouvelle note
+pour demander aux alliés de s'expliquer d'une manière
+précise sur les questions suivantes: 1º le traité
+préliminaire, ou définitif, à conclure aura-t-il pour
+résultat immédiat l'évacuation de notre territoire?
+2º Le projet remis par les plénipotentiaires alliés est-il
+leur <i>ultimatum</i>?</p>
+
+<p>Vous feriez sentir, sur la première question, que
+tout traité qui ne serait pas immédiatement suivi de
+l'évacuation de notre territoire, mais qui remettrait
+entre les mains des alliés les places des pays qui ne
+sont pas cédés, ne serait pas en réalité un traité de
+paix, et qu'il nous serait impossible de conclure à de
+<a name="p326" id="p326"></a><span class="pagenum">326</span>
+telles conditions: vous citeriez l'exemple développé
+dans ma lettre du 2, de ce qui se passa à la fin de la
+seconde guerre punique, dont la conséquence fut la
+ruine de Carthage; vous insisteriez sur la seconde
+question, en déclarant que, si le projet des alliés est
+leur <i>ultimatum</i>, nous ne pouvons pas traiter; ce qui
+obligera les alliés à répondre que leur projet n'est
+pas leur <i>ultimatum</i>, et vous mettra dans le cas de le
+leur demander. Il doit être facile de leur faire entendre
+que c'est à eux à donner leur <i>ultimatum</i>,
+puisqu'ils veulent reprendre ce que les traités nous
+ont assuré.</p>
+
+<p>Si les alliés répondent que l'évacuation du territoire
+suivra immédiatement la signature du traité, et
+renoncent en conséquence à la prétention d'avoir
+des places en dépôt, ce sera déjà un grand pas de fait.</p>
+
+<p>Si la négociation doit être rompue, il convient
+qu'elle se rompe sur la question de l'évacuation du
+territoire, et de la remise des places; et si la négociation
+doit continuer, il est également utile de la
+commencer en obtenant des alliés des concessions
+sur ces points. S. M. pense donc, monsieur le duc,
+qu'il est nécessaire, avant de rompre, que vous ayez
+fait par une note ces questions.</p>
+
+<p>Toutefois, monsieur le duc, S. M. ayant pris en
+considération vos deux lettres du 13, dont elle a
+reçu le duplicata hier soir, et le primata ce matin,
+vous laisse toute la latitude convenable, non seulement
+pour le mode de démarches qui vous paraîtront
+<a name="p327" id="p327"></a><span class="pagenum">327</span>
+ à propos, mais aussi pour faire, par un contre-projet,
+les cessions que vous jugerez indispensables
+pour empêcher la rupture de la négociation. L'empereur,
+qui vous écrit lui-même, ne croit pas nécessaire
+de répéter que la condition indispensable de tout
+traité est l'évacuation de notre territoire. Un acte
+qui porterait le contraire, qui stipulerait la remise de
+nos forteresses, et qui s'opposerait à ce que les prisonniers
+de guerre fussent réciproquement remis,
+n'obtiendrait pas en France l'assentiment des hommes
+même les plus timides. S. M. pense que la latitude
+qu'elle vous donne vous fournira les moyens de parvenir
+à connaître l'<i>ultimatum</i> des alliés, et quels sont
+les sacrifices que la France ne peut éviter de faire.</p>
+
+<p>La cession de la Belgique est sans doute un des
+premiers objets qui seront mis en discussion; mais il
+n'est pas le seul, et il ne peut pas être isolé. On
+viendra ensuite aux départements des bords du
+Rhin, à l'Italie, etc. Toutes ces questions se tiennent
+et dépendent, jusqu'à un certain point, les unes des
+autres. Celle de la Belgique est d'elle-même complexe;
+car il serait très différent, au lieu de la céder au
+prince d'Orange, c'est-à-dire à l'Angleterre, d'en
+faire un état indépendant qui appartînt, à titre d'indemnité,
+à un prince français; ou de la donner à la
+république de Hollande, telle qu'elle était à la paix
+d'Amiens. Si l'on est dans le cas de s'éloigner des
+bases de Francfort et d'abandonner Anvers, l'empereur
+juge convenable, non seulement que l'on maintienne
+<a name="p328" id="p328"></a><span class="pagenum">328</span>
+autant que possible les principes de Francfort relativement
+à l'Italie, mais qu'on s'autorise de ce sacrifice
+pour demander que toutes nos colonies nous
+soient rendues, même l'île de France; à moins que
+l'on n'obtienne pour celle-ci des compensations.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le duc de <span class="sc">Bassano</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 36.) <i>Continuation du protocole des conférences
+de Châtillon-sur-Seine.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>Protocole de la séance du 18 mars 1814, et la continuation
+de cette séance le 19 mars.</i></p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées, au nom et
+par l'ordre de leurs souverains, déclarent ce qui suit:</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires des cours alliées ont déclaré
+le 28 février dernier, à la suite de l'attente infructueuse
+d'une réponse au projet du traité remis par
+eux le 17 du même mois, qu'adhérant fermement à la
+substance des demandes contenues dans les conditions
+du projet de traité, conditions qu'ils considéraient
+comme aussi essentielles à la sûreté de l'Europe, que
+nécessaires à l'arrangement d'une paix générale, ils
+ne pourraient interpréter tout retard ultérieur d'une
+réponse à leurs propositions que comme un refus de
+la part du gouvernement français.</p>
+
+<p>Le terme du 10 mars ayant été, d'un commun
+<a name="p329" id="p329"></a><span class="pagenum">329</span>
+accord, fixé par MM. les plénipotentiaires respectifs,
+comme obligatoire pour la remise de la réponse de
+M. le plénipotentiaire de France, S. Exc. M. le duc
+de Vicence présenta ce même jour un mémoire qui,
+sans admettre ni refuser les bases énoncées à Châtillon,
+au nom de la grande alliance européenne, n'eût offert
+que des prétextes à d'interminables longueurs dans la
+négociation, s'il avait été reçu par les plénipotentiaires
+des cours alliées, comme propre à être discuté. Quelques
+articles de détails, qui ne touchent nullement le
+fond des questions principales des arrangements de la
+paix, furent ajoutés verbalement par M. le duc de
+Vicence dans la même séance. Les plénipotentiaires
+des cours alliées annoncèrent en conséquence, le 13
+mars, que si, dans un court délai, M. le plénipotentiaire
+de France n'annonçait pas, soit l'acceptation,
+soit le refus des propositions des puissances, ou ne
+présentait pas un contre-projet renfermant la substance
+des conditions proposées par elles, ils se verraient
+forcés à regarder la négociation comme terminée
+par le gouvernement français. S. Exc. M. le
+duc de Vicence prit l'engagement de remettre dans la
+journée du 15 le contre-projet français; cette pièce
+a été portée, par les plénipotentiaires des cours alliées,
+à la connaissance de leurs cabinets; ils viennent de
+recevoir l'ordre de déposer au protocole la déclaration
+suivante:</p>
+
+<p>«L'Europe, alliée contre le gouvernement français,
+ne vise qu'au rétablissement de la paix générale,
+<a name="p330" id="p330"></a><span class="pagenum">330</span>
+continentale et maritime. Cette paix seule peut assurer
+au monde un état de repos, dont il se voit privé depuis
+une longue suite d'années, mais cette paix ne
+saurait exister sans une juste répartition de forces
+entre les puissances.</p>
+
+<p>»Aucune vue d'ambition ou de conquête n'a dicté la
+rédaction du projet de traité remis au nom des puissances
+alliées, dans la séance du 17 février dernier;
+et comment admettre de pareilles vues, dans des rapports
+établis par l'Europe entière, dans un projet d'arrangement
+présenté à la France, par la réunion de
+toutes les puissances qui la composent? La France,
+en rentrant dans les dimensions qu'elle avait en 1792,
+reste, par la centralité de sa position, sa population,
+les richesses de son sol, la nature de ses frontières,
+le nombre et la distribution de ses places de guerre,
+sur la ligne des puissances les plus fortes du continent;
+les autres grands corps politiques, en visant à leur
+reconstruction sur une échelle de proportion conforme
+à l'établissement d'un juste équilibre, en assurant aux
+états intermédiaires une existence indépendante,
+prouvent par le fait quels sont les principes qui les
+animent. Il restait cependant une condition essentielle
+au bien-être de la France à régler. L'étendue de ses
+côtes donne à ce pays le droit de jouir de tous les
+bienfaits du commerce maritime. L'Angleterre lui rend
+ses colonies, et avec elles son commerce et sa marine;
+l'Angleterre fait plus, loin de prétendre à une domination
+exclusive des mers, incompatible avec un
+<a name="p331" id="p331"></a><span class="pagenum">331</span>
+système d'équilibre politique, elle se dépouille de la
+presque totalité des conquêtes que la politique suivie
+depuis tant d'années par le gouvernement français lui
+a valu. Animée d'un esprit de justice et de libéralité
+digne d'un grand peuple, l'Angleterre met dans la
+balance de l'Europe des possessions dont la conservation
+lui assurerait, pour long-temps encore, cette
+domination exclusive, en rendant à la France ses colonies,
+en portant de grands sacrifices à la reconstruction
+de la Hollande, que l'élan national de ses peuples
+rend digne de reprendre sa place parmi les puissances
+de l'Europe; et elle ne met qu'une condition à ces
+sacrifices: elle ne se dépouillera de tant de gages qu'en
+faveur du rétablissement d'un véritable système d'équilibre
+politique; elle ne s'en dépouillera qu'autant
+que l'Europe sera véritablement pacifiée, qu'autant
+que l'état politique du continent lui offrira la garantie
+qu'elle ne fait pas d'aussi importantes cessions à pure
+perte, et que ses sacrifices ne tourneront pas contre
+l'Europe et contre elle-même.</p>
+
+<p>»Tels sont les principes qui ont présidé aux conseils
+des souverains alliés, à l'époque où ils ont entrevu
+la possibilité d'entreprendre la grande oeuvre de la
+reconstruction politique de l'Europe; ces principes
+ont reçu tout leur développement, et ils les ont prononcés
+le jour où le succès de leurs armes a permis
+aux puissances du continent d'en assurer l'effet, et à
+l'Angleterre de préciser les sacrifices qu'elle place
+dans la balance de la paix.
+<a name="p332" id="p332"></a><span class="pagenum">332</span> </p>
+
+<p>»Le contre-projet présenté par M. le plénipotentiaire
+français part d'un point de vue entièrement
+opposé: la France, d'après ses conditions, garderait
+une force territoriale infiniment plus grande que le
+comporte l'équilibre de l'Europe; elle conserverait
+des positions offensives et des points d'attaque au
+moyen desquels son gouvernement a déjà effectué
+tant de bouleversements; les cessions qu'elle ferait ne
+seraient qu'apparentes. Les principes annoncés à la
+face de l'Europe par le souverain actuel de la France,
+et l'expérience de plusieurs années, ont prouvé que des
+états intermédiaires, sous la domination de membres
+de la famille régnante en France, ne sont indépendants
+que de nom. En déviant de l'esprit qui a dicté
+les bases du traité du 17 février, les puissances n'eussent
+rien fait pour le salut de l'Europe. Les efforts de
+tant de nations réunies pour une même cause seraient
+perdus; la faiblesse des cabinets tournerait contre
+eux et contre leurs peuples; l'Europe et la France
+même deviendraient bientôt victimes de nouveaux déchirements;
+l'Europe ne ferait pas la paix, mais elle
+désarmerait.</p>
+
+<p>»Les cours alliées, considérant que le contre-projet
+présenté par M. le plénipotentiaire de France ne s'éloigne
+pas seulement des bases de paix proposées par
+elles, mais qu'il est essentiellement opposé à leur esprit,
+et qu'ainsi il ne remplit aucune des conditions
+qu'elles ont mises à la prolongation des négociations
+de Châtillon, elles ne peuvent reconnaître dans la
+<a name="p333" id="p333"></a><span class="pagenum">333</span>
+marche suivie par le gouvernement français que le désir
+de <i>traîner en longueur</i> des négociations aussi inutiles
+que compromettantes; inutiles, parce que les <i>explications
+de la France sont opposées aux conditions
+que les puissances regardent comme nécessaires</i> pour la
+reconstruction de l'édifice social, à laquelle elles consacrent
+toutes les forces que la Providence leur a confiées;
+compromettantes, parce que la prolongation
+de stériles négociations ne servirait qu'à induire en
+erreur et à faire naître aux peuples de l'Europe le
+vain espoir d'une paix qui est devenue le premier de
+leurs besoins.</p>
+
+<p>»Les plénipotentiaires des cours alliées sont chargés
+en conséquence de déclarer que, fidèles à leurs
+principes, et en conformité avec leurs déclarations
+antérieures, les puissances alliées regardent les négociations
+entamées à Châtillon comme <i>terminées par le
+gouvernement français</i>. Ils ont ordre d'ajouter à cette
+déclaration celle que les puissances alliées, indissolublement
+unies pour le grand but qu'avec l'aide de
+Dieu elles espèrent atteindre, <i>ne font pas la guerre à
+la France</i>; qu'elles regardent les justes dimensions de
+cet empire comme une des premières conditions d'un
+état d'équilibre politique; mais qu'elles ne poseront
+pas les armes avant que leurs principes aient été
+reconnus et admis par son gouvernement.»</p>
+
+<p>Après lecture de cette déclaration, MM. les plénipotentiaires
+des cours alliées en ont remis une copie
+à M. le plénipotentiaire de France, qui a témoigné
+<a name="p334" id="p334"></a><span class="pagenum">334</span>
+désirer que la séance fût suspendue jusqu'à neuf heures
+du soir.</p>
+
+<p>A la demande de MM. les plénipotentiaires des cours
+alliées, la séance, qui avait été remise à neuf heures
+du soir le 18, a été ajournée au lendemain 19 à une
+heure après midi.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 37.) <i>Lettre du prince de Metternich</i>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Troyes, le 18 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p>Je ne crois pas, monsieur le duc, que la déclaration
+qui vous aura été faite puisse vous surprendre,
+quand, après plus de six semaines de réunion, le premier
+contre-projet présenté par la France diffère totalement
+de l'esprit qui a dicté le projet des puissances;
+elles n'ont pu entrevoir dans ce fait qu'une recherche,
+de la part de votre cabinet, de traîner des négociations
+en longueur, dont la simple existence lui est utile.</p>
+
+<p>Nous ne poserons pas les armes sans avoir atteint
+le seul fruit de la guerre que nous croyons digne de
+notre ambition, la certitude de jouir pendant des années
+d'un état de repos qui ne vous est pas moins nécessaire
+qu'à nous. Nous ne croyons pas que la pièce
+que vous avez été dans le cas de présenter le 15 mars
+soit l'<i>ultimatum</i> de votre cour. Pourquoi, dans cette
+<a name="p335" id="p335"></a><span class="pagenum">335</span>
+supposition et dans un moment où chaque jour coûte
+des sacrifices énormes à la France, ne vous a-t-on
+pas mis dans le cas de suivre la marche la plus conforme
+à vos intérêts? Pourquoi ne vous a-t-on pas
+donné des explications franches et précises, les seules
+qui pouvaient vous mener au but dans le plus court
+délai possible? Si les conditions du contre-projet sont
+l'<i>ultimatum</i> de l'empereur; je dirai plus, si l'esprit
+qui règne dans cette pièce est celui qui préside encore
+à vos conseils, toute paix est impossible; les armes
+décideront du sort de l'Europe et de la France.</p>
+
+<p>Il serait difficile, monsieur le duc, que je vous retrace
+les pénibles sensations qu'éprouve l'empereur
+mon maître. Il aime sa fille, et il la voit exposée à de
+nouvelles inquiétudes, et elles ne pourront qu'augmenter.
+Plus les questions politiques se compliqueront,
+plus elles deviendront personnelles. L'empereur
+Napoléon a bien mal reconnu les bonnes intentions
+que l'empereur François n'a cessé de lui indiquer si
+clairement.</p>
+
+<p>Peut-être sommes-nous plus près de la paix, à la
+suite de la rupture d'aussi stériles négociations; elle
+seule remplira tous nos voeux.</p>
+
+<p>Recevez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p336" id="p336"></a><span class="pagenum">336</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 38.) <i>Lettre du prince de Metternich</i><br>
+
+<i>Au duc de Vicence.</i></p>
+
+<p class="rig">Du 18 mars.</p><br><br>
+
+<p>Les affaires tournent bien mal, monsieur le duc.--Le
+jour où on sera tout-à-fait décidé pour la paix, avec
+les sacrifices indispensables, venez pour la faire, mais
+non pour être l'interprète de projets inadmissibles.
+Les questions sont trop fortement placées pour qu'il
+soit possible de continuer à écrire des romans, sans
+de grands dangers pour l'empereur Napoléon. Que
+risquent les alliés? En dernier résultat, après de grands
+revers, on peut être forcé à quitter le territoire de la
+vieille France. Qu'aura gagné l'empereur Napoléon?
+Les peuples de la Belgique font d'énormes efforts dans
+le moment actuel. On va placer toute la rive gauche
+du Rhin sous les armes. La Savoie, ménagée jusqu'à
+cette heure pour la laisser à toute disposition, va être
+soulevée; et il y aura des attaques très personnelles
+contre l'empereur Napoléon, qu'on n'est plus maître
+d'arrêter.</p>
+
+<p>Vous voyez que je vous parle avec franchise, comme
+à l'homme de la paix. Je serai toujours sur la même
+ligne. Vous devez connaître nos vues, nos principes,
+nos voeux. Les premières sont toutes européennes,
+et par conséquent françaises; les seconds portent à
+<a name="p337" id="p337"></a><span class="pagenum">337</span>
+avoir l'Autriche comme intéressée au bien-être de la
+France; les troisièmes sont en faveur d'une dynastie
+si intimement liée à la sienne.</p>
+
+<p>Je vous ai voué, mon cher duc, la confiance la plus
+entière: pour mettre un terme aux dangers qui menacent
+la France, il dépend encore de votre maître de
+faire la paix. Le fait ne dépendra peut-être plus de lui
+sous peu. Le trône de Louis XIV, avec les ajoutés de
+Louis XV, offre d'assez belles chances pour ne pas devoir
+être mis sur une seule carte. Je ferai tout ce que
+je pourrai pour retenir lord Castlereagh quelques jours.
+Ce ministre parti, on ne fera plus la paix.</p>
+
+<p>Recevez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="mid">(Nº 39.) <i>Continuation de la séance, le</i> 19 <i>mars,
+à une heure.</i></p>
+
+<p class="mid">M. le plénipotentiaire de France demande l'insertion
+au protocole de ce qui suit:</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France, forcé d'improviser
+une réponse à une déclaration que MM. les plénipotentiaires
+des cours alliées ont eu plusieurs jours pour
+préparer, repoussera, autant que la brièveté du temps
+le lui permet, les accusations dirigées contre sa cour,
+et que l'on fonde en partie sur des faits et en partie
+<a name="p338" id="p338"></a><span class="pagenum">338</span>
+sur des raisonnements de l'exactitude desquels il ne
+peut en aucune façon convenir.</p>
+
+<p>Il est dit dans cette déclaration que l'unique but
+des cours alliées est le rétablissement de la paix générale
+continentale et maritime;</p>
+
+<p>Que cette paix ne peut exister sans une juste répartition
+de forces entre les puissances;</p>
+
+<p>Que cette juste répartition se trouve établie par
+leur projet du 17 février;</p>
+
+<p>Qu'aucune vue d'ambition ne peut avoir dicté ce
+projet, puisqu'il est l'ouvrage de l'Europe tout entière;</p>
+
+<p>Que les observations de la France remises dans la
+séance du 10 mars ne sont point une réponse à ce
+projet, et ne peuvent être un sujet de discussion;</p>
+
+<p>Que la note verbale du même jour ne touche nullement
+au fond des principaux arrangements proposés
+par les alliés;</p>
+
+<p>Que la France, rentrant dans ses anciennes limites
+et recouvrant les colonies que l'Angleterre lui rend,
+sera sur la ligne des plus fortes puissances de l'Europe;</p>
+
+<p>Que, d'après son contre-projet présenté le 15, la
+France garderait une étendue de territoire beaucoup
+plus considérable que ne le comporte l'équilibre de
+l'Europe;</p>
+
+<p>Que les membres de sa dynastie conserveraient des
+états qui, entre leurs mains, ne seraient qu'une dépendance
+de la France;
+<a name="p339" id="p339"></a><span class="pagenum">339</span> </p>
+
+<p>Que le contre-projet est donc essentiellement opposé
+à l'esprit du projet des cours alliées, et qu'attendu
+qu'il ne remplit aucune des conditions qu'ils ont mises
+à la prolongation des conférences de Châtillon, par
+leurs déclarations du 28 février et du 13 mars, elles
+regardent les négociations comme terminées par le
+gouvernement français.</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France répond:</p>
+
+<p>Que la France, sur qui pèsent tous les maux de la
+double guerre continentale et maritime, doit désirer
+et désire plus que qui que ce soit la double paix qui
+doit la finir, et que son voeu sur ce point ne peut pas
+être l'objet d'un doute;</p>
+
+<p>Que la volonté de la France de concourir à l'établissement
+d'un juste équilibre en Europe est prouvée
+par la grandeur des sacrifices auxquels elle a déjà
+consenti; qu'elle ne s'est pas bornée à invoquer ou
+à reconnaître le principe, mais qu'elle agit en conformité;</p>
+
+<p>Que le projet des alliés ne parle que des sacrifices
+demandés à la France, nullement de l'emploi de ces
+sacrifices; qu'il ne donne aucuns moyens de connaître
+quelle sera la répartition des forces entre les puissances,
+et qu'il a même été rédigé dans le dessein
+formel que la France ignorât cette répartition;</p>
+
+<p>Que, sans taxer d'ambition aucune des cours alliées,
+il ne peut cependant s'empêcher de remarquer
+que la plus grande partie des sacrifices que la France
+aura faits devra tourner à l'accroissement individuel
+<a name="p340" id="p340"></a><span class="pagenum">340</span>
+du plus grand nombre d'entre elles, sinon de toutes;</p>
+
+<p>Que si, pour donner une preuve de plus de son esprit
+de conciliation, et pour arriver plus promptement
+à la paix, la France consentait à ce que les
+quatre cours alliées négociassent tant pour elles-mêmes
+que pour l'universalité des états engagés avec elles
+dans la présente guerre, elle ne peut néanmoins admettre
+ni de fait ni de droit que la volonté de ces
+quatre cours soit la volonté de toute l'Europe;</p>
+
+<p>Que les observations remises dans la séance du 10
+mars, embrassant l'ensemble et tous les détails du
+projet des alliés, examinant le principe sur lequel ils
+reposent et leur application, étaient une véritable
+réponse à ce projet; réponse pleine de modération et
+d'égards, et qu'il était d'autant plus nécessaire de discuter,
+que ce n'est qu'après être demeuré d'accord
+sur les principes qu'on peut s'accorder sur les conséquences;</p>
+
+<p>Que la note verbale du même jour touchait si bien
+au fond des arrangements des alliés, qu'elle était un
+consentement à plus des six septièmes des sacrifices
+qu'ils demandaient;</p>
+
+<p>Que la déclaration de ce jour dit et répète que
+l'Angleterre rend à la France ses colonies; mais que
+par le projet du 17 février l'Angleterre garde et ne
+rend point les seules qui aient quelque valeur;</p>
+
+<p>Qu'en affirmant que la France veut garder une
+étendue de territoire plus grande que ne le comporte
+l'équilibre de l'Europe, on pose en fait ce qui est en
+<a name="p341" id="p341"></a><span class="pagenum">341</span>
+question, et l'on affirme sans preuve le contraire de ce
+que les observations du 10 mars établissent et prouvent
+par des faits et des raisonnements qu'on a refusé
+de discuter, et contraires encore à ce que les souverains
+alliés pensaient et déclaraient au mois de novembre
+dernier;</p>
+
+<p>Que si l'Angleterre prouve sa modération par la
+restitution qu'elle promet à la Hollande, la France ne
+prouve pas moins son désir sincère de la paix en promettant
+aussi pour la Hollande un accroissement de
+territoire;</p>
+
+<p>Qu'on a sûrement oublié que le prince vice-roi, en
+faveur de qui l'empereur des Français renonce à un
+royaume indépendant de la France, appartient par
+des liens de famille à l'Allemagne autant qu'à la France;</p>
+
+<p>Que le grand-duché de Berg appartient tout entier
+au système fédératif de l'Allemagne proposé par les
+alliés; et que, quant à Lucques et Piombino, on peut
+à peine leur donner le nom d'états;</p>
+
+<p>Qu'ainsi, loin d'être essentiellement opposé à l'esprit
+du projet des cours alliées, le contre-projet français
+est plus conforme à cet esprit qu'il n'était peut-être
+même naturel de le penser lorsqu'il ne s'agissait
+encore que d'un premier pas vers le but de la négociation;</p>
+
+<p>Qu'en effet le projet des cours alliées et le contre-projet
+français n'ont pu être considérés autrement
+que comme établissement, de part et d'autre, des
+points de départ pour arriver de là au but qu'on se
+<a name="p342" id="p342"></a><span class="pagenum">342</span>
+propose réciproquement d'atteindre par une gradation
+de demandes et de concessions alternatives et mutuelles,
+soumises à une discussion amiable, sans laquelle
+il n'existe point de véritable négociation;</p>
+
+<p>Qu'une preuve du désir bien sincère qu'a la France
+d'arriver à la paix, c'est que, par le contre-projet du
+15 mars, elle s'est d'elle-même placée du premier
+mot bien en-deçà de ce que les bases proposées
+par les cours alliées, il y a quatre mois, et qu'elles déclaraient
+alors être celles qui convenaient à l'équilibre
+de l'Europe, l'autorisaient à demander;</p>
+
+<p>Qu'il s'attendait à voir dans la séance de ce jour
+commencer cette discussion qu'il n'a cessé d'offrir ou
+de réclamer, et qu'au lieu de cela on lui annonce une
+rupture comme pour prévenir toute discussion.</p>
+
+<p>Il déclare en conséquence que, bien loin que la
+rupture puisse être imputée à son gouvernement, il
+ne peut encore considérer sa mission de paix comme
+terminée; qu'il doit attendre les ordres de sa cour, et
+qu'il est, comme il l'a précédemment déclaré, prêt à
+discuter dans un esprit de conciliation et de paix toute
+modification des projets respectifs qui serait proposée
+ou demandée par MM. les plénipotentiaires des cours
+alliées; qu'il espère qu'ils voudront bien en rendre
+compte à leurs cabinets, et que, pour donner un témoignage
+de leurs dispositions personnelles pour arriver
