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diff --git a/33580-h/33580-h.htm b/33580-h/33580-h.htm new file mode 100644 index 0000000..afd977d --- /dev/null +++ b/33580-h/33580-h.htm @@ -0,0 +1,9593 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" +"http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> + +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> + <head> +<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> +<title> + The Project Gutenberg eBook of Les Caquets de l'Accouchée, par Édouard Fournier. +</title> +<style type="text/css"> + p {margin-top:.75em;text-align:justify;margin-bottom:.75em;text-indent:2%;} + +.c {text-align:center;text-indent:0%;} + +.cb {text-align:center;text-indent:0%;font-weight:bold;} + +.dots {text-align:center;text-indent:0%;letter-spacing:10px;} + +.hang {text-indent:-2%;margin:5% auto 5% 2%;} + +.nind {text-indent:0%;} + +.r {text-align:right;margin-right:5%;} + +.sml {font-size:small;} + + h1,h4 {text-align:center;clear:both;} + + h2,h3 {margin-top:15%;text-align:center;clear:both;} + +.top5 {margin-top:5%;} + +.top15 {margin-top:15%;} + + hr {width:10%;margin:2em auto 2em auto;clear:both;color:black;} + + hr.full {width:70%;margin:5% auto 5% auto;border:2px solid gray;} + + table {margin-left:auto;margin-right:auto;border:none;text-align:left;} + + body{margin-left:10%;margin-right:10%;background:#fdfdfd;color:black;font-family:"Times New Roman", serif;font-size:medium;} + +.ov {text-decoration:overline;} + +a:link {background-color:#ffffff;color:blue;text-decoration:none;} + + link {background-color:#ffffff;color:blue;text-decoration:none;} + +a:visited {background-color:#ffffff;color:purple;text-decoration:none;} + +a:hover {background-color:#ffffff;color:#FF0000;text-decoration:underline;} + +.smcap {font-variant:small-caps;font-size:95%;} + + sup {font-size:75%;} + +.footnotes {border:double 6px gray;margin-top:15%;clear:both;} + +.footnote {width:95%;margin:auto 3% 1% auto;font-size:0.9em;position:relative;} + +.label {position:relative;left:-.5em;top:0;text-align:left;font-size:.8em;} + +.fnanchor {vertical-align:30%;font-size:.8em; font-style:normal;font-weight:normal;} +</style> + </head> +<body> + + +<pre> + +Project Gutenberg's Les caquets de l'accouchée, by Édouard Fournier + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Les caquets de l'accouchée + nouvelle édition revue sur les pièces originales + +Author: Édouard Fournier + +Release Date: August 30, 2010 [EBook #33580] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CAQUETS DE L'ACCOUCHÉE *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze, Chuck Greif and +the Online Distributed Proofreading Team at +http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned +images of public domain material from the Google Print +project.) + + + + + + +</pre> + +<hr class="full" /> + +<h1><small>LES</small><br /><br />CAQUETS DE L'ACCOUCHÉE</h1> + +<p><a name="page_iii" id="page_iii"></a></p> + +<p class="c ov top15"> Paris. Impr. Guiraudet et Jouaust, 338, rue S.-Honoré. </p> + +<p><a name="page_iv" id="page_iv"></a></p> + +<p class="top15"> </p> + +<h1><small>LES CAQUETS</small><br /><br /> +DE L'ACCOUCHÉE</h1> + +<p class="cb">NOUVELLE ÉDITION</p> + +<p class="cb">Revue sur les pièces originales et annotée</p> + +<p class="cb">PAR M. ÉDOUARD FOURNIER</p> + +<p class="cb">AVEC UNE INTRODUCTION</p> + +<p class="cb">PAR M. LE ROUX DE LINCY</p> + +<p class="cb top15">A PARIS<br />Chez <span class="smcap">P. Jannet</span>, Libraire<br /> +——<br />MDCCCLV</p> + +<table border="0" cellpadding="6" cellspacing="0" summary="table" +style="border:2px gray solid;margin-top:10%;"> +<tr><td align="center"><a href="#TABLE_ANALYTIQUE"><b>TABLE ANALYTIQUE.</b></a><br /> +<a href="#TABLE_DES_MATIERES"><b>TABLE DES MATIÈRES</b></a></td></tr> +</table> + +<p><a name="page_v" id="page_v"></a></p> + +<h3><a name="INTRODUCTION" id="INTRODUCTION"></a>INTRODUCTION.</h3> + +<p>L'ouvrage dont nous donnons une édition complète, revue sur les +originaux, est une des satires les plus remarquables du dix-septième +siècle. Publiés pour la première fois dans le cours de l'année 1622, par +petits cahiers de quelques feuillets, les <i>Caquets de l'Accouchée</i> +furent, dès l'année suivante, réunis dans un seul volume, dont il y eut +plusieurs éditions, sous le titre de <i>Recueil général des Caquets de +l'Accouchée</i><a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<p>Pendant le cours du dix-huitième siècle, ce livre n'a jamais cessé +d'être fort apprécié des bibliophiles, qui payoient très cher les +exemplaires bien conservés des éditions originales. De nos jours, les +<i>Caquets de l'Accouchée</i> ont conservé la même valeur, et, cette fois, +l'engoûment des amateurs peut se justifier: ce n'est pas seulement la +rareté de l'ouvrage, c'est encore l'esprit qu'on y trouve, qui les +pousse à se le procurer. Voyons d'abord ce qu'il faut entendre par +<i>Caquets de l'Accouchée</i>.<a name="page_vj" id="page_vj"></a></p> + +<h4>§ I.—<i>Caquets de l'Accouchée.</i></h4> + +<p>Au moyen âge, la naissance d'un enfant étoit entourée de soins et de +cérémonies qui n'existent plus maintenant. Chez les grands et chez les +riches, on se préparoit à cet événement solennel par des attentions +touchantes qui se rattachoient aux croyances et aux superstitions de +cette époque. La chambre de la <i>gisante</i> étoit tendue des étoffes et des +tapisseries les plus belles; une petite couchette, connue encore de nos +jours sous le nom de <i>lit de misère</i>, étoit placée auprès du grand lit +nuptial; un bon feu brûloit incessamment dans la vaste cheminée; des +linges de toutes sortes, tirés des grands bahuts, séchoient à l'entour. +Dans certaines provinces, on mettoit devant la cheminée une petite table +couverte de linge très fin; sur cette table, trois coupes, un pot de vin +ou d'hippocras, trois pains de fleurs de farine et deux flambeaux qui +restoient allumés durant la nuit. Ce repas frugal étoit destiné aux +fées, qui, d'après les croyances, devoient venir répandre leurs dons sur +le nouveau-né. On lit dans le roman de Guillaume au Courtné, qui remonte +à la seconde moitié du XII<sup>e</sup> siècle:</p> + +<p>«Il y avoit alors en Provence, et dans plusieurs autres pays, une +coutume qui consistoit à placer sur la table trois pains blancs, trois +pots de vin, et trois hanaps ou verres à côté; on posoit le nouveau-né +au milieu, puis les matrones reconnoissoient le sexe de l'enfant, qui +ensuite étoit baptisé.</p> + +<p>«Le fils de Maillefer fut donc ainsi exposé, et les matrones, après +l'avoir vu, s'éloignèrent.<a name="page_vij" id="page_vij"></a> Tout dormoit dans la chambre quand cette +aventure eut lieu. Le temps étoit beau, la lune brillante. Alors trois +fées entrèrent, prirent l'enfant, le réchauffèrent, le couvrirent et le +placèrent dans son berceau. Prenant ensuite le pain et le vin, elles +soupèrent, et chacune d'elles fit au nouveau-né présent d'un beau +souhait<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>.»</p> + +<p>Dans un ouvrage de la fin du quinzième siècle intitulé, <i>les Honneurs de +la Cour</i>, on trouve des détails précieux sur le même sujet. Aliénor de +Poitiers, vicomtesse de Furnes, auteur de cet ouvrage, parle des +cérémonies et des usages observés à la cour et dans la noblesse au +moment des couches, du baptême et des relevailles.</p> + +<p>«J'ai vu, dit-elle, plusieurs grandes dames faire leurs couches à la +cour; elles avoient un grand lit et deux couchettes, dont l'une étoit à +un coin de la chambre, et l'autre devant le feu. La chambre étoit tendue +de tapisseries à verdure ou à personnages, mais les rideaux du lit et le +ciel étoient de soie, les couvertures du grand lit et des couchettes +fourrées de <i>menu vair</i>; le drap étoit de crêpe bien empesé; le +dressoir, à trois degrés, tout chargé de vaisselle: on l'éclaire avec +deux grands flambeaux de cire, on garnit d'un tapis de velours le +plancher de la chambre; les oreillers du grand lit et des couchettes +doivent être de velours ou de drap de soie, aussi bien que le dais du +dressoir; à chaque bout de ce dressoir, il faut placer un drageoir tout +plein, couvert d'une serviette fine. Les femmes de simples seigneurs<a name="page_viij" id="page_viij"></a> +bannerets ne devroient pas avoir de couchette devant le feu; toutesfois, +depuis dix ans, quelques dames du pays de Flandres l'y ont eue. L'on +s'est moqué d'elles, et avec raison, car du temps de Madame Isabelle, +nulle ne le faisoit; mais aujourd'hui, chacun agit à sa guise. Aussi +est-il à craindre que tout n'aille mal, car le luxe est trop grand, +comme chacun dit.</p> + +<p>«Dans la chambre d'une accouchée, le plus grand prince du monde s'y +trouvât-il, nul ne peut servir vin ou épices, excepté une femme mariée. +Si quelque princesse vient rendre visite à la malade, c'est à la +première dame d'honneur de sa suite qu'il appartient de lui présenter le +drageoir<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a>.»</p> + +<p>De chez les grands, une partie de ces usages ne tarda pas à se répandre +chez les bourgeois des bonnes villes devenus riches et puissants. +Christine de Pisan, cette femme poète, historien de Charles V, a parlé, +dans son livre du <i>Trésor de la Cité des Dames</i>, du luxe étalé par les +bourgeoises, et principalement par celles de Paris. «Ce n'est pas, +dit-elle, aux marchands de Venise ou de Gennes, qui vont oultre-mer et +dans tous les pays du monde, qui ont leurs facteurs, achettent en gros +et font grands frais, que ces remontrances s'adressent: ceux-là envoyent +leurs marchandises dans toutes les contrées, amassent de grandes +richesses, et sont appelés nobles marchands; mais la femme dont je veux +parler achette en gros et vend au détail pour quatre sous de denrées,<a name="page_ix" id="page_ix"></a> +si besoin est, quoique très riche. Il n'y a pas longtemps qu'elle fut en +couche. Avant de parvenir à sa chambre, on passoit par deux autres +chambres très belles, où se trouvoient des grands lits richement +<i>encourtinés</i>; dans la seconde chambre, un grand dressoir étoit couvert, +comme un autel, de vaisselle d'argent; de là, on entroit dans la chambre +de l'accouchée. Cette chambre étoit grande et belle, toute tendue de +tapisserie faite à la devise de la dame, ornée très richement de fin or +de Chippre; le lit, grand et beau, <i>encourtiné</i> d'un riche parement; les +tappis tout alentour sur lesquels on marchoit étoient d'étoffe d'or; les +grands draps de parement qu'on appercevoit par dessous la couverture +étoient d'une toile de Reims si fine, qu'on la prisoit plus de trois +cents francs; par dessus cette couverture, toute tissue d'or, étoit un +grand drap de lin, <i>aussi delié que soye</i>, tout d'une pièce et sans +couture, ce qui est une invention nouvelle et d'un grand prix, qu'on +estimoit plus de deux cents francs. Ce drap étoit si grand et si large, +qu'il couvroit de tous côtés le grand lict de parement, et passoit les +bords de la couverture. Dans cette chambre de l'accouchée, il y avoit un +grand dressoir tout paré, couvert de vaisselle dorée. Dans ce beau lit +étoit la gisante accouchée, vêtue d'une grande robe de soye cramoisie, +appuyée sur des oreillers de soye pareille, ornés de gros boutons en +perles. Dieu sait les dépenses superflues en fêtes, bains, qui, suivant +les usages de Paris, eurent lieu pendant ces couches! Elles furent +tellement extraordinaires, quelles méritent d'être citées dans un livre. +Il en fut parlé dans la chambre de la<a name="page_x" id="page_x"></a> reine, et, à cette occasion, +quelques uns dirent que les gens de Paris avoient trop de sang; qu'il +seroit bon que le roi les chargeât de certains impôts, afin que leurs +femmes n'allassent plus se comparer, par leur luxe, à la reine de +France<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>.»</p> + +<p>Au milieu du XV<sup>e</sup> siècle, il y avoit déjà longtemps que l'usage étoit +établi parmi les bourgeoises de Paris et des autres bonnes villes de se +rendre visite pendant que l'une d'entre elles étoit en couches. Cet +usage avoit donné lieu à des abus qui n'ont pas échappé à la verve +railleuse des écrivains satiriques de ce temps. Le premier en date est +l'auteur des <i>Quinze joyes de Mariage</i>. Voici en quels termes il a +signalé ces abus dans le troisième chapitre de son livre: «Or approche +le temps de l'enfantement; il faut que le mari cherche les commères, les +nourrices et les matrones, suivant le bon plaisir de la dame. Or il a +grand souci de rassembler toutes ces commères, qui boiront du vin autant +comme il en contiendroit dans une botte. Or double sa peine, or se voue +la dame en sa douleur à plus de vingt pelerinages, et le pauvre homme +aussi la voue à tous les saints. Les commères arrivent de toutes pars. +On convient que le pauvre homme face tant qu'elles soient contentes. Les +dames et les commères parlent, plaisantent, disent de bonnes choses et +prennent de l'aise, quiconques en ait la peine et quelque temps qu'il +fasse. S'il pleut, gelle ou grèle, et que le mari soit dehors, l'une +d'elles pourra bien dire: Helas! mon compère, qui est dehors, a +maintenant beaucoup de mal à endurer. Mais<a name="page_xj" id="page_xj"></a> une autre repond qu'il est +bien heureux. S'il arrive que quelque chose deplaise à ces commères, une +d'elles ira dire à l'accouchée: Vraiment, ma commère, je m'emerveille +bien, ainsi que toutes mes commères qui sont ici, de ce que votre mari +fait si peu de compte de vous et de votre enfant. Regardez ce qu'il +feroit si vous en aviez cinq ou six! On voit bien qu'il ne vous aime +guères, et cependant, vous lui avez fait en l'épousant plus d'honneurs +qu'il n'en advint jamais à nul homme de son lignage.—Par mon serment, +dit une autre, si mon mari agissoit ainsi, j'aimerois mieux qu'il n'eût +œil en tête, etc., etc., et tant d'autres discours du même genre<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>.»</p> + +<p>A la fin du chapitre, l'auteur représente le pauvre mari contraint de +donner à dîner aux bonnes commères et de les festoyer. «Il y travaille +bien, dit-il, et il y mettra moitié plus qu'il ne se l'étoit proposé, +afin d'obéir aux désirs de sa femme. Bientôt arrivent les commères; le +bonhomme va au devant d'elles et leur fait bon visage. Il est sans +chapperon, va, vient par la maison, et semble fou, bien qu'il ne le soit +guères. Après avoir presenté les commères à sa femme, il les conduit +dans la salle pour les faire manger. Elles dejeunent, elles dînent, +elles mangent à se rassasier; elles portent la santé maintenant au lit +de la commère, maintenant à la cave du patron, et gaspillent plus de +denrées et de vins qu'il n'en tiendroit dans une botte. Le pauvre homme, +qui a tout le souci, se lève bien souvent pour voir combien il<a name="page_xij" id="page_xij"></a> reste de +vin, qui coule beaucoup trop vite. Les commères le taquinent: l'une lui +dit un brocard, l'autre lui jette une pierre dans son jardin. Bref, tout +se depense. Les commères, bien repues, bien joyeuses, s'en vont en se +moquant, peu soucieuses de l'avenir du pauvre homme.»</p> + +<p>Guillaume Coquillart, official de l'église de Reims, qui fut un des +poètes satiriques les plus hardis de la seconde moitié du XV<sup>e</sup> siècle, +trace un tableau comique et peu flatteur des caquets de l'accouchée. Son +langage est très libre et ne se ressent pas du caractère sacré dont +l'auteur étoit revêtu. Seulement, il emprunte au sacrifice de la messe +et aux prières de l'église ses termes de comparaison. «Au chevet du lit, +dit-il, il y a un benitier tout rempli d'<i>eau bénite de cour</i>. Une des +commères commence <i>les leçons</i>, une autre chante les <i>réponses</i>. Dans +cette messe il y a préface, mais de <i>Confiteor</i> jamais.» Puis il cite +quelques uns des caquets en termes assez crus, que nous croyons inutile +de reproduire ici<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<p>Un autre poète de la même époque, religieux bénédictin, parle aussi +contre les caquets de l'accouchée, mais dans un langage plus mesuré. +Jean du Castel, chroniqueur de France, abbé de Saint-Maure, fils de +Christine de Pisan, dans son <i>Miroir des Pécheurs</i>, décrit en ces termes +la chambre d'une accouchée: Il y a là caquetoire paré, tout plein de +fins carreaux pour asseoir les femmes qui surviennent, et près du lit +une chaise ou <i>faudesteuil</i> garni de fleurs. L'accouchée est dans son +lit, plus parée qu'une épousée, coiffée à la coquarde,<a name="page_xiij" id="page_xiij"></a> tant que diriez +que c'est la tête d'une marote ou d'une idole. Au regard des brassières, +elles sont de satin cramoisi, paille ou blanc, de velours ou de toile +d'or et d'argent, que les femmes excellent à choisir. Elles ont colliers +autour du cou, bracelets d'or, et sont plus couvertes de bijoux que des +idoles ou des reines de cartes; leur lit est garni de draps de Hollande +ou de toile de coton de la plus grande finesse, et si bien apreté que +pas un pli ne passe l'autre; le bois est taillé à l'antique et orné de +marqueteries et de devises<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>.»</p> + +<p>Gratien du Pont, au commencement du seizième siècle, dans son poème +satirique contre le sexe féminin, a tracé un tableau du même genre; +seulement, il y ajoute plusieurs détails qui appartiennent à l'époque où +il écrivoit. En reproduisant les discours que les <i>muguettes</i> ou femmes +à la mode avoient entre elles, il leur fait tenir ces propos: «Helas! +commère, avez-vous vu la pompe et la <i>braguerie</i> d'une telle, qui est en +couche? C'est une vraie moquerie: elle a deux lits, la popine accouchée! +et celui qu'elle occupe est admirablement dressé, un lit à l'antique +peint d'or et d'azur, incrusté de nacre. Près d'elle est un muguet, beau +parleur et poëte; un prothonotaire qui entretient la dame de ses beaux +discours. Il est assis sur une des chaises de drap d'or ou de soie qui +parent la chambre au nombre de cinq ou six. La couchette, et même la +chambre, sont tendues de même étoffe; enfin cette chambre, toute +parfumée, est aussi riche que celle d'une duchesse<a name="page_xiv" id="page_xiv"></a> ou d'une reine. +L'accouchée est vêtue d'un corsage d'un fin drap d'or, fourré de martre, +qu'elle change chaque dimanche. Des musiciens, joueurs habiles de toutes +sortes d'instruments, font entendre une si douce mélodie, qu'on +désireroit les écouter sans cesse. De plus, on se divertit par des +danses de tous les genres<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a>.»</p> + +<p>Un poète de la même époque, Roger de Collerye, dans un dialogue composé +l'année 1512, parle aussi du luxe des accouchées, de leurs colliers, de +leurs riches accoutrements, et les représente pompeuses et rogues comme +les figures du portail d'une église<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a>. Cette mode avoit aussi frappé le +satirique par excellence, Henry Estienne; il dit: «qu'on avoit donné à +Paris le nom de <i>caquetoires</i> aux siéges sur les quels estans assises +les dames (et principalement si c'estoit autour d'une gisante), chacune +vouloit monstrer n'avoir point le bec gelé<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>.» De même Estienne +Pasquier, dans ses <i>Ordonnances d'amour</i>, n'oublie pas de parler des +caqueteuses qui bourdonnoient autour du lit des accouchées. En sage +législateur qui permet ce qu'il ne peut empêcher, il leur donne licence +pour toutes sortes de commérages<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<p>Courval Sonnet, poète satirique assez connu, dont les œuvres ont été +publiées cette même année, 1622, où parurent les premiers <i>Caquets de +l'accouchée</i>, fait allusion, dans une pièce<a name="page_xv" id="page_xv"></a> dirigée contre le mariage, +au luxe déployé par les femmes dans cette circonstance:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Les toilettes de nuict et les coiffes de couche,</td></tr> +<tr><td align="left">Brassières de satin, quand Madame est en couche,</td></tr> +<tr><td align="left">La robbe de damas avec tous ses atours<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>.</td></tr> +</table> + +<p>Enfin, Coulange, dans une de ses chansons, célèbre le vieux lit où ses +aïeules faisoient leurs couches et en recevoient compliment<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<h4>§ II.—<i>Recueil général des Caquets de l'Accouchée.</i></h4> + +<p>On a pu juger, d'après les détails précédents, que la fable imaginée par +l'auteur des <i>Caquets de l'Accouchée</i> est excellente et empruntée aux +vieux usages de la bourgeoisie parisienne. Voyons comment elle est mise +en œuvre. L'auteur suppose que, relevé naguère d'une grande maladie, +il va consulter deux médecins différents d'âge et d'humeur, afin de +savoir quel régime il doit suivre pour retrouver toute sa santé. Le plus +jeune lui donne le conseil de s'en aller souvent à sa maison des champs, +de s'y livrer au jardinage, de boire un peu de vin clairet, puis de +remonter sur sa mule et de s'en revenir souper à Paris. Le plus vieux +l'engage à se rendre souvent à la comédie, ou bien, s'il le préfère, à +chercher une parente, une amie ou une voisine récemment accouchée, à lui +demander la permission de se glisser dans la ruelle de son lit, afin d'y +écouter<a name="page_xvi" id="page_xvi"></a> tous les propos tenus par les commères réunies autour de +l'accouchée. Ce dernier conseil est celui qui sourit le plus à notre +auteur. Dès le lendemain il s'empresse de le mettre à exécution. Il s'en +va donc rue <i>Quincampoix</i>, autrement dit <i>rue des Mauvaises-Paroles</i>, +chez une de ses cousines, où il est bientôt installé sur une chaise +tapissée, caché sous les rideaux de la ruelle. «Incontinent après, à une +heure attendant deux, arrivèrent de toutes parts toutes sortes de belles +dames, damoiselles, jeunes, vieilles, riches, mediocres, de toutes +façons, qui, après avoir faict le salut ordinaire, prindrent place +chacun selon son rang et dignité, puis commencèrent à caqueter comme il +s'ensuit.» (<a href="#page_012">12</a>.) La scène ainsi décrite, l'auteur y introduit ses +personnages, qui viennent tour à tour y débiter le rôle qu'il leur +prête.</p> + +<p>Dans la première journée, l'auteur passe en revue différentes classes de +la bourgeoisie parisienne: les officiers de justice, tels qu'avocats, +procureurs, notaires au Châtelet; les officiers municipaux, tels que le +prévôt des marchands, les échevins et autres; les partisans, les +prêteurs sur gages, les financiers, sont mis tour à tour sur la +sellette, et assez maltraités. L'auteur ne craint pas de dire le nom des +usuriers, des enrichis célèbres de cette époque. Il lance plusieurs +traits acérés aux partisans de la réforme, contre lesquels il écrira +plus loin une page très éloquente. Il excelle à faire tenir aux acteurs +qu'il met en scène un langage en harmonie avec leur caractère, et +disposé de telle sorte qu'ils se chargent de faire leur propre satire. +Dans ce genre, rien de plus ingénieux que le récit de la marchande qui<a name="page_xvij" id="page_xvij"></a> +le matin même avoit vendu la robe de noce à la fiancée d'un petit +trésorier de province. (Voir plus loin, <a href="#page_017">p. 17.</a>)</p> + +<p>La seconde journée est principalement consacrée aux affaires de la +politique et de la religion. L'auteur parle en termes assez durs du +connétable de Luynes et de ses deux frères. Il cite quelques vers +injurieux qui couroient contre le premier (<a href="#page_066">p. 66</a>). Au sujet de la chute +rapide du marquis d'Ancre et du connétable de Luynes, une dame de la +cour tient ce propos: «Pour trois pelerins qui alloyent en Emaüs, on vit +aussitost naistre quatre evangelistes dans le conseil.» (<a href="#page_067">P. 67</a>.) Les +trois pèlerins d'Emaüs, ce sont les frères de Luynes, ainsi qu'on peut +le comprendre d'après ce qui est dit plus haut; mais les quatre +évangélistes, qui sont-ils? Henri, II<sup>e</sup> du nom, prince de Condé, en +est un bien certainement, puisque la dame de cour ajoute: «Maintenant on +ne faict plus rien que par l'advis de M. le prince de Condé, etc.» (<a href="#page_067">P. 67</a>.) +Mais quels sont les trois autres évangélistes? C'est une question +qui, pour être complétement résolue, nous entraîneroit un peu loin; nous +nous contenterons de la signaler.</p> + +<p>Quant aux affaires de la religion, elles avoient assez d'importance en +1622 pour exercer la langue de nos commères. L'auteur débute par +quelques détails sur les réjouissances qui eurent lieu dans Paris au +sujet de la canonisation de sainte Thérèse; puis, après avoir parlé des +Cordeliers, des Carmélites, des pères de l'Oratoire et des Jésuites, il +met en scène une vieille bourgeoise chaperonnée à l'antique, qui, +interpellant une réformée, fait observer qu'elle a lu Calvin, Clément<a name="page_xviii" id="page_xviii"></a> +Marot et Bèze, et une infinité de <i>grands philosophes</i>. «Mercy de ma +vie, reprend la religionnaire piquée au vif, oui, je les ai lus; qu'en +voulez-vous dire, vieille sans dents? Continuant ce propos, elle déclare +que les gens de sa secte ne cherchent que concorde, fraternelle amitié, +et ne veulent que <i>réformation</i>.—C'est bien à faire à vous de nous +reformer! reprend la vieille; il y a douze cens ans que la France a +quitté son erreur pour s'enroller sous les drappeaux de la vraye eglise; +et aujourd'huy une femme voudra la reformer! Il ne faut qu'un <i>Calvin</i>, +qu'un Luther, et deux autres moines reniez et appostatz pour faire +refleurir l'ancienne majesté de l'Eglise!»</p> + +<p>Ici l'auteur interrompt cette vive querelle pour lancer contre les +réformés un trait d'autant plus vif qu'il est inattendu. «Un petit +chien, dit-il, qu'une certaine damoiselle de la rue S.-Paul portoit pour +passe-temps, entendant parler de <i>Calvin</i>, leva sa teste, croyant qu'on +l'appellast, car c'estoit son nom, ce qui fust assez remarqué de la +compagnie; mais sa maistresse le resserra sous sa cotte, de peur de +faire deshonneur aux saintz.» Puis, reprenant son propos, il fait tenir +à la vieille bourgeoise ce discours: «D'où sont venues toutes les +guerres civilles qui ont miné et deserté toute ceste monarchie depuis +quatre-vingt ou cent ans? Vostre religion n'a-t-elle pas allumé le feu +aux quatre coins de la France? N'avons-nous pas vu, au moins mon père me +l'a dit cent fois, depuis l'avenement du roy Henry II à la couronne +jusqu'à maintenant, tout ce royaume bouleversé pour vostre subjet? On +vous a veu naistre tous armez comme les gens d'armes de la<a name="page_xix" id="page_xix"></a> Toison-d'Or, +que Jason deffit; à peine eustes-vous sucé la doctrine impie de Calvin +et de Luther, que vous minutastes dès lors la ruine de ceste couronne. +N'avez-vous pas fait des extorsions estranges où vostre fureur et vostre +rage a peu avoir le dessus? Combien de provinces, de villes, de +bourgades et de bonnes maisons ont été ruinées par vos partisans! La +Guienne, le Languedoc, les plaines de Jarnac, de Moncontour, de Dreux, +et une infinité de fleuves, sont empourprés de sang, et jamais, +toutesfois, la fortune ne vous a esté favorable en toutes les rencontres +et batailles qui se sont données contre vous; le Ciel n'a jamais secondé +vos monopoles; vos gens y ont tousjours laissé les bottes, et +aujourd'huy il y en a entre vous de si acharnez qu'ils en recherchent +les eperons. Il s'agissoit alors de la religion, c'estoit à vous à vous +deffendre; mais maintenant que le roy veut proteger tous ses sujets en +paix, sous l'authorité de ses edits..., ceux de la religion luy ferment +les portes, font des assemblées et monopoles contre son service, +tranchent du souverain en leurs factions, disposent des provinces et +deniers royaux, constituent gouverneurs où bon leur semble, partagent +tout ce royaume à leur volonté, bref, se persuadent que la France ne +doive plus respirer que par leur moyen. Vous voilà tantost à la fin de +la carrière. Le Roy tient le haut bout. Plusieurs viendront collationner +en Grève pour aller soupper en l'autre monde.» (<a href="#page_085">P. 85</a>.)</p> + +<p>On nous pardonnera cette citation, bien qu'un peu longue, en faveur de +l'éloquente indignation dont l'auteur a fait preuve; on y retrouve +cette<a name="page_xx" id="page_xx"></a> haine invétérée des habitants de Paris contre la religion +nouvelle. Il suffit de se reporter à l'histoire de nos guerres de +religion du seizième au dix-septième siècle pour comprendre la portée de +ce discours.</p> + +<p>Dans la troisième journée, la conversation roule principalement sur la +bourgeoisie parisienne, dont les différentes classes sont censurées avec +une verve impitoyable des plus amusantes. Ce sont d'abord les gens de +finance et de robe: trésoriers, greffiers, notaires et plusieurs autres; +les médecins et les apothicaires viennent après eux, et ne sont pas +épargnés. L'auteur trouve le moyen de faire une petite digression sur +les livres et opuscules nouveaux qui se débitoient et sur les bévues +commises par les imprimeurs. Il cite entre autres deux <i>Vies de sainte +Thérèse</i>, dans l'une desquelles on fait dire à l'auteur que cette sainte +avait eu deux pères. Les femmes et les filles de la bourgeoisie +fournissent aussi leur bonne part aux caquets de l'assemblée; on y +raconte, en les amplifiant beaucoup, nous aimons à le croire, les +tromperies que les unes faisoient à leurs maris, ou les autres à leurs +parents.</p> + +<p>Ces trois journées composent la première partie, et la plus originale, +du recueil d'opuscules connu sous le nom de <i>Caquets de l'Accouchée</i>. +Elles seules ont été publiées sous ce titre, et elles doivent sortir de +la même plume. Les autres pièces, imprimées, chacune avec un titre +différent, aussi pendant l'année 1622, sont, nous le croyons, de +plusieurs mains<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>. Du reste, ceux qui les ont écrites<a name="page_xxj" id="page_xxj"></a> ont suivi le +même plan que l'auteur des trois <i>Caquets</i>, c'est-à-dire que, tout en +devisant des nouvelles du jour, ils ont consacré chaque pièce à un sujet +particulier. Ainsi, dans la quatrième assemblée, il est surtout question +des mariages que les différentes classes de la bourgeoisie parisienne +contractoient les unes avec les autres, et des mésalliances que faisoit +trop souvent la noblesse pour s'enrichir. On y raconte plusieurs +aventures tragiques ou scandaleuses, telles que l'histoire de la +comtesse de Vertus, contrainte par son mari d'assister au meurtre de son +amant (<a href="#page_139">p. 139</a>); celle du soufflet donné par un gentilhomme à un +conseiller dans la galerie du Palais (<a href="#page_142">p. 142</a>). Entre les noms restés +plus ou moins célèbres donnés par l'auteur à la fin de cette assemblée, +je citerai celui de la duchesse de Chevreuse, qui, à cette époque, +venoit d'épouser en secondes noces Claude de Lorraine. Une maîtresse des +comptes s'exprime ainsi: «Je pense qu'elle n'a pas grand credit, encore +qu'elle se veuille faire appeler Madame la Princesse. Je sçay bien qu'il +y eut l'autre jour un grand bruict au Louvre pour cela, et qu'on lui fit +de bonnes reprimandes.»</p> + +<p>Au commencement de la cinquième assemblée, les affaires de la religion +et de la politique reviennent de nouveau sur le tapis. Les exactions +commises durant les siéges de Montauban, de Montpellier et de La +Rochelle, par des fournisseurs infidèles, sont impitoyablement +signalées. Nos commères parlent tout d'abord d'un certain <i>Desplan</i>, +qui, de laquais du prince de Condé, s'éleva, par la faveur du connétable +de Luynes, au grade de maréchal<a name="page_xxij" id="page_xxij"></a> de France; viennent après les maréchaux +de Bassompierre et de Créqui et le connétable de Lesdiguières, qui tous +trois sont assez rudement traités.</p> + +<p>Avant de parler de ces illustres personnages, l'auteur introduit dans la +chambre de l'accouchée deux femmes célèbres des règnes de Henri IV et de +Louis XIII, la duchesse de Verneuil (Henriette de Balzac d'Entragues) et +<i>Mathurine</i>, folle de la reine Marie de Médicis. En 1622, cette duchesse +de Verneuil, qui, vingt années auparavant, put se croire un instant +reine de France, n'avoit encore que quarante-trois ans. Ce n'étoit plus +cette femme séduisante au point que, même après son mariage et malgré +des trahisons de toute sorte, Henri IV resta plusieurs années son amant. +Il ne rompit avec elle que vers l'année 1608. «Alors, dit Tallemant des +Réaux, elle se mit à faire une vie de Sardanapale ou de Vitellius; elle +ne songeoit qu'à la mangeaille, qu'à des ragoûts, etc. Elle devint si +grasse qu'elle en étoit monstrueuse; mais elle avoit toujours bien de +l'esprit.<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>» Bassompierre avait eu long-temps pour maîtresse Marie +d'Entragues, sœur de la duchesse de Verneuil. En 1609, il eut d'elle +un fils, Louis de Bassompierre, mort évêque de Saintes. Marie +d'Entragues avoit obtenu de son amant une promesse écrite de mariage, et +lui en avoit fait une autre de ne jamais s'en servir. Elle prenoit +quelquefois le nom de madame de Bassompière. Au Cours-la-Reine, son +carrosse fut arrêté devant celui de Marie de Médicis, qui étoit +accompagnée<a name="page_xxiij" id="page_xxiij"></a> du maréchal: «Ah! dit la reine, voici madame de +Bassompierre.—Ce n'est que son nom de guerre, reprit assez haut le +maréchal pour être entendu.—Vous êtes un sot, Bassompierre, lui dit +Marie d'Entragues.—Il n'a pas tenu à vous, Madame.» Et les deux +carrosses de s'éloigner. On comprend pourquoi la duchesse de Verneuil +n'étoit pas d'humeur à entendre parler de Bassompierre; aussi la +voyons-nous s'éloigner au plus tôt.</p> + +<p>Quant à <i>Mathurine</i>, c'étoit une femme d'assez bas étage, qui jouoit à +la cour de Marie de Médicis le rôle de folle du logis, et qui, sous ce +prétexte, avoit acquis le droit de dire à chacun toutes ses vérités. Du +Perron, contre lequel cette femme dispute dans le premier chapitre du +deuxième livre de la <i>Confession de Sancy</i>, lui reproche toutes sortes +de vilenies, dont quelques unes pourroient bien être vraies. Il est +certain qu'elle touchoit une pension de la reine, et que les petits +enfants couroient après elle dans la rue, en criant: Aga! Mathurine la +folle! Plusieurs pièces satiriques de ce temps furent publiées sous son +nom. Sa présence, dans la chambre de l'accouchée à ce cinquième Caquet, +donna l'idée à quelque esprit libre et facétieux d'écrire une petite +pièce intitulée <i>les Essais de Mathurine</i>. On y trouve plusieurs traits +piquants et spirituels, mais ils sont gâtés par un cynisme de langage +que n'excuse même pas l'état de folie du personnage à qui on le prête. +Nous y avons remarqué, du reste, un curieux détail sur la vogue obtenue +par les <i>Caquets de l'Accouchée</i>: «<i>Vous autres lisarts, n'avez-vous +point leu certain petit fatras qui se nomme le Caquet de<a name="page_xxiv" id="page_xxiv"></a> l'Accouchée? +Si avez, sans doute, si avez, car il s'en est vendu plus que d'epistres +familières ou d'oraisons des saincts.</i>» Malgré tout, cette pièce ne peut +nullement entrer en comparaison avec les <i>Caquets</i>, qu'elle semble avoir +pour but de censurer.</p> + +<p>Nos bourgeoises terminent cette cinquième assemblée par des propos +méchants dirigés contre leurs voisines. C'est un tableau de mœurs +assez piquant et assez joliment esquissé. Le tout est couronné par un +caquet sur le comte de Mansfeld<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<p>La sixième assemblée est consacrée à une apologie railleuse fort +amusante du sexe féminin; elle est écrite avec autant de verve que de +malice. Nous avons remarqué que l'auteur, à propos du courage déployé +par les femmes, s'exprime ainsi sur Jeanne d'Arc: «N'avons-nous pas +cette généreuse guerrière en France, la Pucelle d'Orléans, qui s'est +signalée en tant de combats, rencontres, en tant d'assauts et batailles, +sans aller en Thrace chercher les antiques Amazones?»</p> + +<p>Nous n'avons rien à dire des deux dernières assemblées, dans lesquelles +il n'est question que d'aventures privées et de commérages de quartier. +On y parle à plusieurs reprises du bruit que faisoient dans Paris les +premiers <i>Caquets de l'Accouchée</i>. Les petits cahiers sont lus et +examinés soigneusement par nos commères, qui ne tardent pas à +reconnoître le portrait et l'historique des unes et des autres, et à se +les signaler entre elles impitoyablement. Dans la septième journée, +l'auteur<a name="page_xxv" id="page_xxv"></a> explique comment il a pris soin de se déguiser en apothicaire, +de ne pas prendre sa place accoutumée dans la ruelle de sa cousine, et +de se mettre <i>au bout de la tapisserie</i>. C'est le moment qui a été +choisi par Abraham Bosse dans cette gravure où il nous a si bien +représenté la chambre de l'accouchée. Une des commères, femme d'un +huissier à verge, propose à ses compagnes de rédiger une lettre de +désaveu, que l'on trouve jointe à la sixième journée. Enfin, dans +l'<i>Anti-Caquet</i>, sous prétexte de répondre aux accusations différentes +portées contre les diverses classes de la bourgeoisie parisienne, +l'auteur ajoute de nouveaux détails à ceux qu'il a donnés, et cite +plusieurs noms, tant parmi les médecins que parmi les gens de robe ou de +finance. Cette petite pièce, écrite sur le même ton et dans le même +style que les quatre premières, paroît être sortie de la même plume.</p> + +<p>Nous avons signalé précédemment les principaux personnages et les +événements historiques dont il est question dans les <i>Caquets de +l'Accouchée</i>; nous ajouterons qu'on y trouve aussi, sur l'histoire +physique et morale de Paris, des détails nombreux, qu'il seroit trop +long d'énumérer ici. Nous indiquerons seulement, dans le premier Caquet, +ceux qui ont rapport au <i>Pont-Neuf</i> et au <i>charlatan</i> (<a href="#page_010">p. 10</a>), au <i>feu +de la Saint-Jean</i> (<a href="#page_023">23</a>), à l'<i>hôpital Saint-Germain</i> (<a href="#page_025">p. 25</a>), à la +construction du <i>Pont-au-Double</i> (<a href="#page_041">p. 41</a>); dans le second, la fête de la +canonisation de <i>sainte Thérèse</i> (<a href="#page_048">p. 48</a>), l'incendie du <i>Pont-au-Change</i> +et la cherté du loyer des maisons (<a href="#page_058">p. 58</a>), les <i>voleurs</i> (<a href="#page_070">p. 70</a>), les +revenants et mauvais esprits;<a name="page_xxvj" id="page_xxvj"></a> la statue de Cérès du couvent des +Carmélites (<a href="#page_074">p. 74</a>), les Pères de l'Oratoire (<a href="#page_078">p. 78</a>) et les Jésuites (<a href="#page_082">p. +82</a>).</p> + +<p>Nous devons encore signaler la dernière des trois pièces que nous avons +jointes aux <i>Caquets de l'Accouchée</i>; elle a pour titre: <i>Sentence par +corps obtenue par plusieurs femmes de Paris contre l'auteur des +Caquets</i>. C'est une facétie très spirituelle écrite dans le style du +Palais, qui attribue la composition des <i>Caquets</i> au <i>baron de +Grattelart</i>, un des farceurs de ce temps. Mondor, Tabarin et sa femme +portent plainte devant Gautier Garguille; celui-ci fait faire une +enquête par Gros-Guillaume, Jean Farine et La Vigne, autres farceurs de +la même époque, qui demandent et obtiennent jugement contre le coupable. +Cette pièce, des plus rares, est une nouvelle preuve du succès de vogue +obtenu par l'auteur de ces satires, aussi mordantes que hardies.</p> + +<h4>§ III. <i>Auteur des</i> Caquets de l'Accouchée.—<i>Editions originales et +réimpressions.—Méthode suivie dans cette nouvelle édition.</i></h4> + +<p>Non seulement l'auteur des <i>Caquets de l'Accouchée</i> a gardé le plus +strict anonyme, mais encore il a eu soin de ne rien dire qui pût faire +deviner à quelle classe de la société parisienne il appartenoit. Cette +phrase de l'avis au lecteur dans l'édition de 1623: <i>Quand tu sçaurois +quel je suis, volontiers agrerois-tu davantage cet œuvre, voyant +qu'estant ce que Dieu m'a faict<a name="page_xxvij" id="page_xxvij"></a> naistre et colloqué en un rang qui me +separe du vulgaire, etc.</i>, paroît se rapporter plutôt au caractère de +l'auteur qu'à sa condition. D'ailleurs, nous ne pensons pas que +l'anonyme réviseur de l'édition collective de 1623 soit l'auteur des +pièces originales publiées l'année précédente. Nous n'en voulons pour +garant que les mutilations maladroites qu'il a fait subir à ces pièces +sans aucune nécessité. Il est facile de comprendre pourquoi l'auteur des +<i>Caquets</i> a pris tant de précautions afin de rester inconnu. Les +hardiesses de ses satires, l'audace avec laquelle il nommoit tous ses +personnages, l'eussent sans nul doute exposé à toutes sortes de +désagréments. Le titre des quatre premières pièces originales ne porte +aucun nom de ville ni d'imprimeur; dans celles où le nom de Paris est +indiqué, imprimeur et libraire ont eu soin de se cacher sous un +facétieux pseudonyme, tel que: <i>De l'imprimerie de Lucas Joffu, comédien +ordinaire de l'Isle du Palais</i>.</p> + +<p>On a pensé que Deslauriers, comédien de l'hôtel de Bourgogne, qui, sous +le nom de <i>Bruscambille</i><a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a>, a publié plusieurs ouvrages facétieux, +pourroit bien avoir écrit les <i>Caquets de l'Accouchée</i>. Le judicieux +auteur de l'<i>Analectabiblion</i>, qui émet cette opinion sous toutes +réserves, trouve entre les Fantaisies de Bruscambille et les <i>Caquets</i> +une <i>certaine conformité de tour d'esprit et d'historiette</i><a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">[18]</a>. Il est +possible que des historiettes racontées<a name="page_xxviij" id="page_xxviij"></a> dans les <i>Caquets</i> soient +empruntées aux œuvres de Deslauriers. Malgré tout, entre le style et +le genre d'esprit de l'auteur des <i>Caquets</i> et le comédien de l'hôtel de +Bourgogne nous trouvons une différence trop grande pour accepter ce +rapprochement. Nous croyons plutôt que c'est dans la magistrature +parisienne qu'il faut chercher l'auteur anonyme. Quel que soit le rang +qu'il ait eu, quelle que soit la profession qu'il ait exercée, on ne +peut lui refuser une grande connoissance des affaires politiques et +religieuses de son temps. Plusieurs des opinions qu'il émet sont dans un +tel accord avec celles que professoit le cardinal de Richelieu qu'il est +impossible de chercher l'auteur anonyme autre part que dans les +serviteurs du célèbre ministre. Un heureux hasard fera peut-être un jour +découvrir ce petit mystère, resté jusqu'à présent impénétrable.</p> + +<p>Les <i>Caquets de l'Accouchée</i>, avons-nous dit plus haut, furent publiés +dans le cours de l'année 1622, sous des titres différents. Voici ces +titres, que nous copions sur les originaux:</p> + +<p class="top5">1º Le Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 de 24 pages, y compris +le titre.</p> + +<p>2º La seconde Après-Disnée du Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 +de 32 pages, y compris le titre.</p> + +<p>3º La troisiesme Après-Disnée du Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, +in-8 de 32 pages, y compris le titre.</p> + +<p>4º La dernière et certaine Journée du Caquet de l'Accouchée. +MDCXXII, in-8 de 24 pages, y compris le titre.<a name="page_xxix" id="page_xxix"></a></p> + +<p>5º Le Passe-Partout du Caquet des Caquets de la nouvelle Accouchée. +MDCXXII, in-8 de 32 pages avec le titre.</p> + +<p>6º La Responce aux trois Caquets de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 de +16 pages, y compris le titre. En tête de la page 3 on lit: La +Responce des Dames et Bourgeoises de la ville de Paris au Caquet de +l'Accouchée. Une autre édition de la même pièce porte le titre +suivant: La Responce des Dames et Bourgeoises de Paris au Caquet de +l'Accouchée, par mademoiselle E. D. M. A Paris, chez l'imprimeur de +la Ville, à l'enseigne des Trois-Pucelles.</p> + +<p>7º Les dernières Parolles ou le dernier Adieu de +l'Accouchée.—Ensemble ce qui c'est passé en la dernière visite et +quatriesme Après-Disnée des Dames et Bourgeoises de Paris. A Paris, +de l'imprimerie de Lucas Joffu, comédien ordinaire de l'Isle du +Palais. MDCXXII, in-8 de 16 pages, y compris le titre.</p> + +<p>8º Le Relevement de l'Accouchée. A Paris, MDCXXII, in-8 de 16 +pages, y compris le titre.</p> + +<p class="top5">A ces huit pièces il faut en joindre trois autres qui ont été publiées +cette même année 1622, et qui sont un complément nécessaire du recueil:</p> + +<p class="top5">1º L'Anti-Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 de 14 pages, y +compris le titre.</p> + +<p>2º Les Essais de Mathurine. S. L., S. D., in-8 de 16 pages, y +compris le titre.</p> + +<p>3º La Sentence par corps obtenue par plusieurs femmes de Paris +contre l'autheur des Caquets de<a name="page_xxx" id="page_xxx"></a> l'Accouchée. A Paris, etc., +MDCXXII, 16 pages, y compris le titre.</p> + +<p class="top5">L'année 1623, les huit premières pièces seulement servirent à la +composition d'un recueil au sujet duquel nous allons donner quelques +détails. Voici le titre de la première édition:</p> + +<p><span class="smcap">Recueil</span> général des Caquets de l'Accouchée, ou Discours facétieux +où se voit les mœurs, actions et façons de faire des grands et +petits de ce siècle; le tout discouru par Dames, Damoiselles, +Bourgeoises et autres, et mis par ordre en VIII après-dinées +qu'elles ont faict leurs assemblées, par un secretaire qui a le +tout ouy et escrit, avec un discours du Relevement de l'Accouchée.</p> + +<p>Imprimé au temps de ne se plus fascher. (Paris,) 1623, petit in-8.</p> + +<p>Cette édition du Recueil général est la plus recherchée; elle a 200 +pages, précédées de 4 feuillets qui contiennent un frontispice gravé, un +titre, un avis au lecteur et des vers de l'auteur anonyme, que nous +avons reproduits.</p> + +<p>Il a été fait en 1624 deux éditions de ce recueil, petit in-8, qui sont +aussi très recherchées. L'une contient 3 feuillets préliminaires, 198 +pages et un frontispice gravé; l'autre comprend 180 pages, sans compter +les feuillets préliminaires et le frontispice gravé.</p> + +<p>Il y a aussi une édition de 1625, avec un titre gravé portant le +millésime de l'année précédente.</p> + +<p>Citons encore, ajoute M. Brunet dans son Manuel du Libraire, t. 4, p. +45, les éditions de Poitiers, par Abr. Mounin, 1630, petit in-8.—De +Troyes, Claude Bridon, ou Nicolas Oudot,<a name="page_xxxj" id="page_xxxj"></a> 1630, petit in-8 de 94 +feuillets non chiffrés et 2 feuillets préliminaires (sous le titre de +Recueil général des quaquets [<i>sic</i>]).—De Troyes, Denis Clément (sans +date), petit in-8 de 95 feuillets non chiffrés, signés A. M.—De Troyes, +Nic. Oudot (sans date), petit in-8 de 2 et 72 feuillets non chiffrés.</p> + +<p>Nous avons comparé plusieurs de ces éditions les unes avec les autres: +elles reproduisent toutes le texte de l'édition de 1623; seulement, plus +elles s'éloignent de cette date, plus elles contiennent de fautes. En +1847, une réimpression textuelle du Recueil général des Caquets de +l'Accouchée, d'après l'édition de 1625, fut faite à Metz, petit in-8 +carré, et tirée seulement à soixante-seize exemplaires. Cette +réimpression est suivie d'une notice de l'éditeur, signée L. H. F.</p> + +<p>Il faut signaler entre les pièces originales et les éditions collectives +des différences notables que le réviseur a cru devoir introduire afin de +donner au livre une plus grande uniformité. Ces changements sont faits +avec assez de maladresse, comme on peut en juger d'après le début et la +fin du sixième Caquet. (Voir <a href="#page_195">page 195</a> et <a href="#page_210">page 210</a>.)</p> + +<p>Nous n'avions qu'une marche à suivre pour cette nouvelle édition: +réimprimer textuellement les pièces originales, en y joignant les +principales variantes d'après l'édition collective de 1623; ajouter les +trois pièces l'<i>Anti-Caquet</i>, les <i>Essais de Mathurine</i> et la <i>Sentence +par corps</i>, qui, depuis l'année 1622, n'ont jamais été réimprimées; +ajouter au texte le plus d'éclaircissements possible sur les événements +et les personnages dont il est question dans les Caquets de +l'Accouchée.<a name="page_xxxij" id="page_xxxij"></a> M. Edouard Fournier, connu par des travaux excellents sur +l'histoire de la ville de Paris, s'est chargé de cette dernière partie, +aussi longue que difficile. A force de recherches dans les documents des +règnes de Henri IV et de Louis XIII, presque tous les points importants +traités par l'auteur des Caquets ont été éclaircis, et presque tous les +noms propres, souvent obscurs, ont été les objets de notices +biographiques. Cependant plusieurs noms et plusieurs faits sont restés +impénétrables: M. Fournier a préféré garder le silence que d'émettre des +conjectures. Un index de tous les noms cités dans ce Recueil nous a paru +nécessaire pour faciliter les recherches, car nous espérons que ce +livre, qui n'a été considéré jusqu'à présent que comme une facétie +divertissante, sera classé dorénavant parmi les ouvrages historiques, +échos fidèles des préjugés et des opinions d'une époque.</p> + +<p class="r"><span class="smcap">Le Roux de Lincy.</span></p> + +<p><a name="page_xxxiij" id="page_xxxiij"></a></p> + +<h3><a name="APPENDICE" id="APPENDICE"></a>APPENDICE.</h3> + +<h4>I.</h4> + +<p>Car, puisque nous sommes à parler des marchandes, ne fut-ce pas +voirement grand oultraige à cette femme de marchand de vivre voire comme +marchant. Ce n'est mie comme ceulx de Venise ou de Gennes, qui vont +oultre-mer et par tous pays ont leurs facteurs, achaptent en gros et +font grandz fraiz, et puis semblablement envoyent leurs marchandises en +toutes terres, à grandz fardeaulx, et ainsi gaignent grandz richesses, +et tels sont appellez nobles marchantz; mais celle dont nous disons +achapte en gros et vend en detail pour quatre souz de denrées, se +besoing est, ou pour plus ou pour moins, quoiqu'elle soit riche et +portant trop grand estat. Elle fist une gesine d'ung enfant qu'elle eut +n'a pas longtemps. Ains qu'on entrast dans sa chambre, on passoit par +deux autres chambres moult belles, où il y avoit en chascune un grand +lict, bien et richement<a name="page_xxxiv" id="page_xxxiv"></a> encourtiné; et, en la deuxiesme, ung grand +dressoir, couvert comme ung autel, tout chargé de vaisselle d'argent; et +puis, de celle-là on entroit en la chambre de la gisante, laquelle +estoit grande et belle, toute encourtinée de tapisserie faicte à la +devise d'elle, ouvrée très richement de fin or de Chippre; le lict grand +et bel, encourtiné d'ung moult beau parement, et les tappis d'entour le +lict mis par terre, sur quoy on marchoit, tous pareilz à or. Et estoient +ouvrez les grandz draps de parement, qui passoient plus d'un espan par +soubz la couverture, de si fine toille de Reims, qu'ils estoient prisez +à trois cens frans; et tout par dessus le dict couvertouer à or tissu +estoit ung autre grand drap de lin aussi délié que soye, tout d'une +pièce et sans cousture, qui est une chose nouvellement trouvée à faire +et de moult grand coust, qu'on prisoit deux cens frans et plus, qui +estoit si grand et si large qu'il couvroit de tous lez le grand lict de +parement, et passoit le bort du dict couvertouer qui traisnoit de tous +les costez; et en cette chambre estoit ung grand dressoir tout paré, +couvert de vaisselle dorée; et en ce lict estoit la gisante, vestue de +drap de soye tainct en cramoisy, appuyée de grandz oreillez de pareille +soye, à gros boutons de perles, atournée comme une damoyselle. Et Dieu +scet les autres superfluz despens de festes, baigneries, de diverses +assembleez, selon les usaiges de Paris à accouchées, les unes plus que +les autres, qui là furent faictes en celle gesine! Et pour ce que cest +oultraige passa les autres (quoy qu'on en face plusieurs grandz), il est +digne d'estre mis en livre. Si fust ceste chose rapportée en la chambre +de<a name="page_xxxv" id="page_xxxv"></a> la Royne, dont aucuns dirent que les gens de Paris avoient trop de +sang, dont l'abondance aucunes fois engendroit plusieurs maladies. +C'estoit à dire que la grand habondance de richesses les pourroit bien +faire desvoyer; et pour ce seroit le mieulx que le roy les chargeast de +aucun ayde, emprunt ou taille; par quoy leurs femmes ne se allassent +plus comparer à la royne de France, qui guères plus n'en feroit. (Fº 107 +de <i>le Trésor de la cité des dames, selon dame Christine, de la cité de +Pise, livre très utile et prouffitable pour l'introduction des roynes, +dames, princesses et autres femmes de tous estats, auquel elles pourront +veoir la grande et saine richesse de toute prudence, saigesse, sapience, +honneur et dignité dedans contenue.—Avec privilége.—1536, in-8.</i>)</p> + +<h4>II.</h4> + +<p>Or approche le temps de l'enfantement; or convient qu'il ait compères et +commères à l'ordonnance de la dame; or a grand soussy pour querir ce +qu'il faut aux commères et nourrisses et matrones qui y seront pour +garder la dame tant comme elle couchera, qui beuvront de vin autant +comme l'en en bouteroit en une bote. Or double sa peine; or se voue la +dame en sa douleur en plus de vingt pelerinages, et le pauvre homme +aussi la voue à tous les saincts. Or viennent commères de toutes pars; +or convient que le pauvre homme face tant que elles soient bien aises. +La dame et les commères parlent et raudent et dient de bonnes chouses, +et se tiennent bien<a name="page_xxxvj" id="page_xxxvj"></a> aises, quiconques ait la peine de le querir, +quelque temps qu'il face; et s'il pleut, ou gelle, ou grelle, et le mary +soit dehors, l'une d'elles dira ainsi: Hellas! mon compère, qui est +dehors, a maintenant mal endurer! Et l'autre repond qu'il n'y a force et +qu'il est bien aise. Et s'il avient qu'il faille aucune chose qui leur +plaise, l'une des commères dira à la dame: Vraiment, ma commère, je me +merveille bien, si font toutes mes commères qui cy sont, dont vostre +mary fait si petit compte de vous et de vostre enfant! Or, regardez +qu'il feroit si vous en aviez cinq ou six. Il appert bien qu'il ne vous +ayme guères: si lui feistes-vous le plus grand honneur de le prendre +qu'il avenist oncques à pièce de son lignage.—Par mon serment, fait +l'autre des commères, si mon mary le me faisoit ainsi, je ameroye mieux +qu'il n'eust œil en teste.—Ma commère, fait l'autre, ne lui +accoustumez pas ainsi à vous lesser mettre sous les piez, car il vous en +feroit autant ou pis, l'année à venir, à vos autres accouchemens, etc., +etc. . . .</p> + +<p class="dots">. . . . . . . . . . +. . . . . . . . . .</p> + +<p>Or de sa part, le proudomme fait aprester à diner selon son estat, et y +travaille bien, et y mettra plus de viande la moitié que au commencement +propousé n'avoit, par les ataintes que sa femme lui a dites. Et tantoust +viennent les commères, et le proudomme va au devant, qui les festoye et +fait bonne chière, et est sans chapperon par la meson, tant est jolis, +et semble un foul, combien qu'il ne l'est pas. Il maine les commères +devers la dame en sa chambre et vient le premier devers elle, et lui +dit: M'amie, voyez cy vos commères qui sont venues.—<i>Ave Maria</i>, +fait-elle, je<a name="page_xxxvij" id="page_xxxvij"></a> amasse mieulx qu'elles fussent à leur meson, etc. Lors +les commères entrent; elles desjunent, elles disnent, elles menjent à +raassie; maintenant boivent au lit de la commère, maintenant à la cuve, +et confondent des biens et du vin plus qu'il n'en entreroit en une bote; +et à l'aventure il vient à barrilz où n'en y a que une pipe. Et le +pouvre homme, qui a tout le soussy de la despense, va souvent voir +comment le vin se porte quand il voit terriblement boire. L'une lui dit +ung brocart, l'autre li gette une pierre dans son jardin. Briefvement, +tout se despend; les commères s'en vont bien coiffées, parlant et +janglant, et ne s'esmoient point dont il vient...., etc. (<a href="#page_026">26</a> des +<span class="smcap">Quinze</span> <i>Joyes de mariage</i>; nouvelle édition, conforme au manuscrit de la +Bibliothèque de Rouen, etc. <i>Paris, Bibliothèque elzevirienne de P. +Jannet</i>, 1853.)</p> + +<p>Le passage suivant, des <i>Ténèbres de Mariage</i>, complète le tableau:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Quand vient à l'enfant recevoir,</td></tr> +<tr><td align="left">Il fault la sage-femme avoir,</td></tr> +<tr><td align="left">Et des commères un grand tas.</td></tr> +<tr><td align="left">L'une viendra au cas pourvoir;</td></tr> +<tr><td align="left">L'autre n'y viendra que pour veoir</td></tr> +<tr><td align="left">Comme on entretient telz estatz.</td></tr> +<tr><td align="left">Vous ne vistes oncq tel caquet:</td></tr> +<tr><td align="left">Çà ces drapeaux, çà ce paquet,</td></tr> +<tr><td align="left">Çà ce baing, ce cremeau, ce laict</td></tr> +<tr><td align="left">Et voilà le povre Jaquet</td></tr> +<tr><td align="left">Qui luy servira de naquet,</td></tr> +<tr><td align="left">De chamberière et de varlet.</td></tr> +</table> + +<p><a name="page_xxxviij" id="page_xxxviij"></a></p> + +<h4>III.</h4> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Dieu scet se bien sont espluchées</td></tr> +<tr><td align="left">Paroles et menus fatras</td></tr> +<tr><td align="left">Aux chambres de ces accouchées;</td></tr> +<tr><td align="left">Les fenestres ne sont bouchées</td></tr> +<tr><td align="left">Que à faulx et à manches d'estrilles;</td></tr> +<tr><td align="left">Les couches ne sont attachées</td></tr> +<tr><td align="left">Que de grands lardons pour chevilles;</td></tr> +<tr><td align="left">Les carreaux sur quoy seent les filles</td></tr> +<tr><td align="left">Sont pains d'ung tas de semi-dieux;</td></tr> +<tr><td align="left">Les tapis, ce sont evangilles</td></tr> +<tr><td align="left">Et vies à povres amoureux.</td></tr> +<tr><td align="left">Au chevet du lict, pour tous jeux,</td></tr> +<tr><td align="left">Pend ung benoistier qui est gourd,</td></tr> +<tr><td align="left">Avec ung aspergès joyeulx,</td></tr> +<tr><td align="left">Tout plain d'eaue benoiste de court;</td></tr> +<tr><td align="left">La garderobbe, c'est la court</td></tr> +<tr><td align="left">Là où on traicte noz mignons;</td></tr> +<tr><td align="left">Là on n'espargne sot ne sourt;</td></tr> +<tr><td align="left">C'est là où on les tient sur fons.</td></tr> +<tr><td align="left">L'une commence les leçons</td></tr> +<tr><td align="left">Au coing de quelque cheminée,</td></tr> +<tr><td align="left">Et l'autre chante les responz</td></tr> +<tr><td align="left">Après la légende dorée.</td></tr> +<tr><td align="left">Sitost que matine est sonnée,</td></tr> +<tr><td align="left">Il n'y a ne quignet ne place</td></tr> +<tr><td align="left">Que on n'y carillonne à journée;</td></tr> +<tr><td align="left">Il est tousjours la Dedicace.<a name="page_xxxix" id="page_xxxix"></a></td></tr> +<tr><td align="left">En la messe il y a Preface,</td></tr> +<tr><td align="left">Mais de <i>Confiteor</i> jamais.</td></tr> +<tr><td align="left">Oncques puis le temps Boniface</td></tr> +<tr><td align="left">Aussi on n'y bailla la paix,</td></tr> +<tr><td align="left">Car il y a entre deux ais</td></tr> +<tr><td align="left">Tousjours quelqu'une qui grumelle</td></tr> +<tr><td align="left">D'entre sa voisine d'emprès,</td></tr> +<tr><td align="left">Qui veult dire qu'elle est plus belle.</td></tr> +<tr><td align="left">Bref, c'est une droicte chappelle,</td></tr> +<tr><td align="left">Et si n'y a prelat d'honneur</td></tr> +<tr><td align="left">Qui ne tâche bien, sans sequelle,</td></tr> +<tr><td align="left">D'avoir place d'enfant de cueur.</td></tr> +<tr><td align="left">L'une comptera de Monsieur,</td></tr> +<tr><td align="left">Et l'autre d'une creature</td></tr> +<tr><td align="left">Qui a cul de bonne grosseur,</td></tr> +<tr><td align="left">Mais il ne vient pas de nature.</td></tr> +<tr><td align="left">L'une dict que c'est enfanture,</td></tr> +<tr><td align="left">L'autre dira qu'il n'en est rien,</td></tr> +<tr><td align="left">Et, pour oster la conjecture,</td></tr> +<tr><td align="left">Chascune faict taster le sien,</td></tr> +<tr><td align="left">S'il est fagotté, s'il est bien,</td></tr> +<tr><td align="left">S'il est troussé, s'il est serré,</td></tr> +<tr><td align="left">S'il est espais, quoy et combien;</td></tr> +<tr><td align="left">S'il est rond, ou long, ou carré.</td></tr> +<tr><td align="left">Tel y a, s'il estoit paré,</td></tr> +<tr><td align="left">Et qu'on lui vist un peu la cuisse,</td></tr> +<tr><td align="left">On le trouveroit bigarré</td></tr> +<tr><td align="left">Comme un hocqueton de Souysse.</td></tr> +<tr><td align="left">Celuy-si, me semble, est bien nice</td></tr> +<tr><td align="left">Qui fonde dessus une maison,</td></tr> +<tr><td align="left">Car, quelque chose que on bastisse,</td></tr> +<tr><td align="left">Le fondement n'en est point bon.<a name="page_xl" id="page_xl"></a></td></tr> +<tr><td align="left">Après qu'on a dit ce jargon,</td></tr> +<tr><td align="left">Tantost après arrivera</td></tr> +<tr><td align="left">Une grande procession</td></tr> +<tr><td align="left">Qui d'aultre matière lira.</td></tr> +<tr><td align="left">L'une d'elles commencera</td></tr> +<tr><td align="left">A resgaudir ses esperitz;</td></tr> +<tr><td align="left">Dieu scet s'elle praticquera</td></tr> +<tr><td align="left">Le tiltre <i>De injuriis</i>!</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">Quelqu'une, par moyens subtilz,</td></tr> +<tr><td align="left">Ira semer de sa voysine</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'elle suborne les amys</td></tr> +<tr><td align="left">Et les chalans de sa cousine;</td></tr> +<tr><td align="left">D'une autre on dira que c'est signe</td></tr> +<tr><td align="left">D'une parfaicte mesnagière</td></tr> +<tr><td align="left">Prester, pour garder sa cuisine,</td></tr> +<tr><td align="left">Son cul plustost que sa chaudière.</td></tr> +<tr><td align="left">S'on touche de quelque compère,</td></tr> +<tr><td align="left">L'une dit qu'il est trop faschant,</td></tr> +<tr><td align="left">L'autre qu'il a belle manière,</td></tr> +<tr><td align="left">Mais il se panche un peu devant,</td></tr> +<tr><td align="left">D'ung tel, il sent son entregent,</td></tr> +<tr><td align="left">Et si luy siet bien à dancer,</td></tr> +<tr><td align="left">Mais il n'a pas souvent argent;</td></tr> +<tr><td align="left">Il ne scet que c'est que foncer.</td></tr> +<tr><td align="left">Quelque vieille va commencer</td></tr> +<tr><td align="left">A filler, qui empongnera</td></tr> +<tr><td align="left">Sa quenoille de Haut tancer,</td></tr> +<tr><td align="left">Son fuzeau de Tout se dira,</td></tr> +<tr><td align="left">Les estoupes de On le sçaura,</td></tr> +<tr><td align="left">Le rouet de J'ay bec ouvert,</td></tr> +<tr><td align="left">Le vertillon de On verra<a name="page_xli" id="page_xli"></a></td></tr> +<tr><td align="left">Le pot aux roses descouvert.</td></tr> +<tr><td align="left">Le fil de la quenoille est vert</td></tr> +<tr><td align="left">Et si delié pour s'enfiler,</td></tr> +<tr><td align="left">Que le grand diable de Vauvert</td></tr> +<tr><td align="left">A peine s'en peut desmesler.</td></tr> +<tr><td align="left">Pour mieux à l'aise vaneler,</td></tr> +<tr><td align="left">On met estoupes par dedans</td></tr> +<tr><td align="left">La saincture de Trop parler,</td></tr> +<tr><td align="left">Et là couche l'on des plus grans.</td></tr> +<tr><td align="left">On empesche langues et dents,</td></tr> +<tr><td align="left">Et mettent leurs soings et leurs cures</td></tr> +<tr><td align="left">Par lardons, broquars, motz piquans</td></tr> +<tr><td align="left">A exposer les escriptures.</td></tr> +<tr><td align="left">C'est ainsy que telz créatures,</td></tr> +<tr><td align="left">En parlant de l'autre et de l'ung,</td></tr> +<tr><td align="left">Lisent le tiltre <i>Des injures</i>.</td></tr> +</table> + +<p>(Guillaume Coquillart, <i>Poëmes des droits nouveaux</i>, t. 1, p. 134, des +œuvres complètes (publiées par M. Tarbé). Reims-Paris, 1847, in-8, 2 +vol.)</p> + +<h4>IV.</h4> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">L'aultre dira, comme trop medisante:</td></tr> +<tr><td align="left">Hélas! commère, d'une telle gesante</td></tr> +<tr><td align="left">Si vous voyiez la pompe et braguerie,</td></tr> +<tr><td align="left">Vous jugeriez qu'est vraye mocquerie;</td></tr> +<tr><td align="left">Elle a ses lictz, la popine accouchée,</td></tr> +<tr><td align="left">Et mesmement où la dicte est couchée,<a name="page_xlij" id="page_xlij"></a></td></tr> +<tr><td align="left">Si bien garniz et si très bien à poinct,</td></tr> +<tr><td align="left">Que mieulx en ordre ne sçauroit estre poinct.</td></tr> +<tr><td align="left">Ung lict d'anticque peint d'or, d'asur et d'acre,</td></tr> +<tr><td align="left">Au bort du quel, pour servir de soubdiacre,</td></tr> +<tr><td align="left">Maint ung muguet, trouvères et causeur,</td></tr> +<tr><td align="left">Prothonotaire, ou bien aultre jaseur,</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'entretiendra icelle dicte dame</td></tr> +<tr><td align="left">Sans honte avoir, en cestuy monde deame.</td></tr> +<tr><td align="left">Sur une chaire le gallant est assis</td></tr> +<tr><td align="left">Qui de pareilles aura bien cinq ou six,</td></tr> +<tr><td align="left">De fin velours, de drap d'or ou broché;</td></tr> +<tr><td align="left">Sur celles chaires par grand gloire couché;</td></tr> +<tr><td align="left">Lict et couchette, et chambre ou morte soye,</td></tr> +<tr><td align="left">Sont tous garniz de drap d'or ou de soye.</td></tr> +<tr><td align="left">Si la chambre est parfumée et parée,</td></tr> +<tr><td align="left">N'en faut parler; elle est équiparée,</td></tr> +<tr><td align="left">Ou bien y a encor plus de richesse</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'en nulle chambre de grand dame ou duchesse,</td></tr> +<tr><td align="left">Et si n'ay paour que disse chose vaine</td></tr> +<tr><td align="left">Quand je diroys qu'est plus fort d'une Royne.</td></tr> +<tr><td align="left">Du demeurant, s'il est bien, Dieu le sçait!</td></tr> +<tr><td align="left">Dessus son corps elle porte un corset</td></tr> +<tr><td align="left">D'ung fin drap d'or frizé, pour vray le diz,</td></tr> +<tr><td align="left">Fourré de martres ils ont veu plus de dix;</td></tr> +<tr><td align="left">Et qui pis est, sans que du propos sorte,</td></tr> +<tr><td align="left">Tous les dimanches en a changé de sorte.</td></tr> +<tr><td align="left">De menestriers, puisqu'il faut que le dye,</td></tr> +<tr><td align="left">Et d'instrument y a telle melodie,</td></tr> +<tr><td align="left">Tant de chansons, d'orgues et de plaisir,</td></tr> +<tr><td align="left">Que vous n'auriez certes aultre desir</td></tr> +<tr><td align="left">Que d'escouter leurs accords et cadences,</td></tr> +<tr><td align="left">Et compasser maintes sortes de dances;<a name="page_xliij" id="page_xliij"></a></td></tr> +<tr><td align="left">Dancer verrez celles dances lombardes</td></tr> +<tr><td align="left">Que l'on appelle en ce temps cy gaillardes.</td></tr> +</table> + +<p>(<i>Controverses des sexes masculin et fœmenin.</i> Paris, Denis Janot, +etc. 1540, pet. in 8, fº 32, Rº [par Gratien du Pont].)</p> + +<h4>V.</h4> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="dialogue"> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 7em;">Voirement</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Que dict-on de nos acouchées?</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Qu'on en dict? Tout premièrement,</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Les unes sont trop longuement</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">En leur lict mollement couchées.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Elz sont bouchées.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 11em;">Elz sont touchées.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Ilz leur fault tant mirlificques.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Elz sont visitées et preschées</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Et bien souvent plus empeschées</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Qu'on est à baiser les reliques.<a name="page_xliv" id="page_xliv"></a></span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Les brasseroles magnifiques...</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Riches carcans,</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 10em;">Tapisserye...</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">De peur qu'elz ne soient fleumatiques,</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Ou trop mègres ou trop eticques,</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">On vous les sert d'espicerye.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Hypocras...</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 8em;">La patisserie.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Couliz de chapons...</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 12em;">Tant de drogues.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Arrière la rotisserie!</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Fy! fy! Ce n'est que mincerie.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">En leur lict, pompeuses et rogues...</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Bendées...<a name="page_xlv" id="page_xlv"></a></span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 7em;">Comme les synagogues</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Qu'on voit au portail de l'eglise.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Accouchées ont le temps.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 14em;">Les vogues...</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Je ne deuil que de vielles dogues</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Qui font les sucrées.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">Le Frère.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 13em;">C'est la guyse.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center"><span class="smcap">La Seur.</span></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">Mon frère, il est temps qu'on s'avise</span></td></tr> +<tr><td align="left"><span style="margin-left: 0em;">D'aller autre part caqueter.</span></td></tr> +</table> + +<p>(Dyalogue composé l'an mil cinq cent douze pour jeunes enfans +[<i>Œuvres de maistre Roger de Collerye, etc.</i> Paris, <i>Bibliothèque +elzevirienne de P. Jannet</i>, 1855, in-16].)</p> + +<h4>VI.</h4> + +<p>«17.—Deffendons de faire le procès extraordinaire à quelques personnes +que ce soit, si ce n'est <i>chez les accouchées</i> ou autres bureaux +solennels à ce<a name="page_xlvj" id="page_xlvj"></a> expressement dediez, ausquels lieux seront traictez et +decidez tous affaires d'Estat, et signamment ceux qui concernent les +mariages inegaux, soit pour le regard de l'aage, des mœurs ou des +biens; et pareillement les bons ou mauvais traictements des maris à +l'endroict de leurs femmes, et au reciproque, des femmes envers leurs +maris; les entreprinses qui se font par unes et autres dames au +pardessus de leurs puissances et dignitez, et, à peu dire, toutes telles +matières qui regardent tant la police que le criminel. En quoy nous +enjoignons et très expressément commandons à toutes dames, damoiselles +et bourgeoises, de quelque état et condition qu'elles soient, vuider +sommairement et de plein telles matières, sans aucun respect ou +acception de personnes.»</p> + +<p class="r">(Est. Pasquier, <i>Ordonn. générales<br />d'amour...</i> Paris, 1618, in-8, p. 8.)</p> + +<h4>VII.</h4> + +<p class="c"><i>Sur un vieux lit de famille retrouvé à Susy, chez madame Amelot.</i></p> + +<p class="c sml">Sur l'air: <i>Enfin, grâce au dépit</i>.</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Enfin je vous revois, vieux lit de damas verd.</td></tr> +<tr><td align="left">Vos rideaux sont d'été, vos pentes sont d'hiver;</td></tr> +<tr><td align="left">Je vous revois, vieux lit si chéri de mes pères,</td></tr> +<tr><td align="left"> Où jadis toutes mes grands-mères,<a name="page_xlvij" id="page_xlvij"></a></td></tr> +<tr><td align="left">Lorsque Dieu leur donnoit d'heureux accouchements,</td></tr> +<tr><td align="left">De leur fecondité recevoient compliments.</td></tr> +<tr><td align="left">Helas! que vous avez une taille écrasée!</td></tr> +<tr><td align="left">On ne voit plus en vous ni grâce ni façon....</td></tr> +<tr><td align="left"> Autant de modes que d'années.</td></tr> +<tr><td align="left"> Aujourd'huy, le tapissier Bon</td></tr> +<tr><td align="left"> A si bien fait par ses journées,</td></tr> +<tr><td align="left"> Qu'un lit tient toute une maison.</td></tr> +</table> + +<p class="c">(<i>Recueil de Chansons</i> [par Coulanges].<br />Paris, 1694, in-8, p. 72.)</p> + +<p><a name="page_001" id="page_001"></a></p> + +<h2><a name="RECUEIL_GENERAL" id="RECUEIL_GENERAL"></a>RECUEIL GENERAL<br /> +<small>DES CAQUETS<br /> +<i>DE L'ACCOUCHÉE</i></small></h2> + +<p class="c">Ou discours facecieux où se voit les mœurs, actions et façons de +faire de ce siècle,</p> + +<p class="c"><i>Le tout discouru par Dames, Damoiselles,<br />Bourgeoises et autres</i>,</p> + +<p class="c">Et mis par ordre en viij. après-dinées, qu'elles<br />ont faict leurs +assemblées, par un Secretaire<br />qui a le tout ouy et escrit;</p> + +<p class="c"><i>Avec un discours du relevement de l'Accouchée.</i></p> + +<hr /> + +<p class="c">Imprimé au temps de ne se plus fascher<br /><i>M.DC.XXIII.</i></p> + +<p><a name="page_002" id="page_002"></a></p> + +<p><a name="page_003" id="page_003"></a></p> + +<h3><a name="AU_LECTEUR_CURIEUX" id="AU_LECTEUR_CURIEUX"></a>AU LECTEUR CURIEUX<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a>.</h3> + +<p><i>Quelques critiques (m'asseuray-je), voyant que le frontispice de ces +diverses journées du</i> Caquet de l'Accouchée <i>n'est decoré d'aucun tiltre +autre que celuy que la qualité de la chose luy donne, riront à gorge +desployée du secretaire qui a ramassé une chose infructueuse pour en +faire part au public, et d'une imposture s'efforceront à ternir sa +reputation. Mais je ne veux en cela arrester leur ordinaire regime, +m'estant une chose indifferente ce qu'ils en pourront dire, pardonnant +aussi librement à leur calomnie comme l'on pardonne aux corbeaux +croassans, parce qu'ils ont ce langage de nature: jamais les corps des +cyones n'ont esté plus invulnerables aux traicts des centaures que mon +ame l'est au langage des langues mesdisantes. Ce n'est à eux ny pour eux +que je me suis adonné à ceste<a name="page_004" id="page_004"></a> occupation, ains pour les esprits vuides +de passion, et qui, desireux de ronger la moelle des escrits, ne +s'arrestent à l'escorce. La chose, pour naïfve qu'elle soit, contient en +soy de l'enphaze, et, sous des apparences basses, il y a des effects +relevez dignes de contenter les ames les plus difficiles. Voy donc, +amiable lecteur, cest ouvrage de bon œil; il n'a esté mis au jour que +pour reformer les mœurs, reigler les actions et retrancher les abus. +Cet escrit ne retient rien de la flatterie; il publie murement les +choses comme elles sont, retenant de la liberté de vivre des anciens, +qui preferoient le supplice à la complaisance. Quand tu sçaurois quel je +suis, volontiers agrerois-tu davantage cet œuvre, voyant qu'estant ce +que Dieu ma faict naistre, et colloqué en un rang qui me separe du +vulgaire, tu croirois qu'il y auroit apparence que je ne me fusse +appliqué à ce travail s'il n'estoit profitable. Je cache mon dessein +aussi bien que mon nom pour ce coup, me contentant de t'asseurer +qu'aucune intention de mesdire ne m'a faict prendre tant de peine, mais +seulement afin que plusieurs qui se recreront en la lecture de ceste +pièce profitent de mon labeur. Lis attentivement cet abregé de la +vicissitude humaine, et tu trouveras quelque chose propre à assouvir ton +appetit, si au moins, desbauché et despravé, toutes sortes de viandes ne +luy sont à cœur. Adieu.</i><a name="page_005" id="page_005"></a></p> + +<h3><a name="VERS_DE_LAUTHEUR" id="VERS_DE_LAUTHEUR"></a>VERS DE L'AUTHEUR<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a></h3> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">L'oysiveté est dommageable</td></tr> +<tr><td align="left">A un esprit infatigable</td></tr> +<tr><td align="left">Qui cherist la diversité;</td></tr> +<tr><td align="left">Le mien, qui jamais ne se lasse,</td></tr> +<tr><td align="left">Veut faire voir comme se passe</td></tr> +<tr><td align="left">Le temps aux couches limité.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">Aprestez vos gorges pour rire</td></tr> +<tr><td align="left">De ce que j'ay voulu descrire</td></tr> +<tr><td align="left">En ces Caquets d'accouchement;</td></tr> +<tr><td align="left">La matière est si trivialle,</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'il n'y a suject qui l'égale</td></tr> +<tr><td align="left">Pour prendre du contentement.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">Si l'accouchée est en collère</td></tr> +<tr><td align="left">De me voir conter le mystère<a name="page_006" id="page_006"></a></td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">Du secret dit en sa maison,</td></tr> +<tr><td align="left">J'appaiseray sa fantasie,</td></tr> +<tr><td align="left">Et d'une parole adoucie</td></tr> +<tr><td align="left">Je luy en diray ma raison.</td></tr> +</table> + +<p><a name="page_007" id="page_007"></a></p> + +<h1><a name="LE_CAQUET" id="LE_CAQUET"></a>LE CAQUET<br /> +<small>DE L'ACCOUCHÉE</small></h1> + +<h4>M.DC.XXII<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a>.</h4> + +<p>Nouvellement relevé d'une grande et penible maladie, de laquelle j'avois +esté fort bien pensé, me donna le subject de me gouverner doresnavant +par le regime de vivre que l'on m'en donneroit: pour quoy je fis +assembler deux medecins de divers aages et diverses humeurs, qui, après +m'avoir veu en bon estat, chacun d'eux dict son advis sur mon futur +gouvernement et pour retourner en ma pristine santé.</p> + +<p>Le plus jeune oppina le premier, et me dit qu'il donnoit conseil à +autruy selon qu'il se gouvernoit luy-mesme, qui estoit d'aller souvent +en sa maison des champs pour secoüer l'oreille de la tulippe et du +martigon, faire cinq ou six tours de<a name="page_008" id="page_008"></a> jardin, prendre la dragme du vin +clairet, puis monter sur son mulet et s'en revenir soupper à Paris, et +qu'ainsi l'air des champs divertissoit les mauvaises humeurs, restauroit +les membres et reveilloit l'esprit.