+à une paix qui est le voeu du monde, ils attendront
+les réponses de leurs cours respectives. Il déclare
+en outre que son gouvernement est toujours prêt à
+<a name="p343" id="p343"></a><span class="pagenum">343</span>
+continuer la négociation ou à la reprendre de la manière
+et sous la forme qui pourra amener le plus
+promptement possible la cessation de la guerre.</p>
+
+<p>MM. les plénipotentiaires des cours alliées observent
+ensuite que, par une faute du copiste, il y a dans la
+déclaration qu'ils ont dictée hier, au protocole, une
+omission des deux paragraphes suivants, dont ils demandent
+l'insertion au protocole, pour compléter la
+pièce précitée.</p>
+
+<p>1º Après ces mots, <i>de la part du gouvernement
+français</i>, ils y ont ajouté verbalement «qu'ils étaient
+prêts à discuter, dans un esprit de conciliation, toute
+modification que M. le plénipotentiaire français pourrait
+être autorisé à proposer, et qui ne serait pas opposée
+à l'esprit des propositions faites par les cours
+alliées;» le terme du 10 mars ayant été, etc., etc.</p>
+
+<p>2º Après les mots <i>qu'elle place dans la balance de
+la paix</i>, «ces principes paraissent avoir été trouvés
+justes par le gouvernement français, à l'époque où il
+croyait sa capitale menacée par les armées alliées, à la
+suite de la bataille de Brienne...»</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire français n'admit pas seulement,
+par une démarche confidentielle, les limites de la
+France, telles qu'elles avaient été en 1792, comme
+bases de pacification; il offrit même la remise immédiate
+de places, dans les pays cédés, comme gages de
+sécurité pour les alliés, dans le cas que les puissances
+voulussent accéder sur-le-champ à un armistice.</p>
+
+<p>«Les puissances donnèrent une preuve de leur
+<a name="p344" id="p344"></a><span class="pagenum">344</span>
+désir de voir l'Europe pacifiée dans le plus court délai
+possible, en se prononçant pour une signature immédiate
+des préliminaires de la paix.</p>
+
+<p>»Mais il avait suffi de quelques succès apparents
+pour faire changer les dispositions du gouvernement
+français.» Le contre-projet présenté par M. le plénipotentiaire
+français porte:</p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de France observe qu'il paraît
+au moins extraordinaire qu'on ait oublié deux paragraphes
+dans une pièce préparée depuis plusieurs jours
+par les cabinets, et il répond ensuite à la nouvelle
+déclaration qui lui est faite.</p>
+
+<p>Quant au premier point:</p>
+
+<p>Qu'il doit regretter vivement que la conduite de
+MM. les plénipotentiaires des cours alliées, en refusant
+constamment, malgré ses instances réitérées,
+d'entrer en discussion avec lui, tant sur leur propre
+projet que sur le contre-projet qu'il leur a remis, ait
+été, jusqu'à ce moment même, si complètement en
+opposition avec la déclaration qu'ils relatent.</p>
+
+<p>Quant au second:</p>
+
+<p>Que ce qui y est dit relativement à la démarche
+<i>confidentielle</i> faite par lui, le 9 février, a été suffisamment
+réfuté, quant au fait, dans les précédentes conférences;
+et quant aux nouvelles réflexions qui sont
+mises en avant, que l'Europe jugera qui de son gouvernement
+ou des souverains alliés l'on peut, à juste
+titre, accuser d'avoir manqué de modération en suspendant,
+sans cause avouée, la négociation à l'époque
+<a name="p345" id="p345"></a><span class="pagenum">345</span>
+même dont il est question, en rejetant avec la condition
+qui y était mise, la proposition. Les puissances
+alliées n'ont-elles pas prouvé que, dans cette circonstance,
+comme dans tout ce qui a suivi le jour où les
+bases d'une négociation ont été posées à Francfort
+par leurs ministres, elles ont placé constamment leurs
+vues sous l'influence illimitée des événements, loin de
+tendre, comme elles le disent, avec justice et modération,
+au rétablissement d'un véritable équilibre de
+l'Europe?</p>
+
+<p>Après cette réponse, dont copie a été remise à
+MM. les plénipotentiaires des cours alliées, ceux-ci
+ont déclaré que leurs pouvoirs étaient éteints, et qu'ils
+avaient ordre de retourner aux quartiers-généraux de
+leurs souverains.</p>
+
+<p>Châtillon-sur-Seine, le 19 mars 1814.</p>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence; <span class="sc">Aberdeen</span>,<br>
+<span class="sc">Cathcart</span>, le comte de <span class="sc">Razoumowski</span>, <span class="sc">Humboldt</span>,<br>
+le comte de <span class="sc">Stadion</span>, Charles <span class="sc">Stewart</span>,<br>
+lieutenant-général.</p>
+<br>
+
+<p>Les soussignés, plénipotentiaires des cours alliées,
+en voyant avec un vif et profond regret rester sans
+fruit, pour la tranquillité de l'Europe, les négociations
+entamées à Châtillon, ne peuvent se dispenser de s'en
+occuper encore avant leur départ, en adressant la présente
+note à M. le plénipotentiaire français, d'un objet
+qui est étranger aux discussions politiques, et qui aurait
+dû le rester toujours. En insistant sur l'indépendance
+<a name="p346" id="p346"></a><span class="pagenum">346</span>
+de l'Italie, les cours alliées avaient l'intention de replacer
+le saint-père dans son ancienne capitale; le
+gouvernement français a montré les mêmes dispositions
+dans le contre-projet présenté par M. le plénipotentiaire
+de France: il serait malheureux qu'un
+dessein aussi naturel, sur lequel se réuniraient les
+deux partis, restât sans effet par des raisons qui
+n'appartiennent nullement aux fonctions que le chef
+de l'église catholique s'est religieusement astreint
+d'exercer. La religion que professe une grande partie
+des nations en guerre actuellement, la justice et l'équité
+générales, l'humanité enfin, s'intéressent également
+à ce que sa sainteté soit remise en liberté; et les
+soussignés sont persuadés qu'ils n'ont qu'à témoigner
+ce voeu, et qu'à demander, au nom de leurs cours,
+cet acte de justice au gouvernement français, pour
+l'engager à mettre le saint-père en état de pourvoir,
+en jouissant d'une entière indépendance, aux besoins
+de l'église catholique.</p>
+
+<p>Les soussignés saisissent cette occasion pour réitérer
+à S. Exc. M. le plénipotentiaire de France leur haute
+considération.</p>
+
+<p>Châtillon, le 19 mars 1814.</p>
+
+<p class="mid"><i>Signé</i> Charles <span class="sc">Stewart</span>, comte de <span class="sc">Stadion</span>,<br>
+<span class="sc">Cathcart</span>, <span class="sc">Humboldt</span>, A. comte de <span class="sc">Razoumowski</span>,<br>
+<span class="sc">Aberdeen</span>.</p>
+
+<p> <a name="p347" id="p347"></a><span class="pagenum">347</span> </p>
+<br>
+<p class="mid">(Nº 40) <i>Lettre du duc de Vicence<br>
+Au prince de Metternich</i>.</p>
+
+<p class="rig">Châtillon, le 20 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Mon prince</span>,</p>
+
+<p>Je commence par vous assurer que M. de Floret
+fait parfaitement vos commissions. Je ne saurais convenir
+que la déclaration qui m'a été remise ne m'a pas
+surpris. Je devais penser qu'on entrerait en discussion,
+ou bien qu'on remettrait un contre-projet, ou même
+un <i>ultimatum</i>, puisque le projet du 17 février n'en
+était pas un, pas plus que celui du 15 mars.</p>
+
+<p>Votre excellence sait aussi bien que moi que les
+lenteurs, les embarras, les difficultés de tout genre,
+étaient inhérents au mode de négociation adopté par
+les alliés. Si les intentions pacifiques de votre maître,
+l'ascendant de votre bon esprit, et toute la prépondérance
+de la puissance principale de la coalition, n'ont
+pu faire accepter, dans le seul moment et sous la seule
+condition où elle pouvait l'être, ma proposition confidentielle
+du 9 février, jugez s'il y avait ici un moyen
+quelconque de faire faire un seul pas à la négociation.
+Vous voulez que nous cédions tout, et vous ne voulez
+pas nous dire ce que vous comptez faire de ce que
+vous nous demandez. Pour s'entendre, encore faut-il
+se parler: l'a-t-on voulu? l'a-t-on pu? Peut-être,
+<a name="p348" id="p348"></a><span class="pagenum">348</span>
+comme vous le dites, sommes-nous plus près de la
+paix, après cette rupture, qu'auparavant. J'aime à le
+croire, et il ne dépendra pas de moi que ce dernier
+espoir ne se réalise; je n'en aurais même nul doute si
+j'avais la certitude que vous et lord Castlereagh soyez
+les instruments de cette oeuvre aussi glorieuse que désirable.
+Il ne faut pas se le dissimuler, la paix ne peut
+se faire que par les hommes qui ont tout entière la
+pensée de leur cabinet.</p>
+
+<p>Je m'afflige comme vous, mon prince, de la situation
+de l'impératrice; elle montre un courage qui la
+rend aussi digne du tendre intérêt de son auguste père,
+que de l'affection du peuple qu'elle a adopté.</p>
+
+<p>Tant qu'il sera question de paix, les difficultés ne
+me rebuteront pas; comptez donc sur moi: mais veuillez
+vous rappeler, prince, que je dois aussi compter
+sur vous; car, comme vous en paraissez convaincu,
+trop d'intérêts sont communs à la France et à l'Autriche
+pour que vous puissiez vouloir les séparer dans
+la grande question européenne.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<p> <a name="p349" id="p349"></a><span class="pagenum">349</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 41.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br>
+
+<i>Au prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="rig">Joigny, le 21 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p><span class="sc">Mon prince,</span></p>
+
+<p>Je ne veux pas laisser partir M. le comte de Wolffenstein
+sans prier votre excellence de mettre aux
+pieds de l'empereur l'expression de ma respectueuse
+reconnaissance pour toutes les attentions dont cet
+officier m'a comblé.</p>
+
+<p>Je me hâte de rejoindre notre quartier-général, afin
+de vous revoir plus tôt. Veuillez ajouter aux témoignages
+de confiance que vous avez bien voulu me
+donner l'obligeante attention de m'éviter tous retards
+à vos avant-postes quand je m'y présenterai.</p>
+
+<p>Je mets sous votre couvert plusieurs lettres que j'ai
+reçues en chemin par un courrier qui a augmenté tous
+mes regrets; ce qu'il m'a apporté ne me laisse pas de
+doute sur la possibilité qu'on aurait eue à s'entendre,
+même à Châtillon. Je vous le répète, mon prince, c'est
+sous vos auspices que la paix est faisable; n'en laissez
+pas le soin et la gloire à d'autres, et je vous assure
+que le monde jouira, avant peu, du repos qui lui est
+si nécessaire.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p350" id="p350"></a><span class="pagenum">350</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 42.) <i>Le duc de Vicence</i><br>
+
+<i>Au prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="mid">Expédiée de Doulevent, le 25 mars, par M. de Gallebois,<br>
+officier du prince de Neufchâtel, au quartier général<br>
+impérial.</p>
+
+<p>Arrivé cette nuit seulement près de l'empereur,
+S. M. m'a sur-le-champ donné ses derniers ordres
+pour la conclusion de la paix. Elle m'a remis en même
+temps tous les pouvoirs nécessaires pour la négocier
+et la signer avec les ministres des cours alliées, cette
+voie pouvant réellement mieux que toute autre en
+assurer le prompt rétablissement. Je me hâte donc
+de vous prévenir que je suis prêt à me rendre à votre
+quartier-général, et j'attends aux avant-postes la réponse
+de votre excellence. Notre empressement prouvera
+aux souverains alliés combien les intentions de
+l'empereur sont pacifiques, et que, de la part de la
+France, aucun retard ne s'opposera à la conclusion
+de l'oeuvre salutaire qui doit assurer le repos du
+monde.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br><br>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p><a name="p351" id="p351"></a><span class="pagenum">351</span> </p>
+
+<p class="mid">(Nº 43.) <i>Lettre du duc de Vicence</i><br>
+
+<i>Au prince de Metternich.</i></p>
+
+<p class="mid">Expédiée de Doulevent, le 25 mars, par un officier du<br>
+prince de Neufchâtel, au quartier général, 1814.</p>
+
+<br><hr class="short"><br>
+
+<p class="sc">Mon prince,</p>
+
+<p>Je ne fais que d'arriver, et je ne perds pas un moment
+pour exécuter les ordres de l'empereur, et pour
+joindre confidentiellement à ma lettre tout ce que je
+dois à la confiance que vous m'avez témoignée.</p>
+
+<p>L'empereur me met à même de renouer les négociations,
+et de la manière la plus franche et la plus positive.
+Je réclame donc les facilités que vous m'avez
+fait espérer, afin que je puisse vous arriver, et le plus
+tôt possible. Ne laissez pas à d'autres, mon prince, le
+soin de rendre la paix au monde. Il n'y a pas de raison pour qu'elle ne soit pas faite dans quatre jours,
+si votre bon esprit y préside, si on la veut aussi franchement
+que nous. Saisissons l'occasion, et bien des
+fautes et des malheurs seront réparés. Votre tâche,
+mon prince, est glorieuse: la mienne sera bien pénible;
+mais, puisque le repos et le bonheur de tant de peuples,
+en peuvent résulter, je n'y apporterai pas moins de
+zèle et de dévouement que vous.</p>
+
+<p> <a name="p352" id="p352"></a><span class="pagenum">352</span> </p>
+
+<p>Les dernières lettres de l'impératrice nous donnent
+la certitude que la santé de S. M. est fort bonne.</p>
+
+<p>Agréez, etc.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence.</span></p><br>
+
+<p> <a name="p353" id="p353"></a><span class="pagenum">353</span>
+<br><br><br>
+<h2>MANUSCRIT</h2>
+
+<h5>DE</h5>
+
+<h3>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h3>
+
+<hr class="short">
+
+<h4>TROISIÈME PARTIE.</h4>
+
+<p class="rig"><span class="sml">Opus aggredior et ipsa etiam pace sævum.</span></p>
+<br><br><br><br><br>
+
+<p><a name="p355" id="p355"></a><span class="pagenum">355</span> </p>
+
+<h1>MANUSCRIT</h1>
+<h5>DE</h5>
+<h2>MIL HUIT CENT QUATORZE.</h2>
+
+<h3>TROISIÈME PARTIE.</h3>
+
+<hr class="short">
+
+<h4>CHAPITRE I<sup>er</sup></h4>
+
+<h4>L'ARMÉE SE RANGE AUTOUR DE FONTAINEBLEAU.--NOUVELLES
+DE PARIS.--SUCCÈS DU PARTI
+ROYALISTE.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 31 mars au 1<sup>er</sup> avril.)</p>
+
+<p>Le 31 mars, à six heures du matin, Napoléon
+se retrouve à Fontainebleau. On ne prend dans
+le château qu'un logement militaire; les grands
+appartements restent fermés; Napoléon s'établit
+dans son petit appartement, situé au premier
+étage, le long de la galerie de François I<sup>er</sup>.
+<a name="p356" id="p356"></a><span class="pagenum">356</span> </p>
+
+<p>Dans la soirée et dans la matinée du lendemain,
+on voit arriver par la route de Sens la tête des
+colonnes que Napoléon ramène de la Champagne,
+et par la route d'Essonne l'avant-garde des
+troupes qui sortent de Paris. Ces débris se groupent
+autour de Fontainebleau.</p>
+
+<p>Le duc de Conegliano, qui commandait la
+garde nationale de Paris; le duc de Dantzick,
+qui, malgré son grand âge, vient de faire la
+campagne; le prince de la Moskowa, le duc de
+Tarente, le duc de Reggio et le prince de Neufchâtel,
+qui arrivent de Troyes; les ducs de Trévise
+et de Raguse, qui sortent de Paris, rejoignent
+successivement le quartier impérial.</p>
+
+<p>Le duc de Bassano est le seul ministre qui soit
+en ce moment auprès de Napoléon; le duc de
+Vicence est en mission auprès des alliés, les autres
+ministres sont sur la Loire avec l'impératrice.</p>
+
+<p>A mesure que les troupes défilent, on leur fait
+prendre position derrière la rivière d'Essonne. Le
+duc de Raguse place son quartier général à Essonne,
+le duc de Trévise établit le sien à Mennecy.
+Ce qui vient de Paris est rallié derrière cette
+ligne, ce qui arrive de la Champagne prend une
+position intermédiaire du côté de Fontainebleau;
+les bagages et le grand parc d'artillerie sont dirigés
+sur Orléans.
+<a name="p357" id="p357"></a><span class="pagenum">357</span> </p>
+
+<p>Napoléon a donc encore une armée dans sa
+main... Tandis qu'il médite sur les ressources
+de sa position militaire, l'attention autour de lui
+est entièrement absorbée par tout ce qui se passe
+à Paris. On recueille avec avidité les moindres
+détails qui arrivent de ce côté, et c'est d'abord
+du succès de la mission du duc de Vicence que
+l'on s'informe avec le plus d'inquiétude. Ce ministre
+s'était présenté, dans la nuit même du 30
+au 31, aux avant-postes des alliés: il était parvenu
+jusqu'à l'empereur Alexandre, il en avait
+reçu un accueil honorable: mais ce souverain
+tenait dans ses mains les clefs de Paris qu'on
+venait de lui apporter, il était occupé à donner
+des ordres pour son entrée, qui devait avoir lieu
+à dix heures du matin; avant de parler d'affaires,
+il voulait être à Paris: tout ce qu'avait pu obtenir
+le duc de Vicence, c'était la promesse qu'on
+lui donnerait les premiers moments dont on
+pourrait disposer après l'occupation militaire de
+la capitale.</p>
+
+<p>Cependant les chefs de l'armée ennemie avaient
+commencé à s'expliquer contre le gouvernement
+de Napoléon; le général en chef autrichien, qui,
+en l'absence de son maître, devait montrer le
+plus de circonspection dans cette grande circonstance,
+avait été des premiers au contraire
+<a name="p358" id="p358"></a><span class="pagenum">358</span>
+à prendre l'initiative avec un empressement tout-à-fait
+inexplicable. «Parlant au nom de l'Europe
+sous les armes au pied des murs de Paris,
+Schwartzenberg venait de proclamer que les
+souverains alliés cherchaient de bonne foi une
+autorité salutaire en France pour traiter avec
+elle de l'union de toutes les nations et de tous
+les gouvernements;» et, méconnaissant déjà les
+droits et l'autorité de Napoléon, il avait indiqué
+aux Parisiens non seulement l'exemple de Lyon<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54"><sup class="sml">54</sup></a>,
+qui venait de se rendre, mais encore celui de
+Bordeaux, qui avait reconnu les Bourbons<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55"><sup class="sml">55</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote54" name="footnote54"><b>Note 54: </b></a><a href="#footnotetag54">(retour)</a> Les alliés avaient occupé Lyon le 21 mars. </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote55" name="footnote55"><b>Note 55: </b></a><a href="#footnotetag55">(retour)</a> 55: «Le 31 mars, le prince Schwartzenberg articula expressément
+à M. le duc Dalberg que lui et M. le prince de
+Metternich pensaient que la continuation de l'existence
+souveraine de Napoléon en France était incompatible avec
+le repos de l'Europe, et que, Napoléon vivant, il n'y avait
+rien de mieux à faire que de se fixer au retour de l'ancienne
+dynastie en France.» (Voir les révélations de l'abbé de
+Pradt, page 63.) </blockquote>
+
+<p>A ce signal, les agents que la maison de Bourbon
+entretenait à Paris n'avaient plus craint de
+se montrer; ils avaient compris que tout allait
+dépendre de la manière dont Paris aurait l'air de
+se prononcer. L'importance du moment les avait
+fait redoubler d'efforts. Le peuple était dans la
+<a name="p359" id="p359"></a><span class="pagenum">359</span>
+stupeur; il n'y avait plus ni administration ni
+police; le pavé était au premier occupant, les
+royalistes n'avaient plus qu'à s'en emparer.</p>
+
+<p>Le 31, à midi, l'empereur Alexandre et le roi
+de Prusse avaient fait leur entrée: cette marche
+militaire, d'abord paisible, avait fini par devenir
+bruyante; des cris en faveur des Bourbons s'étaient
+fait entendre, des cocardes blanches avaient
+été arborées; et les Parisiens étonnés, cherchant
+des yeux l'empereur d'Autriche, avaient appris
+avec inquiétude qu'il était encore bien loin.</p>
+
+<p>C'était chez M. de Talleyrand que l'empereur
+Alexandre était allé descendre. Cet ancien ministre
+aurait dû suivre l'impératrice sur la Loire,
+il en avait reçu l'ordre; mais il s'était fait arrêter
+à la barrière et ramener dans Paris pour en faire
+les honneurs aux alliés.</p>
+
+<p>A peine le czar était-il installé dans son logement,
+qu'il avait tenu un conseil sur le parti
+politique que les alliés devaient adopter. M. de
+Talleyrand et ses principaux confidents n'avaient
+pas manqué d'être appelés à la délibération.<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56"><sup class="sml">56</sup></a> </p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote56" name="footnote56"><b>Note 56: </b></a><a href="#footnotetag56">(retour)</a> Suite des révélations de M. l'abbé de Pradt: «Une conférence
+entre M. de Talleyrand et M. de Nesselrode avait
+précédé de quelques heures la tenue de ce conseil. On y
+avait préparé ce qui devait être dit dans celui-ci.» (<i>Ibid.</i>,
+page 63.)
+
+<p>«L'empereur Alexandre, après l'ouverture du conseil,
+dit qu'il y avait trois partis à prendre: 1º faire la paix avec
+Napoléon, en prenant toutes ses sûretés contre lui; 2º établir
+la régence; 3º rétablir la maison de Bourbon. M. de
+Talleyrand s'attacha à faire sentir les inconvénients des deux
+premières propositions, et à les réunir dans l'esprit du conseil
+devant lequel il parlait; il passa ensuite à l'établissement
+de la troisième, comme la seule chose qui convînt et
+qui fût désirée. On ne lui contesta pas les convenances,
+mais bien l'existence d'un désir dont on n'avait pas trouvé
+la manifestation sur toute la route traversée par les alliés,
+dans laquelle au contraire la population s'était prononcée
+d'une manière hostile. On appuyait sur la résistance de
+l'armée, qui se retrouvait au même degré dans les troupes
+de nouvelle levée et dans les vétérans. On résistait donc
+à l'idée que le rappel de la maison de Bourbon ne fût pas
+contrarié par les dispositions d'un très grand nombre de
+personnes. L'empereur demanda à M. de Talleyrand quel
+moyen il se proposait d'employer pour arriver au résultat
+qu'il annonçait... Quelque solides que fussent les raisons
+qu'il allégua, cependant la résistance durait encore, et ce
+fut pour la vaincre qu'il crut devoir s'étayer du témoignage
+de M. le baron Louis et du mien... M. de Talleyrand nous
+introduisit dans la salle où se trouvait le conseil; on se
+trouva rangé de manière à ce que, du côté droit, le roi
+de Prusse et le prince Schwartzenberg se trouvassent les
+plus rapprochés du meuble d'ornement qui est au milieu
+de l'appartement; M. le duc Dalberg était à la droite du
+prince Schwartzenberg; MM. de Nesselrode, Pozzo di
+Borgo, le prince de Lichtenstein, suivaient; M. de Talleyrand
+se trouvait à la gauche du roi de Prusse, M. le baron
+Louis et moi placés auprès de lui. L'empereur Alexandre,
+faisant face à l'assemblée, allait et venait. Ce prince, du
+ton de voix le plus prononcé, débuta par nous dire qu'il ne
+faisait pas la guerre à la France, et que ses alliés et lui ne
+connaissaient que deux ennemis, l'empereur Napoléon et
+tout ennemi de la liberté des Français...; que les Français
+étaient parfaitement libres; que nous n'avions qu'à faire
+connaître ce qui nous paraissait certain dans les dispositions
+de la nation, et que son voeu serait soutenu par les forces
+des alliés... J'éclatai par la déclaration que nous étions
+tous royalistes et que la France l'était comme nous... «Eh
+bien, dit alors l'empereur Alexandre, je déclare que je ne
+traiterai plus avec l'empereur Napoléon...» On obtint de ce
+monarque que cette déclaration fût rendue publique: deux
+heures après elle couvrait les murs de la capitale, par les
+soins de MM. Michaud, qui se trouvaient dans les appartements
+voisins de la salle du conseil.» (Voyez page 62
+et suiv.)</blockquote>
+
+<a name="p360" id="p360"></a><span class="pagenum">360</span>
+
+<p>Vainement le duc de Vicence s'était présenté
+pour obtenir l'audience qu'on lui avait promise;
+la cause de son prince était déjà perdue, qu'il n'avait
+encore pu se faire entendre<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57"><sup class="sml">57</sup></a>.</p>
+
+<a name="p361" id="p361"></a><span class="pagenum">361</span>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote57" name="footnote57"><b>Note 57: </b></a><a href="#footnotetag57">(retour)</a> «A la fin du conseil nous mîmes tous nos soins à empêcher
+l'effet des représentations que les négociateurs de Napoléon
+pouvaient chercher à produire; si nous ne pûmes
+les empêcher d'arriver, on parvint du moins à abréger leur
+séjour et à en atténuer l'effet.» (Voy. page 62 des révélations
+de l'abbé de Pradt.) </blockquote>
+
+<p> <a name="p362" id="p362"></a><span class="pagenum">362</span> </p>
+
+<p>Au surplus le public n'avait pas tardé à être
+mis dans la confidence; déjà M. de Nesselrode
+avait écrit au préfet de police de mettre en
+liberté tous les individus détenus pour attachement
+<i>à leur légitime souverain</i>, et bientôt après
+les murs de Paris avaient été placardés d'une déclaration
+de l'empereur Alexandre, faite tant en
+son nom qu'en celui des alliés, portant qu'on ne
+voulait plus traiter des intérêts de la France avec
+Napoléon ni avec aucun membre de sa famille.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14">Les vainqueurs ont parlé: l'esclavage en silence</p>
+<p class="i14">Obéit à leur voix dans cette ville immense.</p>
+<br>
+<p class="i30"><span class="sc">Voltaire</span>, Orphelin de la Chine.</p>
+</div></div>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<p> <a name="p363" id="p363"></a><span class="pagenum">363</span> </p>
+
+<h4>CHAPITRE II.</h4>
+
+<h4>SUITE DES NOUVELLES QU'ON REÇOIT DE PARIS.</h4>
+
+<p class="mid">(Du 1<sup>er</sup> au 2 avril.)</p>
+
+<p>Cependant les alliés voulaient avant tout assurer
+la vie de leurs soldats. Depuis deux mois,
+quinze à vingt mille étaient tombés sous les coups
+des paysans français; il était urgent de désarmer
+cette animosité.</p>
+
+<p>On désirait le rétablissement des Bourbons;
+mais on ne voulait pas que cette révolution parût
+être commandée par la force des armes; il
+fallait aller doucement, ménager l'opinion, faire
+parler des voix françaises, et ne paraître accéder
+qu'au voeu national. Tel était le plan des alliés;
+leur langage était devenu celui de la générosité,
+les partisans des Bourbons faisaient le reste. Au
+dehors ils provoquaient le retour de leurs princes
+avec tout l'essor d'un zèle long-temps comprimé;
+on ne voyait qu'eux allant, venant à travers
+les bagages et les bivouacs ennemis, qui
+encombraient nos ponts, nos quais et nos boulevards.
+Ils s'agitaient dans tous les sens,
+<a name="p364" id="p364"></a><span class="pagenum">364</span>
+frappaient à toutes les portes; tout ce qui les écoutait
+leur était bon. Ils trouvaient d'utiles auxiliaires
+dans cette foule de gens en place qui ne pensent
+qu'à conserver leur emploi; ils recrutaient surtout
+des prosélytes actifs parmi tous ces ambitieux
+que les honneurs et les grâces n'avaient
+pu encore atteindre depuis quinze ans qu'ils les
+sollicitaient. Déjà tout ce qui était mécontent du
+sort avait battu des mains à la nouvelle d'un revirement
+dans les fortunes; déjà toutes les familles
+qui avaient perdu à la révolution avaient
+calculé tout ce qu'une contre-révolution pouvait
+leur rendre. L'oreille des vieillards se prêtait volontiers
+à d'anciens noms, à d'anciens droits qui
+réveillaient les souvenirs de leur jeunesse; l'imagination
+des femmes se laissait séduire par l'intérêt
+romanesque de quelques grandes infortunes;
+la population des boutiques, inquiète au bruit
+du sabre étranger qui battait le pavé, s'empressait
+de renier le souverain qu'elle admirait hier:
+en un mot, les passions jalouses, le ressentiment
+des ambitions trompées, des vanités blessées, des
+torts justement punis; les lâchetés de l'ingratitude
+et même celles de la peur, tout concourait à seconder
+les ennemis de Napoléon<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58"><sup class="sml">58</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote58" name="footnote58"><b>Note 58: </b></a><a href="#footnotetag58">(retour)</a> «La plupart des conjurés avaient été comblés de
+bienfaits par l'empereur; ils avaient trouvé de grands avantages
+dans ses victoires; mais plus leur fortune était devenue
+brillante, plus ils s'occupaient d'échapper au malheur
+commun... Comblez un homme de bienfaits, la première
+idée que vous lui inspirez, c'est de chercher les moyens
+de les conserver.» (Montesquieu, Grandeur et décadence
+des Romains, chap. 11 et 13.) </blockquote>
+
+<p> <a name="p365" id="p365"></a><span class="pagenum">365</span> </p>
+
+<p>En général, l'idée de la conquête était insupportable
+aux Parisiens; on voulait à tout prix
+échapper à cette situation, et l'on courait se réfugier
+dans l'idée plus tolérable d'une restauration.
+Les chefs de parti avaient saisi habilement
+ce retour de l'amour-propre national sur lui-même.
+La volonté des alliés n'était présentée que
+comme l'appui de la nôtre, et l'oppression que
+six cent mille étrangers exerçaient sur notre
+malheureux pays commençait à s'appeler <i>la délivrance
+de la France</i><a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59"><sup class="sml">59</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote59" name="footnote59"><b>Note 59: </b></a><a href="#footnotetag59">(retour)</a> «Je dois sans doute au sang français qui coule dans
+mes veines, cette impatience que j'éprouve quand on me
+parle d'opinions placées hors de ma patrie; et si l'Europe
+civilisée voulait m'imposer la Charte, j'irais vivre à Constantinople.»
+(Chateaubriand, page 118, De la monarchie
+selon la Charte.) </blockquote>
+
+<p>Mais il fallait un organe à cette opinion publique
+qu'on voulait faire parler, et l'on n'avait
+<a name="p366" id="p366"></a><span class="pagenum">366</span>
+pas eu de peine à le trouver<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60"><sup class="sml">60</sup></a>. «Le sénat était
+en possession du droit de suppléer, dans toutes
+les circonstances imprévues, à l'absence du
+pouvoir populaire. A ce titre, le gouvernement
+de Napoléon lui avait donné l'initiative dans
+les plus grandes affaires<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61"><sup class="sml">61</sup></a>.» Le sénat avait donc
+été choisi pour prendre encore l'initiative dans
+celle-ci. Dès le 31 au soir, l'empereur Alexandre
+avait invité ce corps à pourvoir aux besoins des
+circonstances et au salut de l'état; il lui avait commandé
+de s'occuper d'une nouvelle constitution
+et de la composition d'un gouvernement provisoire.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote60" name="footnote60"><b>Note 60: </b></a><a href="#footnotetag60">(retour)</a> 60: «L'empereur Alexandre ayant demandé à M. de Talleyrand
+quel moyen il se proposait d'employer, celui-ci répondit
+que ce serait les autorités constituées, et qu'il se
+<i>faisait fort du sénat</i>.» (Suite des révélations de l'abbé de
+Pradt, page 67.) </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote61" name="footnote61"><b>Note 61: </b></a><a href="#footnotetag61">(retour)</a> 61: M. Lambrechts. </blockquote>
+
+<p>Le sénat, habitué à obéir, s'était rassemblé le
+1<sup>er</sup> avril, sous la présidence de M. de Talleyrand,
+et avait accepté, pour composer le gouvernement
+provisoire, MM. de Talleyrand, de Beurnonville,
+de Jaucourt, de Dalberg, et l'abbé de Montesquiou<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62"><sup class="sml">62</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote62" name="footnote62"><b>Note 62: </b></a><a href="#footnotetag62">(retour)</a> «Dans cette séance le gouvernement provisoire fut
+nommé, ou plutôt confirmé; car les choix qui avaient été
+arrêtés entre nous ne souffrirent pas une contradiction.»
+(De Pradt, page 72.) </blockquote>
+
+<p> <a name="p367" id="p367"></a><span class="pagenum">367</span> </p>
+
+<p>Au même moment le conseil général du département
+de la Seine, convoqué illégalement
+par son président Bellard, avait déclaré que
+le voeu de Paris était pour le rappel des Bourbons.</p>
+
+<p>Telles sont en substance les nouvelles de Paris
+que l'on reçoit à Fontainebleau dans les trois
+premiers jours. Elles font une grande sensation
+parmi les chefs de l'armée<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63"><sup class="sml">63</sup></a>, mais elles ne peuvent
+distraire Napoléon de ses dispositions militaires.
+Il est au moment de se retrouver à la
+tête de cinquante mille hommes; c'est sur Paris
+qu'il veut marcher. Il espère que le bruit de
+son canon réveillera les Parisiens et ranimera
+l'amour-propre national, comprimé un instant
+par la présence de l'étranger. L'ennemi est fatigué;
+il vient de perdre douze mille hommes
+dans les fossés de Paris. Depuis quelques heures
+il se repose dans la sécurité du succès; ses
+généraux sont dispersés dans nos hôtels; ses soldats
+s'égarent dans le dédale des carrefours de la
+capitale; un coup de main sur Paris peut avoir le
+plus grand résultat; le mouvement des troupes
+commence!</p>
+
+<a name="p368" id="p368"></a><span class="pagenum">368</span>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote63" name="footnote63"><b>Note 63: </b></a><a href="#footnotetag63">(retour)</a> «Dès que nous fûmes sortis du conseil (31 mars), M. le
+baron Louis et moi, nous travaillâmes à nous assurer d'un
+des généraux les plus influents, et nous dépêchâmes vers
+lui.» (De Pradt, page 72.) </blockquote>
+
+<br><hr class="full"><br>
+<p> <a name="p369" id="p369"></a><span class="pagenum">369</span> </p>
+
+<h4>CHAPITRE III.</h4>
+
+<h4>INFLUENCE DES ÉVÉNEMENTS DE PARIS SUR<br>
+FONTAINEBLEAU.</h4>
+
+<p>Sur ces entrefaites M. le duc de Vicence arrive,
+c'est dans la nuit du 2 au 3 avril qu'il se
+présente à Napoléon.</p>
+
+<p>Si les alliés se sont déclarés contre la personne
+de Napoléon, cependant tout espoir ne semble
+pas encore perdu. Le duc de Vicence est parvenu
+à se faire entendre; il a obtenu un retour favorable
+aux intérêts de la régente et de son fils. Ce
+parti, qui a aussi sa légitimité, réunit de grands
+moyens d'opinion; il balance maintenant dans
+l'esprit des souverains les résolutions opposées
+qu'on leur suggère en faveur des Bourbons: mais
+une prompte décision est nécessaire de la part
+de Napoléon; et c'est son abdication que le duc
+de Vicence vient demander<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64"><sup class="sml">64</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote64" name="footnote64"><b>Note 64: </b></a><a href="#footnotetag64">(retour)</a> Voyez l'histoire de M. Beauchamp, page 363, tome II.
+Le duc de Vicence n'avait rien négligé pour faire prévaloir
+la régence...; l'empereur Alexandre paraissait ébranlé...
+Schwartzenberg s'était refusé à faire marcher sur Fontainebleau...
+L'Autriche inclinait pour la régence... «Et, ajoute-t-il,
+page 367, malgré la déchéance, la régence pouvait
+encore prévaloir, sept jours après l'entrée des alliés à
+Paris!» </blockquote>
+
+<p> <a name="p370" id="p370"></a><span class="pagenum">370</span> </p>
+
+<p>Napoléon ne pense pas qu'un pareil parti
+puisse se prendre à l'improviste; il résiste aux
+instances du duc de Vicence et refuse de s'expliquer.
+Le jour vient, et il monte à cheval pour
+visiter la ligne de ses avant-postes. La journée
+du 3 se passe ainsi en inspections militaires.</p>
+
+<p>Le soldat était bien disposé, et accueillait par
+des cris de joie le projet d'arracher la capitale à
+l'ennemi; les jeunes généraux n'écoutaient que
+leur ardeur guerrière, redoutant peu de nouvelles
+fatigues; il n'en était pas de même dans
+les rangs plus élevés, et nous en avons assez dit
+pour faire voir l'influence de Paris.</p>
+
+<p>On frémissait à l'idée des malheurs particuliers
+qu'une seule marche pouvait attirer sur les hôtels
+où l'on avait laissé femmes, enfants, parents,
+amis, etc. La disposition que montrait la troupe
+à s'élancer dans ce grand désordre achevait de
+jeter l'effroi; on tremblait aussi de perdre, par
+ce que l'on appelait un coup de tête, la fortune
+et le rang qu'on avait si péniblement acquis, et
+<a name="p371" id="p371"></a><span class="pagenum">371</span>
+dont on n'avait pas encore pu jouir en repos.
+Peut-être Napoléon a-t-il déjà parlé à trop de
+personnes de l'abdication qu'on lui demande;
+cette question délicate est livrée au public; on
+l'agite dans la galerie du palais, et jusque sur les
+degrés de l'escalier du cheval blanc. Malheureusement
+l'abdication convient à bien du monde;
+c'est un moyen qui s'offre de quitter Napoléon
+sans trop de honte; on se trouve ainsi dégagé
+par lui-même, on trouve commode d'en finir de
+cette façon; et si Napoléon se refusait à ce grand
+parti, quelques uns parlent déjà de briser le
+pouvoir dans sa main.</p>
+
+<p>C'est dans ces dispositions que l'on apprend
+que le sénat a proclamé la déchéance. Napoléon
+a reçu le sénatus-consulte, dans la nuit du 3 au 4,
+par un exprès du duc de Raguse. La nouvelle
+est connue presque en même temps de tous les
+personnages marquants qui sont à Fontainebleau,
+et c'est le sujet général des conversations.</p>
+
+<p>Cependant le 4 les ordres étaient donnés pour
+transférer le quartier impérial entre Ponthiéry
+et Essonne. Après la parade, qui avait lieu tous
+les jours à midi dans la cour du cheval blanc, les
+principaux de l'armée avaient reconduit Napoléon
+dans son appartement. Le prince de Neufchâtel,
+le prince de la Moskowa, le duc de
+<a name="p372" id="p372"></a><span class="pagenum">372</span>
+Dantzick, le duc de Reggio, le duc de Tarente, le duc
+de Bassano, le duc de Vicence, le grand-maréchal
+Bertrand, et quelques autres, se trouvaient
+réunis dans le salon; on semblait n'attendre que
+la fin de cette audience pour monter à cheval et
+quitter Fontainebleau. Mais une conférence s'était
+ouverte sur la situation des affaires; elle se
+prolonge dans l'après-midi, et lorsqu'elle est finie
+on apprend que Napoléon a abdiqué.</p>
+
+<p>Une seule chose a frappé Napoléon, c'est le découragement
+de ses vieux compagnons d'armes, et
+il a cédé à ce qu'on lui a dit être le voeu de l'armée.</p>
+
+<p>Mais s'il abdique, ce n'est qu'en faveur de son
+fils et de sa femme régente. Il en rédige l'acte de
+sa main et en ces termes:</p>
+
+<p>«Les puissances alliées ayant proclamé que
+l'empereur Napoléon était le seul obstacle au
+rétablissement de la paix en Europe, l'empereur
+Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu'il
+est prêt à descendre du trône, à quitter la France
+et même la vie pour le bien de la patrie, inséparable
+des droits de son fils, de ceux de la régence
+de l'impératrice, et du maintien des lois
+de l'empire.</p>
+
+<p>«Fait en notre palais de Fontainebleau le 4
+avril 1814.<br>
+
+<span class="rig">«<span class="sc">Napoléon</span>.»</span></p><br>
+
+<p> <a name="p373" id="p373"></a><span class="pagenum">373</span> </p>
+
+<p>Un secrétaire transcrit cet acte, et le duc de
+Vicence se dispose aussitôt à le porter à Paris.
+Napoléon lui adjoint le prince de la Moskowa...
+Il voudrait aussi lui adjoindre le duc de Raguse;
+c'est le plus ancien des compagnons d'armes qui
+lui restent, et dans une circonstance aussi grave,
+où les derniers intérêts de sa famille vont être
+décidés, il croit avoir besoin de s'appuyer sur le
+dévouement de son vieil aide-de-camp. On allait
+donc dresser les pouvoirs du duc de Raguse,
+lorsque quelqu'un représente à Napoléon, que
+dans cette négociation, où l'armée doit intervenir
+et être représentée, il serait utile d'employer un
+homme comme le duc de Tarente, qui apporterait
+d'autant plus d'influence, qu'il est connu
+pour avoir vécu moins près de la personne de
+Napoléon, et pour être entré moins avant dans
+ses affections. Le duc de Bassano, interrogé à ce
+sujet par Napoléon, lui répond que quelles que
+puissent être les opinions du maréchal Macdonald,
+il est trop homme d'honneur pour ne pas
+répondre religieusement à un témoignage de confiance
+de cette nature; Napoléon nomme aussitôt
+le duc de Tarente pour son troisième plénipotentiaire.
+Mais il veut encore qu'en traversant
+Essonne, les plénipotentiaires communiquent au
+duc de Raguse ce qui vient de se passer; qu'on
+<a name="p374" id="p374"></a><span class="pagenum">374</span>
+le laisse maître de voir s'il ne sera pas plus utile
+en restant à la tête de son corps d'armée, et que
+s'il tient à remplir la mission que la confiance
+particulière de Napoléon lui destinait, on lui
+enverra à l'instant des pouvoirs.</p>
+
+<p>Les trois plénipotentiaires, après avoir reçu
+ces dernières instructions, montent dans la voiture
+qui les attend au pied de l'escalier; MM. de
+Rayneval et Rumigny les accompagnent comme
+secrétaires.</p>
+
+<p>Immédiatement après leur départ, Napoléon
+envoie un courrier à l'impératrice; il a reçu de
+ses lettres datées de Vendôme; elle doit être arrivée
+le 2 à Blois; il faut bien l'informer de la
+négociation à laquelle on est réduit. Dans une
+telle extrémité, l'absence de son père, l'empereur
+d'Autriche, est un malheur qui grandit
+d'heure en heure! Notre marche sur Fontainebleau
+ayant coupé les routes, a prolongé le séjour
+de ce souverain en Bourgogne. Napoléon autorise
+l'impératrice à lui dépêcher le duc de Cadore
+pour le presser d'intervenir en faveur d'elle et
+de son fils... Mais il est bien tard.</p>
+
+<p>Succombant à l'agitation de cette journée,
+Napoléon s'était enfermé dans sa chambre; il
+lui restait à recevoir le coup le plus sensible
+qui eût encore été porté à son coeur.
+<a name="p375" id="p375"></a><span class="pagenum">375</span> </p>
+
+<p>Dans cette nuit du 4 au 5, le colonel Gourgaud,
+qui avait été porter des ordres, revient
+d'Essonne en toute hâte: il annonce que le duc
+de Raguse a quitté son poste, qu'il est allé à
+Paris, qu'il a traité avec l'ennemi, que ses troupes,
+mises en mouvement par des ordres inconnus,
+traversent en ce moment les cantonnements
+des Russes, et que Fontainebleau reste à découvert.</p>
+
+<p>Napoléon ne peut croire d'abord à cette inconcevable
+défection: lorsqu'il ne lui est plus
+permis d'en douter, son regard devient fixe, il
+se tait, s'assied, et paraît livré aux idées les plus
+sombres. <i>L'ingrat!</i> s'écrie-t-il en rompant un
+douloureux silence, <i>il sera plus malheureux que
+moi!</i></p>
+
+<p>Napoléon avait le coeur oppressé par des sentiments
+trop pénibles pour n'avoir pas besoin
+de les épancher; c'est à l'année elle-même qu'il
+veut confier ses peines: laissons-le parler.</p>
+
+<h4>ORDRE DU JOUR.</h4>
+
+<h4>A L'ARMÉE.</h4>
+
+<p class="rig">Fontainebleau, le 5 mars 1814.</p><br><br>
+
+<p>«L'empereur remercie l'armée pour l'attachement
+qu'elle lui témoigne, et principalement
+<a name="p376" id="p376"></a><span class="pagenum">376</span>
+parcequ'elle reconnaît que la France est en
+lui, et non pas dans le peuple de la capitale.
+Le soldat suit la fortune et l'infortune de son
+général, son honneur et sa religion. Le duc
+de Raguse n'a point inspiré ce sentiment à ses
+compagnons d'armes; il a passé aux alliés.
+L'empereur ne peut approuver la condition
+sous laquelle il a fait cette démarche; il ne peut
+accepter la vie et la liberté de la merci d'un
+sujet. Le sénat s'est permis de disposer du gouvernement
+français; il a oublié qu'il doit à l'empereur
+le pouvoir dont il abuse maintenant,
+que c'est l'empereur qui a sauvé une partie de
+ses membres des orages de la révolution, tiré
+de l'obscurité et protégé l'autre contre la haine
+de la nation. Le sénat se fonde sur les articles
+de la constitution pour la renverser; il ne
+rougit pas de faire des reproches à l'empereur,
+sans remarquer que, comme premier corps de
+l'état, il a pris part à tous les événements. Il
+est allé si loin, qu'il a osé accuser l'empereur
+d'avoir changé les actes dans leur publication<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65"><sup class="sml">65</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote65" name="footnote65"><b>Note 65: </b></a><a href="#footnotetag65">(retour)</a> On a fait aussi ce reproche à César, et l'on ne voit
+guère que cela l'ait déshonoré dans l'histoire. «J'apprends
+quelquefois, dit Cicéron, qu'un sénatus-consulte, passé sur
+mon avis, a été porté en Syrie et en Arménie avant que
+j'aie su qu'il ait été fait; et plusieurs princes m'ont écrit
+des lettres de remercîments sur ce que j'avais été d'avis
+qu'on leur donnât le titre de roi, que non seulement je ne
+savais pas élus rois, mais même qu'ils fussent au monde.»
+(Cicéron, Lettres familières, lettre 9.) </blockquote>
+
+<a name="p377" id="p377"></a><span class="pagenum">377</span>
+
+<p>Le monde entier sait qu'il n'avait pas besoin de
+tels artifices. Un signe était un ordre pour le
+sénat, qui toujours faisait plus qu'on ne désirait
+de lui. L'empereur a toujours été accessible
+aux remontrances de ses ministres, et il attendait
+d'eux, dans cette circonstance, la justification
+la plus indéfinie des mesures qu'il avait
+prises. Si l'enthousiasme s'est mêlé dans les
+adresses et les discours publics, alors l'empereur
+a été trompé; mais ceux qui ont tenu ce
+langage doivent s'attribuer à eux-mêmes les suites
+de leurs flatteries. Le sénat ne rougit pas
+de parler de libelles publiés contre les gouvernements
+étrangers, il oublie qu'ils furent rédigés
+dans son sein! Si long-temps que la fortune
+s'est montrée fidèle à leur souverain, ces
+hommes sont restés fidèles, et nulle plainte n'a
+été entendue sur les abus de pouvoir. Si l'empereur
+avait méprisé les hommes, comme on le
+lui a reproché, alors le monde reconnaîtrait
+aujourd'hui qu'il a eu des raisons qui motivaient
+<a name="p378" id="p378"></a><span class="pagenum">378</span>
+son mépris. Il tenait sa dignité de Dieu et de
+la nation; eux seuls pouvaient l'en priver; il
+l'a toujours considérée comme un fardeau, et
+lorsqu'il l'accepta, ce fut dans la conviction
+que lui seul était à même de la porter dignement.
+Le bonheur de la France paraissait être
+dans la destinée de l'empereur; aujourd'hui que
+la fortune s'est décidée contre lui, la volonté de
+la nation seule pourrait le persuader de rester
+plus long-temps sur le trône. S'il se doit considérer
+comme le seul obstacle à la paix, il fait
+volontiers le dernier sacrifice à la France. Il a
+en conséquence envoyé le prince de la Moskowa
+et les ducs de Vicence et de Tarente à Paris,
+pour entamer la négociation. L'armée peut être
+certaine que l'honneur de l'empereur ne sera
+jamais en contradiction avec le bonheur de la
+France.» <a name="p379" id="p379"></a><span class="pagenum">379</span> </p>
+
+<br><hr class="full"><br>
+
+<h4>CHAPITRE IV.</h4>
+
+<h4>SUITES DE LA DÉFECTION DU DUC DE RAGUSE.</h4>
+
+<p>Les trois plénipotentiaires de Napoléon, arrivés
+à Paris dans la soirée du 4, se présentent
+aussitôt chez les souverains alliés. Ils ne tardent
+pas à s'apercevoir du terrain que leur cause a
+perdu pendant l'absence du duc de Vicence. Les
+hommes du gouvernement provisoire n'ont pas
+cessé d'obséder les souverains pour en obtenir
+l'exclusion définitive de la régente et de son fils<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66"><sup class="sml">66</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote66" name="footnote66"><b>Note 66: </b></a><a href="#footnotetag66">(retour)</a> Voyez l'histoire de Beauchamp, tome II, pages 363
+à 367. «Aux négociateurs de Fontainebleau, les membres
+du gouvernement provisoire succédèrent chez l'empereur
+Alexandre... Tous leurs efforts portèrent sur un seul objet,
+celui de détourner la régence... Il y allait, pour ainsi
+dire, de leur tête... Ils se surpassèrent dans cette conjoncture...
+M. de Talleyrand prononça un discours plein
+de vigueur... Il fut puissamment secondé par le général
+Dessoles... Le général Beurnonville courut chez le roi de
+Prusse; ce prince, aisément convaincu, décida l'empereur
+de Russie à éloigner toute idée de régence...» Voyez aussi
+les révélations de M. l'abbé de Pradt, page 75... «De
+grands efforts furent tentés auprès des souverains alliés
+pour les porter à la substitution du fils au père... Mais
+cette entreprise échoua. Le général Dessoles signala sa
+rentrée dans les affaires par la plus vigoureuse résistance
+à l'adoption des demandes de Napoléon.» </blockquote>
+
+<p> <a name="p380" id="p380"></a><span class="pagenum">380</span> </p>
+
+<p>La peur qu'ils ont du père ne leur permet
+d'espérer désormais quelque sûreté que par la
+chute de la famille entière. Ils ne quittent donc
+pas les salons des princes alliés. Les plénipotentiaires
+les ont trouvés à ce poste; ils ont vu avec
+inquiétude l'air de contentement qui règne sur
+leur visage... Un personnage survient, et l'inquiétude
+des plénipotentiaires est au comble... Le
+duc de Raguse à qui ils venaient de parler en
+changeant de chevaux à Essonne, ils le voient
+entrer la tête haute dans le salon des alliés; bientôt
+tout s'explique; ils apprennent de la bouche
+de l'empereur Alexandre que les troupes du maréchal
+ont été conduites par le général S****<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67"><sup class="sml">67</sup></a> à
+Versailles, et que la désertion du camp d'Essonne
+laisse la personne de Napoléon à la discrétion
+des alliés<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68"><sup class="sml">68</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote67" name="footnote67"><b>Note 67: </b></a><a href="#footnotetag67">(retour)</a> 67: On avait vu la veille, à Fontainebleau, ce même
+général puisant deux mille écus dans la bourse de Napoléon. </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote68" name="footnote68"><b>Note 68: </b></a><a href="#footnotetag68">(retour)</a> 68: Convention de Chevilly, village situé à deux lieues
+sud de Paris, et à une lieue est de Sceaux, signée le 4 avril
+entre le maréchal Marmont, duc de Raguse, et le prince
+de Schwartzenberg, commandant en chef les troupes des
+alliés.