</p> + +<p>L'autre medecin, plus vieil, fut d'advis que ce plaisir estoit trop +court, et que, souvent reyteré, en fin il ennuyoit plus qu'il ne donnoit +de plaisir; pour son regard, qu'il ne trouvoit point un plus grand +divertissement d'esprit que la comedie, la tragedie et la farce, et que +souvent il la faisoit joüer en sa presence, et par ses enfans +mesmes<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a>, sans avoir esgard à ce vieux dicton: <i>Corrumpunt mores +colloquia prava</i>, et quoy que, parmy ces jeux, les enfans impriment +mille astuces et fallaces en leurs ames, se mocquans ordinairement de +toutes personnes sans suject. Mais passe, c'est pourtant un des plaisirs +que je vous conseille de prendre, plaisir qui est à present ordinaire +dans Paris; et, tout ainsi (Dieu mercy da) que la religion catholique, +apostolique et romaine sort de France pour habiter au Perou et terres +estrangères, ainsi l'Italie commence à se purger de telles folies de +jeux publics, qu'ils nous renvoyent<a name="page_009" id="page_009"></a> à Paris<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a> pour nous rendre encore +plus vicieux qu'eux, estans bien informez que les officiers qui ont le +pouvoir de donner telles punitions ou de l'empescher n'en font aucune +difficulté, ny de faire observer les ordonnances de sainct Louys, qui de +son temps avoit chassé toutes ces canailles hors de France.</p> + +<p>Le second plaisir que vous prendrez (et qui est le meilleur), c'est de +tascher à accoster quelqu'une de vos parentes ou amies, ou voisines, +accouchées, pour vous permettre vous glisser à la ruelle du lict une +apresdinée, pour entendre les nouvelles<a name="page_010" id="page_010"></a> qui se racontent par la +multitude des femmes qui la viennent voir, et en tenir bon registre; et +par ainsi vous aurez non seulement dequoy contenter vostre esprit, mais +aussi cela vous fera rajeunir et remettre en vostre pristine santé.</p> + +<p>Advis que je trouve assez bon, qui fut cause que, d'une pleine +liberalité, je leur donne à chacun leur droict de consultation, avec +promesse de loüange si ma santé en augmentoit.</p> + +<p>Or, pour l'executer dès le lendemain, je me fais conduire sur le +Pont-Neuf, où je taschois à aller le petit pas; mais il me fut +impossible, pour estre poussé et foullé par une multitude de petit +peuple de toutes sortes d'estats, qui avoient quitté leur boutique pour +venir voir le charlatan<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a>: les uns y menoyent leurs enfans plus +soigneusement qu'au sermon, les autres estoient huyez par leurs femmes, +qui se lamentoyent de n'avoir point de pain à la maison; et neantmoins +que leur meschant mari s'amusoit à la farce plus qu'à sa besongne; et +bref, quant je fus arrivé sur le lieu, j'y vis une si grande confusion, +meslée de querelles et de batteries, pour les couppe-bourses qui s'y +rencontrent, que je n'eus le loisir que d'entendre trois ou quatre mots +de leur science, qui m'estonnèrent de prime face, parce que le +<a name="page_011" id="page_011"></a>charlatan promettoit de guarir toutes sortes de maux en vingt-quatre +heures pour une pièce de huict sols.</p> + +<p>Je suis bien miserable, ce di-je alors, d'avoir despencé tant d'argent à +me faire medeciner, et avoir eu tant de mal, puis qu'avec si peu +d'argent on peut recouvrer sa santé! Et comme je me plaignois, marmotant +entre mes dents, un homme de la trouppe, qui m'escoutoit, me toucha sur +l'espaule et me dit: Ne vous faschez point de n'avoir usé de ses +drogues: j'en ay acheté plusieurs fois, et pour beaucoup d'argent, pour +me guarir le mal d'estomach, les dents et les caterres; j'ay trouvé, +pour en avoir usé, mon mal estre augmenté, et ce qui estoit mal +procedant de chaleur voire augmenté en chaleur, et ce qui estoit trop +froid s'estre converty en mauvaise humeur. C'est pourquoy je l'abandonne +et le donne au diable avec mon argent.</p> + +<p>Je disois qu'en cela l'advis du medecin ne me plaisoit plus, et que, si +celuy de l'accouchée estoit pareil, que j'avois perdu mon argent aussi +mal à propos que celuy qui avoit acheté les drogues du charlatan.</p> + +<p>Le lendemain, pour executer l'advis tout entier, je fus adverty qu'une +mienne cousine demeurant ruë Quimquempoix, autrement dicte ruë des +Mauvaises Paroles<a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">[25]</a>, estoit accouchée il n'y avoit que<a name="page_012" id="page_012"></a> deux jours, +laquelle j'alay voir, et, après avoir congratulé l'accouchée, je la +priay me donner ce contentement de me cacher à la ruelle du lict aux +apresdinées, pour entendre le discours des femmes qui la venoient voir; +ce qu'elle m'octroya facilement, à la charge de l'en dispenser si +j'estois antiché de la maladie de la toux, parce que pour rien elle ne +voudroit cela estre descouvert.</p> + +<p>Or, pour le faire court, le lendemain vingt-quatriesme avril, je m'y +transporte sur le midy, où, comme l'on m'avoit promis, je trouve à la +ruelle du lict une chaire tapissée pour me seoir, et une petite selle +pour mettre mes pieds. L'on ferme le rideau, et tout incontinent après, +à une heure attendant deux, arrivèrent, de toutes parts, toutes sortes +de belles dames, damoiselles, jeunes, vieilles, riches et mediocres, de +toutes façons, qui, après avoir faict le salut ordinaire, prindrent +place chacun selon son rang et dignité, puis commencèrent à caqueter +comme il s'ensuit.</p> + +<p>Qui commença la querelle, ce fut la mère de l'accouchée, qui estoit +assise proche le chevet du lict, à costé droict de sa fille, qui +respondoit à une damoiselle qui lui demandoit combien sa fille<a name="page_013" id="page_013"></a> avoit +d'enfans, et si c'estoit le premier? La fille accouchée rioit et n'osoit +parler, luy ayant esté deffendu, à cause de la fièvre causée de la +multitude de son laict, et la mère respond: Vramy, Madamoiselle, c'est +le septiesme, dont je suis fort estonnée. Si j'eusse bien pensé que ma +fille eust esté si viste en besongne, je luy eusse laissé gratter son +devant jusques à l'aage de vingt-quatre ans sans estre mariée; je ne +fusse pas maintenant à la peine de voir tant de canailles à ma +queuë.—Eh! Madame, ce dit la damoiselle, resjouyssez-vous, ce n'est que +benediction!—Par S. Jean, dit la mère, ce sont biens de Dieu, mais ce +ne sont pas des meilleurs, maintenant que l'on a tant de peine à marier +les filles et pourvoir les garçons; il faudra à la fin, bon gré mal gré +qu'ils en ayent, qu'ils soyent moynes et religieuses, car les offices et +les mariages sont trop chers.</p> + +<p>—C'est la vérité ce que Madame dit, ce fit une damoiselle de haut +parage: je resens bien en moy-mesme ceste incommodité, et toutes les +financières de mon calibre qui s'estoient deliberez de pourvoir leurs +filles à de la noblesse, pour avoir du support cy-après, en cas de +recherche des financiers.<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a> J'ay veu que nous estions quittes de tels +mariages pour cinquante ou soixante mil escus; mais à present que l'un +de nos confrères a<a name="page_014" id="page_014"></a> marié sa fille à un comte, avec doüaire de cinq cens +mil livres comptant, et vingt mil escus d'or pour les bagues, toute la +noblesse en veut avoir autant à present, et cela nous recule fort; je +voy bien que, pour en marier une doresnavant, il faut que mon mary entre +en charge deux ou trois années davantage qu'il ne pensoit.</p> + +<p>Sa damoiselle de chambre, qui estoit derrière sa maistresse, s'advança +de parler, et luy dit avec humeur: Madamoiselle, je ne sçay comment me +plaindre, puis que vous vous plaignez, qui avez acquis soixante mil +livres de rente en trois ans. Mon père, que vous sçavez estre procureur, +et qui a des moyens assez honestement, a marié au commencement ses +premières filles à deux mil escus,<a name="page_015" id="page_015"></a> et a trouvé d'honnestes gens. A +present, quant il auroit douze mil livres comptant, il ne pourroit +trouver party pour moy, occasion qui a meu ma mère de convertir ma +souffrance en supercession, et me donner la coiffe et le masque pour +servir de servante et avoir la superintendance sur le pot à pisser et +sur la vaisselle d'argent.</p> + +<p>—Et moy donc, se dit une servante qui estoit assise sur ses genoux près +de la porte, je suis plus à plaindre que vous autres: car autrefois, +quand nous avions servy huict ou neuf ans, et que nous avions amassé un +demy ceint d'argent, et cent escus comptant, tant à servir qu'à ferrer +la mule<a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">[27]</a>, nous trouvions un bon officier sergent en mariage,<a name="page_016" id="page_016"></a> ou un +bon marchand mercier<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a>. Et à present, pour nostre argent, nous ne +pouvons avoir qu'un cocher ou un palfrenier, qui nous fait trois ou +quatre enfans d'arrache-pied, puis, ne les pouvant plus nourrir, pour le +peu de gain qu'ils font, sommes contrainctes de nous en aller reservir +comme devant, ou de demander l'aumosne; on ne voit autre chose par ces +ruës.</p> + +<p>—Et vous, Madame, à ce coing, vous ne dites mot? Le temps ne vous +importe-il point comme<a name="page_017" id="page_017"></a> aux autres?—Je vous asseure, Madamoiselle, que +je ne m'estonne nullement de vos discours: car, ce qui est cause en +partie de ce desordre, je recognois que ce sont les bombances d'aucuns; +car moy qui suis marchande, je le cognois à la vente. Il est aujourd'huy +venu à nostre boutique un nombre de bourgeoises, conduisant une fiancée +pour achepter des estoffes, le fiancé present, qui menoit la fiancée par +dessous le bras; et comme je leur ay demandé quelles estoffes ils +vouloyent, ils se regardoyent l'un l'autre, et se disoient: Parlez, +Madame.—Moy, je m'en rapporte aux parens les plus proches.—Et comme je +ne pouvois avoir raison d'aucun d'eux de le dire, je demande quel estat +avoit le fiancé. Une bonne vieille respond: Il est d'un grand estat; il +est tresorier et receveur, et payeur des gages des conseillers et juges +presidiaux de Montfort<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">[29]</a>.—Tresorier, ce dis-je alors, il faut +doncques des plus belles estoffes. Incontinent je desploye un velours à +la turque<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a>, un satin à fleurs, un velours à ramage, un damas meslé et +autres grandes <a name="page_018" id="page_018"></a>estoffes; puis je demande au fiancé si ces estoffes luy +plaisoient. Il n'osoit respondre. Je m'en rapporte, dit-il, à ma +maistresse. La fiancée dit que c'estoit bien son cas; luy, au contraire, +se hazarde de parler, et dit que ces estoffes estoient de trop grand +pris pour sa qualité; qu'il n'avoit que cent livres de gages à son +office, et qu'il ne pourroit pas entretenir si grande vogue. Mais la +mère de la fille, qui n'a nul esgard à cela, dit qu'elle veut que sa +fille soit brave, et partant que l'on couppe: si bien que j'ay delivré +pour douze cens livres à monsieur le tresorier.</p> + +<p>—Ho, ho! ce fit la femme d'un notaire, S. Gry! mon mary n'a point de +gages, et si je porte bien de pareilles estoffes, et si on ne m'en +donnoit j'en trouverois bien; je ne veux pas estre moindre que ma +cousine, encores que son mary soit officier du roy.</p> + +<p>—Nous serions bien sottes, dit la femme d'un petit advocat du +Chastelet, de porter de moindres estoffes que cela; ce que nous en +faisons donne davantage de courage à nos maris de travailler, et plumer +la fauvette sur le manant pour nous <a name="page_019" id="page_019"></a>entretenir<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>, et si faut que nos +maris portent la soustane de damas pour nous honorer davantage, et non +pas un saye, comme au temps passé, qui ne passe pas la braguette, pour +les distinguer d'avec les conseillers.</p> + +<p>—Madame, ce dit une autre, quelquefois cela ne dure pas; le temps n'est +pas tousjours propre à gaigner, les hommes ont de la peine.</p> + +<p>—Hé! Madame, ce dit-elle, quand ils ont trop de peine, il faut leur +donner des aydes pour les soulager.</p> + +<p>—Ha, ha, ha! ce fit une jeune bourgeoise qui avoit espousé un vieillard +de cinquante-six ans, qui estoit au milieu de la troupe, je me ris de +vos plaintes, mes dames; pour moy, je ne me puis plaindre, car ce dont +j'ay le plus de besoin, c'est ce que j'aurois tout à l'instant si je le +voulois: il y a assez de jeunes gens qui m'en font l'offre.</p> + +<p>Alors l'accouchée s'azarde de parler tout doucement, et dit qu'autrefois +elle avoit esté ainsi curieuse d'estre brave; mais maintenant qu'elle +avoit tant d'houërs et ayant cause, qu'elle faisoit servir ses vieilles +besongnes<a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a><a href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">[32]</a> à habiller ses enfans. Et<a name="page_020" id="page_020"></a> moy, je me passe à peu; mais +voulez-vous que je dise la vérité? ce n'est pas de bonne volonté, ains +par force, car je suis aussi ambitieuse que jamais.</p> + +<p>Or, comme l'accouchée eust prononcé un arrest, on fit un silence, qui +fut cause qu'on entendoit au pied du lict une petite bourgeoise qui +parloit bas à sa voisine; et toutes deux sembloient se resjouyr, dont la +compagnie fut jalouse, pour participer à quelqu'autre nouvelle, qui fut +cause qu'une damoiselle proche leur dit: Mes dames, vous avez quelque +contentement en l'ame, puisque, mesprisans nos premiers discours, vous +vous estes entretenues vous deux sous un plus beau sujet.</p> + +<p>—Madamoiselle, ce sont petites affaires particulières de nos maisons +qui ne touchent à personne.</p> + +<p>L'autre dit:—Ma voisine, vous n'en serez pas deshonnorée pour dire ce +qui en est. La chose est honneste et profitable; tous ceux qui le +meritent ne le sont pas: c'est que le mary de madame brigue +l'echevinage; c'est ce dont elle se resjoüit.</p> + +<p>—Ho, ho! il est donc fort aagé, monsieur <a name="page_021" id="page_021"></a>vostre mary?—C'est vostre +grace, madamoiselle, il n'a pas plus de trente-cinq ou quarante ans; +mais c'est qu'il prend son temps: il a veu que ceux qui y sont à +present, ce sont gens (au moins quelques uns, da) de si petite estoffe, +et que trois ou quatre taverniers commencent à briguer pour y entrer, +qu'il s'est hazardé comme les autres, encore qu'il ne soit que procureur +du Chastelet. Il espère y faire ses affaires, s'il y entre.</p> + +<p>—Et y gaigne-on donc quelque chose? ce dit une bonne mère qui avoit son +chaperon destroussé à la mode ancienne<a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a><a href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">[33]</a>. Par le vray Dieu, mon mary +deffunct, monsieur Dambray<a name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a><a href="#Footnote_34_34" class="fnanchor">[34]</a>, qui a esté trois fois prevost des +marchands, n'a jamais profité à l'Hostel-de-Ville que d'un pain de +succre par<a name="page_022" id="page_022"></a> an, aux estrennes; encore faisoit-il difficulté de le +prendre, et quand il est mort il a laissé par testament que l'on mist la +valeur de trois pains de succre au tronc de l'Hostel-Dieu de Paris, que +sa conscience et son ame n'en fussent en peine.</p> + +<p>—Vramy, si ceux qui ont esté depuis luy, et qui ont mis tant d'estats +de charbonniers<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a><a href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">[35]</a>, gaigne-deniers<a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a><a href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">[36]</a>, jurez-racleurs<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a><a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">[37]</a>, porteurs de +foin et autres officiers de la ville, en leur bourse, estoient damnez, +il y en auroit bien. Et à present, quand les eschevins sortent de +charge, ils se font payer cinq ou six mil livres de vieux arrerages de +<a name="page_023" id="page_023"></a>rentes sur toutes natures de deniers pour leur dernière main; et s'ils +n'ont point de rentes, ils acheptent des arrerages de la vefve et de +l'orfelin à six escus pour cent, et se font payer de tout comme ayant +droict par transport.</p> + +<p>—Nostre-Dame! et où prennent-ils cet argent-là? On dit que c'est sur +les deniers du domaine de la ville et autres fonds que nous ne sçavons +pas; il n'est que d'estre en charge pour le sçavoir. J'espère bien que, +si mon mary peut gaigner les voix à force de briguer, qu'il viendra bien +à bout de tout aussi bien que les autres.</p> + +<p>—Et voyez-vous, Madame (ce dit l'ancienne), au temps passé, le prevost +des marchands et eschevins avoyent plus d'esgard au proffit public qu'au +particulier. Tout cest argent que l'on mange à present en banquets (car +on y disne tous les jours), en estrennes, en superfluitez du feu de la +Sainct-Jean<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a><a href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">[38]</a>, en payement d'arrerages de rentes<a name="page_024" id="page_024"></a> et autres choses que +nous ne sçavons pas, s'emploioit à fortifier la ville, à refaire les +quais rompus, dont l'argent se prend à present sur l'escu cinq sols qui +a esté imposé sur le vin des bourgeois, et qui jamais ne sera cassé<a name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a><a href="#Footnote_39_39" class="fnanchor">[39]</a>; +plus, à faire travailler les pauvres valides, à remuer la terre<a name="page_025" id="page_025"></a> des +fossés de la ville<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a><a href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">[40]</a> et autres choses nécessaires. Et de fait, on ne +voyoit point de pauvres; car, pour les vieux et impotens, on les +nourrissoit à l'hospital S.-Germain<a name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a><a href="#Footnote_41_41" class="fnanchor">[41]</a>; toutesfois, si depuis la mort +de mon mary ils ont obtenu lettres patentes du roy pour faire leur +profit particulier de ce qui appartient au public, à la verité je ne le +sçay pas.</p> + +<p>—J'ay ouy murmurer que le roi avoit donné commission à deux maistres +des requestes pour<a name="page_026" id="page_026"></a> faire la recherche<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a><a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">[42]</a> de ceux qui prennent des +droicts qui ne leur sont point attribuez; mais je pense qu'ils ne +s'attaqueront pas à ces gens-là: ils ont trop d'amis et de faveur. Et +toutesfois il n'y auroit point de danger de s'informer pourquoy on prend +dix sols tournois pour les frais de chacune voye de bois, et pourquoy +les eschevins permettent que le bois se vende plus que le taux que l'on +y met: car autrement nous n'avons que faire d'eschevins, s'ils ne +servent qu'à faire vendre les denrées plus chères qu'il ne faut.<a name="page_027" id="page_027"></a></p> + +<p>—Là, là, Madame; vous avez fait vostre temps, laissez faire les +affaires aux jeunes gens, et ne ramentevez point le chat qui dort<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a><a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">[43]</a>.</p> + +<p>—Je m'estonne pourtant que la cour de parlement n'y met ordre.</p> + +<p>—M'amie, cela n'est pas de leur justice; chacun a son cas à part: la +reformation de la justice leur appartient, et non pas du bois. +Sçavez-vous pas bien que ces jours passez monsieur le president +Chevalier<a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a><a href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">[44]</a> a ressemblé à celuy qui pour faire peur aux souris avoit +escorché un rat? Depuis qu'il a fait faire le procez au procureur +general de sa justice, tous les commissaires ont tremblé, et si on +frippe quelque chose, c'est en cachette.</p> + +<p>—Mais, Madamoiselle, disons la vérité sans<a name="page_028" id="page_028"></a> faintise: s'il y a eu du +desordre, nous sçavons bien en nostre particulier d'où il procède. +Comment seroit-il possible d'entretenir les garçons de ce temps si on ne +desroboit? Il n'y a fils ne petit-fils de procureur, notaire ou advocat, +qui ne vueille faire comparaison en toutes choses avec les enfans des +conseillers, maistres des comptes, maistres des requestes, presidens et +autres grands officiers. L'on ne les peut distinguer ny en habit, ni en +despence superfluë. Ils hantent les banquets à deux pistoles<a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a><a href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">[45]</a> pour +teste; ils empruntent argent<a name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a><a href="#Footnote_46_46" class="fnanchor">[46]</a>, joüent aux dets, au picquet, à la +paulme, à la boule, vont à la chasse, et font le mesme<a name="page_029" id="page_029"></a> exercice des +grands. Ils empruntent à usure de Traversier, de Dobillon et de +l'Italien Jacomeny<a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a><a href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">[47]</a>, qui sont les receleurs de la jeunesse. Et puis +qu'en advient-il enfin? Ils sont contraints de faire l'amour à la +vieille, ou d'anjoler la fille d'une bonne maison, leur faire un enfant +par advance, à fin d'estre condamnez à l'espouser.</p> + +<p>Une vieille qui estoit à la trouppe respond: Amen. Ce que vous trouvez +mauvais, je le trouve bon: quand les vieilles peuvent trouver quelque +jeune gars pour leur argent (pourveu qu'il soit bien morigené), c'est un +bon heur; il y a de plaisir pour l'un et pour l'autre: l'un prend la +courtoisie, et l'autre la commodité; cela faict subsister la jeunesse +selon son ambition, et faict vivre la vieillesse plus long-temps. Et que +servent les biens que pour cela?</p> + +<p>—O Madame! ce que vous dictes est le suject d'un grand peché: car, sous +ombre d'une nuict ou deux que vous en prendrez contentement, il en<a name="page_030" id="page_030"></a> +vient un grand malheur: on ne voit que bastars<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a><a href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">[48]</a>, que filles +desbauchées; et toutes les autres qui sont honnestes, qui pourroyent +enjandrer une belle race par un legitime mariage, fait de pareil à +pareil, demeurent en friche, et n'ont pour toute retraicte que la +religion<a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a><a href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">[49]</a>.</p> + +<p>Et puis qu'en advient-il quand ils ont dequoy despendre<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a><a href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">[50]</a>? Une +feneantise, hommes sans soucy, sans travail, plus apres à chasser un +lièvre que de servir leur roy et la republicque. Et si d'avanture vous +les faictes entrer par vostre argent à quelque office, si c'est à la +cour de parlement, il faut estudier à monsieur Mozan; si c'est à la +chambre des comptes, à Robichon avec son calpin.<a name="page_031" id="page_031"></a> Et puis, quand ils +sont receus, cahin, caha, ils ne sçavent par quel bout commencer la +justice; et par ainsi les cours souveraines sont remplies de beaux fils +et bien peignez, logez à l'enseigne de l'Asne.</p> + +<p>L'accouchée avoit la teste rompuë de ces discours et commence à dire: +Mesdames, vous me faictes apprehender le temps advenir; je n'ay que +vingt-quatre ans et demy, et sept enfans: si je faits ma portée selon +nature, et que toutes choses augmentent comme ils font, j'envieilliray +de soin, et non d'aage.</p> + +<p>—Hé! ma fille, ne songez point à cela; j'y songe assez pour vous. +Prenez courage: le grand desordre qui est à present engendrera un bon +ordre; l'on fera des edicts qui regleront toutes choses; l'on cognoistra +le marchand d'avec le noble, l'homme de justice avec le mechanique, le +fils de procureur avec le fils de conseiller, et puis vostre mary mettra +bon ordre à pourvoir ses enfans selon ses moyens, et si vous avez +encores à heriter de moy pour plus de deux mil cinq cents livres pour +une fois payer; est-ce pas un beau denier à Dieu? De quoi vous +mettez-vous en peine?</p> + +<p>—Ma mère, vous estes du bon temps; vous avez accoustumé de ne manger du +roty qu'une fois la sepmaine, encore n'est-ce qu'un aloyau; mais nous ne +sommes pas accoustumez à cela, et<a name="page_032" id="page_032"></a> si je croy qu'il nous y faudra +accoustumer, si la chair est tousjours si chère.</p> + +<p>—Sainct Gry! j'avois accoustumé par sepmaine de ne despendre à la +boucherie que quatre livres dix sols; maintenant je donne à nostre +chambrière cent sols, et si nous mourons de faim. Il faudra doresnavant +manger le potage le matin, et la chair le soir, pour observer +l'ordonnance de Philippe le Bel<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a><a href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">[51]</a>.</p> + +<p>—Je voy bien que Madamoiselle, qui n'est pas de ceste ville, se rit de +nostre petitesse; mais que voulez-vous? chacun selon ses moyens.—Et la +damoiselle respond: Madame, chacun se sent de cherté et du peu de +proffit qui se fait à present aux offices, pour le trop grand nombre +d'officiers qu'il y a. Et n'estoit qu'en nostre chambre des comptes de +Normandie, d'où je suis, les officiers s'allient avec les comptables, et +meslent leur gain ensemblement, nous ne pourrions, non plus que vous à +Paris, entretenir nostre <a name="page_033" id="page_033"></a>grandeur; mais, Dieu mercy, ils s'entendent +bien ensemble.—Et, Madamoiselle, je pensois que la Chambre des Comptes +fussent les juges des comptables?—Hé, Madame, autrefois la linotte et +le chardonneret estoient à part en diverses cages; mais à present tout +est en mesme vollière.</p> + +<p>—Je vous asseure, ce dit une femme qui n'avoit encores point parlé, +maigre, pasle, melancolique et pleine d'inquietude, mon mary, qui est +advocat à la Cour, gaigne ce qu'il veut, fait les affaires de tous ceux +de la Religion (comme en estant aussi, da); mais il me semble que tout +ce qu'il gaigne fond en ses mains; je ne voy autre chose en nostre +maison que des demandeurs: l'un vient querir la taille ordinaire du +corps du tresor de la Religion, l'autre la cure<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a><a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">[52]</a> de monsieur de Rohan +et de Soubize, l'autre le nouvel entretenement des ministres, la cure +des espions de France, d'Espagne, d'Angleterre, d'Italie, de Flandres, +et de toutes les contrées. Bref, j'ay compté qu'en ceste année j'en ay +pour plus de cent escus à ma part; moy, si cela dure, j'aime bien mieux +que mon mary face le papelart, et qu'il aille à la messe, que de +continuer. Pour cela, ny luy ny<a name="page_034" id="page_034"></a> moy ne croirons que ce que nous +voudrons; au moins nous serons dispensez de telle taille. Aussi bien +dit-on que les excommunications que font nos ministres contre ceux qui +se retournent n'ont non plus de force et de vigueur que le soleil de +janvier.</p> + +<p>—Hé! Madame, quand vous ne croyez à rien qu'à vostre fantaisie, vous +n'estes pas cheute de haut: car tous ceux de vostre religion ont pris à +ferme à vil pris l'ateysme; et qui est cause qu'il n'y a ny enchère ni +tiercement<a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a><a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">[53]</a>, c'est qu'il n'y a rien à gaigner, ny en ce monde, ny en +l'autre: et cela vous demeurera, et si en jouyrez long-temps, si par la +loy du droict canon on ne vous force à mieux faire.</p> + +<p>—Madamoyselle, ceste Religion est si douce à supporter, que tous ceux +qui y entrent, ils en sortent difficilement. Et pour mon regard, lorsque +j'en sortiray ce sera à mon grand regret, car, que je face ce que je +voudray, je ne suis point obligée de le confesser; que mes père, mère et +parens meurent, je me resjouys au lieu de pleurer, car je croy qu'ils +sont sauvez; que le caresme et jeusnes viennent, je suis dispensée pour +manger de la chair; que nous mourions subitement, nous n'avons point +peur du purgatoire; et bref, que les anges, les saincts et sainctes +ayent du pouvoir<a name="page_035" id="page_035"></a> par leurs prières envers Dieu, nous supprimons tout +cela et vivons en liberté d'esprit; que si ceste taille estoit aussi +bien supprimée, nous nous mocquerions de tout le monde.</p> + +<p>—Vrayment, c'est une mauvaise police, de permettre qu'il y ait en +France des subjects qui contribuent pour faire la guerre contre leur roy +legitime! Je vous prie, Madame, cachez vostre vice, et parlons d'autres +choses. Avez-vous beaucoup d'enfans?—Elle respond: J'avois trois +garçons et deux filles; mais le mal'heur m'en a voulu qu'un de mes +garçons, qui estoit à la suitte de: monsieur de Soubise<a name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a><a href="#Footnote_54_54" class="fnanchor">[54]</a>, a esté pris +prisonnier, et mené aux gallères avec les autres; un autre fut<a name="page_036" id="page_036"></a> l'autre +jour tué en revenant de soupper de la ville, pour vouloir sauver son +manteau: excusez si je ne vous ay fait prier de l'enterrement; nous +n'avons point fait de ceremonies, nous l'avons mis en nostre jardin au +pied d'un saux<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a><a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">[55]</a>.—C'est donc là vostre cymetière, ce dit la dame?—Et +elle respond: Toute terre est bonne à cela.—Et quelle raison avez-vous +eue de ceste mort?—Mon mary a poursuivy et fait prendre plusieurs +volleurs; mais par ce qu'il ne s'est pas voulu rendre partie, on les a +eslargis. Il est bien besoin que Dieu face la vengeance des meurtres, +car les prevosts criminels ne la font que pour de l'argent.</p> + +<p>—M'amie, c'est qu'il faut qu'il se remboursent de la vente de leurs +offices, lesquels anciennement on donnoit, speciallement le chevalier du +guet<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a><a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">[56]</a>, le prevost des mareschaux<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a><a href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">[57]</a>, le prevost de<a name="page_037" id="page_037"></a> l'Isle<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a><a href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">[58]</a>, le +prevost de la connetablie<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a><a href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">[59]</a>, et autres de justice criminelle; et +tandis que l'on leur vendra, jamais ne feront rien qui vaille. Le +messager d'Estempes fut l'autre jour vollé de quatre-vingts ou cent +escus; comme il fit sa plainte, et qu'il demandoit que l'on courut +après, le prevost des mareschaux luy demande cent escus d'avance pour sa +chevauchée, et, voyant que c'estoit double perte, il a mieux aymé +laisser la poursuitte du vol que d'en perdre d'avantage.</p> + +<p>—O Dieu! quel desordre! Je ne croy pas que le roy sçache la moitié de +ce qui se passe, car, s'il le sçavoit, il y mettroit ordre: il feroit +observer les loix. A quoy servent tant d'huissiers et sergens? A faire +monstre au mois de may<a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a><a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">[60]</a>, et à piller le manan; tant de prevosts de +mareschaux? à faire pendre ceux qui n'ont point d'argent; tant de juges +criminels? à bien prendre pour acquitter les debtes qu'ils contractent +pour achepter leurs offices; tant de commissaires de Chastelet? à +prendre pension des garses<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a><a href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">[61]</a>, des <a name="page_038" id="page_038"></a>maquerelles, des boulengers et de +tous ceux qui vendent viandes<a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a><a href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">[62]</a>, car à present tout est permis.</p> + +<p>—Je ne sçay si ces gens-là enrichissent, et si leurs biens durent +long-temps, car mon père, de son vivant, me disoit: Ma fille, les biens +que je te laisse viennent de mes grands-pères et bisayeuls, et +profiteront à tes enfans, s'ils sont gens de bien et qu'ils facent la +raison à la vefve et à l'orfelin, qu'ils ne prennent rien qu'ils ne +l'ayent bien <a name="page_039" id="page_039"></a>gaigné. C'est pourquoy, disoit-il, on ne voit point ès +maisons des financiers d'anciens héritages, car, quand ils font bastir +maisons, fermes et chasteaux, ils sont plustost hypotecqués qu'ils ne +sont couverts, plustost vendus qu'ils ne sont achevés, ou, s'ils +viennent à deperir, les grandes debtes sont causes qu'ils tombent en +masure.</p> + +<p>—Aussi vray, Madame, à propos de cela, la pluspart de mes parens +estoyent financiers, et qui avoyent grande vogue de leur temps, et si +j'ay esté long-temps si beste que je m'attendois à leur succession: +j'avois mon oncle le Hou, premier commis de l'espargne, mon cousin +Regnault, tresorier de l'extraordinaire, mon cousin Regnard, receveur +general de Paris, mon cousin Puget<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a><a href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">[63]</a>,<a name="page_040" id="page_040"></a> les Bourderets, les Salvancy, +et un tas d'autres ou il n'est pas resté du fil à lier un boudin.</p> + +<p>—Il y en a bien d'autres: et Montescot<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a><a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">[64]</a>, Sancy<a name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a><a href="#Footnote_65_65" class="fnanchor">[65]</a>, Geperny, +Des-Ruës, la Bistrade<a name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a><a href="#Footnote_66_66" class="fnanchor">[66]</a>, et ce grand fermier Louvet<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a><a href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">[67]</a>. Vramy! il n'y +a point de<a name="page_041" id="page_041"></a> faute de torcheculs sur leurs heritages, car il y a bien des +placarts; je ne sçay plus à qui on se fiera.</p> + +<p>—Pour moy, j'ay envie de me mettre du party de celuy qui a entrepris le +pont au Double<a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68"></a><a href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">[68]</a>, car luy et ses associez sont de bons compagnons; ils +ont trompé la cour de parlement et le public: ils ont fait semblant de +commencer un pont de pierre, qu'ils n'acheveront jamais<a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a><a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">[69]</a>; et ce +pendant,<a name="page_042" id="page_042"></a> avec un double de chacun homme, un sol du carrosse et de la +charette, le tribut des vidanges que l'on y porte, l'impost du bois +flotté, et autres imposts qu'ils prennent, ils tirent par jour plus de +soixante livres, et sont plus que remboursez des frais qu'ils ont faits; +et cependant font accroire que cela ne vaut rien, et continuent à +prendre le jour et la nuict, et s'entendent avec les volleurs, qui, à +une heure induë, pour un escu de tribut passent la rivière.</p> + +<p>—M'amie, c'est faute de le faire entendre à monsieur le procureur +general de la Cour: c'est un homme qui n'entend point de raillerie; s'il +le sçavoit, il y mettroit bon ordre; il empescheroit bien que trois ou +quatre partisans trompassent ainsi le public.</p> + +<p>Toute la compagnie ne s'ennuioit point de ces<a name="page_043" id="page_043"></a> discours; et cependant +l'accouchée, qui avoit envie de pisser, poussoit sa mère pour donner +congé à tous; et moy, qui estois à la ruelle, qui manquois de papier et +d'encre, me faschois de ne pouvoir tenir plus long registre de ce qui se +passoit, pour en advertir ceux qui y peuvent mettre ordre, remettant le +tout à une autre après-disnée.</p> + +<p><a name="page_044" id="page_044"></a></p> + +<p><a name="page_045" id="page_045"></a></p> + +<h3><a name="LA_SECONDE_APRES-DISNEE" id="LA_SECONDE_APRES-DISNEE"></a>LA SECONDE APRÈS-DISNÉE</h3> + +<h4>DU CAQUET DE L'ACCOUCHÉE<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a><a href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">[70]</a>.</h4> + +<p>Comme ordinairement, aux maladies froides et humides, la melancholie y +tient le premier rang, et que le seul remède de dissiper tous ses +nuages, c'est de prendre une heure de passe-temps pour se rasserener les +esprits debilitez et attenuez par la longueur de l'indisposition, ayant +veu ces jours passez que j'avois repris une partie de mon embonpoint à +entendre les devis recreatifs des femmes qui estoyent venuës visiter ma +cousine, accouchée depuis peu à la ruë de Quinquempoix, je me resolus, +puis que l'occasion m'avoit esté si favorable, et que tout avoit +tellement reüssy à mon advantage, d'y retourner pour la seconde fois, +esperant, si le caquet de la première après-disnée m'avoit apporté +quelque vigueur et quelque accroissement de santé, que les gaillards +entretiens de la seconde journée ne m'apporteroyent pas moins<a name="page_046" id="page_046"></a> de force +et de soulagement à dissiper le reste de l'humeur melancholique que la +maladie me pouvoit avoir laissé imprimé en la puissance imaginative.</p> + +<p>Cette resolution, excitée plustost d'une consideration interne de +reprendre mes premières forces, que d'une curiosité particulière que +j'aye d'entendre leurs discours (sçachant trop bien, selon ce que +j'avois peu voir auparavant, que les entreprises des femmes ne sont +fondez le plus souvent que sur des choses inutiles et de peu de +consequence), esveilla en moy un desir d'en voir la fin aussi bien que +le commencement. Je m'y rencontray donc à l'heure precise, où je trouvay +madame l'accouchée qui commençoit un peu à se bien porter. Je +m'enquestay de sa maladie, et elle reciproquement de ma disposition; je +luy dis qu'à la verité depuis l'autre jour qu'elle m'avoit fait ce bon +heur que de m'insinuer dans la ruelle de son lict, et que j'avois +entendu les discours des femmes qui l'estoyent venu voir, que ma maladie +s'estoit de beaucoup diminuée.—Vramy, mon cousin, respondit-elle, vous +en orrez bien tantost d'autres: car on m'a adverti que je recevray ceste +après-disnée la plus jovialle compagnie qui se puisse imaginer; mais, +afin que vous y preniez du contentement et que vous ne soyez descouvert, +derrière le chevet de mon lict il y a une petite estude, où l'on peut +entrer par une petite porte: de là vous entendrez facilement et sans +aucune doute.<a name="page_047" id="page_047"></a></p> + +<p>Je fus quelque temps, depuis une heure jusqu'à deux, à discourir avec +elle sur diverses particularitez qui se presentoyent; enfin, sur les +deux heures on commença de frapper à la porte: cela me fit resserrer +subtilement dans l'estude prochaine, qui respondoit sur le chevet du +lict, d'où je pouvois facilement et contempler les actions des femmes et +entendre leurs discours. La chambre bien parée, et les siéges dressez, +la compagnie entre, chacun prend sa place, on se saluë, et demeurèrent +quelque temps sans rien dire, comme par ceremonie et par respect l'une +de l'autre; toutesfois, comme les langues des femmes ne peuvent demeurer +arrestées, n'y ayant rien de plus mobile qu'elles, une damoyselle +d'auprez de la porte Sainct-Victor s'avança de dire: Vramy, Mesdames, +vous estes bien ceremonieuses; s'il vous arrivoit ce qui m'arriva +l'autre jour, sur les onze heures du soir, devant les Carmes +deschaussez, vous ne parleriez jamais de ceremonies: j'y fus entièrement +bruslée; c'est la raison pourquoy je n'ai pas deffait mon masque en +entrant<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a><a href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">[71]</a>, car je ne suis pas encor guarie tout à fait.</p> + +<p>—Comment, ma cousine, respondit une jeune mariée, estiez-vous à ce feu? +Je ne vis jamais un<a name="page_048" id="page_048"></a> tel desordre ny tant de degasts; un de mes frères y +a eu aussi toute la face emportée, et n'y a encor aucune apparence de +guarison.</p> + +<p>—Mais à quoy bon toutes ces superfluitez? dit alors une vieille +edentée? De mon jeune temps je n'oüis jamais parler de canoniser les +saincts de la façon<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a><a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">[72]</a>; c'est plutost les canonner que les +canoniser<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a><a href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">[73]</a>.</p> + +<p>—Tout beau, tout beau, ma tante, dit une marchande de la rue +Sainct-Denis: on en a bien fait davantage à Rome. Ce sont des +<a name="page_049" id="page_049"></a>resjouyssances publicques, il n'y a point de danger de faire quelques +fois ces superfluitez, quand on y est porté d'une pure et sincère +affection. Et puis, ce que les Carmes deschaussez en ont fait, ce n'a +esté que par le commandement de la reyne, qui a fourni ceste despence, à +cause que saincte Therèse estoit d'Espagne<a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a><a href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">[74]</a>.—Il n'importe, on y a +plus offencé Dieu mille fois que lui faire honneur, dit une bourgeoise +d'auprès Saint-Leu. Je vous promets, pour moy, que je n'approuve +aucunement ces choses. Combien pensez-vous qu'il y ait eu de filles +enlevées? Tous les bleds des environs sont renversez et bruslez; il ont +trouvé le mois d'août plustost que celuy de juillet.—Pour moy, dit la +femme d'un advocat du grand conseil, j'eusse esté d'avis de mettre +toutes ces superfluitez à la decoration de leur eglise; à tout le moins +cela leur fust demeuré, et les eust-on estimé d'avantage, sans faire +evaporer tant de richesses en fumée; cela eust allumé le feu de devotion +dans le cœur de ceux qui les eussent visité, où, au contraire, tout +l'air voisin et les champs des environs ont esté embrasez de leur +fuzées; j'ay encore un colet monté à cinq estages<a name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a><a href="#Footnote_75_75" class="fnanchor">[75]</a> qui est +entièrement<a name="page_050" id="page_050"></a> gasté. Encor si on eust allumé le feu à huict heures, on +n'y eust perdu tant de manteaux: tous les escoliers y estoyent en armes.</p> + +<p>—Mais ce qui est plus à rire, ma commère (dit la femme d'un procureur +de la paroisse Sainct-Germain), c'est qu'en allant à l'eglise des Carmes +deschaussez, j'entendis crier la Vie et miracles de madame saincte +Therèse. J'en voulus acheter une, afin de pouvoir gaigner les +indulgences; mais comme je fus retournée au logis, mon mary commença à +lire, et fust estonné qu'on avoit attribué deux pères à saincte +Therèse<a name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a><a href="#Footnote_76_76" class="fnanchor">[76]</a>: le premier, le roy dom Bermude, et le second, Alonse +Sanchez de Cepède; il n'y a peut-estre personne d'entre nous autres qui +y eut pris garde.</p> + +<p>—C'est peut-estre la faute de l'imprimeur, dit la femme d'un libraire +de la ruë Saint-Jacques; cela est excusable: c'est une chose qui arrive +souvent; on rapporta l'autre jour un livre à mon mary, où il y avoit +autant de fautes que de mots.—Une femme du palais, que tout le monde +cognoist assez bien, luy respondit: Ma commère, il ne se faut pas +esmerveiller: l'autre jour nous avions fait faire un factum chez un +certain imprimeur, demeurant en l'université, qui est bon <a name="page_051" id="page_051"></a>compagnon; +mais je ne vis jamais tant de fautes: en tous les lieux où il falloit un +V, il y avoit mis un Y grec<a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a><a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">[77]</a>; je ne sçais pas si c'est pour declarer +à tout le monde que mon mary porte les cornes.</p> + +<p>—Porter les cornes, dit la femme d'un conseiller de la Cour! il y a +plus de dix ans que mon mari en porte quelques unes, qui +l'accompagneront en fin jusques au tombeau; aussi bien a-il desjà un +pied dans la fosse; rien ne luy servira d'avoir une barbe reverende et +une calotte à l'antique.</p> + +<p>—Tout beau, ma cousine, dist la femme d'un Maistre des Comptes: il ne +faut jamais scandaliser son mary, principalement en une bonne compagnie. +Il faut empescher tant qu'on peut les langues de mal parler, et +particulièrement d'un bon vieillard comme vostre mary; cela est mal +seant: le bon homme n'y songe pas peut-estre; encor faut-il porter +quelque respect à sa barbe.</p> + +<p>—Mais à propos de barbe, dit une de la rue Sainct-Honoré, je vois +quelquefois passer un prelat, je ne sçay s'il est evesque ou +archevesque<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a><a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">[78]</a>, mais je ne vis jamais une telle barbe; on dit qu'il<a name="page_052" id="page_052"></a> +est tous les jours pour le moins deux heures à la peigner et attifer; il +n'y a point de ferremens assez à Paris pour la friser; il en fait venir +de Normandie.—N'en sçavez-vous que cela? dit une dame de la Cour. Je +cognois de nom et de surnom celuy dont vous parlez. Mais il fait bien +d'avantage: il a esté si curieux qu'il s'est fait peindre en cinq ou six +endroicts de ceste ville, et a envoyé des coppies de son pourtraict à +Rome, pour ravir les cardinaux de la beauté de sa barbe. Mon fils m'a +dit l'avoir veu en plus de six endroicts depeint dans Rome.—C'est de +quoy le reprenoit dernièrement un abbé vestu de rouge (dit la vefve d'un +Maistre des Requestes); mais il ne s'en soucie pas beaucoup, car, avec +le temps, il espère que sa barbe parlera grec, comme celuy qui la +porte.—Ho! ho! grec! dit une bossüe qui avoit leu la Bible, ce seroit +pire que l'asne de Balaam, qui parloit hebreu.—Vous avez leu la Bible, +luy dit une <a name="page_053" id="page_053"></a>boiteuse qui estoit assise contre le pied du lict.—A la +verité, Madame, j'en ai leu quelque chose; quelques fois j'y passe une +heure de temps.—Mais est-ce à faire aux femmes à lire et manier un +livre si hazardeux, qui tuë et occist ceux qui le veulent expliquer et +manier trop indiscrettement? Voilà d'où viennent tant de ministres et +tant d'errans que nous voyons aujourd'huy, qui tourneboulent, couppent, +rongnent et disposent de l'Escriture selon leur plaisir. Si est-ce +qu'ils ont beau feuilleter, on ne trouvera jamais dans la Bible qu'il +faille se rebeller contre son roy, et se partialiser contre l'authorité +de son souverain.—La bossüe alloit respondre, mais l'Accouchée, levant +un peu sa teste, ce pendant qu'on relevoit son oreiller: Mais, dit-elle, +Mesdames, vous ne dictes rien de l'armée; n'y a-il rien de nouveau? Il y +a long-temps que je n'en ay entendu aucun bruit.</p> + +<p>La femme d'un courrier extraordinaire, de la ruë aux Ours, prenant la +parole: Je receus, dit-elle, des lettres hyer au soir de la Cour, par où +on me mandoit que tout succedoit entièrement selon la volonté du roy: +les rebelles ne furent jamais si mal menez. Montauban est aux +abbois<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a><a href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">[79]</a>, la Rochelle enclose et fermée par mer et par terre<a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a><a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">[80]</a>.<a name="page_054" id="page_054"></a> Il +ne reste plus qu'à bien servir sa Majesté, comme font quelques uns; mais +il y en a d'autres qui veulent faire leur main, aussi bien que le +connestable deffunct, qui en un jour mettoit dix ou douze mille hommes +dans sa pochette: il y a de la tromperie partout<a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a><a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">[81]</a>.</p> + +<p>—Tromperie! dit une sculptrice de la ruë Sainct-Martin. Mercy de ma +vie! je vois là tous les jours devant ma porte mille sortes d'inventions +pour attraper l'argent du roy. Il ne suffit pas aux tresoriers de +gaigner cent mille escus en un an, ils veulent faire leurs commis et +partisans aussi riches qu'eux: s'il faut mener une voye d'argent à Sa +Majesté<a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a><a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">[82]</a>, on prendra quatre cens<a name="page_055" id="page_055"></a> hommes à qui l'on baillera tous les +jours un escu ou deux pour gages, de sorte que devant que l'argent soit +à l'armée, on trouvera, si on veut bien conter, qu'il couste quinze ou +seize mil escus à le mener. Et cela se fait tous les mois. Encor si ceux +qui conduisent les chariots se contentoient de cela; mais par où ils +passent, ils ruynent et gastent tout (je ne dis pas qu'il ne faille +accompagner l'argent qu'on envoye à Sa Majesté par un bon nombre de +soldats; mais il y a moyen de les treuver à meilleur marché).</p> + +<p>—J'entendois l'autre jour chez M. le prince qu'il s'en plaignoit +grandement (dit une fille de chambre).—Aussi y a-il de l'interest, +respondit sa sœur: car il est un peu avaricieux; il a bien pris son +temps: voicy une belle occasion, où il se garnira comme il faut. Quant +je pense à ses liberalitez, je ne peux me tenir de rire. Il me souvient +que j'estois un jour à la messe aux Enfans-Rouges, où de fortune il +arriva. Comme il entendoit chanter un <i>Salve</i>, il demanda à celuy qui +chantoit combien il prenoit.—Dix-huict deniers, Monsieur, luy +respondit-il, car il ne le cognoissoit pas, tant son train est +grand.—Tiens, dit-il, chantes-en un pour moy, je te donne trois sols. +N'estoit-ce pas se mettre en frais?</p> + +<p>—C'est à faire à M. de Soubize (dit une autre qui estoit freschement +revenuë de Poictou) de se mettre en frais; il y entre jusques aux reins, +et<a name="page_056" id="page_056"></a> sans son cheval, qui estoit fort et massif, il y eust entré pour +jamais; aussi l'a-on placé et enroollé dans la Chronologie et le +martyrologe des rebelles<a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a><a href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">[83]</a>, qui est grossi depuis un an de trois +volumes entiers.</p> + +<p>Une certaine de Languedoc: On n'a garde d'y mettre M. de Rohan +(dit-elle), ny de l'enchroniquer si avant dans les Annales: car il ne +s'est jamais trouvé aux meslées; il sçait mieux escrimer de l'espée à +deux jambes que d'une picque. Ne l'a-il pas fait paroistre à +Saint-Jean-d'Angely<a name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a><a href="#Footnote_84_84" class="fnanchor">[84]</a> et en tant d'autres lieux, où sa poltronnerie +l'a signalé par dessus tous ceux de son party? Pour M. de la Force, il a +joüé un tour de son mestier: car quand il a veu qu'il estoit forcé, et +que toute sa force avoit perdu sa pointe devant Thonins, Clerac et +autres places, il s'est rendu quasi comme en reculant, et a attrappé de +bon argent<a name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a><a href="#Footnote_85_85" class="fnanchor">[85]</a>.</p> + +<p>—Il ne le tient pas encore (dit une grande<a name="page_057" id="page_057"></a> dame qui a esté mariée +depuis peu à un homme de soixante ans); je sçay de bonne part qu'il n'a +encorerien touché, sinon la promesse que M. de Chomberg<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a><a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">[86]</a> luy a +faicte; mais il faut qu'il face voir les effects de la sienne +auparavant.</p> + +<p>—Pour mon regard (dit alors une marchande du Palais), c'est une +estrange chose que nous ne faisons plus rien: il n'y a plus de curiosité +à Paris; depuis que le roy est party<a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a><a href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">[87]</a>, nous n'avons<a name="page_058" id="page_058"></a> fait aucun +trafic; la boutique, qui souloit estre remplie, est vague; les +courtisans et la noblesse s'en sont allez avec le roy, de sorte que nous +perdons infiniment; et encor, qui pis est, les loüages des boutiques +nous ruynent.</p> + +<p>—Comment, loüage! respondit une gantière de dessus le pont Nostre-Dame. +Vramy, vous devez bien vous plaindre! Je ne sçay comme on n'y met ordre: +il n'y a pas un petit trou sur le pont, depuis le bruslement<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a><a href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">[88]</a> et +l'incendie du feu<a name="page_059" id="page_059"></a> qui arriva en octobre dernier, qui ne soit rehaussé +de la moitié; nous ne gaignons pas le loüage de nos chambres; encor, +depuis que la mode est venuë de porter des gans à l'Occasion et à la +Negligence<a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a><a href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">[89]</a>, toute la marchandise que nous avions à la Guimbarde<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a><a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">[90]</a> +a perdu sa vente et n'est plus en credit. Mais patience! puisque c'est +la mode, il faut vivre à l'Occasion.</p> + +<p>Sur ce mot de mode et d'occasion, une jeune<a name="page_060" id="page_060"></a> brunette qui vend de +l'encre nouvelle<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a><a href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">[91]</a> sur le pont: Hélas! dit-elle, ma mie, c'est bien à +nous à nous plaindre des destins si cruels, et à vivre à l'occasion! La +fortune nous a bien tourné le dos; depuis que le roy est party, nous +n'avons pas gaigné un teston en nostre boutique. Si ce n'estoit le petit +trafic que nous faisons au logis, je ne sçay comment il nous seroit +possible de vivre. Ce n'est pas faute de marchands, nostre boutique est +tousjours assez garnie: vous y en trouverez tousjours trois ou quatre; +mais leur bourse est si sterile qu'il n'y a point moyen de tirer ny +d'arracher une pistolle d'eux.</p> + +<p>Sa sœur alloit advancer quelque propos; mais sa mère, interrompant +son discours, bien que d'un front ridé, dit ces paroles: Mes enfans, il +faut prendre patience; nous sommes en un temps miserable, où le vice a +tellement pris pied dans la nature que la vertu s'en est bannie et +exilée d'elle-mesme; on ne parle que de coupeurs de bourses, que de +Grisons<a name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a><a href="#Footnote_92_92" class="fnanchor">[92]</a> et Rougets<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a><a href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">[93]</a>; et mesme<a name="page_061" id="page_061"></a> c'est une chose estrange que les +archers, qui devroient empescher le desordre, au lieu d'y prendre garde, +s'endorment et s'assoupissent sur la venaison.</p> + +<p>—Et moy, dit une jeune marchande d'auprès le Chastelet qui dès le +lendemain de ses nopces à emmoysé<a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a><a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">[94]</a> et acteonisé son mary, le plaçant<a name="page_062" id="page_062"></a> +dans le zodiaque au signe du Capricorne, arrive ce qu'il pourra, je ne +peux plus manquer; il ne m'en chaut que nous ayons guerre ou paix, je +suis asseurée sur un bon et ferme pillotis; mes enfans ont des benefices +dès l'instant de leur conception, et mesme devant que l'embrion soit +formé.</p> + +<p>—Je ne m'estonne plus pourquoy les femmes ont tant de mal à se +descharger de leur fruict, dit la mère de l'accouchée, veu que leurs +enfans sortent avec la crosse et la mittre en teste.</p> + +<p>—Mes enfans, repliqua la marchande, n'ont ni crosse ni mittre, mais +j'espère que celuy en qui j'ay fondé ma confiance en aura bien-tost; à +tout le moins on m'a dit que l'evesché<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a><a href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">[95]</a> est en grand bransle, et +qu'il sent bien la resinée. Si cela est, je vous laisse à penser du +succez de mes affaires, et comme je m'accommoderay, pourveu qu'il me +face tousjours participante de ses affections et de sa faveur.—Mais +vous n'en dictes mot, de la faveur, dit une fille de chambre qui aymoit +à parler des affaires d'estat.<a name="page_063" id="page_063"></a></p> + +<p>—Ne parlez point de choses qui nous sont indifferentes, repliqua sa +maistresse: les murailles ont des oreilles; on ne sçait quelque fois +devant qui on parle.</p> + +<p>—Il est vray, Madame, dit la femme d'un advocat du Chastelet: on me +disoit l'autre jour qu'une honneste compagnie estant venuë voir madame +l'accouchée, qu'il y avoit derrière son lict un certain quidam qui +tenoit registre de tout ce que la compagnie disoit; ce qui ne tourne +qu'à nostre desavantage, car chacun nous appelle caqueteuse. Si +d'avanture il y estoit maintenant, il nous luy faudroit bailler son +change.</p> + +<p>Et moy qui entendois toutes ces plaintes, je me resjouyssois de n'avoir +pris ma première place, car sans doute on m'eust faict un affront.</p> + +<p>—Nostre Dame! dit alors une damoiselle de marque, parlant à +l'accouchée, y auroit-il bien quelqu'un de si hardy que de nous jouër ce +tour-là?</p> + +<p>—Je vous promets, madamoiselle, que je n'en ay ouy parler aucunement.</p> + +<p>Une vieille ridée alors se leva: Je vous jure saincte Brigide (dit-elle) +que j'en sçauray la verité. Et de ce pas elle alla en la ruelle du lict, +où elle trouva le nid; mais l'oyseau s'estoit envolé. Et moy, qui +m'esclattois de rire, je ne peus jamais mettre en ligne de compte tout +ce que deux ou trois bourgeoises se disoyent secrettement à<a name="page_064" id="page_064"></a> l'oreille. +Là, là, Madame, en bonne compagnie il ne faut rien celer: est-ce de la +faveur que vous parlez?</p> + +<p>—Comment parlerions-nous de la faveur? il n'en a plus.</p> + +<p>—Il y a deux ans que le feu connestable faisoit bien ses affaires +devant Sainct-Jean-d'Angely, dit l'autre<a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a><a href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">[96]</a>: il avoit la solde pour +40,000 hommes, et n'en entretenoit pas vingt-cinq mille. C'est la cause +qu'on n'a pas pris Montauban l'an passé, ma commère: il n'avoit pas +seulement dix mille hommes là devant. N'est-ce pas une volerie? Mais il +a trouvé le terme de ses pilleries dans Monheur<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a><a href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">[97]</a>.</p> + +<p>—Je voudrois que vous eussiez veu la <a name="page_065" id="page_065"></a>prediction du curé de +Mil-Monts<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a><a href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">[98]</a> sur ce sujet, dit la femme d'un astrologue de +l'Université; vous l'eussiez admiré. Il y a bien dix mois qu'il +l'apporta en nostre logis<a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a><a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">[99]</a>; elle estoit ainsi:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Quand L. sera changé en R.</td></tr> +<tr><td align="left">Et Loys changé en vray roy,</td></tr> +<tr><td align="left">Lors nous verrons ce vice-roy,<a name="page_066" id="page_066"></a></td></tr> +<tr><td align="left">Ce connestable de Luyne,</td></tr> +<tr><td align="left">Qui s'esvanoüira en LaiR,</td></tr> +<tr><td align="left">Et sera changé en Ruyne<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a><a href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">[100]</a>.</td></tr> +</table> + +<p>Jamais il ne fit prediction<a name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a><a href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">[101]</a> plus certaine; mais de ses deux frères +on n'en parle plus. Que font-ils?</p> + +<p>Lors la femme d'un certain secretaire porte-<a name="page_067" id="page_067"></a>calotte dit: Madame, depuis +que la teste est à bas, tout le reste ne vaut plus rien. Je l'ay bien +remarqué en nous depuis la mort de feu Mgr. le connestable: nous y +perdons plus de cent mil escus; ses deux frères<a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a><a href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">[102]</a> n'y perdent pas +moins. Il y en eut un l'autre jour qui pensa mourir à Saumur de despit: +il voulut jouër en trois rafles avec un certain de la cour; mais de +malheur il ne sceut amener qu'une rafle de quatre, et l'autre luy donna +une rafle de cinq. Aussi il ne faut jamais s'adresser à des mareschaux: +ils sont du naturel des chevaux, ils ruent.</p> + +<p>—Mamie, dit une dame de la cour, la decadence de l'un, c'est +l'eslèvement de l'autre: le marquis d'Ancre est tombé, Luyne a pris sa +place; Luyne est tombé. Pour trois pelerins qui alloyent en Esmaü, on +vit aussitost naistre quatre evangelistes dans le conseil. Maintenant on +ne faict plus rien que par l'advis de M. le prince de Condé, c'est le +ressort de la guerre<a name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a><a href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">[103]</a>; mais le roi<a name="page_068" id="page_068"></a> commence à s'ingerer dans les +affaires plus avant qu'il n'avoit encore faict; luy-mesme il veut +assister à tout ce qui se delibère. Cela sera cause que plusieurs +n'oseront desrober si hardiment que l'an passé.</p> + +<p>Une femme de Tresorier d'auprès l'hostel de Guise, voulant mettre son +nez en cette cause: Arrive, dit-elle, ce qui pourra, Monsieur de +Joinville ne s'en soucie pas; il est maintenant remplumé<a name="FNanchor_104_104" id="FNanchor_104_104"></a><a href="#Footnote_104_104" class="fnanchor">[104]</a>, il a +l'oyseau et les plumes. Qu'il le faict beau voir avec les diamans du +connestable!<a name="page_069" id="page_069"></a> Comme il se rit du soing et du travail que ce pauvre +deffunct a eu d'acquérir tant de richesses! On luy demandoit l'autre +jour quelque debte qui estoit sur le registre dès long temps: Ouy da, +dit-il, il est raison que je vous paye: ma femme, outre son bien, m'a +donné cent mille escus pour payer mes debtes.</p> + +<p>—Que voulez-vous, ma commère! dit une rousse du mesme cartier, ainsi va +la fortune: l'un monte, l'autre descend. Pour moy, je ne l'ay jamais +esprouvé favorable à mes désirs: j'ay dix enfans en nostre logis, dont +le plus grand n'a que xij. ans; il me met hors du sens; j'avois fait +venir un pedan de l'université pour le tenir en bride, mais il y a perdu +son latin. Ils seront en fin contraints d'aller demander l'aumosne, si +le temps dure.</p> + +<p>—Il y a tant de pauvres maintenant, dit une bourgeoise de qualité, que +nous en sommes mangez. Je ne sçay comment on ne fait pas un reiglement +sur le desordre; mais ceux qui ont charge des bureaux sont bien aises de +pescher en eau trouble.</p> + +<p>—Il y a un moyen très facille d'y remedier, dit la veufve d'un +eschevin. Du temps que mon mary estoit en charge, il y voulut apporter +un expedient; mais les gros bonnets n'y voulurent jamais songer. +Premierement, ou les pauvres sont impuissans, ou habiles à faire quelque +chose: si<a name="page_070" id="page_070"></a> impuissans de bras, il les faut employer aux reparations de +la ville, ils ont bon dos; si impuissant des jambes, il les faut mettre +en un lieu à part, et leur apprendre à travailler des mains<a name="FNanchor_105_105" id="FNanchor_105_105"></a><a href="#Footnote_105_105" class="fnanchor">[105]</a>. S'ils +peuvent faire quelque chose, à quoy est bon de voir tant de gueux par +les ruës? Mercy de ma vie! j'en parle comme sçavante, car dernierement +ils en pensèrent voller en mon logis. Il seroit besoin d'y remedier pour +les viellards. A quoy sert de nous taxer et cottiser pour les pauvres +enfermez, si on ne les y renclost?—Chacun approuvoit assez son dire, +quand une tavernière de l'Université se leva: Ce n'est pas tant aux +gueux qu'il faut prendre garde, dit-elle, qu'à une infinité de vagabonds +et de courreurs de nuict, qui pillent, vollent, destroussent mesmes tous +nos marchands ordinaires, et, qui pis est, ils empruntent le nom des +escoliers, et font semblant d'estre<a name="page_071" id="page_071"></a> de leur caballe; mon mary y pensa +perdre la vie l'autre jour, près des Cordeliers<a name="FNanchor_106_106" id="FNanchor_106_106"></a><a href="#Footnote_106_106" class="fnanchor">[106]</a>.</p> + +<p>—Mais on ne parle plus des Cordeliers<a name="FNanchor_107_107" id="FNanchor_107_107"></a><a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>, dict une vieille de la +paroisse de Sainct-André; on ne sçait plus quel party ils tiennent, on +n'y recognoist plus rien. Il y en a encor quelques uns qui portent des +souliers fendus; mais je crois que c'est<a name="page_072" id="page_072"></a> plustost pour la chaleur que +pour l'austerité ou le bon desir qu'ils ayent de reprendre la reforme, +car ils ont desjà la plus part quitté le manteau.</p> + +<p>—Tout beau, Madame, dit une devote qui estoit en un coin! il ne faut +jamais mal juger de son prochain: il y a encor de fort bons religieux là +dedans. Ne sçavez-vous pas qu'on voit toujours quelque grain de zisanie +parmy le froment? Il est impossible autrement, car on ne recognoistroit +par les bons d'avec les meschans, ny le vice de la vertu.</p> + +<p>—Je ne plains en cela que le pauvre père general, dit la femme d'un +advocat de la cour, de n'avoir peu faire entheriner ses lettres au +parlement; mon mary y a travaillé en ce qu'il a peu, et toutesfois il +n'a rien effectué. N'est-ce point une chose estrange que ce bon père, +qui est l'humilité mesme et le miroir où tous les religieux de son ordre +devroient mouler leurs actions, aye tant pris de peine et travaux de +venir en France pour trouver ses enfans rebelles? Je ne sçay, pour moy, +où le monde d'aujourd'hui a l'esprit.</p> + +<p>Une de la ruë Sainct-Anthoine, qui n'avoit point encor parlé, oyant +discourir d'esprit: Par sainct Jean, Madame, je vous vay conter le plus +plaisant conte que jamais vous ayez entendu d'un esprit<a name="FNanchor_108_108" id="FNanchor_108_108"></a><a href="#Footnote_108_108" class="fnanchor">[108]</a> (mais il +estoit domestique et familier).<a name="page_073" id="page_073"></a> Un bon compagnon, depuis quinze jours +en çà, s'est mis en cervelle de faire l'esprit, de sorte qu'il +espouventoit tous les petits enfans de nuict. Ce pendant il disoit au +maistre du logis que l'esprit s'estoit apparu à luy, et qu'il falloit +faire un service à un costé et un pelerinage à l'autre: on lui +fournissoit l'argent, dont il s'accommodoit fort bien. En fin il pria un +jour son maistre de le laisser coucher dedans son estude, et +qu'infailliblement il feroit en sorte, par ses inventions, qu'on +n'entendroit plus d'esprit, ce qu'il fit: car, estant dans l'estude, il +print huict cens livres à son maistre, et depuis on n'a point ouy parler +d'esprit.</p> + +<p>—Il n'y a pas long temps que la mesme chose arriva en nos cartiers, dit +une femme d'auprès Sainct-Jacques de la Boucherie; mais l'esprit ne peut +jouer si bien son personnage que celuy dont vous parlez, car il fut mené +prisonnier au Chastelet.<a name="page_074" id="page_074"></a></p> + +<p>—Saincte Barbe! n'en sçavez-vous que cela? dit une femme du faux-bourg +Sainct-Germain; vramy, on en dit bien d'autres en nos cartiers: on tient +qu'il revient un esprit dans les Carmes deschaussez (je ne sçay si ce +n'est point celuy qui s'est fait enterrer en son jardin). L'autre jour +la reyne en voulut sçavoir des nouvelles certaines<a name="FNanchor_109_109" id="FNanchor_109_109"></a><a href="#Footnote_109_109" class="fnanchor">[109]</a>: elle y envoya +un gentil-homme, qui sur ce suject fut prié de disner au refectoir; mais +il n'eust pas loisir de manger: car l'esprit, bien qu'invisible, luy +deschira son collet et son pourpoint.</p> + +<p>—N'est-ce point aussi la deesse Cerès<a name="FNanchor_110_110" id="FNanchor_110_110"></a><a href="#Footnote_110_110" class="fnanchor">[110]</a>, qui est<a name="page_075" id="page_075"></a> sur l'eglise des +Carmelines, qui demande ses interests sur les bleds et les terres qui +ont esté gastées dernierement? dit une du faux-bourg Sainct-Michel.</p> + +<p>—Madame n'a pas trop mauvaise raison, dit une autre jeune fille qui +avoit les pasles couleurs: car, comme on a desjà dit, il y eut un grand +degast, et encor toute ceste estenduë appartient à de pauvres +particuliers, qui d'autre part estoient assez en disette sans souffrir +ceste perte. Vous sçavez qu'un escu à un pauvre qui en a besoin vaut +autant que dix escus à un riche qui n'en a aucune indigence; mais on +tient que les Chartreux deffendront leur cause, car les terres des +environs<a name="page_076" id="page_076"></a> où fut fait ce degast leur appartiennent, c'est leur propre.</p> + +<p>—Je vous responds, ma commère, dit la femme d'un clerc, quand ils se +mettroyent en procez, je ne sçay si l'affaire leur succederoit selon +leurs desirs, car tout est aujourd'huy corrompu, l'argent fait tout; il +y a tant de tours de souplesse entre ceux qui plaident, tant de +destours, ambiguitez, labyrinthes et faux chemins, qu'il est bien +difficile de parvenir au vray temple de la Justice. On ne fait +maintenant trophée que de tromper son prochain; tel aujourd'huy vous +monstre beau visage, qui en son cœur vous voudroit avoir mangé<a name="FNanchor_111_111" id="FNanchor_111_111"></a><a href="#Footnote_111_111" class="fnanchor">[111]</a>.</p> + +<p>—Et vous, Madame, à ce coin, vous ne dites mot, dit une jeune femme de +la ruë du Coq. Il semble, à vous voir, que vous ayez de la tristesse: +est-ce point qu'on vous a mariée contre vostre volonté? (Elle parloit à +une jeune femme de la ruë Sainct-Marceau<a name="FNanchor_112_112" id="FNanchor_112_112"></a><a href="#Footnote_112_112" class="fnanchor">[112]</a>, qu'on avoit mariée depuis +peu, mal-gré l'inclination qu'elle avoit, à un certain<a name="FNanchor_113_113" id="FNanchor_113_113"></a><a href="#Footnote_113_113" class="fnanchor">[113]</a> partisan du +père Denis.) Il a pourtant des commoditez, et il peut en bref vous +rendre dame<a name="page_077" id="page_077"></a> d'honneur; plusieurs montent aujourd'huy de la cave à la +première chambre.—Vous ne dictes jamais rien plus vray, Madame: il a +des moyens, à la verité. Mais vous, qui estes toute fraiche, vous sçavez +bien que ce n'est pas là la consequence; les premiers feux sont +tousjours plus cuisans, et les premières flammes plus poignantes que les +dernières<a name="FNanchor_114_114" id="FNanchor_114_114"></a><a href="#Footnote_114_114" class="fnanchor">[114]</a>.</p> + +<p>—Comment, se dit une de ces anciennes voisines, vous avez donc aymé +quelque autre, qui avoit preoccupé vostre cœur devant le mariage?</p> + +<p>—Ouy, Madame; mais la consideration des biens a aveuglé mes parens<a name="FNanchor_115_115" id="FNanchor_115_115"></a><a href="#Footnote_115_115" class="fnanchor">[115]</a> +à me faire embrasser un party où je n'ay eu d'affections<a name="FNanchor_116_116" id="FNanchor_116_116"></a><a href="#Footnote_116_116" class="fnanchor">[116]</a>.</p> + +<p>—Là, là, Madame, dit une autre, vous estes dans les biens jusques aux +yeux; cela vous doit porter à passer vostre printemps parmi les delices +du monde.—Si nous avons du bien, replicqua-elle, nous ne l'avons pas +acquis, encor nous faut-il soustenir de grands procez<a name="FNanchor_117_117" id="FNanchor_117_117"></a><a href="#Footnote_117_117" class="fnanchor">[117]</a> pour +l'usurper; mais à tout le moins il se faut resouldre: tout ce qu'est bon +à prendre, comme on dit, sera bon à rendre.</p> + +<p>—Encor vaut-il mieux faire restitution que de se laisser excommunier, +dit une vieille qui avoit fait son temps.<a name="page_078" id="page_078"></a></p> + +<p>—Mais que diriez-vous d'une rencontre où je me trouvay l'autre jour? +dit une sage-femme. Une certaine de nos voisines<a name="FNanchor_118_118" id="FNanchor_118_118"></a><a href="#Footnote_118_118" class="fnanchor">[118]</a>, sur l'esperance +qu'elle avoit d'une succession, accoucha de deux enfans; mais c'est bien +le pis qu'ils ne partageront aucunement au gasteau<a name="FNanchor_119_119" id="FNanchor_119_119"></a><a href="#Footnote_119_119" class="fnanchor">[119]</a>. Je vous laisse +à penser combien le père est fasché maintenant d'avoir si fort avancé sa +besogne: il pensoit tromper les autres, il s'est trouvé trompé<a name="FNanchor_120_120" id="FNanchor_120_120"></a><a href="#Footnote_120_120" class="fnanchor">[120]</a>.</p> + +<p>—Voylà mon conte, dit la première. Pour le jourd'huy on ne tasche qu'à +envahir le bien d'autrui. N'avez-vous point ouy parler des Pères de +l'Oratoire<a name="FNanchor_121_121" id="FNanchor_121_121"></a><a href="#Footnote_121_121" class="fnanchor">[121]</a>, qui ont fait mille tours et <a name="page_079" id="page_079"></a>ambassades pour +s'installer dans Sainct-Louys de Rome, disans que cela leur +appartenoit<a name="FNanchor_122_122" id="FNanchor_122_122"></a><a href="#Footnote_122_122" class="fnanchor">[122]</a>?</p> + +<p>—J'en ay ouy quelque mot en passant, dit la femme d'un certain Italien +de la ruë Sainct-Honoré; mais on dit qu'ils vouloyent bannir et chasser +tous les pauvres prestres françois qui se retirent en ce lieu, pour y +prendre leurs places et en recevoir les usufruicts<a name="FNanchor_123_123" id="FNanchor_123_123"></a><a href="#Footnote_123_123" class="fnanchor">[123]</a>.</p> + +<p>—Voylà comme ils font dans Sainct-Honoré:<a name="page_080" id="page_080"></a> ils veulent supprimer toutes +les chanoineries, dit une autre, et s'installer en leurs places, afin +qu'au temps advenir ils ayent tout le revenu<a name="FNanchor_124_124" id="FNanchor_124_124"></a><a href="#Footnote_124_124" class="fnanchor">[124]</a>; mais ils en pourront +bien torcher leur bouche, aussi bien que des six mille escus de rente +qu'ils pretendoient d'avoir à Rome en l'eglise Sainct-Louys.</p> + +<p>—Mon mary me conta l'autre jour la plus belle plaisanterie du monde, +dit la femme d'un conseiller du conseil privé. Quand on les va voir, ils +font apporter une carte.—Messieurs, disent-ils, voicy nostre plan<a name="FNanchor_125_125" id="FNanchor_125_125"></a><a href="#Footnote_125_125" class="fnanchor">[125]</a>: +voilà le grand autel, icy sera la porte, icy la sacristie; voilà les +chappelles.—Ouy; mais, mon père, vous n'aurez guères de veuë de ce +costé-là<a name="FNanchor_126_126" id="FNanchor_126_126"></a><a href="#Footnote_126_126" class="fnanchor">[126]</a>.—Nous aurons<a name="page_081" id="page_081"></a> bonne veuë, Monsieur: il ne nous faut point +de lunettes pour voir les benefices. Voicy la chappelle de monsieur un +tel, voilà la chappelle de son frère.—Mais qui sont toutes ces petites +entrées que je vois dans vostre plan?—Ce sont des oratoires, Monsieur: +à chasque chappelle il y en aura deux. Cela coustera, à la verité, mais +les bonnes gens nous ayderont: monsieur un tel nous baille cinq cens +escus pour sa chappelle, l'autre autant, et son cousin autant; pour les +oratoires, on ne les vend que deux cens escus.—Et ainsi, ma commère, +tout leur bastiment est payé devant que d'avoir faict les fondemens.</p> + +<p>—Si est-ce pourtant que je les trouve bonnes personnes (dit une autre): +ils sont si doux, si affables! Il semble à voir que la courtoisie soit +peinte dans leur visage.</p> + +<p>—Je n'en vois pas au contraire, respondit la conseillère; ils sont très +pieux et très devots: il est permis à tout le monde de songer à son +profit. Je voudrois que leur eglise fut desjà bastie: il n'y a rien que +j'affectionne tant que d'ouyr leur<a name="page_082" id="page_082"></a> musique et leur chant +melodieux<a name="FNanchor_127_127" id="FNanchor_127_127"></a><a href="#Footnote_127_127" class="fnanchor">[127]</a>. Ce n'est que la forme de recreation ce que j'en dis; je +ne crois pas les offenser, ni personne qui soit en la compagnie.</p> + +<p>Sur ce mot de compagnie, on commença à entendre un bourdonnement par la +chambre: les unes disoyent qu'elle entendoit parler des Pères de la +societé, les autres en parloyent ambiguement et à l'oreille, de sorte +qu'à peine pouvois-je entendre ce qu'elles disoient. Une entr'autres, +relevant ceste assistance, comme assoupie dans ces discours, et +extravaguée tantost deçà, tantost delà, reprit la parole pour madame +l'accouchée: Mais vous ne dictes rien (dit-elle) de Madame: la voilà +desormais guarie et en bon poinct.</p> + +<p>—Elle n'en aura que le mal avec le temps, respondit la mère; encore +est-ce un plaisir quand<a name="page_083" id="page_083"></a> on a de beaux enfans qui ne sont point +contrefaits ni deffigurez; cela apporte du contentement et au père et à +la mère.</p> + +<p>—La beauté externe du corps (dit une autre, femme d'un certain advocat +qui fait le philosophe) est souvent un signe de la beauté de l'esprit: +car l'ame, qui de soy est capable de tout sçavoir et de tout comprendre, +faict des effects bien plus admirables quand elle se trouve en un corps +bien organisé, et qui a ses parties mieux disposées à exercer ses +fonctions.</p> + +<p>—Holà! Madame, ne passez pas plus outre, dit une vieille chapperonnière +à l'antique: car nous n'entendons pas la moitié de vostre discours; il +n'y a personne en la compagnie qui entende et puisse comprendre des +choses si hautes et relevées, sinon Madame qui est à ce bout, car elle a +leu Calvin, Clement Marot, Beze et une infinité de grands philosophes.</p> + +<p>—Mercy de ma vie (dit-elle), ouy, je les ay leus! qu'en voulez-vous +dire, vieille sans dents?</p> + +<p>La compagnie se retourna pour la voir, car la colère luy estoit montée +au visage et luy avoit marqué le front d'un vermeillon empourpré.</p> + +<p>—N'est-ce pas une estrange chose (dit-elle) qu'on en veut tant à nostre +pauvre religion? On nous appelle libertins, cruels, acariastres, +imposteurs, semeurs de zisanies, la peste des Estats et l'origine de +tous les malheurs qui ont inondé par<a name="page_084" id="page_084"></a> toute la France, et toutesfois il +n'y a rien de plus simple que nous: nous ne demandons que la paix; nous +ne cherchons que concorde et fraternelle amitié; tout nostre but ne tend +qu'à la reformation.</p> + +<p>—Par le vray Dieu, c'est bien à faire à vous à nous reformer! dit la +vieille; il y a douze cens ans que la France a quitté son erreur pour +s'enrooller sous les drappeaux de la vraye Eglise, et aujourd'huy une +femme voudra la reformer! Il ne faut qu'un Calvin, qu'un Luther et deux +autres moynes reniez et appostats pour faire refleurir l'ancienne +majesté de l'Eglise!</p> + +<p>Un petit chien, qu'une certaine damoiselle de la rue Sainct-Paul portoit +pour passe-temps, entendant parler de Calvin, leva la teste, croyant +qu'on l'appelast, car c'estoit son nom, ce qui fut assez remarqué de la +compagnie; mais sa maistresse le reserra sous sa cotte, de peur de faire +deshonneur aux saincts.</p> + +<p>L'autre ne discontinua pas pourtant son discours: Et venez ça +(dit-elle), m'amie; si vous voulez parler avec verité et sans passion, +d'où sont venus toutes les guerres civiles qui ont miné et deserté toute +ceste monarchie depuis quatre-vingt ou cent ans? Vostre religion +n'a-elle pas allumé le feu aux quatre coins de la France? N'avons nous +pas veu (au moins mon père me l'a dit cent fois), depuis l'advenement du +roy Henry II<a name="page_085" id="page_085"></a> à la couronne jusqu'à maintenant, tout ce royaume +bouleversé de fond en comble pour votre subject<a name="FNanchor_128_128" id="FNanchor_128_128"></a><a href="#Footnote_128_128" class="fnanchor">[128]</a>? On vous a veu +naistre tous armez comme les gensdarmes de la Toison-d'Or que Jason +deffit; à peine eustes-vous succé la doctrine impie de Calvin et de +Luther que vous minutastes dès lors la ruine de ceste couronne. +N'avez-vous pas fait des extorsions estranges, où vostre fureur et +vostre rage a peu avoir le dessus? Combien de provinces, de villes, de +bourgades et de bonnes maisons ont esté ruinées par vos partisans! La +Guienne, le Languedoc, les plaines de Jarnac, de Moucontour, de Dreux, +et une infinité de fleuves sont encore empourprez de sang, et jamais, +toutefois, la fortune ne vous a esté favorable en toutes les rencontres +et batailles qui se sont données contre vous; le Ciel n'a jamais secondé +vos <a name="page_086" id="page_086"></a>monopoles; vos gens y ont tousjours laissé les bottes, et +aujourd'huy il y en a entre vous de si acharnez qu'ils en recherchent +les esperons<a name="FNanchor_129_129" id="FNanchor_129_129"></a><a href="#Footnote_129_129" class="fnanchor">[129]</a>. Il s'agissoit<a name="page_087" id="page_087"></a> alors de la religion; c'estoit à vous +à vous deffendre. Mais maintenant que le roy veut protéger tous ses +sujects en paix, sous l'authorité de ses edits; qu'il ne demande que +l'entrée de ses villes, et qu'il ne requiert autre tesmoignage de +l'affection et de l'hommage que vous luy devez que l'obeyssance en tous +les lieux qui sont du ressort de son domaine, ceux de la religion luy +ferment les portes, font des assemblées et monopoles contre sa volonté, +portant opiniastrement les armes contre son service, tranchent du +souverain en leurs factions, disposent des provinces et deniers royaux, +constituent gouverneurs où bon leur semble, partagent tout ce royaume à +leur volonté; bref, se persuadent que la France ne doive plus respirer +que par leur moyen. Vous voilà tantost à la fin de la carrière: le roy +tient le haut bout; plusieurs en bref viendront collationner en Grève +pour aller soupper à l'autre monde.—Elle disoit ces paroles d'un +cœur enflammé pour le service du roy, qu'elle voit estre profané par +telles gens; d'autre costé, l'autre, qui avoit la bouche ouverte pour +luy respondre, confuse de la verité, luy alloit chanter injure, si la +compagnie ne l'eut retenuë; une entre <a name="page_088" id="page_088"></a>autres, voulant mettre le hola, +monstra de quelle estoffe estoit sa robbe: Ce n'est pas, dit-elle, aux +femmes à s'entremesler si avant dans les affaires, et principalement où +il s'agit de religion: car, outre que notre sexe est imbecille à +proposer les raisons de part et d'autre, nous nous laissons incontinent +emporter à la colère. Si du Moulin estoit icy, peut-estre qu'il +deffendroit le party de Madame.</p> + +<p>—Du Moulin, dit la femme d'un musnier, c'est un grand docteur! il +quitte la bergerie et les oüailles au temps de la persecution. Vramy! +voilà bien comme il faut faire; au lieu de songer au troupeau que le +Seigneur luy a donné en garde, il s'enfuit pour eviter les coups. Calvin +ny Luther ne faisoient point cela du temps de la primitive Eglise.</p> + +<p>—Que voulez-vous! dit une demoiselle assez jovialle, c'est un moulin +qui tourne à tous vents: il a veu qu'il n'y avoit plus rien à moudre à +Charanton, il a quitté la praticque et a pris ses aisles pour s'envoller +à Sedan<a name="FNanchor_130_130" id="FNanchor_130_130"></a><a href="#Footnote_130_130" class="fnanchor">[130]</a>.</p> + +<p>Comme on estoit sur ce discours, voicy une<a name="page_089" id="page_089"></a> nouvelle compagnie qui +entre. On s'estonna de les voir si tard, et principalement l'accouchée, +car le temps approchoit qu'elle desiroit congedier l'assistance. Ce fut +qu'on recommença les reverences. Ma cousine (elle parloit à +l'accouchée), nous venons du Landy, où nous n'avons pas veu grandes +raretez; je vous asseure que les marchands n'y gaigneront pas chascun +dix mil escus.—Si est-ce pourtant qu'il y en a quelques uns qui y font +bien leur besongne, dit une gantière.—On fait d'aussi bons coups au +Landy qu'à la foire Sainct-Germain, repliqua l'autre; les jeunes gens +font des parties avec leurs maistresses et sont bien ayses d'avancer la +besongne devant le mariage, de peur d'estre renvoyez à la cour des +aydes. Demandez-en vostre advis à deux jeunes marchandes d'auprès +Saincte-Opportune: nous les avons veuës faire leurs quinze tours dans +Sainct-Denis, puis elles sont allées achever le reste de leur voyage +dans le bois de Nostre-Dame-des-Vertus, où je me recommande.<a name="page_090" id="page_090"></a></p> + +<p>—Ainsy va le temps d'aujourd'huy, dit la mère de l'accouchée; les +filles donnent tant de privauté aux jeunes gens, que bien souvent ils +empruntent un pain sur la fournée, et puis, quand quatre mois après le +mariage madame vient à accoucher, c'est à se plaindre entre nous: Helas! +ma pauvre fille n'a point porté son fruict à terme, elle a faict quelque +effort! Et tous les efforts qu'elles font, c'est qu'elles marchent +quelquefois sur la platte d'une orange, et glissent dans un lieu infame.</p> + +<p>—Il y en a qui ne sont point en ceste peine (dit une dame d'honneur), +car dès l'aage de six ans, ils placent leurs filles en religion, sans +sçavoir si elles y sont propres ou non, et bien souvent il faut sauter +les murailles.</p> + +<p>—Aussi vray, Madame, dit sa voisine, vous ne rencontrastes jamais +mieux; la pluspart le font pour agrandir leurs maisons, les autres pour +des considerations particulières; mais tous en general, et les parents +et les religieuses, ne songent qu'à leur profit.</p> + +<p>—Pour faire bien maintenant son profit, dit la femme d'un certain +receveur, il faut s'associer avec ceux qui tiennent la ferme du sel<a name="FNanchor_131_131" id="FNanchor_131_131"></a><a href="#Footnote_131_131" class="fnanchor">[131]</a> +et avec les commissaires des guerres: les premiers font<a name="page_091" id="page_091"></a> leur profit et +desrobent par mer, et les autres pillent et vollent par terre; on fait +passer des batteaux chargez de sel soubs main, et puis ils font les +rencheris. D'autre costé, les tresoriers et commissaires des guerres +sont en saison; s'il leur faut faire un payement de deux ou trois mil +livres: Monsieur, diront-ils à un capitaine, nostre argent n'est pas +encore arrivé; s'il vous plaist d'avoir un petit de patience... L'autre, +qui est pressé, les quitte pour la moitié, et ainsi monsieur le +tresorier se trouve aussi riche tout seul que ceux à qui, en general, il +aura fait son payement<a name="FNanchor_132_132" id="FNanchor_132_132"></a><a href="#Footnote_132_132" class="fnanchor">[132]</a>, sans les passe-vollans<a name="FNanchor_133_133" id="FNanchor_133_133"></a><a href="#Footnote_133_133" class="fnanchor">[133]</a> qu'ils +admettent dans les compagnies.—M'amie, cela ne sera pas long-temps +ainsi: le roy y mettra bon ordre. Quand il en<a name="page_092" id="page_092"></a> aura chastié deux ou +trois, les autres n'y retourneront plus.</p> + +<p>Tandis, le temps s'escouloit insensiblement. La nourrisse eut bien +désiré de dire un mot devant que de partir, mais sa maistresse la remit +à un autre jour et pria sa mère de congedier la compagnie, ce qui +m'apporta du contentement<a name="FNanchor_134_134" id="FNanchor_134_134"></a><a href="#Footnote_134_134" class="fnanchor">[134]</a>, car, si elle y eut sejourné plus +long-temps, il m'eut fallu faire comme le diable que vit un jour sainct +Martin, qui, tenant registre derrière le pillier d'une eglise de tout ce +que trois ou quatre femmes disoyent, et voulant allonger le papier qui +luy manquoit avec les dents, de mal'heur il se frappa la teste contre le +pillier. Moy, de peur que le mesme accident ne m'arrivast, j'ay mieux +aymé remettre le tout à une autre fois.<a name="page_093" id="page_093"></a></p> + +<h3><a name="LA_TROISIEME_APRES-DISNEE_DU_CAQUET_DE_LACCOUCHEE" +id="LA_TROISIEME_APRES-DISNEE_DU_CAQUET_DE_LACCOUCHEE"></a>LA +TROISIÈME APRÈS-DISNÉE<br /><br /><small>DU<br /><br />CAQUET +DE L'ACCOUCHÉE<a name="FNanchor_135_135" id="FNanchor_135_135"></a> +<a href="#Footnote_135_135" class="fnanchor">[135]</a>.</small></h3> + +<p>Depuis hier j'ay appris d'un certain medecin de mes amis que les potages +blancs estoient grandement profitables aux accouchées, et que l'on ne +pouvoit leur apprester aucun assaisonnement ou viande plus propre, +d'autant qu'elles ont besoin de restringens propres pour arrester le +grand flux qui arrive aux femmes lors de leur accouchement, outre qu'il +est besoin de les resserrer; ce qui me fit songer aussi tost à ce que +j'ay ouy dire d'un drosle qui, le jour de l'accouchement de sa femme, +s'escrioit devant la porte de la maison:<a name="page_094" id="page_094"></a> Largesse, largesse! Je fis mon +profit de ce que me dit le medecin, pour le dire le lendemain à ma +cousine, que je fus visiter pour pouvoir escouter tout ce que celles qui +la visiteroient rapporteroient, tant des affaires particulières de leurs +maisons que de celles de dehors, et, m'estant rendu au logis à l'heure +accoustumée, je vis l'accouchée, laquelle n'estoit pas trop contente de +la visite qu'elle avoit eu le jour d'auparavant, d'autant (disoit-elle) +qu'il pourra sembler à la compagnie que, pour luy faire moins d'honneur, +l'on y avoit fait trouver des fruictières, des femmes de meuniers<a name="FNanchor_136_136" id="FNanchor_136_136"></a><a href="#Footnote_136_136" class="fnanchor">[136]</a> +et autres racailles, qui estoient si impudentes et effrontées que de +parler avec des femmes de Messieurs des Comptes, de secretaires, de +tresoriers et autres de qualité.</p> + +<p>Après luy avoir dict ce que j'avois apris de ce medecin, je me plaçay +dans le cabinet qui est au chevet de son lict, et me mis là en estat +d'escrire; et songeant à ce que je commancerois, la femme d'un +commissaire des guerres, qui porte l'attour de damoiselle, combien +qu'elle soit cousine germaine de M. I. G.<a name="FNanchor_137_137" id="FNanchor_137_137"></a><a href="#Footnote_137_137" class="fnanchor">[137]</a>, entre, et, après avoir +faict la reverence assez bien, car elle est courtisane il y a fort +long-temps, s'assit et dit que le temps estoit<a name="page_095" id="page_095"></a> fort inconstant, et que +le bon-heur luy en avoit bien voulu depuis un an en çà, car son mary +avoit eu suject de revenir de la guerre, ayant eu les jambes cassées, où +il faisoit assez bien ses affaires, mais que pour ce suject il estoit +dispensé de servir, et ne laisseroit de recevoir ses gages par deçà, +tout ainsi que s'il y estoit.—Pour moy, dit l'accouchée, encores est-ce +un contentement quand hors d'exercice l'on est bien payé, veu que +pendant iceluy on a toutes les peines d'estre payé des thresoriers, qui +font passer tant de passe-volans que c'est merveille, et en disant +qu'ils n'ont point d'argent font faire composition d'ordinaire à la +moitié, à la confusion du pauvre soldat et au profit de monsieur le +tresorier.—Veritablement, Madame, dit la damoiselle, vous avez touché +au but, car cela est vray; et ils font bien pis: ils font à toute heure +croire au roy qu'il n'y a point d'argent dans ses coffres, et l'obligent +par ce moyen à trouver de nouvelles inventions pour en avoir, ce qui ne +se fait jamais qu'à la foule du pauvre peuple, lequel est à present aux +plus grans abbois du monde.—Mais encores, dictes-moy, Madamoiselle, +quels sont les plus communs profits de Messieurs les commissaires des +guerres,<a name="page_096" id="page_096"></a> veu que ces estats sont tant recherchez aujourd'hui, que +beaucoup de tresoriers, conseillers, presidens, advocats, procureurs et +autres y placent leurs enfans et parens? Pour mon regard, il me prend +envie de dire à mon mary qu'il en aye un pour vivre plus à son +aise.—Madame, dit la damoiselle, le gain est si grand que (s'ils +veulent) ils peuvent mettre trois ou quatre livres de poudre dans leurs +pochettes autant de fois et à chaque coup de canon que l'on tire; ainsi +des boulets, ne faisant mettre assez souvent que de la bourre dans les +canons, comme ont fait plusieurs au premier voyage du roy vers +Montauban.—Pendant ces discours, plusieurs damoiselles et bourgeoises +entrèrent en la chambre, lesquelles prirent place.</p> + +<p>Une damoiselle, femme d'un autre tresorier des guerres qui se trouva là, +prenant la parole, dit comme en cholère: Madamoiselle, puisque Monsieur +vostre mary est de l'artillerie, vous ne devriez pas parler si +ouvertement. Ne sçavez-vous pas qu'il est besoin de celer le secret des +charges de nos maris, lesquels ne nous les disent qu'avec grande +difficulté, de peur que l'on n'en face quelque rapport au roy, lequel +est assisté de flatteurs qui nous font ronger les ongles d'assez près? +Et tant s'en faut qu'il faille en parler, qu'au contraire il se faut +toujours plaindre. Croyez-vous que nostre cuisine fust si grasse qu'elle +est, et que nous <a name="page_097" id="page_097"></a>aurions tant de suitte de valets et servantes, si le +roy voyoit bien clair en nos affaires? Et pour empescher la recherche +que l'on voulut faire, il y a quelques années, des tresoriers de la +France, ne composa-on pas avec les partisans? Et asseurez-vous que l'on +ne fera pas autrement si l'on les recherche de nouveau, comme l'on en +murmure.</p> + +<p>—Madamoiselle, ce dit la femme d'un secretaire, je vous prie de croire +que MM. les tresoriers de France ne seront pas recherchez, car ils sont +trop grands seigneurs, et que si l'on entreprenoit ceste affaire, ce ne +seroit que pour tirer quelque pièce d'argent<a name="FNanchor_138_138" id="FNanchor_138_138"></a><a href="#Footnote_138_138" class="fnanchor">[138]</a>; mais toutesfois, pour +que l'on ne descouvre leurs affaires à tout le monde, je pense qu'il n'y +a rien meilleur que de courir au devant, et de jetter, comme on dit, à +la gueule une somme d'argent pour n'en estre point parlé. Mais je sçay +bien que l'on en veut fort aux greffiers, qui reçoivent plus que leurs +droicts, et<a name="page_098" id="page_098"></a> s'ingèrent de faire des charges qui sont deües à d'autres, +ou au moins prennent des charges en tel nombre que six ou sept jeunes +hommes seroient honnorablement employez, lesquels, au moyen de ce, +perdent leur jeunesse faute d'offices et d'exercice; outre qu'ils sont +cause que les offices sont très chers et se vendent à si haut prix<a name="FNanchor_139_139" id="FNanchor_139_139"></a><a href="#Footnote_139_139" class="fnanchor">[139]</a> +que bien souvent aussi on n'en peut avoir, car ils en cèlent le revenu.</p> + +<p>La femme d'un conseiller dit: Mes damoiselles, voulez-vous que je vous +die ce que mon mary me disoit l'autre jour à propos des greffiers? Il me +dit qu'il s'estonnoit de ce qu'une place de greffe du Chastelet de ceste +ville de Paris a esté venduë dix mille escus, laquelle place, à son +avenement à son office de conseiller, ne se vendoit que mil escus. +N'est-ce pas pour s'estonner avec raison? Car quelle apparence de +gaigner l'interest de ceste somme? Il dict qu'il est impossible, et que +l'affluence des affaires et les droits ne sont si<a name="page_099" id="page_099"></a> grands; pour le +regard du tour de baston<a name="FNanchor_140_140" id="FNanchor_140_140"></a><a href="#Footnote_140_140" class="fnanchor">[140]</a>, on le faict aussi grand<a name="FNanchor_141_141" id="FNanchor_141_141"></a><a href="#Footnote_141_141" class="fnanchor">[141]</a> que l'on +veut. L'on ne sçauroit juger de la volonté des hommes et de leur +intention; mais sçay-je (comme dict mon mary) que l'on ne sçauroit faire +son salut en cest exercice, et qu'il faut de necessité exiger plusieurs +droicts qui ne leur sont deubs.</p> + +<p>—La femme d'un greffier qui estoit là dict: Madamoiselle, vous parlez +bien des greffiers, mais vous ne sçavez pas la recherche que l'on veut +faire des conseillers; et l'on dict qu'ils ne doivent faire faire des +comparitions en leurs maisons, car les arrests de la Cour les leur +deffendent. Vramy, Madamoiselle, vous devriez bien prendre garde à vos +affaires; vous serez peut-estre plustost en peine que nous, car l'on +commencera premierement par vous et non que par nous.<a name="page_100" id="page_100"></a></p> + +<p>L'accouchée, levant la teste, dit alors: Là, Mesdames, je vous prie de +prendre ce qui se dit icy par forme de devis, et non pas au point +d'honneur, car c'est à faire aux hommes de le debattre, et prevoir ce +que nous pouvons dire. Parlons, s'il vous plaist, d'autres choses. +N'avez-vous veu et leu les questions de Tabarin<a name="FNanchor_142_142" id="FNanchor_142_142"></a><a href="#Footnote_142_142" class="fnanchor">[142]</a>.</p> + +<p>—Ouy, Madame, dit la femme d'un secretaire du roy, je les ay leuës il +n'y a pas un mois; mais je n'y prends pas beaucoup de plaisir, car l'on +m'a dit qu'il y a bien à dire de ce que dit Tabarin et de ce que l'on a +escrit sous son nom, et qu'il n'y a rien de tel que de l'ouyr.</p> + +<p>—Vramy, Madamoiselle, dit la femme d'un medecin, je l'ay ouy dire ainsi +à mon mary; mais il trouve que Mont-d'Or dit beaucoup confusement, et +s'estonne de la facilité des bourgeois de Paris, qui se laissent +persuader si legerement à ses discours<a name="FNanchor_143_143" id="FNanchor_143_143"></a><a href="#Footnote_143_143" class="fnanchor">[143]</a>, qu'à le voir debiter +aujourd'huy sa marchandise il semble qu'il arrive tout <a name="page_101" id="page_101"></a>nouvellement en +ceste ville: car il la departit en si grande quantité que rien plus.</p> + +<p>La femme d'un des tresoriers repliqua: Madame, c'est peut-estre la bonne +mine de Mont-d'Or qui luy fait debiter sa marchandise si promptement: +car il y a des personnes qui m'obligeroient plustost à prendre quelque +chose d'eux que non pas les autres.</p> + +<p>Peut-estre que la bonne façon de son commis<a name="FNanchor_144_144" id="FNanchor_144_144"></a><a href="#Footnote_144_144" class="fnanchor">[144]</a> luy faisoit tenir ce +discours, car on dit quelle luy porte quelque affection. J'en appris des +nouvelles il n'y a pas long-temps; mais, sans la scandaliser, elle ne va +guères aux champs sans luy, faisant croire à son mary qu'elle craint les +rencontres mauvaises. Mais oserois-je dire qu'une femme d'un procureur +de la Cour de parlement ne fait rien que par la volonté de son clerc? Et +le plus souvent, quand elle veut prendre un collet monté, il faut +prendre l'advis du clerc pour sçavoir s'il est bien empezé ou non; et, +s'il ne le trouve bien, il le rompt et froisse entre les mains, en +disant qu'il ne veut pas qu'elle le porte, et si elle pense dire qu'il +couste de l'argent, il repond que ce n'est pas grand chouse d'un teston.</p> + +<p>La femme du medecin, reprenant la parole à<a name="page_102" id="page_102"></a> propos de Mont-d'Or, dit: +C'est vray que la bonne mine provoque quelquefois à prendre de la +marchandise, encore bien que l'on n'en aye affaire<a name="FNanchor_145_145" id="FNanchor_145_145"></a><a href="#Footnote_145_145" class="fnanchor">[145]</a>; mais l'on n'en +peut pas dire autant de Desiderio des Combes, que l'on nomme +Charlatan<a name="FNanchor_146_146" id="FNanchor_146_146"></a><a href="#Footnote_146_146" class="fnanchor">[146]</a>, car il n'a pas bonne trongne<a name="FNanchor_147_147" id="FNanchor_147_147"></a><a href="#Footnote_147_147" class="fnanchor">[147]</a>, et de bien dire il +luy en manque autant; on dit aussi qu'il le sçait bien confesser. Pleust +à Dieu que chacun fust aussi libre de confesser sa naïfveté! En cela +l'on peut croire qu'il n'est pas charlatan, si ce n'est que l'on veut +dire qu'il use de mots <a name="page_103" id="page_103"></a>estranges pour mieux vendre et debiter ses +drogues, et par ce moyen en baille à garder aux uns et aux autres; +toutefois il faut sçavoir qu'en la medecine il y a des mots fort +obscurs, et de l'art (comme l'on dit), et si cela n'avoit lieu, il +faudroit dire que les apotiquaires et medecins, pour oster la commodité +au menu peuple de composer de soy-mesme quelques medecines, usent de +mots barbares, combien que les choses et drogues qu'ils signifient +soient très communes.</p> + +<p>—Je l'ay ouy dire ainsi, dit la femme d'un secretaire, qui ayme fort à +ouyr parler de la medecine et pharmacie, car son premier mary estoit +empirique et distillateur de la royne, et dit luy avoir ouy dire plus, +sçavoir, qu'il y a des herbes dans nos jardins dont nous pourrions bien +ayder et servir pour notre santé, si nous en avions la cognoissance, et +que le plus souvent l'on s'en sert à la medecine et pharmacie, et les +apotiquaires les nomment par mots grecs, latins ou arabes, de façon qu'à +cause des noms, le plus souvent ils font croire qu'ils viennent des +Indes-Orientales ou Occidentales, etc.</p> + +<p>La femme d'un notaire qui estoit là dit: Pour mon regard, j'ai demeuré +il y a jà quelque temps chez un apotiquaire; mais je ne luy ay veu +employer que des herbes que l'on racle souvent dans nos jardins, et me +souviens qu'un jour, comme j'estois à la boutique, l'on envoya commander +une<a name="page_104" id="page_104"></a> medecine: l'apotiquaire ne prit pas d'autres herbes ny ingrediens +que ces meschantes herbes. Depuis j'ay veu les parties pour celuy auquel +on porta la medecine, lesquelles sont pleines de tant de discours +estranges, que pour moy je n'y cognois que le haut alleman, car il y +avoit Or, Occ, Arab, et toutefois je cognoissois tout ce qui estoit +entré en ceste medecine, et je jure la foy qu'il n'y entra jamais que de +meschantes herbes.</p> + +<p>—Vramy, Madame, dit la femme de ce secretaire cy-dessus, il ne s'en +faut pas estonner, car s'ils ne faisoient ainsi, ils n'enrichiroient pas +leurs enfans comme ils font. Ne sçavez-vous pas qu'à S.-Germain un +apotiquaire a laissé des moyens suffisamment à son fils pour avoir un +office de payeur, qui vaut huict mil escus et plus? Mais qui vous diroit +qu'ils font aujourd'hui leurs enfans conseillers de la Cour, dont y a eu +un grand bruict entre Messieurs du Parlement, qui ne les veulent +recevoir, à cause de la qualité? Mais il y a un bon remède à cela: c'est +qu'il se font recevoir au Parlement de Bretagne le plus proprement du +monde.</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la femme de ce medecin, je ne sçay si vous sçavez +qu'un apotiquaire à quitté la moitié de sa boutique pour acheter un +office de secretaire; et qui plus est, sçavés-vous que femme et fille +pleurent ses pechez tous les jours, et n'ont autre resjoüyssance que de +prier<a name="page_105" id="page_105"></a> Dieu en son logis ou dans les eglises? Mais que ne diray-je pas +des chirurgiens, qui donnent des offices de controoleurs, ou semblables, +qui valent quinze à seize mil francs, à leurs fils? et quant à leurs +filles, il ne leur manque que le masque<a name="FNanchor_148_148" id="FNanchor_148_148"></a><a href="#Footnote_148_148" class="fnanchor">[148]</a> que l'on ne les prenne pour +damoiselles: elles osent bien aussi faire comparaison avec elles à cause +de leurs moyens.</p> + +<p>La femme de ce secretaire dit: Je vous jure, Madame, que jamais je ne +fus plus estonnée. J'estois en une fort honneste compagnie l'autre jour, +où il arriva un jeune muguet vestu à l'adventage, avec l'habit de satin +decoupé, le manteau doublé de panne de soye, le chappeau de castor et le +bas de soye<a name="FNanchor_149_149" id="FNanchor_149_149"></a><a href="#Footnote_149_149" class="fnanchor">[149]</a>, lequel se mit à cajoler une bonne heure<a name="page_106" id="page_106"></a> entière, et +usoit de toutes sortes de complimens. Après qu'il fust sorty, je +m'enquestay quel il estoit: l'on me dit qu'il estoit fils d'un +chirurgien; mais jamais je ne vis rien de plus leste, car il a mine de +quelque courtisan. Aujourd'huy l'on ne cognoist<a name="page_107" id="page_107"></a> plus rien aux habits: +tout est permis, pourveu que l'argent marche; quant on parle à +quelqu'un, on ne sçait si l'on doit dire Monseigneur ou Monsieur +simplement.</p> + +<p>—Mais que dira-on de l'apotiquaresse qu'un chacun cognoist bien? dit la +femme du notaire. Elle contrefaict si bien la belle, qu'il luy semble +bien qu'ouy. N'avez-vous pas ouy dire qu'elle va souvent en la cour du +Palais, et que l'on est bien receu chez elle pourveu qu'on luy porte? +Quant à elle, elle n'est nullement ceremonieuse.</p> + +<p>Sur ces entrefaittes le medecin et le chirurgien entrent, qui fut cause +que l'on changea de discours, et toutes les damoiselles et dames qui +estoient presentes leur demandèrent s'il y avoit de l'amendement en +l'accouchée, et si elle avoit encores la fièvre qui l'avoit tourmentée +les jours precedens. Ils dirent qu'elle en avoit encores quelque +reliqua, mais que, Dieu aydant, elle seroit bientost à son aise; et +incontinent ils sortirent. Après, l'accouchée dit à la compagnie: Sur +quels discours estiez-vous demeurez, Mesdames?</p> + +<p>La femme d'un conseiller, prenant la parole, dit que l'on parloit des +enfans des medecins et apotiquaires de Paris, et qu'il n'y avoit que +trop à dire sur eux, mais qu'il y avoit encores plus à redire sur les +orfévres: Car j'en cognois, dit-elle, un qui a plus de suject de vacquer +à fermer sa boutique que non pas à l'ouvrir, d'autant qu'il y<a name="page_108" id="page_108"></a> en entre +plus qu'il n'en sort: je dis des marchands; aussi a-il une assez jolye +femme; je ne dis pas qu'elle face l'amour, car il y a long-temps qu'il +est fait, outre qu'elle est prescritte et ne sert plus qu'à un, dit-on, +qu'elle nomme son frère.</p> + +<p>La femme du medecin replicqua: Quoy! Madamoiselle, seroit-il possible +qu'elle fust entretenue par son frère?—Madame, dit la damoiselle, on le +dit ainsi, proche la ruë aux Ours.—Madamoyselle, ils meriteroyent donc +tous deux d'estre punis, car c'est un grand peché<a name="FNanchor_150_150" id="FNanchor_150_150"></a><a href="#Footnote_150_150" class="fnanchor">[150]</a>.</p> + +<p>Mais, dit la damoiselle, que doit-on juger d'une femme qui descouche +quelquefois au desçeu de son mary, comme elle fait?—Vramy, +Madamoiselle, dit la femme d'un medecin, c'est pour donner suject de mal +parler d'elle, beaucoup plus que ces filles qui avoyent esté perduës +l'espace de vingt-quatre heures, car elles ont esté emmenées contre leur +volonté, et non pas elle, qui ne pouvoit pas estre forcée.—Il est vray, +dit la damoiselle.</p> + +<p>—Je ne sçay, dit la femme du medecin, si je<a name="page_109" id="page_109"></a> vous oserois dire que la +femme d'un jeune orfèvre demandoit, ainsi que j'entendis l'autre jour en +passant, à un jeune homme, s'il avoit une maistresse, et qu'il devoit +luy acheter une monstre qu'elle tenoit, pour luy en faire present; ce +qui fut cause que je m'arrestay court à une boutique vis-à-vis, pour +voir et contempler les actions de ceste jeune femme. Je remarquay tant +de folies et de sottises entre ces jeunes gens que rien plus, dont je +fus fort estonné, et avec moy le voisin au logis duquel je m'estois +arresté. Il faut crier: Au chat! au chat!</p> + +<p>—A propos de monstre, dit la femme d'un conseiller, il me souvient que +la femme d'un orfévre avoit attrapé d'un jeune homme une belle monstre +pour jouyr de ses beaux yeux chassieux, qu'elle a esté depuis +contraincte rendre, mesmes en la presence de son mary, qui feignoit n'en +sçavoir rien. La feinte fut bonne aussi de la part de l'orfevaresse, car +elle dit que le jeune homme l'avoit oubliée le jour de devant, et que +l'on ne la luy vouloit pas retenir.</p> + +<p>L'on apporta pendant ces discours un panier de cerises très belles à +confire à l'accouchée, de la part d'un sien parent orfèvre, qui fut +cause que l'on changea de discours, et que la femme du medecin dict +qu'elle s'estoit trouvée depuis huict jours en çà en compagnie vers la +rue de la Coustellerie, où l'on faisoit confire des cerises, et avoit<a name="page_110" id="page_110"></a> +remarqué que l'on en mettoit à part pour Monsieur un tel, à cause de la +sollicitation d'un procez qu'elle avoit gaigné: car son mary ne dit mot, +fait le tacet en sa presence, et elle court partout.</p> + +<p>—Je fus il n'y a pas long-temps en la ruë Sainct-Jacques, dit la mesme +femme du conseiller, pour y acheter des pots à confiture; mais j'y +appris de belles nouvelles: on disoit qu'une certaine jeune femme avoit +esté emmenée à Roüen, et que son mary l'estoit allé querir, et qu'il +l'avoit fait mettre prisonnière, ensemble celuy qui l'enmenoit; que cet +affaire avoit esté accordé moyennant cinq ou six cens livres.</p> + +<p>La femme d'un advocat, qui estoit en la compagnie, dit: Mesdames, je +l'ai ouy dire ainsi à mon mary, qui plaida la cause; et, bien +d'avantage, celuy qui a payé cet argent a bien eu encores du différend +avec eux: car ils ont plaidé au criminel pour des injures; le mary a eu +des deffenses contre ce tel de mesfaire ny mesdire.</p> + +<p>—Que dira-on, dit la femme d'un conseiller, de la belle vitrière? A +propos de pots de verre, je ne sçay s'il est vray qu'elle fait benir ses +verres par un P. (sans offenser l'ordre); mais à la Tournelle on en +parle fort, comme aussi de sa sœur, qui va voir quelquesfois madame +de la Pille.</p> + +<p>L'accouchée fit le holà pour parler de l'imprimerie, et commença +elle-mesme à dire: Mesdames, ceste sœur dont Madamoyselle a parlé a<a name="page_111" id="page_111"></a> +bien advancé son mary par le moyen de Monsieur un tel, qui a bien du +credit chez les libraires, principalement sur ceux proche le +Puis-Certain<a name="FNanchor_151_151" id="FNanchor_151_151"></a><a href="#Footnote_151_151" class="fnanchor">[151]</a> et de la ruë Sainct-Jacques.</p> + +<p>La femme du conseiller dit qu'elle en cognoissoit bien une, laquelle +court et va souvent au marché neuf avec une jeune passementière de +dessus le pont, et la femme d'un advocat, au quartier de l'Université, +pour satisfaire à des assignations qu'elles donnent au Coq, où se +débroüillent plusieurs affaires dont leurs maris ne sont capables: car +elles n'y vont qu'à leur desçeu, deux ou trois fois seulement par +semaine.</p> + +<p>—Il est bien à craindre (dit la femme du medecin) que la nécessité ne +face joüer quelques amours entre une femme de ce cartier-là et un jeune +homme, tous deux de l'Université, ou bien le peu d'amitié qu'elle a pour +son mary; je sçay bien au moins qu'il y a bien du soubçon, et peut-estre +avec raison.</p> + +<p>—Il y a bien pis, dit la femme du conseiller: on dict que deux jeunes +femmes de la ruë Sainct-Jacques se vont pourmener à deux lieuës de cette +ville, en la compagnie de deux jeunes hommes qui leur assignent heure, +jour et rencontre par un<a name="page_112" id="page_112"></a> mot de lettre, et que par mal'heur la lettre +ayant esté veuë par les maris, ils simulèrent n'en rien sçavoir, et le +jour venu dirent à leurs femmes qu'ils alloient aux champs, dont elles +furent bien ayses, croyans par ce moyen avoir le temps libre pour aller +à leurs assignations, où elles ne manquèrent non plus que leurs maris, +qui se desguisèrent et entrèrent à l'hostellerie où se passoient les +affaires, et d'une chambre proche qu'une simple cloison separoit de la +leur, ils entendirent faire la feste à la façon de la beste à deux dos, +dont ils demeurèrent bien estonnez, et avec leur courte honte s'en +reviennent en ceste ville, se consolans en eux-mesmes contre l'infortune +qu'ils disoient estre commune à plusieurs, disans que leurs femmes n'en +avoient apporté la mode en France. Je vous demande si ces maris-là ne +meritent pas bien cela? Je sçay bien qu'il n'y a point de soubçon de ce +costé-là, car l'affaire est toute certaine.</p> + +<p>—Madame, dit la femme du medecin, les livres sont de grand prix, et si +j'ay ouy dire à mon mary qu'il y a des temps que certains livres qui ne +valent par cinq sols pièce, valent pistolles, de sorte que ceste +marchandise augmente souvent et ne diminuë guères, et ainsi ils +s'enrichissent fort, ce que ne peuvent pas faire ceux qui impriment ou +font imprimer tant de nouveautez ou phantasies qui se publient et +debitent tous les jours.<a name="page_113" id="page_113"></a></p> + +<p>—A propos de nouveautez, dit la femme du conseiller, on fit present +l'autre jour à mon mary d'un petit discours intitulé l'esprit de la Cour +qui va de nuict<a name="FNanchor_152_152" id="FNanchor_152_152"></a><a href="#Footnote_152_152" class="fnanchor">[152]</a>; mais d'autant que la matière ne respond en façon +du monde au titre, je voudrois que celui qui l'a faict eust un esprit de +jour, et non pas de nuict, obscur et perdu, afin qu'il peust +recognoistre ce qu'il veut escrire, car on n'y cognoist rien.</p> + +<p>—Mais que vous semble, dit la femme du medecin, de ceste relation +generale des conquestes et victoires du roy sur les rebelles<a name="FNanchor_153_153" id="FNanchor_153_153"></a><a href="#Footnote_153_153" class="fnanchor">[153]</a>?</p> + +<p>—C'est du papier mal employé, dit la femme du conseiller, car il n'y a +rien de remarquable, qui soit de l'histoire; l'ordre n'y est pas bien +gardé, et, qui plus est, l'on escrit par là que Clerac a esté pris et +reduit à l'obeyssance de Sa Majesté depuis la ville de Negrepelisse, qui +a esté renduë au roy depuis quinze jours seulement<a name="FNanchor_154_154" id="FNanchor_154_154"></a><a href="#Footnote_154_154" class="fnanchor">[154]</a>. Je ne m'estonne +pas de toutes ces fautes, et des faussetez qui se passent aux escrits +d'aujourd'huy.<a name="page_114" id="page_114"></a></p> + +<p>—J'ay veu, dit la femme du maistre des requestes, un discours de la +prise de Sainct-Antonin<a name="FNanchor_155_155" id="FNanchor_155_155"></a><a href="#Footnote_155_155" class="fnanchor">[155]</a> qui est fort mal faict aussi, car l'autheur +met à la fin ce qu'il doit mettre au commencement, sçavoir, la sommation +aux habitans de se rendre, après avoir escrit la reduction, qui est +posterieure.</p> + +<p>—J'ay veu aussi, dit la femme du medecin, deux discours de la vie de la +dame Therèse<a name="FNanchor_156_156" id="FNanchor_156_156"></a><a href="#Footnote_156_156" class="fnanchor">[156]</a>, en l'un desquels il est escrit qu'elle a eu deux +pères, en l'autre qu'elle n'en a eu qu'un; mais je pense que l'imprimeur +n'a peu lire l'escriture de l'autheur, ou bien qu'il ne l'a pas releu. +Au moins, il semble que l'autheur ait voulu dire qu'au monastère dont +est question, il y avoit deux filles du nom de Therèse, l'une desquelles +estoit fille d'un<a name="page_115" id="page_115"></a> nommé Bermude, et l'autre (qui est la veritable mère +et saincte Therèse) estoit fille d'un nommé Sanchez: car je l'ay appris +ainsi. Toutesfois l'on a eu tort de faire ceste faute en l'impression, +car il y a de la peine de faire sçavoir les erreurs au menu peuple, qui +est par trop grossier et lourd d'esprit.</p> + +<p>—J'ay veu aussi, dit la femme du conseiller, un discours du Courtisan à +la mode, imprimé il n'y a pas long-temps, lequel n'estoit autre chose +qu'un extraict ou transcrit de l'Espadon satyrique<a name="FNanchor_157_157" id="FNanchor_157_157"></a><a href="#Footnote_157_157" class="fnanchor">[157]</a> mot pour mot, ce +qui ne se devroit tolerer:<a name="page_116" id="page_116"></a> car c'est tromper et abuser le monde. J'ay +ouy dire, mais je ne sçay s'il est vray, qu'un petit libraire reformé de +la ruë Sainct-Jacques est fort ordinaire de ce faire: c'est pourquoy +l'on ne veut plus rien acheter de ce qui se vendra sous son nom.</p> + +<p>La femme du medecin dit: Et pourquoi, Mademoiselle, ne veut-on plus +acheter de ce qui se vend souz son nom? N'est-il pas libraire? ne luy +est-il pas permis de faire imprimer et vendre comme les autres? ne +fait-il pas des apprentifs? bref, n'est-il pas bien capable?</p> + +<p>—Ouy-dà, dit la damoiselle femme du conseiller, il est bien capable; +mais c'est qu'il ne se veut pas donner la peine de travailler quand il<a name="page_117" id="page_117"></a> +trouve la besongne toute faite, comme les pourceaux (sauf la +chrestienté), qui mangent, par reverence, la merde, pource qu'elle est +toute maschée. Il est quelquefois temps de rire.</p> + +<p>La femme d'un notaire dit: Mesdames, j'estois, il n'y a pas long-temps, +en une compagnie où on se plaignoit fort de ce libraire-là; je me doute +quel il est sans le nommer. On disoit que le jour il faict imprimer ce +qu'il songe la nuict, et un honneste homme de qualité, je vous jure, le +disoit ainsi; et plus, il dit que le roy n'avoit point de plus valeureux +guerrier que luy en tout son royaume: car on est tout estonné que, luy +ayant donné le bon soir bien tard, le lendemain, avant qu'il s'esveille, +il a mis à bas dix-huict mil hommes, tantost des dix mille, quelquesfois +cinq cens tout à la fois, et au premier jour d'après l'on crie par la +ville des deffaictes plus grandes que celles d'un Pompée.</p> + +<p>—Je ne m'estonne pas de ces escrits, dit la femme du conseiller; qui +est celle d'entre nous qui n'a point veu son nom escrit dans quelques +pasquins, attendu que l'envie ou mal-veillance? du monde est si grande +aujourd'huy, qu'à peine la plus femme de bien se peut-elle garentir de +tels escrits scandaleux et injurieux? Mesmes les plus grands n'en sont +pas seulement exceptez: c'est pourquoy les vertueux et vertueuses ne se +ressentent pas autrement des injures qu'on leur<a name="page_118" id="page_118"></a> impose, ne plus ne +moins que la palme que l'on essaye abbaisser et atterrer, et plus +neantmoins elle se relève.</p> + +<p>La femme du notaire dit: L'on appelle ouvertement un partisan +monopoleur, à cause qu'un clerc qui anciennement avoit servi dix ans +estoit maistre, et qu'aujourd'huy, après avoir servy ce temps-là, il est +contrainct de vendre son patrimoine, et encores emprunter pour achepter +un meschant estat, qui ne le peut nourrir six mois en un an s'il ne +desrobe.</p> + +<p>—Ne parlons plus, dit l'accouchée, de ces libelles diffamatoires; +parlons des belles papetières. Quand à moy, je vous diray qu'au +cloistre<a name="FNanchor_158_158" id="FNanchor_158_158"></a><a href="#Footnote_158_158" class="fnanchor">[158]</a>, l'une y a tant de crédit, qu'elle y pourra faire mettre +un enfant pour servir au chœur quand il luy plaira: car elle est bien +venuë de monsieur un tel.</p> + +<p>—Vramy, Madame (dit la femme d'un <a name="page_119" id="page_119"></a>secretaire), bien d'autres qu'elles +y ont bien du credit, à cause de quoy l'on en doit parler à Monsieur le +procureur general, et sur tout pour faire faire deffence au portier +d'ouvrir la porte à heure induë la nuict, comme il fait nonobstant +quelque adveu que ce puisse estre: car il y a de l'abus trop grand; un +procureur qui en est proche le peut bien dire s'il veut. Mais rayons +cecy et passons outre.</p> + +<p>La femme du notaire dit qu'il y avoit deux filles panetières et +lingères, toutes deux assez proches voisines, lesquelles sont d'humeur +fort courtoise, et que bien souvent elles font partie avec des jeunes +hommes pour aller à Sainct-Cloud et à Vaugirard pour y passer le temps, +sans que leur père et mère leur en osent dire mot, ce qui est de mauvais +exemple.</p> + +<p>—C'est chose de bien plus mauvais exemple, dît la femme d'un +secrétaire, de voir qu'une fille retient sa mère prisonnière sous +couleur qu'elle la tance de ses complexions, et de ce qu'elle luy +reproche qu'elle a attrapé tout son bien par l'artifice de son mary, et +que tous deux ils ne la veulent plus voir, aujourd'huy qu'ils l'ont +despoüillée: encores dit-on que ceste pauvre femme ne s'affligeroit +point tant si sa fille se retiroit de sa mauvaise vie, et ne donnoit +exemple de faire mal à sa fille, qui est fort jeune.</p> + +<p>—Les exemples des inimitiez d'entre les <a name="page_120" id="page_120"></a>parens sont si ordinaires, que +de les citer icy les uns après les autres (dit la femme d'un procureur), +ce ne seroit jamais faict; parlons plustost des bons maris: sçavez-vous +point qui est ce libraire lequel porte tant de respect à sa femme, qu'il +prend cinquante escus en cachette d'elle pour payer les espices d'un +procez contre les Normands (Dieu benisse la chrestienté!) qu'il a perdu, +et qu'il luy fait croire qu'il a gaigné?—Madamoiselle, j'en ay bien ouy +parler; mais je ne me puis souvenir de son nom; au moins je sçay qu'il +porte une grande barbe, et la perte de son procez provient peut-estre de +ce que son solliciteur n'y voyoit qu'à demy, ou bien que l'on a sonné la +diane et la retraicte promptement.</p> + +<p>La femme du notaire dit: Veritablement, Mesdames, j'estime ces femmes-là +heureuses desquelles les maris sont tant respectueux et doux. Pour mon +regard, je me puis vanter d'avoir un bon mary, car il n'est point jaloux +de moy; il me laisse baigner et pourmener avec mes voisines, et +d'ordinaire je demeure, pendant qu'il s'en va coucher, à la porte avec +de mes voisins et voisines à deviser quesquesfois jusques à minuict, et +s'il sçait que je presente la collation, il ne m'en dit mot.</p> + +<p>—Pleust à Dieu, dit la femme d'un conseiller, que mon mary me fust +aussi facile, et qu'il ne me tinst point de si court! Quand il luy prend +quelque ombrage, il m'enferme soubs la clef et s'en va;<a name="page_121" id="page_121"></a> à quoy +toutesfois j'ay bien donné ordre, faisant faire une autre clef, que ma +servante porte, avec laquelle je me mets en liberté quand bon me semble.</p> + +<p>—Je me suis laissé dire, disoit la femme d'un advocat, que la femme +d'un C. estoit grandement aise de ce que son mary faisoit la despence du +logis, et achetoit jusques à un balai à balayer la maison, et qu'il +seroit bien marry de bailler un sol pour un carolus<a name="FNanchor_159_159" id="FNanchor_159_159"></a><a href="#Footnote_159_159" class="fnanchor">[159]</a>; aussi y +regarde-il de bien près. Quant à sa femme, elle n'a autre soing que de +prier Dieu, se lever, boire, manger et dormir, ce qui est bien difficile +à faire, comme je croy.</p> + +<p>—Une autre, dit la femme d'un conseiller, doit bien estre aussi aise, +car son mary est si soigneux de la cuisine, qu'il espargne les gaiges +d'un cuisinier et ceux d'un sommelier, faisant bouillir luy-mesme la +marmitte, et accommodant le couvert de la table; sa femme luy sçait bien +dire que ce n'est pas sa qualité.</p> + +<p>L'accouchée, voulant prendre congé de la compagnie et lui donner le bon +soir, dict: Mesdames, quand l'on a parlé tantost de l'imprimerie, +j'avois peine de me souvenir de ce qui me vient à présent en memoire, +sçavoir que, l'autre jour,<a name="page_122" id="page_122"></a> un de mes amis ayant un factum à faire +imprimer, il s'adressa à un certain quidam qui affiche à sa boutique: +«Ceans y a imprimerie, où l'on imprime factum et autres œuvres», +combien qu'il n'en ayt point, et qu'il n'y cognoist que bien peu, +s'addressant aux imprimeurs pour les faire imprimer, comme font la +pluspart desdits preneurs de factum à imprimer, essayant ainsi à gaigner +quelque chose, tant avec ceux qui donnent à imprimer, qu'avec les +imprimeurs. Mais le malheur en voulut tant pour ce mien amy, qu'à faute +d'avoir eu à l'heure promise ledit factum, il perdit son procez. Cela +advint par la contention d'entre l'imprimeur et le libraire qui avoit +entrepris de le faire; et certainement il y a plus perdu que gaigné, à +ce qui m'en a esté rapporté, car, n'ayant eu fait en temps et lieu qu'on +lui avoit demandé, on ne l'a pas voulu recompenser de la perte qu'il dit +avoir soufferte. Je croy que cela luy apprendra une autre fois.</p> + +<p>—Vrayement, Madame, dit une de la compagnie, je m'estonne que les +imprimeurs n'y mettent ordre, sans se laisser usurper ainsi le gain qui +leur appartient!—Il est vray (respond celle-là qui avoit encommencé le +discours) qu'ils devroyent bien y donner ordre; mais aujourd'huy tout va +à la renverse, chacun en tire et prend où il peut, et, avec le temps, +chacun aura la cognoissance de<a name="page_123" id="page_123"></a> l'imprimerie. Ainsi, restant sur ces +derniers discours, chascune se lève de son siége, donnant le bon soir à +l'accouchée<a name="FNanchor_160_160" id="FNanchor_160_160"></a><a href="#Footnote_160_160" class="fnanchor">[160]</a>.</p> + +<p><a name="page_124" id="page_124"></a></p> + +<p><a name="page_125" id="page_125"></a></p> + +<h3><small>LA<br /> +<br /><a name="DERNIERE_ET_CERTAINE_JOURNEE" id="DERNIERE_ET_CERTAINE_JOURNEE"></a>DERNIÈRE ET CERTAINE JOURNÉE<br /> +<br />DU</small><br /> +<br />CAQUET DE L'ACCOUCHÉE.</h3> + +<h4>M. DC. XXII<a name="FNanchor_161_161" id="FNanchor_161_161"></a><a href="#Footnote_161_161" class="fnanchor">[161]</a>.</h4> + +<p>Arrière toute melancolie! je ne demande plus qu'à rire et passer mon +temps. Je faisois partie avec nos voisines pour aller à Fontainebleau, +quand on m'est venu advenir que, l'après-dinée, des dames d'importance +se devoient rendre chez ma cousine l'accouchée. Je coureus incontinent +chez elle pour<a name="FNanchor_162_162" id="FNanchor_162_162"></a><a href="#Footnote_162_162" class="fnanchor">[162]</a> clorre ma dernière journée, nonobstant l'Anti-caquet +de nos idiots, qui ne parlent françois ny latin, quoy qu'ils feignent +revenir de l'autre monde. Quand ils auront corrigé leur plaidoyé et +escriront en termes recevables, je leur <a name="page_126" id="page_126"></a>respondray de mot à mot. Ce +sont des sots qui ne sçavent point de nouvelles que celles de la +basse-court, que je laisse pour le commun. Ma cousine me receut à bras +ouverts; nous nous entretinsmes long-temps des discours facetieux qui +s'estoient faits à nostre dernière entreveuë, de la deffiance des dames, +du conte que l'on leur avoit fait que quelqu'un se cachoit en la ruelle +du lict, et mesme de leur curieuse recherche. Nous en rismes à gorge +desployée. Elle s'informa des nouvelles du Palais. Je luy dis la plus +commune, du pelerinage des deux mercières. Elle me pria de luy en faire +le conte. Je luy rapporte fidelement comme tout s'estoit passé: que les +deux bourgeoises, feignant de se vouloir acquitter d'un vœu qu'elles +avoient faict d'aller à Nostre-Dame-des-Vertus, auroient demandé congé à +leurs maris; qu'après leur avoir accordé, ils seroient entrez en +ombrage, et, pour sçavoir la verité, les auroyent suivies, l'un avec un +habit de moyne emprunté des religieux de Sainct-Martin, l'autre avec le +sien ordinaire de père de l'Oratoire, et rencontrées à my-chemin, +conduites par deux jeunes advocats; comme ils les suivirent de loing, +entrèrent en mesmes logis que nos amoureux choisirent sans estre +recognus, et, s'estans glissez subtilement soubs un lict de leur +chambre, virent en leur presence balotter leurs femmes, sans y pouvoir +apporter remede; leur retraitte sur le soir, le <a name="page_127" id="page_127"></a>nouveau courage des +maris, qui doublèrent le pas et les abordèrent, la fuitte de nos +galands, et finalement comme nos cocus menèrent leurs femmes dans une +saulsaye prochaine pour partager en leur communauté la miserable fortune +d'Acteon. Ils se reservèrent les cornes, et donnèrent à leurs paillardes +les decouppures et diaprures gentilles.—Veux-tu que je te die, cousin? +me dit-elle, je ne sçaurois m'empescher de plaindre le sexe; je ressens +un extrême desplaisir de la mauvaise fortune de ces pauvres femmes, car, +sur ma foy, ces sots méritent bien de porter le ramage. Sçachez, mon +amy, qu'il y a trois choses qu'à l'heure qu'on les recherche le plus +curieusement, on voudroit les trouver le moins: le fond de sa bourse, de +la viande à un privé, et sa femme faisant l'amour. Ces curiositez trop +grandes sont grandement blasmables, et n'apportent enfin que toutes +sortes de desplaisirs. Mais il me semble que J'ai apperceu quelque +esmotion en ton visage au recit que tu m'as fait de ceste histoire; en +conscience, si tu estois marié, ne serois-tu point jaloux?—Je luy +respondis hardiment que non. Elle me pressa pourtant encores, et me +demanda laquelle des deux conditions je voudrois choisir, ou d'estre +cocu, ou abstraint à ne jamais faire l'amour. Je lui fis la mesme +response que fit autrefois ce grand capitaine à Tholoze, le souprieur de +la nation Bourbonnoise, que, prenant le certain<a name="page_128" id="page_128"></a> pour l'incertain, +j'aymerois mieux que tous les laquais de la Cour courussent sur le +ventre de ma femme, que d'estre abstraint à ne point faire l'amour.—Je +t'aime de cette humeur, cousin, me dit-elle, et veritablement tu as +raison: aussi bien dois-tu croire qu'il y a quelque fatalité qui +accompagne ce ramage que l'on ne sauroit esviter, et semble qu'on y est +destiné. Larcher, notre procureur en Parlement, ce mangeur de pâtés de +pheniceaux, m'a advoüé qu'auparavant son mariage ses cornes commençoient +à pointer, et que plusieurs fois, faisant faire son poil, il les avoit +fait voir à L'Ange, son chirurgien.—Nous entrions bien avant en lice, +quand une fille de chambre, accoudée sur une fenestre, nous advertit que +les dames estoient sur le seuil de la porte. Je me retire incontinent au +cabinet, où je n'eus pas plustost prins place, que la compagnie entra; +chacune prit son siége selon son rang. Une maistresse des requestes, qui +conduisoit la troupe, commença à parler la première. Hé bien, ma +mignonne, dit-elle à l'accouchée, comme t'en va? Il me semble que je ne +t'ay point veuë en meilleur estat. Sans mentir, je te trouve plus belle +que jamais. Asseurement, les enfans t'embellissent: je te conseille d'en +recommencer un bien tost, si tu n'y as desjà travaillé.—Helas! Madame, +que me dites-vous! dit l'accouchée; je suis bien résoluë au contraire, +et de faire plustost lict à part pour m'en garantir.<a name="page_129" id="page_129"></a> Je suis desjà +chargée de cinq petites canailles, qui crient continuellement; je ne +puis prendre ny repos ny patience; ils me tourmentent nuict et jour. Hé, +bon Dieu, que deviendrois-je si j'en avois davantage?—Ma fille, tu es +bien folle, dit alors la maistresse des requestes; ce ne sont que +gentillesses; auparavant qu'ils soient en estat de te donner beaucoup de +peine, tu en auras perdu la moitié, ou peut-estre tout. Si tu estois +comme moy, veritablement tu serois à plaindre. J'ay quatre grandes +filles, la plus jeune aagée de dix-huict ans, desquelles je ne me puis +deffaire. C'est une grande pitié aujourdhuy, que, quelque gentilles et +bien conditionnées qu'elles soient, l'on ne sçauroit les pourvoir si on +ne leur donne des miliers d'escus. Un conseiller de la Cour, ni un +maistre des comptes, n'espouseront point une fille si elle ne paye leur +office, qu'ils achètent pour la pluspart à la bource d'autruy. J'en suis +quelquefois au desespoir.—Madame, je sçay un bon remède, dit la femme +d'un conseiller des requestes du Palais, de la ruë Montorgueil: il faut +faire comme nostre voisin, marier ses filles dans les petites villes; il +a rencontré, avec dix mil escus qu'il a promis à sa fille, un jeune +homme de bonne mine, des meilleures familles de Moulins, bien, qualifié, +qui luy rend des effects pour quatre vingts quatre mil +livres.—Madamoiselle, dit une changeuse du pont Nostre-Dame, +permettez-moi que je vous die qu'il<a name="page_130" id="page_130"></a> n'y a que de se frotter à l'herbe +qu'on cognoist, et que mon oncle a esté grandement attrapé, puisque l'on +reduit les quatre vingts quatre mil livres à huict mil escus de bien +pour le plus.—Vous estes une moqueuse, dit la conseillère; son office +seul vaut plus de soixante mil livres. Comme se pourroit faire cela? +Vostre oncle est trop fin pour se laisser dupper de la +sorte.—Asseurez-vous, Madamoyselle, dit la changeuse, que je vous dis +la verité, à mon très grand regret, et qu'en estant bien informée, je +vous diray la fourbe que l'on luy a faicte, si vous voulez prendre la +patience de l'entendre. L'office que vous tirez en ligne de conte, il +l'a acheté veritablement, depuis qu'il est accordé à ma cousine, +soixante mil livres, et cent pistolles outre trois mil livres qu'il a +promis par promesse separée, qu'il ne veut pas que mon oncle sçache; +mais il en doit encore quarante huict mil livres; le surplus, il l'a +payé des deniers de mon oncle, et mesme son quart denier. Je le sçay +asseurement, monsieur Benoist et mon mary luy ayant presté l'argent; le +Breton en porta une partie: c'est ce qui mit ma tante en si grande +alarme, et qui fit partir ce gentil officier en si grande diligence pour +se rendre auprès d'elle pour accommoder cet affaire, et l'empescher de +declamer comme elle avoit commencé. Le reste du bien consiste en une +maison à Moulins, une maison aux champs, assez plaisante, size pourtant +au <a name="page_131" id="page_131"></a>territoire le plus ingrat et infertile de tout le Bourbonnoys, des +vignes à la campaigne, une rente de trois cens livres constituée pour +seize cens escus, quelques meubles, et un office de conseiller au +presidial, qu'il a vendu treize mil cinq cens livres<a name="FNanchor_163_163" id="FNanchor_163_163"></a><a href="#Footnote_163_163" class="fnanchor">[163]</a>. Tout cela se +doit partager entre luy, deux frères, et sa sœur, mariée au bailly de +Montegu; et pour vous faire voir que ce que je vous dis est très +veritable, ledit sieur bailly son beau-frère, ayant obtenu lettres +royaux pour faire restituer sa femme contre son contract, d'autant qu'on +ne lui a donné que douze mil livres en mariage, depuis lequel un des +frères s'est rendu jesuite, a fait voir l'inventaire de tout leur bien à +son conseil, un des intimes amis de mon mary, qui nous a dit +confidamment que ledit inventaire ne monte que quatre vingt deux mille +livres, sur lequel il faut defalquer douze mille livres de debtes; que +l'action en seroit desjà intentée, sans la prière qu'en a faict le +jesuite audit sieur bailly. Il dit que ce pauvre religieux, pour +l'esmouvoir d'<a name="page_132" id="page_132"></a>avantage, se jetta à ses genoux en sa presence, et le +conjura, les larmes aux yeux, de surseoir toutes poursuites jusques à ce +que le mariage de leur frère fust achevé; qu'autrement sa fortune seroit +perduë; qu'il feroit en sorte qu'il luy donneroit contentement; qu'il +luy en avoit desja parlé plusieurs fois, et representé le grand tort +qu'il faisoit particulierement au jeune frère, de faire faire toutes les +années des descentes sur leurs heritages, supposant quelque gelée ou +gresle pour se faire estrousser les fruicts à bonne condition, ou à +personnes interposées, et tromper le pauvre mineur; que, pour toutes +raisons, il ne luy respondit autre chose, sinon qu'estant l'aisné, il +avoit tousjours esté obligé à faire une grande despence, mesme depuis la +mort de sa femme; que, son revenu n'y pouvant suffire, il avoit esté +contrainct d'emprunter dix mil livres de son premier beau-père, et +plusieurs autres parties à perte de finances, avec son bon compère son +voisin, estant très asseuré que soubs son nom on ne luy eust pas presté +un teston; qu'il ne seroit raisonnable que luy tout seul portast cette +despence, qui absorberoit la moitié de la legitime, puisqu'il l'a +faicte, poussé du courage de leur mère, pour relever le nom de la +maison; que, neantmoins, il luy promettoit qu'après son mariage il leur +rendroit toute sorte de satisfaction, pourveu que monsieur le bailly, +leur beau-frère, permist à leur sœur<a name="page_133" id="page_133"></a> malade de se faire voir à son +medecin ordinaire, sans soupçon. L'artifice duquel il a usé pour faire +voir à mon oncle qu'il avoit du bien est admirable: il luy a fait +croire, contre la coustume du pays, que la maison des champs luy est +substituée, que le jésuite lui a donné tout son bien, que les rentes +qu'il a renduës du mariage de sa première femme luy appartiennent. Jugez +si le pauvre homme avoit l'esprit perdu. Il luy mit ses contracts entre +les mains, il les leut, et ne cognut pas qu'ils avoient desja changé de +main depuis que ce bon gendre les avoit rendus à son premier beau-père, +qui les avoit cedez au procureur du roy, son autre gendre, et que mesme +ils estoient apostillez de sa main; enfin on luy fit voir quantité +d'obligations personnelles conceuës soubs son nom, desquelles les +creanciers ne seront jamais poursuivis: aussi n'ont-ils jamais rien deu. +Mon oncle, ensorcelé, comme je croy, prit tout pour argent comptant. Hé! +pleust à Dieu qu'auparavant que signer les articles il eust consulté +l'oracle que vit d'autrefois le receveur des tailles son beau-frère pour +recouvrer ses pierres d'or! peut-estre eust-il descouvert quelque chose +de la verité de ce mistère; mais le malheur veut que ce qui nous touche +le plus, c'est de quoy nous sommes les derniers advertis. Croiriez-vous +que chacun s'en rioit en ces quartiers, et en alloit à la<a name="page_134" id="page_134"></a> +moutarde<a name="FNanchor_164_164" id="FNanchor_164_164"></a><a href="#Footnote_164_164" class="fnanchor">[164]</a>, et que le greffier du bureau des finances ne se put +empescher de dire à monsieur Feuillet que tous les Messieurs de leur +compagnie s'en mocquoient, et soustenoient affirmativement qu'il n'eust +jamais huict mil escus de bien, avec les advantages de sa première +femme. Quel desplaisir pensez-vous, Madame, que mon oncle en reçoive? Il +seiche de regret d'avoir esté ainsi trompé, et ne s'en oze plaindre, +puisque luy tout seul l'a voulu. Je ne sçay qu'il n'a point fait pour +advancer ceste nouvelle mariée, et rendre son mariage meilleur: il a +forcé son autre fille d'entrer en religion; il a donné des maisons +dedans Paris par le contrat de mariage, et a promis, par promesse +séparée, de les retirer dans un temps, pour tromper mon cousin, fils de +sa première femme, supposant que ce seroit acquisitions qu'il auroit +fait avec celle-cy.</p> + +<p>—Madame, que je vous arreste, dit la femme d'un advocat au chastelet; +je ne sçaurois souffrir<a name="page_135" id="page_135"></a> cette injustice; j'en advertiray monsieur le +conseiller Le Bret, qui y mettra bon ordre. N'est-ce pas une grande +ingratitude à vostre oncle, ayant receu tout son bien de sa première +femme, de vouloir aujourd'huy frustrer son fils de sa succession par des +voyes obliques damnables? Ne sçavez-vous pas qu'elle le prit par +amourette, contre le gré de tous les siens, la plupart desquels l'ont +desavoüée depuis, et qu'il n'estoit, en ce temps-là, que simple mercier +et ferreur d'esguillettes? Contentez-vous que, pour votre respect, je +n'en diray pas davantage.</p> + +<p>—Madame, respondit la changeuse, si nous ne sommes de noble extraction, +nous sommes pourtant issus de bonne race, et n'avons jamais fait tort à +personne.</p> + +<p>—Je ne vous dis rien là-dessus, dit l'advocate; je renvoye l'esteuf au +bon homme Rossignol, qui jure qu'on ne se doit jamais fier à ces +chatemittes, et soustien que vostre oncle a trompé plusieurs fois son +nepveu, l'associant en de mauvaises fermes pour supporter la moitié de +la folle-enchère, mais aux bonnes affaires où l'on peut gaigner quelque +chose, il ne veut point de compagnon: il me suffit de deffendre le party +de mon parent, jusqu'à ce que monsieur son oncle venge sa querelle et +fasse regorger son bien à ceux qui l'ont injustement usurpé, et, ne se +contentant du revenu, veulent faire perdre le fonds.<a name="page_136" id="page_136"></a></p> + +<p>—Mesdames, je vous prie, pour l'amour de moy, dit la maistresse des +requestes, et le respect que nous devons à ce lieu, que tout se tourne +en raillerie. Pour moi, je veux croire que l'on a choisi ce monsieur le +thresorier pour sa suffisance et capacité, et veritablement il a +tesmoigné qu'il avoit de l'esprit, d'avoir si dextrement conduict son +affaire.</p> + +<p>—Madame, repart incontinent la changeuse, qui ne se pouvoit taire, s'il +n'y eust eu que luy qui s'en fust meslé, asseurément nous ne serions en +ceste peine; c'est pourquoy il ne l'eust jamais entrepris sans +l'assistance de son premier beau-père, qui est l'un des braves hommes +les plus desliez et habilles qui se rencontrent en ceste province. Il +faut que je vous avouë que c'est le plus gros buffle que l'on ayt jamais +veu; on le receut l'autre jour à la chambre par grande pitié et avec +beaucoup de peine. Croyez-vous que l'on ne sçeut jamais entendre un mot, +ny de son harangue, ny de ses responses, si bien que celuy qui +l'interrogea le moins en fut le plus satisfaict, et ne peut s'empescher +de dire, opinant à sa reception, qu'il avoit de la bonne fortune de se +présenter en la belle saison du mois de juin, que les asnes passent +partout.</p> + +<p>—Mais, Madame, dit la femme d'un procureur en Parlement, il me semble +qu'ayant esté conseiller, il doit sçavoir du latin.<a name="page_137" id="page_137"></a></p> + +<p>—Madame, reprit la changeuse, chacun s'accordera à ce que vous dites; +mais je suis contrainte, à sa confusion et la nostre, puisqu'il est +entré en nostre alliance, de vous confesser qu'il ne sçait rien du tout, +et qu'il a tousjours exercé si negligemment ceste charge, que son bon +voisin le procureur, pour le soulager et l'empescher de rougir, dressoit +ordinairement les sentences des procez qui lui estoient distribuez. Et +puis Messieurs de la chambre ne les pressent point de ce costé-là, et se +contentent quand on leur parle bon françois. Il eust esté aussi habile +homme que celuy qui passa après luy, par un malheur extraordinaire, le +pouvant et devant preceder par toute sorte de raisons, puisqu'il luy a +tousjours offert, et mesme devant ses juges, de vuider ce different de +presceance par la capacité, asseurement il eust mieux satisfaict.</p> + +<p>—N'est-ce point, dit madame Charles, femme du medecin, celuy qui estoit +si fort chargé de chaligourny?</p> + +<p>—Non, Madame, respondit la changeuse; c'est un de leurs confrères, qui +fut receu trois jours auparavant.</p> + +<p>—Qu'appellez-vous chaligourny? demande la maistresse des requestes.</p> + +<p>—Madame, dit la medecine, c'est une intemperie froide et humide qui a +attaqué les anciens et nouveaux officiers de ce bureau.<a name="page_138" id="page_138"></a></p> + +<p>—<i>Quod sinifrimity</i> là-dessus, Madame, dit une mercière du palais.</p> + +<p>—Plaist-il, Madame? respondit l'autre.</p> + +<p>—Je dis, reprent la mercière, que cela n'importe, puisqu'ils retournent +en leurs maisons bien guaris.</p> + +<p>—Madame, j'en suis fort contente, dit madame Charles; mon mary est très +bien satisfaict.</p> + +<p>La mercière, qui estoit en train et sembloit estre interessée, ou au +moins obligée de soustenir le party de ses chalans, ne se peut empescher +d'attaquer la changeuse. Mais Madame, lui dit-elle, il me semble qu'au +paranymphe<a name="FNanchor_165_165" id="FNanchor_165_165"></a><a href="#Footnote_165_165" class="fnanchor">[165]</a> que vous avez fait de vostre nouveau parent, vous avez +oublié une qualité qui doit estre relevée: vous n'avez rien dit de son +bon naturel. Pour moy, je le trouve bon comme le bon pain. Je m'asseure +que, s'il trouvoit vostre cousine en faisant l'amour, il<a name="page_139" id="page_139"></a> la traiteroit +encore plus favorablement que n'a fait le comte de Vertus sa femme; et +qu'au lieu de mal traitter celuy qui auroit rendu ce bon office, il le +recueilleroit à bras ouverts.</p> + +<p>—Madame, repart la changeuse assez brusquement, ma cousine n'en viendra +jamais là; nous ne pechons point en nostre race de ce costé. Hé, grand +Dieu! d'où le tiendroit-elle? Son père, depuis la mort de sa première +maistresse, a gardé inviolablement la foy à sa femme, et sa mère n'a +jamais eu seulement une mauvaise pensée: la pauvre femme est trop +devote; elle a tousjours le nom de Jesus à la bouche.</p> + +<p>Toute la compagnie se mit à rire, reservé madame la maistresse des +requestes, qui se tenoit sur le serieux; elle pria neantmoins la +mercière de leur dire l'histoire du comte de Vertus.</p> + +<p>—Helas! Madame, dit la mercière, est-il possible que vous seule en +ceste ville n'en ayez point ouy parler? C'est une tragedie commune dans +Paris; je l'ay ouy dire à mille personnes, qui s'accordent tous à une +mesme verité: que le comte de Vertus<a name="FNanchor_166_166" id="FNanchor_166_166"></a><a href="#Footnote_166_166" class="fnanchor">[166]</a>, ayant surpris dans la ville<a name="page_140" id="page_140"></a> +d'Angers des lettres qu'escrivoit madame sa femme à un gentil'homme +angevin, nommé Sainct-Germain, et la response dudict Saint-Germain, il +avoit envoyé prier ledit sieur de venir soupper chez luy; et, après +soupper, luy ayant <a name="page_141" id="page_141"></a>monstré et faict recognoistre leurs missives, +l'auroit fait assassiner en presence de sadite femme, qu'il fit entrer +après dans un carosse, la mena en une sienne maison forte, où il couche +avec elle, et la caresse à l'ordinaire, comme si rien ne s'estoit +passé.<a name="page_142" id="page_142"></a></p> + +<p>—Jesus! dit une conseillère du Chastelet, que les grands seigneurs sont +heureux dans les petites villes! Ils entreprennent tout sans contredit. +Si le bon seigneur avoit fait cela à Paris, il seroit au Chastelet il y +a long-temps, où on lui feroit son procez en toute diligence.</p> + +<p>—Ne me parlez pas de vostre justice, dit une conseillère de la Cour à +celle du Chastelet; vos Messieurs n'ont-ils pas bien operé en l'affaire +de Cotel? Le seul respect d'une robbe qu'il a quitté leur a fait peur. +Je parle contre moi-même, mais veritablement l'acte meritoit une +punition exemplaire. Il faut faire comme l'on fait à la cour, se roidir +au bien de la justice, sans acception ni exception de personnes. Ne +voyez-vous pas comme le pauvre monsieur Demacho, conseiller aux +requestes, a fait mettre son fils prisonnier, pour luy faire espouser +une fille qu'il a desbauchée?</p> + +<p>—Madamoiselle, repart la conseillère du Chastelet, si les officiers du +Chastelet alloient du pair avec messieurs du Parlement, desquels ils +relèvent et reçoivent toute leur authorité, ils reformeroient bien +souvent beaucoup d'abus qui s'y commettent, aussi bien qu'aux justices +inferieures. Est-ce bien faire la justice, de permettre qu'un +gentil'homme donne un soufflet à un conseiller, dans la gallerie du +Palais?</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la conseillère du Parlement, je sçay bien comme +ceste affaire se passa.<a name="page_143" id="page_143"></a> Sans la prière d'un ancien conseiller de la +grand chambre, qui fit la satisfaction tout à l'heure à monsieur +Deverderonne, asseurement il n'eust point reçeu une moindre punition que +celuy qui parla trop haut devant feu monsieur le président Forget<a name="FNanchor_167_167" id="FNanchor_167_167"></a><a href="#Footnote_167_167" class="fnanchor">[167]</a>; +et s'il luy reste quelque suject de plainte, ce doit estre contre +l'huyssier, qui ne voulut point obeïr au commandement qu'il luy fit de +le conduire prisonnier.</p> + +<p>—Et quoy! Madamoiselle, dit une conseillère des enquestes, n'est-ce pas +une grande honte que les jeunes conseillers ne soient point recognus? Il +semble qu'ils ne soyent pas du corps du Parlement, et que tout se +termine à la grand chambre. Ne devroit-on pas punir cet huissier pour sa +desobeyssance? Si messieurs les conseillers des enquestes croyent mon +mary, ils en feront leurs plaintes à monsieur le premier president<a name="FNanchor_168_168" id="FNanchor_168_168"></a><a href="#Footnote_168_168" class="fnanchor">[168]</a>. +Estant<a name="page_144" id="page_144"></a> premier president de tout le Parlement, il rendra partout +esgallement la justice, et contraindra tous les ministres de rendre +l'honneur et le respect à tous ceux qui la distribuent.</p> + +<p>—Madamoyselle, repart la femme d'un maistre d'hostel de chez le roy, il +le faut donc prendre en autre saison: il ne pense aujourd'huy qu'à +l'amour; il est tellement passionné d'une belle dame de la royne, qu'il +mesprise l'exercice de sa charge, et, ne se souciant plus de +l'impression de la cire, reserve sa grande gallerie<a name="FNanchor_169_169" id="FNanchor_169_169"></a><a href="#Footnote_169_169" class="fnanchor">[169]</a> pour dancer +seulement et faire le bal.</p> + +<p>—Madame, respondit la conseillère, j'ay bien ouy parler de ce que vous +dites; mais croyés-moy, qu'il veille tousjours au bien de la justice, et +veut absolument que les anciens reiglements s'observent. Le grand mal +procède de ce que tous les messieurs de la grand chambre n'en demeurent +pas d'accord, et que bien souvent il est tondu. Tout est perverty en ce +temps-cy, il n'y a point de difference entre les juges et les parties. +Messieurs les conseillers font la charge des advocats.<a name="page_145" id="page_145"></a> Monsieur +Portail, cet ancien senateur, qui devroit servir d'exemple, dresse +luy-mesmes le factum de madamoiselle sa femme, le remplit d'invectives +et reproches contre sa partie, en termes si couverts et si obscurs que +la Cour ne les peut entendre; et lors qu'elle le prie de les +interpreter, et declarer particulierement ce qu'il a desiré de Rose, son +valet, quand il le prit pour l'emonder et repurger en toute sorte de +façons sans exception, il respond sans respect que c'estoit pour lui +torcher le cul, et que, si Rabelais a soustenu que le souverain bien de +l'homme consiste à se torcher le cul du col d'un oye, ou d'un cygne, +qu'à plus forte raison il recevroit plus de contentement se le faisant +torcher de roses. Tout est aujourd'huy permis et toleré. Croyriez-vous +que tout ce qui se fait de plus secret au Parlement est maintenant +divulgué, et que les distributions mesmes, qui ne se pouvoient faire que +chez messieurs les presidens à la sourdine, pour empescher la brigue des +gros procez, se font aujourd'huy en plein marché? Monsieur Tardieu, de +la première, l'asseurera par tout le monde: il en receut une fort +expresse, il n'y a que huict jours, par les pages de monsieur de +Nemours.</p> + +<p>—Madamoiselle, vous trouverez bon que je vous die, dit une maistresse +des Comptes, que quoy que nous soyons en robbe courte, l'on ne voit +point de ces desordres à la Chambre: tous<a name="page_146" id="page_146"></a> d'un commun accord se portent +à ce que veut monsieur le premier president, l'on n'oseroit rien +entreprendre sans son consentement, ny mesme en son absence faire +assembler les semestres, s'il ne le trouve bon. Aussi, de son costé, il +n'a autre soing qu'à relever l'authorité de sa charge, et faire faire la +justice. Il ne pardonneroit pas à son propre fils; quelque prière que +luy aye faict monsieur le duc de Chaunes, il veut que l'on achève le +procez de monsieur Monsigot<a name="FNanchor_170_170" id="FNanchor_170_170"></a><a href="#Footnote_170_170" class="fnanchor">[170]</a>. La consideration de sa qualité de +maistre ordinaire ne peut rien obtenir.</p> + +<p>—Mais à propos, Madamoiselle, dit la femme d'un secretaire du roy, de +Saincte-Opportune, ne<a name="page_147" id="page_147"></a> voulez-vous pas le faire sortir? Sur ma foy, je +ne sçaurois m'empescher de dire que vous lui faictes tort; c'est le plus +honneste homme qui se peut dire. Mon mary luy a d'estroites +obligations<a name="FNanchor_171_171" id="FNanchor_171_171"></a><a href="#Footnote_171_171" class="fnanchor">[171]</a>; il luy avoit promis de le mettre en credit bien avant, +et moy en particulier je luy suis redevable: il est cause que j'ay une +porte cochière.</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la maistresse des Comptes, j'en suis faschée pour +l'amour de vous, car asseurement on luy va faire son procez.</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la secretaire, à l'extremité, s'il suit le conseil +de mon mary, il se deffendra bien; il a de fort bons amis<a name="FNanchor_172_172" id="FNanchor_172_172"></a><a href="#Footnote_172_172" class="fnanchor">[172]</a>. Monsieur +le president de Chevry<a name="FNanchor_173_173" id="FNanchor_173_173"></a><a href="#Footnote_173_173" class="fnanchor">[173]</a> seroit ingrat s'il ne l'assistoit<a name="page_148" id="page_148"></a> de tout +son pouvoir: il l'a voulu faire secretaire d'Estat pour prendre sa place +de president des Comptes.</p> + +<p>—Je pense veritablement, dit la maistresse des Comptes, qu'il le +portera; mais il a contre luy un autre secretaire d'Estat plus puissant, +monsieur le president Doguerre<a name="FNanchor_174_174" id="FNanchor_174_174"></a><a href="#Footnote_174_174" class="fnanchor">[174]</a>, qui a sa brigue plus forte; il luy +peut faire beaucoup de mal, par la grande intelligence qu'il a avec +monsieur le premier president.</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la secretaire, si on le presse trop, il recourra à +sa bonne maistresse madame la duchesse de Chevreuse<a name="FNanchor_175_175" id="FNanchor_175_175"></a><a href="#Footnote_175_175" class="fnanchor">[175]</a>.</p> + +<p>—Je pense, dit la maistresse des Comptes, qu'elle n'a pas aujourd'hui +grand credit<a name="FNanchor_176_176" id="FNanchor_176_176"></a><a href="#Footnote_176_176" class="fnanchor">[176]</a>, encore<a name="page_149" id="page_149"></a> qu'elle se veuille faire appeller madame la +princesse; je sçay-bien qu'il y eut l'autre jour un grand bruict au +Louvre pour cela, et qu'on lui fit des bonnes reprimandes.</p> + +<p>—Je ne vous respondray rien là-dessus, dit la secretaire; mais je suis +très asseurée qu'elle peut beaucoup sous le nom de monsieur son mary, +particulièrement envers monsieur le chancelier, qui est la vraye partie, +pour les offres que luy fit ledit duc de Chevreuse, quand on nomma +monsieur le chevalier de Sillery ambassadeur<a name="FNanchor_177_177" id="FNanchor_177_177"></a><a href="#Footnote_177_177" class="fnanchor">[177]</a>, contre les menaces de +messieurs de Vandosme, qui soustenoient le party du marquis de +Cœuvre, leur oncle<a name="FNanchor_178_178" id="FNanchor_178_178"></a><a href="#Footnote_178_178" class="fnanchor">[178]</a>; et de fait, je sçay bien que, sur la +promesse qu'on luy feit de la part dudit sieur Monsigot, que quand il +reviendroit en plus grande fortune qu'il n'avoit<a name="page_150" id="page_150"></a> jamais esté il ne +parleroit plus des chiffres ny de l'estat de secretaire des camps et +armées, monsieur le chevalier manda à Laffemas<a name="FNanchor_179_179" id="FNanchor_179_179"></a><a href="#Footnote_179_179" class="fnanchor">[179]</a> qu'il feignist de +cesser la poursuitte, et la fist faire sous le nom d'un autre.</p> + +<p>—M'amie, dit la maistresse des Comptes, quand tout le monde l'auroit +quitté, monsieur le president Aubery<a name="FNanchor_180_180" id="FNanchor_180_180"></a><a href="#Footnote_180_180" class="fnanchor">[180]</a> ne l'abbandonnera pas.</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la secretaire, s'il n'y avoit que luy, il n'auroit +que faire de craindre; il est aysé à recuser, à cause de la composition +qu'il faict avec des assignez d'un mandement de l'espargne, pour +laquelle il eust un adjournement personnel au parlement. Hé! pleust à +Dieu seulement qu'il puisse gaigner le semestre de juillet! J'espère, +quoy que l'on die, qu'il sortira heureusement de son affaire, et +emportera la victoire sur ses ennemis.</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la femme d'un autre <a name="page_151" id="page_151"></a>secretaire du roy, de la ruë +des Prouvelles, il a beau faire et se deffendre, on a resolu de le +perdre<a name="FNanchor_181_181" id="FNanchor_181_181"></a><a href="#Footnote_181_181" class="fnanchor">[181]</a>; j'ay sçeu de monsieur L'Escuyer, mon bon voisin, qui ne me +voudroit point mentir, qu'on ne luy pardonnera jamais<a name="FNanchor_182_182" id="FNanchor_182_182"></a><a href="#Footnote_182_182" class="fnanchor">[182]</a>, et qu'on a +bien preveu à ce que vous dites par l'arrest d'interdiction que l'on a +donné contre luy, les deux semestres assemblez, et la defference que +l'on a tousjours rendu au semestre auquel vous esperez tant de faveur, +les ayant tousjours fait advertir quand on y a voulu travailler, dequoy +il y a bons procez-verbaux dressez par les huissiers, pour les engager +d'honneur à ne rien entreprendre en cet affaire que les<a name="page_152" id="page_152"></a> semestres +assemblez: si je le cognoissois particulièrement, je luy donnerois un +conseil plus salutaire, le forçant de se servir de son abolition.</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la secretaire de Saincte-Opportune, il le voudroit +bien, mais le mal'heur veut qu'il n'est plus dans le temps.</p> + +<p>—Il est bien empesché! respond l'autre; qu'il s'addresse à M. +Potel<a name="FNanchor_183_183" id="FNanchor_183_183"></a><a href="#Footnote_183_183" class="fnanchor">[183]</a>: il est homme d'expedient, il luy signera aussi librement des +lettres de surannation, ou telles autres qu'il souhaitera, comme il +faict des advocats du conseil; il tente tout pour de l'argent.</p> + +<p>—Madamoiselle, dit la secretaire de Saincte-Opportune, que me +dites-vous? Si cela se cognoissoit, on luy feroit son procez.</p> + +<p>—Madamoiselle, respond l'autre, il dit hardiment qu'il ne craint rien, +et que, quelque declaration qu'aye donné monsieur Mangot<a name="FNanchor_184_184" id="FNanchor_184_184"></a><a href="#Footnote_184_184" class="fnanchor">[184]</a> de +n'<a name="page_153" id="page_153"></a>avoir eu le loisir de faire des advocats pendant qu'il a eu les +sceaux entre les mains, qu'il ne laissera pas d'en faire d'autres, et +puis que monsieur le maistre des requestes du Lyon-Ferré entreprend +d'adjouster à des arrests signez par monsieur le chancelier, il +hazardera librement d'en faire passer desquels on ne fera pas tant de +bruit.</p> + +<p>La maistresse des requestes s'offença, et leur dit en cholère qu'elle ne +le croyoit point, et que si cela venoit à la cognoissance de messieurs +Marescot<a name="FNanchor_185_185" id="FNanchor_185_185"></a><a href="#Footnote_185_185" class="fnanchor">[185]</a>, du Tillet<a name="FNanchor_186_186" id="FNanchor_186_186"></a><a href="#Footnote_186_186" class="fnanchor">[186]</a> et Foule, ils ne le souffriroient jamais, +et en feroient faire justice. Ceste rumeur fit rompre la compagnie; +chacun prit congé, et se<a name="page_154" id="page_154"></a> retira. Je sortis incontinent après, et me +rengeay auprès de l'accouchée, pour luy monstrer mon ample memoire; +je vous laisse à penser si ce fut sans rire. Elle me pria avec instance +de soupper chez elle; je la prie de m'en excuser, estant engagé d'un +autre costé.