+
+<p>Art. 1<sup>er</sup>. Les troupes françaises qui, par suite du décret du
+sénat du 2 avril, quitteront les drapeaux de Napoléon
+Bonaparte, pourront se retirer en Normandie avec armes,
+bagages et munitions, et avec les mêmes égards et honneurs
+militaires que les troupes <i>alliées</i> se doivent réciproquement.</p>
+
+<p>Art. 2. Si, par suite de ce mouvement, les événements
+de la guerre faisaient tomber entre les mains des puissances
+alliées la personne de Napoléon Bonaparte, sa vie
+et sa liberté lui seront garanties dans un espace de terrain
+et dans un pays circonscrit au choix des puissances
+alliées et du gouvernement français. (Revue chronologique
+de l'Histoire de France, pag. 590, édit. de 1820.--Le
+Moniteur, nº 97, de 1814.)</p></blockquote>
+<p> <a name="p381" id="p381"></a><span class="pagenum">381</span> </p>
+
+<p>Jusqu'ici les souverains avaient cru devoir user
+de ménagements envers Napoléon, qui s'appuyait
+sur les voeux et les affections de l'armée. Tant
+qu'on l'avait vu à la tête de 50,000 hommes d'élite
+postés à une marche de Paris, les considérations
+militaires l'avaient emporté sur bien des
+intrigues. Maintenant que Fontainebleau a cessé
+d'être une position militaire, et que l'armée semble
+abandonner la cause de Napoléon, la question
+a changé de face; le temps des ménagements
+<a name="p382" id="p382"></a><span class="pagenum">382</span>
+est passé: l'abdication en faveur de la régente et
+de son fils ne suffit plus à un ennemi rassuré;
+on déclare aux plénipotentiaires qu'il faut que
+Napoléon et sa dynastie renoncent entièrement
+au trône.</p>
+
+<p>Il faut donc aller chercher de nouveaux pouvoirs
+à Fontainebleau, et c'est le duc de Vicence
+qui remplit encore cette pénible mission.</p>
+
+<p>Le premier mouvement de Napoléon, en le
+voyant, est de rompre une négociation qui devient
+si humiliante. Poussé à bout, il veut secouer les
+entraves dont on l'embarrasse depuis quelques
+jours. La guerre n'offre plus rien de pire que la
+paix; c'est un fait qui doit être clair maintenant
+pour tout le monde, et il espère que les chefs de
+l'armée sont désabusés de leurs chimères. Il reporte
+toutes ses pensées vers les opérations militaires.
+Peut-être peut-on encore tout sauver; les
+cinquante mille soldats du maréchal Soult qui
+sont sous les murs de Toulouse, les quinze mille
+hommes que le maréchal Suchet ramène de Catalogne,
+les trente mille hommes du prince Eugène,
+les quinze mille hommes de l'armée d'Augereau,
+que la perte de Lyon vient de rejeter sur
+les Cévennes, enfin les nombreuses garnisons des
+places frontières et l'armée du général Maisons,
+sont encore des points d'appui redoutables sur
+<a name="p383" id="p383"></a><span class="pagenum">383</span>
+lesquels Napoléon peut manoeuvrer avec ce qui
+lui reste autour de Fontainebleau... Il parle de se
+retirer sur la Loire<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69"><sup class="sml">69</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote69" name="footnote69"><b>Note 69: </b></a><a href="#footnotetag69">(retour)</a> Napoléon, à Fontainebleau, avait encore autour de lui:
+
+<p>
+25,000 hommes de sa garde, etc. Rien ne s'opposait à ce qu'il ralliât<br>
+les 25,000 de l'armée de Lyon,<br>
+les 18,000 que le lieutenant-général Grenier ramenait d'Italie,<br>
+les 15,000 du maréchal Suchet,<br>
+les 40,000 du maréchal Soult, et reparût sur le champ de bataille à la tête de plus de 100,000 combattants.</p>
+
+<p>123,000</p>
+
+<p>Il était maître de toutes les places fortes de France et
+d'Italie. Il aurait long-temps encore entretenu la guerre,
+et bien des chances de succès s'offraient aux calculs; mais
+ses ennemis déclaraient à l'Europe qu'il était le seul obstacle
+à la paix: il n'hésita pas sur le sacrifice qui semblait lui
+être demandé dans l'intérêt de la France. (Mémoires de
+Napoléon; Montholon, tome II, page 275.) </p></blockquote>
+
+<p>A ce cri de rupture, l'alarme se répand de nouveau
+dans les quartiers généraux de Fontainebleau
+et dans les galeries du palais. On s'unit
+pour rejeter toute détermination qui aurait pour
+résultat de prolonger la guerre. La lutte a été
+trop longue, l'énergie est épuisée; on le dit ouvertement:
+on en a assez! On ne pense plus qu'à
+<a name="p384" id="p384"></a><span class="pagenum">384</span>
+mettre à l'abri des hasards ce qui reste de tant
+de peines, de tant de prospérités, de tant de
+naufrages; les plus braves finissent par attacher
+quelque prix à la conservation de la vie qu'ils
+ont réchappée de tant de dangers! Peut-être aussi
+se sent-on entraîné par une vieille aversion contre
+la guerre civile. Tout enfin devient contraire
+à ce qui ne serait pas un accommodement. Non
+seulement la lassitude a dompté les esprits, mais
+chacun des chefs qui en valent la peine a déjà
+reçu de Paris des paroles de conciliation et des
+promesses pour sa paix particulière. On se plaît
+à envisager la révolution nouvelle comme une
+grande transaction entre tous les intérêts français,
+dans laquelle il n'y aura de sacrifié qu'un
+seul intérêt, celui de Napoléon. C'est à qui trouvera
+donc un prétexte pour se rendre à Paris, où
+le nouveau gouvernement accueille tout ce qui
+abandonne l'ancien. On ne voudrait pas pourtant
+être des premiers à quitter Napoléon. Mais pourquoi
+tarde-t-il si long-temps à rendre chacun
+libre de ses actions? On murmure hautement de
+ses délais, de ses indécisions, et des projets désespérés
+qu'il conserve. Depuis qu'il est malheureux,
+on ne le croit plus capable que de faire
+des fautes, et déjà plusieurs tacticiens de fraîche
+date s'étonnent de l'avoir si long-temps reconnu
+<a name="p385" id="p385"></a><span class="pagenum">385</span>
+pour leur maître. Enfin, petit à petit, chacun a
+pris son parti: l'un va à Paris parce qu'il y est
+appelé, l'autre parce qu'il y est envoyé, celui-ci
+parce qu'il faut se dévouer aux intérêts de son
+arme ou de son corps, celui-là pour aller chercher
+des fonds, cet autre parce que sa femme est
+malade; que sais-je encore? Les bonnes raisons
+ne manquent pas, et chaque homme un peu
+marquant qui ne peut aller lui-même à Paris y
+a du moins son plénipotentiaire.</p>
+
+<p>Tandis que les gens de Fontainebleau mettent
+tant d'intérêt à connaître ce qui se passe à Paris,
+de leur côté les alliés n'en mettent pas moins à
+savoir ce qui se passe autour de Napoléon; depuis
+qu'ils sont maîtres de la capitale, ils ont
+toujours eu les yeux fixés sur lui. Ils n'ont cessé
+de se tenir en garde contre un de ces coups hardis
+auxquels il a accoutumé l'Europe. Toutes précautions
+ont paru bonnes; aucune des heures
+qui se sont écoulées n'a été perdue. On a accumulé
+des troupes sur toutes les avenues. Une armée
+russe est entre Essonne et Paris; une autre
+est portée sur la rive droite de la Seine, depuis
+Melun jusqu'à Montereau; d'autres corps ont marché
+par les routes de Chartres et d'Orléans; d'autres
+encore, accourues sur nos pas par les routes
+de la Champagne et de la Bourgogne, se sont
+<a name="p386" id="p386"></a><span class="pagenum">386</span>
+répandues entre l'Yonne et la Loire. Sans cesse
+on resserre Fontainebleau dans un blocus plus
+étroit.</p>
+
+<p>Ces mouvements de troupes de la part de
+l'ennemi secondent admirablement les conseillers
+qui veulent que Napoléon n'ait plus d'autre
+parti à prendre que de briser son épée. «Où
+irons-nous chercher, disent-ils, les débris d'armée
+sur lesquels on semble compter encore?
+Ces différents corps de troupes sont tellement
+dispersés, que les généraux les plus voisins sont
+à plus de cent lieues l'un de l'autre: quel ensemble
+pourra-t-on jamais mettre dans leurs
+mouvements? Et nous qui sommes ici, sommes-nous
+bien sûrs de pouvoir en sortir pour
+aller les rejoindre?» Venaient ensuite les nouvelles
+de la nuit, l'apparition des coureurs de
+l'ennemi sur la Loire, Pithiviers occupé par
+eux, notre communication avec Orléans interceptée,
+etc., etc.</p>
+
+<p>Napoléon écoutait froidement les propos, il
+faisait apprécier à leur véritable valeur les forces
+inégales de ce réseau qu'on affectait de voir tendu
+tout autour de lui, et promettait de le rompre
+quand il en serait temps. «Une route fermée à
+des courriers s'ouvre bientôt devant cinquante
+mille hommes,» disait-il; et pourtant, quelle
+<a name="p387" id="p387"></a><span class="pagenum">387</span>
+que soit la confiance de son langage, on le voit
+qui hésite dans l'exécution de son projet, retenu
+sans doute par un secret dégoût dont il ne peut
+se rendre maître. Il ne sent que trop combien
+sa position va devenir différente: lui qui n'a jamais
+commandé que de grandes armées régulières,
+qui n'a jamais manoeuvré que pour rencontrer
+l'ennemi, qui, dans chaque bataille, avait
+coutume de décider du sort d'une capitale ou
+d'un royaume, et qui, dans chaque campagne, a
+su jusqu'à présent renfermer et finir une guerre,
+il faut maintenant qu'il se réduise au métier d'un
+chef de partisans; il faut se résoudre à courir les
+aventures, passant de province en province,
+guerroyant sans cesse, portant le ravage partout,
+et ne pouvant en finir nulle part!... Les
+horreurs de la guerre civile viennent encore rembrunir
+le tableau, et on ne lui en épargne pas
+les peintures. Mais abrégeons ces heures d'hésitation
+et d'angoisse. Hâtons-nous de dire que
+ceux qui ont parlé à Napoléon des chances possibles
+d'une guerre civile ont porté à sa résolution
+les coups les plus sûrs... «Eh bien, puisqu'il faut
+renoncer à défendre plus long-temps la France,
+s'écrie Napoléon, l'Italie ne m'offre-t-elle pas
+encore une retraite digne de moi? Veut-on m'y
+suivre encore une fois? Marchons vers les
+<a name="p388" id="p388"></a><span class="pagenum">388</span>
+Alpes!» Il dit, et cette proposition n'est suivie
+que d'un profond silence. Ah! si dans ce moment
+Napoléon indigné fût passé brusquement de son
+salon dans la salle des officiers secondaires, il y
+aurait trouvé une jeunesse empressée à lui répondre!
+Quelques pas encore, et il aurait été salué
+au bas de ses escaliers par les acclamations
+de tous ses soldats! leur enthousiasme aurait ranimé
+son âme!... Mais Napoléon succombe sous
+les habitudes de son règne: il croirait déchoir en
+marchant désormais sans les <i>grands officiers</i> que
+la couronne lui a donnés; il lui semble que le général
+Bonaparte lui-même ne saurait recommencer
+sa carrière sans le cortége obligé de ses anciens
+lieutenants; et il vient d'entendre leur silence! Il
+faut donc qu'il cède encore une fois à leur lassitude;
+mais ce n'est pas sans leur adresser ces paroles
+prophétiques: «Vous voulez du repos, ayez-en
+donc! Hélas! vous ne savez pas combien de chagrins
+et de dangers vous attendent sur vos lits de
+duvet! Quelques années de cette paix que vous
+allez payer si cher en moissonneront un plus
+grand nombre d'entre vous que n'aurait fait la
+guerre, la guerre la plus désespérée<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70"><sup class="sml">70</sup></a>!» A ces mots
+<a name="p389" id="p389"></a><span class="pagenum">389</span>
+Napoléon se rassied; il prend la plume, et, se reconnaissant
+vaincu, moins par ses ennemis que
+par la grande défection qui l'entoure, il rédige lui-même
+en ces termes la seconde formule de l'abdication
+qu'on attend:</p>
+
+<p>«Les puissances alliées ayant proclamé que
+l'empereur était le seul obstacle au rétablissement
+de la paix en Europe, l'empereur, fidèle à
+son serment, déclare qu'il renonce pour lui et
+ses enfants aux trônes de France et d'Italie, et
+qu'il n'est aucun sacrifice, même celui de la vie,
+qu'il ne soit prêt à faire aux intérêts de la
+France.»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote70" name="footnote70"><b>Note 70: </b></a><a href="#footnotetag70">(retour)</a> Que sont devenus, en moins de sept années, Berthier,
+Murat, Ney, Masséna, Augereau, Lefebvre, Brune,
+Serrurier, Kellermann, Pérignon, Beurnonville, Clarke, et
+tant d'autres? </blockquote>
+
+<br><hr class="full"><br>
+
+<p> <a name="p390" id="p390"></a><span class="pagenum">390</span> </p>
+
+<h4>CHAPITRE V.</h4>
+
+<h4>TRAITÉ DU 11 AVRIL.</h4>
+
+<p>Les alliés osaient à peine se flatter qu'on pût
+amener Napoléon à un sacrifice aussi absolu. Le
+duc de Vicence leur présente l'acte que Napoléon
+vient de signer, et les hostilités sont aussitôt
+suspendues. Rien ne doit plus interrompre la négociation
+entamée.</p>
+
+<p>Les souverains alliés avaient déclaré dès les
+premiers moments que Napoléon conserverait
+le rang, le titre et les honneurs des têtes couronnées.
+On avait promis de lui assigner une résidence
+indépendante; ces dispositions n'éprouvent
+aucune difficulté. Quant au choix de la
+résidence, on balance entre Corfou, la Corse,
+ou l'île d'Elbe; les souverains se décident pour
+l'île d'Elbe. Sous le rapport pécuniaire, on veut
+traiter Napoléon et sa famille avec la plus grande
+générosité; on va même au-devant de ce que les
+plénipotentiaires de Napoléon croient devoir demander.
+Un établissement en Italie est assigné
+<a name="p391" id="p391"></a><span class="pagenum">391</span>
+à l'impératrice Marie-Louise et à son fils; on
+accorde des revenus à tous les membres de la
+famille impériale; on n'oublie ni l'impératrice
+Joséphine, ni le prince Eugène, fils adoptif de
+Napoléon: plus les dispositions sont libérales,
+plus l'orgueil des princes alliés semble s'y complaire.
+L'empereur Alexandre pousse la générosité
+jusqu'à s'occuper du petit nombre d'aides
+de camp, de généraux, et de serviteurs qui composent
+la maison militaire et la famille domestique
+de Napoléon. Il veut que Napoléon, comme à
+son lit de mort, puisse dicter un testament rémunératoire
+en leur faveur<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71"><sup class="sml">71</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote71" name="footnote71"><b>Note 71: </b></a><a href="#footnotetag71">(retour)</a> Il faut tenir note ici, à la honte de la diplomatie européenne,
+que cette générosité est restée sans effet. Les legs
+que Napoléon a distribués autour de lui sur la foi du traité
+n'ont pas été acquittés; et les légataires n'ont pu trouver
+dans la signature des plus grands princes cette garantie
+irrévocable que la simple signature de deux notaires donne
+entre particuliers aux moindres dispositions de cette nature. </blockquote>
+
+<p>Tandis qu'on prépare à Paris le traité qui doit
+contenir ces différents arrangements, Napoléon
+envoie courrier sur courrier pour redemander
+au duc de Vicence le papier sur lequel il a donné
+son abdication.</p>
+
+<p>Depuis qu'il a souscrit à cet acte, il est resté
+<a name="p392" id="p392"></a><span class="pagenum">392</span>
+mécontent de lui-même, cette négociation diplomatique
+lui déplaît, elle lui paraît humiliante,
+il la croit inutile. Survivant à tant de grandeurs,
+il lui suffit de vivre désormais en simple particulier,
+et il a honte qu'un si grand sacrifice
+offert à la paix du monde soit mêlé à des arrangements
+pécuniaires. «A quoi bon un traité,
+disait-il, puisqu'on ne veut pas régler avec moi
+ce qui concerne les intérêts de la France? Du
+moment qu'il ne s'agit plus que de ma personne,
+il n'y a pas de traité à faire... Je suis vaincu, je
+cède au sort des armes. Seulement je demande
+à n'être pas prisonnier de guerre; et pour me
+l'accorder, un simple cartel doit suffire!...»</p>
+
+<p>Napoléon ayant réduit sa position en des termes
+aussi simples, on prévoit les nouvelles difficultés
+qui attendent la ratification de l'acte que les
+plénipotentiaires ont mis tant de soin à conclure.
+Leur traité a été signé à Paris le 11 avril; le duc
+de Vicence le porte aussitôt à Fontainebleau:
+mais les premières paroles de Napoléon sont
+pour redemander encore l'abdication qu'il a
+donnée.</p>
+
+<p>Il n'était plus au pouvoir du duc de Vicence de
+rendre ce papier, les affaires étaient trop avancées.
+L'abdication, servant de base à la négociation,
+avait été la première pièce communiquée aux
+<a name="p393" id="p393"></a><span class="pagenum">393</span>
+alliés. Elle était devenue publique, on l'avait insérée
+dans les journaux.</p>
+
+<p>D'ailleurs les alliés, les plénipotentiaires eux-mêmes,
+et la plupart des serviteurs du gouvernement
+impérial, voyaient dans cette grande transaction
+autre chose encore que les intérêts personnels
+de Napoléon. On attachait généralement
+une haute importance à ce qu'il y eût <i>abdication</i>,
+parcequ'un tel acte devait être la base du nouvel
+ordre de choses qui se préparait en France; et les
+alliés pensaient que les Bourbons ne sauraient
+payer trop cher la renonciation formelle de la
+dynastie précédente. Cependant il est remarquable
+que l'empereur Napoléon et la famille des
+Bourbons voyaient avec un même mécontentement
+cette renonciation, et s'accordaient à prétendre
+n'en avoir pas besoin, celui-là pour descendre
+du trône, ceux-ci pour y monter<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72"><sup class="sml">72</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote72" name="footnote72"><b>Note 72: </b></a><a href="#footnotetag72">(retour)</a> M. de La Maisonfort reproche aux alliés d'avoir admis
+Napoléon à traiter comme souverain. «Condamné par la
+fortune, dit-il, pourquoi fut-il absous par la politique?» </blockquote>
+
+<p>En vain Napoléon repousse ce traité.</p>
+
+<p>Fontainebleau est maintenant une prison,
+toutes les issues en sont soigneusement gardées
+par les étrangers; signer semble être le seul
+moyen qui lui reste pour sauver sa liberté, peut-être
+<a name="p394" id="p394"></a><span class="pagenum">394</span>
+même sa vie! car les émissaires du gouvernement
+provisoire sont aussi dans les environs
+et l'attendent<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73"><sup class="sml">73</sup></a>. Cependant la journée finit et Napoléon
+a persisté dans son refus; comment espère-t-il
+échapper à la nécessité qui le menace?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote73" name="footnote73"><b>Note 73: </b></a><a href="#footnotetag73">(retour)</a> Voyez les révélations de Maubreuil et son procès. (Quotidienne,
+fin d'avril 1817.) </blockquote>
+
+<p>Depuis quelques jours, il semble préoccupé
+d'un secret dessein. Son esprit ne s'anime qu'en
+parcourant les galeries funèbres de l'histoire. Le
+sujet de ses conversations les plus intimes est
+toujours la mort volontaire que les hommes de
+l'antiquité n'hésitaient pas à se donner dans une
+situation pareille à la sienne; on l'entend avec inquiétude
+discuter de sang-froid les exemples et les
+opinions les plus opposés. Une circonstance vient
+encore ajouter aux craintes que de tels discours
+sont bien faits pour inspirer. L'impératrice avait
+quitté Blois; elle voulait se réunir à Napoléon;
+elle était déjà arrivée à Orléans, on l'attendait à
+Fontainebleau: mais on apprend de la bouche
+même de Napoléon que des ordres sont donnés
+autour d'elle pour qu'on ne la laisse pas suivre son
+dessein. Napoléon, qui craignait cette entrevue,
+a voulu rester maître de la résolution, qu'il médite.</p>
+
+<p>Dans la nuit du 12 au 13, le silence des longs
+<a name="p395" id="p395"></a><span class="pagenum">395</span>
+corridors du palais est tout-à-coup troublé par
+des allées et des venues fréquentes. Les garçons
+du château montent et descendent; les bougies
+de l'appartement intérieur s'allument; les valets
+de chambre sont debout. On vient frapper à la
+porte du docteur Yvan, on va réveiller le grand
+maréchal Bertrand, on appelle le duc de Vicence,
+on court chercher le duc de Bassano qui demeure
+à la chancellerie; tous arrivent et sont introduits
+successivement dans la chambre à coucher. En
+vain la curiosité prête une oreille inquiète, elle
+ne peut entendre que des gémissements et des
+sanglots qui s'échappent de l'antichambre, et se
+prolongent sous la galerie voisine. Tout-à-coup
+le docteur Yvan sort; il descend précipitamment
+dans la cour, y trouve un cheval attaché aux
+grilles, monte dessus et s'éloigne au galop. L'obscurité
+la plus profonde a couvert de ses voiles
+le mystère de cette nuit. Voici ce qu'on en raconte:</p>
+
+<p>A l'époque de la retraite de Moskou, Napoléon
+s'était procuré, en cas d'accident, le moyen de
+ne pas tomber vivant dans les mains de l'ennemi.
+Il s'était fait remettre par son chirurgien Yvan
+un sachet d'opium<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74"><sup class="sml">74</sup></a>, qu'il avait porté à son cou
+<a name="p396" id="p396"></a><span class="pagenum">396</span>
+pendant tout le temps qu'avait duré le danger<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75"><sup class="sml">75</sup></a>.
+Depuis, il avait conservé avec grand soin ce sachet
+dans un secret de son nécessaire. Cette nuit,
+le moment lui avait paru arrivé de recourir à
+cette dernière ressource. Le valet de chambre
+qui couchait derrière sa porte entr'ouverte l'avait
+entendu se lever, l'avait vu délayer quelque
+chose dans un verre d'eau, boire et se recoucher.
+Bientôt les douleurs avaient arraché à Napoléon
+l'aveu de sa fin prochaine. C'était alors qu'il
+avait fait appeler ses serviteurs les plus intimes.
+Yvan avait été appelé aussi; mais apprenant ce
+qui venait de se passer, et entendant Napoléon
+se plaindre de ce que l'action du poison n'était
+pas assez prompte, il avait perdu la tête et
+s'était sauvé précipitamment de Fontainebleau.
+On ajoute qu'un long assoupissement était survenu,
+qu'après une sueur abondante les douleurs
+avaient cessé, et que les symptômes effrayants
+avaient fini par s'effacer, soit que la
+dose se fût trouvée insuffisante, soit que le temps
+en eût amorti le venin. On dit enfin que Napoléon,
+étonné de vivre, avait réfléchi quelques
+instants: «Dieu ne le veut pas!» s'était-il écrié;
+et, s'abandonnant à la providence qui venait de
+conserver sa vie, il s'était résigné à de nouvelles
+destinées.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote74" name="footnote74"><b>Note 74: </b></a><a href="#footnotetag74">(retour)</a> 74: Ce n'était pas seulement de l'opium; c'était une préparation
+indiquée par Cabanis, la même dont Condorcet
+s'est servi pour se donner la mort. </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote75" name="footnote75"><b>Note 75: </b></a><a href="#footnotetag75">(retour)</a> 75: «Frédéric-le-Grand, entouré d'ennemis, apprenant la
+prise de Berlin, porte long-temps du poison sur lui.» (L'épître
+à d'Argens, Ségur, tome 1, page 205.) </blockquote>
+
+<p> <a name="p397" id="p397"></a><span class="pagenum">397</span> </p>
+
+<p>Ce qui vient de se passer est le secret de l'intérieur.
+Quoi qu'il en soit, dans la matinée du 13,
+Napoléon se lève et s'habille comme à l'ordinaire.
+Son refus de ratifier le traité a cessé, il le revêt
+de sa signature<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76"><sup class="sml">76</sup></a>.»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote76" name="footnote76"><b>Note 76: </b></a><a href="#footnotetag76">(retour)</a> Voyez supplément de la troisième partie, nº 1. </blockquote>
+
+<br><hr class="full"><br>
+
+<p> <a name="p398" id="p398"></a><span class="pagenum">398</span> </p>
+
+<h4>CHAPITRE VI.</h4>
+
+<h4>DISPERSION DE LA FAMILLE IMPÉRIALE.</h4>
+
+<p>Ceux qui approchent de Napoléon apprennent
+de lui-même qu'il a cessé de régner. Il les engage
+à se soumettre au nouveau gouvernement,
+non pas au gouvernement provisoire, dans lequel
+il ne voit qu'un comité de traîtres et de factieux;
+mais aux Bourbons, dans lesquels il consent à
+reconnaître désormais le point de ralliement des
+Français.</p>
+
+<p>Bientôt la foule s'écoule de Fontainebleau; il
+en est de même à Orléans et à Blois: l'impératrice
+voit presque tout ce qui l'entoure se mettre
+en route pour Paris. Le petit nombre qui reste
+encore dans le vaste palais de Fontainebleau ne
+s'occupe plus que de l'île d'Elbe, et des arrangements
+à prendre pour s'y rendre. Napoléon
+fait mettre à contribution la bibliothèque, et
+s'enferme avec les livres et les cartes, où il peut
+prendre une idée de la nouvelle résidence qui
+l'attend.