<a name="page_155" id="page_155"></a></p> + +<h3><a name="LE_PASSE-PARTOUT" id="LE_PASSE-PARTOUT"></a><small>LE +PASSE-PARTOUT<br /> +<br />DU<br /> +<br /></small>CAQUET DES CAQUETS<br /><small>DE LA NOUVELLE ACCOUCHÉE.</small></h3> + +<h4>MDCXXII<a name="FNanchor_187_187" id="FNanchor_187_187"></a><a href="#Footnote_187_187" class="fnanchor">[187]</a>.</h4> + +<p>Selon le dire sententieux d'un poëte très renommé parmy ceux à qui +l'experience faict voile en leurs actions plus relevées, il n'y a rien +qui ne suive son temps et sa mesure. Tout ce qui est çà bas de +corruptible prend son train et sa cadence au niveau de son estre; bref, +tout ce qui emprunte sa lumière souz les favorables auspices du temps et +de la fortune se trouve et fait ses effects à proportion de son instant +et de son temps, jusques là que les moins experimentez recognoissent à +veuë d'œil, dit-il,<a name="page_156" id="page_156"></a> les actions humaines estre tributaires à la +censure du public, et au temps qui court pour le jourd'huy.</p> + +<p>Qu'ainsi ne soit, pendant la minorité du roy, qu'est-ce qu'un marquis +d'Ancre ne faisoit point? Depuis sa mort, M. de Luynes, que n'a-il point +entrepris au prejudice de la couronne et du bien public? De Luynes mort, +comment la cour a-elle esté bastie et composée? En effect, <i>omnia tempus +habent</i>; et, comme j'ay ouy très bien dire à un medecin, heritier en +partie de la bosse et du sçavoir de son père, qui tastoit le poux de +madame l'accouchée, à cause des assauts que la nature luy faisoit, nous +devons ceder aux loix de l'amour, et toutesfois rechercher des moyens +pour luy faire la nicque, si faire se peut. Ce qui ne fut pas si tost +entendu par la palfrenière des bas guichets qu'elle dit à M. le medecin: +Monsieur, monsieur, il vaudroit mieux que vous apprinssiez à dancer la +sarabande, comme deffunt votre père, que de conseiller les dames de se +servir de drogues d'apotiquaire pour passer les tranchées d'amour. Bran, +bran! il ne faut que ces meneurs d'ours pour faire finir le monde, et si +au diable s'ils viendront deux fois en un logis sans tendre la patte par +derrière.</p> + +<p>Sur quoy M. le medecin, qui n'a pas grand replique de son naturel, print +congé de l'accouchée fort humblement, avec un estonnement <a name="page_157" id="page_157"></a>nompareil de +ce que ceste garde disoit contre luy; après la sortie duquel<a name="FNanchor_188_188" id="FNanchor_188_188"></a><a href="#Footnote_188_188" class="fnanchor">[188]</a> quatre +dames de qualité arrivèrent en la chambre de l'accouchée, lesquelles, +après avoir fait chacune la reverence à la mode, prindrent place selon +leur qualité<a name="FNanchor_189_189" id="FNanchor_189_189"></a><a href="#Footnote_189_189" class="fnanchor">[189]</a>. Ce qu'estant faict, la veufve d'un maistre des +requestes, fort affligée de l'ancienne desbauche d'une sienne fille, +mariée à un conseiller de la cour, homme prudent et fort bon justicier, +jetta trois ou quatre souspirs, et, voulant neantmoins les simuler, +commença de dire à la compagnie: Hé bien! mes dames, apprenez-vous des +nouvelles de la cour? Le roy a-il eu Montpellier, Montauban et la +Rochelle, comme l'on dict?</p> + +<p>A quoy sur-le-champ la femme d'un tresorier de l'Espargne respondit que +ces morceaux-là ne s'avalloient pas si aysement, parcequ'ils s'estoient +grandement fortifiez, et, d'autre part, que leurs voisins courroyent à +toute bride pour empescher les desseins de Sa Majesté, et pour dissiper +ses forces si l'on n'y prenoit garde.</p> + +<p>—Pourtant j'ai appris, dit la femme d'un conseiller du Chastelet, +qu'ils ont traicté avec le roy, et qu'ils ont asseuré, par une +submission que l'on n'eust jamais creu, leurs biens, leur<a name="page_158" id="page_158"></a> honneur et +leur fortune, mesme le sieur duc de Rouan a esté contrainct de baiser le +babouyn<a name="FNanchor_190_190" id="FNanchor_190_190"></a><a href="#Footnote_190_190" class="fnanchor">[190]</a>.</p> + +<p>—Quelle apparence de traicter avec des rebelles qui ont desjà faussé la +foy promise, dict la femme d'un auditeur des comptes de la parroisse de +S.-Mederic! ce seroit tousjours à recommencer; aussi je ne puis croire +que le roy ait accordé avec la cabale huguenotte, que ce ne soit souz +des conditions bien considerables, et qu'elle n'ait dict le peccavit +plus de trois fois auparavant: car à leur subject Sa Majesté a receu +mille et mille incommoditez, et a esté tellement trompée et abusée qu'il +se trouvera, au bout du compte, que la couronne ait engagé plus de +trente millions, et le tout par l'astuce et intelligence de ceux qui ont +les charges plus honorables, lesquels se sont servis de l'occasion pour +jouër à pincer sans rire.</p> + +<p>—Comment! Madamoiselle, voulut repliquer la tresorière, trouvez-vous +qu'on ait fraudé le roy au siége de Montpellier, comme on a faict à +celuy de Montauban?</p> + +<p>—Je ne veux pas vous dire absolument qu'on<a name="page_159" id="page_159"></a> l'ait trompé et abusé de la +sorte, luy respondit ceste femme d'auditeur; mais il n'y a si simple qui +ne juge qu'il y a eu de la trahison lorsque le duc de Fronsac a perdu la +vie<a name="FNanchor_191_191" id="FNanchor_191_191"></a><a href="#Footnote_191_191" class="fnanchor">[191]</a> et que le duc de Montmorency a esté blessé<a name="FNanchor_192_192" id="FNanchor_192_192"></a><a href="#Footnote_192_192" class="fnanchor">[192]</a>, car on sçait +bien que la jeunesse veut tousjours paroistre, principalement où +l'honneur engage les courages; ce qu'ayant esté recongnu par ceux qui +sont auprès du roy, et qui n'ont jamais triomphé qu'aux despens +d'autruy, il est à croire qu'on s'est efforcé de faire de nouveaux +princes et de nouveaux seigneurs<a name="FNanchor_193_193" id="FNanchor_193_193"></a><a href="#Footnote_193_193" class="fnanchor">[193]</a>.</p> + +<p>—On tient pourtant, dit la maistresse des <a name="page_160" id="page_160"></a>requestes, qu'il n'y a +personne auprès du roy qui puisse aspirer plus haut que le grade dont il +est honnoré: car, si l'on considère la personne du connestable, c'est +tout ce qu'il a peu meriter, et encore j'estime qu'il doit bien en toute +sa vie payer les interests d'une telle courtoisie. Pour Desplan<a name="FNanchor_194_194" id="FNanchor_194_194"></a><a href="#Footnote_194_194" class="fnanchor">[194]</a>, +c'est un nouveau coureur de fortune, qui se doit tenir tout goguelu de +son bon-heur.</p> + +<p>La conseillère, qui sçait comment il est parvenu, se print à sourire, et +souriant dict à la<a name="page_161" id="page_161"></a> compagnie: Certainement c'est un bon valet; il a +bien servy son maistre, ce M. Desplan.</p> + +<p>La maistresse des requestes, qui se plaist par fois à gausser, dit +là-dessus: Vous faictes tort à M. Desplan, madamoiselle, veu sa bonne +mine et son merite.</p> + +<p>—Ce n'est pas avoir beaucoup de merite, repliqua la conseillère, de +vouloir aspirer à ces honneurs dont on est indigne, et, pour y parvenir +au prejudice des seigneurs de remarque et de la trop grande bonté du +roy, de se servir de moyens reprochables à l'infiny. Encores si c'estoit +un gentil-homme d'extraction, qui recherchast la bienveillance d'un +favory à fin d'accroistre sa maison et de la rendre illustre, l'on +imputeroit le project d'un tel dessein à l'ambition, qui fournit des +aisles au courage et de vent en abondance pour singler jusques au havre +de la fortune. Mais quoy! sa première condition estoit d'estre lacquais, +mauvais gouvernement au reste, et, après avoir quitté la mandille, a +faict en sorte de se fourrer au regiment de Navarre, où estant, le sieur +Cadenet allant visiter M. le Prince lorsqu'il estoit au chasteau de +Vincenne, il fit en<a name="page_162" id="page_162"></a> sorte de l'aborder, se servant des astuces de son +pays<a name="FNanchor_195_195" id="FNanchor_195_195"></a><a href="#Footnote_195_195" class="fnanchor">[195]</a> et du depuis le sieur de Luynes le print en affection pour des +raisons dont sa memoire seroit par trop ternie si l'on en venoit à la +justification; tant y a qu'il a esté par ce moyen bien venu auprès du +roy, jusques là que Sa Majesté l'a gratifié d'un brevet de mareschal de +France<a name="FNanchor_196_196" id="FNanchor_196_196"></a><a href="#Footnote_196_196" class="fnanchor">[196]</a>.</p> + +<p>Là-dessus la femme de l'auditeur dict tout haut: Je ne m'estonne plus de +ce qu'on parle tant de ce Desplan, puis que sa bonne fortune vient par +le moyen du sieur de Luynes.</p> + +<p>—Voilà ce qui en est, répliqua la tresorière, et si je vous jure que ce +que j'en dis n'est point pour mal que je luy vueille; au contraire, +j'estime ceux qui s'eslèvent de peu, et lesquels d'un neant bastissent +une fortune relevée.</p> + +<p>—Mais, à propos, dit la conseillère, que deviendra le sieur +Courbouzon<a name="FNanchor_197_197" id="FNanchor_197_197"></a><a href="#Footnote_197_197" class="fnanchor">[197]</a> après la reduction<a name="page_163" id="page_163"></a> de la Rochelle, puis qu'il a tenu +pied à boule au service du roy depuis le temps qu'il est employé?</p> + +<p>—Vrayement, respondit la femme de l'auditeur, il ne se faut point +donner peine de luy, ny se soucier de ce qu'il deviendra non plus que +des autres, car ayant mandé à l'hostel de Nemours la valeureuse deffaite +qu'il a faict de dix ou douze habitans de la Rochelle sortis de la ville +pour abbatre leurs maisons proche les murailles, et que ce bel exploict +a esté crié sur le Pont-Neuf<a name="FNanchor_198_198" id="FNanchor_198_198"></a><a href="#Footnote_198_198" class="fnanchor">[198]</a>, asseurement il ne donnera pas sa +bonne fortune pour une pièce de pain.</p> + +<p>—Il pourra bien y donner ordre de bonne heure, dit la maistresse des +requestes, s'il ne veut demeurer arrière: car à présent que la cour est +remplie de cadets de haut appetit et de jeunes favoris, chacun d'eux +voudra partager au bonheur et aux qualitez, en sorte qu'après la guerre +l'on verra autour du roy plus de demandeurs que de deffendeurs, et, pour +dire, il sera très difficile d'aborder seulement les galleries du +Louvre.<a name="page_164" id="page_164"></a></p> + +<p>—M. de Nemours l'affectionne trop, dit la tresorière, pour ne luy +procurer quelque honnorable fortune, en recompence d'un si signalé +service; et puis le naturel de ce prince est si benin et si louable +qu'il le recompenseroit plustost de son propre bien qu'il vesquist le +reste de ses jours avec un mecontentement.</p> + +<p>Sur ces entrefaites, la garde de l'accouchée voulut mettre son nez et +discourir de monsieur de Nemours à bonds et à vollée<a name="FNanchor_199_199" id="FNanchor_199_199"></a><a href="#Footnote_199_199" class="fnanchor">[199]</a>; mais le +respect que la compagnie portoit à son rang et à sa qualité fut cause +qu'on luy ferma la bouche, sinon qu'on lui permit de discourir des +façons de faire de la cour, voyant que le cœur luy en disoit: +tellement qu'ayant prins pareatis de ce faire, elle ne fut guère +honteuse de declarer son secret, qui estoit qu'au siége de Montpellier, +lors que le roy perdit tant de braves seigneurs et gentils-hommes, qu'il +estoit demeuré à ceste meslée un certain homme sur la place qui luy +faisoit porter beaucoup d'ennuy, qui ne se pourroit jamais terminer que +par la mort, quand toutes les meilleures fortunes luy arriveroyent, +auxquelles neantmoins elle disoit ne pouvoir aspirer à cause de son +aage, et en consideration de ce qu'on la cognoissoit quatre grands +lieuës par delà les bornes de la raison.<a name="page_165" id="page_165"></a></p> + +<p>A ce beau discours, la compagnie se print à rire, et celle qui esleva un +ton plus haut, ce fut madame l'accouchée, qui mesme en petta de +resjouyssance pour le moins huict ou dix fois consequtivement, à cause +que du temps que ce drosle estoit auprès de ladite garde, et que sa +marmitte boüilloit à ses despens, on n'eust osé lui dire bran en son +nez, tant qu'elle faisoit ma commère l'entenduë. Ainsi fallut peu de +chose pour sortir de la carrière et pour rompre de si bons discours qui +se tenoient auparavant avec toute sorte de verité; toutesfois, si tost +qu'il fut finy, nostre maistresse des requestes, qui se plaist d'estre +entretenuë en compagnie aux despens de l'honneur d'autruy, s'efforça par +tous moyens de remettre en lice les autres, tant sur les traictez de +guerre et de paix que sur les fraudes et malversations des chefs et +conducteurs de l'armée, et sur ce qu'on avoit tant parlé du sieur de +Villautray<a name="FNanchor_200_200" id="FNanchor_200_200"></a><a href="#Footnote_200_200" class="fnanchor">[200]</a> et de ses commis.</p> + +<p>Sur quoy la tresorière, grandement engagée dans le combat, ne peut +s'empescher de respondre que volontiers la fortune est enviée aussi bien +que les beautez, et que tout ainsi que les esprits<a name="page_166" id="page_166"></a> voluptueux faisoient +recherche des dons plus gracieux de la nature, de mesme que l'avidité +des envieux les portoit à des flatteries et à des mesdisances, pour +faire faire des recherches candides contre l'obligation que l'on a +fraternellement à son prochain: tellement que, si l'on avoit tasché +d'obscurcir l'honneur du sieur Villautray, que ce n'avoit point esté +pour l'affection qu'on portoit au service du roy, mais bien pour une +rancune particulière de ce qu'il n'avoit voulu desbourcer des deniers +qui n'eussent esté employez dessus ses comptes.</p> + +<p>—Voilà une belle eschappatoire! dit la conseillère; je vous diray, +Madamoiselle, chacun est tenu de deffendre son party, et de conserver +jusques aux plus pressantes extremitez, quand mesme il n'y auroit aucune +apparence de raison, principalement au temps où nous sommes, auquel il +est plus necessaire de dissimuler que de dire verité, et de faindre dans +les actions que de faire esclatter ce qui pourroit estre terny; et +qu'ainsi ne soit, n'est-il pas vray que si l'on parloit en compagnie du +sieur Fabry<a name="FNanchor_201_201" id="FNanchor_201_201"></a><a href="#Footnote_201_201" class="fnanchor">[201]</a>, qui du temps du feu roy se fit dire mort, et pour +lequel on porta une buche dans<a name="page_167" id="page_167"></a> le tombeau, craignant qu'il ne fist la +capriolle, n'est-il pas vray que vous direz que cela n'est pas possible, +et que ceste invention auroit esté recherchée par des justiciers pour +rendre odieux ceux qui manient les finances? Aussi je m'asseure que, si +l'on enfonce le discours sur ce que le sieur de Villautray, pour se +faire dire innocent du crime de peculat, qu'il a passé par la porte +dorée, que vous en aurez un grand despit; c'est pourquoy, pour mon +regard, je brise là-dessus, et laisse à discourir de ce qui en est à +ceux qui ont juste suject de s'en plaindre.</p> + +<p>—Vrayement, Madamoiselle, c'est bien à vous, à faire de parler des +financiers comme vous faictes, vous qui ne paroissez dans le monde +qu'aux despens des pauvres parties, dont vostre mary est par foi lse +juge; vous qui n'auriez pas dequoy nourrir un meschant<a name="FNanchor_202_202" id="FNanchor_202_202"></a><a href="#Footnote_202_202" class="fnanchor">[202]</a> lacquais +sans les presens que l'on vous faict, au prejudice du droict d'autruy, +qui est violé la plus part du temps; vous, dis-je, qui à peine pourriez +avoir un simple cotillon de taffetas de vostre estoc, n'estoit qu'avec +les espices on vous fournit de sauce. Je n'en veux dire davantage: que +chacun regarde à soy.</p> + +<p>Sur ce, l'accouchée fit en sorte de rompre le discours, craignant que la +conseillère et la tresorière vinssent aux prises; et, pour empescher +que<a name="page_168" id="page_168"></a> cela n'arrivast, elle fit feinte de se trouver mal, qui fut cause +que l'on ne parla plus des charges et des qualitez, et sur ces +entrefaites arriva Mathurine<a name="FNanchor_203_203" id="FNanchor_203_203"></a><a href="#Footnote_203_203" class="fnanchor">[203]</a>, qui courtoisement fit la reverence, à +chacun particulièrement dès l'entrée de la chambre, puis s'approcha du +lict de l'accouchée pour s'enquerir de sa disposition, après quoy elle +print place et en compta des meilleures pour esgayer la compagnie, +donnant neantmoins en passant un lardon à celles qui le meritoyent.</p> + +<p>Madame de Verneuil, qui naguères estoit arrivée, la voulut faire jazer +pour s'en donner du passe-temps; mais elle, qui est aussi malicieuse +qu'un vieux singe, après avoir recité quelques sornettes, elle ne +feignit de rechercher le moyen de la picquer, parlant de la chasteté des +courtisanes, et sur tout mettant sur le tapis le merite et les bonnes +graces de monsieur de Bassompierre,<a name="page_169" id="page_169"></a> pour raison desquelles le roy +l'avoit qualifié d'un brevet de mareschal de France: ce que l'on feignit +pourtant d'escouter, affin d'obliger aucunement ladite marquise, qui ne +peut l'aymer à cause de sa sœur. Mais aussi, elle partie, Mathurine +fut conjurée à double carillon de dire au vray si ledit sieur de +Bassompierre seroit mareschal de France<a name="FNanchor_204_204" id="FNanchor_204_204"></a><a href="#Footnote_204_204" class="fnanchor">[204]</a>; et qui fut la plus portée +à ceste curiosité, ce fut madamoiselle nostre conseillère, laquelle, +outre sa brigue qu'elle faict, par le moyen de ses amis, de faire mettre +monsieur Viguier aux mauvaises graces de monsieur le Prince, elle croit +que si la cour change de face, que son mary sera garde des sceaux; et de +la nommer, le respect des dames me le deffend, laissant au public la +curiosité de s'en enquester à ceux qui mettent en contrerolle ses +actions.</p> + +<p>Suivant donc que Mathurine fut interrogée si monsieur de Bassompierre +seroit mareschal, il faut croire qu'elle degoisa de luy plusieurs +discours, et les causes qui avoient meu le roy de le qualifier de ce +grade honorable: premièrement, que ses perfections y avoient fort operé, +et puis ses agreables services, notamment ceux qu'il avoit rendus à Sa +Majesté au siége de Montauban l'an<a name="page_170" id="page_170"></a> passé, quand par son secours il mit +en vraye deroute les ennemis, qui souz un mot feint et non retenu +venoient au secours des assiegez.</p> + +<p>—Hé quoy! dit là-dessus la femme de l'auditeur, ne faut donc plus qu'un +acte remarquable pour s'eslever auprès du roy? Vrayement, si cela a +lieu, il y aura d'oresnavant plus de mareschaux qu'il y aura d'asnes à +ferrer.</p> + +<p>—Pardonnez-moi, Madamoiselle, dit la maistresse des requestes, et si je +vous dis que vous avez un peu tort de parler de monsieur de Bassompierre +de la sorte, car il est de fort bon lieu, et puis il y a long-temps +qu'il vogue en cour, sans faveur et sans qualité; et d'avantage, sa +bonne mine ne vaut-elle pas quelque chose de meilleur et de plus +honnorable que d'avoir tousjours des Suisses pendus à sa ceinture?</p> + +<p>Sur ce, Mathurine dit tout haut que ses desseings n'estoient pas limitez +à ce seul but, mais qu'il se promettoit d'estre connestable après la +mort de monsieur Desdiguières, et qu'il le voyoit avec tant de certitude +que, pour en donner l'impression à toute l'armée, tout son desduict +estoit attaché aux exercices militaires, et avec plus d'affection qu'il +n'eust jamais en temps de paix de faire relever sa moustache.</p> + +<p>—Hé! que deviendroit monsieur de Crequy<a name="FNanchor_205_205" id="FNanchor_205_205"></a><a href="#Footnote_205_205" class="fnanchor">[205]</a>,<a name="page_171" id="page_171"></a> dict la tresorière, luy +qui est aussi vaillant que son espée, qui est du poil d'un martial et +qui mesmes en porte les marques honorables sur le visage? Ce seroit +faire tort à sa generosité que de le priver de la recompense deuë à un +grand courage comme le sien, ou, si cela luy manquoit un jour, je dirois +que les astres voudroient faire la guerre à leur superieur, qui luy fut +tant favorable pour renverser Don Philippin sur le pré<a name="FNanchor_206_206" id="FNanchor_206_206"></a><a href="#Footnote_206_206" class="fnanchor">[206]</a>. Mathurine, +Mathurine, monsieur de Bassompierre est trop mignard pour beaucoup +entreprendre dans la fatigue de la guerre; il vaut bien mieux qu'il se +contienne en la qualité de mareschal de France, et prendre à femme +madamoiselle d'Antrague, que d'esperer pretendre plus haut; car aussi +bien les fortunes sont viagères, et aussi fol est celuy qui pense faire +prendre pied ferme à ses desseings, que fut autres-fois sot et maroufle +le pauvre Guerin, qui servoit de plaisant à la reyne Marguerite<a name="FNanchor_207_207" id="FNanchor_207_207"></a><a href="#Footnote_207_207" class="fnanchor">[207]</a>.<a name="page_172" id="page_172"></a></p> + +<p>—Vous vous debattez, Madame, de la chappe à l'evesque, dit l'accouchée; +hé! qui soit connestable qui le pourra estre, l'on est aussi bien mordu +d'un chien que d'un chat. Nous en avons perdu, graces à Dieu, un qui ne +valloit guères; à present, nous en avons un qui ne fera guères mieux. +Toutesfois, ce que je trouve de meilleur en luy, c'est qu'il est riche, +Dieu mercy, des bons coups qu'il a fait aux eglises du Dauphiné.</p> + +<p>—Sa richesse, repliqua Mathurine, devroit aider beaucoup à le faire +homme de bien; mais quoy! ce qu'on doibt craindre, c'est qu'un drap +retourné ne faict jamais tant de proffict comme s'il estoit à poil.</p> + +<p>—Je vous sçay bon gré, dit la maistresse des requestes, de parler ainsi +à cœur ouvert, car il est vray, la hare<a name="FNanchor_208_208" id="FNanchor_208_208"></a><a href="#Footnote_208_208" class="fnanchor">[208]</a> sent tousjours le fagot, +et, comme<a name="page_173" id="page_173"></a> disoit un jour le duc de Rosny au feu roy Henry le Grand, que +Dieu absolve, lors qu'il luy demandoit pourquoy il n'alloit pas à la +messe aussi bien que lui: Sire, sire, la couronne vaut bien une messe; +aussi une espée de connestable donnée à un vieil routier de guerre +merite bien de desguiser pour un temps sa conscience et de feindre +d'estre grand catholique.</p> + +<p>Ce discours finy, toutes les dames prindrent congé de l'accouchée, avec +promesses de la revoir le lendemain, ou le premier jour que la commodité +leur pourroit permettre; ainsi elles sortirent fort satisfaites de leurs +entretiens, et aussi tost entrèrent six autres dames d'une bande, et +d'un mesme quartier, lesquelles, ayant faict les salutations requises et +necessaires pour la bien seance, trouvèrent les places toutes chaudes; +elles ne firent guère mistère de s'y assoir. La première qui commença le +caquet, ce fut une nouvelle femme de notaire de la parroisse +S.-Jacques-de-la-Boucherie, qui dit à l'accouchée: Jesus! Madame, que +vostre teinct est changé depuis que vous estes en couche!</p> + +<p>—Comment! respondit l'accouchée, trouvez-vous que je sois laidie +beaucoup?</p> + +<p>—Nenny vrayement, repliqua la notaire, au contraire; si j'estois que de +vous, je tascherois<a name="page_174" id="page_174"></a> d'estre souvent en couche, tant vous estes devenuë +jolie.</p> + +<p>—Cela vous plaist à dire, dit l'accouchée; c'est que vous me voulez +gratifier, car il n'y a plus de gentillesse en mon faict; si c'estoit +vous, encore, il y auroit de l'apparence, car, outre que vous estes +belle de vostre naturel, monsieur vostre mary, curieux de vous +conserver, mettroit plustost en gage sa vaisselle d'argent que l'on vous +a donnée le jour de vos nopces que vostre beau teinct ne fust entretenu.</p> + +<p>—Aussi il n'y a rien tel que d'estre jolie, dit sur-le-champ la femme +d'un passementier de la ruë de la Vieille-Monnoye. Et sur ceste +gentillesse voulant un peu discourir, et de l'appuy qu'on en tire par +fois, elle fut interrompuë par la femme d'un quinquallier, homme +d'honneur et grandement à son aise, laquelle fut fort peu honteuse de +dire qu'elle avoit cy-devant practiqué assez d'inventions pour estre +continuée aux bonnes graces d'un receveur, mais qu'elle avoit recogneu +que toutes ces sortes de curiositez<a name="FNanchor_209_209" id="FNanchor_209_209"></a><a href="#Footnote_209_209" class="fnanchor">[209]</a> n'estoient que folies; qu'il +valloit mieux s'associer en l'honneste fortune d'un mary que d'attacher +ses affections à des frivoles concupiscences, où l'honneur et l'ame se +ternissent et se perdent.</p> + +<p>Ces petits discours d'amourettes durèrent <a name="page_175" id="page_175"></a>presque demy-heure entre ces +trois coquettes de bourgeoises, et n'eussent esté sy tost rompus, sans +que la femme d'un advocat, fort sage et discrette de son naturel, fit en +sorte de changer de batterie. Pour venir à l'effect de ce dessein, elle +fit feinte de se trouver mal et de s'esvanouir, ce qui les occasionna de +prendre garde à elle et d'apporter tous les soulagemens que l'on peut +s'imaginer aux foiblesses qui arrivent par fois aux femmes grosses, de +manière qu'après estre revenuë en son premier estat, elle fut interrogée +de la compagnie si elle estoit grosse, ains elle afferme qu'elle n'avoit +garde de l'estre.</p> + +<p>—Cela peut pourtant bien estre, dit la femme d'un pourpointier, jalouse +au possible de son mary; vous qui estes à vostre aise et qui avez un bon +mary qui gaigne bien sa vie et qui vous ayme comme il faut, qui vous +empescheroit de le devenir?</p> + +<p>—Je ne manque point, graces à Dieu, de toutes ces felicitez que vous me +dittes, mais j'ay une affliction qui m'empeschera d'avoir des enfans.</p> + +<p>—Hé! quelle affliction, luy repliqua la pourpointière, Madame?</p> + +<p>—Madame, quoy que j'aye un bon mary, ce n'est pas tout: j'ay perdu ma +mère depuis peu, j'ay une sœur malade sur les bras, et un frère +nouvellement rendu des universitez, qui veut se faire<a name="page_176" id="page_176"></a> advocat un de ces +matins, et s'il n'est qu'un sot habillé en homme.</p> + +<p>—Voire! advocat! les rues de Paris en sont pavées. Si j'estois que de +vous, Madame, je ferois en sorte de le porter dans les finances; car, +ayant le bien qu'il a, il pourra paroistre un temps à ses despens pour +apprendre, et puis asseurement il prendra aussi bien que les autres.</p> + +<p>—Voilà un bon advis, Madame, dit une autre pourpointière qui a quitté +la boutique pour besongner en chambre; aujourd'huy il n'y a que d'en +avoir; chacun se mocque de la necessité, et le vray moyen de l'eviter +pour le jourd'huy, c'est d'estre financier, car infailliblement la +guerre ne durera, et pendant le temps il adviendra que les vieux se +defferont de leur charge, ou pourront mourir; ce qu'estant, les jeunes +s'avanceront et feront leurs bourses.</p> + +<p>—Quelque mestier que ce soit, dit la notaire, est très bon quand on y +profite et quand il ne fait point perdre son maistre, ce qui se voit +assez rarement; toutesfois, si j'avois à choisir pour me pourvoir, je +prendrois plustost un financier qu'un advocat.</p> + +<p>—La femme de l'advocat s'en sentit un peu intéressée, et comme estant +legitimement picquée au jeu, elle ne peut s'empescher de dire qu'on +n'avoit jamais veu de financiers devenir gardes des sceaux et +chanceliers, mais bien garde-prisons<a name="page_177" id="page_177"></a> assez souvent, lequel l'on +pourroit bien voir quelque matin, la paix estant faicte, pour les +obligations et malversations qu'ils avoient commis depuis que la guerre +est commencée.</p> + +<p>—Laissons là les qualitez, Mesdames, dit la quinquallière; qui bien +fera bien trouvera. Si les financiers ont desrobé l'argent du roy, comme +il y a de l'apparence, le conseil en sçaura bien faire la recherche; et +ce faisant, le proffit qu'ils auront faict ne sera qu'un emprunt qu'il +faudra rendre avec les interests.</p> + +<p>—Il semble que vous sçachiez les particularitez de ces Messieurs, dict +là-dessus la belle pourpointière.</p> + +<p>—Ce que j'en sçay, repliqua la quinquallière, c'est le receveur que +j'ay tant aymé qui m'en a compté une partie, et le reste, ç'a esté le +sieur Gesselin, comme je discourois avec luy de la belle Angelique, +qu'il a tant de peine à marier.</p> + +<p>—Mais, à propos, Madame, dit la marchande de passement, la fille de +laquelle vous parlez est-elle aussi jolie qu'elle estoit lorsque le +sieur advocat la recherchoit en mariage?</p> + +<p>—Il s'en faut plus de la moitié, luy respondit la quinquallière, et si +je doubte d'elle ce que je ne veux publier, pour le respect du sexe.</p> + +<p>Comme ceste parole s'achevoit, la femme d'un procureur de la Cour, +demeurante en l'Université, entre dans la chambre suivie d'une petite<a name="page_178" id="page_178"></a> +esmerillonnée<a name="FNanchor_210_210" id="FNanchor_210_210"></a><a href="#Footnote_210_210" class="fnanchor">[210]</a> de servante, qui se douta de ce qu'on vouloit dire de +la belle Angelique; et, ayant prins place, le caquet fut renforcé par +elle, et meut les autres si fort à caqueter, que le meilleur secretaire +n'eust peu rediger le tout par escrit. Neantmoins, encore que leur +babilloire allast bien viste, je ne laissay d'en profiter et de +remarquer ce que je jugeay pouvoir apporter du contentement aux curieux. +Entre autres choses j'appris l'invention qui se praticque parmy les +bourgeoises pour paroistre, quoy qu'elles n'ayent ny rente ni revenu.</p> + +<p>Sçachez donc, suivant la relation mesme de la procureuse, que +l'invention de paroistre<a name="FNanchor_211_211" id="FNanchor_211_211"></a><a href="#Footnote_211_211" class="fnanchor">[211]</a> a esté trouvée par les femmes de +practique, depuis quinze ou seize ans en çà, à dessein d'aller au pair +avec<a name="page_179" id="page_179"></a> les damoiselles de race et d'extraction, et pour faire à croire +qu'elles en ont, mais c'est du contant, invention qui est tournée en +perfection, si perfection on doit appeller le vice; en sorte que, pour +le jourd'huy, on ne voit plus ny femme de notaire, ny de procureur, ni +d'advocat, ny mesme de marchand et d'artisan, à qui la soye ne traine +depuis les pieds jusques à la teste; et pour entretenir cet estat, que +se fait-il, sinon qu'un plan de cornes aux pauvres maris, qui froidement +vont au Chastelet ou au Palais, tandis que leurs femmes se donnent +carrière; et qu'ainsi ne soit, demandez à Jouan, procureur, s'il n'est +pas genin dans son haut de chausse; s'il ne vous dit assurement que ouy, +je veux boire un verre de vin muscat à jeun pour ma penitence. Je vous +en nommerois assez d'autres s'il estoit besoing, mais je me contenteray +pour le présent de celuy-là, en consideration qu'un jour il demanda acte +à monsieur le lieutenant de ce qu'il venoit de trouver un homme botté et +esperonné couché avec sa femme.</p> + +<p>Passons outre, et revenons à nos marchandes: les cessions et les +banqueroutes de leurs maris leur bastissent une belle fortune, sans le +tour du baston qu'elles font de leur costé, et de la façon elles +paroissent en damoiselles, excepté la coiffure, tesmoing ceste-picque de +biscaye<a name="FNanchor_212_212" id="FNanchor_212_212"></a><a href="#Footnote_212_212" class="fnanchor">[212]</a> de la ruë S.-<a name="page_180" id="page_180"></a>Denis, qui a fait faire plusieurs fois +cession à son mary, et ne laisse pourtant de tenir boutique ouverte.</p> + +<p>Or sus, revenons au caquet de nos bourgeoises et de nostre procureuse. +Si tost donc qu'elle fut assise, elle fit signe à sa servante de +s'approcher d'elle, pour luy dire qu'elle s'en allast querir ce qu'elle +avoit oublié, qui estoit un libelle en vers contre plusieurs filles et +femmes de ceste ville. Aussi tost dit, aussi tost effectué, et à peine +avoit-elle dit à la compagnie ce que c'estoit, que ladite servante +revint, et apporta ledit libelle, qui fut en mesme temps presenté sur le +tapis, et la lecture s'en fit par la marchande passementière, comme la +plus curieuse de toutes, lequel j'ay faict en sorte de coppier, pour en +contenter ceux à qui la curiosité resveille l'esprit, et à cause de la +gentillesse de sa poësie:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left"> Une petite vendant du clou</td></tr> +<tr><td align="left">Fut apperceuë par un trou</td></tr> +<tr><td align="left">Qui enfiloit à la chandelle;</td></tr> +<tr><td align="left">Un petit de nom et de faict</td></tr> +<tr><td align="left">S'est delecté dans le caquet</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'on a faict depuis de sa belle.</td></tr> +<tr><td align="left"> Un grand jancu de bon minois,</td></tr> +<tr><td align="left">Afin de violer les loix</td></tr> +<tr><td align="left">Du sacrement de mariage,</td></tr> +<tr><td align="left">En la maison d'un pourpointier</td></tr> +<tr><td align="left">A fait despriser le mestier<a name="page_181" id="page_181"></a></td></tr> +<tr><td align="left">Pour honorer le cocuage.</td></tr> +<tr><td align="left"> Un gros coquin garny d'escus,</td></tr> +<tr><td align="left">Aspre aux plaisirs et aux abus,</td></tr> +<tr><td align="left">Fit tant que Gaumont, tout folastre,</td></tr> +<tr><td align="left">Luy presta sa femme à minuict</td></tr> +<tr><td align="left">Afin d'en prendre son deduict</td></tr> +<tr><td align="left">Puis en a faict l'acariastre.</td></tr> +</table> + +<p>Sur cecy la passementière change de couleur et voulut deschirer le +papier où estoit escrit ces vers: à quoy s'opposa formellement la +procureuse, promettant à ladite passementière que jamais personne +n'auroit la cognoissance de sa part, dont elle en fut conjurée par +l'Accouchée, qui neantmoins avoit dessein d'en rire une autre fois plus +particulièrement. Ainsi ce papier fut reserré, et commença-on de +cacqueter de ceste sorte:</p> + +<p>—A propos, Madame, dit la femme de l'advocat, est-il vray qu'on doit +publier un edict pour la reformation des habits<a name="FNanchor_213_213" id="FNanchor_213_213"></a><a href="#Footnote_213_213" class="fnanchor">[213]</a>, et que<a name="page_182" id="page_182"></a> +Chalange<a name="FNanchor_214_214" id="FNanchor_214_214"></a><a href="#Footnote_214_214" class="fnanchor">[214]</a> en doit entreprendre l'execution<a name="FNanchor_215_215" id="FNanchor_215_215"></a><a href="#Footnote_215_215" class="fnanchor">[215]</a>.</p> + +<p>—J'en ay aucunement entendu parler, respondit la procureuse; mais +pourtant je ne le puis croire, car il s'est trouvé trop empesché à +l'edict des procureurs<a name="FNanchor_216_216" id="FNanchor_216_216"></a><a href="#Footnote_216_216" class="fnanchor">[216]</a>.</p> + +<p>—Neantmoins, repliqua l'advocate, on en<a name="page_183" id="page_183"></a> bruicte fort par la ville, et +dit-on de plus qu'il passera plus facilement que nul autre qui ait passé +depuis deux ans<a name="FNanchor_217_217" id="FNanchor_217_217"></a><a href="#Footnote_217_217" class="fnanchor">[217]</a>, parce que ou les ambitieux, pour paroistre, +donneront de l'argent en forme de rente, si on l'accorde; ou bien chacun +sera cognu selon sa qualité.</p> + +<p>—Hé! qu'importe d'estre cogneu par sa qualité, pourveu qu'on ait force +pistoles, dit l'accouchée?</p> + +<p>—Non, non, Madame, respondit d'affection nostre advocate, il est bien +necessaire de proceder à ceste reformation; l'argent n'est rien au +<a name="page_184" id="page_184"></a>respect des mœurs, et certainement il est plus à propos d'honorer +l'ame de belles actions que de parer son corps de beaux vestements, qui +ne servent en effect que de desguisement quand on y apporte tant de +sorte d'inventions.</p> + +<p>La marchande passementière, qui voyoit bien que c'estoit d'elle qu'on +parloit particulièrement, fit forme d'avoir affaire à son logis, et sur +ce discours print congé de la compagnie. La sortie de laquelle apporta +une plus grande licence de parler d'elle; et qui en entama le discours, +ce fut la procureuse, qui dict: Vrayement, la marchande qui vient de +sortir a bien changé de poil depuis qu'elle a quitté sa boutique; la +cognoissez-vous bien particulièrement, Mesdames?</p> + +<p>A ceste demande, personne ne voulut respondre que la petite affetée de +notaire, qui dict que du temps qu'elle estoit fille on en parloit fort, +et qu'elle alloit la nuict trouver un certain homme pour coucher avec +luy, et qu'affin de n'estre recognuë qu'elle prenoit un habit desguisé.</p> + +<p>—Son mary estoit donc aux champs quand elle faisoit ce train-là? +respondit la procureuse.</p> + +<p>—Non, non, Madame, luy repliqua la notaire; c'estoit luy-mesme qui luy +faisoit aller, et ceste façon de faire a duré deux ans et plus, et puis +le badin en est devenu jaloux jusques là que de l'avoir accusé +d'adultère.</p> + +<p>—Madame, Madame, soulagez un peu l'<a name="page_185" id="page_185"></a>honneur de vostre voisine, luy dit +la quinquallière; on ne sçait pas ce qui nous peut arriver: toutes +choses estans sujettes aux changemens, il faut peu de chose pour nous +renverser veritablement.</p> + +<p>La quinquallière avoit raison de parler de la sorte, car elle a les +talons si cours qu'il ne faut la pousser guère fort pour la faire choir, +et de cecy je m'en rapporte à ce qui en a esté escript et produict, +ainsi qu'il se voit par le libelle cy-dessus, extraict des memoires +curieux d'un des beaux esprits de ce temps qui la cognoit assez +familièrement.</p> + +<p>Cet entretien commença de desplaire à l'accouchée; aussi elle fit en +sorte de faire signe à la garde de luy apporter la colation, ce qui +occasionna les bourgeoises de sortir et de prendre congé d'elle, au +moyen de quoy elle print relasche d'une demy-heure; et après ce temps +une autre compagnie vint la saluer, qui se tint avec elle jusques au +soir.</p> + +<p>Les discours que ceste compagnie tint n'ennuyoient pas l'accouchée comme +les autres: car on n'usa jamais de mesdisance, sinon qu'une mercière de +la ruë de la Harpe, enquesteuse au possible des affaires d'autruy, comme +on parloit de la misère du temps, accusans en partie la sienne, ne peut +s'empescher de parler d'un de la vacation de son mary, qui a quitté sa +boutique du Palais pour faire faire monstre à ses filles; elle<a name="page_186" id="page_186"></a> n'eust +garde de dire que sa boutique estoit toute remplie de nenny, que son +mary faisoit passer les conventions matrimoniales par la forest +d'Angoulesme<a name="FNanchor_218_218" id="FNanchor_218_218"></a><a href="#Footnote_218_218" class="fnanchor">[218]</a>, ny qu'elle toleroit la desbauche de sa servante à +cause qu'elle n'avoit dequoy luy payer ses gages; aussi c'eust esté mal +à propos de parler de la maison et de ce qu'il s'y faict, puis qu'on en +parle assez en Bretagne et en Normandie.</p> + +<p>Or, après qu'une certaine gantière assez cognue, quoy que sa mère soit +garde d'accouchée, voulut mettre son nez au caquet, et commença de +parler d'un procez que son mary avoit contre un advocat, la perte duquel +elle redoutoit fort si elle ne s'y employoit de cul et de teste...</p> + +<p>—En craignez-vous la perte? luy dict la femme d'un commissaire qui a +pris la vache et le veau. Vraiment, puisque vous avez de l'argent, comme +l'on dict, vous avez beau moyen de le gaigner.</p> + +<p>—A la verité, repliqua la gantière, si les conseillers de la Cour sont +aussi friants de presens comme ceux qui ont rendu la sentence dont est +appel, je suis asseurée d'avoir gaigné la cause.</p> + +<p>—Madame, Madame, luy dit une grosse damoiselle de Normandie qui logeoit +naguères chez un chirurgien, j'en ay gaigné pour le moins une douzaine +au Parlement, sans que j'aye employé<a name="page_187" id="page_187"></a> d'autre faveur que mon industrie; +c'est pourquoy vous pouvez beaucoup, vous qui estes de bonne grace, qui +avez si beau maintien.</p> + +<p>—Je m'asseureray donc, respondit la gantière, en la faveur de vostre +bon conseil, duquel je vous remercie et vous en baise bien humblement +les mains.</p> + +<p>—Vous parlez de procez? dict l'accouchée.</p> + +<p>—C'en est faict, respondit la damoiselle, et puis c'est d'un qui n'est +pas de grande conséquence.</p> + +<p>La femme d'un procureur du Chastelet qui demeure en la ruë S.-Martin, +suivant ces entrepropos, commença et dit: Je ne sçay quels procez il se +faict depuis dix ou douze ans, car je vous asseure qu'encores que mon +mary soit des anciens, que son estude est aussi seiche qu'une langue de +bœuf parfumée; la pluspart du temps il ne fait rien que bayer aux +corneilles et jazer avec un voisin que nous avons qui fait des luts. +Nous avons un fils advocat qui ressemble les tapis que mettent les +marchands sur leurs boutiques, car il ne nous sert que de monstre; et ce +qui m'afflige plus sur mes vieux ans, c'est que j'ay de trop grandes +filles qui perdent leur temps faute d'ouvrage.</p> + +<p>—Je vous plainds, je vous asseure, Madame, luy dict une jeune +damoiselle qui a espousé le fils d'un medecin, d'autant que mesdames vos +filles<a name="page_188" id="page_188"></a> sont assez advenantes; toutesfois, Madame, j'estimerois que vous +ne ferez pas mal d'en mettre quelqu'une en religion.</p> + +<p>—En religion! respondit cette procureuse; vrayment, il faut autant +d'argent pour le jourd'huy pour y mettre une fille comme à la mettre en +son mesnage; je m'y suis assez employée pour ma grande, lorsque je l'ay +veuë reformée en ses habits; mais je n'y ay rien gaigné.</p> + +<p>Là-dessus une esrattée de perruquière de la mesme ruë, voulant donner +son advis, et enseigner un moyen de mettre lesdites filles en religion, +parla de celles où sont les capucines<a name="FNanchor_219_219" id="FNanchor_219_219"></a><a href="#Footnote_219_219" class="fnanchor">[219]</a>; mais à ceste objection +ladite damoiselle luy respondit que c'estoient discours, et qu'il y +falloit avoir de l'argent aussi bien qu'ailleurs, ou bien de grands amis +qui procurent le moyen d'y entrer.</p> + +<p>Une bourgeoise de la rue Quincampois, ayant dessein de terminer +l'affliction de la procureuse, luy dit: Madame, ne vous affligez point +tant de vos filles; Dieu y donnera ordre à les pourvoir, et fera que +quelques uns de ses bons serviteurs y mettront la main. On parle, ce +dit-elle, d'une nouvelle religion où les filles de maison seront<a name="page_189" id="page_189"></a> +receuës à peu de fraiz, et si dit-on d'avantage, que nostre +evesque<a name="FNanchor_220_220" id="FNanchor_220_220"></a><a href="#Footnote_220_220" class="fnanchor">[220]</a>, à son advenement, veut faire largesse pour ce +subject<a name="FNanchor_221_221" id="FNanchor_221_221"></a><a href="#Footnote_221_221" class="fnanchor">[221]</a>.</p> + +<p>—Ce sera un grand bien pour son ame, dict la femme d'un greffier; s'il +donnoit une année ou deux de son revenu pour pourvoir quelques filles, +ou en religion ou au mesnage, en retranchant un peu son train, il +obligeroit icelles à prier pour soy.</p> + +<p>Ces propos achevez et finis, arrivèrent encores quelques bourgeoises +d'une mesme compagnie, desireuses d'entretenir madame l'accouchée de +plusieurs choses qui courent parmy le monde, et de plusieurs façons de +faire qui s'y pratiquent; les autres, qui estoient arrivées il y avoit +assez longtemps, prindrent honorablement congé peu de temps après ceste +arrivée, et après leur sortie<a name="page_190" id="page_190"></a> une parfumeuse de la ruë S.-Sauveur +commence de dire: Nous faisons un beau silence, pour estre venuës +visiter une accouchée.</p> + +<p>—Je vous asseure, Madame, luy dict une de ses voisines, qui est femme +d'un tapissier, j'ay si mal à la teste des discours qu'on tient de nous, +que j'en ay les jouës toutes rouges.</p> + +<p>—Là, là, luy respondit la parfumeuse, ce n'est pas là où le bast vous +blesse; c'est que vous faites la fine pour jouër les deux.</p> + +<p>La tapissière là-dessus repliqua qu'il n'appartenoit à jouër les deux +qu'à la femme d'un tailleur d'auprès la rue des Prouvelles, parcequ'elle +entretenoit son mary en amytié et sans jalousie, et si un petit +procureur du Chastelet ne laisse pas de captiver ses bonnes graces.</p> + +<p>—Comment, dit aussi tost une frippière d'auprès la Tonnellerie, la +petite tailleuse ayme la chiquanerie? Vrayment, je ne m'estonne plus +s'ils vont si souvent aux champs ensemble.</p> + +<p>—Ce n'est pas où ils font leurs meilleurs coups, dit encore la +tapissière; mais c'est au logis de Paris: car assez souvent le procureur +prend <a name="page_191" id="page_191"></a>occasion d'aller joüer au picquet avec le mary, et ainsi il +choisit son heure.</p> + +<p>—Hé! si cela est sçeu à la cour, dit la parfumeuse, luy qui veut avoir +un office chez le roy, ce sera une grande incommodité pour le Louvre.</p> + +<p>Chacune de ces bourgeoises, à ces paroles, se prindrent à rire de si +grand courage qu'il sembloit à les entendre que ce fussent des asnesses +dans un pré qui brayassent pour estre couvertes. Et moy qui parle, je +fus contrainct, quoy que caché à la ruelle du lict, d'en destacher mon +esguillette, craignans de pisser dans mes chausses.</p> + +<p>Cecy finy, elles commencèrent à caqueter et à discourir du comte +Mansfeld<a name="FNanchor_222_222" id="FNanchor_222_222"></a><a href="#Footnote_222_222" class="fnanchor">[222]</a>. L'une disoit qu'il<a name="page_192" id="page_192"></a> est un grand capitaine pour un +Allemand; l'autre soustenoit qu'il n'avoit pourtant pas grand courage. +Une autre, qui avoit le jugement un peu plus solide, dit qu'une bonne +fuitte valoit mieux qu'une mauvaise attente, et qu'il y avoit plus +d'honneur à laisser le champ à ceux qui tiennent en main la victoire que +de recevoir une perte dommageable au profit et à l'honneur, et puis, +qu'ayant les gouttes comme il a, que malaisement<a name="page_193" id="page_193"></a> eust-il trouvé du +secours pour l'en soulager, si ce n'eust esté en perdant la vie. En fin, +après tant de sortes de comptes et de sornettes, la nuict s'approcha, +qui fut cause que chacune se retira à son enseigne.</p> + +<p><a name="page_194" id="page_194"></a></p> + +<p><a name="page_195" id="page_195"></a></p> + +<h3><a name="LA_RESPONCE" id="LA_RESPONCE"></a>LA RESPONCE<br /> +<br /><small>DES<br /> +<br /> +DAMES ET BOURGEOISES DE PARIS<br /> +au</small><br /> +<br /> +CAQUET DE L'ACCOUCHÉE</h3> + +<p class="cb"><i>Par Madamoiselle E. D. M.</i></p> + +<p class="cb">A Paris, chez l'imprimeur de la ville, <i>à l'enseigne des trois +Pucelles</i>.</p> + +<h4>M. DC. XXII<a name="FNanchor_223_223" id="FNanchor_223_223"></a><a href="#Footnote_223_223" class="fnanchor">[223]</a>.</h4> + +<p>Maintenant que l'esté nous a fait paroistre les effets de sa chaleur, et +que les rayons du soleil, d'une force plus concoctive, bruslent et +consomment les campagnes mesmes qui sont sous un climat temperé comme<a name="page_196" id="page_196"></a> +la France, outre que d'ailleurs les femmes, qui sont d'un temperament +froid et humide, ne peuvent soustenir une chaleur si ardante que celle +qui se fait quand le soleil entre au signe du Cancre, comme il a fait +depuis quelques jours, je me resolus, avec quelques unes de mes +voisines, d'aller aux estuves pour me rafraichir: car la nature est +tellement sortie de ses premiers ressorts qu'il n'est point maintenant +permis aux femmes de se baigner à la rivière, à cause peut-estre qu'on +les verroit à descouvert, ce qui est hors de raison, veu que les femmes +peuvent avec autant de droit et authorité se baigner que les hommes, +puis qu'en leur nature elles sont egalles à eux, comme je crois avoir +veu assez preuvé ailleurs.</p> + +<p>Comme je fus arrivée aux baings où d'ordinaire nous avons coustume entre +nous autres de nous rafraichir, je me trouvay au milieu d'une bonne et +agreable compaignie de bourgeoises et dames de Paris, qui estoient +venues au mesme lieu pour ce subjet. Ainsi que nous commencions à nous +deshabiller, et que chacun s'apprestoit pour se mettre à l'eau, une +jeune damoiselle du faux-bourg S.-Germain dit: La porte est-elle fermée, +ma cousine<a name="FNanchor_224_224" id="FNanchor_224_224"></a><a href="#Footnote_224_224" class="fnanchor">[224]</a>? (Elle parloit à une sienne parente de la place +Maubert.) Je vous asseure<a name="page_197" id="page_197"></a> qu'il y faut prendre garde: car pour +maintenant on ne prend plaisir qu'à mal parler d'autruy, et +principallement on est bien aise de toucher sur la corde des femmes et +d'avoir prises sur elles. Il y a plus d'un mois entier que dedans Paris +on nous appelle caqueteuses; on ne parle que du caquet des femmes. +Jamais le lict de l'accouchée ne fut mieux remué; il est souvent +retourné et fueilletté.</p> + +<p>—Mais il n'y a que de la plaisanterie dedans, dit sa tante [qui estoit +desjà dans l'eau]<a name="FNanchor_225_225" id="FNanchor_225_225"></a><a href="#Footnote_225_225" class="fnanchor">[225]</a>.</p> + +<p>—C'est vostre honneur, respondit l'autre; cela ne retourne qu'à nostre +desavantage. S'il y a quelque bon quolibet, quelque gausserie, quelque +risée, ou quelque pacquet, c'est tousjours sur les femmes qu'il vient +tomber, et tousjours les pauvres femmes sont chargées; je ne sçay comme +elles ont si bon dos, car bien souvent il faut qu'elles portent de +pesans fardeaux.</p> + +<p>—Comment! ma commère, dit une qui avoit<a name="page_198" id="page_198"></a> desjà deffait sa chemise<a name="FNanchor_226_226" id="FNanchor_226_226"></a><a href="#Footnote_226_226" class="fnanchor">[226]</a>, +c'est une chose estrange que, sous pretexte de madame l'accouchée, on +nous en fait payer la fole enchère. On dit mal de l'une, on se mocque de +l'autre, on rit, on gausse; ce sont plustost des farces et commedies +qu'autres choses. Jamais les femmes ne furent remuées de la sorte: l'une +sera trop vieille à l'appetit de son mary, il se voudra mettre à la +fraischeur; l'autre sera trop bouillante à l'appetit du sien, qui n'ira +qu'à demy-voye; l'autre aura cinquante ans et on ne la marie pas, de +sorte qu'elle sera contraincte de recoudre son pucelage plus de cent +fois. Que sçay-je, moy? chacun nous donne tels quolibets qu'on veut, et +ainsi pour ce jourd'huy en toutes les bonnes compagnies et assemblées on +nous couche tousjours sur le tappis, puis après nous servons de joüet et +d'entretien aux hommes, qui sont bien ayses, pour passe-temps, +d'esplucher nos actions et de scindiquer sur nos besongnes.</p> + +<p>—Madame a raison (fis-je alors)<a name="FNanchor_227_227" id="FNanchor_227_227"></a><a href="#Footnote_227_227" class="fnanchor">[227]</a>, car le temps d'aujourd'huy n'est +plein que de mesdisances et d'invectives, principalement à la cour, où +j'ay de coustume de hanter: l'une aura un œil trop brun à l'appetit +de celuy-cy, l'autre un nez camus à l'appetit de l'autre; mais la +pluspart du monde ne<a name="page_199" id="page_199"></a> voit point que ceux qui sont camus ont de grands +priviléges et immunitez à eux concedés de la nature, sçavoir est qu'ils +sont exempts de porter les lunettes, droict qui est très beau, puis +qu'il relève de la cour des Quinze-Vingts, où les aveugles president en +robbes grises et fleurdelisées<a name="FNanchor_228_228" id="FNanchor_228_228"></a><a href="#Footnote_228_228" class="fnanchor">[228]</a>; les autres ont des robbes qui ne +correspondent pas à leur qualité. Si une marchande porte le satin à +fleurs de velours cramoisi<a name="FNanchor_229_229" id="FNanchor_229_229"></a><a href="#Footnote_229_229" class="fnanchor">[229]</a>, etc., faut-il en murmurer? Pourtant +elles seroient peu discrettes si elles ne s'accoustroient des plus +riches et des plus belles estoffes de la boutique, puis qu'elles-<a name="page_200" id="page_200"></a>mesmes +les vendent et debitent aux autres<a name="FNanchor_230_230" id="FNanchor_230_230"></a><a href="#Footnote_230_230" class="fnanchor">[230]</a>. Si aujourd'hui une +passementière porte un colet monté à cinq estages, elle le fait pour une +consideration qui est tres bonne, sçavoir, afin qu'on ne puisse +attaindre à son pucelage, qu'elle met et constitue au dernier estage de +son colet, ce qui est universellement approuvé de toutes les +courtisannes: car frottez vostre nez contre leur visage, cueillez les +fleurs qui s'espanouïssent sur le marbre empourpré de leurs jouës, +desrobez les roses qui vont esclatant sur le corail de leur bouche, +pillez les lis qui blanchissent sur la neige yvoirine de leur gorge, +bref, mettez-vous en quatre parties pour entendre le bal mesuré de leurs +pommes jumelles, et les souspirs contre-<a name="page_201" id="page_201"></a>balancez de ces +deux-hemisphères, ce n'est point là où gist le pucelage. Pourveu que +vous ne touchiez point au colet, vous estes le plus galand cavalier du +monde; mais si une fois vous avez rompu un rang de passement, vous +perdez toute l'estime qu'on avoit de vous auparavant (elles ont bien +raison, et je soustiendray tousjours leur party en cecy, puis que leur +honneur est au cinquiesme estage de leur collet); il ne s'y faut jamais +prendre.</p> + +<p>—Pour moy, dit une damoiselle [qui estoit en l'eau jusques au +col]<a name="FNanchor_231_231" id="FNanchor_231_231"></a><a href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">[231]</a>, je ne sçay comment on en veut tousjours à ces pauvres femmes: +c'est la rebute ordinaire de toutes les calomnies des hommes; s'ils ont +fait quelque acte auquel ils croyent avoir acquis quelque disgrace, tout +aussi tost la femme en a sa part: «Ma femme est cause de cet accident; +sans elle j'eusse gaigné mon procez»; et le plus souvent on trouvera que +la femme aura meilleur droict que son mary: et ainsi c'est nous +mespriser.</p> + +<p>[—Vous voilà dans l'eau jusques au col (dit une vieille qui tenoit du +linge blanc); mais j'y suis plus avant que vous, car m'y voilà jusques +au né. Ne faisoit-il pas bon voir une femme avoir des roupies en plain +esté?]<a name="FNanchor_232_232" id="FNanchor_232_232"></a><a href="#Footnote_232_232" class="fnanchor">[232]</a><a name="page_202" id="page_202"></a></p> + +<p>Une autre qui s'entendoit à la philosophie, et qui avoit choisy ce jour +pour le bain<a name="FNanchor_233_233" id="FNanchor_233_233"></a><a href="#Footnote_233_233" class="fnanchor">[233]</a> comme un medecin du cartier S.-Honoré qui ne vouloit +coucher avec sa femme que par lune, va dire: Je ne vois aucune raison +formelle qui puisse conduire ma cognoissance à croire qu'on nous doibve +tenir en ligne inferieure avec les hommes: car premièrement ils disent +que nostre temperie est froide et humide, et que, nos organes n'estant +point bien disposez, il faut, par une consequence logicienne, que nous +ne pouvions exercer nos fonctions avec l'advantage dont jusques à +maintenant ils se sont prevalus contre nous, et toutesfois je prouveray +tousjours par bonnes, valides, scientifiques et demonstratives raisons, +que nous surpassons de beaucoup le sexe masculin, ou, à tout le moins, +que nous ne luy sommes en rien inferieures. Jettons les yeux sur les +sciences, arts, mestiers, pratiques et inventions: la pluspart se +trouvera tirée de la teste des femmes, car comme elle pullule en +raretez, subtilitez, prudence et autres qualitez infinies qui +annoblissent nostre sexe, aussi le peut-on aisement remarquer par des +exemples et des preuves irreprochables. C'est ce qui a meu Platon, à qui +nul n'a debattu le titre de divin, et consequemment Socrates, son +interprette, en <a name="page_203" id="page_203"></a>batissant les loix et reiglemens fondamentaires pour +les royaumes et republiques qui depuis sous icelles ont esté regies et +gouvernées, de les admettre dans les dignitez, charges et offices, et de +les eslever aux mesmes degrez d'honneurs que les hommes; et bien +davantage, ces lumières de l'antiquitez maintiennent et asseurent avoir +veu des femmes qui ont surpassé les hommes de leur patrie. Si de cecy +nous en voulons sçavoir la raison, les philosophes mesme, bien que d'un +sexe different du nostre, diront que, comme la pureté du sang concurre à +la vivacité de l'esprit, que consequemment les femmes ont ou doivent +avoir l'esprit plus vif que les hommes, puis qu'elles ont le temperament +plus delicat. On en a veu naistre des effects très certains de ce que je +dis, en Alexandrie, Egypte, Trace, Rome, France, et autres contrées de +l'univers. De l'autre costé, la femme est en mesme puissance que l'homme +de produire des actes genereux: ce n'est faute le plus souvent que de +les defricher; si l'arbre ne porte point de fruict, ce n'est faute que +de le cultiver, esmonder et esbrancher. Combien y auroit-il d'hommes +hebetez et grossiers, si depuis le plus tendre de leur jeunesse on ne +les jettoit dans les escolles, où la pluspart, le plus souvent, après +avoir bien employé du temps, sont aussi sçavans que quand ils y ont +entré; où au contraire, si on employoit après les femmes la centiesme +partie du soin et de<a name="page_204" id="page_204"></a> la cure qu'on prend après les hommes, on verroit +des merveilles: car, comme les femmes sont d'un temperament plus tendre, +et ont le sang, comme j'ay desjà dit, plus subtil, aussi auroient-elles +en bref les organes disposez à recevoir les espèces intromises par les +sens interieurs. Combien a-on veu de grands cerveaux de femmes regir, +maintenir et gouverner ceste monarchie et une infinité d'autres +royaumes! C'est ce qui conduisoit jadis Plutarque à dire que les vertus +des femmes aloient à l'esgal de celles des hommes, comme de fait on en +peut voir de grandes et irreprochables experiences. Il me souvient avoir +leu dans Tacite qu'un certain, estant venu à Rome en grand equipage pour +estre concitoyen de ladite ville et participer aux droicts et immunitez +dont jouyssoient jadis les Romains, et principallement ceux qui avoient +le titre de noblesse, qu'au commencement il se vantoit de la race des +dieux, se disant sorti d'un Hercul, d'une Thetis, d'un Jupiter. On ne +l'approuvoit point pourtant; mais quand, changeant de discours, il vint +dire qu'il descendoit en ligne collateralle d'une Amazone, alors ce nom +reveré et respecté du peuple romain le fit entrer au nombre des autres +citoyens, et participer aux mesmes priviléges. Les Lacedemoniens, gens +experimentez s'il en fut jamais, ne faisoient rien qu'auparavant ils +n'eussent consultez les principalles femmes de la ville.<a name="page_205" id="page_205"></a></p> + +<p>—Il n'y a que cela qui me fasche (dit une jeune mariée d'auprès le +Louvre), qu'il faut donnner tant d'argent maintenant quant on se veut +marier, c'est une ruyne; puis que vous dites que les femmes vont de pair +avec les hommes, c'est encore peu de consideration à nous de nous +attacher à la cadène et nous captiver de nostre propre et liberal +arbitre sous leur empire, et au bout du compte apporter de l'argent en +mariage.</p> + +<p>—N'en sçavez-vous que cela (dit une esveillée qui estoit un à bout)? La +cause pour laquelle les femmes apportent de l'argent aux hommes en +mariage, c'est qu'ils acheptent un fonds pour planter des cornes.</p> + +<p>La philosophe, à ce mot, reprit la parole: Au rapport (dit-elle) de +Corneille Tacite, historien fidel des annales romaines, les Germains et +Allemans, gens indomptables à la guerre, portoient dot à leurs femmes, +non les femmes aux hommes, et les principaux siéges n'estoient gouvernez +et regis que sous leur sceptre et commandement.</p> + +<p>En après, si nous voulons nous fonder sur les principes et sur les bases +de la metaphisique, nous trouverons que la nature humaine est divisée +egallement et de l'homme et de la femme: et ainsi l'un ne participe +point davantage à la raison que l'autre; <i>ea autem sunt unum et idem +quorum, natura non est diversa secundum essentiam</i>. Or, si l'homme n'est +qu'un avec la femme, il suit<a name="page_206" id="page_206"></a> necessairement qu'on ne peut calomnier +l'un sans parler au desadvantage de l'autre, de mesme que, si on dresse +des loüanges au premier, elles ne peuvent qu'elles ne resultent et +resjaillissent à l'honneur des seconds.</p> + +<p>Je m'estendrois icy sur les Sibilles, qui ont communiqué avec la +divinité par leurs oracles et propheties, si leurs discours admirables, +leurs bouches divines et leur langage doré, ne fermoit la bouche à ceux +qui nous veulent calomnier. Pour leur valeur et adresse aux armes, +n'avons-nous point ceste genereuse guerrière en France, la Pucelle +d'Orleans, qui s'est signalée en tant de combats, rencontres, en tant +d'assauts et batailles, sans aller en Trace chercher les antiques +Amazones? Mais, mesme en nos derniers jours, ne voyons-nous pas des +exemples de leur magnanimité, de courage, où elles ont gravé leur renom +dans le temple de memoire?</p> + +<p>Toute la compagnie, et moy la première<a name="FNanchor_234_234" id="FNanchor_234_234"></a><a href="#Footnote_234_234" class="fnanchor">[234]</a>, qui durant ce haut et +relevé discours avoit faict un silence dans l'eau<a name="FNanchor_235_235" id="FNanchor_235_235"></a><a href="#Footnote_235_235" class="fnanchor">[235]</a> de peur qu'on ne +nous<a name="FNanchor_236_236" id="FNanchor_236_236"></a><a href="#Footnote_236_236" class="fnanchor">[236]</a> imputast le nom de caqueteuse, fusmes<a name="FNanchor_237_237" id="FNanchor_237_237"></a><a href="#Footnote_237_237" class="fnanchor">[237]</a> ravies en <a name="page_207" id="page_207"></a>extase +de voir nostre<a name="FNanchor_238_238" id="FNanchor_238_238"></a><a href="#Footnote_238_238" class="fnanchor">[238]</a> cause si bien defenduë et nostre<a name="FNanchor_239_239" id="FNanchor_239_239"></a><a href="#Footnote_239_239" class="fnanchor">[239]</a> sexe si haut +monté par l'ascendant que luy avoit donné ceste docte et scientique +damoiselle: car elle avoit monstré (comme de fait personne ne le peut +revoquer en doute) que la femme estoit en mesme ligne paralelle avec +l'homme, et qu'il n'y avoit aucune difference entre eux, de manière que, +cela estant, si les hommes viennent maintenant à user de represailles et +calomnies envers nostre endroit<a name="FNanchor_240_240" id="FNanchor_240_240"></a><a href="#Footnote_240_240" class="fnanchor">[240]</a>, c'est sur eux-mesmes que +resjaillissent leurs injures: tout ne peut se faire, en fait de +calomnies, qu'à leurs desadvantages.</p> + +<p>La compagnie n'en demeura pourtant là: on voulut voir et examiner les +cahiers de madame l'accouchée, de laquelle on parle tant maintenant dans +Paris. L'une disoit que ce n'estoit qu'une pure fiction inventée à +plaisir pour la jovialité qui s'y rencontre; l'autre soustenoit que cela +avoit esté fait et qu'il se pouvoit faire; qu'il n'estoit hors de +raison. Chacun se debatoit: l'une le tenoit pour faux, l'autre pour +veritable. Pour mon regard<a name="FNanchor_241_241" id="FNanchor_241_241"></a><a href="#Footnote_241_241" class="fnanchor">[241]</a>, je crois que madame l'accouchée n'y a +jamais songé.</p> + +<p>—A la verité (dit une qui commençoit à s'<a name="page_208" id="page_208"></a>essuyer)<a name="FNanchor_242_242" id="FNanchor_242_242"></a><a href="#Footnote_242_242" class="fnanchor">[242]</a>, si on parle +mal des femmes, il y en a plusieurs qui en donnent subject; on +familiarise quelquefois avec des personnes qui, sous couleur d'une +feinte amitié, font souvent naistre des soupçons en l'esprit de ceux qui +regardent; on faict des mauvais rapports, et par ainsi les femmes sont +toujours injuriées à tort.</p> + +<p>—Voilà mon dire, respondit une fille de chambre d'auprès S.-Jacques: +depuis qu'aujourd'huy on voit un homme auprès d'une femme, on en parle +mal. Pour moy, je suis d'un naturel dispos et gaillard, j'aime tousjours +mieux jouër au reversis qu'au picquet; je ne me picque jamais au jeu +(pourveu que d'autre, part on ne passe trop avant dans les bornes de +l'honneur). Au reste, je ne suis pas joyeuse quand j'entens parler mal +de nostre sexe, c'est ce qui me tourmente le plus; et encore, qui pis +est, on m'a meslée dans les cartes de l'accouchée; je ne sçay comment +m'en desgager.</p> + +<p>—Vous n'estes pas seule qui avez vostre paquet (dit sa cousine); j'en +cognois bien d'autres, et des meilleures bourgeoises de Paris, qui en +ont eu leur part. Toutefois, comme ce sont frivolles, aussi ny +devons-nous nous arrester, n'y faire aucun semblant que nous nous en +sommes formalisées.<a name="page_209" id="page_209"></a></p> + +<p>—Frivolles! ma commère, dit une autre: S. Jan! appellez-vous frivolle +de calomnier l'un, de se rire de l'autre, de se gausser de celle-cy, de +mal parler de celle-là? Pour moy, je crois qu'on n'en eust peu inventer +davantage pour se mocquer de nous: car le pire que je remarque en cecy, +c'est que la pluspart sont accusées à tort et sans cause.</p> + +<p>Moy, qui estois<a name="FNanchor_243_243" id="FNanchor_243_243"></a><a href="#Footnote_243_243" class="fnanchor">[243]</a> de l'autre bout, pris la parolle pour toutes les +autres en general. Mes damoiselles (dis-je)<a name="FNanchor_244_244" id="FNanchor_244_244"></a><a href="#Footnote_244_244" class="fnanchor">[244]</a>, il se faut resoudre en +cecy; il y a un expedient fort propre; il est besoin en choses +d'importance d'apporter du conseil: il nous faut faire un reglement en +ceste affaire. Pour moy, je trouverois bon que nous fissions une lettre +de desadveu et une signification pour nous departir de tous ces discours +de l'accouchée. La femme d'un sergent du faux-bourg Sainct-Marceau, +approuvant son dire, respondit que son mary ne prendroit rien des +significations, et qu'infailliblement il publieroit lesdites lettres par +les carrefours de Paris, n'y ayant personne qui peut mieux tromper ny +trompeter que luy.<a name="page_210" id="page_210"></a></p> + +<h3><a name="LETTRE_DE_DESADVEU" id="LETTRE_DE_DESADVEU"></a>LETTRE DE DESADVEU<br /> +<small>touchant le caquet de l'accouchée<a name="FNanchor_245_245" id="FNanchor_245_245"></a><a href="#Footnote_245_245" class="fnanchor">[245]</a>.</small></h3> + +<p>«<i>Nous, dames et bourgeoises de Paris, assemblées ès estuves, après +avoir veu et leu un livret qui s'intitule le</i> <span class="smcap">Caquet de l'Accouchée</span>, <i>et +que, dans iceluy livret, nous avons amplement remarqué qu'à tort et sans +cause on nous calomnioit, nous appelant caqueteuses, bien que chacun +sçache assez bien que nostre langue est toujours en nostre bouche, outre +qu'il n'y a eu aucune assemblée d'accouchée qui eut peu authoriser ce +discours, afin que chacun cognoisse l'integrité de nos actions, et qu'il +soit notoire à tous que nous aymons à avoir le droit partout: Nous avons +des-avoué et des-authorisé, comme par ces presentes nous des-avouons et +des-authorisons le dit livre, tenans et aboutissans et dependances +d'iceluy, et en tant que nostre pouvoir s'estend. Nous segregeons de +nostre compagnie tous ceux et celles qui feuilleteront le dit livre, +enjoignant de plus à toutes les femmes, de quelque quartier, rue, +qualité ou condition qu'elles soient, que partout où elles verront le +dit Livre, Seconde et Troisiesme après-disnée<a name="page_211" id="page_211"></a> d'iceluy, soit ès-mains +de leurs maris ou autres, quelles ayent à s'en saisir, comme d'une pièce +pernicieuse à notre sexe, et de ce nous donnons pleine puissance et +authorité absolüe. Donné à Paris, le jour et an que dessus.»</i></p> + +<p class="top5">Ceste lettre de desaveu pleut grandement à la compagnie, qui +l'approuvèrent d'une mesme voix et d'un commun applaudissement. De là, +s'estant toutes revestues, elles sortirent des estuves et s'en +retournèrent chacun en son logis, avec promesse toutefois de s'assembler +pour la seconde et troisiesme fois, si l'occasion le requiert.</p> + +<p><a name="page_212" id="page_212"></a></p> + +<p><a name="page_213" id="page_213"></a></p> + +<h3><a name="LES_DERNIERES_PAROLLES" id="LES_DERNIERES_PAROLLES"></a> +<small>LES</small> DERNIÈRES PAROLLES<br /> +<small>ou<br /> +LE DERNIER ADIEU DE L'ACCOUCHÉE</small></h3> + +<p class="cb">Ensemble ce qui s'est passé en la dernière visite<br /> +et quatriesme après-disnée des dames<br /> +et bourgeoises de Paris<a name="FNanchor_246_246" id="FNanchor_246_246"></a><a href="#Footnote_246_246" class="fnanchor">[246]</a>.</p> + +<p>En vain vous auriez veu les commencemens des couches de l'<span class="smcap">ACCOUCHÉE</span> et +feuilleté ses premières et secondes<a name="FNanchor_247_247" id="FNanchor_247_247"></a><a href="#Footnote_247_247" class="fnanchor">[247]</a> visites, si par mesme moyen +vous<a name="FNanchor_248_248" id="FNanchor_248_248"></a><a href="#Footnote_248_248" class="fnanchor">[248]</a> ne veniez à jetter les yeux sur le progrez, suitte et +advancement d'icelles, et ce avec autant plus de desir que le sujet le +semble requerir. C'est pourquoy, comme tesmoin occulaire de ce que j'ay +veu, je vous traceray en ces lignes ce que j'en ay<a name="page_214" id="page_214"></a> apris depuis +peu<a name="FNanchor_249_249" id="FNanchor_249_249"></a><a href="#Footnote_249_249" class="fnanchor">[249]</a>, esperant que, comme nostre puissance intellective n'a des +bornes qu'en tant que les cognoissances qu'elle a sont dans la sphère +d'activité de son esprit, et qu'elle peut encor s'estendre d'advantage, +que par mesme moyen aussi je vous en feray voir d'autre, si l'occasion +m'en donne le sujet. Ce que je fais icy, ce n'est qu'en forme +d'<span class="smcap">ARRIÈRE-FAIX</span>.</p> + +<p>Plusieurs s'arresteront icy sur ce mot d'arrière-faix, qui peut-estre, +n'ayant jamais penetré dans les cabinets de la medecine, ignoreront de +prime-abord ce que je veux entendre par la superficie de ce discours; +mais ayant visité le dedans et veu ce que j'y couche, ils verront qu'à +juste tiltre je devois en ce lieu parler de l'arrière-faix de +l'accouchée, puisque jusques icy on en avoit tant et tant fait de +ceremonies.</p> + +<p>L'arrière-faix, si nous nous voulons rapporter à madame Perrette, +sage-femme du faux-bourg Sainct-Marceau, n'est autre chose qu'une +superfluité de matière qui s'esvacuë hors de la matrice après +l'enfantement, laquelle superfluité, comme elle est excrementielle, +aussi estant retenuë dans les concavitez de la matrice et engluée dans +les membranes qui se retrouvent là dedans, cela eut de beaucoup +incommodé l'accouchée; c'est pourquoy il la faut jetter dehors, afin +qu'estant <a name="page_215" id="page_215"></a>reintegrée dans sa première santé, que nous aussi ayons +l'honneur d'assister au baptesme de son enfant, qui se fera à +Sainct-Mederic, si messire Pierre s'y rencontre: car il est fort subjet +à dire son breviaire et ses sept pseaumes pour madamoiselle de la Garde.</p> + +<p>Et pour entrer en lice et mettre la lance de ce discours dans l'estrié +d'une suitte admirable où je puisse courre la carrière de bien dire, et +vous faire voir le fruict d'une nayfveté gaye et naturelle, vous devez +sçavoir qu'ayant apperceu que tout le monde, tant fols que sages, +avoient bandé le roüet de leurs inventions pour delascher quelque coup +de mesdisance, et s'estoient appliquez à faire des discours ou plustost +des mixtions pour faire quelque bouillon à l'accouchée, que je pouvois, +sinon avec autant de rime, au moins avec autant de raison, aller voir +madame l'accouchée, comme de fait mardy dernier je m'y acheminay avec +bonne intention d'en tirer mes pièces aussi bien que les autres. Ce fut +le matin que je fis ceste belle entreprise, croyant que je verrois +madame l'accouchée en son pontificat; mais ayant frappé à la porte, qui +estoit entrebaillée, je fus tout estonné de la voir en la salle d'embas +auprès du feu, qui s'amusoit à secher une coiffe à passement pour +l'après-disnée, car j'ai sceu depuis que toute la matinée elles sont +debout, et que l'après-disnée elles se couchent et s'accomodent, se +<a name="page_216" id="page_216"></a>peignans, frisans et encourtinans superbement dans leur lict.</p> + +<p>A peine eus-je frappé qu'elle print la fuitte et gaigna au pied, de peur +d'estre recogneuë, croyant infailliblement que ce fust quelque dame qui +la vint voir. La servante, qui vint à la porte, me dit: Monsieur, madame +est un peu indisposée pour l'heure; s'il vous plaist, revenez après +midy. Ceste responce me fit retirer aussi froidement que monsieur de la +Garandine, qui, estant allé souper en ville, fut contrainct, à son +retour, de coucher à la porte, sa femme s'estant r'enfermée avec un +jeune advocat de la ruë S.-Denis. J'attendis pourtant que midy fust +sonné<a name="FNanchor_250_250" id="FNanchor_250_250"></a><a href="#Footnote_250_250" class="fnanchor">[250]</a> afin d'entrer avec les autres, comme je fis insensiblement +pourtant, car j'estois accommodé en apoticaire. De me mettre ny en la +ruelle du lict ny au chevet, je n'eusse jamais voulu; je pris un bout de +la tapisserie et me cachay secrettement à l'endroit où je pouvois +entendre quelque chose.</p> + +<p>Or il est à remarquer que ce jour il n'y avoit que les bourgeoises qui +faisoient leurs visites: car, les jours precedens, les grandes dames et +damoiselles y avoient passé. Madame la Bruyne, <a name="page_217" id="page_217"></a>nouvellement erigée de +tavernière en grand' et superbe marchande, commence à dire:</p> + +<p>—Comment! ma cousine, n'avez-vous pas ouy parler de la drollerie qui +s'est joüée dernièrement en un pelerinage qui se fit à +Nostre-Dame-des-Vertus?</p> + +<p>—Aussi vray, ma cousine, respondit l'autre, voilà les premières +nouvelles que j'aye encore ouy parler.</p> + +<p>—C'est la plus plaisante tragedie que vous oüites jamais, dit une +vieille de la ruë de la Harpe.</p> + +<p>—Pour vous commencer ces discours, ma cousine, dit la première, vous +devez sçavoir qu'aujourd'huy chacun en prend où il en peut attrapper. +Deux jeunes dames que plusieurs cognoissent...</p> + +<p>—Ne sont-elles pas de la paroisse Sainct-Germain? dit une fille de +chambre.</p> + +<p>—Il n'importe de quel cartier elles soient: il ne les faut pas nommer. +Elles alloient en fin l'autre jour en pelerinage à +Nostre-Dame-des-Vertus, accompagnées de deux braves courtisans qui, dès +longtemps ayant fait la partie, ne cherchoient que l'occasion de trouver +un tripot afin d'achever le jeu en quatre ou cinq coups de grille<a name="FNanchor_251_251" id="FNanchor_251_251"></a><a href="#Footnote_251_251" class="fnanchor">[251]</a>. +Leurs maris, qu'on dit n'estre point de justice, car, s'ils<a name="page_218" id="page_218"></a> eussent eu +le droit, peut-estre qu'ils n'eussent point encouru l'affront qu'ils +encoururent depuis, voulans joüer leur personnage en ceste tragedie, +aussi bien que le sieur Darmingère en la ruë Sainct-Martin, où il pensa +se rompre les hipocondrilles et le train de derrière, songèrent qu'en ce +cas il se falloit desguiser, et que, pour ce faire, il n'estoit mal à +propos de prendre l'habit de quelque moyne ou religieux. Les uns disent +qu'ils prirent l'habit de capucin, les autres tiennent qu'ils estoient +habillez en mathurins. Quoy que s'en soit, ils estoient desguisez, et +soit de l'un, soit de l'autre habit, ils avoient de l'advantage: car +s'ils estoient accommodez en capucins, ils eurent ceste prerogative +qu'en alant ils portèrent la corne derrière à cause du capuchon, et en +revenant ils en portoient deux sur le front; s'ils estoient habillez en +mathurins, c'est qu'ils commençoient desjà à se faire recevoir en la +grande confrairie des fols, comme a fait depuis peu un passementier de +la ruë Sainct-Denis. S'estant habillez, ils suivirent de loin nos +pelerines, qui, estans arrivez au lieu, prirent la meilleure +hostellerie. Nos religieux cependant vont à l'eglise, pour faire bonne +mine, où tout le train arriva. Une, entre autres, de ces deux dames vint +s'adresser à son mary: Avez-vous celebré, mon père? Le mary, qui se +renfonçoit dans son chapperon, lui respondit comme en reculant, peur +d'estre<a name="page_219" id="page_219"></a> cogneu: J'ay celebré dès le matin, Madame; excusez-moy. On en +demanda autant à l'autre; mais on n'eut autre responce de luy sinon +qu'il estoit indisposé. Cela les fit tourner d'autre costé. La messe +dite, nos gens s'en retournent pour desjeuner. Ils demandèrent une +chambre escartée; on les conduit à la chambre la plus proche des +tuilles. Comme ils estoient en bonne disposition, les religieux, qui +s'estoient habillez pour entrer en la confrairie des cornards, qui est +maintenant si peuplée à Paris, demandèrent chopine, afin de voir le +succez des affaires. On les meine dans une petite estude qui respondoit +sur les pelerins, où par un petit trou ils apperceurent de quels bois +estoient faites les cornes qu'on leur alloit planter sur le front; ce +qu'ils virent grandement à contre-cœur, et malgré eux, ainsi que +monsieur Ranville, qui eut l'autre jour un soufflet malgré luy dans le +Palais. Cecy veu, ils s'en retournèrent; mais le mal'heur en voulut que, +les cornes leur commençant à croistre en la suture coronale, je veux +dire cornale, ils ne peurent jamais remettre leurs chapperons dans la +teste, ou, pour dire avec monsieur du Fresne, la teste dans leurs +chapperons. Les pelerines revindrent après midy, où nos religieux leur +vouloient donner l'absolution, comme de fait ils leur pardonnirent la +coulpe, bien qu'à regret (car il est impossible de renfoncer les cornes +qui ont commencé de paroistre);<a name="page_220" id="page_220"></a> mais pour la peine ils se resolurent de +leur faire porter<a name="FNanchor_252_252" id="FNanchor_252_252"></a><a href="#Footnote_252_252" class="fnanchor">[252]</a> en ce monde, afin de les descharger d'autant en +purgatoire, si de fortune leur chemin s'adonnoit en ces cartiers-là: de +façon que les pelerines furent espoussetées de la poudre que peut-estre +elles avoient pris le long du chemin.</p> + +<p>—Cela pourroit-il estre vray, ma cousine?</p> + +<p>—Chacun en va à la moustarde en nostre cartier, dit une drappière de la +ruë Sainct-Honoré; pour mon regard, il me souvient bien de leur avoir +vendu de bonnes estoffes et trop relevées pour leur qualité.</p> + +<p>—N'est-ce point une grande impudence (dit une autre) de madame Remonde, +qui vendoit des confitures il n'y a que trois jours, et aujourd'huy, +sous l'esperance d'une bonne succession, la voilà damoiselle, mariée à +un homme de qualité, et porte les colets montez à quatre et cinq +estages, les cotillons de satin à fleurs! Pour moy, je ne sçay comment +on tollère cela.</p> + +<p>—Voilà comme va le temps d'aujourd'huy: on se plaist à braver et à +piaffer par les ruës. Mais, à propos de succession, madame la Renardière +est bien empeschée despuis deux jours: elle esperoit avoir toute la +succession de sa sœur, qui despuis vingt ans a esté sterille; elle +n'a esté recherchée en mariage que sur ceste esperance, et<a name="page_221" id="page_221"></a> sans cela +elle eust esté bien empeschée de trouver seulement un huissier pour +mary; et aujourd'hui que sa sœur a fait un enfant, contre l'opinion +de tout le monde, la voilà privée de quinze mille escus qu'elle pouvoit +raisonnablement esperer.</p> + +<p>—Il ne faut jamais conter sans son hoste, dit une bourgeoise du +faux-bourg Sainct-Honoré: il y a de certains religieux auprès de nous, à +qui un certain avoit donné et passé par bon contract tout son bien +durant sa vie, qui pouvoit bien revenir à quarante mille escus; ils +seront bien empeschez de l'avoir, car les parens disent que la donation +est nulle, et qu'on ne doit usurper ainsi le bien des mineurs au +desadvantage de toute une famille; comme de fait, à l'appetit d'un homme +qui portera quelque affection particulière à un autre, doit-il pourtant +priver ses enfans des biens et possessions qui leur sont deubs +naturellement? On ne les peut desheriter de la sorte, et en cecy +l'arrest des berulistes y est formel; de façon que je crois que lesdits +religieux seront bien esloignez de leurs quarante mille escus.</p> + +<p>—Madame a raison, dit l'accouchée; moy qui ay sept enfans, si je +voulois donner mon bien à quelque religion, ce seroit rendre ma famille +pauvre et reduitte à mandier son pain; c'est avoir peu de consideration +pour des enfans.</p> + +<p>—Les enfans en sont quelquefois cause, madame (dit une qui estoit au +pied du lict); la <a name="page_222" id="page_222"></a>pluspart d'aujourd'huy sont si orgueilleux, que, +mesprisans le lieu d'où ils sont venus, s'accommodent en princes et +grands seigneurs; tel aujourd'huy n'a pas cinq sols vaillant, qui fera +autant de parade comme s'il avoit de grands biens et possessions.</p> + +<p>Une qui n'avoit parlé: Il ne faut, dit-elle, pas aller si loin: madame +le Doux en peut porter tesmoignage. Voulez-vous voir chose plus poupine +que sa fille? Il n'y a que deux jours qu'elle estoit fille de chambre au +logis de M. de Chevreuse, et maintenant elle porte autant d'atours que +la plus grande dame de la cour; mais pourtant elle a beau se parer, ny +son masque ny ses perles ne luy blanchiront point le teint.</p> + +<p>—Aujourd'huy, dit une marchande de perles, les damoiselles (à ce que je +peux voir à la vente) observent que plus elles sont blanches, plus les +perles qu'elles acheptent sont noires; ou au contraire, si une dame est +un peu brunette, elle marchandera des perles les plus blanches qu'on +pourra trouver.</p> + +<p>—Voyez-vous plus grande superbe et arrogance que celle de madame +Clairmonde, qui depuis un mois s'est faite damoiselle, aux despens de +son mary, qui porte les cornes? dit une de son quartier. Depuis qu'elle +a commencé à porter le masque, elle en est si orgueilleuse, que, mesme à +l'eglise, elle ne le deferoit point pour tout le<a name="page_223" id="page_223"></a> monde. Cela est +intollerable et insupportable.</p> + +<p>—Je vous asseure qu'elle le fait à cause de sa laideur, dit une autre +qui est sa voisine.</p> + +<p>—Pour mon regard, dit une jeune esventée qui aime le haut goust, je ne +trouve pas trop mal à propos si madame dont vous parlez s'accommode +bien: il y en a bien d'autres qu'elle entre nous autres procureuses du +Chastellet (elle ne demeure pas loin de là sans doute); nous plumons la +poulle du villageois. Il ne nous en chaut de tous les bruits qu'on fait +courir de nous; pourveu que nous ayons de quoy faire gargoter la +marmite, c'est le principal. Je ne sçay pas comme se manient et +gouvernent les autres de nostre qualité; mais pour mon mary, c'est le +plus heureux homme du monde: tantost on luy fera present d'un lièvre, +tantost d'une couple de perdris, tantost d'un pasté de venaison; il ne +faut pas mentir, que cela nous accommode grandement bien.</p> + +<p>Une veufve, qui estoit près de la porte, interrompant son discours, va +dire: Je ne sçay pas comment toutes ces affaires se prattiquent; mais on +me dit l'autre jour qu'on avoit joué un plaisant trait à un procureur de +vostre cartier. Chacun commençoit à dresser les oreilles pour ouyr ce +traict. C'est, dit-elle, qu'on luy envoya un fort beau pasté en forme de +venaison; mais quand on<a name="page_224" id="page_224"></a> vint à l'ouvrir, on trouva qu'il n'y avoit que +deux cornes dedans: c'estoit une viande de dure digestion.</p> + +<p>—Ce ne fust pas à nous à qui ce present fut donné, repliqua l'autre: +c'est à nostre voisin (comme si on ignoroit qu'elle a enchroniqué son +mary elle-mesme au rang des cornarts!). Mon mary sçait mieux que c'est +de vivre que cela; il a des affaires pour les marguilliers de Baignolet +et pour les manans de Ville-Juif, qui ne sont point ingrats, car mon +mary emporte tousjours plume ou aisle.</p> + +<p>Une autre qui avoit autrefois esté fiancée à son mary, et qui le +cognoissoit, va dire: C'est donc la cause pourquoy on appelle les +procureurs volleurs et larrons, Madame, puis que, à tort ou à droit, ils +prennent des deux mains?</p> + +<p>—Vous n'y estes pas, ce fit une esveillée: la raison pourquoy on dit +que les procureurs sont volleurs, c'est qu'ils n'ont qu'une plume, et si +pourtant ils volent mieux que pas un oyseau qui soit en l'air.</p> + +<p>[—O la grosse invention! va dire une autre; mais prendriez-vous le mary +de madame pour un de ces gens-là? Vrayement il en est bien esloigné; +s'il a des commoditez, elles ne viennent pas de là. Ne cognoit-on pas +son père, homme riche et opulent?<a name="page_225" id="page_225"></a></p> + +<p>—Ouy, du bien et de l'argent qu'il a presté]<a name="FNanchor_253_253" id="FNanchor_253_253"></a><a href="#Footnote_253_253" class="fnanchor">[253]</a> à usure, dit une des +voisines.</p> + +<p>[—Est-il seul qui preste à usure? va faire une autre de]<a name="FNanchor_254_254" id="FNanchor_254_254"></a><a href="#Footnote_254_254" class="fnanchor">[254]</a> la ruë de +S.-Anthoine. C'est en nostre cartier où sont les gros usuriers<a name="FNanchor_255_255" id="FNanchor_255_255"></a><a href="#Footnote_255_255" class="fnanchor">[255]</a>; il +y en a trois qui sont en chambre garnie, qui sont de Rennes en +Bretaigne, et qui ne se communiquent qu'avec beaucoup de difficultez; +l'un est rousseau et les deux autres noiraux; mais ce sont les gens les +mieux entendus qui se puissent remarquer. M. Gratiano, Italien, et M. de +la Verdure, les cognoissent bien: ce sont leurs partisans, tout passe +par leurs mains; mais s'il faut faire quelque chose d'importance, +attrapper quelques jeunes gens, les suborner et seduire, ce sont ces +Messieurs; s'il faut bailler cent escus pour en avoir cinquante au bout +de trois mois, ils y sont les premiers; il n'en faut demander advis qu'à +M. de la Tour, ce fermier tant renommé, qui a esté englué assez bien +depuis quinze jours<a name="FNanchor_256_256" id="FNanchor_256_256"></a><a href="#Footnote_256_256" class="fnanchor">[256]</a> en çà, qu'il alla emprunter de l'argent à ces +maistres <a name="page_226" id="page_226"></a>affronteurs pour marier sa fille.—Une vieille de la ruë +Sainct-Victor, y voulant mettre son nez: Ne sont-ce pas, dit-elle, ces +receleurs de la jeunesse, qui prestent de l'argent à rendre prebstre, +mort ou marié? Il y en eut un de nostre quartier, l'autre jour, le plus +vilainement affronté du monde; il n'y a point de danger de dire son nom: +c'est M. de la Croisette; il avoit presté à diverses fois quinze cens +livres à un jeune advocat de la rue Sainct-Jacques, le père duquel est +mort depuis six mois, esperant retirer au double quand il se marieroit. +Or il est arrivé que ledit advocat est mort ces jours passez, de façon +que mon drolle vint à faire sceller un coffre; mais, soit que les parens +eussent soustrait ce qu'il y avoit, soit que les sergens eussent quelque +intelligence là-dessous, quand on vint à ouvrir le coffre pour faire +l'inventaire de l'argenterie, meubles, chaisnes et joyaux qu'on croyoit +estre là-dedans, on n'y trouva que des pierres.—C'est la façon de +Ulespiègle<a name="FNanchor_257_257" id="FNanchor_257_257"></a><a href="#Footnote_257_257" class="fnanchor">[257]</a>, dit<a name="page_227" id="page_227"></a> une qui avoit leu les romans. Sur ce mot, on +couppa le discours pour entretenir madame l'accouchée de tout ce qui +s'estoit passé en ses dernières visites. Pour l'heure, dit-elle, je me +porte bien; je voudrois qu'il me fust permis de sortir, je serois bien +ayse de prendre l'air: aussi y a-il long-temps que je suis icy +renfermée<a name="FNanchor_258_258" id="FNanchor_258_258"></a><a href="#Footnote_258_258" class="fnanchor">[258]</a>. Comme de fait, je ne sçay comme penser que cela se soit +fait de demeurer si long-temps en couche, veu que les premières visites +se firent l'après-disnée du vingt et quatriesme d'avril, et nous y +sommes encor. Toutesfois, c'est peut-estre à la mode des Hebrieux, qui +devoient estre en leurs couches, quand elles s'estoient deschargées +d'une fille, l'espace de quatre-vingts jours; encore seroit-ce davantage +despuis le temps.</p> + +<p>L'accouchée, estant battuë de tant et tant de discours et rapports qu'on +luy venoit faire de jours à autre, pria sa mère de congedier la +compagnie, et de ne prendre en mauvaise part tout ce qui avoit esté dit +chez elle. Sur cet adieu, toutes les bourgeoises prirent congé d'elle, +avec toutes sortes de reverence et de courtoisie, et moy +particulierement, qui sortis le dernier, et eus le bonheur<a name="FNanchor_259_259" id="FNanchor_259_259"></a><a href="#Footnote_259_259" class="fnanchor">[259]</a> de voir +l'enfant dont est question et du quel<a name="page_228" id="page_228"></a> on attent le baptesme. De vous +dire en ce lieu si c'est un masle ou une femelle, ce seroit trop +entreprendre; j'ayme mieux attendre à la première occasion.<a name="page_229" id="page_229"></a></p> + +<h3><a name="LE_RELEVEMENT" id="LE_RELEVEMENT"></a>LE RELEVEMENT<br /> +<br /><small>DE L'ACCOUCHÉE<a name="FNanchor_260_260" id="FNanchor_260_260"></a><a href="#Footnote_260_260" class="fnanchor">[260]</a>.</small></h3> + +<hr /> + +<p>Puisque, par l'ordre le mieux temperé de la nature, chacun est obligé de +suivre les traces et les vestiges de son naturel, on ne doit s'estonner +pour le jourd'huy si je ne sçay quel crocquant de ce siècle a voulu +quitter le plus specieux de son exercice pour s'avilir dans une +intemperance aussi légère que la poudre, et autant inconstante que les +vents et les fumées; toutesfois ses années et sa qualité devant faire +rougir toute insolence dans un silence de discretion, c'est ce qui fait +à cognoistre aux ames plus grossières que toutes choses sont sujettes à +faire joug à l'inconstance, et qu'il n'y a rien de si<a name="page_230" id="page_230"></a> stable et de si +permanent qui ne reçoive des divertissemens très importans à la police +des bonnes mœurs.</p> + +<p>Excusons-le, il est sur l'aage, il est chargé de beaucoup d'enfans, et +sur tout d'une grande fille qui ne peut trouver un bon party faute +d'escus; et puis il est nouvellement relevé de maladie, qui fait que ses +esprits sont alienez, ou du moins fort engagez dans la diversité des +choses, ne considerant pas qu'en se gaussant de la comedie l'on rit de +luy à gueule bée, de ce que la volupté s'exerce fort frequemment en son +logis par le concert ordinaire d'une musique qu'il semble vouloir +excuser, toutesfois en plusieurs et diverses compagnies; et neantmoins, +comme j'ay apris d'un escholier nouvellement revenu de l'université de +Poictiers, la comedie et la musique <i>pari passu ambulant</i>, estans d'une +mesme cathegorie, d'une mesme trempe et d'une mesme composition: car, si +la comedie imprime des dissolutions dans les esprits, la musique n'en +faict pas moins, et si l'une resveille les sens, l'autre les jette à la +renverse.</p> + +<p>Passons outre. On a cy devant parlé au Caquet de l'accouchée pour et +contre la France en certain endroit, et contre plusieurs et diverses +personnes de qualité, et a-on voulu blasmer ceste benigne et courtoise +nation de ce qu'elle toleroit des theatres publics deffendus du temps et +du<a name="page_231" id="page_231"></a> règne de sainct Louis; mais à cecy il n'y a que redire pour le +jourd'hui: <i>omnia tempus habent</i>, ce disent les vielles; et puis il n'y +a que ce bon diable de Tabarin et Desiderio de Combes qui exercent ce +metier et ce passe-temps, l'un donnant des remèdes pour l'exterieur, et +l'autre pour ce qui est de plus exquis, de plus cher en ce monde, ainsi +que nous tesmoignent la diversité des cures par eux faictes<a name="FNanchor_261_261" id="FNanchor_261_261"></a><a href="#Footnote_261_261" class="fnanchor">[261]</a>. A bon +chat bon rat, il n'appartient qu'au savetier à parler de sa serpette, à +l'yvrogne de sa bouteille, au petit mercier de son filet et de ses +allumettes, aux femmes de cacqueter à double rattelée, et aux oysons de +chier par tout (<i>non omnia possumus omnes</i>)<a name="FNanchor_262_262" id="FNanchor_262_262"></a><a href="#Footnote_262_262" class="fnanchor">[262]</a>; il est vray selon le +dire de la garde de l'accouchée, qui a le fessier plus gros que n'eut +jamais la haguenée de Gargantua, car il faut s'estonner comme un homme +de merite et de qualité s'est amusé à la ruelle d'un lict pour entendre +et escrire tant de sornettes<a name="FNanchor_263_263" id="FNanchor_263_263"></a><a href="#Footnote_263_263" class="fnanchor">[263]</a>, qui ne sont pourtant bien racontées, +puis qu'il a accommodé le stile de son discours avec des mensonges +nonpareils.</p> + +<p>—Sur quoy la servante de chambre du logis, esmerillonnée au possible, +autant desireuse de sçavoir et de gouster de tout comme peut estre sa<a name="page_232" id="page_232"></a> +maistresse, remonstra à la dite garde d'accouchée<a name="FNanchor_264_264" id="FNanchor_264_264"></a><a href="#Footnote_264_264" class="fnanchor">[264]</a> qu'il valloit +mieux mentir un peu pour contenter le monde que de laisser son esprit +enroüillé, et qu'estant de la confrairie de ceux qui vont à pied pour le +present, qu'il n'estoit pas mal seant de faire telles sortes +d'escritures, puis qu'on ne faisoit plus de consultations.</p> + +<p>—Il est vray que c'est une pauvre chose que l'oisiveté<a name="FNanchor_265_265" id="FNanchor_265_265"></a><a href="#Footnote_265_265" class="fnanchor">[265]</a>; mais aussi +quel profit de discourir de plusieurs dames que ne luy sçavent point de +gré, et qui sont maintenant ses capitales ennemies, et lesquelles, au +besoin, l'ayant rencontré sur pareilles entrefaictes, lui feraient +vuider le pot à pisser pour penitence?</p> + +<p>Sur ces entrefaictes arriva la cuisinière, laquelle, pour mettre la +garde<a name="FNanchor_266_266" id="FNanchor_266_266"></a><a href="#Footnote_266_266" class="fnanchor">[266]</a> et la fille de chambre d'accord, leur dict: N'est-il pas vray +ce qui a esté escrit ces jours passez? la mère de madame ne se +plaignoit-elle pas de tant d'enfans que sa fille a depuis sept ans en çà +qu'elle est mariée? Par sainct Jean! cela est vray, et si je sçay bien +pourquoy elle faisoit tant de plainctes, car la galande, encore qu'elle +soit assez incommodée, l'appetit de paroistre ne la peut quitter, et, +toute surannée qu'elle puisse estre, elle ne laisse pas de<a name="page_233" id="page_233"></a> dire par +fois qu'elle est grandement obligée à Tabarin. Aux bons entendeurs +salut<a name="FNanchor_267_267" id="FNanchor_267_267"></a><a href="#Footnote_267_267" class="fnanchor">[267]</a>: la fontaine de Jouvance est tarie, c'est pourquoy cet homme +est nécessaire; et si ce vieil registre d'amour a faict tant de +plainctes devant l'assemblée qui estoit dernierement au logis, il ne +faut pas que l'on s'en estonne, car elle voudrait que toute sa lignée +fust de la coste de sainct Louis, pour paroistre selon son dessein.</p> + +<p>Ce discours ne fut pas si tost finy qu'une petite muguette de la rue +Sainct-Martin entra dans le logis pour sçavoir de la disposition de +madame l'accouchée, et pour avoir l'honneur que de s'offrir à son +service pour le jour de son relevement, où elle ne fust pas si tost +entrée, qu'un certain clerc qui va tantost au pair avec son maistre, à +cause de quelque gentillesse dont il est pourveu, luy demanda: Hé bien! +Madame, que dit-on du Caquet de l'accouchée que l'on a faict imprimer +ces jours passez? N'en avez-vous point encor eu la lecture?</p> + +<p>—Vrayement, respondit-elle, c'est un discours assez jolly, et duquel +j'ai receu un infiny contentement, principalement sur ce qui est recité +d'une damoiselle qui jettoit des soupirs gros comme des boulets de +canon, de ce qu'il y a tant de peine à se garantir des accidens qui +arrivent aux <a name="page_234" id="page_234"></a>financiers, faute d'estre alliez à quelque gentil-homme de +remarque, car son mary a fait perdre plus de pas à un mien amy pour le +payer de la pension que le roy luy donne qu'il n'y a presque de jours en +l'an.</p> + +<p>—Comment! luy respondit ce mignon de clerc, vous la cognoissez?</p> + +<p>—Ouy, asseurement, je la cognois, et à mon grand dommage! Mais n'en +parlons plus. A Dieu, Monsieur; je m'en vais sçavoir la disposition de +Madame.</p> + +<p>Ainsi elle monta en la chambre, et laissa choir de sa pochette, sans y +songer, un certain papier enveloppé où<a name="FNanchor_268_268" id="FNanchor_268_268"></a><a href="#Footnote_268_268" class="fnanchor">[268]</a> la suitte du Caquet estoit +escritte, qui commençoit par ces mots: «Je m'estonne de ce que l'on a +introduit en l'assemblée de l'accouchée de ce temps tant de personnes et +de tant de sorte d'estoffes, avec si peu de règle et avec tant de +confusion, d'autant qu'au siècle où nous sommes la ruse possède +tellement les esprits d'un chacun, qu'il n'est pas à croire qu'une +damoiselle allant voir quelque accouchée se fasse assister de sa +suivante si d'avanture elle ne l'envoye en une<a name="page_235" id="page_235"></a> antichambre ou dans une +salle, selon que le logis est composé, afin que par ainsi les reigles de +toutes libertez soient observées, ausquels lieux je vous laisse à penser +ce qu'il s'y faict aucunesfois, tesmoin la fille d'un sergent à verge +qui abandonna y a quelque temps son père, vieil qu'il estoit, pour +suivre partout Madamoiselle, à cause qu'elle luy faisoit porter +l'attour.</p> + +<p>«Il y a aussi grand sujet de blasmer le secretaire du Caquet, puisqu'il +a introduit avec mensonge et avec imposture une simple servante en ceste +assemblée si notable: car, parmy des dames de qualité, aucunes +desquelles ont amassé plus de rentes et de revenus en dix années que +n'avoient autresfois vaillant les plus grandes dames de la cour, quelle +apparence! C'est faire tort à l'ordre du siècle et mettre tout dans +l'ancien cahos. Non, non! si telles crocquantes ont envie de causer de +leur butin, ce n'est point en compagnie, ainsi que dit monsieur le +secretaire; c'est avec mon compère le savatier, ou avec quelque +ravaudeur qui leur est affidé, et qui le plus souvent leur resserre leur +butin: aussi à ces drosles-là on leur va bien tailler de la besogne, +car, au lieu de faire les galans, sans contredit il faudra qu'ils +prennent lettres de maistrise malgré eux; <i>transeat</i>, le danger n'est +pas grand: quand au corps de ces canailles il y aura jurande et +maistrise, ils songeront davantage à leur profit, et ne<a name="page_236" id="page_236"></a> serviront plus +d'espions comme ils font aux coins des ruës; et quand à mesdames les +servantes, elles n'auront plus la peine de se confesser du revenu de +l'ance du panier, qui leur sera une consolation à leur esprit et une +esperance de mieux faire que celles du passé, lesquelles, après avoir +bien ferré la mule et s'estre pourveuës à leurs fantaisies, ont esté +contrainctes enfin d'achepter une escuelle de bois: tesmoin une certaine +galande qui se voit maintenant entre midy et une heure à la porte de +monsieur le président ou aux environs, attendant la caristade.»</p> + +<p>En suitte de ce discours il y avoit une reprimande contre l'autheur du +Caquet de l'accouchée, en consideration de ce qu'il avoit recité d'une +marchande de soye de ceste ville, qui disoit avoir vendu pour douze cens +livres d'estoffes pour la fiancée d'un thresorier de Picardie. Aussi +quelle apparence de se gausser ou dire que l'on s'est gaussé d'un homme +de ceste qualité pour avoir fait une petite despence, car encores qu'il +n'ait que douze cens livres de gages, n'y a-il pas le tour du baston, +qui vaut mieux que tout, et qui peut entretenir le carosse et les +laquais, outre l'ordinaire du logis? Laissons là les thresoriers, c'est +un crime d'en parler en temps de guerre: le trouble du temps et leur bel +esprit les licencie; bref, il n'est pas temps d'en faire la recherche: +nous sommes en un temps d'estat auquel les armes sont<a name="page_237" id="page_237"></a> de requeste, et +le conseil des anciens guerriers plus que celuy des magistrats, si ce +n'est dans les villes bien policées et où la rebellion est en mespris, +esquelles il n'y a difficulté quelconque que les femmes des notaires +n'aillent au traquenar de l'ambition et de la braverie, puisque la +continuation de la guerre a fait engager toute la noblesse de France +jusques au moule du pourpoint pour trouver de l'argent à rente. Pour +moy, j'en cognois une assez familierement, qui, sur ce point, aymeroit +mieux cent fois mourir si quelqu'une de ses compagnes la surpassoit; +aussi a-elle le maintien assez venerable, le discours assez affilé, et +pour estre un peu noire de visage, elle n'en est pas plus laide sous le +linge.</p> + +<p>J'estimerois que ce papier estoit une espèce de responce à ce pretendu +Cacquet de l'accouchée, car il y avoit, outre ce que dessus, l'apologie +de la femme d'un advocat du Chastellet, que l'on disoit avoir mis son +nez en ce petit discours de braverie, en laquelle estaient escrits ces +mots: «Si les empereurs, par leurs constitutions et par leurs nouvelles, +ont entendu declarer nobles les advocats, quoy qu'ils fussent de basse +extraction, pourquoy voudroit-on aujourd'hui corriger leurs actions +après s'estre advancez par leur vertu?» Aux nobles tout ce qui est de +noble doit estre permis et toleré, et rien ne doit borner leurs actions +que leurs propres volontez, qui font d'ordinaire leur<a name="page_238" id="page_238"></a> refuge dans la +bienseance, et non dans les opinions d'un ingrat et d'un insolent +vulgaire, lequel tasche de s'eslever de jour en jour, au prejudice +d'autruy, quoy qu'il n'aye que des aisles de cire le plus souvent. Donc, +si les advocats portent en ce temps des soustanes de Damas au lieu de +sayes, il n'est point si mal à propos qu'à un simple procureur qui +n'aura que trois ou quatre presentations le long de l'année, qui ne sera +honteux d'en faire de mesme; et puis, le règne de la confusion estant en +lustre, ce n'est point à ceste corde-là qu'il faut toucher.</p> + +<p>Après la guerre viendra la paix<a name="FNanchor_269_269" id="FNanchor_269_269"></a><a href="#Footnote_269_269" class="fnanchor">[269]</a>; le roy estant de retour dans +Paris, il donnera, Dieu aydant, si bon ordre aux desordres qui se sont +coulez parmy le peuple, qu'à l'imitation de ses ancestres, la police +qu'il introduira fera que chacun sera cogneu pour ce qu'il est. Alors le +petit courteau de boutique ne portera plus le castor à l'envie de la +noblesse et des hommes de qualité; il sera tout honteux de porter le +petit bonnet à l'antique, et madame la bourgeoise sa femme sera toute +gogueluë d'estre habillée de bon gros drap au lieu de vestemens de soye +(ainsi qu'une trop grande licence a toleré depuis quelque temps). Ce +sera lors qu'on ne tiendra plus de caquet des maris comme l'on faict; on +ne parlera plus de leurs<a name="page_239" id="page_239"></a> aydes, ny des offres de courtoisie qui se font +par fois pour soulager le bon homme. Bref, tout sera remis en si bon +ordre et en si bonne cadence, que les lieux destinez pour l'impudicité +(quoy qu'ils soyent abolis depuis un long temps) seront neantmoins +retenus et conservez pour celles qui font banqueroute à leur honneur.</p> + +<p>A grands seigneurs peu de paroles; j'ay appris par le Caquet que +l'assistance de l'accouchée estoit composée de plusieurs femmes et de +diverses qualitez, lesquelles disoient chacune leur rattelée, et ainsi +que leur conception ou leur envie les provoquoit: ce que je suis d'advis +de croire si ladicte accouchée estoit quelque femme à l'occasion; +toutefois, estant certain qu'il n'y a reigle si certaine qui ne reçoive +son exception, ceste accouchée estant quelque peu relevée en qualité, il +est à presupposer qu'il n'y avoit point tant de sortes de femmes comme +l'on dit: car pour le jourd'huy, si une femme a vaillant cinq ou six +mille livres [tant de ce qu'elle a peu apporter en mariage que du +travail de son pauvre diable de mary]<a name="FNanchor_270_270" id="FNanchor_270_270"></a><a href="#Footnote_270_270" class="fnanchor">[270]</a>, il faudra tapisser la maison +par tout, paroistre en vaisselle d'argent; et, quand elle ne seroit que +la femme d'un petit commissaire du Chastelet, il faut que le satin +marche à toute reste,<a name="page_240" id="page_240"></a> sans aucun soucy des deptes [quand mesme la +fruictière du quartier viendroit tous les jours crier et brailler à sa +porte pour estre payée de ce qu'elle a fourny pour son logis]<a name="FNanchor_271_271" id="FNanchor_271_271"></a><a href="#Footnote_271_271" class="fnanchor">[271]</a>.</p> + +<p>Voilà comme l'on se porte pour le jourd'huy dans les vains appas de +l'ambition, ne se voyant presque si petit compagnon ny de si basse +estoffe qui ne s'en face accroire en quatre parties, aymant mieux +engager sa femme, son honneur et sa conscience, qu'il ne vienne à bout +de ses pretentions et de ses procez, ainsi qu'a fait un certain gantier +depuis peu de jours en çà<a name="FNanchor_272_272" id="FNanchor_272_272"></a><a href="#Footnote_272_272" class="fnanchor">[272]</a>, afin de faire le galland en son +quartier, au prejudice d'un disciple de sainct Yves; et puis l'on parle +du sieur d'Ambray, qui fit jadis un don à l'Hostel-Dieu de trois pains +de succre pour soulager sa conscience. Vrayement, qui voudroit parler de +tout le monde et de la sorte qu'il se gouverne, ce seroit un beau +libelle! Les honnestes hommes, ce sont ceux qui vont bien couverts, et +quoy que l'on ait un grand esprit et accomply des plus rares +perfections, ce n'est plus rien; il en faut avoir à quelque prix que ce +soit, faut chasser au loing la necessité; aussi bien,<a name="page_241" id="page_241"></a> quand on a plumé +la poulle et le poussin, les Pères de la Société absoudent tout, ce qui +m'occasionne de dire ce que disoit autresfois un poète:</p> + +<p class="c">Impia sub dulci molle venena latent.</p> + +<p>Ouy, sous les herbes plus fueilluës et plus espoisses, les serpens et +coleuvres font leur retraicte, et soubs les honnestes apparences des +vestemens du siècle, les plus pernicieuses conspirations prennent leur +estre et leur naissance: tellement qu'il est mal à propos de se plaindre +des eschevins<a name="FNanchor_273_273" id="FNanchor_273_273"></a><a href="#Footnote_273_273" class="fnanchor">[273]</a> de nostre siècle, qui par <i>fas</i> et par <i>nefas</i> +emplissent leur bource à la sortie de leur charge, si l'on ne dit qu'il +y a un grand abus aussi à la distribution des deniers provenans de la +succession de la reyne Marguerite: car, si Massey<a name="FNanchor_274_274" id="FNanchor_274_274"></a><a href="#Footnote_274_274" class="fnanchor">[274]</a> se gausse de sa +part du procez par luy intenté au Parlement, il y en a d'autres qui font +bien leurs affaires; les<a name="page_242" id="page_242"></a> uns en entretiennent le carosse, et les autres +en font bonne chère.</p> + +<p>Hé bien! l'on a grandement rompu la teste de madame l'accouchée, par la +diversité des discours qui se sont tenus au chevet de son lict; +quiconque s'est trouvé en ceste assemblée n'a pas eu le filet à la +langue; bref, le silence a esté si peu observé en toutes les +apresdinées, que la plus part de Paris y a eu son lardon, attendant que +le reste fust preparé pour le Relevement; sur quoy ceste grosse vesse de +garde (de laquelle a esté parlé cy-dessus)<a name="FNanchor_275_275" id="FNanchor_275_275"></a><a href="#Footnote_275_275" class="fnanchor">[275]</a>, mettant les mains sur +ses roignons, dit assez effrontement: Par ma foy, Mesdames, vous en avez +bien dit entre vous; mais je vous veux apprendre un bon tour qu'a fait +autres fois un<a name="FNanchor_276_276" id="FNanchor_276_276"></a><a href="#Footnote_276_276" class="fnanchor">[276]</a> procureur du Chastellet de qui la fortune estoit +assez petite. Il faut que vous sçachiés que, se voyant ainsi reduit au +petit pied, il trouva une très bonne invention de parvenir en peu de +temps: c'est qu'il estoit procureur d'une partie qui contestoit au +presidial un grand fonds et de grande<a name="page_243" id="page_243"></a> importance, à quoy elle se +trouvoit fort empeschée, à cause des chicaneries où l'on desiroit de +l'embroüiller. La partie adverse, sçachant la necessité de ce procureur, +courtoisement s'adressa à luy, et luy representa que s'il y avoit moyen +de passer une sentence en sa faveur, qu'il y avoit dix mille livres à +gaigner: ce qui ne fut pas si tost proposé qu'il fust effectué; et ainsi +le procureur commença sa fortune, qui du depuis s'est bien accreuë, car, +au retour de cette affaire, sa femme luy fit si bonne chère de la +resjouissance qu'elle avoit, que l'appetit luy en vint souvent de faire +telles expeditions. Aussi maintenant il est si riche qu'il ne se soucie +plus guères de sa practique.</p> + +<p>Sur ce discours, la femme d'un advocat dit tout haut qu'il ne falloit +point trouver estrange si un procureur s'estoit laissé corrompre pour +bastir sa petite fortune, d'autant que les gens de bien n'amassent rien, +et qu'elle en voyoit un tesmoignage si certain en la personne de son +mary, que pour avoir refusé de prevariquer en sa charge, et avoir +esconduit un solliciteur qui l'avoit pressé de ce faire, que du depuis, +au lieu de travailler comme il faisoit, il a esté contraint, pour vivre +depuis un an, d'emprunter de l'argent à rente.</p> + +<p>—Hé quoy! (ce dit une damoiselle de la ruë Saint-Martin), s'est-il tant +engagé comme vous dites?</p> + +<p>—Ouy, respondit une marchande du Palais<a name="page_244" id="page_244"></a> qui voulut y mettre son nez: +je vous asseure, Madamoiselle, qu'il m'en doit de beau et de bon; mais +je ne daignerois le presser au payement, car, quelque malheur qui luy +soit arrivé, il ne laisse pas de faire bon mesnage pour le peu de bien +qu'il a<a name="FNanchor_277_277" id="FNanchor_277_277"></a><a href="#Footnote_277_277" class="fnanchor">[277]</a>.</p> + +<p>Sur cecy, la femme d'un chirurgien commença de dire: Je ne sçay, pour +moy, de quel malheur je suis talonnée. J'avois marié ma fille à un jeune +conseiller, et luy avois fait une honneste advance, pensant qu'il deust +faire des merveilles avec elle; et neantmoins je n'ay peu recevoir aucun +contentement de ce mariage, combien que je leur aye donné à disner à +tous deux l'espace de deux ans, ce qui m'a donné sujet de la retirer +avec moy, avec si peu de ce que j'ay peu r'attrapper de son mariage.</p> + +<p>—Madame, vous avez tort de vous plaindre de vostre gendre (dit la vefve +d'un autre chirurgien, qui ne manque point d'appetit au faict d'amour); +le moyen que Madame vostre fille puisse estre bien satisfaicte de luy, +maintenant qu'il prend le frein aux dents, taschant de se rendre capable +en sa charge! Vous sçavez qu'il a fait toutes ses estudes en trois ans, +tant en grammaire, rhetorique, philosophie, que droict civil: c'est +pourquoy<a name="page_245" id="page_245"></a> il falloit<a name="FNanchor_278_278" id="FNanchor_278_278"></a><a href="#Footnote_278_278" class="fnanchor">[278]</a> davantage se contenir dans la discretion et le +laisser estudier encore quatre ou cinq années, et puis il eust faict +possible comme les grands guerriers, lesquels, après leurs grandes +courses et leurs grands travaux, sont bien aises de cherir la dame et +d'en dire deux mots à leur loisir.</p> + +<p>—Vous avez aucunement raison, repliqua ceste bonne femme; mais les +arrerages d'amour sont bien difficiles à payer, et principalement par +les hommes d'estude<a name="FNanchor_279_279" id="FNanchor_279_279"></a><a href="#Footnote_279_279" class="fnanchor">[279]</a> [: car il n'y a rien qui les rende plus +soucieux et plus saturniens que cest exercice. Ce n'est pas comme les +cavaliers, qui ont tousjours l'oreille à lairte<a name="FNanchor_280_280" id="FNanchor_280_280"></a><a href="#Footnote_280_280" class="fnanchor">[280]</a>]. Voilà pourquoy +j'ay esté contraincte de solliciter et procurer le divorce, pour lequel +nous plaidons maintenant au Parlement.</p> + +<p>—Voilà pourtant qui n'est guère honneste, dit la femme d'un petit +procureur du Chastelet qui s'estoit foulé la verge le jour de ses +espousailles; vrayement, si j'eusse voulu faire de mesme pendant deux +années, ou peu s'en faut, que j'ay jeusné, ce seroient de belles +merveilles! Je<a name="page_246" id="page_246"></a> vous diray, ma mère ne m'en a pas donné le conseil; +aussi mon mary m'en affectionne fort, et, d'autre part, on n'en peut +caqueter comme on faict des autres.</p> + +<p>—Quoy! Madame, dit une marchande de la rue Sainct-Denis, estes-vous si +sage et si retenue que de laisser passer votre jeunesse de la sorte? +Pour moy, je vous asseure qu'il faut que je passe mon temps et que je +paroisse, quand mon mary devroit faire encor une fois cession. Hé! que +ne doivent point faire les femmes<a name="FNanchor_281_281" id="FNanchor_281_281"></a><a href="#Footnote_281_281" class="fnanchor">[281]</a> [de quelle liberté ne se +doivent-elles point servir? qu'est-ce qui doit servir de frein à leurs +actions?], puis que les filles s'emancipent bien quand on attend trop à +les marier? J'en cognois une de nos quartiers, laquelle je vous asseure +estre bien advisée selon le temps.</p> + +<p>Cela esmeut madame la relevée de sçavoir qui estoit ceste fille et ce +qu'elle avoit faict pour son contentement, et, pour le sçavoir, dit à +madame la marchande: Madame, obligez-moy tant que je cognoisse la fille +que vous dites n'avoir faict difficulté de se pourvoir.</p> + +<p>A quoy respondit ladite marchande que c'estoit la fille d'un +pourpointier, qui avoit si bien practiqué sa mère de l'habiller à +l'advantage que, peu de temps après, faisant comme le paon, qui se mire<a name="page_247" id="page_247"></a> +d'ordinaire à sa queuë, elle s'en seroit orgueillie si fort qu'elle +auroit desdaigné d'estre pourveuë à un garçon du mestier de son père +pour aller querir ses estrennes chez le fils d'un president.</p> + +<p>—Il ne se faut point estonner, repliqua la relevée, si ceste fille a +laissé aller le chat au fromage de la sorte, car elle a desjà de l'aage, +et ne manque point de courage pour sa qualité; et puis, voyant qu'une +sienne voisine avoit trouvé un bon party qui luy fait porter le satin et +le damas, ne croyez-vous pas que cela ne luy ait faict du mal au +cœur?</p> + +<p>—Veritablement, respondit la femme d'un confiturier qui s'est efforcée +d'envoyer son mary en paradis par eschelle, si je pouvois trouver +d'aussi bonnes fortunes, Dieu sçait si je ferois l'amour à si bon marché +comme je fais! car, estant soustenuë par des enfans de bonne maison, il +n'y auroit personne qui m'osast regarder de travers, ny dire pis que mon +nom.</p> + +<p>Sur ce discours, la garde de laquelle a esté parlé cy-dessus, estant +ennuyée de tant de sornettes, joint que l'appetit la tenoit autant au +gosier comme il luy tient par fois au cul, ne fut honteuse de dire tout +haut: Ne vous desplaise, Mesdames, si je vous interromps; il vaut mieux +gouster à bon escient, puisque la collation est preste, que de parler +tant d'amour comme vous faictes. Par ma foy, il vaut mieux n'en guères +dire et en faire <a name="page_248" id="page_248"></a>davantage. Çà çà, beuvons<a name="FNanchor_282_282" id="FNanchor_282_282"></a><a href="#Footnote_282_282" class="fnanchor">[282]</a>! [le temps le permet, +et puis nos maris n'y sont pas. Ce qui donna tant de hardiesse à la +compagnie, qu']aussi tost les dames commencèrent d'escrimer du +gobelet<a name="FNanchor_283_283" id="FNanchor_283_283"></a><a href="#Footnote_283_283" class="fnanchor">[283]</a> et d'articuler des machoires à bon escient, observant +chascune d'elles un silence nompareil<a name="FNanchor_284_284" id="FNanchor_284_284"></a><a href="#Footnote_284_284" class="fnanchor">[284]</a>; après laquelle collation on +print congé de Madame la relevée fort honnestement<a name="FNanchor_285_285" id="FNanchor_285_285"></a><a href="#Footnote_285_285" class="fnanchor">[285]</a>.<a name="page_249" id="page_249"></a></p> + +<h3><a name="LANTI-CAQUET" id="LANTI-CAQUET"></a>L'ANTI-CAQUET<br /> +<br /><small>DE L'ACCOUCHÉE.</small></h3> + +<h4>M.DC.XXII.</h4> + +<p class="cb">In-8º.</p> + +<p>Ces deux antiens advocats, d'Agues et Pilaguet, avec leurs venerables +barbes, ont esté contraints de revenir au monde pour donner conseil à +tous ces peuples qui venoient pour demander justice contre ce meschant +et miserable qui a fait imprimer les satyriques du Caquet de l'accouchée +et des actions du temps, où on a recogneu en plein fonds ce qu'ils +croyoient estre fort caché.</p> + +<p>Lesquels enfin, après avoir eu communication des libelles, ont esté +quelque temps sans parler; puis, avec une gravité non pareille, prenans +leurs barbes à deux mains, ont prononcé:</p> + +<p>Courage, peuples; nous recognoissons que son erreur est vostre +justification, car, tout ce qu'il a dit n'estant que le quart de ce qui +se fait par<a name="page_250" id="page_250"></a> vous, il aura une honte de voir commenter sur ses libelles, +et declarer par le menu ce qu'il a obmis à dire.</p> + +<p>Qui vous reprendra de vos vices si chacun en est entiché? Un sac à +charbonnier ne debarboüille point. Ce ne sont que gouttes d'huille qui +s'estendent sur les habits de ceux qui s'en voudroient mocquer.</p> + +<p>Ce n'est pas pourtant sauver vostre honneur que de monstrer que la +pluspart des peuples sont vicieux, si ce n'est qu'en ce cas personne ne +vous jugera. Mais puisqu'on ne peut effacer une tache d'ancre que par +une double laissive, encore la marque y demeure, il vaut mieux en couper +la pièce.</p> + +<p>Or, disons doncques, par forme d'additions, de qui parle-il le premier? +de la consultation des medecins. Le pauvre ignorant! s'il eust esté du +Palais, comme nous, il eust parlé du procez et differend des quatre +medecins et quatre apoticaires, proche l'un de l'autre en un tripied, +qui se querelloient à qui auroient de la pratique. Enfin, pour terminer +ce differend, nous les avons accordez par arbitres, et ordonné que +Vignon continueroit à donner des pruneaux aux petits enfans pour +entretenir sa pratique; que S.-Jacques yroit jouer des orgues à +Saincte-Croix; que Le Sec yroit tous les jours deux fois entretenir les +religieuses de Montmartre, et que Charles monteroit sur son<a name="page_251" id="page_251"></a> mullet pour +faire bonne mine par la ville; et, pour le regard des quatre +apoticaires, qu'ils sonneront dès le matin leur mortier en carrillon +pour la feste de Negrepelisse et la bienvenüe de monsieur de la Force.</p> + +<p>Et ce, sans prejudice des droits de Consinot, pour avoir medicamenté un +certain procureur non marié, ruë de Mauvaise-Parole, d'un entrac<a name="FNanchor_286_286" id="FNanchor_286_286"></a><a href="#Footnote_286_286" class="fnanchor">[286]</a> au +coin des genitoires; donné conseil à tous les procureurs et advocats de +se pourmener sur les remparts et aux allées de la royne Marguerite<a name="FNanchor_287_287" id="FNanchor_287_287"></a><a href="#Footnote_287_287" class="fnanchor">[287]</a>, +en attendant le retour du roy et la paix concluë; et sur la requeste +presentée par Moreau, son voisin, pour estre disjoint de l'instance, +attendu les quatre cens escus de gages qu'il a de l'Hostel-Dieu, il est +mis hors de cour et de procez et sans despens.</p> + +<p>Puis après des charlatans et farceurs; ô monsieur le satirique! vous y +venez à tard: nous avons ouy parler d'eux jusques aux enfers, qui +disoient avoir si bien parlé grec, latin, espagnol, italien et françois +sur leur eschaffaut, qu'ils ont tiré des Parisiens en pièces de cinq +sols et huict sols, pour la vente de leurs drogues et chappellets, plus +de<a name="page_252" id="page_252"></a> trente mil livres<a name="FNanchor_288_288" id="FNanchor_288_288"></a><a href="#Footnote_288_288" class="fnanchor">[288]</a> dont ils ont profité, sur ce deduit trois ou +quatre cens escus pour la permission de charlataner; que l'on reforme +quand on voudra: leur paquet est faict.</p> + +<p>Il en veut aux femmes qui veulent estre braves. Pourquoy en parle-il +mal? Que ne s'attaque-il à ceux qui les espousent et qui les trompent? +Un marmouzet qui promet tout et ne tient rien, qui donne un estat et ne +le peut entretenir, qui asseure sa fortune sur l'étiquette d'un sac et +sur la ruine d'un païsan, meritent une couronne cornuë.</p> + +<p>Il n'en parle que par envie: c'est qu'il ne peut estre eschevin, car il +n'a pas le moyen d'achepter un estat de quartenier pour assister au +banquet de la trahison, ou de gagner les voix à la brigue, comme fit +jadis un charpentier contre le venerable Poncet, qui en est mort de +melancolie. S'il ne sçait faire trotter les bouteilles pendant la +brigue, il en peut bien torcher son bec. Mais quel profit y a-il de +nommer des prud'hommes? Aussi bien sont-ils corrompus quand ils ont +passé par là.</p> + +<p>Ha! monsieur le satyrique, vous estes <a name="page_253" id="page_253"></a>ignorant, ne vous desplaise, +quand vous mesprisez la petite bourgeoise qui prend le chapperon de +velours pour estre suivante de Madamoiselle; si vous eussiez pris vos +lunettes d'Amsterdam<a name="FNanchor_289_289" id="FNanchor_289_289"></a><a href="#Footnote_289_289" class="fnanchor">[289]</a>, vous eussiez veu leur advancement: l'une +espouse un foytte-cahyer des rentes des aydes, l'autre un procureur de +Sainct-André-des-Arts, l'autre un sergent dangereux de la forest de +Bondis, dont la race et posterité sera dispencée d'obtenir lettres +d'anoblissement, et vous ne le considerez pas.</p> + +<p>Il fait bien l'enhazé<a name="FNanchor_290_290" id="FNanchor_290_290"></a><a href="#Footnote_290_290" class="fnanchor">[290]</a> quand il parle d'une pauvre servante qui se +plaint de n'espouser pour son argent qu'un cocher ou un palfrenier, qui +font d'une malle vigueur une genealogie d'enfans, et ce pauvre esprit +n'a pas consideré que les hospitaux des Enfans-Rouges, du S.-Esprit<a name="FNanchor_291_291" id="FNanchor_291_291"></a><a href="#Footnote_291_291" class="fnanchor">[291]</a> +et de la<a name="page_254" id="page_254"></a> Trinité, estoient deserts sans eux, qui les ont remplis de la +semence d'Abraham.</p> + +<p>Il veut empescher, ce semble, que le marchand n'aspire aux offices, et +neantmoins ils ont cest honneur ès compagnies souveraines, tenans de la +race dont ils viennent, de marchander pour faire justice, et eux seuls +ont esté les premiers qui en ont commencé la corruption. Et de faict, +avant que le marchand y entrast, il y avoit trop de gravité: on ne +pouvoit, au temps passé, approcher ses conseillers, Sainct-Valerien, la +Rochetomas, Vignolles, Ruelle, Regnard, Feu, et un tas d'autres des +Parlemens et Chambre des comptes, dont la race est noble jusques à la +quatriesme generation.</p> + +<p>Tu t'abuse, satyrique: quel bien plus clair et plus liquide y a-il à +Paris que le loyer des maisons aux garses et mal-vivans<a name="FNanchor_292_292" id="FNanchor_292_292"></a><a href="#Footnote_292_292" class="fnanchor">[292]</a>? Et +neanmoins tu tasche à l'abolir; il n'en vient que du bien. Premierement, +on advance le loyer; si un commissaire chasse le locataire avant le +terme, on est payé et on n'use point la maison; le tonnerre n'y chet +jamais; elle n'est jamais vuide, car il y a plus de<a name="page_255" id="page_255"></a> ces gens-là à loger +que d'autres. Il n'y auroit point de charité de les renvoyer aux +faux-bourgs<a name="FNanchor_293_293" id="FNanchor_293_293"></a><a href="#Footnote_293_293" class="fnanchor">[293]</a>.</p> + +<p>Tu pense avoir tout dit le plus important affaire des huguenots quand tu +parle de la taille qu'ils payent pour faire la guerre contre le roy; tu +t'abuse et ne le saura jamais, si ce n'est par un traistre et renegat +comme Cahyer, car la première chose à observer en leur religion, c'est +d'estre secret, escouter tout et ne parler point, et en faire advertir +les Cercles<a name="FNanchor_294_294" id="FNanchor_294_294"></a><a href="#Footnote_294_294" class="fnanchor">[294]</a> par les espions, sur peine d'excommunication.</p> + +<p>Je croy que tu est borgne et aveugle quant tu ne contemple pas les beaux +heritages et grandes possessions de ces anciens brigueurs de pratiques, +qui subsistent encor à present, scis rue Fripaut<a name="FNanchor_295_295" id="FNanchor_295_295"></a><a href="#Footnote_295_295" class="fnanchor">[295]</a>,<a name="page_256" id="page_256"></a> Fripillon, +consistans en menus drappeaux que l'on ramasse à faire du papier.</p> + +<p>Et quoy! tu te mocque d'un procureur qui escrit en grosse lettre! mais +cependant, à la barbe de tous ses compagnons, il a si bien fait par ses +diligences et la faveur de ses amis qu'il a attrapé la pratique du +messager de Chartres, et de fait il y a treize mois qu'il presente des +placets pour avoir executoire pour la conduite d'un prisonnier.</p> + +<p>Tu es bien sot de ne pouvoir nommer par nom et sur-nom les usuriers; le +grand nombre t'en crève les yeux, et, par despit de ce que l'on en dit, +on fera le party du remboursement des notaires, à fin que lettres de +change ayent lieu.</p> + +<p>Pourquoy crie-tu après les cuisiniers qui font trop bonne chère à deux +pistoles pour teste, puis qu'ils sont cause de la prestance et gravité +des hommes, qui, avec un ventre de grenoüille, marchent d'un pied large, +le visage enluminé, meprisant et ne songeant pas à ceux qui ont faim?</p> + +<p>Vous ne dites rien de nouveau. On estoit bien contraint au temps passé +de se passer d'un honneste valet bien vestu avec un manteau; mais vous +ne sçavez pas qu'il n'y avoit pas aussi tant de fils de putains à Paris +pour faire des lacquais, et si on ne portoit point en ce temps-là de +poulets.</p> + +<p>De quoy se soucie ce causeur satyrique si nos<a name="page_257" id="page_257"></a> lacquais portent +l'espée<a name="FNanchor_296_296" id="FNanchor_296_296"></a><a href="#Footnote_296_296" class="fnanchor">[296]</a> après nous? C'est pour leur apprendre le mestier de +tirelaine, car, quant ils nous ont servy cinq ou six ans, nous leur +donnons quinze ou vingt escus de recompense pour achepter un manteau +rouge<a name="FNanchor_297_297" id="FNanchor_297_297"></a><a href="#Footnote_297_297" class="fnanchor">[297]</a>, pour estre les Achiles d'un bordel ou guetteurs d'un coing +de ruë<a name="FNanchor_298_298" id="FNanchor_298_298"></a><a href="#Footnote_298_298" class="fnanchor">[298]</a>.</p> + +<p>Il croit depriser M. de Soubize quand il dit (<i>errari</i>), et il ne voit +pas qu'il a imité ce vieil capitaine Anguerrant de Marigny<a name="FNanchor_299_299" id="FNanchor_299_299"></a><a href="#Footnote_299_299" class="fnanchor">[299]</a>, qui +s'est fait poser sur le portail du Palais<a name="FNanchor_300_300" id="FNanchor_300_300"></a><a href="#Footnote_300_300" class="fnanchor">[300]</a> pour s'enfuir le premier +lorsque le feu brulleroit les roys.<a name="page_258" id="page_258"></a></p> + +<p>Il a tort d'accuser en general ceux qui donnent invention de trouver +argent pour le roy, puis qu'il sçait en sa conscience que cela procède +de la subtilité de Roüillart; qui, pour en faire les memoires, a couppé +un bureau à l'entrée de la chambre sans payer finance.</p> + +<p>En mesprisant les commissaires et sergens qui ne font aucun rapport à la +police, pour le moins j'eusse excepté Cordier et Brullon, l'un pour +estre empesché à recevoir les loyers des maisons du Pont-Marchand, +l'autre à faire la distribution de la bourse commune des huissiers du +mois d'avril; encor Brullon mérite loüange d'avoir esté secret et +n'avoir decouvert au roy ce grand fonds, qui sans doute eust esté pris +pour faire la guerre.</p> + +<p>Si les procureurs de la Cour et greffiers des presentations ne font +rien, ils n'en vaudront que mieux à l'advenir. Ils ressemblent à la +terre qui se repose: quant ils auront esté defrichez et que le temps +sera venu, ils plumeront doublement; cependant ils apprendront à faire +des fosses.</p> + +<p>Tu te plains de Chalange<a name="FNanchor_301_301" id="FNanchor_301_301"></a><a href="#Footnote_301_301" class="fnanchor">[301]</a>, et tu ne cognois pas le plaisir qu'il a +fait au plat pays lorsqu'il a fait l'edict des procureurs. Il est cause +que, les clercs n'ayant plus d'esperance d'estre receus,<a name="page_259" id="page_259"></a> ils se sont +retirez en leur pays. Il s'en est engendré une pepinière d'esleus, +grenetiers, sergens, receveurs du taillon et autres menus offices, pour +lesquels achepter ils ont fait boursiller leurs parens et amis, qui sont +à present secqs comme bresil.</p> + +<p>Si on ne fait plus de ceremonies, d'enterremens ny d'offrandes, tu ne +sçais pas que l'on a succé cela de la mammelle de Genève, pour tousjours +appauvrir l'Eglise et faire quitter aux quatre mandians la partie?</p> + +<p>Si l'Université a perdu son credit et son ancienne réputation, pourquoy +en accuse-on les jesuites? Sçait-on pas bien que le recteur de +l'Université, <i>Dadonius, fuit auspensus in patibulo, quoniam agebatur de +puero corrupto</i>? On a eu crainte que chacun en fist de mesme?</p> + +<p>L'on se plaint que les offices sont trop chers. O les sots! que ceux qui +s'en plaignent imittent Canto et Testu: qu'ils appreignent à jouër des +farces.</p> + +<p>Sinon, qu'ils preignent ces deux beaux offices qui sont à present à +Paris et à bon marché, courratiers de change et receleurs de fripperies: +l'un fait trouver de l'argent à usure, l'autre fait derober son maistre. +Sans cela, le Chastelet seroit bleu!</p> + +<p>Pour ce qui est de vostre tableau et de la justice du roy, Monsieur le +satyrique, nous en <a name="page_260" id="page_260"></a>demourons là: nous n'avons rien à contredire. M. +Pillaquet et moy, nous avons fueilleté nos annalles; nous n'avons rien +trouvé ès règnes de nostre temps de pareil à celuy-cy, sinon qu'une +chose, que les peuples ne meritoient pas un tel roy, qui en l'aage de +vingt ans a suppedité les rebelles, corrigé les vices, et, par sa pietté +et bon exemple en son règne, augmenté le culte divin.<a name="page_261" id="page_261"></a></p> + +<h3><a name="LES_ESSAIS_DE_MATHURINE" id="LES_ESSAIS_DE_MATHURINE"></a>LES ESSAIS DE MATHURINE</h3> + +<p class="cb sml">S. L. ni D. In-8. de 16 pages.</p> + +<p>Quand je considère ma vie, je la trouve assaisonnée de beaucoup +d'utilitez, encore que, passant par les ruës, les petits enfans +clabaudent après moy: Aga! Mathurine la folle! Il est vray que je suis +un peu entachée de cette maladie-là; mes sens peuvent estre quelque +petit rances, et mon imagination tant soit peu moisie et disloquée. Cela +m'est survenu des reliques d'un coup de carabine que je reçus en +l'esprit à certain balet de Caresme-prenant. Baste! si je suis folle, +c'est à l'occasion, laquelle j'ay sceu empoigner si bravement, qu'il +m'en revient tous les ans plus de vingt et treize jacobus<a name="FNanchor_302_302" id="FNanchor_302_302"></a><a href="#Footnote_302_302" class="fnanchor">[302]</a> de rente +foncière<a name="FNanchor_303_303" id="FNanchor_303_303"></a><a href="#Footnote_303_303" class="fnanchor">[303]</a>, sans compter le tour du baston. Il y en a qui pensent +estre d'estoffe de<a name="page_262" id="page_262"></a> Milan et abiles gens, qui sont plus sots que je ne +suis beste de plus de trois demy-septiers. Considerez (s'il vous plaist) +que je passe mon temps gaillardement et sans melancholie. S'il me tourne +sur l'ennuy, je vais visiter ma bonne amye, qui me fait manger de la +souppe à l'hissope<a name="FNanchor_304_304" id="FNanchor_304_304"></a><a href="#Footnote_304_304" class="fnanchor">[304]</a> toute de graisse et du lard jaune comme fil +d'or, et au bout de la carrière mon paillard escu, avec le: Jusqu'au +revoir, Mathurine. Mais aussi je suis tousjours preste à ses +commandemens et au service des gallands hommes; paix ou guerre, à toute +heure, mon harnois est en estat, car je le fais souvent fourbir avec un +guimpillon fait à l'occasion et au contraire de ceux qu'on met dedans +les pintes, car il est pelu au derrière du manche, et ceux-là le sont au +devant. Vive la follie! c'est mon gaigne-pain. Parbleu! Tabarin profite +plus avec deux ou trois questions bouffonnes et devineries de merde, ou +de la chouserie, que ne fait son maistre avec tout son <i>questo e un +rimedio santo per sanare tuti gli morbi</i>, parceque le monde ne veut plus +que du badinage; aussi finit-il par la farce, afin qu'on se souvienne +d'y retourner. La sagesse de ce monde est folie devant Dieu; cela me +fait esperer que je seray en ce pays-là recompensée de double pitance, +car je suis folle en cestuy-cy<a name="page_263" id="page_263"></a> assez pour deux. Si tous les fous et les +folles portoient crouppière, il y en aurait beaucoup à Paris qui +auraient le cul escorché, car il y en a de toutes sortes, de tous aages, +de toutes qualitez, de tous sexes; mais ils sont foux à la mode qui +trotte, et, comme dit maistre Guillaume<a name="FNanchor_305_305" id="FNanchor_305_305"></a><a href="#Footnote_305_305" class="fnanchor">[305]</a>:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary=""> +<tr><td align="left">Les uns sont foux et les autres estranges,</td></tr> +<tr><td align="left"> Aussi merveilleux que beaux anges</td></tr> +<tr><td align="left"> Descendus tout nouveaux des cieux,</td></tr> +<tr><td align="left"> Et ceux-là sont foux glorieux.</td></tr> +</table> + +<p>Il y en a d'autre qualité qui sont les Bertolles<a name="FNanchor_306_306" id="FNanchor_306_306"></a><a href="#Footnote_306_306" class="fnanchor">[306]</a>,<a name="page_264" id="page_264"></a> et graves; ils +portent fière arrogance. Vous les jugeriez, à leur mine de serrer les +lèvres comme une nouvelle mariée, que ce sont des Socrates. Donc cette +sorte de foux, comme dit maistre Guillaume:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Selon nos bons docteurs devots,</td></tr> +<tr><td align="left">Nous les appelons sages sots.</td></tr> +</table> + +<p>Et s'ils ne rencontraient qu'un etronc, ils y trouveraient à remordre: +rien de bien fait s'ils ne le font. Si par cas fortuit ils avoient +aperceu quelqu'un sur quelqu'une, foy de ma vie! il faudrait aussitost +feuilleter toutes les postures de l'Aretin plustost qu'il ne trouvassent +à redire à la leur; peut-estre voudroient-ils informer contre eux, +disant que celle-là n'est pas à la mode. Bran pour cette liste de +reprenans! bonnes gens, on le fait à toutes modes, et s'en est-on assez +bien trouvé il y a desjà plus de quatorze jubilez. Vous autres lisarts, +n'avez-vous point leu certain petit fatras qui se nomme le <i>Caquet de +l'Accouchée</i>? Si avez, sans doute, si avez: car il s'en est vendu plus +que d'epistres familières ou d'oraisons des saincts. Certain mescontent +m'en présenta l'autre jour un, la lecture duquel m'eschauffa grandement +les aureilles. Je cogneus aussitost à la trempe que c'<a name="page_265" id="page_265"></a>estoit un autre +mescontent qui l'avoit forgé, à qui on avoit refusé quelque lippée à +butiner. Ces gens-là n'ont pas d'esprit pour se conduire, et voudroient +qu'on leur baillast le timon de l'estat à chevaucher. C'est une pure +ambition de se voir un jour canonisez auprès de maistre Pierre du +Coignet<a name="FNanchor_307_307" id="FNanchor_307_307"></a><a href="#Footnote_307_307" class="fnanchor">[307]</a>; mais le chapitre Nostre-Dame est empesché avec le +promoteur à la reformation des prestres qui chantent aux cabarets la +desroute des huguenots et la mort du grand turc. Vous cognoissez bien à +cette heure que c'est un fol à la mode qui est l'autheur du <i>Caquet</i>. Il +dit au commencement de la litanie qu'il avoit esté malade; il n'y a si +busard de medecin qui ne cognoisse assez<a name="page_266" id="page_266"></a> qu'il l'est plus que jamais et +est en danger de mort, car desjà ne sçait-il plus ce qu'il dit. +Quiconque fait le caqueteux, jamais bonne pie ne le couva, et la semence +de quoy il fust basti estoit esvantée aussi bien que sa cervelle. +Peut-estre eust-il rongé, ainsi que comme les vipereaux, le ventre de sa +mère pour sortir, s'il ne se fust trouvé vers la basse cartière une +bonde grandement large; et, parcequ'elle luy fit baiser son cul en +passant, qui estoit un peu sale pour lors, et deceda sans hoirs +legitimes de son corps, il voudroit prendre à tasche tout le sexe +feminin. J'ay ouy dire à Pierre Dupuy<a name="FNanchor_308_308" id="FNanchor_308_308"></a><a href="#Footnote_308_308" class="fnanchor">[308]</a> qu'il est bastard de Pasquin; +maistre Martin asseure sur ses grands dieux que Marphore<a name="FNanchor_309_309" id="FNanchor_309_309"></a><a href="#Footnote_309_309" class="fnanchor">[309]</a> l'a fait; +le docteur croit que ç'a esté maistre Josse avec le Picard: tant il y a +je n'en sçay rien davantage, sinon qu'on le tient frère de Merlin +d'Angleterre, et le cognoist-on assez à son <i>Caquet</i>, lequel n'epargne +ni Tibault ni Gautier qui ne soit pincé sans rire. Agarez, Mesdames, +comment il met sur le trottoir femmes, filles, vieilles, jeunes et de +toutes conditions, chetives, qualifiées et publiques, indifferemment, +qui ne pensèrent jamais à ceste caqueterie non plus que je fais à estre +souldan de Babylone ou à prendre Montauban. Ne prenez-vous pas garde<a name="page_267" id="page_267"></a> +qu'il faict comme le singe qui tire les chastaignes du feu avec la patte +du levrier<a name="FNanchor_310_310" id="FNanchor_310_310"></a><a href="#Footnote_310_310" class="fnanchor">[310]</a>?</p> + +<p>Je m'aperçoy qu'il voudroit que les femmes fussent l'echo de ses mauvais +discours, et le charlatan le suject de ses reformations d'estat. Pour +moins de cent escus, je vous en diray quelques raisons. Item, +premierement, commençons par l'isle du Palais. Sa curiosité luy fit +accoster Tabarin: Estes-vous malade?—Ouy, respond le caqueteur; mais +cette mienne maladie n'est point contagieuse, elle n'est qu'en l'esprit. +Je me suis adressé à vous, sçachant que vous aviez credit auprès de +vostre maistre, qu'on estime sçavoir des choses merveilleuses.—Ouy dà, +repliqua Tabarin; il sçait des choses merveilleusement merveilleuses, il +sçait des passe-merveilles, et si ne fut jamais chiche de ses sciences. +Regardez de laquelle vous desirez afin d'estre satisfait. Mais je feray +bien tout ce que desirez: je ne suis guère moins clerc que luy; dites +hardiment.—Je desirerois, honneste seigneur, dit le galland, si vostre +benevolence me l'accordoit, sçavoir de vous le moyen de cognoistre quand +une fille est pucelle ou non, par ce qu'outre ce que je pourrois esviter +d'estre cornard, cela me profiteroit parmy les compagnies.—Lors Tabarin +respond: N'y a-il que cela?<a name="page_268" id="page_268"></a> je satisferay à ce que desirez; mais il +faut cognoistre avant qu'aymer. Allez vous en chez Cormier<a name="FNanchor_311_311" id="FNanchor_311_311"></a><a href="#Footnote_311_311" class="fnanchor">[311]</a> faire +apprester le disner pour faire plus estroite cognoissance; ce pendant je +vais consulter tous mes plus exquis secrets, et je retourne à vous dans +une heure.—Je vous y attendray, dit le caqueteur.—Je vous iray +trouver, dit Tabarin; faictes mettre le vin au frais.—L'un et l'autre +se trouve à son assignation, qui disnèrent à plain fonds. Après le +disner, Tabarin commença: Monsieur, ce ne sont pas icy questions du +chaffaut<a name="FNanchor_312_312" id="FNanchor_312_312"></a><a href="#Footnote_312_312" class="fnanchor">[312]</a> ordinaires ny à tous les jours; davantage, toute peine +requiert salaire, comme vous sçavez.—Je le sçay bien, dit le curieux; +aussi je vous prie de mettre ceste couple de pistoles en vostre +pochette. C'est attendant mieux.—Bien, dit Tabarin; escoutez... Lorsque +vous desirez sçavoir si une fille est pucelle, mettez une de vos mains +sur son robin, vous m'entendez bien? puis au mesme temps soufflez-luy au +cul, et si lors vous sentez le vent à<a name="page_269" id="page_269"></a> la main, elle est indubitablement +percée<a name="FNanchor_313_313" id="FNanchor_313_313"></a><a href="#Footnote_313_313" class="fnanchor">[313]</a>. Et en voilà pour votre argent. Adieu, Monsieur. C'est un +des vieux tours de Tabarin, qui planta son homme à reverdir. Et ainsi le +caqueteur demeura affiné; neantmoins, il protesta d'appel pour se venger +du bouffon et affronteur. Voilà un des pourquoy; l'autre raison et +second pourquoy il en veut aux femmes, c'est, par saincte Barbe! de +cholère que pas une n'a daigné l'escoutter ny faire estat de son +<i>Caquet</i>,</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Sinon une vieille Picarde</td></tr> +<tr><td align="left">Qui alloit crier la moustarde;</td></tr> +<tr><td align="left">Encor n'en pouvoit-il jouïr.</td></tr> +</table> + +<p>Aussi est-ce un haubereau bien vuidé. Jan Voüaire, je suis laide et +folle, ce dit-on: je ne voudrois pas luy avoir presté mon cul à baiser. +Pleut à sainct Fiacre<a name="FNanchor_314_314" id="FNanchor_314_314"></a><a href="#Footnote_314_314" class="fnanchor">[314]</a> que le sien fust plein d'eau boüillante! La +necessité l'avoit mis si bas qu'il ne se pouvoit gratter, d'où lors il +fist profession de porteur de rogatons<a name="FNanchor_315_315" id="FNanchor_315_315"></a><a href="#Footnote_315_315" class="fnanchor">[315]</a>, et fut contrainct +d'<a name="page_270" id="page_270"></a>accoster toutes sortes de femmes d'un beau <i>s'il vous plaist</i>, qu'il +a maintenant changé avec un office de macquereau et une place aux +maisonnettes. Vous l'eussiez veu aller de porte en porte comme le +pourceau de sainct Anthoine<a name="FNanchor_316_316" id="FNanchor_316_316"></a><a href="#Footnote_316_316" class="fnanchor">[316]</a>, car il demandoit aux dames de haute +gamme auctorité, aux damoiselles courtoisies, aux presidentes, +maistresses des requestes» conseillières, faveur; aux advocates conseil, +aux greffières coppies, aux procureuses soing, aux clergesses ecriture, +aux soliciteuses diligence, aux financières argent, aux bourgeoises +logis, aux marchandes estoffes, aux boulangères foüace, aux rostisseuses +chair, aux cabaretières vin, aux chambrières service, aux artisans +credit: surquoy estoit fondé le plus fort de toutes ses esperances;</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Mais s'en cognoissant frustré,</td></tr> +<tr><td align="left">Il buvoit comme un chastré...</td></tr> +</table> + +<p class="nind">et deux, joint que, s'estant adressé à une vieille boismienne qui vit en +reputation d'avoir beaucoup d'experience et sçavoir les secrets plus +cachez de la nature, qui vous dit proprement une<a name="page_271" id="page_271"></a> bonne aventure et tire +finement la croix<a name="FNanchor_317_317" id="FNanchor_317_317"></a><a href="#Footnote_317_317" class="fnanchor">[317]</a> d'entre les mains des lourdaux comme luy. Or, se +trouvant pour lors amoureux jusqu'au troisiesme degré et en estre +malade, il se resolut d'avoir recours à ceste vieille femme piternelle +pleine de pechez mortels, dont il luy arriva presque pareil tour à celuy +que Tabarin luy avoit joué. A l'abord, il salüe ceste nymphe de Pluton, +disant: Ma commère, ne voyez-vous point à mon visage que je suis +malade?—Si fait, dit-elle; mais remède à tout, sinon à la mort. Dictes +vostre mal: il y en a de plusieurs sortes. Ce n'est pas la peste, au +moins?—Non, fist-il.—Hé bien! fist-elle, il n'y a pas mal de teste, +d'estomach, bras, jambes et autres?—Mon mal est pire que tout cela, +dit-il.—Je me veux donc retirer de vous, fist-elle.—Ne craignez point, +fist-il; encore qu'il soit dangereux, si n'est-il point contagieux: en +un mot, c'est un mal de femme.—Est-ce point, fist-elle, le mal de +matrice?—Non, fist-il; j'entends causé par femmes.—Je vois, fist-elle; +soit, il y a chancres, poulains, pisse-chaude, verolle, cristaline et +autres appanages et circonstances. De quel genre est-il espèce?—Rien, +rien, fist-il; le mal qui me travaille est mal d'amour.—Ha! ha! ha! ha! +s'écria l'<a name="page_272" id="page_272"></a>adadé<a name="FNanchor_318_318" id="FNanchor_318_318"></a><a href="#Footnote_318_318" class="fnanchor">[318]</a>; courage! vous n'en mourrez pas; et puis je suis +la superlative: vous avez trouvé chausse à vostre pied. Il n'est au +monde ma semblable, preste à tout comme la chambrière d'un ministre, +experte au metier des femmes. Je sçay oster les rousseurs et effacer les +lentilles du visage; je fais de l'huille de talc et autres fars +excellens en perfection; je sçay faire resserrer maujoint<a name="FNanchor_319_319" id="FNanchor_319_319"></a><a href="#Footnote_319_319" class="fnanchor">[319]</a> +tellement, qu'une coureuse seroit prise pour la plus pucelle du monde. +Bref, elle luy monstra une boüette à divers estages pleine d'oignemens, +sur le couvercle de laquelle estoit escrit:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Le medicament de ceans</td></tr> +<tr><td align="left">Est bon pour guerir les urines</td></tr> +<tr><td align="left">Et pour apprivoiser les grives,</td></tr> +<tr><td align="left">Les jumens guerist du farcin;</td></tr> +<tr><td align="left">Il fait faire maint larcin,</td></tr> +<tr><td align="left">Il fait chanter les renaissailles,</td></tr> +<tr><td align="left">Il fait cornes aux demoiselles.</td></tr> +</table> + +<p>Or, de ce que vous demandez, c'est un autre item. Parlons doucement... +J'ay apporté certaine racine de la petitte Ægypte qui vous fera estre +aymé des plus huppées. N'est-ce pas ce que vous cherchez?—C'est cela +mesme, dit l'homme. Que ce<a name="page_273" id="page_273"></a> me seroit un grand bonheur si, par vostre +moyen, je pouvois rencontrer cette science et arriver à mes intentions!</p> + +<p>—Voulez-vous que je vous dise, Monsieur? respondit la vieille; je +ressemble aux archevesques: je ne marche point si la croix ne va +devant.—Je l'entends ainsi, ma bonne amie, dit le caqueteur; voilà de +quoy rire.—Baillez, Monsieur: à laquelle en voulez-vous? Dictes-moy +seulement son nom, et je la contraindray de venir coucher avec vous. +Nostre homme, frottant ses deux bras et demy extasié, la luy nomme, +prennent heure et complottent ensemble: de sorte qu'elle luy meine +coucher une sienne camarade, hideuse et difforme, capable de faire +mourir un delicat. Il prit son desduit avec elle. Le lendemain, voulant +contempler son beau sujet au jour, se pasma de honte et de peur, croyant +que ce fust Proserpine. Il voulut fuyr; elle le suit, disant: +«Payez-moy. Mercy Dieu! est-ce ainsi que vous renvoyez le monde après +vous en estre servi<a name="FNanchor_320_320" id="FNanchor_320_320"></a><a href="#Footnote_320_320" class="fnanchor">[320]</a>?» Et trois! Aussi, en mesme temps, le medecin +luy avoit promis certaine drogue pour le rendre plus robuste au jeu +d'amour, et d'effect fist son ordonnance, laquelle fut expediée par un +apothicaire qui fist le <a name="page_274" id="page_274"></a>quiproquo: car, au lieu de bailler ce qui +estoit pour luy, il envoya une medecine qui avoit esté ordonnée pour un +cordelier affin de luy lascher le ventre, et la sienne fust baillée au +beau-père, qui tous deux se trouvèrent bien estonnés à l'heure de +l'operation. Voilà le dernier pourquoy. Et ne sçachant à qui se doit +prendre de son malheur, il a faict ceste levée de bouclier. L'esprit me +tourne quand je pense à cest entendu en affaires, et acheveray d'affoler +s'il n'est chastié comme un ennemy de nature. Sus! sus! que chasque +femme barboüille son visage d'une bouse de vache! que chasque fille +salisse sa moustache d'un crachat, et que toutes ensemble luy baillent +tant de maledictions, qu'il ne puisse fienter qu'à coups d'estrivières +et coure le garrou<a name="FNanchor_321_321" id="FNanchor_321_321"></a><a href="#Footnote_321_321" class="fnanchor">[321]</a> tout le reste de sa vie! C'est un infame qui ne +sçait un seul secret de femmes: nous sommes trop advisées pour babiller +ainsi qu'il dit; il n'y en a pas une si sotte, si elle avoit laissé +aller le chat au fromage, d'en parler à sa plus confidente. Nous avons +cela de serment entre nous de le taire; il n'y a si jeunette qui +n'aymast mieux le faire vingt coups que d'en parler une fois. Il +suffira, pour ce coup, d'avoir descouvert le subject du mescontentement +du caqueteur: ç'a esté consultant le trepied d'une sybille ancienne qui +sert à soustenir mon pot à pisser. Cela me fait <a name="page_275" id="page_275"></a>paroistre, quand il me +plaist, plus sage que trente-cinq Diogènes. Jusqu'au revoir. Je ne puis +vous entretenir plus long-temps pour ce coup, d'autant que le comte +Mansfeld me fait perdre le caquet. Il faut envoyer tous les caqueteurs +et de loisir au devant de cest yvrongne pour hoguiner toutes les femmes +qu'il traine, de peur qu'il ne vienne empescher la continuation du +travail de l'hostel de ma bonne amie, manger noz melons et boire nostre +piot. Je vais descouvrir s'il est point retourné en voyage à Nostre-Dame +de l'Espine<a name="FNanchor_322_322" id="FNanchor_322_322"></a><a href="#Footnote_322_322" class="fnanchor">[322]</a>, et puis je le vous envoyeray dire par ce mesme +messager. <i>Sanita et guadaigne.</i></p> + +<p><a name="page_276" id="page_276"></a></p> + +<p><a name="page_277" id="page_277"></a></p> + +<h3><small>LA</small><br /> +<br /><a name="SENTENCE_PAR_CORPS" id="SENTENCE_PAR_CORPS"></a>SENTENCE PAR CORPS</h3> + +<p class="cb">Obtenue par plusieurs femmes de Paris contre l'autheur des <i>Caquets de +l'Accouchée</i>.</p> + +<p class="cb"><i>A Paris, chez le baron de l'Artichaux, demeurant<br />au royaume +d'Ecosse, à l'enseigne<br />du Cailloux de bois.</i></p> + +<h4>M. DC. XXII<a name="FNanchor_323_323" id="FNanchor_323_323"></a><a href="#Footnote_323_323" class="fnanchor">[323]</a>.</h4> + +<p>A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Gautier Garguille<a name="FNanchor_324_324" id="FNanchor_324_324"></a><a href="#Footnote_324_324" class="fnanchor">[324]</a>, +gentilhomme ordinaire de sa chambre et garde de la place de l'Isle du +Palais, à Paris;</p> + +<p>Sur la requeste faitte en nostre audience de la place de l'Isle du +Palais, par</p> + +<p>Mondor, parlant pour discrette et honorable<a name="page_278" id="page_278"></a> personne le sieur Tabarin, +demandeur en reparation d'injures ou invectives, selon l'intervention +par luy faitte avec Pierre du Puis<a name="FNanchor_325_325" id="FNanchor_325_325"></a><a href="#Footnote_325_325" class="fnanchor">[325]</a>, parlant pour les femmes et +bourgeoises de cette ville de Paris, complaignantes pour raison des +faits mis en avant par les <i>Caquets de l'Accouchée</i>, imprimés et publiés +en cette dite ville de Paris; comme le sieur<a name="page_279" id="page_279"></a> de Decombes, parlant pour +Grattelart<a name="FNanchor_326_326" id="FNanchor_326_326"></a><a href="#Footnote_326_326" class="fnanchor">[326]</a>, autheur des dits <i>Caquets</i>, defendeur et opposant, et +en vertu du defaut donné contre le dit Pierre du Puis au dit nom; après +avoir ouy le dit Mondor au dit nom, qui nous a remontré que mal à +propos, indiscrettement et contre la règle de toute societé humaine, le +dit Grattelart avoit fait escrire en ses <i>Caquets</i> plusieurs paroles +scandaleuses et injurieuses, et qu'il en requeroit reparation; et le dit +Pierre du Puis, pour les dites complaignantes, parties principales, a +conclud pareillement à la dite reparation, et, adjoustant à icelle, a +requis condamnation de tous depens, dommages et interests. Nous avons +condemné et condemnons le dit Grattelart à declarer, en présence du +crocheteur de la Samaritaine<a name="FNanchor_327_327" id="FNanchor_327_327"></a><a href="#Footnote_327_327" class="fnanchor">[327]</a> et du Jacquemart du<a name="page_280" id="page_280"></a> clocher de +l'eglise de Sainct-Paul<a name="FNanchor_328_328" id="FNanchor_328_328"></a><a href="#Footnote_328_328" class="fnanchor">[328]</a>, que mal à propos, indiscrettement et sans +raison, il a fait escrire et publier, aux <i>Caquets de l'Accouchée</i>, +plusieurs paroles injurieuses et scandaleuses contre l'honneur des +femmes, lesquelles par elles seront rayées et biffées, et qu'il en +demande pardon aus dites femmes et bourgeoises de Paris, et à Tabarin au +dit nom, les suppliant vouloir oublier les dites injures et scandales; +et outre condamnons le dit Grattelart ès despens, dommages et interests. +En tesmoin de ce, nous avons fait mettre nostre sceau ordinaire de la +dite place. Ce fut fait et donné en la dite audience par Jehan +Farine<a name="FNanchor_329_329" id="FNanchor_329_329"></a><a href="#Footnote_329_329" class="fnanchor">[329]</a>,<a name="page_281" id="page_281"></a> tenant le siége, le mardy vingt et douziesme du present +mois.</p> + +<p class="r"><i>Signé</i> <span class="smcap">Guillaume</span><a name="FNanchor_330_330" id="FNanchor_330_330"></a><a href="#Footnote_330_330" class="fnanchor">[330]</a>.</p> + +<p class="c"><i>Copie d'intervention.</i></p> + +<p>Aujourd'huy, trois cens soixante et sixiesme jour de la presente année, +est comparu, en chair et en os, Jehan de la Vigne<a name="FNanchor_331_331" id="FNanchor_331_331"></a><a href="#Footnote_331_331" class="fnanchor">[331]</a>, fondé de +procuration authentique à luy passée par le discret et sage en teste, le +seignor Tabarino, lequel a declaré<a name="page_282" id="page_282"></a> qu'en consequence de la dite +procuration il desiroit estre receu partie intervenante au procès meu, +indecis et pendant ou accroché entre et au milieu de Grattelart, autheur +des <i>Caquets de l'Accouchée</i>, et les bourgeoises qui se formalisent et +scandalisent, pour y proposer ses defenses comme d'abus; et pour ce +faire a constitué son procureur generalissime le dit la Vigne, auquel a +donné tout pouvoir deçà et delà l'eau, dont le dit la Vigne a requis +lettres, et a signé au registre.</p> + +<p class="r"><i>Signé</i> <span class="smcap">Gros-Guillaume</span>.</p> + +<p class="c"><i>Sentence sur l'intervention.</i></p> + +<p>A tous ceux qui ces presentes lettres verront, Gautier Garguille, +gentil-homme ordinaire de sa chambre et garde de la place de l'Isle du +Palais, à Paris.</p> + +<p>Sur la requeste faicte en nostre audience de la dite place de l'Isle du +Palais, par Montdor, parlant pour discrette et sage personne le sieur +Tabarin, demandeur en intervention avec les femmes<a name="page_283" id="page_283"></a> et bourgeoises de +Paris, contre Grattelart, autheur des <i>Caquets de l'Accouchée</i>, +Decombes, parlant pour luy; après que le dit Montdor, au dit nom, a +remonstré avoir grand interest d'intervenir en la dite cause pour les +causes qu'il est prest desduire, et que le dit Decombes, au dit nom, a +soustenu au contraire, nous avons receu et recevons le dit Tabarin +partie intervenante au procez d'entre l'autheur des <i>Caquets de +l'Accouchée</i> et les femmes et bourgeoises de Paris, et ordonnons que +dans le premier jour il baillera les causes d'intervention, pour estre +ordonné sur icelles ce que de raison.</p> + +<p class="c"><i>Causes d'intervention.</i></p> + +<p>Causes d'intervention que met et baille par devers vous M<sup>e</sup> Garguille, +garde de la place de l'Isle du Palais, à Paris,</p> + +<p>Le sieur Tabarin, demandeur en intervention avec les femmes et +bourgeoises de la ville de Paris,</p> + +<p>Contre le sieur Grattelart, defendeur et opposant;</p> + +<p>A ce que, pour les raisons qui seront cy-après desduites, il soit dit +par vous, Monsieur, que ledit Tabarin sera receu partye intervenante au +<a name="page_284" id="page_284"></a>procès, et obtiendra à ces fins, avec condamnation de tous despens, +dommages et interests.</p> + +<p>Il est à remarquer que le sieur Grattelart est homme fort sujet à +mesdire des actions d'autruy, et sur tout il paroist ès <i>Caquets de +l'Accouchée</i> qu'il a fait imprimer tout nouvellement, au scandale et +dommage de la bonne renommée des femmes et bourgeoises de cette ville, +lesquelles, estant adverties, se sont voulu formaliser, et +particulièrement la femme du sieur Tabarin, lequel s'est bien voulu +joindre en la cause et prendre le fait pour elle, attendu qu'il estoit +interessé en l'affaire.</p> + +<p>Et de fait, il semble qu'elle a juste cause de remonstrer que son mary +n'est point charlatan et qu'il ne le fut jamais, et que l'on ne sçauroit +faire escrire qu'elle soit femme de charlatan sans offenser l'un ou +l'autre, dont elle pretend avoir reparation qui ne luy peut estre +desniée, sauf correction: premièrement, ce que la bonne vie de l'un et +l'autre est notoire à tout le monde, et est à naistre le premier qui les +puisse redarguer du moindre crime ou malfaict;</p> + +<p>Secondement, pour autant que le dit Grattelart a malicieusement faict +escrire qu'icelluy Tabarin est cocu et cornard, ce à quoy il n'a jamais +songé, et qui ne se sçauroit passer sans son interest ou dommage;<a name="page_285" id="page_285"></a></p> + +<p>En troisiesme lieu, pour autant que le dit Tabarin ne fust jamais +capable de cornes que de celles qui sont en son bonnet, encores luy +sont-elles odieuses; au moins dict-il qu'il ne les tient que comme gaige +et pour celuy qui en aura affaire;</p> + +<p>En quatriesme lieu, il vous remonstre que les cornes ne luy sont deües +que pour en faire part aux marchands, et, de vray, Grattelart en aura à +sa discrétion de telles qu'il luy plaira.</p> + +<p>Partant, conclud le dit Tabarin comme dessus, ès despens, dommages et +interests.</p> + +<p class="hang"><i>Coppie de la requeste presentée au sieur Garguille de la part des +hommes et maris dont les femmes ont esté scandalisées par les dits +Caquets.</i></p> + +<p>Supplient humblement les marris des femmes scandalisées par les <i>Caquets +de l'Accouchée</i>, disans qu'ils ont esté advertis qu'il y a procez meu, +indecis et pendant par devant vous entre les dites femmes et le sieur +Grattelart, autheur des dits <i>Caquets</i>, pour raison des injures, +invectives et scandales qui y sont escrits, lesquels regardent les +supplians, qui ont besoin de vostre provision. Ce considéré, Monsieur, +il vous plaise ordonner que les dits supplians seront receus parties +intervenantes au dit procez avec les dites femmes, <a name="page_286" id="page_286"></a>icelluy Tabarin et +le dit Grattelart, lequel sera à ceste fin aussi assigné pardevant +vous-mesme, pour ordonner en outre ce que de raison, et vous ferez +justice.</p> + +<p class="top5"><i>Au bas est escrit</i>: Qu'on donne assignation, etc.</p> + +<p class="c top5">FIN.</p> + +<p><a name="page_287" id="page_287"></a></p> + +<h3><a name="TABLE_ANALYTIQUE" id="TABLE_ANALYTIQUE"></a>TABLE ANALYTIQUE.