+<a name="p399" id="p399"></a><span class="pagenum">399</span> </p>
+
+<p>Le grand-maréchal Bertrand, le général
+Drouot, le général Cambrone, le payeur des
+voyages Peyrusse, les fourriers Deschamps et
+Baillon, obtiennent la permission de suivre Napoléon.
+On compose pour l'île d'Elbe une maison
+domestique peu nombreuse. On ne peut emmener
+que quatre cents hommes de la garde, et
+presque tous ces vieux compagnons de Napoléon
+se présentent; on n'a que l'embarras du choix<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77"><sup class="sml">77</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote77" name="footnote77"><b>Note 77: </b></a><a href="#footnotetag77">(retour)</a> «Celui qui persiste à suivre avec fidélité un maître déchu
+est le vainqueur du vainqueur de son maître.»
+
+<p>(<span class="sc">Shakespeare</span>, <i>Antoine et Cléopâtre</i>, acte <span class="sc">iii</span>.)</p> </blockquote>
+
+<p>Il avait été convenu que chaque grande puissance
+enverrait près de Napoléon un commissaire
+qui lui servirait de sauvegarde, et l'accompagnerait
+à sa nouvelle destination. Il faut
+attendre ces commissaires, et huit jours s'écoulent
+encore.</p>
+
+<p>Dans cet intervalle, la dispersion de la famille
+impériale est consommée. L'impératrice et
+son fils sont tombés au pouvoir des Autrichiens.
+Cédant aux ordres de son père, qui lui ont été
+portés à Orléans par le prince d'Esterhazi, l'impératrice
+s'est laissé conduire à Rambouillet, où
+l'empereur d'Autriche doit venir la consoler.</p>
+
+<p>Madame mère et son frère le cardinal Fesch
+<a name="p400" id="p400"></a><span class="pagenum">400</span>
+ont quitté Orléans pour prendre le chemin de
+Rome.</p>
+
+<p>Le prince Louis, ci-devant roi de Hollande,
+est parti pour la Suisse.</p>
+
+<p>Le prince Joseph, ci-devant roi d'Espagne, et
+le prince Jérôme, ci-devant roi de Westphalie,
+sont encore dans les environs d'Orléans, et se
+disposent à se retirer du même côté que leur
+frère Louis.</p>
+
+<p>A Fontainebleau, le prince de Neufchâtel, qui
+avait envoyé son adhésion au gouvernement provisoire,
+continua de remplir les fonctions de major-général
+de l'armée; mais bientôt il demanda
+à Napoléon la permission de se rendre à Paris,
+pour des détails relatifs à ses fonctions, disant
+qu'il reviendra le lendemain, et part sans s'expliquer
+davantage. «Il ne reviendra pas,» dit froidement
+Napoléon au duc de Bassano.--«Quoi!
+sire, seraient-ce là les adieux de Berthier?--Oui,
+vous dis-je; il ne reviendra pas!»</p>
+
+<p>Napoléon n'est déjà plus qu'un simple particulier.
+Il vit retiré dans le coin du palais qu'il
+habite. S'il quitte quelques instants sa chambre,
+c'est pour se promener dans le petit jardin qui
+est renfermé entre l'ancienne galerie des cerfs et
+la chapelle. Toutes les fois qu'il entend une voiture
+rouler dans les cours, il demande qui ce
+<a name="p401" id="p401"></a><span class="pagenum">401</span>
+peut être. Malgré le pressentiment qui a d'abord
+affligé son âme, il demande même si ce n'est pas
+Berthier qui revient, ou quelques uns de ses anciens
+ministres qui arrivent pour lui faire leurs
+adieux. Il s'attend à revoir Molé, Fontanes, et
+tant d'autres qui lui doivent un dernier témoignage
+d'attachement: personne ne vient; Napoléon
+reste seul avec le petit nombre de serviteurs
+qui ont résolu de rester auprès de sa personne
+jusqu'au dernier moment. Le duc de Vicence
+s'occupe avec son activité ordinaire des préparatifs
+du voyage: on le croirait toujours grand
+écuyer. Le duc de Bassano ne quitte pas Napoléon
+un seul instant. Celui-ci, dans ses épanchements
+avec le ministre de son intime confiance,
+conserve cette sérénité qui régnait sur
+son visage aux plus beaux jours de sa gloire. A
+voir les manières du ministre, on ne croirait pas
+que ces jours sont passés. Le respect, les soins,
+les égards, ont la même simplicité. C'est encore
+le devoir et l'affection qui les commandent; et
+s'ils prennent parfois un caractère touchant et
+presque solennel, ils le reçoivent d'une âme
+forte et d'un coeur attendri.</p>
+
+<p>Dans un de ces moments où Napoléon attendait
+encore les consolations de quelques amis,
+le colonel Montholon se présente. Il arrive des
+<a name="p402" id="p402"></a><span class="pagenum">402</span>
+bords de la Haute-Loire, où il a été chargé de
+faire une reconnaissance militaire. Il rend compte
+des sentiments dont les populations et les soldats
+sont animés; il parle de rallier les troupes du
+midi... Napoléon sourit au zèle de ce fidèle serviteur.
+«Il est trop tard, répond-il; ce ne serait
+plus à présent que de la guerre civile, et rien ne
+pourrait m'y décider.» Ces derniers témoignages
+de fidélité semblent consoler Napoléon des
+coups que l'ingratitude s'efforce de lui porter. Il
+lit exactement les journaux de Paris; des torrents
+d'injures y découlent contre lui: il ne s'en
+affecte que médiocrement; et lorsque la haine
+exagère au point de devenir absurde, elle lui
+arrache un sourire. Un article signé Lacretelle
+lui tombe sous la main: «Il y a deux Lacretelle,
+dit-il; celui qui a fait cette méchanceté, est-ce
+le mien<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78"><sup class="sml">78</sup></a>?»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote78" name="footnote78"><b>Note 78: </b></a><a href="#footnotetag78">(retour)</a> Il est juste de dire que l'article dont il s'agit ici n'est
+pas de M. Lacretelle <i>aîné</i>. </blockquote>
+
+<p>Ces injures et la conduite de tant de gens dont
+il a achevé ou commencé la fortune lui inspirent
+un dégoût qui tourne sans doute au profit de sa
+résignation.</p>
+
+<p>De toutes les nouvelles qu'il reçoit de Paris,
+celle qui lui fait le moins de peine, c'est l'arrivée
+<a name="p403" id="p403"></a><span class="pagenum">403</span>
+de M. le comte d'Artois, puisque sa présence
+va mettre fin à l'autorité du gouvernement provisoire.</p>
+
+<p>Napoléon n'entretenait plus de communication
+qu'avec Rambouillet. Le général Flahaut,
+le colonel Montesquiou et le baron de Beausset
+allaient et venaient sans cesse, chargés de commissions
+de Napoléon pour l'impératrice, et de
+l'impératrice pour Napoléon.</p>
+
+<p>Marie-Louise avait reçu la visite de son père
+à Rambouillet; celui-ci n'avait pu retenir ses
+larmes en embrassant cette fille chérie; il avait
+vu pour la première fois son petit-fils, aimable
+enfant, qui déjà avait porté le titre de roi, et qu'on
+ne savait plus comment appeler. Il avait reconnu,
+avec une vive émotion, dans cette physionomie
+enfantine tous les traits distinctifs de la famille
+autrichienne; mais pour en arracher un sourire il
+avait fallu promettre de revenir avec des joujoux,
+et cette promesse du moins il l'a pu tenir.</p>
+
+<p>Dans cette première entrevue avec l'impératrice,
+l'empereur d'Autriche lui avait fait entendre
+qu'elle devait se considérer comme séparée pour
+un temps d'avec son mari; que plus tard on verrait
+à les réunir; qu'en attendant elle ferait bien
+de se distraire, en faisant avec son fils un voyage
+à Vienne, où elle trouverait quelque repos et
+<a name="p404" id="p404"></a><span class="pagenum">404</span>
+quelques consolations dans le sein de sa famille.</p>
+
+<p>L'empereur d'Autriche était revenu le lendemain,
+amenant avec lui l'empereur Alexandre,
+qui avait désiré faire une visite à l'impératrice.
+Cette singulière politesse ne pouvait qu'aigrir
+encore les chagrins de Napoléon. Les dernières
+nouvelles qu'il reçoit de Rambouillet sont, que
+l'impératrice partira pour Vienne au moment où
+il quittera Fontainebleau; qu'elle emmènera son
+fils avec elle, et qu'elle y sera accompagnée par
+madame la duchesse de Montebello, par mesdames
+les comtesses de Montesquiou et de Brignolet,
+par le général Caffarelli, par le baron de
+Beausset et par le baron Menneval.</p>
+
+<p>Il est temps de finir le récit de cette grande
+catastrophe; déjà ma plume fatiguée s'est plusieurs
+fois arrêtée malgré moi; je la reprends
+pour remplir ma tâche.</p>
+
+<p>Les commissaires des alliés<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79"><sup class="sml">79</sup></a> étant tous arrivés
+à Fontainebleau, le départ est fixé au 20
+avril. Dans la nuit du 19 au 20, Napoléon éprouve
+une dernière défection; son valet de chambre de
+confiance Constant et son Mameluck Roustan
+disparaissent.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote79" name="footnote79"><b>Note 79: </b></a><a href="#footnotetag79">(retour)</a> 79: Les commissaires des alliés étaient le général russe
+Schouwaloff, le général autrichien Koller, le colonel anglais
+Campbell et le général prussien Valdebourh-Truchsels. </blockquote>
+
+<p> <a name="p405" id="p405"></a><span class="pagenum">405</span> </p>
+
+<p>Le 20 à midi, les voitures de voyage viennent
+se ranger dans la cour du cheval blanc au bas
+de l'escalier du fer à cheval. La garde impériale
+prend les armes et forme la haie; à une heure
+Napoléon sort de son appartement, il trouve
+rangé sur son passage ce qui reste autour de
+lui de la cour la plus nombreuse et la plus brillante
+de l'Europe: c'est le duc de Bassano, le général
+Belliard, le colonel de Bussy, le colonel
+Anatole Montesquiou, le comte de Turenne, le
+général Fouler, le baron Mesgrigny, le colonel
+Gourgaud, le baron Fain, le lieutenant-colonel
+Athalin, le baron de la Place, le baron Lelorgne-d'Ideville,
+le chevalier Jouanne, le général Kosakowski
+et le colonel Vonsowitch; ces deux
+derniers, Polonais<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80"><sup class="sml">80</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote80" name="footnote80"><b>Note 80: </b></a><a href="#footnotetag80">(retour)</a> Le duc de Vicence et le général Flahaut étaient en
+mission. </blockquote>
+
+<p>Napoléon tend la main à chacun, descend vivement
+l'escalier, et, dépassant le rang des voitures,
+s'avance vers la garde. Il fait signe qu'il
+veut parler; tout le monde se tait, et dans le
+silence le plus religieux on écoute ses dernières
+paroles.
+<a name="p406" id="p406"></a><span class="pagenum">406</span> </p>
+
+<p>«Soldats de ma vieille garde, dit-il, je vous fais
+mes adieux. Depuis vingt ans, je vous ai trouvés
+constamment sur le chemin de l'honneur et de
+la gloire. Dans ces derniers temps, comme dans
+ceux de notre prospérité, vous n'avez cessé
+d'être des modèles de bravoure et de fidélité.
+Avec des hommes tels que vous, notre cause
+n'était pas perdue; mais la guerre était interminable:
+c'eût été la guerre civile, et la France
+n'en serait devenue que plus malheureuse. J'ai
+donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la
+patrie; je pars: vous, mes amis, continuez de
+servir la France. Son bonheur était mon unique
+pensée; il sera toujours l'objet de mes voeux!
+Ne plaignez pas mon sort; si j'ai consenti à me
+survivre, c'est pour servir encore à votre gloire.
+Je veux écrire les grandes choses que nous
+avons faites ensemble!... Adieu, mes enfants!
+Je voudrais vous presser tous sur mon coeur;
+que j'embrasse au moins votre drapeau!...»</p>
+
+<p>A ces mots, le général Petit, saisissant l'aigle,
+s'avance. Napoléon reçoit le général dans ses
+bras, et baise le drapeau. Le silence d'admiration
+que cette grande scène inspire n'est interrompu
+que par les sanglots des soldats. Napoléon,
+dont l'émotion est visible, fait un effort et reprend
+d'une voix plus ferme: «Adieu encore une
+<a name="p407" id="p407"></a><span class="pagenum">407</span>
+fois, mes vieux compagnons! Que ce dernier
+baiser passe dans vos coeurs!»</p>
+
+<p>Il dit, et, s'arrachant au groupe qui l'entoure,
+il s'élance dans sa voiture, au fond de laquelle
+est déjà le général Bertrand.</p>
+
+<p>Aussitôt les voitures partent; des troupes
+françaises les escortent, et l'on prend la route
+de Lyon. Partout sur son passage, Napoléon
+recueille des témoignages touchants d'amour et
+de regrets... «On peut contester les louanges,
+mais jusqu'ici, ce me semble, on n'a pas contesté
+les regrets; et quand les peuples pleurent
+un souverain, il faut les en croire<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81"><sup class="sml">81</sup></a>!»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote81" name="footnote81"><b>Note 81: </b></a><a href="#footnotetag81">(retour)</a> La Harpe. </blockquote>
+
+<p>FIN DE LA TROISIÈME PARTIE.</p>
+<br><br>
+<p><a name="p408" id="p408"></a><span class="pagenum">408</span> </p>
+
+<h2>SUPPLÉMENT</h2>
+<h3>A LA TROISIÈME PARTIE.</h3>
+
+<h4>PIÈCES HISTORIQUES.</h4>
+<br>
+
+<p class="mid">(Nº 1.) <i>Traité du 11 avril 1814, connu sous le
+nom de traité de Fontainebleau.</i></p>
+
+<p>Sa majesté l'empereur Napoléon d'une part; et leurs
+majestés l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de
+Bohême, l'empereur de toutes les Russies, et le roi
+de Prusse, stipulant tant en leur nom qu'en celui de
+tous leurs alliés, de l'autre; ayant nommé pour leurs
+plénipotentiaires, savoir:</p>
+
+<p>Sa majesté l'empereur Napoléon, les sieurs Armand-Augustin-Louis
+de Caulaincourt, duc de Vicence, son
+grand écuyer, sénateur, ministre des relations extérieures,
+grand aigle de la Légion-d'Honneur, chevalier
+des ordres de Léopold d'Autriche, de Saint-André,
+de Saint-Alexandre-Newski, de Sainte-Anne de Russie,
+et de plusieurs autres; Michel Ney, duc d'Elchingen,
+et maréchal de l'empire, grand aigle de la Légion-d'Honneur,
+chevalier de la Couronne-de-Fer et de
+<a name="p409" id="p409"></a><span class="pagenum">409</span>
+l'ordre du Christ<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82"><sup class="sml">82</sup></a>; Jacques-Étienne-Alexandre Macdonald,
+duc de Tarente, maréchal de l'empire, grand
+aigle de la Légion-d'Honneur, et chevalier de la couronne-de-Fer.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote82" name="footnote82"><b>Note 82: </b></a><a href="#footnotetag82">(retour)</a> 82: Il est remarquable que le maréchal Ney ne prend pas ici le
+titre de prince de la Moskowa, par ménagement pour l'empereur
+Alexandre. </blockquote>
+
+<p>Et sa majesté l'empereur d'Autriche, le sieur Clément-Wenceslas-Lothaire,
+prince de Metternich; Winebourg-Schsenhausen,
+chevalier de la Toison-d'Or,
+grand'croix de l'ordre royal de Saint-Étienne, grand
+aigle de la Légion-d'Honneur, chevalier des ordres de
+Saint-André, de Saint-Alexandre Newski, et de Sainte-Anne
+de Russie, de l'Aigle-Noir et de l'Aigle-Rouge
+de Prusse, grand'croix de l'ordre de Saint-Joseph de
+Wurtzbourg, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de
+Jérusalem, et de plusieurs autres, chancelier de l'ordre
+militaire de Marie-Thérèse, curateur de l'académie
+impériale des beaux-arts, chambellan, conseiller
+intime actuel de sa majesté impériale et royale apostolique,
+et son ministre d'état des conférences et des
+affaires étrangères.</p>
+
+<p>(Dans le traité avec la Russie sont les titres du baron
+de Nesselrode, et dans le traité avec la Prusse sont
+les titres du baron de Hardemberg.)</p>
+
+<p>Les plénipotentiaires ci-dessus nommés, après avoir
+procédé à l'échange de leurs pleins pouvoirs respectifs,
+sont convenus des articles suivants:
+<a name="p410" id="p410"></a><span class="pagenum">410</span> </p>
+
+<p>ARTICLE PREMIER.</p>
+
+<p>Sa majesté l'empereur Napoléon renonce, pour lui
+et ses successeurs et descendants, ainsi que pour chacun
+des membres de sa famille, à tout droit de souveraineté
+et de domination, tant sur l'empire français
+et le royaume d'Italie que sur tout autre pays.</p>
+
+<p>ARTICLE II.</p>
+
+<p>Leurs majestés l'empereur Napoléon et l'impératrice
+Marie-Louise conserveront ces titres et qualités pour
+en jouir leur vie durant.</p>
+
+<p>La mère, les frères, soeurs, neveux et nièces de
+l'empereur conserveront également, partout où ils se
+trouveront, les titres de princes de sa famille.</p>
+
+<p>ARTICLE III.</p>
+
+<p>L'île d'Elbe, adoptée par sa majesté l'empereur Napoléon
+pour le lieu de son séjour, formera, sa vie
+durant, une principauté séparée, qui sera possédée
+par lui en toute souveraineté et propriété.</p>
+
+<p>Il sera donné en outre en toute propriété à l'empereur
+Napoléon un revenu annuel de deux millions
+de francs en rente sur le grand-livre de France, dont
+un million réversible à l'impératrice.
+<a name="p411" id="p411"></a><span class="pagenum">411</span> </p>
+
+<p>ARTICLE IV.</p>
+
+<p>Toutes les puissances s'engagent à employer leurs
+bons offices pour faire respecter par les Barbaresques
+le pavillon et le territoire de l'île d'Elbe, et pour que
+dans ses rapports avec les Barbaresques elle soit assimilée
+à la France.</p>
+
+<p>ARTICLE V.</p>
+
+<p>Les duchés de Parme, de Plaisance, et Guastalla,
+seront donnés en toute propriété et souveraineté à
+sa majesté l'impératrice Marie-Louise. Ils passeront
+à son fils et à sa descendance en ligne directe. Le
+prince son fils prendra dès ce moment le titre de
+prince de Parme, Plaisance, et Guastalla.</p>
+
+<p>ARTICLE VI.</p>
+
+<p>Il sera réservé, dans les pays auxquels l'empereur
+Napoléon renonce, pour lui et sa famille, des domaines,
+ou donné des rentes sur le grand-livre de France,
+produisant un revenu annuel, net, et déduction faite
+de toutes charges, de deux millions cinq cent mille
+francs. Ces domaines ou rentes appartiendront en toute
+propriété, et pour en disposer comme bon leur semblera,
+aux princes et princesses de sa famille, et seront
+répartis entre eux, de manière à ce que le revenu
+de chacun soit dans la proportion suivante:
+<a name="p412" id="p412"></a><span class="pagenum">412</span> </p>
+
+<p>Savoir:</p>
+
+<p>A madame mère, trois cent mille francs;</p>
+
+<p>Au roi Joseph et à la reine, cinq cent mille francs;</p>
+
+<p>Au roi Louis, deux cent mille francs;</p>
+
+<p>A la reine Hortense et à ses enfants, quatre cent
+mille francs;</p>
+
+<p>Au roi Jérôme et à la reine, cinq cent mille francs;</p>
+
+<p>A la princesse Élisa, trois cent mille francs;</p>
+
+<p>A la princesse Pauline, trois cent mille francs.</p>
+
+<p>Les princes et princesses de la famille de l'empereur
+Napoléon conserveront en outre tous les biens meubles
+et immeubles, de quelque nature que ce soit,
+qu'ils possèdent à titre particulier, et notamment les
+rentes dont ils jouissent, également comme particuliers,
+sur le grand-livre de France, ou le Monte-Napoleone
+de Milan.</p>
+
+<p>ARTICLE VII.</p>
+
+<p>Le traitement annuel de l'impératrice Joséphine sera
+réduit à un million en domaines ou en inscriptions
+sur le grand-livre de France. Elle continuera à jouir
+en toute propriété de tous ses biens meubles et immeubles
+particuliers, et pourra en disposer conformément
+aux lois françaises.</p>
+
+<p>ARTICLE VIII.</p>
+
+<p>Il sera donné au prince Eugène, vice-roi d'Italie,
+un établissement convenable hors de France.
+<a name="p413" id="p413"></a><span class="pagenum">413</span> </p>
+
+<p>ARTICLE IX.</p>
+
+<p>Les propriétés que sa majesté l'empereur Napoléon
+possède en France, soit comme domaine extraordinaire,
+soit comme domaine privé, resteront à la couronne.</p>
+
+<p>Sur les fonds placés par l'empereur Napoléon, soit
+sur le grand-livre, soit sur la banque de France, soit
+sur les actions des forêts<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83"><sup class="sml">83</sup></a>, soit de toute autre manière,
+et dont sa majesté fait l'abandon à la couronne,
+il sera réservé un capital qui n'excédera pas deux millions,
+pour être employé en gratifications en faveur
+des personnes qui seront portées sur l'état que signera
+l'empereur Napoléon, et qui sera remis au gouvernement
+français<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84"><sup class="sml">84</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote83" name="footnote83"><b>Note 83: </b></a><a href="#footnotetag83">(retour)</a> Lisez des canaux: actions des forêts est évidemment une erreur
+matérielle du copiste, puisqu'il n'a jamais existé d'actions des
+forêts. </blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote84" name="footnote84"><b>Note 84: </b></a><a href="#footnotetag84">(retour)</a> État des gratifications accordées par l'empereur Napoléon conformément
+à l'article <span class="sc">ix</span> ci-dessus; savoir:
+
+<p>AUX GÉNÉRAUX DE LA GARDE</p>
+
+<pre>
+Friant. 50,000
+Cambrone. 50,000
+Petit. 50,000
+Ornano. 50,000
+Curial. 50,000
+Michel. 50,000
+Lefebvre-Desnouettes. 50,000
+Guyot. 50,000
+ --------
+A reporter. 400,000
+
+Suite de l'état de l'autre part. 400,000
+Lyon. 50,000
+Laferrière. 50,000
+Colbert. 50,000
+Marin. 50,000
+Boulard. 50,000
+
+AUX AIDES DE CAMP.
+
+Drouot. 50,000
+Corbineau. 50,000
+Dejean. 50,000
+Caffarelli. 50,000
+Montesquiou. 50,000
+Bernard. 50,000
+Bussy. 50,000
+
+Au général Fouler, écuyer de l'empereur. 50,000
+Au baron Fain, secrétaire du cabinet. 50,000
+Au baron Menneval, secrétaire des commandements de
+l'impératrice Marie-Louise. 50,000
+Au baron Corvisart, premier médecin. 50,000
+Au colonel Gourgaud, premier officier d'ordonnance. 50,000
+Au chevalier Jouanne, premier commis du cabinet. 40,000
+Au baron Yvan, chirurgien ordinaire. 40,000
+A trente officiers de la garde (état A). 170,000
+Au service de la chambre (état B). 100,000
+Au service des écuries (état C). 130,000
+Au service de l'impératrice et de la bouche (état D). 140,000
+----------
+A reporter. 1,870,000
+
+Tous les diamants de la couronne resteront à la France.
+
+<a name="p414" id="p414"></a><span class="pagenum">414</span>
+
+Suite de l'état ci-dessus. 1,870,000
+
+Au service des fourriers et du roi de Rome (état E). 70,000
+Au service de santé de l'empereur (état F). 60,000
+
+Total. 2,000,000
+
+
+</pre>
+</blockquote>
+
+
+<p> <a name="p415" id="p415"></a><span class="pagenum">415</span> </p>
+
+<p>ARTICLE XI.</p>
+
+<p>L'empereur Napoléon fera retourner au trésor et
+aux autres caisses publiques toutes les sommes et
+effets qui auraient été déplacés par ses ordres, à
+l'exception de ce qui provient de la liste civile.</p>
+
+<p>ARTICLE XII.</p>
+
+<p>Les dettes de la maison de sa majesté l'empereur
+Napoléon, telles qu'elles se trouvent au jour de la
+signature du présent traité, seront immédiatement
+acquittées sur les arrérages dus par le trésor public à
+la liste civile, d'après les états qui seront signés par
+un commissaire nommé à cet effet.</p>
+
+<p>ARTICLE XIII.</p>
+
+<p>Les obligations du Monte-Napoleone de Milan envers
+tous ses créanciers, soit Français, soit étrangers,
+seront exactement remplies sans qu'il soit fait aucun
+changement à cet égard<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85"><sup class="sml">85</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote85" name="footnote85"><b>Note 85: </b></a><a href="#footnotetag85">(retour)</a> Cet article est la seule condition que Napoléon ait mise à son
+abdication du trône d'Italie, et n'a pas été respecté. </blockquote>
+
+<p> <a name="p416" id="p416"></a><span class="pagenum">416</span> </p>
+
+<p>ARTICLE XIV.</p>
+
+<p>On donnera tous les sauf-conduits nécessaires pour
+le libre voyage de sa majesté l'empereur Napoléon,
+de l'impératrice, des princes et princesses, et de
+toutes les personnes de leur suite qui voudront les
+accompagner, ou s'établir hors de France, ainsi que
+pour le passage de tous les équipages, chevaux, et
+effets qui leur appartiennent.</p>
+
+<p>Les puissances alliées donneront en conséquence
+des officiers et quelques hommes d'escorte.</p>
+
+<p>ARTICLE XV.</p>
+
+<p>La garde impériale française fournira un détachement
+de douze à quinze cents hommes de toute arme
+pour servir d'escorte jusqu'à Saint-Tropez, lieu de
+l'embarquement.</p>
+
+<p>ARTICLE XVI.</p>
+
+<p>Il sera fourni une corvette armée et les bâtiments
+de transport nécessaires pour conduire au lieu de sa
+destination sa majesté l'empereur Napoléon, ainsi
+que sa maison. La corvette demeurera en toute propriété
+à sa majesté.
+<a name="p417" id="p417"></a><span class="pagenum">417</span> </p>
+
+<p>ARTICLE XVII.</p>
+
+<p>Sa majesté l'empereur Napoléon pourra emmener
+avec lui, et conserver pour sa garde, quatre cents
+hommes de bonne volonté, tant officiers que sous-officiers
+et soldats.</p>
+
+<p>ARTICLE XVIII.</p>
+
+<p>Tous les Français qui auront suivi sa majesté l'empereur
+Napoléon et sa famille seront tenus, s'ils ne
+veulent perdre leur qualité de Français, de rentrer en
+France dans le terme de trois ans, à moins qu'ils ne
+soient compris dans les exceptions que le gouvernement
+français se réserve d'accorder après l'expiration
+de ce terme.</p>
+
+<p>ARTICLE XIX.</p>
+
+<p>Les troupes polonaises de toute arme qui sont au
+service de France auront la liberté de retourner chez
+elles, en conservant armes et bagages, comme un
+témoignage de leurs services honorables. Les officiers,
+sous-officiers et soldats conserveront les décorations
+qui leur ont été accordées et les pensions affectées à
+ces décorations.
+<a name="p418" id="p418"></a><span class="pagenum">418</span> </p>
+
+<p>ARTICLE XX.</p>
+
+<p>Les hautes puissances alliées garantissent l'exécution
+de tous les articles du présent traité. Elles s'engagent
+à obtenir qu'ils soient adoptés et garantis par la France.</p>
+
+<p>ARTICLE XXI.</p>
+
+<p>Le présent traité sera ratifié et les ratifications en
+seront échangées à Paris dans le terme de deux jours,
+ou plus tôt si faire se peut.</p>
+
+<p>Fait à Paris, le 11 avril mil huit cent quatorze.</p>
+
+<p>/*
+<i>Signé</i> <span class="sc">Caulaincourt</span>, duc de Vicence;
+Le maréchal duc de Tarente, <span class="sc">Macdonald</span>;
+Le maréchal d'Elchingen, <span class="sc">Ney</span>.
+<i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Metternich</span>.
+*/</p>
+
+<p>Les mêmes articles ont été signés séparément, et
+sous la même date, de la part de la Russie par le
+comte de Nesselrode, et de la part de la Prusse par
+le baron de Hardemberg.
+<a name="p419" id="p419"></a><span class="pagenum">419</span> </p>
+
+<p>(Nº 2.) <i>Déclaration du gouvernement provisoire
+de France.</i></p>
+
+<p>Les puissances alliées ayant conclu un traité avec
+sa majesté l'empereur Napoléon, et ce traité renfermant
+des dispositions à l'exécution desquelles le gouvernement
+français est dans le cas de prendre part,
+et des explications réciproques ayant eu lieu sur ce
+point, le gouvernement provisoire de France, dans
+la vue de concourir efficacement à toutes les mesures
+qui sont adoptées, se fait un devoir de déclarer qu'il
+y adhère autant que besoin est, et garantit, en tout
+ce qui concerne la France, l'exécution des stipulations
+renfermées dans ce traité, qui a été signé aujourd'hui
+entre MM. les plénipotentiaires des hautes puissances
+alliées, et ceux de sa majesté l'empereur Napoléon.</p>
+
+<p>Paris, le 11 avril 1814.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé les membres du gouvernement provisoire.</i></span></p><br><br>
+
+<p class="mid">(Nº 3.) <i>Déclaration au nom de S. M. Louis XVIII.</i></p>
+
+<p>Le soussigné, ministre secrétaire d'état au département
+des affaires étrangères, ayant rendu compte
+au roi de la demande que leurs excellences messieurs
+les plénipotentiaires des cours alliées ont reçu de leurs
+<a name="p420" id="p420"></a><span class="pagenum">420</span>
+souverains l'ordre de faire relativement au traité du
+11 avril, auquel le gouvernement provisoire a accédé,
+il a plu à sa majesté de l'autoriser de déclarer
+en son nom que les clauses du traité à la charge de
+la France seront fidèlement exécutées. Il a en conséquence
+l'honneur de le déclarer par la présente à leurs
+excellences.</p>
+
+<p>Paris, le 31 mai 1814.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> le prince de <span class="sc">Bénévent</span>.</span></p><br><br>
+
+<p class="mid">(Nº 4.) <i>Lettre de lord Castlereagh</i><br>
+
+<i>A lord Bathurst, relative au traité de Fontainebleau.</i></p>
+
+<p class="rig">Paris, le 13 avril 1814.</p><br><br>
+
+<p>Je me borne, en conséquence, pour le moment, à
+vous expliquer ce qui s'est passé par rapport à la
+destinée future et à l'établissement de Napoléon et de
+sa famille.</p>
+
+<p>V. S. connaît déjà, par lord Cathcart, l'acte d'abdication
+signé par Bonaparte le 4 de ce mois, et l'assurance
+qui lui a été donnée par l'empereur de
+Russie et par le gouvernement provisoire d'une pension
+de six millions de francs, avec un asile dans l'île
+d'Elbe. Bonaparte avait déposé cet acte entre les
+mains de M. de Caulaincourt, et des maréchaux Ney et
+<a name="p421" id="p421"></a><span class="pagenum">421</span>
+Macdonald, pour l'échanger contre un engagement
+formel de la part des alliés, relatif à l'arrangement
+proposé. Les mêmes personnes étaient autorisées à
+consentir à un armistice et à déterminer une ligne de
+démarcation qui puisse en même temps être satisfaisante
+pour les alliés, et prévenir l'effusion inutile
+du sang humain.</p>
+
+<p>A mon arrivée, je trouvai cet arrangement sur le
+point d'être adopté. On avait discuté une convention
+qui aurait dû être signée le jour même, si l'on n'avait
+annoncé l'approche des ministres alliés. Les motifs
+qui portaient à hâter la conclusion de cet acte
+étaient l'inconvénient, sinon le danger, qu'il y avait à
+ce que Napoléon demeurât à Fontainebleau, entouré
+de troupes qui lui restaient toujours fidèles; la crainte
+d'intrigues dans l'armée et la capitale, et l'avantage
+qu'avait, aux yeux de beaucoup d'officiers, un arrangement
+favorable à leur chef, qui leur permît de
+l'abandonner sans se déshonorer.</p>
+
+<p>Dans la nuit après mon arrivée, les quatre ministres
+eurent une conférence sur la convention préparée
+avec le prince de Bénévent. J'y fis connaître mes objections,
+en exprimant en même temps le désir qu'on
+ne crût que j'y insistais, au risque de compromettre la
+tranquillité de la France, que pour empêcher l'exécution
+de la promesse donnée, à cause de l'urgence des
+circonstances, par la Russie.</p>
+
+<p>Le prince de Bénévent reconnut la solidité de plusieurs
+de mes objections; mais il déclara en même
+<a name="p422" id="p422"></a><span class="pagenum">422_</span>
+temps qu'il croyait que le gouvernement provisoire
+ne pouvait avoir d'objet plus important que d'éviter
+tout ce qui pouvait, même pour un instant, prendre
+le caractère d'une guerre civile; et qu'il pensait aussi
+qu'une mesure de ce genre était essentielle pour faire
+passer l'armée du côté du gouvernement, dans une
+disposition qui permît de l'employer. D'après cette
+déclaration, et celle du comte de Nesselrode, portant
+qu'en l'absence des alliés, l'empereur son maître avait
+senti la nécessité d'agir pour le mieux, en leur nom
+aussi bien qu'en son propre nom, je m'abstins de
+toute opposition ultérieure au principe de la mesure,
+me bornant à suggérer quelques modifications dans
+les détails. Je refusai cependant, au nom de mon
+gouvernement, d'être plus que partie accédante au
+traité, et déclarai que l'acte d'accession de la Grande-Bretagne
+ne s'étendrait pas au-delà des arrangements
+territoriaux proposés dans le traité. On regarda comme
+parfaitement fondée mon observation, qu'il n'était
+pas nécessaire que nous prissions part à la forme du
+traité, nommément pour ce qui regardait la reconnaissance
+du titre de Napoléon, dans les circonstances
+actuelles. Je joins maintenant le protocole et la note
+qui déterminent le point d'extension auquel j'ai pris
+sur moi de faire des promesses au nom de ma cour.</p>
+
+<p>Conformément à mes propositions, la reconnaissance
+des titres impériaux, dans la famille, fut limitée
+à la durée de la vie des individus, d'après ce
+qui s'est observé lorsque le roi de Pologne devint
+électeur de Saxe.
+<a name="p423" id="p423"></a><span class="pagenum">423</span> </p>
+
+<p>Quant à ce qui fut fait en faveur de l'impératrice,
+non seulement je n'y fis aucune objection, mais je le
+regardai comme dû à l'éclatant sacrifice des sentiments
+de famille que l'empereur d'Autriche fait à la
+cause de l'Europe. J'aurais désiré substituer une
+autre position à celle de l'île d'Elbe pour servir de
+retraite à Napoléon; mais il n'y en a pas de disponible
+qui présente la sécurité sur laquelle il insiste, et contre
+laquelle on ne pourrait faire les mêmes objections; et
+je ne crois pas pouvoir encourager l'alternative dont,
+d'après l'assurance de M. de Caulaincourt, Bonaparte
+avait plusieurs fois parlé d'avoir un asile en Angleterre.</p>
+
+<p>La même nuit, les ministres alliés eurent une conférence
+avec M. de Caulaincourt et les maréchaux; j'y
+assistai. Le traité fut examiné et accepté avec des
+changements; depuis il a été signé et ratifié, et Bonaparte
+commence demain, ou après-demain, son voyage
+au midi.<br>
+
+<span class="rig"><i>Signé</i> <span class="sc">Castlereagh</span>.</span></p><br><br>
+
+<br><hr class="full"><br>
+
+
+
+<h2>TABLE</h2>
+
+<h3>ALPHABÉTIQUE ET RAISONNÉE</h3>
+
+<h4>DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME.</h4>
+<br>
+
+<p><span class="sc">Abdication</span>. Le duc de Vicence vient demander à Fontainebleau
+que Napoléon abdique en faveur de son fils,
+369.--Première rédaction de l'abdication, 372.--Napoléon
+annonce à l'armée son abdication par un
+ordre du jour, 375.--Les alliés ayant demandé que
+l'abdication fût complète, entière et absolue, le duc de
+Vicence revient à Fontainebleau, 382.--Seconde rédaction
+de l'abdication, 389.--Napoléon changeant
+d'avis fait redemander son abdication au duc de Vicence,
+391.--Traité d'abdication du 11 avril, 408.</p>
+
+<p><span class="sc">Aisne</span>. Passage de l'Aisne par l'armée française à Béry-au-Bac,
+181.</p>
+
+<p><span class="sc">Albufera</span> (le maréchal Suchet, duc d'), arrête les Espagnols
+sur la ligne de Lobrégat, 36.--Est appelé à remplacer
+le maréchal Augereau dans le commandement de
+l'armée de Lyon, 198.</p>
+
+<p><span class="sc">Alexandre</span> (l'empereur). <i>Voyez</i> <span class="sc">Russie</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">Angleterre</span>. Déclaration du prince régent sur les intentions
+pacifiques de l'Angleterre, 5.--Lord Castlereagh, son
+ministre des affaires étrangères, se rend au quartier
+général des alliés, 41.--Fait signer le traité de Chaumont,
+177.</p>
+
+<p><span class="sc">Angoulême</span> (le duc d'). Présence de ce prince dans le midi,
+144.--Il arrive à Bordeaux, 203.</p>
+
+<p><span class="sc">Anvers</span>. Les alliés s'approchent d'Anvers, 35.--Napoléon
+confie la défense de cette place au général Carnot, 47.
+--Les Anglais échouent dans leurs attaques, 197.</p>
+
+<p><span class="sc">Arcis-sur-Aube</span>. Rencontre et bataille d'Arcis, les 20 et 21
+mars, 207.</p>
+
+<p><span class="sc">Armées françaises</span>. La grande armée, en se retirant d'Allemagne,
+prend ses cantonnements derrière le Rhin, 3.--
+Situation et force des diverses armées françaises, 32.--
+Revue des armées françaises encore employées au
+dehors, en Allemagne, en Espagne et en Italie, 32.
+--Ressources que les armées françaises offrent encore à
+Napoléon à l'époque de son abdication, 382.</p>
+
+<p><span class="sc">Armées ennemies</span>. Force des armées ennemies employées
+à l'invasion de la France, 31.--Armée anglo-espagnole,
+<i>voyez</i> Wellington.--Armée autrichienne sur
+l'Adige, <i>voyez</i> Italie.</p>
+
+<p><span class="sc">Armistice</span>. Le prince Wentzel-Lichtenstein, aide de camp
+du prince Schwartzenberg, vient au hameau de Châtres
+proposer un armistice, 143.--Le village de Lusigny
+est fixé pour la négociation de l'armistice, 155.--Le
+général Flahaut est nommé commissaire de l'empereur
+pour cette négociation, 155.--Napoléon demande que
+la ligne de démarcation de l'armistice soit tirée d'Anvers
+sur Lyon, 158.--Rupture des conférences de Lusigny.
+--Le général Flahaut vient rejoindre l'empereur le 8
+mars à Chavignon, 187.</p>
+
+<p><span class="sc">Artois</span> (le comte d'). Voyage de ce prince en Suisse.--Il
+doit venir au quartier général des alliés, 144.--Les
+paysans des environs de Saint-Thibaut croient le faire
+prisonnier, 225.--Napoléon apprend avec plaisir l'arrivée
+de ce prince à Paris, 402.</p>
+
+<p><span class="sc">Athalin</span>, lieutenant-colonel du génie, adjoint au directeur
+du cabinet topographique, marque sur la carte, par des
+épingles, tous les lieux que les rapports du jour indiquent,
+89.--Reste jusqu'à la fin à Fontainebleau, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Augereau</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Castiglione</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Autriche</span> (l'empereur d') entre en France, 15.--Est
+entraîné par les fuyards du côté de Dijon, tandis que les
+autres souverains marchent sur Paris, 226.--L'impératrice
+est autorisée à lui dépêcher le duc de Cadore
+pour le presser d'intervenir en faveur d'elle et de son
+fils, 374.</p>
+
+<p><span class="sc">Bacler-d'Albe</span>, directeur du cabinet topographique, marque
+sur la carte, par des épingles, tous les points que les
+rapports du jour indiquent, 89.--Est envoyé à Paris pour
+y porter la nouvelle de la retraite des Prussiens, 172.</p>
+
+<p><span class="sc">Baillon</span>, fourrier du palais, suit Napoléon à l'île d'Elbe,
+399.</p>
+
+<p><span class="sc">Barbé-Marbois</span> (le comte) est commissaire du sénat pour
+l'examen des pièces de la négociation de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Bassano</span> (M. Maret, duc de), ministre des affaires étrangères,
+répond aux propositions apportées de Francfort
+par le baron Saint-Aignan, 8.--Il est rappelé au ministère
+de la secrétairerie d'état, 10.--Il rejoint Napoléon
+à Brienne, 98.--Son travail journalier avec Napoléon,
+195.--Sa belle conduite auprès de Napoléon
+à Fontainebleau, 401 et 405. (Voir dans le supplément
+sa correspondance avec le duc de Vicence, relativement
+aux négociations de Châtillon.)</p>
+
+<p><span class="sc">Baste</span> (le contre-amiral) est tué à l'attaque de Brienne,
+95.</p>
+
+<p><span class="sc">Beausset</span> (le baron), préfet du palais, vient de Rambouillet
+à Fontainebleau, chargé de commissions de l'impératrice,
+403.--Suit l'impératrice à Vienne, 404.</p>
+
+<p><span class="sc">Belgique</span>. La Belgique est enlevée à la France, 108.</p>
+
+<p><span class="sc">Bellart</span> (M.) convoque illégalement le conseil général de
+Paris, dont il est président, 367.</p>
+
+<p><span class="sc">Belliard</span> (le général comte) remplace le général Grouchy
+blessé à la bataille de Craonne, et commande la cavalerie,
+184.--Se présente à Napoléon à Fontainebleau,
+après la capitulation de Paris, 229.--Reste à Fontainebleau
+jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Bellune</span> (le maréchal Victor, duc de) se retire de Strasbourg
+par les Vosges, 26.--Et de Nancy sur Vitry-le-Français,
+87.--Combat à Brienne, 100.--Reste chargé
+de la défense de la Seine pendant les affaires de Montmirail,
+114.--Recule jusqu'à Guignes, 126.--Combat
+à Nangis, et poursuit l'ennemi dans la direction de
+Montereau, 128.--Combat à Montereau, 128.--Sa
+querelle avec Napoléon, à Surville, 134.--Il est blessé
+à Craonne, 184.</p>
+
+<p><span class="sc">Bénévent</span> (M. de Talleyrand, prince de), est commissaire
+du sénat pour l'examen des pièces de la négociation de
+Francfort, 19.--Il envoie, dit-on, M. de Vitrolles à
+M. le comte d'Artois, 225.--Reste à Paris pour en
+faire les honneurs aux alliés, 359.--Assiste au conseil
+des alliés, <i>ibid.</i>--Est nommé président du gouvernement
+provisoire, 366.</p>
+
+<p><span class="sc">Bénigsen</span> (le général russe). Son armée est retenue sur
+l'Elbe par nos garnisons, 37.</p>
+
+<p><span class="sc">Berg-op-Zoom</span>. Surprise de cette place par les Anglais.--Belle
+action du général Bizannet, 197.</p>
+
+<p><span class="sc">Berckheim</span> (le général), écuyer de Napoléon, est mis à la
+tête de la levée en masse de l'Alsace, 43.</p>
+
+<p><span class="sc">Bernadotte</span>, prince de Suède. L'armée qu'il commande
+s'avance sur la Hollande et la Belgique, 15.--Elle passe
+le Wahal et la Meuse et s'approche d'Anvers, 35.--Combat
+sous les murs d'Anvers, 46.--Nous enlève la
+Belgique, 108.--Son avant-garde s'avance jusqu'à Soissons,
+161.--Reprend une seconde fois cette ville et
+sauve l'armée de Blücher, 174.--Protège la retraite de
+Blücher sur Laon, en livrant la bataille de Craonne, 181.--Se
+retire elle-même sur Laon, 184.--Bernadotte n'a
+franchi qu'à regret la limite du Rhin, 189.</p>
+
+<p><span class="sc">Berry</span> (le duc de). Arrivée de ce prince à Jersey, 144.</p>
+
+<p><span class="sc">Berthier</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Neufchatel</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">Bertrand</span> (le général comte), grand maréchal du palais,
+monte dans la voiture de Napoléon partant pour l'armée,
+83.--Interroge les gens du pays qu'on amène à
+Napoléon, 89.--Commande, à la bataille de Montmirail,
+l'attaque du village de Marchais, sur la gauche,
+118.--Accompagne Napoléon à l'île d'Elbe, 399.</p>
+
+<p><span class="sc">Béry-au-Bac</span>. Napoléon y établit son quartier général, et
+y passe l'Aisne le 5 mars, 181.</p>
+
+<p><span class="sc">Beurnonville</span> (le comte de), sénateur, est commissaire
+du sénat pour l'examen des pièces de la négociation de
+Francfort, 19.--Est commissaire extraordinaire de Napoléon
+pour les mesures de défense dans les provinces, 28.--Est
+nommé membre du gouvernement provisoire, 366.</p>
+
+<p><span class="sc">Bezu-Saint-Germain</span>, village entre Château-Thierry et
+Soissons.--Napoléon y établit son quartier général
+le 3 mars, 173.</p>
+
+<p><span class="sc">Bizannet</span> (le général), commandant de Berg-op-Zoom.
+Belle action de ce brave, 197.</p>
+
+<p><span class="sc">Blücher</span> (le général prussien). L'armée qu'il commande
+passe le Rhin à Manheim, 15.--S'avance sur la Lorraine,
+26.--Arrive devant Metz et Nancy, 44.--Traverse
+la Marne à Saint-Dizier, et se dirige sur Brienne, 86.--Est
+coupée en deux parties par l'arrivée de Napoléon
+à Saint-Dizier, 91.--Blücher manque d'être pris au
+combat de Brienne, 95.--Il fait sa retraite sur l'armée
+autrichienne, vers Bar, 97.--Revient avec elle sur
+Brienne et y livre bataille, 99.--De Brienne, Blücher
+se porte sur Châlons, et de là descend la Marne vers
+Paris, 108.--Son avant-garde est arrivée à La Ferté-sous-Jouarre,
+115.--Le combat de Champaubert la
+sépare de Blücher, resté du côté de Châlons, 116.--La
+bataille de Montmirail rejette le corps d'Yorck et de
+Sacken sur Château-Thierry, 117.--Le combat de Château-Thierry
+achève de les séparer de leur général en
+chef Blücher, et les force de se jeter dans Soissons, 119.--De
+son côté, Blücher, ayant reçu des renforts, s'est
+reporté en avant; il est prêt d'arriver sur Montmirail, 122.--Battu
+à Vauchamps, il manque encore une fois d'être
+fait prisonnier, 123.--Napoléon retrouve Blücher et
+ses troupes sur la Seine à Méry.--Blücher y est blessé,
+142, 160 et 162.--Il se retire de Méry pour marcher
+sur Paris, 163.--Atteint par Napoléon, qui s'est remis
+à sa poursuite, il lui échappe en passant la Marne et se
+retirant sur Soissons, 170.--Les Russes le sauvent en
+lui ouvrant les portes de cette ville, 174.--Napoléon
+le poursuit au-delà de l'Aisne, 181.--Blücher, après
+avoir fait sa jonction avec l'armée du prince de Suède,
+se retrouve plus fort que jamais, 189.--Après le combat
+de Laon il reprend l'offensive, 191.--Il pousse des
+partis jusqu'à Compiègne, 200.--Rappelé par Schwartzenberg
+sur Épernay et Châlons, il fait sa jonction avec
+la grande armée autrichienne, 218.--Il détache Wintzingerode
+à la poursuite de Napoléon du côté de Saint-Dizier,
+219.--S'étant, de sa personne, avancé vers Paris,
+il prend Saint-Denis et les hauteurs de Montmartre, 232.</p>
+
+<p><span class="sc">Boissy-d'Anglas</span> (le sénateur comte) est nommé par Napoléon
+commissaire extraordinaire pour les mesures de
+défense, 28.</p>
+
+<p><span class="sc">Bonaparte</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Napoléon</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">Bordeaux</span>. Événements de Bordeaux; les Anglais y sont
+entrés, 202.</p>
+
+<p><span class="sc">Bourbon</span> (la maison de). Conversation de Napoléon avec un
+aide de camp du prince Schwartzenberg, sur les projets
+qu'on suppose aux alliés, en faveur de cette maison, 144.--L'Angleterre
+a entrepris sérieusement la restauration
+de la maison de Bourbon, 152.--Démarches des royalistes
+de Troyes auprès de l'empereur Alexandre, 153.--Les
+succès des alliés donnent de la consistance aux
+projets des royalistes, 199.--Louis XVIII est proclamé
+à Bordeaux, 203.--Les généraux alliés, en entrant
+dans Paris, donnent pour exemple à suivre la conduite
+de Bordeaux et de Lyon, qui viennent de reconnaître les
+Bourbons, 358.--M. de Nesselrode fait mettre en liberté
+les individus détenus <i>pour leur attachement à leurs
+souverains légitimes</i>, 362.--Soins que se donnent à
+Paris les partisans de la restauration, 563.--Ils finissent
+par l'emporter, 379.--Napoléon engage lui-même
+ses serviteurs à se rallier au gouvernement du roi
+Louis XVIII, 398.</p>
+
+<p><span class="sc">Bourmont</span> (le général comte) reste chargé de la défense
+de Nogent, 114.--Est blessé au combat de Nogent, 140.</p>
+
+<p><span class="sc">Bray</span>, en Laonnais, village du champ de bataille de Craonne.--Napoléon
+y passe la nuit qui suit la bataille, 185.</p>
+
+<p><span class="sc">Breda</span>. Évacuation trop prompte de cette place, 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Brienne</span>. Combat de Brienne, le 29 janvier, 94.--Napoléon
+y établit son quartier-général le 30, 97.--Bataille
+de Brienne le 1<sup>er</sup> février, 100.</p>
+
+<p><span class="sc">Brignolet</span> (la comtesse) suit l'impératrice Marie-Louise à
+Vienne, 404.</p>
+
+<p><span class="sc">Bubna</span> (le général autrichien) viole la neutralité des
+Suisses à la tête de l'avant-garde des alliés, 14.--S'empare
+de Genève, 25.--Du Valais et de la route du
+Simplon, 44.--Se présente devant Lyon, 105.--Et se
+concentre sur Genève, 138.</p>
+
+<p><span class="sc">Bulow</span> (le général prussien). Le corps d'armée qu'il commande
+fait partie de l'armée du prince de Suède. <i>Voyez</i>
+<span class="sc">Bernadotte</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">Bussy</span> (M. de), maire de Baurieux, ancien officier d'artillerie,
+se présente à Corbeny, et est reconnu comme un
+ancien camarade du régiment de La Fère, par Napoléon,
+qui lui rend le grade de colonel, et le fait son aide de
+camp, 182.--Reste à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Cambrone</span> (le général) suit Napoléon à l'île d'Elbe, 399.</p>
+
+<p><span class="sc">Capelle</span> (le baron), préfet à Genève, s'éloigne à l'approche
+des Autrichiens, 25.</p>
+
+<p><span class="sc">Caraman</span> (M. de), officier d'ordonnance, va reconnaître
+la position des ennemis à Craonne, 182.</p>
+
+<p><span class="sc">Castiglione</span> (le maréchal Augereau, duc de), est chargé
+du commandement de l'armée qui se réunit à Lyon, 44.--Reçoit, après le combat de Montereau, l'ordre de remonter
+la Saône et de tomber sur les derrières de la
+grande armée autrichienne, 138.--Manque cette occasion
+de sauver la France, 169.--Il est remplacé par le
+maréchal Suchet, 198.</p>
+
+<p><span class="sc">Castlereagh</span> (lord), ministre des affaires étrangères d'Angleterre,
+se rend au quartier général des alliés, 41.</p>
+
+<p><span class="sc">Caulaincourt</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Vicence</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Châlons-sur-Marne</span>. Toutes les troupes font leur retraite
+sur Châlons, 27.--La nouvelle armée est dirigée sur
+ce point, 32.--Les dernières ressources des dépôts de
+l'intérieur y sont également envoyées, 47.--L'empereur
+y arrive, 85.</p>
+
+<p><span class="sc">Châlons-sur-Saône</span> (belle conduite des habitants de), 43.</p>
+
+<p><span class="sc">Chambéry</span>. Le général Desaix pourvoit à la sûreté de cette
+ville, 44.</p>
+
+<p><span class="sc">Champagny</span> (duc de Cadore). L'impératrice Marie-Louise
+est autorisée à l'envoyer prier l'empereur d'Autriche
+d'intervenir en faveur de la régence et des droits de son
+fils, 374.</p>
+
+<p><span class="sc">Champaubert</span> (combat de). Napoléon établit son quartier
+général dans ce village le 10 février, 116.</p>
+
+<p><span class="sc">Charpentier</span> (le général). La division soutient glorieusement
+l'attaque de l'ennemi devant Laon, 191.</p>
+
+<p><span class="sc">Chateau</span> (le général), gendre et chef d'état major du duc
+de Bellune, Victor, se distingue à l'attaque de Brienne, 95.--Blessé
+mortellement au combat de Montereau, 130.