</h3> + +<p class="nind"> +<i>Alais</i> (Conférences d'). <a href="#page_088">88</a>, <a href="#page_158">158</a>, notes.<br /> +<br /> +<i>Aliénor de Poitiers.</i> Son ouvrage <i>les Honneurs de la cour</i>, cité <span class="smcap"><a href="#page_vij">vij</a></span>, <span class="smcap"><a href="#page_viij">VIII</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Ancre</i> (Le maréchal d'). Remplacé par Luynes. <a href="#page_067">67</a>. V. <i>Luynes</i>, <i>Mangot</i>.<br /> +<br /> +<i>Andreini</i>, dit <i>Lelio</i>. Joue à l'hôtel de Bourgogne. <a href="#page_009">9</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses séjours à Paris en 1618, 1621, 1623, 1624. <i>Ibid.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Y publie son <i>Teatro celeste</i>. <i>Ibid.</i></span><br /> +<br /> +<i>Ange</i> (L'). Chirurgien. <a href="#page_128">128</a>.<br /> +<br /> +<i>Angers.</i> V. <i>S.-Germain, de Vertus</i> (la comtesse).<br /> +<br /> +<i>Angoulême</i> (Le duc d'). Son conseil à ses laquais. <a href="#page_257">257</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Anne d'Autriche.</i> Paie les frais du feu d'artifice pour la canonisation de sainte Thérèse. <a href="#page_049">49</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Elle aime les contes de revenant. <a href="#page_074">74</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Arc</i> (Jeanne d'). Son éloge. <span class="smcap"><a href="#page_xxiv">XXIV</a></span>, <a href="#page_206">206</a>.<br /> +<br /> +<i>Aremberg</i> (Le comte d'). Secours qu'il amène au roi de France en 1567. <a href="#page_275">275</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Arlequin</i>, Vient avec <i>li Gelosi</i>. <a href="#page_009">9</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—La reine est marraine d'un de ses enfants. <i>Ibid.</i></span><br /> +<br /> +<i>Artigny</i> (L'abbé d'). Ses <i>Mémoires de littérature</i>, cités <a href="#page_098">98</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Aubigné</i> (Agrippa d'). Son <i>Baron de Fæneste</i>, cité <a href="#page_152">152</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Pour la mode du <i>paroistre</i>. <a href="#page_178">178</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Aubry</i> (Le président et la présidente). <a href="#page_150">150</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Auvray.</i> Ses <i>Satyres</i>, citées <a href="#page_026">26</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses vers contre les huguenots. <a href="#page_086">86</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Portrait qu'il fait, dans une de ses satires, d'un <i>goguelu</i> à la mode. <a href="#page_105">105</a>, note, <a href="#page_200">200</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Avenel</i> (M.). Sa collection des <i>Lettres de Richelieu</i>, citée <a href="#page_068">68</a>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Baignolet</i> (Marguilliers de) et leur procureur. <a href="#page_224">224</a>.<br /> +<br /> +<i>Baronville.</i> Son duel avec Dasquy. <a href="#page_040">40</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Pendu en effigie au bout du Pont-Neuf. <i>Ibid.</i></span><br /> +<br /> +<i>Bassompierre</i> (Le maréchal de). Sa liaison avec Marie d'Entragues. <span class="smcap"><a href="#page_xxij">XXII</a></span>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses <i>Mémoires</i>, cités <a href="#page_057">57</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses services au siége de Montauban, à celui de Montpellier, au combat des Sables-d'Olonne. <a href="#page_169">169</a>, note.<a name="page_288" id="page_288"></a></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fait maréchal de France. <i>Ibid.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Il a toujours des Suisses pendus à sa ceinture. <a href="#page_170">170</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Il voudroit être connétable après Lesdiguières. <i>Ibid.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Il fera mieux d'épouser M<sup>lle</sup> d'Entragues. <a href="#page_171">171</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Bassompierre</i> (Louis de). Fils du maréchal et de Marie d'Entragues, mort évêque de Senlis. <span class="smcap"><a href="#page_xxij">XXII</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Bautru.</i> Chassé de la cour. <a href="#page_161">161</a>.<br /> +<br /> +<i>Beaufort</i> (J. de). Cité <a href="#page_039">39-40</a>, note. note.<br /> +<br /> +<i>Beaumarchais.</i> Beau-père de la Vieuville. Rigueurs contre lui en 1624;<br /> +<span style="margin-left: 1em;">il est pendu en effigie. <a href="#page_097">97</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Bellingen</i> (Fleury de). Son <i>Etymol. des proverbes</i>, etc., citée <a href="#page_269">269</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Belot</i> (J.). V. Mil-Monts.<br /> +<br /> +<i>Berigal</i> (G. Peignot.). Son <i>Hist. du Jaquemart de Dijon</i>, citée <a href="#page_280">280</a>.<br /> +<br /> +<i>Bermude</i> (Le roy Dom). Donné pour père à sainte Thérèse. <a href="#page_050">50</a>, <a href="#page_115">115</a>.<br /> +<br /> +<i>Bertholde.</i> Type des farces italiennes. <a href="#page_263">263-264</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Berulle</i> (Le cardinal de). Sa mission à Rome pour le mariage du prince de Galles avec Henriette de France. <a href="#page_079">79</a>, note <a href="#page_001">1</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Pense à établir les pères de l'Oratoire au Luxembourg; achète l'hôtel d'Estrées. <a href="#page_080">80</a>, note <a href="#page_002">2</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Berulistes.</i> Leur opinion formelle contre l'exhérédation des enfants. <a href="#page_221">221</a>.<br /> +<br /> +<i>Béthune</i> (M. de). Ambassadeur à Rome, opposé à M. de Berulle. <a href="#page_079">79</a>, note <a href="#page_001">1</a>.<br /> +<br /> +<i>Beuvron</i> (Le marquis de). Tué devant Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Bistrade</i> (La). Conseiller au grand conseil. 40 et note.<br /> +<br /> +<i>Biset.</i> Son plan d'embellissement pour Paris. <a href="#page_041">41</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Blois.</i> Luynes y fait conduire l'argent qu'il devoit employer pour l'armée. <a href="#page_064">64</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Boesselière.</i> Son cabaret. <a href="#page_028">28</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Prix qu'on y paie. <i>Ibid.</i></span><br /> +<br /> +<i>Boileau-Despréaux.</i> Au cloître Notre-Dame. <a href="#page_118">118</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Boiscourtier.</i> Sa <i>Requête générale</i>, au nom des Parisiens, <i>sur le voyage de S. M.</i> <a href="#page_058">58</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Bonaparte</i> (Nicolo). Sa comédie <i>la Vedova</i>, citée <a href="#page_273">273</a>.<br /> +<br /> +<i>Bosse</i> (Abraham). Sa gravure des <i>Caquets</i>, <span class="smcap"><a href="#page_xxv">XXV</a></span>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa gravure représentant un Quinze-Vingts. <a href="#page_199">199</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Boucher-d'Argis.</i> Son <i>Hist. abrégée des plus célèbres comédiens</i>, citée <a href="#page_278">278</a>, <a href="#page_281">281</a>.<br /> +<br /> +<i>Bouillon</i> (Le duc de). Dumoulin s'enfuit près de lui. <a href="#page_088">88</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—S'entend avec Mansfeld. <a href="#page_191">191-192</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Bourbonnois.</i> Prix des charges dans cette province. <a href="#page_131">131</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Bourderet.</i> Financier ruiné. <a href="#page_040">40</a>.<br /> +<br /> +<i>Bourgoing</i> (J.). Son livre <i>la Chasse aux larrons</i>, cité dans les notes des pag. <a href="#page_039">39</a>, <a href="#page_040">40</a>, <a href="#page_095">95</a>, <a href="#page_165">165</a>, <a href="#page_166">166</a>, <a href="#page_182">182</a>.<br /> +<br /> +<i>Bourgoing</i> (Le P.). Fait les airs des psaumes chantés à l'Oratoire. <a href="#page_082">82</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Brantes.</i> L'un des frères de Luynes; épouse une héritière de la maison de Luxembourg,<a name="page_289" id="page_289"></a><br /> +et devient duc de Luxembourg-Piney. <a href="#page_067">67</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Bret</i> (Le), conseiller. <a href="#page_135">135</a>.<br /> +<br /> +<i>Brossette.</i> Son erreur sur <i>l'Espadon satyrique</i>. <a href="#page_115">115</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Brullon</i>, huissier. <a href="#page_258">258</a>.<br /> +<br /> +<i>Brunet.</i> Son <i>Manuel du Libraire</i>, cité <a href="#page_116">116</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Bruscambille</i> (Deslauriers, dit). Donné à tort comme l'auteur des <i>Caquets</i>. <span class="smcap"><a href="#page_xxvij">XXVII</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Bruyne</i> (M<sup>me</sup> la). De <i>tavernière</i> (boutiquière) devenue superbe marchande. <a href="#page_217">217</a>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Calvin.</i> Son nom donné à un chien. <a href="#page_084">84</a>.<br /> +<br /> +<i>Canillac</i> (Le baron de). Tué devant Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note <a href="#page_002">2</a>.<br /> +<br /> +<i>Canto.</i> <a href="#page_259">259</a>.<br /> +<br /> +<i>Castel</i> (Jean). Son <i>Miroir des pêcheurs</i>, cité au sujet des Caquetoires d'accouchée. <span class="smcap"><a href="#page_xiij">XIII</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Cenami</i>, financier. <a href="#page_040">40</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Cepède</i> (Alonse Sanchez de). Donné pour père à sainte Thérèse. <a href="#page_050">50</a>, <a href="#page_115">115</a>.<br /> +<br /> +<i>Chalange</i>, fameux partisan. <a href="#page_182">182</a>.<br /> +<span style="margin-left:1em;">—Fait rendre des édits onéreux dont il partage les profits avec les ministres. <a href="#page_182">182</a>, <a href="#page_183">183</a>, <a href="#page_241">241</a>, notes.</span><br /> +<span style="margin-left:1em;">—Exploite l'<i>édit contre les procureurs.</i> <i>Ib.</i>, <a href="#page_258">258</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Chamilly</i> (M<sup>lle</sup> de). Réfugiée au cloître Notre-Dame. <a href="#page_118">118</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Chapelain.</i> Sa traduction de <i>Guzman d'Alpharache</i>, citée <a href="#page_015">15</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Charenton</i> (Ministres de). Lettre qu'ils écrivent au roi et que Richelieu combat. <a href="#page_086">86</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fuite du ministre Dumoulin <a href="#page_088">88</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Charles</i>, médecin. <a href="#page_250">250</a>.<br /> +<br /> +<i>Chaulne</i> (M. de). Frère du connétable de Luynes, d'abord appelé M. de Cadenet. <a href="#page_067">67</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fait maréchal à l'occasion de son mariage avec l'héritière de la maison de Chaulne. <i>Ibid.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Intercède pour Monsigot. <a href="#page_146">146</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Il enlève au duc de Fronsac l'héritière du vidame d'Amiens. <a href="#page_147">147</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses menaces à M. le Prince, prisonnier à Vincennes. <a href="#page_162">162</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Il veut épouser la princesse d'Orange. <a href="#page_162">162</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Chevalier</i> (Nicolas), le président. Fait instruire le procès du procureur général de sa justice. <a href="#page_027">27</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Rend service à Luynes. <i>Ibid.</i>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Chevreuse</i> (La duchesse de), veuve de Luynes. Son peu d'influence en 1622. <span class="smcap"><a href="#page_xxj">XXI</a></span>, <a href="#page_148">148</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Chevry</i> (Le présid. Duret de). Protége Monsigot. <a href="#page_147">147</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son épitaphe satirique. <a href="#page_147">147</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Christine de Pisan.</i> Son <i>Trésor de la cité des Dames</i>, cité <span class="smcap"><a href="#page_viij">VIII</a></span>, <span class="smcap"><a href="#page_xxxiij">XXXIII</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Clairmonde</i> (Madame). Se fait <i>damoiselle</i> aux dépens de son mari. <a href="#page_222">222</a>.<br /> +<br /> +<i>Clérac.</i> Pris par les troupes du roi. <a href="#page_057">57</a>, note, <a href="#page_113">113</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Cœuvres</i> (Marquis de). Son ambassade à Rome; obtient le <i>chapeau</i> pour Richelieu <a href="#page_149">149</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Coignet</i> (Pierre du). Son image à Notre-Dame. <a href="#page_265">265</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Collerye</i> (Roger de). Cité <span class="smcap"><a href="#page_xiv">XIV</a></span>, <span class="smcap"><a href="#page_xlij">XLII</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Combalet.</i> Tué devant Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note <a href="#page_002">2</a>.<a name="page_290" id="page_290"></a><br /> +<br /> +<i>Condé</i> (Le prince de). Tout se fait par ses avis, <span class="smcap"><a href="#page_viij">VIII</a></span>, <a href="#page_067">67</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Pourquoi il se prend de haine contre les huguenots et se mêle aux affaires. <i>Ib.</i>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Menacé par Cadenet lorsqu'il est prisonnier à Vincennes. <a href="#page_161">161</a>, <a href="#page_162">162</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Consinot</i>, médecin de l'Hôtel-Dieu. Ses gages. <a href="#page_251">251</a>.<br /> +<br /> +<i>Coquillart</i> (Guill.). Cité <span class="smcap"><a href="#page_xij">XII</a></span>, <span class="smcap"><a href="#page_xxxvij">XXXVII</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Cordeliers.</i> Leur rébellion contre la réforme qu'on veut introduire chez eux. <a href="#page_071">71</a>, note <a href="#page_002">2</a>.<br /> +<br /> +<i>Cordier</i>, huissier. <a href="#page_258">258</a>.<br /> +<br /> +<i>Cormier.</i> Tabarin à ce cabaret. <a href="#page_268">268</a>.<br /> +<br /> +<i>Cotel</i> (L'affaire de). <a href="#page_142">142</a>.<br /> +<br /> +<i>Coulange.</i> Chanson citée, <span class="smcap"><a href="#page_xv">XV</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Courbouzon</i> (Le sieur de). Empêche qu'on ne massacre l'ambassadeur d'Espagne. <a href="#page_162">162</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa <i>furieuse escarmouche</i> contre les Rochelois. <a href="#page_163">163</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Courval-Sonnet.</i> Cité <span class="smcap"><a href="#page_xiv">XIV</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Créqui</i> (Le maréchal duc de). Gendre de Lesdiguières; espère après lui être connétable Ses droits. <a href="#page_170">170-171</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son duel avec don Philippin. <i>Ib.</i>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Croisette</i> (M. de la), usurier. Perd tout par la mort de son débiteur. <a href="#page_226">226</a>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Dangeau</i> (Suppl. au Journal de). Cité <a href="#page_021">21</a>, note 1; <a href="#page_047">47</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Darmingère</i> (M.). <a href="#page_218">218</a>.<br /> +<br /> +<i>Daubray</i> ou <i>Dambray</i> (Claude) Erreur des <i>Caquets</i> à son sujet. <a href="#page_021">21</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Laisse, par testament, trois pains de sucre à l'Hôtel-Dieu. <a href="#page_022">22</a>, <a href="#page_240">240</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Davity.</i> Son livre <i>Les Estats, Empires</i>, etc., cité <a href="#page_071">71</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Desiderio Descombes, le Charlatan.</i> <a href="#page_102">102</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Moins plaisant que Tabarin. <a href="#page_102">102</a>, note; <a href="#page_231">231</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Parle pour Grattelard dans la <i>Sentence par corps</i>. <a href="#page_278">278</a>, <a href="#page_283">283</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Desplan.</i> Fortune de ce parvenu, <span class="smcap"><a href="#page_xxj">XXI</a></span>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Protégé de Luynes. <a href="#page_181">181</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa chute rapide. <a href="#page_160">160</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses commencements; il est laquais, puis soldat au régiment de Navarre sous M. Cadenet. <a href="#page_161">161</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Visite M. Le Prince à Vincennes. <i>Ib.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—N'est pas fait maréchal de France, quoi qu'en disent les <i>Caquets</i>. <a href="#page_162">162</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Des Rues</i>, financier. <a href="#page_040">40</a>.<br /> +<br /> +<i>Dobillon</i>, usurier. <a href="#page_029">29</a>.<br /> +<br /> +<i>Doux</i> (Le, madame). Sa fille <i>la poupine</i>. <a href="#page_222">222</a>.<br /> +<br /> +<i>Dubreul Ses Antiquités de Paris</i>, citées <a href="#page_042">42</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Du Moulin</i>, ministre protestant à Charenton. Sa fuite à Sedan. <a href="#page_088">88</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Lettre d'avis publiée sous son nom. <i>Ibid.</i></span><br /> +<br /> +<br /> +<i>Entragues</i> (Marie d'). Sa liaison avec Bassompierre. <span class="smcap">XXII.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Il devroit l'épouser. <a href="#page_171">171</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Madame de Verneuil brouillée avec lui à cause d'elle. <a href="#page_169">169</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Esternod</i> (Claude d'), véritable auteur de l'<i>Espadon satyrique</i>; son pseudonyme de <i>Franchères</i>; pourquoi l'on attribue son livre à M. de ourquevaux; titres divers onnés à ce même livre; contrefaçon qu'il subit, etc. <a href="#page_115">115</a>, <a href="#page_116">116</a>, note.<a name="page_291" id="page_291"></a><br /> +<br /> +<br /> +<i>Estienne</i> (Henry). L'<i>Apologie pour Herodote</i>, citée <a href="#page_269">269</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Estoille</i> (Journal de P. de l') cité au sujet des lunettes d'Amsterdam. <a href="#page_253">253</a>, note.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Fabri</i>, trésorier de l'extraordinaire des guerres. <a href="#page_167">167</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Fail</i> (Noël du). Ses <i>Contes d'Eutrapel</i>, cités <a href="#page_265">265</a>, <a href="#page_268">268</a>, notes.<br /> +<br /> +<i>Félibien</i>. Son <i>Hist. de Paris</i>, citée <a href="#page_024">24</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Feu</i>, conseiller. <a href="#page_254">254</a>.<br /> +<br /> +<i>Feuillet</i> (M.). <a href="#page_134">134</a>.<br /> +<br /> +<i>Fiacre</i> (Saint). Maladie dont il est le patron. <a href="#page_269">269</a>.<br /> +<br /> +<i>Fontaine</i> (La). Une de ses fables, citée <a href="#page_267">267</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Force</i> (Le duc de La). Vend sa soumission au roi. <a href="#page_056">56</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Rend Sainte-Foy, qu'il avoit enlevée à Terbon. <a href="#page_057">57</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa bien-venue fêtée à Paris. <a href="#page_251">251</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Forget</i> (Le président). <a href="#page_143">143</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Fournier</i> (P.) Son <i>Hydrographie</i>, citée <a href="#page_061">61</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Fournier</i> (Édouard). Ses <i>Variétés historiques et littéraires</i>, citées <a href="#page_061">61</a>, <a href="#page_172">172</a>, <a href="#page_183">183</a>, <a href="#page_251">251</a>, <a href="#page_254">254</a>, <a href="#page_257">257</a>, <a href="#page_258">258</a>, <a href="#page_272">272</a>, notes.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son <i>Paris démoli</i>, cité <a href="#page_263">263</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son livre l'<i>Esprit des autres</i>, cité <a href="#page_263">263</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son <i>Histoire des Hôtelleries et Cabarets</i>, citée <a href="#page_268">268</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Fourquevaux</i> (Le baron de). Ce nom n'est pas un pseudonyme; le baron a existé, mais n'a pas fait l'<i>Espadon satyrique</i>. <a href="#page_115">115</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Fresne</i> (M. du). <a href="#page_219">219</a>.<br /> +<br /> +<i>Fronsac</i> (Le duc de), fils du comte de Saint-Pol; tué dans une sortie au siége de Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Le roi écrit des lettres de consolation à son père et à sa mère. <i>Ibid.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ce que Luynes lui avoit promis. <a href="#page_160">160</a>, note.</span><br /> +<br /> +<br /> +<i>Garandine</i> (M. de la). Sa femme, renfermée avec un jeune avocat, le laisse coucher à la porte. <a href="#page_216">216</a>.<br /> +<br /> +<i>Gautier-Garguille.</i> Son testament, cité <a href="#page_102">102</a>, note <a href="#page_002">2</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Notes le concernant. <a href="#page_277">277</a>, <a href="#page_278">278</a>, <a href="#page_282">282</a>, <a href="#page_285">285</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Geperny</i>, fameux financier. <a href="#page_040">40</a>.<br /> +<br /> +<i>Gondi</i> (Jean-François de), dernier évêque de Paris. <a href="#page_189">189</a>.<br /> +<br /> +<i>Goujet</i> (L'abbé). Partage l'erreur de Brossette au sujet de l'<i>Espadon satyrique</i>. <a href="#page_115">115</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Grattelard</i> (Le baron de). Note sur ce farceur du Pont-Neuf et sur ses <i>Œuvres</i>. <a href="#page_279">279</a>.<br /> +<br /> +<i>Gratiano.</i> Fin partisan de connivence avec les usuriers. <a href="#page_225">225</a>.<br /> +<br /> +<i>Grisons</i>, voleurs. <a href="#page_060">60</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Gros-Guillaume.</i> <a href="#page_281">281</a>, note; <a href="#page_282">282</a>.<br /> +<br /> +<i>Guerin</i>. Bouffon de la reine Marguerite. <a href="#page_171">171</a><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Meurt misérable. <a href="#page_171">171-172</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Guillaume</i> (Jean), le bourreau. <a href="#page_094">94</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Guillaume</i> (Maître), fou en titre d'office. Pension qu'il touche. <a href="#page_263">263</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Nombreux pasquils sous son nom. <i>Ib</i>.</span><br /> +<br /> +<i>Guise</i> (Cardinal de). Prélat frisé. <a href="#page_051">51</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Guyon</i> (Fery de). Ses <i>Mémoires</i>, cités <a href="#page_275">275</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Guyot</i> (Maison). Son encre de la <i>petite vertu</i>. <a href="#page_060">60</a>, note.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Henri IV.</i> Mot de lui sur l'édit contre les financiers. <a href="#page_014">14</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Dîne avec Mathurine. <a href="#page_168">168</a>, note.<a name="page_292" id="page_292"></a></span><br /> +<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ce n'est pas lui, mais Rosny, qui dit: <i>La couronne vaut bien une messe.</i> <a href="#page_173">173</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses édits somptuaires. <a href="#page_181">181</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Hoctot.</i> Tué devant Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note <a href="#page_002">2</a>.<br /> +<br /> +<i>Hou</i> (Le), premier commis de l'épargne. <a href="#page_039">39</a>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Jacomeny</i>, usurier. <a href="#page_029">29</a>.<br /> +<br /> +<i>Jannet</i> (P.). Son édition des <i>XV Joyes de mariage</i>, citée <span class="smcap"><a href="#page_x">X</a></span>, <span class="smcap"><a href="#page_xj">XI</a></span>, <span class="smcap"><a href="#page_xxv">XXV</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Jean de la Vigne.</i> Farceur. <a href="#page_281">281</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fondé de pouvoirs de Tabarin dans <i>la Sentence par corps</i>. <a href="#page_282">282</a>, etc.</span><br /> +<br /> +<i>Jean Farine.</i> Note sur ce farceur. <a href="#page_280">280-281</a>.<br /> +<br /> +<i>Jésuites.</i> S'occupent de l'<i>esprit</i> de la Flèche. <a href="#page_074">74</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Joinville</i> (Le prince de), fils du Balafré. Gagne beaucoup à rester fidèle au parti du roi. <a href="#page_068">68</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Jouan</i>, le procureur. <a href="#page_179">179</a>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Laffemas.</i> <a href="#page_150">150</a>, note.<br /> +<br /> +<i>La Flèche.</i> Lettre de Malherbe sur un <i>esprit</i> qui tourmentoit une fille de cette ville. <a href="#page_074">74</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Lafont de Saint-Yenne.</i> Sa caricature en Quinze-Vingts. <a href="#page_199">199</a>.<br /> +<br /> +<i>Larivey.</i> La <i>Vefve</i>, comédie qu'il a traduite de la <i>Vedova</i>, citée. <a href="#page_273">273</a>.<br /> +<br /> +<i>Larcher.</i> Procureur en Parlement. <a href="#page_128">128</a>.<br /> +<br /> +<i>La Rochelle.</i> Premier siége de cette ville. <a href="#page_053">53</a>, note; <a href="#page_157">157</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Le sieur de Courbouzon et son escarmouche. <a href="#page_163">163</a>. note.</span><br /> +<br /> +<i>Lebeuf</i> (L'abbé). Cité <a href="#page_024">24</a>. note.<br /> +<br /> +<i>Le Mercier</i> (Jacques). Architecte; fait la façade de l'Oratoire. <a href="#page_081">81</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Lesdiguières</i> (Le connétable de). <a href="#page_170">170</a>.<br /> +<br /> +<i>Lestange.</i> Tué devant Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Lincy</i> (L. de). Son <i>Introd. au livre des Légendes</i>, citée <span class="smcap"><a href="#page_vij">VII</a></span>, note.<br /> +<br /> +<i>Louis</i> (Saint). Ordonnances contre les comédiens. <a href="#page_009">9</a>, <a href="#page_231">231</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Croix sur ses monnaies, <a href="#page_271">271</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Louis XIII.</i> Son édit de 1624 contre les financiers. <a href="#page_014">14</a>. note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Allume le feu de la Saint-Jean en 1620. <a href="#page_023">23</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses lettres-patentes pour un asile des pauvres. <a href="#page_025">25</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Tort que son absence fait à Paris. <a href="#page_057">57</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fait les PP. de l'Oratoire ses chapelains. <a href="#page_080">80</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son édit contre les habits en 1627. <a href="#page_181">181</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Louvet</i>, le grand fermier. <a href="#page_040">40</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa lutte contre les contrebandiers nommés <i>Coquilberts</i>. <i>Ib</i>., note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ils le ruinent. <i>Ibid</i>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa fuite à Maubuisson. <i>Ibid</i>.</span><br /> +<br /> +<i>Lussan</i>. Tué devant Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note <a href="#page_002">2</a>.<br /> +<br /> +<i>Luynes</i> (Le connétable de). Vers contre lui, indiqués <span class="smcap"><a href="#page_xvij">XVII</a></span>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Accusé de garder l'argent nécessaire aux troupes. <a href="#page_054">54</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Pourquoi il ne prend pas Montauban. <a href="#page_064">64</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa mort devant Monheur. <i>Ib.</i>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Prédictions à ce sujet. <a href="#page_065">65-66</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son immense pouvoir après la mort de Concini. <a href="#page_156">156</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Protége Desplan. <a href="#page_162">162</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Exploite les édits avec les partisans. <a href="#page_183">183</a>, note; <a href="#page_241">241</a>, note.<a name="page_293" id="page_293"></a></span><br /> +<br /> +<i>Machault</i> (De), conseiller aux requêtes. <a href="#page_142">142</a>.<br /> +<br /> +<i>Magnin</i> (Ch.). Cité <a href="#page_009">9</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Malherbe</i>. Ses lettres à Peiresc, citées dans les notes des pages <a href="#page_008">8</a>, <a href="#page_009">9</a>, <a href="#page_018">18</a>, <a href="#page_019">19</a>, <a href="#page_040">40</a>, <a href="#page_041">41</a>, <a href="#page_054">54</a>, <a href="#page_057">57</a>, <a href="#page_058">58</a>, <a href="#page_091">91</a>, <a href="#page_149">149</a>, <a href="#page_163">163</a>, <a href="#page_172">172</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Autres lettres de lui, citées <a href="#page_065">65</a>, <a href="#page_074">74</a>, <a href="#page_192">192</a>, notes.</span><br /> +<br /> +<i>Mangeart</i>. Sa <i>Francophilie</i>. <a href="#page_058">58</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Mangot</i>. Chancelier après la mort de Du Vair. <a href="#page_152">152</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Sa fidélité à Marie de Médicis et au maréchal d'Ancre. <i>Ibid.</i></span><br /> +<br /> +<i>Mansfeld</i> (Le comte de). Cancan sur lui, <span class="smcap"><a href="#page_xxiv">XXIV</a></span>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Menace la Champagne; peur qu'il inspire; fait un accord avec M. de Nevers; tire vers le Hainaut; est battu à Fleurus par D. Gonzalès. <a href="#page_191">191-192</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— On le renvoie à Notre-Dame-de-l'Épine. <a href="#page_275">275</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Marguerite</i> (La reine). Ses libéralités. <a href="#page_020">20</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Distribution des deniers de sa succession. <a href="#page_241">241</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Ses <i>Allées</i>, <a href="#page_251">251</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Marigny</i> (Enguerrand de). Sa statue au portail du palais. <a href="#page_257">257</a>.<br /> +<br /> +<i>Marigny.</i> Son poëme du <i>Pain bénit</i>, cité <a href="#page_037">37</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Marescot.</i> Son ambassade infructueuse pour le <i>chapeau</i> de l'évêque de Beauvais. <a href="#page_153">153</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Marot</i> (Clément). Invectives contre lui. <a href="#page_083">83</a>.<br /> +<br /> +<i>Marphore</i> ou <i>Marforio</i>. <a href="#page_266">266</a>.<br /> +<br /> +<i>Mathurine</i>, folle de cour. <span class="smcap"><a href="#page_xxiij">XXIII</a></span>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Dîne avec Henri IV. <a href="#page_168">168</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Sa pension en 1622. <i>Ib</i>., <a href="#page_261">261</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— <i>Maturinade</i>, ce que c'est. <i>Ib</i>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Caquet de Mathurine sur M. de Bassompierre. <a href="#page_169">169</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— <i>Essais</i>, livret publié sous son nom. <a href="#page_261">261</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Court les rues poursuivie par les enfants. <a href="#page_252">252</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Mauregard</i>, astrologue. Malherbe l'accuse d'être un faux prophète. <a href="#page_065">65</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Meuves</i> (De). Pendu comme coupable de l'incendie du Pont-au-Change. <a href="#page_058">58</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Milmont</i> (Le curé de). astrologue. Almanach où il prédit la mort du connétable de Luynes. <a href="#page_065">65</a>, note; cité <a href="#page_066">66</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Moizant de Brieux</i>. Comment il explique le proverbe: <i>Ferrer la mule</i>. <a href="#page_015">15</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Moncrif.</i> Son livre sur <i>les Chats</i>, cité <a href="#page_024">24</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Mondor.</i> Les lazzis de Tabarin font sa fortune. <a href="#page_100">100</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Sa bonne mine. <a href="#page_101">101</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Elle baisse. <a href="#page_102">102</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Dans <i>la Sentence par corps</i>, il parle pour Tabarin. <a href="#page_278">278</a>, <a href="#page_283">283</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Monheur</i>, château près de Toulouse. Se révolte contre le roi; assiégé par Luynes, qui meurt devant ses murs. <a href="#page_064">64</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Monsigot</i>, créature de Luynes près de Gaston. Procès qu'on lui fait après la mort de Luynes. <a href="#page_146">146</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Gaston l'envoie près du duc de Lorraine. <i>Ibid.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Il remet à Richelieu l'inventaire des bijoux de Madame, et s'enfuit à Orléans. <a href="#page_146">146</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">— Il avoit tenu <i>banque</i> au Louvre pour les<a name="page_294" id="page_294"></a></span><br /> +pensions; il a pour lui les gens du Parlement, M. de Chevry, madame de Chevreuse, etc. <a href="#page_147">147</a>, <a href="#page_149">149</a>, notes.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—<a href="#page_150">150</a>. Mais on a juré sa perte. <a href="#page_151">151</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses aveux. <i>Ibid.</i></span><br /> +<br /> +<i>Montaigne</i> (G.). Sa <i>Police des Pauvres</i>, citée <a href="#page_025">25</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Montauban.</i> Assiégé. <a href="#page_053">53</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Pourquoi Luynes ne s'en empare pas. <a href="#page_064">64</a>, <a href="#page_096">96</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Haut prix des charges de conseiller dans la généralité de Montauban. <a href="#page_131">131</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—On a vainement espéré prendre cette ville. <a href="#page_157">157</a>, <a href="#page_158">158</a>, <a href="#page_256">256</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—M. de Fronsac tué au siége de cette ville. <a href="#page_159">159</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Services de Bassompierre à ce siége. <a href="#page_169">169</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Montauron</i>, l'un des Puget. <a href="#page_039">39</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Montbrun.</i> Tué devant Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note <a href="#page_002">2</a>.<br /> +<br /> +<i>Montescot</i>, fameux partisan. <a href="#page_040">40</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Montmorency</i> (Le duc de). Blessé devant Montauban. <a href="#page_159">159</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Avis qu'on lui donne de ne pas trop s'engager dans la guerre de Languedoc. <a href="#page_160">160</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Montpellier</i> (Siége de). <a href="#page_158">158</a>, <a href="#page_164">164</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Bassompierre s'y distingue. <a href="#page_169">169</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Moreau</i>, médecin. <a href="#page_251">251</a>.<br /> +<br /> +<i>Moysset</i>, dit <i>Montauban</i>, fameux partisan. <a href="#page_182">182</a>, note; <a href="#page_241">241</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Mozan</i> (M.). Il faut étudier sous lui pour entrer à la cour du Parlement. <a href="#page_030">30</a>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Negrepelisse.</i> Sa prise. <a href="#page_113">113</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fête carillonnée par les <i>mortiers</i> des apothicaires. <a href="#page_251">251</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Nemours</i> (Le duc de). Protége M. de Courbouzon. <a href="#page_162">162</a>.<br /> +<br /> +<i>Nevers</i> (Le duc de). Fait un accord avec Mansfeld. <a href="#page_192">192</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Nisard</i> (Ch.). Son <i>Hist. des livres populaires</i>, citée <a href="#page_279">279</a>.<br /> +<br /> +<i>Notre-Dame-de l'Épine.</i> Lieu de pèlerinage près de Châlons-sur-Marne. <a href="#page_275">275</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Notre-Dame-des-Vertus.</i> Pèlerinage. <a href="#page_217">217</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Aventure de deux bourgeoises et de leurs maris déguisés en moines. <a href="#page_217">217-220</a>.</span><br /> +<br /> +<br /> +<i>Ocquerre</i> (Le président d'). Père de Blancmesnil. <a href="#page_148">148</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Oratoriens.</i> On leur reproche leur ambition. <a href="#page_078">78</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Louis XIII les fait ses chapelains. <a href="#page_080">80</a>, note <a href="#page_001">1</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Belle musique de leur église. <a href="#page_082">82</a>, note.</span><br /> +<br /> +<br /> +<i>Paris.</i> Haine de ses habitants contre les Huguenots. <span class="smcap"><a href="#page_xx">XX</a></span>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—<i>Rue Quincampoix</i>, ses surnoms. <a href="#page_011">11</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Corps des <i>Merciers</i>. <a href="#page_016">16</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Feu de la Saint-Jean en Grève. <a href="#page_023">23</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Le Pont Neuf et les quais bâtis au moyen d'un impôt sur les vins. <a href="#page_024">24</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—L'hôpital Saint Germain. <a href="#page_025">25</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Asile pour les pauvres, <i>Ib.</i>, note; <a href="#page_070">70</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—<i>Le Chevalier du guet</i>, le <i>Prévôt de l'Ile</i>. <a href="#page_036">36</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—<i>Pont-au-Double.</i> <a href="#page_041">41</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Les imprimeurs, leur ignorance, etc. <a href="#page_050">50</a>, <a href="#page_051">51</a>, <a href="#page_122">122</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Le trésor de la Bastille. <a href="#page_054">54</a>, note <a href="#page_002">2</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Tort que l'absence du roi fait aux marchands. <a href="#page_057">57</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Incendie du Pont-au-Change. <a href="#page_058">58</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Diverses troupes de voleurs. <a href="#page_060">60</a>, <a href="#page_071">71</a>, <a href="#page_257">257</a>, notes.<a name="page_295" id="page_295"></a></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Habitants de Paris peureux la nuit. <a href="#page_071">71</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—La Cérès des Carmélites. <a href="#page_074">74</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fondation de l'Oratoire; pourquoi la façade de l'église est de biais. <a href="#page_081">81</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Le <i>Puits Certain</i>. <a href="#page_111">111</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Le cloître Notre Dame fermé la nuit. <a href="#page_118">118</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—La galerie de M. de Verdun à l'hôtel de la présidence (<i>préf. de police</i>). <a href="#page_144">144</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses rues pavées d'avocats. <a href="#page_176">176</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Établissement des <i>Capucines</i> en 1604. <a href="#page_188">188</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Établissement des <i>Ursulines</i> de Sainte Avoye. <a href="#page_189">189</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Le premier archevêque de Paris, en 1622. <a href="#page_189">189</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Costume des aveugles Quinze-Vingts. <a href="#page_199">199</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Gens de finance logent au Marais. <a href="#page_225">225</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Plaintes contre les <i>échevins</i>. <a href="#page_241">241</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—<i>Allées</i> de la reine Marguerite. <a href="#page_251">251</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Hospices des <i>Enfants-Rouges</i>, du <i>Saint-Esprit</i>, de la <i>Trinité</i>. <a href="#page_253">253</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Filles au faubourg Montmartre. <a href="#page_255">255</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Les marchands de chiffons des rues <i>Fripaux</i>, <i>Frepillon</i>. <a href="#page_255">255</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Statue d'Enguerrand de Marigny au portail du Palais. <a href="#page_257">257</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—<i>L'Hôtel d'Angoulême</i>. <i>Id.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Loyers du <i>Pont-Marchand</i>. <a href="#page_252">252</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—L'image de Pierre du Coignet. <a href="#page_265">265</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Pourceaux du <i>Petit Saint Anthoine</i>. <a href="#page_270">270</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Le <i>crocheteur</i> de la Samaritaine, le <i>Jacquemart</i> de Saint-Paul. <a href="#page_279">279</a>, <a href="#page_280">280</a>, notes.</span><br /> +<br /> +<i>Passerat.</i> Cité <a href="#page_061">61</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Paulmy.</i> Ses <i>Mélanges d'une gr. Biblioth.</i>, cités <a href="#page_022">22</a>, note <a href="#page_001">1</a>, <a href="#page_003">3</a>.<br /> +<br /> +<i>Perrette</i> (Madame). Sage-femme du faubourg Saint Marceau. <a href="#page_214">214</a>.<br /> +<br /> +<i>Philippe le Bel.</i> Sa loi somptuaire de 1294. <a href="#page_032">32</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Philippin</i> (Don), bâtard du duc de Savoie, tué en duel par M. de Créqui. <a href="#page_171">171</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Piganiol.</i> Sa <i>Description de Paris</i>, citée <a href="#page_075">75</a>, note; <a href="#page_080">80</a>, <a href="#page_081">81</a>, <a href="#page_082">82</a>, notes.<br /> +<br /> +<i>Poncet</i> le vénérable. <a href="#page_252">252</a>.<br /> +<br /> +<i>Pont</i> (Gratien du). Cité <span class="smcap"><a href="#page_xiij">XIII</a></span>, <span class="smcap"><a href="#page_xli">XLI</a></span>.<br /> +<br /> +<i>Portail</i> (M.) et son valet Rose. <a href="#page_145">145</a>.<br /> +<br /> +<i>Potel</i>, greffier du conseil; son fils Le Parquet. <a href="#page_152">152</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Povillon-Pierrard.</i> Sa <i>Descript. de l'église de N.-D.-de-l'Épine</i>, citée <a href="#page_275">275</a>.<br /> +<br /> +<i>Puget</i>. Sa fortune, etc. <a href="#page_039">39</a>.<br /> +<br /> +<i>Puits</i> (Pierre du). Fou qui couroit les rues. <a href="#page_266">266</a>, <a href="#page_278">278</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Pasquil paru sous son nom. <i>Ib.</i>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Parle pour les femmes et bourgeoises de Paris dans la <i>Sentence</i>... <a href="#page_278">278</a>.</span><br /> +<br /> +<br /> +<i>Rabelais.</i> Cité <a href="#page_145">145</a>, <a href="#page_231">231</a>, <a href="#page_265">265</a>, <a href="#page_269">269</a>.<br /> +<br /> +<i>Racan.</i> Ecrit à Malherbe sur l'<i>esprit</i> de La Flèche. <a href="#page_074">74</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Regnard.</i> <a href="#page_039">39</a>, <a href="#page_254">254</a>.<br /> +<br /> +<i>Regnault</i>, trésorier de l'extraordinaire. <a href="#page_039">39</a>.<br /> +<br /> +<i>Regnier.</i> Dédie une de ses satires au baron de Fourquevaux. <a href="#page_115">115</a>, note. Cité pag. <a href="#page_138">138</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa 14<sup>e</sup> satire, parue sous le nom de Maître Guillaume. <a href="#page_263">263</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Reiffenberg</i>. Son <i>Histoire des fous en titre d'office</i>. <a href="#page_263">263</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Remond</i>. Son <i>Sommaire traité des revenus</i>, cité <a href="#page_168">168</a>, <a href="#page_261">261</a>, <a href="#page_263">263</a>, notes.<a name="page_296" id="page_296"></a><br /> +<br /> +<i>Rémonde</i> (Madame). Se fait <i>damoiselle</i>. <a href="#page_220">220</a>.<br /> +<br /> +<i>Richelieu</i> (Le cardinal de). L'auteur anonyme des <i>Caquets</i> doit être quelqu'un de ses partisans, <a href="#page_xxiij">xxiij</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fait juger et pendre de Meuve comme incendiaire du Pont-au-Change. <a href="#page_058">58</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Passage de ses mémoires sur la mort de Luynes. <a href="#page_064">64</a>, note <a href="#page_002">2</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Autre sur une prophétie du curé de Milmont. <a href="#page_066">66</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Autre sur le prince de Condé. <a href="#page_068">68</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses <i>lettres</i>, citées <a href="#page_079">79</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa haine des huguenots. <a href="#page_086">86</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses mémoires, cités <a href="#page_146">146</a>, <a href="#page_148">148</a>, <a href="#page_159">159</a>, <a href="#page_161">161</a>, notes.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—M. de Cœuvre lui obtient le chapeau. <a href="#page_149">149</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Collègue de Mangot. <a href="#page_152">152</a>, notes.</span><br /> +<br /> +<i>Robichon.</i> Il faut étudier sous lui pour entrer à la chambre des comptes. <a href="#page_030">30</a>.<br /> +<br /> +<i>Rochefoucauld</i> (Le comte de La). Défait Soubise dans l'île de Ré. <a href="#page_035">35</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Rochetomas</i> (La), conseiller. <a href="#page_254">254</a>.<br /> +<br /> +<i>Rohan</i> (Le duc de). Sa <i>cure</i> en qualité de chef des huguenots. <a href="#page_033">33</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ne se jette pas dans les mêlées. <a href="#page_056">56</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Abandonne Saint-Jean-d'Angely. <a href="#page_056">56</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses <i>Mémoires</i>, Cités <a href="#page_057">57</a>. note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fait sa paix et <i>baise le babouin</i>. <a href="#page_158">158</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Rome.</i> Fêtes qu'on y fait pour la canonisation de sainte Thérèse. <a href="#page_048">48</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Les Pères de l'Oratoire veulent s'établir à Saint-Louis-des-François. <a href="#page_079">79</a>, note <a href="#page_001">1</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Les prêtres laïcs s'y opposent et retardent la concession jusqu'en 1629. <i>Ib.</i>, note <a href="#page_002">2</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Rosny.</i> Dit au roi le fameux mot: <i>La couronne vaut bien une messe</i>. <a href="#page_173">173</a>.<br /> +<br /> +<i>Rougets</i>, ou <i>Manteaux-rouges</i>, voleurs. <a href="#page_060">60</a>, note; <a href="#page_257">257</a>.<br /> +<br /> +<i>Rossignol</i> (Le bonhomme). <a href="#page_135">135</a>.<br /> +<br /> +<i>Rouillard</i>, syndic des avocats. <a href="#page_258">258</a>.<br /> +<br /> +<i>Roze-Croix</i> (Frères de la). Leur établissement à Paris. <a href="#page_072">72</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Ruccellaï</i>, fameux financier. <a href="#page_040">40</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Ruelle</i>, conseiller. <a href="#page_254">254</a>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Saint Antonin.</i> Discours fait sur la prise de cette ville. <a href="#page_114">114</a>, note <a href="#page_001">1</a>.<br /> +<br /> +<i>Saint-Foix.</i> Ses <i>Essais sur Paris</i>, cités <a href="#page_075">75</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Saint-Germain</i>, gentilhomme angevin. Amant de madame de Vertus; comment assassiné. <a href="#page_139">139-141</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Saint-Jacques.</i> Médecin de ce nom. <a href="#page_250">250</a>.<br /> +<br /> +<i>Saint-Jean-d'Angely.</i> Ville abandonnée par M de Rohan. <a href="#page_056">56</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Rendue par M. de Soubise. <i>Ib.</i>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Luynes fait bien ses affaires au siége de cette ville, comment. <a href="#page_064">64</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Saint-Valerien</i>, conseiller. <a href="#page_254">254</a>.<br /> +<br /> +<i>Sainte-Foy</i> (Ville de). Rendue par M. de La Force. <a href="#page_057">57</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">Les gens de cette place massacrent à Gontaut les gendarmes de Luynes. <a href="#page_064">64</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Sardini</i>, financier. <a href="#page_040">40</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Salvancy</i>, financier ruiné. <a href="#page_040">40</a>.<br /> +<br /> +<i>Saumur.</i> Un des frères de Luynes pense y mourir de dépit. <a href="#page_067">67</a>.<a name="page_297" id="page_297"></a><br /> +<br /> +<i>Sauval.</i> Ses <i>Antiquités de Paris</i>, citées <a href="#page_023">23</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son livre <i>Galanteries des rois de France</i>, cité <a href="#page_172">172</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Schomberg</i>, superintendant des finances. Chargé de payer à M. de la Force sa soumission. <a href="#page_057">57</a>, note <a href="#page_001">1</a>.<br /> +<br /> +<i>Sec</i> (Le), médecin. <a href="#page_250">250</a>.<br /> +<br /> +<i>Sillery</i> (Le commandeur de). Opposé à M. de Berulle. <a href="#page_079">79</a>, note <a href="#page_001">1</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Son ambassade à Rome, d'où Richelieu le rappelle en 1624. <a href="#page_149">149</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Siri</i> (Vittorio). Cité <a href="#page_068">68</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Soubise</i> (Le comte de). Cure que lui paie le parti huguenot. <a href="#page_033">33</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa défaite dans l'île de Ré. <a href="#page_035">35</a>, note; <a href="#page_055">55</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa capitulation à Saint-Jean-d'Angely. <a href="#page_056">56</a>, note <a href="#page_002">2</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Comparé, par raillerie, à Enguerrand de Marigny <a href="#page_257">257</a>, note.</span><br /> +<br /> +<br /> +<i>Tabarin.</i> Son <i>Recueil de questions</i>, cité <a href="#page_100">100</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fait la fortune de Mondor. <i>Ib.</i>, <a href="#page_262">262</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Plus plaisant que le charlatan. <a href="#page_102">102</a>, note; <a href="#page_231">231</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Ses spécifiques pour rajeunir. <a href="#page_233">233</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fortune qu'il fait. <a href="#page_250">250</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Où il se retire, et comment il meurt assassiné. <i>Ibid.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa rencontre avec le prétendu auteur des <i>Caquets</i>. <a href="#page_267">267</a>.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Demande en réparation contre l'auteur des <i>Caquets</i>. <a href="#page_278">278</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Tabourot</i> (Estienne). Ses <i>Bigarrures</i>, citées <a href="#page_141">141</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Tardieu</i> (M.), de la première chambre. <a href="#page_145">145</a>.<br /> +<br /> +<i>Tardieu</i> (Le lieutenant criminel). <a href="#page_038">38</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Tallemant des Réaux.</i> Ses <i>Historiettes</i>, citées <span class="smcap"><a href="#page_xxij">XXII</a></span>, et dans les notes des pag. <a href="#page_026">26</a>, <a href="#page_038">38</a>, <a href="#page_039">39</a>, <a href="#page_040">40</a>, <a href="#page_052">52</a>, <a href="#page_139">139</a>, <a href="#page_147">147</a>, <a href="#page_150">150</a>, <a href="#page_152">152</a>, <a href="#page_153">153</a>, <a href="#page_169">169</a>, <a href="#page_257">257</a>.<br /> +<br /> +<i>Terbon.</i> Se laisse prendre Sainte-Foy. <a href="#page_057">57</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Testu.</i> <a href="#page_259">259</a>.<br /> +<br /> +<i>Thérèse</i> (Sainte). Vies de cette sainte remplies d'erreurs, <span class="smcap"><a href="#page_xx">XX</a></span>, <a href="#page_050">50</a>, <a href="#page_114">114</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fêtes de sa canonisation à Paris et à Rome. <a href="#page_048">48</a>, note; <a href="#page_049">49</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Thou</i> (De). Au cloître Notre-Dame. <a href="#page_118">118</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Tillay</i> (Le président de). <a href="#page_153">153</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Toiras.</i> Chassé de la cour. <a href="#page_161">161</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Fait maréchal de France. <a href="#page_161">161</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Tonneins.</i> Rendu par son gouverneur. <a href="#page_056">56</a>, <a href="#page_057">57</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Tour</i> (De la), fermier renommé. Ruiné par les usuriers. <a href="#page_225">225</a>.<br /> +<br /> +<i>Traversier</i>, usurier. <a href="#page_029">29</a>.<br /> +<br /> +<i>Turquie</i> (Ouvriers de). Appelés à Paris pour faire des étoffes. <a href="#page_017">17</a>, note.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Ulenspiegel</i> (<i>l'Espiègle</i>). Ce type cité <a href="#page_226">226</a>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Vendôme</i> (MM. de). Opposés à M. de Sillery. <a href="#page_149">149</a>, note.<br /> +<br /> +<i>Verderonnes</i> (De). <a href="#page_143">143</a>.<br /> +<br /> +<i>Verdun</i> (Nicolas de). Premier président. <a href="#page_143">143</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Estime qu'on a de lui. <i>Ib.</i></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa grande galerie. <a href="#page_144">144</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Sa galanterie. <a href="#page_144">144</a>.</span><br /> +<br /> +<i>Verdure</i> (M. de la), partisan. D'accord avec les usuriers. <a href="#page_225">225</a>.<br /> +<br /> +<i>Verneuil</i> (La duchesse de). Sa manière de vivre après sa rupture avec Henri IV. <span class="smcap">XXII.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Arrive chez l'accouchée avec Mathurine. <a href="#page_168">168</a>.<a name="page_298" id="page_298"></a></span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Déteste Bassompierre à cause de sa sœur. <a href="#page_169">169</a>. V. <i>Entragues</i> (<i>Marie d'</i>).</span><br /> +<br /> +<i>Vertus</i> (Comtesse de). Contrainte par son mari d'assister au meurtre de son amant. <a href="#page_139">139</a>.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Récit que fait Tallemant de la même aventure. <a href="#page_139">139</a>. note.</span><br /> +<br /> +<i>Verville</i> (Beroalde de). Imitation d'un passage de son <i>Moyen de parvenir</i>. <a href="#page_269">269</a>.<br /> +<br /> +<i>Vieuville</i> (M. de la). Succède à Schomberg comme superintendant des finances. <a href="#page_057">57</a>, note.<br /> +<span style="margin-left: 1em;">—N'est pas d'avis que le <i>Pont-au-Chanqe</i> soit rebâti aux frais des orfèvres. <a href="#page_059">59</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Rigueurs contre lui en 1624; il est enfermé au château d'Amboise. <a href="#page_097">97</a>, note.</span><br /> +<span style="margin-left: 1em;">—Il éloigne madame de Chevreuse. <a href="#page_148">148</a>, note.</span><br /> +<br /> +<i>Vignolles</i>, conseiller. <a href="#page_254">254</a>.<br /> +<br /> +<i>Vignon</i>, médecin. <a href="#page_250">250</a>.<br /> +<br /> +<i>Viguier</i> (M.). On veut le mettre mal avec M. le Prince. <a href="#page_169">169</a>.<br /> +<br /> +<i>Villautrais</i>, partisan scandaleusement riche. <a href="#page_165">165</a>, note; <a href="#page_166">166</a>, <a href="#page_167">167</a>.<br /> +<br /> +<i>Villejuif</i> (Manants de) et le procureur qui les plume. <a href="#page_224">224</a>.<br /> +<br /> +<i>Vincennes.</i> V. <i>Chaulnes</i>, <i>Desplan</i>.<br /> +<br /> +<br /> +<i>Weiss</i> (M.). Rétablit la vérité au sujet de l'<i>Espadon satirique</i>. <a href="#page_115">115</a>, note.<br /> +</p> + +<h3><a name="TABLE_DES_MATIERES" id="TABLE_DES_MATIERES"></a>TABLE DES MATIÈRES</h3> + +<table border="0" cellpadding="4" cellspacing="0" summary="table"> +<tr><td align="left"><a href="#INTRODUCTION">Introduction</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_v">v</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#APPENDICE">Appendice</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_xxxiij">xxxiij</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#AU_LECTEUR_CURIEUX">Au lecteur curieux</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_003">3</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LE_CAQUET">Le Caquet de l'accouchée (ou première journée).</a></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_007">7</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LA_SECONDE_APRES-DISNEE">La Seconde après-disnée</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_045">45</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LA_TROISIEME_APRES-DISNEE_DU_CAQUET_DE_LACCOUCHEE">La Troisième après-disnée</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_093">93</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#DERNIERE_ET_CERTAINE_JOURNEE">La Dernière et certaine journée (4<sup>e</sup> journée)</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_125">125</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LE_PASSE-PARTOUT">Le Passe-partout du Caquet des Caquets (5<sup>e</sup> journée)</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_155">155</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LA_RESPONCE">La Responce des dames et bourgeoises de Paris (ou 6<sup>e</sup> journée)</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_195">195</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LES_DERNIERES_PAROLLES">Les Dernières paroles ou le Dernier adieu de l'accouchée (7<sup>e</sup> journée)</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_213">213</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LE_RELEVEMENT">Le Relèvement de l'accouchée (ou 8<sup>e</sup> journée)</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_229">229</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LANTI-CAQUET">L'Anti-Caquet de l'accouchée.</a></td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_249">249</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#LES_ESSAIS_DE_MATHURINE">Les Essais de Mathurine</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_261">261</a><a name="page_300" id="page_300"></a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#SENTENCE_PAR_CORPS">La Sentence par corps obtenue par plusieurs femmes de Paris contre l'autheur des <i>Caquets de l'Accouchée</i></a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_277">277</a></td></tr> +<tr><td align="left"><a href="#TABLE_ANALYTIQUE">Table analytique</a>.</td><td align="right" valign="bottom"><a href="#page_287">287</a></td></tr> +</table> + +<p class="c">FIN.</p> + +<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Voir plus loin, § III, Bibliographie des <i>Caquets de +l'Accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Introduction au livre des Légendes</i>, par Le Roux de Lincy, +Paris, 1836, in-8, p. 178-79.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> <i>Les Honneurs de la Cour</i>, publiés à la fin du tome II des +Mémoires sur l'ancienne chevalerie, par La Curne de Sainte-Palaye, 1759, +in-12, 3 vol.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> Voir, à la fin de cette introduction, aux <i>Appendices</i>, nº +1.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Voir aux <i>Appendices</i>, nº2. Nous y avons joint deux +strophes des <i>Ténèbres du mariage</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> Voir aux <i>Appendices</i>, nº 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> Voyez, sur <i>Jean Castel</i>, t. 2 (1<sup>re</sup> série), p. 461 de la +Bibliothèque de l'école des chartes, un article curieux de M. J. +Quicherat.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> Voir aux <i>Appendices</i>, nº 4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> Voir aux <i>Appendices</i>, nº 5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> Deux dialogues du langage françois italianizé, etc., in-8, +p. 162.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Voir aux <i>Appendices</i>, nº 6.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> Les <i>Œuvres satyriques</i> du sieur de Courval-Sonnet, +gentilhomme virois, etc., etc. Paris, 1622, in-8, p. 214.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> Voir aux <i>Appendices</i>, nº 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> Voir plus loin, § III, Bibliographie des <i>Caquets</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> <i>Historiettes, etc.</i>, de Henri IV, tome 1, de l'édition +in-18.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> Voyez, page 191, la note sur ce passage.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a> V. Brunet, <i>Manuel du Libraire</i>, t. 1, au mot +<i>Bruscambille</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a> <i>Analectabiblion</i>, ou extraits critiques de divers livres +rares, oubliés ou peu connus, tirés du cabinet du marquis D. R**. Paris, +1837, in-8, t. 2, p. 170.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a> Cet avertissement ne se trouve qu'en tête du <i>Recueil +général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a> Ces vers se trouvent seulement dans le <i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a> Dans le <i>Recueil général</i>, cette partie est intitulée: <i>La +première journée de la visitation de l'accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a> Il étoit de bon ton de faire jouer alors la comédie aux +enfants. «La reine, écrit Malherbe à Peiresc, s'en va lundi à +Saint-Germain, où <i>Mesdames</i> lui préparent le plaisir d'une comédie +qu'elles doivent réciter.» <i>Mesdames</i>, ce sont les petites princesses +sœurs de Louis XIII.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Il y avoit en effet alors des comédiens italiens à Paris. +En juin 1613, Malherbe avoit écrit à Peiresc: «On dit que les comédiens +de Mantoue viennent, conduits par Arlequin.» Le 6 septembre, il avoit +encore écrit: «Les comédiens italiens sont arrivés; mardi ils joueront +au Louvre.» Le 27 janvier 1614, preuve singulière de la faveur de ces +comédiens à la cour, le roi et Madame, toujours au dire de Malherbe, +avoient tenu sur les fonts l'enfant d'Arlequin. Cette troupe étoit sans +doute celle des <i>Gelosi</i>, que Henri IV avoit déjà appelée à Paris en +1600, lors de son mariage avec Marie de Médicis. Elle avoit pour chef J. +B. Andreini, dit <i>Lelio</i>, que nous retrouvons encore à Paris, sur le +théâtre de l'hôtel de Bourgogne, en 1618, puis, ce qui s'accorde fort +bien avec la date de ce premier <i>caquet</i>, de 1621 jusqu'à la fin du +carnaval de 1623. Il revint une dernière fois en 1624, époque où il +publia à Paris son <i>Teatro celeste</i>, précieux volume qui nous a valu un +remarquable article de M. Charles Magnin (<i>Revue des deux-Mondes</i>, 15 +décembre 1847, P. 1090-1109).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a> C'étoit sans doute soit Mondor, soit Desiderio Descombes, +dont il sera parlé plus loin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a> La <i>rue Quincampoix</i> ne porta jamais le nom de <i>rue des +Mauvaises-Paroles</i>, qu'on ne lui donne ici sans doute qu'à cause des +commères qui s'y trouvoient en nombre. Tallemant, peut-être pour la même +raison, dit, dans une note de l'<i>historiette</i> de Scudéry (t. 9, p. 146), +qu'on l'appeloit aussi <i>rue des Cocus</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a> Cette <i>recherche</i> des financiers pour leurs malversations +étoit le vœu de tout le monde et ne se fit pas attendre, puisqu'elle +fut décrétée en 1624, comme on le verra par une autre note. Une pièce +satirique de ce temps-là, <i>la Voix publique au roy</i> (Recueil A-Z, E, p. +241), la demandoit avec instance; un autre écrit du même esprit et de la +même époque, <i>le Mot à l'oreille de M. le marquis de la Vieuville</i> +(Recueil F, p. 192), émettoit non moins vivement un désir pareil. «Ce +sont, y est-il dit des financiers, des éponges mouillées qu'il faudroit +presser. Il ont plumé l'oie du roy; qu'ils rendent au moins un peu de sa +plume.»—Par le 411<sup>e</sup> article de la fameuse ordonnance du roi connue +sous le nom de <i>Code Michault</i>, et publiée en parlement le 15 janvier +1629, une chambre composée d'officiers des cours souveraines fut créée +pour vaquer de nouveau «à cette recherche et punition des fautes et +malversations commises au fait des finances».</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a> L'origine de cette locution s'explique d'ordinaire par un +passage de Suétone (<i>Vie de Vespasien</i>, chap. 23), ainsi reproduit dans +le livre de Moizant de Brieux: «Nous avons pris, dit-il, cette façon de +parler de ce que fit autrefois le muletier de Vespasien, qui, sous +pretexte que l'une des mules estoit deferrée, arrêta long-temps la +litière de cet empereur, et par là fit avoir audience à celuy auquel il +l'avoit promise sous l'asseurance d'une somme d'argent, mais dont +l'odeur vint frapper aussitôt le nez de ce prince, qui l'avoit très fin +pour le gain; en sorte, dit Suétone, qu'il voulut partager avec son +muletier le profit qu'il avoit eu à ferrer la mule.» (<i>Origine de +diverses coutumes et façons de parler</i>, Caen, 1672, p. 101.) De là +venoit qu'on appeloit <i>ferre-mule</i> tout valet qui trompoit son maître +sur le prix des achats qu'il lui faisoit faire: «Un serviteur malin, +trompeur et ferre-mule.» (Chapelain, trad. du <i>Gusman d'Alpharache</i>, +1<sup>re</sup> part., chap. 4.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a> Le <i>mercier</i> étoit, son nom l'indique, le marchand, +<i>mercator</i>, par excellence, de même que le <i>fèvre</i> ou <i>fabre</i>, dont le +nom se perdit plus vite, étoit l'ouvrier, l'artisan type. «Le corps des +marchands merciers de Paris, lit-on dans le <i>Dictionnaire de Trévoux</i> +(1732), est le plus nombreux et le plus puissant des six corps des +marchands.» A lui seul il avoit pu fournir 3,000 marchands armés, en bon +équipage, à la grande revue que Henri II avoit faite au landi de 1557. +Ce corps «si nombreux et si accommodé» ne comptoit pas moins de vingt +classes de marchands: les marchands grossiers, les marchands de drap, +les marchands de dorure, les camelotiers, les joailliers, les toiliers, +les marchands de dentelles, les marchands de soie en bottes, les +marchands de peausseries, les marchands de tapisseries, les marchands de +fer et d'acier, les clincaliers (<i>sic</i>), les marchands de tableaux, +estampes, etc.; les miroitiers, les rubaniers, les papetiers, les +marchands de dinanderie, les marchands de toiles cirées, parasols et +parapluies; puis les menus merciers et les merciers ambulants. On peut +en voir l'ample détail dans le <i>Guide des corps des marchands</i>, Paris, +1766, in-12, p. 358, etc.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a> Les trésoriers étoient accusés de s'enrichir comme les +autres gens de finance. Dans <i>le Mot à l'oreille de M. le marquis de la +Vieuville</i> (Recueil A-Z, F, p. 178), il est dit que ceux de +l'extraordinaire et ceux de l'épargne font seuls les profits.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a> Les étoffes à la Turque étoient alors les plus +recherchées; on alloit jusqu'à faire venir des ouvriers de Turquie pour +les confectionner à Paris, et pour en faire des robes. «Je vous avois +mandé, écrit Malherbe à Peiresc le 6 avril 1614, qu'on faisoit des +habits pour la petite reine: c'est une robe qui se fait à l'hôtel de +Luxembourg par des Turques, dont il y a deux lez de fait, et dit-on que +c'est la chose du monde la plus belle.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a> Expression qui répond à celle que nous avons reproduite +dans une note précédente: <i>plumer la poule</i>, <i>plumer l'oie du roi</i>, etc. +On disoit, pour un homme adroit et d'intrigue, un <i>dénicheur de +fauvettes</i>. (Dict. de Furetière.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a><a href="#FNanchor_32_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Besogne</i> ou <i>besoigne</i> se disoit alors pour <i>hardes</i>, +<i>effets</i>. On en a un exemple dans ce passage d'une <i>lettre de Malherbe à +Peiresc</i> (p. 384): «Cette pauvre princesse (la reine Marguerite) est +volontiers excessive en ses libéralités: elle donna... une montre de +cinq à six cents écus à madame de Montglas; elle donna aussi je ne sais +quelle <i>besoigne</i> à madame d'Aumale, sous-gouvernante, et à madame la +nourrice de Monseigneur.» Ailleurs, Malherbe parle encore «des +<i>besongnes de nuit</i> de la signora Sperancilla» dont s'habilloient les +cardinaux à Rome. <i>Id.</i>, p. 58.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a><a href="#FNanchor_33_33"><span class="label">[33]</span></a> Le <i>chaperon</i> étoit la marque de la petite bourgeoisie (V. +notre <i>Recueil de variétés historiques et littéraires</i>, etc., t. 1, p. +306). Il fut aussi, jusqu'au temps de Louis XIV l'habillement des femmes +nobles pendant le deuil de leurs maris. Saint-Simon, dans une note du +<i>Journal de Dangeau</i>, décrit longuement celui que portoient les +princesses du sang. (Lémontey, <i>Essai sur la monarchie de Louis XIV, +etc., précédé de nouveaux mémoires de Dangeau</i>, Paris, 1810, in-8, p. +204.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a><a href="#FNanchor_34_34"><span class="label">[34]</span></a> C'est Daubray qu'il faut lire. L'auteur des <i>caquets</i> +prête une erreur à sa veuve, en lui faisant dire que son «mary deffunct» +fut trois fois prévôt. Claude Daubray, conseiller, notaire et secrétaire +du roy, fut élu échevin en 1574, sous la prévôté de Monsieur le +président Charron, puis prévôt de 1578 à 1580, époque où il eut pour +successeur Auguste de Thou. Voilà toute sa vie municipale. (V. Piganiol, +<i>Description de Paris</i>, t. VIII, p. 441.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a><a href="#FNanchor_35_35"><span class="label">[35]</span></a> Les charbonniers, comme tous les autres petits métiers ou +emplois nommés après, ne formoient pas à Paris de communauté, +«parcequ'il ne peut pas y avoir de fabrique de charbon dans la ville.» +Ceux qui le portaient devoient avoir permission du roi, ou tout au moins +des magistrats. C'étoient «des espèces de charges, qui ne furent +établies que depuis le XVII<sup>e</sup> siècle.» <i>Mélanges tirés d'une grande +bibliothèque</i>, Hh, p. 39.—V. aussi dans notre <i>Recueil de variétés +historiques et littéraires</i>, t. 1, la note de la page 204.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a><a href="#FNanchor_36_36"><span class="label">[36]</span></a> C'étoient de petits officiers de ville créés pour tasser +et mesurer le bois dans les membrures, en présence des jurés. Les hommes +de peine ou crocheteurs s'appeloient aussi <i>gagne-deniers</i>. <i>Le +règlement général pour la police de Paris, du 30 mars 1635</i>, fixa le +tarif dont, sous peine du fouet, ils ne devoient pas se départir pour +leurs salaires.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a><a href="#FNanchor_37_37"><span class="label">[37]</span></a> Ces <i>râcleurs-jurés</i> ne sont sans doute autre chose que +les <i>ramoneurs de cheminées</i>, qui en effet ne formoient pas non plus une +véritable corporation, et rentroient ainsi dans la catégorie des métiers +précédents. V. <i>Mél. d'une gr. biblioth.</i>, id., p. 280.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a><a href="#FNanchor_38_38"><span class="label">[38]</span></a> Il doit être fait ici allusion aux fêtes encore récentes +que la Ville avoit données à Louis XIII quand il étoit venu, en 1620, +allumer lui-même sur la place de Grève le feu de la Saint-Jean. Entre +autres <i>superfluitez</i> de ce bûcher annuel, il ne faut pas oublier les +chats qu'on y brûloit dans un sac ou dans un <i>muid</i>, singulier +auto-da-fé dont il est parlé dans le libelle infâme, <i>le Martyre de +frère Jacques Clément</i>, etc. Paris, 1589, p. 34, 35. Sauval, qui en fait +mention dans ses <i>Antiquités de Paris</i>, t. 3, p. 631, cite ce passage +des registres de la ville au XVI<sup>e</sup> siècle, tant de fois rappelé +depuis: «Payé à Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la +ville, cent sols parisis, pour avoir fourni durant trois années, finies +à la Saint-Jean 1573, tous les chats qu'il falloit audit feu, comme de +coutume, et même pour avoir fourni il y a un an, où le roi y assista, un +renard pour donner plaisir à Sa Majesté, et pour avoir fourmi un grand +sac de toile où estoient lesdits chats.» Dans une lettre de l'abbé +Lebeuf (<i>Journal de Verdun</i>, août 1751), relative au feu de la +Saint-Jean, se trouvent d'autres détails sur cette bizarre coutume d'y +brûler des chats, et il y est fait ainsi allusion dans une pièce très +rare, contemporaine des <i>Caquets</i>: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Un chat qui d'une course brève</td></tr> +<tr><td align="left">Monta au feu Saint-Jean, en Grève;</td></tr> +<tr><td align="left">Mais le feu, ne l'epargnant pas,</td></tr> +<tr><td align="left">Le fit sauter du haut en bas.</td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Le Miroir de contentement</i>, Paris, 1619, in-12, p. 4.)</td></tr> +</table> + +<p> +Je ne trouve la raison de cette cruauté contre les chats que dans la +croyance où l'on étoit qu'ils se rendoient tous à un sabbat général la +veille de la S.-Jean (Moncrif, <i>les chats</i>, 1<sup>re</sup> lettre). On les +brûloit, le lendemain, comme convaincus de sorcellerie.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a><a href="#FNanchor_39_39"><span class="label">[39]</span></a> En 1601, la ville avoit décidé de lever dix sols sur +chaque muid de vin afin de pourvoir à la réparation des fontaines. Le +roi accapara cette taxe, et, dans l'assemblée générale du 17 avril de +cette même année, il fit connoître aux échevins qu'il en destinoit les +fonds à l'achèvement du pont Neuf. (Félibien, <i>Hist. de Paris</i>, t. V, p. +483.) Depuis, comme l'indique ce curieux passage des <i>Caquets</i>, cette +taxe, vivace comme tout bon impôt, avoit été maintenue. L'argent, +d'abord employé à l'achèvement du pont, avoit passé aux réparations des +quais.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a><a href="#FNanchor_40_40"><span class="label">[40]</span></a> «Les autres pauvres de Paris qui sont valides et <i>assez +sains</i> pour gaigner leur vie, et qui neantmoins, pour estre aucunement +foibles, paresseux et mauvais ouvriers, ne trouvent pas qui les veuille +employer, sont enroolez par les dicts commissaires des pauvres, leur +dict bailly ou greffier, et envoyez, receuz et employez aux fossez, +fortifications, remparts et œuvres publicques de la dicte ville, +etc.» G. Montaigne, <i>la Police des pauvres de Paris</i>, s. d., p. 13.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a><a href="#FNanchor_41_41"><span class="label">[41]</span></a> L'hôpital Saint-Germain, que nous ne trouvons nommé nulle +part ailleurs, devoit être <i>l'ancienne maladrerie de S.-Pierre</i>, qui fut +remplacée par l'hôpital de la Charité vers 1606. Le nom qui lui est +donné ici devoit lui venir de l'abbaye de Saint-Germain, sur le terrain +de laquelle cet hôpital avoit été bâti.—Dans le temps même ou l'auteur +des <i>Caquets</i> faisoit ainsi regretter ce premier asile des pauvres, +Louis XIII songeoit à en établir un autre. Des lettres-patentes de +février 1622 statuoient sur la fondation d'un véritable dépôt de +mendicité. Le projet, malheureusement, n'eut pas de suite. Il en sera +reparlé plus loin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a><a href="#FNanchor_42_42"><span class="label">[42]</span></a> Si cette recherche n'étoit pas encore ordonnée, au moins +étoit-elle déjà fort menaçante: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Mais enfin crève l'apostume;</td></tr> +<tr><td align="left">Si les pères mangent l'oyson,</td></tr> +<tr><td align="left">Les enfans en rendent la plume.</td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Satyres</i> du Sr. Auvray, 1625, in-8º, p. 26.)</td></tr> +</table> + +<p> +On pouvoit s'autoriser, pour cette rigueur, de l'exemple de Henri IV, +qui avoit fait rendre gorge à ces exacteurs, et qui, de l'argent rendu, +avoit fondé un établissement utile: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Les crimes seroient esblouys</td></tr> +<tr><td align="left">Si l'hospital de Saint-Louys</td></tr> +<tr><td align="left">N'en portoit à jamais les marques,</td></tr> +<tr><td align="left">Qui fut basty des ducatons</td></tr> +<tr><td align="left">Que le plus grand de nos monarques</td></tr> +<tr><td align="left">Fit revomir à ces gloutons.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(Id., <i>ibid.</i>)</td></tr> +</table> + +<p> +Tallemant raconte à ce propos l'anecdote suivante dans son <i>historiette</i> +de Henri IV: «Lorsqu'on fit une chambre de justice contre les +financiers: «Ah! disoit-il, ceux qu'on taxera ne m'aideront plus.» Edit. +in-12, t. 1 p. 87.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a><a href="#FNanchor_43_43"><span class="label">[43]</span></a> Ne réveillez pas le chat qui dort.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a><a href="#FNanchor_44_44"><span class="label">[44]</span></a> «Nicolas Chevalier, premier président à la Cour des aides, +fils d'Etienne Chevalier, conseiller, et de N. Barthemi, fut +surintendant de Navarre et de Béarn, et deux fois ambassadeur en +Angleterre.» (Le P. Lelong, <i>Bibliothèque franc.</i>, t. 4, p. 168, <i>Liste +des Portraits</i>.) On a de lui deux portraits gravés par Michel Lasne: le +premier, fait en 1621, quand le président avoit cinquante-huit ans, est +in-4; le second, fait l'année d'après, c'est-à-dire à l'époque dont il +est parlé ici, est in-8.—Avant que Luynes fût en faveur, ce président +lui avoit rendu service; mais il paroît que le parvenu eut courte +mémoire. V. le <i>Contadin provençal</i>, Recueil des pièces les plus +curieuses qui ont été faites pendant le règne du connétable, etc., p. +93.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a><a href="#FNanchor_45_45"><span class="label">[45]</span></a> C'étoit le prix qu'on payoit un repas chez la +Boessellière, dont le cabaret étoit le plus fameux de ce temps-là. +«Etes-vous obligé de suivre le cours, sortez-vous du Louvre à l'heure du +disné, le premier cabaret de France est celui de la Boessellière; mais, +sur ma parole, ne vous donnez pas la peine d'y transporter vostre +humanité, quoyque vous soyez le mieux avisé du monde, si vous ne sentez +que vostre gousset soit prest d'accoucher d'une pistole au moins, etc.» +<i>Les Visions admirables du Pèlerin de Parnasse</i>, etc., Paris, 1635, +in-12, p. 208.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a><a href="#FNanchor_46_46"><span class="label">[46]</span></a> Les emprunts à gros intérêts étoient déjà depuis longtemps +le fléau des enfants prodigues: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Mignons de bien dissipateurs</td></tr> +<tr><td align="left">Emprunteront à millions,</td></tr> +<tr><td align="left">Puis payeront leurs créditeurs</td></tr> +<tr><td align="left">De respitz et de cessions.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>La grande et merveilleuse prognostication nouvelle...</i> 1583, in-12.)</td></tr> +</table> +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a><a href="#FNanchor_47_47"><span class="label">[47]</span></a> Les livrets satiriques du temps sont remplis de plaintes +contre ces usuriers, la plupart Italiens, qui ruinoient la jeunesse et +étoient une des causes qui empêchoient <i>Bon-Temps</i> de revenir:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Et quand verrez tous ces marchands</td></tr> +<tr><td align="left">Ne vendre plus rien à usure,</td></tr> +<tr><td align="left">Que Bon Temps viendra sur les rangs,</td></tr> +<tr><td align="left">S'il n'a grant faute de monture,</td></tr> +<tr><td align="left">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</td></tr> +<tr><td align="left">Quand les Lombards ne seront plus</td></tr> +<tr><td align="left">Chiches, avares, jaloux, couards,</td></tr> +<tr><td align="left">Ne vous enquerrez du surplus:</td></tr> +<tr><td align="left">Bon Temps viendra de toutes parts.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Les moyens très utilles et necessaires... pour faire en</i><br /><i>brief revenir Bon Temps</i>, 1615, in 12, p. 6-7.)</td></tr> +</table> +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a><a href="#FNanchor_48_48"><span class="label">[48]</span></a> Dans la pièce que je viens de citer se trouvent aussi des +plaintes contre le nombre des <i>bâtards</i>, qui augmentoit tous les jours:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Ne que nous n'ayons plus en France</td></tr> +<tr><td align="left">De Jaloux, Coquus et Batards,</td></tr> +<tr><td align="left">Bon Temps sera hors de souffrance</td></tr> +<tr><td align="left">Et deployra ses etendards.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center">(<i>Ibid.</i>, p. 16.)</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a><a href="#FNanchor_49_49"><span class="label">[49]</span></a> C'est-à-dire le couvent: entrer en religion étoit alors le +terme consacré.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a><a href="#FNanchor_50_50"><span class="label">[50]</span></a> Dépenser.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a><a href="#FNanchor_51_51"><span class="label">[51]</span></a> C'est de l'ordonnance de 1294 qu'il est question ici. On +la trouve en entier dans les notes de la Thaumassière sur les <i>Coutumes +de Beauvoisis</i>, 1690, in-fol., p. 372. Il y est dit: «Nul ne donra au +grand mangier que deux mets et un potage au lard, et au petit mangier un +mets et un entremets et un potage; et s'il est jeûne, il pourra donner +deux potages aux harencs et deux mets, ou trois mets et un potage, et ne +mettra en une écuelle qu'une manière de chair.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a><a href="#FNanchor_52_52"><span class="label">[52]</span></a> Ce mot, qui s'employoit, alors non pas seulement pour +l'office du curé, mais pour tout bénéfice à charge d'âmes, est très +curieux ici, appliqué aux subventions que recevoient les chefs du parti +huguenot. La <i>cure</i> des espions, qui vient après, ne cache pas moins de +malice.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a><a href="#FNanchor_53_53"><span class="label">[53]</span></a> On appeloit ainsi l'enchère faite, sur une terre ou ferme +adjugée en justice, du tiers du prix au delà de celui de l'adjudication. +Il y a un règlement de 1682 sur les doublements et <i>tiercements</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a><a href="#FNanchor_54_54"><span class="label">[54]</span></a> Pendant l'hiver de 1622, M. de Soubise s'étoit jeté dans +le Bas-Poitou et l'avoit occupé, ainsi que les îles de Rié, du Périer, +de Mons, etc. Il avoit pris Olonne, et il menaçoit Nantes, quand les +troupes royales, que commandoit La Rochefoucauld, franchissant de nuit +le bras de mer peu profond qui sépare l'île de Rié de la terre ferme, se +jetèrent sur lui à l'improviste et dispersèrent son armée presque sans +coup férir. Soubise, vaincu, s'enfuit en laissant à l'armée du roi son +armée et ses équipages (V. <i>Mémoires</i> de Rohan, coll. Petitot, 2<sup>e</sup> +série, t. 18, p. 269, et <i>Mémoires</i> de Richelieu, <i>ibid.</i>, t. 22, p. +206-209). Cette défaite, dont le fils de l'entêtée calviniste mise ici +en scène fut une des victimes, se trouve amplement racontée dans un +livret, devenu rare, paru presque aussitôt après: «<i>Surprise du sieur de +Soubize dans les sables d'Aulonne, investi, tant par terre que par +mer... par M. le comte de La Rochefoucauld, marquis de La Valette et +baron de S.-Luc.</i>» Paris, P. Ramier, 1622, in-8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a><a href="#FNanchor_55_55"><span class="label">[55]</span></a> Sureau.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a><a href="#FNanchor_56_56"><span class="label">[56]</span></a> Le chevalier du guet, ainsi que toute la juridiction qui +dépendoit de lui, étoit du ressort et à la nomination du prévôt de +Paris. V. <i>Traité de la police</i>, t. 1, p. 236.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a><a href="#FNanchor_57_57"><span class="label">[57]</span></a> Les prévôts des maréchaux étoient des officiers royaux du +corps de la gendarmerie, établis pour la sûreté de la campagne contre +les vagabonds et les déserteurs. Ils avoient connoissance de tous les +cas royaux, appelés à cause d'eux prévôtaux: vagabondages, vols de grand +chemin, infraction de sauvegarde, incendie, fausse monnoie. Il y avoit +en France cent quatre-vingts siéges de prévôt des maréchaux. Celui qui +avoit dans son ressort Paris et toute l'Ile-de-France s'appeloit +simplement <i>Prévôt de l'Isle</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a><a href="#FNanchor_58_58"><span class="label">[58]</span></a> V. la note précédente.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a><a href="#FNanchor_59_59"><span class="label">[59]</span></a> C'étoit un juge d'épée qui instruisoit les procès des gens +de guerre à l'armée. Celui du régiment des gardes s'appeloit le Prévôt +des bandes.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a><a href="#FNanchor_60_60"><span class="label">[60]</span></a> Cette <i>montre</i> du mois de mai étoit la procession de toute +la basoche, y compris le sergent et ses huissiers, allant planter en +grande pompe le mai annuel dans la cour du palais.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a><a href="#FNanchor_61_61"><span class="label">[61]</span></a> Marigny, dans son poème du <i>Pain bénit</i>, parle de maître +Vavasseur, commissaire du quartier du Marais, qui étoit ainsi de +connivence avec les filles ses subordonnées. Marigny le désigne ainsi:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Des lieux publics grand écumeur.</td></tr> +<tr><td align="left">Adorateur de ces donzelles</td></tr> +<tr><td align="left">Qui ne sont ni chastes ni belles,</td></tr> +<tr><td align="left">Et qui, sans grace et sans attraits,</td></tr> +<tr><td align="left">Vivent des pechés du Marais.</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a><a href="#FNanchor_62_62"><span class="label">[62]</span></a> Le lieutenant criminel Tardieu, tout aussi bien que ces +commissaires, prenoit de toutes mains, même de celles des rôtisseurs. +«Le lieutenant, lisons-nous dans les <i>Historiettes</i> de Tallemant, dit à +un rotisseur qui avoit un procès contre un autre rotisseur: «Apporte-moi +deux couples de poulets, cela rendra ton affaire bonne.» Ce fat +l'oublie. Il dit à l'autre la même chose. Ce dernier les lui envoie, et +un dindonneau. Le premier envoie ses poulets après coup; il perdit, et, +pour raison, le bon juge lui dit: «La cause de votre partie étoit +meilleure de la valeur d'un dindon.» (Tallemant, édit. in-12, t. 5, p. +53.)—Encore M. Tardieu ne s'en tenoit-il pas là. «Le lieutenant +criminel, dit encore Tallemant, logeoit de petites demoiselles auprès de +lui, afin d'y aller manger, et il leur faisoit ainsi payer sa +protection.» (<i>Ibid.</i>)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a><a href="#FNanchor_63_63"><span class="label">[63]</span></a> Fameux trésorier de l'épargne, dont la fortune fit +scandale à cette époque. Tallemant, qui étoit allié de sa famille, lui a +consacré une <i>historiette</i>, ainsi qu'à Montauron, qui continua et même +augmenta l'opulence de cette maison de parvenus. (V. édit. in-12, t. 8, +p. 116, etc.) Dans la <i>Chasse aux larrons</i> de J. Bourgoing (in-4, p. 39, +90), on les maltraite fort. «Les Puget, y est-il dit, qui se sont vantés +d'avoir mangé en leur temps plus d'un million six cents mille livres, +avoir entretenu toutes les plus belles garces de Paris, jouy des plus +relevées de France, joué ez plus dissoluz brelans, académies, tripots, +bauffré les plus friands morceaux, etc.» Puget fut souvent inquiété, +même avant la grande recherche qu'on fit des gens de finance sous Louis +XIII. L'un des commissaires qui instruisoient son procès lui fit cette +question: «Je vous prie de m'enseigner comment je pourrois, avec deux ou +trois mille écus, en acquérir en peu de temps cinq à six cents mille»; +paroles, dit un auteur, qui le rendirent muet. Il devint pâle, défait, +et possédé des froides appréhensions de la mort, qui le talonnoient +comme s'il eût été condamné.» (<i>Le tresor des tresors de France volé à +la couronne</i>, par J. de Beaufort, Parisien, Paris, 1615, in-8º, p. 31.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a><a href="#FNanchor_64_64"><span class="label">[64]</span></a> Montescot avoit joui d'un grand crédit et mené grand train +sous Henri IV. Au commencement du règne suivant, il eut à subir, entre +autres malheurs, les conséquences d'un duel après lequel son fils +Baronville, ayant tué Dasquy, gentilhomme du duc d'Aiguillon, dut +s'enfuir au plus vite, et fut pendu en effigie au bout du Pont-Neuf, en +août 1611. (<i>Lettres de Malherbe à Peiresc</i>, p. 211, 219.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a><a href="#FNanchor_65_65"><span class="label">[65]</span></a> Est-ce le célèbre homme d'état qui eut Sully pour +successeur dans la surintendance des finances, ou faut-il plutôt +retrouver ici Lancy, fameux traitant de cette époque, dont parle <i>la +Chasse aux Larrons</i>, p. 45, 91?</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a><a href="#FNanchor_66_66"><span class="label">[66]</span></a> Nous ne connaissons de ce nom alors qu'un conseiller au +Grand Conseil. (V. Tallemant, édit. in-12, III, p. 190.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a><a href="#FNanchor_67_67"><span class="label">[67]</span></a> Il est parlé de ce grand fermier dans une petite pièce +fort curieuse: <i>La rencontre merveilleuse de Piedaigrette avec maistre +Guillaume, revenant des Champs-Elysées</i>, pet. in-12, 1606. On y voit +qu'il florissoit au temps de la faveur des financiers italiens en +France, Ruccellaï, Sardini, Cenami, et quelques autres nommés ici. C'est +lui, à ce que nous apprend la même pièce, qui organisa toute une armée +de <i>mouches</i> (<i>sic</i>) pour surprendre les <i>coquilberts</i>, sorte de +contrebandiers de ce temps-là. Mais les mouches s'entendirent avec les +coquilberts, «tellement que, par le moyen de cette alliance, le pauvre +père Louvet fut métamorphosé comme Actéon, qui fut mangé de ses chiens +propres: car toute son armée de mouches, tant capitaines que soldats, +devinrent coquilberts, et il fut traité à la turque.» La fuite de Louvet +à Maubuisson est ensuite racontée, etc., etc. (V. p. 19, 26.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a><a href="#FNanchor_68_68"><span class="label">[68]</span></a> Peut-être cet entrepreneur, dont nous avons inutilement +cherché le nom, est-il le même que «le nommé Bizet» dont parle Malherbe +dans sa lettre à Peiresc du 12 janvier 1613, et qui proposoit de bâtir +un pont neuf devant aboutir «vers la place Maubert», c'est-à-dire à peu +près à la hauteur où fut en effet placé le Pont-au-Double. Cette +construction n'entroit que comme détail dans l'ensemble d'un vaste plan +d'embellissement que ce M. Bizet montra à Malherbe, et qui, «proposé, +reçu par le conseil», auroit eu, entre autres avantages, celui +«d'acquitter cinq millions de livres de rente que fait le roi, dit +encore Malherbe, sans aucune surcharge ni exaction nouvelle.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a><a href="#FNanchor_69_69"><span class="label">[69]</span></a> Le <i>Pont-au-Double</i>, qui dut son nom à la petite monnoie, +équivalente à deux deniers, qu'on payoit pour y passer, ne tarda +pourtant pas trop à s'achever. Les travaux y allèrent même plus vite +qu'au Pont-au-Change, qu'on rebâtissoit vers le même temps (V. plus +loin). Il étoit terminé en 1634, avec la salle de l'Hôtel-Dieu qui +occupoit l'un de ses côtés, et qui lui avoit fait donner son nom +officiel de pont de l'Hôtel-Dieu. «L'an 1634, lisons-nous dans le +<i>Supplément des Antiquités de Paris</i>, de Dubreuil, p. 14, fut fait le +pont de pierre de l'Hostel-Dieu, qui prend depuis le coing de la +première porte de l'Archevesché et respond en la rue de la Bucherie, et +sert audit Hostel-Dieu d'un bel ornement et logement pour heberger les +malades, avec une gallerie faite à costé pour servir au public.» Quand +le double tournois eut cessé d'avoir cours, on paya un liard pour y +passer; ce péage exista jusqu'en 1789. On le débarrassa en 1816 des +maisons qui l'obstruoient du côté de la rue de la Bucherie, et de nos +jours on l'a complétement rebâti, d'une seule arche.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a><a href="#FNanchor_70_70"><span class="label">[70]</span></a> Dans le <i>Recueil général</i>, cette seconde partie a pour +titre: <i>La seconde journée et visitation de l'accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a><a href="#FNanchor_71_71"><span class="label">[71]</span></a> V. plus loin une note sur l'usage des masques, p. 105, et +la <i>Promenade du Cours</i>, Paris, 1630, in-12, p. 12; Lémontey, <i>Suppl.</i> à +Dangeau, p. 140-141.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a><a href="#FNanchor_72_72"><span class="label">[72]</span></a> Il s'agit de la canonisation de sainte Thérèse, que +Grégoire XV, par bulle de l'année 1621, avoit mise au nombre des +saintes. C'est comme fondatrice des carmélites que sainte Thérèse étoit +fêtée par les Carmes avec une pompe si bruyante: «Par toutes les eglises +des Carmes et Carmélines deschaussez de France, on fit... huit jours de +fêtes solennelles en l'honneur de sainte Thérèse: toutes lesquelles +eglises estoient richement ornées de tapis exquis, de tableaux, de +lampes et de cierges, pour exciter le peuple à la dévotion, Sa Sainteté +ayant octroyé pleinière indulgence. Et s'y voyoit un grand nombre de +personnes de toutes qualités communier et recevoir le +S.-Sacrement.»—<i>Le Mercure françois</i>, t. 7, p. 409 (juil. 1622).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a><a href="#FNanchor_73_73"><span class="label">[73]</span></a> Ce lazzi se retrouve dans une autre pièce de l'époque, +inspiré par un fait tout différent. «Une autre vieille, dit l'<i>Hermite +Valérien</i>, racontoit au curé qu'elle avoit ouy dire au marché que M. le +connestable alloit canoniser la Rochelle avec cent canons. La simplicité +de cette femme me fit rire, voyant qu'au lieu de <i>canonner</i>, elle disoit +<i>canoniser</i>.—<i>Recueil des pièces les plus curieuses faictes pendant le +règne du connestable M. de Luynes</i>, Paris, 1632, in-8, p. 310.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a><a href="#FNanchor_74_74"><span class="label">[74]</span></a> «La reyne fit la despense des artifices qui jouèrent sur +le haut de l'église des Carmes deschaussez de Paris.» <i>Le Mercure +françois</i>, t. 7, p. 409.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a><a href="#FNanchor_75_75"><span class="label">[75]</span></a> L'un des ajustements à la mode que les bourgeoises ne +devoient pas se permettre: «le col garny d'affiquets, de <i>colet à quatre +ou cinq estages</i> d'un pied et demy, pour monter au donjon de folie, +etc.» <i>La Mode qui court à présent</i>, etc., Paris, s. d., in-12, p. 8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a><a href="#FNanchor_76_76"><span class="label">[76]</span></a> V. plus loin, p. 114.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a><a href="#FNanchor_77_77"><span class="label">[77]</span></a> Les plaintes étoient fréquentes alors contre la façon +incorrecte dont les livres étoient imprimés; on peut lire notamment à ce +sujet un passage du <i>Perroniana</i>, 3<sup>e</sup> édit. in-12, p. 168.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a><a href="#FNanchor_78_78"><span class="label">[78]</span></a> Si le cardinal de Guise, archevêque de Reims, n'étoit mort +à Saintes le 21 juin 1621, c'est-à-dire un an avant que ceci dût être +écrit, je croirois volontiers que l'auteur des <i>Caquets</i> a voulu ici +parler de lui. C'étoit en effet le prélat le plus coquet et le mieux +frisé du royaume. Tallemant le prouve par cette anecdote: «Un jour que +le dernier cardinal de Guise, qui étoit archevêque de Reims, vint fort +frisé dîner chez M. de Bellegarde..., Yvrande alla dire tout bas ces +quatre vers à M. le Grand (on appeloit ainsi M. de Bellegarde):</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Les prélats des siècles passés</td></tr> +<tr><td align="left">Etoient un peu plus en servage;</td></tr> +<tr><td align="left">Ils n'étoient bouclés ni frisés, etc.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center">(<i>Histor.</i>, édit. in-12, t. 1, p. 110.)</td></tr> +</table> +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a><a href="#FNanchor_79_79"><span class="label">[79]</span></a> Cette place ne se rendit toutefois définitivement qu'en +1629.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a><a href="#FNanchor_80_80"><span class="label">[80]</span></a> Il est question d'un premier blocus qui précéda le siége +fait par Richelieu, et qui fut levé en cette même année 1622.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a><a href="#FNanchor_81_81"><span class="label">[81]</span></a> Le même reproche se trouve formulé contre Luynes et ses +frères, dans <i>la Chronique des favoris</i>. On le fait ainsi parler: «Nous +avons encore preveu de faire un grand nombre de régiments invisibles, +mes frères et moi, desquels on faisoit courre le bruict que nous les +mettions en nostre bourse, au lieu que nostre dessein estoit de nous en +servir pour les jetter invisiblement dans la place, pour la surprendre +plus facilement.» <i>Recueil des pièces les plus curieuses, etc.</i>, p. +481.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a><a href="#FNanchor_82_82"><span class="label">[82]</span></a> Il falloit alors, quand on faisoit des transports +d'argent, un énorme attirail d'hommes et de chariots, n'eût-on à +voiturer qu'un million ou douze cent mille livres. Malherbe écrit à +Peiresc le 17 juillet 1615: «On dit mercredi sur les cinq heures du soir +à la Bastille, prendre douze cent mille livres pour le voyage...; +l'argent fut tiré dans quarante charrettes, qui portoient chacune trente +mille livres en quarts d'écus.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a><a href="#FNanchor_83_83"><span class="label">[83]</span></a> Il est sans doute ici question du livre qui a pour titre: +<i>Histoire des martyrs persecutez et mis à mort pour la verité de +l'Evangile...</i> (1610), trad. du latin (par J. Crispin et continué par S. +Goulard), Genève, 1619, 2 vol. in-fol.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a><a href="#FNanchor_84_84"><span class="label">[84]</span></a> M. de Rohan en effet ne s'étoit pas conduit très bravement +à S.-Jean-d'Angely. Bien que cette ville lui appartînt, sitôt qu'il sut +l'approche des troupes du roi, il se retira, laissant la défense de la +place à son frère Soubise. S.-Jean, quoiqu'en bon état, ne tint pas +long-temps. Le 25 juin 1621 Soubise y capitula.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a><a href="#FNanchor_85_85"><span class="label">[85]</span></a> M. de la Force en effet vendit cher sa soumission; quand +les mauvaises affaires des Huguenots dans la basse Guienne, la perte de +Tonneins, que son gouverneur rendit, et la prise de Clerac par les +troupes du roi, lui eurent fait désespérer de sa cause, il songea à +entrer en arrangements, mais il ne conclut qu'avec de beaux avantages. +«Le roi, continuant son chemin par la Guienne, lit-on dans les +<i>Mémoires</i> de Rohan, acheva son traité avec La Force, qui, moyennant une +charge de maréchal de France et 200,000 écus, lui rendit Sainte-Foy, +dont il s'étoit rendu maître au préjudice de Terbon, gendre de +Pardaillan, et se démit lui et ses enfants des charges et gouvernements +qu'ils avoient possédés, sans en donner jamais connoissance ni à +l'assemblée générale ni au duc de Rohan.» (Coll. Petitot, t. 18, p. +214.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a><a href="#FNanchor_86_86"><span class="label">[86]</span></a> Il étoit <i>superintendant</i> des finances, comme dit Malherbe +(<i>Lettres à Pereisc</i>, p. 481), depuis la fin d'août 1621. La Vieuville +lui succéda (<i>Mém.</i> de Bassompierre, Coll. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 16, +p. 2-3).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a><a href="#FNanchor_87_87"><span class="label">[87]</span></a> Les plaintes sur le tort que l'absence du roi et de la +Cour faisoit aux marchands de Paris étoient générales. On lit, par +exemple, dans une pièce du temps, <i>Lettre de la ville de Tours à celle +de Paris</i>, 1620 (Recueil A-Z, E, p. 139): «Le vray sujet de vostre +murmure, c'est de vous sentir affamé de la manne ordinaire de la cour... +Il vous fasche voir un si grand dechet de prix en vos merceries, et tant +de chambres garnies à louer. A la verité je vous avoue que l'absence du +roy vous fait dommage, pour faire du bien à d'autres, et s'il continue à +s'eloigner de vous, vous deviendrez à moitié deserte.» Plusieurs pièces +coururent qui reproduisoient ces plaintes et qui prouvoient qu'elles +étoient l'expression de toutes les pensées à Paris; voici le titre de +quelques unes: <i>Les avis de M. le chancelier et de MM. du Parlement, +donnés au roy sur la résolution de son voyage</i>, Paris, 1622, +in-8.—<i>Harangue et protestation faite au roi, au nom des trois ordres +de France et de MM. les Parisiens, sur son prochain départ</i>, Paris, +1622, in-8.—<i>Requête générale des habitants de Paris, présentée au roi, +sur le voyage de Sa Majesté</i>, par le sieur de Boiscourtier, Paris, 1622, +in-8.—<i>Francophilie présentée au roi sur la résolution de son voyage</i>, +par le sieur Mangeart, s. l. 1622, in-8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a><a href="#FNanchor_88_88"><span class="label">[88]</span></a> L'incendie du <i>Pont-au-Change</i> eut lieu, en effet, dans la +nuit du 24 oct. 1621 (<i>Mercure françois</i>, VII, 857). On en accusa +l'imprudence d'un certain de Meuves, que Richelieu fit juger par une +assemblée de conseillers du Châtelet, dont M. de Cordes étoit président. +Il fut pendu (Tallemant, édit. in-12, t. 2, p. 188). On songea aussitôt +à rétablir le pont, et, afin de le garantir des accidents auxquels sa +première construction en bois l'avoit exposé, on voulut le bâtir en +pierre. Les orfèvres qui y avoient leurs <i>forges</i> (boutiques) offrirent +d'en faire les frais: «Les orfèvres de Paris, dit <i>la voix publique au +roy</i>, poursuivent de faire bâtir le Pont-au-Change de pierres de taille +à leurs despens. Le marquis (La Vieuville) ne le trouve pas bon.» +(Recueil E, p. 210.) Le projet traîna en longueur, si bien que la +reconstruction ne fut commencée qu'en septembre 1639, et achevée qu'en +octobre 1647.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a><a href="#FNanchor_89_89"><span class="label">[89]</span></a> C'étaient des gants d'une mode en effet nouvelle, car nous +ne les trouvons pas nommés dans une petite pièce en vers qui fait la +description la plus complète de toutes les espèces de gants à la fin du +XVI<sup>e</sup> siècle: <i>Le Gan de Jean Godard, parisien, etc.</i>, Paris, 1588, +in-8, p. 9-11.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a><a href="#FNanchor_90_90"><span class="label">[90]</span></a> <i>La Guimbarde</i> étoit une danse dont la vogue avoit +commencé vers 1606. Nous la trouvons indiquée sous cette date dans le +premier volume de la Collection des ballets de Philidor, ms. de la +bibliothèque du Conservatoire. L'air sur lequel on la dansoit est encore +populaire: c'est celui de <i>Dupont mon ami</i>. Alors tout était <i>à la +Guimbarde</i>, comme de nos jours tout a été à la Polka.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a><a href="#FNanchor_91_91"><span class="label">[91]</span></a> Peut-être cette encre nouvelle est-elle celle de <i>la +Petite vertu</i>. La maison Guyot, qui en fait le commerce, date en effet, +à en croire son enseigne, de l'année 1609, époque assez rapprochée de +celle-ci.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a><a href="#FNanchor_92_92"><span class="label">[92]</span></a> Il est parlé de tous ces voleurs, notamment des Grisons, +dans le roman de <i>Francion</i>, liv. 2, histoire de Marsault, Paris, 1663, +in-8, p. 74.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a><a href="#FNanchor_93_93"><span class="label">[93]</span></a> On les appeloit aussi <i>Manteaux-Rouges</i>, peut-être +parcequ'étant des échappés des galères, ils avoient gardé l'habit rouge, +qui étoit déjà au 17<sup>e</sup> siècle l'uniforme du bagne (<i>Hydrographie</i> du +P. Fournier, 1667, liv. 3, ch. 45). Il paroît que des plaintes pareilles +à celles qui se trouvent ici finirent par réveiller la police, et par la +lancer une bonne fois sur ces bandes nocturnes. Voici en effet ce que +nous lisons dans une pièce du temps: «A force de crier après le prévôt +des maréchaux de Paris, ils ont fait une capture, depuis peu, de deux +cent seize voleurs, au nombre desquels il y avoit vingt-deux +Manteaux-Rouges, qui estoient à gage, et qui jetoient par le soupirail +des caves ce qu'ils avoient butiné par la ville.» (<i>Les grands jours +tenus à Paris, par M. Muet, lieutenant du petit criminel</i>, 1622 +[<i>Variétés histor. et littér.</i>, avec des notes de M. Ed. Fournier, +Paris, Jannet, 1855, in-16, t. 1, p. 198].) Dans la même pièce, p. 202, +il est encore parlé des Manteaux-Rouges, allant faire affront à un clerc +de taverne du <i>Pied-de-biche</i>, près la porte du Temple, et lui volant +son manteau.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a><a href="#FNanchor_94_94"><span class="label">[94]</span></a> C'est-à-dire: lui a donné des cornes comme celles de +Moïse. C'étoit une expression consacrée. Passerat la paraphrase ainsi:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Ce nom de cocu vous honore,</td></tr> +<tr><td align="left">Ce nom de cocu vous décore,</td></tr> +<tr><td align="left">Et par ce nom l'on est contraint</td></tr> +<tr><td align="left">De vous adorer comme saint.</td></tr> +<tr><td align="left">Mais advisez si Dieu vous prise</td></tr> +<tr><td align="left">Qui vous fait <i>semblable à Moyse</i>:</td></tr> +<tr><td align="left">Car, quand les tables il reçut,</td></tr> +<tr><td align="left">Soudainement il s'apparut,</td></tr> +<tr><td align="left">Estant descendu de la nuë,</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'il avoit la tête cornuë,</td></tr> +<tr><td align="left">Qui me fait croire, en vérité.</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'encores a divinité.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Recueil des œuvres poétiques de Jan Passerat</i>, etc.,<br />Paris, 1606, in-8º. <i>Consolation aux cocus</i>.)</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a><a href="#FNanchor_95_95"><span class="label">[95]</span></a> C'est l'évêché de Paris, alors vacant, et dont on disposa +à cette époque, ainsi qu'il sera dit plus loin.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a><a href="#FNanchor_96_96"><span class="label">[96]</span></a> «Il faisoit partir de Paris force convois d'argent, sous +prétexte de payer l'armée, mais la plupart demeuroient dans Bloys.» +<i>L'ombre de Monseigneur le duc de Mayenne, etc. Recueil des plus +curieuses pièces, etc.</i>, p. 379.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a><a href="#FNanchor_97_97"><span class="label">[97]</span></a> Monheur est un château près de Toulouse, qui, après la +mort de Boesse, s'étoit ouvertement révolté contre le roi. Il résista +plus long-temps qu'on ne l'avoit pensé, et, pour comble de disgrâce, les +gens de Sainte-Foy massacrèrent à Gontault bon nombre des gendarmes de +Luynes. Le connétable s'en affecta jusqu'à tomber malade. Il venoit de +s'aliter, quand la place se rendit enfin, le 12 décembre. Il étoit trop +tard. «Ce succès si désiré, dit Richelieu, fut à peine ressenti du +connétable, que la maladie avoit déjà réduit jusques à l'extrémité, et +l'emporta deux jours après, qui fut le quatorzième jour de décembre.» +<i>Mémoires</i> (collect. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 22, p. 162).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a><a href="#FNanchor_98_98"><span class="label">[98]</span></a> Jean Belot, curé de Mil-monts, étoit alors, comme Morgard +ou Mauregard, l'un des plus grands faiseurs d'almanachs. Voici le titre +bizarre de celui qu'il avoit publié au commencement de 1621, et qui +prédisoit, à en croire nos caqueteuses, la mort du connétable, survenue +le 15 décembre de la même année: «<i>Centuries prophetiques revelées par +sacrée théurgie et secrete astrologie à M. Jean Belot, curé de +Mil-monts, professeur ès mathématiques divines et celestes, auxquelles +centuries est predit les evenements, affaires et accidens plus signalés +qui adviendront en l'Europe, aux années suivantes jusques en l'an +1626</i>... Paris, A. Champenois, 1621, in-8 pièce.—On se préoccupoit +beaucoup, à Paris et dans la province, de ces prophéties d'almanach. +Malherbe se croit obligé, par exemple, de rassurer l'un de ses cousins +de Normandie sur les inquiétudes que ces prédictions lui donnoient au +sujet du voyage du roi, qui venoit de partir pour la Guienne. +«Mauregard, lui dit-il, le curé de Mil-monts, et tous les autres +faiseurs de prophéties, mentent. Vos astrologues ne sont pas plus +clairvoyants qu'eux. Il ne faut pas avoir peur de leurs almanachs plus +que des autres.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a><a href="#FNanchor_99_99"><span class="label">[99]</span></a> Ces almanachs étoient partout, je le répète, la grande +affaire des caqueteuses. Celles qui sont mises en scène dans une autre +pièce parue vers le même temps, <i>Le grand procez et la querelle des +femmes du faubourg S.-Germain avec les filles du faubourg Montmartre sur +l'arrivée du Régiment des Gardes, etc.</i> Paris, 1623, in-12, p. 1, +parlent aussi du curé de Mille-monts (<i>sic</i>), de son almanach, et du +diable d'argent «à qui chacun tire la queue», qu'il y a fait peindre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a><a href="#FNanchor_100_100"><span class="label">[100]</span></a> Richelieu semble croire lui-même à la vérité des +prophéties faites au sujet de la mort de Luynes, et va jusqu'à invoquer, +comme article de foi, l'almanach du curé devin. «L'almanach du curé de +Millemont, dit-il, citant un autre passage que celui auquel il est fait +ici allusion, portoit en termes exprès que, depuis le mois d'août +jusques à la fin de l'année, un grand <i>Philocomée</i> auroit bien mal à la +tête, et seroit contraint de se ranger au lit, avec danger de sa +personne; que ce ne seroit pas du tout sa maladie qui lui causeroit +ceste fascherie, mais des nouvelles qui lui viendroient de la perte de +quelques siennes troupes, qui auroient été mises en fuite; et le même +almanach, en la fin, où il mettoit les jours heureux de l'année, +remarque particulièrement celui de sa mort, jour heureux pour le roi et +son état.» <i>Mémoires de Richelieu</i>, Coll. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 22, +p. 165.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a><a href="#FNanchor_101_101"><span class="label">[101]</span></a> On ne s'en tint pas aux prédictions faites avant, il y +eut des horoscopes faits après, et d'autant plus certains; celui-ci, par +exemple, paru dans l'année qui suivit la mort de Luynes: <i>L'horoscope du +connétable et le passe-partout des favoris</i>, 1622, in-8 pièce.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a><a href="#FNanchor_102_102"><span class="label">[102]</span></a> L'un étoit Honoré d'Albert, qu'on appela d'abord M. de +Cadenet, à cause du château patrimonial, puis M. de Chaulne, quand il +eut épousé Charlotte d'Ailly, dame de Pocquigny et de Chaulne, l'unique +héritière de cette illustre maison. Fait maréchal à l'occasion de ce +mariage, il fut plus tard créé duc. Le second frère du connétable, Léon +d'Albert, qu'on nommoit M. de Brantes, épousa une fille de la maison de +Luxembourg. Il en prit le nom et les armes pleines, et s'intitula duc de +Luxembourg et de Piney.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a><a href="#FNanchor_103_103"><span class="label">[103]</span></a> Le prince de Condé, catholique assez indifférent jusque +alors, et guerrier très calme, s'étoit pris tout à coup d'une grande +haine contre les huguenots et d'une belle ardeur belliqueuse. Bien qu'on +n'en comprît pas la raison, qui n'étoit autre, à ce qu'il paroît, que +certain espoir fondé sur une prédiction qui lui promettoit la couronne à +l'âge qu'il avoit alors, et qui le portoit à se faire chef d'armée +d'abord, pour mériter mieux d'être chef d'état ensuite. Bien qu'on eût +cette soudaine résolution en défiance, comme on y trouvoit une nouvelle +force contre les rebelles, on n'étoit pas sans y applaudir. C'est ce qui +justifie ce passage des <i>Caquets</i> sur l'influence de Condé dans le +conseil. V., sur toute sa conduite alors, et sur ce qu'on en pensoit, +Vittorio Siri, <i>Memorie recondite</i>, t. 5, p. 404, et <i>Mém.</i> de +Richelieu, Coll. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 21, p. 326.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_104_104" id="Footnote_104_104"></a><a href="#FNanchor_104_104"><span class="label">[104]</span></a> Le prince de Joinville, fils du <i>Balafré</i> et frère du duc +de Guise, ainsi que de Louis de Lorraine, cardinal de Guise, devoit à sa +fidélité pour le parti de la cour le rétablissement de ses affaires. V. +sur lui les <i>Lettres de Richelieu</i>, publiées, par M. Avenel, dans la +<i>Collection de documents inédits</i>, t. 1, p. 462, 475.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_105_105" id="Footnote_105_105"></a><a href="#FNanchor_105_105"><span class="label">[105]</span></a> C'est justement le projet qu'on eut alors, et qui, après +avoir été formulé longuement par lettres patentes de février 1622, ne +reçut pas d'exécution. Il s'agissoit d'établir au Cours, la Reine une +maison royale qui devoit s'appeler d'abord <i>Maison des œuvres de +miséricorde</i>, puis <i>Maison royale de Monheurt</i>, en souvenir de la prise +récente de cette petite ville (V. plus haut). Cette sorte d'hospice eût +été instituée, d'après les termes mêmes de l'ordonnance, «pour le +soulagement des pauvres valides..., le moyen de leur apprendre à +travailler en tous arts, etc.» V. sur tout ce projet et son plan +développé l'article de la Revue rétrospective: <i>Un dépôt de mendicité +sous Louis XIII</i>, 2<sup>e</sup> série, t. 3, p. 207 et suiv.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_106_106" id="Footnote_106_106"></a><a href="#FNanchor_106_106"><span class="label">[106]</span></a> Il est aussi parlé de la «bande des assassins du faubourg +S.-Germain» dans <i>Les effroyables pactions faictes entre le Diable et +les prétendus Invisibles</i>, Paris, 1623, in-8, p. 20. Ces attaques +continuelles rendoient les Parisiens très peureux, et surtout très +casaniers, quand venoit le soir. «Ils ont cette particularité, écrit +Davity, qu'ils ne bougent point de leur logis la nuict, quelque bruit +qu'ils oyent parmi la rue et quoique quelqu'un crie qu'on le vole ou +qu'on l'assassine. De sorte qu'une personne qui se trouve parmy des +tireurs de manteaux ne doit espérer, après Dieu, qu'en ses mains ou bien +en ses pieds. Et ce qui les retient au logis en cette sorte, c'est +qu'ils ont souvent de fausses alarmes, que quelques yvrongnes leur +donnent, ou bien des cris de quelques vagabonds qui se plaisent à mettre +le monde en action, afin de s'en rire après, ou de quelques méchants qui +font ce bruit à dessein, afin d'essayer de faire sortir et d'assassiner +ceux qu'ils hayssent.» Davity, <i>Les Estats</i>, <i>Empires</i>, etc., in-fol. +1625, p. 75.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_107_107" id="Footnote_107_107"></a><a href="#FNanchor_107_107"><span class="label">[107]</span></a> On en avoit beaucoup parlé peu de mois auparavant. La +réforme qu'on vouloit introduire dans leur grand couvent de Paris les +avoit mis en émoi. Ils refusoient surtout d'aller pieds nus. Leur +rebellion avoit pris les proportions d'une émeute le 26 février 1621; on +avoit été obligé de se saisir du père gardien et de renfermer à +l'Ave-Maria, et cette rigueur avoit motivé de nouveaux murmures. V. +<i>Mercure françois</i>, t. 8, p. 504.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_108_108" id="Footnote_108_108"></a><a href="#FNanchor_108_108"><span class="label">[108]</span></a> Le titre du petit livret rare cité dans la note +précédente est à lui seul une preuve qu'alors on se préoccupoit beaucoup +des <i>Esprits</i> et des <i>Invisibles</i>. L'arrivée à Paris des frères de la +Rozée-Croix (<i>sic</i>), qui venoient y faire séjour, <i>visibles et +invisibles</i>, en cette même année 1623, contribua singulièrement à +entretenir ces chimères, et à inspirer des écrits pour ou contre, dans +le genre de celui de tout à l'heure. Nous en connaissons un autre, fait +en haine des nouveaux venus, et dont voici le titre: <i>L'Examen sur +l'Inconnue et nouvelle caballe des frères de la Rosée Croix, habituez +depuis peu de temps en la ville de Paris, ensemble l'histoire des +mœurs, coustumes, prodiges et particularités d'iceulx</i>, MDCXXIIII.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_109_109" id="Footnote_109_109"></a><a href="#FNanchor_109_109"><span class="label">[109]</span></a> Anne d'Autriche aimoit en effet à s'enquérir de ces +choses surnaturelles, de ces histoires d'Esprits qui couraient alors le +monde, Paris comme la province. Il y en avoit un à La Flèche qui faisoit +beaucoup de bruit. Malherbe en reçut des nouvelles par Racan; et comme +il y avoit là «de quoy entretenir la reine», il se hâta de remercier son +ami, et de lui demander de nouveaux détails, par une lettre du 4 +novembre 1623. D'après les questions qu'il lui mit touchant cet esprit, +dont il paroît que les Jésuites s'occupoient fort, on voit qu'il étoit +d'une assez amoureuse nature. «Informez-vous, dit-il, quand commença la +recherche de cet inconnu, et combien de temps après le mariage; s'il +couche avec elle, et ce que le mary fait ce pendant; ce qu'en dit la +demoiselle; et si, quand ils sont ensemble dans le lict, il ne parle +point à elle, et ce qu'il luy dit; si elle est melancolique, et si elle +tesmoigne n'y prendre point de plaisir.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_110_110" id="Footnote_110_110"></a><a href="#FNanchor_110_110"><span class="label">[110]</span></a> On pense que le couvent des Carmélites de la rue +Saint-Jacques, qui avoit pris la place du prieuré de +Notre-Dame-des-Champs, occupoit un terrain consacré autrefois à <i>Cérès</i>. +L'église auroit ainsi remplacé le temple. On fondoit cette opinion sur +l'apparence singulière de la statue mise tout au haut du pignon, et +qu'on croyoit être celle de la déesse. Charles Patin et Moreau de +Mautour étoient de cet avis. Ils prétendoient qu'il falloit voir dans +l'espèce de faisceau qui surmontoit la statue la gerbe d'épis, attribut +de Cérès. Piganiol combat cette opinion, et Saint-Foix la soutient. Mais +il paroît prouvé aujourd'hui que cette statue étoit tout simplement +celle de saint Michel, qu'on avoit coiffée de pointes de fer, afin +d'empêcher les oiseaux de s'y percher. Ce passage des Caquets est +curieux en ce qu'il prouve la perpétuité des souvenirs du paganisme chez +le peuple de Paris, et l'espèce d'action que ces souvenirs pouvoient +avoir sur l'opinion des savants, sans que ceux-ci daignassent l'avouer.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_111_111" id="Footnote_111_111"></a><a href="#FNanchor_111_111"><span class="label">[111]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Recueil général</i> ajoute: Jusques aux os.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_112_112" id="Footnote_112_112"></a><a href="#FNanchor_112_112"><span class="label">[112]</span></a> <i>Var. Rec. gén.</i>: Saint-Honoré.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_113_113" id="Footnote_113_113"></a><a href="#FNanchor_113_113"><span class="label">[113]</span></a> <i>Var.</i> Dans le <i>Recueil général</i>, les mots +<i>partisan</i>—<i>dame d'honneur</i>, sont remplacés par: «Vendant vin, de peu +d'effet, qui est venu tout en une nuict, comme les potirons. Il a +pourtant des commoditez de son deffunt oncle. Il peut, en bref, vous +faire grand dame.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_114_114" id="Footnote_114_114"></a><a href="#FNanchor_114_114"><span class="label">[114]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Recueil général</i> ajoute: Car j'aimais un de +notre vacation.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_115_115" id="Footnote_115_115"></a><a href="#FNanchor_115_115"><span class="label">[115]</span></a> <i>Var. Rec. gén.</i>: Mon père et ma mère.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_116_116" id="Footnote_116_116"></a><a href="#FNanchor_116_116"><span class="label">[116]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Rec. gén.</i> ajoute: Ny n'en auray jamais.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_117_117" id="Footnote_117_117"></a><a href="#FNanchor_117_117"><span class="label">[117]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Rec. gén.</i> ajoute ici: Des héritiers.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_118_118" id="Footnote_118_118"></a><a href="#FNanchor_118_118"><span class="label">[118]</span></a> <i>Var.</i> Dans le <i>Rec. gén.</i>, <i>de nos voisines</i> est +remplacé par <i>joualière</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_119_119" id="Footnote_119_119"></a><a href="#FNanchor_119_119"><span class="label">[119]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Rec. gén.</i>, au lieu de: <i>au gasteau</i>, porte: +sinon que quatre mille francs de don, à quoi elle se doit contenter.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_120_120" id="Footnote_120_120"></a><a href="#FNanchor_120_120"><span class="label">[120]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Rec. gén.</i> ajoute: luy-mesme.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_121_121" id="Footnote_121_121"></a><a href="#FNanchor_121_121"><span class="label">[121]</span></a> L'ambition de la nouvelle congrégation de l'Oratoire et +ses tentatives entreprenantes, tant en France qu'à Rome, où M. de +Bérulle, leur fondateur, pouvoit beaucoup, étoient des faits acquis et +qui causoient du murmure. Nous lisons dans une petite pièce singulière +et très rare adressée à l'un de leurs adhérents:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Vostre style n'est pas esgal;</td></tr> +<tr><td align="left">On tient que ceux de l'Oratoire</td></tr> +<tr><td align="left">Vous ont fourny quelque memoire:</td></tr> +<tr><td align="left">Vous n'estes au rapport legal.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">Ils ont avec vous entrepris</td></tr> +<tr><td align="left">De faire la guerre aux chapitres,</td></tr> +<tr><td align="left">De s'attacher partout aux mitres,</td></tr> +<tr><td align="left">Et de prendre ce qui n'est pris.</td></tr> +<tr><td> </td></tr> +<tr><td>(<i>Le Piquet de trique-mouche envoyé pour estrennes par<br /> Gueridon à +l'autheur de la Plainte apologetique pour faire le voyage de<br /> +Saint-Jacques.</i> In-12, 1626, p. 99-100.)</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_122_122" id="Footnote_122_122"></a><a href="#FNanchor_122_122"><span class="label">[122]</span></a> Il y avoit trois ans déjà, car la première démarche +datoit de 1619, que les oratoriens tendoient, avec l'agrément de Louis +XIII, il est vrai, à s'établir comme administrateurs spirituels et laïcs +de l'hospice et de l'église de Saint-Louis-des-François, à Rome. Le pape +donna son consentement, et M. de Bérulle profita, pour hâter l'affaire, +de la mission qui lui fut donnée en vue du mariage de madame Henriette +de France avec le prince de Galles, qu'on vouloit faire agréer du +Saint-Père. (<i>Mém. de Richelieu</i>, Coll. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 18, p. +312, 469.) C'est donc avec une intention malicieuse qu'il est parlé ici +de «mille tours et ambassades».</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_123_123" id="Footnote_123_123"></a><a href="#FNanchor_123_123"><span class="label">[123]</span></a> Ces pauvres prêtres firent si bien, avec l'aide des +administrateurs laïcs et spirituels qu'on menaçoit de déposséder; avec +le secours du commandeur de Sillery, puis de M. de Béthune, tour à tour +ambassadeurs de France à Rome, et tous deux opposés aux prétentions de +M. de Bérulle, qu'on leur donnoit malgré eux pour collègue; avec l'aveu +secret de Richelieu, qui combattoit partout le fondateur de l'Oratoire, +que les choses traînèrent en longueur pendant plus de dix ans, en dépit +du pape et du roi, et que la solution définitive n'arriva qu'après la +mort de M. de Berulle, en 1629.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_124_124" id="Footnote_124_124"></a><a href="#FNanchor_124_124"><span class="label">[124]</span></a> Ils n'y réussirent point; mais ils firent tant qu'ils +supplantèrent les chanoines dans la faveur du roi. En 1637, Louis XIII +ordonna, par lettres patentes, que les Pères de l'Oratoire fussent +<i>tenus ses chapelains</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_125_125" id="Footnote_125_125"></a><a href="#FNanchor_125_125"><span class="label">[125]</span></a> Le P. de Bérulle avoit d'abord voulu établir ses +Oratoriens à l'hôtel de Luxembourg (<i>Perroniana</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 214). +La reine l'ayant acheté, il se rejeta sur le vieil hôtel du Bouchage, +que le séjour de Gabrielle avoit récemment fait appeler hôtel d'Estrées. +Il l'acquit en 1616, moyennant quatre-vingt-dix mille livres. (Piganiol, +t. 2, p. 282.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_126_126" id="Footnote_126_126"></a><a href="#FNanchor_126_126"><span class="label">[126]</span></a> C'est, en effet, la vue et l'espace qui manquoient +surtout à la maison de l'Oratoire, encaissée comme elle l'étoit entre le +Louvre et la rue sombre de Saint-Honoré. Afin même de donner à la façade +de l'église la perspective qui lui faisoit défaut à cause de cette +situation, l'architecte Jacques Le Mercier la mit de biais, comme on la +voit encore, et, dit Piganiol (<i>ibid.</i>), «lui donna ainsi l'avantage +d'être vue de beaucoup plus loin, arrivant par la rue de la +Ferronnerie.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_127_127" id="Footnote_127_127"></a><a href="#FNanchor_127_127"><span class="label">[127]</span></a> Les Oratoriens de France, pour imiter encore en cela ceux +de Rome, à qui l'art musical doit, comme on sait, les premiers +<i>Oratorio</i>, voulurent donner un attrait de nouveauté à la partie lyrique +de leurs offices. Ils firent si bien qu'on ne les appela plus que les +<i>Pères au beau chant</i>. «Dès que cette église fut bâtie, dit Piganiol, la +plupart des gens de la cour n'en fréquentoient point d'autre que +celle-ci; et afin de les rendre plus attentifs aux offices divins et +plus dévots, le P. Bourgoing, qui étoit habile musicien, s'avisa de +mettre les pseaumes et quelques cantiques sur des airs qu'on chantoit +pour lors. Et voilà l'origine du chant particulier que les prêtres de +l'Oratoire de la congrégation de France ont substitué dans leur église +au chant grégorien.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_128_128" id="Footnote_128_128"></a><a href="#FNanchor_128_128"><span class="label">[128]</span></a> Ces plaintes éloquentes se retrouvent dans plusieurs +écrits du temps, mais nulle part avec plus de vigueur et de virulence +que dans <i>les Satyres du sieur Auvray</i>. Ainsi, dans sa <i>Complainte de la +France en l'an mil six cent quinze</i> (p. 202), il dit, apostrophant les +Huguenots:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Jusqu'à quand, esprits factieux,</td></tr> +<tr><td align="left">Ressemblerez-vous la vipère</td></tr> +<tr><td align="left">En deschirant, seditieux,</td></tr> +<tr><td align="left">Les flancs de vostre propre mère?</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">Rebelles, que vous ai-je fait?</td></tr> +<tr><td align="left">Suis-je une marastre cruelle?</td></tr> +<tr><td align="left">Après n'avoir succé le laict,</td></tr> +<tr><td align="left">Faut-il m'arracher la mamelle?</td></tr> +</table> +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_129_129" id="Footnote_129_129"></a><a href="#FNanchor_129_129"><span class="label">[129]</span></a> Le poète Auvray s'en prend encore, avec sa vigueur +haineuse, à l'ardeur vivace et éternelle du parti huguenot. Il va +jusqu'à exalter l'utilité de la Saint-Barthelemy:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">........... Et puis ces Lestrigons</td></tr> +<tr><td align="left">Se disent reformez! O tigres, ô dragons!</td></tr> +<tr><td align="left">Helas! combien de fois vos sanglantes furies</td></tr> +<tr><td align="left">De nos temples sacrez ont fait des boucheries!</td></tr> +<tr><td align="left">Le sang y fume encor, et, sans verser des pleurs,</td></tr> +<tr><td align="left">Je n'en peux dans mes vers exprimer les malheurs.</td></tr> +<tr><td align="left">. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</td></tr> +<tr><td align="left">Quoy! secouer le joug des monarques puissants,</td></tr> +<tr><td align="left">Mesurer vostre foy à l'aune de vos sens,</td></tr> +<tr><td align="left">Vous donner tout en proye aux charnelles délices,</td></tr> +<tr><td align="left">Violer nos tombeaux, dérober nos calices,</td></tr> +<tr><td align="left">Fouler l'hostie aux pieds, enfoncer, inhumains,</td></tr> +<tr><td align="left">Au sang des innocents vos homicides mains,</td></tr> +<tr><td align="left">Et mesdire des roys d'une rage animée:</td></tr> +<tr><td align="left">Appelez-vous cela l'Eglise reformée?</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">Vous nous reprocherez la Saint-Barthelemy;</td></tr> +<tr><td align="left">Mais ce brasier ne fut allumé qu'à demy:</td></tr> +<tr><td align="left">C'estoit lors que devoit et que pouvoit la France</td></tr> +<tr><td align="left">Exterminer ce monstre au point de sa naissance.</td></tr> +<tr><td align="left">Ce feu devoit s'esteindre avant qu'il fût plus grand:</td></tr> +<tr><td align="left">Par trop starer la playe incurable on la rend.</td></tr> +<tr><td align="left">La moisson, dira-t-on, n'etoit point encor meure.</td></tr> +<tr><td align="left">Si falloit-il ce chancre amputer de bonne heure,</td></tr> +<tr><td align="left">Il n'auroit pas gaigné les membres principaux.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Le Banquet des Muses, ou les divers satires</i> du sieur<br />Auvray, etc. Rouen, 1627, in-8, p. 271.)</td></tr> +</table> + +<p>L'opinion exprimée si énergiquement dans ces derniers vers étoit +partagée par tout le parti catholique. Dans l'<i>Epistre dedicatoire au +Roy</i>, de son livre: <i>Les principaux points de la foy de l'Eglise +catholique défendus contre l'escrit adressé au Roy par les ministres de +Charenton</i>, 1618, in-12, Richelieu tient à peu près le même langage: il +rend les protestants responsables de la Saint-Barthélemy.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_130_130" id="Footnote_130_130"></a><a href="#FNanchor_130_130"><span class="label">[130]</span></a> Pierre Du Moulin, en effet, l'apôtre du parti réformé à +cette époque, instruit par Drelincourt que le roi, prenant ombrage du +synode calviniste qu'il avoit présidé à Alais, en 1620, vouloit le faire +arrêter, s'étoit retiré à Sedan, où le duc de Bouillon le fit professeur +de théologie et ministre ordinaire. Il continua d'y surveiller les +affaires de son parti et de les diriger, comme s'il eût été encore dans +son prêche de Charenton et <i>évêque de Paris</i> en espérance, ainsi que le +disoit un petit libelle de 1618: <i>Les Œufs de Pâques adressez au +ministre Du Moulin</i>, etc. (Recueil Y, p. 174). Après la déroute de +Soubise, il parut un manifeste soi-disant émané de lui: <i>Lettre d'avis +donné à tous les ministres de France et autres de la religion prétendue +réformée, par le sieur Du Moulin, ci-devant ministre de Charenton, sur +la défaite des troupes des sieurs de Soubise et Favas</i>, Paris, J. de +Bordeaux, 1622, in-8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_131_131" id="Footnote_131_131"></a><a href="#FNanchor_131_131"><span class="label">[131]</span></a> Les receveurs y faisoient de très gros profits; aussi le +sel devenoit-il chaque jour plus cher et les plaintes plus fréquentes. +«Les laboureurs n'ont pas de quoy payer leurs tailles et acheter du +sel.» (<i>Avis donné à M. de Luynes par un fidèle serviteur du roy, et +amateur du repos public.</i>—Recueil Z, p. 152.)—Le nombre des faux +sauniers augmentoit. Dans la Guienne, un pauvre diable s'etoit fait leur +chef; on l'avoit pris et on lui avoit mis sur la tête une couronne de +fer rougi. (<i>Cosmographie</i> de Thevet, liv. 14, ch. 4, «<i>de +Bourdeaux</i>».)—Dans le Berry, il y avoit eu, en 1612, une révolte à +cause d'eux. (<i>Lettre de Malherbe à Peiresc</i>, p. 224.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_132_132" id="Footnote_132_132"></a><a href="#FNanchor_132_132"><span class="label">[132]</span></a> <i>Var.</i> Tout ce qui termine cet alinéa manque dans le +<i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_133_133" id="Footnote_133_133"></a><a href="#FNanchor_133_133"><span class="label">[133]</span></a> On appeloit ainsi les soldats de hazard à l'aide +desquels, les jours de revue, les capitaines complétoient leurs +compagnies. Une ordonnance de 1688 les condamna à être marqués d'une +fleur de lys à la joue.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_134_134" id="Footnote_134_134"></a><a href="#FNanchor_134_134"><span class="label">[134]</span></a> Var. Ce qui termine cet alinéa est remplacé, dans le +<i>Recueil général</i>, par: Attendu que l'encre et le papier venoient à me +manquer, c'est pourquoy je remis le tout à une autre fois.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_135_135" id="Footnote_135_135"></a><a href="#FNanchor_135_135"><span class="label">[135]</span></a> Cette troisième partie a pour titre dans le <i>Recueil +général</i>: <i>La troisiesme journée et visitation de l'accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_136_136" id="Footnote_136_136"></a><a href="#FNanchor_136_136"><span class="label">[136]</span></a> <i>Var.</i> Au lieu de <i>meuniers</i>, le <i>Recueil général</i> porte: +basse étoffe.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_137_137" id="Footnote_137_137"></a><a href="#FNanchor_137_137"><span class="label">[137]</span></a> Ces initiales doivent cacher le nom de Jean Guillaume, +alors bourreau de Paris. Il est déjà nommé, et en toutes lettres, dans +<i>la Chasse aux larrons</i> (pag. 47), dans les <i>Quas-tu veu de la cour</i> et +<i>Advis à M. de Luynes, sur les libelles diffamatoires</i>. (<i>Recueil des +pièces les plus curieuses</i>, etc., p. 45, 31.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_138_138" id="Footnote_138_138"></a><a href="#FNanchor_138_138"><span class="label">[138]</span></a> Cette commère a raison. Lorsqu'en 1624 cette recherche +des financiers, si long-temps menaçante, eut été décrétée et la chambre +de justice instituée, à l'instigation de Richelieu et de la reine-mère, +on se contenta de sévir contre La Vieuville, le surintendant, et contre +Beaumarchais, son beau-père, qui, on le prouva, s'étoit enrichi de dix +millions depuis les quelques années qu'il étoit trésorier de l'Epargne. +La Vieuville fut mis en prison au château d'Amboise, et Beaumarchais +pendu en effigie. Justice étant ainsi faite des deux hommes contre +lesquels la mesure avoit surtout été prise, le roi se fit bien supplier +par les femmes, enfants, parents, de ceux que l'arrêt de la chambre +rendu le 25 janvier 1625 avoit frappés; puis il rendit, au mois de mai +de la même année, un édit portant révocation de la chambre de justice, +avec une abolition pour les gens de finances, à la charge de payer les +taxes auxquelles ils pourroient être condamnés par le conseil. Cette +recherche n'en fit pas moins rentrer dans les coffres du roi dix +millions huit cent mille livres. <i>Mémoires</i> de l'abbé d'Artigny, t. 5, +p. 57-58.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_139_139" id="Footnote_139_139"></a><a href="#FNanchor_139_139"><span class="label">[139]</span></a> <i>Var.</i>, éd. orig.: si cher.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_140_140" id="Footnote_140_140"></a><a href="#FNanchor_140_140"><span class="label">[140]</span></a> Tous les gens de justice, du plus grand au plus petit, +vouloient leur pot-de-vin, leur pour-boire, leur tour de bâton.</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Il faut aller caresser un greffier,</td></tr> +<tr><td align="left">Il faut flatter un clerc gratte-papier,</td></tr> +<tr><td align="left">Faut honorer, à longue bonnetade,</td></tr> +<tr><td align="left">Son advocat, soit ou ne soit maussade;</td></tr> +<tr><td align="left">Faut cottoyer un sergent serre-argent,</td></tr> +<tr><td align="left">Afin qu'il soit un peu plus diligent;</td></tr> +<tr><td align="left">Aux moindres clercs il faut payer à boire.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>La Mort de Procez</i>, Paris, 1634, in-12, p. 17.)</td></tr> +</table> +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_141_141" id="Footnote_141_141"></a><a href="#FNanchor_141_141"><span class="label">[141]</span></a> <i>Var.</i> du <i>Recueil général</i>: On le faict monter à ce +que...</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_142_142" id="Footnote_142_142"></a><a href="#FNanchor_142_142"><span class="label">[142]</span></a> <i>Recueil général des rencontres, questions, demandes, et +autres œuvres tabariniques</i>, petit volume in-12 paru en 1622, +c'est-à-dire de manière à être encore dans sa pleine nouveauté quand fut +imprimé ce troisième Caquet.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_143_143" id="Footnote_143_143"></a><a href="#FNanchor_143_143"><span class="label">[143]</span></a> Il paroît toutefois que c'étoit moins l'éloquence de +Mondor que les lazzis de son valet Tabarin qui faisoit la fortune de +leur échafaud de la place Dauphine. «Tabarin proffite plus avec deux ou +trois questions bouffonnes et devineries de merde ou de la chouserie que +ne fait son maistre avec tout son: «<i>Questo e un remedio santo per +sanare tutti gli morbi.</i>» <i>Les Essais de Mathurine</i> (s. l. n. d.), p. +4.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_144_144" id="Footnote_144_144"></a><a href="#FNanchor_144_144"><span class="label">[144]</span></a> <i>Var.</i>, éd. orig.: la bonne mine de son clerc.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_145_145" id="Footnote_145_145"></a><a href="#FNanchor_145_145"><span class="label">[145]</span></a> En 1631, Mondor trônoit encore à la place Dauphine, mais +sa bonne mine commençoit à baisser. Afin qu'il pût la relever et +reprendre un peu de sa majesté première, voici ce qui fut stipulé à son +intention dans <i>le Testament de feu Gauthier Garguille</i>, Paris, 1634, +in-12, p. 10: «A mon oncle Mondor, afin qu'il ait plus de majesté en +distribuant ses medicamens à ceux qui luy en demandent, et pour +l'alliance qui est entre nous, je donne et lègue ma belle robbe dont je +representois les rois dans la comedie. Et pour ma chaisne et ma medaille +en façon d'or, j'ordonne qu'on les luy livrera à un prix raisonnable, en +cas qu'il en ait affaire.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_146_146" id="Footnote_146_146"></a><a href="#FNanchor_146_146"><span class="label">[146]</span></a> C'est de lui qu'il a déjà été parlé dans le premier +<i>Caquet</i>. On trouve sur sa personne, assez maussade, sur les serpents +dont il faisoit parade, sur son parallèle avec Tabarin, beaucoup plus +plaisant et plus heureux que lui, de longs détails, dans un petit livre +de cette époque: <i>Discours de l'origine, des mœurs, fraudes et +impostures des charlatans, etc.</i> Paris, 1622, in-8, p. 35, 39, 51.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_147_147" id="Footnote_147_147"></a><a href="#FNanchor_147_147"><span class="label">[147]</span></a> <i>Var.</i>, éd. orig.: mine.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_148_148" id="Footnote_148_148"></a><a href="#FNanchor_148_148"><span class="label">[148]</span></a> Le masque étoit un luxe que les bourgeoises devoient +laisser aux dames et damoiselles:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">La Mijolette a bonne grace</td></tr> +<tr><td align="left">De maintenir par ses discours</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'elle est première de sa race</td></tr> +<tr><td align="left">Qui a le masque de velours.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Le Bruit qui court de l'Espousée</i>, 1624, <i>Variétés</i><br /><i>histor. et litt.</i>, Paris, 1855, in-16. t. 1, p. 307.)</td></tr> +</table> +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_149_149" id="Footnote_149_149"></a><a href="#FNanchor_149_149"><span class="label">[149]</span></a> Nous trouvons dans les <i>satires</i> d'Auvray le portrait +complet, dont ceci n'est que l'esquisse:</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">. . . . . . . . Ce goguelu</td></tr> +<tr><td align="left">Estoit gay, goffré, testonné,</td></tr> +<tr><td align="left">Brave, comme un chou godronné;</td></tr> +<tr><td align="left">La manteau à la Balagnie,</td></tr> +<tr><td align="left">Le soulier à l'Academie,</td></tr> +<tr><td align="left">Dedans la mule de velours,</td></tr> +<tr><td align="left">Les jartiers à tours et retours.</td></tr> +<tr><td align="left">Bouffant en deux roses enflées</td></tr> +<tr><td align="left">Comme deux laictues pommées;</td></tr> +<tr><td align="left">Le bas de Milan, le castor</td></tr> +<tr><td align="left">Orné d'un riche cordon d'or.</td></tr> +<tr><td align="left">L'ondoyant et venteux pennache</td></tr> +<tr><td align="left">Donnoit du galbe à ce bravache;</td></tr> +<tr><td align="left">Un long flocon de poil natté</td></tr> +<tr><td align="left">En petits anneaux frizotté,</td></tr> +<tr><td align="left">Pris au bout de tresse vermeille,</td></tr> +<tr><td align="left">Descendoit de sa gauche oreille;</td></tr> +<tr><td align="left">Son collet bien vuidé d'empois</td></tr> +<tr><td align="left">Et dentelé de quatre doigts;</td></tr> +<tr><td align="left">D'un soyeux et riche tabit</td></tr> +<tr><td align="left">Estoit composé son habit;</td></tr> +<tr><td align="left">Le pourpoint en taillade grande,</td></tr> +<tr><td align="left">D'où la chemise de Hollande</td></tr> +<tr><td align="left">Ronfloit en beaux bouillons neigeux</td></tr> +<tr><td align="left">Comme petits flots escumeux;</td></tr> +<tr><td align="left">Le haut de chausse à fond de cuve,</td></tr> +<tr><td align="left">La moustache en barbier d'estuve,</td></tr> +<tr><td align="left">Et recoquillé à l'escart</td></tr> +<tr><td align="left">Comme les gardes d'un poignard;</td></tr> +<tr><td align="left">La barbe, confuse et grillée,</td></tr> +<tr><td align="left">En piramide estoit taillée</td></tr> +<tr><td align="left">Ou en pointe de diamant.</td></tr> +<tr><td align="left">Ce mignon alloit parfumant</td></tr> +<tr><td align="left">Le lieu de son odeur musquée.</td></tr> +<tr><td align="left">La mouche, à la tempe appliquée,</td></tr> +<tr><td align="left">L'ombrageant d'un peu de noirceur,</td></tr> +<tr><td align="left">Donnoit du lustre à sa blancheur.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Le Banquet des Muses</i>, satires divers du sieur Auvray, etc., p. 191-192.)</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_150_150" id="Footnote_150_150"></a><a href="#FNanchor_150_150"><span class="label">[150]</span></a> Ces histoires d'inceste n'étoient pas rares alors. +Quelques années auparavant il avoit couru dans Paris un livret portant +ce titre: «<i>La grande cruauté et tyrannie exercée en la ville d'Arras, +ce 28 jour de may 1618, par un jeune gentilhomme et une damoiselle, +frère et sœur, lesquels ont commis inceste, ensemble ce qui s'est +passé durant leurs impudicques amours</i>. Paris, 1618, in-8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_151_151" id="Footnote_151_151"></a><a href="#FNanchor_151_151"><span class="label">[151]</span></a> V. sur ce puits, placé au carrefour de la rue S.-Jacques +et de la rue S.-Hilaire, etc., le point central du quartier des +libraires, une note de notre édition du <i>Roman bourgeois</i> de Furetière, +Paris, P. Jannet, 1854, in-12, p. 222-223.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_152_152" id="Footnote_152_152"></a><a href="#FNanchor_152_152"><span class="label">[152]</span></a> Le véritable titre est celui-ci: <i>l'Etonnement de la Cour +de l'esprit qui va de nuit</i>. S. l., 1622, in-8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_153_153" id="Footnote_153_153"></a><a href="#FNanchor_153_153"><span class="label">[153]</span></a> <i>Relation generale des conquestes et victoires du roy sur +les rebelles, depuis l'an mil six cent vingt jusqu'à present, avec les +nom et situation des villes, places et chasteaux rendus à l'obéissance +de S. M.</i> Paris, Fleury Bourriquant, in-8. Le jugement porté ici sur +cette pièce est fort juste.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_154_154" id="Footnote_154_154"></a><a href="#FNanchor_154_154"><span class="label">[154]</span></a> Clérac, en effet avoit été pris en juillet 1621 (V. plus +haut), tandis que Negrepelisse ne fut emportée que le 10 juin de l'année +suivante, après quelques jours de siége. Ce passage fixe positivement, à +un jour près, la date de ce troisième Caquet.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_155_155" id="Footnote_155_155"></a><a href="#FNanchor_155_155"><span class="label">[155]</span></a> <i>La prise et reduction de la ville de Sainct-Antonin à +l'obeissance du roi, Sa Majesté y estant en personne; avec le nombre des +habitans et rebelles qui ont esté pendus par le commandement du roi</i> (22 +juin). Paris, P. Rocolet, 1622, in-8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_156_156" id="Footnote_156_156"></a><a href="#FNanchor_156_156"><span class="label">[156]</span></a> Nous ne savons à quels discours sur la vie de sainte +Thérèse il est fait allusion ici; nous ne connoissons à cette époque que +la traduction françoise publiée à Anvers en 1607, par J. D. B. P. et D. +C. C., de l'ouvrage de Francisco de Ribera: <i>Vida de la madre Teresa de +JHS., Fundadora de los Descalças y Descalços carmelitos, repartida en V +libros</i>. Madrid, 1601.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_157_157" id="Footnote_157_157"></a><a href="#FNanchor_157_157"><span class="label">[157]</span></a> Ce qui est dit ici vient compliquer d'un fait de +littérature légale l'histoire déjà singulièrement curieuse de l'<i>Espadon +satyrique</i>. On ne sait au juste de qui est réellement ce recueil de +satires assez obscènes. Les uns, Brossette le premier, l'attribuent au +baron de Fourquevaux, à qui Régnier dédia une de ses épîtres; les autres +le restituent à Claude d'Esternod, dont le nom, quoique bien réel, passa +longtemps pour être un pseudonyme du baron. Ce qui fut cause de cette +erreur, c'est que la première édition, publiée à Lyon en 1619, in-12, +est en effet signée de ce nom supposé: <i>Franchère</i>, et qu'on put croire +avec quelque raison que le nom de <i>d'Esternod</i>, qui signe la seconde, +n'avoit pas plus de réalité, et n'étoit qu'un nouveau travestissement de +M. de Fourquevaux. En cherchant un peu, l'on eût pourtant trouvé, comme +l'a fait M. Weiss pour la <i>Biographie universelle</i>, que d'Esternod, né à +Salins en 1590, long-temps soldat, puis gouverneur d'Ornans, n'étoit +rien moins qu'un mythe; on eût découvert aussi que le pseudonyme +<i>Franchère</i> n'étoit pas aussi impénétrable qu'il le sembloit, puisqu'il +n'étoit que l'anagramme de <i>Refranche</i>, nom d'un village dont d'Esternod +étoit seigneur. Quant à la raison qui a donné lieu à l'opinion de +Brossette, dans ses notes sur Régnier, opinion admise par l'abbé Goujet +(<i>Bibliothèque françoise</i>, t. 14, p. 209), et défendue par M. J. B. +Pavie, dernier descendant du baron de Fourquevaux, dans une lettre du 24 +frim. an IV, à l'abbé de S.-Léger (V. Brunet, <i>Manuel</i>, au mot +d'<i>Esternod</i>), nous n'avons pu savoir d'où elle vient et sur quoi elle +se fonde.—Le fait révélé par le passage des Caquets objet de cette +note, et qui prouve que, si le nom de l'auteur varioit, le titre du +livre changeoit aussi, n'est pas unique dans l'histoire de ce singulier +recueil. En 1721, il fut republié à Amsterdam, sous le titre de <i>Satires +galantes et amoureuses</i> du sieur d'Esternod. Il est très rare sous ce +déguisement, mais moins encore que le <i>Discours du Courtisan à la mode</i>, +que nous n'avons jamais pu trouver.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_158_158" id="Footnote_158_158"></a><a href="#FNanchor_158_158"><span class="label">[158]</span></a> Le cloître Notre-Dame. Il étoit alors fermé de portes +qu'on n'ouvroit plus après une certaine heure. Tous les gens du Chapitre +y logeoient, et, en outre, il étoit permis aux hommes de travail et de +piété, comme de Thou, comme Boileau plus tard, et aux femmes qui +vouloient se soustraire aux entreprises galantes, d'y chercher un +refuge. «Mademoiselle Chantilly, écrit Malherbe à Peiresc, le 12 février +1610, a pris logis dans le cloître Notre-Dame pour y être plus +sûrement.» V., sur ces asiles du cloître, une note de notre <i>Paris +démoli</i> (les Demeures de Boileau), 2<sup>e</sup> édition, p. 163-164.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_159_159" id="Footnote_159_159"></a><a href="#FNanchor_159_159"><span class="label">[159]</span></a> Le sol valoit 12 deniers, et le carolus, qui n'étoit déjà +plus guère en cours, n'en valoit que 10.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_160_160" id="Footnote_160_160"></a><a href="#FNanchor_160_160"><span class="label">[160]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Recueil général</i> ajoute: Jusques à la revoir +une autre fois.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_161_161" id="Footnote_161_161"></a><a href="#FNanchor_161_161"><span class="label">[161]</span></a> Dans le <i>Recueil général</i>, cette partie a pour titre: <i>La +quatriesme journée et Visitation de l'Accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_162_162" id="Footnote_162_162"></a><a href="#FNanchor_162_162"><span class="label">[162]</span></a> <i>Var.</i> du <i>Recueil général</i>: jouir du contentement de +ceste quatriesme journée.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_163_163" id="Footnote_163_163"></a><a href="#FNanchor_163_163"><span class="label">[163]</span></a> Les charges se vendoient partout à ces prix élevés, +particulièrement dans le Bourbonnois, dont il est question ici. Il en +coûtoit huit mille livres pour devenir conseiller d'élection. (<i>Mém. des +intendants, Bourbonnois</i>, chap. Finances.) Une charge de seigneur +conseiller à la cour des aides se payoit jusqu'à 25,000 livres, et celle +de chevalier-trésorier général des généralités ne s'acquéroit pas à +moins de 30,000. (<i>Ibid.</i>, <i>Généralité de Montauban</i>, chap. Finances.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_164_164" id="Footnote_164_164"></a><a href="#FNanchor_164_164"><span class="label">[164]</span></a> On disoit <i>aller au vin et à la moutarde</i>, pour railler, +faire quolibets et chansons sur une chose. Notre locution <i>s'amuser à la +moutarde</i>, et le nom donné au gamin de Paris, en sont restés. Cette +expression étoit vieille dans la langue. On la trouve déjà dans un +passage du <i>Journal du Bourgeois de Paris</i> sous Charles VI; et Villon, +parlant de la belle bergeronnette qui rioit et chantoit bien, dit: <i>Elle +alloit bien à la moutarde</i>. (Huit. CLIV.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_165_165" id="Footnote_165_165"></a><a href="#FNanchor_165_165"><span class="label">[165]</span></a> Discours élogieux, mais souvent avec ironie, qu'on avoit +coutume de faire dans les facultés de théologie et de médecine de Paris, +avant de recevoir les licenciés. Chaque bachelier y trouvoit son lot. Ce +mot de <i>paranymphe</i> venoit de l'usage qu'on avoit en Grèce d'adresser +aux nouveaux mariés un chant de louange le jour de leurs noces. Il étoit +fort employé à l'époque de Louis XIII. Régnier dit dans sa V<sup>e</sup> satire, +v. 233-236.</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Et, ce qui plus encor m'empoisonne de rage,</td></tr> +<tr><td align="left">Est quand un charlatan relève son langage,</td></tr> +<tr><td align="left">Et, de coquin faisant le prince revestu,</td></tr> +<tr><td align="left">Bastit un paranymphe à sa belle vertu.