+--Regrets de Napoléon, et phrases du bulletin sur sa
+mort, 135 et 136.</p>
+
+<p><span class="sc">Chateau-Thierry</span> (combat de), le 12 février, 119.--Le
+13, Napoléon établit son quartier général dans cette
+ville, 120.</p>
+
+<p><span class="sc">Châtillon-sur-Seine</span> est indiqué pour la tenue du congrès,
+87.--Le duc de Tarente y relève un moment les
+troupes autrichiennes dans la garde du congrès, 169.
+(Pour ce qui regarde le congrès, <i>voyez</i> <span class="sc">Négociation</span>.)</p>
+
+<p><span class="sc">Chatres</span>, hameau près de Méry-sur-Seine. Napoléon y
+établit son quartier général le 22 février, 143.</p>
+
+<p><span class="sc">Chaumont</span> (Haute-Marne). Les alliés y signent le traité
+du 1<sup>er</sup> mars qui resserre leur alliance, 182.--Expédition
+du général Piré sur cette ville, 216.</p>
+
+<p><span class="sc">Chavignon</span>, village entre Soissons et Laon. Napoléon y
+établit son quartier général le 8 mars, 188.</p>
+
+<p><span class="sc">Conegliano</span> (le maréchal Moncey, duc de), après la
+prise de Paris, se rend à Fontainebleau, 356.</p>
+
+<p><span class="sc">Constant</span> (le sieur), valet de chambre de confiance de
+Napoléon, disparaît la nuit du départ pour l'île d'Elbe,
+404.</p>
+
+<p><span class="sc">Corbeny</span>. Napoléon y porte son quartier général le 6
+mars, 181.</p>
+
+<p><span class="sc">Corbineau</span> (le général) se jette entre des Cosaques et
+l'empereur, 97. S'empare de Reims le 5 mars, 181.--Après
+avoir passé pour mort, se retrouve déguisé
+parmi les habitants de Reims, 193.</p>
+
+<p><span class="sc">Corps législatif</span>. Ouverture de la session de 1814, 10.--Opposition
+qui se déclare dans l'assemblée, 19.--Dissolution
+du corps législatif, et discours de Napoléon à
+cette occasion, 22.</p>
+
+<p><span class="sc">Craonne</span> (bataille de), 182.</p>
+
+<p><span class="sc">D'Albe</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Bacler</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">D'Alberg</span> (le comte), nommé membre du gouvernement
+provisoire, 366.</p>
+
+<p><span class="sc">Dalmatie</span> (le maréchal Soult, duc de), arrête Wellington
+sur la ligne de l'Adour, 35.--Envoie des détachements
+au secours de Paris, 38.--Est forcé de se retirer sur
+Toulouse, 198.</p>
+
+<p><span class="sc">Dantzick</span>. (le maréchal Lefèvre, duc de), commande à
+Montmirail l'attaque du village de Marchais sur la gauche,
+118.--Se trouve à Fontainebleau, 356.</p>
+
+<p><span class="sc">Davoust</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Eckmulh</span> (le prince d').</p>
+
+<p><span class="sc">Déchéance</span>. La déchéance de Napoléon, prononcée par le
+sénat, arrive à Fontainebleau, 371.</p>
+
+<p><span class="sc">Dejean</span> (le général), aide de camp de Napoléon, sabre
+des Cosaques aux côtés de Napoléon, 97.--Est dépêché
+du pont de Doulencourt, pour annoncer à la capitale
+le retour de Napoléon, 228.</p>
+
+<p><span class="sc">Desaix</span> (le général) pourvoit à la sûreté de Chambéry,
+44.</p>
+
+<p><span class="sc">Deschamps</span>, fourrier du palais, suit Napoléon à l'île
+d'Elbe, 399.</p>
+
+<p><span class="sc">Dijeon</span>, général d'artillerie de la garde. Napoléon veut
+le faire juger par un conseil de guerre. Le général Sorbier
+arrange cette affaire, 133.</p>
+
+<p><span class="sc">Doulevent</span>. Napoléon y établit son quartier général le 24
+mars, 216.--Napoléon y revient le 28 mars, 227.</p>
+
+<p><span class="sc">Dresde</span>. Violation de la capitulation de Dresde, 32.</p>
+
+<p><span class="sc">Drouot</span> (le général), aide de camp de Napoléon, se
+distingue à la tête de l'artillerie au combat de Nangis,
+127.--A la bataille de Craonne, 184.--Suit Napoléon
+à l'île d'Elbe, 399.</p>
+
+<p><span class="sc">Durutte</span> (le général) est chargé de la défense de Metz, 45.</p>
+
+<p><span class="sc">Dutaillis</span> (le général) défend Torgau sur l'Elbe, 33.</p>
+
+<p><span class="sc">Eckmulh</span> (le maréchal Davoust, prince d') commande à
+Hambourg, 33.</p>
+
+<p><span class="sc">Éclaron</span>, près Saint-Dizier. Les habitants de ce bourg ont
+pris des Cosaques; Napoléon les récompense par diverses
+faveurs, 93.</p>
+
+<p><span class="sc">Elbe</span> (l'île d') est désignée pour le séjour de Napoléon, 390.--Indication
+des personnes qui l'y accompagnent, 399.</p>
+
+<p><span class="sc">Épernay</span>. Napoléon y établit son quartier général le 17
+mars, 202.</p>
+
+<p><span class="sc">Espagne</span>. Napoléon laisse le roi Ferdinand y retourner, 40.</p>
+
+<p><span class="sc">Esternay</span> (le château d'). Napoléon y établit son quartier
+général le 28 février, 168.</p>
+
+<p><span class="sc">Eugène-Napoléon</span> (le prince). <i>Voyez</i> <span class="sc">Italie</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">Fain</span> (le baron), secrétaire du cabinet, reste à Fontainebleau
+jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Fère-Champenoise</span>. Napoléon y établit son quartier général
+le 18 mars, 203.--Désastre de Fère-Champenoise, 222.</p>
+
+<p>Fesch (le cardinal) se retire à Rome, 400.</p>
+
+<p><span class="sc">Fismes</span>. Napoléon y établit son quartier général le 4 mars,
+180.</p>
+
+<p><span class="sc">Flahaut</span> (le général comte), aide de camp de Napoléon,
+est envoyé à Lusigny pour la négociation de l'armistice,
+155.--Cette négociation ayant été rompue,
+il revient auprès de Napoléon, 187.--Est envoyé à
+Rambouillet, chargé de commission pour l'impératrice
+Marie-Louise, 403.</p>
+
+<p><span class="sc">Flauguergues</span> (M.) est commissaire du corps législatif pour
+l'examen des pièces de la négociation de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Fontainebleau</span>. L'avant-garde du prince Schwartzenberg
+y arrive, 130.--Napoléon, venu trop tard pour secourir
+Paris, s'établit à Fontainebleau, 234.--Cette
+ville est entourée par les troupes alliées, 385.</p>
+
+<p><span class="sc">Fontanes</span> (le comte) est commissaire du sénat pour l'examen
+des pièces de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Fortifications</span>. Napoléon fait réparer les forteresses de
+l'ancienne France, et fait faire tous les travaux défensifs
+qui peuvent arrêter l'ennemi, 2.</p>
+
+<p><span class="sc">Francfort</span> (Proposition de). <i>Voyez</i> <span class="sc">Négociation</span>.--(Déclaration de). <i>Voyez</i> au Supplément de la première
+partie.</p>
+
+<p><span class="sc">Fromenteau</span>, près les fontaines Juvisy. Napoléon apprend
+à ce relai la capitulation de Paris, 234.</p>
+
+<p><span class="sc">Fouler</span> (le comte), écuyer de Napoléon, reste à Fontainebleau
+jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Gallois</span> (M.) est commissaire du corps législatif pour
+l'examen des pièces de la négociation de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Genève</span> est prise par le général autrichien Bubna, 25.</p>
+
+<p><span class="sc">Gérard</span> (le général) se distingue au combat de Nangis,
+127.--Reçoit à Montereau le commandement du
+corps du duc de Bellune, 133 et 135.--Poursuit
+l'ennemi sur la route de Sens, 137.--Commande avec
+le duc de Reggio au combat de Bar-sur-Seine, 164.</p>
+
+<p><span class="sc">Girardin</span> (le comte), lieutenant-général, aide de camp
+du prince de Neufchâtel, est dépêché de Troyes pour
+annoncer le retour de Napoléon dans la capitale, 228.</p>
+
+<p><span class="sc">Gorcum</span> est défendu par le général Rampon, sénateur, 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Gouaut</span>, habitant de Troyes, est traduit devant un conseil
+de guerre, 154 et 155.</p>
+
+<p><span class="sc">Gourgaud</span> (le colonel d'artillerie), premier officier d'ordonnance
+de Napoléon, tue un Cosaque aux côtés de
+Napoléon, 97.--Va reconnaître la position des Russes
+à Craonne, 182.--Est chargé de faire une surprise de
+nuit sur le camp ennemi devant Laon, 188.--Reste à
+Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Gouvion-Saint-Cyr</span> (le maréchal) est retenu prisonnier
+de guerre par suite de la violation de la capitulation de
+Dresde, 32.</p>
+
+<p><span class="sc">Graham</span> (le général anglais) descend à Wilhemstadt, et
+s'y joint aux Prussiens de Bulow et aux Russes de Vintzingerode,
+34.--Essaie de surprendre Berg-op-Zoom, et
+y perd 4000 hommes, 197.</p>
+
+<p><span class="sc">Grès</span> (le hameau des), près de Troyes. Napoléon y établit
+son quartier-général le 6 février, 107.</p>
+
+<p><span class="sc">Grouchy</span> (le général), blessé à Craonne, où il commandait
+la cavalerie, 184.</p>
+
+<p><span class="sc">Guigne</span>, en Brie. Napoléon y établit son quartier général
+le 16 février, 126.</p>
+
+<p><span class="sc">Hardenberg</span> (le jeune baron de), neveu du chancelier de
+Prusse, est fait prisonnier au combat de Brienne, 95.</p>
+
+<p><span class="sc">Hauterive</span> (le comte d'), conseiller d'état, est chargé de communiquer
+les pièces de la négociation de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Helder</span> (le), défendu par l'amiral Verhuel, 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Herbisse</span> (le village d'), près Fère-Champenoise. Napoléon
+y établit son quartier général le 27 février, 165.</p>
+
+<p><span class="sc">Hollande</span> (la) est enlevée à la France par l'arrivée des
+Russes du général Wintzingerode, 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Impératrice</span> (l'). <i>Voyez</i> <span class="sc">Marie-Louise</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">Invasion</span> (l') de la France se fait par trois grandes armées,
+14 et 25.</p>
+
+<p><span class="sc">Italie</span>. L'armée des alliés sur l'Adige est commandée par
+M. de Bellegarde, 36.--Le prince Eugène, vice-roi,
+est à Vérone, 36.--On lui écrit d'envoyer des troupes
+à l'armée de France, 38.--La défection du roi de Naples
+ne permet pas d'affaiblir l'armée d'Italie, 138.--Belle
+conduite du vice-roi au milieu des embarras qui se multipliaient
+autour de lui, 139.--Napoléon, abdiquant à
+Fontainebleau, veut se retirer en Italie, et demande
+qu'on l'y suive, 387.--Le sort du vice-roi est assuré par
+le traité d'abdication, 391.</p>
+
+<p><span class="sc">Janssens</span> (le général), ancien général hollandais, amène
+à Reims une division de six mille hommes qu'il a tirés
+de Mézières et autres places des Ardennes, 194.</p>
+
+<p><span class="sc">Jaucourt</span> (le comte de), nommé membre du gouvernement
+provisoire, 366.</p>
+
+<p><span class="sc">Jérome</span> (le prince), ci-devant roi de Westphalie, se retire
+en Suisse, 400.</p>
+
+<p><span class="sc">Joseph</span> (le prince), ci-devant roi d'Espagne, reste auprès
+de l'impératrice, avec le titre de lieutenant-général de
+l'empire, 48--Donne à l'impératrice le conseil d'écrire
+secrètement à son père pour obtenir la paix, 199.--Reçoit
+ordre de faire partir de Paris l'impératrice et son
+fils, à la moindre apparence de danger, 201.--Donne au
+duc de Raguse l'autorisation de négocier la capitulation
+de Paris, 232.--Et va rejoindre le gouvernement de la
+régence sur la Loire, <i>ibid.</i>--Se retire en Suisse, 400.</p>
+
+<p><span class="sc">Jouanne</span> (le chevalier), premier commis du cabinet, reste
+à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Jouarre</span>, près la Ferté. Napoléon y établit son quartier
+général le 1<sup>er</sup> mars, 171.</p>
+
+<p><span class="sc">Journaux</span>. On ne néglige pas le moyen qu'ils offrent d'exagérer
+nos ressources et nos moyens de défense aux yeux
+de l'ennemi, 28.</p>
+
+<p><span class="sc">Kellermann</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Valmy</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Kosakowski</span> (le général polonais) reste à Fontainebleau
+jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Labesnardière</span>, conseiller d'état, premier commis aux affaires
+étrangères. Napoléon travaille avec lui à Troyes,
+104. (Voir au supplément de la première partie sa correspondance
+avec le duc de Vicence.)</p>
+
+<p><span class="sc">Labouillerie</span> (le baron), trésorier de la couronne, est
+chargé de verser 30 millions des caves des Tuileries
+dans les caisses vides du trésor public, 2.</p>
+
+<p><span class="sc">Lacépède</span> (le comte de) est commissaire du sénat pour
+l'examen des pièces de la négociation de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Lacretelle</span>, journaliste. Napoléon à Fontainebleau remarque
+un de ses articles, 402.</p>
+
+<p><span class="sc">Laferté-sous-Jouarre</span>. Napoléon y fait rétablir le pont sur
+la Marne, et vient, le 2 mars, avec son quartier général
+dans cette ville, 171.</p>
+
+<p><span class="sc">Laforest</span> (le comte) signe à Valençay le traité qui permet
+au roi Ferdinand de retourner en Espagne, 39.</p>
+
+<p><span class="sc">Lainé</span> (M.), membre du corps législatif. Mécontentement
+de Napoléon contre lui, 20.</p>
+
+<p><span class="sc">Lannes</span> (madame la maréchale). <i>Voyez</i> <span class="sc">Montebello</span> (duchesse de).</p>
+
+<p><span class="sc">Laon</span>. Napoléon se porte sur Laon, 187,--et se retire sur
+Soissons, 191.</p>
+
+<p><span class="sc">Laplace</span> (le capitaine), officier d'ordonnance, reste à
+Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Lapoype</span> (le général) défend Wittemberg sur l'Elbe, 33.</p>
+
+<p><span class="sc">Lavalette</span> (le comte), directeur général des postes, envoie
+une dépêche qui est reçue à Doulevent, 227.</p>
+
+<p><span class="sc">Lefèvre</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Dantzick</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Lelorgne-d'Ideville</span> (le baron), secrétaire interprète de
+Napoléon, reste à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Lemarrois</span> (le général) défend la place de Magdebourg sur
+l'Elbe, 33.</p>
+
+<p><span class="sc">Lesmont-sur-l'Aube</span>. La rupture du pont de Lesmont arrête
+Blücher à Brienne, 94.--La même cause nous y
+arrête deux jours après, 99.--Après la réparation du
+pont, notre armée fait sa retraite sur Troyes, 101.--Le
+pont est coupé de nouveau derrière nous, 102.</p>
+
+<p><span class="sc">Leval</span> (le général). Sa division arrivant des Pyrénées rejoint
+l'armée de Napoléon, 105.</p>
+
+<p><span class="sc">Lichtenstein</span> (le prince Wentzel), aide de camp du prince
+Schwartzenberg, vient trouver Napoléon au hameau de
+Châtres, 143.</p>
+
+<p><span class="sc">Loire</span> (la). Ordre au prince Joseph d'envoyer la régente
+et le gouvernement sur la Loire à la moindre apparence
+de danger qui menacerait Paris, 201.--Cet ordre est
+exécuté, 228.--Napoléon parle à Fontainebleau de se
+retirer sur la Loire, 383.</p>
+
+<p><span class="sc">Louis</span> (le prince), ci-devant roi de Hollande, se retire en
+Suisse, 400.</p>
+
+<p><span class="sc">Lusigny-près-de-Vandoeuvres</span>. Ce village est fixé pour la
+négociation de l'armistice, 155. <i>Voyez</i> <span class="sc">Armistice</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">Lynch</span> (le comte), maire de Bordeaux, reçoit les Anglais,
+202.</p>
+
+<p><span class="sc">Lyon</span>. Bonne contenance des Lyonnais devant le général
+Bubna, 105.--Armée qui se réunit à Lyon. <i>Voyez</i> <span class="sc">Castiglione</span>
+(le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Macdonald</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Tarente</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Madame</span> (mère de Napoléon) se retire à Rome avec son
+frère le cardinal Fesch, 399.</p>
+
+<p><span class="sc">Maine-de-Biran</span> (M.), commissaire du corps législatif pour
+l'examen des papiers de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Maison</span> (le général comte), chargé du commandement de
+l'armée du Nord et de la défense de la Belgique. Ses
+opérations sur l'Escaut, 46.--Évacue la Belgique, 108.--Manoeuvre
+entre Lille, Tournay et Courtray, 196.</p>
+
+<p><span class="sc">Maizières</span> (le village de), près de Brienne. Napoléon y
+établit son quartier général le 29 janvier, et prend le
+curé pour guide au combat de Brienne, 94.</p>
+
+<p><span class="sc">Marchand</span> (le général) organise la levée en masse du
+Dauphiné, 44.</p>
+
+<p><span class="sc">Maret</span> (M.). <i>Voyez</i> <span class="sc">Bassano</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Marie-Louise</span> (l'impératrice). Napoléon lui confie la régence
+et l'embrasse pour la dernière fois, 48.--Quitte
+Paris pour se retirer sur la Loire, 201 et 228.--La
+régente et son fils sont sacrifiés, 369.--Ils sont conduits
+à Rambouillet, 399.--Y reçoit la visite de son
+père et de l'empereur Alexandre, 403.--Est emmenée
+à Vienne. Personnes de sa suite, 404.</p>
+
+<p><span class="sc">Marmont</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Raguse</span> (duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Massa</span> (le comte Regnier, duc de), est commissaire
+du corps législatif pour l'examen des pièces de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Meaux</span>. Napoléon y établit son quartier général le 15 février,
+dans l'évêché, 124.</p>
+
+<p><span class="sc">Menneval</span> (le baron), secrétaire des commandements de
+l'impératrice, la suit à Vienne, 404.</p>
+
+<p><span class="sc">Méry</span> (combat de), 142.</p>
+
+<p><span class="sc">Mesgrigny</span> (le baron de), écuyer de Napoléon, fait
+parvenir le placet de la famille Gouaut, 155.--Reste
+à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Metternich</span> (le prince de). Voir aux suppléments sa correspondance
+avec le duc de Vicence.</p>
+
+<p><span class="sc">Metz</span>. Le duc de Raguse se retire des environs de Metz.
+Le général Durutte reste chargé de la défense de cette
+place, 45.</p>
+
+<p><span class="sc">Molitor</span> (le général) commande en Hollande; se voit
+abandonné par les bataillons étrangers, 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Moncey</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Conegliano</span> (duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Moniteur</span> supprimé du 20 janvier 1813, 49.</p>
+
+<p><span class="sc">Montebello</span> (madame la maréchale Lannes, duchesse de),
+dame d'honneur de l'impératrice, la suit à Vienne, 404.</p>
+
+<p><span class="sc">Montereau</span>. Combat de Montereau le 18 février, 130.</p>
+
+<p><span class="sc">Montesquiou</span> (le comte Anatole de) va à Rambouillet,
+chargé de commission de Napoléon pour l'impératrice,
+403.--Se retrouve à Fontainebleau au départ de Napoléon
+pour l'île d'Elbe, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Montesquiou</span> (madame la comtesse de), gouvernante du
+roi de Rome, accompagne son élève à Vienne, 404.</p>
+
+<p><span class="sc">Montesquiou</span> (M. l'abbé de), nommé membre du gouvernement
+provisoire, 366.</p>
+
+<p><span class="sc">Montholon-Semonville</span> (le comte) arrive de la Haute-Loire
+à Fontainebleau après l'abdication; sa conversation
+avec Napoléon, 401.</p>
+
+<p><span class="sc">Montier-en-Der</span>. Napoléon y établit son quartier général
+le 28 janvier, 93.</p>
+
+<p><span class="sc">Montmirail</span> (bataille de), 11 février, 118.--Napoléon y
+ramène son quartier général après le combat de Vauchamps, 123.</p>
+
+<p><span class="sc">Mortemart</span> (M. le comte de), officier d'ordonnance, porte
+à l'impératrice les drapeaux de Nangis et de Montereau, 140.</p>
+
+<p><span class="sc">Mortier</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Trévise</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Moskowa</span> (le maréchal Ney, prince de la), évacue Nancy,
+45.--Se retire sur Vitry, 87.--Combat à Brienne, 96;
+à Montmirail, 118; à Nangis, 127; à Craonne, 182;
+devant Laon, 188.--De Reims est dirigé par Châlons
+sur Méry, 194 et 200.--Se trouve à Fontainebleau,
+356.--Est nommé commissaire de Napoléon pour le
+traité de l'abdication, 373.</p>
+
+<p><span class="sc">Murat</span> (le prince), roi de Naples. Il marche vers la haute
+Italie: on ne sait encore si c'est un ennemi de plus qui
+s'avance, 37.--Il lève le masque.--Proclamation du
+vice-roi, 138.</p>
+
+<p><span class="sc">Nangis</span> (combat de), le 17 février, 127.--Napoléon
+établit son quartier général au château de Nangis, 128.</p>
+
+<p><span class="sc">Nansouty</span> (le général comte), commandant la cavalerie
+de la garde, est blessé à Craonne, 184.</p>
+
+<p><span class="sc">Naples</span> (le roi de). <i>Voyez</i> <span class="sc">Murat</span> (le prince).</p>
+
+<p><span class="sc">Napoléon</span>. De retour à Paris le 9 novembre 1813; ses premières
+dispositions, 1.--Il fait prendre dans son trésor
+privé l'argent dont le trésor public a besoin, 2.--Il
+brûle ses papiers et part pour l'armée, 48.--Sa première
+expédition est contre le général Blücher, du côté
+de Brienne, 88.--Est assailli le soir par des Cosaques
+dans l'avenue de Brienne, 96.--Retenu par la réparation
+du pont de Lesmont, est forcé de recevoir la bataille de
+Brienne, 98.--Se retire sur Troyes et sur Nogent, 102.--Il
+entreprend une deuxième expédition contre Blücher,
+qui menace Paris par la vallée de la Marne, 113.--Après
+les victoires de Champaubert, de Montmirail et de
+Vauchamps, il se retourne du côté des Autrichiens et
+revient sur la Seine. Combat de Nangis et de Montereau,
+125.--De retour à Nogent, il donne 2000 fr. de
+sa bourse aux soeurs de la charité qui soignent les
+blessés, 141.--Il poursuit le général Schwartzenberg
+au-delà de Troyes, 148.--Il quitte encore une fois les
+bords de la Seine pour courir sur ceux de la Marne, à la
+poursuite de Blücher, qui s'avance de nouveau sur
+Paris, 160.--Il poursuit Blücher au-delà de la Marne,
+au-delà de l'Aisne, et gagne la bataille de Craonne, 176.--Arrêté
+devant Laon, il se retire sur Soissons, 187.--Reprend
+Reims, 193.--Revient sur l'Aube et sur la
+Seine, dans l'intention de prendre en queue Schwartzenberg,
+qui marche sur Paris, 199.--Rencontre toute
+l'armée autrichienne à Arcis, par suite d'un changement
+survenu dans la marche des alliés, 207.--Court personnellement
+de grands dangers au combat d'Arcis, 210.--Abandonne
+un moment la route de Paris pour essayer d'attirer
+l'ennemi à sa suite en Lorraine, et prend position
+à Doulevent entre Saint-Dizier et Bar-sur-Aube, 212.--Revient
+sur Paris par la route de Troyes; mais il est trop
+tard: il descend à Fontainebleau, 224.--Veut tenter une
+surprise sur Paris, 367.--Se laisse persuader d'abdiquer,
+372.--Change d'idée et parle de se retirer sur la
+Loire, 383.--Veut ensuite se retirer en Italie, et demande
+qu'on l'y suive, 387.--Enfin, vaincu par la défection
+qui l'entoure, il signe une seconde rédaction de son
+abdication, 389.--Après une nuit pénible, il se résigne
+à signer la ratification du traité, 397.--Il reste encore
+huit jours à Fontainebleau, vivant en simple particulier,
+400.--Son départ pour l'Ile-d'Elbe. Allocution à
+sa garde, 405. (Voir, au supplément de la première partie,
+sa correspondance avec le duc de Vicence pendant
+la négociation de Châtillon.)</p>
+
+<p><span class="sc">Négociation</span>. Propositions de Francfort apportées à Paris
+par M. le baron de Saint-Aignan, 5.--Réponse du duc
+de Bassano, 8.--Continuation de cette négociation par
+le duc de Vicence, 10.--Communication des pièces
+aux commissaires du sénat et du corps législatif, 18.--Moniteur
+supprimé contenant ces pièces, 49.--Lord
+Castlereagh se rend au quartier-général des alliés, 41.--Le
+duc de Vicence se met en route également pour s'y
+rendre, 41. (Voir au supplément les instructions que
+Napoléon lui donne par sa lettre du 4 janvier.)--Le
+duc de Vicence ne peut parvenir au quartier-général
+des alliés. Après avoir été retenu à Lunéville, il se rend
+à Châtillon, lieu qui lui est indiqué pour la tenue du
+congrès, 86. Voir dans le supplément les lettres du
+duc de Vicence au prince de Metternich, les réponses
+de ce prince, et les lettres écrites de Paris, par M. de La
+Besnardière, qui appartiennent à cette époque de la négociation.--Le
+congrès se réunit le 4 février. Noms des
+plénipotentiaires. Nouvelles instructions et pleins pouvoirs
+envoyés au duc de Vicence après la bataille de
+Brienne, 104.--Les alliés demandent que la France rentre
+dans ses anciennes limites, 109.--Opposition de Napoléon:
+il veut qu'on envoie cette demande à Paris pour
+avoir l'avis motivé et séparé de chacun des membres du
+conseil privé, 113.--Victorieux à Champaubert, Napoléon
+fait recommander au duc de Vicence de prendre
+une attitude moins humiliée, 117.--Victorieux au combat
+de Nangis, il écrit directement à l'empereur d'Autriche,
+et suspend les pouvoirs indéfinis du duc de
+Vicence, 129.--Les alliés lui font demander un armistice,
+143.--Négociation de l'armistice à Lusigny.