</td></tr> +</table> +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_166_166" id="Footnote_166_166"></a><a href="#FNanchor_166_166"><span class="label">[166]</span></a> Voici comment Tallemant, d'après le récit qu'en faisoit +la fille de la comtesse, raconte l'aventure sinistre de madame des +Vertus (édit. in-8, t. 3, p. 407): «Le comte des Vertus étoit un fort +bonhomme, et qui ne manquoit point d'esprit. Son foible étoit sa femme: +il l'aimoit passionnément, et ne croyoit pas qu'on pût la voir sans en +devenir amoureux. Un gentilhomme d'Anjou, nommé S.-Germain La Troche, +homme d'esprit et de cœur, et bien fait de sa personne, fut aimé de +la comtesse. Le mari, qui avoit des espions auprès d'elle, fut instruit +aussitôt de l'affaire. Il estimoit S.-Germain et faisoit profession +d'intimité avec luy; il trouva à propos de luy parler, luy dit qu'il +l'excusoit d'être amoureux d'une belle femme, mais qu'il luy feroit +plaisir de venir moins souvent chez luy. S.-Germain s'en trouva quitte à +bon marché; il y venoit moins en apparence, mais il y faisoit bien des +visites en cachette: c'étoit à Chantocé en Anjou. Le comte savoit tout; +il n'en témoigna pourtant rien, jusqu'à ce que, durant un voyage de dix +ou douze jours, le galant eut la hardiesse de coucher dans le château. +Les gens dont la dame et luy se servoient étoient gagnés par le mary. +Ayant appris cela, il deffendit sa maison à S.-Germain. Cet homme, au +désespoir d'être privé de ses amours, écrit à la belle et la presse de +consentir qu'il la défasse de leur tyran. Les agens gagnés faisoient +passer toutes les lettres par les mains du mari, qui avoit l'adresse de +lever les cachets sans qu'on s'en aperçût. Elle répondit qu'elle ne s'y +pouvoit encore résoudre. Il réitère, et lui écrit qu'il mourra si elle +ne consent à la mort de ce gros pourceau. Elle y consent, et, par une +troisième lettre, il lui mande que dans ce jour-là elle sera en liberté, +que le comte va à Angers, et que sur le chemin il lui dressera une +embuscade. Le comte retient cette lettre, se garde bien de partir, et, +ayant appris que S.-Germain dînoit, en passant, dans le bourg de +Chantocé, il se résout de ne pas laisser passer l'occasion: il lui +envoie dire qu'il fera meilleure chère au château qu'au cabaret, et +qu'il le prioit de venir dîner avec lui. Le galant, qui ne demandoit +qu'à être introduit de nouveau dans la maison, ne se doutant de rien, +s'y en va. Il n'avoit pas alors son épée: il l'avoit ôtée pour dîner; il +oublie de la prendre. Dès qu'il fut dans la salle, le comte luy dit: +«Tenez, en lui présentant son dernier billet, connoissez-vous +cela?—Oui, répondit S.-Germain, et j'entends bien ce que cela veut +dire.—Il faut mourir.» Les gens du comte mirent aussitôt l'épée à la +main. Ce pauvre homme n'eut pour toute ressource qu'un siége pliant. Il +avoit déjà reçu un grand coup d'épée, le mari entra dans la chambre de +sa femme, qui n'étoit séparée de la salle que par une antichambre. Il la +prend par la main et luy dit: «Venez, ne craignez rien; je vous aime +trop pour rien entreprendre contre vous.» Elle fut obligée de passer sur +le corps de son amant, qui étoit expiré sur le seuil de la porte. Il la +mena dans le château d'Angers. Elle eut bien des frayeurs, comme on peut +penser. Les parents du mort, quand ils eurent vu la lettre, ne firent +pas de poursuites. La comtesse ouit tout le bruit qu'on avoit fait en +assassinant son favori. Elle étoit grosse; elle ne se blessa pourtant +point, mais la petite-fille qu'elle fit, et qui ne vécut que huit ans, +étoit sujette à une maladie qui venoit des transes où sa mère avoit +esté, car elle s'écrioit: «Ah! sauvez-moi! voilà un homme, l'épée à la +main, qui veut me tuer!» et elle s'évanouissoit. Elle expira d'un de ces +évanouissements.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_167_167" id="Footnote_167_167"></a><a href="#FNanchor_167_167"><span class="label">[167]</span></a> Il étoit secrétaire d'état et fort homme de cour. Il fut +pour quelque chose dans la fortune de Puget à ses commencements. On peut +lire sur lui et sur la reine Marguerite une anecdote assez gaillarde +dans le <i>Perroniana</i>, 3<sup>e</sup> édition p. 145.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_168_168" id="Footnote_168_168"></a><a href="#FNanchor_168_168"><span class="label">[168]</span></a> Messire Nicolas de Verdun étoit alors premier président. +Il avoit succédé, en 1616, à Achille du Harlay, et il occupa cette +charge jusqu'en 1627. «Il avoit, dit Blanchard, le goût des peintures +excellentes et des bons livres»; mais jusqu'ici nous ne savions pas +qu'il eut celui de la galanterie. (Blanchard, <i>Eloges de tous les +premiers présidents</i>, 1645, in-8, p. 81.)—On avoit M. de Verdun en +grande estime; «chascun, lit-on dans une pièce du temps, ne sauroit +assez l'admirer, pour estre ses louanges inférieures à ses vertus.» +<i>Advis de Guill. de la Porte, hotteux ès halles de Paris</i>, etc., in-8, +p. 7.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_169_169" id="Footnote_169_169"></a><a href="#FNanchor_169_169"><span class="label">[169]</span></a> Cette galerie se trouvoit dans l'hôtel de la préfecture +de police, où M. de Verdun fut le premier qui installa la présidence du +Parlement.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_170_170" id="Footnote_170_170"></a><a href="#FNanchor_170_170"><span class="label">[170]</span></a> Ce procès de Monsigot devoit avoir trait aux affaires du +connétable de Luynes, dont il avoit été le secrétaire. L'issue n'en dut +pas être bien desastreuse pour lui, puisque quelques années après, en +1629, nous le voyons reparoître comme secrétaire des commandements de +Gaston, qui lui accorde toute sa confiance. Quand il songe à s'enfuir en +Lorraine, c'est Monsigot qu'il envoie près du duc pour lui préparer une +retraite. (<i>Mém.</i> de Gaston, Coll. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 31, p. 88, +112.) Cette faveur de Monsigot chez Gaston ne le recommandoit guère +auprès de Richelieu, qui d'ailleurs devoit haïr en lui une créature du +connétable; aussi, à l'époque des démêlés graves entre Monsieur et le +cardinal, après qu'il eut apporté l'inventaire des pierreries de Madame, +comme on l'en avoit chargé, resta-t-il long-temps inquiet et craignant +d'être arrêté, dans la retraite qu'il s'ésoit donnée à Orléans. (<i>Mém.</i> +de Richelieu, Coll. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 26, p. 367.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_171_171" id="Footnote_171_171"></a><a href="#FNanchor_171_171"><span class="label">[171]</span></a> Beaucoup d'autres lui en avoient aussi. «On a vu +Monsigot, dit le <i>Contadin provençal</i>, tenir banque au Louvre pour la +composition des pensions.» Recueil cité, p. 98.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_172_172" id="Footnote_172_172"></a><a href="#FNanchor_172_172"><span class="label">[172]</span></a> Il avoit surtout pour lui les gens du parlement; mais on +pouvoit craindre que ce ne lui fût un secours inutile: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Pour Monsigot, j'ai peur que messieurs de la cour</td></tr> +<tr><td align="left">Ne le puissent tirer d'un si fascheux destour.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Le De profundis sur la mort de Luynes</i>, même Recueil, p. 417.)</td></tr> +</table> +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_173_173" id="Footnote_173_173"></a><a href="#FNanchor_173_173"><span class="label">[173]</span></a> Duret de Chevri, président de la chambre des comptes. Il +avoit commencé par être secrétaire de Sully, et mieux que cela même, à +en croire Tallemant, édit. in-12, t. 1, p. 148. Sa mort et l'épitaphe +satirique qu'on lui fit sont ainsi mentionnées dans le <i>Patiniana</i>, p. +16: «Il mourut en 1637, après avoir été taillé de la pierre. Voici son +épitaphe: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Cy-gist qui fuyoit le repos,</td></tr> +<tr><td align="left">Qui fut nourri dès la mamelle</td></tr> +<tr><td align="left">De tributs, tailles et impôts,</td></tr> +<tr><td align="left">De subsides et de gabelles;</td></tr> +<tr><td align="left">Qui mêloit dans ses aliments</td></tr> +<tr><td align="left">De l'essence du sol pour livre.</td></tr> +<tr><td align="left">Passant, songe à te mieux nourrir,</td></tr> +<tr><td align="left">Car, si la taille l'a fait vivre,</td></tr> +<tr><td align="left">La taille aussi l'a fait mourir.</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_174_174" id="Footnote_174_174"></a><a href="#FNanchor_174_174"><span class="label">[174]</span></a> Ce nom est altéré; il faut lire «le président +d'Ocquerre.» Il étoit, en effet, secrétaire d'Etat. Il eut pour fils ce +Blancmesnil, conseiller au parlement, qui partagea la popularité +frondeuse de Broussel. <i>Histor.</i> de Tallemant, édit in-12, t. 7, p. +148.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_175_175" id="Footnote_175_175"></a><a href="#FNanchor_175_175"><span class="label">[175]</span></a> A titre de veuve du connétable de Luynes, son premier +mari, madame de Chevreuse devoit en effet protéger Monsigot.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_176_176" id="Footnote_176_176"></a><a href="#FNanchor_176_176"><span class="label">[176]</span></a> Cela est si vrai, qu'elle ne tarda pas à être éloignée de +la cour, aux instigations de la Vieuville. <i>Mém.</i> de Richelieu, coll. +Petitot, 2<sup>e</sup> série, t, 22, p. 273.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_177_177" id="Footnote_177_177"></a><a href="#FNanchor_177_177"><span class="label">[177]</span></a> Il faut lire le commandeur, et non le chevalier de +Sillery. Noël Brulart, frère du chancelier de Sillery, fut en effet +ambassadeur à Rome. Il en fut rappelé en 1624 par Richelieu, ennemi juré +de sa famille. Le traité conclu par le commandeur avec le pape, dans +l'affaire de la Valteline, fut le motif ou plutôt le prétexte de cette +disgrâce.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_178_178" id="Footnote_178_178"></a><a href="#FNanchor_178_178"><span class="label">[178]</span></a> François Annibal d'Estrées, marquis de Cœuvre, frère +de Gabrielle, et par là, comme il est dit ici, oncle de MM. de Vendosme. +C'est lui qui les avoit amenés à faire leur Paix avec le roi, dans les +commencements de son règne. (<i>Lettres</i> de Malherbe à Peiresc, p, 378, +393.) Pendant son ambassade à Rome, qui précéda celle du commandeur de +Sillery, et qu'il eût bien désiré faire durer plus long-temps, comme ce +passage des <i>Caquets</i> l'indique, il avoit réussi à faire obtenir à +Richelieu le chapeau de cardinal.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_179_179" id="Footnote_179_179"></a><a href="#FNanchor_179_179"><span class="label">[179]</span></a> C'est le même qui devint si fameux plus tard comme +lieutenant civil, et l'âme damnée de Richelieu. Il ne prit qu'en 1638 +cette charge, qu'il garda jusqu'à sa mort, en 1650. A l'époque dont il +est parlé ici, il étoit maître des requêtes.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_180_180" id="Footnote_180_180"></a><a href="#FNanchor_180_180"><span class="label">[180]</span></a> Le président Jean-Robert Aubry ou Aubery, conseiller +d'Etat, mourut doyen du conseil dans un âge très avancé. On l'appeloit +Robert le Diable. Tallemant n'en voit de raison que dans sa brusquerie. +En somme, dit-il, sa femme, qu'il ne tourmentoit guère, «étoit plus +diablesse qu'il n'étoit diable.» Tallemant, édit. in-12, t. 8, p. 23.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_181_181" id="Footnote_181_181"></a><a href="#FNanchor_181_181"><span class="label">[181]</span></a> C'étoit encore bien là l'opinion reçue à propos de cette +affaire; dans le <i>De profundis</i> sur la mort de Luynes, on fait dire par +le connétable à l'un de ses fidèles: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Tu n'ignores, Desplan, que je suis ton soutien,</td></tr> +<tr><td align="left">Que je t'ay soutenu lorsque j'estois en vie.</td></tr> +<tr><td align="left">Monsigot te dira, maintenant qu'on le tient,</td></tr> +<tr><td align="left">Qu'il est en grand hasard d'avoir l'ame ravie.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="right">(Recueil cité, p. 415.)</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_182_182" id="Footnote_182_182"></a><a href="#FNanchor_182_182"><span class="label">[182]</span></a> Monsigot, comme une précédente note l'indique, obtint +pourtant son pardon. Il n'y épargna rien, il est vrai. Il fit surtout +des aveux, pensant, lit-on dans le <i>Passe-partout des favoris</i>, qu'il +auroit quelque grace par la confession de ses fautes si mal à propos +commises; «mais, ajoute l'auteur, que la suite dut bien surprendre, je +crains qu'il sera contraint de tenir compagnie à son maître et d'aller +voir s'il est aussi aisé de voler aux Pays-Bas qu'à l'armée.» Même +Recueil, p. 136.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_183_183" id="Footnote_183_183"></a><a href="#FNanchor_183_183"><span class="label">[183]</span></a> Potel étoit greffier du conseil. Son fils, qui se faisoit +appeler M. Le Parquet, et qu'on nommoit plus communément Potel-Romain, +«à cause qu'il parloit fort de Rome, où il avoit été», n'est pas oublié, +comme l'un des plus curieux originaux du temps, par Tallemant, dans ses +<i>Historiettes</i>. (V. édit. in-12, t. 10, p. 34-35.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_184_184" id="Footnote_184_184"></a><a href="#FNanchor_184_184"><span class="label">[184]</span></a> Il avoit été l'une des créatures du maréchal d'Ancre, et +d'Aubigné, dans le <i>Baron de Fæneste</i>, nous le représente, ainsi que +Barbin, comme «un habile homme, bien fidèle a la reine et à madame la +mareschale.» (Liv. 1, chap. 13.) Il tomba avec son protecteur. Les +mémoires de Pontchartrain le mettent au rang des deux ou trois (il est +vrai que Richelieu en est aussi) qui n'avoient «d'autre mérite et +expérience aux affaires sinon d'être ministres des passions du maréchal +et de sa femme.» (<i>Mémoires concernant les affaires de France sous la +régence de Marie de Médicis, etc.</i>, La Haye, 1720, t. 2, p. 268.) Mangot +pourtant finit par rentrer en faveur. Au mois d'août 1621, après la mort +du chancelier du Vair, il fut investi de la charge dont il est parlé +ici: on lui donna les sceaux; mais il ne les garda pas long-temps.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_185_185" id="Footnote_185_185"></a><a href="#FNanchor_185_185"><span class="label">[185]</span></a> C'est le même, sans doute, qui, s'étant poussé dans les +ambassades, en fit une à Rome, si malheureuse, pour obtenir du pape que +l'évêque de Beauvais fût fait cardinal. Il en revint piteux et enrhumé. +«Ce n'est pas étrange, dit Bassompierre, qui l'entendoit tousser; il est +revenu de Rome sans chapeau...» Tallemant, <i>Historiettes</i>, édit. in-12, +t. 4, P. 208.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_186_186" id="Footnote_186_186"></a><a href="#FNanchor_186_186"><span class="label">[186]</span></a> Le président de Tillay, de la famille des Girard, fameuse +alors dans la robe, et dont un des membres étoit à cette époque +procureur général de la chambre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_187_187" id="Footnote_187_187"></a><a href="#FNanchor_187_187"><span class="label">[187]</span></a> C'est, dans le <i>Recueil général</i>: <i>La cinquiesme journée +et visitation de l'Accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_188_188" id="Footnote_188_188"></a><a href="#FNanchor_188_188"><span class="label">[188]</span></a> <i>Var.</i> du <i>Recueil général</i>: Je me mis à entretenir +l'Accouchée, et peu après...</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_189_189" id="Footnote_189_189"></a><a href="#FNanchor_189_189"><span class="label">[189]</span></a> <i>Var.</i>: Et moy, je pris la mienne ordinaire au cabinet.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_190_190" id="Footnote_190_190"></a><a href="#FNanchor_190_190"><span class="label">[190]</span></a> On peut lire dans les mémoires du duc lui-même comment il +fit sa paix avec le roi dans les conférences d'Alais, et à quelles +conditions pour son parti et pour lui-même cet arrangement définitif fut +conclu. (Coll. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 18, p. 440-455.)—«<i>Baiser le +babouin</i>, sorte de proverbe pour dire: faire des soumissions à quelqu'un +avec lequel on étoit brouillé.» Richelet.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_191_191" id="Footnote_191_191"></a><a href="#FNanchor_191_191"><span class="label">[191]</span></a> Le duc de Fronsac, fils du comte de S.-Paul, qui servoit +comme volontaire au siége de Montauban, fut tué dans une sortie. +(<i>Mémoires</i> du sieur de Pontis, liv. 5, 1622.) Il avoit vingt ans à +peine et n'étoit arrivé que depuis un jour devant la place. (<i>Mercure +françois</i>, t. 8, p. 814-815.) Le roi écrivit des lettres de consolation +au comte et à la comtesse de S.-Paul. (Ibid.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_192_192" id="Footnote_192_192"></a><a href="#FNanchor_192_192"><span class="label">[192]</span></a> «M. de Montmorency y fut blessé; le duc de Fronsac, le +marquis de Beuvron, Hoctot, le baron de Canillac, Montbrun, L'Estange, +Lussan, Gombalet et plusieurs hommes de commandement, furent tués.» +<i>Mém.</i> de Richelieu, Coll. Petitot, 2<sup>e</sup> série, t. 22, p. 222.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_193_193" id="Footnote_193_193"></a><a href="#FNanchor_193_193"><span class="label">[193]</span></a> Ce n'est encore ici que l'écho d'un bruit qui couroit; on +avoit même été jusqu'à conseiller aux seigneurs, à M. de Montmorency en +particulier, de ne pas trop s'engager dans les expéditions entreprises +par le connétable. «Et puis faites-vous assommer pour deffendre telles +gens, qui ne demandent que la mort d'autrui pour attraper leur +dépouille! C'est pourquoy M. de Montmorency doit prendre garde de se +trop engager en la guerre de Languedoc; que si par malheur il luy +arrivoit d'estre tué, ils se mocqueroient de luy en se revestant de ses +charges.» <i>Méditation de l'Hermite Valérien. Recueil des pièces les plus +curieuses</i>, etc., p. 332.—Si, dans le profit qui en est le résultat, il +peut être juste de chercher la raison d'un crime, on peut dire que pour +la mort du duc de Fronsac, reprochée ici au connétable et à ses frères, +cette raison semble un peu exister. Cadenet, l'un des frères, avoit +enlevé au jeune duc, pour l'épouser lui-même, la riche héritière du +vidame d'Amiens. En dédommagement, il devoit lui donner le domaine de +Château-Thierry, 100,000 livres, et, de plus, on s'étoit engagé à lui +faire épouser l'héritière de Luxembourg. Or cette promesse, nous en +avons la preuve dans le <i>Contadin provençal</i>, n'avoit pas encore été +réalisée quand la mort de M. de Fronsac vint si heureusement rendre les +trois frères quittes de cette dette et des autres. <i>Recueil des pièces +les plus curieuses</i>, etc., p. 19, 106.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_194_194" id="Footnote_194_194"></a><a href="#FNanchor_194_194"><span class="label">[194]</span></a> Ce parvenu de bas étage, sur lequel cette page des +<i>Caquets</i> donne des détails que nous avons vainement cherchés ailleurs, +ne resta pas long-temps en faveur. Il tomba avec Toiras, Bautru et +quelques autres, par la volonté de Richelieu, et malgré celle de Louis +XIII lui-même. «Desplan, Bautru, Toiras, lit-on dans les <i>Mémoires</i> du +Cardinal, sont chassés par proposition non approuvée.» <i>Coll. Petitot</i>, +t. 18, p. 329.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_195_195" id="Footnote_195_195"></a><a href="#FNanchor_195_195"><span class="label">[195]</span></a> C'est dans cette entrevue de Vincennes que le frère de +Luynes fit avec menace au prince prisonnier les propositions singulières +dont il est ainsi parlé dans la <i>Chronique des favoris</i>: «Cadenet +n'a-t-il pas esté si outrecuidé que de menasser M. le Prince qu'il ne +sortiroit du bois de Vincennes s'il ne consentoit de luy donner en +mariage madame la princesse d'Orange, qui en est morte d'apprehension.» +<i>Recueil des pièces les plus curieuses</i>, etc., p. 466.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_196_196" id="Footnote_196_196"></a><a href="#FNanchor_196_196"><span class="label">[196]</span></a> Il y a ici erreur: ce n'est pas Desplan, mais Toiras, et +encore plusieurs années après, le 13 déc. 1630, qui fut gratifié d'un +brevet de maréchal de France.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_197_197" id="Footnote_197_197"></a><a href="#FNanchor_197_197"><span class="label">[197]</span></a> Ce M. de Courbouzon ou Corbezon est le même sans doute +que, lors de l'assassinat du roi, dont on accusoit les ligueurs et +l'Espagne, empêcha qu'on massacrât l'ambassadeur de cette puissance. +<i>Lettres de Malherbe à Peiresc</i>, p. 144.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_198_198" id="Footnote_198_198"></a><a href="#FNanchor_198_198"><span class="label">[198]</span></a> Voici le titre exact de la pièce qui répandoit ainsi la +renommée de M. de Courbouzon: <i>La furieuse escarmouche faite sur les +Rochelois par le sieur de Courbouzon, lieutenant de la compagnie de M. +le duc de Nemours, estant en l'armée du roy, devant la Rochelle, +commandée par Monseigneur le duc de Soissons</i>. Paris, P. Ramée, 1622, +in-8.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_199_199" id="Footnote_199_199"></a><a href="#FNanchor_199_199"><span class="label">[199]</span></a> <i>A tort et à travers.</i> C'étoit une locution des jeux de +paume. Charron dit <i>à bonds et voles</i>. (<i>La Sagesse</i>, liv. 2, ch. 1.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_200_200" id="Footnote_200_200"></a><a href="#FNanchor_200_200"><span class="label">[200]</span></a> Le sieur de Villautrais est un des partisans, +scandaleusement riches, les plus maltraités par les pasquins du temps. +V. <i>la Voix publique au roy</i>, Recueil E, p. 241; <i>la Chasse aux +larrons</i>, p. 90. Il est aussi nommé dans les <i>Contreveritez</i> de la cour. +(Recueil cité, p. 63-66.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_201_201" id="Footnote_201_201"></a><a href="#FNanchor_201_201"><span class="label">[201]</span></a> Fabri, seigneur de Champauze, trésorier de +l'extraordinaire des guerres. Sa fille épousa le chancelier Séguier. Il +est parlé de lui en d'assez mauvais termes dans le libelle de J. +Bourgoin, <i>la Chasse aux larrons</i>, Paris, 1618, in-4, p. 45, et dans <i>la +Voix publique au roi</i>. (Recueil E, p. 210.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_202_202" id="Footnote_202_202"></a><a href="#FNanchor_202_202"><span class="label">[202]</span></a> <i>Var.</i>: Pauvre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_203_203" id="Footnote_203_203"></a><a href="#FNanchor_203_203"><span class="label">[203]</span></a> Fameuse folle de cour qui occupe tout un chapitre de la +<i>Confession de Sancy</i>, et la même, croit-on, que Pierre Colins, allant +faire hommage à Henri IV pour la terre d'Enghien, dit avoir vue à la +table royale, (<i>Hist. des choses les plus mémorables</i>, etc., p. 729.) En +1622, elle avoit encore de la cour une pension de 1,200 livres. (Nic. +Remond, <i>Sommaire traité du revenu</i>, etc. 1622, in-8., <i>ad fin.</i>) +Mathurine couroit les rues et étoit le jouet des laquais et des marmots. +V. à la fin de ce volume <i>les Essais de Mathurine</i>.—On appeloit alors +<i>maturinades</i> une sorte de satire burlesque. (<i>Remerciment de la voix +publique au roy pour la disgrâce de M. de la Vieuville.</i> Recueil F, p. +46.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_204_204" id="Footnote_204_204"></a><a href="#FNanchor_204_204"><span class="label">[204]</span></a> Il le fut, en effet, peu de temps après, en 1622; sa +conduite à Montpellier, et surtout dans l'affaire des Sables-d'Olonne +(Tallemant, édit. in-12, t. 4, p. 198), l'en avoit réellement rendu +digne.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_205_205" id="Footnote_205_205"></a><a href="#FNanchor_205_205"><span class="label">[205]</span></a> Le maréchal de Créqui, gendre de Lesdiguières, à qui le +titre de connétable revenoit un peu par droit d'alliance, beaucoup par +droit de courage. Il ne l'eut pourtant pas: il n'hérita de son beau-père +que du titre de duc de Lesdiguières.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_206_206" id="Footnote_206_206"></a><a href="#FNanchor_206_206"><span class="label">[206]</span></a> L'affaire de D. Philippin, bâtard du duc de Savoie, avec +M. de Créqui, seroit trop longue à raconter ici; il suffira de rappeler +qu'après d'interminables retards apportés par le bâtard, un duel eut +lieu enfin entre lui et le duc, le 1<sup>er</sup> juin 1599, à Quirieux. M. de +Créqui, après un combat de quelques minutes, le perça de deux coups +d'épée et de deux coups de poignard, dont il mourut peu de jours après.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_207_207" id="Footnote_207_207"></a><a href="#FNanchor_207_207"><span class="label">[207]</span></a> «... Elle avoit chez elle un certain bouffon, nommé +Guérin, qui prenoit la qualité de maître des requêtes de la reine +Marguerite et de son orateur jovial. Il portoit une robe de velours, une +soutane de satin noir avec un bonnet carré. Ce bouffon, tous les jours, +ne manquoit pas de monter sur le théâtre qu'elle avoit fait dresser dans +son palais du faubourg S.-Germain, à l'un des bouts de la grande salle. +Comme elle prenoit grand plaisir à l'écouter, il n'épargnoit pas les +mots les plus infâmes. Il continua à faire ce beau métier tant qu'elle +vécut; il en fut assez mal récompensé: il mourut de misère.» (Sauval, +<i>Galanteries des rois de France</i>, etc., suiv. la copie imp. à Paris, +1721, in-12, t. 3, p. 70.) Guérin dirigeoit les ballets de la cour. +<i>Lettres de Malherbe</i>, p. 327. V. aussi sur ce bouffon nos <i>Variétés +hist. et litt.</i>, t. 1, p. 220.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_208_208" id="Footnote_208_208"></a><a href="#FNanchor_208_208"><span class="label">[208]</span></a> Branche pliante, lien des fagots. La corde des pendus +prenoit aussi ce nom. (V. le <i>Roman du Renard</i>, vers 7854.) De là +l'expression: peine de la <i>hart</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_209_209" id="Footnote_209_209"></a><a href="#FNanchor_209_209"><span class="label">[209]</span></a> <i>Var.</i>: Courtoisies.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_210_210" id="Footnote_210_210"></a><a href="#FNanchor_210_210"><span class="label">[210]</span></a> Vive comme l'<i>émérillon</i>, sorte de faucon.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_211_211" id="Footnote_211_211"></a><a href="#FNanchor_211_211"><span class="label">[211]</span></a> Le <i>paroistre</i>, comme il est dit ici, étoit le ridicule +de l'époque. D'aubigné s'en prend surtout à cette manie d'ostentation, +dans son <i>Baron de Fæneste</i>. Le nom même du héros, qui n'est que le +verbe grec signifiant <i>paroitre</i> ingénieusement francisé, en est une +preuve. Dans un livret très rare du même temps, on s'explique ainsi, de +la façon la plus claire, sur le mot et sur la chose: «... Un ramoneur +lombard, entendant les merveilles des bottes..., jura... qu'il se +viendroit icy naturaliser et en achepter deux paires pour se rendre +estafier chez quelque honneste homme à bottes, et tascher par ce moyen +de <i>parestre</i> (c'est le mot qui court) et faire ses affaires s'il +pouvoit.» <i>La mode qui court à présent et les singularitez d'icelle, ou +l'ut, re, mi, fa, fol, la, de ce temps</i>, Paris, Fleury Bourriquant, +1613, in-12, p. 12.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_212_212" id="Footnote_212_212"></a><a href="#FNanchor_212_212"><span class="label">[212]</span></a> C'est-à-dire se donnant des airs de commandement. <i>La +pique de Biscaye</i> étoit, sous Charles IX, l'arme des colonels.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_213_213" id="Footnote_213_213"></a><a href="#FNanchor_213_213"><span class="label">[213]</span></a> Louis XIII, en cela, n'eût fait qu'imiter son père, qui +ne fit pas moins de trois édits contre les clinquants et dorures: l'un +en 1594, le second en 1601, le troisième en 1606. C'est de ce dernier, +enregistré au Parlement le 9 janvier 1607, que Régnier a parlé dans sa +8<sup>e</sup> satire, v. 72: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">. . . . . . . . . . . A propos, on m'a dict</td></tr> +<tr><td align="left">Que contre les clinquants le roy faict un edict.</td></tr> +</table> + +<p> +Le projet d'ordonnance dont il est question ici fut, du reste, réalisé +quelques années après, en 1627. Nous trouvons à la suite d'une pièce +parue alors, <i>le Tableau à deux faces de la foire Saint-Germain</i>, etc., +Paris, 1627, in-12, p. 10, une <i>Consolation aux dames</i> sur la +réformation des passements et habits qui venoit d'avoir lieu par +ordonnance royale.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_214_214" id="Footnote_214_214"></a><a href="#FNanchor_214_214"><span class="label">[214]</span></a> C'est le même artisan, l'un des plus riches alors, qui +est nommé dans ce passage de la 16<sup>e</sup> satire de Régnier: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Suis jusques au conseil les maîtres des requestes.</td></tr> +<tr><td align="left">Ne t'enquiers, curieux, s'ils sont hommes ou bestes,</td></tr> +<tr><td align="left">Et les distingue bien: les uns ont le pouvoir</td></tr> +<tr><td align="left">De juger finement un procès sans le voir;</td></tr> +<tr><td align="left">Les autres, comme dieux, près le soleil résident,</td></tr> +<tr><td align="left">Et, démons de Plutus, aux finances président:</td></tr> +<tr><td align="left">Car leurs seules faveurs peuvent, en moins d'un an,</td></tr> +<tr><td align="left">Te faire devenir Chalange et Montauban.</td></tr> +</table> + +<p> +Ce dernier ne s'appeloit Montauban qu'à cause de sa ville natale; son +vrai nom étoit Moysset. Il étoit trésorier de l'Epargne. V. <i>la Chasse +aux larrons</i>, p. 21.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_215_215" id="Footnote_215_215"></a><a href="#FNanchor_215_215"><span class="label">[215]</span></a> Chalange se méloit de toutes ces grosses affaires; il +achetoit pour ainsi dire la promulgation de tout édit onéreux, et tenoit +compte d'une part des profits aux ministres à qui il l'avoit fait +rendre. Sa faveur étoit ainsi devenue très grande à la cour. «Ainsi +voit-on que Chalange et autres tels partisans, dit le <i>Contadin +provençal</i>, ont plus d'accès aux favoris que les grands et les vieux +conseillers de l'Etat.» (Recueil cité, p. 98.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_216_216" id="Footnote_216_216"></a><a href="#FNanchor_216_216"><span class="label">[216]</span></a> C'étoit un de ces édits comme il y en eut tant de +promulgués alors contre les gens de justice. Il fit crier autant au +moins que la <i>revente des greffes</i>, qui, selon un libelle du temps, fut +cause que le roi «fut volé de six millions de livres», dont +s'enrichirent les partisans. (<i>Raisons de la reine-mère</i>, dans le +<i>Recueil des pièces curieuses</i>, etc., p. 275.) Toute la basoche, qu'on +rançonnoit, fut en émoi de cet <i>édit des procureurs</i>, et ce qu'on dit +ici des empêchements qu'y trouva Chalange semble assez naturel quand on +sait à qui il avoit affaire et ce qu'il demandoit. «Les trois quarts de +vostre vermine de procureurs étoient reduits au bureau des Innocents, +faute d'avoir de quoy satisfaire à l'edit, dont on s'est tant tremoussé +dans vostre palais.» (<i>Advis donné au roi, etc.</i>, Recueil, etc., p. +139-140.) V. encore sur cet édit l'<i>Anti-Caquet</i>, à la fin de ce volume, +et nos <i>Variétés hist. et littér.</i>, t. 1, p. 215—216.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_217_217" id="Footnote_217_217"></a><a href="#FNanchor_217_217"><span class="label">[217]</span></a> On n'étoit pas dupe des raisons qui faisoient promulguer +ces lois successives, «tant d'edits nouveaux, dit un pamphlet du temps, +contre Luynes et les partisans ses créatures, qui ne servent que pour +affliger le pauvre peuple, et ne sont inventez que pour assouvir leur +avarice.» (<i>Le Contadin provençal</i>, Recueil, etc., p. 98.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_218_218" id="Footnote_218_218"></a><a href="#FNanchor_218_218"><span class="label">[218]</span></a> Par la bouche, expression tirée du vieux mot <i>engouler</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_219_219" id="Footnote_219_219"></a><a href="#FNanchor_219_219"><span class="label">[219]</span></a> Les capucines s'étoient établies, de 1604 à 1606, dans le +couvent qui a gardé leur nom.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_220_220" id="Footnote_220_220"></a><a href="#FNanchor_220_220"><span class="label">[220]</span></a> C'est Jean-François de Gondi, qui, de doyen de +Notre-Dame, devenoit évêque de Paris. Il fut sacré le 19 février 1622, +et, d'après cette date, on peut voir exactement à quelle époque fut +écrite cette partie des <i>Caquets</i>. Il ne faut pas s'étonner du mot +<i>évêque</i> employé ici: c'est le titre que portaient encore les prélats du +siége de Paris. Ce même François de Gondi fut le premier qui l'échangea +pour celui d'archevêque.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_221_221" id="Footnote_221_221"></a><a href="#FNanchor_221_221"><span class="label">[221]</span></a> La nouvelle religion dont il s'agit, et pour laquelle on +réclame les largesses de l'évêque, est la maison des Ursulines de la rue +Sainte-Avoye. D'abord communauté de quarante veuves, elle étoit devenue +ensuite maison de Béguines, et le 31 janvier 1622, par suite d'un +concordat entre les Béguines, le curé de Saint-Merry et les Ursulines, +celles-ci avoient pris possession du couvent. Ce concordat, que +confirmèrent des lettres-patentes de février 1623, obtint, en effet, +l'approbation de l'évêque François de Gondi; mais nous ne savons pas +s'il fit davantage pour les Ursulines.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_222_222" id="Footnote_222_222"></a><a href="#FNanchor_222_222"><span class="label">[222]</span></a> Le comte Ernest de Mansfeld, ne trouvant plus à vivre ni +dans le Palatinat ni dans l'Alsace, qu'il avoit ruinés, s'étoit mis à +menacer la Champagne. Il avoit passé la Meuse, et s'étoit logé en vue de +Mouzon. La peur avoit été grande par toute la France quand on avoit su +cette entreprise; on trembloit surtout qu'il ne vînt donner la main aux +huguenots rebelles, et que M. de Bouillon ne lui ouvrît ses places +frontières. Il n'y avoit que les gens d'expérience qui ne partageassent +pas cette panique, dont font foi toutes les pièces du temps (<i>les Grands +jours tenus à Paris par M. Muet</i>, etc., p. 29; <i>les effroyables Pactions +faites entre le diable et les prétendus invisibles</i>, etc., p. 21). +Malherbe fut de ces gens rassurés; très tranquille, il écrivit de Caen à +son amy Colomby, qui trembloit à Paris: «Pour Mansfeld, nous en avons +ici de meilleures nouvelles que les vostres. On m'escrit du 9<sup>e</sup> de ce +mois qu'il est sur le point de se retirer. Il ne faut pas voir trop +clair pour connoître que l'homme de la frontière est de ceux qui l'ont +attiré; mais il est en possession de reussir mal en tout ce qu'il +entreprend. Voilà pourquoy, si de ceste nuée il sort pluye, gresle, ny +aultre sorte de mauvais temps, je veux que vous me teniez pour le plus +ignorant astrologue qui jamais ait regardé les étoilles.» Malherbe avoit +raison: ce qui suivit justifia pleinement sa quiétude confiante, dont +témoigne encore sa lettre à Peiresc du 28 juillet 1622. Mansfeld fit un +premier accord avec M. de Nevers, puis, s'étant approché de Sedan, et +après avoir vu sans doute qu'il ne falloit pas faire trop grand fonds +sur les forces et sur la parole de M. de Bouillon, il quitta notre +frontière et tira sur le Hainaut. Il y trouva l'armée espagnole +commandée par D. Gonzalès. Une bataille fut livrée dans les plaines de +Fleurus, après laquelle Mansfeld, à demi défait, battit en retraite, +abandonnant tous ses équipages. (<i>Mercure françois</i>, t. 8, p. 708-752.) +C'est de cette dernière affaire, qui achevoit de les rassurer, que +parlent nos caqueteuses.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_223_223" id="Footnote_223_223"></a><a href="#FNanchor_223_223"><span class="label">[223]</span></a> Une autre édition, différente en ce seul point, porte +pour titre: <i>La Responce aux trois Caquets de l'Accouchée</i>, +<span class="smcap">MDC.XXII.</span>—Dans le <i>Recueil général</i>, c'est <i>la sixiesme Journée et +visitation de l'Accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_224_224" id="Footnote_224_224"></a><a href="#FNanchor_224_224"><span class="label">[224]</span></a> Tout le commencement de cette Journée, jusqu'ici, est +remplacé dans le <i>Recueil général</i> par: Desireux de poursuivre carrière +et parvenir à mon but, je fus d'abondant voir ma cousine l'Accouchée et +l'entretenir à mon accoustumée; ce qu'ayant fait, et recognoissant bien +l'approche des visites qui luy seroient faites, je me rengeay à ma +cellule ordinaire, où je ne fus pas si tost entré qu'il arriva une bande +de bourgeoises de Paris, lesquelles, après avoir fait leurs reverences +et pris place, l'une commença à dire: La porte est-elle fermée?</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_225_225" id="Footnote_225_225"></a><a href="#FNanchor_225_225"><span class="label">[225]</span></a> <i>Var.</i> Les mots entre crochets manquent au <i>Recueil +général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_226_226" id="Footnote_226_226"></a><a href="#FNanchor_226_226"><span class="label">[226]</span></a> Les mots: <i>une qui avoit desjà deffait sa chemise</i>, sont +remplacés au <i>Recueil général</i> par: <i>une autre</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_227_227" id="Footnote_227_227"></a><a href="#FNanchor_227_227"><span class="label">[227]</span></a> <i>Var.</i> <i>Recueil général</i>: dit lors une autre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_228_228" id="Footnote_228_228"></a><a href="#FNanchor_228_228"><span class="label">[228]</span></a> Les Quinze-Vingts portoient une longue robe grise, avec +une fleur de lys sur la poitrine. Une gravure d'Abraham Bosse représente +sous son costume complet un de ces aveugles demandant l'aumône au coin +d'une rue. La caricature qu'on fit de Lafont de Saint-Yenne, à cause de +ses jugements d'aveugle sur le salon de 1753, est aussi une +représentation exacte de l'habillement des Quinze-Vingts sous Louis XV.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_229_229" id="Footnote_229_229"></a><a href="#FNanchor_229_229"><span class="label">[229]</span></a> On reprochoit alors beaucoup aux bourgeoises la richesse +des étoffes qu'elles employoient pour leurs robes, et l'on disoit +partout que ce luxe coûtoit cher aux bonnes mœurs: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Les bourgeoises qui font les belles,</td></tr> +<tr><td align="left">Sont braves comme damoiselles</td></tr> +<tr><td align="left">Et se font promener à tas,</td></tr> +<tr><td align="left">Ont-elles pas un petit chose...</td></tr> +<tr><td align="left">Pour achepter du taffetas?</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center">(<i>Le Tableau à deux faces de la foire S.-Germain,<br />etc.</i>, 1627, +in-12, p. 6.)</td></tr> + +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">La Rousse dit que, si sa fille</td></tr> +<tr><td align="left">Avoit l'habit de taffetas,</td></tr> +<tr><td align="left">Elle seroit aussi gentille</td></tr> +<tr><td align="left">Ou plus belle qu'elle n'est pas.</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="center">(<i>Le Bruit qui court de l'espousée</i>, 1624, s. l., p. 5.)</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_230_230" id="Footnote_230_230"></a><a href="#FNanchor_230_230"><span class="label">[230]</span></a> Ces propos sur les modes et la coquetterie étoient le +fonds ordinaire de la conversation des caqueteuses: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">C'estoyent mercières du Palais</td></tr> +<tr><td align="left">Qui discouroient de leurs malices,</td></tr> +<tr><td align="left">De leurs fards et leurs artifices,</td></tr> +<tr><td align="left">Des bons tours qu'elles mettent sus</td></tr> +<tr><td align="left">Pour faire leurs maris cornus.</td></tr> +<tr><td align="left">J'en vis deux qui se vermillonnent,</td></tr> +<tr><td align="left">Et leurs cheveux passe-fillonnent</td></tr> +<tr><td align="left">Pour mieux les marchands allecher...</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">(<i>Le Banquet des Muses, ou Satires divers du sieur</i> Auvray, Paris,<br />1625, in-8, p. 184.)</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_231_231" id="Footnote_231_231"></a><a href="#FNanchor_231_231"><span class="label">[231]</span></a> <i>Var.</i> Les mots entre crochets manquent au <i>Recueil +général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_232_232" id="Footnote_232_232"></a><a href="#FNanchor_232_232"><span class="label">[232]</span></a> <i>Var.</i> Le passage entre crochets manque au <i>Recueil +général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_233_233" id="Footnote_233_233"></a><a href="#FNanchor_233_233"><span class="label">[233]</span></a> <i>Var.</i> Les mots: <i>pour le bain</i>, sont remplacés, au +<i>Recueil général</i>, par les mots: <i>de visite</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_234_234" id="Footnote_234_234"></a><a href="#FNanchor_234_234"><span class="label">[234]</span></a> <i>Var.</i> «Et moi la première.» Ces mots manquent au +<i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_235_235" id="Footnote_235_235"></a><a href="#FNanchor_235_235"><span class="label">[235]</span></a> <i>Var.</i> Ces deux mots manquent au <i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_236_236" id="Footnote_236_236"></a><a href="#FNanchor_236_236"><span class="label">[236]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: leur.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_237_237" id="Footnote_237_237"></a><a href="#FNanchor_237_237"><span class="label">[237]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: furent.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_238_238" id="Footnote_238_238"></a><a href="#FNanchor_238_238"><span class="label">[238]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: leur.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_239_239" id="Footnote_239_239"></a><a href="#FNanchor_239_239"><span class="label">[239]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: leur.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_240_240" id="Footnote_240_240"></a><a href="#FNanchor_240_240"><span class="label">[240]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Recueil général</i> ajoute: (paracheva-elle).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_241_241" id="Footnote_241_241"></a><a href="#FNanchor_241_241"><span class="label">[241]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Rec. gén.</i> ajoute: dit la damoiselle du +faux-bourg Sainct-Germain.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_242_242" id="Footnote_242_242"></a><a href="#FNanchor_242_242"><span class="label">[242]</span></a> <i>Var.</i> <i>Qui commençoit à s'essuyer.</i> Ces mots manquent au +<i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_243_243" id="Footnote_243_243"></a><a href="#FNanchor_243_243"><span class="label">[243]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: une autre qui estoit.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_244_244" id="Footnote_244_244"></a><a href="#FNanchor_244_244"><span class="label">[244]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: (dit-elle).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_245_245" id="Footnote_245_245"></a><a href="#FNanchor_245_245"><span class="label">[245]</span></a> Cette lettre ne se trouve pas dans le <i>Recueil général</i>, +non plus que les réflexions qui l'accompagnent.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_246_246" id="Footnote_246_246"></a><a href="#FNanchor_246_246"><span class="label">[246]</span></a> <i>Var.</i> Dans le <i>Recueil général</i>, cette partie est +intitulée: <i>La septiesme journée et visitation de l'Accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_247_247" id="Footnote_247_247"></a><a href="#FNanchor_247_247"><span class="label">[247]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: ij, iij, iiij, v et vj.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_248_248" id="Footnote_248_248"></a><a href="#FNanchor_248_248"><span class="label">[248]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: ne voyez la septiesme, et...</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_249_249" id="Footnote_249_249"></a><a href="#FNanchor_249_249"><span class="label">[249]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: ne cette septiesme.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_250_250" id="Footnote_250_250"></a><a href="#FNanchor_250_250"><span class="label">[250]</span></a> Dans le <i>Recueil général</i>, ce qui termine cet alinéa est +remplacé par: et alors, saluant l'accouchée, je luy demanday le mesme +privilége du passé, et, en obtenant franchement la prerogative, je me +retirai dans mon oratoire accoustumé, derrière le chevet du lict.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_251_251" id="Footnote_251_251"></a><a href="#FNanchor_251_251"><span class="label">[251]</span></a> Terme de jeu de paume ou <i>tripot</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_252_252" id="Footnote_252_252"></a><a href="#FNanchor_252_252"><span class="label">[252]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: les porter.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_253_253" id="Footnote_253_253"></a><a href="#FNanchor_253_253"><span class="label">[253]</span></a> Ce qui est renfermé entre crochets est remplacé, dans le +<i>Recueil général</i>, par: Il y en a assez qui prestent argent.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_254_254" id="Footnote_254_254"></a><a href="#FNanchor_254_254"><span class="label">[254]</span></a> Le passage entre crochets est remplacé, dans le <i>Recueil +général</i>, par le mot: en.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_255_255" id="Footnote_255_255"></a><a href="#FNanchor_255_255"><span class="label">[255]</span></a> La plupart des gens de finance logeoient alors au Marais. +V. <i>Catal. des partisans</i>, etc., dans le <i>Recueil des Mazarinades</i>, t. +1, p. 113, etc.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_256_256" id="Footnote_256_256"></a><a href="#FNanchor_256_256"><span class="label">[256]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Recueil général</i> dit huit mois.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_257_257" id="Footnote_257_257"></a><a href="#FNanchor_257_257"><span class="label">[257]</span></a> Le curieux livre qui a pour titre: <i>Ulenspiegel, de sa +vie, de ses œuvres, etc.</i>, étoit depuis près d'un siècle populaire en +France, où le mot <i>espiègle</i>, qui nous en est resté, commençoit même à +être déjà en cours. La première traduction faite sur l'original, écrit +en bas allemand vers 1483, avoit paru à Paris en 1532, pet. in-4. +Depuis, les éditions s'en étoient succédé à Lyon, à Paris, à Orléans, +etc., et, pour connoître l'Espiègle, il n'étoit pas besoin d'être grand +lecteur de romans.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_258_258" id="Footnote_258_258"></a><a href="#FNanchor_258_258"><span class="label">[258]</span></a> Tout ce qui suit, jusqu'à l'alinéa, manque au <i>Rec. +gén.</i></p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_259_259" id="Footnote_259_259"></a><a href="#FNanchor_259_259"><span class="label">[259]</span></a> <i>Var.</i> Ce qui suit est remplacé dans le <i>Recueil général</i> +par: que de baiser l'Accouchée en prenant congé d'elle jusques au +revoir.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_260_260" id="Footnote_260_260"></a><a href="#FNanchor_260_260"><span class="label">[260]</span></a> Dans le <i>Recueil général</i>, cette partie est intitulée: +<i>la Huictiesme journée et dernière visitation au relevement de +l'Accouchée</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_261_261" id="Footnote_261_261"></a><a href="#FNanchor_261_261"><span class="label">[261]</span></a> <i>Var.</i> Tout le commencement de cet alinéa manque dans le +<i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_262_262" id="Footnote_262_262"></a><a href="#FNanchor_262_262"><span class="label">[262]</span></a> <i>Var.</i> Cette citation latine manque au <i>Recueil +général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_263_263" id="Footnote_263_263"></a><a href="#FNanchor_263_263"><span class="label">[263]</span></a> <i>Var.</i> Cette fin d'alinéa manque au <i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_264_264" id="Footnote_264_264"></a><a href="#FNanchor_264_264"><span class="label">[264]</span></a> <i>Var.</i> Les mots: <i>à ladite garde d'accouchée</i> sont +remplacés dans le <i>Recueil général</i> par: <i>en ma faveur</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_265_265" id="Footnote_265_265"></a><a href="#FNanchor_265_265"><span class="label">[265]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Rec. gén.</i> ajoute: respond la femme de +l'advocat.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_266_266" id="Footnote_266_266"></a><a href="#FNanchor_266_266"><span class="label">[266]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: la femme de l'advocat.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_267_267" id="Footnote_267_267"></a><a href="#FNanchor_267_267"><span class="label">[267]</span></a> <i>Var.</i> La fin de l'alinéa manque au <i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_268_268" id="Footnote_268_268"></a><a href="#FNanchor_268_268"><span class="label">[268]</span></a> <i>Var.</i> Au lieu de la fin de cet alinéa et de tout +l'alinéa suivant, on lit dans le <i>Recueil général</i>: estoit escrit que la +fille d'un sergent à verge avoit abandonné y a quelque temps son père, +vieil qu'il estoit, pour suivre par tout Madamoiselle, à cause qu'elle +luy faisoit porter l'atour, et d'autres petits secrets qui estoient +inserez dans le petit papier.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_269_269" id="Footnote_269_269"></a><a href="#FNanchor_269_269"><span class="label">[269]</span></a> <i>Var.</i> Ces mots manquent au <i>Recueil général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_270_270" id="Footnote_270_270"></a><a href="#FNanchor_270_270"><span class="label">[270]</span></a> <i>Var.</i> Le passage entre crochets manque au <i>Recueil +général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_271_271" id="Footnote_271_271"></a><a href="#FNanchor_271_271"><span class="label">[271]</span></a> <i>Var.</i> Le passage entre crochets manque au <i>Recueil +général</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_272_272" id="Footnote_272_272"></a><a href="#FNanchor_272_272"><span class="label">[272]</span></a> <i>Var.</i> Le commencement de cet alinéa est remplacé, dans +le <i>Recueil général</i>, par: Il y en a beaucoup qui s'en font à croire, +tesmoins ce qu'a fait un certain gantier qui, depuis quelque temps en +çà...</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_273_273" id="Footnote_273_273"></a><a href="#FNanchor_273_273"><span class="label">[273]</span></a> Depuis long-temps on se plaignoit des échevins et on les +chansonnoit. Tabourot, dans ses <i>Bigarrures</i>, au chapitre des Allusions, +plaisantant sur leur nom, dit: «qu'<i>échevin</i> est ainsi nommé quasi +léchevin, pour ce qu'il doit tâter le vin pour commencement de bonne +police, afin qu'on n'en vende de mauvais.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_274_274" id="Footnote_274_274"></a><a href="#FNanchor_274_274"><span class="label">[274]</span></a> Il faut lire ici, je crois, Moysset, et non Massey: c'est +le partisan dont nous avons parlé plus haut dans une note. Luynes et ses +frères l'avoient lancé, comme Chalange, dans les grandes affaires. Dans +un pamphlet du temps, <i>le Contadin provençal</i>, il est question de «la +grande familiarité que ces trois frères ont avec ce preud'homme Moysset, +ne provenant que des etroictes intelligences qu'ils ont ensemble pour +voler les deniers du royaume.» <i>Recueil des pièces les plus curieuses +qui ont été faictes pendant le règne du connestable M. de Luynes</i>, +Paris, 1632, in-8, p. 98.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_275_275" id="Footnote_275_275"></a><a href="#FNanchor_275_275"><span class="label">[275]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: garde l'accouchée voulut, auparavant +prendre congé, dire quelque chose en...</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_276_276" id="Footnote_276_276"></a><a href="#FNanchor_276_276"><span class="label">[276]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: desire, s'il vous plaist, vous en +dire un en passant: c'est qu'un...</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_277_277" id="Footnote_277_277"></a><a href="#FNanchor_277_277"><span class="label">[277]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: j'ai patience qu'il ait la fortune +meilleure.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_278_278" id="Footnote_278_278"></a><a href="#FNanchor_278_278"><span class="label">[278]</span></a> <i>Var.</i> Ce qui termine l'alinéa est remplacé, au <i>Recueil +général</i>, par: le laisser estudier encore quatre ou cinq années, pour +estre plus parfait en toute sorte de sciences.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_279_279" id="Footnote_279_279"></a><a href="#FNanchor_279_279"><span class="label">[279]</span></a> <i>Var.</i> Le passage entre crochets manque au <i>Rec. gén.</i></p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_280_280" id="Footnote_280_280"></a><a href="#FNanchor_280_280"><span class="label">[280]</span></a> On écrivoit ainsi, d'après l'étymol. ital., <i>fare all' +erta</i>. V. Montaigne, I, 19.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_281_281" id="Footnote_281_281"></a><a href="#FNanchor_281_281"><span class="label">[281]</span></a> <i>Var.</i> Le passage entre crochets manque au <i>Rec. gén.</i></p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_282_282" id="Footnote_282_282"></a><a href="#FNanchor_282_282"><span class="label">[282]</span></a> <i>Var.</i> Le passage entre crochets est remplacé, au +<i>Recueil général</i>, par: les unes aux autres auparavant que partir et de +prendre congé de madame la relevée. Ce qui occasionna la compagnie de +faire la collation.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_283_283" id="Footnote_283_283"></a><a href="#FNanchor_283_283"><span class="label">[283]</span></a> <i>Var.</i> <i>Rec. gén.</i>: verre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_284_284" id="Footnote_284_284"></a><a href="#FNanchor_284_284"><span class="label">[284]</span></a> <i>Var.</i> Le mot <i>nompareil</i> est remplacé, au <i>Recueil +général</i>, par: ne voulant plus traicter des discours ny d'Accouchée ni +de Relevée.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_285_285" id="Footnote_285_285"></a><a href="#FNanchor_285_285"><span class="label">[285]</span></a> <i>Var.</i> Le <i>Recueil général</i> ajoute: se promettant les +unes aux autres, d'un vif courage, de se voir à leurs autres +accouchemens.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_286_286" id="Footnote_286_286"></a><a href="#FNanchor_286_286"><span class="label">[286]</span></a> <i>Antrax.</i></p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_287_287" id="Footnote_287_287"></a><a href="#FNanchor_287_287"><span class="label">[287]</span></a> V. sur cette promenade, dépendante des anciens jardins de +la reine Marguerite dans la rue de Seine, une longue note de nos +<i>Variétés historiques et littéraires</i>, t. I, 18<sup>e</sup> pièce, p. 219.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_288_288" id="Footnote_288_288"></a><a href="#FNanchor_288_288"><span class="label">[288]</span></a> Tabarin surtout devint très riche. Il se retira dans une +terre près de Paris, et, jalousé par les nobles ses voisins, qui +s'indignoient de voir ce farceur se poser comme leur égal, il fut tué +par eux dans une dispute pour affaire de chasse. Dupuys Demporte, <i>Hist. +gén. du Pont-Neuf</i>, 1750, in-8, p. 36, et D. Martin, <i>Le parlement +nouv.</i>, franc.-allem. Strasb., 1637.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_289_289" id="Footnote_289_289"></a><a href="#FNanchor_289_289"><span class="label">[289]</span></a> Lunettes d'approche, que les Hollandois fabriquoient +seuls alors, et qu'on appeloit aussi lunettes de Hollande. Sur cette +invention, assez nouvelle alors, surtout pour les Parisiens, puisque la +première lunette de cette espèce fut vendue en 1609 sur le +Pont-Marchand. V. <i>Journal</i> de l'Estoille, 30 avril 1609, et <i>l'Hermite +du Mont-Valérien</i>, p. 1 (<i>Recueil des pièces les plus curieuses sur le +connétable de Luynes</i>).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_290_290" id="Footnote_290_290"></a><a href="#FNanchor_290_290"><span class="label">[290]</span></a> Expression qui répond à celle-ci: <i>faire des embarras</i>, +<i>Enhazé</i> vient, selon Oudin, du verbe espagnol <i>hacer</i>, faire.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_291_291" id="Footnote_291_291"></a><a href="#FNanchor_291_291"><span class="label">[291]</span></a> A l'hospice des <i>Enfants-Rouges</i>, fondé au Marais par +François I<sup>e</sup>r, aussi bien qu'à l'<i>Hôpital du Saint-Esprit</i>, près la +Grève, on recevoit et l'on élevoit les enfants de pauvres. Ceux de +l'hospice du Saint-Esprit s'appeloient les <i>enfants bleus</i>. A l'hospice +de <i>la Trinité</i>, ou les enfants portoient aussi un habit de cette même +couleur (Du Breul, <i>Antiq. de Paris</i>, liv. 3), on leur faisoit apprendre +gratuitement un métier. (V. la <i>Biblioth</i>. de Bouchel, au mot +<i>Hospitaux</i>, art. <i>Hospital de la Trinité</i>.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_292_292" id="Footnote_292_292"></a><a href="#FNanchor_292_292"><span class="label">[292]</span></a> Ceci n'est pas tout à fait vrai. On en peut voir la +preuve dans une pièce de nos <i>Variétés historiques et littéraires</i>, t. +1, p. 207-209.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_293_293" id="Footnote_293_293"></a><a href="#FNanchor_293_293"><span class="label">[293]</span></a> Elles y retournèrent cependant, ou, pour mieux dire, +elles ne les avoient jamais quittés, surtout le faubourg Montmartre, +«alors leur retraite ordinaire», comme il est dit dans le <i>Caquet des +femmes du faubourg Montmartre, etc.</i>, Paris, 1622, in-8, p. 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_294_294" id="Footnote_294_294"></a><a href="#FNanchor_294_294"><span class="label">[294]</span></a> Les cercles luthériens d'Allemagne, toujours alliés +clandestinement avec les huguenots de France.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_295_295" id="Footnote_295_295"></a><a href="#FNanchor_295_295"><span class="label">[295]</span></a> C'est le nom qu'on donnoit alors à la rue Phelippeaux. +Son premier nom, qui remonte au XIV<sup>e</sup> siècle, étoit <i>Frépault</i>; au +XV<sup>e</sup> siècle, on dit <i>Frapault</i>; nous trouvons <i>Fripaux</i>, comme ici, en +1560, puis <i>Frepoux</i>, en 1636. C'est seulement à la fin du XVII<sup>e</sup> +siècle que le nom de Phelipeaux, étant devenu célèbre, prit peu à peu la +place de ces appellations si changeantes; la rue l'a gardé. Elle est +encore, comme la rue Frépillon, sa voisine, toute peuplée de revendeurs +et de marchands de vieux chiffons.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_296_296" id="Footnote_296_296"></a><a href="#FNanchor_296_296"><span class="label">[296]</span></a> V. sur cet abus des laquais porteurs d'épée, et sur la +défense qui y mit fin en 1654, nos <i>Variétés historiques et +littéraires</i>, tome 1, p. 283, note 1, et 284, note 3.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_297_297" id="Footnote_297_297"></a><a href="#FNanchor_297_297"><span class="label">[297]</span></a> V. plus haut pour ce vêtement des bandits d'alors.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_298_298" id="Footnote_298_298"></a><a href="#FNanchor_298_298"><span class="label">[298]</span></a> Personne ne comprit mieux que M. d'Angoulême l'emploi que +les laquais mis à la retraite devoient faire de leurs loisirs. Même +pendant qu'ils étoient à son service, s'ils lui demandoient leurs gages, +il ne les payoit que de ce beau conseil: «C'est à vous à vous pourvoir. +Quatre rues aboutissent à l'hôtel d'Angoulême, vous êtes en beau lieu, +profitez-en.» Tallemant, <i>édit. in</i>-12, t. 1, p. 221.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_299_299" id="Footnote_299_299"></a><a href="#FNanchor_299_299"><span class="label">[299]</span></a> C'est sans doute à cause de la capitainerie du Louvre, +dont il étoit en effet investi, qu'Enguerrand de Marigny est traité ici +de capitaine.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_300_300" id="Footnote_300_300"></a><a href="#FNanchor_300_300"><span class="label">[300]</span></a> Cette statue d'Enguerrand de Marigny ne fut placée sur le +portail du Palais qu'après le jugement qui le réhabilita. On lisoit au +dessous: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Chacun soit content de ses biens;</td></tr> +<tr><td align="left">Qui n'a suffisance n'a rien.</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_301_301" id="Footnote_301_301"></a><a href="#FNanchor_301_301"><span class="label">[301]</span></a> V. plus haut sur cet édit des procureurs que Chalange fit +rendre et dont il eut les profits; V. aussi nos <i>Variétés histor. et +litt.</i>, t. 1, p. 215.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_302_302" id="Footnote_302_302"></a><a href="#FNanchor_302_302"><span class="label">[302]</span></a> Le jacobus, monnoie d'or à l'effigie de Jacques I<sup>er</sup>, +d'une valeur de 14 fr. 70 cent., d'après l'évaluation moderne, avoit +alors cours en Angleterre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_303_303" id="Footnote_303_303"></a><a href="#FNanchor_303_303"><span class="label">[303]</span></a> Allusion à la pension de 1,200 livres que Mathurine, +comme nous l'avons dit plus haut, recevoit de la cour.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_304_304" id="Footnote_304_304"></a><a href="#FNanchor_304_304"><span class="label">[304]</span></a> C'est-à-dire une soupe bien odorante. L'hysope étoit une +plante parfumée.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_305_305" id="Footnote_305_305"></a><a href="#FNanchor_305_305"><span class="label">[305]</span></a> Il est naturel que Mathurine invoque maître Guillaume, +qui étoit alors à la cour son collègue en folie. Auprès de l'article qui +la concerne dans le <i>Sommaire traité des revenus</i>, etc., de N. Remond, +Paris, 1622, <i>ad fin.</i>, se trouve celui-ci pour les appointements de +maître Guillaume, le fou en titre d'office: «A M<sup>e</sup> Guillaume, par les +mains de Jean Lobeys, son gouverneur, dix-huit cents livres.» Pour ce +fou, sous le nom duquel Regnier fit d'abord courir sa 14<sup>e</sup> satyre (V. +notre livre <i>l'Esprit des autres</i>, p. 65), et dont nous aurons souvent à +parler dans nos <i>Variétés hist. et litt.</i> à propos des pasquins sans +nombre qui coururent sous son nom, nous nous contenterons de renvoyer à +l'article du <i>Perroniana</i> (3<sup>e</sup> édit., 1691, in-12, p. 154-157) qui le +concerne, et au chapitre que lui consacre M. de Reiffenberg dans son +<i>Histoire des fous en titre d'office</i> (<i>le Lundi, nouveaux récits de +Marsilius Brunck</i>, Paris, 1837, in-12, p. 290-293).—Les vers cités et +les deux de la page suivante se lisent peut-être dans un de ces +pasquins; mais ils se trouvaient auparavant, à quelques variantes près, +dans le <i>Sermon des foulx</i>, V. <i>Ancien théâtre françois</i>, P. Jannet, +1854, in-16, t. 2, p. 209.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_306_306" id="Footnote_306_306"></a><a href="#FNanchor_306_306"><span class="label">[306]</span></a> Pour Bertholde, type des farces italiennes, qui +commençoit à se populariser en France, mais qui ne prit pied sur nos +théâtres qu'au XVIII<sup>e</sup> siècle, lorsque Ciampi eut fait son <i>Bertholde +à la cour</i>, et Lattaignant <i>Bertholde à la ville</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_307_307" id="Footnote_307_307"></a><a href="#FNanchor_307_307"><span class="label">[307]</span></a> C'est-à-dire de se voir moquer comme la statue de Pierre +de Cugnières, surnommé du Coignet, laquelle on avoit placée en un petit +coin (<i>coignet</i>) du chœur de l'église Notre-Dame, «en office de +esteindre avec son nez... les chandelles, torches, cierges, bougies et +flambeaux allumez.» (Rabelais, <i>Nouv. prol.</i> du 4<sup>e</sup> livre.) Il est +ainsi parlé dans les <i>Contes d'Eutrapel</i> (1, De la justice, <i>ad finem</i>) +de la cause qui valut à Pierre de Cugnières cette vengeance des gens +d'église: «Tesmoing, dit Noël du Fail, la statue ignominieuse de maistre +Pierre de Cugnières, estant en l'église Nostre-Dame de Paris, +vulgairement appelé maistre Pierre du Coignet, à laquelle, par +gaudisserie, on porte des chandelles. Le paillard, estant lors advocat +general, soustint que le roy Philippe de Valois, son maistre, se devoit +ressaisir du temporel ecclesiastic, pour estre le fondement d'iceluy mal +exécuté, et seule cause de la dissolution des gens d'église et +empeschement du vray service de Dieu.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_308_308" id="Footnote_308_308"></a><a href="#FNanchor_308_308"><span class="label">[308]</span></a> Fou qui couroit alors les rues.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_309_309" id="Footnote_309_309"></a><a href="#FNanchor_309_309"><span class="label">[309]</span></a> Marforio, le camarade du Pasquin de Rome.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_310_310" id="Footnote_310_310"></a><a href="#FNanchor_310_310"><span class="label">[310]</span></a> Cette phrase, où se trouve en germe l'une des plus jolies +fables de La Fontaine (liv. 9, fab. 16), ne fait presque que reproduire +celle-ci du 7<sup>e</sup> chap. des <i>Contes d'Eutrapel</i>: «ressemblans au singe +qui tire les chastaignes de sous la braise avec la patte du levrier +endormy au fouyer.»</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_311_311" id="Footnote_311_311"></a><a href="#FNanchor_311_311"><span class="label">[311]</span></a> Sur ce cabaretier fameux alors, qui avoit fait peindre au +dessus de sa taverne, près Saint-Eustache, l'arbre dont il portoit le +nom, V. notre <i>Histoire des hôtelleries et cabarets</i>, t. 2, p. 323-324.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_312_312" id="Footnote_312_312"></a><a href="#FNanchor_312_312"><span class="label">[312]</span></a> Pour <i>échaffaut</i>, comme on appeloit alors le théâtre des +saltimbanques et des empiriques.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_313_313" id="Footnote_313_313"></a><a href="#FNanchor_313_313"><span class="label">[313]</span></a> Ceci est assez platement abrégé d'un passage du <i>Moyen de +parvenir</i>, 1738, I, 104-5.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_314_314" id="Footnote_314_314"></a><a href="#FNanchor_314_314"><span class="label">[314]</span></a> On sait de quelles maladies il étoit le patron, et quel +mal, réclamant les potions <i>postérieures</i> dont parle Regnard dans <i>le +Légataire</i>, s'appeloit le mal Saint-Fiacre. (V. Fleury de Bellingen, +<i>Etymol. des prov. franc.</i>, p. 317.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_315_315" id="Footnote_315_315"></a><a href="#FNanchor_315_315"><span class="label">[315]</span></a> Expression consacrée par Rabelais et par Henry Estienne +pour désigner un mendiant, un quemandeur. «Quant à tant de povres +moines, dit celui-ci, qui n'ont ni rente ni revenu, qui n'ont pas un +poulce de terre, qui mesme sont appelez <i>porteurs de rogatons</i>, pour ce +qu'ils ne vivent que des aumônes des gens de bien...» <i>Apologie pour +Hérodote</i>, La Haye, 1735, in-12, t. 1<sup>e</sup>r, p. 536.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_316_316" id="Footnote_316_316"></a><a href="#FNanchor_316_316"><span class="label">[316]</span></a> Il étoit permis aux religieux du Petit-Saint-Antoine de +laisser vaguer leurs pourceaux par les rues.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_317_317" id="Footnote_317_317"></a><a href="#FNanchor_317_317"><span class="label">[317]</span></a> La pièce d'argent, à cause de la <i>croix</i> qui se trouvoit +sur celles de saint Louis. On connoît l'expression être <i>sans croix ni +pile</i>, pour dire être sans argent.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_318_318" id="Footnote_318_318"></a><a href="#FNanchor_318_318"><span class="label">[318]</span></a> Prêtresse du dieu assyrien Adad. (V., à ce mot, le <i>Dict. +mythol.</i> de Jacobi.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_319_319" id="Footnote_319_319"></a><a href="#FNanchor_319_319"><span class="label">[319]</span></a> V., sur de pareilles pratiques, une note de nos <i>Variétés +hist. et litt.</i>, t. 1<sup>er</sup>, pièce 26, p. 340-341.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_320_320" id="Footnote_320_320"></a><a href="#FNanchor_320_320"><span class="label">[320]</span></a> Réminiscence d'un passage de Larivey. V. <i>la Vefve</i>, +(comédie imitée de <i>la Vedova</i> de Nic. Bonaparte, dans l'<i>Ancien théâtre +françois</i>, t. 5, p. 195).</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_321_321" id="Footnote_321_321"></a><a href="#FNanchor_321_321"><span class="label">[321]</span></a> Faire le loup-garou, être changé en bête.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_322_322" id="Footnote_322_322"></a><a href="#FNanchor_322_322"><span class="label">[322]</span></a> Lieu de pèlerinage à deux lieues de Châlons-sur-Marne, +ainsi nommé à cause d'une image de la Vierge trouvée en 1400 dans un +buisson d'épines. La façade de l'église qu'on lui éleva fut achevée en +1429. V. Povillon-Pierrard, <i>Descript. histor. de l'église de Notre-Dame +de l'Epine</i>, Châlons, 1825, in-8.—C'étoit une des premières stations +des troupes étrangères entrant en France. L'armée que le comte +d'Aremberg amena des Pays-Bas au secours du roi en 1567 y passa. +(<i>Mémoires non encore veus du sieur Fery de Guyon, escuyer.</i> Tournay, +1664, in-8, ch. 83, pag. 144.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_323_323" id="Footnote_323_323"></a><a href="#FNanchor_323_323"><span class="label">[323]</span></a> Cette pièce est, je crois, la plus rare de toutes celles +qui se rapportent aux <i>Caquets de l'Accouchée</i>. Nous l'avons trouvée à +la Bibliothèque impériale.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_324_324" id="Footnote_324_324"></a><a href="#FNanchor_324_324"><span class="label">[324]</span></a> Ce n'est pas le lieu de donner ici une longue notice de +ce fameux farceur, qui, pendant plus de quarante ans, amusa Paris, soit +sur la place de l'Estrapade, où il eut long-temps ses tréteaux, soit +surtout à la place Dauphine, où cette pièce-ci le met en scène, soit à +l'hôtel de Bourgogne, qui le vit finir. Nous renverrons à l'article que +Boucher d'Argis lui a consacré dans son <i>Histoire abrégée des plus +célèbres comédiens de l'antiquité et des comédiens françois les plus +distingués</i> (<i>Variétés historiques, physiques et littéraires</i>, etc., +1752, in-8, t. 1<sup>er</sup>, 2<sup>e</sup> partie, p. 506), et à Tallemant, édit. +in-12, t. 10, <i>Historiette de Mondory</i>.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_325_325" id="Footnote_325_325"></a><a href="#FNanchor_325_325"><span class="label">[325]</span></a> Ce fou, dont il est déjà parlé dans la pièce précédente, +couroit les rues comme maître Guillaume et Mathurine. Dans un livret +publié en 1614 avec ce titre: <i>La remonstrance de Pierre Du Puits sur le +resveil de Maistre Guillaume</i>, et dans lequel il se donne comme ayant +«l'esprit relevé jusques en l'antichambre du troisième degré de la Lune, +etc.», on lui fait dire au commencement: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Avec ma jacquette grise</td></tr> +<tr><td align="left">Plusieurs lourdauts je meprise.</td></tr> +</table> +<p> +Puis tout à la fin: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="center" class="sml">AUX CURIEUX:</td></tr> +<tr><td align="left"> </td></tr> +<tr><td align="left">Pierre du Puits n'est pas seul en folie,</td></tr> +<tr><td align="left">Ny tous les fols ne sont Pierre du Puits,</td></tr> +<tr><td align="left">Car tel est fol qui n'a pas l'industrie,</td></tr> +<tr><td align="left">Ainsi qu'il a, de donner des advis.</td></tr> +</table> + +</div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_326_326" id="Footnote_326_326"></a><a href="#FNanchor_326_326"><span class="label">[326]</span></a> Autre farceur du Pont-Neuf, donné très gratuitement ici +comme auteur des <i>Caquets de l'Accouchée</i>. Les seules <i>œuvres</i> que +l'on connoisse de lui, et dont il parut un très grand nombre d'éditions +chez la veuve Oudot, sont: <i>Extrait des rencontres, fantaisies et +coq-à-l'asne facétieux du baron de Gratelard, tenant sa classe ordinaire +au bas du Pont-Neuf</i>. Dans ces derniers temps on réimprimoit encore à +Montbéliard: <i>Entretiens facétieux du sieur baron de Gratelard, disciple +de Verboquet, propres à chasser la mélancolie et à désopiler la rate</i>, +in-18 de 12 pages. (Nisard, <i>Hist. des livres popul.</i>, t. 1<sup>er</sup>, p. +388.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_327_327" id="Footnote_327_327"></a><a href="#FNanchor_327_327"><span class="label">[327]</span></a> On disoit <i>crocheteur</i>, mais c'est <i>clocheteur</i> qu'il +falloit dire, car il s'agit de la petite figure qui frappoit les heures +sur la cloche de la Samaritaine. Les Libellistes du temps prirent plus +d'une fois le petit <i>crocheteur</i> pour héros, et lui firent débiter leurs +satires. L'un des pamphlets mis sur son compte fut cause qu'on l'enleva +de la Samaritaine pendant quelque temps. (V. le <i>Mercure françois</i> de +1611.)</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_328_328" id="Footnote_328_328"></a><a href="#FNanchor_328_328"><span class="label">[328]</span></a> Autre petite figure de bronze qui, à la manière du +<i>clocheteur</i> du Pont-Neuf et du <i>Jaquemart</i> de Notre-Dame de Dijon, +sonnoit l'heure au clocher de l'église Saint-Paul, située dans la rue du +même nom et démolie au commencement de ce siècle. Une mazarinade a pour +titre: <i>Le qui fut de Jacquemard sur les sujets de la guerre mazarine</i>, +Paris, 1652. V., pour l'étymologie du mot <i>Jaquemart</i>, P. Berigal (G. +Peignot), <i>Hist. de l'illustre Jaquemart de Dijon</i>, 1832.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_329_329" id="Footnote_329_329"></a><a href="#FNanchor_329_329"><span class="label">[329]</span></a> Encore un farceur, mais moins connu que les autres. Il +est nommé, dans l'<i>Espadon satyrique</i>, Cologne, 1680, pag. 25, et dans +l'épitaphe du fameux <i>Jodelet</i>, Julien Joffrin: +</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="poesie"> +<tr><td align="left">Ici git qui de Jodelet</td></tr> +<tr><td align="left">Joua cinquante ans le rolet,</td></tr> +<tr><td align="left">Et qui fut de mesme farine</td></tr> +<tr><td align="left">Que Gros Guillaume et Jehan Farine,</td></tr> +<tr><td align="left">Hormis qu'il parloit mieux du nez</td></tr> +<tr><td align="left">Que les dits deux enfarinez.</td></tr> +</table> + +<p> +Un petit livre, réimprimé à Troyes, en 1682, sous ce titre: <i>Les débats +et fameuses rencontres de Gringalet et de Guillot Gorju, son maistre</i>, +est dédié au <i>père de sobriété, le grotesque</i> Jean Farine, +superintendant de la maison comique hostel de Bourgogne, à Paris.—Un +passage des <i>Jeux de l'Inconnu</i>, Rouen, 1635, in-8, p. 158, montre que +ce bouffon, comme son nom l'indique, jouoit surtout, ainsi que La Fleur +(Gros-Guillaume), les rôles enfarinés.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_330_330" id="Footnote_330_330"></a><a href="#FNanchor_330_330"><span class="label">[330]</span></a> Par la même raison que nous n'avons rien dit de +Gautier-Garguille, nous ne dirons rien du non moins fameux Robert +Guérin, dit <i>La Fleur</i> et <i>Gros-Guillaume</i>. Nous renverrons aussi pour +lui au travail curieux de Boucher d'Argis, <i>loc. cit.</i></p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_331_331" id="Footnote_331_331"></a><a href="#FNanchor_331_331"><span class="label">[331]</span></a> Bouffon moins connu sous ce nom que sous celui de Jean +des Vignes, qui lui est donné dans la 18<sup>e</sup> serée de Guillaume Bouchet, +où il est mis en compagnie de Tabarin et Franc-à-Tripe; et dans le +<i>Moyen de cognoistre les filous d'une lieue loing sans lunette</i>, édit. +des <i>Joyeusetés</i>. Jehan des Vignes ou de la Vigne faisoit les rôles de +niais. «Moi, pauvre sot, dit d'Assoucy, plus sot que Jean des Vignes.» +<i>Les Avantures d'Italie</i>, etc., Paris, 1677, in-12, p. 336.</p></div> +</div> + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of Project Gutenberg's Les caquets de l'accouchée, by Édouard Fournier + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CAQUETS DE L'ACCOUCHÉE *** + +***** This file should be named 33580-h.htm or 33580-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/5/8/33580/ + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze, Chuck Greif and +the Online Distributed Proofreading Team at +http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned +images of public domain material from the Google Print +project.) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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