+(<i>Voyez</i> <span class="sc">Armistice</span>.)--Le 1<sup>er</sup> mars les alliés resserrent
+leur alliance par le traité de Chaumont, 177.--La condition
+des anciennes limites devient l'<i>ultimatum</i> des alliés.
+Rumigny vient chercher les derniers ordres de Napoléon
+à cet égard, 185.--Les plénipotentiaires des
+alliés n'ayant plus d'inquiétude pour Blücher, renferment
+le duc de Vicence dans un délai de trois jours pour
+signer le projet proposé, 204.--Le congrès se sépare:
+le duc de Vicence quitte Châtillon le 20 mars et vient
+rejoindre Napoléon à Saint-Dizier, 213. (Voir au supplément
+la correspondance du duc de Vicence avec
+M. de Metternich, avec Napoléon et avec le duc de
+Bassano, relativement à la négociation de Châtillon.)--Démarche
+directe de Napoléon auprès de l'empereur
+d'Autriche, par M. de Weissemberg, 226.--Le duc de
+Vicence est envoyé auprès de l'empereur Alexandre
+sous les murs de Paris, 233.--Il n'avait pas encore été
+entendu que la cause de son maître était déjà perdue,
+362.--Pour décider les souverains alliés en faveur de
+la régente et de son fils, le duc de Vicence vient proposer
+à Napoléon d'abdiquer, 369.--Napoléon s'étant
+laissé persuader d'abdiquer, envoie le duc de Vicence,
+le duc de Tarente et le prince de la Moscowa pour
+négocier à Paris le traité qui doit décider du sort de
+la famille impériale, 373.--L'impératrice Marie-Louise
+est autorisée à dépêcher le duc de Cadore à l'empereur
+d'Autriche pour le prier d'intervenir, 374.--La défection
+du duc de Raguse achève de décider les souverains
+pour l'exclusion entière de la famille impériale, 380.--Le
+duc de Vicence revient à Fontainebleau demander
+une abdication pure et simple. Résistance de Napoléon.--Le
+traité est signé à Paris le 11 avril, mais Napoléon
+se refuse à le ratifier, 393.--Enfin, après une nuit pénible,
+Napoléon ratifie le traité, 397.--Texte du traité
+du 11 avril, et pièces accessoires, 408.</p>
+
+<p><span class="sc">Nesle</span>, près Château-Thierry. Napoléon y établit son quartier-général
+le 12 février, 119.</p>
+
+<p><span class="sc">Neufchatel</span> (le maréchal Berthier, prince de), quitte Paris
+pour se rendre à l'armée, 47.--Rend compte à
+Napoléon de la situation de l'armée à Châlons, 85.--Après
+l'abdication de Fontainebleau, il conserve
+le commandement de l'armée, et va prendre les ordres
+du gouvernement provisoire à Paris, 400.</p>
+
+<p><span class="sc">Ney</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Moscowa</span> (le prince de la).</p>
+
+<p><span class="sc">Nogent-sur-Seine</span>. Napoléon y établit son quartier général
+le 7 février, 107.--Le général Bourmont reste chargé
+de la défense de cette ville pendant l'excursion sur Montmirail,
+114.--Napoléon revient à Nogent le 20 février,
+140.</p>
+
+<p><span class="sc">Orléans</span>. Les bagages et le grand parc de l'armée sont dirigés
+sur Orléans, 356.--L'impératrice Marie-Louise
+arrive à Orléans, 394.</p>
+
+<p><span class="sc">Oudinot</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Reggio</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Pajol</span> (le général comte) enlève le pont de Montereau,
+131.</p>
+
+<p><span class="sc">Pape</span> (le) retourne à Rome, 39.</p>
+
+<p><span class="sc">Paris</span>. Serment des chefs de la garde nationale parisienne
+au moment où Napoléon quitte la capitale pour se
+rendre à l'armée, 48.--Paris, menacé par la première
+marche de Blücher, est sauvé à Montmirail, 113.--Menacé
+une seconde fois par la marche du prince
+Schwartzenberg, qui s'avance vers Provins, est sauvé à
+Nangis et à Montereau, 125.--Menacé ensuite par le
+retour de Blücher sur Meaux, est sauvé par l'excursion
+de Napoléon au-delà de la Marne et de l'Aisne, 160.--Menacé
+une quatrième fois par le prince Schwartzenberg,
+qui s'avance encore au-delà de la Seine, est sauvé par
+la contre-marche qui ramène Napoléon de Reims sur
+Plancy, 198.--Paris est menacé plus que jamais après
+la bataille d'Arcis par les forces réunies de Schwartzenberg
+et de Blücher, qui s'avancent ne formant plus
+qu'une seule armée, 218.--Et cette fois Napoléon accourt
+trop tard, 222.--Bataille et capitulation de Paris,
+231.--Le conseil-général de la Seine déclare que le
+voeu de Paris est en faveur des Bourbons, 367.--
+Napoléon veut tenter une marche de Fontainebleau sur
+Paris, 367 et 370.--La plupart des chefs de l'armée
+reviennent à Paris, 384.</p>
+
+<p><span class="sc">Parr</span> (le comte), aide de camp du prince de Schwartzenberg,
+se présente aux avant-postes français, 128.</p>
+
+<p><span class="sc">Paysans français</span>. Résistance et petite guerre qu'ils font
+aux soldats de l'ennemi, 42, 43, 179 et 363.</p>
+
+<p><span class="sc">Petit</span> (le général), de la garde impériale. Napoléon, en
+quittant Fontainebleau, embrasse en lui toute la garde,
+406.</p>
+
+<p><span class="sc">Peyrusse</span> (le chevalier), payeur de la couronne, suit
+Napoléon à l'île d'Elbe, 399.</p>
+
+<p><span class="sc">Piney</span> (le village de), près Troyes. Napoléon y établit
+son quartier général le 2 février, 103.</p>
+
+<p><span class="sc">Piré</span> (le général) fait une excursion sur Chaumont, 216.--Répand
+l'alarme depuis Troyes jusqu'à Vesoul, <i>ibid.</i>--Fait
+prisonniers plusieurs personnages importants,
+226.</p>
+
+<p><span class="sc">Pithiviers</span>. Est occupé par les alliés, 386.</p>
+
+<p><span class="sc">Plancy-sur-l'Aube</span>. Napoléon y établit son quartier-général
+le 19 mars, 205.</p>
+
+<p><span class="sc">Plessis-ô-le-Comte</span> (le château du), commune de Long-Champs,
+entre Vitry et Saint-Dizier. Napoléon y établit
+son quartier général le 22 mars, 213.</p>
+
+<p><span class="sc">Proclamation des alliés</span>, du 1<sup>er</sup> décembre 1812, 11; de
+Lowach, le 21 décembre, 16; de l'empereur Alexandre,
+du généralissime Schwartzenberg, du général Wude,
+du général Bubna, etc., 42.</p>
+
+<p><span class="sc">Prusse</span> (le roi de) entre en France, 15.--(les
+armées de). <i>Voyez</i> <span class="sc">Blücher</span>.</p>
+
+<p><span class="sc">Pyrénées</span>s (armée des). <i>Voyez</i> <span class="sc">Dalmatie</span> (le duc de).
+<span class="sc">Raguse</span> (le maréchal Marmont, duc de), se retire sur
+Metz, 26; sur Verdun, 45; sur Saint-Mihiel et Vitry,
+87.--Combat à Brienne, 100; et le lendemain à
+Rosnay, 102.--Marche sur Champaubert, 116.--Poursuit
+Blücher sur Châlons, <i>ibid.</i>--Recule sur Montmirail,
+122.--Combat à Vauchamps et poursuit de nouveau
+Blücher sur Châlons, 123.--Recule sur Sezanne et La
+Ferté-Gaucher, ensuite sur Meaux, 167.--Arrête les
+Prussiens à Lisy-sur-Ourcq, 170.--Forme l'aile gauche
+du cercle qui pousse Blücher sur Soissons, 173.--Arrive
+devant Laon par Corbeny, 188.--Est mis en déroute
+dans la nuit du 9 au 10 mars, 190.--Rallie son monde à
+Béry-au-Bac et vient prendre part au combat de Reims,
+193.--Reste à Reims pour contenir Blücher, 201.--Recule
+sur Château-Thierry, 217.--Vient donner dans la
+grande armée des alliés à Fère-Champenoise, 221.--Se
+retire sur Paris et combat sous les murs de Paris, 231.--Il
+est autorisé à négocier la capitulation de Paris, 232.--Se
+retire par la route de Fontainebleau et prend position
+derrière la rivière d'Essone, 356.--Envoie par un exprès
+à Napoléon le sénatus-consulte de la déchéance,
+371.--Est désigné par Napoléon pour aller stipuler les
+intérêts de la famille impériale au traité de Paris, 373.--Traite
+avec les alliés, lève le camp d'Essone et laisse
+Fontainebleau à découvert, 375.--Ordre du jour de
+Fontainebleau, par lequel Napoléon annonce à l'armée
+la défection du duc de Raguse, <i>ibid.</i></p>
+
+<p><span class="sc">Rampon</span> (le général) défend les digues de Gorcum, 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Rayneval</span> (le chevalier), premier commis des affaires étrangères,
+se rend à Paris comme secrétaire des plénipotentiaires
+chargés de négocier le traité de l'abdication, 374.</p>
+
+<p><span class="sc">Raynouard</span> (M.), commissaire du corps législatif pour
+l'examen des pièces de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Reggio</span> (le maréchal Oudinot, duc de), organise les nouveaux
+corps qui se réunissent à Châlons-sur-Marne, 28.--Donne
+à Châlons des renseignements sur les localités,
+85.--Envoie des émissaires à Bar-sur-Ornain, 89.--Combat
+à Brienne, 99.--Reste chargé de la défense
+de la Seine du côté de Bray, 114.--Recule devant
+Schwartzenberg jusqu'à Guignes, 126.--Combat à
+Nangis, et poursuit Wittgenstein dans la direction de
+Nogent, 127.--Reste chargé de couvrir Troyes. Combat
+à Bar-sur-Aube, 164.--Se retire sur Troyes et ensuite
+sur Nogent, 198; et enfin de Nogent sur Provins,
+204.--Se reporte en avant et rejoint l'empereur à Plancy,
+207.--Combat devant Arcis et couvre la retraite,
+210.--S'avance un moment vers Bar-sur-Ornain, 214.--Se
+trouve à Fontainebleau, 356.</p>
+
+<p><span class="sc">Regnaut-de-Saint-Jean-d'Angely</span> (le comte), conseiller-d'état.
+Son discours au corps législatif, 18.--Communique
+les pièces de Francfort à la commission du sénat
+et du corps législatif, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Regnier</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Massa</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Reims</span>. Le général Corbineau s'empare de Reims le 5 mars,
+180.--Le général russe Saint-Priest reprend Reims, 192.--Napoléon
+s'y porte, <i>ib.</i>--Combat et reprise de Reims;
+Napoléon y établit son quartier général le 13 mars, 193.</p>
+
+<p><span class="sc">Restauration</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Bourbon</span> (la maison de).</p>
+
+<p><span class="sc">Rhin</span>. L'armée française arrivant d'Allemagne prend ses
+quartiers d'hiver derrière ce fleuve, 3.</p>
+
+<p><span class="sc">Ricard</span> (le général) défend le village de Marchais à la
+bataille de Montmirail, 118.
+<span class="sc">Roederer</span> (le comte) envoie des nouvelles d'Alsace qui parviennent
+à Corbeny, 183.</p>
+
+<p><span class="sc">Rogniat</span> (le général) reste dans Metz, 45.</p>
+
+<p><span class="sc">Roustan</span> (le mameluck) disparaît la nuit du départ de
+Fontainebleau, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Royalistes</span>. <i>Voyez</i> <span class="sc">Bourbon</span> (la maison de).</p>
+
+<p><span class="sc">Rumigny</span> (le chevalier), l'un des premiers commis du cabinet,
+est envoyé en dépêches de La Ferté-sous-Jouarre
+à Châtillon, 172.--Revient à Bray en Laonnais, 185;
+et repart aussitôt pour Châtillon, 187.--Il est définitivement
+de retour auprès de Napoléon à Fère-Champenoise,
+le 18 mars, 203.--Il va de Fontainebleau à Paris,
+comme secrétaire des plénipotentiaires chargés de négocier
+le traité de l'abdication, 374.</p>
+
+<p><span class="sc">Rusca</span> (le général), commandant de Soissons, est tué par
+les premiers coups de feu de l'ennemi, 161.</p>
+
+<p><span class="sc">Russie</span> (l'empereur de) entre en France, 15.--Sa proclamation, 42.--S'oppose à la retraite que Schwartzenberg
+propose, 208.--Entre à Paris, 359.--Montre de
+la générosité dans les dispositions du traité qui règle le
+sort de la famille de Napoléon, 391.</p>
+
+<p><span class="sc">Saint-Aignan</span> (le baron de), écuyer de l'empereur, ministre
+plénipotentiaire à Weimar, reçoit à Francfort les
+propositions des alliés et les rapporte à Paris, 5.--Son
+rapport à ce sujet, 49.--Sa conversation avec Napoléon
+au hameau de Châtres, 146.</p>
+
+<p><span class="sc">Saint-Dizier</span>. Premier combat de Saint-Dizier. Napoléon
+rentre dans cette ville le 27 janvier, 94.--Il y revient
+le 23 mars, 213.--Le 26 il y revient encore, 216.</p>
+
+<p><span class="sc">Saint-Marsan</span> (le comte) est commissaire du sénat pour
+l'examen des pièces de Francfort, 19.</p>
+
+<p><span class="sc">Saint-Priest</span> (le général russe), blessé mortellement à
+Reims, 193.</p>
+
+<p><span class="sc">Saint-Thibaut</span> (les paysans de) font prisonniers plusieurs
+personnages, 225.</p>
+
+<p><span class="sc">Schwartzenberg</span> (le prince), généralissime des alliés, et
+commandant de l'armée autrichienne. L'armée qu'il
+conduit pénètre en France par la Suisse, 14.--Marche
+sur Huningue, Béfort, Vesoul et Besançon, 26.--Force
+le passage des Vosges et s'avance sur Langres, 44.--Réuni
+à Blücher, il marche sur Brienne, 98.--Il
+entre à Troyes, 107.--Passe la Seine à Nogent, 123.--S'avance
+dans la Brie et pousse une avant-garde sur
+Fontainebleau, 125.--Se retire sur Troyes, 137.--Les
+fuyards de son armée courent jusqu'au Rhin, 141 et
+183.--Son quartier général rétrograde sur Bar, sur
+Colombey et sur Langres. Il reprend l'offensive et se
+fait blesser au combat de Bar-sur-Aube, 168.--Il revient
+sur Troyes, 169; et s'avance encore une fois sur
+Paris, 198.--A l'approche de Napoléon, il recule sur
+Troyes, 200.--L'arrivée de Napoléon sur l'Aube change
+ce mouvement en une retraite générale, 206.--Nouveau
+plan: Schwartzenberg se porte de Troyes sur
+Châlons pour se réunir à Blücher, 189.--Après la bataille
+d'Arcis il fait sa jonction avec Blücher, 209.--Il
+se porte sur Paris, 221.--Sa proclamation sous les
+murs de Paris, 258.</p>
+
+<p><span class="sc">Sémonville</span> (le comte) est commissaire extraordinaire
+<span class="sc">Sénat</span> (le), chargé de faire une nouvelle constitution et
+de nommer un gouvernement provisoire, 366.--Proclame
+le déchéance de Napoléon, 371.--Napoléon répond
+au sénat, 375.</p>
+
+<p><span class="sc">Senft de Pilsac</span> (M. de) est envoyé par M. de Metternich
+à Zurich, pour rompre l'alliance des Suisses avec les
+Français, 13.</p>
+
+<p><span class="sc">Sezanne</span>. Napoléon y établit son quartier général le 9 février,
+115.--Il y passe une seconde fois le 28 février,
+167.</p>
+
+<p><span class="sc">Soissons</span> est pris par les généraux Wintzingerode et Woronzow
+le 13 février, 161.--Repris par le duc de Trévise
+le 19 février, 162.--Tombe une seconde fois dans
+les mains des Russes et l'armée de Blücher y trouve
+son salut, 174.--Napoléon, après avoir échoué à Laon,
+fait sa retraite sur Soissons, 191.</p>
+
+<p><span class="sc">Sommepuis</span> (le village de). Napoléon y établit son quartier
+général le 21 mars, 213.</p>
+
+<p><span class="sc">Soult</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Dalmatie</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Suchet</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Albufera</span> (le duc d').</p>
+
+<p><span class="sc">Suisse</span>. Les alliés violent la neutralité des Suisses, 13;
+envoient M. de Senft de Pilsac, pour les détacher de
+l'alliance de la France, 13.</p>
+
+<p><span class="sc">Surville</span> (le château de), près Montereau. Napoléon y fait
+placer les batteries de la garde, 130.--Il y établit son
+quartier général, 136.</p>
+
+<p><span class="sc">Talleyrand</span> (M. de). <i>Voyez</i> <span class="sc">Bénévent</span> (le prince de).</p>
+
+<p><span class="sc">Tarente</span> (le maréchal Macdonald, duc de), se retire de
+Liège, par le département des Ardennes, sur Châlons, 27.
+--Arrive à Namur, 47.--Arrive à Châlons et se retire devant
+Blücher, 108.--Se retire sur Meaux, 113.--Après
+l'affaire de Vauchamps, suit Napoléon sur la Seine, 123.--Combat
+à Nangis; poursuit l'ennemi dans la direction
+de Bray, 127.--Entre à Châtillon, 164.--Se retire
+sur Troyes, 168; sur Nogent, 198; sur Provins,
+204.--Se reporte en avant à l'approche de Napoléon,
+207.--Couvre la retraite d'Arcis, 212.--Se trouve à
+Fontainebleau, 356.--Napoléon le nomme son plénipotentiaire
+pour négocier le traité d'abdication, 371.</p>
+
+<p><span class="sc">Trévise</span> (le maréchal Mortier, duc de), se porte dans les
+Vosges au secours du duc de Bellune, 27.--Évacue
+Langres, 45.--Se retire sur Troyes, 86.--Évacue
+Troyes et reçoit l'ordre d'y rentrer, 89.--Se porte en
+avant de Troyes sur Vandoeuvres, 97.--Couvre la retraite
+de Brienne, 103.--Combat à Montmirail, 118; à
+Château-Thierry, 119.--Poursuit l'ennemi sur la route
+de Soissons, <i>ibid</i>.--Revient de Soissons sur La Ferté-sous-Jouarre,
+164.--Recule sur Meaux, 167.--Arrête
+les Prussiens au gué de Trême, 170.--Pousse Blücher
+sur Soissons, 173.--Vient rejoindre Napoléon à
+Laon, 187.--Reste chargé de contenir Blücher, 192.--Est
+rejeté sur Château-Thierry, 218.--Va donner dans
+la grande armée des alliés à Fère-Champenoise, 221.--Se
+replie sur Paris, 230.--Combat sous les murs de
+Paris, <i>ibid.</i>--Après la capitulation se retire sur Fontainebleau
+et place son quartier général à Mennecy, 356.</p>
+
+<p><span class="sc">Troyes</span>. Napoléon y établit son quartier général le 3 février,
+87.--Il évacue Troyes le 6 février, 103.--Il
+rentre dans Troyes le 24 février, 147.--Il repasse une
+troisième fois par Troyes, 228.
+<span class="sc">Turenne</span> (le comte de), premier chambellan, maître de la
+garde-robe, reste à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Valmy</span> (le maréchal Kellermann, duc de), chargé d'organiser
+les troupes qui arrivent à Châlons-sur-Marne, 28.--Travaille
+avec Napoléon à Châlons, 85.--Reste
+chargé du commandement de Châlons, 88.</p>
+
+<p><span class="sc">Vauchamps</span> (combat de), le 14 février, 122.</p>
+
+<p><span class="sc">Verrhuel</span> (l'amiral). Belle conduite de cet amiral au
+Helder, 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Vicence</span> (M. de Caulaincourt, duc de), grand-écuyer, est
+nommé ministre des affaires étrangères, 10.--Se rend
+à Châtillon, 87. (Voir au supplément de la deuxième
+partie sa correspondance relative au congrès de Châtillon.)
+Il rejoint Napoléon à Saint-Dizier après la rupture
+du congrès, 213.--Est envoyé de Fromenteau
+auprès de l'empereur Alexandre, 233.--Va et vient de
+Paris à Fontainebleau, 357.--Reste auprès de Napoléon
+après l'abdication, 401.</p>
+
+<p><span class="sc">Victor</span> (le maréchal). <i>Voyez</i> <span class="sc">Bellune</span> (le duc de).</p>
+
+<p><span class="sc">Vidranges</span> (le sieur de) est compromis à Troyes, 154.</p>
+
+<p><span class="sc">Vitry</span> (le Français). Nos avant-postes sont à Vitry, 87.--Napoléon
+y porte son quartier général le 26 janvier, 88.--Il
+se présente devant Vitry, 213.--Il s'y présente
+une seconde fois, 217.</p>
+
+<p><span class="sc">Watteville</span> (le général) commande le cordon des Suisses
+pour la neutralité, 13.</p>
+
+<p><span class="sc">Weissemberg</span> (M. de), ambassadeur d'Autriche à Londres.
+Enlevé par les habitants de Saint-Thibaut, est conduit
+à Napoléon, qui lui donne une mission pour l'empereur
+d'Autriche, 225.</p>
+
+<p><span class="sc">Wellington</span> (le général) est entré en France et s'est
+avancé sur Bayonne, 35.--Ses troupes entrent à Bordeaux, 202.</p>
+
+<p><span class="sc">Westphalie</span> (le royaume de) est détruit par l'avant-garde
+de l'armée de prince de Suède, commandée par les
+généraux Bulow et Wintzingerode, 15 et 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Wilhemstadt</span>. Évacuation trop prompte de cette place, 34.</p>
+
+<p><span class="sc">Wintzingerode</span> (le général russe). Son corps d'armée fait
+partie du commandement du prince de Suède. (<i>Voyez</i>
+<span class="sc">Bernadotte</span>.)</p>
+
+<p><span class="sc">Wolff</span>, émissaire du comte Roederer, apporte à Napoléon
+des nouvelles de l'Alsace, 183.</p>
+
+<p><span class="sc">Wonzowitch</span>, officier polonais, interprète de Napoléon,
+reste à Fontainebleau jusqu'à la fin, 405.</p>
+
+<p><span class="sc">Woronzoff</span> (le général russe). Son corps d'armée fait partie
+du commandement du prince de Suède. (<i>Voyez</i>
+<span class="sc">Bernadotte</span>)</p>
+
+<p><span class="sc">Yvan</span> (le baron), chirurgien ordinaire de Napoléon, quitte
+Fontainebleau, 395.</p>
+<br>
+<p>FIN.</p>
+<br>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/map-small.png"><br>
+ <a href="images/map-large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+
+
+
+
+
+<br><br>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Manuscrit de 1814, trouvé dans les
+voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon, by Agathon Jean François Fain (Baron de Fain)
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUSCRIT DE 1814 ***
+
+***** This file should be named 33796-h.htm or 33796-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
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+Produced by Mireille Harmelin, Rénald Lévesque and the
+Online Distributed Proofreaders Europe at
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+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica)
+
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+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
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+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
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+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
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+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
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+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
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